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Publié le 24 Octobre 2026 par T.D
Les Templiers! Ce nom à lui seul fait rêver et évoque une épopée chevaleresque, une fin dramatique, mais aussi des promesses de trésors enfouis et de secrets bien gardés. Les Templiers font toujours recette dans la littérature d’aventure, le cinéma, les jeux vidéos, et bien sûr la littérature ésotérique. La franc-maçonnerie n’est pas en reste, puisque plusieurs grades maçonniques et même des rites entiers se sont appuyés sur la légende de la survivance des Templiers. Mais d’où vient cet engouement durable? Qu’est-ce qu’ont donc les Templiers pour s’être installés aussi fortement et durablement dans notre imaginaire? C’est le mystère qui semble entourer leur ordre, leur longue implantation en Orient, leur fabuleuse richesse et surtout leur fin tragique. Et bien sûr, le fait que les Templiers n’existent plus nous donne une grande liberté pour projeter sur eux toutes sortes de spéculations parfois hasardeuses: ils ne sont plus là pour se défendre. L’histoire authentique des Templiers justifie-t-elle toutes les légendes qui se sont développées autour de cet ordre religieux?
Origines des Templiers
L’Ordre des Templiers apparaît à l’occasion des croisades. On pourrait remplir des centaines de pages pour raconter leur histoire, mais nous n’en retiendrons d’ici que les traits les plus importants. En 1118, neuf chevaliers choisirent de s’unir à Jérusalem pour protéger les pèlerins, qui étaient la proie de nombreuses attaques. Ils s’engagèrent à la vie religieuse devant Gormond (souvent orthographié Garimond), le patriarche latin de Jérusalem, prononçant les vœux de chasteté, pauvreté et obéissance, suivant la règle de St Augustin en usage chez les Chanoines du St Sépulcre, auxquelles ils furent rattachés dans un premier temps.
Convaincu de l’utilité d’une telle milice en Terre Sainte, le roi de Jérusalem Baudoin II leur accorda une partie de son palais, correspondant à l’actuelle mosquée El Aqsa, qu’on croyait alors située à l’emplacement de l’ancien Temple de Jérusalem. C’est pourquoi, on appela couramment ces chevaliers Templiers, le nom officiel de l’ordre étant Milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.
Cette nouvelle congrégation fut approuvée canoniquement par un concile régional tenu à Naplouse en 1120. Et en 1127, cinq de ses membres, dont Hugues de Payns, leur chef, et André de Montbard, neveu de Bernard de Clairvaux, entreprirent une tournée en Europe pour récolter des fonds, recruter des chevaliers et faire approuver par l’Église un nouveau statut inédit, celui de moine-soldat. Ce qui fut fait par le pape Honorius III au concile Troyes, tenu la même année. Les Templiers recevaient en outre une nouvelle règle, rédigée à leur intention par Bernard de Clairvaux.
Les Templiers devenaient ainsi la première armée permanente du Royaume Latin de Jérusalem, suivis par l’Ordre de St-Jean de Jérusalem (né vers 1080 et approuvé en 1113 comme Ordre hospitaliers, il devient militaire en 1182) et les chevaliers Teutoniques (ordre militaire et religieux allemand, né en tant qu’Hospitalier en 1190 et devenu militaire en 1199).
L’expansion des Templiers
Exaltant la dimension spirituelle de la chevalerie, en un temps où apparaissaient les premiers romans de chevalerie traitant notamment de la Quête du Graal, les Templiers offraient une voie de réalisation qui répondait aux attentes de beaucoup de chevaliers européens. Le recrutement et les dons affluaient, faisant rapidement de l’Ordre la première multi-nationale du monde, avec un réseau de commanderies très dense. La majorité des commanderies, situées en Occident, devenaient la base économique de la branche combattante active en Terre Sainte. Contrairement à ce que l’on imagine souvent, il y avait très peu de chevaliers Templiers en Europe, à part dans la péninsule ibérique, où ils étaient militairement engagés depuis le milieu du XIIe siècle: la plupart des commanderies étaient des exploitations agricoles dirigées par des sergents, c’est-à-dire des Templiers d’origine non noble, vêtus de noir ou de brun, et non du fameux manteau blanc, orné de la Croix Rouge depuis 1147.
Ce réseau économique permit aux Templiers de devenir également des banquiers. Celui qui voulait se rendre en Terre Sainte pouvait déposer de l’argent dans un établissement templier européen et recevait un reçu lui permettant de retirer cet argent dans un autre établissement de l’Ordre en Orient. Ils en vinrent même à prêter de l’argent, principalement aux souverains qui souhaitaient organiser une croisade.
Des politiques pragmatiques
En Terre Sainte, les Templiers n’eurent pas qu’une activité guerrière et s’investirent beaucoup dans la diplomatie. Les Croisés qui débarquaient d’Europe était plein de certitudes simplistes, ils venaient juste combattre les Sarrasins et, avec un peu de chance, ils rentraient chez eux, sans se préoccuper des suites. Les Templiers, comme les autres Ordres militaires, étaient installés là et y restaient. Ils ne pouvaient donc se permettre d’être en guerre permanente avec tous les musulmans et durent forcément nouer des alliances, tantôt avec le Sultan de Damas contre le Sultan d’Égypte, ou l’inverse, composer avec les populations locales non chrétiennes et traiter avec les fameux "Assassins" ("ordre" mystique chiite, dirigé par le "Vieux de la Montagne", et dont seule une frange - les Fedayin - était combattante).
Les Templiers durent aussi naviguer entre les intérêts des souverains européens qui tous entendaient trouver quelque prestige à leurs actions souvent irréfléchies en Terre Sainte. Et bien sûr ils devaient tenir compte des Ordres militaires rivaux (chevaliers de St-Jean et Teutoniques), qui ne défendaient pas forcément la même politique qu’eux. Le programme d’origine des Templiers, très simple dans son énoncé de base "défendre la Terre Sainte", s’avéra être d’une grande complexité et nécessita bien des compromis.
La chute du Royaume latin de Jérusalem
Miné par d’incessantes querelles intestines et manquant cruellement d’un soutien continu des états européens, le Royaume latin de Jérusalem fut finalement perdu. Tout d’abord, Jérusalem fut reprise par Saladin en 1187, qui s’empara également des villes portuaires comme St-Jean d’Acre. Les chrétiens durent alors se replier sur Tyr. Mais ils reprirent quelque peu la main à l’occasion de la Troisième Croisade, menée par Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion. En 1191, ce dernier reconquit St-Jean d’Acre, qui devint la nouvelle capitale de ce qui restait du Royaume de Jérusalem. Mais Jérusalem resta définitivement aux mains des Sarrasins.
Les souverains européens ne cessaient de se disputer le titre de Roi de Jérusalem et l’anarchie se répandit dans ce semblant de royaume, que seuls les Templiers, les Hospitaliers et les Teutoniques s’efforçaient de maintenir hors de l’eau. Mais ils étaient divisés entre eux et servaient en fait des intérêts extérieurs différents. Ce n’est guère que lors du siège de St-Jean d’Acre par le Sultan d’Égypte en 1291 qu’ils luttèrent vraiment coude à coude, mais il était trop tard. La ville tomba le 18 mai 1291, mettant un terme définitif à l’existence du Royaume latin de Jérusalem. Les Templiers l’ignoraient encore, mais leurs jours furent comptés à partir de ce moment-là.
La fin tragique des Templiers
Après la perte du Royaume de Jérusalem, les Templiers établirent le siège de l’Ordre à Paris, sans cesser de réclamer une nouvelle croisade (qui aurait été la dixième) pour reconquérir Jérusalem. Mais plus personne ne semblait prêt à se lancer dans une telle aventure, et surtout à en assumer les frais. Puissance économique et militaire considérable, les Templiers se retrouvèrent en quelque sorte sans utilité. Situation dangereuse, surtout quand on est créancier du Roi de France, en l’occurrence Philippe IV, dit le Bel.
Le règne de Philippe le Bel fut marqué par la centralisation administrative et l’abandon progressif des usages féodaux, par la généralisation de l’impôt dans tout le Royaume de France et par de perpétuelles crises monétaires… En 1306, il expulsa les Juifs de France, non sans avoir confisqué tous leurs biens. Philippe le Bel devait beaucoup d’argent aux Templiers et avait d’abord imaginé régler ce problème en fusionnant l’Ordre des Templiers et celui des Hospitaliers de St-Jean se Jérusalem et en se faisant élire Grand Maître de ce nouvel Ordre unifié. Ce projet rencontra une fin de non recevoir, tant des Templiers que des Hospitaliers. Mais le Maître des Hospitaliers était à Rhodes, hors de portée, tandis que celui des Templiers résidait à Paris. Et c’était aux Templiers que Philippe le Bel devait de l’argent…
Une vaste machination se mit alors en place et, sur la base de dénonciations (manifestement calomnieuses) d’un ancien Templier exclu de l’Ordre, Philippe le Bel ordonna leur arrestation dans tout le royaume pour le vendredi 13 octobre 1307, et lança contre eux une procédure judiciaire pour hérésie. Le pape Clément V, qui devait la tiare pontificale à Philippe le Bel, ne put guère que suivre les injonctions du roi, avec plus ou moins de bonne volonté.
Sous la torture, de nombreux Templiers avouèrent tout ce qu’on leur reprochait: reniement du Christ, crachat sur le crucifix lors de leur réception secrète, adoration du Baphomet, simonie, sodomie etc. Mais il ne faut pas se laisser leurrer par ces aveux, obtenus qui plus est sous la torture: dans les procès pour hérésie, on ne cherchait pas à découvrir ce qui s’était vraiment passé, mais on établissait d’abord une liste des turpitudes habituellement attribuées aux hérétiques et l’on faisait confirmer ce formulaire par les accusés. En gros, c’est comme si le parquet rédigeait l’acte d’accusation avant que le juge d’instruction n’ait auditionné les prévenus.
De nombreux Templiers finirent sur le bûcher et, en 1312, au terme du Concile de Vienne, Clément V abolit l’Ordre du Temple, dont les biens furent dévolus aux Hospitaliers de St-Jean de Jérusalem, qui devaient payer 200’000 livres tournois (environ 3.8 millions d’euros) sur trois ans au roi de France, en dédommagement des frais occasionnés par le procès. Bien moins que ce qu’escomptait Philippe le Bel, à n’en pas douter. Quant au sort des membres de l’Ordre, il fut réglé ainsi: ceux qui étaient innocents ou qui avaient avoué se verraient allouer une pension et pourraient vivre dans une maison de l’Ordre (appartenant désormais aux Hospitaliers) ou se retirer dans un autre ordre religieux, et ceux qui avaient refusé d’avouer ou étaient revenus sur leur aveux se verraient condamnés selon toute la rigueur du droit canonique.
Restaient emprisonnés les quatre derniers grands dignitaires de l’Ordre, sur le sort desquels Clément V tardait à se prononcer: Jacques de Molay, Maître du Temple, Geoffroy de Charnay, Précepteur de Normandie, Hugues Pairaud, Précepteur de France, et Geoffroy de Gonneville, Précepteur d’Aquitaine. Ces quatre hommes espéraient encore une décision de clémence du pape. En décembre 1313, une commission de trois cardinaux fut nommée pour régler la question, commission qui convoqua un concile à Paris pour le 11 (ou le 18) mars 1314. Les quatre dignitaires Templiers comparurent devant un parterre de théologiens, espérant avoir l’occasion de se placer sous la protection du pape, mais ce fut seulement pour entendre qu’ils étaient condamnés à l’emmurement, c’est-à-dire une réclusion perpétuelle très stricte. Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay se rebiffèrent alors, proclamant qu’ils étaient innocents, de même que l’Ordre tout entier, et que leurs aveux n’avaient été soutirés que sous la torture. Ils revenaient sur leurs aveux et devenaient de ce fait relaps, passibles du bûcher. Les cardinaux suspendirent la séance et remirent la délibération au lendemain. Mais dès qu’il eut connaissance de ce qui s’était passé, Philippe le Bel ordonna que Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay soient brûlés vifs le jour même, ce qui fut fait sur l’Île des Javiaux, dite aussi l’Île aux Juifs, à côté de l’Île de la Cité. On dit que sur le bûcher, Jacques de Molay appela Clément V et Philippe le Bel à comparaître devant le tribunal de Dieu dans l’année. Est-ce vrai? Ce qui est par contre avéré, c’est que Clément V mourut le 20 avril 1314 et que Philippe le Bel le suivit dans la tombe le 29 novembre suivant.
Survivance des Templiers
Le traitement des Templiers ne fut pas le même dans tous les pays. Aucun souverain ne les poursuivit avec autant de zèle que Philippe le Bel, et si des arrestations et des interrogatoires eurent bien lieu, la torture ne fut pas systématiquement appliquée, et les aveux très rares. Il n’en demeure pas moins que l’Ordre fut universellement aboli par le pape en 1312. Cette décision avait force de loi partout. Les anciens Templiers rejoignirent donc d’autres ordres religieux, dans tous les pays catholiques.
Ce n’est que dans la péninsule ibérique que les Templiers survécurent collectivement, car leurs compétences guerrières y étaient requises par la Reconquista. Mais on créa pour eux deux nouveaux ordres, l’Ordre de Montesa dans le Royaume d’Aragon et l’Ordre du Christ au Portugal. Ces deux ordres ibériques sont donc des successeurs de l’Ordre du Temple, mais pas à proprement parler des survivances.
Quant à la prétendue survivance des Templiers en Écosse, qui auraient été abrités dans un prétendu Ordre de St-André du Chardon créé par Robert Bruce en reconnaissance de leur supposée participation à la bataille de Bannockburn en juin 1314, elle n’a aucune base historique. Les preuves que constitueraient les soi-disant pierres tombales templières et la Chapelle de Roslyn ont été rejetées par les historiens: les pierres tombales sont des sépultures de chevaliers croisés écossais et le Chapelle de Roslyn remonte aux années 1440, donc plus d’un siècle après l’abolition de l’Ordre du Temple. Cette légende romantique de la bataille de Bannockburn n’apparaît d’ailleurs dans les milieux maçonniques d’Écosse qu’à partir de 1843.
La survivance de l’Ordre du Temple en Écosse est donc une fiction, qui a vu le jour au sein de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle.
Les francs-maçons, héritiers des Templiers ?
Différents facteurs vont amener certains francs-maçons européens à se réclamer des Templiers au XVIIIe siècle. Tout d’abord, une question d’ordre sociologique: sous l’Ancien Régime, la plupart des francs-maçons, et notamment leurs dirigeants, étaient d’origine aristocratique. Se prétendre descendants des bâtisseurs de cathédrales était bien peu prestigieux pour eux, et l’on chercha des origines plus glorieuses. Un premier pas fut franchi par le fameux discours de Chevalier de Ramsay (1738): les francs-maçons seraient en fait les descendants des Chevaliers Croisés. Ce discours fut à l’origine du développement dès 1740 des premiers hauts grades maçonniques chevaleresques, à commencer par le Chevalier d’Orient. Il n’est pas encore question des Templiers, mais les thèmes de la chevalerie et des Croisades appellent assez naturellement celui des Templiers.
Autre facteur, le Siècle des Lumières fut celui de la Philosophie et des premières contestations du despotisme ecclésiastique et royal. Les Templiers, injustement abattus par la coalition d’un roi et d’un pape, pouvaient représenter le prototype de tous ceux qui combattent l’oppression religieuse et politique et devenaient même les premiers martyres de la cause de la Liberté.
Enfin, le mystère qui entourait beaucoup d’aspects de l’histoire des Templiers permettait les spéculations les plus hasardeuses. Avaient-ils été condamnés parce qu’ils détenaient une doctrine secrète? Avaient-ils eu accès à quelques secrets mystérieux en Orient? Leur fabuleuse richesse n’indiquait-elle pas qu’ils avaient découvert la Pierre Philosophale?
La figure mythique du Templier prit plusieurs formes, au sein de différents grades ou Rites maçonniques. En France, le grade maçonnique templier le plus important apparut vers 1750, sous la forme du Sublime Chevalier Élu, qui deviendra par la suite le Chevalier Kadosh, actuel hauts grades du REAA Écossais Ancien Accepté. Élaboré sur la base des grades d’Élus, vengeurs d’Hiram, ce degré décrit l’histoire d’un Ordre ancestral, qui aurait commencé avec les bâtisseurs du Temple de Salomon, serait devenus les Esséniens, qui, lors des Croisades, se serait unis aux Templiers, dont les survivants, s’étant réfugiés en Écosse, auraient finalement créé la franc-maçonnerie. La trame de la légende écossaise était posée et allait s’amplifier. Certains francs-maçons imaginèrent même que la légende maçonnique d’Hiram ne faisait que masquer le récit de la fin des Templiers et du supplice de Jacques de Molay, et crurent en voir la preuve dans les initiales des mots sacrés des grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître: J. B. M., pour Jacobus Burgundus Molensis, soit Jacques, Bourguignon, de Molay.
Les Templiers, allégorie de la dynastie Stuart
La franc-maçonnerie allemande ira beaucoup plus loin, voyant apparaître un Ordre maçonnique entier dont le but était le rétablissement de l’Ordre du Temple et la restitution de tous ses biens: la Stricte Observance Templière, fondé à partir de 1754 par le baron de Hund (1722-1776), et qui deviendrait le Régime Écossais Rectifié en 1782. La légende de la Stricte Observance Templière était en fait double: elle combinait le thème du rétablissement des Templiers avec celui du rétablissement sur le trône d’Angleterre de la dynastie Stuart, évincée depuis la Glorieuse Révolution de 1688 qui avait fait tomber Jacques II. Hund prétendait en effet avoir été reçu franc-maçon par un mystérieux Chevalier au Plumet Rouge, qui n’aurait été selon lui rien moins que Charles-Édouard Stuart (1720-1788), dit "Le Jeune Prétendant", petit-fils de Jacques II. Et c’est Charles-Édouard qui aurait donné à Hund la mission de rétablir l’Ordre du Temple.
Nous voici entrés de plein pied dans les imbroglios politico-maçonniques qui jalonnèrent l’histoire de l’Angleterre jusqu’à l’extinction de la descendance directe de Jacques II (mort de Charles-Édouard en 1788), et qui marquèrent le développement de la franc-maçonnerie moderne et des hauts grades maçonniques dans toute l’Europe. Il serait impossible d’en décrire toutes les péripéties dans les limites de cet article, mais il faut en rappeler les principaux éléments.
La première Freemasonry spéculative anglaise naquit sous le règne de Jacques I Stuart, qui était en même temps Jacques VI d’Ecosse. C’est manifestement sous son impulsion que cette nouvelle institution fut créée, pour reproduire le modèle de la Maçonnerie écossaise, acquise au roi. Les Freemasons anglais semblent avoir joué un rôle discret mais important au sein du camp royaliste lors de la Guerre Civile de 1642-1646, et par reconnaissance, Charles II leur fut très favorable après la Restauration de la monarchie en 1660. Lors de la Glorieuse Révolution de 1688, qui mit fin au règne de Jacques II, la Freemasonry se scinda. Une partie, que l’on nomme "Jacobite" par référence à Jacques II, plus conservatrice et catholique, resta fidèle aux Stuart, tandis que l’autre, plus libérale et protestante, choisit de soutenir Guillaume d’Orange, puis la maison de Hanovre, et allait finir par fonder la Grande Loge de 1717. Si la franc-maçonnerie fut officiellement diffusée en Europe par la Grande Loge de 1717, des loges jacobites y étaient également bien implantées, ne serait-ce qu’à Saint-Germain en Laye, où la cour de Jacques II avait trouvé refuge. Il apparaît clairement que les jacobites cherchèrent à utiliser la franc-maçonnerie pour attirer des sympathies et éventuellement un soutien à leur cause, et que les hauts grades maçonniques furent leur principal moyen de propagande: qui aurait pu supposer que sous la reconstruction du Temple par Zorobabel ou la survivance et le rétablissement des Templiers se cachaient les prétentions dynastiques des Stuart? Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on a pu qualifier la prolifération des hauts grades maçonniques au XVIIIe siècle d’Écossisme, si de nombreux grades et Rites maçonniques sont aujourd’hui encore dits "Écossais" et si les degrés maçonniques templiers rapportent tous que les Templiers ont survécu en se réfugiant en Écosse.
Alors, tout est à jeter ?
Bien sûr que non! Ces considérations historiques n’enlèvent rien à la valeur symbolique des grades ou des Rites maçonniques Écossais ou Templiers. Ils avaient assez de force en eux-mêmes pour connaître un développement ultérieur qui n’aura plus aucun rapport avec l’histoire des Stuart. Ou plutôt, les symboles et les rites qu’ils véhiculent sont capables de nourrir notre imaginaire et notre spiritualité bien au-delà des intentions politiques de ceux qui les avaient créés.
Mais une chose est sûre: la franc-maçonnerie ne descend pas des Templiers et, si différentes raisons ont pu amener les francs-maçons à se dire héritiers des Templiers a u XVIIIe siècle, c’est un contexte politique particulier qui a fixé définitivement les contours de la légende qui veut que l’Écosse ait été le refuge des Templiers et le berceau de la franc-maçonnerie.
Publié le 24 Octobre 2026 par T.D
ParT Stravers
Pour découvrir réellement la légende des origines des Templiers, il faut remonter près de 3 000 ans en arrière dans l'histoire. Le roi David était le deuxième roi d'Israël. C'était un roi guerrier qui avait uni les deux royaumes de Juda et d'Israël et vaincu les Philistins. Le roi David avait rassemblé les matériaux nécessaires à la construction d'un temple extraordinaire, mais, en punition de Dieu, à cause du sang qu'il avait versé, il n'avait pas le droit de le construire lui-même. Le temple devait être construit sur le mont Moriah, la terre sainte où Dieu avait ordonné à Abraham de tuer son fils Issac, avant de céder au dernier moment. Le roi David a été remplacé par son fils Salomon qui a achevé le plan de son père et, pendant près de 8 ans, de 964 à 956 avant J.-C., il a supervisé la construction du temple. Après son achèvement, le temple est resté inutilisé pendant 13 ans, tandis que le reste de la citadelle et le palais royal étaient achevés, mais en 934 avant J.-C., l'arche d'alliance y a été placée et une grande fête, la fête des Tabernacles, a été organisée.
En 597 avant J.-C., Nabuchodonosor II, roi de Babylone, a conquis Israël. Après dix ans de rébellion du peuple conquis, il décide de détruire Jérusalem et le temple du roi Salomon, vole tous les objets (sauf l'arche d'alliance, qui n'a jamais été retrouvée à ce jour) et les emmène à Babylone, avec un grand nombre de captifs. Environ 50 ans plus tard, Cyrus le Perse a vaincu Nabuchodonosor et a finalement libéré les Israélites et leur a permis de retourner à Jérusalem, où Zerubbabel a construit un second temple sur le site du temple du roi Salomon en 516 avant Jésus-Christ. Ce second temple est resté debout jusqu'en 20 avant J.-C., date à laquelle Hérode le Grand a démantelé le second temple et construit un temple magnifique dans le but de glorifier Jérusalem et son nom. Ce temple a été détruit par l'empereur romain Tital en l'an 70.
Le site du temple est ensuite devenu le troisième lieu le plus sacré de la foi islamique, lorsque le prophète Mahomet est monté au ciel en gravissant une échelle de lumière depuis une pierre sacrée qui faisait autrefois partie du temple du roi Salomon. En 691, le calife Abdul Malik a commencé à construire la mosquée de la Sakhra (Dôme du Rocher) à côté du site du temple, qui a été achevée par son fils, elle a été détruite et reconstruite plusieurs fois jusqu'à ce que la dernière mosquée Al Aqsa soit achevée en 1099.
Création de l'Ordre du Temple.
L'Ordre du Temple a été fondé en 1118 à Jérusalem, qui avait été libérée des Sarrasins lors de la première croisade en 1099.
Les succès des croisés avaient amené des pèlerins de toute la chrétienté en Terre Sainte, mais les obstacles que les pèlerins devaient surmonter étaient nombreux. Il n'y avait pas de routes ni de moyens de transport, les routes étaient menacées par les voleurs et c'était presque une réalité que d'être trompé par les aubergistes et les commerçants que l'on rencontrait. Afin d'offrir une certaine protection à ces pèlerins autrement non surveillés, Hugues de Payens et sept autres chevaliers ont fondé l'Ordre du Temple. Le roi de Jérusalem, Baudouin II, leur a accordé une résidence près du palais royal, à la mosquée Al Aqsa capturée, sur le site traditionnellement considéré comme celui du Temple de Salomon, également appelé Mont du Temple. Les chevaliers furent connus sous le nom de "Chevaliers du Temple" et, pendant les dix années suivantes, en plus de leurs tâches habituelles, ils fouillèrent les ruines du Temple de Salomon situé sous leurs quartiers. En 1867, une équipe de Royal Engineers, dirigée par le lieutenant Charles Warren et financée par le Fonds d'exploration de la Palestine, a découvert une série de tunnels sous Jérusalem et le mont du Temple, certains directement sous le quartier général des Templiers. Plusieurs petits artefacts ont été trouvés, indiquant que les Templiers avaient utilisé certains des tunnels, bien que l'on ne sache pas exactement qui les a creusés en premier. Certaines des ruines découvertes par Warren datent de plusieurs siècles auparavant.
Hugues de Payens a fait le tour de plusieurs pays européens entre 1124 et 1128, il a reçu les approbations officielles de l'Église catholique au Conseil de Troyes en France en 1124 et il a rendu visite à son camarade Henri Saint Clair, premier comte de Roslin, dans sa maison de Roslin, en Écosse, vers 1126-28. Au cours de cette visite, le roi David Ier d'Écosse lui a accordé des terres pour construire le premier préceptorat templier en dehors de la Terre Sainte, à Balantrodoch près d'Édimbourg, aujourd'hui appelé Temple Midlothian. Vers cette époque, Hugues de Payens a également fondé un préceptorat à Londres, en Angleterre. La visite d'Hugues de Payens en Écosse établit le premier lien entre Rosslyn et les Templiers.
Quant à l'excavation sous le Mont du Temple, aucune preuve n'a été enregistrée, mais il semble que les Templiers aient trouvé quelque chose.
En 1139 (21 ans seulement après la fondation de l'ordre), le pape Innocent II a publié une bulle papale exemptant l'ordre de l'obéissance aux lois locales. Cette décision signifie que les Templiers sont libres de franchir toutes les frontières, qu'ils ne doivent pas payer d'impôts et qu'ils sont exempts de toute autorité, à l'exception de celle du Saint-Siège lui-même. Avec ses colonies et ses généreuses ressources financières, l'Ordre est devenu l'organisation la plus importante et la plus riche de son époque. Les Templiers ont souvent combattu au premier rang des batailles importantes pendant les croisades. Les chevaliers expérimentés et lourdement armés sur leurs chevaux de guerre étaient presque toujours le fer de lance de l'attaque pour percer les lignes ennemies.
Bien que les membres aient prêté serment de pauvreté individuelle, l'Ordre a obtenu le contrôle des richesses au-delà des dons directs. Un noble en route pour les croisades pouvait placer toutes ses possessions sous le contrôle de l'Ordre pendant son absence. En accumulant ainsi des richesses dans toute la chrétienté, l'Ordre a commencé à produire des lettres de crédit pour les pèlerins se rendant en Terre Sainte en 1150.
Les pèlerins déposaient leurs objets de valeur auprès d'un ministre local avant de partir, recevaient un document indiquant la valeur de leur dépôt et utilisaient ensuite ce document à leur arrivée en Terre Sainte pour récupérer leur argent. Le chèque bancaire est né.
Ce système innovant était une forme précoce de banque et était probablement le premier système formel à soutenir l'utilisation de chèques.
Il a amélioré la sécurité des pèlerins en les rendant moins attrayants pour les voleurs et a contribué de manière significative aux coffres de l'Ordre.
Sur la base de ce mélange de dons et de transactions commerciales, l'Ordre a établi des réseaux financiers dans toute la chrétienté.
L'histoire du royaume de Jérusalem est une triste histoire de discorde, et la cause glorieuse qui a amené les croisés en Orient a souvent été oubliée dans les luttes dynastiques et les intrigues politiques. Dans ces circonstances, il est remarquable que le succès final des Sarrasins ait été retardé aussi longtemps, mais ce n'est qu'en 1291 que le dernier bastion de l'Ordre, la ville d'Akko, est tombé. Les restes de l'Ordre se sont retirés à Chypre et le but pour lequel l'Ordre avait été formé a maintenant disparu. Quelques années plus tard, le roi de France, Philippe IV, a un besoin urgent d'argent, car il a contracté trop d'emprunts de guerre. Le roi Philippe était connu comme Philippe le Beau, mais il était tout sauf ça. Il a orchestré l'installation de son propre élu en tant que Pape Clément V nouvellement élu en 1305. Philippe le Beau a maintenant besoin d'argent et a approché l'Ordre, mais a été refusé. Il tente de convaincre l'Ordre de l'accepter comme Grand Maître sous le prétexte qu'il mènerait alors une nouvelle croisade en Terre Sainte, mais les chevaliers ne choisissent pas d'abandonner leur liberté. Le roi Philippe décide alors, avec la coopération réticente mais indispensable du pape Clément V, d'acquérir les richesses de l'Ordre pour son propre usage.
Jacques de Molay a été brûlé sur le bûcher.
En 1307, il arrête soudainement tous les Templiers de France, et persuade tous les pays, à l'exception de l'Écosse et du Portugal, de faire de même.
La richesse, l'indépendance, l'orgueil et le secret de l'Ordre se sont avérés les priver de tout ami influent, et le roi de France a réussi à obtenir leur condamnation pour hérésie. Cependant, Phillip n'a jamais réussi à acquérir les richesses de l'Ordre, car quelqu'un a averti les chevaliers et le jour des arrestations massives, la flotte templière a quitté La Rochelle en France, leur destination restant un mystère - même si beaucoup pensaient à l'époque qu'ils se dirigeaient vers l'Écosse. En France, de nombreux chevaliers de l'Ordre ont été torturés pour obtenir des aveux, et c'est ainsi qu'une grande partie de la légende scandaleuse a été ajoutée à l'histoire de l'Ordre. Beaucoup ont résisté à la force du râtelier et ont été brûlés sur le bûcher comme hérétiques. Le Grand Maître, Jacques de Molay, fut le dernier à être mis à mort à Paris en 1314.
Ses derniers mots émouvants depuis l'échafaud :
"Il est juste qu'à un moment aussi solennel et alors que ma vie a si peu de temps à courir, je révèle la tromperie qui a été pratiquée et défende la vérité. Ecoutez-moi ! Devant le ciel et la terre et vous tous devant mes témoins, je confesse. Je confesse que je suis effectivement coupable de la plus grande honte, mais la honte est que j'ai menti. J'ai menti en admettant les charges dégoûtantes contre mon Ordre. Je déclare, et je dois déclarer, que l'Ordre est innocent. Sa pureté et sa sainteté n'ont jamais été souillées. En vérité, j'aurais témoigné autrement, mais je l'ai fait par crainte de terribles tortures. D'autres chevaliers qui ont retiré leurs confessions ont été conduits au bûcher, je sais. Pourtant, la pensée de mourir n'est pas si horrible que je garderais maintenant la confession de crimes grossiers qui n'ont jamais été commis. La vie m'est offerte, mais au prix de l'infidélité. À un tel prix, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Si la vie ne peut être achetée qu'en accumulant mensonge sur mensonge, je ne m'afflige pas de la perdre."
Les historiens modernes rejettent le procès des Templiers comme totalement injuste et acquittent l'Ordre des accusations portées contre lui. L'Église catholique a longtemps soutenu que l'Ordre était innocent de tout méfait et un document récemment retrouvé, le "Parchemin de Chinon", révèle que le pape Clément V a pardonné à Jacques de Molay en 1314, juste avant sa mort. Les membres survivants de l'Ordre ont fusionné avec d'autres ordres ou se sont cachés. Au Portugal, le roi Denis refuse l'ordre du pape et rebaptise l'ordre "Ordre du Christ". Cet ordre, dont l'histoire se poursuivra jusqu'au XXe siècle, a eu une influence directe sur l'exploration et l'expansion européennes pendant plus de 400 ans.
La chapelle Rosslyn et les débuts de la franc-maçonnerie.
Des légendes ont circulé selon lesquelles certains chevaliers se sont enfuis en Écosse, où un roi excommunié, Robert le Bruce, était engagé dans une bataille contre les Anglais et il semble logique et probable que le Bruce aurait accueilli les Templiers. Les Templiers ont combattu pour les Écossais à Bannockburn en 1314 et ont reçu en retour un refuge, des terres et des titres de la part d'un roi reconnaissant. Plus tard, on l'a appelé la Garde écossaise.
Il existe également une théorie selon laquelle les marins de l'Ordre ont réussi à utiliser leurs compétences pour naviguer sur l'océan Atlantique, où ils ont découvert l'Amérique du Nord. En 1312, l'Ordre des Templiers a été dissous par le Conseil de Vienne et ses biens restants ont été transférés aux Chevaliers de Saint-Jean. Dans les années 1440 (130 ans après la dissolution des Templiers), Sir William Saint Clair, Jarl of Orkney, était l'homme le plus puissant d'Écosse. Il était un descendant direct de William de Saint Clair, le dernier Grand Maître templier d'Écosse, qui mourut avec le cœur de Robert le Bruce (dans le cadre de l'expédition de James Douglas, Lord of Douglas) lors d'une ultime croisade vers Jérusalem.
Publié le 23 Octobre 2026 par T.D
RITUEL N° 1
ORDRE DU TEMPLE
ET
MANIEMENT DE L’ÉPÉE
INTRODUCTION
Au début du XVIII siècle, les Francs-Maçons étaient généralement de confession chrétienne trinitarienne, mais les Constitutions de 1723 et de 1738 ouvraient la porte à “tout homme sincère et loyal” quelles que soient ses convictions religieuses, à l’exception des athées.
Ceci concernait donc les Catholiques Romains comme les Protestants, l’urne de vote de la loge procurant le remède adéquat. La Bulle papale, “in Eminenti Apostolatu” Specula” fulminée en 1738, excommunia tous les Francs-Maçons, ainsi que ceux qui leur prêteraient le concours, à compter de sa promulgation et de son enregistrement par les Autorités civiles dans les différents diocèses. Ceci produisit une réaction immédiate et, vers 1740, un certain nombre de grades à substrat chrétien apparut en France et se répandit graduellement à travers l’Europe.
Les plus importants de ceux-ci furent un Rite maçonnique Templier et un grade de Rose-Croix, aucun des deux n’ayant de lien historique ou rituel avec les anciens Ordres Militaires ou les Rosicruciens du Moyen-Age.
On ne sait ni comment, ni précisément quand, le Rite Temple-Malte fut introduit dans les iles britanniques, mais on en retrouve des traces dès les années 1760, et la grande variété des rituels alors en usage qui nous sont parvenus, suggère diverses provenances. Dans tous les cas, ces grades furent adoptés par les Chapitres de l’Arc Royal et dès l’origine, ils y furent conférés en vertu de leur Charte capitulaire.
Après l’avortement d’une tentative par le Camp de Baudoin (Baidwyn Encampment) de Bristol d’organiser l’ensemble sur une base nationale, des approches faites auprès de Thomas DUNCKERLEY reçurent un assentiment tel à travers le pays qu’il fut possible de constituer un Grand Camp (GRAND ENCAMPMENT) En 1791, Dunkerley présida à la première réunion du Grand Conclave constitué par sept Camps (Encampments) indépendants.
Un Conservatisme inné, des doutes quant aux effets de la Loi de 1799 sur les Sociétés Secrètes et divers autres facteurs, firent toutefois que ce mouvement ne fut pas généralement bien accepté avant plusieurs années.
Pendant la grande maîtrise du Duc de Sussex (1812-1843), une large majorité de la Grande Loge Unie fut, un temps, vivement opposée à toute activité maçonnique extérieure aux grades symboliques et à l’Arc Royal, malgré la tolérance fallacieuse concernant les “Grades des Ordres de Chevalerie”, inscrite à l’Article II de l’Acte d’Union des Grandes Loges.
Pour éviter de jeter de l’huile sur le feu, le Duc de Sussex ne fit plus convoquer le Grand Conclave, qui était alors l’instance octroyant les Chartes; laissant toutefois des instructions permanentes aux officiers du siège pour accorder les dispenses nécessaires aux réunions et à la réception de Chevaliers, jusqu’à l’expédition des Chartes officielles.
Vers 1830, la tension ayant diminué, le Duc, sous sa signature et sans en référer au Grand Conclave, octroya quelques Chartes à des “Encampments” (Camps) et constitua une Province templière pour le Comté de Dorset. Après sa mort en 1843, la situation était devenue telle que le Député du Duc, John Christian BURCKHARDT, fut à même de rétablir les réunions du Grand Conclave, que le C” CK KEMEYS- TYNTE fut installé comme Grand Maître et les conditions normales de fonctionnement rétablies, à l’exception des Chartes, dont l’octroi, demeura la prérogative du seul Grand Maître.
Lorsque Thomas DUNCKERLEY prit le contrôle du Rite, il ne chercha pas à contrôler les rituels pratiqués par les Encampments particuliers; mais dans les années 1850 il apparut judicieux de parvenir à une certaine uniformisation. Tous les anciens rituels furent alors collationnés et le rituel Templier encore en usage fut mis en forme sur la base d’un rituel datant du XVIII, siècle. Quelques années plus tard la même chose fut faite pour les grades de la Passe de la Méditerranée (ou Chevalier de Saint-Paul) et de l’Ordre de Malte.
Dans les années 1870, on tenta vigoureusement d’étendre ce principe, en vigueur en Angleterre et au Pays de Galles, à l’Ecosse et à l’Irlande, par l’établissement d’un Convent Général, laissant à chacun le contrôle de ses affaires intérieures, mais instituant un rituel commun à tous. Seules l’Angleterre et l’Irlande mirent cela en pratique, l’Ecosse s’étant très tôt retirée des négociations. Mais les modifications apportées rencontrèrent une vive opposition à travers l’Angleterre et les projets originaux durent être revus. Toutefois, malgré l’adhésion ultérieure du Grand Prieuré Souverain du Canada, le Convent Général s’essouffla jusqu’à disparaître sans regrets en 1896, quand chaque pays retrouva l’entière souveraineté sur son administration et ses rituels.
Episodiquement, les trois Grands Prieurés d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande se concertent, par la réunion de leurs Grands Maîtres ou Pro Grand Maître et des Grands Chanceliers ou Vice-Grands Chanceliers, sur les questions fondamentales qui pourraient influencer le développement de l’Ordre.
Le Grand Prieuré des Ordres Religieux, Militaires et Maçonniques Unis du Temple et de Saint Jean de Jérusalem, Palestine, Rhodes et Malte pour l’Angleterre, le Pays de Galles et ses Provinces d’Outre mer gouverne près de quatre cents Préceptories du Temple /Prieurés de Malte sur la surface du globe. Il a donné naissance à de nombreux Grands Prieurés de par le monde et contrôle encore les Ordres Unis aux Pays-Bas, dans quelques provinces canadiennes, et dans les états africains anglophones où il est implanté. Son renom et sa notoriété sont tels que la Belgique et la France, où l’Ordre templier maçonnique est représenté par les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (CBCS.), ont demandé et obtenu du Grand Prieuré d’Angleterre, l’adjonction de l’Ordre de Malte à leur système chevaleresque templier du Régime Ecossais et Rectifié.
Un certain nombre de Frères français et espagnols, tous membres sous la Grande Loge et le Grand Chapitre Suprême d’Espagne, s’étant fait recevoir à la chevalerie des Ordres Unis dans la Province d’Essex, en Angleterre, cinq Préceptories purent être constituées par le Grand Prieuré d’Angleterre à Madrid, Barcelone (2), Javea et Las Palmas de Gran Canaria. Enfin:le 8 janvier 1994, en présence des représentants de nombreux Grands Prieurés templiers de par le monde, l’Eminentissime et Suprème Grand Maître d’Angleterre Harold Devereux STILL, GCT., constitua le Grand Prieuré des Ordres Religieux, Militaires et Maçonniques Unis du Temple et de Saint Jean de Jérusalem, Palestine, Rhodes et Malte pour l’Espagne et ses Provinces d’Outre-mer et installa son premier Eminentissime et Suprême Grand Maître, Luis SALAT GUSILS, GCT” et son Très Haut et Très Eminent Grand Senéchal, Jean-Aimé CROZET POIRIEUX, GCT
Publié le 23 Octobre 2026 par T.D
Ce fut à cette époque que se forma la Grande Loge de Strasbourg des maçons-libres d'Allemagne ; puis vers la fin du douzième siècle, on voit la plupart des Loges de maçons administrées par l'Ordre du Temple[5] ; le Grand Maître Provincial des Templiers anglais devient en même temps patron de la confrérie maçonnique ! - Qu'était l'Ordre du Temple ? Un Ordre puissant de chevalerie fondé en 1118. En 1127, le pape Honorius II déclara leur chef, Grand Maître par la Grâce de Dieu, pour indiquer qu'il ne serait permis à aucune puissance, ni spirituelle, ni temporelle, de décider sur ses droits et sur ceux de son Ordre.
On les nommait templiers en souvenir de ce que leur premier établissement, à Jérusalem, avait été établi sur l'emplacement du Temple de Salomon (depuis Mosquée d'Omar). La tradition veut que la plupart de leurs Commandeurs aient été initiés à la maçonnerie mahométane et aux mystères anciens.
Le point triangulaire dont nous faisons un si fréquent usage dans nos planches d'architecture, s'est retrouvé dans un des manuscrits de la règle secrète du Temple. On fermait et on ouvrait les chapitres suivant un cérémonial spécial ; même il était permis au frère Maçon et au frère-Chapelain du Chapitre Templier de porter des gants blancs, privilège que réclamaient à cette époque tous les Maçons constructeurs d'églises. Par leurs rapports fréquents avec les mahométans, ils acquirent une liberté de pensée et d'action inconnue d'ailleurs dans leur siècle[6].
Sous le règne de Philippe le Bel, l'Ordre ne comptait pas moins de neuf mille seigneuries et couvents, la plupart situés en France, rapportant annuellement 112 millions de notre monnaie, ce qui était énorme pour l'époque. Le roi de France demanda son affiliation honorifique. Cela lui fut refusé. Cet événement et l'envie de leurs richesses causèrent la perte des Templiers ; ils furent arrêtés, leurs biens confisqués, après un procès où on leur reprocha de se recruter parmi les Chevaliers frappés d'excommunication, de célébrer la messe dans les lieux interdits, de cracher sur la croix et d'adorer une tête montée sur quatre pieds portant des cornes et une grande barbe ; enfin on les accusait de débauches[7].
En résumé, la puissance temporelle des Chevaliers Templiers fut anéantie (1312). Ceux d'entre eux qui purent se sauver, et ils furent nombreux dans tous les pays, se réfugièrent principalement en Ecosse, à la cour du roi Robert Bruce.
Et ici, je fais appel à la fidélité maçonnique de tout franc-maçon digne de ce nom : que feriez-vous si, d'un jour à l'autre, on écrasait dans tous les pays l'Ordre Maçonnique ? Pour mon compte personnel, rien ne pourrait m'empêcher de transmettre la lumière symbolique et de parfaire l'œuvre de la Maçonnerie Universelle.
Eh bien, c'est ce qu'ont fait les Templiers proscrits. C'est aussi ce qui nous explique pourquoi l'Ordre du Temple, supprimé en France, devint, après sa chute, plus puissant par ses idées symboliques et son opposition systématique au pape et à la royauté, qu'il ne l'avait jamais été, alors qu'il était favorisé par la fortune et jalousé par les puissants de la terre. Ce que les Templiers modernes glorifient dans leurs éminents devanciers, ce ne sont pas leurs richesses accumulées inutilement dans les châteaux ou les Commanderies de leur Ordre, mais leurs richesses morales mises à découvert par leur procès inique, c'est la glorification de leur Symbole Unitaire et plus tard de leur Grand Architecte qu'ils ont su opposer, un jour de Lumière, au dogmatisme du pape tout puissant. C'est à cause de leur haute conception humanitaire d'un état fondé sur la tolérance religieuse et sur la bravoure personnelle, à cause aussi, de leur chaîne d'union avec les Maçons Constructeurs[8], qui avaient les mêmes idées et des droits analogues, c'est parce qu'ils étaient à la noblesse, ce que les Maçons Constructeurs étaient aux hommes libres, qu'actuellement ils nous sont particulièrement chers et que nous respectons leur mémoire. Nous ne glorifions pas seulement en eux la philosophie[9] qu'ils ont pratiquée : mais surtout tant de choses pour lesquelles leurs chefs sont morts en martyrs.
Parmi les multiples filons[10] qui nous rattachent à eux, il en est trois que nous mentionnerons :
§ Le premier concerne Pierre d'Aumont, Grand Maître Provincial d'Auvergne et d'autres Templiers français déguisés en ouvriers maçons, qui, selon la tradition, assistèrent au supplice de leur Maître J. Molay, puis se réfugièrent en Ecosse, chez le roi Robert Bruce, comme nous l'avons déjà dit.
§ Un second filon, différent en tous points des précédents, consiste en une Charte de transmission que Jacques Molay, avant de mourir, aurait délivrée à Jean de Larménius. Cette Charte, qui fit tant parler d'elle et qui est si discutée, est actuellement entre les mains d'un Maç\ anglais distingué.
§ Un troisième filon aurait subsisté jusqu'à la Révolution et aurait fait parler de lui durant les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Le duc d'Orléans Régent, en fut le Grand Maître ; le duc de Cossé-Brissac, alors qu'il en était le Grand Maître en charge, sous la Révolution, fut guillotiné.
La tradition historique qui nous est la plus chère est la première, qui nous transporte en Ecosse, à la suite des templiers proscrits, à la cour du roi Robert Bruce. L'Ordre du Temple avait vécu. Celui des Templiers spéculatifs commençait. Ces derniers sont donc à l'Ordre du Temple ce que nous autres Francs-Maçons sommes aux anciens Maçons libres, constructeurs d'églises. Avec ceci de curieux, c'est que les Maçons libres de jadis fraternisaient avec les anciens Templiers, comme nous l'avons vu, et qu'actuellement les grades Templiers modernes constituent les grades les plus élevés de la Franc-Maçonnerie spéculative. Nier l'influence des uns sur les autres, vouloir ternir les uns pour avantager les autres, c'est toucher à tout l'édifice maçonnique et donner des armes à nos ennemis ! - Revenons donc en Ecosse où son roi, Robert Bruce, après sa grande victoire de Bannockburn, le 24 Juin 1314, à laquelle prirent glorieusement part les Templiers, institua l'Ordre de Saint André du Chardon, en leur faveur, pour les protéger et récompenser leurs services signalés.
Que ces Templiers aient transmis à d'autres les traditions de leur ancien Ordre, en se servant de l'Ordre de Saint André du Chardon, il n'y a aucune impossibilité et tout concourt à le prouver ; les cérémonies d'armement de cet Ordre commémorent d'une façon symbolique l'ancien Ordre déchu. Il est probable que cet Ordre de Saint André se recruta dans la suite pour une grande part chez les dignitaires de la Maçonnerie libre du royaume d'Ecosse.
Les Rois d'Ecosse en étaient Grands Maîtres. La Réformation mit fin à cet Ordre de Saint André dont les biens furent confisqués.
Les Stuarts furent proscrits une première fois, et entre temps, il se forma avec les restes de l'Ordre de Saint André, un Ordre secret royaliste, celui de Maître Ecossais, qui prit plus tard le nom de Maître Ecossais de Saint André, voulant ainsi perpétuer son origine templière. Ce fut dans cet Ordre que le Général Monk, membre de la Grande Loge d'Edimbourg, fut initié, et c'est là, à n'en pas douter, que s'est élaborée la campagne qui aboutit à la défaite de l'armée du Parlement et au rétablissement, en 1660, de Charles Il sur le trône d'Angleterre. Ce fut le malheur des Stuarts d'avoir si peu compris l'évolution des esprits en Angleterre, qu'ils virent dans leur restauration, celle du catholicisme dans le Royaume-Uni.
L'inéluctable arriva, Jacques Il, proscrit, dut prendre le chemin de l'exil en 1688, avec son ordre de Saint André.
Son gendre, Guillaume d'Orange, se fit initier chez les F\M\ d'Angleterre constructeurs d'églises.
Publié le 22 Octobre 2026 par T.D
Deux ouvrages à propos d’une filiation possible entre l’Ordre du Temple et la Franc-maçonnerie
1. L'ouvrage de Christopher Knight et Robert Lomas paru aux Editions Dervy et intitulé « La Clé d’Hiram» risque d'irriter les historiens de la Franc-maçonnerie, non sans raison. Cet ouvrage, qui connait un franc succès chez nos amis britanniques, traite en effet des origines de la Franc-maçonnerie. Les thèses avancées par les auteurs sont le plus souvent d'une grande fragilité et ne respectent nullement les exigences de la démarche historique. Toutefois le livre est intéressant et même fascinant car il est une exploration, non de l'histoire, mais des mythes qui courent dans le labyrinthe maçonnique.
Il met en évidence des héritages spirituels, réels, captés, ou de désir, qui fondent la Tradition maçonnique, dans ses rituels parfois, le plus souvent dans les recherches de ses loges et de ses membres. Car à travers l'aventure labyrinthique, c'est bien leur propre réalité ultime que recherchent les Maçons, comme peut-être et même sans doute les auteurs, et pourquoi pas, les lecteurs. L'ouvrage met en évidence la richesse d'une exploration sans doute aventureuse, mais qui ramène invariablement le questeur à lui-même.
L'hypothèse des auteurs réside dans la découverte de la tradition écossaise, héritée des Templiers, et dans l'origine égyptienne et chrétienne des rituels maçonniques. Leurs recherches à travers les mythes les conduisent à la chapelle de Rosslyn, dans laquelle ils voient une copie très fidèle du Temple de Salomon (époque d’Hérode). Ils suggèrent alors que la chapelle pourrait avoir conservé des Évangiles secrets et un éventuel trésor templier.
Ce livre est donc intéressant à condition de le prendre pour ce qu'il est : une exploration constructive des mythes par deux Francs-maçons qui renouent avec l'aventure.
2. L’ouvrage de John J. Robinson, intitulé « Les secrets perdus des Francs-maçons», publié aux Editions du Rocher est une approche tout à fait originale de l’éventualité de liens entre l’Ordre du Temple et la Franc-maçonnerie. Il existe une filiation de désir entre la Franc-maçonnerie moderne et l’Ordre des Templiers. De nombreuses recherches ont voulu soit démontrer une filiation historique, soit l’infirmer. La thèse de John J. Robinson mérite d’être examinée avec soin car elle apporte sans conteste des éléments nouveaux même si elle doit être confirmée.
A l’origine, la recherche conduite dans cet ouvrage ne visait pas à révéler quoi que ce fût de la Franc-maçonnerie ou des Templiers. Elle avait pour but de satisfaire la propre curiosité de l’auteur quant à certains aspects inexpliqués de la révolte des paysans en Angleterre, soulèvement brutal survenu en 1381 qui vit plus de cent mille hommes marcher sur Londres. Cette révolte posait une première énigme : quelle organisation en était-elle l’instigatrice ? Après l’écrasement de la révolte, certains meneurs avouèrent être les agents d’une grande société dont le siège se serait tenu à Londres. On connait si peu de chose de cette prétendue organisation que plusieurs chercheurs ont résolu l’affaire en décrétant purement et simplement qu’aucune société secrète de ce genre n’avait jamais existé.
Autre mystère : les attaques particulièrement virulentes et systématiques contre l’Ordre des Frères de l’Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem, connus aujourd'hui sous le nom de chevaliers de l’Ordre de Malte. Il ne fait aucun doute que cette férocité à l’égard des hospitaliers cachait un dessein bien précis. Quelle société secrète pouvait puiser dans une telle haine l’une de ces principales motivations ?
Qu’un désir de vengeance contre l’Ordre rival des Hospitaliers ait animé les chevaliers du Temple de Salomon à Jérusalem se comprenait aisément. Mais un problème subsistait : ces chevaliers du Temple avaient été anéantis quelque soixante-dix ans avant la révolte des paysans. Comment un tel désir de vengeance avait-il pu survivre secrètement durant trois générations ?
Bien qu’il n’en existe aucune preuve irréfutable, la seule logique a conduit l’auteur de cet ouvrage à suggérer l’existence d’une seule et unique société secrète dans l’Angleterre du 14ème siècle, société qui était, ou allait devenir, l’ordre des Maçons Francs et Acceptés. Aucun lien, cependant, ne semblait exister entre la révolte des paysans et la Franc-maçonnerie, à l’exception du nom ou titre de son chef. Dans l’histoire de l’Angleterre, celui-ci n’occupa que huit jours le devant de la scène et l’on ignore tout de lui sinon qu’il était le chef suprême de la rébellion. On l’appelait Walter the Tyler (le Tuileur).
De cette piste hasardeuse, l’auteur a ouvert un champ riche de découvertes en cherchant le sens oublié de mots utilisés dans les rites maçonniques comme « tyler », « cowan », « due-guard », « juwes », non plus à partir de l’anglais médiéval des guildes anglaises de tailleurs de pierre mais du français médiéval, langue de l’Ordre du Temple.
Dans une seconde phase, John J. Robinson se tourne vers l’origine des symboles maçonniques mais également vers la règle, les usages et les traditions des Templiers qui lui ont fourni des réponses à toutes ces énigmes.
L’opposition de l’Eglise romaine aux deux ordres les plus célèbres de l’histoire de l’Occident n’est pas non plus anodine. L’héritage spirituel de l’ordre du Temple survit, pour une part, dans la Franc-maçonnerie. L’auteur de ce livre suggère que cet héritage spirituel a pour fondation un héritage historique.
Réflexions
Nous l'avons vu dans la première partie de cette synthèse, l'Ordre du Temple est officiellement né en Terre Sainte en 1118. Néanmoins, nous allons constater que la reconnaissance officielle de l'Ordre en 1118 n'est que le prolongement d'une « mission » ou d'une « enquête » commencée près de 10 ans plus tôt...
Il a été démontré et accepté par tous les historiens que Hugues de Payns a effectué au moins deux voyages en Orient au lendemain de la première croisade, en 1104 –1105 et en 1114 – 1115, les deux fois en compagnie du comte Hugues de Champagne.
On ne sait si Hugues de Payns revint en même temps que le comte Hugues de Champagne mais on est cependant certain de sa présence en France en 1110 grâce à une charte signée de sa main.
En 1108, Hugues de Payns et Hugues de Champagne se retrouvent en Bourgogne où des documents particulièrement intéressants ont été ramenés. Si intéressants qu’ils prennent immédiatement contact avec Etienne Harding, l'abbé de Citeaux. Il faut préciser que les liens de ce dernier avec le comte de Champagne sont étroits.
Mais il convient de s'arrêter ici un instant sur le personnage du comte de Champagne qui est un des principaux feudataires du royaume, environ 4 à 5 fois plus riche que le roi de France ! Très influencé par un certain mysticisme religieux, ses liens avec Etienne Harding, l'abbé de Citeaux qui réforma la pensée bénédictine pour former le mouvement cistercien, sont plus qu'étroits.
Les liens étaient si étroits entre Etienne Harding et Hugues de Champagne qu'au lendemain du retour d'Orient du comte de Champagne et de Hugues de Payns, justement... Etienne Harding fit venir à l’abbaye de Citeaux un moine de l'abbaye de la Chaise-Dieu, spécialiste des textes hébraïques. Et dès ce moment, Etienne Harding mit sur-le-champ tout son monastère à l'étude minutieuse de mystérieux textes hébraïques, se faisant même aider dans ce travail par des rabbins appelés en renfort ! L'abbaye de Citeaux s’est donc mise à étudier des textes hébreux !
En 1115, Hugues de Blois, comte de Champagne, de retour d'un nouveau et court voyage à Jérusalem comme s'il y était allé faire une simple vérification, avait pris sous sa protection directe un jeune moine de Citeaux, Bernard de Fontaine, et lui offrit un territoire dans la forêt de Bar-sur-Aube, sur les territoires qu'il contrôlait, pour y fonder une abbaye. Ce sera l’abbaye de Clairvaux et Bernard de Fontaine la dirigera.
Bernard de Fontaine n'est pas n'importe qui ! Hugues de Blois et Champagne ainsi qu’Etienne Harding n'ont pas choisi n'importe quel moine : Bernard a enseigné en l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine, où la tradition prétend qu'il existe une vierge noire. Il est en rapport avec les sources chrétiennes irlandaises et druidiques. Bernard a véritablement lancé le culte marial et le terme « Notre-Dame » qu'on retrouvera bientôt dans la dédicace de chaque cathédrale.
Accompagné de douze compagnons soigneusement sélectionnés, Bernard s'installe dans la forêt de Bar-sur-Aube et fonde donc l’abbaye de Clairvaux. L'abbaye de Clairvaux et la pensée du futur saint Bernard régneront sur tout le monde chrétien durant le 12ème siècle et influenceront toute la civilisation occidentale pour les siècles à venir.
Bernard de Clairvaux, s’il n'est pas établi qu'il dirigea effectivement le concile, a toutefois largement influencé la rédaction de la règle de l'Ordre, en instituant le concept du moine – soldat, dans la stricte lignée de sa pensée exhortant la noblesse à renoncer aux guerres privées pour se mettre au service de la foi.
Bernard parle aux rois, aux évêques et même au pape avec une telle autorité que tout le monde plie devant lui et le révère. Il connait tout sur tout, c'est un thaumaturge exceptionnel !
Revenons à présent à l’Ordre du Temple. En 1118, on retrouve parmi les neuf fondateurs de l'Ordre un certain André de Montbard qui n'est ni plus ni moins que l'oncle de Bernard de Clairvaux.
Il n'est pas inutile de rappeler ici que le concile a eu lieu à Troyes, le berceau d'Hugues de Payns et du comte de Champagne, qui rejoindra les Templiers en 1126 pour se mettre sous les ordres d'un ancien vassal, après avoir abandonné femme, enfants, richesses et pouvoirs...
Le temps pour eux de régler leurs affaires dans leurs fiefs et, en 1118, neuf chevaliers se présentent au roi de Jérusalem, Baudoin, qui vient de succéder à son frère Geoffroy de Saint-Omer. Ils lui déclarent qu'ils viennent pour garder les routes de pèlerinage.
L'oncle de Bernard est avec Hugues de Payns lorsque Baudoin les reçoit en invités privilégiés. Celui-ci fait spécialement dégager une partie de son palais pour les loger. Il leur donne asile dans son palais… sur l'emplacement même des illustres ruines du temple de Salomon ! Pendant dix ans, les Chevaliers du Temple vont loger à l’emplacement des ruines du temple.
Qu'y font-ils exactement ?
Comment une poignée de dix hommes, fussent-ils braves autant qu'audacieux, peut-elle prétendre assurer la garde des pèlerins, alors que les chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem sont déjà organisés pour cela et sont tellement plus nombreux ?
De plus, les Chevaliers du Temple bougent peu de ce palais. Y aurait-il quelque autre raison secrète pour que ces dix chevaliers résident dix ans à l'emplacement du Temple de Salomon ?
Chercheraient-ils autre chose dans ces ruines antiques ?
De 1118 à 1126, c’est le trou noir ! Il semble bien que les Chevaliers Templiers aient procédé à des fouilles dans les ruines du Temple de Salomon.
Et rien ne prouve ou n'infirme la possibilité de nouveaux aller - retours entre Jérusalem et la Champagne. De plus aucun fait d'arme ne semble attribué aux Templiers durant cette période.
En 1126, le puissant comte de Champagne Hugues de Blois, lui qui avait fait don à Bernard du domaine de Clairvaux dix ans plus tôt, répudie femme et enfants, abandonne sa fortune et ses pouvoirs pour aller se joindre aux Templiers, sous les ordres de Hugues de Payns, son ancien vassal.
En 1127, Hugues de Payns et cinq chevaliers du Temple reviennent en Champagne.
Le Concile de Troyes officialise l'Ordre du Temple et lui accorde une totale indépendance vis à vis du clergé séculier et des souverains temporels, sous la houlette d'Etienne Harding et de Bernard de Clairvaux.
Les choses sont plus claires. L'origine de la création de l'Ordre du Temple est à peu de choses près une affaire de famille et tout s'articule autour du comte de Champagne et du mouvement cistercien. Les principaux créateurs et leurs maitres à penser sont originaires du comté de Champagne. Leurs autres compagnons sont issus de la maison des Princes de Flandres, croisés et pèlerins de la première heure.
Reste le mobile, la finalité, le but...
La présence omniprésente de Bernard de Clairvaux et d'Etienne Harding autour des fondateurs de l'Ordre éclaire sur le fondement religieux et même mystique des origines de l'Ordre.
Ne soyons pas naïfs. Neuf chevaliers ne pouvaient techniquement pas assurer la protection des chemins de pèlerinage au contact constant de l'ennemi. A fortiori sans recruter durant 10 ans ce que la fortune du comte de Champagne aurait pourtant largement permis.
Un des princes les plus riches du royaume de France n'abandonne pas ses richesses et les siens pour surveiller les routes sous les ordres d'un vassal, même pour la foi la plus profonde. Il y a autre chose !
Les Chevaliers Templiers sont partis chercher quelque chose en Orient. Quelque chose de primordial pour la religion de Bernard et Etienne. Quelque chose ne pouvant se trouver que sur les Lieux Saints. Quelque chose de tellement secret que seul le pape a dorénavant prise sur l'Ordre. Quelque chose de si fabuleux que seuls les liens du sang des fondateurs peut le protéger...
Tout s'explique alors...
Mais qu'ont-ils cherché, trouvé ou cru trouver ? Le Saint-Graal ? Les secrets architecturaux qui feront rayonner l'art gothique à partir de ce 12ème siècle ? L'Arche d'Alliance ? Quelque savoir ésotérique en rapport avec l'Islam ?
Nul ne le sait et ne peut être affirmatif...
Une chose demeure certaine : la création de l'Ordre du Temple ne s'est pas faite dans le but un peu simpliste de protéger les pèlerins sur les routes mais répond à une démarche longuement réfléchie voire une quête mystique plus ou moins commanditée par les moines cisterciens, Etienne Harding et Bernard de Clairvaux.
Nous pouvons aussi nous demander judicieusement pourquoi saint Bernard qui ne prêchera à Vézelay la deuxième croisade que sur ordre écrit du pape et après avoir longtemps hésité, le fit-il avec si peu d'empressement ? N'y avait-il plus autant d'intérêt à retourner en Palestine 22 ans plus tard ?
Nés d’un temple à Jérusalem et morts sur les bûchers parisiens, condamnés par un pouvoir royal en pleine création, contre leur propre pouvoir et celui du pape, les Templiers ont rempli l’imaginaire des siècles suivants. Pauvres chevaliers maniant des fortunes, ils ont nourri la littérature historique et ésotérique. Ainsi, plusieurs auteurs, dont Louis Charpentier (Mystères de la cathédrale de Chartres et des Mystères templiers) ou Patrick Rivière sont convaincus que les Templiers étaient les « dépositaires des Arcanes majeurs de la tradition primordiale », connaissances qui leur ont permis d’instruire les bâtisseurs des cathédrales.
Ainsi, les premiers Templiers auraient occulté leur mission officielle de défenseurs des routes pèlerines pour se livrer à d’intenses fouilles dans les ruines du temple de Salomon à Jérusalem et y auraient trouvé l’Arche d’alliance, réceptacle des Tables de la Loi. Des objets non pas « magiques », mais porteurs de lois mathématiques régissant l’univers. La clé, en quelque sorte, du progrès humain. Ramenés secrètement en France pour être mis en lieu sûr, ces objets auraient été contemplés par quelques initiés, dont saint Bernard de Clairvaux, le phare spirituel de l’Occident. Mais il n’existe aucune preuve de cela… Une absence qui participe au mystère des Templiers.
C’est au retour de ces neufs Templiers, tous connus, qu’a été promulguée, en 1128, la règle de l’Ordre du Temple lors du Concile de Troyes, convoqué sous l’impulsion du même saint Bernard. Dès lors, l’Ordre s’est développé d’une façon extraordinaire. Il a organisé un solide système d’économie publique, protégé cultures et récoltes, sécurisé routes et transport, créé la lettre de change. Richissime, l’Ordre du Temple avait réussi à poser les fondements d’une nouvelle civilisation.
Les Templiers se sont mués en trésoriers. Ce sont eux qui ont financé les chantiers des cathédrales et qui ont prêté des sommes faramineuses à Philippe le Bel. Celui-ci prit peu à peu ombrage de la puissance grandissante de cet état dans l’Etat. Accusés d’hérésie, les Templiers, dont leur grand maître Jacques de Molay, ont péri sur le bûcher en 1314.
Conclusions
Nombreux sont les mouvements sérieux ou non qui se sont attribué l'héritage des Templiers et ce thème est figure parmi ceux qui ont suscité le plus de thèses et antithèses : le trésor des Templiers, l'ésotérisme des Templiers, la puissance des Templiers,... tous les ingrédients semblent rassemblés pour déchaîner les passions et les extrapolations parfois osées !
Après tant de doctes ouvrages consacrés à cet ordre si réputé, pourquoi avoir entrepris cette étude qui ne peut rester qu’incomplète ? Le merveilleux baigne l’histoire d’un ordre chevaleresque religieux qui, honoré par tous, a été lourdement condamné par un roi français soucieux de son pouvoir absolu et par un pape qui a fléchi devant les volontés temporelles.
L’affreux supplice de ces moines soldats en a fait des martyrs et toute une littérature a donné naissance à un nombre impressionnant de faux ordres chevaleresques qui ont recruté leurs membres dans les milieux les plus divers. De très nombreuses associations ont revendiqué une filiation fantaisiste car on attribue à l’Ordre du Temple d’imaginaires mérites. La littérature aurait dénombré plus de 400 résurgences. J’ai énuméré les plus connues.
Certains fidèles cherchent un hypothétique trésor, scrutent le sol d’anciennes commanderies ou de châteaux ; d’autres veulent déchiffrer leurs graffiti et y trouver un message spirituel. Leur mémoire comme victimes de l’intolérance religieuse et politique est le plus souvent commémorée.
A notre époque où la société bafoue les règles morales, où la liberté de pensée est dictée par des organismes multiples, certains rêvent de pureté, de bravoure, de respect de la parole donnée sans avoir à s’inféoder à des idées prodiguées par la presse ; la chevalerie conserve encore à notre époque un certain sens de l’honneur.
Au siècle de la communication, nous restons isolés les uns des autres, sans véritable échange intérieur. Les groupes chevaleresques modernes veulent perpétuer un esprit qui ne correspond plus à nos règles de vie actuelle. Mais nous rêvons d’un monde meilleur, épuré. Alors nous prêtons à ces nobles chevaliers des qualités illusoires car, épris d’idéalisme, nous voulons naviguer à contre-courant.
Certains ouvrages prétendent que l’Ordre du Temple aurait construit nos cathédrales, qu’il aurait apporté la connaissance du « trait » aux Compagnons du Tour de France alors que cette règle permettant de résoudre des problèmes techniques par la statique graphique avait déjà été évoquée par l’architecte romain Vitruve vivant vers -85 à +26 de notre ère. Ce serait aussi méconnaître les constructions mérovingiennes où les principes de l’architecture sont déjà rigoureusement exploités. Ne faut-il pas également se souvenir que des ordonnances de Charlemagne en 769 interdisent le rassemblement des ouvriers turbulents, ce qui prouve qu’une sorte de Compagnonnage possédait déjà une organisation pouvant inquiéter le pouvoir royal. Or, les Templiers, nous l’avons vu, se sont formés beaucoup plus tard, en 1118.
J’ai essayé de cerner les faits historiques essentiels, de décrire l’organisation matérielle de l’Ordre du Temple, son enrichissement financier, son rôle de banquier.
J’ai aussi essayé de montrer les liens qui pouvaient exister entre l’Ordre du Temple et la Franc-maçonnerie. Dans une perspective maçonnique entretenue par les loges, principalement avec les grades de vengeance (Chevalier Kadosh), on affirme que Humbert Blanc, Précepteur d’Auvergne, se serait réfugié en Angleterre ; que Pierre d’Aumont, Grand Maître provincial d’Auvergne, aurait gagné Heredown en Ecosse où il aurait aidé le roi Robert Bruce à gagner l’indépendance de son pays par la bataille de Bonnockburn en 1314.
En 1754, le chapitre de Clermont a confirmé cette filiation templière également soutenue par l’obédience maçonnique allemande constituée vers 1751 par le baron Karl von Hundt (1722 – 1776) et qui émergea sous le nom de « Stricte Observance Templière » (en abrégé S.O.T.).
Cette Maçonnerie rectifiée proviendrait de l’Ordre du Temple mais également de la Maçonnerie écossaise, œuvre des Stuarts détrônés (branche Jacobite).
La « Stricte Observance Templière » a sans doute été également influencée par les Chevaliers Porte-Glaive et les Chevaliers teutoniques. Elle a voulu restaurer l’Ordre du Temple, recouvrer ses trésors en obéissant à ses chefs, les « Supérieurs Inconnus ». Certains membres ont pris ce programme à la lettre et quelques imposteurs ont tenté de profiter de la situation. Elle conférait sept grades : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Écossais de saint André, Écuyer Novice, Templier, Chevalier Profès qui comprenait lui-même plusieurs classes.
La filiation templière et le mythe des « Supérieurs Inconnus » n’ont pas été reconnus lors du Convent de Wilhelmsbad (du 16 juillet au 29 août 1782), convent qui a mis en place le « Régime Écossais Rectifié » dont les prieurés sont calqués sur l’organisation médiévale. Son degré terminal intitulé « Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte » (en abrégé C.B.C.S.) est un grade plus chevaleresque que maçonnique.
L’ordre templier a ainsi laissé des traces dans les hauts grades de la Franc-maçonnerie, principalement dans le Rite Ecossais Rectifié, dans le Rite d’York, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (Chevalier Kadosch 30ème mais aussi 32ème et surtout 33ème).
Mais les hauts grades maçonniques, pas plus que les rites maçonniques des trois premiers degrés, ne sont les héritiers directs des Templiers, pas plus d’ailleurs que les nombreuses sociétés profanes qui s’en réclament.
Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Ordre du Christ au Portugal, semble être le seul successeur légitime. Le rituel du 30ème degré déclare : « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier ». De même au Rite Écossais Rectifié : « le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte diffère de ce que pouvait être la pensée templière non préoccupée de soufisme, d’alchimie ou de magie. …».
A. B.
Publié le 22 Octobre 2026 par T.D
Vie quotidienne
Les devoirs religieux se cantonnaient à l'assistance aux offices dits par les frères chapelains et à la récitation de prières pendant les heures canoniales. Il y avait jeune tous les vendredis de la Toussaint à Pâques, et maigre quatre fois par semaine. Les frères mangeaient à deux dans une écuelle. On note pourtant des accommodements avec la règle monastique : les Templiers mangeaient plus de viande, et le vin n'était pas rationné (ce qui donnera l'expression « boire comme un templier »).
Le code disciplinaire était sévère. Les peines encourues étaient l'exclusion (pour simonie, révélation des choses du chapitre, meurtre d'un chrétien, vol, évacuation d'une maison, complot, trahison, désertion, sodomie, mensonge lors de la réception d'un frère), la privation du port de l'habit (bataille avec un frère, compagnie de femmes, accusations calomnieuses contre un frère, etc.), perte de l'habit pour 3 jours avec jeune, jeune pendant 2 jours, pendant 1 jour, discipline en communauté, etc.
Le trousseau comprenait deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, un justaucorps, une pelisse, deux manteaux dont un avec fourrure pour l'hiver, une chape, une tunique et une ceinture. La couleur du manteau différait suivant le statut : blanc pour les chevaliers, noir pour les chapelains, les sergents et les écuyers. Tous les manteaux recevaient la croix ancrée rouge, donnée par le pape Eugène III en 1146.
La tenue de campagne comprenait un haubert et des chausses de fer, un heaume, des espalières, des souliers d'arme et un jupon d'arme. L'armement comprenait un écu en bois recouvert de cuir, une épée, une lance, une masse turque et un couteau d'arme. Les harnais de prix, en or ou en argent, étaient interdits. Les frères devaient garder la barbe et les cheveux courts pour ne pas être gênés au combat.
Histoire occulte
Ont été réunis ici des hypothèses et des éléments de l'occultisme lié au Temple. Les Templiers ont toujours excité l'imagination de nombreux chercheurs professionnels ou non. Ainsi, il y a ceux qui défendent l'idée d'un ésotérisme templier et tentent de relier tous les événements mondiaux à l'intervention directe ou indirecte des Templiers. Il ne s’agit pas ici de défendre ou de récuser telle ou telle hypothèse mais de donner des pistes à ceux qui cherchent.
Le Sceau de l'Ordre
Il représente deux chevaliers montés ensemble sur un cheval.
Ce sceau peut alors symboliser la pauvreté de l'Ordre mais aussi, à un niveau plus profond :
Le nombre trois
La Tétraktis de Pythagore, apparaît souvent dans la vie de l'Ordre (aumône trois fois par semaine, accepter trois assauts avant de répliquer...)
Le Baphomet
Il pourrait s’agir d’une idole d'origine islamique – alors que l'Islam interdit toute représentation humaine – ou bien d’une symbolisation des deux saints Jean sous la forme de Janus, symbole du baptême et de l'initiation.
Le Beauceant
De couleur noire et blanche ou rouge et or, il pourrait symboliser les Ténèbres et la Lumière. Il convient de se reporter à l'ouvrage de Gérard de Sède quant aux autres implications de ce drapeau.
Les nombres Neuf et Trois
L'Ordre fut fondé par neuf chevaliers le 27 décembre 1118 (2 + 7 = 9 ; 12 = 9 + 3,...) ;
la Règle latine comporte 72 articles (7 + 2 = 9) ;
il y a neuf ans entre 1118 et 1127 et les années 18 et 27 sont des multiples de neuf ; l'Ordre comptait neuf provinces ;
le Beauceant était parfois un composé de 81 cases noires et blanches (carré de 9, 8 + 1 = 9).
La fin des Templiers
Le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay avaient donc été livrés aux flammes d'un bûcher dressé dans l’Île de la cité de Paris. Jacques de Molay, vingt-troisième et dernier Grand Maître du Temple, avait alors lancé l'anathème « Clément, juge inique et cruel bourreau, je t'ajourne à comparaître, dans quarante jours, devant le tribunal de Dieu ! Et toi aussi, roi Philippe ! ».
De fait, Clément V et Philippe le Bel moururent respectivement le 20 avril et le 29 novembre de la même année...
Suivant Philippe le Bel, les rois de France furent baptisés les « rois maudits »... et il est vrai que la lignée de ce dernier s'est éteinte à son 22e successeur Louis XVI : ironie de l'histoire ou symbolisme ? Louis XVI sera enfermé à Paris, dans la Tour Carrée aux tourelles rondes qui servit de maison – mère au Temple !
Les rivalités de pouvoir ont ainsi brutalement interrompu la vague de foi. L'Ordre a été dissout, les Templiers pourchassés et leurs richesses confisquées.
Par voie de conséquence, les bâtisseurs de cathédrales et leurs imagiers, qui se nommaient eux-mêmes « les Enfants de Maître Jacques », perdirent leur soutien financier et s'éparpillèrent, poursuivis par l'Inquisition qui les accusait de déviationnisme hérétique par rapport au dogme catholique qui s'était radicalisé.
De leurs terres d'origine du sud-ouest et des Pyrénées, de la Charente, la Saintonge, le Poitou et l'Auvergne, ils se réfugièrent dans les états de l'Italie du Nord, la Lombardie, la Vénitie, la Toscane, le Piémont et la Savoie. Certains émigreront encore plus loin, en Cilicie (la petite Arménie) où des liens ancestraux les liaient avec d'autres descendants des constructeurs de dolmens.
Devant ce désastre, les maîtres imagiers se posèrent alors la question de la transmission de la Tradition du savoir sacré. Ils choisirent un support à priori insoupçonnable, susceptible de traverser les siècles, au-delà des langues et de l'écriture : les 21 + 1 atouts du Tarot. La popularité de ces images en assurera la diffusion et la pérennité, sans en altérer le sens profond, accessible seulement aux initiés.
Il semblerait que des imagiers et miniaturistes francs installés en Cilicie (Petite Arménie) soient à l'origine de ces graphismes. Surnommés les « sarrasins », car venant d'Orient, ils arrivèrent en 1375 en Italie, fuyant leur pays devant l'avance turco-ottomane et la reddition des derniers bastions chrétiens au Levant.
Leur force spirituelle leur a permis de gérer l'Occident et le Proche Orient durant deux siècles. Depuis, l'Ordre des Templiers a fait et fait encore beaucoup parler de lui. Il marquera sans doute à jamais la mémoire de l'humanité car il a modifié les conditions de vie des hommes du Moyen Age. Il leur a offert une véritable évolution spirituelle, artistique et scientifique.
Sept siècles d'histoire, la vindicte du roi Philippe, la Guerre de Cent ans et les guerres de religion ont eu raison de maints prieurés, commanderies et autres manses.
Qui plus est, la cohabitation des commanderies templières et hospitalières et le transfert des biens du Temple à l'Ordre de Malte (appelé aussi « Ordre de Rhodes » ou « Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ») ne permettent pas toujours de savoir si tel ou tel lieu fut, à l'origine, une possession templière.
En 1318, à Spoleto (Ombrie, Italie) se réunirent plus de 3 000 chevaliers du Temple, malgré son abolition par le pape. Deux factions se dessinèrent : ceux qui voulaient venger le Temple et ceux qui voulaient perpétuer les secrets de la chevalerie. Ce fut la deuxième qui décida de l'avenir...
Liste non exhaustive des « résurgences templières » depuis 1314
De retour en Allemagne, Carl Gotthelf Freiherr baron von Hundt crée, en 1756, la Stricte Observance Templière ainsi nommée parce qu'une discipline rigoureuse y régnait et qu'elle se réclamait de l'héritage templier.
Ce régime (organisation de l'ensemble des grades) se développa largement en Allemagne et en Scandinavie, recrutant parmi les loges d'origine anglaise qui devinrent ainsi « rectifiées », modifiant leur statut pour permettre aux nouveaux grades templiers (Maître Écossais de saint André, Écuyer Novice et Templier puis Grand Profès) de faire suite aux trois grades habituels de la Maçonnerie (Apprenti, Compagnon, Maître). Le baron de Brunswick devint Grand Maître en 1772 pour réorganiser le système qui devenait la proie d'aventuriers mystiques. Le rite prit alors le nom de « Régime Écossais Rectifié ».
La synthèse en a été réalisée par Jean-Baptiste Willermoz, et, au travers de péripéties historiques, l'ensemble fut adopté au Convent des Gaules, à Lyon en 1778, et confirmé à celui de Wilhemsbad en 1782.
Walt Disney en fit partie !
En 1973, 650 ans après le Chapitre de Dalmatie, l'Ordre du Temple resurgit à l'aube du 3ème millénaire sous l'impulsion des « Fidèles d'Amour », par l'intermédiaire de l'Ordre des Veilleurs du Temple (OVDT), Tiers-Ordre de la Militia Templi.
Pendant neuf ans, l'Ordre des Veilleurs du Temple / Militia Templi a mis en place ses structures et son enseignement jusqu'en 1982 où il apparut au grand jour. Cette même année eut lieu, lors d'un Conclave, l'élection du 23ème Grand Maître de l'Ordre du Temple.
Propriétaire de la marque « Ordre du Temple », cet ordre développe un projet d'état : l'Etat Souverain du Temple (sic).
Quatre possibilités quant à la survivance de l’Ordre du Temple
Voici quatre des principales pistes ou légendes qui entourent la survivance de l'Ordre du Temple après sa dissolution en 1314 :
La filiation de Beaujeu
Les Templiers qui avaient échappé au bûcher furent persécutés et contraints de fuir. Selon une source d’information, quelques jours avant sa mort, Jacques de Molay aurait initié son neveu, le comte François de Beaujeu, un simple membre de l'Ordre. Il lui aurait communiqué les secrets et remis les trois clefs des trésors du Temple. Jacques de Molay lui aurait ordonné de récupérer un écrin de cristal et confié la mission d'assurer la survie du Temple.
Selon une autre source d’information, G.A. Schiffman s’évertue à légitimer la continuité du Temple après son extinction dans son livre « La chevalerie à l’origine de la Franc-maçonnerie du milieu de 18ème siècle ».
Selon lui, à la veille du coup de filet de 1307, Jacques de Molay aurait fait venir près de lui son neveu, Guichard VI de Beaujeu. Remarquons la différence de prénom !
Pour s’assurer de son dévouement, il lui demanda de lui ramener un objet précieux caché dans le caveau des Grands Maitres du Temple. L’écrin triangulaire, en cristal, monté sur argent, contenait l’index de la main droite de saint Jean-Baptiste. Cette épreuve passée, il le chargea de faire sortir de Paris, les archives, les trophées et le trésor de l’Ordre du Temple. Dans le cercueil réputé contenir les cendres de son prédécesseur (soit Thibaud Gaudin), Jacques de Molay y aurait entassé des registres et de la correspondance confidentielle ainsi que la couronne des rois de Jérusalem, le chandelier à sept branches et quatre statues d’or qui ornaient le Saint-Sépulcre et qui représentaient les quatre évangélistes.
Quand Jacques de Molay mourut, Beaujeu réunit neuf chevaliers de l'Ordre rescapés de la rafle et tous auraient juré de maintenir l'Ordre en vie. Beaujeu, avec ces neuf chevaliers (s’agirait-il des « Neuf Architectes parfaits » ?), aurait perpétué l’esprit de l’Ordre et, à sa mort, aurait désigné le chevalier Pierre d’Aumont comme son successeur.
Ainsi l'Ordre se maintint, reconstitué secrètement par Beaujeu qui aurait trouvé asile en Ecosse. Sous la conduite du dernier Grand Maître clandestin, Pierre d'Aumont, et sous la protection du roi Robert Bruce, les chevaliers Templiers se seraient regroupés dans l'Ordre du Chardon qu'ils associèrent au « Rite écossais », ordre maçonnique déjà en place en Ecosse. Et par prudence, ils se fondirent dans la corporation opérative maçonnique dont la fidélité à leur égard ne s'était jamais démentie.
La filiation d'Aumont
Au soir du 18 mars 1314, Pierre d’Aumont et sept autres chevaliers auraient récupéré les cendres de Jacques de Molay et crié les mots « Mac Be Nach » en jurant de venger l'Ordre. Aumont se serait alors rendu en Ecosse et, sur l'ile de Mull, aurait été désigné comme nouveau Grand Maitre de l'Ordre le 24 juin 1315. Ce noyau de Templiers serait à l'origine de la constitution de la loge maçonnique « Heredom » ou « Sainte Maison ».
La Stricte Observance Templière et le baron de Hundt ont mêlé l’action du chevalier d’Aumont à celle de trois chevaliers réfugiés en Ecosse, avec les Chevaliers de Saint-André du Chardon, ce qui a donné naissance au sixième grade du Régime Écossais Rectifié de « Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte » (C.B.C.S.).
La filiation Larménius
Cette légende fut propagée par l'abbé Grégoire, par Sédir et Guyot. Jean-Marc Larménius, commandeur de Jérusalem, aurait été désigné par de Molay comme futur Grand Maître.
En 1324, Jacques de Molay aurait investi de sa puissance le frère Jean-Marc Larménius, un vénérable chevalier « ne sachant ni lire ni écrire » comme Jacques de Molay lui-même (Mais n’est-ce pas là une expression un peu tardive montrant l’humilité de l’être ?). L'Ordre serait alors resté dans l'ombre jusqu'en 1808 avec la résurgence officielle orchestrée par Fabré – Pallaprat (1808 – 1863 : Ordre du Temple à Paris).
Cette filiation a donné une suite impressionnante de noms célèbres comme Bertrand Du Guesclin, les d’Armagnac, Montmorency, Bourbon, Philippe d’Orléans, le duc de Cossé – Brissac, pour aboutir à Bernard - Raymond Fabré – Palaprat (1773 – 1838) ancien prêtre, médecin, qui rénova l’Ordre du Temple et fonda une église chrétienne se référant à saint Jean, dont la doctrine des chrétiens primitifs est imprimée en 1831 sous le titre « Lévitikon ».
Il y intégra un courant maçonnique, produisant des documents fabriqués par ses soins. A la suite des noms les plus illustres, Fabré – Palaprat se déclara le 22e Grand Maître le 4 novembre 1804. Le 18 mars 1808, jour anniversaire de la mort de Jacques de Molay, il organisa une cérémonie officielle somptueuse et fort pittoresque dans l’église Saint-Paul à Paris. Il bénéficia d’un détachement d’infanterie impériale. Napoléon et Louis XVIII ont reconnu Fabré – Palaprat comme Grand Maitre de l’Ordre.
Albert Lantoine a montré que la charte dite de « Larmenius » était une fabrication de circonstance et prolongeait le mythe chevaleresque mêlant rêves et réalité. Trop de légendes continuent de circuler à leur propos et il est regrettable que les Hauts Grades de la Maçonnerie entretiennent quelque peu cette fiction qui ne repose sur aucun fait historique.
Dans le Compagnonnage, on assimile parfois Maître Jacques à Jacques de Molay, dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple. Ce « templarisme » maçonnique continue cependant à marquer certains Francs-maçons.
La Franc-maçonnerie se réfère aussi au discours de Ramsay (1686 – 1743) qui, cependant, en 1736, ne parle pas des Templiers, mais de « nos ancêtres, les croisés, rassemblés en toutes les parties de la chrétienté dans la Terre-Sainte, (qui) voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ». Le chevalier Ramsay, à partir des rites du métier de constructeur, aborde un enseignement plus spirituel à partir de la chevalerie et du métier des armes.
La filiation de Geoffroy de Gonneville
Désigné par Molay comme successeur, Geoffroy de Gonneville (qui fut précepteur et commandeur du Poitou et d’Aquitaine ainsi que Grand Prieur d'Aquitaine), dûment mandaté par l'Ordre Intérieur, aurait réuni en 1318 en Dalmatie un ultime chapitre de l'Ordre du Temple médiéval puis serait parti en Asie centrale où l'on perd sa trace.
Un grand nombre de décisions de la plus haute importance furent prises à cette occasion ; l'une d'elles concernait la résurgence de l'Ordre du Temple dans « six cents ans et plus ».
L'ordre fut scindé en trois groupes distincts :
Pouvoir : établi à Paris, il travailla à l'évolution des conceptions politiques au nom de la liberté et de la fraternité et renforça le caractère « opératif » des corporations et compagnonnages que l'Ordre avait développés auparavant, en adoptant les rites qu'il tenait de l'antiquité et particulièrement de l'Egypte.
Savoir : le deuxième groupe s'installa à Rome, dans l'ombre de la papauté ; il lutta contre les multiples formes d’intolérance et d'ignorance alors présentes dans l'Eglise.
Sagesse : c'est lui qui fut véritablement chargé de préparer la résurgence de l'Ordre du Temple, les deux autres groupes ayant en quelque sorte contribué à préparer le terrain et les esprits ; il s'établit en France, où il s’occulta complètement tout en maintenant des liens étroits avec les « Fidèles d'Amour ».
La résurgence se produit en 1973 sous l'impulsion des « Fidèles d'Amour ». Pendant neuf ans, l'Ordre des Veilleurs du Temple mit en place ses structures et son enseignement.
En 1982, il apparut au grand jour et commença véritablement à rechercher les siens ; en cette même année eut lieu, lors d'un conclave, l'élection du 23ème Grand Maître de l'Ordre du Temple.
Depuis, plusieurs centaines d'hommes et de femmes, appartenant à différentes nationalités et religions, ont rejoint l'Ordre des Veilleurs du Temple afin de poursuivre l'œuvre entreprise par ses prédécesseurs.
En 1990 a eu lieu un nouveau conclave pour élire le 24ème Grand Maître de l'Ordre et le deuxième de la résurgence.
Pour bien marquer son caractère universaliste, l'Ordre s’est doté, en 1992, d'une structure élargie appelée « Ordre du Temple International – Militia Templi », pour fédérer les ordres frères présents dans différents pays.
Les Chevaliers de Malte
Présentation générale
On sait que les croisades exercèrent une grande influence sur la société au Moyen Age en Europe et en Méditerranée. A la suite de la prise de Jérusalem en 1099 par les chrétiens francs (en majorité des Français), des groupes religieux se constituèrent afin d’accueillir et protéger les pèlerins qui se rendaient en Terre sainte.
Parmi ces groupes, on doit mentionner :
A l’origine, il s’agissait d’ordres religieux et militaires dont les membres, généralement issus de la noblesse, faisaient vœu de chasteté, d'obéissance et de pauvreté.
Les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem
L’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fut fondé en 1113 en Palestine par Gérard Tenque. On construisit à Jérusalem un hospice, c’est-à-dire une maison dédiée à saint Jean et destiné à recevoir les pèlerins qui venaient visiter les lieux saints (hostellerie) et à soigner ceux qui tombaient malades (hospital). C'est pourquoi les religieux de cette maison se donnèrent le nom d'Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Ils étaient vêtus d’une cape noire ornée d'une croix de Jérusalem blanche.
Les hospitaliers ne devinrent un ordre militaire que vers 1140, sans toutefois perdre leur rôle hospitalier auprès des malades.
Après la perte de la Terre sainte (par la prise de Saint-Jean-d'Acre en Syrie en 1221), les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem s'installèrent à l’île de Chypre (1291) puis conquirent l’île de Rhodes en 1302 (où on les appelait parfois « Chevaliers de Rhodes »). Après la prise de Rhodes en 1522 par la puissante armée de 300 000 hommes du sultan Soliman le Magnifique, le Grand Maître des hospitaliers, Villiers de L’Isle-Adam, demanda au pape Clément VII un nouvel asile pour l'ordre et, en 1530, Charles Quint leur céda l'île de Malte à la condition de poursuivre leur mission en repoussant les Turcs. Ils prirent alors le nom de « Chevaliers de Malte ».
Les chevaliers de Malte (1530 – 1798)
Issus de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem à partir de 1530, les Chevaliers de Malte organisèrent la défense de l’archipel de Malte en édifiant plusieurs fortifications (fort Saint-Ange, fort Saint-Elme, fort Saint-Michel, etc.) afin de lutter contre les Turcs. Tous ses membres, des nobles de naissance, étaient revêtus d'une cape noire ornée d'une croix blanche.
Sous le règne du Grand Maître de l’Ordre, Jean Parisot de La Valette, les Maltais résistèrent au grand siège des Turcs de 1565. C’est l’année suivante, en 1566, que La Valette, la capitale de l’archipel, fut fondée.
Dans les années qui suivirent l'héroïque défense de Malte, l'Ordre atteint l'apogée de sa gloire ; dans toute la chrétienté, les nobles cherchèrent à en grossir les rangs.
Par la suite, les Chevaliers de Malte continuèrent leurs luttes contre les Turcs en s'illustrant notamment à la célèbre victoire de Lépante en Grèce (1571) où la flotte chrétienne de la Sainte Ligue (Espagne, Venise, Saint-Siège et chevaliers de Malte) mit en déroute la flotte turque d’Ali Pacha, celui-ci étant jusqu'alors réputé invincible. Les Chevaliers de Malte réussirent à maintenir leur ordre militaire dans une relative indépendance. Ils possédaient non seulement leur propre armée et leur marine de guerre, mais ils frappaient monnaie, concédaient des prêts à faible taux d’intérêt, ouvraient des banques et envoyaient des représentants diplomatiques dans toutes les cours d’Europe. En réalité, grâce aux chevaliers, les îles de Malte formèrent un petit état souverain qui, de 1530 à 1798, rendit les plus grands services à la chrétienté et fut la terreur des pirates musulmans.
Au cours des siècles, l’esprit des Chevaliers de l’Ordre de Malte s’altéra et les chevaliers commencèrent à occuper leur temps pour satisfaire uniquement leurs propres intérêts. D'une part, les guerres contre les Turcs avaient fini par s’atténuer au point où les chevaliers tissèrent même des liens d’amitié avec les Turcs et autres musulmans ; d’autre part, le pape n’avait plus besoin de faire appel régulièrement aux services de ces chevaliers.
En 1798, le 71ème et dernier Grand Maître des Chevaliers de l’Ordre de Malte sur l’île, l’Allemand Ferdinand von Hompesch, se rendit au général Bonaparte après une résistance symbolique. En 1802, les « chevaliers au blanc manteau » et à la croix de Malte furent expulsés par les Britanniques. Aujourd'hui, l’ordre de Malte continue d’être reconnu par l’Eglise catholique de Rome mais il ne s’agit plus que d’un ordre de chevalerie ecclésiastique et strictement honorifique.