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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Alchimie, une Quête de Soi

Publié le 17 Juin 2026 par T.D

Qu'est-ce que l'Alchimie ? Voilà une question qui déclenchait de nombreuses réponses censées et intéressantes il y a encore quelques années, et qui, aujourd’hui, ne semble plus trouver d’intérêt chez nos contemporains, ou plus dramatique encore, parait concentrer un ensemble de pensées et de réparties fantasmagoriques. Alors que l’homme contemporain s’en remet intégralement à la loi du capital et au rythme de dogmes moralisants, délaissant l’observation attentive du monde qui l’entoure, fondant tous ses espoirs dans la science qui le dépasse, où la foi d’un progrès en perpétuel devenir s’articule autour des besoins créés par une surenchère effrénée de la croissance, l’homme moderne disons nous, perd ses repères et se rend esclave de ses propres concepts, immatériels et artificiels, qui aveuglent sa Nature véritable au profit d’un égo vorace et dualisant.

 Alors que les cycles naturels et perpétuels avaient toujours intrigué nos aïeux, enseignant et créant un respect sacré à leurs yeux, nos Pères allaient jusqu’à imiter la nature, la célébrer perpétuellement pour la réactualiser épisodiquement. De ces rites et fêtes hiératiques en hommage à l’univers entier, où se dressait alors le pivot central qui réglait l’organisation sociétale de ces nombreuses ethnies ancestrales, nous ne trouvons aujourd’hui qu’un vestige malingre qui a pris place et règne sous l’expression d’un anthropocentrisme qui se voudrait à la fois le support, l’objet et l’outil de toutes modifications et créations nouvelles dans l’espoir d’une domination de la matière sur l’esprit qui, ce dernier, reste relégué au domaine limité du règne cérébral dans nos sociétés contemporaines.

 Les tensions actuelles et les événements dont nous sommes attentifs, acteurs par défaut et spectateurs par force, nous enseignent non pas la fin de quoi que ce soit, mais l’idée qu’une masse critique de forces indomptables en jeu semble s’abattre sur l’humanité, cette dernière s’apitoyant sur sa destinée et ne comprenant pas que ces problèmes prennent leur racine dans le domaine de la pure Philosophie, car c’est bien l’esprit de l’homme qui s’est dévoyé. Quand les puissants arrêteront de graver leurs noms sur des bibliothèques, des musées ou des lois, quand les hommes se sentiront le courage de ne plus opposer la morale aux principes, quand les individus deviendront attentifs au Maintenant, se préoccupant de leur environnement immédiat en souhaitant que le devenir reste à cette image de l’éternellement présent, alors peut être pourronsnous réactualiser ce Présent, comme témoins et spectateurs, en étant conscient que ce qui arrive de bon ou de néfaste pour nous-mêmes, n’est qu’un flot d’événements contingents qui ne peut avoir de prise sur un psychisme perpétuellement rénové, donc indissoluble, indéfectible et impérissable.

Cette posture fort simple ne peut qu’angoisser l’homme moderne dont l’esprit alambiqué par maintes techniques et théories, est devenu totalement étranger à l’idée d’Être, rongé par la gouvernance de l’avoir. Mais soyons lucides, nous ne prônons et n’imposons aucun dogme car cette philosophie n’annihilera jamais les crises de l’esprit, nous le savons trop bien, mais elle permettra de les dépasser sainement. Le Feu de l’Esprit étant Un, il suffirait qu’un homme revêtisse ce manteau de Sagesse pour que l’humanité entière en soit libérée.

 Etrange paradoxe que cette assertion, mais sachez que l’existence n’a ni commencement et ni fin, elle est sans limites, possédant son centre partout et sa périphérie nulle part. Cette ultime modalité d’Être est sousjacente à toutes formes, changements, forces, matières et esprits comme nous l’enseigne Ramana Maharshi. Ainsi disparaît le mirage des apparences et des obstacles, qu’ils soient matériels ou humains, devenant de simples modalités d’expression du Soi, selon le propre agencement inné de la matière par densité, prouvant l’Unité fraternelle de notre existence où le « Je » patient et vigilant écarte l’ombre du « je » dualisant en rayonnant, demeurant éternellement le « Je » ultime, étrange antinomie, liée directement à l’idée d’une contemplation de l’intérieur qui doit se passer de tout contrôle pour devenir innée.

Nous voudrions également, par ces quelques lignes, sensibiliser le jeune chercheur qui espère un jour maîtriser notre Science, à la conception suprême de l’Alchimie, à savoir la compréhension véritable de la notion même de Philosophie. Car là où un jour s’interrompra l’étude et la pratique hermétique, entendez nous bien, s’installera la Philosophie. Si nous nous permettons quelques écarts en dissertant sur les systèmes politiques, économiques ou moraux, c’est pour mieux pointer l’obligation de l’impétrant d’être lucide sur le monde qui l’entoure, et sans porter de jugements hâtifs, nous l’invitons à observer attentivement le drame humain qui se joue, pour s’en détacher et être passant.

Le Philosophe ne doit jamais devenir le bras armé d’une doctrine spéculative ou d’une idéologie politique quelconque qui s’adresse surtout au respect des institutions et des lois qui forment l’outil qui dirigent les groupements humains que nous nommons « nations », concourant au bon ordre collectif. La rénovation espérée de nos sociétés ne trouvera jamais d’aboutissement dans le domaine communautaire mais seulement dans un élan individuel de régénération de l’Être et de l’Esprit, en laissant les concepts établis régler le devenir des peuples dans une contrainte nécessaire, mais relative à la sphère des nations pour leur bonne tenue.

L’individu, comme tout philosophe, à le devoir de se conformer à ces lois, émanant d’une autorité souveraine, dans le but de maintenir un équilibre sociétal artificiel mais vital. La voie que nous suivons, nous la nommons Lunaire. La Lune évoque à l’entendement notre Mère originelle, le Patient. Et comme nous avons pu maintes fois le constater, n'est-il pas troublant finalement dans ce microcosme hermétique, dominé par les mâles charbonniers, que de se retrouver dans une Voie femelle dans son fondement ?

Le Magistère est un travail de femme et de « lavandière » ne dit-on pas ? Et c'est cette Lune, patiente mais aussi agente laborieuse du Grand Oeuvre, qui sera faite Mâle, en devenant philosophale et en portant le signe du Soleil, d'une façon permanente, tangible, pénétrante et teingeante comme nous l’enseigne le Lion Vert, le Dissolvant secret, qui dévore le Soleil. C'est cette Lune servante qui règnera en Maître incontesté lorsqu'elle se sera fondue dans l'Unité de l’Oeuvre, pour redevenir Sel car Toute Pierre est un Sel. Voilà le Rebis hermétique, le mixte dont nous entretient la Table d’Emeraude en son principe, Le Soleil en est le Père et la lune la Mère.

C'est cette Lune, notre Vaisseau, notre Royaume, que nous devons appréhender et qui est à l'origine de toutes métamorphoses dans l'Oeuvre en se faisant androgyne d'une part au-dedans et en le manifestant au dehors.

C'est encore cette Lune, cette Eve, qui de par sa Nature intuitive en délaissant toute raison qui ne l'habite pas encore, va croquer dans la pomme pour nous faire vivre l'expérience du Jeu du Père en manifestant le « Deux » qui s'effacera plus tard dans l'Unité retrouvée. Le Soi n'a pas d'attribut. Pourquoi dès lors ne pas le nommer pour une part Lunaire dans notre Quête comme un point de départ à nos investigations ?

En ce qui nous concerne, nous avons tranché. Voici que nous venons de poser les termes qui définissent cette voie Alchimique que nous suivons, une parmi tant d’autres, et vous-mêmes, pourraient la nommer comme bon vous semble, Voie des Sels, Voie métallique, minérale ou royale, ces termes n’ayant que peu d’intérêt finalement, si ce n’est qu’ils se rejoignent tous en fin de Quête dans la Rénovation de l’Esprit par le Feu contenu dans son véhicule qui est la Lune.

 J'ai dit

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La Chrysopée du Seigneur

Publié le 16 Juin 2026 par T.D

 « La sagesse d’En-Haut est premièrement pure, ensuite, pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. Et le fruit de la justice est semé dans la paix, par ceux qui recherchent la Paix… » (Ep. Jacques. III-17, 18)’observation des Hommes a noté ce point particulier de leur nature, et qui veut qu’en eux la Paresse soit la mère de tous les Vices.

Ce qui s’explique par le fait que le refus de la Chair de participer aux exigences des oeuvres de l’Esprit tend invinciblement à générer en eux mêmes les éléments contraires susceptibles de mieux servir ce honteux défaut.

Ainsi donc, on peut admettre que l’Ame envahie par un Vice quelconque (manifestation d’un Principe intelligent et conscient de sa perversité), se trouve aussitôt en butte aux autres vices, que le premier qui força la place appelle aussitôt à l’aide, afin de conserver le fort qu’il vient d’emporter.

Mais si ce processus ne fait qu’exprimer en mode inversé, un processus naturel de génération des attributs de l’Ame, c’est que ce dernier existe bien par lui-même, et, conséquemment, que les Vertus de l’Ame sont susceptibles d’une manifestation et d’un développement harmoniques, leur épanouissement et leur permanence dépendant de leur totalité.

Ainsi, de même qu’en l’édifice une pierre en appelle une autre, et qu’elles deux en exigent une troisième, ce jusqu’à la pose finale de la “clef”, de même une Vertu et un Vice sont générateurs d’autres Principes, ce jusqu’à concurrence de l’ensemble final. C’est pourquoi, Fils du Soleil et de la Lune, si le langage des Philosophes ne t’est pas absolument inintelligible, médite leur enseignement. Méprisant le honteux désir de l’Or, vu la vaine curiosité naturelle qui ne conclut pas parce que ne s’étant jamais par avance fixé sa route, tu sauras alors percer le secret des véritables Fils du Feu.

Tu comprendras alors seulement que ce Feu n’est point le feu sombre et satanique, desséchant à la fois la chair et le coeur du faux sage ou de l’ignorant souffleur ; mais qu’au contraire, ce Feu est en réalité l’ESPRIT CONSOLATEUR que nous annoncent les saints Evangiles.

 Puisses-tu alors avoir la Force de mettre en pratique les vrais secrets de l’Art que je te donne cy, puisses-tu mener à bien I’Oeuvre de ta propre Rédemption et atteindre ainsi l’Illumination finale promise aux saints hommes de Dieu. C’ est là, Fils du Soleil et de la Lune ce que te souhaite de tout son coeur ton Frère en Notre Seigneur Jésus-Christ, son saint Nom soit béni ! Amen.

La Tradition de ceux qui nous précédèrent sur le chemin de la Sagesse, nous dit que toutes choses précèdent de Quatre Eléments, et que ces quatre Eléments sont à la base de tout. Ce sont respectivement la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu. De ces Quatre Eléments, l’Alchymiste sait tirer deux Principes respectivement mâle et femelle, et un troisième Principe, neutre.

Ce sont là le Soufre des Philosophes, le Sel des Philosophes et le Mercure des Philosophes. Ainsi donc, par une Opération simple et salutaire, nous disent les Maîtres, les Quatre sont réduits à trois. Mais Soufre, Mercure et Sel des Philosophes ne constituent qu’un aspect intermédiaire de l’évolution de nos Eléments. De leur série, naissent une nouvelle, composée de deux Principes, supérieurs à tous les autres. Ce sont le Soufre des Sages, et le Mercure des Sages.

Voici donc en réalité nos deux suprêmes Arcanes de l’Art. Et c’est de leur copulation finale que naîtra enfin la Chrysopée. Cette tétractys était bien connue des élèves du sage Pythagore, et les saints hommes de Dieu, versés dans la connaissance et l’emploi de ses Saints Noms ne l’ignoraient pas non plus.

Telle qu’elle, c’est là toute la clé de notre Archymie. Dans l’Homme, les Eléments susceptibles de faire débuter l’oeuvre, sont les Quatre Vertus Cardinales, savoir : Force, Prudence, Tempérance et Justice. Le Sage qui a su développer en son Ame ces Quatre Vertus est assuré, de par leur présence même, de voir se développer en lui, à leur tour, les trois Vertus Théologales, savoir : Foi, Espérance et Charité.

Ainsi, la pratique suivie et attentive des Vertus Cardinales, génère et suscite l’action des trois Vertus supérieures. A leur tour, lorsque nos trois Principes supérieurs sont définitivement acclimatés en nous, ils s’empressent d’éveiller d’autres présences, celles des Puissances de la dyade suprême : Intelligence et Sagesse.

Et à leur tour, ces deux grâces divines en éveillent une autre en nous : celle qui ne saurait être exprimée par des mots et des images. En cette dernière est toute la Béatitude promise aux élus, par elle, nous participons, créatures, à la Vie Divine. Il serait vain de croire que la pratique d’une seule Vertu soit susceptible de générer les suivantes. De même que l’enfant naît du père et de la mère, de même que l’Esprit Saint procède et du père et du Fils, de même une Vertu ne procède que de deux autres. Ainsi, sur l’Arbre de notre Connaissance.

La première Vertu qu’il importe de développer en nous est celle de la Force. Car comment pouvons-nous nous attaquer à une telle entreprise si nous ne sommes pas, par avance, assurés de la mener à bien ? Il faut donc être fort ; fort contre le monde, fort contre nous, fort contre nos Vices. La seconde Vertu à développer est la Prudence, car elle nous enseignera à nous défier du Monde, de nous-mêmes, des ruses subtiles des Vices, nos Ennemis conscients et subtils.

Car, encore une fois, il ne faut point voir ces Vices comme des réactions instinctives et mécaniques de notre propre Chair. Sans doute, celle-ci sert de véhicule et de canal à ces réactions. Mais celles-ci sont inspirées par l’Esprit Démoniaque qui habite en elle, puisqu’il en est à la fois l’auteur et l’animateur.

C’est par elle que l’Esprit des Ténèbres s’exprime ; et lorsqu’il la fait vibrer à sa guise, ainsi que la viole sous les doigts du ménétrier, nous devons, en tant qu’esprit libre, nous défier de tout ce qu’elle apporte de suggestions diverses, compliments ou reproches, conseils ou négations, tout ce qui semble présenter une justification de la prééminence de la Chair sur l’Esprit, tout est à rejeter. Voici la Vertu de Prudence.

 De la pratique commune de ces deux premières Vertus, Force et Prudence, naîtront respectivement deux autres : Tempérance et Justice. Lorsque la Force aura tendance à déborder son domaine, que Prudence s’effacera momentanément, Justice apparaîtra. Car, qui dit Justice dit rétribution exacte. Et par une réaction purement “mécanique”, l’équilibre un instant perturbé se rétablira. Mais lorsque Prudence l’emportera sur Force, alors Tempérance apparaîtra.

 Elle a également nom Miséricorde, Douceur, Indulgence, et Pardon. Sur la ligne des deux plateaux, elle s’oppose à Justice, dont la rigoureuse précision ignore les variations suscitées par l’infini amour des êtres pour les êtres, et de Dieu pour eux tous.

Lorsque ces Quatre Vertus Cardinales seront devenues actes de tous les instants, en toi, Fils du Soleil et de la Lune, les Eléments de l’Oeuvre seront prêts à entrer dans le jeu des générations supérieures. Alors, dans ton Ame, paraîtront trois hôtes nouveaux, les Vertus Théologales, qui ont nom Foi, Espérance et Charité. Force était Feu ; Justice était Air ; Tempérance était Eau, et Prudence était Terre. En cette seconde série, Foi sera Soufre, Espérance sera Mercure et Charité sera Sel.

La Foi naît de la pratique de la Justice et de la Tempérance. Foi, avant tout, prend sa source dans la vérité et la franchise. Lorsque tu possèdes la Vérité, une Certitude, tu crois alors fermement au bien-fondé de ce qui s’y rapporte. Et la solidité de ta croyance est le fruit de ta certitude. Songe alors que la Foi que tu peux susciter chez autrui dépend totalement de la véracité de tes paroles, de tes actes et surtout de tes pensées. Pense juste, pour parler franchement et agir droit. Car Foi est surtout et avant tout Bonne Foi. Foi, c’est Franchise !

 Ne mens pas, car le Mensonge tue la Foi. Ce faisant, tu tisses autour de toi-même un voile qui te cache Dieu, suprême Vérité. Pour croire juste. il faut imaginer ou agir véridiquement. Ce faisant, tu fais naître en toi-même une Foi, fille de Certitude. Et Certitude est seule Réalité… Justice et Bonne Foi engendrent Espérance.

Car, qui nierait que le Bon Droit, né de Justice, et Certitude, fille de Bonne Foi, sont seuls susceptibles d’asseoir sans crainte ton Espérance ? Semblablement, Foi et Tempérance font naître Charité. Car la Bonne Foi et la Douceur exigent que nous rendions à autrui ce que nous souhaitons qu’il nous rende. Ainsi naît la Charité, autre aspect de l’Amour des êtres pour les êtres. Mais Bonne Foi et Espérance font aussi naître Charité et ce pour les mêmes motifs.

La Certitude que donne l’Espérance reposant sur la Vérité et sur la Bonne Foi, nous démontre que le but et l’état final des Etres est justement l’Amour de ces mêmes êtres les uns pour les autres. Donc, Foi et Espérance génèrent Charité. Ici, le Septenaire est établi. En toi-même, Fils du Soleil et de la Lune, ont été successivement générées Force et Justice, Tempérance et Prudence, donnant naissance à Foi, Espérance et Charité. Issus des Quatre Eléments, Feu, Air, Eau, Terre, se dessinent f1ambovants comme des personnages de Vitrail : Soufre, Mercure et Sel des Philosophes.

Mais de même que notre Alchymiste ne saurait agir sur les Quatre Eléments et les Trois Principes sans utiliser un véhicule matériel (la “prima materia”), de même, Archymiste, tu es dans l’obligation de recourir au monde contingent pour canaliser et mener à bien ton action. Ce que sont l’Athanor, le Creuset, la Prima Materia pour le Souffleur vulgaire, les Connaissances humaines, puis divines, le sont pour toi, et tu ne saurais te passer d’elles. Gnose est donc le plomb vil sur lequel ta puissance morale va s’exercer.

 Si tu sais t’en rendre maître, sans être asservi par elle, tu pourras alors seulement mener à bien la Chrysopée. š› Gnose et Espérance appelleront en toi même, Fils du Soleil et de la Lune, Intelligence, qui est Compréhension.

Car nous savons déjà qu’Espérance est aussi Certitude, et que Gnose est Savoir. Puisque Certitude est née de Vérité (ou Bonne Foi), Gnose ne peut alors qu’être Parfait Savoir. C’est pourquoi Parfait Savoir et Certitude donne Compréhension. D’autre part, et parallèlement, Gnose et Charité appelleront en toi Sagesse, tout comme Gnose (ou Parfait Savoir), uni à Compréhension, généreront ladite Sagesse.

Mais, qu’est-ce donc que Sagesse ? Nous le comprenons maintenant, Intelligence et Sagesse sont respectivement Soufre et Mercure des Sages, pour nos vulgaires Alchymistes.

Sagesse est Usage, comme Intelligence est Compréhension. L’une, la première, est active, la seconde est passive. Et de l’union des deux doit naître enfin l’ultime et dernier terme de l’oeuvre, la Pierre Philosophale, l’Illumination qui refera de toi, Fils du Soleil et de la Lune, la Créature Céleste que tu fus à tes origines.

« Que le Dieu de Paix, qui a ramené d’entre les Morts le Grand Pasteur des Brebis, par le Sang d’une Eternelle Alliance, Notre Seigneur Jésus-Christ, vous rende capable de toute bonne oeuvre pour l’accomplissement de Sa Volonté ; qu’Il fasse en vous tout ce qu’Il lui plaît de faire, par Jésus-Christ, auquel est la Gloire, aux siècles des siècles. Amen ! »

(Hébreux, XIII. 20). FIN V2. 0

Raymond Lulle

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L’Alchimie dans le Cabinet de Réflexion

Publié le 16 Juin 2026 par T.D

 L’alchimie est une approche qui nous permet de nous transformer. Elle commence avec la vie. Nous avons en nous des potentialités diverses qui ne demandent qu’à se développer, quand nous les avons identifiées et décidé de travailler avec. Nous n’inventons rien, nous transmutons, nous passons d’un état à un autre. Nous sommes des mutants car nos changements sont intrinsèques. Lorsque nous disons à un profane que nous ne lui apporterons rien, mais que nous lui indiquerons la façon de faire par lui-même, c’est à ça que nous faisons allusion. Développer ses potentialités et les faire aboutir, s’appelle la Réalisation.

On peut le faire de façon désordonnée, sans guide scolaire ou spirituel, et devenir un « touche à tout », brillant certes, mais superficiel la plus part du temps, ou se donner une ligne directrice et essayer d’aller le plus loin possible dans cette direction. La Franc-maçonnerie est une institution qui depuis des lustres a sélectionné plusieurs sujets et une méthode d’avancement, et qui la propose à ses adeptes. L’Alchimie l’a fait avant elle, et ce, dans toutes les parties du monde. Le Rite Écossais Ancien et Accepté (R.E.A.A.) utilise quatre des principales approches traditionnelles, le Joannisme, l’ Hermétisme, le Biblio-Cabalistique et l’Alchimie. Chacune des trois premières va nous inviter à revisiter l’histoire du monde et de notre civilisation, pour comprendre ce qui a été fait avant nous et nous donner l’envie de nous mettre en chemin pour en faire autant.

Pour que le mythe fonctionne, il faut des Grands Hommes et des Dieux. Saint Jean, Hermès et le Christ sont des exemples d’hommes-dieux, que nous ne pourrons jamais égaler, mais que nous pouvons prendre comme guides. En les prenant dans notre bagage, nous renouvelons leurs mythes et nous nous incorporons au cosmos. En quelque sorte, non seulement nous reconnaissons l’œuvre du G.A.D.L.U. mais nous indiquons alors que nous sommes prêt, à notre mesure, à œuvrer à notre tour à l’œuvre générale.

Par ailleurs, l’alchimie nous propose de prendre conscience de notre particularisme, afin de réaliser, ce qui en nous, est encore à l’état latent. Bien évidemment, il nous faut commencer par nous connaître nous-mêmes, avant de prétendre améliorer quoi que ce soit. Le travail alchimique commence dès que la possibilité d’entrer en Franc-maçonnerie est évoquée. Serais-je à ma place ? Ne suis-je pas trop prétentieux ?

 Suis-je assez intelligent ? etc, bref, questionnement et examen progressent à partir de la. Quelques temps plus tard, les enquêteurs déclenchent d’autres interrogations qui vont murir jusqu’au passage sous le bandeau, début réel de la cérémonie d’Initiation. L’homme est loin d’être parfait, il n’est que la semblance de Dieu, Grand Architecte de l’Univers, Grand Alchimiste.

 Lors de cette prise de conscience il ne lui reste qu’à tout refaire, cette fois en connaissance de cause, en essayant avec le bénéfice de l’Initiation, d’être analogue au Divin, d’être le microcosme, image du macrocosme, celui qui, issu de l’Univers, participera à sa marche. Dans cette quête de la Pierre Philosophale, j’aime à voir dans le Philos, l’Amour nécessaire pour avancer, et au-delà, pour participer à la Création, déjà donner la vie.

 C’est le grand jour, la tête pleine de questions sans réponses, je suis introduit dans le Cabinet de Réflexion.1 Lorsque le bandeau m’est retiré, je suis immédiatement saisi par les symboles et les textes qui les entourent. Les objets qui sont sur la tablette m’interpellent. Un crâne humain, bien propre, me trouble. 2 Était-il Franc-maçon et pour quelle motif a-t-il finit ici ? Ou bien était-ce un profane qui a échoué ? Que de questionnements autour de cette image, ce symbole de la mort. « J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! » semble-t-il me dire. Juste à côté, une coupelle pleine de cristaux qui s’avèrent être du sel, le Sel de la vie dans cet endroit de mort.3 Dans quel sens ça marche ? De la vie à la mort comme le suggère le testament à remplir qui attend sur la tablette, ou de la mort à la vie ? Car ils ne vont quand même pas me tuer. ?

1 Le Cabinet de Réflexion est l’Athanor, le Temple dans lequel brûle la flamme qui est en nous, celle qui ailleurs a été transfigurée lors de l’INRI.

2 Le crâne est l’enveloppe matérielle de ce qui contient le spirituel. Sa présence dans le Cabinet de Réflexion est une invitation à comprendre la relativité des choses de la vie. Les seules traces que nous laisseront ne seront elles que matérielles ? Où, iront notre âme ? Notre esprit ?

3 Plus tard on m’expliquera que le Sel est le résultat neutre de l’action du Soufre, l’énergie expansive, principe actif masculin sur le Mercure. Il est équilibre et stabilité. L’alchimie nous envoie un message : goûte le Sel de la vie mais avec modération, de façon équilibrée.

Ces trois éléments nous font non seulement passer de la matérialité à la spiritualité, mais ils montrent la continuité de tout, sous la forme de l’Ouroboros et du « mixte » des alchimistes, conduisant à la réunification de tout en UN. C’est la recherche de la quinte essence. Ainsi, lentement, je commence à comprendre que je vais mourir symboliquement au profane pour renaître lors de l’initiation.

Avec la pression qui monte, je ressens une évolution progressive, un processus alchimique qui me prend les tripes, comme une maturation qui transforme mon corps. Je me sens pourrir. Littéralement, je me liquéfie, première phase de l’opération alchimique le Solve, qui permet de dissocier pour mieux reconstruire. Je deviens partie intégrante et consciente de la nature et m’enrichi de ses éléments essentiels, au plein sens du terme. Métamorphose devenu possible, renouveau et passage du savoir vers la connaissance.

 Coagula, résultat de l’œuvre dont je sors « le même mais tout autre pourtant ». Le Sablier qui se trouve posé devant moi, symbolise le temps qui me rapproche du jour de ma mort. Qu’y avait-il avant et qu’arrivera-t-il après ? Je vois bien le temps initial, celui du commencement, de la création, l’instant primordial d’avant la chute, celui du Paradis céleste et terrestre, mais après, que va-t-il arriver ? La Faulx dessinée sur le mur, au dessus du Sablier, fait allusion à la Grande Faucheuse, la Mort. Elle me donne aussi une indication que je ne comprends pas sur le coup.

 Elle est aussi symbole de vie, symbole des blés qui permettront le Pain, avec l’Eau qui sont devant moi L’alchimie me passe le message : Vie et Mort sont imbriquées et la mort prépare la vie4 . Le Pain et l’Eau me font penser à la ration du prisonnier. Pourtant, je ne suis pas en prison. Alors, essaye-t-on de me faire comprendre qu’il ma faut chercher à libérer mes pensées de leur enfermement. ? Autre transformation alchimique qui conduit à la liberté de l’esprit. Parmi les phylactères qui sont sur les murs, le premier qui m’agresse est V.I.T.R.I.O.L.

Ce mot me fait peur et me fait penser à l’acide agressif et corrosif, qui détruit l’apparence. 5 Que fait le Coq6 de mon église sur ce mur ? Pour moi, il annonce la fin de la nuit et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres7 Il la pressent, avant qu’elle ne se montre, et l’appelle de tout son être. Sous l’influence de la Lune, principe féminin il chante, coqueline ou coquerique, spectateur attentif qui demande que le Soleil, principe masculin actif, se mette à l’œuvre et transforme le noir en blanc.

Cette lumière qui m’est donnée de façon spartiate est la seule chose vivante dans ce décor lugubre de questions sans réponses. Lumière fragile comme la vie, comparativement à l’éternité de la mort 4 En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits" (Jean 12 : 24). 5 Bien sûr qu’il n’en comprend pas le sens, « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem » : « Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée, mais le dépouillement par V.I.T.R.I.O.L. facilite le retour à l’origine. 6 Le coq, c’est aussi le fond de la négrido dans l’athanor, fin de l’œuvre au noir mais aussi début de l’œuvre au blanc, passage des ténèbres à la lumière.

7 Symbole de Mercure et aussi symbole solaire de Saint-Jean. À ce sujet j’insiste sur le fait qu’il ne faut absolument pas mettre une coupelle de mercure dans le cabinet de réflexion car c’est un poison et que la tentation du profane est d’identifier les contenus des coupelles en les goûtant. Nous sommes la pour le faire mourir … symboliquement seulement. Face à moi, le miroir. Moment de vérité pour moi qui ai oublié depuis longtemps de me regarder en face, car je sais que lui ne peut pas me mentir. Mon visage n’est qu’une enveloppe factice, fruit d’une élaboration progressive d’un personnage qui me semble être un étranger.

Au même moment je m’entends murmurer une prière pour que l’enfer de l’apparence cesse et fasse enfin place à la vérité. … mais pas au V.I.T.R.I.O.L. , s’il vous plaît!!! Le processus alchimique est en cours, la bougie est prête à s’éteindre et le sablier s’est presque écoulé. L’estomac serré l’attente devient difficilement supportable. La porte s’entrouvre. Puisqu’il me faut mourir pour renaître, commençons dans la caverne de mes ancêtres, ici et maintenant, miroir de l’éternité.

J’ai dit Vénérable Maître GB Tradition et Harmonie 15/11/2007

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ALCHIMIE ET GNOSE AU 18ème DEGRE DU REAA

Publié le 15 Juin 2026 par T.D

(CH\ BERGERAC).

"Pour connaître la rose, quelqu'un emploie la géométrie

et un autre emploie le papillon".

Chacun le sait, nous ne sommes pas "que" géomètres. A la façon du papillon, présence discrète mais remarquée, la rose entre dans notre vie maçonnique dès le premier jour: une rose est remise au nouvel initié, à l'intention de la personne qu'il respecte et aime le plus.

L'unique objet symbolique que le F\M\emportera jamais hors du Temple a un rapport bien connu à l'amour. Mais c'est aussi la fleur préférée des alchimistes qui travaillent de la Rosa alba à la Rosa rubea, de la Rose blanche à la Rose rouge, et appellent souvent leurs traités Rosiers des Philosophes.

La rose est en exergue de cette table burinée. Le développement sera sous le signe de I'Ourobouros. Brodé sur le sautoir du Premier G rand gardien, le serpent, symbole païen de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les civilisations, cet archétype parmi les plus importants de l'âme humaine, selon BACHELARD s'affiche en rond, fièrement, au milieu des multiples croix qui ornent sautoirs et tabliers des Chevaliers et face à la croix de l'Est.

Dans la secte gnostique des Ophites, un rite révélateur version christianisée de 1'antique culte du serpent, était pratiqué. "On apportait un coffret contenant un serpent apprivoisé : on l'ouvrait, l'animal "sacré" en sortait et venait, s'enrouler autour des éléments de l'Eucharistie"[2].

Coffret, symbole du dieu chrétien, simulacre, cela évoque déjà bien des choses. Et d'autres encore si l'on se souvient que, d'origine égyptienne l'Ourobouros est un signe de vie associant le principe fécondant d'Osiris et le principe de mort et renaissance généré par Seth, destructeur mais purificateur de la matière. Partant, le symbolisme du serpent peut être rattaché à celui, plus général, du Feu divin, illuminateur et rénovateur.

Faut-il voir dans la présence de l'Ourobouros sur le sautoir du Premier Grand Gardien une Réminiscence alchimique et un signe précurseur du "Igne Natura Renovatur Integra ?"

Pour les alchimistes le serpent, dans la configuration Ourobouros, représente l'unité de la matière, l'harmonie universelle notions de première importance au plan philosophique.

Enfin, pour les observateurs extérieurs, n'ayant ni début ni fin, l'Ourobouros est à l'image du Grand Oeuvre: seuls les initiés, les adeptes, ont une idée de l'ordonnancement du Grand Art, de l'Ars Magna. En ce qui nous concerne, nous avons trouvé là un prétexte pour ne suivre aucun plan déterminé dans1'exposé de nos observations ou réflexions. Avec un fil conducteur tout de même: le rituel; et une arrière pensée: à un moment de la saga des rituels du 18ème grade, par le biais de l'histoire juive et chrétienne un message alchimique est passé.

De même que la rose est offerte le tout premier jour à l'impétrant, c'est lors de son élévation au deuxième degré que la Gnose est présentée à l'Apprenti comme étant "la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours d'avantage et qui est le principal facteur de progrès"[3]

Sous la forme de la lettre G elle figure au centre de l'Étoile flamboyante ce symbole essentiel du grade de Compagnon signifiant que "l'initié du deuxième degré est destiné à devenir lui-même une sorte de foyer ardent, source de chaleur et de lumière [...]", nous dit le mémento tandis que J.BOUCHER rappelle qu'en alchimie, le G est l'initiale de la matière première…destinée à devenir, donc.

Cette référence implicite à l'alchimie est plus clairement exprimée dans la suite de l'instruction du 2ème grade: "Pour les Alchimistes et dans l'ancienne Franc-maçonnerie, l'Étoile flamboyante était le pentagramme de I'Absolu".[4]

Le mémento invite ensuite à une réflexion entre gnose et gnoséologie: "Pour nous [l'Étoile flamboyante] c'est la réunion de toutes les vérités conciliées par la lumière, en même temps que la clarté personnelle de la voie intérieure. Chacun crée son Étoile flamboyante par ses pensées, ses sentiments, sa conscience et ses actes".[5]

Dans l'ancienne Franc-maçonnerie le grade de Maître n'existait pas; en quelque sorte, on en restait à l'Étoile flamboyante. Restons-y, en nous plaçant sans transition à la reprise des travaux du 18ème grade.

Ce raccourci, peut-être moins audacieux qu'il n'y paraît, -voir le "Maître Libre" décrit par Guérillot[6]- nous conduit au coeur de notre propos. Après l'épisode de la Maçonnerie salomonienne, basée sur la légende d'Hiram et ses prolongements, la Maçonnerie chevaleresque par l'intermédiaire du 17ème , puis du flamboyant 18ème grade, nous convie à la recherche de la Connaissance et à l'emploi des outils que sont les symboles quelles que soient leurs origines.

Les travaux reprennent force et vigueur, au 18ème degré, "à l'heure où le soleil s'obscurcit, où les ténèbres se répandent sur la terre". Il est possible que les concepteurs des rituels aient voulu établir un parallèle avec le travail alchimique de nuit, caché, en fixant allégoriquement la reprise des travaux au crépuscule.

Le Très Sage invite en effet les Ch\.R\+C\à se mettre au travail pour "dissiper les ténèbres et retrouver la Parole perdue"... "L'Étoile flamboyante ayant disparu et les outils de la Maçonnerie ayant été dispersés". Un bouleversement s'est produit. La plaquette sur le symbolisme du 18ème degré nous dit sobrement: "avec le 17ème grade, la parole va être perdue en même temps que le temple sera détruit".

Le rituel est plus précis: il s'agit du second Temple, "élevé sur le fondement de l'Ancienne Loi qu'animait une volonté de puissance. Lui aussi s'effondrera, sa chute et la dispersion d'Israël précéderont l'avènement du troisième Temple, mystique celui-là".

Nous sommes là dans l'anti-biblisme et le dualisme gnostiques chrétiens.

L'un de ses représentants les plus radicaux, Marcion, voyait, dans l'Ancien Testament, non pas une "suite de mythes ni un recueil de mensonges, [mais] une histoire vraie [et] affreuse, celle de la domination tyrannique du Créateur sur le monde et les hommes".[7] D'une manière générale, pour beaucoup de gnostique, "responsable de la création matérielle et de la Loi mosaïque, ce Dieu créateur s'oppose d'une manière absolue au Dieu suprême demeuré inconnu du monde jusqu'à la révélation christique; c'est le Dieu des sacrifices sanglants, des batailles, des massacres".[8] (Alors que dans la Nouvelle Loi "la Justice et l'Autorité seront tempérées et vivifiées par l'Amour").

Ici, c'est l'évocation, par les gnostiques, du temps de la révélation christique intervenant en opposition à l'Ancienne Loi qui nous incite irrésistiblement à oser un parallèle avec le contenu du coffret de la Parole perdue.

Chaque grade a sa légende et annonce le suivant. Celle du 17ème voudrait qu'il ait été créé "en plein Moyen-Âge, à une époque où se heurtaient, en Occident, les principes professés par le catholicisme romain et ceux rapportés du Moyen Orient par les croisés"[9]. La mission des chevaliers d'Orient et d'Occident aurait été d'établir la synthèse entre ces deux "courants", entre le dogme et les gnoses. Bien que Paul NAUDON [10] ait considéré qu'il s'agissait là d'une glose interprétative et restrictive, un auteur profane[11] écrit ceci: "Le 17ème grade du R\E\A\A\ met en jeu un cérémonial imposant qui n'est pas sans évoquer les mystères de certaines sectes gnostiques chrétiennes. Au cours de ce rituel on découvre un étrange tableau représentant une croix de chevalerie dans laquelle se trouvent sept sceaux qui, sont censés figurer ceux dont parle l'Apocalypse de St Jean. […] Notre auteur fait le judicieux commentaire suivant: "Cette légende[12] est le type même des récits invérifiables qui abondent dans les rituels des hauts grades; mais le 17ème degré est intéressant par son souci d'ésotérisme chrétien -même si (ce qui est fort possible) le rituel a été composé par des Maçons français de la fin du XVIIIe siècle, et non par des croisés prestigieux".

Le 17ème méritait bien qu'on s'y attarde un peu: pour ce commentaire qui s'applique dans sa généralité à bien d'autres degrés, et notamment au 18ème à propos duquel on peut parler de, souci d'ésotérisme alchimique. Également à cause de St Jean, apôtre et évangéliste largement cité et commenté par l'incontournable plaquette du 18ème au paragraphe "Parole perdue", avec un acrobatique exercice d'exégèse et une belle citation de Simone WEIL. Pour nous, ce St Jean, fêté le 24 juin par des feux très païens, est intéressant dans le contexte "gnostique" en confirmation de ce qui vient d'être dit: "d'après certains auteurs, St Pierre symboliserait l'église "extérieure" et St Jean l'église "intérieure"; aussi a-t-on voulu voir dans le vocable de St Jean utilisé par la Maçonnerie la preuve évidente de son rattachement à la Gnose [...]" [13]

Le rituel de réception au 18ème degré va nous donner l'occasion de relever un bon nombre de références "alchimiques" et également de constater des convergences entre alchimie et gnose dans nos textes.

Encore au grade de Chev\ d'Orient et d'Occident qui vient de leur être conféré, les candidats à l'élévation au 18ème grade promettent, de soutenir la cause du faible et de l'opprimé et de remplir fidèlement les devoirs de Rose-Croix.

Basile VALENTIN, alchimiste allemand de la fin du XVe siècle, écrivait ceci: "Bref, si tu veux chercher notre Pierre, sois sans péché, persévère dans la vertu, que ton esprit soit éclairé de la lumière et de la vérité. Prends la résolution, après avoir acquis le don divin que tu souhaites, de tendre la main aux pauvres embourbés, d'aider et de relever ceux qui sont dans le malheur".[14]

Dans la même tonalité le Très Sage exhorte les récipiendaires à retrouver la Parole perdue "afin de reprendre notre approche de la Vérité, condition indispensable pour être consacré Rose-Croix". Il définit la Parole perdue comme (a) "non écrite, symbole de la Tradition Universelle, (b) manifestation de l'étincelle d'intelligence dans la nature des êtres".

Trouver la pierre philosophale, pour l'adepte alchimiste, "c'est avoir résolu le problème fondamental, avoir trouvé le secret de la nature, grâce à une Connaissance parfaite acquise par illumination"[15]

(a) D'après certains auteurs profanes[16] il existe des "constantes" chez les alchimistes occidentaux: (le secret dont ils s'entourent-le caractère traditionnel de leur science qui se transmet de maître à disciple (leurs écrits ne peuvent être déchiffrés que si l'on en possède la clef).

(b) Jean de Meung, dans la deuxième partie du Roman de la Rose, renouant avec le mythe grec de la fontaine de jouvence, fontaine philosophique ou fontaine des sages pour les alchimistes, décrit une "fontaine, salutaire et belle à merveille" dans laquelle brille une escarboucle (pierre de la famille des grenats, rouge foncé d'un vif éclat).Écoutons-le:

"II n'y a là d'autre soleil qui rayonne que cette escarboucle flamboyante. […] L'escarboucle a si merveilleux pouvoir que ceux qui s'en approchent et mirent leurs faces dans l'eau voient toutes les choses du parc, de quelque côté qu'ils se tournent et les connaissent proprement ainsi qu'eux mêmes; et, après qu'ils se sont vus là, ils ne seront jamais le jouet d'aucune illusion, tant ils y reviennent clairvoyants et savants".

Escarboucle flamboyante, étoile flamboyante, étincelle d'intelligence, clairvoyants et savants, connaissance de soi..., il y a 1à bien des éléments: aspect gnostique de l'alchimie, contenu crypto-alchimiquee et crypto-gnostique de notre rituel, bien des éléments de la matière d'une subtile alchimie: maçonnique au 2ème grade, rose-croix au 18ème.

Le plus rude travail, la peine tout entière

Est à parfaitement préparer la matière.

aurait dit un certain Augurelli dans sa Chrysopée.

Tout est prêt, tout peut commencer les candidats, "au noir", c'est-à-dire cordon de R\+C\ à l'envers, sont conduits dans les ténèbres d'une salle obscure où l'on a illuminé une image du Phénix au pied de laquelle se trouve le coffret contenant le support de l'inscription I .N R I.

Ainsi, la première image symbolique qui saute aux yeux des candidats est celle d'un animal. Jusqu'à présent, d'initiation en augmentations de salaire successives ils avaient découvert des outils, des minéraux, des objets, des végétaux. Les animaux de toutes sortes sont omniprésents dans la symbolique alchimique. Le premier animal rencontré est donc un phénix. Il est rouge pourpre, une couleur nouvelle, en rupture avec les degrés précédents et aussi avec les récits de la Bible où le rouge est rarement différencié du brun ou bien représente la couleur du péché (Esaïe1, 18)[17]

Les impétrants apprendront par la suite que le phénix est, pour les Alchimistes, le symbole de l'Oeuvre au rouge caractérisant la régénération du monde; des planches du Grand Oeuvre, avec le Phénix, montrent la figure hermétique de l'amour spirituel, prouvant ainsi que gnose et alchimie font bon ménage souvent. Le phénix est, dans le même sens, l'allégorie de la perfection du feu pur.

Ils découvriront peut-être qu'en s'appropriant une fois de plus, un symbole païen les Pères de l'Église avaient fait du phénix le symbole de la résurrection du Christ, jusqu'au VIe siècle. Le supplice de la croix inspirait l'horreur. On voulait cacher celle-ci aux néophytes et aux païens à évangéliser.

\

Les futurs Chev\ R+C sont conduits dans un Temple "rouge". Ils croient avoir retrouvé la Parole perdue. Le très Sage leur demande où.

-"Sous l'aile du Phénix à l'instant où il renaissait de ses cendres.

-Mon F:. Gr\Expert, voulez-vous m'apporter la Parole perdue qu'avec l'aide de nos FF\ animés par la Foi, l'Espérance et la Charité, vous croyez avoir retrouvée.

Le T\S\ouvre le coffret, en tire un document qu'il montre au Chapitre et lit l'inscription.

- I.N.R.I. Voilà la Parole perdue et enfin retrouvée."

Avant de commenter les explications données par le T\S\et le Chev\d'Éloquence sur ce qui vient de se passer, relisons les indications données dans le rituel[18] pour servir de thème au discours de bienvenue du Chev\ d'Éloquence: "Les 16 premiers grades sont relatifs à une première période de la pensée humaine jadis conservée dans le secret des Temples et symbolisée par l a tradition hébraïque du peuple élu. Tous les symboles de ces 16 premiers grades sont judaïques et architecturaux. Le 17ème degré rappelle l'époque de la ruine du Temple. Le 18ème degré a pour objet l'étude de la pensée moderne, des philosophies, des différentes religions, de la sagesse et de la science qui doivent se prêter un mutuel appui".

Si le fond et la forme sont discutables en ce qui concerne les 17 premiers grades, on ne peut que saluer le programme, novateur voire réactionnaire, proposé pour le 18ème où les religions en général sont placées sur un pied d'égalité avec d'autres manifestations de la pensée. Il était bon d'en parler dès maintenant pour bien marquer le contraste avec ce qui suit, extrait du même rituel.

Si l'on veut bien considérer, d'autre part, que l'Alchimie a sa place entre Sagesse et Science, nous nous permettrons de faire valoir son point de vue et, si cela se présente, de souligner quelques incidences gnostiques.

On se souvient que les vertus[19] animaient, soutenaient l'ardeur des Chev\ d'Orient et d'Occident avant leur recherche de la Parole perdue. Dans les préalables du Grand Oeuvre, "l'adepte doit éliminer les désirs corporels et vaincre la chair […]. L'alchimie devient une véritable religion dont la thèse fondamentale sera le pouvoir illimité de l'esprit sur la matière […][20].

FUCANELLI adepte moderne[21] invite à "se rappeler l'adage "Mens agitat molem", l'esprit agite la masse, car c'est la conviction profonde de cette vérité qui conduira le sage ouvrier au terme heureux de son labeur. C'est en elle, en cette foi robuste, qu'il puisera les vertus indispensables à la réalisation de ce grand mystère". "L'"art" accompagne

Les Rose-croix néophytes, aidés par les vertus, ont mérité que la Parole leur soit l'ascèse; à eux deux, ils constituent le double processus du Magistère"[22].révélée, on les éclaire maintenant sur d'autres mystères.

-La F\M\ a conservé pour son 18ème degré la croix à quatre branches égales, emblème qui se prête à de multiples et fécondes interprétations.

-Cette croix est ornée en son centre d'une Rose rouge, perfection naturelle, .fleur de la Chevalerie, emblème de l'Amour pur.

Les rédacteurs du rituel écrivent "croix" avec un "c" majuscule Il faudrait, si ce n'est déjà fait, rectifier cet abus dans une prochaine édition: la croix à quatre branches est la plus basique, la plus primitive.

C'est crux, crucis, qui à donné croisée, pour le châssis des fenêtres comme pour l'intersection de deux chemins, au sens où l'adepte NEWTON l'employait dans l'expression "experimentum crucis": "expérience servant pour vérifier une hypothèse, comme un poteau indicateur de carrefour pour trouver son chemin"[23].

Dans le langage volontairement ésotérique des adeptes, croix signifie "creuset", "mot obscur" avoue une lexicographe qui peut représenter soit une lampe à deux mèches croisées, soit un récipient creux[24].

La rose, dans ce même langage, c'est la couleur rouge en général et aussi le nom des deux phases qui succèdent au noir initial: de la rose blanche à la rose rouge, cette dernière signifiant l'apparition de la pierre des sages. Celle-ci nous renvoie à l'escarboucle flamboyante de tout à l'heure. Et si la croix à quatre branches avec la rose rouge au centre était une Étoile flamboyante substituée; comme le mot sacré? Le T\S\ termine d'ailleurs ainsi: "C'est pourquoi vous voyez, dans les branches de cette croix, les lettres I.N.R.I. qui, alternativement prononcées, forment le mot sacré du grade de Rose-Croix".

Auparavant, le T\S\ avait dit: "La raison est comme la rose dans la croix du présent, lequel, crucifié entre l'Être et le Non-être, entre le passé, le néant qui n'est plus et l'avenir, le néant qui n'est pas encore, est le lieu de la réconciliation entre la raison et la passion".

Nous proposons, en regard de cette abstraite sentence un extrait de l'Archidoxe de Paracelse, "cette étrange figure faustienne du 16ème siècle, anticlérical, développant un système "qui sent le fagot", mais qui n'a pas lui-même conscience de sortir du christianisme"[25], ce qui est le cas de la plupart des alchimistes:

"Celui qui veut travailler au Grand Oeuvre doit visiter son âme, pénétrer au plus profond de son être et y effectuer un labeur caché, mystérieux. Comme la graine doit être ensevelie dans le sein de la terre, ainsi celui qui entend l'appel de Dieu doit, en se corrigeant, en se rectifiant, obtenir la sublime transmutation du charnier natal, immonde matière noire, et faire du charbon, un éclatant diamant, du plomb vil, un or pur. Il aura trouvé la Pierre cachée qu'il recelait en lui".

Souvenons-nous de V\I\T\R\I\O\L\... La poursuite de l'or, c'est, en réalité la quête de trésors incorruptibles et purement spirituels. Sans lien obligé avec une religion particulière, Dieu "allant de soi", comme pour presque tous les "intellectuels" jusqu'au XVIIIe siècle.

\

Le Chev\d'Éloquence poursuit en proposant deux significations possibles de I.N.R.I.: Jesus Nazarenus Rex Judeorum et Igne Natura Renovatur Integra, Jésus de Nazareth Roi des Juifs et, c'est par le feu que la nature entière se renouvelle. "Cette multiplicité d'interprétations, dit-il, indique assez que la Parole n'a été retrouvée que symboliquement, sous une forme substituée, et qu'en conséquence sa recherche, qui se confond avec celle de la Vérité, demeure la tâche des Chev\Rose-Croix" […].

Plus loin, il commente les représentations de deux animaux placées près de l'autel:

-le pélican, "symbole du sacrifice que tout Chev\ R\+C\ doit être prêt à accomplir".

A quel symbolisme du sacrifice est-il fait appel? A celui du Christ ou à celui de la pierre philosophale qui, dans le processus du Grand Oeuvre, s'épuise en communiquant au vil métal la couleur rouge qu'elle recèle?

-le phénix "emblème de la pensée universelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendre".

Si les FF\ chargés de séculariser les rituels au XIXe siècle sont passés par là, ils ont manqué de cohérence: on a vu que, jusqu'au VIe siècle, le Phénix était au premier plan de la symbolique chrétienne à la place du sacrifice de la croix. Le phénix, symbole immémorial est, pour les alchimistes, l'allégorie du feu pur: sa renaissance miraculeuse constitue le Grand Oeuvre.

Les récipiendaires sont enfin"faits et constitués" Chevaliers Rose-Croix. Le T\S\ ajoute: "Chevaliers, puissiez-vous, sous ces nouvelles couleurs qui sont celles du Feu et de l'Amour, devenir l'ornement et la gloire de notre Ordre".

Cette précision ne peut être ni fortuite, ni gratuite: insister sur la couleur rouge, sur le feu, c'est donner "un signal fort", pour parler contemporain.

PARACELSE parlait de "L'élément "feu", plus sublime encore que les trois autres..." BORRCHIUS tenait, quant à lui, pour certain que le vrai berceau de l'alchimie, pour n'être pas aussi antique qu'on le disait, se trouvait néanmoins dans les ateliers de Tùbal-Caïn le redoutable forgeron[26] de la Bible. Un nom qui nous a tellement intrigués, certain soir, que nous ne l'avons jamais oublié.

Les nouveaux Chev\.R\ +C\ sont reconnus comme tels par le Chapitre et salués par une batterie d'allégresse:

-Signe et contresigne, pas seulement hermétiques... "Tout l'art (l'alchimie) est basé sur l'amour divin, par lequel le ciel s'unit à la terre, dans le chaste inceste du soufre et du mercure"[27].

-batterie à sept coups comme les sept métaux et bien d'autres choses pour les adeptes,

-acclamation, qui si elle signifie vraiment "sauveur", serait plus gnostique que chrétienne.

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A la fin de la magnifique étude Deux siècles de REAA en France, l'Aréopage "SOURCES" définit ainsi la Maçonnerie en général: "C'est la bonne fille, un tantinet adultérine –des Lumières et de l'illuminisme -de la gnose et du cogito -du positivisme et de l'ésotérisme –du christianisme et de l'athéisme, stoïcien -du latitudinarisme protestant et de la physique newtonienne".

Le R\E\A\A\ est ensuite qualifié de "fils d'aventuriers franco-américains".

Dans le même esprit, nous prétendons que l'alchimie est la "mazarine" du 18ème grade: une fille adultérine reconnue mais cachée.

Pierre MOLLIER historien rigoureux, a certainement raison de dire, dans le même ouvrage, que le baron de TSCHOUDY et André DORE se sont trompés en donnant au 18ème grade des origines alchimiques: "force est de constater, dit-il, qu'une lecture raisonnable des rituels anciens que nous avons cités ne laisse rien apparaître de tel".

Tout en restant raisonnables nous pouvons envisager un autre mode de lecture, celui qui est appelé anagogique. Étymologiquement cette lecture est censée conduire en arrière et /ou au-dessus de ce que produisent les lectures habituelles. Dans la pratique, "la lecture anagogique prend au sérieux "ce qui manque" pour en discerner les repères dans "ce dont on dispose".

Pour des Maçons familiers des symboles en tous genres et accoutumés à l'esprit critique, c'est un exercice tout à fait concevable.

C'est ce que notre Chapitre a tenté de faire tout au long de l'année dernière sous l'impulsion de son T\S\ B.BRUGGEMANN et sous la direction technique et spirituelle du B\A\F\ L. NARDIN. Non pour trouver des origines, mais pour mettre en évidence des repères alchimiques tout aussi justifiés et acceptables que les lourdes marques chrétiennes apposées -puis effacées, puis déguisées- au gré des avatars des obédiences ou des opportunités politiques, pendant plus de deux siècles sur le symbolisme du grade de Rose-croix.

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L'Alchimie et ses Liens avec d'Autres Traditions Esotériques

Publié le 15 Juin 2026 par T.D

Rédigé par Yann Leray,

L'alchimie, cet art ancien mêlant chimie, magie, philosophie et spiritualité, a depuis toujours fasciné par son aura mystérieuse et ses promesses de transmutation du plomb en or. Cependant, au-delà de cette quête matérielle, l'alchimie est profondément enracinée dans la recherche de la transformation spirituelle. Ce qui la rend d'autant plus fascinante est son intersection avec d'autres traditions ésotériques, telles que la Kabbale, l'astrologie, et le gnosticisme, tissant un réseau complexe de symbioses philosophiques et spirituelles.

Alchimie et Kabbale

Une Quête Commune de l'Absolu

L'alchimie et la Kabbale, deux traditions antiques imprégnées de mysticisme et de spiritualité, entament une quête parallèle vers un objectif commun : la réalisation de l'absolu et l'union avec le divin. Cette aspiration profonde à transcender le matériel et à atteindre une forme de sagesse et de connaissance ultime crée un pont entre ces deux disciplines, révélant une riche diversité de symboles, de rites et de doctrines qui se chevauchent et s'entrelacent.

Le Grand Œuvre Alchimique

Dans le cœur battant de l'alchimie se trouve le Grand Œuvre, une série d'opérations mystiques et chimiques visant la transmutation des métaux base en or, symbolisant la quête de la perfection et de la pureté ultime. Ce processus, cependant, dépasse largement le cadre de la transformation physique des éléments pour s'ancrer dans une métamorphose spirituelle de l'alchimiste lui-même. Le véritable or recherché n'est pas tant matériel qu’intérieur ; il représente l'éveil, la réalisation de l'essence divine au sein de l'individu, et l'harmonisation avec les lois universelles.

L'Arbre de Vie Kabbalistique

De son côté, la Kabbale, avec son système complexe et profond de mysticisme juif, explore la connexion de l'homme à Dieu à travers l'étude de l'Arbre de Vie, une structure composée de dix sphères (sefirot) interconnectées représentant les différentes facettes de Dieu, de l'existence, et de la conscience humaine. L'Arbre de Vie sert de carte cosmique pour le voyage spirituel, guidant le pratiquant à travers les différentes étapes de l'illumination et de la compréhension divine. Chaque sefira incarne un aspect de la vie spirituelle, de la sagesse à la beauté, et leur exploration permet de dévoiler les secrets les plus profonds de la Création et de l'âme humaine.

Intersections et Synergies

Les alchimistes et les kabbalistes utilisent tous deux un langage riche en symboles et en métaphores pour naviguer et décrire ces voyages intérieurs. Par exemple, la transformation alchimique à travers les phases de nigredo (putréfaction), albedo (purification) et rubedo (union) trouve un parallèle dans le voyage kabbalistique à travers les sefirot de l'Arbre de Vie, de Malkuth (le royaume terrestre) à Kether (la couronne divine).

La purification est un thème central dans les deux traditions, soulignant la nécessité d'éliminer les impuretés spirituelles et psychiques pour atteindre une forme de perfection ou d'unité avec le divin. L'équilibre est également crucial ; dans l'alchimie, il concerne l'harmonisation des principes opposés (le soufre et le mercure, le masculin et le féminin), tandis que dans la Kabbale, il se rapporte à l'équilibre entre les différentes forces et qualités divines représentées par les sefirot.

Astrologie

Les Influences Célestes dans la Transmutation

L'astrologie et l'alchimie, deux disciplines anciennes et mystiques, partagent une connexion profonde ancrée dans la croyance que l'univers est un système interconnecté où chaque élément, qu'il soit céleste ou terrestre, exerce une influence sur les autres. Cette vision holistique sert de fondement à l'approche alchimique de la transformation, où les mouvements et les positions des astres ne sont pas de simples coïncidences, mais des signaux divins qui guident l'œuvre sacrée de transmutation.

La Correspondance Céleste

Au cœur de cette union entre astrologie et alchimie se trouve le principe de correspondance, selon lequel chaque métal que l'alchimiste cherche à transmuter est régi par une planète spécifique. L'or, par exemple, est associé au Soleil, symbole de lumière, de pureté et de divinité ; tandis que l'argent est lié à la Lune, représentant la réflexion, le changement et le potentiel caché. Cette association n'est pas arbitraire ; elle reflète une compréhension que les qualités intrinsèques des métaux partagent une essence avec les énergies projetées par leurs planètes régissantes.

Planification et Harmonisation

L'alchimiste, en quête de réussite dans son Grand Œuvre, planifie méticuleusement ses opérations en fonction des configurations astrologiques. Cette synchronisation avec les cycles cosmiques n'est pas seulement une question de timing ; elle est vue comme essentielle pour harmoniser l'œuvre alchimique avec les forces universelles. Par exemple, le choix de commencer un processus de transmutation sous un alignement favorable peut amplifier les énergies requises pour la réussite de la transformation. Cette pratique souligne une croyance en l'importance de travailler en accord avec les rythmes de l'univers, plutôt que contre eux, pour faciliter le passage du plomb spirituel à l'or intérieur.

Microcosme et Macrocosme

L'idée que l'homme (le microcosme) et l'univers (le macrocosme) sont des reflets l'un de l'autre est centrale dans l'astrologie alchimique. Cette perspective enseigne que les processus qui se déroulent dans le ciel étoilé ont un écho dans l'âme humaine, et vice versa. Ainsi, l'alchimiste ne se voit pas seulement comme un transformateur de substances, mais aussi comme un participant dans un dialogue cosmique, où chaque action a une résonance dans le grand orchestre de l'univers.

Gnosticisme

La Connaissance Secrète de la Transformation

Le gnosticisme et l'alchimie, bien qu'appartenant à des sphères différentes de la pensée mystique, convergent dans leur essence sur le chemin de la quête spirituelle. Cette quête est animée par un désir ardent de percer les mystères les plus profonds de l'existence, de dévoiler la connaissance secrète (gnose) qui libère l'âme de ses chaînes matérielles et lui permet de fusionner avec le divin.

La Quête Gnostique de la Gnose

Le gnosticisme, un courant de pensée mystique et spirituel qui a émergé dans les premiers siècles de notre ère, propose une vision du monde dualiste où la matière est souvent perçue comme l'œuvre d'un démiurge inférieur, en opposition avec le royaume supérieur du divin pur et absolu. La gnose, dans ce contexte, est bien plus qu'une simple connaissance ; elle est l'illumination, une révélation intérieure qui permet à l'individu de reconnaître sa véritable nature divine et de s'élever au-dessus du monde matériel corrompu. Cette ascension spirituelle n'est pas le fruit d'une foi aveugle ou d'une observance rituelle, mais d'une expérience directe et personnelle du divin, souvent décrite comme une étincelle divine présente en chaque âme.

L'Alchimie : Une Transformation Intérieure

L'alchimie, dans sa quête du Grand Œuvre, partage cette aspiration à transcender le matériel pour atteindre une forme de perfection spirituelle. Le but ultime n'est pas simplement de changer les métaux vils en or, mais de réaliser une transformation intérieure profonde, symbolisée par cette transmutation. Cette transformation est envisagée comme un chemin de purification, de mort et de renaissance, où l'alchimiste lui-même devient le creuset dans lequel les impuretés sont brûlées et la véritable essence spirituelle est révélée.

Allégorique, Symbolique et Ésotérique

Les similitudes entre gnosticisme et alchimie s'étendent à leur utilisation de la langue symbolique et allégorique. Les textes gnostiques, avec leurs récits de création complexes et leurs figures mythologiques, utilisent le symbolisme pour transmettre des vérités spirituelles cachées. De même, l'alchimie emploie un riche répertoire de symboles - le lion vert, le phénix, le roi et la reine - pour exprimer les étapes de la transformation alchimique et les principes de la création. Ces symboles ne sont pas destinés à être interprétés littéralement mais comme des clés ouvrant sur des réalités spirituelles profondes, accessibles seulement à ceux qui sont prêts à regarder au-delà de la surface.

Transcendance de la Rationalité

Gnostiques et alchimistes partagent une méfiance envers la simple rationalité comme moyen d'accéder à la vérité ultime. Pour eux, la connaissance véritable transcende la logique et l'intellect pour toucher à des domaines de l'intuition, de la vision intérieure, et de l'expérience mystique directe. Cette approche valorise l'expérience personnelle et la révélation intérieure comme voies privilégiées vers la sagesse, soulignant que certaines réalités ne peuvent être comprises qu'en les vivant de l'intérieur.

Un Tissage de Connaissances

La Quête de la Transmutation

Au cœur de l'obscurité, là où la matière se fond avec l'esprit, un chemin ancien se dévoile, tissé des fils d'or de la connaissance ésotérique. Dans ce labyrinthe mystique, l'alchimie se dresse comme une sentinelle éternelle, gardienne des secrets de la transmutation. Ce n'est pas seulement la quête de transformer le plomb en or qui éveille l'âme de l'initié, mais une aspiration bien plus profonde : celle de révéler l'or intérieur, la lumière divine qui réside en chaque être.

Sur ce chemin, l'alchimiste ne voyage pas seul. La Kabbale, avec ses mystères de l'Arbre de Vie, l'astrologie, avec ses cartes célestes, et le gnosticisme, avec sa quête de la gnose, sont des compagnons de voyage, des guides spirituels qui éclairent la route vers l'illumination. Chacun de ces chemins ésotériques est un fil dans le tissu complexe de la connaissance, entrelacés dans un motif divin qui révèle la structure intime de l'univers.

La quête de l'alchimiste est donc bien plus qu'une exploration de la matière ; c'est un voyage sacré au cœur de l'esprit, une danse avec les forces cosmiques qui façonnent notre réalité. Dans le creuset alchimique, les éléments se transforment, les étoiles murmurent des secrets anciens, et l'âme s'élève vers des sommets inexplorés de sagesse et de compréhension.

Ce tissage de la connaissance, où l'alchimie se mêle à d'autres traditions ésotériques, n'est pas une simple coïncidence, mais une manifestation de la vérité universelle que tout est connecté. La transformation du plomb en or symbolise la transformation de l'ignorance en sagesse, des ténèbres en lumière, de la mort en vie éternelle. C'est un rappel que, dans le grand dessin de l'univers, nous sommes à la fois les créateurs et les créations, engagés dans une danse éternelle de destruction et de renaissance.

Ainsi, le voyage de l'alchimiste devient un symbole puissant de notre propre quête spirituelle, un miroir dans lequel nous pouvons voir notre potentiel pour la transformation intérieure. En tissant ensemble les fils de la Kabbale, de l'astrologie, et du gnosticisme, nous créons un tissu de sagesse qui peut nous guider vers l'unité avec le divin, vers la réalisation que nous sommes tous des alchimistes, appelés à transmuter les métaux vils de notre expérience humaine en l'or pur de la connaissance spirituelle.

Dans cette quête, nous découvrons que la véritable transmutation n'est pas seulement celle des substances, mais celle du cœur et de l'esprit. Elle nous invite à regarder au-delà du voile de la réalité matérielle, à reconnaître la lumière sacrée qui brille en chacun de nous, et à embrasser notre rôle dans le grand œuvre cosmique de création et de transformation.

Yann LERAY @ 2024

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Symbolisme maçonnique et Alchimie

Publié le 15 Juin 2026 par T.D

Depuis le cabinet de réflexion où sont présents ses trois grands principes, le Mercure, le Soufre et le Sel, l’alchimie accompagne les Maçons durant toute leur vie initiatique. Ces trois principes semblent une goutte d’eau dans l’océan des symboles de leur renaissance, mais ils agissent à dose homéopathique et ne révèlent leurs principes actifs qu’aux Maçons engagés dans un travail d’introspection intense et soutenu. Car l’alchimie en franc-maçonnerie est avant tout spirituelle, et la transmutation des métaux est d’abord symbolique, en particulier celle du plomb en or. L’enjeu des transmutations spirituelles à opérer par les Maçons est essentiel, car il en va de la révélation et du déploiement en soi-même de leur être de lumière dans la pleine lumière de l’esprit.

L’initiation ayant allumé le feu de l’esprit dans son athanor, il revient à chaque initié(e) d’entretenir comme un alchimiste ce feu par un travail régulier sur des symboles de plus en plus complexes, comme on nourrît un feu de cheminée, d’abord avec du petit bois qui s’enflamme rapidement, puis des bûches épaisses beaucoup plus longues à se consumer. Ainsi, sous l’action du feu entretenu avec mesure par l’initié(e), les symboles en nombre limité des premiers tableaux de Loge en deux dimensions, d’abord séparés les uns des autres, tendent à se croiser ensuite et démultiplier leurs significations, développant, animant, et éclairant de l’intérieur un corps ou un espace symbolique en trois dimensions propre à chaque Maçon(ne). Il appartiendra à l’esprit, en son temps, d’habiter pleinement cet espace, en son cœur.

Dans la symbolique maçonnique, cet espace intérieur est d’abord le temple, inspiré par l’architecture de la Loge et celle du temple de Salomon. C’est dans cet espace que les Maçons en quête de lumière travaillent à la gloire du Grand Architecte de l’univers. La gloire qui est un halo de lumière apparaissant dans un nuage de gouttelettes d’eau, symbole dans la cabale juive d’un voile dissimulant en son sein la lumière de Dieu, est réduite en maçonnerie à une acclamation, presque à une invocation. Comme tous les symboles de lumière du temple maçonnique, la gloire éclaire régulièrement l’esprit et l’âme des Maçons au travail durant leurs voyages intérieurs entre l’Orient où rayonne le delta et l’Occident où s’élèvent les deux colonnes Jakin et Boaz.

« La lettre « H », ou du moins le caractère graphique qui lui est apparenté, dit Fulcanelli dans les Demeures Philosophales, a été choisi par les philosophes pour désigner l’esprit, âme universelle des choses, ou ce principe actif et tout-puissant que l’on reconnaît être, dans la nature, en perpétuel mouvement, en agissante vibration. C’est sur la forme de la lettre H que les constructeurs du moyen âge ont édifié les façades des cathédrales, temples glorificateurs de l’« esprit » divin, magnifiques interprètes des aspirations de l’âme humaine dans son essor vers le Créateur. Ce caractère correspond à l’êta (H), septième lettre de l’alphabet grec, initiale du verbe solaire, demeure de l’esprit, astre dispensateur de la lumière : « Ἥλιος, soleil ». C’est aussi le chef du prophète Elie, en grec « Ἠλἰας, solaire », que les Ecritures disent être monté au ciel, tel un pur esprit, dans un char de lumière et de feu. C’est encore le centre et le cœur de l’un des monogrammes du Christ : IHS, abréviation de « Iesus Hominum Salvator, Jésus Sauveur des Hommes » …

« C’est également ce signe qu’employaient les francs-maçons médiévaux pour désigner les deux colonnes du temple de Salomon, au pied desquelles les ouvriers recevaient leur salaire : Jakin et Boaz, colonnes dont les tours des églises métropolitaines ne sont que la traduction libre, mais hardie et puissante. C’est enfin l’indication du premier échelon de l’échelle des sages, « scala philosophorum », de la connaissance acquise de l’agent hermétique, promoteur mystérieux des transformations de la nature minérale, et celle du secret retrouvé de la « Parole perdue ». Cet agent était jadis désigné, entre les Adeptes, sous l’épithète d’« aimant » ou d’« attractif ». Le corps chargé de cet aimant s’appelait lui-même « Magnésie », et c’est lui, ce corps, qui servait d’intermédiaire « entre le ciel et la terre », se nourrissant des influences astrales, ou dynamisme céleste, qu’il transmettait à la substance passive, en les attirant à la manière d’un aimant véritable. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales)

Les Maçons travaillent à devenir cet « aimant » attirant l’esprit, en Loge où l’esprit fraternel des travaux prédispose chacun(e) à s’ouvrir aux influences positives, et en eux-mêmes en s’ouvrant aux idées dont les symboles parsèment les tableaux et les rituels. Les présidents des Loges font ainsi circuler la parole par la lecture des rituels et durant les travaux entre les deux colonnes, les deux vallées, les deux camps, afin d’en croiser les traits d’esprit et d’en faire jaillir des étincelles de lumière. Le grand symbole de cette lumière étincelante est « la lettre grecque X (khi), initiale des mots χώνη, χρυσός, et χρόνος, le creuset, l’or et le temps, triple inconnue du Grand Œuvre. La croix de Saint-André (χίασμα), qui a la forme de notre X français, est l’hiéroglyphe, réduit à sa plus simple expression, des radiations lumineuses et divergentes émanées d’un foyer unique. Elle apparaît donc comme le graphique de l’étincelle… Le X est l’emblème de la mesure, prise dans toutes ses acceptions : dimension, étendue, espace, durée, règle, loi, borne ou limite. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales)

X, symbole mathématique d’une inconnue à calculer, mesurer, dans une équation à résoudre, est aussi le signe de la multiplication et de la puissance des nombres, et en maçonnerie où l’âge des Maçons est symbolisé par des nombres, X mesure à la fois le travail accompli pour se perfectionner et le résultat de ce travail. C’est ainsi que l’âge des Maçons dans les degrés de Perfection se calcule par puissances et multiples des nombres 3, 5, et 7, le plus souvent par des puissances du nombre 3 : 31 = 3 (3 ans), 3²= 9 (9 ans), 33 = 27 (27 ans), 34 = 81 (81 ans), où 3² = 9 s’intègre dans un plan à deux dimensions et préfigure un volume à trois dimensions, 33 = 27, le « cube » de trois ou « la pierre cubique » d’un édifice élevé « en puissance » à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et destiné à l’accueillir.

Les nombres sortent des catalogues où ils sont classés par ordre croissant pour investir, animer et illustrer la vie initiatique des Maçons, donner du sens et structurer leurs espaces et leurs temps de travail, en devenant les témoins et les acteurs de belles rencontres sur le chemin de l’initiation. Car les nombres possèdent comme tous les symboles une identité propre, comme l’enseigne Pythagore, et il revient à chaque Maçon(e), d’animer leurs figures immobiles par des mouvements imaginaires inspirés de leurs formes et de leurs tracés. « Le Nombre, dit Roger Begey dans La quadrature du cercle, est lié à l’esprit qui anime toute représentation formelle, c’est lui qui donne vie aux divers éléments de sa formation et les lie entre eux. Bien entendu, le Nombre n’a aucun rapport avec le chiffre. Il ne sert pas à compter, à dénombrer des composants. Il n’appartient pas au monde du quantitatif, un peu à celui du qualitatif, mais ce n’est pas là sa fonction essentielle. Il appartient au « monde principiel » et, en tant que tel, il est le mode d’expression le plus proche de la réalité du Verbe. »

Les puissances des nombres symbolisent surtout parfaitement les modalités du perfectionnement initiatique procédant par sauts de conscience immédiats et puissants, semblables aux sauts quantiques d’électrons entre deux niveaux d’énergie. « Lorsqu’un électron, dit Alain Boudet sur son site internet Spiritualité, Science et Développement, saute d’une orbite à l’autre, il n’y va pas comme un oiseau saute d’une branche à une autre, avec une trajectoire que l’on peut suivre et qui a une durée. L’électron est à un niveau et instantanément il se retrouve transporté à l’autre niveau, sans parcours entre les deux, par une sorte de dématérialisation et de « re-matérialisation » immédiate. C’est ce qu’on nomme un saut quantique. Et l’instant où a lieu le saut d’un électron d’une orbite à une autre est indéterminé. On ne peut en donner qu’une probabilité pour un instant donné. »

Comme les sauts quantiques des électrons, les prises de conscience des Maçons s’effectuent en puissance et touchent aux racines de la conscience. Alors, symboliquement, aux puissances des nombres : 3² (= 9), 33 (= 27), répondent les racines : √²9 = 3, √327 = 3 …, essence et nourriture de la connaissance et de la conscience à leurs différents niveaux, car l’essence du Nombre est incluse en sa racine. « L’importance de celle-ci doit être tout particulièrement soulignée, parce que c’est elle qui confère la puissance de génération. La racine de la plante puise au sein de la terre les principes de vie qu’elle recèle. De même, la racine du Nombre recueille, en la secrète fonction de celui-ci, l’essence de nature principielle qui l’anime. Bien nommée, elle est ce qui fait croître, ce qui génère les divers développements des formes révélatrices. » (Roger Begey, La quadrature du cercle)

Ce symbolisme maçonnique des puissances et des racines des nombres sert de modèle au tracé de l’échelle mystique, dont les barreaux sont d’abord éloignés du sol d’une unité de mesure = 1, puis de √2 = 1,41, puis de √3 = 1,73, de √4, √5, √6, √7, √8, √9. Ces mesures s’obtiennent en traçant un carré de côté 1 et sa diagonale √2, puis en ouvrant un compas de la dimension de la diagonale et en traçant l’arc de cercle reliant l’extrémité de la diagonale à l’autre côté du carré qu’il surmonte. Le tracé donne ainsi le niveau du deuxième barreau de l’échelle, et ainsi de suite en mesurant les diagonales successives des rectangles surmontant le carré originel de la construction.

« Dans √2, √3, √5, etc. se trouve le principe vital créateur des divers champs de manifestation formelle. Par exemple, on voit que dans le carré la diagonale représente √2. Nous ne sommes pas là en présence d’une mesure, mais d’une puissance de création d’une nouvelle modalité d’être. Le rectangle de longueur « √2 » et de largeur « 1 » engendre, par sa diagonale, la fonction « √3 ». Autrement dit, lorsque l’unité est mise en rapport avec l’essence de la dualité (√2), l’essence de la ternarité apparaît obligatoirement. » (Roger Begey, La quadrature du cercle)

L’âme des Maçons se nourrît ainsi des « racines » du Principe à mesure qu’elle s’élève en s’inspirant des racines des nombres, et l’ouverture du compas « marque » sa progression sur une échelle des essences de plus en plus subtiles où se succèdent les nombres irrationnels : √2, √3, √4, √5, √6, √7, √8, √9, et où « conjointement » transparaissent les nombres entiers 1, 2 (ou √4), et 3 (ou √9), gradations premières de la règle. D’un côté les nombres entiers rationnels, de l’autre les nombres irrationnels. Une fois établie en conscience cette dichotomie puissamment active, la diagonale « √2 » du carré ne « marque » plus seulement le passage du « rationnel » à l’« irrationnel », mais leur jonction au sens alchimique du terme, la « conjonction » de l’âme avec le corps, le moment où « la matière parvient au blanc ».

Les alchimistes parlent de réductions successives pour illustrer les phases de transformations et transmutations régulières des métaux durant l’Œuvre au blanc, comme les Maçons géomètres parlent de leurs travaux réguliers, c’est-à-dire à la fois périodiques dans le temps et réguliers selon la règle, une régularité nécessaire à leur perfectionnement symbolique par degrés. Les Maçons se réfèrent à Tubalcaïn, l’ancêtre des forgerons du fer et de l’airain, pour travailler des métaux que les alchimistes transforment dans un ordre précis symbolisé par les planètes et les couleurs de l’œuvre : le plomb, Saturne et le noir, puis l’étain, Jupiter et le gris, puis l’argent, la Lune et le blanc, puis le cuivre, Vénus et le jaune-rougeâtre, puis le fer, mars et la rouille, et enfin l’or, le Soleil et le pourpre. La couleur pourpre culmine dans l’Œuvre au blanc et précède l’Œuvre au rouge, comme elle préfigure dans le R.E.A.A. et d’autres Rites le passage des degrés de Perfection à ceux du Chapitre.

Dom Pernety définit ainsi la réduction dans son Dictionnaire Mytho-Hermétique : « Rétrogradation(s) d’une chose parvenue à un certain « degré » de perfection, à un degré qui l’est moins, comme si avec du pain on faisait du grain de froment. Ainsi la « réduction » des « métaux » en leur première matière, si recommandée par les Philosophes (autre nom des alchimistes), est la rétrogradation des métaux philosophiques, et non vulgaires, en leur propre semence, c’est-à-dire en mercure hermétique. Cette réduction s’appelle aussi « réincrudation », et se fait par la dissolution du fixe par le volatil de sa propre nature, et duquel il a été fait… Volatil est dit de ce qui vole, qui s’élève en haut, qui se sublime au haut du vase dans la distillation, ou qui s’évapore par l’action du feu commun, ou du feu inné dans la matière, cause de la fermentation. On dit volatil par comparaison avec les oiseaux…

« Les Philosophes ont pris assez ordinairement les oiseaux pour symboles des parties volatiles de la matière du grand œuvre, et ont donné divers noms d’oiseaux à leur mercure ; tantôt c’est un aigle, tantôt un corbeau, un cygne, un paon, un phénix, un pélican (symboles maçonniques des Rites à différents degrés, du R.E.A.A. en particulier) ; et tous ces noms conviennent à la matière de l’Art, suivant les différences de couleur ou d’état qu’elle éprouve dans le cours des opérations… Quand les Philosophes ont voulu désigner la volatilité et l’action du mercure dissolvant sur la partie fixe, ils l’ont appelé aigle, vautour, parce que ce sont des oiseaux forts et carnassiers… C’est l’aigle qui doit combattre le lion, suivant Basile Valentin et les autres Adeptes. La putréfaction est exprimée par ce combat, auquel succède la mort de ces deux adversaires. La noirceur étant une suite de la putréfaction, ils ont dit que des deux corps des deux combattants il naissait un corbeau ; tant parce que cet oiseau est noir, que parce qu’il se repaît des corps morts. A la noirceur succèdent les couleurs variées de l’arc-en-ciel. On a dit en conséquence que le corbeau était changé en un cygne, un paon, à cause des mêmes couleurs qui se font admirer sur la queue de cet animal. Vient ensuite la blancheur, qui ne pouvait être mieux exprimée que par le cygne. La rougeur de pavot qui succède, a donné lieu d’imaginer le phénix, qu’on dit être rouge, parce que son nom même exprime cette couleur (du grec ancien φοῖνιξ, phoînix, pourpre). » ( Dom Pernety en 1758 dans son Dictionnaire Mytho-Hermétique)

De même, les natures volatile et fixe des Francs-Maçons alchimistes, symbolisées par deux triangles pointes en haut et pointe en bas, dissociées d’abord l’une et l’autre dans le chaos primitif de l’œuvre au noir, s’affrontent en combats réguliers dans l’œuvre au blanc avant de faire alliance et superposer symboliquement leurs deux triangles en formant un hexagramme aux noms divers : étoile de David, sceau de Salomon, talisman de Saturne. Cette étoile en deux dimensions est surtout le symbole d’un cristal en trois dimensions, composé de deux tétraèdres imbriqués parfaitement l’un dans l’autre, le « merkaba » des traditions égyptienne, juive et tibétaine. Avec le merkaba, c’est tout un état d’être, de connaissance et de conscience, qui investit l’initié(e) en lui conférant un degré de plénitude et de bien-être inégalé, embrassant et embrasant sa vie temporelle et spirituelle dans une perception et une aperception holistique.

Le chemin parcouru depuis le premier degré des Rites maçonniques peut ainsi s’éclairer d’un jour nouveau, et donner un sens renouvelé, non seulement aux symboles, mais à la méthode de transmission des connaissances par les questions-réponses des livrets remis aux Maçons durant leur parcours. Car les rayonnements de l’initié(e)-merkaba débordent largement du cercle du Maître, et ses rayons de conscience peuvent interroger toute la Nature qui lui répond, ses connaissances passant ainsi des jeux des questions-réponses symboliques et élémentaires, aux connaissances acquises méritées et aux prises de conscience d’un être responsable de sa destinée, s’interrogeant lui-même pour bien « se conduire », aux sens physique, moral, mental et spirituel de ce verbe.

Pourtant l’être-merkaba n’est pas seul dans cette dimension embrassant et embrasant toute sa vie, et les alchimistes veillent à ne pas confondre durant l’Œuvre ce qu’ils nomment les poids de l’art, relevant des mesures et pesées de l’alchimiste, et le poids de nature relatif au temps sacré de l’œuvre dont il n’a pas la maîtrise. « Les poids de l’art sont applicables exclusivement aux corps distincts, susceptibles d’être pesés, tandis que le poids de nature se réfère aux proportions relatives des composants d’un corps donné (comme celle du soufre et du mercure principes unis dans le mercure philosophique, le dissolvant universel) et c’est le poids de nature qui est alors considéré… Si les poids de l’art sont connus de l’artiste et rigoureusement déterminés par lui, en revanche le poids de nature est toujours ignoré, même des plus grands maîtres. C’est là un mystère qui relève de Dieu seul (ou du Grand Architecte de l’Univers) et dont l’intelligence demeure inaccessible à l’homme. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales)

Le travail sur la Pierre des Maçons géomètres prépare ainsi la naissance de la Pierre des Maçons alchimistes et le succès de l’Œuvre Hermétique, à moins qu’à l’inverse le regard de l’alchimiste n’inspire les tracés du géomètre. Dans les deux cas les Maçons travaillent également à se transformer eux-mêmes, à se perfectionner pour accompagner en conscience l’œuvre en cours, non seulement en donnant le meilleur d’eux-mêmes, mais en se projetant véritablement en esprit dans l’œuvre en cours. Ils donnent ensemble une saveur particulière à leur vie, un « parfum » subtil de joie à leur raison d’être, quand s’éclairent mutuellement les réalisations du géomètre et l’œuvre de l’alchimiste.

Patrick Carré

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Ordre Royal d’Ecosse Heredom of Kilwining 2éme Grade

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

…….Vous voyez T : Excellent par ce léger aperçu de notre théorie que la transmutation des métaux nous est connue, il est temps que vous aperceviez le but et l'objet de tous nos travaux. Nous tenons des philosophes qui nous ont précédés l'important secret de composer de l'or, mais le danger qu'entraîne cette connaissance admirable nous oblige à travailler sans cesse aux moyens de nous défier de nous même. Dans peu de jours, d'une étude suivie et en devenant le témoin secret de nos opérations vous ne manquerez pas à coopérer à ce que nous appelons le grand œuvre, vous deviendrez chimiste habile et vous ferez de l'or.

Il est une chose importante à vous révéler c'est qu'aucun de nous n'a le droit de détourner la moindre parcelle de ce métal précieux. Si les philosophes qui m'entourent ne prenaient pas la sagesse pour guide de leurs actions, ils s'approprieraient de suite l'or qu'ils confectionneraient et se procureraient toutes les jouissances que donne la richesse. Qu'en résulterait-il ? que le public, le gouvernement même serait intéressé à connaître la source de tant de bien et qu'enfin l'imprudent compromettrait et causerait infailliblement notre perte. Pour prévenir tous les malheurs voici la marche régulière que nous avons adoptée. Tout l'or sorti de notre laboratoire où vous avez été introduit nous le déposons dans une caisse artistiquement faite et qui contient pour environ trois millions en lingots. La lenteur de nos opérations et les précautions que nous devons prendre afin d'écarter tout soupçon exige de nous trois ans de travail pour que nous puissions remplir cette caisse. Quand cette valeur numérique est complète, le plus ancien d'entre nous qui est chargé durant trois années des fonctions dont je suis dépositaire emporte cette caisse et nous dit un éternel adieu après avoir prononcé un serment terrible et va jouir dans une contrée lointaine des fruits de son travail, de ses études et de sa discrétion.

Tous les trois ans nous perdons un de nos collaborateurs qui est remplacé dans notre sein par un nouveau F:.. Jugez maintenant de l'importance de nos travaux et du bonheur qui vous attend si la mort ne vous surprend point avant que votre tour soit venu de participer à nos richesses……

……LIVRE DE LA VERITE

Mortel, apprend à te connaître ! tout ce qui flatte ton orgueil ou ta cupidité, te séduit aussitôt ; reviens à ton erreur. Comment as-tu pu croire que des philosophes, des amis de la sagesse consacrent leur vie à chercher un métal méprisable et qui donne tant de maux. La pierre philosophale existe, veux-tu la posséder ? veux-tu jouir de tous les biens qu'elle procure, rappelles toi tes fautes passées, songes au bien que tu as fait. Mets dans une juste balance le bien et le mal, tu verras que la somme de tels penchants vicieux, de tes erreurs l'emporte sur celle de tes bienfaits et de tes vertus. Formes d'après cet examen la noble résolution de changer de conduite. Jures toi solennellement dans ton cœur d'éviter de mal faire et de chercher à faire le bien.

Pénètre-toi de l'importance de l'engagement que tu contractes à la face du ciel, alors tu peux marcher sans crainte dans le chemin de la vie. Si tu éprouves des contrariétés, si le malheur te poursuit, si des revers inattendus t'accablent, que ton cœur reste ferme au milieu de la tempête, comme un rocher battu par les vagues. Offres tes souffrances à l'éternel qui d'un regard embrasse l'univers et exige que tu sortes de ton erreur. Ne portes pas les yeux sur l'homme opulent car tu ne songerais qu'à l'éclat qui l'entoure et tu ne remarquerais pas les soucis qui le rongent, les remords qui peut-être le déchirent, mais jettes les yeux sur cette classe infortunée qui inonde le sein des villes. Réfléchis, appesantis-toi sur les privations qu'elle éprouve, les misères qu'elle ressent ! Pense au sort cruel qui lui est assigné sans compensation, sans espérance d'adoucissement ! Frémis et si tu n'as pas un cœur de tigre, tu ne t'attendriras plus sur tes peines, tu te résigneras.

La force de supporter sa destinée, le courage de se plier à sa condition, d'en être satisfait, la paix de l'âme qui naît d'une conscience pure et une confiance sans bornes en la justice du Souverain:. arbitre des mondes, voilà la pierre philosophale. Alors ton âme stoïque planera au dessus des misères humaines qui ne pourront plus l'atteindre. Non qu'elle devienne insensible aux chagrins, fuite nécessaire des biens qui nous attachent à la vie, mais elle sera calme, inébranlable au sein de l'activité en quelque sorte dans l'avenir pour goûter la récompense réservée à la vertu.

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La lumière des mercures

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

Ce petit Traité fut envoyé par Raymond Lulle au Roy de la Grande Bretagne, pour lui servir de lumière à entendre ce qu'il y avait de plus caché dans ses autres Livres.

Prenez, au nom de Dieu, de la matière que vous savez et la mettez en putréfaction au bain marie pendant vingt jours au moins, afin que les parties se trouvent mieux séparées. Ensuite vous en tirerez par la distillation au bain marie avec un feu très doux, l'eau ardente que vous rectifierez jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de flegme et vous mettrez à part cette eau rectifiée et vous en ôterez encore une fois le flegme par la distillation sur les cendres jusqu'à ce qu'il vous paraisse au fond du vaisseau une matière comme de la poix fondue.

Mettez à part ce flegme et par une autre distillation sur les cendres vous ôterez encore le flegme de votre eau jusqu'à ce qu'il ne reste que de la matière au fond du vaisseau et sur cette matière vous y verserez du même flegme que vous avez gardé, jusqu'à quatre doigts au dessus. Après mettez-là circuler pendant deux jours au bain marie et ensuite un jour sur les cendres, en sorte qu'elle bouille doucement. Trous trouverez que votre flegme aura pris beaucoup de couleur, lequel vous verserez par inclination dans un autre vaisseau et vous mettrez encore du nouveau flegme qui sera resté de celui que vous aurez mis à part, que vous remettrez pendant deux jours au bain marie, et aussi pendant un jour sur les cendres et vous verserez encore par inclination ce flegme qui sera coloré avec le précédent et continuez à mettre du nouer flegme jusqu'à ce qu'il ne se colore plus. S'il vous manquait du flegme vous prendrez celui qui est coloré et vous en séparerez la moitié ou le tiers par la distillation au bain marie et de cette moitié que vous aurez tiré, vous vous en servirez comme du premier flegme Alors vous trouverez au fond de votre vaisseau la terre blanche et le flegme aura tiré avec lui toute l'huile. Si vous voulez les séparer, vous le pouvez faire par la distillation au baie marie Jusqu'à ce que tout votre flegme soif dans votre récipient et que l'huile demeure très rouge au fond du vaisseau que vous garderez pour rubéfier vos mercures.

Prenez donc de cette terre blanche et versez sur icelle de la première eau ardente que vous avez réservée, en sorte qu'il  en ait deux doigts au dessus de la dite terre: et mettez la bouillir doucement pendant un jour sur des cendres et après vous séparerez l'eau et ladite terre en la distillant sur les cendres, laquelle vous réserverez. Rejetez encore d'autre eau ardente deux doigts au dessus de cette terre et mettez-là sur les cendres pendant un jour naturel et redistillez encore sur les cendres. Mettez cette eau avec la même que vous venez de mettre à part, et continuez à faire la même chose jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'esprit dans votre terre, et qu'il soit tout passé avec votre eau ardente. Ce que vous connaîtrez quand votre poudre sera impalpable, et en en mettant un peu sur une lame de fer rouge, qu'elle ne produise aucune fumée. Vous mettrez cette poudre en digestion à la lampe en sorte que le feu soit continuel pendant dix jours, et mettez dessus ladite poudre votre eau qui a tout tiré l'esprit, en sorte qu'il y ait un peu de cette eau au-dessus, et mettez en digestion à la lampe pendant un jour naturel. Et après vous tirerez par la distillation au bain cette eau qui aura laissé son esprit dans cette terre, et remettrez de cette première eau dans laquelle est l'esprit, un doigts au-dessus de cette terre, et séparerez ensuite par distillation au bain-marie cette terre qui demeurera sans esprit. Continuez ces digestions et distillations jusqu'à ce que la terre ait consommé tout son esprit, ce que vous connaîtrez en mettant cette terre sur une lame rougie qui fera dissiper presque toute cette terre en fumée, laquelle terre vous mettrez en digestion pendant six jours, à la lampe, après quoi vous augmenterez le feu, en sorte que cette terre se sublime et s'élève aux côtés du vaisseau où est le Mercure végétable : et ce qui sera demeuré au fond du vaisseau est la terre damnée et de nul usage dans votre vaisseau. Vous ramasserez promptement ce Mercure pendant qu'il est récent, et vous le mettrez en digestion avec ladite terre sur les cendres pendant 2 jours ; et il s'en fera une eau qui dissoudra tous les métaux sans corrompre leur forme, et c'est ce que nous appelons le Mercure végétal.

Prenez une once de ce menstrue, et mettez une demi-once de soleil en feuille ou poudre, et fermez exactement le vaisseau. Mettez-le en digestion au bain-marie pendant deux jours, et votre menstrue se teindra de la couleur du soleil ; mettez le encore sur les cendres pendant un jour naturel et vous verrez qu'il se colorera d'avantage, et ensuite vous retirerez par inclinaison ce menstrue dans un autre vaisseau que vous fermerez fort exactement ; vous remettrez de nouveau menstrue sur ledit soleil, et le mettez derechef pendant un jour à feu de lampe, et il se colorera. De plus vous le retirerez par inclinaison et le remettrez avec l'autre déjà coloré, en continuant à remettre de nouveau menstrue. Vous ferez la même chose jusqu'à ce qu'il ne se colore plus, et il vous demeurera dans le fond une terre du soleil sans couleur, qui pourra vous être utile pour les Opérations particulières, à cause de la séparation des éléments.

Nota, que pour une partie de Lune, il faut trois parties de menstrue, et que le temps de la digestion soit plus long d'une huitième partie.

Prenez donc ce menstrue coloré dans lequel est ce soufre du Soleil, et qui contient une grande partie du Mercure : mettez-le en circulation pendant trente jours sur les cendres dans deux vaisseaux de rencontre fait exprès, et qu'il y en ait dans chacun un égal poids, et à cause qu'il y a une plus grande partie de Mercure que de soufre, il se formera au fond de chacun vaisseau une pierre, et l'eau qui montait avec la couleur ne montera plus que toute blanche, et vous retirerez doucement par inclinaison ce menstrue dans un vaisseau, et vous mettrez doucement les deux pierres dans un autre vaisseau à col long. Prenez garde qu'elles ne prennent l'air, et que cela ne leur nuise, et mettez-le au bain-marie pendant trois jours, ces pierres se dissoudrons en une eau très rouge ; et vous retirerez le vaisseau que vous mettrez en digestion pendant cinq jours au feu de lampe, et cette matière se formera encore en pierre : vous la remettrez ensuite au bain-marie pendant un jour naturel, et elle se dissoudra encore en une eau très rouge et transparente comme un rubis, laquelle vous remettrez encore pendant deux jour au feu de lampe, et cette matière se résoudra comme la cire très fondante ; si vous en projetez une partie sur dix parties de Lune, elle se convertira en très bon Soleil, et si vous la faites encore dissoudre et coaguler tant qu'elle ne puisse plus se coaguler, une partie convertira trente parties de Lune en Soleil.

Raymond Lulle

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Alchimie maçonnique

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

A quoi sert l’Alchimie ? L’alchimie sert à séparer le vrai du faux.
Paracelse

Dès son entrée au Cabinet de Réflexion, au moment de son initiation, le Franc-Maçon constate un lien fort avec la symbolique de la science alchimique et, avec le début de la construction de son Temple personnel, il se découvrira comme alchimiste, se retrouver à changer le monde qui l’entoure et à se transformer intérieurement.

Souvent, en discutant avec de jeunes Frères, on me demande pourquoi les alchimistes ne parlent pas clairement et pourquoi ils utilisent un langage incompréhensible pour la plupart ou qui peut facilement être mal interprété.

Ces questions me font sourire, pas en signe de moquerie bien sûr, tout simplement parce que le manque de connaissances conduit inévitablement à des déductions superficielles et apparemment idiotes.

Les alchimistes visaient l’homme et sa perfection spirituelle, pour eux la croissance intérieure ne peut être objectivée, exportée, transmise, mais doit être suscitée chez celui qui est prêt ou « rassasié », comme le disait Socrate à son disciple Théétète.

De même, Jésus de Nazareth, se référant à la multitude de ceux qui l’écoutaient, dit à ses disciples :

Je leur parle en paraboles.

C’est toujours:

Que ceux qui ont des oreilles entendent.

Ne donnez pas de perles aux cochons, car ils pourraient se retourner contre vous.

Les études de textes alchimiques ont permis de découvrir deux types de disciplines, la physique et la spirituelle, cette dernière étant considérée comme le véritable objectif. En ce sens, la première n’est rien d’autre que la métaphore pour indiquer le véritable objectif : la transmutation de l’impur en pur, du négatif en positif, de la matière en esprit.

Les métaux, mais aussi les étoiles et les viscères étaient liés aux qualités morales de l’individu : le plomb correspondait à l’imperfection maximale de la matière et aussi de la moralité ; l’or s’accordait parfaitement.

Le parallélisme entre la transmutation du plomb, le métal le plus vil, en or, le métal parfait, devient ainsi clair, avec l’accomplissement spirituel de l’état de grâce originel de l’homme.

Ceux qui n’ont saisi que l’aspect physique de l’alchimie sont, au mieux, devenus des experts chimistes et expérimentateurs, mais beaucoup se sont perdus derrière l’idée de richesse et de pouvoir.

Ceux qui ont suivi le chemin de l’esprit par soif de pouvoir ont échoué. Cependant, ceux qui l’ont entrepris inspiré par la connaissance et la bonté se sont élevés, réussissant à dominer leurs passions, devenant maîtres de leur propre corps et de leur nature, non pas pour acquérir le pouvoir, mais dans la conviction qu’en se sacrifiant à la connaissance, ils auraient fait le bien de l’humanité.

Et n’est-ce pas exactement ce qui arrive à beaucoup de Frères ?

Combien d’entre eux se sont perdus, sont restés « plombés », croyant que la franc-maçonnerie pouvait changer « comme par magie » leur vie profane ?

Mais combien sont devenus « l’or », l’espèce la plus précieuse et la plus brillante ? Combien ont fait de leur vie un chef-d’œuvre ?

Dans le terme « Al-Kimia », le préfixe « Al » a le sens d’Être Suprême ; étymologiquement, l’alchimie est donc la science divine, qui conduit l’homme de bonne volonté à éveiller en lui l’étincelle divine en se plaçant, comme le soutenait Spinoza, du point de vue de Dieu.

L’alchimie représente donc une voie de mise en œuvre du potentiel spirituel.

Les alchimistes recherchaient la pierre philosophale parce qu’ils pensaient qu’elle pouvait transformer les métaux en or et produire l’élixir de vie. Tout s’est déroulé selon un véritable rituel : il y avait sept métaux – or, argent, cuivre, étain, mercure, fer et plomb – liés aux sept étoiles – Soleil, Lune, Vénus, Jupiter, Mercure, Mars et Terre – qui, à leur tour, , ils étaient liés aux sept entrailles de l’homme et, même, aux sept notes et aux sept couleurs.

Les sept procédés étaient divisés en quatre opérations, putréfaction, calcination, distillation et sublimation, et en trois phases, dissolution, coagulation et union.

Grâce à ces sept procédés, la matière première, mélangée au soufre et au mercure et chauffée dans le four, l’Atanor, s’est progressivement transformée, en passant par différentes étapes, de 3 à 12, liées à la signification magique des nombres, caractérisée par la couleur prise. par la même matière lors de la transmutation.

Les étapes fondamentales sont :  travail en noir, dans lequel la matière se dissout en se putréfiant ;  travail blanc, au cours duquel la substance se purifie, se sublime ;   opéra rouge, qui représente l’étape finale.

Combien d’entre nous, maçons, en relisant ces passages, n’avons pas pensé aux changements qui se sont produits en nous, au mélange de nos croyances avec nos expériences, à la fusion de ce que nous étions avec ce que nous sommes devenus ?

Comme le disait Pic de la Mirandole, l’homme a la possibilité de s’élever ou de s’abaisser.

La dégénérescence de l’Alchimie maçonnique a été possible parce que la plupart des gens, la comprenant mal, n’ont pas compris sa signification spirituelle et, interprétant littéralement les formules alchimiques, l’ont ridiculisée, ou tout au long de leur vie, ont poursuivi le rêve d’une richesse facile, à la recherche de la formule qui permettrait transmuter les métaux en or.

Je conclus avec les paroles du philosophe Wittgenstein qui soutenait

Il vaut mieux garder le silence sur ce dont on ne peut pas parler

laissant la parole à ceux qui, consciemment, avec passion, détermination et beaucoup de travail sur eux-mêmes, ont décidé de transformer le plomb en or.

 

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L'Etoike flamboyante

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

 

Si nos symboles sont les représentations le plus souvent iconographiques de concepts parfois très élaborés, l’étoile flamboyante semble, à priori, issue d’un concept simple. Toutefois, en l’examinant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’en est rien comme nous allons le voir.

Dès les plus anciennes civilisations, la représentation de l’étoile a toujours été associée aux divinités ou aux âmes des morts parties rejoindre les dieux. On la trouve dès l’époque sumérienne où elle symbolisait Dieu dans l’espace céleste, très présente dans la mythologie égyptienne, elle l’est aussi dans les croyances chinoises ou indiennes. Elle est alors représentée sous la forme de cinq branches et non d’un pentagramme.

Dans la F\M\, l’Etoile flamboyante n’a pas toujours été représentée telle que nous la connaissons aujourd’hui, elle ne fût même pas une étoile du tout à une époque.

En effet, si le manuel Sloane de 1700 parle de l’étoile flamboyante, il était repris du manuel Edimbourg de 1696 qui lui, parlait d’un Large ovale.

Pourquoi un Large ovale ?

C’était en fait la représentation de la mer de bronze citée dans le premier livre des Rois, chapitre VII (1R7), une large vasque de bronze contenant les eaux lustrales, reposant sur douze bœufs symbolisant les douze constellations du zodiaque (et les douze tribus d’Israël) et située sur le parvis du Temple de Salomon. Dans ses eaux, la nuit, se reflétait le ciel étoilé. Ceci pourrait expliquer le passage de la mer de bronze à l’étoile.

A partir de Sloane, elle est tout d’abord représentée sous la forme que nous connaissons d’une étoile à cinq branches encerclée de flammes, elle apparaîtra aussi à sept branches (peut-être dans d’autres degrés) ou disparaissant pour ne laisser place qu’au flamboiement, peut-être dans un but d’intellectualisation mais perdant par-là même tout son sens.

Comme nous venons de le voir, l’Etoile Flamboyante est un symbole dont la représentation graphique complexe laisse supposer une interprétation qui ne l’est pas moins.

L’Etoile Flamboyante est constituée de trois éléments dont la signification de chacun renforce la signification de l’autre. Ils sont au nombre de trois comme nous l’avons vu, un pentagramme, un flamboiement et une lettre G majuscule.

Voyons ces éléments.

Le pentagramm

Si l’étymologie de ce terme n’est pas pleinement satisfaisante, nous la conserverons malgré tout pour la suite de cet exposé.

Pas satisfaisante car si « pentagramme » signifie cinq traits, cela va à l’encontre de notre méthode graphique qui veut que nous la dessinions d’un seul trait non pas par caprice, mais car il s’agit là d’une partie de sa symbolique que nous verrons plus loin.

Le pentagramme est une forme géométrique simple, c’est un polygone étoilé que l’on peut tracer aisément a l’aide d’un compas et d’une équerre en respectant les proportions du nombre d’or.

La proportion divine qui préside à sa construction étant apparue au Pythagoriciens, ceux-ci l’adoptèrent comme signe de reconnaissance affirmant à son égard que « l’on ne peut parler des choses divines que muni d’un flambeau »

Le pentagramme est également utilisé dans la sorcellerie ou dans le satanisme dans sa forme inversée, pointe en bas, mais aussi dans cette même position pour la rosace de la cathédrale d’Amiens ou certaines décorations de l’armée russe, qui, ni l’une ni l’autre, ne vouent de culte à satan.

D’autre part, il faut mettre un terme à certaines inepties vues, lues ou entendues telles que « L’homme » des proportions de Léonard de Vinci, ou quoique ce soit d’autre, s’inscrive parfaitement dans le pentagramme. En effet, dans les divines proportions que Léonard de Vinci a mesuré chez l’homme, on trouve que, quatre doigts font une paume, quatre paumes font un pied, que l’envergure égale la hauteur, qu’il s’inscrit dans un cercle dont le centre est le nombril et dans un carré dont le centre est le pubis. En aucun cas, l’homme illustrant le traité d’architecture de Vitruve ne rentre dans un pentagramme. Ou à contrario, on peut tout dessiner dans la forme simple qu’est le pentagramme quitte à tricher un petit peu.

Comme nous l’avons vu précédemment, notre tradition veut que nous tracions l’étoile d’un seul trait et ce n’est pas un hasard.

Le dessinateur part de l’extrémité de l’une des branches et après une errance ordonnée et dirigée, reviens au point de départ. Ce tracé terminé, il peut être répété à l’infini sans lever le crayon.

Il ne s’agit pas là de la métaphore d’une cosmogonie cyclique chère à Mircea Eliade dans « Le mythe de l’éternel retour », mais de celle d’un voyage qui doit ramener celui qui l’entreprend dans le droit chemin.

Il a contourné son centre sans jamais l’atteindre, peut-être y aura-t-il vu que dans le pentagone qu’il a ainsi dessiné au centre de l’étoile, peuvent se dessiner une infinité de pentagramme concentriques, lui rappelant qu’une étincelle divine est en lui et qu’il n’aura de cesse de la retrouver. Peut-être, verra-t-il aussi que s’il prolonge le tracé des branches, il peut construire une infinité de pentagramme grandissants, image de l’univers infini dont il n’est qu’un élément. Peut-être encore, verra-t-il qu’en reliant les pointes de ces étoiles concentriques, il trace une spirale répondant au nombre d’or, qui lui indiquera que de l’infiniment petit à l’infiniment grand, tout est harmonie                  

La divine proportion dont procède l’étoile, ou qui découle d’elle, nous précise que ce voyage n’a pas pour seul but de nous faire découvrir l’harmonie régnant dans la construction de la terre et de l’univers, mais aussi que celui-ci doit s’effectuer harmonieusement, il ne s’agit pas de sortir du chemin tracé, mais d’aller voir ce qui est beau ailleurs et de s’en enrichir.

Le chiffre 5 est à fortiori très présent dans le pentagramme, cinq traits, cinq branches, cinq angles convexes, cinq angles concaves, il s’inscrit dans un pentagone et un pentagone s’inscrit en lui. C’est ici la combinaison du 2 et du 3, de la lune et du soleil, du mal et du bien, du féminin et du masculin, c’est à dire un homme dans un monde sensible a trois dimensions mais aussi la force de ses quatre membres et l’intelligence de sa tête.

Ce chiffre cinq est également présent dans les pas du compagnon, autre métaphore du voyage, dans l’age de cinq ans, dans les cinq marches, les cinq sens, les cinq styles d’architecture…

Le Flamboiement.

Le flamboiement qui entoure l’étoile vient renforcer l’image de la force qui émane d’elle et à l’instar de l’épée flamboyante du Vénérable Maître, sa lumière pourfend les ténèbres pour guider le compagnon vers son but, c’est à dire vers la Lumière du G\A\D\L’U \ car l’étoile Flamboyante en est son astre

Sans ce flamboiement, l’étoile ne serait rien d’autre qu’une figure géométrique à laquelle on aurait donné un sens purement arbitraire. Dans la loge, c’est en la superposant au Delta rayonnant, lui-même déjà éclairé que l’Etoile flamboie. Sur le tableau de loge, on adjoindra au pentagramme, des flammes ou des rayons représentant sont éclat. Ainsi, elle devient le guide, celui-la même qui guida les Mages vers Bethléem.

On pourrait résumer ainsi le Flamboiement en disant qu’il est la Lumière que l’on cherche en cheminant par l’Etoile.

La lettre G

La lettre G  est sans aucun doute un des grands mystères de la F\M\ si l’on se réfère au nombre de significations qui lui sont donnée.

De l’initiale de Géométrie, cinquième des arts libéraux, en passant par Gnose, Gravitation, Génération, Génie, Gloire, Grandeur jusqu’a God de l’anglais, Got de l’allemand, Godda du persan, beaucoup de choses ont été dites.

Certains y ont vu le gamma minuscule grec lui-même dérivé du hiéroglyphe égyptien sekhnet ou mât du pavillon d’Anubis en forme de fourche, d’autre, l’iod hébraïque, initial de Jéhovah, d’autre encore, une déformation de la représentation de la mer de bronze dont on retrouve la forme ovale dans le tracé du G, ou enfin l’idéogramme alchimique du sel après avoir été ouvert à la façon d’un 6.

Pour ma part, l’origine anglo-saxonne de la franc-maçonnerie que nous pratiquons me porte à croire qu’il s’agit de l’initiale de God signifiant ici sa présence sans la dévoiler totalement.

La réunion des trois éléments.

C’est bien la réunion de ces trois éléments qui fait flamboyer l’Etoile aux yeux du compagnon. Ayant ainsi rassemblé ce qui était épars, il ne doit jamais oublier les devoirs de ce grade. Chercher dans son cœur, dans celui de chaque homme et en chaque chose cette étincelle divine qui en est la quintessence.

L’Etoile Flamboyante et son apparition au nouveau compagnon.

L’Etoile Flamboyante, symbole Oh! Combien représentatif du deuxième degré apparaît aux compagnons dès leur entrée dans le Temple lors de la cérémonie de passage où elle a remplacé le Delta Rayonnant.

Une première indication est donnée aux impétrants par le V\M\qui dit : «  le T\ de la F\ M\ va s’éclairer, car vous allez connaître de nouveau symboles et découvrir le monde extérieur » Ainsi donc, les apprentis sont sortis des ténèbres et en pénétrant dans le Temple, ils se dirigent vers le monde extérieur avec de nouveaux outils et un guide.

L’importance de l’Etoile Flamboyante pour les nouveaux compagnons est renforcée lors de la cérémonie de départ lorsque l’O\ dit : « Ont-ils, gravé en leur cœur le tracé de l’Etoile, leur guide ? » et que le 1° S\ la leur fait dessiner.

L’Etoile Flamboyante a donc une triple signification pour le compagnon, elle est le point de départ d’une nouvelle étape de la vie maçonnique, elle est le chemin à suivre et elle est le but à atteindre.

Pour conclure

Si pour beaucoup, l’étoile qui guida les Mages à Bethléem est le plus souvent l’image de l’Etoile Flamboyante, je lui préfère un autre passage de l’Ancien Testament qui, s’il ne parle pas d’étoile, n’en explique pas moins bien toute sa symbolique et celle du grade de compagnon.

Livre de Tobie, chapitre V – Le Compagnon, verset 1, (pour situer le récit, il faut se souvenir que Tobit, le père demande à son fils d’aller en Médie rechercher l’argent qu’il a laissé en dépôt vingt ans plus tôt)

« Je ferai, père, tout ce que tu m’as commandé. Seulement, comment faire pour lui reprendre ce dépôt ? Lui ne me connaît pas, et moi, je ne le connais pas non plus. Quel signe de reconnaissance vais-je lui donner, pour qu’il me croie et qu’il me remette l’argent ? De plus, je ne sais pas les routes à prendre pour ce voyage en Médie. » Alors Tobit répondit à son fils Tobie : « Nous avons échangé nos signatures sur un billet, et je l’ai coupé en deux pour nous en ayons chacun la moitié. J’ai pris l’une, et j’ai mis l’autre avec l’argent. Dire que cela fait vingt ans que j’ai mis cet argent en dépôt ! Maintenant, mon enfant, cherche-toi quelqu’un de sérieux pour compagnon de voyage, il sera à nos frais jusqu’a ton retour ; et puis va toucher cet argent chez Gabaël. »

Tobie sortit, en quête d’un bon guide capable de venir avec lui, en Médie. Dehors, il trouva Raphaël, l’ange, debout face à lui (sans se douter que c’était un ange de Dieu). Il lui dit : « D’où es-tu mon ami ? » L’ange répondit : « Je suis l’un des Israélites tes frères, je suis venu chercher du travail par-là. » Tobie lui dit : « Sais-tu la route pour aller en Médie ? » L’autre répondit : « Bien sûr ! J’y ai été plusieurs fois, je connais tous les chemins par cœur... »

Le décor est planté, nous avons, dans ce court extrait du livre de Tobie, toute la symbolique de la loge du deuxième degré.

Le chapitre porte le numéro cinq, son titre : « Le compagnon »

Le jeune Tobie est chargé par son père devenu vieux et aveugle, d’aller chercher ses richesses laissées en dépôt chez Gabaël. Pour ce faire, le père lui donne le symbole (au sens étymologique du terme, il s’agit en l’occurrence d’un billet portant les signatures) qui permettra au fils, autant d’être reconnu par Gabaël qu’il ne connaît pas, que de reconnaître les richesses elles-mêmes, puis lui demande de se trouver un guide et de partir en voyage.

L’ange Raphaël qui cache son nom, masque et manifeste tout à la fois l’action de Dieu, dont il est l’instrument.

Nous avons bien là les principaux attributs de ce grade, le chiffre cinq, le voyage dont on doit rapporter un chef d’œuvre et un guide pour compagnon de route dont on peut supposer qui il est sans vraiment qu’il se dévoile.

L’ange Raphaël est cette étoile flamboyante, il ne connaît pas le chemin, mais tous les chemins, il guidera Tobie dans son voyage et le ramènera chez lui.

Tobie rapportera de ce voyage la fortune familiale, l’amour, sous la forme de la fille de Gabaël qu’il a pris pour épouse, et un remède pour soigner la cécité de son père lui redonnant ainsi la vue de la lumière. Ainsi il a pu continuer sa vie, comblé, en poursuivant les actions charitables qu’avait entreprit son père avant lui.

J’espère être moi aussi devenu l’Etoile Flamboyante qui pourra transmettre tout ce qu’il a pu acquérir à ceux qui suivront mes pas dans un voyage dont je pourrais leur indiquer le chemin.

J’ai dit V\M\

 

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