« Très cher Frère ! Lorsque vous entrâtes dans la carrière maçonnique, vous fûtes prévenu que des vérités importantes y étaient cachées sous le voile des cérémonies et des emblèmes. Cependant, malgré vos efforts pour les dévoiler, vous êtes encore aujourd'hui dans l'incertitude sur l'espèce de science que la Maçonnerie présente à vos recherches; et, peu satisfait des instructions qui vous ont été données, vous désirez d'être admis parmi nous dans l'espérance d'y découvrir la vraie base des Allégories.
Vos doutes et votre zèle seraient insuffisants pour nous déterminer, si vous n'étiez disposé à affirmer des choses que les hommes profanes s'efforcent d'oublier, et qu'ils dédaignent quand on les leur fait entrevoir. Mais à la faveur des liens fraternels qui nous unissent, nous nous sommes assurés par nous-mêmes de votre respect pour les vérités religieuses, et de la confiance que vous avez en elles. Ainsi nous n'avons point à craindre que vous les rejetiez lorsqu'on vous les présentera dans la route que vous allez parcourir. II est d'autant plus facile de les admettre, mon cher Frère, que c'est l'éloignement presque général des hommes pour ces objets sacrés qui, s'étant introduits parmi les Maçons, les empêcha de s'élever jusqu'à la vérité des allégories.
Alors, méconnaissant le but auquel ces mystères devaient les conduire, ils les appliquèrent à des sciences factices et matérielles qui n'eurent jamais aucun rapport à l'initiation maçonnique. Ainsi en adoptant ces systèmes arbitraires, ils ne concevaient déjà plus que l'initiation, ayant l'homme pour objet, doit le conduire à une science digne de lui, et propre à sa force intellectuelle.
Pour vous aider, très cher Frère, à prendre une juste idée de l'espèce de science qui peut être le but de l'initiation, il est nécessaire de vous donner quelques notions de l'état de l'homme dans son origine, et des révolutions funestes qui furent produites en lui et dans l'univers par les actes désordonnés et arbitraires de sa volonté. Avant que l'homme primitif eût prostitué ses facultés à la recherche des objets matériels, ainsi que nous l'ont indiqué les Traditions Religieuses auxquelles vous faites profession d'adhérer, il avait un sentiment intime et une connaissance parfaite de la Nature spirituelle Divine. Vous ne pourrez en douter lorsque vous aurez appris, si vous l'ignorez encore, que l'homme appartient, par sa propre essence, à la classe des êtres spirituels Divins, et que, par la prérogative des Etres purs et spirituels, il y a sans cesse entre eux une action et une réaction réciproque de toutes leurs facultés.
C'est pour cette raison qu'avant son crime l'homme se connaissait lui-même avec évidence, comme il connaissait le Principe Créateur Universel et toutes les créatures émanées de lui.
Or cette Science Divine était par sa nature absolument incompatible avec les affections et passions temporelles sensibles dont l'homme fut la proie à l'instant de sa prévarication, puisqu'elles avaient anéanti tous ses moyens naturels d'action et de réaction sur les Etres spirituels. Les connaissances ténébreuses qu'il avait acquises par ses œuvres matérielles l'ayant jeté en privation absolue Divine, il prostitua son encens aux plus indignes créatures et ses facultés s'obscurcirent au point qu'il douta de sa propre existence spirituelle et de celle de tous les Agents de l'Univers.
En effet, dans cet état il restait privé de la perception de ces Agents et de tous les rapports directs qu'il avait auparavant avec eux, car il ne pouvait plus apercevoir que des êtres matériels, divisibles et composés. Voilà, mon cher Frère, ce qui lui fit perdre entièrement l'idée de l'Unité et de la perfection des Etres spirituels Divins, et ce qui le porta enfin à croire que la matière était en même temps le seul principe de l'Univers, et l'Univers même. Par les choses que nous venons de vous exposer, vous devez concevoir une haute idée de l'homme avant son crime, puisque c'était au centre de la Lumière et de la vérité qu'il puisait l'action, la vie et l'intelligence.
C'était à la faveur des rayons qui en émanent sur tous les Etres qu'aucun d'eux n'échappait à ses regards, et qu'il jouissait d'une Science sans bornes, étant sans cesse en aspect de tous les actes et de toutes les facultés des Etres spirituels. Vous devez concevoir également la possibilité des ténèbres que répandirent sur l'esprit de l'homme les faits qu'il opéra contre la loi du Créateur. Car aussitôt que, sans égard à son rang glorieux d'Etre pur spirituel, il eût conçu et exécuté le monstrueux projet de se nourrir de fruits matériels, il ne tarda pas, ainsi que les Traditions vous l'ont annoncé, à se regarder lui-même comme un Etre de matière. Dès lors, il ne s'occupa qu'à connaître et à fortifier les rapports qu'il venait d'acquérir avec la nature sensible et inférieure, il mit toute sa gloire à découvrir les facultés apparentes et les propriétés des corps, afin d'augmenter ses jouissances corporelles, enfin il ne reconnut pour vraie science que la science physique temporelle, parce que c'était la seule dont il pouvait avoir l'évidence.
Cette erreur ténébreuse se répandit sur sa postérité, et encore aujourd'hui les hommes qui se disent savants et philosophes n'admettent point d'autre science, et la plupart ne croient en effet qu'aux êtres soumis à leurs sens. Vous ne devez pas douter, mon cher Frère, de ce que nous venons de vous dire sur la cause originelle de l'ignorance de l'homme. Cette ignorance serait devenue universelle si, dès le commencement, elle n'avait été suscitée par des sages instruits dans les sciences spirituelles Divines, et qui les ont perpétuées sur la terre par la voie de l'initiation. Vous nous objecterez peut-être que la vraie science étant, ainsi que nous l'avons reconnu nous-mêmes, incompatible avec l'état actuel de l'homme, vous ne concevez pas ce que pouvait être la science des mages et des initiés.
Pour vous éclairer sur cette question importante nous vous dirons qu'il y a certainement une science propre à l'homme d'aujourd'hui, à proportion qu'il se fortifie dans ses vertus spirituelles; mais cette science est très inférieure à celle dont il devait jouir, et c'est ce que nous allons tâcher de vous faire concevoir.
Dans l'état primitif de l'homme, sa science consistait dans une pleine et parfaite connaissance des Actes qu'il devait faire pour remplir avec précision la loi qu'il avait reçue de l'Eternel, loi qu'il ne pouvait exécuter sans connaître en même temps la nature et les prérogatives de tous les Etres émanés du Créateur. Il est donc bien évident que cette science ineffable ne pouvait convenir à l'homme après son crime, puisque étant renfermé dans les bornes étroites d'une forme incorruptible, il était privé de toutes les facultés qu'il avait reçues pour remplir sa première loi.
C'est pour cela que l'initiation et ses mystères, ne pouvant avoir rapport qu'à l'homme en privation, furent si différents de la science primitive. Car ils se réduisaient à instruire les Disciples sur l'état glorieux de pureté spirituelle Divine qui avait été l'apanage de l'homme, et à leur apprendre que c'était par les actes impies et ténébreux de sa volonté qu'il était déchu de cette première splendeur, et que l'Univers avait éprouvé les plus affreuses révolutions
. Aussi les premiers pas de l'initié se faisaient dans le deuil et dans les larmes, exposé à toute la rigueur des éléments. Lorsque, par la révélation de ces mystères, il était parvenu à concevoir la dignité de sa nature spirituelle et à sentir assez vivement sa privation pour se réclamer de la miséricorde du Créateur, on lui annonçait la puissance qui s'est manifestée en faveur de l'homme dans cet Univers et, pour le défendre des illusions temporelles, on lui indiquait les moyens de rendre les actes de cette puissance réversibles sur lui. Voilà, mon cher Frère, la différence extrême qui se trouve entre la science de l'initiation et la science primitive de l'homme.
Dans ce court exposé vous avez dû entrevoir que, dès le premier âge du monde, lorsque l'homme coupable eut gémi sur son crime, la Clémence du Créateur lui avait accordé des secours puissants et efficaces. Alors il eut en effet le bonheur de percer les ténèbres épaisses dont il était enveloppé. Mais il ne put obtenir la jouissance directe et immédiate de ses premiers Droits, sa prévarication ayant élevé des obstacles insurmontables qui s'opposaient à sa parfaite réconciliation, jusqu'à ce que les conditions nécessaires pour l'opérer fussent accomplies.
Cependant il eut dès lors des notions justes de son premier état, ainsi que des changements qui avaient eu lieu en sa faveur dans l'ordre temporel. Voilà ce que les Sages retraçaient à leurs disciples par le cérémonial et les emblèmes de l'initiation. Mais dès les premières postérités de l'homme ces faits furent enseignés sans mystères ni allégories, en sorte qu'il n'y eut point d'initiation dans les diverses familles qui habitaient alors la terre. Ainsi vous ne devez point accorder votre confiance à ce que des philosophes, peu instruits de l'origine de cet Univers, ont osé avancer sur ce premier âge, prétendant d'après leurs seules conjectures que les hommes d'alors ont vécu en sauvages et sans aucune connaissance de la Divinité.
Car jamais on ne vit les hommes sur la terre dans ce déplorable état, qu'après qu'ils eurent obscurci leur intelligence par l'abus même des sublimes connaissances qui leur étaient propres. Cet abus étant devenu universel, le fléau lancé pour le détruire et pour préserver les postérités futures fut également universel, et dut l'être. Après le Déluge, la Science conservée par Noé fut transmise sans voile à ses enfants, comme les Traditions vous l'ont figurée, afin qu'elle fût perpétuée dans sa pureté originelle chez leur postérité. Mais dès lors même, un des propres fils de ce Sage élu osa abuser de ce qu'il venait de connaître, en répétant le crime que le Déluge avait effacé sur la terre.
Les profanations s'étant bientôt multipliées parmi les enfants des hommes, les Sages de cette seconde postérité devinrent réservés et circonspects. Car les nations s'abandonnant à l'idolâtrie et aux actes purement matériels, la Science qu'elles auraient profanée s'effaça de leur souvenir, et la Vérité fut un mystère qu'on ne pouvait plus révéler qu'à ceux d'entre les hommes qui s'en montraient dignes.
Cependant les Sages employèrent tous les moyens qui étaient en eux, et tous les secours qu'ils purent se procurer, pour en acquérir une connaissance plus parfaite et pour faire prévaloir la vraie science parmi les hommes. Nous ne vous dirons pas, mon cher Frère, quels étaient ces moyens et ces secours. Le zèle pour la Vérité qui vous a conduit au milieu de nous, si vous y persévérez constamment, vous servira à les découvrir.
Mais vous ne devez pas ignorer aujourd'hui que la route qui fut suivie par ces Maîtres était pénible et absolument opposée à celle qui avait précipité l'homme dans la Région matérielle terrestre. Ces hommes justes répandaient avec abondance sur la famille humaine les fruits de leurs œuvres, ne cessant de s'opposer aux progrès du mal parmi les peuples. Mais l'impiété et la corruption étant devenues presque universelles, ils furent forcés de recourir à des emblèmes mystérieux pour propager la science sans l'exposer à la profanation. Dans cette vue ils appelèrent à eux des hommes droits et simples de cœur, inébranlables et intrépides dans la voie de la vérité, et capables de lui faire tous les sacrifices qu'elle exigeait d'eux quand elle leur serait connue.
Gardez-vous donc, mon cher Frère, de penser que les Disciples de la science puissent parvenir par quelque route plus douce et moins pénible que celle qui fut pratiquée par les premiers Maîtres. II n'y a qu'une voie qui conduise à la Vérité, et si vous pensiez autrement, il faudrait abjurer cette erreur avant que d'entrer dans la carrière qui s'ouvre devant vous. Elle a été l'origine des initiations : elles furent nécessitées par l'ignorance et la perversité des hommes. Cependant ne croyez pas que toutes celles qui eurent lieu parmi les peuples dans les différentes époques de la Société humaine avaient été également recommandables ; car il y en eut d'institution Divine, et d'autres qui furent établies arbitrairement par des Maîtres plus ou moins éclairés.
Ceci nous conduit à vous dire que, quoiqu'il n'y ait qu'une vraie science pour l'homme, la forme de l'initiation peut varier à l'infini, parce que les signes et les types de vérité sont innombrables. Chez les anciens peuples, on donna le nom de Prêtres, Rois, Mages, Sages ou Philosophes à ceux à qui le secret de la science fut réservé. Ils acquirent par leurs lumières une sorte de souveraineté, parce qu'ils furent des conducteurs éclairés pour les nations, et il ne faut pas chercher ailleurs l'origine de l'union primitive du sacerdoce à la puissance temporelle. Ceux qui sont instruits de l'histoire des diverses initiations savent qu'il n'en est aucune qui ait subsisté longtemps sans s'altérer peu à peu, par l'oubli des vrais principes et par le penchant naturel de l'homme animal à se reposer sur les choses matérielles et inférieures.
Telles furent la vraie cause et l'origine de l'idolâtrie, par le mélange abominable qui se fit bientôt du sacré avec le profane, et des emblèmes de la science spirituelle Divine, avec les pratiques superstitieuses des peuples corrompus. Cette décadence fut l'effet inévitable des initiations indiscrètes ou trop multipliées, et principalement de l'empire des erreurs répandues sur la terre, qui pénétraient jusque dans les Temples des Initiés. Bien que, malgré les travaux des Sages, l'initiation n'ait pu garantir les hommes des ténèbres de l'idolâtrie, quoique parmi leurs Disciples, il s'en soit trouvé qui ont osé égaler les puissances de la nature à la Divinité même et qui, après avoir profané les mystères de la science, ont perdu de vue le véritable sens des Allégories ou les ont travesties par des applications apocryphes.
Cependant, on doit aux vraies initiations d'avoir conservé sur la terre le Dogme de l'immortalité de l'âme et celui de l'existence d'un Etre unique et intelligent, Principe universel de tout ce qui existe. La doctrine constante des Sages de l'antiquité ne permet pas d'en douter.
En effet, le principal but de l'initiation fut toujours d'instruire les nommes sur les mystères de la Religion et de la science primitive, et de les préserver de l'abandon total qu'ils feraient de leurs facultés spirituelles aux influences des Etres corporels et inférieurs. Les initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu'elle pouvait y former des Temples dans le cœur de ceux qui savaient l'apprécier et lui rendre hommage.
Les Egyptiens, ainsi que la plupart des anciens peuples, avaient pu connaître la science dans sa pureté primitive. Cette science enseignait... les lois des choses spirituelles Divines et temporelles. Elle indiquait aux initiés les moyens de participer à l'action des puissances qui sont chargées d'opérer dans cet Univers en faveur de l'homme, et de le soutenir et défendre dans la carrière pénible à laquelle il a été assujetti par sa dégradation.
Mais les Sages d'Egypte, instruits de la diversité des faits qui peuvent résulter de l'action de ces puissances, fixèrent bientôt toute leur attention sur ce qui flattait le plus le penchant naturel de l'homme pour les choses sensibles et matérielles, en sorte qu'ils perdirent de vue les faits d'un Ordre supérieur jusqu'à les oublier entièrement, comme il est arrivé depuis à tous ceux qui les ont imités.
Ainsi leur initiation n'eut bientôt d'autre objet que la connaissance de la nature matérielle, et il faut convenir qu'ils y firent de grands progrès, ayant profité des lumières que leurs Maîtres avaient acquises en ce genre, par une règle plus lumineuse et plus sûre.
Dès lors leurs hiéroglyphes et leurs Allégories cessèrent de s'élever jusqu'à l'action spirituelle universelle qui se manifeste dans l'Univers par ordre du Créateur, et n'eurent rapport qu'aux agents secondaires qui opèrent temporellement pour la production et la durée des êtres matériels. De là vient que leurs mystères ont bien plus exprimé le culte que les initiés rendaient aux puissances actives de la nature temporelle, que celui qu'ils auraient dû rendre au Principe unique de toute puissance générale et particulière. Les signes caractéristiques de chacune de ces Puissances, que quelques-uns ont appelé hiéroglyphes, ayant été présentés aux peuples dans le culte public, ils leur rendirent hommage comme à la Divinité même, et se prosternèrent devant les emblèmes que la science avait employés. Telle fut l'origine de l'idolâtrie matérielle des hommes vulgaires et ignorants. Les prêtres et les Initiés de la Religion Egyptienne n'avaient pu confondre les puissances de la nature avec les signes sensibles qui les expriment.
Mais ils étaient tombés dans une erreur bien plus funeste, puisque après s'être assurés de la réalité et de l'efficacité de l'action des divers Agents de la Nature, ils avaient cru devoir leur adoration à tous les Etres dont ils ne pouvaient concevoir la puissance. Et ils avaient été assez aveugles pour élever des temples et des autels, non seulement aux êtres bienfaisants, mais encore à des dieux méchants et pervers. Cette idolâtrie spirituelle et abominable fut la seule cause de l'idolâtrie des images, car, tandis que les prêtres invoquaient par des cérémonies sacrilèges les puissances mêmes figurées par les hiéroglyphes, le peuple, prosterné devant ces représentations matérielles, leur adressait directement sa prière sans s'élever audessus de la figure.
Ainsi un culte impie se répandit sur la terre, et la plupart des nations restèrent exposées aux plus terribles fléaux, ayant cessé de rendre réversibles sur elles, par la pureté du culte, les puissances favorables qui actionnent dans l'univers en faveur de l'homme. Ces égarements des Egyptiens, que vous ne devez point ignorer puisqu'ils sont attestés par tous les monuments, doivent vous tenir en garde contre des écrivains modernes qui, d'après quelques fragments des cérémonies mystérieuses de l'initiation Egyptienne, ont attribué à ses prêtres, une sagesse et une science qui depuis longtemps n'existaient plus chez ce peuple. Les vains efforts des mages contre la sagesse victorieuse de Moïse vous fournissent une preuve évidente que, dès ce temps-là même, leur initiation s'était écartée du vrai but de la science et que, quelque grands que fussent leurs succès dans les oeuvres matérielles, ils ne pouvaient résister à l'efficacité puissante de la science spirituelle Divine. L'initiation primitive se corrompit chez tous les anciens peuples à peu près comme chez les Egyptiens.
La diversité et la pluralité des Puissances dont l'action se manifestait sans cesse à leurs yeux, leur fit oublier le Créateur, source unique de toutes ces puissances, et, au lieu de rendre hommage à son éternelle Unité, ils se prosternèrent devant les Agents individuels qui, par Décret de l'Eternel, sont dépositaires dans cet Univers des émanations partielles de la Puissance Divine.
Cependant ne croyez pas, mon cher Frère, que ces erreurs funestes aient été si universelles qu'il n'y ait eu chez ces peuples aucun Sage instruit sur la Vérité de l'initiation primitive. Il est certain que, depuis le commencement des temps, le vrai culte n'a pas cessé un instant d'être offert parmi les hommes sur des autels agréables à la Divinité. Il y a toujours eu, dans les diverses régions de la terre, des Elus qui ont présenté à l'Eternel, en toute sainteté, un encens pur et digne de lui, comme vrais représentants de la famille humaine au nom et en faveur de laquelle ils imploraient la bonté et la clémence Divines.
Et cela aurait-il pu être autrement sans que la terre, cet unique asile conservé à l'homme après son repentir, eût été changée en un affreux abîme pour rester à jamais, avec tous ses habitants, en privation éternelle divine, puisque, dans cette dépravation universelle, aucun homme n'aurait pu mériter les regards du Créateur. C'est ce qui vous a été annoncé par les Traditions, lorsque Dieu exigeait qu'il y eût au moins quelques justes dans Sodome sur lesquels pût reposer sa clémence.
D'ailleurs vous n'ignorez point que, pour conserver le vrai Culte dans l'Univers et sur la terre, une Puissance ineffable a été envoyée par Décret de la Miséricorde infinie, et qu'après avoir régénéré l'Alliance entre Dieu et l'homme, elle ne cesse de vivifier, dans la postérité humaine, un culte qui n'a de valeur que parce que cette Puissance toute Divine est elle-même le grand Prêtre qui présente à l'Eternel les offrandes pures des hommes de Désir. La corruption du culte, étant devenue presque générale parmi les hommes, donna lieu aux initiations d'institution Divine et à l'élection d'un peuple particulier chargé sur la terre de pratiquer le vrai culte dans toute sa pureté.
« Moïse, législateur de cette nation élue qui ne paraît conservée que pour forcer les hommes à d'utiles réflexions, avait commencé à connaître la Science chez les Egyptiens. Mais, éclairé par une lumière supérieure, il s'éleva au-dessus de ses maîtres et leur fit connaître sa supériorité. Il rétablit la Science parmi les siens dans sa pureté originelle, car ils l'avaient oubliée dans une longue captivité chez un peuple corrompu.
Ce fut à cette époque qu'il initia, à différents degrés, les chefs des Tribus et des familles, pour l'aider dans ses fonctions et pour transmettre successivement ce qu'ils avaient reçu de lui. Mais on vit presque aussitôt parmi eux des écarts et des abus, dont ils furent toujours sévèrement punis. Après Moïse et ses successeurs immédiats, la science dégénéra encore, et pendant un long intervalle de temps, elle ne parut que comme des éclairs passagers. Les Grands hommes qui s'élevèrent dans ces temps malheureux furent persécutés, et cette nation aveugle en vint même jusqu'à se lasser de ses puissants Conducteurs et à demander un Roi. Il lui fut accordé.
Saül fut élu et initié par Samuel mais, peu fidèle à la Loi qu'il avait reçue, il fut abandonné. Longtemps avant de monter sur le trône de Saül, David avait été initié.
Devenu coupable sur le trône, il fut sévèrement puni, mais, étant toujours resté fidèle à la Science, il obtint son pardon et mérita de recevoir les plans mystérieux du Temple qui devait être construit par son fils. A peine Salomon fut-il élevé sur le trône de David qu'il reçut la plénitude de la science et de la sagesse qu'il avait désirée et demandée avec tant d'ardeur.
Ce fut alors qu'il renouvela l'alliance que son père avait faite à Hiram, Roi de Tyr, alliance qui lui procura le plus grand et le plus célèbre des architectes, dont les travaux allégoriques servent encore de base à ceux des Maçons. Salomon, ayant acquis des connaissances profondes sur la nature, les communiqua par l'initiation à des ouvriers dignes d'exécuter les plans du Temple qu'il devait élever.
Et au jour de la Dédicace de cet édifice ils reçurent ensemble le prix de leurs sublimes travaux. Le Temple ayant alors acquis toute sa perfection, les ouvriers furent licenciés avec des distinctions relatives à leurs emplois particuliers. Cependant les chefs de Bandes restèrent auprès de ce Prince, et ce fut par les avis de ces sages coopérateurs que Salomon parvint au plus haut degré de gloire qu'aucun homme ne puisse obtenir.
Mais ensuite, ébloui de sa puissance et de la splendeur de son trône, il perdit tout à fait de vue la sagesse qui l'avait élevé. Les Compagnons de ses travaux, effrayés des abus qu'il fit de la Science, s'éloignèrent tout à fait de sa Cour et portèrent dans d'autres contrées l'initiation du temple de Jérusalem, où elle se répandit chez différents peuples. Cette initiation ne différait pas essentiellement de l'initiation primitive. C'est la même Science et les mêmes mystères originels, séparés de tout ce que l'ignorance et la perversité des hommes y avaient rajouté d'impur ou d'étranger, et présenté sous les emblèmes du temple. Presque tous les Rois qui succédèrent à Salomon méconnurent cette Science, ou en abusèrent.
Cependant elle fut toujours spécialement conservée dans la race de Judas car, le Temple de Salomon ayant été détruit, Zorobabel en obtint la réédification et, ayant surmonté tous les obstacles, il rétablit l'initiation dans Jérusalem. Peu de temps après Zorobabel, le Science commença à dégénérer. Les abus se multiplièrent à un tel excès qu'elle disparut enfin du milieu de ce peuple.
Le Temple fut détruit jusque dans ses fondements, et les Juifs, dispersés dans toute la terre, vinrent subir à la face des nations la peine de leur aveuglement extrême. Car ils avaient méconnu le Restaurateur Universel de toute science, qui était venu la vivifier au Centre et lui rendre sa pureté originelle afin que, de là elle se répandit partout, et sur tous.
Le Grand Type des Maçons se trouvant accompli par cet événement, la Science fut cultivée secrètement par quelques Sages qui conservèrent l'initiation du temple, tandis que l'instruction générale des peuples prit une forme qui rapprochait les nations du vrai but de tous les mystères primitifs.
En effet, si l'on examine avec un peu d'attention les écrits des sages qui ont éclairé les hommes pendant les premiers temps du christianisme, on en trouvera des preuves multipliées de l'initiation secrète, puisqu'ils parlent et agissent comme initiés.
C'est ici le moment, mon cher Frère, de vous rappeler que l'admission au christianisme fut une véritable initiation à des mystères sacrés et ineffables.
On ne pouvait en obtenir la connaissance et la participation qu'après avoir subi successivement des épreuves longues et rigoureuses dans les quatre différents grades, connus sous les noms d'Auditeurs, de Catéchumènes, de Compétents ou d'Elus, et de Néophytes ou chrétiens admis et baptisés. Nous ne parlons pas ici des quatre Grades supérieurs ou sacerdotaux auxquels on n'éleva que ceux qui furent destinés à la conduite des Temples, à la célébration des mystères, à instruire les initiés et à conférer le caractère de l'initiation.
Le grand nombre de ceux qui désiraient être initiés aux mystères du christianisme et les persécutions violentes qui commencèrent à s'élever, forcèrent à se garantir de l'indiscrétion inévitable d'une trop grande multitude, et des profanations qui en résultaient.
Les assemblées furent très secrètes, et les vraies initiations devinrent extrêmement rares. On se borna à admettre les Elus des différentes classes à quelque partie de la Doctrine ou du cérémonial mystérieux, mais sans leur accorder l'intelligence, car il ne leur en fut donné que des interprétations pieuses, morales ou dogmatiques, qui suffisaient au plus grand nombre. II vous sera facile, mon cher Frère, de vous en convaincre par le plus léger examen des premiers faits du christianisme, et des Rites mêmes qui nous ont été conservés sans que leur type originel nous ait été transmis.
A cette époque, il existait sur la terre, comme il existe encore aujourd'hui, plusieurs espèces d'initiations : savoir l'initiation primitive, plus ou moins corrompue ou altérée, chez divers peuples de l'Orient ; l'initiation des Gentils ou des Egyptiens, qui n'est qu'un criminel et monstrueux abus de la Science ; et enfin l'initiation du Temple, établie par Moïse et perfectionnée par Salomon.
C'est la même qui est parvenue jusqu'à nous sous le nom de Franc-Maçonnerie. Elle diffère essentiellement de l'initiation chrétienne en ce qu'elle ne peut présenter que figurativement l'histoire de l'homme général et de l'univers ainsi que les rapports qui les unissent, tandis que cette dernière, beaucoup plus parfaite, présente le développement effectif des allégories et l'accomplissement réel des mystères de la Religion primitive et universelle... Arrêtons-nous, mon Cher Frère, ce n'est pas ici que vous devez être éclairé sur de si grands objets. L'instruction légitime, et vos propres travaux, doivent seuls, vous guider dans cette carrière sacrée.
La simple admission à l'initiation chrétienne, ayant été offerte à toutes les Nations, rendit presque universelle la Doctrine de la chute de l'homme et de sa régénération. Dès lors les initiations perverses furent presque anéanties parmi les peuples, les Agents obstinés de l'idolâtrie furent terrassés et confondus, et la Loi du Divin Christ régna dans l'Univers. Les initiés du temple se hâtèrent de rendre hommage à la Vérité qui venait de paraître à leurs yeux dans son plus grand éclat et, s'étant ainsi convaincus que l'attente où ils avaient été de la réédification du temple universel et particulier n'était point vaine, ils se firent un devoir de perpétuer l'initiation même qui avait éclairé leur esprit sur les mystères de l'homme et de l'univers.
Le cérémonial et les emblèmes qu'ils eurent soin de transmettre ont acquis, dans ces derniers temps, sous le nom de Franc-Maçonnerie, une sorte de publicité qui est venue de la condescendance coupable des Maîtres peu instruits, et de la curiosité indiscrète des hommes du siècle. Une foule ignorante et profane s'est introduite dans les Temples Maçonniques.
Les Profès ne se voyant plus entourés de leurs Frères selon la Science, ont gardé un silence profond sur l'initiation secrète de la Maçonnerie ainsi que sur le vrai sens des allégories des trois Grades, en sorte que la Profession, qui était l'apanage des maîtres, fut séparée d'eux par des classes intermédiaires et inutiles par elles-mêmes. Ce fut alors qu'on vit une multitude de Maçons, inquiets de leur ignorance mais peu disposés au développement des mystères, prendre à tâche de dévoiler nos emblèmes, quoique parmi ces Maîtres prétendus il y en ait eu d'assez téméraires pour ériger en dogmes leurs systèmes apocryphes en les appuyant sur des grades factices et illusoires.
Ce serait sans aucun fruit pour vous que nous mettions sous vos yeux les interprétations innombrables et arbitraires qu'ils n'ont pas craint de proposer aux candidats. Cependant il existe une classe de Maçons que nous devons vous dénoncer aujourd'hui, parce qu'ils s'abandonnèrent en effet dans une route absolument opposée à la science spirituelle Divine dont vous allez faire profession.
La même erreur qui détourna l'homme primitif de ses actes spirituels pour le fixer aux résultats ténébreux de la matière, forme la base de la science des Adeptes : c'est dans la décomposition des êtres matériels et par les manipulations de leur art qu'ils espèrent découvrir une vraie lumière pour l'homme, et de trouver l'esprit vivifiant de la Nature. Mais celui qui est éclairé sur la vraie science sait que ce n'est pas dans la matière qu'il faut chercher ni la lumière ni l'esprit de la vie.
Pour favoriser leur succès dans ces vaines recherches, les Adeptes ont été assez aveugles pour emprunter de la vraie science quelques-uns de ses moyens, et pour adresser leur prière sacrilège au Grand Architecte de l'Univers, comme s'ils pouvaient ignorer la loi qu'il a imposée aux hommes de s'élever sans cesse audessus des actes matériels, pour lui édifier des Temples dignes de lui. Ainsi ce qui doit vous éloigner de l'art des Adeptes, c'est qu'ils emploient les moyens les plus incompatibles en les croyant également nécessaires au succès de leurs œuvres ; c'est que dans cette vue ils joignent à leurs manipulations des actes d'un ordre supérieur qu'on ne peut jamais, sans une insigne profanation, prostituer par des résultats matériels.
D'ailleurs tout ce que l'alchimiste le plus opiniâtre et le plus versé dans son art peut espérer de sa persévérance, c'est de pénétrer jusqu'aux Principes élémentaires des Etres Corporels soumis à ses manipulations, et d'en obtenir des phénomènes différents de la loi d'action temporelle individuelle qui leur est propre. Or c'est précisément là ce qui démontre la vanité de la science des Adeptes, puisqu'ils ne sauraient se procurer par ces Etres de vie apparente aucun fruit vraiment propre à l'homme.
C'est pourtant là l'unique terme de la Science dont ces hommes aveugles ne parlent qu'avec enthousiasme et qui les écarte en effet du seul objet digne de leurs recherches, c'est-à-dire de cette lumière que tout homme peut apercevoir lorsqu'il emploie les moyens qui sont en lui-même et dans la nature.
Voilà, mon cher Frère, ce que vous ne deviez point ignorer sur la Maçonnerie des Adeptes. Souvenez-vous, lorsque vous serez dans le cas de donner votre suffrage pour l'admission d'un Profès, que vous devez examiner rigoureusement ceux qui ont été partisans de l'art, et que vous ne devez jamais l'accorder avant qu'ils se soient eux-mêmes convaincus qu'un pareil travail ne peut s'allier avec la Profession des Sciences spirituelles Divines. Mon cher Frère, les instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse, pour que le bien que nous avons voulu faire ne serve pas à votre condamnation. Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers, quelles que soient les connaissances que vous pourrez acquérir, de vous préserver par sa bonté infinie du malheur d'en abuser. »
"Mon Cher Frère, les Instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos Instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des Initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse pour que le bien que nous avons voulu vous faire ne serve pas à votre Condamnation. Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers quelles que soient les connaissances que vous pourrez en acquérir, de vous préserver par sa Bonté Infinie du malheur d'en abuser
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