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Les Esséniens

Publié le 24 Juillet 2026 par T.D

Introduction

Depuis quelques années, des journalistes et des écrivains osent effectuer des rapprochements entre Jésus et les Esséniens. Pourtant, il semble que la Bible ne mentionne jamais ces derniers.  Je me suis donc posé quelques questions à leur sujet : qui étaient-ils ? Où et quand ont-ils vécu ? Qu’ont-ils proposé et que nous ont-ils laissé sur le plan philosophique ?

Selon Daniel Montpetit, l'origine de ce groupement religieux juif appelé les Esséniens remonte approximativement aux années 130 avant Jésus-Christ. À cette époque, lors du règne de Jean Hyrcan, dit Hyrcanus, deuxième fils de Simon Macchabée et grand-prêtre de Jérusalem, des politiques « modernisantes » ont été adoptées. Dans le but de contrer l'effet de telles orientations, plusieurs Juifs se sont regroupés pour manifester leur opposition. Parmi eux, certains se sont lancés dans le conservatisme de la stricte observance de la Loi : c’étaient les Pharisiens. D'autres, les Esséniens, ont opté pour une stratégie bien différente. Ils ont décidé de se retirer dans le désert. Voilà leur façon de montrer qu'ils n'acceptaient aucun compromis au niveau de leur relation avec Dieu. Les Esséniens ne constituaient donc pas un parti au même titre que les Pharisiens, les Sadducéens ou les Zélotes. Au contraire, leur regroupement en des lieux désertiques prit la forme d'une communauté monastique.

Actuellement, les historiens ne détiennent qu’assez peu de renseignements sur les Esséniens et sur leur façon de vivre. D'ailleurs, la Bible ne fait aucune mention explicite de ce groupe de personnes. Il est même surprenant que le terme « Essénien » n'apparaisse ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament. La surprise est d'autant plus grande qu'au temps de Jésus les Esséniens formaient l'un des trois éléments principaux du judaïsme avec les Pharisiens et les Sadducéens !

Cependant, depuis 1947, les fouilles archéologiques effectuées à Qumrân, petite localité située au nord-ouest de la mer Morte, constituent une source privilégiée d'informations à leur sujet.

En effet, les Esséniens s'étaient installés à cet endroit dans le désert de Juda. La communauté des Esséniens se servait de grottes pour entreposer leurs écrits. C'est d'ailleurs dans ces bibliothèques primitives que les archéologues trouvèrent des textes manuscrits de presque tous les livres de la Bible. Grâce à ces découvertes, nous savons aujourd'hui que la communauté des Esséniens vivait aux alentours de Qumrân. De plus, le travail, la prière, l'étude (spécialement de la Bible) et l'ascèse constituaient les principaux axes de leur vie.

Quelques caractéristiques de Jean le Baptiste suggèrent qu'il appartenait à la communauté des Esséniens. En effet, la Bible présente Jean le Baptiste comme un ascète qui habitait le désert : « Jean grandit dans les lieux déserts jusqu'au jour où il se manifesta à Israël. » (Luc 1,80). De plus, comme certains Esséniens fervents en avaient l'habitude, Jean baptisa dans l'eau pour le pardon des péchés. Toutefois, Jean innove par rapport aux pratiques antérieures en n'accordant le baptême qu'une seule fois.

Les Esséniens, communauté monastique

Les Esséniens étaient donc les membres d'une communauté juive, fondée vers le 2ème siècle avant Jésus-Christ. Les principaux groupements s'établirent, semble-t-il, sur les rives de la mer Morte. Flavius Josèphe, Philon d’Alexandrie et Pline l’Ancien sont des auteurs anciens qui ont décrit les Esséniens.

Les archéologues pensent que le site de Qumrân était un établissement essénien et que ses occupants sont probablement les auteurs des fameux manuscrits de la mer Morte. Le mouvement semble avoir disparu vers 70 après Jésus-Christ.

Leurs pratiques communautaires

Le plus marquant dans cette communauté était la mise en commun et la répartition des biens de la collectivité selon les besoins de chaque membre. Le shabbat était observé strictement, comme la pureté rituelle (bains à l'eau froide et port de vêtements blancs). Il était interdit de jurer, de prêter serment, de procéder à des sacrifices d'animaux, de fabriquer des armes, de faire des affaires ou de tenir un commerce. Les membres, après un noviciat de trois ans, renonçaient aux plaisirs terrestres pour entrer dans une sorte de vie monacale. Leur alimentation était particulière en ce qu'elle ne devait pas subir de transformation, notamment par la cuisson. Leur nourriture se composait essentiellement de pain, de racines sauvages, et de fruits. La consommation de viande était interdite. Ils vivaient selon des règles strictes et des sanctions étaient prévues en cas de manquements ou de fautes :

  • fausse déclaration de biens : un an d'exclusion
  • mensonge ou scène de colère contre un autre membre de la communauté : 6 mois d’exclusion
  • crachat ou rire pendant une réunion ou une séance de prière : 1 mois d’exclusion
  • gesticulation pendant une réunion : 10 jours d’exclusion
  • le port de lainages était prohibé.

Le Maître de justice

On sait d'après les textes trouvés à Qumrân que les Esséniens vénéraient un Maître de Justice, probablement leur fondateur, qui aurait été la victime d'un prêtre impie. Il paraît fort probable que ce Maître de Justice ne fut autre que le grand prêtre Onias III, déposé en 175 avant l'ère chrétienne par Antiochus IV Epiphane, puis assassiné en 170 dans son exil de Syrie à l'instigation de son successeur Ménélas, auquel il ne ménageait pas ses reproches. Onias III serait donc le Maître de Justice et Ménélas le prêtre impie. On sait qu’Onias III fut le dernier grand prêtre légitime de la descendance de Sadoq, grand prêtre de Salomon, le fondateur du Temple de Jérusalem.

Les Esséniens, qui se déclaraient « fils de Sadoq », seraient donc les partisans légitimistes d’Onias III, avant tout des gens de race sacerdotale, ou les alliés de ces derniers. Cela expliquerait leur fidélité fondamentale à la religion de leurs ancêtres juifs, et leur vénération extrême à l'égard du Temple de Jérusalem, dans lequel pourtant ils ne célébraient pas, parce qu'ils l'estimaient occupé par des usurpateurs.

Destinée de l'essénisme

Les relations des Esséniens avec la monarchie hasmonéenne furent ambiguës : à la fois ils rejetaient ces monarques comme grands prêtres illégitimes, mais ils appuyaient hautement leur résistance à l'influence grecque et païenne, incarnée par les Séleucides. C'est la raison pour laquelle les Esséniens furent probablement tolérés, et non pas persécutés, par les Hasmonéens, puis ensuite par les Hérodiens, leurs héritiers.

Lors de la destruction du Temple et lors du chaos qui sévit dans la Judée à la fin du premier siècle, les Esséniens ne réussirent pas à conserver leur identité, tandis que la communauté juive de la Diaspora s'organisait autour des Pharisiens survivants, ce qui donna naissance à la tradition du judaïsme rabbinique. Il est probable que l'établissement de Qumrân représentait une survivance précaire du mouvement essénien. En 70, après la destruction de leur établissement par les légions romaines, puis la ruine de Jérusalem, les Esséniens disparurent complètement. Il demeure fort peu vraisemblable qu'ils se soient mêlés ou fondus dans la secte des Pharisiens, fidèles du Temple, qui représentaient plutôt pour eux leurs ennemis.

Essénisme et christianisme

Les origines du mouvement essénien furent bien antérieures à l'ère chrétienne, et dans les écrits de Qumrân on ne trouve aucune allusion au christianisme.

Il existe certaines analogies entre les deux mouvements (messianisme, pratiques baptismales, renoncement aux biens matériels), ce qui a fait dire à Ernest Renan que le christianisme est « un essénisme qui a réussi », mais les Esséniens, qui nous sont maintenant mieux connus depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte, se distinguaient de Jésus de Nazareth par leur rigorisme ritualiste, leur souci de pureté extérieure, leur manière de vivre dans des communautés retirées, leur pensée (espérance eschatologique cataclysmique, et non pas avènement messianique dans la douceur). Ni les textes néotestamentaires ni les autres (Flavius Josèphe, les Pères de l’Eglise, les apocryphes) ne font mention des Esséniens à propos de Jésus ou des Chrétiens. Des rapprochements peuvent cependant être faits entre le Nouveau Testament et les textes Esséniens concernant certains thèmes (lignée davidique du Messie, résurrection des morts) ou expressions, comme par exemple celle de « pauvres en esprit », présente à la fois dans les Béatitudes et dans certains fragments retrouvés à Qumrân où elle désigne les fidèles observateurs de la loi.

Un courant complexe

Pour Marcel Simon, « le courant des Esséniens, sur lesquels les manuscrits de la mer Morte ont jeté une lumière toute nouvelle, apparaît comme le plus complexe et, à bien des égards, le plus intéressant. Communauté fermée, d’organisation monastique, retirée dans le désert, sur les rivages inhospitaliers de la mer Morte, les Esséniens communiquent à leurs seuls initiés un enseignement ésotérique. Purs entre les purs, on les a parfois définis comme des Pharisiens au superlatif. Leur mouvement est né sans doute, au lendemain de l’insurrection maccabéenne, d’une protestation contre l’attitude, jugée trop mondaine et laxiste, des souverains hasmonéens et contre un sacerdoce considéré par eux comme illégitime.

En conséquence, ils se détournent des liturgies officielles du Temple et pratiquent dans leur solitude des rites qui leur sont propres. Ils englobent dans une même condamnation les païens, ceux des Juifs qui fréquentent les occupants idolâtres et la masse du peuple qui accepte l’autorité d’un clergé indigne. Ils vivent dans une atmosphère eschatologique et se considèrent comme le petit troupeau des élus qui constitueront le noyau du Royaume imminent ».

Les origines du christianisme, l'hypothèse des Esséniens

Les Esséniens étaient des Juifs vivant en communauté installés dans le désert de Judée, à Qumrân, et dont on a retrouvé les manuscrits dits « de la mer Morte » en 1947. Ces manuscrits avaient traversé deux mille ans dans des jarres, elles-mêmes dissimulées dans des grottes. Malgré le temps qui avait dévoré les contours des rouleaux, on a réussi à reconstituer des textes et des fragments de texte.

Beaucoup d'incertain demeure à ce propos. Arrivés aux alentours du troisième siècle avant Jésus-Christ, on sait que les Esséniens s'établirent dans le désert de Judée pendant deux à trois siècles et qu’ils en furent délogés par les Romains entre 66 et 70, lors de la révolte des Juifs.

La plus grande partie de la littérature que l'on peut lire à leur sujet est orientée :

1°) certains veulent y voir les premiers Chrétiens, et donc l'inexistence de Jésus, celui-ci étant le « Maître de Justice » de cette secte, légèrement différent de celui qui, selon eux, est imaginé dans les Évangiles ;

2°) d'autres, au contraire, nient les ressemblances et les coïncidences et veulent y voir des Juifs très orthodoxes qui n'ont aucun rapport avec les premiers Chrétiens.

Jusqu'à présent, l'essénisme est l’origine considérée comme la plus plausible du christianisme. Grâce à elle, il y aurait un fort trait d'union entre le judaïsme et le christianisme. Les Chrétiens ne seraient autres que des Juifs libéraux et réformateurs, dans la prolongation d'Isaïe, de Jérémie, des Proverbes et de la Sagesse – et, bien sûr, de Jésus. D'ailleurs, certains aspects de l'essénisme frappent particulièrement par leur ressemblance avec le christianisme, et l'on ne peut décemment pas prétendre que cela soit dû au simple hasard.

De l'époque de Jésus-Christ, les Esséniens nous ont laissé pratiquement les seuls textes qui constituent toutefois une grande bibliothèque. On a pu retrouver presque tous les livres de l'Ancien Testament avec cependant quelques nuances dans l'écriture, des commentaires, et des œuvres personnelles. Ces dernières sont de deux sortes en particulier : les unes véhiculent une pensée très orthodoxe, exigeant le respect des règles allant jusqu'aux moindres détails. Le rouleau du temple énonce les sacrifices (13.9), les exigences, et réclame de la part des moines un respect de la loi très rigoureux. Cette même règle entraîne en cas de non-respect des punitions très strictes allant de la défense de parler pendant un laps de temps, jusqu'au bannissement pendant plusieurs années.

D'autres manuscrits sont en revanche les supports d'une pensée plus étonnante, voulant mettre l'accent sur les points essentiels de la religion. Ce sont des compositions originales.

Les principales idées fondatrices du christianisme y sont récurrentes : la circoncision prônée est celle du cœur (Règle de la Communauté 5.5, Commentaire d'Habacuc 11.13) à défaut d'une circoncision charnelle, ce qui est prépondérant dans la pensée de saint Paul.

Ces manuscrits recèlent également d'autres sentences typiques du christianisme, et on peut croire que ces textes aient servi de brouillon aux Épîtres et aux Évangiles.

Les points communs ne s'arrêtent pas à de simples affinités philosophiques. Les Esséniens avaient un mode de vie en communauté, ils observaient la chasteté : ils n'avaient aucune femme. Ils pratiquaient la bénédiction du pain et du vin (Règle de la communauté, 6.5) ; ils se baptisaient ; ils s'interdisaient toute nourriture animale sauf le poisson. Tout cela était identique aux pratiques chrétiennes de l'antiquité.

De plus, entre la fin de l'essénisme et le début du christianisme, il y a une cohésion évidente. Elle pousserait à prétendre que les Esséniens, dès lors qu'ils cessèrent d'être « Esséniens », furent « Chrétiens ». En effet, c'est seulement après 66 – 70 que le christianisme devint apostolique. Comme par hasard, il se développa immédiatement après, de la même façon que le bouddhisme s'étend aujourd'hui en Occident à cause de l'occupation du Tibet par les Chinois. À ceci s'ajoute l'incertitude quant à la datation exacte de Jésus-Christ : il ne serait pas impossible que celui-ci soit plus ancien qu'on ne le croit, raison pour laquelle le christianisme fut missionnaire bien après que le Christ fut mort.

Les Esséniens considéraient leur « Maître de justice » comme leur élu, lequel doit annoncer la bonne parole, mais non pas le dernier élu, venu pour l'appliquer. Voilà peut-être pourquoi les Chrétiens pensèrent que Jésus devait revenir lors de l'Apocalypse et que, dans l'Évangile selon saint Jean, l'intervention du Christ est annoncée à nouveau : il sera le dernier pasteur de l'humanité. C'est ce personnage qui est mentionné par les Esséniens dans le manuscrit 4Q534-536.

La doctrine des Esséniens présente les aspects d'un dualisme mitigé, que l'on respire dans les Évangiles et les Épîtres de Jacques et Jean. A posteriori, cette doctrine a dévié dans deux directions opposées : le dualisme absolu du manichéisme, et l'abandon du dualisme d'un autre côté, chez les catholiques en particulier. Il faudrait peut-être se référer à l'essénisme pour retrouver l'essence du message chrétien d'origine.

Les Esséniens se représentent Dieu comme un principe de totalité. L'homme, en tant que chair, est le néant. Ils attachent à Dieu le caractère d'unité, avec les mêmes caractéristiques que le Verbe dans l'Évangile de Saint Jean. Le Verbe – si on ne précise pas quelle personne, quel temps, quel verbe – serait l'essence de l'action, le « chaos », le « tout », le « tohu-bohu » que les Cathares considéraient comme le principe du monde. Les hommes sont entre l'esprit mauvais et l'esprit bon, ils peuvent s'identifier à l'un ou à l'autre.

Dans l'essénisme comme dans le zoroastrisme, c'est Dieu qui a créé ces deux esprits. Le Bien : c'est la totalité, l'infinité, l'autorité. Il inclut donc le mal ; or ce dernier est néant car il n'est que lui seul. Les Esséniens, comme les Cathares, rejetaient le monde. Ils lui associaient le mal, la corruption, la luxure, le péché.

Après le Christ, il y eut la naissance de beaucoup de sectes, chacune revendiquant la véritable filiation avec le Christ. Le catholicisme, tout comme le manichéisme puis le catharisme, n'était que l'une d'elles. Si le catholicisme seul a survécu, c'est peut-être qu'il était béni de Dieu, mais peut-être également qu'il savait montrer plus d'intelligence dans sa façon de perdurer.

Qumrân

Egalement appelé Khirbet Qumrân (ruine de pierre), Qumrân est un établissement juif de la Palestine antique près duquel furent découverts en 1946 les « manuscrits de la mer Morte ». Le site se trouve sur la rive nord-ouest de la mer Morte, à 13 km au sud de Jéricho.

À l'époque du Christ, Qumrân était le centre d'une grande communauté religieuse appartenant à la secte des Esséniens. Ceux-ci se séparèrent des autres courants religieux juifs au 2ème siècle avant Jésus-Christ. Persécutés par les Maccabées, ils se retirèrent dans le désert, ce qui convenait à leur vie ascétique.

A la fin de l'époque du Premier Temple, aux 8ème et 7ème siècles avant l'ère chrétienne, un premier village fut créé en ces lieux.

Quelques rares vestiges d'une petite ferme fortifiée ou d'un fortin judaïte y ont été retrouvés. Certains spécialistes ont identifié ce site et affirmé qu'il s'agissait de Secacah, ou la ville du sel, deux des six villes du territoire désertique de Juda (Josué 15 : 61-62).

Le village de Qumrân fut reconstitué à la fin du 2e siècle avant l'ère chrétienne, probablement pendant le règne du roi asmonéen Jean Hyrcan 1er. L'ancienne localité fut alors restaurée et agrandie. Au début du 1er siècle avant l'ère chrétienne, durant le règne d'Alexandre Jannée, de nouvelles constructions déterminèrent le plan du site jusqu'à sa destruction. Un aqueduc fut construit à partir d'un escarpement surplombant le Wadi Qumrân à plusieurs centaines de mètres à l'est du site. Les eaux des crues d'hiver étaient recueillies en amont d'un barrage situé au pied de l'escarpement puis s'écoulaient dans l'aqueduc jusqu'à Qumrân où elles remplissaient les nombreuses citernes et mikvaot (bains rituels).

L'approvisionnement en eau revêtait une importance essentielle pour une résidence permanente à Qumrân où les températures d'été de cette région désertique sont extrêmement élevées. Avec ses nombreuses salles spacieuses destinées sans aucun doute à des fonctions publiques et ses quartiers d'habitation relativement peu nombreux, le plan de Qumrân est unique en son genre et ne ressemble en rien aux autres villages de la même époque.

L'entrée principale du village se trouvait au nord, au pied d'une tour de guet. Les murs des bâtiments étaient construits en pierres ramassées au pied de l'escarpement et enduits d'une épaisse couche de plâtre blanc-gris. Les fenêtres et les montants des portes étaient en pierres soigneusement taillées et les toits, selon l'usage à l'époque, étaient constitués par des poutres en bois, de la paille et du plâtre.

Le bâtiment principal de Qumrân comprenait plusieurs pièces – certaines, de toute évidence, sur deux étages – s’ordonnant autour d'une cour centrale. Dans l'angle nord-ouest, se dressait une tour aux murs particulièrement épais dominant l'ensemble du village. La tour, qui servait de poste de guet et d'alerte, protégeait le village contre des raids des tribus du désert.

Une pièce garnie de bancs le long des murs accueillait les réunions des membres de la communauté qui y étudiaient probablement la Torah. Au sud et à l'est du bâtiment principal, d'autres ensembles de bâtiments comprenaient de longs vestibules, des chambres et des bains rituels. L'un des grands vestibules servait de salle de réunion et de réfectoire. Dans une pièce servant à entreposer des réserves à proximité d'une cuisine, des piles bien rangées de plusieurs centaines de récipients en poterie et un grand nombre de petits bols ont été retrouvés. Un atelier où étaient fabriquées les poteries pour la communauté a été découvert dans la partie sud-est du site avec sa cuve pour la préparation de l'argile, une roue de potier en pierre et deux fours à cuisson ronds.

L'historien juif Flavius Josèphe (Guerre des Juifs II, pp. 120-161) et les écrits des Esséniens eux-mêmes retrouvés près de Qumrân donnent une idée de leur doctrine religieuse. Selon ces sources, les Esséniens constituaient une secte juive de l'époque du Second Temple : ils croyaient en la prédestination et en l'éternité de l'âme mais pas à la résurrection des morts et ils étaient opposés aux sacrifices accomplis dans le Temple de Jérusalem.

Les membres de la secte vivaient du fruit de leur travail, mettant leurs biens en commun. Ils s'adonnaient à l'agriculture mais pas au commerce, étaient hostiles à toute forme d'esclavage et vivaient modestement avec un minimum de confort et des vêtements tout simples. Les Esséniens étaient ennemis du mariage, mais certains avaient des familles, se conformant au commandement divin d'assurer la survie du genre humain. Ils respectaient quotidiennement un certain nombre de rites : prière avant le lever du soleil ; immersion rituelle et repas pris en commun ; travail pendant la journée ; le soir, autre bain rituel suivi d'un repas collectif. Les nouveaux membres n'étaient acceptés qu'après une candidature d'une durée de trois ans, un examen d'entrée et le serment de ne pas révéler aux étrangers les secrets de la communauté et ses écrits. Persuadés qu'il leur incombait de combattre les forces du mal, ils participèrent activement à la révolte contre les Romains.

Les spécialistes pensent que leurs croyances et leur mode de vie communautaire influèrent considérablement sur le développement des débuts du christianisme ; certains soutiennent que Jean le Baptiste fut influencé par les Esséniens, ou gardait le contact avec eux, voire était membre de la secte.

Un grand nombre de mikvaot (bains rituels) ont été retrouvés dans l'ensemble du site. Ils étaient creusés dans les marnes du sol, et leur étanchéité était assurée par du plâtre hydraulique gris.

Le grand escalier conduisant en bas était à certains endroits, divisé au milieu par un muret de 20 cm de hauteur séparant ceux qui descendaient prendre leur bain rituel de ceux qui remontaient après s'être purifiés. Les bains rituels étaient alimentés en eau par l'aqueduc. Les mikvaot de Qumrân étaient caractéristiques des édifices publics et privés de Jérusalem et d'ailleurs à l'époque du Second Temple.

La Michnah (Traité Mikvaot) souligne l'importance de l'immersion dans l'eau pour la purification spirituelle et énumère les conditions requises pour construire ces bains rituels. Les mikvaot de Qumrân respectaient toutes ces conditions. Ce qui est inhabituel à Qumrân, c'est le grand nombre de ces installations et la taille de certaines par rapport au village. Ces dernières étaient probablement utilisées par les membres de la secte pour une immersion collective, un élément central de leurs rituels quotidiens.

En 31 avant l'ère chrétienne, un tremblement de terre endommagea gravement les constructions et les mikvaot de Qumrân. Les fouilles ont révélé des fissures dans les murs et une épaisse couche de cendres produites par un incendie. Le tremblement de terre est mentionné par Josèphe (Antiquités 15, 121 sq. ; Guerres I, 370 sq.).

Le village de Qumrân fut alors abandonné jusqu'au début du 1er siècle de l'ère chrétienne, lorsque des membres de la communauté revinrent s'y installer. Ils restaurèrent les anciens bâtiments et y vécurent après avoir procédé à des adjonctions et à des modifications. Dans le bâtiment principal se trouvait une longue salle dans laquelle il reste des bancs ou des tables basses en terre recouvertes de plâtre à l'extérieur, ainsi que des petits encriers en argile. Selon l'archéologue, ces découvertes indiquent que cette pièce était un scriptorium où les scribes du village copiaient les écritures saintes et les règles régissant la communauté.

On estime que seulement quelques dizaines de dirigeants de la communauté vivaient en permanence à Qumrân. La plupart des membres de la secte, probablement au nombre de quelques milliers, vivaient dans des villages et des villes. Il est certain qu'une grande communauté essénienne vivait à Jérusalem.

Selon Josèphe, le nom de la porte de la muraille sud de Jérusalem, sur le mont Sion, s'appelait la Porte des Esséniens. A certaines époques, les membres de la secte vivaient dans le désert près de Qumrân et, pendant les fêtes et les manifestations de la communauté, d'autres membres affluaient et étaient hébergés dans des tentes, des cabanes et des grottes des environs.

Durant l'étude et les fouilles effectuées dernièrement dans les grottes sur les versants de marne au nord du site, des poteries ont été retrouvées, indiquant que ces grottes servaient aussi d'habitations. Des cercles de pierres à proximité soulignent d'ailleurs l'emplacement d'un campement.

Les bâtiments de Qumrân étaient obstrués à l'est par un mur en grandes pierres. Au-delà, les terrasses de marne s'étendaient sur plusieurs centaines de mètres avant d'aboutir à une falaise. Sur ce terrain de marne, se trouvait un grand cimetière de plus d'un millier de tombes alignées en rangées d'orientation nord-sud. Quelques-unes ont été exhumées, révélant des tombes extrêmement simples creusées dans la marne et recouvertes d'un tas de pierre. La plupart des personnes enterrées là étaient des hommes, mais à l'extrémité du cimetière, on a également trouvé des tombes de femmes et d'enfants.

Le village de Qumrân, détruit pendant la guerre menée par les Juifs contre Rome, en l'an 68, ne fut jamais repeuplé.

Les manuscrits de la mer Morte

Des rouleaux et d'autres objets de l'époque du Second Temple ont été découverts dans plusieurs grottes situées près de Qumrân, aussi bien des grottes naturelles dans les escarpements de calcaire dur, à l'ouest du site, que des grottes taillées dans les falaises de marne. A l'approche de l'armée romaine, les habitants de Qumrân se réfugièrent dans les grottes et y cachèrent leurs documents. Le climat sec de la région de la mer Morte a conservé ces manuscrits écrits, il y a 2000 ans, sur du parchemin.

Dans la grotte n° 4, située dans la falaise de marne au sud du site, les archéologues n'ont retrouvé que 15 000 petits fragments appartenant à environ 600 manuscrits différents. Des hommes de l'antiquité ou des Bédouins contemporains ont peut-être retiré des rouleaux de cette grotte, n'y laissant que des débris. Cette grotte servait aux Esséniens de Gueniza, un endroit pour conserver les écrits sacrés déchirés.

Dans les années 1950 et 1960, de nombreuses grottes dans les canyons du désert de Judée, le long des rives de la mer Morte, firent l'objet d'études et de fouilles. Parmi les documents découverts là ainsi que dans les grottes autour de Qumrân, on a retrouvé des exemplaires de tous les livres de la Bible (excepté le rouleau d'Esther). Le plus célèbre est le rouleau complet du livre d'Isaïe écrit entre le 2ème  siècle avant l'ère chrétienne et la destruction du site en l'an 68. Cette date a été récemment confirmée par un examen au carbone 14 d'un échantillon de parchemin du rouleau. Les livres de la bibliothèque de Qumrân sont considérés comme les copies les plus anciennes des livres de la Bible. Des écrits de la secte essénienne, dont le centre spirituel se trouvait à cet endroit pendant les deux cents ans précédant la destruction de Jérusalem et du Temple, ont également été mis à jour dans les grottes près de Qumrân.

Les livres bibliques

Les onze grottes à manuscrits de la région de Qumrân, cotées de 1 Q à 11 Q, ont livré les restes d’un millier de rouleaux ; une douzaine à peine sont à peu près complets, ainsi le rouleau d’Isaïe de la grotte 1, qui mesure 7,34 m de long.

Un quart de cette vaste bibliothèque comprend les livres saints qui, vers l’an 100 de l’ère chrétienne, furent incorporés dans le « canon palestinien », formé par les Pharisiens. Tous les écrits de l’Ancien Testament y sont représentés, la plupart par dizaines d’exemplaires fragmentaires, tel le Psautier qui compte trente-cinq copies ; l’une de celles-ci, le Psautier de la grotte 11, comporte sur un rouleau long de 4,50 m presque tous les psaumes de la troisième et dernière partie du Psautier. Le Psautier essénien contenait beaucoup plus de psaumes que le Psautier pharisien, lequel en a cent cinquante. Il ne manque, dans cette réserve, que le livre d’Esther, écarté pour des raisons liturgiques, les Esséniens ne reconnaissant pas la fête de Purim dont il est question dans cet ouvrage.

Quelques textes de Qumrân livrent des sources des écrits bibliques : ainsi, une chronologie araméenne de la grotte 4, qui est antérieure à la dernière révision du Pentateuque ; deux sources du Psautier ; une «Prière de Nabonide» (éditée par Milik, Revue biblique, 1956), qui est la source du chapitre IV du livre de Daniel. On connaît en outre des traductions araméennes (targums) de livres bibliques : fragments du Lévitique et de Job de 4 Q, morceaux substantiels de Job de 11 Q.

Écrits pseudépigraphes

Les habitants du monastère qumrânien lisaient de nombreux ouvrages qui plus tard ont été rejetés par les Juifs orthodoxes comme apocryphes. Ces pseudépigraphes étaient, par contre, reconnus comme inspirés par les premiers Chrétiens, tout au moins jusqu'au 4ème siècle. À la lumière des études récentes, il semble bien certain que le canon paléochrétien des livres saints recouvrait exactement le canon essénien. Tel est le cas des livres d’Hénoch (le septième patriarche d’avant le Déluge), dont on conserve onze manuscrits araméens fragmentaires de 4 Q, une citation explicite dans l’épître de Jude, des versions grecque et éthiopienne ; également hénochique est le « livre des Géants » (une douzaine de manuscrits à Qumrân), celui-ci incorporé dans le canon manichéen. Plusieurs ouvrages étaient attribués à Noé, le premier patriarche postdiluvien.

Les Esséniens lisaient en araméen, les Chrétiens en version grecque les «Testaments» des trois patriarches sacerdotaux (Levi, Qahat et Amram). Il existe aussi en hébreu le « Testament de Nephtali ». D'autres compositions qumrâniennes sont attribuées à Abraham, Josué, David, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel.

On a retrouvé enfin les originaux de quelques livres bibliques deutérocanoniques : livre de Tobie en araméen (4 manuscrits de 4 Q), Siracide hébreu (2 Q et Masada), un fragment de l’épître de Jérémie en grec (7 Q).

Textes esséniens

Plus de la moitié des manuscrits de Qumrân relèvent de la production littéraire strictement essénienne. Un ouvrage appelé le « livre des Jubilés » raconte l’histoire sainte de la Création jusqu’à la promulgation de la Loi, répartie en périodes de quarante-neuf ans. L’original hébreu s’est conservé dans les fragments des deux manuscrits de 1 Q, deux de 2 Q, un de 3 Q, huit de 4 Q, un de 11 Q, un de Massada. On possède une version éthiopienne complète et une version latine incomplète de cet écrit essénien qui, par ailleurs, fut utilisé par les chroniqueurs chrétiens.

De très nombreux manuscrits qumrâniens commentent verset par verset les livres inspirés des prophètes et de David. Le texte biblique y est expliqué en fonction de l’histoire de la secte et en particulier de la vie du fondateur.

Presque complets sont les commentaires (pesharim) d’Habacuc (1 Q) et de Nahum (4 Q). D'autres commentaires de caractère juridique et rituel, reprennent les prescriptions contenues dans le Pentateuque de Moïse (pesharim halachiques).

La vie des Esséniens était soumise à divers règlements : celle des moines du Khirbet Qumrân à la « Règle de la communauté » (dont on a trouvé un exemplaire complet en 1 Q, des fragments d’un manuscrit en 5 Q et de dix manuscrits en 4 Q) ; celle des camps de Damascène et des thiases Esséniens au « Document de Damas » (on en a découvert une copie assez complète au début de ce siècle dans une synagogue du Caire, puis des fragments d’un manuscrit en 5 Q, d’un autre en 6 Q, de huit en 4 Q) ; des échantillons d’autres règles sont conservés en de nombreux manuscrits fragmentaires de la grotte 4. Un règlement fictif décrit la guerre apocalyptique contre les « fils de ténèbres » ; ce « Manuel du combattant » (ou la « Règle de la guerre ») est représenté par un exemplaire presque complet de 1 Q, par des fragments de plusieurs manuscrits de 4 Q, par un manuscrit de 11 Q.

Beaucoup d’écrits étaient destinés à l’usage liturgique, par exemple pour la fête du renouvellement de l’Alliance, qui se célébrait le quinzième jour du troisième mois. Les Esséniens suivaient dans leur vie liturgique un calendrier particulier, à fêtes fixes, où l’année comptait trois cent soixante-quatre jours et cinquante-deux semaines. Une vingtaine de manuscrits de 4 Q donnent en détails ces computations chronologiques en cycles d’un an, de trois ans, de six ans (service hebdomadaire des vingt-quatre familles sacerdotales dans le Temple : 6 Z 52 = 13 Z 24), de sept jubilés. À ce groupe il faut ajouter sans doute le « Rouleau du Temple ».

Également prolifique était la production hymnique, utilisée elle aussi, tout au moins en partie, dans la liturgie. Un rouleau assez complet de la grotte 1 contient un recueil des cantiques d’action de grâces (Hodayot), qui reflète le haut degré de la mystique essénienne.

Après la découverte...

Après la découverte des manuscrits, Qumrân fut soigneusement fouillé de 1946 à 1956. Les archéologues purent identifier certaines salles qui avaient servi à l'étude et au culte, ainsi que d'autres où étaient sans doute pris les repas en commun, une grande pièce avec des encriers (peut-être le scriptorium où étaient copiés les manuscrits) et enfin des bassins pour les bains. Les fouilles révélèrent également un cimetière proche comprenant plus de 1 000 tombes.

Science et fantaisie

Un demi-siècle après leur découverte, les manuscrits trouvés dans onze grottes des environs de la côte nord-est de la mer Morte continuent d'attirer l'attention tant des scientifiques que des chercheurs.

Ce qui au début était réservé principalement aux publications destinées aux chercheurs a occupé, en fait, une place toujours plus considérable dans les milieux de diffusion de masse. En plus des publications de vulgarisation qui comptent avec un sérieux dossier scientifique, il existe également une longue liste de « best-sellers » destinés à informer les non-spécialistes sur le contenu des manuscrits, en même temps qu'ils promettent de révéler des secrets qui parfois se rapportent à des scandales du monde des spécialistes, tandis que d'autres dénoncent certaines manœuvres sinistres pour les cacher, ou annoncent de nouvelles découvertes qui marque­raient la fin de la foi chrétienne.

Souvent les périodiques annoncent des découvertes archéologiques ou un déchiffrement de textes anciens qui mettraient en question les fondements du christianisme ou ce que, habituellement, on affirme sur le terrain de la science. Dans ces cas, apparaît fréquemment le nom de Qumrân.

La publication des manuscrits

À partir du moment où l'on a considéré comme publique l'annonce de la découverte des manuscrits, les chercheurs firent connaître le contenu de ceux-ci en des livres et des revues spécialisées, tandis que paraissaient lentement les gros volumes qui contiennent les fac-similés. Beaucoup de spécialistes qui se servaient de ces premières publications assumèrent la tâche de les vulgariser.

L'état dans lequel se trouvent les manuscrits, souvent réduits à de petits fragments de très peu de centimètres (et parfois de millimètres), est un facteur qui empêche une publication rapide de ces manuscrits. Pour reconstituer les livres, les spécialistes doivent s'astreindre à une tâche qui souvent ressemble à la solution d'un casse-tête. Une fois reconstruit, le livre doit être translittéré, traduit et finalement interprété, avant d'être confié aux presses. Ceux qui s'entendent en la matière ne peuvent exiger davantage de célérité.

Pour éviter que, comme conséquence de quelque conflit belliqueux, les textes ne puissent se perdre définitivement, on mit à part quelques copies de la totalité de ces textes, même de ceux qui n'avaient pas été traduits, et on les déposa en diverses parties du monde. Sur ces copies pesait une espèce d'embargo de publication, vu que le département des Antiquités de l'État d'Israël s'en réservait les droits, mais aux États-Unis on ne se sentit pas lié par cet embargo et en 1991, après l'annonce selon laquelle Israël ne prendrait pas de mesures légales contre les éditeurs, parut une publication en deux tomes avec la totalité des textes......

R:. F:. A. B.

 

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13ème degré REAA, Chevalier de Royal-Arche

Publié le 23 Juillet 2026 par T.D

Légende des trois Mages qui ont visité la Grande Voûte et découvert le Centre de l'Idée.

        Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon et de tous leurs contemporains, après que les ar­mées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité ceux qui avaient sur­vécu au massacre des populations ; alors que la montagne de Sion n'était plus qu'un désert aride ou paissaient quelques maigres chèvres gardées par des bédouins faméliques et pillards, un matin trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs cha­meaux.

        Ces trois voyageurs étaient des Mages, des Initiés de Babylone, membres du Sacerdoce Universel, qui venaient en pèlerinage et en exploration aux ruines de l'ancien Sanctuaire.

        Après un frugal repas, les pèlerins parcoururent l'enceinte ravagée.

        Les vestiges des murs et les fûts des colonnes leur permirent de déterminer les limites du Temple Ils se mirent ensuite à examiner les chapiteaux gisant à terre, à ramasser les pierres pour y découvrir des inscriptions ou des symboles.

        Pendant qu'ils procédaient à cette exploration, ils découvrirent une excavation sous un pan de mur renversé au milieu des ronces.

        C'était un puits situé à l'angle Sud-Est du Temple, ils s'employèrent à en déblayer l'orifice, après quoi l'un d'eux, le plus âgé, celui qui paraissait le chef, se couchant à plat ventre sur le bord, regarda à l'intérieur.

        On était au milieu du jour, le Soleil brillait au zénith et ses rayons plongeaient presque verticalement dans le puits.

        Un objet brillant frappa les yeux du Mage. Il appela ses compagnons, qui se placèrent dans la même position et regardèrent. Évidemment, il y avait là un objet digne d'attention : sans doute un bijou sacré. Les trois pèlerins résolurent de s'en emparer. Ils dénouèrent les ceintures qu'ils avaient autour des reins, les attachèrent bout à bout et en jetèrent une extrémité dans le puits.

Alors, deux d'entre eux, s'arc-boutant, se mirent en devoir de soutenir le poids de celui qui descendrait. Celui-ci, le chef, empoignant la corde, disparut par l'orifice.

        Pendant qu'il effectue sa descente, nous allons vous dire quel était l'objet qui avait attiré l'attention des pèlerins. Pour cela, nous devons remonter à plusieurs siècles en arrière, jusqu'à la scène du meurtre d'Hiram.

Quand le Maître eut, devant la porte de l'Orient, reçu le coup de pince du deuxième mauvais compagnon, il s'enfuit, ainsi que cela vous a été dit lors de votre réception au Grade de Maître, pour gagner la porte du Sud ; mais, tout en se précipitant, il craignit soit d'être poursuivi, soit de rencontrer un troisième mauvais compagnon, ainsi que cela devait arriver.

Il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de 77 anneaux, et le jeta dans le puits qui s'ouvrait dans le Temple au coin des côtés Est et Sud.

        Ce bijou était un Delta d'une palme de côté fait du plus pur métal, sur lequel Hiram, qui était un initié complet, avait gravé le nom ineffable et qu'il portait sur lui, la face en dedans, le revers, seul exposé aux regards, ne montrant qu'une surface unie.

        Revenons à nos trois voyageurs. S'aidant des mains et des pieds, le Mage descendait dans la profondeur du puits, il constata que la paroi de celui-ci était divisée en zones ou anneaux faits en pierres de couleurs différentes, chacun d'eux d'une coudée environ de largeur.

            Quand il fut en bas, il compta ces zones et trouva qu'elles étaient au nombre de dix. Il baissa alors ses regards vers le sol, vit le bijou d'Hiram, le ramassa, le regarda, et constata avec émotion qu'il portait le mot ineffable qu'il con­naissait lui-même, car il était, lui aussi, un initié complet. Pour que ses compagnons, qui n'avaient pas comme lui, reçu tous les grades, ne pussent le lire, il suspendit le bijou à son col par la chaînette, mettant la face en dedans, ainsi qu'avait fait le Maître.

        Il regarda ensuite autour de lui et constata l'existence, dans la muraille, d'une ouverture par laquelle un homme pouvait pénétrer. Il y entra, marchant à tâtons dans l'obscurité. Ses mains rencontrèrent une surface, qu'au contact il jugea être du bronze. Il recula alors, regagna le fond du puits, avertit ses compagnons pour qu'ils tinssent ferme la corde, et remonta.

        En voyant le bijou qui ornait maintenant la poitrine de leur chef, les deux Mages s'inclinèrent devant lui; ils devinèrent qu'il venait de subir une nouvelle consécration. Il leur dit ce qu'il avait vu leur parla de la porte de bronze. Ils pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère; ils délibérèrent et résolurent d'aller ensemble à la découverte.

        Ils placèrent une extrémité de la corde faite des trois ceintures sur une pierre plate existant près du puits, et sur laquelle on lisait encore le mot " Jakin ". Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l'on voyait le mot " Bohaz ", puis s'assurèrent qu'ainsi tenue la corde pouvait supporter le poids d'un homme.

        Deux d'entre eux firent ensuite du feu sacré à l'aide d'un bâtonnet de bois dur roulé entre les mains et tournant dans un trou fait en un morceau de bois tendre. Quand le bois tendre fut allumé, ils soufflèrent pour provoquer la flamme. Pendant ce temps, le troisième était allé prendre, dans les paquetages attachés en croupe des chameaux, trois torches de résine qu'ils avaient apportées pour écarter les animaux sauvages de leurs campements nocturnes. Les torches furent successivement approchées du bois enflammé et s'enflammèrent elles-mêmes de feu sacré. Chaque Mage, tenant sa torche d'une main, se laissa glisser le long de la corde jusqu'au fond du puits.

        Une fois là, ils s'enfoncèrent, sous la conduite de leur chef, dans le couloir menant à la porte de bronze. Arrivés devant celle-ci, le vieux Mage l'examina attentivement à la lueur de sa torche. Il constata, dans le milieu, l'existence d'un ornement en relief ayant la forme d'une couronne royale entourée d'un cercle composé de points, au nombre de 22.

        Le Mage s'absorba dans une méditation profonde, puis il prononça le mot " Malkuth " et soudain la porte s'ouvrit.

        Les explorateurs se trouvèrent alors devant un escalier qui s'enfonçait dans le sol; ils s'y engagèrent, toujours la torche en main, en comptant les marches, quand ils en eurent descendu trois, ils rencontrèrent un palier triangulaire sur le côté gauche duquel commençait un nouvel escalier, ils s'engagèrent dans celui-ci et après cinq marches trouvèrent un nouveau palier de mêmes forme et dimension. Cette fois l'escalier continuait du côté droit et se composait de sept marches.

        Ayant franchi un troisième palier, ils descendirent neuf marches et se trouvèrent devant une deuxième porte de bronze.

        Le vieux Mage l'examina comme la précédente et constata l'existence d'un autre ornement en relief représentant une pierre d'angle, entourée aussi d'un cercle de 22 points. Il prononça le mot " Iesod " et cette porte s'ouvrit à son tour.

        Les Mages entrèrent dans une vaste salle voûtée et circulaire, dont la paroi était ornée de neuf fortes nervures partant du sol et se retrouvant au point central du sommet.

        Ils l'examinèrent à la lueur de leurs torches, en firent le tour pour voir s'il n'y avait pas d'autre issue que celle par laquelle ils étaient entrés. Ils n'en trouvèrent point et songèrent à se retirer; mais leur chef revint sur ses pas, examina les nervures les unes après les autres, chercha un point de repère, Compta les nervures et, soudain, il appela, dans un coin obscur, il avait découvert une nouvelle porte de bronze. Celle-là portait comme symbole un soleil rayon­nant, toujours inscrit dans un cercle de 22 points. Le chef des Mages ayant prononcé le mot "Hod", elle s'ouvrit encore et donna accès à une deuxième salle.

        Successivement les explorateurs franchirent cinq autres portes également dissimulées et passèrent dans de nouvelles cryptes.

        Sur l'une de ces portes, il y avait une tête de lion ; sur la suivante, une lune resplendissante ; puis ce furent: une règle, une courbe molle et gracieuse, un oeil, un rouleau de la Loi, et, enfin, une couronne royale.

        Les mots prononcés furent : Netsah, Tiphereth, Khesed, Din, Binah, C'hochmah et Kether.

        Quand ils entrèrent dans la neuvième Voûte, les Mages s'arrêtèrent surpris, éblouis, effrayés. Celle-là n'était point plongée dans l'obscurité; elle était, au contraire, brillamment éclairée. Dans le milieu étaient placés trois lampadaires d'une hauteur de onze coudées, ayant trois bran­ches, sur chacune desquelles étaient trois lampes. Ces lampes qui brûlaient depuis des siècles, dont la destruction du royaume de Juda, le rasement de Jérusalem et l'écroulement du Temple n'avaient pas amené l'extinction, brillaient d'un vif éclat, illuminant d'une lumière à la fois douce et intense tous les recoins, tous les détails de la merveilleuse architecture de cette Voûte sans pareille, taillée dans le roc vif.

        Les pèlerins éteignirent leurs torches dont ils n'avaient plus besoin, les déposèrent près de la porte, ôtèrent leurs chaussures et rajustèrent leur coiffure comme en un lieu saint, puis ils s'avancèrent en s'inclinant neuf fois vers les gigantesques lampadaires.

À la base du triangle formé par ceux-ci était dressé un autel de marbre blanc cubique de deux coudées de côté. Sur la face regardant le sommet du triangle étaient représentés, en or, les outils de la Maçonnerie, la règle, le compas, l'équerre, le niveau, la truelle, le maillet. Sur la face latérale gauche, on voyait les figures géométriques, le triangle, le carré, l'étoile à cinq branches, le cube. Sur la face latérale droite, on lisait les nombres 27, 48, 343, 729, 1332, 2197. Enfin, sur 1a face de derrière, était représenté l'acacia symbolique. Sur cet autel était posée une pierre Agathe de trois palmes de côté; dessus, on lisait, écrit en lettres d'or, le mot "Adonaï".

        Les deux Mages disciples s'inclinèrent, adorèrent le nom de Dieu; mais leur chef, relevant au contraire la tête, leur dit : " Il est temps pour vous de recevoir le dernier enseignement qui fera de vous des Initiés complets. Ce nom n'est qu'un vain symbole qui n'exprime pas réellement l'idée de la Conception Suprême. "

        Il prit alors à deux mains la pierre Agathe, se retourna vers ses disciples en leur disant : " Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au centre de l'Idée ! "

        Les disciples épelèrent les lettres Iod, He, Vau, He, et ouvrirent la bouche pour prononcer le Mot, mais il leur cria : " Silence " c'est le mot ineffable qui ne doit sortir d'aucune lèvre  ! "

        Il reposa ensuite la pierre Agate sur l'autel, prit sur sa poitrine le bijou du Maître Hiram et leur montra que les mêmes signes s'y trouvaient gravés.

        "Apprenez maintenant, continua-t-il, que ce n'est pas Salomon qui fit creuser cette Voûte hy­pogée, ni construire les huit qui la précèdent, pas plus qu'il n'y cacha la pierre Agathe. La pierre fut placée par Hénoch, le premier de tous les Initiés, l'Initié initiant, qui ne mourut point, et qui survit dans tous ses fils spirituels Hénoch vécut longtemps avant Salomon, avant même le Déluge. On ne sait à quelle époque furent bâties les huit premières Voûtes et celle-ci creusée dans le roc vif."

        Cependant les nouveaux Grands Initiés détour­nèrent leur attention de l'autel et de la pierre Agathe, regardèrent le ciel de la salle qui se perdait à une hauteur prodigieuse, parcoururent la vaste nef où leurs voix éveillaient des échos ré­pétés. Ils arrivèrent ainsi devant une onzième porte, soigneusement dissimulée et sur laquelle le symbole était un vase brisé. Ils appelèrent leur Maître et lui dirent : "Ouvre-nous encore cette porte, il doit y avoir un nouveau mystère der­rière". "Non, leur répondit-il, il ne faut point ouvrir cette porte. Oui, il y a un mystère der­rière, mais c'est un mystère terrible, un mystère de mort ! ". "Oh ! tu veux nous cacher quelque chose, le réserver pour toi ; mais nous voulons tout savoir, nous l'ouvrirons nous-mêmes, cette porte ". Ils se mirent alors à prononcer tous les mots qu'ils avaient entendus de la bouche de leur Maître ; puis, comme les mots ne produisaient aucun effet, ils dirent tous ceux qui leur passèrent par l'esprit. Ils allaient renoncer, quand l'un d'eux prononça: "Nous ne pouvons pas cependant continuer à l'infini (En Soph) ". Sur ce mot, la porte s'ouvrit avec violence, les deux imprudents furent renversés sur le sol, un vent furieux souffla dans la Voûte; les lampes magiques en furent éteintes

        Le Maître se précipita sur 1a porte, s'y arc-bouta, appela ses disciples à l'aide; ils accoururent à sa voix, s'arc-boutèrent avec lui;et leurs efforts réunis parvinrent à refermer 1a porte.

        Mais les lumières ne se rallumèrent point; les Mages furent plongés dans les ténèbres les plus profondes. Ils se rallièrent à 1a voix de leur Maître. Celui-ci leur dit : "Hélas ! cet évènement terrible était à prévoir. Il était écrit que vous commettriez cette imprudence. Nous voici en grand danger de périr dans ces lieux souterrains ignorés des hommes. Essayons cependant d'en sortir, de traverser les huit Voûtes et d'arriver au puits par lequel nous sommes descendus. Nous allons nous prendre par 1a main, nous marcherons jusqu'à ce que nous trouvions une muraille; nous suivrons ensuite celle-ci jusqu'à ce que nous rencontrions la porte de sortie. Nous recommencerons dans toutes les salles jusqu'à ce que nous soyons arrivé au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

Espérons que nous y parviendrons ".

        Ainsi firent-ils. Ils passèrent des heures d'angoisse, mais ne désespérèrent point. Ils arrivèrent au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

        Ils le gravirent en comptant 9, 7, 5, 3, et se retrouvèrent au fond du puits. Il était minuit; les étoiles du Nadir brillaient au firmament; la corde des ceintures pendait encore.

        Avant de laisser remonter ses compagnons, le Maître leur montra le cercle découpé dans le ciel par l'ouverture du puits et leur dit : " Les dix cercles que nous avons vus en descendant symbolisent les neuf Voûtes ou arches et l'escalier.  La dernière correspond au nombre onze, celle d'où a soufflé le vent du désastre c'est le ciel infini avec les luminaires hors de notre portée qui le peuplent . "

                 Les trois Initiés regagnèrent l'enceinte du Temple en ruines; ils roulèrent de nouveau le fût de colonne, sans y voir le mot "Boaz" ; ils détachèrent leurs ceintures, s'en enveloppèrent, se mirent en selle, puis sans échanger de paroles, plongés dans une profonde méditation, sous le ciel étoilé, au milieu du silence de la nuit, ils s'éloignèrent, dans la direction de Babylone, au pas lent de leurs chameaux.

 

(Fin de la Légende)

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Arche Royale Domatique

Publié le 23 Juillet 2026 par T.D

: En reprenant nos travaux, ce matin de bonne heure, nous découvrîmes deux piliers d’une forme et d’une exécution raffinées. Continuant notre travail, nous en trouvâmes six autres paires d’une égale symétrie et d’une même beauté qui, d’après leur emplacement, s’emblaient avoir supporté la voûte d’un passage souterrain ou d’une galerie conduisant à l’endroit où se trouvait autrefois le Saint des Saints.
Notre avance fut alors retardée par les débris qui s’étaient accumulés lors de l’incendie du Premier Temple. Nous les enlevâmes et atteignîmes ce qui nous parut être de la roche dure, mais, la frappant fortuitement avec mon levier il frappe le sol, elle rendit un son creux. J’appelai donc mes Compagnons et, tandis que l’un défonçait le terrain avec sa pioche, l’autre dégageait l’emplacement avec sa pelle Alors, ce qui, à première vue, nous avait semblé être de la roche dure, s’avéra être un ouvrage compact de maçonnerie façonné en forme de dôme.
Connaissant les mérites de celui qui avait été l’architecte du Premier Temple et sachant qu’aucune partie n’en avant été construite en vain, nous décidâmes de poursuivre notre examen plus avant. Dans ce but, nous enlevâmes deux des pierres de la voûte et un caveau d’une grandeur considérable apparût à nos veux.
Étant tous également désireux d’y descendre, nous tuâmes au sort et celui-ci, TE, tomba sur moi. Mes Compagnons attachèrent alors autour du corps cette forte corde, ou corde de rappel, pour pouvoir me descendre dans le caveau. Toutefois, dans la crainte où j’étais de mourir d’étouffement, de vapeurs nocives ou d’autres causes imprévisibles, je pris dans chaque main une cordelette au moyen de laquelle je pouvais donner des signaux convenus à l’avance, suivant que je désirerais avancer ou demanderais à être remonte.
Je fus alors descendu dans le caveau. En arrivant au sol, je sentis quelque chose comme la base d’un piédestal ou d’une colonne, portant graves certains caractères que, faute de lumière, je fus incapable de déchiffrer.
Je signalai au moyen de ma main gauche que je désirais avancer et, poursuivant l’exploration du caveau, je découvris ce rouleau de vélin ou de parchemin mais, pour la même raison que précédemment, je ne pus en lire le texte. Je donnai alors le signal de ma main droite et mes Compagnons me remontèrent, portant le rouleau avec moi.
En arrivant à la lumière du jour, nous nous aperçûmes, dès les premiers mots qui s’y trouvaient écrits, que c’était une partie de la Sainte Lot promulguée par notre Grand Maitre Moise au pied du Mont Horeb, dans le désert de Sinaï, et qui avait été si longtemps perdue. La possession de ce précieux trésor nous incita à faire de nouveaux efforts. Nous élargîmes donc l’ouverture en enlevant la clef de voûte et je redescendis comme précédemment.
A cette heure, le soleil avait atteint son point culminant et, dans la splendeur de son méridien, dardait ses rayons dans le caveau, me permettant ainsi de voir clairement ces objets que, jusqu’alors, je n’avais que si imparfaitement distingues.
Au centre du caveau se trouvait on bloc de marbre blanc, un double cube taillé comme l’Autel des Parfums, sur le devant duquel étaient gravées les initiales des trois Grands Maitres qui présidèrent a la construction du Premier Temple. C’est-à-dire S...n R…i d’I…l, H…m R…i de T…r et H…m A…i, ainsi que certains caractères mystiques.
Un voile recouvrait l’Autel. M’approchant avec une crainte révérencieuse, je le soulevai et, alors, apparut sur une plaque d’or ce que je crois humblement être le Nom Sacre et mystérieux de D L E E L T H. Je recouvris l’Autel avec le plus grand respect et la plus grande vénération, donnai le signal convenu et fus remonte à nouveau. Mes Compagnons et moi avons alors ferme l’ouverture, et sommes venus ici en toute hâte pour faire part â vos Excellences de la découverte que nous avons laite et des circonstances qui l’ont amenée.
TEZ : Votre récit comporte toutes les apparences de la verne mais pour nous en convaincre, dites-nous ce que vous avez vu sur cette plaque d’or.
PS, en s’inclinant : Cela, TE nous devons humblement vous demander de nous en dispenser car nous avons entendu de nos propres oreilles, et nos Pères nous l’ont déclaré, que nul n’avait le droit, ni de leur temps ni dans les temps encore plus recules, de prononcer le Nom Sacre et Mystérieux de D L E E L T H, sauf le Grand Prêtre, qui ne pouvait le faire qu’une fois par an quand il entrait dans le Saint des Saints et se tenait debout devant l’Arche d’Alliance pour l’expiation des péchés du peuple……

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• I N R I - DE LA CONNAISSANCE A L’AMOUR, LA PAROLE RETROUVEE

Publié le 22 Juillet 2026 par T.D

Par anck131

mes bien aimés frères,

Comme vous tous sans doute, je me souviendrai toujours du jour où j’ai eu ce bonheur d’être initié Chevalier Rose-Croix. Et un des moments qui m’a frappé est celui de la Parole retrouvée. Souvenez-vous :

Cette voix, en s’éloignant, murmura une Parole qui fut pour nous la révélation d’une Lumière nouvelle. L’ayant tracée en caractères ineffaçables, nous l’enfermâmes dans un coffret du métal le plus pur. Notre âme reprit sa sérénité, car l’Espérance nous accompagnait. Et nous accourûmes ici pour vous apporter ce coffret qui doit renfermer l’objet de vos vœux. Le voici.

I.N.R.I. C’est la Parole.

Je me suis fait alors une réflexion à laquelle je repense toujours lorsque nous procédons à la reprise des travaux, dans le beau texte de l’heure du Parfait Maçon et de la Parole perdue : Est-ce qu’on aurait déjà reperdu la Parole que nous avions retrouvée au plus profond de la voûte sacrée, au 13 ème degré de la Loge de perfection. Il n’y a qu’en Franc-Maçonnerie que ça peut arriver.

En effet, mes Frères, souvenons-nous de la légende de l’initiation de Chevalier de Royal-Arche, lorsque nous sommes devenus ce que nous sommes : Vous savez, récipiendaires, que l’ancien mot des Maîtres fut perdu pendant la construction du Temple, lors de la fin tragique d’Hiram, notre Grand Maître Architecte. Vous savez aussi que ce mot a fait l’objet de substitutions successives ; si bien que jamais le Vrai Mot n’a été transmis.

Soyez dans la joie, mes chers frères, d’en avoir retrouvé les lettres véritables. Nous avions retrouvé là en effet la Parole perdue, Jéhovah, l’ancien mot de maître tel qu’on le retrouve d’ailleurs dans nombre de rituels historiques du 3 ème . Alors qu’en est-il ?

La Parole perdue, dans toutes les civilisations et tous les siècles, a été le symbole de cet age perdu, heureux et légendaire, où l’homme vivait au milieu des Dieux, où il comprenait le langage des Dieux et le sens de l’Univers. La Parole perdue c’est en fait le symbole du lien coupé avec la transcendance, avec la perception des choses qui nous dépassent, qui dépassent la vision matérielle des choses, à la fois en l’Homme et dans l’Univers. La Parole perdue c’est ce lien avec la Transcendance dont nous avons la nostalgie parce que nous pensons l’avoir eu, et l’avoir perdu.

Au plus profond de la voûte sacrée, sous les fondations du Temple, c’est à dire au fond de nous-même, mais dans notre relation avec l’Univers que symbolise le Temple, nous l’avons retrouvée, et c’est le Tétragramme, le nom ineffable du Dieu de l’Ancien Testament. C’est Dieu, ou ce n’est pas Dieu. Je m’explique : pour certains c’est Dieu, c’est la Shekhinah, la présence divine symbolisée par son nom ineffable dans le Saint des Saints, mais pour d’autres, pour moi par exemple, c’est un symbole très profond d’une transcendance, de la perception par l’homme de quelque chose qui le dépasse et que certains ont appelé Dieu.

C’est Moïse qui a apporté aux Hébreux le Tétragramme, cette parole de quatre lettres. Auparavant, les tribus de Juda et d’Israël parlaient de Elohim, un pluriel, les anges ou les êtres divins. Elohim représentait en quelque sorte une unité d’ensemble des divinités qui peuplent l’Univers, qui constituent la Grande Architecture de l’Univers. On pourrait dire que c’est le stade du Grand Maître Architecte, 12 ème degré, qui par la Géométrie, la vraie, la science symbolique, initiatique, et non la science matérielle, essaie de relever et de comprendre les plans de l’Univers. Mais le Tétragramme, Jéhovah, c’est autre chose. « Je suis celui qui suis » entend Moïse dans le buisson ardent. C’est à dire l’essence de l’être, le tout, l’infini, l’unité primordiale dont relève tout être, et cette Parole retrouvée est bien le lien intime avec l’Un, l’essence de la Grande Architecture de l’Univers, en un mot la Connaissance telle que la définit René Guénon. Et le cheminement de la Loge de Perfection est bien un cheminement vers la Connaissance, Parole retrouvée, lien intime avec l’Un qui fait que d’ailleurs, au 14 ème degré, on n’a plus besoin de l’expression matérielle du Temple symbole de l’Univers.

Le Temple peut être détruit, on le transporte dans son cœur pour enseigner la Parole sur les chemins de la vie. Mais cette Parole que nous avions retrouvée, l’avons nous perdue en chemin, puisqu’au cours de l’initiation de Chevalier Rose-Croix la voix qui s’éloigne nous en enseigne une autre ? Non, bien entendu. Il s’agit donc d’une nouvelle Parole, à laquelle nous préparait d’ailleurs le partage du pain et du vin du 14 ème degré, une autre Parole en quatre lettres elle aussi, qui nous conduit à un nouveau lien, un autre lien avec un autre aspect de la transcendance.

I.N.R.I. : Jesus Nazarenus Rex Judeorum, inscription latine placardée sur la croix où Jésus de Nazareth, Roi des Juifs dans l’ironie cruelle des Romains, donne sa vie pour son peuple, donne sa vie pour l’Humanité. C’est le symbole du Pélican qui donne son sang, c’est à dire sa vie, à ses enfants. Dans la réalité le Pélican régurgite ce qu’il a mangé, après l’avoir assimilé, pour donner la becquée à ses enfants. C’est tout aussi symbolique, car la vie que nous donnons à nos frères, n’est ce pas la transmission de cette Parole que nous avons entendu un jour, que nous avons digéré, assimilé et que nous transmettons un jour à notre frère, le jour où elle lui servira sur son chemin, et que nous appelons la Tradition.

I.N.R.I. c’est aussi Igne Natura Renovatur Integra : la Nature sera renouvelée intégralement par le feu. Mais quel est ce feu qui renouvelle la nature de l’homme dans sa profondeur, mes frères, si ce n’est le feu de l’amour. Le feu de l’amour qui renouvellera notre cœur et nous fera renaître autre, plein d’une vie nouvelle, comme le Phénix.

Quelle est l’heure du Parfait Maçon ? Le moment où la Parole est retrouvée, où la pierre cubique s’est changée en Rose mystique, où l’Etoile flamboyante a reparu dans toute sa splendeur, où les outils ont repris leurs formes antérieures, où les ténèbres se sont dissipées, où la lumière est revenue dans tout son éclat et où la nouvelle Loi doit régner désormais dans les travaux du Souverain Chapitre.

C’est bien une nouvelle Loi que nous apporte cette nouvelle Parole, car n’oublions pas que les hébreux utilisent le mot Davar, parole, pour le commandement Biblique, les dix commandements se disent « les dix paroles ». Cette nouvelle Loi c’est bien celle de la Nouvelle Alliance, du nouveau commandement unique de l’amour que nous apporte le Dieu du Nouveau Testament : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés... ».

Là encore, c’est Dieu ou ce n’est pas Dieu. Pour les uns il peut s’agir du Christ, divinité incarnée et ressuscitée, mais pour les autres il peut s’agir du symbole extrêmement fort de cette révolution majeure de l’humanité que Jeshuah, humble fils de charpentier de Nazareth, a prêché sur les routes de Galilée et de Judée et qui est encore le moteur de l’évolution de l’humanité plus de deux mille ans plus tard.

C’est la découverte de la transcendance de l’amour, quand l’être humain, rompant avec son animalité, reconnaît dans l’être humain qui lui fait face un autre lui-même, et non plus une proie à asservir ou à tuer comme dans la loi de la jungle. Cette découverte par l’homme de tout ce qui dépasse son égoïsme matériel dans sa relation avec l’autre, quand il le reconnaît comme tel et qu’il l’aime, c’est la découverte d’un nouvel aspect de la transcendance. L’humanité cheminait depuis longtemps sur le chemin menant à cette révolution, au milieu de toutes ces civilisations où le Dieu résidait dans un Temple et avait pour principale raison d’être de servir de justificatif au puissant, fût-il Grand Prêtre ou Roi, pour lier, asservir, ou écraser son peuple, et massacrer ou prendre en esclave ses ennemis. Parmi tous les exemples de ces cheminements préparatoires que l’on pourrait citer, comme le Peuple Juif en exil après la première destruction du Temple, il y a celui de Confucius qui met en exergue la vertu d’humanité, celle du respect de l’autre, qui s’écrit d’ailleurs en juxtaposant l’idéogramme « 2 » avec l’idéogramme « Homme ».

C’est avec les Esséniens que cette Révolution franchit ses derniers pas avant son irruption au grand jour. Environ 150 avant l’époque qui nous occupe, avant Jeshuah, le fondateur de la dynastie des Asmonéens, Jonathan, décida que son pouvoir serait bien supérieur s’il était à la fois Roi et Grand Prêtre. Il devint d’ailleurs aussi Gouverneur de Judée. Il chassa donc du Temple de Jérusalem le Grand Prêtre et les prêtres qui lui étaient fidèles. Un demi-siècle plus tard, sous le règne d’un de ses successeurs, Alexandre Jannée, qui perpétuait la même pratique, quelques prêtres fidèles à la lignée de Sadoq, ulcérés, choisirent de s’exiler et de se réfugier dans le désert, vénérant la mémoire de ce Grand Prêtre chassé, le Maître de Justice. Pour ces fidèles, exilés au désert, qui furent à l’origine de la secte des Esséniens, commença alors un vrai dilemme : comment être en présence de Dieu, comment s’incliner devant la Shekhinah dans le désert, sans Arche d’Alliance, si Dieu était resté avec l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, où régnait toujours cet odieux personnage qui les avait bannis.

Cette question fut à l’origine de l’évolution de leur pensée au cours des 70 ans qui suivirent. D’abord ils imaginèrent que lorsqu’ils se réunissaient en son nom,même au milieu du désert, alors la Shekhinah était présente. Puis ils aboutirent à cette conclusion qui révolutionnera le monde, que Jean le baptiste prêchait au bord du Jourdain, que Jeshuah prêchera sur les routes, les montagnes et même dans les synagogues : la Présence Divine est en chaque être humain. Que l’on l’appelle Dieu, Al Ouahid, l’UN, peu importe, cette petite étincelle qui est en chacun de nous est l’essence même de la dignité humaine. Nul ne pourra plus faire comme avant, et traiter l’autre comme un animal. C’est l’humanisme qui est né à cet époque là, un humanisme d’amour consacré par la mort du révolutionnaire sur la croix, qui donne sa vie pour ceux qu’il aime, c’est à dire pour tous les êtres humains à venir.

C’est Dieu ou ce n’est pas Dieu. La Maçonnerie nous permet d’accorder à nos Frères la grande liberté du Symbole, liberté de reconnaître dans ces deux paroles Tétragrammes soit simplement, mais c’est déjà beaucoup, l’expression de deux transcendances qui dépassent l’humanité matérielle, Grande Architecture de l’Univers, puis mystère de l’amour dans la relation entre les êtres humains, soit, allant plus loin, l’expression de sa foi personnelle dans le Dieu de l’Ancien Testament et le Dieu du Nouveau Testament. C’est la liberté de Socrate qui dans son dernier discours, un verre de ciguë à la main, reconnaît en quelque sorte qu’il n’a pas le moyen de choisir entre les deux versions.

Ainsi les trois premiers ateliers de la Franc-Maçonnerie de Rite Ecossais Ancien et accepté, la Loge Symbolique, la Loge de Perfection, puis le Chapitre, nous ont successivement conduit, la première sur la voie de la Parole, et je la symboliserai par les trois marches de cet acheminement, la deuxième sur la voie de la Connaissance, perception de la Transcendance de la Grande Architecture de l’Univers, qui pourrait être symbolisée par la verticale, « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », la troisième sur la voie de l’Amour, à la fois perception de la Transcendance et de l’Immanence, qui ajoute une dimension horizontale. Eh bien mes Frères nous avons tracé ainsi le dessin d’une croix érigée sur trois marches. Il ne reste plus qu’à placer, bien sûr, la Rose au cœur de cette croix, mais je crois qu’il faudrait une autre planche toute entière pour traiter de ce dernier symbole.

Enfin pour terminer je crois qu’il convient de préciser que, bien entendu, chacun de ces ateliers met le Franc-Maçon qui y travaille en présence de la voie, lui montre le but de la quête au bout du chemin. Mais n’ayons pas l’outrecuidance de penser que Grand Elu et Sublime Maçon nous avons la Connaissance, et que Chevaliers Rose-Croix nous sommes des parangons d’amour. Bien sûr la réalité n’est pas dans le but qui nous est montré, et qui ne sera jamais atteint, mais bien dans la quête elle-même, dur chemin de transformation de nous-même.

Nous vivons à l’heure du parfait maçon, dans une réalité de travail, quelque fois suspendu, jamais interrompu, entre ces deux états de la même heure, et bien plus souvent à « l’heure où le voile du Temple s’est déchiré, où les ténèbres et la consternation se répandent sur la Terre, où les outils de la Maçonnerie sont brisés, où l’Etoile flamboyante s’est éteinte, où la Pierre cubique sue sang et eau, et où la Parole est perdue.»

 

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René Guénon - Parole perdue et mots substitués

Publié le 22 Juillet 2026 par T.D

On sait que, dans presque toutes les traditions, il est fait allusion à une chose perdue ou disparue, qui, quelles que soient les façons diverses dont elle est symbolisée, a toujours la même signification au fond ; nous pourrions dire les mêmes significations, car, comme dans tout symbolisme, il en est plusieurs, mais qui sont d’ailleurs étroitement liées entre elles. Ce dont il s’agit en tout cela, c’est toujours, en réalité, l’obscuration spirituelle survenue, en vertu des lois cycliques, au cours de l’histoire de l’humanité ; c’est donc avant tout la perte de l’état primordial, et c’est aussi, par une conséquence directe, celle de la tradition correspondante, car cette tradition ne fait qu’un avec la connaissance même qui est essentiellement impliquée dans la possession de cet état. Nous avons déjà indiqué ces considérations dans un de nos ouvrages (1), en nous référant plus spécialement au symbolisme du Graal, dans lequel se trouvent d’ailleurs très nettement les deux aspects que nous venons de rappeler, se rapportant respectivement à l’état primordial et à la tradition primordiale. À ces deux aspects, on pourrait encore en ajouter un troisième, concernant le séjour primordial ; mais il va de soi que la résidence dans le « Paradis terrestre », c’est-à-dire proprement au « Centre du Monde », ne diffère en rien de la possession même de l’état primordial.

D’autre part, il faut remarquer que l’obscuration ne s’est pas produite subitement et une fois pour toutes, mais que, après la perte de l’état primordial, elle a eu plusieurs autres étapes successives, correspondant à autant de phases ou d’époques dans le déroulement du cycle humain ; et la « perte » dont nous parlons peut aussi représenter chacune de ces étapes, un symbolisme similaire étant toujours applicable à ces différents degrés. Ceci peut s’exprimer ainsi : à ce qui avait été perdu tout d’abord, il a été substitué quelque chose qui devait en tenir lieu dans la mesure du possible, mais qui, par la suite, fut aussi perdu à son tour, ce qui nécessita encore d’autres substitutions. On peut l’entendre notamment de la constitution de centres spirituels secondaires lorsque le centre suprême fut caché aux regards de l’humanité, tout au moins dans son ensemble et en tant qu’il s’agit des hommes ordinaires ou « moyens », car il y a nécessairement toujours des cas d’exception sans lesquels, toute communication avec le centre étant rompue, la spiritualité elle-même à tous ses degrés aurait entièrement disparu. On peut dire aussi que les formes traditionnelles particulières, qui correspondent précisément aux centres secondaires dont nous venons de parler, sont des substituts plus ou moins voilés de la tradition primordiale perdue ou plutôt cachée, substituts adaptés aux conditions des différents âges successifs ; et, qu’il s’agisse des centres ou des traditions, la chose substituée est comme un reflet, direct ou indirect, proche ou éloigné suivant les cas, de celle qui a été perdue. En raison de la filiation continue par laquelle toutes les traditions régulières se rattachent en définitive à la tradition primordiale, on pourrait encore dire qu’elles sont, par rapport à celle-ci, comme autant de rejetons issus d’un arbre unique, celui-là même qui symbolise l’« Axe du Monde » et s’élève au centre du « Paradis terrestre », comme dans les légendes du moyen âge où il est question de divers rejetons de l’« Arbre de Vie » (2).

Un exemple de substitution suivie d’une seconde perte se trouve notamment dans la tradition mazdéenne ; et, à ce sujet, nous devons dire que ce qui a été perdu n’est pas représenté seulement par la coupe sacrée, c’est-à-dire par le Graal ou quelqu’un de ses équivalents, mais aussi par son contenu, ce qui se comprend d’ailleurs sans peine, car ce contenu, par quelque nom qu’il soit désigné, n’est en définitive pas autre chose que le « breuvage d’immortalité », dont la possession constitue essentiellement un des privilèges de l’état primordial. C’est ainsi qu’il est dit que le soma vêdique devint inconnu à partir d’une certaine époque, de sorte qu’il fallut alors lui substituer un autre breuvage qui n’en était qu’une figure ; il semble même bien, quoique ce ne soit pas formellement indiqué, que ce substitut dut ultérieurement se perdre à son tour (3). Chez les Perses, où le haoma est la même chose que le soma hindou, cette seconde perte, par contre, est expressément mentionnée : le haoma blanc ne pouvait être recueilli que sur l’Alborj, c’est-à-dire sur la montagne polaire qui représente le séjour primordial ; il fut ensuite remplacé par le haoma jaune, de même que, dans la région où s’établirent les ancêtres des Iraniens, il y eut un autre Alborj qui n’était plus qu’une image du premier ; mais, plus tard, ce haoma jaune fut perdu à son tour et il n’en resta plus que le souvenir. Pendant que nous en sommes à ce sujet, nous rappellerons que le vin est aussi, dans d’autres traditions, un substitut du « breuvage d’immortalité » ; c’est d’ailleurs pourquoi il est pris généralement, ainsi que nous l’avons expliqué ailleurs (4), comme un symbole de la doctrine cachée ou réservée, c’est-à-dire de la connaissance ésotérique et initiatique.

Nous en viendrons maintenant à une autre forme du même symbolisme, qui d’ailleurs peut correspondre à des faits s’étant produits très réellement au cours de l’histoire ; mais il est bien entendu que, comme pour tous les faits historiques, c’est leur valeur symbolique qui en fait pour nous tout l’intérêt. D’une façon générale, toute tradition a normalement pour moyen d’expression une certaine langue, qui revêt par là même le caractère de langue sacrée ; si cette tradition vient à disparaître, il est naturel que la langue sacrée correspondante soit perdue en même temps ; même s’il en subsiste quelque chose extérieurement, ce n’est plus qu’une sorte de « corps mort », son sens profond n’étant plus connu désormais et ne pouvant plus l’être véritablement. Il dut en être ainsi tout d’abord de la langue primitive par laquelle s’exprimait la tradition primordiale, et c’est pourquoi on trouve en effet, dans les récits traditionnels, de nombreuses allusions à cette langue primitive et à sa perte ; ajoutons que, quand telle ou telle langue sacrée particulière et actuellement connue paraît cependant, comme il arrive parfois, être identifiée à la langue primitive elle-même, il faut seulement entendre par là qu’elle en est effectivement un substitut, et qu’elle en tient par conséquent la place pour les adhérents de la forme traditionnelle correspondante. D’après certains des récits qui s’y rapportent, il semblerait pourtant que la langue primitive ait subsisté jusqu’à une époque qui, si éloignée qu’elle puisse paraître relativement à nous, n’en est pas moins fort éloignée des temps primordiaux : c’est le cas de l’histoire biblique de la « confusion des langues », qui, autant qu’il est possible de la rapporter à une période historique déterminée, ne peut guère correspondre qu’au début du Kali-Yuga ; or il est certain que, bien antérieurement, il y eut déjà des formes traditionnelles particulières, dont chacune dut avoir sa propre langue sacrée ; cette persistance de la langue unique des origines ne doit donc pas être entendue littéralement, mais plutôt en ce sens que, jusque-là, la conscience de l’unité essentielle de toutes les traditions n’avait pas encore disparu (5).

Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage de cette tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement. Pour nous en tenir à l’exemple le plus connu, nous citerons seulement la tradition hébraïque, où l’on trouve précisément l’un et l’autre de ces deux cas : après la captivité de Babylone, une nouvelle écriture dut être substituée à l’ancienne qui s’était perdue (6), et, étant donnée la valeur hiéroglyphique inhérente aux caractères d’une langue sacrée, ce changement dut forcément impliquer quelque modification dans la forme traditionnelle elle-même, c’est-à-dire une réadaptation (7). D’autre part, lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin (8), désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; dès lors que celui-ci n’existait plus, la tradition hébraïque devenait irrémédiablement incomplète, comme le prouve d’ailleurs suffisamment la cessation des sacrifices, c’est-à-dire de ce qui constituait la partie la plus « centrale » des rites de cette tradition, de même que le Tétragramme, lui aussi, y occupait une position véritablement « centrale » par rapport aux autres noms divins ; et, effectivement, c’est bien le centre spirituel de la tradition qui était perdu (9). Il est d’ailleurs particulièrement manifeste, dans un exemple comme celui-là, que le fait historique lui-même, qui n’est aucunement contestable comme tel, ne saurait être séparé de sa signification symbolique, en laquelle réside au fond toute sa raison d’être, et sans laquelle il deviendrait complètement inintelligible.

La notion de la chose perdue, sous l’un ou l’autre de ses différents symboles, existe, comme on a pu le voir par ce qui précède, dans l’exotérisme même des diverses formes traditionnelles ; et l’on pourrait même dire que c’est à ce côté exotérique qu’elle se réfère, plus précisément et avant tout, car il est évident que c’est là que la perte s’est produite et est véritablement effective, et qu’elle peut être considérée en quelque sorte comme définitive et irrémédiable, puisqu’elle l’est en effet pour la généralité de l’humanité terrestre tant que durera le cycle actuel. Il est quelque chose qui, par contre, appartient en propre à l’ordre ésotérique et initiatique : c’est la recherche de cette chose perdue, ou, comme on disait au moyen âge, sa « queste » ; et cela se comprend sans peine, puisque l’initiation, dans sa première partie, celle qui correspond aux « petits mystères », a en effet pour but essentiel la restauration de l’état primordial. Il faut d’ailleurs remarquer que, de même que la perte n’a eu lieu en réalité que graduellement et en plusieurs étapes, ainsi que nous l’avons expliqué, avant d’en arriver finalement à l’état actuel, la recherche devra aussi se faire graduellement, en repassant en sens inverse par les mêmes étapes, c’est-à-dire en remontant en quelque sorte le cours du cycle historique de l’humanité, d’un état à un autre état antérieur, et ainsi, de proche en proche, jusqu’à l’état primordial lui-même ; et à ces différentes étapes pourront naturellement correspondre autant de degrés dans l’initiation aux « petits mystères » (10). Nous ajouterons tout de suite que, par là même, les substitutions successives dont nous avons parlé peuvent également être reprises alors dans un ordre inverse ; c’est ce qui explique que, dans certains cas, ce qui est donné comme la « parole retrouvée » ne soit pourtant encore en réalité qu’un « mot substitué », représentant l’une ou l’autre des étapes intermédiaires. Il est d’ailleurs bien évident que tout ce qui peut être communiqué extérieurement ne saurait être véritablement la « parole perdue », et que ce n’en est qu’un symbole, toujours plus ou moins inadéquat comme toute expression des vérités transcendantes ; et ce symbolisme est souvent très complexe, en raison même de la multiplicité des sens qui y sont attachés, ainsi que des degrés qu’il comporte dans son application.

Il y a, dans les initiations occidentales, au moins deux exemples bien connus (ce qui ne veut certes pas dire qu’ils soient toujours bien compris de ceux qui en parlent) de la recherche dont il s’agit : la « queste du Graal » dans les initiations chevaleresques du moyen âge, et la « recherche de la parole perdue » dans l’initiation maçonnique, qu’on pourrait prendre respectivement comme types des deux principales formes de symbolisme que nous avons indiquées. En ce qui concerne la première, A. E. Waite a fait remarquer avec raison qu’il s’y trouve beaucoup d’allusions plus ou moins explicites à des formules et à des objets substitués ; du reste, ne pourrait-on pas dire que la « Table Ronde » elle-même n’est en définitive qu’un « substitut », puisque, bien qu’elle soit destinée à recevoir le Graal, celui-ci n’y prend pourtant jamais place effectivement ? Cela ne signifie d’ailleurs pas, comme certains pourraient être tentés de le croire trop facilement, que la « queste » ne peut jamais être terminée, mais seulement que, même alors qu’elle l’est pour quelques-uns en particulier, elle ne peut pas l’être pour l’ensemble d’une collectivité, quand bien même celle-ci possède le caractère initiatique le plus incontestable. La « Table Ronde » et sa chevalerie, comme nous l’avons vu ailleurs (11), présentent toutes les marques qui indiquent qu’il s’agit bien de la constitution d’un centre spirituel authentique ; mais, redisons-le encore, tout centre spirituel secondaire, n’étant qu’une image ou un reflet du centre suprême, ne peut jouer réellement qu’un rôle de « substitut » par rapport à celui-ci, de même que toute forme traditionnelle particulière n’est proprement qu’un « substitut » de la tradition primordiale.

Si nous en venons à la « parole perdue » et à sa recherche dans la Maçonnerie, nous devons constater que, tout au moins dans l’état actuel des choses, ce sujet est entouré de bien des obscurités ; nous ne prétendons assurément pas les dissiper entièrement, mais les quelques remarques que nous formulerons seront peut-être suffisantes pour faire disparaître ce qui risquerait d’être pris au premier abord pour des contradictions. La première chose qu’il y a lieu de remarquer à cet égard, c’est que le grade de Maître, tel qu’il est pratiqué dans la Craft Masonry, insiste sur la « perte de la parole », qui y est présentée comme une conséquence de la mort d’Hiram, mais paraît ne contenir aucune indication expresse quant à sa recherche, et qu’il y est encore moins question de la « parole retrouvée ». Cela peut sembler vraiment étrange, puisque la Maîtrise, étant le dernier des grades qui constituent la Maçonnerie proprement dite, doit nécessairement correspondre, tout au moins virtuellement, à la perfection des « petits mystères », sans quoi sa désignation même serait d’ailleurs injustifiée. On peut, il est vrai, répondre que l’initiation à ce grade, en elle-même, n’est proprement qu’un point de départ, ce qui est en somme tout à fait normal ; mais encore faudrait-il qu’il y ait dans cette initiation même quelque chose qui permette d’« amorcer », si l’on peut s’exprimer ainsi, la recherche constituant le travail ultérieur qui devra conduire à la réalisation effective de la Maîtrise ; or nous pensons que, malgré les apparences, il en est bien réellement ainsi. En effet, le « mot sacré » du grade est manifestement un « mot substitué », et il n’est d’ailleurs donné que comme tel ; mais, en outre, ce « mot substitué » est d’une sorte très particulière : il a été déformé de plusieurs façons différentes, au point d’en être devenu méconnaissable (12), et on en donne des interprétations diverses, qui peuvent présenter accessoirement quelque intérêt par leurs allusions à certains éléments symboliques du grade, mais dont aucune ne peut se justifier par une étymologie hébraïque quelconque. Maintenant, si l’on restitue la forme correcte de ce mot, on s’aperçoit que son sens est tout autre que ceux qui lui sont ainsi attribués : ce mot, en réalité, n’est pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai « mot sacré » ou la « parole perdue » elle-même, c’est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’Univers (13). Ainsi, la question étant posée, la recherche est bien « amorcée » par là même comme nous le disions tout à l’heure ; il appartiendra dès lors à chacun, s’il en est capable, de trouver la réponse et de parvenir à la Maîtrise effective par son propre travail intérieur.

Un autre point à considérer est celui-ci : la « parole perdue » est, le plus généralement, en conformité avec le symbolisme hébraïque, assimilée au Nom tétragrammatique ; il y a là, si l’on voulait prendre les choses à la lettre, un anachronisme évident, car il est bien entendu que la prononciation du Nom ne fut pas perdue à l’époque de Salomon et de la construction du Temple. Cependant, on aurait tort de regarder cet anachronisme comme constituant une difficulté réelle, car il ne s’agit nullement ici de l’« historicité » des faits comme tels, qui, à ce point de vue, importe peu en elle-même, et le Tétragramme n’y est pris que pour la valeur de ce qu’il représente traditionnellement ; il peut d’ailleurs fort bien n’avoir été lui-même, en un certain sens, qu’un « mot substitué », puisqu’il appartient en propre à la révélation mosaïque et que, à ce titre, il ne saurait, non plus que la langue hébraïque elle-même, remonter réellement jusqu’à la tradition primordiale (14). Si nous avons signalé cette question, c’est surtout pour attirer l’attention sur ceci, qui est beaucoup plus important au fond : dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est, comme nous l’avons déjà dit précédemment, un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte ; là est en somme, exprimée symboliquement d’une façon assez frappante, une des différences fondamentales qui existent entre le point de vue exotérique et le point de vue initiatique (15).

Avant d’aller plus loin, une digression est nécessaire pour que la suite puisse être bien comprise : l’initiation maçonnique, se rapportant essentiellement aux « petits mystères » comme toutes les initiations de métier, s’achève par là même avec le grade de Maître, puisque la réalisation complète de celui-ci implique la restauration de l’état primordial; mais on est alors amené à se demander quels peuvent être, dans la Maçonnerie, le sens et le rôle de ce qu’on appelle les hauts grades, dans lesquels certains, pour cette raison précisément, n’ont voulu voir que des « superfétations » plus ou moins vaines et inutiles. En réalité, il faut ici faire avant tout une distinction entre deux cas (16) : d’une part, celui des grades qui ont un lien direct avec la Maçonnerie (17), et, d’autre part, celui des grades qui peuvent être considérés comme représentant des vestiges ou des souvenirs (18), venus se greffer sur la Maçonnerie ou se « cristalliser » en quelque sorte autour d’elle, d’anciennes organisations initiatiques occidentales autres que celle-ci. La raison d’être de ces derniers grades, si on ne les considère pas comme n’ayant qu’un intérêt simplement « archéologique » (ce qui serait évidemment une justification tout à fait insuffisante au point de vue initiatique), est en somme la conservation de ce qui peut encore être maintenu des initiations dont il s’agit, de la seule façon qui soit restée possible après leur disparition en tant que formes indépendantes ; il y aurait certainement beaucoup à dire sur ce rôle « conservateur » de la Maçonnerie et sur la possibilité qu’il lui donne de suppléer dans une certaine mesure à l’absence d’initiations d’un autre ordre dans le monde occidental actuel ; mais ceci est entièrement en dehors du sujet que nous étudions présentement, et c’est seulement l’autre cas, celui des grades dont le symbolisme se rattache plus ou moins étroitement à celui de la Maçonnerie proprement dite, qui nous concerne ici directement.

D’une façon générale, ces grades peuvent être considérés comme constituant proprement des extensions ou des développements du grade de Maître ; il n’est pas contestable que, en principe, celui-ci se suffit à lui-même, mais, en fait, la trop grande difficulté qu’il y a à dégager tout ce qui s’y trouve contenu implicitement justifie l’existence de ces développements ultérieurs (19). Il s’agit donc d’une aide apportée à ceux qui veulent réaliser ce qu’ils ne possèdent encore que d’une façon virtuelle ; du moins est-ce là l’intention fondamentale de ces grades, quelles que soient les réserves qu’il pourrait y avoir lieu de faire sur la plus ou moins grande efficacité pratique de cette aide, dont le moins qu’on puisse dire est que, dans la plupart des cas, elle est fâcheusement diminuée par l’aspect fragmentaire et trop souvent altéré sous lequel se présentent actuellement les rituels correspondants ; nous n’avons à envisager que le principe, qui est indépendant de ces considérations contingentes. À vrai dire, d’ailleurs, si le grade de Maître était plus explicite, et aussi si tous ceux qui y sont admis étaient plus véritablement qualifiés, c’est à son intérieur même que ces développements devraient trouver place, sans qu’il soit besoin d’en faire l’objet d’autres grades nominalement distincts de celui-là (20).

Maintenant, et c’est là que nous voulions en venir, parmi les hauts grades en question, il en est un certain nombre qui insistent plus particulièrement sur la « recherche de la parole perdue », c’est-à-dire sur ce qui, suivant ce que nous avons expliqué, constitue le travail essentiel de la Maîtrise ; et il en est même quelques-uns qui donnent une « parole retrouvée », ce qui semble impliquer l’achèvement de cette recherche ; mais, en réalité, cette « parole retrouvée » n’est jamais qu’un nouveau « mot substitué », et, par les considérations que nous avons exposées précédemment, il est facile de comprendre qu’il ne puisse en être autrement, puisque la véritable « parole » est rigoureusement incommunicable. Il en est notamment ainsi du grade de Royal Arch, le seul qui doive être regardé comme strictement maçonnique à proprement parler, et dont l’origine opérative directe ne puisse soulever aucun doute : c’est en quelque sorte le complément normal du grade de Maître, avec une perspective ouverte sur les « grands mystères » (21). Le mot qui représente dans ce grade la « parole retrouvée » apparaît, comme tant d’autres, sous une forme assez altérée, ce qui a donné naissance à des suppositions diverses quant à sa signification ; mais, suivant l’interprétation la plus autorisée et la plus plausible, il s’agit en réalité d’un mot composite, formé par la réunion de trois noms divins appartenant à autant de traditions différentes. Il y a là tout au moins une indication intéressante à deux points de vue : d’abord, cela implique évidemment que la « parole perdue » est bien considérée comme étant un nom divin ; ensuite, l’association de ces différents noms ne peut s’expliquer que comme une affirmation implicite de l’unité fondamentale de toutes les formes traditionnelles ; mais il va de soi qu’un tel rapprochement opéré entre des noms provenant de plusieurs langues sacrées n’est encore que tout extérieur et ne saurait en aucune façon symboliser adéquatement une restitution de la tradition primordiale elle-même, et que, par conséquent, ce n’est bien réellement qu’un « mot substitué » (22).

Un autre exemple, qui est d’ailleurs d’un genre très différent, est celui du grade écossais de Rose-Croix, dans lequel la « parole retrouvée » se présente comme un nouveau Tétragramme devant remplacer l’ancien qui a été perdu ; en fait, ces quatre lettres, qui ne sont du reste que des initiales ne formant pas un mot à proprement parler, ne peuvent exprimer ici autre chose que la situation de la tradition chrétienne vis-à-vis de la tradition hébraïque, ou le remplacement de l’« Ancienne Loi » par la « Nouvelle Loi », et il serait difficile de dire qu’elles représentent un état plus proche de l’état primordial, à moins qu’on ne veuille l’entendre en ce sens que le Christianisme a accompli une « réintégration » ouvrant certaines possibilités nouvelles pour le retour à celui-ci, ce qui est d’ailleurs vrai en quelque façon pour toute forme traditionnelle constituée à une certaine époque et en conformité plus particulière avec les conditions de cette époque même. Il convient d’ajouter que, à la signification simplement religieuse et exotérique, il se superpose naturellement ici d’autres interprétations, d’ordre principalement hermétique, qui sont loin d’être sans intérêt en elles-mêmes ; mais, outre qu’elles s’éloignent de la considération des noms divins qui est essentiellement inhérente à la « parole perdue », c’est là quelque chose qui relève de l’hermétisme chrétien beaucoup plus que de la Maçonnerie proprement dite, et, quelles que soient les affinités qui existent entre l’un et l’autre, il n’est cependant pas possible de les considérer comme identiques, car, même lorsqu’ils font jusqu’à un certain point usage des mêmes symboles, ils n’en procèdent pas moins de « techniques » initiatiques notablement différentes à bien des égards. D’autre part, la « parole » du grade de Rose-Croix se réfère manifestement au seul point de vue d’une forme traditionnelle déterminée, ce qui nous laisse en tout cas bien loin du retour à la tradition primordiale, qui est au-delà de toutes les formes particulières ; sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres, le grade de Royal Arch aurait assurément plus de raisons que celui-là de s’affirmer comme le nec plus ultra de l’initiation maçonnique.

Nous pensons en avoir dit assez sur ces « substitutions » diverses, et, pour terminer cette étude, nous devrons maintenant revenir au grade de Maître, afin de chercher la solution d’une autre énigme qui se pose à son sujet et qui est celle-ci : comment se fait-il que la « perte de la parole » y soit présentée comme résultant de la mort du seul Hiram, alors que, d’après la légende même, d’autres que lui devaient la posséder également ? Il y a là, en effet, une question qui rend perplexes beaucoup de Maçons, parmi ceux qui réfléchissent quelque peu sur le symbolisme, et certains vont même jusqu’à y voir une invraisemblance qu’il leur paraît tout à fait impossible d’expliquer d’une façon acceptable, alors que, comme on le verra, il en est tout autrement en réalité.

La question que nous posions à la fin de la précédente partie de cette étude peut se formuler plus précisément ainsi : lors de la construction du Temple, la « parole » des Maîtres était, suivant la légende même du grade, en la possession de trois personnages qui avaient le pouvoir de la communiquer : Salomon, Hiram, roi de Tyr, et Hiram-Abi ; ceci étant admis, comment la mort de ce dernier peut-elle suffire pour entraîner la perte de cette parole ? La réponse est que, pour la communiquer régulièrement et dans la forme rituelle, il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle ; et ce n’est pas là, comme pourraient le penser ceux qui n’ont pas une habitude suffisante de certaines correspondances symboliques, une simple comparaison ou un rapprochement plus ou moins imaginatif et dénué de fondement réel. En effet, une Loge opérative ne peut être ouverte que par le concours de trois Maîtres (23), ayant en leur possession trois baguettes dont les longueurs respectives sont dans le rapport des nombres 3, 4 et 5 ; c’est seulement quand ces trois baguettes ont été rapprochées et assemblées de façon à former le triangle rectangle pythagoricien que l’ouverture des travaux peut avoir lieu. Cela étant, il est facile de comprendre que, d’une façon similaire, un mot sacré peut être formé de trois parties, telle que trois syllabes (24), dont chacune ne peut être communiquée que par un des trois Maîtres, de sorte que, en l’absence d’un de ceux-ci, le mot aussi bien que le triangle resterait incomplet, et que rien de valable ne pourrait plus être accompli ; nous reviendrons d’ailleurs tout à l’heure sur ce point.

Nous signalerons incidemment un autre cas où l’on retrouve aussi un symbolisme du même genre, du moins sous le rapport qui nous intéresse présentement : dans certaines corporations du moyen âge, le coffre qui contenait le « trésor » était muni de trois serrures, dont les clefs étaient confiées à trois officiers différents, si bien qu’il fallait la présence simultanée de ceux-ci pour que ce coffre put être ouvert. Naturellement, ceux qui n’envisagent les choses que d’une façon superficielle peuvent ne voir là qu’une mesure de précaution contre une infidélité possible ; mais, comme il arrive toujours en pareil cas, cette explication tout extérieure et profane est tout à fait insuffisante, et, même en admettant qu’elle soit légitime dans son ordre, elle n’empêche aucunement que le même fait ait une signification symbolique autrement profonde et qui en fait toute la valeur réelle ; penser autrement équivaut à méconnaître entièrement le point de vue initiatique, et, du reste, la clef a par elle-même un symbolisme assez important pour justifier ce que nous disons ici (25).

Pour revenir au triangle rectangle dont nous parlions plus haut, on peut, d’après ce que nous avons vu, dire que la mort du « troisième Grand-Maître » le laisse incomplet ; c’est à quoi correspond en un certain sens, et indépendamment de ses significations propres en tant qu’équerre, la forme de l’équerre du Vénérable, qui est à branches inégales, et normalement dans le rapport de 3 à 4, de sorte qu’elles peuvent être considérées comme les deux côtés de l’angle droit de ce triangle, dont l’hypoténuse est alors absente ou, si l’on veut, « sous-entendue » (26). Il est à remarquer que la reconstitution du triangle complet, tel qu’il figure dans les insignes du Past Master, implique, ou du moins devrait théoriquement impliquer, que celui-ci est parvenu à accomplir la restitution de ce qui était perdu (27).

Quant au mot sacré qui ne peut être communiqué que par le concours de trois personnes, il est assez significatif que ce caractère se rencontre précisément pour celui qui, au grade de Royal Arch, est considéré comme représentant la « parole retrouvée », et dont la communication régulière n’est effectivement possible que de cette façon. Les trois personnes dont il s’agit forment elles-mêmes un triangle, et les trois parties du mot, qui sont alors les trois syllabes correspondant à autant de noms divins dans des traditions différentes, ainsi que nous l’avons expliqué précédemment, « passent » successivement, si l’on peut dire, de l’un à l’autre des côtés de ce triangle, jusqu’à ce que la parole soit entièrement « juste et parfaite ». Bien que ce ne soit là encore en réalité qu’un « mot substitué », le fait que le Royal Arch est, sous le rapport de la filiation opérative, le plus « authentique » de tous les grades supérieurs, n’en donne pas moins à ce mode de communication une importance incontestable pour confirmer l’interprétation de ce qui reste obscur à cet égard dans le symbolisme du grade de Maître tel qu’il est pratiqué actuellement.

À ce propos, nous ajouterons encore une remarque en ce qui concerne le Tétragramme hébraïque : puisque celui-ci est un des noms divins qui sont le plus souvent assimilés à la « parole perdue », il doit s’y retrouver aussi quelque chose qui correspond à ce que nous venons de dire, car le même caractère, dès lors qu’il est vraiment essentiel, doit exister en quelque manière dans tout ce qui figure cette parole d’une façon plus ou moins adéquate. Ce que nous voulons dire par là, c’est que, pour que la correspondance symbolique soit exacte, la prononciation du Tétragramme devait être trisyllabique; comme d’autre part il s’écrit naturellement en quatre lettres, on pourrait dire que, suivant le symbolisme numérique, 4 se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole (en tant que celle-ci est écrite, ou épelée conformément à l’écriture qui joue le rôle d’un « support » corporel), et 3 à son aspect « essentiel » (en tant quelle est prononcée intégralement par la voix qui seule lui donne l’« esprit » et la « vie »). Il résulte de là que, tout en ne pouvant aucunement être regardé comme la vraie prononciation du Nom, qui n’est plus connue de personne, la forme Jehovah, par là même qu’elle est en trois syllabes, la représente du moins beaucoup mieux (ce que son ancienneté même, en tant que transcription approximative dans les langues occidentales, pourrait du reste déjà donner à penser) que la forme purement fantaisiste Yahveh, inventée par les exégètes et les « critiques » modernes, et qui, n’ayant que deux syllabes, est évidemment impropre à une transmission rituelle comme celle dont il s’agit.

Il y aurait assurément beaucoup à dire encore sur tout cela, mais nous devons arrêter là ces considérations déjà trop longues, et qui, redisons-le encore en terminant, n’ont d’autre prétention que d’éclairer un peu quelques-uns des aspects de cette question si complexe de la « parole perdue ».

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La parole perdue, clefs de lectures et perspectives

Publié le 21 Juillet 2026 par T.D

( Le langage non verbal, le langage essentiel, définition hermétique du mot de substitution, notion de « sacré-réel » et de « sacré-divin », autorité surplombante, l’acte et le mot, l’inversion moderne, clef de lecture et accès à l’encodage du vivant.)

En quoi l’initiation et la méthode maçonnique permettent une meilleure lecture de la réalité ? Quel est l’apport de la légende d’Hiram et du mythe de la parole perdue ?

Le langage fait partie du grand schéma de l’évolution : plus un être est évolué plus il s’autonomise et développe des langages complexes. Derrière le langage on trouve le symbole et donc le signe. L’initié a pour devoir de transmettre la connaissance. La transmission peut être de nature matérielle, sensorielle ou essentielle, elle reste fondée sur l’éveil et la mémoire.

La structure du symbole est en soi organisatrice de la conscience, et se répercute à la fois dans la création matérielle et philosophique de l’homme et donne l’autonomie éclairée appelée conscience. Le langage est donc relatif suivant le milieu culturel, symbolique ou spirituel dans lequel on évolue, mais il peut être aussi non verbal. Chaque situation spécifique entraîne un langage spécifique et une communication adaptée au milieu. Donc nous pouvons dire que la pensée symbolique trouve sa réalisation dans l’œuvre sociale du maçon, dans l’élaboration de la règle (sociale géométrique ou mathématique) et son application. Le maçon est un être intelligent et sensible qui met en pratique sa vision symbolique, ce n’est pas un croyant, c’est une visionnaire. Le croyant est dans l’orthodoxie, le visionnaire est adepte d’une orthopraxie à partir d’un réel réordonné ou réexpliqué à partir des schèmes d’une représentation mentale qui servent des valeurs philosophiques universelles.

Le symbolisme traverse la totalité de la construction sociétale et scientifique. Il serait aberrant que les loges maçonniques oublient d’étudier à haut niveau le symbolisme maçonnique qui est celui de la structuration du temple et de l’homme par les outils et instruments ! Ce symbolisme permet à partir du réel d’accéder à une dimension sacrée en regard de la nature et de l’homme et non pas à partir du sacré d’accéder à un non-réel, un sacré « hors sol ». Donc toute la méthodologie maçonnique est fondée sur l’apprentissage du réel relié à la structure symbolique ; l’éclairement de l’un par l’autre constituant la base de la conscience éclairée.

Nous considérons que la démarche initiatique consiste justement à développer notre perception des choses et des êtres et donc la légende d’Hiram doit nous faire percevoir de nouvelles notions autour du langage verbal et non verbal, grâce à la perte de la forme associée à la perte de la parole. Nous allons donc tenter de rechercher quels sont les nouveaux niveaux de langages et comment ils se justifient en regard de la légende.

Pour démarrer notre recherche, nous établissons trois postulats de départ (parfaitement contestables par ailleurs)

Introduction au sens hermétique de « Mackbenah »

3 postulats

Nous prenons pour premier postulat que la matière peut être un lieu de confusion, mais que de cette matière au sens large va naître la Vie et un certain Ordre « architecturé » structuré, doté de schèmes, limité par la durabilité dans leurs formes soumises à dissolution, décomposition et recomposition cyclique.

Ainsi la forme se dissout et se recompose, mais le schéma structurel de la matière et du vivant demeure et s’enrichit et se régénère en permanence, c’est l’élan vital. Certains ont pu voir dans la disparition de la forme corporelle la preuve que le monde de la matière est le monde de la chute de l’homme et que le corps comme la matière sont une prison pour l’esprit. D’autres considèrent que la forme disparaît pour renaître régénérée.

Le deuxième postulat repose sur un constat : il n'y a pas de plus grande initiation que la réalité. En précisant que c’est l’autre, le frère, qui tel un miroir nous éveille à la réalité profonde.

L’initiation signifie « commencement, entrée dans un cycle de connaissance par transmission » et se fonde sur l’expérience du réel et sur l’élaboration d’une pensée consciente par la rencontre de l’autre soi et du monde. Elle se traduit en action de perfection sur soi et le monde (credo maçonnique).

L’initiation développe en nous les capacités à lire le réel dans des registres sensoriels par transferts symboliques engageant l’intuition et une vision toujours plus globalisante, seul moyen pour expliquer la transcendance. Le caractère non discursif ou non immédiatement logique de certaines apparitions ou théophanies reposeraient (peut être !) sur des aspects de la perception humaine non encore explorés. La transcription dans les livres saints ne serait qu’une version imagée et amoindrie par le vocabulaire de faits ressentis comme vécus, dont on a perdu le sens véritable de lecture.

Donc ce langage caché ou perdu reste accessible aux facultés humaines de représentations et de communications « perdues ». Il s’agit de les retrouver le plus naturellement possible sans passer par un quelconque transhumanisme, et sans s’inféoder à une quelconque croyance mystique qui annule toute tentative d’explication par soi et nous éloigne du réel. L’initiation n’empêche pas la démarche mystique comme situation intermédiaire, mais la dépasse par la vision totale du réel.

Le troisième postulat soumet à notre appréciation que la parole perdue commune à tous les rites au grade de Maître se retrouve substituée par un langage corporel et infra verbal.

À la forme dégradée du corps correspond une forme non verbale du langage.

C’est donc par la perception de la « forme » dégradée en retrouvant la dépouille d’Hiram, qu’un langage corporel « par défaut » donnera le mot de substitution : Mackbenah « la chair quitte les os » qui n’est que le constat sur un mode discursif de l’état corporel d’Hiram. Le corps dégradé reste symboliquement chargé de sens. Il faut donc dépasser le mode non discursif.

Dans un second temps c’est par perception de cette « essence » (ici l’odeur de putréfaction) que nous parlerons de langage infra verbal et subliminal qualifiant la nature de la transmission « fils de la putréfaction » qui se décline en « Fils du maître mort », ou « Il vit dans le fils ».

Dans un troisième temps on tente de qualifier la situation de manière plus essentielle : « c’est du compost hermétique universel que l’architecte dégage l’ultime ferment », nous y reviendrons.

Donc si la substance se délite (compost) et libère l’essence (ultime ferment), le troisième postulat implique que la forme en dissolution exhale le souffle ou l’essence. Ainsi le mot attaché à la formation sera perdu comme la forme, au profit d’une expression corporelle ou autre qui constate le phénomène par l’expression d’un langage non verbal. Ceci nous oblige à penser la réalité non verbale sous ses différentes formes d’expression. La situation nous engage dans un langage sans mot !

L’absence nous incite à découvrir le renouvellement de la parole et donc des formes.

Nous voulons préciser cette notion d’essence : Il resterait donc une « essence », une trace, attachée au mot considéré sacré et à l’individu décédé, mais non disparu, cette essence n’est jamais vraiment perdue. Il faut la percevoir dans un autre registre et tenter de la verbaliser.

Cette verbalisation aura lieu au moment de la redécouverte du cadavre par les 9 maîtres au REP (et non 15) jusqu'à son deuxième ensevelissement sous le Saint des Saints, où cette trace, cette essence se confondra dans une verticalité symbolique avec la pierre d’autel, l’arche d’Alliance et la notion de « Présence » qui y est attachée. Ainsi nous pourrions avancer l’hypothèse que le corps d’Hiram serait une prison et que la mort libère de cette prison une partie (ferment ultime) de lui-même perceptible et exprimable dans un niveau supérieur (Présence-Shekinah).

La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages.

La signification hermétique du mot

Avant d’aborder la signification hermétique du mot, il convient de remarquer l’instabilité scripturale de l’expression attachée au grade de maître : “Maya Byn”, dans le Sloane de 1700 ;
“Matchpin”, dans le Trinity College de 1711 ;
“Maughbin”, dans A mason’Exami­nation de 1723 ;
“Magboe”, dans Les Institutions des Francs-Maçons révélées en 1725.
L’expression la plus connue est sans doute : « Marrow in this bone » (Moelle dans cet os) dans le manuscrit Graham de 1726. Ce pourrait être l’origine de Mac-Benac par une suite de déformations phonétiques ou de transcriptions » avec le mot anglais "bonne" qui signifie « os » traduction en mot sacré de substitution sur un mode discursif « la chair quitte les os ». La Grande Loge de Londres utilisera Makbenah à partir de la déformation Marrow bonne d’origine calviniste relatée dès 1696 dans le Ms l’Édimbourg. On trouve aussi l’expression Maobon. Etc.

Dans le catéchisme du Rituel du Marquis de Gages de 1763 (RF), à la question de sa signification, la réponse est :
« Mac-Benac signifie « la chair quitte les os… » Bref on constate que s’il fallait parler de parole perdue c’est qu’en vérité la parole rituelique d’origine semble avoir été réellement perdue ou déformée par transcription.

Pritchard dans la maçonnerie disséquée de 1730 fait apparaître la légende d’Hiram telle que nous la connaissons et la forme hébraïque substituée Mackbenah avec sa traduction « The builder is smitten ».

Le mot originaire dans le compagnonnage français, d’après Patrick Negrier (La tradition initiatique, ed Ivoire clair P 140), serait « makaboé » qui est le mot de guet des tailleurs de pierre qui veut dire en hébreu marteau, quant aux cinq points de la maîtrise pour le relèvement c’est le processus de la guilbrette du compagnonnage qui établi déjà cinq points associés à la danse des macchabées.

Le relèvement lui-même est un langage, voir une communication non verbale des corps, et rappelle le relèvement du cadavre de Noé décrit dans le Graham de 1726 ou les trois fils de Noé appliquent ces cinq points au corps de leur père pour retrouver son secret, et ne retrouveront qu’une expression substitutive. Notons que le relèvement n’est pas une ressuscitation, mais une nécessité pour donner au cadavre d’Hiram une sépulture dans le Saint des Saints du temple.

La substitution est l’aboutissement d’une recherche et d’un relèvement suite à la mort. La substitution semble qualifier des éléments de survie par delà la mort. On recherche un corps afin qu’il livre son secret. Donc le secret au cadavre qui reste investi.

C’est le sens du secret du mot que d’être recherché par un rencontre avec le cadavre qui reste investi d’une présence. Par l’effet du miroir hermétique, cette présence se traduit par une présence en soi, et un relèvement en soi. Le résultat de cette rencontre avec la mort est un réveil en soi de quelque chose d’endormi ; c’est une révélation à soi. Cette révélation à soi est due au langage non verbal ou préverbal du corps d’Hiram en interaction avec les maîtres.

La signification du mot Mackbenah est donnée (au REP) pour « la chair quitte les os », dans l’instruction au REP pour « Fils de la putréfaction », ou « Fils du maître mort » ce qui laisse augurer un transfert successoral de sens, de personne à personne, mais aussi un transfert alchimique confirmé dans l’instruction par cette phrase « que c’est du compost hermétique que l’architecte dégage l’ultime ferment Spirituel »en termes alchimiques cela se rapporte au fait de « naître de la putréfaction » qui désigne une part du Grand Œuvre.

Il faudra situer la hiérarchisation de la transmission entre le mort et le vif, ce qui implique que la transmission au niveau du Maître est directement liée à la transformation de la matière, et à son changement d’état.

Cette expression ne dit pas si l’architecte « mort » est une autorité surplombante et extérieure à soi ou si elle réside en nous ! Autrement dit on ne dit pas si le relèvement est un transfert d’âme ou d’esprit d’un corps à l’autre (relevé=relevant) ou s’il s’agit d’un relèvement purement interne à soi provoqué par l’expérience « initiatique » de la vision et du toucher notamment. D’après nous, la traduction « il vit dans le fils » ne relate pas la transmigration de l’âme d’Hiram, mais relate la présence d’un maître intérieur endormi qui vit en nous. C’est ici que se situe l’effet miroir.

Dans ce dernier cas il s’agirait du relèvement du maître intérieur né du substrat de l’infra conscience qui résidait en puissance en chacun de nous. Ce serait en réalité une image archétypale de soi qui résidait en nous de manière racinaire (le Shin et ses racines, voir la relation avec la griffe du maître) et qui par l’effet du choc initiatique vient à se déployer dans la totalité de notre for intérieur. Ce serait donc au sens propre une révélation à soi, une renaissance en soi.

Ce relèvement intérieur de l’Archè est d’autant plus souhaitable qu’il évite les problématiques hasardeuses de la transmigration des âmes et de l’animisme qui s’y rattache. Ce relèvement du maître intérieur étant commun à tous les maîtres contribue fortement à l’égrégore. L’initiation du maître devient alors aussi claire que transparente : Il s’agit d’une extraction du sens supérieur de la situation soit une signification en esprit et non pas un transfert de l’âme animatrice du corps. Nous sommes dans le langage initiatique et non pas dans une opération magique relevant de l’animisme.

C’est ainsi que l’explication classique doit être tempérée, car elle établit une inversion qui n’a pas lieu d’être :

Dans l’explication classique, on dit que le Maître fut « ressuscité » par l’accolade et les 5 points de la maîtrise et plus particulièrement par le « Mot de Maître » qui s’analyse en un souffle et un échange entre le relevant et le relevé. Par l’échange de souffle, le « Maître » est censé laisser place à son élève, ressusciter dans son disciple par la transmission du « souffle animateur». C’est alors que le franc-maçon deviendrait, le fils et le successeur d’Hiram par communication du souffle. Mais en réalité l’échange ne ressuscite rien de semblable à la scénographie du Christ, l’échange n’est que transmission non verbale qui crée le réveil du maître intérieur, le souffle d’Hiram devient un ferment pour l’initiation aux grands mystères.

La filiation est dans la transmission de la connaissance de soi et non pas dans la transmigration de l’âme pas plus qu’une ressuscitation-resurection.

Ceci éclaircit le débat sur la ressemblance entre le sacrifice d’Hiram et celui du Christ en écartant la palingénésie. La ressuscitation n’exclut pas la perception d’un nouvel état « non corporel » et plus particulièrement spirituel, mais la légende d’Hiram n’est pas une ressuscitation, c’est une prise de conscience initiatique par le développement de nouveaux sens.

C’est donc à partir cette « extraction » du ferment « spirituel » pour « mak-benah » (ou de la substantifique moelle pour « Marrow is bone ») et donc du sens « sacré » que détenait Hiram avec Hiram de Tyr et Salomon que nous allons tenter de faire ici un lien entre la question de l’autorité technique et spirituelle ( 1) et le niveau de langage, les deux étant )sans doute liés comme l’équerre et le compas et les clefs de lecture pour retrouver la parole (2), puis dans une troisième partie, nous étudierons la relation entre l’acte et le mot au plan symbolique (3) pour dans une dernière partie conclure que la parole perdue suggère un encodage du vivant par le jeu de miroir qui permet l’émergence d’un métalangage (4).

1re Partie :

La question de l’autorité surplombante et son importance dans la notion de parole perdue.

À partir de ces trois postulats et du sens hermétique du mot, nous tirons le constat que le divin dans la tradition maçonnique est lié à l’acte artisanal de la transformation de la matière.

Ce divin est l’autorité surplombante absolue qui adhère au réel, assimilable à la conscience la plus éclairée, et reste une création de l’homme.

Cette dimension du réel s’impose à soi (révélation à soi) comme un processus architecturé (GADLU), alchimique (mak-benah) et par le truchement de « l’autorité surplombante » qui transmet aux maîtres dans une filiation initiatique, le compendium nécessaire à l’organisation des hommes (mahobone).

Ce processus architecturé implique une hiérarchie qui donne la légitimité de l’acte transformateur en regard du plan. Cette hiérarchie de la connaissance va générer la notion de reliance avec le sommet.

La reliance mémorielle dégénèrera en images archétypales puis en mythes et en croyances.

C’est ainsi que le maître, par la transmission, à vocation à incarner l’architecte sans l’être réellement et doit comprendre à son tour la nécessité d’établir une autorité surplombante pour bâtir en matière et ordonner aux ouvriers à partir d’un plan.

Par la transmission hiérarchique et initiatique, le maître intègre la nécessité de l’autorité qui naturellement s’agrège au divin car la connaissance fut-elle initiatique est supposée dans l’histoire de l’homme trouver sa légitimité en s’associant avec un ordre de provenance supérieure (reliance qui deviendra croyance et dogme).

Dans tous les cas la transmission des secrets du métier qui permet de mettre au jour le passage de la reliance (orthopraxie) à la croyance (orthodoxie), sont en occident sous la protection des rois et des princes. Les secrets de la voie artisanale démontrent l’articulation majeure qui fait passer l’homme de la reliance à la croyance et sont donc depuis la mort de l’architecte passées sous les autorités surplombantes royales ou sacerdotales.

La légende d’Hiram ne fait que relater la société fondée sur la hiérarchie de la connaissance initiatique qui passera sous la hiérarchie de droit divin, contemporaine des Stuarts avec les trois ordres initiatiques : l’ordre artisanal, l’ordre sacerdotal et l’ordre chevaleresque ou royal. Mais les guerres de religions contemporaines de la naissance de la maçonnerie spéculative vont raviver le fond initiatique de la reliance afin de dépasser les croyances concurrentes. La parole perdue puis substituée atteste de cette tentative de changement de paradigme. Les grades suivants celui de maître diront si cette tentative fut couronnée de succès.

1/ La représentation œcuménique et sa triangulation maçonnique

Le divin est une nécessité des premières sociétés et fait partie de notre paysage mental et spirituel jusqu’à devenir réalité sociale.

Grossièrement, la période du divin suit la période magique et précède la période de la raison. Il se trouve que l’homme porte en lui les trois lectures du monde suivant les trois langages. Les trois sensibilités sont en l’homme et font de l’homme un humain. C’est ainsi que les francs-maçons dans un souci œcuménique, voulant dépasser les oppositions religieuses du XVIIème et XVIIIème Siècles ont substitué le terme Dieu par le terme générique du Grand Architecte de l’Univers, donnant à ce substitut un aspect plus accessible pour le maçon spéculatif et associant l’acte humain terrestre à une pensée céleste.

C’est ainsi que s’amorce la redescente ou la dégradation de l’autorité surplombante.

La gradation initiatique est liée à l’explication du « divin » (synonyme de conscience éclairée), c’est d’ailleurs l’objet secret de la représentation par l’échelle double : l’accès à la conscience éclairée située au sommet est suivi de la redescente par un autre versant jusqu’au retour sur terre. A une gradation du divin succède une dégradation, ce qui correspond strictement au caractère prométhéen de la voie initiatique.

La légende d’Hiram respecte à son tour un ternaire royal sacerdotal et artisanal composé du Roi Salomon, de Hiram de Tyr et de Hiram Abif Ce sont les trois délégataires du GADLU, lui-même délégataire du Divin, mais l’autorité surplombante déléguée à Hiram va se dégrader à son tour par une transmission filiale à tous les maitres.

La dégradation se fait donc en trois temps :

1/ Dieu essence devient GADLU « sens et matière » qui a fait un plan transmis à David, ledit plan est la maison qui accueille la dimension essentielle dans la matière et la vie,

2/ le GADLU devient trois personnes (triangulation maçonnique) qui exécutent le plan : Salomon dans la suite de David, Hiram de Tyr, Hiram Abi, chacun représentant les trois ordres face au chaos en organisant les trois sensibilités historiques de l’homme : le magique (les cèdres du Liban, les richesses de la grande nature), le spirituel (détenteur des plans, des tables de la loi et de l’Arche) et le rationnel (le fondeur et l’organisateur du chantier).

3/ Hiram qui sait lire le plan suivant les trois sensibilités, et métamorphoser la matière devient par transmission filiale tous les maîtres qui ont perçu l’essence.

Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital.

C’est par Hiram en décomposition que la filiation essentielle et donc vitale se diffusera à tous les maîtres. La Lecture du plan sera possible par chaque maître à qui on a transmis les éléments de langage et les clefs de lecture.

Donc tout repose, dans cette voie initiatique, sur l’acquisition des éléments du langage des maîtres qui regroupent les trois consciences historiques de l’homme et aboutissent à une vision totale et vitale. Il serait aberrant de vouloir trouver dans la légende d’Hiram une transmission relative au principe de mort. Bien au contraire il se libère et se transmet au maître le principe de vie qui est l’essence même de la transformation de la matière et de l’évolution du vivant.

Cette architecturation « maçonnique » du divin, doublée de son anthropomorphisation royale nous fait dire que le divin est un « espace construit » et « réservé » de la conscience de l’homme, évoluant dans le sacré et qu’à ce titre le « maçon » en serait l’inventeur, l’auteur, le bâtisseur et le gardien (notamment dans les hauts grades). C’est ce qu’on appelle une spiritualité construite, nous ne sommes pas dans une spiritualité révélée ! La seule chose qui est initiatiquement révélée au maître, c’est la vision directement liée au niveau supérieur de langage ou à la conscience qu’on appelle aussi la lumière.

Le franc-maçon du XVIIIème siècle aurait reconnu le divin dans les facultés conceptuelles d’un architecte qui dessine ou exécute des plans, faisant une œuvre de l’esprit qui devient matérialisable et lisible par tout initié qui en connaît le langage. La transmission du GADLU à Hiram puis de Hiram aux Maîtres est ainsi établie en « lien filial » qui justifie l’expression suivant laquelle tous les maçons sont « frères » par l’initiation, par la perception commune du sens et de l’essence pour former la vision de ce qui il de grand en l’homme. C’est ainsi que, pour le franc-maçon adepte d’une orthopraxie, le divin qui ordonne le chaos est synonyme de conscience éclairée qui organise la pensée et les actes.

2/ Émergence d’une spiritualité construite fondant le « sacré-réel »

Donc le sacré est réellement accessible à la « construction » mentale du maçon puisse c’est lui qui construit le temple qui est la maison du divin !

Avec ce qui précède nous établissons la notion de « sacré-réel » qui est un sacré construit de la main de l’homme (le temple) et nous disons que la réalité intègre la spiritualité « construite » comme une faculté représentative et réalisatrice de l’homme. Cette spiritualité « construite » ferait corps avec la réalité. Cependant, elle n’est accessible dans sa construction, ses fondements et modalités d’expression que par un langage idoine dans un registre « caché » où perdu. C’est ici que se situe le problème.

Ce langage idoine est lié à la table à tracer des maîtres sur laquelle est figurée une authentique table de lecture en croix dédoublées (clef de lecture) dans laquelle prennent place des lettres ou des chiffres ou des syllabes formant ainsi une combinatoire du langage sacré. On comprend que la table à tracer des maîtres composée d’une double croix fut sans doute destinée à l’élaboration du plan et au langage sacré qui sont synonymes. L’alphabet maçonnique sera une variante ludique de cette clef de lecture composée d’une croix dédoublée formant les 9 cases d’une marelle combinatoire ou ennéade et d’une croix de Saint-André de 4 cases, qui tente au plan humain, de quadriller le cercle de la pensée, autrement dit d’expliquer par tout moyen rationnel la notion d’esprit. Notons que ces deux figures ont vocation à se superposer.

Ce jeu cryptographique sera justement reporté sur la pierre cubique à pointe qui constituera dans son déploiement le compendium mnémotechnique de la connaissance des clefs de lecture par le franc maçon de tradition. Le jeu, nous le savons pour les tarots notamment, le jeu de l’oie, les jeux d’échecs ou la marelle, le mât de cocagne, est une perception dégradée d’un langage supérieur lié à une organisation essentielle ou à un métalangage symbolique.

3/ Le registre perdu

Ce registre perdu est comme toutes les langues expression d’une intelligence et donc attaché à la mémoire, à la représentation mentale, à la cognition, aux des clefs structurantes, et probablement aussi, aux lois de correspondances (croix dédoublées de la table à tracer des maîtres), etc. Ce registre perdu serait initiatique, et à ce titre une combinatoire qui donne la vision globale et structure l’expression symbolique et subtile.

Il conviendra donc de rechercher les clefs qui font ce réel et les codes qui permettent de le lire ce « sacré-réel » dans un niveau de langage rehaussé. Nous verrons que ces clefs font toutes état d’un centre et ont pour point commun d’échapper « au temps réel » en se reliant directement à l’origine et à l’ontologie et donc à l’intemporalité. Ceci expliquant que si ces « clefs-modèles » échappent à la contingence, elles en constituent malgré tout la structure de base. (On notera que par transmission graduelle le REP donne à lire ces clefs, démontrant le caractère véritablement initiatique du rite, sans clefs il ne peut y avoir commencement de lecture, ni vision éclairée.)

4/ Du divin organisateur au grand architecte – l’autorité surplombante

Née de la geste créatrice, la parole nomme et classifie, mesure et organise les formes.

La parole étant liée à la création, peut-on s’inquiéter de la perte de celle-ci par l’autorité surplombante ou doit-on se réjouir que l’homme initié puisse reprendre possession de la geste créatrice. Toute création ne perdure et évolue qu’en relation avec un environnement organisé lisible par l’homme, le chaos serait en un certain point de vue une destruction d’un ordre pour le remplacer par un autre. Le franc-maçon déclare chaos toute destruction de vie et toute rupture avec la progression de l’homme sur le chemin de son humanisation. La parole perdue ne doit pas faire place à la parole de destruction de l’homme. Autrement dit, une autorité surplombante, lumineuse et organisatrice des progrès de l’humanité, ne doit pas être remplacée par une autorité de l’ombre.

L’autorité surplombante est le fruit de l’organisation des sociétés humaines qui joue un rôle dans la transmission et accapare le langage subtil né du langage non verbal et du langage symbolique. Ce langage doit rester l’expression d’une espérance.

L’autorité surplombante

Le rôle de l’autorité est d’organiser, arbitrer et préserver.

Le point commun des individus-tribaux est cette faculté d’élaborer ou de redécouvrir cette supra-conscience commune qui élabore le couple Dieu- autorité surplombante qui produira les lois comportementales et morales d’une société sédentaire. C’est par cette approche que l’on découvre les archétypes et les signifiants originels, et c’est par eux que l’on se donne encore des chefs et des autorités surplombantes. Sur la base de ce constat, il est donc possible de retrouver le cheminement qui mena l’homme à nommer dieu après l’acte humain le créant.

Le grand architecte appartiendrait encore au sacré réel du fait de sa proximité avec l’artisan. Le grand architecte on l’a vu n’est pas synonyme de dieu, mais de « conscience éclairée » dans les trois voies, artisanale, sacerdotale et royale. Au demeurant il utilise le compas et l’équerre comme un artisan, alors que le divin souffle sur la surface des eaux et utilise le logos.

Le choix délibéré de l’homme de se choisir un dieu ou un chef pour qu’il promulgue et légitime une norme (plans ou lois) qui s’impose à tous et ordonne ainsi le chaos humain est une démarche construite par l’homme. Cette démarche créatrice provoquera la mise en place d’une fonction sacrée.

La mémoire

L’organisation durable dépend de la mémoire.

Nous gardons tous la mémoire du « non-temps » et du « non-lieu » (le paradis perdu), et nous rêvons d’y faire retour, comme une nostalgie des origines qui hante l’humanité. Ce rêve est le même que l’acte de nommer Dieu, il est très ancien et il est perdu comme la parole, simplement parce ni la parole ni le paradis perdu, ni le Graal ne se trouve dans le domaine discursif et immédiat, ils demeurent enfouis dans la mémoire ancienne à laquelle on accède par le rêve et le symbole.

Relater toutes ces pertes (mémoire, parole, immortalité, etc.), c’est reconnaître l’amoindrissement de nos facultés cognitives et interprétatives en situation courante, mais c’est dans le cas de la parole perdue d’Hiram une réappropriation par l’homme des schèmes organisationnels (griffe du maître).

La perte est généralement due à l’éloignement du centre originel, on comprend alors que le chemin du rêve et du songe redonne une actualité au sens et au réel ancien. La difficulté consiste à ramener le sens dans l’ordre d’une volonté humaine oubliée qui faisait du divin un accessoire de l’organisation par l’homme de l’espace, du temps et des institutions. Finalement le divin va couvrir notre perte de mémoire et transformer cette reliance orthopaxique en croyance orthodoxe.

La parole perdue serait donc le moyen de recouvrir notre autonomie créatrice et organisationnelle qui demeure une orthopraxie fondée sur la lecture du monde et de soi.

La codification :

L’organisation implique une codification.

Le terme symboliquement utilisé par les francs-maçons pour ouvrir leurs travaux est le MIDI, soit un plus haut lumineux qui nous donne l’impression du temps suspendu. Toutes les civilisations ont des mythes communs qui attestent d’une unité primitive, suivant diverses modalités, mais qui ramènent toutes à celle du commencement. Plongées dans l’évolution et la différenciation, les générations successives semblent conserver un « germe » commun relatif au redressement du bipède face à la lumière, à son évolution de chasseur nomade vers celui d’éleveur puis dans les siècles à venir de jardinier sédentaire.

La lecture du monde et du vivant a évolué en même temps que le langage et l’interprétation de la lumière, mais certaines facultés se sont endormies alors que d’autres se développaient. La codification morale et légale s’installait en même temps que la codification du langage né des facultés cognitives, garantissant l’ordonnancement et l’échange.

Ces évolutions sont lisibles en franc-maçonnerie
dans le tableau de loge qui est une évocation narrative traduisant une représentation graphique et symbolique du penser et du faire ainsi que des limites d’expressions assignées au niveau d’entendement (grades). Le choix du vocabulaire se fait sur le mode de la transformation de la matière par l’intervention du discernement et de l’esprit. La construction symbolique par les outils instruments et matériaux, relate la grande aventure de l’intervention de l’homme sur le milieu naturel et trouve son orientation lumineuse dans la course du soleil et des étoiles. C’est la perception de la lumière que crée la compréhension du vivant.

Ce niveau d’entendement s’élève suivant le grade jusqu’à se rapprocher symboliquement du sommet de la montagne. Notons que le sommet de la montagne ou l’arbre ou l’échelle et la tour sont des marqueurs de la transcendance. C’est souvent au sommet de la montagne, marqueur de la transcendance, que se transmet le discernement, soit par révélation soit par épiphanie : le plan du temple (donnée par le divin à David), la vision d’Ezéchiel, les tables de la Loi (donné par le divin à Moise), le Livre Sacré (histoire de l’homme-dieu crucifié sur le Golgotha), Hiram enterré au sommet du mont Hébron puis dans le Saint des Saints, etc.

Ces visions et apparitions sommitales sont relatées dans les livres de sagesse comme structurant le langage symbolique. Il s’agit là de l’encodage des archétypes associés à l’ordonnancement du chaos par la lumière, c'est-à-dire la conscience éclairée, ils vont former le langage symbolique.

Cet héritage de la pensée symbolique et subtile élaboré dans les temps anciens, va rentrer dans le corpus de l’autorité surplombante qui, dans son processus de séparation du monde profane, met en forme ces figures majeures de la pensée universelle pour en faire croyances et structures du langage religieux.

L’oubli et la reconquête

Toute organisation s’appuie sur une sélection des données et images et l’élaboration d’un récit qui la légitime.

Cet ordonnancement éclairé du vivant est réalisé par une autorité surplombante dès l’origine. Mais cette autorité surplombante n’avait d’existence légale que par la volonté organisatrice des hommes. Ils devaient pour valider la toute-puissance de cette autorité divine ou royale, oublier qu’ils en furent les auteurs. Comment valider le couronnement d’un roi sans intervention divine ? Comment installer la filiation royale ? Comment décider d’une guerre juste sans validation divine ? Comment imposer une règle morale ou une loi réorganisatrice sans le lien légitimant du divin ?

En oubliant cette origine humaine de l’autorité surplombante, le divin prit son autonomie est s’imposa comme sacrum, dans une croyance qui assujetti et annexe tout les marqueurs symboliques et subtils du « sacré réel » telle que la pierre dressée ou de fondement, ou la sortie de l’esprit-essence du corps-substance lors de la mort.

Le nom du divin fut oublié en même temps que son origine humaine et le divin régna de lui-même dans les consciences en épousant et occupant marqueurs du « sacré réel » dans les transmissions et la tradition.

Retrouver la parole perdue veut dire retrouver l’origine du divin en l’homme qui est peut-être son propre paradis perdu, un âge d’or où l’homme était comme un dieu…en essence. On comprend que ce désir de reliance à plus haut dénote un manque de confiance en l’homme, en regard du chaos et des questions existentielles. On constate que l’autorité surplombante sans contre-pouvoir, a une tendance naturelle à oublier son origine humaine pour se rendre autonome et s’imposer aux hommes par l’action d’une caste et sa maîtrise du mystère et la subtilisation du langage symbolique et subtil.

Par cet oubli de l’origine humaine du sacré et de l’autorité on abouti au glissement du « sacré réel » vers le « sacré divin » autonome. C’est ainsi que le divin voilé et séparé ne devait et ne pouvait plus être nommé. Oublier son nom, c’était oublier son origine humaine… et l’origine humaine de la pierre dressée.

La légende d’Hiram permet donc a l’initié de reprendre possession de l’autorité et de l’idée surplombante. C’est la reconquête de l’étoile comme source d’inspiration par le maître du compas et de l’équerre

(Nous poursuivrons cette exploration de la parole perdue dans une prochaine publication)

E.°.R.°.

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La vérité et la parole perdue …

Publié le 21 Juillet 2026 par T.D

 

C’est la quête… Mais peu le savent !

« Vérité est la Lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et qui veut regarder. Le Devoir y conduit sûrement.».

La vérité est au-dessus de l’humain, elle est l’inaccessible étoile!

Elle est ainsi voilée par notre matérialité, seule la purification et la spiritualisation nous permettront de nous orienter vers ce qui est vrai. Il s’agira alors de passer de la quintessence au sixième sens.

Il faudra trouver le moyen de passer de l’individuation des sens pour aller au bout de la matérialité et ouvrir l’intelligence du cœur pour faire parler autre chose qui est en nous.

Vérité et parole perdue sont donc intimement liées car l’une et l’autre permettent de s’approcher d’une conception globale du principe, c’est-à-dire la connaissance Dieu, Grand Architecte de l’Univers.

Comme cette parole perdue nous est inconnue, s’éclaire alors une autre vérité qui nous est révélée, savoir « qu’il est plus facile de faire notre devoir que de le connaître», puisque le Devoir c’est la recherche de la parole perdue, c’est-à-dire de la connaissance originelle avant la chute de d’Adam.

La recherche de ce qui est perdu va devenir la quête de l’être dans son principe originel : ce qui a vraiment disparu pour nous, c’est la conception de l’Unité dans l’ensemble de l’ouvrage organisé par maître HIRAM et pour le continuer, du moins jusqu’à une certaine limite, il faudra bien envisager une solution de remplacement.

Lors de la mort de l’architecte HIRAM, et de peur que ses assassins ne découvrent l’ancien mot de maître, fut, d’un commun accord entre les maîtres partis à sa recherche, substitué, lors de la découverte du corps, un nouveau mot correspondant à celui prononcé en retrouvant son cadavre, ce mot substitué étant MOHABON (M B) qui signifie « le fils issu du père », mais qui semble aussi dériver de la distorsion en Hébreu des mots « Ma Haboneh », ce qui se traduit par « qui est l’Architecte ou le Constructeur (boneh = architecte) ? ou l’Architecte est frappé». Ce mot substitué est à d’autres rites prononcé « Mac Benah », improprement traduit par «la chair quitte les os »

La parole initiale, c’est-à-dire l’ancien mot de maître qui était donc encore connu d’eux lors de la mort d’HIRAM, n’est donc pas véritablement perdue, mais seulement remplacée pour la circonstance.

Comme HIRAM n’est plus, la tradition ternaire est rompue puisqu’il ne reste plus que Salomon et Hiram, roi de Tyr.

Dès lors l’ancien mot de maître n’est plus opérationnel et ne peut plus être valablement communiqué par les deux maîtres restants, ce qui empêche à l’avenir toute élévation à la maîtrise.

Muni de ce nouveau mot substitué, le maître devra tracer sa route vers la vérité qui lui est liée, vérité qui comme nous le dit Platon est « l’adéquation de la chose et de l’entendement ».

Cet épisode de la parole perdue découle directement de la bible, de la perte de la langue originelle et de la confusion des langues dans la Tour de Babel, cette dernière étant liée à l’orgueil de l’homme cherchant par là à atteindre le Ciel et la Connaissance.

La parole perdue, c’est cette disparition de la langue originelle, ce qui a retiré momentanément à l’homme les moyens d’une remontée prématurée et l’a obligé à faire l’expérience intégrale du plan de la matière puisque la perte de la parole a momentanément coupé sa conscience des plans supérieurs.

Mais quelle est donc cette parole perdue ? C’est la clé du secret maçonnique!

« Le Grand et Ineffable Nom du Grand Architecte de l’Univers, Moise seul en avait la prononciation qu’il tenait de Dieu; Moise défendît alors par une loi de prononcer jamais ce mot, ce qui fit que la vraie prononciation fut perdue; mais j’espère avoir un jour la connaissance de cette Parole Ineffable. »

Elle aurait été transmise au grand prêtre et correspondrait au tétragramme hébraïque dont la prononciation n’était connue que du grand prêtre du temple de Jérusalem prononcée une fois l’an lors des cérémonies annuelles du Kippour devant les autres prêtres assemblés qui faisaient beaucoup de bruit pour empêcher que les fidèles réunis dans le temple n’en entendent la prononciation.

Les seuls noms autorisés pour les profanes étant « HASHEM, c’est-à-dire « le Nom » ou ADONAI « Mon seigneur » en matière religieuse.

La quête incessante du maçon, dès la maîtrise et dans les grades supérieurs, est donc celle de la recherche de la parole sacrée et de sa vérité, d’abord dans son écriture originale c’est-à-dire dans son fort intérieur, puis s’il en est capable, dans sa prononciation ou vocalisation.

Le Sefer Yetsirah, le grand livre ésotérique juif de la formation, affirme que la création de notre univers fut effectuée par la manipulation des lettres formant le tétragramme.

« Il choisit trois lettres parmi les simples (dans le secret des trois lettres mères Aleph/Mem/Shin) et les fixa dans son grand nom (Yod/Hé/Waw) et scella avec elles les six extrémités (dessus, dessous, à l’est, à l’ouest, au sud, au nord)… Voilà les vingt-deux lettres (de l’alphabet hébraïque) avec lesquelles il a gravé EHYEH, YAH, YHWH, ELOHIM, ELOHIM YHWH, YHWH TSÉVAOT, ELOHIM TSÉVAOT, El SHADDAÏ, YHWH ADONAÏ… »

Les neufs rayons de notre tableau de loge comprennent neufs de ces noms :

« EL — ELOHA — ELOHEM — EHEL — EHHAI — JUDDAI — IAH — ELION — SEBAOTH sont pris du Nom de la Divinité depuis l’Alphabet des Anges et de l’Arche Cabalistique. »

Chacun de ces noms correspond à divers attributs de la divinité.

« Ce sont les Neuf Noms que Dieu donna lui-même à Moise sur le Mont Sinaï en lui faisant espérer que sa postérité aurait son vrai Nom. » dit notre rituel.

Nous devons donc cheminer de mots substitués en mots substitués, ces derniers nous permettant quand même de bâtir notre temple intérieur sans trop de problèmes et avec une certaine vérité : MOHABON, c’est l’architecte qui nous suffit pour affirmer notre début de spiritualité dans une dimension verticaliste.

La Vérité

La maîtrise du verbe et de la vérité, c’est-à-dire l’accès progressif au pouvoir sacerdotal identique à celui du grand prêtre, butera sur l’essence du principe suprême, et même si nous connaissons les lettres, nous ne connaîtrons jamais la prononciation, car elle est la vérité des vérités, le secret de nos origines : Dieu, Jéhovah, Allah ne sont aussi que des noms substitués.

On peut penser que la disparition du maître HIRAM liée à la disparition du tétragramme, était dés lors nécessaire pour donner naissance à des mots substitués, mots possédant une vérité à portée humaine.

La vérité absolue est inaccessible à l’homme, mais nous devons tendre sans arrêt vers elle, jusqu’à notre ultime initiation, lors de laquelle, peut-être, nous sera révélée la prononciation du vrai nom du grand architecte de l’univers dont René Guénon nous dit « qu’il n’est pas autre chose qu’une question et que la réponse à cette question, serait le vrai mot sacré ou la parole perdue ».

Mohabon, l’architecte, Ma Haboneh, qui est l’architecte ?

Nous sommes sûrs que chacun trouvera un jour dans la parole perdue à la graphie retrouvée, ce qu’il est capable d’y découvrir et qui deviendra sa vérité du moment.

Nous ne serons donc jamais autorisés en ce monde à prononcer la parole perdue, la faire vibrer à nos oreilles pour ébranler les niveaux supérieurs de la conscience, et accéder ainsi au monde supérieur de l’émanation, car nous ne sommes pas Dieu, le G.A.D.L.U : nous ne pourrons que l’épeler lettre par lettre, sans ne former aucune syllabe, ce qui est le propre du maçon depuis le début de sa progression vers le sacré (« je ne sais ni lire, ni écrire, je ne sais qu’épeler » …).

Personne ne parviendra jamais à découvrir cette parole de vie, porteuse d’un idéal de perfection, à la fois perdue et recouvrée, puisque son approche ne peut se faire qu’en l’épelant selon le système du syllabaire et jamais en la prononçant.

Chacun de nous ne pourra espérer s’en approcher qu’en s’efforçant de l’incarner lui-même.

Mais cette fantastique recherche nous aura construits et complètement initiés.

Sans oublier, comme nous le précise le Zohar, que la connaissance de tous ces noms de Dieu crée une immense vibration spirituelle qui est un puissant antidote contre l’énergie négative de notre ego qui nous empêche de dominer notre monde physique.

Ce qu’il importera au fond de combattre, ce ne sont pas les noms que les autres attribuent à la vérité, mais l’intolérance qui ferait croire qu’il y a un seul nom possible et les travers humains qui nous font attribuer le nom à ce qui nous arrange.

Yod

La parole que nous viendrons à découvrir ne sera valable que pour nous dans cet instant qui correspondra à celui de notre vérité matérielle du moment, ce qui nous indiquera que nous aurons alors vraiment trouvé en nous le YOD, le germe divin, seul capable de nous révéler notre propre signification de la parole perdue et donc de la vérité qui y est attachée, le YOD nous rappelant à tout instant que la divinité est toujours présente au cœur de la matière.

Après cette belle envolée philosophique et spirituelle, nous savons que tout est tourné vers la recherche de Vérité et de la Parole Perdue qui ne sont au fond qu’un car le mot est Créateur.

Le Temple du Roi Salomon

Hélas ! Chaque fois que l’homme tente de rivaliser ou d’égaler le Divin, il est confronté à lui-même, à la matière (Adam, le mythe de la Tour de Babel, le Temple de Salomon…).
Cette confrontation est due à la primauté de l’esprit sur la matière.

La tour de Babel

Cette lutte dynamique qui engendre tous les mots substitués est axée vers la parole originelle non accessible mais seulement devinée.

Le processus de progression que nous propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté est essentiellement basé sur de nombreux voyages avec souvent un regard en arrière ou dans le miroir. Il est fait de pertes et de retrouvailles, de chutes et rechutes, de transgressions et de sacrifices, tout cela de mots substitués en mots substitués, et de lettres en lettres épelées.

Les lévites

En fait, nous sommes des lévites, les serviteurs du temple.
Pour se mettre au service de Dieu, il faut être pur, abandonner les métaux à la porte du temple. (Les lévites n’avaient pas de terres.)

Avoir une conduite irréprochable et ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent.

Nous devons nous consacrer à ce qui est notre seul Devoir : Construire un temple de lumière.
Nous devons par notre conduite être ce temple lumineux.
Peut-être, y aura t-il alors une place assez pure pour faire rayonner l’Ineffable en nous? Sans cela tout perdra son sens.

Il ne nous restera que la vacuité insipide des mots et hélas, la cohabitation forcée avec des hommes à la lourde tunique de peau dont l’ego est tellement puissante qu’elle leur interdit a jamais l’accès à ce Saint Graal.

« Les gens ne devraient pas toujours tant réfléchir à ce qu’ils doivent faire, ils devraient plutôt penser à ce qu’ils doivent être. S’ils étaient seulement bons et conformes à leur nature, leurs œuvres pourraient briller d’une vive clarté. » Disait Maître Eckart

Alors pour terminer, je citerai Confucius : « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ».
Je crois bien humblement que j’ai compris que le temps m’est compté et qu’il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Alain Aussenac

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Qu’est-ce que la parole perdue ?

Publié le 21 Juillet 2026 par T.D

L'expression la parole perdue apparaît dans des rituels du 3e degré, où l'on parle aussi de la perte des secrets véritable du maître maçon. Il semble toutefois que les deux expressions soient relativement interchangeables ; ainsi le document Prichard de 1743 et l'instruction au 3e degré au rite écossais de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d'Avignon de 1774 disent-ils :

Q : pourquoi vous a-t-on fait voyager ? - R : pour chercher ce qui a été perdu.
Q : qu'est ce qui a été perdu ? - R : la parole de Maître.
Q : comment la parole fut-elle perdue ? - R : par la mort de notre respectable maître Hiram.

Un homme meurt, refusant de livrer un banal mot de passe pour se faire payer, connu de tous les maîtres, et un secret dont il était détenteur, par ailleurs, disparaît. Le secret n’est donc pas le mot de passe. Alors, est-ce un savoir que lui seul possède ? Est-ce une partie d’un mot à prononcer avec d’autres pour qu’il soit complet et efficient ? La parole d’Hiram serait-elle autre chose que celle d’un seul homme ? Que peut-être cette parole pour le franc-maçon d’aujourd’hui ? N’oublions pas que le mot Hiram porte en lui-même des mystères et parmi ses nombreuses traductions de l’hébreu, il peut aussi être lu comme HaReM qui désigne la chose cachée.

Le savoir personnel

Quel serait ce savoir ?

  • Au Rite York, à la mort d’Hiram, il est dit : « Il n'y a pas de plans sur la planche à tracer pour permettre aux ouvriers de poursuivre leur travail, et le G :. M :. H :. A.  a disparu ». Sur la planche, le maître d’œuvre modifie le plan selon lequel la construction du Temple devra s'effectuer. Cette planche sert en permanence de point de repaire pour l’ouvrage qui va être réalisé au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage est terminé, il doit se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. La conception théologique de l'art de la construction peut se résumer en une recherche de médiété parfaite entre la beauté pure qui n'appartient qu'à Dieu et le miroir que doit lui offrir, par son œuvre, l’architecte afin qu'elle se révèle aux yeux des hommes. Concrètement, ce qui fut perdu serait-ce cette capacité architecturale de concevoir l’édifice et de terminer l’œuvre ?
  • Mais allons plus loin. Hiram, a été envoyé par le roi de Tyr à Salomon pour ses savoirs aussi particuliers que ceux que possédait Betsaléel, le constructeur de l’Arche d’alliance du désert : il était habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter (II Chroniques, 2, 13 et 14).

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir», " בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ", vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » " אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת "

Ces trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, ou niveaux de conscience, sont les processus à l'œuvre des structures vivantes, correspondant aux 3 séphiroth  :     Hokhmah, la sagesse ; Tébouna, alias Binah, l’intelligence ; Daath, le savoir, la connaissance.

La somme de leurs valeurs guématriques, après réduction, est équivalente à ce qui relie les 2 colonnes Yakin et Boaz[1] qu’Hiram a fondues. La parole perdue serait-elle l’esprit d’Elohim, cette capacité de création, comme celle du maharal de Prague avec son Golem dont aurait été doté Hiram ?

John Yarker qui, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l'insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres. Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ?

De même, dans la présentation du rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de« Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué » ; l'utilisation d'abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l'information.

Dans son Miscellanae Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d'un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Voilà notre intérêt maçonnique éveillé.

Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours, mais intéressons nous à ce shamir ; essayons de trouver quelques sources à cette incroyable histoire.

Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d'outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l'injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m'ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre.

Voyons cela de plus près.

Ranulf Higden (1300-1363), dans son Polychronicon, cite la légende du ver de fendillement de pierre, qu'il nomme thamir.

Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran.

Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu'il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d'un grain d'orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d'un puits, rapporté à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

  • Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonides et d'autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu'il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l'avis des auteurs modernes, l'expression «montré à Shamir » indique clairement que c'était le regard d'un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante.  Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?
  • Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l'ère actuelle, se réfère à Shamir comme une «pierre verte», page 10 note 31 : le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance. Le nom dérive probablement de samir/ épine ou tranchant. Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ?

Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il fut utilisé pour les pierres du pectoral porté par le grand prêtre. D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre. On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver. Lors de la destruction du Temple, le shamir disparut

La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l'intérieur d'une boîte de plomb rempli de son d'orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c'était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert.

Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l'encre, et les pierres étaient exposées l'une après l'autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n'étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l'encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses

La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n'a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l'histoire, « le Shamir disparu », ne correspond pas à la traduction exacte texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir n'a qu'une seule signification : "Pour devenir inactif.". Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive

Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif?

La connaissance partagée 

Et si la « parole » était un ensemble d’éléments répartis entre plusieurs détenteurs dont la méconnaissance d’un seul entraînerait l’inefficacité du tout ? Un morceau de code en somme, un morceau de symbole !

Dans la légende, de fait, trois personnes forment un triangle : Salomon, le roi de Tyr et Hiram, les trois grands maîtres, chacun assigné à un rôle particulier et indispensable dans la construction du Temple. La légende dit que le Roi Salomon, Hiram Abiff, Roi de Tyr (1 Rois: 7:13), et Hiram Abi de la tribu de Dan (2 Chr.: 2:13) se sont réunis pour concevoir les plans de la construction du Temple, Salomon conçut, Hiram de Tyr fournit les moyens et Hiram réalisa l’œuvre. Nous apprenons que le grand savoir devait être gardé par ces trois personnes jusqu'au parachèvement du Temple. La parole leur aurait-elle été confiée en trois parties. Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle qu’ils incarnent. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital.

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ?

Les exégètes des rituels assimilent la prononciation du Tétragramme à la « parole perdue ». Elle devait être trisyllabique. La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée, même si elle s’écrit naturellement en quatre lettres. En effet, quatre (4) se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole et 3 à son aspect « essentiel ». Il est d’ailleurs à remarquer que le mot substitué  lui-même, dans sa prononciation rituelle, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément.

Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation recta dictio et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son Maître d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs en la dévoilant : il fallut donc changer cette parole.

Dans ce même registre, on remarquera que lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin, désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; serait-il le centre spirituel de la tradition qui fut perdu ?

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles, étant détournés de leur action bénéfique, d'être transformés dans un but malfaisant. Les initiations furent interrompues ; des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés. Les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher.

Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage d’une tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement

Que peut-être la parole perdue pour un F\M\ d’aujourd’hui 

Les remarques que nous venons de faire montrent que la parole perdue serait soit un savoir, soit une prononciation, soit une connaissance spirituelle ou magique soit encore la trace du passage d’une tradition à une autre. La parole perdue du F\M\ me paraît un peu différente. Nous ne pouvons faire l'erreur des mauvais compagnons qui croyaient que le secret du maître maçon relevait de la communication d'un savoir ; notre recherche est bien différente puisqu'elle se place sur le plan de la Connaissance, celui de l'être et du spirituel, de l'immanence et de la transcendance.

Dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte.

La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et d’un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages.

Il nous reste à nous interroger sur comment trouver cette parole ou comment lui en substituer une autre de même puissance.

À suivre…

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Branche Rouge d’Irlande

Publié le 20 Juillet 2026 par T.D

Le parcours initiatique de la Branche Rouge

 En cohérence avec la tradition celtique véhiculée au sein des rites forestiers, l'association l'Esprit des Forêts a retenu l'ordre chevaleresque de la Branche Rouge d'Irlande pour permettre à ses membres qui le désirent de suivre la voie initiatique de la classe guerrière. Cette voie d'élite nécessite un parcours préparatoire conséquent. Aussi l'entrée en chevalerie ne s'adressera qu'aux membres de l'Esprit des Forêts ayant atteint le grade de Nautonier. Les candidats devront en faire la demande expressive au commandeur du Faslairt (Camp en gaélique). Le postulant devra présenter devant une commission ad-hoc de membres de la Branche Rouge, un exposé sur sa vision de la chevalerie initiatique incluant ses motivations. En cas d'avis favorable de la commission, il sera proposé à l'initiation et sera reçu en tant qu'Homme d'Armes. Au bout d"un an de service probatoire, l'Homme d'Armes pourra ambitionner de devenir Ecuyer. Il devra alors se consacrer à l'étude des vertus chevaleresques: prouesse, noblesse et charité ainsi qu'à une initiation à l'héraldique. L'étude de cette dernière devra lui permettre, sous la direction du Roi d'Armes du Faslairt, d'établir son blason, image de l'âme du chevalier qu'il devra présenter en vue de sa cérémonie d'Armement. Il va de soi qu'une connaissance de l'Odyssée de la Branche Rouge ainsi que de la Matière de Bretagne nourriront idéalement l'imaginaire du candidat à l'initiation chevaleresque. Sans attendre, les postulants éventuels peuvent commencer par cette entrée afin de bâtir leur exposé necessaire à leur admission. L'initiation guerrière s'adresse autant aux femmes qu'aux hommes. 

 Le Cycle de la Branche Rouge d'Ulster

Le Cycle d’Ulster, aussi appelé Cycle de la Branche Rouge est le nom d'un récit appartenant à  la littérature irlandaise du Moyen Age. La Branche Rouge est le nom donné à une aile du château réservée à l'élite guerrière de chevaliers. Ils y sont traités avec égards en récompense des services rendus à la nation et en attente de leurs prochaines missions. Ce lieu préfigure sur terre le "banquet" paradisiaque qui accueillera les guerriers après leur trépas.  Cúchulainn (le "Chien de Culainn »  est le prototype du héros et l'un des personnages les plus importants de la mythologie celtique irlandaise, c'est un quasi-dieu. Sa force physique, ses pouvoirs magiques et ses soutiens divins en font un homme extraordinaire, capable de tout. Cúchulainn apparaît dans 76 récits, tantôt complémentaires, tantôt contradictoires. Son épopée est liée au règne des Tuatha De Dannan, la tribu originelle des Celtes. Dans le livre ci-contre, Roger Chauviré nous offre sa traduction en langue française de ce récit mythologique irlandais. "C'est dans un monde étrange, reculé et primitif que vous convie cette histoire. Un univers empreint de bruit et de fureur, régi par la règle stricte des lois tribales, où tout n'est que titanesques combats, furieuses courses de chars et merveilleux banquets... Il y plane la présence du héros plein d'ardeur guerrière, sujet aux métamorphoses fantastiques et que seuls peuvent arrêter les interdits magiques. Dans le Cycle de la Branche Rouge, ce héros mythique, c'est Cûchulainn, le fils du dieu Lug et le champion d'Ulster. Son destin unique le conduira à une existence sacrificielle et hors du commun. À l'instar du "Cycle de Finn" ou de la "Légende du roi Arthur", le "Cycle de la Branche Rouge", entre proto fantasy et ethnographie littéraire, appartient aux grands mythes du monde celtique, fondateurs de notre civilisation et sources d'inspiration pour nombre d'écrivains, de Lovecraft à Tolkien, en passant par R. E. Howard..." (4ème de couverture). La Branche Rouge peut s'apparenter à La Table Ronde du Roi Arthur. Ces textes nous décrivent la civilisation préchrétienne de l'âge du fer déformée par le prisme de ses rédacteurs, qui étaient des clercs. Mais sous le vernis chrétien, on retrouve le substrat celtique et la confirmation des témoignages de leurs contemporains. On voit une société guerrière, sous le contrôle de la classe sacerdotale des druides et des bardes. L’héroïsme du guerrier est mis en avant : le combat singulier sur des gués ou à bord de chars se termine par la mort de l’ennemi, dont on tranche la tête pour s’en faire un trophée. Ce rituel a pour but d’exhiber sa bravoure aux dieux, car seuls les héros peuvent avoir accès au Sidh et à la Branche Rouge d'en-haut. L'Ordre maçonnique intitulé La Branche Rouge d'Irlande fait aussi référence à la caste guerrière de la Branche Rouge. Mais celle-ci utilise comme support rituel une autre période de l'histoire irlandaise, celle du Roi Brian Boru au Xème Siècle qui réussit, tel Vercingétorix en Gaule, a réunir sous son autorité toutes les tribus d'Irlande pour combattre les envahisseurs wikings. On y est reçu Homme d'Armes puis Ecuyer et enfin Chevalier. L'idéologie y est fortement marquée par l'union des chrétiens contre les païens.

 L'Ordre de la Branche Rouge d'ERI (Irlande), une franc-maçonnerie celtique

À l’origine, les thèmes symboliques de la franc-maçonnerie sont tirés des outils et légendes du métier de tailleur de pierre et de différents épisodes bibliques, au premier rang desquels la construction du Temple de Salomon. Mais, dès les années 1730, la Maçonnerie va enrichir son corpus d’éléments empruntés au vieux fonds de l’ésotérisme occidental : kabbale chrétienne, néoplatonisme, hermétisme, alchimie, etc. Cet apport va faire toute la trame des hauts grades. Il y a pourtant un sujet que l’on y cherche en vain. Alors que « les secrets des druides » avaient beaucoup intéressé les néoplatoniciens de la Renaissance – notamment en France –, le celtisme est remarquablement absent de la symbolique maçonnique. À une exception près : le très peu connu ordre d’Eri. La franc-maçonnerie moderne plonge ses racines profondes en Écossé et en Irlande. On peut donc s'interroger sur les éventuels liens que pourrait entretenir la symbolique maçonnique la plus ancienne avec la culture et  l'imaginaire celtiques. C'est cette hypothèse qui a conduit le grand Georges Dumézil  à devenir maçon en 1930. On raconte que le 21 septembre 1716, le philosophe et libre penseur irlandais John Toland se tenait sur Primrose Hill et exhortait les druides de toutes les îles britanniques à se réunir à l’Apple Tree Tavern à Londres “un an et un jour d’ici” pour former An Druidh Uileach Braithreachas , le bosquet mère de l’ancien ordre des druides., le 22 septembre 1717, Toland est élu chef de l’Ordre reconstitué. Toland, qui était franc-maçon, est resté chef druide jusqu’en 1722, date à laquelle l’antiquaire, archéologue et franc-maçon William Stukeley a pris la relève jusqu’en 1765. Il y a une certaine controverse sur la chronologie de l’Ordre des Druides, avec certains historiens, notamment Ronald Hutton  qui déclare que l’Ordre des Druides dans sa forme actuelle a commencé vers 1909 ou 1912 lorsque George Watson MacGregor Reid (1862-1946) a créé le groupe. Quelle que soit la légende, il est intéressant de voir le lien possible (si faux soit-il) entre la franc-maçonnerie et le druidisme – notez le lieu et l’année particuliers que Toland a choisis pour la réunion (la Apple Tree Tavern) et l’année 1717. L’Ancien Ordre des Druides est une organisation fraternelle fondée à Londres en 1781, qui vise à promouvoir la bienveillance, l’amitié et la fraternité entre ses membres. L’AOD était structurée de la même manière que la franc-maçonnerie et s’inspirait d’un éventail de traditions diverses, y compris les anciens druides et les Templiers. Les thèmes druidiques ont considérablement influencé les rituels, les costumes et l’organisation de l’AOD. Par exemple, ils ont reconnu les solstices d’été et d’hiver et l’équinoxe d’automne comme des dates clés pour divers événements. Ils organisaient des cérémonies au sein de cercles de pierre comme Stonehenge et créaient une hiérarchie, qui reflétait l’ancien système de caste druidique. La Societas Rosicruciana in Anglia est une société maçonnique fondée en 1866 avec des liens étroits avec le druidisme. Il incorpore des symboles cryptiques, des rituels allégoriques et une sagesse ancienne issue d’un éventail de traditions ésotériques, notamment l’hermétisme, le gnosticisme, la Kabbale, l’alchimie et le druidisme. Le SRIA s’est inspiré des thèmes druidiques du secret, de l’initiation et de la poursuite de la connaissance. Le lien de la SRIA avec le druidisme est encore illustré par son affiliation à l’Ordre ancien et archéologique des druides (AAOD). En 1874, un   membre fondateur de la SRIA, Robert Wentworth Little, rassembla d’autres membres intéressés de la maçonnerie et fonda une société druidique qu’il appela l’Ordre ancien et archéologique des druides (AAOD). Bien que de nombreux maçons faisaient partie de l’ordre, il n’y avait aucune obligation d’être un franc-maçon pour rejoindre. L’Ordre Ancien et Archéologique des Druides (AAOD) a continué et en 1966, a été fusionné avec l’Ordre Littéraire et Archéologique des Druides (LAOD) . Différences entre franc-maçonnerie et druidisme Bien qu’il existe de nombreuses similitudes et connexions entre la franc-maçonnerie et le druidisme, il est crucial de reconnaître leurs différences marquées.

  1. La franc-maçonnerie n’a jamais prétendu se représenter comme une tradition religieuse singulière, alors que le druidisme représente les pratiques religieuses et spirituelles des anciens Celtes.
  2. Aucune preuve ne suggère que les anciens druides étaient une fraternité fraternelle comme les francs-maçons, et il n’y a pas non plus d’authentification historique de leurs rituels et pratiques.

Rapprochement ou simple inspiration ? Bien que les liens entre la franc-maçonnerie et le druidisme soient fascinants, il est essentiel de reconnaître que ces liens n’impliquent pas que la franc-maçonnerie est une continuation des anciennes traditions druidiques. Au lieu de cela, les organisations qui ont émergé du mélange de ces thèmes devraient être perçues comme des entités distinctes, distinctes à la fois de la franc-maçonnerie et du druidisme, s’inspirant des deux, mais pas complètement assimilées à l’un ou à l’autre. Pour conclure, les liens « franc-maçonnerie et druidisme » remontent principalement aux XVIIIe et XIXe siècles lorsque les francs-maçons s’intéressent aux thèmes druidiques. Bien qu’ils partagent certaines similitudes et certains aspects, tels que le symbolisme, les rituels, les enseignements moraux et les nuances philosophiques, leurs antécédents historiques et leurs philosophies fondamentales sont intrinsèquement différents. Les organisations qui incluent à la fois des influences maçonniques et druidiques doivent être considérées comme des entités inspirées séparément plutôt que comme une continuation directe de l’ancienne tradition druidique.

 

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Régiments et Loges militaires

Publié le 20 Juillet 2026 par T.D

Rappel du contexte historique :

…..Le 16 novembre 1688, Guillaume d’Orange débarque en Angleterre pour s’opposer au roi d’Angleterre, le catholique Jacques II. Le parlement anglais lui propose, avec sa femme Mary, de prendre la couronne des trois royaumes, Angleterre, Ecosse, Irlande. Après la bataille de la Boyne, Jacques II se réfugie en France et s’installe au château de Saint-Germain-en-Laye. Il est suivi par un premier contingent de soldats irlandais qui avaient combattu à ses côtés. Après la signature du Traité de Limerick fin 1691, l’Irlande est perdue pour les jacobites et nombre d’entre eux, tant civils que militaires, prendront également le chemin de l’exil, la tradition les désignant sous le terme de ‘‘Wild Geese’’ (les Oies sauvages). Pour le Roi-Soleil, les troupes irlandaises constituent un apport militaire non négligeable. Pour Jacques II, elles maintiennent un espoir de restauration. Pour les soldats irlandais, la position des régiments sur le continent était le symbole de la poursuite de la lutte pour la cause jacobite, d’une certaine manière pour la cause irlandaise. Le bloc des régiments irlandais passés en France est devenu un morceau d’Irlande rapporté sur le continent. Et nous retrouvons les Maçons Jacobites dans les corps d’armée. Roger Dachez précise : « En 1640-1641, les armées écossaises stationnèrent, au cours de leur progression contre les troupes royales, dans le nord de l’Angleterre. C’est alors que le 20 mai 1641, certains membres de la loge d’Edimbourg, servant dans l’armée écossaise, reçurent maçons R. Moray et Alexander Hamilton, ce dernier étant général de l’armée.

…..Ces deux personnages sont les premiers maçons spéculatifs connus à avoir été reçus en terre anglaise… mais ce sont des Ecossais ! ». Le général Hamilton a été créé chevalier par Charles Ier en 1643. Il passe en France où il est intégré à l’armée qui se bat contre la coalition germanique. Il est cité parmi des conjurés qui échoueront dans la libération de Charles livré aux Cromwelliens. En 1641, il visite la loge opérative d’Edimbourg, il persiste dans sa fidélité et ses tentatives de placer Charles II sur le trône. Après un essai avorté de soulèvement contre les troupes anglaises qui occupent l’Ecosse, il fuit pour se mettre à l’abri sur le continent. Nous nous référons à A. Kervella qui relève, dans sa correspondance de 1657, la revendication d’une marque de maçon que le général confirme dans une prestation de serment de citoyenneté à Maastricht en recherchant la caution du maître de la maçonnerie en cette ville, quelles que soient par ailleurs ses affinités intellectuelles de lecteur intéressé par l’alchimie et sa symbolique, l’essentiel de ses choix est commandé par sa condition de partisan d’un roi dont il a épousé l’exil et dont il espère le retour dans la patrie. Enfin, D. Stevenson, dans son ouvrage Les premiers francs-maçons nous rapporte ce qui suit : « Moray fut admis dans la loge le 20 mai 1641 à Newcastel : sans doute les maçons d’Edimbourg, recrutés dans l’armée comme éclaireurs, entrèrent-ils en contact avec Moray en travaillant sous ses ordres à des tâches comme la construction des camps, et décidèrent-ils d’organiser une réunion spéciale en territoire anglais afin de l’initier. Alexander Hamilton fut initié en même temps le 20 mai 1641 : le procès-verbal de son admission porte la date du 20 mai 1640, mais c’est probablement une erreur d’écriture dont on peut présumer que les procès-verbaux furent rédigés à Edimbourg quelques temps après l’événement. »

…..La dérive automatique du régime de Cromwell s’intensifia au fil des années, de sorte que peu de mois après son décès en décembre 1658, l’idée d’une restauration des Stuarts fit son chemin. Celle-ci intervient au printemps 1660, grâce au général Monk, commandant de l’armée du nord de l’Ecosse. Dans des propos tenus auprès d’Anton von Greusau en 1741, Michel de Ramsay invoquait de remonter le temps un siècle plus tôt pour expliquer que le général George Monk, principal appui de Charles II pour son rétablissement sur le trône, faisait partie d’une loge afin d’avoir toute facilité à ourdir son complot dans la plus grande discrétion. André Kervella précise à ce sujet : si nous nous replaçons dans l’actualité du contexte, nous devons penser que Monk, d’abord dévoué au parti parlementaire, change de cap, qu’il noue des contacts discrets avec Charles II exilé, qu’il le fait en relation avec des Francs-Maçons et que l’opération réussit, puisque le fils du roi décapité parvient à restaurer la monarchie outre-manche… Charles II fut proclamé roi et fait une entrée triomphante à Londres le 29 mai 1660. La restauration des Stuarts suscita chez les Irlandais de grands espoirs. Par la déclaration de Breda, le nouveau monarque promettant amnistie, clémence et liberté de conscience, favorisait un climat d’apaisement et de réconciliation unique en Europe. Charles II qui souhaitait régner sur tous les sujets britanniques ne fut pas exempt de lourds enjeux politiques, religieux et financiers, si bien qu’il eut recours à son puissant cousin Louis XIV qui lui accorda son soutien, moyennant ingérence dans les affaires intérieures britanniques… et pour ce faire confia à Louise de Kéroualle une mission d’espionnage qu’elle menât à bien en devenant la maîtresse de Charles II.  A sa mort en 1685 après sa conversion au catholicisme, Jacques II lui succède. C’est un autre catholique qui aura à régner sur une population très majoritairement protestante.

…..Suivra la Glorieuse Révolution qui provoqua en Irlande la deuxième vague importante d’émigration du XVIIe siècle avec la défaite des partisans de Jacques II Stuart surnommés Jacobites, et en 1661, nous relevons la création de la Loge de Darlington à Saint-Germain-en-Laye par les Régiments de Charles II. La Franc-Maçonnerie irlandaise fut la première à émettre, à partir de 1732, des patentes en faveur des régiments de l’armée britannique. Ces loges militaires, considérées régulières, sont rattachées à un régiment ou à une unité militaire dont l’Orient n’est pas fixe et varie en fonction des déplacements de la garnison et ces loges sont exemptées de toute redevance dès 1768. Actuellement, il existe encore quatre loges, dont la plus ancienne est La Loge Saint Patrick 4th 7th Royal Dragoon Guards n° 295 fondée en 1758. Sur les bases du répertoire du Grand Orient de France, l’obédience reconnaît à la loge Parfaite Egalité du régiment irlandais de Walsh (ancienne Loge de Dorrington à l’Orient de Saint-Germain) une ancienneté qui remonte au 25 mars 1688.

A. Kervella précise qu’il n’est pas improbable que des militaires se soient très tôt préoccupés de former des loges propres à leurs régiments respectifs, dont une placée sous le commandement d’Arthur, comte Dillon, né en 1670 dans le comté de Roscommon (Irlande), mort en 1733 est un officier irlandais jacobite passé au service de la France après la seconde révolution anglaise et la chute de Jacques II d’Angleterre. Le régiment de Dillon, qui a donné naissance à la Loge La Bonne Foi à l’Orient de Saint-Germain, était composé de déserteurs de l’armée britannique, en général irlandais. Dillon rappelle dans ses observations : ‘‘Nous affirmons de plus, que du moment que les régiments irlandois se trouvent opposés à des troupes angloises, les Irlandois catholiques, qui sont dans celles-ci, désertent en foule, pour venir rejoindre leurs compatriotes au service de la France. »

Nous pourrions citer d’autres Francs-Maçons militaires partisans des Stuarts, tels George Seton et David Nairne (dont la fille a épousé Ramsay), capitaine du Régiment Royal-Ecossais dans les années 1740.  Par ailleurs, d’autres loges militaires suivront ce mouvement, dont la loge française La Parfaite Union créée en 1759.

…….Est ici brièvement rappelée l’implication d’un armateur corsaire en la personne du célèbre Antoine WALSH, à l’origine de la construction à Nantes d’une frégate nommée «Du Teillay» destinée à rapatrier en Ecosse Charles-Edouard Stuart pour conduire l’expédition de Culloden. Nous relevons à cet effet dans un ouvrage de Patrick Villiers ce qui suit :

Antoine Walsh (toile le représentant avec Charles-Edouard Stuart) était non seulement au premier rang des armateurs de la place de Nantes, mais il était encore le plus influent comme en témoigne cette lettre du commissaire Du Teillay : « Monsieur Walsh est le plus fort armateur de ce port et je puis, sans partialité aucune, assurer Monseigneur qu’il est le plus intelligent et le plus porter à se presser aux besoins de l’Etat, que c’est lui qui a déterminé nos plus forts négociants à faire bâtir deux corsaires de 36 canons dont l’un a été lancé à l’eau depuis trois jours, qui sera incessamment suivi du second que l’on doit armer le plus promptement qu’il sera possible et qui a engagé le sieur Le Ray à faire la demande des deux frégates dans l’armement desquelles il est un des plus forts intéressés...».   La célébrité d’Antoine Walsh est à associer étroitement à celle de Dominique O’Heguerty (cf. boulevard des Jacobites).

…..A l’instar de tous les historiens qui s’appuient sur les textes de certains auteurs, qu’ils soient maçons ou non initiés, écrivains éditorialistes, rapporteurs, nouvellistes, tels que Gustave Bord dans son ouvrage ‘’La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815’’, qui constitue incontestablement une source de renseignements à ne pas épargner, nous reprenons donc ses propos concernant LES LOGES MILITAIRES, tel qu’il les décrit en page 489 et suivantes de son livre précité, parmi lesquelles nous avons retenue celles de Dillon et de Walsh.

…..Les Loges militaires ne semblent pas avoir été installées dans les régiments français avant 1759. Il est probable qu’elles ne se sont pas formées spontanément et qu’avant leur organisation officielle à l’Orient des régiments, de nombreux officiers fréquentaient les Loges civiles. Les régiments, en se déplaçant, étaient de merveilleux agents de propagande que la Franc-Maçonnerie n’eut garde de négliger. On créa même, après 1760, des Loges militaires qui n’étaient à l’Orient d’aucun régiment. Ces Loges eurent un rôle important dans le développement de l’Ordre : le nom de la plupart d’entre elles n’est pas parvenu jusqu’à nous. […]

Il est curieux de constater qu’aucune de ces Loges ne figure sur les annuaires. De qui tenaient-elles leur pouvoir. D’après les Loges qu’elles ont contribué à installer, il n’est pas douteux qu’elles étaient d’origine ou tout au moins de tendances jacobites ; l’Orient de Bouillon a peut-être aussi joué un rôle plus considérable qu’on ne l’a indiqué jusqu’ici dans le développement de la Franc-Maçonnerie française.

…..D’après la capitulation de Limerick, les officiers et soldats de l’armée jacobite avaient la faculté de suivre Jacques II ; il leur fut donc permis de rentrer en France. Les Gardes Irlandais, à l’exception de leur colonel, suivirent la destinée des Stuarts, et formèrent le Régiment de Dorrington ; un grand nombre d’officiers des autres corps les imitèrent. Réfugiés à Saint-Germain-en-Laye auprès de leur souverain auquel Louis XIV avait donné un somptueux asile, ils ne tardèrent pas à former un second régiment composé des membres les plus distingués de l’émigration jacobite. On retrouve les premières traces de la formation de ce régiment par la nomination de Charles Mac Carthy, comte de Mountcasbel au grade de colonel le 18 juin 1690. […]

Le 26 avril 1775, le régiment passa à Arthur, comte Dillon. C’est sous le nom de Dillon que ce régiment est plus connu dans l’histoire, en raison du rôle brillant joué par son premier bataillon dans les Antilles pendant la guerre de l’Indépendance américaine (1779-1783). […]

Est-ce que le Régiment de Dillon eut une Loge : je n’ai pu en trouver une preuve positive. Etant donné la composition de la Bonne Foi constituée à l’Orient de Saint-Germain en 1778, on peut douter que cette Loge soit sortie du régiment de Dillon, lequel n’avait du reste à cette époque aucune attache particulière avec Saint-Germain. Cependant, je relève parmi les officiers de ce régiment un grand nombre de Francs-Maçons […]. De 1760 à 1780, figurent : Bartholomew Radclyffe, lord Derwentwater, fils de Charles Radclyffe premier Grand Maître. […]

On peut admettre avec M. de Loucelles qu’à Saint-Germain était installée la Loge-Mère du rite jacobite, qui eut successivement pour grand maître : Jacques II, Jacques III et Charles-Edouard, et parmi les plus distingués, le duc de Berwick, fils naturel de Jacques II ; Jean Drummond, duc de Melfort, […] ; les Dillon, Ramsay, les Radclyffe, …

Je ne puis cependant admettre avec M. de Loucelles que le rite d’Heredom de Kilwinning avait son centre à Saint-Germain dont le château aurait été le véritable château de Kilwinning, ce dernier n’étant pas hypothétique. Dans le second volume (sic, ?), nous nous expliquerons longuement sur ce rite. Le château de Kilwinning existait bien réellement et fut pendant longtemps un centre maçonnique très remuant. Tout au plus, peut-on admettre sans preuves positives mais avec quelque vraisemblance, que la Loge-Mère de Saint-Germain usurpa les pouvoirs de celle de Kilwinning, en datant de ce dernier Orient des pièces en réalité écrites à Saint-Germain. Ce qui est bien certain, c’est qu’en 1771, il n’y avait pas en France dix Loges tenant régulièrement leurs pouvoirs de la Grande Loge d’Angleterre et qu’il n’y avait de rite écossais qu’en France et en Allemagne.

      Parmi ces régiments, l’un des plus fameux fut celui de Walsh qui abrita la Loge La Parfaite Egalité. Le Régiment de Walsh avait été levé en 1661 sous le nom de Royal Irish. Il devint le Royal Guards lorsque la garde personnelle de Jacques II se joignit à lui (cf. -entre autres- Charles Porset : Les premiers pas de la Franc-Maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Editions Maçonniques de France, Paris 2000).

     En effet, en 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d’Angleterre forma à Saint-Germain-en-Laye, un régiment sous le titre de Royal Irlandais. Ce régiment suivit la fortune des Stuarts sous le nom de Gardes Irlandaises. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du colonel lord William Dorrington, appelé à remplacer son ancien colonel le duc d’Ormond, qui avait embrassé le parti de Guillaume III. Jusqu’en 1698, il tint garnison à Saint-Germain, sous le nom de Garde Irlandaise, en dehors des cadres français, bien qu’entretenu par Louis XIV. Le 27 février 1698, il fut incorporé dans l’armée française sous le nom de son colonel, qui était toujours lord Dorrington. […] Ce régiment semble avoir eu la plus ancienne Loge reconnue par le G.O. de France. En effet, le 13 mars 1777, le G:.O:. admit que sa constitution primitive datait du 25 mars 1688, et que cette constitution avait été renouvelée le 9 octobre 1772 par la G.L. de France. Comment fut-elle installée à l’origine et de quelle puissance maçonnique tenait-elle ses pouvoirs ? Elle ne figure sur aucune des listes de Loges reconnues par les G:.L:. anglaises, et tout porte à croire qu’elle fut formée par la réunion de plusieurs frères, initiés antérieurement qui constituèrent la Loge de leur propre autorité. C’est du reste de cette façon que se formèrent la plupart des Loges françaises antérieures à 1743. Quel était son titre distinctif ? Il est probable qu’elle n’en ait pas eu au début. Je ne relève le titre de Parfaite Egalité qu’à partir de 1752, mais il est possible qu’elle l’ait porté antérieurement. […] En 1788 et 1789, son Vénérable est Walsh, capitaine commandant… Entra-t-elle en sommeil pendant la tourmente révolutionnaire ? Cela est possible, bien que j’aie tout lieu de croire que les Loges persistèrent dans la plupart des régiments, continuant une vie indépendante, sans rapport avec aucun pouvoir central.

ROYAL ECOSSAIS, formé par ordonnance du 3 décembre 1743  (Gustave Bord ne fournit pas d’autres renseignement qu’une liste de membres)

Le colonel comte de Drummond, duc de Perth, Louis Drummond de Melfort, Colbert Castlehiel, Stuart, David Nairne (cité plus haut),….

…..      Les régiments furent disloqués par les organisations de 1791 et de 1794. En 1791, les régiments remplacèrent leurs noms séculaires par de simples numéros d’ordre et, en 1794, par l’amalgame avec les bataillons départementaux, la plupart des régiments contribuèrent à la formation de deux demi-brigades.

Le 23 mars 1801, il se forma au 92e d’infanterie une Loge sous le titre de la Parfaite Union, qui ne semble avoir aucun rapport avec l’ancienne Parfaite Egalité à l’Orient du régiment de Walsh. A cette époque du reste, le 92e n’avait plus aucun lien de sang avec le 92e de 1791. Avant et après Fontenoy, des ordonnances royales pourvurent à la formation de quatre régiments écossais ou irlandais. Il est plus que probable que ces régiments eurent leurs Loges. Celles-ci néanmoins n’ont pas laissé de traces. Parmi les officiers de ces corps, depuis leur formation jusqu’à 1771, je relève les noms d’un certain nombre d’initiés.  […]

(Document déposé sur le site du Rite Ecossais Primitif en décembre 2013)

N.B.    Le lecteur intéressé par les Loges régimentaires d’origine écossaise et irlandaise trouvera un travail présenté dans notre onglet « Les chroniques écossoises », intitulé LOGES JACOBITES EN FRANCE, au sujet desquelles Simon Appleton a fait une étude et une compilation des sources historiques prenant référence chez Robert Ambelain et Gustave Bord.

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