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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Rite de purification

Publié le 28 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Autres rituels

Source : rites secrets des indiens Sioux (Hehaka Sapa)

Dans le rite de l’Onikaghe – la loge à transpirer – interviennent tous les Pouvoirs de l’Univers : la Terre et tout ce qui naît d’elle ; l’eau, le feu et l’air.  l’Eau représente les Etres Tonnerre qui apparaissent d’une manière terrible, mais apportent des bienfaits : car la vapeur qui sort des rochers dans lesquels gît le feu, est effrayante, mais elle nous purifie et nous permet ainsi de vivre comme le veut le Grand Esprit.  Si nous devenons réellement purs, il se peut même que le Grand Esprit nous envoie une vision.

En utilisant l’eau dans la loge à transpirer, nous devons fixer notre pensée sur le Grand Esprit qui se répand sans cesse, communiquant son Pouvoir et sa Vie à toute chose ; nous devons d’ailleurs toujours nous efforcer d’être semblables à l’eau qui est la base de toute chose, et cependant plus forte même que le roc.

La loge à transpirer est construite avec douze ou seize jeunes saules ; ceux-ci ont aussi un enseignement à nous donner, car à l’automne leur feuilles meurent et retournent à la Terre, et au printemps elles reviennent à la vie.  De même les hommes meurent, mais renaissent à la vie dans le Monde réel du Grand Esprit, où il n’y a que les esprits de toutes les choses ; et cette vie véritable, nous pouvons la connaître ici sur terre si nous purifions nos corps et nos âmes, nous rapprochant ainsi du Grand Esprit qui est Toute Pureté.

Les saules qui forment la charpente de la loge à transpirer sont plantés en terre de manière à marquer les quatre Quartiers de l’Univers ; ainsi dans la loge entière est l’Univers en image, et elle abrite les peuples bipèdes, quadrupèdes et ailés et toutes les choses du monde ; tous ces peuples et toutes ces choses doivent être purifiées avant de pouvoir envoyer une voix au Grand Esprit.

Les pierres que nous utilisons dans ce rite représentent notre Grand Mère Terre de qui proviennent tous les fruits;  mais les pierres représentent aussi la Nature indestructible et éternelle du Grand Esprit.

Le feu qui échauffe ces pierres représente le Pouvoir du Grand Esprit qui donne la vie à toute chose : c’est comme un rayon de soleil, car le soleil est aussi, sous un certain aspect, Wakan Tanka.

Le foyer rond qui se trouve au milieu de la loge à transpirer est le centre de l’Univers où demeure le Grand Esprit avec son Pouvoir, le feu.  Toutes ces choses sont sacrées pour nous et nous devons les comprendre profondément si nous désirons vraiment nous purifier ; le pouvoir d’une chose ou d’un acte est dans sa signification, et dans la compréhension que nous en avons.

La loge à transpirer est toujours construite avec sa porte vers l’Est, car c’est de là que vient la lumière et la Sagesse.  A dix pas de la loge environ, toujours à l’Est, nous établissons un foyer rituel appelé Peta Owihankeshni, « Feu sans fin », et c’est là que les pierres sont chauffées.  Pour faire ce foyer, nous commençons par poser sur le sol quatre bâtons allant de l’Est à l’Ouest, sur lesquels nous posons quatre autres bâtons allant du Nord au Sud ; ensuite nous dressons tout autour de ce tas des bâtons, en forme conique, comme pour faire une tente, d’abord à l’Ouest, puis au Nord, à l’Est et au Sud ; ensuite nous plaçons des pierres dans ces quatre directions, et pour finir nous empilons sur le tout une certaine quantité de pierres.  Pendent que nous édifions ce foyer, nous devons faire cette prière :

« O Wakan Tanka, ceci est ton feu éternel qui nous a été donné sur cette grande île ! C’est ta volonté que nous construisions ce lieu d’une manière conforme au mystère.  Ce feu brûle toujours ; grâce à lui nous renaîtrons, étant purifiés et plus près de tes Pouvoirs. »

Pour édifier dans la loge à transpirer l’autel central où seront portées les pierres chauffées, nous commençons par enfoncer un bâton dans la terre, au centre de la loge, et autour de ce point nous traçons un cercle avec une lanière de cuir.  Pendent que nous fixons ce centre sacré, nous devons prier ainsi :

« O Grand Père et Père Wakan Tanka, qui as fait tout ce qui existe, Toi qui as toujours été, regarde-moi ! Et Toi, Grand Mère et Mère Terre, Tu es sacrée et Tu as de saintes oreilles, écoute-moi !  Nous sommes sorti de Toi, nous sommes une partie de Toi et nous savons que nos corps retourneront à Toi quand nos esprits partiront sur le grand sentier.  En fixant ce centre dans la terre, je me souviens de Toi en qui mon corps retournera, mais par dessus tout je pense au Grand Esprit avec qui nos esprits s’unifieront.  En me purifiant de cette manière, je désire me rendre digne de Toi, O Wakan Tanka, afin que mon peuple vive ! »

On creuse alors un trou au centre de la loge à transpirer, et avec la terre ainsi ramassée, on trace un sentier qui mène hors de la loge vers l’Est et au bout duquel on fait un petit tertre ; en faisant cela nous prions en ces termes :

« Sur Toi, Grand Mère Terre, je veux établir le sentier sacré de la vie.  En nous purifiant pour la tribu, nous marcherons dans ce sentier avec des pas fermes, car c’est lui qui conduit au Grand Esprit ; sur lui quatre pas sont sacrés.  Puisse notre peuple marcher sur ce sentier !  Puissions-nous être purs ! Puissions-nous renaître ! »

Ensuite, envoyant une voix au Grand Esprit, nous crions :

« Grand Père Wakan Tanka, nous avons appris ta volonté et nous savons quels pas sacrés nous devons faire.  Avec l’aide de toutes les choses et de tous les êtres, nous allons t’envoyer notre voix.  Sois-nous miséricordieux !  Aide-nous !  Je prends place sur ce sentier et T’envoie ma vois par les quatre Pouvoirs que nous savons n’être qu’un seul Pouvoir.  Aide-moi dans tout cela !  O mon Grand Père Wakan Tanka, sois-nous miséricordieux !  Aide mon peuple et toutes les choses à vivre d’une manière conforme au mystère, d’une manière que Te soit agréable !  O Wakan Tanka, aide-nous à renaître ! »

Celui qui dirige le rite de purification entre à présent dans la loge, seul et avec son Calumet.  Il en fait le tour dans le sens de la marche du soleil et s’assied à l’Ouest ; puis il consacre le trou central, qui devient ainsi un autel, en y mettant des pincées de tabac dans chacun de ses quatre quartiers.  On passe dans la loge un tison embrasé qui est déposé au centre ; l’officiant brûle alors de l’herbe aromatique et frotte la fumée sur tout son corps, puis sur ses pieds, sa tête, ses mains ; ensuite la Pipe est purifiée au dessus de la fumée.  Tout est ainsi consacré, et s’il reste une influence impure dans la loge, elle est chassée par le Pouvoir de la fumée.

A ce moment l’officiant doit offrir une pincée de tabac rituel au Pouvoir ailé du lieu où le soleil descend, d’où viennent les eaux purificatrices : on invoque ce Pouvoir et on demande son aide dans le rite.  Ensuite le tabac est placé dans le Calumet, et pareillement des pincées de tabac sont offertes aux autres Pouvoirs : au Nord d’où viennent les vents purifiants ; à l’Est, où le soleil monte et d’où vient la Sagesse ; au Sud qui est la source et le terme de toute vie ; au Ciel, et finalement à la Mère Terre.  Pendant que l’aide de chaque Pouvoir est invoquée et que chaque pincée de tabac est placée dans le Calumet, tous ceux qui sont à l’extérieur s’écrient.

« How ! » car ils sont joyeux et satisfaits de ce que le mystère soit accompli.

Maintenant que le Calumet a été rempli et que chaque chose a été consacrée, l’officiant quitte la loge, s’avance vers l’Est sur le sentier sacré et dépose le Calumet sur le tertre, avec le fourneau du côté Ouest et le tuyau vers l’Est.

Tous ceux qui vont être purifiés pénètrent alors dans la loge, l’officiant en tête, et chacun, au moment où il se baisse pour entrer, prononce cette prière :

« Hi ho ! Hi ho ! Grâces soient rendues ! En me baissant pour entrer dans cette loge, je me souviens que je ne suis rien devant Toi, ô Wakan Tanka, qui es tout.  C’est Toi qui nous as placé sur cette île ; nous sommes les derniers êtres créés par Toi, qui es le Premier et qui as toujours été.

Aide-moi à devenir pur ici, avant que je T’envoie ma voix.

Aide-nous dans tout ce que nous allons faire ! »

Dès qu’ils sont dans la loge, les hommes en font le tour dans le sens de la marche du soleil, et s’asseyent sur la sauge sacrée répandue sur le sol ; l’officiant est assis à l’Est, juste à côté de la porte.  Tous demeurent silencieux un moment, se rappelant la bonté du Grand Esprit, et se rappelant que c’est Lui qui a créé toutes choses.  Le Calumet est alors introduit dans la loge par l’assistant, qui est souvent une femme ; cette personne reste dehors pendant le rite.  L’homme assis à l’Ouest prend le Calumet et le pose devant lui avec le tuyau dirigé vers l’Ouest.

Avec un bâton fourchu l’assistant retire du feu sacré une des pierres et la porte par le sentier près de la loge, puis la tend vers l’intérieur où elle est placée au centre de l’autel ; cette première pierre est dédiée au Grand Esprit qui est au centre de toutes chose.  L’homme assis à l’Ouest touche alors la pierre avec la base du Calumet, et chaque fous qu’une pierre est placée sur l’autel il la touche ainsi ; et tous les hommes s’écrient : « Hay ye ! râces soient rendues ! »

La deuxième pierre qui passe dans la loge est posée à l’Ouest, la suivante au Nord, une autre à l’Est, encore une autre au Sud, et enfin une pour la Terre ; finalement le trou est comblé avec le reste des pierres qui, elles, représentent tout ce qui existe dans le monde.

L’homme à l’Ouest offre maintenant le Calumet au Ciel, à la Terre et aux quatre Quartiers, l’allume et, après en avoir tiré quelques bouffées, frotte la fumée sur tout son corps ; ensuite il passe la Pipe à l’homme qui est à sa gauche, disant : «  How Ate » ou « How Tunkashila », selon leur degré de parenté.  Celui qui la reçoit dit de même, et ainsi la Pipe fait le tour du cercle dans le sens de la marche du soleil.  Quand elle lui revient, l’homme qui est à l’Ouest la purifie de crainte que quelque personne impure l’ait touchée, et vide soigneusement les cendres en les plaçant sur le bord de l’autel.  Ce premier usage du Calumet dans la loge est fait en souvenir de la sainte Femme Bisonne qui jadis entra dans la loge d’une manière mystérieuse et s’en alla en se transformant.

Le Calumet passe de main en main jusqu’à l’officiant principal qui est assis à l’Est ; celui-ci maintient la Pipe un instant au dessus de l’autel, le tuyau dirigé vers l’Ouest, et la passe ensuite à l’assistant qui se tient à l’extérieur ; ce dernier la bourre d’une manière rituelle et va l’appuyer contre le tertre sacré, le fourneau tourné vers l’Est et le tuyau vers l’Ouest, car c’est le Pouvoir de l’Ouest qu’on invoque à présent.

L’assistant ferme la loge à transpirer, la plongeant ainsi dans l’obscurité complète ; cette obscurité représente celle de l’âme, l’ignorance dont nous devons nous purifier maintenant pour recevoir la lumière.

Pendant l’accomplissement de la purification, - le rite inipi, - la porte sera ouverte quatre fois, laissant pénétrer la lumière ; ceci nous rappelle les quatre âges, et comment par la bonté du Grand Esprit nous avons reçu la lumière dans chacun de ces âges.

L’homme à l’Ouest lance alors une voix au Grand Esprit en criant quatre fois :

« Hi – ey – hey – i – i ! » C’est ce que nous disons quand nous avons besoin d’aide ou que nous sommes en détresse ; et ne sommes-nous pas maintenant dans l’obscurité, et n’avons-nous pas besoin de la lumière ?

Ensuite, le même homme crie quatre fois : « J’envoie une voix ! » et « Ecoute-moi ! » Puis « Wakan Tanka, Grand Père, Tu es le Premier et Tu as toujours été.  Tu nous as amenés sur cette grande île où notre peuple désire vivre conformément au mystère. Apprends-nous à connaître et à voir tous les Pouvoirs de l’Univers, et donne-nous la sagesse de comprendre qu’ils ne sont réellement qu’un seul Pouvoir.  Puisse notre peuple toujours T’envoyer sa voix en marchant dans le sentier sacré de la vie !

« O pierres anciennes, - Tunkayatakapaka, - vous êtes ici présentes ; le Grand Esprit a fait la Terre et vous a placées tout près d’elle.  Sur vous les générations marcheront et leur pas ne chancelleront point.  O pierres, vous n’avez no œil, ni bouche, ni membres ; vous ne bougez pas, mais en recevant votre souffle sacré, la vapeur, notre peuple marchera dans le sentier de la vie avec un souffle puissant ; votre haleine est celle de la vie même.

« Il y a un Etre ailé – là où le soleil descend vers son repos – qui contrôle les eaux auxquelles tous les êtres  vivants doivent la vie.  Puissions-nous, ici même, user de ces eaux conformément au mystère !

« O vous, qui êtes toujours debout, qui surgissez de la Terre et qui touchez même le Ciel, peuples d’arbres, vous êtes innombrables, mais l’un d’entre vous a été choisi pour supporter cette loge sacrée de purification.  Vous, peuples d’arbres, êtes les protecteurs des peuples ailés, car c’est sur vous qu’ils construisent leurs loges et élèvent leurs familles, et au dessous de vous il y a beaucoup de peuples que vous abritez.  Puissent-ils avec toutes leurs générations, marcher ensemble comme des parents ! »

« A chaque chose terrestre, ô Wakan Tanka, Tu as donné un pouvoir, et parce que le feu est la plus puissante de tes créations, puisqu’il consume tout, nous le plaçons ici en notre centre ; et quand nous le regardons où quand nous pensons à lui, nous nous souvenons réellement de Toi.

Puisse ce feu sacré être toujours en notre centre ! Aide-nous dans ce que nous allons accomplir ! »

L’officiant principal asperge alors les pierres avec de l’eau, une fois pour notre Grand Père, Tunkashila, une fois pour notre Père, Ate, une autre fois pour notre Grand Mère, Unchi, la Terre, et une dernière fois pour Channonpa, le Calumet ; cette aspersion se fait avec une brindille de sauge ou d’herbe aromatique, afin que la vapeur soit odorante ; et pendant qu’elle s’élève et remplit la loge, l’officiant s’écrie :

« O Wakan Tanka, regarde-moi !  Je suis le peuple.  En m’offrant à Toi, j’offre le peuple entier comme un seul être, afin qu’il vive.  Nous désirons renaître.  Aide-nous ! »

A ce moment, il fait très chaud dans la loge, mais il est bon de ressentir les qualités purifiantes du feu, de l’air et de l’eau, et de sentir l’odeur de la sauge sacrée.  Quand ces pouvoirs ont bien agi sur nous, la porte est ouverte en souvenir du premier âge, celui où nous reçûmes la lumière du Grand Esprit.  On apporte maintenant de l’eau, et l’officiant assis du côté Est la fait circuler dans le sens de la marche du soleil ; chacun en boit une gorgée ou frotte son corps avec quelques gouttes.  En faisant cela, nous pensons au lieu où le soleil se couche et d’où l’eau provient, et le Pouvoir de cette Direction nous aide à prier.

L’assistant resté dehors enlève alors la Pipe du tertre et l’offre au Ciel et à la Terre ; et marchant sur le sentier rituel, il la passe, en présentant le tuyau, à l’homme assis à l’Ouest de la loge.  Celui-ci l’offre aux six Directions, tire quelques bouffées et se frotte le corps avec la fumée, puis le Calumet fait le tour du cercle jusqu’à ce qu’il soit complètement fumé.  La personne qui se trouve à l’Ouest le vide, dépose les cendres à côté de l’autel central et passe la Pipe à l’extérieur, comme auparavant.  L’assistant la remplit de nouveau et va l’appuyer contre le tertre sacré avec le tuyau dirigé vers le Nord, car durant la seconde période d’obscurité dans la loge, c’est le Pouvoir de l’Etre ailé du Nord qu’on invoquera.

La porte est fermée et les occupants sont plongés pour la deuxième fois dans l’obscurité.  C’est la personne qui est au Nord qui prie à présent :

« Regarde, ô Aigle Noir, là où le Géant Wazia a sa loge ! Le rand Esprit T’a mis là pour contrôler ce sentier.  Tu es là pour garder la santé des hommes, afin qu’ils vivent.  Aide-nous avec ton vent purifiant !  Qu’il nous rende purs afin que nous marchions dans le sentier selon le mystère, d’une manière agréable au Grand Esprit !

« O Grand Père Wakan Tanka, Tu es au-dessus de tout ! C’est Toi qui as placé sur la Terre une pierre sacrée qui est maintenant au centre de notre cercle.  Tu nous as aussi donné le feu ; et là où le soleil descend, Tu as donné le Pouvoir à Wakinyan Tanka (1) qui contrôle les eaux et garde la Pipe très sainte.  Tu as placé un Être ailé à l’endroit où le soleil se lève, qui nous donne la sagesse ; et Tu as placé aussi un Être ailé à l’endroit vers lequel nous nous tournons toujours : il est la source de la vie, et il conduit sur le sentier rouge.  Tous ces Pouvoirs sont Ton Pouvoir, et ils ne sont réellement qu’Un seul ; ils sont tous à présent ici dans cette loge. »

« O Wakan Tanka, Grand Père qui es au dessus de tout, c’est ta volonté que nous accomplissons ici ! Par le Pouvoir qui vient du lieu où vit le Géant Wazia, nous nous rendons aussi purs et aussi blancs que la neige fraîchement tombée.  Nous savons que nous sommes encore dans l’obscurité, mais bientôt viendra la lumière.  Quand nous quitterons cette loge, puissions-nous laisser derrière nous toutes pensées impures, toute ignorance !  Puissions-nous être pareils à des enfants nouveau-nés !  Puissions-nous renaître, ô Wakan Tanka ! »

On verse alors de l’eau sur les pierres, - quatre fois pour les Pouvoirs des quatre Directions, - et pendant que la vapeur s’élève, on entonne un chant ou une simple mélodie ; cela nous aide à comprendre le mystère de toutes choses, et le tonnerre assourdi de notre tambour nous rappelle les Êtres tonnerres de l’Ouest qui contrôlent les eaux et qui apportent la bonté.

La porte de la loge est bientôt ouverte pour la seconde fois, ce qui représente la venue des Pouvoirs purificateurs du Nord et nous fait voir la lumière qui chasse les ténèbres, comme la Sagesse dissipe l’ignorance.  on passe de l’eau à l’officiant assis du côté Est ; il l’offre aux autres hommes en mentionnant son degré de parenté ou d’âge à l’égard de chacun, comme je l’ai décrit plus haut.

Le Calumet est introduit à nouveau dans la loge et donné à l’homme qui est assis au Nord ; cet homme l’offre aux six Direction, l’allume et, après quelques bouffées, frotte son corps avec la fumée ; puis la Pipe fait le tour du cercle.  Quand tout le kinnikinnik a été consumé, la Pipe revient au Nord où elle est purifiée ; ses cendres sont déposées près de l’autel central.  Elle est rendue ensuite à l’assistant qui la remplit à nouveau et va la déposer sur le tertre, dirigeant le tuyau vers l’Est ; car nous allons invoquer maintenant le Pouvoir de cette direction.  La porte est fermée et l’homme qui est assis à l’Est de la loge envoie à présent sa voix.

« O Wakan Tanka, j’ai enfin vu le jour, la lumière de la vie !  Là où le soleil se lève, Tu as donné le Pouvoir de la sagesse à l’Etoile du Matin.  L’Etre ailé qui garde ce sentier a un souffle puissant, et avec les deux jours sacrés que Tu lui as donné, ô Wakan Tanka, il a gardé le sentier de la tribu !  O Toi qui contrôles le sentier où le soleil se lève, regarde-nous avec tes joues rouge et bleu, et aide-nous à envoyer nos vois au Grand Esprit ! O Toi qui possèdes la connaissance, donne-nous une part de ta science afin que nos cœurs soient illuminés et que nous connaissions tout ce qui est sacré !

« O Etoile du Matin, là où le soleil se lève ! O Toi qui as la Sagesse que nous cherchons, aide-nous à nous purifier, ainsi que la peuple, pour que nos générations futures aient la lumière pour marcher sur le sentier sacré !  C’est Toi qui conduis l’aurore quand elle s’avance, et aussi le jour qui la suit avec sa lumière qui est connaissance.  Tu fais cela pour nous et pour tous les peuples dans le monde, afin qu’ils voient clair en suivant le sentier, et afin qu’ils connaissent tout ce qui est saint et croissent en conformité du mystère. »

De l’eau est de nouveau répandue sur les pierres ; puis nous commençons à chanter un hymne.  Peu après, quand la chaleur nous a bien pénétrés, la porte est ouverte une troisième fois et la lumière de l’Est nous inonde.  Pendant que la Pipe passe dans les mains de l’homme qui est à l’Est, tous crient « Hi ho ! Hi ho ! Grâces soient rendues ! » Et l’officiant lève la Pipe vers le ciel et envoie sa voie :

« Wakan Tanka, nous rendons grâces pour la lumière que Tu nous as donné par le Pouvoir du lieu où le soleil se lève.  Aide-nous, ô Toi, Pouvoir de l’Est ! Sois-nous miséricordieux ! »

La Pipe est alors allumée et fumée par tout le cercle, et quand nous avons terminé, l’assistant la prend et va l’adosser contre le tertre avec le tuyau incliné vers le Sud.  On passe de nouveau de l’eau à la ronde dans le sens de la marche du soleil, et chacun se frictionne le corps entier et plus particulièrement le sommet de la tête ; ensuite la porte est fermée pour la dernière fois.  C’est l’homme assis du côté Sud qui maintenant envoie sa voix :

« Grand Père Wakan Tanka, regarde nous ! Tu as placé un grand Pouvoir à l’endroit vers lequel nous nous tournons toujours, et beaucoup de générations sont venues de cette Direction et s’en sont retournées.  Il y a un Etre ailé dans cette direction et il garde le entier rouge d’où les générations sont venues.  La génération qui est ici aujourd’hui désire se laver et se purifier afin de renaître !

« Nous brûlerons de l’herbe aromatique comme une offrande au Grand Esprit, et sa senteur s’étendra dans le Ciel et sur la Terre ; et ainsi les quadrupèdes, les peuples ailés, les peuples d’étoiles du Ciel, tous deviendront parents.

De Toi, ô Grand Mère, qui es humble et qui nous portes comme une mère, ce parfum émanera ; puisse son pouvoir être ressenti à travers tout l’Univers, et purifier les pieds et les mains des hommes afin qu’ils avancent sur la Terre sacrée, levant leurs têtes vers le Grand Esprit ! »

Tout ce qui reste comme eau est versé maintenant sur les pierres qui sont encore très chaudes, et pendant que la vapeur se dégage et pénètre chaque chose, nous chantons ou modulons un chant de mystère.  Bientôt l’officiant parle ainsi :

« L’asistant ouvrira dans quelques instants la porte pour la dernière fois, et quand elle sera ouverte nous verrons la lumière.  C’est le vœu du Grand Esprit que la clarté entre dans les ténèbres pour que nous puissions voir non seulement avec nos deux yeux mais surtout avec l’œil unique qui est dans le Cœur –Chante Ista – et avec lequel nous voyons et connaissons tout ce qui est vrai et bon.  Nous rendons grâces à l’assistant ; que ses générations soient bénies ! C’est bien ! C’est fini ! Hechetu welo ! »

Quand on ouvre la porte de la loge, les hommes s’écrient : « Hi ho ! Hi ho ! Grâces soient rendues ! »  Et tous sont heureux, car ils sont sortis des ténèbres et vivent désormais dans la lumière (2).  L’assistant apporte alors un charbon ardent du feu sacré et le place sur le sentier rituel.  Pendant qu’il brûle de l’herbe aromatique sur ce charbon il dit :

« Ceci est la senteur du Grand Esprit.  Par elle les bipèdes, les quadrupèdes, les êtres ailés et tous les peuples de l’Univers seront heureux et se réjouiront. »

L’officiant principal dit alors :

« Ceci est le feu qui aidera les générations à venir, si elles l’emploie selon le mystère.  Mais si elles n’en font pas un bon usage, ce feu aura le pouvoir de faire un grand dommage ».

L’officiant purifie ses mains et ses pieds dans la fumée, et ensuite, levant les bras vers le ciel, il prie :

« Hi ho ! Hi ho ! Hi ho ! Hi ho ! Wakan Tanka, aujourd’hui Tu as été bon pour nous, nous T’en rendons grâce.  Je pose maintenant mes pieds sur la Terre.  Avec un grand bonheur je marche sur la Terre sacrée, notre Mère.  Puissent les générations à venir marcher aussi de cette manière, selon le mystère ! »

Tous les hommes quittent la loge à transpirer suivant la marche du soleil, et eux aussi purifient leurs mains et leurs pieds et prient le Grand Esprit, comme l’officiant l’a fait.

Ce rite est alors terminé, et ceux qui y ont pris part sont comme nés de nouveaux ; ils ont fait beaucoup de bien non seulement à eux mêmes, mais aussi à la nation tout entière.

Je devrais peut-être mentionner encore ceci : souvent quand nous sommes dans la loge à transpirer, des petits enfants glissent leur tête à l’intérieur et demandent au Grand Esprit de rendre leur vie pure.  Nous ne les chassons pas, sachant que les petits enfants ont un cœur innocent.

Quand nous quittons la loge à transpirer, nous sommes pareils aux âmes qui ont été gardées, comme je l’ai décrit, et qui retournent au Grand Esprit après avoir été purifiées ; nous aussi laissons derrière nous dans la loge de l’inipi tout ce qui est impur, afin de vivre comme le veut le Grand Esprit, et afin de connaître quelque chose de ce Monde véritable de l’Esprit, qui est caché derrière ce monde-ci.

Ces rites de l’inipi sont très sacrés et sont accomplis avant toute grande entreprise qui exige que nous soyons purs ou que nous soyons forts ; il y a bien des hivers, nos hommes - et souvent nos femmes  - pratiquaient l’inipi chaque jour, et parfois même plusieurs fois par jour ; une grande partie de notre force nous est venue de là.  Maintenant que nous avons négligé ces rites, nous avons beaucoup perdu de cette puissance ; je pleure lorsque j’y pense.  Et je prie souvent pour que le Grand Esprit veuille montrer à nos jeunes l’importance de toutes ces pratiques vénérables.

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Loge de recherche Laurence Dermott

Publié le 17 Septembre 2009 par Thomas Dalet


Le projet avance!
Des soeurs et Frères d'une Loge du pays malouin m'ont proposé d'herberger nos travaux dans leur Temple.
Après l'avoir visité lundi dernier, je peux vous affirmer que c'est exactement l'endroit qui convient à nos tenues : discret, opératif, facile d'accès.
Il reste maintenant à rédiger nos statuts, à les déposer à la Préfecture et à constituer le collège des 9 officiers.
Grâce à l'égrégore qui règne dans ce Temple, nous allons renouer avec l'Ancienne Maçonnerie, au nom du Grand Architecte et sous la protection des deux St Jean.

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Stricte Observance : rituel d'apprenti

Publié le 17 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


Le texte ci-après provient du Manuscrit 5939 de la Bibliothèque de la Ville de Lyon (Fonds Willermoz). Le rituel d'Apprenti de la Stricte Observance Templière est intéressant à de multiples égards. La cérémonie décrite ici ne diffère pas beaucoup sur le fond de celle décrite dans les divulgations Anglaises et Françaises de la première moitié du XVIIIème siècle. Des éléments symboliques nouveaux apparaissent, en particulier le tableau « Adhuc Stat ». On remarquera que le caractère chrétien du rituel n'est pas vraiment attesté par une référence précise dans l'Obligation, ce qui sera au contraire introduit plus tard par Willermoz dans le Rite Écossais Rectifié.

Le texte des manuscrits a été établi par M. Jean Saunier.

\

RÉCEPTION D’UN APPRENTI

La loge est parée à l'ordinaire des loges bleues, avec cette seule différence que derrière la Chaire du Vénérable est pendu, peint sur du carton ou autrement, le symbole du grade que l'on y donne. La loge n'est éclairée que par les trois bougies qui sont au devant du Vénérable, les deux pour les surveillants et une pour le secrétaire. Quand les Frères ont été rangés chacun à sa place, par le Maître des Cérémonies, les visiteurs occupant toujours la première, excepté celle du Maître-Député et du dernier ex-Maître, le Vénérable monte en chaire et dit après avoir salué : « À l'ordre », à quoi on ne répond qu'en donnant le signe d'apprenti.

Puis il demande :

D. Respectable Premier Surveillant, quel est le premier devoir d'un maçon en loge ?

R. De voir si elle est couverte.

D. Respectable second surveillant, acquittez-vous de ce devoir.

Le second surveillant tire l’épée, sort et ordonne aux servants de ne laisser passer que les Frères. Après le rapport, il remet l'épée. Le rapport donné le Vénérable demande à qui il lui plaît, en donnant le 1er coup de maillet, auquel l'interrogé répond de même :

D. Quelle heure est-il ?

R. Il est midi plein.

D. Croyez-vous qu'il soit à propos d'ouvrir la loge d'apprenti ?

R. Oui, Vénérable, c'est l'heure propre.

Dans les loges de grade inférieur, on ne dit jamais très respectable, mais simplement Vénérable, respectable.

Le Vénérable :

« Cela étant, avertissez, respectables surveillants, chacun votre colonne que je suis prêt à l'ouvrir ».

Il donne les coups de marteau 00  0, auxquels les surveillants répondent.

Le Vénérable tire son épée et la met devant lui sur la table. Les Frères la tirent aussi.

Le Vénérable dit :

« A l'ordre ».

Les frères prennent l'épée dans la main gauche et mettent la pointe en terre, ils font le signe d'apprenti avec la main droite, ce qu'ils répètent chaque fois que le Vénérable leur adresse la parole ou qu'eux lui parlent.

Le Vénérable frappe et dit :

« J'ouvre donc cette loge au nom du Grand Architecte de l'Univers, 00  0, de nos légitimes supérieurs 00  0 et par l'autorité qui m'en a été conféré, 00  0 ».

Les surveillants chacun à sa colonne :

« Mes frères, la Loge d'apprenti est ouverte ».

Le Vénérable :

« Mes Frères, nous sommes assembles pour travailler à l'édifice mystique du Temple de Salomon, nous y mettrons aujourd'hui une pierre brute, en rendant maçon un profane qui est Monsieur N…… N…… Vous y avez consenti par le scrutin : le terme de l'examen de sa conduite est expiré ; elle a été trouvée telle qu'elle nous convient. Y a-t-il quelque chose à dire sur cet article ? »

Après un court silence, il continue :

« Le récipiendaire est donc……, son caractère, ses qualités, son âge…… ».

Après cela le Vénérable Députe le Maître des Cérémonies, que l'on appelle dans les loges Françaises le Frère Terrible, vers le profane, qui lui demande si c'est sa volonté d'être reçu maçon.

Sur l'affirmative, le Vénérable envoie derechef cet officier au récipiendaire et le charge de lui dire que, persistant dans sa résolution, il doit bien s'examiner s'il a assez de courage pour soutenir les preuves qu'il sera obligé de faire, et s'il n'a aucune répugnance à s'engager sur des choses qu'il ne connaît pas ; on l'assure cependant préalablement qu'il n'y a rien contre la religion en général, ni contre les dogmes en particulier de la communion à laquelle il appartient, rien contre le souverain duquel il est sujet, ou sous lequel il vit, rien contre les devoirs de l'état où la Providence le place, rien enfin contre les lois de la société et les bonnes mœurs, qu'il doit de plus s'examiner rigoureusement qu'il n'a pas sur lui quelque tache qui puisse le faire rougir et éclatant avec les temps forcer la loge à l'expulser honteusement, si enfin il est décidé et prêt à s'assujettir aux statu généraux de la maçonnerie, aux lois particulières de cette loge, à obéir à ses supérieurs et à ne s'écarter jamais de ce qu'ils lui prescrivent.

Le Vénérable répète tout ceci au récipiendaire lorsqu’on le lui présente.

Pendant que le Maître des Cérémonies s'entretient avec le candidat, le Vénérable catéchise les frères en s'adressant particulièrement à ceux qu'il croit les moins instruits.

CATÉCHISME D'APPRENTI FRANC-MAÇON

D. Etes-vous maçon ?

R. Mes frères et compagnons me reconnaissent pour tel.

 

D. Où avez-vous été reçu ?

R. Dans une juste et parfaite loge où règnent l'union, la paix et le silence.

 

D. Comment êtes-vous entré dans cette loge ?

R. Par trois grands coups qui signifient trois sentences de l'Écriture   Sainte : cherchez et vous trouverez, demandez et on vous donnera, frappez et on vous ouvrira.

 

D. Quelle était la figure de votre loge ?

R. Un quarré long.

 

D. Quelle est sa longueur ?

R. De l'Orient à l'Occident.

 

D. Quelle est sa largeur

R. Du midi au septentrion.

 

D. Quelle est sa profondeur ?

R. De la surface de la terre jusqu'au ciel.

 

D. Quels sont ses fondements ?

R. Trois grandes colonnes qui sont la sagesse pour inventer, la beauté pour orner et la force pour soutenir.

 

D. Qu'avez-vous vu en entrant en loge ?

R. Trois grandes lumières qui étaient le Soleil, la Lune et les étoiles.

 

D. Que signifie le Soleil ?

R. Le Maître en chaire qui gouverne et éclaire la Loge,
comme le Soleil gouverne et éclaire le monde.

 

D. Que signifie la lune ?

R. Les Surveillants qui comme elle recevant sa lumière du soleil el la rejaillissant sur la terre, reçoivent la leur du Vénérable et la rejaillissent sur la loge.

 

D. Que signifient les étoiles ?

R. Les autres frères qui, comme elles servent de guides aux voyageurs nocturnes, conduisent les apprentis et les compagnons dans les chemins sombres et mystérieux de la maçonnerie.

 

D. Comment étiez-vous habillé en entrant la première fois en loge ?

R. J'étais ni vêtu ni nu, sans métaux, mais décemment orné.

 

D. Comment un maçon doit-il se distinguer des profanes ?

R. Par une conduite irréprochable, par la bienfaisance envers tous les hommes et en particulier envers ses frères et par une sincérité parfaite envers les mêmes.

 

D. Quel âge aviez-vous lorsque vous fûtes reçu apprenti ?

R. Vingt cinq ans.

 

D. Quelle est le symbole des apprentis ?

R. Une colonne rompue par en haut mais ferme sur sa base, avec l'inscription « adhuc stat »  « elle se soutient encore ».

 

D. À quelle colonne du temple travaillez-vous comme apprenti ?

R. À la colonne J. qui est le mot sacré de cette loge.

 

(SUITE DE LA RÉCEPTION D'UN APPRENTI)

Quand le Maître des cérémonies rapporte l'accomplissement de sa commission et la réponse du profane, le Vénérable dit au même :

« Pour première marque de sa soumission demandez lui son épée et me la portez ».

Après cela, il le renvoi vers le profane en y joignant un frère servant qui le mène dans une chambre contigüe où on le déshabille à l'ordinaire en lui ôtant soigneusement toutes sortes de métaux. On lui bande les yeux, le Maître des Cérémonies le prend par la main droite, lui met la pointe de l'épée sur le cœur et l'achemine vers la porte de la loge. On doit ne lui parler de rien que de ce qui concerne son déshabillement et sa marche, et le Vénérable continue pendant son intervalle son catéchisme où il frappe en profane trois fois :

Le Vénérable dit au 1er Surveillant :

« Demandez qui frappe ».

Le Surveillant ne fait qu'entrouvrir la porte et dit :

« Qui est là ? »

Le Maître des cérémonies répond :

« C'est un profane qui souhaite être reçu ».

Le Vénérable :

« Comment s'appelle-t-il ? Quel âge ? À quelle communion appartient-il ? Où a-t-il domicile ? Son emploie ? ».

Toutes ces demandes se font l'une après l'autre tant par le Vénérable que par le premier surveillant aussi bien que les réponses.

Cela fait, le Vénérable dit :

« Faites le entrer ».

On ouvre la porte et l'introducteur conduit le récipiendaire jusqu'au second surveillant qui le reçoit en lui donnant la pointe de son épée dans la main gauche avec laquelle il la met sur le cœur et lui fait faire trois tours de la loge en commençant du côté gauche, chaque fois par devant le Vénérable on lui fait faire une inclination et quand il passe à une porte marquée sur le tapis.

…(?)… les frères font le signe d'apprenti et secouent fortement leurs tabliers.

Les tours finis, on le place entre les surveillants. Puis le Maître répète au candidat tout ce qui lui a été dit par le Maître des cérémonies page 6 et 7 (du manuscrit) et y ajoutant :

« Monsieur, répondez-moi catégoriquement : Comment vous        appeliez-vous ? »

Chaque demande se fait à part comme ci-devant page 9 (du manuscrit).

Après quoi, il continue :

« Monsieur, si le désir de suivre la mode ou de faire ce que l'on voit faire aux autres on même une curiosité mal entendue est le motif de votre démarche, vous serez extrêmement mal satisfait et l'ordre agirait bien imprudemment s'il communiquait le moindre de ses mystères à un homme qu'il ne connait pas à fond, si ce n'est pas le désir d'entrer dans une société composée de gens respectables par leur naissance, par leurs qualités et par leurs mérites qui vous fait agir, vous serez furieusement trompé, peut-être même vous a-t-on induit par des raisons captieuses à vous y engager, et vous avez senti quelque répugnance à y acquiescer si cela est, avouez le franchement, il est encore temps de reculer. On vous ramènera où l'on vous a pris et vous resterez en pleine liberté de vous en aller. Nous vous promettons un secret inviolable et votre nom ne sera jamais prononcé parmi nous. Je vous abandonne à vos réflexions. »

(Petite pause). « Méditez et résolvez... »

(Autre pause). « Il n'est pas raisonnable de s'engager par curiosité à quelque chose qu'on ignore, autant qu'il est honteux de ne pas exécuter, faute de courage, une entreprise commencée ».

(Autre pause un peu plus longue). « Qu'avez-vous résolu ? Voulez-vous être reçu ? »

Si le récipiendaire répond par oui, le Vénérable dit au premier surveillant :

« Faites le approcher de la manière accoutumée ».

Après avoir fait les sept petits pas, le second surveillant prend le pied gauche du candidat et le met sur la porte gauche du lapis, et puis le pied droit sur la porte droite et enfin le pied gauche vis à vis du trône, entraînant après le pied droit, et posant sur le dernier degré le genou nu.

Le Vénérable dit alors :

« Donnez-moi votre main droite ».

Il la fait mettre sur le cinquième verset, du 1er chapitre de l'Évangile de Saint Jean, en lui disant :

« Le livre que vous touchez est l'Évangile de Saint Jean. Puisqu'il a dépendu de vous de rester ou de reculer, nous vous déclarons encore une fois libre, quoique les yeux bandés. Vous reconnaissez-vous pour tel ? »

En répondant qu'oui. Le Vénérable continue :

« Ainsi vous sentez que le serment que vous aller prononcer est entièrement libre et nullement forcé, je ne vous ferai qu'une seule demande, votre réponse décidera de votre destinée…… vous ne parlerez que quand je vous en aurai averti. »

(Petite pause). « Le moment décisif approche... voulez- vous être reçu maçon ? Répondez ? »

À l'affirmative, le Vénérable dit :

« Respectable Second Surveillant, mettez lui le compas sur la poitrine nue du côté du cœur ».

« Monsieur, répétez après moi :

Durant le serment, les frères tiennent l'épée haute dans la gauche en faisant le signe avec la droite. « Moi, N…… N……, à la face du Grand Architecte de l'Univers et de cette respectable assemblée, je jure que je ne révélerai jamais à qui que ce soit, ni sous aucun prétexte, la moindre chose de ce que je verrai, entendrai ou comprendrai des mystères des Francs-Maçons, que je n'en parlerai jamais avec des profanes ni que je n'en écrirai, tracerai, graverai ou imprimerai le moindre caractère hors que quand j'en serai spécialement autorisé par mes supérieurs auxquels je promets une obéissance exacte en tout et par tout, ou nia religion, et ce que je dois à mon souverain, à l’honnêteté, à mon état ne s'opposent point.

 je jure d'être fidèle à cette loge, d'en observer les statuts et les lois, de protéger son bien et d'en détourner tout mal, aussi bien que des autres loges régulières que je fréquenterai ou que je connaitrai. Je promets d'être bienfaisant envers tous les hommes et particulièrement envers mes frères, autant que mes facultés le permettent. Si je contreviens à un de ces points, je consens d'avoir la g. c. le c. p. et a. de mon c. avec mes c. et que le tout soit B. et réduit en C. laquelle sera dispersée au vent afin que nia mémoire soit exterminée parmi les hommes et de la surface de la terre.

Ainsi Dieu soit à mon aide ».

Le Vénérable dit :

« Vous êtes engagé, Monsieur, je vous crée donc Maçon :

1° Au nom du Grand Architecte de l'Univers,

2° Au nom de mes légitimes supérieures,

3° Au nom de celte respectable loge de…… ».

À chaque de ces articles, le Vénérable donne un coup léger de maillet au compas que le récipiendaire tient appuyé sur sa poitrine. Après un temps de silence, le Vénérable dit :

« Levez-vous, Monsieur, votre sort est décidé. Vous l'avez voulu, je ne réponds de rien. »

On éteint les bougies qui sont devant le Vénérable et on allume l'esprit de vin.

« Respectable second surveillant, ramenez-le vers la porte du Temple ».

Après une petite pause, le Vénérable dit :

« Donnez-lui le premier rayon de lumière ».

On lui ôte le bandeau seulement (pour) pouvoir un moment voir l'assemblée qui tient ses épées tournées contre lui.

Le bandeau remis, le Vénérable continue :

« Vous avez vu le premier rayon de lumière. Vous avez vu cette respectable assemblée dont vous allez devenir membre. Rendez-vous digne de vivre parmi nous et soyez persuadé que toutes ces épées que vous avez vu tournées contre vous sont prêtes à vous punir si vous osiez commettre la moindre indiscrétion ou infidélité. »

On éclaire entièrement la loge sur ces entrefaites.

« Respectable second surveillant, faites lui faire un tour de midi à minuit et replacez te où vous l'avez pris.

Après un court silence, le vénérable dit :

« Faites lui voir le second rayon de lumière ».

Au moment de lui débander les yeux, on fait l'éclaire accoutumé, cela se fait par deux frères placés chacun à coté du candidat, les frères tiennent l'épée haute et disent tous :  « Sic transit gloria mundi ».

Après cela, le Vénérable dit :

« Voilà comme passe la vanité de ce monde. Souvenez- vous qu'il faut mourir et que tout disparait comme un éclair, la vertu seule est immortelle, et la mémoire des bonnes actions impérissable : c'est la première leçon que la loge vous donne, ces épées que vous avez vues tournées contre vous, vous les voyez à présent tirées pour votre défense ? Oui, vos frères ne vous abandonneront jamais quand la vertu et l'honneur régleront votre démarche. »

« Respectable second surveillant, faites sortir le candidat, qu'il s'habille, et qu'il rentre après avoir frappé en maçon 00 0 ».

Le surveillant le ramène et le place à la droite du trône du Vénérable qui lui dit en lui rendant l'épée :

« Je vous arme en vous rendant votre épée il la face de vos  Frères,  servez-vous en pour les défendre, pour votre honneur et pour votre patrie. »

Puis il lui ceint le tablier et dit :

« On appelle cela chez nous l'habit ; c'est celui d'un maçon que sa blancheur vous fasse souvenir de la candeur qui doit orner toutes vos actions ; ne paraissez jamais en loge sans lui. »

Il lui donne les gants d'homme en disant :

« Je vous donne ces gants que nous appelons des battes ; n'oubliez point que vos mains doivent être pures et votre conduite sans tache. »

Il lui donne les gants de femme et ajoute :

« Pour confondre la calomnie de nos adversaires qui disent que nous vilipendons ce beau sexe qui est la plus charmante partie du genre humain, nous vous donnons une paire de gants de femme pour que vous en fassiez présent à celle que vous distinguez parmi les autres ».

Le Vénérable continue en disant :

« Pour nous distinguer des profanes et nous entre-connaitre, nous nous servons de certains signes, attouchements et mots. Le signe est…….il doit vous faire ressouvenir du serment que vous avez prêté. L'attouchement est………    Le mot, on ne fait que l'épeler……… Le mot de passe sans lequel toute entrée en loge vous est interdite est Tub……

 Après qu'il lui a donné un triple baiser, c'est à dire à chaque joue et sur la bouche, il l'envoi aux deux Surveillants pour leur donner le signe, l'attouchement et les mots et pour en recevoir les mêmes baisers. Enfin, il lui assigne sa place qui est vis à vis du Frère Orateur auquel il ordonne de faire sa harangue, laquelle finie, le Vénérable lui même ou s'il le trouve à propos le 1er Surveillant explique au nouveau reçu le tableau. Et étant retourné chacun à sa place, le Vénérable fait un peu de catéchisme et demande enfin s'il n'y a rien proposer en loge d'apprenti, qu'il ferme après les interrogations  d'usage, dans la forme, et félicite le nouveau reçu en l'invitant au banquet s'il y en a, et pour la cérémonie duquel un des Surveillants ou l'Introducteur est obligé de l'instruire.

EXPLICATION DU TABLEAU

La figure du tapis qui est un quarré long que vous voyez devant vous, mon Frère, est celle de la loge. Les images qui y sont peintes sont quelques parties du fameux Temple de Salomon, qui ayant été détruit par les Sarrasins (sic), vient d'être réédifié mystiquement par les maçons. Ce temple est le principe, la base, et l'emblème de toute la maçonnerie. Vous y voyez trois grandes lumières, le Soleil, la lune et les étoiles.

Le Soleil signifie le Maître en chaire qui comme celui la gouverne et éclaire le monde, éclaire et gouverne la loge. La lune est la figure des surveillants puisque comme elle reçoit sa lumière du soleil et la rejaillit sur la terre, ceux-là la reçoivent du Vénérable et la répandent sur la loge. Les étoiles représentent les maîtres et compagnons qui guident les apprentis clans les sentes sombres et mystérieuses de l'Art Royal, comme celles-là conduisent les voyageurs nocturnes de l'océan. Les sept degrés qui vous mènent au pavé mosaïque du temple sont les sept vertus des maçons : l'Obéissance, le Silence, la Persévérance, l'Amour fraternel, la Bienfaisance, le Courage et l’Intrépidité jusqu'au bout.

N. B. Les Surveillants les lui font faire une seconde fois aussi bien que les trois pas qui l'ont fait approcher du Vénérable et cela afin qu'il les apprenne ayant eu les yeux bandés quand il les fit la première fois.

La Colonne à main gauche signée par J. est celle où les apprentis travaillent et dont vous avez appris à épeler le nom. Voilà tout ce qu'il m'est permis de vous dire à présent, fréquentez nos assemblées, soyez assidu au travail et zélé pour exécuter ce qui vous sera imposé et rendez vous digne par là d'être avancé de grade en grade dans l'Art Royal et vous apprendrez le reste : je vous en félicite d'avance.

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La Marque et l'Arc Royal au GODF

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

PROTOCOLE D’ACCORD ENTRE LE GODF et le SUPREME GRAND CHAPITRE DE L'ANCIENNE MAÇONNERIE D'YORK ET DE l'ARC ROYAL du GODF

 

Vu les textes constitutifs du Grand Orient de France de 1773,

Vu le concordat unifiant le Rite Ancien au G\ O\ D\ F\ en 1804,

Vu les textes constituants le Chapitre de l'Arc Royal du Phénix du G\ O\ D\ F\ de 1817,

Vu les textes régissant le Grand Collège des Rites de 1816 à 1999 ;

 

Le Grand Orient de France conserve la propriété des Rites dont il est possesseur en vertu des traités passés avec les puissances maçonniques auxquelles ils appartenaient.

Le Grand Orient de France délègue au Suprême Grand Chapitre de l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal l'exercice exclusif de la Maçonnerie de la Marque et de l'Arc Royal. Le Grand Maître du G\ O\ D\ F\ est le garant du rite.

 

Le Suprême Grand Chapitre s'engage à maintenir le principe de la liberté de conscience et les traditions de la Maçonnerie de la Marque et de l'Arc Royal. Toute fonction en son sein est pourvue par l'élection et est limitée dans le temps. La justice interne à l'institution sera administrée par une chambre de justice indépendante composée de membres élus.

Le Suprême Grand Chapitre est autonome. Ses relations internationales seront établies en coordination avec le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France et soumises à son accord.

 

Il est institué entre les contractants une commission paritaire composée des trois principaux dignitaires des deux instances qui se réunira au moins une fois par an pour assurer le suivi des relations entre les parties.

 

Le Suprême Grand Chapitre de l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal s'engage à n'élever aux grades de la Marque et de l'Arc Royal que des membres actifs des loges du Grand Orient de France. Toutefois il aura aussi la faculté d'y recevoir des maçons étrangers résidant dans des pays où n'existent pas de Suprême Grand Chapitre en relations fraternelles avec lui sans qu'il soit nécessaire que ces frères soient membres actifs d'une loge du Grand Orient. Ces promotions ne pourront cependant être faites qu'après accord de la commission paritaire.

 

Paris, le 21 décembre 2001.

 

 

Le Premier Principal                                                                                  Le Grand Maître,

du Suprême Grand Chapitre de                                                              Président du Conseil de l'Ordre

l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal                 du Grand Orient de France

P….. M……                                                                                                   Alain BAUER

 

 

Ratifié par le Convent du G\O\D\F\, le 6 Septembre 2002.

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La Marque et l'Arc Royal au GODF

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet


PROTOCOLE D’ACCORD ENTRE LE GODF et le SUPREME GRAND CHAPITRE DE L'ANCIENNE MAÇONNERIE D'YORK ET DE l'ARC ROYAL du GODF


Vu les textes constitutifs du Grand Orient de France de 1773,

Vu le concordat unifiant le Rite Ancien au G\ O\ D\ F\ en 1804,

Vu les textes constituants le Chapitre de l'Arc Royal du Phénix du G\ O\ D\ F\ de 1817,

Vu les textes régissant le Grand Collège des Rites de 1816 à 1999 ;

 

Le Grand Orient de France conserve la propriété des Rites dont il est possesseur en vertu des traités passés avec les puissances maçonniques auxquelles ils appartenaient.

Le Grand Orient de France délègue au Suprême Grand Chapitre de l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal l'exercice exclusif de la Maçonnerie de la Marque et de l'Arc Royal. Le Grand Maître du G\ O\ D\ F\ est le garant du rite.

 

Le Suprême Grand Chapitre s'engage à maintenir le principe de la liberté de conscience et les traditions de la Maçonnerie de la Marque et de l'Arc Royal. Toute fonction en son sein est pourvue par l'élection et est limitée dans le temps. La justice interne à l'institution sera administrée par une chambre de justice indépendante composée de membres élus.

Le Suprême Grand Chapitre est autonome. Ses relations internationales seront établies en coordination avec le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France et soumises à son accord.

 

Il est institué entre les contractants une commission paritaire composée des trois principaux dignitaires des deux instances qui se réunira au moins une fois par an pour assurer le suivi des relations entre les parties.

 

Le Suprême Grand Chapitre de l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal s'engage à n'élever aux grades de la Marque et de l'Arc Royal que des membres actifs des loges du Grand Orient de France. Toutefois il aura aussi la faculté d'y recevoir des maçons étrangers résidant dans des pays où n'existent pas de Suprême Grand Chapitre en relations fraternelles avec lui sans qu'il soit nécessaire que ces frères soient membres actifs d'une loge du Grand Orient. Ces promotions ne pourront cependant être faites qu'après accord de la commission paritaire.

 

Paris, le 21 décembre 2001.

 

Le Premier Principal                                                                                  Le Grand Maître,

du Suprême Grand Chapitre de                                                              Président du Conseil de l'Ordre

l'Ancienne Maçonnerie d'York et de l'Arc Royal                 du Grand Orient de France

P…. M……                                                                                                    Alain BAUER

 

Ratifié par le Convent du G\O\D\F\, le 6 Septembre 2002.

 

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Instruction du grade de Maître Maçon de "la" Marque

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


Lors de la construction du Temple du Roi Salamon et avant l'institution des grades de Maître Maçon et de Passé Maître, 80.000 Maçons opératifs furent employés. Une partie taillait la pierre dans les carrières de Sarédatha, les autres construisaient le Temple. Il y avait en outre 30.000 mille hommes da corvée dans les forêts du Liban. Afin que chacun de ces 110.000  travailleurs puisse être connu de ceux qui avaient la charge de les commander, que chaque partie de l'ouvrage puisse être soumise à l'examen le plus minutieux et que chaque Compagnon du Métier reçoive sans retard la récompense de son travail et de son habileté, ce nombre considérable fut partagé en 1.100 Loges de Compagnons du Métier et d'Apprentis Entrés. Les Compagnons du Métier dirigeaient les Apprentis Entrés et leur apprenaient à travailler. Au-dessus de tous ces ouvriers, 3.300 Ménatschim, nommés aussi Inspecteurs ou Maîtres de la Marque, avaient été placés, au nombre de trois par Loge. On les appelle maintenant généralement le Vénérable Maître, le Premier et le Deuxième Surveillants. (1)

 

Chaque Compagnon du Métier avait une marque personnelle par laquelle son Inspecteur immédiat reconnaissait son travail. De leur côté, les Inspecteurs possédaient une marque commune par laquelle ils montraient qu'ils approuvaient le travail d'un Compagnon. Ils avaient aussi d'autres marques qui leur servaient à indiquer les positions respectives des pierres. Ainsi sans aucune difficulté le travail individuel de chacun était-il reconnu, sa perfection indiquée et sa place exacte donnée. La Marque du Maître était le triangle. C'est le symbole de Dieu, le Grand Géomètre et le Grand Inspecteur de l'Univers, à qui nous devons tous nous soumettre et que nous devons très humblement adorer.                          

Ces 300 Inspecteurs étaient eux-mêmes répartis en 100 Loges de 33, présidées par 300 Inspecteurs également appelés Ménutschim ou Maîtres de la Marque (2). Ils étaient nommés par Hiram Abif lui-même et c'est à eux qu'etait confié le soin de payer leur salaire aux autres ouvriers. 

Lorsque les Compagnons du Métier et leurs Inspecteurs, ou Maîtres de la Marque, venaient recevoir leur salaire, les uns et les autres présentaient la main d'une manière différente et à un guichet différent. De cette façon si un Compagnon du Métier osait présenter la main à un guichet de Maître de la Marque, il était immédiatement démasqué comme imposteur, Armé d'une hache, le Deuxième Surveillant, placé à côté du Premier Surveillant, se tenait prêt à infliger le châtiment en prescrit. Ce dernier est une des parties du signe Pénal et, de même que l'autre partie, celle d'avoir l'oreille arrachée, était un châtiment en usage chez les Sidoniens. Les Inspecteurs devaient examiner chaque pierre, non seulement du point de vue de sa qualité, en frappant dessus trois coups de maillet, et du point de vue de sa finition en la retournant mais aussi afin de s'assurer qu'elle avait été taillée exactement selon les tracés d'exécution. Ils la faisaient porter ensuite au Maître Inspecteur qui vérifiait si elle remplissait bien toutes ces conditions. Si la pierre était jugée parfaite à tous les égards, recevait la marque du Maître de la Marque et était envoyée au Temple. Sinon, elle était re jetée. Deux Compagnons ou plus, en étaient chargés. Ils la prenaient chacun d'un côté et après l'avoir balancée trois fois en arrière et en avant

elle était jetée au rebut . C'est de cela que provient le signe nommé signe de Rejet.

Les autres signes, à savoir le signe de Désolation et le signe de Gratitude, sont aussi anciens puisque leur emploi dans ce grade remonte, dit-on, à un événement qui se produisit lors de la construction du Temple du roi Salomon.

 

Tous les six jours de travail, les Maîtres de la Marque avaient coutume de se rendre chez le Grand Maître en exercice, Hiram Abif, afin de recevoir les tracés d'exécution et les instructions pour la poursuite de l'ouvrage. Il semble qu'une partie de ces tracés d'exécution ait été perdue. Mais un Compagnon du Métier intelligent et ingénieux, soit qu'il en ait vu un tracé complet, soit qu'il ait conçu une idée exacte d'après le reste de l'ouvrage, comprit d'une pierre d'une forme très particulière manquait pour achever le plan d'ensemble. Dans le but sans doute de se distinguer en montrant un savoir inhabituel, il commença aussitôt à dégrossir une pierre de cette sorte. Il y consacra beaucoup de temps et de peine puis enfin il y grava sa marque. Quand on examina les tracés de l'exécution, on ne trouva aucune place pour cette pierre et le Compagnon du Métier, au lieu de gloire, ne recueillit que des paroles de reproche d'avoir perdu son temps.

On donna l'ordre de jeter la pierre, ce qui fut exécuté par deux compagnons du Métier forts contents de voir leur camarade puni de sa présomption. En voyant l'injuste traitement de son travail, le Compagnon du Métier, attristé, s'appuya la main contre la joue et, laissant aller sa tête de ce côté, s'écria avec désolation : "Hélas, hélas, j'ai travaillé en vain !" C'est le troisième signe du grade et il est appelé signe de Désolation. La pierre resta longtemps perdue au rebut. Cependant, le moment vint enfin où l'on eut besoin de la clef de l'Arc Sacré du Temple du Roi Salomon. C'est cette pierre dont le tracé d'exécution, comme il avait été dit, avait été égaré. On fit des recherches dans le Temple, mais en vain, et une enquête plus poussée montra qu'aucune pierre de cette forme n'y avait jamais été apportée. L'Inspecteur de cette partie de l'Edifice envoya trouver l'Inspecteur des carrières à qui, pensait-il, on avait donné les tracés et les instructions pour cette part de l'ouvrage afin de demander pourquoi cette pierre n'avait pas été fournie avec les autres. L'Inspecteur des carrières répondit qu'il n'y avait pas de tracé pour une telle pierre parmi ceux qui lui avaient été confiés.

 

Le travail était interrompu. Hiram Abif en demanda la raison et en reçut l'explication. Il se souvint non seulement d'avoir exécuté le tracé et donné les instructions pour cette pierre remarquable, mais aussi de les avoir confiés lui-même au Maître de la Marque. Ce dernier fut réprimandé de sa négligence pour avoir perdu une partie des tracés ; mais en apprenant de quelle pierre il s'agissait, il se souvint qu'une de cette forme avait été taillée par un de ses ouvriers. Il en informa aussitôt Hiram Abif et ajouta que ne l'ayant pas trouvée dans ses tracés d'exécution, il avait refusé de la marquer et l'avait fait jeter. Hiram Abif envoya chercher le Compagnon du Métier qui avait taillé la pierre et, après ses réponses, comprit que de devait en effet être la pierre dont il avait besoin. Il ordonna qu'une recherche approfondie fut faite aussitôt à la carrière et on la retrouva enfin intacte. Afin de montrer combien il était satisfait de l'habileté et de la capacité déployée par l'ingénieux Compagnon du Métier, Hiram Abif ordonna qu'il fût sans tarder avancé au grade distingué de Maître de la Marque. Selon les instructions d'Hiram Abif, le Compagnon du Métier grava ensuite la marque d'approbation du Maître de la Marque sur la pierre autour de la sienne et sur le pourtour huit lettres, sur lesquelles la tradition présente quelques hésitations car elles ne sont plus transmises dans leur langue d'origine mais dont on pensa généralement qu'elles correspondaient à : H.T.E.V.E.A R.S.. 

La pierre fut apportée au Temple avec beaucoup de pompe et de faste et tandis qu'on la mettait en place, le Maître de la Marque nouvellement reçu, dans une joyeuse extase, joignit les mains de la façon décrite pour le  quatrième signe du grade  et regardant vers le ciel s'exclama : "Dieu soit loué, j'ai bien marqué".

 

(1) Chroniques II, 2, vers, 17-18 :

"Salomon compta tous les étrangers qui étaient dans le pays d'Israël, et dont le dénombrement avait été fait par David, son père. On en trouva cent cinquante-trois mille six cents. Et il en prit soixante-dix mille pour porter les fardeaux, quatre-vingt mille pour tailler la pierre dans la montagne, et trois mille six cents pour surveiller et faire travailler le peuple".

 

Décompte :

-70.000 pour porter les fardeaux

-80.000 pour tailler les pierres dans la montagne

- 3.600 pour surveiller et faire travailler le peuple

soit 153.600 tous "étrangers"

 

Rois I, 5, vers. 13-16 :

"Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée ; ils étaient au nombre de trente mille. Il les envoya, au Liban, dix mille par mois alternativement ; un mois au Liban et deux mois chez eux. Adonhiram était préposé sur les hommes de corvée. Salomon avait encore soixante-dix mille hommes qui portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres dans la montagne, sans compter les chefs, au nombre de trois cents, préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers. Le roi ordonna d'extraire de grandes et magnifiques pierres de taille pour  les fondements de la maison. Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram et les Guibliens les taillèrent et  préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la maison."

 

Décompte :

-30.000 hommes de corvée dans le Liban (Israélites)

-70.000 hommes qui portaient les fardeaux (Israélites aussi vraisemblablement)

-80.000 hommes qui taillaient les pierres dans la montagne (Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram

et les Guibliens les taillèrent...)

-3.300 hommes préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers (plusieurs nationalités sans doute aussi, comme les précédents)

soit 183.000

Le total de 113.300 donné par l'instruction du grade de Maître Maçon de la Marque correspond donc au Livre des Rois, à la condition de faire abstraction des 70.000 hommes qui portaient les fardeaux. Si l'on opérait la même soustraction dans les effectifs des Chroniques on n'arriverait qu'au total de 83.600.

 

On peut faire plusieurs remarques :


1) Il n'est pas légitime de ne pas soustraire également les trente mille hommes de corvée dans les forêts du Liban car il semble bien qu'ils coupaient les bois et ne taillaient pas la pierre. Pourquoi alors les faire entrer dans les effectifs des Loges des Maçons ?

Si l'on examine ces comptes on voit qu'il avait été formé 1.100 loges de cent membres (1.100 x 100 = 110.000). Avec 80.000 tailleurs de pierre seulement, on n'aurait pu trouver un nombre entier de membres (72,72). Est-ce la raison ?

2) Une différence remarquable entre les deux textes porte sur les nationalités.

- Pour les Chroniques tous les hommes employés à la construction du Temple étaient des étrangers.

- Pour le Livre des Rois, les hommes de corvée étaient exclusivement israélites. Il semble que ceux qui portaient les fardeaux l'étaient également. Par contre, il est clairement dit que les tailleurs de pierres étaient ouvriers de Salomon, ouvriers d'Hiram et Guibliens (habitants de Gébal ; on dit aussi Guiblites),

 

(2) Selon que l'on inclut le chiffre des 300 inspecteurs dans ces 3.300 ou qu'on les y ajoute, on arrive au chiffre des Rois ou à celui des Chroniques (3.600). La première hypothèse est la plus vraisemblable puisque c'est au Livre des Rois comme on vient de le voir que se réfère le chiffre précédent de 113.000.

 

(3) Hiram Tyrien, Enfant de la Veuve, Envoyé au Roi Salomon ; ou en anglais : Hiram Tyrien, Widow's Son, Sent To King Salomon (H.T.W.S.S.T.K.S.).

Source : Suprême Grand Chapitre de l'Ancienne Maçonnerie d'York du Grand Orient de France Maçonnerie de la Marque et de l'Arc Royal

 

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Arche Royale Domatique : conférence symbolique

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels

La disposition, les symboles et les ornements de la Maçonnerie de l’Arche Royale, ainsi que les rites et les cérémonie que nous pratiquons à l’heure actuelle, furent adopter par nos prédécesseurs lors de la construction du Second Temple. Ils le furent, aussi bien pour nous remémorer les voies providentielles grâce auxquelles ces anciens secrets furent retrouvés, que pour graver dans nos coeurs ces hautes leçons de morale que nous sommes tenus de mettre en pratique en tant que membres de ce Suprême Degré.

La forme d’un Chapitre de l’Arche Royale, lorsqu’il est convenablement aménagé, se rapproche, autant que les circonstances le permettent, de celle de l’Arche Caténiforme. Ainsi conservons nous présente à la mémoire l’image du caveau voûté dans lequel le Mot Sacré fut déposé, tandis que la structure impénétrable de cette Arche, la plus solide des constructions architecturales, nous enseigne la nécessité de sauvegarder nos mystères de la profanation par la discrétion la plus inviolable. Elle symbolise aussi avec force cette adhésion indéfectible à l’ordre social et à l’esprit d’union fraternelle qui ont assuré la force et la continuité de tout l’édifice maçonnique, lui permettant ainsi de survivre à la ruine des plus grand empires et à la puissance destructrice du temps. Et, de même que les éléments constituant l’Arche Caténiforme convergent naturellement vers le centre ou clef de voute qui resserre et maintient l’ensemble de la construction, de même, apprenons-nous à considérer avec respect toute autorité civile ou maçonnique légalement constituée et à nous y soumettre de bonne grâce.

Les trois Principaux du Chapitre représentent la clef de voute de l’Arche car, s’il fallut arracher cette clef de voute pour retrouver les secrets de l’Arche Royale, il faut également passer par les trois chaires pour acquerir une connaissance parfaite de ce Suprême Degré. Dans la maçonnerie de l’Arche Royale, nous reconnaissons six lumières: trois secondaires et trois principales. Les trois lumières secondaires représentent la Lumière de la Loi et des Prophètes, et leur nombre fait allusion aux ordonnances patriarcales, mosaïques et prophétique. Les trois lumières principales représentent le Mot Sacré lui même et symbolise les pouvoir créateurs, protecteur et destructeur de la Divinité. Ces lumières sont disposées en forme de triangle équilatéral et chacune des lumières secondaires se trouve au milieu des lignes formées par les lumières principales. Le plus grand triangle est ainsi divisé géométriquement en trois triangles plus petits à ses extrémités et un quatrième au centre. Tous les quatre sont égaux et équilatéraux. Cette disposition symbolique correspond au mystérieux triple Tau qui comporte deux angles droits à chacune de ses extrémités et deux autres au centre, soit en tout huit angles droits. Ces huit angles droits correspondent à l’ensemble des angles formés par les quatre triangles, puisque la somme des angles de tout triangle est égale à deux angles droits. Cela permet aussi d’expliquer le bijou porter par les Compagnons dont les intersections forment un certain nombre d’angles. On peut en faire cinq combinaisons différentes et, si on les ramène à leur valeur en angles droits on s’aperçoit qu’elles  correspondent aux angles  contenu sur la surface des cinq corps platoniciens représentant les quatre éléments et la sphère de l’Univers. L’écharpe portée par les Comp. est un emblème sacré symbolisant la lumière car elle est composée de deux des principales couleurs dont les voiles du Temple et du Tabernacle étaient tissés. Ce caractère sacré est encore démontré par le dessin irradié qui a toujours été considéré comme l’emblème de la dignité royale et du pouvoir.

Les insignes figurant sur les bannières que portent les Comp. sont les armoiries distinctives des douze tribus d’Israël. Elles font allusion à la bénédiction prophétique du Patriarche Jacob, à ses 12 fils après qu’il les eut réunis à cet effet, peu de temps avant sa mort, ainsi qu’il est écrit au 49ème Chapitre du Livre de la Genèse. Il est fait également ment ion des Tribus au  Second Chapitre du livre des Nombres. Les quatre bannières principales représentent les étendards de tête des quatre divisions de l’armée d’Israël; elles portaient comme emblème un homme, un lion, un boeuf et un aigle. Un homme pour personnifier l’intelligence et la compréhension, un lion pour représenter la force et la  puissance, un boeuf pour exprimer la patience et l’assiduité, un aigle pour indiquer la promptitude et la rapidité avec lesquelles les volontés et les désirs du Grand JE SUIS sont toujours exécutées. Les attributs des sceptres dénotent les dignités Royale, Prophétique et Sacerdotale, qui ont toujours été et doivent toujours être conférées d’une manière spéciale comportant la communication de secrets particuliers.

Le V.S.L., l’E. et le C. sont les emblèmes propres aux trois Grands Maîtres qui présidèrent à la construction du Premier Temple. Le V.S.L. représente la Sagesse du R.i S.....n, l’E la force de H...m R.i de T.r et le compas l’habileté raffinée de H...m A.i. Le maçon vraiment spéculatif les considérera toujours cependant comme les véritables symboles de la Sagesse, de la Vérité et de Justice du Très Haut. La Sagesse du Très Haut est amplement démontrer dans le V.S.L. qui nous apporte le témoignage de Sa Toute Puissance et nous révèle Sa Volonté. La Vérité du Très Haut est représenté à juste titre par l’E qui est le symbole reconnu de la force et le critère de la perfection. Sa Justice infaillible et impartiale, ‑qui a défini pour notre instruction les limites du bien et du mal et assigné à chacun de nous la part qui lui revient de félicité et de peine‑, est démontrée clairement par le C. instrument  qui nous permet de mesurer et de déterminer les limites de toutes les figures géométrique et, ainsi, d’avoir une idée de leur rapport ou de leur égalité avec un modèle donné. Le glaive et la truelle furent adoptés par les Maçon de l’Arche Royale pour commémorer la vaillance de ces hommes valeureux qui participèrent à la construction du Second Temple et qui, la truelle à la main et le glaive au coté, étaient toujours prêt à défendre la Cité et le Sanctuaire Sacré contre les attaques non provoquées de leurs ennemis. Il ont ainsi légué aux générations futures une leçon impressionnante en montrant qu’une résistance virile et déterminée à la violence arbitraire est le premier des devoirs sociaux après l’obéissance absolue à l’autorité légalement constituée La pioche, le levier et la pelle sont les outils qu’utilisèrent les Séjournants chargés de préparer le terrain pour les fondations du Second Temple: la pioche pour défoncer le sol, le levier pour prendre des appuis et la pelle pour enlever le gravois et rejeter la terre. La signification spirituelle que nous donnons à ces outils est la suivante: Le coup de pioche nous fait penser au son de la trompette du jugement dernier, alors que le sol tremblera, s’ouvrira et que les tombes libéreront leurs morts. Le levier, emblème de la droiture, représente l’attitude de notre corps lorsqu’il se dressera en ce jour redoutable pour se présenter devant son juge terrible mais clément. Le travail de la pelle nous dépeint bien la position du corps couché dans la tombe et nous, nous espérons avec une humble mais sainte confiance, qu’après nous être défait de notre dépouille terrestre, notre âme s’élèvera vers la vie immortelle et l’éternelle béatitude.

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Arche Royale Domatique : conférence historique

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


il y a trois époques dans l’histoire  de la Franc-Maçonnerie qui méritent plus particulièrement de retenir votre attention. Ce sont: celle de la création de la première Loge ou Loge Sainte, celle de la Seconde Loge ou Loge Sacrée et celle de la troisième Loge ou Grande Loge Royale.

La Première Loge ou Loge Sainte fut crée en l’A.L. 2515, deux ans après la délivrance des enfants d’Israël de leur esclavage en Egypte, par Moïse, Oholiab et Betsabel, en un lieu Sacré,au pied du Mont Horeb dans le désert du Sinaï. Ce fut là que les enfants d’Israël plantèrent leurs tentes et se réunir afin d’offrir leurs louanges et leurs remerciement au Très Haut pour la façon remarquable dont il les avait délivrés des Egyptiens. Ce fut là, également, qu’à une époque plus reculée, il avait plu au Très Haut de Se Reveler à son fidèle serviteur Moïse, de le designer d’une part comme le Grand Ambassadeur de Sa Colère contre Pharaon et so peuple, d’autre part comme messager de délivrance et de salut à l’égard de la Maison de Jacob. C’est là aussi qu’eut lieu la révélation du Tabernacle et de l’Arche d’Alliance, objets d’une forme et d’un modèle mystérieux. C’est là encore que furent gravée de la main du Très Haut les Tables de la Sainte Loi avec leurs commandements si sublimes et complets des devoirs moraux et religieux. C’est là enfin que furent dictées par Sa Sagesse infaillible ces Constitutions civile et religieuse aux formes particulières qui, en séparant son peuple élu de toutes les autres nations, consacra Israël comme un vase d’élection pour Son Service.
Pour ces raisons, on appela cette Loge: Première Loge ou Loge Sainte.

S.....n R.i d’I....l, H...m R.i de T.r, et H...m A.i, présidèrent la Deuxième Loge ou Loge Sacrée qui fut créée en l’A.L. 2992 au sein de la Montagne Sainte de Moriah, au centre même du terrain où le sanctuaire solennel du Sanhédrin fut élevé plus tard. En ce lieu Sacré, Abraham avait prouvé sa foi intuitive en ne refusant pas d’offrir son fils bien-aimé Isaac en holocauste sur l’Autel de Son Dieu, alors qu’il plût au Tout Puissant de lui substituer une victime moins chère. Là sur l’aire d’Aravna, le Jébusien, David offrit le sacrifice médiateur grâce auquel la peste fut enrayée. C’est là aussi qu’il eut une vision où lui furent révélés les plans de ce magnifique Temple construit plus tard par son illustre fils, celui de qui Dieu avait dit: « Ce sera lui qui bâtira une maison à mon Nom et j’affermirai pour toujours le trône de son royaume ». Pour ces raisons, on appela cette Loge: Seconde Loge ou Loge Sacrée.

La Troisième Loge ou Grande Loge Royale se tînt à Jérusalem et fut créée en l’A.L. 3469, par Z. Prince du peuple, A. Le Prophète, et J. fils de Jotsadak, le Grand Prêtre peu après le retour des enfants d’Israël de leur captivité à Babylone. C’est à cette date que la ligné royale de David et la tribu princière de Juda, en la personne de Z., recouvrèrent le pouvoir royal dont les vestiges ne s’effacèrent qu’après la destruction de Jérusalem par les Romains, sous les ordres de Titus, dans la 70ème année de l’ère actuelle. C’est pour commémorer cette restauration qu’on appela cette Loge: Troisième Loge ou Grade Loge Royale et c’est à ses nobles origines que se réfère notre Chapitre. En effet, nous reconnaissons que tout Chapitre de l’Arche Royale régulier, dûment assemblé et convenablement consacré, représente le Grand Chapitre de la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Les trois Principaux représentent Z., A., et J. Dont ils portent les noms. Les deux scribes représentent Esdras et Néhémie, lecteurs et commentateurs de la Sainte Loi et membres du Grand Sanhédrin. Vous même représentez les Séjournants qui, en récompense de leur zèle et de leur fidélité qui les amenèrent à découvrir des secrets de l’Arche Royale si longtemps perdus, furent admis à prendre place parmi les Princes et les Chefs du Peuple, représentés ici par tous les autres Compagnons.
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Rite Emulation : planche tracée du premier grade

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels

 

Les us et coutumes des Franc-Maçons ont toujours eu une grande affinité avec ceux des anciens égyptiens. Leurs philosophes, ne voulant pas exposer leurs mystères aux yeux du vulgaire, dissimulèrent leurs systèmes d'éducation et de gouvernement sous des signes et des caractères hiéroglyphiques, communiqués seu­lement à leurs grands prêtres ou mages, qui s'enga­geaient, par une obligation solennelle, à les tenir secrets.

Le système de Pythagore était fondé sur un princi­pe analogue, comme d'autres systèmes d'époque plus récente. La Franc-Maçonnerie, cependant n'est pas la plus ancien­ne, mais la plus honorable institution qui ait jamais existé, car il n'est aucun des caractères ou emblèmes qui figurent ici qui ne serve à inculquer les prin­cipes de la Piété et de la Vertu à ceux qui les profes­sent sincèrement.

Permettez-moi d'attirer, tout d'abord votre atten­tion sur la forme de la Loge qui est un parallélépipède, s'étendant, en longueur de l'Est à l'Ouest, en largeur entre le Nord et le Sud et en hauteur, depuis la surface de la terre jusqu'à son centre, et même aussi haut que les cieux.

Une Loge de Maçons est ainsi décrite dans toutes les direc­tions de l'espace pour montrer l'universalité de la science et nous enseigner que la Charité d'un Maçon ne doit connaître d'autres limites que celles de la Prudence.

Nos Loges sont placées en des lieux sacrés car la pre­mière Loge fut consacrée par trois grandes offrandes qui reçurent l'approbation divine.

La première fut le consentement d'Abraham à la volonté de Dieu, en ne refusant pas de lui offrir en holocauste son fils Isaac, alors il plut au Très Haut de lui substituer une victime qui lui fut moins chère.

La deuxième, les nombreuses et ferventes prières du roi David, qui apaisèrent la colère de Dieu et arrê­tèrent l'épidémie de peste qui faisait rage parmi son peuple, par suite de la faute qu'il avait commise en le dénombrant.

La troisième, les nombreuses actions de grâce, offrandes, holocaustes et riches présents, que Salomon, roi d'Israël fit, en construisant, dédiant et consacrant le Temple de Jérusalem au service de Dieu. Par ces trois grandes offrandes, les bases de la Franc-Maçonnerie furent, sont et resteront, je l'espère, éternellement sacrées.

Nos Loges doivent être orientées d'Est en Ouest car tous les Temples dédiés à l'adoration divine, comme les Loges de Maçons régulières et dûment constituées, sont ou doivent être ainsi orientées. À cela nous donnons trois rai­sons principales :

La première est que le Soleil, la Gloire du Seigneur, se lève à l'Est et se couche à l'Ouest.  La seconde est que la science naquit en Orient et, de là, répandit sa bien­heureuse influence en Occident. La troisième, dernière et importante raison, qu'il serait trop long de vous expli­quer maintenant, vous sera donnée au cours des "Lectures Émulations" auxquelles vous aurez, je l'es­père, souvent l'occasion d'assister.

Nos Loges sont soutenues par trois grande colonnes qui se nomment : Sagesse, Force et Beauté.

La Sagesse qui dirige, la Force qui soutient, la Beauté qui orne.

La Sagesse qui nous guide dans toutes nos entreprises, la Force qui nous soutient dans toutes nos difficultés et la Beauté qui orne notre conscience.

L'Univers est le Temple de Dieu que nous servons. La Sagesse, la Force et la Beauté soutiennent Son Trône comme les piliers de Son OEuvre, car Sa Sagesse est infi­nie, Sa Force omnipotente et Sa Beauté resplendit dans l'ordre et la symétrie de l'ensemble de la création : Il éten­dit les cieux à l'infini, comme un vaste baldaquin, Il dis­posa la terre, comme un marchepied, Il couronna Son Temple avec les étoiles, comme d'un diadème et de Sa Main rayonnent la Puissance et la Gloire. Le soleil et la lune sont les messagers de Sa Volonté et toute Sa Loi est la Concorde.

Nos Loges sont soutenues par trois grandes colonnes qui sont les emblèmes de ces divins attributs et qui, de lus, représentent Salomon, Roi d'Israël, Hiram, Roi de Tyr et Hiram Abif.

Salomon, Roi d'Israël, pour la sagesse qu'il montra en construisant, dédiant et consacrant le Temple de Jérusalem au servi­ce de Dieu.  Hiram, Roi de Tyr pour la force qu'il déploya en lui apportant son concours en hommes et en matériaux.  Hiram Abif pour sa maîtrise qui permit d'embellir et d'orner le Temple par son travail magistral.

Mais, comme nous n'avons pas, en architecture, d'Ordres connus sous les noms de Sagesse, Force et Beauté, nous leur donnons les noms les plus célèbres qui sont : l'Ionique, le Dorique et le Corinthien.

Une Loge de FM. est couverte d'un baldaquin céleste de dif­férentes couleurs, comme la voûte du ciel.

Le moyen par lequel nous espérons y parvenir, comme Franc-Maçon, consiste en l'aide d'une échelle, appelée dans les Saintes Écritures « Échelle de Jacob ».  Elle est composée de nombreux échelons ou degrés qui représentent de nombreuses vertus morales dont les principales sont:

la Foi, l'Espérance et la Charité. La Foi dans le Grand Architecte de l'Univers, l'Espérance dans le salut et la Charité envers tous nos semblables. Elle rejoint les cieux et repose sur le Volume de la Sainte Loi, car les doctrines contenues dans ce Livre Sacré nous enseignent à croire aux sages préceptes de la Divine Providence.  Cette croyance fortifie notre Foi et nous permet d'atteindre le premier degré.  Cette Foi crée naturellement, en nous un espoir de participer aux promesses divines contenues dans ce Livre Sacré.  Cette espérance nous permet de gravir le second degré, mais le troisième, et le dernier, étant la Charité, renferme le tout, et le Franc-Maçon qui possède cette vertu dans son sens le plus vaste, peut être considéré à juste titre, comme ayant atteint le sommet de sa profession spirituelle ; symboliquement une demeure céleste voilée aux yeux des mortels par le firmament étoi­lé, représenté ici, emblématiquement, par sept étoiles.  Ce chiffre est une allusion au nombre de Franc-Maçons réguliers sans lequel aucune Loge ne peut être parfaite, ni aucun candidat légalement initié dans l'Ordre.

L'intérieur d'une Loge de Francs-Maçons comporte des ornements, des bijoux et des joyaux. Les ornements de la Loge sont : le Pavé Mosaïque, l'Étoile Flamboyante, Gloire du Centre, et la Bordure Dentelée qui l'entoure.

Le Pavé Mosaïque peut être justement considéré comme le merveilleux dallage d'une Loge de Francs-Maçons en rai­son de sa diversité et de sa régularité.  Ceci fait res­sortir la diversité des êtres et des objets, dans le monde, aussi bien ceux qui sont animés que ceux qui ne le sont pas.

L'Étoile Flamboyante, Gloire du Centre, nous rap­pelle le soleil qui éclaire la Terre et qui, par sa bien­faisante influence, dispense ses bienfaits à toute l'hu­manité.

La Bordure Dentelée nous rappelle les planètes qui, dans leurs diverses révolutions forment une mer­veilleuse bordure autour de ce grand luminaire : le soleil.

Les bijoux de la Loge sont le Volume de la Sainte Loi, le Compas et l'Équerre.

Les Saintes Écritures doivent régler et diriger notre Foi.  C'est sur Elles que nos candidats à la Franc-Maçonnerie prennent leur Obligations.  De même, le Compas et l'Équerre, quand ils sont réunis, doivent régler notre vie et nos actions.

Le Volume de la Sainte Loi est un don de Dieu à toute l'humanité en général ; le Compas est réservé au Grand Maître et l'Équerre appartient à tous les Frères.

Les joyaux mobiles sont l'Équerre, le Niveau et la Perpendiculaire ou règle avec fil à plomb.

Chez les Maçons opératifs, l'Équerre sert à vérifier et à ajus­ter les coins rectangulaires des constructions et aide à donner à la matière brute la forme voulue.  Le Niveau sert à établir les surfaces planes et à vérifier les hori­zontales.

La Perpendiculaire sert à vérifier et à dresser les mon­tants quand on les fixe sur leurs bases.  Or comme nous ne sommes pas tous des Maçons opératifs, mais des Maçons Francs et Acceptés, l'Équerre nous enseigne les bonnes mœurs, le Niveau l'égalité, et la Perpendiculaire l'équité et la droiture dans notre vie et nos actions.

Ils sont appelés joyaux mobiles, car ils sont portés par le Vénérable Maître et ses Surveillants et sont transmis à leurs successeurs lors de la cérémonie de l'Installation.

On reconnaît le Vénérable Maître à ce qu'il porte l'Équerre, le Premier Surveillant le Niveau et le Second Surveillant la Perpendiculaire.

Les joyaux inamovibles sont : la Planche à tracer, la Pierre Brute et la Pierre Cubique.

La Planche à tracer sert au Vénérable Maître pour tracer des lignes et pour dessiner.  La Pierre brute sert à l'Apprenti pour travailler, marquer et apprendre à s'exercer.  La Pierre cubique sert à l'ouvrier expérimenté pour essayer et ajuster ses outils.  Ils sont appelés joyaux inamovibles car ils restent immuablement apparents dans la Loge afin que les Frères puissent en tirer des ensei­gnements moraux.

De même que la Planche à tracer sert au Vénérable Maître pour tracer des lignes et pour dessiner, afin de permettre aux Frères de s'instruire en Franc-Maçonnerie, de même le Volume de la Sainte Loi peut être considéré avec juste raison comme la Planche à tracer spirituelle du Grand Architecte de l'Univers sur laquelle il a tracé Ses Lois Divines et Ses Enseignements Moraux qui, s'Ils nous sont familiers et si nous Les appliquons, nous conduiront vers cette Demeure céleste, qui n'est pas faite de main d'homme, Éternelle dans les cieux.

La Pierre brute est sans forme et telle qu'elle est extraite de la carrière, mais grâce à l'habileté et l'in­géniosité de l'artisan, elle est dégrossie, taillée en la forme voulue, et rendue propre à prendre sa place dans un futur édifice.  C'est le symbole de l'homme dans son enfance ou au premier stade de sa vie qui se trouve dans le même état que cette pierre.  Mais grâce aux soins affectueux et vigilants de ses parents ou de ses maîtres, dispensateurs d'une éducation libérale et vertueuse, qui élèveront son âme, il deviendra ainsi le digne membre d'une société harmonieusement ordonnée.

La Pierre cubique a une forme régulière ou qua­drangulaire qui peut être contrôlée au moyen de l'Équerre et du Compas.  Elle symbolise l'homme au déclin de ses années, après une vie droite et bien employée en actes de Piété et de Vertu.  Ainsi se rendra-t-il digne d'être approuvé par l'Équerre de la Parole Divine et le Compas de sa propre conscience.

Dans toutes les Loges dûment consacrées et régulière­ment constituées, il est un point, situé à l'intérieur d'un cercle, autour duquel aucun Frère ne peut faillir. Ce cercle est limité entre le Nord et le Sud par deux grandes lignes parallèles, dont l'une symbolise Moïse et l'autre le Roi Salomon.

Sur la partie supérieure de ce cercle repose le Volume de la Sainte Loi, supportant l'échelle de Jacob, dont le sommet rejoint les cieux.

Si nous connaissons bien ce Livre Sacré, et si nous appli­quons les doctrines qu'il contient, il doit nous condui­re, de même que ces deux lignes parallèles, vers celui qui ne nous décevra pas mais qui n'admettra pas que nous le décevions.

En faisant le tour de ce cercle, nous devons nécessaire­ment toucher ces deux lignes parallèles ainsi que le Volume de la Sainte Loi, et quand un Frère se tient dans ces limites, il ne peut faillir.

Le mot Lewis ou Louve signifie « Force » et est symbolisé ici par certaines pièces de métal encastrées dans une Pierre cubique ou un assemblage en queue d'aronde formant crampon. Combiné avec d'autres engins mécaniques, tel un système de poulies, il per­met au Maçon opératif d'élever, sans grande difficulté de lourdes charges à une certaine hauteur et de les fixer sur leurs bases.

Louveteau est le nom donné au fils d'un Franc-Maçon.

Son devoir, envers ses parents, est de supporter le far­deau des difficultés quotidiennes, dont il doit les décharger en raison de leur âge, de les aider dans les moments de besoin et de rendre, ainsi, la fin de leurs jours, heureuse et exempte de souci. En agissant ainsi, il aura le privilège d'être reçu Maçon avant toute autre personne, si digne et si méritante soit‑elle.

Aux coins de la Loge pendent quatre glands qui doi­vent nous rappeler les quatre vertus cardinales c'est à dire la Tempérance, le Courage, la Prudence et la Justice.  La Tradition nous enseigne qu'elles furent de tout temps pratiquées par la grande majorité de nos anciens Frères.

Les traits caractéristiques qui distinguent un vrai Franc-Maçon doivent être la Vertu, l'Honneur et la Piété.  Puissent ces vertus reposer à jamais dans le cœur de chacun d'entre nous.

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Rite français : présentation par la GLNF

Publié le 10 Septembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du Rite Français


Juillet-août 1785, le Grand Orient de France (G.O.D.F.) fixe, pour les Loges de sa correspondance, le rituel des trois premiers Grades. Les cahiers manuscrits qui sont approuvés correspondent toujours au rituel en pratique au sein des Loges du Rite Français de la G.L.N.F.
1784-86, le Grand Chapitre Général de France arrête les rituels de Hauts Grades, répartis en quatre Ordres. Les cahiers manuscrits de ces quatre Ordres correspondent aux rituels pratiqués aujourd'hui au sein du Grand Chapitre Français.
2 février 1788, le Grand Chapitre Général de France abandonne son autonomie pour constituer au sein du G.O.D.F. le Chapitre Métropolitain. Le système en 7 Grades du G.O.D.F.qui est en place sera par la suite dénommé Rite Français.
1801, impression et publication, sous le titre de "Régulateur du Maçon" pour les Grades symboliques et de "Régulateur des Chevaliers Maçons" pour les Hauts Grades, de l'ensemble des sept rituels du Rite Français.

HISTOIRE CONTEMPORAINE

  • Juin 1979, retour du Rite Français au sein de la régularité avec l'apport de Frères venus du G.O.D.F, de la G.L.T.S Opéra et de la Loge Nationale Française. Consécration des deux premières Loges : "Les Anciens Devoirs" N° 238 et "Saint Jean Chrysostome" N° 239.
  • 9 février 1999, signature d'un protocole d'accord entre Claude CHARBONNIAUD Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française (G.L.N.F) et Roger GIRARD Suprême Commandeur du Grand Chapitre Français, soulignant l'identité parfaite de leurs conceptions de la Franc-Maçonnerie Régulière et reconnaissant l'autorité et la régularité du Grand Chapitre Français (G.C.F) pour régir les Hauts Grades du Rite Français.

Présentation du Rite Français

On entend par "Rite Français'' le Rite consistant en les rituels et règlements élaborés dans les années 1780 et adoptés officiellement, en 1785 pour les trois grades "bleus'' ou "symboliques'' et entre 1784 et 1786 pour les hauts grades. Ce sont ces documents - essentiellement les rituels, retranscrits sous une forme plus adaptée à l'usage des Loges et des Chapitres d'aujourd'hui - qui sont la base de la pratique actuelle du Rite Français, à la G.L.N.F. en ce qui concerne les grades bleus, et au sein du Grand Chapitre Français en ce qui concerne les hauts grades.

 

Un fait très important que nous voulons souligner : les rituels dont nous venons de parler n'ont existé et n'ont été diffusés au XVIIIe siècle que sous forme manuscrite. En 1801 ils ont été imprimés sous le titre de Régulateur du Maçon pour les grades bleus et sous celui de Régulateur des Chevaliers Maçons pour les hauts grades. Il en résulte que le Rite Français, est souvent caractérisé, surtout en ce qui concerne les grades bleus, comme le Rite du Régulateur du Maçon de 1801. Cette appellation est malheureuse, en ce qu'elle semble indiquer que le Rite en question prend son origine en 1801 seulement. En réalité il date des années 1780. Il est difficile de lui assigner une date parfaitement déterminée, parce que l'élaboration des rituels et leur adoption constituent un processus qui s'est étendu sur plusieurs années. L'adoption définitive constituant l'aboutissement du processus.

Il faut d'autre part noter qu'on entend parfois assigner au Rite Français une origine antérieure à 1780. Il nous est par exemple arrivé d'entendre dire que le Rite Français existait déjà vers 1760. Ce genre d'affirmations résulte d'une confusion sur ce que l'on entend par "Rite Français''. La seule définition précise qu'on peut donner de ce Rite est celle que nous avons donnée au début de la présente note, et elle situe son origine historique dans les années 1780, pas avant. Bien entendu, lorsqu'il fut mis au point dans ces années-là, ce Rite ne fut pas une création ex nihilo. Avant 1780, il existait une pratique maçonnique française ayant des caractères relativement homogènes, et le Rite Français tel que nous l'avons défini est profondément enraciné dans cette pratique antérieure.

De façon générale, nous croyons pouvoir dire qu'aucun des Rites pratiqués aujourd'hui ne peut prétendre à une origine historique antérieure à 1780. En revanche, tous ces Rites sont plus ou moins fortement enracinés dans des traditions antérieures à 1780, dont chacun d'eux constitue une mise en oeuvre particulière. Or un Rite ne peut pas être défini par les traditions dans lesquelles il s'enracine, comme si ces traditions étaient son bien propre, alors qu'il les partage avec d'autres Rites qui les mettent en oeuvre d'une manière différente de la sienne. La définition d'un Rite inclut nécessairement la manière particulière dont il a mis en oeuvre les traditions plus anciennes qui lui sont plus ou moins communes avec d'autres, et on ne peut lui assigner une origine historique antérieure à l'époque où cette mise en oeuvre particulière a été réalisée. Ainsi, insistons-y encore, l'origine historique du Rite Français doit être située dans les années 1780, pas plus tôt et pas plus tard ; ce qui d'ailleurs suffit à faire de lui un des plus anciens Rites actuellement pratiqués, puisque aucun Rite actuellement pratiqué ne peut prétendre à une origine historique plus ancienne.

Faisons maintenant quelques remarques sur l'appellation "Rite Français''. Cette appellation ne remonte pas à l'origine historique du Rite telle que nous venons de la préciser. Encore moins remonte-t-elle, bien sûr, aux origines de la Maçonnerie française. Elle n'apparaît pas, en fait, avant les dernières années du XVIIIe siècle. A partir de cette époque, et tout au long du XIXe siècle, elle désigne le "Rite Français'' tel que nous l'avons défini, c'est-à-dire le système en sept Grades adopté aux dates mentionnées. Toutefois, le Grand Orient lui-même n'a pas dès l'origine baptisé son système â "Rite Français''. Cette appellation n'apparaît jamais ni dans les rituels et règlements originels, ni dans les délibérations au cours desquelles ces rituels et règlements ont été approuvés. La plus ancienne occurrence que nous connaissions de l'appellation "Rite Français'' se trouve dans un procès-verbal de délibération de la Chambre d'Administration du Grand Orient en date du 25 décembre 1799, où il est question d'une loge constituée à l'orient de New York "sous le Rit français". Toutefois cette appellation n'était pas encore bien fixée à ce moment, puisqu'une autre délibération, du 24 mars 1800, parle encore simplement du "système du Grand Orient".

En fait, l'appellation semble avoir été forgée par opposition à celle de "Rite Ecossais''. Le terme "écossais'' renvoie à l'origine aux hauts grades : il a d'abord qualifié une certaine classe de hauts grades. Par la suite, son sens a parfois été étendu pour désigner - ainsi que le terme "Ecossisme'' - l'ensemble de la Maçonnerie des hauts grades. Et enfin, comme il n'y avait pas au XVIIIe siècle la séparation stricte qui existe aujourd'hui entre hauts grades et grades bleus, l'appellation d' "Ecossais" en est venue à être appliquée par certains Rites à l'ensemble de leur système, y compris les grades bleus. C'est ainsi qu'il existait dans les dernières années de l'Ancien Régime un système qui n'est plus pratiqué aujourd'hui en France et qui s'intitulait officiellement Rite Ecossais Philosophique - appellation qui apparaît dans des documents avignonnais des années 1780, car ce Rite avait été élaboré en Avignon. Ce Rite, tel qu'il était pratiqué dans ces années-là, différait assez peu de celui du Grand Orient dans les grades bleus, il en différait surtout dans les hauts grades. En ce qui concerne le Rite que nous appelons "Rite Ecossais Rectifié'', il existait également dans les années 1780, mais ne s'appelait pas encore ainsi, il s'appelait seulement "Rite Rectifié''. Cependant, il était gouverné, y compris dans ses grades bleus, par des organismes qui s'intitulaient "Directoires Ecossais'', ce qui permettait de concevoir ce Rite comme étant "écossais'' dans l'ensemble de ses grades, et explique qu'il ait été finalement appelé "Rite Ecossais Rectifié''. Ainsi, en face de Rites qui s'intitulaient "écossais'' ou se prêtaient à être conçus comme tels, on comprend que le système du Grand Orient de France ait été appelé "français'' . Mais ce n'est pas là une appellation officielle qui lui aurait été donnée dès l'origine, c'est une appellation accidentelle qui s'est peu à peu imposée dans l'usage.

Les Rituels adoptés officiellement nous sont connus à travers plusieurs manuscrits antérieurs à la Révolution qui nous sont parvenus en bon état. Certains de ces manuscrits ont d'ailleurs été récemment publiés en fac-simile. Pour les grades bleus d'abord, ces rituels n'étaient eux-mêmes que le résultat de l'uniformisation et de la codification des pratiques des loges françaises, en prenant ici le mot "françaises'' en son sens géographique et national et non en référence à un Rite quelconque. Ces pratiques, antérieurement à 1780, nous sont assez bien connues par différentes sources. Tout d'abord, par des divulgations dont la plus ancienne (la divulgation du lieutenant de police Hérault) remonte à 1737. Ces divulgations ont souvent un caractère commercial, ce qui peut faire suspecter leur véracité, mais elles peuvent être recoupées avec une deuxième classe de sources, qui sont les procès intentés par l'Inquisition, dans différents pays (Portugal, Italie), à des Maçons qui avaient été initiés et avaient pratiqué la Maçonnerie en France. A partir de ces deux sortes de sources, qui se révèlent cohérentes entre elles, on peut se faire une idée assez exacte de la pratique maçonnique des loges françaises dans les années 1740. Un peu plus tard, on a des rituels qui proviennent des loges elles-mêmes et qui témoignent donc directement de leur pratique, par exemple le rituel donné par un manuscrit de la bibliothèque de la ville de Lyon intitulé "grade d'Apprentif des Loges de Lyon en 1772", et beaucoup d'autres qui ne sont généralement pas datés avec précision. On a également dans les livres d'architecture des Loges, sinon des compte rendus détaillés des rituels des cérémonies, du moins des allusions au rituel qui aident à se faire une idée de la pratique maçonnique.
A partir de toutes ces sources, on peut finalement arriver à connaître ce qu'était la pratique générale des loges françaises avant l'élaboration des rituels du Rite Français, pratique qui a servi de toile de fond à cette élaboration et lui a fourni ses matériaux.

Trois conclusions se dégagent et doivent être soulignées.

  1. La pratique rituelle française était relativement homogène. Cette homogénéité n'était pas uniformité. Elle n'excluait pas des différences d'une loge à l'autre mais rien ne permet d'attribuer à de telles différences la signification de différences caractéristiques de Rites. Des différences qui nous apparaissent aujourd'hui comme caractéristiques de Rites, par exemple l'ordre différent des mots du premier et du deuxième grades, n'existaient pas alors dans la Maçonnerie française, et les différences qui existaient n'étaient pas perçues ainsi. En fait, la notion de Rites différents dans les grades bleus n'apparaît pas dans les documents de l'époque, elle n'apparaît que pour les hauts grades.
    Il est important de souligner cette unité essentielle de la pratique rituelle française au niveau des grades bleus, parce que certains historiens considèrent que la Maçonnerie française du XVIIIe siècle était partagée en deux grands courants, l'un que l'on caractérise comme "hanovrien'', et qui serait lié à la Grande loge anglaise de 1717, l'autre qui serait indépendant de celle-ci, voire en opposition avec elle, et que l'on caractérise comme "stuartiste'' parce qu'il serait lié au milieu des émigrés stuartistes. Le premier courant serait libéral et "progressiste'', le second, autoritaire et conservateur. Sans vouloir entrer dans l'examen des questions complexes que soulève cette conception, disons que rien dans nos sources n'indique qu'il y ait eu deux Rites qui auraient correspondu à ces courants. Il est vrai qu'il existait des loges constituées par la Grande Loge anglaise de 1717 et d'autres qui étaient nées de façon complètement indépendantes d'elle et avaient souvent été fondées par des émigrés stuartistes, mais rien n'indique qu'il y ait eu des différences de pratique rituelle caractéristiques de ces deux sortes de loges. Au contraire, autant que nos sources nous permettent d'en juger, elles pratiquaient toutes, en substance, la même Maçonnerie.
  2. Cette pratique commune à la Maçonnerie française était en conformité avec celle de la Grande Loge anglaise de 1717, tant dans les Loges qui avaient été constituées par elle que dans les autres. Ici, il y a une opposition qui est certainement pertinente et qui doit être prise en compte, c'est celle des deux Grandes Loges anglaises, dites des "Modernes'' et des "Anciens'', dont la rivalité a marqué l'histoire de la Maçonnerie anglaise pendant toute la deuxième moitié du XVIIIe siècle, et encore au début du XIXe jusqu'à leur union en 1813. La première de ces deux Grandes Loges est celle de 1717. La seconde est celle qui se constitua en 1753 et qui reprochait à la première d'avoir altéré les anciens usages de la Maçonnerie. Les membres de la Grande loge de 1753 appelèrent "Modernes'', par dérision, ceux de la Grande Loge de 1717, et s'intitulèrent eux-mêmes "Anciens'' pour exprimer leur prétention d'être fidèles aux anciens usages. Nous connaissons les principaux points de rituel sur lesquels la pratique des "Anciens'' différait de celle des "Modernes'', dont le plus remarquable était l'ordre des mots du premier et du deuxième grades, et on constate dans nos sources que sur tous ces points la pratique française coïncidait avec celle des "Modernes''. La deuxième conclusion est donc que non seulement la Maçonnerie française présentait une nette homogénéité, mais que dans son fond commun elle était en accord avec la pratique rituelle des "Modernes''.
    On pourrait croire que c'est pour cette raison que le Rite Français est aussi appelé "Rite Moderne''. On n'aurait pas tout à fait tort, mais les choses sont plus compliquées que ça, et nous reviendrons sur la véritable origine de cette appellation.
  3. Malgré cette unité essentielle, la pratique rituelle de la Maçonnerie française présentait, nous l'avons admis, des variations entre les loges. Ces variations devaient inévitablement apparaître dès l'instant qu'il n'y avait pas de rituels officiels. La première Grande Loge de France paraît bien n'en avoir jamais eu, et le Grand Orient de France n'en a eu qu'en 1785 (rappelons que nous parlons ici des grades bleus).

L'origine de ces variations n'est pas toujours claire. Donnons en deux exemples.

Le premier sera celui de l'acclamation. On trouve dans la Maçonnerie Française deux acclamations, Vivat et Houzzai (cette dernière diversement orthographiée suivant les sources, mais cette variation orthographique est sans signification). La première est attestée par exemple dans le rituel des loges de Lyon de 1772 à l'ouverture des travaux, et plus anciennement, mais pour la loge de table seulement, dans des divulgations des années 1740 comme Le Secret des Francs Maçons de l'abbé Pérau (1744). C'est cette acclamation qui a été retenue par le Grand Orient de France dans son rituel de 1785. L'acclamation Houzzai, utilisée aujourd'hui par le Rite Ecossais Ancien et Accepté , apparaît dans l'édition de 1738 des Constitutions d'Anderson (sous la forme huzzah) . En France, elle apparaît dans une divulgation de 1751 (Le Maçon démasqué) à la loge de table. Elle était utilisée par la Mère Loge Ecossaise de Marseille, et par les Loges qui en dérivaient. Il est possible qu'elle ait été à l'origine une particularité (en France) de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, mais ce n'est pas prouvé.

Le deuxième exemple est celui de la disposition des chandeliers. Les sources françaises les plus anciennes mentionnent trois chandeliers disposés "en triangle'', mais les textes ne précisent pas la situation de ce triangle par rapport à la loge. L'iconographie laisse apparaître là aussi des variations. La disposition la plus anciennement et la plus fréquemment attestée est celle que le Rite Français tel que nous le pratiquons a conservée , en accord avec une gravure qui illustre le Régulateur du Maçon de 1801. Mais la disposition que l'on trouve au Rite Ecossais Rectifié et au Rite Ecossais Ancien et Accepté est aussi attestée dans certains tableaux de loge et dans certains rituels . D'autres dispositions sont également attestées par certaines gravures. Ces chandeliers avaient pourtant à l'origine une signification symbolique précise, qui semble d'ailleurs avoir été quelque peu perdue de vue dans les années 1780 : ils représentaient le Soleil la Lune et le Maître de la Loge. Nous ignorons l'origine des variations de position que nous observons. En tout cas, il n'apparaît pas, comme nous l'avons dit, qu'elles aient été perçues comme des différences caractéristiques de Rites.

Mais la principale conséquence de l'absence de rituels officiels, et en même temps la principale source de variations dans la pratique des loges, a été la liberté qu'ont eu les rituels d'évoluer. Les rituels primitifs étaient relativement simples par rapport à l'état dans lequel nous les voyons maintenant, qui est le résultat de cette évolution. Tout en conservant le même noyau primitif, ils ont été considérablement développés et enrichis. Le développement le plus ancien consiste apparemment en les trois voyages que l'on fait faire au récipiendaire autour de la loge pendant l'initiation. Ces trois voyages sont attestés dès le Secret des Francs Maçons de l'abbé Pérau (1744). On ne les retrouve pas dans la Maçonnerie anglaise, ni écossaise (au sens géographique du terme), et rien dans les sources anglo-écossaises n'indique qu'ils s'y soient jamais trouvés. C'est ce qui donne à penser qu'ils ne se trouvaient pas non plus dans la Maçonnerie française primitive, et qu'ils constituent un développement proprement français.

D'autres développements sont venus plus tard, par exemple les épreuves par l'eau et par le feu. Elles n'étaient pas encore pratiquées à Lyon en 1772, où on se contentait des trois voyages sous la forme la plus dépouillée, et il en est de même des versions les plus anciennes du Rite Ecossais Rectifié (1778 et 1785). C'est actuellement le Rite Français qui conserve ces épreuves sous leur forme la plus ancienne, où il n'y a que l'eau et le feu. Le Rite Ecossais Rectifié dans sa dernière version (1787) comprend trois épreuves par le feu, l'eau et la terre, qui véhiculent une signification propre à la doctrine de ce Rite . Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, de son côté, a ajouté à l'eau et au feu l'air et la terre, donnant ainsi à ces épreuves une signification alchimique qu'elles n'avaient pas d'abord. Mais cette dernière addition sort de la période que nous considérons, tandis que celle qui apparaît dans la dernière version du Rite Ecossais Rectifié est de l'extrême fin de la période .

On peut encore citer d'autres développements, comme l'épreuve du sang et celle du calice d'amertume. On trouve aussi dans certains rituels une épreuve du fer rouge, que le Grand Orient de France n'a pas retenu dans son rituel de 1785, la jugeant sans doute dangereuse ou exagérément dramatique. Toutes ces innovations contribuaient à la diversification de la pratique rituelle, dans la mesure où elles étaient adoptées par certaines loges et non par d'autres.

Depuis les années 1770, un besoin de mise en ordre et d'uniformisation se faisait vivement sentir, et beaucoup de loges réclamaient du Grand Orient la rédaction de rituels officiels. Pour les grades bleus, leur mise au point fut pour l'essentiel l'oeuvre d'un groupe de Frères qui appartenaient à la Chambre des Grades du Grand Orient de France, et dont le plus connu est Roéttiers de Montaleau. Ils y travaillèrent au cours de l'année 1783, puis leur travail fut soumis à diverses relectures et corrections avant d'être finalement approuvé en 1785, comme on l'a dit. Le préambule du rituel d'apprenti, qui vaut pour l'ensemble des trois grades, indique bien à quel besoin cette rédaction répondait : 
"Un autre point, non moins important, est l'uniformité depuis longtemps désirée dans la manière de procéder à l'initiation. Animé de ces principes, le Grand Orient de France s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la Maçonnerie à ces usages anciens que quelques novateurs ont essayé d'altérer, et rétablir ces premières et importantes initiations dans leur antique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent s'y conformer de point en point, afin de n'offrir plus aux Maçons voyageurs une diversité aussi révoltante que contraire aux vrais principes de la Maçonnerie".

On remarque que dans ce texte l'intention d'uniformisation s'accompagne d'une intention de retour aux « usages anciens » et à leur "antique et respectable pureté". Cela doit être pris cum grano salis. S'il y a dans le rituel de 1785 un effort authentique de sobriété dans les cérémonies, il n'est en aucune façon la restauration du rituel de l'initiation tel qu'il était dans les débuts de la Maçonnerie en France. Les innovations ont été triées, mais non toutes éliminées ; au contraire plusieurs d'entre elles ont été retenues et officialisées, comme on le voit suffisamment par les exemples que nous avons donnés.

Cette entreprise de mise en ordre et d'uniformisation n'était pas la première du genre, et elle n'est pas isolée dans la Maçonnerie française des années 1780. Elle avait eu au moins un précédent en dehors du Grand Orient. C'est celui de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, dont nous savons qu'elle avait adopté dès 1774 des rituels officiels qu'elle communiquait aux loges auxquelles elle accordait des constitutions, avec obligation pour ces loges de se conformer à ces rituels . Nous avons d'autre part fait mention du rituel intitulé "grade d'Apprentif des Loges de Lyon en 1772". Il pourrait s'agir, bien que ce ne soit pas certain, du rituel officiel de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon . Il semble donc - et il est assuré dans le cas de la Mère Loge Ecossaise de Marseille - que des autorités maçonniques de province avaient précédé le Grand Orient dans son entreprise. D'autre part, il y a dans les années 1780 une entreprise contemporaine et parallèle à celle-ci, et dont le résultat nous est parvenu : c'est celle qui a produit les rituels du Rite Ecossais Rectifié. L'élaboration des rituels du Rite Français se situe donc dans un mouvement plus large, qui correspondait à une nécessité ressentie un peu partout dans la Maçonnerie française.

On peut, à partir de cette étude historique, préciser la place du Rite Français, sinon dans l'ensemble de la Maçonnerie pratiquée dans le monde, du moins dans celle qui est pratiquée en France.

La meilleure manière de caractériser la place du Rite Français est de dire qu'il est le représentant le plus fidèle, parmi les rites actuellement pratiqués en France, de la pratique commune de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle. Cela résulte de ce que nous avons déjà dit, à savoir qu'il n'est pas autre chose que le résultat d'une entreprise de mise en ordre et d'uniformisation de cette pratique. Cela répond, croyons-nous, à une question qu'on entend souvent poser : quelle est la spécificité du Rite Français ? A cette question nous répondons volontiers que la spécificité du Rite Français est de n'en pas avoir. Si en effet il en a une, elle n'est autre que celle qui consiste à être représentatif d'un certain tronc commun maçonnique, à partir duquel se sont différenciés, comme des rameaux, d'autres rites doués de caractères distinctifs.

La comparaison avec le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous permet également d'éclaircir un point que nous avons effleuré, mais que nous avons laissé en suspens : celui de l'origine de l'appellation "Rite Moderne''. Cette appellation, pas plus que celle de "Rite Français'', n'a été choisie par les fondateurs du Rite, elle ne s'est introduite que plus tard. En fait, elle a d'abord été donnée, de l'extérieur, au Rite Français, par les Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui à l'imitation de la Grande Loge anglaise des "Anciens'', intitulaient leur propre Rite "Rite Ancien'' et intitulaient le Rite Français "Rite Moderne''. Cela apparaît bien dans le Guide des Maçons Ecossais, dans lequel le Vénérable, après avoir instruit le nouvel initié des mots, signes et attouchements du grade d'apprenti, lui dit : 
"Mon Frère, la Maçonnerie est connue dans tout l'univers, quoiqu'elle soit divisée en deux Rits , qu'on distingue par Rite ancien et Rit moderne. Néanmoins ils reposent sur les mêmes bases, sur les mêmes principes. Nous travaillons sous le Rite ancien, ou écossais , parce qu'il est la plus pure essence de la Maçonnerie, parce qu'il est le même qui nous a été transmis par les premiers fondateurs de l'Ordre . Voici actuellement les mots, signes et attouchements du Rit moderne [...] ".

Malgré l'intention polémique qu'il comportait, ce rattachement du Rite Français à la Grande Loge anglaise dite des "Modernes'' n'était pas sans fondement dans la mesure où, comme nous l'avons dit, la pratique rituelle française codifiée dans le rituel de 1785 et dans le Régulateur du Maçon de 1801 était conforme à celle de cette Grande Loge, sans que pour autant celle-ci ait joué un rôle exclusif, ni même prépondérant, dans l'introduction de la Maçonnerie en France. Les Maçons du Rite Français, quoique sensibles à l'intention péjorative qui avait présidé à son introduction, ne purent empêcher le succès que connut l'appellation de "Modernes'', et durent s'en accommoder, tout en ne perdant pas une occasion d'affirmer que le Rite "Moderne'' n'était pas moins ancien que le Rite "Ancien''. Quant à nous, sans entrer dans cette querelle, nous ne pouvons que constater que l'appellation de "Rite Moderne'' et celle de "Rite Français'' s'imposèrent assez rapidement, comme synonymes l'une de l'autre, au cours de la première ou des deux premières décennies du XIXe siècle.
Il faut noter que l'appellation de "Rite Moderne'' s'étendit même au système des hauts grades du Rite Français, alors que dans ce cas, contrairement à ce qui se passe pour les grades bleus, elle n'a plus l'ombre d'une justification historique. Les hauts grades du Rite Français n'ont rien à voir, pas plus que ceux du Rite Ecossais Ancien et Accepté, avec la grande Loge des "Modernes'', qui ne pratiquait pas de hauts grades. Les uns et les autres sont pris dans le fonds commun des hauts grades qui foisonnaient en France au XVIIIe siècle.
L'histoire de l'origine des hauts grades du Rite Français comporte des péripéties assez complexes. Nous ne ferons qu'en rappeler les principaux points. Le travail fut commencé par la Chambre des Grades du Grand Orient de France, créée en 1782 avec la mission précise de mettre au point le système de hauts grades destiné à devenir le système officiel du Grand Orient. Ce travail était guidé par le même souci de mise en ordre et d'uniformisation que nous avons vu présider à la mise au point des rituels des grades bleus. Déjà, dans les grades bleus, ce travail avait comporté un aspect de sélection parmi les développements rituels qui étaient survenus au cours d'un demi-siècle de Maçonnerie française (par exemple certaines épreuves un peu trop grand-guignolesques avaient été rejetées). Cet aspect de sélection s'imposait encore bien plus pour les hauts grades, car ces derniers foisonnaient et se présentaient sous un grand nombre de versions différentes dans lesquelles on trouvait le meilleur et le pire. Aussi la Chambre des Grades commença-t-elle par un travail préliminaire de documentation, qui consistait à collecter des cahiers de grades, à les étudier, à les classer, afin de pouvoir dans une deuxième étape rédiger à partir de là les grades qui seraient retenus.

La Chambre des grades s'acquitta de cette tâche documentaire avec beaucoup de sérieux, mais pour des raisons qui ne sont pas bien connues elle ne passa jamais à la deuxième étape, celle de la rédaction des hauts grades. A partir du début de 1783, elle s'occupa, comme on l'a vu, de la rédaction des grades bleus, quoique ce n'ait pas été là la tâche qui lui avait été initialement assignée. Le travail de rédaction des hauts grades fut réalisé dans le cadre d'un organisme qu'une partie des membres de la Chambre des Grades, sous la conduite de Roéttiers de Montaleau (toujours lui), créèrent en marge du Grand Orient le 2 février 1784, et qui s'appela le Grand Chapitre Général de France. Ces Frères n'avaient pas l'intention de s'ériger en un organisme rival du Grand Orient, mais seulement, semble-t-il, d'avoir les coudées franches pour réaliser le travail de rédaction des hauts grades comme ils l'entendaient, et de remettre ensuite au Grand Orient le résultat de ce travail.

Les animateurs du Grand Chapitre Général de France avaient l'intention de réunir leur Grand Chapitre au Grand Orient de France, et ils ouvrirent à cette fin des négociations avec celui-ci. Ces négociations traînèrent en longueur pour différentes raisons qui n'ont qu'un intérêt plus ou moins anecdotique . Elles aboutirent enfin à la réunion attendue, dont le principe fut voté dans la 178e assemblée du G.O.D.F., le 4 mai 1787, et dont les modalités furent précisées dans les assemblées suivantes. Par cette réunion, le système mis au point par le Grand Chapitre Général de France devenait le système officiel de hauts grades du Grand Orient.

En quoi consistait ce système ?
Les membres du Grand Chapitre Général de France, s'appuyant sur le travail de documentation qu'ils avaient réalisé dans la Chambre des Grades, classèrent les haut grades en cinq « ordres ». Cette notion d'ordre était une nouveauté, et elle ne doit pas être confondue avec celle de grade. Un ordre est un ensemble de grades, chaque grade pouvant lui-même exister en plusieurs versions. Le premier ordre comprenait les grades d'Elu, mais aussi un certain nombre d'autres grades qui se conféraient habituellement entre la maîtrise et les grades d'Elus. Le deuxième ordre comprenait les grades d'Ecossais. Le troisième ordre comprenait essentiellement un seul grade, celui de Chevalier d'orient, et il en était de même du quatrième ordre, correspondant au grade de Rose-Croix. Tous les grades qui n'entraient pas dans les ordres précédents furent réunis dans un cinquième ordre. Le Grand Chapitre Général de France décida de rédiger, pour chacun des quatre premiers ordres, un grade unique relevant de cet ordre. Pour le premier ordre, ce fut le grade d'Elu Secret, pour le deuxième ordre celui de Grand Elu Ecossais. Pour le troisième ordre, on arrêta une version du grade de Chevalier d'Orient, et pour le quatrième ordre une version du grade de Rose-Croix. Ces quatre grades étaient destinés à être pratiqués. Pour le cinquième ordre, on ne rédigea pas de grade, car les grades qui relevaient de cet ordre n'étaient pas destinés à être pratiqués, mais seulement étudiés. C'est ainsi que la carrière initiatique d'un Maçon du Rite Français, dans les hauts grades, passe par quatre grades : le grade d'Elu secret, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son premier ordre ; le grade de Grand Elu Ecossais, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son deuxième ordre ; le grade de Chevalier d'orient, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son troisième ordre ; et le grade de Chevalier Rose-Croix, qu'il reçoit dans le Chapitre ouvert en son quatrième ordre.

Lorsqu'on compare les hauts grades du Rite Français avec les hauts grades d'autres Rites, on se rend compte que les différents systèmes de hauts grades ont été faits à partir d'une même matière, à savoir ce foisonnement de grades qu'offrait la Maçonnerie française d'avant 1780. Chaque Rite a traité cette matière à sa façon, en choisissant de retenir plus ou moins de grades, en conservant distincts des grades voisins ou au contraire en les réduisant en un seul. C'est pourquoi il y a des thèmes que l'on retrouve dans plusieurs systèmes, mais dans l'un on les trouve dans des grades différents, tandis que dans l'autre on les trouve réunis dans un seul grade.

Le choix des grades retenus, et de la version particulière qui en a été adoptée ou rédigée, la mise en relation des grades les uns avec les autres, la progression ménagée de l'un à l'autre, donnent à chaque Rite son caractère propre. Cela vaut entre les hauts grades, cela vaut aussi entre eux et les grades bleus, car, pour le Rite Français en tout cas, tous ces grades ont été conçus comme formant un tout cohérent (n'oublions pas que le travail sur les grades bleus et le travail sur les hauts grades a été fait par les mêmes hommes).
Ce caractère exprime un esprit, et il y a incontestablement un esprit du Rite Français comme il y a un esprit de chacun des autres Rites. Nous ne chercherons pas cependant à le définir ici, nous en tenant au point de vue historique qui a été le nôtre tout au long de cette note. L'esprit d'un Rite ne peut pas se laisser enfermer dans quelques phrases lapidaires, surtout lorsque, comme c'est le cas pour le Rite Français, il n'a pas de doctrine explicite, son esprit s'exprimant uniquement à travers ses rituels. Lorsqu'on veut dire en quelques phrases l'esprit d'un Rite, même quand il a une doctrine, on est guetté par les approximations, les réductions et les malentendus. En fait, l'esprit d'un Rite ne se laisse découvrir que de l'intérieur, par la fréquentation assidue et la pratique de ses rituels.

Source : le blog de Montaleau

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