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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

La Franc-Maçonnerie et les Anciens Mystères

Publié le 3 Août 2026 par T.D

On parle beaucoup aujourd’hui de la « Franc-Maçonnerie et des Anciens Mystères », et de leurs relations, mais en général sans plus d’explication sur le sujet ni de questionnement sur le pourquoi ou le comment.

On peut dire que les Anciens Mystères se réfèrent à ce corps d’enseignement dont l’origine remonte à des temps immémoriaux, relatif aux véritables objectifs spirituels de l’existence humaine, déterminant à l’échelle individuelle le but à atteindre, les raisons et objectifs à l’arrière-plan du dessein de l’âme à travers la forme, et les étapes séquentielles des disciplines auxquelles se soumettre pour réaliser ces objectifs étape par étape. Tout ceci afin d’arriver finalement à la maîtrise de soi (la tâche la plus difficile au monde), et d’exprimer ainsi la divinité sur le plan physique, au moyen de l’être spirituel intérieur et au travers de la forme. Le principe fondamental des véritables Écoles des Mystères repose sur l’évolution de cet être intérieur, l’âme, sur son propre plan. C’est le sentier ésotérique. Un facteur  secondaire requiert la coopération de la personnalité à travers laquelle s’incarne l’âme pour cette entreprise. C’est le sentier exotérique— le plus familier pour les étudiants de la Sagesse immémoriale. Mais le succès sur ce « sentier de retour » demande la coopération des deux polarités d’un seul être, l’intérieure et l’extérieure.

Les Anciens Mystères incluent aussi une vaste présentation des plus grands objectifs du Tout Macrocosmique, des relations de la partie (les individus et l’humanité pris comme un vaste centre au sein de l’ensemble) avec et dans ce Tout, et du Tout avec la partie (au moyen des Lois de Correspondance et d’Analogie), ainsi que des relations existant à l’intérieur de ce Tout entre de plus grands groupes et de formidables entités spirituelles et cosmiques.

Ces Anciens Mystères furent à l’origine donnés à l’humanité par la Grande Loge d’en Haut, et contiennent la totalité des indications relatives au processus évolutif, cachée dans les nombres, le rituel, les mots et la symbologie ; lesquels voilent le secret de l’origine de l’homme et de sa destinée, dépeignant pour lui, par les rites et le rituel, le long, long sentier qu’il lui faut emprunter pour retourner à la lumière.

Il s’agit par conséquent d’une grande dissertation sur les objectifs de l’existence, léguée par « ceux qui ont emprunté ce chemin avant nous », les véritables Connaissants—et non de simples érudits (parce que le connaissant est toujours plus grand que la connaissance)—une dissertation sur le pourquoi, le quand et le comment de cette existence résumée dans la nomenclature de la Sagesse Immémoriale sous le terme de Plan. Le Plan se référant essentiellement à la croissance, à la maturation et au développement toujours plus large de la conscience vers une plus grande Lumière.

Dans les Écoles des Mystères des âges passés, telles que celles de l’Inde, les écoles Zoroastriennes, Chaldéennes, celles de l’Égypte et de la Grèce, l’une des méthodes majeures pour l’entraînement et l’enseignement des néophytes était la représentation de rites et rituels indiquant par l’allégorie et le symbole certains préceptes des Anciens Mystères. Préceptes qui enseignaient l’origine des choses, la nature de l’esprit humain, ses relations avec le corps, et les méthodes pour le purifier et le restaurer à un niveau supérieur de vie et d’expression. Ils présentaient également le plus large tableau des interrelations existant dans et entre ces plus grandes Entités spirituelles du tout Macrocosmique.

Cette méthode de représentation des Anciens Mystères illustrés par l’allégorie et le symbole a été préservée à travers les âges, et demeure ici même aujourd’hui sous la forme de la Maçonnerie moderne. C’est pourquoi la Maçonnerie et les Anciens Mystères sont souvent appariés et mis ainsi en relation, bien que les raisons en demeurent quelque peu énigmatiques pour beaucoup, et même pour de nombreux Maçons. La Maçonnerie est  étroitement liée à la restauration des Mystères et a préservé ces indications tout au long des temps en vue de cette restauration, patiemment attendue afin de servir de base pour les enseignements requis, et de structure sur laquelle présenter l’histoire de la progression de l’homme sur le Sentier de Retour.

On ne peut nier qu’une part importante de la Maçonnerie moderne ait été déformée et se soit cristallisée, ni qu’une vie nouvelle doive lui être insufflée et que de grands changements doivent être apportés dans la conscience et l’entraînement de ceux qui travaillent dans et au moyen de cette voie de vérité ; la Maçonnerie a également perdu la véritable vie qui l’animait, mais elle a préservé dans ses formes et rituels cette vérité qui peut être retrouvée. Ainsi les faits ésotériques, le détail et la structure des Anciens Mystères ont survécu et continuent d’exister au sein des Travaux Maçonniques pour ceux qui peuvent le voir, et ce même dans le squelette et les contours de son activité actuelle. La Maçonnerie a encore un grand avenir, parce que dans sa forme moderne réside le germe de l’effort futur, et qu’elle reste l’une des formes majeures à travers lesquelles les Anciens Mystères seront finalement restaurés en tant que partie naturelle du programme de vie des hommes pour l’ère Aquarienne qui arrive. Mais cela demandera en tout premier lieu, pour ceux qui œuvrent en elle et par elle, un réapprentissage drastique des disciplines des enseignements ésotériques.

Les Anciens Mystères seront restaurés, les anciens Landmarks seront de nouveau reconnus—ces points de repère que la Maçonnerie a scrupuleusement préservés et qui ont été si soigneusement « embaumés » dans ses rituels, attendant le jour de leur restauration et de leur résurrection. Les Mystères sont, en dernière analyse, la véritable source de révélation, mais c’est seulement à une époque ultérieure, lorsqu’un certain progrès aura été fait par l’humanité elle-même, que la révélation à venir pourra être donnée en toute sécurité.

Par le travail de ses degrés, et particulièrement ceux de la Loge Bleue, ainsi que ceux de la Marque et de la S.A.R., la Maçonnerie a préservé à travers ses représentations cérémonielles les véritables objectifs du rituel du point de vue des Anciens Mystères. C’est-à-dire relier l’intérieur avec l’extérieur, relier le monde intérieur de la signification avec le monde extérieur de la forme, déclenchant ainsi entre ces deux pôles un flux réciproque d’énergie au moyen de la technique de l’invocation et de l’évocation, l’une des principales techniques spirituelles de la Maçonnerie œuvrant en formation de groupe.

Il est largement reconnu qu’on ne peut prouver les origines de la Maçonnerie, ni en retracer la ligne droite et inflexible de révélation. On peut cependant admettre que la Maçonnerie, telle qu’elle est connue actuellement, est l’héritage d’un très ancien passé, et que l’humanité n’a jamais été laissée sans rites et cérémonies ou symboles (sous une forme ou une autre) à travers lesquels les Maîtres Artisans du monde ont entraîné les constructeurs du Temple.

Nous n’avons par conséquent pas l’intention de plonger dans l’histoire voilée des origines de la Maçonnerie, ni ne sommes en position de le faire. Néanmoins, en ce qui concerne sa forme actuelle, on peut « correctement supposer », et selon toute probabilité, que durant leur séjour en Égypte, de nombreux et éminents leaders Juifs furent initiés aux Mystères Égyptiens. Et qu’en quittant le pays pour fonder leur « nouvelle nation », ces anciens sages Juifs établirent une continuité des Enseignements, illustrés et symbolisés par la nomenclature de cette nation. Ils y ajoutèrent ingénieusement le thème du constructeur et de la construction en plus de ce qu’ils avaient appris des Égyptiens sur la source de la Lumière. Ainsi, bien que leur intention fut métaphorique et symbolique en ce qu’elle concernait le travail du constructeur interne, l’âme, bâtissant un Temple de Lumière (le Corps Egoïque) à travers lequel la divine Shekinah peut se manifester sur terre, cette importante contribution à l’émergence continue des Anciens Mystères fut, semble-t-il, sagement « cachée » au sein des prétendues guildes de bâtisseur du Moyen-Age. Et ce juste sous le nez des « Chrétiens », qui les auraient autrement persécutés pour hérésie. Mais maintenant, à la lumière d’un jour nouveau, une fraîche contribution est sur le point d’être apportée au travail magique de la Maçonnerie, sur la base de l’héritage légué par ceux qui nous apportèrent ce symbolisme des Constructeurs. Encore une fois, le « constructeur » (le Maçon) et la « construction » (le Temple) sont des métaphores relatives aux processus et aux efforts internes d’évolution. Et quel beau symbole !

Une Loge est un lieu où se rencontrent les Maçons, où ils travaillent et étudient ensemble les Anciens Mystères.

Un Temple est un groupe d’âmes réunies pour travailler ensemble à la mise en œuvre des objectifs de la Déité.

Mais un autre facteur spécifique des Anciens Mystères, dont la Maçonnerie a été et demeure la gardienne, est lié au progrès et au développement séquentiel de la conscience sur le Sentier de Lumière au moyen d’une série d’accomplissements gradués culminant dans les cinq initiations majeures que nous enseignent ces Anciens Mystères. La vérité concernant l’initiation est contenue tout entière ici dans la Maçonnerie, pour ceux qui peuvent la voir et la reconnaître. Ces étapes s’échelonnent du stade de débutant sur le Sentier, lorsque l’âme « entre » et commence à prendre le contrôle de sa personnalité, jusqu’à celui de l’adepte triomphant, le maître ressuscité. Ainsi la Maçonnerie a-t-elle préservé les enseignements relatifs aux objectifs spirituels à atteindre, et demeure-t-elle la gardienne du Plan au sein de l’humanité, car cette dernière n’a jamais été laissée sans témoins de son immuable objectif spirituel.

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Grands mystères et petits mystères. René Guénon

Publié le 3 Août 2026 par T.D

Rédigé par Abdoullatif

Nous avons fait allusion à diverses reprises, dans ce qui précède, à la distinction des « grands mystères » et des « petits mystères », désignations empruntées à l’antiquité grecque, mais qui sont en réalité susceptibles d’une application tout à fait générale ; il nous faut maintenant y insister un peu plus, afin de bien préciser comment cette distinction doit être entendue. Ce qu’il faut bien comprendre avant tout, c’est qu’il n’y a pas là des genres d’initiation différents, mais des stades ou des degrés d’une même initiation, si l’on envisage celle-ci comme devant constituer un ensemble complet et être poursuivie jusqu’à son terme ultime ; en principe, les « petits mystères » ne sont donc qu’une préparation aux « grands mystères », puisque leur terme lui-même n’est encore qu’une étape de la voie initiatique. Nous disons en principe, car il est bien évident que, en fait, chaque être ne peut aller que jusqu’au point où s’arrêtent ses possibilités propres ; par conséquent, certains pourront n’être qualifiés que pour les « petits mystères », ou même pour une portion plus ou moins restreinte de ceux-ci ; mais cela veut dire seulement qu’ils ne sont pas capables de suivre la voie initiatique jusqu’au bout, et non pas qu’ils suivent une autre voie que ceux qui peuvent aller plus loin qu’eux.

Les « petits mystères » comprennent tout ce qui se rapporte au développement des possibilités de l’état humain envisagé dans son intégralité ; ils aboutissent donc à ce que nous avons appelé la perfection de cet état, c’est-à-dire à ce qui est désigné traditionnellement comme la restauration de l’« état primordial ». Les « grands mystères » concernent proprement la réalisation des états supra-humains : prenant l’être au point ou l’ont, laissé les « petits mystères », et qui est le centre du domaine de l’individualité humaine, ils le conduisent au delà de ce domaine, et à travers les états supra-individuels, mais encore conditionnés, jusqu’à l’état inconditionné qui seul est le véritable but, et qui est désigné comme la « Délivrance finale » ou comme l’« Identité Suprême ». Pour caractériser respectivement ces deux phases, on peut, en appliquant le symbolisme géométrique (1), parler de « réalisation horizontale » et de « réalisation verticale », la première devant servir de base à la seconde; cette base est représentée symboliquement par la terre, qui correspond au domaine humain, et la réalisation supra-humaine est alors décrite comme une ascension à travers les cieux, qui correspondent aux états supérieurs de l’être (2). Il est d’ailleurs facile de comprendre pourquoi la seconde présuppose nécessairement la première : le point central de l’état humain est le seul où soit possible la communication directe avec les états supérieurs, celle-ci s’effectuant suivant l’axe vertical qui rencontre en ce point le domaine humain ; il faut donc être parvenu d’abord à ce centre pour pouvoir ensuite s’élever, suivant la direction de l’axe, aux états supra-individuels ; et c’est pourquoi, pour employer le langage de Dante, le « Paradis terrestre » est une étape sur la voie qui mène au « Paradis céleste » (3).

Nous avons cité et expliqué ailleurs un texte dans lequel Dante met le « Paradis céleste » et le « Paradis terrestre » respectivement en rapport avec ce que doivent être, au point de vue traditionnel, le rôle de l’autorité spirituelle et celui du pouvoir temporel, c’est-à-dire, en d’autres termes, avec la fonction sacerdotale et la fonction royale (4) ; nous nous contenterons de rappeler brièvement les conséquences importantes qui se dégagent de cette correspondance au point de vue qui nous occupe présentement. Il en résulte en effet que les « grands mystères » sont en relation directe avec l’« initiation sacerdotale », et les « petits mystères » avec l’« initiation royale » (5) ; si nous employons les termes empruntés à l’organisation hindoue des castes, nous pouvons donc dire que, normalement, les premiers peuvent être regardés comme le domaine propre des Brâhmanes et les seconds comme celui des Kshatriyas (6). On peut dire encore que le premier de ces deux domaines est d’ordre « surnaturel » ou « métaphysique », tandis que le second est seulement d’ordre « naturel » ou « physique », ce qui correspond bien effectivement aux attributions respectives de l’autorité spirituelle et du pouvoir temporel ; et, d’autre part, ceci permet aussi de caractériser nettement l’ordre de connaissance auquel se réfèrent les « grands mystères » et les « petits mystères » et qu’ils mettent en œuvre pour la partie de la réalisation initiatique qui les concerne : ceux-ci comportent essentiellement la connaissance de la nature (envisagée, cela va sans dire, au point de vue traditionnel et non au point de vue profane qui est celui des sciences modernes), et ceux-là la connaissance de ce qui est au delà de la nature. La connaissance métaphysique pure relève donc proprement des « grands mystères », et la connaissance des sciences traditionnelles des « petits mystères » ; comme la première est d’ailleurs le principe dont dérivent nécessairement toutes les sciences traditionnelles, il en résulte encore que les « petits mystères » dépendent essentiellement des « grands mystères » et y ont leur principe même, de même que le pouvoir temporel, pour être légitime, dépend de l’autorité spirituelle et a en elle son principe.

(1) Voir l’exposé que nous en avons fait dans Le Symbolisme de la Croix.

(2) Nous avons expliqué plus amplement cette représentation dans L’Ésotérisme de Dante.

(3) Dans la, tradition islamique, les états auxquels aboutissent respectivement les « petits mystères » et les « grands mystères » sont désignés comme l’« homme primordial » (el-insân el-qadîm) et l’« homme universel » (el-insân el-kâmil) ; ces deux termes correspondent donc proprement à l’« homme véritable » et à l’« homme transcendant » du Taoïsme, que nous avons rappelés dans une note précédente.

(4) Voir Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. VIII. - Ce texte est le passage dans lequel Dante, à la fin du son traité De Monarchia, définit les attributions respectives du Pape et de l’Empereur, qui représentent la plénitude de ces deux fonctions dans la constitution de la « Chrétienté ».

(5) Les fonctions sacerdotale et royale comportent l’ensemble des applications dont les principes sont fournis respectivement par les initiations correspondantes, d’où l’emploi des expressions d’« art sacerdotal » et d’« art royal » pour désigner ces applications.

(6) Sur ce point, voir aussi Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. II.

Nous venons de parler seulement des Brâhmanes et des Kshatriyas, mais il ne faut pas oublier que les Vaishyas peuvent aussi être qualifiés pour l’initiation; en fait, nous trouvons partout, comme leur étant plus spécialement destinées, les formes initiatiques basées sur l’exercice des métiers, sur lesquelles nous n’avons pas l’intention de revenir longuement, puisque nous en avons suffisamment expliqué ailleurs le principe et la raison d’être (7), et que du reste nous avons dû en reparler ici même à diverses reprises, étant donné que c’est précisément à de telles formes que se rattache tout ce qui subsiste d’organisations initiatiques en Occident. Pour les Vaishyas à plus forte raison encore que pour les Kshatriyas, le domaine initiatique qui leur convient proprement est celui des « petits mystères » ; cette communauté de domaine, si l’on peut dire, a d’ailleurs amené fréquemment des contacts entre les formes d’initiation destinées aux uns et aux autres (8), et, par suite, des relations assez étroites entre les organisations par lesquelles ces formes sont pratiquées respectivement (9). Il est évident que, au delà de l’état humain, les différences individuelles, sur lesquelles s’appuient essentiellement les initiations de métier, disparaissent entièrement et ne sauraient plus jouer aucun rôle ; dès que l’être est parvenu à l’« état primordial », les différenciations qui donnent naissance aux diverses fonctions « spécialisées » n’existent plus, bien que toutes ces fonctions y aient également leur source, ou plutôt par cela même ; et c’est bien à cette source commune qu’il s’agit en effet de remonter, en allant jusqu’au terme des « petits mystères », pour posséder dans sa plénitude tout ce qui est impliqué par l’exercice d’une fonction quelconque.

Si nous envisageons l’histoire de l’humanité telle que l’enseignent les doctrines traditionnelles, en conformité avec les lois cycliques, nous devons dire que, à l’origine, l’homme, ayant la pleine possession de son état d’existence, avait naturellement par là même les possibilités correspondant à toutes les fonctions, antérieurement à toute distinction de celles-ci. La division de ces fonctions se produisit dans un stade ultérieur, représentant un état déjà inférieur à l’« état primordial », mais dans lequel chaque être humain, tout en n’ayant plus que certaines possibilités déterminées, avait encore spontanément la conscience effective de ces possibilités. C’est seulement dans une période de plus grande obscuration que cette conscience vint à se perdre ; et, dès lors, l’initiation devint nécessaire pour permettre à l’homme de retrouver, avec cette conscience, l’état antérieur auquel elle est inhérente ; tel est en effet le premier de ses buts, celui qu’elle se propose le plus immédiatement. Cela, pour être possible, implique une transmission remontant, par une « chaîne » ininterrompue, jusqu’à l’état qu’il s’agit de restaurer, et ainsi, de proche en proche, jusqu’à l’« état primordial » lui-même ; et encore, l’initiation ne s’arrêtant pas là, et les « petits mystères » n’étant que la préparation aux « grands mystères », c’est-à-dire à la prise de possession des états supérieurs de l’être, il faut en définitive remonter au delà même des origines de l’humanité ; et c’est pourquoi la question d’une origine « historique » de l’initiation apparaît comme entièrement dépourvue de sens. Il en est d’ailleurs de même en ce qui concerne l’origine des métiers, des arts et des sciences, envisagés dans leur conception traditionnelle et légitime, car tous, à travers des différenciations et des adaptations multiples, mais secondaires, dérivent pareillement de l’« état primordial », qui les contient tous en principe, et, par là, ils se relient aux autres ordres d’existence, au delà de l’humanité même, ce qui est d’ailleurs nécessaire pour qu’ils puissent, chacun à son rang et selon sa mesure, concourir effectivement à la réalisation du « plan du Grand Architecte de l’Univers ».

Nous devons encore ajouter que, puisque les « grands mystères » ont pour domaine la connaissance métaphysique pure, qui est essentiellement une et immuable en raison même de son caractère principiel, c’est seulement dans le domaine des « petits mystères » que des déviations peuvent se produire ; et ceci pourrait rendre compte de bien des faits concernant certaines organisations initiatiques incomplètes. D’une façon générale, ces déviations supposent que le lien normal avec les « grands mystères » a été rompu, de sorte que les « petits mystères » en sont arrivés à être pris pour une fin en eux-mêmes ; et, dans ces conditions, ils ne peuvent même plus aboutir réellement à leur terme, mais se dispersent en quelque sorte dans un développement de possibilités plus ou moins secondaires, développement qui, n’étant plus ordonné en vue d’une fin supérieure, risque dès lors de prendre un caractère « désharmonique » qui constitue précisément la déviation. D’un autre côté, c’est aussi dans ce même domaine des « petits mystères », et là seulement, que la contre-initiation est susceptible de s’opposer à l’initiation véritable et d’entrer en lutte avec elle (10) ; celui des « grands mystères », qui se rapporte aux états supra-humains et à l’ordre purement spirituel, est, par sa nature même, au delà d’une telle opposition, donc entièrement fermé à tout ce qui n’est pas la vraie initiation selon l’orthodoxie traditionnelle. Il résulte de tout cela que la possibilité d’égarement subsiste tant que l’être n’est pas encore réintégré dans l’« état primordial », mais qu’elle cesse d’exister dès qu’il a atteint le centre de l’individualité humaine ; et c’est pourquoi l’on peut dire que celui qui est parvenu à ce point, c’est-à-dire à l’achèvement des « petits mystères », est déjà virtuellement « délivré » (11), bien qu’il ne puisse l’être effectivement que lorsqu’il aura parcouru la voie des « grands mystères » et réalisé finalement l’« Identité Suprême ».

(7) Voir Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. VIII.

(8) En Occident, c’est dans la chevalerie que se trouvaient, au moyen âge, les formes d’initiation propres aux Kshatriyas, ou à ce qui doit être considéré comme l’équivalent aussi exact que possible de ceux-ci.

(9) C’est ce qui explique, pour nous borner à donner ici un seul exemple caractéristique, qu’une expression comme celle d’« art royal » ait pu être employée et conservée jusqu’à nos jours par une organisation comme la Maçonnerie, liée par ses origines à l’exercice d’un métier.

(10) Cf. Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. XXXVIII.

(11) Il est ce que la terminologie bouddhique appelle anâgamî, c’est-à-dire « celui qui ne retourne pas » à un état de manifestation individuelle.

(René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Chap. XXXIX : Grands mystères et petits mystères).

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Petits et Grands mystères (aperçu)

Publié le 2 Août 2026 par T.D

Petits et Grands mystères : Perception métaphysique de l’être et pratique maçonnique (aperçu préparatoire).

"On dit de l’impétrant qui frappe à la porte du temple qu’il veut être "participant de nos mystères". Cette notion maçonnique recoupe les trois perceptions initiatiques du non apparent.

La première est rattachée au silence et au caché, il s’agit du « sacré » qui est non visible au profane, on rejoint la notion ésotérique.

La deuxième se rattache à l’idée de vérité évidente et indiscutable qui entraîne une adhésion sans faille et qui est du domaine de la révélation et assure le transfert à l’homme de ce qui est de nature divine (voir dogmatique).

La troisième perception reconnaît l’inexprimable dans le mystère ce qui pose le problème du rituel et de l’initiation qui alors ne dit rien, mais offre les conditions propres à percevoir l’inexprimable en soi.

Les Mystères de la franc-maçonnerie recoupent ces trois perceptions en mettant en œuvre de manière traditionnelle les rites adaptées aux trois perceptions.

L'auteur va mettre en perspective la notion de mystère d'un point de vue éthique et métaphysique. Les petits et grands mystères sont une réponse à l'angoisse existentielle et émerveillée du mystère de la vie et au mystère de la création. Ces deux mystères ont trouvé des réponses moins scientifiques que symboliques et sont présents depuis la nuit des temps dans tous les mythes fondateurs dits universels". (ER)

La Voie initiatique peut se diviser en deux grandes étapes qui peuvent être considérées comme deux types d’initiation différentes.

L’Initiation royale et l’Initiation sacerdotale appelées ainsi en référence aux doctrines anciennes, les Petits Mystères et les Grands Mystères.

Ces deux voies sont complémentaires, la première étant subordonnée à la seconde.

Les Petits Mystères auxquels appartiennent les sciences traditionnelles (l’alchimie, l’astrologie) ont pour but de rétablir l’individu dans l’état primordial, état qui était celui de l’humanité aux origines.

Celui qui a atteint ce stade, atteint ainsi la plénitude de l’état humain qui est en même temps le « centre » de cet état.

Ce n’est qu’une fois parvenu à ce centre, qu’il peut communiquer directement avec les états supérieurs de l’être et accéder ainsi aux états supra-individuels qui, seuls, ont pour domaine la connaissance métaphysique pure et peuvent être véritablement qualifiés de « spirituels ».

A la fin de son cheminement, l’initié, libéré de toutes les contingences, réalise ce que l’ésotérisme islamique nomme « l’Identité Suprême » et qu’il devient ainsi « l’Homme Universel ».

En fait, les Petits Mystères aboutissent à la perfection des états humains, c'est-à-dire à la restauration de l’état primordial appelé Etat Edénique dans la Tradition judéo-chrétienne tandis que les Grands Mystères concernent la réalisation des états supra-humains c'est-à-dire la réalisation de l’homme universel, mais qui n’existe que virtuellement et en quelque sorte négativement, à la façon d’un archétype idéal tant que la réalisation effective de l’être total ne lui a pas donné l’existence actuelle et positive.

Sont Petits Mystères, les mystères de l’Homme et les mythes relatifs aux cycles de la Mort-Renaissance.

Pour la Franc-Maçonnerie, il s’agit du thésaurus (lexique de philologie, d’archéologie ou répertoire de thermes normalisés) des trois premiers grades et d’une grande partie des hauts grades écossais, en fait tout ce qui touche à la légende d’Hiram.

Ces mystères concernent tout ce qui correspond au monde visible, identifiable et mythifiable.

Le solstice d’été est en relation avec les Petits Mystères parce que la chaleur, la Lumière et la Vie sont identifiables.

Je ne sais plus qui a dit : « Le monde est ce qu’il est et je cherche à le comprendre ».

Les Petits Mystères sont le passé et le futur.

Sont Grands Mystères, ceux relatifs à la Connaissance du Sacré. C'est-à-dire ce qui se passe entre la Mort et la Renaissance.

Pour la Franc-Maçonnerie on peut retrouver ces préoccupations dans ce qui relève des Ordres de Sagesse.

Tout ce qui détermine d’une quête de la nature profonde du Sacré, ce qui permet d’approcher la nuance contenue dans le Principe de l’Evangile de Saint Jean.

La Saint Jean d’hiver correspond aux Grands Mystères.

Le Solstice d’hiver est en relation avec eux pour ce que la Nature cache en son sein de mystères.

Les Grands Mystères définissent la nature improbable du Présent.

La question fondamentale posée par les Grands Mystères est la suivante :

La Lumière brillait dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont elle point reçue ou point gardée ?

Les Petits Mystères comprennent tout ce qui se rapporte au développement des possibilités de l’état humain envisagé dans son intégralité.

Et les Grands Mystères concernent, comme nous l’avons déjà vu, la réalisation des états supra-humains.

En appliquant à ces deux phases le symbolisme de la croix, on parlera de la réalisation horizontale et de la réalisation verticale, la première servant de base à la seconde.

Et si la seconde précède la première, c’est que le point central de l’état humain, est le seul où soit possible, la communication directe avec les états supérieurs suivant l’axe vertical qui rencontre en ce point le domaine humain. « C’est ce que nous enseigne le croisement du fil à plomb avec le plan, courant de la loge, soit symboliquement le Pavé Mosaïque. Le centre est ici le point d’intersection ».

C’est ainsi, comme dit Dante que le Paradis terrestre est une étape sur la voie qui mène au Paradis céleste. « Ceci constitue l’image d’un miroir où ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, avec une superposition de mondes ».

C’est aussi la différence entre l’homme primordial et l’homme universel.

Celle de l’homme véritable et de l’homme transcendant, «qui en Franc-Maçonnerie remonte graduellement un axe. »

Dante met le Paradis terrestre en rapport avec ce qui doit être au point de vue traditionnel, le rôle du pouvoir temporel « que l’on représente symboliquement par un maillet ou une épée droite » et le Paradis céleste avec celui de l’autorité spirituelle « que l’on représente par une épée flamboyante ou une clef d’or ».

Ce sont les fonctions royales et sacerdotales d’où il résulte que les Grands Mystères sont reliés à l’Initiation sacerdotale et les Petits Mystères à l’Initiation royale.

Puisque les Grands Mystères ont pour domaine la connaissance métaphysique pure, qui est essentiellement une et immuable, en raison même de son caractère principiel, c’est seulement dans le domaine des Petits Mystères que les déviations peuvent se produire.

Cela se passe quand le lien normal avec les Grands Mystères a été rompu et que les Petits Mystères en sont arrivés à être pris pour une fin en eux mêmes.

C’est aussi dans ce domaine des Petits Mystères que la contre-indication est susceptible de s’opposer à l’Initiation véritable et d’entrer en lutte avec elle.

Par contre le domaine des Grands Mystères, qui se rapportent aux états supra- humains et à l’ordre purement spirituel, est par sa nature même au-delà d’une telle opposition et entièrement fermé à tout ce qui n’est pas la vraie initiation, selon l’orthodoxie traditionnelle.

De tout cela, il résulte que la possibilité d’égarement subsiste tant que l’être n’est pas encore réintégré dans l’état primordial mais qu’elle cesse d’exister dès qu’il a atteint le centre de l’individualité humaine.

On peut donc dire que celui qui est parvenu à ce point, c'est-à-dire à l’achèvement des Petits Mystères « par la découverte de ce fameux centre en lui » est déjà virtuellement délivré, bien qu’il ne puisse l’être définitivement, que lorsqu’il aura parcouru la voie des Grands Mystères et réalisé finalement l’Identité Suprême. « Pour l’atteindre il devra persister dans un parcours de concentration et d’ascension, sans s’égarer en s’arrêtant dans les voie latérales, qui ne sont que des moyens d’action sur le vivant, mais qui ne contribuent pas à l’exaltation de l’être et au dépassement de la contingence » (...)

M.°.L.°. « Les Écossais de Saint Jean »

Sources : René Guénon , Oswald Wirth et E :. R :. pour les phrases entre « » qui apportent une adaptation plus précise de ce Travail à l’esprit même du rite de l'écossais primitif.

 

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Mark Master Mason ou Homme de Marque ? Marquez bien...

Publié le 2 Août 2026 par T.D

, Rédigé par Lurker

« Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai une pierre blanche, et, gravé sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon qui le reçoit. »

Apo. 2, v.17

 lapidem quem reprobaverunt aedificantes hic factus est in caput anguli

psaume 117:22

On dit la Maçonnerie de Marque très ancienne, beaucoup plus, même que le Rite de Style Emulation sur lequel elle vient se greffer. Un procès-verbal de Tenue de Maîtres Maçons de Marque daté de 1642 repose aux archives de la Loge de Kilwinning. Cependant, il convient de rester prudent car ce texte tout autant que la plupart des anciens documents qui sont parvenus jusqu'à nos jours, parlent de marques de compagnons, de signes d'ouvriers comparables à des ssignatures mais aucun ne donne quelque information que ce soit sur ce qui pourrait être plus convenu de nommer "Grade de la Pierre de Faite ". Alors la question reste de savoir si le thésaurus qui s'y rattache est un rajout à la pratique des deux premiers degrés ou bien un parcours maçonnique dans sa complétude.

Cette Maçonnerie, dont la seule origine certaine est qu'elle vient des Amériques et particulièrement de l'actuelle province du Québec, s'est répandue en Irlande et en Angleterre, pays dans lequel elle s'est constituée en Grande Loge de Marque en 1856, laquelle est  toujours en activité aujourd'hui.

Ce degré est une continuation de l'ancien grade opératif de Compagnon (à l'origine, le grade de Compagnon était le dernier degré initiatique, l'appellation de Maître étant réservée uniquement au Maître ou Vénérable qui présidait la Loge). Son enseignement met l'accent sur la fameuse « pierre angulaire » rejetée par les bâtisseurs et qui est devenue la pierre d'angle maîtresse de l'œuvre. Sur cette pierre qui n'est autre que la clé de voûte de l'édifice, le Mark Mason inscrit sa « marque ».

La cérémonie de réception d'un nouveau Maître maçon au sein d'une Loge de  Maitres Maçons de Marque présente aujourd'hui, la particularité de regrouper deux anciens rites, celui d'Homme de Marque (Mark Man) et celui de Maître de Marque (Mark Master Mason). Les rituels anciens ont souvent été remaniés, mais ils conservent encore un certain nombres d'éléments que l'on pourrait qualifier d'explicatif quant au déroulement particulier des cérémonies de Loges bleues de différents rites.

De nos jours, lorsque les membres d'une loge de marque se sont assurés que leur candidat pour le Degré De marque a atteint le statut de Maître Maçon d'une Loge bleue, on lui donnera connaissance de l'antiquité de la pratique qu'il va être amené à connaître. La coutume ancienne veut qu'un Compagnon tailleur de pierre soit invité à choisir une Marque qui lui sera propre et qu'il gardera toujours come sa signature personnelle. Cette marque devra être différente de toutes autres employées par les membres de la Loge, de telle manière que son travail puisse être reconnu comme siens par les officiers que l'on nomme Inspecteurs. On l'informera aussi que c'est cette marque qu'il devra présenter au guichet tenu par le Premier Surveillant, à l'Ouest de la Loge, là où il percevra son salaire d'Homme de Marqu

S'il constate qu'il n'a reçu aucune marque distinctive de sa Loge bleue comme c'est, bien entendu, le cas pour les Loges Ecossaise, il se rendra auprès du Gardien du Registre de Marque et déposera sa marque distinctive dans le Livre. Elle sera alors présentée au Vénérable Maître afin de recevoir son approbation. Durant les cérémonies modernes de la Marque, cette partie de la réception qui confère le statut d'Homme de Marque est souvent exécutée trop promptement et nous oublions tout aussi souvent de quelle manière le Vénérable Maître accueille le nouveau Compagnon : « J'admire le savoir faire dont vous faites preuve à l'exécution de votre travail et c'est la raison pour laquelle je vous nomme Homme de Marque et vous confie la marque qui confirmera votre statut et vous permettra de recevoir votre salaire. » Cette distinction confère à celui qui est déjà Maître Maçon, la reconnaissance de ses qualités. Elle ne lui permet pas de disposer de poste ou de fonction particulière au sein de la Loge Bleue, néanmoins, à l'origine, à l'époque où les distinctions de métier pouvaient être regardées comme des avancement, le fait d'être reconnu et de disposer d'une marque, offrait un avantage certain en matière de rémunération. Cette distinction, aujourd'hui ne représente pas plus que le fait de recevoir un nouveau maître dans un cadre intermédiaire, une nouvelle étape maçonnique, c'est la raison pour laquelle le rituel relatif à l'accession au grade d'Homme de Marque s'effectue, aujourd'hui, dans la même cérémonie que l'élévation à l'honorable degré de Maître de Marque. Ce mode de réception est l'héritage de l'ancienne forme de la maçonnerie de la Marque et le fait de garder intacte une partie de la rituélie concernant l'élévation au gage tout autant que la gestuelle du guichet se présente comme une explication des termes de la clôture des travaux des Loge Bleues. A savoir que les Frères reçoivent leur salaire au pied de la Colonne du midi et qu'ils en retirent profit et joie. On peut, d'ailleurs constater l'illustration de ces propos sur les anciens tableaux de Loge de Maître Maçons de Marque sur lesquels ont peut observer l'illustration des deux degré composant la marque, à savoir le guichet où l'Homme de Marque vient percevoir son salaire et les trois pierres taillées du Maître de marque avec la référence aux outils correspondants et aux mots de passe.

Un tailleur de pierre qui recevait sa marque personnelle, se voyait qualifié d'artisan, voire de Maître ou de Compagnon (ce qui était le plus fréquent) de métier. Le Maçon de cette catégorie, c'est-à-dire, doté d'une certaine indépendance, n'appartenait plus, en tant que tel à la Loge mais devenait un maçon libre qui voyageait de Loge en Loge. On reconnaît là, encore une fois une tradition des maçons de Loges bleues dans lesquelles les Compagnons doivent voyager afin de parfaire leurs connaissances en l'art de maçonnerie. Cette étape pratique vers l'indépendance du maçon, sa qualité de « maçon libre » est probablement l'une des raisons qui présida à sa conservation durant les années 1750, à l'époque de la refondation du degré de Mark Master par Thomas Dunkerley, comme d'un usage très ancien. Cette pratique de l'Homme de Marque est assez déterminante dans l'histoire de la franc-maçonnerie dans la mesure où ce degré fait directement référence au grade de Compagnon. Cette référence directe et son adjonction à un nouveau degré de Maître permet de comprendre pourquoi il ne s'agit pas d'un « Haut Grade » en tant que tel, mais bien d'une voie parallèle, un Side Degree dont les enseignements viendraient compléter celui des Loges Bleues. En donnant une marque propre à chaque compagnon, on finissait son parcours et l'introduisait dans une fonction complémentaire, une progression de métier qui confirmait son savoir faire sans pour autant lui conférer le grade de Maître. Ils pouvaient néanmoins signer leur ouvrage et c'est pourquoi on ne les nommait plus Compagnons, mais « Compagnons marqués » ou Hommes de Marque.

Les Loges bleues terminent leurs travaux sur la remise du salaire et cet instant particulier, en référence à l'Apocalypse de Saint jean, détermine de qui doit le recevoir et de qui doit le donner car il est dit :« je lui donnerai une pierre blanche, et, gravé sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon qui le reçoit. », ainsi, le Vénérable demandera au Premier Surveillant de s'assurer que les travaux sont fermés et chacun passera devant la Colonne, les Apprentis, ne reçoivent pas de Salaire, les Maître les donne. « J'ai constaté, Vénérable Maître, que les Compagnons se déclarent satisfaits. » Néanmoins, comme je l'ai dit, cette qualification donnait à l'homme de marque un statut particulier assez différent de celui de simple compagnon. En effet, l'élévation comportait le récit d'un mythe propre au grade. Le matin du jour où fut posée la pierre de fondation du Temple de Jérusalem, sous la présidence du Roi Salomon, une pierre précieuse tomba accidentellement de la couronne royale. Elle fut trouvée et ramassée par le Premier Maître de l'Ordre des Hommes de la Marque qui la rendit au roi qui la replaça sur son front. Cette pierre précieuse portait le nom Imprononçable que l'on suppose ainsi avoir été marqué sur la couronne royale, comme il avait déjà été gravé sur la mitre du Grand Prêtre Aaron

« Tu feras une fleur d'or pur et tu y graveras en intaille, comme un sceau : Consacré à Jehovah ; » Exode, 28 ; 36 »

Ensuite, lors de la construction du Temple de Salomon, une pierre d'angle eut été aillée par un apprenti très doué, mais elle fut dérobée par des Compagnons jaloux.

On demande au candidat de la rechercher il la retrouve et il constate qu'elle porte, gravé, le nom Imprononçable. Nous ne sommes pas encore dans le développement d'une symbolique d'équilibre de construction mais, on voit bien, ici, la relation avec le joyau tombé de la Couronne de Salomon, mais aussi du Nom caché gravé sur la pierre blanche de l'Apocalypse tout autant que l'identification du joyau frontal de Salomon avec la pierre de voûte qui soutient l'édifice et qui sera la clef du récit mythique des Maîtres de Marque. Il ne nous aura pas échappé que certains rites de Loges Bleues précisent, dans le psychodrame du troisième Grade, qu'un bijou reposait sur le corps d'Hiram, bijou sur lequel était gravé le Nom.

Bref, on peut se demander si, au XVIIIème siècle, avant que le développement anarchique des Hauts Grades n'emporte les détails de la Légende vers des horizons parfois abscons et dont le nombre et les relations restent encore aujourd'hui impossibles à déterminer, un système en relation avec l'ancienne maçonnerie de métier n'avait pas été mis en place sous la forme de deux étapes complémentaires au compagnonnage et à la Maîtrise.

Aujourd'hui nous avons réduit ces cérémonies en une seule mais son développement se déroule encore par étape de l'Homme au Maître sans que soit perdue les particularités qui offrent les clefs des Loges bleues.

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Les marques, la Marque… Des origines à maintenant..

Publié le 2 Août 2026 par T.D

Notre Très Cher Frère Marc Bianchini ouvre la connaissance de cette Maçonnerie, quelque peu mystérieuse aux autres rites que ceux anglo-saxons. Issue de la Maçonnerie opérative où tout Compagnon recevait une marque pour identifier son travail. cette forme de Maçonnerie ne manque pas de charme ni de profondeur. Il écrit :

Il est un degré bien spécifique des Rites anglo-saxons, celui de la Marque. Il est à très forte connotation opérative et à ce titre mérite que l’on essaye de comprendre s’il y a une filiation entre la signification d’une Marque d’opératif et cette cérémonie de la Marque pratiquée par des Loges de Francs-Maçons. Il est donc nécessaire d’évoquer ces Marques dans l’histoire de la construction, ce sera la première partie de ce travail. Puis nous essayerons de comprendre l’interrelation ou pas avec le Rituel de la Marque, ce qui sera la seconde partie.

1.     Petite histoire des Marques.

a.     Les signes gravés sur la pierre…..ou autre.

De tous temps, les hommes ont toujours aimé les signes pour laisser leur empreinte, pour transmettre. On peut remonter à la préhistoire pour trouver des signes peints, gravés ou sculptés sur divers supports : os, pierre, ivoire, murs. On en a retrouvé en Grèce Antique ou provenant de l’époque romaine, disparaissant par la suite pour réapparaitre au Haut Moyen Age, faiblir, changer et revenir au Bas Moyen Age au début du 12ème siècle. L’apparition de ce qu’on appelle les marques lapidaires[1] des tailleurs de pierre, n’est que la suite de ce besoin d’identification, très humain et ce, en particulier, à une époque où l’homme de la construction ne savait « ni lire, ni écrire ». Vous l’avez compris nous remonterons plus particulièrement à cette époque qui nous intéresse, c’est-à-dire le Moyen Age, et en particulier, pour débuter, le Moyen Age central, c’est-à-dire de la fin du 11ème siècle au 14ème siècle. Ce choix peut sembler arbitraire mais il correspond au début de l’art Roman et par conséquent nous laisse, par l’ampleur de cette architecture, des témoignages plus nombreux mais aussi une vision plus large sur nombre de pays et presque toutes les régions de France. Il est à noter que la construction des premières abbayes du Haut Moyen Age était plutôt confiée à des gens d’Église : des convers[2] pour le travail manuel et les abbés pour la conception donc il n’était quasiment pas retrouvé de Marques. Nous verrons aussi que la tradition de « marquer » s’est perpétuée jusque très récemment

Le sujet s’avère tellement vaste que nous essaierons de brosser une esquisse de ces signes qui ont traversé le temps. Ces marques ne nous donnent que peu ou pas de noms quant à leurs auteurs. La signature, telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’existait pas chez ces artisans qui ne connaissait pas l’écriture ; la transmission des savoir-faire était surtout orale et seulement au sein d’une même corporation. Seuls les gens d’église, les clercs, les abbés avaient la connaissance de la lecture et de l’écriture.

b.     Quels signes ?

Ces signes n’avaient rien de hasardeux. Ils étaient assez hétérogènes et témoignaient même de différents niveaux de culture au sein même de l’artisanat. Certains étaient d’une très grande simplicité, en particulier en cette période du Moyen Age, et allèrent au fil des ans vers une plus grande complexité en faisant preuve parfois d’un goût évident pour un certain symbolisme pour arriver au 19ème siècle, par exemple, à la signature du nom du tailleur de pierre.

Il s’agissait de figures géométriques telles que des triangles, des pentagones, des croix, des lettres[3], comme des initiales de noms. Il est étonnant de constater que suivant les pays ou les régions, certaines formes se répètent souvent quand d’autres sont totalement absentes. Dans certains pays (Ecosse, Royaume Uni) on ne trouve que des lignes brisées quand dans d’autres régions, on retrouve aussi des lignes courbes. Cela dépend aussi des époques et ce qui était valable pour l’Ecosse, l’Allemagne, l’Italie ne l’était pas forcément pour la Bourgogne, l’Alsace, l’Aquitaine ou la Provence pour la France.                                             

Ces Marques n’étaient d’ailleurs pas toujours l’œuvre d’une seule personne et pas forcément d’un tailleur de pierre. Il pouvait s’agir d’un groupe de travail mais aussi du Maitre d’une carrière ainsi que d’un architecte. Dans tous les cas, ces signes étaient le plus souvent identitaires. On a aussi retrouvé des Marques chez les charpentiers.

c.     Types de Marques.

a.     Marques de positionnement ou utilitaires.

Elles n’ont rien à voir avec l’identité mais étaient un moyen de transmission des consignes entre le tailleur de pierre et le maçon, le poseur. C’était une sorte de traçabilité de la pierre, terme bien de notre époque. On pouvait identifier la provenance, mais aussi le sens de pose, l’orientation, l’ordre de pose pour les voûtes etc. Ces marques sont actuellement et la plupart du temps invisibles car noyées dans l’ouvrage et n’apparaissent souvent que lors de démolitions ou étaient effacées en arrivant sur le chantier pour la taille finale.

Elles étaient simplement tracées soit avec un crayon, une mine de plomb ou griffée avec la pointe d’un outil et pouvaient représenter un simple trait orienté, une flèche ou des chiffres romains, par exemple pour les claveaux d’une voûte

b.     Marques identitaires.

Elles sont visibles sur les parements des pierres, mais pas toujours car parfois recouvertes d‘enduit. Elles identifiaient donc l’artisan (en terme de responsabilité) en servant aussi de preuve pour être rémunéré, rémunération le plus souvent à la tâche[4], mais aussi d’« anti vol », l’usurpation d’identité existant déjà à l’époque !! On a pu retracer le parcours et les voyages de ces compagnons par le biais des Marques laissés sur les différents ouvrages auxquels ils participèrent. 

Mais alors, quel est le point de jonction entre cette « historiette » des Marques et le Rituel de la Marque tel que pratiqué en Franc-Maçonnerie actuellement ?

2.     Petite histoire de la Marque.

Essayons maintenant de faire une transition entre ces Marques d’opératifs médiévaux et ces Marques de spéculatifs de la Renaissance pour arriver à l’apparition de la Marque actuelle.

En Ecosse, il est de tradition d’initier un candidat en automne, de le passer en hiver, de l’élever au printemps et de lui proposer de déposer sa Marque en Mai. Tout l’apprentissage maçonnique se fait donc en une année, sans planche, en donnant au maçon et avec l’aide de ses Frères, tous les outils propres à l’élaboration de son chemin personnel. Cet apprentissage se fait par la connaissance du rituel par cœur, telle que présenté dans ses Statuts par William Schaw (1598 et surtout 1599) en adéquation avec l’Art de la Mémoire sur lequel était évalué un candidat au degré d’apprenti entré et de compagnon du métier. Il est question également dans ces mêmes Statuts d’une présentation de la Marque par le maçon. Si de nombreuses Marques d’opératifs de l’époque en Ecosse nous sont connus grâce à l’étude des procès-verbaux de Loge de l’époque[5], une des premières et peut être la connue d’un maçon spéculatif, fut celle de Robert Moray.

Ecossais, catholique, intellectuel, il fut initié au sein de Mary’s Chapel. Nous sommes en 1641 et beaucoup d’érudits de la Renaissance se découvrent un attrait puissant, pour l’ésotérisme, l’hermétisme, les préceptes des traditions antiques et de la Rose Croix. Il fit de son symbole personnel, le pentacle, sa Marque de Maçon. Il transforma cette étoile à cinq branches en une signature symbolique en y ajoutant 5 lettres formant le mot AGAPA. Cette idée marque une étape entre un simple signe d’identification d’un maçon opératif et la volonté d’exprimer au travers d’une Marque, le symbolisme des vertus attachées à cette même Marque. Même si Robert Moray ne fut pas le premier spéculatif, il marque une étape dans la pénétration des idéaux de la Renaissance, vers les Loges opératives. Ces nouveaux maçons spéculatifs arrivant dans les Loges écossaises du 17ème siècle, étaient invités à déposer une Marque comme leurs Frères opératifs.

Il existe donc bien des Marques des premiers maçons spéculatifs mais quid du degré de la Marque ?

Comme pour de nombreux degrés maçonniques, l’origine et la datation sont souvent très mal connues. Il en va de même pour le degré de la Marque. Certes de nombreux documents tant écossais qu’anglais attestent des présentations de Marques mais aucun rituel n’est avéré ni connu.

La maçonnerie anglaise, depuis son unification en 1813 entre Modernes et Anciens, avait pour précepte que « la pure et ancienne maçonnerie consiste exclusivement en trois degrés, apprenti, compagnon et maitre ainsi que le sublime degré de l’Arche Royale mais cet article n’est pas prévu pour empêcher une loge ou un chapitre de pratiquer tout grade de la chevalerie » …. La G.L.U.A[6]. a beaucoup de mal, ainsi que nombre « d’historiens » anglais, à admettre que l’histoire de la maçonnerie britannique a des liens étroits avec l’Ecosse et pour cause quand on connait tout ce qui a opposé ces deux nations au travers des siècles. Dans les années qui suivirent, ni la Grande Loge ni le Chapitre de l’Arche Royale ne mirent en application la fin du précepte ci-dessus et la Marque fut quasiment oubliée du moins en Angleterre !!!

La Marque, entre 1817 et 1850, ne pouvait donc que disparaitre ou exister « à côté ». C’est ce qui arriva par la suite avec la création d’un Grande Loge des Maitres Maçons de Marque, qui existe toujours, ce qui donne également l’expression « Side Degrees » pour la Marque anglaise et autres degrés.

Avant cette époque, on pratiquait sûrement tant en Ecosse qu’en Angleterre, une « cérémonie » d’attribution de ce degré mais sans précision aucune. Tout au moins la présentation de sa Marque en Ecosse se perpétua mais sans trace d’un rituel dédié.

L’Arche Royale, elle, se pratiquait au sein de Chapitres en dehors des attributions des Grandes Loges. Mais en Ecosse, la Marque était pratiquée dans les Chapitres d’Arche Royale et était un prérequis pour y entrer. Il l’est toujours. Mais suite à des évènements troubles et incertains (c’est aussi cela l’histoire de la Maçonnerie !), la Marque fut et est aussi pratiquée en Ecosse au sein des Loges du Craft[7]. On peut considérer qu’elle est un « intermédiaire » entre Compagnon et Maitre et, sans rien dévoiler, une partie, celle de Compagnon détermine un Maçon de Marque, l’autre partie, celle de Maitre, déterminant un Maitre Maçon de Marque. Elle est actuellement attribuée après la Maitrise. Tout en faisant partie (ou non) des degrés du Craft, elle permet l’accès aux premiers degrés « Beyond the Craft » du Chapitre « au-delà du Métier » et non « à côté ».

Au milieu du 19ème siècle, un chapitre d’Aberdeen accorda des patentes à des Loges anglaises, sans l’accord du Suprême Grand Chapitre d’Ecosse qui les déclara quelques années plus tard illégales. Puis la G.L.U.A. et l’Arche Royale anglaise décidèrent de rejeter définitivement la Marque. Déçus par ces décisions, de nombreux maçons londoniens demandèrent directement au Suprême Grand Chapitre d’Ecosse la création d’une Loge sous l’autorité de celui-ci, ce qui fut accepté non sans provoquer dans les années qui suivirent, de nombreux troubles dans les rapports anglo-écossais des hautes sphères maçonniques !!!

Pour finir et dans la pratique, cette cérémonie garde une réelle imprégnation opérative comme les deux premiers degrés et procède toujours de la construction du Temple de Salomon. Elle peut être pratiquée, comme à la G.L.I.F., en Loge de Métier, mais peut également être pratiquée au sein d’un Chapitre souché sur la même Loge. Elle se positionne de manière assez pédagogique dans la chronologie de la maçonnerie salomonienne pour une meilleure compréhension du parcours d’un frère du Standard d’Ecosse.

MB, 05/2024

 

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Une petite histoire des origines de la maçonnerie de Marque

Publié le 1 Août 2026 par T.D

 

Lorsqu’on m’a demandé il y a quelque temps d’envisager de présenter une planche  sur  la Maçonnerie de la Marque, mon esprit a immédiatement parcouru les divers sujets disponibles, ce qui m’a amené à examiner les sujets de discussion les plus évidents, l’architecture ou l’archéologie et son lien évident avec le Maître Maçon de la Marque.  Quelle est en effet la fonction de ce grade? Il semble que personne ne connaissent vraiment l’origine du grade, ce qui n’est guère une surprise pour qui s’intéresse à l’histoire de la franc-maçonnerie.

Si la maçonnerie de métier, la craft comme la nomme nos amis britanniques, a fait l’objet de nombreuses études et controverses notamment à travers la loges de recherches Quatuor Coronati  je n’ai relevé ces trente dernières années qu’une dizaine d’articles traitant exclusivement de la maçonnerie de la Marque dans les AQC.

Vous êtes, j’en suis sûr, conscient qu’il existe un certain nombre d’idées différentes sur les origines de la franc-maçonnerie, relevant d’écoles telles que l’Ecole Authentique, l’Ecole Anthropologique, l’Ecole Mystique et l’Ecole Occulte. De nombreux chercheurs modernes sont influencés par plus d’une de ces écoles de pensée, ce qui obscurcit encore la question.

Signer une sculpture, une pierre à l’aide d’une marque qui soit propre à l’ouvrier est courant depuis l’Antiquité. L’existence de Marques sur des monuments anciens ne doit cependant pas nous amener à penser qu’une maçonnerie de Marque aurait pu exister avant celle du métier. En revanche, on peut penser qu’une maçonnerie de Marque, intégrée à une maçonnerie de métier dès l’origine, est une hypothèse plausible.

La Grande Loge Unie d’Angleterre, suivie par beaucoup d’historiens anglais, a beaucoup de difficultés à admettre qu’une grande partie de l’histoire maçonnique britannique ancienne a des liens avec l’Ecosse et des racines au nord de l’Angleterre.   

De même, certains historiens admettront à peine que la maçonnerie spéculative n’existait pas du tout avant son introduction en Angleterre, sans parler de la Marque, un sujet chaudement débattu de temps à autre au sein de la loge Quatuor Coronati. Il y a cependant en la possession de la Grande Loge Provinciale de Durham, un document contenant une copie du Livre des Constitutions de 1723, ainsi que les documents suivants : “…regulations or certain By laws strictly to be observed by the Brethren of this Lodge”.  Sur la première page nous avons “Robert Salmon his book June 1759 Gateshead”.  Les règlements ont été signés par Salmon en tant que Vénérable Maître, le livre étant passé de maître à maître au fil des ans.  La dernière page est intitulée Newcastle January 1756, et se lit comme suit : “There being met part of the body of the Lodge they taking in their serious consideration that no member of the saide (sic) lodge shall be made a Mark Mason without paying the fee of one Scots mark that for the propigation (sic) of the pedestal as witnessed the aforesaid date by John Maxwell Master.”

On a beaucoup insisté sur les mots « shall be made a Mark Mason« , affirmant qu’ils pointent vers une procédure cérémonielle définie, et non seulement à la mention habituelle d’un frère recevant sa marque, ce qui implique que le frère en question a payé sa cotisation et a reçu sa marque comme il était courant à cette époque à dans les loges. 

Pour repousser les limites un peu plus loin dans le temps, il est intéressant d’apprendre que trois vieilles chaises conservées à Berwick, propriété de Northumberland et de Berwick Lodge, Loge de temps immémoriel, dont l’une est datée de 1641 et porte une hache gravée sur elle.  S’agit-il d’une coïncidence ou était-ce celle du second Surveillant, ce qui suggère que le grade de la Marque y a été travaillé dès 1641. Vous vous souvenez peut-être que le premier « maçon » enregistré  en Angleterre fut Elias Ashmole.  Selon son journal, il a été initié dans une loge à Warrington, Lancashire, le 16 Octobre 1646 au cours de la guerre civile anglaise, soit quelque 5 ans plus tard que la plus vieille chaise dont nous avons parlé plus haut. Or la signature d’Ashmole s’accompagne d’une Marque bien particulière, un pentagramme, dont chaque sommet porte une lettre formant le mot agapè.

Si nous voulons vraiment repousser les limites de l’écrit, nous pouvons nous tourner vers l’Écosse et regarder le livre des procès-verbaux de la Loge d’Édimbourg où il est enregistré, lors de la dernière réunion de 1599 les noms de frères ajoutant leurs marques après leur nom.   D’autres croient que dès 1550 l’organisation du  « Mot de Maçon » était bien établie en Ecosse.  Ils admettent cependant que l’on ne sait pas si la communication du  « Mot » a été accompagnée de l’effusion d’une marque. 

Aussi intéressant que cela puisse être, d’un point de vue purement historique, ces éléments n’ont que peu ou pas de rapport avec l’actuel rituel pratiqué. D’après de nombreuses sources, nous savons qu’une certaine forme de rituel de Marque a été travaillée, lorsque nous trouvons dans les révélations de 1723 intitulées “The Mason’s Examination”, ce que dit le Maître de de la loge au maçon nouvellement entré :

“If a Master you would be

Observe you well the rule of Three

And what you want in Masonry

The Mark and Maughbin set you free”

Avant l’union des deux Grandes Loges en 1813, la Marque était un grade très populaire tant à Londres  que dans les provinces au sein de la maçonnerie de métiers et  des Chapitres de l’Arche Royale sous les auspices des Anciens, qui ont généralement encouragé le fonctionnement de ce que l’on appelle communément les « side degrees ».   C’est d’ailleurs l’un des nombreux points de différence entre les “Moderns” et les “Antients”.

Ayant mentionné l’Arche Royale, cela nous rappelle que les deuxièmes plus anciens documents écrits en Angleterre proviennent d’une source de l’Arche Royale.  Il est généralement admis que l’Arche Royale est apparue 15 à 20 ans avant 1769, l’année où le Grand Chapitre moderne a accordé ses premières reconnaissance.  Là encore, il y a controverse, car beaucoup pensent que l’Arche Royale est apparue en Irlande de nombreuses années auparavant, ou,pour d’autres Parmi les premiers chapitres créés celui de “l’amitié de Portsmouth”, aujourd’hui n° 257, en date du 11 août 1769.  La référence à la Marque suivit peu après pour le 1er septembre 1769 le procès-verbal enregistré : “At a Royal Arch Chapter held at the George tavern in Portsmouth on 1 September 1769 … Present Thomas Dunckerley Esq, William Cook Z, Samuel Palmer H, Thomas Scanville J.  … the Provincial G Master Thomas Dunckerley brought the warrant of the Chapter, and having lately received the Mark, he made the brethren Mark Masons and Mark Masters, …. He also told us the manner of writing to be used in the degree which we may give to others so they be Fellow Craft for Mark Mason and Mark Master for Master Mason.”

La minute ci-dessus révèle un certain nombre de points importants :

  1. Dunckerley avait « récemment reçu la Marque » ; il s’ensuit donc que le diplôme doit avoir existé avant cette date.
  2. Il a dû être assez impressionné par le travail qu’il a fait pour l’introduire à la première occasion, en remettant le mandat au nouveau chapitre. 
  3. À cette époque, le diplôme se composait de deux parties : Maçon de Marque pour le Compagnon et Maître Maçon de la Marque pour le maître maçon.
  4. « manner of writing » se réfère très probablement au chiffre maçonnique dans lequel le procès-verbal, ou des parties de celui-ci, ont été écrites.

Bien que peu de temps après l’Union, en 1817, le grade de La Marque ne devait plus être travaillé dans les Chapitres de l’Arche Royale, nous trouvons la dernière référence d’un Chapitre  travaillant à La Marque à Portsmouth en février 1844, et il est connu qu’il y avait encore quelques compagnons avancés après cette date.

Bien que ce qui précède est d’un grand intérêt, il ne nous dit pas où et quand la première loge consacrée uniquement à travailler le grade de la Marque a été fondée.  Grantham dans son Histoire de la Grande Loge Des Maîtres Maçons de la Marque cite les loges suivantes, qui ont  travaillé le grade : 

  • Dumfries 1770. 
  • Marquis of Granby Durham 1773
  • St. Thomas’ London 1777 
  • St John’s Operative Banff 1778
  • Lodge of Hope Bradford, avant  1794.

Bien que nous vivons dans l’espoir qu’une nouvelle percée se produira, il est extrêmement douteux que des renseignements précis soient produits pour éclairer la période antérieure à 1756.  Toutefois, il ne fait aucun doute que la Maçonnerie de Marque a été en bonne santé pendant au moins soixante-dix ans avant l’Union en 1813.

Cependant, avec l’Union du 27 décembre 1813, les problèmes de la Marque vont commencer, bien qu’il n’en ait pas été question à première vue.  Vous vous souvenez que l’article II de l’Union dispose que : “Pure and Ancient Masonry consists of three degrees and no more, including the Entered Apprentice, Fellow Craft and Master Mason including the Supreme Order of the Holy Royal Arch.  But this Article is not intended to prevent any lodge or chapter from holding a meeting in any of the degrees of the Orders of Chivalry, according to the constitutions of the said Orders”.

Le problème est vraiment devenu évident quand, en 1817, l’Arche Royale est devenue une entité distincte avec son propre organe directeur.  À la fin de l’année, les deux organismes, la maçonnerie de métier et  le Royal Arch avait abandonné la seconde moitié de l’article II et insisté sur le fait que seuls les trois degrés du métier et  le Royal Arch constituaient une véritable franc-maçonnerie, une position encore consacrée à ce jour.

Face à cet ultimatum, La Marque était confrontée à la perspective d’un abandon ou à celle  d’une organisation propre, ce qui s’est précisément produit.  Partout en Angleterre et au Pays de Galles des loges de la Marque ont été formées, et pour échapper aux problèmes de la Loi sur les sociétés secrètes, toujours en vigueur, à se placer  sous l’égide d’une loge régulière, bien que très irrégulière et aux yeux de beaucoup, illégale.  Comme l’a dit un historien : « les années 1817 à 1850 peuvent à juste titre être qualifiées d’ère sombre dans l’histoire de la Marque ».

Vers le milieu du 19ème siècle, il était de plus en plus évident que si rien de drastique n’était fait, la maçonnerie de la Marque allait disparaître.  C’est le Dr William Jones qui en fondant la Loge “Le Bon Accord” à Aberdeen a permis avec le soutien du Dr Robert Beveridge, la signature d’un acte de reconnaissance le 17 septembre 1851 et la première réunion de la Loge “Le Bon Accord” à Londres a eu lieu le 19 septembre 1851, où 6 frères furent immédiatement avancés. Comme on peut l’imaginer, la loge fut un succès immédiat et, en 1855, elle comptait environ 120 membres, dont certains de très haut rang maçonnique et social.

Cependant, le succès a apporté ses propres problèmes lorsque le Supreme Grand Chapitre d’Ecosse est intervenu en 1855 et a exigé que le mandat lui soit rendu et a fustigé le chapitre de Bon Accord à Aberdeen pour avoir agi illégalement.  Le chapitre a refusé de se conformer et a insisté sur le fait qu’il avait agi dans le cadre de la loi. Le Chapitre “Le Bon Accord” d’Aberdeen a été suspendu et ne s’est plus jamais réuni après mars 1856.

Comme on peut l’imaginer, les membres de la loge fille de Londres ont dû se sentir résolument embarrassés et probablement fâchés par ce résultat, en particulier comme mentionné précédemment, beaucoup d’entre eux étaient des personnes d’une certaine importance tant dans la franc-maçonnerie que dans la vie publique.  Être accusé de pratiquer une maçonnerie illégale, irrégulière et fallacieuse ne doit pas être pris à la légère.  Une tentative a été faite pour que la Grande Loge Unie d’Anglettere et le Chapitre de l’Arche Royale reconnaissent le Grade de la Marque et finalement un comité mixte a été nommé pour faire un rapport sur le statut de la Marque.  Le rapport fut soumis au Grand Chapitre le 1er février 1856, lequel passa le flambeau à la Grande Loge qui, le 5 mars, recommanda que le grade de la Mdarque soit ajouté aux degrés de la maçonnerie de métier.  Tandis que cette reconnaissance de la validité du grade était de nature à satisfaire de nombreux frères, beaucoup de frères de la Marque exprimaient maintenant la crainte que le grade soit dilué dans deux du métier.  Cependant, le 4 juin, la réunion trimestrielle des communications  du Board a décidé que cette intégration n’était pas acceptable, et ainsi, la Maçonnerie de la Marque comme la pierre, a finalement été rejetée.

Toutefois, les choses avançaient à une certaine vitesse, car le jour même où la Grande Loge Unie d’Angleterre rejetait la Marque, un certain nombre de maçons londoniens ont demandé au Grand Chapitre d’Ecosse un mandat pour ouvrir une autre loge à Londres, mais celle-ci devait être directement sous la responsabilité du Grand Chapitre d’Ecosse.  L’Écosse accepta et une charte fut émise le 18 juin 1856.  Cette intrusion, ou rivalité amicale comme on l’appelle parfois par euphémisme, ne devait pas être acceptée par les membres anglais sans lutte et sans doute avec une connaissance préalable de l’événement, le Secrétaire de la loge londonienne “Le Bon Accord”, le 14 juin a envoyé une circulaire à tous les membres pour assister à une Assemblée extraordinaire qui se tiendra le 23 juin : “to take into consideration the propriety of adopting the recommendation of the Permanent Committee. “… that a Grand Mark Master Masons Lodge for England and it’s Dependencies be forthwith established”.

La réunion extraordinaire a eu lieu le 23, où il a été convenu qu’une Grande Loge serait formée.  La Loge fut alors dûment ouverte et le Très Honorable Lord Leigh fut élu Grand Maître pour l’année suivante.

En conclusion, permettez-moi simplement d’ajouter que tout ne s’est pas fait dans l’harmonie et la douceur de vivre car beaucoup s’opposaient à cette prise à cette initiative de l’Ecosse en terre anglaise. Pendant des mois les lettres à la presse populaire et la presse maçonnique n’ont guère contribué à améliorer la réputation de la franc-maçonnerie.  Handfield Jones dans son History of Grand Lodge of Mark Master Masons déclare : “this episode sheds a powerful spotlight on the character, customs and behaviour of the Mid Victorian male and illustrates how thin was the cultural veneer of the average Freemason of 1856”.

 

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La Maçonnerie de Marque : un retour vers l’opératif

Publié le 1 Août 2026 par T.D

Les fondations opératives : de la pierre à l’identité

L’origine de la Maçonnerie de la Marque remonte à l’univers concret et laborieux des bâtisseurs médiévaux. Bien avant de devenir un système symbolique et initiatique, la « marque » fut d’abord un outil de reconnaissance professionnelle utilisé sur les grands chantiers de construction de cathédrales, d’abbayes et de fortifications de l’Europe médiévale. Les tailleurs de pierre, organisés en corporations hiérarchisées et hautement spécialisées, gravaient sur chaque bloc façonné un signe distinctif, généralement composé de formes géométriques simples : triangles, croix, étoiles, lignes entrecroisées ou figures abstraites. Cette marque individuelle constituait une véritable signature artisanale.

Dans le contexte des immenses chantiers gothiques des XIIe au XVe siècles, où plusieurs dizaines, voire des centaines, d’ouvriers pouvaient travailler simultanément, cette pratique répondait à des nécessités techniques, administratives et économiques.

Le premier objectif relevait du contrôle de la qualité. Les maîtres d’œuvre et surveillants des travaux devaient pouvoir identifier rapidement l’artisan responsable d’une pierre défectueuse, mal taillée ou non conforme aux plans de construction. La marque permettait ainsi d’assurer une forme de traçabilité du travail et favorisait le maintien d’un haut niveau d’exigence technique sur les chantiers.

Le second objectif portait sur la rémunération des ouvriers. Les tailleurs de pierre étant souvent payés à la tâche, c’est-à-dire au nombre de pierres correctement exécutées, les marques servaient de système de comptabilité professionnelle. Chaque pierre marquée témoignait du travail accompli par un artisan donné, ce qui permettait aux administrateurs du chantier d’évaluer précisément sa production et d’établir sa paie. Dans une société où les mécanismes administratifs demeuraient relativement rudimentaires, la marque constituait donc un instrument essentiel de gestion et d’organisation du travail.

Cependant, la marque ne se limitait pas à une simple fonction utilitaire. Elle participait également à la construction de l’identité professionnelle du maçon. À travers elle, l’ouvrier affirmait son appartenance à une communauté de métier régie par des règles précises, des savoir-faire transmis par apprentissage et une culture corporative forte. La marque devenait dès lors le signe visible d’une réputation, d’une compétence et d’une reconnaissance par les pairs.

Du point de vue historiographique, l’une des étapes majeures de l’évolution de cette pratique vers une institutionnalisation plus formelle a lieu en Écosse à la fin du XVIe siècle. En 1598, William Schaw, Maître des Travaux du roi Jacques VI d’Écosse, promulgua les célèbres Statuts Schaw, texte fondamental de l’histoire de la maçonnerie opérative écossaise. Ces statuts visaient à réorganiser les loges de métier, à renforcer leur discipline interne et à normaliser les procédures d’admission des membres.

L’article 13 revêt une importance particulière pour l’histoire de la Maçonnerie de la Marque. Il y est explicitement indiqué que l’admission d’un compagnon ou d’un maître devait être officiellement enregistrée et que son nom ainsi que « sa marque » devaient être inscrits dans les registres de la loge. Cette mention démontre que la marque possédait déjà une valeur institutionnelle reconnue, dépassant le simple usage pratique du chantier pour devenir un élément constitutif de l’identité maçonnique elle-même.

Au cours du XVIIe siècle, les loges écossaises commencèrent progressivement à accueillir des membres non opératifs, souvent issus de la noblesse, de la bourgeoisie lettrée ou des milieux intellectuels. Ces « gentlemen masons » ou « maçons acceptés » n’exerçaient pas le métier de tailleur de pierre mais étaient attirés par le prestige, les valeurs morales et les traditions symboliques des loges. Fait significatif, ces nouveaux membres adoptèrent eux aussi une marque personnelle, alors même qu’ils ne taillaient aucune pierre.

Ce transfert de la marque du domaine strictement professionnel vers un registre symbolique constitue une évolution fondamentale. La marque cesse progressivement d’être uniquement un signe de propriété ou de rémunération pour devenir l’expression d’une identité initiatique et spirituelle. Elle symbolise désormais la place de l’individu dans l’édifice collectif, sa responsabilité morale, ainsi que l’empreinte personnelle qu’il laisse dans l’œuvre commune.

Ainsi, la Maçonnerie de la Marque apparaît comme l’héritière directe d’une tradition opérative authentique, dans laquelle un geste technique concret — marquer une pierre — s’est progressivement chargé d’une profondeur symbolique et philosophique. Ce passage de l’outil administratif à l’emblème initiatique illustre parfaitement l’évolution générale de la franc-maçonnerie : le déplacement d’un métier de bâtisseurs vers une démarche de construction intérieure et morale de l’homme.

La transition spéculative et la genèse du grade (XVIIIe siècle)

Au cours du XVIIIe siècle, la pratique ancienne de la marque connut une transformation décisive. Ce qui n’était jusque-là qu’un signe professionnel hérité des usages opératifs devint progressivement un véritable grade initiatique intégré à la maçonnerie spéculative naissante. Cette évolution ne se fit ni de manière soudaine ni selon un plan centralisé ; elle résulta d’un développement progressif, empirique et parfois disparate au sein des loges britanniques, particulièrement en Écosse et en Angleterre.

 

La franc-maçonnerie spéculative, née officiellement avec la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717, avait déjà commencé à réinterpréter les outils, gestes et traditions des anciens métiers de bâtisseurs dans une perspective morale et philosophique. Dans ce contexte, la « marque » acquit une portée symbolique nouvelle : elle ne représentait plus seulement la signature d’un artisan sur une pierre, mais devenait l’expression de l’identité spirituelle du maçon et de sa participation consciente à la construction du « Temple intérieur ».

À cette époque, la tradition de la Marque ne constituait pas encore un grade autonome, clairement structuré, comme elle le deviendra plus tard. Elle se présentait plutôt sous la forme de deux degrés distincts, généralement conférés au sein des Loges symboliques —également appelées « Loges bleues » — selon l’avancement maçonnique du récipiendaire.

Le premier degré était celui de l’Homme de la Marque (Mark Man). Il était habituellement conféré aux Compagnons et mettait l’accent sur les notions de travail, de responsabilité individuelle et de reconnaissance du mérite. Le candidat y recevait sa propre marque personnelle, symbole de son engagement dans l’œuvre collective et de la valeur de son travail.

Le second degré, celui de Maître de la Marque (Mark Master), était réservé aux Maîtres Maçons. Il développait une dimension plus élaborée, associée à la fidélité, à l’intégrité morale et à la reconnaissance de la véritable valeur de l’ouvrier. Ce grade s’inscrivait progressivement dans le cycle des récits symboliques liés à la construction du Temple de Salomon, thème central de la maçonnerie spéculative du XVIIIe siècle.

L’émergence de ces degrés témoigne de la volonté des loges de prolonger et d’enrichir les enseignements symboliques des trois grades fondamentaux d’Apprenti, Compagnon et Maître. La Marque offrait un espace supplémentaire pour développer des thèmes essentiels tels que le mérite personnel, la justice dans la rémunération du travail, la rectitude morale et la relation entre l’individu et l’édifice collectif.

D’un point de vue documentaire, l’une des plus anciennes attestations de la pratique organisée de la Maçonnerie de la Marque remonte à 1758, dans les règlements de la loge Kilwinning Doric n° 68 de Port-Glasgow, en Écosse. Cette mention est historiquement importante car elle démontre que le grade était déjà suffisamment établi pour figurer dans les usages officiels d’une loge. L’Écosse joua d’ailleurs un rôle essentiel dans la préservation des anciennes traditions opératives et dans leur transmission aux formes spéculatives de la franc-maçonnerie.

En Angleterre, la première preuve historiquement attestée de la communication du grade remonte au 1er septembre 1769. Ce jour-là, Thomas Dunckerley, figure majeure de la maçonnerie britannique du XVIIIe siècle, conféra les grades de Mark Mason et de Mark Master au sein du Royal Arch Chapter of Friendship à Portsmouth.

La personnalité de Thomas Dunckerley mérite une attention particulière dans l’histoire de la Maçonnerie de la Marque. Officier de marine, administrateur énergique et organisateur influent de la franc-maçonnerie anglaise, Dunckerley joua un rôle central dans la diffusion de plusieurs hauts grades maçonniques, notamment l’Arche Royale et les grades associés. Son action contribua à donner une légitimité croissante à la tradition de la Marque au sein de la maçonnerie anglaise.

Le fait que la cérémonie ait été pratiquée dans un Chapitre de l’Arche Royale est également révélateur. Durant le XVIIIe siècle, les frontières entre les différents systèmes de grades demeuraient encore relativement fluides. De nombreuses loges, chapitres et corps maçonniques expérimentaient de nouveaux rituels ou combinaient diverses traditions symboliques. La Maçonnerie de la Marque se développa ainsi dans un environnement de forte créativité rituelle, avant de chercher progressivement une structure institutionnelle plus stable.

Cette période constitue donc une phase charnière dans l’histoire du grade. La Marque cesse d’être une simple survivance opérative ou une formalité administrative pour devenir un véritable enseignement initiatique. Le symbole de la marque personnelle acquiert alors une profondeur philosophique nouvelle : il ne désigne plus seulement l’auteur d’un travail matériel, mais devient le signe de la responsabilité morale de l’homme face à son œuvre, à ses engagements et à la postérité de ses actes.

En définitive, le XVIIIe siècle marque la véritable naissance de la Maçonnerie de la Marque en tant que système symbolique autonome. Héritière des pratiques opératives médiévales, nourrie par l’imagination spéculative des loges britanniques et portée par des figures influentes comme Thomas Dunckerley, elle s’impose progressivement comme l’un des développements les plus significatifs et les plus populaires de la franc-maçonnerie des hauts grades.

La crise d’intégration et l’institutionnalisation de la Maçonnerie de la Marque au XIXe siècle

Le XIXe siècle constitue une période décisive dans l’histoire de la Maçonnerie de la Marque. Alors que le grade avait connu au XVIIIe siècle une diffusion importante et une popularité croissante dans les loges britanniques, il se heurta désormais à une question fondamentale : celle de sa légitimité institutionnelle au sein de la franc-maçonnerie officielle anglaise. Cette crise allait profondément remodeler l’organisation du grade et influencer durablement son développement international.

L’Acte d’Union de 1813 et l’exclusion de la Marque

L’événement central de cette période fut la création, en 1813, de la Grande Loge Unie d’Angleterre (United Grand Lodge of England, UGLE). Cette nouvelle institution naquit de la réconciliation des deux principales obédiences maçonniques anglaises qui s’opposaient depuis plusieurs décennies : la Grande Loge des « Modernes », fondée en 1717, et celle des « Anciens », apparue en 1751.

Cette fusion visait à mettre fin aux divisions doctrinales, rituelles et administratives qui fragilisait la maçonnerie anglaise. Afin de garantir l’unité de la nouvelle obédience, les négociateurs du Traité d’Union cherchèrent à définir avec précision ce qui devait constituer la « pure et ancienne Maçonnerie ».

L’article II du traité énonça alors une formule appelée à devenir célèbre : « La pure et ancienne Maçonnerie consiste en trois degrés et pas davantage, à savoir : Apprenti, Entré, Compagnon du Métier et Maître Maçon, y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale. »

Cette déclaration revêtait une portée considérable. En ne reconnaissant officiellement que trois grades symboliques — auxquels s’ajoutait explicitement l’Arche Royale — le texte excluait implicitement tous les autres degrés qui s’étaient multipliés au cours du XVIIIe siècle.

Le grade de la Marque, pourtant largement pratiqué et apprécié dans de nombreuses loges anglaises, ne figurait pas dans cette définition. Son omission entraîna donc son exclusion de la structure officielle de la maçonnerie symbolique anglaise. La situation était d’autant plus paradoxale que nombre de maçons considéraient déjà la Marque comme un complément naturel du grade de Maître Maçon, voire comme une étape indispensable à la compréhension complète de l’Arche Royale.

Cette exclusion ne signifiait cependant pas la disparition du grade. Bien au contraire, la Maçonnerie de la Marque continua d’être pratiquée activement dans plusieurs régions britanniques. Mais son statut devenait désormais ambigu : populaire dans les usages, elle demeurait institutionnellement marginalisée.

Une tension entre orthodoxie institutionnelle et pratique maçonnique

Le débat autour de la Marque illustre les tensions qui traversèrent la franc-maçonnerie anglaise du XIXe siècle. D’un côté, l’UGLE cherchait à imposer une définition stricte et stabilisée de la régularité maçonnique afin de préserver l’unité de l’obédience nouvellement créée. De l’autre, de nombreux maçons souhaitaient maintenir des traditions rituelles anciennes qu’ils considéraient légitimes et profondément enracinées dans l’histoire de l’Ordre.

La Marque occupait une position particulière dans cette controverse. Contrairement à certains hauts grades plus ésotériques ou chevaleresques apparus au XVIIIe siècle, elle revendiquait une filiation directe avec les traditions opératives des anciens bâtisseurs. Beaucoup estimaient donc qu’elle relevait naturellement du patrimoine fondamental de la maçonnerie.

Cette tension entre exclusion officielle et popularité réelle créa une situation instable pendant plusieurs décennies. Certaines loges continuaient à pratiquer discrètement le grade, tandis que d’autres cherchaient à obtenir sa reconnaissance officielle. Les tentatives de compromis se multiplièrent sans succès.

La création de la Grande Loge des Maîtres Maçons de la Marque (1856)

L’année 1856 marque un tournant décisif. Après de longues discussions, l’UGLE refusa définitivement d’intégrer la Maçonnerie de la Marque aux travaux symboliques placés sous son autorité. Cette décision provoqua une réaction immédiate de la part des partisans du grade.

Refusant de voir disparaître une tradition qu’ils considéraient comme essentielle, plusieurs dignitaires et loges décidèrent de créer une juridiction autonome spécifiquement consacrée à la Maçonnerie de la Marque. C’est ainsi qu’en 1856 fut fondée la Grande Loge des Maîtres Maçons de la Marque (Grand Lodge of Mark Master Masons).

Cette institution indépendante reçut pour mission d’administrer, de réglementer et de diffuser le grade en Angleterre et au Pays de Galles. Elle établit progressivement une structure stable, des constitutions propres et un système administratif complet, comparable à celui des grandes obédiences maçonniques traditionnelles.

La création de cette Grande Loge représente un moment fondamental dans l’histoire de la Marque, car elle transforma un grade marginalisé en un système maçonnique autonome et solidement organisé. Paradoxalement, l’exclusion prononcée par l’UGLE contribua donc à renforcer l’identité propre de la Maçonnerie de la Marque et à assurer sa pérennité institutionnelle.

Au fil du XIXe siècle, la Grande Loge de la Marque connut un développement rapide. Elle fonda de nombreuses loges, standardisa les rituels et établit des relations internationales avec d’autres juridictions maçonniques. Le grade acquiert ainsi une reconnaissance croissante dans le monde anglophone.

Les développements internationaux de la Maçonnerie de la Marque

À partir du XIXe siècle, la diffusion internationale de la franc-maçonnerie entraîna également celle de la Maçonnerie de la Marque. Toutefois, son organisation et son statut varièrent considérablement selon les pays et les traditions maçonniques locales.

En Écosse : une continuité opérative préservée

L’Écosse adopte une approche beaucoup plus souple que celle de l’Angleterre. Fidèle à ses anciennes traditions opératives, la maçonnerie écossaise considéra généralement la Marque comme le complément naturel du grade de Compagnon.

Dans ce système, le grade peut être conféré soit au sein d’une Loge symbolique, soit au sein d’un Chapitre de l’Arche Royale. Cette souplesse témoigne d’une continuité historique plus marquée en Écosse entre la maçonnerie opérative ancienne et la maçonnerie spéculative moderne.

Aux États-Unis : l’intégration dans le York Rite

Aux États-Unis, la Maçonnerie de la Marque trouva sa place dans le système du York Rite (Rite d’York), l’un des principaux ensembles de hauts grades américains.

Elle y constitue le premier des quatre grades capitulaires administrés dans un Chapitre de l’Arche Royale. Dans cette organisation, le grade de Mark Master Mason joue un rôle introductif essentiel, préparant le candidat aux enseignements plus élaborés des degrés suivants.

La tradition américaine mit particulièrement l’accent sur les dimensions morales du grade : la valeur du travail honnête, la reconnaissance du mérite personnel et la fidélité aux engagements pris.

La situation française : introduction, oubli et réveil

En France, l’histoire de la Maçonnerie de la Marque fut plus discontinue. Le grade fut introduit dès 1817 au sein du Grand Orient de France grâce à Germain Hacquet, personnalité maçonnique intéressée par les rites anglo-saxons et les hauts grades britanniques.

Cependant, contrairement à l’Angleterre ou aux États-Unis, la Marque ne parvint pas à s’implanter durablement dans le paysage maçonnique français du XIXe siècle. Plusieurs facteurs expliquent cette marginalisation : la prédominance des systèmes de hauts grades d’inspiration française ; l’influence considérable du Rite Écossais Ancien et Accepté ; la faible diffusion des traditions maçonniques anglaises en France ; et l’absence d’une structure autonome capable d’assurer la continuité du grade.

Le rituel tomba progressivement en désuétude et disparut presque entièrement de la pratique maçonnique française pendant une longue période.

Ce n’est qu’à partir des années 2000 qu’un véritable mouvement de réveil de la Maçonnerie de la Marque apparut en France. À partir de 2001, plusieurs juridictions de hauts grades, souvent liées au Rite d’York ou à des filiations britanniques de la Marque, réintroduisirent progressivement ce système initiatique.

Aujourd’hui, bien que demeurant relativement confidentielle par rapport à d’autres rites plus répandus, la Maçonnerie de la Marque connaît en France un notable regain d’intérêt. Elle attire notamment des maçons désireux d’explorer les traditions anglo-saxonnes, les racines opératives de la franc-maçonnerie et les dimensions symboliques liées au travail, à la responsabilité individuelle et à la construction de soi.

Ainsi, le XIXe siècle apparaît comme une période paradoxale dans l’histoire de la Maçonnerie de la Marque : exclue des structures officielles de la maçonnerie anglaise, elle parvint néanmoins à se constituer en institution autonome, à se diffuser à l’international et à préserver une identité propre qui demeure vivante jusqu’à aujourd’hui.

Fondements allégoriques et moraux de la Maçonnerie de la Marque

Sur le plan symbolique et philosophique, la Maçonnerie de la Marque s’inscrit pleinement dans l’univers légendaire de la construction du Temple de Salomon, matrice centrale de la plupart des traditions maçonniques occidentales. Toutefois, contrairement à d’autres grades qui privilégient les dimensions dramatiques liées à la mort d’Hiram ou les spéculations mystiques de l’Arche Royale, le grade de Maître Maçon de la Marque concentre son enseignement sur la valeur du travail, la reconnaissance du mérite et la difficulté du jugement humain.

Le cadre narratif du rituel met en scène les ouvriers employés à l’édification du Temple, principalement les tailleurs de pierre chargés de façonner les blocs destinés à l’ouvrage sacré. Chaque artisan travaille sous l’autorité des inspecteurs, chargés de contrôler la qualité des pierres produites, de vérifier leur conformité aux plans de construction et d’autoriser le paiement des salaires.

Cette structure hiérarchique constitue l’un des éléments essentiels de l’allégorie. Elle reproduit symboliquement l’organisation des anciens chantiers opératifs tout en servant de modèle moral pour la société humaine. Les ouvriers représentent l’humanité laborieuse engagée dans l’œuvre de perfectionnement individuel et collectif ; les Surveillants incarnent, quant à eux, l’autorité, la justice et la responsabilité du discernement.

La clef de voûte : cœur symbolique du grade

L’enseignement principal du grade s’articule autour de l’épisode célèbre de la clef de voûte (keystone), véritable centre dramatique et philosophique du rituel.

Dans la légende, un ouvrier particulièrement habile et consciencieux taille une pierre singulière destinée à une fonction précise dans la construction du Temple. Cependant, lorsque cette pierre est présentée aux Inspecteurs, ceux-ci ne reconnaissent ni son usage ni sa place dans les plans dont ils disposent. La forme inhabituelle de la pierre les conduit à penser qu’elle est défectueuse ou inutile. Elle est donc rejetée, parfois avec mépris, et écartée parmi les matériaux considérés comme impropres à l’ouvrage.

Ce rejet constitue un moment essentiel du récit initiatique. Il révèle la faillibilité du jugement humain, même lorsqu’il émane d’autorités compétentes et expérimentées. Les Inspecteurs ne sont pas présentés comme malveillants ; leur erreur provient plutôt des limites de leur compréhension et de leur incapacité à percevoir immédiatement la véritable finalité de l’œuvre.

Plus tard, au moment d’achever l’arc principal du Temple, les constructeurs découvrent qu’aucune pierre ne permet de la compléter. L’édifice demeure inachevé jusqu’à ce que l’on retrouve la pierre rejetée. Celle-ci apparaît alors comme la clef de voûte indispensable à la stabilité et à l’équilibre de l’ensemble architectural.

Le retournement symbolique est fondamental : la pierre méprisée devient la pierre essentielle ; ce qui avait été considéré comme inutile se révèle indispensable à l’accomplissement de l’œuvre.

La référence biblique : la pierre rejetée devenue pierre angulaire

Cette allégorie s’appuie directement sur une référence biblique majeure tirée du Psaume 118, verset 22 :

« La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle. »

Ce passage, abondamment repris dans la tradition judéo-chrétienne, possède une portée symbolique extrêmement riche. Dans le contexte de la Maçonnerie de la Marque, il illustre plusieurs enseignements fondamentaux.

D’abord, il rappelle que la valeur réelle d’un être, d’une œuvre ou d’une idée n’est pas toujours immédiatement perceptible. Le jugement humain peut être altéré par les apparences, les préjugés ou les limites de la connaissance. La vérité profonde d’une chose ne se révèle parfois qu’avec le temps.

Ensuite, le récit invite à réfléchir à l’humilité. Les Inspecteurs eux-mêmes, malgré leur autorité et leur expérience, peuvent se tromper. Le grade enseigne ainsi la prudence dans l’exercice du pouvoir et la nécessité d’un discernement éclairé par la sagesse plutôt que par l’orgueil.

Enfin, la pierre rejetée symbolise aussi l’individu méconnu, incompris ou marginalisé, dont la valeur intérieure finit par être reconnue. Le grade revêt donc une dimension morale profondément humaniste : il affirme la dignité du travail honnête et la reconnaissance du mérite véritable, indépendamment du rang social ou des apparences.

Une pédagogie du travail et de la justice

La Maçonnerie de la Marque se distingue par l’importance qu’elle accorde au travail juste et consciencieux. Là où d’autres grades maçonniques mettent principalement l’accent sur des spéculations métaphysiques ou ésotériques, la Marque demeure profondément enracinée dans une éthique du labeur.

Le travail de l’ouvrier n’est pas présenté comme une simple activité matérielle ; il devient une métaphore de la construction morale de l’être humain. Chaque pierre taillée représente un effort personnel, un acte de perfectionnement et une contribution à l’édifice collectif.

Le salaire accordé à l’ouvrier revêt également une importance symbolique. Il ne se limite pas à une rémunération matérielle, mais inclut également la reconnaissance légitime du mérite et des efforts accomplis. Le grade insiste ainsi sur plusieurs principes fondamentaux : l’honnêteté dans le travail, la fidélité aux engagements pris, la responsabilité individuelle, la justice dans la répartition des récompenses et le respect du mérite authentique.

Cette dimension éthique explique en grande partie la popularité historique du grade dans les milieux maçonniques anglo-saxons, particulièrement sensibles aux valeurs de la responsabilité personnelle et de la moralité pratique.

La marque personnelle : identité et responsabilité

L’un des aspects les plus originaux du grade réside dans la préservation de la marque individuelle héritée des traditions opératives médiévales. Chaque Maître Maçon de la Marque adopte une marque personnelle qui le distingue symboliquement des autres ouvriers.

Cette marque revêt plusieurs niveaux de sens.

Elle représente d’abord l’identité propre de l’initié. Dans l’œuvre collective du Temple, chaque maçon apporte une contribution singulière et irremplaçable. La marque rappelle que nul ne peut être confondu avec un autre dans l’accomplissement de son travail intérieur.

Mais elle symbolise aussi la responsabilité morale de chacun de ses actes. De même que le tailleur de pierre médiéval apposait son signe sur les blocs qu’il avait façonnés, l’initié est invité à assumer pleinement les conséquences de ses actions, tant dans le monde profane que dans la vie spirituelle.

Enfin, la marque devient le signe durable de l’empreinte laissée par l’homme dans l’édifice humain universel. Le grade, ainsi que toute action juste, honnête et consciencieuse, participe à la construction d’un Temple symbolique qui dépasse l’individu lui-même.

Une morale de la reconnaissance et de la persévérance

Au-delà de son décor biblique et opératif, la Maçonnerie de la Marque transmet une véritable philosophie de la reconnaissance. Elle rappelle que le mérite véritable peut être ignoré, incompris ou rejeté avant d’être finalement reconnu à sa juste valeur.

Le grade invite donc le maçon à persévérer dans le travail bien fait sans rechercher immédiatement l’approbation extérieure. La pierre juste doit être taillée avec exactitude, même si sa destination demeure inconnue.

Cette leçon a une portée universelle. Elle concerne autant la vie initiatique que l’existence sociale ou professionnelle : l’homme ne maîtrise pas toujours la manière dont son œuvre sera perçue, mais il demeure responsable de sa qualité intrinsèque.

Ainsi, à travers l’allégorie de la clef de voûte et de la pierre rejetée, la Maçonnerie de la Marque développe une réflexion profonde sur la justice, la dignité du travail, l’humilité du jugement et la valeur intérieure des êtres et des œuvres. Héritière des traditions des anciens bâtisseurs, elle transforme l’acte concret de tailler une pierre en une méditation morale sur la place de l’homme dans l’édifice collectif de l’humanité.

S. MORIN Maître Maçon de Marque

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Origines du rite de la Maçonnerie de Marque

Publié le 1 Août 2026 par T.D

La Marque ou Mark Masonry est certainement le plus répandue de tous les degrés latéraux anglo-saxons.

La Marque en Angleterre

En Angleterre, la Maçonnerie de Marque y est très populaire parmi les Frères; aujourd’hui, ce degré est conféré à des frères Maîtres Maçons. La Grande Loge de Marque compte à ce jour quelques 1250 Loges regroupées en 41 Provinces et 30 Districts Outre-mer, dans lesquelles travaillent plus de 60 000 Maîtres Maçons de Marque.

À partir de quelle date est-il possible de faire remonter l’existence de Loges de Marques constituées et indépendantes, pratiquant un rituel basé, comme celui pratiqué actuellement, autour de la thématique double, celle de la notion de « Marque de tailleur de pierre » et celui du « Symbolisme de la Clef de Voûte » incluant la notion de pierre rejetée puis retrouvée pour achever l’édifice »?

Il faudra attendre la première moitié du XVIII° siècle. Mais la notion de Marque de Tailleur de Pierre en elle-même, est plus ancienne.

Selon la tradition, les tailleurs de pierre s’unirent pour la première fois en une Fraternité sur le chantier de la cathédrale de Magdebourg, ouvert en 1211.

Une loi du roi édouard III d’Angleterre contient, en 1352, la première mention officielle des francs-maçons et la reconnaissance effective de corporations de maçons opératifs. Entre 1390 et 1420, nombre de Règles et Devoirs sont adoptés par ces maçons et couchés par écrit afin d’en assurer la stabilité.

Parmi ces textes, les Statuts ou Règlements généraux des Steinmetzen, tels qu’ils furent établis en 1459 à Ragensbourg, puis en 1462 à Torgau en Saxe, prévoient l’attribution d’une marque distinctive au Compagnon maçon ou tailleur de pierre.

 

Il y est ainsi précisé à l’article 59 :

Tout apprenti recevra une marque en devenant Compagnon du Métier.

et, plus loin, à l’article 72 :

Tout travail d’un Compagnon sera examiné par le Surveillant et nulle marque ne sera taillée dans la pierre si la pierre n’est pas trouvée conforme aux plans. Si la marque est ainsi accordée, alors le Compagnon aura le droit de toucher ses gages.

Ces marques permettaient ainsi à chaque Compagnon d’être payé selon la tâche accomplie ce qui était l’usage de l’époque.

C’est ainsi qu’en Écosse, les Statuts Schaw de 1598 ou Règlements destinés aux maçons opératifs, ordonnent dans leur article 13, que :

Le jour de la réception de tout maître ou compagnon du métier, sera dûment enregistré, et son nom et sa marque, qui seront inscrits dans le livre avec le nom des six maîtres qui l’ont admis et des apprentis entrés.

Ainsi, En Écosse, au XVI° siècle, il est fait obligation d’utiliser une marque et de l’enregistrer dans un livre de Loge. Un exemplaire d’un tel document est d’ailleurs conservé à la Loge 1ter d’Aberdeen.

De même, à la Loge Mary’s Chapel d’édimbourg en 1599, plusieurs maçons spéculatifs apposèrent leurs marques sur le Registre après leurs noms. Ce qui montre que la notion de Marque était déjà passée chez les non opératifs, en Écosse du moins.

À l’intérieur du Livre de la Loge de Kilwinning, on a trouvé des Marques des Frères enregistrées à la date du 20 décembre 1664.

Il faudra attendre 1723 pour voir la première mention écrite de la Maçonnerie de Marque, dans la plus ancienne divulgation de la Maçonnerie Spéculative « A Mason Examination » ou « L’examen d’un maçon ».

On peut y lire que le Maître enseignait au nouvel Apprenti Entré (Entered Apprentice) la chose suivante :

Si vous voulez devenir Maître Maçon,
Respectez bien la règle de trois,
Et ce que vous désirez en Maçonnerie,
Votre Marque et Mohabon vous le donneront

La connaissance du Mot du Maître et l’existence de sa Marque distinctive résumaient l’enseignement maçonnique du premier tiers du XVIII° siècle en Angleterre.

Dans la Maçonnerie Spéculative maintenant, il faut attendre 1758 pour y voir une mention d’une Marque dans les registres de la loge Kilwinning N° 168 de Glasgow.

Il apparaît comme certain que, lorsque la Franc-maçonnerie spéculative fit son apparition, à l’aube du XVIII° siècle, de nombreux points essentiels de la Maçonnerie opérative ne furent pas repris dans les textes rituels primitifs.

Cependant, en Écosse, sur l’insistance des opératifs, la présentation d’une marque fut maintenue et reconnue comme un usage maçonnique constant ainsi que l’attestent les minutes de la Loge Kilwinning lorsque, le 20 décembre 1674, John Smith : « fut admis et paya sa marque », et que John Law fut aussi « inscrit avec sa marque ». Plus tard, le 12 juillet 1720 : « … Robert Montgomerie a payé sa marque (tandis que) William Montgomerie reçoit la sienne ».

En Irlande, le même usage fut conservé, comme il ressort du discours de John Jones, étudiant au Trinity College de Dublin en 1688, prononcé lors de la cérémonie annuelle de remise de diplôme, quand il fait non seulement allusion à la Loge de l’Université, mais aussi au fait que chaque maçon y recevait sa marque. La diffusion de ces usages particuliers fut facilitée par l’innovation irlandaise d’attribuer des chartes régimentaires itinérantes.

Le 7 novembre 1732, la Grande Loge d’Irlande, octroya une charte au premier bataillon du régiment Royal Écossais. L’Écosse accorda la première à la Loge du Duc de Norfolk, au 12e d’Infanterie, en 1747; et l’Angleterre, Anciens ou Modernes, n’octroya de charte régimentaire qu’en 1755.

Il n’est donc pas surprenant que plus de deux cent chartes ambulantes, attachées à des régiments, furent octroyées par l’Irlande, soit plus du total cumulé des deux autres Grandes Loges. Ces Loges furent, à n’en point douter, le vecteur essentiel de la diffusion de la maçonnerie « ancienne » tant dans les Amériques que dans le reste du monde.

 

En Angleterre ce ne sera pas avant 1769 que l’on verra l’existence d’une réception à la Maçonnerie de Marque : ce sera celle de Thomas Dunkerley qui avait reçu dernièrement la Marque, dut procéder à l’avancement de frères « Maçons de Marque » et « Maîtres Maçons de Marque » selon deux Cérémonies distinctes.

La mention :

qui avait reçu dernièrement la Marque,

est intéressante, et indique qu’à cette époque la Marque était pratiquée en Angleterre. Il faut noter aussi qu’à cette même période la Maçonnerie de Marque se décomposait en deux parties : le degré de « Maçons de Marque » pour les compagnons, et le degré de « Maîtres Maçons de Marque », pour les maîtres, alors que les deux Cérémonies sont regroupées aujourd’hui en un seul Avancement.

L’infatigable maçon que fut Thomas Dunckerley participa, lui aussi, très activement à la propagation du grade de Marque comme de celui de l’Arche Royale. Si cela peut sembler curieux pour un dignitaire des Modernes qui considérait les Anciens comme des rebelles, il faut se souvenir que les Loges militaires dont il est issu pratiquaient les usages de la maçonnerie ancienne et, si l’on admet qu’il entendait combattre les dissidents par leurs propres armes, il put créer ainsi des ponts qui permettraient un jour le rassemblement des deux Grandes Loges rivales.

C’est entre 1770 et 1780 qu’apparaissent les premières mentions de la collation du grade de Marque en deux « étapes » à savoir, Maçon de Marque et Maître de Marque. Jusqu’en 1813 la pratique de ce grade sous des formes variées fut donc persistante et largement répandue dans toute l’Angleterre et l’Écosse.

Le 27 décembre 1813 les partisans de la maçonnerie des Anciens furent fort marris de constater que l’Acte d’Union en son article II prévoyait que « La Maçonnerie pure et ancienne se compose de trois grades et pas davantage… ».

Un tel accord, à cette époque, et compte tenu tant des moyens de communication que de la résistance bien compréhensible des anciens, ne fut pas immédiatement appliqué et nombre de Loges continuèrent à pratiquer le grade de Marque en vertu de la patente de leur Loge symbolique.

Le 25 août 1851 survint un événement bien particulier puisque le Chapitre de l’Arche Royale Bon Accord n°70 d’Aberdeen en Écosse nommait le Frère William Jones Maître de Marque de la Loge de Marque Bon Accord qui devait travailler […] à Londres.

Les fondateurs de cette Loge spécifiquement de marque argumentaient que ce grade trouvait son origine dans la maçonnerie symbolique et non dans celle de l’Arche Royale. Le succès de cette Loge fut immédiat puisqu’à l’automne 1855 elle comptait 120 membres. C’est à ce moment que le Grand Chapitre Suprême d’Écosse contesta cette innovation et que les membres de la Loge se tournèrent vers la Grande Loge Unie d’Angleterre, lui demandant l’agrégation du grade de Marque à la maçonnerie symbolique.

Le 5 mars 1856, lors de la tenue trimestrielle de Grande Loge fut adoptée une résolution mentionnant que

Le grade de Maçon de Marque ou de Maître de Marque ne dévie pas des anciens landmarks de l’Ordre et le grade constitue une addition heureuse à la Maçonnerie traditionnelle, en fait partie intégrante et peut en conséquence, être conféré par toutes les loges régulièrement patentées, selon les dispositions de règlements à préparer par le Comité des Affaires Générales, pour être soumis à l’approbation du Très Respectable Grand Maître.

Ce qui était la réalité dans certaines régions anglaises depuis presque un siècle recevait donc une certaine légitimité.

Or, lors de la tenue trimestrielle suivante, en juin 1856, soit sur intervention des partisans inconditionnels d’un système symbolique en trois grades soit sur la pression des partisans d’une Grande Loge de Marque distincte et souveraine, les minutes ne furent pas adoptées et la démarche échoua.

Le 18 juin 1856, une patente fut accordée par le Grand Chapitre Suprême d’Écosse à la Loge de Marque Saint-Marc qui prit le N°1 sur le registre des loges de Marque Écossaises hors d’Écosse.

La charte N°2 fut accordée à la Loge St John’s à Bolton et la N°3 à la Loge Thistle formée par des membres de la Loge Bon Accord qui s’étaient soumis au Grand Chapitre.

Mais il faudra attendre le 23 juin 1856 pour voir apparaitre à la suite de maintes péripéties, la création de la « Grande Loge des Maçons de Marque d’Angleterre, du Pays de Galles et des colonies et dépendances de la Couronne britannique ».

En effet, le 23 juin 1856, la Loge Bon Accord ainsi que les trois loges précédemment citées se réunirent pour procéder à la formation de la Grande Loge de Marque. Le Très Honorable Lord Leight en fut élu le premier Grand Maître, charge qu’il occupa durant quatre ans.

Nonobstant cette création des chartes continuèrent régulièrement à être octroyées par l’Écosse au point que fin 1858 ces Loges étaient au nombre de 15.

La nouvelle Grande Loge de Marque fut cependant, et au prix de très longues tractations, reconnue comme conservateur du grade de Marque en Angleterre en novembre 1875 par le Grand Chapitre d’Irlande, en août 1877 par le Grand Chapitre Général des Etats-Unis (intitulé depuis Grand Chapitre Général International), en 1878 par les Grands Chapitres du District de Columbia et de la Virginie Occidentale et enfin, en 1879, par les Grands Chapitres de l’Illinois et du Québec. Enfin, le 18 juin 1879, après 23 ans de conflit, le Grand Chapitre Suprême d’Écosse prit la décision de reconnaître la Grande Loge des Maîtres Maçons de Marque d’Angleterre et du Pays de Galles comme organisme légal chargé de régir ce grade dans ces pays. Il convint de ne plus y accorder de charte de Marque, tout en préservant ses droits sur les Loges déjà patentées.

Après ces débuts laborieux, la Grande Loge prospéra tant en Angleterre et au Pays de Galles que dans l’Empire et sur toute l’étendue du globe.

 

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LE SYMBOLISME DE LA TOUR DE BABEL

Publié le 31 Juillet 2026 par T.D

by AS

Dans Genèse 11:1;9, nous trouvons des informations selon lesquelles la diversité des langues existant sur terre a son origine dans un travail raté de la franc-maçonnerie opérative. Il s’agit probablement d’un travail tenté par les descendants de Cham, l’un des fils de Noé, après le déluge. Cette œuvre, qui aurait commencé dans un lieu appelé Senaar, supposément à l’endroit où se trouvent aujourd’hui les ruines de l’ancienne cité de Babylone, a été conçue par un roi appelé Nenrod, mentionné dans la Bible comme étant le « grand « chasseur devant l’Éternel » (Genèse 22:1). 10; 9). C’était une immense tour à gradins, construite en plein milieu de la ville, faite de briques d’argile cuite, utilisant du bitume comme mortier. Cette tour, selon les chroniqueurs bibliques, révélerait une vaine intention des êtres humains, car ils voulaient « rendre leur nom célèbre ».

Historiquement, il n’est pas nié que la Tour de Babel ait pu exister. Des vestiges de bâtiments du type mentionné dans la Bible et par les historiens antiques qui ont traité de ce sujet ont été mis au jour sur divers sites archéologiques du Moyen-Orient, notamment dans des endroits où l’on suppose que le modèle qui aurait servi au récit biblique était érigé. Il s’agit de tours appelées « ziggourats », qui, selon les historiens modernes, étaient utilisées à la fois pour les services religieux et les observations astrologiques.

Bien avant les temples dans lesquels la Bible a commencé à être compilée (probablement au VIIe siècle avant J.-C., sous le règne du roi Josias de Juda),  les peuples vivant en Mésopotamie, une région située entre les fleuves Tigre et Euphrate (aujourd’hui (jour de l’Irak), se vantait déjà d’une civilisation avancée. Il y avait là des villes très urbanisées et peuplées, comme Ur, Eridu, Uruk et la célèbre Babylone, qui à l’époque d’Hérodote était déjà considérée comme la plus grande et la plus belle ville du monde. Selon cet historien, en 440 av. J.-C., il vit à Babylone les restes d’« une tour solide, faite de briques cuites, de 201 mètres de longueur et de largeur, sur laquelle fut érigée une deuxième tour, puis une troisième, et ainsi de suite ». jusqu’à huit. L’ascension au sommet se fait par l’extérieur, par un chemin qui entoure toutes les tours. À mi-hauteur, il y a un endroit pour se reposer et des sièges où les gens peuvent s’asseoir un moment en chemin vers le sommet. Dans la tour supérieure se trouve un temple spacieux, et à l’intérieur du temple se trouve un canapé de taille inhabituelle, richement orné, avec une table dorée à côté.

En général, les historiens s’accordent à dire que l’inspiration biblique de l’histoire de la Tour de Babel doit résider dans les fameuses « ziggourats », d’énormes tours que les habitants de cette région construisirent pour servir de temples et d’observatoires astrologiques, et qui étaient encore en vogue en l’époque d’Hérodote et d’Alexandre. Dans la littérature retrouvée dans la célèbre bibliothèque d’Assurbanipal, le roi assyrien du VIIe siècle av. J.-C., qui assiégea et détruisit le royaume d’Israël, on trouve de nombreuses références à ce type de construction et à son utilisation. Il existe plusieurs légendes enregistrées dans la littérature sumérienne qui font référence à ce sujet. L’un d’eux, par exemple, raconte qu’Amar-Sin (2046-2037 av. J.-C.), le troisième monarque de la troisième dynastie d’Ur, tenta de construire une ziggourat dans la ville d’Eridu, qui ne fut jamais achevée. Il existe également d’autres informations qui ont pu servir d’inspiration aux chroniqueurs bibliques, non seulement pour l’épisode de la Tour de Babel, mais aussi pour la création du personnage appelé Nimrod, qui aurait été le créateur de la Tour de Babel. C’est l’histoire du roi Enmerkar (connu sous le nom d’Enmer le Chasseur), roi d’Uruk, qui aurait construit une grande « ziggourat » dans cette ville. Cette histoire fait également référence au combat entre deux dieux rivaux, Enki et Enlil, qui se disputent les honneurs de ce temple construit par Enmerkar, le seigneur d’Aratta, et finissent de ce fait par confondre les langues des peuples qui ont travaillé sur ce temple. construction.

Il existe plusieurs documents sur ce sujet dans la littérature sumérienne et babylonienne, ce qui a conduit les chercheurs à penser que l’inspiration biblique provient de ces sources. Le roi Nabopolassar, par exemple, également mentionné dans la Bible pour les raids qu’il mena contre les Juifs, est considéré comme un grand bâtisseur et l’un des principaux rois à avoir fait de Babylone la ville la plus importante du monde à son époque. Les ruines du magnifique palais résidentiel qu’il fit construire ainsi que le somptueux temple dédié au dieu Ninurta sont encore visibles aujourd’hui. Cependant, son projet architectural le plus ambitieux fut la reconstruction de la ziggourat Etemenanki, connue sous le nom de « Fondation du Ciel et de la Terre », une gigantesque tour à gradins qui servait de temple et d’observatoire astrologique.

En termes linguistiques, le nom Babel est l’équivalent grec du terme akkadien Bãb-ilu, qui signifie la « Porte de Dieu ». D’où la connotation luciférienne que la Bible donne à cette œuvre. Comme on peut le voir en lisant la chronique biblique, la position adoptée par les chroniqueurs juifs et acceptée par les commentateurs de la Bible, en particulier les compilateurs de la Mishna, un ensemble de commentaires rabbiniques sur la Bible, est que la tour de Babel est à l’origine d’un rébellion. contre Dieu. Dans certaines de ces mishnah, nous trouvons même l’idée que la tour de Babel a été construite non seulement pour défier le pouvoir de Dieu, mais aussi pour s’opposer à Abraham, l’un des principaux prêtres de la Chaldée de l’époque. Il critiquait toujours ses pairs et les exhortait à vénérer Dieu au lieu de le défier. Un passage de la littérature rabbinique qui fait référence à ce sujet dit que les constructeurs ont prononcé des paroles acerbes contre Dieu. Ces paroles ne sont pas enregistrées dans la Bible, mais les commentateurs rapportent qu’à cette époque, le ciel fut secoué par Dieu pour provoquer la pluie, alors ils construisirent cette tour et la soutenèrent avec de solides colonnes, afin qu’elle puisse résister à toute autre inondation. que Dieu voulait envoyer sur la terre. Les chroniqueurs du Talmud et l’historien Flavius ​​Josèphe font également référence à ces traditions dans leurs commentaires de la Bible, désignant Nimrod comme le principal articulateur de cette œuvre.

La Tour de Babel est également mentionnée dans l’Apocalypse de Baruch, un livre apocryphe de la Bible, où ce prophète visionnaire, comme Dante dans sa Divine Comédie, voit les constructeurs de la Tour de Babel, sous la forme de chiens, subir le châtiment que Dieu leur a infligé. violé.

Dans les anciennes traditions mystiques, les ziggourats étaient considérées comme des portails par lesquels les dieux pouvaient entrer sur terre et par lesquels l’homme pouvait également entrer au ciel. On les considérait comme des « échelles » reliant la terre au ciel. De même que les habitants du ciel pouvaient venir sur terre par ces portes, les hommes pouvaient aussi entrer au ciel par elles, d’où la crainte des Elhoins (les véritables bâtisseurs de l’univers et créateurs de l’homme) que le ciel soit envahi par cette race dégénérée, qui étaient les humains engendrés par les archanges rebelles qui avaient été expulsés du ciel. C’est pourquoi il est dit dans la Bible : « Allons maintenant, confondons leur langage, afin qu’ils ne se comprennent pas entre eux. » Ce discours, au pluriel, montre que ce n’est pas Dieu qui a confondu les langues, mais plutôt un groupe d’archanges (Elhoins), comme le suggère la tradition kabbalistique.

L’idée de l’existence d’une langue unique sur terre, à l’époque où la Bible identifie la construction de la tour de Babel, n’est pas acceptée par la plupart des spécialistes. La tendance est de voir ce mythe comme des souvenirs d’un processus d’organisation des royaumes mésopotamiens, qui ont connu une série de montées et de chutes, avec différents peuples se succédant au pouvoir et aux dynasties royales, chacun essayant de surpasser les précédents. en pompe et grandeur. . D’où la construction d’ouvrages somptueux, qui, en fait, était commune à toutes les grandes civilisations du passé. Ainsi, un projet de méga-construction en Mésopotamie a pu avoir recours au travail forcé de diverses populations asservies, puisque Babylone, au plus fort de son histoire de conquêtes, dominait la plupart des peuples du Moyen-Orient, avec leurs différentes langues. Certaines d’entre elles étaient même non sémites, comme le hourrite, le kassite, le sumérien et l’élamite, qui étaient des langues cananéennes. Il s’agit probablement de l’effondrement du grand empire babylonien, conquis par le roi perse Cyrus le Grand en 525 av. J.-C. ce qui a conduit à la chute de la « Tour » (Babylone) et à la dispersion des peuples qui la formaient. De cette façon, l’histoire de la Tour de Babel aurait été insérée dans la Bible après le retour des Juifs de la captivité babylonienne et de la soi-disant Etemenanki, la ziggourat des rois babyloniens, le sanctuaire principal de la « religion abominable ». « de Babel », a été stigmatisée par les chroniqueurs juifs comme étant responsable de la grande confusion des langues qui existe sur terre.

La Bible ne mentionne pas ce qui est arrivé à la tour de Babel, mais des auteurs anciens provenant de diverses sources rapportent que Dieu l’a détruite. Les récits contenus dans le Livre des Jubilés, dans les œuvres de Corneille Alexandre d’Abydène, et surtout de Flavius ​​Josèphe (Antiquités juives 1.4.3), et les Oracles sibyllins (iii. 117-129) rapportent que Dieu renversa la tour avec une grande vent. .

Cela montre à quel point ce récit a été approprié par les chroniqueurs juifs pour justifier leur théologie et leur idéologie raciale, la première s’incarnant dans l’idée de l’existence d’un Dieu unique et qu’Israël serait le seul peuple à l’adorer. Et le deuxième pour affirmer la suprématie du peuple d’Israël sur ses voisins. Car selon les adeptes de cette tradition, la langue d’Israël, et son alphabet, l’hébreu, est une langue créée au ciel, parlée par les Elohim, les archanges qui ont fait l’homme à leur image et à leur ressemblance. Les autres langues seraient toutes barbares, nées de la « confusion » provoquée par l’effondrement de la tour de Babel.

L’histoire de la Tour de Babel, comme les autres légendes et traditions mentionnées dans la Bible, n’est pas exclusive aux peuples mésopotamiens, et la littérature biblique n’est pas la seule à y faire référence. Parmi les peuples d’Amérique centrale, il existe plusieurs histoires similaires. Chez les Aztèques, on raconte l’histoire de Xelhua, l’un des sept géants qui se sauvèrent du déluge en construisant la Grande Pyramide de Cholula pour défier le Ciel. Les dieux la détruisirent par le feu et brouillérent le langage des constructeurs. Les Toltèques, un peuple qui précède les Aztèques dans la liste des civilisations qui peuplaient l’ancien Mexique, avaient également une légende similaire selon laquelle les hommes se sont multipliés après le grand déluge et ont commencé à construire un haut zacuali (tour) pour s’abriter au cas où le Les dieux envoient un autre déluge sur la terre. Ils disent aussi que la tour n’a pas été achevée parce que leurs langues étaient confondues et qu’ils étaient dispersés dans différentes parties de la terre.

Des histoires similaires ont également été enregistrées en Inde, au Népal, parmi les habitants de l’Estonie et les aborigènes d’Australie et de Nouvelle-Zélande, ce qui montre que la Tour de Babel est un archétype partagé par la mémoire commune de l’humanité.

Et comme tout ce qui touche à la Bible, cette histoire est également devenue un article de foi. Nombreux sont ceux qui défendent le sens littéral de l’épisode de la Tour de Babel comme étant à l’origine des différentes langues parlées sur terre. Et comme on dit, l’histoire peut être discutée, mais pas la foi.

Dans l’ancienne franc-maçonnerie opérative, c’était Nimrod et non Hiram Abiff qui était le patron de la franc-maçonnerie. L’art de la construction avait ce roi mythologique comme figure la plus représentative. C’est probablement l’influence de la Réforme protestante, avec son aversion pour tout ce qui, dans la lecture protestante, contaminait la doctrine chrétienne, qui a retiré Nimrod de ce piédestal, le remplaçant par Hiram Abiff, l’architecte supposé du Temple du roi Salomon. Cependant, des références au constructeur de la tour de Babel se trouvent dans plusieurs Old Charges, anciens manuscrits des maçons opératifs anglais, montrant que parmi les anciens maçons constructeurs de cathédrales, le roi sumérien mythologique était une figure de grande importance.

Enfin, il convient de rappeler que dans la mystique maçonnique, l’épisode de la Tour de Babel est une allégorie d’une grande signification initiatique. Elle se rattache, d’une part, à l’art du maçon, qui renvoie à son métier de constructeur, et d’autre part au sens ésotérique de « l’échelle de Jacob », puisqu’il s’agit, dans le mysticisme de la franc-maçonnerie, d’une « « chemin » par lequel les anges descendent sur terre et les hommes montent au ciel. Dans le symbolisme de l’art royal, il signifie l’ascension de l’esprit humain à travers les étapes de la perfection spirituelle. C’est pour cette raison qu’il sera invoqué dans le catéchisme maçonnique des degrés supérieurs comme désignation d’un enseignement important.

JAR

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Babel et le Pavé Mosaïque (extrait de La Revue du Maçon)

Publié le 31 Juillet 2026 par T.D

L’auteur tente un rapprochement entre le Pavé Mosaïque en tant qu’imago Mundi

et la tour de Babel.

Ce lien est caractérisé par l’orgueil de l’architecte qui pense détenir à l’image de Dieu, le pouvoir de créer et d’organiser la manifestation.

        Le pavé mosaïque met en œuvre la construction d’un motif bipolaire. Construit par l’homme, ce motif synthétise une opposition associée à une prétention « cosmocréatrice » de l’artisan. La tesselle de carreaux bicolores par son assemblage suivant ordonné et abscisse organise le chaos.

        L’artisan devient alors démiurge. Il tente d’imiter celui de qui il tient ses pouvoirs et c’est ici que se situe le point de séparation entre l’homme à genoux devant son créateur et celui qui par bravade ou tentation, s’en va mesurer son orgueilleuse puissance à celle du grand architecte de l’Univers. Construire un pavé mosaïque en tant que fondement de la manifestation, revient à se laisser tenter par Babel. On relate, dans les origines mythiques du métier, l’évènement de la construction de la tour de Babel, comme étant un élément fondateur de la profession des bâtisseurs. Le Régius cristallise la légende : « Écoutez maintenant ce que j'ai lu : bien après l'effroi résultant du Grand Déluge, on bâtit la tour de Babylone, solide ouvrage de pierre et de chaux comme on n'en avait jamais vu. Elle était si longue et si large que l'ombre à midi, avait sept miles.

        C'est Nabuchodonosor qui la fit construire pour protéger les hommes, s'il survenait un nouveau déluge. Leur orgueil et leur vantardise furent la cause de la fin de l'entreprise. Leurs langues furent divisées et ils ne se comprenaient plus. » 

        Plus tard encore, l’origine Babélienne du métier fut glorifiée et expurgée de sa connotation négative : On remarque qu’avant la légende d’Hiram prévalait entre autres la légende de Noé, le père des constructeurs, que l’Ancien Devoirs, le Graham, consacre en ultime conclusion. Toute la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui est issue de la légendaire Hiramique ou celle plus ancienne et opérative des Quatres Couronnés, celle d’Arnaud de Montauban, puis celles intermédiaires de Maître Jacques et le Père Soubise. On constate que l’ensemble légendaire opératif et symbolique repose sur le crime aussi nécessaire qu’utile. Il devient mythe fondateur et peut s’assimiler à la geste chrétienne de la passion du christ et en toute hypothèse, suggère le principe d’exemple et de résurrection. C’est en ce sens que la Franc-Maçonnerie élabore l’éloge du crime. Le crime par sa nature morale et du fait des tables de la loi données à Moïse ne peut être que teinté de noir.

        Les conséquences de ce crime, nous dirons plutôt l’effet miroir, sanctifie le passage à l’Orient Eternel dans un continuum de successibles Maîtres maçons qui reçoivent et revivent la légende d’Hiram. C’est un point intéressant et curieux qui nous ramène aux anciennes pratiques des transferts de type « Dibouk » telles que décrites dans la littérature juive. Ajoutons pour être complet que le crime utile vaut aussi pour soi-même. En plus du transfert successoral évoqué plus haut, il convient pour faire place au nouvel Hiram qui est en nous, de tuer le vieil homme.

        Celui qui nous « habite » n’est plus le même depuis notre initiation. Faire table rase d’une animalité envahissante et dispendieuse d’une énergie trop précieuse. Se dissiper sans but et sans fin n’est plus à l’ordre du jour.

        Il existe donc une dichotomie agissante qui oscille entre le respect du créateur ou de l’architecte et son meurtre rituelique. S’en suit une tension indispensable, qui permet au ciment qui lie chaque pierre de l’édifice de prendre. Ainsi, pouvons nous affirmer que le pavé mosaïque qui est le lieu du dépôt de la dépouille d’Hiram, trouve sa fonction première dans une apparente opposition, pour faire sienne, plus encore que de mesure, l’unité entre tous les membres qui la compose. L’unité retrouvée se fait grâce au joint invisible et sacré qui les unit, aussi bien dans le deuil, que dans la recherche de la parole perdue. Ce joint interstitiel visible du seul initié est le but réel du la représentation mosaïque du pavé.

        Sans doute parce que notre interprétation n’est que réfractée par notre sens manichéen et primaire. De cette filtration résulte une méprise : Le Dieu « Cosmocréateur » ayant créé l’homme à son image n’installe pas la sanction pour la prétention et la tentation de l’imiter par la construction de cet édifice.

        Au contraire, la fameuse confusion des langues ne fait que donner naissance à la diversité des langages, en autant de peuplades et pays. L’incompréhension qui en résulte provoque l’abandon du projet de Nemrod. Peut-être qu'il n’est en fait qu’ajourné, en attendant une sagesse et une capacité à mieux s’assimiler à l’autre. Les fondations reposent sur l’altérité. Cette sagesse repose, bien évidemment sur la capacité de chacun à accepter l’autre dans sa différence, vieille vertu chrétienne, redécouverte au Siècle des lumières et qui aboutit tout naturellement à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.  Cet état d’esprit se traduit par une capacité à être frères unis dans une chaîne d’union autour du pavé mosaïque, témoin et miroir de fraternité.

De même ce principe jointif du meurtre utile, nous renvoie à un épisode bien connu de l’Ancien Testament, inhérent à l’érection de la tour de Babel.

        Pourquoi la génération de la construction de cette tour censée tutoyer Dieu en son ciel, n’a-t-elle jamais été punie ni anéantie comme le fut la génération du Déluge ? Flavius Josèphe relate : « Nemrod peu à peu transforme l'état des choses en une tyrannie. Il estimait que le seul moyen de détacher les hommes de la crainte de Dieu, c'était qu'ils s'en remissent toujours à sa propre puissance. Il promet de les défendre contre une seconde punition de Dieu qui veut inonder la terre : il construira une tour assez haute pour que les eaux ne puissent s'élever jusqu'à elle et il vengera même la mort de leurs pères. Le peuple était tout disposé à suivre les avis de Nemrod, considérant l'obéissance à Dieu comme une servitude ; ils se mirent à édifier la tour [...] ; elle s'éleva plus vite qu'on eût supposé ».

        Au plan symbolique l’épisode de la tour de Babel est une synthèse allégorique de l’épisode de la chute. Le rapprochement entre la tour de Babel et le pavé mosaïque est illustré de façon fort probante par le sol de la cathédrale d’Otrante ou l’on voit un pavé mosaïque non loin d’une tour, elle aussi bicolore, ne laissant aucun doute sur le rapprochement que nous venons d’effectuer.

        L’analogie nous semble évidente. La brique est une glaise pétrie et formée puis cuite, l’homme est dans la plupart des traditions, fait à partir de la glaise… Ainsi c’est l’assemblage des briques de glaise, passées par le feu, qui représentent l’expérience du mal et la multitude. Enfin unies par leurs joints, de manière hélicoïdale s’érige l’édifice. L’alliance du feu, du joint et de la brique3, le tout par la main de l’homme fait de celui-ci, indirectement, le sujet du feu et de Satan. Dans le pavé mosaïque nous retrouvons les mêmes ingrédients sans pour autant passer par le feu. C’est ici la lumière4 et la ténèbre qui oeuvrent en amont comme résultat de la différenciation des origines et le feu est absent. Cette disposition du pavé mosaïque de s’abstraire de la matérialité, lui donne cette supériorité symbolique qui en fait un élément fondateur des mythèmes maçonniques. C’est aussi l’antitype de la tour de Babel. 

        C’est dans le pavé mosaïque, sans passer par le feu et donc l’éternelle damnation du diable, que le créateur entend « ré-unir » les peuples dispersés et les langues qui ont perdu le Verbe. Cette union se fera sans recours à une construction verticale de matière et de feu, mais plutôt dans l’ascension ternaire que suggère un dualisme apparent. L’effort à produire est personnel. Il nécessite une transformation de soi, et repose sur notre capacité à modifier notre regard. Il ne repose pas sur un temps de cuisson ni sur un savoir-faire, ni d’ailleurs sur le strict orgueil de Nemrod.

        Ce dernier est l’ancêtre des francs maçons et considéré comme tel par les Anciens Devoirs, tels le Régius ou le Cooke de 1390 et 1420, où il lui est donné le titre de « Premier et Très Excellent Grand Maître ». C’est à lui que l’on attribue la rédaction des premières charges et devoirs de la profession. L’historien Mackey confirme que l’histoire fondatrice et légendaire de la profession à prévalue jusqu’au XVIIIe siècle, pour être remplacée par la légende D’Hiram, où Salomon se substituera à Nemrod…

(…)

ER

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