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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

La lumière et le Franc-maçon

Publié le 30 Octobre 2026 par T.D

Par Solange Sudarskis

Heureux les fêlés parce qu’ils laissent passer la lumière

Le franc-maçon est fils de la lumiere . Évoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines de la Franc-maçonnerie comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière.

Des Égyptiens aux Esséniens, une mystique de la lumière

Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas de mentionner  le divin soleil chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier.

L’apport de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la Maçonnerie salomique (jusqu’au 14ème grade au REAA) est indéniable. Cette pensée, développée par la Kabbale (la transmission de la connaissance)  a pour thème une mystique de la lumière à travers le sujet de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphiroth, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme. Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de  la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice, la lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures.

Dans Le banquet, Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide.

Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), celui des ténèbres, du mal et du mensonge (celui de Bélial).

De la maçonnerie opérative à l’illuminisme

Souchée sur la Maçonnerie opérative, la Franc-maçonnerie spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation, mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Église. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le Grand Orient de France. La lumiere est–elle une trace de cette foi en le divin ?

Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité : l’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui. Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification. Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon, mère du duc d’Enghien, Joseph Balsamo, comte de Cagliostro,  Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et, évidemment, Jean-Baptiste Willermoz. C’est à travers la Franc-maçonnerie que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière.

Lumière et ténèbres : trois acceptions symboliques

Nous essayerons de penser la Franc-maçonnerie, le temple et les rites maçonniques dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, compréhensible, tantôt par ce qu’elle voile, l’ombre, les ténèbres, voire le noir.

L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptations de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.

. La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.

. La Lumière-orientation et l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.

. La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis).

Regardons en Franc-maçonnerie où tout est symbole, comment nous vivons ces aspects de la lumière.

1- La lumière-séparation.

La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du REAA, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle. Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la  lumière et les  ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !

  • Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre. La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de reflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la  lumière. N’est-il pas écrit dans le cabinet de réflexions : «si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière» ?
  • La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. À cette lumière de genèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du quatrième jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du premier jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\ des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que, dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance  que le Dieu des Hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.
  • La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale,  de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre. Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voute etoilée c’est la verticalité céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont, comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés.

Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\Maç\; sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des Maîtres au Rite Écossais Ancien Accepté, au Rite Français.

2- La lumière-orientation

La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent. D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. «Sauve-moi de la matière et des ténèbres», supplie la Pistis Sophia, dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom  et qui met en scènes la Sophia, Jésus, les vierges Marie et Marie-Madeleine. D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoike flamboya. Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme vers la lumière comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques. L’orientation symbolique est une conversion à la lumière.

De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne, comme dans le mythe de la caverne de La République  de Platon. Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore.

Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas, la Pistis Sophia du côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux d’Ibn al’Arabi ou d’Avicenne du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite lumineuse, aurorale et la gauche obscure, crépusculaire, en un mot sinistre. D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia,  l’inconnaissance. «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «Tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «Pour le connaissant, il est toujours midi «est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein !

Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé ! Jalonné par la lumière, le chemin maçonnique fait sans cesse référence à cette lumière-orientation.

La lumière dans le temple maçonnique

Ainsi en Franc-maçonnerie, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ ne retourne pas son cordon en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière.

Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières  disposées sur les plateaux des officiers allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, censés être celle de la connaissance initiatique.

3- La lumière transformation de la réalité.

Et puis  la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice ; mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi.  De ce qui est donné comme visible par la lumière,  tout n’est pas forcément la vérité. Il y a  de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir. Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice.

Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annonce la Bible. Est-ce de ces lumières  que se fait la datation du commencement symbolique maçonnique, l’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ?

Quelle que soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est-il pas l’œil du delta lumineux ?

La lumière dans les hauts grades du REAA

Qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du REAA, qui a pour titre «Le Chevalier du Soleil» ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance… Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dans la République, Platon attribue à Socrate ces paroles :» Le soleil, dont seul un aveugle pourrait parler, est quelque chose dont  n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance». La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-reflections dues aux rencontres de sa lumière et de la matière.

Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers Hauts Grades du REAA, 31, 32 et 33ème, qui revêtent de décors blancs le franc-maçon, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir de soi en lumière et de lumière en soi.

La vraie lumière, connue par l’initiation

La vraie lumière nous est connue par l’initiation. De fait nous la recherchons comme la vérité. Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous. La cohérence de la vraie lumière  est à la fois symbolique et métaphysique.

Le franc-maçon est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux ferre, porter de la lumière), cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière. La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère. Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur dans une infusion.

Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption, dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les francs-maçons devraient mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.

450fm

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Publié le 29 Octobre 2026 par T.D

 

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La Lumière

Publié le 29 Octobre 2026 par T.D

Il est difficile de ne pas faire le parallèle entre le travail précédent, celui du Silence, qui s’oppose aux vibrations du bruit, avec ce thème de la Lumière qui s’oppose aux Ténèbres. Il va sans dire que nous ne traiterons pas d’électricité ou de lumen Cette Lumière dont il est question est uniquement symbolique. Il s’agit exclusivement de celle que nous avons reçue le jour de notre Initiation. Le Bandeau est alors tombé et nos yeux ont senti la Lumière. Je dis bien « senti », car la Lumière initiatique n’est absolument pas visible. Elle doit nous toucher et nous faire sentir le principe créateur de l’Unité. Nous devons bien comprendre que si cette fameuse Lumière devait être une simple perception de nos yeux, les aveugles seraient interdits en Loge. Or je crois très fermement que ces derniers perçoivent la Lumière plus intensément que les voyants. La raison vient du fait qu’étant privés d’un sens, qui nous induit souvent en erreur, ils ont compensé par une perception vibratoire supplémentaire et accrue. Nous allons développer plus en détail ce thème de la dualité entre l’unité et la division.

La Bible nous dit au Livre 1 de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit: «Que la lumière soit.» Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière «jour», il appela les ténèbres «nuit». Il y eut un soir, il y eut un matin: ce fut le premier jour. »

Ce récit symbolique nous parle de dualité et de création. Que disent pratiquement tous les Rituels maçonniques, avec des mots parfois différents, à la question : « Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ? »

Réponse : « Parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai désiré la Lumière »

Il faut surtout bien saisir que le maçon part des Ténèbres pour se rendre vers la Lumière. En d’autres mots, il vient d’un espace divisé (le diabolo) pour se rendre, par son travail et sa volonté, vers la Lumière, c'est-à-dire vers un espace d’Unité. On pourrait aisément comparer ce principe à celui qui doit commencer à vous être familier, celui du « sumbolon », celui que vous avez lu au chapitre des Symboles. Vous vous souvenez évidement de cette phrase : « Rassembler ce qui est épars ». C’est précisément le rôle de la Lumière. Elle concentre et rassemble pour pouvoir ensuite diffuser par son rayonnement. Cette Lumière en question est hautement vibratoire Relisez attentivement votre Rituel, il est mentionné : « La vraie Lumière était celle qui éclaire tout homme venant en ce monde ». Si notre Rituel conçoit qu’il existe une vraie Lumière, c’est en opposition à une autre, moins authentique. Nous pouvons très certainement envisager que la moins forte des deux soit celle perçue par les yeux. En revanche, la « vraie » est la Lumière vibratoire et créatrice. Cette Lumière est celle des origines de notre Univers, c’est en ce sens qu’elle est sacrée. Antoine de Saint-Exupéry l’a écrit avec brio : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

J’aimerais maintenant attirer votre attention sur la notion de « Vérité » dont nous parlons souvent dans nos Rituels. Prenons par exemple cette phrase issue du Rite Écossais Ancien et Accepté : « Demandez et l'on vous donnera (La Lumière) ; cherchez et vous trouverez (La Vérité) ; frappez et l'on vous ouvrira (La Porte du Temple). » La Vérité que nous devons chercher n’est évidemment pas un mystère extérieur. Dans un précédent ouvrage, j’avais écrit la chose suivante : « Chez les Grecs, Vérité se dit « Alètheia ». Ce concept hellénique traduit l’idée de lever le voile sur ce que nous avons oublié. Cette idée est très importante, car elle rappelle que ce que nous cherchons en maçonnerie n’est pas au dehors, mais bien au-dedans. Il suffit de lever le voile. Il en est de même avec la Lumière. Cette Lumière n’est, certes pas, celle des yeux, mais beaucoup plus subtile. » Vous commencez très certainement à mieux percevoir le lien qui existe entre la vibration et la création. Nous ne sommes plus dans le monde des apparences ou des illusions, mais bien dans celui du ressenti et du vécu. Bienvenue sur terre, ce lieu d’expérimentation et de rectification de la matière ! Comme le dit avec beaucoup de malice l’alchimiste contemporain Patrick Burensteinas, lors de ses conférences sur le langage des oiseaux: « La matière, « l’amas tiers », ou « l’âme à tiers » : c’est un tiers d’âme et deux tiers d’autre chose. »

Cette approche pose aussi la question de la différence qui peut exister entre le rayonnement de la Lumière et la vibration reçue sur votre crâne grâce à l’Épée Flamboyante du Vénérable Maître, lors de votre Initiation. Les deux actes sont à mettre en lien avec cette phrase que nous avons étudiée dans le travail précédant : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu… »

L'univers est sans doute l'exemple absolu que l'Un est Tout et vice versa. L'Univers est dual : onde-particule. La matière se manifeste à la fois par des particules et par des ondes. Tout comme l’espace et le temps, ou l’énergie et la masse, les particules et les ondes sont les deux faces d’une même médaille. La mission du Franc-maçon consiste à le sentir pleinement afin d’en faire l’union. Chaque maçon est un grain de sable à l’échelle de l’Univers. Il n’a pas le pouvoir de changer grand-chose. En revanche, il lui est possible de travailler sur son unification personnelle. Par unification, nous pouvons aussi entendre alignement ou rectification, dans le sens de mise en Rectitude. Il s’agit d’une mise en harmonie comme un instrument de musique qui s’accorderait avec un grand orchestre Universel. En jargon électronique on appelle cela syntoniser, c'est-à-dire aligner un émetteur et un récepteur sur la même fréquence. Ce concept me fait souvent penser à la notion, que nous retrouvons dans les trois grandes religions, du « Amen » ou de son synonyme « Ainsi soit-il » Notre mental voudrait influencer et transformer (changer la forme) le cours des choses extérieures, alors qu’en réalité, il suffit de se mettre en harmonie avec ce monde. Lorsque nous y arrivons, les choses nous semblent alors en paix. Il n’est point question de supplier un Être Suprême pour implorer sa clémence, mais juste de faire la paix dans son cœur afin de comprendre que l’Univers ne complote pas contre la race humaine. Le contraire est cependant moins évident à prouver !

L’univers est bercé par le rythme du cosmos. Rythme des électrons autour du noyau, rythme du mouvement des molécules, rythme de la course des planètes. Toutes les nuits d'été, des milliers de Lucioles se mettent à virevolter dans les forêts du Japon, émettant une même lumière en même temps, obéissant à un synchronisme secret. A chaque instant au fond de notre corps, les flux électriques pulsent dans chaque organe au rythme de symphonies silencieuses, dont la mesure est battue par des milliers de cellules invisibles. Chaque mois, lorsque plusieurs femmes restent longtemps ensemble, leurs cycles menstruels se synchronisent de manière inexplicable, comme les spermatozoïdes remuent leur queue en même temps et dans la même direction en une mystérieuse chorégraphie. Pour les Hindouistes, la synchronie est naturelle parce que la vie pulse au rythme des battements de la danse de Shiva.

La matière inerte n’y échappe pas. Ainsi, les pendules de deux horloges placées l'une à côté de l'autre, finissent par oscillaient en même temps Même si l'une des deux est arrêtée volontairement afin de les désynchroniser, au bout d'un moment, les horloges se remettaient à battre au même rythme. Même chose pour les moteurs de deux générateurs, même démarrés à des moments différents.

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La lumière intérieure

Publié le 29 Octobre 2026 par T.D

J.B. Willermoz a écrit : « Pour parvenir à la connaissance de la vérité, (…) l’aspirant doit (…) ne se guider que par les rayons de la lumière intérieure, que la bonté du Créateur a ménagés pendant leur course temporelle à ceux qui ont un véritable amour pour la vérité ».

La lumière évoquée ici est intérieure à l’homme, elle réside en lui-même, enfouie au cœur de son être, comme un germe divin. Le thème de l’intériorité de la lumière est commun à de nombreuses traditions. C’est à l’intérieur, tout à l’intérieur qu’il faut chercher disent les Upanishad : « Au centre de soi-même, reconnaître l’univers, et soi-même au cœur de l’univers, dans cet espace du cœur identique aux espaces éternels ». Sainte Thérèse d’Avila utilise l’image du « château intérieur », dans lequel l’homme doit chercher à pénétrer la chambre secrète qui est le vrai centre de lui-même. « Malheur, malheur », nous dit Goethe, dans son Faust, « tu as brisé le ciel magnifique de ton poing destructeur », mais il ajoute aussitôt : « Puissant fils de la Terre, rebâtis ce monde divin, rebâtis-le au fond de ton cœur. » Mentionnons également cette parole d’Avicenne : « Tu te crois un néant et c’est en toi que réside le monde ».

Lumière intérieure et voie interne

Louis Claude de St Martin était partisan de la « voie interne » permettant de contempler le tréfonds de l’invisible en pratiquant dans son être « l’ouverture du centre spirituel » qui se trouve au-dedans de soi. Ce même auteur écrit, en 1775, dans son livre Des erreurs de la Verite, qu’il s’agit de faire découvrir à l’homme « la nature du germe qu’il porte en lui ». Il ajoutait : « Combien nous auraient-ils (les hommes) épargné d’erreurs et de souffrances, si, loin de chercher la vérité dans les apparences de la nature matérielle, ils se fussent déterminés à entrer en eux-mêmes… ». Louis Claude de St Martin exalte ainsi, lui-aussi, cette lumière « enfouie dans le cœur de chacun, mais qui doit nous porter jusqu’aux cieux, transfigurer la nature même, et rendre à l’homme sa splendeur passée. »

Lumière intérieure et temple intérieur

Pour le Rite Écossais Rectifié, la Lumière intérieure qui réside dans l’homme est associée à l’idée du Temple intérieur que tout Maçon doit bâtir en son cœur pour que celui-ci devienne la demeure impérissable du Seigneur. Pour la tradition chrétienne, le royaume de Dieu ne réside pas en dehors de l’homme mais gît dans le mystère de son cœur : « Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché » (Matthieu 13, 44) ; « Le royaume des cieux est au-dedans de vous » (Luc 17, 21).

La Lumière primordiale

«L'Orient est la source et le principe de la Lumière que cherche le Maçon », lit-on dans le rituel du Rite Écossais Rectifié. De quelle Lumiere s’agit-il ?

En indiquant que « la lumière est le premier vêtement de l’âme », l’Instruction Morale du 1er grade du même Rite semble évoquer la lumière primordiale, antérieure à toute création. La lumière, dans la conception biblique, préexiste à toute création, elle en est même la condition essentielle. Avant elle, le monde n’est que ténèbres ; après elle, le monde connaît son premier jour.

La « vraie Lumière »

Cette lumière du commencement n’est donc pas celle du soleil et de la lune, qui n’ont été créés, d’après le récit biblique, que le quatrième jour, et encore moins celle de nos lampadaires. C’est une lumière d’un autre ordre dont il s’agit ici car elle est directement issue de la parole divine : « Dieu dit que la lumière soit ; et la lumière fut ». La lumière qui se manifeste par la Parole de Dieu marque le mystère de l’intention et de l’expression de l’acte créateur du monde.

Jean, l’auteur du 4ème Évangile, sur le prologue duquel le Maçon du Rectifié a prêté son engagement, fait de la lumière le thème central de son message. Jean parle, dans son Évangile, de la « vraie lumiere ».

Cette lumière incréée du premier jour de la Création est immatérielle, elle est invisible aux yeux de la chair, elle demeure inconnaissable et insaisissable pour l’homme. Pourtant, d’après l’enseignement des Anciens, cette « vraie Lumière » EST en tout lieu et en tout temps, elle est « inaltérable », dit le rituel du Rite Écossais Rectifié. Mais, « La Lumière est venue dans le monde, et le monde ne l’a pas connue », écrit l’évangéliste Jean. La difficulté, pour les communautés humaines, consiste à la faire exister, à la manifester.

Aussi, pour mieux percevoir cette Lumière, qui est aussi nécessaire à l’homme que celle du soleil, les Maçons cherchent-ils à concentrer leur attention sur le moment où, symboliquement, elle rayonne avec force et majesté dans la loge, c’est à dire à l'heure de midi l’heure d’ouverture des travaux maçonniques.

La Lumière originelle

Si l’on considère que la lumière qui paraît à l’Orient représente laLumiere originelle, celle antérieure au premier jour de la Création, l’on peut dire alors que le rituel d’ouverture de la loge place ainsi les Frères dans le temps de l’origine, il les transporte au premier matin des mondes. Il les entraîne dans un processus symbolique de création ou de régénération du monde. Ce processus concerne aussi le Maçon lui-même car sa tâche est aussi d’ordonner son chaos intérieur, de se construire, en fait de « renaître »…

 

 

 

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Publié le 28 Octobre 2026 par T.D

 

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Lumière en franc-maçonnerie : origines, symboles et évolution rituelle

Publié le 28 Octobre 2026 par T.D

La lumière en franc-maçonnerie occupe une place centrale, à la fois évidente et pourtant souvent mal comprise. Omniprésente dans les rituels, les décors  et le langage symbolique, elle semble aller de soi, au point que l’on ne s’interroge plus sur son origine ni sur la diversité de ses formes. Parle-t-on des Lumières de la Loge, multiples et structurantes, ou de la Lumière reçue lors de l’initiation ? Ces deux réalités se confondent-elles, ou relèvent-elles d’histoires et de fonctions distinctes ? Pour comprendre ce que recouvre réellement la lumière en franc-maçonnerie, il faut revenir aux usages anciens, suivre leur évolution au XVIIIe siècle et distinguer ce qui relève d’un symbolisme opératif hérité et ce qui participe d’une construction initiatique plus tardive. C’est à cette clarification progressive de la lumière en franc-maçonnerie que cet article se propose de travailler.

Les Lumières dans l’ancienne freemasonry spéculative

Les premières formes attestées des Lumières en franc-maçonnerie apparaissent dans la freemasonry spéculative anglaise et écossaise antérieure à la fondation de la Grande Loge de Londres de 1717. Les sources dont nous disposons — catéchismes symboliques, manuscrits rituels et témoignages indirects — sont tardives, puisqu’elles datent de la fin du XVIIe siècle ou du tout début du XVIIIe, mais elles reflètent très vraisemblablement des usages déjà bien établis au cours du XVIIe siècle. À ce stade, le thème de la lumière en franc-maçonnerie n’est ni unifié ni fixé : il se présente sous des formes diverses, encore souples, mais déjà structurantes.

La référence première est d’ordre cosmique et naturel. La lumière est pensée avant tout comme lumiere solaire. Les textes évoquent le Soleil qui se lève à l’est, parcourt le sud à son apogée, puis se couche à l’ouest. Cette course solaire fournit à la Loge son orientation symbolique et fonde une première compréhension des Lumières en franc-maçonnerie comme principe d’ordre, de mesure et de rythme. De là procède la mention récurrente de trois fenêtres situées à l’est, au sud et à l’ouest, destinées à éclairer symboliquement le lieu de réunion. Ces trois ouvertures ne sont pas de simples éléments décoratifs : elles inscrivent la Loge dans un espace ordonné par la lumière naturelle.

Très tôt, les Trois Lumières de la Loge se confondent partiellement avec ces trois fenêtres, au point que les textes anciens emploient parfois les deux expressions de manière interchangeable. Cette superposition montre que les Lumières en franc-maçonnerie ne sont pas encore conceptualisées comme des objets symboliques autonomes, mais comme des fonctions liées à l’éclairage, à la visibilité et à l’orientation du travail. La lumière n’est pas encore reçue ; elle est simplement là, comme un principe d’ordre.

Dans certains catéchismes anciens, ces Trois Lumières sont également identifiées à des personnes occupant des fonctions précises dans la Loge. On les associe par exemple au Maître, au Compagnon de Métier et au Surveillant. Là encore, la lumière en franc-maçonnerie est liée à l’exercice d’une charge, à une responsabilité, à une position dans l’espace et dans l’ordre du travail, bien plus qu’à une expérience intérieure ou spirituelle.

Ce point est essentiel pour la suite. Dans l’ancienne freemasonry spéculative, les Lumières de la Loge ne renvoient ni à une révélation personnelle ni à une transformation intérieure du récipiendaire. Elles organisent l’espace, le temps et la hiérarchie symbolique. Elles éclairent la Loge avant d’éclairer l’homme. Ce décalage permettra de comprendre, plus loin, pourquoi la réception de la Lumière constitue une innovation majeure de la franc-maçonnerie moderne, et non la simple continuation d’un usage ancien.

Les Lumières dans la franc-maçonnerie moderne

Avec le développement de la franc-maçonnerie moderne au XVIIIe siècle, le symbolisme des lumieres se précise, se fixe et se hiérarchise. Là où l’ancienne freemasonry spéculative utilisait des images encore souples et parfois fluctuantes, la lumière en franc-maçonnerie devient progressivement un système symbolique structuré, intégré aux rituels et aux décors, et différencié selon les Rites. Cette stabilisation ne supprime pas les variations, mais elle introduit une terminologie plus rigoureuse et une répartition plus nette des fonctions symboliques.

On distingue alors, dans de nombreux rituels, entre les Grandes Lumières, les Petites Lumières et les Luminaires. Cette distinction n’est pas universelle, mais elle est particulièrement représentative de la manière dont la lumière en franc-maçonnerie est pensée dans les systèmes rituels issus du XVIIIe siècle. Au REAA par exemple, les Trois Grandes Lumières désignent l’Équerre, le Compas et le Volume de la Loi Sacrée. Ces objets ne sont pas seulement des symboles moraux ou spirituels ; ils sont placés au centre du dispositif rituel et constituent une référence permanente pour le travail de la Loge.

Les Lumières de la Loge structurent l’espace rituel et organisent le travail collectif des francs-maçons.

Les Trois Petites Lumières sont quant à elles associées aux Trois Piliers Sagesse, Force et Beauté. Elles ne renvoient plus à l’éclairage naturel de la Loge, mais à des principes abstraits censés soutenir et ordonner l’Œuvre maçonnique. La lumière en franc-maçonnerie commence ici à se détacher du registre cosmique pour entrer dans celui de la construction symbolique et morale.

Les Trois Luminaires, enfin, sont généralement identifiés au Soleil, à la Lune et au Maître de la Loge, ou parfois au Delta lumineux. Cette triade maintient un lien explicite avec la lumière naturelle, mais elle l’intègre dans une lecture hiérarchisée et ritualisée. Le Soleil et la Lune ne sont plus seulement des astres ; ils deviennent des repères symboliques inscrits dans un ordre initiatique. Quant au Maître de la Loge, il n’est pas une lumière par nature, mais par fonction : il incarne une autorité symbolique chargée de réguler et de transmettre.

Dans tous les cas, les Lumières de la Loge ne doivent pas être confondues avec une illumination personnelle. Elles désignent des fonctions, des principes et des repères destinés à structurer le travail collectif. La lumière en franc-maçonnerie, à ce stade, éclaire l’espace rituel et l’ordre symbolique bien plus qu’elle ne transforme intérieurement l’individu. Cette distinction est essentielle pour comprendre la rupture conceptuelle qui s’opérera lorsque la réception de la Lumière sera intégrée à la cérémonie d’initiation.

Les Lumières ou la Lumière

Les Lumières ne sont pas encore la Lumière. Cette distinction, qui peut paraître évidente au franc-maçon contemporain, est en réalité le fruit d’une construction historique relativement tardive. Dans les usages anciens de la freemasonry spéculative, les Lumières de la Loge désignent des repères collectifs, des fonctions symboliques et des dispositifs rituels. Elles organisent l’espace, ordonnent le travail et structurent une hiérarchie, mais elles ne renvoient pas à une expérience intérieure vécue par le récipiendaire.

C’est avec la franc-maçonnerie moderne, après 1717, que s’impose progressivement l’idée selon laquelle l’initiation consiste à recevoir la Lumière. Cette évolution modifie en profondeur la compréhension de la lumière en franc-maçonnerie. Un élément nouveau est alors introduit dans la cérémonie de réception : le bandeau posé sur les yeux du candidat, dont la chute devient le moment central du rituel. La lumière n’est plus seulement présente dans la Loge ; elle devient l’objet d’un dévoilement, inscrit dans une dramaturgie initiatique.

Il est essentiel de souligner que cette pratique était inconnue de l’ancienne Maçonnerie du Mot de Maçon, telle qu’elle était pratiquée par les Maçons Acceptés en Écosse au XVIIe siècle, comme de la première freemasonry spéculative anglaise. Les sources écossaises sont particulièrement explicites à cet égard. Le manuscrit d’Édimbourg de 1696, qui décrit une réception maçonnique écossaise du XVIIe siècle, ne mentionne ni bandeau ni réception de la Lumière. Le centre de la cérémonie réside dans la transmission du Mot de Maçon, c’est-à-dire des noms des deux Colonnes du Temple de Salomon, accompagnée d’un serment et de gestes destinés à impressionner durablement le récipiendaire.

Du côté anglais, les rituels de réception de la même époque ne nous sont pas parvenus sous une forme détaillée, mais nous disposons d’un témoignage indirect précieux. Dans son ouvrage Natural History of Staffordshire, publié en 1686, Robert Plot livre une description sommaire des usages des francs-maçons anglais. Bien qu’il ne fût pas lui-même franc-maçon, sa proximité avec Elias Ashmole, figure importante de la freemasonry anglaise, confère à son témoignage une réelle crédibilité. Il en ressort que l’essentiel de la cérémonie consistait dans la communication de signes et de mots secrets permettant aux francs-maçons de se reconnaître entre eux. Un détail matériel est toutefois mentionné : le candidat devait offrir des gants aux Maîtres qui le recevaient, ainsi qu’à leurs épouses, et financer une collation précédant la cérémonie. Là encore, aucune allusion n’est faite à un bandeau ni à une réception de la Lumière.

Tout indique donc que, dans les premières formes de la franc-maçonnerie spéculative, ce qui faisait le franc-maçon n’était pas une illumination intérieure, mais la possession de secrets symboliques transmis rituellement. La lumière en franc-maçonnerie n’était pas encore reçue comme telle ; elle demeurait implicite, collective et fonctionnelle. Ce décalage permet de mesurer la portée de l’innovation que constituera, au XVIIIe siècle, l’introduction explicite de la réception de la Lumière, qui déplacera le centre de gravité de l’initiation du secret partagé vers l’expérience symbolique vécue.

Apparition du thème de la réception de la Lumière

Il est difficile de déterminer avec précision à quel moment exact la réception maçonnique a cessé d’être comprise principalement comme une transmission de secrets symboliques pour devenir une véritable initiation centrée sur la réception de la Lumière. Ce glissement ne s’est pas opéré brutalement ; il résulte d’une évolution progressive des pratiques et des représentations au cours du XVIIIe siècle. La lumière en franc-maçonnerie change alors de statut : d’élément structurant de la Loge, elle devient l’enjeu même de la cérémonie de réception.

Les premières divulgations rituelles issues de la tradition de la Grande Loge de Londres fondée en 1717 ne témoignent pas encore de cette transformation. Le manuscrit Wilkinson, daté de 1727, comme le célèbre Masonry Dissected de Samuel Pritchard publié en 1730, ignorent tous deux l’usage du bandeau et ne décrivent aucune réception explicite de la Lumière. Ils évoquent les Lumières de la Loge, dans la continuité directe des anciens catéchismes symboliques de la freemasonry spéculative, mais sans franchir le pas vers une dramaturgie initiatique centrée sur l’aveuglement et le dévoilement.

En revanche, la situation est différente sur le continent, et plus particulièrement en France. Dès 1737, l'usagz du bandeau lors de la réception d’un franc-maçon est attesté de manière formelle par le rapport du lieutenant de police Hérault. Ce document, rédigé dans un contexte de surveillance étroite des sociétés maçonniques, décrit avec une grande précision le déroulement d’une réception, et mentionne explicitement le moment où le bandeau est retiré des yeux du candidat. La réception de la Lumière apparaît ici comme un élément central du rituel, déjà pleinement constitué.

Le bandeau marque le passage de l’obscurité à la clarté et symbolise la réception progressive de la Lumière en franc-maçonnerie.

Le plus ancien rituel maçonnique connu en langue française, le manuscrit de Berne, daté des années 1740–1744, confirme cet usage. Il intègre clairement le bandeau et la réception de la Lumière dans la structure de la cérémonie. Tout porte donc à croire que c’est au cours des années 1730 que cette innovation rituelle s’est imposée, probablement sous l’influence de la franc-maçonnerie française, avant de se diffuser plus largement dans l’espace maçonnique européen.

Ce déplacement n’est pas anodin. En introduisant le thème de la réception de la Lumière, la franc-maçonnerie modifie la finalité symbolique de l’initiation. Il ne s’agit plus seulement d’entrer dans une communauté détentrice de signes et de mots partagés, mais de vivre une expérience marquée par le passage de l’obscurité à la clarté. La lumière en franc-maçonnerie commence alors à être pensée comme une conquête symbolique, inscrite dans un récit initiatique, et non plus seulement comme un cadre collectif préexistant au travail de la Loge.


Les deux visages de la Lumière au XVIIIe siècle

Lorsque la réception de la Lumière s’impose progressivement dans les rituels maçonniques du XVIIIe siècle, son interprétation ne fait pas l’objet d’un consensus univoque. La lumière en franc-maçonnerie devient alors un symbole à double entrée, reflétant la nature même de la franc-maçonnerie moderne, située au croisement de courants intellectuels distincts, parfois concurrents.

D’un côté, une lecture rationaliste et philosophique s’affirme clairement. Dans le contexte du siècle des Lumières, la Lumière maçonnique est comprise comme une métaphore de la Raison, de la connaissance et de l’émancipation intellectuelle. Elle s’oppose aux ténèbres de l’ignorance, de la superstition et du fanatisme. Recevoir la Lumière signifie alors accéder à un ordre de pensée éclairé, fondé sur l’examen critique, la tolérance et la maîtrise de soi. Cette interprétation s’inscrit pleinement dans l’horizon culturel de l’Europe des Lumières, sans pour autant réduire la franc-maçonnerie à un simple club philosophique.

Parallèlement, une autre lecture se développe, plus intérieure et plus spirituelle. Dans certains courants maçonniques marqués par l’illuminisme, la Lumière ne se confond pas avec la seule raison humaine. Elle renvoie à une connaissance supérieure, d’ordre symbolique ou spirituel, parfois conçue comme une participation à un principe divin. Dans cette perspective, la lumière en franc-maçonnerie n’est pas seulement acquise par l’étude ou l’exercice de l’esprit ; elle suppose une transformation progressive de l’être, à travers le travail rituel et la discipline intérieure.

Ces deux lectures ne s’excluent pas nécessairement. Elles coexistent, parfois dans les mêmes Loges, parfois selon les Rites ou les sensibilités individuelles. Leur tension constitue l’un des traits structurants de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle. La réception de la Lumière ne renvoie donc pas à une signification unique, mais à un champ d’interprétations dont la richesse tient précisément à cette pluralité maîtrisée.

Conclusion – La lumière en franc-maçonnerie entre héritage et construction

La lumière en franc-maçonnerie ne se laisse pas réduire à une définition unique ni à une origine simple. Les Lumières de la Loge, héritées des usages anciens de la freemasonry spéculative, relèvent d’un ordre collectif, spatial et fonctionnel, destiné à structurer le travail et l’espace rituel. La réception de la Lumière, introduite plus tard au XVIIIe siècle, marque un déplacement décisif : la lumière en franc-maçonnerie devient alors une expérience symbolique vécue par le récipiendaire, inscrite dans une dramaturgie initiatique.

Entre ces deux pôles, continuité et rupture se mêlent. La franc-maçonnerie moderne a superposé des strates symboliques distinctes sans jamais les fondre entièrement. Comprendre la lumière en franc-maçonnerie suppose donc d’accepter cette complexité historique et symbolique, sans chercher à la résoudre artificiellement. C’est dans cette tension maîtrisée que la Lumière conserve sa portée initiatique.

Podcast – La lumière en franc-maçonnerie : des Lumières de la Loge à la réception de la Lumière

La lumière en franc-maçonnerie est si omniprésente qu’elle finit par paraître évidente. Elle traverse les rituels, structure l’espace de la Loge, imprègne le vocabulaire maçonnique. Pourtant, cette évidence est trompeuse. Parler de Lumière au singulier ou de Lumières au pluriel ne renvoie pas à une simple variation de langage, mais à des réalités différentes, apparues à des moments distincts de l’histoire maçonnique.

Dans les formes anciennes de la freemasonry spéculative, antérieures à mille sept cent dix-sept, les Lumières de la Loge désignent avant tout des repères collectifs. Elles organisent l’espace symbolique, orientent le travail et inscrivent la Loge dans un ordre fondé sur la lumière naturelle, principalement solaire. La Loge est éclairée, structurée, ordonnée. La lumière n’est pas encore reçue ; elle est simplement là, comme un principe d’ordre. Elle éclaire le lieu avant d’éclairer l’homme.

Cette conception se reflète dans les textes anciens, où les Lumières se confondent parfois avec les fenêtres de la Loge, situées à l’est, au sud et à l’ouest, ou avec certaines fonctions exercées par les officiers. La lumière est alors liée à une charge, à une position, à une responsabilité. Elle n’est ni révélée ni conquise intérieurement. Elle appartient à l’organisation collective du travail maçonnique.

Un basculement s’opère au XVIIIe siècle. Avec la franc-maçonnerie moderne apparaît progressivement l’idée que l’initiation consiste à recevoir la Lumière. L’introduction du bandeau dans la cérémonie de réception transforme profondément le sens du rituel. La lumière cesse d’être seulement un cadre symbolique pour devenir l’enjeu même du passage initiatique. La chute du bandeau marque l’accès à une nouvelle condition symbolique, vécue par le récipiendaire.

Il est essentiel de rappeler que cette pratique était inconnue des formes anciennes de la Maçonnerie du Mot de Maçon, telles qu’elles étaient pratiquées par les Maçons Acceptés en Écosse au XVIIe siècle, comme de la première freemasonry spéculative anglaise. Les sources écossaises, notamment le manuscrit d’Édimbourg de mille six cent quatre-vingt-seize, décrivent une réception centrée sur la transmission du Mot de Maçon, c’est-à-dire des noms des deux Colonnes du Temple de Salomon, assortie d’un serment et de gestes destinés à marquer durablement le récipiendaire. Aucune mention n’est faite d’un bandeau ou d’une réception de la Lumière.

Du côté anglais, le témoignage indirect de Robert Plot, dans son ouvrage Natural History of Staffordshire publié en mille six cent quatre-vingt-six, confirme cette absence. La cérémonie y apparaît comme une transmission de signes et de mots secrets permettant la reconnaissance entre francs-maçons. Là encore, la lumière n’intervient pas comme expérience initiatique personnelle.

La réception de la Lumière constitue donc une innovation majeure de la franc-maçonnerie moderne. Elle ne prolonge pas simplement des usages anciens ; elle introduit un déplacement du centre de gravité de l’initiation. Ce qui faisait le franc-maçon n’est plus seulement la possession de secrets partagés, mais l’expérience symbolique d’un passage de l’obscurité à la clarté.

Au XVIIIe siècle, cette Lumière nouvelle se prête à des interprétations contrastées. Dans une lecture rationaliste et philosophique, elle incarne la Raison, la connaissance et l’émancipation intellectuelle propres au siècle des Lumières. Elle s’oppose à l’ignorance et à la superstition, et inscrit la franc-maçonnerie dans un horizon culturel marqué par l’examen critique et la maîtrise de soi.

Parallèlement, une lecture plus intérieure et spirituelle se développe dans certains courants maçonniques. La Lumière y est comprise comme une connaissance symbolique plus profonde, liée à une transformation progressive de l’être par le travail rituel. Ces deux approches ne s’excluent pas nécessairement. Elles coexistent, parfois au sein des mêmes Loges, et contribuent à la richesse et à la complexité du symbolisme maçonnique.

Comprendre la lumière en franc-maçonnerie suppose donc d’accepter cette pluralité sans chercher à la réduire. Entre Lumières de la Loge et réception de la Lumière, héritage ancien et construction moderne, la Lumière demeure un symbole vivant. Elle éclaire à la fois un espace collectif et un chemin individuel, sans jamais se laisser enfermer dans une définition unique.

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Il était une fois… la Lumière

Publié le 28 Octobre 2026 par T.D

ParAlexandre Jones

Quand tombe le bandeau, l’Apprenti apprend à voir… Après la pierre brute vient presque naturellement la Lumière.

La première disait à l’Apprenti qu’il était lui-même cette matière encore irrégulière qu’il lui faudrait patiemment travailler ; la seconde lui enseigne qu’aucun travail véritable n’est possible sans apprendre d’abord à regarder. Du Rlite Emulation du REAA  du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm au RER le bandeau tombe, mais il ne révèle jamais exactement la même chose.

Tantôt la Lumière est désirée, tantôt elle est demandée pour celui qui va devenir Frère ; ailleurs elle fulgure comme une manifestation, tandis qu’au Rite Écossais Rectifié elle n’a, mystérieusement, jamais cessé de briller. Derrière un symbole en apparence universel se dessinent ainsi quatre conceptions de l’homme, de l’Initiation et de la connaissance. Car recevoir la Lumière n’est peut-être pas découvrir enfin la vérité : c’est d’abord comprendre que l’on avait jusqu’alors regardé sans véritablement voir.

Avant de tailler la pierre, encore faut-il apprendre à la regarder

Le premier article de cette série nous avait conduits devant la pierre brute, cette matière rugueuse et imparfaite dans laquelle la tradition maçonnique reconnaît volontiers l’homme au commencement de son travail sur lui-même. Mais une question demeurait en suspens : comment travailler une pierre dont on ne discernerait ni les aspérités, ni les fissures, ni même la forme ? Toute la profondeur du symbole de la Lumière apparaît alors. Il ne suffit pas d’avoir reçu des outils ; encore faut-il que le regard sache reconnaître ce sur quoi ils doivent agir.

C’est pourquoi la Lumière ne saurait être réduite, comme on le fait parfois un peu rapidement, à une simple métaphore de la « connaissance ». Une telle équivalence serait juste, mais pauvre. LaLumiere relève moins de l’accumulation d’un savoir que de l’apprentissage du discernement. Elle ne remet à l’Apprenti aucune vérité constituée, aucun catéchisme intellectuel qui le dispenserait désormais de chercher ; elle lui offre au contraire les conditions nécessaires pour commencer sa recherche. Là réside peut-être l’une des élégances profondes de la pédagogie initiatique : celui qui vient d’être reçu n’est pas proclamé sachant, mais rendu disponible à ce qu’il ne sait pas encore.

Le bandeau prend dès lors une dimension considérable. Il ne représente pas seulement l’ignorance de celui qui ne connaît pas encore les usages d’une Loge. Il figure quelque chose de beaucoup plus universel : la condition humaine elle-même, lorsque nous confondons ce que nous percevons avec ce qui est, nos habitudes avec la vérité, nos préjugés avec des certitudes, nos opinions avec une connaissance. On peut être extraordinairement savant et demeurer symboliquement dans les ténèbres ; inversement, reconnaître que l’on ne voit pas encore constitue déjà le commencement d’une transformation.

La vieille philosophie grecque l’avait pressenti. Socrate plaçait au commencement de la sagesse l’aveu de notre ignorance ; Platon, dans le célèbre récit de la caverne, montrait des hommes prenant des ombres pour la réalité avant que l’un d’eux ne se retourne difficilement vers une lumière dont l’éclat commence par le blesser. Ces rapprochements ne sont évidemment pas contenus dans les rituels que nous examinons ici, mais ils permettent d’en entendre une résonance culturelle : l’accès à la Lumière n’est jamais confortable, car il oblige celui qui voit davantage à remettre en cause ce qu’il croyait connaître.

À Émulation, la Lumière naît d’abord du désir

Le Rite Émulation donne à cette scène une sobriété qui en accroît presque la puissance. Le candidat est présenté à plusieurs reprises comme un homme « privé de lumière » avant que n’arrive le moment décisif où, après son Obligation, le Vénérable Maître lui rappelle qu’il demeure depuis longtemps dans les ténèbres et lui demande ce qu’il désire « par-dessus toute chose ». La réponse qui lui est soufflée et qu’il reprend n’est ni la sagesse, ni la puissance, ni le bonheur : c’est la Lumière.

Le choix des mots mérite que l’on s’y arrête. La Lumière est d’abord désirée. Avant même qu’elle devienne connaissance, elle apparaît comme aspiration. La pédagogie d’Émulation semble ainsi suggérer que l’on ne peut réellement recevoir que ce que l’on a commencé par vouloir. L’Initiation n’est pas un savoir administré de l’extérieur à un sujet passif ; elle suppose une tension intérieure, un consentement à quitter l’état antérieur, une faim de compréhension sans laquelle le dévoilement risquerait de n’être qu’un spectacle.

Cette sobriété correspond admirablement à l’esprit général du rite. Peu d’effets, peu de commentaires, mais une dramaturgie d’une redoutable précision : un homme est dans l’obscurité, on lui demande ce qu’il souhaite, et cet homme répond qu’il veut voir. Dans cette économie rituelle presque dépouillée se loge une véritable philosophie du commencement. L’homme ne reçoit pas d’abord la réponse à ses questions ; il découvre qu’il doit devenir capable de les poser.

Et lorsque le bandeau est ôté, l’essentiel ne réside peut-être pas dans ce qui est matériellement aperçu, mais dans le retournement qui vient d’avoir lieu. Celui qui était conduit devient progressivement celui qui pourra marcher ; celui qui dépendait du regard d’autrui reçoit la responsabilité du sien. La Lumière ne clôt donc pas les ténèbres comme une réponse ferme un problème : elle inaugure un chemin.

Voir n’est pas encore comprendre : au REAA, la Lumière appelle la méditation

Le Rite Écossais Ancien et Accepté donne à la scène une coloration sensiblement différente. Lorsqu’après les épreuves le Vénérable Maître demande au 1erS ce qu’il réclame pour le néophyte, la réponse associe deux verbes remarquables : il faut que le bandeau lui soit retiré afin qu’il « voit » et qu’il « médite ». La vision n’est donc jamais suffisante par elle-même ; elle doit être transformée en réflexion.

Cette articulation entre regard et méditation distingue précisément une initiation d’une simple révélation spectaculaire. Ce que l’œil reçoit doit descendre plus profondément en l’homme, devenir interrogation, examen, travail intérieur. Le symbole n’explique pas : il propose. Il ne démontre pas : il met en présence. Et le Maçon devra ensuite, parfois durant des années, tenter de comprendre ce qu’un rituel lui aura fait vivre en quelques minutes.

Le déroulement du REAA renforce cette idée puisque le néophyte, après avoir entrevu une première scène, est à nouveau recouvert du bandeau. Lorsqu’il revient devant la porte du Temple, il est présenté comme celui qui cherche la « Vérité et la Lumière ». La Lumière n’est donc pas donnée une fois pour toutes ; elle peut être entrevue, perdue, désirée à nouveau, puis recherchée avec une conscience nouvelle. Ce mouvement de dévoilement et de retrait possède quelque chose de profondément initiatique : il rappelle que toute compréhension est provisoire et que ce que nous croyons avoir saisi peut nous échapper dès que nous cessons de travailler.

Vient enfin le moment où le néophyte se trouve introduit dans la Chaine d'U. À la question du Vénérable Maître demandant ce qui est réclamé pour lui, le Premier Surveillant répond simplement : « La Lumière. » Elle lui est alors accordée au troisième coup de Maillet. Or ce qu’il découvre n’est pas seulement un décor illuminé : il découvre des Frères réunis autour de lui. Les épées, auparavant présentées sous un aspect menaçant, prennent désormais une tout autre signification, tandis que la Chaîne manifeste l’union des Francs-Maçons.

La Lumière devient ainsi relationnelle. Elle ne révèle pas seulement des objets ou des symboles ; elle révèle l’autre. L’Initiation maçonnique n’est jamais une illumination solitaire dans laquelle l’individu s’élèverait orgueilleusement au-dessus du commun des hommes. Elle se déroule au contraire au milieu d’une communauté qui reçoit, accompagne et reconnaît. Le premier monde qui se donne véritablement à voir au nouvel Apprenti est un monde fraternel.

La Lumière n’appartient pas à celui qui la reçoit

Cette dimension mérite d’être soulignée tant elle corrige une tentation fréquente de toute pensée initiatique : croire que celui qui a reçu la Lumière posséderait désormais quelque chose que les autres n’auraient pas. Or le rituel enseigne presque exactement le contraire. Recevoir la Lumière n’établit aucune supériorité ; cela accroît la responsabilité.

Celui qui voit davantage ne reçoit pas un privilège, mais une obligation de discernement. La connaissance véritable n’est pas un bijou dont on pourrait se parer ; elle devient exigence. Plus l’homme distingue clairement ses propres contradictions, ses faiblesses et les conséquences de ses actes, moins il peut prétendre qu’il ne savait pas. L’image rejoint alors celle de la pierre brute : voir l’aspérité ne la fait pas disparaître, mais interdit désormais de nier qu’elle existe.

La Lumière maçonnique se distingue ainsi profondément de l’éblouissement. L’éblouissement aveugle par excès de clarté ; la Lumière initiatique devrait au contraire rendre les choses plus distinctes. Elle ne fascine pas : elle ordonne progressivement le regard.

À Memphis-Misraïm, la Lumière devient presque une cosmogonie

Avec le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, le paysage symbolique change. Les références égyptisantes, hermétiques et spiritualistes donnent à la Lumière une dimension beaucoup plus cosmique. Dès la disposition du Temple, les flambeaux et les Lumières d’Ordre organisent l’espace autour d’un univers où se rencontrent l’Obélisque, les Colonnettes, le Compas, l’Équerre et la Règle. La Lumière n’est plus seulement ce qui permet à un homme de voir ; elle participe à l’ordonnancement symbolique du monde.

L’ouverture elle-même met successivement en jeu la Sagesse, la Force et la Beauté, chacune associée à une Lumière particulière. Le langage s’approche alors de celui d’une manifestation : quelque chose advient, se déploie, ordonne l’espace auparavant indistinct. Nous retrouvons, par affinité symbolique plutôt que par identité doctrinale, le grand thème religieux et philosophique de la lumière créatrice, depuis le Fiat lux de la Genèse jusqu’aux multiples traditions où la clarté représente le passage du chaos à l’ordre, de l’indifférencié à la forme.

Lors de la réception, les membres de l’Ordre demandent que la Lumière soit donnée au récipiendaire ; au troisième coup de Maillet, le bandeau disparaît et l’Etoile Flamboyante « fulgure un bref instant ». Le verbe est remarquable : la Lumière n’est pas installée tranquillement, elle surgit. Elle possède quelque chose de l’éclair, de l’apparition, peut-être même de l’épiphanie. Elle ne dure qu’un instant sous cette forme éclatante, comme si le rite rappelait que les moments d’intuition fulgurante ne sauraient dispenser du patient travail qui doit leur succéder.

Car la séquence suivante est particulièrement éloquente. Après l’investiture, le nouvel Apprenti est conduit devant la pierre brute ; il met le genou droit à terre et accomplit son premier travail à l’aide du Maillet et du Ciseau. Ainsi, la fulguration débouche immédiatement sur le chantier. Le feu symbolique, la Lumière et la pierre se répondent : ce qui a été aperçu doit être transformé en œuvre.

On retrouve ici quelque chose de l’imaginaire alchimique, non parce que le rituel ferait explicitement de l’Apprenti un alchimiste, mais parce que la succession des symboles invite naturellement à penser la transformation. La matière ne devient pas autre par la seule contemplation du feu ; elle doit être travaillée. De même, le Maçon ne se transforme pas parce qu’il a vécu une cérémonie, aussi forte soit-elle. L’expérience initiatique ne vaut que par ce qu’elle féconde ensuite.

Le Rite Écossais Rectifié bouleverse la question : la Lumière était déjà là

RER : la Lumière n’a pas cessé un instant de briller

C’est pourtant le Rite Écossais Rectifié qui pousse peut-être le paradoxe le plus loin. Son rituel ne se contente pas d’annoncer que l’Apprenti va recevoir la Lumière. Il lui dit que celle-ci est « inaltérable », qu’elle « n’a pas cessé un instant de briller de tout son éclat » et que lui seul demeure dans l’obscurité. Cette formulation transforme radicalement la perspective.

La Lumière n’est plus quelque chose que l’Ordre fabriquerait pour le candidat. Elle le précède. Elle existe indépendamment de son état présent. Ce n’est donc pas la Lumière qui manque au monde : c’est l’homme qui a perdu la capacité de la recevoir. Toute la tonalité spirituelle du Régime Rectifié apparaît derrière cette inversion. L’Initiation ne serait pas seulement conquête, mais restauration ; moins acquisition d’une réalité nouvelle que retour vers une possibilité oubliée.

Le rapprochement avec la philosophie platonicienne peut ici éclairer la lecture sans prétendre se substituer au rite. Dans la caverne de Platon, le soleil n’a jamais cessé d’exister parce que les prisonniers regardaient ailleurs. Ce sont eux qui doivent se retourner, s’habituer progressivement à une clarté qui commence par les éblouir. Le Rite Rectifié développe une dramaturgie comparable dans son mouvement : l’Apprenti ne reçoit d’abord qu’un faible rayon et doit reconnaître qu’il n’a pas encore la force nécessaire pour soutenir tout l’éclat de la Lumière. Il est même replongé dans l’obscurité afin qu’il puisse mieux en mesurer le prix.

Cette pédagogie est d’une finesse étonnante. La Lumière ne vaut pas seulement par sa présence, mais par la conscience que l’homme acquiert de son absence. Celui qui n’a jamais éprouvé la soif comprend mal ce que signifie l’eau ; celui qui n’a jamais reconnu ses ténèbres risque de prendre pour Lumière la première certitude venue.

Justice et Clémence : voir davantage oblige à vivre autrement

Le Rite Écossais Rectifié ajoute encore un élément essentiel en plaçant le premier rayon de Lumière sous le signe de la Justice et de la Clémence. Lorsque le bandeau est ôté, l’Apprenti découvre d’abord la Justice et les épées des Frères ; puis il est tourné vers la Clémence et invité à pardonner à celui qui aurait pu lui faire du tort. La Lumière ne se contente donc pas d’éclairer l’intelligence ; elle doit transformer la conduite.

Nous touchons ici à une distinction capitale. Un homme cultivé n’est pas nécessairement un homme éclairé. Il peut connaître les philosophies, les religions, les sciences et les arts, tout en demeurant prisonnier de l’orgueil, de la violence ou du ressentiment. Le savoir n’est pas encore la sagesse. La véritable Lumière initiatique ne se mesure donc pas au nombre des connaissances accumulées, mais à la façon dont celles-ci transforment notre relation aux autres et à nous-mêmes.

Le couple Justice-Clémence est particulièrement révélateur. Une justice privée de clémence pourrait devenir dureté ; une clémence dépourvue de justice se dissoudrait dans la faiblesse. Le travail initiatique consiste précisément à apprendre cette tension, à chercher l’équilibre plutôt qu’une réponse simpliste. La Lumière n’abolit pas la complexité du monde ; elle permet peut-être seulement de mieux l’habiter.

Nous vivons entourés de lumières et pourtant menacés d’aveuglement

Ce symbole ancien acquiert une singulière actualité dans nos sociétés saturées d’écrans et d’informations. Jamais sans doute autant d’images n’ont été accessibles à autant d’êtres humains ; jamais la connaissance n’a circulé avec une telle rapidité. Pourtant, cette abondance de visibilité ne garantit nullement la clarté intérieure.

Nous pouvons tout voir et ne rien regarder. Nous pouvons tout savoir et ne rien comprendre.

Ou, pour le dire d’une manière moins aphoristique et plus fidèle à la pédagogie maçonnique, nous pouvons disposer d’une quantité presque infinie d’informations sans avoir acquis la capacité de les hiérarchiser, de les confronter, d’en discerner les limites et de nous interroger sur les conséquences de ce que nous croyons vrai. C’est précisément à cet endroit que l’antique symbole de la Lumière retrouve une remarquable modernité : il rappelle que le problème de l’homme n’a jamais été seulement d’accéder aux choses, mais d’apprendre à les voir avec justesse.

L’intelligence artificielle, les réseaux numériques, les chaînes d’information et l’immense bibliothèque du monde devenue accessible en quelques secondes multiplient les sources de lumière extérieure. Rien ne garantit pourtant qu’elles nous rendent intérieurement plus lucides. Le vieux Temple maçonnique nous adresserait presque ici une mise en garde : l’éclairage d’une pièce n’est pas encore l’éveil d’une conscience.

Le Temple n’est pas éclairé pour nous permettre d’y demeurer

Cette idée apparaît avec une particulière netteté au REAA lorsque, au moment de la fermeture, le Vénérable Maître demande que la Lumière ayant éclairé les Travaux continue à briller en chacun afin que puisse être poursuivie au-dehors l’œuvre commencée dans le Temple. La formule est fondamentale, car elle interdit de faire de la Loge un refuge séparé du monde.

La Lumière reçue dans le Temple n’a de valeur que si elle accompagne le Maçon lorsqu’il retourne parmi les autres hommes. Ce passage de l’espace rituel à l’existence quotidienne constitue peut-être l’une des épreuves les plus exigeantes de toute démarche initiatique. Il est relativement facile de parler de tolérance entre des colonnes, de fraternité sous une Voute étoilée de justice devant un Autel ; il l’est infiniment moins lorsque les passions ordinaires, les conflits, les blessures d’amour-propre et les intérêts personnels retrouvent leur empire.

C’est précisément là que commence l’ouvrage. La Loge éclaire symboliquement le chantier, mais elle ne construit pas à notre place.

Une même Lumière, quatre manières d’apprendre à voir

À travers ces quatre rituels, un même symbole révèle ainsi des nuances étonnamment différentes sans que celles-ci se contredisent. À Émulation, la Lumière se présente d’abord comme ce que l’homme doit désirer avant de pouvoir la recevoir ; au REAA, elle appelle immédiatement la méditation et conduit le néophyte à découvrir la fraternité ; à Memphis-Misraïm, elle prend l’éclat presque cosmique d’une manifestation qui débouche aussitôt sur l’œuvre de transformation ; au Rite Écossais Rectifié, enfin, elle apparaît comme une réalité inaltérable dont l’homme s’était lui-même éloigné et vers laquelle il lui faut revenir.

Ces quatre approches peuvent alors être lues non comme quatre définitions concurrentes, mais comme les moments successifs d’une même expérience humaine. Il faut d’abord vouloir sortir des ténèbres, accepter ensuite de regarder et de méditer, transformer ce que l’on a entrevu en travail effectif, puis découvrir peut-être que la Lumière vers laquelle nous avancions n’avait jamais cessé d’être présente.

Le symbole acquiert alors sa véritable profondeur. Recevoir la Lumière ne consiste pas à devenir subitement lumineux, encore moins à croire que l’Initiation nous aurait placés du côté de ceux qui savent face à ceux qui ignorent. Une telle prétention serait probablement la plus certaine manière de retomber dans les ténèbres. L’Apprenti reçoit quelque chose de beaucoup plus exigeant : la conscience de tout ce qu’il lui reste à voir, à comprendre et à transformer.

Lorsque le bandeau tombe, l’Apprenti pourrait croire que l’événement essentiel vient de se produire. Pourtant, le Rite lui murmure déjà que rien n’est achevé. Le geste qui ouvre les yeux n’est qu’un commencement, car il faut encore apprendre à soutenir la clarté sans être ébloui, à distinguer sans juger trop vite, à connaître sans devenir orgueilleux, à méditer ce que l’on croit avoir compris et, surtout, à transformer la vision reçue en manière d’être.

Après la pierre brute, la Lumière nous conduit ainsi au cœur même du paradoxe initiatique. Elle ne révèle pas à l’homme qu’il serait désormais parvenu au terme du chemin ; elle lui fait découvrir combien le chemin demeure long. Et peut-être est-ce précisément à cet instant, lorsque le nouvel Apprenti comprend que voir davantage signifie d’abord devenir plus responsable de son propre regard, que commence véritablement le travail maçonnique.

450fm

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Publié le 27 Octobre 2026 par T.D

 

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La recherche de la Lumière

Publié le 27 Octobre 2026 par T.D

Introduction                                                

Après avoir quelque peu médité sur bon nombre de symboles du premier degré, je m’étais dit que ces symboles qui sont présents dans la Loge ou représentés sur le tapis recouvrant le Carré long ne pouvaient être visibles et aisément distingués que s'ils étaient suffisamment éclairés.

Cette condition d'éclairage efficace m'avait alors rappelé ce que je suis venu chercher en Franc-maçonnerie et ce que j'ai demandé en y entrant : la Lumière !

J’avais donc décidé de tracer une planche à ce sujet. Depuis lors, j’ai remis plusieurs fois l’ouvrage sur le métier et je me suis proposé de vous livrer mes réflexions, aujourd'hui mieux organisées, à la manière d’un jeune Maître qui est à présent censé savoir tracer des plans. Selon mes habitudes, j’y ai incorporé quelques informations que j'ai recherchées dans la littérature maçonnique.

J’évoquerai successivement la lumière dans ses aspects physique et symbolique ; le Soleil et la Lune, les étoiles et les ténèbres ainsi que le feu.

Je vous rappellerai comment apparaît la lumière dans la Loge, sur le Tableau de Loge ainsi que dans le langage maçonnique.

Je terminerai ce tracé en rappelant la finalité de la Maçonnerie et en vous livrant mes réflexions et mes conclusions que je qualifie toujours de provisoires.

Qu’est-ce que la lumière ?

Physiquement, la lumière est un rayonnement émis par des corps portés à haute température et qui est perçu par les yeux. Elle est constituée par des ondes électromagnétiques. Dans cette définition, c’est surtout le mot «rayonnement» qui devrait retenir notre attention.

La lumière trouve une source naturelle dans les étoiles et les corps célestes naturels que sont les astres.

Les étoiles sont des astres qui brillent dans le ciel nocturne.

Une étoile est un astre doué d'un éclat propre dû aux réactions thermonucléaires dont il est le siège. Les étoiles naissent de la contraction de vastes nuages de matière interstellaire (nébuleuses). Lorsque leur température devient suffisante, des réactions thermonucléaires s'amorcent dans leurs régions centrales et leur permettent de rayonner.

Quittons provisoirement le domaine de la physique pour entrer dans celui du symbolisme. Symboliquement, de tout temps, la lumière a été considérée par essence comme source de vie. Elle est la clarté qui s'oppose à l'obscurité.

De nombreuses religions et autant de courants de pensée en ont fait l'expression de la puissance divine.

Le mot « Lumière » est apparemment devenu synonyme :

  • de force divine pouvant être transmise à l'homme,
  • de connaissance, de spiritualité,
  • de révélation dont tout individu peut acquérir les bienfaits à condition qu'il la reconnaisse et s'engage à sa recherche dans une voie d'étude et de respect.

Dans cette optique, il était inévitable que la lumière prit une place particulière dans l'univers maçonnique.

Chaque Rite, dans ses pratiques quotidiennes, pare la lumière des nuances qui lui conviennent. Ainsi, au Rite Écossais Ancien Accepté, la lumière est considérée comme « petite » lorsque le bandeau est ôté pour un bref instant des yeux du récipiendaire afin qu'il aperçoive les épées des Frères dirigées vers lui ; elle est considérée comme « grande » lorsqu'au terme de l'Initiation le bandeau est définitivement enlevé de devant les yeux de l'Initié. 

Le Soleil

Revenons un instant au domaine de la physique pour nous rappeler que le Soleil, écrit avec une majuscule, est l'étoile autour de laquelle gravite la Terre. Il est par conséquent le centre de notre galaxie. Notons encore qu'il y a des milliards de soleils dans chaque galaxie. Que de lumière potentielle !

Depuis toujours semble-t-il, le Soleil a joué un rôle primordial dans la vie de l'homme. En premier lieu car il est synonyme de lumière et de chaleur, mais aussi et surtout, par la valeur hautement symbolique que lui ont accordée les civilisations qui se sont succédé au fil des siècles.

Le soleil est devenu un élément majeur de la symbolique maçonnique. C'est pourquoi, il est considéré comme le premier «luminaire» et figure à ce titre sur le tableau d'Apprenti. De même, le Soleil est très souvent mentionné dans les rituels, quel que soit le rite pratiqué.

L'organisation de la vie quotidienne au sein du Temple maçonnique est calquée sur le rythme solaire. Comme l'indique notre rituel, nos travaux maçonniques commencent symboliquement à Midi, lorsque le soleil est à son zénith en plein ciel et se terminent à Minuit, quand il est au nadir.

Notre positionnement comme celui de nos Frères Officiers Dignitaires lors des Tenues ainsi que l’itinéraire que nous devons suivre dans le Temple, correspond à une « dynamique solaire » très précise.

Ainsi, alors que notre Vénérable se tient à l'Orient où se lève le Soleil, c'est-à-dire d'où vient la lumière, les Apprentis sont regroupés dans la partie du Temple la moins éclairée. Cette disposition correspond à leur faible élévation dans la hiérarchie maçonnique.

Par sa vocation encourageant la vie, l'astre solaire est assimilé à la droite, à l'activité. Il est donc en relation avec la Colonne B:. et parmi les Officiers de la Loge, il est relié à l'Orateur qui remplit un rôle fondamental dans le maintien de l'éthique maçonnique.

La Lune

Parmi les astres les plus proches de notre Terre, il convient de remarquer que la Lune est dépourvue de lumière propre : elle ne fait que réfléchir la lumière qu'elle reçoit du soleil !

La Lune est l'un des trois luminaires qui figurent en bonne place dans le Temple maçonnique. On la considère à juste titre comme le reflet du Soleil. Alors que le Soleil est synonyme d'expression concrète, la Lune rappelle les forces cachées, profondes, qui sont celles de la maturation, de l'imagination, de la créativité qui génèrent par la suite les formes concrètes.

Depuis les temps les plus anciens, la Lune est considérée comme l'astre de la fécondité, de la lente et secrète production de la vie, l'astre qui donne la lumière dans la nuit. La Lune est de ce fait étroitement liée aux vertus cachées de l'Initiation qui éclairent l'homme vivant dans l'obscurité.

Du point de vue maçonnique, la Lune évoque traditionnellement la passivité et la réceptivité. On a coutume d'associer généralement la Lune à la colonne J:. placée à gauche de l'entrée du Temple.

Les étoiles et les ténèbres

 Les étoiles

Les étoiles ont de tout temps symbolisé la lumière jaillissant des ténèbres. A ce titre, elles aussi ont trouvé une place de choix dans l'univers maçonnique dont l'objet premier est la recherche de la Lumière dans le sens de la connaissance.

Nous pouvons dès lors mieux comprendre pourquoi le plafond du Temple maçonnique est généralement orné d'une peinture représentant un ciel d'un bleu profond, illuminé d'une foule d'étoiles dorées et scintillantes.

Les ténèbres

Les ténèbres : voilà un mot fréquemment employé dans le langage des Francs-maçons en diverses occasions :

  • négativement, elles désignent le contraire de la Lumière maçonnique ;
  • positivement, elles évoquent l'obscurité nécessaire au retrait de la vie et à la pensée, dans le cabinet de réflexion où séjourne celui qui subit les épreuves de l'Initiation ;
  • enfin, elles désignent une étape nécessaire qu'un Maçon doit vivre et traverser, tel un tunnel avant de parvenir, par le biais de l'Initiation, au grade suivant dans sa trajectoire maçonnique.

Le feu,  les flammes

Qu'est-ce que le feu ? 

La physique nous apprend que le feu est un dégagement simultané de chaleur, de lumière et de flamme produit par la combustion vive de certains corps.

Le feu a, de tout temps, été l’un des éléments de base qui constituent la vie, au même titre que l'air, l'eau ou la terre. C'est sans doute la raison pour laquelle il ne pouvait qu'acquérir au fil des siècles une valeur symbolique, d'autant plus forte que, dans son aspect physique, il présente de nombreuses vertus décapantes et purificatrices !

Par analogie avec sa capacité à consumer ce dont il s'empare, le feu est considéré symboliquement comme un instrument de purification.

De ce point de vue, le premier exemple à citer reste le fait qu'en une époque lointaine on l'utilisait pour brûler ceux dont les pratiques étaient jugées démoniaques.

Approche du symbolisme du feu

Dans le cadre maçonnique, le feu est présent par sa relation avec la maîtrise nécessaire pour le dompter et surtout la lumière qu'il prodigue. La Lumière étant assimilée à la Connaissance, le feu devient un « instrument de connaissance » et acquiert ainsi une dimension symbolique de toute première valeur : il est celui qui éclaire, celui qui illumine, qui transforme les ténèbres en champ lumineux, celui qui permet de voir... donc de savoir. Je dirais donc que le feu est un révélateur de l'essence des choses.

Ce n'est surement pas par hasard si, dans la Loge, ce que l'on nomme les étoiles, qui autrefois guidaient la marche des voyageurs, sont des cierges au sommet desquels brûle le feu. Leur lumière éclaire la quête spirituelle des initiés Maçons.

Le feu se veut à la fois d'essence divine, tant il sait être purificateur mais aussi implacable en certains instants, et initiateur par sa faculté à montrer le chemin, à permettre à l'homme de voir et comprendre.

La Lumière dans la Loge

La lumière physique est présente dans la Loge au sommet des candélabres.

Luminaires et candélabres

Un candélabre est une source de lumière, fixe, dont la fonction est d'éclairer le Temple. Il ne faut pas confondre le candélabre avec les autres sources lumineuses que sont le flambeau ou l'étoile qui, pour leur part, sont investis d'une valeur et d'un rôle symboliques.

Dans le langage profane, le mot «luminaire» désigne tout appareil d'éclairage, les lampes, les cierges utilisés dans le culte chrétien, mais aussi le Soleil ou la Lune.

Dans le langage maçonnique, le mot « luminaire » désigne trois éléments distincts :

  • ce sont, d'une part, le Soleil et la Lune, encore appelées « Etoiles » ;
  • ce sont, d'autre part, les Flambeaux, ces flammes par lesquelles le Temple doit être symboliquement éclairé, ces chandeliers disposés dans le Temple dont les bougies ne doivent jamais être soufflées lorsqu'on les éteint !

La notion de luminaire se rattache ainsi à tout ce qui tient à la lumière. Or, dans le monde maçonnique, vous commencez à le remarquer, la lumière joue un rôle fondamental ! 

On appelle « Trois Petites Lumières » le Soleil, la Lune et le Maître de Loge. Le Soleil règne sur le jour, la Lune préside à la nuit et le Vénérable Maître gouverne et dirige la Loge.

Notez que dans ce contexte précis, le Vénérable Maître est considéré comme dispensateur de la Lumière fraternelle qui permet aux Maçons d'accomplir leurs devoirs maçonniques.

Les « Trois Grandes Lumières » sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas.

C'est sur ces trois éléments de base de l'univers maçonnique que nous avons prêté serment lors de notre initiation.

La même expression « Trois Grandes Lumières » semble aussi désigner le Vénérable Maître et les deux Surveillants.

Sont également désignés par l'expression « Lumières de l'Atelier » les cinq premiers Officiers d'une Loge, c’est-à-dire le Vénérable Maître, les deux Surveillants, l’Orateur et le Secrétaire.

Remarquez encore que

  • les Apprentis sont placés au Nord parce qu'ils ont besoin d'être éclairés ; ils reçoivent ainsi la pleine lumière de la fenêtre du Midi.
  • Placés au Midi, les Compagnons ont besoin de moins de lumière car l'ombre portée par le mur du Temple les éclaire suffisamment. On dit aussi que les Compagnons se tiennent au Midi parce qu'ils sont assez avancés pour supporter l'éclat du jour. Ils sont appelés à devenir des foyers ardents, sources de chaleur et de lumière.
  • Le Vénérable, l'Orateur et le Secrétaire reçoivent de face la seule lumière du couchant. Par contre, les Surveillants sont alertés dès l'aurore par la lumière qui vient les frapper.

Les cierges

Au degré d'Apprenti, on remarque parfois trois cierges : le Vénérable et les deux Surveillants ont chacun un chandelier sur leur plateau.

Avant l'Ouverture des Travaux, seule la place occupée par le Vénérable présente un cierge allumé. A l’Ouverture des Travaux le Vénérable « donne la lumière » aux deux Surveillants.

Ce n’est pas toujours le cas au Rite moderne. Dans certaines Loges, un chandelier à trois branches est disposé sur le plateau du Vénérable Maître et les Surveillants n’en n’ont pas.

Les cierges des trois Piliers sont allumés avant que le Vénérable et les deux Surveillants ne prennent chacun la lumière destinée à leur plateau respectif.

Munis du flambeau que leur tend le Maître des Cérémonies, le Vénérable et les deux Surveillants viennent allumer les cierges placés au sommet des Piliers qui leur sont attribués, Sagesse, Force et Beauté. Il y a alors six lumières dans le Temple, six cierges qui doivent brûler pendant toute la durée de la tenue : trois sur le plateau du Vénérable Maître et trois au sommet des Piliers situés aux angles du Carré long.

Toujours à propos de flambeaux, Bernard Baudouin évoque l'usage d'un chandelier particulier pour introduire un Grand Officier Dignitaire dans le Temple. Un Frère marche devant lui en portant un flambeau, symbole de la Lumière initiatique. Notre rituel le désigne comme un « porteur d’étoile ».

A propos de la présence des bougies dont les flammes semblent vivantes, il me semble qu'elles évoquent dans le même temps :

  • l'idée de protection contre les dangers, telle que les premiers hommes l'ont vécue dans les cavernes
  • l'idée de purification car on sait que le feu dévore et « nettoie » tout ce dont il s'empare.

Dans le même temps, présent bien tranquillement au sommet d'une bougie, le feu apparaît comme domestiqué par l'homme... ce qui ne fait que souligner le pouvoir de ce dernier.

Le Franc-maçon, par son savoir et la connaissance que lui confère la Lumière lors de l'Initiation, maîtrise les éléments naturels.

C'est sans doute pour toutes ces raisons que les cérémonies d'allumage et d'extinction des flambeaux revêtent une telle importance lors de chaque Tenue dans notre Loge. Éclairer celle-ci à l'aide des luminaires, c'est faire pénétrer dans ce lieu consacré à la fois la lumière de la vie et les Lumières de l'Initiation.   

Le Delta

A l'Orient, derrière et au-dessus du siège du Vénérable, apparaît parfois, dans certaines Loges, un Triangle ou Delta lumineux. Le Delta lumineux maçonnique porte souvent en son centre le Tétragramme sacré I E V E, en lettres hébraïques, ou bien l’Œil divin.

Ce Delta figure au fronton du Temple représenté sur le Tableau de Loge.

Les études sur le Tétragramme sacré sont nombreuses, variées et assez confuses. Le Tétragramme formé des lettres Iod, Hé, Vau, Hé, est le nom divin dont la prononciation était réservée au grand-prêtre, chez les Hébreux, une seule fois par an.

L’Œil qui apparaît bien souvent au centre du Delta symbolise, sur le plan physique, le Soleil visible d'où émane la vie et la lumière ; sur un plan intermédiaire, le Principe créateur, et sur le plan spirituel ou divin, le Grand Architecte de l'Univers.

L’Orient

J'ai évoqué le terme « L'Orient » en parlant du Soleil qui se lève à l'Est.

Dans le langage maçonnique, le mot « orient » peut avoir différentes significations selon le contexte dans lequel il est employé.

Dans son acception la plus commune et profane, il s'agit de la direction d'où vient le soleil à son lever. Au-delà de la simple orientation cardinale, l'Orient est donc lié symboliquement à l'origine, la naissance de la lumière.

La lumière étant assimilée au sacré, dans l'univers maçonnique - dont l'Initiation n'est pas sans rappeler certains Rites solaires - l'Orient délimite un espace sacré : c'est là, au cœur de tous les symbolismes, que nait l'essentiel ; c'est de là que jaillit la Connaissance, la Vérité.

Ceci explique que le Temple maçonnique s'érige de l'Orient à l'Occident.

Lors des Tenues, c'est ici, dans ce périmètre de lumière, véritable « sanctuaire » que siègent le Vénérable Maître, l'Orateur et le Secrétaire, mais aussi les visiteurs de marque.

Lorsque nous quittons la Loge en fin de Tenue, c'est « l'Orient d'abord » : c’est-à-dire que tous les Officiers Dignitaires qui siègent dans la partie surélevée du Temple en sortent les premiers.

Lors de l'Initiation, nous prêtons serment sur un autel qui est situé à l'Orient.

La voûte étoilée

Le plafond du Temple est quelques fois en forme de voûte et celle-ci est constellée. Le plus souvent désignée par l'expression « voûte étoilée », elle représente le ciel, la nuit, avec une multitude d'étoiles.

A l'Est, sont visibles les rayons du Soleil levant ainsi que ceux de l'Etoile Flamboyante guidant ceux qui cherchent la Lumière, au sens propre comme au sens figuré. Par ce biais, il est fait allusion à la dimension cosmique, aussi bien de l'homme Franc-maçon que de l'Initiation et du travail maçonnique.

Jean-Marie Ragon de Bettignies explique que «la voûte du Temple est azurée et étoilée comme celle des cieux, parce que, comme elle, elle abrite tous les hommes, sans distinction de rang ni de couleur».

La Lumière sur le Tableau de la Loge

Les premiers luminaires que j'ai cités et que sont le Soleil et la Lune sont aussi présents sur le Tableau de la Loge d'Apprentis en haut, à droite et à gauche.

Le Soleil, actif, est à droite, du côté de la Colonne B:. et la Lune, passive, est à gauche, du côté de la Colonne J:..

Soleil et Lune se font face pour montrer que leur évidente différence est également synonyme de complémentarité et qu'ils embrassent la totalité de l'univers.

Ceci nous rappelle le symbolisme fort des cultes solaire et lunaire des anciennes civilisations dont la plupart adorèrent l'un ou l'autre de ces astres, voire les deux.

Le Soleil est l'astre du jour, la Lune celui de la nuit. Ils sont deux expressions différentes de la lumière qui règne sur le monde en permanence. L'un brille dans la clarté du jour, l'autre dans l'obscurité de la nuit, mais toujours avec un rayonnement suffisant pour éclairer les hommes en quête d'évolution sur le chemin de leur devenir.

Selon Bernard Baudouin, le Soleil, évoque l'existence extérieure de l'individu. Tandis que la Lune évoque son existence intérieure. C'est donc l'être dans sa globalité qui se retrouverait dans ces deux luminaires.

La lumière est aussi représentée sur le Tapis de Loge par trois fenêtres : la première à l'Orient, la seconde au Midi et la troisième à l'Occident. Il n'y a pas de fenêtre au Nord et les trois fenêtres indiquées sont grillagées.

Selon Edouard Plantagenet, mais cela n’engage que lui, elles représentent les trois portes du Temple de Salomon. Cet auteur nous indique que l'on sait de façon certaine que le temple s'ouvrait à l'Est et était ainsi éclairé par le Soleil à son lever.

Les maçons constructeurs ont toujours orienté les temples avec leur entrée à l'Occident et les trois fenêtres du « Tableau » suivent la marche du Soleil. Il n'y a pas de fenêtre au Nord parce que le soleil n'y passe pas.

Les fenêtres sont grillagées non pas pour interdire aux profanes de regarder dans le Temple mais simplement pour en défendre l'accès. Cependant, le grillage qui protège ces ouvertures pourrait aussi nous indiquer que le travail des ouvriers est soustrait à la vue des profanes. Si le Temple était éclairé intérieurement, un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher de voir ce qui s'y passe.

Le Temple est isolé du monde profane et le Maçon ne doit avoir aucune tentation de devenir simple spectateur de ce même monde. Au contraire, il faut qu'en sortant du Temple, après y avoir puisé de nouvelles forces, le Maçon redevienne acteur dans la foule anonyme et y répande, entre autres, la Sagesse qu'il est venu y acquérir.

La Lumière dans le langage maçonnique

La lumière est omniprésente à plusieurs titres dans le langage des Francs-maçons :

  • d'une manière globale : elle a un caractère sacré ;
  • dans le cadre de l'Initiation, deux expressions au moins méritent d'être relevées :
  • Etre initié, c'est recevoir la Lumière.
  • C'est un profane qui erre dans les ténèbres et qui aspire à la Lumière.

L'initiation marque pour celui qui la vit le passage d'un monde à un autre, de l'obscurité à la clarté, de l'inculte à la culture, de l'ignorance au savoir et du profane au sacré.

Remarquons aussi :

  • dans le rituel de l'ouverture de nos travaux des expressions comme :
  • Un voile épais me recouvrait les yeux.
  • Que la Vraie Lumière éclaire cette Loge !
  • lors de la fermeture des travaux, le Vénérable Maître nous dit : «La Lumière brille dans les Ténèbres» ;
  • lorsqu'un candidat a été reçu, il a pu voir «Trois Grandes Lumières disposées sur l'autel» ;
  • lors du «tuilage» de l’Apprenti, celui-ci ne dit-il pas à un certain moment «Cinq l'éclairent» ?

Dans cette étude, vous aurez remarqué que la lumière se rencontre souvent dans des expressions évoquant le Nombre Trois  : « trois grandes lumières », « trois fenêtres », « trois luminaires », « trois cierges »…

… et que toute source de lumière n'est jamais isolée mais, au contraire, souvent incluse dans un ternaire :

  • Soleil, Lune, Maître de Loge ;
  • le Vénérable Maître et les deux Surveillants ;
  • les trois cierges qui surmontent les Piliers aux angles du Carré long ;
  • les trois cierges du plateau du Vénérable Maître.

Quant à l'expression « les fils de la lumière », elle est le surnom donné fréquemment aux Francs-maçons,  par analogie au fait que la démarche maçonnique initiale se veut être une quête spirituelle de la Lumière dans le sens de la recherche de la Connaissance.

La finalité de la Franc-maçonnerie

Après avoir examiné la plupart des expressions, vocables et symboles qui évoquent la lumière dans notre environnement maçonnique, il me semble à présent opportun de rappeler quelle est la finalité de la Franc-maçonnerie.

Comme je l'avais déjà précisé en parlant du symbolisme des étoiles dans l'univers maçonnique, l'objet premier de la Franc-maçonnerie, c'est la recherche de la Lumière, la conquête de la connaissance.

Je partage à ce sujet le point de vue de Daniel Béresniak qui précise que « la finalité de la Franc-maçonnerie, c'est la LUMIÈRE, c'est-à-dire l'Eveil, l'état de l'homme qui agit au lieu de réagir ».

Il me semble donc important de méditer régulièrement en observant l'Etoile flamboyante car, pour Guillemain de Saint-Victor, l’Etoile flamboyante est le centre d'où part la « Vraie Lumière », synonyme de « Lumière maçonnique ».

Mais, finalement, comment comprendre ce symbolisme de la lumière ?

Approche du symbolisme de la Lumière

La lumière qui éclaire nos Travaux n’est pas celle de l’illumination intellectuelle. L’intellection n’est que l’une des composantes de cette illumination que nous associons à l’initiation et de cette lumière que nous associons au travail maçonnique.

La fonction propre de la lumière est de déployer un « milieu » où les choses et les êtres se donnent à voir. N’est-ce pas d’abord en ce sens que la lumière « éclaire nos Travaux » ? Dans l’espace de la Loge, qui reproduit l’espace du Monde, comme tout espace sacré, toutes les paroles sont perçues, et l’attention de chacun est dirigée sur leur sens. On laisse leur sens se dévoiler et par conséquent on permet à la vérité de se dévoiler à travers elles.

L’harmonie de la Loge, lieu de recherche en commun de la vérité et du bien, est la manifestation d’une parcelle de cette lumière ; l’harmonie, l’unité de la Loge sont indissociables de cette transparence qu’on appelle lumière.

La lumière représente le mode de conscience auquel l’homme peut accéder, lorsqu'il triomphe de l’opacité des pulsions instinctuelles et dirige son regard vers les formes intelligibles qui constituent l’ordre du monde dans son unité, sa vérité et sa beauté.

C’est aussi vers la Source de la lumière spirituelle que le symbolisme maçonnique oriente notre regard. La source originelle de la lumière spirituelle est symbolisée dans le Temple par le Delta lumineux. C’est précisément vers cet « illuminant » situé exactement à l’Orient, que nous tournons symboliquement nos regards. Cela signifie que nous avons, en « recevant la lumière » acquis la connaissance d’un fait simple et « évident » dont la reconnaissance est au fond de toutes les religions et de toutes les traditions initiatiques, à savoir que nous ne pouvons comprendre et créer que par participation à la Source éternelle de la Conscience et de la Créativité, que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers et que le rituel invoque afin qu’il éclaire et protège nos Travaux.

L’homme ne peut espérer participer au règne de la Lumière qu’à condition de réaliser en lui-même la juste et difficile proportion entre la pensée et le cœur, entre la lucidité et la ferveur.

Mes conclusions provisoires

Si le but suprême de la Franc-maçonnerie est la recherche de la Lumière, encore faut-il donner un sens plus personnel à cette expression.

Que suis-je venu faire parmi mes Frères ?

Chercher la Lumière ? Pourtant je n'ignore pas qu'elle ne se confère point !

Que peut-elle être ? Certains y croient et l'appellent « Dieu ».

D'autres pensent la détenir et l'appellent « Raison ». 

Enfin certains la devinent et la cherchent : ils l'appellent « la Vérité ».

La Lumière, n’est-ce pas avant tout la connaissance de soi ? Je pense que c'est en nous-même qu'elle se trouve et qu'elle apparaitra une fois que nous serons sortis des Ténèbres. Ce qui importe donc, finalement, c'est de CHERCHER.

Pour pouvoir travailler en vue de notre élévation spirituelle, il nous faut construire nos connaissances par nos recherches personnelles, par l'introspection, par l'écoute attentive des points de vue exprimés par nos Frères plus anciens, par l’expression de leur expérience et par les ajustements appropriés de nos Surveillants.

Pour pouvoir participer à l'amélioration du Monde et des Hommes en particulier, il nous faut en premier lieu songer à notre perfectionnement personnel, à devenir une Pierre bien taillée, adaptable dans l'édification du Temple idéal dont nous devrions devenir les pierres parfaites.

Chacune des étoiles de la voûte de notre Temple symbolise comme une victoire de la lumière sur l'obscurité et du savoir sur l'ignorance. C'est pourquoi nous, Francs-maçons, dans notre trajectoire initiatique tournée vers l'éveil et la recherche de la pureté, nous pouvons nous apparenter ou nous identifier à l'une d'elles. Chacun d'entre nous n'est qu'un individu isolé, qui brille de sa propre lumière. Mais tous les Maçons réunis dans leur fraternité forment un ciel constellé de lumières qui sont autant de luminaires pour éclairer le monde.

R :. F :. A. B.

 

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Des Ténèbres à la Lumière

Publié le 27 Octobre 2026 par T.D

Introduction

Je vous propose un voyage entre les Ténèbres et la Lumière, un voyage qui me permettra d’aborder successivement :

Les Ténèbres

Les Ténèbres : voilà un mot fréquemment employé dans le langage des Francs-maçons en diverses occasions :

  • négativement, elles désignent le contraire de la Lumière maçonnique ;
  • positivement, elles évoquent l'obscurité nécessaire au retrait de la vie et à la pensée, dans le Cabinet de Réflexion où séjourne celui qui subit la première des épreuves de l'Initiation (l’épreuve dite « de la Terre ») ;
  • enfin, elles désignent une étape nécessaire qu'un Maçon doit vivre et traverser, tel un tunnel avant de parvenir, par le biais de l'Initiation, au grade suivant dans sa trajectoire maçonnique.

Pour Christian Guigue, « tout ce qui relève du monde profane, matérialiste, de la non connaissance initiatique constitue le domaine d’élection des Ténèbres ».

La Lumière dans le langage maçonnique

Les sens abstraits du mot « lumière » et de ses dérivés dans le langage courant peuvent nous aider à la transposition de la lumière exotérique à la Lumière ésotérique.

Avoir une lueur d’espoir, faire la lumière sur une affaire, être lucide, entendre un exposé lumineux, éclairer un débat… sont autant de métaphores qui indiquent l’achèvement d’états abstraits, intellectuels ou affectifs, qui étaient obscurs, embrouillés, angoissants, ou bien la présence d’un état de clarté consciente.

Quant aux « Lumières » du 18ème siècle, elles traduisent le mouvement philosophique qui prôna la suprématie du raisonnement sur les croyances religieuses et la certitude des faits sur les spéculations cérébrales entre autres caractéristiques de cet humanisme aujourd'hui dépassé par les découvertes scientifiques et l’avènement de la psychologie.

A leur époque, « les Lumières » ont néanmoins eu le mérite de clarifier un certain obscurantisme dans lequel des populations étaient plongées depuis longtemps.

Enfin, la lumière, physique ou imaginaire, est signe de disparition du sombre, du brumeux, du nuageux, d’effacement de l’imprécis, de libération de l’occulte, de l’énigmatique, du mystérieux.

Si vous voulez bien vous rappeler que la lumière joue un rôle fondamental dans la constitution même de la matière-énergie et dans la circulation de l’information visuelle, nous ne devons pas nous étonner qu’elle occupe une fonction centrale dans l’expérience mystique.

Du latin populaire « luminaria », dérivé de « lumen », qui vient du latin ecclésiastique, pluriel neutre, signifiant lampe, flambeau, astre, le terme « lumière » est employé très fréquemment en Franc-maçonnerie. Il s’applique à des choses assez diverses en apparence.

La Lumière symbolise les influences célestes et spirituelles. Elle constitue la plus grande partie de l’enseignement initiatique car elle est censée se dévoiler sous ses différents aspects, au fur et à mesure de notre cheminement dans la Voie spirituelle.

Voici un extrait du « Régulateur du Maçon » (pages 36 et 37) :

  • Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ?
  • Parce que j’étais dans les Ténèbres et que j’ai désiré voir la Lumière.

Le fait d’être reçu Maçon est étroitement lié à la réception de la Lumière. L’instruction résume en une question et une réponse ce qui est la raison même de l’admission en Franc-maçonnerie.

Le terme « Lumière » est omniprésent à plusieurs titres dans le langage des Francs-maçons :

  • d'une manière globale, la lumière a un caractère sacré ;
  • dans le cadre de l'Initiation, plusieurs expressions nous sont devenues familières :
  • Mes Frères, nous ne sommes plus dans le monde profane. Nous avons laissé nos métaux à la porte de la Loge. Élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière.
  • C'est un Profane qui erre dans les Ténèbres et qui aspire à la Lumière.
  • Etre initié, c'est recevoir la Lumière.

L'Initiation marque pour celui qui la vit le passage d'un monde à un autre, de l'obscurité à la clarté, de l'inculte à la culture, de l'ignorance au savoir et du profane au sacré.

L'expression « les fils de la Lumière » est le surnom donné fréquemment aux Francs-maçons par analogie au fait que la démarche maçonnique initiale se veut être une quête spirituelle de la Lumière dans le sens de la recherche de la Connaissance. En se faisant appeler « fils de la Lumière », on peut penser que chaque Franc-maçon se réclame à la fois de la Genèse et du Prologue de saint Jean dans son cheminement initiatique.

Tentons à présent une approche du symbolisme de la Lumière.

Approche du symbolisme de la Lumière

Le symbolisme de la Lumière est inséparable de celui des Ténèbres. A toute phase d’obscurité, de ténèbres, suit une phase de lumière, de pureté et de régénérescence.

Le symbolisme de la sortie des Ténèbres est présent comme une des principales constituantes des rites initiatiques dans toutes les traditions. Le simple exemple du jour qui succède à la nuit est accessible à tous.

Pour le Franc-maçon, cette expérience initiatique de la Lumière se présente sous un double aspect :

  • à la fois celui d’une prise de conscience progressive du monde environnant où il commence à discerner sa part d’illusions,
  • et aussi celui d’un bouleversement soudain de l’être qui opère une conversion, … une conversion qui le fait sortir d’un univers profane et d’une situation historique conditionnée pour le mettre en quête de la Vérité et de la Lumière de l’Esprit dont il est porteur.

D'après la Bible, la lumière est aussi le Fiat Lux de la Genèse, l’illumination qui ordonnance le chaos par une vibration sonore créatrice. Selon le Prologue de l'Evangile de Jean – sur lequel nous prenons tous nos engagements maçonniques – la lumière primordiale s’identifie au Verbe.

Le rituel d’Initiation mène le postulant à sortir progressivement des Ténèbres pour l’amener graduellement à la découverte de la Lumière. Les trois voyages effectués dans la Loge constituent une préparation à cette réception essentielle.

L’expression «  Parce que j’étais dans les Ténèbres et que j’ai désiré la lumière » peut signifier que, conscient de la multiplicité de la manifestation, l’être qui frappe à la Porte du Temple est en quête de Vérité et de retour à l’Unité principielle, qui correspond précisément au passage des Ténèbres (au pluriel) à la Lumière (singulier).

La connaissance de la Lumière peut aussi signifier l’ensemble de toutes les vertus.

Dans certains Rites, comme le R.E.R. ou le R.E.A.A., une « faible lumière » venant de l’Orient du Temple est donnée lorsqu'on ôte une première fois le bandeau des yeux du Récipiendaire, avant que la « pleine illumination » ne lui soit donnée.

On ne prend conscience de l’existence de la Lumière que par contraste avec les Ténèbres, sa dimension complémentaire. Le point optimum de la lumière correspond à Midi plein, au moment où le soleil est à son zénith, instant précis où symboliquement les Travaux de Loge des Maçons s’ouvrent.

Ils s’achèvent invariablement à Minuit plein, au moment où la Lune, astre des nuits, peut au maximum exercer son pouvoir de réflexion sur la voûte céleste. C’est à Midi plein que tout Vénérable Maître ouvre les Travaux. Dans certains rites comme au R.E.A.A. par exemple, le V:. M:. demande à tous les participants de tourner leur regard vers la Lumière.

Lors de la Fermeture des Travaux au R.E.R, à Minuit plein, une injonction est faite par le V:. M. à toute l’assemblée des Frères présents, se référant à la pérennité de la Lumière initiatique que chacun doit s’efforcer d’entretenir activement :

  • Que la lumière qui nous a éclairés dans nos Travaux ne reste point exposée aux regards des profanes !

Au Rite moderne, tel qu’il a été arrêté par la Commission des rituels de notre Obédience, le V:. M:. ne peut dire que :

  • La Lumière luit dans les Ténèbres !

Au R.E.A.A., le V:. M:.  peut énoncer le verset complet extrait du Prologue de Jean :

  • La Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres ne l’ont point reçue !

Et un peu plus tard il ajoute :

  • Avant de nous séparer, élevons nos cœurs en fraternité et nos pensées vers le G...A...D...L’ U.... Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la lumière sur notre chemin.

Toute Loge maçonnique est orientée d’Est en Ouest (du moins symboliquement !) comme tous les édifices sacrés, ce qui rappelle la course du soleil qui est un symbolisme fondamental.

Lors de la consécration au grade d’Apprenti (« Je te crée, je te consacre et je te reçois Apprenti Maçon… »), le Vénérable Maître, au moyen des vibrations sonores (coups de maillet sur chacun des trois glaives qui entourent le cou du Récipiendaire), réactualise en chacun le « Fiat Lux primordial » créant, recevant et constituant dès lors un nouvel Apprenti. C’est seulement après cet acte de création que le Récipiendaire est revêtu de sa qualité d’Apprenti.

Mais, finalement, comment comprendre ce symbolisme de la lumière ?

La Lumière qui éclaire nos Travaux n’est pas celle de l’illumination intellectuelle. L’intellection n’est que l’une des composantes de cette illumination que nous associons à l’Initiation et de cette lumière que nous associons au Travail maçonnique.

La fonction propre de la lumière est de déployer un « milieu » où les choses et les êtres se donnent à voir. N’est-ce pas d’abord en ce sens que la Lumière « éclaire nos Travaux » ? Dans l’espace de la Loge, qui reproduit l’espace du Monde, comme tout espace sacré, toutes les paroles sont perçues, et l’attention de chacun est dirigée sur leur sens. On laisse leur sens se dévoiler et par conséquent on permet à la vérité de se dévoiler à travers elles.

L’harmonie de la Loge, lieu de recherche en commun de la Vérité et du Bien, est la manifestation d’une parcelle de cette lumière ; l’harmonie, l’unité de la Loge sont indissociables de cette transparence qu’on appelle Lumière.

La lumière représente le mode de conscience auquel l’homme peut accéder, lorsqu’il triomphe de l’opacité des pulsions instinctuelles et dirige son regard vers les formes intelligibles qui constituent l’ordre du monde dans son unité, sa vérité et sa beauté.

En « recevant la Lumière », nous avons acquis la connaissance d’un fait simple et « évident » dont la reconnaissance est au fond de toutes les religions et de toutes les traditions initiatiques, à savoir que nous ne pouvons comprendre et créer que par participation à la Source éternelle de la Conscience et de la Créativité, que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers et que le rituel invoque afin qu’il éclaire et protège nos Travaux.

L’homme ne peut espérer participer au règne de la Lumière qu’à condition de réaliser en lui-même la juste et difficile proportion entre la pensée et le cœur, entre la lucidité et la ferveur.

Abordons à présent ce ternaire cité dans d’anciens catéchismes : « Soleil, Lune, Maître de Loge », et osons une approche du symbolisme du Soleil et de la Lune.

Le ternaire « Soleil, Lune et Maître de la Loge »

Approche du symbolisme du Soleil

La présence du Soleil est ancienne dans les Loges puisque le symbolisme maçonnique est un symbolisme solaire constamment représenté sur les Tableaux de Loge du 18ème siècle.

Le Soleil éclaire la Colonne du Midi, celle des Compagnons qu’il éclaire dans leur découverte du monde. Principe actif et positif, le Soleil atteint son zénith au moment où les Travaux maçonniques commencent à Midi plein, au moment où il a déjà fait la moitié de sa course.

Il est symbole du cœur rayonnant sous ses deux aspects, chaleur et lumière, et de la Connaissance. Le Soleil symbolise la connaissance directe, immédiate et intuitive. Il donne l’illumination à la création. Il est source de lumière, de vie active. Ses rayons symbolisent les influences célestes qui éclairent le cosmos. Le Soleil génère la chaleur et engendre aussi la sécheresse. Il est indissociable de la Lune et, avec elle, il présente une alternance complémentaire de la vie et de la mort, du jour et de la nuit, du chaud et de l’humide.

Approche du symbolisme de la Lune

Les Travaux commencent à Midi et s’achèvent à Minuit plein, montrant bien l’alternance du travail, qui s’effectue idéalement entre la moitié du jour et de la nuit. La Lune est symbolisée dans la Loge par un croissant de cinq jours, amorçant une nouvelle phase ascendante de développement, tout comme le Néophyte qui entame une vie nouvelle par son Initiation. Elle est située en tête de la Colonne du Septentrion, illustrant bien la position de l’Apprenti qui travaille dans l’ombre, dépendant du Maître, mais espoir de renouveau pour lui-même et pour la Loge.

La Lune réfléchit la lumière du Soleil, de l’esprit, n’ayant pas de lumière propre. Elle est symbole de l’âme du monde, des reflets, de l’apparence subtile de l’être. La Lune symbolise l’imagination et l’ensemble du monde intermédiaire, qui relève du domaine psychique dans la constitution de l’être humain.

Sa lumière étant indirecte, elle est symbole de dépendance mais aussi de renouvellement par sa réapparition périodique. Chacune de ses phases donne la mesure d’un temps cyclique, celui des semaines et des mois lunaires.

La Lune symbolise la connaissance indirecte, discursive et réfléchie. Elle contrôle les phénomènes de la fertilité et de la végétation.

A présent, qu’il me soit permis d’évoquer brièvement le symbolisme du feu car, dans le cadre maçonnique, le feu est présent par sa relation avec la maîtrise nécessaire pour le dompter et surtout avec la lumière qu'il prodigue.

Approche du symbolisme du feu

La Lumière étant assimilée à la Connaissance, le feu devient un « instrument de connaissance » et acquiert ainsi une dimension symbolique de toute première valeur: il est celui qui éclaire, celui qui illumine, qui transforme les ténèbres en champ lumineux, celui qui permet de voir... donc de savoir. Je dirais donc que le feu est un révélateur de l'essence des choses.

Ce n'est sûrement pas par hasard si, dans la Loge, ce que l'on nomme les étoiles, qui autrefois guidaient la marche des voyageurs, sont des cierges au sommet desquels brûle le feu. Leur lumière éclaire la quête spirituelle des Initiés Maçons.

Le feu se veut à la fois d'essence divine, tant il sait être purificateur mais aussi implacable en certains instants, et initiateur par sa faculté à montrer le chemin, à permettre à l'homme de voir et comprendre.

Il me reste à évoquer la transition, le passage des Ténèbres à la Lumière.

Le passage des Ténèbres à la Lumière

Passer des Ténèbres à la Lumière, n’est-ce pas être Initié ? L’Initiation au grade d’Apprenti est la plus belle et sans doute la plus riche en substance de toute une vie maçonnique. Les Frères s’accordent généralement à reconnaître que la toute première des initiations est celle qui leur a laissé l’imprégnation la plus profonde.

Consciente de ses devoirs et après une approche prudente, la Loge a jugé que le Profane, en toute humilité, était digne de la rejoindre. Le candidat a frappé à la porte du Temple et c’est ainsi que, dans les Ténèbres, grandes lui furent ouvertes les portes de la Loge.

Que fallait-il lui apporter ? « La Lumière ! » fut-il répondu. Et la Lumière lui fut donnée ! La Lumière lui a été donnée, symboliquement. La Vraie Lumière ne lui viendra cependant pas tout d’un coup.

Avait-il vraiment conscience de vivre dans les Ténèbres ? Connaissait-il sa quête ? Lors de notre propre Initiation, savions-nous réellement ce que nous cherchions ? Pourtant, à chaque fois, le rite mystérieux s’est accompli et la Lumière fut donnée.

De même que ses yeux ont dû s’accoutumer à la lumière qui a jailli, de même, sa personne devra s’habituer progressivement à l’idéal maçonnique qui est loin de lui avoir été révélé dans son entièreté par son Initiation : ce n’est pas en quelques instants qu’on devient plus sage et meilleur.

C’est par un travail continu parmi ses Frères, avec eux, mais surtout, par un travail opiniâtre sur lui-même. C’est seulement ainsi qu’il pourra accéder à une connaissance plus grande et plus complète d’abord de lui-même, puis d’autrui. Car c’est en jugulant le repos complaisant et confortable des habitudes égoïstes qu’on perçoit ce qu’on peut apporter à d’autres, peut-être moins favorisés. En les aidant, en leur tendant une main secourable, en les guidant s’ils le demandent, le Maçon augmente la richesse et la perfection dans son cœur.

La Lumière donnée est donc l’une des clefs d’un enseignement symbolique destiné à nous élever. Mais à nous élever vers quoi ? Que venons-nous chercher en Loge ?

Est-ce seulement la présence d’une main tendue dans les Ténèbres qui conforte notre solitude ? Ou est-ce plutôt parce que cette main tendue affirme détenir un secret ? Dans la solitude de sa nuit, le Profane a frappé à la Porte du Temple et, dans un moment d’acceptation totale, il s’abandonne librement entre les mains de ses futurs Frères.

Le Rite initiatique au Premier degré a déroulé les fastes de ses symboles. Dans le creuset des arcanes, l’alchimie du Grand Œuvre tend à prendre corps, à emporter le présomptueux vers sa fin, vers une nouvelle vie, vers un autre commencement, vers le retour à la Lumière. Quand enfin elle est là, elle est aveuglante !

Le Frère nouvellement initié a-t-il réfléchi à ce qu’il découvrirait en Franc-maçonnerie ? Ce qu’il vient de découvrir correspond-il à ce qu’il avait imaginé avant son Initiation ?

Au soir de la cérémonie, il est sans doute encore un peu tôt pour donner une réponse car ce qu’il découvrira en Franc-maçonnerie, c’est un perfectionnement de lui-même des points de vue sagesse et moral parce que c’est là notre ambition de devenir meilleur et de rendre meilleurs, c’est-à-dire plus complètement humains.

 R:. F : A. B

 

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