Cette image représente une scène complexe et symbolique, probablement liée à une cérémonie ou à une représentation maçonnique. Au centre de l'image, il y a une structure en forme de tente ou de dais, ornée de motifs géométriques et de symboles. Cette structure est soutenue par des colonnes et des piliers, créant une impression d'importance et de solennité. Autour de cette structure centrale, plusieurs objets et symboles sont disposés de manière ordonnée. On peut voir des épées croisées, des livres ouverts, des chandeliers et d'autres artefacts qui semblent avoir une signification rituelle ou historique. Ces objets sont placés sur un sol à damier noir et blanc, ajoutant à l'esthétique formelle et cérémonielle de la scène. Au-dessus de la structure centrale, plusieurs bannières et drapeaux sont suspendus, chacun portant des emblèmes et des inscriptions qui renforcent le thème maçonnique. Les bannières sont disposées en arc de cercle, encadrant la scène et attirant l'attention vers le centre. L'ensemble de la scène est encadré par une arche, donnant l'impression d'un espace sacré ou rituel. Les détails complexes et les symboles présents suggèrent une signification profonde et une importance historique, probablement liée à des pratiques ou des rituels maçonniques.
«L’Arc Royal est l’un des rituels les plus riches, les mieux composés, les mieux écrits de toute la littérature maçonnique. Modèle du genre, il permet d’ordonner des cérémonies d’exaltation d’une grande beauté et de nature à inciter aux plus profondes méditations sur le sens et l’objet de la Franc-maçonnerie », écrivait Paul Naudon en 1970. Il est cependant très méconnu en France. Voici donc l’essentiel sur ce grade et son rite, qui exaltent ceux qui les pratiquent.
Le grade de l’Arc Royal est sans doute l’un des plus répandus dans le monde. En revanche, et curieusement, il est en France l’un des plus méconnus, si ce n’est comme grade tombé en désuétude ou ayant eu une existence éphémère. Il est donc intéressant – particulièrement pour ceux qui le pratiquent mais aussi pour les autres Maçons – d’aborder ce sujet pour mieux faire connaître un grade dans sa richesse exceptionnelle et sa diversité.
Cela d’autant plus que, malgré le peu d’attention qu’on lui porte souvent, il est présent sous des formes variées dans presque tous les systèmes de grades organisés, depuis l’ensemble des grades complémentaires de la Maçonnerie anglaise jusqu’au Rite Écossais Ancien et Accepté, en passant par des systèmes moins répandus comme ceux de la Maçonnerie Égyptienne.
La diversité, tant de la pratique que de la forme de l’Arc Royal, est considérable, non seulement en fonction des systèmes dans lesquels il a été inclus, mais aussi des pays, des époques et des usages. Déjà, son appellation est le reflet de sa diversité : selon les cas, il va être intitulé, à partir de son nom anglais Royal Arch : Arc Royal, Sainte Arche Royale, Royale Arche ou encore Royal Arche ou Grand Hache ou Grand Arche. Pour ajouter un peu à cette complexité, rappelons l’existence du grade de Royal Hache, dont le contenu n’a aucun rapport avec celui de l’Arc Royal, mais dont la paronymie du titre peut faire confusion.
I. Histoire compliquée d’un rite complexe
Afin de présenter le plus clairement possible les origines et l’évolution du grade de l’Arc Royal, même sommairement, nous devons examiner séparément ce qui concerne la notion de grade et ce qui concerne le rite ainsi nommé.
Nous pensons que le grade est né peu après 1740. Le terme «Arc Royal» apparaît pour la première fois en Irlande, dans le Faulkner’s Dublin Journal des 10-14 janvier 1743. Dans un livre publié l’année suivante, également à Dublin, Fifield Dassigny apporte une précision importante sur l’existence d’un grade de l’Arc Royal. Non seulement il mentionne clairement la notion de «Maître de l’Arc Royal», mais il ajoute que cette «excellente partie de la Maçonnerie» était pratiquée «peu avant» à Londres.
Ce n’est vraiment qu’en 1752 que la mention du grade est certaine : le 4 mars 1752, une cérémonie d’exaltation a lieu dans la Grande Loge des Anciens. La même année, une autre cérémonie est réalisée en Irlande, puis en 1753 en Amérique et en 1756 en Écosse. En Amérique, il est établi que trois frères ont été élevés au grade du Saint Arc Royal à Fredricksburg (Virginie) le 22 décembre 1757.
En France, le grade est connu à peu près vers 1760. Une lettre adressée par des Maçons messins à des Frères lyonnais en 1761 en donne une preuve certaine. Par ailleurs, une initiation à l’Arc Royal est attestée le 12 décembre 1764 dans la région de Beaucaire.
Sur le plan rituel, le grade de l’Arc Royal paraît être un complément de la Maîtrise et, comme tel, il plonge ses racines au plus profond des origines des grades développés au 18ème siècle au-delà de ceux d’Apprenti, Compagnon et Maître. Nous pensons que son thème a pu s’inspirer de l’un des plus anciens hauts grades qui nous soient connus, à travers la divulgation de 1744 intitulée Le Parfait Maçon. Ce texte comporte la description d’un quatrième grade sous le titre de «Secret des maçons écossais».
Il est très intéressant de constater que les premiers rituels de l’Arc Royal connus sont français. Le plus ancien date de 1760 environ. Il est inclus dans un manuscrit en français, intitulé Précis des huit premiers grades ornés de discours et d’histoires allégoriques, relatifs au respectable Ordre de la Franc-Maçonnerie. René Guilly a publié quatre des six rituels qu’il a trouvés dans différents fonds d’archives à Paris, à Lyon, à Avignon et à Montpellier. De son côté, Paul Naudon a également publié un rituel d’Arc Royal, qu’il date de 1765 environ.
Ainsi, un nombre appréciable de rituels écrits en français se situent dans la période 1760/1765. Les Frères de Metz nous donnent, dans leur lettre de 1761, un aperçu intéressant du contenu de ces rituels. Parmi d’autres grades, ils citent celui de Royale Arche en proposant à leurs correspondants de le leur communiquer s’ils ne le possèdent pas. Voici le passage :
Royal arche – Les frères de Lyon paroissent posséder ce grade sous une autre dénomination. Nous croyons que ce pourrait être le Me secret ou le Mtre favory, l’hyerogliphe triangulaire couronné est celuy connu par les suédois sous le nom de Royal Arche. Salomon Roy, Hiram Roy et Hyram architecte tenoient leur Conseil à eux trois seuls, c’est ce que signifient les lettres initiales ; le der ayant été assassiné, Salomon, malgré les instances récidivées des maîtres, refusa d’admettre aucun d’eux à ce grade éminent en leur disant qu’ils travaillassent et qu’un jour ils mériteroient d’en être revêtus. Gibellum, mot du centre, découvrit le mystère par 3 reprises différentes, sur le revers de la médaille, l’Emblême du soleil qui lui fit appercevoir les mots sacrés tracés sur le frontispice du Temple où se tenait la Loge secrette. Mot 1° Ja. 2° Bu. 3° lum : Jabulum prononcé sous les 3 bras élevés des frères qui se le prononcent à l’oreille.
Dès sa naissance, le grade de l’Arc Royal s’appuie à la fois sur la construction du premier et du second Temples de Jérusalem
Ces rituels s’inscrivent dans le corpus de ceux faisant référence à la légende salomonienne et hiramique. Ils évoluent ensuite vers le thème – ancien lui aussi – de la reconstruction du Temple par les Juifs revenus de l’exil de Babylone, sous la direction du prince Zorobabel, assisté par le prophète Aggée et le grand prêtre Josué. Ces trois personnages sont, dans la plupart des rituels modernes, les trois Principaux présidant un Chapitre de l’Arc Royal. Nous y retrouvons aussi les scribes Esdras et Néhémie, autres officiers importants d’un Chapitre. Or c’est ce thème inspiré du récit biblique qui constitue aussi le grade d’Écossais figurant dans le Parfait Maçon de 1744 mentionné plus haut.
De nombreux éléments de ce texte se retrouvent dans le rituel de l’Arc Royal, y compris dans sa version actuelle. Certes, la plupart de ces caractéristiques sont aussi présentes dans d’autres grades d’Écossais qui suivront celui-ci, mais sans exclusive.
Il nous semble donc que, dès sa naissance, le grade de l’Arc Royal s’appuie à la fois sur la construction du premier et du second Temples, au prix d’un anachronisme que René Guilly n’a pas manqué de souligner :
On mesurera de plus la différence qui existe entre le scénario sommaire de nos manuscrits (qui comporte ce point inexplicable d’entendre Salomon ordonner d’aller fouiller dans les décombres d’un Temple qu’il venait justement d’achever !) et les développements historiques et symboliques des rituels anglo-saxons actuels, qui ont tous le bon sens de ne plus se situer au temps de Salomon. C’est d’ailleurs cette différence qui fait le prix des documents de 1760-1764 ; on mesure ce qui, dans les rituels actuels, est vraiment primitif – et, comme un certain nombre d’éléments se sont perdus entre les deux extrêmes, cela représente finalement fort peu de choses. Une dernière remarque sur ce chapitre des sources du rite.
Plusieurs auteurs ont souligné – et nous partageons totalement leur point de vue – que l’Arc Royal, à son origine, contrairement aux apparences vétéro-testamentaires du rituel contemporain, a un sens chrétien très affirmé. Or le Parfait Maçon est une divulgation de rituels issus très probablement de la vieille Maçonnerie écossaise dite «jacobite», donc d’essence chrétienne, voire catholique, ce qui caractérise tout à fait les débuts de la Franc-maçonnerie française :
« [elle] est la seule, sur le continent européen, à présenter à ses débuts un caractère chrétien, ce qu’attestent les Règles Générales de la Maçonnerie signées par le comte de Derwentwater le 27 décembre 1736, le jour même où Ramsay prononce la première version de son Discours. » [1]
Par ailleurs, il est surprenant de constater que le plus ancien rituel anglais connu date seulement de 1780 : c’est le manuscrit Sheffield, décrit par J. R. Clarke. Est-ce à dire pour autant que l’Arc Royal soit un rite d’origine française ? C’est possible, mais ce n’est pas sûr. Les arguments sont partagés, faute de preuves écrites. Les «sources» – le grade d’Écossais du Parfait Maçon, l’existence de nombreux autres grades français dont l’action symbolique se déroule sous une «voûte» et en relation avec l’allégorie de la destruction et de la reconstruction du Temple sous la direction de Zorobabel, la langue utilisée par les rédacteurs de ces premiers textes, les lieux de leur dépôt actuel, la pratique du grade à Beaucaire attestée dès 1764, et surtout la lettre de 1761 prouvant l’existence d’une pratique continentale bien établie avant cette date – constituent des arguments sérieux en faveur d’une origine française.
Mais, dans le rituel de Montpellier, nous relevons que les neuf coups donnés sont les trois batteries anglaises actuelles dans l’ordre Maître-Compagnon-Apprenti ; le titre et l’appellation générale du grade sont presque toujours « Royal Arche », traduction littérale de l’anglais Royal Arch, s’opposant à ce que serait naturellement l’expression française «Arche Royale» ; enfin, ce grade est tombé en désuétude en France après 1765, alors qu’il prend une très grande importance dans les pays anglo-saxons, étant même la référence essentielle pour la Grande Loge des Anciens, mentionnée comme telle dans Ahiman Rezon dès 1752. Tous ces points soutiennent fortement la thèse d’une origine anglaise du rituel, d’autant plus que l’existence du grade est plus anciennement attestée outre Manche.
Faire la synthèse de ce chapitre sur les origines du grade est donc bien difficile car elles sont encore incertaines. Nous pensons que, si le concept d’Arc Royal, l’insertion du grade dans le corpus maçonnique comme aboutissement de celui de Maître, sont bien anglo-saxons – et plus précisément irlandais –, les sources et le développement du rituel sont bien français.
II. Un rite resplendissant et foisonnant
Un rite de l’Arc Royal, oui. Mais une variété étonnante de rituels, des pratiques très différentes selon les pays et les régions, même si le Maçon de l’Arc Royal, nommé Compagnon (en anglais Companion, et non pas Fellowcraft, deuxième grade de la Maçonnerie) reconnaîtra sans peine, dans chacune de ces formes, l’essence de son rite. La difficulté augmente lorsqu’on précise qu’un Chapitre de l’Arc Royal s’étage en quatre, voire cinq, six ou sept niveaux successifs, plus ou moins distincts.
Pour ne pas alourdir cette diversité, nous nous en tiendrons à la pratique actuelle, au prix même de quelques omissions volontaires, comme par exemple la pratique spécifique à la région anglaise de Bristol. Voici un tableau comparatif de l’organisation du rite dans les pays où il est le plus pratiqué :
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France |
États-Unis |
Écosse |
Irlande |
Angleterre |
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Me de la Marque Maç: |
Mark Master |
Mark Master |
Mark Master |
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Maître Installé (a) |
Past Master (c) |
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Excellent Maître (b) (Passage des Voiles) |
(Super) Excellent Master |
Excellent Master (Passing the Veils) |
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Arc Royal |
Royal Arch (Pass. Veils inclus) |
Royal Arch |
Royal Arch (Pass. Veils inclus) |
Royal Arch (e) |
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3ème Principal Josué |
Scribe (d) |
Principal Joshua 3rd |
Chief Scribe |
Principal Joshua 3rd |
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2ème Principal Aggée |
(d) King |
Principal Haggai 2nd |
High Priest |
Principal Haggai 2nd |
|
ler Principal Zorobabel |
High Priest (d) |
Principal Zerubbabel Ist |
Excellent King |
Principal Zerubbabel Ist |
- (a) Facultatif; sauf pour |'installation de 3ème Principal pour laquelle la connaissance du mot de Maître Installé dune loge
- (b) Facultatif selon les chapitres.
- (c) Ce grade est comparable à linstallation du Vénérable Maître dune 'elle est virtuelle : il n'est pas nécessaire que le candidat préside effectivement une loge symbolique. qu' loge
- (d) Iln'ya pas de cérémonie spécifique d'installation pour ces trois officiers principaux; sauf pour le High Priest, mais celle-ci est facultative.
- (e) En Angleterre; le Royal Arch est très étroitement associé au de Maître <[Arc Royal n'est pas un grade per se, mais grade
Nous allons maintenant exposer le contenu du rituel le plus couramment pratiqué en France, qui est la traduction du «style» Domatique anglais.
Le Chapitre est présidé par trois Principaux, siégeant côte à côte à l’Orient :
Les trois Principaux d’un Chapitre de l’Arc Royal, bien qu’étant nécessairement trois Maîtres, sont un seul Maître commun, uni, une triade, c’est-à-dire une trinité ou l’union de trois. Par conséquent, le Premier Principal est le primus inter pares, et agit comme le premier parmi ses pairs. Il est leur porte-parole, il parle pour eux, et il les consulte sur tous les sujets qui exigent une décision. Il ne parle jamais au singulier mais toujours au pluriel.
Le candidat Maître Maçon comparaît dans la Grande Loge qui se tient à Babylone, où il va recevoir les enseignements nécessaires pour se faire reconnaître comme constructeur compétent à son arrivée à Jérusalem. Il s’agit de la cérémonie du Passage des Voiles
Le collège des officiers comporte deux Scribes – Esdras (le secrétaire) et Néhémie (le couvreur) –, un Survenant et deux adjoints, un Gardien extérieur (le tuileur), un Maître des Cérémonies et un Trésorier.
Le fil conducteur de la cérémonie est bien connu par ceux qui pratiquent les grades au-delà de celui de Maître, que ce soit au Rite Français, au Rite Écossais Rectifié, au R∴E∴A∴A∴ etc. En effet, le candidat incarne un de ces Juifs exilés à Babylone qui, à la suite de Zorobabel, reviennent sur la terre de leurs ancêtres et veulent participer à la reconstruction du Temple de Jérusalem. La première étape – préparatoire à ce retour vers la terre promise – est l’admission du candidat Maître Maçon dans la Grande Loge qui se tient à Babylone, où il va recevoir les enseignements nécessaires pour se faire reconnaître comme constructeur compétent à son arrivée à Jérusalem.
1er, 2ème et 3ème bijoux principaux
L'image montre trois pendentifs triangulaires disposés en ligne horizontale. Le premier pendentif, à gauche, contient une couronne avec des pointes en haut. Le deuxième pendentif, au milieu, présente un œil au centre entouré de rayons. Le troisième pendentif, à droite, affiche un livre ouvert avec du texte visible sur les pages. Chaque pendentif est suspendu à un anneau en haut.
Il est donc soigneusement tuilé pour prouver sa qualité, puis il reçoit une série de quatre attouchements et mots qui lui permettront d’obtenir le passage auprès des gardiens des voiles successifs qui ferment l’accès du Chapitre siégeant à Jérusalem. Il s’agit ici de la cérémonie de Passage des Voiles, au terme de laquelle le candidat – dûment assermenté et instruit – acquiert la qualité d’Excellent Maître, qualificatif illustrant son aptitude à participer à une œuvre aussi difficile que cette réédification du Temple de Salomon détruit par Nabuchodonosor.
L’Excellent Maître, après avoir voyagé à travers le désert, de Babylone à Jérusalem, «survient» à l’entrée du Chapitre de l’Arc Royal, lieu de réunion du Grand Sanhédrin (le Conseil des Anciens des Hébreux) que président les trois Principaux : le Prince du peuple – Zorobabel lui-même – assisté du Grand Prêtre Josué et du Prophète Aggée.
Le Chapitre représente donc tout le peuple hébreu réorganisé et dirigé par les trois pouvoirs traditionnels : royal, sacerdotal et prophétique. La cohérence de ce peuple revivifié s’effectue autour de l’acte essentiel de la reconstruction du Temple, cœur spirituel de la capitale, Jérusalem. Cette reconstruction ne s’effectue pas ex nihilo, mais bien sur la base des ruines du premier temple, plus particulièrement sur la crypte secrète qui subsiste dans ses fondations où a été caché le plus sacré des symboles : le Nom divin imprononçable. Le chapitre représente tout cela – et bien d’autres symboles – dans une disposition d’une rare splendeur (voir la gravure p. 40).
L’Excellent Maître qui «survient» à la porte du chapitre est guidé et accompagné par deux membres du chapitre, qualifiés pour cela de «survenants», qui vont participer activement à la cérémonie, comme le candidat. Celui-ci, après avoir franchi les trois points de contrôle en donnant aux gardes les signes et mots qu’il a reçus dans la Grande Loge de Babylone, se présente dans le chapitre, les yeux bandés. Après avoir fait le tour du tapis, il s’agenouille à l’ouest où, à tâtons, on l’aide à trouver un rouleau de parchemin.
Le candidat devenu Excellent Maître est descendu dans la crypte où il va découvrir le nom sacré
Restant à la même place, il prête son obligation puis il est relevé en quatre temps d’une façon très signifiante pour marquer le chemin parcouru depuis son élévation comme Maître Maçon. Le bandeau lui est enlevé et il lit sur le parchemin qu’il a trouvé les trois premiers versets de la Genèse. Il exprime ensuite son désir de participer activement à la reconstruction du Temple. Ayant été reconnu comme Excellent Maître, et donc compétent, il est «embauché» sur le chantier. On lui confie – ainsi qu’à ses deux accompagnateurs – la tâche ingrate de déblayer les ruines et, pour cela, on leur remet les outils nécessaires : pelle, pioche et levier, puis ils sortent du chapitre.
Peu après, ils se présentent à nouveau en annonçant une importante découverte : en déblayant, ils ont extrait du sol une grosse pierre qui s’est révélée être une clé de voûte. Le candidat, soutenu par les survenants, est descendu dans la crypte ainsi ouverte et y a découvert l’autel surmonté du nom sacré. La découverte étant dûment confirmée, le candidat est récompensé en étant reçu «Compagnon de l’Arc Royal».
Revêtu d’un surplis blanc, il est conduit à l’Orient où il est solennellement investi de ses décors (tablier, écharpe et médaille). Le Premier Principal lui communique alors rituellement le Nom sacré et le mot secret du grade, en les prononçant par syllabes. Enfin, la cérémonie se termine par trois discours d’instruction faits par les trois Principaux successivement.
Dans le cadre de ce seul article, nous ne décrirons pas le rituel d’ouverture et de fermeture du Chapitre, si ce n’est un point important. Au cours de la cérémonie d’ouverture, les trois Principaux se réunissent d’une façon très particulière et unique – sous la voûte – pour reconstituer la Parole perdue dont chacun d’eux détient une syllabe. C’est la clé même de la revivification du chapitre qui est alors dépositaire de ce Mot sacré, présent sur l’autel. Puis, à la fermeture des travaux, les Principaux s’assemblent à nouveau d’une façon identique, et se partagent alors la Parole ineffable dont chacun conservera une syllabe jusqu’à la prochaine réunion du chapitre. Cette «partition» du mot est symboliquement représentée par la dispersion des lettres du mot qui se trouvent sur l’autel.
III. Un grade d’une haute spiritualité honni par les antimaçons
Un Chapitre dans lequel repose symboliquement la Parole perdue, c’est-à-dire le Nom divin, ne peut être que le lieu d’une très haute spiritualité. Holmes-Dallimore l’exprime de façon éloquente :
Le Saint Arc Royal est l’Ordre Suprême de la Franc-maçonnerie, la Chambre Intérieure, le Sanctum Sanctorum ou le Saint des Saints du Temple Spirituel que nous essayons sans cesse d’élever et de préserver pour l’honneur et la gloire du Très Haut. C’est l’apogée solennel et sacré du grade de Maître Maçon, le fondement et la clef de voûte de l’édifice maçonnique tout entier, le plus haut pinacle de tous ses principes, la couronne absolue de ses aspirations et, comme nous l’avons déjà dit, l’inspiration de la piété la plus pure et la plus zélée et des conceptions de Dieu les plus élevées. Par conséquent, il appartient à celui qui a le privilège d’y entrer et de participer à ses travaux de manifester hautement la plus grande dignité, la bonne foi et l’intégrité les plus absolues, la pureté et la netteté de sa convivialité, de son hospitalité, de sa sociabilité et de ses actes. Par dessus tout, il doit bannir catégoriquement tout ce qui est théâtral et artificiel ou qui tend à réduire ou à minimiser l’essence sacrée et sainte ainsi que l’esprit qui devraient régner dans le chapitre à tous moments et dans toutes les circonstances.
Cependant, une telle exigence, découlant de la référence rigoureuse au Nom divin et de l’invocation dont il fait l’objet, a donné lieu à une violente critique antimaçonnique, principalement dans les pays anglo-saxons où il est très pratiqué. L’objet de cette critique est la présence, sur l’autel du chapitre, du mot et des lettres hébraïques associés au Nom divin. Ce mot et ces lettres sont considérés comme une référence diabolique par plusieurs auteurs et pamphlétaires antimaçons.
Cette image représente une médaille en noir et blanc. La médaille est suspendue à un ruban. Le ruban est blanc et présente des bordures ornées. La médaille elle-même est circulaire et présente des éléments décoratifs complexes. Au centre de la médaille, il y a une étoile de David entourée de texte. Le texte est en hébreu et entoure l'étoile de David. La médaille est fixée au ruban par une petite boucle en haut. L'ensemble de la scène est mise en valeur sur un fond sombre, ce qui accentue les détails de la médaille et du ruban.
Les attaques les plus vigoureuses ont été menées par des person-nalités ou des groupements religieux. Nous n’en citerons que quelques-uns parmi les plus connus :
- En Angleterre, Walton Hannah, pasteur anglican, a publié deux ouvrages de divulgation et d’attaque contre la Maçonnerie. Le premier, en 1952, s’intitule Darkness Visible ; le second, en 1954, Christian by degrees ;
- La Catholic Truth Society de Londres diffuse de nombreuses brochures anti-maçonniques : en 1955, l’une d’elles porte en couverture une photo du sommet de l’autel d’un chapitre de l’Arc Royal, emprunté à Walton Hannah. L’auteur, L. Rumble, écrit : « La vérité est que la Maçonnerie est nettement une religion non-Chrétienne. Le Dieu de la Maçonnerie n’est pas le Dieu des Chrétiens. Dans le grade de l’Arc Royal, la nature du Dieu maçonnique est exprimée par la combinaison des nom de Jahweh, Baal et On (Osiris), les noms des divinités païennes Baal et Osiris étant une partie constitutive du nom de Dieu. »
- Et surtout, en 1984, Stephen Knight publie The Brotherhood, the secret world of the Freemasons. Les attaques y sont multiples : l’influence supposée de l’Ordre sur la police, la magistrature et le pouvoir politique ; les relations internationales secrètes et, bien entendu, l’incompatibilité avec toute religion chrétienne en raison de son caractère satanique. Knight explique, avec le plus grand sérieux, que les membres de l’Arc Royal sont des adorateurs du Diable puisqu’un des mots à ce grade pourrait être interprété comme le nom d’une idole païenne du VIIème siècle avant J.-C. !
- En 1986, l’Église anglicane publie une brochure intitulée «Franc-Maçonnerie et Christianisme sont-ils compatibles ?» Ce document a été préparé par un groupe de travail dûment mandaté par le Synode Général de l’Église d’Angleterre, et l’Arc Royal comme les pénalités des serments y sont largement mis en cause.
Pratique actuelle du grade de l’Arc Royal en France
au 11 avril 2008
- Grand Chapitre de la Sainte Arche Royale de Jérusalem pour la France (GLTSO) – 6 chapitres, 100 membres.
- Grand Chapitre de l’Arc Royal (Grand Prieuré des Gaules)-3 chapitres, 60 membres.
- Sainte Arche Royale de Jérusalem – Suprême Grand Chapitre Uni des Maçons de l’Arche Royale de France (GLNF) – 180 chapitres, 5000 membres.
- Suprême Grand Chapitre de la Maçonnerie Française de la Marque et de l’Arc Royal (LNF) – 3 chapitres, 40 membres.
- Suprême Grand Chapitre de l’Ancienne Maçonnerie d’York et de l’Arc Royal (GODF) – 5 chapitres, 110 membres.
- Autres (chapitres indépendants ou non) – 3 ou 4 chapitres, 60 membres environ.
Le succès de ces publications a été considérable et le nombre de rééditions des livres de Hannah et de Knight impressionnant. Cette critique a particulièrement affecté la Grande Loge Unie d’Angleterre, principalement en raison de l’attaque contre les pénalités traditionnelles figurant dans les formules de serment aux trois grades «bleus», considérés dans un sens direct et non plus symbolique.
La pression exercée par le Grand Maître, le Duc de Kent – qui estime ces pénalités archaïques et inconvenantes –, sur les responsables de la Grande Loge va entraîner une décision extraordinaire, malgré la désapprobation et la résistance d’un grand nombre de Maçons anglais. Certains iront même jusqu’à publier leur protestation dans la revue française Renaissance Traditionnelle, où le débat sera largement ouvert.
Homme âgé avec une calvitie, portant un costume et une cravate, souriant légèrement. La photo est en noir et blanc. L'arrière-plan est flou, suggérant un cadre extérieur avec d'autres personnes présentes.
Le 11 juin 1986, sans se soucier du reste du monde maçonnique, la Grande Loge décide d’enlever ces pénalités qui figuraient dans les formules de serment avant même la naissance de la Franc-maçonnerie spéculative à Londres en 1717, pour les reléguer à titre d’information à la fin du rituel des trois grades. Évidemment, le Grand Chapitre de l’Arc Royal (dont le Grand Premier Principal est aussi le Duc de Kent) émet le 8 février 1989 une «recommandation» – en fait une directive – adressée à tous les chapitres de sa juridiction, dont voici l’essentiel : retrait du mot et des trois caractères hébreux figurant sur le Triangle placé sur l’autel et de toute référence à ceux-ci dans le rituel ; retrait des pénalités de toutes les obligations (c’est-à-dire celle d’un nouveau Compagnon, mais aussi celles des trois Principaux, prises au moment de leur installation).
En éradiquant arbitrairement du rituel, sous la pression de lobbies sectaires, les pénalités qui figuraient dans les formules de serment antérieures même à Anderson, la Grande Loge Unie d’Angleterre lui a fait perdre l’essentiel de son caractère ésotérique et de sa beauté
Ainsi les chapitres anglais perdent-ils ce qui est certainement le caractère ésotérique et fondateur le plus essentiel de ce grade de haute teneur spirituelle. Sans le second Mot sacré et ses pénalités spécifiques, le grade de l’Arc Royal se trouve vidé de son essence même. Mais ce qui nous semble tout aussi grave, c’est qu’en agissant ainsi, la Grande Loge Unie d’Angleterre et le Suprême Grand Chapitre cèdent aux adversaires de la Franc-maçonnerie, en particulier aux groupes religieux anti-maçonniques dont l’argument de base intégriste est prétendument l’impossibilité d’être chrétien et maçon – ce qui est faux, justement parce que la Maçonnerie ne se rattache pas à une religion chrétienne bien déterminée. Ce faisant, ils semblent donner raison à l’intolérance et aux arguments spécieux des ennemis de l’Ordre, trahissant tous les Maçons soucieux de la vérité et de la valeur de la voie initiatique qu’ils suivent.
Heureusement, ces puissances maçonniques ne représentent qu’elles-mêmes, et cette défaite face aux ennemis de la liberté de pensée et de la tolérance est surtout préjudiciable à leurs propres membres. Dans le monde entier, en France en particulier, la plupart des chapitres de l’Arc Royal, fidèles à leurs origines, maintiennent fermement toute la beauté et la force spirituelle rayonnante de ce grade, conservant rigoureusement son contenu ésotérique et ses caractéristiques essentielles, telles que nous avons essayé de vous les présenter.
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