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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Ordre Royal d’Ecosse Heredom of Kilwining 2éme Grade

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

…….Vous voyez T : Excellent par ce léger aperçu de notre théorie que la transmutation des métaux nous est connue, il est temps que vous aperceviez le but et l'objet de tous nos travaux. Nous tenons des philosophes qui nous ont précédés l'important secret de composer de l'or, mais le danger qu'entraîne cette connaissance admirable nous oblige à travailler sans cesse aux moyens de nous défier de nous même. Dans peu de jours, d'une étude suivie et en devenant le témoin secret de nos opérations vous ne manquerez pas à coopérer à ce que nous appelons le grand œuvre, vous deviendrez chimiste habile et vous ferez de l'or.

Il est une chose importante à vous révéler c'est qu'aucun de nous n'a le droit de détourner la moindre parcelle de ce métal précieux. Si les philosophes qui m'entourent ne prenaient pas la sagesse pour guide de leurs actions, ils s'approprieraient de suite l'or qu'ils confectionneraient et se procureraient toutes les jouissances que donne la richesse. Qu'en résulterait-il ? que le public, le gouvernement même serait intéressé à connaître la source de tant de bien et qu'enfin l'imprudent compromettrait et causerait infailliblement notre perte. Pour prévenir tous les malheurs voici la marche régulière que nous avons adoptée. Tout l'or sorti de notre laboratoire où vous avez été introduit nous le déposons dans une caisse artistiquement faite et qui contient pour environ trois millions en lingots. La lenteur de nos opérations et les précautions que nous devons prendre afin d'écarter tout soupçon exige de nous trois ans de travail pour que nous puissions remplir cette caisse. Quand cette valeur numérique est complète, le plus ancien d'entre nous qui est chargé durant trois années des fonctions dont je suis dépositaire emporte cette caisse et nous dit un éternel adieu après avoir prononcé un serment terrible et va jouir dans une contrée lointaine des fruits de son travail, de ses études et de sa discrétion.

Tous les trois ans nous perdons un de nos collaborateurs qui est remplacé dans notre sein par un nouveau F:.. Jugez maintenant de l'importance de nos travaux et du bonheur qui vous attend si la mort ne vous surprend point avant que votre tour soit venu de participer à nos richesses……

……LIVRE DE LA VERITE

Mortel, apprend à te connaître ! tout ce qui flatte ton orgueil ou ta cupidité, te séduit aussitôt ; reviens à ton erreur. Comment as-tu pu croire que des philosophes, des amis de la sagesse consacrent leur vie à chercher un métal méprisable et qui donne tant de maux. La pierre philosophale existe, veux-tu la posséder ? veux-tu jouir de tous les biens qu'elle procure, rappelles toi tes fautes passées, songes au bien que tu as fait. Mets dans une juste balance le bien et le mal, tu verras que la somme de tels penchants vicieux, de tes erreurs l'emporte sur celle de tes bienfaits et de tes vertus. Formes d'après cet examen la noble résolution de changer de conduite. Jures toi solennellement dans ton cœur d'éviter de mal faire et de chercher à faire le bien.

Pénètre-toi de l'importance de l'engagement que tu contractes à la face du ciel, alors tu peux marcher sans crainte dans le chemin de la vie. Si tu éprouves des contrariétés, si le malheur te poursuit, si des revers inattendus t'accablent, que ton cœur reste ferme au milieu de la tempête, comme un rocher battu par les vagues. Offres tes souffrances à l'éternel qui d'un regard embrasse l'univers et exige que tu sortes de ton erreur. Ne portes pas les yeux sur l'homme opulent car tu ne songerais qu'à l'éclat qui l'entoure et tu ne remarquerais pas les soucis qui le rongent, les remords qui peut-être le déchirent, mais jettes les yeux sur cette classe infortunée qui inonde le sein des villes. Réfléchis, appesantis-toi sur les privations qu'elle éprouve, les misères qu'elle ressent ! Pense au sort cruel qui lui est assigné sans compensation, sans espérance d'adoucissement ! Frémis et si tu n'as pas un cœur de tigre, tu ne t'attendriras plus sur tes peines, tu te résigneras.

La force de supporter sa destinée, le courage de se plier à sa condition, d'en être satisfait, la paix de l'âme qui naît d'une conscience pure et une confiance sans bornes en la justice du Souverain:. arbitre des mondes, voilà la pierre philosophale. Alors ton âme stoïque planera au dessus des misères humaines qui ne pourront plus l'atteindre. Non qu'elle devienne insensible aux chagrins, fuite nécessaire des biens qui nous attachent à la vie, mais elle sera calme, inébranlable au sein de l'activité en quelque sorte dans l'avenir pour goûter la récompense réservée à la vertu.

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La lumière des mercures

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

Ce petit Traité fut envoyé par Raymond Lulle au Roy de la Grande Bretagne, pour lui servir de lumière à entendre ce qu'il y avait de plus caché dans ses autres Livres.

Prenez, au nom de Dieu, de la matière que vous savez et la mettez en putréfaction au bain marie pendant vingt jours au moins, afin que les parties se trouvent mieux séparées. Ensuite vous en tirerez par la distillation au bain marie avec un feu très doux, l'eau ardente que vous rectifierez jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de flegme et vous mettrez à part cette eau rectifiée et vous en ôterez encore une fois le flegme par la distillation sur les cendres jusqu'à ce qu'il vous paraisse au fond du vaisseau une matière comme de la poix fondue.

Mettez à part ce flegme et par une autre distillation sur les cendres vous ôterez encore le flegme de votre eau jusqu'à ce qu'il ne reste que de la matière au fond du vaisseau et sur cette matière vous y verserez du même flegme que vous avez gardé, jusqu'à quatre doigts au dessus. Après mettez-là circuler pendant deux jours au bain marie et ensuite un jour sur les cendres, en sorte qu'elle bouille doucement. Trous trouverez que votre flegme aura pris beaucoup de couleur, lequel vous verserez par inclination dans un autre vaisseau et vous mettrez encore du nouveau flegme qui sera resté de celui que vous aurez mis à part, que vous remettrez pendant deux jours au bain marie, et aussi pendant un jour sur les cendres et vous verserez encore par inclination ce flegme qui sera coloré avec le précédent et continuez à mettre du nouer flegme jusqu'à ce qu'il ne se colore plus. S'il vous manquait du flegme vous prendrez celui qui est coloré et vous en séparerez la moitié ou le tiers par la distillation au bain marie et de cette moitié que vous aurez tiré, vous vous en servirez comme du premier flegme Alors vous trouverez au fond de votre vaisseau la terre blanche et le flegme aura tiré avec lui toute l'huile. Si vous voulez les séparer, vous le pouvez faire par la distillation au baie marie Jusqu'à ce que tout votre flegme soif dans votre récipient et que l'huile demeure très rouge au fond du vaisseau que vous garderez pour rubéfier vos mercures.

Prenez donc de cette terre blanche et versez sur icelle de la première eau ardente que vous avez réservée, en sorte qu'il  en ait deux doigts au dessus de la dite terre: et mettez la bouillir doucement pendant un jour sur des cendres et après vous séparerez l'eau et ladite terre en la distillant sur les cendres, laquelle vous réserverez. Rejetez encore d'autre eau ardente deux doigts au dessus de cette terre et mettez-là sur les cendres pendant un jour naturel et redistillez encore sur les cendres. Mettez cette eau avec la même que vous venez de mettre à part, et continuez à faire la même chose jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'esprit dans votre terre, et qu'il soit tout passé avec votre eau ardente. Ce que vous connaîtrez quand votre poudre sera impalpable, et en en mettant un peu sur une lame de fer rouge, qu'elle ne produise aucune fumée. Vous mettrez cette poudre en digestion à la lampe en sorte que le feu soit continuel pendant dix jours, et mettez dessus ladite poudre votre eau qui a tout tiré l'esprit, en sorte qu'il y ait un peu de cette eau au-dessus, et mettez en digestion à la lampe pendant un jour naturel. Et après vous tirerez par la distillation au bain cette eau qui aura laissé son esprit dans cette terre, et remettrez de cette première eau dans laquelle est l'esprit, un doigts au-dessus de cette terre, et séparerez ensuite par distillation au bain-marie cette terre qui demeurera sans esprit. Continuez ces digestions et distillations jusqu'à ce que la terre ait consommé tout son esprit, ce que vous connaîtrez en mettant cette terre sur une lame rougie qui fera dissiper presque toute cette terre en fumée, laquelle terre vous mettrez en digestion pendant six jours, à la lampe, après quoi vous augmenterez le feu, en sorte que cette terre se sublime et s'élève aux côtés du vaisseau où est le Mercure végétable : et ce qui sera demeuré au fond du vaisseau est la terre damnée et de nul usage dans votre vaisseau. Vous ramasserez promptement ce Mercure pendant qu'il est récent, et vous le mettrez en digestion avec ladite terre sur les cendres pendant 2 jours ; et il s'en fera une eau qui dissoudra tous les métaux sans corrompre leur forme, et c'est ce que nous appelons le Mercure végétal.

Prenez une once de ce menstrue, et mettez une demi-once de soleil en feuille ou poudre, et fermez exactement le vaisseau. Mettez-le en digestion au bain-marie pendant deux jours, et votre menstrue se teindra de la couleur du soleil ; mettez le encore sur les cendres pendant un jour naturel et vous verrez qu'il se colorera d'avantage, et ensuite vous retirerez par inclinaison ce menstrue dans un autre vaisseau que vous fermerez fort exactement ; vous remettrez de nouveau menstrue sur ledit soleil, et le mettez derechef pendant un jour à feu de lampe, et il se colorera. De plus vous le retirerez par inclinaison et le remettrez avec l'autre déjà coloré, en continuant à remettre de nouveau menstrue. Vous ferez la même chose jusqu'à ce qu'il ne se colore plus, et il vous demeurera dans le fond une terre du soleil sans couleur, qui pourra vous être utile pour les Opérations particulières, à cause de la séparation des éléments.

Nota, que pour une partie de Lune, il faut trois parties de menstrue, et que le temps de la digestion soit plus long d'une huitième partie.

Prenez donc ce menstrue coloré dans lequel est ce soufre du Soleil, et qui contient une grande partie du Mercure : mettez-le en circulation pendant trente jours sur les cendres dans deux vaisseaux de rencontre fait exprès, et qu'il y en ait dans chacun un égal poids, et à cause qu'il y a une plus grande partie de Mercure que de soufre, il se formera au fond de chacun vaisseau une pierre, et l'eau qui montait avec la couleur ne montera plus que toute blanche, et vous retirerez doucement par inclinaison ce menstrue dans un vaisseau, et vous mettrez doucement les deux pierres dans un autre vaisseau à col long. Prenez garde qu'elles ne prennent l'air, et que cela ne leur nuise, et mettez-le au bain-marie pendant trois jours, ces pierres se dissoudrons en une eau très rouge ; et vous retirerez le vaisseau que vous mettrez en digestion pendant cinq jours au feu de lampe, et cette matière se formera encore en pierre : vous la remettrez ensuite au bain-marie pendant un jour naturel, et elle se dissoudra encore en une eau très rouge et transparente comme un rubis, laquelle vous remettrez encore pendant deux jour au feu de lampe, et cette matière se résoudra comme la cire très fondante ; si vous en projetez une partie sur dix parties de Lune, elle se convertira en très bon Soleil, et si vous la faites encore dissoudre et coaguler tant qu'elle ne puisse plus se coaguler, une partie convertira trente parties de Lune en Soleil.

Raymond Lulle

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Alchimie maçonnique

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

A quoi sert l’Alchimie ? L’alchimie sert à séparer le vrai du faux.
Paracelse

Dès son entrée au Cabinet de Réflexion, au moment de son initiation, le Franc-Maçon constate un lien fort avec la symbolique de la science alchimique et, avec le début de la construction de son Temple personnel, il se découvrira comme alchimiste, se retrouver à changer le monde qui l’entoure et à se transformer intérieurement.

Souvent, en discutant avec de jeunes Frères, on me demande pourquoi les alchimistes ne parlent pas clairement et pourquoi ils utilisent un langage incompréhensible pour la plupart ou qui peut facilement être mal interprété.

Ces questions me font sourire, pas en signe de moquerie bien sûr, tout simplement parce que le manque de connaissances conduit inévitablement à des déductions superficielles et apparemment idiotes.

Les alchimistes visaient l’homme et sa perfection spirituelle, pour eux la croissance intérieure ne peut être objectivée, exportée, transmise, mais doit être suscitée chez celui qui est prêt ou « rassasié », comme le disait Socrate à son disciple Théétète.

De même, Jésus de Nazareth, se référant à la multitude de ceux qui l’écoutaient, dit à ses disciples :

Je leur parle en paraboles.

C’est toujours:

Que ceux qui ont des oreilles entendent.

Ne donnez pas de perles aux cochons, car ils pourraient se retourner contre vous.

Les études de textes alchimiques ont permis de découvrir deux types de disciplines, la physique et la spirituelle, cette dernière étant considérée comme le véritable objectif. En ce sens, la première n’est rien d’autre que la métaphore pour indiquer le véritable objectif : la transmutation de l’impur en pur, du négatif en positif, de la matière en esprit.

Les métaux, mais aussi les étoiles et les viscères étaient liés aux qualités morales de l’individu : le plomb correspondait à l’imperfection maximale de la matière et aussi de la moralité ; l’or s’accordait parfaitement.

Le parallélisme entre la transmutation du plomb, le métal le plus vil, en or, le métal parfait, devient ainsi clair, avec l’accomplissement spirituel de l’état de grâce originel de l’homme.

Ceux qui n’ont saisi que l’aspect physique de l’alchimie sont, au mieux, devenus des experts chimistes et expérimentateurs, mais beaucoup se sont perdus derrière l’idée de richesse et de pouvoir.

Ceux qui ont suivi le chemin de l’esprit par soif de pouvoir ont échoué. Cependant, ceux qui l’ont entrepris inspiré par la connaissance et la bonté se sont élevés, réussissant à dominer leurs passions, devenant maîtres de leur propre corps et de leur nature, non pas pour acquérir le pouvoir, mais dans la conviction qu’en se sacrifiant à la connaissance, ils auraient fait le bien de l’humanité.

Et n’est-ce pas exactement ce qui arrive à beaucoup de Frères ?

Combien d’entre eux se sont perdus, sont restés « plombés », croyant que la franc-maçonnerie pouvait changer « comme par magie » leur vie profane ?

Mais combien sont devenus « l’or », l’espèce la plus précieuse et la plus brillante ? Combien ont fait de leur vie un chef-d’œuvre ?

Dans le terme « Al-Kimia », le préfixe « Al » a le sens d’Être Suprême ; étymologiquement, l’alchimie est donc la science divine, qui conduit l’homme de bonne volonté à éveiller en lui l’étincelle divine en se plaçant, comme le soutenait Spinoza, du point de vue de Dieu.

L’alchimie représente donc une voie de mise en œuvre du potentiel spirituel.

Les alchimistes recherchaient la pierre philosophale parce qu’ils pensaient qu’elle pouvait transformer les métaux en or et produire l’élixir de vie. Tout s’est déroulé selon un véritable rituel : il y avait sept métaux – or, argent, cuivre, étain, mercure, fer et plomb – liés aux sept étoiles – Soleil, Lune, Vénus, Jupiter, Mercure, Mars et Terre – qui, à leur tour, , ils étaient liés aux sept entrailles de l’homme et, même, aux sept notes et aux sept couleurs.

Les sept procédés étaient divisés en quatre opérations, putréfaction, calcination, distillation et sublimation, et en trois phases, dissolution, coagulation et union.

Grâce à ces sept procédés, la matière première, mélangée au soufre et au mercure et chauffée dans le four, l’Atanor, s’est progressivement transformée, en passant par différentes étapes, de 3 à 12, liées à la signification magique des nombres, caractérisée par la couleur prise. par la même matière lors de la transmutation.

Les étapes fondamentales sont :  travail en noir, dans lequel la matière se dissout en se putréfiant ;  travail blanc, au cours duquel la substance se purifie, se sublime ;   opéra rouge, qui représente l’étape finale.

Combien d’entre nous, maçons, en relisant ces passages, n’avons pas pensé aux changements qui se sont produits en nous, au mélange de nos croyances avec nos expériences, à la fusion de ce que nous étions avec ce que nous sommes devenus ?

Comme le disait Pic de la Mirandole, l’homme a la possibilité de s’élever ou de s’abaisser.

La dégénérescence de l’Alchimie maçonnique a été possible parce que la plupart des gens, la comprenant mal, n’ont pas compris sa signification spirituelle et, interprétant littéralement les formules alchimiques, l’ont ridiculisée, ou tout au long de leur vie, ont poursuivi le rêve d’une richesse facile, à la recherche de la formule qui permettrait transmuter les métaux en or.

Je conclus avec les paroles du philosophe Wittgenstein qui soutenait

Il vaut mieux garder le silence sur ce dont on ne peut pas parler

laissant la parole à ceux qui, consciemment, avec passion, détermination et beaucoup de travail sur eux-mêmes, ont décidé de transformer le plomb en or.

 

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L'Etoike flamboyante

Publié le 14 Juin 2026 par T.D

 

Si nos symboles sont les représentations le plus souvent iconographiques de concepts parfois très élaborés, l’étoile flamboyante semble, à priori, issue d’un concept simple. Toutefois, en l’examinant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’en est rien comme nous allons le voir.

Dès les plus anciennes civilisations, la représentation de l’étoile a toujours été associée aux divinités ou aux âmes des morts parties rejoindre les dieux. On la trouve dès l’époque sumérienne où elle symbolisait Dieu dans l’espace céleste, très présente dans la mythologie égyptienne, elle l’est aussi dans les croyances chinoises ou indiennes. Elle est alors représentée sous la forme de cinq branches et non d’un pentagramme.

Dans la F\M\, l’Etoile flamboyante n’a pas toujours été représentée telle que nous la connaissons aujourd’hui, elle ne fût même pas une étoile du tout à une époque.

En effet, si le manuel Sloane de 1700 parle de l’étoile flamboyante, il était repris du manuel Edimbourg de 1696 qui lui, parlait d’un Large ovale.

Pourquoi un Large ovale ?

C’était en fait la représentation de la mer de bronze citée dans le premier livre des Rois, chapitre VII (1R7), une large vasque de bronze contenant les eaux lustrales, reposant sur douze bœufs symbolisant les douze constellations du zodiaque (et les douze tribus d’Israël) et située sur le parvis du Temple de Salomon. Dans ses eaux, la nuit, se reflétait le ciel étoilé. Ceci pourrait expliquer le passage de la mer de bronze à l’étoile.

A partir de Sloane, elle est tout d’abord représentée sous la forme que nous connaissons d’une étoile à cinq branches encerclée de flammes, elle apparaîtra aussi à sept branches (peut-être dans d’autres degrés) ou disparaissant pour ne laisser place qu’au flamboiement, peut-être dans un but d’intellectualisation mais perdant par-là même tout son sens.

Comme nous venons de le voir, l’Etoile Flamboyante est un symbole dont la représentation graphique complexe laisse supposer une interprétation qui ne l’est pas moins.

L’Etoile Flamboyante est constituée de trois éléments dont la signification de chacun renforce la signification de l’autre. Ils sont au nombre de trois comme nous l’avons vu, un pentagramme, un flamboiement et une lettre G majuscule.

Voyons ces éléments.

Le pentagramm

Si l’étymologie de ce terme n’est pas pleinement satisfaisante, nous la conserverons malgré tout pour la suite de cet exposé.

Pas satisfaisante car si « pentagramme » signifie cinq traits, cela va à l’encontre de notre méthode graphique qui veut que nous la dessinions d’un seul trait non pas par caprice, mais car il s’agit là d’une partie de sa symbolique que nous verrons plus loin.

Le pentagramme est une forme géométrique simple, c’est un polygone étoilé que l’on peut tracer aisément a l’aide d’un compas et d’une équerre en respectant les proportions du nombre d’or.

La proportion divine qui préside à sa construction étant apparue au Pythagoriciens, ceux-ci l’adoptèrent comme signe de reconnaissance affirmant à son égard que « l’on ne peut parler des choses divines que muni d’un flambeau »

Le pentagramme est également utilisé dans la sorcellerie ou dans le satanisme dans sa forme inversée, pointe en bas, mais aussi dans cette même position pour la rosace de la cathédrale d’Amiens ou certaines décorations de l’armée russe, qui, ni l’une ni l’autre, ne vouent de culte à satan.

D’autre part, il faut mettre un terme à certaines inepties vues, lues ou entendues telles que « L’homme » des proportions de Léonard de Vinci, ou quoique ce soit d’autre, s’inscrive parfaitement dans le pentagramme. En effet, dans les divines proportions que Léonard de Vinci a mesuré chez l’homme, on trouve que, quatre doigts font une paume, quatre paumes font un pied, que l’envergure égale la hauteur, qu’il s’inscrit dans un cercle dont le centre est le nombril et dans un carré dont le centre est le pubis. En aucun cas, l’homme illustrant le traité d’architecture de Vitruve ne rentre dans un pentagramme. Ou à contrario, on peut tout dessiner dans la forme simple qu’est le pentagramme quitte à tricher un petit peu.

Comme nous l’avons vu précédemment, notre tradition veut que nous tracions l’étoile d’un seul trait et ce n’est pas un hasard.

Le dessinateur part de l’extrémité de l’une des branches et après une errance ordonnée et dirigée, reviens au point de départ. Ce tracé terminé, il peut être répété à l’infini sans lever le crayon.

Il ne s’agit pas là de la métaphore d’une cosmogonie cyclique chère à Mircea Eliade dans « Le mythe de l’éternel retour », mais de celle d’un voyage qui doit ramener celui qui l’entreprend dans le droit chemin.

Il a contourné son centre sans jamais l’atteindre, peut-être y aura-t-il vu que dans le pentagone qu’il a ainsi dessiné au centre de l’étoile, peuvent se dessiner une infinité de pentagramme concentriques, lui rappelant qu’une étincelle divine est en lui et qu’il n’aura de cesse de la retrouver. Peut-être, verra-t-il aussi que s’il prolonge le tracé des branches, il peut construire une infinité de pentagramme grandissants, image de l’univers infini dont il n’est qu’un élément. Peut-être encore, verra-t-il qu’en reliant les pointes de ces étoiles concentriques, il trace une spirale répondant au nombre d’or, qui lui indiquera que de l’infiniment petit à l’infiniment grand, tout est harmonie                  

La divine proportion dont procède l’étoile, ou qui découle d’elle, nous précise que ce voyage n’a pas pour seul but de nous faire découvrir l’harmonie régnant dans la construction de la terre et de l’univers, mais aussi que celui-ci doit s’effectuer harmonieusement, il ne s’agit pas de sortir du chemin tracé, mais d’aller voir ce qui est beau ailleurs et de s’en enrichir.

Le chiffre 5 est à fortiori très présent dans le pentagramme, cinq traits, cinq branches, cinq angles convexes, cinq angles concaves, il s’inscrit dans un pentagone et un pentagone s’inscrit en lui. C’est ici la combinaison du 2 et du 3, de la lune et du soleil, du mal et du bien, du féminin et du masculin, c’est à dire un homme dans un monde sensible a trois dimensions mais aussi la force de ses quatre membres et l’intelligence de sa tête.

Ce chiffre cinq est également présent dans les pas du compagnon, autre métaphore du voyage, dans l’age de cinq ans, dans les cinq marches, les cinq sens, les cinq styles d’architecture…

Le Flamboiement.

Le flamboiement qui entoure l’étoile vient renforcer l’image de la force qui émane d’elle et à l’instar de l’épée flamboyante du Vénérable Maître, sa lumière pourfend les ténèbres pour guider le compagnon vers son but, c’est à dire vers la Lumière du G\A\D\L’U \ car l’étoile Flamboyante en est son astre

Sans ce flamboiement, l’étoile ne serait rien d’autre qu’une figure géométrique à laquelle on aurait donné un sens purement arbitraire. Dans la loge, c’est en la superposant au Delta rayonnant, lui-même déjà éclairé que l’Etoile flamboie. Sur le tableau de loge, on adjoindra au pentagramme, des flammes ou des rayons représentant sont éclat. Ainsi, elle devient le guide, celui-la même qui guida les Mages vers Bethléem.

On pourrait résumer ainsi le Flamboiement en disant qu’il est la Lumière que l’on cherche en cheminant par l’Etoile.

La lettre G

La lettre G  est sans aucun doute un des grands mystères de la F\M\ si l’on se réfère au nombre de significations qui lui sont donnée.

De l’initiale de Géométrie, cinquième des arts libéraux, en passant par Gnose, Gravitation, Génération, Génie, Gloire, Grandeur jusqu’a God de l’anglais, Got de l’allemand, Godda du persan, beaucoup de choses ont été dites.

Certains y ont vu le gamma minuscule grec lui-même dérivé du hiéroglyphe égyptien sekhnet ou mât du pavillon d’Anubis en forme de fourche, d’autre, l’iod hébraïque, initial de Jéhovah, d’autre encore, une déformation de la représentation de la mer de bronze dont on retrouve la forme ovale dans le tracé du G, ou enfin l’idéogramme alchimique du sel après avoir été ouvert à la façon d’un 6.

Pour ma part, l’origine anglo-saxonne de la franc-maçonnerie que nous pratiquons me porte à croire qu’il s’agit de l’initiale de God signifiant ici sa présence sans la dévoiler totalement.

La réunion des trois éléments.

C’est bien la réunion de ces trois éléments qui fait flamboyer l’Etoile aux yeux du compagnon. Ayant ainsi rassemblé ce qui était épars, il ne doit jamais oublier les devoirs de ce grade. Chercher dans son cœur, dans celui de chaque homme et en chaque chose cette étincelle divine qui en est la quintessence.

L’Etoile Flamboyante et son apparition au nouveau compagnon.

L’Etoile Flamboyante, symbole Oh! Combien représentatif du deuxième degré apparaît aux compagnons dès leur entrée dans le Temple lors de la cérémonie de passage où elle a remplacé le Delta Rayonnant.

Une première indication est donnée aux impétrants par le V\M\qui dit : «  le T\ de la F\ M\ va s’éclairer, car vous allez connaître de nouveau symboles et découvrir le monde extérieur » Ainsi donc, les apprentis sont sortis des ténèbres et en pénétrant dans le Temple, ils se dirigent vers le monde extérieur avec de nouveaux outils et un guide.

L’importance de l’Etoile Flamboyante pour les nouveaux compagnons est renforcée lors de la cérémonie de départ lorsque l’O\ dit : « Ont-ils, gravé en leur cœur le tracé de l’Etoile, leur guide ? » et que le 1° S\ la leur fait dessiner.

L’Etoile Flamboyante a donc une triple signification pour le compagnon, elle est le point de départ d’une nouvelle étape de la vie maçonnique, elle est le chemin à suivre et elle est le but à atteindre.

Pour conclure

Si pour beaucoup, l’étoile qui guida les Mages à Bethléem est le plus souvent l’image de l’Etoile Flamboyante, je lui préfère un autre passage de l’Ancien Testament qui, s’il ne parle pas d’étoile, n’en explique pas moins bien toute sa symbolique et celle du grade de compagnon.

Livre de Tobie, chapitre V – Le Compagnon, verset 1, (pour situer le récit, il faut se souvenir que Tobit, le père demande à son fils d’aller en Médie rechercher l’argent qu’il a laissé en dépôt vingt ans plus tôt)

« Je ferai, père, tout ce que tu m’as commandé. Seulement, comment faire pour lui reprendre ce dépôt ? Lui ne me connaît pas, et moi, je ne le connais pas non plus. Quel signe de reconnaissance vais-je lui donner, pour qu’il me croie et qu’il me remette l’argent ? De plus, je ne sais pas les routes à prendre pour ce voyage en Médie. » Alors Tobit répondit à son fils Tobie : « Nous avons échangé nos signatures sur un billet, et je l’ai coupé en deux pour nous en ayons chacun la moitié. J’ai pris l’une, et j’ai mis l’autre avec l’argent. Dire que cela fait vingt ans que j’ai mis cet argent en dépôt ! Maintenant, mon enfant, cherche-toi quelqu’un de sérieux pour compagnon de voyage, il sera à nos frais jusqu’a ton retour ; et puis va toucher cet argent chez Gabaël. »

Tobie sortit, en quête d’un bon guide capable de venir avec lui, en Médie. Dehors, il trouva Raphaël, l’ange, debout face à lui (sans se douter que c’était un ange de Dieu). Il lui dit : « D’où es-tu mon ami ? » L’ange répondit : « Je suis l’un des Israélites tes frères, je suis venu chercher du travail par-là. » Tobie lui dit : « Sais-tu la route pour aller en Médie ? » L’autre répondit : « Bien sûr ! J’y ai été plusieurs fois, je connais tous les chemins par cœur... »

Le décor est planté, nous avons, dans ce court extrait du livre de Tobie, toute la symbolique de la loge du deuxième degré.

Le chapitre porte le numéro cinq, son titre : « Le compagnon »

Le jeune Tobie est chargé par son père devenu vieux et aveugle, d’aller chercher ses richesses laissées en dépôt chez Gabaël. Pour ce faire, le père lui donne le symbole (au sens étymologique du terme, il s’agit en l’occurrence d’un billet portant les signatures) qui permettra au fils, autant d’être reconnu par Gabaël qu’il ne connaît pas, que de reconnaître les richesses elles-mêmes, puis lui demande de se trouver un guide et de partir en voyage.

L’ange Raphaël qui cache son nom, masque et manifeste tout à la fois l’action de Dieu, dont il est l’instrument.

Nous avons bien là les principaux attributs de ce grade, le chiffre cinq, le voyage dont on doit rapporter un chef d’œuvre et un guide pour compagnon de route dont on peut supposer qui il est sans vraiment qu’il se dévoile.

L’ange Raphaël est cette étoile flamboyante, il ne connaît pas le chemin, mais tous les chemins, il guidera Tobie dans son voyage et le ramènera chez lui.

Tobie rapportera de ce voyage la fortune familiale, l’amour, sous la forme de la fille de Gabaël qu’il a pris pour épouse, et un remède pour soigner la cécité de son père lui redonnant ainsi la vue de la lumière. Ainsi il a pu continuer sa vie, comblé, en poursuivant les actions charitables qu’avait entreprit son père avant lui.

J’espère être moi aussi devenu l’Etoile Flamboyante qui pourra transmettre tout ce qu’il a pu acquérir à ceux qui suivront mes pas dans un voyage dont je pourrais leur indiquer le chemin.

J’ai dit V\M\

 

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Alchimie et gnosticisme

Publié le 13 Juin 2026 par T.D

La Connaissance Secrète de la Transformation

Le gnosticisme et l'alchimie, bien qu'appartenant à des sphères différentes de la pensée mystique, convergent dans leur essence sur le chemin de la quête spirituelle. Cette quête est animée par un désir ardent de percer les mystères les plus profonds de l'existence, de dévoiler la connaissance secrète (gnose) qui libère l'âme de ses chaînes matérielles et lui permet de fusionner avec le divin.

La Quête Gnostique de la Gnose

Le gnosticisme, un courant de pensée mystique et spirituel qui a émergé dans les premiers siècles de notre ère, propose une vision du monde dualiste où la matière est souvent perçue comme l'œuvre d'un démiurge inférieur, en opposition avec le royaume supérieur du divin pur et absolu. La gnose, dans ce contexte, est bien plus qu'une simple connaissance ; elle est l'illumination, une révélation intérieure qui permet à l'individu de reconnaître sa véritable nature divine et de s'élever au-dessus du monde matériel corrompu. Cette ascension spirituelle n'est pas le fruit d'une foi aveugle ou d'une observance rituelle, mais d'une expérience directe et personnelle du divin, souvent décrite comme une étincelle divine présente en chaque âme.

L'Alchimie : Une Transformation Intérieure

L'alchimie, dans sa quête du Grand Œuvre, partage cette aspiration à transcender le matériel pour atteindre une forme de perfection spirituelle. Le but ultime n'est pas simplement de changer les métaux vils en or, mais de réaliser une transformation intérieure profonde, symbolisée par cette transmutation. Cette transformation est envisagée comme un chemin de purification, de mort et de renaissance, où l'alchimiste lui-même devient le creuset dans lequel les impuretés sont brûlées et la véritable essence spirituelle est révélée.

Allégorique, Symbolique et Ésotérique

Les similitudes entre gnosticisme et alchimie s'étendent à leur utilisation de la langue symbolique et allégorique. Les textes gnostiques, avec leurs récits de création complexes et leurs figures mythologiques, utilisent le symbolisme pour transmettre des vérités spirituelles cachées. De même, l'alchimie emploie un riche répertoire de symboles - le lion vert, le phénix, le roi et la reine - pour exprimer les étapes de la transformation alchimique et les principes de la création. Ces symboles ne sont pas destinés à être interprétés littéralement mais comme des clés ouvrant sur des réalités spirituelles profondes, accessibles seulement à ceux qui sont prêts à regarder au-delà de la surface.

Transcendance de la Rationalité

Gnostiques et alchimistes partagent une méfiance envers la simple rationalité comme moyen d'accéder à la vérité ultime. Pour eux, la connaissance véritable transcende la logique et l'intellect pour toucher à des domaines de l'intuition, de la vision intérieure, et de l'expérience mystique directe. Cette approche valorise l'expérience personnelle et la révélation intérieure comme voies privilégiées vers la sagesse, soulignant que certaines réalités ne peuvent être comprises qu'en les vivant de l'intérieur.

 

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Citation de C. G. JUNG sur les gnostiques et l'alchimie

Publié le 12 Juin 2026 par T.D

"De 1918 à 1926, je me suis sérieusement plongé dans l'étude des gnostiques. Je me suis intéressé à eux, car les gnostiques, eux aussi, avaient rencontré, à leur façon, le monde originel de l'inconscient. Ils s'étaient confrontés avec ses images et ses contenus qui, manifestement, étaient contaminés par le monde des instincts. De quelle façon comprenaient-ils ces images ? Cela est difficile à dire en raison de l'indigence des informations qui nous sont parvenues à ce propos, d'autant plus que ce qui nous en a été transmis provient le plus souvent de leurs adversaires, les Pères de l'Eglise. Que les gnostiques en aient eu une conception psychologique n'est, en aucun cas probable. De plus, ils étaient trop éloignés dans le temps pour pouvoir servir de point de départ à ma façon d'envisager les choses. La tradition entre la gnose et le présent me semblait rompue et, pendant longtemps il ne me fut pas possible de trouver le pont entre la gnose -ou le néoplatonisme- et le présent. Ce n'est que lorsque je commençai à comprendre l'alchimie qu'il m'apparut qu'elle constitue un lien historique avec la gnose, et qu'ainsi, à travers l'alchimie, se trouve rétablie la continuité entre le passé et le présent. L'alchimie, comme philosophie de la nature en honneur au Moyen Age, jette un pont aussi bien vers le passé, la gnose, que vers l'avenir, la psychologie moderne de l'inconscient."

C. G. JUNG, "Ma vie", ed. Gallimard, p. 234, 235.

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ALCHIMIE ET GNOSE AU 18ème DEGRE DU REAA

Publié le 12 Juin 2026 par T.D

(CH\ BERGERAC).

"Pour connaître la rose, quelqu'un emploie la géométrie

et un autre emploie le papillon".

Chacun le sait, nous ne sommes pas "que" géomètres. A la façon du papillon, présence discrète mais remarquée, la rose entre dans notre vie maçonnique dès le premier jour: une rose est remise au nouvel initié, à l'intention de la personne qu'il respecte et aime le plus.

L'unique objet symbolique que le F\M\emportera jamais hors du Temple a un rapport bien connu à l'amour. Mais c'est aussi la fleur préférée des alchimistes qui travaillent de la Rosa alba à la Rosa rubea, de la Rose blanche à la Rose rouge, et appellent souvent leurs traités Rosiers des Philosophes.

La rose est en exergue de cette table burinée. Le développement sera sous le signe de I'Ourobouros. Brodé sur le sautoir du Premier G rand gardien, le serpent, symbole païen de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les civilisations, cet archétype parmi les plus importants de l'âme humaine, selon BACHELARD s'affiche en rond, fièrement, au milieu des multiples croix qui ornent sautoirs et tabliers des Chevaliers et face à la croix de l'Est.

Dans la secte gnostique des Ophites, un rite révélateur version christianisée de 1'antique culte du serpent, était pratiqué. "On apportait un coffret contenant un serpent apprivoisé : on l'ouvrait, l'animal "sacré" en sortait et venait, s'enrouler autour des éléments de l'Eucharistie"[2].

Coffret, symbole du dieu chrétien, simulacre, cela évoque déjà bien des choses. Et d'autres encore si l'on se souvient que, d'origine égyptienne l'Ourobouros est un signe de vie associant le principe fécondant d'Osiris et le principe de mort et renaissance généré par Seth, destructeur mais purificateur de la matière. Partant, le symbolisme du serpent peut être rattaché à celui, plus général, du Feu divin, illuminateur et rénovateur.

Faut-il voir dans la présence de l'Ourobouros sur le sautoir du Premier Grand Gardien une Réminiscence alchimique et un signe précurseur du "Igne Natura Renovatur Integra ?"

Pour les alchimistes le serpent, dans la configuration Ourobouros, représente l'unité de la matière, l'harmonie universelle notions de première importance au plan philosophique.

Enfin, pour les observateurs extérieurs, n'ayant ni début ni fin, l'Ourobouros est à l'image du Grand Oeuvre: seuls les initiés, les adeptes, ont une idée de l'ordonnancement du Grand Art, de l'Ars Magna. En ce qui nous concerne, nous avons trouvé là un prétexte pour ne suivre aucun plan déterminé dans1'exposé de nos observations ou réflexions. Avec un fil conducteur tout de même: le rituel; et une arrière pensée: à un moment de la saga des rituels du 18ème grade, par le biais de l'histoire juive et chrétienne un message alchimique est passé.

De même que la rose est offerte le tout premier jour à l'impétrant, c'est lors de son élévation au deuxième degré que la Gnose est présentée à l'Apprenti comme étant "la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours d'avantage et qui est le principal facteur de progrès"[3]

Sous la forme de la lettre G elle figure au centre de l'Étoile flamboyante ce symbole essentiel du grade de Compagnon signifiant que "l'initié du deuxième degré est destiné à devenir lui-même une sorte de foyer ardent, source de chaleur et de lumière [...]", nous dit le mémento tandis que J.BOUCHER rappelle qu'en alchimie, le G est l'initiale de la matière première…destinée à devenir, donc.

Cette référence implicite à l'alchimie est plus clairement exprimée dans la suite de l'instruction du 2ème grade: "Pour les Alchimistes et dans l'ancienne Franc-maçonnerie, l'Étoile flamboyante était le pentagramme de I'Absolu".[4]

Le mémento invite ensuite à une réflexion entre gnose et gnoséologie: "Pour nous [l'Étoile flamboyante] c'est la réunion de toutes les vérités conciliées par la lumière, en même temps que la clarté personnelle de la voie intérieure. Chacun crée son Étoile flamboyante par ses pensées, ses sentiments, sa conscience et ses actes".[5]

Dans l'ancienne Franc-maçonnerie le grade de Maître n'existait pas; en quelque sorte, on en restait à l'Étoile flamboyante. Restons-y, en nous plaçant sans transition à la reprise des travaux du 18ème grade.

Ce raccourci, peut-être moins audacieux qu'il n'y paraît, -voir le "Maître Libre" décrit par Guérillot[6]- nous conduit au coeur de notre propos. Après l'épisode de la Maçonnerie salomonienne, basée sur la légende d'Hiram et ses prolongements, la Maçonnerie chevaleresque par l'intermédiaire du 17ème , puis du flamboyant 18ème grade, nous convie à la recherche de la Connaissance et à l'emploi des outils que sont les symboles quelles que soient leurs origines.

Les travaux reprennent force et vigueur, au 18ème degré, "à l'heure où le soleil s'obscurcit, où les ténèbres se répandent sur la terre". Il est possible que les concepteurs des rituels aient voulu établir un parallèle avec le travail alchimique de nuit, caché, en fixant allégoriquement la reprise des travaux au crépuscule.

Le Très Sage invite en effet les Ch\.R\+C\à se mettre au travail pour "dissiper les ténèbres et retrouver la Parole perdue"... "L'Étoile flamboyante ayant disparu et les outils de la Maçonnerie ayant été dispersés". Un bouleversement s'est produit. La plaquette sur le symbolisme du 18ème degré nous dit sobrement: "avec le 17ème grade, la parole va être perdue en même temps que le temple sera détruit".

Le rituel est plus précis: il s'agit du second Temple, "élevé sur le fondement de l'Ancienne Loi qu'animait une volonté de puissance. Lui aussi s'effondrera, sa chute et la dispersion d'Israël précéderont l'avènement du troisième Temple, mystique celui-là".

Nous sommes là dans l'anti-biblisme et le dualisme gnostiques chrétiens.

L'un de ses représentants les plus radicaux, Marcion, voyait, dans l'Ancien Testament, non pas une "suite de mythes ni un recueil de mensonges, [mais] une histoire vraie [et] affreuse, celle de la domination tyrannique du Créateur sur le monde et les hommes".[7] D'une manière générale, pour beaucoup de gnostique, "responsable de la création matérielle et de la Loi mosaïque, ce Dieu créateur s'oppose d'une manière absolue au Dieu suprême demeuré inconnu du monde jusqu'à la révélation christique; c'est le Dieu des sacrifices sanglants, des batailles, des massacres".[8] (Alors que dans la Nouvelle Loi "la Justice et l'Autorité seront tempérées et vivifiées par l'Amour").

Ici, c'est l'évocation, par les gnostiques, du temps de la révélation christique intervenant en opposition à l'Ancienne Loi qui nous incite irrésistiblement à oser un parallèle avec le contenu du coffret de la Parole perdue.

Chaque grade a sa légende et annonce le suivant. Celle du 17ème voudrait qu'il ait été créé "en plein Moyen-Âge, à une époque où se heurtaient, en Occident, les principes professés par le catholicisme romain et ceux rapportés du Moyen Orient par les croisés"[9]. La mission des chevaliers d'Orient et d'Occident aurait été d'établir la synthèse entre ces deux "courants", entre le dogme et les gnoses. Bien que Paul NAUDON [10] ait considéré qu'il s'agissait là d'une glose interprétative et restrictive, un auteur profane[11] écrit ceci: "Le 17ème grade du R\E\A\A\ met en jeu un cérémonial imposant qui n'est pas sans évoquer les mystères de certaines sectes gnostiques chrétiennes. Au cours de ce rituel on découvre un étrange tableau représentant une croix de chevalerie dans laquelle se trouvent sept sceaux qui, sont censés figurer ceux dont parle l'Apocalypse de St Jean. […] Notre auteur fait le judicieux commentaire suivant: "Cette légende[12] est le type même des récits invérifiables qui abondent dans les rituels des hauts grades; mais le 17ème degré est intéressant par son souci d'ésotérisme chrétien -même si (ce qui est fort possible) le rituel a été composé par des Maçons français de la fin du XVIIIe siècle, et non par des croisés prestigieux".

Le 17ème méritait bien qu'on s'y attarde un peu: pour ce commentaire qui s'applique dans sa généralité à bien d'autres degrés, et notamment au 18ème à propos duquel on peut parler de, souci d'ésotérisme alchimique. Également à cause de St Jean, apôtre et évangéliste largement cité et commenté par l'incontournable plaquette du 18ème au paragraphe "Parole perdue", avec un acrobatique exercice d'exégèse et une belle citation de Simone WEIL. Pour nous, ce St Jean, fêté le 24 juin par des feux très païens, est intéressant dans le contexte "gnostique" en confirmation de ce qui vient d'être dit: "d'après certains auteurs, St Pierre symboliserait l'église "extérieure" et St Jean l'église "intérieure"; aussi a-t-on voulu voir dans le vocable de St Jean utilisé par la Maçonnerie la preuve évidente de son rattachement à la Gnose [...]" [13]

Le rituel de réception au 18ème degré va nous donner l'occasion de relever un bon nombre de références "alchimiques" et également de constater des convergences entre alchimie et gnose dans nos textes.

Encore au grade de Chev\ d'Orient et d'Occident qui vient de leur être conféré, les candidats à l'élévation au 18ème grade promettent, de soutenir la cause du faible et de l'opprimé et de remplir fidèlement les devoirs de Rose-Croix.

Basile VALENTIN, alchimiste allemand de la fin du XVe siècle, écrivait ceci: "Bref, si tu veux chercher notre Pierre, sois sans péché, persévère dans la vertu, que ton esprit soit éclairé de la lumière et de la vérité. Prends la résolution, après avoir acquis le don divin que tu souhaites, de tendre la main aux pauvres embourbés, d'aider et de relever ceux qui sont dans le malheur".[14]

Dans la même tonalité le Très Sage exhorte les récipiendaires à retrouver la Parole perdue "afin de reprendre notre approche de la Vérité, condition indispensable pour être consacré Rose-Croix". Il définit la Parole perdue comme (a) "non écrite, symbole de la Tradition Universelle, (b) manifestation de l'étincelle d'intelligence dans la nature des êtres".

Trouver la pierre philosophale, pour l'adepte alchimiste, "c'est avoir résolu le problème fondamental, avoir trouvé le secret de la nature, grâce à une Connaissance parfaite acquise par illumination"[15]

(a) D'après certains auteurs profanes[16] il existe des "constantes" chez les alchimistes occidentaux: (le secret dont ils s'entourent-le caractère traditionnel de leur science qui se transmet de maître à disciple (leurs écrits ne peuvent être déchiffrés que si l'on en possède la clef).

(b) Jean de Meung, dans la deuxième partie du Roman de la Rose, renouant avec le mythe grec de la fontaine de jouvence, fontaine philosophique ou fontaine des sages pour les alchimistes, décrit une "fontaine, salutaire et belle à merveille" dans laquelle brille une escarboucle (pierre de la famille des grenats, rouge foncé d'un vif éclat).Écoutons-le:

"II n'y a là d'autre soleil qui rayonne que cette escarboucle flamboyante. […] L'escarboucle a si merveilleux pouvoir que ceux qui s'en approchent et mirent leurs faces dans l'eau voient toutes les choses du parc, de quelque côté qu'ils se tournent et les connaissent proprement ainsi qu'eux mêmes; et, après qu'ils se sont vus là, ils ne seront jamais le jouet d'aucune illusion, tant ils y reviennent clairvoyants et savants".

Escarboucle flamboyante, étoile flamboyante, étincelle d'intelligence, clairvoyants et savants, connaissance de soi..., il y a 1à bien des éléments: aspect gnostique de l'alchimie, contenu crypto-alchimiquee et crypto-gnostique de notre rituel, bien des éléments de la matière d'une subtile alchimie: maçonnique au 2ème grade, rose-croix au 18ème.

Le plus rude travail, la peine tout entière

Est à parfaitement préparer la matière.

aurait dit un certain Augurelli dans sa Chrysopée.

Tout est prêt, tout peut commencer les candidats, "au noir", c'est-à-dire cordon de R\+C\ à l'envers, sont conduits dans les ténèbres d'une salle obscure où l'on a illuminé une image du Phénix au pied de laquelle se trouve le coffret contenant le support de l'inscription I .N R I.

Ainsi, la première image symbolique qui saute aux yeux des candidats est celle d'un animal. Jusqu'à présent, d'initiation en augmentations de salaire successives ils avaient découvert des outils, des minéraux, des objets, des végétaux. Les animaux de toutes sortes sont omniprésents dans la symbolique alchimique. Le premier animal rencontré est donc un phénix. Il est rouge pourpre, une couleur nouvelle, en rupture avec les degrés précédents et aussi avec les récits de la Bible où le rouge est rarement différencié du brun ou bien représente la couleur du péché (Esaïe1, 18)[17]

Les impétrants apprendront par la suite que le phénix est, pour les Alchimistes, le symbole de l'Oeuvre au rouge caractérisant la régénération du monde; des planches du Grand Oeuvre, avec le Phénix, montrent la figure hermétique de l'amour spirituel, prouvant ainsi que gnose et alchimie font bon ménage souvent. Le phénix est, dans le même sens, l'allégorie de la perfection du feu pur.

Ils découvriront peut-être qu'en s'appropriant une fois de plus, un symbole païen les Pères de l'Église avaient fait du phénix le symbole de la résurrection du Christ, jusqu'au VIe siècle. Le supplice de la croix inspirait l'horreur. On voulait cacher celle-ci aux néophytes et aux païens à évangéliser.

\

Les futurs Chev\ R+C sont conduits dans un Temple "rouge". Ils croient avoir retrouvé la Parole perdue. Le très Sage leur demande où.

-"Sous l'aile du Phénix à l'instant où il renaissait de ses cendres.

-Mon F:. Gr\Expert, voulez-vous m'apporter la Parole perdue qu'avec l'aide de nos FF\ animés par la Foi, l'Espérance et la Charité, vous croyez avoir retrouvée.

Le T\S\ouvre le coffret, en tire un document qu'il montre au Chapitre et lit l'inscription.

- I.N.R.I. Voilà la Parole perdue et enfin retrouvée."

Avant de commenter les explications données par le T\S\et le Chev\d'Éloquence sur ce qui vient de se passer, relisons les indications données dans le rituel[18] pour servir de thème au discours de bienvenue du Chev\ d'Éloquence: "Les 16 premiers grades sont relatifs à une première période de la pensée humaine jadis conservée dans le secret des Temples et symbolisée par l a tradition hébraïque du peuple élu. Tous les symboles de ces 16 premiers grades sont judaïques et architecturaux. Le 17ème degré rappelle l'époque de la ruine du Temple. Le 18ème degré a pour objet l'étude de la pensée moderne, des philosophies, des différentes religions, de la sagesse et de la science qui doivent se prêter un mutuel appui".

Si le fond et la forme sont discutables en ce qui concerne les 17 premiers grades, on ne peut que saluer le programme, novateur voire réactionnaire, proposé pour le 18ème où les religions en général sont placées sur un pied d'égalité avec d'autres manifestations de la pensée. Il était bon d'en parler dès maintenant pour bien marquer le contraste avec ce qui suit, extrait du même rituel.

Si l'on veut bien considérer, d'autre part, que l'Alchimie a sa place entre Sagesse et Science, nous nous permettrons de faire valoir son point de vue et, si cela se présente, de souligner quelques incidences gnostiques.

On se souvient que les vertus[19] animaient, soutenaient l'ardeur des Chev\ d'Orient et d'Occident avant leur recherche de la Parole perdue. Dans les préalables du Grand Oeuvre, "l'adepte doit éliminer les désirs corporels et vaincre la chair […]. L'alchimie devient une véritable religion dont la thèse fondamentale sera le pouvoir illimité de l'esprit sur la matière […][20].

FUCANELLI adepte moderne[21] invite à "se rappeler l'adage "Mens agitat molem", l'esprit agite la masse, car c'est la conviction profonde de cette vérité qui conduira le sage ouvrier au terme heureux de son labeur. C'est en elle, en cette foi robuste, qu'il puisera les vertus indispensables à la réalisation de ce grand mystère". "L'"art" accompagne

Les Rose-croix néophytes, aidés par les vertus, ont mérité que la Parole leur soit l'ascèse; à eux deux, ils constituent le double processus du Magistère"[22].révélée, on les éclaire maintenant sur d'autres mystères.

-La F\M\ a conservé pour son 18ème degré la croix à quatre branches égales, emblème qui se prête à de multiples et fécondes interprétations.

-Cette croix est ornée en son centre d'une Rose rouge, perfection naturelle, .fleur de la Chevalerie, emblème de l'Amour pur.

Les rédacteurs du rituel écrivent "croix" avec un "c" majuscule Il faudrait, si ce n'est déjà fait, rectifier cet abus dans une prochaine édition: la croix à quatre branches est la plus basique, la plus primitive.

C'est crux, crucis, qui à donné croisée, pour le châssis des fenêtres comme pour l'intersection de deux chemins, au sens où l'adepte NEWTON l'employait dans l'expression "experimentum crucis": "expérience servant pour vérifier une hypothèse, comme un poteau indicateur de carrefour pour trouver son chemin"[23].

Dans le langage volontairement ésotérique des adeptes, croix signifie "creuset", "mot obscur" avoue une lexicographe qui peut représenter soit une lampe à deux mèches croisées, soit un récipient creux[24].

La rose, dans ce même langage, c'est la couleur rouge en général et aussi le nom des deux phases qui succèdent au noir initial: de la rose blanche à la rose rouge, cette dernière signifiant l'apparition de la pierre des sages. Celle-ci nous renvoie à l'escarboucle flamboyante de tout à l'heure. Et si la croix à quatre branches avec la rose rouge au centre était une Étoile flamboyante substituée; comme le mot sacré? Le T\S\ termine d'ailleurs ainsi: "C'est pourquoi vous voyez, dans les branches de cette croix, les lettres I.N.R.I. qui, alternativement prononcées, forment le mot sacré du grade de Rose-Croix".

Auparavant, le T\S\ avait dit: "La raison est comme la rose dans la croix du présent, lequel, crucifié entre l'Être et le Non-être, entre le passé, le néant qui n'est plus et l'avenir, le néant qui n'est pas encore, est le lieu de la réconciliation entre la raison et la passion".

Nous proposons, en regard de cette abstraite sentence un extrait de l'Archidoxe de Paracelse, "cette étrange figure faustienne du 16ème siècle, anticlérical, développant un système "qui sent le fagot", mais qui n'a pas lui-même conscience de sortir du christianisme"[25], ce qui est le cas de la plupart des alchimistes:

"Celui qui veut travailler au Grand Oeuvre doit visiter son âme, pénétrer au plus profond de son être et y effectuer un labeur caché, mystérieux. Comme la graine doit être ensevelie dans le sein de la terre, ainsi celui qui entend l'appel de Dieu doit, en se corrigeant, en se rectifiant, obtenir la sublime transmutation du charnier natal, immonde matière noire, et faire du charbon, un éclatant diamant, du plomb vil, un or pur. Il aura trouvé la Pierre cachée qu'il recelait en lui".

Souvenons-nous de V\I\T\R\I\O\L\... La poursuite de l'or, c'est, en réalité la quête de trésors incorruptibles et purement spirituels. Sans lien obligé avec une religion particulière, Dieu "allant de soi", comme pour presque tous les "intellectuels" jusqu'au XVIIIe siècle.

\

Le Chev\d'Éloquence poursuit en proposant deux significations possibles de I.N.R.I.: Jesus Nazarenus Rex Judeorum et Igne Natura Renovatur Integra, Jésus de Nazareth Roi des Juifs et, c'est par le feu que la nature entière se renouvelle. "Cette multiplicité d'interprétations, dit-il, indique assez que la Parole n'a été retrouvée que symboliquement, sous une forme substituée, et qu'en conséquence sa recherche, qui se confond avec celle de la Vérité, demeure la tâche des Chev\Rose-Croix" […].

Plus loin, il commente les représentations de deux animaux placées près de l'autel:

-le pélican, "symbole du sacrifice que tout Chev\ R\+C\ doit être prêt à accomplir".

A quel symbolisme du sacrifice est-il fait appel? A celui du Christ ou à celui de la pierre philosophale qui, dans le processus du Grand Oeuvre, s'épuise en communiquant au vil métal la couleur rouge qu'elle recèle?

-le phénix "emblème de la pensée universelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendre".

Si les FF\ chargés de séculariser les rituels au XIXe siècle sont passés par là, ils ont manqué de cohérence: on a vu que, jusqu'au VIe siècle, le Phénix était au premier plan de la symbolique chrétienne à la place du sacrifice de la croix. Le phénix, symbole immémorial est, pour les alchimistes, l'allégorie du feu pur: sa renaissance miraculeuse constitue le Grand Oeuvre.

Les récipiendaires sont enfin"faits et constitués" Chevaliers Rose-Croix. Le T\S\ ajoute: "Chevaliers, puissiez-vous, sous ces nouvelles couleurs qui sont celles du Feu et de l'Amour, devenir l'ornement et la gloire de notre Ordre".

Cette précision ne peut être ni fortuite, ni gratuite: insister sur la couleur rouge, sur le feu, c'est donner "un signal fort", pour parler contemporain.

PARACELSE parlait de "L'élément "feu", plus sublime encore que les trois autres..." BORRCHIUS tenait, quant à lui, pour certain que le vrai berceau de l'alchimie, pour n'être pas aussi antique qu'on le disait, se trouvait néanmoins dans les ateliers de Tùbal-Caïn le redoutable forgeron[26] de la Bible. Un nom qui nous a tellement intrigués, certain soir, que nous ne l'avons jamais oublié.

Les nouveaux Chev\.R\ +C\ sont reconnus comme tels par le Chapitre et salués par une batterie d'allégresse:

-Signe et contresigne, pas seulement hermétiques... "Tout l'art (l'alchimie) est basé sur l'amour divin, par lequel le ciel s'unit à la terre, dans le chaste inceste du soufre et du mercure"[27].

-batterie à sept coups comme les sept métaux et bien d'autres choses pour les adeptes,

-acclamation, qui si elle signifie vraiment "sauveur", serait plus gnostique que chrétienne.

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A la fin de la magnifique étude Deux siècles de REAA en France, l'Aréopage "SOURCES" définit ainsi la Maçonnerie en général: "C'est la bonne fille, un tantinet adultérine –des Lumières et de l'illuminisme -de la gnose et du cogito -du positivisme et de l'ésotérisme –du christianisme et de l'athéisme, stoïcien -du latitudinarisme protestant et de la physique newtonienne".

Le R\E\A\A\ est ensuite qualifié de "fils d'aventuriers franco-américains".

Dans le même esprit, nous prétendons que l'alchimie est la "mazarine" du 18ème grade: une fille adultérine reconnue mais cachée.

Pierre MOLLIER historien rigoureux, a certainement raison de dire, dans le même ouvrage, que le baron de TSCHOUDY et André DORE se sont trompés en donnant au 18ème grade des origines alchimiques: "force est de constater, dit-il, qu'une lecture raisonnable des rituels anciens que nous avons cités ne laisse rien apparaître de tel".

Tout en restant raisonnables nous pouvons envisager un autre mode de lecture, celui qui est appelé anagogique. Étymologiquement cette lecture est censée conduire en arrière et /ou au-dessus de ce que produisent les lectures habituelles. Dans la pratique, "la lecture anagogique prend au sérieux "ce qui manque" pour en discerner les repères dans "ce dont on dispose".

Pour des Maçons familiers des symboles en tous genres et accoutumés à l'esprit critique, c'est un exercice tout à fait concevable.

C'est ce que notre Chapitre a tenté de faire tout au long de l'année dernière sous l'impulsion de son T\S\ B.BRUGGEMANN et sous la direction technique et spirituelle du B\A\F\ L. NARDIN. Non pour trouver des origines, mais pour mettre en évidence des repères alchimiques tout aussi justifiés et acceptables que les lourdes marques chrétiennes apposées -puis effacées, puis déguisées- au gré des avatars des obédiences ou des opportunités politiques, pendant plus de deux siècles sur le symbolisme du grade de Rose-croix.

 

 

 

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La gnose

Publié le 11 Juin 2026 par T.D


 
Etymologiquement : connaissance (grec gnosis).

Signifie, en fait, connaissance initiatique.

Le terme de gnose désigne diverses tendances qui ont toujours existé dans les grandes religions monothéistes, et qui présentent des points communs aussi bien avec la pensée néoplatonicienne qu'avec les spiritualités orientales.

Gnose signifie connaissance. Il s'agit de la connaissance intérieure, par laquelle l'homme appréhende le divin, indépendamment de tout dogme, de tout enseignement; la gnose s'apparente ainsi au mysticisme. Les gnostiques considèrent que Dieu ne peut être en contact avec le monde, essentiellement mauvais, œuvre du Démiurge. La matière est assimilée à l'ignorance, au mal, et la vie terrestre résulte d'une chute de l'esprit dans cette matière, perte de l'unité originelle avec Dieu. L'homme, prisonnier des dualités (bien/mal, âme/corps, connaissance/ignorance), ne garde plus de son origine divine que la vague nostalgie d'un paradis perdu. Mais le principe divin, l'âme, est en lui, et la recherche spirituelle peut le mener au salut en libérant l'âme de sa prison corporelle.

D'après les dernières recherches, la Gnose trouverait son origine dans les milieux judéo-chrétiens du début de notre ère et dans la crise qu'a traversée la pensée apocalyptique pendant les deux premiers siècles de notre ère (R.-M. Grant, Gnose et origines chrétiennes, Paris, 1964). Ceci ne veut pas dire que nombre de thèmes et de conceptions gnostiques n'aient pas existé avant cette date. Le symbolisme gnostique plonge en effet ses racines au cours d'époques bien antérieures dans la philosophie pythagoricienne. D'autre part, il existe une parenté très nette indiscutable entre les Esséniens et la Gnose. Plus tard, à la deuxième génération, les gnostiques se sont intéressés à des révélations anciennes, orientales et grecques, pour constituer un mouvement religieux où se trouvent réunies toutes les spéculations cosmologiques et théosophiques : les doctrines philosophiques de Pythagore et de Platon, des apports de la Cabbale, de l'hermétisme, de l'alchimie, de l'astrologie.

Les thèmes fondamentaux de la Gnose sont :

  • la théorie de la connaissance (connaissance de soi et connaissance de Dieu);
  • le dualisme (lumière-ténèbres, pneuma-psyché, vie-mort);
  • le mythe du Sauveur-sauvé qui inspire le quatrième Évangile (le messager céleste  descend pour apporter aux hommes la révélation divine);
  • le mythe de l'ascension des âmes.

On peut distinguer d'après les travaux récents deux types de Gnose : une Gnose syro-éygptienne et une Gnose iranienne; celle-ci serait la plus importante et aurait donné naissance: au manichéisme.

En Franc-Maçonnerie. Un des sens de la lettre « G » révélé aux Compagnons lors de la cérémonie d'augmentation de salaire. Cette interprétation n'existe pas au Rite Émulation ni au Rite Écossais Rectifié.

On peut donc, avec Wirth, comprendre le mot « Gnose » dans le sens de « connaissance initiatique ». La Gnose est à la connaissance caractéristique de tout esprit ayant su pénétrer les mystères de l'Initiation. Ceux-ci présentent cette particularité qu'ils sont strictement incommunicables : il faut les découvrir soi-même pour les posséder... La Gnose ne s'acquiert qu'à force de méditations personnelles portant sur les symbole: multiples qui sollicitent l'esprit à deviner leur sens caché... » Les Mémentos du Grand Orient de France, après avoir rappelé que le terme se rattache à la langue des premiers philosophes », donnent à ce terme un sens moral. C'est « la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours davantage et qui est le principal facteur du progrès ».

La Gnose est une connaissance universelle.

La Gnose est une connaissance universelle. Lorsque nous étudions les civilisations antiques (Égyptienne, Maya, Celte, Grecque, Hindoue), nous découvrons à la base les mêmes enseignements. C'est cette connaissance unique que les véritables sages de tous les temps (Confucius, Socrate, Bouddha, Jésus, Krishna, Blavatsky, Steiner…) sont venus livrer à l'humanité.

La Gnose dévoile les clés théoriques et pratiques indispensables à l'homme et à la femme modernes qui désirent se libérer de leurs états négatifs et éveiller leurs facultés latentes.

« Connais-toi toi-même
et tu connaîtras l'univers et les dieux ».

De tous les temps et de tous les âges, l'homme cherche ici et là, dans la mer, dans le ciel et sur la Terre, des richesses et des milliers de trésors. Il parcourt nuit et jour, de kilomètre en kilomètre, la surface de la Terre, à la recherche de quelque chose qu'il ne trouvera jamais : le bonheur, l'amour, la joie, la paix… La gnose nous propose un chemin incroyable, celui qui nous conduit à l'intérieur de nous-mêmes, vers les profondeurs de notre âme. De cette façon, l'homme apprend à se connaître et à comprendre ce qui se passe réellement en lui. C'est alors qu'il éveille sa conscience et que se développent en lui : le bonheur, l'amour, la joie, la paix… La gnose nous dévoile, dans un langage simple et claire, comment descendre dans notre intérieur, à l'aide de clefs merveilleuses comme notre « Ennoïa ».

Historique de la Gnose

Pendant tout le deuxième siècle, sous les Antonins, il y eut dans l'Empire romain une atmosphère de paix très favorable à la libre circulation des idées. La méditerranée, libérée de ses pirates depuis Pompée, était devenue un moyen de communication idéal. On allait de Pergame à Rome, Athènes à Alexandrie aussi facilement qu'aujourd'hui, plus facilement même, car il suffisait d'être citoyen romain pour avoir droit de cité où que ce soit dans l'Empire. Il n'est donc pas étonnant que les grandes capitales soient devenues des foyers de culture très vivants. Tous les cultes, toutes les philosophies s'y rencontraient: les rabbins côtoyaient les prêtres égyptiens, les mages côtoyaient les prêtres de Mithra, les philosophes grecs côtoyaient les évêques chrétiens.

La personnalité d'Hadrien est un parfait miroir de cette époque. Cet empereur qui eut le génie de comprendre que Rome n'avait plus la force de continuer sa politique de conquête, passa la plus grande partie de son règne à voyager, à la fois pour veiller au maintien d'une paix sans cesse menacée et pour satisfaire la curiosité d'un esprit ouvert à tous les courants d'idées, à toutes les religions, à toutes les formes d'art. Mais s'il se fit initier au culte de Mithra, s'il se plût à séjourner en Égypte ou dans les Gaules, il fut surtout séduit par la Grèce. Son grand rêve était de faire revivre le classicisme grec pour en faire l'âme de l'Empire. C'est dans ce dessein qu'il choisit comme lieutenant, Arrien de Nicomédie, un historien qui voulait s'élever jusqu'à la hauteur de Thucydide et comme médecin, Hermogène, un nouvel Hippocrate. C'est dans ce dessein aussi qu'il fit ériger une cité grecque en plein coeur de la Palestine. Ce beau rêve peut très bien être considéré comme l'équivalent politique de l'effort accompli au même moment par les gnostiques sur le plan religieux. Le gnosticisme est bien en un sens du moins, un temple grec érigé sur les ruines du temple de Jérusalem. Ce temple connut d'ailleurs le même sort que la Cité d'Hadrien.

Quel sens convient-il de donner au mot gnostique? Traditionnellement, ce mot servait à désigner les membres des sectes combattues par les grands hérésiologues du deuxième siècle. Mais depuis quelque temps, on parle d'une gnose pré-chrétienne dont Philon le Juif serait le principal représentant. Un tel élargissement du sens du mot gnostique est-il légitime? Nous n'en avons pas à décider ici. Nous reviendrons néanmoins, pour des raisons pratiques, au sens traditionnel du mot: nous n'étudierons que les doctrines des hérétiques.

Qui étaient-ils ces hérétiques? C'était des chrétiens au sens large du terme, c'est-à-dire des gens qui connaissaient la tradition juive, qui avaient entendu parler du Christ, et qui, s'ils interprétaient souvent son incarnation d'une manière trop personnelle, croyaient néanmoins à sa divinité ainsi qu'au caractère extraordinaire de son enseignement.

Mais ces chrétiens vivaient dans la partie la plus hellénisée de l'Empire romain. Valentin était originaire d'Alexandrie; Marcion, du Pont; Bardasane, d'Edesses. Il est donc fort probable que, comme nous le laissions entendre, ils aient été avant tout des penseurs initiés à la philosophie religieuse des Grecs, c'est-à-dire au platonisme et aux religions à mystères. S'ils ont été, comme le soutient Harnack,(01) les premiers théologiens de l'Église, c'est sans doute pour cette raison.

C'est aussi pour cette raison qu'ils se sont opposés violemment à certaines tendances du christianisme orthodoxe alors en formation. Ce christianisme enseignait alors entre autres choses, l'existence d'un Dieu plus puissant que pur, la résurrection des corps et souvent même l'établissement d'un royaume terrestre. C'était des choses inacceptables pour des esprits habitués aux clartés grecques et assoiffés de pureté Platon n'avait-il pas écrit:

«Dieu n'est pas cause de tout, il n'est cause que des biens, il n'est pas responsable des maux.»

Le Christ n'avait-il pas dit: «Mon Royaume n'est pas de ce monde». Les gnostiques furent frappés, plus profondément peut-être que Platon lui-même, par les contradictions inhérentes à notre nature parce que, d'une part, les persécutions, les déracinements massifs qui avaient précédé l'établissement de la paix romaine, leur avaient donné une profonde expérience du malheur et que, d'autre part, la charité évangélique qui les inspirait leur ouvrait les yeux sur la corruption des classes dirigeantes et sur les souffrances des esclaves.

Berdiaev a raison de comparer les gnostiques aux premiers révolutionnaires russes. Il écrit à propos de l'athéisme de ces derniers:

«Les raisons de l'athéisme russe , nous les trouvons d'abord dans une protestation passionnée, indignée contre le mal, la contrainte, les souffrances de la vie; dans la pitié pour les malheureux, les déshérités et les humiliés. Nous avons vu que par compassion, par impossibilité d'admettre la souffrance , les russes se firent athées. Ils se firent athées, refusant d'accepter un créateur qui aurait engendré un monde méchant, imparfait et rempli de douleur. Un tel athéisme offre plus d'une analogie avec la doctrine de Marcion. Mais Marcion supposait que le monde avait pour créateur un dieu méchant: les athées russes, à une période différente de la raison humaine, estiment que Dieu n'existe pas parce que s'il existait, il ne pourrait qu'être méchant.» (02)

Selon Berdiaev donc, c'est pour expliquer le mal que les gnostiques supposent que le créateur est un dieu méchant. Cette opinion est vraie mais en partie seulement. Le dualisme des gnostiques a des causes plus positives. Platon et le Christ leur avaient révélé l'existence du bien, d'un Dieu qui est bon et pur avant d'être tout-puissant et implacable.

Et on peut considérer que c'est pour sauver la transcendance de ce Dieu que les gnostiques attribuent la création à un dieu mauvais, beaucoup plus que pour trouver une explication au mal.

Ce désir de sauvegarder à tout prix la transcendance, la pureté, la bonté de Dieu constitue l'essentiel, l'âme de leur doctrine.

La gnose, nous le verrons, n'est pas autre chose que la connaissance de ce Dieu. Pour pouvoir donner une définition plus complète et plus précise de cette gnose, il faut d'abord souligner que les gnostiques ont fait de larges emprunts aux religions à mystères. (03) Ils leur ont emprunté leur ésotérisme et surtout leur conception de connaissance. Le poème de Dyonisos-Zagreus par exemple, qui était révélé aux initiés de l'orphisme, est plus qu'un simple récit.

C'est une véritable métaphysique exprimée d'une façon allégorique dans un mythe tout à fait semblable à ceux que l'on trouve dans Platon. Les initiés de l'Orphisme avaient en outre accès à d'autres mythes et à des théories de caractère plus scientifique, ce qui leur permettait d'entrer en possession d'un savoir très étendu et très profond. La principale caractéristique de ce savoir, c'est qu'il n'était pas acquis de la façon habituelle mais révélé, qu'il n'était pas communiqué par des dissertations mais par des rites religieux.(04)

C'est aussi qu'il était réservé à des élus, qu'il fallait l'avoir mérité par une naissance heureuse ou par une longue suite de purifications. Il n'est pas surprenant que ce savoir ait été confondu avec le salut lui-même, si , pour y avoir droit, il fallait en quelque sorte être déjà sauvée.

Nous n'avons qu'à remplacer la légende de Dyonisos-Zagreus de l'Orphisme par un poème ayant pour centre un être réel, le Christ, et nous avons déjà une première idée de la gnose. Cela nous permet d'entrevoir que la religion des gnostiques est, comme le dit Harnack, une Théo-Sophie mystérieuse,(05) une métaphysique révélée et une philosophie de visions.

Nous pouvons maintenant proposer la définition suivante: la gnose est une connaissance immédiate de l'Être, contenant en germe une cosmologie, une métaphysique et une morale susceptibles d'être développées dans des poèmes allégoriques. Cette connaissance ne peut être révélée que par le Christ. Elle est la grâce, le salut lui-même. Elle a en outre toutes les caractéristiques du savoir orphique dont nous parlions précédemment.

Pour pouvoir mieux comprendre cette connaissance, la découvrir du dedans, nous pouvons nous mettre en imagination à la place des grands hérétiques du deuxième siècle. Cela est d'autant plus facile pour nous que notre époque n'est pas sans ressembler à la leur. Nietzsche disait déjà des «peuples civilisés» à la fin du siècle dernier:
«Tous les temps et tous les peuples jettent pêle-mêle un regard à travers vos voiles; toutes les coutumes et toutes les croyances parlent pêle-mêle à travers vos gestes.»(06)

N'était-ce pas aussi un peu le cas des hommes du temps d'Adrien? Comme nous, ces hommes étaient pris dans un engrenage politique qui n'était pas à leur mesure, au milieu duquel les voix individuelles n'avaient aucune chance de se faire entendre. Comme nous, ils n'avaient aucune raison sérieuse de croire en un bel avenir. Les points de ressemblance sont très nombreux.

Essayons donc de nous représenter les préoccupation des esprits inquiets de l'Alexandrie des années cent trente après Jésus-Christ. Pendant leurs années d'enthousiasme, ils ont fréquenté plusieurs écoles, ils se sont intéressés aux traditions secrètes de la Grèce et de l'Orient. Ils ont entendu parler de Platon, de Pythagore, de Zoroastre et peut- être même de Bouddha. Mais la variété même de ces doctrines n'a fait que les rendre plus pessimistes.(07) Ils arrachaient un témoignage vivant et ils ne trouvaient que des doctrines...

La grande machine romaine semblait montée pour toujours. Nouvelle contrainte dans un univers déjà suffisamment contraignant par lui-même. Ils se sentaient de plus en plus étrangers dans ce monde. Leur désir d'évasion se faisait de plus en plus pressant. Ils étaient prêts à tout pour échapper à ce destin qu'ils n'avaient pas choisi. Mais il ne faut pas croire qu'ils étaient révolutionnaires à la façon des esclaves romains. Ils connaissaient trop bien les dieux intraitables qui règlent la politique. L'impitoyable nature leur paraissait plus hospitalière que la société.

C'est alors qu'ils ont fait la connaissance de secte nouvelle qui se réclamait d'un certain Jésus dont ils avaient déjà entendu parler mais qu'ils n'avaient pas pris au sérieux, peut-être parce qu'il était juif. Mais cette fois ils le connaissaient à travers les Lettres de saint Paul et l'Évangile de saint Jean. Il les a ainsi conquis. Il leur ouvrait un passage à travers les murs de ce monde.

«Mon Royaume n'est pas de ce monde.»(Jean 18,36) N'enviez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde , l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la vie n'est pas du Père mais est du monde». (Jean 2, 15,16)

Des textes comme ceux-là ne pouvaient que les ravir car loin de les éloigner de la tradition grecque, il les en rapprochaient. À Socrate qui venait de se moquer des craintes que la mort inspirait à Simmias et à Cébés, ce dernier n'avait-il pas répondu:

«Nous sommes des faibles, Socrate. Efforce-toi de nous, réconforter comme tels, en voulant bien supposer toutefois que ce ne sont pas nous les faibles mais un enfant présent en chacun de nous; en te disant aussi que c'est cet enfant qui craint ces sortes de malheur.

-Cet enfant, répartit Socrate, il faut le confier aux soins quotidiens d'un enchanteur et le laisser entre ses mains jusqu'à ce qu'il soit complètement libéré de ses frayeurs.

-Mais où, Socrate, trouverons-nous le parfait enchanteur de ces craintes d'enfant, puisque toi tu t'apprêtes à nous quitter?

-La Grèce est grande, cher Cébès, les hommes de valeur y sont nombreux; il y a aussi de nombreux peuples barbares. Il vous faudra parcourir leurs contrées en quête d'un tel enchanteur n'épargnant ni votre argent, ni vos peines ... » (08)

Ce parfait enchanteur, les gnostiques l'avaient trouvé dans la personne du Christ. Le Christ avait dit: «Je suis la Vérité.» Ils avaient pris cette parole au pied de la lettre. Plus ils approfondissaient sa doctrine, plus ils la mettaient en pratique, plus ils se sentaient sauvés. La vraie connaissance, celle qui est aussi le salut, ils l'avaient enfin trouvée. Ils étaient en elle et elle était en eux.

Comment définir cette connaissance sans la trahir? Elle était avant tout une présence une présence qui n'était pas autre chose que la conscience d'être libre, de ne plus se sentir prisonnier du monde.(09) Les gnostiques étaient devenus des hommes nouveaux. Les lois de ce monde, les lois qui régissent les passions, les lois que dicte la force sous toutes ses formes, n'étaient plus les leurs. Il n'y avait plus de destin pour eux, plus de nécessité ou plus exactement, la nécessité d'airain avait été remplacée par une nécessité d'or pur, par une nécessité surnaturelle.

À un second moment, dirions-nous, leur gnose était la révélation du vrai Dieu. Le vrai Dieu est étranger au monde, profondément inconnu. Il n'a rien de commun avec les dieux païens ni surtout avec le Dieu de l'Ancien Testament. Tous ces dieux ne sont que des puissances parmi les puissances de ce monde. Ce monde n'a rien de divin, il n'a pas été créé par le vrai Dieu mais par quelque puissance inférieure et bornée qui ne connaissait pas ce qu'il y avait au-dessus d'elle.

À un troisième moment, leur gnose était la connaissance de la connaissance et par là, une connaissance de soi-même. Ce savoir, qui était à la fois vie et lumière, n'avait rien de commun avec leurs anciens savoirs qui n'étaient au fond que des reflets des choses du monde. Ces anciens savoirs, ils les avaient acquis par leurs propres moyens. Leur nouveau savoir leur était donné; il était une grâce, il était divin. Et eux aussi, ils étaient divins, eux aussi ils étaient lumière et vie, car autrement comment au-raient-ils pu recevoir la lumière et la vie? Les ténèbres en effet ignorent la lumière. Ils étaient des fragments du vrai Dieu. Leur corps seul avait été créé, ils étaient dans le monde mais ils n 'étaient pas du monde. On voit assez facilement quelle sorte de morale pouvait en résulter. Le corps n'étant qu'une partie du monde, point de foi dans l'action, point d'illusion de se sauver en se conformant à des préceptes extérieurs, point de pharisaïsme! Ascétisme bien sûr, car à quoi bon se préoccuper d'une chose d'emprunt qui n'est pas appelée à ressusciter?

Mais en même temps, tolérance: le corps ayant ses lois propres, qui ne sont pas celles de l'âme, il peut très bien être entraîné dans des démesures sans que l'âme en soit avilie. (10)

Ces trois moments que nous avons distingués pour donner plus de clarté à notre exposé, ne doivent pas nous faire oublier que la gnose est une connaissance unique qui en-ferme bien sur tous les savoirs nécessaires au salut mais qui est plus que la somme de ces savoirs.

À première vue, le profane en matière de théologie ne voit pas très bien quelle différence il peut y avoir entre cette connaissance, qui est aussi libération, et la foi telle qu'elle est définie dans le catholicisme orthodoxe. Dira-t-on que la foi n'est pas un acte de l'intelligence mais un acte de la volonté, qu'elle consiste à donner son adhésion à des vérités qu'on ne comprend pas? Cet-te distinction n'est pas très convaincante. La gnose est justement la reconnaissance d'un Dieu inconnu qui n'a rien de commun avec les dieux que nous croyons connaître à l'aide de la raison naturelle . Elle est essentiellement un consente-ment. Si elle diffère réellement de la foi, c'est sans doute beaucoup plus par la que par le fond.

On pourrait peut-être même dire que la gnose est une foi sans forme extérieure, en ce sens qu'elle est avant tout une expérience du transcendant dont on n'explicite le conte-nu qu'ultérieurement. Le fait que dans les religions gnostiques il n'y a pas de dogme est à ce sujet très révélateur. Et c'est sans doute ce caractère subjectif qui a rendu la gnose si suspecte à l'Église. Irénée disait déjà:

«Cette sagesse, chacun croit l'avoir découverte par lui-même, c'est-à-dire en imagination. De sorte qu'il est convenable selon eux que la vérité soit tantôt dans Valentin, tantôt dans Marcion...Chacun d'eux s'est en effet perverti à tel point, dépravant la règle de vérité qu'il n'est pas troublé de se prêcher lui-même.»(11)

Dans la foi orthodoxe, ce caractère subjectif est très atténué. Cette foi est l'adhésion à des dogmes, à un contenu formulé objectivement. L'expérience ne vient qu'après, quand elle vient. De toute manière, elle n'est pas nécessaire. (12)

On pourrait montrer que la grâce selon la gnose se différencie de la grâce selon la conception orthodoxe d'une façon analogue, c'est-à-dire par la forme plutôt que par le fond. Les gnostiques ne voyaient pas l'utilité des sacrements.(13) Eux qui affirmaient que le monde n'est pas l'oeuvre de Dieu.. comment auraient-ils pu croire que la grâce puisse être communiquée par des signes sensibles? Eux qui croyaient que le social ne valait pas mieux que le monde; comment auraient-ils pu admettre qu'il faille faire partie d'une société pour avoir droit au salut?

Ces réflexions qui, il convient de le répéter, sont celles d'un profane, permettent de comprendre pourquoi Harnack a pu dire que le gnosticisme est «l'hellénisation extrême du christianisme».

Les gnostiques s'opposaient catégoriquement à tout ce qui venait de la tradition juive. Ils voulaient un christianisme universel bien sûr, mais universel par sa pureté et non pas à la façon de l'Empire romain.

«On veut une religion universelle, qui s'adresse non pas à la nationalité des hommes mais à leurs besoins intellectuels et moraux. On consent à reconnaître dans l'Évangile la religion universelle, mais à condition qu'on le sépare de l'Ancien Testament et de la religion de l'ancienne alliance, pour le modeler sur la philosophie religieuse des grecs et l'enter sur le culte et sur les mystères traditionnels.»(14)

Le fait que le Christ était né en Palestine ne signifiait pas que sa religion dût continuer le judaïsme. Le Christ était essentiellement pour eux celui qui révèle le vrai Dieu et non pas le Messie annoncé par l'Ancien Testament. De là leur docétisme. Le Christ avait bien pris la forme d'un esclave, comme il est dit dans les extraits de Théodote, mais cette forme n'était pour lui qu'une apparence. Le Christ n'avait pas souffert réellement. Il n'était pas mort réellement. On a souvent considéré ce docétisme comme absolument inconciliable avec la doctrine de la Rédemption sans se donner vraiment la peine d'en étudier les nuances. Simone Pétrement s'est donné cette peine et elle en est arrivée à cette conclusion:

«Tout le gnosticisme est paradoxe, et c'est ce qu'on ne doit pas oublier pour le comprendre. Avant tout, c'est comme paradoxe qu'il faut comprendre le docétisme, c'est-à-dire cette négation de l'humanité du Christ, qui paraît d'abord être au christianisme tant de force et de valeur. Le docétisme exprime évidemment la volonté de nier l'apparent, l'immédiat: non, il n'a pas souffert; non, il n'était pas homme; non, il n'est pas mort. Mais il faut l'entendre ainsi: tout en souffrant, il n'a pas souffert; tout l'homme qu'il était, il était Dieu; tout en mourant, il n'est pas mort. C'est seulement ainsi qu'on peut expliquer les apparentes contradictions des gnostiques. Marcion, par exemple, enseignait à la fois le docétisme et que le Christ avait réellement souffert.»(15)

Harnack va même jusqu'à nier que les gnostiques aient été docètes:

«Les gnostiques enseignaient qu'en Jésus-Christ, il faut distinguer nettement l'éon céleste Christ et son apparition humaine et attribuer à chacune des deux natures une action distincte. C'est donc la doctrine des deux natures et non le docétisme qui est propre au gnosticisme.»(16)

On a aussi prétendu que les gnostiques, parce qu'ils attachaient une grande importance à la connaissance, étaient portés à sous-estimer l'importance de la Passion. Il y a sans doute du vrai dans cette opinion,(17) mais les remarques de Simone Pétrement nous invitent de nouveau à introduire des nuances:

«C'est la même chose de dire que le Crucifié avait raison, ou de dire que la vérité, le vrai jugement est d'un autre monde.

Vouloir rappeler, comme veulent toujours les gnostiques, que la lumière est d'ailleurs et non d'ici, que nous-mêmes, en tant que nous jugeons vrai, nous sommes d'ailleurs et non d'ici, c'est simplement vouloir maintenir les droits du Crucifié. Le paradoxe entraîne l'affirmation d'une autre réalité. Ce qui échoue ici, réussit ailleurs; il y a deux ordres.

Certains historiens se sont mis l'esprit à la torture pour comprendre comment la croix, selon Valentin, pouvait être appelée une Limite. Ils se sont donné cette raison, que la croix, à cette époque, avait la forme d'un Tau, de sorte que par sa branche supérieure, elle constituait une limite horizontale pour le monde, et par sa branche verticale, le séparait en deux. Ou bien encore, ils ont traduit Stauros, non par croix mais par pieu, palissade. N'est-il pas plus simple de comprendre que la condamnation du juste est vraiment la séparation de deux ordres, la puissance visible d'une part., d'autre part la valeur et la vérité? Vénérer la croix., c'est affirmer qu'il y a deux ordres et, si l'on veut, deux mondes.

L'idée de Valentin est la même qu'exprime Basilide quand il dit que la Passion du Christ «n'a pas eu d'autre but que d'opérer la discrimination des choses auparavant confondues».(18)

Le style gnostique

Jusqu'à maintenant, nous avons parlé de la gnose proprement dite. Il nous faut maintenant parler des différentes doctrines et d'abord, du style qui les caractérise. Puisque leur savoir leur était révélé, donné, les gnostiques ne pouvaient pas le communiquer à la façon des philosophes. On ne démontre pas l'indémontrable. Dans ces conditions, comment pouvaient-ils s'exprimer pour être universellement compris? Ils connaissaient, nous l'avons dit, les mythes de plusieurs religions. Ne pouvaient-ils pas adapter ces mythes?

«On prit la mythologie grossière de n'importe quelle religion orientale, on transforma des personnages concrets en idées spéculatives et morales comme, «abîme, silence, sagesse, vie«, en conservant même fréquemment les noms sémitiques. On créa ainsi- une mythologie d'abstractions, tandis que les rapports qui unissaient entre elles les idées étaient déterminés par les données que leurs modèles fournissaient. Ainsi se forme un poème philosophique dramatique semblable à celui de Platon, mais incomparablement plus compliqué et où, par conséquent, l'imagination avait une place bien plus considérable.»(19)

Ce style en lui-même nous en dit peut-être plus long sur la gnose que toutes les idées qu'il véhicule. Il rend tout à fait manifeste le besoin d'évasion, le désir d'échapper à la nécessité auquel nous avons fait allusion. Songeons au style des grands stoïciens qui furent les contemporains des gnostiques. L'imagination y est sans cesse.. rappelée à l'ordre, l'économie des moyens y est extrême, les phrases y ont des contours sévères; on sent qu'elles ont été ciselées avec l'attention qu'on accorde aux actions les plus importantes de la vie. Si tel est le style qui traduit la soumission à la nécessité et l'amour de la patrie terrestre, on peut en conclure sans invoquer d'autres raisons que le style des gnostiques exprime des idées contraires. Si l'on peut reprocher au premier d'être trop sévère, trop classique, on peut reprocher au second d'être romantique à l'excès.

Le style des gnostiques est donc en contradiction avec leur pensée. Il révèle la prédominance en eux de l'affectivité alors que leur pensée ne cesse d'affirmer la supériorité de la connaissance pure. Mais il ne faut pas trop s'offusquer de cette contradiction. Elle est la gnose elle-même et elle a de plus le mérite de nous mettre en garde contre la tentation de réduire le gnosticisme à ce qu'on appelle aujourd'hui l'intellectualisme, en donnant au mot le sens de sclérose. Les gnostiques n'étaient pas des spéculatifs mais des mystiques et par suite, leur faiblesse n'est pas la sclérose mais bien plutôt le délire. Il y a eu une scolastique délirante; il y a eu aussi une gnose sclérosée. Mais ce n'est pas une raison pour en conclure que dans la meilleure scolastique, c'était l'élément affectif qui prédominait et que dans la meilleure gnose, c'était l'élément intellectuel.

Quelques systèmes

Passons maintenant à l'étude des principaux systèmes. Quatre grands gnostiques ont élaboré une doctrine: Basilide et Valentin d'Alexandrie, Bardesane d'Edesses et Marcion du Pont. Nous n'étudierons que les doctrines de Valentin et de Marcion.

La doctrine de Valentin nous est surtout connue par les citations des hérésiologues, par des fragments réunis sous le titre d'Extraits de Théodote, ainsi que par quelques-uns des textes découverts à Nag Hamadi.

Pour mieux marquer la transcendance de Dieu, les Valentiniens l'appellent tantôt le Dieu étranger, tantôt le Dieu lointain, tantôt le Dieu inconnu. Ce Dieu, ils le placent au sommet d'un univers divin appelé Plérôme, ou lieu de la Plénitude. Ce Plérôme est constitué par des éons ou, puissances célestes qui entretiennent entre eux des rapports très complexes. Voici la description que le Père Sagnard donne de ce Plérôme dans son commentaire des Extraits de Théodote:

«La divinité, infinie transcendante se présente à nous comme un "Plérôme" c'est-à- dire une Plénitude faite de puissances hiérarchisées ou Éons siècles.

Ceux-ci émanent successivement par couples de leur Source dans une hiérarchie décroissante qui est pour nous l'expression de cette divinité.

Ces couples, conçus sur le type mâle-femelle, veulent simplement exprimer par leur élément femelle, une qualité inhérente à l'élément mâle, et, de cette façon, ils ne font qu'un.»(20)

Leur ensemble forme l'ogdoade:

Père, abîme................................................Pensée, grâce
Fils mono gène (intelligence)......................Vérité
Logos..........................................................Vie
L'homme.....................................................Église

Voilà donc pour le monde divin tel que se le représentaient les Valentiniens. À côté de ce monde divin, et complètement séparé de lui, il y a le monde d'en-bas, le monde des ténèbres. Il est à remarquer que les Valentiniens comme d'ailleurs tous les premiers gnostiques, ne font pas de distinction très nette entre la matière et le monde. Le mauvais ange qui a formé le monde l'a bien formé à partir d'une matière préexistante, mais il n'a pu le faire que par ce que lui-même était ignorant du divin. On s'explique ainsi pourquoi son travail n'a pas rendu la matière plus divin plus lumineuse. Parlant de cette première gnose, H.W. Barth écrit:

«La caractéristique en est le dualisme radical qui, pour la première fois, n'est pas intérieur au monde, mais qui repousse le monde tout entier, le cosmos grec avec ses dieux, comme le monde oriental avec ses planètes, du côté du mal et les sépare d'un Dieu unique, bon et lointain.»(21)

Il s'agit donc d'un dualisme qu'on pourrait appeler transcendantal et non pas d'un dualisme métaphysique ou dualisme des principes. Ce dualisme tel qu'il existe dans Mani, enseigne que le monde résulte du mélange de deux principes, la lumière et les ténèbres, Dieu et la matière. Le dualisme des premiers gnostiques est plus radicale monde pour eux est tout entier du côté des ténèbres mais en même temps, il est moins catégorique, moins définitif: le monde, après tout, a été créé par une puissance sortie du Plérôme. S'il ne l'a pas créé lui-même, Dieu a au moins permis sa création. Le texte suivant montre très bien le caractère ouvert de ce dualisme:

«Il ( le démiurge ) ne connaissait pas celle ( la sagesse) qui opérait par lui. Il croyait créer par sa propre puissance. C'est pourquoi l'apôtre dit:

«Il a été soumis à la vanité du monde, non de son plein gré, mais à cause de celui qui l'a soumis, dans l'espoir d'être délivré lui aussi quand seront rassemblées les semences de Dieu.»(22)

Venons-en à l'homme. Pour expliquer l'existence d'un élément spirituel dans la matière, les Valentiniens ont recours à un mythe qui fait penser à la fois au mythe de Dyonisos-Zagreus, au mythe du Phèdre et au mythe de la chute des anges dans la Genèse.

«Sagesse, émanation la plus éloignée du Père a voulu saisir et comprendre son infini, comme le Fils le saisit.

D'où passion (naissance du mal, perturbation dans sagesse et dans tout le Plérôme) et finalement exclusion de cette pensée ou intention désordonnée, avec son mélange de passions. Cette pensée se cristallise au-dehors et se nomme encore sagesse par simple dédoublement de la première.» (23)

Cette étincelle divine, déchue, tombée dans la matière sous forme de fragment constitue le noyau de l'âme humaine, lequel noyau est appelé tantôt «pneumatikon sperma», tantôt «Xenikon sperma», tantôt «eklekton sperma». À son sujet il faut noter:

a) qu'il n'est pas donné à tous les hommes, comme le mot élu qui sert à le désigner l'indique clairement.

b) qu'il fait partie de la substance divine, qu'il est en quelque sorte incréé, thèse contre laquelle s'indigna l'élément orthodoxe de l'Église.

c) que lui seul est digne de la gnose. Nous reviendrons sur ce troisième point un peu plus loin.

La dite étincelle divine, appelée plus fréquemment âme pneumatique, est recouverte d'une âme psychique, laquelle à son tour est recouverte d'une âme hylique. Il est intéressant de remarquer que ces trois terres correspondent à peu près exactement à ceux que distingue Platon dans le mythe du Phèdre. L'âme hylique correspond au mauvais cheval; l'âme psychique, au bon cheval; l'âme pneumatique, au cocher. Seule l'âme hylique est commune à tous les hommes. L'âme psychique est un peu moins rare que l'âme pneumatique mais elle appartient elle aussi à une catégorie restreinte d'élus. (Chez Platon toutefois, il n'y a pas de semblable répartition.)

Il nous reste à d'aborder la question du salut de ces âmes. La théorie valentinienne du salut repose tout entière sur l'idée de rédemption. Le Christ, lui-même élément pneumatique, s'est incarné. Parce qu'il n'a ni âme psychique, ni âme hylique et qu'il est par conséquent d'une parfaite transparence, il est une condition essentielle à la gnose, au salut. C'est lui qui éveille l'élément pneumatique dans les âmes. Cet éveil, c'est la gnose qui est à la fois libération et connaissance, qui est la véritable naissance dont avait parlé saint Paul.

Mais que deviennent les psychiques et les hylique pendant que les pneumatiques naissent ainsi à la vie éternelle? Les Valentiniens tranchent cette question d'une façon qui, à juste titre, nous semble cavalière, mais qui ne manque pas d'un certain fond de réalité: les psychiques ont droit à un salut mais à un salut inférieur à celui des pneumatiques; les hyliques sont néant, ils restent néant. Cette façon de classifier les êtres aurait été vraiment atroce étouffante, si elle avait pu être appliquée à la lettre Mais en réalité, on a tout lieu de supposer que personne n'était en mesure de dire avec certitude si son voisin ou lui-même appartenait à telle catégorie plutôt qu'à telle autre.

Et même s'il n'en avait pas toujours été ainsi, nous n'aurions pas lieu de nous offusquer outre mesure: certaines de nos catégories psychologiques, tels le refoulement et le complexe freudien, sont beaucoup plus étouffantes que les catégories gnostiques parce que, étant moins générales, elles sont d'un usage beaucoup plus facile.

Il nous reste à parler de Marcion. Marcion était un esprit plus réaliste et par là, peut-être plus profond que Valentin. Il est le seul des grands gnostiques qui eut une influence durable, le seul qui aurait pu donner à l'Église une orientation différente de celle qu'elle a prise. Voici comment Harnack caractérise sa doctrine:

«Une pensée profonde domine le christianisme de Marcion et l'a tenu à l'écart de tout système rationaliste, c'est la pensée que les lois régnant dan s la nature et dans l'histoire, que les actes de la justice ordinaire sont contraires aux actes de la miséricorde divine, et que la foi humble et l'amour du coeur sont l'opposé de la vertu orgueilleuse.»(24)

Il n'est donc pas étonnant que Marcion ait jugé l'Ancien Testament très sévèrement, qu'il soit même allé jusqu'à soutenir que le Dieu bon, le Père que le Christ avait invoqué, ne devait pas être confondu avec Yahvé.

On a toutefois exagéré beaucoup sa sévérité à l'égard de l'Ancien Testament, de manière, croirait-on, à le faire apparaître comme fanatique, ce qu'il n'était vraisemblablement pas. Son exégèse telle qu'elle se présente dans la lettre de Ptolémée à Flora, fait preuve d'un souci des nuances que l'on aimerait retrouver chez tous les hérésiologues:

«Car si la loi n'a pas été donnée par le Dieu parfait lui-même, comme nous l'avons déjà dit, et certainement pas non plus par le diable (ce qu'il n'est même pas permis de dire), le législateur doit être un troisième qui existe à côté de ces deux autres.

C'est le démiurge et le créateur de ce monde tout entier et de tout ce qu'il contient. Parce qu'il est, en son essence, différent des deux autres et se tient au milieu d'eux, on pourrait l'appeler à bon droit l'intermédiaire.

Si le Dieu parfait est bon en son essence, comme il l'est effectivement, (car notre Sauveur a dit qu'il n'y avait qu'un seul Dieu bon, son Père, qu'il a révélé) et si l'être qui est par nature Adversaire est mauvais et méchant, caractérisé par l'injustice, alors celui qui se situe entre le Dieu parfait et le diable, et qui n'est ni bon ni assurément mauvais ou injuste, pourrait à proprement parler être appelé juste, parce qu'il est aussi l'arbitre de la justice qui dépend de lui.»(25)

 

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La gnose

Publié le 10 Juin 2026 par T.D


La Gnose, c'est la connaissance ...
..., mais quelle connaissance ???

Celle de la Tradition Universelle et Primordiale.

Cette définition n'éclaire pas beaucoup notre attention et appelle une autre question :

- Qu'est ce que la Tradition Primordiale et Universelle ?

C'est un enseignement très ancien transmis par les écoles initiatiques à leurs étudiants. Les prêtres, dans l'antiquité, ont inclu dans leurs enseignements de la morale et de l'hygiène dispensés aux peuples, des chapitres de la tradition Universelle, sous forme de dogmes.

Mais ..., quelle peut être l'origine de la Gnose ?

Il n'est pas facile de répondre à cette interrogation. Les prêtres ne s'embarassent pas pour si peu; les religions, toutes antropomorphes, enseignent à leurs fidèles que Dieu a révélé à un ou plusieurs prophêtes ses enseignements par le moyen de la révélation. Mais si on considère Dieu comme le premier Principe, ineffable, inconnaissable, intangible, il faut trouver autre chose et considérer la question en partant de l'enseignement de cette même gnose.

Elle nous enseigne, et cela dans le prologue de l'Evangile de St Jean que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu, et que Dieu avait émané des Entités Spirituelles, donc sans dimensions, hors du temps et de l'espace et que ces entités étaient à son Image et à sa Ressemblance, donc douées de volonté propre, de liberté et capables de choisir ..., liberté qui a permis à la première catabole, la tentative de Lucifer, le Porteur de Lumière, d'émaner à son tour une part de l'Univers.

Cette tentative a été réprimée et Dieu émane alors l'Adam Premier, l'Adam Kadmon, que Martinez de Pasqually appelera le "Mineur", pour maintenir Lucifer dans des limites inférieures. L'Adam Kadmon, émané à l'image et à la ressemblance de son Emanateur, mâle et femelle, s'est laissé convaincre par celui qu'il était chargé de surveiller, et décida d'émaner à son tour, ce qui provoqua la seconde Catabole et la chute de l'humanité dans le monde de la matière sensible.

A la suite de séries d'épreuves, les êtres déchus seront réintégrés dans leur état primitif d'émanations divines.

Toutes les écoles initiatiques, toutes les religions sérieuses admettent ce "schémah".

Les interprétations varient selon les conditions spaciales et temporelles, et selon les capacités et les talents de chacun des individus s'intéressant à cette question ..., mais cela ne précise pas comment cette Tradition Universelle est arrivée.

Nous avons vu que les religions avaient simplifié ce problême en disant, comme les judéo-christo-musulmans, que Dieu avait parlé à Moïse pour lui donner ses instructions ..., c'est pousser un peu loin l'antropomorphisme ..., Dieu a créé l'Homme à son image et à sa ressemblance, et l'Homme le lui a bien rendu ..., il n'est pas possible d'accepter cette explication simpliste qu'un enfant ne croyant plus au Père Noël, rejetterait.

..., alors, les hommes ont cherché autre chose !

Ils ont observé ce qui était à leur portée, d'abord ..., la Nature ..., le Soleil paraissant chaque matin, disparaissant le soir ..., puis la Lune, reflétant la Lumière solaire la nuit depuis la nouvelle Lune jusqu'à la pleine Lune ..., les saisons ..., les étoiles fixes ..., les corps célestes du système solaire ..., et pour mieux communiquer les résultats de leurs méditations, ils inventèrent les Nombres, en même temps que l'Ecriture.

Ils ont conclu que les faits dépendaient de Lois..., et que ces Lois dépendaient de principes et que le premier des principes était Dieu ..., et que de ce Premier Principe, inconnaissable dans son essence, provenait tout le visible, comme l'invisible ..., et que par conséquent, tout pouvait être ramené à l'Unité, d'où le mot Univers qui signifie "tourné vers Un".

En continuant leurs observations, ils ont découvert La Loi des correspondances et des similitudes gravée dans la Table d'Emeraude :

" Il est vrai, véritable et sans mensonge que ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ..., etc ...".
..., de cette Loi on a pu déduire que l'invisible était comparable au visible.

Partant de la constitution de l'homme en trois, parties :

- le corps = corpus = sôma
- l'âme = anima = psyché
- l'esprit = spiritus = pneuma

..., ils ont pu déduire que la Nature sensible était "doublée" par un double invisible - le plan astral, vivant en symbiose, comme l'ensemble psychosomatique humain, et qu'au delà, il existait un plan spirituel correspondant au pneuma humain spacial et temporel.

Partant encore de cette Loi des analogies, des similitudes et des correspondances, on peut spéculer dans tous les domaines et trouver par là même des applications pratiques - comme les astronomes trouvent par le calcul des corps célestes encore inconnus.

..., à propos de calculs ..., certaines écoles initiatiques ont travaillé en utilisant le symbolisme des nombres comme le fit Pythagore ..., ou les cabalistes ..., et ont obtenu les mêmes idéaux qu'en utilisant d'autres symboles ...

L'Unité UN correspond au Père = la Sagesse
Le Binaire DEUX, correspond à la Mère = La Beauté
Le ternaire TROIS correspond au Fils = la Force

..., ce sont là les trois hypostases de la divinité dans toutes les initiations et les religions tri-unitaires, sauf bien sûr les religions judéo-christo-musulmanes qui éliminent l'archétype de la Mère et de la Femme qu'ils jugent certainement trop inquiétant.

Cependant le nombre 1 multiplié par lui-même donne toujours UN ..., de même divisé par lui-même, le résultat est encore UN ..., si on opère une soustraction, le résultat est nul ..., mais si on ajoute l'Unité à elle même, on obtient deux ..., le mouvement apparait ..., du reste, le Zohar, un commentaire de la Bible, démontre que c'est du Nombre DEUX que tout provient ..., le deux est bien la Mère, la Femme qui perpétue la race sur le plan humain ..., et la Bible raconte que dans le symbolique Jardin d'Eden, que c'est bien la partie féminine de l'Adam Eve, l'humanité, cette Eve, la côte d'Adam, qui a été séduite par le Serpent et a entrainé l'humanité dans la seconde catabole et la création de l'Univers sensible et du plan intermédiaire ...,..., sans cette catabole que la femme déclencha, nous aurions échappé aux cycles inférieurs et leurs souffrances ..., mais de quel mérite pourrions nous nous réclamer si nous étions restés des émanations divines ?

En attendant le moment, qui n'est pas pour demain, de la réintégration des êtres dans leur état primitif, nous sommes bel et bien plongés dans les conditions spaciales et temporelles, dans une symbiose étroite psychosomatique enfermant notre pneuma ..., il faut faire avec !.

Mais des hommes curieux voulaient savoir d'où ils venaient et où ils allaient ..., et personne n'est revenu après la mort psychosomatique pour raconter quoi que ce soit ..., car les différents états de conscience passent par tous les états de conscience, depuis la lucidité jusqu'au coma, et si on peut sortir d'un degré de coma profond, on ne peut ressuciter .

Pour ce qui concerne les recherches parapsychologiques, de remémoration sur les vies antérieures, à ma connaissance, aucune indication concernant l'espace entre une mort et une nouvelle naissance d'un pneuma ne nous est parvenue. Nous sommes donc réduits à appliquer la Loi de la Table d'Emeraude pour émettre des hypothèses sur la constitution du Plan Divin. Pour mener à bien ce travail, il nous faut connaitre le plan spacial et temporel, puis, par analogies successives, apprendre à connaitre le plan intermédiaire ..., autrement dit le plan astral, si l'on veut un jour parvenir au plan spirituel.

Examinons donc un ternaire, un ternaire à notre portée, qui est l'homme, comme nous l'a conseillé l'école Socratique avec son fameux : "Connais toi, toi-même, et tu connaitras l'Univers et les Dieux".

L'homme, donc, est formé de trois parties, le corps, l'âme et l'esprit ..., le Sôma, la Psyché et le Pneuma ..., il existe une symbiose totale entre le corps et l'âme durant la période de passage dans le monde sensible. Cette union corps-âme disparait et est absorbée dans les cycles naissance-mort ..., seul, l'esprit, étincelle émanée de la Lumière éternelle, est immortel, comme sa source divine.

Le corps physique est la partie de l'homme la mieux étudiée par la science expérimentale parce que l'intelligence de l'homme a conçu et réalisé des outils permettant cette étude, et nous ne pouvons qu'admirer l'ingéniosité de sa construction, de son fonctionnement, de son organisation et de son service après vente.

Le systême nerveux central est une merveille ..., avec tous les éléments chimiques qui lui sont apportés par le flux sanguin, il fabrique l'électricité dont il a besoin pour son fonctionnement ..., il est capable de séparer les éléments des gaines isolantes protégeant ses conducteurs électriques afin de mettre hors circuit ses éléments usés aux endroits adéquats, pour rétablir le bon fonctionnement dans son ensemble ou d'une fonction en particulier ..., et comme miniaturisation ..., c'est fantastique ..., des centaines de milliers de cellules, ayant chacune plusieurs fonctions, sont concentrées dans le volume d'un pois chiche !

Mais cette merveille constituant le corps de l'homme serait inerte et rapidement décomposé s'il n'était animé par l'âme, comme tout ce qui existe, animaux et plantes.

L'âme est moins étudiée que le corps, car immatérielle ..., on manque singulièrement d'objets de contrôles expérimentaux, et lorsque certains existent, comme les photos Kirlian, le magnétomètre de Fortin, ils ne mettent en lumière que les conséquences de l'existence de l'âme.

L'âme est donc la partie qui anime, qui véhicule la cohésion de la vie. Comme le corps, l'âme est complexe ..., ses différentes parties ont des fonctions et des buts déterminés. On peut définir l'inconscient comme l'organe qui s'occupe spécifiquement de faire fonctionner les organes et appareils du corps physique en tout temps ..., aussi bien dans les différents degrés de conscience - veille - pré-sommeil - sommeil - sommeil profond - coma - coma profond - mort - ..., dans ce dernier degré - la mort - l'âme toute entière se sépare du corps et disparait elle même lorsque le corps est complètement décomposé, libérant ainsi l'esprit. A ce premier ensemble de fonctions vient s'en ajouter d'autres agissant sur le corps ou sur le comportement et que l'on peut identifier à la notion de subconscient ..., une partie de ces fonctions commande les réflexes du corps, d'autres son comportement : douleurs affectives, amour, répulsion, colère et différents états de conscience.

Si nous considérons le soma - le corps - comme un robot dont le moteur électronique et les mémoires se trouvent dans le systême nerveux central ..., la Psyché serait l'opérateur. La psyché est donc en relation, d'une part avec la nature naturée, le monde physique par l'intermédiaire du systême nerveux central dans la section des cinq sens ..., et d'autre part, elle est en rapport avec la nature naturante par sa constitution propre. Cette constitution sert d'intermédiaire entre la nature naturante et la nature naturée ..., le plan astral avec l'homme.

Ce plan astral, immatériel, n'étant pas programmé dans notre ordinateur, nous ne pouvons en prendre connaissance que dans les degrés de conscience compris entre le pré-sommeil et le coma profond ..., c'est pourquoi, dès le pré-sommeil, nous "voyons" des figures, des personnages ..., et que dans nos rêves nous assistons à des scènes plus ou moins logiques.

Comme sur le plan physique, il y a les quatre éléments et aussi les minéraux, les végétaux, les animaux ..., des phénomènes électromagnétiques, lumineux, etc ... sur le plan astral, il y a également différents phénomènes. Comme notre ordinateur n'est pas programmé pour les traiter directement, il nous faut être mis dans un état de conscience spécial pour nous rendre compte de ce qui se passe dans ce plan astral et, de plus, avoir recours à une imagination symbolique. Cette interprétation nous est donnée par la partie du plan astral connu sous le nom d'inconscient collectif ..., par exemple, les Anges, ou plus précisément les Entités dont l'agglomérat forme une classe d'Anges, nous sont imaginés par des figures humaines d'allure androgyne munies de paires d'ailes ..., ou les quatre éléments nous sont présentés par des gnomes, des ondines, des sylphes ou des salamandres.

Cet état de conscience peut être obtenu par différents procédés ..., soit qu'ils sont héréditaires ou spontanés, soit volontaires par entrainement, soit provoqués par un déséquilibre physique ( privation de nourriture ou de sommeil ), soit par des agents physiques commes des hallucinogènes ou des intoxicants, soit par magnétisme, par suggestion ou même par malaise.

Dans ce plan astral figurent aussi une quantité innombrable d'images qui sont stockées, comme dans des K7 vidéo, toutes les pensées et les actes émis et accomplis dans le passé et dans le présent depuis le commencement des temps ..., et en plus l'astral est occupé par des entités que l'on peut nommer des élémentaux qui ne sont ni bons, ni méchants et que l'homme, consciemment ou non, peut influencer ..., et il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que certaines de ces entités, plus puissantes que d'autres, plus complexes, cherchent à se matérialiser dans le plan physique en jouant des coudes.

Ce plan astral, de par sa nature, est hors du temps et de l'espace, il est donc impossible de savoir si les K7 vidéo sont récentes ou anciennes. Les "voyants", quelque soit leur support - astrologie - tarot - cristal - nombres - géomancie - marc de café - etc ..., ne peuvent assurer que leurs prévisions se réaliseront, car certaines sont relatives au passé.

Les médiums à effets physiques ont tous été pris un jour ou l'autre, par des vérificateurs, à tricher lorsqu'ils ne sont pas en état adéquat lors de l'expérience. Nous sommes en rapport direct avec cette dimension astrale durant nos rêves et il faut bien se garder de se mettre en relation avec elle en dehors de ces périodes qui sont prévues "pour"..., car si le plan physique est une illusion, le plan astral l'est encore plus.

La troisième composante de l'homme est donc son esprit immortel, émanation de la divinité, l'image et la ressemblance de Dieu. L'esprit est le support de l'intelligence et de la raison, de l'entendement et de l'imagination créatrice ..., de la volonté et de la conscience spirituelle ..., de l'Amour Supérieur dont les trois formes sont l'Altruisme, la Fraternité et la Charité.

Sur le plan spirituel, l'homme, l'humanité, est tout comme les classes d'anges - archanges - trônes - principautés - dominations - vertus - pouvoirs - chérubins - séraphins - , l'homme est formé par des cellules androgynes qui, tout comme les corps spirituels qu'elles forment, sont à l'image de la tri-unité divine : l'Unité = le Père, la Dualité = la Mère, le Ternaire = le Fils. Ces trois états divins sont symbolisés dans nos temples respectivement par les colonnettes Sagesse, Beauté et Force. S'il était permis de s'étonner en maçonnerie, il serait possible de le faire en constatant que la plupart des Loges refusent leur entrée aux femmes.

Dans les conditions spaiiales et temporelles dans lesquelles sont plongées les cellules spirituelles humaines qui sont revêtues de peaux de bêtes, ces dernières sont sexuées. L'homme et la femme sont anatomiquement et physiologiquement complémentaires, comme ils le sont psychiquement ..., et pour qu'une question reçoive complètement sa résolution, il faut qu'elle soit étudiée en même temps par l'homme et par la femme ..., c'est d'ailleurs ce qui se passait dans les écoles initiatiques antiques celtes, scandinaves, égyptiennes, grecques, orientales etc ...
Du reste des maçons éclairés comme Cagliostro, avec ses hauts grades égyptiens ..., comme Martinez de Pasqually et son successeur et adepte Willermoz, des hommes comme Constant Chevillon au rite des Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers, ont tous reçu des soeurs dans leur Ordre respectif, et il est probable qu'un rituel spécifiquement rédigé pour la femme aux trois premiers grades ait été pratiqué au XVIIIème siècle sous la Grande Maitrise de la Princesse de Lamballe.

A note époque, nos soeurs du rite de Memphis-Misçraïm pratiquent leur propre rituel écrit par Chevillon lui-même en 1935 ..., car, la maçonnerie, conformément aux écoles initiatiques anciennes, fait passer ses adeptes par les portes de la Mort du Corps et de la Mort de l'Ame, plongeant ainsi l'esprit dans les cycles successifs.

Autant au rite masculin avec la légende d'Hiram, qu'au rite féminin avec la légende de Perséphone, les cellules humaines androgynes suivent alors la suite de l'Initiation.

Si tous les maçons repassaient de temps en temps dans le cabinet de réflexion et s'imprégnaient bien du fait qu'ils doivent y laisser leur individualité pour reprendre en main leur personnalité ..., de laisser dans ce tombeau les préjugés de la culture profane, de la culture Judéo-christo-musulmane basée sur l'idée que le droit est basé sur la force pour être mieux défendu ..., ils ne ressentiraient alors plus ce complexe d'infériorité qu'ils éprouvent devant la femme. Il faut comprendre par là que si la femme a des solutions à un problème, ce n'est pas parce que la femme est plus intelligente que l'homme, c'est parce qu'elle est femme ..., et ce que lui a trouvé, c'est parce qu'il est homme ..., et il est facile de déduire qu'à eux deux, ils peuvent trouver la totalité d'une solution. Certains maçons avouent que la présence en Loge de femmes leur fait perdre la concentration et l'attention sur les travaux exécutés ..., cela tient du fait qu'ils souffrent d'une affection entrant dans le cadre du fétichisme. Il y a le fétichisme des parties du corps, celui de pièces de vêtement, il y a aussi le fétichisme des lieux ..., et un maçon ayant un comportement normal dans la vie courante, s'il ressent une poussée de sa libido en Loge, doit savoir que celà se soigne et que celà se guérit très facilement.

La Loge est un lieu sacré dans lequel tous les présents sont censés se souvenir de cette pensée de notre frère St Exupéry :

" Mon Frère, enrichissons nous de nos différences".

Nous avons vu que la Tradition Primordiale et Universelle était la base commune des écoles initiatiques et des religions ..., et que ces religions n'en étaient que l'expression exotérique ..., nous avons vu également que dans les temps antiques tous les prêtres étaient initiés, ce qui n'est plus le cas maintenant particulièrement pour les prêtres de l'Eglise Romaine, puisqu'un membre de cette église entrant en maçonnerie serait sous le coup d'une excommunication majeure ..., cependant certains prêtres sont quand même initiés en maçonnerie, mais ils sont peu nombreux.

Ce petit nombre suffit cependant pour maintenir l'Esprit de la Tradition dans le corpus de toutes ces religions de masse qui toutes possèdent des gnostiques en leur sein. Il existe actuellement une église gnostique chrétienne apostolique qui est une résurgence des groupes gnostiques chrétiens du IIème et du IIIème siècles et dans laquelle tous les membres du clergé sont obligatoirement au moins maitres-maçons actifs.

Au IIème et IIIème siècles, des chrétiens initiés à la Tradition Universelle et Primordiale, comme l'étaient les Juifs Esséniens, se groupent dans différentes paroisses chrétiennes pour y apporter plus de matière traditionnelle.

Par exemple, quand St Paul a structuré la secte chrétienne, il n'a pu inclure la tri-unité de la tradition Universelle, le Père, la Mère, le Fils, et fut obligé de la réduire à une dualité Père - Fils, sachant bien que sinon il ne serait pas écouté et qu'il risquait d'être lynché ..., ce qui était courant et banal dans cette zone d'espace-temps.

Ce n'est que 50 ans environ après sa mort que l'on rajouta le Saint Esprit pour compléter la Trinité, mais toujours sans citer la Mère, et ce, pour la même raison : ce complexe d'infériorité de l'homme en général vis à vis de la femme et de sa capacité de créer la vie ..., alors que l'ésotérisme juif, conformément à la tradition, spécifie bien que c'est la Dualité, donc la Femme, la Mère, qui est choisie pour procéder à la création ..., ce qui est clairement énoncé dans le Zohar, par exemple, relatant la conversation symbolique du Père avec les nombres ..., ou encore plus simplement quand on sait que le premier mot de la Bible est "Bereshit" qui commence par la lettre "Beth", le B, qui est le nombre DEUX ..., le deux, la dualité qui est attribuée à la colonnette Beauté de notre Temple.

C'est aussi deux triangles qui forment le sceau de Salomon, c'est la couleur verte, symboliquement attribuée à Vénus, planète féminine, et un croissant de lune, également un symbole féminin qui figurent souvent chez les musulmans ..., et enfin, lorsque l'infaillibilité du Pape a été imposée en Concile, la première action du Pape a été de proclamer l'Ascension de la Mère de Jésus, article de Foi ..., ce qui indique bien que l'inconscient collectif considère la féminité, autant que la masculinité, malgré les altérations culturelles particulières.

L'Eglise Gnostique Apostolique actuelle, comme d'autres églises gnostiques de la résurgence de Doisnel, et Fabre des Essarts, son successeur, rappellent les quatre problêmes que se sont toujours posés les gnostiques :

1 - le problême de la création
2 - le problême de l'incarnation divine
3 - la question sociale
4 - la question de la femme

..., et c'est un septénaire qui répond à ce quaternaire :

1 - Exclusion du dogme de la création, tel qu'il est formulé par l'orthodoxie catholique romaine
2 - Existence d'une puissance inférieure productrice du monde hylique
3 - Doctrine de l'Emanation
4 - Groupement des Eons par SIZYGIES, c'est à dire par nature mâle et femelle.
5 - Analogie des trois mondes : Plérôme, Ogdoade, Hebdomade.
6 - Un Christ Sauveur s'incarnant en l'homme Jésus, mais restant indépendant de Lui et le quittant avant le drame du calvaire.
7 - Une réintégration de l'homme et de la femme ainsi que tous les autres êtres déchus dans le sein du Plérôme.

Le premier Gnostique chrétien a été Nicolas, un des sept diacres de l'église de Jérusalem choisis par les apôtres.

D'autres ont suivi ..., et au IIème et IIIème siècles, les sectes gnostiques ont été nombreuses sur tout le littoral méditerannéen.

Par la suite, il y a eu des résurgences dans plusieurs états européens. Il y a des gnostiques à titre individuel dans l'église romaine comme le Cardinal Nicolas le Cusain ..., puis, nous avons les Bogomiles en Bulgarie et en Macédoine ..., les cathares, albigeois, vaudois, patarins, cotereaux ..., St Bernard, plus druide que prêtre chrétien et les templiers, ses enfants ..., etc ..., etc ...

Force est de constater que des éléments de la Tradition Universelle et Primordiale flottent toujours dans l'inconscient collectif et se manifestent dans l'exotérisme des religions.

Nous avons la chance, dans la franc-maçonnerie, qu'elle nous soit dévoilée dans une grande partie de son ésotérisme.

Profitons de cette grâce ..., méditons et essayons de dégrossir nos pierres brutes pour construire le temple de la Jérusalem Céleste qui évolue peu à peu au cours des cycles innombrables.

R CH

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Une approche de la gnose 2ème partie

Publié le 10 Juin 2026 par T.D

Les thèmes principaux

Les auteurs gnostiques abordent la plupart des thèmes mythologiques et eschatologiques, les réinterprètent en passant par la révélation d’une « histoire secrète », d'un mythe total : l’origine et la création du Monde ; l’origine du Mal ; le drame du Rédempteur divin descendu sur Terre afin de sauver les hommes ; la victoire finale du Dieu transcendant, conduisant à la fin de l’Histoire et l’anéantissement du Cosmos.

Le point de départ est la considération, par l’individu, de sa situation face au monde : que suis-je ? Pourquoi ce monde me semble t-il étranger ? Qu’étais-je à l’origine et comment (éventuellement) revenir à cette situation ?

C’est la prise de conscience d’une déchéance impliquant que le Bien et le Mal sont deux éléments inconciliables, absurdement mêlés ici-bas par un accident contraire à la volonté divine. La révolte intime contre le Mal est la preuve de l’appartenance au Bien, à un absolu parfait extérieur à ce monde.

L’humanité est divisée en trois catégories :

  • ceux qui se sentent (donc, se savent) pourvus d’une perfection innée dont la nature est esprit : les pneumatiques ;
  • ceux qui n’ont qu’une âme et point d’esprit, mais chez qui le Salut peut encore être introduit par instruction : les psychiques ;
  • enfin, les êtres dépourvus d’esprit et d’âme, uniquement constitués d’éléments charnels voués à la destruction : les hyliques.

Le but premier du gnostique est la délivrance de sa parcelle divine, aliénée dans un monde matériel corrompu, et sa remontée vers les sphères célestes. Cette délivrance passe par la gnose, la connaissance parfaite de la nature de l’esprit, des structures de l’univers, de son histoire passée et future.

Le premier aspect de la gnose porte sur les origines du monde matériel et de l’homme, le Mal s’expliquant par la chute accidentelle d’éléments supérieurs dans un cosmos matériel, temporel et sexué, au fond duquel ils se sont disjoints, dispersés et emprisonnés sans pour autant perdre leur pureté.

Le second aspect de la gnose vise la destinée de l’humanité et du Cosmos, aboutissant à la dissolution finale de la matière, à la libération de l’esprit et au retour à l'unité parfaite intemporelle dont les élus, ici-bas, gardent le souvenir.

Le monde supérieur ayant seul été organisé par une intelligence authentiquement créatrice, le matériel n’en est qu’une copie maladroite. De même, l’homme terrestre est l’image imparfaite d’un modèle céleste. On voit l’idée de décadence puis de rédemption.

Pour les élus, le salut peut être personnel, alors que pour les autres le rachat se fera par une eschatologie générale ayant pour terme la destruction de l’univers matériel.

Du Pro-Père au Démiurge

À l’origine de tout, un éon parfait, invisible, inconcevable et éternel, habité par un Être absolu et immuable, le Pro-Père, replié sur lui-même et coexistant avec sa Pensée qui est, elle, Silence absolu.

De cette unité primitive du Pro-Père et de sa Pensée émane une seconde image du Père. Cette première émanation est dégagée de l’isolement primordial et capable d’engendrer. Elle suscite alors l’apparition des trente éons hiérarchisés du Plérôme. On y retrouve : Monogène, Logos, Mère céleste, Homme primordial, Fils de cet Homme (ou Seth céleste), grande Génération des Fils de l’Homme primordial, Sophia (Sagesse, parfois qualifiée de lascive), etc. Ces éons vont par couples, féminin/masculin, appelés syzygies.

Les éons sont, en même temps que des personnifications de concepts, des univers à part entière, infinis et éternels, reproduisant le schéma général du Plérôme tout entier et de l’Inengendré suprême.

L’opposition entre le monde idéal de la Lumière et celui, imparfait, des Ténèbres et de la Matière peut suivre 3 schémas.

Les plus radicaux situent, à l’origine de la création du monde matériel, une subite agression des eaux ténébreuses préexistantes contre la Lumière d’en haut, attaque qui se déroule dans l’espace intermédiaire d’un troisième principe, air ou vide. On retrouve ce thème chez les bogomiles et les manichéens.

Plus fréquemment, la Lumière d’en-haut préexiste seule à toute création. Un accident survenu dans le monde supérieur engendre une puissance difforme et ignorante, Ialdabaôth, autour de qui se forme un éon ténébreux, notre bas monde. La Lumière entreprend une œuvre salvatrice pour anéantir cet éon maléfique.

Selon une première variante, Sabaôth, le fils d’Ialdabaôth, va découvrir la Lumière et sera mis par les puissances supérieures à la place de son père pour engager le cosmos vers le salut. Une seconde variante montre Ialdabaôth revenant lui-même au bien.

Les diverses divinités sont considérées comme perverses, liées au monde matériel, tel le Démiurge de la Bible. Les gnostiques n’emploient pas le terme « Dieu » pour désigner l’Être infini dont tout le monde supérieur émane.

L’homme

Parmi les éons, il y a l’Homme (primordial) ainsi que le Fils de l’Homme. C’est à partir de son reflet que le Démiurge et ses archontes décident de fabriquer l’homme, Adam.

Le Père, grâce à ses anges déguisés en archontes, suggère au Démiurge d’insuffler son esprit, la Lumière dont il s’était emparé, à Adam.

La Lumière est ainsi passée à l’humanité. De rage, les archontes emprisonnent Adam dans l’Eden, vu comme un lieu terrible. Les puissances d’en-haut cachèrent la gnose et la vie dans le fruit défendu, et envoyèrent un Sauveur sous la forme du serpent pour inciter Adam et Ève à s’emparer de ces secrets.

Les archontes installent en Adam un second esprit, le contrefacteur, qui va sans cesse combattre les mouvements de l’esprit tiré vers le haut.

Le premier couple est expulsé de l’Eden par le Démiurge, furieux. Il souille Ève de sa lubricité, ce qui explique la génération d’Abel et Caïn. La vraie postérité d’Adam ne commence qu’avec Seth, dont seule la descendance, les parfaits, est promise au salut.

Le Démiurge envoie le Déluge pour anéantir les parfaits, mais Noé s’abrite avec les siens dans l’Arche et au final c’est la race, née de l’union des anges du Démiurge et des filles de la terre, qui est anéantie.

Les archontes sont liés à la voûte céleste, au mouvement des planètes.

Chaque partie de l’homme, physique ou psychique, appartient souverainement à la puissance de la voûte céleste qui l’a façonnée. Dans ce corps assemblé descend une âme qui, traversant l’un après l’autre chacun des cieux des planètes, y reçoit, en fonction du moment de ce passage, telle ou telle disposition par laquelle l’individu restera soumis aux astres.

Enfin, les puissances insinuent dans le fœtus l’esprit contrefacteur destiné à contrarier les pulsions éventuelles de l’homme vers le salut.

Le mélange de tous ces facteurs entraîne des degrés de perfection fort différents qui expliquent les 3 grandes catégorisations de l’humanité (pneumatique, psychique ou hylique).

L’eschatologie

Le Démiurge ne cesse d’envoyer contre les parfaits des cataclysmes et persécutions.

Il faut éveiller les élus en leur rappelant leurs racines célestes. Pour cela, des sauveurs et des prophètes sont envoyés d’en-haut pour dispenser confidentiellement leurs révélations. L’acte final du salut de l’humanité est la descente d’une puissance de la Lumière jusqu’au fond des Enfers.

L’œuvre salvatrice est associée à la descente de la Mère Céleste dans les abîmes où l’humanité est prisonnière, mythe remontant à la descente d’Ishtar aux Enfers. Seth aurait eu une incarnation céleste, et les mages (Zoroastre, etc.) sont les prophètes gardiens de l’enseignement secret de Adam et Seth.

La figure de la Mère sera remplacée par celles de Seth puis du Christ.

Annoncé par un signe des cieux, le Sauveur va descendre, d’abord déguisé en archonte des cieux inférieurs, puis revêtu de toute sa gloire. Les gnostiques répugnant à l’idée d’incarnation, le Sauveur est incorporel.

Dans certaines versions du mythe, le Sauveur doit subir les conséquences humiliantes de l’incarnation pour transmettre son message à quelques élus avant de retourner au Ciel. Parfois il oublie sa mission et doit être lui-même sauvé (mythe du « Sauveur sauvé »).

L’amnésie de la condition originale est une image spécifiquement gnostique. En se tournant vers la Matière, l’âme oublie sa propre identité. C’est la mort spirituelle. Le mythe du Sauveur Sauvé tourne autour de cette notion d’amnésie, qu’illustre l’Hymne de la Perle, dans les Actes de Thomas. La découverte du principe transcendant à l’intérieur de Soi-même constitue l’élément central de la religion gnostique. Cette redécouverte, l’anamnèse, est obtenue grâce à un messager divin et grâce à la gnose.

Le symbole du sommeil est également utilisé dans ces mythes. C’est un symbole archaïque universellement répandu dans la quête de l’initiation. Ne pas dormir, ce n’est pas seulement triompher de la fatigue physique, mais surtout faire preuve de force spirituelle. Rester « éveillé », être pleinement conscient, veut dire : être présent au monde de l’esprit.

Chez les gnostiques, l’image de l’ivresse est aussi employée.

Finalement, le rédempteur remontera aux Cieux, occasion d’un bouleversement céleste qui fixera les archontes aux planètes, traversant la voûte céleste à l’endroit d’un X gigantesque considéré comme la Croix céleste.

Ce phénomène de la crucifixion sur le X céleste est déjà attesté à Rome au moment de l’avènement du règne d’Auguste, à qui on attribue déjà l’abolition de la Fatalité astrale.

La crucifixion céleste avait été adoptée par certains chrétiens mais fut vite abandonnée.

Les gnostiques se croyaient presque parvenus à la fin des temps. Les livres prétendument gardés secrets venaient d’être ressortis de leurs cachettes.

Pour les Parfaits, l’enseignement portait sur les mystères de la descente et de l’ascension du Sauveur/Christ à travers les 7 cieux habités par les anges, et sur l’eschatologie individuelle, c'est-à-dire l’itinéraire mystique de l’âme après la mort. Cette tradition prolonge l’ésotérisme juif et d’ailleurs sur l’ascension de l’âme et les secrets du monde céleste.

L’âme après la mort

L’homme est asservi aux puissances des cieux visibles qui l’ont façonné. Les gnostiques pensent pouvoir réduire leur puissance en employant des conjurations contenant les noms secrets de ces puissances. Ils mettent également en place des rites pour échapper aux égarements de l’esprit contrefacteur.

Au moment de la mort, un élu muni de tous les sacrements de la gnose fait son ascension à travers les cieux sans retour : il présente les sceaux aux gardiens pour que les portes lui soient ouvertes.

Des autres, les moins souillés sont purifiés dans les purgatoires des espaces célestes, montant parfois d’une sphère à l’autre lors d’une conjonction astrale. Mais bien des malheureux sont rejetés vers le bas, tourmentés en Enfer, avant d’être soumis à l’oubli de leur vie précédente et rejetés dans de nouveaux corps.

La morale

Les gnostiques, voyant le corps charnel asservi dans ses actes et ses passions à la souveraineté des planètes, ou encore se croyant pourvus d'une grâce d'en-haut qui délivre des actes ici-bas, n'ont pas de notions de moralité individuelle très strictes.

La gnose peut donc aussi bien conduire à un ascétisme rigoureux qu'à de curieuses immoralités, avec la volonté de contredire en tout la loi biblique. La chair appartenant à la matière et ne sachant participer au Salut, peu importe qu'elle fût souillée. Les pratiques licencieuses de certains groupes gnostiques sont réprouvées par d’autres groupes gnostiques comme par les réfutateurs chrétiens.

Enfin l'héritage de certains mystères grecs (par exemple chez les Naassènes) put être à l'origine de comportements immoraux en leur donnant une valeur mystique.

Organisation des sectes

Les gnostiques foisonnaient en d’innombrables groupuscules. Il y aurait eut trois grades : les « commençants », les « progressants » et les « parfaits ». L’enseignement ésotérique aux fidèles portait sur le symbolisme du baptême, de l’eucharistie, de la Croix, sur les Archanges et sur l’interprétation de l’Apocalypse.

L'enseignement gnostique était secret. Pour éviter d'être repérée, la gnose se dissimulait, évitant d'imposer des manières de vivre voyantes. On connaît mal l'organisation interne des sectes. Des témoins anciens, seul Epiphane a essayé de pénétrer la vie des sectes.

Les parfaits sont voués au respect de tous les préceptes de la gnose et leur identité première s'efface devant quelque surnom mystique. Les simples fidèles qui continuaient leurs existences impures en subvenant aux besoins des élus.

Les premiers fondateurs, et parfois leurs successeurs, s’étaient présentés comme des prophètes ou des incarnations de puissances célestes.

À des fins de propagande, les gnostiques se présentaient d'abord aux chrétiens comme leurs frères, ne dévoilant que les croyances les plus proches, puis en posant des questions ébranlant l'interlocuteur. De même, ils travestissaient certains de leurs textes en leur donnant une apparence plus orthodoxe.

Enfin, tout comme le christianisme s’est répandu par la thaumaturgie, la gnose attirait par la magie et l'astrologie, très répandue au début de l’ère chrétienne, qui tenaient une place très importante dans leurs écrits.

Les rites étaient divers. Les uns individuels, les autres collectifs, destinés aux divers échelons des initiés, et donc plus ou moins secrets. Il s'agissait principalement de baptêmes, d'onctions, d'impositions des mains, de communions, d'agapes et d'unions spirituelles plus ou moins symboliques.

Dans certains groupes, la frontière entre la gnose et les magies gréco-orientales est très perméable.

Rapports avec le judaïsme, la philosophie grecque et le christianisme

La Genèse, avec son imprécision quant à la création d’Adam, fut source de nombreuses exégèses qui distinguent l’œuvre créatrice elle-même et l’acte créateur de Dieu. Ainsi Philon d’Alexandrie distinguait la puissance de miséricorde et de bonté, en tout supérieure, et la puissance créatrice qui lui est subordonnée.

Le gnosticisme grec s’est calqué sur la philosophie mystique grecque de Philon : on retrouve le vocabulaire technique et les procédés d’argumentation. C’est en langue grecque que le gnosticisme atteignit son développement le plus complet.

Le Livre d’Hénoch connaissait déjà le mythe de la Fatalité vaincue par une intervention d’en-haut qui aurait enchaîné les astres, jusqu’alors maîtres des hommes et de leurs destinées, épisode situé au temps de Noé ou peu après le Déluge. Il se retrouve chez les gnostiques chrétiens, surtout chez Valentin.

À côté des 4 Évangiles et des Actes circulaient d’autres textes comportant la relation d’une doctrine ésotérique, communiquée aux Apôtres par le Christ ressuscité et concernant le sens secret des événements de sa vie. Ces livres sont qualifiés d’apocryphes. C’est de cet enseignement secret, conservé et transmis par la tradition orale, que se réclamaient les gnostiques chrétiens. Au 3ème siècle, les néo-platoniciens représentés par Plotin et ses disciples s’opposèrent aux sectes gnostiques locales.

Pour conclure, du moins provisoirement

Cette planche ne contient pas de réflexions personnelles. J’ai tenté de synthétiser des informations au sujet de la gnose, des gnostiques et du gnosticisme.

Résumons cette longue synthèse : la gnose est plus une « affaire de cœur » qu'une question de concepts. Elle peut donc aussi bien conduire à un ascétisme rigoureux qu'à de curieuses immoralités, avec la volonté de contredire en tout la loi biblique.

Tout comme le christianisme s’est répandu par la thaumaturgie, la gnose attirait par la magie et l'astrologie, très répandue au début de l’ère chrétienne, qui tenaient une place très importante dans les écrits des gnostiques.

L'enseignement gnostique était secret. Les rites étaient divers. Les uns individuels, les autres collectifs, étaient destinés aux divers échelons des initiés, et donc plus ou moins secrets. Il s'agissait principalement de baptêmes, d'onctions, d'impositions des mains, de communions, d'agapes et d'unions spirituelles plus ou moins symboliques.

C’est en langue grecque que le gnosticisme atteignit son développement le plus complet.

Les gnostiques n'avaient pas de notions de moralité individuelle très strictes.

 

R:. F:. A. B.

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