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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Approche du symbolisme des Trois Fenêtres

Publié le 17 Juillet 2026 par T.D

Introduction

Aux deux premiers degrés des Loges bleues – Apprenti et Compagnon – les Tableaux de Loge font apparaître trois fenêtres : la première à l’Orient, la seconde au Midi et la troisième à l’Occident. Il n’y a pas de fenêtre au nord. Au premier degré, ces trois fenêtres sont grillagées ; au second degré, elles sont ouvertes.

Les fenêtres du temple sont un sujet que de nombreux auteurs ont traité de façon très symboliste, basant leurs recherches, leurs théories et leurs interprétations sur de vieux rituels et d’anciens catéchismes.

Nous pouvons nous poser plusieurs questions au sujet de ces fenêtres et de leur grillage :

  • Comment justifier leur présence ?
  • Pourquoi trois fenêtres ?
  • Quelle forme leur donner ?
  • Comment représenter leur grillage ?
  • Quel est le véritable sens de ces grilles ?

Le but de la présente planche est d’approcher le symbolisme des fenêtres, de leur position et de leur grillage ou de leur ouverture.

Symbolisme de la position des fenêtres

Tentons tout d’abord de comprendre les interprétations des auteurs maçonniques du début de ce siècle se basant sur les vieux rituels et d’anciens catéchismes.

Jules Boucher reprend des commentaires de Plantagenet et d’Oswald Wirth.  Selon Raoul Berteaux, souvent très critique à l’égard de ces auteurs du début du siècle, « ils apportent peu de choses du point de vue symbolique et paraissent parfois puérils, sinon inexacts ».

La symbolique du positionnement de ces trois fenêtres Orient – Midi  – Occident  est flagrante : de toute évidence, elle est liée au cycle solaire. Les fenêtres deviennent ainsi les instruments de la transmission de la Lumière.

Nombre de rituels maçonniques font clairement allusion à cette progression du soleil autour du Temple et des incidences qui en découlent pour tous ceux qui sont touchés, à un moment ou un autre, par sa clarté.

Deux théories s’affrontent quant à l’interprétation de la symbolique des fenêtres et de la lumière qui pénètre dans le Temple.

  1. La lumière extérieure pénètre dans le Temple et éclaire le côté opposé.
  2. La seconde option considère que la lumière extérieure éclaire le côté où elle pénètre.

Analysons ces deux théories.

D'après la première théorie, si la lumière extérieure qui pénètre dans le Temple éclaire le côté opposé, alors la lumière du matin devrait logiquement éclairer les deux Surveillants. Les Apprentis placés sur la colonne du Nord devraient recevoir un maximum de lumière, car le Soleil, lorsqu'il parvient au Sud, est dans sa plénitude. Dans ce cas également, les Compagnons, qui sont placés sur la colonne du Midi, ne bénéficient pas directement de la lumière mais l’Etoile Flamboyante leur dispense sans doute la lumière nécessaire à leurs travaux. Quant au Vénérable Maître, il recevrait la lumière venant du Couchant, ce qui lui permettrait de vérifier que les travaux organisés et répartis le matin par les Surveillants ont bien été exécutés par les Apprentis et les Compagnons.

La deuxième théorie met au contraire en évidence la position du Soleil par rapport à l’orientation du Temple. Dans ce cas, le Soleil au Levant éclaire le Vénérable qui prépare les plans. Le Vénérable a prévu ce que sera la journée, la préparation des matériaux par les Apprentis, leur mise en place par les Compagnons. Lorsque le Soleil monte dans le ciel et arrive au Zénith, les Compagnons œuvrent sur le chantier. Il est Midi plein. Le Soleil décline et parvient au Couchant ; la nuit tombe. Il est Minuit plein quand les Surveillants paient les ouvriers et les renvoient contents.

Quelles que soient les interprétations que l’on puisse donner sur les trajectoires de la lumière venant de l’extérieur ou sur le fait de savoir ce qui est éclairé en premier, le véritable point important à retenir est qu’au long d’une journée, ces trois ouvertures permettent à la lumière d’illuminer tour à tour, à des heures différentes et avec des intensités variées, tous les points du Temple et, par conséquent, l’ensemble des places des différents intervenants dans cette enceinte réservée.

Dans ce lieu voué initialement à l’étude, à la recherche, à l’élévation spirituelle, depuis le Vénérable Maître jusqu'à l’Apprenti récemment initié, chacun reçoit la Lumière divine et la Connaissance à un moment donné, selon son degré et son avancement.

Approche du symbolisme de la lumière

Pour Oswald Wirth, « la Loge d’Apprenti ne reçoit aucune lumière du dehors. Elle rappelle en cela les cryptes souterraines ou creusées dans le flanc des montagnes, les hypogées de l’Egypte ou de l’Inde, l’antre de Trophonius, etc. La Loge de Compagnon, par contre, est en communication avec le monde extérieur grâce aux trois fenêtres. »

La fenêtre de l’Orient apporte la douceur de l’aurore, son renouveau d’activité ; celle du Midi la force et la chaleur ; celle de l‘Occident donne une lumière sans cesse faiblissante qui incite au repos. Le Nord, obscur, ne recevant aucune lumière, n’a pas besoin de fenêtre.

D'autres interprétations du symbolisme des fenêtres et de la lumière sont encore possibles.

La fenêtre d’Occident fait pendant à celle d’Orient en vertu de la loi d’équilibre. Elle est le lieu où la lumière disparaît, engloutie dans les profondeurs de la terre, et où règnent les ténèbres et les pulsions primitives du monde profane. Elle marque l’origine et la fin du parcours terrestre, ce qui se concrétise par la direction cardinale de la marche des frères.

Si l’on considère le tableau d’Apprenti, on peut observer qu’il se décompose en trois zones :

  • Toute la partie orientale où s’ordonnent le Soleil, la fenêtre, la Lune,
  • La colonne du Midi où se trouve la deuxième fenêtre,
  • La zone occidentale où s’ouvre la troisième fenêtre.

Ceux qui voudraient que les Apprentis bénéficient, au nord, de la lumière rayonnante venant de l’ouverture du midi manquent de clairvoyance : ils oublient que les frères de la Colonne du Nord peuvent en recevoir tout autant des fenêtres situées à l’Orient comme à l’Occident. Les travaux se tenant à Midi, heure solaire, et le Soleil au Zénith dardant ses rayons à la verticale et non à l’oblique, les frères des différentes colonnes ne risquent pas de percevoir grand-chose puisque ces ouvertures n’ont pas vocation à laisser voir ou passer une lumière exotérique et profane. Elles ne revêtent aucune fonction matérielle ou pratique durant le travail !

Cependant, en consultant d’anciennes instructions, on s’aperçoit que ces ouvertures ne se rapportent nullement au travail : elles éclairaient les ouvriers quand ils venaient et s’en retournaient mais n’en avaient point d’usage pendant le travail.

Mais il existe une autre approche, plus réaliste, qui fait de l’emplacement des fenêtres non pas la cause ou la justification de la place des Apprentis et des Compagnons en Loge, mais la conséquence d’une structure, d’une architecture imposées par les reliefs cernant la ville Sainte et constituant une protection naturelle.

Il convient pour cela de se référer au Premier Livre des Rois (6, 4) qui fait mention des fenêtres lors de la description du Temple. Retenons au moins trois traductions :

  • Il fit au temple des fenêtres à cadres et à grilles.
  • Il fit à la maison des fenêtres solidement grillées.
  • Il fit à la maison des fenêtres grillagées.

Remarquons immédiatement qu’il n’est nullement question de trois fenêtres !

Il est fort probable que le nombre trois a été choisi uniquement pour des raisons d’ordre symbolique liées au ternaire, comme pour les trois lumières par exemple.

Pour Raoul Berteaux, « un modèle ternaire apparaît sous la forme d’un groupe de trois fenêtres grillagées placées respectivement à l’Orient, au Midi et à l’Occident ». « Notons simplement, dit encore Raoul Berteaux, que la Loge en tant que champ clos, communique avec le monde extérieur par trois ouvertures ; s’il est vrai que le Maçon pratique l’Art Royal en un  lieu connu des seuls Enfants de la Lumière,  il n’en est pas moins en contact avec le monde extérieur.

L’Art Royal n’exige pas un ascétisme  d’isolement social ; il attend du Maçon d’être actif dans le Monde. »

L’explication des fenêtres du Temple tient en quelques lignes.

Le Roi Salomon avait reçu de Dieu la mission de bâtir le Temple.

Où allait-il l’élever ?

David avait fait de Jérusalem sa cité royale avec beaucoup d’intelligence, une ville sainte en y amenant l’Arche d’Alliance. Les raisons de son choix sont multiples : la capitale de David ne pouvait s’élever qu’à cet endroit car Moïse avait rêvé d’en faire la ville de son peuple errant ; de plus, géographiquement, elle était au centre du royaume ; enfin, et surtout, Jérusalem était bâtie sur des hauteurs entourées de défilés, de ravins et donc aisément défendable.

Le Temple est la ville. Jérusalem est la maison. De par la présence de l’Arche d’Alliance en ses murs, la ville est le centre du monde. Quand le Temple est construit, c’est lui qui devient le Centre mais la cité ne perd pas pour autant sa qualité de lieu saint. Ainsi, Temple et Jérusalem ne font qu’un.

David est donc maître d’un emplacement formidable. Il a pris pour centre de défense trois montagnes reliées par leurs contreforts et dispose également de trois fossés gigantesques. La nouvelle ville n’est cependant attaquable que par le Nord. Aussi est-ce par le Nord que, malgré sa triple muraille, Jérusalem fut attaquée successivement par Nabuchodonosor, Alexandre le Grand, Pompée, Titus et Godefroy de Bouillon (en réalité Geoffroy de Saint Omer !).

Toutes les directions sont donc protégées naturellement par le relief de la ville, sauf le nord. Il est donc tout à fait normal de ne pas percer de fenêtres sur ce côté vulnérable mais de permettre à la lumière de pénétrer par l’Orient, le Sud et l’Occident, parfaitement défendus par des à-pic, la sécurité étant renforcée par des grilles.

Cette théorie ne remet pas en cause le cycle solaire pour les Travaux qui se déroulent dans le Temple maçonnique. Elle ne vise qu’à montrer que les fenêtres sont en dehors de la symbolique solaire et que nous pouvons les analyser en fonction de l’implantation de la ville de Jérusalem et de son environnement immédiat.

Alors, à quoi servent les fenêtres représentées sur nos Tableaux de Loge ?

Synthétisons l’interprétation assez récente qu’a formulée Christian Guigue :

Les fenêtres pourraient intervenir comme des bornes, des limites, des frontières par où se manifestent la raison, l’esprit et la bonne volonté du Grand Maître. Et comme un Maître de Loge ne peut communiquer aucun renseignement via ces fenêtres, ce Grand Maître ne peut être que le Grand Architecte de l’Univers qui décide de notre avancée vers la Lumière.

Ainsi l’ouverture du Midi marquerait le commencement et la fin d’un monde qui se situe hors de portée des hommes et se rapporte à cette mort vers laquelle les Compagnons et les Maîtres avancent. L’ouverture d’Occident resterait affectée à la mort symbolique comme à celle inhérente au corps de matière, ce qu’il convient de rapprocher des trois portes du Temple. Quant à la fenêtre d’Orient, elle marquerait symboliquement le passage par où peuvent opérer la hiérophanie et la transfiguration.

A propos de la forme des fenêtres

La forme des fenêtres varie sur les Tableaux de Loge : certaines sont rectangulaires et présentent trois barreaux verticaux et trois barreaux horizontaux. Sur d’autres, elles sont en «anse de panier» avec un barreau vertical et deux barreaux horizontaux. Sur d’autres encore, elles sont en ogive avec un grillage très serré.

Puisque la Bible ne donne aucune précision quant à la forme des fenêtres et à l’aspect des grilles et des grillages, les auteurs maçonniques ont laissé aller leur fantaisie !

Dans les très vieilles instructions maçonniques (« Masonry Dissected » de Prichard paru en 1730), il n’y a aucune précision quant à la taille ou à la forme des fenêtres. Mais on y évoque bien la présence de trois fenêtres, censées se trouver dans toute pièce où se tient une Loge. Placées à l’Est, au Sud et à l’Ouest, elles servent à éclairer les ouvriers avant, pendant et après le travail. Ces instructions précisent aussi qu’il n’y a « pas de fenêtre au Nord parce que le soleil ne donne pas de ce côté ». Notons aussi que « le plus ancien Apprenti entré doit se tenir au Midi parce que son travail consiste à écouter et comprendre les instructions et accueillir les Frères visiteurs ».

Voilà, parmi tant d’autres, un exemple d’une interprétation qui modifie le sens d’un élément afin qu’il soit en harmonie avec la symbolique que l’on veut cultiver.

Se basant sur un sens exotérique des quatre points cardinaux, les auteurs des anciens rituels et plus tard les écrivains maçonniques ont émis des truismes des explications souvent puériles.

C’est ainsi qu’à longueur de pages ils nous enseignent que la fenêtre de l’Est est le lieu où le soleil se lève, que celle du Midi est l’endroit où il est à son zénith, que celle d’Occident est le point où il se couche. S’appuyant sur ces éléments simplistes, on a bâti tout un système d’éclairement, justifiant la place des Apprentis et des Compagnons dans la Loge.

Paraphrasant sans vergogne les anciens catéchismes, les auteurs ont accumulé des phrases telles que :

  • Il n’y a pas de fenêtre au Nord parce que le soleil n’y passe pas.
  • Les Apprentis sont placés au Nord parce qu’ils ont besoin d’être éclairés.
  • Les Compagnons ayant moins besoin de Lumière, l’ombre portée par le mur du Temple les éclaire suffisamment.

Ainsi, pour Jules Boucher, « les maçons constructeurs ont toujours orienté les Temples avec l’entrée à l’Occident et les trois fenêtres du « tableau » suivant la marche du soleil. Il n’y a pas de  fenêtre au Nord parce que le Soleil n’y passe pas. »

Les grilles et les grillages ont suscité, eux aussi, de nombreux commentaires, pas toujours très réalistes. Certains exégètes sont même allés jusqu'à affirmer que les grilles interdisaient aux profanes de voir ce qui se passait dans le Temple.

Approche du symbolisme du grillage

Pour tenter de pénétrer ce symbole, nous avons également consulté des ouvrages dont la première édition parut au cours du premier quart de notre siècle. Les interprétations que leurs auteurs en donnent relèvent bien souvent de la fantaisie.

D'autres auteurs, plus raisonnables, ont compris que les grilles avaient été placées aux fenêtres pour empêcher les non-initiés de fouler un sol sacré, la porte d’Occident étant gardée par le Couvreur.

Pour Jules Boucher qui passe pourtant pour un auteur de référence, « les fenêtres sont grillagées, non pas pour interdire aux profanes de regarder dans  le Temple – car si le Temple était éclairé intérieurement, un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher de voir ce qui s’y passe – mais simplement pour défendre l’accès du Temple. »

Et selon Plantagenet, « le grillage qui protège ces ouvertures rappelle que le travail des ouvriers est soustrait à la vue du profane dont le regard ne sait pénétrer dans le Temple. Si celui du Maçon n’est pas arrêté par le même obstacle, ses perspectives sont essentiellement différentes. Il ne peut, en effet, matériellement regarder la vaine agitation de la rue puisque autour de lui tout est clos, mais il n’en doit pas moins, spirituellement, déterminer le mouvement du monde sensible au point de vue où il se trouve.»

Ceux qui font état d’une nécessité de cacher le travail des ouvriers aux regards des profanes et qui se satisfont de ces grillages pour y pourvoir, manquent singulièrement de réalisme. Lorsqu'on veut masquer les réunions sous le voile de la discrétion, on supprime les ouvertures importunes au lieu d’en créer !

Des fenêtres non grillagées au degré de Compagnon

Sur le Tableau de la Loge de Compagnon figurent trois fenêtres ouvertes.

Jules Boucher les interprète comme « le signe de l’affranchissement du Compagnon. Il s’est, au premier degré, purifié l’esprit par un intense travail intérieur. Maintenant, non seulement il peut s’évader de son isolement et subir sans danger le contact du monde extérieur, mais il doit, au contraire, rechercher ce contact afin de refaire sa propre connaissance par l’observation, le raisonnement et la méditation. Son regard s’est modifié, il ne voit plus les choses de la même manière que lorsqu'il était encore lui-même un profane. Son initiation au second degré lui a valu la connaissance d’une méthode de travail féconde pour l’accession à la sagesse mais qui, cependant, ne peut avoir de valeur que pour autant qu’elle puisse être appliquée pratiquement ».

Pour conclure provisoirement

La conclusion, toujours provisoire, que nous tirerons de cette brève étude, c’est qu’un Maçon ne peut se contenter de la première interprétation venue. Il convient en effet de replacer les interprétations des auteurs maçonniques dans leur contexte historique. Pour approcher la vérité, il convient de pratiquer la rectification, comme nous le rappelle l’acrostiche « V.I.T.R.I.O.L. » présente dans le Cabinet de réflexion.

D'une manière incontestable, nous pouvons retenir que les trois fenêtres figurant sur le Tableau de Loge du second degré sont situées à l’Orient, au Midi et à l’Ouest. Cette disposition nous rappelle que les maçons opératifs ont toujours orienté les édifices religieux de sorte que l’entrée se trouve à l’Occident. Les trois fenêtres suivent donc bien la marche du soleil qui ne passe pas par le Septentrion.

Parce que les Apprentis ne peuvent soutenir qu’une faible lumière et que leur travail est tout d’introspection, leur place obligatoire se trouve donc sur la colonne du Nord. Quant aux Compagnons, qui doivent s’ouvrir au monde, leur place est tout indiquée sur la colonne du Midi pour pouvoir contempler en vue directe le modèle ternaire formé des trois fenêtres du Tableau.

Les rayons solaires qui pénètrent par la fenêtre d’Orient propagent une lumière claire, douce et rassurante. Elle dissipe les ténèbres et est le reflet de l’Esprit créateur. Elle provoque chez le Compagnon l’émulation dans la recherche de l’Un. La fenêtre d’Orient nous apparait comme une promesse de l’avenir.

Poursuivant sa trajectoire, l’astre solaire dispense une lumière qui pénètre ensuite par la fenêtre du Midi, éclatante et vive, intense et profonde. Grâce à elle, les Compagnons peuvent distinguer clairement leurs imperfections et sont à présent en mesure de se modifier. Ils prennent conscience qu’ils sont perfectibles. Dès lors, la fenêtre du Midi fait figure de promesse de la Connaissance.

Lorsque les rayons solaires atteignent la fenêtre d’Occident, l’astre est sur son déclin et la lumière qu’il diffuse devient modérée. Succédant à l’éclat produit par les rayons solaires de midi, cette lumière tamisée nous apparaît comme l’emblème du doute. Elle exige davantage de concentration pour maintenir une observation efficiente.  Elle avertit les Compagnons que leur travail n’est pas accompli et qu’il est nécessaire d’accéder à la Maîtrise pour dominer l’Occident rempli de pièges. L’Occident symboliserait en effet la porte des morts où tout s’anéantit.

Cependant, le Compagnon plein de courage va de l’avant car le soleil, en tant que manifestation de la divinité, est emblème d’immortalité. L’espoir qui guide les pas du zélé Compagnon réside en ce qu’il connaîtra à terme la résurrection de l’esprit libéré des vicissitudes profanes.

 

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Les Trois Fenêtres au Grade d’Apprenti-Maçon

Publié le 17 Juillet 2026 par T.D

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Outre les Marches (au nombre de trois au Grade d’Apprenti et de cinq au Grade de Compagnon), trois Fenêtres figurent sur le Tapis de Loge des deux premiers Grades symboliques.

Quelle est la signification des trois fenêtres ?    Et pourquoi trois ?

         Une pour Dieu, une pour le Ciel, une pour la Terre. Ou bien serait-ce : une pour l’Homme, une pour la Femme, une pour l’Enfant ? A moins qu’il ne s’agisse d’une pour notre corps, d’une deuxième pour nos émotions, et d’une troisième pour notre pensée ?   Réflexion d’apprenti !  insuffisante. Le mot ‘‘Lumière’’ s’impose à l’esprit pour que la Lumière fût, surgissant d’une Fenêtre. Fenêtre et Lumière : une évidence de complémentarité. La fenêtre étant l’ouverture, elle permet à la lumière de cheminer pour devenir celle du cosmos, celle de toutes les créatures, celle de toute vie créée par Dieu, celle qui perce le ciel et la Voûte étoilée pour illuminer la Terre, animer la Création et éclairer la Vie.  Pour connaître le monde, l’homme est doté de cinq sens qu’il sollicitera au fil du temps pour grandir et progresser, s’enrichir et jouir, et plus généralement accomplir sa vie après avoir côtoyé les éléments qui désormais l’entourent : la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu. Ainsi l’odorat lui permettra de saisir la diffusion des parfums ; ainsi la vue lui offrira la découverte de l’Univers et la perception de la beauté de la Création ; ainsi l’ouïe lui donnera la faculté de l’écoute pour une perception de la Parole et du Verbe ; ainsi le goût lui procurera les saveurs de la nature ; ainsi le toucher le rapprochera de ses Frères.

…….Un sixième sens parvient jusqu’à l’Apprenti : celui de l’intuition que développe la Lumière, dénominateur commun des cinq premiers. Un chemin s’impose alors à sa réflexion : celui emprunté par la Lumière à travers les trois fenêtres. Mais de quelle matière est cette Lumière : naturelle ou divine ? créée ou incréée ? De quelle composition sont ces fenêtres : ouverture réelle dans le Temple ou évocation d’un passage de la Lumière d’un état à un autre état ?

S’il observe le Tapis de Loge au Grade d’Apprenti, il verra que sont bien présentes trois fenêtres grillagées présentées à l’Orient, au Midi et à l’Occident.  Le dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-Maçonnerie de Jean Ferré donne une interprétation de la symbolique des Fenêtres par deux visions différentes de la source de la Lumière extérieure, qui pénètre dans le Temple, malgré leur grillage qui protège les lieux de toute intrusion par les Profanes, soit :

  • celle de la lumière qui éclaire le côté opposé à sa source. C’est pourquoi, les Apprentis situés sur la Colonne du Nord reçoivent la Lumière venant du Midi, les Compagnons placés sur la Colonne du Midi reçoivent la Lumière de l’Etoile flamboyante, et le Vénérable reçoit la Lumière venant du Couchant.
  • celle de la lumière qui éclaire le côté par où elle s’infiltre. Au Levant, le Soleil éclaire le Vénérable qui constate le Travail des Apprentis et des Compagnons appelés à l’Œuvre. Le Soleil atteint le Zénith à Midi plein où les Maîtres sont mis à l’Ouvrage et il termine la carrière du jour au Couchant. Au retour de l’obscurité à Minuit plein, il est l’heure de cesser les Travaux, les Surveillants paient les Ouvriers et les renvoient contents.

La seconde vision paraît correspondre à la stature du néophyte et de sa récente naissance à la Lumière. Sa vision doit s’accoutumer doucement à la Lumière qui ne doit pas l’éblouir.

……..Cet état rappelle une pensée de Bossuet : « Nous saluons tous en entrant au monde, la lumière du jour par nos pleurs ».   Je transposerai ces larmes aux gouttes de pluie qui arrosent les cathédrales et ses vitraux pris comme une ouverture sur la parole divine. Car les larmes du corps s’identifient à l’élément vital de l’eau qui provient de différentes sources de l’univers ; tel un prisme chargé de lumière transportée par l’air et divers courants dans un souffle divin, que recherche avec difficulté le nouveau-né pour communiquer avec le monde. La vie à la création de l’Univers est semblable au phénomène du ‘‘Big Bang’’, modèle cosmologique utilisé par les scientifiques, car la vie met en confrontation l’homme avec les éléments dès ses premiers instants sur Terre. Mais les auteurs maçonniques ne s’entendent pas sur le caractère plus ou moins obscur de la Colonne du Nord, comme s’ils prenaient les Fenêtres pour un symbole d’ouverture réelle du Temple sur le monde extérieur. Or, la plupart des Temples sont dépourvus de réelles fenêtres. En outre, le Temple est un lieu clos à l’abri de la lumière du monde profane. Dans l’enseignement au Grade d’Apprenti, il est précisé que dans le Temple naît d’elle-même la Lumière par sa communion avec les symboles.   De plus, le Temple contient l’Univers.

…….Dès lors, quelle est l’utilité de ces Fenêtres ?   N’étant certainement pas des ouvertures réelles dans les murs d’enceinte du Temple, elles ne peuvent que figurer sur le Tapis de Loge, en tant que symbole qui n’a de signification que pour l’Initié. Une pensée de Pascal traduit bien cette vision : « Il y a en Dieu assez de Lumière pour ceux qui ne désirent que voir et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire ». Et ce questionnement du même Pascal « ô mon Père d’où Molina a-t’il pu être éclairé pour déterminer une chose de cette importance, sans aucun secours de l’écriture, des conciles ni des Pères ? Je vois bien qu’il y a des lumières bien particulières ». Nous pouvons en déduire que la Lumière n’est visible qu’en compagnie de l’ombre, et bien vraisemblablement de celle de la Colonne du Nord, qui trouve là son utilité vitale pour le Temple. Ces Fenêtres suggèrent le lieu de communication entre le monde créé et le monde incréé, entre la lumière invisible et la Lumière révélée, que Montesquieu évoque ainsi : « on discutait dans l’Empire d’Orient si la lumière qui apparut autour de Jésus-Christ sur le Thabor était créée ou incréée ». La lumière créée n’était-elle pas celle de Dieu envoyée sur le mont Thabor pour l’aveuglement des hommes ?  (la première mention du mont Thabor (Alpes françaises) remonte au XVIIe siècle).

…….La Lumière révélée étant celle qui naît dans le Temple, les trois Fenêtres seraient-elles en rapport avec les quatre points cardinaux ?   Selon Samuel Prichard, les trois Fenêtres sont censées exister en tout lieu où se tiennent les Travaux, mais ce sont plutôt les quatre points cardinaux, selon les anciennes règles de la Maçonnerie.  Didier Michaud nous donne une autre interprétation, celle de ‘‘vouloir dire que le trois et le quatre sont, sous un certain aspect, semblables et l’on pourrait alors penser que tous deux sont des prolongements ou des résolutions possibles de la dualité créatrice, ou bien si l’on considère que la Ternarité  (approche croisée avec le ternaire et la triade) est première en tout, que le Quatre en est la première manifestation naturelle’’.

…….Nous constatons que  les Trois Fenêtres donnent son orientation au Carré long, dont les quatre côtés correspondent aux quatre points cardinaux, le Nord semblant ne pas avoir besoin de fenêtre, dans la mesure où il demeure dans l’obscurité. Plus essentiellement, cette Fenêtre du Nord ne symboliserait-elle pas la voix et la lumière de notre conscience, invisible puisqu’en lien direct entre notre moi et le créateur ?   Mais sous quelle forme cette Lumière apparaît-elle à nos sens ?  A cette question, Descartes apporte un sujet de réflexion essentiel qu’il traduit par : « L’idée que nous avons de l’entendement divin ne me semble point différer de celle que nous avons de notre propre entendement, sinon, seulement comme l’idée d’un nombre infini qui diffère du nombre binaire ou ternaire ». Aussi, les plans de lumière perçus par notre entendement seraient-ils de nature ternaire, comme DIEU-CIEL-TERRE / HOMME-FEMME-ENFANT / CORPS-EMOTION-PENSEE ?   la réflexion de l’Apprenti posée en préambule serait-elle pertinente ?  La Lumière de Dieu suggérant l’infini au Profane, ne serait-elle pas transformée en Lumière ternaire, à travers les trois Fenêtres, pour devenir Lumière révélée dans le Temple, d’autant plus que TROIS est la formulation de UN dans le monde créé.

………Dieu créateur est à l’origine de toute Lumière, celle-ci naissant à l’Orient ; et le Temple étant orienté vers l’Orient, il reçoit la Lumière originelle par le ternaire des trois Fenêtres. Les trois Fenêtres sont-elles le lieu de passage de la seule Lumière, en triangle, tel que leur emplacement sur le Tapis de Loge l’envisage ? Non, elles dessinent le parcours du passage de l’air et du son :

  • de l’AIR, transporteur de la lumière ; des odeurs et du son, nous savons qu’ils sont substance essentielle à la vie sur terre. Cet élément Air est un don Dieu, un trait d’union entre lui et la Terre. L’air est le souffle de vie du créateur de l’univers ;
  • du SON qui génère l’ouïe, pour comprendre le Verbe du Créateur, et le vocal pour transmettre la Parole perçue. Les anciens partis à l’éternel Orient, source de la création, nous insufflent la transmission de la Tradition afin de nous aider à percevoir le Mystère de la Création, à l’exemple des vitraux des cathédrales qui imagent les saintes Ecritures offertes au regard du fidèle venu prier. Depuis les trois fenêtres transpire cette Parole qui suggère une signification aux choses.

Enfin, les trois fenêtres du Tapis de Loge sont grillagées au premier Grade. Quelle en est la signification ? Ne pas laisser entrer l’intrus ainsi que nous l’évoquions plus haut ?  Interprétation difficile à soutenir dans la mesure où le Temple contient l’univers dans son entier. Il semble donc que ces grilles ont l’utilité de nous rappeler, lors des Travaux en loge, que le Temple est hermétique et protégé du regard des profanes. Aussi, ces grilles pourraient fort bien symboliser le passage hermétique du souffle divin et lumineux sur nos travaux.

         Cette réflexion des trois Fenêtres, essentiellement nourrie d’une introspection et de l’analyse de quelques pensées de grands observateurs de la création, nous conduit à davantage d’humilité, de tolérance et d’amour. Et pour l’Apprenti, son intuition pourrait l’inciter à prétendre que les trois Fenêtres symbolisent la solidarité, faisant cheminer de trois en une le même souffle lumineux du créateur sur nos Travaux et sur la Chaine fraternelle que nous formons au sein de la Loge.

……..Nous pouvons retenir de ce cheminement que la vanité et l’accessoire sont les ennemis de toute charge. Nous ne pouvons préserver notre identité d’Initié que sur la voie de l’essentiel, de l’unicité, dans un passage bordé des Piliers qui entourent le Carré long et des trois Fenêtres figurant sur le Tapis de Loge. Le voyage dans le sillon de la Lumière divine, tous l’ont parcouru à tâtons, mus par la foi autant que par le toucher de chacun des Frères et Sœurs, pour toujours ressentir un sentiment de solidarité, attaché au souvenir des trois Fenêtres du Tapis de Loge, pris en tant que référence et synthèse des Travaux en Loge d’Apprenti au Rite Ecossais Primitif.

 

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Les trois fenêtres

Publié le 16 Juillet 2026 par T.D

Ci-dessous un extrait d’un travail au 1° du REP sur les trois fenêtres.

Un sujet aussi anodin révèle parfois quelques bonheurs en gestations qui feront la grandeur et l’épaisseur du maçon. Entre les lignes, nous devons reconnaitre les potentialités en devenir d’un travail qui va murir au fil du temps. En matière de symbolisme il est utile de rappeler qu’un rapport doit toujours être établit entre l’apparent et le caché, le caché étant toujours suggéré à celui qui à la vue intérieure. Ainsi, un rapport naturel doit être établit entre l’intérieur et l’extérieur... ER

Les trois fenêtres

(…) Je me présente à vous afin de vous faire-part des mes modestes recherches sur le symbolisme des trois fenêtres. J'ai choisi ce thème car peu évoqué, il a éveillé ma curiosité; d'ailleurs je me souviens que nouvel apprenti siégeant pour la première fois sur la colonne du Nord, mon attention a été attirée par ces trois symboles disposés juste en face de moi sur la colonne du midi. Pour réaliser mes travaux, je donnerai une définition du mot « fenêtre» et appréhenderai la notion de lumière qui en est Indissociable et qui me parait incontournable pour comprendre ce chantier. Ensuite, j'essaierai de justifier leur présence en les envisageant comme vestiges des loges opératives pour évidemment finir par leur portée symbolique.

Mais qu'est ce qu'une fenêtre? il s'agit tout simplement d'une ouverture dans un mur visant à laisser passer la lumière et l'air. Au rite écossais primitif, elles sont présentes à la fois sur le tableau de loge ainsi que sur le mur situé derrière la colonne du midi; à l'orient, au midi et enfin à l'occident, en hauteur juste dessous la houppe dentelée. On les retrouve au REAA et au rite français notamment. Elles sont généralement représentées sous forme d'un carré long parfois ornées d'un arc mais toujours munies de grilles ou de barreaux.

Qui dit fenêtre dit lumière ! Mais quelle lumière? Il y en à de plusieurs sortes.

Tout d'abord, il y à la lumière profane que je qualifierai de physique et terrestre qui est définie comme un rayonnement électromagnétique émis par le soleil, visible, c'est-à-dire perceptible par l'œil humain. Cette lumière associée à d'autres éléments est indispensable à la vie sur terre, et permet à l'homme de voir le monde matériel qui l'entoure, de s'y mouvoir et de l'appréhender.

Evidemment, même si cette lumière est importante car indispensable à la formation de toute vie sur terre, ce n'est pas celle qui m'intéresse ce soir. Celle qui m'intéresse est celle que tous les frères ici recherchent. Souvenons de notre rituel: à la question de savoir ce qu'est venu chercher le frère en franc-maçonnerie il répond «J'ai désiré la lumière ».

Il s'agît de cette lumière perceptible non pas cette fois-ci grâce à la rétine de nos yeux, mais grâce à l'intelligence de notre cœur.

Pour comprendre cette lumière, je vais me référer aux premiers versets du prologue de St Jean dans la bible.

C'est à cette page que la bible, posée sur l'autel du vénérable est ouverte et où sont disposés l'équerre et le compas : «AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERBE ET LEVERBE ÉTAIT AUPRÈS DE DIEU ET LEVERBE ÉTAIT DIEU. PAR LUI TOUT A PARU ET SANS LUI RIEN N’EST PARU DE CE QUI EST PARU. EN LUI ÉTAIT LA VIE ET LA VIE ÉTAIT LA LUMIÈRE DES HOMMES ». Pour moi, la lumière est une vibration perceptible uniquement par celui qui sait se conditionner pour la recevoir : elle est la manifestation spirituelle du principe créateur, du G.A.D.L.U. D'ailleurs, VERBE, VERBUM en latin est la traduction du mot grec LOGOS signifiant LA PAROLE. Le verbe serait donc la parole du créateur. L'origine, le tout est le UN : il irradie de sa lumière le monde profane binaire, le DEUX. Le Franc Maçon, par son initiation spirituelle et son travail accompli en loge essaie de résoudre cette addition :

1+2=3. TROIS, le ternaire est la représentation du UN dans le monde manifesté.

Oui, tel est notre but à tous, retrouver le lien avec l'origine de cette lumière illuminatrice, se débarrasser du MOI et retrouver le SOI afin de réintégrer le TOUT en essayant le plus possible, grâce à nos travaux, d'atteindre un niveau de conscience éclairée ».

Mais à quoi donc peuvent bien servir ces trois fenêtres en loge ? Quelle est leur utilité ? On peut se demander si elles ne sont pas simplement un vestige symbolique de la maçonnerie opérative à l'époque où seules des fenêtres pouvaient suffisamment permettre d'éclairer l'intérieur de la loge où se réunissaient les opératifs, ouvriers bâtisseurs de cathédrales et qui se trouvait sur le chantier même de construction. C'est souvent l'explication qui est donnée dans les ouvrages maçonniques. Ainsi, dans ce cas, la lumière diffusée serait celle que j'ai qualifiée précédemment de terrestre. Les grilles ou barreaux présents aux fenêtres permettaient sûrement de protéger la loge de l'intrusion de tiers étrangers à la corporation afin de garder secret l'enseignement sur l'art de bâtir qui était dispensé dans ces loges. Dans notre loge, ces fenêtres grillagées auraient la même vocation symbolique, protéger nos travaux de l'intrusion de tout ce qui n'est pas sacré, de ce qui est profane, et aussi peut-être de nous protéger contre toute idéologie malveillante à notre égard comme cela a déjà malheureusement été le cas dans l'histoire. Mais une fenêtre est une ouverture ; peut-être aussi qu'elles permettent d'irradier de nos travaux le monde profane ? Ainsi par leur travail, les franc-maçons ont et continuent d'influer sur leur époque et sont à l'origine d'avancées spirituelles, sociétales et parfois sociales.

Il est clair pour moi que ces explications, même si elles sont certainement fondées, n'expliquent pas à elles seules la portée symbolique des trois fenêtres. Comme tous les symboles présents en loge, il convient de pousser beaucoup plus loin la réflexion pour en tirer toute l'essence. Tout d'abord leur nombre doit nous interpeller : TROIS. C'est le chiffre de l'unité dans le monde manifesté. Elles sont sûrement donc des ouvertures sur le principe créateur, un lieu de passage, de communion vers le sacré ; d'ailleurs, de par sa taille et les grilles qui l'ornent, la fenêtre ne peut rien laisser passer d'humain, donc de profane. Elles sont présentes sur le tableau de loge. Or ce dernier contient tous les outils symboliques nécessaires à la création de la vie, non pas cette fois si organique, mais bien spirituelle. Dans le temple, le franc-maçon peut éventuellement se passer de lumière naturelle, mais pas de lumière spirituelle dont il a besoin pour devenir conscient et communier avec le tout. C'est dans la transmission en loge de cette lumière destinée à guider notre éveil spirituel que les fenêtres jouent en partie leur plus grand rôle symbolique. Nous tous mes frères, sommes à l'image, comme cela est décrit dans la bible, de l'homme ayant chuté et qui par son travail cherche à sortir du plan horizontal pour s'élever sur le plan vertical et communier avec le tout ; c'est à mon avis pourquoi en partie les fenêtres sont orientées vers le haut. Ces trois fenêtres génèrent un double flux : un flux descendant du principe vers l'initié et un flux montant de l'initié vers le principe. Dans son éveil spirituel, le maçon passe par trois états de lumière. Initié, il se met en capacité de la percevoir par le silence notamment, mais également en état de transformation par l'activation de tous ses sens, de communion avec les quatre éléments et les outils symboliques : il travaille sur lui-même comme l'opératif dégrossit la pierre brute et ne doit pas être prisonnier de ses certitudes. Ensuite, viens le moment où il devient conscient qu'il capte la lumière originelle qui le guide vers l'éveil spirituel jusqu'au moment où lui-même rayonne : il est poli et prend la forme de la pierre cubique prête à s'intégrer dans l'édifice bâti par l'effort collectif de lui-même et de ses frères en loge. Enfin, être conscient, il doit rester vigilant et ne pas se laisser éblouir afin de ne pas régresser. Peut-être les trois fenêtres reflètent-elles aussi ces trois états de lumière et, à travers les grilles et barreaux qu'elles contiennent, filtrent la lumière afin que le maçon ne se perde pas ; ces grilles et barreaux sans doute façonnent la lumière, lui donnent un sens particulier, à l'image des vitraux dans les églises.

Encore, on peut penser que les trois fenêtres sont aussi symboliquement un sas de communion également avec nos frères passés à l'orient éternel. C'est en ce sens à mon avis que les trois fenêtres se trouvent en hauteur juste sous la houppe dentelée. Pour travailler en loge, il faut être initié et recevoir l'influence spirituelle de ceux qui nous ont précédés, peut-être par les trois fenêtres, et leur renvoyer le fruit de notre travail à la fin de la tenue par le biais de la chaîne d'union.

Quoi qu'il en soit, pour se réaliser, l'éveil du maçon doit se faire dans un endroit sacré, la loge. La loge, lieu de tous les possibles où se crée et se joue en permanence le miracle de la vie et où se manifestent tous les cycles de la création, pour recevoir et capter la lumière originelle doit être positionnée idéalement dans l'espace : les trois fenêtres sans doute ordonnent-elles l'orientation du temple comme une « boussole spirituelle» en figurant les quatre points cardinaux. Problème, il y'à trois fenêtres et quatre points cardinaux. La quatrième fenêtre, celle qui se trouverait sur la colonne du Nord serait invisible et aurait la même vocation que la rosace présente au Nord dans les cathédrales gothiques et qui dispense la lumière noire qui est une lumière de l'incréé, de l'indéfini et qui ne peut être représentée.

Comme les trois fenêtres ordonnent l'orientation du temple, elles en ordonnent aussi le temps sacré, mais cette fois-ci comme une « horloge» sacrée qui à travers la notion de cycle, organise le temps en loge, temps dans lequel nous tous mes frères parachevons notre œuvre soit de MIDI à MINUIT.

La lumière nait à l'image du soleil à l'orient : c'est un peu le printemps du monde, l'endroit où le soleil s'est levé la première fois. La lumière diffusée par la fenêtre de l'orient préfigure l'aube de la vie et de notre travail. Ensuite, la fenêtre du midi sonne le départ de nos travaux. C'est l'heure sacrée où la lumière est la plus forte, le zénith solaire, l'apogée de la création. Tout corps baigné par cette lumière ne rejette pratiquement pas d'ombre ; le maçon est à ce moment précis au maximum de ses possibilités, sa clairvoyance est totale et il devient conscient. Enfin, par la fenêtre de l'occident, la lumière perçue est déclinante et préfigure le repos après l'œuvre accomplie, la douce torpeur qui met en attente du cycle suivant. Le Nord, lui, est dans le froid et les ténèbres, le monde indéfini où la graine de la création n'a pas encore germé, c'est le soleil de minuit.

Les grilles et les barreaux présents aux fenêtres, outre le fait de filtrer la lumière en provenance du tout pour la rendre intelligible au cœur de l'initié et éviter qu'il ne soit ébloui, permettent aussi de faire percevoir au maçon ce qui est de ce qui n'est pas. Pour voir la lumière, il faut qu'elle soit contrastée par la pénombre. Ces deux états de lumière apparemment contraires sont complémentaires et forment un TOUT. Ainsi, le pavé mosaïque serait la lumière filtrée par les trois fenêtres et leurs grilles ou barreau : les parties pleines rejettent une ombre, soit les cases noires, et les parties vides la pleine lumière, soit les cases blanches.

Pour terminer ce travail, je dirai que la portée symbolique des trois fenêtres est à la hauteur sinon plus de la curiosité qu'elles avaient éveillée en moi. Bien évidemment, je n'ai dû percevoir qu'une infime partie de leur valeur symbolique et il est évident que j'obtiendrai des réponses au fur et à mesure de mes travaux et de l'accomplissement de mon parcours initiatique, mais aussi du vôtre. Je commence même à me poser certaines questions que je n'aurai pas eu le temps d'aborder et qui pourront servir de bases à de futures réflexions. Je me pose notamment la question de savoir si la colonne où siège l'apprenti, la colonne du Nord, est vraiment dans l'obscurité : peut-être l'apprenti reçoit-il en pleine face la lumière diffusée par les trois fenêtres disposées en face de lui, mais sans cependant en percevoir le sens ? Je me demande encore en quoi la lumière perçue au travers des trois fenêtres est différente de celle émise par le vénérable qui descend ensuite sur les trois colonnettes pour enfin terminer sur l'autel des frères premier et second surveillant et transmise sur les colonnes.

(…)

DAV :. DUB :.

 

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Le problème de l'Arc Royal dans la Maçonnerie anglaise des XVIIIè et XIXè siècles

Publié le 16 Juillet 2026 par T.D

Roger Dachez 1995

1ère Partie

Aborder le problème de la place de l'Arc Royal en Angleterre, c'est soulever des points importants pour la maçonnerie anglaise, en particulier c'est poser la question de savoir comment elle se perçoit et comment elle envisage la question des grades.

Ce dernier problème s'est posé très tôt dans son existence mais c'est par l'étude du célèbre article II de l'Union de 1813 (entre les deux grandes Loges rivales qui s'étaient partagé la Maçonnerie anglaise pendant 60 ans), que nous allons l'aborder.

Les principes de l'Union furent formulés en une charte de sept articles dont le deuxième affirme: Il est déclaré et proclamé que la Maçonnerie pure et ancienne consiste en trois grades et pas plus, à savoir ceux d'Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon incluant l'ordre suprême du Saint Arc Royal. Or l'Arc Royal est bel et bien un grade maçonnique qui se pratique dans un chapitre, distinct de la loge, donc un 4ème grade.

Pourtant l'article II est formel: il n'y a que trois grades et trois seulement, le troisième incluant le 4ème.

Voyons la suite du dit article: mais cet article n'a pas pour intention d'empêcher une loge ou un chapitre de tenir des réunions à aucun des grades des ordres maçonniques ou de chevalerie selon la constitution des dits ordres. Cela veut donc dire que si la Maçonnerie « pure et ancienne » consiste en 3 grades y compris le 4ème, il n'est pas interdit de pratiquer tous les autres.

Ainsi l'interprétation qui consiste à dire qu'il s'agit d'une prohibition des hauts grades est erronée. C'est en réalité tout le contraire, ce qui est d'ailleurs en conformité avec toute la tradition maçonnique.

C'est dire que si ce fameux article II donne une certaine définition de la « pure et ancienne » maçonnerie, il reconnaît aussi la totalité de la tradition maçonnique et chevaleresque anglaise déjà fort développée à cette époque et dont on savait bien qu'elle comportait une multitude de grades.

Mais finalement qu'est-ce que cette maçonnerie « pure et ancienne », notion nouvelle dans le discours maçonnique anglais en 1813? La place de l'Arc Royal va nous permettre de l'expliquer.

En 1835, dans le paragraphe final de la cérémonie d'exaltation de l'Arc Royal, on dit au candidat: Vous pouvez peut-être imaginer qu'en ce jour vous avez reçu un 4ème grade dans la franc-maçonnerie, cependant ce n'est pas le cas. Ce n'est que le grade de Maître Maçon complété . On explique alors au candidat que lorsqu'il a été élevé au 3ème grade, un certain nombre de choses ont été perdues. Elles sont retrouvées aujourd'hui. Le 3ème grade est donc véritablement achevé et l'Arc Royal n'apparaît ici que comme sa suite logique.

Cette explication soulève trois questions:

1°) Cela signifie-t-il que le 3ème grade, tel qu'il est pratiqué dans la Maçonnerie anglaise aujourd'hui (c'est-à-dire depuis 1730), est incomplet dès son origine? 1. Ou alors était-il complet (ce qu'il serait légitime de supposer) et, pour une raison inconnue, a-t-il été démembré pour former l'Arc Royal?

2°) Le contenu de l'Arc Royal est-il le développement d'un thème présent dans le 3ème grade primitif ou bien résulte-t-il d'une invention, d'une addition, d'une innovation? Dans ce cas, quelles pourraient bien en être les sources?

3°) Comment se fait-il, dans ces conditions, que la première Grande Loge dite des modernes, née en 1717, ait apparemment pendant longtemps ignorée le grade de l'Arc Royal, lequel fait son apparition en Angleterre dans le courant des années 1750? Autrement dit, les sources de l'Arc Royal sont-elles anglaises ou non?

Nous voyons que sont posés ici des problèmes de différentes natures.

D'abord, il y a un problème historique et politique, celui de la place administrative de l'Arc Royal dans la hiérarchie des grades.

Ensuite, il y a un problème traditionnel et rituel qui consiste à tenter de discerner les sources de ce grade et les raisons de son apparition. Autrement dit, à quelle motivation était-il censé répondre?

Examinons aujourd'hui le premier aspect historique et politique en apportant quelques éléments de réflexion.

Le problème se pose de la manière suivante: La première Grande Loge de 1717 pratique, à partir de 1730, 3 grades en tout et pour tout. Or, à partir des années 1740, nous possédons des témoignages, de provenance irlandaise, de quelque chose qui s'appelle l'Arc Royal. Cet Arc Royal arrive en Angleterre à la fin des années 1740 par le biais d'Irlandais.

Ces Irlandais avaient trouvé une maçonnerie Londonienne non conforme à celle qu'ils connaissaient et ils constituèrent une deuxième Grande Loge, celle des Anciens en 1753. Et dans le livre de Constitutions de la Grande Loge des Anciens, publié en 1756, on lit: La Maçonnerie ancienne (autrement dit la maçonnerie des maçons qui se qualifient eux-mêmes d'anciens) consiste en 4 grades, les 3 premiers étant ceux d'Apprenti, de Compagnon et le sublime grade de Maître, et un frère connaissant bien ces grades et, par ailleurs qualifié, peut être admis au 4ème grade celui du Saint Arc Royal. Ce grade est certainement le plus auguste, le plus sublime et le plus important de tous, il est le sommet et la perfection de la maçonnerie ancienne. La Grande Loge des Anciens donne ainsi une formulation complètement opposée au futur article II de l'Union de 1813.

Comment en est-on arrivé là?

Nous avons remarqué l'origine irlandaise des maçons de la Grande Loge des Anciens. Dans l'ouvrage fondamental de John Heron Lepper et Philip Crossle, History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland (1925) et dans un article de Philip Crossle publié en 1928 dans la revue de la Loge de recherches CC de la G.L. d'Irlande à Dublin, il est dit que, dès les années 1730 en Irlande, on pratique un système en 3 grades, Apprenti, Compagnon et Maître Maçon. Seulement, ces mots cachent des réalités très différentes de celles qui existent en Angleterre. Philip Crossle montre que le grade d'Apprenti irlandais correspond aux grades d'Apprenti et de Compagnon anglais, que le grade irlandais de compagnon correspond au grade anglais de Maître, enfin que le grade irlandais de Maître Maçon correspond à l'Arc Royal et à l'Installation secrète du Maître de Loge.

Le fondateur de la future Grande Loge des Anciens, Laurence Dermott, est reçu en Maçonnerie en 1740 à Dublin. En 1746, il est installé Vénérable Maître d'une Loge et, la même année, il est reçu à l'Arc Royal. C'est cette tradition-là qu'il va tout naturellement apporter en Angleterre.

Mais que se passe-t-il alors, et comment ce système irlandais structuré en 3 grades va-t-il se transformer en un système en 4 grades? Cette question reste encore bien mystérieuse mais on peut penser avec quelque raison que le dédoublement du premier grade irlandais (ce qui forme une série de 4 grades) s'est produit à l'arrivée du système en Angleterre. En effet, la confrontation avec le système anglais permit d'établir une comparaison. Le premier grade irlandais fut dédoublé pour correspondre aux grades anglais d'apprenti et de compagnon. Le grade irlandais de compagnon fut confonfu avec le grade anglais de maître. Il restait alors le grade irlandais de maître, qui devenait de facto le 4ème et qui est, comme le dira Laurence Dermott, la racine, le coeur et la moelle de la franc-maçonnerie .

C'est donc probablement l'acclimatation du système maçonnique irlandais en terre anglaise qui fait apparaître le problème de l'installation secrète et de l'Arc Royal.

L'un des reproches adressés par les Anciens aux Modernes est que ceux-ci avait négligé, oublié, voire ignoré, l'installation secrète. Ce grief était très grave pour les Anciens, puisque l'installation secrète est intimement liée à l'Arc Royal, au point d'en constituer originellement une sorte d'introduction.

Bien entendu, la première Grande Loge n'admet pas ce qui apparaît, pour elle, comme une innovation et ainsi, pendant toute la deuxième moitié du XVIIIè siècle, elle va officiellement ignorer l'Arc Royal, non parce que c'est un grade supplémentaire, mais parce que celui-ci n'était pas né en terre anglaise et qu'il était, de plus, présenté comme faisant partie de la Maçonnerie « ancienne » qu'elle ne reconnaissait pas.

Le problème se complique encore lorsqu'un certain nombre de Maçons issus des Modernes, ayant appris l'existence de l'installation secrète et de l'Arc Royal, se les firent communiquer. Au XVIIIè siècle, on transmettait les grades avec une certaine facilité, si bien que le premier chapitre de l'Arc Royal a été constitué dans les années 1760 en Angleterre et qu'il était principalement animé par des Modernes. Dans ce chapitre, on trouve même de hauts responsables de la Grande Loge des Modernes.

James Heseltine, G. Secrétaire de la Grande Loge des Modernes, exerçait des fonctions importantes dans le chapitre de l'Arc Royal. Il répond néanmoins à un Frère de province relevant de la Grande Loge des Modernes, qu'il ne connaît pas ce grade et que la Grande Loge des Modernes l'ignore! On voit bien ici l'aspect « politique » du problème.

Cette situation a perduré jusqu'à l'Union de 1813, date à laquelle il a fallu réunir deux obédiences qui avaient des pratiques différentes. Et le principal problème en 1813, c'est l'Arc Royal. En effet, de 1809 à 1811, la grande Loge des Modernes avait réuni une loge dite de Promulgation destinée à rétablir les anciens usages. Ainsi avaient été levés les deux verrous qui empêchaient le rapprochement avec les Anciens, à savoir l'ordre des Mots sacrés (les Modernes pratiquant J.B. et les Anciens B.J., la loge de Promulgation ayant rétabli l'ordre ancien B.J.) et l'Installation secrète (en déclarant que l'Installation secrète était l'un des Landmarks du Métier et en l'établissant comme une pratique régulière, normale et obligatoire de la Maçonnerie symbolique).

Restait donc en 1813, le problème de l'Arc Royal. C'est pour trouver un compromis que l'on a imaginé le fameux article II de l'Union où l'on parle de Maçonnerie pure et ancienne avec une ambiguïté sur le terme « ancien », (s'agit-il d'une référence aux Anciens?) La Maçonnerie pure et ancienne consiste donc en 3 grades (les Modernes étaient majoritaires dans l'Union) mais ce 3ème grade comporte le 4ème qui est l'Arc Royal. Ainsi, on rétablissait en quelque sorte le système irlandais primitif.

Aujourd'hui, le chapitre de l'Arc Royal est en fait une dépendance de la Grande Loge, puisque, statutairement, le premier Grand Principal du Suprême Chapitre de l'Arc Royal est le G.M. de la G.L.U.A.

Cela montre bien que le problème des grades supérieurs aux grades bleus est traité en Angleterre d'une façon spécifique. On a pas pu empêcher l'assimilation de l'Arc Royal à un grade symbolique.

Nous pouvons maintenant tirer deux enseignements généraux.

Premièrement, la Maçonnerie anglaise ne s'est jamais prononcée contre les Hauts grades. Au contraire, elle les a toujours recherchés, pratiqués, honorés et elle leur reconnaît une valeur.

La séparation des Hauts grades est une invention de la Maçonnerie française démocratique et progressiste de la fin du XIXè siècle. La première obédience à avoir dénoncé les hauts grades est la G.L. Nationale de France en 1848, fermée par ordre du préfet de police peu après. C'était une obédience qui préfigurait la Maçonnerie progressiste, laïque et républicaine. Pour elle, les hauts grades représentaient l'aristocratie, l'Ancien régime antinomique des valeurs républicaines. C'est dans ce contexte qu'on a inventé la prohibition des Hauts grades. L'héritière spirituelle de cette G.L., est la G.L. Symbolique Ecossaise qui, en 1880, refuse également les hauts grades. Elle viendra à résipiscence lorsque le Suprême Conseil, en accordant son indépendance aux grades bleus, fusionnera avec l'ancienne G.L. centrale du Suprême Conseil de France pour former la G.L. de France en 1894.

Mais jamais la Maçonnerie anglaise n'a affirmé une telle chose, parce que c'est contraire à toute la tradition maçonnique.

Deuxièmement, on constate que dans toute l'histoire de la Maçonnerie, il y a un problème récurrent, quels que soient les pays et les époques; c'est celui du 4ème grade. En effet, dans beaucoup de systèmes maçonniques, il y a un 4ème grade qui pose problème par rapport aux trois premiers. Par exemple le Régime Ecossais Rectifié, système typiquement français possède un grade de Maître Ecossais de Saint-André qui est un 4ème grade déclaré symbolique et non « haut grade ». De même, dans la Maçonnerie française, les premiers hauts grades s'appellent « maîtres »: Maîtres parfaits, Maître Ecossais etc.. Le grade de Maître parfait, qui est probablement le plus ancien grade de la Maçonnerie française, se présente comme un grade de Maître mais qui est complet, « parfait ». C'est exactement ce qu'on dit avec l'Arc Royal et, du reste, il y a une communauté de thème entre les deux.

Ainsi, à partir de ce problème politique et administratif, on arrive à un problème traditionnel et rituel qui est beaucoup plus intéressant. Depuis l'institution du grade de Maître dans la Maçonnerie, il y a un problème. Il a universellement été considéré comme un grade incomplet qu'il fallait compléter par un 4ème grade quel que soit son nom, le Maître Parfait de Paris en 1740, le Maître Ecossais de Saint-André de la Stricte Observance Templière de 1778 à 1782 ou l'Arc Royal, en Irlande, dès la fin des années 1740 puis en Angleterre.

Ce problème historique, rituel et traditionnel nous ramène à un autre problème qui est celui des sources et des modalités de constitution du 3ème grade.

Et si on peut proposer un certain nombre de pistes pour résoudre ce problème, on peut également essayer de montrer à quoi répond la création de l'Arc Royal.

1 Nous savons que, jusqu'en 1725, la Maçonnerie anglaise pratique deux grades, Apprenti et Compagnon ou Maître. Le grade d'Apprenti correspond à peu près à celui que nous connaissons et celui de compagnon ou Maître à celui de Maître actuel à cette différence près qu'il y manque une légende. Pour passer de deux à trois grades on a évacué une partie du deuxième grade vers le 3ème en rajoutant une légende. Dans ce nouveau système en trois grades le véritable nouveau grade est le 2ème qu'il a fallu créer de toutes pièces avec son contenu. On le voit très bien avec William Preston, lorsqu'il essaie de donner un peu d'ampleur à ce grade.

2ème Partie

Après l'aspect historique et politique du problème (au sens de la politique maçonnique), nous abordons aujourd'hui son aspect traditionnel et rituel: quelles sont les raisons qui ont conduit à la création de l'Arc Royal?

Nous avions posé une première question: L'arc royal étant aujourd'hui considéré comme un complément du 3° grade, cela signifie-t-il que le 3° grade était incomplet à son origine? Inversement, s'il était complet, aurait-il été démembré d'une partie plus ou moins importante qui aurait constitué le grade de l'Arc Royal?

Cette question nous renvoie à un problème fondamental et difficile, à savoir les circonstances d'apparition et de constitution du grade de maître dans la maçonnerie anglaise. Ce grade fut divulgué en 1730 par Samuel Prichard dans The Masonry dissected (la Maçonnerie disséquée). C'est sa première attestation documentaire. Néanmoins, il y a d'autres attestations tout à fait claires de la transmission d'un grade de maître dès les années 1725-1726 dont une, fameuse, dans la Philo Musicae et Architecturae Societas Apoloni . De plus, dans le Manuscrit Graham (datant de 1726, mais rapportant des traditions vraisemblalement antérieures), on trouve trois légendes bibliques. La première concerne Noé, la deuxième Bethsaléel et la « règle de trois » (il s'agit d'un certain nombre de choses que l'on ne peut faire qu'à trois) et la troisième Hiram. Ces trois récits sont très différents mais, lorsqu'on les superpose, on reconstitue exactement la légende du grade de Maître de Prichard. Dès lors, n'est-il pas légitime de penser que la légende, telle qu'elle est exposée pour la première fois en 1730, est une légende synthétique, rassemblant plusieurs courants légendaires qui existaient précédemment dans la tradition du Métier? Comme dans toute synthèse, un certain nombre d'éléments ne furent pas retenus, par exemple les personnages de Noé et Bethsaléel. Or, il se trouve précisément que le personnage de Bethsaléel joue un rôle dans le grade d'Excellent Maître, préparatoire à l'Arc Royal et que des usages de l'Arc Royal se réfèrent à « la règle de trois ».

Ainsi, ces éléments constitutifs de l'Arc Royal n'ont pas été inventés. Ceci ne veut pas dire pour autant que l'on a démembré un grade de maître primitif pour former l'Arc Royal. Notons simplement que l'une des légendes qui ont contribué à fonder le grade de Maître en 1730, se retrouve au coeur de l'Arc Royal.

Ne pourrait-on pas, dès lors, formuler l'hypothèse que ces trois légendes ont pu être mises en oeuvre dans des grades antérieurs à celui divulgué par Prichard? Dans cette perspective, il y aurait peut être eu plusieurs grades de maître contenant tout ou partie de ces légendes dont un grade fondé sur la légende avec Bethsaléel. Lorsque le grade de maître de 1730 s'impose, ces légendes ont pu continuer à vivre pour leur compte et à évoluer au sein d'autres grades. Nous avions déjà suggéré cette piste à propos de l'installation secrète en nous demandant si son contenu traditionnel n'est pas un ancien grade de maître ou grade de maître alternatif.

La deuxième question était: le contenu de l'Arc Royal est-il le développement d'un thème présent dans le 3° grade primitif ou résulte-t-il d'une innovation et, si c'est le cas, quelles pourraient être les sources?

Nous avons vu qu'il a existé une trame légendaire originelle mais il nous faut examiner maintenant un autre point.

Dans les années 1730, en Angleterre, apparaissent des Scot Masters Lodges (Loges de Maîtres Ecossais qu'il faut différencier des Masters Lodges ). Le terme « écossais » ne fait pas référence à l'Ecosse puisqu'il n'y a pas d'écossais dans ces loges. De plus, de pareilles loges n'existent pas en Ecosse. Dans ces Scot Masters Lodges , tous les frères sont déjà maîtres et sont reçus Maître Ecossais. Nous ignorons le contenu de cette réception puisque nous ne connaissons aucun rituel. Il est donc difficile d'en tirer un enseignement.

Mais on remarquera qu'au début des années 1740, en France, des grades de Maîtres Ecossais vont apparaître. Grâce à la correspondance des frères bordelais, nous savons qu'ils étaient en relation avec la franc-maçonnerie anglaise. Le thème symbolique central du grade de Maître Ecossais bordelais est celui de la voûte sacrée et de la crypte (de l' Arch ). De son côté, en 1744, John Coustos, dont la carrière maçonnique dans la première maçonnerie parisienne est bien connue, décrit un thème maçonnique très proche. Il est donc possible qu'une fois implantés sur le continent, ces grades ont reçu un enrichissement légendaire et qu'ils sont ensuite retournés en Angleterre pour former l'Arc Royal. Le thème de la voûte et de la crypte est aussi un thème majeur de l'Arc Royal tel que nous le connaîtrons dans le dernier tiers du 18° siècle.

Ainsi, nous pouvons avancer qu'il a existé un contenu légendaire de l'Arc Royal attesté dès 1726 (sans rapport cependant avec la voûte sacrée) tandis qu'en France apparaissent, vers 1740, des grades dont le thème central est celui de la voûte sacrée. Ce sont des grades dit « Ecossais ». Enfin, on trouve en Angleterre un grade qui synthétise toutes ces données: l'Arc Royal.

Venons-en maintenant à la troisième question: comment se fait-il que la Première Grande Loge ait apparemment ignoré le grade de l'Arc Royal jusque dans les années 1750? Si toute l'évolution que nous venons de décrire a eu lieu, comment expliquer que ce grade ait été introduit, en Angleterre, par la Grande Loge des Anciens d'origine irlandaise? Ceci est d'autant plus curieux que si l'Arc Royal était officiellement ignoré par la Grand Loge des Modernes, il y était tout de même largement pratiqué, à telle enseigne que le premier Grand chapitre de l'Arc Royal sera créé par des Modernes. Il nous faut donc nous interroger sur les sources immédiates de l'Arc Royal et nous tourner vers l'Irlande.

Dès 1725, un texte irlandais fait état d'un arc qui était transporté lors d'une procession de Maçons. En dehors de ce faible indice, nous savons que la maçonnerie irlandaise accordait une importance fondamentale à l'Arc Royal jusqu'à en faire le grade suprême de la Maçonnerie. Ceci voudrait donc dire que le thème de l'Arc, considéré comme supérieur au grade de maître, aurait été mis en place en Irlande.

Philip Crossle, dans l'article célèbre publié dans les transactions de la loge CC en 1928 et intitulé The Irish Rite , décrit l'évolution de la Maçonnerie irlandaise. A partir de savantes recherches, il suppose (car il n'existe pas de documents formels) qu'il existait trois grades en 1730: Apprenti, Compagnon et Maître. Mais le grade d'apprenti irlandais renfermerait la substance du grade d'apprenti et de compagnon tels qu'ils sont divulgués par Prichard; le grade de compagnon irlandais serait, quant à lui, similaire au grade de Maître et le grade de Maître irlandais serait une forme primitive de l'Arc Royal. Si cette hypothèse est exacte, l'état des grades décrit par Crossle ressemblerait assez à la situation qui prévalait dans les années 1720 en Angleterre où il existait deux grades seulement, le grade de compagnon renfermant certains éléments de l'actuel grade de Maître. Dans cette perspective, on peut admettre que la légende d'Hiram soit née en Angleterre tandis que le thème de l'Arc Royal s'est développé en Irlande.

C'est de cette possible rencontre entre tous ces éléments (un contenu primitif anglais, irlandais et peut-être un apport français) que serait né l'Arc royal dans les années 1740.

En dernière analyse, toute cette recherche sur les origines de l'Arc Royal nous ramène à un problème récurrent de la Maçonnerie: le quatrième grade. Dès que le système en 3 grades apparaît en 1730, la question d'un 4° grade se pose immédiatement. Il faut bien voir qu'avec un 4° grade, il ne s'agissait pas de rajouter un grade de plus mais, au contraire, de trouver ce qui devait être un achèvement, une fin, bref un grade terminal. Ceci est vrai partout et de tous les systèmes maçonniques. C'est le cas de la France vers 1740, comme on l'a vu, de l'Allemagne avec le grade d'Ecossais vert, préfiguration du Maître Ecossais de Saint-André (4° grade du Régime Ecossais Rectifié), ou encore du monde britannique avec l'Arc Royal.

On comprend que cette recherche fut intéressante , comme on disait au 18° siècle. Elle donna naissance à une floraison de hauts grades qui tous, à un titre ou à un autre, se sont voulus des grades terminaux supposés compléter, accomplir et parfaire l'oeuvre maçonnique.

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Le Rite Emulation

Publié le 16 Juillet 2026 par T.D

Au nombre des Rites (1) pratiqués à la Grande Loge Nationale Française, figure le Rite Émulation. Contrairement à une erreur fréquente, il n'est pas le Rite officiel de la Grande Loge Unie d'Angleterre, laquelle n'a d'ailleurs pas de Rite officiel, et il n'est pas davantage le seul Rite anglais. Parmi ceux pratiqués Outre‑Manche (Bristol, Logic, Taylor, West End, etc.), et qui sont d'une même famille, ne différant que par des variantes parfois infimes, le Rite Émulation est cependant le plus important. Le Rite pratiqué en France sous son nom en comporte également quelques‑unes par la force des choses (2).

Nous examinerons dans ce bref article

1)     L'histoire du Rite

2)     Sa conception propre de la Franc‑Maçonnerie

3)     L'Esprit dans lequel il est pratiqué.

I

HISTOIRE DU RITE
Lorsque la Franc‑Maçonnerie, d'opérative qu'elle était, se fit spéculative (3), au terme d'une longue évolution poursuivie de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, son Rituel s'était naturellement modelé sur cette évolution.  Ce qu'était notre Rituel primitif nous est connu, mais imparfaitement, par les 'Old Charges' et les 'Early masonic cathechisms' pour l'Angleterre et par une abondante floraison de divulgations antimaçonniques pour la France (4). Ce Rituel nous apparaît comme d'une extrême simplicité : ouverture et clôture rituelles, prière initiale et finale, obligation prêtée par le candidat, communication des secrets, agape. Là se bornait le Rituel d'origine, celui dont tous les Rites maçonniques devaient sortir, puis se ramifier et se différencier.  Au XVIIIe siècle, surtout après que notre grade de maître eût fait son apparition (5), associé à sa légende thématique dont l'origine demeure une énigme, le Rituel s'étoffe.  L'un après l'autre, les éléments de la Franc‑Maçonnerie moderne viennent s'agglutiner autour du noyau primitif.  Beaucoup de fioritures seront éphémères. D'autres adjonctions subsisteront et telles parties archaïques s'avéreront les plus solides.

Cette même époque fut marquée par la rivalité des 'Antients' et des 'Moderns', qui ne se termina qu'en 1813 par l'Art of Union d'où sortit la moderne Grande Loge Unie d'Angleterre.  La recherche historique a mis en évidence, de nos jours, que la "réconciliation" des Antients et des Moderns fut, en fait, la victoire des Antients, dont le principal grief contre les Moderns était d'avoir laissé tomber en désuétude des portions du Rituel particulièrement vénérables par leur ancienneté. Le Rite Emulation devait ainsi, si l'on ose dire, sortir de l'œuf.

Par crainte des divulgations, mais aussi pour des motifs plus profonds, et dont l'explication appartient aux sociologues, le Rituel primitif s'était longtemps transmis par la seule transmission orale.  Lorsque la Maçonnerie se fit spéculative, l'antique interdiction d'écrire subsista, assortie de ses terribles peines symboliques.  Ainsi s'explique que de nos jours encore, le candidat doit s'obliger à ne jamais "écrire, buriner, sculpter, marquer, etc" les secrets, et cela bien que le Rituel soit aujourd'hui, non seulement écrit, mais ‑ sauf précautions cryptographiques et omissions voulues ‑ imprimé.

Nos anciens Frères s'étaient trouvés, en 1813, devant une difficulté grave comment concilier 1e respect de l'interdiction d'écrire et la nécessité de protéger le Rituel contre d'inévitables altérations de ville à ville, voire de loge à loge, si ce dernier était abandonné à tous les aléas d'une transmission purement orale ?  La Grande Loge avait recommandé qu'il y eût une parfaite unité (perfect unity) du Travail maçonnique, mais n'était‑ce pas préconiser l'alliance de l'eau et du feu ?

La difficulté fut résolue grâce à une institution nouvelle : les loges d'instruction.  La loge d'instruction était une sorte de loge fictive, destinée à faire répéter les cérémonies tout comme lors des "répétitions" des pièces de théâtre.  Elles ont survécu jusqu'à nous. Qu'est‑ce, au demeurant, qu'une initiation, sinon un véritable drame sacré ?  Le protagoniste n'en est d'ailleurs pas le Vénérable mais l'initié.  C'est dire le non‑sens qu'il y a à la lire.  Qui a compris cela comprendra tout l'esprit du Rite Émulation.  L'année 1823 vit naître l'Émulation Lodge of Improvement, à laquelle se consacra jusqu'à sa mort un maçon d'élite, Peter Gilkes (1765‑1833). Une lignée de grands ritualistes devait lui succéder jusqu'à notre époque.  Depuis 1823, il n'est pas un vendredi où l'Emulation Lodqe of Improvement ne se soit réunie à 18 heures, précises, dans le but de répéter les cérémonies des trois grades symboliques.  Le Rituel d'origine fut ainsi conservé dans sa pureté de manière stricte et, pourrait‑on dire, ombrageuse, par pure transmission orale, et est demeuré, à une virgule près, celui de 1813, immuable et inaltéré.  Si l'on considère que Peter Gilkes lui‑même avait été initié à la British Lodge n° 8 en 1786, nous tenons le chaînon qui relie le rite Émulation à celui pratiqué à une époque beaucoup plus ancienne, et l'on peut dès lors voir en lui le plus "pur" de tous les Rites maçonniques.

Un réseau de loges d'instruction devait, depuis lors, se répandre sur le globe.

L'archaïque malédiction contre qui oserait écrire le Rituel ne pouvait cependant survivre dans les sociétés modernes.  Dès le XVIIIe siècle, un parjure nommé Prichard divulgua les rituels des trois grades dans sa Masonry dissected (1730).  Il a rendu aux historiens le service de les renseigner sur ce qu'étaient nos cérémonies de son temps, mais il fut aussi durant des décennies la providence des Vénérables desservis par une mauvaise mémoire ou paresseux, qui le lurent en cachette.  Quelques éditions du Rituel virent ensuite le jour sans être des "divulgations" antimaçonniques, mais à titre privé.  La Grande Loge ferma les yeux, même lorsque fut ainsi imprimé à l'usage des chapitres le Rituel du Royal Arch, mais jamais elle n'autorisa l'existence d'un Rituel officiel. En 1969, 1'Emulation Lodqe of Improvement finit par céder et publia une version du Rituel Emulation, mais autorisée (authorized version) par elle seule, non par la Grande Loge.

La francisation du Rite a son histoire, inséparable de celle de la G.L.N.F.  D'abord pratiqué par les seules loges anglophones de notre Obédience, il fut adopté en 1927 par la R.L. Confiance n° 25 et, depuis lors, il est celui de plus du tiers des loges de l'Obédience.  Une première traduction française des rituels s'étant avérée défectueuse, ces derniers furent révisés sous la Grande Maîtrise du T.R.G.M. Ernest Van Hecke.

L'obédience eut enfin, à son tour, ses loges d'instruction.

II

SA CONCEPTION PROPRE DE LA FRANC‑MACONNERIE
Minoritaire dans notre pays, le Rite Émulation étonne le Frère visiteur qui assiste à une de ses Tenues pour la première fois.  Il n'y retrouve pas, en effet, des rites qu'il tenait pour essentiels, notamment la purification par les Éléments.

S'il lisait les plus vieux rituels français, il ne les y trouverait pas davantage.  Ces derniers proviennent d'un phénomène capital, survenu dans la seconde partie du XVIIIe siècle : l'adjonction de l'Hermétisme.  Il naquit en Europe centrale du réveil des curiosités alchimiques, puis passa en France.  Oswald Wirth a admirablement expliqué son évolution et la symbiose extraordinaire qui s'ensuivit.  Plaqué sur le Rituel d'origine, lequel était tiré du seul art de construire, il devait, par le canal de la Stricte Observance, être à l'origine de tout l'Écossisme.  Le R.E.R., puis le R.E.A.A. en sortirent successivement.  La traditionaliste et archaïsante Angleterre, elle, demeura rétive.  Sans doute eut‑elle ses alchimistes, dont Elias Ashmole, mais aussi bien d'autres.  Le phénomène d'absorption qui avait vu jour sur 1e Continent ne passa pas cependant la Manche, ou alla se perdre dans quelques Side Dégrées.  Le Rituel de base demeura jalousement fidèle à "l'opératisme" des origines, et lorsqu'en plein XXe siècle il reviendra en France, traversant la Manche en sens inverse, nos Loges de Rite Émulation ne feront que 1e retrouver (6).

Son passage par l'Angleterre et la mentalité anglaise lui a insufflé cette force qui fait de lui la colonne dorique du Temple, comme son allergie aux fantaisies imaginatives.  L'hypothèse guénonienne d'une "Tradition" primordiale, ignorée de l'histoire scientifique, lui demeure inconnue ou incompréhensible.  Son réalisme ne saurait lui faire place.  Il s'est dégagé de même de la vieille conception mythique de l'histoire de l'Ordre, grâce aux travaux poursuivis depuis 1884 par l'illustre loge Quator Coronati n° 2076, et de ce que l'on a appelé la Légende dorée maçonnique.  Il ne se donne ni pour le continuateur de légendaires loges de Saint‑Jean ni pour celui des Templiers, ni moins encore de la Gnose.

Le solide bon sens britannique continue ainsi à soutenir le Rite Émulation à la manière dont le tuteur soutient l'arbre, et cela non seulement en France mais à la surface du globe.  S'ensuit‑il cependant que sa conception propre de la Franc‑Maçonnerie soit une sorte de "rationalisation" ?  Conduit‑elle à en faire une discipline trouvant sa place en épistémologie parmi les autres ? et à se trouver rangée, fût‑ce dans une niche d'honneur, parmi les classifications scientifiques (7) ?

Le croire serait lui retirer son âme. Certes, un concept nouveau a fait de nos jours son apparition, directement issu du long effort des Quator Coronati, concept auquel nous avons proposé de donner un nom : celui de maçonnologie.  Alain le Bihan l'a heureusement défini "l'intégration du fait maçonnique dans les sciences de l'homme".  Le contenu interne du message maçonnique ne tient pas cependant dans cette définition.  Le profane, si érudit soit‑il, consacrerait‑il sa vie, voire sa thèse, à l'étude de l'Ordre, ne l'étudiera jamais qu'à la manière des civilisations disparues, tel un assyriologue ou autre spécialiste.  L'objet de notre quête se trouve au plus profond du for interne.

Après avoir dit ce que, dans la conception Émulation, la nôtre, la Franc‑Maçonnerie n'est pas, essayons de tirer au clair ce qu'elle est.

L'erreur fondamentale est de la présenter comme une école de pensée, cliché commode mais faux.  Pareille conception n'a pas pour elle la tradition du XVIIIe siècle, où les "travaux" au sens moderne n'existaient pas.  (Le livre d'Amiable, qualifié à bon droit par Jean Baylot d'"incroyablement romancé" a trop contribué à accréditer l'idée, erronée, que les loges de l'époque, et plus particulièrement Les Neuf Soeurs, auraient été le véhicule des Lumières).  Si la Maçonnerie était telle, les aspirants à la connaissance seraient, à coup sûr, fondés à lui préférer l'enseignement profane, de l'école du soir au Collège de France, suivant leurs aptitudes.

Un "irrégulier" au talent d'envergure, Albert Lantoine, a repris, pour parler des "planches" et de leur ridicule trop fréquent les étrivières de Juvénal. Nous préférons passer la truelle ...

L'Art Royal se place sur une autre longueur d'ondes et le Rite Émulation ne fait que rejoindre nos plus anciens prédécesseurs lorsqu'il place le dialogue suivant dans la bouche du Vénérable et d'un candidat au Passage

‑ Qu'est‑ce que la Franc‑Maçonnerie ?  (What is Freemasonry ?)

‑ Un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles.  (A peculiar system of morality, veiled in allegory and illustrated by symbols).

La définition, véritable et authentique, de l'Ordre, de ses buts et de sa signification spirituelle, nous a été léguée en ces deux phrases par nos ancêtres et les déviations de la Voie substituée importent peu, qu'elles soient pseudo‑mystiques ou pseudo‑rationnelles.  Le mot important, le mot‑clef, est ici l'adjectif particulier.  L'Ordre n'est pas une école de pensée mais une école de morale, une ascèse.  Ce qu'elle offre à ce constructeur symbolique qu'est l'initie est une technique propre en vue de sa moralisation, tirée de ce que les Constitutions d'Anderson appellent la Géométrie, terme qui, chez lui, est synonyme de l'Art de construire.  Un sujet pourrait être titulaire des plus hauts diplômes universitaires mais ne pas être initiable, sa pierre brute ne se transformera jamais en pierre cubique et demeurera une roche poreuse.

En quoi ce système particulier, cette ascèse consistera‑t‑elle ?  Essentiellement en une transposition de l'opératif dans le spéculatif.  Tout est centré autour de cette transposition.  Les rites d'ouverture, de suspension et de reprise des travaux, de clôture ont deux sens : l'un opératif, l'autre ésotérique.  Il en va de même de la deuxième et de la troisième Grandes Lumières, dès lors qu'elles reposent complémentaires et parlantes, sur la première la "plus importante des trois".  Le même double sens sera affirmé ‑ et avec quelle force ! ‑ dans l'explication des Outils, celle du tablier et celle de la planche tracée.  L'ésotérisme sera porté à son plus haut degré à propos de tel point mystérieux au milieu d'un cercle appelé le Centre.  Pourquoi ? Les initiés le savent.

Le but suprême de cette ascèse se définit, en termes figurés, l'édification du Temple de Salomon, entendons par là celui qui est au plus profond de chaque initié, lequel ne travaillera pas, dès lors, à la seule construction d'une oeuvre humaine, contingente et périssable, mais A.L.G.D.G.A.D.L.U.

Et c'est là, sous le voile du pauvre langage humain, le Secret maçonnique. 

III

ESPRIT DANS LEQUEL IL EST PRATIQUE
Il existe sur le Rite Émulation beaucoup d'idées "reçues", pour reprendre le mot ironique de Flaubert.  Il ne conviendrait pas à la mentalité française.  Son obligation du "par c
œur" serait propre à en dégoûter les intelligences.  Sa prédominance excessive du Rituel sur les planches développerait le psittacisme au détriment de la réflexion.

La première critique sera vite réfutée.  Nous avons vu que le Rite dérive d'un Rite plus ancien et qui fut le seul pratiqué en France, avant que les deux Rites écossais y fussent connus.  Par sa sobriété grave, il s'apparente, en outre, à l'esprit classique le plus français.

La nécessité de pratiquer le Rituel par cœur ‑ au moins dans le maximum du possible et sans fétichisme littéral ‑ ne se justifie plus aujourd'hui pour les mêmes raisons qu'autrefois.  Le vrai motif, c'est la profondeur du Rituel.  Nombreux sont les Frères sincères qui en ont fait l'expérience : plus on l'approfondit, plus on le découvre, et, dès lors, plus on s'initie.  Un mot peut découvrir brusquement des horizons insoupçonnés.  C'est là le salaire de l'ouvrier‑constructeur qui l'a mérité.  Celui qui, au contraire, lit en loge triche.  Il n'assimilera dès lors son Rituel que superficiellement.  Parfois même il restera profane, et cela quelles que soient les dorures dont il sera recouvert.

La prédominance du Rituel sur les planches doit être comprise.  Le Rite Émulation n'a jamais interdit les planches, mais professant à bon droit que le cœur de la Maçonnerie est dans son Rituel, il les réserve pour les Tenues où il n'y a ni initiation, ni passage, ni élévation à faire.  Faire prédominer les planches ne peut se faire qu'au dam du Rituel.  Un programme de conférences chargé interdit d'initier les candidats un par un ou conduit à bâcler.  La conclusion se tire d'elle‑même.

L'utilité des planches n'apparaît qu'à un niveau élevé.  Ce sera l'objet de loges spécialisées, dites loges de recherches, qui, pour mieux remplir leur tâche, s'abstiendront d'initier.  L'exemple des Quator Coronati a fait preuve de l'excellence de cette conception.

Soulignons enfin, en conclusion, le rôle de l'agape.  Ce n'est pas là un simple repas cordial, pris entre camarades pour finir la soirée.  Dans la conception Émulation, l'agape a un caractère rituel et est soudé à la Tenue.  De là son caractère obligatoire, car elle n'est pas autre chose que la continuation des travaux sous une autre forme.  Les ouvriers avant bien travaillé ont mérité de "casser la croûte ensemble" (8).  C'est un nouvel exemple de la transposition opérative, mais l'ambiance y change du tout au tout.  Celle d'une Tenue en loge doit demeurer grave, solennelle, ainsi qu'il convient dès lors que le V.S.L. est ouvert sur l'autel.  Si des désaccords ou des discussions existent entre Frères, c'est dans les coulisses, en comité ou ailleurs, qu'elles doivent se régler.  Jamais en loge ouverte.  Ainsi s'explique aussi la cessation en loge du tutoiement, comme tout un cérémonial que la vie profane ignore.  A l'agape, rien de tel.  Verre en main, sous la présidence d'un Vénérable généralement débonnaire, l'amitié fuse et la joie éclate.  Les tristesses ou les cruautés de la vie sont à l'extérieur, et le Tuileur monte la garde.

Et, en rafales salubres, les toast eux‑mêmes se font symbole, celui de l'amour fraternel.  

(1)  Rappelons ici la différence de sens de ce mot, selon qu'il est écrit avec un R majuscule ou un r minuscule. On nomme Rite une branche particulière de la Franc‑Maçonnerie : Rite Emulation, Rite Ecossais, etc., comparable aux "liturgies" de l'Eglise, auxquelles le terme distinctif de "Rite" a été donné également (Rite romain, Rite byzantin, Rite maronite, etc.). On nomme rite tel acte cérémoniel. Ex. : le rite du dépouillement des métaux.

(2) I1 importe de distinguer l'essentiel de l'accessoire. En dehors de ce que 1e Rituel prescrit comme substantiel, de simples habitudes ont inévitablement tendance à s'intaller. Les vieux maçons ont trop tendance à les tenir pour sacro‑saintes pour la seule mais insuffisante raison qu'ils les ont "toujours vu pratiquer" dans leur loge. Par exemple, l'usage, au cours d'une installation, de saluer le nouveau Vénérable "en passant, mais sans tourner la tête". Saluer quelqu'un sans le regarder est absurde. La force d'une habitude n'en a pas moins prévalu, et le Rite Emulation n'a rien, touchant à ces vétilles, à envier aux autres.

(3) Contrairement à une erreur naïve, répandue jadis surtout en Allemagne, les Opératifs ne possédaient pas un Rituel au sens où nous l'entendons et leurs cérémonies de réception n'étaient pas des initiations. L'on n'y communiquait que des "secrets" de métier, tel le Mason's word et les signes, destinés à réserver l'embauche aux seuls ouvriers qualifiés. Une autre erreur à ne pas commettre est de confondre la Maçonnerie opérative médiévale avec le "Compagnonnage", organisation toute française et qui n'apparut qu'au XVIe siècle. Cf. notre livre Les mythes maçonniques (Payot, 1974), chap. II.

(4)  La réceotion mystérieuse (1737), Catéchisme des francs maçons (1744). L'Ordre des francs maçons trahis (1744). Le Sceau romzu (1745). La désolation des entrepreneurs modernes (1747). Le Maçon, démasqué (1751), etc.

(5) C'est‑à‑dire vers 1725. Si la cérémonie d'installation d'un Vénérable se fait toujours actuellement au grade de compagnon, c'est que cette cérémonie date d'une époque où ce grade était encore le grade suprême, antérieur à l'apparition du grade de maître. I1 n'est pas de preuve plus tangible de sa haute antiquité.

(6)  Ainsi s'explique aussi l'absence de l'Orateur au Rite Émulation, déjà connu en France à l'époque du Discours de Ramsay, mais que la maçonnerie anglaise devait continuer à ignorer et que, dès lors elle ne pouvait nous retransmettre.

(7) Pareille "rationalisation" a existé. Ce fut celle, au siècle dernier ‑mais non au XVIIIe siècle ‑, du Grand Orient de France. On peut y voir une erreur symétrique de l'erreur "mythique".

(8)  Aussi est‑ce, pensons‑nous, une erreur que d'organiser des "banquets blancs".  La Franc‑Maçonnerie régulière ignore les "Tenues blanches".  Or, qu'est‑ce qu'un banquet maçonnique, sinon, comme nous l'indiquons, qu'un déplacement de la Tenue?  Le Rituel 1e dit en toutes lettres en parlant du "passage du travail au repos" lors d'une suspension.  Or, l'agape, jadis, en était une.  Il en va tout autrement de la "soirée des dames" (ladies night), généralement annuelle, destinée à honorer les épouses.  Au gai XVIIIe siècle, certaines invitations portaient même "Wives and sweet hearts".  Depuis l'ère victorienne, elles sont tombées en désuétude en Angleterre et la G.L.N.F. ne les a pas fait revivre ...


ALEC MELLOR 

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Les Grandes Loges et l'Emulation(extrait)

Publié le 15 Juillet 2026 par T.D

28 Avril 2013 , Rédigé par LurkerPublié dans #truthlurker

« Comme le savait Bataille, tout rituel procède de la volonté de créer un interdit servant à restreindre les potentialités créatrices et destructrices (c'est la même chose) de la nature. »

Maurice G. Dantec, Laboratoire de catastrophe générale

L’apparition d’ « Emulation » dans le paysage maçonnique est comme le point d’orgue du premier grand conflit de l’Histoire des Grandes Loges, un conflit d’intérêt et de pouvoir, celui que l’on appelle « querelle des ‘ancients’ et des ‘moderns’ », et qui se terminera par l’Acte d’Union en 1813. Cet « Act of Union » signe à la fois le divorce définitif des maçonneries Anglaises et Continentales qui, depuis, bâtiront l'Histoire de la franc-maçonnerie dans l'ignorance la plus complète des pratiques anglo-saxonnes. L'Act scelle la victoire de la bourgeoise conservatrice sur l’utopie progressiste tout autant que pédante des lumières de l’époque Élisabéthaine.

De fait, du règne de la « Reine Vierge », on ne garde que l’Empire et les rigueurs Victoriennes. La maçonnerie d’Europe continentale ayant évoluée de manière totalement autonome à partir des principes de la Grande Loge de 1717, elle ignore, dans sa majorité, et encore aujourd’hui la grande part des rites pratiqués et créés par l’Angleterre pour en consommer la rupture. Approchons donc cet élément particulier de l’histoire de la franc-maçonnerie qu’est la naissance d'un Rite qui deviendra le plus pratiqué au monde et la constitution de son tabernacle : le rite de style Emulation.

La Grande Loge d'Angleterre possède aujourd’hui, un certain nombre de Rites qui nous sont, pour la plupart, inconnus ; Stability, Logic, Bristol, West End, etc. et qui offrent peu de différences à l’observateur. Le style « Emulation » reste, cependant la pratique la plus importante et la plus répandue. Il fut mis au point lors de l'Union des « ancients » et des « moderns » de 1813 et cela, grâce au quotidien rituel et aux connaissances de Peter Gilkes qui su matérialiser le Rite des Ancients, jusqu'alors non écrit véritablement de manière définitive et l'implanter comme le modèle de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Depuis lors, doté de son caractère définitif, il n’a jamais été modifié et cela, grâce à cette sorte de « conservatoire » de la bonne pratique que représente l’ « Emulation Lodge of Improvment », la « Loge de perfectionnement », créée pour enseigner le Rite.

Contrairement à ce qui est parfois prétendu, il ne fut pas inventé pour la circonstance de l'Union mais il représente la synthèse de pratiques maçonniques diversement admises et connues au Royaume Uni et notablement inspirée du Rite de l'ancienne Loge d’York, Grand Lodge of All England, lien entre l'antique maçonnerie de métier et la pratique de la sociabilité bourgeoise "acceptée" qui respectait encore, envers et contre tous, les anciens codes et les anciennes charges nées des Chartes Sinclair et de la Grande Maîtrise royale des travaux de William Schaw eux mêmes inspirés de devoirs plus anciens encore ( le mannuscrit Lansdowne des années 1560 est plus ancien que les statuts Schaw).

Il semble que le Rite Émulation ait été pratiqué pour la première fois en français, au Québec, vers 1870 par la Loge des « Cœurs Unis » No 45 de la grande Loge du Québec c'est cette traduction qui fut d'abord introduite en France par les troupes britanniques qui, elles, le pratiquaient en anglais, durant la première guerre mondiale. Ces premières  étaient militaires et ne devinrent civiles que par la réception progressive de civils après les conflits. C'est, enfin, en 1925 que le R. F. Georges Drabble traduisit le rituel anglais, laissant de côté la pratique Quécoise, qui permit la création des Loges « Confiance no 25 », « Espérance, n°35 » et « Persévérance no 27 » de la G.L.N.F. lesquelles travaillent toujours à ce rite. Que l'on ne s'y trompe cependant pas, le rite n'a rien à voir avec la régularité revendiquée.

Porteur de la notion d’une initiation « orale » mais aussi, et surtout, d'une recherche intérieure très éloignée de l'alchimie chère aux continentaux, « Emulation » doit, dans sa pratique assidue, être pratiqué par cœur (c'est d'ailleurs la seule chose que retiennent ceux qui ne lepratiquent pas et donc, ceux qui en ignorent le sens) et une Loge particulière dite « d’instruction » doit être fondée en regroupement de Loges dans le but d’enseigner le rituel, de le faire répéter, de permettre aux francs-maçons de progresser, de s’ « améliorer », se régénérer, sur la voie maçonnique car, pour « Emulation », « les épreuves », « le challenge », tout est dans le rituel et les cahiers d'Instruction appelés Lectures Emulation. La pratique assidue l'étude offre la voie.

De la même manière, il est bon de préciser que la Franc-maçonnerie anglaise n’est pas théurgique pas plus que catholique, mais déiste. Même si l’on peut considérer qu’elle prend sa source dans le mouvement de philosophie occulte poste « élisabéthain », la Franc-maçonnerie dite « régulière » d’aujourd’hui ne présente plus cet aspect prospectif et ses rituels ne sont pas des invocations et encore moins des substituts de liturgies.

Vu sous cet angle, on peut d’ailleurs considérer que l’insistance particulière à l’oralité est un moyen efficace d’éviter toute remise en question et toute spéculation. L’ordre établi représente un monde fini dont les arcanes sont intégralement contenues dans le Volume de la Loi Sacré (et surtout pas Sainte Loi, appellation qui, pour le maçon serait par trop intolérante à l'introspection individuelle) et le rituel. Les éléments se suffisent à eux-mêmes.

Mais, revenons à l’Histoire qui nous occupe.

Un grand nombre de franc-maçons seraient surpris aujourd’hui, d’apprendre que les rituels qu’ils pratiquent n’ont pas l’antiquité qu’ils affichent.

A tel point surpris qu’ils trouveront toujours de bonnes raisons de remettre l’Histoire en cause au profit de leurs intimes convictions. Souvenons nous que nous sommes spéculatifs et que, parfois, cette terminologie recouvre l’exact opposé de l’étude et surtout de l'examen, des faits. Bien entendu, on peut considérer assez facilement que les formes auxquelles nous sommes attachés et les symboles qui y sont développés survolent le temps. La Sociabilité humaine existe depuis l’aube de l’humanité. Les cavernes, Sumer,  l’Egypte des Pharaons, Eleusis, sont très probablement les sources fiables de nombreuses pratiques et de nombreuses techniques de Géométrie partagées au delà du temps de croyances en superstitions et transposées par les Kabbalistes chrétiens du siècle de l’illuminisme lesquels ont construit ces rites que nous pratiquons.En effet, les Cérémonies, tels qu’elles sont aujourd’hui pratiquées, ne remontent guère plus loin que le début du XIXème siècle. Cela ne veut pas dire que la maçonnerie n'est pas aussi vieille qu'on le pense, cela signifie seulement que les mots prononcés dans la pénombre ne flattent que l'orgueil récent de qui croit se lier à l'antique.

De même qu'un grand nombre de Maçons continentaux accordent à la reformulation des Anciens Devoirs (Charges) en 1723 la valeur d’un texte fondateur comparable à la Déclaration des Droits de l’Homme, parfois même en font l'origine de tout, probablement en raison du Calvinisme ardent de qui les composât., les Maçons anglais leur prêtent l’importance limitée d’une étape vers les Constitutions dont ils se dotèrent en 1815, une fois l’union consommée entre les deux Grandes Loges qui se déchiraient avec une rare intensité en Grande-Bretagne et dans les colonies d’Amérique depuis les années 1750.

Au temps de la fondation de la "Première Grande Loge", en 1717, aucun rituel standard n'existait et c’est l’un des éléments « révolutionnaires » de la création de cette Grande Loge que de proposer un lien ritualisé (guère plus) entre plusieurs Loges et dont la vocation serait de permettre leur réunion à une même enseigne. 

Cette proposition n’eut, en réalité, qu’un succès très relatif car les Loges continuèrent, pour la plupart d’entre elles, de travailler suivant leurs traditions propres. La conséquence de cela est qu’aujourd’hui il est absolument impossible de faire objectivement remonter un rituel plus avant que 1728 et encore moins de lui donner une qualification générale et cela, même si des catéchismes existaient bien avant. Il est bien souvent impossible de dire quelle Loge utilisait quel Rituel ou quel Maître Maçon introduisit tel autre.

Bien évidemment, la création de la Grande Loge de Londres (1717) ne permet pas d’échapper à cette règle et le fait de connaître les événements qui présidèrent à sa création ne nous donne pas d’indications sur ses pratiques rituelles, pas plus que de réponses à la question : avait elle une pratique rituelle au moment de sa création ?

L’évolution des rituels…

Le Rite d'émulation, aujourd'hui, représente un système de rituels maçonniques des plus répandus dans le monde qui, en plus des trois «Grades bleus», appelés "craft", comprend une Cérémonie d'installation. Ce système met l'accent sur l'instruction rituelle et spirituelle au cours des tenues et, ainsi, ne prévoit pas, initialement, de conférences ou "planches" mais des communications d'étude données dans des conditions particulières. Les "lectures d'instructions" destinées à tous les degrés, y compris les plus hauts démontrent la permanence de l'étude dans l'ensemble de la progression. Une permanence de fait qui va bien au delà de la simple formule d'un éternel apprentissage.

En tout état de cause, que sait-on véritablement sur les rituels de la maçonnerie spéculative ? Ni les « old charges », ni les Constitutions du Pasteur Anderson ne décrivent les rites d’initiation et nous savons cependant que ce sont les pratiques rituéliques qui dévoilent les explications structurelles et symboliques. Dans le meilleur des cas nous pouvons trouver des « questionnaires », des « cathéchismes » dans les « anciennes charges » mais, jusqu’à ce jour, jamais plus.

La transmission des secrets, jusqu’à une date récente demeurait irrémédiablement orale et, de ce fait, sujette à caution dès lors qu’il n’y a jamais eu de rupture dans l’existence de la maçonnerie, il n’y a aucune raison qu’une telle perdition des pratiques puisse être envisagée. Il est vrai que la publication, en 1730, par Evans Prichard de la « Freemasonry dissected », ouvrage anti-maçonnique, dans lequel il reproduisait intégralement le rituel revendiqué par la Grande Loge de 1717 peut être considéré comme un élément justifiant l’abandon de la tradition de transmission orale.

Néanmoins, cette publication ne concernait que le rite qualifié, vingt ans plus tard, de « modern » et encore faut-il rester prudent au sujet de ces divulgations. Selon Harry Carr, aucune divulgation ne décrit le rituel anglais pratiqué entre 1730 et 1760. Il refuse d’admettre que ces divulgations puissent refléter un rituel anglais car, écrit-il,

« …les cérémonies que cette brochure décrit sont incompatibles avec ce qui est connu des pratiques rituelles des loges anglaises de l’époque » et, toujours selon lui : « Durant les trente années qui suivirent la publication de la « Freemasonry dissected »… rien d’important ne fut publié en Angleterre ; durant cette période aucune évidence ne permet de montrer le lien qui puisse y avoir entre l’accroissement du nombre de loge et les les pratiques rituelles en angleterre1 ».

Si l’on souhaite se pencher de plus près sur ce problème des rituels et de l’exactitude des divulgations, on pourra noter qu’une autre publication de cette époque « Three Distinct Knocks » (1760) reproduit le rituel irlandais  dialogué qu’utilisaient les « Ancients ». Par contre, les compilateurs des divulgations ultérieures ( Jachin and Boaz en 1762, Schibboleth en 1765 ) ont réuni deux sources distinctes en juxtaposant, sans souci de cohérence interne, les dialogues irlandais et les éléments narratifs anglais que l’on trouve esquissés dans la divulgation publiée à Paris par Hérault en décembre 1737.

L’énigme constituée par les éléments que Carr décrivait comme étrangère aux procédures anglaises, se trouve élucidée si on admet qu’ils représentent le rituel anglais des « Modernes » au stade de développement auquel il était arrivé vers 1762 en Angleterre.

Il est toutefois aussi possible d’admettre que les publications de cette époque, comme celles d’aujourd’hui puissent avoir privilégié le merveilleux et l’imaginaire à une réalité plus prosaïque ou fait l'impasse sur les éléments dérangeants. Or, si on postule l’absence de tout élément d’information sur les rituels anglais entre 1731 et 1760, on doit logiquement s’interdire tout commentaire à leur sujet au cours de cette même période. Ou, du moins, rester extrêment prudent quant aux péremptoires affirmations de nos pratiques.

Reste que les sources rituelles auxquelles se référera la Grande Loge des Anciens demeurent mystérieuses. Il faut néanmoins tenir compte de la culture insulaire de pratiques "coutumières" qui justifieraient les termes présentant les Constitions Andersoniennes comme la continuité des plus anciennes charges du métier même s'ils  restent encore une affirmation n’apportant aucun élément de certitude car ni Anderson, ni Desagullier ne nomment ces fameuses « anciennes charges ».

« Loge d’Emulation et d’Amélioration »

L'appellation «émulation» ( synonyme de compétition, concurrence, lutte ) naîtra près d’un siècle après la construction londonnienne de 1723, le 2 octobre 1823, pour être précis. C’est à ce moment que fut fondée à Londres la Loge du nom de «Emulation Lodge of Instruction» à l’initiative de la« Lodge of Hope no. 7 » et qui, plus tard prendra le nom de «Emulation Lodge of Improvement» ( Loge de Dynamisme et d’Amélioration ) qui donnera, par extension, son nom au rituel.

L'objectif de cette Loge était d'exercer une sévère protection de ce rituel d'émulation nouvellement standardisé, de le préserver d'une adaptation à l'esprit du temps et d'instruire un groupe de Maçons intéressés à sa teneur. Elle a été créée spécifiquement pour les Maîtres Maçons, afin d'instruire ceux qui souhaitaient se préparer à devenir Officier ou V.M. de Loge. Les fondateurs sont issus des Loges d'instruction Burlington et Perseverance, la première créée en 1810, la seconde en 1817, toutes deux avaient jusque là enseigné le nouveau rituel approuvé par la Grande Loge depuis juin 1816, mais s'étaient surtout concentrées sur le travail au premier degré et l'instruction des candidats. La « Loge of Improvement » se réunit encore aujourd’hui, au Freemasons' Hall, Great Queen Street à Londres, chaque vendredi, d'octobre à juin. Elle fait la démonstration des cérémonies et présente les exposés selon le Rituel Émulation.(Pour l'Histoire de cette Loge, on pourra se référer à l'ouvrege d'Henry Sadler :"Illustrated History of the Emulation Lodge of Improvement")

Le souci est d’importance dès lors que cette pratique fut avant tout constituée pour servir de liaison efficace entre le fédéralisme œcuménique de la franc-maçonnerie de 1717 et l’intégrisme catholique des conservateurs de la noblesse anglaise. La Grande Loge des « moderns » proposait ; en effet, des pratiques constituées tant sur un esprit de progrès scientifique directement issu des « colleges » que celui de la philosophie hermétique propagée depuis la fin du 16ème siècle et inspirées des « academies florentines ». Ces élitistes neoplatoniciens furent vite considérés comme hérétiques et leurs idées furent combattues tant en europe durant la guerre de trente ans qu’en angleterre durant les différentes guerres civiles et la « république de Cromwell ». La maçonnerie des moderns, son héritière fut, elle aussi condamnée et cette fois par l'Eglise fatiguée de vouloir trop l'infiltrer et la modifier.

La grande difficulté qui présida à l’élaboration du Rite fut donc de codifier une pratique qui ne reposait sur aucune réalité vérifiable autre que les rituels chrétiens tout en affirmant la lignée immémoriale d’une Tradition orale ancestrale.

Cette unification, si elle n’enlève rien à l’antiquité de ses sources souligne le fait important qu’il n’existe aucune évidence permettant d’affirmer que les éléments rituels ayant servi à la constitution du Rite soient antérieurs au « système particulier de moralité, voilé par l’allégorie et illustré par le symbole » qui nous est familier aujourd’hui. De plus, qu'il n'existe aucune preuve autre que son auto-revendication, que ce système relève bien d’une haute antiquité.

La pratique de cette « Lodge of Instruction » qui perdurera jusqu’à nos jours, repose sur une forme rituelle qui sera définie par la « Lodge of Reconciliation » dont nous reparlerons et ensuite approuvé en assemblée de Grande Loge en juin 1816. C’est sur cette base « d’émulation » que fut ouverte la Loge de Maîtres. Tout changement rituel devant être approuvé par l’ensemble des Loges composant la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Mais comment en est-on arrivé à cette création ?

Les anciens et les modernes…. histoire conflictuelle et mythique

  « Au sein de chaque société, l’ordre du mythe exclut le dialogue :
on ne discute pas les mythes du groupe,
on les transforme en croyant les répéter ».
Claude Lévi-Strauss, Mythologiques 4 : 585 (Paris 1971, Plon)

La position particulière de la France dans l’histoire de la franc-maçonnerie incite souvent de ce côté du « channel » à faire reposer un certain nombre d’affirmations de régularité sur des présupposés passablement douteux relatifs à l’origine de l’Ordre. N’oublions pas que l’histoire de la franc-maçonnerie française, ses catéchismes et ses rituels, indiquent plusieurs paternités : celle, entre autre, des premiers fondateurs britanniques, Derwentwater, McLean et O’Heguerty, amis aussi, celle de la Grande Loge des « Modernes » importée en 1734 à Paris par Richmond et Desaguliers mais aussi celle de la récupération par le très stricte mouvement  ultraciste de la fin du XVIIIème siècle, tout aussi bien des délires mystico-religieux chers à une frange désoeuvrée de la noblesse laissée sans échos depuis la fin du Grand Siècle. Or si l’on peut considérer que les premiers avaient d’autres objectifs en venant en France que d’y implanter la franc-maçonnerie, il n’en est pas de même des suivants.

On soulignera ici, entre autres légendes tenaces, l’affirmation de la lignée directe avec les bâtisseurs de Cathédrale, celles aussi des Templiers et autres Teutoniques ou celle qui consiste à fixer l'origine de tout à la naissance des Grandes Loge à la création de celle de Londres en 1717. Bref, une mythologie qui permet de survoller l’europe et le temps comme si les cultures devaient s’incliner devant l’Histoire ou plutôt devant ceux dont on décide de se souvenir des actes. Mais, si les influences ne font aucun doute dans l’examen des courants qui ont menés à l’élaboration de ce que nous sommes, il ne faut pas oublier que certaines évolutions se sont faites de manière indépendante. Il ne fait aucun doute que la France des "salons" ait suivi avec intérêt la naissance de cette maçonnerie spéculative et crée à son tour de Grandes Loges, Rites et Rituels, Tenues en Loges, toutes organisation avec l'appui des immigrés Anglais. Néanmoins, si la Loge de 1717 peut revendiquer, à juste titre, la primauté du corps constitué en Grande Loge, on peut penser tout aussi valablement que les raisons qui présidèrent à cette constitution étant assez éloignées de la pratique maçonnique, les fondateurs prirent plus de temps à s’organiser qu’ils n’en prirent au souci de régularité.

L’intérêt continental porté sur cette nouvelle forme de regroupement hors autorisation royale peut expliquer, pour partie l’engouement et le développement pour les Loges, plus discrètes que les "salons". Tout ceci ne peut être situer que dans un contexte socio-historique d’alliances entre certaines familles Royales, de bouillonnement scientifique et spirituel, de naissance de la pensée économique et libérale qui expliquent la soif de comprendre, de connaître d'échanger les idées, de les diffuser. 

1717 – Fédéralisme, engouement associatif et développement 

Néanmoins, n’oublions pas l’ambiance de guerre civile et de crise financière dans lesquels cette Grande Loge de Londres voit le jour. Les esprits et les querelles de pouvoir ne sont toujours pas calmés lorsqu’en 1726 trois gentilshommes anglais, Lord Charles Radclyffe, Comte de Derwentwater et le Chevalier Maskelyne, assistés de quelques autres anglais de distinction arrivent en France. Proscrit, leur tête mise à prix par le pouvoir en place, ils s’installent à Paris sous la protection du Roi et fondent la première Loge de Francs-Maçons ouverte dans la capitale sur le modèle Londonien. C’est, du moins ce que nous apprend Jérôme Lalande dans « le Mémoire historique sur la Maçonnerie », paru dans le supplément de l’Encyclopédie de 1773 :

« Vers l’année 1725, Milord Dervent-Waters, le Chevalier Maskelyne, d’Herguerty, & quelques autres Anglois établirent une L? à Paris, rue des Boucheries, chez Huré, Traiteur Anglois, à la manière des sociétés angloises ; en moins de dix ans, la réputation de cette L? attira cinq ou six cens Frères à la Maçonnerie, & fit établir d’autres loges ; […] »

On peut résumer cet événement comme la création d’un club anglais dans une auberge anglaise, en France, pays dans lequel cette pratique n’existait pas et dont l’engouement mènera aussi régulièrement que sûrement au développement de l’idée associative avant même qu’il ne soit question d’un quelconque ésotérisme maçonnique. Lequel est d’ailleurs fort éloigné des formes purement britanniques de l’Ordre.

De ce jour, la maçonnerie française restera très liée à la Grande Loge de 1717, sinon administrativement, du moins en matière de pratiques rituelles car tous les rituels d’Apprentis, Compagnons et Maîtres pratiqués sur le continent sont, peu ou prou, des répliques du Rite Moderne.  

Ne nous y trompons pas, Charles Radlyffe n’est pas venu en France comme seul détenteur de LA maçonnerie anglaise, pas plus qu’il n’est venu implanter des Loges. Dans l’Angleterre du 18e siècle, il n’existait pas une franc-maçonnerie unique, « la » franc-maçonnerie anglaise, mais des Grandes Loges rivales telles que La « Grande Loge d’York », la « Grande Loge au Sud de la rivière Trent » et quelques autres aux existences parfois épisodiques.

La Grande Loge de 1717, que l’on qualifiera de « Modern », ne saurait être considérée comme la source de toutes les loges maçonniques du monde, pas plus qu’elle ne peut être raisonnablement, on l’a vu, considérée comme la source des rituels. Elle ne fut pour rien dans la création des « Grandes Loges d’Ecosse » et d’Irlande pas plus que celle de leurs loges respectives hors influence londonienne, comme cela a été fréquemment rappelé dans les actes de la Loge de recherche Ars Quatuor Coronati2.. En effet, la plupart se référaient à l’organisation du métier codifiée au XVIème siècle par les Statuts Schaw, du nom du Surveillant général ( « General Warden » ) nommé par le Roi et, par extension, aux « anciens devoirs ».

 

En 1751, les Loges anglaises réfractaires aux innovations londoniennes décident, sous l’égide de maçons ultra conservateurs, dévots et opposés au principe d’égalité de se constituer, à leur tour, et avec l’appui particulier de la Grande Loge d’Irlande, en obédience. Ils formèrent la « Grand Lodge of Antients Masons », qualifiant les Frères de la Grande Loge de Londres de « moderns » et publiant, en 1756 leurs propres constitutions, connues sous le nom de « Ahiman Rezon».

Cette « Grande Loge des Anciens » eut le privilège de créer quelques Loges, mais surtout de lancer une mode encore en vigueur aujourd’hui et dont on retrouve chez certains, l’esprit dans le « salut au rang »; celle de faire reculer l’ordonnancement de la société vers toujours plus de rigorisme en se réclamant d’hypothétiques « âges d’or » durant lesquels la vie était meilleure, valorisant une « antique Tradition », d’une « véritable source » forgée de rigueur et d’élitisme…

C’est sur ce point de la dénaturation des sources véritables de la maçonnerie et sur le constat que la Grande Loge de Londres de 1717 avait déformé certaines « obligations » que les Grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande se refusaient à reconnaître les « moderns » comme réguliers.

Les Ancients l’affirmaient haut et fort par la voix de leur Grand Secrétaire en 1788 :

« Les Innovations qui se sont glissées sournoisement dans la maçonnerie de notre Royaume... tendent à dénaturer l’intégrité du système. Il est du devoir de la Confrérie de s’en protéger. Nous croyons néanmoins que le moment est proche où ces désagréments disparaîtront et que la maçonnerie retrouvera ses marques3. » Il n’y a pas de précisions quant à la nature particulière des innovations. On sait cependant quel accueil fut réservé par le Grand Maître de la Grand Loge d’Irlande à qui l’on demandait de reconnaître le grade de « Royal Arch » et qui répondit qu’il n’y avait pas plus d’arche en maçonnerie que de marque ou autres Rose-Croix et que seuls les trois grades d’Apprenti, Compagnon et Maître en assuraient la régularité.

Si on tient à évoquer des « altérations essentielles », cette notion semblerait plus justement applicable au rituel introduit en Angleterre dans les années 1750 par les Irlandais et le fait qu’elles aient été adoptées et pratiquées pratiquées par la Grande Loge des Ancients puis, dans leur majorité, adoptées par la Grande Loge Unie de 1813, ne change rien à cette constatation. Selon la revue de recherche Acta Macionica 8: 328, la question des élatérations devient particulièrement épineuse en ce qui concerne la cérémonie de consécration d’une nouvelle loge pratiquée par certains ? L’article précise :

« En Angleterre, lors de la fondation d’une loge, celle-ci est consacrée. [...] la Loge pour fonctionner [sic] doit être consacrée » (Acta Macionica 8: 329).

Or, s’il n’existe aucun rituel et aucune mention à ce type de nécessité avant que Preston n’en fasse la description en 1772 dans « La « Manière de constituer une Loge », publié dans la revue anglaise « Illustrations » ( 1772 ), les chercheurs de l’Ars Quatuor Corronati, eux mêmes ( AQC 83: 8 et 9) tombent d’accord pour indiquer que cette consécration est une adjonction de Preston à une pratique qui n’en contient pas et se demandent comment, si cette consécration est impérative, on ne peut que se demander comment les loges anglaises, « Moderns » ou « Ancients », pouvaient bien « fonctionner » avant 1772.

Une autre opposition soulignée dans les catéchisms des années 1760 indique nettement que les « moderns », contrairement aux « ancient », ne disent pas de prières durant les initiations : « Les « Ancient Masons » ont coutume de dire une prière durant « l’exhortation » de l’Apprenti ; mais les « moderns » ne la récitent pas lorsqu’ils reçoivent un nouveau Frère4 ». Ainsi, il est permis de penser que les déviations dont il est question portaient sur le mode de recrutement ou sur les obligations. La grande Loge des « ancients » en vint d’ailleurs à préciser dans ses constitutions, le « Ahiman Rezon », que les maçons étaient descendant de Noé et de ce fait qu’il devaient respecter la religion du pays dans lequel ils se trouvaient pourvu qu’elle soit fondée sur la chrétienté. Cette exigence stricte n’existe pas dans les Constitutions d’Anderson mais, dans la mesure où cette chrétienté apparaît comme rigoureuse et affirmée dans les « anciens devoirs », il est logique que les nouveaux maçons accompagnent leur rigueur sociale d’une certaine rigeur religieuse. De même, il est logique de penser que le fait de ne pas mentionner la chrétienté dans un environnement culturel et social chrétien comme l’était l’europe du XVIIIème siècle ne peut laisser supposer que les modernes ne le fussent pas. La Grande Loge de Londres, dès sa création, eut pour objectifs l’égalité de ses membres et l’accalmie des passions religieuses, ce n’était pas le cas pour la Grande Loge des « Ancients » qui condamnaient ces pratiques permissives.

Ce conflit d’intérêt très marqué se traduisit, pour les Grandes Loges d’Irlande et d’Ecosse, pendant la seconde moitié du 18e siècle par l’affirmation que la seule Grande Loge d’Angleterre était celle des Ancients et non la Grande Loge de 1717 qu’elles ne reconnaissaient pas et avec laquelle elles n’avaient pas de relations comme l’indique cette déclaration :

« … saluant l’initiative de Dermott au cours de l’année 1758, la Grande Loge d’Irlande reconnaît comme unique Grande Loge d’Angleterre la Grande Loge des Ancients avec laquelle elle autorise les relations fraternelles à partir de 1757. Aucun maçon « moderne » ne pourra être accueilli sans avoir souscrit de nouvelle obligations et été dûement instruit dans les secrets des « ancients ».

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Le Rite Emulation

Publié le 15 Juillet 2026 par T.D

Les origines

L'histoire des rites maçonniques est naturellement très liée à celle de l'apparition et des premières décennies de la Franc-Maçonnerie spéculative. Celle-ci trouve ses sources dans la Grande-Bretagne du XVIIe siècle et là seulement. C'est en Angleterre, entre 1725 et 1751, que le vieux patrimoine rituel de la Maçonnerie opérative écossaise sera réorganisé pour l'usage des "spéculatifs". Cette réorganisation aboutira à la fixation de deux grandes familles de rituels maçonniques pour les grades symboliques : "Modernes" et "Anciens". Tous les Rites maçonniques pratiqués dans le monde relèvent de l'une ou l'autre de ces deux familles – ou parfois des deux dans des proportions variables – quelles que soient par ailleurs leurs appellations souvent trompeuses.

La création en 1717 de la Première Grande Loge de Londres et Westminster marque l'apparition de la Franc-Maçonnerie spéculative obédientielle. Son magistère sera cependant contesté en 1751 avec l'apparition d'une seconde Grande Loge se revendiquant – bien sûr – des "Anciens". Contrastant avec le monolithisme qu'on lui connaît depuis le XIXe siècle, la vie maçonnique anglaise fut marquée pendant 62 ans – de 1751 à 1813 – par une vive opposition entre ces deux Grandes Loges… elles mêmes défiées par deux autres "petites" Grandes Loges pendant quelques années. Pourtant, en 1799, la Franc-Maçonnerie anglaise faillit disparaître brutalement. Craignant que les effets de la Révolution Française ne gagnent la Grande-Bretagne, le gouvernement entreprit dans les années 1790 d'établir une loi interdisant "les sociétés séditieuses et illégales"… au premier rang desquels les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie ne fut finalement épargnée par cette interdiction qu'en mettant en avant son loyalisme – dont témoignait la présence de grands du Royaume à sa tête – et en acceptant un processus d'unification et de réorganisation. Le "Secret and unlawfull societies act" mesure politique de contrôle social, fut donc à l'origine de l'Union de 1813 entre la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens. Sans nier les éventuels enjeux sociaux que pouvait recouvrir la querelle des "Anciens" et des "Modernes", celle-ci se concentra autour de vives divergences sur la question du rituel maçonnique. La question du rituel et d'une synthèse entre celui des "Anciens" et celui des "Modernes" fut donc centrale dans la formation de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Pour traiter ce problème délicat une "Loge de Réconciliation" fut constituée et élabora – entre 1814 et 1816 – un rituel reflétant l'union des deux courants. Ce que l'on devrait appeler le Rite Anglais, c'est-à-dire le rituel de référence de la Grande Loge Unie d'Angleterre, était né. Les spécialistes considèrent en général qu'il emprunte beaucoup plus aux usages des "Anciens" qu'à ceux des "Modernes" qui y sont très estompés. Ainsi, paradoxalement le Rite Français est aujourd'hui le seul représentant de la tradition rituelle des "Modernes", c'est-à-dire de la Première Grande Loge ! On doit noter que la "Loge de Réconciliation" intégra aussi au nouveau rituel des éléments empruntés à un best-seller des années 1780, l'ouvrage de William PRESTON "Illustrations of Freemasonry" qui présentent de nombreuses gloses morales sur les symboles maçonniques. Une fois le rituel élaboré, encore fallait-il le diffuser. Les Anglais ayant toujours été respectueux de l'interdiction d'écrire et a fortiori d'imprimer les rituels, on décida de constituer quelques loges spéciales où les frères pourraient venir voir des démonstrations et apprendre le nouveau rituel. Ainsi furent notamment constituées les Stability Lodge of instruction en 1817 et l'Emulation Lodge of Improvement en 1823. Ces loges d'instruction du nouveau rituel comptaient chacune d'anciens membres de la Loge de Réconciliation. Elles étaient censées toutes enseigner le nouveau rituel – qu'il convient d'appeler Rite Anglais – et c'est ce qu'elle firent. Ces Loges d'Instruction développèrent cependant, sur des points secondaires, voire tout à fait mineurs, des usages spécifiques. C'est pourquoi le Rite Anglais connaît plusieurs "working", expression dont la meilleure traduction est probablement "style". Les différences entre les "working" (quelques formulations différentes, variantes dans la façon de faire le signe…) Stability, Emulation – ou encore… Universal, West End, Taylor's, Oxonian – sont cependant minimes aux regards de celles qui distinguent, dans la tradition maçonnique française, les Rites Français, Ecossais Ancien Accepté ou Rectifié. Dans le sillage de l'expansion britannique, le Rite Anglais connu une grande diffusion à travers le monde, les hasards de l'histoire firent que c'est surtout sa variante Emulation qui s'implanta "oversea". A tel point que pour beaucoup de maçons qui n'eurent pas la chance de naître britannique, le Rite Anglais, style Emulation devint tout simplement le Rite Emulation.

Style Emulation ou non, le Rite Anglais est marqué par le contexte religieux anglais et par l'esprit qu'entendait lui donner le Duc de Sussex (le Premier Grand Maître, en 1813, de la Grande Loge Unie d'Angleterre et l'une des personnalités les plus importantes de l'histoire maçonnique anglaise). Comme tous les rituels du XVIIIe siècle et du début du XIXe, le Rite Anglais propose clairement une perspective métaphysique théiste. L'Angleterre abritant plusieurs dizaines de dénominations ou églises professant les idées les plus diverses en matière de christianisme, elle n'a jamais connu de "question cléricale" et la dimension religieuse n'est jamais apparue comme entravant la liberté de conscience à laquelle les britanniques sont par ailleurs fort attachés comme en témoigne leur tradition juridique. On doit aussi rappeler qu'à la demande expresse du Duc de Sussex – dont les sentiments philosémites étaient bien connus – tous les éléments symboliques faisant plus ou moins références au christianisme ont été supprimés dans les rituels par la Loge de Réconciliation. Paradoxalement jusqu'en 1848, le Rite Anglais est, d'une certaine manière, plus laïque que le Rite Français ! Fixé dans le premier quart du XIXe siècle le Rite Anglais s'est maintenu à peu près tel quel jusqu'à aujourd'hui. On doit aussi souligner que les Anglais n'ont jamais été très regardants sur les réelles croyances théistes de leurs adeptes. Ainsi, la Franc-Maçonnerie et le Rite Anglais – singulièrement dans sa version Emulation – ont accompagné l'expansion coloniale britannique. La Grande Loge Unie d'Angleterre a donc compté de nombreux frères hindouistes, bouddhistes ou confucéens dont les convictions en l'existence d'un Dieu personnel et en sa volonté révélée sont pour le moins discutables.

Les grades complémentaires

Les grades latéraux (ou side-degrees) : la Marque et le Nautonier de l'Arche Royale

La Grande Loge Unie d'Angleterre ne reconnaît pas de hauts grades, mais en dehors des trois grades de la maçonnerie bleue, ce style de travail a pour prolongement des grades latéraux, dits "side degrees", qui ne donnent cependant à ses membres aucune prérogative particulière en loge bleue. Il existe une maçonnerie de Marque, conférée aux maîtres maçons. Ces loges sont sous la juridiction de la Grande Loge de Marque, fondée en 1856 en Angleterre. Ce grade qui a sans aucun doute une origine opérative en relation avec les tailleurs de pierre permet au maître maçon d'approfondir le maniement de ses outils, de trouver sa place sur le chantier en proposant et faisant enregistrer une marque personnelle du métier. Il existe aussi le grade de Nautonier de l'Arche Royale (Ark Mariner), très peu pratiqué en France, qui fait référence à la construction de l'arche de Noé, premier constructeur de l'humanité.

Le Royal Arch

L'autre complément au grade de maître qui est le Royal Arch (souvent traduit par Royale Arche mais plus rigoureusement par Arc Royal) travaille en Chapitres. Contrairement à la Marque il est considéré comme grade d'achèvement et de perfection du grade de maître. En effet en 1813, l'Acte d'Union des Anciens et des Modernes précise que "la pure et ancienne maçonnerie consiste en trois grades, et rien de plus, en y incluant l'Arche Royale" (The holy Royal Arch). Ses travaux sont pratiqués dans des chapitres souchés sur une loge et portant souvent le même titre distinctif. Un Chapitre est présidé par trois officiers principaux qui forment un collège hiérarchisé. Ces trois officiers directeurs sont investis symboliquement chacun des trois fonctions royale, prophétique et sacerdotale, représentant trois personnages bibliques en rapport avec la reconstruction du Temple de Jérusalem après l'exil de Babylone. La nécessité d'avoir été vénérable installé pour accéder au Royal Arch est une règle de la Grande Loge des Anciens, qui ne fut jamais pratiquée des Modernes. En Angleterre, depuis 1823, il n'est plus obligatoire d'avoir été un Maître installé pour accéder à ce degré, sauf pour devenir principal d'un Chapitre.

Le Rite Anglais, Style Emulation, en France

Le Rite Anglais, Style Emulation, arriva en France au XXe siècle dans le sillage de la nouvelle petite obédience installée en France avec le soutien de Londres, la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière (GLNIR) devenue depuis Grande Loge Nationale Française (GLNF). Aujourd'hui, le Rite Anglais Style Emulation y représente à peu près un quart des mille loges de l'obédience. C'est par l'intermédiaire de la scission en 1958 de la GLNF en GLNF Opéra – devenue depuis Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) – que le Rite Anglais s'implanta dans la Maçonnerie libérale. Aujourd'hui, la GLTSO compte une vingtaine de "Loges Emulation", de même que la Loge Nationale Française (LNF) possède quatre Ateliers à ce rite. Par l'intermédiaire de sa Fédération Britannique, l'Ordre Mixte International Le Droit Humain connaît aussi le Rite Anglais (dans une variante appelée Sidney), quatre loges le pratiquent en France.

Il est de nouveau pratiqué depuis 2002 au Grand Orient de France. De nouveau, puisque qu'on retrouve sa trace au XIXe siècle sous l'impulsion alors de notre Frère Germain Haquet. Celui-ci passa une grande partie de sa vie aux "Amériques". A son retour, il joua un rôle important dans le développement du Rite Ecossais en métropole. Mais lors de son séjour américain, il s'était également impliqué dans "Ancienne Maçonnerie d'York - il appartint alors à la Loge "L'Aménité" à Philadelphie. Il alluma ainsi au sein du Grand Orient de France les Feux d'un Chapitre de l'Arc Royal en 1817 sous le titre distinctif "Le Phénix" à l'Orient Paris. De nombreux dignitaires dont les Frères Ragon ou Des Etangs y furent reçus. Ce Chapitre fonctionna de 1817 jusqu'aux années 1830.

De la spécificité et des caractéristiques du style Emulation 

Le rituel doit être su "par cœur" par les officiers de la loge, ce qui lui donne solennité et rigueur dans son observance de la vertu de l'oralité. Dans ce style de travail, la pratique et la compréhension du rituel constituent la base du système de transformation et d'assimilation du maçon. Le maçon idéal s'identifie au rituel.

Emulation demande à ses participants la croyance au Grand Architecte de l'Univers, la présence sur l'autel des trois grandes lumières, le volume de la loi sacrée, l'équerre et le compas ainsi que le respect des Anciens Devoirs. Le volume de la loi sacrée, pris au sens large, permet d'accueillir des maçons, se réclamant d'une des trois branches de la Tradition abrahamique, car si c'est le plus souvent la Bible, ouverte au prologue de Saint-Jean, il est possible d'y trouver l'Ancien Testament ou le Coran, lors de la prestation de serment du postulant. Pour certains historiens, Emulation est considéré comme une tradition de maçonnerie opérative anglaise du XVIIe siècle, recueillie à travers les loges des Anciens et des Modernes, qui remonterait au Moyen Age chrétien, mais dans un but d'universalisme, elle fut volontairement déchristianisée.

Il est d'usage lors de chaque tenue de la loge de Perfectionnement Emulation que les travaux soient ouverts au premier, deuxième et troisième grades.

L'axe de la pratique de ce rituel, est basé sur l'harmonie de la loge, qui le met correctement en œuvre. Il n'est pas d'usage de présenter des travaux ou des planches en loge, et si cela doit se faire exceptionnellement, lors d'une tenue régulière, les travaux sont alors suspendus, le temps de la lecture de la planche à l'ordre du jour.

De même, il est d'usage que toutes les discussions se déroulent en comité ou en loge d'instruction ou encore lors des agapes qui suivent chaque tenue. En effet, une agape rituelle obligatoire suit toujours immédiatement la tenue, favorisant et facilitant les échanges et connaissances mutuelles des Frères, comme celle des Frères visiteurs invités à s'y associer. Ces agapes doivent rester sobres sans que ne soient jamais abordés les sujets politiques et religieux, de même, il ne doit être, ni en bien, ni en mal, dit quoi que ce soit, des Frères. Des "santés d'obligations" ponctuent le rythme de ces agapes, accompagnées d'invocations d'ouverture et de clôture.

Le recrutement d'un profane se fait par connaissance ou cooptation, il a un parrain qui est aussi souvent son présentateur auprès des membres de la loge. A Emulation, le candidat ne subit ni audition sous le bandeau, ni l'épreuve du cabinet de réflexion telle qu'on l'entend dans les rites pratiqués en France, ni épreuves par les éléments. En revanche sa préparation vestimentaire, "ni nu, ni vêtu" est importante. Avant d'être admis dans la loge, le candidat séjourne dans un cabinet de méditation (ou chambre de réflexions).

Pour beaucoup le rituel peut paraître dépouillé, plus particulièrement lors des réceptions aux grades d'apprenti et de compagnon. En fait, la rigueur et le caractère strict de la gestuelle de ce rituel en expriment la signification profonde tout au long de son déroulement.

L'accent est mis sur les instructions d'Emulation qui explicitent les cérémonies de passage, donnant des descriptions matérielles allégoriques et spirituelles des symboles, invitant chaque franc-maçon à réfléchir, étudier et méditer davantage à chaque étape, franchie. A cet égard, les tableaux de loge peints soutiennent particulièrement cette étude, car ils sont censés retracer tous les symboles du grade étudié. Diverses versions de ces tableaux existent, mais les plus utilisées furent celles peintes en 1845, à la demande de la Grande Loge Unie d'Angleterre, par le peintre Harris qui réalisa les trois tableaux d'apprenti, compagnon et maître.

En raison de l'importance et de la solennité de ces réceptions, chaque candidat à l'un des trois grades symboliques est reçu solennellement et toujours seul, afin qu'il soit le réceptacle privilégié de l'initiation qu'il reçoit. Les cérémonies sont marquées par une invocation et une prestation de serment particulièrement solennelle, agenouillé, devant l'autel des serments, suivi d'une exhortation prononcée par le Vénérable Maître.

Chaque Vénérable remplit un mandat d'une année afin de permettre à tous les maîtres de la loge d'être investis de la plus haute fonction de direction, qui correspond à l'achèvement d'un cycle de progression. La spécificité du vénéralat à Emulation est que le nouveau Vénérable est investi de sa charge au cours d'une cérémonie ésotérique qui l'installe officiellement dans la fonction du prophète et roi Salomon. Cette cérémonie spécifique a été exportée et mise en activité dans d'autres rites en France, notamment au Rite Français Moderne Rétabli et au Rite Ecossais Rectifié, alors qu'elle n'en faisait pas partie à l'origine. Cette installation ésotérique est transmise lors d'une cérémonie annuelle par le Vénérable sortant, qui devient le Passé Maître immédiat (P.M.I.) dès qu'il a installé le Vénérable Maître nouvellement élu.

Le Passé Maître Immédiat siège à l'Orient, à la gauche du Vénérable en chaire, il ouvre et ferme le volume de la loi sacrée et dispose les outils lors de l'ouverture des travaux à chaque grade. Son bijou particulier témoigne de sa connaissance du métier et prouve qu'il est un maître confirmé. Dans sa nouvelle fonction, il supervise tout, étant le bras et l'assistant du vénérable dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit dans l'Art royal, plus il est censé être humble.

L'usage des Diacres est spécifiquement anglais et n'a jamais existé au rite Français. Par contre "Le Guide du Maçon écossais", datant des premières années du XIXe siècle à Edimbourg, rituel de référence initial du R.E.A.A., mentionne bien leurs fonctions, ayant hérité aussi à l'origine de cet usage des Anciens. Au fil du temps, l'office de Diacre, mal compris au R.E.A.A., a été définitivement supprimé de ce rite et ses attributions sont réparties de nos jours entre, l'Expert et le Maître des cérémonies, montrant bien l'importance de cette fonction à l'origine, conservée telle quelle à Emulation.

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Le Rite Anglais Style Emulation, ou Rite Emulation

Publié le 15 Juillet 2026 par T.D

Relativement peu connu des francs-maçons d’Europe continentale, le Rite Emulation ou plutôt Style Emulation ("Emulation Working" en anglais), est l’un des Styles en usage à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il est utilisé par de nombreuses Obédiences maçonniques dans le monde, spécialement dans les anciennes colonies de l’Empire Britannique (Australie, Nouvelle-Zélande…), mais aussi au sein d’Obédiences non anglophones régulières, telles que la Grande Loge Nationale Française ou la Grande Loge Suisse Alpina, ou dissidentes d’Obédiences régulières, comme la Grande Loge Traditionnelle Opéra ou la Loge Nationale Française. Quelle est l’origine du Style Emulation ? D’où lui vient ce curieux nom d’Emulation ? Et quelles sont les spécificités du Style Emulation ?

Divisions de la franc-maçonnerie anglaise au XVIIIe siècle 

On date généralement l’apparition de la Franc-maçonnerie moderne de la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717 (ou plus probablement 1721). Et l’on imagine souvent que cette première Obédience maçonnique rallia toutes les Loges anglaises dans une large unanimité. Or il n’en est rien. De nombreuses Loges contestèrent cette organisation inédite, qui selon elles avait altéré les rituels ancestraux, en omettant les invocations, en supprimant l’office des Diacres et en inversant dès les années 1730 les colonnes et les mots d’Apprenti et de Compagnon.

La première opposition organisée surgit dans le nord de l’Angleterre. En 1725, la Loge d’York, se réclamant de son ancienneté, se proclama "Grande Loge de Toute l’Angleterre". Elle se mit en sommeil dans le courant des années 1730, pour renaître en 1761 sous le nom de "Grande Loge de Toute l’Angleterre au Sud de la Rivière Trent" et finalement cesser toute activité en 1789.

Mais la principale opposition vint à Londres du courant qui se définira lui-même comme "Ancien" ("Antient" avec t en anglais, par souci d’archaïsme) et qualifiera la Grande Loge de Londres de "Moderne", non sans dédain. Les relations entre les Grandes Loge d’Irlande (1725) et d’Écosse (1736)  avec la Grande Loge de Londres s’étaient péjorées au cours des années 1730-1740. Les francs-maçons irlandais et écossais résidant à Londres rechignaient à s’affilier aux Loges anglaises. La tension s’accentua par l’afflux des réfugiés Irlandais arrivés à Londres suite à la famine de 1740-41, parmi lesquelles se trouvaient de nombreux francs-maçons, qui fondèrent leurs propres Loges.

En 1751, six Loges de tradition "Ancienne" constituèrent la "Grande Loge de la très Ancienne et Honorable Fraternité des Francs et Acceptés Maçons selon les Anciennes Constitutions". L’âme de la nouvelle Grande Loge fut à n’en pas douter Laurence Dermott (1720-1791), commerçant irlandais, Grand Secrétaire de l’Obédience et auteur des Constitutions (nommées "Ahiman Rezon"). Les Loges de cette Grande Loge pratiquaient des anciens rituels, influencés par les usages irlandais, dont un exemple nous est donné par la divulgation "The Three Distinct Knocks" de 1760.


 

Les deux Grandes Loges rivales se développèrent avec succès en Angleterre et au-dehors. Si en Europe, c’est surtout la franc-maçonnerie des "Modernes" qui se répandit, l’Amérique connut une prépondérance de la tradition des "Anciens", du fait notamment des nombreux régiments irlandais et écossais de l’armée britannique.

Union des deux Grandes Loges anglaises 

Les deux Grandes Loges anglaises s’affrontèrent farouchement pendant une cinquantaine d’années, mais au tournant du XIXe siècle, les tensions commencèrent à s’apaiser. En 1809, les "Modernes" constituèrent une Loge spéciale (Lodge of Promulgation) chargées de ramener les rituels aux anciens usages, dans le but de normaliser leurs relations avec les Irlandais , les Écossais et les "Anciens" d’Angleterre. Et les deux Grandes Loges anglaises nommèrent des Commissaires chargés de préparer un Acte d’Union.

En 1813, deux nouveaux Grands Maîtres étaient désignés. Il s’agissait de deux des fils du roi Georges III : le prince Auguste Frédéric, duc de Sussex, pour les "Modernes", et le prince Édouard, duc de Kent, pour les "Anciens". Les conditions pour une union étaient réunies. Et le 27 décembre 1813, la Grande Loge Unie d’Angleterre était constituée, avec le duc de Sussex comme Grand Maître. Une Loge de Réconciliation fut créée pour réconcilier les rituels des deux anciennes Grande Loge et définir un nouveau rituel.

Le rituel défini par la Loge de Réconciliation était clairement de tradition "Ancienne" et les usages rituels des "Modernes" disparurent d’Angleterre pour ne subsister quand dans certains Rites maçonniques continentaux (Loges bleues du Rite Français et du Rite Écossais Rectifié, Rite de Schrœder…). Pour diffuser les nouveaux usages, plusieurs Loges d’instruction furent formées, pour que les Officiers des Loges viennent s’y exercer. La première fut la Loge "Stability", mais la plus importante et la plus prestigieuse fut la Loge "Emulation Lodge of Improvement", qui a donné son nom au Rite Emulation

C’est là que cela devient un peu difficile à comprendre pour les francs-maçons non britanniques, habitués à la notion de Rites bien définis. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a pas créé un nouveau Rite, elle a juste défini une manière de travailler en Loge "selon les Constitutions Anglaises". À partir de là, chaque Loge d’Instruction a pratiqué ces usages à sa manière, avec des différences minimes. Il existe donc plusieurs Styles (Workings en anglais) pour travailler selon les Constitutions Anglaises : Emulation en est un, le plus répandu du fait de l’importance de l’"Emulation Lodge of Improvement", mais il existe également le Style Stability (de la Loge d’Instruction du même nom), le Style Oxford, le Style Taylor, le Style Standard, le Style South London, le Style West End…

Les décors maçonniques utilisés dans ces différents Styles sont les mêmes, car il ne s’agit que d’un unique "Rite" Anglais, qui se décline dans différents Styles. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais décrété que le Style Emulation ni aucun autre Style était son rituel de référence : les différents Styles ne sont que des manifestations d’une unique manière de travailler "selon les Constitutions Anglaises". Les décors maçonniques sont donc ceux de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et non ceux d’un Style déterminé.

Spécificités du Style Émulation

Pour les francs-maçons européens, la spécificité du Style Emulation est surtout de devoir être pratiqué entièrement par cœur. Mais cela n’est pas propre à Emulation : les autres Rites anglo-saxons, écossais, irlandais, américains procèdent de même.

La principale spécificité du Style Emulation est sa gestuelle, très complexe, qui doit être pratiquée scrupuleusement. La pratique du rituel est une fin en soi, c’est le travail maçonnique du Style Emulation, alors que dans les Rites continentaux, le rituel encadre un travail particulier, le plus souvent la lecture une Planche, c’est-à-dire un exposé présenté par un membre de la Loge et commenté par les autres. Rien de tel à Emulation : on y ouvre les travaux au premier, au deuxième et au troisième grades, puis on les ferme au troisième, au deuxième et au premier grades. À moins qu’il y ait réception à l’un des grades, c’est tout. Et si une conférence est prévue, elle aura lieu pendant le banquet qui suit les travaux

C’est par la pratique répétée de gestes symbolique que le Style Emulation entend faire intégrer au franc-maçon les valeurs spirituelles de la franc-maçonnerie, bien plus que par une voie mentale, intellectuelle et rationaliste. Il offre à ceux qui le pratiquent une voie d’épanouissement qui passe avant tout par le corps et le ressenti corporel. Cette voie pourrait être comparée aux différentes "formes" en usage dans les arts martiaux asiatiques (Taolu en Chine, Kata au Japon, Poumsé en Corée…) : les formes sont des enchaînements de gestes de combat stylisés, que l’on pratique sans adversaire, dans le but d’apprendre les gestes, de les intérioriser, d’apaiser le mental et d’affiner la perception des énergies mobilisées en vue du combat.

Très concret et corporel dans sa pratique, le Style Emulation est sans doute fidèle dans l’esprit aux pratiques des anciens Maçons opératifs, qui avaient avant tout besoin de perfectionner leurs gestes et non de tenir de grands discours théoriques. Les francs-maçons des autres Rites pourraient avantageusement s’en inspirer pour rendre au rituel toute sa potentialité de transformation personnelle et pour cesser de le cantonner au rôle de simple préalable aux Travaux.

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Saint André, archétype du Maçon ?

Publié le 14 Juillet 2026 par T.D

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Pourquoi saint André pourrait-il incarner la figure biblique qui illustre la vocation du Chevalier d’un Grade Maçonnique ?  Et cela sous couvert de bien des aspects qui sont le fondement du Rituel du cinquième Grade du Rite Ecossais Primitif, que nous exposons brièvement tant ce Rituel est riche de symboles. Nous voilà donc contraints au périlleux exercice de synthétiser en quelques paragraphes ce qu’évoque, à titre principal, l’apôtre  »premier appelé ».

…….Il convient d’abord de préciser que saint André est un personnage d’ouverture, de passage et de transition.  Il est le cherchant, le persévérant et le souffrant. Sa quête de la vérité avait conduit ses pas dans ceux de saint Jean-le-Baptiste, l’autre Jean dit le  »précurseur », « vox clamantis in deserto ».

Lorsque André entendit ce dernier s’exclamer « voici l’Agneau de Dieu » et voyant s’approcher Jésus, il le suivit sans hésitation. Il marche vers la Lumière, parce que sa FOI est forte. Ce faisant, il marque le passage entre la tradition vetero testamentaire et l’épopée neo testamentaire. Il dresse un pont entre le passé et l’avenir, entre la Tradition de la loi de repentance et la loi d’amour universel, de compassion, de charité envers les hommes.  N’est-ce pas ce que l’on attend de la Fraternité qui anime le Franc-Maçon ?

……..André est également porteur d’un trésor inestimable : l’ ESPERANCE.

En effet, lorsque Jésus lui dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, nul ne va au Père sans passer par moi »  et plus tard : « Dieu a tant aimé les hommes qu’il a donné son Fils afin que celui qui croit en lui ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle », ces paroles confortent André dans ses convictions en un avenir meilleur.

A une époque où règne la matière qui gouverne la société sous des vocables  »socialement admissibles », André est donc celui qui incarne la CHARITE pour mettre en oeuvre la bienfaisance et la solidarité. C’est toujours André qui, amenant au Christ celui désigné à porter quelques pains et de quelques poissons, fait en sorte que la multiplication des pains et des poissons soit la nourriture de la multitude dans le partage et qu’il en reste encore pour ceux qui viendraient à se présenter.

Foi, Espérance et Charité, les trois vertus théologales réunies en un seul être.  Un modèle dont tout Franc-Maçon peut s’inspirer afin de se comporter en « homme libre et de bonne mœurs », en Homme digne de ce nom, …  et  en Chevalier.

…….Saint André, dont les Loges des Grades supérieurs à ceux dits de saint Jean portent son nom, est également un personnage que l’on qualifierait aujourd’hui d’intervenant en terme d’ouverture et de dialogue. Il tient le rôle d’intermédiaire, d’intercesseur. Il met les hommes en relation entre eux, il jette une passerelle entre les hommes distants et éloignés les uns des autres, et trace la voie de la communication. En effet, c’est encore lui qui, d’après Jean l’Évangéliste, présente son frère Simon (Pierre) au Christ.  De la même manière, c’est André qui conduit ce jeune homme, dont nous avons parlé plus haut avec pour toute richesse quelques pains et quelques poissons, qu’il remet à Jésus afin qu’il les multiplie. Un « public relations » avant l’heure, en quelque sorte, mais d’abord et avant tout un être attentif aux autres, à leur détresse, à leurs espérances ; un homme qui comprend, ne juge pas mais aide dans la réserve et dans le respect de sa conscience.

André se tient à l’écart de la société d’alors dans une grand effacement et fait montre d’une certaine humilité, selon les évangélistes qui ne le placent pas en tête de colonne comme son frère Simon-Pierre.

André ne cherche pas à se hisser en évidence mais il sert, dans la discrétion et le silence. L’apôtre vivra sa mort à partir d’un symbole fort : une croix en forme de X.  Superposée à la rose des vents, chaque extrémité de la croix nous désigne des directions auxquelles nous ne sommes pas forcément accoutumés dans notre quotidien, et dont nous prenons conscience dans le Temple.  Nous connaissons l’Orient, le Midi, l’Occident et le Septentrion.  Et voici que nous découvrons qu’il existe quatre orientations complémentaires : Nord-Est, Nord-Ouest, Sud-Est et Sud-Ouest… et d’autres encore : NNE, NNO, SSE, … une infinité d’expositions, de lieux à pénétrer, d’hommes à rencontrer, de rivages à explorer. Dans cette approche symbolique, nous repoussons nos limites en terrain inconnu.  Nous nous rendons compte que ce que nous prenions pour espace clos et bien délimité, et que nous pensions bien connaître, est en fait un espace sans borne, un univers en perpétuelle expansion. Nous découvrons alors l’étendue de notre méconnaissance et nous réalisons que tout ce que nous pensions savoir n’est rien en comparaison de tout ce que nous ne savons pas encore… Quel exemple d’humilité, n’est-ce pas ?

…….Enfin, un de ses hagiographes, Jacques de Voragine, nous enseigne que, suivant la Tradition, André fut supplicié par crucifixion sur cette croix en X, mais qu’il survécut au moins deux jours à son supplice, continuant à enseigner et à prêcher, à la grande stupeur de son auditoire, qui demanda à son tortionnaire de le libérer.  Mais il semble qu’il eut été impossible de le descendre de sa croix et qu’il rendit l’âme  »dans une grande Lumière ».

…….Que de mystères, que de messages, dans cette fin tragique où André fait figure de martyr.  Voici un homme attaché à une croix (selon des procédés que nous ignorons mais que la cruauté des hommes nous laisse imaginer) qui surmonte les douleurs de la chair pour continuer à délivrer un ardent appel à l’amour universel, de pardon, de solidarité et de bienveillance… Et rien ne semble possible pour le faire taire, pour anéantir ce messager, pour l’empêcher de propager son discours d’amour. Ceux qui l’entendent et ceux qui l’ont mis au supplice se sont-ils interrogés sur leur acte et ont-ils envisagé de réparer ou de soulager l’agonie infligée à André, qui donnera son dernier soupir dans la Lumière. Quel beau sujet de méditation pour le Chevalier. Lorsqu’il parvient au bout de son cheminement, l’homme passe par la Lumière, vers une autre dimension, vers un pays que seul l’Initié peut découvrir et peut embrasser, avec humilité et, on s’en doute, sans une certaine appréhension, tandis qu’André progresse vers sa destinée avec confiance et sérénité.

André ne mériterait t’il pas d’être un archétype du Maçon Écossais Primitif ? 

…….En quelque sorte une personnalité singulière et hors norme. Interrogation à ne pas prendre de façon littérale ou dogmatique (à l’instar de « l’imitation de Jésus-Christ »), mais bien en conscience, en ne prenant rien pour définitivement acquis mais au contraire en remettant sans cesse en doute ce que l’on prenait la veille pour certitude. Comme Cyrano, on pourrait invoquer « ma foi, bien d’autres choses en somme ». Mais l’écriture d’une réflexion même partielle n’est point de mise ici, puisque personnelle à chacun de nous, et nous avons à respecter la réserve qu’il convient pour laisser (sans délaisser, voire accompagner) le cherchant dans l’étude du Rituel et de ses instructions, dont il tirera un enseignement progressif tout au long des Tenues, des Travaux rédactionnels, et des échanges avec ses pairs et les Chevaliers qui l’entourent.

Nous arrêterons donc ces quelques lignes, qui sortent volontairement du contexte rituelique pour ne pas apporter d’appréciation ou d’interprétation sur son contenu. Bien conscients de n’avoir rien affirmé ou presque, nous nous sommes limités à seulement exprimer un message, celui de trouver une signification aux actions de ce personnage hors du commun, essentiellement à partir de tous les enseignements que nous pouvons tirer des symboles qui parsèment son cheminement. Considérant par ailleurs que chez cet homme d’une dimension exceptionnelle, la Tradition populaire a pris comme attribut saint André en tant que patron de plusieurs pays, nous nous devions de rappeler que l’Ecosse a immortalisé le martyr d’André sur son drapeau par la croix en X (blanche) et la Lumière (dans un ciel d’un bleu lumineux).

 

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REP Chevalier de Saint André

Publié le 14 Juillet 2026 par T.D

Le Maître Écossais, Chevalier de Saint André au Rite Ecossais Primitif

Comment passer de la perfection du Maître à l’éternité d’une Jérusalem terrestre puis céleste ?

Comment lire les signes qui balisent cette voie royale ?

Quels moyens mettre en œuvre pour construire un temple de lumière ?

C’est ce que nous propose le rituel de Maître Écossais, Chevalier de Saint André.

Nous découvrons l’un des plus anciens des grades Rose-Croix élaborés par la franc-maçonnerie primitive Stuardiste, héritière de l’Ordre de Saint Lazare dont le Chevalier Ramsay fut un brillant représentant, et de l’Ordre de Saint André du Chardon d’Écosse.

Héritier du fonds commun des fidèles d’amour, de l’hermétisme et de la chevalerie occidentale, le rituel du Chevalier de Saint André retentit d’un message étonnamment intemporel et moderne dans notre franc-maçonnerie du XXIème siècle. Notre Saint André, dans son sacrifice, propose ni plus ni moins, un chemin de lumière qui part des quatre coins du monde manifesté pour rejoindre un ciel de lumière.

L’archétype de l’Andros qu’il représente, va par le renouvellement chevaleresque du message d’Amour, ressusciter l’immortel esprit qui sommeille en nous. C’est ici que tous les acquis des grades précédents du REP peuvent être regardés comme un puzzle de spiritualité où rien ne manque. Ce grade apparait à bien des égards comme le plus précieux et le plus authentique de tous les grades Rose-Croix. Il s’inscrit dans la précieuse tradition chevaleresque de quête de lumière et d’Amour par le sacrifice et le don de soi que nous vous invitons à vivre.

Le Maître Ecossais Chevalier de Saint André appartient à la grande famille des grades Rose-Croix qui à vu le jour au début du XVIIIème siècle. Il est le 5èmeb grade du Early Grand Scottish ou Rite Écossais Primitif qui par son antériorité fut la base générique de nombreux rites. Robert Ambelain aimait à rappeler que ce rite était « Primigemus more majorem » le premier parmi les plus anciens. C’était un rite pratiqué par les officiers et bas officiers des régiments Écossais et Irlandais ce qui explique sa simplicité essentielle, son efficacité initiatique et son orientation spirituelle.

E.°.R.°.

« Le lundi 24ème de juin de l'an 1314, à Bannockburn, Robert Bruce roi d'Ecosse battait Edouard II roi d'Angleterre, gendre de Philippe IV le Bel. En ce jour de victoire il institua l'Ordre de Saint-André du Chardon d'Ecosse, en l'honneur du saint patron de l'Ecosse, en y insérant les Templiers écossais qui avaient participé à la bataille et qui n'avaient plus de nom depuis la destruction de leur Ordre. Tombé dans le silence, le secret ou l'oubli, cet Ordre fut réveillé par Jacques VI d'Ecosse, fils de la reine Marie Stuart et de son époux et cousin Henri Stuart de Lennox, seigneur de Darnley. De nouveau tombé dans l'oubli, le secret et le silence, il fut réveillé une troisième fois à Saint-Germain-en-Laye par son petit-fils Jacques VII d'Ecosse, roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande sous le nom de Jacques II, alors en exil en France. C'est de cette troisième filiation que nous tenons la nôtre, sur la foi de nos archives. « 

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