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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Publié le 4 Octobre 2026 par T.D

 

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Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini

Publié le 4 Octobre 2026 par T.D

En raison des nombreux éléments propre au christianisme, tels que la croix latine, la formule INRI et toutes les références verbales issues du texte même des Evangiles, le 18ème degré reçoit couramment l’appellation de rite « christique », qualificatif au sens extrêmement large. Pas d’erreur possible, le 18ème degré est véritablement en lien avec la figure et les paroles de celui qui est l’origine de la religion chrétienne – peut-être conviendrait-il de dire des religions chrétiennes ?

Le point de départ, bien entendu, c’est cet homme natif de Jérusalem, il y a environ deux mille ans, dont le nom complet est Yéshoua ben Yossef, ben David, ce qui donne en français courant : Jésus, fils de Joseph, de la lignée de David…, homme jeune, porteur d’un charisme exceptionnel, qui a entraîné à sa suite de nombreuses personnes à qui il délivrait un enseignement nouveau, et qui prodiguait des guérisons miraculeuses, tout en prononçant des discours séditieux et provocateurs à l’encontre des autorités de sa propre religion. Comme chacun sait, selon la tradition, il a fini de manière infâme, sur une croix, à la suite d’un procès expéditif. Les écrits se rapportant à lui disent qu’il avait alors trente-trois ans.

On peut donc s’interroger, pour décider quelle appréciation s’avère la plus pertinente pour caractériser le 18ème degré : s’agit-il d’un rite chrétien ou d’un rite christique ? Il convient avant tout de s’entendre, sur le sens des mots. Pour l’adjectif chrétien nous retiendrons le sens de « ce qui se rapporte, à proprement parler, à la figure du christ » et pour l’adjectif christique nous retiendrons le sens de « dérivé du christianisme ». Sur cette base, j’examinerai tout d’abord, dans cette planche, la dimension chrétienne du rite, c’est-à-dire en rapport direct avec les paroles et la vie du christ ; dans un deuxième temps je considèrerai les aspects christiques, c’est-à-dire les dimensions d’ordre spirituel qui s’y sont rajoutées. Je terminerai en me concentrant sur le sens profond de ces deux termes à travers la notion de messianité qui définit, pour le mieux, la réalité ontologique du christ.

1 La dimension chrétienne

Depuis notre initiation au premier degré et le serment prêté sur le Volume de la Loi sacrée, ouverte au Prologue de l’évangile de Jean, nous sommes familiers du lien qui rattache la maçonnerie avec la tradition chrétienne. Cependant, pour celui qui accède au 17ème degré et qui entend pour la première fois les paroles qui y sont prononcées, ce dernier découvre, à condition de disposer d’un minimum de culture religieuse, que la maçonnerie qui se présente à lui maintenant s’appuie sur de solides et nombreux fondements néotestamentaires, autrement dit chrétiens. Cette constatation a lieu lorsqu’il apprend que le 17ème degré se situe en référence à l’Apocalypse, soit le dernier livre du Nouveau Testament, celui qui achève la Bible dans sa totalité.

 Différents éléments vont attirer l’attention des nouveaux candidats, dès lors qu’ils apprennent que le temple sombre où se réalise la première partie de l’initiation au 18ème degré prend le nom de « Golgotha ou calvaire ». De même, ils reconnaîtront au cours de cette cérémonie, puis dans le rite ordinaire, des fragments du texte sacré qui relatent la crucifixion. Citons par exemple l’heure du parfait maçon définie dans le rituel de reprise des travaux comme l’heure où le voile du Temple s’est déchiré. Chez Marc nous lisons ceci au chapitre XV, versets 37 et 38 :

« Jésus poussa un grand cri et expira. Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ».

L’allusion ésotérique de ce phénomène est celle que la connaissance secrète de l’ancienne religion juive se trouve désormais offerte aux yeux de tous.

 Autre élément symbolique lié à la crucifixion, la pierre qui sue « sang et eau ». Ici nous avons dans l’Evangile de Jean, chap. XIX, verset 34, cette phrase : Un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. En associant les deux liquides à la pierre cubique, le rituel désigne clairement la figure de Jésus, qui reprenant d’anciens propos du psaume 118 et d’Isaïe XXVIII, s’était identifié lui-même, à la pierre d’angle du Temple :

« Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ! »

(Mt. XXI – 42)

 Autre métaphore du rituel qui introduit la figure de Jésus dans la cérémonie : je veux parler de la rose sur la croix. Voici ce que dit le rituel :

« Cela se produisit quand la rose mystique sacrifiée sur une croix plantée sur une montagne s’éleva au ciel par trois carrés, trois triangles, et trois cercles ».

Étrange formule que cette « rose mystique qui monte au ciel » ! L’image fait partie des allégories poétiques inventées par les alchimistes dans lesquelles, je ne saurais entrer. Cependant, la phrase reprend trois éléments fondamentaux de la passion du christ : le sacrifice sur une croix, le site constitué d’une montagne, soit le Golgotha (lieu du crâne), et pour finir, le principe d’une montée vers le ciel…

 Ce relevé d’éléments chrétiens n’est pas exhaustif. Notons encore, toutefois, la référence aux trois jours de la descente aux enfers de la tradition chrétienne : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. (Mt. XII – 40). Le rituel dit sobrement : « Après trois jours le Grand architecte de l’univers rendit tout son éclat à la lumière ». Terminons ce relevé en rappelant l’âge symbolique des Chevaliers Rose-Croix : trente-trois ans, l’âge du christ.

 Nous avons là, par conséquent, un nombre important d’indices qui nous confrontent avec les sources éminemment chrétiennes de ce rite. On ne peut, cependant, s’en tenir là, d’autres éléments se rajoutent qui élargissent cette thématique. C’est ce qu’on appellera la dimension christique.

2 La dimension christique

 Sur un mode ironique on dira peut-être, que vie du christ aura enflammé bien des imaginations ! En effet, depuis le moment de sa mort, jusqu’à notre présent le plus contemporain, elle aura inspiré des comportements, des engagements spirituels innombrables et variés qui se réfèrent tous à l’exemple et à la parole de Jésus. Le livre le plus publié après la Bible, depuis la Renaissance, d’un auteur anonyme, s’intitule L’Imitation de Jésus-Christ, et, sur la base de cette phrase de l’Evangile de Jean, « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres… » (Jn. VIII-12) enseigne à mener sa vie sur le modèle du Christ. Cette amplification du message chrétien imprègne totalement notre 18ème degré ce qui nous autorise à lui reconnaître une dimension christique.

 En premier lieu nous sommes obligés de mettre ici en évidence les trois vertus théologales, Foi, Charité, Espérance.

Ces trois vertus, sont commentées par le rituel de manière très prudente, de façon à ne pas tomber dans l’ornière du dogmatisme catholique. « Grâce à l’Espérance, l’humanité a toujours tendu vers le bien ». « La Foi est une tension qui se manifeste dans le cœur de l’homme et le porte à consacrer son énergie et même sa vie, à la poursuite de l’idéal engendré par l’espérance ». « La Charité est la beauté de l’âme qui permet d’adoucir l’existence si dure de tant d’êtres vivants ». Rien d’incompatible dans ces trois définitions, avec le message chrétien, bien au contraire.

Cependant il s’agit d’un développement christique sur la base de l’enseignement du premier apôtre, Paul. Le rituel- même lui rend son crédit en citant la Première Épitre aux Éphésiens :

« Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaitrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la FOI, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la CHARITÉ, je ne suis rien… ».

Paul est postérieur d’une vingtaine d’année à la naissance du christ et ses Épitres participent du développement du christianisme à travers les communautés juives, du pourtour méditerranéen, favorables à l’évolution de leur religion et qui vivaient dans leur chair les persécutions dont ils étaient l’objet. L’écrivain Emmanuel Carrère, dans son livre intitulé Le Royaume, consacré à sa foi personnelle, a sur Paul une appréciation pleine de sens. Il dira de lui : transposé dans les dix premières années de la révolution bolchévique, en Russie, le personnage de Paul me fait penser à un général de l’armée blanche, qui, ayant épousé la cause du communisme, cherche à être plus léniniste que les premiers acteurs de la Révolution rouge…

 Autres aspects qui correspondent à ce que nous pouvons considérer comme des éléments de nature christique, ce sont toutes ces petites formules qui émaillent le rituel, pas vraiment présentes dans le Nouveau Testament, mais toutes porteuses d’une connotation chrétienne. Exemple : « Qui vous a reçu ? Le plus humble de tous…parce qu’il était le plus éclairé, sachant que toute inspiration vient d’en haut… ». Cette dernière formulation, toute inspiration vient d’en haut, fait écho indirectement aux multiples citations relatives à « ce qui est donné » aux hommes, venant du Tout-Puissant.

Ne parlons pas des notions de Lumière dissipant les ténèbres, ou de Lumière revenue dans tout son éclat… qui renvoie au Prologue de l’Evangile de Jean. De même l’usage de la formule hoshée, qui veut dire sauveur, soit le nom-même de Jésus.

On ne saurait oublier la symbolique de la « table fraternelle » où nous procédons à la cérémonie de la cène, avec le partage du pain et du vin, et la formule ambiguë, à mes yeux, dans ce contexte : « Tout est consommé ! »

3 Au-delà des mots (conclusion)

 Je terminerai ce texte par quelques réflexions qui répondent directement à la question posée : Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini ? Compte tenu de ce que je viens de dire, démontrant que les qualificatifs sont tous deux justes et pertinents à la base. Il en ressort selon moi, que la question ne se pose pas : par définition les parallèles ne se rejoignent jamais. Ici le point de départ à ces deux mots, « christique ou chrétien », est commun, car il s’agit du christ, plus précisément ses paroles et son exemple. Dans la distinction entre chrétien et christique il y a un sous-entendu dans lequel, pour ma part, je ne rentre pas, sous-entendu qui attribuerait a priori le qualificatif de « chrétien » aux églises se réclamant de Pierre, et celui de « christique » à la maçonnerie laquelle se réclame de Jean. Si l’on veut voir les choses de près, je ne pense pas qu’il n’y ait de grosses différences. Ce qui peut varier c’est l’intensité dans la référence au christ, et certainement la qualité de cœur qu’on y met. Le reste est une affaire de forme, de mise en scène…

Ces deux termes procèdent de la même racine grecque, à savoir l’adjectif christos dont le sens est : qui a reçu l’onction. En français il faudrait dire l’oint, mais la sonorité de ce mot passe mal dans cette langue. Ce mot, oint est un décalque de l’hébreu biblique mashiah qui a donné le terme messie en français. Cela correspond à la désignation d’un être particulièrement consacré pour accomplir la volonté du Tout-Puissant, au moyen d’un geste fait par un grand prêtre ou prophète, selon le Lévitique, qui verse l’huile contenue dans une corne évidée de bélier sur le front d’un personnage d’exception, futur chef, en général. Ce geste a été repris lors du couronnement des rois de toute la chrétienté occidentale. L’huile étant appelée le « saint chrême », faisant ainsi des personnages oints, autrement dit des « christs » à leur tour. Le rite écossais ancien et accepté reprend ce geste hautement sacré au 14ème degré, dès lors que le T.F.P.M. prononce ces mots :

« En mémoire de l’onction que reçurent Aaron, David et Salomon, je vais imprimer sur vous la marque du G.A.D.L.U. ! ».

S’ensuit le geste symbolique que nous avons tous connu exécuté avec une truelle d’or appliquée sur les yeux, la bouche et le cœur…

Ce mot Mashiah francisé, via les communautés juives de France, en « messie », désigne l’envoyé de Dieu qui doit sauver le monde à la fin des temps. Une expression populaire reprend cette idée employée pour évoquer une personne en retard : « Tu tardes comme le messie ! » Il importe donc de ne pas perdre de vue cette notion quand on emploie ces mots, chrétien, ou christique. Toutefois devons-nous nous satisfaire de ces deux qualificatifs. Pour ma part je ressens une certaine restriction dans ces termes, restant, pour ma part, attaché à une conception judéo-chrétienne de la maçonnerie. Si elle est chrétienne elle est aussi judéenne. Le cadre le veut avec les deux colonnes J. et B., les dix offices hérités du minyan juif etc.

Cependant, il y a encore autre chose qui caractérise la spiritualité juive dont nous avons reçu l’héritage, même si cela n’est pas dit très clairement : le propre de cette spiritualité qui résume et exalte les dix commandements est la suivante : c’est « l’étude de la Loi ». Jésus brodera en insistant sur l’amour à avoir pour le Dieu unique et l’amour pour notre prochain, mais conclura en disant : « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes » (Mt. XXII – 40). « La Loi et les prophètes » résument ainsi la marche du monde qu’en tant qu’initiés nous sommes appelés à méditer.

Tel est bien le message judéo-chrétien donné au 18ème degré !

 

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Le caractère christique du rituel du 18°degré au REAA

Publié le 4 Octobre 2026 par T.D

Le caractère christique du 18° degré (c'est-à-dire, au sens exact du terme, relatif à la vie de Jésus-Christ) est, pour qui le découvre, à la fois évident et surprenant. Car pour un franc-maçon laïque et républicain du Grand Orient de France, l'atmosphère de la cérémonie, en raison de ses apparences religieuses, a de quoi surprendre.
Le fascicule consacré à ce grade, qui est remis lors de l'initiation, est rassurant en ce qu'il précise qu'effectivement on peut « avoir quelque difficulté à assimiler les enseignements du grade ». Mais le problème n'est pas pour autant résolu lorsque la même plaquette précise à propos de notre rituel que « certains, ne s'en tenant qu'aux apparences, lui attribuent à tort une origine et un sens généraI spécifiquement chrétiens ». Pour résoudre une difficulté, la brochure en fait surgir une autre plus grande, car elle s'emploie à démontrer, contre toute évidence, que les éléments chrétiens sont négligeables et que l'enseignement du grade relèverait à la fois (page 5) « de l'arithmomancie pythagoricienne, de l'hermétisme avec son dérivé l'alchimie, du Zodiaque et de son application dans l'astrologie, de la Cabale, du Gnosticisme, et enfin du Rosi-Crucisme ». Autrement dit, un bric-à-brac dans lequel on trouverait tout et son contraire (quoi de plus contradictoire qu'alchimie et gnosticisme ?) c'est-à-dire rien.
A l'appui de cette thèse, la tradition juive est présentée comme « un mince vernis recouvrant une réalité égyptienne» (p. 5) : ainsi le tétragramme hébraïque, tout comme le logos johannique, ne serait qu'un déguisement du dieu égyptien Thot. La formule INRI, au sens chrétien du terme, n'aurait "aucun sens initiatique" ; par contre, elle serait riche d'enseignement si on l'entendait en son sens hermétique : je passe sur le contenu moral plutôt banal qui nous est proposé pour illustrer cet enseignement. Le mot agapè, concept-clé du Nouveau Testament, devrait son origine à "un dieu grec" ; la croix ne signifierait rien par elle-même, sinon, outre un outil préhistorique, la stabilité dans sa dimension verticale: bref, la croix, d'après ces considérations de morale rudimentaire, serait un symbole radical-socialiste.
Certes, il y a continuité dans l'histoire des religions comme dans l'histoire tout court, et l'Église chrétienne Gomme le Temple juif sont dans la continuité de la Maison de Vie égyptienne. Mais dans leur contexte propre, le Temple juif comme l'Église chrétienne prennent une signification spécifique. Dirait-on que la République n'est qu'un vernis recouvrant la monarchie, elle-même vernis r~couvrant la féodalité ? Ce serait refuser de comprendre la signification d'une forme historique donnée.
Tout cela n'est donc pas satisfaisant. Il convient d'étudier en tant que structure autonome, le texte du rituel que nous pratiquons, en se demandant s'il constitue un tout cohérent, et dans l'affirmative en quoi consiste sa cohérence. Voici ce qui en ressort :
1) Le caractère christique du rituel est évident. On y trouve, outre l'ordre du Bon Pasteur, les grandes étapes de la vie du Christ telles qu'elles sont relatées dans les Évangiles (l'historicité de ces événements est un autre problème).

2) Ce qui donne sens à ces éléments christiques, c'est leur environnement chrétien qui est récurrent dans le rituel. Même si l'on peut trouver une origine exotique aussi bien aux éléments juifs qu'aux éléments chrétiens présents dans le rituel, il reste que c'est leur formulation chrétienne qui leur donne cohérence, et elle seule.

3) Ce n'est pas pour autant que la pratique du rituel du 18" degré consiste à célébrer la messe. Il faut bien distinguer d'une part, la philosophie du grade: sa formulation est chrétienne, et elle n'a pas de quoi choquer un agnostique ou un athée; et d'autre part, la métaphysique chrétienne, c'est-à-dire une conception du sens de la vie reposant sur la foi en une réalité divine supérieure. C'est cette métaphysique qu'exprimait Saint Paul lorsqu'il déclarait « Si le Christ n'est pas ressuscité, toute notre prédication est vaine ». Cette métaphysique n'est absolument pas affirmée dans notre rituel.
LE CARACTÈRE CHRIST/QUE DU GRADE

La vie du Christ est résumée dans la cérémonie d'extinction des Lumières, explicitement dans la version A, implicitement dans la version B. L'épisode des marchands chassés du Temple y est évoqué. Les différentes phases de la Passion y figurent: la couronne d'épines, la solitude qui évoque le « pourquoi m'as-tu abandonné ?» du Nouveau Testament, la crucifixion et la mort.
La Pâque est la toile de tond de cette partie du rituel. La Cène, avec le partage du pain et du vin, comme dans le Nouveau Testament, reprend, sur le mode social, ce qui fut le fondement de l'eucharistie. L'agape se célèbre le Jeudi saint et célèbre à la foi§ l'agneau pascal et l'agneau céleste - agneau céleste que la référence à la constellation du Bélier n'empêche pas d'être aussi l'Agnus Dei. Dans un tel contexte, la disparition et la réapparition de l'étoile flamboyante évoquent l'espérance liée à l'étoile de Bethléem. Comment, dans ces conditions INRI, associé à la croix, pourrait-il signifier autre chose que « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » ... formule dont. nous aurons à examiner la valeur initiatique bien réelle? Il n'est pas jusqu'à la résurrection qui ne' puisse être lue dans la déclaration du Grand Expert qui déclare, au début de la deuxième partie de l'initiation, que la Parole a été retrouvée « sous l'aile du Phénix à /'instant où il renaissait de ses cendres». Ce qui nous conduit à examiner la philosophie du grade.
LA PHILOSOPHIE DU GRADE
Ancienne loi, nouvelle loi
L'Ancien Testament est envisagé, dans le rituel, du point de vue du Nouveau Testament. Lors du rallumage des Lumières, le Maître des Cérémonies, allumant la deuxième étoile, demande que « nous ordonnions nos pensées en conformité avec la Loi », sans autre précision. Mais la cérémonie de l'Agneau est plus explicite, puis- qu'elle différencie les « sacrifices matériels de l'ancienne Loi » et « les sacrifices moraux de la nouvelle ». Les Évangiles insistent sur la continuité entre les deux lois, la nouvelle étant l'accomplissement de l'ancienne qui n'est pas abolie pour autant: seul Jean va plus loin en déclarant dans son Prologue: « la Loi a été donnée par Moïse; La grâce et la vérité sont advenues par Jésus-Christ », ce qui est nettement la marque d'une rupture. C'est dans cet esprit que la cérémonie de réception du 15° au 17° degré précise par la voix du Très Sage que « le second Temple avait, comme le premier, été élevé sur le fondement de l'ancienne Loi qu'animait une volonté de puissance. Lui aussi s'effondrera. Sa chute et la disparition d'Israël précèderont l'avènement du troisième, Temple, Temple mys- tique celui-là. Il sera fondé sur la nouvelle Loi .: l'Autorité et la justice y seront tempérées et sanctifiées par l'Amour » .

Cela n'est pas différent des paroles adressées par le Christ à la samaritaine et qui annoncent l'heure d'une adoration du Père « en esprit et en vérité », c'est-à-dire l'heure où temples et prêtres seront devenus inutiles.
La lettre de l'opposition entre l'ancienne Loi et la nouvelle Loi ne nous intéresse pas, et il n'est évidemment pas question de classer par ordre de mérite christianisme et judaïsme. Seule importe la signification symbolique de la nouvelle Loi, qui est claire: il s'agit de sortir de l'application routinière de préceptes devenus formels pour retrouver le souffle qui les animait et qui est retombé. Un passage de l'Évangile de Jean illustre bien ce fait: à des juifs qui lui demandent comment faire pour réaliser les œuvres de Dieu, Jésus répond: « l'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui qu'il a envoyé ». C'est donc l'esprit qui compte, plus que des actes qui peuvent en être dénués. Bien sûr, on pourrait ajouter qu'en matière de formalisme, le christianisme en général, et l'Église catholique en particulier, n'ont pas été en reste par la suite: mais cela n'ôte rien à la valeur du symbole.

Le souffle qui fait qu'un acte est animé par la vie, est inspiré, c'est à l'évidence le Da var, la Parole de l'Ancien Testament, devenue le Logos johannique - cette même Parole qui, dans notre rituel est tantôt perdue et tantôt retrouvée, dans une contradiction qui n'est qu'apparente. Là encore, le passage de l'univers de l'Ancien Testament à celui du Nouveau Testament est hautement symbolique.
Le concept de Dieu
Le Dieu de l'Ancien Testament, l'Éternel qui extermine tous les premiers nés d'Égypte auquel se réfère le Très Sage célébrant la cérémonie de l'Agneau, est la transcendance, même s'il intervient dans les affaires des hommes: il est le Tout Autre de Rudolf Otto, celui que, selon l'Exode, on ne peut voir sans perdre la vie, celui dont il est même impossible de prononcer le nom et dont le souffle a renversé le Chevalier de Royal Arch qui a eu l'audace d'ouvrir la onzième Porte.

Dans le Nouveau Testament, ce Dieu est accessible par la méditation. du Christ: chacun peut être un avec le Christ, et par là-même s'unir à Dieu: c'est le mystère qui, dans la théologie chrétienne orthodoxe, s'opère par la « théosis », c'est-à-dire l'accès à la nature divine du Christ, le croyant devenant Christ. lui-même, et par là retrouvant son image originelle puisque Dieu a créé l'homme à son image. Si nous nous maçons non pas sur un plan métaphysique, mais sur un plan philosophique comme nous y invite le rituel, l'enseignement initiatique est clair: chacun peut parvenir au plus haut degré de l'initiation; la perfectibilité humaine n'a pas de limite, et c'est pourquoi le Très Sage conclut le rallumage des Lumières par ces mots: « tous les espoirs vous sont permis », au moment où il annonce que la Parole est retrouvée. En dehors de ce sens symbolique, nous n'aurions guère qu'un conseil de la morale la plus banale.
C'est le sens de la traduction dans notre rituel d'Emmanuel par Dieu est en nous, et non pas la traduction Dieu est avec nous que proposent les Évangiles. Cette approche correspond au concept d' « enfants de Dieu» de l'Évangile de Jean, concept qui est à la fois au présent et au futur. Car chez Jean comme chez Luc, le Royaume est pour la fin des temps, mais il est déjà là avec la venue du Christ. Luc l'exprime par une formule qui signifie aussi bien « le Royaume est parmi vous» que « le Royaume est en vous ». Ce qui signifie que s'il y a un au-delà de la mort dont la réalité est métaphysique au sens étymologique, il y a aussi un au-delà de la vie qui est la dimension spirituelle de l'homme, la Personne qui transcende les aspects biologique et matériel de l'individu. L'homme ne se réduit pas à ses misères ou à ce qu'il possède; c'est la signification de propos comme « Heureux les pauvres! » (Luc) - même s'ils ont servi plus tard de justificatif politique à l'oppression.
Cette dualité philosophie/métaphysique, le rituel la maintient, mais uniquement comme dualité philosophique interne.

La Parole

Cette dualité, c'est la Parole retrouvée, puis à nouveau perdue et qui n'est d'ailleurs retrouvée que comme Parole substituée: celui qui croyant avoir définitivement retrouvé la Parole se serait arrêté en chemin pour s'y installer comme dans un quartier résidentiel, celui-là en serait définitivement retranché. C'est pourquoi il n'est pas contradictoire que la Parole soit à la fois retrouvée et perdue, Heidegger exprimait ce paradoxe .en disant que l'Être se voile aussitôt qu'il se dévoile, reprenant la conception héraclitéenne de l'union des contraires, C'est là une vérité profonde dont le caractère éminemment initiatique ne peut échapper à un Maçon qui sait que le propre de sa démarche est de n'être jamais achevée. C'est aussi Socrate dont la Pythie déclara qu'il était le plus savant des hommes alors qu'il disait ne savoir qu'une seule chose, qu'il ne savait rien. l'itinéraire que propose le grade pourrait s'e formuler en ayant recours à d'autres sphères culturelles: dans notre rituel, c'est en termes de philosophie chrétienne qu'il s'exprime.

Mais qu'il y ait Dieu au bout ou plus simplement l'homme, il n'y a de sens que par l'effort de l'homme à la recherche du sens. C'est ce qu'affirmait Albert Camus dans ses Lettres à un ami allemand; c'est ce que formulait très poétiquement André Malraux dans Les Voix du Silence: « Il est beau que l'animal qui sait qu'il doit mourir arrache à l'ironie des nébuleuses, le Chant des constellations ».

Foi, espérance, charité
Il n'en reste pas moins que les vertus qui sous-tendent cet itinéraire - les trois vertus théologales définies par Saint Paul - perdraient à être systématiquement arrachées à leur contexte. Car celle des trois vertus qui couronne les autres, l'agapè (que l'on traduit aujourd'hui par « amour» et non par « charité »), prend tout son relief dans ce très beau passage de l'Épître aux Corinthiens qui mérite d'être cité (1,12) :
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis que bronze qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais toute la foi jusqu'à déplacer des montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien.

L'amour est patient; serviable est l'amour, il n'est pas envieux; l'amour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; il ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal; il ne se réjouit pas de J'injustice, mais se réjouit de la vérité. Il supporte tout, croit tout, endure tout...

Maintenant donc demeurent la foi, l'espérance, l'amour, ces trois-là; mais le plus grand de ces trois, c'est l'amour.

Pour ce « sentiment nouveau », les premiers chrétiens ne sont pas allés chercher le nom d'un dieu grec d'ailleurs inexistant: ils ont forgé un substantif nouveau à partir d'un verbe grec de la langue d'Homère, et n'ont utilisé aucun des deux mots usuels à leur disposition, dont l'un désignait l'amour charnel, l'autre: l'amitié. Cet amour est celui qui fait sortir de soi, qui rend capable de donner, de se donner. L'autre vertu qu'est l'espérance signifie que cet amour a à se réaliser dans l'histoire,: c'est la leçon commune à l'Ancien et au Nouveau Testament; c'est aussi la leçon de l'existentialisme qui nous dit que le temps est l'être de l'homme: c'est parce qu'il y a le temps qu'il y a du sens. Hors du temps, point de projet, ou de "pro-jet", et l'expérience humaine n'a pas de signification.
Quant à la foi, elle est un pari sur la perfectibilité de l'être humain sans laquelle tout engagement serait vain. Il est d'ailleurs intéressant de souligner que lorsque notre rituel parle de « foi dans l'Homme », c'est avec un H majuscule: il ne s'agit pas de se bercer d'illusions sur ce qu'est la réalité toujours ambiguë de l'homme tel qu'il est, mais de parier sur ce que l'homme pourrait être un jour, de parier sur l'inachèvement de la création et l'avènement d'un homme un peu plus humain, de « l'homme du 8° jour» de la théologie orthodoxe, qui ressemble au troisième Temple mystique du rituel et de la théologie médiévale et qui, en termes marxistes, est l'homme rendu à son pouvoir créateur.
L'archétype de ces trois vertus, c'est évidemment le Christ qui vient donner un commandement nouveau, l'amour: qui vient apporter non la paix, mais l'épée; et qui malgré cela promet à l'homme qu'il ne fera qu'un avec Dieu.
Métaphysique et histoire
Tout cela a un sens philosophique profond, cohérent, que l'on croit ou non en Dieu. Le seul point qui puisse gêner dans ce grade, c'est l'acclamation « Hoschée ! », que l'on peut difficilement faire glisser du plan métaphysique au plan philosophique: car si l'on transposait la notion de sauveur dans l'histoire, force serait de constater que les sauveurs n'ont jamais manqué, mais que bien souvent ils n'ont guère sauvé qu'eux-mêmes, et encore !

Pourtant le rituel opère par ailleurs des glissements historiques dont le sens est profond, et cela à deux reprises dans la cérémonie de l'extinction des Lumières.

Lorsque le premier Grand Gardien dit, dans la version B : « ceux qui avaient l'amour de la Patrie, mais qui prêchaient la Paix entre tous les peuples ont subi le sort des traÎtres», il est permis de s'interroger. Il serait intéressant de savoir si la date de l'apparition de la version B l'autorise, mais on croirait voir entre les lignes se dessiner la figure de Jaurès. Un telle assimilation est conforme à l'esprit du rituel (étant entendu que chacun est libre d'y procéder ou non) et à la philosophie selon laquelle les valeurs de l'Esprit doivent être incarnées, et non pas demeurer dans un ciel définitivement inaccessible.

Le deuxième glissement, dans les versions A et B de la même cérémonie, c'est Ie Très Sage qui l'opère lorsqu'il conclut en disant: « Nous sommes réunis pour commémorer, en ce jour de printemps, le drame de la libération humaine. Souvenons-nous de ce précepte: aimons-nous les uns les autres ». L'expression « libération humaine» revêt à la fois un sens spirituel, sans qu'il y ait connotation relative à l'au-delà, et un sens historique. Elle constitue une manière d'interpréter l'histoire de l'humanité depuis les temps préhistoriques. Elle est aussi le fondement des valeurs républicaines qu'honore le Grand Orient de France dans le droit fil de la philosophie des Lumières qui n'a rien perdu de son actualité, malgré les attaques haineuses qu'elle subit, en parti- culier, à l'occasion, de la part de prélats catholiques. Car l'actuelle hiérarchie de l'Église craint plus qu'elle ne souhaite la libération : chacun connaît les propos du cardinal Lustiger imputant à la philosophie des Lumières la responsabilité d'Auschwitz. Moins connus sont ceux du cardinal Ratzinger qui, partant en guerre contre la Théologie de la Libération, parle d' « un amalgame ruineux entre le pauvre de l'Écriture et le prolétaire de Marx » dans son « Instruction sur quelques aspects de la théologie de la libération » de 1984. La philosophie chrétienne est une chose, son application vaticane en est une autre 
C'est d'ailleurs pourquoi, à côté de la version A de la cérémonie d'extinction et de rallumage des Lumières qui se réfère explicite- ment à la vie du Christ, est un jour apparue la version B, dont le langage s'est dépouillé de ces références explicites, par crainte que la dimension symbolique du langage d'origine chrétienne ne donne à penser que ce grade pourrait devoir quelque chose à un enseigne- ment dogmatique.
Lumières et lumière: le feu pascal
Que dans l'expression " philosophie des Lumières" le mot Lumières ait une connotation johannique, c'est évident. C'est également la lumière johannique qui rend compte d'un passage obscur de notre rituel, dans lequel la lumière est symbolisée par le feu. En effet, au moment du rallumage des Lumières le Très Sage déclare: "Assurons donc mes Frères Chevaliers, la transmission de la flamme symbolisant la foi dans notre œuvre, et n'oublions pas que c'est par le feu que la Nature entière est régénérée". La fin de la phrase est énigmatique et semble renvoyer à l'interprétation alchimique d' INRI : si c'était le cas, quelle pauvreté ! Il est vrai que nous pourrions y voir des cosmogonies antiques, la cosmogonie stoïcienne notamment, qui enseignait que périodiquement le monde s'embrasait et se régénérait: qu'avons-nous à faire de tout cela aujourd'hui ? Une fois de plus, c'est du côté chrétien que l'on trouve un véritable sens initiatique: car notre rituel porte la marque de la liturgie du feu pascal.

La Vigile pascale commence en effet par la bénédiction du feu à partir duquel sera allumé le cierge pascal. Cette liturgie ancienne s'appuie sur deux déclarations de Jésus, l'une dans Luc "je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! " et l'autre dans Matthieu selon laquelle seul Jésus, d'après le Baptiste, peut "baptiser dans l'Esprit Saint et dans le feu". Le feu ici, comme dans toute la liturgie pascale, ce n'est pas le feu qui consume mais la lumière qui brille dans les ténèbres. En effet, l'oraison de bénédiction du feu pascal commence ainsi: "Seigneur notre Dieu, par ton Fils qui est la Lumière du monde, tu as donné aux hommes la clarté de ta Lumière; daigne bénir cette flamme qui brille dans la nuit". Lorsque le prêtre a béni le feu nouveau, il pénètre dans l'église obscure en marquant trois arrêts pour proclamer "Lumière du Christ ! "
C'est là d'ailleurs la signification symbolique des cierges qu'on allume dans les églises; c'est là, dépouillée de sa dimension métaphysique, la signification symbolique des bougies sur les plateaux des officiers dans nos loges.
La racine de ce symbolisme est ancienne: elle dérive du rite juif qui consiste à allumer les lampes au moment où tombe la nuit inaugurant le sabbat; il est bien probable que ce rite remonte jusqu'au temps le plus archaïque de la découverte du feu (mode de cuisson bien sûr, mais aussi Lumière qui brille dans les Ténèbres). Mais quelle qu'en soit l'ancienneté, le symbolisme du. feu, dans notre rituel, prend sa source dans la liturgie pascale (d'ailleurs c'est bien la Semaine Sainte qui est le cadre de notre rituel). Cette signification est évidente su l'on veut bien se reporter à ces propos du Très Sage au moment de l'initiation au 18" grade lorsqu'il définit la couleur rouge comme c~l!e « du Feu et de l'Amour ». Rien de commun avec un feu de rôtissoire ! « Nous sommes déroutés et sans rêve», disait René Char, « mais i/ y a toujours une bougie 'qui danse dans notre main ».
INRI
Et cela nous conduit à la signification d' INR/. On se donne parfois bien du mal pour exorciser la signification chrétienne de la formule, et cela probablement en raison des rapports entre l'Église et la République, et plus particulièrement entre l'Église et la franc-maçonnerie. Cela va même jusqu'à l'absurde, lorsque par exemple un auteur maçonnique nous explique qu'on pourrait lire dans la for- mule: « Chassons /'ignorance par un effort constant » : ainsi une maxime voltairienne d'esprit se glisserait dans une coquille bien peu voltairienne !

Or l'ensemble du rituel impose l'interprétation chrétienne. Mais ce qui est donné comme modèle au Chevalier Rose+Croix, ce n'est pas le petit Jésus des images sulpiciennes pour lequel il faudrait faire brûler des cierges et devenir catholique pratiquant; c'est la symbolisation parfaite, en termes chrétiens, de l'irruption du sens dans la vie de ce mammifère supérieur qu'est l'homme. Point n'est besoin, pour le comprendre, de recourir à une Tradition primordiale historiquement hypothétique et archéologiquement improbable, ou de faire dans le temps et dans l'espace, le tour complet des significations du symbole de la croix. Le sens, c'est la branche verticale de la croix qui indique le monde céleste, c'est-à-dire celui des valeurs qui fondent l'humanité de l'homme; le sens, c'est aussi la branche horizontale de la croix, ligne du temps que l'homme parcourt s'il sait rester fidèle jusqu'au bout à sa vocation, dans un itinéraire pareil à un pèlerinage selon la conception romane: c'est ainsi qu'il faut comprendre l'analogie que le rituel établit entre le Christ et Hiram, Hiram se substituant au Christ dans la version B. Cela nous établit au cœur de l'harmonie universelle sans qu'il y ait besoin de passer par les méandres de l'alchimie.
En effet, le bestiaire roman présent dans le rituel en est la manifestation. Marie-Madeleine Davy montre bien dans son Initiation à la Symbolique Romane que pour le chrétien de l'époque romane, la présence du Christ est d'une telle évidence que c'est le Christ lui-même qui est perçu à travers l'agneau. Elle ajoute que pour le chrétien de l'époque romane, la nature entière est associée à la Rédemption. Il est vrai que l'agneau est un symbole commun à toutes les sociétés agraires, mais c'est bien l'agneau chrétien qui figure dans nos rituels. Le Phénix et le Pélican ont la même fonction dans l'iconographie romane, ainsi que l'Aigle, symbole de transcendance.
Nous abordons là un point de méthode capital. S'il est tout à fait légitime lorsqu'on étudie un symbole séparément, hors de tout contexte, de faire intervenir les significations de ce symbole dans d'autres traditions culturelles (y compris la liste que j'ai mentionnée en introduction: alchimie, cabale, etc.), il en va différemment lors- qu'on s'attache à un ensemble qui constitue une « constellation symbolique» (Gilbert Durand) qui précise la signification de chaque symbole en fonction du lien qu'il entretient avec les autres. Car nous savons bien depuis Pascal que les propriétés d'un tout ne se réduisent pas à la somme des propriétés des parties.
D'ailleurs dans la symbolique chrétienne, le Pélican peut aussi bien désigner le Christ que l'homme souffrant. Mais dans notre rituel, il me paraît plus probable de considérer que tout à la fois l'Aigle, le Phénix et le Pélican désignent le Christ, mais le Christ envisagé sous un angle différent: transcendance, résurrection, sacrifice.
CONCLUSION

Ainsi la lecture du rituel à la lumière de l'ensemble mythique chrétien en révèle à la fois, la profondeur et la cohérence. Sans prétendre qu'on puisse faire une lecture scientifique d'un rituel maçonnique, on peut cependant appliquer un principe scientifique connu: l'hypothèse la plus probable est celle qui rend le mieux compte de l'ensemble des phénomènes observés, et c'est le cas de l'hypothèse de lecture se référant au contexte chrétien; toute autre lecture à prétention globale serait loin derrière, partielle, voire impossible. Car s'il est vrai que la liberté est totale en matière de symbolisme, cette liberté n'est pas l'arbitraire parce que, nous l'avons vu, dans un ensemble, dans une constellation symbolique les. symboles se déterminent l'un l'autre: ils sont à la fois redondants et porteurs d'une signification singulière.

Si on l'oublie, on risque de voir un ensemble symbolique cohérent ressembler davantage aux souks de Marrakech qu'à une pensée construite. D'ailleurs toutes les contorsions pour dénier l'influence chrétienne dans le rituel aboutissent, par les détours que j'ai signalés, à retrouver laborieusement des significations qui sont aussi et surtout chrétiennes. Je conclurai en trois points :
1) Le rituel du 18e grade n'est pas religieux parce qu'il n'impose pas une croyance en l'au-delà: quelle que soit l'étymologie que l'on retienne pour le mot religion (la plus probable, « religere »,qui signifie recueillir, c'est-à-dire n'omettre aucun geste ou rite à même d'établir le contact avec les dieux; ou « religare », qui signifie relier- non pas les hommes entre eux, mais relier le monde visible au monde invisible). il ne convient pas à notre rituel. Le rituel du 18e grade est authentiquement initiatique, c'est-à-dire centré sur la progression personnelle, et non sur les techniques de communication avec l'au-delà.

2) Le rituel du 18e grade est tout à fait compatible avec la liberté absolue de conscience d'un franc-maçon du Grand Orient de France.

3) Tout en assumant le caractère chrétien du symbolisme du grade, il ne faut pas accepter que l'on dise qu'il serait nécessaire d'être croyant pour appartenir à des ateliers de haut grade du Rite Écossais Ancien Accepté.

René A 30e

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Publié le 3 Octobre 2026 par T.D

 

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Fondements du grade de RC Rituel de 1765

Publié le 3 Octobre 2026 par T.D

(Chap\Candeur, Bordeaux).

Selon Irène Mainguy faire un inventaire des documents afférant au grade de Rose-croix est une œuvre titanesque, ce grade est installé à Lyon par Willermoz en 1761 et régi par le rituel de la bibliothèque historique de la ville de Paris de 1765: Chevalier de l’Aigle et du Pélican, Souverain Prince de Rose-croix et d’Hérédom. René Le Forestier a retrouvé dix huit versions, entre 1760 et 1790, de ce grade.

Son origine a fait l’objet de plusieurs hypothèse; si l’on admet qu’il n’a aucun rapport avec les rosicruciens allemands et Les Noces Chimiques de Christian Rosenkreuz (1489), il pourrait être d’origine alchimiste et remonter au Très Respectable frère Raymond Lulle (1235-1315), que l’on qualifie de grand maçon et qui est à l’origine d’une monnaie frappée en Angleterre comportant sur une face la croix représentant les quatre éléments et sur l’autre, une rose; l’origine est plus vraisemblablement la maçonnerie écossaise comme le montre la référence à Hérédom, qui mérite quelques explications sémantiques :certains voient dans ce mot le déformation du mot hébreu "harodim" qui signifie surveillants ou du latin haeredum héritage. Ragon pense qu’il peut s’agir de voile, au conciliabule de Saint-Germain en Laye pour les partisans qui accompagnent en cette résidence Charles Edouard. Hérédon signifierait tout simplement: le château de St Germain où résidait le prétendant. Il s’agit en fait d’une référence au rite d’Hérédon de Kilwinning, car la première loge de ce nom se réunissait au sommet d’une montagne au nord ouest de l’Écosse. Seul problème, c’est que cette montagne n’existe pas et, est purement mythique. Ce rite esthétiquement séduit par la médaille de la croix et de la rose en aurait fait son symbole.

Historiquement, et toujours pour Iréne Mainguy, le rosicrucianisme est l’une des survivances qui apparut à la suite de la destruction de l’Ordre du Temple, ce qui explique qu’il emprunte beaucoup au christianisme ainsi qu’à la littérature courtoise des troubadours dans lesquelles la rose était devenue un symbole d’amour. On y retrouve de nombreux éléments de l’hermétisme. René Guénon pense qu’à ce grade, celui qui est parvenu à un certain degré dans la pratique de l’alchimie "intérieure" est capable de projeter au dehors les énergies qu’il porte en lui-même.

Chevalier de l’Aigle, nom le plus ancien, vient du fils du Grand Architecte de L’Univers. L’aigle étant le symbole de la Puissance Suprême du Père, c’est aussi l’attribut de saint Jean.

Chevalier du Pélican, cette image du pélican frappant son corps avec son bec pour nourrir ses petits de son sang est représentative du sacrifice de Jésus sur la croix.

Ce grade est appelé aussi Chevalier de Saint André, patron de l’Écosse. Les chevaliers défilant le jour de la Saint André, en grande pompe, pour faire impression sur le peuple écossais et flatter son patriotisme.

Enfin il est dit aussi: Parfaits Maçons, parce qu’il s’agissait du grade le plus élevé et le plus éminent, le septième, le grade du Temple vivant, le symbole du Rédempteur. Tous les frères admis à ce grade devaient être chrétiens. En France, l’admission était présentée comme conférant une sorte de noblesse personnelle. Chevalier était un titre réservé aux descendants des familles nobles jouissant du privilège de porter l’épée. En loge tous les frères portaient l’épée, égalité qui flattait les roturiers.

Image de cette éminence, les Princes de Rose-croix ont le droit de tenir le maillet dans toutes les loges symboliques où ils se présentent. Ils prennent place à côté du Vénérable, si cet honneur ne leur était pas offert ils se placeraient après le dernier apprenti en signe d’humilité.

Pour un chapitre, assemblé d’obligation six fois par an: le jeudi saint, le jour de Pâques, le jeudi d’après Pâques, le jour de l’Ascension, le jour de Pentecôte, le jour de la Toussaint et les deux jour de Saint-Jean. On ne saurait coller de plus près à la chrétienté.

Les chevaliers Rose-croix sont obligés de faire la charité aux pauvres, de visiter les prisonniers, les malades, de les secourir. Ils ne peuvent se battre en duel contre un autre chevalier et, à leur mort, doivent être enterrés, avec leur cordon, en présence de leurs frères porteurs de leurs cordons sous leurs habits. Ce grade possède, selon Jean Palou, tous les aspects d’une véritable fraternité au sens de la Caritas médiévale.

En un mot, les Chevaliers Rose-croix sont les grands seigneurs chrétiens de la Maçonnerie. Essayons de voir pourquoi ils ne pouvaient être que chrétiens, indépendamment du fait que cela favorisait grandement, auprès des pouvoirs en place, l’autorisation de se réunir.

Du point de vue HISTORIQUE, Louis XV est roi de France. Son règne est marqué par une série ininterrompue de guerres. Guerre de succession d’Autriche, 1740-48, France, Prusse, Bavière, Saxe, Espagne contre Autriche et Angleterre terminée par le traité d’Aix-la-Chapelle, dont la France ne tire aucun avantage. Souvenons-nous de Fontenoy, où le comte d’Anteroches clame "messieurs les anglais, tirez les premiers!", ce qu’ils ne manquèrent pas de faire pour gagner la bataille. Puis la guerre de Sept ans, 1756-63, où France et Autriche sont opposées à l’Angleterre, se termine par la perte de l’empire colonial français d’Inde et d’Amérique, Canada et Acadie, défaite conclue en Acadie par le Grand Dérangement, qui est sans doute le premier génocide de l’histoire. En 1765, la France a donc tout perdu.

L’année 1764 voit l’expulsion des jésuites, qui étaient devenus de véritables banquiers, habiles à gérer les biens, pleins d’imagination et d’initiatives de par le monde entier. Il faut dire que les jésuites étaient proches du pape, alors que les relations de Louis XV et du pape n’étaient pas au mieux. Cela conduisit à une réhabilitation de l’esprit janséniste, plus porté au conservatisme garantissant les avantages acquis. Or, nous verrons que le Grand Maître, le comte de Clermont est proche des jansénistes.

Le XVIIIe siècle est le Siècle des LUMIERES, qu’illustrent en France l’aventure intellectuelle des Montesquieu, Voltaire, Diderot, d’Alembert, ou Rousseau; mais phénomène qui intéresse toute l’Europe: Newton et Locke en Angleterre, Wolf et Kant en Allemagne mais aussi en Scandinavie, en Espagne, en Italie, etc.

Des courants animent ces lumières. Les radicaux, disciples de Spinoza, refusent la révélation religieuse, rejettent les miracles et tout surnaturel, nient la création du monde, l’immortalité de l’âme, combattent la monarchie, la hiérarchie entre les sexes. Idées radicales, peu présentes en France, mais qui se répandront au XIXe siècle. Mais au XVIIIe, la grande majorité des intellectuels des Lumières sont plus modérés, restent déistes, tolérants envers les religions, s’accommodant de compromis avec l’organisation sociale en place, mais soucieux d’égalité, de justice, faisant leur l’humanisme qui débouchera, après la Révolution, sur le romantisme.

La diffusion de ces idées est favorisée par l’Encyclopédie de Diderot (1750), la multiplication des bibliothèques tant universitaires que privées, l’immense circulation à travers les frontières de manuscrits souvent clandestins, les sociétés savantes qui se créent partout, les revues et surtout les salons très à la mode à Paris, celui de Madame du Deffant fréquenté par Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Voltaire qui a clairement souhaité la Révolution, Rousseau qui rêve d’une société égalitaire et qui propose l’Être Suprême , Diderot, Beaumarchais qui fait dire à Figaro à l’adresse de l’aristocratie: "qu’avez-vous fait pour tous ces biens? Vous vous êtes donné la peine de naître et rien de plus!" Il est sûr que nombre de Maçons ont fréquenté ces salons. Évolution des idées qui est patente en musique ou au classicisme de Bach (citons Cioran, "personne ne doit plus à Bach que Dieu") va succéder Mozart, où l’homme est omniprésent, mais avec Dieu, ce n’est pas encore Beethoven et le romantisme.

Où en est la Franc-maçonnerie en 1765? Les constitutions d’Anderson datent de 1723 et 1738. Les maçons initiés selon ces règles sont obligés de professer la religion de leur pays jusqu’en 1751, où il est stipulé, "laissons à eux-mêmes leurs opinions particulières…"

Les statuts de 1755, dressés par la R\L\ de Saint-Jean de Jérusalem, dont le Comte de Clermont est vénérable, sont un retour à l’orthodoxie catholique: "Dieu étant notre chef… hommes craignant Dieu et ayant le baptême" définit le maçon. Le jour de la Saint-Jean tous les maçons vont à la messe. La Franc-maçonnerie française se démarque de la Franc-maçonnerie andersonienne plus tolérante.

Louis de Bourbon Condé, comte de Clermont et abbé de Saint-Germain des Prés, est élu Grand Maître en 1743, et fait en 1766 "grand croix rouge", sommet de la hiérarchie du rite Écossais. Il se vantera de n’avoir octroyé le grade de R\+C\ qu’à un petit nombre de FF\. Il sera relevé de son commandement militaire après la défaite de Crefeld en 1758. Il reste grand maître et meurt en 1771, dans la plus grande dévotion.

Qui étaient les Francs maçons avant la Révolution, hommes libres toujours accompagnés de leur servant, (sauf au grade de R\+C\)? Au milieu du siècle beaucoup de nobles et de prêtres peuplent les loges. La noblesse contribue à la propagation des idées philosophiques des lumières sans doute, mais n’est pas seule dans ce rôle. Les loges avaient favorisé la fusion da l’aristocratie avec la bourgeoisie d’argent mais il faut reconnaître, qu’à la veille de la Révolution, il n’y a plus beaucoup de nobles dans les loges, à tel point qu’un maître de ballet sera élu grand Maître.

La F.M. est donc chrétienne et même catholique en France. Certaines loges n’admettent pas de Juifs car elles sont dédiées à Saint Jean-Baptiste que les Juifs ne reconnaissent pas, pas plus que la divinité du messie (ils ne sont pas initiables –règlement des loges de Bordeaux du 12 février 1791). La Maçonnerie opérative était chrétienne, Anderson a-t-il tenté de la déchristianiser pour lui fixer un horizon plus vaste, l’universalité des croyants?

En 1765, le premier rituel de Rose-croix est donc chrétien et même complètement catholique et nous comprenons très bien à la lumière de ce qui précède qu’il ne pouvait en être autrement (le pourcentage d’agnostiques ou d’athées ne devait pas dépasser 1 à 2 % des lettrés de l’époque et était par définition nul chez les Maçons). Ce rituel comporte beaucoup de points forts que nous retrouvons aujourd’hui. Notre propos n’est pas de les relever mais au contraire de relever ce qui en a disparu et notamment ce qui en faisait un rituel grandement inspiré du Nouveau Testament.

Devant le plateau du Très Sage, le rituel oblige un tableau représentant la résurrection de Jésus sortant du tombeau, devant les soldats romains endormis. En dehors des deux temples, noir et rouge, que nous connaissons, il y en a un troisième, plus petit, éloigné des deux autres, destiné à représenter l’enfer, avec têtes de mort, et os en sautoir, murailles tapissées de flammes et de figures humaines douloureuses condamnées aux enfers, enchaînées. Spectacle qui doit inspirer l’horreur et la haine et convaincre l’impétrant d’avoir à se bien comporter. Le candidat devra se mettre à genoux plusieurs fois notamment pour recevoir la requête lui donnant le jour et l’heure de son initiation, requête qui lui sera jetée à terre. Il ne cessera de faire des vœux au Ciel pour la prospérité et la santé des Chev\ R\+C\. L’impétrant entend plusieurs recommandations impératives: "un chevalier doit, par honneur, adorer son Dieu", "Dieu nous soit en aide et bénissons tous son saint nom".

Le premier appartement représente le Mont Calvaire, il est orné de 33 lumières pour marquer les 33 années de la vie de Jésus, à l’Orient est un Christ en croix. A la fin il est dit au nouveau Chev\ R\+C\: "vous venez de voir, par votre réception, l’allégorie de la mort et de la résurrection de Jésus, que la parole retrouvée, Jésus de Nazareth Roi des Juifs, se renforce dans nos travaux par la tempérance, la justice, la force". La cérémonie de table qui suit est la commémoration de la Pâque et de l’apparition de Jésus à ses disciples en Emmaüs, enfin elle se termine par une prière au souverain créateur.

Ce rituel de départ ne pouvait durer du fait de son caractère chrétien trop excessif. Le G\O\ a donc modifié le rituel, à la fin du XVIIIe siècle en ne gardant que le mythe de Jésus utilisé par le récipiendaire pour sa réflexion symbolique comme il a utilisé le mythe d’Hiram ou de Zorobabel.

A propos de la formule INRI, signalons que le rituel de Francken, parti de France avec Morin en 1761, avait déjà supprimé la formule Jésus de Nazareth Roi des Juifs dés 1784 lors de l’initiation pour ne conserver que le questionnaire: "d’où venez-vous? De la Judée, par quelle ville avez-vous passé? Par Nazareth, quel est le nom de votre conducteur? Raphaël, de quelle tribu êtes-vous? De celle de Juda, rassemblez les initiales de ces quatre mots: elles forment INRI". Sans donner de sens à ce mot. L’interprétation alchimique ne viendra que beaucoup plus tard.

Ce rituel comporte, dans l’ambiguïté de son texte, tous les germes modificateur dont il sera l’objet dés la fin du XVIIIe siècle

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SYMBOLISME DU GRADE DE ROSE-CROIX

Publié le 3 Octobre 2026 par T.D

T... P... S... G... C...,

TT... Ill... FF...,

Et vous tous mes BB... AA... FF....

Vous venez d'entendre un magnifique rapport sur "Le Sillon Maçonnique dans le Monde de Demain", il vous appartient, mes FF... Chev..., de rendre effectives les conclusions de ce rapport, si vous avez bien compris le sens de la mission qui vous a été donnée, lorsque vous avez été initiés au Grade de Rose-Croix, le plus beau, le plus riche en enseignements de tous les Grades de la Maçonnerie Ecossaise du Rite Ancien et Accepté.

Cette mission c'est de semer dans tout l'univers, au prix des plus grands sacrifices, les idées de fraternité universelle et d'amour qui doivent rapprocher tous les hommes; ces idées nous les tenons de ceux qui nous les ont léguées et dont nous portons le nom.

Lorsqu'un bon laboureur veut obtenir une bonne récolte, il doit d'abord creuser un sillon correct dans son champ et pour cela il doit observer les règles traditionnelles de son art ; il en est de même pour le sillon maçonnique qui nous occupe pour le creuser correctement, il y a des règles traditionnelles que les Chev... Rose-Croix doivent observer et pour cela il faut d'abord bien les connaître.

Mon propos sera donc ce soir de vous entretenir du symbolisme du grade, mais l'examiner en totalité dépasserait le temps qui m'est imparti ; je me limiterai donc à l'examen du symbolisme de la Rose sur la Croix et de celui du Signe et du Contre-Signe.

Le symbolisme de la Rose sur la Croix a fait l'objet d'une étude des Chapitres en réponse à une question du Grand Collège des Rites et le rapport sur cette question a été développé par notre T... Ill... F... Corneloup en mars 1950; dans les conclusions de ce remarquable rapport, notre T... Ill... F... a écrit : "Un sujet comme celui-là n'est jamais épuisé, comme la vie nouvelle; il se renouvelle inlassablement."

Ne croyez pas toutefois, mes FF... Chev..., que j'ai la prétention de vouloir faire ce soir oeuvre de novateur. Je voudrais seulement et cela principalement pour ceux de nos FF... qui n'ont pas encore suffisamment étudié la question, apporter encore un peu plus de clarté, dans toutes les interprétations qui ont été données par de nombreux commentateurs, et les aider à mieux comprendre ce symbolisme qui, comme l'a précisé notre T... Ill... F... Corneloup dans son rapport, est un symbolisme naturaliste, solaire, Chrétien, chevaleresque, hermétique Rosicrucien et Maçonnique.

Voyons d'abord d'où nous est venu ce nom de Rose-Croix que nous portons.

Ce nom est apparu pour la première fois publiquement lorsqu'en 1614 et 1615, parurent deux petits ouvrages anonymes dont le titre était pour le premier "Fama Fraternitatis Rosæ Crucis" (manifeste de la Confrérie des Rose-Croix) et "Reipublicæ Christianopolitanæ Descriptio" (Description de la République Chrétienne Universelle).

Ces deux ouvrages ont été attribués par les historiens à un pasteur allemand Jean Valentin Andreæ.

Dans le manifeste de la Confrérie des Rose-Croix, l'auteur raconte les voyages légendaires et la mort d'un jeune Allemand Christian Rosen Kreuz qui, à l'âge de vingt ans, est allé en Orient pour y apprendre les sciences magiques et y recevoir les enseignements des Philosophes et des Cabalistes.

Il lui fut alors révélé qu'il devait prêcher la Réformation générale du monde quand il revint de ses voyages, il s'enferma dans une grotte où il mourut à l'âge de cent six ans. Quand ses disciples découvrirent son tombeau, outre son corps, ils trouvèrent un livre symbolique écrit sur parchemin et toutes sortes d'objets rituels, des miroirs de diverses vertus, des clochettes, des lampes allumées, etc.

Un autre ouvrage attribué à Andreæ, parut en Allemagne en 1619 sous le titre "Noces chimiques de Christian Rosenkreuz" qui, sous une forme allégorique, est un rituel d'alchimie et un rituel d'initiation des FF... Rose-Croix.

Aucun doute ne peut donc subsister dans nos esprits, Andrew était un adepte des idées alchimistes qui, depuis le XIIe siècle et même avant, s'étaient répandues en Europe.

Les plus célèbres parmi ces alchimistes furent Roger Bacon, qui vécut de 1214 à 1294, qui fit de nombreuses recherches expérimentales sur la transmutation des métaux et à qui on attribue l'invention de la poudre.

Jean de Meung et Guillaume de Lorris, auteurs du Roman de la Rose au XIIIe siècle, qui exaltaient sous une forme symbolique, le Grand oeuvre mystique; ils prétendaient avoir découvert la pierre philosophale; la Rose représentant à la fois la Grâce divine et la Pierre.

Nicolas Flamel, qui vécut de 1330 à 1418, établi à Paris comme écrivain public et libraire juré de l'université, qui prétendait avoir découvert le Grand oeuvre.

Basile Valentin, qui a vécu dans un couvent de Bénédictins à Erfurt vers 1413, ses manuscrits ne furent imprimés qu'en 1602 ; on y trouve la conception philosophique de l'Alchimie : "Sachez, disait-il, que les philosophes, par prévoyance, ont écrit diverses choses afin que les ignorants ne tendant qu'à l'or et à l'Argent, fussent abusés...

La Pierre philosophale c'est la Sagesse. Trouver la Pierre philosophale, c'est avoir résolu le problème fondamental, avoir trouvé le Secret de la Nature, grâce à une connaissance parfaite, acquise par l'illumination. Bref, si tu veux chercher notre pierre, sois sans péché, persévère dans la vertu, que ton esprit soit éclairé de l'Amour de la Lumière, et de la Vérité. Prends la résolution, après avoir acquis le don divin, que tu souhaites de tendre la main aux pauvres embourbés, d'aider et de relever ceux qui sont dans le malheur."

Ces citations dans le livre de Serge Hutin "Les Alchimistes", collection "Que Sais-je ?"

Enfin pour terminer cette rapide énumération des alchimistes célèbres avant Andreæ, je ne puis passer sous silence la figure de Paracelse, un Suisse qui, en 1526, avait obtenu une chaire à l'université de Bâle ; il était médecin, il étudiait toutes les forces mystérieuses qui agissaient dans la Nature et dans l'Homme; il distinguait le macrocosme, c'est-à-dire l'Univers, du microcosme, c'est-à-dire l'Homme. Ces deux termes étant identiques, l'homme reproduisant exactement ce qui se passe dans l'autre et la Vie de l'Etre humain étant inséparable de celle de l'Univers.

D'après lui, nous précise Serge Hutin, l'âme humaine a en elle toutes les sciences, mais à l'état latent : connaître c'est se reconnaître soi-même, retrouver en soi la science par le recueillement de l'âme qui se considère à la clarté de l'illumination divine; celui qui se connaît, connaît implicitement Dieu.

L'influence de la philosophie théosophique de Paracelse fut immense à cette époque, car il joignait à ses conceptions des applications pratiques pour soigner les malades.

Un de ses disciples Khunrath, médecin également mort en 1588, publiait un ouvrage intitulé "Amphitheatrum Sapientiæ Æternum", l'Amphithéâtre de la Sagesse éternelle, où il exposait que la Connaissance totale et universelle, la Pansophie, pouvait être atteinte par l'Illumination.

Andreæ connaissait donc toutes ces idées au moment où il fit connaître publiquement le nom de Rose-Croix, il faisait partie de ces Groupes de Rose-Croix qui, nous dit Bédarride dans son instruction du grade, ne formaient probablement pas une véritable association, mais un centre moral et intellectuel, dont se vantaient de faire partie, une bonne moitié des grands penseurs, des grands écrivains et des savants de cette époque; où chimie se confondait avec alchimie, science avec mystères de la Nature, philosophie avec Kabbale et Magie. Les uns sont catholiques mais sentent le fagot et paraissent mal disposés pour le Papisme, d'autres protestants mais assez peu orthodoxes, d'autres enfin aussi libres penseurs qu'on peut l'avouer à ce moment, pythagoriciens, païens, arabisants ou même judaïsants, sous un mince vernis chrétien, tous rêvant d'une religion universelle bienveillante, humanitaire, au fond de laquelle fleurira un mysticisme accessible à tous et où les dogmes ne seront plus que des symboles, l'Evangile que la plus belle des morales.

Un médecin anglais contemporain d'Andreæ, Robert Fludd, qui est mort en 1637, écrivait dans un livre intitulé "Summum Bonum" (le Bien Suprême), que les Rose-Croix étaient des adeptes invisibles au commun des mortels : ils allient la Connaissance Suprême à la Sainteté et sont doués de pouvoirs extraordinaires sur l'univers, ils constituent une sorte d'Eglise cachée, formés par les Grands Initiés et qui n a cessé de se manifester au Monde depuis les temps les plus anciens, que pour aider les hommes à atteindre le salut par l'initiation.

C'est Robert Fludd qui, dans son traité, a dit que la Rose-Croix c'est le symbole formé par une Rose Rouge fixée au Centre d'une croix elle-même rouge, car elle a été éclaboussée par le sang mystique et divin du Christ : ce symbole arboré par les chevaliers chrétiens du temps des Croisades, a une double signification : la Croix représente la sagesse du Sauveur, la Connaissance parfaite, la Rose est le symbole de la Purification, de l'ascétisme qui détruit les désirs charnels, le signe également du Grand Oeuvre alchimique, c'est-à-dire la purification de toute souillure, l'achèvement et la Perfection du Magister.

Ce symbole peut donc être interprété comme chrétien pour les uns, alchimique et hermétique pour les autres. Car on peut y retrouver la cosmogonie hermétique, la Croix, emblème masculin, symbolisant la divine énergie Créatrice qui a fécondé la matrice obscure de la substance primordiale symbolisée par la Rose, emblème féminin, et a fait passer l'univers à l'existence.

Comment ce symbole est-il arrivé dans la Maçonnerie ?

Il est aujourd'hui généralement admis que la plupart de ces penseurs aux idées généreuses, dont je viens de vous parler, sont entrés dans les loges spéculatives qui se formaient et y ont introduit leurs idées théosophiques, hermétiques, alchimiques et rosicruciennes.

Nous en avons un exemple en la personne de ce grand physicien et collectionneur Elias Ashmole, qui a vécu de 1617 à 1692, qui a écrit ses mémoires conservées au Museum Ashmolean, à Oxford. Il a écrit qu'il avait été initié dans une loge anglaise le 16 octobre 1646. Or Ashmole était un disciple de Robert Fludd, il a écrit plusieurs ouvrages d'alchimie. Nous savons aussi qu'il s'était lié en Loge avec un certain nombre de savants et de théologiens, les frères Thomas et George Warton, l'astrologue Lily, avec lesquels il organisa une société ayant pour but de bâtir la maison de Salomon, temple idéal des Sciences, société pour laquelle il obtint l'autorisation de se réunir dans le local des Maçons.

Par conséquent, lorsque la Maçonnerie écossaise fut créée au XVIIe siècle, ses fondateurs avaient toutes les données pour y introduire le symbolisme de la Rose-Croix tel qu'il était défini par les rosicruciens, alchimistes.

Ce symbolisme pouvait satisfaire aussi bien les chrétiens que les adeptes de l'Hermétisme ou de l'Alchimie.

Aussi c'est à juste titre que le titulus fiché en travers de la Croix, I. N. R. I., que nous considérons dans notre symbolisme comme la Parole perdue, peut être interprété comme Jesus Nazaréen Roi des Juifs ou comme les initiales des mots : IGNE. NATURA. RENOVATUR. lNTEGRA., c'est par le Feu que la Nature entière se renouvelle, allusion symbolique à la Force du Tout Puissant le Soleil, créateur et dispensateur de la Vie, ou à la transmutation des Métaux par le Feu, enseignée par les Alchimistes. Examinons maintenant le symbole du Signe et du Contre Signe; symbole qui nous vient de la Doctrine Hermétique.

Les Grecs avaient divinisé le Dieu égyptien Thot, sous le nom d'Hermès, Hermès Trismégiste Trois Fois Grand, ce Dieu passait pour l'inventeur des Sciences et des Arts.

C'est ce Dieu qui donna son nom à l'Art hermétique, l'art des Alchimistes.

Guenon nous dit qu'il était la représentation même de l'antique sacerdoce égyptien, ou plutôt du principe d'inspiration supra-humain dont celui-ci tenait son autorité et au nom duquel, il formulait et communiquait la connaissance initiatique.

C'est au XIIe siècle que parurent de nombreux ouvrages attribués à Hermès.

Le plus connu c'est la Table d'Emeraude en latin "Tabula Smaragdina" qui nous intéresse particulièrement puisque notre Signe et notre Contre Signe sont extraits de cette table d'Emeraude dont voici la traduction intégrale qui se trouve dans l'ouvrage de Serge Hutin, déjà cité.

"Il est vrai sans mensonge, certain et très véritable :

"Ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut et ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas, pour accomplir les miracles d'une seule chose.

"Et de même que toutes choses ont été et sont venues d'Un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique par adaptation.

"Le Soleil en est le père, la Lune en est la mère. Le vent l'a porté dans son ventre, la terre est sa nourrice. La perfection de tout le monde est ici. Sa puissance est sans bornes sur la terre.

"Tu sépareras la Terre du Feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande Industrie.

"Il monte de la Terre vers le Ciel et redescend aussitôt sur la Terre et il recueille la force des Choses supérieures et inférieures. Tu auras ainsi toute la gloire du monde et c'est pourquoi toute obscurité s'éloignera de toi.

"C'est la force forte de toute force car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide.

"Ainsi le monde a été créé. Voici la source d'admirables adaptations indiquées ici.

"C'est pourquoi j'ai été appelé HERMS TRISMEGISTE ayant les Trois parties de la Philosophie Universelle."

Ce que j'ai dit de l'opération SOLEIL est complet.

Ce texte semble être la traduction d'un texte arabe, qui aurait traduit un texte grec très ancien ; la légende indique que ce texte était gravé sur une émeraude, que l'on a trouvée dans le tombeau d'Hermès, d'où son nom de Table d'Emeraude.

Dans ce texte qui semble un peu bizarre, il est facile d'y retrouver la plus grande partie de la doctrine solaire et alchimique, ainsi que la doctrine de l'Unité cosmique et celle de l'Analogie et des Correspondances entre toutes les parties de la Création, comme entre la Création et le Grand oeuvre Alchimique.

En effet, dans toute la philosophie hermétique qui a été développée au Moyen Age se reflétait certaines idées dés philosophes de l'antiquité; idées reprises dans les traités de Bazile Valentin, de Paracelse, de Robert Fludd et d'Andreæ.

C'étaient la théorie solaire, l'unité cosmique, le dualisme sexuel, et les Trois Mondes.

La théorie Solaire; nous la retrouvons dans le symbole de la Rose sur la Croix. Le Soleil anime le Monde et l'Homme, dans le cosmos. Le centre de l'Energie c'est le Soleil.

Notez que cette théorie solaire si elle est aujourd'hui dépassée n'est pas si naïve qu'elle le paraît actuellement, étant donné nos connaissances, car elle était basée sur l'observation des effets du soleil sur la vie des hommes à cette époque. Il est certain que notre vie est suspendue à l'activité du soleil l'énergie qu'il nous envoie sous forme de radiations est énorme et il a été calculé que chaque année le soleil perd un peu de son poids, et que dans un milliard d'années, sa masse étant réduite, nous serions plus éloignés de lui et que sur la terre la température serait réduite de près de 30 degrés; les conséquences seraient donc assez désastreuses pour la vie des hommes.

Le dualisme sexuel que nous retrouvons également dans le symbole de la Rose sur la Croix, est constaté par toutes les oppositions, toutes les sympathies et antipathies que l'on retrouve dans le monde; ces oppositions proviennent de l'opposition entre le principe masculin et le principe féminin.

La théorie des Trois Mondes est expliquée par Robert Fludd. Il y a trois mondes, Dieu, la Nature et l'Homme : l'homme appelé microcosme, offre en abrégé toutes les parties de l'univers, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.

La théorie de l'Unité cosmique se retrouve aussi dans la théorie de l'Unité de la Matière.

La matière en se dissociant peut prendre diverses formes et sous ces formes nouvelles se combiner elle-même et produire de nouveaux corps en nombre infini.

C'est ainsi que les alchimistes ont de tout temps travaillé à la transmutation des métaux pour arriver à la production de l'or.

La première étape était la fabrication de la Pierre philosophale au moyen de laquelle on pouvait faire des miracles, rendre l'homme invisible, guérir toutes les maladies.

Retenons seulement de cette transmutation des métaux, quelques descriptions alchimiques la Pierre blanche convenablement chauffée devient rouge, rouge comme nos cordons, rouge comme le phoenix qui renaît de ses cendres.

Mais je dois arriver au terme de mon propos et revenir à notre signe et à notre contresigne.

Quand nous faisons ce geste au début et à la fin de nos travaux il ne peut s'agir d'un geste banal qui semble relier le ciel à la terre en invoquant une divinité quelconque, il s'agit du geste défini dans la Table d'Emeraude, geste qui nous rappelle l'Unité Cosmique et l'Unité de la Matière.

Nos savants actuels, ne sont-ils pas d'ailleurs les continuateurs des alchimistes anciens, quand ils arrivent à transformer la matière non plus par le feu, mais en la bombardant avec des neutrons ; c'est en bombardant avec des neutrons, l'uranium 235, qu'on arrive à le dissocier pour fabriquer la bombe atomique.

Cette unité de la matière, cette unité cosmique a été clairement définie par notre T... Ill... F... Corneloup dans son livre d'"Alpha à Omega", au chapitre : les Trois colonnes, Unité, Continuité, Architecture.

"La première Colonne, c'est l'unité, c'est la base même du monisme; c'est l'affirmation que la totalité des parties diverses qui constituent l'univers sont toutes intégralement issues d'un élément unique selon les conditions de ses manifestations, il sera matière ; énergie, chaleur, électricité, lumière ; pensée sans exclure la possibilité d'autres formes que nous ne pouvons connaître faute de moyens de perception directe par notre organisme, ou indirecte à l'aide d'instruments que nous avons inventés."

Quand notre T... Ill... F... Viaud nous a rappelé dans son discours de clôture de septembre 1961, les théories sur la lumière, théories ondulatoires et théories granulatoires, n'a-t-il pas terminé en disant "matière et lumière apparaissent aujourd'hui comme plus semblables dans leur structure qu'on ne pensait autrefois par là notre conception de la nature se trouve embellie et simplifiée".

Vous voyez, mes FF... Chev... que les progrès de la science nous rapprochent singulièrement des théories anciennes que la tradition nous a léguées, par le symbolisme que nous pratiquons.

Je veux espérer que cette rapide incursion dans le domaine de l'alchimie et dans le domaine historique de notre grade, incitera certains de nos FF... à lire les nombreux ouvrages qui ont été écrits sur cette question, pour encore l'approfondir, à mieux en comprendre le sens initiatique, et ainsi à l'aimer encore davantage.

 

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Publié le 2 Octobre 2026 par T.D

 

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18ème GRADE - CHEVALIER ROSE CROIX.

Publié le 2 Octobre 2026 par T.D

La mutation qui s'opère symboliquement par le passage du 17ème au 18ème grade est de celles que les esprits modernes comprennent le moins, aveuglés qu'ils sont par la confusion établie entre foi et croyance.

Historiquement, il y a passage du Judaïsme au christianisme. Mais cela c'est le film tel que le présentent les raccourcis des résumés didactiques. En fait, le Judaïsme n'a pas cessé de mûrir, et le christianisme de s'élaborer.

Si nous demeurons sur le terrain de l'histoire, nous nous trouvons devant la nécessité d'admettre le christianisme comme un produit de civilisation, et renier ses apports serait renier ce que l'on est soi même.

Notre culture est un témoignage, ce n'est pas l'aboutissement, mais du moins est-ce un jalon sur le cours d'une évolution repérable.

Je suis toujours surpris que les francs-maçons négligent la richesse des spiritualités du Moyen Age, obnubilés qu'ils sont par le procès fait à un prétendu obscurantisme. Il n'y a d'obscurantisme que dans l'attitude de ceux qui supposent qu'étant venus après, ils sont au-dessus des grands esprits du passé.

Il faut régler définitivement cette dette: nous avons beaucoup à apprendre des grands esprits qui nous ont précédés. Nous avons même tout à apprendre, si nous prenons à la lettre le propos du grade de 18e. En recherchant la Parole perdue, nous entendons retrouver la Vérité ou la Sagesse que nos ancêtres avaient possédée.

Nous sommes là dans le cadre des mythologies : I'âge d'or, ou l'arrivée du Messie ont constitué les deux pôles de référence des croyances collectives.

De nos jours, comme de tout temps, les uns ont prôné les mœurs d'autrefois, les autres ont projeté leur espérance dans l'Ordre qui s'établirait demain par l'effort de tous ou par celui des savants ou par celui des sages.

Or, si le franc-maçon ne sait pas que ce qui est figuré comme une fresque objective est en fait un itinéraire intérieur, il n'est pas à même de comprendre le sens de sa vocation

Ce qui se passe au niveau des idées et des croyances partagées par les diverses communautés, c'est la nécessaire alliance autour d'un certain nombre de ces croyances et de ces idées, et le rejet des autres. Le franc-maçon s'élève au-dessus de toutes.

Concernant le 18ème Grade, il y a deux hypothèques à lever. Du fait que ce grade est pratiqué réellement, et que les symboles qui y sont présentés peuvent être considérés comme chrétiens, des réactions se manifestent selon deux directions.

Les premières actuellement, et les plus nombreuses viennent des maçons formés à l'école de l'anticléricalisme militant, et qui ont en raison des nécessités politiques et de la judicieuse libération de l'Etat de l'influence cléricale, adopté une attitude hostile à l'égard de ce qui touche de près ou de loin à la religion.

Les secondes sont inspirées à des croyants qui considèrent les allusions et les figurations se référant au christianisme comme des démarquages irrespectueux, et des pratiques caricaturales.

On peut comprendre les protestations de ceux qui croient retrouver dans la maçonnerie une sorte de religion parallèle, et donc rivale de leur propre église. Mais après tout, c'est une attitude parfaitement normale puisqu'elle ne se situe nullement au niveau de l'initiation maçonnique. Les rappels de l'influence et de la pensée symbolique chrétienne ne peuvent inspirer que du respect à ceux qui considèrent l'évolution humaine. Ceux qui sont demeurés étroitement conditionnés par leur formation religieuse s'affranchissent difficilement d'une réaction négative devant la profanation dont ils supposent que leurs symboles sont l'objet.

Les anticléricaux risquent eux de tomber dans une autre voie, qui est celle d'un cléricalisme renversé. Les chrétiens ont été porteurs d'une large culture, d'ailleurs inspirée de plus d'une civilisation. Ne pas tenter de comprendre en quoi le christianisme a apporté aux hommes une vision originale de la relation humaine c'est se priver d'une ressource intellectuelle et morale.

Les chrétiens d'ailleurs confondent trop souvent la Franc-Maçonnerie avec une dépendance de l'Église. Les anticléricaux ne voient pas que l'alliance maçonnique se situe au-delà des formes religieuses acceptées ou pratiquées. Les uns et les autres ne sont pas à même de suivre les observations des maçons spéculatifs qui ont rédigé la première charte maçonnique, et ne perçoivent pas l'esprit libéral qui doit inspirer le comportement des maçons à l'égard des religions.

Ils ne savent pas distinguer entre le cléricalisme qui naît de toute idéologie sans critique et la fraternité humaine, qui reconnaît en chaque homme une conscience libre.

Le Grade de Rose Croix devrait être considéré, pour être bien compris, au moins selon deux perspectives. Il est en effet d'une part une étape sur la voie initiatique que la tradition rappelle sous diverses formes, selon les lieux et les temps. Il est, d'autre part, la manifestation symbolique d'un moment particulier de l'équilibre spirituel des individus et des sociétés.

Sous son premier aspect en effet, il est le rappel de la prise en compte par l'Occident d'une conception monothéiste Judaïque et des apports grecs qui lui ont donné certains de ses caractères.

Sous son deuxième aspect, il est le passage de la volonté active et triomphante, à l'action désintéressée et au sacrifice.

Tant que l'on croit à une doctrine, on est lié d'une certaine façon à des facteurs extérieurs à soi. Le renouvellement de la personnalité, l'accès à la pure conscience de l'être, la mutation qui doit s'opérer, sur la voie de la libération afin que nous puissions parvenir jusqu'à la pure disponibilité ne peuvent s'effectuer que par le dépouillement progressif ou soudain, que par le renoncement de fait et de volonté et par l'acceptation de la condition humaine en toute sérénité.

Mais la plupart de nos actes demeurent orientés vers des objectifs dont la réalisation nous paraît nécessaire dans la mesure où elle est effective. Nous ne sommes pas prêts à agir sans nous soucier du succès, tout en apportant à nos actes la plénitude de notre attention, de notre volonté de réussite, et de notre conviction. Nous ne savons pas nous détacher des fruits de nos actes comme le souligne la BAHAGAVAT GITA. Ou plutôt, nous ne savons pas que ce qui résulte de nos actions est rarement ce que nous avons voulu, mais que le fait de vouloir et d'agir dans le sens que nous croyons le plus juste, le meilleur, et le plus efficace suffit à nous justifier.

Et devant ces deux difficultés, nous prenons la mesure du sacrifice qui doit être le nôtre.

Il n'y a aucune doctrine, aucune théorie politique, aucune religion, qui puisse éternellement définir les relations de l'homme avec ses semblables ou le situer par rapport à sa destinée cosmique. Cela n'empêche pas qu'il doive pour être, agir, croire et méditer. Cela signifie seulement la nécessité pour lui de tenir toute situation pour relative et la condition humaine comme éminemment transitoire. C'est en fait le passage obligé du matériel au spirituel.

Comme degré sur l'échelle initiatique, le Grade de Rose Croix se situe au moment crucial où l'être humain, en possession de ce qu'il considère comme des aptitudes, des connaissances, tant dans l'Ordre matériel, moral que spirituel, en somme, au moment où il est conscient de sa valeur et de son rôle se trouve soudain confronté aux assauts des forces réelles qui se manifestent dans l'univers.

Nous croyons bien nous connaître, nous portons sur nous et sur nos semblables des jugements assurés, nous avons le sentiment de ce qui est bien et de ce qui est mal, nous avons acquis la maîtrise d'un certain nombre de techniques, nous avons même la conviction de percevoir le but légitime de nos travaux, il ne nous reste qu'à aller de l'avant, et à témoigner par notre courage et notre valeur de la justesse de notre jugement.

C'est alors que nous découvrons le préalable à toute entreprise. Comment et par quoi se justifie notre action ? Comment pouvons nous être assuré de la légitimité de notre intervention dans l'ordre du monde, comment avoir la certitude que les souffrances que nous ferons endurer et que les efforts que nous nous imposerons iront dans le sens que nous souhaitons, et comment être sûr que ce sens est le bon ?

Avons-nous une raison d'agir qui soit acceptable non seulement pour l'individu que nous sommes, mais pour le groupe, mais pour l'humanité. Bref, sur la totalité des plans de l'existence.

Est-ce que nous avons le droit de créer, de troubler en quelque sorte l'ordonnance des choses. Pouvons-nous nous croire à l'origine de quelque chose de nouveau et de nécessaire. Savons-nous si nous servons la vérité ?

En fait, cette réaction critique est générale. En simplifiant, on peut donner de tout développement organique et spirituel le schéma suivant une période d'acquisition (croissance, conquête, enrichissement matériel ou intellectuel), une période d'opposition et de refus ou plus exactement de reflux (analyse empirique et objectivation brutale des modalités de la réaction, prise en main laborieuse, et réfléchie des outils et des moyens, confrontation des points de vues, rejet du superflu), enfin une période d'harmonisation, d'organisation, d'épanouissement et d'équilibre, qui est une maturation.

Mais entre la période d'acquisition et la période de maturation qui se succèdent dans un cycle continu, se place une période trouble, obscure et mystérieuse qui est celle de la gestation, et celle du dépassement. C'est à ce point que se réfère le 18ème Grade.

Le Grade de Rose Croix présente dans son unité, une figuration des trois moments de l'existence, en même temps que les moments obscurs des périodes de transition. Mais cette unité n'est pas perçue dans l'initiation pratiquée habituellement parce que les communications des grades précédents sont opérées en même temps que la cérémonie d'élévation au 18°.

C'est un défaut que l'on peut corriger dès que les maçons travaillent en atelier de Perfection ou si l'atelier capitulaire prend le temps de consacrer à l'étude du grade une séance entière à chaque séance d'élévation. D'ailleurs, la cène qui clôture la tenue devrait inciter à donner à la réception des nouveaux chevaliers toute la solennité convenable.

Il faut considérer que par sa situation dans l'échelle initiatique ce grade est celui de l'opposition ou du refus plus exactement celui du combat, le Grade où le chevalier tente à la fois d'accomplir sa mission et de parfaire sa vocation au sacrifice.

C'est également le moment où l'on doit distinguer le caractère propre de l'initiation maçonnique. Elle ne conduit pas à l'illumination mystique. L'initié ne subit pas, il ne reçoit pas de l'extérieur un quelconque conditionnement qui le ravisse ou le plonge dans un univers religieux. Il est seulement mis en face de la nécessité de l'effort, de la purification par la lutte et par la souffrance, de l'intelligence et de l'amour indispensable à toute existence.

Il n'y a pas un Dieu qui tout à coup s'empare de l'âme du néophyte ou un démon qui l'enlève. Dans une confrontation dialectique de l'être et du monde, de la pensée et de l'action, de l'outil (de l'arme) et de l'idée, une maturation affective et spirituelle s'opère qui conduit non à la possession, non à la domination, mais à la maîtrise et à la libération.

Le chevalier se conquiert en même temps qu'il se libère de sa tâche, l'univers se révèle à lui, en même temps qu'il le parcourt à la recherche de sa vérité.

Ces voies, qui ici se croisent, sont celle de l'acceptation et celle de l'action. Et elles se conjuguent dans la Voie du mi

Possession, ravissement, maîtrise et compréhension s'accomplissent alors dans l'harmonie totale de l'être et du monde, dans l'amour et la vie

Toutefois, dans la mesure où nous ne sommes pour la plupart que des novices, des apprentis, des débutants, il est vain d'espérer un aboutissement avant d'avoir reconnu les étapes. Il y a entre la voie mystique, la voie héroïque et la voie du milieu des écarts tels que l'on peut considérer les cheminements les uns par rapports aux autres pour les comprendre mieux.

Le caractère en quelque sorte positif de l'initiation maçonnique, cet aspect constructif qu'elle prend dès l'origine, nous conduit à situer le Grade de Rose Croix au cœur du drame vécu par le néophyte.

Comment être puisque tout est instable, fugitif, périssable ? Comment et pourquoi lutter puisque aucun triomphe n'est durable et que les édifices ou les entreprises les plus solides sont vouées à la destruction ?

Il y a là une occasion de découvrir le sens profond du sacrifice.

Entendons qu'à partir du moment où l'on combat pour sa cause, c'est que l'on est prêt à tout perdre pour son triomphe. Mais encore, qu'on est prêt à l'échec même, sans pour autant renoncer au combat. On est amené à considérer l'engagement que l'on a pris, en faveur de la cause que l'on défend, comme une valeur supérieure à la cause elle-même.

Que tout ce que nous sacrifions, que tout ce que nous dévouons, ce n'est pas à la cause en soi que nous le sacrifions ou que nous le dévouons, mais à l'idée que nous avons de la justice et de la vérité, qui nous ont fait accepter la défense de cette cause.

Nous ne luttons en fait que pour le devoir assumé en conscience. Nous acceptons d'être vaincu, mais nous n'acceptons pas de compromis avec notre conscience. Ce que l'on a cru vrai, et juste, seule notre conscience peut nous en délivrer par une perception plus juste et plus vraie du devoir.

L'action en elle-même est aveugle. Elle est moyen. La résignation, I'acceptation, la contemplation même, ne nous conduisent à aucune des réalisations nécessaires à la vie. Elles permettent l'accomplissement mystique, mais non l'affrontement des réalités.

La voie du milieu tient de l'une et de l'autre en ce sens qu'elle tente leur conciliation par l'usage qu'elle fait de l'action et de la méditation en fonction de la nécessité

Cela ne va pas sans conflit. Et c'est précisément ce conflit, et le rouge, et le feu, et l'épée en sont les symboles parlants c'est précisément ce conflit que la Rose Croix essaie de résoudre.

Il y a là une rencontre où toutes les possibilités se trouvent rassemblées. L'héroïsme du combattant, le dépouillement et le sacrifice du vaincu, la prudence, la persévérance, l'espérance et la détermination du sage dans la voie que sa conscience lui dicte.

Mais la rencontre n'est jamais qu'un moment. A partir de celui où la Rose et la Croix se trouvent réunies, les divergences recommencent. La séparation douloureuse et inévitable entre le mystique et le réaliste, d'une part, entre le héros et le saint, d'autre part (la voie moyenne étant celle où le sage et le réaliste essaient de composer avec la foi une personnalité viable), cette séparation devient le moyen même de la poursuite dans l'une ou l'autre des directions de la quête.

Evidemment, le sectarisme et l'incompréhension ont déformé les intentions et travesti le vocabulaire. Sans doute, du ternaire, nous privilégions le terme médian essayant de dépasser les deux extrêmes sans prétendre d'ailleurs jamais y parvenir avec certitude. Mais, c'est que les deux options extrêmes se prêtent à cette opération. L'une et l'autre en effet impliquent l'oubli de soi, I'abnégation, I'abandon des biens de ce monde, le sacrifice de la vie, la retenue, le dépouillement, I'attente, le refus.

L'option intermédiaire, elle, s'accompagne de doute et d'insatisfaction.

Parce qu'ils affrontent des forces qui les dépassent, parce qu'ils essayent d'affirmer la présence de l'homme dans le concert des puissances, les uns sont déchirés et mis sur la croix. Parce qu'ils aspirent à toujours plus de clarté, à toujours plus de pureté et de liberté, les autres perdent jusqu'au plus précieux de l'être, comme une rose qui s'effeuille.

Le saint est un défi comme l'est le héros. Et le monde vit de ce défi au double et impossible sens dans le quotidien dominé et accompli en perspective.

Le Grade de Rose Croix, à la fois mystique et actif, confrontant l'initié avec le mystère, I'inconnu, I'inconnaissable, en même temps qu'il se donne à l'action, au combat et qu'il travaille à l'impossible victoire est le grade crucial par excellence. Il engage à la recherche de ce qui nous dépasse dans le monde matériel et spirituel et nous oppose à ce qui se manifeste. C'est la quête d'une parole qui répondrait à nos questions. C'est l'épreuve, comme moyen, de la vérité.

Chacun en effet doit connaître les affrontements et la lutte, faire les choix, prendre les décisions, s'en fortifier même, afin de donner la mesure de lui-même, sans autre certitude sinon que la seule vertu est dans le don de soi. Qui est l'amour de tout au monde.

Le Grade de Rose Croix nous fait toucher à la fois les limites du rationnel et l'infini de l'irrationnel.

Quand je dis qu'il nous fait toucher, c'est évidemment une image. En réalité cette figuration répond aux antinomies de la raison pure et au problème du mal sur le plan mystique, et d'une façon plus générale à toutes les manifestations de la complémentarité des contraires, de la conjonction des opposés, et aux renversements des valeurs.

Ni les unes ni les autres n'ont de solution sinon que le monde existe et les porte en lui. Elles sont le caractère spécifique de la vie.

On comprend qu'on ait pu dire des savants à la fois mystiques et rationalistes des 17ème et 18ème siècles qu'ils tenaient à la tradition rosicrucienne de bien des façons. Hegel exprimait cette ambiguïté symbolique de la manière suivante « Reconnaître la raison comme la rose dans la croix de la souffrance présente, et se réjouir d'elle, c'est la vision médiatrice qui réconcilie avec la réalité, c'est elle, que procure la philosophie de ceux qui ont senti la nécessite intérieure de concevoir et de conserver la liberté subjective dans ce qui est substantiel, et de ne pas laisser la liberté subjective dans le contingent et le particulier-, de la mettre dans ce qui est en soi et pour soi. »

Hegel exprime là le souci de donner à notre existence non seulement une signification, mais une efficacité. La raison est en l'homme et dans les choses, comme la liberté. Mais la douleur est le prix dont nous payons notre volonté d'être de ce monde.

Acceptation de la condition humaine dans sa dualité dialectique, confirmée par les symboles dont se soutient l'initiation au grade de Rose Croix, voilà ce qui est le propos du chevalier.

Les voyages manifestent à la fois les impératifs de l'espace et ceux de la durée, sans lesquels les contradictions ne sont jamais résolues. Ces voyages sont le préalable au progrès, car, dans une certaine mesure, ils sont le progrès même. Le cheminement nécessaire à toute action comme à toute réflexion.

Dans le cas particulier de ce grade, le propos de la quête, cette parole perdue, fait problème. Y a-t-il eu une Parole? Les hommes savaient-ils dans l'Etat d'innocence ?

Au commencement était l'Esprit, au commencement était le Verbe, au commencement était l'action ! Mais pourquoi pas Au commencement était la fin ? Les cycles, et le symbole du Serpent OROBOUROS nous inspirent sans doute cette notion difficile : il n'y a pas de commencement.

Alors la Parole ? Le chef, celui qui sait ou celui qui ordonne la connaît-il ? Ont-ils « le mot de la Fin ! »

Le chef n'est la plupart du temps qu'un « interprète. » Il n'est pas la Vérité, ni la Loi. Sans la parole au sens le plus large, tout moyen de communiquer, du geste à la législation, de l'éducation à l'imitation, sans la parole le chef n'a plus qu'une légitimité relative, une autorité douteuse, mais les hommes n'ont plus de but, et le combat n'a plus de sens.

La recherche est-elle assurée ?

Le Lama de KIM l'atteste : la recherche est sûre. Comment saurions nous cependant ce que nous cherchons si nous ne savions pas que ce que nous cherchons existe ?

Oui, mais cette parole qui donne sens à l'action, qui permet l'association des hommes en communautés, qui fonde l'autorité et la légitime, parce qu'elle est à la fois le moyen et l'expression de l'intelligence: cette parole, est-elle perdue, et par qui, et pourquoi ?

HIRAM a gardé le secret. Malgré lui sans doute. Ce que cherchaient les compagnons ce n'était pas la Parole, c'était le mot de passe, le Truc qui assurait le commandement : bref, ils voulaient le pouvoir non la Connaissance. Combien sont-ils qui n'aspirent qu'aux signes ?

Il y avait bien là quelque pressentiment du secret véritable, mais tel qu'il transparaît, dégradé, et avili, aux yeux des profanes.

Seulement, en tuant le maître, les compagnons ont occulté la transmission du Vrai savoir. Ils ont interrompu la tradition de l'Art Royal.

Et seules l'étude, la méditation et l'intelligence des choses permettent d'en reconstituer des aspects et d'en composer certains éléments.

La marche mesurée et prudente des générations, les efforts des travailleurs, des chercheurs et des sages ont été interrompus par la violence. La source de l'autorité, les facteurs de l'Ordre, les moyens de la liberté, la voix de la sagesse ont été étouffés et détruits.

D'autres figurations évoquent pareille occultation. Le dragon qui garde l'entrée du Sanctuaire, le labyrinthe qui rend infructueuse la possible découverte, mais aussi cette Tour de Babel qui demeure dressée comme une énigme au seuil de l'histoire.

Quel est l'obstacle que les hommes ont à surmonter pour comprendre et pour se comprendre ? Suffirait-il de parler la même langue pour former une communauté ? Ne reposent-elles pas, les communautés que nous connaissons, sur de tels malentendus qu'il est parfois difficile de prétendre que le langage suffit. D'ailleurs, peut-on croire que le langage est inspiré seulement par la volonté de chacun d'être compris de tous ? N'y a-t-il pas dans la recherche du langage, une volonté d'occulter la relation générale au bénéfice d'une relation particulière ?

Les différentes interprétations possibles du sigle I.N.R.I. sont d'ailleurs le symbole de la multivalence des paroles. Et de la dissimulation des choses par les mots ?

Certes, la puissance du mot, du maître mot est reconnue. Nous retrouvons dans ce symbolisme la notion primitive selon laquelle donner un nom, nommer, c'est révéler, c'est faire accéder à l'existence. Une grande part de la signification du baptême provient de cette conception.

Elle est d'ailleurs hautement fondée, ne serait-ce que par le fait que les dénombrements n'ont de sens que s'il y a eu identification, par un nom, isolé, défini, limité à l'objet dénombré. L'analyse n'est pas possible sans le mot, pour celui qui ne dispose que du langage courant.

La parole perdue c'est le « SESAME » qui est la clé, qui représente I'espérance, et qui ouvre les portes de la connaissance.

Il est significatif toutefois que cette parole, dans le mimodrame de la cérémonie, et au cours de chaque tenue Chapitrale, soit retrouvée.

Est-ce à dire que le Rose Croix considère la recherche comme un jeu convenu, dans le genre de ceux que l'on se propose à titre de divertissements et dont on connaît la solution à l'avance ?

Il y aurait là une puérilité hors de propos ou une suffisance étrange, car la nécessité de recommencer confinerait au ridicule, et l'effort d'intercommunication, à une impuissance radicalement reconnue.

En fait, comme le disent les vieux rituels, c'est la parole substituée que nous valorisons, en la prenant pour la parole suprême.

Nous avons trouvé un moyen qui vaut ce qu'il vaut de poursuivre l'œuvre. Et nous verrons bien où nous sommes conduits.

u'un moyen, et provisoire. Dans l'initiation maçonnique la parole trouvée est celle d'un moment de l'histoire de l'humanité en route vers l'unité et l'amour. Mais dans quelle mesure peut-on assurer que cet objectif est l'objectif absolu, celui vers lequel tendent les forces de la Vie ou celles de la Nature, ou celles de l'Univers. Si le monde se perpétue par l'amour, il se fortifie par la lutte. Le signe chrétien est-il le symbole même de la Vérité ou seulement celui de la Foi ?

Alors, pourquoi dans l'initiation maçonnique ces quatre lettres: I.N.R.I. et non pas d'autres ?

C'est que nous avons là l'évocation d'un grand moment. Non pas celui de la crucifixion, mais celui de la chrétienté.

Le christianisme a représenté un espoir de dépasser par une transposition dans l'abstrait, et dans l'imaginaire, les rapports entre les hommes ceux que nous définissons par les termes d'esclavage, et de dignité.

Que les conditions économiques aient permis l'ascension du travailleur à une condition plus libre ne suffirait pas. Il fallait encore que fussent reconnue la qualité d'homme et le caractère sacré de la personne. Cela n'est pas encore entièrement admis à ce jour.

Aussi, peut-on dire que le christianisme, sans y avoir complètement réussi, a au moins servi de véhicule à cette idée: la reconnaissance de l'autre.

Mais demeure ouverte la plaie que constituent le mal et la souffrance. Le christianisme n'a pas répondu. L'homme souffre, ce monde est une vallée de larmes, il faut nous résigner, accepter la douleur comme le lot réservé à l'humanité. Le salut n'est possible qu'au delà de la vie terrestre. Mais cette souffrance vient de dieu. Il faut donc l'aimer.

Sans doute est-ce là une attitude moins dure que celle du stoïcisme qui l'a précédée. Le stoïcien récuse toute espérance. Le chrétien voit une rémission et une rédemption. Mais cette réponse est assez décevante du point de vue logique. Que savons-nous de l'au-delà? Par contre, il est sur terre des résurrections, et des rémissions dont nous pouvons toujours prendre conscience si notre volonté n'abdique pas.

Comment en effet souffrir, comment aimer celui par qui l'on souffre, comment le remercier de la douleur qu'il nous envoie, ce Dieu tout amour ? Peut-être faut-il simplement avoir la force de dominer le mal et de recommencer. C'est la détermination constructive.

La réponse de la tradition est plus ancienne que la réponse du christianisme, et elle tient toute dans la certitude que l'on doit passer par le feu pour retrouver la vie. C'est dans le combat et l'épreuve que les forces se régénèrent. L'épreuve suprême, le dépouillement total symbolisé par la Rose, et repris par l'image du Pélican, apporte l'indication selon laquelle il ne faut voir dans la souffrance qu'un passage-ce que n'a fait qu'entrevoir le christianisme un passage vers ce qui est ce monde, et non au delà de lui, un passage vers notre rédemption ici bas.

L'épreuve n'est pas châtiment, mais défi, elle est souffrance, certes, mais exaltation et délivrance. L'homme doit dépasser sa peur, son mal, ses faiblesses.

C'est parce que l'épreuve la plus dure est celle qui nous grandit le plus que tout en ce monde a une double signification, un double visage, une double vertu. C'est dans le combat que l'on trouve la paix.

Par ailleurs, tout a été dit sur la Croix, tant du point de vue mystique que du point de vue rationnel. Perpendiculaire, infinis du temps et de l'espace, du haut et du bas, de l'orient et de l'occident, écartèlement de l'homme aux quatre pôles de la réalité devant les mystères etc...

Peut-être faut-il opposer sa couleur noire au rouge de la Rose. Cette opposition soulignerait le double caractère du symbole, divin et humain. Entendons, de ce qui nous dépasse et de ce qui nous touche.

Peut-être au contraire faudrait-il opposer les angles de la croix aux courbes de la Rose ? Comme la rigueur à la souplesse, la justice à l'équité, la logique à l'intuition ?

Quant à la Rose, elle porte avec elle en dehors de sa valeur mystique tout le cortège de souvenirs des Romans de la Rose, de la Guerre des Deux Roses. Elle transpose sur le plan esthétique le chardon de Durer, I'oignon dont Gœthe reprend la valeur symbolique dans le Serpent Vert.

La Rose est essentiellement la beauté qui s'évanouit, la grâce qui se dissipe. Comme l'oignon, qui se défait par écailles successives, la rose fait songer à la précieuse pierre cachée sous des feuilles d'emballages, que l'on enlève une à une, au cœur si bien protégé par des enveloppes multiples, bref à la nécessité pour atteindre au trésor de dépouiller peu à peu les apparences protectrices.

La question demeure de savoir si l'important est dans ce que l'on trouve ou bien dans l'acceptation religieuse du néant que l'on découvre enfin. La grande loi étant que nous sommes de toute façon condamnés à tout perdre pour découvrir l'essentiel.

Une place doit être accordée au signe et au contre signe dans toute considération sur le symbolisme Rosicrucien. C'est là une indication indispensable à l'initié sur la voie de la connaissance traditionnelle

Joindre le ciel et la terre, la pensée et l'action, rapprocher les extrêmes, donner aux contraires le lien qui leur manquait pour se trouver réunis dans l'esprit, accorder à ce qui est en haut et à ce qui est en bas la même importance, unir ce qui est séparé, et par le moyen de l'homme autant de suggestions, autant d'interprétations, autant d'enseignements indispensables à l'intelligence de l'homme. Le bon pasteur, celui qui reçoit, protège, et donne, celui qui se dépouille et qui garde dans la paix et la sérénité le bien le plus précieux, I'agneau du sacrifice.

Ce sacrifice s'accomplit dans le repas symbolique. La Cène qui lui donne sa résonance, à la fois païenne et mystique. C'est là l'expression de la communion des forces terrestres et des forces divines qui s'accomplit dans l'absorption des aliments. La transmutation véritable de la matière à la vie, c'est dans le repas qu'elle trouve sa représentation.

Certes, il y a d'autres assimilations que celles du Pain et du Vin, de l'agneau et de la farine. Mais c'est dans la mesure où la mort prépare la vie que se trouve décrit le cycle. Edification, combat, sacrifice. Enfin résurrection. C'est par-là que le grade de Rose Croix atteint aux constantes universelles.

Il apporte en définitive à l'initié l'essentiel sous forme de rites (Passage, quête, création naissance et mort résurrection) et sous forme de mythes. (Parole, cène, pélican, phénix.) Il est chevaleresque dans sa forme et mystique dans son caractère, c'est-à-dire qu'il est un accomplissement.

C'est la pierre de touche du maçon. Non que les grades d'apprenti, de compagnon et de maître ne puissent fournir des indications aussi riches et aussi complexes, mais parce que le Grade de Rose Croix donne à la quête une ouverture sur le mystère de l'Etre. Le Temple n'est plus l'essentiel alors qu'en fait-il est au cœur même du symbolisme Rosicrucien.

C'est le sens même de notre construction que le chevalier cherche à protéger des atteintes des forces obscures.

Ces forces, mal définies, le chevalier les combat avec des armes encore mal éprouvées. L'égoïsme, I'orgueil, le désir de gloire et de puissance sont des attitudes suspectes. Le sacrifice est la loi du chevalier qui n'a pour sauvegarde que sa Foi, son espérance, et sa charité.

Une institution qui réunit des individus profondément sincères et vrais dans leurs aspirations communes est d'un grand secours pour tous ses membres.

Cependant, si par sa constitution elle offre un refuge à ceux qui ont simplement les mêmes habitudes, et ne sont pas unis dans la même foi véritable, elle devient nécessairement une pépinière d'hypocrisie et de mensonge.

C'est un truisme de dire que le caractère de la majorité des membres d'une communauté détermine la hauteur de ses idéaux.

Une institution qui ne choisit pas ses matériaux et possède une avidité excessive pour son propre accroissement, très fréquemment devient simplement l'organisme le plus efficace pour exprimer la passion collective de ses membres.

R. Tagore

 

 

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Du grade de Maître au Chevalier Rose-croix

Publié le 2 Octobre 2026 par T.D

Le grade de Maître n’étant pas considéré comme un haut grade, puisqu’il relève des loges bleues et non de la juridiction des Suprêmes Conseils, nous pouvons légitimement nous interroger sur l’utilité d’en parler.

En fait, il s’agit de savoir si l’on doit considérer que le grade de Maître est le premier des hauts grades. La réponse permettra de tirer telles ou telles conséquences.

Bien vite, on s'aperçoit que dans les anciennes divulgations des trois grades bleus, notamment dans La Maçonnerie disséquée de Samuel Prichard de 1730, on rencontre de nombreux éléments explicatifs des grades de perfection ; et dans le Manuscrit Graham de 1726 des éléments du Chapitre Rose-croix.

Ceci semble démontrer que ces grades sont le complément et le prolongement naturels du grade de Maître et que tout est transmis en germe dès la maçonnerie bleue, on dirait que dès l’origine, le grade de Maître a été conçu pour être la source des Hauts grades.

Si on étudie les nombreux rituels des grades pratiqués après la maîtrise dans le système de perfection, une hypothèse s'impose : elle amène à envisager que les grades de compagnon et de maître auraient pu être vidés très tôt de l'essentiel de leur contenu initiatique pour justifier l'apparition d'une échelle de hauts grades. Ainsi, un certain nombre d'éléments épars peuvent laisser penser que le grade de Maître Parfait pourrait correspondre initialement (avant 1750) à la version complète du grade de Maître. On constate, par exemple, qu'un Manuscrit de la Bibliothèque Municipale de Bordeaux, MS 2098, appelé Ancien Maître propose un croquis du tableau de loge qui correspond en tous points au thème de la quadrature du cercle du Maître Parfait, semblant confirmer cette
possibilité.

Dès l'origine, le grade de Maître semble donc être considéré comme le premier des " hauts " grades, achevant un cursus qui va de l'apprentissage au compagnonnage du métier. En effet, le récit de la mort d'Hiram reste incomplet (Que sont devenus ses meurtriers ? Comment l'enterrer selon la dignité de sa fonction ? Par qui remplacer l'architecte disparu ? Quand et comment le temple pourra-t-il être achevé ?, etc.). Ces nombreuses interrogations restées en suspens suscitent dès les années 1745 le développement d'échelles de grades qui vont avoir pour fonction de répondre à ces questions. C'est ainsi que sont apparus, dans les années qui suivent, une multitude de systèmes de hauts grades.

Ces hauts grades émergent progressivement à partir de 1730, année même de l’apparition du grade de Maître, autour d’une hiérarchie souple. Ils se fixent dans une série de 25 grades autour de 1760 et, après un détour complexe aux Etats-Unis, ils reviennent en France réorganisés en 33 grades, huit nouveaux grades ayant été ajoutés aux vingt-cinq du Rite de perfection.

Après avoir approfondi une maçonnerie reposant sur des symboles constructifs, le compagnon en étant élevé à la maîtrise aborde un autre domaine qui repose sur un récit mythique à caractère méta-historique. Au grade de Maître, l’initié franchit un seuil et se trouve au coeur d’une dramaturgie à épisodes dont la suite n’est accessible qu’en accédant au cycle des grades de perfection, dont les éléments philosophiques et symboliques s’emboîtent les uns dans les autres, tels des poupées gigognes, en apportant une succession d’ éclairages complémentaires sur le grade de Maître.


Il devient alors légitime de se demander :

A- t’- on de nouvelles révélations du 4e au 18e ? Abordons-nous vraiment un autre domaine initiatique, avec des éléments nouveaux ou bien confortons-nous la construction de base, reposant sur le ternaire apprenti – compagnon – Maître. En fait, nous pouvons constater que les clefs données à partir du grade de Maître Secret sont des moyens , des enseignements supplémentaires fournis pour approfondir davantage les éléments initialement reçus, plus particulièrement aux grades de compagnon et Maître.

Le Maître Maçon continue à cheminer. Il cherche à acquérir les éléments qui manquent à la plénitude de sa maîtrise. C'est pourquoi ces grades, en quelque sorte démultipliés, sont indispensables pour devenir Maître, «autrement », et accéder à une autre dimension d'intériorité et d'affinement de la conscience.

Les grades, dits de perfection, de Maître Secret à Grand Élu, du 4e au 14e, développent le thème de la mort d’Hiram. Après l’avoir pleuré, il faut lui faire des funérailles, puis comme personne n’est irremplaçable, il faut songer à lui trouver un successeur qui poursuivra les travaux interrompus, mais c’est impossible tant que l’on n’a pas retrouvé et condamné ses trois assassins. Enfin on arrive au grade de Grand Maître Architecte où le Maître Maçon devenu concepteur, peut achever la construction du temple. C’est à partir de cette étape que commence à s’esquisser la question essentielle : et s’il s’agissait non plus de construire un temple de pierre qui peut s’écrouler comme un château de cartes sous les pressions redoutables de nouveaux prédateurs, mais bien plutôt d’ériger un temple spirituel, de bâtir pour chaque Maître Maçon son temple intérieur ?

Il s’agit bien d’un cheminement initiatique qui appelle à une marche en avant, un mouvement, une action qui rejette tout statisme. Le cheminement est balisé dans la succession des grades maçonniques qui marquent des étapes, des seuils à franchir, où des clefs sont données… mais ces clefs ne peuvent servir que si l’on se donne la peine d’en ouvrir les accès et d’en franchir le seuil.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté dont l’origine historique continue à garder bien des zones de mystères, comme cela a été précédemment exposé, dont la plupart sont loin d’être toutes élucidées, nous fait découvrir et approfondir un monde peuplé de personnages mythiques ou historiques, de légendes bibliques souvent revues et corrigées à la sauce écossaise de France, de mises en scènes théâtrales, avec des mots hébreux déformés au point qu’un bon hébraïsant en perd son latin, etc..

Néanmoins, ce monde étrange et quelque peu déroutant dans lequel pénètrent les maçons dès le 1er degré, est porteur d’une cohérence subtile qui ouvre une voie et balise une quête jalonnée d’ énigmes et de scènes ou séquences à plusieurs niveaux de lecture, où apparaissent par exemple un Maître Élu des Neuf ou un Chevalier de Royale Arche. Il suggère, propose ou peut prodiguer un enseignement philosophique entendu au sens large, lequel interpelle chacun et chacune de nous sur la nécessité de tirer vengeance ou de rendre justice, d’exercer sa curiosité à bon escient, de dépasser ses limites en allant parfois jusqu’à transgresser la règle établie, de lutter pour s’affranchir de toute forme d’esclavage qui entrave la liberté et de tout système tyrannique d’oppression. Cette philosophie charitablement injonctive exhorte tout maçon à considérer son F. humain comme semblable à lui-même par la mise en pratique des principales vertus. Porteur d’un message d’amour, le Chevalier Rose-croix doit trouver les moyens de rayonner à l’extérieur, les valeurs prônées en loge et véhiculées par l’ensemble de ces rituels.

Il ne s’agit plus ici d’un univers uniquement mythique dans lequel les maçons s’enfermeraient grâce à de belles histoires pour échapper à la réalité de leur destinée, mais de s’appuyer sur des scénarios à caractère théâtral qui permettent de réfléchir et de se positionner sur des questions philosophiques et éthiques essentielles auxquelles chacun est confronté dans la vie.


Chaque grade de perfection et grade capitulaire développe un aspect particulier de la recherche de la Vérité, posant de nombreuses questions philosophiques, spirituelles voire métaphysiques complexes. Ces étapes du voyage initiatique enrichissent et développent ce qui était contenu en germe dans les trois premiers degrés et donnent les moyens à tout Maître Maçon d’acquérir les éléments qui manquent à la plénitude de sa maîtrise.

La Maçonnerie peut être définie comme un conservatoire, étant héritière de nombreuses traditions perdues, comme le pythagorisme, la chevalerie, le mouvement de la Rose-croix, des courants hermétiques et de bien d’autres.

Ainsi, dès le XVIIIe siècle, la Franc-Maçonnerie apparaît comme un facteur de synthèse de tous ces courants de pensées en voie de disparition. Il est difficile de percevoir leur lecture pluridimensionnelle si l’on n’approfondit pas ses sources d’inspiration. Celles-ci sont multiples et sont d’abord puisées dans l’Ancien et le Nouveau Testament, largement revus et réécrits. De même on retrouve des
éléments épars des sagesses disparues ainsi que des mythes familiers, comme le mythe d’Osiris, des éléments de fables et contes de l’Antiquité. Ainsi le grade de Chevalier de Royale Arche tire son inspiration du Myriobiblion qui rassemble plus de deux cent soixante dix textes résumant des pages importantes de la prose grecque sous la plume de Photius1 ( Deux fois patriarche de Constantinople et
considéré comme l’un des principaux acteurs de la « renaissance byzantine).

Il s’agit d’un grand réservoir de choses connues, sur lequel on a construit tout un système à tiroirs ou degrés qui, en dépit de ses éléments disparates, multiples et variés, propose néanmoins une construction cohérente et porteuse de sens, dont nous pouvons tirer une application pratique.

Dans le déroulement des degrés du 4e au 18e,comme dans les grades suivants, on est confronté à un enchaînement apparemment arbitraire du temps et de l’espace, mais en fait, cet enchaînement demande à chacun d’accéder à une autre dimension qui l’oblige à laisser de côté ses repères spatio-temporels habituels. Par exemple, à chaque grade, on reçoit des âges qui sont emblématiques amenant à jouer au yo-yo entre un âge très avancé et un âge juvénile. On peut avoir 27 ans juste après en avoir eu 81 ou 63, toutefois là encore, il existe une cohérence dans cette arithmétique déroutante, car elle est le plus souvent basée sur les multiples du nombre 3. On peut considérer que chacun des degrés initiatiques, indépendamment de leur ordre, correspond à un plan d’existence, à un état et une qualité d’être différents.

Du Maître Secret au Chevalier Rose-croix, il est donné à chaque Maître Maçon la possibilité d’approfondir le contenu initiatique des loges bleues par une exploration des valeurs initialement proposées. Dès le grade d’apprenti il est fait appel au sens du devoir et à l’importance de l’engagement contracté, alors que l’on semble accueillir cela comme une révélation au grade de Maître Secret.

De même il est dit à l’apprenti, et a fortiori au Maître, que tout Maçon est un homme vertueux ami du riche et du pauvre, alors qu’au 14e degré on semble découvrir l’importance des Vertus et de l’Amour de la Vertu. Celle-ci est renforcée dans l’action du Chevalier Rose-croix qui repose sur la pratique des vertus théologales.

Enfin, le moteur de cette quête initiatique semble reposer tout simplement sur une question initiale, qui après bien des années de réflexion, prend une résonance de plus en plus profonde.

Revenons à ce qui nous est demandé dès le degré d’apprenti :


D – Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir maçon ?

R – Parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai désiré voir la
Lumière.

De quelle nature est cette lumière ?

Visible et perceptible dès le cabinet de réflexion, elle est tour à tour perdue, puis regagnée chaque fois avec plus d’éclat, de force et d’intensité. De la chambre noire au temple noir, de la lumière voilée à la lumière resplendissante, au cours de laquelle la Parole, la manifestation du Verbe, est perdue, substituée, recherchée, retrouvée sous une autre forme, voire identifiée et personnalisée selon le prologue de Jean dans le Nouveau Testament... De la mort physique du récipiendaire au grade d’apprenti, à la mort animique du Maître, le Chevalier Rose-croix passe par la troisième mort, celle de l’esprit qui lui permet par la mort de vaincre toutes les morts en renaissant dans la pérennité de l’esprit.

La Lumière qui est en chacun se dévoile progressivement par paliers d’ouverture de la conscience. Le maître agit sur lui avant d’agir sur le monde et de répandre au dehors les valeurs intérieures cherchées dans le temple.

Cela est toujours réel pour le vrai cherchant bien qu’aujourd’hui il y ait un réel danger que cette recherche de valeurs ne soit plus assez forte, au point que des pseudo-valeurs extérieures finissent par rentrer dans nos temples et être cautionnées, pouvant aller jusqu’à se substituer aux valeurs initiatiques.

Maître de lui avant toute chose, le Maître Maçon a une vocation de constructeur. On ne lui demande plus de construire des cathédrales ou des temples, mais de faire oeuvre de bâtisseur d’abord en se construisant lui-même, après quoi, en rassemblant ce qui est épars, dans la recherche du Beau, du Bien, du Vrai et de la Vérité, c’est alors qu’il pourra commencer à transmettre des repères et des valeurs à un monde et à une société qui en ont perdus beaucoup.

Dans le parcours idéal de celui qui gravit l’échelle de la perfection de Maître Secret jusqu’au Chapitre, on observe que le Maître Maçon fait preuve d’une double aptitude. Ses deux aspects sont particulièrement marqués au 15e dans le degré de « Chevalier d’Orient ou de l’Épée » où il est décrit tenant la truelle d’une main, affirmant ainsi son aptitude de bâtisseur et son art de concilier les oppositions nécessaires et fécondes, et l’épée de l’autre main. Cette représentation allégorique veut donner une représentation forte de la volonté de construire, tout en demeurant vigilant sur la défensive pour sauvegarder la réalisation en cours.

Les trois premiers grades capitulaires s’affirment comme grades chevaleresques, ils sont fondés sur le thème du retour de Babylone à Jérusalem ou plutôt sur le symbole central de Jérusalem avec la reconstruction du Temple visible. On a laissé les trois mages venus en pèlerinage à Jérusalem retourner à Babylone. Jérusalem fait figure une fois de plus de terre promise vers laquelle il faut retourner . Les Princes de Jérusalem vont étendre réciproquement leur sphère d’action entre Babylone et Jérusalem. Pour la première fois il y a deux
présidents qui dirigent la loge chacun dans sa sphère de pouvoir, Darius sur Babylone, Zorobabel sur Jérusalem. Au 17e grade de manière très anachronique vient s’intercaler l’Apocalypse.

Ces grades capitulaires reposant sur les lois d’analogie entre l’individuel et l’universel proposent d’oeuvrer au rétablissement du règne de la justice selon l’Esprit de Vérité. Au 17e les symboles utilisés appartiennent à l’Apocalypse de Jean, témoignant de la victoire de la Lumière sur les ténèbres.

Cette loi d’analogie, permet de transposer tous les faits historiques des grades capitulaires, tels que la reconstruction du second Temple, en passant de l’Ancien Testament sous ses aspects de rigueur, au Nouveau Testament prônant son complément nécessaire, la miséricorde.

Dans ce déroulement continu des grades le Maçon revêt plusieurs habits, d’abord celui de tailleur de pierre qui a l’ambition de participer à la construction d’un temple, puis celui d’architecte concepteur de son oeuvre avant de revêtir l’armure et le charisme d’un chevalier et d’un noble, puisqu’il est appelé aussi Prince, tout en étant également pasteur et pèlerin. Dans le grade de Chevalier d’Orient et de l’Épée qui a pour attribut l’épée dans une main et la truelle dans l’autre la truelle du maçon côtoie l’épée du chevalier. Le Maçon sort de l’état d’artisan pour devenir Chevalier et aussi Prince, passant ainsi de la truelle à l’épée. Il synthétise en lui toutes les principales castes artisanales, guerrières et sacerdotales. C’est bien au 18e grade que s’opère ce passage du temple matériel au temple spirituel et que la réalisation individuelle intérieure s’intègre au plan universel. Mais le chevalier doit se préparer à toute forme de sacrifice. La voie est aride et la liberté de passer se conquiert par des luttes sanglantes. Il s’agit de s’affranchir de tous les jougs de l’esclavage. Les applications de cette libération s’appuient sur des références contemporaines qui hélas abondent. Les combats que nous avons chacun à mener dans notre sphère spécifique aujourd’hui sont nombreux.

C’est au grade de Chevalier d’Orient et d’Occident (synthèse des deux mondes en opposition et de toute forme de dualité) que s’opère le passage de la tradition judaïque développée par l’Ancien Testament à la tradition chrétienne néo-testamentaire. Celle-ci plus particulièrement se réfère à l’Apocalypse, avant d’entrer de plein pied dans le Nouveau Testament dont le Rose-croix a réutilisé
de nombreux symboles. Il se dégage une interprétation ouverte sur la Foi l’Espérance et la Charité ainsi que sur l’amour du prochain qui trouve sa consécration dans le partage en commun du pain et du vin dans une chaîne d’union substantielle et essentielle qui relie chacun à l’Universel.

Par le signe de reconnaissance, le Chevalier Rose-croix atteste sa position d’intermédiaire entre la terre et le ciel, ce qui correspond au Maître Maçon situé entre l’équerre et le compas au centre du cercle. Dès le grade de Maître, la notion de sacrifice est clairement exprimée par le personnage d’Hiram. Au chapitre Rose croix on retrouve la valeur initiatique du sacrifice par le don de soi. Si au grade de maître, le sacrifice génère la mort, à l’inverse au Chapitre, il génère la vie.

Au Chapitre, le Maître Maçon est gratifié de plusieurs qualificatifs qui peuvent paraître à première vue contradictoires. Le Chevalier Rose-croix est à la fois reconnu comme Prince, Chevalier, Pèlerin et Pasteur.

La qualité de Prince pourra être reconnue par la noblesse du comportement de chacun et celle de Chevalier par la détermination dans
l’action, au service de causes justes, au service des pauvres et des affligés que l’on désigne allégoriquement le plus souvent par les termes de défense de la veuve et de l’orphelin.

Certes si en ce XXIe siècle, pour être Chevalier Rose-croix, il n’est plus indispensable de savoir monter à cheval ou manier l’épée, il n’en demeure pas moins indispensable d’en incarner les vertus.

Chacun comprendra ici que les luttes et combats d’aujourd’hui, s’ils apparaissent moins sanglants et spectaculaires qu’autrefois, ils n’en demeurent pas moins générateurs de morts, d’aliénation et de misère à l’échelle de la planète.

De même, se pose la question de savoir comment être pasteur et pèlerin ? Peut-être, pouvons-nous considérer que tout Chevalier Rose-croix devient pasteur des plus jeunes maîtres maçons par la transmission, de même il peut être considéré que nous sommes de perpétuels pèlerins, voyageurs infatigables en quête d’une vérité qui nous dépasse.

En réalité, le Chapitre véhicule des valeurs traditionnelles restant d’actualité puisqu’il s’agit d’acquérir les vertus chevaleresques et de les mettre en pratique, comme il est rappelé dans une instruction de Chevalier d’Occident de la fin XVIIIe Les qualité que doivent acquérir tout chevalier sont comparées à sept étoiles2 :

D – Que signifient les sept étoiles?

R – Elles représentent les sept qualités qui doivent guider les maçons.

D – Quelles sont-elles ?

R – l’amitié, l’union, la soumission, la discrétion, la fidélité, la
prudence, la tempérance.

D – Pourquoi ces qualités doivent-elles guider tout bon maçon ?

R – L’amitié est un sentiment qu’on doit avoir pour tout ses frères, l’union est la pierre fondamentale de toute société, la soumission est nécessaire pour recevoir sans murmurer les arrêts de la loge, la discrétion est pour éviter toute supercherie des profanes et faux frères, la fidélité pour observer nos obligations sacrée, la prudence doit être le propre d’un maçon afin qu’il règle ses actions de façon que les profanes toujours curieux de nos plaisirs ne trouvent point à blâmer sa conduite. Enfin la tempérance doit être le partage de tous bon maçon, afin d’éviter de tomber dans des excès nuisibles au Corps et à l’Esprit.

Sur la valeur initiatique du 18e grade, on peut souscrire à la vision de René Guénon lorsqu’il dit : la qualité de Rose-croix représentait historiquement un niveau de qualification initiatique, un état spirituel intérieur, et ceci indépendamment de toute appartenance formelle à une structure quelconque.

En conclusion, on peut dire que le grade de Maître ne doit être considéré ni comme un achèvement, ni comme un point final, mais au contraire comme le commencement d’un nouveau cycle. La symbolique des grades d’apprenti et compagnon, basée principalement sur les outils et la construction est homogène. La progression d’apprenti à compagnon est évidente. Le travail intérieur prend une dimension extérieure en passant de la perpendiculaire au niveau. Mais, dès lors qu’apparaît le mythe d’Hiram où tout est annoncé, esquissé…une suite s’impose, et elle demande l’engagement d’une vie pour se réaliser… Pour ce faire il est demandé aux Maîtres Maçons d’avoir eu raison de leurs mauvais compagnons, et cela est davantage réalisable par l’approfondissement pratique des compléments de la maîtrise accessibles dans l’enseignement des degrés de perfection et des Chapitres.

Dès lors, ces hauts grades, bien souvent considérés comme étant l’apanage d’une élite, puisque dans la plupart des obédiences, 15 à 20% seulement des Maîtres Maçons y ont accès devraient bien au contraire devenir la solution pour continuer à approfondir le grade de Maître, et être destinés pratiquement à l’ensemble de ceux-ci s’ils ont un minimum d’années de maîtrise, d’assiduité et de travail. C’est à dire que cette proportion devrait s’inverser pour atteindre de 80 à 85 %, ce qui rehausserait le niveau de transmission des Maîtres en loges bleues et l’intérêt général des travaux.

En ce début du XXIe siècle on ne peut que souhaiter qu’une ouverture se fasse dans ce sens, ce qui amènerait à passer d’un élitisme restreint à une démocratisation des hauts grades pour en diffuser l’éthique et les valeurs au plus grand nombre possible.

1 Mainguy Irène, Symbolique des grades de perfection et des Ordres de Sagesse, Dervy 2003 p.331.

2 Bibliothèque Municipale de Lyon, manuscrit 5927.

 

Irène Mainguy

Vice-présidente de la Société Française d’Études et de Recherches sur l’Écossisme (SFERE)

 

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Publié le 1 Octobre 2026 par T.D

 

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