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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Chapitre de l'Arc Royal

Publié le 18 Septembre 2026 par T.D

Cette image représente une scène complexe et symbolique, probablement liée à une cérémonie ou à une représentation maçonnique. Au centre de l'image, il y a une structure en forme de tente ou de dais, ornée de motifs géométriques et de symboles. Cette structure est soutenue par des colonnes et des piliers, créant une impression d'importance et de solennité. Autour de cette structure centrale, plusieurs objets et symboles sont disposés de manière ordonnée. On peut voir des épées croisées, des livres ouverts, des chandeliers et d'autres artefacts qui semblent avoir une signification rituelle ou historique. Ces objets sont placés sur un sol à damier noir et blanc, ajoutant à l'esthétique formelle et cérémonielle de la scène. Au-dessus de la structure centrale, plusieurs bannières et drapeaux sont suspendus, chacun portant des emblèmes et des inscriptions qui renforcent le thème maçonnique. Les bannières sont disposées en arc de cercle, encadrant la scène et attirant l'attention vers le centre. L'ensemble de la scène est encadré par une arche, donnant l'impression d'un espace sacré ou rituel. Les détails complexes et les symboles présents suggèrent une signification profonde et une importance historique, probablement liée à des pratiques ou des rituels maçonniques.

«L’Arc Royal est l’un des rituels les plus riches, les mieux composés, les mieux écrits de toute la littérature maçonnique. Modèle du genre, il permet d’ordonner des cérémonies d’exaltation d’une grande beauté et de nature à inciter aux plus profondes méditations sur le sens et l’objet de la Franc-maçonnerie », écrivait Paul Naudon en 1970. Il est cependant très méconnu en France. Voici donc l’essentiel sur ce grade et son rite, qui exaltent ceux qui les pratiquent.

Le grade de l’Arc Royal est sans doute l’un des plus répandus dans le monde. En revanche, et curieusement, il est en France l’un des plus méconnus, si ce n’est comme grade tombé en désuétude ou ayant eu une existence éphémère. Il est donc intéressant – particulièrement pour ceux qui le pratiquent mais aussi pour les autres Maçons – d’aborder ce sujet pour mieux faire connaître un grade dans sa richesse exceptionnelle et sa diversité.

Cela d’autant plus que, malgré le peu d’attention qu’on lui porte souvent, il est présent sous des formes variées dans presque tous les systèmes de grades organisés, depuis l’ensemble des grades complémentaires de la Maçonnerie anglaise jusqu’au Rite Écossais Ancien et Accepté, en passant par des systèmes moins répandus comme ceux de la Maçonnerie Égyptienne.

La diversité, tant de la pratique que de la forme de l’Arc Royal, est considérable, non seulement en fonction des systèmes dans lesquels il a été inclus, mais aussi des pays, des époques et des usages. Déjà, son appellation est le reflet de sa diversité : selon les cas, il va être intitulé, à partir de son nom anglais Royal Arch : Arc Royal, Sainte Arche Royale, Royale Arche ou encore Royal Arche ou Grand Hache ou Grand Arche. Pour ajouter un peu à cette complexité, rappelons l’existence du grade de Royal Hache, dont le contenu n’a aucun rapport avec celui de l’Arc Royal, mais dont la paronymie du titre peut faire confusion.

I. Histoire compliquée d’un rite complexe

Afin de présenter le plus clairement possible les origines et l’évolution du grade de l’Arc Royal, même sommairement, nous devons examiner séparément ce qui concerne la notion de grade et ce qui concerne le rite ainsi nommé.

Nous pensons que le grade est né peu après 1740. Le terme «Arc Royal» apparaît pour la première fois en Irlande, dans le Faulkner’s Dublin Journal des 10-14 janvier 1743. Dans un livre publié l’année suivante, également à Dublin, Fifield Dassigny apporte une précision importante sur l’existence d’un grade de l’Arc Royal. Non seulement il mentionne clairement la notion de «Maître de l’Arc Royal», mais il ajoute que cette «excellente partie de la Maçonnerie» était pratiquée «peu avant» à Londres.

Ce n’est vraiment qu’en 1752 que la mention du grade est certaine : le 4 mars 1752, une cérémonie d’exaltation a lieu dans la Grande Loge des Anciens. La même année, une autre cérémonie est réalisée en Irlande, puis en 1753 en Amérique et en 1756 en Écosse. En Amérique, il est établi que trois frères ont été élevés au grade du Saint Arc Royal à Fredricksburg (Virginie) le 22 décembre 1757.

En France, le grade est connu à peu près vers 1760. Une lettre adressée par des Maçons messins à des Frères lyonnais en 1761 en donne une preuve certaine. Par ailleurs, une initiation à l’Arc Royal est attestée le 12 décembre 1764 dans la région de Beaucaire.

Sur le plan rituel, le grade de l’Arc Royal paraît être un complément de la Maîtrise et, comme tel, il plonge ses racines au plus profond des origines des grades développés au 18ème siècle au-delà de ceux d’Apprenti, Compagnon et Maître. Nous pensons que son thème a pu s’inspirer de l’un des plus anciens hauts grades qui nous soient connus, à travers la divulgation de 1744 intitulée Le Parfait Maçon. Ce texte comporte la description d’un quatrième grade sous le titre de «Secret des maçons écossais».

Il est très intéressant de constater que les premiers rituels de l’Arc Royal connus sont français. Le plus ancien date de 1760 environ. Il est inclus dans un manuscrit en français, intitulé Précis des huit premiers grades ornés de discours et d’histoires allégoriques, relatifs au respectable Ordre de la Franc-Maçonnerie. René Guilly a publié quatre des six rituels qu’il a trouvés dans différents fonds d’archives à Paris, à Lyon, à Avignon et à Montpellier. De son côté, Paul Naudon a également publié un rituel d’Arc Royal, qu’il date de 1765 environ.

Ainsi, un nombre appréciable de rituels écrits en français se situent dans la période 1760/1765. Les Frères de Metz nous donnent, dans leur lettre de 1761, un aperçu intéressant du contenu de ces rituels. Parmi d’autres grades, ils citent celui de Royale Arche en proposant à leurs correspondants de le leur communiquer s’ils ne le possèdent pas. Voici le passage :

Royal arche – Les frères de Lyon paroissent posséder ce grade sous une autre dénomination. Nous croyons que ce pourrait être le Me secret ou le Mtre favory, l’hyerogliphe triangulaire couronné est celuy connu par les suédois sous le nom de Royal Arche. Salomon Roy, Hiram Roy et Hyram architecte tenoient leur Conseil à eux trois seuls, c’est ce que signifient les lettres initiales ; le der ayant été assassiné, Salomon, malgré les instances récidivées des maîtres, refusa d’admettre aucun d’eux à ce grade éminent en leur disant qu’ils travaillassent et qu’un jour ils mériteroient d’en être revêtus. Gibellum, mot du centre, découvrit le mystère par 3 reprises différentes, sur le revers de la médaille, l’Emblême du soleil qui lui fit appercevoir les mots sacrés tracés sur le frontispice du Temple où se tenait la Loge secrette. Mot 1° Ja. 2° Bu. 3° lum : Jabulum prononcé sous les 3 bras élevés des frères qui se le prononcent à l’oreille.

Dès sa naissance, le grade de l’Arc Royal s’appuie à la fois sur la construction du premier et du second Temples de Jérusalem

Ces rituels s’inscrivent dans le corpus de ceux faisant référence à la légende salomonienne et hiramique. Ils évoluent ensuite vers le thème – ancien lui aussi – de la reconstruction du Temple par les Juifs revenus de l’exil de Babylone, sous la direction du prince Zorobabel, assisté par le prophète Aggée et le grand prêtre Josué. Ces trois personnages sont, dans la plupart des rituels modernes, les trois Principaux présidant un Chapitre de l’Arc Royal. Nous y retrouvons aussi les scribes Esdras et Néhémie, autres officiers importants d’un Chapitre. Or c’est ce thème inspiré du récit biblique qui constitue aussi le grade d’Écossais figurant dans le Parfait Maçon de 1744 mentionné plus haut.

De nombreux éléments de ce texte se retrouvent dans le rituel de l’Arc Royal, y compris dans sa version actuelle. Certes, la plupart de ces caractéristiques sont aussi présentes dans d’autres grades d’Écossais qui suivront celui-ci, mais sans exclusive.

Il nous semble donc que, dès sa naissance, le grade de l’Arc Royal s’appuie à la fois sur la construction du premier et du second Temples, au prix d’un anachronisme que René Guilly n’a pas manqué de souligner :

On mesurera de plus la différence qui existe entre le scénario sommaire de nos manuscrits (qui comporte ce point inexplicable d’entendre Salomon ordonner d’aller fouiller dans les décombres d’un Temple qu’il venait justement d’achever !) et les développements historiques et symboliques des rituels anglo-saxons actuels, qui ont tous le bon sens de ne plus se situer au temps de Salomon. C’est d’ailleurs cette différence qui fait le prix des documents de 1760-1764 ; on mesure ce qui, dans les rituels actuels, est vraiment primitif – et, comme un certain nombre d’éléments se sont perdus entre les deux extrêmes, cela représente finalement fort peu de choses. Une dernière remarque sur ce chapitre des sources du rite.

Plusieurs auteurs ont souligné – et nous partageons totalement leur point de vue – que l’Arc Royal, à son origine, contrairement aux apparences vétéro-testamentaires du rituel contemporain, a un sens chrétien très affirmé. Or le Parfait Maçon est une divulgation de rituels issus très probablement de la vieille Maçonnerie écossaise dite «jacobite», donc d’essence chrétienne, voire catholique, ce qui caractérise tout à fait les débuts de la Franc-maçonnerie française :

« [elle] est la seule, sur le continent européen, à présenter à ses débuts un caractère chrétien, ce qu’attestent les Règles Générales de la Maçonnerie signées par le comte de Derwentwater le 27 décembre 1736, le jour même où Ramsay prononce la première version de son Discours. » [1]

Par ailleurs, il est surprenant de constater que le plus ancien rituel anglais connu date seulement de 1780 : c’est le manuscrit Sheffield, décrit par J. R. Clarke. Est-ce à dire pour autant que l’Arc Royal soit un rite d’origine française ? C’est possible, mais ce n’est pas sûr. Les arguments sont partagés, faute de preuves écrites. Les «sources» – le grade d’Écossais du Parfait Maçon, l’existence de nombreux autres grades français dont l’action symbolique se déroule sous une «voûte» et en relation avec l’allégorie de la destruction et de la reconstruction du Temple sous la direction de Zorobabel, la langue utilisée par les rédacteurs de ces premiers textes, les lieux de leur dépôt actuel, la pratique du grade à Beaucaire attestée dès 1764, et surtout la lettre de 1761 prouvant l’existence d’une pratique continentale bien établie avant cette date – constituent des arguments sérieux en faveur d’une origine française.

Mais, dans le rituel de Montpellier, nous relevons que les neuf coups donnés sont les trois batteries anglaises actuelles dans l’ordre Maître-Compagnon-Apprenti ; le titre et l’appellation générale du grade sont presque toujours « Royal Arche », traduction littérale de l’anglais Royal Arch, s’opposant à ce que serait naturellement l’expression française «Arche Royale» ; enfin, ce grade est tombé en désuétude en France après 1765, alors qu’il prend une très grande importance dans les pays anglo-saxons, étant même la référence essentielle pour la Grande Loge des Anciens, mentionnée comme telle dans Ahiman Rezon dès 1752. Tous ces points soutiennent fortement la thèse d’une origine anglaise du rituel, d’autant plus que l’existence du grade est plus anciennement attestée outre Manche.

Faire la synthèse de ce chapitre sur les origines du grade est donc bien difficile car elles sont encore incertaines. Nous pensons que, si le concept d’Arc Royal, l’insertion du grade dans le corpus maçonnique comme aboutissement de celui de Maître, sont bien anglo-saxons – et plus précisément irlandais –, les sources et le développement du rituel sont bien français.

II. Un rite resplendissant et foisonnant

Un rite de l’Arc Royal, oui. Mais une variété étonnante de rituels, des pratiques très différentes selon les pays et les régions, même si le Maçon de l’Arc Royal, nommé Compagnon (en anglais Companion, et non pas Fellowcraft, deuxième grade de la Maçonnerie) reconnaîtra sans peine, dans chacune de ces formes, l’essence de son rite. La difficulté augmente lorsqu’on précise qu’un Chapitre de l’Arc Royal s’étage en quatre, voire cinq, six ou sept niveaux successifs, plus ou moins distincts.

Pour ne pas alourdir cette diversité, nous nous en tiendrons à la pratique actuelle, au prix même de quelques omissions volontaires, comme par exemple la pratique spécifique à la région anglaise de Bristol. Voici un tableau comparatif de l’organisation du rite dans les pays où il est le plus pratiqué :

 

France

États-Unis

Écosse

Irlande

Angleterre

Me de la Marque Maç:

Mark Master

Mark Master

Mark Master

 

Maître Installé (a)

Past Master (c)

     

Excellent Maître (b) (Passage des Voiles)

(Super) Excellent Master

Excellent Master (Passing the Veils)

   

Arc Royal

Royal Arch (Pass. Veils inclus)

Royal Arch

Royal Arch (Pass. Veils inclus)

Royal Arch (e)

3ème Principal Josué

Scribe (d)

Principal Joshua 3rd

Chief Scribe

Principal Joshua 3rd

2ème Principal Aggée

(d) King

Principal Haggai 2nd

High Priest

Principal Haggai 2nd

ler Principal Zorobabel

High Priest (d)

Principal Zerubbabel Ist

Excellent King

Principal Zerubbabel Ist

  • (a) Facultatif; sauf pour |'installation de 3ème Principal pour laquelle la connaissance du mot de Maître Installé dune loge
  • (b) Facultatif selon les chapitres.
  • (c) Ce grade est comparable à linstallation du Vénérable Maître dune 'elle est virtuelle : il n'est pas nécessaire que le candidat préside effectivement une loge symbolique. qu' loge
  • (d) Iln'ya pas de cérémonie spécifique d'installation pour ces trois officiers principaux; sauf pour le High Priest, mais celle-ci est facultative.
  • (e) En Angleterre; le Royal Arch est très étroitement associé au de Maître <[Arc Royal n'est pas un grade per se, mais grade

Nous allons maintenant exposer le contenu du rituel le plus couramment pratiqué en France, qui est la traduction du «style» Domatique anglais.

Le Chapitre est présidé par trois Principaux, siégeant côte à côte à l’Orient :

Les trois Principaux d’un Chapitre de l’Arc Royal, bien qu’étant nécessairement trois Maîtres, sont un seul Maître commun, uni, une triade, c’est-à-dire une trinité ou l’union de trois. Par conséquent, le Premier Principal est le primus inter pares, et agit comme le premier parmi ses pairs. Il est leur porte-parole, il parle pour eux, et il les consulte sur tous les sujets qui exigent une décision. Il ne parle jamais au singulier mais toujours au pluriel.

Le candidat Maître Maçon comparaît dans la Grande Loge qui se tient à Babylone, où il va recevoir les enseignements nécessaires pour se faire reconnaître comme constructeur compétent à son arrivée à Jérusalem. Il s’agit de la cérémonie du Passage des Voiles

Le collège des officiers comporte deux Scribes – Esdras (le secrétaire) et Néhémie (le couvreur) –, un Survenant et deux adjoints, un Gardien extérieur (le tuileur), un Maître des Cérémonies et un Trésorier.

Le fil conducteur de la cérémonie est bien connu par ceux qui pratiquent les grades au-delà de celui de Maître, que ce soit au Rite Français, au Rite Écossais Rectifié, au REAA etc. En effet, le candidat incarne un de ces Juifs exilés à Babylone qui, à la suite de Zorobabel, reviennent sur la terre de leurs ancêtres et veulent participer à la reconstruction du Temple de Jérusalem. La première étape préparatoire à ce retour vers la terre promise est ladmission du candidat Maître Maçon dans la Grande Loge qui se tient à Babylone, où il va recevoir les enseignements nécessaires pour se faire reconnaître comme constructeur compétent à son arrivée à Jérusalem.

1er, 2ème et 3ème bijoux principaux

L'image montre trois pendentifs triangulaires disposés en ligne horizontale. Le premier pendentif, à gauche, contient une couronne avec des pointes en haut. Le deuxième pendentif, au milieu, présente un œil au centre entouré de rayons. Le troisième pendentif, à droite, affiche un livre ouvert avec du texte visible sur les pages. Chaque pendentif est suspendu à un anneau en haut.

Il est donc soigneusement tuilé pour prouver sa qualité, puis il reçoit une série de quatre attouchements et mots qui lui permettront d’obtenir le passage auprès des gardiens des voiles successifs qui ferment l’accès du Chapitre siégeant à Jérusalem. Il s’agit ici de la cérémonie de Passage des Voiles, au terme de laquelle le candidat – dûment assermenté et instruit – acquiert la qualité d’Excellent Maître, qualificatif illustrant son aptitude à participer à une œuvre aussi difficile que cette réédification du Temple de Salomon détruit par Nabuchodonosor.

L’Excellent Maître, après avoir voyagé à travers le désert, de Babylone à Jérusalem, «survient» à l’entrée du Chapitre de l’Arc Royal, lieu de réunion du Grand Sanhédrin (le Conseil des Anciens des Hébreux) que président les trois Principaux : le Prince du peuple – Zorobabel lui-même – assisté du Grand Prêtre Josué et du Prophète Aggée.

Le Chapitre représente donc tout le peuple hébreu réorganisé et dirigé par les trois pouvoirs traditionnels : royal, sacerdotal et prophétique. La cohérence de ce peuple revivifié s’effectue autour de l’acte essentiel de la reconstruction du Temple, cœur spirituel de la capitale, Jérusalem. Cette reconstruction ne s’effectue pas ex nihilo, mais bien sur la base des ruines du premier temple, plus particulièrement sur la crypte secrète qui subsiste dans ses fondations où a été caché le plus sacré des symboles : le Nom divin imprononçable. Le chapitre représente tout cela – et bien d’autres symboles – dans une disposition d’une rare splendeur (voir la gravure p. 40).

L’Excellent Maître qui «survient» à la porte du chapitre est guidé et accompagné par deux membres du chapitre, qualifiés pour cela de «survenants», qui vont participer activement à la cérémonie, comme le candidat. Celui-ci, après avoir franchi les trois points de contrôle en donnant aux gardes les signes et mots qu’il a reçus dans la Grande Loge de Babylone, se présente dans le chapitre, les yeux bandés. Après avoir fait le tour du tapis, il s’agenouille à l’ouest où, à tâtons, on l’aide à trouver un rouleau de parchemin.

Le candidat devenu Excellent Maître est descendu dans la crypte où il va découvrir le nom sacré

Restant à la même place, il prête son obligation puis il est relevé en quatre temps d’une façon très signifiante pour marquer le chemin parcouru depuis son élévation comme Maître Maçon. Le bandeau lui est enlevé et il lit sur le parchemin qu’il a trouvé les trois premiers versets de la Genèse. Il exprime ensuite son désir de participer activement à la reconstruction du Temple. Ayant été reconnu comme Excellent Maître, et donc compétent, il est «embauché» sur le chantier. On lui confie – ainsi qu’à ses deux accompagnateurs – la tâche ingrate de déblayer les ruines et, pour cela, on leur remet les outils nécessaires : pelle, pioche et levier, puis ils sortent du chapitre.

Peu après, ils se présentent à nouveau en annonçant une importante découverte : en déblayant, ils ont extrait du sol une grosse pierre qui s’est révélée être une clé de voûte. Le candidat, soutenu par les survenants, est descendu dans la crypte ainsi ouverte et y a découvert l’autel surmonté du nom sacré. La découverte étant dûment confirmée, le candidat est récompensé en étant reçu «Compagnon de l’Arc Royal».

Revêtu d’un surplis blanc, il est conduit à l’Orient où il est solennellement investi de ses décors (tablier, écharpe et médaille). Le Premier Principal lui communique alors rituellement le Nom sacré et le mot secret du grade, en les prononçant par syllabes. Enfin, la cérémonie se termine par trois discours d’instruction faits par les trois Principaux successivement.

Dans le cadre de ce seul article, nous ne décrirons pas le rituel d’ouverture et de fermeture du Chapitre, si ce n’est un point important. Au cours de la cérémonie d’ouverture, les trois Principaux se réunissent d’une façon très particulière et unique – sous la voûte – pour reconstituer la Parole perdue dont chacun d’eux détient une syllabe. C’est la clé même de la revivification du chapitre qui est alors dépositaire de ce Mot sacré, présent sur l’autel. Puis, à la fermeture des travaux, les Principaux s’assemblent à nouveau d’une façon identique, et se partagent alors la Parole ineffable dont chacun conservera une syllabe jusqu’à la prochaine réunion du chapitre. Cette «partition» du mot est symboliquement représentée par la dispersion des lettres du mot qui se trouvent sur l’autel.

III. Un grade d’une haute spiritualité honni par les antimaçons

Un Chapitre dans lequel repose symboliquement la Parole perdue, c’est-à-dire le Nom divin, ne peut être que le lieu d’une très haute spiritualité. Holmes-Dallimore l’exprime de façon éloquente :

Le Saint Arc Royal est l’Ordre Suprême de la Franc-maçonnerie, la Chambre Intérieure, le Sanctum Sanctorum ou le Saint des Saints du Temple Spirituel que nous essayons sans cesse d’élever et de préserver pour l’honneur et la gloire du Très Haut. C’est l’apogée solennel et sacré du grade de Maître Maçon, le fondement et la clef de voûte de l’édifice maçonnique tout entier, le plus haut pinacle de tous ses principes, la couronne absolue de ses aspirations et, comme nous l’avons déjà dit, l’inspiration de la piété la plus pure et la plus zélée et des conceptions de Dieu les plus élevées. Par conséquent, il appartient à celui qui a le privilège d’y entrer et de participer à ses travaux de manifester hautement la plus grande dignité, la bonne foi et l’intégrité les plus absolues, la pureté et la netteté de sa convivialité, de son hospitalité, de sa sociabilité et de ses actes. Par dessus tout, il doit bannir catégoriquement tout ce qui est théâtral et artificiel ou qui tend à réduire ou à minimiser l’essence sacrée et sainte ainsi que l’esprit qui devraient régner dans le chapitre à tous moments et dans toutes les circonstances.

Cependant, une telle exigence, découlant de la référence rigoureuse au Nom divin et de l’invocation dont il fait l’objet, a donné lieu à une violente critique antimaçonnique, principalement dans les pays anglo-saxons où il est très pratiqué. L’objet de cette critique est la présence, sur l’autel du chapitre, du mot et des lettres hébraïques associés au Nom divin. Ce mot et ces lettres sont considérés comme une référence diabolique par plusieurs auteurs et pamphlétaires antimaçons.

Cette image représente une médaille en noir et blanc. La médaille est suspendue à un ruban. Le ruban est blanc et présente des bordures ornées. La médaille elle-même est circulaire et présente des éléments décoratifs complexes. Au centre de la médaille, il y a une étoile de David entourée de texte. Le texte est en hébreu et entoure l'étoile de David. La médaille est fixée au ruban par une petite boucle en haut. L'ensemble de la scène est mise en valeur sur un fond sombre, ce qui accentue les détails de la médaille et du ruban.

Les attaques les plus vigoureuses ont été menées par des person-nalités ou des groupements religieux. Nous n’en citerons que quelques-uns parmi les plus connus :

  • En Angleterre, Walton Hannah, pasteur anglican, a publié deux ouvrages de divulgation et d’attaque contre la Maçonnerie. Le premier, en 1952, s’intitule Darkness Visible ; le second, en 1954, Christian by degrees ;
  • La Catholic Truth Society de Londres diffuse de nombreuses brochures anti-maçonniques : en 1955, l’une d’elles porte en couverture une photo du sommet de l’autel d’un chapitre de l’Arc Royal, emprunté à Walton Hannah. L’auteur, L. Rumble, écrit : « La vérité est que la Maçonnerie est nettement une religion non-Chrétienne. Le Dieu de la Maçonnerie n’est pas le Dieu des Chrétiens. Dans le grade de l’Arc Royal, la nature du Dieu maçonnique est exprimée par la combinaison des nom de Jahweh, Baal et On (Osiris), les noms des divinités païennes Baal et Osiris étant une partie constitutive du nom de Dieu. »
  • Et surtout, en 1984, Stephen Knight publie The Brotherhood, the secret world of the Freemasons. Les attaques y sont multiples : l’influence supposée de l’Ordre sur la police, la magistrature et le pouvoir politique ; les relations internationales secrètes et, bien entendu, l’incompatibilité avec toute religion chrétienne en raison de son caractère satanique. Knight explique, avec le plus grand sérieux, que les membres de l’Arc Royal sont des adorateurs du Diable puisqu’un des mots à ce grade pourrait être interprété comme le nom d’une idole païenne du VIIème siècle avant J.-C. !
  • En 1986, l’Église anglicane publie une brochure intitulée «Franc-Maçonnerie et Christianisme sont-ils compatibles ?» Ce document a été préparé par un groupe de travail dûment mandaté par le Synode Général de l’Église d’Angleterre, et l’Arc Royal comme les pénalités des serments y sont largement mis en cause.

Pratique actuelle du grade de l’Arc Royal en France

au 11 avril 2008

  • Grand Chapitre de la Sainte Arche Royale de Jérusalem pour la France (GLTSO) – 6 chapitres, 100 membres.
  • Grand Chapitre de l’Arc Royal (Grand Prieuré des Gaules)-3 chapitres, 60 membres.
  • Sainte Arche Royale de Jérusalem – Suprême Grand Chapitre Uni des Maçons de l’Arche Royale de France (GLNF) – 180 chapitres, 5000 membres.
  • Suprême Grand Chapitre de la Maçonnerie Française de la Marque et de l’Arc Royal (LNF) – 3 chapitres, 40 membres.
  • Suprême Grand Chapitre de l’Ancienne Maçonnerie d’York et de l’Arc Royal (GODF) – 5 chapitres, 110 membres.
  • Autres (chapitres indépendants ou non) – 3 ou 4 chapitres, 60 membres environ.

Le succès de ces publications a été considérable et le nombre de rééditions des livres de Hannah et de Knight impressionnant. Cette critique a particulièrement affecté la Grande Loge Unie d’Angleterre, principalement en raison de l’attaque contre les pénalités traditionnelles figurant dans les formules de serment aux trois grades «bleus», considérés dans un sens direct et non plus symbolique.

La pression exercée par le Grand Maître, le Duc de Kent – qui estime ces pénalités archaïques et inconvenantes –, sur les responsables de la Grande Loge va entraîner une décision extraordinaire, malgré la désapprobation et la résistance d’un grand nombre de Maçons anglais. Certains iront même jusqu’à publier leur protestation dans la revue française Renaissance Traditionnelle, où le débat sera largement ouvert.

 

Homme âgé avec une calvitie, portant un costume et une cravate, souriant légèrement. La photo est en noir et blanc. L'arrière-plan est flou, suggérant un cadre extérieur avec d'autres personnes présentes.

Le 11 juin 1986, sans se soucier du reste du monde maçonnique, la Grande Loge décide d’enlever ces pénalités qui figuraient dans les formules de serment avant même la naissance de la Franc-maçonnerie spéculative à Londres en 1717, pour les reléguer à titre d’information à la fin du rituel des trois grades. Évidemment, le Grand Chapitre de l’Arc Royal (dont le Grand Premier Principal est aussi le Duc de Kent) émet le 8 février 1989 une «recommandation» – en fait une directive – adressée à tous les chapitres de sa juridiction, dont voici l’essentiel : retrait du mot et des trois caractères hébreux figurant sur le Triangle placé sur l’autel et de toute référence à ceux-ci dans le rituel ; retrait des pénalités de toutes les obligations (c’est-à-dire celle d’un nouveau Compagnon, mais aussi celles des trois Principaux, prises au moment de leur installation).

En éradiquant arbitrairement du rituel, sous la pression de lobbies sectaires, les pénalités qui figuraient dans les formules de serment antérieures même à Anderson, la Grande Loge Unie d’Angleterre lui a fait perdre l’essentiel de son caractère ésotérique et de sa beauté

Ainsi les chapitres anglais perdent-ils ce qui est certainement le caractère ésotérique et fondateur le plus essentiel de ce grade de haute teneur spirituelle. Sans le second Mot sacré et ses pénalités spécifiques, le grade de l’Arc Royal se trouve vidé de son essence même. Mais ce qui nous semble tout aussi grave, c’est qu’en agissant ainsi, la Grande Loge Unie d’Angleterre et le Suprême Grand Chapitre cèdent aux adversaires de la Franc-maçonnerie, en particulier aux groupes religieux anti-maçonniques dont l’argument de base intégriste est prétendument l’impossibilité d’être chrétien et maçon – ce qui est faux, justement parce que la Maçonnerie ne se rattache pas à une religion chrétienne bien déterminée. Ce faisant, ils semblent donner raison à l’intolérance et aux arguments spécieux des ennemis de l’Ordre, trahissant tous les Maçons soucieux de la vérité et de la valeur de la voie initiatique qu’ils suivent.

Heureusement, ces puissances maçonniques ne représentent qu’elles-mêmes, et cette défaite face aux ennemis de la liberté de pensée et de la tolérance est surtout préjudiciable à leurs propres membres. Dans le monde entier, en France en particulier, la plupart des chapitres de l’Arc Royal, fidèles à leurs origines, maintiennent fermement toute la beauté et la force spirituelle rayonnante de ce grade, conservant rigoureusement son contenu ésotérique et ses caractéristiques essentielles, telles que nous avons essayé de vous les présenter.

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Chapitre La Sagesse de l’Arche Royale

Publié le 18 Septembre 2026 par T.D

Entrer dans un chapitre de l’Arche Royale, c’est comme entrer dans une machine à voyager dans le temps maçonnique, nous ramenant aux fondations de Jérusalem. Mais cela représente aussi un état d’esprit, une perspective élevée sur le but de la Vie et les mystères de la Nature. Ici, le Temple Mystique est exalté à son plus haut sommet.

Les officiers du chapitre, vêtus de costumes anciens, symbolisent des personnages de l’histoire et de la mythologie. Le Chef Voyageur, guide et gardien des candidats, représente Moïse. Le prince en chef du chapitre incarne Zorobabel, qui a ramené les Juifs de Babylone.

Vénéré pour sa sagesse, le roi Salomon s’incarne en Grand Prêtre. Et lorsqu’il s’agit d’autorité présidentielle, l’Excellent Roi représente Cyrus de Perse.

Comme l’histoire vivante, les fonctionnaires évoquent l’esprit des sages et des dirigeants qui ont contribué à la reconstruction du Second Temple. À travers son drame rituel, un portail s’ouvre sur les enseignements passés d’Israël. Les escaliers en colimaçon du Chapitre signifient des étapes intérieures sur le chemin de la transformation. En escaladant la Montagne Mystique vers la Lumière Divine, la quête symbolique de plénitude de la Franc-maçonnerie est accomplie.

Les Triples Voiles : obstacles intérieurs sur la voie de l’ascension

Progresser dans le Chapitre implique de franchir des barrières voilées qui représentent des étapes de discernement. Les voyageurs doivent traverser trois passages cachés, chacun nommé d’après un élément précieux : la Terre, la Mer et l’Air. Comme métaphores, ces éléments signifient l’incarnation dans la matière, la fluidité du temps et de l’espace et l’intellect.

En levant ces voiles, les candidats s’approchent de l’illumination totale. Le voile de la Terre représente les désirs vils et les attachements égoïstes. Le lever apporte la domination sur nos tentations.

Passer le deuxième voile d’Eau implique de purifier les émotions de trouble et d’attachement. La tranquillité, la sagesse et le discernement émergent. Le troisième voile d’Air sublime l’intellect, libérant la conscience de la pensée conditionnée.

Traverser ces linceuls éveille notre divinité intérieure, élevant l’esprit au-dessus de toutes les illusions. Mais avant que la Lumière finale puisse entrer, le portail du Sanctum Sanctorum demeure. Par cette porte, la Gloire de la Shekinah est révélée et la Présence Divine est connue de manière absolue dans la conscience. Chaque voile représente ainsi des étapes du voyage mystique de l’éveil. En levant tous les voiles terrestres, l’âme découvre sa véritable Demeure au-delà de tous les extrêmes.

Le symbole de la pierre de clôture

Le Degré Suprême s’articule autour d’un symbole central : la Pierre de Clôture. Cette pierre distinctive en forme de coin couronne et verrouille une arche en place, unissant les pièces séparées en une structure durable.

Dans les rituels du Chapitre, la Pierre de Clôture représente les secrets latents, cachés depuis le meurtre d’Hiram. Perdu sous les couches de décombres, le noble travail de fouille est nécessaire pour retrouver la clef de voûte du sens.

D’un point de vue ésotérique, la pierre de clôture incarne la sagesse éclairée au sommet de l’Arche royale égyptienne. Avec la pierre angulaire, il forme le portail par lequel le Divin entre dans notre monde.

L’Arche Royale est donc le pont entre le Ciel et la Terre, basé sur la matière, mais aspirant aux étoiles. En traversant ces pôles jumeaux, le pont crée l’arc-en-ciel de promesse et de croissance stable.

Pour les francs-maçons, les trésors cachés de la Pierre de Clôture contiennent le salaire de la Lumière et la Parole du Vrai Maître. Psychologiquement, cela représente l’étape d’intégration maximale, où toutes les facettes de l’être sont unies en alignement avec le Plan Divin.

Lorsque la pierre de clôture est installée, la lumière de l’Être rayonne à travers nous, scellant le Temple mystique de toutes les influences impies. Nous devenons des ponts vivants, ancrés sur Terre, mais ouverts sur la splendeur du Ciel.

La mosaïque maçonnique : unir les degrés

Imaginez assembler un puzzle géant sans savoir à quoi ressemble l’image complète. En assemblant chaque pièce, nous déchiffrons progressivement des parties de l’image – une partie du ciel par-ci, un peu de paysage par-là.

L’Arche Royale fournit les derniers indices qui éclairent l’ensemble de l’image dans une soudaine révélation de sens.

Telle une mosaïque fragmentée, chaque degré maçonnique fournit des carreaux essentiels à la conception globale. Les couleurs et les formes se révèlent au fur et à mesure que nous positionnons les sections, suggérant une plus grande réalité qui attend d’émerger.

La Loge Symbolique nous donne le contour et le cadre, tandis que l’Arche Royale fournit la pièce maîtresse pour la fermer. La Vraie Parole est le mortier qui cimente tout en une image unifiée.

Chaque degré fournit des indices fondamentaux pour la construction de cette mosaïque. Les Apprentis posent la pierre angulaire sur laquelle elle repose. Les Compagnons ajoutent des principes scientifiques que Dieu a inscrits dans le code de la Nature.

En tant que maîtres maçons, les enseignements éthiques deviennent clairs, gravés sur les tablettes du cœur. Par le baptême, la purification et l’onction, le Maître Marca rend chaque pierre vivante « bien qualifiée, vraie et fiable ».

Les Maîtres Anciens apprennent le leadership et la gouvernance dans le temple de l’Esprit. Chez le Très Excellent Maître, les signes et les sacrements deviennent unifiés dans leur sens. Ensuite, l’Arche Royale restitue le Mot Perdu, le nom de Dieu résonnant tout au long du dessin, reliant chaque carreau de la mosaïque. Tout reflète désormais la Beauté Originelle, la compréhension circulant à travers la Vision Splendide.

Le Degré Suprême complète le circuit, mais le voyage continue toujours vers la Lumière. Chaque incrément de croissance place un autre rang, la vie maçonnique s’édifiant toujours vers une unité sublime.

La Sainte Arche Royale : Sommet du parcours maçonnique

Au sommet des Degrés Symboliques se dresse une tour éthérée, s’élevant vers des royaumes au-delà de la vision mortelle. C’est le domaine stellaire de la Sainte Arche Royale, étoile directrice illuminée pour ceux qui recherchent la sagesse. À travers des rituels et des symboles, il reconstitue la récupération des connaissances arcaniques perdues, ramenant le Centre vivant à la conscience.

Trois maîtres maçons tentent de reconstruire le temple, dont la conception mystique a été obscurcie par la poussière du temps. Ils travaillent au milieu de ruines éparses, guidés seulement par des projets partiels et à peine perceptibles.

En plongeant sous les fondations du temple, ils déterrent des reliques enfouies qui contiennent la clé pour ressusciter la Parole perdue du Maître. Ce n’est pas seulement sous une forme extérieure, mais codé dans l’Esprit vivant qui consacre le temple.

Dans le mystère de l’Arche Royale, les nouveaux noms de la Divinité reflètent de nouvelles facettes de l’Être Infini. Le Maître Secret incarne l’amour divin dans le cœur, pur de motifs. Chez le Maître Parfait, la compassion coule comme des mains guérisseuses pour réparer le monde.

Le Secrétaire Intime éveille notre vision intérieure pour lire les mystères de la Nature. En tant que doyen et juge, nous devenons les arbitres de la justice et de la miséricorde.

Le mot devient plus fort maintenant – le Maître fait résonner la corde perdue de la vérité. Dans Superintendent, cet accord est amplifié jusqu’à l’harmonie cosmique ; toute la Création chantant une seule chanson.

En tant qu’Architecte Royal, le Franc-Maçon brandit l’épée de la sagesse pour façonner la réalité, alignée sur le plan du Grand Architecte. À travers l’Arche Royale, vous approchez du seuil de l’Unité, un Cœur ailé attendant de fusionner avec la Lumière Divine.

Mais cela ne peut pas s’arrêter là, car le travail n’est jamais terminé. Chez le Chevalier du Temple, l’épée devient Croix – boussole d’ascension, point d’équilibre entre les extrêmes. En tant que Chevalier de Malte, nous protégeons la Lumière intérieure de tous ceux qui profanent son caractère sacré.

Gardien du sacré, nous guérissons les divisions pour restaurer l’unité de l’humanité avec l’Esprit. Au sommet se trouve un plateau où le Constructeur devient l’Éclaireur, marquant la prochaine étape du Voyage éternel.

Beaucoup de choses se mettent en place maintenant – les mystères résolus, les voiles levés, le vrai Nom découvert dans l’essence de chaque atome. Mais de nouvelles perspectives se révèlent, de nouvelles montagnes à gravir, des richesses intérieures sans limite ni fin. L’Arche Royale révèle complètement ce que signifie être un Maître, mais maintenant la Véritable Initiation commence…

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Arche Royale Domatique : conférences

Publié le 17 Septembre 2026 par T.D

Allocution du Troisième Principal

Conférence Historique

J, seul debout : Comp, il y a trois époques dans l’histoire de la Franc-Maçonnerie qui méritent plus particulièrement de retenir votre attention. Ce sont celle de la création de la Première Loge ou Loge Sainte, celle de la Seconde Loge ou Loge Sacrée et celle de la Troisième Loge ou Grande Loge Royale.
La Première Loge ou Loge Sainte fut créée en l’A L 2515, deux ans après la délivrance des enfants d’Israël de leur esclavage en Égypte par Moise, Ohohab et Betsaleel, en un lieu Sacré, au pied du Mont Horeb dans le désert de Sinaï. Ce fut là que les enfants d’Israël plantèrent leurs tentes et se réunirent afin d’offrir leurs louanges et leurs remerciements au Très Haut pour la façon remarquable dont il les avait délivrés des Égyptiens. Ce fut là, également. qu’à une époque plus reculée, il avait plû au Très Haut de Se Révéler à son fidèle serviteur Moise, de le designer d’une part comme le Grand Ambassadeur de Sa Colère contre Pharaon et son peuple, d’autre part comme messager de délivrance et de salut à l’égard de la Maison de Jacob. C’est là aussi qu’eut lieu la révélation du Tabernacle et de l’Arche d’Alliance objets d’une forme et d’un modèle mystérieux. C’est là encore que furent gravées de la main du Très Haut les Tables de la Sainte Loi avec leurs commandements si sublimes et Complets des devoirs moraux et religieux. C’est la enfin que furent dictées par Sa Sagesse infaillible ces Constitutions civile et religieuse aux formes particulières qui, en séparant Son peuple élu de toutes les autres nations, consacra Israël comme un vase d’élection pour Son Service Pour ces raisons, on appela cette Loge Première Loge ou Loge Sainte.
S…n R…i d’I…l, H…m R…i de T…r et H…m A…i, présidèrent la Deuxième Loge ou loge Sacrée qui fut créée en l’A L 2992 au sein de la Montagne Sainte de Moriah, au centre même du terrain on le sanctuaire solennel du Sanhedrin fut élevé plus tard. En ce lieu Sacre, Abraham avait prouvé sa foi intuitive en ne refusant pas d’offrir son fils bien-aimé Isaac en holocauste sur l’Autel de Son Dieu, alors qu’il plût au Tout Puisant de l’un substituer une victime moins chère. Là, sur l’aire d’Aravna, le Jébusien David offrit le sacrifice médiateur grâce auquel la peste fut enrayée. C’est la aussi qu’il eut une vision où lui furent révèles les plans de ce magnifique Temple construit plus tard par son illustre fils, celui de qui Dieu avait dit « Ce sera lui qui bâtira une maison à mon Nom et j’affermirai pour toujours le trône de son royaume ». Pour ces raisons, on appela cette Loge Second Loge ou Loge Sacrée.
La Troisième Loge ou Grande Loge Royale se tint à Jérusalem ci fut créée en l’A L 3469 par Z Prince du Peuple. A le Prophète, et 1fils de Jotsadak, le Grand Prêtre peu après le retour des enfants d’Israël de leur captivité à Babylone. C’est à cette date que la lignée royale de David et la tribu princière de Juda, en la personne de Z recouvrèrent le pouvoir royal dont les vestiges ne s’effacèrent qu’après la destruction de Jérusalem par les Romains, sous les ordres de Titus dans la 70o année de l’ère actuelle. C’est pour commémorer cette restauration qu’on appela cette loge Troisième Loge ou Grande Loge Royale et c’est à ces nobles origines que se réfère notre Chapitre.
En effet, nous reconnaissons que tout Chapitre de l’Arche Royale régulier dûment assemblé et convenablement consacré, représente le Grand Chapitre de la Sainte Arche Royale de
Jérusalem Les trois Principaux représentent Z, A et J dont ils portent les noms. Les deux Scribes représentent Esdras et Néhémie, lecteurs et commentateurs de la Sainte Loi et membres du Grand Sanhedrin Vous-même représentez les Séjournants qui en récompense de leur zèle et de leur fidélité qui les amenèrent a découvrir des secrets de l’Arche Royale si longtemps perdus, furent admis à prendre place parmi les Princes et les Chefs du Peuple représentés ici par tous les autres Comp.

Allocution du Deuxième Principal

Conférence Symbolique

A, seul debout : Comp, la disposition, les symboles et les ornements de la Maçonnerie de l’Arche Royale, ainsi que les rites et les cérémonies que nous pratiquons a l’heure actuelle, furent adoptes par nos prédécesseurs lors de la construction du Second Temple. Ils le furent, aussi bien pour nous remémorer les voies providentielles grâce auxquelles ces anciens secrets furent retrouvés, que pour graver dans nos cœurs ces hautes leçons de morale que nous sommes tenus de mettre en pratique en tant que membres de ce Suprême Degré.
La forme d’un Chapitre de l’Arche Royale, lorsqu’il est convenablement aménagé, se rapproche, autant que les circonstances le permettent, de celle de l’Arche Caténiforme. Ainsi conservons-nous présente à la mémoire l’image du caveau voûte dans lequel le Mot Sacre fut déposé, tandis que la structure impénétrable de cette Arche, la plus solide des constructions architecturales nous enseigne la nécessité de sauvegarder nos mystères de la profanation par la discrétion la plus inviolable.
Elle symbolise aussi avec force cette adhésion indéfectible a l’ordre social à l’esprit d’union fraternelle qui ont assuré la force et la continuité de tout l’édifice maçonnique, lui permettant ainsi de survivre à la ruine des plus grands empires et à la puissance destructrice du temps.
Et de même que les éléments constituant l’Arche Caténiforme convergent naturellement vers le centre ou clef de voûte, qui resserre et maintient l’ensemble de [a construction, de même apprenons-nous à considérer avec respect toute autorité civile ou maçonnique légalement constituée et à nous y soumettre de bonne grâce.
Les trois Principaux du Chapitre représentent la clef de voûte de l’Arche car, s’il fallut arracher cette clef de voûte pour retrouver les secrets de l’Arche Royale, il faut également passer par les trois chaires pour acquérir une connaissance parfaite de ce Suprême Degré.
Il s’avance vers le côte Nord de l’Autel et poursuit, en montrant au moyen de son sceptre.
Dans la Maçonnerie de l’Arche Royale, nous reconnaissons six lumières trois secondaires et trois principales. Les trois lumières secondaires représentent la Lumière de la Loi et des Prophètes, et leur nombre fait allusion aux ordonnances patriarcale, mosaïque et prophétique. Les trois lumières principales représentent le Mot Sacre lui-même et symbolisent les pouvoirs créateur, protecteur et destructeur de la Divinité.
Ces lumières sont disposées en forme de triangle équilatéral et chacune des lumières secondaires se trouve au milieu des lignes formées par les lumières principales Le plus grand triangle est ainsi divisé géométriquement en trois triangles plus petits a ses extrémités et un quatrième triangle au centre. Tous les quatre sont égaux et équilatéraux Cette disposition symbolique correspond au mystérieux triple Tau Il s’avance vers l’Orient et montre la bannière blanche du Centre qui comporte deux angles droits à chacune de ses extrémités et deux autres au centre, soit en tout huit angles droits. Ces huit angles droits correspondent à l’ensemble des angles formes par les quatre triangles, puisque la somme des angles de tout triangle est égale a deux angles droits.
Cela permet aussi d’expliquer le bijou porte par les Comp Il montre son bijou dont les intersections forment un certain nombre d’angles On peut en faire cinq combinaisons différentes et, si on les ramène à leur valeur en angles droits, on s’aperçoit qu’elles correspondent aux angles contenus sur la surface des cinq corps platoniciens représentant les quatre éléments et la sphère de l’Univers.
L’Écharpe portée par les Comp Il montre la sienne est un emblème sacré symbolisant la lumière car elle est composée de deux des principales couleurs dont les voiles du Temple et du Tabernacle étaient tissés. Ce caractère sacre est encore démontré Par le dessin irradié qui a toujours été considéré comme l’emblème de la dignité royale et du pouvoir.
Les insignes figurant sur les bannières que portent les Comp sont les armoiries distinctives des douze tribus d’Israël. Elles font allusion à la bénédiction prophétique du Patriarche Jacob, à ses 12 fils après qu’il les eût réunis â cet effet, peu de temps avant sa mort, ainsi qu’il est écrit au 49e Chapitre du Livre de la Genèse. Il est fait également mention des tribus au Second Chapitre du Livre des Nombres.
Les quatre bannières principales représentent les étendards de tête des quatre divisions de l’armée d’Israël, elles portaient comme emblème un homme, un lion, un bœuf et un aigle. Un homme pour personnifier l’intelligence et la compréhension, un lion pour représenter la force et la puissance, un bœuf pour exprimer la patience et l’assiduité, un aigle pour indiquer la promptitude et la rapidité avec lesquelles les volontés et les désirs du Grand JE SUIS sont toujours exécutés.
Les attributs des sceptres Les Principaux élèvent leurs sceptres bien en vue dénotent les dignités A les désigne du doigt Royale. Prophétique et Sacerdotale, qui ont toujours été et doivent toujours être conférées d’une manière spéciale comportant la communication de secrets particuliers.
Le VSL, l’E et le C sont emblèmes propres aux trois Grand Maîtres qui présidèrent à la construction du Premier Temple. Le VSL représente la Sagesse du R…i S…n, l’E la force de H…m, R…i de T…r et le C l’habilité raffinée de H…m A…i. Le Maçon vraiment spéculatif le considérera toujours cependant comme les véritables symboles de la Sagesse, de la Vérité et de la Justice du Très Haut.
La Justice du Très Haut est amplement démontrée dans le VSL qui nous apporte le témoignage de Sa Toute Puissance et nous révélé sa Volonté.
La Vérité du Très Haut est représenté à juste titre par l’E qui est le symbole reconnu de la force et le critère de la perfection.
Sa Justice infaillible et impartiale, - qui a défini pour notre instruction les limites du bien et du mal et assigné à chacun de nous la part qui revient de félicité et de peine – est démontrée clairement par le C, instrument qui nous permet de mesurer et de déterminer les limites de toutes les figures géométriques et, ainsi, d’avoir une idée de leur rapport ou de leur égalité avec un modèle donné.
Le glaive et la truelle furent adoptés par les Maçons de l’Arche Royale pour comme1morer la vaillance de ces hommes valeureux qui participèrent à la construction du Second Temple et qui, la truelle à la main et le glaive au côté, étaient toujours prêts à défendre la Cité et le Sanctuaire Sacré contre les attaques non provoquées de leurs ennemis. Ils ont ainsi légue1 aux géne1rations futures une leçon impressionnante en montant qu’une résistance virile et déterminée à la violence arbitraire est le premier des devoirs sociaux après l’obéissance absolue à l’autorité légalement constitué.
La pioche, le levier et la pelle sont les outils qu’utilisèrent les Séjournants chargés de préparer le terrain pour les fondations du Second Temple : la pioche pour défoncer le sol, le levier pour prendre des appuis et la pelle pour enlever les gravois et rejeter la terre.
La signification spirituelle que nous donnons à ces outils est la suivante.
Le coup de pioche nous fait penser au son de la trompette du jugement dernier, alors que le sol tremblera, s’ouvrira et que les tombes libéreront leurs morts. Le levier, emblème de la droiture, représente l’attitude de notre corps lorsqu’il se dressera en ce jour redoutable pour se présenter devant son juge terrible mais dûment. Le travail de la pelle nous dépeint bien la position du corps couche1 dans la trombe et noud, nous espérons avec une humble mais sainte confiance, qu’après nous être défit de notre dépouille terrestre, notre âme s’élèvera vers la vie immortelle et l’éternelle béatitude.
 
Allocution du Premier Principal


Conférence Mystique

TEZ, **** et reste assis : Comp, l’instruction mystique de ce Suprême Degré comprend la démonstration et l’explication de s…s Sacre1s, la nature et la signification des m…s Sacrés ainsi que le cérémonial traditionnel que nous devons observer pour échanger et communiquer nos secrets.
Dans la Maçonnerie de l’Arche Royale, nous reconnaissons cinq s…s, nombre correspondent aux c…q p…s p…s enseignes aux Maitres Maçons Alors que ces derniers indiquent les devoirs que nous nous devons mutuellement les uns les autres, les s…s de l’Arche Royale portent la marque particulière de notre dépendance à l’égard du Très Haut, comme des créatures qui ont offense Sa Volonté et Son Pouvoir Tout Puissant, mains qui demeurent cependant les enfants adoptifs de Sa Clémence.
II se lève et s’adresse au Candidat, tandis que le D des C pose à terre près de la Chaire du Premier Principal un coussin pour lui permettre de s’agenouiller.
Je vais maintenant exécuter ces s…s et vous Comp nouvellement Exalte, levez-vous et imitez-moi.
Ceci est le s…e p…l démonstration, le seul s…e en Franc-Maçonnerie qui se fasse entièrement de la m…n g…e.
Ceci est le s…e de r…t ou s…e d’a…l démonstration, que vous devez toujours faire en entrant dans le Chapitre, et en sortant il est toujours dirigé vers l’autel.
Ceci est le s…e de p…e ou de s…n démonstration.
Ceci est le s…e m…l démonstration.
Ceci est le s…e de c…e démonstration.
Veuillez maintenant vous asseoir et je vous donnerai l’explication complète de ces s…s Il descend de l’estrade après avoir confié son sceptre a J.
Le s…e p…l Il le fait rappelle le châtiment indiqué dans notre obligation et fait allusion à la chute d’Adam ainsi qu’au terrible châtiment qui en découla pour sa coupable postérité, c’est-à-dire rien moins que la mort.
L’acte lui-même démonstration donne à entendre que les orgueilleux et les rebelles seront retranches du séjour des vivants par le jugement de Dieu comme la tête des coupables est tranchée par la justice des hommes Il refait le s…e.
Pour conjurer cette destinée fatale le s….e de r...t on s...e d’a…1 nous enseigne à nous soumettre (l fait la première partie du s…e avec humilité et résignation aux châtiments infligés par la Main du Tout Puissant et, en même temps, à graver Ses Lois dans nos cœurs il achève le s…e. C’est dans cette attitude expressive que le Père du Genre Humain se présenta devant le Très Haut, pour s’entendre notifier Sa sentence, juste bien que terrible. Ce s...e fut ensuite adopté par notre Grand Maître Moise qui lorsque le Seigneur lui apparut dans le buisson ardent, au pied du Mont Horeb, dans le désert de Sinaï, voilà ainsi démonstration ses yeux devant l’éclat de la Divine présence et plaça sa main sur son c…r démonstration en gage d’obéissance. Ce s...e lui fut, par la suite, compté comme un témoignage de droiture.
Le s…e de r…t ou s…e d’a...l peut être considéré à juste titre comme l’origine di s…e de p…e ou de p...n démonstration car il indique vraiment cette disposition du cœur et de l’esprit sans laquelle nos prières et nos louanges ne peuvent parvenir jusqu’au trône de la Grace.
Comment une créature faible et faillible, issue di limon de la terre, pourrait-elle se présenter devant Lui, sinon à genoux et les mains tendues vers le Ciel en signe d’humilité et de contrition ?
C’est ainsi qu’Adam s’agenouilla devant Dieu démonstration et rendit grâce à Son Créateur. Ainsi s’inclina-t-il également démonstration, terrifié et contrit, devant la face de son Juge offensé pour détourner Sa colère et se concilier Sa Clémence. Il a transmis pour toujours à sa postérité coupable cette manifestation extérieure d’humilité et de contrition.
Le s…e m…l démonstration nous rappelle la faiblesse de la nature humaine, incapable de résister à la puissance des ténèbres, à moins d’être aidée par cette Lumière il montre le VSL qui vient d’En Haut. Par cette position sans défense, nous reconnaissons toute notre faiblesse. Nous avouons aussi que Nous ne pouvons rien faire de bien ou d’acceptable sans Celui de
qui procèdent tons les bons conseils et toutes les bonnes actions, de même que nous sermons toujours demeurés à Ses yeux des serviteurs indignes si nous n’avions bénéficié de Sa Grâce divine et bienfaisante.
C’est pourquoi, en reprenant l’exemple donné par nos Saints Ancêtres les prêtres expiateurs, nous faisons le s…e de c…e démonstration pour montrer que nous voudrions nous prosterner la face dans la poussière, afin de manifester notre foi et notre soumission.
C’est ainsi que nous devons nous livrer à la miséricorde de notre Divin Créateur et Juge, en attendant avec une humble mais sainte confiance, la réalisation de Ses divines promesses qui, seules, peuvent nous donner l’espoir de passer sons l’Arche de la rédemption pour être admis dans ce séjour de béatitude et de gloire éternelles, en présence de Celui qui est le grand JE SUIS, l’Alpha et l’Omega, le Commencement et la Fin, le Premier et le Dernier.
Le TEZ reprend son sceptre des mains de J et se place debout devant l’Autel face à l’Occident tandis que le D d C reprend le coussin pour le remettre à sa place.
Pour la construction du Temple du R…i S...n on employa in grand nombre de Maçons et l’on retrouva leurs nom son leurs marques, gravées dans les différentes parties de l’édifice, mais on ne retrouva nulle part les noms des trois Grands Maîtres qui y présidèrent, jusqu’au moment on les Séjournants qui furent envoyés pour préparer le terrain en vie des fondations du Second Temple les découvrirent sons l’Arche Royale.
Au centre di caveau se dressait in bloc de marbre blanc, un double cube taillé comme l’Autel des Parfums, et une plaque d’or le blanc étant l’emblème de l’innocence et l’or celui de la pureté.
Le TEZ se déplace par le Nord, un peu en avant de l’Autel, et montre avec son sceptre.
Sur le devant, étaient gravées les initiales des trois Grands Maîtres qui présidèrent à la construction du Premier Temple, c’est-à-dire : S…n R…i d’I…l, H...m R…i de T…r et H…m A… i. Elles étaient aussi bien destinées à perpétuer leurs noms qu’à rappeler les voies et les moyens d’exécution de cette construction. Il y avait également le triple Tau, qui était une marque ou un caractère que l’on apposait sur les convoctions des Maçons de l’Arche Royale, lorsqu’elles revêtaient une importance exceptionnelle.
Le Tau vient de l’Hébreu, et c’est de cette marque ou de ce signe dont parle l’Ange dans la vision d’Ézéchiel, quand il dit à l’homme portant l’écritoire « Passe au milieu de la ville, au milieu de Jérusalem, et fais une marque sur le front des hommes qui soupirent et qui gémissent à cause de toutes les abominations qui s’y commettent (Ézéchiel IX, verset 4) » Cette marque leur evita d’être du nombre de ceux que la grande colère du Très Haut lit périr pour leur idolâtrie.
Dans les temps anciens, on marquait ainsi, comme preuve de leur innocence, ceux qui avaient été acquittés par leurs Juges. Les chefs militaires faisaient également marquer de la même manière, sur le front, ceux de leurs hommes qui revenaient sains et saufs du champ de bataille pour indiquer qu’ils étaient parfaitement indemnes. Pour ces différentes raisons, le Tau a toujours été considéré comme une marque ou un symbole de la vie.
L’union des Taus fait allusion à la Divinité qui transforma le chaos des ténèbres, horrible et sans forme, en un monde paisible et ordonné.
Le TEZ retourne à l’Orient et les Séjournants amènent le Cand au Sud de l’Autel
II y a sir cette plaque d’or in cercle et un triangle. Ces figures géométriques ont toujours été choisies pour représenter la Divinité on quelque attribut divin. Le cercle est le symbole de l’éternité car il n’a ni commencement ni fin et il peut, avec juste raison, être considéré comme une image de Dieu, sans commencement et sans fin dans le temps. En outre, il nous rappelle sans cesse ce grand avenir où nous espérons jouir d’une vie et d’une béatitude éternelles.
Le mot qui figure sur le cercle est J…h, nom grandiose, terrible, redoutable, incompréhensible du Très Haut. Il signifie Je suis Celui que je suis, l’Alpha et l’Omega, le Commencement et la Fin, le Premier et le Dernier, Celui qui fut, et sera, le Tout Puissant. C’est le Nom de Dieu, présent, futur, éternel, invariable et parfait, qui seul n’existe qu’en Lui et par Lui et donne la vie à tous les autres. II est ce qu’il était, Il était ce qu’Il est et Il restera à la fois ce qu’Il était et ce qu’Il est, d’éternité en éternité. Toutes les créatures dépendent de Sa Volonté et de Sa Toute Puissance,
Dans l’antiquité, les appellations de Dieu et les symboles de la Divinité étaient toujours entourés de triangles. Au temps de Pythagore le triangle était considéré comme le plus sacre des symboles et, quand une obligation particulièrement importante devait être prise, elle l’était invariablement sur le triangle. Prise dans ces conditions, on n’a pas connaissance qu’elle ait jamais été violée.
Les Égyptiens le désignaient sous le terme de nombre sacré on nombre de perfection et, telle était, la haute estime que les anciens avaient pour lui, qu’il devint chez eux un objet d’adoration. Ils lui donnèrent le nom sacré de Dieu, affirmant qu’il représentait les règnes animal, végétal et minéral. Ils l’appelaient aussi à ce qui signifie. Ame de la Nature. Ce Delta Sacré est habituellement entoure1 d’un carré ou d’un cercle, pour exprimer son influence vivifiante dont les effets s’étendent à toute la Création. Pour ces raisons, il a toujours été considéré comme le Grand Tout ou le Summum Bonum (Le Sommet de la Perfection).
Le mot qui figure sur le triangle est ce nom sacré et mystérieux que vous vous êtes engagé solennellement à ne jamais prononcer, sauf en présence et avec le concours d’au moins deux Comp de l’Arche Royale, ou au sein d’un Chapitre de l’Arche Royale régulièrement constitué, alors que vous y siégerez comme Premier Principal.
C’est un nom composé qui, dans son ensemble, forme le mot l…n. Il appartient à quatre langues: le Chaldéen, l’Hébreu, le Syriaque et l’Égyptien.
J est le nom chaldéen de Dieu et signifie.
« Son Essence et Sa Majesté incompréhensibles » C’est aussi un mot hébreu qui signifie « Je suis et je serai », exprimant ainsi l’existence présente, future et éternelle du Très Haut.
... est un mot syriaque signifiant : « Seigneur » ou « Tout Puissant ». C’est lui-même un mot composé, formé de la préposition, qui vent dire « dans » ou « sur », et de « aux Cieux » ou « En Haut ». Le sens du mot est donc « Seigneur en Haut des Cieux ».
… est un mot égyptien qui signifie « Père de tous », exprimant par là l’omnipotence du Père de tous, comme dans cette prière bien connue. « Notre Père qui es aux Cieux ».
Les différentes significations de ces mots peuvent être ainsi réunies. « Je suis et je serai, Seigneur en Haut des Cieux, Père de Tous, dans tous les temps et dans tous les pays, adore par les Saints, les gentils et les Sages, J…h, Jupiter ou le Seigneur ».
Les caractères placés aux angles du triangle présentent une importance exceptionnelle. Peu importe par lequel commencent leurs différentes combinaisons, car chacune se rapporte à la
Divinité ou à in attribut divin. Ce sont l’Aleph, le Beth et le Lamed des Hébreux, qui correspondent aux lettrts A, B et. L de notre alphabet.
Prenons le A et le B, ils forment le AB qui vent dire : Père.
Prenons le B, le A et le L, ils forment BAL qui veut dire : Seigneur.
Prenons le A et le L, ils forment le AL qui veut dire : Verbe.
Prenons le L, le A et le B, ils forment LAB qui veut dire : Cœur ou Esprit.
Prenons chacune des combinaisons avec le tout et nous aurons :
AB BAL : Seigneur le Père,
AL BAL : Seigneur le Verbe,
LAB BAL : Seigneur l’Esprit.
Telle est, Comp nouvellement exalté, la meilleure explication que je puisse vous donner de ces mots et de ces caractères sacres.
Elle prouve que l’Arche Royale est l’Apogée de la Franc-Maçonnerie et qu’elle est intimement mêlée à tout ce qui sera le plus à notre portée et aura le plus de prix pour nous dans notre existence future.
Dans tout Ile cours de cette explication, les questions divines et humaines sont constamment liées avec insistance. Partout, et dans les moindres détails de ses mystères ineffables, l’Arche Royale enseigne la vertu, se consacre à la Gloire de Dieu et tend an bonheur éternel de l’humanité.
Il suffit de dire qu’elle a pour base le nom sacré de J...h, qui fut de tons les temps, qui est toujours et qui restera l’Unique et le même pour l’Éternité, l’Etre qui existe nécessairement en Lui et par Lui, dans toute Sa perfection, l’Essence de lui-même.
Compagnons, je vous en conjure, si jamais vous étiez sur le point de prononcer ce nom sacré et mystérieux, à la légère ou sans le respect qui lui est dú. Arrêtez-vous. Mettez votre doigt sur vos lèvres et souvenez-vous du châtiment indique dans votre obligation Il fait le s…e p…1.
Ce Suprême Degré insuffle à ses membres la plus haute conception de Dieu. Il conduit à la pratique de la piété la plus pur et la plus fervente. Il tend à la vénération de J…h, Celui qu’on ne peut comprendre, le Maître Éternel de l’Univers, le germe originel de la vie et la source de tous les principes. Celui de qui jaillissent toutes les vertus.
Fin de la Cérémonie de l’Exaltation.

 

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L'histoire de la Royal Arch Freemasonry.

Publié le 17 Septembre 2026 par T.D

Par Thierry Stravers

L'Arche Royale, ou Ordre de l'Arche Royale Sainte, est une voie dite de continuation ou d'obédience supérieure au sein de la franc-maçonnerie. Il est présent dans tous les grands systèmes maçonniques, bien que dans certains il soit travaillé dans le cadre des degrés bleus et dans d'autres dans un ordre contigu. Les Royal Arch Masons se réunissent en Chapitre. L'Ordre suprême de la Sainte Arche Royale, tel qu'il est pratiqué dans les îles britanniques, une grande partie de l'Europe et le Commonwealth, confère aux chapitres le degré de maçon de l'Arche Royale. Aux Pays-Bas, il s'agit d'un membre de l'Ordre de la Sainte Arche Royale.

Comme pour les degrés bleus, l'Arc royal véhicule des leçons morales et éthiques. Dans les trois degrés de l'artisanat, le candidat apprend une série de principes pratiques de service à son prochain. Mais comme l'homme n'est pas seulement un être pratique, il a aussi un aspect spirituel essentiel à sa nature. L'Arche Royale développe ce dernier aspect par une considération de la nature spirituelle de l'homme, non pas en substitution mais en soutien de ce que le candidat a appris de sa propre religion. Dans ce chapitre, les enseignements de l'Arche Royale sont transmis par le biais d'une allégorie ritualisée basée sur les récits de l'Ancien Testament concernant le retour à Jérusalem après l'exil babylonien pour reconstruire la ville et le temple. En déblayant le sol du temple de Salomon pour les fondations d'un nouveau temple, le candidat fait d'importantes découvertes. En ajoutant une explication supplémentaire aux leçons pratiques de la franc-maçonnerie de métier, l'Arche Royale est considérée comme une extension des degrés précédents et les leçons philosophiques transmises sont appropriées à cette étape du développement maçonnique d'un candidat. Le symbole ou grand emblème de la Royal Arch Freemasonry est le Triple Tau.

Dans les îles britanniques, dans la plupart des pays d'Europe continentale et dans la plupart des pays du Commonwealth (à l'exception notable du Canada), les principes de la franc-maçonnerie de l'Arche Royale sont contenus dans l'Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale - un degré autonome de la franc-maçonnerie ouvert à ceux qui ont complété les trois degrés bleus. Jusqu'en 1823, seuls les francs-maçons ayant déjà occupé la présidence d'une loge bleue étaient autorisés à y participer. De nos jours, les candidats à un chapitre anglais de la Sainte Arche Royale doivent avoir été Maître Maçon pendant quatre semaines ou plus. Dans la franc-maçonnerie écossaise, le candidat à l'Arche Royale doit également être un Mark Master Mason, un degré qui fait partie du Rite d'York. Cela peut se faire dans un chapitre, ou plus souvent dans une loge écossaise. Après le degré Mark, un candidat doit obtenir le degré Excellent Master avant d'être élevé au degré Royal Arch. En Irlande, un candidat doit accomplir une année de maîtrise en maçonnerie avant d'être admis comme membre d'un chapitre de l'Arc Royal. Le grade de Mark Master Mason est d'abord obtenu séparément et ce n'est qu'ensuite que le degré de Royal Arch peut être obtenu.

Aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Israël, au Mexique, au Paraguay et aux Philippines, l'Arche Royale n'est pas utilisée comme un degré séparé, comme décrit ci-dessus, mais fait partie du système de degrés maçonniques supplémentaires du Rite d'York. Les maçons de l'Arche Royale du Rite d'York se réunissent également en Chapitre, mais le Chapitre de l'Arche Royale du Rite d'York a quatre degrés différents : 'Mark Master Mason', 'Virtual Past Master', 'Most Excellent Master' et 'Royal Arch Mason'. Bien que le degré du Rite d'York de 'Royal Arch Mason' soit à peu près comparable à l'Ordre Suprême du Saint Royal Arch tel qu'il est pratiqué en Angleterre et au Pays de Galles, les autres degrés peuvent avoir des équivalents dans d'autres ordres apparentés. L'Arche Royale est également le sujet des 13ème et 14ème degrés du Rite Ecossais de la Franc-maçonnerie (appelé "Rite Ancien et Accepté" en Angleterre et au Pays de Galles).

Histoire.
Au début du XVIIIe siècle, il n'existe que deux degrés bleus. Les diplômes et les rituels, tels que nous les connaissons aujourd'hui, n'existaient pas. Les deux cérémonies étaient très courtes et consistaient en une récitation de la vieille histoire légendaire de la franc-maçonnerie, une obligation et une mission, ainsi que la remise d'une poignée accompagnée d'une parole. Le conseil festif a été suivi d'une forme de catéchisme chez les Frères. Cette procédure est progressivement étendue et finalement, vers 1724/25, un troisième degré apparaît. En 1730, le troisième degré était assez largement connu, bien que peu pratiqué. À ce stade, les trois grades de travail au sein des degrés bleus faisaient l'objet de cérémonies distinctes. Cependant, il n'y avait toujours pas de cérémonie de remise de prix pour les hommes qui avaient présidé une Loge en tant que Maître Honorable.

Trois théories sont actuellement postulées. La moins probable est la suggestion que l'Arche Royale faisait autrefois partie de la cérémonie du Troisième Degré, qui a ensuite été mutilée pour produire un Quatrième Degré. Certains pensent que le Troisième Degré et l'Arche Royale ont une origine commune ; une opinion soutenue par le fait que ce qui est perdu dans les Degrés Bleus est retrouvé dans la cérémonie de l'Arche Royale.

D'autres pensent que le Royal Arch a été importé d'Europe et qu'il a rapidement trouvé grâce auprès de la franc-maçonnerie anglaise. Il ne fait aucun doute que quelque chose émergeait au début du 18ème siècle qui devint plus tard l'Arc Royal, bien que la forme et le contenu de son développement resteront probablement voilés dans la nuit des temps.

Si la théorie européenne est correcte, il est probable que la cérémonie trouve son origine en France, où un grand nombre d'innovations et de degrés maçonniques ont été introduits au début des années 1740. Il existe une référence intéressante dans le "Sceau Rompu", une exposition de 1745, à une classe supérieure de francs-maçons avec une cérémonie destinée à commémorer ceux qui travaillaient "... la truelle à la main et l'épée au côté". Plusieurs éléments de preuve similaires étayent l'idée que certains traits caractéristiques de la cérémonie de l'Arche Royale, quel que soit le nom qu'on lui donnait à l'époque, existaient sur le continent à une date antérieure, mais cela ne peut être considéré comme une preuve d'origine.

La première preuve documentée de l'existence de l'Arche Royale en tant que degré distinct provient des minutes de la Loge n° 21 de Youghal, dans le comté de Cork, en 1741. Toutefois, le plus ancien chapitre connu au monde est le Stirling Rock Royal Arch Chapter No. 2 en Écosse, qui fonctionne depuis 1743. Le "Ahiman Rezon" de Laurence Dermott indique que le diplôme a été travaillé à Londres à partir de 1744 au moins. Cette affirmation est soutenue par un livre intitulé "A Serious and Impartial Inquiry into the Cause of the present decay of Freemasonry in the Kingdom of Ireland", de Fifield Dassigny MD publié à Dublin en 1744, qui indique que le Degré était à cette époque travaillé à Londres et à York. En 1749, la Grande Loge d'Irlande a donné l'ordre aux Loges 190 et 198 d'établir des "Loges de l'Arc Royal". Le degré est également censuré dans l'ouvrage de Dassigny "A Serious and Impartial Inquiry into the Cause of the Present Decay of Freemasonry in the Kingdom of Ireland", publié à Dublin en 1744. Des notes séparées dans cet ouvrage indiquent que le rite était pratiqué à Dublin, Londres et York, et le décrivent comme un "corps organisé d'hommes qui ont passé la chaire" (c'est-à-dire qui ont présidé une Loge des Degrés Bleus en tant que Maître Honorable).

Les liens entre la famille royale et l'Arc Royal en Angleterre ont commencé en 1772, lorsque SAR Henry Frederick, Duc de Cumberland (frère du roi George III) est devenu membre. En 1774, il a été élu Grand Patron de l'Arche Royale - un portrait de lui dans sa tenue pour cette fonction est toujours accroché dans la salle maçonnique. En 1776, il est élu Premier Grand Principal et occupe ce poste jusqu'en 1785. À sa mort en 1790, son neveu S.A.R. William, duc de Clarence (plus tard S.A.R. le roi Guillaume IV) lui succède comme Grand Patron.

Angleterre et Pays de Galles : les "anciens" contre les "modernes".
Dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, le rôle et l'objectif de la franc-maçonnerie de l'Arc Royal ont fait l'objet d'un long débat entre les deux organisations faîtières rivales de la franc-maçonnerie. En 1717, quatre loges des degrés bleus avaient formé la Première Grande Loge d'Angleterre pour régir la franc-maçonnerie telle qu'elle était pratiquée en Angleterre. A partir de 1751, cette revendication est contestée par un autre groupe de loges à degrés bleus qui forment l'Antient Grand Lodge of England. Dans le débat qui s'ensuit, la Grande Loge la plus récente est brièvement appelée les "Anciens", tandis que la Grande Loge la plus ancienne est appelée les "Modernes".

En 1746, Laurence Dermott, qui deviendra plus tard Grand Secrétaire des Antients, est admis à un Chapitre de l'Arche Royale à Dublin, qui à l'époque n'était ouvert qu'à ceux qui avaient déjà servi comme Maîtres d'une loge de degré bleu. Il considérait l'Arc Royal comme le quatrième degré des Degrés Bleus traditionnels. Sous son influence, les "Antients" défendent le degré de l'Arche Royale en Angleterre, alors qu'il est reçu avec hostilité dans la Première Grande Loge d'Angleterre.

En 1764, une loge de francs-maçons écossais rattachée aux "Antients" change de camp et devient la Caledonian Lodge rattachée aux "Moderns". L'année suivante, ils ont contribué à la création d'un chapitre de l'Arc Royal qui a admis les francs-maçons d'autres loges de degrés bleus rattachées aux Modernes. En 1766, avec l'élévation de Lord Blayney, le Grand Maître des Modernes, cette organisation prend le nom d'Excellent Grand and Royal Arch Chpater, assumant des responsabilités administratives et devenant ainsi le premier Grand Chapitre d'Angleterre. À la même époque, James Heseltine, le Grand Secrétaire des Modernes, déclarait à propos de la franc-maçonnerie de l'Arche Royale que "celle-ci fait partie de la franc-maçonnerie mais n'a aucun lien avec la Grande Loge" dans une lettre adressée à un franc-maçon allemand de haut rang. Il est également l'un des signataires de la charte établissant le premier Grand Chapitre. Les minutes de la première réunion du Grand Chapitre montrent qu'il s'est réuni au Turks Head, dans le quartier londonien de Soho, la même taverne où, peu de temps auparavant, la naissance de l'Antient Grand Lodge of England avait eu lieu. À cette occasion, Thomas Dunckerley a été élu pour occuper la fonction de Z (chef du chapitre) en l'absence du Grand Maître et du Vice-Grand Maître. Il a ensuite été nommé Grand Surintendant et a promu la franc-maçonnerie de l'Arc Royal dans les loges provinciales des "Modernes" avec beaucoup d'énergie et de succès. En 1774, les "Antients" ont formé leur propre Grand Chapitre de l'Arche Royale à l'instigation de Laurence Dermott. Les membres étaient des officiers de la Grande Loge qui se trouvaient avoir le degré de l'Arche Royale, les réunions étaient ordonnées par la Grande Loge et les procédures approuvées par la même entité.

Unir les deux Grandes Loges
Au début du 19ème siècle, alors que les "Anciens" et les "Modernes" passaient de la rivalité à l'union, le rôle et le but de l'Arche Royale sont devenus un point de friction. Les "Anciens" considéraient l'Arche Royale comme un quatrième degré de la franc-maçonnerie traditionnelle et l'utilisaient dans le cadre des rituels des Loges Bleues, tandis que les "Modernes" l'ignoraient presque entièrement. Ils croyaient que la franc-maçonnerie ne comprenait que trois degrés et que l'Arche Royale était au mieux une extension du troisième degré, celui de Maître Maçon, qui devait être administré séparément. De plus, les "Modernes" ont intégré dans leur rituel du troisième degré certains enseignements que les "Anten" ne révélaient qu'à ceux qui rejoignaient l'Arc Royal.

En 1813, les "Anciens" et les "Modernes" s'accordent sur un Acte d'Union et forment la Grande Loge Unie d'Angleterre. Cela n'a été possible qu'après avoir atteint un compromis sur le rôle et le but de la Royal Arch Freemasonry. Le compromis était qu'après l'union, le degré de l'Arche Royale serait pleinement reconnu par la Grande Loge Unie (pour apaiser les "Anciens"), mais deviendrait un ordre séparé (pour apaiser les "Modernes"), tandis que toutes les loges du degré Bleu seraient autorisées à organiser la cérémonie (pour apaiser les "Anciens"). Dans le même temps, aucun compromis n'a pu être trouvé sur le rôle et l'objectif du diplôme de Mark. Elle a été effectivement interdite par l'Union jusque dans les années 1850, lorsqu'elle a été organisée en une Grande Loge indépendante des Mark Master Masons d'Angleterre et du Pays de Galles. Dans la plupart des pays en dehors de l'Angleterre et du Pays de Galles, cependant, la franc-maçonnerie Mark a été associée aux branches de l'Arc Royal. Dans son Livre des Constitutions, la Grande Loge Unie d'Angleterre a donc déclaré que "... la franc-maçonnerie antique pure consiste en trois degrés et pas plus, à savoir ceux de l'Apprenti, du Compagnon et du Maître Maçon, y compris l'Ordre Suprême de l'Arche Royale".

En 1817, quatre ans après que les "Anciens" et les "Modernes" aient uni leurs Grandes Loges des Degrés Bleus, la nouvelle Grande Loge Unie a supervisé la formation d'un "Supreme Grand Chapter of Royal Arch Masons of England" pour gouverner le Saint Royal Arch en Angleterre et au Pays de Galles. À cette époque, le Grand Chapitre des "Anciens" avait effectivement cessé d'exister (seules quelques réunions sont enregistrées pour la période postérieure à 1813), de sorte que les membres restants ont simplement été absorbés par ce qui avait été le Grand Chapitre des "Modernes". ".

Un autre développement constitutionnel important dans la franc-maçonnerie de l'Arc Royal a eu lieu en 1823, lorsque les maîtres francs-maçons ont été autorisés à rejoindre les chapitres de l'Arc Royal sans être passés auparavant par la chaire d'une loge du degré bleu.
En 1835, le rituel a été réformé, une partie de la cérémonie connue sous le nom de "passage des voiles" ayant été abandonnée. Il a été réadopté par les chapitres de Bristol au début du 20e siècle.

L'évolution depuis la réunification.
La Grande Loge des "Anciens", qui a fait sécession en 1751, a accueilli la Royal Arch Freemasonry avec un grand enthousiasme. Laurence Dermott, le deuxième Grand Secrétaire, a décrit l'Arche Royale comme "... la racine, le cœur et la moelle de la franc-maçonnerie". Il a été ouvertement accordé comme quatrième degré dans ses Loges avec le consentement et l'approbation des "Anciens", qui sont devenus connus comme la "Grande Loge des Quatre Degrés". En effet, leur premier ensemble de règles et règlements stipule que "la franc-maçonnerie ancienne comprend quatre degrés - l'apprenti, le compagnon et le degré sublime de Maître" et poursuit en disant que "... un frère qui est bien versé dans ces degrés et qui a été déchargé des fonctions de sa loge, en particulier celles de Maître, peut être admis au quatrième degré, l'Arche Royale". Les règles stipulent également que "Chaque Loge Régulière possède le pouvoir de former et de tenir des Loges dans chacun de ses différents degrés, dont le dernier, en raison de sa supériorité, est désigné parmi les Maçons, un Chapitre". À cette époque, il n'y avait pas de chapitres séparés et un chapitre a donc été ouvert dans la Blue Degree Lodge sous l'autorité de son mandat pour conférer le degré.

En 1764, Cadwaller, le neuvième Lord Blayney, devient Grand Maître des "modernes" et est le premier chef à être promu au degré de l'Arche Royale. Il a "passé l'arche" (a été élevé) en juin 1766. En juillet 1767, il transforme le chapitre calédonien en "grand et royal chapitre de l'Arc royal de Jérusalem" par une charte de convention. Il est intéressant de noter que l'un des signataires de ce document était Thomas Dunckerley, qui devint Grand Surintendant du Hampshire en 1778 et du comté alors séparé de l'île de Wight en 1793.

Alors que l'Acte d'Union de 1813 reconnaissait l'Ordre Suprême de l'Arche Royale comme faisant partie de la "Franc-maçonnerie pure et antique", la formulation du Livre des Constitutions de la Grande Loge Unie d'Angleterre selon laquelle "... la Franc-maçonnerie pure et antique consiste en trois degrés et pas plus, à savoir ceux de l'Apprenti, du Compagnon et du Maître Maçon, y compris l'Ordre Suprême de l'Arche Royale" était alors souvent interprétée comme suggérant que l'Arche Royale n'était pas un degré supplémentaire, mais seulement l'achèvement du degré de Maître. Ce point de vue était si répandu parmi les francs-maçons d'Angleterre et du Pays de Galles que l'on disait au candidat nouvellement exalté, pendant le rituel de l'Arche Royale, qu'il ne devait pas penser qu'il avait atteint un quatrième degré, mais qu'il avait en fait atteint son troisième degré (on trouve encore aujourd'hui des déclarations à cet effet, par exemple : "Lorsqu'un maçon a atteint le rang de Maître, il a le droit [...] d'être élevé à un Chapitre de l'Arche Royale pour compléter pleinement sa maîtrise dans le degré de Maître". Tout en exprimant une position de compromis entre les points de vue traditionnels des "Anciens" et des "Modernes", cette interprétation plaçait l'Arche Royale en opposition avec la pratique maçonnique dans la plupart des pays en dehors de l'Angleterre et du Pays de Galles. Aucune autre constitution maçonnique n'a jamais prétendu que le troisième degré et l'arc royal sont deux parties d'un tout. Le Grand Chapitre suprême des Royal Arch Masons d'Angleterre a fini par remettre en question son propre raisonnement.

En décembre 2003, la Grande Loge Unie d'Angleterre a reconnu et déclaré le statut de l'Ordre Suprême de l'Arche Royale comme étant "une extension, mais pas une partie supérieure ou inférieure, des degrés qui le précèdent". Le 10 novembre 2004, après les délibérations d'un groupe de travail spécial, le Grand Chapitre Suprême des Royal Arch Masons d'Angleterre, lors de sa réunion régulière à Londres, a officiellement rejeté la position de compromis de 1813 et a déclaré que l'Arc Royal était un degré distinct à part entière, basé sur l'achèvement de la "Franc-maçonnerie ancienne pure", composée des trois degrés bleus et de l'Arc Royal. Les mots du rituel qui suggéraient la position de compromis précédente et conduisaient à des interprétations erronées ont été supprimés par des règlements obligatoires. La position officielle du Suprême Grand Chapitre est aujourd'hui que "l'Arche Royale est la continuation de la Franc-maçonnerie des Degrés Bleus" telle qu'elle est enseignée dans les trois degrés d'Apprenti, de Compagnon et de Maître Maçon ; dans ce sens, la "Franc-maçonnerie ancienne pure" peut être vue comme un voyage de connaissance de soi et de découverte par lequel l'Arche Royale complète les leçons pratiques des Degrés Bleus par une contemplation de la nature spirituelle de l'homme.

Construire un chapitre.
Une fois accepté dans un Chapitre, l'équivalent de la Loge du Degré Bleu, un candidat devient un Compagnon, les réunions de l'Arche Royale étant décrites comme une convocation. La cérémonie au cours de laquelle un Maître Maçon est promu Compagnon est appelée élévation. Les chapitres de l'Arche Royale sont gouvernés par trois principaux, qui dirigent conjointement le chapitre, ensemble à l'est de la réunion.

En plus des trois Principaux, qui gouvernent conjointement et forment le Principat, un Chapitre de l'Arche Royale Sainte a des officiers élus et nommés qui ont des responsabilités individuelles au sein du Chapitre. Des fonctions similaires existent au niveau du Grand Chapitre Suprême (national) et également au niveau intermédiaire (métropolitain, provincial ou de district), avec des préfixes appropriés pour les titres.

  • Zerubbabel - Prince de Jérusalem
  • Aggée - le prophète
  • Josué ou Jeshua - le grand prêtre
  • Auteur Ezra
  • Auteur Néhémie
  • Trésorier
  • Maître des cérémonies
  • 1er Résident
  • 2ème habitant
  • 3ème habitant
  • Maître de cérémonie adjoint
  • Maître de chapelle
  • Steward (il peut y avoir plus d'un Steward)
  • Dekker

Toutes ces fonctions sont contenues dans les constitutions ou les règlements des différents Grands Chapitres nationaux, y compris celui de la "mère" Grand Chapitre, le Grand Chapitre suprême d'Angleterre, et sont réglementées par ceux-ci. Dans la version "York Rite" de la Royal Arch Freemasonry, le diacre peut être connu sous le nom de Tyler ou Sentinel.

En Écosse, les Sojourners principaux et assistants sont remplacés par les 1st Sojourner, 2nd Sojourner et 3rd Sojourner. Le 3ème Voyageur se comporte un peu comme le diacre d'une loge de degré bleu. Il est courant que le 3ème Princeps (Joshua) ait l'affiliation à la Loge Mark au sein du Chapitre, et que le 3ème Princeps (Haggai) suive le degré d'Excellent Maître. De même, dans certains chapitres écossais, le deuxième sojournaliste conduit le candidat jusqu'à l'obtention du grade d'excellent maître, tandis que le premier sojournaliste conduit le candidat jusqu'à l'obtention du grade d'arche royale. Lorsque le Mark Degree est travaillé dans un Chapitre, ce sont souvent les officiers de la Loge des Degrés Bleus, qui sont des Royal Arch Masons, qui prennent leur rôle habituel en Loge, car ils y sont le plus habitués.

Niveau régional
En Angleterre et au Pays de Galles, les chapitres de l'Arche Royale Sainte sont regroupés au niveau régional sous forme de "zone métropolitaine" ou de "provinces" (sur la base des anciens comtés), tandis que les chapitres d'outre-mer sont regroupés en districts. Ces chapitres métropolitains, provinciaux et de district sont dirigés par un "Grand Superintendant" nommé par le "Premier Grand Principal" en tant que son représentant personnel pour la région spécifique. Chaque Grand Surintendant est généralement assisté d'un adjoint et gouverne toujours avec un Deuxième Grand Principal Provincial et un Troisième Grand Principal Provincial (le mot "Provincial" étant substitué au mot "Métropolitain" dans une région métropolitaine telle que Londres, ou au mot "District" dans un territoire d'outre-mer gouverné depuis l'Angleterre). Dans de nombreux cas, les hommes qui agissent en tant que dignitaires régionaux de l'Arc Royal occupent également les fonctions régionales équivalentes dans la franc-maçonnerie traditionnelle.

Grand Chapitre Suprême
Le Suprême Grand Chapitre des Royal Arch Masons d'Angleterre est dirigé depuis le siège de la Grande Loge Unie d'Angleterre, à Freemasons' Hall, à Londres. Le Supreme Grand Chapter est gouverné par trois Grands Principaux, qui ont leur siège. Le Premier Grand Principal est l'équivalent du Grand Maître dans les degrés bleus. Si le titulaire de cette fonction est un prince royal, comme c'est actuellement le cas, il est assisté d'un "Pro First Grand Principal". Comme au niveau régional, de nombreux officiers de la Grande Loge occupent les mêmes fonctions au sein du Grand Chapitre Suprême.

La légende de la Voûte Royale Sacrée.
Le temple de Salomon a existé pendant environ quatre siècles, jusqu'en 586 avant J.-C., date à laquelle il a été détruit par l'armée chaldéenne du roi Nabuchodonosor. Les survivants de Jérusalem ont été déportés de force à Babylone (l'exil babylonien), où eux et leurs descendants sont restés en captivité pendant quelque 70 ans. Pendant cette période, Babylone est conquise par Cyrus, qui devient roi de Perse, et, encouragé par le prophète Jérémie, le peuple exilé de Jérusalem prospère. Finalement, le roi Cyrus a émis un décret permettant aux exilés de revenir à Jérusalem où, après une nouvelle période de retard, les travaux de reconstruction du temple ont finalement commencé sur le terrain où se trouvait le premier temple. C'est à ce moment que l'Arche Royale reprend l'histoire et raconte comment la perte subie par la mort de l'architecte en chef de l'ancien Temple a été compensée par la restauration de ce que le Maître Maçon reconnaît comme perdu.

La légende de la Voûte et de sa découverte par les Compagnons fait partie intégrante de la cérémonie de l'Arc Royal. Il est basé sur deux histoires. D'une part, le récit biblique qui décrit le retour de Babylone et la reconstruction du Temple et, d'autre part, la légende ancienne qui décrit la découverte d'une voûte contenant un autel sur lequel était inscrit un mot sacré. L'histoire biblique est expliquée en détail dans les écrits sacrés et la légende de la Voûte est un mythe très connu. L'histoire de la découverte d'un trésor perdu depuis longtemps dans un coffre-fort est très ancienne et se retrouve dans le monde entier, notamment au Moyen-Orient. L'historien Philostorgius a écrit une telle histoire dans son "Histoire ecclésiastique de Salomon" vers 400 av. Au chapitre 14 du livre sept, il raconte la découverte d'une colonne dans une grotte souterraine sur laquelle était gravé le nom de Dieu. L'histoire a de nombreux points communs avec notre propre cérémonie. De nombreuses histoires de ce type, auparavant considérées comme du folklore et des légendes, ont été confirmées par la découverte des manuscrits de la mer Morte.

En 1659, Samuel Lee, du Wadham College d'Oxford, a publié un livre remarquable intitulé "Orbis Miraculum", ou "Le temple de Salomon représenté par la lumière spirituelle".
Il contient des références à deux piliers, au Nom ineffable du Très-Haut et à d'autres sujets si familiers aux francs-maçons. Il existe également une traduction anglaise d'un livre grec de Callistus, qui a vécu au 14e siècle. Son œuvre est une histoire ecclésiastique dans laquelle il développe l'histoire antérieure de la Voûte élaborée par Philostorgious. Il s'agit de la tentative de Julien l'Apostat de reconstruire le temple vers 362 après J.-C., lorsqu'un livre a été découvert et que, lorsqu'il a été ouvert, il semblait commencer par les mots suivants : "Au commencement était le Verbe et était avec Dieu, et le Verbe était Dieu". Ce sont les premiers mots de l'évangile selon Jean. Il est significatif que, dans les premiers temps de la franc-maçonnerie, ce chapitre de la Bible était toujours ouvert dans de nombreuses loges, qui étaient par conséquent décrites comme des loges de Saint-Jean ou des loges de Saint-Jean.

Le livre de Lee révèle que notre légende était bien connue, avant le 18e siècle, et qu'elle est riche en éléments applicables à de nombreux autres degrés maçonniques que l'Arche Royale. Il est donc facile de supposer que le contenu de ce livre a pu servir de guide à ceux qui ont commencé à formuler le rituel de l'Arc Royal. De nombreux francs-maçons érudits sont enclins à penser que cela s'est effectivement produit et que les principes de base de l'arc royal se sont répandus dans les loges à partir de cette source. Si tel était le cas, les fondations de l'Arche Royale pourraient avoir été posées bien des années avant que nous n'en ayons connaissance ! Une référence aussi ancienne se trouve dans le "Livre des Constitutions", écrit par Anderson en 1723, où il dit : "Le Maître d'une Loge particulière a le droit et l'autorité de réunir les membres de sa Loge en Chapitre". Cela indiquerait que le soi-disant chapitre a dû accomplir un rite ou une cérémonie particulière, qui différait de ceux qui sont normalement accomplis dans la loge. Si ce travail était lié à l'Arche Royale, comme quelque chose de semblable à "passer les voiles", il doit être considéré comme faisant partie de la franc-maçonnerie, mais différent des degrés normaux. Puisque ce règlement a été inclus par Anderson dans ses "Constitutions" et formulé de cette manière, cela montre que tout ce qui était entendu par "Chapitre" était déjà en pratique et accepté en 1723.

La Royal Arch Freemasonry aujourd'hui.
Il ne fait aucun doute que l'Arche Royale a été un facteur important dans les négociations entre les deux corps des Degrés Bleus. Si la Première Grande Loge avait tenté de laisser la Royal Arch Freemasonry dans une position non officielle ou non reconnue, cela aurait certainement détruit tout espoir de réconciliation. L'Acte d'Union de 1813 "a déclaré et prononcé que l'ancienne franc-maçonnerie pure consiste en trois degrés et pas plus, à savoir : celui de l'Apprenti, du Compagnon et du Maître Maçon, y compris l'Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale". À partir de cette date, la franc-maçonnerie de l'Arche Royale en Angleterre n'était plus officiellement un quatrième degré, mais un ajout ou un complément au troisième.

Dans l'année qui suit l'union, les représentants des Grandes Loges d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse se réunissent pour discuter de la position de l'Arche Royale. On espérait qu'un pacte international pourrait être formé, mais malheureusement, chacune des Grandes Loges a suivi sa propre voie.

En Angleterre, les deux Grands Chapitres continuèrent à coexister jusqu'en 1817, date à laquelle une réunion conjointe fut organisée sous la présidence du Duc de Sussex, et les deux Grands Chapitres ne firent plus qu'un, avec l'heureux résultat que la Grande Loge Unie put adopter la résolution suivante le 3 septembre de la même année : "Que la Grande Loge sera toujours prête à reconnaître les procédures du Grand Chapitre, et, tant que leurs arrangements ne seront pas incompatibles avec les règles de la Grande Loge et en accord avec l'Acte d'Union, elle sera prête à les reconnaître, les faciliter et les maintenir".

La Grande Loge Unie d'Angleterre a toujours maintenu que la franc-maçonnerie de l'Arc Royal n'est pas un degré séparé dans les degrés bleus de la franc-maçonnerie. L'Arche Royale est le développement naturel qui fournit à un Frère les vrais secrets et remplace les secrets de substitution qui lui ont été confiés dans son éducation. En tant que telle, elle fait véritablement partie intégrante de la franc-maçonnerie anglaise. Toutefois, cette situation a changé. En décembre 2003, la Grande Loge Unie a décidé d'ajouter la déclaration suivante à la définition de la franc-maçonnerie ancienne pure, qui constitue depuis 1853 le préambule des règles du Livre des Constitutions : "Lors de sa communication trimestrielle du 10 décembre 2003, la Grande Loge Unie d'Angleterre a reconnu et déclaré le statut de l'Ordre Suprême de l'Arche Royale Sainte comme "une extension, mais ni une partie supérieure ni une partie subordonnée, des degrés qui le précèdent"".

En même temps, un Comité du Rituel avait été créé pour examiner l'effet de l'ajout à la définition sur le rituel de l'Arche Royale et pour considérer les conférences du recteur. Le comité a recommandé la suppression de 27 mots de la cérémonie d'exaltation, la suppression de la qualification du maître installé pour la présidence du troisième recteur et a recommandé de réviser les textes des conférences du recteur. Celles-ci ont été présentées au Grand Chapitre en novembre 2004 et adoptées. La suppression des 27 mots et la qualification du maître installé sont devenues obligatoires, mais les nouvelles conférences étaient facultatives, chaque chapitre ayant le droit de conserver les anciens textes, d'adopter les nouveaux ou d'utiliser une combinaison des deux.


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Arche Royale anglo-saxonne : un grade, plusieurs traditions

Publié le 17 Septembre 2026 par T.D

L’Arche Royale anglo-saxonne occupe une place singulière dans la franc-maçonnerie. À la fois prolongement du grade de Maître et système autonome selon les juridictions, elle échappe aux catégories habituelles et déroute souvent les francs-maçons formés dans un cadre continental. Que recouvre réellement l’Arche Royale anglo-saxonne, au-delà des appellations et des équivalences approximatives ? Pourquoi ce grade, central dans le monde anglo-saxon, demeure-t-il marginal et souvent mal compris en Europe ?

L’Arche Royale anglo-saxonne ne se laisse pas réduire à un simple degré supplémentaire. Elle s’inscrit dans une logique propre, façonnée par l’histoire, les usages et les compromis institutionnels des différentes Grandes Loges. Derrière une unité apparente, l’Arche Royale anglo-saxonne révèle en réalité une pluralité de formes, de récits et de structures, qui témoignent moins d’une divergence que d’une évolution vivante.

Comprendre l’Arche Royale anglo-saxonne, c’est donc accepter de quitter une lecture linéaire des degrés pour entrer dans un paysage plus nuancé, où un même noyau symbolique se décline selon des traditions distinctes, sans jamais perdre sa cohérence profonde.

1. Arche Royale anglo-saxonne : de quoi parle-t-on vraiment ?

L’Arche Royale anglo-saxonne désigne un ensemble de pratiques maçonniques propres aux juridictions britanniques et à celles qui en sont issues. Elle ne correspond ni à un simple hauts grades du REAA, ni à une extension uniforme du grade de Maître, mais à une réalité plus complexe, dont la forme varie selon les pays tout en conservant un noyau commun.

Dans la franc-maçonnerie anglo-saxonnne, l’Arche Royale est généralement considérée comme l’aboutissement du parcours du Maître Maçon, sans être pour autant un degré supplémentaire au sens strict. Cette ambiguïté, héritée de l’histoire, explique en grande partie les difficultés de compréhension qu’elle suscite dans les franc-maçonneries continentales, où la progression initiatique est pensée de manière plus linéaire.

Une première confusion fréquente tient à l’assimilation de l’Arche Royale anglo-saxonne au 13e degré du Rite Écossais Ancien Accepté, désigné en français sous le nom de Chevalier de  Royale Arche. Si ces deux systèmes partagent des racines anciennes, ils relèvent aujourd’hui de constructions distinctes, tant par leur structure que par leur fonction initiatique.

Une autre ambiguïté mérite d’être levée : celle qui entoure le Royal Ark Mariner, traduit en français par Nautonier de l’Arche Royale. Malgré l’apparente proximité des termes, il ne s’agit pas du même corpus symbolique. Dans ce cas, l’arche renvoie au récit biblique de Noé, tandis que l’Arche Royale anglo-saxonne s’inscrit dans un tout autre registre, centré sur le Temple de Jérusalem et ce qui lui est associé.


2. Arche Royale anglo-saxonne : quelles origines historiques ?

Les origines de l’Arche Royale anglo-saxonne demeurent difficiles à établir avec précision. Si certaines traditions la rattachent aux usages anciens de la Loge d’York, les premières traces documentées apparaissent de manière plus tangible en Irlande, dans les années 1740. C’est à partir de ce foyer irlandais que l’Arche Royale anglo-saxonne va se diffuser, puis s’implanter durablement en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle.

Plusieurs hypothèses ont été avancées quant à ses sources plus lointaines. Certains auteurs ont suggéré une influence française, en lien avec les développements chevaleresques évoqués dans le Discours du Chevalier de Ramsay en 1736. Sans pouvoir être démontrée avec certitude, cette piste rappelle que les premiers hauts grades ont circulé entre la France, l’Irlande et l’Angleterre selon des voies encore imparfaitement connues.

En Angleterre, l’Arche Royale anglo-saxonne est d’abord adoptée par les “Anciens”, dont les rangs comptaient de nombreux Irlandais. Les “Modernes”, en revanche, s’y opposent dans un premier temps, refusant tout ce qui pourrait apparaître comme un degré supérieur à celui de Maître. Cette divergence reflète moins une opposition doctrinale qu’une différence de pratique et d’organisation.

La situation évolue progressivement, jusqu’à la réunion des deux Grandes Loges en 1813, qui donne naissance à la GLUA. L’intégration de l’Arche Royale anglo-saxonne dans ce nouvel ensemble impose alors un compromis, resté célèbre : la maçonnerie dite « pure et ancienne » est définie comme comprenant trois degrés, « y compris » l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale. Cette formule, à la fois inclusive et ambiguë, marque durablement le statut particulier de l’Arche Royale dans le paysage maçonnique anglais.


3. Arche Royale anglo-saxonne : un grade… ou autre chose ?

La définition adoptée en 1813 par la Grande Loge Unie d’Angleterre continue de structurer la compréhension de l’Arche Royale anglo-saxonne, tout en entretenant une forme d’ambiguïté. Affirmer que la maçonnerie « pure et ancienne » se compose de trois degrés « y compris » l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale revient à intégrer celle-ci sans lui reconnaître pleinement le statut de degré distinct.

Cette formulation n’est pas une maladresse, mais un compromis. Elle permet de préserver le principe d’une maçonnerie limitée à trois degrés, tout en reconnaissant l’importance de l’Arche Royale anglo-saxonne dans la progression du Maître. On se trouve ainsi face à une construction typiquement britannique, où la cohérence repose moins sur un système rigoureusement hiérarchisé que sur un équilibre pragmatique entre usages établis.

Dans la pratique, l’Arche Royale anglo-saxonne fonctionne pourtant comme une entité autonome. Elle possède ses propres structures, ses officiers, ses chapitres et ses modalités d’admission. Elle ne se confond pas avec la Loge, même si elle lui est étroitement liée. Cette dualité — intégration symbolique d’un côté, autonomie institutionnelle de l’autre — contribue à sa singularité.

L’Arche Royale anglo-saxonne apparaît ainsi comme un prolongement du grade de Maître, sans être un degré supplémentaire au sens strict. Elle ne s’ajoute pas à la progression initiatique, elle en propose plutôt un approfondissement, selon une logique qui échappe en partie aux catégories habituelles de la franc-maçonnerie continentale.

4. Arche Royale anglo-saxonne : un même récit, plusieurs lectures

Malgré la diversité de ses formes, l’Arche Royale anglo-saxonne repose sur un noyau symbolique remarquablement stable. Au cœur du grade se trouve la découverte d’une voûte souterraine, dissimulée sous le Temple de Jérusalem, au sein de laquelle est révélé un Nom sacré, porteur d’une signification particulière pour le récipiendaire.

Ce motif de la découverte ne relève pas d’une révélation soudaine, mais d’une redécouverte. Il s’inscrit dans une temporalité longue, marquée par la perte, l’oubli et la restauration. L’Arche Royale anglo-saxonne ne propose pas une connaissance nouvelle, mais la mise au jour de ce qui était enfoui, conservé, mais inaccessible.

Dans les formes anglaise, écossaise et américaine, ce récit s’inscrit dans le contexte de la reconstruction du Temple après l’exil à Babylone. Les figures de Zorobabel, du Grand Prêtre Josué et du prophète Aggée incarnent cette phase de retour et de réédification, à laquelle s’ajoutent d’autres personnages issus des livres d’Esdras et de Néhémie. L’Arche Royale anglo-saxonne établit ainsi un lien direct entre l’acte de reconstruire et celui de retrouver.

La tradition irlandaise, en revanche, situe l’action dans un moment antérieur de l’histoire biblique, lors de la restauration du Temple sous le règne du roi Josias. Ce déplacement du cadre narratif ne modifie pas la structure fondamentale du grade, mais en infléchit la lecture : il ne s’agit plus de reconstruire après une destruction, mais de restaurer un ordre déjà établi, mais altéré.

À travers ces variations, l’Arche Royale anglo-saxonne conserve une cohérence profonde. Le lieu caché, la descente, la découverte et la transmission constituent autant d’éléments constants, dont les différentes traditions proposent des mises en forme distinctes sans en altérer la portée.

5. Arche Royale anglo-saxonne : pourquoi les formes divergent-elles ?

Si l’Arche Royale anglo-saxonne présente une unité symbolique indéniable, ses formes rituelles et organisationnelles varient sensiblement selon les pays. Cette diversité ne relève pas d’une dispersion désordonnée, mais s’explique par les conditions concrètes de sa transmission et de son développement au XVIIIe siècle.

L’Arche Royale anglo-saxonne ne s’est pas constituée d’un seul tenant, ni autour d’un centre unique. Elle a circulé entre l’Irlande, l’Angleterre et l’Écosse, portée par des loges, des chapitres et des maçons qui adaptaient les pratiques à leur contexte. Ce mouvement a favorisé l’émergence de variantes locales, qui se sont progressivement stabilisées sans jamais être entièrement unifiées.

L’Irlande semble avoir joué un rôle déterminant dans cette diffusion. Les premières formes attestées de l’Arche Royale anglo-saxonne y apparaissent relativement tôt, avant d’être introduites en Angleterre, notamment par des maçons irlandais. Cette origine contribue à expliquer certaines différences persistantes, tant dans les récits que dans les décors et les usages.

L’Angleterre, en intégrant l’Arche Royale anglo-saxonne dans son système après 1813, lui a donné un cadre institutionnel particulier, marqué par le compromis évoqué précédemment. L’Écosse, tout en adoptant une forme proche, a conservé certaines exigences propres, notamment en lien avec le degré de Maître de la Marque.

Quant à l’Amérique, elle a reçu ces influences multiples et les a réorganisées au sein du Rite d’York, en intégrant l’Arche Royale anglo-saxonne dans une progression structurée de degrés. Cette recomposition ne constitue pas une rupture, mais une adaptation à un contexte différent.

Ainsi, les divergences observées dans l’Arche Royale anglo-saxonne ne traduisent pas des oppositions de fond, mais les traces d’une histoire vivante, faite de circulations, d’ajustements et de transmissions successives.

6. Arche Royale anglo-saxonne en Angleterre et en Écosse

Dans ses formes anglaises et écossaises l’Arche Royale anglo-saxonne présente une structure largement comparable, tant dans son organisation que dans son récit. Dans les deux cas, il s’agit d’un grade unique, conféré à des Maîtres Maçons, qui prend place dans un cadre distinct de la Loge, au sein d’un Chapitre.

Les Trois Principaux y occupent une fonction centrale. Ils représentent Zorobabel, le Grand Prêtre Josué et le prophète Aggée, figures associées à la reconstruction du Temple. Cette triade structure l’ensemble du grade et lui donne sa cohérence narrative.

Une différence notable apparaît toutefois dans les conditions d’accès. En Écosse, le récipiendaire doit être détenteur du degré de Maître de la Marque, généralement conféré au sein de la Loge symbolique comme un complément au grade de Compagnon. Cette exigence n’est pas formulée de la même manière en Angleterre, où l’Arche Royale anglo-saxonne s’inscrit dans une continuité plus directe du grade de Maître.

Les décors maçonniqurs présentent également des nuances. Les bordures de tablier et les écharpes alternent des triangles de couleurs, dont la tonalité diffère légèrement selon les juridictions : rouge en Angleterre, cramoisi en Écosse. Ces distinctions, discrètes mais constantes, participent à l’identité visuelle propre à chaque tradition.

Malgré ces variations, l’Arche Royale anglo-saxonne conserve dans ces deux pays une grande homogénéité. Elle se présente comme un prolongement structuré du grade de Maître, inscrit dans un cadre stable, où les différences relèvent davantage de l’usage que d’une divergence de fond.

7. Arche Royale anglo-saxonne en Irlande : une tradition plus ancienne ?

En Irlande, l’Arche Royale anglo-saxonne se distingue par un cadre narratif différent, qui la situe à une période antérieure de l’histoire biblique. Le récit ne se déroule plus au moment de la reconstruction du Temple après l’exil, mais lors de sa restauration sous le règne du roi Josias, telle qu’elle est rapportée dans le Second Livre des Rois.

Les Trois Principaux y incarnent des figures distinctes de celles des traditions anglaise et écossaise. Le Premier Principal représente le roi Josias, le Deuxième le Grand Prêtre Hilkiyah, et le Troisième le scribe Shaphân. Cette configuration modifie l’équilibre du récit, en mettant l’accent non sur une reconstruction, mais sur une redécouverte et une remise en ordre d’un Temple déjà existant.

Les décors maçonniques diffèrent également de manière plus marquée. Les sautoirs, les écharpes et les bordures de tabliers sont de couleur rouge, sans les alternances de triangles que l’on observe dans les formes anglaise et écossaise. Le rouge correspond ici à un usage ancien, largement attesté dans les hauts grades du XVIIIe siècle, notamment dans les systèmes d’origine française, où il est souvent présenté comme la « véritable couleur écossaise ».

Comme en Écosse, l’accès à l’Arche Royale anglo-saxonne en Irlande suppose que le candidat soit reçu Maître de la Marque. Cette exigence confirme l’existence d’un lien étroit entre ces deux grades, tout en soulignant la cohérence interne des systèmes maçonniques insulaires.

Par son cadre narratif, ses décors et ses conditions d’accès, l’Arche Royale anglo-saxonne irlandaise conserve ainsi des traits spécifiques, qui peuvent être interprétés comme le témoignage d’une forme plus ancienne, antérieure aux développements qui se sont imposés en Angleterre et en Écosse.

8. Arche Royale anglo-saxonne en Amérique : synthèse ou recomposition ?

L’Arche Royale anglo-saxonne, telle qu’elle est pratiquée en Amérique, s’inscrit dans un cadre sensiblement différent de celui des îles britanniques. Elle ne constitue plus un grade isolé, mais s’intègre dans un système structuré, celui du Rite York au sein duquel elle occupe une place centrale.

Dans ce contexte, le Chapitre de l’Arche Royale administre plusieurs degrés successifs, parmi lesquels figurent le Maître de la Marque, le Passé Maître Virtuel, le Très Excellent Maître et enfin le Maçon de l’Arche Royale. L’Arche Royale anglo-saxonne n’est donc plus seulement un aboutissement, mais le point culminant d’un parcours organisé.

Le récit s’inscrit, comme en Angleterre et en Écosse, dans le cadre de la reconstruction du Temple. Les figures de Zorobabel, du Grand Prêtre Josué et du prophète Aggée sont présentes, mais leur répartition diffère. Zorobabel occupe ici la fonction de Deuxième Principal, tandis que le Premier Principal est le Grand Prêtre Josué, le Troisième restant le prophète Aggée.

Les décors maçonniques, quant à eux, sont de couleur rouge et se rapprochent de ceux de la tradition irlandaise. Cette convergence, associée à une structure de degrés héritée d’autres influences, donne à l’Arche Royale anglo-saxonne américaine un caractère composite.

Elle apparaît ainsi comme une forme de synthèse, sans être une simple juxtaposition. Les éléments venus d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse y sont réorganisés dans un ensemble cohérent, adapté au contexte maçonnique américain, mais qui laisse entrevoir l’existence de traditions antérieures dont certaines modalités ne nous sont plus directement accessibles.

Conclusion – L’Arche Royale anglo-saxonne, unité ou diversité ?

L’Arche Royale anglo-saxonne ne se laisse pas enfermer dans une définition unique. À travers ses différentes formes, elle manifeste une tension constante entre unité et diversité, entre stabilité symbolique et variations historiques. Ce qui pourrait apparaître comme une dispersion révèle en réalité une cohérence plus profonde, fondée sur la permanence d’un même noyau, transmis selon des modalités distinctes.

D’un pays à l’autre, l’Arche Royale anglo-saxonne s’adapte sans se renier. Les différences observées dans les récits, les décors ou les structures ne traduisent pas des ruptures, mais des inflexions, liées aux contextes dans lesquels elle s’est développée. Loin d’affaiblir le grade, cette pluralité en souligne au contraire la vitalité.

L’Arche Royale anglo-saxonne invite ainsi à dépasser une lecture strictement linéaire des degrés. Elle ne s’ajoute pas simplement au grade de Maître, elle en éclaire certaines dimensions, selon une logique propre, qui échappe en partie aux catégories habituelles de la franc-maçonnerie.

Comprendre l’Arche Royale anglo-saxonne, c’est donc reconnaître qu’une même structure initiatique peut se déployer de manières différentes sans perdre son unité. C’est peut-être là, précisément, ce qui fait sa singularité.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

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FAQ – Arche Royale anglo-saxonne : comprendre un système à part

1 Qu’est-ce que l’Arche Royale anglo-saxonne en franc-maçonnerie ?

2 L’Arche Royale anglo-saxonne est-elle un degré du Rite Écossais Ancien Accepté ?

3 Pourquoi l’Arche Royale anglo-saxonne n’est-elle pas considérée comme un degré en Angleterre ?

4 Quelles sont les principales différences entre les formes anglaise, écossaise et irlandaise ?

5 Quel est le rôle du Rite d’York dans l’Arche Royale américaine ?

6 Que représente la découverte au cœur de l’Arche Royale anglo-saxonne ?

7 L’Arche Royale anglo-saxonne est-elle pratiquée en Europe continentale ?

Retrouvez ici la retranscription complète du podcast pour ceux qui préfèrent la lecture ou souhaitent approfondir les échanges.

Podcast – Arche Royale anglo-saxonne : un grade, plusieurs traditions

L’Arche Royale anglo-saxonne occupe une place singulière dans la franc-maçonnerie. Elle déroute, souvent. Elle ne correspond tout simplement pas aux catégories auxquelles sont habitués les francs-maçons formés dans les systèmes continentaux.

Alors, de quoi parle-t-on vraiment ?

L’Arche Royale anglo-saxonne n’est pas simplement un degré supplémentaire. Elle se présente plutôt comme un prolongement du grade de Maître, sans s’y ajouter de manière linéaire. Cette nuance est essentielle. Elle explique, à elle seule, une grande partie des malentendus.

En Angleterre, depuis l’Acte d’Union de mil huit cent treize, la maçonnerie dite « pure et ancienne » se compose de trois degrés. Et pourtant, elle inclut aussi l’Arche Royale. Ce « y compris » n’est pas une formule anodine. Il traduit un compromis. Une manière de maintenir un équilibre entre principe et pratique, entre structure et usage.

On pourrait croire à une contradiction. En réalité, il s’agit d’une logique différente.

Dans le monde anglo-saxon, on ne cherche pas nécessairement à tout faire entrer dans un système parfaitement cohérent. On accepte qu’une réalité puisse être à la fois intégrée… et distincte. L’Arche Royale fonctionne ainsi. Elle est liée à la Loge, mais elle possède ses propres structures. Elle prolonge le grade de Maître, mais elle ne s’y superpose pas.

Ce déplacement de perspective est essentiel pour comprendre ce que l’on appelle l’Arche Royale anglo-saxonne.

Mais cette complexité ne s’arrête pas là.

Car derrière cette unité apparente, l’Arche Royale se décline en plusieurs formes. Angleterre, Écosse, Irlande, Amérique : chaque tradition a conservé un même noyau, tout en l’exprimant différemment.

Ce noyau, justement, mérite qu’on s’y arrête.

Au cœur du grade, on trouve toujours le même motif : celui d’une découverte. Une descente dans un lieu caché. Une voûte, dissimulée sous le Temple de Jérusalem. Et dans cet espace, la mise au jour d’un Nom sacré.

Mais il ne s’agit pas d’une révélation soudaine.

Il s’agit d’une redécouverte.

Quelque chose a été perdu. Oublié. Puis retrouvé. Et cette nuance change tout. L’Arche Royale ne donne pas accès à une connaissance nouvelle. Elle remet en lumière ce qui était déjà là, mais devenu inaccessible.

Dans les traditions anglaise, écossaise et américaine, ce récit s’inscrit dans le contexte de la reconstruction du Temple, après l’exil à Babylone. Les figures de Zorobabel, du Grand Prêtre Josué et du prophète Aggée incarnent ce moment de retour, de reprise, de remise en ordre.

En Irlande, en revanche, le cadre est différent.

Le récit se situe à une époque antérieure. Celle du roi Josias. Il ne s’agit plus de reconstruire après une destruction, mais de restaurer ce qui s’est altéré avec le temps. Le Temple est toujours là. Mais quelque chose s’est perdu en lui.

Ce déplacement est discret. Mais il modifie la lecture.

Il faut maintenant dire un mot des différences entre les traditions.

En Angleterre et en Écosse, l’Arche Royale prend une forme très proche. Le grade est unique. Il est conféré à des Maîtres Maçons, dans un Chapitre distinct de la Loge. Les Trois Principaux y incarnent Zorobabel, Josué et Aggée. La structure est stable, reconnaissable.

L’Écosse ajoute une exigence : celle d’avoir reçu le degré de Maître de la Marque. Ce détail n’est pas anodin. Il souligne un lien particulier entre ces deux étapes du parcours.

En Irlande, les choses changent davantage.

Les Trois Principaux ne sont plus les mêmes. Le roi Josias, le Grand Prêtre Hilkiyah et le scribe Shaphân remplacent les figures de la reconstruction. Les décors, eux aussi, diffèrent. Le rouge domine. Une couleur ancienne, largement attestée dans les hauts grades du dix-huitième siècle.

Enfin, en Amérique, l’Arche Royale s’inscrit dans un système plus structuré : le Rite d’York.

Elle ne constitue plus un grade isolé, mais l’aboutissement d’une série. Maître de la Marque, Passé Maître Virtuel, Très Excellent Maître… jusqu’au Maçon de l’Arche Royale. Le parcours est organisé, progressif.

Et pourtant, le noyau reste le même.

Même récit. Même structure symbolique. Mais une organisation différente. Et, parfois, une répartition des rôles qui ne correspond pas exactement aux modèles britanniques.

Alors, comment comprendre cette diversité ?

Faut-il y voir des divergences ? Des contradictions ?

Probablement pas.

Ce que montre l’Arche Royale anglo-saxonne, c’est autre chose. Une manière de transmettre un même contenu, sans chercher à en figer la forme. Une capacité d’adaptation, qui ne remet pas en cause l’essentiel.

L’unité ne passe pas par l’uniformité.

Elle passe par la fidélité à un noyau.

Et c’est peut-être là que réside la véritable singularité de l’Arche Royale anglo-saxonne.

Elle oblige à changer de regard. À accepter qu’un même degré puisse exister sous plusieurs formes, sans perdre sa cohérence.

Et, au fond, à reconnaître que la tradition ne se conserve pas en répétant à l’identique… mais en se transmettant, vivante.

 

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Les petits-enfants de Zoroastre sont nos cousins

Publié le 16 Septembre 2026 par T.D

  • Par Stéphane Korsia-Meffre

Même conscients de notre héritage gréco-romain et judéo-chrétien, peu d’entre nous réalisent ce que nous devons à la pensée d’un homme qui vécut il y a trois mille ans, en Asie centrale. De Zarathushtra, il ne nous reste qu’une évocation orientalisante dans quelques chefs-d’œuvres littéraires et musicaux. Et pourtant …

L'illustration représente une structure architecturale ancienne, probablement un temple ou un sanctuaire, avec des murs ornés de motifs géométriques. Le bâtiment est placé sur une plateforme surélevée, accessible par des escaliers. À l'intérieur, on distingue un autel ou une table sacrificielle. Au-dessus de la structure, des symboles célestes tels que des étoiles, une lune et des nuages sont représentés. Au premier plan, une figure mythologique avec des ailes étendues, vêtue d'une robe, est positionnée face à la structure. La figure semble être un être céleste ou un ange, avec des ailes déployées et des détails complexes sur la robe. L'ensemble de la scène est en noir et blanc, avec des nuances de gris pour les ombres et les détails.

Pour un franc-maçon, quel peut être l’intérêt de se pencher sur une religion orientale vieille de plus de vingt-cinq ou trente siècles, dont les adeptes ne sont guère plus de quelques centaines de milliers aujourd’hui ? L’étude du zoroastrisme, de son idéologie, de ses origines et de ses avatars, révèle pourtant l’influence profonde que cette religion a exercée sur notre culture judéo-chrétienne et, plus récemment, maçonnique. Les francs-maçons sont les petits-enfants de Zoroastre, pour d’autres raisons que l’orientalisme mystique des fondateurs de la maçonnerie française.

Zoroastre, objet de nombreux fantasmes au temps des Lumières

Avant de nous pencher sur la religion de Zoroastre et ses échos dans la franc-maçonnerie, examinons sa présence dans l’histoire intellectuelle de l’Occident. Le nom même de Zoroastre, au lieu du nom originel de Zarathushtra, vient des auteurs grecs qui, depuis Xanthus de Lydie au Ve siècle av. JC, considèrent l’ancien prophète comme un symbole de sagesse et de retenue. Cette image assez fictionnelle de Zoroastre, mathématicien, astronome et mage, va persister jusqu’au XVIIIe siècle.

La première compilation de toutes les références grecques, latines, hébraïques et arabes concernant Zoroastre est publiée en 1700 à Oxford par Thomas Hyde (Historia Religionis Veterum Persarum eorumque Magorum). En 1718, une première copie de l’Avesta, le texte sacré de référence du zoroastrisme, est rapportée en Angleterre depuis le comptoir britannique de Surat, sur la côte ouest de l’Inde, mais nul ne peut alors la traduire. Certaines de ses pages sont copiées à l’identique et envoyées à travers l’Europe, excitant la curiosité des intellectuels locaux pour ce qui était alors considéré comme un respectable, voire admirable, exemple de religion pré-chrétienne.

Dès lors, comme en témoignent le Zoroastre de Rameau et le Sarastro de La Flûte Enchantée, de Mozart, l’image de Zoroastre devient une référence pour les francs-maçons du XVIIIe siècle qui, à l’instar de Voltaire, y projettent une sorte de déisme éclairé :

Cette loi souveraine, à la Chine, au Japon

Inspira Zoroastre, illumina Solon,

D’un bout du monde à l’autre, elle parle, elle crie :

« Adore un Dieu, sois juste, et chéris ta patrie. »

Poème sur la loi naturelle, 1751

Le zoroastrisme, son prophète et l’Avesta restent l’objet de fantasmes jusqu’à ce que, en 1771, après une épopée indienne de dix-sept années riches en éléments romanesques, Abraham Hippolyte Anquetil du Perron en publie une première traduction qui lui attire les foudres de tous ceux qui avaient placé leur admiration en Zoroastre.

L’Avesta est une compilation de textes de diverses époques, dont la plupart n’ont trait qu’à des éléments de rituels perçus comme ridiculement stricts ou à une démonologie indigne de celui qui était alors considéré comme l’un des grands penseurs de l’Antiquité. Voltaire et Diderot accablent le pauvre Anquetil du Perron dont la traduction ne sera validée que dans les années 1820 par un grand philologue de l’époque, le Danois Rasmus Rask.

L’irruption de Zoroastre dans la philosophie moderne

Autour de la fin des années 1850 et du début des années 1860, les textes sacrés du zoroastrisme passionnent les cercles philologistes européens et, parmi leurs participants, un jeune étudiant de l’université de Bonn, Friedrich Nietzsche. Celui-ci est profondément marqué par le dualisme zoroastrien qui fait écho au protestantisme dans lequel il a grandi et dont il vient tout juste de se libérer.

La figure de Zoroastre va littéralement hanter les rêves du jeune philosophe pendant presque vingt ans, jusqu’au jour de l’été 1881 où, en séjour à Sils-Maria, en Haute-Engadine :

J’étais assis ici à attendre, à attendre – sans rien attendre,

Par-delà bien et mal, jouissant tantôt de la lumière,

Tantôt de l’ombre, tout jeu seulement,

Tout lac, tout midi, temps sans but.

Et soudain, amie ! Un devint Deux –

Et Zarathoustra passa devant moi…

Sils Maria (1882)

Dans les mois qui suivent, Nietzsche écrit les quatre livres d’Ainsi parla Zarathoustra, une bouffée quasi-prophétique écrite dans une langue aux accents bibliques. Dans ce texte, Nietzsche fait parler Zarathoustra car, selon lui, « le premier, [il] a vu dans la lutte du bien et du mal la vraie roue motrice du cours des choses. La transposition en métaphysique de la morale conçue comme force, cause, fin en soi, telle est son œuvre. Mais cette question pourrait au fond être considérée déjà comme une réponse. Zarathoustra créa cette fatale erreur qu’est la morale ; par conséquent, il doit aussi être le premier à reconnaître son erreur ».

Dans l’ouvrage de Nietzsche, le prophète renie sa morale originelle pour annoncer que, Dieu étant mort, notre nouvelle tâche morale est de nous transcender, d’aller au-delà de notre nature humaine, vers le Surhomme, notre finalité. « L’homme est une corde tendue entre l’animal, et le Surhomme une corde en travers d’un abîme ».

Issu d’une longue lignée de pasteurs, Nietzsche fait, comme Zarathoustra, la réforme de la morale de son temps, demandant que le travail de l’homme sur soi-même soit fait selon un nouveau jeu de valeurs, par-delà le bien et le mal tels que définis par les religions judéo-chrétiennes. Désormais, la finalité du combat intime devient le dépassement perpétuel de soi-même.

Friedrich Nietzsche né le 15 octobre 1844 à Röcken (Prusse) mort le 25 août 1900 à Weimar (Allemagne)

Cette image est une photographie en noir et blanc représentant un homme nommé Friedrich Nietzsche. Il est assis, la tête légèrement inclinée sur sa main, dans une pose pensive. Il porte une veste et une cravate, et son visage est orné d'une moustache. L'image est encadrée en forme d'ovale, ce qui met en valeur le visage et le buste de Nietzsche. L'arrière-plan est flou, attirant l'attention sur le sujet principal. L'expression de Nietzsche semble sérieuse et contemplative, reflétant une profonde réflexion ou une concentration intense.

Faravahar : Le Faravahar, symbole central du zoroastrisme : ange-gardien, prêtre ? Un symbole toujours populaire dans l’Iran contemporain

Cette image en noir et blanc représente une sculpture ornementale du Faravahar, un symbole central du zoroastrisme. Le Faravahar est une figure humanoïde avec des ailes déployées, positionnée au centre de l'image. La figure porte une coiffe et une tunique, et ses ailes sont représentées de manière détaillée avec des plumes. La sculpture est encadrée par deux figures plus petites de chaque côté, chacune tenant un objet. L'arrière-plan présente des motifs décoratifs et des éléments architecturaux, incluant une arche et des motifs floraux en bas. La composition globale est symétrique, avec le Faravahar comme point focal.

D’une certaine manière, Nietzsche réinterprète le zoroastrisme pour lui permettre de survivre dans un monde où les travaux de Darwin sont en train de détruire une certaine conception de Dieu, tout comme le décès trop précoce de son père et de son frère avaient annihilé la foi du jeune Friedrich.

Malheureusement, le message de ce néo-Zoroastre parlant par la bouche de Nietzsche connaîtra la pire des récupérations dans l’idéologie de l’Allemagne nazie. Avant cela, divers musiciens s’en seront emparés, Richard Strauss, Gustav Mahler, Frederick Delius, illustrant à leur manière la tentative de Nietzsche de transcender le dualisme éthique hérité de nos ancêtres pour parvenir à une nouvelle définition du bien : « Qu’est-ce qui est bon ? Tout ce qui augmente le sentiment de puissance en l’homme, la volonté de puissance, la puissance elle-même. Qu’est-ce qui est mal ? Tout ce qui naît de la faiblesse ».

Aujourd’hui, prononcer le nom de Zarathoustra évoque irrémédiablement à la fois l’œuvre de Nietzsche et son interprétation par Richard Strauss, cette dernière ayant été fortement popularisée dans les années 1960 par le film de Stanley Kubrick, « 2001 L’Odyssée de l’espace », où le fin cinéaste l’a choisie pour accompagner la naissance d’un surhomme né de l’influence d’un mystérieux parallélépipède. Mais qui se soucie aujourd’hui de l’authentique religion de l’ancien prophète d’Asie centrale ?

Le zoroastrisme, avatar de l’ancienne religion indo-européenne

De la Scandinavie à l’Inde, les croyances des peuples aryens s’enracinent dans un fonds religieux commun dont les caractéristiques principales sont le polythéisme et la position centrale des rites comme soutien indispensable à l’ordre cosmique. La norme divine, la rita, se devait d’être imitée pour éviter le chaos. Le respect scrupuleux des rituels plaçait l’homme au cœur de la rita.

En Asie centrale, ce polythéisme originel a donné naissance à deux branches durables, le brahmanisme indien et le mazdéisme iranien, appuyées sur deux textes fondateurs (respectivement, le Veda et l’Avesta). Si le brahmanisme a fini par donner plus d’importance aux rites qu’aux dieux eux-mêmes, le mazdéisme a préservé l’importance primordiale des dieux dans la lutte contre le chaos : Ahura Mazdâ, Mithra, Anahita, Vâyu ou Mâh, les divinités du mazdéisme étaient déjà présentes dans la religion indo-européenne primitive.

Sur ce terreau, la religion zoroastrienne est née de la volonté du prêtre Zarathushtra de réformer le mazdéisme à une date qui demeure incertaine (selon les auteurs, entre le VIIe et le… XIIe siècle avant JC). Cette réforme, qui n’est pas sans rappeler la Réforme qui secouera le christianisme deux ou trois millénaires plus tard, s’appuie sur des éléments de doctrine qui, sans rejeter le mazdéisme, mettent en avant de nouvelles valeurs et de nouvelles pratiques.

Selon les textes qui ont survécu et qui constituent aujourd’hui le cœur du zoroastrisme, la principale de ces nouvelles valeurs est l’apparition d’un monothéisme ou, plus précisément, d’un hénothéisme : Ahura Mazda joue désormais un rôle prédominant par rapport au reste du panthéon mazdéen. Il n’est pas seul, mais les autres déités lui sont subordonnées sous la forme d’anges, invention ailée du zoroastrisme parvenue jusqu’à nous dans les trois religions du Livre.

Laissons aux spécialistes le débat sur les raisons de la présence d’éléments zoroastriens dans les religions du Livre comme dans le bouddhisme. Ce qui nous intéresse ici, c’est d’essayer de retrouver ce qui, dans la franc-maçonnerie, fait écho aux valeurs et aux pratiques de cette ancienne religion, sans pour autant construire d’hypothèses fumeuses sur la manière dont ces similarités se sont développées.

Le zoroastrisme, religion du libre-arbitre

Selon le zoroastrisme, si le monde est façonné par la lutte entre le bien et le mal, la prédominance d’Ahura Mazdâ, le Sage Seigneur, garantit qu’à la fin des temps le bien l’emportera. En attendant ce jour, l’homme doit se positionner entre ces deux pôles selon un libre-arbitre qui se nourrit d’un sentiment de profonde confiance et d’alliance avec Ahura Mazdâ.

Pour le zoroastrien pratiquant, la lutte pour le bien et contre le mal se concrétise quotidiennement par un triple engagement : pensée juste, parole juste et action juste. Les rituels restent importants mais pâlissent face à l’engagement personnel de chacun, face au choix qui est, pour les zoroastriens, le sens même de notre existence terrestre.

Dans ce rôle central du libre arbitre pour les zoroastriens, il est possible de distinguer à la fois la cassure que cette religion a représentée au sein des habitudes religieuses des anciens mazdéens polythéistes et ritualistes, mais également ce que les religions ultérieures ont pu intégrer de ce modèle nouveau : la prédominance de la conduite individuelle sur le simple respect des rites, le lien intime avec un dieu unique, ou l’inscription des actions humaines quotidiennes dans le combat cosmique du bien contre le mal.

Le zoroastrisme, religion de la raison

Comme nous l’avons vu, la vie du zoroastrien est centrée sur la trilogie « pensée juste, parole juste, action juste ». Entre le corps, l’esprit et l’âme, le zoroastrien choisit sans hésiter l’esprit, siège de la raison qui est au cœur de son choix de se ranger du côté du bien. Cette conception de la religion est fondamentalement pratique : le zoroastrisme s’embarrasse peu de métaphysique et il est résolument ancré dans la vie matérielle.

Pour les adeptes de Zarathushtra, pas d’ascèse, pas de vie monastique, pas de mortification. Le zoroastrisme est une religion de la vie dans la cité qui promeut l’action solidaire et le commerce, comme en témoignent les nombreux milliardaires philanthropes au sein de la communauté zoroastrienne (parsi) indienne.

Dans le zoroastrisme, l’éducation et la vie citoyenne sont mises en valeur parce qu’elles contribuent concrètement à la lutte du bien contre le mal. L’éducation forge la raison qui est l’outil par lequel le zoroastrien peut conduire sa vie selon les principes qui soutiennent le bien. Sa foi et son sentiment religieux s’expriment dans un sentiment d’alliance et de confiance envers Ahura Mazdâ et son triomphe final.

Mais, plus que par les rites, c’est par l’application constante de la raison que le pratiquant contribue à sa mesure au combat cosmique contre Ahriman. Pour la première fois dans le monde aryen, une religion place la réflexion et la responsabilité personnelle au centre de la marche de l’univers.

L’homme zoroastrien, « deux fois né »

Dans le zoroastrisme comme dans l’ancienne religion aryenne, l’individu devient pleinement zoroastrien lors d’une cérémonie d’initiation qui a lieu au moment de la puberté. Cette cérémonie perdure chez les zoroastriens contemporains (les Guèbres des montagnes du centre de l’Iran ou les Parsis des côtes occidentales de l’Inde).

Le « nayjote » (ou « naojote », ce qui signifie « nouvelle vie ») est considéré comme une « deuxième naissance » et comme la plus importante des deux puisqu’elle est la condition du développement ultérieur de la personnalité du jeune zoroastrien. Précédé d’un bain purificateur où l’impétrant consomme quelques feuilles de grenade, le nayjote est centré sur la remise d’un vêtement blanc et d’une ceinture, la kûsti, constituée de 72 brins de laine d’agneau tressés.

Cette ceinture fait trois fois le tour de la taille pour rappeler l’importance de la bonne pensée, de la bonne parole et de la bonne action. Sa vie durant, le zoroastrien ne s’en sépare que pour se laver, avec force prières pour se protéger pendant les instants où il n’en est plus ceint.

Le lien entre initiation et remise d’une ceinture précède le zoroastrisme et se retrouve encore aujourd’hui dans d’autres religions qui ont intégré des éléments zoroastriens (par exemple, les différentes formes d’alévisme dans les Balkans ou l’Anatolie).

Le zoroastrisme, religion de la lumière

Au centre du zoroastrisme se trouve la bataille éternelle entre le bien, personnifié par Ahura Mazdâ, et le mal, sous la forme d’Ahriman. À ces deux pôles sont respectivement associées la lumière et les ténèbres. Le zoroastrisme précise explicitement le sens profond de ce symbolisme.

Si, dans le monde matériel, la lumière peut chasser les ténèbres, l’inverse n’est pas possible : la lumière continue à briller dans l’obscurité la plus noire. De la même manière, Ahura Mazdâ prévaudra sur Ahriman qui ne peut agir qu’en réaction aux initiatives du premier. Le mal n’est jamais l’initiateur, il ne peut que contrer les avancées du bien.

Dans l’imaginaire commun, les zoroastriens sont souvent considérés comme des adorateurs du feu. Pourtant, si le feu tient une place centrale dans leurs rituels, il n’est pas pour autant considéré comme une divinité. Le feu, qui est aussi lumière, est le signe visible de la présence d’Ahura Mazdâ, le symbole de sa vérité, de sa pureté, des vertus que le zoroastrien se doit de nourrir. Pour cette raison, le feu doit être préservé de toute impureté, y compris du souffle des prêtres zoroastriens qui portent un masque lorsqu’ils nourrissent le feu qui brûle de manière permanente dans les temples.

Puisque Ahura Mazdâ est lumière, il est associé à l’orient, au levant, Ahriman étant associé au couchant. Cette géographie se retrouve dans les rituels zoroastriens mais également dans ceux d’autres religions de son bassin d’influence, comme le christianisme arménien qui s’est étendu en Anatolie, terre éminemment zoroastrienne.

Au moment du baptême arménien (où figure une corde tressée bénie par le prêtre), les participants se tournent d’abord vers l’ouest et récitent une prière de renoncement à Satan et aux forces du mal. Ensuite, se tournant vers l’est, ils prient « vers la lumière de la connaissance de Dieu ».

Dans cet élément liturgique, on retrouve la polarité bien/mal est/ouest, mais également la notion de choix que chacun d’entre nous se doit de faire de manière active (le demi-tour vers l’est) pour participer au triomphe final du bien.

La liturgie zoroastrienne, un travail d’équipe qui crée le temple

Pour l’ancienne religion aryenne, nul besoin de temple. Un rectangle tracé à même le sol, pourvu de quatre ouvertures symboliques alignées sur les points cardinaux, fait l’affaire : pour les anciens Indoeuropéens, ce sont les rites qui créent le temple. Les paroles et les gestes, strictement codifiés, suffisent à appeler les dieux pour que ceux-ci viennent recevoir les sacrifices qui leur sont faits.

Plus tard, les mazdéens prirent l’habitude de construire des édifices couverts pour préserver leur feu sacré. Petit à petit, des temples furent construits, comme ceux qui subsistent aujourd’hui de l’Azerbaïdjan à la Chine ou à l’Inde, parfois dans les fondations des mosquées qui les ont remplacés.

Dans ces édifices, on reconnaît l’origine zoroastrienne à la présence de deux soubassements de colonne de part et d’autre de l’entrée principale. Cette paire de colonnes se retrouve parfois sur le seuil des lieux où se célèbrent aujourd’hui les cem (cérémonies) alévis, les participants les embrassant tour à tour avant d’entrer.

Lors de chaque cérémonie zoroastrienne, un grand nombre d’officiants jouent un rôle précis dans la liturgie, sous le contrôle d’un unique surveillant chargé de s’assurer de la conformité des rituels avec l’orthodoxie la plus stricte.

De nouveau, les alévis d’aujourd’hui perpétuent cette division rituelle du travail liturgique sous la direction du murshîd, le garant de la règle : dans le cem alévi, on trouve un responsable des chandelles, du balai, des chants, un gardien de la porte, un responsable de la distribution de l’eau ou de la nourriture, etc.

Les petits-enfants de Mithra ?

Il est impossible d’évoquer les similitudes entre les temples zoroastriens et ceux de la franc-maçonnerie sans mentionner cet avatar relativement récent du zoroastrisme que fut le mithraïsme. Religion syncrétique associant, entre autres influences, le zoroastrisme (ou le mazdéisme) et le culte de Persée, le mithraïsme fut la religion dominante des légions romaines à la fin de l’Empire, de l’Anatolie aux îles Britanniques.

Centrée autour du culte de Mithra, un personnage important du panthéon mazdéen et zoroastrien, cette religion initiait sur un pied d’égalité des hommes issus de toutes origines sociales. Au cours des années, les pratiquants gravissaient sept grades symboliques (Corbeau, Époux, Soldat, Lion, Perse, Héliodrome, Père) qui faisaient suite à une initiation où l’impétrant, dénudé, mains liées et yeux bandés, devait affronter une série d’épreuves, dont un saut au dessus d’une rigole remplie d’eau.

Parsi : Le feu, élément central du zoroastrisme n’est pas vénéré en tant que tel. Il symbolise le pouvoir d’Ahura Mazda

L'image représente une scène religieuse zoroastrienne. Au centre, il y a un vase ou un urne sur un support, d'où s'échappe une flamme. Ce feu est encadré par deux statues anthropomorphes, chacune tenant un objet : l'une un plat rond, l'autre un instrument pointu. Au-dessus de l'urne, il y a une arche ornée avec des motifs complexes et des inscriptions en écriture zoroastrienne. L'arche est décorée de motifs géométriques et de symboles, et les statues semblent être des gardiens du feu sacré. L'ensemble de la scène est en noir et blanc, ce qui accentue les détails et les motifs.

Les temples mithraïques, dont certains ont été préservés, consistaient en des salles rectangulaires pourvues de banquettes se faisant face de part et d’autre d’une allée centrale, banquettes où s’allongeaient les initiés. Au fond, le vénérable Père siégeait devant un bas-relief représentant Mithra coiffé de son bonnet phrygien et terrassant le taureau (la « taurotocnie »).

Pour l’anecdote, les temples mithraïques étant particulièrement fréquents aux marches de l’Empire (où se trouvaient les légions), on en trouve de nombreux vestiges fort bien conservés le long du mur d’Hadrien, aux limites … de l’Écosse. Mais ceci est une autre histoire.

Un principe universel face aux injustices

Au-delà des similitudes intrigantes et des hypothèses propres à stimuler l’imagination, que nous reste-t-il de la religion de Zoroastre ? Quel est notre part de l’héritage de cet homme qui essaya de réformer l’ancienne religion mazdéenne quelque part entre la fin de l’âge de bronze et l’exil des Juifs à Babylone ? Cet homme qui, pour la première fois dans le monde aryen, mit la raison et la responsabilité personnelle au cœur de l’éternelle question : « Si Dieu est tout-puissant pourquoi le mal règne-t-il en ce monde ? ».

Mithra : En tant que symbole, le visage solaire de Mithra a survécu à l’établissement de l’islam en Asie centrale – ici sur le fronton de la médersa Cher Dor à Samarcande, Ouzbékistan.

Cette image représente une mosaïque en noir et blanc ornant le fronton d'un bâtiment. La mosaïque met en avant un visage stylisé, qui semble être une représentation symbolique du dieu Mithra. Le visage est entouré d'éléments rayonnants, évoquant un soleil ou une source de lumière. Les traits du visage sont définis par des lignes courbes et des motifs complexes, ajoutant une dimension artistique et spirituelle à l'œuvre. Les détails de la mosaïque incluent des motifs floraux et des motifs géométriques, créant une composition harmonieuse et visuellement riche. Le style et les éléments de la mosaïque suggèrent une influence culturelle et historique, probablement liée à des traditions anciennes et à des symboles religieux.

Au sein d’une religion où la vertu consistait à respecter scrupuleusement l’ensemble des rites, Zarathushtra provoqua un séisme en plaçant les valeurs morales et le libre-arbitre au centre de l’engagement spirituel.

Les religions du Livre ainsi que le bouddhisme ont intégré cette nouvelle vision de la place de l’homme dans l’univers, ainsi que de nombreux autres traits propres au zoroastrisme : existence de deux forces opposées, lien personnel avec Dieu, anges, éléments de rituel, fin du monde tel que nous le connaissons et jugement dernier, voire apparition d’un Messie pour sauver l’humanité (le Saoshyant zoroastrien annonce Jésus, le Maitreya des bouddhistes ou le Mahdi des musulmans chiites).

Travaillons sur nous-même pour aller vers notre meilleur.

Qu’il soit probablement parvenu jusqu’à nous à travers le filtre judéo-chrétien ou romain ne change rien à l’attrait universel du principe de base du zoroastrisme : face au mal qui règne en ce monde et à l’anxiété métaphysique qu’il suscite en nous, la meilleure attitude consiste à user de notre raison pour nous efforcer d’appliquer des principes moraux justes à travers nos pensées, nos paroles et nos actions.

Et, comme le voulait Nietzsche, par-delà le bien et le mal, nous travaillons sur nous-même pour dépasser ce que nous sommes et aller vers ce que nous pourrions devenir de meilleur. En cela, nous sommes bien les petits-enfants de Zarathushtra et de Zarathoustra, le prophète antique comme son incarnation nietzschéenne.

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Mystères anciens et sociétés secrètes qui ont influencé le symbolisme maçonnique moderne

Publié le 16 Septembre 2026 par T.D

Le troisième volet du chapitre de Manly P. Hall sur les anciens mystères étudie le lien entre la franc-maçonnerie et les rites romains cryptiques de Mithra – leur origine, leur propagation et leur impact non seulement sur la société romaine mais sur le tissu même de la maçonnerie moderne.

Lorsque les Mystères persans ont immigré en Europe du Sud, ils ont été rapidement assimilés par l’esprit latin. Le culte s’est développé rapidement, en particulier parmi les soldats romains, et pendant les guerres de conquête romaines, les enseignements ont été portés par les légionnaires dans presque toutes les parties de l’Europe. Le culte de Mithra devint si puissant qu’au moins un empereur romain fut initié à l’ordre, qui se réunissait dans des cavernes sous la ville de Rome. Concernant la propagation de cette école des Mystères à travers différentes parties de l’Europe, CW King, dans ses Gnostiques et Leurs Restes, dit :

« Les bas-reliefs mithriaques taillés sur les faces des rochers ou sur des tablettes de pierre abondent encore dans les pays anciennement les provinces occidentales de l’Empire romain; il en existe beaucoup en Allemagne, plus encore en France, et dans cette île (Bretagne) ils ont souvent été découverts sur la ligne du mur des Pictes et celui de Bath. »

Alexander Wilder, dans sa Philosophie et éthique des Zoroastres, déclare que Mithra est le titre Zend du soleil, et qu’il est censé habiter dans cet orbe brillant. Mithra a un aspect masculin et un aspect féminin, bien qu’il ne soit pas lui-même androgyne. Comme Mithra, il est le gué du soleil, puissant et rayonnant, et le plus magnifique des Yazatas (Izads, ou Génies, du soleil). Comme Mithra, cette divinité représente le principe féminin ; l’univers mondain est reconnu comme son symbole. Elle représente la Nature comme réceptive et terrestre, et comme féconde uniquement lorsqu’elle est baignée dans la gloire de l’orbe solaire. Le culte mithriaque est une simplification des enseignements plus élaborés de Zarathoustra (Zoroastre), le magicien du feu persan.

Selon les Perses, il y a coexisté dans l’éternité deux principes. Le premier d’entre eux, Ahura-Mazda, ou Ormuzd, était l’Esprit du Bien. D’Ormuzd est sorti un certain nombre de hiérarchies de bons et beaux esprits (anges et archanges). Le second de ces principes existant éternellement s’appelait Ahriman. C’était aussi un esprit pur et beau, mais il s’est ensuite rebellé contre Ormuzd, jaloux de son pouvoir. Cela ne se produisit cependant qu’après qu’Ormuzd eut créé la lumière, car auparavant Ahriman n’avait pas été conscient de l’existence d’Ormuzd. A cause de sa jalousie et de sa rébellion, Ahriman est devenu l’Esprit du Mal. De lui-même, il a individualisé une foule de créatures destructrices pour blesser Ormuzd.

Quand Ormuzd a créé la terre, Ahriman est entré dans ses éléments les plus grossiers. Chaque fois qu’Ormuzd faisait une bonne action, Ahriman y plaçait le principe du mal. Enfin, quand Ormuzd créa la race humaine, Ahriman s’incarna dans la nature inférieure de l’homme de sorte que dans chaque personnalité , l’Esprit du Bien et l’Esprit du Mal luttent pour le contrôle. Pendant 3 000 ans, Ormuzd a régné sur les mondes célestes avec lumière et bonté. Puis il créa l’homme. Pendant encore 3 000 ans, il a gouverné l’homme avec sagesse et intégrité. Puis le pouvoir d’Ahriman a commencé et la lutte pour l’âme de l’homme se poursuit pendant la prochaine période de 3 000 ans. Au cours de la quatrième période de 3 000 ans, le pouvoir d’Ahriman sera détruit. Le bien reviendra dans le monde, le mal et la mort seront vaincus, et enfin l’Esprit du mal s’inclinera humblement devant le trône d’Ormuzd. Tandis qu’Ormuzd et Ahriman luttent pour le contrôle de l’âme humaine et pour la suprématie dans la Nature, Mithra, Dieu de l’Intelligence, fait office de médiateur entre les deux. De nombreux auteurs ont noté la similitude entre Mercure et Mithra. Comme le mercure chimique agit comme un solvant (selon les alchimistes), Mithra cherche à harmoniser les deux opposés célestes.

Il existe de nombreux points de ressemblance entre le christianisme et le culte de Mithra. L’une des raisons en est probablement que les mystiques persans ont envahi l’Italie au cours du premier siècle après Jésus-Christ et que l’histoire des débuts des deux cultes était étroitement liée. L’Encyclopædia Britannica fait la déclaration suivante concernant les mystères mithriaques et chrétiens :

« L’esprit fraternel et démocratique des premières communautés et leur humble origine ; l’identification de l’objet d’adoration avec la lumière et le soleil ; les légendes des bergers avec leurs dons et leur adoration, le déluge et l’arche ; la représentation en l’art du char de feu, puiser l’eau du rocher ; l’usage de la cloche et du cierge, de l’eau bénite et de la communion ; la sanctification du dimanche et du 25 décembre ; l’insistance sur la conduite morale, l’accent mis sur l’abstinence et la maîtrise de soi ; la doctrine du ciel et de l’enfer, de la révélation primitive, de la médiation du Logos émanant du divin, le sacrifice expiatoire, la guerre constante entre le bien et le mal et le triomphe final du premier, l’immortalité de l’âme , le jugement dernier,la résurrection de la chair et la destruction ardente de l’univers – [ce sont] quelques-unes des ressemblances qui, réelles ou seulement apparentes, ont permis au mithraïsme de prolonger sa résistance au christianisme »,

Les rites de Mithra étaient exécutés dans des grottes. Porphyre, dans sa Caverne des Nymphes, déclare que Zarathoustra (Zoroastre) fut le premier à consacrer une grotte au culte de Dieu, parce qu’une caverne était symbolique de la terre, ou du monde inférieur des ténèbres. John P. Lundy, dans son Christianisme monumental, décrit la grotte de Mithra comme suit :

« Mais cette grotte était ornée des signes du zodiaque, du Cancer et du Capricorne. Les solstices d’été et d’hiver étaient surtout remarquables, comme les portes des âmes descendant dans cette vie, ou en sortant dans leur ascension vers les Dieux ; le Cancer étant la porte de la descente et le Capricorne de l’ascension. Ce sont les deux avenues des immortels qui montent et descendent de la terre au ciel et du ciel à la terre. »

La soi-disant chaise de Saint-Pierre, à Rome, aurait été utilisée dans l’un des mystères païens, peut-être celui de Mithra, dans les grottes souterraines desquelles les adeptes des mystères chrétiens se sont rencontrés dans les premiers jours de leur foi. Dans Anacalypsis, Godfrey Higgins écrit qu’en 1662, en nettoyant cette chaire sacrée de Bar-Jonas, les douze travaux d’Hercule y furent découverts, et que plus tard les Français découvrirent sur la même chaire la confession de foi mahométane, écrite en arabe.

L’initiation aux rites de Mithra, comme l’initiation à de nombreuses autres anciennes écoles de philosophie, consistait apparemment en trois degrés importants. La préparation à ces degrés consistait en l’auto-purification, le renforcement des facultés intellectuelles et le contrôle de la nature animale. Au premier degré, le candidat recevait une couronne sur la pointe d’une épée et était instruit des mystères du pouvoir caché de Mithra. On lui a probablement appris que la couronne d’or représentait sa propre nature spirituelle, qui doit être objectivée et dévoilée avant qu’il ne puisse vraiment glorifier Mithra ; car Mithra était sa propre âme, se tenant comme médiateur entre Ormuzd, son esprit, et Ahriman, sa nature animale. 

Au deuxième degré, il reçut l’armure de l’intelligence et de la pureté et fut envoyé dans les ténèbres des fosses souterraines pour combattre les bêtes de la luxure, passion et dégénérescence. Au troisième degré, il reçut une cape sur laquelle étaient dessinés ou tissés les signes du zodiaque et d’autres symboles astronomiques. Une fois ses initiations terminées, il fut salué comme celui qui était ressuscité des morts, fut instruit des enseignements secrets des mystiques persans et devint un membre à part entière de l’ordre. 

Les candidats qui passaient avec succès les initiations mithriaques étaient appelés Lions et étaient marqués sur leur front de la croix égyptienne. Mithra lui-même est souvent représenté avec une tête de lion et deux paires d’ailes. Tout au long du rituel, des références répétées à la naissance de Mithra en tant que Dieu Soleil, son sacrifice pour l’homme, sa mort pour que les hommes aient la vie éternelle, et enfin, sa résurrection et le salut de toute l’humanité par son intercession devant le trône d’Ormuzd. (Voir Heckethorn.) et la dégénérescence. 

Au troisième degré, il reçut une cape sur laquelle étaient dessinés ou tissés les signes du zodiaque et d’autres symboles astronomiques. Une fois ses initiations terminées, il fut salué comme celui qui était ressuscité des morts, fut instruit des enseignements secrets des mystiques persans et devint un membre à part entière de l’ordre. 

John O’Neill conteste la théorie selon laquelle Mithra était censée être une divinité solaire. Dans La Nuit des dieux, il écrit :

« L’Avestan Mithra, le yazata de la lumière, a ’10 000 yeux, hauts, en pleine connaissance (perethuvaedayana), forts, insomniaques et toujours éveillés (jaghaurvaunghem).’ Le dieu suprême Ahura Mazda a aussi un œil, ou bien il est dit que ‘avec ses yeux, le soleil, la lune et les étoiles, il voit tout.’ La théorie selon laquelle Mithra était à l’origine un titre du dieu suprême des cieux – mettant le soleil hors de cour – est la seule qui réponde à toutes les exigences. Il sera évident qu’ici nous avons des origines en abondance pour l’Œil et le ‘ son nunquam dormio.’ » Le lecteur ne doit pas confondre le Mithra persan avec le Mitra védique. Selon Alexander Wilder, « Les rites mithriaques ont remplacé les Mystères de Bacchus et sont devenus le fondement du système gnostique, qui a prévalu pendant de nombreux siècles en Asie, en Égypte,

Les sculptures et les reliefs les plus célèbres de ce prototokos montrent Mithra agenouillé sur la forme couchée d’un grand taureau, dans la gorge duquel il enfonce une épée. L’abattage du taureau signifie que les rayons du soleil, symbolisés par l’épée, libèrent à l’équinoxe vernal les essences vitales de la terre — le sang du taureau — qui, jaillissant de la blessure faite par le Dieu Soleil, fertiliser les graines des êtres vivants. Les chiens étaient sacrés pour le culte de Mithra, symbolisant la sincérité et la fiabilité. Les Mithraïques utilisaient le serpent comme emblème d’Ahriman, l’esprit du mal, et les rats d’eau étaient sacrés pour lui. Le taureau est ésotériquement la Constellation du Taureau ; le serpent, son opposé dans le zodiaque, le Scorpion ; le soleil, Mithra, entrant dans le côté du taureau,

450fm

 

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Zoroastrisme et franc-maçonnerie

Publié le 16 Septembre 2026 par T.D

6 juin 2020

Zoroastrisme et franc-maçonnerie : quelle relation ? Qu’est-ce que le zoroastrisme et en quoi aurait-il pu influencer la franc-maçonnerie ? Voici une planche au 1er degré.

Il faut que tu veuilles brûler dans ta propre flamme : comment voudrais-tu redevenir neuf si tu n’es pas d’abord devenu cendre !
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)

Le zoroastrisme est une religion apparue en Perse au cours du VIIe siècle avant J-C (bien que des études actualisées fassent remonter ses origines au XIe voire au XVe siècle avant notre ère), fondée sur les enseignements de Zoroastre, présentant des éléments de polythéisme, de monothéisme et de dualisme

Le zoroastrisme appartient et se confond avec le « mazdéisme », du nom du dieu Ahura Mazdâ, central dans cette religion, en lutte incessante contre l’esprit du mal Ahriman.

Zoroastre ou Zarathoustra est un prophète mythique. Son nom serait issu du grec Ζωροάστρης (Zôroástrês), dont l’étymologie a accouché de nombreuses hypothèses, parmi celles-ci : « celui qui est proche de l’exaltation » ou encore « celui qui sacrifie aux astres ».

Le zoroastrisme véhicule un univers symbolique très riche, qui aurait inspiré certains fondamentaux des trois monothéismes, mais aussi, indirectement, de la franc-maçonnerie. A noter que le zoroastrisme a aussi donné naissance à un célèbre culte à mystères : le culte de Mithra (cliquer pour lire notre article).

Voici donc une planche sur zoroastrisme et franc-maçonnerie.

Zoroastrisme et franc-maçonnerie : la pensée juste, la parole juste et l’action juste

Abordons les racines de cette doctrine ancienne, religion officielle de l’empire perse à trois reprises.

Également appelée mazdéisme, du nom de sa divinité centrale Ahura Mazdâ, elle est en réalité une réforme du culte mazdéen initiée par le prêtre Zarathoustra, qui replace le Dieu de pure Lumière, éternel et incréé en tant que « seul responsable de l’ordonnancement du chaos initial », créateur du Ciel et de la Terre.

En ce sens, nous avons-là l’une des plus anciennes religions déistes, quasi-monothéiste, qui nous soient parvenue des temps anciens. A noter que le terme exact est « hénothéisme », soit la prédominance d’une divinité principale sur un panthéon de divinités secondaires.

Ses fidèles comptent à ce jour à peine 200 000 personnes dans le monde, situés en majorité en Inde et en Iran.

Le zoroastrisme introduit la notion de l’âme éternelle en chaque être humain, ainsi que le libre-arbitre, pivot de la relation entre l’homme et le divin.

Le crédo zoroastrien tient en trois principes : le fidèle se doit d’avoir de bonnes pensées, tenir de bonnes paroles et accomplir de bonnes actions.

Cette tradition place l’humanité dans un champ dualiste, une lutte permanente entre le bien et mal : le premier est incarné par le Dieu Ahura Mazdâ, infiniment sage et bienfaisant, le second par son jumeau maléfique Ahriman, maitre des ténèbres, les deux coexistant dans le cœur de chaque être vivant.

Pour les zoroastriens, ce combat céleste verra le bien triompher sur le mal à la fin des temps, à la condition que l’humanité embrasse le bien grâce à ses choix. Ce libre-arbitre se nourrit d’un sentiment de profonde confiance et d’alliance avec Ahura Mazdâ, dans un esprit ouvertement déiste.

Ainsi, c’est l’engagement personnel de chaque homme qui est au cœur même de cette doctrine. La conduite individuelle est plus sacrée que les rituels et l’action au quotidien est en résonance permanente avec le combat céleste du bien contre le mal.

Aussi, à l’instar de la philosophie des Lumières inspirée de cet héritage oriental, c’est la raison qui doit prédominer dans la vie de l’homme : l’éducation forge la raison qui est l’outil par lequel le zoroastrien peut conduire sa vie selon les principes qui soutiennent le Bien. C’est par l’application constante de la raison que le pratiquant contribue à sa mesure au combat cosmique contre Ahriman.

Avec Zoroastre, pour la première fois dans le monde, une religion place la réflexion et la responsabilité personnelle au centre de la marche de l’univers.

D’un point de vue philosophique, la responsabilité personnelle est mise au cœur de l’éternelle question : « Si Dieu est tout puissant, pourquoi le mal règne-t-il en ce monde ? ».

Zoroastrisme, franc-maçonnerie et « Lumières »

La tradition de Zoroastre a fait l’objet d’études philosophiques, de créations littéraires et musicales très vivaces depuis le XVIIIe siècle.

Des années avant les écrits de Nietzsche (citation en tête de cet article), il y a eu le Sarastro de la Flûte Enchantée de Mozart, opéra réputé d’inspiration maçonnique, mais également le Zoroastre dans la tragédie lyrique de Jean-Philippe Rameau.

Sur la figure prophétique de la religion mazdéenne, fraîchement popularisée en occident, les artistes des Lumières projettent leurs croyances déistes et les vertus de la raison dans le combat entre le bien et le mal. L’œuvre de Rameau, créée sous le règne de Louis XV, transpose par ailleurs les idéaux très maçonniques de la vertu, des mœurs et de la responsabilité personnelle, des thèmes familiers aux francs-maçons de l’époque.

Comme l’illustre le Sarastro de La Flûte Enchantée de Mozart, l’image de Zoroastre était une référence pour les francs-maçons du XVIIIe siècle qui, à l’instar de Voltaire, y projettent une sorte de déisme éclairé.

Cet intérêt trouve son origine avec la première compilation de toutes les références grecques, latines, hébraïques et arabes concernant Zoroastre publiée en 1700 à Oxford par Thomas Hyde.

Plus tard, au milieu du XIXe siècle, c’est dans les cercles philosophiques que l’on retrouve une effervescence autour des textes sacrés zoroastriens et notamment à travers le célèbre ouvrage de l’allemand Friedrich Nietzsche, Ainsi Parlait Zarathoustra. Selon ce dernier, « le premier, Zoroastre a vu dans la lutte du bien et du mal la vraie roue motrice du cours des choses. La transposition en métaphysique de la morale conçue comme force, cause, fin en soi, telle est son œuvre ».

Dans l’ouvrage de Nietzsche, le prophète renie sa morale originelle pour annoncer que, Dieu étant mort, notre nouvelle tâche morale est de nous transcender, d’aller au-delà de notre nature humaine.

Pour comprendre le côté dualiste de cette religion, il faut répéter le triptyque zoroastrien : « pensée juste, parole juste, action juste ». Entre le corps, l’esprit et l’âme, le zoroastrien se focalise sur l’esprit, siège de la raison qui est au cœur de son choix de se ranger du côté du bien.

Ainsi, on ne plonge pas dans une métaphysique impalpable, mais on place sa vie et son action dans le réel, ancré dans la vie, l’éducation et la vie citoyenne comme éléments de lutte du bien contre le mal. Il existe par ailleurs une initiation dans la tradition zoroastrienne, considérée comme une « deuxième naissance » (ou naojote, ce qui signifie « nouvelle vie ») pour le jeune fidèle.

Dans les rites, le zoroastrisme introduit les notions de lumière et de ténèbres pour manifester la lutte cosmique, d’où la création des temples pour protéger et perpétuer le feu sacré, là où pour les anciens Indoeuropéens, ce sont les rites qui créent le temple : un rectangle tracé à même le sol, pourvu de quatre ouvertures symboliques alignées sur les points cardinaux.

Lors des cérémonies, il est également remarquable de noter la participation de nombreux officiants au culte zoroastrien, un travail collectif au service du rite, supervisé par un unique surveillant chargé de s’assurer de la conformité des rituels.

Il s’agissait d’une discipline pour préserver la pureté des symboles et les protéger de toute interaction profane, l’espace du temple projetant les fidèles dans un temps sacré, propice au maintien du lien avec le Divin. Ici, le parallèle entre zoroastrisme et franc-maçonnerie paraît évident.

Yazd, un des épicentres du zoroastrisme

C’est aux portes du désert dans l’oasis de Yazd, l’une des plus vieilles cités au monde, que se trouve l’épicentre actuel du zoroastrisme. Là, on trouve encore aujourd’hui un sanctuaire dédié à cette croyance, niché au milieu des hautes montagnes de la région.

Ce sanctuaire le plus sacré du zoroastrisme est visité chaque année par des milliers de pèlerins venus d’Iran, d’Inde et du reste du monde. Ce temple du Feu, appelé Chak Chak, évoque le bruit des gouttes d’eau miraculeuses qui ruissellent de la roche en ces lieux et qui tombent sur le sol.

Dès que l’on aperçoit le Temple, la tradition veut que les visiteurs quittent leur monture pour s’y rendre à pied en arpentant une petite route qui se conclut par un escalier. Une fois arrivés, le Soleil est au zénith.

La solennité des lieux est frappante : on pénètre dans une grotte creusée à main d’homme, protégée par deux imposantes portes en bronze, décorées de sculptures en relief de gardiens du temple.

L’enceinte du sanctuaire est recouverte de marbre et ses murs sont assombris par des feux allumés éternellement dans la grotte. Il y a au milieu un réceptacle en métal abritant les flammes, d’où se dégage une odeur d’encens. Les zoroastriens se relaient depuis plusieurs siècles pour perpétuer ce foyer, dans un geste de transmission ininterrompu pour entretenir le feu sacré représentant « la lumière de Dieu », en symbiose avec les trois autres éléments : l’eau, la roche et le vent.

Les zoroastriens aiment à rappeler aux visiteurs que le feu, au contraire des autres éléments, est le seul à dépendre des hommes pour être entretenu. Ceci leur rappelle le pacte avec Ahura Mazdâ, divinité centrale de cette religion, le feu devenant le lien entre le divin et les hommes.

Comment ne pas penser à la petite étoile, ou « étoile éternelle », placée sur le plateau du VM ?

Comment ne pas penser à ce moment de notre initiation, où une fois acceptés en loge, nous sommes décorés puis placés sur la colonne des apprentis : le VM se saisit alors de notre testament philosophique et le brûle rituellement. En livrant le témoignage du passé aux flammes purificatrices, le VM appelle le jeune initié à une « vie nouvelle », tout en l’invitant à « conserver précieusement ces cendres en souvenir de ce jour ».

 

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Les quatre phases de la religion mazdéenne

Publié le 15 Septembre 2026 par T.D

Résumé des conférences du Collège de France (2007-2008)

Albert de Jong

le mazdéisme (connu aussi comme zoroastrisme ou religion de Zarathoustra) est l’une des plus anciennes religions du monde. Ses origines historiques et géographiques sont fortement contestées. L’historicité de son fondateur, Zarathoustra, a été mise en doute, ainsi que l’interprétation traditionnelle des textes fondateurs de la religion, l’Avesta. L’antiquité de la religion l’a assurée d’une place importante parmi les historiens qui s’occupent des religions du monde ancien. Ceci n’est pas le cas pour l’histoire non-impériale du mazdéisme, qui commence avec les conquêtes arabes de l’Iran et l’islamisation du monde iranien. Le fait que les communautés mazdéennes n’occupaient qu’une place marginale dans la société iranienne islamisée (et dans la société indienne pour les parsis) jusqu’à leur « redécouverte » par les voyageurs européens et leur émancipation dans le xixe (pour les parsis) et xxe (pour les communautés de l’Iran) siècle, a permis aux historiens de les voir comme un « reste » d’un passé plus grand, de les oublier ou les ignorer.

Ainsi, presque la moitié de l’histoire du mazdéisme a été laissée à quelques spécialistes ou n’est pas du tout étudiée. La religion est connue substantiellement comme elle était dans la période sassanide tardive et les premiers siècles de l’Islam. Cet image de la religion a été employé tant pour l’interprétation des expressions religieuses antérieures (surtout des achéménides et parthes), que pour mesurer les développements postérieurs. Ceci a produit une image stationnaire de toute la religion.

Dans les décennies passées, l’histoire générale (des origines jusqu’au présent) du mazdéisme a néanmoins été écrite deux fois, par Mary Boyce et par Michael Stausberg. La première en a apporté toutes ses puissances historiques et philologiques, mais sa thèse d’une grande continuité historique produite par les enseignements du prophète Zarathoustra a provoqué beaucoup d’objections. Le deuxième s’est largement limité à une approche descriptive. Nous nous trouvons encore face à la question posée il y a presque cinquante ans par Marijan Molé : une histoire du mazdéisme est-elle possible ?

Dans ces quatre leçons, une réponse à Molé sera formulée : une histoire du mazdéisme est seulement possible quand on y reconnaît quatre phases distinctes et s’efforce à penser quels ont pu être les liens entre ces phases. Première place doit être donné aux considérations sociologiques et au projet de repenser l’importance et l’emploi des textes dits sacrés, qui ont été au centre de l’intérêt savant occidental.

Première leçon : La formation de l’identité mazdéenne

La première leçon sert comme introduction méthodologique à l’histoire proprement dite, qui ne commence qu’avec les achéménides. Avec le rejet de l’historicité de Zarathoustra par quelques savants modernes vient aussi le rejet de la notion d’une « conversion » des iraniens au mazdéisme. Il est important de séparer l’un de l’autre, car l’existence de l’Avesta établit qu’une conversion a effectivement eu lieu. L’historicité de Zarathoustra n’est pas exclusivement une question de foi, mais aussi une question de méthode. Pour étudier la formation de l’identité mazdéenne, la question la plus importante est de savoir comment expliquer les « nouveautés » de la religion mazdéenne, une autre question est de méthode. Il est évident que les règles doivent être établies de nouveau. Ceci n’est possible que quand on donne des définitions acceptables de toutes ces catégories qui jouent un rôle du premier plan : prophète, prêtre, conversion et la notion des « limites » d’une tradition religieuse. Toute approche historique est une approche comparative et il faut aussi nous unir sur les règles de la comparaison.

Deuxième leçon : Le mazdéisme religion impériale

Le mazdéisme commence dans une société sans rois et il survit dans une société sans roi (mazdéen). Entre les deux se trouve la longue période du mazdéisme impérial, qui commence avec Darius et s’éteint avec le dernier roi sassanide, Yazdegerd III. Entre le vie siècle avant notre ère et le viie siècle de notre ère, on distingue quatre dynasties : les Achéménides, (Alexandre et) les Séleucides, les Arsacides (Parthes) et les Sassanides. Les Séleucides, d’origine macédonienne, n’étaient pas des mazdéens, mais le mazdéisme des Achéménides, des Arsacides et même des Sassanides, a aussi été mis en doute. Ceci n’est possible que quand on les approche avec une définition stricte de la religion, qui est toujours fondée sur une combinaison de l’information fournie par l’Avesta avec les données des livres pehlevis. Cette combinaison ignore le rôle que les rois eux-mêmes ont joué dans le développement de la religion. Ainsi, le rapport de forces royales et religieuses a été fatalement renversé : les activités royales sont jugées comme si elles étaient déterminées par la religion, tandis qu’on doit (aussi) reconstruire comment les rois ont exercé leur pouvoir dans le domaine religieux.

Troisième leçon : le quiétisme mazdéen

Les conquêtes arabes de l’empire Sassanide ont, d’un seul coup, dérobé tout pouvoir profane aux mazdéens de l’Iran. Le succès de ces conquêtes est vu dans la tradition (et l’historiographie) musulmane comme une des preuves de la supériorité de l’Islam. Pour les mazdéens, elles étaient une catastrophe. Les historiens modernes ont largement suivi un modèle historique qui est dominé par notre connaissance des événements ultérieurs : le retrait des mazdéens de l’Iran dans les déserts du centre du pays, avec l’émigration de la communauté de Khorasan à l’Inde (les Parsis). Ce modèle dénie le fait que dans les premiers siècles de l’Hégire, les mazdéens de l’Iran ont participé à et bénéficié de la vie culturelle du nouvel empire Abbaside. Le retrait des mazdéens, et le quiétisme mazdéen, ne s’est produit qu’après les raides des Saljûq et des Mongols. Après le xiiie siècle, les mazdéens — définis comme une minorité religieuse tolérée — continuent à démontrer leur participation à la culture iranienne, mais le transfert aux régions marginales est accompagné par une « émigration interne ». Dès le xve siècle, les communautés de l’Iran et d’Inde échangent des lettres et traités religieux. Ceci a souvent été présenté comme indicatif du fait que la communauté iranienne avait une position d’autorité spirituelle sur la communauté indienne. Le fait que les sources pour l’histoire des Parsis n’ont que très partiellement été publiées et encore moins étudiées rend toute tentative d’interprétation provisoire, mais du côté des Parsis on trouve aussi des fortes indications de participation à la société Indienne.

Quatrième leçon : L’émancipation des mazdéens

Les destins des communautés indiennes et iraniennes suivent des cours distincts : pour les Parsis, le xixe siècle est le temps de l’émancipation et de la richesse. Pour les mazdéens de l’Iran, le xixe siècle est un temps de répression et de perte. C’est ainsi que les parsis se sont occupés d’améliorer la situation des mazdéens de l’Iran. Le haut-point de cette tentative est l’abolition du jizya, suivi par l’organisation de l’éducation. On a souvent vu dans ce développement les germes de la réforme qui a pris place dans le xxe siècle. Dans le xxe siècle et encore plus dans les temps modernes, les communautés mazdéennes du monde se trouvent confrontés avec de multiples difficultés sociales et religieuses. La question de l’influence des études occidentales de la religion mazdéenne doit y être apportée.

En conclusion, les grandes lignes d’une histoire trimillénaire ont été revisitées.

 

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Zoroastrisme : cette ancienne religion a encore de fervents adeptes

Publié le 15 Septembre 2026 par T.D

Religion ancestrale née en Asie centrale, le zoroastrisme s’efforce d’entretenir la flamme de la foi.

De Kristin Romey

En Ouzbékistan, des citadelles antiques renferment les ruines d’un temple du feu bâti par les zoroastriens, pour qui cet élément est sacré.

Un matin de décembre 2023, Aaria Boomla quitte son lit dans une maison d'hôte de la petite ville côtière d'Udvada, en Inde. 

La fillette s’habille, se brosse les dents et récite tout bas les versets qu’elle apprend depuis des mois. Aînée de deux enfants, elle est, à 7 ans, sur le point de devenir adepte, comme le reste de sa famille, de l’une des plus anciennes religions du monde. 

Le soleil se lève dans une atmosphère chaude et brumeuse quand Aaria, ses proches et des amis gagnent à pied le temple de l’Atash Bahram d’Udvada, un grand bâtiment en pierre blanche et en bois, ceint de hauts murs. Devant l’entrée principale, flanquée de deux immenses taureaux ailés à tête d’homme, un gardien veille à ce que seules les personnes répondant aux exigences de pureté rituelle puissent entrer dans l’enceinte de ce « temple du feu» –l’un des lieux les plus sacrés d’Inde.

La tradition veut que les ancêtres zoroastriens d’Aaria soient arrivés sur le littoral du Gujarat il y a 1 300 ans pour échapper aux persécutions religieuses de musulmans arabes qui envahissaient la Perse. Ici, au bord de la mer d’Arabie, ils ont fait renaître les principes et les rites de leur religion, dont un feu provenant de seize flammes aux origines aussi variées qu’une forge et un éclair. Ce feu brûle sans discontinuer depuis, consciencieusement entretenu par des prêtres voilés de blanc appelés mobeds. Aujourd’hui, il ne brûle plus que pour un nombre sans cesse déclinant de croyants.

Le mobed (prêtre) Farzin Yezishne procède à une bénédiction à Karachi, au Pakistan. Son voile préserve la pureté du feu.

À l’intérieur du temple, Aaria se baigne dans de l’eau sacrée, boit trois gorgées d’urine de taureau purifiée, enfile des vêtements blancs, puis rejoint les mobeds. Ils sont rassemblés autour du feu, qui brûle dans un vase d’argent. 

Des prières s’élèvent dans une langue qui n’est plus parlée au quotidien depuis 3500 ans, mais dans laquelle Aaria récite: « Je confesse vénérer le créateur Ahura Mazda, être une disciple de la religion révélée par le prophète Zarathoustra. » 

La fillette et sa famille font partie d’une petite communauté de plus en plus réduite, celle des zoroastriens orthodoxes, qui vivent là où la religion est apparue et s’est développée. Il reste moins de 100000 disciples dans l’ancien Empire perse et ses alentours, aujourd’hui l’Iran, l’Inde et le Pakistan. Mais, depuis un siècle, le zoroastrisme a voyagé loin de son berceau, jusque dans des villes comme Los Angeles, Mexico et Stockholm: de nouvelles communautés progressistes s’y sont formées, pour qui toute personne suivant les préceptes de l’ancien prophète Zarathoustra peut être considérée comme zoroastrienne. 

Le Zoroastrisme repose sur quelques grands principes – le bien et le mal, la résurrection et l’au-delà. Il s’articule autour de trois piliers : Humata, Hukhta, Hvarshta –« bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions ». 

Selon la légende, Zarathoustra (Zoroastre, en grec) était un prêtre désenchanté d’une religion polythéiste qui, après s’être immergé dans un cours d’eau, aurait reçu une révélation d’Ahura Mazda, l’Être suprême. Nul ne sait réellement où ni quand Zarathoustra aurait vécu. En s’appuyant sur l’Avesta, texte sacré zoroastrien, de nombreux chercheurs évoquent l’Asie centrale, peut-être les territoires actuels de l’Afghanistan ou du Tadjikistan, entre 1700 et 1000 av. J.-C. Il n’aurait d’abord eu qu’un seul disciple, son cousin. Mais, au vie siècle av. J.-C., le zoroastrisme était devenu indissociable de l’Empire perse des Achéménides, l’une des plus anciennes et plus grandes puissances mondiales. À terme, les préceptes de Zarathoustra allaient atteindre les fastueuses plaques tournantes de la route de la Soie en Chine occidentale, comme de minuscules temples des Balkans. 

La croyance zoroastrienne en un être suprême, ainsi qu’en l’opposition du bien et du mal, a profondément influencé les religions abrahamiques –le judaïsme, le christianisme et l’islam. Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse des Achéménides, a libéré les juifs en captivité à Babylone en 539 av. J.-C. et les a ramenés à Jérusalem, où ils ont reconstruit leur temple. Leur contact avec le zoroastrisme en Babylonie et en Perse a contribué, selon de nombreux universitaires, à consolider certains fondements de la foi juive, notamment l’existence d’un au-delà et du Jugement dernier. Les Grecs anciens, eux, ont remarqué la sagesse des mages zoroastriens, ce qui a inspiré l’épisode des Rois mages dans le Nouveau Testament. Et les chercheurs soulignent les similitudes, chez les zoroastriens et les musulmans, des cinq prières quotidiennes et des ablutions rituelles qui accompagnent chacune d’elles.

À Mumbai, en Inde, des mobeds parsis discutent après le navjote (cérémonie d’initiation) de Shayaan Gazdar, 7 ans. Chez les parsis les plus orthodoxes, seuls les enfants de parents zoroastriens peuvent participer aux rituels religieux.

Le dieu zoroastrien n’est pas une divinité qui sanctionne ou avec laquelle on négocie. Il n’existe pas de péché originel nécessitant un repentir. Il s’agit plutôt d’un dieu indifférent au bien-être des hommes au quotidien. Mais il revient à ces derniers de défendre l’asha (vérité, droiture, ordre) et de combattre la druj (corruption, mensonge, chaos). Après la mort, l’âme –l’urvan – retrouve sa divinité protectrice – la fravashi– et gagne la «Maison des chants» (paradis) ou un purgatoire. Vient enfin l’ultime bataille, qui voit le bien triompher du mal, et les morts ressusciter dans un monde idéal sans guerres, ni famines, ni désirs matériels. 

Les enseignements de Zarathoustra ont, en un sens, fourni un cadre aux religions abrahamiques, explique Jamsheed Choksy, professeur au département d’études sur l’Eurasie centrale à l’université d’Indiana, à Bloomington, aux États-Unis. «Cela commence par la discussion sur le bien et le mal, et sur le rôle des êtres humains, c’est-à-dire le fait qu’on ne se contente pas de traverser la vie. Puis, à l’autre bout, il y a la récompense, selon laquelle justice sera faite; le mal sera vaincu. » 

Pour qui ne pratique pas le zoroastrisme, cette communauté n’est que très peu accessible. Des règles strictes de pureté interdisent aux non-initiés d’entrer dans le temple de l’Atash Bahram d’Udvada, ou dans tout autre temple du feu de la ville.

Le matin de l’initiation d’Aaria, Zarine Bharda arrive en scooter blanc devant un autre temple du feu avec, dans son side-car, une fillette âgée de 7 ans, comme Aaria. Habillée de blanc, elle refuse avec un sourire désolé de serrer ma main moite. « Si je vous serre la main, je devrais à nouveau me laver la tête avant d’entrer dans le temple », explique-t-elle. Ancienne ingénieure issue d’une famille zoroastrienne du Canada, Zarine Bharda est aujourd’hui coach bien-être pour les femmes. Comme elle est mariée à un mobed du temple de l’Atash Bahram, elle doit respecter les obligations les plus strictes en matière de pureté. Ainsi, quand elle a ses règles, elle quitte son domicile pour un appartement en ville, où elle n’utilise pas les mêmes vêtements ni la même vaisselle.

Les zoroastriens d’Inde – les parsis – affirment être les authentiques gardiens de la religion. En République islamique d’Iran, dont le territoire formait jadis le coeur de l’Empire perse, les tenants de ce culte ont été persécutés et contraints de pratiquer un grand nombre de leurs rites dans la clandestinité. À l’âge d’or du zoroastrisme, on comptait des millions de fidèles ; ils ne seraient plus aujourd’hui que 15 000 à 25 000 dans le pays. En Inde, les parsis s’élèvent à environ 50 000, rassemblés principalement autour de Mumbai (Bombay) et dans l’État du Gujarat ; le Pakistan voisin dénombre moins d’un millier d’entre eux. Les pratiquants les plus orthodoxes considèrent que seuls les enfants de parents zoroastriens peuvent être d’authentiques parsis, et ils voient d’un mauvais oeil ceux qui dérogent à l’endogamie. Ces restrictions, associées à une natalité en baisse, ont abouti à un déclin rapide de la communauté parsie.

Ramiyar Karanjia dirige un séminaire parsi dans le quartier verdoyant de Dadar, au coeur de Mumbai, où les fils de mobeds reçoivent, outre des cours de mathématiques et de géographie, un enseignement rigoureux en littérature et rites religieux. Lui-même a été élève de ce pensionnat, il y a cinquante ans : c’est là qu’il a mémorisé les textes sacrés et suivi les strictes cérémonies de purification exigées des futurs mobeds, parmi lesquelles un isolement de vingt-cinq jours dans un temple du feu, où les garçons prépubères avaient interdiction de toucher qui ou quoi que ce soit, et de manger entre le lever et le coucher du soleil.

Les zoroastriens – ici à Karachi, au Pakistan, mais aussi en Inde – exposent leurs défunts aux éléments dans des tours rondes, où ils se décomposent naturellement, sans souiller l’eau, la terre ou le feu. 

Principal texte sacré, l’Avesta contient cinq Gathas composés de dix-sept chapitres, des hymnes révélés par Ahura Mazda à Zarathoustra. Les plus anciens passages sont en vieil avestique, une langue qui aurait été parlée en Asie centrale à l’âge du bronze, il y a environ 3 500 ans. Il inclut aussi le Vendidad, qui est, pour l’essentiel, un précis de lois sociales et ecclésiastiques. Il serait l’un des vingt et un Livres du corpus zoroastrien d’origine. C’est le seul qui nous soit parvenu intact après les pillages de l’Empire perse orchestrés en 330 av. J.-C. par Alexandre le Grand – appelé « Alexandre le Maudit » dans ces régions.

Les communautés zoroastriennes s’en remettent à l’autorité de leur mobed. Dans la tradition parsie, seuls les fils de prêtres peuvent embrasser le sacerdoce. Ramiyar Karanjia explique qu’un mobed ne peut gagner qu’environ 50 000 roupies par an (autour de 550 euros), une somme dérisoire, même dans les régions les plus pauvres d’Inde. La plupart exercent donc un autre métier en plus de cette fonction à temps partiel.

Il n’y a pas si longtemps, un peu moins d’une trentaine d’élèves étaient inscrits au séminaire de Dadar. « Actuellement, ils ne sont que quatorze », regrette le directeur. Le peu de candidats reflète le faible taux de natalité chez les parsis. Les chefs religieux et les chercheurs constatent que ces derniers ont tendance à se marier plus tardivement, si tant est qu’ils se marient, et qu’ils ont moins d’enfants qu’autrefois. Selon les estimations, pour chaque naissance au sein de la communauté parsie, on enregistre quatre décès. Lancée en 2013 avec le soutien de l’État indien, l’initiative Jiyo Parsi promeut la natalité au moyen d’incitations financières, d’un accompagnement, de traitements contre l’infertilité et de publicités. Certains voient avec un humour fataliste l’avenir de leur communauté. « Vous connaissez le film Quatre mariages et un enterrement ?, m’a ainsi demandé un journaliste parsi. Chez nous, c’est “Quatre enterrements et un mariage”. »

Rohinton Nariman, mobed et ancien juge à la Cour suprême de l’Inde, concède que le préjugé contre l’exogamie mènera les parsis à leur perte. « L’Amérique du Nord est le seul endroit aujourd’hui qui accepte les conjoints et les enfants, souligne-t-il. Et je suis certain que le zoroastrisme prospérera là-bas. »

Dans l'entrepôt de trophées de Behnam Abadian, situé dans une zone commerciale à Glendale, en Californie, les statuettes en bronze, en verre et en zinc s’alignent sur les étagères. Elles seront remises à des chefs d’entreprise, des athlètes ou encore des disciples de la scientologie. Behnam Abadian, diplômé en génie civil, a quitté l’Iran le jour de l’invasion du pays par l’Irak, en 1980, et a plus tard épousé « une femme musulmane dans une église catholique à New York », raconte-t-il. Aujourd’hui, il fait partie des administrateurs du Centre zoroastrien de Californie. Et il est aussi très fier de sa dernière oeuvre : une statue de Cyrus le Grand de 3 m de haut.

Je les retrouve lui et son ami Arman Ariane – un styliste né en Iran, qui a émigré à Los Angeles après la prise de pouvoir de l’ayatollah Khomeyni en 1979 – pour déjeuner dans un restaurant persan populaire, près de l’entrepôt. À l’intérieur, des serveurs portant des assiettes de pain plat et de viandes grillées se fraient un chemin entre les tables, au milieu de familles sur leur trente et un. C’est le week-end de Norouz, Nouvel An zoroastrien, devenu aussi le Nouvel An iranien, célébré lors de l’équinoxe de printemps. 

Des invités félicitent le futur époux parsi Zaran Dalal (au centre), lors de son mariage à Mumbai. Le couple est zoroastrien, mais l’exogamie, bien que découragée, est de plus en plus fréquente.

S’il est impossible de savoir jusqu’à quel point Cyrus le Grand respectait les préceptes de Zarathoustra, les disciples actuels du zoroastrisme soulignent fièrement que ce roi perse a veillé à restaurer les lieux de culte de nombreuses religions à l’époque où il régnait sur l’une des premières superpuissances mondiales : dans le fond, il avait créé le premier empire multiconfessionnel.

Les premières communautés zoroastriennes sont apparues en Amérique du Nord dans les années 1950 après l’indépendance de l’Inde et sa partition avec le Pakistan, mais elles ont connu une croissance exponentielle dans les années 1970 et 1980, quand des Iraniens ont fui la révolution islamique de 1979 et la guerre avec l’Irak, mais aussi en raison de la migration économique des zoroastriens d’Asie du Sud. Aujourd’hui, la communauté est stable et ne décline pas face au poids des restrictions ethno-religieuses, constate le professeur Jamsheed Choksy. Les familles sont plus jeunes et les mariages mixtes plus courants. « La dynamique est celle d’une jeune communauté qui entrevoit des perspectives d’avenir », ajoute-t-il.

La Fédération des associations zoroastriennes d’Amérique du Nord (Fezana) a été créée en 1987 et regroupe une vingtaine d’organisations zoroastriennes implantées au Canada et aux États-Unis. Actif dans plusieurs d’entre elles, Arman Ariane est aussi l’un des administrateurs d’un groupe Facebook à l’adresse des convertis. Celui-ci fait partie des nombreuses communautés zoroastriennes qui se développent en ligne, à l’image de la Bozorg Bazgasht Organization (« l’organisation du Grand Retour »), basée en Norvège, dont l’objectif est d’aider à la conversion de zoroastriens dans le monde entier.

Aujourd’hui, plus de 25 000 adeptes de cette religion vivent en Amérique du Nord. Il est difficile d’avoir une estimation plus précise ou de savoir à quel rythme se développe la communauté. Les zoroastriens iraniens ne souhaitent pas toujours être comptabilisés, explique Arzan Sam Wadia, architecte new-yorkais et actuel président de la Fezana : « Ils nous disent : “Voilà mes frais d’adhésion, ne prenez pas mon numéro de téléphone, ne prenez pas mon adresse e-mail.” Ils ont toujours cette peur d’être surveillés par une sorte de Big Brother. » Quant aux zoroastriens récemment arrivés d’Inde, ainsi qu’aux descendants de deuxième et troisième générations, ils évitent parfois de se faire connaître de leurs communautés locales en raison du poids de l’orthodoxie parsie, poursuit Arzan Sam Wadia : « Ils nous disent : “J’ai épousé une hindoue ou un Américain, je ne serai pas admis.” Je leur réponds : “Tout le monde a sa place ici.” Même ceux qui ne pratiquent pas le zoroastrisme peuvent entrer dans notre temple du feu et prier. Nous n’appliquons Nous n’appliquons pas les mêmes normes et règles qu’en Inde. »

Arman Ariane, dont les parents étaient musulmans non pratiquants, se qualifie de zoroastrien par choix. Il se retrouve dans l’importance qu’accorde le zoroastrisme au libre arbitre et à la responsabilité individuelle. 

Aux yeux des disciples progressistes comme lui, le zoroastrisme est ouvert à tous, et dépourvu des restrictions et rituels qui lui ont été imposés par une littérature plus tardive. La foi repose avant tout sur les Gathas, ces hymnes qui reflètent les entretiens entre le prophète Zarathoustra et l’Être suprême, Ahura Mazda, et qui ne sont assortis d’aucun commandement. La prière zoroastrienne consiste surtout en une série de méditations sur ce que chacun devrait faire.

Une image du prophète Zarathoustra est accrochée dans un temple construit autour d’un vieux puits, à Mumbai, en Inde. D’après les universitaires, le zoroastrisme a influencé à la fois le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Aux yeux des disciples progressistes comme lui, le zoroastrisme est ouvert à tous, et dépourvu des restrictions et rituels qui lui ont été imposés par une littérature plus tardive. La foi repose avant tout sur les Gathas, ces hymnes qui reflètent les entretiens entre le prophète Zarathoustra et l’Être suprême, Ahura Mazda, et qui ne sont assortis d’aucun commandement. La prière zoroastrienne consiste surtout en une série de méditations sur ce que chacun devrait faire. 

Malabar Hills est l’un des quartiers les plus chics de Mumbai, mégalopole en pleine croissance dans laquelle 20 millions d’habitants cherchent à se loger dans des immeubles de plus en plus hauts. Mais, au milieu du chaos, les 22 ha de la forêt de Doongerwadi offrent un espace de sérénité, où les parsis se défont de leurs défunts depuis des siècles. « C’est le poumon de Mumbai », affirme Rashneh Pardiwala en désignant les grands figuiers des banians et les manguiers qui nous entourent. Fondatrice en Inde du Centre pour la recherche et l’éducation environnementales (CERE), elle est parsie et a grandi non loin de ces bois, au coeur d’une famille zoroastrienne pratiquante.

Les textes sacrés du zoroastrisme insistent sur les précautions à prendre pour ne pas contaminer l’eau, la terre et le feu. Pendant des millénaires, les zoroastriens y ont veillé en plaçant leurs morts au sommet de montagnes et dans des dakhmas, des « tours du silence », où les corps étaient éliminés par des rapaces charognards. Il y a trois siècles, les parsis ont commencé à construire des tours du silence à Doongerwadi, alors situé en périphérie de la mégalopole de Mumbai. Aujourd’hui, les cinq bâtiments circulaires sont éclipsés par les gratte-ciel.

Les non-adeptes qui assistent à des funérailles à Doongerwadi n’ont accès qu’à deux pavillons en plein air et ne peuvent en aucun cas s’approcher des tours. Même les parsis n’ont pas le droit d’explorer la forêt en dehors des chemins menant aux tours, pour ne pas souiller la pureté des sols. Mais Rashneh Pardiwala a persuadé le comité qui gère le site de la laisser étudier une parcelle de 2 ha. Depuis, elle a fait revivre des pans de forêt en plantant plus de 12 000 arbres de plus de cinquante essences indigènes. Dans la vaste étendue verdoyante de Doongerwadi, dont l’atmosphère feutrée est cernée par l’immensité moderne de Mumbai, on ne peut oublier l’inexorable marche du progrès, dont les conséquences indésirables peuvent transformer jusqu’aux religions les plus anciennes.

Les autours chaugouns, sur lesquels comptaient les zoroastriens pour se défaire de leurs morts, ont depuis longtemps disparu de la forêt, accidentellement empoisonnés par un traitement administré au bétail dans les années 1990. Aujourd’hui, les préposés aux funérailles s’appuient sur des capteurs solaires à concentration, qui permettent à la fois d’accélérer la décomposition et de réduire les plaintes du voisinage. Rashneh Pardiwala et moi prenons place sur les bancs en bois du pavillon centenaire destiné aux non-initiés, rénové récemment à l’initiative de sa famille. « Regardez les vitraux », dit-elle en désignant un panneau coloré qui représente des mobeds priant devant un feu sacré et un chien. Cet animal serait un fidèle compagnon spirituel des zoroastriens, qui aide à guider l’âme humaine entre la vie terrestre et l’au-delà. 

Devant la flamme symbolisant leur foi, Setareh Mandegarian et son fils Kiyan Khadem prient et allument une bougie pour Norouz, au Centre zoroastrien de Californie, à Westminster.

Depuis plus de trois millénaires, les disciples de Zarathoustra apprennent et récitent l’Ashem Vohu, considérée comme une des principales prières du zoroastrisme. Voici une des traductions possibles de ce texte : « La sainteté est le bien suprême, et c’est aussi le bonheur. Bonheur à celui ou celle qui est saint(e) de la Sainteté suprême. »

Le chaos du début du XXIe siècle, alors que s’effondrent les ordres anciens et que la vérité – asha – est de plus en plus difficile à distinguer des mensonges – druj –, rend cette prière réconfortante, à la fois par la simplicité de son message et le défi qu’elle pose. Ce même défi que les zoroastriens cherchent depuis des millénaires à relever, qu’ils soient les chefs spirituels d’un empire, les préposés à l’entretien des feux multiséculaires ou les nouvelles générations, qui tentent de faire évoluer l’univers dans une meilleure direction.

À Doongerwadi, d’énormes corbeaux tournent entre les arbres, emplissant l’atmosphère de leurs croassements insistants. Soudain, deux mobeds voilés de blanc émergent d’un bâtiment voisin, tenant un chien en laisse. Derrière eux, sur une civière en métal, la dépouille d’un parsi mort il y a peu, enveloppé d’un linceul blanc. « Levez-vous ! », me murmure Rashneh Pardiwala. La procession funéraire passe devant nous et se dirige vers une tour du silence, en haut de la colline. D’autres chiens qui paressaient à l’ombre se lèvent et accompagnent le cortège. Puis tous disparaissent dans la forêt et la lumière dorée de l’après-midi. 

 

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