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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

La gnose

Publié le 11 Juin 2026 par T.D


 
Etymologiquement : connaissance (grec gnosis).

Signifie, en fait, connaissance initiatique.

Le terme de gnose désigne diverses tendances qui ont toujours existé dans les grandes religions monothéistes, et qui présentent des points communs aussi bien avec la pensée néoplatonicienne qu'avec les spiritualités orientales.

Gnose signifie connaissance. Il s'agit de la connaissance intérieure, par laquelle l'homme appréhende le divin, indépendamment de tout dogme, de tout enseignement; la gnose s'apparente ainsi au mysticisme. Les gnostiques considèrent que Dieu ne peut être en contact avec le monde, essentiellement mauvais, œuvre du Démiurge. La matière est assimilée à l'ignorance, au mal, et la vie terrestre résulte d'une chute de l'esprit dans cette matière, perte de l'unité originelle avec Dieu. L'homme, prisonnier des dualités (bien/mal, âme/corps, connaissance/ignorance), ne garde plus de son origine divine que la vague nostalgie d'un paradis perdu. Mais le principe divin, l'âme, est en lui, et la recherche spirituelle peut le mener au salut en libérant l'âme de sa prison corporelle.

D'après les dernières recherches, la Gnose trouverait son origine dans les milieux judéo-chrétiens du début de notre ère et dans la crise qu'a traversée la pensée apocalyptique pendant les deux premiers siècles de notre ère (R.-M. Grant, Gnose et origines chrétiennes, Paris, 1964). Ceci ne veut pas dire que nombre de thèmes et de conceptions gnostiques n'aient pas existé avant cette date. Le symbolisme gnostique plonge en effet ses racines au cours d'époques bien antérieures dans la philosophie pythagoricienne. D'autre part, il existe une parenté très nette indiscutable entre les Esséniens et la Gnose. Plus tard, à la deuxième génération, les gnostiques se sont intéressés à des révélations anciennes, orientales et grecques, pour constituer un mouvement religieux où se trouvent réunies toutes les spéculations cosmologiques et théosophiques : les doctrines philosophiques de Pythagore et de Platon, des apports de la Cabbale, de l'hermétisme, de l'alchimie, de l'astrologie.

Les thèmes fondamentaux de la Gnose sont :

  • la théorie de la connaissance (connaissance de soi et connaissance de Dieu);
  • le dualisme (lumière-ténèbres, pneuma-psyché, vie-mort);
  • le mythe du Sauveur-sauvé qui inspire le quatrième Évangile (le messager céleste  descend pour apporter aux hommes la révélation divine);
  • le mythe de l'ascension des âmes.

On peut distinguer d'après les travaux récents deux types de Gnose : une Gnose syro-éygptienne et une Gnose iranienne; celle-ci serait la plus importante et aurait donné naissance: au manichéisme.

En Franc-Maçonnerie. Un des sens de la lettre « G » révélé aux Compagnons lors de la cérémonie d'augmentation de salaire. Cette interprétation n'existe pas au Rite Émulation ni au Rite Écossais Rectifié.

On peut donc, avec Wirth, comprendre le mot « Gnose » dans le sens de « connaissance initiatique ». La Gnose est à la connaissance caractéristique de tout esprit ayant su pénétrer les mystères de l'Initiation. Ceux-ci présentent cette particularité qu'ils sont strictement incommunicables : il faut les découvrir soi-même pour les posséder... La Gnose ne s'acquiert qu'à force de méditations personnelles portant sur les symbole: multiples qui sollicitent l'esprit à deviner leur sens caché... » Les Mémentos du Grand Orient de France, après avoir rappelé que le terme se rattache à la langue des premiers philosophes », donnent à ce terme un sens moral. C'est « la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours davantage et qui est le principal facteur du progrès ».

La Gnose est une connaissance universelle.

La Gnose est une connaissance universelle. Lorsque nous étudions les civilisations antiques (Égyptienne, Maya, Celte, Grecque, Hindoue), nous découvrons à la base les mêmes enseignements. C'est cette connaissance unique que les véritables sages de tous les temps (Confucius, Socrate, Bouddha, Jésus, Krishna, Blavatsky, Steiner…) sont venus livrer à l'humanité.

La Gnose dévoile les clés théoriques et pratiques indispensables à l'homme et à la femme modernes qui désirent se libérer de leurs états négatifs et éveiller leurs facultés latentes.

« Connais-toi toi-même
et tu connaîtras l'univers et les dieux ».

De tous les temps et de tous les âges, l'homme cherche ici et là, dans la mer, dans le ciel et sur la Terre, des richesses et des milliers de trésors. Il parcourt nuit et jour, de kilomètre en kilomètre, la surface de la Terre, à la recherche de quelque chose qu'il ne trouvera jamais : le bonheur, l'amour, la joie, la paix… La gnose nous propose un chemin incroyable, celui qui nous conduit à l'intérieur de nous-mêmes, vers les profondeurs de notre âme. De cette façon, l'homme apprend à se connaître et à comprendre ce qui se passe réellement en lui. C'est alors qu'il éveille sa conscience et que se développent en lui : le bonheur, l'amour, la joie, la paix… La gnose nous dévoile, dans un langage simple et claire, comment descendre dans notre intérieur, à l'aide de clefs merveilleuses comme notre « Ennoïa ».

Historique de la Gnose

Pendant tout le deuxième siècle, sous les Antonins, il y eut dans l'Empire romain une atmosphère de paix très favorable à la libre circulation des idées. La méditerranée, libérée de ses pirates depuis Pompée, était devenue un moyen de communication idéal. On allait de Pergame à Rome, Athènes à Alexandrie aussi facilement qu'aujourd'hui, plus facilement même, car il suffisait d'être citoyen romain pour avoir droit de cité où que ce soit dans l'Empire. Il n'est donc pas étonnant que les grandes capitales soient devenues des foyers de culture très vivants. Tous les cultes, toutes les philosophies s'y rencontraient: les rabbins côtoyaient les prêtres égyptiens, les mages côtoyaient les prêtres de Mithra, les philosophes grecs côtoyaient les évêques chrétiens.

La personnalité d'Hadrien est un parfait miroir de cette époque. Cet empereur qui eut le génie de comprendre que Rome n'avait plus la force de continuer sa politique de conquête, passa la plus grande partie de son règne à voyager, à la fois pour veiller au maintien d'une paix sans cesse menacée et pour satisfaire la curiosité d'un esprit ouvert à tous les courants d'idées, à toutes les religions, à toutes les formes d'art. Mais s'il se fit initier au culte de Mithra, s'il se plût à séjourner en Égypte ou dans les Gaules, il fut surtout séduit par la Grèce. Son grand rêve était de faire revivre le classicisme grec pour en faire l'âme de l'Empire. C'est dans ce dessein qu'il choisit comme lieutenant, Arrien de Nicomédie, un historien qui voulait s'élever jusqu'à la hauteur de Thucydide et comme médecin, Hermogène, un nouvel Hippocrate. C'est dans ce dessein aussi qu'il fit ériger une cité grecque en plein coeur de la Palestine. Ce beau rêve peut très bien être considéré comme l'équivalent politique de l'effort accompli au même moment par les gnostiques sur le plan religieux. Le gnosticisme est bien en un sens du moins, un temple grec érigé sur les ruines du temple de Jérusalem. Ce temple connut d'ailleurs le même sort que la Cité d'Hadrien.

Quel sens convient-il de donner au mot gnostique? Traditionnellement, ce mot servait à désigner les membres des sectes combattues par les grands hérésiologues du deuxième siècle. Mais depuis quelque temps, on parle d'une gnose pré-chrétienne dont Philon le Juif serait le principal représentant. Un tel élargissement du sens du mot gnostique est-il légitime? Nous n'en avons pas à décider ici. Nous reviendrons néanmoins, pour des raisons pratiques, au sens traditionnel du mot: nous n'étudierons que les doctrines des hérétiques.

Qui étaient-ils ces hérétiques? C'était des chrétiens au sens large du terme, c'est-à-dire des gens qui connaissaient la tradition juive, qui avaient entendu parler du Christ, et qui, s'ils interprétaient souvent son incarnation d'une manière trop personnelle, croyaient néanmoins à sa divinité ainsi qu'au caractère extraordinaire de son enseignement.

Mais ces chrétiens vivaient dans la partie la plus hellénisée de l'Empire romain. Valentin était originaire d'Alexandrie; Marcion, du Pont; Bardasane, d'Edesses. Il est donc fort probable que, comme nous le laissions entendre, ils aient été avant tout des penseurs initiés à la philosophie religieuse des Grecs, c'est-à-dire au platonisme et aux religions à mystères. S'ils ont été, comme le soutient Harnack,(01) les premiers théologiens de l'Église, c'est sans doute pour cette raison.

C'est aussi pour cette raison qu'ils se sont opposés violemment à certaines tendances du christianisme orthodoxe alors en formation. Ce christianisme enseignait alors entre autres choses, l'existence d'un Dieu plus puissant que pur, la résurrection des corps et souvent même l'établissement d'un royaume terrestre. C'était des choses inacceptables pour des esprits habitués aux clartés grecques et assoiffés de pureté Platon n'avait-il pas écrit:

«Dieu n'est pas cause de tout, il n'est cause que des biens, il n'est pas responsable des maux.»

Le Christ n'avait-il pas dit: «Mon Royaume n'est pas de ce monde». Les gnostiques furent frappés, plus profondément peut-être que Platon lui-même, par les contradictions inhérentes à notre nature parce que, d'une part, les persécutions, les déracinements massifs qui avaient précédé l'établissement de la paix romaine, leur avaient donné une profonde expérience du malheur et que, d'autre part, la charité évangélique qui les inspirait leur ouvrait les yeux sur la corruption des classes dirigeantes et sur les souffrances des esclaves.

Berdiaev a raison de comparer les gnostiques aux premiers révolutionnaires russes. Il écrit à propos de l'athéisme de ces derniers:

«Les raisons de l'athéisme russe , nous les trouvons d'abord dans une protestation passionnée, indignée contre le mal, la contrainte, les souffrances de la vie; dans la pitié pour les malheureux, les déshérités et les humiliés. Nous avons vu que par compassion, par impossibilité d'admettre la souffrance , les russes se firent athées. Ils se firent athées, refusant d'accepter un créateur qui aurait engendré un monde méchant, imparfait et rempli de douleur. Un tel athéisme offre plus d'une analogie avec la doctrine de Marcion. Mais Marcion supposait que le monde avait pour créateur un dieu méchant: les athées russes, à une période différente de la raison humaine, estiment que Dieu n'existe pas parce que s'il existait, il ne pourrait qu'être méchant.» (02)

Selon Berdiaev donc, c'est pour expliquer le mal que les gnostiques supposent que le créateur est un dieu méchant. Cette opinion est vraie mais en partie seulement. Le dualisme des gnostiques a des causes plus positives. Platon et le Christ leur avaient révélé l'existence du bien, d'un Dieu qui est bon et pur avant d'être tout-puissant et implacable.

Et on peut considérer que c'est pour sauver la transcendance de ce Dieu que les gnostiques attribuent la création à un dieu mauvais, beaucoup plus que pour trouver une explication au mal.

Ce désir de sauvegarder à tout prix la transcendance, la pureté, la bonté de Dieu constitue l'essentiel, l'âme de leur doctrine.

La gnose, nous le verrons, n'est pas autre chose que la connaissance de ce Dieu. Pour pouvoir donner une définition plus complète et plus précise de cette gnose, il faut d'abord souligner que les gnostiques ont fait de larges emprunts aux religions à mystères. (03) Ils leur ont emprunté leur ésotérisme et surtout leur conception de connaissance. Le poème de Dyonisos-Zagreus par exemple, qui était révélé aux initiés de l'orphisme, est plus qu'un simple récit.

C'est une véritable métaphysique exprimée d'une façon allégorique dans un mythe tout à fait semblable à ceux que l'on trouve dans Platon. Les initiés de l'Orphisme avaient en outre accès à d'autres mythes et à des théories de caractère plus scientifique, ce qui leur permettait d'entrer en possession d'un savoir très étendu et très profond. La principale caractéristique de ce savoir, c'est qu'il n'était pas acquis de la façon habituelle mais révélé, qu'il n'était pas communiqué par des dissertations mais par des rites religieux.(04)

C'est aussi qu'il était réservé à des élus, qu'il fallait l'avoir mérité par une naissance heureuse ou par une longue suite de purifications. Il n'est pas surprenant que ce savoir ait été confondu avec le salut lui-même, si , pour y avoir droit, il fallait en quelque sorte être déjà sauvée.

Nous n'avons qu'à remplacer la légende de Dyonisos-Zagreus de l'Orphisme par un poème ayant pour centre un être réel, le Christ, et nous avons déjà une première idée de la gnose. Cela nous permet d'entrevoir que la religion des gnostiques est, comme le dit Harnack, une Théo-Sophie mystérieuse,(05) une métaphysique révélée et une philosophie de visions.

Nous pouvons maintenant proposer la définition suivante: la gnose est une connaissance immédiate de l'Être, contenant en germe une cosmologie, une métaphysique et une morale susceptibles d'être développées dans des poèmes allégoriques. Cette connaissance ne peut être révélée que par le Christ. Elle est la grâce, le salut lui-même. Elle a en outre toutes les caractéristiques du savoir orphique dont nous parlions précédemment.

Pour pouvoir mieux comprendre cette connaissance, la découvrir du dedans, nous pouvons nous mettre en imagination à la place des grands hérétiques du deuxième siècle. Cela est d'autant plus facile pour nous que notre époque n'est pas sans ressembler à la leur. Nietzsche disait déjà des «peuples civilisés» à la fin du siècle dernier:
«Tous les temps et tous les peuples jettent pêle-mêle un regard à travers vos voiles; toutes les coutumes et toutes les croyances parlent pêle-mêle à travers vos gestes.»(06)

N'était-ce pas aussi un peu le cas des hommes du temps d'Adrien? Comme nous, ces hommes étaient pris dans un engrenage politique qui n'était pas à leur mesure, au milieu duquel les voix individuelles n'avaient aucune chance de se faire entendre. Comme nous, ils n'avaient aucune raison sérieuse de croire en un bel avenir. Les points de ressemblance sont très nombreux.

Essayons donc de nous représenter les préoccupation des esprits inquiets de l'Alexandrie des années cent trente après Jésus-Christ. Pendant leurs années d'enthousiasme, ils ont fréquenté plusieurs écoles, ils se sont intéressés aux traditions secrètes de la Grèce et de l'Orient. Ils ont entendu parler de Platon, de Pythagore, de Zoroastre et peut- être même de Bouddha. Mais la variété même de ces doctrines n'a fait que les rendre plus pessimistes.(07) Ils arrachaient un témoignage vivant et ils ne trouvaient que des doctrines...

La grande machine romaine semblait montée pour toujours. Nouvelle contrainte dans un univers déjà suffisamment contraignant par lui-même. Ils se sentaient de plus en plus étrangers dans ce monde. Leur désir d'évasion se faisait de plus en plus pressant. Ils étaient prêts à tout pour échapper à ce destin qu'ils n'avaient pas choisi. Mais il ne faut pas croire qu'ils étaient révolutionnaires à la façon des esclaves romains. Ils connaissaient trop bien les dieux intraitables qui règlent la politique. L'impitoyable nature leur paraissait plus hospitalière que la société.

C'est alors qu'ils ont fait la connaissance de secte nouvelle qui se réclamait d'un certain Jésus dont ils avaient déjà entendu parler mais qu'ils n'avaient pas pris au sérieux, peut-être parce qu'il était juif. Mais cette fois ils le connaissaient à travers les Lettres de saint Paul et l'Évangile de saint Jean. Il les a ainsi conquis. Il leur ouvrait un passage à travers les murs de ce monde.

«Mon Royaume n'est pas de ce monde.»(Jean 18,36) N'enviez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde , l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la vie n'est pas du Père mais est du monde». (Jean 2, 15,16)

Des textes comme ceux-là ne pouvaient que les ravir car loin de les éloigner de la tradition grecque, il les en rapprochaient. À Socrate qui venait de se moquer des craintes que la mort inspirait à Simmias et à Cébés, ce dernier n'avait-il pas répondu:

«Nous sommes des faibles, Socrate. Efforce-toi de nous, réconforter comme tels, en voulant bien supposer toutefois que ce ne sont pas nous les faibles mais un enfant présent en chacun de nous; en te disant aussi que c'est cet enfant qui craint ces sortes de malheur.

-Cet enfant, répartit Socrate, il faut le confier aux soins quotidiens d'un enchanteur et le laisser entre ses mains jusqu'à ce qu'il soit complètement libéré de ses frayeurs.

-Mais où, Socrate, trouverons-nous le parfait enchanteur de ces craintes d'enfant, puisque toi tu t'apprêtes à nous quitter?

-La Grèce est grande, cher Cébès, les hommes de valeur y sont nombreux; il y a aussi de nombreux peuples barbares. Il vous faudra parcourir leurs contrées en quête d'un tel enchanteur n'épargnant ni votre argent, ni vos peines ... » (08)

Ce parfait enchanteur, les gnostiques l'avaient trouvé dans la personne du Christ. Le Christ avait dit: «Je suis la Vérité.» Ils avaient pris cette parole au pied de la lettre. Plus ils approfondissaient sa doctrine, plus ils la mettaient en pratique, plus ils se sentaient sauvés. La vraie connaissance, celle qui est aussi le salut, ils l'avaient enfin trouvée. Ils étaient en elle et elle était en eux.

Comment définir cette connaissance sans la trahir? Elle était avant tout une présence une présence qui n'était pas autre chose que la conscience d'être libre, de ne plus se sentir prisonnier du monde.(09) Les gnostiques étaient devenus des hommes nouveaux. Les lois de ce monde, les lois qui régissent les passions, les lois que dicte la force sous toutes ses formes, n'étaient plus les leurs. Il n'y avait plus de destin pour eux, plus de nécessité ou plus exactement, la nécessité d'airain avait été remplacée par une nécessité d'or pur, par une nécessité surnaturelle.

À un second moment, dirions-nous, leur gnose était la révélation du vrai Dieu. Le vrai Dieu est étranger au monde, profondément inconnu. Il n'a rien de commun avec les dieux païens ni surtout avec le Dieu de l'Ancien Testament. Tous ces dieux ne sont que des puissances parmi les puissances de ce monde. Ce monde n'a rien de divin, il n'a pas été créé par le vrai Dieu mais par quelque puissance inférieure et bornée qui ne connaissait pas ce qu'il y avait au-dessus d'elle.

À un troisième moment, leur gnose était la connaissance de la connaissance et par là, une connaissance de soi-même. Ce savoir, qui était à la fois vie et lumière, n'avait rien de commun avec leurs anciens savoirs qui n'étaient au fond que des reflets des choses du monde. Ces anciens savoirs, ils les avaient acquis par leurs propres moyens. Leur nouveau savoir leur était donné; il était une grâce, il était divin. Et eux aussi, ils étaient divins, eux aussi ils étaient lumière et vie, car autrement comment au-raient-ils pu recevoir la lumière et la vie? Les ténèbres en effet ignorent la lumière. Ils étaient des fragments du vrai Dieu. Leur corps seul avait été créé, ils étaient dans le monde mais ils n 'étaient pas du monde. On voit assez facilement quelle sorte de morale pouvait en résulter. Le corps n'étant qu'une partie du monde, point de foi dans l'action, point d'illusion de se sauver en se conformant à des préceptes extérieurs, point de pharisaïsme! Ascétisme bien sûr, car à quoi bon se préoccuper d'une chose d'emprunt qui n'est pas appelée à ressusciter?

Mais en même temps, tolérance: le corps ayant ses lois propres, qui ne sont pas celles de l'âme, il peut très bien être entraîné dans des démesures sans que l'âme en soit avilie. (10)

Ces trois moments que nous avons distingués pour donner plus de clarté à notre exposé, ne doivent pas nous faire oublier que la gnose est une connaissance unique qui en-ferme bien sur tous les savoirs nécessaires au salut mais qui est plus que la somme de ces savoirs.

À première vue, le profane en matière de théologie ne voit pas très bien quelle différence il peut y avoir entre cette connaissance, qui est aussi libération, et la foi telle qu'elle est définie dans le catholicisme orthodoxe. Dira-t-on que la foi n'est pas un acte de l'intelligence mais un acte de la volonté, qu'elle consiste à donner son adhésion à des vérités qu'on ne comprend pas? Cet-te distinction n'est pas très convaincante. La gnose est justement la reconnaissance d'un Dieu inconnu qui n'a rien de commun avec les dieux que nous croyons connaître à l'aide de la raison naturelle . Elle est essentiellement un consente-ment. Si elle diffère réellement de la foi, c'est sans doute beaucoup plus par la que par le fond.

On pourrait peut-être même dire que la gnose est une foi sans forme extérieure, en ce sens qu'elle est avant tout une expérience du transcendant dont on n'explicite le conte-nu qu'ultérieurement. Le fait que dans les religions gnostiques il n'y a pas de dogme est à ce sujet très révélateur. Et c'est sans doute ce caractère subjectif qui a rendu la gnose si suspecte à l'Église. Irénée disait déjà:

«Cette sagesse, chacun croit l'avoir découverte par lui-même, c'est-à-dire en imagination. De sorte qu'il est convenable selon eux que la vérité soit tantôt dans Valentin, tantôt dans Marcion...Chacun d'eux s'est en effet perverti à tel point, dépravant la règle de vérité qu'il n'est pas troublé de se prêcher lui-même.»(11)

Dans la foi orthodoxe, ce caractère subjectif est très atténué. Cette foi est l'adhésion à des dogmes, à un contenu formulé objectivement. L'expérience ne vient qu'après, quand elle vient. De toute manière, elle n'est pas nécessaire. (12)

On pourrait montrer que la grâce selon la gnose se différencie de la grâce selon la conception orthodoxe d'une façon analogue, c'est-à-dire par la forme plutôt que par le fond. Les gnostiques ne voyaient pas l'utilité des sacrements.(13) Eux qui affirmaient que le monde n'est pas l'oeuvre de Dieu.. comment auraient-ils pu croire que la grâce puisse être communiquée par des signes sensibles? Eux qui croyaient que le social ne valait pas mieux que le monde; comment auraient-ils pu admettre qu'il faille faire partie d'une société pour avoir droit au salut?

Ces réflexions qui, il convient de le répéter, sont celles d'un profane, permettent de comprendre pourquoi Harnack a pu dire que le gnosticisme est «l'hellénisation extrême du christianisme».

Les gnostiques s'opposaient catégoriquement à tout ce qui venait de la tradition juive. Ils voulaient un christianisme universel bien sûr, mais universel par sa pureté et non pas à la façon de l'Empire romain.

«On veut une religion universelle, qui s'adresse non pas à la nationalité des hommes mais à leurs besoins intellectuels et moraux. On consent à reconnaître dans l'Évangile la religion universelle, mais à condition qu'on le sépare de l'Ancien Testament et de la religion de l'ancienne alliance, pour le modeler sur la philosophie religieuse des grecs et l'enter sur le culte et sur les mystères traditionnels.»(14)

Le fait que le Christ était né en Palestine ne signifiait pas que sa religion dût continuer le judaïsme. Le Christ était essentiellement pour eux celui qui révèle le vrai Dieu et non pas le Messie annoncé par l'Ancien Testament. De là leur docétisme. Le Christ avait bien pris la forme d'un esclave, comme il est dit dans les extraits de Théodote, mais cette forme n'était pour lui qu'une apparence. Le Christ n'avait pas souffert réellement. Il n'était pas mort réellement. On a souvent considéré ce docétisme comme absolument inconciliable avec la doctrine de la Rédemption sans se donner vraiment la peine d'en étudier les nuances. Simone Pétrement s'est donné cette peine et elle en est arrivée à cette conclusion:

«Tout le gnosticisme est paradoxe, et c'est ce qu'on ne doit pas oublier pour le comprendre. Avant tout, c'est comme paradoxe qu'il faut comprendre le docétisme, c'est-à-dire cette négation de l'humanité du Christ, qui paraît d'abord être au christianisme tant de force et de valeur. Le docétisme exprime évidemment la volonté de nier l'apparent, l'immédiat: non, il n'a pas souffert; non, il n'était pas homme; non, il n'est pas mort. Mais il faut l'entendre ainsi: tout en souffrant, il n'a pas souffert; tout l'homme qu'il était, il était Dieu; tout en mourant, il n'est pas mort. C'est seulement ainsi qu'on peut expliquer les apparentes contradictions des gnostiques. Marcion, par exemple, enseignait à la fois le docétisme et que le Christ avait réellement souffert.»(15)

Harnack va même jusqu'à nier que les gnostiques aient été docètes:

«Les gnostiques enseignaient qu'en Jésus-Christ, il faut distinguer nettement l'éon céleste Christ et son apparition humaine et attribuer à chacune des deux natures une action distincte. C'est donc la doctrine des deux natures et non le docétisme qui est propre au gnosticisme.»(16)

On a aussi prétendu que les gnostiques, parce qu'ils attachaient une grande importance à la connaissance, étaient portés à sous-estimer l'importance de la Passion. Il y a sans doute du vrai dans cette opinion,(17) mais les remarques de Simone Pétrement nous invitent de nouveau à introduire des nuances:

«C'est la même chose de dire que le Crucifié avait raison, ou de dire que la vérité, le vrai jugement est d'un autre monde.

Vouloir rappeler, comme veulent toujours les gnostiques, que la lumière est d'ailleurs et non d'ici, que nous-mêmes, en tant que nous jugeons vrai, nous sommes d'ailleurs et non d'ici, c'est simplement vouloir maintenir les droits du Crucifié. Le paradoxe entraîne l'affirmation d'une autre réalité. Ce qui échoue ici, réussit ailleurs; il y a deux ordres.

Certains historiens se sont mis l'esprit à la torture pour comprendre comment la croix, selon Valentin, pouvait être appelée une Limite. Ils se sont donné cette raison, que la croix, à cette époque, avait la forme d'un Tau, de sorte que par sa branche supérieure, elle constituait une limite horizontale pour le monde, et par sa branche verticale, le séparait en deux. Ou bien encore, ils ont traduit Stauros, non par croix mais par pieu, palissade. N'est-il pas plus simple de comprendre que la condamnation du juste est vraiment la séparation de deux ordres, la puissance visible d'une part., d'autre part la valeur et la vérité? Vénérer la croix., c'est affirmer qu'il y a deux ordres et, si l'on veut, deux mondes.

L'idée de Valentin est la même qu'exprime Basilide quand il dit que la Passion du Christ «n'a pas eu d'autre but que d'opérer la discrimination des choses auparavant confondues».(18)

Le style gnostique

Jusqu'à maintenant, nous avons parlé de la gnose proprement dite. Il nous faut maintenant parler des différentes doctrines et d'abord, du style qui les caractérise. Puisque leur savoir leur était révélé, donné, les gnostiques ne pouvaient pas le communiquer à la façon des philosophes. On ne démontre pas l'indémontrable. Dans ces conditions, comment pouvaient-ils s'exprimer pour être universellement compris? Ils connaissaient, nous l'avons dit, les mythes de plusieurs religions. Ne pouvaient-ils pas adapter ces mythes?

«On prit la mythologie grossière de n'importe quelle religion orientale, on transforma des personnages concrets en idées spéculatives et morales comme, «abîme, silence, sagesse, vie«, en conservant même fréquemment les noms sémitiques. On créa ainsi- une mythologie d'abstractions, tandis que les rapports qui unissaient entre elles les idées étaient déterminés par les données que leurs modèles fournissaient. Ainsi se forme un poème philosophique dramatique semblable à celui de Platon, mais incomparablement plus compliqué et où, par conséquent, l'imagination avait une place bien plus considérable.»(19)

Ce style en lui-même nous en dit peut-être plus long sur la gnose que toutes les idées qu'il véhicule. Il rend tout à fait manifeste le besoin d'évasion, le désir d'échapper à la nécessité auquel nous avons fait allusion. Songeons au style des grands stoïciens qui furent les contemporains des gnostiques. L'imagination y est sans cesse.. rappelée à l'ordre, l'économie des moyens y est extrême, les phrases y ont des contours sévères; on sent qu'elles ont été ciselées avec l'attention qu'on accorde aux actions les plus importantes de la vie. Si tel est le style qui traduit la soumission à la nécessité et l'amour de la patrie terrestre, on peut en conclure sans invoquer d'autres raisons que le style des gnostiques exprime des idées contraires. Si l'on peut reprocher au premier d'être trop sévère, trop classique, on peut reprocher au second d'être romantique à l'excès.

Le style des gnostiques est donc en contradiction avec leur pensée. Il révèle la prédominance en eux de l'affectivité alors que leur pensée ne cesse d'affirmer la supériorité de la connaissance pure. Mais il ne faut pas trop s'offusquer de cette contradiction. Elle est la gnose elle-même et elle a de plus le mérite de nous mettre en garde contre la tentation de réduire le gnosticisme à ce qu'on appelle aujourd'hui l'intellectualisme, en donnant au mot le sens de sclérose. Les gnostiques n'étaient pas des spéculatifs mais des mystiques et par suite, leur faiblesse n'est pas la sclérose mais bien plutôt le délire. Il y a eu une scolastique délirante; il y a eu aussi une gnose sclérosée. Mais ce n'est pas une raison pour en conclure que dans la meilleure scolastique, c'était l'élément affectif qui prédominait et que dans la meilleure gnose, c'était l'élément intellectuel.

Quelques systèmes

Passons maintenant à l'étude des principaux systèmes. Quatre grands gnostiques ont élaboré une doctrine: Basilide et Valentin d'Alexandrie, Bardesane d'Edesses et Marcion du Pont. Nous n'étudierons que les doctrines de Valentin et de Marcion.

La doctrine de Valentin nous est surtout connue par les citations des hérésiologues, par des fragments réunis sous le titre d'Extraits de Théodote, ainsi que par quelques-uns des textes découverts à Nag Hamadi.

Pour mieux marquer la transcendance de Dieu, les Valentiniens l'appellent tantôt le Dieu étranger, tantôt le Dieu lointain, tantôt le Dieu inconnu. Ce Dieu, ils le placent au sommet d'un univers divin appelé Plérôme, ou lieu de la Plénitude. Ce Plérôme est constitué par des éons ou, puissances célestes qui entretiennent entre eux des rapports très complexes. Voici la description que le Père Sagnard donne de ce Plérôme dans son commentaire des Extraits de Théodote:

«La divinité, infinie transcendante se présente à nous comme un "Plérôme" c'est-à- dire une Plénitude faite de puissances hiérarchisées ou Éons siècles.

Ceux-ci émanent successivement par couples de leur Source dans une hiérarchie décroissante qui est pour nous l'expression de cette divinité.

Ces couples, conçus sur le type mâle-femelle, veulent simplement exprimer par leur élément femelle, une qualité inhérente à l'élément mâle, et, de cette façon, ils ne font qu'un.»(20)

Leur ensemble forme l'ogdoade:

Père, abîme................................................Pensée, grâce
Fils mono gène (intelligence)......................Vérité
Logos..........................................................Vie
L'homme.....................................................Église

Voilà donc pour le monde divin tel que se le représentaient les Valentiniens. À côté de ce monde divin, et complètement séparé de lui, il y a le monde d'en-bas, le monde des ténèbres. Il est à remarquer que les Valentiniens comme d'ailleurs tous les premiers gnostiques, ne font pas de distinction très nette entre la matière et le monde. Le mauvais ange qui a formé le monde l'a bien formé à partir d'une matière préexistante, mais il n'a pu le faire que par ce que lui-même était ignorant du divin. On s'explique ainsi pourquoi son travail n'a pas rendu la matière plus divin plus lumineuse. Parlant de cette première gnose, H.W. Barth écrit:

«La caractéristique en est le dualisme radical qui, pour la première fois, n'est pas intérieur au monde, mais qui repousse le monde tout entier, le cosmos grec avec ses dieux, comme le monde oriental avec ses planètes, du côté du mal et les sépare d'un Dieu unique, bon et lointain.»(21)

Il s'agit donc d'un dualisme qu'on pourrait appeler transcendantal et non pas d'un dualisme métaphysique ou dualisme des principes. Ce dualisme tel qu'il existe dans Mani, enseigne que le monde résulte du mélange de deux principes, la lumière et les ténèbres, Dieu et la matière. Le dualisme des premiers gnostiques est plus radicale monde pour eux est tout entier du côté des ténèbres mais en même temps, il est moins catégorique, moins définitif: le monde, après tout, a été créé par une puissance sortie du Plérôme. S'il ne l'a pas créé lui-même, Dieu a au moins permis sa création. Le texte suivant montre très bien le caractère ouvert de ce dualisme:

«Il ( le démiurge ) ne connaissait pas celle ( la sagesse) qui opérait par lui. Il croyait créer par sa propre puissance. C'est pourquoi l'apôtre dit:

«Il a été soumis à la vanité du monde, non de son plein gré, mais à cause de celui qui l'a soumis, dans l'espoir d'être délivré lui aussi quand seront rassemblées les semences de Dieu.»(22)

Venons-en à l'homme. Pour expliquer l'existence d'un élément spirituel dans la matière, les Valentiniens ont recours à un mythe qui fait penser à la fois au mythe de Dyonisos-Zagreus, au mythe du Phèdre et au mythe de la chute des anges dans la Genèse.

«Sagesse, émanation la plus éloignée du Père a voulu saisir et comprendre son infini, comme le Fils le saisit.

D'où passion (naissance du mal, perturbation dans sagesse et dans tout le Plérôme) et finalement exclusion de cette pensée ou intention désordonnée, avec son mélange de passions. Cette pensée se cristallise au-dehors et se nomme encore sagesse par simple dédoublement de la première.» (23)

Cette étincelle divine, déchue, tombée dans la matière sous forme de fragment constitue le noyau de l'âme humaine, lequel noyau est appelé tantôt «pneumatikon sperma», tantôt «Xenikon sperma», tantôt «eklekton sperma». À son sujet il faut noter:

a) qu'il n'est pas donné à tous les hommes, comme le mot élu qui sert à le désigner l'indique clairement.

b) qu'il fait partie de la substance divine, qu'il est en quelque sorte incréé, thèse contre laquelle s'indigna l'élément orthodoxe de l'Église.

c) que lui seul est digne de la gnose. Nous reviendrons sur ce troisième point un peu plus loin.

La dite étincelle divine, appelée plus fréquemment âme pneumatique, est recouverte d'une âme psychique, laquelle à son tour est recouverte d'une âme hylique. Il est intéressant de remarquer que ces trois terres correspondent à peu près exactement à ceux que distingue Platon dans le mythe du Phèdre. L'âme hylique correspond au mauvais cheval; l'âme psychique, au bon cheval; l'âme pneumatique, au cocher. Seule l'âme hylique est commune à tous les hommes. L'âme psychique est un peu moins rare que l'âme pneumatique mais elle appartient elle aussi à une catégorie restreinte d'élus. (Chez Platon toutefois, il n'y a pas de semblable répartition.)

Il nous reste à d'aborder la question du salut de ces âmes. La théorie valentinienne du salut repose tout entière sur l'idée de rédemption. Le Christ, lui-même élément pneumatique, s'est incarné. Parce qu'il n'a ni âme psychique, ni âme hylique et qu'il est par conséquent d'une parfaite transparence, il est une condition essentielle à la gnose, au salut. C'est lui qui éveille l'élément pneumatique dans les âmes. Cet éveil, c'est la gnose qui est à la fois libération et connaissance, qui est la véritable naissance dont avait parlé saint Paul.

Mais que deviennent les psychiques et les hylique pendant que les pneumatiques naissent ainsi à la vie éternelle? Les Valentiniens tranchent cette question d'une façon qui, à juste titre, nous semble cavalière, mais qui ne manque pas d'un certain fond de réalité: les psychiques ont droit à un salut mais à un salut inférieur à celui des pneumatiques; les hyliques sont néant, ils restent néant. Cette façon de classifier les êtres aurait été vraiment atroce étouffante, si elle avait pu être appliquée à la lettre Mais en réalité, on a tout lieu de supposer que personne n'était en mesure de dire avec certitude si son voisin ou lui-même appartenait à telle catégorie plutôt qu'à telle autre.

Et même s'il n'en avait pas toujours été ainsi, nous n'aurions pas lieu de nous offusquer outre mesure: certaines de nos catégories psychologiques, tels le refoulement et le complexe freudien, sont beaucoup plus étouffantes que les catégories gnostiques parce que, étant moins générales, elles sont d'un usage beaucoup plus facile.

Il nous reste à parler de Marcion. Marcion était un esprit plus réaliste et par là, peut-être plus profond que Valentin. Il est le seul des grands gnostiques qui eut une influence durable, le seul qui aurait pu donner à l'Église une orientation différente de celle qu'elle a prise. Voici comment Harnack caractérise sa doctrine:

«Une pensée profonde domine le christianisme de Marcion et l'a tenu à l'écart de tout système rationaliste, c'est la pensée que les lois régnant dan s la nature et dans l'histoire, que les actes de la justice ordinaire sont contraires aux actes de la miséricorde divine, et que la foi humble et l'amour du coeur sont l'opposé de la vertu orgueilleuse.»(24)

Il n'est donc pas étonnant que Marcion ait jugé l'Ancien Testament très sévèrement, qu'il soit même allé jusqu'à soutenir que le Dieu bon, le Père que le Christ avait invoqué, ne devait pas être confondu avec Yahvé.

On a toutefois exagéré beaucoup sa sévérité à l'égard de l'Ancien Testament, de manière, croirait-on, à le faire apparaître comme fanatique, ce qu'il n'était vraisemblablement pas. Son exégèse telle qu'elle se présente dans la lettre de Ptolémée à Flora, fait preuve d'un souci des nuances que l'on aimerait retrouver chez tous les hérésiologues:

«Car si la loi n'a pas été donnée par le Dieu parfait lui-même, comme nous l'avons déjà dit, et certainement pas non plus par le diable (ce qu'il n'est même pas permis de dire), le législateur doit être un troisième qui existe à côté de ces deux autres.

C'est le démiurge et le créateur de ce monde tout entier et de tout ce qu'il contient. Parce qu'il est, en son essence, différent des deux autres et se tient au milieu d'eux, on pourrait l'appeler à bon droit l'intermédiaire.

Si le Dieu parfait est bon en son essence, comme il l'est effectivement, (car notre Sauveur a dit qu'il n'y avait qu'un seul Dieu bon, son Père, qu'il a révélé) et si l'être qui est par nature Adversaire est mauvais et méchant, caractérisé par l'injustice, alors celui qui se situe entre le Dieu parfait et le diable, et qui n'est ni bon ni assurément mauvais ou injuste, pourrait à proprement parler être appelé juste, parce qu'il est aussi l'arbitre de la justice qui dépend de lui.»(25)

 

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La gnose

Publié le 10 Juin 2026 par T.D


La Gnose, c'est la connaissance ...
..., mais quelle connaissance ???

Celle de la Tradition Universelle et Primordiale.

Cette définition n'éclaire pas beaucoup notre attention et appelle une autre question :

- Qu'est ce que la Tradition Primordiale et Universelle ?

C'est un enseignement très ancien transmis par les écoles initiatiques à leurs étudiants. Les prêtres, dans l'antiquité, ont inclu dans leurs enseignements de la morale et de l'hygiène dispensés aux peuples, des chapitres de la tradition Universelle, sous forme de dogmes.

Mais ..., quelle peut être l'origine de la Gnose ?

Il n'est pas facile de répondre à cette interrogation. Les prêtres ne s'embarassent pas pour si peu; les religions, toutes antropomorphes, enseignent à leurs fidèles que Dieu a révélé à un ou plusieurs prophêtes ses enseignements par le moyen de la révélation. Mais si on considère Dieu comme le premier Principe, ineffable, inconnaissable, intangible, il faut trouver autre chose et considérer la question en partant de l'enseignement de cette même gnose.

Elle nous enseigne, et cela dans le prologue de l'Evangile de St Jean que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu, et que Dieu avait émané des Entités Spirituelles, donc sans dimensions, hors du temps et de l'espace et que ces entités étaient à son Image et à sa Ressemblance, donc douées de volonté propre, de liberté et capables de choisir ..., liberté qui a permis à la première catabole, la tentative de Lucifer, le Porteur de Lumière, d'émaner à son tour une part de l'Univers.

Cette tentative a été réprimée et Dieu émane alors l'Adam Premier, l'Adam Kadmon, que Martinez de Pasqually appelera le "Mineur", pour maintenir Lucifer dans des limites inférieures. L'Adam Kadmon, émané à l'image et à la ressemblance de son Emanateur, mâle et femelle, s'est laissé convaincre par celui qu'il était chargé de surveiller, et décida d'émaner à son tour, ce qui provoqua la seconde Catabole et la chute de l'humanité dans le monde de la matière sensible.

A la suite de séries d'épreuves, les êtres déchus seront réintégrés dans leur état primitif d'émanations divines.

Toutes les écoles initiatiques, toutes les religions sérieuses admettent ce "schémah".

Les interprétations varient selon les conditions spaciales et temporelles, et selon les capacités et les talents de chacun des individus s'intéressant à cette question ..., mais cela ne précise pas comment cette Tradition Universelle est arrivée.

Nous avons vu que les religions avaient simplifié ce problême en disant, comme les judéo-christo-musulmans, que Dieu avait parlé à Moïse pour lui donner ses instructions ..., c'est pousser un peu loin l'antropomorphisme ..., Dieu a créé l'Homme à son image et à sa ressemblance, et l'Homme le lui a bien rendu ..., il n'est pas possible d'accepter cette explication simpliste qu'un enfant ne croyant plus au Père Noël, rejetterait.

..., alors, les hommes ont cherché autre chose !

Ils ont observé ce qui était à leur portée, d'abord ..., la Nature ..., le Soleil paraissant chaque matin, disparaissant le soir ..., puis la Lune, reflétant la Lumière solaire la nuit depuis la nouvelle Lune jusqu'à la pleine Lune ..., les saisons ..., les étoiles fixes ..., les corps célestes du système solaire ..., et pour mieux communiquer les résultats de leurs méditations, ils inventèrent les Nombres, en même temps que l'Ecriture.

Ils ont conclu que les faits dépendaient de Lois..., et que ces Lois dépendaient de principes et que le premier des principes était Dieu ..., et que de ce Premier Principe, inconnaissable dans son essence, provenait tout le visible, comme l'invisible ..., et que par conséquent, tout pouvait être ramené à l'Unité, d'où le mot Univers qui signifie "tourné vers Un".

En continuant leurs observations, ils ont découvert La Loi des correspondances et des similitudes gravée dans la Table d'Emeraude :

" Il est vrai, véritable et sans mensonge que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ..., etc ...".
..., de cette Loi on a pu déduire que l'invisible était comparable au visible.

Partant de la constitution de l'homme en trois, parties :

- le corps = corpus = sôma
- l'âme = anima = psyché
- l'esprit = spiritus = pneuma

..., ils ont pu déduire que la Nature sensible était "doublée" par un double invisible - le plan astral, vivant en symbiose, comme l'ensemble psychosomatique humain, et qu'au delà, il existait un plan spirituel correspondant au pneuma humain spacial et temporel.

Partant encore de cette Loi des analogies, des similitudes et des correspondances, on peut spéculer dans tous les domaines et trouver par là même des applications pratiques - comme les astronomes trouvent par le calcul des corps célestes encore inconnus.

..., à propos de calculs ..., certaines écoles initiatiques ont travaillé en utilisant le symbolisme des nombres comme le fit Pythagore ..., ou les cabalistes ..., et ont obtenu les mêmes idéaux qu'en utilisant d'autres symboles ...

L'Unité UN correspond au Père = la Sagesse
Le Binaire DEUX, correspond à la Mère = La Beauté
Le ternaire TROIS correspond au Fils = la Force

..., ce sont là les trois hypostases de la divinité dans toutes les initiations et les religions tri-unitaires, sauf bien sûr les religions judéo-christo-musulmanes qui éliminent l'archétype de la Mère et de la Femme qu'ils jugent certainement trop inquiétant.

Cependant le nombre 1 multiplié par lui-même donne toujours UN ..., de même divisé par lui-même, le résultat est encore UN ..., si on opère une soustraction, le résultat est nul ..., mais si on ajoute l'Unité à elle même, on obtient deux ..., le mouvement apparait ..., du reste, le Zohar, un commentaire de la Bible, démontre que c'est du Nombre DEUX que tout provient ..., le deux est bien la Mère, la Femme qui perpétue la race sur le plan humain ..., et la Bible raconte que dans le symbolique Jardin d'Eden, que c'est bien la partie féminine de l'Adam Eve, l'humanité, cette Eve, la côte d'Adam, qui a été séduite par le Serpent et a entrainé l'humanité dans la seconde catabole et la création de l'Univers sensible et du plan intermédiaire ...,..., sans cette catabole que la femme déclencha, nous aurions échappé aux cycles inférieurs et leurs souffrances ..., mais de quel mérite pourrions nous nous réclamer si nous étions restés des émanations divines ?

En attendant le moment, qui n'est pas pour demain, de la réintégration des êtres dans leur état primitif, nous sommes bel et bien plongés dans les conditions spaciales et temporelles, dans une symbiose étroite psychosomatique enfermant notre pneuma ..., il faut faire avec !.

Mais des hommes curieux voulaient savoir d'où ils venaient et où ils allaient ..., et personne n'est revenu après la mort psychosomatique pour raconter quoi que ce soit ..., car les différents états de conscience passent par tous les états de conscience, depuis la lucidité jusqu'au coma, et si on peut sortir d'un degré de coma profond, on ne peut ressuciter .

Pour ce qui concerne les recherches parapsychologiques, de remémoration sur les vies antérieures, à ma connaissance, aucune indication concernant l'espace entre une mort et une nouvelle naissance d'un pneuma ne nous est parvenue. Nous sommes donc réduits à appliquer la Loi de la Table d'Emeraude pour émettre des hypothèses sur la constitution du Plan Divin. Pour mener à bien ce travail, il nous faut connaitre le plan spacial et temporel, puis, par analogies successives, apprendre à connaitre le plan intermédiaire ..., autrement dit le plan astral, si l'on veut un jour parvenir au plan spirituel.

Examinons donc un ternaire, un ternaire à notre portée, qui est l'homme, comme nous l'a conseillé l'école Socratique avec son fameux : "Connais toi, toi-même, et tu connaitras l'Univers et les Dieux".

L'homme, donc, est formé de trois parties, le corps, l'âme et l'esprit ..., le Sôma, la Psyché et le Pneuma ..., il existe une symbiose totale entre le corps et l'âme durant la période de passage dans le monde sensible. Cette union corps-âme disparait et est absorbée dans les cycles naissance-mort ..., seul, l'esprit, étincelle émanée de la Lumière éternelle, est immortel, comme sa source divine.

Le corps physique est la partie de l'homme la mieux étudiée par la science expérimentale parce que l'intelligence de l'homme a conçu et réalisé des outils permettant cette étude, et nous ne pouvons qu'admirer l'ingéniosité de sa construction, de son fonctionnement, de son organisation et de son service après vente.

Le systême nerveux central est une merveille ..., avec tous les éléments chimiques qui lui sont apportés par le flux sanguin, il fabrique l'électricité dont il a besoin pour son fonctionnement ..., il est capable de séparer les éléments des gaines isolantes protégeant ses conducteurs électriques afin de mettre hors circuit ses éléments usés aux endroits adéquats, pour rétablir le bon fonctionnement dans son ensemble ou d'une fonction en particulier ..., et comme miniaturisation ..., c'est fantastique ..., des centaines de milliers de cellules, ayant chacune plusieurs fonctions, sont concentrées dans le volume d'un pois chiche !

Mais cette merveille constituant le corps de l'homme serait inerte et rapidement décomposé s'il n'était animé par l'âme, comme tout ce qui existe, animaux et plantes.

L'âme est moins étudiée que le corps, car immatérielle ..., on manque singulièrement d'objets de contrôles expérimentaux, et lorsque certains existent, comme les photos Kirlian, le magnétomètre de Fortin, ils ne mettent en lumière que les conséquences de l'existence de l'âme.

L'âme est donc la partie qui anime, qui véhicule la cohésion de la vie. Comme le corps, l'âme est complexe ..., ses différentes parties ont des fonctions et des buts déterminés. On peut définir l'inconscient comme l'organe qui s'occupe spécifiquement de faire fonctionner les organes et appareils du corps physique en tout temps ..., aussi bien dans les différents degrés de conscience - veille - pré-sommeil - sommeil - sommeil profond - coma - coma profond - mort - ..., dans ce dernier degré - la mort - l'âme toute entière se sépare du corps et disparait elle même lorsque le corps est complètement décomposé, libérant ainsi l'esprit. A ce premier ensemble de fonctions vient s'en ajouter d'autres agissant sur le corps ou sur le comportement et que l'on peut identifier à la notion de subconscient ..., une partie de ces fonctions commande les réflexes du corps, d'autres son comportement : douleurs affectives, amour, répulsion, colère et différents états de conscience.

Si nous considérons le soma - le corps - comme un robot dont le moteur électronique et les mémoires se trouvent dans le systême nerveux central ..., la Psyché serait l'opérateur. La psyché est donc en relation, d'une part avec la nature naturée, le monde physique par l'intermédiaire du systême nerveux central dans la section des cinq sens ..., et d'autre part, elle est en rapport avec la nature naturante par sa constitution propre. Cette constitution sert d'intermédiaire entre la nature naturante et la nature naturée ..., le plan astral avec l'homme.

Ce plan astral, immatériel, n'étant pas programmé dans notre ordinateur, nous ne pouvons en prendre connaissance que dans les degrés de conscience compris entre le pré-sommeil et le coma profond ..., c'est pourquoi, dès le pré-sommeil, nous "voyons" des figures, des personnages ..., et que dans nos rêves nous assistons à des scènes plus ou moins logiques.

Comme sur le plan physique, il y a les quatre éléments et aussi les minéraux, les végétaux, les animaux ..., des phénomènes électromagnétiques, lumineux, etc ... sur le plan astral, il y a également différents phénomènes. Comme notre ordinateur n'est pas programmé pour les traiter directement, il nous faut être mis dans un état de conscience spécial pour nous rendre compte de ce qui se passe dans ce plan astral et, de plus, avoir recours à une imagination symbolique. Cette interprétation nous est donnée par la partie du plan astral connu sous le nom d'inconscient collectif ..., par exemple, les Anges, ou plus précisément les Entités dont l'agglomérat forme une classe d'Anges, nous sont imaginés par des figures humaines d'allure androgyne munies de paires d'ailes ..., ou les quatre éléments nous sont présentés par des gnomes, des ondines, des sylphes ou des salamandres.

Cet état de conscience peut être obtenu par différents procédés ..., soit qu'ils sont héréditaires ou spontanés, soit volontaires par entrainement, soit provoqués par un déséquilibre physique ( privation de nourriture ou de sommeil ), soit par des agents physiques commes des hallucinogènes ou des intoxicants, soit par magnétisme, par suggestion ou même par malaise.

Dans ce plan astral figurent aussi une quantité innombrable d'images qui sont stockées, comme dans des K7 vidéo, toutes les pensées et les actes émis et accomplis dans le passé et dans le présent depuis le commencement des temps ..., et en plus l'astral est occupé par des entités que l'on peut nommer des élémentaux qui ne sont ni bons, ni méchants et que l'homme, consciemment ou non, peut influencer ..., et il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que certaines de ces entités, plus puissantes que d'autres, plus complexes, cherchent à se matérialiser dans le plan physique en jouant des coudes.

Ce plan astral, de par sa nature, est hors du temps et de l'espace, il est donc impossible de savoir si les K7 vidéo sont récentes ou anciennes. Les "voyants", quelque soit leur support - astrologie - tarot - cristal - nombres - géomancie - marc de café - etc ..., ne peuvent assurer que leurs prévisions se réaliseront, car certaines sont relatives au passé.

Les médiums à effets physiques ont tous été pris un jour ou l'autre, par des vérificateurs, à tricher lorsqu'ils ne sont pas en état adéquat lors de l'expérience. Nous sommes en rapport direct avec cette dimension astrale durant nos rêves et il faut bien se garder de se mettre en relation avec elle en dehors de ces périodes qui sont prévues "pour"..., car si le plan physique est une illusion, le plan astral l'est encore plus.

La troisième composante de l'homme est donc son esprit immortel, émanation de la divinité, l'image et la ressemblance de Dieu. L'esprit est le support de l'intelligence et de la raison, de l'entendement et de l'imagination créatrice ..., de la volonté et de la conscience spirituelle ..., de l'Amour Supérieur dont les trois formes sont l'Altruisme, la Fraternité et la Charité.

Sur le plan spirituel, l'homme, l'humanité, est tout comme les classes d'anges - archanges - trônes - principautés - dominations - vertus - pouvoirs - chérubins - séraphins - , l'homme est formé par des cellules androgynes qui, tout comme les corps spirituels qu'elles forment, sont à l'image de la tri-unité divine : l'Unité = le Père, la Dualité = la Mère, le Ternaire = le Fils. Ces trois états divins sont symbolisés dans nos temples respectivement par les colonnettes Sagesse, Beauté et Force. S'il était permis de s'étonner en maçonnerie, il serait possible de le faire en constatant que la plupart des Loges refusent leur entrée aux femmes.

Dans les conditions spaiiales et temporelles dans lesquelles sont plongées les cellules spirituelles humaines qui sont revêtues de peaux de bêtes, ces dernières sont sexuées. L'homme et la femme sont anatomiquement et physiologiquement complémentaires, comme ils le sont psychiquement ..., et pour qu'une question reçoive complètement sa résolution, il faut qu'elle soit étudiée en même temps par l'homme et par la femme ..., c'est d'ailleurs ce qui se passait dans les écoles initiatiques antiques celtes, scandinaves, égyptiennes, grecques, orientales etc ...
Du reste des maçons éclairés comme Cagliostro, avec ses hauts grades égyptiens ..., comme Martinez de Pasqually et son successeur et adepte Willermoz, des hommes comme Constant Chevillon au rite des Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers, ont tous reçu des soeurs dans leur Ordre respectif, et il est probable qu'un rituel spécifiquement rédigé pour la femme aux trois premiers grades ait été pratiqué au XVIIIème siècle sous la Grande Maitrise de la Princesse de Lamballe.

A note époque, nos soeurs du rite de Memphis-Misçraïm pratiquent leur propre rituel écrit par Chevillon lui-même en 1935 ..., car, la maçonnerie, conformément aux écoles initiatiques anciennes, fait passer ses adeptes par les portes de la Mort du Corps et de la Mort de l'Ame, plongeant ainsi l'esprit dans les cycles successifs.

Autant au rite masculin avec la légende d'Hiram, qu'au rite féminin avec la légende de Perséphone, les cellules humaines androgynes suivent alors la suite de l'Initiation.

Si tous les maçons repassaient de temps en temps dans le cabinet de réflexion et s'imprégnaient bien du fait qu'ils doivent y laisser leur individualité pour reprendre en main leur personnalité ..., de laisser dans ce tombeau les préjugés de la culture profane, de la culture Judéo-christo-musulmane basée sur l'idée que le droit est basé sur la force pour être mieux défendu ..., ils ne ressentiraient alors plus ce complexe d'infériorité qu'ils éprouvent devant la femme. Il faut comprendre par là que si la femme a des solutions à un problème, ce n'est pas parce que la femme est plus intelligente que l'homme, c'est parce qu'elle est femme ..., et ce que lui a trouvé, c'est parce qu'il est homme ..., et il est facile de déduire qu'à eux deux, ils peuvent trouver la totalité d'une solution. Certains maçons avouent que la présence en Loge de femmes leur fait perdre la concentration et l'attention sur les travaux exécutés ..., cela tient du fait qu'ils souffrent d'une affection entrant dans le cadre du fétichisme. Il y a le fétichisme des parties du corps, celui de pièces de vêtement, il y a aussi le fétichisme des lieux ..., et un maçon ayant un comportement normal dans la vie courante, s'il ressent une poussée de sa libido en Loge, doit savoir que celà se soigne et que celà se guérit très facilement.

La Loge est un lieu sacré dans lequel tous les présents sont censés se souvenir de cette pensée de notre frère St Exupéry :

" Mon Frère, enrichissons nous de nos différences".

Nous avons vu que la Tradition Primordiale et Universelle était la base commune des écoles initiatiques et des religions ..., et que ces religions n'en étaient que l'expression exotérique ..., nous avons vu également que dans les temps antiques tous les prêtres étaient initiés, ce qui n'est plus le cas maintenant particulièrement pour les prêtres de l'Eglise Romaine, puisqu'un membre de cette église entrant en maçonnerie serait sous le coup d'une excommunication majeure ..., cependant certains prêtres sont quand même initiés en maçonnerie, mais ils sont peu nombreux.

Ce petit nombre suffit cependant pour maintenir l'Esprit de la Tradition dans le corpus de toutes ces religions de masse qui toutes possèdent des gnostiques en leur sein. Il existe actuellement une église gnostique chrétienne apostolique qui est une résurgence des groupes gnostiques chrétiens du IIème et du IIIème siècles et dans laquelle tous les membres du clergé sont obligatoirement au moins maitres-maçons actifs.

Au IIème et IIIème siècles, des chrétiens initiés à la Tradition Universelle et Primordiale, comme l'étaient les Juifs Esséniens, se groupent dans différentes paroisses chrétiennes pour y apporter plus de matière traditionnelle.

Par exemple, quand St Paul a structuré la secte chrétienne, il n'a pu inclure la tri-unité de la tradition Universelle, le Père, la Mère, le Fils, et fut obligé de la réduire à une dualité Père - Fils, sachant bien que sinon il ne serait pas écouté et qu'il risquait d'être lynché ..., ce qui était courant et banal dans cette zone d'espace-temps.

Ce n'est que 50 ans environ après sa mort que l'on rajouta le Saint Esprit pour compléter la Trinité, mais toujours sans citer la Mère, et ce, pour la même raison : ce complexe d'infériorité de l'homme en général vis à vis de la femme et de sa capacité de créer la vie ..., alors que l'ésotérisme juif, conformément à la tradition, spécifie bien que c'est la Dualité, donc la Femme, la Mère, qui est choisie pour procéder à la création ..., ce qui est clairement énoncé dans le Zohar, par exemple, relatant la conversation symbolique du Père avec les nombres ..., ou encore plus simplement quand on sait que le premier mot de la Bible est "Bereshit" qui commence par la lettre "Beth", le B, qui est le nombre DEUX ..., le deux, la dualité qui est attribuée à la colonnette Beauté de notre Temple.

C'est aussi deux triangles qui forment le sceau de Salomon, c'est la couleur verte, symboliquement attribuée à Vénus, planète féminine, et un croissant de lune, également un symbole féminin qui figurent souvent chez les musulmans ..., et enfin, lorsque l'infaillibilité du Pape a été imposée en Concile, la première action du Pape a été de proclamer l'Ascension de la Mère de Jésus, article de Foi ..., ce qui indique bien que l'inconscient collectif considère la féminité, autant que la masculinité, malgré les altérations culturelles particulières.

L'Eglise Gnostique Apostolique actuelle, comme d'autres églises gnostiques de la résurgence de Doisnel, et Fabre des Essarts, son successeur, rappellent les quatre problêmes que se sont toujours posés les gnostiques :

1 - le problême de la création
2 - le problême de l'incarnation divine
3 - la question sociale
4 - la question de la femme

..., et c'est un septénaire qui répond à ce quaternaire :

1 - Exclusion du dogme de la création, tel qu'il est formulé par l'orthodoxie catholique romaine
2 - Existence d'une puissance inférieure productrice du monde hylique
3 - Doctrine de l'Emanation
4 - Groupement des Eons par SIZYGIES, c'est à dire par nature mâle et femelle.
5 - Analogie des trois mondes : Plérôme, Ogdoade, Hebdomade.
6 - Un Christ Sauveur s'incarnant en l'homme Jésus, mais restant indépendant de Lui et le quittant avant le drame du calvaire.
7 - Une réintégration de l'homme et de la femme ainsi que tous les autres êtres déchus dans le sein du Plérôme.

Le premier Gnostique chrétien a été Nicolas, un des sept diacres de l'église de Jérusalem choisis par les apôtres.

D'autres ont suivi ..., et au IIème et IIIème siècles, les sectes gnostiques ont été nombreuses sur tout le littoral méditerannéen.

Par la suite, il y a eu des résurgences dans plusieurs états européens. Il y a des gnostiques à titre individuel dans l'église romaine comme le Cardinal Nicolas le Cusain ..., puis, nous avons les Bogomiles en Bulgarie et en Macédoine ..., les cathares, albigeois, vaudois, patarins, cotereaux ..., St Bernard, plus druide que prêtre chrétien et les templiers, ses enfants ..., etc ..., etc ...

Force est de constater que des éléments de la Tradition Universelle et Primordiale flottent toujours dans l'inconscient collectif et se manifestent dans l'exotérisme des religions.

Nous avons la chance, dans la franc-maçonnerie, qu'elle nous soit dévoilée dans une grande partie de son ésotérisme.

Profitons de cette grâce ..., méditons et essayons de dégrossir nos pierres brutes pour construire le temple de la Jérusalem Céleste qui évolue peu à peu au cours des cycles innombrables.

R CH

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Une approche de la gnose 2ème partie

Publié le 10 Juin 2026 par T.D

Les thèmes principaux

Les auteurs gnostiques abordent la plupart des thèmes mythologiques et eschatologiques, les réinterprètent en passant par la révélation d’une « histoire secrète », d'un mythe total : l’origine et la création du Monde ; l’origine du Mal ; le drame du Rédempteur divin descendu sur Terre afin de sauver les hommes ; la victoire finale du Dieu transcendant, conduisant à la fin de l’Histoire et l’anéantissement du Cosmos.

Le point de départ est la considération, par l’individu, de sa situation face au monde : que suis-je ? Pourquoi ce monde me semble t-il étranger ? Qu’étais-je à l’origine et comment (éventuellement) revenir à cette situation ?

C’est la prise de conscience d’une déchéance impliquant que le Bien et le Mal sont deux éléments inconciliables, absurdement mêlés ici-bas par un accident contraire à la volonté divine. La révolte intime contre le Mal est la preuve de l’appartenance au Bien, à un absolu parfait extérieur à ce monde.

L’humanité est divisée en trois catégories :

  • ceux qui se sentent (donc, se savent) pourvus d’une perfection innée dont la nature est esprit : les pneumatiques ;
  • ceux qui n’ont qu’une âme et point d’esprit, mais chez qui le Salut peut encore être introduit par instruction : les psychiques ;
  • enfin, les êtres dépourvus d’esprit et d’âme, uniquement constitués d’éléments charnels voués à la destruction : les hyliques.

Le but premier du gnostique est la délivrance de sa parcelle divine, aliénée dans un monde matériel corrompu, et sa remontée vers les sphères célestes. Cette délivrance passe par la gnose, la connaissance parfaite de la nature de l’esprit, des structures de l’univers, de son histoire passée et future.

Le premier aspect de la gnose porte sur les origines du monde matériel et de l’homme, le Mal s’expliquant par la chute accidentelle d’éléments supérieurs dans un cosmos matériel, temporel et sexué, au fond duquel ils se sont disjoints, dispersés et emprisonnés sans pour autant perdre leur pureté.

Le second aspect de la gnose vise la destinée de l’humanité et du Cosmos, aboutissant à la dissolution finale de la matière, à la libération de l’esprit et au retour à l'unité parfaite intemporelle dont les élus, ici-bas, gardent le souvenir.

Le monde supérieur ayant seul été organisé par une intelligence authentiquement créatrice, le matériel n’en est qu’une copie maladroite. De même, l’homme terrestre est l’image imparfaite d’un modèle céleste. On voit l’idée de décadence puis de rédemption.

Pour les élus, le salut peut être personnel, alors que pour les autres le rachat se fera par une eschatologie générale ayant pour terme la destruction de l’univers matériel.

Du Pro-Père au Démiurge

À l’origine de tout, un éon parfait, invisible, inconcevable et éternel, habité par un Être absolu et immuable, le Pro-Père, replié sur lui-même et coexistant avec sa Pensée qui est, elle, Silence absolu.

De cette unité primitive du Pro-Père et de sa Pensée émane une seconde image du Père. Cette première émanation est dégagée de l’isolement primordial et capable d’engendrer. Elle suscite alors l’apparition des trente éons hiérarchisés du Plérôme. On y retrouve : Monogène, Logos, Mère céleste, Homme primordial, Fils de cet Homme (ou Seth céleste), grande Génération des Fils de l’Homme primordial, Sophia (Sagesse, parfois qualifiée de lascive), etc. Ces éons vont par couples, féminin/masculin, appelés syzygies.

Les éons sont, en même temps que des personnifications de concepts, des univers à part entière, infinis et éternels, reproduisant le schéma général du Plérôme tout entier et de l’Inengendré suprême.

L’opposition entre le monde idéal de la Lumière et celui, imparfait, des Ténèbres et de la Matière peut suivre 3 schémas.

Les plus radicaux situent, à l’origine de la création du monde matériel, une subite agression des eaux ténébreuses préexistantes contre la Lumière d’en haut, attaque qui se déroule dans l’espace intermédiaire d’un troisième principe, air ou vide. On retrouve ce thème chez les bogomiles et les manichéens.

Plus fréquemment, la Lumière d’en-haut préexiste seule à toute création. Un accident survenu dans le monde supérieur engendre une puissance difforme et ignorante, Ialdabaôth, autour de qui se forme un éon ténébreux, notre bas monde. La Lumière entreprend une œuvre salvatrice pour anéantir cet éon maléfique.

Selon une première variante, Sabaôth, le fils d’Ialdabaôth, va découvrir la Lumière et sera mis par les puissances supérieures à la place de son père pour engager le cosmos vers le salut. Une seconde variante montre Ialdabaôth revenant lui-même au bien.

Les diverses divinités sont considérées comme perverses, liées au monde matériel, tel le Démiurge de la Bible. Les gnostiques n’emploient pas le terme « Dieu » pour désigner l’Être infini dont tout le monde supérieur émane.

L’homme

Parmi les éons, il y a l’Homme (primordial) ainsi que le Fils de l’Homme. C’est à partir de son reflet que le Démiurge et ses archontes décident de fabriquer l’homme, Adam.

Le Père, grâce à ses anges déguisés en archontes, suggère au Démiurge d’insuffler son esprit, la Lumière dont il s’était emparé, à Adam.

La Lumière est ainsi passée à l’humanité. De rage, les archontes emprisonnent Adam dans l’Eden, vu comme un lieu terrible. Les puissances d’en-haut cachèrent la gnose et la vie dans le fruit défendu, et envoyèrent un Sauveur sous la forme du serpent pour inciter Adam et Ève à s’emparer de ces secrets.

Les archontes installent en Adam un second esprit, le contrefacteur, qui va sans cesse combattre les mouvements de l’esprit tiré vers le haut.

Le premier couple est expulsé de l’Eden par le Démiurge, furieux. Il souille Ève de sa lubricité, ce qui explique la génération d’Abel et Caïn. La vraie postérité d’Adam ne commence qu’avec Seth, dont seule la descendance, les parfaits, est promise au salut.

Le Démiurge envoie le Déluge pour anéantir les parfaits, mais Noé s’abrite avec les siens dans l’Arche et au final c’est la race, née de l’union des anges du Démiurge et des filles de la terre, qui est anéantie.

Les archontes sont liés à la voûte céleste, au mouvement des planètes.

Chaque partie de l’homme, physique ou psychique, appartient souverainement à la puissance de la voûte céleste qui l’a façonnée. Dans ce corps assemblé descend une âme qui, traversant l’un après l’autre chacun des cieux des planètes, y reçoit, en fonction du moment de ce passage, telle ou telle disposition par laquelle l’individu restera soumis aux astres.

Enfin, les puissances insinuent dans le fœtus l’esprit contrefacteur destiné à contrarier les pulsions éventuelles de l’homme vers le salut.

Le mélange de tous ces facteurs entraîne des degrés de perfection fort différents qui expliquent les 3 grandes catégorisations de l’humanité (pneumatique, psychique ou hylique).

L’eschatologie

Le Démiurge ne cesse d’envoyer contre les parfaits des cataclysmes et persécutions.

Il faut éveiller les élus en leur rappelant leurs racines célestes. Pour cela, des sauveurs et des prophètes sont envoyés d’en-haut pour dispenser confidentiellement leurs révélations. L’acte final du salut de l’humanité est la descente d’une puissance de la Lumière jusqu’au fond des Enfers.

L’œuvre salvatrice est associée à la descente de la Mère Céleste dans les abîmes où l’humanité est prisonnière, mythe remontant à la descente d’Ishtar aux Enfers. Seth aurait eu une incarnation céleste, et les mages (Zoroastre, etc.) sont les prophètes gardiens de l’enseignement secret de Adam et Seth.

La figure de la Mère sera remplacée par celles de Seth puis du Christ.

Annoncé par un signe des cieux, le Sauveur va descendre, d’abord déguisé en archonte des cieux inférieurs, puis revêtu de toute sa gloire. Les gnostiques répugnant à l’idée d’incarnation, le Sauveur est incorporel.

Dans certaines versions du mythe, le Sauveur doit subir les conséquences humiliantes de l’incarnation pour transmettre son message à quelques élus avant de retourner au Ciel. Parfois il oublie sa mission et doit être lui-même sauvé (mythe du « Sauveur sauvé »).

L’amnésie de la condition originale est une image spécifiquement gnostique. En se tournant vers la Matière, l’âme oublie sa propre identité. C’est la mort spirituelle. Le mythe du Sauveur Sauvé tourne autour de cette notion d’amnésie, qu’illustre l’Hymne de la Perle, dans les Actes de Thomas. La découverte du principe transcendant à l’intérieur de Soi-même constitue l’élément central de la religion gnostique. Cette redécouverte, l’anamnèse, est obtenue grâce à un messager divin et grâce à la gnose.

Le symbole du sommeil est également utilisé dans ces mythes. C’est un symbole archaïque universellement répandu dans la quête de l’initiation. Ne pas dormir, ce n’est pas seulement triompher de la fatigue physique, mais surtout faire preuve de force spirituelle. Rester « éveillé », être pleinement conscient, veut dire : être présent au monde de l’esprit.

Chez les gnostiques, l’image de l’ivresse est aussi employée.

Finalement, le rédempteur remontera aux Cieux, occasion d’un bouleversement céleste qui fixera les archontes aux planètes, traversant la voûte céleste à l’endroit d’un X gigantesque considéré comme la Croix céleste.

Ce phénomène de la crucifixion sur le X céleste est déjà attesté à Rome au moment de l’avènement du règne d’Auguste, à qui on attribue déjà l’abolition de la Fatalité astrale.

La crucifixion céleste avait été adoptée par certains chrétiens mais fut vite abandonnée.

Les gnostiques se croyaient presque parvenus à la fin des temps. Les livres prétendument gardés secrets venaient d’être ressortis de leurs cachettes.

Pour les Parfaits, l’enseignement portait sur les mystères de la descente et de l’ascension du Sauveur/Christ à travers les 7 cieux habités par les anges, et sur l’eschatologie individuelle, c'est-à-dire l’itinéraire mystique de l’âme après la mort. Cette tradition prolonge l’ésotérisme juif et d’ailleurs sur l’ascension de l’âme et les secrets du monde céleste.

L’âme après la mort

L’homme est asservi aux puissances des cieux visibles qui l’ont façonné. Les gnostiques pensent pouvoir réduire leur puissance en employant des conjurations contenant les noms secrets de ces puissances. Ils mettent également en place des rites pour échapper aux égarements de l’esprit contrefacteur.

Au moment de la mort, un élu muni de tous les sacrements de la gnose fait son ascension à travers les cieux sans retour : il présente les sceaux aux gardiens pour que les portes lui soient ouvertes.

Des autres, les moins souillés sont purifiés dans les purgatoires des espaces célestes, montant parfois d’une sphère à l’autre lors d’une conjonction astrale. Mais bien des malheureux sont rejetés vers le bas, tourmentés en Enfer, avant d’être soumis à l’oubli de leur vie précédente et rejetés dans de nouveaux corps.

La morale

Les gnostiques, voyant le corps charnel asservi dans ses actes et ses passions à la souveraineté des planètes, ou encore se croyant pourvus d'une grâce d'en-haut qui délivre des actes ici-bas, n'ont pas de notions de moralité individuelle très strictes.

La gnose peut donc aussi bien conduire à un ascétisme rigoureux qu'à de curieuses immoralités, avec la volonté de contredire en tout la loi biblique. La chair appartenant à la matière et ne sachant participer au Salut, peu importe qu'elle fût souillée. Les pratiques licencieuses de certains groupes gnostiques sont réprouvées par d’autres groupes gnostiques comme par les réfutateurs chrétiens.

Enfin l'héritage de certains mystères grecs (par exemple chez les Naassènes) put être à l'origine de comportements immoraux en leur donnant une valeur mystique.

Organisation des sectes

Les gnostiques foisonnaient en d’innombrables groupuscules. Il y aurait eut trois grades : les « commençants », les « progressants » et les « parfaits ». L’enseignement ésotérique aux fidèles portait sur le symbolisme du baptême, de l’eucharistie, de la Croix, sur les Archanges et sur l’interprétation de l’Apocalypse.

L'enseignement gnostique était secret. Pour éviter d'être repérée, la gnose se dissimulait, évitant d'imposer des manières de vivre voyantes. On connaît mal l'organisation interne des sectes. Des témoins anciens, seul Epiphane a essayé de pénétrer la vie des sectes.

Les parfaits sont voués au respect de tous les préceptes de la gnose et leur identité première s'efface devant quelque surnom mystique. Les simples fidèles qui continuaient leurs existences impures en subvenant aux besoins des élus.

Les premiers fondateurs, et parfois leurs successeurs, s’étaient présentés comme des prophètes ou des incarnations de puissances célestes.

À des fins de propagande, les gnostiques se présentaient d'abord aux chrétiens comme leurs frères, ne dévoilant que les croyances les plus proches, puis en posant des questions ébranlant l'interlocuteur. De même, ils travestissaient certains de leurs textes en leur donnant une apparence plus orthodoxe.

Enfin, tout comme le christianisme s’est répandu par la thaumaturgie, la gnose attirait par la magie et l'astrologie, très répandue au début de l’ère chrétienne, qui tenaient une place très importante dans leurs écrits.

Les rites étaient divers. Les uns individuels, les autres collectifs, destinés aux divers échelons des initiés, et donc plus ou moins secrets. Il s'agissait principalement de baptêmes, d'onctions, d'impositions des mains, de communions, d'agapes et d'unions spirituelles plus ou moins symboliques.

Dans certains groupes, la frontière entre la gnose et les magies gréco-orientales est très perméable.

Rapports avec le judaïsme, la philosophie grecque et le christianisme

La Genèse, avec son imprécision quant à la création d’Adam, fut source de nombreuses exégèses qui distinguent l’œuvre créatrice elle-même et l’acte créateur de Dieu. Ainsi Philon d’Alexandrie distinguait la puissance de miséricorde et de bonté, en tout supérieure, et la puissance créatrice qui lui est subordonnée.

Le gnosticisme grec s’est calqué sur la philosophie mystique grecque de Philon : on retrouve le vocabulaire technique et les procédés d’argumentation. C’est en langue grecque que le gnosticisme atteignit son développement le plus complet.

Le Livre d’Hénoch connaissait déjà le mythe de la Fatalité vaincue par une intervention d’en-haut qui aurait enchaîné les astres, jusqu’alors maîtres des hommes et de leurs destinées, épisode situé au temps de Noé ou peu après le Déluge. Il se retrouve chez les gnostiques chrétiens, surtout chez Valentin.

À côté des 4 Évangiles et des Actes circulaient d’autres textes comportant la relation d’une doctrine ésotérique, communiquée aux Apôtres par le Christ ressuscité et concernant le sens secret des événements de sa vie. Ces livres sont qualifiés d’apocryphes. C’est de cet enseignement secret, conservé et transmis par la tradition orale, que se réclamaient les gnostiques chrétiens. Au 3ème siècle, les néo-platoniciens représentés par Plotin et ses disciples s’opposèrent aux sectes gnostiques locales.

Pour conclure, du moins provisoirement

Cette planche ne contient pas de réflexions personnelles. J’ai tenté de synthétiser des informations au sujet de la gnose, des gnostiques et du gnosticisme.

Résumons cette longue synthèse : la gnose est plus une « affaire de cœur » qu'une question de concepts. Elle peut donc aussi bien conduire à un ascétisme rigoureux qu'à de curieuses immoralités, avec la volonté de contredire en tout la loi biblique.

Tout comme le christianisme s’est répandu par la thaumaturgie, la gnose attirait par la magie et l'astrologie, très répandue au début de l’ère chrétienne, qui tenaient une place très importante dans les écrits des gnostiques.

L'enseignement gnostique était secret. Les rites étaient divers. Les uns individuels, les autres collectifs, étaient destinés aux divers échelons des initiés, et donc plus ou moins secrets. Il s'agissait principalement de baptêmes, d'onctions, d'impositions des mains, de communions, d'agapes et d'unions spirituelles plus ou moins symboliques.

C’est en langue grecque que le gnosticisme atteignit son développement le plus complet.

Les gnostiques n'avaient pas de notions de moralité individuelle très strictes.

 

R:. F:. A. B.

commentaires

Une approche de la gnose 1ere partie

Publié le 10 Juin 2026 par T.D

Avertissement

Après avoir découvert le mot « gnose » au grade de Compagnon comme une des associations possibles de la Lettre « G », j’ai eu l’occasion de rencontrer ce mot occasionnellement dans certains ouvrages de Maçonnerie. N’ayant qu’une trop vague idée de son sens, j’ai enfin pris le temps d’effectuer des recherches et j’ai le plaisir de vous les faire partager.

Le contenu de la présente planche n’est pas un ensemble de réflexions personnelles mais la synthèse d’une recherche d’informations. Le but poursuivi est donc de tenter de mieux comprendre ce qu’est la gnose ainsi que le gnosticisme, une nébuleuse de systèmes mystico-philosophico-religieux, datant des 2ème et 3ème siècles de l'ère chrétienne, qui se ressemblent un peu, mais qui en même temps sont très divergents et changeants. Ce système est aussi appelé « gnosticisme » et ses partisans des « gnostiques ».

Introduction

Qu’est-ce que le gnosticisme ?

Le gnosticisme est l'enseignement basé sur la gnose, qui est une connaissance intérieure issue de l'intuition. La gnose est donc une expérience personnelle qui s'exprime à travers le mythe, celui-ci étant l'expression symbolique de ce qui ne peut s'exprimer par le dogme.

Le gnosticisme est un terme forgé par les Pères de l’Eglise pour désigner une frange hétéroclite d’hérésiarques (c’est ainsi que leurs adversaires les désignent !) qui est apparue dès les débuts de l'ère chrétienne. Néanmoins, il est possible que certains d'entre ces groupes aient revendiqué le terme.

Qu’est-ce que la gnose ?

Il est difficile de donner une définition de la gnose. Ce mot vient d'un mot grec qui signifie connaissance, mais connaissance de quoi ?

Les mythes gnostiques peuvent être interprétés de différentes façons en fonction de l'expérience spirituelle de chacun. Ils portent toujours en eux une part de vérité profonde et font appel à « l'intelligence du cœur » plus qu'à l'usage de la raison.

Les gnostiques décrivent la manière dont l’homme de Lumière, l’homme primordial est vaincu par les puissances du Mal et, finalement, divisé en mille fragments dispersés dans la matière comme étincelles de lumière. Sa rédemption prend consistance dans le rassemblement des parties dispersées du grand homme, dans leur réunification et dans leur retour à la plénitude (le plérôme) d’où il était tombé.

Le cosmos

De nombreuses religions s'entendent pour dire que le monde est imparfait. Mais elles diffèrent le plus souvent dans leurs propositions face à cette imperfection.

Les gnostiques, à l'image des bouddhistes, pensent que le monde est imparfait par nature parce que le principe même de sa création est générateur d'imperfection. Le monde est souffrance et l'une des premières prises de conscience de l'être humain est celle qui l'amène à constater qu'il vit dans un monde absurde lié à la mort.

Si la Bible lie l'imperfection du monde à une faute originelle, une faute de l'homme, les gnostiques la lient à la nature aliénante de la création et donc du créateur, ce qui pour la religion judéo-chrétienne est un blasphème.

Si l'on compare la gnose à la philosophie orientale, on constate que des notions telle que celle du karma sont assez proches de la conception gnostique. Cette roue du karma illustre l'enchaînement des causes et des effets qui entraînent la souffrance et l'imperfection. Le karma est le principe fondamental des religions indiennes qui repose sur la conception de la vie humaine comme maillon d’une chaîne de vies, chaque vie étant déterminée par les actes accomplis dans la vie précédente.

Pour les gnostiques, il existe bien un Dieu transcendant mais ce Dieu n'est pas le Dieu créateur ou plutôt pas directement. Ce n'est pas de lui mais de ses émanations que découle la création.

Ces émanations sont les « éons », intermédiaires entre le Dieu ultime et la création. Un de ses « éons », Sophia, la Sagesse, est d'une importance primordiale pour les gnostiques. Elle est la dernière émanation donc la plus proche de la manifestation et de son Créateur.

L'être humain

La Nature de l'Homme est double comme celle du Monde, à la fois être de chair et être de Lumière. Il participe à la Nature du monde et à celle du Vrai Dieu. Cette part de Lumière est l'essence divine ou l'atome divin.

L'Homme est en général inconscient de la présence de cet atome divin en lui. Cette ignorance est entretenue par le Créateur et ses Archons qui maintiennent l'humanité dans l'illusion d'une réalité matérielle.

La mort, en défaisant les liens, libère temporairement l'atome divin de sa prison de chair.

Mais tous les êtres humains ne sont pas égaux vis-à-vis de la spiritualité.

On distingue les penumatiques (spirituels), les matérialistes (hylétiques) et les psychiques. L'évolution humaine part de l'esclavage du matérialisme, passe par le biais de la religiosité et de la morale et aboutit à la libération spirituelle.

Le salut

L'évolution naturelle est lente : elle est ralentie par l'inertie de notre nature matérielle. Pour évoluer sur le chemin spirituel, l'Homme a besoin d'aide.

Les êtres de Lumière, messagers divins, ont pour fonction d'aider le genre humain dans leur quête de la gnose. Parmi eux, Mani, Seth, Jésus, incarnations du Christ, le Logos.

Le potentiel d'évolution spirituelle, quoique présent individuellement en chaque Homme, est facilité par les « sacrements » enseignés par les messagers divins.

Comportements

La gnose s'oppose à l'éthique et à la morale telles que nous les entendons.

De tels systèmes font partie du Monde, celui du Démiurge et le servent.

Pour le gnostique, les commandements et les lois morales ne conduisent pas au salut mais à des modes de comportements acceptables d'un point de vue social.

La morale du gnostique est fonction de son évolution. Elle implique surtout le respect des autres et de leur liberté. Il importe que chacun se forge sa propre loi morale en regard de son évolution.

Le gnosticisme encouragera toujours le détachement et le non-conformisme à l'égard des choses du Monde. « Etre dans le monde, mais non du monde ».

Destinée

Dans l'Evangile de Thomas, Jésus dit que l'être humain doit arriver par la gnose à connaître l'ineffable réalité divine dont il est issu et où il doit retourner.

La mort ne libère pas l'Homme de l'emprise du Démiurge.

Ceux qui n'ont pas atteint la libération par la gnose doivent revivre une nouvelle existence. Cette doctrine de la réincarnation est implicite dans les écrits gnostiques.

Tentons d’aller un peu plus loin dans cette recherche d’informations.

Les gnostiques

 Les gnostiques sont connus par un certain nombre de textes gnostiques qui ont été écrits par des gnostiques et retrouvés au fil des siècles. C’est ainsi qu’au 17e siècle, des voyageurs européens sont allés en Orient et ont trouvé des bouts de parchemin et de papyrus écrits par des gnostiques, et surtout par la découverte en 1945 d'une bibliothèque gnostique en Egypte - textes dits de Nag Amadi.

 Les gnostiques sont aussi connus par leurs adversaires et notamment les théologiens chrétiens. Parmi ceux-ci citons Irénée de Lyon (autour de 180), auteur d’un livre intitulé « Contre les hérésies », mais dont le titre exact est : « Dénonciation et réfutation de la prétendue gnose aux noms menteurs », ce qui sous-entend qu'il y a une vraie connaissance, une vraie gnose. Malheureusement, beaucoup de ces documents ont été perdus ou détruits et il ne reste plus que des fragments d'informations.

Quelques caractéristiques des gnoses

  • Dans ces différents systèmes gnostiques, il y a l'idée d'une opposition entre le bien et le mal, que l'homme a été plongé par une espèce de déchéance dans le mal, et que la gnose est la connaissance d'un salut qui mène de l'homme vers Dieu. C'est une technique de salut fondée sur le dualisme bien-mal.
  • Une deuxième caractéristique du gnosticisme est l'élitisme. Les gnostiques, surtout ceux qui vivaient dans des milieux très proches du christianisme, étant eux-mêmes d'ailleurs issus du christianisme, disaient : « nous sommes beaucoup plus au courant que les autres : nous sommes les initiés ; Nous connaissons des choses que les autres ne savent pas ».

C'est cet élitisme qui fait que la vraie connaissance fait partie d’un secret. Accéder à la gnose, c'est en quelque sorte une initiation.

Pour les gnostiques, l'humanité se divise en trois catégories :

  • ceux qui sont d'emblée dans la bonne connaissance, les pneumatiques ;
  • ceux qui sont récupérables, les « psychiques » ;
  • ceux qui sont irrécupérables, les terrestres.

Apparaît immédiatement une grande différence avec l'idéal chrétien, pour qui le message de Jésus-Christ, rapporté dans les Évangiles, est pour tous.

Il est difficile de bien connaître quel était le culte ou la liturgie des gnostiques. Tout simplement parce que ce culte est secret et dérive des religions à mystère qui foisonnaient beaucoup dans le monde grec hellénistique de l'époque où il n’était possible de participer à un groupe religieux que si l'on était initié. Quelques bribes de renseignements existent quand même. Là aussi il y a une certaine récupération de certains rites chrétiens, mais avec une tendance très forte à un mélange de magie, d'astrologie…

La gnose se caractérise par le syncrétisme. Des éléments ont été récupérés d'un peu partout : dualisme persan, textes de Platon, évangile de Thomas, qu'on retrouve dans la bibliothèque de Nag Amadi. Ceci a donné entre autres naissance au manichéisme (la religion de Mani), qui a été une religion qui a failli s'étendre partout. On sait que saint Augustin, en Afrique du Nord, était d'abord manichéen avant de devenir chrétien, et Marco Polo a rencontré des groupes de manichéens en Chine.

La Création est mauvaise : elle n'est pas le fait de Dieu mais d'une divinité mauvaise, d'un démiurge. Mais cette idée, qui est extrêmement forte dans toute la gnose, c'est que Dieu n'a pas pu faire cette création mauvaise. Donc, la création est le fruit d'une divinité, ou d'un être, ou d'un accident, mais qui est fondamentalement mauvais. Cela implique le rejet du Dieu créateur tel que l'Ancien Testament l'affirme. Et c'est pourquoi un système gnostique a été créé par un certain Marcion (aux alentours de 180).

Autre conséquence de cette création mauvaise, c'est que la création, la matière, la chair, c'est mauvais, donc il ne peut pas y avoir de résurrection, parce que la résurrection continue à enfermer dans un corps et c'est pourquoi beaucoup de systèmes gnostiques parlent, eux, d'une réincarnation. Dans certains textes, il apparaît que cette réincarnation peut être la conséquence d'une punition, d'une chute. L'idée du gnostique c'est de monter vers la divinité pour se libérer de ce monde mauvais.

Autre caractéristique des gnoses, c’est l’importance de l'élément féminin - thème de la Mère. Cette mère est décrite de manière très contradictoire, souvent comme pouvant être un instrument de condamnation, de jugement, mais aussi comme étant une mère mais une mère au-delà de la maternité qui enferme dans la création. Dérivant de cela, quelle est la place de la sexualité dans la gnose ? Là aussi c'est très contradictoire : il y a des mouvements qui vont être très ascétiques, qui vont refuser le mariage, qui vont refuser la sexualité, parce que c'est la porte ouverte à la procréation qui va enfermer, qui va faire tomber une âme dans la chair. D'autres courants, au contraire, vont avoir une sexualité débridée, pornographique, toujours par mépris de la chair. Y aurait-il un lien avec la mariologie naissante ? Il apparaît en tout cas que les mouvements gnostiques étaient très ouverts aux femmes et que celles-ci n’étaient pas rejetées.

Les systèmes gnostiques se caractérisent aussi par le fait qu'il y a entre Dieu et les hommes tout un système d'intermédiaires qui n'est pas le fruit de la création. On emploie plutôt le mot d'émanation ainsi que le mot « éon », mot qu'on trouve dans le Nouveau Testament. L'expression « aux siècles des siècles » correspond à l'espace et au temps.

Enfin, dernière caractéristique des gnoses, c’est la récupération de la personne de Jésus-Christ lui-même, mais en le divisant : Jésus d'un côté, Christ de l'autre. Jésus est l'homme incarné ; il est né, il est mort mais il a reçu, à un certain moment de sa vie, soit dès sa naissance, soit au moment du baptême, le Christ, le Christ étant là une entité différente. Du coup, il peut y avoir d'autres « Christ », par exemple Mani qui a été identifié à Jésus. - Il y a cette idée que la révélation chrétienne est bien, mais insuffisante, alors on rajoute le manichéisme, ou l'Islam, ou les Mormons, ou Moon.

Jésus et la Gnose

Y a-t-il eu un courant pré-agnostique qui aurait influencé certains écrits du Nouveau Testament, dont par exemple ceux de Jean ?

  • Les documents que nous avons sur la gnose sont des documents post-chrétiens, mais on voudrait savoir si on ne trouve pas de la gnose ou des allusions à la gnose dans le texte du Nouveau Testament et certains théologiens ou exégètes se sont demandé s'il n'y avait pas quand même un ou plusieurs courants gnostiques qui auraient influencé les écrits du Nouveau Testament. On peut dire que les documents sur lesquels nous sommes bien renseignés datent des 2ème et 3ème siècles : ce sont des documents qui récupèrent des notions chrétiennes, donc qui sont influencés par le christianisme ; à l'inverse, il est difficile de dire si le christianisme a été influencé par la gnose, vu qu'il y a plusieurs gnoses.
  • Dans les textes de Jean comme dans ceux de Paul, il y a des allusions aux gnostiques : il est question d'adversaires mais qui ne sont pas définis, on ne connaît pas leur religion. Il y a des adversaires dans la Ière lettre de Jean et certains pensent que ces adversaires étaient des gnostiques, mais on n'en est pas sûrs. Dans les textes de Jean, on voit deux allusions à une polémique contre les thèmes gnostiques :

a) Il y a la question du dualisme johannique: par ex. la lumière/les ténèbres, c'est une expression qu'on trouve chez tous les gnostiques puisqu'il faut être sauvé vers la lumière attirée des ténèbres, mais, la plupart du temps, le dualisme de Jean n'est pas un dualisme d'opposition entre un bien et un mal. Exemple : la vue et la foi.

b) D'autre part, il y a l'importance accordée à l'incarnation. On dit souvent que Jean c'est le spirituel, pourtant par beaucoup de détails on s'aperçoit que Jean insiste sur la réalité historique, charnelle de Jésus. Ex : « du sang a coulé de son flanc » « Jésus pleure devant la mort de Lazare ». Il y a cette insistance sur l'incarnation comme s'il y avait déjà, dans un certain nombre de milieux chrétiens, une certaine contestation de cette réalité terrestre de Jésus et qu'on glissait vers le docétisme c'est-à-dire de dire qu'il n'y a qu'une apparence. Le vrai Jésus, c'est Jésus qui est le fils de Dieu, mais qui n'est pas l'homme qui a vécu sur cette terre. De nouveau on constate cette séparation entre Jésus de Nazareth et un Christ difficile à définir.

  • Dans les écrits de Paul, on peut se demander si certaines expressions ne sont pas aussi des allusions à des pensées plus ou moins gnostiques, par exemple. l'emploi du mot « plénitude », cher aux gnostiques.

Il faut penser qu'autrefois le christianisme était une toute petite chose, une pensée parmi un tas d'autres pensées dont il a essayé de se démarquer. Ce qui est intéressant de noter c'est que les premiers chrétiens ont voulu préciser ce qu'ils pensaient. C'est ainsi que la plupart des théologiens des 4 premiers siècles (dont Irénée de Lyon) ont voulu clairement exprimer leurs convictions.

Qu'est-ce que l'hérésie ? Ce n'est pas du tout le contraire de la vérité, mais une vérité cancérisée, c'est-à-dire qu'on ne dit qu'un bout de la vérité. Ainsi il faut dire : Jésus est Dieu ET homme, Dieu est un ET trois, la trinité. C'est-à-dire qu'il faut tenir en tension des vérités qui paraissent contradictoires. C'est tout ce travail qui s'est fait dans les premiers siècles.

Irénée de Lyon a une très belle formule : « les hérétiques, c'est toujours quelqu'un qui ne veut retenir qu'un seul évangile ; ainsi les gnostiques vont retenir Jean ; Marcion ne va retenir qu'un seul Évangile, alors qu'il faut garder les 4 Évangiles, avec leurs contradictions pour rechercher la vérité.

Et aujourd’hui ?

Il est très important pour nous de nous demander : est-ce que c'est important pour nous ou non d'avoir une idée précise de ce que nous croyons ? C'est-à-dire de nous replacer dans cette même attitude qu'ont eue les premiers Chrétiens et les premiers théologiens de ces premiers siècles, car nous pouvons retrouver un certain nombre de courants semblables à la gnose.

Ce qui semble totalement manquer dans le système des gnostiques, c'est la foi, c'est-à-dire cette idée d'une relation directe avec Dieu qui permet la relation directe avec les autres. Et c'est pour cela qu'un certain nombre de théologiens, comme Irénée ont dit : l'amour est très important parce que c'est la relation avec l'autre. Alors que dans la plupart des systèmes gnostiques il y a toujours des intermédiaires, une vision pessimiste et une espèce de racisme.

L’origine des gnostiques

Gnose, du grec « gnôsis » (« connaissance »), signifie « connaissance parfaite ». Ce qui caractérise les mouvements gnostiques n’est pas cette « connaissance » que d’autres traditions prétendent aussi posséder, mais plutôt la définition de Plotin : les gnostiques, ce sont « ceux qui disent que le Démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais ».

Selon les témoignages des historiens anciens, c’est dans un cadre géographique allant de la vallée du Jourdain à l’Asie Mineure que les sectes se sont manifestées à l’époque des apôtres, avec Simon à Samarie, Nicolas à Antioche. Ils appuient leur réflexion sur des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament dont certains sont considérés aujourd’hui comme apocryphes, marqués de l’hellénisme. Parmi ces livres, le Livre d’Hénoch est un des rares à nous être parvenu.

Vers 120, les sectes ont gagné Alexandrie, autour de Basilide, Carpocrate et Valentin (Valentinus ou Valentinius). Valentin se rendit à Rome, où sa gnose voila ses mythes orientaux d’une exégèse philosophique mêlée de christianisme.

À Rome, des sectes fortement influencées par les éléments orientaux ont continué d’affluer. Les sectes se sont propagées, notamment en Espagne.

En Asie, de nouveaux inspirés ont surgi : Mani qui a fait une vaste synthèse des nombreux enseignements, et Audi, un chrétien qui s’est séparé de l’Église après Nicée.  De l’Orient, le gnosticisme s’étendit jusqu’à la Chine.

Parmi les sectes, on retrouve : les Kantéens en Iran, la secte importante des Séthiens disciples de Simon le Magicien, les Barbélognostiques, les Archantiques, les Ophites (ou Naassènes) aux pratiques hérités des mystères grecs, les Pérates, les Caïnistes, ces derniers louant Caïn le fils prodigue d'Adam et Eve.

Il semble qu’il y ait eu un gnosticisme à l’intérieur même du judaïsme, contemporain des sectes gnostiques traditionnelles, et dont les échos se sont perpétués dans la Kabbale. Cette filiation s'expliquerait par l’hypothèse midrashique : de même que la méthode midrashique appliquée au texte grec de la Septante aurait fini par produire les textes évangéliques, de même aurait-elle produit les textes deutérocanoniques puis gnostiques puis coraniques.

Les sources

La plupart des essais anciens ont, faute de pouvoir s’appuyer sur des documents gnostiques originaux, hérité des erreurs d’appréciation des réfutateurs chrétiens qui combattirent les sectes, aux 4ème et 5ème siècles, qui parfois se recopient les uns les autres, et sans tenir compte des mythologies orientales sur les vestiges desquelles le gnosticisme s'était développé.

L'une des principales sources concernant le gnosticisme est Irénée de Lyon (2ème siècle après Jésus-Christ). Il décrit dans les détails les doctrines gnostiques qu'il a combattues, de manière à prouver qu'il n'y avait que peu de choses en commun entre la gnose et le christianisme. À cette époque, des gnostiques grecs se faisaient baptiser, mais tenaient à concilier leurs doctrines avec leur nouvelle religion. L'une des principales différences entre gnose et christianisme tient à la conception du Salut. Le christianisme exotérique le propose à tous tandis que la gnose, dans son ésotérisme, le réserve aux initiés.

Des réfutateurs, les plus anciens témoignages datent de la Bible elle-même, qui dénonce les hérésies et les faux prophètes, dont Simon de Samarie et le diacre Nicolas.

Pour la période jusqu’au 3ème siècle, on ne possède que les récits des hérésiologues.

L’établissement d’une histoire précise des mouvements gnostiques est impossible à cause de ce flou, et des livres dont les titres changent d’une version à l’autre et dont les véritables auteurs restent anonymes.

Sur la période du 3ème au 5ème siècle, les sectes se sont étendues en Egypte, où le sable conserva des écrits en copte. C’est pourquoi on retrouva, à partir de 1800, des textes dans les nécropoles égyptiennes.

L'Évangile de Marie, le Livre secret de Jean et la Sophia de Jésus-Christ ont été achetés en 1896 en Egypte, dans un même lot de parchemins. En décembre 1945, plus de 40 écrits perdus furent retrouvés dans une jarre à Nag Hammadi, dont en premier lieu des écrits de sectes orientales, mais aussi des apocryphes chrétiens et gnosticisme. Cependant, cette bibliothèque n’est qu’un « instantané » de la pensée gnostique de l'époque, les textes y étant constamment remaniés et modifiés.

Retenons quelques traités gnostiques :

  • L’Evangile de vérité ;
  • L’Evangile selon Thomas ;
  • L’Evangile selon Marie ;
  • La Pistis sophia ;

...

Très peu de monuments ou objets relatifs aux gnostiques ont été retrouvés.

Destin du gnosticisme

Les condamnations de plus en plus dures de la part des églises chrétiennes ont obligé les sectes gnostiques à se cacher, puis à disparaître.

Les Bogomiles et les Cathares du Moyen Age ont repris des conceptions gnostiques, sans qu'on sache s'ils descendaient de groupes gnostiques ayant survécu depuis l'Antiquité, ou s'ils étaient des résurgences suscitées par la transmission d’écrits gnostiques déguisés en apocryphes chrétiens.

Des survivances plus sérieuses de la gnose la plus philosophique se cachent dans la littérature alchimique, notamment les textes attribués à Hermès Trimégiste. De même, il y a intercommunication entre la littérature juive kabbalistique et certaines doctrines du gnosticisme hellénisé.

En Orient, l’invasion de l’islam permit aux sectes de survivre. Aux confins de la Mésopotamie et de l’Iran certaines sectes ont survécu jusqu’au 12ème siècle.

On trouve une influence du gnosticisme chez les musulmans chiites, particulièrement dans la foi druze.

En plus des cathares et des bogomiles, on trouve des traces de pensée gnostique chez les ranters, le Libre-Esprit et divers mouvements millénaristes.

 

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Géométrie et lettre G

Publié le 9 Juin 2026 par T.D

 

Planche de Compagnon d'Arnaud B:. présentée en Loge le 4 janvier dernier. 

Fermez les yeux mes frères et visualisez une goutte d’eau, tombant au ralenti. Imaginez la toucher le sol, toujours au ralenti. Voyez avec quelle élégance se dessinent les courbes, les milliards de mouvements à chaque micro seconde. L’équilibre géométrique parfait d’un instant fragile magnifie une simple goutte d’eau.

Et si par bonheur, notre monde était tout entier voué à répondre à cette ordre fabuleux ?

Lors du  5éme voyage de la cérémonie de passage au grade de compagnon, le vénérable  demande :

“Frère second surveillant, pourquoi vous êtes vous fait recevoir compagnon ? “ et le second surveillant répond : “Pour connaître la lettre G”.

Dans l’Instruction du grade de compagnon on apprend que la lettre G signifie géométrie. Le vénérable dit : “Frère premier expert, faites monter au récipiendaire les 5 degrés mystérieux du Temple que de la, il découvre l'étoile flamboyante et la lettre G qui en orne le centre.” avant d’ajouter : “Mon frère, considérez cette étoile mystérieuse. Ne la perdez jamais de vue. Elle est l'emblème du génie qui élève au grandes chose, et avec plus de raison encore, elle est le symbole de ce feu sacré, de cette portion de lumière divine dont le Grand Architecte de l'Univers a formé nos âmes, aux rayons de laquelle nous pouvons distinguer, connaître et pratiquer la vérité et la justice. La lettre G que vous voyez au centre vous présente deux grandes et sublimes idées :

  • L’une et le monogramme d'un des noms du TrèsHaut, source de toute lumière, de toute science.
  • La seconde idée que cette lettre nous présente, résulte de ce que l'on explique communément par le mot géométrie. Cette science a pour base essentielles l'application de la propriété des nombres aux dimensions des corps, et surtout au triangle auquel se rapportent presque toutes leur figures, et qui présente des emblèmes si sublimes .

Attardons nous un instant sur cette lettre  G.

Elle trouve son origine au 3eme siècle avant notre ère de la déformation par les romains de la lettre C venant du Grec Gamma. Selon Oswald Wirth il n’est question de la lettre G dans aucun rituel avant 1737. Ce sont les loges françaises qui adoptèrent cet emblème en lui donnant la signification de Gloire pour le Grand Architecte de l’univers. Lorsqu’on la dessine, on réalise que la lettre G n'est pas une lettre finie et qu’en l’observant par transparence, on découvre qu'elle n'est plus orienté de gauche à droite mais en sens sénestrogyre. Telle l’ombre portée dans la caverne de Platon, elle nous prépare à la bascule sur un autre plan. C’est donc la 7eme lettre de l'alphabet qui nous prépare à une élévation toute autre.

La lettre G est la première lettre de bien des mots symboliques : Grade (au sens de degré), le gnomon, la génèse … et même God en Anglais. Selon Louis Peyé, les Loges françaises du 18° Siècle nous donnaient à rechercher la signification de la lettre G dans les termes : "la Gravitation, la Géométrie, la Génération, la Gnose, le Génie”.

La Gravitation est l’attraction des masses entre elles. La fraternité pose une forme de gravitation, un lien imperceptible qui unit et qui rapproche les frères. Elle est aussi ce qui unit la terre avec les cieux. Le lien entre le profane et le divin.

La Génération est la notion de reproduction de la vie, non pas d’être immortel, mais de la rendre perpétuelle au travers de l’autre. Elle soulève les étapes du Maçon: l’apprentissage, le travail et la transmission.

Le Génie peut être définit comme celui plus intelligent que la moyenne, au point que cela devienne une caractéristique de son profil. Mais c’est aussi la notion d’idée de Génie, l'illumination soudaine, Eureka, dans laquelle l’harmonie opère et offre au penseur la lecture d’une solution. Platon écrit que “Le génie est aussi l'accès au monde supérieur, qui permet de voir les merveilles du monde intelligible “.

Le Larousse définit la Gnose comme “Système de pensée philosophico-religieuse qui se fonde sur une révélation intérieure, permettant d'accéder à une connaissance des choses divines réservée aux seuls initiés et permettant de saisir les mystères amenant au salut.” Mes frères permettez moi un peu de légèreté et de citer Daniel Taylor qui écrit dans “Yeti : the ecology of a Mystery” que :

“Le grand mystère qui nous anime est notre désir de connexion avec l’au-delà. Nous avons besoin de symboles qui nous permette de comprendre cette connexion.(...) Tout au long de l’histoire humaine, à travers toutes les cultures, nous avons créé des messagers de l’au-delà. C’est ce qu’est le Yeti”. Cette citation, bien que portée sur une légende, m'emmena à la question suivante :

Et si les religions partaient de principes spirituels, géométriques, trop évolués pour celui qui n’est pas prêt à les recevoir, au point qu'il fallut construire des métaphores, des symboles, appropriables par le commun des mortels pour les rendre accessibles, pour les partager et les transmettre?

Arrivons maintenant à la Géométrie en commençant par la fameuse citation de Platon : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». Mes frères, en entrant dans cette loge, nous venons en géomètres de notre temple fraternel. Pascal le décrit bien et pose à mon sens une des plus belles définitions de la géométrie en exprimant que :

« Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties. » Pour moi Pascal nous parle bien là de la Fraternité.

La Géométrie est aussi équilibre : un état de plénitude qui permet d’accéder à la compréhension.

L’approche Euclidienne de la Géométrie est celle « de la règle et du compas ». Les objets considérés sont les points, les segments, les droites, les demi-droites, avec leurs propriétés d'incidence (la règle), ainsi que les cercles (le compas). Ses enjeux essentiels sont l'étude de figures et la mesure. En effet la géométrie est partout: dans la musique avec l’écart entre les octaves. Et devinez quelle lettre, par sa forme, donna naissance à la clef de Sol ? Elle est aussi dans l'art avec les équilibres et lignes de fuite, dans les pyramides et leur architecture, dans la physique quantique avec les équilibres temporels de la théorie de cordes, dans les relations homme femmes, dans les relations à la nature, dans nos activités profanes ou maçonniques.

Alors que je repensais à cette planche une réflexion me vint : Mais alors, et si toute chose, même la spiritualité qui nous entoure, était un équilibre géométrique pur ? 

Je pense, en maçon et en profane, que l’homme est un chiffre de cet élégant calcul, une variable fragile, statistiquement si peu probable qu’elle en est miraculeuse. L’homme dépend d’une équation qui le dépasse. D’ailleurs, n’oublions pas que si nous continuons à trop changer le calcul, nous disparaitrons de l’équation. Je suis venu en cette loge en déclarant que pour moi dieu était mathématique, mais il m'apparaît aujourd’hui en Géométrie, c'est à dire mathématiques et équilibre. Mon activité profane m'amène à accompagner les organisations et les Hommes qui les composent. Celles ci répondent aussi à des lois géométriques. Ainsi, face à l'intelligence artificielle, face à la digitalisation de l'économie, face à la disparition progressive de l'homme dans la chaîne de valeur, nous redonnons à l'homme sa place en capitalisant sur l’intelligence collective, c'est à dire la capacité du groupe à être plus que la somme des éléments qui le compose. Je souhaite continuer à apporter ma pierre à cet édifice, en partageant mes compétences sur le sujet. Voilà ma place.

En conclusion

Le temps donne au profane l’avantage de comprendre chaque jour un peu plus le monde qui l’entoure, mais peut on en être conscient et être heureux ? Tout dépend selon moi de notre capacité à Être, avec une E majuscule, au service de quelque chose de plus grand que soit. C'est à dire d'être maçon, avec ou sans tablier, en tout cas d’être un géomètre de Platon. La Géométrie dépasse la matière et nous permet de construire notre temple intérieur. C'est elle qui nous guide dans le dessin des plans de notre développement. Quelle expérience magnifique que de dessiner l’aventure des gouttes d’eau que nous sommes au milieu d’un océan de fraternité.

J’ai dit Très Vénérable.

 

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La Gnose

Publié le 9 Juin 2026 par T.D


 
Etymologiquement : connaissance (grec gnosis).

Signifie, en fait, connaissance initiatique.

Le terme de gnose désigne diverses tendances qui ont toujours existé dans les grandes religions monothéistes, et qui présentent des points communs aussi bien avec la pensée néoplatonicienne qu'avec les spiritualités orientales.

Gnose signifie connaissance. Il s'agit de la connaissance intérieure, par laquelle l'homme appréhende le divin, indépendamment de tout dogme, de tout enseignement; la gnose s'apparente ainsi au mysticisme. Les gnostiques considèrent que Dieu ne peut être en contact avec le monde, essentiellement mauvais, œuvre du Démiurge. La matière est assimilée à l'ignorance, au mal, et la vie terrestre résulte d'une chute de l'esprit dans cette matière, perte de l'unité originelle avec Dieu. L'homme, prisonnier des dualités (bien/mal, âme/corps, connaissance/ignorance), ne garde plus de son origine divine que la vague nostalgie d'un paradis perdu. Mais le principe divin, l'âme, est en lui, et la recherche spirituelle peut le mener au salut en libérant l'âme de sa prison corporelle.

D'après les dernières recherches, la Gnose trouverait son origine dans les milieux judéo-chrétiens du début de notre ère et dans la crise qu'a traversée la pensée apocalyptique pendant les deux premiers siècles de notre ère (R.-M. Grant, Gnose et origines chrétiennes, Paris, 1964). Ceci ne veut pas dire que nombre de thèmes et de conceptions gnostiques n'aient pas existé avant cette date. Le symbolisme gnostique plonge en effet ses racines au cours d'époques bien antérieures dans la philosophie pythagoricienne. D'autre part, il existe une parenté très nette indiscutable entre les Esséniens et la Gnose. Plus tard, à la deuxième génération, les gnostiques se sont intéressés à des révélations anciennes, orientales et grecques, pour constituer un mouvement religieux où se trouvent réunies toutes les spéculations cosmologiques et théosophiques : les doctrines philosophiques de Pythagore et de Platon, des apports de la Cabbale, de l'hermétisme, de l'alchimie, de l'astrologie.

Les thèmes fondamentaux de la Gnose sont :

  • la théorie de la connaissance (connaissance de soi et connaissance de Dieu);
  • le dualisme (lumière-ténèbres, pneuma-psyché, vie-mort);
  • le mythe du Sauveur-sauvé qui inspire le quatrième Évangile (le messager céleste  descend pour apporter aux hommes la révélation divine);
  • le mythe de l'ascension des âmes.

On peut distinguer d'après les travaux récents deux types de Gnose : une Gnose syro-éygptienne et une Gnose iranienne; celle-ci serait la plus importante et aurait donné naissance: au manichéisme.

En Franc-Maçonnerie. Un des sens de la lettre « G » révélé aux Compagnons lors de la cérémonie d'augmentation de salaire. Cette interprétation n'existe pas au Rite Émulation ni au Rite Écossais Rectifié.

On peut donc, avec Wirth, comprendre le mot « Gnose » dans le sens de « connaissance initiatique ». La Gnose est à la connaissance caractéristique de tout esprit ayant su pénétrer les mystères de l'Initiation. Ceux-ci présentent cette particularité qu'ils sont strictement incommunicables : il faut les découvrir soi-même pour les posséder... La Gnose ne s'acquiert qu'à force de méditations personnelles portant sur les symbole: multiples qui sollicitent l'esprit à deviner leur sens caché... » Les Mémentos du Grand Orient de France, après avoir rappelé que le terme se rattache à la langue des premiers philosophes », donnent à ce terme un sens moral. C'est « la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours davantage et qui est le principal facteur du progrès ».

La Gnose est une connaissance universelle.

La Gnose est une connaissance universelle. Lorsque nous étudions les civilisations antiques (Égyptienne, Maya, Celte, Grecque, Hindoue), nous découvrons à la base les mêmes enseignements. C'est cette connaissance unique que les véritables sages de tous les temps (Confucius, Socrate, Bouddha, Jésus, Krishna, Blavatsky, Steiner…) sont venus livrer à l'humanité.

La Gnose dévoile les clés théoriques et pratiques indispensables à l'homme et à la femme modernes qui désirent se libérer de leurs états négatifs et éveiller leurs facultés latentes.

« Connais-toi toi-même
et tu connaîtras l'univers et les dieux ».

De tous les temps et de tous les âges, l'homme cherche ici et là, dans la mer, dans le ciel et sur la Terre, des richesses et des milliers de trésors. Il parcourt nuit et jour, de kilomètre en kilomètre, la surface de la Terre, à la recherche de quelque chose qu'il ne trouvera jamais : le bonheur, l'amour, la joie, la paix… La gnose nous propose un chemin incroyable, celui qui nous conduit à l'intérieur de nous-mêmes, vers les profondeurs de notre âme. De cette façon, l'homme apprend à se connaître et à comprendre ce qui se passe réellement en lui. C'est alors qu'il éveille sa conscience et que se développent en lui : le bonheur, l'amour, la joie, la paix… La gnose nous dévoile, dans un langage simple et claire, comment descendre dans notre intérieur, à l'aide de clefs merveilleuses comme notre « Ennoïa ».

Historique de la Gnose

Pendant tout le deuxième siècle, sous les Antonins, il y eut dans l'Empire romain une atmosphère de paix très favorable à la libre circulation des idées. La méditerranée, libérée de ses pirates depuis Pompée, était devenue un moyen de communication idéal. On allait de Pergame à Rome, Athènes à Alexandrie aussi facilement qu'aujourd'hui, plus facilement même, car il suffisait d'être citoyen romain pour avoir droit de cité où que ce soit dans l'Empire. Il n'est donc pas étonnant que les grandes capitales soient devenues des foyers de culture très vivants. Tous les cultes, toutes les philosophies s'y rencontraient: les rabbins côtoyaient les prêtres égyptiens, les mages côtoyaient les prêtres de Mithra, les philosophes grecs côtoyaient les évêques chrétiens.

La personnalité d'Hadrien est un parfait miroir de cette époque. Cet empereur qui eut le génie de comprendre que Rome n'avait plus la force de continuer sa politique de conquête, passa la plus grande partie de son règne à voyager, à la fois pour veiller au maintien d'une paix sans cesse menacée et pour satisfaire la curiosité d'un esprit ouvert à tous les courants d'idées, à toutes les religions, à toutes les formes d'art. Mais s'il se fit initier au culte de Mithra, s'il se plût à séjourner en Égypte ou dans les Gaules, il fut surtout séduit par la Grèce. Son grand rêve était de faire revivre le classicisme grec pour en faire l'âme de l'Empire. C'est dans ce dessein qu'il choisit comme lieutenant, Arrien de Nicomédie, un historien qui voulait s'élever jusqu'à la hauteur de Thucydide et comme médecin, Hermogène, un nouvel Hippocrate. C'est dans ce dessein aussi qu'il fit ériger une cité grecque en plein coeur de la Palestine. Ce beau rêve peut très bien être considéré comme l'équivalent politique de l'effort accompli au même moment par les gnostiques sur le plan religieux. Le gnosticisme est bien en un sens du moins, un temple grec érigé sur les ruines du temple de Jérusalem. Ce temple connut d'ailleurs le même sort que la Cité d'Hadrien.

Quel sens convient-il de donner au mot gnostique? Traditionnellement, ce mot servait à désigner les membres des sectes combattues par les grands hérésiologues du deuxième siècle. Mais depuis quelque temps, on parle d'une gnose pré-chrétienne dont Philon le Juif serait le principal représentant. Un tel élargissement du sens du mot gnostique est-il légitime? Nous n'en avons pas à décider ici. Nous reviendrons néanmoins, pour des raisons pratiques, au sens traditionnel du mot: nous n'étudierons que les doctrines des hérétiques.

Qui étaient-ils ces hérétiques? C'était des chrétiens au sens large du terme, c'est-à-dire des gens qui connaissaient la tradition juive, qui avaient entendu parler du Christ, et qui, s'ils interprétaient souvent son incarnation d'une manière trop personnelle, croyaient néanmoins à sa divinité ainsi qu'au caractère extraordinaire de son enseignement.

Mais ces chrétiens vivaient dans la partie la plus hellénisée de l'Empire romain. Valentin était originaire d'Alexandrie; Marcion, du Pont; Bardasane, d'Edesses. Il est donc fort probable que, comme nous le laissions entendre, ils aient été avant tout des penseurs initiés à la philosophie religieuse des Grecs, c'est-à-dire au platonisme et aux religions à mystères. S'ils ont été, comme le soutient Harnack,(01) les premiers théologiens de l'Église, c'est sans doute pour cette raison.

C'est aussi pour cette raison qu'ils se sont opposés violemment à certaines tendances du christianisme orthodoxe alors en formation. Ce christianisme enseignait alors entre autres choses, l'existence d'un Dieu plus puissant que pur, la résurrection des corps et souvent même l'établissement d'un royaume terrestre. C'était des choses inacceptables pour des esprits habitués aux clartés grecques et assoiffés de pureté Platon n'avait-il pas écrit:

«Dieu n'est pas cause de tout, il n'est cause que des biens, il n'est pas responsable des maux.»

Le Christ n'avait-il pas dit: «Mon Royaume n'est pas de ce monde». Les gnostiques furent frappés, plus profondément peut-être que Platon lui-même, par les contradictions inhérentes à notre nature parce que, d'une part, les persécutions, les déracinements massifs qui avaient précédé l'établissement de la paix romaine, leur avaient donné une profonde expérience du malheur et que, d'autre part, la charité évangélique qui les inspirait leur ouvrait les yeux sur la corruption des classes dirigeantes et sur les souffrances des esclaves.

Berdiaev a raison de comparer les gnostiques aux premiers révolutionnaires russes. Il écrit à propos de l'athéisme de ces derniers:

«Les raisons de l'athéisme russe , nous les trouvons d'abord dans une protestation passionnée, indignée contre le mal, la contrainte, les souffrances de la vie; dans la pitié pour les malheureux, les déshérités et les humiliés. Nous avons vu que par compassion, par impossibilité d'admettre la souffrance , les russes se firent athées. Ils se firent athées, refusant d'accepter un créateur qui aurait engendré un monde méchant, imparfait et rempli de douleur. Un tel athéisme offre plus d'une analogie avec la doctrine de Marcion. Mais Marcion supposait que le monde avait pour créateur un dieu méchant: les athées russes, à une période différente de la raison humaine, estiment que Dieu n'existe pas parce que s'il existait, il ne pourrait qu'être méchant.» (02)

Selon Berdiaev donc, c'est pour expliquer le mal que les gnostiques supposent que le créateur est un dieu méchant. Cette opinion est vraie mais en partie seulement. Le dualisme des gnostiques a des causes plus positives. Platon et le Christ leur avaient révélé l'existence du bien, d'un Dieu qui est bon et pur avant d'être tout-puissant et implacable.

Et on peut considérer que c'est pour sauver la transcendance de ce Dieu que les gnostiques attribuent la création à un dieu mauvais, beaucoup plus que pour trouver une explication au mal.

Ce désir de sauvegarder à tout prix la transcendance, la pureté, la bonté de Dieu constitue l'essentiel, l'âme de leur doctrine.

La gnose, nous le verrons, n'est pas autre chose que la connaissance de ce Dieu. Pour pouvoir donner une définition plus complète et plus précise de cette gnose, il faut d'abord souligner que les gnostiques ont fait de larges emprunts aux religions à mystères. (03) Ils leur ont emprunté leur ésotérisme et surtout leur conception de connaissance. Le poème de Dyonisos-Zagreus par exemple, qui était révélé aux initiés de l'orphisme, est plus qu'un simple récit.

C'est une véritable métaphysique exprimée d'une façon allégorique dans un mythe tout à fait semblable à ceux que l'on trouve dans Platon. Les initiés de l'Orphisme avaient en outre accès à d'autres mythes et à des théories de caractère plus scientifique, ce qui leur permettait d'entrer en possession d'un savoir très étendu et très profond. La principale caractéristique de ce savoir, c'est qu'il n'était pas acquis de la façon habituelle mais révélé, qu'il n'était pas communiqué par des dissertations mais par des rites religieux.(04)

C'est aussi qu'il était réservé à des élus, qu'il fallait l'avoir mérité par une naissance heureuse ou par une longue suite de purifications. Il n'est pas surprenant que ce savoir ait été confondu avec le salut lui-même, si , pour y avoir droit, il fallait en quelque sorte être déjà sauvée.

Nous n'avons qu'à remplacer la légende de Dyonisos-Zagreus de l'Orphisme par un poème ayant pour centre un être réel, le Christ, et nous avons déjà une première idée de la gnose. Cela nous permet d'entrevoir que la religion des gnostiques est, comme le dit Harnack, une Théo-Sophie mystérieuse,(05) une métaphysique révélée et une philosophie de visions.

Nous pouvons maintenant proposer la définition suivante: la gnose est une connaissance immédiate de l'Être, contenant en germe une cosmologie, une métaphysique et une morale susceptibles d'être développées dans des poèmes allégoriques. Cette connaissance ne peut être révélée que par le Christ. Elle est la grâce, le salut lui-même. Elle a en outre toutes les caractéristiques du savoir orphique dont nous parlions précédemment.

Pour pouvoir mieux comprendre cette connaissance, la découvrir du dedans, nous pouvons nous mettre en imagination à la place des grands hérétiques du deuxième siècle. Cela est d'autant plus facile pour nous que notre époque n'est pas sans ressembler à la leur. Nietzsche disait déjà des «peuples civilisés» à la fin du siècle dernier:
«Tous les temps et tous les peuples jettent pêle-mêle un regard à travers vos voiles; toutes les coutumes et toutes les croyances parlent pêle-mêle à travers vos gestes.»(06)

N'était-ce pas aussi un peu le cas des hommes du temps d'Adrien? Comme nous, ces hommes étaient pris dans un engrenage politique qui n'était pas à leur mesure, au milieu duquel les voix individuelles n'avaient aucune chance de se faire entendre. Comme nous, ils n'avaient aucune raison sérieuse de croire en un bel avenir. Les points de ressemblance sont très nombreux.

Essayons donc de nous représenter les préoccupation des esprits inquiets de l'Alexandrie des années cent trente après Jésus-Christ. Pendant leurs années d'enthousiasme, ils ont fréquenté plusieurs écoles, ils se sont intéressés aux traditions secrètes de la Grèce et de l'Orient. Ils ont entendu parler de Platon, de Pythagore, de Zoroastre et peut- être même de Bouddha. Mais la variété même de ces doctrines n'a fait que les rendre plus pessimistes.(07) Ils arrachaient un témoignage vivant et ils ne trouvaient que des doctrines...

La grande machine romaine semblait montée pour toujours. Nouvelle contrainte dans un univers déjà suffisamment contraignant par lui-même. Ils se sentaient de plus en plus étrangers dans ce monde. Leur désir d'évasion se faisait de plus en plus pressant. Ils étaient prêts à tout pour échapper à ce destin qu'ils n'avaient pas choisi. Mais il ne faut pas croire qu'ils étaient révolutionnaires à la façon des esclaves romains. Ils connaissaient trop bien les dieux intraitables qui règlent la politique. L'impitoyable nature leur paraissait plus hospitalière que la société.

C'est alors qu'ils ont fait la connaissance de secte nouvelle qui se réclamait d'un certain Jésus dont ils avaient déjà entendu parler mais qu'ils n'avaient pas pris au sérieux, peut-être parce qu'il était juif. Mais cette fois ils le connaissaient à travers les Lettres de saint Paul et l'Évangile de saint Jean. Il les a ainsi conquis. Il leur ouvrait un passage à travers les murs de ce monde.

«Mon Royaume n'est pas de ce monde.»(Jean 18,36) N'enviez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde , l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la vie n'est pas du Père mais est du monde». (Jean 2, 15,16)

Des textes comme ceux-là ne pouvaient que les ravir car loin de les éloigner de la tradition grecque, il les en rapprochaient. À Socrate qui venait de se moquer des craintes que la mort inspirait à Simmias et à Cébés, ce dernier n'avait-il pas répondu:

«Nous sommes des faibles, Socrate. Efforce-toi de nous, réconforter comme tels, en voulant bien supposer toutefois que ce ne sont pas nous les faibles mais un enfant présent en chacun de nous; en te disant aussi que c'est cet enfant qui craint ces sortes de malheur.

-Cet enfant, répartit Socrate, il faut le confier aux soins quotidiens d'un enchanteur et le laisser entre ses mains jusqu'à ce qu'il soit complètement libéré de ses frayeurs.

-Mais où, Socrate, trouverons-nous le parfait enchanteur de ces craintes d'enfant, puisque toi tu t'apprêtes à nous quitter?

-La Grèce est grande, cher Cébès, les hommes de valeur y sont nombreux; il y a aussi de nombreux peuples barbares. Il vous faudra parcourir leurs contrées en quête d'un tel enchanteur n'épargnant ni votre argent, ni vos peines ... » (08)

Ce parfait enchanteur, les gnostiques l'avaient trouvé dans la personne du Christ. Le Christ avait dit: «Je suis la Vérité.» Ils avaient pris cette parole au pied de la lettre. Plus ils approfondissaient sa doctrine, plus ils la mettaient en pratique, plus ils se sentaient sauvés. La vraie connaissance, celle qui est aussi le salut, ils l'avaient enfin trouvée. Ils étaient en elle et elle était en eux.

Comment définir cette connaissance sans la trahir? Elle était avant tout une présence une présence qui n'était pas autre chose que la conscience d'être libre, de ne plus se sentir prisonnier du monde.(09) Les gnostiques étaient devenus des hommes nouveaux. Les lois de ce monde, les lois qui régissent les passions, les lois que dicte la force sous toutes ses formes, n'étaient plus les leurs. Il n'y avait plus de destin pour eux, plus de nécessité ou plus exactement, la nécessité d'airain avait été remplacée par une nécessité d'or pur, par une nécessité surnaturelle.

À un second moment, dirions-nous, leur gnose était la révélation du vrai Dieu. Le vrai Dieu est étranger au monde, profondément inconnu. Il n'a rien de commun avec les dieux païens ni surtout avec le Dieu de l'Ancien Testament. Tous ces dieux ne sont que des puissances parmi les puissances de ce monde. Ce monde n'a rien de divin, il n'a pas été créé par le vrai Dieu mais par quelque puissance inférieure et bornée qui ne connaissait pas ce qu'il y avait au-dessus d'elle.

À un troisième moment, leur gnose était la connaissance de la connaissance et par là, une connaissance de soi-même. Ce savoir, qui était à la fois vie et lumière, n'avait rien de commun avec leurs anciens savoirs qui n'étaient au fond que des reflets des choses du monde. Ces anciens savoirs, ils les avaient acquis par leurs propres moyens. Leur nouveau savoir leur était donné; il était une grâce, il était divin. Et eux aussi, ils étaient divins, eux aussi ils étaient lumière et vie, car autrement comment au-raient-ils pu recevoir la lumière et la vie? Les ténèbres en effet ignorent la lumière. Ils étaient des fragments du vrai Dieu. Leur corps seul avait été créé, ils étaient dans le monde mais ils n 'étaient pas du monde. On voit assez facilement quelle sorte de morale pouvait en résulter. Le corps n'étant qu'une partie du monde, point de foi dans l'action, point d'illusion de se sauver en se conformant à des préceptes extérieurs, point de pharisaïsme! Ascétisme bien sûr, car à quoi bon se préoccuper d'une chose d'emprunt qui n'est pas appelée à ressusciter?

Mais en même temps, tolérance: le corps ayant ses lois propres, qui ne sont pas celles de l'âme, il peut très bien être entraîné dans des démesures sans que l'âme en soit avilie. (10)

Ces trois moments que nous avons distingués pour donner plus de clarté à notre exposé, ne doivent pas nous faire oublier que la gnose est une connaissance unique qui en-ferme bien sur tous les savoirs nécessaires au salut mais qui est plus que la somme de ces savoirs.

À première vue, le profane en matière de théologie ne voit pas très bien quelle différence il peut y avoir entre cette connaissance, qui est aussi libération, et la foi telle qu'elle est définie dans le catholicisme orthodoxe. Dira-t-on que la foi n'est pas un acte de l'intelligence mais un acte de la volonté, qu'elle consiste à donner son adhésion à des vérités qu'on ne comprend pas? Cet-te distinction n'est pas très convaincante. La gnose est justement la reconnaissance d'un Dieu inconnu qui n'a rien de commun avec les dieux que nous croyons connaître à l'aide de la raison naturelle . Elle est essentiellement un consente-ment. Si elle diffère réellement de la foi, c'est sans doute beaucoup plus par la que par le fond.

On pourrait peut-être même dire que la gnose est une foi sans forme extérieure, en ce sens qu'elle est avant tout une expérience du transcendant dont on n'explicite le conte-nu qu'ultérieurement. Le fait que dans les religions gnostiques il n'y a pas de dogme est à ce sujet très révélateur. Et c'est sans doute ce caractère subjectif qui a rendu la gnose si suspecte à l'Église. Irénée disait déjà:

«Cette sagesse, chacun croit l'avoir découverte par lui-même, c'est-à-dire en imagination. De sorte qu'il est convenable selon eux que la vérité soit tantôt dans Valentin, tantôt dans Marcion...Chacun d'eux s'est en effet perverti à tel point, dépravant la règle de vérité qu'il n'est pas troublé de se prêcher lui-même.»(11)

Dans la foi orthodoxe, ce caractère subjectif est très atténué. Cette foi est l'adhésion à des dogmes, à un contenu formulé objectivement. L'expérience ne vient qu'après, quand elle vient. De toute manière, elle n'est pas nécessaire. (12)

On pourrait montrer que la grâce selon la gnose se différencie de la grâce selon la conception orthodoxe d'une façon analogue, c'est-à-dire par la forme plutôt que par le fond. Les gnostiques ne voyaient pas l'utilité des sacrements.(13) Eux qui affirmaient que le monde n'est pas l'oeuvre de Dieu.. comment auraient-ils pu croire que la grâce puisse être communiquée par des signes sensibles? Eux qui croyaient que le social ne valait pas mieux que le monde; comment auraient-ils pu admettre qu'il faille faire partie d'une société pour avoir droit au salut?

Ces réflexions qui, il convient de le répéter, sont celles d'un profane, permettent de comprendre pourquoi Harnack a pu dire que le gnosticisme est «l'hellénisation extrême du christianisme».

Les gnostiques s'opposaient catégoriquement à tout ce qui venait de la tradition juive. Ils voulaient un christianisme universel bien sûr, mais universel par sa pureté et non pas à la façon de l'Empire romain.

«On veut une religion universelle, qui s'adresse non pas à la nationalité des hommes mais à leurs besoins intellectuels et moraux. On consent à reconnaître dans l'Évangile la religion universelle, mais à condition qu'on le sépare de l'Ancien Testament et de la religion de l'ancienne alliance, pour le modeler sur la philosophie religieuse des grecs et l'enter sur le culte et sur les mystères traditionnels.»(14)

Le fait que le Christ était né en Palestine ne signifiait pas que sa religion dût continuer le judaïsme. Le Christ était essentiellement pour eux celui qui révèle le vrai Dieu et non pas le Messie annoncé par l'Ancien Testament. De là leur docétisme. Le Christ avait bien pris la forme d'un esclave, comme il est dit dans les extraits de Théodote, mais cette forme n'était pour lui qu'une apparence. Le Christ n'avait pas souffert réellement. Il n'était pas mort réellement. On a souvent considéré ce docétisme comme absolument inconciliable avec la doctrine de la Rédemption sans se donner vraiment la peine d'en étudier les nuances. Simone Pétrement s'est donné cette peine et elle en est arrivée à cette conclusion:

«Tout le gnosticisme est paradoxe, et c'est ce qu'on ne doit pas oublier pour le comprendre. Avant tout, c'est comme paradoxe qu'il faut comprendre le docétisme, c'est-à-dire cette négation de l'humanité du Christ, qui paraît d'abord être au christianisme tant de force et de valeur. Le docétisme exprime évidemment la volonté de nier l'apparent, l'immédiat: non, il n'a pas souffert; non, il n'était pas homme; non, il n'est pas mort. Mais il faut l'entendre ainsi: tout en souffrant, il n'a pas souffert; tout l'homme qu'il était, il était Dieu; tout en mourant, il n'est pas mort. C'est seulement ainsi qu'on peut expliquer les apparentes contradictions des gnostiques. Marcion, par exemple, enseignait à la fois le docétisme et que le Christ avait réellement souffert.»(15)

Harnack va même jusqu'à nier que les gnostiques aient été docètes:

«Les gnostiques enseignaient qu'en Jésus-Christ, il faut distinguer nettement l'éon céleste Christ et son apparition humaine et attribuer à chacune des deux natures une action distincte. C'est donc la doctrine des deux natures et non le docétisme qui est propre au gnosticisme.»(16)

On a aussi prétendu que les gnostiques, parce qu'ils attachaient une grande importance à la connaissance, étaient portés à sous-estimer l'importance de la Passion. Il y a sans doute du vrai dans cette opinion,(17) mais les remarques de Simone Pétrement nous invitent de nouveau à introduire des nuances:

«C'est la même chose de dire que le Crucifié avait raison, ou de dire que la vérité, le vrai jugement est d'un autre monde.

Vouloir rappeler, comme veulent toujours les gnostiques, que la lumière est d'ailleurs et non d'ici, que nous-mêmes, en tant que nous jugeons vrai, nous sommes d'ailleurs et non d'ici, c'est simplement vouloir maintenir les droits du Crucifié. Le paradoxe entraîne l'affirmation d'une autre réalité. Ce qui échoue ici, réussit ailleurs; il y a deux ordres.

Certains historiens se sont mis l'esprit à la torture pour comprendre comment la croix, selon Valentin, pouvait être appelée une Limite. Ils se sont donné cette raison, que la croix, à cette époque, avait la forme d'un Tau, de sorte que par sa branche supérieure, elle constituait une limite horizontale pour le monde, et par sa branche verticale, le séparait en deux. Ou bien encore, ils ont traduit Stauros, non par croix mais par pieu, palissade. N'est-il pas plus simple de comprendre que la condamnation du juste est vraiment la séparation de deux ordres, la puissance visible d'une part., d'autre part la valeur et la vérité? Vénérer la croix., c'est affirmer qu'il y a deux ordres et, si l'on veut, deux mondes.

L'idée de Valentin est la même qu'exprime Basilide quand il dit que la Passion du Christ «n'a pas eu d'autre but que d'opérer la discrimination des choses auparavant confondues».(18)

Le style gnostique

Jusqu'à maintenant, nous avons parlé de la gnose proprement dite. Il nous faut maintenant parler des différentes doctrines et d'abord, du style qui les caractérise. Puisque leur savoir leur était révélé, donné, les gnostiques ne pouvaient pas le communiquer à la façon des philosophes. On ne démontre pas l'indémontrable. Dans ces conditions, comment pouvaient-ils s'exprimer pour être universellement compris? Ils connaissaient, nous l'avons dit, les mythes de plusieurs religions. Ne pouvaient-ils pas adapter ces mythes?

«On prit la mythologie grossière de n'importe quelle religion orientale, on transforma des personnages concrets en idées spéculatives et morales comme, «abîme, silence, sagesse, vie«, en conservant même fréquemment les noms sémitiques. On créa ainsi- une mythologie d'abstractions, tandis que les rapports qui unissaient entre elles les idées étaient déterminés par les données que leurs modèles fournissaient. Ainsi se forme un poème philosophique dramatique semblable à celui de Platon, mais incomparablement plus compliqué et où, par conséquent, l'imagination avait une place bien plus considérable.»(19)

Ce style en lui-même nous en dit peut-être plus long sur la gnose que toutes les idées qu'il véhicule. Il rend tout à fait manifeste le besoin d'évasion, le désir d'échapper à la nécessité auquel nous avons fait allusion. Songeons au style des grands stoïciens qui furent les contemporains des gnostiques. L'imagination y est sans cesse.. rappelée à l'ordre, l'économie des moyens y est extrême, les phrases y ont des contours sévères; on sent qu'elles ont été ciselées avec l'attention qu'on accorde aux actions les plus importantes de la vie. Si tel est le style qui traduit la soumission à la nécessité et l'amour de la patrie terrestre, on peut en conclure sans invoquer d'autres raisons que le style des gnostiques exprime des idées contraires. Si l'on peut reprocher au premier d'être trop sévère, trop classique, on peut reprocher au second d'être romantique à l'excès.

Le style des gnostiques est donc en contradiction avec leur pensée. Il révèle la prédominance en eux de l'affectivité alors que leur pensée ne cesse d'affirmer la supériorité de la connaissance pure. Mais il ne faut pas trop s'offusquer de cette contradiction. Elle est la gnose elle-même et elle a de plus le mérite de nous mettre en garde contre la tentation de réduire le gnosticisme à ce qu'on appelle aujourd'hui l'intellectualisme, en donnant au mot le sens de sclérose. Les gnostiques n'étaient pas des spéculatifs mais des mystiques et par suite, leur faiblesse n'est pas la sclérose mais bien plutôt le délire. Il y a eu une scolastique délirante; il y a eu aussi une gnose sclérosée. Mais ce n'est pas une raison pour en conclure que dans la meilleure scolastique, c'était l'élément affectif qui prédominait et que dans la meilleure gnose, c'était l'élément intellectuel.

Quelques systèmes

Passons maintenant à l'étude des principaux systèmes. Quatre grands gnostiques ont élaboré une doctrine: Basilide et Valentin d'Alexandrie, Bardesane d'Edesses et Marcion du Pont. Nous n'étudierons que les doctrines de Valentin et de Marcion.

La doctrine de Valentin nous est surtout connue par les citations des hérésiologues, par des fragments réunis sous le titre d'Extraits de Théodote, ainsi que par quelques-uns des textes découverts à Nag Hamadi.

Pour mieux marquer la transcendance de Dieu, les Valentiniens l'appellent tantôt le Dieu étranger, tantôt le Dieu lointain, tantôt le Dieu inconnu. Ce Dieu, ils le placent au sommet d'un univers divin appelé Plérôme, ou lieu de la Plénitude. Ce Plérôme est constitué par des éons ou, puissances célestes qui entretiennent entre eux des rapports très complexes. Voici la description que le Père Sagnard donne de ce Plérôme dans son commentaire des Extraits de Théodote:

«La divinité, infinie transcendante se présente à nous comme un "Plérôme" c'est-à- dire une Plénitude faite de puissances hiérarchisées ou Éons siècles.

Ceux-ci émanent successivement par couples de leur Source dans une hiérarchie décroissante qui est pour nous l'expression de cette divinité.

Ces couples, conçus sur le type mâle-femelle, veulent simplement exprimer par leur élément femelle, une qualité inhérente à l'élément mâle, et, de cette façon, ils ne font qu'un.»(20)

Leur ensemble forme l'ogdoade:

Père, abîme................................................Pensée, grâce
Fils mono gène (intelligence)......................Vérité
Logos..........................................................Vie
L'homme.....................................................Église

Voilà donc pour le monde divin tel que se le représentaient les Valentiniens. À côté de ce monde divin, et complètement séparé de lui, il y a le monde d'en-bas, le monde des ténèbres. Il est à remarquer que les Valentiniens comme d'ailleurs tous les premiers gnostiques, ne font pas de distinction très nette entre la matière et le monde. Le mauvais ange qui a formé le monde l'a bien formé à partir d'une matière préexistante, mais il n'a pu le faire que par ce que lui-même était ignorant du divin. On s'explique ainsi pourquoi son travail n'a pas rendu la matière plus divin plus lumineuse. Parlant de cette première gnose, H.W. Barth écrit:

«La caractéristique en est le dualisme radical qui, pour la première fois, n'est pas intérieur au monde, mais qui repousse le monde tout entier, le cosmos grec avec ses dieux, comme le monde oriental avec ses planètes, du côté du mal et les sépare d'un Dieu unique, bon et lointain.»(21)

Il s'agit donc d'un dualisme qu'on pourrait appeler transcendantal et non pas d'un dualisme métaphysique ou dualisme des principes. Ce dualisme tel qu'il existe dans Mani, enseigne que le monde résulte du mélange de deux principes, la lumière et les ténèbres, Dieu et la matière. Le dualisme des premiers gnostiques est plus radicale monde pour eux est tout entier du côté des ténèbres mais en même temps, il est moins catégorique, moins définitif: le monde, après tout, a été créé par une puissance sortie du Plérôme. S'il ne l'a pas créé lui-même, Dieu a au moins permis sa création. Le texte suivant montre très bien le caractère ouvert de ce dualisme:

«Il ( le démiurge ) ne connaissait pas celle ( la sagesse) qui opérait par lui. Il croyait créer par sa propre puissance. C'est pourquoi l'apôtre dit:

«Il a été soumis à la vanité du monde, non de son plein gré, mais à cause de celui qui l'a soumis, dans l'espoir d'être délivré lui aussi quand seront rassemblées les semences de Dieu.»(22)

Venons-en à l'homme. Pour expliquer l'existence d'un élément spirituel dans la matière, les Valentiniens ont recours à un mythe qui fait penser à la fois au mythe de Dyonisos-Zagreus, au mythe du Phèdre et au mythe de la chute des anges dans la Genèse.

«Sagesse, émanation la plus éloignée du Père a voulu saisir et comprendre son infini, comme le Fils le saisit.

D'où passion (naissance du mal, perturbation dans sagesse et dans tout le Plérôme) et finalement exclusion de cette pensée ou intention désordonnée, avec son mélange de passions. Cette pensée se cristallise au-dehors et se nomme encore sagesse par simple dédoublement de la première.» (23)

Cette étincelle divine, déchue, tombée dans la matière sous forme de fragment constitue le noyau de l'âme humaine, lequel noyau est appelé tantôt «pneumatikon sperma», tantôt «Xenikon sperma», tantôt «eklekton sperma». À son sujet il faut noter:

a) qu'il n'est pas donné à tous les hommes, comme le mot élu qui sert à le désigner l'indique clairement.

b) qu'il fait partie de la substance divine, qu'il est en quelque sorte incréé, thèse contre laquelle s'indigna l'élément orthodoxe de l'Église.

c) que lui seul est digne de la gnose. Nous reviendrons sur ce troisième point un peu plus loin.

La dite étincelle divine, appelée plus fréquemment âme pneumatique, est recouverte d'une âme psychique, laquelle à son tour est recouverte d'une âme hylique. Il est intéressant de remarquer que ces trois terres correspondent à peu près exactement à ceux que distingue Platon dans le mythe du Phèdre. L'âme hylique correspond au mauvais cheval; l'âme psychique, au bon cheval; l'âme pneumatique, au cocher. Seule l'âme hylique est commune à tous les hommes. L'âme psychique est un peu moins rare que l'âme pneumatique mais elle appartient elle aussi à une catégorie restreinte d'élus. (Chez Platon toutefois, il n'y a pas de semblable répartition.)

Il nous reste à d'aborder la question du salut de ces âmes. La théorie valentinienne du salut repose tout entière sur l'idée de rédemption. Le Christ, lui-même élément pneumatique, s'est incarné. Parce qu'il n'a ni âme psychique, ni âme hylique et qu'il est par conséquent d'une parfaite transparence, il est une condition essentielle à la gnose, au salut. C'est lui qui éveille l'élément pneumatique dans les âmes. Cet éveil, c'est la gnose qui est à la fois libération et connaissance, qui est la véritable naissance dont avait parlé saint Paul.

Mais que deviennent les psychiques et les hylique pendant que les pneumatiques naissent ainsi à la vie éternelle? Les Valentiniens tranchent cette question d'une façon qui, à juste titre, nous semble cavalière, mais qui ne manque pas d'un certain fond de réalité: les psychiques ont droit à un salut mais à un salut inférieur à celui des pneumatiques; les hyliques sont néant, ils restent néant. Cette façon de classifier les êtres aurait été vraiment atroce étouffante, si elle avait pu être appliquée à la lettre Mais en réalité, on a tout lieu de supposer que personne n'était en mesure de dire avec certitude si son voisin ou lui-même appartenait à telle catégorie plutôt qu'à telle autre.

Et même s'il n'en avait pas toujours été ainsi, nous n'aurions pas lieu de nous offusquer outre mesure: certaines de nos catégories psychologiques, tels le refoulement et le complexe freudien, sont beaucoup plus étouffantes que les catégories gnostiques parce que, étant moins générales, elles sont d'un usage beaucoup plus facile.

Il nous reste à parler de Marcion. Marcion était un esprit plus réaliste et par là, peut-être plus profond que Valentin. Il est le seul des grands gnostiques qui eut une influence durable, le seul qui aurait pu donner à l'Église une orientation différente de celle qu'elle a prise. Voici comment Harnack caractérise sa doctrine:

«Une pensée profonde domine le christianisme de Marcion et l'a tenu à l'écart de tout système rationaliste, c'est la pensée que les lois régnant dan s la nature et dans l'histoire, que les actes de la justice ordinaire sont contraires aux actes de la miséricorde divine, et que la foi humble et l'amour du coeur sont l'opposé de la vertu orgueilleuse.»(24)

Il n'est donc pas étonnant que Marcion ait jugé l'Ancien Testament très sévèrement, qu'il soit même allé jusqu'à soutenir que le Dieu bon, le Père que le Christ avait invoqué, ne devait pas être confondu avec Yahvé.

On a toutefois exagéré beaucoup sa sévérité à l'égard de l'Ancien Testament, de manière, croirait-on, à le faire apparaître comme fanatique, ce qu'il n'était vraisemblablement pas. Son exégèse telle qu'elle se présente dans la lettre de Ptolémée à Flora, fait preuve d'un souci des nuances que l'on aimerait retrouver chez tous les hérésiologues:

«Car si la loi n'a pas été donnée par le Dieu parfait lui-même, comme nous l'avons déjà dit, et certainement pas non plus par le diable (ce qu'il n'est même pas permis de dire), le législateur doit être un troisième qui existe à côté de ces deux autres.

C'est le démiurge et le créateur de ce monde tout entier et de tout ce qu'il contient. Parce qu'il est, en son essence, différent des deux autres et se tient au milieu d'eux, on pourrait l'appeler à bon droit l'intermédiaire.

Si le Dieu parfait est bon en son essence, comme il l'est effectivement, (car notre Sauveur a dit qu'il n'y avait qu'un seul Dieu bon, son Père, qu'il a révélé) et si l'être qui est par nature Adversaire est mauvais et méchant, caractérisé par l'injustice, alors celui qui se situe entre le Dieu parfait et le diable, et qui n'est ni bon ni assurément mauvais ou injuste, pourrait à proprement parler être appelé juste, parce qu'il est aussi l'arbitre de la justice qui dépend de lui.»(25)

 

commentaires

Les doctrines de la Gnose

Publié le 9 Juin 2026 par T.D

C’est dans cette situation conflictuelle qu’apparaît le mouvement gnostique. A la différence de l’Eglise catholique, les gnostiques prêchent une foi personnelle. De nombreux hérésiologues ont souligné le manque d’organisation de cette doctrine. Ils n’ont pas compris que tout gnostique est un prêtre mais aussi le temple de Dieu. Cependant, leur enseignement est réservé à une élite.


Le salut des catholiques passe par une croyance aveugle dans une suite de dogmes et la répétions mécanique d’une série de rites : baptême, eucharistie, confirmation, messes etc… C’est un salut de masse, mais aussi une doctrine rigide, traitant la pensée personnelle comme un crime. De même que la religion polythéiste qu’il a supplantée, le christianisme romain est un instrument de pouvoir. Au temps des derniers empereurs ont pouvait lire sur leurs bannières : « Un empire, Un empereur, Un Dieu ». Plus tard, en l’absence d’empereur universellement respecté, les papes tentèrent d’en imposer un, puis de prendre sa place .

Cette conception de l’Eglise comme héritière de l’empire romain perdura très longtemps. Devant La Rochelle, Richelieu ne dit-il pas : « La pourpre cardinale est celle des empereurs ». Le mot empereur étant ici à prendre dans son sens étymologique d'Imperator ou général en chef.
A contrario, la Gnose ne demande pas seulement la foi, elle demande la connaissance (gnosis en grec). Croire ne suffit pas, il faut comprendre. Pour comprendre, il faut expérimenter dans ce monde mais aussi par l’extase mystique.
Quelles sont nos sources sur la Gnose ?


Elles sont de deux ordres, d’abord les écris anti-gnostique des Pères de l’Église. Pour mieux réfuter l’enseignement de la Gnose, ils en citent des passages. Ensuite vient les livres que les archéologues ont exhumés depuis le XVIIIème siècle.


Les premiers ne sont pas vraiment neutres, écris pour contrer les thèses des gnostiques, ils montrent très rarement la Sapience sous un jour favorable. Les principaux reproches se retrouvent pratiquement systématiquement d’un livre à l’autre. La multitude d’écoles gnostiques se retrouve présentée comme étant de vastes lupanars, ou la recherche de l’esprit saint se feraient dans des orgies. Les femmes seraient à tout le monde et l’amour partagé de frère à frère ou entre gens de sexes différents se feraient de manière littérale. En particulier, certaines écoles, comme les Archontites, sont exhibés professant des rites innommables. Prenant au pied de la lettre l’eucharistie, ces Gnostiques pilleraient des nouveaux nés avec du miel et du poivre pour manger le « corps du christ » !


Ce genre de dénonciation de mœurs dissolues et de rituels immondes est classique dans les guerres de religions. On trouve exactement les mêmes reproches dans les écrits des auteurs païens dénonçant les premiers chrétiens.
D’autres polémiques sont plus fondées. Les auteurs catholiques soulignent que certains gnostiques (comme Valentin) chercheraient en priorité à convertir les femmes lettrées et donc fortunées. Ce qui est bien entendu interprété comme une volonté du gourou de s’entourer de compagnes et de mettre la patte sur leurs économies. Valentin semble plutôt avoir écris aux femmes parce qu’il estimait que le mode de vie plus libéral des gnostiques devait leur apparaître tentant en comparaison de celui des chrétiens.

Comme leur doctrine est complexe, elle n’est pas non plus destinée à des gens incapables de la comprendre. C’est pourquoi Valentin écrivait à des femmes de hautes naissances. Bien entendu, aux yeux des Pères de l’Église, universellement misogynes, toute femme sortant à l’extérieur du gynécée est une prostituée.


Ce vieux fond de livres anti-gnostiques a longtemps été la seule source sur laquelle on pouvait s’appuyer pour comprendre leur croyance. Toutefois, l’archéologie, notamment avec la découverte des manuscrits de Nag Hammadi, a suppléé au manque de témoignage de première main.


La Gnose se répartit entre plusieurs grands mouvements.
Gnose valentinienne : Professé par Valentin à partir du deuxième siècle, ce courant d’origine égyptienne gagne Rome. Valentin eut au moins quatre grands disciples : Ptolémée, Héracléon, Marc le Mage et Théodote. Leur école subsiste jusqu’au milieu du quatrième siècle. J’expose en détail sa doctrine, plus bas.


Gnose basilidique : Basilide est un contemporain de Valentin. Son école d’origine égyptienne n’eut pas la renommée de celle de son rival. On ne lui connaît qu’un disciple, Isidore. Son œuvre n’a laissé que quelques traces dans les écrits du Père de l’Eglise Clément d’Alexandrie. Selon son courant, Jésus ne serait mort qu’en apparence sur la Croix. Il aurait en fait laissé mourir à sa place Simon de Cyène. L’école basilidique est cependant profonde, marquée par l’emprise du mal sur ce monde et par la souffrance humaine.


Gnose de Carpocrate : On ne sait presque rien de ce mouvement. Penseurs moralistes, ils ne croient pas qu’une action puisse être bonne ou mauvaise. Ce fut généralement compris comme une absence de morale alors qu’il s’agissait plutôt d’une remise à plat.


Les Séthiens : Ces gnostiques juifs appartiennent à la Gnose syriaque, ils étaient dirigés par le même Elisha Ben Abuya dit Aher dont on parle dans la Tosephta Haggigah.

La doctrine gnostique est particulièrement complexe, ce qui explique qu’elle ne soit jamais développée que dans des milieux ayant un solide bagage intellectuel. L’influence de la philosophie grecque, particulièrement du néo-platonisme est fondamentale.
Afin d’éviter que la tête de mon lecteur n’explose, je vais m’essayer à un résumé –succinct- de la cosmologie et la cosmogonie de l’univers. Du point de vue philosophique, cette création du monde est un mélange à la fois pédant et obscur de moyen-platonisme et d’apocryphes zoroastriens avec des emprunts aux grands textes platoniciens et aux préceptes pythagoriciens.


L’apparition de la Terre est le corollaire de l’inclinaison du monde produit antérieurement à l’univers sensible. Le vrai monde est le monde des âmes, inaccessible à l’homme matériel, il l’est tout autant aux forces de corruption. Ce sont les puissances qui en éclairant le monde idéal ont fait apparaître le modèle dont est issu l’ensemble des réalités qui constituent le monde sensible. La Terre n’est pas le seul reflet de ce monde parfait. Il existe d’autres lieux similaires appelés Colonies, Répliques et Mutations.


La Terre parfaite (aérienne) sert de résidence aux âmes des défunts et assurent leur protection. Emboîtées les unes dans les autres, se trouvent en dessous une Colonie, une Mutation, puis des Répliques aériennes, ces répliques engendrant elles-mêmes des répliques plus terrestre et enfin un lieu céleste connu sous le nom de Source d’eau vive. C’est ici que se tiennent les puissances gardiennes du modèle.


Lors de la migration des âmes post-mortem, l’âme quitte la Terre puis traverse les Répliques aériennes, puis les Colonies et les Mutations.


L’inclinaison qui a créé le monde est le résultat d’un grand dommage. La Sophia (l’âme du monde) s’est penchée sur la ténèbres/matière et l’a éclairé. Il est alors apparu un reflet (eidôlon). Ce « reflet hylique » est la mère. La mère engendra à son tour un Reflet de reflet (eidôlon eidôlou) qui est le Démiurge. Par la suite, le démiurge se sépara de sa mère (ce reflet initial) et créa le monde où nous vivons.


Ce monde imparfait, créé par le Démiurge est une prison de matière. L’âme de l’homme lointain reflet de la Sophia est d’une nature spirituelle. Pour échapper au démiurge, il lui faut se détacher de la matière et s’élever spirituellement.

Si la Gnose valentinienne présente une Sophia extérieure au monde et donc épargnée. Certains courants plus tardifs s’inspirant de l’Apocalypse de Saint Jean présentent la Sophia comme une prisonnière ou une fugitive traquée par Idalbaoth, le premier archonte, le Démiurge.


Au premier rang, des ouvrages ayant participé à la formation de la doctrine gnostique, on compte aussi le Livre d’Hénoch. Dans la Gnose, le Démiurge aurait envoyé ses anges tenter les humains par la chair puis par les métaux précieux pour détourner leurs esprits des sphères supérieures.


Il est à remarquer que loin d’être des doctrines d’un haut degré philosophique, les thèses gnostiques sont souvent l’œuvre d’étudiants ! L’étude moderne des textes permet de se rendre compte que leur inspiration ne vient pas de livres philosophiques proprement dit, mais de manuels scolaires ! Les témoins de l’époque soulignent également le fait. Plotin, philosophe païen, dénonça leurs théories non pas par amitié des chrétiens (il était orphiste) mais parce qu’il ne supportait plus les Gnostiques qui venaient « squatter » ses cours !

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LA GNOSE DÉFINITION ET ORIGINE

Publié le 9 Juin 2026 par T.D

 Définition et différence avec le gnosticisme. Quelle est l’origine de la gnose ? Qu’est-ce que la gnose maçonnique ?

La gnose (du grec gnosis : connaissance) rassemble un grand nombre de courants philosophiques et religieux dont le but est l’acquisition d’une connaissance supérieure par une approche initiatique.

 La gnose a traversé toutes les époques et toutes les religions, elle est encore vivante aujourd’hui. La gnose universelle doit être distinguée du gnosticisme, qui désigne un ensemble de doctrines chrétiennes sectaires présentes dans l’Empire romain entre le Ier et le IIème siècles, et rejetées par l’Église.

Tentons de donner une définition de la gnose.

La gnose est une approche philosophique et religieuse selon laquelle le salut passe par la connaissance directe des choses divines, donc de soi-même. La gnose peut donc être définie comme la connaissance intégrale de la vérité, acquise non pas par l’accumulation de savoirs, mais par une révélation intime, une illumination qui transcende toutes les illusions. Une autre définition de la gnose pourrait être :

Ensemble des méthodes et des disciplines ésotériques par lesquelles chacun peut accéder à la vérité supérieure et universelle. La gnose considère que tout homme peut percevoir Dieu en lui, et ainsi devenir Lumière, et donc obtenir la vie éternelle.

La gnose s’apparente parfois au mysticisme, avec les dérives que cela peut éventuellement comporter. Remarque : En grec, gnosis signifie connaissance. Pour Platon, la gnosis est aussi la science, la prudence et la sagesse, et le gnostiké est l’art de connaître, par opposition au pratiké. Gnose et ésotérisme.

La gnose est indissociable de l’ésotérisme : la connaissance est communiquée par l’initiation. ©https://www.jepense.org/gnose-definition-signification/ Page 2 sur 5 Le mot ésotérisme, du grec esoteros (« intérieur »), traduit à la fois l’importance de l’initiation, et aussi le fait que la compréhension ne peut venir que de l’intérieur.

 Ainsi la gnose procède d’un enseignement secret dont le but est de mettre l’initié sur la voie. Mais cet enseignement n’est pas suffisant : l’effort décisif ne pourra venir que du cherchant lui-même, s’il y est prêt. L’initié devra plonger en lui pour ôter ses voiles et trouver les ultimes réponses au mystère de l’existence. La gnose est donc largement adogmatique : elle s’éloigne des dogmes, du catéchisme et des vérités « révélées ».

C’est le cas par exemple de la gnose maçonnique. En quoi consiste la gnose ? Définition pratique. La gnose, en tant que chemin de connaissance universel, est d’abord une invitation à plonger en soi-même afin d’y trouver une étincelle de lumière divine, étincelle qui éclairera la totalité de l’existence. C’est l’idée qu’il faut se connaître pour comprendre le monde, car la vérité se cache au fond de soi, aux confins de la matière. La gnose consiste à abandonner ce que l’on croyait savoir pour accéder à de nouvelles formes de conscience et de connaissance. Il s’agit de mourir progressivement à nos certitudes, à nos croyances et à nos illusions : illusion que nous sommes autonomes, que nous sommes libres, que nous comprenons les choses, que nous pouvons tout juger. La gnose est donc un chemin de dépouillement. La gnose est enfin la promesse d’entrer dans un monde d’acceptation, de sérénité, de bonheur et d’amour. Ce monde est le Royaume de Dieu, ou encore le nirvana bouddhiste. Gnose et gnosticisme :

définition et différence. La gnose est une approche philosophique et religieuse universelle qui a traversé les siècles pour parvenir jusqu’à nous, en prenant différentes formes.

La gnose doit être distinguée du gnosticisme, qui est un mouvement de pensée développé par des sectes d’inspiration chrétienne entre le Ier et le IIIème siècles ; Simon le Magicien, mage chrétien, en serait l’un des fondateurs. Le gnosticisme développe une idéologie clairement dualiste : il existerait un dieu du bien, lointain, et un dieu du mal régnant sur la Terre. Le but de l’homme serait de se libérer du monde terrestre pour rejoindre le paradis. Le gnosticisme rejette la matière, considérée comme le mal absolu. Or ce dualisme irréconciliable entre matière et esprit ne doit pas être assimilé à la gnose. ©https://www.jepense.org/gnose-definition-signification/ Page 3 sur 5 Le gnosticisme est par ailleurs incompatible avec le dogme chrétien : les adeptes du gnosticisme et du dualisme manichéen ont été rapidement considérés comme hérétiques par l’Église.

 A la différence du gnosticisme, la gnose implique un effort moral, une transformation intime pour s’élever vers Dieu et la Connaissance. Cet aspect est un peu moins présent dans le gnosticisme dualiste, qui fonctionne de manière plus binaire. Mais il serait artificiel d’opposer totalement gnose et gnosticisme, et on peut dire que la plupart des courants gnostiques relèvent de la gnose au sens large. Gnose maçonnique, païenne, chrétienne, islamique… : les différents types. Beaucoup de courants initiatiques peuvent être rangés dans la « gnose ».

Celle-ci prend essentiellement racine dans l’Égypte antique, la Grèce, la Perse et la Palestine, pour s’épanouir ensuite dans le monde chrétien. Réduire la gnose à une nébuleuse de courants chrétiens serait une erreur : la gnose dépasse largement les limites de cette religion. Tentons de lister les différents courants de la gnose : • Les cultes de l’Égypte antique, • Les cultes à mystères de l’Antiquité grecque et romaine (ensemble de religions ésotériques), • La secte pythagoricienne, • Le platonisme, • La gnose christique : le message de Jésus a en effet été considéré comme « gnostique » par de nombreuses sectes dans les premiers siècles de notre ère, • Le manichéisme perse, • La gnose chrétienne développée par les théologiens de l’Église, • La gnose juive, ou kabbale, • L’hermétisme chrétien et l’alchimie, • La gnose islamique, • Le catharisme : les cathares, manichéens jugés hérétiques par l’Église, voyaient dans le Christ le messager du dieu-bon venu sur Terre (monde du mal et de la souffrance) pour diffuser un message d’Amour et d’espérance.

Les cathares rejetaient l’Ancien Testament, œuvre du Diable, pour s’intéresser uniquement au Nouveau Testament et à Jésus, • Les Rose-Croix (gnose d’inspiration chrétienne), • La franc-maçonnerie, ou gnose maçonnique, • Le martinisme, • etc. ©https://www.jepense.org/gnose-definition-signification/ Page 4 sur 5 Dans l’Islam, la gnose est intimement liée au soufisme, courant mystique de recherche et d’expérimentation de la connaissance révélée au cœur du cherchant. Les Soufis : ils sont sans livres, sans études, sans érudition

Mais ils ont poli leurs cœurs Les ont purifiés du désir, de la cupidité, de l’avarice et de la haine. Cette pureté du miroir est certes le cœur reflétant toutes images, L’entendement ici devient silence pour n’induire erreur Car le cœur est Avec Dieu, ou plutôt le cœur est LUI. Ceux au cœur poli ont échappé aux parfums et aux couleurs, Ils contemplent la beauté de chaque instant, Ils ont abandonné la forme et l’écorce du savoir, Ils ont tenu l’essence dans l’océan de la connaissance mystique. Jalal-ud-Din Rûmî, poète persan et fondateur de l’école soufie des Derviches tourneurs Peut-il y avoir une gnose au sein de l’Église catholique ?

L’Église a très tôt rejeté le gnosticisme et la gnose, en particulier la gnose maçonnique, préférant le salut par la foi au salut par la connaissance. Certains théologiens catholiques ont cependant développé une gnose chrétienne compatible avec les dogmes de l’Église. Pour les catholiques traditionalistes, il ne peut y avoir de gnose chrétienne. Ces derniers considèrent en effet la religion chrétienne comme exotérique (non-ésotérique), c’est-àdire une religion ouverte à tous, et non seulement aux initiés. Voici quelques exemples de textes gnostiques : • Les papyrus égyptiens : Textes des pyramides, Textes des sarcophages, Livre des morts, • Les vers d’or de Pythagore, • Les parchemins des nécropoles égyptiennes retrouvés au XIXème et XXème siècle, en particulier à Nag Hammadi ; la plupart sont considérés comme des évangiles apocryphes.

Parmi eux, citons : o L’Évangile de Marie-Madeleine, o L’Évangile de vérité (école gnostique valentinienne), o L’Évangile selon Thomas, o L’Évangile, o La Pistis sophia, o L’Hypostase des archontes, o Le Livre des secrets de Jean, o Le Livre sacré du Grand esprit invisible, o L’Apocalypse d’Adam, ©https://www.jepense.org/gnose-definition-signification/ Page 5 sur 5 •

L’évangile selon Saint-Jean : parfois considéré comme gnostique, du fait de son style qui tranche avec les trois premiers évangiles, • La Table d’Émeraude d’Hermès Trismégiste, et le Corpus Hermeticum, • Le Tao Te King de Lao Tseu, • etc. L’importance de la gnose maçonnique : la « connaissance intégrale de la Vérité ». « Ici sont les arcanes de la gnose » est une phrase présente dans certains rituels maçonniques, qui signifie : « ici sont les secrets de la connaissance ». L’esprit de la franc-maçonnerie, initiatique, adogmatique, introspectif, est typiquement gnostique.

Pour le franc-maçon, la gnose est la Connaissance sacrée ; sa recherche consiste à utiliser tous les moyens d’accéder aux mystères de l’être et du cosmos. La gnose est un chemin qui consiste, non pas à accumuler des savoirs, non pas à cultiver une foi, mais à tendre vers une forme de sagesse unitaire et humaniste, qui permet au cherchant de se révéler et de s’accomplir dans la fusion avec le Principe.

La gnose maçonnique est une quête spirituelle qui s’effectue à l’aide de symboles. La gnose est notamment présente à travers la lettre G figurée au sein de l’étoile flamboyante (2ème degré du rite), ou entre le compas et l’équerre. A noter enfin qu’au 28ème degré du REAA (Rite Écossais Ancien et Accepté) sont énoncées les « Sept Vérités Gnostiques » :

1. Il existe un principe premier, impensable, inconnaissable, impénétrable, pénétrant l’Univers dans tous ses plans

. 2. La vie humaine n’est qu’un point dans l’éternité.

3. L’harmonie universelle résulte de la complémentarité des contraires.

4. L’absolu est l’esprit existant par lui-même.

5. Le visible n’est que la manifestation de l’invisible.

6. Le mal, le malheur et la misère sont inséparables de la condition humaine.

7. L’analogie est l’unique clé de la nature.

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REAA28

Publié le 8 Juin 2026 par T.D

 

Selon certains rituels plus modernes l’enseignement de ce degré pourrait se résumer en sept vérités « gnostiques :

* il existe un Principe indéfinissable et incompréhensible qui régit tout l’univers ;

* la vie de l’homme n’est qu’un point dans l’éternité ;

* l’équilibre universel est le résultat de la similitude entre les contraires ;

* l’absolu n’est autre chose que l’âme dans son essence propre ;

* le visible n’est autre chose que la manifestation de l’invisisble ;

* le mal, les catastrophes sont indispensables pour l’équilibre universel ;

* les similitudes sont la seule clé pour comprendre la nature.

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La Gnose

Publié le 8 Juin 2026 par T.D

 

J’avais primitivement l’envie de jouer avec la lettre G, à titre de gag qui permettrait de se gausser par un Glossaire non dénué de Gongorisme . Mais Il ne faut pas s’égarer en Gouaille ou se gargariser de Gaudrioles qui ne sont pas de mise en ce lieu, pas plus qu’un Gloussement voire un Gondolement même sans godille. Gare à la gloriole me dis-je goguenard comme à l’accoutumée, en pensant à cette lettre G. Ne glissons pas dans le glauque mais ne glandons pas sur ce globe. Inutile de gigoter, de gesticuler, de geindre, de regimber, de goberger et de gémir, générons, galvanisons, sortons des gangues qui nous engluent, faisons galoper nos esprits, germer nos idées, gagner nos principes trop souvent galvaudés. Vouons aux gémonies, juste un instant, les galbes et les gambettes des geishas qui agrémentent nos galipettes en cherchant le point G. Soyons le gang bang de la gamberge, les généreux géniteurs   d’un  humanisme régénéré.

Cornegidouille, ventre saint gris, je m’égare...arrêtons ce gachis , ces grumeaux de verbiage, cette gabegie de G, ce galimatias fait pour amuser la galerie qui peut en agacer quelques uns et en gonfler quelques autres.   Ce G permet donc de tout dire , c’est un générique assez génial. G dit.

La lettre G, la septième lettre et la cinquième consonne de l’alphabet, je devrais dire de notre alphabet, même si dans leur grande majorité, ils varient peu jusqu’à cette lettre, ne manque pas de surprendre le compagnon que nous restons tous...

Notre rituel nous suggère un certain nombre de mots qui seraient liés à la lettre G, tels géométrie, génération, gravitation et Gnose. N’ayant jamais entendu d’exposé sur ce dernier, je me suis décidé, malgré une réticence naturelle à l’effort, à entamer une réflexion sur ce sujet la Gnose.

Ce mot Gnosis nous vient du grec, lequel constitue la racine en latin du verbe cognoscere  signifie connaissance. Ajoutons à titre indicatif que le mot grec Gnostikos signifie « celui qui sait » et celui là pourrait s’approcher de l’initié. C’est ainsi que le concevaient les gnostiques. Voilà une raison supplémentaire pour s’intéresser à la Gnose.

Il apparaît à la simple réflexion que l’énumération donnée par notre rituel ne comporte pas un terme que le pasteur Anderson aurait probablement cité en premier lieu dans sa langue maternelle pour illustrer la lettre G : GOD. Il eut pu ajouter GOOD GOD mais bon dieu, la traduction littérale, nous égare peut-être de notre sujet mais en apparence seulement...

Revenons enfin à la Gnose, et pour conserver l’usage de la lettre G , attachons nous à en tracer même sommairement la genèse avant d’en faire la glose.

S’il fallait donner en préambule un ambryon de définition de la gnose, c’est probablement par son contraire qu’il faudrait la présenter tant il est vrai que nous entendons parler plus souvent d’agnostiques que de gnostiques. Un agnostique en effet est celui qui n’admet comme réalité que le monde expérimental, le monde sensible matériel, concret qu’il estime être le seul entrant dans le champ du connaissable. Cette position conforte l’alliance du rationnalisme et du matérialisme.

Rappelons au passage que l’agnostique se différencie de l’athée, au moins dans le sens moderne du terme, lequel se contente de nier l’existence d’un dieu ou plus exactement il refuse d’adhérer aux raisons de croire à l’existence d’un dieu. Bien sûr l’athéisme contrairement à l’agnosticisme n’est pas une doctrine.

A l’opposé, pour simplifier dans un premier temps, la gnose se présente comme une connaissance purement intuitive et une expérience strictement personnelle qui donne accès au divin ou pour utiliser un terme plus générique, au transcendant ou à une forme de métaphysique. Cette approche essentiellement spiritualiste fait davantage appel à l’intelligence du coeur qu’à la raison, au moins dans la pensée des premiers gnostiques lesquels ont constitué une secte à l’origine. La question se posera de savoir si il n’existe pas encore aujourd’hui un certain sectarisme gnostique ce qui n’exclue pas un sectarisme agnostique non plus...

La pensée gnostique, dont on peut lire fréquemment qu’elle est néo-platonicienne, à défaut de racines peut être reliée à divers grands mouvements de pensée tant en occident qu’en orient : On y retrouve l’importance de l’âme chère aux égyptiens et reprise par Pythagore, la dualité du bien et du mal constituant essentiel de l’univers des mazdéens reprises dans les doctrines manichéennes, lesquelles ont largement influencé bien plus tard, le Catharisme. L’idée de salut par la connaissance, la prise de conscience de la part de divin en soi, l’affimation que le monde n’est qu’une illusion dont il faut s’affranchir, et enfin la recherche de l’intériorisation comme moyen d’élévation de soi, ces thèmes développés par les gnostiques se retrouvent tant dans le mouvement de la pensée grecque que Bouddhique mais aussi chez les Esséniens, chez les Astrologues de Babylone ou en Inde dans les Upanishads ( textes indous écrits entre le XVIII° et le VIII° siècle avant notre ére – textes védiques – véda signifie savoir science en sanskrit )

Sans remonter aussi loin, il est fréquemment admis que la pensée gnostique s’est développée tout particulièrement dans l’émergence du monde judéo-chrétien bien qu’elle l’ait largement précédé et sur lequel elle s’est greffée presque dès les origines.                                                                  :.

Les premiers gnostiques répertoriés et désignés comme tels au deuxième siècle de notre ére, Valentin, Marcion et Justin pour ne citer que les plus célèbres, mélaient semble-t-il la tradition juive et la philosophie religieuse des Grecs dont ils avaient été nourris, tout en adoptant de façon très personnelle l’enseignement d’un christianisme naissant et dont le contenu n’était pas encore parfaitement défini.

Ainsi pour eux le vrai Dieu ne pouvait pas être source de tout et notamment source du mal. En celà ils suivent Platon qui avait énoncé que « dieu n’est pas cause de tout ; il n’est cause que du bien ; il n’est pas responsable des maux ». Les guerres, la corruption, l’omniprésence et l’omnipuissance des romains à cette époque, tous ces malheurs,  ne pouvaient pas être le fait de Dieu qui avait dit lui même « mon royaume n’est pas de ce monde » . Ainsi les gnostiques établissaient-ils un lien entre le monde décrit par Platon et celui annoncé par le Christ dans leur représentation du dualisme de ce monde, celui du mal sur terre et celui du bien qui n’est pas ici bas, vers lequel on peut tendre par la connaissance.

La gnose devient pour eux la connaissance de la connaissance, la connaissance de dieu qui passe par et aboutit à la connaissance de soi même.

   Connais toi toi même et tu connaitras l’univers et les dieux

Je voudrais à cet instant faire une petite disgression sur la citation qui vient d’être énoncée laquelle est largement détournée de son sens lorsqu’elle est élidée.

Pourquoi ne cite-t-on toujours que la première partie de cette phrase célèbre , ce qui la dénature ? Dailleurs ceux qui la dénaturent, trop souvent la détournent à leur profit et pratiquent davantage le «  connais moi, moi même » qui n’est qu’une forme d’exhibitionnisme à visée psychanalytique très pratiqué en maçonnerie.

La gnose, chacun l’a bien compris, n’est pas un  savoir, mais elle s’interprète déjà dans le sens que lui donnera bien plus tard Paul Claudel de co-naissance.

En langage contemporain nous dirions que pour les gnostiques, l’homme comme le monde est duel. Déjà formulée par Aristote, Cette dualité pour l’homme est celle de l’être de chair qui est aussi être de lumière, laquelle est d’essence divine. De cette façon l’homme devient parcelle de divin qui, elle, subsistera après la mort, libérée de sa gangue charnelle. Le corps n’est qu’une enveloppe passagère qui peut être entrainée à des excès sans que l’âme en patisse. Mais la mort ne libère pas nécessairement l’homme de l’emprise du Démiurge. Seuls ceux qui se sont libérés par la gnose y parviennent ; les autres doivent revivre une autre existence, ce qui suggère une doctrine de la réincarnation que n’aurait pas reniée Pythagore lui-même tout comme le mythe de l’ascension des âmes.

Reprenant à leur compte l’évangile de Thomas citant Jésus, les gnostiques considèrent que le destin de l’homme est de parvenir par la gnose à la connaissance de l’ineffable réalité divine d’où il provient et où il doit retourner.

Pour les alchmistes ici présents, précisons que l’étincelle divine qui est en nous correspond pour les gnostiques à l’or spirituel, ultime stade des sept degrés de l’univers décrits par Claude Ptolémée. La sphère saturnienne correspond à la matière ; elle est symbolisée par le plomb. Puis après la mort du corps et sa décomposition suivent un certain nombre de transmutations qui traversent Jupiter, assimilée au zinc, Mars au fer, Mercure le vif-argent, la lune l’argent pour atteindre enfin le soleil, l’or. Les gnostiques considéraient que ces différents métaux matérialisaient les différents stades d’évolution de la matière sur la voie de la perfection, celle de l’or que seule la gnose permettait d’atteindre.

On peut trouver ici une filiation à travers cette résurrection des métaux, avec le mythe  égyptien d’Osiris, les mystères orphiques et Dyonisiaques et certains mythes perpétués par la franc maçonnerie .

Bien sûr il est possible aussi, d’étendre, par de subtiles correspondances, la palette des métaux décrits plus haut aux couleurs.Théophrastus Bombastus von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse voyait dans le souffre le médiateur entre le corps et l’esprit et dans le sel , présent aussi dans nos rituels, l’origine de toutes les couleurs, qu’il définit comme la lumière coagulée du monde. Chacun pourra à son goût approfondir ces sujets que certains cercles maçonniques au XVIII° à tendance gnostico-hermétiques ont développé.

Au Plérome, le monde du divin s’oppose chez les gnostiques, le Kérome, le monde des apparances et de la matière. Son créateur qui resssemble au Jéhovah de l’ancien testament se distingue voire s’oppose au dieu de lumière et de bonté, seul vrai dieu mais inconnaissable.

Alors que Platon dans le Timée imagine le démiurge comme un poète qui crée un cosmos aux proportions harmonieuses, la gnose lui attribue la création d’un monde dénaturé inachevé, un chaos.

Sur le plan éthique, les gnostiques considèrent que les lois morales, qui doivent être évolutives et adaptées par chacun, n’ont d’autre objet que d’assurer la vie en société. Elles constituent un arsenal juridique propre à réguler les relations entre individus. Les suivre n’apporte rien pour le salut de l’individu lequel ne peut s’obtenir que par la voie spirituelle et individuellement. Les êtres de chair sont freinés dans cette quête par la pesanteur de leur propre nature matérielle et ils ne sont pas égaux entre eux devant la spiritualité. Nous retrouvons comme chez Pythagore une certaine forme d’élitisme.

Il existe des êtres de lumière considérés comme des messagers du divin qui sont chargés d’aider l’humanité dans sa quête de la gnose. Parmi beaucoup d’autres, Jésus est de ceux là. Cette thèse se rapproche de celle du livre des grands initiés d’ Edouard Shuré que chacun connaît ici, grands initiés auxquels il est fait référence dans le rituel du deuxième degré..

A titre indicatif, Le soufisme connaît des catégories similaires, le stade ultime étant celui des Malamati dont l’état est assimilable à celui de prophète, alors que le Sufi se contente, si on peut dire , d’avoir accès à la gnose.

On perçoit déjà dans l’approche gnostique, ce qu’un auteur a défini comme l’hellenisation du christianisme. La gnose en bien des points s’éloigne de la foi chrétienne et notamment en ce qu’elle est une expérience personnelle du transcendant sans adhésion à un dogme. Elle est aussi l’affirmation que l’homme peut assurer seul son salut. Les théologiens du christianisme dénonceront très tôt cette hérésie adoptée plus tard par les cathares et combattue par l’inquisition.

L’étincelle divine des gnostiques qui pousse à la connaisance de dieu fait partie intégrante de l’âme protestante dans sa recherche individuelle du salut. Les Luthériens y étaient plus sensibles que d’autres . La même approche se retrouve chez les rose-croix mais aussi chez les mystiques anglais influencés par le théosophe mystique allemand du XV° siècle, Jacob Böhme puis dans la philosophie de l’idéalisme allemand avec Hegel et Schelling. Cette influence se retrouve enfin, dans la littérature contemporaine notamment chez Joyce, Rimbaud, Breton et Artaud.

De nos jours encore des résurgences de gnosticisme persistent notamment dans le syncrétisme de la société théosophique créé par Hélène Blavatsky fin XIX° mais dont les thèses racistes ont alimenté la pensée national-socialiste allemande :

 ( le but de l’humanité c’est l’ascension du corps matériel et sexué vers un corps éthérique de lumière ; mais cette ascension se fait à partir de la race mère qui est la race Aryenne située pour elle aux USA de son époque )

 Ainsi des mouvements gnostiques se retrouvent dans les religions chrétiennes, y compris dans le Judaïsme et dans l’Islam notamment à travers le Soufisme. 

Alors la question se pose de savoir pourquoi ce terme de Gnose, figure dans l’interprétation de la lettre G. L’influence protestante y est probablement pour beaucoup. N’est-ce pas précisément la gnose qui a généré les condamnations papales de la F.M. libérale, en ce qu’elle permet un accès directe à un être transcendant en ignorant l’église ?

Mais les Maçons ne sont pas nécessairement des gnostiques au sens originel du terme. Pour éviter toute référence christique, la gnose en F.M. libérale est souvent présentée comme étant la connaissance initiatique. L’impétrant en d’autres termes, comme Mr Jourdain avec la prose, ferait de la gnose sans le savoir. Il s’agit, en effet, comme pour les gnostiques, non pas d’un savoir mais de la découverte du sens caché des choses et du monde, par une recherche personnelle et nous concernant, aux moyens des symboles. Il n’est probablement pas abusif d’assimiler cette co-naissance à une renaissance telle que nous la faisons vivre à l’initiation.

Là aussi la connaissance, comme toute expérience initiatique, est plus affaire de coeur que de raison. Mais là s’arrête la comparaison et l’utilisation du terme de gnose dans le rituel, à ce stade, sauf si la définition de la gnose se limite à celle de « prise de conscience » me paraît abusive, mais celà n’engage que l’auteur de ces lignes.

Cette courte reflexion n’avait pour but que de contribuer à réfléchir sur la gnose certes mais aussi par voie de conséquence, sur l’initiation et sur les définitions que nous voulons  donner aux mots que nous employons.

Je laisse donc à chacun le soin d’alimenter sa propre analyse sur ce chemin ou sur tout autre, tant il est vrai que ce qui importe, est moins le but à atteindre que le chemin parcouru pour y parvenir. 

G dit.

Alain.J.Th

 

 

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