Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

UNE OEUVRE "NOUVEL AGE": JONATHAN LIVINGSTON LE GOELAND

Publié le 7 Juin 2026 par T.D

 

Le livre "JONATHAN LIVINGSTON LE GOELAND" et le film du même titre ont été utilisés aussi bien en catéchèse qu'en liturgie. Et même certains enfants n'ont-ils pas été prénommés "Jonathan" en référence à cette oeuvre ?

 L'histoire du jeune goéland qui échappe au sort de son voilier d'origine en expérimentant des techniques audacieuses de vol, met en relief dans une première lecture, le courage, la persévérance d'un individu qui refuse la routine de ses congénères pour bâtir lui-même sa vie, dans l'épanouissement de toutes ses virtualités.

 Nous ne sommes pas des êtres réduits à "métro-boulot-dodo"! Les efforts de Jonathan le conduisent à la sagesse et à l'idée qu'on peut vaincre même la mort: nous sommes destinés à plus. Rien donc de plus honnête, exemplaire et stimulant, de même que conforme à une morale de la perfection, compatible avec l'idéal évangélique!

 On voit même à travers la figure de Jonathan celle de la vie du Christ. Telle est la première compréhension que beaucoup ont eue devant cette oeuvre. Compréhension renforcée par un certain romantisme surtout dans le film rempli de sommets aériens et d'infini océanique.

Un second regard cependant révèle que le récit est issu en fait d'une toute autre inspiration. En réalité, tous les thèmes gnostiques s'égrenent au long des péripéties et des aventures de la vie du jeune goéland

Par exemple: le refus de la condition de la masse ignorante, l'entreprise de libération appuyée uniquement sur les forces de l'individu, l'arrivée d'un guide lumineux, l'apprentissage dans une seule vie de ce que le bon peuple découvre après mille vies, les conditions de la future vie tissée à même ce qui a été appris au cours de la précédente, le voyage astral, la réincarnation, le refus de l'union avec le divin pour revenir sur terre comme guide, la fusion finale dans la pensée du Grand Goéland, etc...

La popularité de cette histoire qui aurait pu passer inaperçue comme un ordinaire conte pour enfants, manifeste que des fibres profondes ont été atteintes chez les gens. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi d'analyser ce récit à l'aide d'un certain nombre de clefs. Dès la présentation du livre, l'ambition est annoncée: LA RELIGION UNIVERSELLE, la spiritualité transreligieuse, au-delà de toutes les religions. "Jonathan le Goéland est universel, quelles que soient la philosophie, la race ou la religion du lecteur. L'enfant de douze ans, le prêtre catholique aussi bien que le disciple de Bergson ou le bonze oriental peuvent suivre le fil de son histoire, la comprendre et l'aimer.

Le thème dépasse un cadre national d'expression et de pensée." Bien entendu, dans une première lecture, on peut être sensible au fond commun que l'on retrouve chez tout homme de bonne volonté. Tous, quelles que soient leurs religions ou leurs races, sont hommes, créatures de Dieu à l'image et à la ressemblance de Celui-ci; et l'Esprit-Saint est à l'oeuvre partout.

 Cependant, en resituant le préambule dans l'ensemble du livre, l'idée de son auteur est beaucoup plus restrictive. Il se fait le chantre de cette religion universelle que nous annonce le Nouvel Age, la religion universelle de l'Age du Verseau. Et nous retrouvons là un des piliers de la pensée gnostique. Pour celle-ci, chaque nation comme chaque ère zodiacale a sa religion: le christianisme pour l'Occident, l'islam au Proche-Orient, l'hindouisme ou le bouddhisme en Orient, etc... le judaïsme à l'ère du Bélier, le christianisme à l'ère des Poissons, etc...

Mais, nous disent les gnostiques de tous les temps, au fond de toutes ces religions, il faut chercher le noyau secret et commun à toutes: la tradition primordiale que les hommes détenaient à l'origine sur un continent disparu, tradition que l'humanité a perdue et qui est cachée précisément sous la superficie des diverses religions. Des hommes ont su de siècles en siècles atteindre ce noyau:

ils étaient initiés mais ils étaient peu nombreux. L'ère du Verseau dans laquelle nous entrons doit faire apparaître au grand jour ce fonds commun désormais accessible à tous les hommes. Ce sera enfin la religion universelle, tellement supérieure à tous les sectarismes des religions insulaires ! A partir de là, précisons quelques notions gnostiques: * L'ESOTERISME (grec: esôterikos, réservé aux seuls adeptes) Il s'agit de la doctrine, de la connaissance de ce fameux noyau secret, atteintes par les seuls initiés.

C'est ainsi que Jonathan se plaint du "si petit nombre" de goélands qui savent. Déçu, il préfère rejoindre sur d'autres planètes des goélands qui partagent sa façon de pensée, "tous très intelligents et prompts à assimiler" l'enseignement des maîtres.

 Les milieux ésotériques aiment souligner dans les Evangiles que Jésus parlait aux foules en paraboles (avec tout ce que cela, selon eux, comporte d'enfantin et de superficiel), tandis qu'à ses disciples, il expliquait tout en secret. Les Apôtres étaient des initiés ! Mais, toujours aux dires des gnostiques, l'Eglise a occulté cet enseignement secret du Christ, l'a caché; il faut la clef par exemple du cinquième évangile, l'Evangile de Thomas, pour comprendre enfin la vie symbolique de Jésus et son message. A savoir que ce fameux évangile bien connu du Nouvel Age appartient aux Apocryphes, c'est-à-dire aux écrits des cercles gnostiques du premier siècle en marge de la Tradition apostolique, ouvrages non reconnus par cette Tradition.

 Autre remarque: la présence d'un noyau caché à l'intérieur de toutes les religions explique des recherches comme celle de Roger Garaudy converti au christianisme, puis à l'islam (très précisément à sa branche ésotérique: le soufisme) puis au bouddhisme, ou de Maurice Béjard. Elle explique aussi pourquoi les milieux ésotériques ne détournent jamais leurs adeptes, du moins dans un premier temps, de leur religion. Francmaçonnerie, Rose-Croix par exemple ne découragent pas leurs membres du catholicisme ou autre appartenance. Il peut même être conseillé de pratiquer la religion du pays où l'on se trouve, l'important étant ce qu'il y a en-dessous: le noyau secret et commun à toutes les religions.

 Un temps vient bien entendu où les religions sont dépassées et laissées au vestiaire... Ces religions constituent toujours dans le milieu ésotérique, ce que l'on nomme * L'EXOTERISME, c'est-à-dire les doctrines philosophiques et religieuses enseignées publiquement aux "membres du Clan" qui croupissent "misérablement au sol", pour reprendre l'expression de Jonathan: c'est pour le bon peuple qui n'a malheureusement pas l'intelligence de s'élever plus haut! Ainsi donc, nous avons deux catégories d'hommes religieux: - les "initiés" qui eux, savent, et se veulent des "spirituels"; - la masse "religieuse" qui se contente des déchets distribués par nos religions.

Cette idée est fortement symbolisée par le troupeau de goélands cherchant sa nourriture sur les tas d'ordures d'une décharge ou se battant pour manger les restes de poissons rejetés par les navires de pêche, tandis que Jonathan vole dans les hauteurs oxygénées. "La plupart des goélands ne se soucient d'apprendre, en fait de technique de vol, que les rudiments, c'est-àdire le moyen de quitter le rivage pour quêter leur patûre, puis de revenir s'y poser.

 Pour la majorité des goélands, ce n'est pas voler mais manger qui importe. Pour ce goéland-là cependant, l'important n'est pas de manger, mais de voler... Jonathan Livingston le Goéland aimait à voler par-dessus tout. Cette façon d'envisager les choses- il ne devait pas tarder à s'en apercevoir à ses dépens- n'est pas la bonne pour être populaire parmi les autres oiseaux du Clan. Ses parents eux-mêmes étaient consternés de voir Jonathan passer des journées entières, solitaire, à effectuer des centaines de planés à basse altitude, à expérimenter toujours." La tentation pour Jonathan sous la pression de son Clan est de consentir et d'obéir aux limites de son espèce: "Tandis qu'il sombrait, une étrange voix profonde parlait en lui. Il n'y a pas d'illusions à me faire, je suis un goéland. De par ma nature un être borné...

 Je dois me contenter d'être ce que je suis, c'est-à-dire un pauvre goéland borné... Désormais il serait un goéland comme les autres. N'oublie jamais que la seule raison du vol, c'est de trouver à manger! Jonathan, obéissant, acquiesça." La tentation de rentrer dans le rang et de renoncer aux sommets pour cette pauvre vie ordinaire, terrestre, incarnée. Mais Jonathan Livingston le Goéland n'est pas un oiseau ordinaire. Il appartient à une ELITE, quitte à être exclu des soi-disant siens: "Ce qu'il avait autrefois souhaité pour la Communauté, il le conquérait maintenant pour lui seul... il vivait pleinement une existence prolongée et belle...

Je suis un Exclu." Il n'est pas comme les autres. Tandis que le pauvre peuple croit, lui, il SAIT. Et nous touchons là un des traits principaux de la gnose, pour laquelle le salut n'est pas dans la foi mais dans la CONNAISSANCE: "OUBLIE LA FOI! lui répétait Chiang (le vieux Maître) sans cesse. Tu n'avais nul besoin d'avoir la foi pour voler, tout ce qu'il te fallait, c'était comprendre le vol, ce qui d'ailleurs signifie exactement la même chose." Le salut serait donc une question d'intelligence et de compréhension. "Ne les juge pas trop sévérement... En te rejetant, les autres goélands n'ont fait de tort qu'à eux-mêmes et un jour ils le comprendront, et un jour ils verront ce que tu vois." Celui qui sait est plein de commisération pour les pauvres croyants dans l'erreur et l'illusion, mais qui, un jour, seront illuminés. Jonathan quant à lui a tant et tant à apprendre, seul, en pleine mer. Pour sortir précisément de leur ignorance... jusqu'à l'illumination: "tu peux t'élever davantage encore, car tu as voulu apprendre.

Ton apprentisage élémentaire est terminé et il est temps pour toi de passer à une autre école. Jonathan le Goéland avait eu l'intuition, toute sa vie durant, qu'un jour elle S'ILLUMINERAIT de cet instant unique. Oui, ils avaient raison! Il volerait ainsi plus haut encore et le moment était bien venu pour lui d'aller vivre en sa vraie patrie." "Quelle percée vers l'avenir. C'était sans nul doute le plus grand événement de l'histoire de la Communauté des Goélands!

 Et dès lors une nouvelle ère s'ouvrirait pour Jonathan le Goéland! Combien désormais les perspectives de leur vie allaient s'étendre! Au lieu du terne labeur consistant à aller et venir entre les bateaux de pêche et le rivage, il allait y avoir pour eux une raison de vivre! Désormais ils pourraient sortir de leur ignorance, se révéler des créatures pleines de noblesse, d'habileté et d'intelligence. Etre libres!" Cela fait penser à l'enthousiasme d'une Marilyn Ferguson (auteur du livre "Les enfants du Verseau") selon laquelle nous serions à un seuil de l'humanité, qui va connaître un saut qualitatif: l'homme deviendrait enfin "conscient de sa conscience".

C'est l'ère du Verseau! Face à cet idéal, les religions apparaissent, sous la plume de l'auteur, comme des entraves mesquines à la liberté, un ensemble de lois et de morale indignes de l'élite: "Tout ce qui entrave cette liberté doit être rejeté, qu'il s'agisse d'un rite, d'une superstition ou d'un quelconque interdit. La seule loi digne de ce nom est celle qui montre le chemin de la liberté, dit Jonathan..." La religion n'enseignerait que nos limites... Or, Jonathan est sans limite...

Il choisit donc de devenir hors-la-loi. Le gnostique est au-dessus de la loi. Pour lui, il n'y a ni bien ni mal. Est bien ce qui me fait du bien, le mal n'étant qu'une imperfection, qu'un retard dans l'évolution vers l'absolu: "Il n'éprouvait aucun remords à se renier. De telles promesses étaient bonnes pour les goélands qui se contentent de la médiocrité. Lui qui a frôlé, qui a entrevu la perfection, peut se dispenser de les tenir!... Je serai un vrai horsla-loi...

 Nous sommes libres d'aller où bon nous semble et d'être ce que nous sommes, répondit Jonathan... en mettant le cap à l'est vers les territoires du Clan (malgré l'exclusion). Jamais, en dix mille ans, cette loi n'avait été transgressée. La Loi leur ordonnait de rester; Jonathan leur disait d'aller avec lui là-bas. Ma foi, après tout, si nous n'appartenons pas à la Communauté, pourquoi obéir à sa loi." La religion chrétienne enseigne la réalité de l'incarnation. A cela, Jonathan répond avec la pensée bouddhiste et nouvel-âge: "MAYA" c'est-à-dire "ILLUSION". La matière est illusion. Le sens donné au mot "incarnation" est alors tout différent.

Il s'agit d'une chute de l'esprit dans la matière, d'une concentration d'énergie comme la vapeur concentrée donne de l'eau. L'esprit, seule réalité, s'est abîmée dans la matière. Or, celle-ci n'existe pas. La prendre en considération serait s'aliéner. Au contraire, il s'agit de renverser le mouvement et de remonter l'échelle de cette dégénérescence et ce par palliers successifs. On parle alors d'évolution ou d'ascension. Le salut réside dans la connaissance de notre véritable identité. En effet, pour la gnose, l'homme est divin, et donc illimité comme Dieu: "Chacun de nous, en vérité, est une idée du Grand Goéland, une image illimitée de la liberté...

Le vol de précision n'est qu'un pas de plus franchi dans l'expression de notre vraie nature. Tout ce qui nous limite, nous devons l'éliminer. C'est le pourquoi de tout cet entraînement aux vols à haute vitesse et aux acrobaties aériennes..." Marilyn Ferguson qui a beaucoup contribué à populariser le Nouvel Age n'écrit-elle pas : "les limites de notre soi physique, de notre peau, sont une illusion; il n'y a pas de limites du tout." Le message va plus loin encore: ce n'est pas l'individu qui compte, mais le Soi présent en chaque être, qui forme comme un ensemble dépassant les éléments distinctifs: "toute la formation passa lentement sur le dos, par la droite, comme un seul et unique oiseau". On parle alors de réalité "transpersonnelle", qui dépasse la personne particulière.

Quant au CORPS, il ne saurait être un obstacle aux expériences de Jonathan: "Votre corps, d'une extrémité d'aile à l'autre, disait parfois Jonathan, n'existe que dans votre pensée qui lui donne une forme palpable. Brisez les chaînes de vos pensées et vous briserez aussi les chaînes qui retiennent votre corps prisonnier." Ces propos font penser à la récupération que fait le Nouvel Age de la technique holographique. L'objet que l'on voit, en relief, n'est en fait qu'une image-laser; il n'existe pas. Le monde est ainsi: c'est une construction de notre cerveau; c'est une illusion, c'est maya. Le corps n'est rien d'autre qu'un effet de la pensée! Mais bien entendu, une seule vie ne saurait suffire pour développer toutes les potentialités de l'être. Jonathan le Goéland, le film le souligne fortement, est une grande hymne à la REINCARNATION:

"Il y avait donc une limite à ce que son nouveau corps pouvait accomplir et bien que son ancien record fût pulvérisé, il était tout de même une frontière qu'il ne ferait reculer que moyennant un grand effort.

C'est injuste, pensa-t-il, il ne devrait pas y avoir de telles limites au Paradis... Dans les jours qui suivirent, Jonathan comprit qu'il y avait encore autant à apprendre sur le vol en ces lieux que dans l'existence dont il avait pris congé... As-tu idée du nombre de vies qu'il nous aura fallu vivre avant que de soupçonner qu'il puisse y avoir mieux à faire dans l'existence que manger, ou se battre, ou bien conquérir le pouvoir aux dépens de la Communauté ?

 Mille vies, Jon, dix mille! et cent autres vies ensuite avant que nous ne commencions à comprendre qu'il existe une chose qui se nomme PERFECTION, et cent autres encore pour admettre que notre seule raison de vivre est de dégager cette perfection et de la proclamer." Plusieurs réincarnations sont donc nécessaires pour échapper à la matière: remonter l'échelle de la chute de l'esprit dans la matière en parcourant tous les degrés de cette ascension. Jusqu'au degré suprême: la perfection.

Alors l'étincelle divine au fond du goéland se dégagera totalement de sa gangue. "Et pourtant, le jeune Jonathan le Goéland, qui avait vécu derrière ses yeux dorés, était toujours présent car seule son enveloppe extérieure changeait. Il se sentait toujours un vrai goéland, mais déjà il volait beaucoup mieux que son ancien corps n'avait jamais volé. Oui, pensa-t-il, je suis persuadé qu'avec un effort moindre je pourrais doubler ma vitesse et accomplir des performances deux fois supérieures à celles réalisées lors de mes plus beaux jours terrestres!"

 De corps en corps, de réincarnation en réincarnation, le goéland évolue inéluctablement vers la Perfection, le Vol absolu, illimité. Mais attention! Nous ne choisissons le prochain monde où nous vivrons qu'en fonction de ce que nous apprenons dans celui-ci. C'est la loi du KARMA.

 Souligons au passage que c'est nous qui choisissons notre terrain d'atterrissage; une théorie circule même dans le Nouvel-Age selon laquelle les enfants ont choisi les parents dont ils voulaient naître et ce, en fonction de leur désir plus ou moins intense de progresser. Dans cette progression interviennent des guides initiateurs, les MAÎTRES ou Anciens.

"Les deux goélands qui apparurent à toucher ses ailes étaient PURS comme la lumière des étoiles et l'AURA qui émanait d'eux, dans l'air de la nuit profonde, était douce et amicale... Nous sommes les tiens, Jonathan, nous sommes tes frères... Nous sommes venus te chercher pour te mener plus haut encore, pour te guider vers ta patrie." Voilà la vraie famille. On se souvient de la phrase prononcée dans "le grand bleu": ma vraie patrie est au fond.

 Ce guide est de même nature que le guidé: il n'est pas un sauveur. Et l'initié deviendra à son tour initiateur. On retrouve là la notion bouddhiste du BODDHISATVA, élément très beau du bouddhisme qui pense que des êtres très évolués peuvent par compassion renoncer à leur but, la fusion, pour venir au secours des autres, de leurs semblables, tant qu'il en restera un à "sauver", à initier pour qu'il se sauve.

"Au fils des jours, Jonathan se surprenait de plus en plus à penser à la Terre d'où il était venu. S'il avait connu la dixième, la centième partie de ce qu'il savait ici, combien sa vie s'en serait trouvée enrichie! Il demeurait posé sur le sable, se demandant s'il n'y avait pas quelque part là-bas, un goéland luttant pour échapper à la servitude, entrevoyant lui aussi dans le vol autre chose qu'un moyen de locomotion permettant d'aller ramasser un croûton de pain jeté d'une barque. Peut-être même y en avait-il un autre, réduit à la condition d'Exclu pour avoir proclamé sa vérité face au Clan.

" D'exercice en exercice, Jonathan le Goéland développe ses POUVOIRS. Cela s'appelle en langage "nouvel âge" les "techniques d'expansion de la conscience": "... heure par heure, chaque jour, ils s'exerçaient en vol aux techniques aériennes les plus avancées.

" "Par quelle magie avons-nous été transportés ici? ...question d'entraînement." Il suffit de vouloir un objectif, et la concentration l'atteint: "Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, il te faut commencer par être convaincu que tu es déjà arrivé à destination... alors Jonathan se concentra en pensée sur l'image des grands rassemblements de goélands survolant les rivages d'antan et avec l'assurance que donne l'habitude, il connut une fois encore qu'il n'était pas plume et os mais liberté et espace que rien au monde ne pouvait plus limiter.

" La concentration permet de "transcender" ses limites. Cela s'appelle en langage actuel une technique de visualisation! ou "méditation"! Rien n'est alors impossible à l'initié: "Tu dois pouvoir te rendre en tout endroit existant à tout moment où tu souhaites y aller, répondit l'Ancien. J'ai voyagé vers tous les pays et en toutes les époques auxquels j'étais capable de penser... un beau jour, posé sur le rivage, Jonathan fermant les yeux et se concentrant, eut la révélation subite de ce que Chiang voulait dire:

 "Mais oui, c'est vrai! Je suis un goéland parfait et sans limites!" Quand Jonathan ouvrit les yeux, il se retrouva seul avec l'Ancien sur un rivage différent...Nous sommes, de toute évidence, sur quelque planète dont le ciel est vert et à laquelle une étoile double tient lieu de soleil." Voici un langage que l'on retrouve aujourd'hui à chaque pas dans le Nouvel Age: voyages astraux, pouvoirs illimités de la pensée, pouvoirs de la concentration, etc. On pense aussi aux propos de Paco Rabane annonçant son futur départ sur une autre planète!

Qu'on songe encore aux prétentions d'un François Brune (cf. son livre: "Les morts nous parlent") ou aux recherches du chronoviseur (prendre en film une pièce de théâtre jouée en Grèce Antique par exemple): "Nous pouvons désormais nous mettre à travailler sur la durée, dit Chiang, jusqu'à ce que tu sois capable de survoler le passé et l'avenir et c'est alors que tu seras prêt à entreprendre le plus difficile, le plus puissant, le plus merveilleux de tous les exercices. Tu seras prêt à prendre ton vol pour aller là-haut connaître le sens de la Bonté et de l'Amour...

" Dans l'épisode de Maynard le Goéland, un jeune oiseau dont une aile est paralysée, Jonathan apparaît à un moment comme un THAUMATURGE, ou plus exactement comme un révélateur de ce que l'individu a tout en lui pour s'autoguérir: "Maynard le Goéland, tu es libre d'être à l'instant toimême, vraiment toi-même et rien ne saurait t'en empêcher. Ainsi dit la Loi du Grand Goéland qui est fondamentale. Voulez-vous dire que je suis capable de voler quand même ?

 Je dis que tu es libre... ...le Goéland, sans effort apparent, déploya ses ailes et s'enleva dans la nuit noire." Il n'est pas demandé au paralysé la foi en Jonathan, mais la foi en lui seul. A un autre moment de l'histoire, nous avons le récit d'une NDE (Near Experience Death) (ou "la vie après la vie"): le goéland Fletcher Lynd rate un exercice et s'écrase contre une falaise.

En fait, il vit dans son accident les diverses étapes décrites par le docteur Moody au sujet de gens parvenus aux portes de la mort. "Pour lui, ce fut comme si ce roc était la porte massive et solide s'ouvrant brutalement sur un autre monde.

Un sursaut d'effroi, le choc et le noir au moment de l'impact, puis il se retrouva dérivant dans un étrange ciel, sans mémoire, se ressouvenant, puis oubliant à nouveau, angoissé, triste et aussi navré, terriblement navré... Fletcher, au pied du rocher, remua la tête, déploya ses ailes et ouvrit les yeux...Il vit! Lui qui était mort est maintenant vivant! Le Fils du grand Goéland! Il l'a touché du bout des ailes! Il l'a ressuscité!"

 Dans leur ignorance, les membres du clan estiment que Fletcher était mort; or, finalement, la mort n'existe pas; c'était une NDE, ou un changement de niveau. Par ailleurs, ils crient tout de suite: Ressuscité! Or rétorque Jonathan: " Si tu es maintenant en train de me parler, alors de toute évidence tu n'es pas mort. Ce que tu as réussi à faire, c'est de sauter, d'une manière assez brusque j'en conviens, d'un niveau de connaissances à un autre. Tu as, à présent, le choix. Tu peux demeurer où tu te trouves et poursuivre ton étude à ce niveau qui -soit dit en passant- est considérablement au-dessus de celui que tu as quitté, ou bien tu peux revenir en arrière et continuer de travailler avec le Clan.

" La mort n'est pas la mort, elle n'est qu'un passage à un niveau supérieur de connaissance. Mais de toute façon, après une NDE, la personne est transformée. Ainsi donc le Paradis est-il au bout d'exercices de plus en plus pointus: après visualisations, télépathie, voyages astraux, etc... En fait, "le Paradis, c'est simplement d'être soi-même parfait..

. Sois persuadé, Jonathan, que tu commenceras à toucher au Paradis à l'instant même où tu accéderas à la vitesse absolue. Et cela ne veut pas dire au moment où tu voleras à quinze cents kilomètres à l'heure ou à quinze cent mille kilomètres à l'heure, ou même à la vitesse de la lumière.

Car tout nombre nous limite et la perfection n'a pas de bornes. La vitesse absolue, mon enfant, c'est l'omniprésence." "(Le maître) conversait tranquillement avec eux tous, les exhortant à ne jamais mettre fin à leur poursuite de la connaissance, à leur entraînement physique, à leurs efforts, en vue de comprendre le principe invisible de toute vie parfaite...

Jonathan, et ce furent là ses dernières paroles, continue à étudier l'Amour!" Ces propos signifient que la connaisance et le salut sont au bout d'une concentration, d'une méthode! La compréhension de toutes choses est au bout de l'effort de l'homme seul et non Don de la Grâce. Le but de la vie: "Quand finalement nous aurons transcendé l'espace et le temps...", les deux caractéristiques de la créature!

"Il n'y a pas de limites." Mais la pointe de l'oeuvre se trouve à la fin de l'histoire. Le jeune disciple, Fletcher, exprime son admiration à l'égard du maître, Jonathan: "Vous êtes un voilier exceptionnel, comblé de tous les dons et d'essence divine, bien au-dessus de tous les autres oiseaux." Réponse de Jonathan: "Jonathan! ...également connu en tant que FILS DU GRAND GOELAND, répondit son maître avec un humour froid...

 Regardez Fletcher, et Lowell, et CharlesRoland, et Judy-Lee! Sont-ils aussi des voiliers exceptionnels comblés de tous les dons et d'essence divine ? Pas plus que vous ne l'êtes, pas plus que je ne le suis. La seule différence avec vous autres, la seule et unique différence est qu'ils ont commencé à comprendre ce qu'ils sont vraiment et qu'ils ont commencé à mettre en oeuvre les moyens que la nature leur a accordés."

"Mais, Jon, je ne suis q'un goéland quelconque alors que vous êtes..." "...le Fils Unique du Grand Goéland, je suppose ? soupira Jonathan en contemplant la mer. Tu n'as plus besoin de moi. Ce qu'il te faut désormais c'est continuer de découvrir par toi-même, chaque jour un peu plus, le véritable et illimité Fletcher le Goéland qui est en toi. C'est lui qui est ton maître. Il te faut le comprendre et l'exercer... Ne les laisse pas répandre sur mon compte des bruits absurdes ou faire de moi un dieu. D'accord, Fletcher ?

 Tu sais, je ne suis qu'un goéland qui aime voler, pas plus..." Le message est clair: JESUS N'EST PAS DIEU, Jonathan-Jésus n'est pas le Fils Unique de Dieu! Jonathan-Jésus n'est pas Dieu, ce n'est qu'un homme plus avancé que les autres! Voir en lui, le Fils du Grand Goéland, le Fils de Dieu, c'est continuer de vivre dans le monde de l'illusion, le monde des religions, du christianisme principalement. Jonathan-Jésus est un Initié brillant, un esprit particulièrement doué:

"je n'ai jamais, sur un million d'oiseaux, rencontré un seul semblable à toi. Pour la plupart nous progressons si lentement! Nous passons d'un monde dans un autre qui lui est presque identique, oubliant sur le champ d'où nous venons, peu soucieux de comprendre vers quoi nous sommes conduits, ne vivant que pour l'instant présent... Mais toi, Jon, tu en as tant appris en une seule vie que tu n'as pas eu à voyager au travers de mille vies avant d'atteindre celle-ci." Jésus dans son incarnation-crucifixion-ascension a accompli tout le parcours! Mais il a eu lui-même besoin d'un initiateur.

Cela fait penser à l'idée qui circule chez certains gnostiques selon laquelle Jésus serait aller recevoir l'initiation chez les Esséniens ! Jonathan-Jésus est un boddhisatva: initié, ayant même atteint le but, il y a renoncé par compassion. Jésus est un Initié qui par amour pour nous s'est incarné afin de nous partager son initiation. L'esprit christique est en tous; nous sommes tous divins, et le salut, c'est précisément de savoir que je suis dieu! La divinité est ma nature. Nous sommes là loin de la notion de création, la créature n'étant pas Dieu ni de même nature que Dieu! Tous sont des goélands; cela signifie que nous sommes tous de même nature que le divin, le grand TOUT. C'est ce qu'on appelle le monisme: une seule réalité, tout est un, tout est divin, tout est énergie christique. Une énergie christique à la disposition de l'homme depuis toujours: "cette façon de voler a toujours été là, à la portée de tous, prête à être apprise par quiconque la voulait découvrir; cela n'a rien à voir avec notre temps.

Tout au plus sommes-nous peut-être en avance sur une mode, en avance sur la façon de voler de la plupart des goélands." Nous avons ici la négation de l'histoire sainte, négation de la pédagogie de Dieu opérant dans le temps, notre salut: lorsque les temps furent accomplis! Contrairement au temps biblique, linéaire, la conception gnostique considère le temps comme immobile et cyclique. Conclusion:

"Mais, Jon, je ne suis q'un goéland quelconque alors que vous êtes..." ..."le Fils Unique du Grand Goéland, je suppose ? soupira Jonathan en contemplant la mer. Tu n'as plus besoin de moi. Ce qu'il te faut désormais c'est continuer de découvrir par toi-même, chaque jour un peu plus, le véritable et illimité Fletcher le Goéland qui est en toi.

C'est lui qui est ton maître. Il te faut le comprendre et l'exercer... Ne les laisse pas répandre sur mon compte des bruits absurdes ou faire de moi un dieu. D'accord, Fletcher ? Tu sais, je ne suis qu'un goéland qui aime voler, pas plus..." Comme écrit le poète White, bien cité dans le Nouvel Age: "en renversant Dieu, l'homme se retrouve lui-même; il est temps que Dieu soit remis à sa place, qui est dans l'homme". D'ailleurs, la dédicace du livre annonçait bien la couleur: "A ce Jonathan le Goéland qui sommeille en chacun de nous".

Pour conclure cette analyse de "Jonathan Livingston le Goéland", on peut comprendre qu'une telle oeuvre ait connu le succès, par toute l'aspiration à la vie spirituelle, à la liberté et à l'épanouissement qu'elle symbolise, sur un fond d'azur et d'océan. Cependant, la magie des images ne saurait faire oublier le texte. Le danger d'une telle oeuvre réside en fait dans l'impact qu'elle a sur l'affectif jusqu'à la mise en sommeil du discernement et de la vigilance. C'est pourquoi il convenait de soulever l'ambiguité de ce livre et de ce film

"Jonathan Livingston le Goéland". Parce que:

1°/ L'Eglise ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les religions non chrétiennes; au contraire, elle considère avec respect leurs doctrines qui diffèrent de la sienne en beaucoup de points mais apportent souvent un rayon de la vérité qui éclaire tout homme. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie", dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses (Déclaration

 "Nostra aetate" du Concile Vatican II)

. 2°/ Ce Christ n'est pas un grand Initié, homme particulièrement doué et plus évolué que les autres. Nous croyons qu'il est "le seul Seigneur", "le Fils unique de Dieu", "vrai Dieu, né du vrai Dieu", "de même nature que le Père" (Symbole de Nicée-Constantinople).

 3°/ Le message du Christ est pour tous; il n'y a pas de place pour l'élitisme en christianisme. La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres et les simples comprennent.

 4°/ Le salut n'est pas une affaire de connaissance intellectuelle et de pouvoirs paranormaux. "Je vis dans la foi au Fils de Dieu: il m'a aimé et s'est livré pour moi" dit st Paul. Le salut est Don de Dieu, grâce. Il ne peut en aucune manière être autorédemption.

5°/ La vie incarnée, l'ordinaire de tous les jours, ne sont point méprisables.

L'homme n'est pas un pur esprit tombé du ciel dans une matière détestable. Quand Dieu crée le monde, et donc cette matière, il estime que c'est bon et positif. Et le Paradis ne consiste pas à fuir notre condition par toutes sortes de prodiges autosuffisants. La vie du Royaume est éminemment relationnelle, relation de Dieu avec ses fils et filles, relations des hommes entre eux.

L'image de la vie éternelle courante dans les évangiles est celle d'un banquet. On est loin des acrobaties aériennes de Jonathan, tellement solitaires et autosuffisantes.

 6°/ Par nature, nous sommes hommes et non pas Dieu. Nous sommes créatures et non pas émanation du grand Tout. Nous sommes limités: nous sommes des êtres situés dans la réalité du temps et de l'espace. Et si nous sommes appelés à partager la vie même de Dieu, ce n'est à coup de conquêtes, de records et de réincarnations, mais par don gratuit de Dieu. De plus, notre voc

7°/ L'homme libre n'est pas celui qui fait n'importe quoi, mais celui qui marche dans la fidélité à la Parole de Dieu, dans la docilité aux repères qu'elle nous donne. Etrangeté donc que le succès de "Jonathan Livingston le Goéland" dans des milieux chrétiens. Ambiguité d'un tel ouvrage capable de susciter pareil engouement et d'endormir toute vigilance... http://gamaliel21.pagesperso-orange.fr/06%20PS12.htm

commentaires
Publicité

Le Rite Écossais Rectifié et la Kabbale : une fusion ésotérique chrétienne

Publié le 7 Juin 2026 par T.D

Le Rite Écossais Rectifié (RER), né au Convent de Wilhelmsbad en 1782 sous l'impulsion de Jean-Baptiste Willermoz, intègre des éléments kabbalistiques via la doctrine martinésienne de Martinez de Pasqually, transformant la maçonnerie templière en voie initiatique de réintégration spirituelle. Cette synthèse judéo-chrétienne, centrale sur le Prologue de Jean (Jn 1:1-18) ouverte sur l'autel du Vénérable Maître, évoque la Lumière primordiale du Verbe (Logos/Memra) comme restauration de l'état édénique perdu.

Origines kabbalistiques du RER

Martinez de Pasqually, fondateur des Élus Coëns (1754), puisa dans la Kabbale juive (Zohar, littérature luriantique) et chrétienne pour son Traité de la Réintégration des Êtres (1779), adopté par Willermoz dans les Leçons de Lyon et les rituels RER. Willermoz épura la théurgie coënne mais conserva l'ésotérisme : émanation divine en cercles concentriques (immensité surcéleste/céleste/terrestre), chute des esprits prévariateurs dans la matière, et réintégration par vertu christique, miroir des Séphiroth et de l'Adam Kadmon kabbalistiques.

Concepts kabbalistiques dans la doctrine martinésienne

La cosmogonie de Pasqually reprend l'émanation de l'Ayin Soph (Infini divin), structurée en puissances dénaires (10 esprits supérieurs) et loi ternaire (eau/terre/feu ; soufre/sel/mercure ; Pensée/Volonté/Action), évoquant les triades séphirotiques sans permutatio linguistique du Sefer Yetzirah . Le Verbe créateur repose au Memra hébraïque et à la Shekinah, force divine transcendant la matière privative issue de la prévarication luciférienne, pour une théurgie angélique visant la reconquête des qualités primitives.

Rôle rituel du Prologue de Jean

Dans le RER, l'Évangile ouvert au Prologue (Jn 1:1-14), tourné vers les Frères sur l'autel, symbolise la "Vraie Lumière" perdue à la chute et restaurée par l'Initiation : du grade d'Apprenti (réception de la Lumière) aux chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, dépendant Logos johannique à la Sagesse d'En-Haut (Chokmah) et à la Justice (Tsedekah). Cette pratique distingue le RER des rites bibliques généraux, unissant Kabbale primordiale et évangélique pour une quête gnostique : devenir enfant de Dieu par imitation du Christ-Réparateur.

Synthèse et héritage

Le RER traduit la Kabbale en maçonnerie chrétienne pré-nicéenne : macrocosme émanatif et microcosme humain s'unissent via des vertus (charité, confiance), libérés des dogmes pour un humanisme spirituel actif. Sans influence directe du Sefer Yetzirah , cette filiation ésotérique judéo-chrétienne (gnosticisme originel, Renaissance kabbalistique) confère au rite son aura unique, croisant tradition hébraïque et Salut templier.

commentaires

DEBARQUEMENT EN NORMANDIE , LE FRANC-MAÇON QUI FIT COMMENCER LA GUERRE À UTAH BEACH

Publié le 6 Juin 2026 par T.D

by A.S.

Le 6 juin 1944, sur la plage d’Utah Beach, un homme âgé de 56 ans, affaibli par les blessures de la Première Guerre mondiale et marchant avec une canne, débarque avec la première vague d’assaut. Cet homme n’est pas un simple soldat. Il est général de brigade. Il est le fils d’un président des États-Unis. Il est aussi franc-maçon.

Son nom : Theodore Roosevelt Jr.

Alors que beaucoup auraient choisi la prudence, lui demanda à trois reprises l’autorisation de débarquer avec ses hommes. Non pas derrière eux. Non pas après eux. Mais devant, dans la première vague, là où le feu ennemi frappait le plus durement.

Lorsque les troupes américaines touchèrent terre, les courants les avaient déportées à plusieurs kilomètres de leur objectif initial. La situation aurait pu devenir catastrophique. Mais Roosevelt Jr. évalua rapidement le terrain et lança cette phrase devenue célèbre :

« Que la guerre commence ici ! »

Cette décision, prise dans l’urgence, transforma une erreur de débarquement en point d’appui stratégique. Là où d’autres auraient vu un échec, il vit une possibilité. Là où la confusion menaçait, il imposa le calme. Là où la peur pouvait paralyser, il donna l’exemple.

Un chef au milieu de ses hommes

Theodore Roosevelt Jr. n’était pas un chef de bureau. Il était de ceux qui considèrent que commander, ce n’est pas seulement donner des ordres, mais assumer le risque avec ceux qui les exécutent.

Sous les tirs allemands, il parcourut la plage, orienta les unités, rassura les soldats, indiqua de nouveaux objectifs et contribua directement à l’établissement de la tête de pont en Normandie. Son attitude inspira les troupes et permit de limiter les pertes dans un moment d’extrême danger.

Le général Omar Bradley dira plus tard que l’acte le plus héroïque auquel il avait assisté pendant la guerre fut celui-ci : Ted Roosevelt sur la plage d’Utah.

Cette phrase suffit à mesurer la portée de son courage.

Un franc-maçon face au fascisme

Theodore Roosevelt Jr. fut élevé au grade de Maître Maçon en 1920, au sein de la Loge Matinecock n° 806, à Oyster Bay, dans l’État de New York.

Ce détail n’est pas anecdotique. Car le combat du Débarquement ne fut pas seulement une opération militaire. Il fut aussi un combat de civilisation. Il opposa deux visions du monde : d’un côté, la liberté, la dignité humaine, la liberté de conscience ; de l’autre, le totalitarisme, la haine, l’écrasement de l’individu et la soumission des peuples.

La franc-maçonnerie, lorsqu’elle demeure fidèle à son idéal, ne peut être neutre face au fascisme. Elle porte en elle une exigence de liberté, de fraternité, de progrès moral et d’émancipation de l’esprit. Le fascisme, lui, repose sur le culte du chef, le mensonge organisé, la désignation de boucs émissaires, le mépris des droits humains et la destruction de toute pensée libre.

Entre les deux, il n’y a pas de compromis possible.

Les quatre libertés comme boussole

Avant même l’entrée en guerre des États-Unis, Franklin D. Roosevelt avait formulé les célèbres quatre libertés : liberté d’expression, liberté de religion, liberté face au besoin et liberté face à la peur.

Ces libertés devinrent une boussole morale dans la lutte contre les régimes totalitaires. Elles rappelaient que la guerre menée contre le nazisme ne se limitait pas à une bataille de territoires. Elle était aussi une défense de l’humain contre la barbarie.

Theodore Roosevelt Jr., cousin de Franklin D. Roosevelt, incarna physiquement cette idée. À Utah Beach, il ne défendait pas seulement une position militaire. Il défendait une certaine conception de l’homme : libre, responsable, digne, debout face à la tyrannie.

La canne, le sable et le courage

L’image est puissante : un général blessé, avançant avec sa canne sur le sable de Normandie, au milieu des tirs, pour guider ses hommes.

Cette image devrait parler à tout franc-maçon.

Car le travail maçonnique n’est pas seulement affaire de discours, de symboles et de belles paroles. Il interroge notre capacité à mettre nos principes en action. Que vaut la liberté si personne ne se lève pour la défendre ? Que vaut la fraternité si elle ne s’exprime pas dans l’épreuve ? Que vaut la lumière si elle reste enfermée dans le Temple ?

Theodore Roosevelt Jr. rappelle que l’initiation véritable ne consiste pas à se croire supérieur, mais à devenir plus responsable. Elle ne consiste pas à fuir le monde, mais à y agir avec courage, lucidité et droiture.

Mourir après avoir servi

Theodore Roosevelt Jr. mourut d’une crise cardiaque le 12 juillet 1944, un peu plus d’un mois après le Débarquement. Il fut décoré à titre posthume de la Medal of Honor, la plus haute distinction militaire américaine.

Il repose aujourd’hui au cimetière américain de Normandie, parmi ceux qui donnèrent leur vie pour libérer l’Europe.

Son nom mérite d’être rappelé, non pour glorifier la guerre, mais pour honorer ce qu’il défendit : la liberté contre l’oppression, la dignité contre l’inhumanité, la conscience contre l’aveuglement.

Une leçon maçonnique pour aujourd’hui

Se souvenir de Theodore Roosevelt Jr., c’est rappeler que la franc-maçonnerie n’est pas compatible avec toutes les idéologies. Elle ne peut se reconnaître dans les systèmes qui écrasent la liberté de penser, qui manipulent la vérité, qui divisent les peuples et qui érigent la haine en programme politique.

Le fascisme et la franc-maçonnerie sont deux mondes opposés.

L’un veut soumettre.
L’autre veut élever.
L’un exige l’obéissance aveugle.
L’autre appelle au discernement.
L’un fabrique des ennemis.
L’autre cherche des Frères.

Sur le sable d’Utah Beach, Theodore Roosevelt Jr. n’a pas seulement conduit des hommes au combat. Il a incarné cette vérité simple : les valeurs ne valent que si l’on accepte, un jour, d’en payer le prix.

Et c’est peut-être là que commence réellement le travail du Maître Maçon : non dans les mots qu’il prononce, mais dans le courage avec lequel il les rend vivants.

commentaires

REAA14

Publié le 6 Juin 2026 par T.D

Nous voici conduits à cet Infini, dont le nom hébreu "En Soph" vous a été révélé.

        Vous connaissez aussi"Malkuth" ou le Royaume dont vous êtes Maîtres, puisque vous le circonscrivez avec votre compas mental.

        Mais est-il possible de relier le Fini à l'Infini, le Concret à l'Abstrait, Malkuth à En Soph ? Nos prédécesseurs de l'Antiquité se sont posé la question, et vous savez déjà comment ils l'ont résolue, puisque vous avez traversé successivement les neuf voûtes kabbalistiques, caractérisées chacune par le nom d'un des Sephiroth.

        Ce n'est point ici le lieu de vous enseigner en détail la doctrine des Sephiroth ou Nombres sacrés de la Kabbale. Les livres ne manquent pas et vous pourrez l'étudier à loisir. Pour orienter vos méditations sur ce sujet, efforcez-vous cependant de retenir les notions suivantes :

        Frère Gardien de la Tour, qui veillez à notre sécurité et à ce titre observez le monde extérieur veuillez nous dire ce qu'il faut penser de Malkuth

LE FRERE GARDIEN

        Malkuth signifie  ROYAUME. Or L'homme est le Roi de tout ce qui est à sa portée: il est appelé à régner sur l'Univers objectif, qui est son Royaume.

        Le domaine de notre activité n'est d'ailleurs qu'une immense fantasmagorie, que l'Initié ne doit pas confondre avec la réalité vraie. Celle-ci ne tombe pas sous les sens; elle échappe aux méthodes d'investigation de la science expérimentale. Le savant moderne, armé de ses instruments d'observation, se condamne à ignorer ce qui se cache derrière Les apparences des choses si, à l'exemple du philosophe ou du véritable Sage, il ne s'applique pas à sonder l'Inconnu, en approfondissant les mystères dérobés à la connaissance de la masse grossière des hommes.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Quelle indication fournirez-vous sur Iésod ?

LE FRERE GARDIEN

        Iésod signifie BASE ou FONDEMENT. Tout objet perceptible se compose d'éléments qui échappent à nos perceptions. Ces éléments imperceptibles sont coordonnés, et maintenus entre eux dans des relations d'une relative fixité par une sorte de cadre hyperphysique, qui est le plan invisible ou occulte, mais concret, selon lequel les êtres se construisent.

        Lorsque les Maîtres travaillent sur la planche à tracer, ils modifient le plan selon lequel la construction devra s'effectuer. Leur action s'exerce ainsi sur Iésod, fantôme idéal, base ou fondement de ce qui doit prendre corps.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Frère deuxième Grand Surveillant, vous qui représentez Mohabon, le plus zélé des Maîtres de son temps, l'ami particulier d'Hiram-Abi, voulez-vous nous éclairer sur la signification de Hod.

LE DEUXIEME GRAND SURVEILLANT

        Ce terme fait allusion à la splendeur, à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

        Si nous travaillons a cette Gloire, ce n'est pas seulement pour rendre hommage à l'Être Suprême qui est forcément au-dessus de toute glorification

        La Gloire resplendissante désignée par HOD s'identifie avec la Logique, l'Ordre, la Coordination, la Loi, qui assurent le fonctionnement régulier de tous les rouages de l'organisme Universel. Pour travailler à la Gloire du Grand Architecte, il s'agit donc de remplir fidèlement le rôle qui nous est assigné par la destinée. Que chacun accomplisse sa tâche particulière et qu'il fasse scrupuleusement son devoir, afin de donner la note qui lui est demandée dans le concert de l'harmonie universelle.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAlTRE

        Frère Premier Grand Surveillant, vous qui représentez ici Adon Hiram, Chef des tribus chargées de couper les cèdres sur les flancs du mont Liban, Comment interprétez-vous Netsah, désignation de la 7° Séphire ?

LE PREMIER GRAND SURVEILLANT

        Netsah signifie Victoire ou Triomphe ; or, pour vaincre ou triompher il faut s'associer à la marche du Progrès, dont il importe de se faire l'agent actif.

        NETSAH, HOD et JESOD constituent, dans l'arbre des Sephiroth, le ternaire dynamique, NETSAH représentant le principe générateur ou directeur du mouvement ou du travail universel; HOD est la loi selon laquelle s'opère l'oeuvre constructive ou l'organisation universelle; JESOD, enfin, figure le plan déterminé de ce qui doit se faire, le type constructif destine à s'objectiver.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Pouvez-vous nous indiquer également le sens du mot Tiphereth ?

LE PREMIER GRAND SURVEILLANT

        Tiphereth signifie BEAUTE. Le Beau s'impose à nous; il force notre admiration et nous oblige à l'aimer. Nos sentiments sont ainsi dominés par l'idéal qui se dégage de nos aspirations.

        Ne craignons pas de désirer le mieux, fortifions notre désir, rendons-le profond, afin qu'il parte du plus intime de notre être. Sachons rêver avec ferveur, construisant en rêve ce dont nous désirons ardemment la réalisation pratique. N'oublions pas que les plus grandes choses sont nées de l'imagination d'un rêveur !

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Frère deuxième Grand Surveillant, veuillez nous parler de Geburah, Pec'had ou Din, noms attribués à la 5° Séphire.

LE DEUXIEME GRAND SURVEILLANT

        Geburah se traduit par  RIGUEUR, SEVERITE.

        Pec'had par  PUNITION, CRAINTEet 

        Din par JUGEMENT.

        Tous ces mots font allusion à la nécessité de se restreindre, de se limiter, de se maîtriser soi-même. L'être n'est libre que s'il sait se gouverner et par conséquent se dominer. De même que les richesses laborieusement accumulées ne doivent pas être dépensées inconsidérément. Il appartient au sage d'économiser les forces dont il dispose. La vie échappe à qui ne sait la retenir ; elle reste au service de qui la condense en soi, pour la mettre ensuite en oeuvre à bon escient.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Frère deuxième Grand Surveillant, il vous sera facile de nous faire saisir le sens de C'hesed et de Gedulah.

LE DEUXIEME GRAND SURVEILLANT

        C'hesed signifie Grace, Misericorde, Merciet    Gedulah, Grandeur, Magnificence.

        Au ternaire dynamique constitué par les 7e, 8e et 9e Sephiroth, se superpose un ternaire animique ou vital, dans lequel la 4e Sephire correspond au principe d'expansion généreuse qui donne et répand la vie, alors que la 5e administre la vie donnée, l'économise, l'empêche de se diluer, afin de la maintenir au degré de tension voulue. Quant à la 6e Sephire, elle nous montre la Beauté comme le résultat de l'activité vitale ou animique.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Frère premier Grand Surveillant, que direz-vous de Binah ?

LE PREMIER GRAND SURVEILLANT

        Binah signifie Intelligence ou Compréhension. C'est la faculté qui conçoit les idées. Elle a été comparée à une Vierge-Mère enfantant les images originelles des choses, car c'est une faculté féminine ou réceptive. C'est elle qui revêt l'idée pure d'une forme, grâce à laquelle elle devient exprimable, après avoir été formulée. Toute idée, en effet, doit se refléter dans l'imagination, afin de s'y traduire en image, et prendre ensuite le caractère d'une entité imaginaire, mais réelle dans le domaine de l'irréalité.

        Le Penseur n'imagine pas en vain: il peuple l'ambiance mentale d'images destinées à être recueillies progressivement par les intelligences réceptives. Les idées ont besoin d'être semées par des hommes qui ne seront compris que plus tard. Le grain réparti germe, ce blé se développe, et, lorsque la moisson a mûri, une révolution intellectuelle se trouve accomplie.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Frère Grand Orateur, vous qui avez pour mission de faire prévaloir ici la raison et la saine logique, quelle idée nous donnerez-vous de C'hochmah ?

LE FRERE GRAND ORATEUR

        C'hochmah signifie Sagesse. Il s'agit ici de la Pensée créatrice, de cette suprême Raison, radiation de cette Lumière principielle qui éclaire toutes les intelligences. Cette Lumière brille en chacun de nous dès que nous avons su rendre transparentes les écorces corporelles qui tendent à l'obscurcir, Les purifications initiatiques font tomber le bandeau qui dérobait à notre vue la clarté de notre lumière intérieure.

L'Initié bénéficie d'une illumination produite par l'éclat de sa propre raison, rendue plus active, plus consciente d'elle-même et mieux mise en rapport avec c'hochmah, source centrale de toute sagesse et de toute raison.

LE TROIS FOIS PUISSANT GRAND MAITRE

        Mais à qui revient le droit de s'identifier avec Ce qui est, avec ce qui possède l'Être en soi ?

        Que sommes-nous, nous qui parlons, nous qui avons conscience de notre moi ? Personnalités éphémères, nous ne participons que transitoirement à l'existence. Aucun de nous ne peut dire:Je suis, puisque nous n'apparaissons que pour disparaître.

        Nous concevons cependant un principe possédant l'être véritablement, c'est l'Être étant, que les Kabbalistes représentaient par le mystérieux tétragramme tracé sur la plaque triangulaire d'or incrustée dans le cube Agathe auprès duquel vous avez été conduits.

        Il ne m'appartient pas de vous révéler ici toute la portée du mot sur lequel de gros volumes ont été tracés. Vous êtes appelés à vous instruire par vous-mêmes des divers systèmes de philosophie que l'on s'est efforcé d'édifier sur ce qui nous a été conservé de fort anciennes et respectables traditions.

        Considérez simplement que le mot sacré par excellence, le mot ineffable qui ne doit pas être prononcé, se compose des quatre lettres, Jod, He, Vau, He.

        Le Jod initial n'est qu'une virgule, principe de toute numération et écriture, ou mieux point primitif, point suprême, symbole de l'Unité inaccessible, en laquelle nous pouvons imaginer concentrée toute la vertu expansive des choses. Nous nous ferons ainsi une idée de l'Archée, principe de toute activité, cause agissante, sujet pensant, concevant, voulant et commandant, personnifiée dans l'Artiste, l'Ouvrier, l'Opérateur, le Créateur, l'Engendreur.

        Le He traduit le souffle qui sort de l'intérieur pour se répandre au dehors. C'est la Lumière de gloire, la splendeur d'En Haut. C'est l'émanation qui rayonne d'un point central pour remplir l'espace, c'est l'activité exercée par le principe actif (Jod) et sans laquelle celui-ci ne serait pas actif. Il s'agit donc ici, par rapport à Jod, de l'acte de penser, de concevoir, de vouloir, de commander.

        Le Vau figure le rapport qui relie la Cause à l'effet. C'est la raison en Dieu, sa délibération, sa pensée agissant dans le libre choix de ses déterminations.

        Quant au second He, il manifeste le résultat de l'action, l'oeuvre réalisée le travail effectué et s'effectuant la création en voie d'accomplissement C'est la Lumière Créée, la Lumière de Dieu dans son Royaume

 

commentaires

Arbre séphirothique et franc-maçonnerie

Publié le 6 Juin 2026 par T.D

L’Arbre séphirothique occupe une place centrale dans la tradition kabbalistique. Figure complexe et lumineuse, il décrit l’articulation entre l’unité divine et la multiplicité du monde. Depuis le XXᵉ siècle, certains francs-maçons y ont trouvé une grille de lecture féconde, en rapprochant les colonnes du Temple et le collège des officiers de la structure de l’Arbre séphirothique. Jules Boucher, en 1948, a même proposé d’y relier le treizième degré du Rite Écossais Ancien Accepté. Cet intérêt n’est pas universel ni rituel, mais il manifeste la vitalité d’une recherche symbolique toujours en quête de cohérence. Explorer l’Arbre séphirothique, c’est ainsi interroger la manière dont la franc-maçonnerie dialogue avec la tradition kabbalistique.

L’Arbre séphirothique s’enracine dans la tradition kabbalistique, qui l’a conçu comme une carte de la création et de la conscience. Composé de dix Séphiroth disposées en trois colonnes, il décrit le mouvement par lequel l’infini divin se manifeste dans la multiplicité du monde. Chaque Séphira incarne une modalité de l’émanation et correspond à une étape du cheminement spirituel :

  • Keter (Couronne) : première émanation issue de l’Ein Sof (l’Infini divin, au-delà de toute représentation). Elle marque le passage de l’illimité inconnaissable à une expression perceptible et contient en germe tout le déploiement de l’Arbre.
  • Chokmah (Sagesse) : l’élan créateur, la puissance d’initiative.
  • Binah (Compréhension) : la réflexion, la matrice de toute forme.
  • Chesed (Miséricorde) : la générosité expansive, la bonté agissante.
  • Gueburah (Rigueur) : la force de discernement, la justice qui limite.
  • Tiphereth (Beauté) : l’équilibre central, la lumière harmonisante.
  • Netzach (Victoire) : l’énergie vitale, la persévérance dans l’action.
  • Hod (Gloire) : l’intelligence rationnelle, la clarté du langage.
  • Yesod (Fondement) : le lien entre l’invisible et le visible, le monde des images.
  • Malkuth (Royaume) : l’accomplissement concret, notre monde terrestre.

L’Arbre Séphirothique

L’Arbre séphirothique n’est donc pas seulement un schéma théorique : il est une voie de méditation, destinée à guider l’homme dans son ascension intérieure. Les écoles kabbalistiques en proposent diverses lectures, mais toutes insistent sur sa fonction de lien entre le divin et l’humain, entre le ciel et le temple intérieur.


Arbre séphirothique et piliers du Temple maçonnique

Dans la franc-maçonnerie, trois piliers — Sagesse, Force et Beauté — soutiennent la loge et orientent le travail des francs-maçons. L’Arbre séphirothique, tel qu’il s’organise en trois colonnes, offre une correspondance symbolique avec cette architecture maçonnique. Sur le flanc droit, la colonne de la Miséricorde conduit de Chokmah à Netzach et peut être rapprochée de la Sagesse, source d’inspiration et de guidance. Sur le flanc gauche, la colonne de la Rigueur relie Binah à Hod et correspond à la Force, énergie de limitation et de justice. Au centre, l’axe de l’équilibre va de Keter à Malkuth et trouve son reflet dans la Beauté, harmonie qui unit les contraires.

Ce rapprochement entre l’Arbre séphirothique et les piliers de la loge n’est exposé dans aucun rituel officiel. Il s’agit d’une interprétation symbolique moderne, apparue au XXᵉ siècle, pour souligner l’universalité d’une dynamique ternaire où l’équilibre se construit entre deux polarités. Jules Boucher, notamment, a mis en avant cette analogie, voyant dans la correspondance entre Sagesse, Force et Beauté et les trois colonnes séphirothiques une clé pour enrichir la lecture symbolique du Temple maçonnique. D’autres auteurs l’ont suivie, confirmant que l’Arbre séphirothique pouvait servir de miroir aux structures traditionnelles de la loge.


Arbre séphirothique et collège des officiers de loge

Le collège des officiers constitue l’ossature vivante de la loge. Chacun d’eux assume une fonction précise qui participe à l’harmonie de l’ensemble. Certains auteurs modernes, et notamment Jules Boucher, ont proposé de rapprocher cette organisation de l’Arbre séphirothique, en établissant des correspondances entre les charges maçonniques et les dix Séphiroth.

Dans cette lecture, le Vénérable Maître se rattache à Keter, principe de direction et de souveraineté. Le Premier Surveillant est associé à Chokmah, la Sagesse créatrice, tandis que le Second Surveillant correspond à Binah, la Compréhension organisatrice. D’autres fonctions de loge ont été rapprochées de Chesed et de Gueburah, incarnant l’équilibre de la générosité et de la rigueur, ou encore de Yesod, fondement qui assure la transmission.

Ces correspondances ne cherchent pas à imposer une règle, mais à offrir une grille de méditation. En rapprochant l’Arbre séphirothique du collège des officiers, certains auteurs ont voulu souligner que la loge fonctionne comme un organisme symbolique, où chaque charge trouve sa place dans une dynamique d’ensemble. Cette lecture ne modifie pas la pratique, mais elle éclaire le sens du travail maçonnique en le reliant à une tradition plus va


Arbre séphirothique et place des Surveillants dans la loge

La question de la place des Surveillants illustre les limites de ces correspondances. Dans certaines représentations, le Premier Surveillant est associé à Chokmah, tandis que le Second se rattache à Binah. Or, dans la loge au Rite Écossais Ancien Accepté, le Premier Surveillant est placé près de la colonne B, au Nord-Ouest. Le Second, quant à lui, se situe du côté de la colonne J, au Sud ou au Sud-Ouest selon les usages. Cette disposition complique le rapprochement avec l’Arbre séphirothique, car elle ne coïncide pas avec la topographie classique des Séphiroth.

De telles divergences montrent que l’analogie entre l’Arbre séphirothique et la loge n’est jamais mécanique. Elle oblige à réfléchir sur la fonction réelle des officiers et sur la manière dont leur position dans le Temple exprime un équilibre propre à la tradition maçonnique. L’arbre devient alors un support de comparaison, non une carte imposée, incitant à méditer sur la diversité des formes que peut prendre l’harmonie initiatique.


Arbre séphirothique et treizième degré du REAA

Le treizième degré du Rite Écossais Ancien Accepté, dit de l’Arche Royale, occupe une place singulière dans la progression maçonnique. Il met en scène la découverte d’une voûte souterraine, composée de neuf arches, où resplendit le Nom sacré au cœur du Temple d’Énoch. Cette dramaturgie initiatique met le franc-maçon en présence d’un secret enfoui, transmis par une architecture cachée sous le sol même du Temple.

Au milieu du XXᵉ siècle, Jules Boucher a proposé une interprétation nouvelle : lire la structure de ce degré à la lumière de l’Arbre séphirothique. Dans cette perspective, les arches deviennent autant d’étapes du passage à travers les Séphiroth. Le mouvement initiatique conduit alors du sommet de Keter jusqu’à Malkuth, comme si l’initié traversait l’arbre tout entier pour atteindre, à la fin, le Nom ineffable. Cette mise en parallèle donnait une cohérence kabbalistique à un degré dont la symbolique était déjà riche mais moins structurée.

Boucher ne s’arrêta pas aux dix Séphiroth classiques. Il introduisit l’idée d’une onzième porte, correspondant à Daath, la « Connaissance ». Cette Séphira particulière n’apparaît pas toujours dans les représentations traditionnelles : elle n’est ni pleinement incluse ni totalement absente. Elle figure parfois comme une “non-Séphira”, un abîme ou un seuil entre Binah et Chokmah. En l’intégrant au treizième degré, Boucher suggérait que le passage initiatique ne se réduisait pas à une simple descente mais qu’il impliquait un franchissement supplémentaire, une traversée de la limite même entre lumière et ténèbres, savoir et ignorance.

Cette lecture audacieuse a été reprise et amplifiée par des auteurs contemporains comme Percy John Harvey. Harvey a développé la logique des correspondances, voyant dans la voûte souterraine un équivalent initiatique de l’Arbre séphirothique, et dans Daath la clé d’une compréhension plus profonde du degré. Ainsi, l’initiation ne serait pas seulement la découverte d’un mot sacré mais la traversée de l’abîme qui sépare l’humain du divin.

Cette interprétation n’appartient pas à la tradition ancienne : elle est le fruit d’une sensibilité moderne, née en France dans les années 1940 et 1950. Mais elle a durablement marqué l’imaginaire maçonnique. En associant le treizième degré à l’Arbre séphirothique, Boucher et ses héritiers ont ouvert une voie nouvelle pour comprendre la symbolique des voûtes et du Nom sacré, en inscrivant le REAA dans le dialogue entre franc-maçonnerie et tradition kabbalistique.


Arbre séphirothique comme outil herméneutique maçonnique

L’Arbre séphirothique ne s’impose pas comme une norme, mais il peut devenir un instrument de lecture fécond pour la franc-maçonnerie. En reliant les piliers de la loge, le collège des officiers ou encore certains degrés du REAA à la structure des Séphiroth, il propose une grille de compréhension transversale. L’initié découvre alors que chaque fonction, chaque charge et chaque étape initiatique peut être relue comme une émanation, un équilibre ou une tension entre polarités complémentaires.

Cette herméneutique invite à voir le Temple comme une image de l’univers, ordonné par des principes de miséricorde, de rigueur et d’harmonie. Elle montre aussi que l’Arbre séphirothique n’est pas seulement un héritage de la tradition kabbalistique, mais qu’il peut servir d’outil pour approfondir le sens du travail maçonnique. En mettant en relation ces deux univers symboliques, le franc-maçon est conduit à relier ce qui semblait séparé : l’héritage de la Kabbale et la pratique de la loge.


Arbre séphirothique et quête initiatique contemporaine

En explorant l’Arbre séphirothiquela franc-maçonnerie a trouvé un langage capable d’articuler la tradition kabbalistique et son propre univers symbolique. Des parallèles avec les piliers du Temple, le collège des officiers ou le treizième degré du REAA ont permis d’élargir la lecture du Temple et d’y introduire une dynamique nouvelle. Ces correspondances ne sont pas des prescriptions, mais des invitations : elles incitent à voir dans chaque fonction, chaque degré, chaque étape du chemin initiatique, une résonance possible avec les dix Séphiroth.

Cette quête demeure actuelle. En plaçant l’Arbre séphirothique en regard des structures de la loge, le franc-maçon est invité à méditer sur l’unité qui relie le divin et l’humain, le visible et l’invisible, l’émanation et la manifestation. C’est une manière de rappeler que l’initiation n’est pas seulement transmission d’un héritage, mais ouverture à une tradition vivante, toujours susceptible de nouvelles lectures et de nouveaux approfondissements.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

 

 

commentaires
Publicité

Abonnement

Publié le 5 Juin 2026 par T.D

Pour celles et ceux qui voudraient s'abonner, pensez à rechercher le mail de confirmation dans vos SPAM

Frat

commentaires

REAA 13

Publié le 5 Juin 2026 par T.D

 

            Légende des trois Mages qui ont visité la Grande Voûte et découvert le Centre de l'Idée.

        Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon et de tous leurs contemporains, après que les ar­mées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité ceux qui avaient sur­vécu au massacre des populations ; alors que la montagne de Sion n'était plus qu'un désert aride ou paissaient quelques maigres chèvres gardées par des bédouins faméliques et pillards, un matin trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs cha­meaux.

        Ces trois voyageurs étaient des Mages, des Initiés de Babylone, membres du Sacerdoce Universel, qui venaient en pèlerinage et en exploration aux ruines de l'ancien Sanctuaire.

        Après un frugal repas, les pèlerins parcoururent l'enceinte ravagée.

        Les vestiges des murs et les fûts des colonnes leur permirent de déterminer les limites du Temple Ils se mirent ensuite à examiner les chapiteaux gisant à terre, à ramasser les pierres pour y découvrir des inscriptions ou des symboles.

        Pendant qu'ils procédaient à cette exploration, ils découvrirent une excavation sous un pan de mur renversé au milieu des ronces.

        C'était un puits situé à l'angle Sud-Est du Temple, ils s'employèrent à en déblayer l'orifice, après quoi l'un d'eux, le plus âgé, celui qui paraissait le chef, se couchant à plat ventre sur le bord, regarda à l'intérieur.

        On était au milieu du jour, le Soleil brillait au zénith et ses rayons plongeaient presque verticalement dans le puits.

        Un objet brillant frappa les yeux du Mage. Il appela ses compagnons, qui se placèrent dans la même position et regardèrent. Évidemment, il y avait là un objet digne d'attention : sans doute un bijou sacré. Les trois pèlerins résolurent de s'en emparer. Ils dénouèrent les ceintures qu'ils avaient autour des reins, les attachèrent bout à bout et en jetèrent une extrémité dans le puits.

Alors, deux d'entre eux, s'arc-boutant, se mirent en devoir de soutenir le poids de celui qui descendrait. Celui-ci, le chef, empoignant la corde, disparut par l'orifice.

        Pendant qu'il effectue sa descente, nous allons vous dire quel était l'objet qui avait attiré l'attention des pèlerins. Pour cela, nous devons remonter à plusieurs siècles en arrière, jusqu'à la scène du meurtre d'Hiram.

Quand le Maître eut, devant la porte de l'Orient, reçu le coup de pince du deuxième mauvais compagnon, il s'enfuit, ainsi que cela vous a été dit lors de votre réception au Grade de Maître, pour gagner la porte du Sud ; mais, tout en se précipitant, il craignit soit d'être poursuivi, soit de rencontrer un troisième mauvais compagnon, ainsi que cela devait arriver.

Il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de 77 anneaux, et le jeta dans le puits qui s'ouvrait dans le Temple au coin des côtés Est et Sud.

        Ce bijou était un Delta d'une palme de côté fait du plus pur métal, sur lequel Hiram, qui était un initié complet, avait gravé le nom ineffable et qu'il portait sur lui, la face en dedans, le revers, seul exposé aux regards, ne montrant qu'une surface unie.

venons à nos trois voyageurs. S'aidant des mains et des pieds, le Mage descendait dans la profondeur du puits, il constata que la paroi de celui-ci était divisée en zones ou anneaux faits en pierres de couleurs différentes, chacun d'eux d'une coudée environ de largeur.

            Quand il fut en bas, il compta ces zones et trouva qu'elles étaient au nombre de dix. Il baissa alors ses regards vers le sol, vit le bijou d'Hiram, le ramassa, le regarda, et constata avec émotion qu'il portait le mot ineffable qu'il con­naissait lui-même, car il était, lui aussi, un initié complet. Pour que ses compagnons, qui n'avaient pas comme lui, reçu tous les grades, ne pussent le lire, il suspendit le bijou à son col par la chaînette, mettant la face en dedans, ainsi qu'avait fait le Maître.

        Il regarda ensuite autour de lui et constata l'existence, dans la muraille, d'une ouverture par laquelle un homme pouvait pénétrer. Il y entra, marchant à tâtons dans l'obscurité. Ses mains rencontrèrent une surface, qu'au contact il jugea être du bronze. Il recula alors, regagna le fond du puits, avertit ses compagnons pour qu'ils tinssent ferme la corde, et remonta.

        En voyant le bijou qui ornait maintenant la poitrine de leur chef, les deux Mages s'inclinèrent devant lui; ils devinèrent qu'il venait de subir une nouvelle consécration. Il leur dit ce qu'il avait vu leur parla de la porte de bronze. Ils pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère;ils délibérèrent et résolurent d'aller ensemble à la découverte.

        Ils placèrent une extrémité de la corde faite des trois ceintures sur une pierre plate existant près du puits, et sur laquelle on lisait encore le mot " Jakin ". Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l'on voyait le mot " Bohaz ", puis s'assurèrent qu'ainsi tenue la corde pouvait supporter le poids d'un homme.

        Deux d'entre eux firent ensuite du feu sacré à l'aide d'un bâtonnet de bois dur roulé entre les mains et tournant dans un trou fait en un morceau de bois tendre. Quand le bois tendre fut allumé, ils soufflèrent pour provoquer la flamme. Pendant ce temps, le troisième était allé prendre, dans les paquetages attachés en croupe des chameaux, trois torches de résine qu'ils avaient apportées pour écarter les animaux sauvages de leurs campements nocturnes. Les torches furent successivement approchées du bois enflammé et s'enflammèrent elles-mêmes de feu sacré. Chaque Mage, tenant sa torche d'une main, se laissa glisser le long de la corde jusqu'au fond du puits.

        Une fois là, ils s'enfoncèrent, sous la conduite de leur chef, dans le couloir menant à la porte de bronze. Arrivés devant celle-ci, le vieux Mage l'examina attentivement à la lueur de sa torche. Il constata, dans le milieu, l'existence d'un ornement en relief ayant la forme d'une couronne royale entourée d'un cercle composé de points, au nombre de 22.

        Le Mage s'absorba dans une méditation profonde, puis il prononça le mot " Malkuth " et soudain la porte s'ouvrit.

        Les explorateurs se trouvèrent alors devant un escalier qui s'enfonçait dans le sol; ils s'y engagèrent, toujours la torche en main, en comptant les marches, quand ils en eurent descendu trois, ils rencontrèrent un palier triangulaire sur le côté gauche duquel commençait un nouvel escalier, ils s'engagèrent dans celui-ci et après cinq marches trouvèrent un nouveau palier de mêmes forme et dimension. Cette fois l'escalier continuait du côté droit et se composait de sept marches.

        Ayant franchi un troisième palier, ils descendirent neuf marches et se trouvèrent devant une deuxième porte de bronze.

        Le vieux Mage l'examina comme la précédente et constata l'existence d'un autre ornement en relief représentant une pierre d'angle, entourée aussi d'un cercle de 22 points. Il prononça le mot " Iesod " et cette porte s'ouvrit à son tour.

        Les Mages entrèrent dans une vaste salle voûtée et circulaire, dont la paroi était ornée de neuf fortes nervures partant du sol et se retrouvant au point central du sommet.

        Ils l'examinèrent à la lueur de leurs torches, en firent le tour pour voir s'il n'y avait pas d'autre issue que celle par laquelle ils étaient entrés. Ils n'en trouvèrent point et songèrent à se retirer; mais leur chef revint sur ses pas, examina les nervures les unes après les autres, chercha un point de repère, Compta les nervures et, soudain, il appela, dans un coin obscur, il avait découvert une nouvelle porte de bronze. Celle-là portait comme symbole un soleil rayon­nant, toujours inscrit dans un cercle de 22 points. Le chef des Mages ayant prononcé le mot "Hod", elle s'ouvrit encore et donna accès à une deuxième salle.

ssivement les explorateurs franchirent cinq autres portes également dissimulées et passèrent dans de nouvelles cryptes.

        Sur l'une de ces portes, il y avait une tête de lion ; sur la suivante, une lune resplendissante ; puis ce furent: une règle, une courbe molle et gracieuse, un oeil, un rouleau de la Loi, et, enfin, une couronne royale.

        Les mots prononcés furent : Netsah, Tiphereth, Khesed, Din, Binah, C'hochmah et Kether.

        Quand ils entrèrent dans la neuvième Voûte, les Mages s'arrêtèrent surpris, éblouis, effrayés. Celle-là n'était point plongée dans l'obscurité; elle était, au contraire, brillamment éclairée. Dans le milieu étaient placés trois lampadaires d'une hauteur de onze coudées, ayant trois bran­ches, sur chacune desquelles étaient trois lampes. Ces lampes qui brûlaient depuis des siècles, dont la destruction du royaume de Juda, le rasement de Jérusalem et l'écroulement du Temple n'avaient pas amené l'extinction, brillaient d'un vif éclat, illuminant d'une lumière à la fois douce et intense tous les recoins, tous les détails de la merveilleuse architecture de cette Voûte sans pareille, taillée dans le roc vif.

        Les pèlerins éteignirent leurs torches dont ils n'avaient plus besoin, les déposèrent près de la porte, ôtèrent leurs chaussures et rajustèrent leur coiffure comme en un lieu saint, puis ils s'avancèrent en s'inclinant neuf fois vers les gigantesques lampadaires.

À la base du triangle formé par ceux-ci était dressé un autel de marbre blanc cubique de deux coudées de côté. Sur la face regardant le sommet du triangle étaient représentés, en or, les outils de la Maçonnerie, la règle, le compas, l'équerre, le niveau, la truelle, le maillet. Sur la face latérale gauche, on voyait les figures géométriques, le triangle, le carré, l'étoile à cinq branches, le cube. Sur la face latérale droite, on lisait les nombres 27, 48, 343, 729, 1332, 2197. Enfin, sur 1a face de derrière, était représenté l'acacia symbolique. Sur cet autel était posée une pierre Agathe de trois palmes de côté; dessus, on lisait, écrit en lettres d'or, le mot "Adonaï".

        Les deux Mages disciples s'inclinèrent, adorèrent le nom de Dieu; mais leur chef, relevant au contraire la tête, leur dit : " Il est temps pour vous de recevoir le dernier enseignement qui fera de vous des Initiés complets. Ce nom n'est qu'un vain symbole qui n'exprime pas réellement l'idée de la Conception Suprême. "

        Il prit alors à deux mains la pierre Agathe, se retourna vers ses disciples en leur disant : " Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au centre de l'Idée ! "

        Les disciples épelèrent les lettres Iod, He, Vau, He, et ouvrirent la bouche pour prononcer le Mot, mais il leur cria : " Silence " c'est le mot ineffable qui ne doit sortir d'aucune lèvre  ! "

        Il reposa ensuite la pierre Agate sur l'autel, prit sur sa poitrine le bijou du Maître Hiram et leur montra que les mêmes signes s'y trouvaient gravés.

        "Apprenez maintenant, continua-t-il, que ce n'est pas Salomon qui fit creuser cette Voûte hy­pogée, ni construire les huit qui la précèdent, pas plus qu'il n'y cacha la pierre Agathe. La pierre fut placée par Hénoch, le premier de tous les Initiés, l'Initié initiant, qui ne mourut point, et qui survit dans tous ses fils spirituels Hénoch vécut longtemps avant Salomon, avant même le Déluge. On ne sait à quelle époque furent bâties les huit premières Voûtes et celle-ci creusée dans le roc vif."

        Cependant les nouveaux Grands Initiés détour­nèrent leur attention de l'autel et de la pierre Agathe, regardèrent le ciel de la salle qui se perdait à une hauteur prodigieuse, parcoururent la vaste nef où leurs voix éveillaient des échos ré­pétés. Ils arrivèrent ainsi devant une onzième porte, soigneusement dissimulée et sur laquelle le symbole était un vase brisé. Ils appelèrent leur Maître et lui dirent : "Ouvre-nous encore cette porte, il doit y avoir un nouveau mystère der­rière". "Non, leur répondit-il, il ne faut point ouvrir cette porte. Oui, il y a un mystère der­rière, mais c'est un mystère terrible, un mystère de mort ! ". "Oh ! tu veux nous cacher quelque chose, le réserver pour toi ; mais nous voulons tout savoir, nous l'ouvrirons nous-mêmes, cette porte ". Ils se mirent alors à prononcer tous les mots qu'ils avaient entendus de la bouche de leur Maître ; puis, comme les mots ne produisaient aucun effet, ils dirent tous ceux qui leur passèrent par l'esprit. Ils allaient renoncer, quand l'un d'eux prononça: "Nous ne pouvons pas cependant continuer à l'infini (En Soph) ". Sur ce mot, la porte s'ouvrit avec violence, les deux imprudents furent renversés sur le sol, un vent furieux souffla dans la Voûte; les lampes magiques en furent éteintes.

        Le Maître se précipita sur 1a porte, s'y arc-bouta, appela ses disciples à l'aide; ils accoururent à sa voix, s'arc-boutèrent avec lui;et leurs efforts réunis parvinrent à refermer 1a porte.

        Mais les lumières ne se rallumèrent point; les Mages furent plongés dans les ténèbres les plus profondes. Ils se rallièrent à 1a voix de leur Maître. Celui-ci leur dit : "Hélas ! cet évènement terrible était à prévoir. Il était écrit que vous commettriez cette imprudence. Nous voici en grand danger de périr dans ces lieux souterrains ignorés des hommes. Essayons cependant d'en sortir, de traverser les huit Voûtes et d'arriver au puits par lequel nous sommes descendus. Nous allons nous prendre par 1a main, nous marcherons jusqu'à ce que nous trouvions une muraille; nous suivrons ensuite celle-ci jusqu'à ce que nous rencontrions la porte de sortie. Nous recommencerons dans toutes les salles jusqu'à ce que nous soyons arrivé au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

Espérons que nous y parviendrons ".

        Ainsi firent-ils. Ils passèrent des heures d'angoisse, mais ne désespérèrent point. Ils arrivèrent au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

        Ils le gravirent en comptant 9, 7, 5, 3, et se retrouvèrent au fond du puits. Il était minuit; les étoiles du Nadir brillaient au firmament; la corde des ceintures pendait encore.

        Avant de laisser remonter ses compagnons, le Maître leur montra le cercle découpé dans le ciel par l'ouverture du puits et leur dit : " Les dix cercles que nous avons vus en descendant symbolisent les neuf Voûtes ou arches et l'escalier.  La dernière correspond au nombre onze, celle d'où a soufflé le vent du désastre c'est le ciel infini avec les luminaires hors de notre portée qui le peuplent . "

                 Les trois Initiés regagnèrent l'enceinte du Temple en ruines; ils roulèrent de nouveau le fût de colonne, sans y voir le mot "Boaz" ; ils détachèrent leurs ceintures, s'en enveloppèrent, se mirent en selle, puis sans échanger de paroles, plongés dans une profonde méditation, sous le ciel étoilé, au milieu du silence de la nuit, ils s'éloignèrent, dans la direction de Babylone, au pas lent de leurs chameaux.

 

commentaires

Maçonnerie spéculative et Kabbale.

Publié le 5 Juin 2026 par T.D

 

Notre TCF Gérard Lefèvre nous invite à une réflexion sur les racines possibles de la spiritualité maçonnique. Il écrit :

Il ne serait pas inutile de fixer quelque peu nos idées sur la nature psychologique du mysticisme (recherche de l'absolu ou de Dieu à travers la contemplation ou l'extase), sur son caractère, en quelque sorte, prédominant chez les Hébreux, avant de tenter d’aborder ce vaste sujet, la Kabbale, « du côté maçonnique cela va de soi ».

Globalement, le mysticisme dans son acception profonde nous apparaît comme un mode de haute spiritualité, très fréquent dans les hommes de génie, ou même chez un groupe d’hommes spécifiquement religieux.

Bien que leurs premiers ouvrages connus datent de notre ère, les kabbalistes considèrent que le savoir ésotérique qu’ils véhiculent ne provient pas d’interprétations tardives de la Bible, mais remonte à Moïse.

En effet, celui-ci aurait reçu, en même temps que la loi écrite de la Torah qui s’adresse à tout le peuple juif, la transmission orale d’une Torah ésotérique destinée aux initiés.

Les rituels et bien des éléments du Temple maçonnique se réfèrent au Temple de Salomon, sans que cela implique que la Kabbale ait influencé la Franc-maçonnerie. Il semble difficile d’affirmer que la Kabbale telle quelle est ait une influence directe sur la Franc-maçonnerie.

Ce ne sont pas les Juifs qui ont créé la franc-maçonnerie ; ce sont les protestants, en 1721, sous la Grande maîtrise du Comte de Montagu. C’est un autre pasteur calviniste, James Anderson, qui fut chargé de la rédaction des nouvelles Constitutions maçonniques. L’ouvrage fut présenté par Montagu, sous le nom de Constitutions des Francs-maçons à son successeur le Duc de Wharton ; mais elles restent connues, dans l’historiographie maçonnique, comme les Constitutions d’Anderson. La pensée de Desaguliers inspire fortement ce texte qui paraît d’ailleurs avec sa dédicace. C’est cet écrit que la Grande Loge de Londres adoptera pour règle en 1723, fondant ainsi la Franc-maçonnerie moderne. Le protestantisme, qu’il le veuille ou non, est bien lié à la Franc-maçonnerie.

Pendant longtemps, la qualité d’israélite a été un obstacle à l’initiation. C’est seulement au convent de Wilhelmsbad (juillet 1782) qu’il fut décidé qu’une loge n’aurait pas le droit de refuser d’initier un Juif pour le seul motif de son origine juive. D’abord parce que les Juifs ne furent admis dans les loges que tardivement et en tout cas après la formation de la F.M. spéculative, laquelle hérita d’un corpus spirituel et philosophique déjà formé, ensuite pour cette raison que nul ne peut pénétrer la Kabbale sérieusement sans un bagage religieux et linguistique adéquat hors ce n’était pas le cas de la majorité des maçons du XVIIIe siècle, ni la mienne...à ce jour.

Alors comment les maçons sont-ils entrés en contact avec la Kabbale ?

Par la Kabbale chrétienne (parfois nommée Kabbale de la Renaissance, ou Kabbale philosophique, est un courant philosophique chrétien inauguré par Pic de la Mirandole au XVe siècle et qui consiste à adapter les techniques d'interprétation kabbalistique au christianisme en général et au Nouveau Testament en particulier.)

Bien entendu, des chrétiens, des humanistes de la Renaissance ont importé la Kabbale que l’on a revisitée à partir du XVe siècle, les Italiens Jean Pic de la Mirandole, Paul Ricci un Juif converti, le français Guillaume Postel traducteur du Zohar (Le Sepher ha-Zohar — Livre de la Splendeur —. Aussi appelé Zohar זֹהַר), cet ouvrage est l'œuvre maîtresse de la Kabbale, rédigée en araméen. Les humanistes de la Renaissance s’en servent à des fins apologétiques pour tenter de prouver la véracité de la seule religion chrétienne et partant pour convaincre les Juifs de la nécessité de se convertir.

Ainsi tentent-ils de prouver par le jeu des valeurs numériques des lettres hébraïques que le Christ est bien le Messie. On se trouve manifestement ici devant des lectures de la Kabbale qui tiennent davantage d’une tentative de récupération que d’une exégèse authentique.

De nombreuses exploitations de la Kabbale par des traditions qui lui sont étrangères vont se faire jour. Dès le Siècle des Lumières, elle commence à sentir le souffre, le XIXe siècle la tient pour un vestige de l’obscurantisme, certains ésotéristes s’en emparent sous sa forme chrétienne principalement pour l’intégrer dans leur construction hasardeuse d’un occultisme de bazar ou se mêlent, magie, tarot, spiritisme et divination.

C’est ainsi que le 13 mai 1868 se tient sans doute la première réunion maçonnique à Jérusalem, dans la grotte de Sédécias (Roi de Juda) située près de la porte de Damas et dont l’entrée ne fut découverte qu’en 1852. Cette caverne - située à l’emplacement des fondations du Temple -, on la connaît sous le nom des « Carrières du Roi Salomon »... La première loge maçonnique implantée sur le territoire d’Israël est donc celle du Roi Salomon, reconnue en 1873 par la Grande Loge du Canada.

A l’époque du roi Salomon, il y avait beaucoup de temples disséminés dans les royaumes du Proche-Orient. Ils sont tous tombés dans l’oubli, sauf le Temple de Salomon.

Ce qui le différencie des autres ne consiste pas que dans la consécration du Dieu unique, mais aussi dans la présence de ce Dieu à l’intérieur du Temple. C’est ce qu’on appelle la Shekinah (est un mot féminin hébraïque signifiant Présence divine, utilisé pour désigner la présence de Dieu parmi son peuple, le peuple d'Israël ou l'immanence divine dans le monde, particulièrement dans le Temple de Jérusalem). Cela ne signifie pas que Dieu est absent du reste du monde.

Il est présent partout à des degrés divers, une conception à distinguer de celle de Spinoza selon lequel Dieu et la nature se confondent. Il est donc « un peu plus » présent à l’intérieur du Temple, dans le Saint des Saints qui contient l’Arche d’alliance. La destruction du Temple et la perte de l’Arche ont été une grande catastrophe. Le Temple de Dieu a disparu et avec lui sa présence de plus grande intensité.

Le Temple maçonnique représente-t-il une tentative de le faire revenir
 

Il y a plusieurs différences entre le Temple de Salomon et le temple maçonnique. Le premier est un temple unique qui est fermé au public. Après la dévastation de Jérusalem par les armées de Titus, en 70 ap. J.C., les Hébreux priaient dans les synagogues, devenus lieux à la fois, cultuels et culrturels. Les temples maçonniques sont multiples et servent à accomplir des rites en présence des Frères. Aucune trace d’Arche d’alliance dans ces temples. Ils ne sont pas le Temple de Dieu, mais les Temples de l’Homme.

Le monde subsiste et le Franc-maçon est en première ligne pour tenter de regagner le bon chemin en vue d’obtenir le retour de la Shekinah.

A cette fin, il utilise les outils des bâtisseurs comme symboles de la remontée et il se met « hors du temps », car au bout du compte, notre nature divine se découvre à l’intérieur de nous-mêmes, elle est tout simplement là et il suffit de la chercher. Elle dévoile l’unité du monde dans le moment présent et la compréhension d’être Un avec le Grand Architecte de l’Univers lui-même, « lequel est plus grand que tous les mondes ensemble ». Le temple maçonnique est sacré par le fait qu’il devient le lieu de rencontre entre l’homme et la divinité.

Pour le Franc-maçon, le Temple c’est lui-même. Il est dans le temple physique pour construire son propre temple spirituel. Du point de vue kabbalistique, le Temple contient les dix émanations de Dieu qui ont surgi au moment de la création, et que l’on appelle Sephiroth (en hébreu ספירות sont dix puissances créatrices énumérées par la Kabbale dans son approche mystique du mystère de la Création).

Ces émanations figurent l’Homme Primordial, et leur complétude confirme que le Temple représente l’Homme. Chacune d’entre elles correspond à une qualité essentielle : couronne (Lumière), sagesse, intelligence, amour (Grâce), rigueur (Justice), beauté, victoire, gloire, fondation, royaume (Terre).

En général, les Sephiroth sont dessinées sous forme de sphères parcourant trois colonnes, car elles se rapportent à ce qui est appelé l’Arbre de vie. Les deux colonnes latérales se rapportent aux colonnes J et B du Temple maçonnique. Yakin signifie « il établira » et Boaz « en lui la force ». Comment comprendre ces épigrammes ? En s’inspirant d’indications bibliques : « En Lui (Dieu) est la puissance dont le roi se réjouit » (Ps 21, 3). Les colonnes sont à l’intérieur du Temple, car c’est à l’Homme, qui se situe entre elles, de réaliser l’harmonie entre rigueur et amour.

Selon certains auteurs, elles symbolisent la dualité. Afin de trancher cette question, penchons-nous sur la présentation des colonnes du Temple de Salomon : A l’origine, elles ont été érigées selon un ancien procédé d’observation pour déterminer les temps importants de l’année. Les colonnes avaient donc pour fonction l’observation astronomique, tout en intégrant la signification traditionnelle de ce qui deviendra les Saint-Jean dans nos rituels.

Sur le plan ésotérique, nous avons affaire à une présentation ternaire et non pas dualiste. La ligne du milieu traverse le Temple, le pavé mosaïque, l’autel sur lequel se trouve les trois Lumières, mais aussi, du point de vue kabbalistique, Daath (Sagesse (Hokhmah – חָכְמָה), Intelligence (Binah – בוּנָה) et Connaissance (Da’ath – דַעַת) sont les trois concepts majeurs de la pensée kabbalistique) qui, sans faire partie des Sephiroth, prend une place sur leur arbre et désigne la Connaissance. En poussant la ligne jusqu’au bout, nous rencontrons le Vénérable en Chaire pour finir avec le Delta lumineux.

Si la Pierre Brute qu’on a affecté à l’apprenti n’est guère facile à tailler, il va s’atteler à la tâche avec ardeur, croyant qu’en la travaillant il va atteindre le but suprême ; et même en s’améliorant, il n’aboutira qu’à une grande autosatisfaction vis-à-vis de lui-même, et il aura construit un monument à son « ego ». Cette pierre est la Schetiyah, la Pierre Fondamentale, celle qui fut posée lors de la fondation du Monde, la pierre assurant le lien de père en fils.

L’Apprenti est cette pierre prélevée du monde profane pour le faire monter vers la clef de voûte. Elle n’a rien à voir avec le « moi », ou la personnalité égotique et psychologique de l’individu, elle est le « Soi », par lequel on dépasse tout égocentrisme pour s’unir aux autres.

L’Apprenti Franc-maçon doit monter de la Terre à la Voûte étoilée pour devenir lui-même, ce dernier se joint alors, aux chandelles des trois piliers, Sagesse, Force, Beauté, de l’union de la mèche masculine active ; et de la cire féminine passive nait cette flamme qui, en se résorbant dans l’invisible, fait naître l’esprit qui remonte vers la Lumière des hauteurs, la Yekhidah.

« La Yekhidah ou Yehidah est une autre âme, la cinquième. D'abord on incarne les trois âmes Nephesh, Rouach et Neshamah. Mais les deux autres âmes, Chaiah et Yehidah, ne s'incarnent pas en nous, au lieu de cela, elles nous avalent. Et c'est pourquoi la plupart des rituels des temps anciens disaient que le Seigneur ne mange pas d'ordures, cela signifie que nous devons nous purifier et être dignes d'être avalés par Dieu, c'est-à-dire d'être emmenés comme Hénoch au ciel

L’absence de dogme ou l’adogmatisme.

La Franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme ! La Franc-maçonnerie, outre le Rite Écossais Rectifié qui est fondé sur une doctrine proche de la vision kabbaliste, n’a pas de doctrines, elle n’est qu’une méthode d’appréhension de soi et du monde. Elle n’est en rien théologique. Elle se contente de favoriser le cheminement et la réflexion personnels, au départ de l’initiation. Elle veut faire de l’initié un nouvel homme, même si elle n’y parvient pas toujours... Le judaïsme n’a pas plus de dogmes. La Torah n’est pas un traité théologique, elle relate seulement des expériences religieuses. C’est encore Alexandre Safran ( grand-rabbin de Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale) qui écrit : « Le judaïsme ne saurait avoir de dogmes; il se propose de connaître la volonté de Dieu, et non sa nature; il n’impose donc pas aux croyants de vérité ni de foi toute faite; il encourage la recherche personnelle de la foi. »

Le grand kabbaliste A.D. Grad écrivait que « la Voie maçonnique se trouve fondée en Kabbale » puisque son symbolisme emprunte d'abord et essentiellement à celle-ci.

Ainsi, le Temple de Salomon régit toute la Maçonnerie bleue (celle des trois premiers grades), où les mots sacrés, sont en hébreu. Ensuite, dans les degrés supérieurs, le chemin de l'initié, du premier au quatrième degré, est jalonné de mots hébreux qui se présentent sous forme d'énigmes à décrypter, se superposant aux symboles présents dans la loge. C'est pourquoi, en 1830, Vuillaume, lorsqu'il écrivit son Tuileur (celui qui vérifie que le Maçon qui veut entrer dans la loge connaît les mots du grade), prit soin de faire précéder les mots hébreux correspondant à chaque degré d'un alphabet hébraïque.

Comment envisager l’apport hébraïque aux rituels maçonniques ? Sous deux aspects qui méritent sans aucun doute d’être étudiés par tous les « hommes de désir » qui peuplent les loges.

Le premier est celui de la déambulation dans l’univers biblique à laquelle nous invitent nombre de grades maçonniques. En ce sens, c’est une sorte d’histoire sainte que le Maçon est invité à revivre, mais une histoire enrichie de légendes nouvelles et purement maçonniques.

L’abord pertinent de ces rituels suppose une bonne culture biblique, et singulièrement une connaissance suffisante des textes de l’Ancien Testament, de leurs sources, des courants mythiques et religieux auxquels ils ont puisé et qui les éclairent. En dernière analyse, cette culture religieuse de l’Orient ancien et particulièrement de la tradition des Hébreux forme un bagage essentiel pour l’élucidation des grades en question.

En second lieu, il faut revenir à l’une des sources majeures de la pensée maçonnique : le courant hermético-kabbalistique de la Renaissance qui, dans une audacieuse et périlleuse synthèse, a tenté de concilier la méthode kabbalistique et le message chrétien, tout en les reliant à une tradition supposée remonter aux origines du monde et trouvant ses racines dans les récits bibliques. La Kabbale chrétienne, la philosophie alchimique, la théosophie chrétienne, de Pic de la Mirandole à Bohème, s’inscrivent dans cette mouvance.

La Franc-maçonnerie, en constituant son corpus iconographique autant que philosophique, y a largement puisé.

Cette source, riche et foisonnante, ne doit pas être négligée car elle renferme, elle aussi, des clés utiles à la compréhension de nombreux aspects des rituels et du symbolisme général de la Franc-maçonnerie.

Ce n’est hélas qu’un bref état des lieux, ce n’en est pas moins aussi un programme de travail et de recherche.
 

GL, 06/2022.

 


 

commentaires

La kabbale(aperçu)

Publié le 4 Juin 2026 par T.D

 

Comment définir la Kabbale ? En tant que tradition orale (enseignement transmis de génération à génération sous forme de récits, de légendes, ...), la kabbale est probablement aussi lointaine que la date de rédaction du Pentateuque (recueil des cinq premiers livres de la Bible). Si l'on considère que les textes ayant inspiré les volumes les plus anciens du Pentateuque (la Genèse en particulier) ont été rédigés au IXème ou Xème siècle avant Jésus-Christ, la kabbale orale aurait donc 3000 ans. En tant que tradition écrite, la kabbale voit le jour en plein Moyen-âge. Le Bahir (sefer ha bahir - "Livre de la Clarté") est considéré comme le tout premier écrit appartenant à la littérature de la kabbale. Cet ouvrage apparaît en France au XIIème siècle après Jésus-Christ, la date précise de parution ainsi que son auteur sont inconnus. Le fleuron de la kabbale écrite reste le Zohar (sefer ha zohar, "Livre de la Splendeur") attribué à l'espagnol Moïse de Leon (XIIIème siècle)

Si l’on s’en tient à WP, Le mot « kabbale » (Qabalah en hébreu) signifie « réception » au sens le plus général, le terme est parfois interprété comme « tradition ». Le Kabbaliste est donc celui qui a reçu (de l'hébreu קיבל Qibel) la tradition (l’initiation).

Le mot Kabbale ne désigne pas un dogme, mais un courant à l'intérieur du judaïsme et un état d'esprit. Plus qu'une simple origine étymologique, "recevoir" est une clé de compréhension du processus de restauration.

C’est aussi un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l'homme et l'univers, qui prend racine dans les traditions ésotériques juives.

Cette définition très académique ne rend pas bien compte de l'universalité de la Kabbale et de la richesse de l’ensemble des thèmes qu'elle aborde.

La kabbale est un outil d'aide à la compréhension du monde dans le sens qu'elle nous incite à en modifier notre perception que nous appelons "la réalité" malgré la subjectivité de notre perception. Pour ce faire, la Kabbale met à notre disposition un diagramme synthétique : l'Arbre des Sephiroth, des clés de lecture pour de multiples ouvrages et un foisonnement de concepts (degrés de significations, contractions, etc...).

La kabbale est un véritable traité ésotérique sur l’origine, la nature et les destinées du monde, qui suit mais aussi prolonge et interprète à sa façon la Bible.

La kabbale propose en outre des réponses aux questions essentielles concernant l'origine de l'univers, le devenir de l'homme et son rôle. C'est à la fois un extraordinaire outil de travail sur soi et un moyen puissant d'appréhender les autres systèmes de pensée. Cela peut rappeler certaines réflexions que nous avons eues dans le cabinet du même nom lors de notre initiation maçonnique.

Dans Morals And Dogma, Albert Pike(Américain, Elu Grand Commandeur en 1859 du rite Ecossais ancien et accepté et qui le resta pendant trente-deux ans, jusqu'à la fin de sa vie) déclare que la franc-maçonnerie est un produit de la kabbale de par ses origines ésotériques. Notamment le 32eme degré du rite écossais. Jusqu’en 1964, aux Etats- Unis la kabbale était remise au maçon qui arrivait au 14eme degré.

Morals and Dogma ou la Morale et le dogme a été décrit comme "une collection de trente-deux essais qui fournissent une justification philosophique pour les degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il fournit une toile de fond pour les différents degrés du rite en donnant des leçons de religion comparée à l'histoire et la philosophie"

Le thème du kabbalisme a été en outre repris par nombre de nouveaux mouvements religieux, dont le « Centre de la Kabbale » qui connaît depuis les années 1980 une certaine notoriété auprès des personnalités du show-business, dont la très emblématique chanteuse Madonna. Toutefois ce mouvement est dénoncé comme imposture par les rabbins traditionalistes.

La Kabbale propose des réponses aux problèmes fondamentaux sans les éluder. Ainsi elle considère que le Néant et le Mal font partie intégrante de la création. Aucun sujet n'est vil à ses yeux : le doute, la souffrance, l'égoïsme, le sexe, le plaisir, nourrissent ses débats. La Kabbale contribue à briser les carcans de la pensée et de la morale (bien sûr pour cela elle construit d'autres carcans qu'elle incitera à détruire : la certitude est vue comme une erreur consentie- on parle alors de vérité relative - qu'il faudra piétiner comme on piétine les marches d'un escalier afin de s'élever).

La Kabbale accorde les contraires apparents en dévoilant les paradoxes et en proposant de les résoudre. Des notions aussi éloignées que celles de forme et de force, de raison et de foi, d'inertie et de mouvement s'interpénètrent et prennent leur sens dans leur complémentarité, dans leur interchangeabilité, et non dans leur stricte opposition.

Cette notion s'illustre parfaitement dans l'Arbre des Sephiroth (l’arbre de vie) où des ensembles de symboles très divers sont reliés entre eux. La kabbale ne montre pas seulement l'aspect illusoire de la dualité mais lui accorde un rôle crucial : la dualité est le moteur de l'expansion de notre conscience, un puissant facteur de progrès. L'homme ne marche que parce que les forces de frottement s'opposent à sa marche, sans ces obstacles sous les semelles, il glisserait sur place.

Après ces généralités nous allons rentrer dans le vif du sujet par l’approche de l’arbre séphirotique ou l’arbre des Sephiroth (sans s car c’est un nom pluriel)

Les Sephiroth (en hébreu ספירות) sont les 10 puissances créatrices listées par la Kabbale dans son approche mystique du mystère de la Création. Chaque Sephira est l'émanation d'une énergie du Dieu Créateur. Ces puissances divines manifestent dans la création du monde fini le Pouvoir Suprême de l'Infini. Les traités de Kabbale présentent souvent les Sephiroth sous la forme d'un Arbre de Vie.

Les sephiroth, littéralement "émanations", "numérations" ou encore "nombres", sont les étapes, les épreuves, les champs de conscience, les forces en action dans la réalité perçue.

L'Arbre en comporte 10, schématisées par des cercles. La figure ci-dessus montre la disposition usuelle des sephiroth ce sont les nœuds d’intersection des ‘sentiers’.

Il faut noter que l'apparente verticalité de l'Arbre ne préjuge pas de la supériorité de telle ou telle séphire. (En hébreu, "sephiroth" est un pluriel du genre féminin. Au singulier, on emploiera le mot "sephirah" ou "séphire").

Après les sephiroth nous voyons les ‘sentiers’ qui relient les sephitroth entre eux et qui représentent leurs différentes interactions.

Ils peuvent être perçus soit comme des combinaisons de forces, soit comme des zones de transition ou encore des canaux ou des chemins.

Voici quelque chose qui va nous rappeler quelque chose : nous avons 3 piliers sur notre arbre de vie :

  • La colonne de droite (en hébreu, kav yamin) est dominée par Chokhmah. C'est Yakhin ou Jakin la blanche, le pilier de la force, des tendances masculines. Les Sephiroth de ce pilier (Chokhmah, Chesed, Netzach) correspondent à des états actifs. Ce pilier est dominé par les principes actifs, de construction, de kinétique.
  • La colonne de gauche (en hébreu, kav smol) est dominée par Binah. C'est Boaz la noire, le pilier de la forme, des aspects féminins. Les Sephiroth de ce pilier (Binah, Geburah, Hod) correspondent à des états de structure passifs. Ce pilier est dominé par les symboliques passives de statique, de destruction.
  • La colonne centrale est dominée par Kether, et est appelée le pilier de l'équilibre, ou de la conscience. Les Sephiroth de ce pilier (Kether, Tipheret, Yesod et Malkuth) traduisent un équilibre entre force et forme, mâle et femelle, action et structure : ils correspondent à des états de conscience équilibrée.

Il n'y a aucune discontinuité entre les chemins qui sillonnent l'Arbre. Ainsi les Sephiroth elles-mêmes font partie du parcours initiatique de l'Arbre. En ce sens, la Kabbale considère qu'il existe 32 sentiers : les 10 Sephiroth plus les 22 voies qui les relient.

Il est préférable de représenter les sentiers par des canaux et non pas par de simples lignes ténues. Cela permet d'introduire dans l'Arbre la notion d'écoulement, de flux alimentant notre réalité.

La numérotation des éléments de l'Arbre n'est pas arbitraire. Elle correspond à une succession de forces qui s'équilibrent jusqu'à la 10ème et ultime séphirah. L'ordre des sephiroth montre que l'Arbre est en fait inversé : la première sephirah, associée à la racine de l'Arbre, est située en haut tandis que la dixième sephirah, liée au sommet, se trouve en bas. La numération des sentiers correspond aux étapes de construction de l'Arbre. Elle schématise les ajustements et les équilibrages nécessaires au déploiement complet de l'Arbre.

Nous voyons sur les images précédentes la numérotation non arbitraire des sephiroth ainsi que des sentiers. Sur la représentation à droite nous avons les noms sephiroth

Sans même connaître les attributs des sephiroth, il est déjà possible de les relier entre elles, en suivant l'ordre des chiffres qui leur sont associés.

Cette opération fait apparaître une figure connue sous le nom d'éclair fulgurant. Elle symbolise l'étincelle divine engendrant l'univers. Une analogie intéressante peut être celle du précipité : dans une solution chimique, l'adjonction d'une certaine substance ou l'effet d'un influx électrique fait apparaître une matière dense (la dixième séphire).

Il y a trois lignes qui apparaissent derrière la première séphirah et qui représentent les trois voiles du non-manifesté. Cet éclair pourrait nous faire penser à l’épée flamboyante présente sur le plateau du vénérable. En effet dans « flamboyante » le nom indique un rapport avec la foudre ou l’éclair. Le rôle dévolu au Vénérable Maître est de créer un espace sacré où pourra se vivre l’initiation, ainsi que de pouvoir préserver cet espace. À cet effet, le Vénérable Maître dispose de l’Épée Flamboyante pour transmettre l’énergie créatrice de l’Orient éternel. Le mot qui, traduit de l’Hébreu, qualifie la lame de « l’épée flamboyante » est le verbe « se tourner, changer ». Il s’agit donc d’une épée qui tourne, qui s’agite, d’où son caractère dit flamboyant. En effet, cette racine hébraïque montre que l’épée flamboie parce qu’elle est le feu elle-même et parce qu’elle réfléchit la lumière solaire d’où elle se charge. Le double tranchant de la lame a entre autre cette fonction : celle de porter le feu de la création pour donner vie à l’initié. Il y a bien entendu d’autres fonctions de cette épée mais nous ne traiterons pas de cela aujourd’hui : ce n’est pas notre propos.

Revenons donc à notre arbre dont j’ai reporté plus haut les différents noms des séphiroth. Je vais vous donner la signification synthétique de chaque sephirah. Toutefois la multiplicité des significations des sephiroth, suivant le plan sur lequel on se situe (macrocosmique ou microcosmique), se reflète dans la diversité des noms et des symboles associés à chaque sephirah. C’est donc une signification vraiment synthétique que je vous livre :

  • Kether qui signifie Couronne, symbolise le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l’homme primordial.
  • Chokmah qui signifie Sagesse, symbolise le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement.
  • Binah : qui signifie Compréhension, la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer
  • Chesed : la Miséricorde bienveillance, amour, majesté
  • Geburah : la Sévérité La justice, la force, la rigueur
  • Tiphereth : la Beauté l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme
  • Netza'h : la Victoire fermeté, puissance, synthèse
  • Hod : la Gloire
  • Yesod : le Fondement,la fondation, le trésor des images
  • Malkuth : le Royaume, Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge…

Voici dans ces vraiment très grandes lignes la base théorique de la Kabbale. Je voudrais juste préciser un point :

pour différencier le MACROCOSME (l'univers) du MICROCOSME (l'homme), l'Arbre pivote sur son axe : ainsi Chokmah échange sa place avec Binah, Chesed avec Geburah, Netza'h avec Hod, les quatre autres sephiroth eux ne bougent pas. Ce basculement de l'arbre sur son axe est une illustration du principe d'inversion. C’est un effet miroir puisque la bascule n’est pas horizontale mais verticale.

Vous aurez également noté que dans l’arbre sephirotique nous retrouvons les noms de nos 3 colonnettes : Sagesse, Beauté et Force

Robert Ambelain dans son ouvrage la Kabbale Pratique, avait découpé son étude en 2 parties : Les éléments doctrinaux et les éléments opératifs. Dans les 1ers il décrivait l’origine, la genèse, les éléments métaphysiques et les « existences » divines notamment les séphirots dans les cinq mondes.

Dans la 2eme partie il rentrait dans la partie pratique de la mise en œuvre de la Kabbale. Il indiquait tout ce qui devait être fait et su pour œuvrer opérativement.

Bien que Robert Ambelain fut passionné d’ésotérisme, pour autant peut on dire que la kabbale a une influence directe sur la Franc-Maçonnerie ? Si l’on s’en tient à certains auteurs, rien n’est moins sûr. Tout d’abord pour la bonne et simple raison que les juifs ne furent admis dans les loges que bien tardivement. Le corps spirituel de la Franc Maçonnerie était déjà établi et qu’en plus on ne peut pénétrer la kabbale sans un bagage religieux adéquat ce qui était loin d’être le cas pour la plupart des frères au 18eme.

Quels peuvent être alors les similitudes entre la Kabbale ou le judaisme et la FM ?

Certains auteurs ont trouvé au contraire bien des points communs :

Tout d’abord la valeur du travail, on sait que le maçon est invité à travailler sur lui-même, à polir continuellement sa pierre, à se perfectionner lui-même avant de chercher à améliorer le monde. La symbolique maçonnique, avec les outils du constructeur et le tablier, témoigne de cette orientation primordiale. Le judaïsme connaît lui aussi cette valorisation du travail, qui prend évidemment sa source dans la Torah. Avant même d’être chassé du jardin d’Eden et de devoir travailler à la sueur de son front, Adam devait déjà entretenir le jardin.

Il en découle une foi commune en la perfectibilité de l’homme. La franc-maçonnerie constitue de ce fait une utopie de la modernité, elle pense ou espère que l’homme peut s’améliorer et améliorer le monde. Elle y tend mais l’Homme (j’ai mis une majuscule pour l’homme en général) peut-il vraiment aller uniquement vers le bien ? Il doit y avoir beaucoup de facteurs convergents pour que l’Homme tende vers le bien et s’y tienne.

Un point à rapprocher entre la FM et le judaisme serait l’absence de Dogme. La franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme !! On est dans le cas « il est interdit d’interdire ». N’ayant pas de doctrine la FM est donc une méthode d’appréhension de soi et du monde.

Par contre quelque chose de plus intéressant permet de faire un lien entre les deux disciplines : La kabbale associe à chaque lettre une valeur numérique donc chaque mot à sa propre valeur numérique qui correspond à la somme des valeurs numériques de chaque lettre. Cette vraie valeur des mots est à l’origine de l’importance de l’épellation dans le rite maçonnique. Cela ne nous rappelle t-il pas quelque chose ?

Pour conclure j’avoue que le parallèle qu’il peut y avoir entre la Kabbale et la Franc Maçonnerie est difficile à cerner pour plusieurs raisons, si l’on s’en tient à certains auteurs que je cite plus haut, la kabbale ne peut être à l’origine ou avoir participé à la création de la FM. Pourtant après avoir lu ce j’ai lu sur le sujet, rien n’est moins sûr ! Il y a vraiment beaucoup de similitudes, d’autant que certains prétendent que la Kabbale serait d’origine Egyptienne et serait même à l’origine des templiers et des Rosi-Cruciens. Donc est-ce au 18eme et 19eme que la FM a puisé dans la Kabbale ou est-ce bien antérieurement que le rapprochement a été fait ? Peut être nous pouvons y voir un cheminement commun aux traditions authentiques. Pour se faire la meilleure idée, il est bon de lire ou relire la kabbale en ayant en arrière pensée notre rituel et là, la lumière jaillit. En ce qui me concerne j’ai l’intime conviction que la Kabbale et la Franc-maçonnerie sont intiment liées du fait de leur caractère authentiquement traditionnel.

Au terme de cette approche, nous avons plus de questions posées que de réponses. apportées.

Nous voyons sur les images précédentes la numérotation non arbitraire des sephiroth ainsi que des sentiers. Sur la représentation à droite nous avons les noms sephiroth

Sans même connaître les attributs des sephiroth, il est déjà possible de les relier entre elles, en suivant l'ordre des chiffres qui leur sont associés.

Cette opération fait apparaître une figure connue sous le nom d'éclair fulgurant. Elle symbolise l'étincelle divine engendrant l'univers. Une analogie intéressante peut être celle du précipité : dans une solution chimique, l'adjonction d'une certaine substance ou l'effet d'un influx électrique fait apparaître une matière dense (la dixième séphire).

Il y a trois lignes qui apparaissent derrière la première séphirah et qui représentent les trois voiles du non-manifesté. Cet éclair pourrait nous faire penser à l’épée flamboyante présente sur le plateau du vénérable. En effet dans « flamboyante » le nom indique un rapport avec la foudre ou l’éclair. Le rôle dévolu au Vénérable Maître est de créer un espace sacré où pourra se vivre l’initiation, ainsi que de pouvoir préserver cet espace. À cet effet, le Vénérable Maître dispose de l’Épée Flamboyante pour transmettre l’énergie créatrice de l’Orient éternel. Le mot qui, traduit de l’Hébreu, qualifie la lame de « l’épée flamboyante » est le verbe « se tourner, changer ». Il s’agit donc d’une épée qui tourne, qui s’agite, d’où son caractère dit flamboyant. En effet, cette racine hébraïque montre que l’épée flamboie parce qu’elle est le feu elle-même et parce qu’elle réfléchit la lumière solaire d’où elle se charge. Le double tranchant de la lame a entre autre cette fonction : celle de porter le feu de la création pour donner vie à l’initié. Il y a bien entendu d’autres fonctions de cette épée mais nous ne traiterons pas de cela aujourd’hui : ce n’est pas notre propos.

Revenons donc à notre arbre dont j’ai reporté plus haut les différents noms des séphiroth. Je vais vous donner la signification synthétique de chaque sephirah. Toutefois la multiplicité des significations des sephiroth, suivant le plan sur lequel on se situe (macrocosmique ou microcosmique), se reflète dans la diversité des noms et des symboles associés à chaque sephirah. C’est donc une signification vraiment synthétique que je vous livre :

  • Kether qui signifie Couronne, symbolise le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l’homme primordial.
  • Chokmah qui signifie Sagesse, symbolise le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement.
  • Binah : qui signifie Compréhension, la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer
  • Chesed : la Miséricorde bienveillance, amour, majesté
  • Geburah : la Sévérité La justice, la force, la rigueur
  • Tiphereth : la Beauté l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme
  • Netza'h : la Victoire fermeté, puissance, synthèse
  • Hod : la Gloire
  • Yesod : le Fondement,la fondation, le trésor des images
  • Malkuth : le Royaume, Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge…

Voici dans ces vraiment très grandes lignes la base théorique de la Kabbale. Je voudrais juste préciser un point :

pour différencier le MACROCOSME (l'univers) du MICROCOSME (l'homme), l'Arbre pivote sur son axe : ainsi Chokmah échange sa place avec Binah, Chesed avec Geburah, Netza'h avec Hod, les quatre autres sephiroth eux ne bougent pas. Ce basculement de l'arbre sur son axe est une illustration du principe d'inversion. C’est un effet miroir puisque la bascule n’est pas horizontale mais verticale.

Vous aurez également noté que dans l’arbre sephirotique nous retrouvons les noms de nos 3 colonnettes : Sagesse, Beauté et Force

Robert Ambelain dans son ouvrage la Kabbale Pratique, avait découpé son étude en 2 parties : Les éléments doctrinaux et les éléments opératifs. Dans les 1ers il décrivait l’origine, la genèse, les éléments métaphysiques et les « existences » divines notamment les séphirots dans les cinq mondes.

Dans la 2eme partie il rentrait dans la partie pratique de la mise en œuvre de la Kabbale. Il indiquait tout ce qui devait être fait et su pour œuvrer opérativement.

Bien que Robert Ambelain fut passionné d’ésotérisme, pour autant peut on dire que la kabbale a une influence directe sur la Franc-Maçonnerie ? Si l’on s’en tient à certains auteurs, rien n’est moins sûr. Tout d’abord pour la bonne et simple raison que les juifs ne furent admis dans les loges que bien tardivement. Le corps spirituel de la Franc Maçonnerie était déjà établi et qu’en plus on ne peut pénétrer la kabbale sans un bagage religieux adéquat ce qui était loin d’être le cas pour la plupart des frères au 18eme.

Quels peuvent être alors les similitudes entre la Kabbale ou le judaisme et la FM ?

Certains auteurs ont trouvé au contraire bien des points communs :

Tout d’abord la valeur du travail, on sait que le maçon est invité à travailler sur lui-même, à polir continuellement sa pierre, à se perfectionner lui-même avant de chercher à améliorer le monde. La symbolique maçonnique, avec les outils du constructeur et le tablier, témoigne de cette orientation primordiale. Le judaïsme connaît lui aussi cette valorisation du travail, qui prend évidemment sa source dans la Torah. Avant même d’être chassé du jardin d’Eden et de devoir travailler à la sueur de son front, Adam devait déjà entretenir le jardin.

Il en découle une foi commune en la perfectibilité de l’homme. La franc-maçonnerie constitue de ce fait une utopie de la modernité, elle pense ou espère que l’homme peut s’améliorer et améliorer le monde. Elle y tend mais l’Homme (j’ai mis une majuscule pour l’homme en général) peut-il vraiment aller uniquement vers le bien ? Il doit y avoir beaucoup de facteurs convergents pour que l’Homme tende vers le bien et s’y tienne.

Un point à rapprocher entre la FM et le judaisme est l’absence de Dogme. La franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme !! On est dans le cas « il est interdit d’interdire ». N’ayant pas de doctrine la FM est donc une méthode d’appréhension de soi et du monde.

Par contre quelque chose de plus intéressant permet de faire un lien entre les deux discipline : La kabbale associe à chaque lettre une valeur numérique donc chaque mot à sa propre valeur numérique qui correspond à la somme des valeurs numériques de chaque lettre. Cette vraie valeur des mots est à l’origine de l’importance de l’épellation dans le rite maçonnique. Cela ne nous rappelle t-il pas quelque chose ?

Pour conclure j’avoue que le parallèle qu’il peut y avoir entre la Kabbale et la Franc Maçonnerie est difficile à cerner pour plusieurs raisons, si l’on s’en tient à certains auteurs que je cite plus haut, la kabbale ne peut être à l’origine ou avoir participé à la création de la FM. Pourtant après avoir lu ce j’ai lu sur le sujet, rien n’est moins sûr ! Il y a vraiment beaucoup de similitudes, d’autant que certains prétendent que la Kabbale serait d’origine Egyptienne et serait même à l’origine des templiers et des Rosi-Cruciens. Donc est-ce au 18eme et 19eme que la FM a puisé dans la Kabbale ou est-ce bien antérieurement que le rapprochement a été fait ? Peut être nous pouvons y voir un cheminement commun. Pour se faire la meilleure idée, il est bon de comprendre la kabbale en ayant en arrière pensée notre rituel et là, la lumière jaillit. En ce qui me concerne j’ai l’intime conviction que la Kabbale et la Franc-maçonnerie sont intiment liées. (...)

Chris.°. Mart.°.  RL "Les Ecossais de Saint Jean" à l'O.°. de HYERES.

 

commentaires
Publicité

UNE APPROCHE DE LA KABBALE

Publié le 4 Juin 2026 par T.D

 

Ce n’est qu’avec un regard de franc-maçon que je vous transmets ce qui m’en est paru essentiel pour aborder avec vous cette voie de la Connaissance.

Cela étant dit, cette planche n’a pour moi que le but d’éveiller en vous, une envie d’aller plus loin par vous-même et surtout d’y prendre plaisir. Cette planche ne fera ni de vous, ni de moi des kabbalistes et je vais essayer de faire que cela ne soit pas trop complexe…

Si je devais vous résumer très succinctement ce qu’est la Kabbale, je vous dirai qu’elle est la tradition mystique du judaïsme qui se présente comme un commentaire codé des textes bibliques.  C’est un ensemble de techniques de lecture et de déchiffrage des textes, pour en dévoiler et en communiquer les secrets. Pour les croyants c’est une capacité de recevoir la lumière de l’infini. C’est un ensemble de pratiques, rites et méditations qui permettent à l’homme de s’élever intellectuellement et spirituellement.

La kabbale trouve son origine dans la spiritualité juive ancienne, au début du IIsiècle de notre ère en Palestine (nom donné par Hadrien en 135 à la Judée-Samarie) et en Babylone par  le rabbi Siméon Bar Yo’Hai, auteur présumé du Sepher ha-Zohar (Le Livre de la Splendeur).

Du 3ème au 5ème siècle apparaissent des textes divers qui ont en commun de décrire les demeures célestes comme autant de palais, ils sont marqués par la symbolique des nombres et l’on peut extraire de ceux-ci un traité important : » Le Livre de la Création (Sefer Yetsiraoù il est question des fameuses sefirots (nombre en hébreux) sur lesquels les kabbalistes des siècles à venir spéculeront à l’envi : le dieu créateur exprime sa volonté au moyen de trente-deux mystérieux sentiers de sagesse, que sont les dix sefirots et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. Ces sephirots sont partout à l’œuvre ; on les retrouve dans la création du monde, dans les dix commandements et jusque dans le corps de l’homme :

Animé par la volonté, l’intelligence et la pensée : la tête,

La grâce et la victoire : le bras et la jambe droite,

La rigueur et la soumission : le bras et la jambe gauche,

Et enfin l’harmonie, le fondement et la royauté : le cœur et le sexe.

Les sources qui permettent de relier cette première kabbale à l’éclosion au 12ème siècle, véritable âge d’or de ces textes dans le midi de la France et le nord de l’Espagne font défaut.

Ce ne sera qu’un millénaire plus tard que se développera dans le Midi de la France le mouvement kabbalistique, c’est de là que nous vient le Sefer Ha Bahir « le livre de la clarté » , dans lequel on trouve l’élaboration de la technique de la guématria (transcription du mot grec gématria d’où vient le mot géométrie), à chaque lettre est attribué une valeur numérique, en sorte que l’on peut évaluer la valeur d’un mot hébreu à partir des lettres qui le composent et donc de part, le fait le renvoyer à un autre sens éventuel. Ce livre par ailleurs aborde également les thèmes de la réincarnation, celui du messie, le monde des anges, la loi des correspondances (caractéristique de toute les traditions ésotériques) : il y aurait correspondance entre l’humain (microcosme) et l’univers (macrocosme)

 En Espagne, c’est en Catalogne, à Gérone et à Barcelone ainsi qu’en Castille à Burgos que l’on trouve une grande effervescence autour des cercles d’études kabbalistiques. Un nom important est celui de Moise ben Nahman dit « Nahmadide »lequel donnera à la Kabbale une unité doctrinale et une dimension éthique.

Mais l’apparition vers 1270 d’un fameux livre sera l’évènement le plus important dans l’histoire de la kabbale et va devenir la bible des kabbalistes. Ce livre c’est le ZOHAR (Le Livre des Splendeurs) attribué à Moise de Léon lequel est écrit en araméen et sous forme romancée d’un commentaire du Pentateuque, du Cantique des Cantiques et du livre de Ruth.

Son agencement symbolique fait de lui un maillon important dans la chaine de la tradition juive et plus largement dans l’histoire de la symbolique. Il aura une influence sur toute la tradition ésotérique occidentale et ceci jusqu’à nos jours.

C’est sous cette influence qu’apparait le nom de Kabbale, en remplacement de son nom précédent Hokmah Nistarah, «la connaissance cachée» ; il atteint son apogée à Safed (Galilée) au XVIe avec Cordovero et Louria.

La kabbale est essentiellement hébraïque. Son cadre de référence est la communauté d’Israël et la Loi orale révélée à Moïse. Les grands maîtres sont juifs. Les spéculations exégétiques portent sur l’Ancien Testament. La cosmogonie est celle de la Genèse.

Et c’est aux alentours du 15ème siècle que des humanistes, des chrétiens importent la kabbale et commencent à la revisiter.

Les italiens comme Jean Pic de la MirandoleGilles de ViterbePaul Rici, l’allemand Jean Reuchlin, le français Guillaume Postel, traducteur du Zohar, s’en servent  pour tenter de prouver la véracité de la seule religion chrétienne et 

pour convaincre les juifs de la nécessité de se convertir. Pour autant, certains de ces auteurs chercheront une vraie communion et un dépassement des clivages religieux mais l’Eglise et Rome les persécuteront ou les feront passer pour des fous.

Après ce petit historique que nous dit la kabbale

Dieu est un être parfait et infini qui s’est contracté en lui-même pour engendrer le monde,

La Kabbale est une manière de regarder le monde, de se regarder voir le monde. 

La kabbale constitue dans l’histoire du judaïsme le courant profond et secret qui complète l’initiation biblique et talmudique.

Les kabbalistes admettent généralement que la sagesse fut révélée à Moïse sur le mont Sinaï, en marge de la Loi écrite, le Pentateuque (Torah).

Chez les Juifs, la kabbale faisait partie de ce que toutes les Universités métropolitaines appelaient la Sagesse, c’est-à-dire la synthèse des sciences et des arts ramenés à leur principe commun. Ce principe était la Parole ou le Verbe.

La kabbale développe des concepts théogoniques et cosmogoniques basés sur les 32 chemins de la sagesse à savoir : les 22 lettres de l’alphabet kabbalistique associées aux 10 sefirots

Née à Alexandrie dans un milieu lévitique hellénisant (par exemple avec Philon d’Alexandrie), elle est restée fidèle au monisme originel, arguant que le Divin et l’humain, le monde céleste et le monde terrestre, etc … n’étaient que deux manifestations de la même Unité impersonnelle nommée Eïn-Sof : le «Sans-Limite » dont YHWH n’était qu’un des Élohim, une des Puissances, celle du Pacte et de la Loi (Marc Halévy, Kabbale et Franc-maçonnerie).

La kabbale remonte à l’origine gnostique de Dieu et des choses : c’est la science de l’Être par excellence. En désignant l’ésotérisme juif, elle va au-delà du Texte, elle cherche la symbolique de tous les éléments bibliques, ainsi que des mots et des lettres, dans leur rapport avec Dieu. Elle prend en charge des questions qu’on peut dire de type philosophique. Ainsi à propos – propos central en l’occurrence – de Dieu, du néant et de la création. L’arrière-fond thématique est ici néo-platonicien : une série d’émanations dérivées, à partir de l’Un, intermédiaires entre Dieu et le néant, et où se tient le monde. La kabbale reprend et approfondit cette donne, en dépassant le dualisme Être et Néant pour considérer en Dieu tout ce qui tient le monde (les dix sefirots) ainsi que le néant lui-même. Ce qui conduit à faire du néant autre chose que du simple non-être et, partant, à lui attribuer une consistance ou une qualité ontologique (Pierre Gisel, Gershom Scholem, d’une redécouverte de la kabbale et de ses enjeux.)

Cette science est basée sur la parole. 

Remettons les choses à leurs places et essayons de redonner au mot sa véritable signification. Le mot kabbale, qabalah  est dérivé du verbe construit sur Q-B-L (kabbel) qui signifie recevoir, accueillir, transmettre (la lettre Qof ק, qui descend vers le bas, symbolise les profondeurs du moi ; le Beith ב est la maison qui désigne l’être ; le  Laméd  ל  montre, par sa forme, ce qui s’élève mais aussi ce qui descend par le  Limoud, l’étude, la lettre Hé  ה représente le Souffle qui donne la vie. Ce que l’on reçoit, c’est la Sagesse d’En Haut.

Réception et transmission forment la trame de toute tradition dont la nôtre à nous F :.M :.et j’aime cette idée de réception car il implique le libre choix de celui qui accepte ce don.

La réception c’est le fruit. Ce qui est porté par la transmission, c’est le gout du fruit. Il est incommunicable, autrement que par l’expérience.

Ce qui est nommé acquiert existence.

En hébreu, parole se dit davar, ce qui signifie chose, parole, affaire ou ordre. C’est pourquoi, la chose n’a d’existence que si elle porte un nom. Par conséquent, la connaissance du nom implique la connaissance de la chose elle-même ; connaître les noms de Dieu reviendrait à connaître Dieu lui-même.

La Kabbalah  est le 4ème niveau de lecture de la Torah, du PARDES, ce mot qui veut littéralement dire «réception», désigne la transmission orale du Maitre à élève des secrets de la Torah.

Mais, dans cette Transmission traditionnelle, jusque-là réservée uniquement aux initiés, un «Mystère sans nom» a été véhiculé de génération en génération ; «chaque lettre hébraïque est aussi un Nombre et à partir du Nombre,  se fait le calcul de l’énergie perpétuellement et infiniment  créatrice ; cette règle millénaire,  est la 29ème  des 32 règles de la Loi orale  donnée à Moïse sur le Mont Sinaï.

La kabbale se différencie de la métaphysique par le fait qu’elle ne se préoccupe pas de savoir si la chose existe. Il suffit que la chose soit.

Le kabbaliste ne cherche pas la vérité, il participe à la vérité par ses actes. La kabbale est donc une démarche de vie et un mode de vie spirituelle ; comme le dit Guénon, «elle est une exaltation spirituelle qui imprègne l’être».

La kabbale offre la particularité d’opérer sur des nombres. 

Elle est d’abord une tentative d’interprétation et d’approfondissement de la Torah (Le Pentateuque) considérée comme inspirée et dictée par Dieu et porteuse, par-delà son sens littéral, d’un sens profond caché et codé à l’aide des 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Le Livre peut être déchiffré par la triple méthode des équivalences numériques, des interpositions dans les acrostiches et des permutations de lettres

Papus dit de la kabbale qu’elle est : «les mathématiques de la pensée humaine. C’est l’algèbre de la foi. Elle résout tous les problèmes de l’âme comme des 

équations, en dégageant les inconnues». Il rajoute : « la kabbale apporte paix profonde par la tranquillité de l’esprit et la paix du cœur.»

Beaucoup de philosophes et mathématiciens grecs seront séduits par les révélations dévoilées par le Calcul sacré. Certains mêmes iront jusqu’à se convertir ; citons parmi eux Pythagore dont le nom est la réduction de l’expression «Pitouï Chel Guer» “la séduction du converti”. 

Le kabbaliste décrypte des textes sacrés composés de mots ; l’hébreu offre la particularité que chaque lettre a une valeur numérique, ce qui permet d’établir des ponts de significations pour les mots ayant même valeur numérique. La kabbale est d’abord une dynamique de l’interrogation, une quête du sens qui, jamais, ne s’enferme dans la certitude du dit, de la réponse et, toujours, s’échappe vers l’horizon de la pensée en chemin, à l’image même du peuple voyageur qui s’en est fait le messager (le mot «hébreux», selon son origine ivri עברי, peut se traduire par «ceux qui passent»).

Pour les cabalistes, les 22 lettres de l’alphabet hébreu sont les instruments de la Création. En effet, d’après la Tradition, les lettres sont des éléments constitutifs des vibrations de l’univers.

La kabbale est un des grands chemins de la Connaissance. Le Midrash Kabbalistique (l’interprétation ésotérique), transcende par sa réflexion le récit biblique, son seul et unique objectif reste l’amélioration de l’être.

Il existe d’autres Kabbales :

Une Kabbale, sur base d’Isaïe et de Daniel, par Isaac Louria: c’est la Kabbale messianique qui veut décrypter dans le message biblique, le moment et les circonstances de la fin des temps de souffrances, une fois que les temps messianiques  auront repris le monde en main.

Une autre Kabbale est celle d’Abraham Aboulafia, : Kabbale yoguique qui pratique la récitation de  mantras  bibliques, des exercices de respiration en prononçant ou en épelant des versets ou des mots, des travaux de posture du corps, et surtout des pratiques de méditation sur les lettres hébraïques ou sur des textes au moyen de techniques appelées, génériquement, le Tsérouf.

Tous les mystères de la kabbale résident donc dans la bible mais il faut les décrypter.

Pour mériter ces révélations, les kabbalistes pratiquent une morale et une ascétique proche de celle des Parfaits Albigeois (les âmes doivent réintégrer la perfection des origines après avoir accompli, comme chez les Cathares, les voyages purificateurs des réincarnations).

Les postulats sur lesquels repose l’enseignement kabbalistique sont les suivants :

1-    La langue hébraïque est la matière du monde,

2-    Etudier le texte biblique c’est étudier les lois de la nature,

3-    La réalité est portée par le mot. La vibration de la voix porte l’univers  et les mots qui la modulent.

Dieu dit : « Que la lumière soit » et la Lumière fut.

Au commencement était le Verbe ?

Pas tout à fait, car le commencement est silencieux. Le silence est associé au vide et la parole au plein ! De l’espace vide et silencieux du commencement surgit l’univers. Comment ?

C’est la question qui intéresse le Kabbaliste.

Il pense que le surgissement de l’univers provient d’une éclipse, de la rétractation du divin et qu’elle permet la naissance du monde sous la forme initiale des 22 lettres de l’alphabet.

Pour comprendre (et ce n’est pas évident, j’en conviens) il faut un savoir car tout élément du texte, chaque lettre, chaque forme de la lettre, les espaces entre les mots, tout doit être compris et décrypté, car il n’y a pas de hasard et chacun à sa place dans l’ensemble. C’est le pourquoi de la guématria !

Pour l’essentiel voici quelques questions que se posent les Kabbalistes :

1/ le sens du texte biblique est-il le sens tout court ?

2/ n’est-il pas plutôt, l’ensemble d’un sens qui doit être décrypté ?

3/ Si cela est vrai, pourquoi le vrai sens est-il caché ?

4 / La vérité est-elle si terrible ? Faut-il être préparé pour l’entendre ?

5/ Quels sont les rapports entre le sens littéral et le sens caché ?

6/ etc…

Voilà, comme vous l’avez peut être remarqué, il y a beaucoup de mots, de sources, de concepts qui ne nous sont pas étrangers à nous francs-maçons.

Par exemple les deux Colonnes à l’entrée du Temple, l’accent sur l’initiation et la transmission de la connaissance, l’éveil spirituel par la compréhension de l’univers et la construction de notre temple intérieur ainsi que notre développement personnel.

Il y a dans nos rituels beaucoup d’allusions, de références à la kabbale puisque le REAA puise ses sources dans toutes les grandes traditions et que les trois grandes influences de notre rite sont la chevalerie, le compagnonnage et la bible d’où sont tirés nos mots de passe et nos mots sacrés, notre décorum et sa symbolique, une certaine symbolique des nombres, des personnages mythiques et leurs représentations symboliques et ceci du 1er au 33ème degré. Mais l’influence de la Kabbale sur la Franc-maçonnerie n’est pas évidente pour la bonne et simple raison que les juifs ne furent admis que tardivement dans les loges.

 Il est dit au REAA :

  « Le volume de la loi sacrée n’est jamais perçu comme l’exposé de la volonté d’un dieu révélé mais comme le récit mythique des origines du monde, de la création légendaire de l’homme et comme la chronique d’une histoire de l’humanité mêlant des éléments fabuleux à des faits historiques avérés ».

C’est à partir du XVIIIe siècle qu’apparaissent les mots hébreux dans la Tradition maçonnique avec Fabre d’Olivet, ouvrant la voie ésotérique de la kabbale aux francs-maçons (Marc Halevy). Pour Mackey, la kabbale est intimement liée à la science symbolique de la Franc-maçonnerie, elle peut être définie comme un système de philosophie qui englobe certaines interprétations mystiques de l’Écriture et des êtres métaphysiques et spirituels.

La kabbale est l’alchimie du langage. Les mots sont substance, en déchiffrant les combinaisons des lettres de l’alphabet comme on étudie le lien chimique entre les substances, la kabbale permet de remonter jusqu’au verbe initial, celui qui est à l’origine du monde le logos.

Il faut quand même savoir que la kabbale a toujours mauvaise presse dans le judaïsme car l'expérience des initiés, incommunicable, les a toujours rendus suspect aux rabbins qui ont toujours cherché à "contrôler" le peuple via la loi.

La kabbale, l'initiation, sont des expériences intimes, qui par définition échappent au contrôle des autorités rabbiniques. (Ce rajout m’a été rapporté par notre F :.  D :. C :.)

La loi est collective, l'initiation est individuelle. Quelle similitude avec nous !

La F :. M :. est un sport d’équipe qui se joue individuellement

J’ai souvent parlé des sefirots dans ce travail mais vous trouverez mes frères à travers vos lectures et vos recherches des tentatives de faire correspondre avec ses émanations divines décrites dans la bible, par exemple notre loge, sa disposition, ses officiers, son agencement. Il est donc important d’en parler deux minutes (pas plus Vénérable Maitre, promis).

D’une façon très succincte comme je vous l’ai déjà dit, l’infini en hébreux Ein-sof or est associé à la notion de néant et de vide, l’infini c’est le divin,

Pour la Kabbale, dieu, au moyen des sefirots, sort de son secret et de l’inexprimable. En franc-maçonnerie on retrouve cette conception développée dans Hermès Trimégiste de manière récurrente.

L’arbre de vie kabbalistique, ou arbre de vie séfirotique (Etz Hayim), est une représentation du cosmos selon la Kabbale.

C’est Azriel de Gérone, célèbre kabbaliste juif du 13ème siècle qui a systématisé l’usage d’un diagramme synthétique pour comprendre le monde et approcher la réalité. Le nom d’arbre de vie est donné à cette représentation, en référence au récit de la Genèse.

L’arbre de vie est donc une voie d’accès à la Connaissance, c’est-à-dire à la compréhension du monde, de Dieu et de soi-même. 

Plus précisément, l’arbre de vie décrit le processus de création émanant de Dieu, ainsi que les énergies à l’œuvre.

La philosophie de l’arbre de vie séfirotique est fondée sur l’idée que l’univers est constitué de différents niveaux, chacun correspondant à une réalité différente.

Etudier l’arbre de vie, c’est tenter de modifier sa perception des choses afin d’accéder à de nouveaux niveaux de conscience. Pour accéder à la réalité et approcher le mystère divin, il faut donc renoncer à ses illusions, et aussi à l’idée que Dieu est une entité distincte, séparée du monde physique.

En effet, la mystique juive kabbalistique considère Dieu, non seulement comme un être transcendant, mais aussi comme un principe immanent, c’est-à-dire présent en toute chose : tout est Dieu.

Par conséquent, l’homme porte lui aussi une part de divin. Il est dans la création. Il peut même être défini comme le point de jonction entre le Ciel et la Terre : il participe pleinement au processus cosmique perpétuel.

Plutôt que de respecter aveuglément les commandements de Dieu, l’homme doit apprendre le mécanisme qui est à l’œuvre. L’arbre de vie est un outil qui pourra l’y aider.

Il se compose de 10 Sephirot : les « stades de l’émanation », chaque Sephira étant associée à un chiffre de 1 à 10 et voici leur nom et description :

KHETER, c’est la couronne, c’est à partir d’elle que s’opère la descente de la grâce ou présence divine. C’est la1ère séphira, les exégètes maçonniques l’associent au Vénérable Maitre. Première étape sous le delta lumineux de la présence du GADLU.

HOCHMAH, symbolise la sagesse, l’intelligence nécessaire à la compréhension sensible des choses. En loge elle est associée à l’Orateur.

BINAH, symbolise l’intelligence analytique, celle qui permet de construire, elle est associée au Secrétaire. Avec les deux premièreselle constitue ce premier niveau qui correspond à l’esprit et à la compréhension des choses.

HESED, symbolise la clémence, la mansuétude, la miséricorde. C’est le siège de notre mémoire qui va du présent au passé. On l’associe au Trésorier.

GEBOURAH, c’est la rigueur, la volonté, elle implique l’action, la volonté d’agir. C’est la volonté d’être, de se dépasser dans les moments cruciaux. C’est la lutte de Jacob et de l’ange, des luttes contre soi-même. On l’associe à l’Hospitalier., avec la précédente, elle constitue l’affectivité et la façon d’agir.

TIPHERETH, c’est la beauté, l’harmonie. Elle est centrale, avec la mémoire et la volonté. Les trois puissances de l’âme sensible. En hébreu, cette triade est appelée Rouah, le souffle. Elle est associée au Maitre des Cérémonies.

NETZAH, c’est la permanence, l’espoir et la gloire, on l’associe au 2ème Surveillant.

HOD, c’est la réverbération, la splendeur et la  majesté, on l’associe au 1er Surveillant.

Et avec la précédente, elle constitue et suggère la vitalité dans l’émanation et la transmission.

YESOD, c’est le fondement, c’est la manifestation physique dont elle serait en quelque sorte le moule. Elle est le secret de la stabilité de l’édifice. Elle est associée à l’Expert.

MALKHOUT, c’est le royaume, le bas a été créé à l’image du haut, elle est la copie du royaume céleste, de KHETER, cette copie a chuté puis s’est dégradée mais la vois est ouverte à chacun pour remonter l’arbre à la recherche du royaume perdu, en une ou plusieurs générations. On l’associe au Couvreur.

J’arrive au terme de cette planche avec la description de cet arbre de vie et de ces éventuelles correspondances dont je vous laisse seuls juges de la pertinence des rapprochements faits par les exégèses maçonniques concernant nos loges, nos officiers. Mais je pense que l’on pourrait intervertir les uns avec les autres et je me dis que tout ceci est en finalité la recherche de la connaissance de soi, à travers trois objectifs essentiels :

Comprendre ce qu’est l’humain, améliorer ce milieu dans lequel nous vivons et aimer notre prochain comme soi-même.

MALKHOUT est en KHETER et inversement nous dit la Kabbale. Notre vie se joue autour de deux verbes :

AVOIR et ETRE

Les Sephirot décomposent les étapes du flux divin descendant qui s’épanche sur l’homme qui cherche à comprendre.

Les Sephirot sont des sphères ; elles représentent, dans la mystique juive, le potentiel de lien entre deux éléments. Les différents canaux établissent ces liens.

L’arbre de vie séfirotique peut être subdivisé en 3 piliers ou colonnes :

-         la colonne de droite est le pilier de la miséricorde. Il représente la force active dans le sens de puissance énergétique, le blanc, le masculin,

-          la colonne de gauche est le pilier de la sévérité ou de la rigueur. Il représente la forme (qui contraint la force pure), le passif, le noir, le féminin. C’est donc là que prennent forme toutes les idées et pensées,

-         la colonne du centre est celle de l’initié lui-même, elle représente la conscience, l’équilibre.

A noter que les deux piliers extérieurs correspondent aux deux colonnes J :. et B :., placées à l’entrée du Temple de Salomon.

L’arbre de vie se lit et se comprend dans deux sens :

-      dans le sens descendant, c’est Dieu qui répand son énergie dans la création,

-      dans le sens montant, c’est l’homme qui choisit la voie de Dieu, pour s’unir à lui.

Mais l’arbre de vie n’est pas Dieu lui-même. En effet, Dieu réside au-delà de la sephira la plus élevée : c’est l’éternel inconnaissable. L’arbre de vie peut s’appréhender comme un arbre inversé, dont les racines seraient en haut. La source est en effet Dieu, décrit comme le Principe ou l’Ayn Sof (l’infini, l’illimité).

Il est important de remarquer l’unité de l’ensemble : tous les éléments qui composent l’arbre de vie kabbalistique sont interdépendants.

L’arbre de vie se compose de :

10 sephirots, ou centres énergétiques, 3 piliers, 4 mondes, 3 voiles et 22 sentiers possibles (les lettres de l’alphabet hébraïque) qui sont autant de nuances dans la circulation de l’énergie.

Le chemin ascendant peut être appelé « chemin de l’éveil ». Il représente le voyage spirituel qui commence par l’immersion dans le monde physique et se poursuit à la fois vers le haut et vers l’intérieur de l’être, dans un objectif d’unité.

A chaque étape, le but est de s’affranchir des limites que sont les formes du corps, de l’âme et du « moi ».

Enfin, par sa colonne centrale, l’arbre de vie kabbalistique décrit l’ascension de l’âme : de l’ego au cœur , avant de rejoindre l’âme de l’homme primordial.

Notons que dans la vision kabbalistique, l’être essentiel présent en tout humain est, tout simplement, Dieu.

J’arrive au terme de cette planche après la description de cet arbre de vie et de ces éventuelles correspondances dont je vous laisse seuls juges de la pertinence des rapprochements faits par les exégèses maçonniques concernant nos loges, nos officiers. Mais je pense que l’on pourrait intervertir les uns avec les autres et je me dis que tout ceci est en finalité la recherche de la connaissance de soi, à travers trois objectifs essentiels :

Comprendre ce qu’est l’humain, améliorer ce milieu dans lequel nous vivons et aimer notre prochain comme soi-même.

Voilà, pour conclure je dirai qu’étudier la Kabbale peut nous permettre de nous élever en conscience. Soyons persévérants et nous découvrirons, peut-être la compréhension de qui nous sommes. L’étude des Sefirots peut nous apprendre à mieux vivre notre quotidien et apprendre le chemin de l’harmonie. Nos objectifs sont le Bien et le Beau.

Entrer dans la Kabbale c’est essayer de reconquérir sa vrai nature, celle de l’équilibre et de l’harmonie au centre du cercle.

Voilà ce que j’ai cru comprendre et que j’ai essayé de vous faire partager en lisant, en faisant des recherches en essayant de simplifier avec mes mots et avec l’espoir que nous puissions comprendre vous et moi un peu plus ce qu’est la kabbale (et n’en montez pas une contre moi d’avoir été un peu long…)

Au commencement était…

J :. P :. G :.

12 mars 6025

 

commentaires
Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 > >>