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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

RITE FRANCAIS: DES DEBUTS DE LA FRANC-MACONNERIE FRANCAISE PAR A.DORE

Publié le 26 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du Rite Français


Il semble bien que la France fut le premier pays à bénéficier de la nouvelle mode, la Franc- Maçonnerie. Ce fut d'abord par les soins de stuardistes, des Ecossais en exil.

Selon le mémoire de, de Lalande, longtemps suspect mais réhabilité par Pierre Chevallier à la suite de recherches récentes, quatre maçons anglais, partisans de Charles-Edouard Stuart, connus et bien identifiés constituèrent une Loge à Paris, soit en 1725, soit en 1726, sous le nom de Saint-Thomas, en souvenir de Thomas Beckett. Charles Radclyffe, futur comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître des Loges françaises par la suite en fut l'animateur et probablement le Maître de Loge.

 On n'a jamais su où il avait été reçu maçon, ni même s'il l'avait été. On a laissé entendre que Ramsay lui aurait donné cette qualité. Or celui-ci a été admis en mars 1731 à la Loge Horn de Londres, et Radclyffe né en 1693 avait quitté l'Angleterre en 1716. Quant à Maclean, également Grand Maître après le duc de Wharton (1728 à 1731) - et avant Derwentwater qui le fut en 1736, il était né à Calais, séjourna à Edimbourg jusqu'à 1721, puis à Paris de 1721 à 1726, retourna en Ecosse de 1726 à 1728, rentra en France où il servit dans l'armée française. On ne sait où il a été reçu maçon.

Quelle maçonnerie apportaient donc en juin 1726 Charles J Radclyffe et ses amis ? Rien d'autre que ce qui existait à l'époque et décrit soit par le Registre de la Grande Loge d'Edimbourg, soit par les Constitutions d'Anderson en 1723. Une maçonnerie à deux degrés à la symbolique à peine ébauchée, mais déjà pourvue d'une finalité très vague il est vrai, « Etre le Centre de l'Union », un système administratif relativement structuré, mais limité aux critères de régularité, éventuellement une légende historique glorieuse qui lui conférait sa noblesse, le tout assorti d'un secret mystérieux sur la nature duquel tout le monde se perdait y compris ceux qui le possédaient.

L'implantation de la Maçonnerie se fit lentement au cours des années qui suivirent la création de la Loge Saint-Thomas. Elle reste toujours très confuse. Si l'on s'en tient aux seuls documents authentiques, deux nouvelles loges naquirent, l'une en 1729, les Arts Sainte-Marguerite, l'autre en 1730. Selon le Registre de la Grande Loge d'Angleterre du 17 mars 1731 et constituée régulièrement le 3 avril 1732, sous le numéro 90 et le nom de « The King's Head » butcher Row at Paris ce que l'on peut traduire par « à l'enseigne du Roi » rue de la Boucherie. On voit en elle la Loge Saint-Thomas au Louis d'Argent, ou Saint-Thomas n° 2, car elle provenait d'un essaimage de la première Loge du même nom, ou encore « Au Louis d'Argent », du fait que King's Head et Louis d'Argent doivent tirer leur identité de la pièce de monnaie en argent en cours à l'époque, qui portait gravée l'effigie du Roi de France. Puis viennent la Loge du Duc de Richmond dont on sait qu'elle travaillait en 1734, soit à Paris, soit à Aubigny-sur-Nère dans le Berri chez Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth où elle reçut Desaguliers, Montesquieu et quelques autres, en 1735 la Loge de Bussy-Aumont, en 1736 la Loge Constos-Villeroy du nom de ses deux vénérables successifs.

Quant à la province, nous trouvons Bordeaux 1732, Valenciennes 1733 Metz 1735, etc. Selon le Tableau des Loges du Royaume de France établi le 6 novembre 1744, il y avait eu à cette date et depuis 1726 20 Loges à Paris, 19 en province et, assez surprenant, 5 Loges militaires, soit 44 au total. Et c'est à partir de cet instant que ce qui devait devenir l'Ordre Maçonnique en France, prit son essor.

On ne peut dire quand fut constituée la première Grande Loge de France. Le plus ancien document connu daté de 1735 ne la mentionne pas : son titre : « Règles et devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France. » dans lequel Mac Lean est qualifié de « présent Grand Maître de la Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » et son prédécesseur, le duc de Wharton « Grand Maître des Loges du Royaume de France ». Et si le texte qui donne pouvoir au Baron Scheffer de constituer des Loges en Suède indique « ... qu'elles seront subordonnées à la Grande toge de France », il y a lieu de rappeler que lorsqu'elles s'assemblaient « en Grande Loge », ce n'était que la réunion des officiers maîtres et surveillants de tout ou partie des Loges de Paris sous la présidence du Grand Maître. Or, ni les règlements de 1743, ni les constitutions accordées à la Loge de Lodève en 1744, ni les statuts de 1745 dressés par la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Paris, non plus que ceux de 1755 ne mentionnent une Grande Loge de France en tant qu'autorité directrice suprême. Les Loges, dans leur presque totalité, et surtout celles de province, se plaçaient d'elles-mêmes sous l'obédience du Grand Maître dont elles sollicitaient la protection et plus encore la garantie de régularité, critère majeur à l'époque. Cette tendance se généralisa à partir de 1743, après que le comte de Clermont eût accédé à la Grande Maîtrise. Est-ce à son instigation que fut établi « ... le deuxième jour de la première semaine du troisième mois de l'an de la Lumière 5747 et de l'ère vulgaire 1747 » ce document qui voulait consacrer l'hégémonie d'un organisme central directeur de l'ensemble des Loges du Royaume de France, et qui paraît avoir échappé à la sagacité des chercheurs ?

« Règlements de la Très Respectable Grande Loge de France, dressés pour toutes les Loges régulières du Royaume, sous les auspices du Très Sérénissime Frère, Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de l'Ordre en France ». C'est un manuscrit de 15 pages foliotées 36 à 50, comportant 121 articles numérotés de 1 à 121, qui se termine par les mentions suivantes :

« Délibéré statué et arrêté à la T.R.G. Loge de France assemblée régulièrement le deuxième jour.

Copie collationné par nous secrétaire général sur l'original, par mandement signé, Labadie.

Extrait sur la copie envoyée à la Loge de la Douce Egalité de lorient davignon ».

On ne sait rien de la Loge La Douce Egalité, cependant attestée par deux autres documents - Labadie (ou Labbady, ou Labady) maître de la Loge l'Ecossaise de Salomon, personnage connu et remuant, était substitut pour la province du secrétaire général de la Grande Loge de France Zambault en 1765. On ne saurait, avec ces simples renseignements, fixer une date précise à cette copie. Le texte de 1747 est important en ce sens qu'il détermine pour la première fois une procédure destinée à recenser l'ensemble des Loges du Royaume et de leurs membres, à leur donner « ... des constitutions et des règlements généraux pour établir l'uniformité du Travail » à charge pour elle, Grande Loge, de répercuter le Tableau général de l'Obédience à ses composantes. Plus, une série de mesures fixant minutieusement le fonctionnement des Loges, les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles, ainsi qu'avec la Grande Loge, les conditions de leur régularité et de celle elle des maçons. Au travers des articles un embryon de secrétariat administratif avec six inspecteurs circulant dans toute la France, et défrayés de leurs dépenses, trésorier, secrétaire etc.

Le texte de 1747 n'a rien de commun dans sa rédaction avec ceux de 1755 et 1760, ni d'ailleurs dans ses principales dispositions, et ces deux derniers statuts semblent ignorer qu'il y ait une Grande Loge de France. Il faudra attendre le 19 mai 1763 pour que soit créé le premier sceau en même temps que l'arrêt de nouveaux statuts qui institutionnalisera la Grande Loge de France. Ce qui n'empêchera pas que, jusqu'au moment où le Grand Orient, qui lui succèdera, s'installera le 12 août 1774 en location dans les locaux du Noviciat des Jésuites, elle ne possédera pas de secrétariat permanent ni un quelconque endroit pour ses archives. Les réunions se faisaient au domicile de celui de ses membres qui voulait bien lui donner asile.

Bien qu'elle soit venue d'Angleterre, à aucun moment la maçonnerie française ne connut une Grande Loge anglais de France, c'est-à-dire une Grande Loge Provinciale de France sous la dépendance de la Grande Loge d'Angleterre, ce dont cette dernière ne manqua pas de se plaindre.

Publié par l'excellent blog de Montaleau

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Rituel d'Ecossais Vert (SOT)

Publié le 13 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels

RITUEL de la S.O.T. (suite)

Le texte ci-après provient du Manuscrit 5939 de la Bibliothèque de la Ville de Lyon (Fonds Willermoz).

Avec le degré d'Écossais Vert, on abandonne la Maçonnerie symbolique et on veut commémorer la résurrection de « Notre Maître Hiram » « L'écorce des symboles est rompue…. », et on peut vraiment le regretter devant la pauvreté symbolique de ce degré qui n'a plus les références légendaires des degrés bleus sans avoir encore la majesté des degrés chevaleresques.

Le texte des manuscrits a été établi par M. Jean Saunier.

 

ÉCOSSAIS VERT

 

La Chambre est tendue de vert, la chaire, les chaises et les tables sont couvertes des tapis de la même couleur. La loge n'est éclairée que de quatre bougies rangées de façon qu'elles forment un quarré. N'y est pas comprise la table du secrétaire qui en a une à part ; les habits sont un peu plus petits que ceux de maître et doublés de taffetas vert.

La Loge s'ouvre par quatre coups : trois de suite et le quatrième détache très fort

Le Maitre fait le signe et tous les frères après lui. Il demande à un des surveillants

V.M. : Quel est le premier devoir de tout maçon en loge ?

R. : De voir si elle est bien couverte.

V.M. : Faites votre devoir.

Cela fait, le Maitre en chaire dit :

V.M. : Mes Frères, nous sommes assemblés aujourd'hui, s'il s'agit d'une réception: pour travailler à la pierre polie et à augmenter le nombre de nos travailleurs par l'admission de ou des maîtres N…… N……en lui conférant le grade d'Ecossais Vert. S'il n'y a que conférence : à délibérer sur tel ou tel point ».

V.M. : Quelle heure est-il ?

R. :  Le Soleil se lève.

V.M. : Mettons donc la main à l'œuvre.

V.M. : Y a-t-il parmi vous quelqu'un qui ait encore quelque chose à dire contre la réception de N…… N…...?

V.M. : Votre silence me dit que non, Frère maître des cérémonies, désarmez le maître qui est dans le vestibule, examinez-le sur les trois grades d'Apprenti, Compagnon et maître ; portez-moi son épée et son chapeau, et puis retournez à le mettre en état de comparaitre devant nous.

On lui lie une corde autour du corps, dont le bout reste en mains dudit maître des cérémonies, par lequel il le conduit en frappant en maître bleu. Le premier surveillant en ouvrant la porte lui met la pointe de l'épée sur le cœur et tous deux le présentent à grands pas au Vénérable.

Tous se lèvent et font le signe.

Note de Weiler : et tirent l'épée),

Le Vénérable fait le signe, comme pour s'en saisir en lui disant :

V.M. : Je devrais selon les accusations que l'on a fait contre vous me servir du pouvoir que celle vénérable loge m'a donné et vous punir de votre indiscrétion.

V.M. : Qu'avez-vous à dire ?

Récipiendaire : ………

V.M. : Que voulez-vous ?

Récipiendaire : ………

Le Maitre des Cérémonies lui suggère de dire qu'il ne se sent coupable de rien et que sa conduite le fera voir clairement pourvu que l'on lui fasse la grâce de l'admettre.

Les Frères prient pour lui.

Le Maître des Cérémonies lui parle avec douceur disant : qu'en considération des frères on veut bien lui pardonner ou ne pas croire fondées ces accusations. Il ajoute à la fin :

M.d.C. : Puis-je me livrer, Frère, à ce doux sentiment? Quel gage m'en donnez-vous ?  

Le Récipiendaire : Ma parole d'honneur 

En lui donnant sa main Le Maître des Cérémonies :  C'est bien, êtes-vous prêt vous engager plus étroitement avec nous ?

Le Récipiendaire : Oui, très vénérable.

Le Maître des Cérémonies : Prononcez après moi.

En se mettant à genoux

FORMULE DE L'ENGAGEMENT

«En renouvelant les premières obligations de la maçonnerie dans toute leur étendue, je promets une obéissance spéciale au Directoire Écossais et ses chefs, dont je ne révélerai les secrets à qui que ce soit ni même à mes autres frères qui n'ont pas reçu ce grade, et qui en pourraient avoir que l'on répute supérieurs à celui-ci ».

Cela fait, le Vénérable le relève, lui fait ôter la corde en lui disant :

V.M. : Je vous délivre du joug de la maçonnerie symbolique, désormais vous verrez à chaque pas disparaître les hiéroglyphes et naitre la simplicité pure et nette dans votre esprit. Par le pouvoir donc qui m'en a été conféré, je vous crée Maître Écossais Vert au nom de notre Chef universel.

(Il lui donne un coup d'épée sur l'épaule droite),

V.M. : Au nom des Chefs du Directoire Écossais

(Un autre coup sur l'épaule gauche, au nom de tous les membres qui le composent.)

V.M. : (Un troisième coup sur la tête et le baise an front).

On lui ôte l'habit bleu, et le Maitre lui dit en lui mettant le vert

V.M : Voilà la couleur de l'espérance. Vous pouvez tout espérer, votre zèle hâtera l'accomplissement.

En lui attachant le bijou, il dit :

V.M. : Voici l'emblème de l'espérance, je vous confirme ce que je vous ai dit tantôt.

Il lui donne le signe, l'attouchement, et le double mot, le fait conduire au premier surveillant qui lui explique le tableau.

EXPLICATION DU TABLEAU

1er S : Nous voilà, mon Frère, à la pierre polie de brute qu'elle était. L'écorce des symboles est rompue, le noyau apparait, voilà votre maître Hiram qui tend les bras pour sortir du tombeau où il n'est plus qu'à demi. Aidons-le. Il n'y a qu'un seul effort dont notre zèle aidé du vôtre viendra aisément à bout. Imitez les vertus de ces quatre animaux et gardez vous de leurs vices dont la plupart des hommes et même quelques faux frères ne sont que trop remplis. Soyez valeureux et généreux comme le lion mais sans cruauté, adroit comme le singe imitateurs de vos anciens sans ridiculité et pétulance, clairvoyant comme l'épervier mais non persécuteur, rusé enfin comme le renard sans être fourbe ni faux.

CATÉCHISME

D. Êtes-vous Maître Ecossais ?

R. Je connais les quatre animaux et leur signification ainsi que la pierre polie.

D. Quel âge avez-vous ?

R. Seize ans.

D. Comment êtes-vous parvenu à ce grade ?

R. En travaillant avec zèle et ayant gagné par là la bienveillance de mes supérieurs.

D. Comment fûtes-vous introduit dans la loge écossaise ?

R. La corde autour du corps et la pointe de l'épée sur le cœur.

D. Pourquoi la corde autour du corps ?

R. Pour dénoter que j'étais encore sous le joug des symboles, que par les grades que je recevais je devais commencer à secouer ?

D. Pourquoi la pointe de l'épée sur le cœur ?

R. Parce que le Très Vénérable en Chaire avait eu des accusations très graves coutre moi et pour lesquelles il me menaçait d'une punition proportionnée.

D. Comment vous a donc reçu le Très Vénérable ?

R. D'abord très sévèrement, niais la fermeté avec laquelle j'ai soutenu mon innocence l'a apaisé et il m'a accordé sa protection et sa bienveillance.

Ce sont les principales demandes à peu près du catéchisme, l'on en forme aussi du tableau plus ou moins selon les circonstances.

D. Quelle heure est-il ?

R. Le Soleil se couche.

D. Avertissez donc chacun sa colonne que je veux fermer la loge d'Écossais Vert.

R. Il frappe quatre fois.

 Ce que les surveillants répètent et la loge se ferme.

D.E.a S.

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Rituel complet de la Loge Laurence Dermott

Publié le 7 Octobre 2009 par Thomas Dalet

Merci au BAF D. E. a S auteur de ce rituel


AVANT PROPOS

Pourquoi un nouveau Rituel ?

Je vais tenter de répondre à cette question, question que de nombreux Frères se poseront lors de la communication de ce « Nouveau Rituel ».Mes objectifs primordiaux étaient triples:

1° De proposer un Rituel  qui puisse réunir tout les Frères Maîtres Maçons de Rites ou d’Obédiences différentes aux seins d’une Loge de Recherche.

2° De ne pas imposer de doctrines ou préceptes d’une pratique de la Franc-Maçonnerie qui auraient pu heurter certains Frères.

3° Accorder à ceux qui désirent progresser et de faire progresser leurs Frères dans la Franc-Maçonnerie la liberté de s’exprimer sans contrainte structurelle ou dogmatique dans le plus pur esprit de la Maçonnerie.

 Le Rituel que vous trouverez ci-après, je l’ai élaboré d’après plusieurs Rituels notamment ceux de Jean-Baptiste WILLERMOZ.

 

 

DÉCORS DE LA LOGE

 

Sur l'autel, à l'entrée du V.M., on place un chandelier d'or à trois branches (Avant l'ouverture des Travaux, ce chandelier doit en fait être placé dans la pièce où le Vénérable Maître et les dignitaires s'habillent.), la Bible, ouverte au premier chapitre de l'Evangile de Saint Jean, tournée vers les Frères, le Compas et l'Équerre entrelacés (Le compas et l'équerre entrelacés ne doivent pas se trouver sur l'Évangile.), la Truelle, le Maillet et le Rituel du grade.

Si le chandelier se trouve encore à l'Orient, le Maître des Cérémonies va le chercher et l'apporte au Vénérable Maître.

Tout étant convenablement disposé pour commencer le travail, les deux Surveillants, qui sont entrés avec tous les membres de la Loge, se rendent, précédés du Frère Maître des Cérémonies, auprès du Vénérable Maître, tenant chacun l’épée à la main, vêtus et décorés maçonniquement; ils se font accompagner d'un Frère qui portera le chandelier à trois branches.

Le Maître des Cérémonies, annonce au Vénérable Maître que la Loge est assemblée, qu’elle attend sa présence et que tout est disposé pour commencer le travail.

Aussitôt, le Vénérable Maître en exercice et les Grands Officiers se mettent en marche pour entrer en Loge, selon leur rang respectif, ceux de rang inférieur marchant les premiers.

Ils sont précédés par le Maître des Cérémonies et les deux Surveillants; le Vénérable Maître termine la marche ayant, ainsi que tous les Frères qui se rendent avec lui, y compris le Frère Maître des Cérémonies, l’épée au côté et le chapeau sur la tête.

Le Vénérable Maître est précédé immédiatement du Frère portant le chandelier à trois branches, tout allumé. Lorsqu’ils entrent en Loge, tous les Frères sans exception sont debout à leur place, la tête découverte.

Les deux Surveillants prennent leur poste en entrant, le Maître des Cérémonies conduit les Dignitaires aux sièges qui leurs sont destinés et accompagne ensuite le Vénérable Maître jusqu’a l’Autel d’Orient, sur lequel le Frère préposé pose aussitôt le chandelier à trois branches ; tout cela doit se faire sans rapidité ni lenteur, mais avec ordre.

 

N.B.Le Tapis de Loge : aucun tapis n’est prévu dans ce rituel ! Il reste cependant à la discrétion de la R.L. ou à son V.M. de faire disposer, avant l’ouverture des travaux entre les colonnes un tapis

« OBLIGATOIREMENT AU GRADE DE MAÎTRE ».


OUVERTURE DE LA LOGE

 

 


V.M. frappe un coup de maillet  :
 Frère Maître des Cérémonies, tous ceux qui doivent m'aider à Ouvrir cette Loge sont ils placés et décorés des signes de leur pouvoir ?

S'il se trouve des places d'Officiers vacantes par l'absence des titulaires et des adjoints, le Maître des Cérémonies dira :

 

M.d.C.  Vénérable Maître, la place de …… n'est pas remplie.

Alors le Vénérable Maître nomme un Frère pour en remplir les fonctions car les Travaux ne doivent être ouverts que lorsque les neuf places d'Officiers sont occupées. Le Frère désigné va prendre la place et les bijoux de l'Officier auquel il va suppléer ; et toutes les places étant ainsi remplies, le Maître des Cérémonies dit :

 

M.d.C. :  Vénérable Maître, tous les Frères sont prêts pour l'ouverture des Travaux, ils attendent vos ordres.

Si les places des neuf Officiers sont remplies, soit par eux-mêmes, soit par leurs adjoints, le Maître des Cérémonies répond comme ci-dessus.

 

V.M. : frappe un coup de maillet Mes Frères, unissez-vous à moi pour ouvrir cette Loge.

Les Frères se mettent tous à l’ordre du grade de maitre.

 

V.M. : Frère Maître des Cérémonies, quelle est votre place dans la Loge ?

 

M.d.C. : À l’entrée de la Loge, V.M.

 

V.M. : Frère Maître des Cérémonies, quel est votre devoir ?

 

M.d.C. : Annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.


V.M. :
Frère Maître des Cérémonies, les trouvez-vous ainsi correctement rangés ?

 

M.d.C. : Je le crois, V.M.

 

V.M . : Frère Maître des Cérémonies, où est placé le 2ème Surveillant ?

 

M.d.C. : Au Midi, V.M.

 

V.M. : Frère 2ème Surveillant, qui représentez-vous ?

 

2ème S. : Booz, Prince du peuple sur le Mont Thabor.

 

V.M. :  Frère 2ème Surveillant, où est placé le 1er Surveillant ?

 

2ème S. : À l’Occident, V.M.

 

V.M. : Frère 1er Surveillant, qui représentez-vous ?

 

 1er S. : Jakin, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.

 

V.M. : 1er Surveillant, où est placé le Frère Orateur ?

 

1er S. : À la gauche du V.M.

 

V.M. : Frère Orateur, qui représentez-vous ?

 

F. Orateur : Hiram Abif , le Prince des Architectes.

 

V.M. : Frère Orateur, quel est votre devoir ?

   

F. Orateur : Établir les plans, tracer les dessins et aider le V.M. dans l’accomplissement de l’ouvrage.

 

V.M. : Frère Orateur, où se place le V.M . ?

 

F. Orateur : À l’Orient.

 

V.M . : Frère Orateur, qui représente-t-il ?

 

 F. Orateur : Le Roi Salomon.

 

V.M. : Avant de déclarer les Travaux ouverts, invoquons la protection du Grand Architecte de l’Univers sur toutes nos entreprises. Puissent nos Travaux ouverts ainsi dans l’ordre, se continuer dans la paix et se fermer dans la concorde. Qu’il en soit ainsi.

 

V.M. : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge régulièrement ouverte.

 

V.M. : frappe un coup de maillet

 

 

 

V.M. : Prenez séance mes Frères, et je prescris au nom de l'Ordre le plus profond silence à tous les ouvriers

Tous les Frères cessent le Signe et prennent séance.

Le M.d.C. se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éclairer les Chandeliers. Avant de regagner sa place.

 

V.M. :  Frère Secrétaire, veuillez nous donner lecture de l'ordre du jour.

 

F. Secrétaire : L’Ordre du jour appelle le F. N ………. à nous proposer son travail sur le thème de …………… 

 

M.d.C. : Veuillez conduire le F. N……….. Entre les colonnes.

(Le lutrin doit se tenir à l’ordre au grade de Maître. Et ne doit commencer la lecture de sa planche que sur ordre du Vénérable Maître qui peut éventuellement l’autoriser à quitter cette position pour la lecture.)

À l’issue de la lecture de sont travail, le Vénérable Maître peut remercier le lutrin et commenter la planche proposée, et en suite autoriser la circulation de la parole sur les colonnes.


V.M. :
La parole circule sur les colonnes.

 

1er Surv. :  Vénérable Maître, le Bien-Aimé Frère N ……… de la colonne du Midi demande la permission de parler.       

 

2ème Surv. : Vénérable Maître, le Bien-Aimé Frère N ……… de la colonne du Nord demande la permission de parler.       

Les Dignitaires et les Officiers de l’Orient qui demandent la parole s’adressent directement au Vénérable Maître, sans aucune intervention intermédiaire.

 

V.M. :  Mon Frère, vous avez la parole.

 (Tout les Frères ne doivent s’adresser qu’au Vénérable Maître, et en aucun cas au lutrin.) Après la circulation de la parole, le Vénérable Maitre dit :

 

V.M. :  Frère Maître des Cérémonies, veuillez raccompagner le lutrin à sa place.

 

V.M. :  Prenez séance mon Frère.

 

V.M. : Un autre Frère à-t-il un travail à proposer sur ce thème ?

Si un Frère se propose pour présenter une planche, le V.M. demandera au M.d.C. de le conduire entre les colonnes. Dans le cas contraire, le V.M. :

 

V.M. : L’ordre du jour appelle à la fermeture des travaux


FERMETURE DE LA LOGE

 

V.M.: frappe un coup de maillet Mes Frères, unissez-vous à moi pour fermer cette Loge. Frère Maître des Cérémonies, quelle est votre place dans la Loge ?

Les Frères se mettent tous à l’ordre du grade de maitre.

 

M.d.C. : À l’entrée de la Loge, V.M.

 

V.M.: Frère Maître des Cérémonies, quel est votre devoir?

 

M.d.C.: C’est d’annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.

 

V.M.: Frère Maître des Cérémonies, les trouvez-vous ainsi correctement rangés?

 

M.d.C.: Je le crois, V.M.

 

V.M.: Frère Maître des Cérémonies, où est placé le 2ème Surveillant?

 

M.d.C.: Au Midi, V.M.

 

V.M.: Frère 2ème Surveillant, qui représentez-vous?


2ème S.:
Booz, Prince du peuple sur le Mont Thabor.

 

V.M.: Frère 2ème Surveillant, où est placé le 1er Surveillant ?

 

2ème S.:À l’Occident, V.M.

 

V.M.: Frère 1er Surveillant, qui représentez-vous?

 

1er S.: Jakin, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.

 

V.M.: Frère 1er Surveillant,  où est placé le Frère Orateur?

 

1er S.: À la gauche du V.M.

 

V.M.: Frère Orateur, qui représentez-vous?

 

F.Ora : Hiram Abif, le Prince des Architectes.

 

V.M. : Frère Orateur, quel est votre devoir?

 

F.Ora : Établir les plans, tracer les dessins et aider le V.M. dans l’accomplissement de l’ouvrage.

 

 

V.M: Frère Orateur, où se place le V.M .?

 

F.Ora : À l’Orient.

 

V.M.:

Frère Orateur, qui représente-t-il?

 

F.Ora :

Le Roi Salomon.

 

V.M.: frappe un coup de maillet  À l’ordre, mes Frères.

Les Frères se mettent tous à l’ordre du grade de maitre. Puis, le V.M. s’adressant à tous…

 

V.M. : Mes Frères, avant de fermer cette Loge, formons la chaîne      d'Union Fraternelle et, tous ensemble, rendons hommage au     Grand Architecte de l’Univers l’humble et respectueuse reconnaissance que nous Lui devons pour les faveurs dont Il nous a déjà comblés Puisse-t-Il continuer de protéger notre Ordre en le cimentant et en le fortifiant de toutes les vertus morales et civiques. Qu’il en soit ainsi.

 

Le Vénérable Maître, découvert et déganté, descend et va se placer entre l'Autel et le tapis de la Loge ; dans le même temps les deux Surveillants vont aussi se placer vers le tapis, l'un auprès de l'autre à l'Occident, en face du Vénérable Maître ; alors, tous les Frères de l'Atelier viennent se ranger autour du tapis, également découverts et dégantés,

Le V.M. peut éventuellement dédier cette chaine d’union et après un moment de recueillement la chaîne est rompue par le V.M. sans secousses, et tous les Frères retournent à leurs places, dans le même ordre qu'ils les ont quittées. Ils se coiffent et se gantent.

  

V.M. : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge fermée.

 

V.M. : frappe un coup de maillet

                  

  Tous les Frères cessent le signe.

 

Le M.d.C. se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éteindre les Chandeliers.

Puis il revient à l’Orient pour dissocier les Trois Grandes Lumières.

 

V.M. : Je vous invite à un banquet frugal et fraternel venez y goûter, dans une société de Frères, les charmes de l'égalité.

 

Alors, le Vénérable Maître donne le salut à tous les Frères, qui le lui rendent par une profonde inclination. Le M.d.C. prépare ensuite son cortège pour la sortie du V.M.  L’on procède à une sortie protocolaire reproduisant l'introduction en sens inverse.

 

 

D.  E .a S.

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Les remaniements d'après Wilhelmsbad

Publié le 3 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER

Pierre NOEL

1.Le demi-mensonge de Willermoz.


Le Convent, loin d'être le succès espéré, sonna le glas de la Stricte Observance. Les  loges allemandes rechignèrent à accepter la réforme de Lyon et, pour la plupart, soit  en revinrent à la maçonnerie anglaise soit se tournèrent vers d'autres horizons.

Là  n'est pas notre propos.

Les Français, par contre, voulurent achever le travail entamé. Dans la lettre célèbre  qu'il adressa à Charles de Hesse le 10 octobre 1810, Willermoz s'en explique en des  termes soigneusement choisis qui ne révélaient que ce qu'il voulait bien dire à son  lointain correspondant :  "Votre Altesse se rappelle sans doute que le temps que les députés au Convent  général pouvaient accorder pour la durée de cette assemblée étant insuffisant pour  perfectionner la multitude des travaux projetés, on s'occupa d'abord des plus  importantes ; on se borna ensuite à esquisser la réforme des grades symboliques et  des deux de l'Ordre Intérieur. L'esquisse des trois premiers considérés comme  suffisante pour satisfaire la première impatience des loges et des chapitres et leur  faire connaître le véritable esprit qui avait dirigé ce travail fut imprimé et distribué aux  députés. Une commission spéciale prise dans le sein de l'assemblée parmi les frères  d'Auvergne et de Bourgogne, connus pour les plus instruits, fut chargée d'en faire  plus à loisir la révision et la rédaction définitive avec la faculté de s'adjoindre à Lyon  et à Strasbourg les frères qu'ils jugeraient les plus capables de leur (sic) aider à  perfectionner ce grand et important travail. La rédaction définitive adoptée par les  trois provinces françaises et celle d'Italie fut présentée à l'Eminent Grand Maître  Général qui l'approuva en 1787. Dès lors, ils furent publiés dans les chapitres de  France". (in Steel-Maret, 1893, p.6).

Ce n'était là que demi-vérité. Selon le Recès, les grades bleus avaient été bel et bien  achevés à Wilhelmsbad, seuls restaient incomplets le quatrième et ceux de l'Ordre  Intérieur. Les chevaliers d'Auvergne et de Bourgogne n'avaient nulle part été  constitués en commission des rituels et Willermoz avait outrepassé le mandat reçu  en remaniant encore les grades bleus. Certes Brunswick avait entériné, en 1787, la  version que le lyonnais lui proposait mais jamais il n'eut connaissance de la rédaction  finale des degrés, achevée l'année suivante seulement.

La version officialisée par l'accord a posteriori du Grand Maître Général est déposée  aux archives municipales de Lyon. Intitulée "Rituel pour le régime de la francmaçonnerie  rectifiée adoptée au Convent général de l'Ordre à Wilhelmsbad en 1782"  (toutes les versions postérieures au Convent portent la mention "adoptée au Convent  général" !), elle porte en première page la précision suivante : "Originaux des grades  maçonniques pour les Archives du Directoire Général de Lyon en juillet  1784...utilisés de 1783 à 1788", mais 1788 est biffé et remplacé par 1785, date qui  est celle d'une révision dont nous reparlerons. Certifiés par Millanois, ils furent sans  doute utilisés jusqu'à cette date (Ms 5922, bibliothèque de la ville de Lyon).

Publiés récemment par l'I.M.R.E.T.(1987), ils ne s'éloignent guère de ceux adoptés à  Wilhelmsbad. Comme de juste, ils prévoient l'ajout de la religion chrétienne dans la  première question d'Ordre. Pour le reste la seule modification notable est le  déplacement du S.E. au N.E. du triple flambeau d'Orient au troisième grade.

Le 5 mai 1785, le Directoire d'Auvergne décida que le nom de l'apprenti serait  dorénavant Phaleg, suite aux révélations de l'"Agent Inconnu" [11]. Tubalcaïn étant  un ouvrier en métaux, son initiation ne pouvait être qu'"impure", l'apprenti devant être  dépouillé de ses métaux. Phaleg, descendant de Sem, béni par Noé, était "le  véritable instituteur de la maçonnerie et le premier qui ait tenu loge".


2. La dernière révision (1787-1788).


La rédaction finale fut achevée par Willermoz de novembre 1787 à avril 1788,  époque qui vit le séjour à Lyon de Louis -Claude de Saint-Martin. Est-ce le  "philosophe inconnu" qui lui inspira cette ultime révision? C'est possible, sinon  probable (je n'affirme rien). L'ancien secrétaire du "Grand Souverain" s'était toujours  tenu à l'écart de la maçonnerie templière, malgré une adhésion tardive et de principe,  et ses ouvrages montrent qu'il était resté très proche des enseignements de son  maître disparu. A-t'il réveillé chez son ami une flamme quelque peu négligée? Des  notes de Willermoz le suggèrent (Dachez et Désaguliers, 1990, pp.16-20). En tout  cas la dernière version des rituels bleus, envoyée en 1802 au vénérable maître  Achard de la loge de Marseille "la Triple Union" (Ms FM 418, B.N. Paris), témoigne  d'une imprégnation Coen jamais atteinte jusque là. Elle ne fut jamais, à ma  connaissance, soumise à l'approbation des supérieurs allemands de l'Ordre. Ces  rituels , utilisés de nos jours par les loges rectifiées de la Grande Loge Nationale  française, ne peuvent, en tout état de cause, être présentés comme conformes aux  décision de Wilhelmsbad. Ils s'en éloignent par trop d'innovations qui auraient bien  surpris les délégués au Convent.

Les instruments (équerre, niveau, perpendiculaire) complètent le tableau du premier  grade.

L'Introducteur accompagne le candidat durant ses voyages, avec le second  surveillant.

Le candidat rencontre au cours de ceux-ci les "éléments" (mieux vaudrait dire les  "essences spiritueuses") : le feu au Midi, l'eau au Nord, la terre à l'Occident.

Cette  péripétie, que ne connaissent ni le Rite Ecossais Philosophique ni le Rite français (  les épreuves-purifications y furent introduits à la même époque mais leur signification  y est toute différente), relève de la cosmologie de Martinez. Le caractère ternaire de  la Création est le reflet de la "Triple Puissance" qui gouverne le monde : la Pensée,  la Volonté et l'Action divine, représentées dans la loge par le triple chandelier  d'Orient. D'après Martinez, l'Univers a la forme d'un triangle dont la pointe regarde  l'occident, chaque angle étant occupé par un des trois éléments fondamentaux de la  matière :  Nord Sud  eau feu  Occident  terre  Au grade d'Apprenti de l'Ordre des Elu-Coens, les trois éléments sont ainsi disposés  autour du candidat, couché à même le sol, les pieds vers l'Orient, et enveloppé dans  trois tapis, noir, rouge et blanc, emblématiques desdits éléments (C.A. Thory, 1812,  pp. 246-247). Le rituel rectifié rappelle cette disposition et souligne que le candidat  parcourt les trois régions en lesquelles le monde est divisé.

Les emblèmes de la Justice (à l'Orient) et de la Clémence (à l'Occident), allusions à  la chute du premier homme et à la condition de sa "réintégration" en son état  primordial, son successivement présentés au récipiendaire lorsqu'il reçoit "le premier  rayon de lumière".

Au grade de compagnon furent introduits la "vertu" du grade (tempérance) et le rejet  de pièces de métal (fer, airain, argent) qui ponctue les trois voyages du récipiendaire,  usage sans précédent dans la franc-maçonnerie du XVIII° siècle. L'Instruction ajoute  qu'elles devraient être cinq, en conformité avec le nombre théorique de voyages dont  les deux derniers sont épargnés à l'impétrant.


« D :Qu'avez-vousappris dans les trois voyages que vous avez faits?  R : J'ai éprouvé les vices des métaux mais docile aux avis de mon guide, je les ai  jetés à mes pieds, hors de l 'enceinte du temple et j'ai obtenu des maximes  salutaires.

D : Quels étaient ces métaux?  R : Dans mon premier voyage, j'ai trouvé l'argent au Nord ; dans mon deuxième,  l'airain au Midi et, dans le troisième, le fer à l'Occident.

D : Pourquoi ne vous a-t'on pas fait éprouver l'or qui est le premier des métaux?  R : Parce que l'or étant à l'Orient, les apprentis et les compagnons ne pourraient le  découvrir.

D : Pourquoi ne vous a-t'on pas fait connaître les deux autres métaux?  R : Je ne sais, ayant été dispensé des deux derniers voyages."  Cette péripétie nouvelle était empruntée au grade de Maître élu, quatrième grade de  la hiérarchie coen qui en contenait onze (R.Dachez, 1981, pp. 189-191).


L'épreuve la  plus remarquable du rituel est un ensemble de cinq serments que doit prêter le  récipiendaire, aux quatre points cardinaux puis au centre du temple. Chacun se  termine par la formule "Abrenuncio" et le rejet d'une pièce de métal : de plomb à  l'Occident, de fer au Septentrion, de cuivre au Midi, d'or à l'Orient et d'argent au  centre. L'ordre des métaux diffère mais l'inspiration est bien reconnaissable.

Le troisième grade, inchangé dans l'ensemble, voit l'introduction de la vertu de  prudence qui complète l'énumération des vertus cardinales.


3. Le grade de maître écossais de Saint André.


Il ne fut achevé qu'en 1809 par Willermoz alors âgé se 79 ans et devenu bien seul :  "J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini du 4°  grade avait été forcément suspendu en 1789...Vingt années se sont écoulés en cet  état, mais l'année dernière après la grande maladie que j'essuyai me voyant rester  seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je  venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en  résulteraient si cette lacune dans le régime rectifié n'était pas rempli avant ma mort,  j'osai entreprendre de le faire" (in Steel-Maret, 1893, pp. 12-13)  Dans cette lettre adressée en 1810 à Charles de Hesse, le patriarche lyonnais  rappelait que le Convent n'avait arrêté que les bases du quatrième grade, avec le  tableau de la Nouvelle Jérusalem et la montagne de Sion surmontée de l'agneau  triomphant. Par contre, il s'abstint soigneusement d'ajouter que les "discours" et  l'"Instruction finale", entièrement de sa main, constituaient une introduction très  complète à la doctrine de Martinez et un excellent prélude aux enseignements de la  (Grande) Profession, que n'avaient jamais, et pour cause, prévus les députés au  Convent.. De fait ces textes étaient l'occasion d'expliciter enfin la filiation spirituelle  de l'ensemble de l'oeuvre.

Le grade lui-même ne s'écarte guère de l'ébauche de Wilhelmsbad. Le quatrième  tableau et son évocation de l'Apocalypse, la référence à saint André paraissent bien  appropriés à un grade de transition qui "figure le passage de l'Ancien au Nouveau  Testament". Rien là de bien neuf. Au-delà même de l'ébauche du Convent,  Willermoz n'avait qu'à puiser dans ses souvenirs : le dernier grade du chapitre des  chevaliers de l'aigle noir n'était-il pas, en 1761, la "chevalier de Saint André" (A.Joly,  1938, p.9). Quant à la Nouvelle Jérusalem, elle apparaissait au grade de "Sublime  Ecossais" (source probable du 19° degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté) qui  avait pour thème "une haute montagne où il y a une ville carrée qui a douze portes"  (lettre de Meunier de Précourt, 1761, in Steel-Maret, 1893, p.75). Ces  développements permettaient à Willermoz d'affirmer "L'Ordre est chrétien, il doit l'être  et ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes libres disposés  à le devenir de bonne foi".

L'instruction était aussi l'occasion de définitions dont le style et la conception  semblent empruntées aux catéchismes en usage dans le diocèse de Lyon à l'époque  (J.Granger, 1978, in "La Franc-maçonnerie chrétienne et templière des Prieurés  Ecossais Rectifiés", 1982). Ainsi en va-t-il des Juifs exclus "religieusement" du Rite,  de la fraternité limitée aux seuls maçons chrétiens, de l'Ancienne Loi considérée  comme "abolie". Toutes, notons-le, furent introduites tardivement (les rédactions  antérieures les ignoraient) alors que s'affirmait le messagemartinéziste. .Le patronage de Saint André permit aussi l'achèvement de la médaille du grade.Jusque là, elle n'avait qu'une face avec le double triangle et l'initiale du nom d'Hiram,  comme le montre la médaille de maître écossais de Willermoz conservée à la  bibliothèque municipale de Lyon. Depuis la révision finale, elle présente à son revers  le martyre de l'apôtre sur la croix "en sautoir" qui porte son nom.

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Le Convent national des Gaules(1778)

Publié le 3 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER

Pierre NOEL

1. La Réforme de Lyon.

Il se tint à Lyon du 25 novembre au 10 décembre 1778, en présence des délégués  des Provinces d'Auvergne et de Bourgogne, ceux d'Occitanie n'ayant pas jugé bon  de s'y présenter. Il y fut surtout question des hauts-grades et de l'organisation  administrative du Rite.

Le titre "Chevalier bienfaisant de la Cité Sainte" remplaça celui de "Chevalier  templier". Cette décision, imposée par Türckeim et Willermoz, n'était pas anodine.

Certes la prudence voulait que toute référence à un Ordre condamné par les  prédécesseurs du roi régnant et du pontife romain, condamnation jamais révoquée,  soit, au mieux, camouflée sous une appellation moins compromettante, mais là  n'était pas la raison profonde de cette mesure. Willermoz et ses amis étaient  convaincus que la source des connaissances maçonniques et l'origine de l'initiation  étaient bien antérieures à l'Ordre médiéval, lequel n'avait été que le détenteur  ponctuel et transitoire d'une tradition immémoriale. Les délégués se rallièrent sans  peine à cette décision dès la première séance du Convent, même si certains ne le  firent qu'avec une réticence inavouée (ce fut notamment le cas de Beyerlé, Préfet de  Lorraine et futur adversaire de Willermoz).

La "matricule" (c'est à dire l'organisation territoriale du Régime) des Provinces,  Prieurés et Commanderies de l'Ordre Intérieur fut adoptée dans un grand élan  d'optimisme, sans trop tenir compte des effectifs à vrai dire squelettiques du  système. Le "CodeGénéral del'Ordredes Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte" fut  adopté ainsi qu'une "Règle des chevaliers", aujourd'hui perdue. Les rituels de l'Ordre  Intérieur, préparés par Türckeim, furent approuvés. A l'inverse des rituels allemands,  ils supprimaient les différences basées sur la naissance et admettaient à la  "chevalerie" les bourgeois et roturiers pourvu qu'ils puissent faire état de revenus  substantiels et d'une situation "honnête" dans la société civile. Les "frères à talents"  étaient cependant tolérés, comme dans les loges bleues, à condition que leur  présence soit un véritable bénéfice pour l'Ordre.

Les grades symboliques ne furent pas oubliés pour autant. Un "Code maçonnique  des loges réunies et rectifiées de France" fut approuvé et les nouveaux rituels,  rédigés par Willermoz, ratifiés au cours des 11° et 12° séances (E.Mazet, 1985).

Plusieurs copies de ces rituels sont conservées, dont l'une fait partie du fonds Kloss  de la Bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas (catalogue VII-h-4). Ce qui suit est  basé sur cette copie primitivement destinée au Directoire de Bourgogne et certifiée  par son chancelier, Rudolph Salzmann.


2.Les grades symboliques du Convent des Gaules.


Le tableau de la loge d'apprenti est divisé en deux parties : l'une à l'occident figure le  porche, l'autre à l'orient figure le temple. Elles sont séparées par une balustrade  placée au-dessus d'un escalier à sept marches. Il conduit au pavé mosaïque, situé  en face de la porte d'entrée du temple, qui est fermée, entourée des deux colonnes J  et B. Aux quatre points cardinaux sont placées quatre portes dont celle d'orient, qui  mène au sanctuaire, est elle-aussi fermée. En haut du tableau sont dessinés le soleil,  la lune et l'étoile flamboyant laquelle contient en son milieu la lettre G.

"Autour de ce tableau, qui figure l'enceinte intérieure du temple, est tracé à la craie, à  quelques pouces de distance, un quarré long dans la même forme qui figure la  seconde enceinte ou le second parvis. A égale distance de celle-là, il en sera tracé  un autre qui figure la troisième enceinte ou le parvis extérieur dans lequel voyage  l'apprenti. On supprime ce dernier pour les voyages du compagnon et tous deux pour  ceux du maître".

La loge d'apprenti est éclairée par "trois flambeaux dont deux seront devant les FF. surveillants et l'autre à l'Orient du côté du Midi". L'innovation mérite d'être soulignée.

C'est en effet la disposition typiquement "écossaise" des flambeaux d'angle,  commune au "Rite Ecossais Ancien et Accepté" et au Rite Moderne Belge. Elle  semble être apparue en Avignon, vers 1776, dans la loge "Saint-Jean de la vertu  persécutée", loge-mère de la loge parisienne "Saint-Jean du contrat social" qui sera  le berceau du Rite Ecossais Philosophique (cf. R.Désaguliers, 1983). Il ne peut s'agir  d'une simple coïncidence. La proximité dans le temps et l'espace suggère qu'il y eut  influence réciproque. Ajoutons cependant que cette disposition des flambeaux était  déjà celle de la divulgation française de 1747, "Les Francs-maçons écrasés...", texte  énigmatique dont on ne sait trop ce qu'il faut penser mais qui suggère en tout cas  que l'idée était dans l'air depuis quelque temps déjà. J'ai déjà eu l'occasion d'insister  sur le glissement de sens induit par ce déplacement qui confond autour du tableau  les colonnes et les lumières de la loge, je n'y reviendrai pas (cf. G.Verval, 1987,  pp.11-24 ; P.Noël, 1993, pp.61-63).

L'ouverture de la loge d'apprenti se fait par la récitation de répliques de l'instruction et  ne diffère guère de celle pratiquée au Rite Français. Le vénérable tient son épée de  la main gauche, pointe en haut, tandis que les assistants tiennent la leur pointe en  bas. Soulignons l'absence de prière.

Le candidat, dans la chambre de préparation, découvre trois questions "d'ordre" :  Croyez-vous à un seul Dieu, créateur de l'univers, à l'immortalité de l'âme et à la  nécessité des devoirs qui en résultent?  Quelles sont vos idées sur la vertu...?  De quelle manière pensez-vous que l'homme puisse se rendre le plus utile à ses  semblables?  Le préparateur, après l'avoir entretenu sur ces question, l'examine sur l'opinion qu'il  se fait de la maçonnerie avant de souligner que son but est "la vertu, l'amitié et la  bienfaisance".

Introduit dans la loge, le récipiendaire déclare "sa religion et son état civil", sans qu'il  lui soit demandé son nom de baptême. Les voyages, effectués dans l'"enceinte"  décrite plus haut sont ponctués de coups de tonnerre et des trois maximes  aujourd'hui classiques :  L'homme est l'image immortelle de la divinité...

Celui qui rougit de la religion...

Le maçon dont le coeur ne s'ouvre pas..."  Le candidat monte ensuite "de l'Occident à l'Orient à côté du tableau par le Nord, à  pas libres jusque devant la table du Vénérable Maître". Le serment, pris sur l'évangile  de Saint Jean, est l'occasion de la question suivante:  "Ce livre sur lequel votre main est posée est l'évangile de Saint Jean. Y croyezvous? Si vous n'y croyez pas, quel confiance pouvons nous avoir en votre  engagement?"  En dépit de cette exhortation, le serment ne contient aucune clause de fidélité à la  religion chrétienne. Les châtiments physiques sont omis, omission qui traduit sans  doute le souci d'hommes parfaitement honorables de n'être pas accusés de crimes  imaginaires. C'est le même souci qui poussera le Grand Orient de France à  supprimer les pénalités en 1858, exemple que suivra la Grande Loge Unie  d'Angleterre en 1985 seulement.

La réception se termine par une courte explication du cérémonial et du tableau,  simple ébauche de l'instruction actuelle. Elle ne contient aucune allusion à la  progression cherchant-persévérant-souffrant qui sera introduite à Wilhelmsbad.

Enfin  les secrets sont ceux de la maçonnerie classique du temps, les mots de passe  devenant le "nom" de l'apprenti, du compagnon et du maître.

Au 2° grade le candidat, les yeux bandés et dépouillé d'une partie seulement de ses  métaux, fait cinq voyages "mystérieux" et entend deux maximes, après les 3° et 5°  tours ("L'insensé voyage toute sa vie...L'homme est bon..."). Il est ensuite conduit  devant un miroir caché par un rideau. Après que le vénérable l'a incité à rentrer en  lui-même pour y passer en revue ses erreurs et ses préjugés, le bandeau lui est  enlevé et il contemple son visage "dans le miroir éclairé par un réverbère". Il gravit  ensuite les cinq marches du grade "qu'il demande" avant de les redescendre et de  gagner l'orient par la marche des compagnons (cinq pas en équerre en partant du  pied droit du côté du midi). Le mot du grade est B.... Par contre le "nom" du  compagnon est devenu Gi... sans qu'on sache pourquoi il remplace l'habituel Schi....

Au 3° grade apparaissent le mausolée d'occident et une tête de mort à l'orient.

"A l'Occident sera placé sur le mur ou en relief un mausolé (sic), consistant en une  urne sépulchrale posée sur une base triangulaire et à trois faces. Dans chaque  triangle il y aura trois boules dans les trois angles. Au-dessus du triangle une tête de  mort repose sur des ossements. De l'urne sortira une vapeur enflammée avec  l'inscription "deponit Aliena ascendit Unus", au-dessous, dans le triangle, on lira ces  mots "Tria formant, Novena dissolvunt".

Les neuf flambeaux d'angle, disposés comme au grade d'apprenti, ne sont allumés  que lorsque le candidat est couché dans le cercueil. Introduit à reculons, il découvre  le mausolée avant d'entamer neuf voyages, "réduits à trois", au cours desquels il  écoute trois maximes dont existent plusieurs versions. Il gagne ensuite l'orient par  sept pas, suivis des trois pas du maître. La légende d'Hiram est lue avant le  simulacre du meurtre. Elle est conforme au canon français et l'ancien mot J... est  donné in extenso. Le mot substitué, M...B..., est celui en usage dans la maçonnerie  anglaise dite des "Modernes", le "nom" du maître est Gabaon.

Au grade de maître écossais seize lumières supplémentaires viennent s'ajouter aux  quatre flambeaux d'angle et aux lumières du vénérable, ici appelé député-maître, et  des surveillants (soit vingt-cinq en tout) tandis qu'apparaissent le double triangle et la  lettre H, disposés au mur d'Orient. Le rituel prévoit deux tableaux dont le premier est  en deux parties : le temple en ruines à l'occident, le temple réédifié par Zorobabel à  l'orient. Le deuxième tableau montre la résurrection d'Hiram entouré non plus de  quatre animaux mais du nom des vertus dont ils étaient l'emblème (Bienfaisance,  Prudence, religion et discrétion). La réception, considérablement étoffée, ne diffère  guère de celle en usage de nos jours. L'introducteur présente au candidat les mêmes  questions d'ordre qu'aux grades précédents et l'invite à y répondre  "catégoriquement" avant de lui lier les poignets au moyen d'"une chaîne en fer blanc  dont les anneaux sont de forme triangulaire". Introduit "en maître" dans la loge,  l'impétrant écoute un premier discours relatant la destruction du temple avant de  gagner l'Orient par sept pas, le premier le conduit à la porte d'occident du tableau,  les trois suivants à la porte d'Orient par-dessus le tableau, les trois derniers "en  équerre" jusqu'à l'autel. Après l'Obligation, il est reçu "Maître libre écossais" et reçoit  l'épée et la truelle. Ainsi armé, il oeuvre à la réédification du temple, relève l'autel des  parfums et découvre la lame d'or "qui contient le mot sacré qui était perdu". Un  deuxième discours lui retrace la geste de Zorobabel et les circonstances de la  construction du second temple, image bien imparfaite du premier. Enfin investi de  l'habit du grade, blanc doublé de vert et bordé de rouge, du cordon vert "mélangé de  rouge" et du bijou (à une face seulement), il entend le troisième et dernier discours,  imprégné de martinézisme à peine voilé, qui compare les "révolutions" du temple de  Jérusalem, "ce grand type de la maçonnerie", aux états successifs de la destinée  humaine (la gloire de son premier état, la déchéance qui suit la faute, la réintégration  promise aux élus). Celle-ci est annoncée par la résurrection d'Hiram "sortant à demi  du tombeau". Enfin le symbole du grade, un lion jouant avec des instruments de  mathématiques sous un ciel orageux, et la devise "Meliora praesumo", à la première  personne cette fois, lui laissent entendre l'existence d'une étape ultérieure dont les  "symboles" seront absents. Les secrets sont ceux de la Stricte Observance mais le  signe se donne cette fois "au front".

Ainsi furent unis en une synthèse harmonieuse les thèmes de Zorobabel, de la  reconstruction du Temple et de la découverte de la parole "innominable" (empruntés  aux chevalier d'Orient et aux divers "écossais" français) à celui de la résurrection  d'Hiram entouré des quatre animaux emblématiques des "vertus" maçonniques  (propre à l'écossais vert allemand). Willermoz s'en expliqua plus tard dans une lettre  à Charles de Hesse :  "On jugea aussi qu'il conviendrait de conserver sans le quatrième grade les  principaux traits caractéristiques de la maçonnerie française pour servir de pont de  rapprochement avec elle" (lettre à Charles de Hesse du 12 octobre 1781, in Van  Rijnberck, 1935, pp. 166-168)

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Publié le 3 Octobre 2009 par Thomas Dalet

Quel est le plus ancien Rite maçonnique ?

 

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Rite Moderne et Rite Ancien

Publié le 3 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

Pierre NOEL

Pendant plusieurs décennies, la «première» Grande Loge fondée à Londres en 1717 fit la loi en Angleterre. C'est à elle que l'on doit la tripartition des grades et l'introduction de la légende d'Hiram, véritables landmarks sans laquelle il ne peut y avoir de franc-maçonnerie. Ses rituels ne sont connus que par des divulgations, dont la plus essentielle reste le «Masonry dissected» de Samuel Prichard (1730). Lorsque la maçonnerie fut introduite en France, les premiers adeptes de ce qui devait devenir la Grande Loge de France en adoptèrent tout naturellement les usages avant de les adapter et de les développer selon leur sensibilité propre. Il en gardèrent l'essentiel, qui reste aujourd'hui la base même du Rite Français :

·                                 Les deux surveillants sont placés à l'ouest de la loge

·                                 Le ternaire Soleil-Lune-Vénérable sont les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, représentées par les trois chandeliers d'angle placés autour du tableu de la loge.

·                                 La loge est supportée par trois colonnes (Sagesse-Force-Beauté)

·                                 Les « mots » J ... et B... sont ceux respectivement des 1er et 2ème grades

·    Au 3ème grade, « l'ancien mot de maître », Jéhovah, n'est pas « perdu » mais seulement remplacé par un mot de circonstance, M... B... La clef du grade est l'expérience mystique que connaît le néophyte lorsqu'il est couché dans la tombe qui porte le nom du Très-Haut.

En 1751 fut instituée, à Londres toujours, la « Très Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Accepté », dont les membres étaient pour la plupart d'origine irlandaise. Cette innovation vint rompre la belle unité britannique, d'autant que les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse la reconnurent bientôt la jeune obédience comme seule régulière, car seule fidèle aux «anciens usages». De fait, leur bouillant Grand Secrétaire, Laurence Dermott, n'eut de cesse qu'il n'ait dénoncé les «déviations» de la première Grande Loge, leur reprochant pêle-mêle d'avoir simplifié et déchristianisé les rituels, omis les prières, inversé les mots sacrés des premier et deuxième grades, abandonné la cérémonie «secrète» d'installation d'un vénérable et, surtout, rejeté le grade de Royal Arch. Sans trop de vergogne, il qualifia de «Modern» les tenants de la plus ancienne Grande Loge, ce qui permit de nommer «Antient», ou Ancienne, sa toute récente obédience.


En 1760, une autre divulgation, les «Three Distinct Knocks... », révéla la teneur des rituels «anciens dont les différences essentielles avec le Rite moderne méritent d'être soulignées :

·    Le premier et le second surveillants ont chacun en main une colonne de 20 pouces, qui représentent les deux colonnes du Temple de Salomon.

·    Le second surveillant est placé au milieu de la colonne du midi, tandis que le premier surveillant se tient à l'ouest (ils sont en fait postés devant les portes du temple)).

·    Ils sont assistés par deux diacres, fonction d'origine irlandaise, l'un situé à la droite du vénérable, l'autre à la droite du premier surveillant.

·   Les chandeliers, toujours associés au ternaire soleil-lune-maître de la loge mais dénommés « petites lumières « (lesser Lights ), sont placés à la droite du vénérable et des surveillants.

·   La bible, l'équerre et le compas, placés sur l'autel devant le vénérable, sont appelés « Grandes Lumières de (ou plutôt « dans ») la Maçonnerie » .

·    Les mots sacrés sont B... au 1er grade et J... au 2ème.

·   L'ancien mot de maître est perdu par la mort d'Hiram car il faut être trois pour le prononcer (c'est la fameuse «règle de trois» déjà évoquée dans les premiers catéchismes britanniques). Salomon et le roi de Tyr ne peuvent donc plus le communiquer aux nouveaux maîtres qui doivent se contenter d'un mot de substitution.

La France, à l'époque, ne connut rien de ces développements et continua, comme par le passé, à ne pratiquer que le Rite moderne, embelli, augmenté, enrichi certes, mais fondamentalement identique à lui-même. L'écossisme que prônait Abraham n'était finalement rien d'autre, pour les grades bleus, qu'un avatar du Rite moderne de Prichard.

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Eléments trop brefs concernant l'histoire maçonnique américaine

Publié le 3 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du REAA

Alain BERNHEIM

Voici terminée l'énumération des textes qui, se fondant sur l'organisation créée par Morin entre 1763 (date de son retour à Saint Domingue) et 1771 (Morin meurt à Kingston au mois de novembre de cette année), tenteront d'améliorer cette organisation pour aboutir au Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 grades tel que nous le connaissons aujourd'hui. Nous voyons ainsi au départ la Patente reçue par Morin en 1761, au centre l'annonce de l'existence d'une organisation en 33 grades à Charleston en 1802. Ce n'est qu'ensuite, de 1812 à 1872, que les textes eux-mêmes seront imprimés.

Mais comment expliquer le passage de cette organisation et ses transformations de Saint Domingue à la Caroline du Sud?

De Saint Domingue, colonie française, cette organisation était passée à la Jamaïque, colonie anglaise, un peu par hasard si, comme nous le pensons, Morin avait fait la connaissance de Francken lors de son emprisonnement à Kingston en 1762, mais aussi parce que la Grande Loge de France ayant décidé en 1766 d'annuler sa patente, Morin s'était trouvé confronté à une situation peu confortable à Saint Domingue avec l'arrivée du Frère Martin et les contestations que l'enquête de celui-ci avait fait surgir.

De la Jamaïque l'organisation de Morin avait été transplantée en 1767 à Albany, province de New York, avant la Guerre d'Indépendance, par Francken. Son développement fut ralenti par les débuts de la révolution des colons contre l'Angleterre (1773) et ce n'est que plusieurs années plus tard, en 1781 à Philadelphie, que nous voyons l'un des Députés Inspecteurs nommés par Francken, Moses Michael Hayes, se préoccuper de développer ce Rite dans ce qui était devenu un territoire indépendant depuis la déclaration de juillet 1776.

Pour bien comprendre à quel point cette réunion de 1781 est intimement liée aux événements maçonniques ayant lieu au même moment dans l'état de Pennsylvanie, il faudrait résumer ici l'histoire de la maçonnerie dans cette partie de l'Amérique, ce qui n'est guère possible. Le point important est qu'il existait alors une Grande Loge Provinciale à Philadelphie qui avait reçu une charte de la GL des Antients à Londres en 1761 et que la précédente organisation qui provenait des Modernes avait littéralement disparu.

Mais beaucoup plus importante que la querelle d'allégeance à l'une ou l'autre des deux Grandes Loges d'Angleterre ou aux Grandes Loges provinciales qui avaient été créées par la Grande Loge d'Écosse, la déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776 posa un problème encore plus fondamental aux Loges américaines.

Comme l'écrivait F. Dalcho p. 178 de son Ahiman Rezon publié à Charleston en 1807 :

In consequence of the dissolution of the political connexion between the colonies of North-America and Great-Britain, by the happy issue of the revolution, the United States became a separate and independent nation. And although the principles of the society of Free-Masonry, are in no wise affected by the revolutions of empires, nor by a change in the form of government, yet for many obvious and cogent reasons, it has always been found most convenient, to have the head, or supreme power, of the society, in that country in which the Lodges meet.

C'est à peu près ce qu'écrivait 82 ans plus tard un ancien Grand Commandeur de la Juridiction Nord des Etats-Unis :

Independence in civil government naturally suggested independence in Masonic government. The circumstances in which the Craft were situated after the Fourth of July, 1776, brought home to every member, with great force, the importance of their Masonic allegiance ... could they (they then asked) properly remain under the authority of a Grand Lodge, all the members of which held that their obedience as men was due to the British Crown, of which they had just declared themselves independent ? Especially when they were in arms to maintain that declaration ? It was inevitable that they should conclude that Masonic government should be in accord with civil government.

La première Grande Loge indépendante américaine fut celle du Massachusetts qui se constitua elle-même en 1777. Un mouvement se développa en 1780 qui souhaitait créer une seule juridiction pour tous les États d'Amérique dont le Grand Maître Général serait Washington. Lorsque cinq Loges se réunirent à Philadelphie le 13 janvier 1780, élirent Washington à ce poste et s'adressèrent aux autres Grandes Loges américaines pour leur demander de se joindre à leur mouvement, c'est la distinction entre Maçons Anciens et Modernes qui semble avoir été la cause principale de l'échec du projet, la Grande Loge de Pennsylvanie refusant de prendre en considération l'adhésion de (Grandes) Loges Modernes !

Il faut remarquer qu'une des lettres échangées alors entre les négociateurs s'appuyait sur un extrait de journal rapportant l'installation du Duc Carl de Södermanland comme « Grand Maître de toutes les Loges du Royaume (de Suède) et de celles de St. Petersbourg, Copenhague, Brunswick et Hambourg, etc. » Le 15 mars 1780, le Duc venait en effet d'être installé Ordensmeister de la IXème province du système suédois alors allié aux chefs de la Stricte Observance. Mais les frères américains ne se doutaient pas que loin de signaler une unification de la maçonnerie en Europe du Nord, ces extraits de journaux allaient au contraire déclencher les hostilités entre les deux systèmes et aboutir à la démission du Duc l'année suivante, puis aux luttes du Convent de Wilhelmsbad.

C’est dans le cadre général de la recherche de l'unité et de l'indépendance nouvellement désirée de la maçonnerie américaine qu'il faut considérer les réunions de Philadelphie du printemps 1781, les nominations faites alors par Hays (que Francken avait nommé Député Grand Inspecteur près de treize ans plus tôt), de huit Députés Grands Inspecteurs et aussi le fait que ces Députés Grands Inspecteurs semblent avoir alors transformé leur titre en celui de Député Grand Inspecteur Général. C'est sur le procès-verbal de la réunion du 25 juin 1781 à Philadelphie qu'un Frère, Isaac Da Costa, fait suivre son nom du titre d'Inspecteur Général pour les Indes Occidentales et l'Amérique du Nord. Mais les procès-verbaux de la Loge de Perfection de Philadelphie montrent qu'Hays n'y viendra jamais.

Bien plus, cette Loge de Perfection décidera le 7 décembre 1785 d'envoyer une lettre au Grand Conseil à Berlin et à Paris pour les informer de l'établissement de cette [notre) Sublime Loge. lettre qu'ils adressent à Frédéric III !. Et comme les termes employés dans cette lettre sont révélateurs ! Les titres et les grades que Bush, signataire de cette lettre et Trois Fois Puissant de la Loge de Perfection, indique dans cette lettre être les siens

Chevalier d'Orient et Prince de Jerusalem, Souverain Chevalier du Soleil. et de l'Aigle Blanc et Noir, Prince du Royal Secret et Député Inspecteur Général et Grand Maître sur toutes les Loges, Chapitres et Grand Conseil des Degrés Supérieurs de la Maçonnerie en Amérique du Nord, à l'intérieur de l'État de Pennsylvanie

il dit les avoir reçus

par patente du Souverain Grand Conseil des Princes ...régulièrement établi par le Sublime Grand Conseil des Princes

mais jamais on ne voit le nom de Kingston mentionné ! Il continue en disant :

Considérant que nous sommes encore au berceau dans un Jeune Empire en croissance si distant et éloigné du Grand Orient de Berlin ... nous sollicitons humblement d'entrer en correspondance (avec vous) ... pour nous diriger...

Peut-on en lisant ces lignes, douter un instant que les liens de subordination envers Kingston, colonie anglaise, n'existaient plus pour ces maçons de Philadelphie ? Berlin, la Prusse, ‘un’ Frédéric, oui. L'ancien colonisateur, plus jamais.

Est-ce parce qu’il se sentait encore sentimentalement attaché à Kingston que Hays, après 1781 et sa nomination de huit Inspecteurs, s'était retiré à Boston où il deviendra plus tard Grand Maître de la Grande Loge du Massachusetts ?

C'est Isaac De Costa (ou Da Costa) qui, en 1783 d'après la Circulaire de 1802, viendra créer une Loge de Perfection à Charleston en Caroline du Sud. Da Costa meurt le 23 novembre de la même année.

La Loge de Perfection de Philadelphie qui s'était réunie trois fois en octobre 1782, avait interrompu ses travaux sans en mentionner la raison jusqu'au mois d'octobre 1784. Elle ne tiendra alors pas moins de trente-neuf réunions en un an. Les 5 et 6 octobre 1785, elle reçoit la visite d'Augustine Prevost, l'un des premiers membres de la Loge de Perfection d'Albany (celle que Francken avait créée en 1767) qui, entre temps, était devenu Colonel du 60ème bataillon (Royal American) an service à la Jamaïque dans les années 1775 où Francken – l’un de ses rares actes après la mort de Morin dont la trace nous soit parvenue – l'avait nommé Député Inspecteur Général. Est-ce un hasard si c'est moins d'un mois après ces deux visites que la Loge de Perfection décide d'envoyer à Frédéric la lettre que nous évoquions plus haut ?

Certes non. On peut suivre l'action de Prevost à Philadelphie pendant plusieurs années, les patentes qu'il décerne en 1789 et 1790 en sa qualité de Député Inspecteur Général par patente du Grand Conseil de Princes des Maçons à Kingston en Jamaïque à William Moore Smith, futur Grand Maître de la Grande Loge de Pennsylvanie et à Pierre Lebarbier Duplessis qui en est le Grand Secrétaire et en sera le Député Grand Maître en 1810 !

Est-ce un hasard si la même année 1790, Samuel Stringer que Francken avait « élevé au plus haut degré de la Maçonnerie » le même jour que Hays, le 6 décembre 1768, et également constitué Député Grand Inspecteur, qui avait dirigé les travaux de L'Ineffable à Albany jusqu'en décembre 1774, mais qui n'avait plus donné de signes d'activité depuis, est-ce un hasard si Stringer surgit à nouveau en septembre 1790 pour nommer Stephen Van Rensselaer Député Inspecteur Général ?

Tout ceci ne donne-t-il pas l'impression que Kingston (est-ce alors encore Francken lui-même, s'est-il donné un successeur, nous ne le savons pas) essaye de défendre ce qu'il a fondé en Amérique ?

Sur cette époque de l'histoire maçonnique entre les années 1790 et 1800, nos informations sont encore déplorablement fragmentaires. En effet le rôle du centre directeur qui existait en Jamaïque à Kingston lorsque Morin dut s'y établir est aujourd'hui totalement obscur. Lorsqu'en 1790 des Frères de Philadelphie, Abraham Forst, Moses Cohen et Abraham Jacob (le premier était certainement un Député Grand Inspecteur Général nommé par Moses Hays en 1781 à Philadelphie; le titre exact du second et l'autorité de laquelle il aurait reçu le titre de Grand Inspecteur Général sont incertains ; le troisième semble avoir été promu seulement au Grade de Patriarche Noachite et Chevalier du Soleil en novembre 1790 à Kingston par les deux premiers nommés) se retrouvèrent à Kingston, ont-ils rejoint le groupement dirigé par Francken (qui ne meurt que cinq années plus tard, en mai 1795) ou bien ont-ils créé (au nom de Philadelphie ?) un organisme concurrent ? Quel rôle jouait alors David Small, nommé en octobre 1783, sept ans plus tôt, Député Grand Inspecteur Général par Francken à la Jamaïque, ceci constituant l'ultime signe d'activité maçonnique de ce dernier ?

Voilà ce que nous ne savons pas et, parce que les archives de Kingston ont disparu, ce que nous risquons de ne jamais savoir.

Ce que nous savons, c'est que deux facteurs vont jouer au cours de cette décennie 1790-1800 un rôle capital : à Kingston un Frère Hyman Isaac Long reçoit du Frère Moses Cohen une Patente le 12 janvier 1794 et bien que les copies que nous connaissions de celle-ci semblent exclure qu'elle l'ait autorisé à exercer une autorité quelconque en Caroline du Sud, c'est à Charleston que nous le retrouvons, agissant comme Député Inspecteur Général en 1796. D’autre part, le Comte de Grasse-Tilly arrive à Saint-Domingue en 1789, épouse le 17 septembre 1792 Anne Sophie Delahogue, fille d'un notaire de l'île, et quitte Saint-Domingue avec sa nouvelle famille, chassé par la révolte des esclaves, pour arriver comme réfugié à Charleston le 14 août 1793.

Sur les activités de Grasse-Tilly et de son beau-père jusqu'au mois de juillet 1796, aucune information. Mais ils fonderont avec d'autres Français la loge La Candeur cet été-là, juste après qu'un incendie ait détruit les registres de la Loge de Perfection qu'y avait établie Isaac Da Costa en 1783. Fin 1796 ils seront avec douze autres réfugiés français,promus Députés Inspecteurs du Rite par Long.

Il faudrait maintenant décrire également l'histoire maçonnique de la Caroline du Sud, histoire complexe et mal connue à cette époque. N'en disons que ceci : il existait alors dans cet État deux Grandes Loges rivales, se réclamant des deux Grandes Loges existant alors encore en Angleterre à la même période.

C'est à la Grand Lodge of Free and Accepted Masons, se réclamant de la Première Grande Loge, celle des “Modernes”, que se rattache La Candeur, le 2 janvier 1798. L'union des deux Grandes Loges de la Caroline du Sud ne sera définitivement réalisée qu'en 1814.

Ayant ainsi tenté de montrer brièvement comment l'organisation née à Saint-Domingue et à la Jamaïque est liée à celle qui se développera en Caroline du Sud au cours des années précédant la publication de la Circulaire de décembre 1802, retournons maintenant aux manuscrits des textes évoqués précédemment.

 

commentaires

L'Ordre du Royal Secret en Amérique avant 1801

Publié le 2 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du REAA

Alain de KEGHEL 33ème

Le 31 mai 1801 est la date la plus importante dans l'histoire de la Maçonnerie des Hauts Grades
aux Etats-Unis. Ce jour-là, la "loge mère", le Suprême Conseil universel était ouvert par John Mitchell et Frederick Dalcho à Charleston, en Caroline du Sud, et au cours de l'année, "le plein effectif des Grands Inspecteurs Généraux fut complété conformément aux Grandes Constitutions." Par cet acte, l'Ordre du Royal Secret en vingt-cinq degrés (souvent appelé Rite de Perfection) fut transformé en Rite Écossais Ancien et Accepté, comprenant trente-trois degrés.
Avant la création de ce Suprême Conseil, les Hauts Grades étaient conférés par le biais d'un système peu cohérent d'Inspecteurs qui pouvaient nommer chacun un nombre illimité d'Inspecteurs, sans aucune restriction. Les documents sont rares, mais deux Inspecteurs semblent avoir travaillé dans l'hémisphère occidentale avant 1761 : "Lamolière de Feuillas, fait député en France avant 1750, et Bertrand Barthomieu, nommé député par Feuillas, aux Antilles en 1753" On ignore si de Feuillas ou Barthornieu nommèrent d'autres Inspecteurs.
Etienne Morin, qui a reçu en 1761, à Paris ou Bordeaux, une patente l'autorisant à propager le Rite dans le monde entier, arrive en Jamaïque en 1762 ou 1763. Il nomme bientôt six Inspecteurs Généraux, dont Henry Andrew Francken, le plus ancien Député Inspecteur Général Francken, à son tour, fondé une Loge de Perfection à Albany, dans l'État de New York, en 1767, et crée six autres Députés Inspecteurs Généraux. Il prépare également au moins trois livres réunissant les rituels traduits en anglais Finalement cinquante-deux Inspecteurs sont issus de Francken. Au moins soixante-quinze Inspecteurs seront nommés en Amérique avant 1801
Non seulement les Inspecteurs et les Députés se multiplient, mais ils confèrent aussi les grades Ineffables et' Sublimes à des Maîtres Maçons et, à l'occasion, fondent des Loges. À ce sujet les documents sont rares, cependant on sait que les Loges suivantes ont été créées avant 1801

1.
1764 - Loge de Parfaits d’Écosse, New Orléans, Louisiane;
2. 1767 - The Ineffable Lodge of Perfection, Albany, New York;
3.
1781 - Loge de Perfection, Philadelphia, Pennsylvania;
4. 1783 - Loge de Perfection, Charleston, Caroline du Sud;
5. 1788 - Grand Conseil, Prince de Jérusalem, Charleston, Caroline du Sud;
6. 1791 - King Solomon's Lodge of Perfection, Holmes' Hole (aujourd'hui Tisbury), ile de
Martha’s Vineyard, Massachusetts;
7. 1792 - Loge de Perfection, Baltimore, Maryland;
8. 1797 - Sublime Grand Conseil, Princes du Royal Secret, Charleston, Caroline du Sud

Bien connues et répétées en de nombreux endroits, ces données de base d'une activité des Hauts Grades antérieurs à la création du Suprême Conseil ne nous éclairent pas sur la manière dont les Hauts Grades attiraient les Maçons américains, pas plus que sur celle dont les Inspecteurs conféraient les grades et dont les Loges travaillaient. Répondre à ces questions nous aidera à comprendre le bon accueil dont a bénéficié le Suprême Conseil.

L'attrait des Hauts Grades pour les Maçons américains.

Les Grades bleus ou degrés de métier sont conférés en Amérique dès 1730, et vingt-trois ans plus tard en décembre 1753, la Loge de Fredericksburg en Virginie, enregistre la toute première initiation au Grade de Royal Arch. Les Maîtres Maçons américains se rendirent vite compte qu'ils n'avaient pas reçu l'entière explication de la parole du Maître et que le Royal Arch était nécessaire pour compléter l'histoire.
La Maçonnerie du Royal Arch devint populaire en raison du nombre de Maçons désireux de compléter leurs connaissances maçonniques. La propagation régulière du Royal Arch a été favorisée par la prédominance grandissante en Amérique des loges des "Antients" qui conféraient ce grade en vertu de leur autorité à initier aux trois premiers degrés. Au moins cinq Chapitres ne dépendant pas de loges furent créés avant 1794, le Grand Chapitre de Pennsylvanie fut fondé en 1795, le Grand Chapitre Général des États de la Nouvelle Angleterre en 1796. La première initiation au grade de Chevalier Templier eut lieu en 1769, et on trouve des traces discontinues de l'Ordre jusqu'en 1796, date à laquelle le premier "Campement" (aujourd'hui Commanderie) fut fondé dans le Connecticut7. Les dix grades et ordres de ce qui sera finalement connu sous le nom de "Rite de York" américain ont été résumés dans l'ouvrage de Thomas Smith Webb, Le Moniteur du Franc-Maçon, ou Illustrations de la Maçonnerie (1797).

Les Maçons américains recherchaient avec enthousiasme encore plus de lumière dans la Maçonnerie, mais du fait que l'Ordre du Royal Secret était d'origine française et sans tradition dans les loges anglaises, ces hauts grades étaient peu connus. Ces grades devaient ressembler à quelque chose comme des rumeurs séduisantes provenant seulement de lointaines loges non anglaises ou des conférenciers francs maçons parcourant le pays. Les connaissances fragmentaires de la Sublime Maçonnerie étaient accrues par quelques mentions occasionnelles terriblement tentantes dans des ouvrages maçonniques.

Dans un article antérieur j'ai fait par erreur référence à la triple union chap.: R+C, (1797) comme dépendant de l'ordre du Royal Secret. En fait c'était un chap.: de l'Ordre Royal d'Ecosse. . "The High Degrees in the United States: 1730-1830," The Philalethes, vol. 5 1, no. 2, Apr. 1998, p. 36. Il existe des suggestions d'autres organismes. Par exemple un certificat et deux patents communiqués en (1768) par Franken à Jeren-iiafi van Rennsselaer, Samuel Stringer, et Moses M. Hays font allusions à un conseil des Princes du Royal Secret. Les documents ont été publiés "sous le dais céleste du zénith qui répond à 41 Degrés: 30 minutes: Nord: Latitude:" ce qui correspond à Newport, Rhode Island, la résidence de Rays en 1774. Il n'y a aucune autre preuve de l'existence du Conseil.Alain Bernheim, "Questions About Albany," pp. 157-61, 166.
Un souverain Chapitre de R+C fut également constitué à Charleston avant 1802... Mais ni le manifeste du Suprême Conseil ni l'histoire manuscrite de Mackey, ni aucun autre ouvrage que nous avons pu trouver ne révèlent sa date ou l'origine de sa légitimité. ."
Charles S. Lobinger, The Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry (Louisville, Ky.: Standard Printing,
1932), p. 150. L'existence de ce Chap.: est confirmée par le Annual Register of the Brethren who Compose the Sublime Grand Lodge of Perfection of South Carolina (Charleston, S.C.: T.E. Bowen, 1802), reproduit dans Ray Baker Harris, History of the Supreme Council, 33, ... Southern Jurisdiction, US.A.: 1801-1861 (Washington: Supreme Couneil, 331, S.J., 1964), pp. 306-16.

Le premier livre américain traitant de la Maçonnerie fut en 1734, la réimpression, par Benjamin
Franklin, des Constitutions des Francs-maçons, d'Anderson. En 1800, un total de 626 volumes ayant pour sujet la Franc-maçonnerie avaient été publiés en Amérique; dix d'entre eux traitaient des précurseurs du Rite Ecossais (7). Pour les personnes intéressées par l'étude de la Maçonnerie, ces dix livres fournissent des éléments de connaissances qui allaient au-delà de celles que l'on trouvait dans les loges d'origine anglaise.

1787- La Requête de la Loge, n'40, Registre de Pennsylvanie, à la Très Respectable Grande Loge.

Ce pamphlet de dix pages est une récrimination selon laquelle la Grande Loge de Caroline du Sud aurait été fondée de façon non régulière. Cependant, la page 5 donne des indications intéressantes sur une forme de Franc-maçonnerie différente de la Maçonnerie anglaise. « Le Frère Joseph Myers, Jnr. était alors et se trouve en fait (sous la juridiction du défunt roi de Prusse) et {sic} Inspecteur Général et Grand Maître des Grades Ineffables de la Maçonnerie. Le second, le frère James Fallon, est et était un ancien Vénérable... initié et installé dans une ... Loge de Maçons Ineffables à Philadelphie, sous un mandat régulier {sic].(8).

1797 - [Charles Louis Cadet de Gassicourt], Le Tombeau de Jacques Molay, ceci est une
traduction de vingt-deux pages de l'original français de 1796. La page 8 contient l'explication de la fondation, par Jacques de Molay, de quatre chapitres comprenant chacun vingt-sept membres qui ont des privilèges particuliers dans les Loges maçonniques : "Quand ils pénètrent dans une Loge, ils ont le droit exclusif de marcher au milieu du tapis qui se trouve face au trône. Tous les Francs-maçons des Loges ignorent qui ils sont."

1797 - Thomas Smith Webb, Le Moniteur du Franc-Maçon, ou Illustrations de la Maçonnerie. Cet
ouvrage, premier "guide" américain des grades maçonniques, révélant les prières, les devoirs, et les parties secrètes du rituel, a été largement diffusé, traduit en espagnol, et réédité plusieurs fois avant la mort de l'auteur. La deuxième partie de ce livre comprend des descriptions des onze grades d'une Loge de Perfection, pages 227-66, incluant des renseignements sur qui remplaça Hiram Abiff dans le temple du roi Salomon, sur la façon dont furent traités les mauvais compagnons, et la façon dont la parole perdue fut retrouvée. Le Moniteur de Webb a eu une énorme influence sur l'instauration et la propagation du rituel "américain standard". Sa très grande popularité a du susciter l'attention et la curiosité de nombreux Maçons américains pour les Grades Sublimes.

1798- John Robison. Preuve d'un Complot contre toutes les Religions et les Gouvernements de
l'Europe. Ceci est la première édition américaine de ce livre influent, qui provoqua de l'hystérie à l'idée que les Illuminés infiltraient secrètement les gouvernements du monde et peut-être celui de l'Amérique. Page 384, Robison fait des observations sur les rituels du Chevalier du Soleil et du Chevalier Rose Croix, de l'Abbé Barruel. Ceci est un autre exemple de références très séduisantes à des grades maçonniques peu connus de la plus part des Maçons américains.

1798 - John Robison, Preuves d'un Complot. La deuxième édition américaine.

1799 - Augustin de Barruel, Mémoire, pour servir l'histoire du Jacobinisme, Vol. 1. Parce qu'il y a
eu trois imprimeurs distincts pour les quatre volumes, Walgren attribue à chacun une inscription distincte dans sa bibliographie. Là se trouvent, suscitant la curiosité, &autres allusions à des forces occultes dans la Franc-maçonnerie: "les loges occultes" (que Barruel appelait"arrière loges").

1799 - Augustin de Barruel, Mémoires, pour servir l'histoire du Jacobinisme, Vol. 2. Le lecteur
peut y trouver des descriptions du Grade de Maître Élu (page 161), de Chevalier du Soleil (page 163n), des grades supérieurs de la Maçonnerie écossaise (page 163-68), du Grade de Rose Croix (pages 168-72) de la Maçonnerie Mystique (pages 172-74), et de Chevalier Kadosh (pages 174-75).

1799 - Augustin de Barruel, Mémoire, pour servir l'histoire du Jacobinisme, Vol.3. Ce volume
traite spécifiquement des grades de l'illuminisme de Weishaupt mais son principal intérêt pour la majorité des lecteurs Francs-maçons est d'attirer l'attention sur d'autres grades conférés en Europe continentale et inconnus des loges anglaises.
 

Tous les commentaires sur ces dix livres sont de Kent Walgren, "A Bibliography of Pre-1851 American Scottish Rite Imprints," Heredom, vol. 3 (1994), pp. 61-67; spelling corrections have been made in this transcription.


1799- Augustin de Barruel, Mémoires, pour servir du Jacobinisme, Vol.4. Mentions complémentaires de grades continentaux : Frères africains, Chevalier de l’Aigle, l’Adepte, le Sublime Philosophe (page 81) ; Chevaliers de Palestine, Chevaliers Kadosh, Directoire Écossais (pages 97100) ; Architecte Écossais (page 328).

1800- Robert Griffith Wetmore, Une Timide Tentative pour promouvoir la Félicité de la loge de
"Mark Masters " de Campbell à Duanesburgh, [New York]. Page 6, Wetinore dit : "Lorsque je suis devenu votre voisin, j'étais détenteur de trente grades en Maçonnerie (y compris ceux que l'on appelle ineffables) et je me considérais donc arrivé au nec plus ultra... "

Le Moniteur du Franc-Maçon de Webb, fat le premier guide faisant autorité pour travailler les dix
grades et ordres du Rite de York américain : les loges bleues (3 grades), le Royal Arch (4 grades), et les Chevaliers Templiers (3 ordres). Il donnait également des renseignements passionnants sur un type de Maçonnerie exotique connu de peu de Maçons américains et il a dû susciter une grande curiosité parmi ses lecteurs. Une loge américaine typique avait une décoration plutôt simple, avec des piliers à l'Occident un autel au centre, et un "G" illuminé à l'Orient. Comparez cette austérité avec la description somptueuse que donne Webb d'un seul des grades Ineffables.

Observations sur le Grade de Prévôt et Juge.

Cette loge est ornée de rouge, et éclairée par cinq grandes lumières ; une à chaque coin et une au centre. Le Vénérable est placé à l'orient sous un dais bleu, entouré d'étoiles, et on le nomme Trois Fois Illustre'

Le Vénérable d'une Loge bleu américaine portait ses vêtements habituels, avec autour du cou un sautoir auquel était attachée une équerre. Son tablier était probablement fait à la maison et décoré par sa femme, sa soeur ou sa mère. Il existe de nombreux portraits de George Washington et Benjamin Franklin dans une telle tenue, simple mais digne. Une fois encore, comparez la description que donne Webb de l'habit luxueux de l'officier présidant le "Grade de Chevalier de la Neuvième Arche, ou Royal Arch".

Le plus puissant grand maître, représentant Salomon à l'Orient, est assis dans un fauteuil
d'apparat sous un dais magnifique, avec une couronne sur la tête et un sceptre à la main. Il est vêtu d'une toge de couleur dorée et d'un habit de satin bleu garni d'hermine qui descend jusqu'aux coudes. Un large cordon pourpre, auquel est suspendu un triangle d'or, va de l'épaule droite à la hanche gauche."
Après avoir été attirés depuis les années 1760 par des allusions à de mystérieux grades
maçonniques qui conservaient l'histoire entière de la Maçonnerie, les Maçons américains reçurent des renseignements explicites en 1802. Le Suprême Conseil édite la Circulaire pour les Deux Hémisphères, qui présente et explique les grades sous son autorité. La Circulaire peut être considérée comme une brochure promotionnelle merveilleusement écrite, attirant les candidats à l'adhésion en expliquant pourquoi les Grades Sublimes sont nécessaires à la parfaite compréhension de la Franc Maçonnerie. Elle donnait de nombreux exemples des raisons pour lesquelles les Hauts Grades sont à la fois supérieurs et essentiels.

• Seul le Rite Écossais est régi par des documents historiquement corrects.
 

Les débuts de l'histoire de la Franc-maçonnerie sont surchargés de faits fantaisistes, au contraire au fur et à mesure que nous nous rapprochons de notre époque le nombre des documents authentiques, utiles à notre administration, augmente


• Les trois premiers grades ne sont qu'une préparation aux Grades Supérieurs. Les trois grades des Loges bleues firent créés pour tester le tempérament et les capacités des initiés avant qu'ils ne soient admis à la connaissance des mystères plus importants.

• Le véritable mot du Maître a été perdu pour les trois premiers grades, à la mort d’Hiram Abiff,
mais les Grades Sublimes le possèdent toujours.

Le Maître dune Loge bleue sait bien que le Roi Salomon et son royal visiteur étaient en possession du mot véritable et parfait dont il doit rester ignorant à moins d'être initié aux Grades Sublimes.

* Les Grades Ineffables et Sublimes ont conservé des cérémonies non corrompues.
Beaucoup de variété et d'irrégularité se sont malheureusement glissées dans les premiers grades du fait de... ceux qui ne connaissent pas l'hébreu, langue dans laquelle sont donnés tous les mots et les mots de passe... Il n’en est pas ainsi dans les grades supérieurs.

* Les Grades Ineffables et Sublimes perpétuent la tradition des croisés et fondent leurs grades sur des documents authentiques découverts en Palestine. Alors que 27 000 maçons qui accompagnaient les Princes Chrétiens en Croisade), ils découvraient, parmi les descendants des anciens Juifs, plusieurs manuscrits maçonniques importants qui ont enrichi nos archives de documents écrits authentiques et ont servi de fondements à certains de nos degrés.

De l'introduction du Royal Arch en 1753 à la Circulaire pour les Deux Hémisphères en 1802, on a
laissé entendre aux Maçons américains que les grades des Loges bleues ne disaient pas toute l'histoire de la Maçonnerie. Tous les Maçons n'étaient pas incités à rechercher davantage de lumière, mais pour ceux qui l'étaient ce devait être un choix épineux de savoir où s'arrêter. L'évocation d'une révélation supplémentaire - peut être le nec plus ultra - pouvait venir du prochain visiteur d'outre atlantique, dans la dernière publication, ou dans les mains d'un conférencier maçonnique itinérant.

La diffusion des Hauts Grades par des conférenciers maçonniques.

La Franc-maçonnerie est parvenue aux Etats-Unis depuis différentes sources et sous des formes
variées. Le peu d'indications concernant les rituels et les cérémonies, dont disposaient les premières Loges, provenait probablement à parties égales de la tradition orale et de manuels imprimés. Quatre manuels exposant les rituels ont été publiés en Amérique avant 1801, ce sont tous des réimpressions d'originaux anglais : The Mystery of Free-Masonry (1730), Masonry Dissected (1749/50), Hiram : Or the Grand Master-key (l 768) et Jachin and Boaz (l 774-180 1). "Avant la publication de l'ouvrage de Morgan, Illustrations of Masonry by one of the fraternity (1826), Jachin and Boaz, qui constituait l'exposé le plus important publié sur le sol américain, avait largement contribué à l'uniformisation du rituel bien qu'il y eut sans aucun doute d'autres manuels importés disponibles, ce fut Jachin and Boaz avec sa façon de travailler se référant aux "Anciens" qui influença le plus le rituel américain Il est amusant de constater que les loges des "Antients" prédominaient en Amérique, mais que Jachin and Boaz reflète la manière de travailler des "Modernes". Le livre connut dix éditions en Amérique avant 1801, alors que les trois autres manuels américains ne furent jamais réimprimés Nous pouvons déduire de sa popularité que Jachin and Boaz fut largement utilisé par les Loges américaines, même de façon informelle, pour mettre en oeuvre leur rituel.

"La Nature a horreur du vide", et dans le vide du rituel maçonnique américain apparurent des
conférenciers maçonniques itinérants. Ces conférenciers, qu'on ne trouvait qu'en Amérique, parcouraient le pays, enseignant des façons de travailler uniformisées pour les trois premiers grades, les quatre grades du système américain du Royal Arch : Mark Master, Past Master, Most Excellent Master, et Royal Arch, et des grades secondaires. Le grand unificateur du rituel américain fut Thomas Smith Webb, dont on sait qu'il utilise Jachin and Boaz dans son enseignement à ses étudiants (Webb formalisa les cérémonies dans Jachin and Boaz, adapta la langue à la langue vernaculaire américaine, et combla les lacunes dans la procédure. Il étendit la langue et les formules de son travail sur les trois premiers grades au Royal Arch et
il forma et certifia d'autres conférenciers. En 1797 Webb publia Le Moniteur du Franc-Maçon, outil pédagogique qui aida à consolider sa codification du rituel. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il suscita également l'intérêt pour les hauts grades.

On sait peu de choses des méthodes de travail des conférenciers maçonniques, mais on peut tirer quelques déductions raisonnables à la lecture du registre &Abraham Jacobs (1782-1808) et du journal de Jeremy Ladd Cross (1817-1820) Si l'on admet que chaque Inspecteur de l'Ordre du Royal Secret était peu ou prou un conférencier itinérant, ce sont peut-être de 100 à 150 « colporteurs maçonniques ». En plus des "cours" sur les grades des Loges bleues et du Royal Arch (ce qui voulait dire enseigner de mémoire le rituel et l'installation du temple), ces conférenciers vendaient ou donnaient des grades secondaires à leurs clients et accordaient des patentes à divers organismes sous leur autorité.

Le journal de Jeremy Cross nous donne une idée assez précise sur les affaires d'un conférencier
qui avait du succès. Bien que les écritures de son journal aillent de 18 17 à 1820, les données financières de l'époque ne devaient pas être tellement différentes de celles de la période antérieure à 1801. Ses honoraires pour une journée de travail semblent avoir été de 4 dollars en 1817, environ 55 dollars en 2003, et il crée des conseils de "Select Masters" pour 20 dollars, soit environ 275 dollars aujourd’hui.) Il devient conférencier maçonnique autour de 1814, mais en 1818 il est toujours endetté et espère mener une vie plus stable Le 17 août 1817, il partit de Haverhili, dans le New Hampshire, voyagea en diligence et en bateau et arriva à Richmond, en Virginie, le 4 décembre, après un voyage de mille kilomètres. Il logeait à l'hôtel. Durant son périple de dix-sept semaines jusqu'à Richmond, il créa au moins six Conseils de "Select Masters" pour 120 dollars (équivalant à 1.650 dollars d'aujourd'hui), et il passa environ vingt-neuf journées à faire des conférences dans des Loges et des Chapitres. Son revenu total pour le voyage à Richmond s'éleva environ à $236/$3.245.

Pour avoir une estimation approximative de ses dépenses, notez que pendant son séjour à
Washington, D.C., il paya 8$75, pour une chambre et les repas de trois jours à l'hôtel de l'Union de Thomas Crafford , soit $2.50 par jour*. Le coût du logement dans des villes plus petites devait être inférieur, disons à peu près de $1.50-2.00 par jour. S'il utilisait des hôtels ou des tavernes pendant la moitié ou les deux tiers de son voyage et s'il logeait chez des Frères le reste du temps, il dépensait alors environ $90-$160 pour son logement, tout près de la moitié de son revenu. Quand on aura ajouté ses frais de transport et des dépenses diverses il est facile de voir pourquoi, après quatre années de conférences, il était toujours endetté.

Son journal est imprécis sur le nombre de Conseils créés, les jours de conférences rémunérés, et ses honoraires, mais nous pouvons tout de même nous faire une idée des conditions financières de son voyage de 1817 du New Hampshire en Virginie en lisant les écritures de son journal du 9 au 16 octobre 1817, huit jours particulièrement chargés pour lui.

Des honoraires de 4 dollars pour un jour de conférences semblent avoir été le tarif généralement admis. La Grande Loge du Massachusetts nomma Benjamin Gleason Grand Conférencier le 22 juillet 1805, et après une année d'enseignement aux Loges du Massachusetts il reçut 1.000 dollars, soit environ 15.600 dollars en 2003 (Si Gleason enseigna à peu près vingt-et-un jours par mois, cela signifie qu'il reçut approximativement la même rémunération que Cross à chaque conférence.

Abraham Jacobs ne semble pas avoir enseigné dans les grades des Loges bleues, et son registre n'indique pas non plus le montant de ses honoraires. Nous savons cependant que Cross et Gleason touchèrent 4 dollars par jour pour enseigner aux grades des Loges bleues et du Royal Arch à peu près à la même époque et que Cross reçut 20 dollars pour fonder un Conseil de "Select Masters", conférant un seul grade. Par ailleurs, en 1806, Antoine Bideaud, du Suprême Conseil du Sud, initia, à New York, du 4ème au 32ème grades, J.J.J. Gourgas et quatre autres, pour 46 dollars, soit 1,50 dollars (20) par grade . Il n'est donc pas déraisonnable de penser que Jacobs percevait de 10 à 15 dollars par personne quand il conférait les treize grades de la Loge de Perfection et du Conseil des Princes de Jérusalem, consentant peut-être un rabais pour un nombre plus important de candidats.

Le 9 novembre 1790, Moser Cohen initia Jacobs "Chevalier du soleil, avec les pleins pouvoir pour
initier les Frères et constituer des Loges", et c'est ce qu'il fit. Il confère les grades Ineffables, Sublimes et d'autres grades "secondaires" pour arrondir les revenus qu'il tirait de l'enseignement de l'hébreu. Bien que son registre ne nous livre aucun renseignement sur ses honoraires, il nous éclaire en revanche sur la manière dont il conférait les grades, ce à partir de quoi nous pouvons imaginer ce qu'étaient les méthodes d'autres Inspecteur.

En dix-neuf jours, du 10 juin au 3 juillet 1792, Jacobs conféra les grades allant de Maître Secret à Prince de Jérusalem à seize Frères d’Augusta, en Géorgie. Ce qu'il a écrit dans son registre pour le 14 juin était typique de la manière dont les grades étaient conférés.

14 juin. Ai conféré ce jour les grades de Prévôt et Juge aux Frères Zimmerman et Prescott, ainsi
que les grades d’Intendant des Bâtiments, ou Grand Maître d’Israël. Le Frère James Garduer était présent et a reçu les grades de Maître Secret et de Maître Parfait, avec toutes les instructions requises

En général, un ou deux grades étaient conférés chaque soir, mais comme tout le monde ne pouvait être présent, l'attribution de grades était répétée, comme le 14 juin. Jacobs ne bénéficiait d'aucune aide pour conférer les grades, et donc les cérémonies étaient loin d'être parfaitement "réglementaires". Il est raisonnable de demander : Pourquoi fallait-il autant de soirées pour conférer les grades ? L'explication peut être trouvée dans l'expression utilisée le 14 juin dans le registre de Jacobs : "avec toutes les instructions requises".

Arturo de Hoyos, Grand Archiviste et Historien du Suprême Conseil, 33ème, S.J., croit que Jacobs dictait les cérémonies aux candidats et que ceux-ci transcrivaient les rituels pour leur usage personnel. Pour corroborer cette assertion, les Archives du Suprême Conseil, 33ème, S.J. possèdent plusieurs petits livres non reliés, qui contiennent des transcriptions individuelles de grades. Voyez la page titre d'un livre non daté avec les rituels du grade de Chevalier Kadosh écrits sur 58 des 64 pages de format 12cm * 16,5cm.
Knight of Kadoch or White & Black Eagle
Inspector of all lodges Grand Elect 24th 29th degree Gd elected Knt of,Kadosh

Ce qui est significatif est que "24è"" est rayé et remplacé par "29è"".
Avant 1801, le Grade de
Kadosh était le vingt-quatrième dans l'Ordre du Royal Secret mais la circulaire pour les Deux
Hémisphères inscrit le Kadosh comme vingt-neuvième grade et il est plus tard devenu le trentième).
 

C'est pourquoi de Hoyos fixe la date de ce manuscrit peu avant 1801. Il fat préparé sous l'égide de l'Ordre du Royal Secret, mais peu de temps après son propriétaire a dû transférer son allégeance au nouveau Suprême Conseil et le rituel a été numéroté et renommé par une autre main. Le Suprême Conseil invita  du titre original, et en dessous, il est écrit "C. W. Moore" par une troisième main. 291 Mss., N.P., N.D., Early S.C., Archives, Suprerne Couneil, 33-, S.J., U.S.A. tous les détenteurs de patentes de ‘l’Ordre du Royal Secret à les rendre et à recevoir une patente du nouvel organisme.

Peu de ces livres subsistent, et ce probablement pour plusieurs raisons. D'une part, il n'y eut jamais vraiment beaucoup de récipiendaires de ces grades, comme l'attestent le petit nombre de loges fondées avant 1801 et la rareté des commentaires dans les comptes-rendus de la Grande Loge. D'autre part pendant la période d'anti maçonnisme de 1826 à 1840, les Francs-maçons démissionnaires furent encouragés à détruire tout leur attirail maçonnique. Enfin, Albert Pike lui-même, autorité incontestée, encouragea la destruction de versions antérieures et non acceptées des grades du Rite Ecossais

Nous pouvons maintenant reconstituer un exemple de la façon dont les Inspecteurs conféraient,
résumaient les cérémonies du grade, et enseignaient les mots et attouchements. Après chaque cérémonie abrégée, les Inspecteurs dictaient les rituels aux nouveaux membres qui les transcrivaient pour leur usage personnel. Certains Inspecteurs, comme Abraham Jacobs, encourageaient leurs candidats à faire une demande de patentes à une autorité compétente, bien que, de toute évidence, très peu aient donné suite (24).Sous les entraves des règlements de la Grande Loge, les Inspecteurs étaient libres de colporter leurs « marchandises » là où ils trouvaient des candidat de bonne volonté. Leurs clients payaient ces renseignements avec empressement, soit qu'ils aient été séduits par des arguments de vente de grades supposés réservés à une élite, soit qu'ils aient été attirés par la promesse de davantage de lumière en
Maçonnerie. Les grades étaient conférés aussi bien que possible par les Inspecteurs, avec peut-être l'aide de quelques Frères. Les nouveaux candidats étaient alors autorisés à transcrire les rituels pour leur étude et usage ultérieurs, peut-être en mettant sur pied une loge de hauts grades avec une patente.

L'exercice des Hauts Grades dans les structures en Amérique avant 1801.

Selon le premier recensement américain en 1790, la population totale s'élevait à 3.893.635
habitants.

Les cinq plus grandes villes étaient New York (331.131habitants), Philadelphie (28.522
habitants), Boston (18.320 habitants), Charleston (Caroline du sud) (163.594 habitants) et Baltimore (13.503 habitants). Cinq structures des hauts grades avaient leur siège dans trois des cinq villes américaines les plus importantes. Charleston en comptabilisant à elle seule trois. Albany (3.498 habitants) était la dix neuvième ville par ordre d'importance démographique et comptait une structure maçonnique des hauts grades. L'implantation surprenante pour un corps des hauts grades est Homes'Hole sur l'île de Martha's Vineyrard, Massachusetts. En effet, le recensement de 1790 ne dénombre que 350 habitants dans cette localité, tandis que le Comté de Dukes avait une population de 3.245 habitants. Si, au lieu d'un Comté, il s'était agit d'une ville, elle se serait classée au vingtième rang. Donc les structures de l'Ordre du
Royal Secret étaient le plus souvent implantées dans les plus grands centres urbains. Ceci devait leur conférer une excellente visibilité pour les Maçons des loges symboliques.


Nous ne disposons que de très peu de textes attestant de l'activité de ces structures.

. La première structure de l'Ordre du Royal Secret établie aux États-unis le fut à la Nouvelle
Orléans. La Loge de Parfaits d'Écosse, une Loge de Perfection, fut installée le 12 avril 1764, mais si elle fut la première, elle ne dura pas longtemps.

 
. Peu après que la France eut cédé la Nouvelle Orléans à l'Espagne par le Traité de Paris de 1763, la Franc-maçonnerie passa soit dans la clandestinité ou périclita totalement dans cette ville. Peu de documents ont été préservés de « Parfaits d'Écosse » dont nous ignorons tout de ses activités et de son influence.

 

. Les hauts grades ne devaient pas réapparaître de façon formelle à la Nouvelle Orléans avant 1807. Les seuls documents restant de la Loge, sont les minutes de l'installation et la liste nominative des officiers.


. L'ineffable Loge de Perfection d'Albany avait reçu sa patente de Henry Andrew Franken en 1768. Son registre se trouve dans les archives du Suprême Conseil du 33' de la Juridiction Nord. Il fait état de 123 Tenues de 1768 à 1774, aucune n'ayant néanmoins eu lieu en 1772. Les minutes disponibles sont banales et ne sont pas annonciatrices de grandes promesses pour la Maçonnerie sublime de Perfection.

 

. Le registre des minutes de la Loge de Perfection de Philadelphie, installée par Salomon Bush, a été conservé par la Grande Loge de Pennsylvanie et réédité en 1915. Il fait état de Tenues ayant eu lieu, la première en 1781, et l'ultime en 1789. Hormis le fait que ses membres écrivirent à Frédéric Le Grand, les actes n'ont par ailleurs rien d'exceptionnel.
 

. Isaac Da Costa organisa la Sublime Grande Loge de Perfection à Charleston en 1783. A la date
du 13 juin 5796, le Temple, les minutes, les décors et le mobilier de l'Ineffable Loge de Perfection et de Sublimes Maçons furent consumés par un incendie. Ceci venant s'ajouter à donner, j'ai élevé les Frères nommés ci-dessus au grade de Princes de Jerusalem d'autres causes eut pour effet de suspendre les Tenues de la Loge (à l'exception de quelques Tenues occasionnelles liées à des évènements particuliers).
.

 Cinq ans après que Da Costa eut organisé la Loge de Perfection à Charleston, Barend M. Spitzer, Abraham Forst et Joseph M. Hyens établirent un Grand Conseil des Princes de Jérusalem en 1788 dans cette même ville. Sa juridiction s'étendant sur les Loges de Perfection et les Conseils de Princes de Jérusalem fut reconnue au moins par Abraham Jacobs qui instruisit ceux qui y avaient été invités à solliciter une charte à Charleston.


. La Loge de Perfection Roi Salomon à Holmes'Hole (aujourd'hui Tisbury) sur l'île de Martha's
Vineyrard, fut créée par Moses Michael Hays, Inspecteur Général adjoint, en 1791, alors qu'il
exerçait les fonctions de Grand Maître de la Grande Loge du Massachusetts (Anciens). En 1797,
cette structure rendit sa patente à la Grande Loge et se vit remettre une nouvelle patente avec le même nom, mais seulement comme Loge Symbolique. La Loge de Perfection Roi Salomon rendit ses décors, sa patente et ses minutes. En 1822 le tout fut détruit lors de l'incendie de la Grande Loge de Boston.

 
. Henry Wilmans, Grand Inspecteur Général, installa une Loge de Perfection à Baltimore, mais le
seul document dont nous disposons aujourd'hui est la « Constitution et les Règlements des Grands Élus Parfaits et Sublimes Maçons », signé de 77 membres en 1792, dont quatre deviendront Grands Maîtres du Maryland. Il y est notamment fait référence, en 1804, à Loge Concordia n'13 de Baltimore concluant un accord de location pour 150 dollars avec la « Sublime Loge ». Ceci semble indiquer que la Loge de Perfection dura au moins douze ans. Nous n'en savons pas plus.


. Charleston devint en 1797 le centre de la Maçonnerie Américaine des hauts grades lorsqu'un
Sublime Conseil des Princes du Royal Secret y fut installé sous l'autorité de Hyman Isaac Long. Ce fut la dernière structure des hauts grades constituée avant 180 1.
Les seules structures Ineffables ou Sublimes, encore en activité en 1801 étaient probablement à Baltimore et de façon certaine à Charleston. Si rares furent les structures à survivre plus de quelques années, celle de Charleston produisit le terrain fertile qui permit l'émergence du Suprême Conseil des États-unis d'Amérique.

La plupart des structures des hauts grades exerçaient leurs activités à côté de Loges bleues ou
d'autres structures. Leur simple présence suffisait à attirer l'attention d'autres Maçons de leur
environnement sur les « Sublimes Grades ». Mais cette attention n'était pas suffisante pour leur assurer le succès ou l'intérêt.

Les structures de l'Ordre du Royal Secret exerçaient leurs activités sans aucune direction centrale avant 1801. Il n'existait aucune autorité dans les États de l'Union, ni au niveau national. Par contraste, il existait des Grandes Loges dans douze des premiers États en 1791, le Delaware ayant constitué sa Grand Loge en 1806. Certaines Grandes Loges autorisèrent leurs Loges à travailler aux rites de la Marque, de l'Arc Royal et d'autres grades en vertu de leurs patentes. En 1801, le Rite de York commença à se développer. Il existait alors des Grands Chapitres de Maçons de l'Arc Royal au moins dans sept États. La Maçonnerie de l'Arc Royal était considérée comme le prolongement logique et naturel de la Maçonnerie symbolique. Les Chevaliers du Temple avaient constitué un Grand Camp dans la ville de Philadelphie.

Une distinction subtile, mais importante, entre le Rite de York et l'Ordre du Royal Secret résidait dans l'exigence intellectuelle des grades Ineffables et Sublimes d'une part, tandis que le Rite de York et en particulier ses grades capitulaires, d'autre part, faisaient appel à des éléments populaires de mise en scène.
 

Cette différence est assez bien reflétée par la disposition des initiés de l'Ordre du Royal Secret à payer pour simplement avoir le privilège de transcrire des rituels - certainement une approche historique scientifique de la Maçonnerie du plus grand intérêt pour les chercheurs. Rares furent les Maçons élevés par les Inspecteurs à participer à des Tenues car il n'y avait tout simplement pas assez de structures auxquelles ils eussent pu participer. Mais ils semblaient se satisfaire de pouvoir lire et étudier les rituels.

Nous ignorons en réalité ce qui se passe exactement lors des Tenues avant la période de 1801 en Amérique, mais ce que nous savons de la période anti-maçonnique américaine (environ de 1826 à 1842) nous livre néanmoins des indications précieuses sur cette période précoce. L'ouvrage de David Bernard, « Lumière sur la Maçonnerie » (1829), a été la principale publication de l'époque et a connu cinq éditions livrant chacune plus de détails que la précédente entre avril et décembre 1829. Son principal concurrent fut l'ouvrage intitulé « Le rituel maçonnique » publié en 1831. Les deux livres avaient pour objectif de détruire la Franc-maçonnerie en prétendant révéler ses rituels et en en dressant un portrait le plus désavantageux possible. Donc toute description négative doit être considérée comme l'objectif ultime des auteurs. Leurs descriptions reflétaient des variantes locales du rituel, qui pouvaient être plus ou moins répandues. Arturo de Hoyos souligne que de telles variantes sont une conséquence prévisible de la tradition du Rite de York et de la transmission de son rituel par le bouche à oreille. La tradition écrite des grades Ineffables et Sublimes laissait nécessairement beaucoup moins de place à de telles variantes.

Si nous pouvons accorder crédit à ce qu'à expose Allyn, les grades capitulaires de l'Arc Royal
proposaient aux participants des épreuves d'initiation espiègles et tapageuses.

Ces grades, en particulier de l'Arc Royal, constituaient la conclusion logique du grade de Maître.
Ils semblaient proposer quelques facéties innocentes pendant la cérémonie. C'était donc beaucoup plus populaire que de s'exercer aux activités austères de retranscription des rituels et que l'étude de ceuxci.


Leur description des grades capitulaires de l'Arc Royal, celui alors le plus pratiqué des hauts grades, fait état de plusieurs manières de mettre les candidats dans l'embarras et de les surprendre. Allyn avait même accompagné ses descriptions de dessins comiques des cérémonies mettant en exergue les mésaventures burlesques des initiés.

Par contraste avec les grades capitulaires, la description des « onze grades ineffables » les fait
apparaître austères et solennels, prenant la plupart du temps l'allure de scénettes historiques. Bernard avait progressé jusqu'au 6è` grade de Secrétaire Intime et Allyn n'avait reçu aucun des grades Ineffables et Sublimes. Ils n'avaient donc que peu d'éléments concrets de référence de ce qui se déroulait dans une Loge de Perfection.

Il n'en reste pas moins, qu'aucun des deux auteurs n'aurait voulu omettre de souligner le moindre aspect négatif, y compris en se basant sur la rumeur. Leurs descriptions sont si rudimentaires qu'elles confortent l'idée de cérémonies véritablement sérieuses, et dénuées de toute caractéristique comique pour l'observateur. Si les grades Ineffables et Sublimes ne se sont précisément peut-être pas aussi rapidement répandus, c'est qu' ils étaient sans doute jugés trop austères et que la dimension comique propre à l'initiation des grades capitulaires de l'Arc Royal leur faisait défaut. Nous ne le saurons sans doute jamais avec certitude.

Conclusion

Le Suprême Conseil des États-unis est apparu à une époque où les Maçons américains prenaient conscience qu'il y avait une connaissance maçonnique au-delà des loges bleues. Cette conscience a été propagée par des conférenciers itinérants, par des livres et des loges de l'Ordre du Royal Secret. L'Ordre, avec ses Inspecteurs qui agissaient sans grand contrôle, ne possédait pas dans son organisation une infrastructure lui permettant de survivre. Son descendant, le R.E.A.A. offrait toutes les caractéristiques qui garantissent la grandeur. En deux cents ans, le REAA a grandi au point de devenir la branche la plus importante et la plus développée de la fraternité maçonnique. Aujourd'hui, il conserve des potentialités de développement encore plus grandes qu'en 1801.

 

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REAA : déclaration de Rome(2007)

Publié le 2 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du REAA

  1. Les Juridictions des Hauts Grades Écossais réunies en XIXe Rencontre Internationale du 24 au 27 mai 2007 au Zénith de Rome confirment l’importance de la méthode d’échanges périodiques multilatéraux, ouverts et dynamiques. Elle permet de confronter des expériences, des idées, des projets pour partager un élan commun autorisant à  concourir à l’amélioration et au progrès de l’humanité.            
  2. Elles réitèrent leur attachement aux principes de liberté absolue de conscience, de respect de la diversité des identités et leur profonde fidélité aux principes énoncés lors des déclarations de Lausanne en 1875 et de Genève en 2005 qui représentent les fondements de la Franc-maçonnerie  des Hauts Grades Écossais. 
  3. Elles  expriment leur pleine satisfaction pour les résultats obtenus lors des Travaux de la XIXème Rencontre et pour la convergence d’idées sur le thème à l’étude. Ceci a conduit à exclure un engagement direct des Juridictions Ecossaises dans la transmission du message maçonnique envers la Société et à interpréter avec plus de force la mission initiatique. Le but est de former d’authentiques Maçons unis et  véritables vecteurs des principes de Tolérance dans la Société profane, de respect humain, de liberté, d’altruisme, qui sont les conditions pour la cohabitation pacifique des peuples et pour le progrès humain, en tenant compte de l’évolution de la société 
  4. Les Juridictions expriment dans un même temps la conviction que la Franc-maçonnerie des Hauts Grades Ecossais a vocation à conduire une action indirecte, afin de mettre en pratique le projet énoncé au paragraphe cinq de la Déclaration de Genève qui leur assigne pour mission de concourir au rapprochement solidaire entre les différentes cultures et civilisations pour contribuer ensemble au développement 
  5. Toutes les Juridictions ont adhéré à l’idée et soutenu le projet de tenir une « Conférence Méditerranéenne des Hauts Grades Écossais » en octobre 2008 à l’Or\ de Marseille, en vue d’étudier les instruments et propositions de nature à favoriser l’ouverture, le dialogue et le dépassement des différences idéologiques et spirituelles.  
  6. Les Juridictions expriment leurs plus vives félicitations pour la constitution de l’ « Association Européenne d’Etudes et de Recherches Écossaises » (S.EU.RE). Elles remercient leurs promoteurs et déclarent leur soutien à l’initiative. Elles souhaitent qu’à travers cette « société savante », ouverte à des chercheurs Maçons et profanes, les principes des Hauts Grades Écossais puissent s’introduire dans le tissu de la société contemporaine et susciter l’ adhésion aux niveaux les plus élevés de l’Union Européenne.  
  7. La 19e Rencontre Internationale des Hauts Grades Écossais a conclu ses travaux dans une atmosphère de grande Fraternité et un niveau conforme à la Tradition. Les Juridictions ont décidé de tenir la prochaine et 20e Rencontre internationale au Royaume du Maroc, dans un Orient restant à définir, et remercient le Suprême Conseil du Maroc d’avoir bien voulu accepter d’en être l’hôte.  

8.     Le thème de travail sera le suivant :

       « Comment l’Écossisme, avec sa conception progressive de l’évolution, peut-il trouver sa place dans une société où règne la dictature du présent ? »


Alors que l’Italie célèbre le bicentenaire du F\Giuseppe Garibaldi, les Juridictions s’honorent de s’associer à ce devoir de mémoire autour d’un Franc-maçon emblématique de l’universalité. Membre du R\ E\ A\ A\   et Grand Inspecteur Général (33e), il symbolise l’engagement dans la cité pour les valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité. Citoyen des deux Mondes, ce T\ Ill \F\ a œuvré de manière exemplaire pour faire prévaloir les idéaux d’émancipation, de progrès et de rassemblement dans l’unité fraternelle.  Les Suprêmes Conseils ont tenu à saluer l’engagement du S\ C\ d’Italie et lui expriment leur plus profonde gratitude.

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