Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

La parole perdue, clefs de lectures et perspectives

Publié le 21 Juillet 2026 par T.D

( Le langage non verbal, le langage essentiel, définition hermétique du mot de substitution, notion de « sacré-réel » et de « sacré-divin », autorité surplombante, l’acte et le mot, l’inversion moderne, clef de lecture et accès à l’encodage du vivant.)

En quoi l’initiation et la méthode maçonnique permettent une meilleure lecture de la réalité ? Quel est l’apport de la légende d’Hiram et du mythe de la parole perdue ?

Le langage fait partie du grand schéma de l’évolution : plus un être est évolué plus il s’autonomise et développe des langages complexes. Derrière le langage on trouve le symbole et donc le signe. L’initié a pour devoir de transmettre la connaissance. La transmission peut être de nature matérielle, sensorielle ou essentielle, elle reste fondée sur l’éveil et la mémoire.

La structure du symbole est en soi organisatrice de la conscience, et se répercute à la fois dans la création matérielle et philosophique de l’homme et donne l’autonomie éclairée appelée conscience. Le langage est donc relatif suivant le milieu culturel, symbolique ou spirituel dans lequel on évolue, mais il peut être aussi non verbal. Chaque situation spécifique entraîne un langage spécifique et une communication adaptée au milieu. Donc nous pouvons dire que la pensée symbolique trouve sa réalisation dans l’œuvre sociale du maçon, dans l’élaboration de la règle (sociale géométrique ou mathématique) et son application. Le maçon est un être intelligent et sensible qui met en pratique sa vision symbolique, ce n’est pas un croyant, c’est une visionnaire. Le croyant est dans l’orthodoxie, le visionnaire est adepte d’une orthopraxie à partir d’un réel réordonné ou réexpliqué à partir des schèmes d’une représentation mentale qui servent des valeurs philosophiques universelles.

Le symbolisme traverse la totalité de la construction sociétale et scientifique. Il serait aberrant que les loges maçonniques oublient d’étudier à haut niveau le symbolisme maçonnique qui est celui de la structuration du temple et de l’homme par les outils et instruments ! Ce symbolisme permet à partir du réel d’accéder à une dimension sacrée en regard de la nature et de l’homme et non pas à partir du sacré d’accéder à un non-réel, un sacré « hors sol ». Donc toute la méthodologie maçonnique est fondée sur l’apprentissage du réel relié à la structure symbolique ; l’éclairement de l’un par l’autre constituant la base de la conscience éclairée.

Nous considérons que la démarche initiatique consiste justement à développer notre perception des choses et des êtres et donc la légende d’Hiram doit nous faire percevoir de nouvelles notions autour du langage verbal et non verbal, grâce à la perte de la forme associée à la perte de la parole. Nous allons donc tenter de rechercher quels sont les nouveaux niveaux de langages et comment ils se justifient en regard de la légende.

Pour démarrer notre recherche, nous établissons trois postulats de départ (parfaitement contestables par ailleurs)

Introduction au sens hermétique de « Mackbenah »

3 postulats

Nous prenons pour premier postulat que la matière peut être un lieu de confusion, mais que de cette matière au sens large va naître la Vie et un certain Ordre « architecturé » structuré, doté de schèmes, limité par la durabilité dans leurs formes soumises à dissolution, décomposition et recomposition cyclique.

Ainsi la forme se dissout et se recompose, mais le schéma structurel de la matière et du vivant demeure et s’enrichit et se régénère en permanence, c’est l’élan vital. Certains ont pu voir dans la disparition de la forme corporelle la preuve que le monde de la matière est le monde de la chute de l’homme et que le corps comme la matière sont une prison pour l’esprit. D’autres considèrent que la forme disparaît pour renaître régénérée.

Le deuxième postulat repose sur un constat : il n'y a pas de plus grande initiation que la réalité. En précisant que c’est l’autre, le frère, qui tel un miroir nous éveille à la réalité profonde.

L’initiation signifie « commencement, entrée dans un cycle de connaissance par transmission » et se fonde sur l’expérience du réel et sur l’élaboration d’une pensée consciente par la rencontre de l’autre soi et du monde. Elle se traduit en action de perfection sur soi et le monde (credo maçonnique).

L’initiation développe en nous les capacités à lire le réel dans des registres sensoriels par transferts symboliques engageant l’intuition et une vision toujours plus globalisante, seul moyen pour expliquer la transcendance. Le caractère non discursif ou non immédiatement logique de certaines apparitions ou théophanies reposeraient (peut être !) sur des aspects de la perception humaine non encore explorés. La transcription dans les livres saints ne serait qu’une version imagée et amoindrie par le vocabulaire de faits ressentis comme vécus, dont on a perdu le sens véritable de lecture.

Donc ce langage caché ou perdu reste accessible aux facultés humaines de représentations et de communications « perdues ». Il s’agit de les retrouver le plus naturellement possible sans passer par un quelconque transhumanisme, et sans s’inféoder à une quelconque croyance mystique qui annule toute tentative d’explication par soi et nous éloigne du réel. L’initiation n’empêche pas la démarche mystique comme situation intermédiaire, mais la dépasse par la vision totale du réel.

Le troisième postulat soumet à notre appréciation que la parole perdue commune à tous les rites au grade de Maître se retrouve substituée par un langage corporel et infra verbal.

À la forme dégradée du corps correspond une forme non verbale du langage.

C’est donc par la perception de la « forme » dégradée en retrouvant la dépouille d’Hiram, qu’un langage corporel « par défaut » donnera le mot de substitution : Mackbenah « la chair quitte les os » qui n’est que le constat sur un mode discursif de l’état corporel d’Hiram. Le corps dégradé reste symboliquement chargé de sens. Il faut donc dépasser le mode non discursif.

Dans un second temps c’est par perception de cette « essence » (ici l’odeur de putréfaction) que nous parlerons de langage infra verbal et subliminal qualifiant la nature de la transmission « fils de la putréfaction » qui se décline en « Fils du maître mort », ou « Il vit dans le fils ».

Dans un troisième temps on tente de qualifier la situation de manière plus essentielle : « c’est du compost hermétique universel que l’architecte dégage l’ultime ferment », nous y reviendrons.

Donc si la substance se délite (compost) et libère l’essence (ultime ferment), le troisième postulat implique que la forme en dissolution exhale le souffle ou l’essence. Ainsi le mot attaché à la formation sera perdu comme la forme, au profit d’une expression corporelle ou autre qui constate le phénomène par l’expression d’un langage non verbal. Ceci nous oblige à penser la réalité non verbale sous ses différentes formes d’expression. La situation nous engage dans un langage sans mot !

L’absence nous incite à découvrir le renouvellement de la parole et donc des formes.

Nous voulons préciser cette notion d’essence : Il resterait donc une « essence », une trace, attachée au mot considéré sacré et à l’individu décédé, mais non disparu, cette essence n’est jamais vraiment perdue. Il faut la percevoir dans un autre registre et tenter de la verbaliser.

Cette verbalisation aura lieu au moment de la redécouverte du cadavre par les 9 maîtres au REP (et non 15) jusqu'à son deuxième ensevelissement sous le Saint des Saints, où cette trace, cette essence se confondra dans une verticalité symbolique avec la pierre d’autel, l’arche d’Alliance et la notion de « Présence » qui y est attachée. Ainsi nous pourrions avancer l’hypothèse que le corps d’Hiram serait une prison et que la mort libère de cette prison une partie (ferment ultime) de lui-même perceptible et exprimable dans un niveau supérieur (Présence-Shekinah).

La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages.

La signification hermétique du mot

Avant d’aborder la signification hermétique du mot, il convient de remarquer l’instabilité scripturale de l’expression attachée au grade de maître : “Maya Byn”, dans le Sloane de 1700 ;
“Matchpin”, dans le Trinity College de 1711 ;
“Maughbin”, dans A mason’Exami­nation de 1723 ;
“Magboe”, dans Les Institutions des Francs-Maçons révélées en 1725.
L’expression la plus connue est sans doute : « Marrow in this bone » (Moelle dans cet os) dans le manuscrit Graham de 1726. Ce pourrait être l’origine de Mac-Benac par une suite de déformations phonétiques ou de transcriptions » avec le mot anglais "bonne" qui signifie « os » traduction en mot sacré de substitution sur un mode discursif « la chair quitte les os ». La Grande Loge de Londres utilisera Makbenah à partir de la déformation Marrow bonne d’origine calviniste relatée dès 1696 dans le Ms l’Édimbourg. On trouve aussi l’expression Maobon. Etc.

Dans le catéchisme du Rituel du Marquis de Gages de 1763 (RF), à la question de sa signification, la réponse est :
« Mac-Benac signifie « la chair quitte les os… » Bref on constate que s’il fallait parler de parole perdue c’est qu’en vérité la parole rituelique d’origine semble avoir été réellement perdue ou déformée par transcription.

Pritchard dans la maçonnerie disséquée de 1730 fait apparaître la légende d’Hiram telle que nous la connaissons et la forme hébraïque substituée Mackbenah avec sa traduction « The builder is smitten ».

Le mot originaire dans le compagnonnage français, d’après Patrick Negrier (La tradition initiatique, ed Ivoire clair P 140), serait « makaboé » qui est le mot de guet des tailleurs de pierre qui veut dire en hébreu marteau, quant aux cinq points de la maîtrise pour le relèvement c’est le processus de la guilbrette du compagnonnage qui établi déjà cinq points associés à la danse des macchabées.

Le relèvement lui-même est un langage, voir une communication non verbale des corps, et rappelle le relèvement du cadavre de Noé décrit dans le Graham de 1726 ou les trois fils de Noé appliquent ces cinq points au corps de leur père pour retrouver son secret, et ne retrouveront qu’une expression substitutive. Notons que le relèvement n’est pas une ressuscitation, mais une nécessité pour donner au cadavre d’Hiram une sépulture dans le Saint des Saints du temple.

La substitution est l’aboutissement d’une recherche et d’un relèvement suite à la mort. La substitution semble qualifier des éléments de survie par delà la mort. On recherche un corps afin qu’il livre son secret. Donc le secret au cadavre qui reste investi.

C’est le sens du secret du mot que d’être recherché par un rencontre avec le cadavre qui reste investi d’une présence. Par l’effet du miroir hermétique, cette présence se traduit par une présence en soi, et un relèvement en soi. Le résultat de cette rencontre avec la mort est un réveil en soi de quelque chose d’endormi ; c’est une révélation à soi. Cette révélation à soi est due au langage non verbal ou préverbal du corps d’Hiram en interaction avec les maîtres.

La signification du mot Mackbenah est donnée (au REP) pour « la chair quitte les os », dans l’instruction au REP pour « Fils de la putréfaction », ou « Fils du maître mort » ce qui laisse augurer un transfert successoral de sens, de personne à personne, mais aussi un transfert alchimique confirmé dans l’instruction par cette phrase « que c’est du compost hermétique que l’architecte dégage l’ultime ferment Spirituel »en termes alchimiques cela se rapporte au fait de « naître de la putréfaction » qui désigne une part du Grand Œuvre.

Il faudra situer la hiérarchisation de la transmission entre le mort et le vif, ce qui implique que la transmission au niveau du Maître est directement liée à la transformation de la matière, et à son changement d’état.

Cette expression ne dit pas si l’architecte « mort » est une autorité surplombante et extérieure à soi ou si elle réside en nous ! Autrement dit on ne dit pas si le relèvement est un transfert d’âme ou d’esprit d’un corps à l’autre (relevé=relevant) ou s’il s’agit d’un relèvement purement interne à soi provoqué par l’expérience « initiatique » de la vision et du toucher notamment. D’après nous, la traduction « il vit dans le fils » ne relate pas la transmigration de l’âme d’Hiram, mais relate la présence d’un maître intérieur endormi qui vit en nous. C’est ici que se situe l’effet miroir.

Dans ce dernier cas il s’agirait du relèvement du maître intérieur né du substrat de l’infra conscience qui résidait en puissance en chacun de nous. Ce serait en réalité une image archétypale de soi qui résidait en nous de manière racinaire (le Shin et ses racines, voir la relation avec la griffe du maître) et qui par l’effet du choc initiatique vient à se déployer dans la totalité de notre for intérieur. Ce serait donc au sens propre une révélation à soi, une renaissance en soi.

Ce relèvement intérieur de l’Archè est d’autant plus souhaitable qu’il évite les problématiques hasardeuses de la transmigration des âmes et de l’animisme qui s’y rattache. Ce relèvement du maître intérieur étant commun à tous les maîtres contribue fortement à l’égrégore. L’initiation du maître devient alors aussi claire que transparente : Il s’agit d’une extraction du sens supérieur de la situation soit une signification en esprit et non pas un transfert de l’âme animatrice du corps. Nous sommes dans le langage initiatique et non pas dans une opération magique relevant de l’animisme.

C’est ainsi que l’explication classique doit être tempérée, car elle établit une inversion qui n’a pas lieu d’être :

Dans l’explication classique, on dit que le Maître fut « ressuscité » par l’accolade et les 5 points de la maîtrise et plus particulièrement par le « Mot de Maître » qui s’analyse en un souffle et un échange entre le relevant et le relevé. Par l’échange de souffle, le « Maître » est censé laisser place à son élève, ressusciter dans son disciple par la transmission du « souffle animateur». C’est alors que le franc-maçon deviendrait, le fils et le successeur d’Hiram par communication du souffle. Mais en réalité l’échange ne ressuscite rien de semblable à la scénographie du Christ, l’échange n’est que transmission non verbale qui crée le réveil du maître intérieur, le souffle d’Hiram devient un ferment pour l’initiation aux grands mystères.

La filiation est dans la transmission de la connaissance de soi et non pas dans la transmigration de l’âme pas plus qu’une ressuscitation-resurection.

Ceci éclaircit le débat sur la ressemblance entre le sacrifice d’Hiram et celui du Christ en écartant la palingénésie. La ressuscitation n’exclut pas la perception d’un nouvel état « non corporel » et plus particulièrement spirituel, mais la légende d’Hiram n’est pas une ressuscitation, c’est une prise de conscience initiatique par le développement de nouveaux sens.

C’est donc à partir cette « extraction » du ferment « spirituel » pour « mak-benah » (ou de la substantifique moelle pour « Marrow is bone ») et donc du sens « sacré » que détenait Hiram avec Hiram de Tyr et Salomon que nous allons tenter de faire ici un lien entre la question de l’autorité technique et spirituelle ( 1) et le niveau de langage, les deux étant )sans doute liés comme l’équerre et le compas et les clefs de lecture pour retrouver la parole (2), puis dans une troisième partie, nous étudierons la relation entre l’acte et le mot au plan symbolique (3) pour dans une dernière partie conclure que la parole perdue suggère un encodage du vivant par le jeu de miroir qui permet l’émergence d’un métalangage (4).

1re Partie :

La question de l’autorité surplombante et son importance dans la notion de parole perdue.

À partir de ces trois postulats et du sens hermétique du mot, nous tirons le constat que le divin dans la tradition maçonnique est lié à l’acte artisanal de la transformation de la matière.

Ce divin est l’autorité surplombante absolue qui adhère au réel, assimilable à la conscience la plus éclairée, et reste une création de l’homme.

Cette dimension du réel s’impose à soi (révélation à soi) comme un processus architecturé (GADLU), alchimique (mak-benah) et par le truchement de « l’autorité surplombante » qui transmet aux maîtres dans une filiation initiatique, le compendium nécessaire à l’organisation des hommes (mahobone).

Ce processus architecturé implique une hiérarchie qui donne la légitimité de l’acte transformateur en regard du plan. Cette hiérarchie de la connaissance va générer la notion de reliance avec le sommet.

La reliance mémorielle dégénèrera en images archétypales puis en mythes et en croyances.

C’est ainsi que le maître, par la transmission, à vocation à incarner l’architecte sans l’être réellement et doit comprendre à son tour la nécessité d’établir une autorité surplombante pour bâtir en matière et ordonner aux ouvriers à partir d’un plan.

Par la transmission hiérarchique et initiatique, le maître intègre la nécessité de l’autorité qui naturellement s’agrège au divin car la connaissance fut-elle initiatique est supposée dans l’histoire de l’homme trouver sa légitimité en s’associant avec un ordre de provenance supérieure (reliance qui deviendra croyance et dogme).

Dans tous les cas la transmission des secrets du métier qui permet de mettre au jour le passage de la reliance (orthopraxie) à la croyance (orthodoxie), sont en occident sous la protection des rois et des princes. Les secrets de la voie artisanale démontrent l’articulation majeure qui fait passer l’homme de la reliance à la croyance et sont donc depuis la mort de l’architecte passées sous les autorités surplombantes royales ou sacerdotales.

La légende d’Hiram ne fait que relater la société fondée sur la hiérarchie de la connaissance initiatique qui passera sous la hiérarchie de droit divin, contemporaine des Stuarts avec les trois ordres initiatiques : l’ordre artisanal, l’ordre sacerdotal et l’ordre chevaleresque ou royal. Mais les guerres de religions contemporaines de la naissance de la maçonnerie spéculative vont raviver le fond initiatique de la reliance afin de dépasser les croyances concurrentes. La parole perdue puis substituée atteste de cette tentative de changement de paradigme. Les grades suivants celui de maître diront si cette tentative fut couronnée de succès.

1/ La représentation œcuménique et sa triangulation maçonnique

Le divin est une nécessité des premières sociétés et fait partie de notre paysage mental et spirituel jusqu’à devenir réalité sociale.

Grossièrement, la période du divin suit la période magique et précède la période de la raison. Il se trouve que l’homme porte en lui les trois lectures du monde suivant les trois langages. Les trois sensibilités sont en l’homme et font de l’homme un humain. C’est ainsi que les francs-maçons dans un souci œcuménique, voulant dépasser les oppositions religieuses du XVIIème et XVIIIème Siècles ont substitué le terme Dieu par le terme générique du Grand Architecte de l’Univers, donnant à ce substitut un aspect plus accessible pour le maçon spéculatif et associant l’acte humain terrestre à une pensée céleste.

C’est ainsi que s’amorce la redescente ou la dégradation de l’autorité surplombante.

La gradation initiatique est liée à l’explication du « divin » (synonyme de conscience éclairée), c’est d’ailleurs l’objet secret de la représentation par l’échelle double : l’accès à la conscience éclairée située au sommet est suivi de la redescente par un autre versant jusqu’au retour sur terre. A une gradation du divin succède une dégradation, ce qui correspond strictement au caractère prométhéen de la voie initiatique.

La légende d’Hiram respecte à son tour un ternaire royal sacerdotal et artisanal composé du Roi Salomon, de Hiram de Tyr et de Hiram Abif Ce sont les trois délégataires du GADLU, lui-même délégataire du Divin, mais l’autorité surplombante déléguée à Hiram va se dégrader à son tour par une transmission filiale à tous les maitres.

La dégradation se fait donc en trois temps :

1/ Dieu essence devient GADLU « sens et matière » qui a fait un plan transmis à David, ledit plan est la maison qui accueille la dimension essentielle dans la matière et la vie,

2/ le GADLU devient trois personnes (triangulation maçonnique) qui exécutent le plan : Salomon dans la suite de David, Hiram de Tyr, Hiram Abi, chacun représentant les trois ordres face au chaos en organisant les trois sensibilités historiques de l’homme : le magique (les cèdres du Liban, les richesses de la grande nature), le spirituel (détenteur des plans, des tables de la loi et de l’Arche) et le rationnel (le fondeur et l’organisateur du chantier).

3/ Hiram qui sait lire le plan suivant les trois sensibilités, et métamorphoser la matière devient par transmission filiale tous les maîtres qui ont perçu l’essence.

Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital.

C’est par Hiram en décomposition que la filiation essentielle et donc vitale se diffusera à tous les maîtres. La Lecture du plan sera possible par chaque maître à qui on a transmis les éléments de langage et les clefs de lecture.

Donc tout repose, dans cette voie initiatique, sur l’acquisition des éléments du langage des maîtres qui regroupent les trois consciences historiques de l’homme et aboutissent à une vision totale et vitale. Il serait aberrant de vouloir trouver dans la légende d’Hiram une transmission relative au principe de mort. Bien au contraire il se libère et se transmet au maître le principe de vie qui est l’essence même de la transformation de la matière et de l’évolution du vivant.

Cette architecturation « maçonnique » du divin, doublée de son anthropomorphisation royale nous fait dire que le divin est un « espace construit » et « réservé » de la conscience de l’homme, évoluant dans le sacré et qu’à ce titre le « maçon » en serait l’inventeur, l’auteur, le bâtisseur et le gardien (notamment dans les hauts grades). C’est ce qu’on appelle une spiritualité construite, nous ne sommes pas dans une spiritualité révélée ! La seule chose qui est initiatiquement révélée au maître, c’est la vision directement liée au niveau supérieur de langage ou à la conscience qu’on appelle aussi la lumière.

Le franc-maçon du XVIIIème siècle aurait reconnu le divin dans les facultés conceptuelles d’un architecte qui dessine ou exécute des plans, faisant une œuvre de l’esprit qui devient matérialisable et lisible par tout initié qui en connaît le langage. La transmission du GADLU à Hiram puis de Hiram aux Maîtres est ainsi établie en « lien filial » qui justifie l’expression suivant laquelle tous les maçons sont « frères » par l’initiation, par la perception commune du sens et de l’essence pour former la vision de ce qui il de grand en l’homme. C’est ainsi que, pour le franc-maçon adepte d’une orthopraxie, le divin qui ordonne le chaos est synonyme de conscience éclairée qui organise la pensée et les actes.

2/ Émergence d’une spiritualité construite fondant le « sacré-réel »

Donc le sacré est réellement accessible à la « construction » mentale du maçon puisse c’est lui qui construit le temple qui est la maison du divin !

Avec ce qui précède nous établissons la notion de « sacré-réel » qui est un sacré construit de la main de l’homme (le temple) et nous disons que la réalité intègre la spiritualité « construite » comme une faculté représentative et réalisatrice de l’homme. Cette spiritualité « construite » ferait corps avec la réalité. Cependant, elle n’est accessible dans sa construction, ses fondements et modalités d’expression que par un langage idoine dans un registre « caché » où perdu. C’est ici que se situe le problème.

Ce langage idoine est lié à la table à tracer des maîtres sur laquelle est figurée une authentique table de lecture en croix dédoublées (clef de lecture) dans laquelle prennent place des lettres ou des chiffres ou des syllabes formant ainsi une combinatoire du langage sacré. On comprend que la table à tracer des maîtres composée d’une double croix fut sans doute destinée à l’élaboration du plan et au langage sacré qui sont synonymes. L’alphabet maçonnique sera une variante ludique de cette clef de lecture composée d’une croix dédoublée formant les 9 cases d’une marelle combinatoire ou ennéade et d’une croix de Saint-André de 4 cases, qui tente au plan humain, de quadriller le cercle de la pensée, autrement dit d’expliquer par tout moyen rationnel la notion d’esprit. Notons que ces deux figures ont vocation à se superposer.

Ce jeu cryptographique sera justement reporté sur la pierre cubique à pointe qui constituera dans son déploiement le compendium mnémotechnique de la connaissance des clefs de lecture par le franc maçon de tradition. Le jeu, nous le savons pour les tarots notamment, le jeu de l’oie, les jeux d’échecs ou la marelle, le mât de cocagne, est une perception dégradée d’un langage supérieur lié à une organisation essentielle ou à un métalangage symbolique.

3/ Le registre perdu

Ce registre perdu est comme toutes les langues expression d’une intelligence et donc attaché à la mémoire, à la représentation mentale, à la cognition, aux des clefs structurantes, et probablement aussi, aux lois de correspondances (croix dédoublées de la table à tracer des maîtres), etc. Ce registre perdu serait initiatique, et à ce titre une combinatoire qui donne la vision globale et structure l’expression symbolique et subtile.

Il conviendra donc de rechercher les clefs qui font ce réel et les codes qui permettent de le lire ce « sacré-réel » dans un niveau de langage rehaussé. Nous verrons que ces clefs font toutes état d’un centre et ont pour point commun d’échapper « au temps réel » en se reliant directement à l’origine et à l’ontologie et donc à l’intemporalité. Ceci expliquant que si ces « clefs-modèles » échappent à la contingence, elles en constituent malgré tout la structure de base. (On notera que par transmission graduelle le REP donne à lire ces clefs, démontrant le caractère véritablement initiatique du rite, sans clefs il ne peut y avoir commencement de lecture, ni vision éclairée.)

4/ Du divin organisateur au grand architecte – l’autorité surplombante

Née de la geste créatrice, la parole nomme et classifie, mesure et organise les formes.

La parole étant liée à la création, peut-on s’inquiéter de la perte de celle-ci par l’autorité surplombante ou doit-on se réjouir que l’homme initié puisse reprendre possession de la geste créatrice. Toute création ne perdure et évolue qu’en relation avec un environnement organisé lisible par l’homme, le chaos serait en un certain point de vue une destruction d’un ordre pour le remplacer par un autre. Le franc-maçon déclare chaos toute destruction de vie et toute rupture avec la progression de l’homme sur le chemin de son humanisation. La parole perdue ne doit pas faire place à la parole de destruction de l’homme. Autrement dit, une autorité surplombante, lumineuse et organisatrice des progrès de l’humanité, ne doit pas être remplacée par une autorité de l’ombre.

L’autorité surplombante est le fruit de l’organisation des sociétés humaines qui joue un rôle dans la transmission et accapare le langage subtil né du langage non verbal et du langage symbolique. Ce langage doit rester l’expression d’une espérance.

L’autorité surplombante

Le rôle de l’autorité est d’organiser, arbitrer et préserver.

Le point commun des individus-tribaux est cette faculté d’élaborer ou de redécouvrir cette supra-conscience commune qui élabore le couple Dieu- autorité surplombante qui produira les lois comportementales et morales d’une société sédentaire. C’est par cette approche que l’on découvre les archétypes et les signifiants originels, et c’est par eux que l’on se donne encore des chefs et des autorités surplombantes. Sur la base de ce constat, il est donc possible de retrouver le cheminement qui mena l’homme à nommer dieu après l’acte humain le créant.

Le grand architecte appartiendrait encore au sacré réel du fait de sa proximité avec l’artisan. Le grand architecte on l’a vu n’est pas synonyme de dieu, mais de « conscience éclairée » dans les trois voies, artisanale, sacerdotale et royale. Au demeurant il utilise le compas et l’équerre comme un artisan, alors que le divin souffle sur la surface des eaux et utilise le logos.

Le choix délibéré de l’homme de se choisir un dieu ou un chef pour qu’il promulgue et légitime une norme (plans ou lois) qui s’impose à tous et ordonne ainsi le chaos humain est une démarche construite par l’homme. Cette démarche créatrice provoquera la mise en place d’une fonction sacrée.

La mémoire

L’organisation durable dépend de la mémoire.

Nous gardons tous la mémoire du « non-temps » et du « non-lieu » (le paradis perdu), et nous rêvons d’y faire retour, comme une nostalgie des origines qui hante l’humanité. Ce rêve est le même que l’acte de nommer Dieu, il est très ancien et il est perdu comme la parole, simplement parce ni la parole ni le paradis perdu, ni le Graal ne se trouve dans le domaine discursif et immédiat, ils demeurent enfouis dans la mémoire ancienne à laquelle on accède par le rêve et le symbole.

Relater toutes ces pertes (mémoire, parole, immortalité, etc.), c’est reconnaître l’amoindrissement de nos facultés cognitives et interprétatives en situation courante, mais c’est dans le cas de la parole perdue d’Hiram une réappropriation par l’homme des schèmes organisationnels (griffe du maître).

La perte est généralement due à l’éloignement du centre originel, on comprend alors que le chemin du rêve et du songe redonne une actualité au sens et au réel ancien. La difficulté consiste à ramener le sens dans l’ordre d’une volonté humaine oubliée qui faisait du divin un accessoire de l’organisation par l’homme de l’espace, du temps et des institutions. Finalement le divin va couvrir notre perte de mémoire et transformer cette reliance orthopaxique en croyance orthodoxe.

La parole perdue serait donc le moyen de recouvrir notre autonomie créatrice et organisationnelle qui demeure une orthopraxie fondée sur la lecture du monde et de soi.

La codification :

L’organisation implique une codification.

Le terme symboliquement utilisé par les francs-maçons pour ouvrir leurs travaux est le MIDI, soit un plus haut lumineux qui nous donne l’impression du temps suspendu. Toutes les civilisations ont des mythes communs qui attestent d’une unité primitive, suivant diverses modalités, mais qui ramènent toutes à celle du commencement. Plongées dans l’évolution et la différenciation, les générations successives semblent conserver un « germe » commun relatif au redressement du bipède face à la lumière, à son évolution de chasseur nomade vers celui d’éleveur puis dans les siècles à venir de jardinier sédentaire.

La lecture du monde et du vivant a évolué en même temps que le langage et l’interprétation de la lumière, mais certaines facultés se sont endormies alors que d’autres se développaient. La codification morale et légale s’installait en même temps que la codification du langage né des facultés cognitives, garantissant l’ordonnancement et l’échange.

Ces évolutions sont lisibles en franc-maçonnerie
dans le tableau de loge qui est une évocation narrative traduisant une représentation graphique et symbolique du penser et du faire ainsi que des limites d’expressions assignées au niveau d’entendement (grades). Le choix du vocabulaire se fait sur le mode de la transformation de la matière par l’intervention du discernement et de l’esprit. La construction symbolique par les outils instruments et matériaux, relate la grande aventure de l’intervention de l’homme sur le milieu naturel et trouve son orientation lumineuse dans la course du soleil et des étoiles. C’est la perception de la lumière que crée la compréhension du vivant.

Ce niveau d’entendement s’élève suivant le grade jusqu’à se rapprocher symboliquement du sommet de la montagne. Notons que le sommet de la montagne ou l’arbre ou l’échelle et la tour sont des marqueurs de la transcendance. C’est souvent au sommet de la montagne, marqueur de la transcendance, que se transmet le discernement, soit par révélation soit par épiphanie : le plan du temple (donnée par le divin à David), la vision d’Ezéchiel, les tables de la Loi (donné par le divin à Moise), le Livre Sacré (histoire de l’homme-dieu crucifié sur le Golgotha), Hiram enterré au sommet du mont Hébron puis dans le Saint des Saints, etc.

Ces visions et apparitions sommitales sont relatées dans les livres de sagesse comme structurant le langage symbolique. Il s’agit là de l’encodage des archétypes associés à l’ordonnancement du chaos par la lumière, c'est-à-dire la conscience éclairée, ils vont former le langage symbolique.

Cet héritage de la pensée symbolique et subtile élaboré dans les temps anciens, va rentrer dans le corpus de l’autorité surplombante qui, dans son processus de séparation du monde profane, met en forme ces figures majeures de la pensée universelle pour en faire croyances et structures du langage religieux.

L’oubli et la reconquête

Toute organisation s’appuie sur une sélection des données et images et l’élaboration d’un récit qui la légitime.

Cet ordonnancement éclairé du vivant est réalisé par une autorité surplombante dès l’origine. Mais cette autorité surplombante n’avait d’existence légale que par la volonté organisatrice des hommes. Ils devaient pour valider la toute-puissance de cette autorité divine ou royale, oublier qu’ils en furent les auteurs. Comment valider le couronnement d’un roi sans intervention divine ? Comment installer la filiation royale ? Comment décider d’une guerre juste sans validation divine ? Comment imposer une règle morale ou une loi réorganisatrice sans le lien légitimant du divin ?

En oubliant cette origine humaine de l’autorité surplombante, le divin prit son autonomie est s’imposa comme sacrum, dans une croyance qui assujetti et annexe tout les marqueurs symboliques et subtils du « sacré réel » telle que la pierre dressée ou de fondement, ou la sortie de l’esprit-essence du corps-substance lors de la mort.

Le nom du divin fut oublié en même temps que son origine humaine et le divin régna de lui-même dans les consciences en épousant et occupant marqueurs du « sacré réel » dans les transmissions et la tradition.

Retrouver la parole perdue veut dire retrouver l’origine du divin en l’homme qui est peut-être son propre paradis perdu, un âge d’or où l’homme était comme un dieu…en essence. On comprend que ce désir de reliance à plus haut dénote un manque de confiance en l’homme, en regard du chaos et des questions existentielles. On constate que l’autorité surplombante sans contre-pouvoir, a une tendance naturelle à oublier son origine humaine pour se rendre autonome et s’imposer aux hommes par l’action d’une caste et sa maîtrise du mystère et la subtilisation du langage symbolique et subtil.

Par cet oubli de l’origine humaine du sacré et de l’autorité on abouti au glissement du « sacré réel » vers le « sacré divin » autonome. C’est ainsi que le divin voilé et séparé ne devait et ne pouvait plus être nommé. Oublier son nom, c’était oublier son origine humaine… et l’origine humaine de la pierre dressée.

La légende d’Hiram permet donc a l’initié de reprendre possession de l’autorité et de l’idée surplombante. C’est la reconquête de l’étoile comme source d’inspiration par le maître du compas et de l’équerre

(Nous poursuivrons cette exploration de la parole perdue dans une prochaine publication)

E.°.R.°.

commentaires
Publicité

La vérité et la parole perdue …

Publié le 21 Juillet 2026 par T.D

 

C’est la quête… Mais peu le savent !

« Vérité est la Lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et qui veut regarder. Le Devoir y conduit sûrement.».

La vérité est au-dessus de l’humain, elle est l’inaccessible étoile!

Elle est ainsi voilée par notre matérialité, seule la purification et la spiritualisation nous permettront de nous orienter vers ce qui est vrai. Il s’agira alors de passer de la quintessence au sixième sens.

Il faudra trouver le moyen de passer de l’individuation des sens pour aller au bout de la matérialité et ouvrir l’intelligence du cœur pour faire parler autre chose qui est en nous.

Vérité et parole perdue sont donc intimement liées car l’une et l’autre permettent de s’approcher d’une conception globale du principe, c’est-à-dire la connaissance Dieu, Grand Architecte de l’Univers.

Comme cette parole perdue nous est inconnue, s’éclaire alors une autre vérité qui nous est révélée, savoir « qu’il est plus facile de faire notre devoir que de le connaître», puisque le Devoir c’est la recherche de la parole perdue, c’est-à-dire de la connaissance originelle avant la chute de d’Adam.

La recherche de ce qui est perdu va devenir la quête de l’être dans son principe originel : ce qui a vraiment disparu pour nous, c’est la conception de l’Unité dans l’ensemble de l’ouvrage organisé par maître HIRAM et pour le continuer, du moins jusqu’à une certaine limite, il faudra bien envisager une solution de remplacement.

Lors de la mort de l’architecte HIRAM, et de peur que ses assassins ne découvrent l’ancien mot de maître, fut, d’un commun accord entre les maîtres partis à sa recherche, substitué, lors de la découverte du corps, un nouveau mot correspondant à celui prononcé en retrouvant son cadavre, ce mot substitué étant MOHABON (M B) qui signifie « le fils issu du père », mais qui semble aussi dériver de la distorsion en Hébreu des mots « Ma Haboneh », ce qui se traduit par « qui est l’Architecte ou le Constructeur (boneh = architecte) ? ou l’Architecte est frappé». Ce mot substitué est à d’autres rites prononcé « Mac Benah », improprement traduit par «la chair quitte les os »

La parole initiale, c’est-à-dire l’ancien mot de maître qui était donc encore connu d’eux lors de la mort d’HIRAM, n’est donc pas véritablement perdue, mais seulement remplacée pour la circonstance.

Comme HIRAM n’est plus, la tradition ternaire est rompue puisqu’il ne reste plus que Salomon et Hiram, roi de Tyr.

Dès lors l’ancien mot de maître n’est plus opérationnel et ne peut plus être valablement communiqué par les deux maîtres restants, ce qui empêche à l’avenir toute élévation à la maîtrise.

Muni de ce nouveau mot substitué, le maître devra tracer sa route vers la vérité qui lui est liée, vérité qui comme nous le dit Platon est « l’adéquation de la chose et de l’entendement ».

Cet épisode de la parole perdue découle directement de la bible, de la perte de la langue originelle et de la confusion des langues dans la Tour de Babel, cette dernière étant liée à l’orgueil de l’homme cherchant par là à atteindre le Ciel et la Connaissance.

La parole perdue, c’est cette disparition de la langue originelle, ce qui a retiré momentanément à l’homme les moyens d’une remontée prématurée et l’a obligé à faire l’expérience intégrale du plan de la matière puisque la perte de la parole a momentanément coupé sa conscience des plans supérieurs.

Mais quelle est donc cette parole perdue ? C’est la clé du secret maçonnique!

« Le Grand et Ineffable Nom du Grand Architecte de l’Univers, Moise seul en avait la prononciation qu’il tenait de Dieu; Moise défendît alors par une loi de prononcer jamais ce mot, ce qui fit que la vraie prononciation fut perdue; mais j’espère avoir un jour la connaissance de cette Parole Ineffable. »

Elle aurait été transmise au grand prêtre et correspondrait au tétragramme hébraïque dont la prononciation n’était connue que du grand prêtre du temple de Jérusalem prononcée une fois l’an lors des cérémonies annuelles du Kippour devant les autres prêtres assemblés qui faisaient beaucoup de bruit pour empêcher que les fidèles réunis dans le temple n’en entendent la prononciation.

Les seuls noms autorisés pour les profanes étant « HASHEM, c’est-à-dire « le Nom » ou ADONAI « Mon seigneur » en matière religieuse.

La quête incessante du maçon, dès la maîtrise et dans les grades supérieurs, est donc celle de la recherche de la parole sacrée et de sa vérité, d’abord dans son écriture originale c’est-à-dire dans son fort intérieur, puis s’il en est capable, dans sa prononciation ou vocalisation.

Le Sefer Yetsirah, le grand livre ésotérique juif de la formation, affirme que la création de notre univers fut effectuée par la manipulation des lettres formant le tétragramme.

« Il choisit trois lettres parmi les simples (dans le secret des trois lettres mères Aleph/Mem/Shin) et les fixa dans son grand nom (Yod/Hé/Waw) et scella avec elles les six extrémités (dessus, dessous, à l’est, à l’ouest, au sud, au nord)… Voilà les vingt-deux lettres (de l’alphabet hébraïque) avec lesquelles il a gravé EHYEH, YAH, YHWH, ELOHIM, ELOHIM YHWH, YHWH TSÉVAOT, ELOHIM TSÉVAOT, El SHADDAÏ, YHWH ADONAÏ… »

Les neufs rayons de notre tableau de loge comprennent neufs de ces noms :

« EL — ELOHA — ELOHEM — EHEL — EHHAI — JUDDAI — IAH — ELION — SEBAOTH sont pris du Nom de la Divinité depuis l’Alphabet des Anges et de l’Arche Cabalistique. »

Chacun de ces noms correspond à divers attributs de la divinité.

« Ce sont les Neuf Noms que Dieu donna lui-même à Moise sur le Mont Sinaï en lui faisant espérer que sa postérité aurait son vrai Nom. » dit notre rituel.

Nous devons donc cheminer de mots substitués en mots substitués, ces derniers nous permettant quand même de bâtir notre temple intérieur sans trop de problèmes et avec une certaine vérité : MOHABON, c’est l’architecte qui nous suffit pour affirmer notre début de spiritualité dans une dimension verticaliste.

La Vérité

La maîtrise du verbe et de la vérité, c’est-à-dire l’accès progressif au pouvoir sacerdotal identique à celui du grand prêtre, butera sur l’essence du principe suprême, et même si nous connaissons les lettres, nous ne connaîtrons jamais la prononciation, car elle est la vérité des vérités, le secret de nos origines : Dieu, Jéhovah, Allah ne sont aussi que des noms substitués.

On peut penser que la disparition du maître HIRAM liée à la disparition du tétragramme, était dés lors nécessaire pour donner naissance à des mots substitués, mots possédant une vérité à portée humaine.

La vérité absolue est inaccessible à l’homme, mais nous devons tendre sans arrêt vers elle, jusqu’à notre ultime initiation, lors de laquelle, peut-être, nous sera révélée la prononciation du vrai nom du grand architecte de l’univers dont René Guénon nous dit « qu’il n’est pas autre chose qu’une question et que la réponse à cette question, serait le vrai mot sacré ou la parole perdue ».

Mohabon, l’architecte, Ma Haboneh, qui est l’architecte ?

Nous sommes sûrs que chacun trouvera un jour dans la parole perdue à la graphie retrouvée, ce qu’il est capable d’y découvrir et qui deviendra sa vérité du moment.

Nous ne serons donc jamais autorisés en ce monde à prononcer la parole perdue, la faire vibrer à nos oreilles pour ébranler les niveaux supérieurs de la conscience, et accéder ainsi au monde supérieur de l’émanation, car nous ne sommes pas Dieu, le G.A.D.L.U : nous ne pourrons que l’épeler lettre par lettre, sans ne former aucune syllabe, ce qui est le propre du maçon depuis le début de sa progression vers le sacré (« je ne sais ni lire, ni écrire, je ne sais qu’épeler » …).

Personne ne parviendra jamais à découvrir cette parole de vie, porteuse d’un idéal de perfection, à la fois perdue et recouvrée, puisque son approche ne peut se faire qu’en l’épelant selon le système du syllabaire et jamais en la prononçant.

Chacun de nous ne pourra espérer s’en approcher qu’en s’efforçant de l’incarner lui-même.

Mais cette fantastique recherche nous aura construits et complètement initiés.

Sans oublier, comme nous le précise le Zohar, que la connaissance de tous ces noms de Dieu crée une immense vibration spirituelle qui est un puissant antidote contre l’énergie négative de notre ego qui nous empêche de dominer notre monde physique.

Ce qu’il importera au fond de combattre, ce ne sont pas les noms que les autres attribuent à la vérité, mais l’intolérance qui ferait croire qu’il y a un seul nom possible et les travers humains qui nous font attribuer le nom à ce qui nous arrange.

Yod

La parole que nous viendrons à découvrir ne sera valable que pour nous dans cet instant qui correspondra à celui de notre vérité matérielle du moment, ce qui nous indiquera que nous aurons alors vraiment trouvé en nous le YOD, le germe divin, seul capable de nous révéler notre propre signification de la parole perdue et donc de la vérité qui y est attachée, le YOD nous rappelant à tout instant que la divinité est toujours présente au cœur de la matière.

Après cette belle envolée philosophique et spirituelle, nous savons que tout est tourné vers la recherche de Vérité et de la Parole Perdue qui ne sont au fond qu’un car le mot est Créateur.

Le Temple du Roi Salomon

Hélas ! Chaque fois que l’homme tente de rivaliser ou d’égaler le Divin, il est confronté à lui-même, à la matière (Adam, le mythe de la Tour de Babel, le Temple de Salomon…).
Cette confrontation est due à la primauté de l’esprit sur la matière.

La tour de Babel

Cette lutte dynamique qui engendre tous les mots substitués est axée vers la parole originelle non accessible mais seulement devinée.

Le processus de progression que nous propose le Rite Ecossais Ancien et Accepté est essentiellement basé sur de nombreux voyages avec souvent un regard en arrière ou dans le miroir. Il est fait de pertes et de retrouvailles, de chutes et rechutes, de transgressions et de sacrifices, tout cela de mots substitués en mots substitués, et de lettres en lettres épelées.

Les lévites

En fait, nous sommes des lévites, les serviteurs du temple.
Pour se mettre au service de Dieu, il faut être pur, abandonner les métaux à la porte du temple. (Les lévites n’avaient pas de terres.)

Avoir une conduite irréprochable et ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent.

Nous devons nous consacrer à ce qui est notre seul Devoir : Construire un temple de lumière.
Nous devons par notre conduite être ce temple lumineux.
Peut-être, y aura t-il alors une place assez pure pour faire rayonner l’Ineffable en nous? Sans cela tout perdra son sens.

Il ne nous restera que la vacuité insipide des mots et hélas, la cohabitation forcée avec des hommes à la lourde tunique de peau dont l’ego est tellement puissante qu’elle leur interdit a jamais l’accès à ce Saint Graal.

« Les gens ne devraient pas toujours tant réfléchir à ce qu’ils doivent faire, ils devraient plutôt penser à ce qu’ils doivent être. S’ils étaient seulement bons et conformes à leur nature, leurs œuvres pourraient briller d’une vive clarté. » Disait Maître Eckart

Alors pour terminer, je citerai Confucius : « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ».
Je crois bien humblement que j’ai compris que le temps m’est compté et qu’il me reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Alain Aussenac

commentaires

Qu’est-ce que la parole perdue ?

Publié le 21 Juillet 2026 par T.D

L'expression la parole perdue apparaît dans des rituels du 3e degré, où l'on parle aussi de la perte des secrets véritable du maître maçon. Il semble toutefois que les deux expressions soient relativement interchangeables ; ainsi le document Prichard de 1743 et l'instruction au 3e degré au rite écossais de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d'Avignon de 1774 disent-ils :

Q : pourquoi vous a-t-on fait voyager ? - R : pour chercher ce qui a été perdu.
Q : qu'est ce qui a été perdu ? - R : la parole de Maître.
Q : comment la parole fut-elle perdue ? - R : par la mort de notre respectable maître Hiram.

Un homme meurt, refusant de livrer un banal mot de passe pour se faire payer, connu de tous les maîtres, et un secret dont il était détenteur, par ailleurs, disparaît. Le secret n’est donc pas le mot de passe. Alors, est-ce un savoir que lui seul possède ? Est-ce une partie d’un mot à prononcer avec d’autres pour qu’il soit complet et efficient ? La parole d’Hiram serait-elle autre chose que celle d’un seul homme ? Que peut-être cette parole pour le franc-maçon d’aujourd’hui ? N’oublions pas que le mot Hiram porte en lui-même des mystères et parmi ses nombreuses traductions de l’hébreu, il peut aussi être lu comme HaReM qui désigne la chose cachée.

Le savoir personnel

Quel serait ce savoir ?

  • Au Rite York, à la mort d’Hiram, il est dit : « Il n'y a pas de plans sur la planche à tracer pour permettre aux ouvriers de poursuivre leur travail, et le G :. M :. H :. A.  a disparu ». Sur la planche, le maître d’œuvre modifie le plan selon lequel la construction du Temple devra s'effectuer. Cette planche sert en permanence de point de repaire pour l’ouvrage qui va être réalisé au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage est terminé, il doit se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. La conception théologique de l'art de la construction peut se résumer en une recherche de médiété parfaite entre la beauté pure qui n'appartient qu'à Dieu et le miroir que doit lui offrir, par son œuvre, l’architecte afin qu'elle se révèle aux yeux des hommes. Concrètement, ce qui fut perdu serait-ce cette capacité architecturale de concevoir l’édifice et de terminer l’œuvre ?
  • Mais allons plus loin. Hiram, a été envoyé par le roi de Tyr à Salomon pour ses savoirs aussi particuliers que ceux que possédait Betsaléel, le constructeur de l’Arche d’alliance du désert : il était habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter (II Chroniques, 2, 13 et 14).

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir», " בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ", vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » " אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת "

Ces trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, ou niveaux de conscience, sont les processus à l'œuvre des structures vivantes, correspondant aux 3 séphiroth  :     Hokhmah, la sagesse ; Tébouna, alias Binah, l’intelligence ; Daath, le savoir, la connaissance.

La somme de leurs valeurs guématriques, après réduction, est équivalente à ce qui relie les 2 colonnes Yakin et Boaz[1] qu’Hiram a fondues. La parole perdue serait-elle l’esprit d’Elohim, cette capacité de création, comme celle du maharal de Prague avec son Golem dont aurait été doté Hiram ?

John Yarker qui, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l'insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres. Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ?

De même, dans la présentation du rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de« Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué » ; l'utilisation d'abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l'information.

Dans son Miscellanae Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d'un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Voilà notre intérêt maçonnique éveillé.

Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours, mais intéressons nous à ce shamir ; essayons de trouver quelques sources à cette incroyable histoire.

Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d'outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l'injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m'ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre.

Voyons cela de plus près.

Ranulf Higden (1300-1363), dans son Polychronicon, cite la légende du ver de fendillement de pierre, qu'il nomme thamir.

Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran.

Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu'il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d'un grain d'orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d'un puits, rapporté à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

  • Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonides et d'autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu'il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l'avis des auteurs modernes, l'expression «montré à Shamir » indique clairement que c'était le regard d'un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante.  Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?
  • Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l'ère actuelle, se réfère à Shamir comme une «pierre verte», page 10 note 31 : le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance. Le nom dérive probablement de samir/ épine ou tranchant. Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ?

Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il fut utilisé pour les pierres du pectoral porté par le grand prêtre. D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre. On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver. Lors de la destruction du Temple, le shamir disparut

La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l'intérieur d'une boîte de plomb rempli de son d'orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c'était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert.

Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l'encre, et les pierres étaient exposées l'une après l'autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n'étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l'encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses

La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n'a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l'histoire, « le Shamir disparu », ne correspond pas à la traduction exacte texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir n'a qu'une seule signification : "Pour devenir inactif.". Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive

Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif?

La connaissance partagée 

Et si la « parole » était un ensemble d’éléments répartis entre plusieurs détenteurs dont la méconnaissance d’un seul entraînerait l’inefficacité du tout ? Un morceau de code en somme, un morceau de symbole !

Dans la légende, de fait, trois personnes forment un triangle : Salomon, le roi de Tyr et Hiram, les trois grands maîtres, chacun assigné à un rôle particulier et indispensable dans la construction du Temple. La légende dit que le Roi Salomon, Hiram Abiff, Roi de Tyr (1 Rois: 7:13), et Hiram Abi de la tribu de Dan (2 Chr.: 2:13) se sont réunis pour concevoir les plans de la construction du Temple, Salomon conçut, Hiram de Tyr fournit les moyens et Hiram réalisa l’œuvre. Nous apprenons que le grand savoir devait être gardé par ces trois personnes jusqu'au parachèvement du Temple. La parole leur aurait-elle été confiée en trois parties. Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle qu’ils incarnent. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital.

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ?

Les exégètes des rituels assimilent la prononciation du Tétragramme à la « parole perdue ». Elle devait être trisyllabique. La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée, même si elle s’écrit naturellement en quatre lettres. En effet, quatre (4) se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole et 3 à son aspect « essentiel ». Il est d’ailleurs à remarquer que le mot substitué  lui-même, dans sa prononciation rituelle, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément.

Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation recta dictio et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son Maître d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs en la dévoilant : il fallut donc changer cette parole.

Dans ce même registre, on remarquera que lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin, désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; serait-il le centre spirituel de la tradition qui fut perdu ?

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles, étant détournés de leur action bénéfique, d'être transformés dans un but malfaisant. Les initiations furent interrompues ; des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés. Les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher.

Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage d’une tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement

Que peut-être la parole perdue pour un F\M\ d’aujourd’hui 

Les remarques que nous venons de faire montrent que la parole perdue serait soit un savoir, soit une prononciation, soit une connaissance spirituelle ou magique soit encore la trace du passage d’une tradition à une autre. La parole perdue du F\M\ me paraît un peu différente. Nous ne pouvons faire l'erreur des mauvais compagnons qui croyaient que le secret du maître maçon relevait de la communication d'un savoir ; notre recherche est bien différente puisqu'elle se place sur le plan de la Connaissance, celui de l'être et du spirituel, de l'immanence et de la transcendance.

Dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte.

La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et d’un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages.

Il nous reste à nous interroger sur comment trouver cette parole ou comment lui en substituer une autre de même puissance.

À suivre…

commentaires

Branche Rouge d’Irlande

Publié le 20 Juillet 2026 par T.D

Le parcours initiatique de la Branche Rouge

 En cohérence avec la tradition celtique véhiculée au sein des rites forestiers, l'association l'Esprit des Forêts a retenu l'ordre chevaleresque de la Branche Rouge d'Irlande pour permettre à ses membres qui le désirent de suivre la voie initiatique de la classe guerrière. Cette voie d'élite nécessite un parcours préparatoire conséquent. Aussi l'entrée en chevalerie ne s'adressera qu'aux membres de l'Esprit des Forêts ayant atteint le grade de Nautonier. Les candidats devront en faire la demande expressive au commandeur du Faslairt (Camp en gaélique). Le postulant devra présenter devant une commission ad-hoc de membres de la Branche Rouge, un exposé sur sa vision de la chevalerie initiatique incluant ses motivations. En cas d'avis favorable de la commission, il sera proposé à l'initiation et sera reçu en tant qu'Homme d'Armes. Au bout d"un an de service probatoire, l'Homme d'Armes pourra ambitionner de devenir Ecuyer. Il devra alors se consacrer à l'étude des vertus chevaleresques: prouesse, noblesse et charité ainsi qu'à une initiation à l'héraldique. L'étude de cette dernière devra lui permettre, sous la direction du Roi d'Armes du Faslairt, d'établir son blason, image de l'âme du chevalier qu'il devra présenter en vue de sa cérémonie d'Armement. Il va de soi qu'une connaissance de l'Odyssée de la Branche Rouge ainsi que de la Matière de Bretagne nourriront idéalement l'imaginaire du candidat à l'initiation chevaleresque. Sans attendre, les postulants éventuels peuvent commencer par cette entrée afin de bâtir leur exposé necessaire à leur admission. L'initiation guerrière s'adresse autant aux femmes qu'aux hommes. 

 Le Cycle de la Branche Rouge d'Ulster

Le Cycle d’Ulster, aussi appelé Cycle de la Branche Rouge est le nom d'un récit appartenant à  la littérature irlandaise du Moyen Age. La Branche Rouge est le nom donné à une aile du château réservée à l'élite guerrière de chevaliers. Ils y sont traités avec égards en récompense des services rendus à la nation et en attente de leurs prochaines missions. Ce lieu préfigure sur terre le "banquet" paradisiaque qui accueillera les guerriers après leur trépas.  Cúchulainn (le "Chien de Culainn »  est le prototype du héros et l'un des personnages les plus importants de la mythologie celtique irlandaise, c'est un quasi-dieu. Sa force physique, ses pouvoirs magiques et ses soutiens divins en font un homme extraordinaire, capable de tout. Cúchulainn apparaît dans 76 récits, tantôt complémentaires, tantôt contradictoires. Son épopée est liée au règne des Tuatha De Dannan, la tribu originelle des Celtes. Dans le livre ci-contre, Roger Chauviré nous offre sa traduction en langue française de ce récit mythologique irlandais. "C'est dans un monde étrange, reculé et primitif que vous convie cette histoire. Un univers empreint de bruit et de fureur, régi par la règle stricte des lois tribales, où tout n'est que titanesques combats, furieuses courses de chars et merveilleux banquets... Il y plane la présence du héros plein d'ardeur guerrière, sujet aux métamorphoses fantastiques et que seuls peuvent arrêter les interdits magiques. Dans le Cycle de la Branche Rouge, ce héros mythique, c'est Cûchulainn, le fils du dieu Lug et le champion d'Ulster. Son destin unique le conduira à une existence sacrificielle et hors du commun. À l'instar du "Cycle de Finn" ou de la "Légende du roi Arthur", le "Cycle de la Branche Rouge", entre proto fantasy et ethnographie littéraire, appartient aux grands mythes du monde celtique, fondateurs de notre civilisation et sources d'inspiration pour nombre d'écrivains, de Lovecraft à Tolkien, en passant par R. E. Howard..." (4ème de couverture). La Branche Rouge peut s'apparenter à La Table Ronde du Roi Arthur. Ces textes nous décrivent la civilisation préchrétienne de l'âge du fer déformée par le prisme de ses rédacteurs, qui étaient des clercs. Mais sous le vernis chrétien, on retrouve le substrat celtique et la confirmation des témoignages de leurs contemporains. On voit une société guerrière, sous le contrôle de la classe sacerdotale des druides et des bardes. L’héroïsme du guerrier est mis en avant : le combat singulier sur des gués ou à bord de chars se termine par la mort de l’ennemi, dont on tranche la tête pour s’en faire un trophée. Ce rituel a pour but d’exhiber sa bravoure aux dieux, car seuls les héros peuvent avoir accès au Sidh et à la Branche Rouge d'en-haut. L'Ordre maçonnique intitulé La Branche Rouge d'Irlande fait aussi référence à la caste guerrière de la Branche Rouge. Mais celle-ci utilise comme support rituel une autre période de l'histoire irlandaise, celle du Roi Brian Boru au Xème Siècle qui réussit, tel Vercingétorix en Gaule, a réunir sous son autorité toutes les tribus d'Irlande pour combattre les envahisseurs wikings. On y est reçu Homme d'Armes puis Ecuyer et enfin Chevalier. L'idéologie y est fortement marquée par l'union des chrétiens contre les païens.

 L'Ordre de la Branche Rouge d'ERI (Irlande), une franc-maçonnerie celtique

À l’origine, les thèmes symboliques de la franc-maçonnerie sont tirés des outils et légendes du métier de tailleur de pierre et de différents épisodes bibliques, au premier rang desquels la construction du Temple de Salomon. Mais, dès les années 1730, la Maçonnerie va enrichir son corpus d’éléments empruntés au vieux fonds de l’ésotérisme occidental : kabbale chrétienne, néoplatonisme, hermétisme, alchimie, etc. Cet apport va faire toute la trame des hauts grades. Il y a pourtant un sujet que l’on y cherche en vain. Alors que « les secrets des druides » avaient beaucoup intéressé les néoplatoniciens de la Renaissance – notamment en France –, le celtisme est remarquablement absent de la symbolique maçonnique. À une exception près : le très peu connu ordre d’Eri. La franc-maçonnerie moderne plonge ses racines profondes en Écossé et en Irlande. On peut donc s'interroger sur les éventuels liens que pourrait entretenir la symbolique maçonnique la plus ancienne avec la culture et  l'imaginaire celtiques. C'est cette hypothèse qui a conduit le grand Georges Dumézil  à devenir maçon en 1930. On raconte que le 21 septembre 1716, le philosophe et libre penseur irlandais John Toland se tenait sur Primrose Hill et exhortait les druides de toutes les îles britanniques à se réunir à l’Apple Tree Tavern à Londres “un an et un jour d’ici” pour former An Druidh Uileach Braithreachas , le bosquet mère de l’ancien ordre des druides., le 22 septembre 1717, Toland est élu chef de l’Ordre reconstitué. Toland, qui était franc-maçon, est resté chef druide jusqu’en 1722, date à laquelle l’antiquaire, archéologue et franc-maçon William Stukeley a pris la relève jusqu’en 1765. Il y a une certaine controverse sur la chronologie de l’Ordre des Druides, avec certains historiens, notamment Ronald Hutton  qui déclare que l’Ordre des Druides dans sa forme actuelle a commencé vers 1909 ou 1912 lorsque George Watson MacGregor Reid (1862-1946) a créé le groupe. Quelle que soit la légende, il est intéressant de voir le lien possible (si faux soit-il) entre la franc-maçonnerie et le druidisme – notez le lieu et l’année particuliers que Toland a choisis pour la réunion (la Apple Tree Tavern) et l’année 1717. L’Ancien Ordre des Druides est une organisation fraternelle fondée à Londres en 1781, qui vise à promouvoir la bienveillance, l’amitié et la fraternité entre ses membres. L’AOD était structurée de la même manière que la franc-maçonnerie et s’inspirait d’un éventail de traditions diverses, y compris les anciens druides et les Templiers. Les thèmes druidiques ont considérablement influencé les rituels, les costumes et l’organisation de l’AOD. Par exemple, ils ont reconnu les solstices d’été et d’hiver et l’équinoxe d’automne comme des dates clés pour divers événements. Ils organisaient des cérémonies au sein de cercles de pierre comme Stonehenge et créaient une hiérarchie, qui reflétait l’ancien système de caste druidique. La Societas Rosicruciana in Anglia est une société maçonnique fondée en 1866 avec des liens étroits avec le druidisme. Il incorpore des symboles cryptiques, des rituels allégoriques et une sagesse ancienne issue d’un éventail de traditions ésotériques, notamment l’hermétisme, le gnosticisme, la Kabbale, l’alchimie et le druidisme. Le SRIA s’est inspiré des thèmes druidiques du secret, de l’initiation et de la poursuite de la connaissance. Le lien de la SRIA avec le druidisme est encore illustré par son affiliation à l’Ordre ancien et archéologique des druides (AAOD). En 1874, un   membre fondateur de la SRIA, Robert Wentworth Little, rassembla d’autres membres intéressés de la maçonnerie et fonda une société druidique qu’il appela l’Ordre ancien et archéologique des druides (AAOD). Bien que de nombreux maçons faisaient partie de l’ordre, il n’y avait aucune obligation d’être un franc-maçon pour rejoindre. L’Ordre Ancien et Archéologique des Druides (AAOD) a continué et en 1966, a été fusionné avec l’Ordre Littéraire et Archéologique des Druides (LAOD) . Différences entre franc-maçonnerie et druidisme Bien qu’il existe de nombreuses similitudes et connexions entre la franc-maçonnerie et le druidisme, il est crucial de reconnaître leurs différences marquées.

  1. La franc-maçonnerie n’a jamais prétendu se représenter comme une tradition religieuse singulière, alors que le druidisme représente les pratiques religieuses et spirituelles des anciens Celtes.
  2. Aucune preuve ne suggère que les anciens druides étaient une fraternité fraternelle comme les francs-maçons, et il n’y a pas non plus d’authentification historique de leurs rituels et pratiques.

Rapprochement ou simple inspiration ? Bien que les liens entre la franc-maçonnerie et le druidisme soient fascinants, il est essentiel de reconnaître que ces liens n’impliquent pas que la franc-maçonnerie est une continuation des anciennes traditions druidiques. Au lieu de cela, les organisations qui ont émergé du mélange de ces thèmes devraient être perçues comme des entités distinctes, distinctes à la fois de la franc-maçonnerie et du druidisme, s’inspirant des deux, mais pas complètement assimilées à l’un ou à l’autre. Pour conclure, les liens « franc-maçonnerie et druidisme » remontent principalement aux XVIIIe et XIXe siècles lorsque les francs-maçons s’intéressent aux thèmes druidiques. Bien qu’ils partagent certaines similitudes et certains aspects, tels que le symbolisme, les rituels, les enseignements moraux et les nuances philosophiques, leurs antécédents historiques et leurs philosophies fondamentales sont intrinsèquement différents. Les organisations qui incluent à la fois des influences maçonniques et druidiques doivent être considérées comme des entités inspirées séparément plutôt que comme une continuation directe de l’ancienne tradition druidique.

 

commentaires

Régiments et Loges militaires

Publié le 20 Juillet 2026 par T.D

Rappel du contexte historique :

…..Le 16 novembre 1688, Guillaume d’Orange débarque en Angleterre pour s’opposer au roi d’Angleterre, le catholique Jacques II. Le parlement anglais lui propose, avec sa femme Mary, de prendre la couronne des trois royaumes, Angleterre, Ecosse, Irlande. Après la bataille de la Boyne, Jacques II se réfugie en France et s’installe au château de Saint-Germain-en-Laye. Il est suivi par un premier contingent de soldats irlandais qui avaient combattu à ses côtés. Après la signature du Traité de Limerick fin 1691, l’Irlande est perdue pour les jacobites et nombre d’entre eux, tant civils que militaires, prendront également le chemin de l’exil, la tradition les désignant sous le terme de ‘‘Wild Geese’’ (les Oies sauvages). Pour le Roi-Soleil, les troupes irlandaises constituent un apport militaire non négligeable. Pour Jacques II, elles maintiennent un espoir de restauration. Pour les soldats irlandais, la position des régiments sur le continent était le symbole de la poursuite de la lutte pour la cause jacobite, d’une certaine manière pour la cause irlandaise. Le bloc des régiments irlandais passés en France est devenu un morceau d’Irlande rapporté sur le continent. Et nous retrouvons les Maçons Jacobites dans les corps d’armée. Roger Dachez précise : « En 1640-1641, les armées écossaises stationnèrent, au cours de leur progression contre les troupes royales, dans le nord de l’Angleterre. C’est alors que le 20 mai 1641, certains membres de la loge d’Edimbourg, servant dans l’armée écossaise, reçurent maçons R. Moray et Alexander Hamilton, ce dernier étant général de l’armée.

…..Ces deux personnages sont les premiers maçons spéculatifs connus à avoir été reçus en terre anglaise… mais ce sont des Ecossais ! ». Le général Hamilton a été créé chevalier par Charles Ier en 1643. Il passe en France où il est intégré à l’armée qui se bat contre la coalition germanique. Il est cité parmi des conjurés qui échoueront dans la libération de Charles livré aux Cromwelliens. En 1641, il visite la loge opérative d’Edimbourg, il persiste dans sa fidélité et ses tentatives de placer Charles II sur le trône. Après un essai avorté de soulèvement contre les troupes anglaises qui occupent l’Ecosse, il fuit pour se mettre à l’abri sur le continent. Nous nous référons à A. Kervella qui relève, dans sa correspondance de 1657, la revendication d’une marque de maçon que le général confirme dans une prestation de serment de citoyenneté à Maastricht en recherchant la caution du maître de la maçonnerie en cette ville, quelles que soient par ailleurs ses affinités intellectuelles de lecteur intéressé par l’alchimie et sa symbolique, l’essentiel de ses choix est commandé par sa condition de partisan d’un roi dont il a épousé l’exil et dont il espère le retour dans la patrie. Enfin, D. Stevenson, dans son ouvrage Les premiers francs-maçons nous rapporte ce qui suit : « Moray fut admis dans la loge le 20 mai 1641 à Newcastel : sans doute les maçons d’Edimbourg, recrutés dans l’armée comme éclaireurs, entrèrent-ils en contact avec Moray en travaillant sous ses ordres à des tâches comme la construction des camps, et décidèrent-ils d’organiser une réunion spéciale en territoire anglais afin de l’initier. Alexander Hamilton fut initié en même temps le 20 mai 1641 : le procès-verbal de son admission porte la date du 20 mai 1640, mais c’est probablement une erreur d’écriture dont on peut présumer que les procès-verbaux furent rédigés à Edimbourg quelques temps après l’événement. »

…..La dérive automatique du régime de Cromwell s’intensifia au fil des années, de sorte que peu de mois après son décès en décembre 1658, l’idée d’une restauration des Stuarts fit son chemin. Celle-ci intervient au printemps 1660, grâce au général Monk, commandant de l’armée du nord de l’Ecosse. Dans des propos tenus auprès d’Anton von Greusau en 1741, Michel de Ramsay invoquait de remonter le temps un siècle plus tôt pour expliquer que le général George Monk, principal appui de Charles II pour son rétablissement sur le trône, faisait partie d’une loge afin d’avoir toute facilité à ourdir son complot dans la plus grande discrétion. André Kervella précise à ce sujet : si nous nous replaçons dans l’actualité du contexte, nous devons penser que Monk, d’abord dévoué au parti parlementaire, change de cap, qu’il noue des contacts discrets avec Charles II exilé, qu’il le fait en relation avec des Francs-Maçons et que l’opération réussit, puisque le fils du roi décapité parvient à restaurer la monarchie outre-manche… Charles II fut proclamé roi et fait une entrée triomphante à Londres le 29 mai 1660. La restauration des Stuarts suscita chez les Irlandais de grands espoirs. Par la déclaration de Breda, le nouveau monarque promettant amnistie, clémence et liberté de conscience, favorisait un climat d’apaisement et de réconciliation unique en Europe. Charles II qui souhaitait régner sur tous les sujets britanniques ne fut pas exempt de lourds enjeux politiques, religieux et financiers, si bien qu’il eut recours à son puissant cousin Louis XIV qui lui accorda son soutien, moyennant ingérence dans les affaires intérieures britanniques… et pour ce faire confia à Louise de Kéroualle une mission d’espionnage qu’elle menât à bien en devenant la maîtresse de Charles II.  A sa mort en 1685 après sa conversion au catholicisme, Jacques II lui succède. C’est un autre catholique qui aura à régner sur une population très majoritairement protestante.

…..Suivra la Glorieuse Révolution qui provoqua en Irlande la deuxième vague importante d’émigration du XVIIe siècle avec la défaite des partisans de Jacques II Stuart surnommés Jacobites, et en 1661, nous relevons la création de la Loge de Darlington à Saint-Germain-en-Laye par les Régiments de Charles II. La Franc-Maçonnerie irlandaise fut la première à émettre, à partir de 1732, des patentes en faveur des régiments de l’armée britannique. Ces loges militaires, considérées régulières, sont rattachées à un régiment ou à une unité militaire dont l’Orient n’est pas fixe et varie en fonction des déplacements de la garnison et ces loges sont exemptées de toute redevance dès 1768. Actuellement, il existe encore quatre loges, dont la plus ancienne est La Loge Saint Patrick 4th 7th Royal Dragoon Guards n° 295 fondée en 1758. Sur les bases du répertoire du Grand Orient de France, l’obédience reconnaît à la loge Parfaite Egalité du régiment irlandais de Walsh (ancienne Loge de Dorrington à l’Orient de Saint-Germain) une ancienneté qui remonte au 25 mars 1688.

A. Kervella précise qu’il n’est pas improbable que des militaires se soient très tôt préoccupés de former des loges propres à leurs régiments respectifs, dont une placée sous le commandement d’Arthur, comte Dillon, né en 1670 dans le comté de Roscommon (Irlande), mort en 1733 est un officier irlandais jacobite passé au service de la France après la seconde révolution anglaise et la chute de Jacques II d’Angleterre. Le régiment de Dillon, qui a donné naissance à la Loge La Bonne Foi à l’Orient de Saint-Germain, était composé de déserteurs de l’armée britannique, en général irlandais. Dillon rappelle dans ses observations : ‘‘Nous affirmons de plus, que du moment que les régiments irlandois se trouvent opposés à des troupes angloises, les Irlandois catholiques, qui sont dans celles-ci, désertent en foule, pour venir rejoindre leurs compatriotes au service de la France. »

Nous pourrions citer d’autres Francs-Maçons militaires partisans des Stuarts, tels George Seton et David Nairne (dont la fille a épousé Ramsay), capitaine du Régiment Royal-Ecossais dans les années 1740.  Par ailleurs, d’autres loges militaires suivront ce mouvement, dont la loge française La Parfaite Union créée en 1759.

…….Est ici brièvement rappelée l’implication d’un armateur corsaire en la personne du célèbre Antoine WALSH, à l’origine de la construction à Nantes d’une frégate nommée «Du Teillay» destinée à rapatrier en Ecosse Charles-Edouard Stuart pour conduire l’expédition de Culloden. Nous relevons à cet effet dans un ouvrage de Patrick Villiers ce qui suit :

Antoine Walsh (toile le représentant avec Charles-Edouard Stuart) était non seulement au premier rang des armateurs de la place de Nantes, mais il était encore le plus influent comme en témoigne cette lettre du commissaire Du Teillay : « Monsieur Walsh est le plus fort armateur de ce port et je puis, sans partialité aucune, assurer Monseigneur qu’il est le plus intelligent et le plus porter à se presser aux besoins de l’Etat, que c’est lui qui a déterminé nos plus forts négociants à faire bâtir deux corsaires de 36 canons dont l’un a été lancé à l’eau depuis trois jours, qui sera incessamment suivi du second que l’on doit armer le plus promptement qu’il sera possible et qui a engagé le sieur Le Ray à faire la demande des deux frégates dans l’armement desquelles il est un des plus forts intéressés...».   La célébrité d’Antoine Walsh est à associer étroitement à celle de Dominique O’Heguerty (cf. boulevard des Jacobites).

…..A l’instar de tous les historiens qui s’appuient sur les textes de certains auteurs, qu’ils soient maçons ou non initiés, écrivains éditorialistes, rapporteurs, nouvellistes, tels que Gustave Bord dans son ouvrage ‘’La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815’’, qui constitue incontestablement une source de renseignements à ne pas épargner, nous reprenons donc ses propos concernant LES LOGES MILITAIRES, tel qu’il les décrit en page 489 et suivantes de son livre précité, parmi lesquelles nous avons retenue celles de Dillon et de Walsh.

…..Les Loges militaires ne semblent pas avoir été installées dans les régiments français avant 1759. Il est probable qu’elles ne se sont pas formées spontanément et qu’avant leur organisation officielle à l’Orient des régiments, de nombreux officiers fréquentaient les Loges civiles. Les régiments, en se déplaçant, étaient de merveilleux agents de propagande que la Franc-Maçonnerie n’eut garde de négliger. On créa même, après 1760, des Loges militaires qui n’étaient à l’Orient d’aucun régiment. Ces Loges eurent un rôle important dans le développement de l’Ordre : le nom de la plupart d’entre elles n’est pas parvenu jusqu’à nous. […]

Il est curieux de constater qu’aucune de ces Loges ne figure sur les annuaires. De qui tenaient-elles leur pouvoir. D’après les Loges qu’elles ont contribué à installer, il n’est pas douteux qu’elles étaient d’origine ou tout au moins de tendances jacobites ; l’Orient de Bouillon a peut-être aussi joué un rôle plus considérable qu’on ne l’a indiqué jusqu’ici dans le développement de la Franc-Maçonnerie française.

…..D’après la capitulation de Limerick, les officiers et soldats de l’armée jacobite avaient la faculté de suivre Jacques II ; il leur fut donc permis de rentrer en France. Les Gardes Irlandais, à l’exception de leur colonel, suivirent la destinée des Stuarts, et formèrent le Régiment de Dorrington ; un grand nombre d’officiers des autres corps les imitèrent. Réfugiés à Saint-Germain-en-Laye auprès de leur souverain auquel Louis XIV avait donné un somptueux asile, ils ne tardèrent pas à former un second régiment composé des membres les plus distingués de l’émigration jacobite. On retrouve les premières traces de la formation de ce régiment par la nomination de Charles Mac Carthy, comte de Mountcasbel au grade de colonel le 18 juin 1690. […]

Le 26 avril 1775, le régiment passa à Arthur, comte Dillon. C’est sous le nom de Dillon que ce régiment est plus connu dans l’histoire, en raison du rôle brillant joué par son premier bataillon dans les Antilles pendant la guerre de l’Indépendance américaine (1779-1783). […]

Est-ce que le Régiment de Dillon eut une Loge : je n’ai pu en trouver une preuve positive. Etant donné la composition de la Bonne Foi constituée à l’Orient de Saint-Germain en 1778, on peut douter que cette Loge soit sortie du régiment de Dillon, lequel n’avait du reste à cette époque aucune attache particulière avec Saint-Germain. Cependant, je relève parmi les officiers de ce régiment un grand nombre de Francs-Maçons […]. De 1760 à 1780, figurent : Bartholomew Radclyffe, lord Derwentwater, fils de Charles Radclyffe premier Grand Maître. […]

On peut admettre avec M. de Loucelles qu’à Saint-Germain était installée la Loge-Mère du rite jacobite, qui eut successivement pour grand maître : Jacques II, Jacques III et Charles-Edouard, et parmi les plus distingués, le duc de Berwick, fils naturel de Jacques II ; Jean Drummond, duc de Melfort, […] ; les Dillon, Ramsay, les Radclyffe, …

Je ne puis cependant admettre avec M. de Loucelles que le rite d’Heredom de Kilwinning avait son centre à Saint-Germain dont le château aurait été le véritable château de Kilwinning, ce dernier n’étant pas hypothétique. Dans le second volume (sic, ?), nous nous expliquerons longuement sur ce rite. Le château de Kilwinning existait bien réellement et fut pendant longtemps un centre maçonnique très remuant. Tout au plus, peut-on admettre sans preuves positives mais avec quelque vraisemblance, que la Loge-Mère de Saint-Germain usurpa les pouvoirs de celle de Kilwinning, en datant de ce dernier Orient des pièces en réalité écrites à Saint-Germain. Ce qui est bien certain, c’est qu’en 1771, il n’y avait pas en France dix Loges tenant régulièrement leurs pouvoirs de la Grande Loge d’Angleterre et qu’il n’y avait de rite écossais qu’en France et en Allemagne.

      Parmi ces régiments, l’un des plus fameux fut celui de Walsh qui abrita la Loge La Parfaite Egalité. Le Régiment de Walsh avait été levé en 1661 sous le nom de Royal Irish. Il devint le Royal Guards lorsque la garde personnelle de Jacques II se joignit à lui (cf. -entre autres- Charles Porset : Les premiers pas de la Franc-Maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Editions Maçonniques de France, Paris 2000).

     En effet, en 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d’Angleterre forma à Saint-Germain-en-Laye, un régiment sous le titre de Royal Irlandais. Ce régiment suivit la fortune des Stuarts sous le nom de Gardes Irlandaises. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du colonel lord William Dorrington, appelé à remplacer son ancien colonel le duc d’Ormond, qui avait embrassé le parti de Guillaume III. Jusqu’en 1698, il tint garnison à Saint-Germain, sous le nom de Garde Irlandaise, en dehors des cadres français, bien qu’entretenu par Louis XIV. Le 27 février 1698, il fut incorporé dans l’armée française sous le nom de son colonel, qui était toujours lord Dorrington. […] Ce régiment semble avoir eu la plus ancienne Loge reconnue par le G.O. de France. En effet, le 13 mars 1777, le G:.O:. admit que sa constitution primitive datait du 25 mars 1688, et que cette constitution avait été renouvelée le 9 octobre 1772 par la G.L. de France. Comment fut-elle installée à l’origine et de quelle puissance maçonnique tenait-elle ses pouvoirs ? Elle ne figure sur aucune des listes de Loges reconnues par les G:.L:. anglaises, et tout porte à croire qu’elle fut formée par la réunion de plusieurs frères, initiés antérieurement qui constituèrent la Loge de leur propre autorité. C’est du reste de cette façon que se formèrent la plupart des Loges françaises antérieures à 1743. Quel était son titre distinctif ? Il est probable qu’elle n’en ait pas eu au début. Je ne relève le titre de Parfaite Egalité qu’à partir de 1752, mais il est possible qu’elle l’ait porté antérieurement. […] En 1788 et 1789, son Vénérable est Walsh, capitaine commandant… Entra-t-elle en sommeil pendant la tourmente révolutionnaire ? Cela est possible, bien que j’aie tout lieu de croire que les Loges persistèrent dans la plupart des régiments, continuant une vie indépendante, sans rapport avec aucun pouvoir central.

ROYAL ECOSSAIS, formé par ordonnance du 3 décembre 1743  (Gustave Bord ne fournit pas d’autres renseignement qu’une liste de membres)

Le colonel comte de Drummond, duc de Perth, Louis Drummond de Melfort, Colbert Castlehiel, Stuart, David Nairne (cité plus haut),….

…..      Les régiments furent disloqués par les organisations de 1791 et de 1794. En 1791, les régiments remplacèrent leurs noms séculaires par de simples numéros d’ordre et, en 1794, par l’amalgame avec les bataillons départementaux, la plupart des régiments contribuèrent à la formation de deux demi-brigades.

Le 23 mars 1801, il se forma au 92e d’infanterie une Loge sous le titre de la Parfaite Union, qui ne semble avoir aucun rapport avec l’ancienne Parfaite Egalité à l’Orient du régiment de Walsh. A cette époque du reste, le 92e n’avait plus aucun lien de sang avec le 92e de 1791. Avant et après Fontenoy, des ordonnances royales pourvurent à la formation de quatre régiments écossais ou irlandais. Il est plus que probable que ces régiments eurent leurs Loges. Celles-ci néanmoins n’ont pas laissé de traces. Parmi les officiers de ces corps, depuis leur formation jusqu’à 1771, je relève les noms d’un certain nombre d’initiés.  […]

(Document déposé sur le site du Rite Ecossais Primitif en décembre 2013)

N.B.    Le lecteur intéressé par les Loges régimentaires d’origine écossaise et irlandaise trouvera un travail présenté dans notre onglet « Les chroniques écossoises », intitulé LOGES JACOBITES EN FRANCE, au sujet desquelles Simon Appleton a fait une étude et une compilation des sources historiques prenant référence chez Robert Ambelain et Gustave Bord.

commentaires
Publicité

Le dossier de la franc-maçonnerie irlandaise

Publié le 19 Juillet 2026 par T.D

Roger Dachez. 2012

Il y a une logique historique et traditionnelle à étudier le « dossier » irlandais après les dossiers écossais et anglais, comme nous l’avons fait dans cette loge, puisque cela correspond à l’ordre d’apparition dans le temps de ces Maçonneries. La vision des débuts de la Maçonnerie a beaucoup changé depuis une trentaine d’années grâce aux historiens écossais et anglais les mieux à même d’appréhender cette période fondatrice dans son contexte. Pour autant, tout n’est pas encore élucidé aujourd’hui. On sait maintenant qu’il y a plusieurs origines à la franc-maçonnerie, que des branches écossaises et anglaises ont perduré tandis que d’autres ont disparu, que certaines se sont mélangées tandis que d’autres sont restées à l’écart, et que tout cela, au cours d’une évolution scandée de ruptures, a débouché sur une sorte de synthèse, au début du XVIIIe siècle, qui a donné naissance à la franc-maçonnerie spéculative obédientielle. Mais, on le voit, tout ce débat sur les origines de la Maçonnerie se situe dans un contexte écossais et anglais. Alors quid de l’Irlande et de cette maçonnerie si spécifique quant à son esprit, sa structure, sa pratique ? En réalité, l’étude des origines de cette maçonnerie est difficile car il existe peu de sources.

Historiquement, la Maçonnerie irlandaise apparaît tardivement. En 1598, les statuts Schaw sont écossais ainsi que les plus anciens textes rituels connus (1696). La 1ère Grande Loge avec le 1er Grand Maître en 1717 sont anglais. Ce n’est qu’en 1751 que les Irlandais arrivent sur le devant de la scène maçonnique avec l’apparition, en Angleterre, de la Grande Loge dite des Anciens qui entre immédiatement en conflit avec la Grande Loge de 1717 qualifié par les « Anciens » de « Moderne ». Ce conflit entre les « Modernes » et les « Anciens » est fondamental dans l’histoire de la franc-maçonnerie et sa connaissance est indispensable si l’on veut comprendre que cette société repose, encore aujourd’hui, sur deux traditions maçonniques distinctes, deux grands rites distincts, deux grands systèmes symboliques distincts. Or cette Grande Loge des Anciens a principalement pour fondateurs des frères irlandais, ces irlandais particulièrement mal vus et mal reçus par les anglais qui fuyaient la pauvreté de leur île. Il n’en reste pas moins que cette Grande Loge finira par s’implanter dans le paysage maçonnique anglais, que la rivalité avec la Grande Loge des Modernes va durer pendant près de 60 ans pour s’achever finalement par une union en 1813 qui donnera naissance à la Grande Loge Unie d’Angleterre.

D’où venaient ces maçons irlandais de 1751 et qui étaient-ils ?

Les sources de la Maçonnerie irlandaise

En ce qui concerne d’éventuelles origines opératives, on notera qu’à la fin du XVIe siècle en Irlande, à l’époque où William Schaw rédige ses célèbres statuts à l’intention des maçons écossais, l’architecture n’est pas du ressort des maçons mais des charpentiers (qui avaient d’ailleurs une grande importance durant tout le Moyen-Âge bien qu’ils aient laissé peu de traces). C’est en bois que l’on construit et on remarque que, contrairement à l’Angleterre, il n’existe pas d’Anciens devoirs ou Old Charges irlandais relativement à l’histoire du Métier, aux usages des chantiers, aux règles morales et professionnelles. Par contre les guildes municipales apparaissent à l’imitation de ce qui existe en Angleterre. Elles détiennent le pouvoir politique local. Si, à Dublin, on y constate la présence de maçons, ils sont minoritaires et ce sont surtout les charpentiers, les couvreurs, les meuniers qui commandent. Ces guildes sont dirigées par un Maître (qui est un charpentier), assisté de gardes (wardens). Il ne semble pas qu’il ait existé de cérémonies spécifiques de réception ni de rituel. De même, il n’existe pas de Loge en relations avec les guildes ou incorporations comme en Ecosse. Il n’y a donc pas d’antécédent connu pouvant assigner une origine opérative à la Maçonnerie irlandaise.

En 1830, lors de la démolition d’un pont à Limerick, on a trouvé dans la pile Nord-Est une équerre avec cette inscription : « Je m’efforcerai avec amour et soin de vivre par le niveau et par l’équerre » et cette date : 1507. La découverte est belle et plausible même si certains l’ont contestée mais, au vrai, de quoi témoigne-t-elle ? Qu’à cette époque –le début du XVIe siècle- on illustrait des sentences morales par des outils ? Cela on le sait puisqu’au Moyen Âge déjà la Maçonnerie opérative était l’objet de discours moraux.

En réalité, c’est à la date de 1688 que l’on peut faire remonter le premier témoignage de l’existence d’une franc-maçonnerie en Irlande. Il s’agit du fameux manuscrit du Trinity Collège à Dublin, collège fondé par les anglais et pour des anglais, donc pour l’élite anglo protestante (alors que la majorité des irlandais est catholique). Dans ce manuscrit il est question d’une loge de francs-maçons qui regroupent des gentlemen, des artistes, des étudiants. Tout ceci fait penser à une Maçonnerie importée par des colons anglais et non à une Maçonnerie spécifiquement irlandaise.

C’est seulement en 1725 à Dublin qu’est attestée la première procession publique de toute l’histoire de la Maçonnerie irlandaise. On y voit un Grand Maître (ce qui suppose une Grande Loge), des grands officiers, des symboles, des tableaux, etc. A noter que ce premier Grand Maître irlandais sera aussi Grand Maître en Angleterre ce qui atteste encore la grande influence anglaise sur cette Maçonnerie. D’ailleurs, en 1730, paraîtront les Constitutions de Pennel qui sont une adaptation des Constitutions anglaises de 1723.

Conclusion :

Tout, dans les sources de la Maçonnerie en Irlande, atteste que celle-ci a été directement importée d’Angleterre. Il semble cependant qu’elle se soit singularisée dans les années 1720-1740 pour donner ces maçons irlandais qui arrivent en Angleterre en 1751. Dans cette perspective, les « Anciens » seraient les héritiers des premiers usages anglais.

Usages de la Maçonnerie irlandaise des origines (suite)

Roger Dachez. 2012

Résumé des épisodes précédents :

1. C’est en 1688 qu’apparaissent, en Irlande, les premières traces documentaires d’une maçonnerie spéculative au Trinity College de Dublin. Rappelons pour mémoire qu’à cette époque les loges écossaises sont professionnelles et qu’en Angleterre, il existe aussi quelques traces documentaires comme la réception d’Élias Ashmole en 1646 et la pratique de l’Acceptation, mais cette activité maçonnique est très mal connue et semble plutôt le fait de maçons isolés que de loges établies.

2. Ce document du Trinity College atteste le fait que la franc-maçonnerie irlandaise est d’importation anglaise. Cette franc-maçonnerie était destinée aux anglo-irlandais, cette minorité protestante pour laquelle avait été fondé le dit collège de Dublin. Ici, comme toujours, l’étude du contexte historique, politique et religieux est indispensable pour la compréhension des événements. Par ailleurs, cela met en perspective la prétention irlandaise d’une grande ancienneté à leur maçonnerie, ancienneté qu’ils n’hésiteront pas à revendiquer haut et fort à partir de 1751.

3. Les débuts (années 1720) et l’organisation de la Maçonnerie irlandaise sont mal connus. S’il existe une attestation de l’existence d’une Grande Loge en 1725, il ne faut pas oublier que les archives de la Grande Loge d’Irlande ne remontent qu’à la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Pour la première moitié du siècle, les sources documentaires principales résident dans les comptes-rendus de presse et dans la correspondance privée. Car il semble bien que la première maçonnerie irlandaise soit essentiellement familiale (comme en témoigne l’initiation de Miss Saint-Léger) et très peu organisée. C’est cette maçonnerie, au fonctionnement bien différent de celui de la Grande Loge d’Angleterre, qui arrive en Angleterre en 1751 alors que la dite GL est en crise. Est-ce ce côté rustique qui lui permettra de revendiquer une grande ancienneté alors même que les sources documentaires sont avares d’information ?

Réexaminons donc ces sources.

Dans leur History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland (tome I, Dublin, 1925) John Heron Lepper et Philippe Crossle publie (p. 53 et suiv.) un document qui est la première attestation publique de l’existence d’une Grande Loge en Irlande. Il s’agit d’un article paru dans The Dublin Weekly Journal, n° 13, du samedi 26 juin 1725 qui relate le déroulement d’une procession maçonnique en l’honneur de l’installation du Grand Maître, à l’imitation de ce qui se faisait déjà en Angleterre. On apprend ainsi que « mardi dernier, jour de la Saint-Jean, patron de la très ancienne et respectable société des Francs-Maçons (...) une centaine de Gentlemen se sont réunis vers 11h du matin au Lion Jaune, rue Warbourgh. Ils ont mis leur tablier et leurs gants blancs ainsi que d’autres décors propres à ce respectable Ordre et se rendirent, en voitures, car il pleuvait beaucoup ce jour-là, à l’Auberge du roi dans l’ordre suivant : les Officiers de l’Ordre était dans des voitures couvertes, les 12 Intendants (Stewards) tenant une canne blanche à la main [cet usage se retrouve chez les « Anciens »] et le Grand Maître installé dans un superbe carrosse. Suivent les Grands Surveillants, les Maîtres et Surveillants représentant 6 loges de Dublin [il s’agit donc d’anglo-irlandais] et les Frères placés sous la juridiction du Grand Maître. (...) Arrivés à l’auberge sus dite, ils y entrent dans cet ordre, deux par deux, les Officiers de l’Ordre, les 12 Stewards, le roi d’armes, le Grand Maître seul couvert, les Grands Surveillants, etc. (...) La Grande Loge se réunit alors dans une salle préparée à cet effet où se déroulent des « cérémonies mystiques » réservées aux Grands Officiers. Il fut procédé à l’élection du nouveau Grand Maître [ce qui laisse supposer que la Grande Loge a au moins un an d’existence]. Ensuite la Grande Loge sort de cette salle, le roi d’armes portant une petite truelle d’or avec son ruban noir posée sur un coussin, pour se rendre à la « table mystique » en forme d’équerre [il y a là un parallèle avec l’Angleterre cf. la célèbre gravure de Picart, 1735]. Il est annoncé le choix du nouveau Grand Maître pour l’année à venir, le comte de Ross, ainsi que des Grands Surveillants, du Député Grand Maître, etc. A l’énoncé de chaque nom, toute la société approuve par triple « Huzzas » [à noter cette très ancienne attestation irlandaise]. Le nouveau Grand Maître est conduit à la tête de la table et le roi d’armes le revêt de la truelle d’or suspendue à son ruban noir [La truelle, attestée dans les Constitutions anglaises de 1723 pour répandre « le ciment de l’amour fraternel », est un symbole fondamental en Irlande tout au long du XVIIIe siècle]. Le Grand Maître délivre alors un discours aussi court que possible, car les Frères ont faim ! Ce sont finalement 120 couverts qui furent servis par 25 personnes, reçues Francs-Maçons pour l’occasion [là encore, il s’agit d’un usage ancien, repris dans Le Secret des Francs-Maçons (1744). Les Frères servants sont reçus Appentif-Compagnon mais pas Maître. Le banquet se tient dans un cadre maçonnique, les agapes sont intégrées à la tenue et seuls des Maçons peuvent y assister. D’ailleurs la table joue un grand rôle dans la tenue elle-même]. Après le banquet, les Frères se rendent au théâtre, en décors maçonniques. À la fin de la représentation, un des acteurs qui est un Frère, chante le chant des Apprentis repris en chœur par l’assistance. Un Maître d’une des loges est habillé d’une façon remarquable : il porte une veste jaune et un pantalon bleu [on se rappelle de la description du compas, pointe bleue et branches jaunes]. »

Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de ce document ?

D’une manière générale, les usages irlandais sont conformes aux usages anglais de l’époque. Les liens entre les deux maçonneries sont très forts. Plusieurs éléments le prouvent :

Nous sommes à Dublin donc chez des anglo-irlandais.

En 1729, le Grand Maître de la Grande Loge de Londres, Jacques 4e Lord Kingston, est d’origine irlandaise. En 1731, il sera GM de la Grande Loge de Munster, en Irlande, puis, à plusieurs reprises, de la Grande Loge d’Irlande.

En 1740, lors d’une autre procession, les Frères irlandais se rendent à une « divine service », expression protestante s’il en est : c’est assez dire leur ascendance anglaise.

Il ressort de tout cela que cette Maçonnerie Irlandaise est d’abord d’origine anglaise. Les usages maçonniques irlandais sont les mêmes qu’en Angleterre à cette époque, c’est-à-dire que sont ceux des « Modernes » (place des Surveillants, usages de table, du chapeau, ce qui fait écrire à Lepper que si un maçon irlandais du XXe siècle -qui pratique le rituel issu de l’Union de 1813 donc principalement influencé par les « Anciens »- revenait au XVIIIe siècle, il en serait fort étonné) et il n’y a pas de réelles différences pratiques. Mais alors, si les « Anciens » sont bien d’origine irlandaise (mais non catholique comme les « Modernes ») d’où viennent ces différences qu’ils revendiqueront en 1751 ? Quelle est la prétendue ancienneté des « Anciens »? Les usages des « Anciens » ne seraient-ils pas, au contraire, des nouveautés, par rapport aux « Modernes », introduites dans les années 1740 pour se distinguer d’une maçonnerie anglaise qui traversait alors une mauvaise passe ?

Quoi qu’il en soit de ces passionnantes recherches, il ne faut pas oublier que nous sommes encore à une époque (1ère moitié du XVIIIe siècle) où le corpus symbolique maçonnique commence à s’organiser et à chercher une cohérence. Cela donnera naissance à deux traditions, les « Modernes » et les « Anciens » qui expriment, chacune à leur manière, les mêmes significations fondamentales et traditionnelles de la Franc-Maçonnerie.

Discussion :

On peut encore, au-delà de différences indiscutables, voir des preuves des grandes similitudes entre les « Modernes » et les « Anciens » dans le fait que les « Anciens » imiteront les « Modernes » dans l’organisation de leur Maçonnerie. Très vite, ils cherchent un Grand Maître noble, ils se dotent de Constitutions, etc. Et même dans une des spécificités les plus marquantes des « Anciens », le grade de l’Arc Royal, cette similitude se retrouve puisque ce sont les « Modernes » qui organiseront le premier chapitre du dit grade!

Aujourd’hui, on estime à 100 000 le nombre de Maçons Irlandais mais, si le siège de la Grande Loge est à Dublin, la majorité des Frères se trouvent en Irlande du Nord, protestante.

commentaires

Irlande & Franc-Maçonnerie

Publié le 19 Juillet 2026 par T.D

Publié le 8 Février 2013 par PHL 

L’Irlande et sa longue histoire méritent d’être connues des francs-maçons sous bien des aspects que nous allons aborder ensemble. Quelques mots tout d’abord sur la civilisation mégalithique, qui a connu son apogée entre 3500 et 2500 avant J-C. On ne sait pas grand-chose de ces peuples qui avaient une cosmogonie relativement élaborée. Mais le franc-maçon sera au moins sensible au fait que les alignements de menhirs correspondent habituellement à des données astronomiques (liées au lever et coucher du soleil en rapport avec les solstices et équinoxes, ainsi qu’aux cycles lunaires), alors que les dolmens, cairns et tumulus étaient des tombes, individuelles ou collectives (également orientés de manière précise).  

Les Celtes n’introduiront le druidisme dans les îles britanniques que vers 450 avant J-C, alors que leur civilisation domine l’Europe depuis presque un millénaire. Nous noterons ici que selon l’antique tradition des druides, l’année était divisée en plusieurs périodes correspondant à des évènement solaires (solstices, équinoxes), manifestant le caractère cyclique de la vie. On peut d’ailleurs noter que les anciennes fêtes celtiques restent discrètement présentes dans notre calendrier : Samain, le 30 octobre symbolisait la victoire des hommes sur les attaques des esprits surnaturels, avant de se terminer par la célébration de la nouvelle année. Puis la renaissance du soleil au solstice d’hiver ; c’est la fête de Modra Necht, durant laquelle le druide va cueillir le gui selon un rite précis, en s’exclamant “le blé lève” (O guel an heu , ce qui sera plus tard déformé par “au gui l’an neuf”). Imbolc, dans la nuit du 1er au 2 février, était la fête de la purification druidique, purification de la lumière ascendante et de ses effets sur la sève montant de la Terre-mère. Le 1er mai, Beltainn était la fête du feu de Bel, le dieu solaire, pour lequel on allumait de grands feux purificateurs, comme cela se fera plus tard à la saint Jean. Notons aussi que lors de l’initiation druidique, le postulant était enfermé dans une peau de bête, et que le dieu Lug (dieu de la lumière) se manifestait au travers du chef de clan, détenteur du maillet.  

Nous savons aussi que dans le dernier siècle avant l’ère chrétienne, Rome étend son emprise sur l’Occident et le Moyen-0rient, favorisant la diffusion de deux grandes religions :  

- d’une part le mithraïsme, le culte de l’ancien dieu iranien de la lumière se développant sous une forme d’abord cultuelle puis de plus en plus initiatique.  

- d’autre part le pythagorisme romain mystérique, qui conservait les principes de base de l’Ordre : à son niveau le plus profond, la réalité est gouvernée par les nombres ; la philosophie peut servir à la purification spirituelle ; l’âme peut s’élever jusqu’à s’unir avec le divin ; certains symboles ont une signification mystique ; les membres de l’ordre se doivent loyauté et le respect du secret).  

Ce n’est qu’en 43 après J-C. que l’empereur Claude envoie ses légions en Grande-Bretagne ; elles ramènent rapidement l’ordre en Angleterre, mais l’Écosse continuera à échapper à leur domination. L’Irlande est totalement épargnée et le restera longtemps.  

Selon une légende mythique, la maçonnerie aurait été introduite en Angleterre en l’an 287 après JC,  sous la protection de Carausius 1er, un amiral romain révolté qui s’était proclamé empereur de la Grande Bretagne indépendante. Il s’était attaché Amphibolus, l’architecte grec, et Alban, “homme célèbre dans toutes les sciences et en particulier la géométrie “, représentants des collegiae fabrorum. Carausius leur aurait accordé une charte, permettant (en opposition à la loi Julia ) aux constructeurs de tenir des assemblées et de constituer de nouveaux membres, conformément aux anciennes constitutions de Numa Pompilus et Servius Tullius.  

Au cours du IVème siècle, les celtes irlandais (Scots) s’allient aux tribus écossaises implantées au nord du mur d'Antonin (Pictes) pour multiplier les incursions en Bretagne romaine. En 383, Maximus Clemens, gouverneur romain de Grande-Bretagne, se révolte contre l’empereur Gratien, qui sera vaincu. La région retrouve ainsi son autonomie et en 410, Rome ordonnera le retrait de toutes ses troupes de Grande-Bretagne, ce qui ouvrira la région aux invasions barbares.  

L’évangélisation de l'Irlande par saint Patrick est située en 432. Selon la légende, ce natif des côtes ouest de la Bretagne romaine fut enlevé et réduit en esclavage dans son adolescence par des pirates irlandais. Au bout de six ans passés à Slemish, il s'évada et alla étudier le christianisme dans les monas­tè­res français. Puis il revint en Irlande et après avoir défié les druides et le haut-roi de Tara, il fonda la capitale ecclésiastique d'Armagh. A cette époque, le celtisme irlandais reste très actif, avec de nombreuses légendes spécifiques se rapportant aux anciens héros préceltiques.  

Pour resituer la période, rappelons que tout l’Occident est alors ravagé par les invasions barbares.

La Grande-Bretagne a été conquise par les Angles, les Jutes et les Saxons. Mais notons aussi que les Scots, celtes irlandais du royaume de Dalriada, ont également installé en Ecosse (région d'Argyll) un second Dalriada, qui connaîtra une importante expansion. Avec la chute de l’empire romain d’Occident, l’an 476 marque ainsi le début conventionnel du moyen-âge. La plupart des conquérants barbares se convertissent au christianisme, ce qui va rapidement conduire à la quasi-disparition de la religion celtique.  

En effet, les principes de la société gallo-romaine étaient intrinsè­quement incompatibles avec le druidisme puisque celui-ci fonctionnait selon une dualité entre le druide et le roi ; le druide étant le détenteur initié de la connaissance, de l’autorité spirituelle, responsable du savoir, intermédiaire entre les dieux et les hommes représentés par le roi, qu’il conseille ; ce dernier étant pour sa part le détenteur élu de l’autorité temporelle, garant de la cohésion sociale, qui met en application les conseils du druide ou les sentences de justice qu’il a édictées.  

Certains principes du druidisme resteront toutefois véhiculés, plus ou moins discrètement, dans les traditions chrétiennes d’autant que si les derniers druides sont devenus évêques, les bardes ont continué à véhiculer dans la tradition populaire des milliers de chants et des centaines de contes transmettant leurs valeurs philosophiques. Citons à ce propos la triade bardique des cercles concentriques, figurés sur la croix celtique, de diamètres respectifs 81, 27 et 9 : cercle de Keugant (le chaos, le néant où seul Dieu peut subsister), cercle d’Abred (le destin, l’exis­tence terrestre, la renaissance de la mort en fonction de l’existence précédente) et cercle de Gwenwed (la renaissance de la vie, la libération des cycles de réincarnation, la béatitude près de Dieu).  

Au VIème siècle, trois points méritent à mon sens d’être relevés :  

- en 529 : au mont Cassin, Benoît de Nursie érige un couvent sur l’emplacement d’un temple d’Apollon (et peut être ancien lieu de culte de Mithra). Il énonce la règle bénédictine qui, aux obligations de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, ajoute les principes du travail intellectuel et manuel. Le moine doit obéis­sance à l’abbé (le père de la communauté, chargé d’interpréter la règle) et fait voeu de stabilité, c’est à dire de ne jamais quitter le couvent qui est isolé du monde par la clôture, mais reste en contact avec lui par le lien de l’hospitalité. Le troisième voeu est celui de la "conversion des moeurs", par lequel le moine abandonne son ancien mode de vie. La communauté monastique est liée par le respect dû aux anciens par les jeunes, et à l’affection accordée aux jeunes par les anciens. L’abbé (élu) était communément appelé “vénérable frère” ou “vénérable maître” ; il sera l’archétype du maître d’oeuvre médiéval, qui guide l’alliance entre le travail de la matière, l’intelligence de la main et l’intensité de la foi afin que le travail ainsi sacralisé devienne une prière et une glorification.  

- en 563 : saint Colomba (Colmcille), issu de la noble famille irlandaise des O’Neill, arrive en Écosse après avoir fondé une demi-douzaine de monastères en Irlande. Le moine établit une communauté sur l'île d’Iona, d’où diffusera le christianisme celtique en Écosse. Une légende dit que deux ans plus tard, il sauva miraculeusement un homme de l’emprise d’un monstre sorti des eaux noires du Loch Ness (il faudra ensuite attendre 1933 pour que “Nessie” redevienne un sujet d’intérêt pour les riverains du loch). L'église irlandaise prônait un ascétisme fondé sur une triple acception du "martyre" : martyre blanc (séparation d'avec les proches et la société, voyages d'évangélisation) ; martyre vert (travail dans la pénitence et le repentir)  ; martyre rouge (soumission à la croix et à l'adversité).  

- en 590 : saint Colomban (Colombanus), un irlandais éduqué à l'abbaye de Bangor, fonde le monastère de Luxeuil (évocateur du dieu solaire Lug) sur le site d’un ancien temple de Diane, près de Mulhouse. Il contribuera à la diffusion du christianisme celtique en Bourgogne, en Autriche et en Lombardie. Au IXème siècle, son disciple le moine Ermenrich de Saint-Gall rappellera : “nous ne devons omettre de parler de l’Irlande, car c’est de là que nous vint une grande lumière”.  

Cette même année ; saint Grégoire le Grand devient le premier d’une longue lignée de papes, politiques et juristes, qui exerceront le pouvoir sans apporter d’évolution théologique significative. Il instituera toutefois la liturgie (dans laquelle il introduira les harmoniques du chant grégorien), organisera l’évangélisation de la Grande Bretagne… et tentera de s’opposer au christianisme celtique diffusé par saint Colomban.  

En 627, le prince Edwin de Northumberland réunit un parlement qui aura pour mission de rédiger des lois et concéder des chartes. On peut noter que treize ans plus tôt, reconnaissant la qualité des travaux effectués par les bâtisseurs de l’époque, le pape Boniface IV avait affranchi les maçons de toutes les charges locales et délits régionaux, afin qu’ils puissent se déplacer facilement et à peu de frais. En Grande-Bretagne, les anciennes collegiae  romaines avaient disparu, mais leur influence se serait partiellement maintenue au travers de la secte des culdéens (colitores Dei , les serviteurs de Dieu), inspirés par saint Colomba, surtout répandus en Irlande et en Écosse où ils vivaient par communautés de douze membres sous l’autorité d’un abbé élu. Leur rite différait de celui de Rome sur divers points (date de Pâques, tonsure, consécration épiscopale, baptême, mariage des prêtres, utilisation du gaélique), ce qui leur vaudra quelques conflits avec les bénédictins.  

Ils reconnaissaient la prééminence du pape, mais pas son autorité car selon saint Colomba “le Pape n’est pas celui qui détient les clefs de la vérité absolue et dont les paroles portent le sceau du Saint-Esprit. C’est un évêque, un homme faillible que l’on peut con­seiller ou blâmer. Au dessus de l’autorité de Rome, il y a celle de la vérité ”.  

Il est très probable que les descendant des druides et bardes celtiques aient perpétué certaines de leurs traditions sous le couvert du christianisme celtique d’origine irlandaise, qui se développera en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouaille (l’Angleterre proprement dite ayant été évangélisée par l’Église romaine). On dit que dans l’ancienne capitale celtique irlandaise de Tara (près de Dublin), nul n’était admis s’il ne connaissait un art et qu’à Tara, la salle des banquets rituels était dénommée “demeure de la chambre du milieu  “. Lors des réunions de bâtisseurs, les participants auraient porté un tablier ; si l’un d’entre eux interrompait celui qui avait la parole et refusait de se taire, son tablier était tranché en deux et il ne pouvait être réadmis qu’après avoir refait un nouveau tablier.  

La désignation des hauts-rois de Tara procédait d'un rituel précis, dans lequel le candidat devait en particulier franchir deux pierres levées qui "s'écartaient" pour livrer passage à son char, puis son nom devait être proclamé par une troisième pierre levée (Lia Fail ,  la Pierre de la Destinée).  

En Écosse, après plus de trois siècles de batailles incessantes, le royaume scot de Dalriada (qui a donc été fondé par des celtes irlandais) prend l’ascendant sur les Pictes. En 835, Kenneth Mc Alpin s’établit à Scone comme monarque de toute l’Écosse, qui devient royaume d’Alba (et plus tard Scotia). C’est sur la Pierre de Scone que seront ensuite traditionnellement sacrés les rois d’Écosse. Selon certaines des multiples légendes qui entourent cette pierre, il s’agirait de la pierre de Jacob, apportée en Irlande par la princesse Tephi, fille du dernier roi de Juda, à l’époque du prophète Jérémie. Le prince Eochaid d’Ulster aurait renoncé au culte de Bel pour épouser Tephi, et aurait été sacré roi d’Irlande sur cette pierre. Elle aurait ensuite servi au sacre des rois d’Irlande à Tara, puis aurait été conservée dans l’île d’Iona jusqu’à ce que Fergus Mor McErc, devenu roi d’Écosse, la transporte à l’abbaye de Scone autour de l’an 1000. Plusieurs géologues contemporains ont relevé qu'aucune carrière ne correspond à la pierre de Scone dans les régions de Tara ou d'Iona ; par contre, on trouve des gisements de ce type à Béthel, près de la Mer Morte.   

Rappelons ici que selon la légende, la première Grande Loge a été fondée à York en 926 par le prince Edwin, géomètre et maître d’oeuvre, qui aurait colligé tous les actes et écrits se rapportant à la maçonnerie afin de rédiger des constitutions qui auraient commencé en évoquant le “Grand Architecte du ciel et de la Terre, la fontaine et la source de toute bonté qui bâtit de rien sa construction visible ”. Edwin aurait reçu à la même époque une charte de liberté de son père adoptif, le roi Athelstan, pour développer la fraternité. Edwin et son père auraient aussi défini les symboles fondamentaux de l’ordre : une équer­re en or, un compas en argent aux pointes d’or, et une truelle en argent. Au Xème siècle, on trouve bien une évocation des guildes anglaises, où il est question de ban­quets men­suels au cours desquels se discutaient les questions liées au groupement. Pour être admis, il fallait être citoyen de la ville, être de bonne conduite et de moeurs régulières, acquitter des droits d’entrée et se soumettre à un apprentissage (généralement sept ans). Les dirigeants étaient élus lors d’assemblées plénières, géraient toutes les affaires de la corporation et y rendaient la justice. Les membres ne pouvaient pas s’affilier à une autre ligue, étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, et devaient venger toute insulte faite à un des frères comme si elle avait été faite à tous. A la mort d’un frère, chaque membre devait offrir un morceau de bon pain et prier pour le salut de son âme.  

Un siècle plus tard, en 1109, Étienne Harding devient abbé de Cîteaux. Ce descendant des Vikings aurait été initié au celtisme en Bretagne avant de suivre les enseignements des maîtres de Laon, Reims et Paris. Féru d’ésotérisme, il a également été influencé par l’école kabbalistique de Troyes, toute proche, où Rachi l’aidera à entreprendre une recopie de la Bible, comportant 290 corrections fondées sur les textes hébreux (ce qui explique peut être le goût prononcé dont témoignera saint Bernard pour le texte très symbolique du Cantique des Cantiques).  

Certains auteurs ont remarqué que cet intérêt d’Harding pour la Bible coïncide étrangement avec le retour de Terre Sainte du comte de Champagne, qui rejoindra quelques années plus tard l’Ordre templier.  

Bernard de Fontaine entre à Cîteaux en 1112, à l’âge de 21 ans, Étienne Harding lui révélant la voie mystique. Il quittera l’abbaye 3 ans plus tard, choqué par la trop grande magnificence des églises dépendant de Cluny. Il devient le premier abbé de Clairvaux et se met en devoir de réformer l’ordre cistercien, dont l’architecture devra désormais être extrêmement dépouillée. Sur le plan théologique, Bernard admettait trois degrés pour s’élever vers Dieu : la vie pratique, la vie contemplative et la vie extatique. Il disait de Dieu : “comme toutes choses sont en Lui, Il est aussi en toute chose  (...) Dieu n’a point de forme, Il est la forme, Il n’est point corporé, Il est purement simple “. Quant à la méthode : “... rentre dans ton coeur et apprend à connaître ton esprit  (...) apprend par la connaissance de ton esprit à connaître les autres esprits. Voilà l’entrée, la porte par laquelle on entre dans les choses intimes, l’échelle par laquelle on s’élève aux choses sublimes ”. Et encore : “... connais ta propre mesure. Tu ne dois ni t’abaisser, ni te grandir, ni t’échapper, ni te répandre. Si tu veux conserver la mesure, tiens-toi au centre. Le centre est un lieu sûr : c’est le siège de la mesure, et la mesure est la vertu”.  

C’est ainsi que les abbayes cisterciennes furent le berceau de l’art du Trait, application de la géométrie euclidienne à l’architecture sacrée, constitué d’un ensemble de ”secrets” de métier permettant de tracer les figures géométriques élémentaires à l’aide de règles, d’équerres et de compas.  

C’est dans ce contexte que sera créé l’Ordre du Temple en 1118, et l’on note que parmi ses fondateurs se trouve André de Montbard, qui n’est autre que l’oncle de saint Bernard.  

C’est aussi dans ce contexte qu’en 1124, le celte David 1er fonde le premier véritable royaume féodal d’Écosse. Son règne sera marqué par la pénétration dans le pays de chevaliers normands et flamands, ainsi que de moines cisterciens. Ce roi confie la garde de la vallée d’Anna à un chevalier normand, un certain Robert de Brus (assimilé à un descendant de Robert de Bruges, qui aurait accompagné Mathilde de Flandres et son mari, Guillaume le Conquérant). Il crée par ailleurs la charge héréditaire de régisseur (steward) royal, attribuée à Alan Fitz Alan (ce sera l’origine des Stuart) ; et l’emblème du clan Steward sera constitué par un oiseau nourrissant sa couvée, avec la devise“ Virescit vulnere virtus”.  

En 1126, le comte Hugues de Champagne, donateur de Clairvaux, rejoint l’Ordre du Temple. Deux ans plus tard, au concile de Troyes, saint Bernard remet à vingt-sept chevaliers Templiers leur Règle monastique ; l’année suivante verra la constitution de trois prieurés, comptant chacun vingt-sept chevaliers. Le recrutement des Templiers prend une grande ampleur, les dons pécuniaires et fonciers affluent de toute part. En quelques mois, les Templiers s’installent ainsi en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Espagne et au Portugal.  

Vous comprenez ainsi pourquoi il m’a semblé intéressant de mettre l’accent sur Saint Bernard, qui semble avoir été une sorte de pivot entre le christianisme irlandais, implanté à la fois en Ecosse et dans l’esprit d’Etienne Harding, le maître à penser de celui qui donnera sa Règle à l’Ordre Templier…

Ne faisons toutefois pas de Saint Bernard notre héros. Ainsi, en 1140, au concile de Sens, il fait condamner les thèses de Pierre Abélard. Il reprochait à ce précurseur de Descartes de fonder sa foi sur le doute méthodique, et de penser que le bien et le mal sont à considérer du point de vue de la conscience humaine, éclairée par l’amour de Dieu. Abélard estimait que la raison est plus efficace que le bûcher pour convertir les hérétiques, et prêchait la tolérance religieuse. Philosophe réputé en son temps, l’histoire retiendra surtout sa tragique histoire d’amour avec Héloïse…  

Une autre anecdote : c’est à Clairvaux qu’en 1143, l’archevêque irlandais Malachie aurait rédigé les 112 devises pontificales, résumant la destinée des papes à venir. Si l’on admet leur authenticité (elles ne furent publiées qu’en 1673...) et surtout leur caractère prophétique, Benoît XVI sera l’avant-dernier pape, précédant le retour de Pierre le Romain ; ce cycle de 888 ans (nombre du Christ) débuté en 1144 devrait donc se terminer en 2032.  

Mais on dit aussi que Saint Malachie aurait été l’un des derniers héritiers directs du christianisme celtique des culdéens ; il aurait transmis son savoir à Étienne Harding et à saint Bernard, dont il fut très proche. C’est également lui qui a fondé en 1142 la première abbaye cistercienne irlandaise (Mellifont, la "fontaine de miel"…).  

Dernière anecdote pour ce 12èmesiècle : c’est en 1182 qu’apparaît le Perceval ou le Conte du Graal  de Chrétien de Troyes, qui associe les traditions celtiques (Irlande, Avalon) au christianisme. A noter que Perceval y est d’emblée décrit comme le “fils de la dame veuve”… On sait que mis en présence du Graal dans le château du roi pêcheur, mais refusant de transgresser le conseil de silence donné par son maître en chevalerie, il s’abstiendra de poser la question qui lui aurait permis d’accéder à la royauté du Graal. Il ne pourra dès lors y parvenir qu’au terme d’une longue et éprouvante quête initiatique.  

Le thème sera repris une trentaine d’années plus tard dans le Parzifal du chevalier Wolfram von Eschenbach, qui y développera la symbo­lique alchimique du Graal. Il est savoureux de noter qu’il débutera son oeuvre de vingt-cinq mille vers en affirmant “je ne suis pas un savant, je ne sais ni lire ni écrire”…  

L’existence d’une franc-maçonnerie opérative est désormais incontestable ; on en trouve des traces à Londres en 1212, à Magdebourg en 1215, et en 1221 sur le chantier de la cathédrale d’Amiens.  

Au cours du 13èmesiècle, des idées nouvelles se répandent, véhiculées par les alchimistes ou les kabbalistes. Grégoire IX réplique en instituant la Sainte Inquisition Romaine et Universelle, qui ne sera officiellement abolie qu’en 1965. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour s’opposer à l’averroïsme et à l’école franciscaine, défendant la primauté du sens littéral de la Bible et fondant la doctrine catholique qui restera prédominante jusqu’à nos jours.  

En 1286 s’éteint la première dynastie royale écossaise, qui était donc d’origine celtique irlandaise.  

Ce sera l’origine de plusieurs décennie de guerre entre écossais et anglais, marquée par des personnalité comme James le Stewart, William Wallace et Robert le Bruce.  

Devenu roi d’Écosse en 1306, il est immé­diatement excommunié par Rome, qui craignait probablement la résurgence d’une église celtique. La guerre contre Édouard 1erse poursuit, on observe que Robert le Bruce apprend progressivement à éviter les batailles rangées, préférant les escarmouches (ce que les Templiers avaient appris au contact des sarrasins de Terre Sainte). Dans les années qui suivent, la discipline s’organise, des armes et du matériel arrivent d’Irlande (forcément en transit depuis le continent puisque l’Irlande n’avait pas d’industrie militaire).  

Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les Templiers français. Nombre d’entre eux ont pu échapper à la rafle et se réfugier à l’étranger. Les Templiers restants se sont rendus sans résistance mais nul ne trouva trace du trésor ni des archives de l’Ordre. La flotte des Templiers s’est également volatilisée, et il n’est pas impossible qu’une partie ait pu rallier l’Écosse via les grands ports de commerce irlandais de l’époque (Limerick et Galloway).  

A noter que la Bulle de dissolution de l’ordre templier ne fut pas rendue publique en Écosse puisque, Robert le Bruce ayant été excommunié, elle n’avait pas cours sur ses terres. Une légende, affirme même que l’ancien maître de la province templière d’Auvergne Pierre d’Aumont se serait réfugié en Écosse avec deux commandeurs et cinq chevaliers, après s’être déguisé en maçon et avoir changé de nom (pour s’appeler Mac Benac ). Avec George Harris, grand commandeur templier d’Hampton Court, il aurait décidé de maintenir la tradition de l’Ordre sous une forme secrète, en adoptant les symboles et les emblèmes de la maçonnerie.  

Quoi qu’il en soit, après la victoire écossaise de Bannockburn sur les anglais, la fille de Robert le Bruce épouse le fils de James Stewart, tandis que son frère débarque en Irlande où il se fait couronner roi.  

C’est ainsi qu’en 1371 : le petit-fils de Robert le Bruce montera sur le trône d’Écosse sous le nom de Robert II Stewart, et fondera la dynastie des Stuart.  

Là encore, il m’a semblé utile de mettre l’accent sur les relations étroites qui ont uni pendant plusieurs siècles l’Irlande et l’Ecosse.  

Je saute allègrement 400 ans.  

La franc-maçonnerie s’est largement développée en Ecosse, en Angleterre, en France et en Allemagne, mais je n’ai pas grand-chose à dire de l’Irlande pendant cette période.  

Nous arrivons à la fin du XVIIe siècle,  et il faut tout de même dire quelques mots du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, qui vient d’avoir un fils en 1688 et qu’il compte bien élever dans la catholicité. Le parlement réagit en proposant le trône à Marie, fille de Jacques et épouse de Guillaume de Nassau, prince d’Orange, chef des protestants néerlandais et ennemi du roi catholique Louis XIV. Marie accepte et débarque en Angleterre. C’est la Glorious Revolution  anglaise, qui entraîne la chute du roi Jacques II et prépare l’installation de la monarchie hano­vrienne orangiste.  

Jacques II se réfugie à Saint Germain en Laye accompagné de six régiments qui auraient chacun eu leur loge : Royal Écossais, d’Albany, O’Gilwy, Dillon (régiment irlandais dont certains officiers seraient à l’origine de La Bonne Foi, fondée vers 1700), Gardes Écossaises et Walsh Irlandais (au sein duquel serait née La Parfaite Égalité, dont le Grand Orient de France a admis en 1777 que ses constitutions dataient de 1688).  

Ce sont les plus anciennes mentions que j’aie pu trouver d’une franc-maçonnerie irlandaise.  

 C’est aussi à Saint Germain qu’aurait été installée la Loge Mère Stuardiste du Rite Jacobite, à laquelle aurait appartenu le chevalier de Ramsay. Cette maçonnerie jacobite aurait pratiqué un degré de Maître Écossais de Saint-André, fondé sur le retour de l’exil à Babylone et la reconstruction du Temple par Zorobabel (ce rituel à double sens aurait permis d’évoquer la restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre). Sans anticiper ce que nous diront de prochains conférenciers, on peut aussi noter que le chevalier de Ramsay, fut l’exécuteur testamentaire de Fénelon et le précepteur du fils de Jacques II d’Angleterre, c’est à dire du chevalier de Saint-George, prétendant déchu au trône, père de Charles-Édouard Stuart.  

En 1690, après avoir débarqué en Irlande et assiégé Londonderry sans succès, Jacques II et les catholiques sont à nouveau battus par Guillaume III d’Orange et retourneront en exil en France. Jacques II mourra à Saint-Germain en 1701,  laissant une veuve qui lui survivra dix-sept ans ; certains partisans jacobites en profiteront alors pour se dénommer “les enfants de la veuve”.  

Quant à Guillaume d’Orange, il se fera recevoir maçon en 1694 et présidera des assemblées à Hampton Court. La maçonnerie orangiste protestante se dotera ainsi de statuts supprimant toute référence à une Église, précisant : "votre premier devoir est d’être fidèles à Dieu et d’éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent ”. Et en vertu de “l’acte d’établissement” de 1701 qui consacre l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre sous la forme d’une Grande-Bretagne, les princes de la maison de Hanovre accéderont au trône d’Angleterre et favoriseront l’épanouissement de la monarchie parlementaire.  

Revenons en Irlande, en 1710, pour l’anecdote de miss Élisabeth Saint-Léger . On raconte que la future lady Aldworth) s’était endormie dans une pièce contiguë à une loge, et qu’elle assista ainsi à son réveil à une tenue maçonnique. Surprise par son père, il fut décidé que la meilleure façon de garantir son silence était de l’initier, ce qui fut fait sur l’heure. Cette transmission (régulière puisqu’assurée par des maçons réguliers) indique qu’à l’époque pré-andersonienne, l’exclusion des femmes n’était pas un principe intangible, même s’il ne s’est agi en l'occurrence que de s’assurer de la discrétion d’un témoin involontaire.  

En 1717, quatre loges andersoniennes s’autoproclament Grande Loge de Westminster, ce qui marque conventionnellement le début de la maçonnerie dite « spéculative ». Huit ans plus tard, ce sera la fondation de la Grande Loge d’Irlande, qui sortira les jeunes loges irlandaises de la clandestinité.  

Le premier franc-maçon irlandais célèbre est Jonathan Swift (Dublin Lodge n° 16) qui publie en 1726  Les voyages de Gulliver. Doyen des chanoines de la cathédrale St Patrick à Dublin, il ne se priva toutefois pas de publier divers pamphlets contre l'Église, la politique et même l'Irlande. Il a consacré un tiers de sa fortune aux pauvres, et un autre tiers à la fondation d'un hôpital psychiatrique.  

En 1730, la Grande Loge d’Irlande se dote des Constitutions de Dublin , globalement basées sur celles d’Anderson mais en y ajoutant la Sainte-Trinité et les Devoirs “au nom de Jésus-Christ, notre seigneur et sauveur”.  L’invocation d’ouverture se faisait au très glorieux seigneur Dieu, Grand Architecte du ciel et de la terre  étant précisé lors des cérémonies d’initiation que le nouveau frère sera gratifié de la divine sagesse  afin qu’il soit capable d’éclaircir, au moyen des secrets de la maçonnerie, les mystères de la piété et du christianisme.  

La même année, dans un contexte marqué par de nombreuses « divulgations » (en particulier la Masonry Dissected  de Pritchard), la Grande Loge de Londres décide d’inverser les moyens de reconnaissance des premier et deuxième degrés afin de ne permettre l’accès des loges qu’aux maçons qu’elle juge réguliers.  

Dans la foulée, cette même Grande Loge de Londres (qui compte déjà plus d’une centaine de loges) commence à manifester des prétentions de supériorité vis-à-vis de la Grande Loge d’Irlande et des loges d’Écosse, se permettant d’émettre des doutes sur leur régularité. “L’inversion anglaise”, susceptible d’être jugée contraire à la tradition, n’a certainement pas contribué à améliorer leurs relations...  

Ce sont les prémices de la querelle des Ancients et des Moderns, qui va durer quelques décennies, d’autant que vont rapidement apparaître les premiers « hauts grades ».  

Dès 1743, on trouve en Irlande la première référence connue à la Royal Arch , portée par deux “Excellents Masons” lors d’une procession à la saint Jean d’hiver. L’année suivante, un ouvrage du Dr Dassigny consacré à la maçonnerie irlandaise évoque un grade de Royal Arch , qui était alors réservé aux anciens maîtres de loge (Passing the Chair ), et développera la redécouverte des secrets originels de la maçonnerie, ainsi que les attributs du “roi” Zorobabel, du prophète Aggée et du grand prêtre Josué.  

En 1750 apparaissent deux degrés maçonniques, "Prévôt" et "Juge" qui font référence aux "Harodims", les 3600 menatskhim  nommés par Salomon pour surveiller le chantier du Temple.  

Ces deux grades seront ultérieurement réunis avec le "Maître Irlandais", un degré pratiqué vers 1761 à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (autour de la saga biblique de Joseph) et qui deviendra le septième degré du REAA.  

Arrêtons nous un peu sur un personnage important : Lawrence Dermott, irlandais né en 1720 et initié en 1740 à Dublin, vénérable en 1746 avant d’être reçu au Royal Arch. Il rejoint la Grande Loge des Ancients en 1752 et en devient le grand secrétaire quatre jours plus tard ; il occupera cette fonction pendant vingt ans, avant d’être député grand maître. Sous son impulsion, les Ancients  intègrent l’Arche Royale comme extension des grades symboliques, ce degré étant jusqu’alors réservé aux passés-maîtres installés. En 1756, il publie Ahiman Rezon, équivalent des Constitutions pour les Ancients , ouvrage de 238 pages réédité à de multiples reprises et qui sera adopté par de nombreuses grandes Loges se réclamant des Ancients . Il y est précisé que “quiconque, par amour de la connaissance, pour le désir d’étendre son champ d’utilité ou pour tout autre motif vertueux désire devenir franc-maçon, doit être informé qu’il doit croire fermement dans l’existence de la divinité, et qu’il doit l’adorer et lui obéir en tant que Grand Architecte et Gouverneur de l’Univers. Les francs-maçons sont strictement astreints d’observer la loi morale et de fuir les voies de l’immoralité et du vice. Ils doivent également éviter les erreurs grossières du libre penseur, de la bigoterie et de la superstition. Ils doivent faire un usage convenable de leur raison personnelle en vertu de cette liberté par laquelle, en tant que maçons, ils sont faits libres d’en user mais non d’en abuser. Ils sont tenus d’adhérer aux grands principes essentiels de la religion révélée sur laquelle tous les hommes sont d’accord, alors que la façon et les formes d’adoration sont laissées à leur propre jugement. Il s’ensuit que les francs-maçons sont des hommes de bien et loyaux ; hommes d’honneur et de probité, hommes vertueux, quels que soient les noms qui aident à les distinguer. De par ce compte-rendu de la religion du métier, il ne faut pas supposer que la maçonnerie enseigne aux hommes à devenir indifférents envers la religion et l’état futur. C’est le contraire qui est vrai  (...) La bienveillance universelle est la plus grande aspiration morale. Elle constitue l’Étoile Polaire de la maçonnerie. Les influences sectaires et les disputes sont susceptibles de réduire cette gaie sympathie pour tout le genre humain, laquelle est le dessein que notre Ordre cultive et sert. Les disputes religieuses, et non la religion, sont bannies de nos loges  (...) En somme, la moralité et les devoirs religieux du maçon sont contenus dans ce commandement : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et tes voisins comme toi même”.  

C’est sous l’impulsion de Dermott qu’en 1762,  la Grande Loge d’Irlande s’allie officiellement à la Grande Loge des Ancients  

Il faudra attendre 1773 pour que la Grande Loge d’Écosse imite celle d’Irlande et s’allie également à la Grande Loge des Ancients,  dans un contexte de conflit exacerbé entre ces derniers et les Moderns, la légitimité de la Grande Loge de Londres étant alors remise en cause par la moitié des maçons britanniques.

Laurence Dermott meurt en 1791 ; grâce aux liens étroits tissés avec l’Irlande et l’Écosse, et à l’expansion du Rite outre-mer, il aura donné à la Grande Loge des Ancients des assises suffisamment fortes pour que vingt-deux ans plus tard, l’Acte d’Union des Grandes Loges d’Angleterre (1813) soit négocié sur un pied d’égalité.  

C’est sans doute dans cette esprit que lorsque, le 31 mai 1801, le comte de Grasse-Tilly et John Mitchell fondent à Charleston le Suprême Conseil du Saint-Empire, premier Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction Sud des États-Unis, les maîtres maçons des deux grands systèmes rivaux y étaient indistinctement acceptés, quelle que soit leur religion.  

Un Suprême Conseil du REAA sera installé en Irlande en 1824, dont la régularité sera confirmée par le convent de Lausanne en 1875.  

Il restera partie prenante de la Déclaration de Principes de Lausanne alors que l’Angleterre et l’Écosse se retireront de la Confédération quelques années plus tard, considérant que le texte ne met pas suffisamment l’accent sur la notion de Dieu personnel.  

C’est néanmoins en concertation avec les Grandes Loges d’Irlande et d’Écosse qu’en 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce qu’elle rompra toutes ses relations avec les obédiences qui ne respectent pas ses Principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.  

Depuis, la Grande Loge d'Irlande est restée dans la mouvance de la GLUA ; elle regroupe aujourd'hui 45 000 membres répartis dans environ 900 loges (dont une centaine à l'étranger).

Source : Quatrième Cahier de la Loge de Recherche n° 1306 « Mare Nostrum » (GLDF)

avec la permission de l’auteur

 

commentaires

La Franc-Maçonnerie irlandaise

Publié le 18 Juillet 2026 par T.D

2011

Cette maçonnerie très discrète ne communique pas ses rituels contrairement à l’Angleterre où il est très facile de se les procurer. Elle entretient des liens priviligiés avec le grade de l’Arc Royal, bien sûr, et avec les Side degrees tels ceux de Chevaliers du Temple et de Chevaliers de Malte et le Suprême Conseil du Rite Ancien et Accepté. Il existe une loge d’études et de recherches à Dublin, la Loge CC, et un chapitre d’étude. Cette Maçonnerie se porte bien et est répandue dans le monde entier (Grandes Loges de district). On estime ses effectifs à 100 000 frères.

Le Dossier Irlandais – Un peu d’histoire

Le 17 mai 2011, pour la première fois depuis l’indépendance irlandaise de 1921/2 et pour la première fois de son long règne la règne Élisabeth II se rendit à Dublin. Ce séjour de 4 jours de la reine marqua, selon le Premier ministre irlandais Enda Kenny, «le début d’une ère nouvelle entre nos deux pays basée sur le respect et l’amitié». «Le respect et l’amitié», voilà des mots qui ne viennent pas immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque les difficiles relations anglo-irlandaises au cours des siècles. Rappelons que, pour s’en tenir aux évènements les plus récents, le conflit nord irlandais a duré près de 30 ans –il s’est achevé en 1998-, a fait 3500 morts et qu’une certaine tension existe toujours entre les deux communautés protestantes et catholiques.

On le voit, la vie insulaire n’est pas un long fleuve tranquille. L’Irlande, comme sa grande sœur voisine, c’est d’abord une île, à la fois partie intégrante de l’Europe et tournée vers l’Atlantique, c’est-à-dire farouchement autre.

1) L’Irlande Gaèle (des origines à la conquête anglaise de 1169)

a) les origines

Les premières traces de peuplement connues remontent à environ 9 000 ans avant Jésus-Christ. Au néolithique (5000-2000 av. JC) ou période post-paléolithique ou post-glaciaire, les hommes dressent des constructions mégalithes avec une disposition précise par rapport au soleil et, déjà, pleines de symboles… Quel beau clin d’œil au tenants d’une grande –d’une trop grande ancienneté de la Maçonnerie!

Les Celtes arrivent du IVè siècle au 1er siècle av. JC, avec les Gaëls. La conquête celtique dura donc plusieurs siècles et les nouveaux venus finirent par imposer leur langue, leur conception du droit, leurs dieux, etc. si bien que l’Irlande gaélique eût une forte unité culturelle et religieuse, appuyée sur l’autorité des druides, et pourtant elle ne sut pas se doter d’une organisation politique solide, ni d’une capitale, ni même de villes. Ce trait reste une constante irlandaise : aujourd’hui encore l’Irlande est divisée politiquement tout en gardant des institutions communes aux 2 parties du pays, comme la Franc-Maçonnerie.

Durant les 5 premiers siècles de l’ère chrétienne, la vie irlandaise est dominée par une longue rivalité entre les royaumes qui composent le pays. Mais malgré ses divisions, l’Irlande n’a pas connu l’occupation ni la civilisation romaine –du moins directement- à tel point que l’écriture latine ne fut pas adoptée immédiatement.

b) L’Irlande chrétienne

La christianisation de l’Irlande n’est donc pas arrivée dans les bagages de l’Empire romain et ne fut pas le résultat d’un acte d’autorité ou de coercition. Ceci explique peut-être l’étonnante –on va voir pourquoi- fidélité irlandaise au catholicisme, à Rome. Elle fut l’œuvre de Patrick dont, à vrai dire, on ne sait pratiquement rien sinon ce qu’en disent les légendes qui racontent qu’il aurait eu une vision l’appelant à évangéliser les Irlandais. Il aurait étudié sous la direction de Saint-Germain d’Auxerre avant de partir pour l’Irlande en 432. Il y serait mort en 461.

L’histoire est plus prudente et estime que la christianisation de l’île fut, sinon difficile, du moins plus étalée dans le temps, les églises se substituant peu à peu –sans les abolir- aux sanctuaires païens, les abbés et moines aux druides, etc. L’écriture latine enfin fut introduite sans détruire l’ancienne si bien que les deux traditions gaélique et latine s’entre-pénétrèrent. L’Irlande va ainsi se couvrir d’un réseau de monastères ce qui correspondait bien à l’organisation « décentralisée » de la civilisation celte.

Mais tandis que l’Empire romain sombre sous les coups de ce que l’on a appelé « les invasions barbares » et ce qu’on appelle plutôt maintenant « les grands migrations de peuples », l’Irlande chrétienne reste à l’abri –échappant aux conquêtes germaniques- et c’est d’elle que va partir une certaine reconquête spirituelle chrétienne de l’Europe continentale.

Des moines venus d’Irlande vont évangéliser l’Ecosse. Le plus connu de ces ré-évangélisateurs irlandais fut Saint Colomban qui fonda un monastère à Luxeuil (590) et alla jusqu’en Italie. Parmi la multitude de moines irlandais citons encore –pour nous français- Saint-Gobain et Saint-Fiacre - autrefois, l’un des saints les plus populaires de France, sans doute pour ses qualités de guérisseur. Ce patron des jardiniers y fondera au VIIè siècle des monastères dont un près de Meaux (Seine-et-Marne).

La « Renaissance carolingienne » dut aussi beaucoup à l’« Ile des saints et des savants ».

Signalons enfin –comme on l’ noté plus haut- une caractéristique du christianisme irlandais des VI-VIIIème siècles : bien qu’il soit fortement imprégné d’un particularisme local et farouche, il n’a jamais songé à se séparer du reste de la chrétienté, comme l’écrivait Colomban : « il n’y a jamais eu d’hérétique ou de schismatique parmi nous. » Ceci explique peut-être pourquoi les protestants ne réussirent jamais à s’implanter complètement.

c) les Vikings

Bien que christianisée, l’Irlande avait donc gardé ses structures politiques celtiques, c’est-à-dire ses divisions. Les Vikings (Norvégiens) en profitèrent et arrivèrent en 795 puis en 801 et 806. Tout au long du IXème siècle, les envahisseurs s’installèrent mais ne purent pacifier l’île qui connut jusqu’à la fin du Xè siècle, guerres et destructions. Malgré cela, les Norvégiens fondèrent Dublin –qui était donc à l’époque une ville scandinave- et Cork et c’est aussi durant ces temps troubles que fut rédigé le fameux « Book of Kells », un évangéliaire, chef-d’œuvre de l’enluminure irlandaise. Enfin, apparurent les premières –depuis les mégalithes- constructions en pierres.

d) de Brian Boru à Strongbow

En 1014, Brian Boru, réussit –au prix de sa vie- à vaincre une coalition de Vikings et d’Irlandais et cette victoire est devenue le symbole de l’unité nationale et de l’indépendance irlandaise. La réalité historique est bien sûr plus complexe car, jusqu’à l’invasion normande de 1169, la confusion politique fut pire que jamais. En réalité, cette mêlée marque seulement la fin de la domination des Vikings qui sont maintenant assimilés. Et l’Irlande continue à s’enfoncer dans un cycle apparemment sans fin de rivalités et de querelles, attirant de puissants voisins. Ignorant le monde extérieur, celui-ci ne l’ignorait pas, au contraire, elle invitait. Ainsi, à son corps défendant, l'Irlande invitait ses voisins à s’immiscer dans ses affaires. Des gens pratiques et assoiffés de terres comme les barons normands ne vont pas se gêner.

2) De l’Invasion normande à l’achèvement de la conquête anglaise : 1169-1603

a) l’invasion.

A la fin du XIIème siècle, en 1169 les Anglais –Henri II étant roi- entrent en scène. Un des rois irlandais, Dermot Mc Murrough, s’allia avec eux pour reprendre son trône contre ses rivaux et c’est ainsi que les anglais entrent dans Dublin le 21 septembre 1170. Dublin deviendra alors une ville anglaise sans jamais avoir été –notons-le- une ville Celte. Cette capitale est donc un peu étrangère dans son propre pays. L’Irlande devient une colonie anglaise, nombres de rois gaëls et l’Eglise irlandaise se ralliant à Henri II.

b) la difficile installation anglaise

Cependant dès le début, la colonisation anglo-normande fut problématique: il y faudra 4 siècles. La société gaële reste très différente des normands par la langue, la tradition etc. et elle ne peut s’opposer aux anglais à cause de ses divisions. En même temps, les Irlandais ne restaient pas insensibles à certains apports anglais –on va le voir- mais ceux-ci ne s’intéressaient pas vraiment à leur conquête considérant l’Irlande plus comme une réserve dans laquelle ils puisent ce dont ils ont besoin qu'une terre à annexer purement et simplement et à intégrer au royaume.

c) la résistance gaële.

Cette situation a été résumée par un historien : « La tragédie de l’invasion normande ne fut pas la conquête de l’Irlande – elle ne fut jamais conquise ; ce fut sa demi-conquête ». On en voit encore les conséquences aujourd’hui. Le monde anglais et le monde irlandais se côtoient sans se mélanger. Au final, il n’y eut ni conquête totale, ni fusion. Aucun roi anglais, pourtant suzerain de l’Irlande ne s’y rendit entre 1210 et 1394 et l’Irlande est morcelée en 3 éléments principaux : l’Irlande gaèle (traditionnelle, campagnarde et agricole), l’Irlande anglo-irlandaise (des villes) et l’Irlande anglaise, une véritable enclave (le Pale) autour de Dublin.

d) du XIIè au XVè siècle

De fait, Au XIIè siècle, les anglo-normands commencent à introduire des changements dans la société irlandaise. Ils apportent une administration centralisée (y compris pour l’Eglise), fondent des villes, construisent en pierres (cathédrales, abbayes, châteaux) et rapidement –à l’image de ce qui se passe en Angleterre- des guildes se constituent.

De leur côté, en dépit des batailles des XIIIe et du début du XIVè siècle qui les opposaient aux anglais, les Irlandais s’intéressaient aux réformes politiques anglaises (Grande Charte de 1215 avec l’embryon d’un Parlement) comme un moindre mal.

Au XIVe siècle, un calme relatif s’installe et l’influence de la civilisation anglaise s’exerce de plus en plus. Les villes, le commerce, les cultures se développent ainsi que les corporations. La langue anglaise commence à s’imposer.

Cette anglicisation est stoppée par la « Peste noire » de 1349-1350 qui tue le tiers de la population et la guerre de Cent ans qui amènent le départ de nombre de barons anglais, appelés en France.

Les grandes familles irlandaises ou anglo-irlandaises –voilà maintenant près de 2 siècles que les anglais sont arrivés- reprennent du poil de la bête.

Pour éviter les rapprochements entre Irlandais et Anglais, le roi d’Angleterre édicte les statuts de Kilkenny (1366-1367) interdisant aux anglo-irlandais tout contact (mariage, culturel, etc.) avec les irlandais. Mais l’existence même de ces statuts prouve que ces contacts étaient bien réels. En même temps, ils montraient que l’Angleterre dominatrice se considérait comme incompatible avec l’Irlande.

Au XVe, les anglo-irlandais continuent à reprendre de l’importance et sont bien près (avec l’appui des Gaëls) d’obtenir ou d’imposer une Irlande unifiée. C’est alors que l’Angleterre va se réveiller.

e) La conquête finale des Tudors (XVIè)

Henri VIII entendait reprendre les choses en main. Dès 1534-5 ce furent exécutions et répressions sanglantes envers tous ceux qui s’opposaient à son pouvoir. De plus, il entend imposer à l’Irlande la Réforme religieuse anglaise. Or l’Irlande restait - inexplicablement pour certains, vue l’attitude la papauté envers elle- catholique. Henri VIII alla jusqu’à se déclarer « roi d’Irlande » en 1541.

La résistance irlandaise s’organisa. Les anglais persistèrent : l’exemple du Trinity College est emblématique. Pour implanter la Réforme et combattre « l’influence papiste », Elisabeth 1ère fonda en 1591-2, sur les ruines d’un monastère détruit par Henri VIII, cette institution d’enseignement, véritable bastion protestant en terre irlandaise. Ce collège –dont le prestige égale celui d’Oxford- ne s’ouvrira aux catholiques qu’en 1873 et ne s’unira avec l’University College (Université catholique) qu’en 1967. Sans commentaire.

Pendant ce XVIe siècle, religion et politique furent bien entendu étroitement liés. La confiscation des terres se développe et les Irlandais, sous la conduite de O’Neil, se soulevèrent en 1594 mais furent finalement vaincus en 1603, ce qui marquait l’achèvement, enfin, de la conquête anglaise. L’Irlande gaële politique était morte mais les Irlandais restaient cependant fidèles à leurs souvenirs et à leurs légendes et allait se constituer ainsi un imaginaire spécifique.

Ainsi, malgré l’anglicisation, la culture et la langue gaële survécurent. On sauva les manuscrits gaëliques, on les compila « Annales des quatre maître », on écrivit « une histoire de l’Irlande », la littérature, la poésie gaële restèrent très vivantes, etc.

3) de l’achèvement de la conquête à la loi d’Union : 1603-1800

L’histoire qui commence ici et jusqu’à l’indépendance est, comme toujours en Irlande d’une grande complexité. Grosso modo, les maîtres sont les protestants, propriétaires des terres, les pauvres sont les paysans ou fermiers catholiques, et il y a les presbytériens plutôt industriels. Mais cela ne veut pas dire que tous les protestants sont riches et que tous les catholiques sont pauvres. Quant aux presbytériens, ils sont plutôt du côté protestant mais pas toujours, en fonction des crises économiques et politiques. D’un autre point de vue, il y a les Anglais, les Irlandais, les anglo-Irlandais. D’un autre point de vue encore, il y a les églises constituées, anglicane, presbytérienne, catholique. Tout cela ne se recoupe pas forcément. Il y a des anglais catholiques et des irlandais protestants. Ajoutez à cela les intellectuels y compris gaëls, les littérateurs, les politiques, l’attitude des Anglais d’Angleterre, l’attitude de divers pays européens (la France, l’Allemagne, la papauté), de l'Amérique etc. Tout cela fait que se font et se défont des alliances qu’il est impossible de résumer. Voici quelques grands traits :

a) La « Plantation » d’Ulster. [XVIIe siècle]

Les Anglais étant les Maîtres, c’est sous Jacques 1er, en 1605, que commença l’anglicisation de l’Ulster, en réalité via des écossais protestants. Ce fut une colonisation accélérée. Le nom de la ville « Londonderry » symbolise tout : une autre « Londres ». L’ancienne population irlandaise catholique fut submergée par les anglo-saxons anglicans ou presbytériens totalement étrangers à l’Irlande. Cette colonisation allait se maintenir et durer jusqu’à aujourd’hui. Dans le reste du pays, les Irlandais, restés catholiques, et les « Anciens Anglais » s’unirent.

b) la confédération de Kilkenny (1641).

Sous Charles1er, successeur de Jacques 1er, la situation se dégrada à la suite de problèmes financiers et une révolte, « une rebellion » d'Irlandais et « Anciens Anglais » éclata en 1641 qui donna naissance à la « confédération de Kilkeny ». Parallèlement la guerre civile avait commencé en Angleterre. Charles 1er décapité, Cromwell et son armée reprennent la situation de l’Irlande en main, débarquent à Dublin et écrasent la ville en 1649. La répression fut impitoyable : confiscation de terres, déportations, etc. On estime que plus de 30 000 irlandais partirent. Les « Anciens Anglais » avaient perdus, les protestants détenaient les 2/3 des terres, l’industrie etc.

Peu à peu, après l’arrivée de Charles II sur le trône anglais qui appliqua une politique plus modérée, la situation s’améliora un peu pour les Irlandais.

c) état de l’Irlande à la fin du XVIIe siècle.

En 1672, L’Irlande compte 1 100 000 habitants dont 800 000 catholiques. La minorité protestante continuait à détenir l’immense majorité des terres cultivables, le commerce, l’administration. Les Irlandais catholiques vivaient pauvrement. La ville de Dublin s’embellit, une « Société philosophique » y fut fondée en 1683.

Sur le plan religieux, 3 églises dominaient : catholique, Eglise d’Irlande (anglicane), presbytérienne.

d) La bataille de la Boyne.

En 1688, Jacques II, successeur de Charles II, catholique, est chassé du trône d’Angleterre. Il essaya de reprendre pied sur les îles, via l’Irlande mais fut finalement vaincu le 12 juillet 1690 à la bataille de la Boyne par Guillaume d’Orange.

Cette victoire de Guillaume III d’Orange, protestant, sur Jacques II, catholique, a donné naissance –plus tard on va le voir- à une curieuse institution pseudo maçonnique, « L’Ordre d’Orange », ordre entre autres connu pour la commémoration annuelle qu’il organise et qui est, encore cette année 2011, l’occasion d’affrontements entre les deux communautés.

Mais comme toujours l’histoire est beaucoup plus complexe. Dans ce conflit, des français se battaient des deux côtés (catholique et protestant) et Rome fêta cette victoire protestante comme un heureux coup porté à Louis XIV ! Cependant nombre d’Irlandais émigrèrent en France.

e) les « Lois pénales »

Après la bataille de la Boyne, les vainqueurs, c’est-à-dire les protestants reprirent les confiscations de terres, les catholiques furent bannis du Parlement et de la vie publique en général. Ces lois pénales visant les catholiques furent comparées aux lois françaises de la même époque visant les Huguenots. Il s’agissait bien d’une volonté de domination et non d’uniformisation.

Au XVIIIe siècle, au moment où la Franc-Maçonnerie apparaît en Angleterre puis en Irlande, la politique de confiscation des biens irlandais par les anglais continue de plus belle, et pourtant l’Irlande connut un calme relatif sous l’autorité des protestants, certes minoritaires mais qui possédaient toute la puissance économique et avaient le soutien de l’Angleterre.

Les Irlandais vivaient dans la pauvreté et le chômage. Au tournant du siècle, celui-ci est endémique. C’est la période où des francs-maçons irlandais -à commencer par Laurence Dermott, lui-même simple peintre en bâtiment- arrivent en Angleterre et fonderont la Grande Loge des Anciens. Etait-il un « Ancien Anglais » ?

L’Irlande devenait anglaise dans la mesure où les protestants eux-mêmes finirent par confondre leur cause avec celle de l’Irlande (cf. J. Swift). Et pourtant, face à eux, les Irlandais catholiques restés au pays vivaient comme les huguenots en France –comme dans le désert- et ce qui survivaient la littérature et l’enseignement, c’était grâce aux intellectuels. L’Irlande, sous les traits d’une belle jeune femme, était persécutée mais indomptable comme les huguenots français et Marie Durand.

A la fin du XVIIIe siècle l’Indépendance des Etats-Unis (les presbytériens qui avaient prospéré dans l’industrie mais qui étaient brimés par les protestants, émigrèrent vers les Amériques où ils allaient jouer un grand rôle) et la révolution française allaient affaiblir la position de l’Angleterre en Irlande. Celle-ci en profita pour prendre un peu de liberté. Il y eut un double mouvement, d’abord d’indépendance puis, par retour de balancier, d’Union avec la Grande Bretagne.

f) le « Parlement de Grattan », les « Irlandais unis ». La loi d’Union.

Ainsi, en 1782, une déclaration d’indépendance fut votée même si cette « Constitution de 1782 » n’était que la Constitution de l’Irlande protestante et qu’il ne s’agissait que d’une indépendance législative, l’Angleterre continuant d’affirmer sa volonté.

Là-dessus arrivèrent les retombées de la Révolution française. L’agitation émancipatrice agissant sur les esprits, les Irlandais protestants comprirent qu’ils fallaient rester unis (les « irlandais unis ») à l’Angleterre s’ils voulaient tenir en main la majorité catholique du pays. Et, en effet, il y eût de nombreuses tentatives de révolte. Ainsi, en septembre 1795, une grande rixe opposa catholiques et protestants lors de la bataille dite du « diamond ». C’est alors qu’un certain James Wilson de Dyon mobilisa les FF de sa loge à Coledon près de Tyrone (Irlande du Nord) pour défendre les protestants contre les catholiques. Ils constituèrent une association, The Orange boys, de fait une milice protestante, qui deviendra l’Ordre d’Orange cité supra. En 1797, une partie des Orange boys s’organise sous la forme d’une Grande Loge de l’Ulster. En 1798, un nouveau soulèvement oppose protestants et catholiques. Ceci pour rester dans une grille de lecture simple voire simpliste -la réalité étant, encore une fois, toujours plus complexe- car il faut dire que de catholiques irlandais ne soutinrent pas les expéditions anti-anglaises menées de France, que la hiérarchie catholique resta fidèle à la Couronne anglaise tandis que la Grande Loge d’Irlande et même une grande partie de la hiérarchie protestante ne soutinrent pas l’Ordre d’Orange, jugé trop agité.

Finalement tous ces évènements politiques convainquirent les anglais de voter une loi d’Union (union parlementaire) en juin 1800 face aux périls européens et surtout Français.

4) Recherche de l’indépendance et de l’identité : de 1800 à nos jours.

a) O’Connel et l’émancipation catholique

Mais que représentait l’union pour une Irlande qui restait profondément divisée comme au temps de l’invasion et de la Réforme ? Existait-il une pensée politique irlandaise ? Y avait-il une nation irlandaise ? Restait-il une langue irlandaise ?

Le peuple irlandais, lui, demeurait dans la misère et les protestants propriétaires des terres percevaient les fermages, l’Eglise d’Irlande les dîmes, et l'Angleterre les impôts (pour faire simple). C’est alors qu’apparut un certain Daniel O’Connel qui réussit à rendre courage et fierté au peuple catholique. En 1829, il obtient pour eux l’émancipation c’est-à-dire la fin des lois pénales de la fin du XVIIe siècle. Dans les années qui suivirent, O’Connel tenta d’obtenir l’abrogation du traité d’Union mais son combat allait être stoppé par une grande catastrophe.

b) la Grande Famine

En 1845, on estime qu’il y avait entre 8 et 9 millions d’Irlandais, c’est une forte densité, compte tenu de sa superficie cultivable. Sur ces terres étaient essentiellement cultivées des céréales surtout destinées à l’exportation pour payer les fermages. A partir de 1845, la récolte de pommes de terre, seule ressource alimentaire pour l’immense majorité de la population, fut décimée puis presque totalement détruite en 1846. Ce fut alors la Grande famine : 250 000 Irlandais moururent de faim pour la seule année 1847. C’était une famine que l’on croyait appartenir à un autre âge. Dans l’immédiat ce seront plus d’1 000 000 d’Irlandais qui disparaîtront (mort ou émigration) mais au total on estime le nombre d’émigrants de 1850 à 1970 à plusieurs millions. En 1937, l’Irlande ne comptait que 4 000 000 d’habitants. Aucun autre pays d’Europe occidentale ne connut pareil cataclysme. Si on se promène aujourd’hui dans les landes irlandaises on peut encore voir les ruines de villages rayés de la carte depuis cette époque.

Inutile de dire que l’activité politique s’en trouva grandement affectée. Dans les années 1860, pourtant, une « Fraternité républicaine irlandaise » naquit.

c) Gladstone et Parnell

Parallèlement les mentalités commençaient à évoluer en Angleterre où l’on comprenait que jamais l’Irlande ne serait totalement intégrée au Royaume Uni. En Irlande même, activistes républicains, et nationalistes constitutionnels (ceux qui siégeaient au Parlement de Londres) commencèrent à s’unir dans une « Ligue agraire » (Parnell) et combattirent les propriétaires protestants dont un certain « Boycott ». Enfin Gladstone, en Angleterre, fit voter la réforme agraire qui permettait aux fermiers irlandais de racheter la terre (1885) mais pas le projet d’autonomie (Home Rule) qui rencontrait la forte opposition des protestants.

d) L’indépendance

Cependant le sens de l’histoire était en marche. L’accession à la propriété de nombreux fermiers, le vote à bulletin secret (1872), les irlandais redécouvrant la culture gaëlique (le poète Yeats) etc., les idées nationalistes irlandaises s’alliant avec des idées socialistes (contre l’impérialisme capitaliste britannique), tout cela fait que l’indépendance se profilait à l’horizon. Mais par contre coup, les protestants de l’Ulster se radicalisaient dans le mouvement « Unioniste ». On s’armait au sens figuré comme au sens propre des 2 côtés de l’Irlande. Finalement, l’insurrection nationaliste eût lieu pendant la Première guerre mondiale, le 24 avril 1916, lundi de Pâques, et fut réprimée dans le sang. Mais, le compte à rebours était lancé. A la fin de la Première guerre mondiale, l’IRA « Armé Républicaine Irlandaise » fut fondée par de Valera. Une guérilla s’ensuivit puis des négociations qui aboutiront à la partition de l’Irlande le 6 décembre 1921, le premier ministre du Royaume-Uni, David Lloyd George, et le chef de la délégation irlandaise, Arthur Grifith, signent le traité de Londres. Après deux ans de guerre civile entre l’Armée républicaine irlandaise et l’armée britannique qui fit plus de 2000 morts, l’accord donne naissance à l’Etat libre d’Irlande enfin reconnu par les Anglais. L’île est alors divisée car les provinces de l’Ulster, au nord, décident de rester anglaise.

Nous voici arrivés au terme provisoire de cette histoire. La vie politique de l’Etat libre d’Irlande qui s’appellera l’Eire sera longtemps dominée par l’électorat conservateur de petits propriétaires et par l’Eglise catholique (la constitution de 1937 est « au nom de la Très Sainte Trinité »). Une politique d’irlandisation fut menée. La République fut officiellement proclamée en 1948 entra à l’ONU en 1955 puis dans le Marché Commun le 1er janvier 1973. Reste le problème de l’Ulster. L’IRA n’avait pas accepté le partage de 1922. Jusqu’en 1969 la situation demeura en suspens. Commencèrent alors près de 30 années de troubles violents. Aujourd’hui la situation semble plus calme, pour autant l’unification de l’île n’est toujours pas réalisée.

Conclusion

L’Irlande et l’Angleterre c’est plus de 8 siècles d’histoire commune faite de conflits et d’alliances. Comme dans toute colonisation, et surtout sur une période aussi longue, des relations extraordinairement complexes et ambiguës se sont instaurées entre les communautés et même si l’Irlande ne fut jamais totalement intégrée au Royaume Uni, elle en fut considérablement marquée. L’histoire de la franc-maçonnerie en Irlande n’échappe pas à ce contexte d’influences et d’oppositions par rapport à la franc-maçonnerie anglaise.

Discussion

Les frères insistent sur le fait que la conquête et la colonisation anglaise furent extrêmement dures et féroces. Guerres, répressions sanglantes –et particulièrement celle de Cromwell - spoliations des terres, disettes ont causé un nombre incalculable de morts.

Sur un plan moins dramatique il est rappelé l’objet et la méthode propre à une loge de recherches comme William Preston. Il s’agit de replacer le fait maçonnique et l’histoire de la Franc-Maçonnerie dans le contexte plus large de l’histoire générale, politique, sociale, religieuse. La Franc-Maçonnerie est une institution qui ne vit pas en vase clos et pour espérer la comprendre, il est indispensable de l’étudier dans le milieu où elle se développe.

Dans le cas qui nous occupe ce soir, il est indispensable de se rappeler que l’histoire de l’Irlande est l’histoire d’une haine et d’un mépris absolu des anglais vis-à-vis des irlandais. Or ce sont bel et bien les anglais qui sont à l’origine de la Maçonnerie irlandaise qui est donc, en quelque sorte, un produit d’importation venu d’Angleterre. Mais dans quel milieu cette Maçonnerie s’est-elle établie ? Dans un milieu d’anglo-irlandais, sorte de pieds-noirs avant la lettre, bref une minorité plus anglaise qu’irlandaise. Cet aspect des choses éclaire aussi les conditions d’apparition, après celle de 1717, d’une nouvelle Grande Loge en Angleterre en 1751-3. Les historiens pensent que cette Grande Loge dite des « Ancients », quoique récente, est d’origine irlandaise. C’est dire qu’elle est arrivée dans un milieu anglais hostile ce qui permet de comprendre pourquoi il y eût conflit entre les deux grandes Loges rivales.

Aujourd’hui, en Irlande, si le siège de la Grande Loge est établi à Dublin, la majorité des frères est issue de la minorité protestante d’Irlande du Nord à Belfast.

commentaires

L' ANKH EGYPTIEN, ET LE PLAN DE LA LOGE

Publié le 18 Juillet 2026 par T.D

En Egypte ancienne, l’Ankh est l’un des symboles les plus représentés. Elle est portée par les dieux qui la tiennent par la boucle ou par les pharaons qui la portent dans chaque main avec les bras croisés sur la poitrine. Dans la mythologie égyptienne, l’Ankh était le symbole du don de la vie éternelle. Sa forme ressemble à un T majuscule avec une boucle reliée à son sommet. Lorsque celle-ci est dirigée vers la bouche ou le nez, elle souligne son association avec le souffle de vie renforçant son caractère sacré et divin. Placée près des pieds, elle offre une protection divine aux morts. 

Dans les temples ou dans les tombes, les parties généralement endommagées sont celles qui avaient une fonction pendant un rituel. Si celui-ci requérait que la statue sente, voie, entende ou encore mange, alors le nez, les yeux, les oreilles ou la bouche pouvaient être détruits pour empêcher le rituel de fonctionner. Le nez étant l’organe qui prend le souffle de vie – le casser, c’était priver le défunt de sa source de vie. Comme si on étouffait l’âme du défunt à l’intérieur de la statue.

REPRESENTATION DE L’ANKH EN EGYPTE

En Egypte, L’ANKH est composé de trois éléments distincts, le signe SHEN, une boucle de corde qui n’a ni début, ni fin, symbolisant l’éternité. Le disque solaire y est souvent représenté en son centre. Une barre horizontale, qui évoque NOUT, la déesse du ciel, et une barre verticale pâtée suggérant leur manifestation sur le monde.

Dans la mythologie égyptienne, notre galaxie serait sortie du néant, d’un univers incréé, sans formes aucune, où ni l’espace ni le temps n’existent, que les prêtres nommaient le NOUN. Un océan primordial, une sorte de chaos liquide, inerte et sans limites, incarnation de l’infini existant avant la création du monde. Considéré comme un concept plutôt qu’un dieu, cet abîme renfermerait le potentiel de toute vie et entourerait le monde ordonné après l'émergence du tertre primordial.

Le Tableau final du Livre des Portes est une illustration de la cosmogonie égyptienne. L'univers ordonné est issu du Noun, l'océan chaotique des origines.

LE SIGNE SHEN

Le signe SHEN était représenté comme un cercle nouée formant une boucle fermée symbolisant la plénitude, les limites formelles de notre galaxie, le monde invisible des dieux, leur protection éternelle, la continuité divine.

Ce symbole qui à l’origine avait la forme d’un cercle, était souvent porté comme une amulette protectrice des dieux et utilisé comme cartouche. Les pharaons y inscrivaient leur nom pour l’éternité.

Dans les textes funéraires égyptiens, la vie éternelle se caractérisait par le mouvement ; était définitivement mort celui qui était réduit à l'immobilisme. Dans son existence post-mortem, le défunt va partout. Il explore toutes les parties de l'univers et rien ne doit entraver sa démarche.

Très tôt, dès l’aube de de l’histoire de l’Egypte, les habitants de la Vallée du Nil s’étaient persuadés que la mort n’était que le seuil d’une vie nouvelle. Ils pensaient que leur séjour sur la Terre n’était qu’une partie d’une vie éternelle. Les phénomènes naturels qui rythmaient leur existence le leur avaient particulièrement suggéré, comme le lever matinal du soleil à l’Orient du Nil après sa « mort » apparente à l’Occident, ou le retour saisonnier de la crue du Nil au terme de longs mois d’étiage.

LA BARRE HORIZONTALE

Si le SHEN égyptien évoque notre galaxie dans l’univers, l’intégralité des mondes visibles et invisibles, les prêtres astronomes de l’Ancien Empire égyptiens, avaient observé qu’il y naviguait une rivière d’étoile (la Voie Lactée) et que ses méandres pouvaient être comparée à ceux du Nil, laissant à penser que ce qui était en bas pouvait être comme ce qui était en haut, et réciproquement. Trois mille ans avant notre ère, peut-être même bien plus tôt si l’on se réfère aux manuscrits de cette époques (notamment le papyrus de Westcar) les égyptiens se seraient inspirés de l’observations des constellations et des configurations célestes pour symboliser leurs concepts et fonder une religiosité cosmogonique.

Ainsi, pour le anciens égyptiens, la barre horizontale de l’Ankh, placée sous le signe SHEN, symbolisait les mondes visibles de notre galaxie composés de milliards d’étoiles formant une Voie Lactée, au centre de laquelle se situaient le système solaire composé de 12 planètes dont la Terre. Les prêtres vénéraient ce ruban d’étoile traversant les cieux qu’ils nommaient NOUT, symbolisé par le corps en arc de cercle d’une déesse parsemé d’étoiles, au-dessus de GEB, le dieu de la Terre.

Dans le Livre de Nout rassemblant les écrits astronomique et mythologiques conservés sur de nombreux papyrus, ainsi que dans les sarcophages et sur les plafonds des tombes et des temples égyptiens, la déesse du ciel, Mère de tous les Astres, couvrait et protégeait le monde. Ce livre sacré, qui a été découvert à Louxor en 1887,  se présentait sous la forme d’un papyrus long de 23 mètres assemblant plusieurs clichés reproduisait l’arche complète de la Voie lactée et offrant une similitude troublante avec la représentation de la déesse.

Parmi toutes ces étoiles composant la Voie Lactée, l’une d’entre elles, la plus proche de la Terre, le Soleil, fut vénérée sous le nom de Râ. Pour les prêtres égyptien, celle-ci incarnait la Puissance manifestée de la Lumière, et de l’Ordre régnant dans l’Univers. Elle traversait le ciel et les mondes souterrains, avalée chaque soir par la déesse du ciel, pour continuer sa course orbitale et s’engendrer au monde chaque matin.

Dans l'astronomie de l'Égypte antique, les douze planètes du système solaire visibles à l'œil nu étaient connues et associées à des divinités, jouant un rôle dans la compréhension du cosmos et du temps. Elles étaient considérées comme des "étoiles impérissables" ou des "étoiles qui ne connaissent pas le repos"

LA BARRE VERTICALE

La barre verticale légèrement pâtée de l’ANKH, représente la manifestation sur le monde terrestre des énergies créatrices générées par le NOUM, au travers de SHEN sur notre système solaire. Bien qu’elle n’ait pas de nom technique universellement utilisé en dehors de sa description géométrique, elle porte une charge symbolique profonde dans la pensée égyptienne. Tenue en main par les dieux de l’Ogdoade, elle figure la descente de l’esprit dans la matière ou à l’inverse, l’ascension de l’âme vers le divin.

En résumé, l’ANKH égyptien se marie avec l’immensité du cosmos. Son association avec la galaxie évoque une connexion entre la vie terrestres et l’Ordre Universel.

L'ANKH DANS LES RITES SPIRITUALISTES

Dans l’ésotérisme égyptiens, l’Ankh n’est pas seulement un emblème : il représente une structure énergétique et cosmologique qui peut être mis en parallèle avec l’organisation du Temple maçonnique égyptien, celui-ci pouvant être interprété comme une projection de l’Ankh cosmique. Dans cette perspective où l’Ankh est le plan du Temple, ce dernier n’est pas qu’un lieu de réunion: il est un hiéroglyphe sacré dans lequel l’initié chemine vers la reconstitution de son être lumineux qui possède une portée symbolique très dense.

Le Delta Lumineux placé derrière le Vénérable Maître au centre duquel est inscrit un point de couleur noire est le symbole le plus central et le plus mystérieux de l’Orient maçonnique.

Le point, non pas placé sur le même plan que le Triangle mais derrière lui, représente l’Univers, l’unité absolue avant toute création. C'est le principe divin ou universel concentré en un seul « lieu » hors du temps et de l'espace. Il contient potentiellement toutes les lignes toutes les formes et tous les volumes possibles qui naîtront de lui. Le point au centre du delta est donc le foyer émetteur à partir duquel la lumière (la connaissance l'être) se diffuse dans le temple et dans l'univers. Pour l’initié, ce point dans le delta lumineux offre une double lecture (un double sens de circulation).

Dans le sens descendant (cosmogonique) c'est le point d'émanation. Le principe se déploie pour créer la multiplicité du monde visible

Dans le sens ascendant (initiatique) c'est le point de retour. L'initié en quête de vérité doit remonter le long des rayons de la lumière, dépasser la dualité et la multiplicité du monde, pour venir se recentrer sur ce point unique source de toute harmonie.

Le Delta structure cette émanation en passant du point unique aux 3 côtés du triangle. On assiste à la première différenciation du principe. C’est le lieu de transition le seuil ou le moment originel ou l'absolu qui est unique immatérielle et parfait commence à se manifester pour donner naissance à la multiplicité du monde réel. C'est le point de l'annexion entre l'inmanifesté, ce qui est caché potentiellement, intemporel, et le manifesté, le monde physique, le temps, l'espace.

Sortant du néant, le Triangle Delta représente la manifestation ordonnée de la Lumière, le déploiement visible d’une unité invisible symbolisée par le point.  C’est le NOUT égyptien. Il suggère l’équilibre des forces, (Sagesse, Force et Beauté), (Corps, Ame et Esprit), (Passé, Présent et Futur), voir les trois principes alchimiques.

 Le Delta représente la Lumière spirituelle manifestée sur la Loge. L’interpénétration du visible et de l’invisible.

La partie verticale inférieure de l’Ankh possède un symbolisme très riche, à la fois dans l’Egypte ancienne et dans les rites d’inspiration égyptienne. Elle représente l’axe de manifestation et de transmission, vecteur du souffle de vie pour les égyptiens, et chemin de l’incarnation pour les francs-maçons qui la représentent comme étant la colonne vertébrale symbolique du temple intérieur. Elle évoque l’élévation progressive des degrés et figure la rectitude morale et spirituelle de l’initié. On peut la rapprocher à l’esprit du fil à plomb qui plonge vers la Terre pour s’incarner dans la matière.

Dans la Loge, le manche de l’ankh est la route verticale de l’initié entre la terre et la lumière.

LA RELIGION EGYPTIENNE

Il a souvent été prétendu que la religion des égyptiens était polythéiste du fait des nombreux dieux représentés sur les murs de leurs temples. Le divin n'y prend pas la forme d'un Dieu unique, transcendant et extérieur au monde créé du néant, mais celle d'une multitude divine qui anime, inspire, constitue même le monde de l'intérieur.

Cependant, les anciens Égyptiens croyaient en un seul Dieu qui était auto-produit, inexistant, immortel, invisible, éternel, omniscient, tout-puissant, etc. Ce Dieu unique n’a jamais été représenté. Le connaître, c’était reconnaître ses nombreuses manifestations, C’est pourquoi c’était les attributs, les qualités, les pouvoirs et actions de son domaine qui étaient représentés.

Dans le tradition égyptienne le SHEN (l’Univers) contient  NOUT (la Galaxie) au centre de laquelle se trouve notre système solaire dont l’énergie n’est qu’une de ses nombreuses manifestations.

RÂ, premier symbole visible de la présence divine à se manifester sur la Terre, est le dieu majeur de la mythologie égyptienne. Créateur du monde et symbole de lumière, il incarne l’ordre cosmique et le cycle éternel de la vie. Il devient rapidement le créateur de nombreuses autres divinités qui participent à l’organisation du cosmos.

La religion des Égyptiens de l'antiquité était d'une grande complexité. Il y existait des milliers de divinités qui cohabitaient avec une multitude de génies et démons de l'au-delà que l'on pourrait interpréter comme autant de manifestations d'un même Dieu…

Pour tenter une approche de la religion Égyptienne, il convient de savoir que chaque Dieu représente une facette de l'environnement quotidien des Égyptiens, comme par exemple Hâpy, le Dieu du Nil, ou Horus le dieu faucon, fils du Soleil… Le polythéisme égyptien reflétait la pluralité des aspects du réel et donc la pluralité des facettes d'un même Dieu, tout-puissant. La religion Égyptienne était donc à la fois monothéiste, dans la mesure où des « super dieux » tels qu’Amon émergeaient, tout en étant animiste, dans la mesure où chaque Dieu représentait une facette de la nature, à l’instar des fétiches animistes.

En vérité, la vraie nature de la religion égyptienne était cosmothéiste. Elle ne faisait pas de distinction entre « dieu » et « monde » ou « immanence » et « transcendance ». La multitude virtuellement infinie des divinités était conçue comme la manifestation immanente d'une unité cachée ou transcendante, parce qu'elle n'avait pas de « lieu » en dehors du monde.

La distinction entre « temps » et « éternité » qui nous est familière repose sur des différences telles que Dieu et monde, transcendance et immanence, surnaturel et naturel, esprit et matière, lesquelles sont catégoriquement étrangères aux religions cosmothéistes qui parlent d’éternité temporelle. C'est le temps cosmique, l'abondance infinie du temps opposée au temps terrestre qui est toujours borné, fini, transitoire; au lieu de l'opposition entre temps et éternité, c'est l'opposition entre le temps des êtres terrestres et le temps de la vie cosmique et des êtres divins qui la constituent.

la religion égyptienne précise que c'est un dieu unique qui a créé le monde à partir du chaos originel. Et c’est ce dieu unique qui a donné naissance aux divinités, comme autant de manifestations de sa puissance.

LE COSMOTHEISME EGYPTIEN

Le cosmothéisme est un monde empli de dieux différents, principes dans la nature par leurs aspects, leurs noms ou leurs manifestations, d’une divinité unique qui les englobe. Proche du Panthéisme, il renvoi à l’idée que l’Univers entier ( kosmos) est dieu ( théos ). Ces multiples dieux forment un monde divin orienté vers un dieu suprême qui les a créés, qui les maintient en vie et qui règne sur eux. Ceci vaut aussi pour le soleil, cette étoile perdue dans sa galaxie qui se manifeste sur la Terre, dont la faction, destinée à préserver le monde, est décrite sous la forme du « parcours du soleil » à travers de multiples images mythiques qui le montrent dans des combinaisons changeantes avec d’autres divinités. Toutes partagent ce rapport au dieu soleil créateur qui les domine et les préserve, loué comme l’ « Un unique » dans les hymnes. La singularité de ce « Un » repose sur les notions d’origine et de création - c’est de lui qu’émane tout, tout est sa créature -, sur celles de dépendance et de domination - toute vie et toute prospérité dépendent de sa domination exercée lors du parcours du soleil.

Le temps engendré par le lever et le coucher du soleil crée un lien étroit entre Dieu et la création de la lumière. Il s’agit donc d’une théorie cosmologique et théologique mise en œuvre sous la forme d’un monothéisme exclusif. Le rapport entre Dieu et le monde n’est donc pas seulement représenté sur un plan physique comme une animation par la lumière et le temps, mais comme l’attention protectrice d’un dieu unique se manifestant sur sa création, (le Soleil ) à laquelle le culte égyptien répond par des actions de grâce. Les textes du Livre des Morts vont encore plus loin ; la totalité du monde visible y est désignée comme une « métamorphose » ou une « concrétisation » de Dieu.

LA GEOGRAPHIE SACREE

Très tôt dans l’histoire de l’Egypte, les Prêtres Astronome, observateurs des astres composant la galaxie, ont découvert la similitude qui pouvait exister entre ce qui était en bas ; entre les méandres du Nil ( le cours sinueux du fleuve en Egypte, à la fois visuel, symbolique eu culturel ) et son Delta terrestre, et la Voie Lactée, telle qu’on la voit dans le ciel, formant une bande lumineuse ondulée, semblable à un fleuve de lumière traversant le ciel dans toute sa largeur, s'étirant à l'Est en deux tronçons filandreux et se perdant à l'horizon occidental en un amas lactoïde triangulaire identique aux méandres du Nil.

Très tôt également, les Prêtres Astronomes ont eu connaissance du phénomène de Précession des Equinoxes correspondant à la lente rotation de l’axe de rotation de la Terre autour du Soleil et de la perpendiculaire à son plan orbital (le plan de l’écliptique), et s’en sont inspiré pour implanter leurs capitales, orienter leurs temples et leurs pyramides, selon des repères célestes dont la Voie Lactée.

LA PRECESSION DES EQUINOXES

Précession : mouvement lent et régulier d’un axe de rotation.

Origine du terme

Equinoxe : moment où le jour et la nuit ont la même durée, quand le Soleil traverse l’équateur céleste.

Donc : la précession des équinoxes décrit le déplacement progressif de la position des équinoxes sur la sphère céleste.

Description du phénomène

La Terre n’est pas une sphère parfaite : elle est aplatie aux pôles et renflée à l’équateur.

Sous l’influence des forces gravitationnelles du Soleil et de la Lune, qui agissent sur ce renflement équatorial, l’axe de la Terre subit un mouvement lent et régulier sur son axe de rotation. Cette rotation fait que la direction du pôle Nord céleste change lentement au cours du temps.

Période du cycle

Un cycle complet de précession dure environ 25 772 ans (souvent arrondi à 26 000 ans).

Cela signifie que le point vernal (le point de l’équinoxe de printemps sur le sphère céleste) se place lentement vers l’Ouest le long de l’écliptique, à raison d’environ 50,3 secondes d’arc par an.

Conséquences astronomiques

En raison de la précession, les constellations ne correspondent plus exactement aux signes astrologiques définis dans l’Antiquité. Par exemple, le Soleil n’est plus tout à fait dans la constellation du Poisson au moment de l’équinoxe de printemps, il entre désormais dans la constellation du Verseau.

Modification des coordonnées célestes ;

Les coordonnées des étoiles (ascension droite et déclinaison) doivent être corrigées périodiquement pour tenir compte de la précession.

Principe général : la précession et les ères astrologiques

A cause de la précession des équinoxes, le point vernal(c’est-à-dire la position du Soleil au moment de l’équinoxe du printemps) recule lentement à travers les constellations du zodiaque.

Ce déplacement est d’environ 1 degré tous les 72 ans et parcourt les 12 constellations du zodiaque en environ 25 772  ans.

Comme chaque constellation du zodiaque couvre environ 30 degrés, le Soleil met environ 2160 ans à traverser chacune d’elles.

On appelle donc cette période une ère astrologique (ou ère zodiacale).

Les principales ères zodiacales (approximatives)

Ere du Lion -10800 à 8600 avant J.C.

Ere du Cancer  -8600 à 6450 avant J.C.

Ere des Gémeaux  -6450 à 4300 avant J.C

Ere du Taureau             - 4300 à 2150 avant notre ère

Ere du Bélier                 -2150 avant J.C à -1 avant J.C.

Ere du Poisson               -1 à 2150 après J.C.

Ere du Verseau                2150 à 4300 après J.C.

Nous vivons actuellement une période de transition entre l’ère des Poissons et l’ère du Verseau.

Il n’y a pas de date exacte car les constellations n’ont pas toutes la même taille dans le ciel. Les frontières astronomiques sont arbitraires. L’astrologie n’a pas de définition unique de l’ère exacte mais selon la plupart des calculs le point vernal quitte lentement les poissons depuis environ le 20e siècle et entrerait dans le Verseau entre 2100 et 2600 après J.C.

Superposition de la carte du Nil sur la carte du Ciel

Sous l’Ancien Empire (3000 ans avant notre ère ) sous l’ère du Taureau, Memphis (Men-Nefer ou Ineb-hedj « Le mur blanc » ) fut la capitale de l’Egypte ancienne. C’était le centre politique et religieux majeur, situé à la jonction de la Haute et de la Basse Egypte, là où le Nil se divise en Delta.

Son dieu principal était Ptah, le dieu créateur, mais elle abritait aussi le taureau Apis, incarnation vivante de Ptah.

Durant l’Ancien Empire, à une époque où les prêtres égyptiens observaient attentivement les étoiles, Memphis, capitale du dieu Taureau, se trouvait symboliquement sous la protection du Taureau céleste, à une époque où cette constellation dominait le ciel de l’équinoxe.

Non loin de la ville de Memphis, sur la rive occidentale du Nil se situe la grande nécropole des pharaons de la quatrième dynastie.

 Le lien entre Giseh, le plateau des pyramides, et la constellation d’Orion est un sujet à la fois astronomique, archéologique et ésotérique.

Sur ce plateau se trouvent trois pyramides et un Sphinx monumental. Il s’agit de Kheops (la plus grande des trois pyramides), Khephren et Mykérinos. Ces  trois pyramides qui selon les égyptologues dateraient d’environ 2500 ans avant notre ère, sont alignées de façon très précise selon les points cardinaux.

Cet alignement parfaitement identique à celui des trois étoiles du Baudrier d’Orion (Alnitak, Alnilam et Mintaka) situé dans la Voie lactée, reproduit sur la Terre la disposition du ciel tel qu’il apparaissait vers 10 500 avant J.C.. Autrement dit, le plateau de Giseh serait une représentation terrestre du ciel, avec Orion associé au dieu Osiris dans la mythologie égyptienne.

Si aucune preuve archéologique ou textuelle n’indique que les constructeurs visaient à représenter Orion, l’alignement Nord-Sud très précis des pyramides semble indiquer une intention astronomique générale.

La première des trois pyramides, celle du roi Kheops est en elle-même une véritable Bible de Pierres. Celle-ci aurait été conçue pour transmettre les connaissances symboliques, mathématiques et spirituelles de l’Egypte, à la manière d’un texte sacré codé et intégré dans sa conception. Une sorte d’encyclopédie des lois de l’univers, de ses proportions, de ses constantes physiques, des cycles cosmiques etc…

Sa forme rappelle le rayon de soleil inondant de sa lumière les quatre directions de la Terre.

Sa hauteur initiale de 144 mètres correspond à la distance entre la Terre et le Soleil. En effet, nous savons que la lumière du Soleil met 8 minutes à nous parvenir, à la vitesse de 300 000 kilomètres à la seconde, ce qui donne : (8 x 60 secondes) x 300 000 = 144 000 000 de kilomètres.

Son périmètre rapporté à sa hauteur donne approximativement 2 pi reliant ainsi la géométrie de la terre et celle du ciel.

Son poids est d’environ 6 millions de tonnes rapporté au poids de la Terre (environ 6 millions de milliards de tonnes.

Ses dimensions seraient donc en rapport avec la circonférence de la Terre, la durée de l’année solaire, ou encore la vitesse de la lumière.

Au sens spirituel la pyramide est une représentation matérielle du parcours de l’âme vers la lumière ou la connaissance divine. Ses couloirs et ses chambres symbolisent différentes étapes initiatiques ou mystiques.

La quatrième étoile de la constellation d’Orion, la plus brillante, est située à l’Est des trois autres. Sur le plateau de Giseh elle est représentée par un Grand Sphinx, composé d’une tête humaine regardant vers l’Est ( la constellation du Lion ) sur un corps de Lion, gardien de la nécropole et des seuils interdits. Celui-ci semble témoigner de l’époque où, sous l’ère du Lion, un grand cataclysme aurait eu lieu dans cette région du monde.

Plusieurs mythes égyptiens (comme ceux de Rê ou d’Atoum ) mentionnent cet évènement similaire aux récits de la Genèse tirés de l’Ancien Testament de la Bible hébraïque, et de très anciens papyrus de l’Ancien Empire Egyptien. Tous ces récits de fin du monde ancrés dans les mythes et les traditions des plus anciennes civilisations racontent de manière très imagée que l’humanité aurait pu subir les effets d’un grand bouleversement planétaire, au cours duquel l’humanité aurait probablement disparu sous la montée des eaux, pour plus tard se reconstituer sur les premières terres émergées quelques millénaires plus tard.

Certains anciens textes égyptiens (notamment des passages des textes des Pyramides, des textes des Sarcophages ou du Livre des Morts) évoquent qu’autrefois, le soleil se levait à l’Ouest et se couchait à l’Est. Cela se rapporte à un changement d’ordre cosmique ou à une inversion du monde, laissant à penser à une inversion du champ magnétique terrestre, ou même à une inversion de la rotation de la Terre. S’il est vrai qu’il existe des inversions du champs magnétique terrestre (le Nord magnétique devenant le Sud) cela ne change pas le sens de rotation du Soleil dans le ciel. Ainsi l’expression « Le soleil se levait à l’Ouest » se comprenait comme une métaphore d’un grand bouleversement cosmique ou moral, une inversion de l’ordre du monde annonçant un « avant » chaotique ou une catastrophe mythique (parfois associée à un « déluge », ou à la colère des dieux).

S’il est attesté que les astronomes égyptiens suivaient très précisément la cosmographie du ciel, nous pouvons émettre une hypothèse qui semblerait confirmer que, soit le Sphinx daterait de cette époque, soit qu’il fut édifié pour commémorer cet évènement.

En 1400 avant J.C., c’était la constellation du Bélier qui dominait le ciel égyptien à l’équinoxe de printemps. Sous l’ère du Bélier, la capitale de l’Egypte fut déplacée à Thèbes, à la verticale de la constellation du Bélier. A cette époque, le nouveau dieu tutélaire de la région s’appelait Amon, et était représenté sous la forme de Sphinx criocéphale, c’est-à-dire avec un corps de Lion et une tête de Bélier.

Il est remarquable que sous l’ère qui suivit, celle du Poisson, le symbole choisi par la chrétienté fut également le Poisson, et qu’à l’heure où nous entrons dans l’ère du Verseau, nous commençons à subir les effet d’évènements climatiques inquiétants.

Si notre calendrier s’appuie sur la naissance présumée du Christ, les égyptiens quant à eux n’avaient pas de référence fixe comme notre « An zéro ». Pour eux, le temps repartait à zéro à chaque nouveau règne : on disait par exemple « l’an 4 du règne de Ramsès II ».

Pour convertir le calendrier égyptien avec le nôtre, les historiens utilisent trois méthodes complémentaires :

1)- Les listes royales. Les scribes égyptiens ont laissé des documents précieux qui listent les rois et la durée de leurs règnes.

2)- Le Canon de Turin. Un papyrus qui liste plus de 300 rois avec la durée exacte de leurs règnes (années, mois, jours ).

3)- La Pierre de Palerme.

Cependant, les listes royales, comme le Canon de Turin ont omis quelques règnes tels que notamment celui de la reine Hatshepsout ou celui d’Akhenaton, rendant tout calendrier imprécis.

Seules quelques références astronomiques et une littérature égyptienne assez dense permettent de situer le règne de certains rois et de les faire correspondre avec les références bibliques. Ainsi par exemple, le papyrus médical (Papyrus Ebers) auquel un calendrier est ajouté datant du 9e jour du 11e mois de l’année 9 du roi Aménophis 1er, jour où se présentait l’étoile de Sothis dans le ciel de Thèbes, c’est-à-dire en l’an 1518 avant J.-C., nous permet une conversion satisfaisante en fonction de la position des étoiles. Ce document est capital puisque basé sur une évidence astronomique solide (la précession des équinoxes). Il nous permet de placer le règne de ce roi à l’endroit où il doit être dans l’échelle du temps, par rapport à la chronologie que nous utilisons.

 

commentaires
Publicité

Le symbolisme de l’Ankh : la croix égyptienne

Publié le 18 Juillet 2026 par T.D

Quel est le symbolisme de l’Ankh, la croix égyptienne ? Comment interpréter la croix de vie de l’Egypte antique ? Quelle signification cachée ?

Ancêtre de la croix chrétienne, l’Ankh, ou croix ansée, est la croix de vie des Égyptiens. Elle correspond au hiéroglyphe qui signifie “vie”. Elle est souvent représentée dans la main des dieux ou des pharaons, comme un talisman protecteur.

L’Ankh se compose d’une croix en forme de T (tau) surmontée d’un ovale :

L’Ankh est parfois appelée croix du Nil, clé de vie, ou anneau de vie. Sa forme rappelle d’autres symboles connus : le féminin , la planète Vénus, le signe de Pallas (astéroïde et déesse romaine), la poupée de la fertilité (Afrique de lOuest), ou encore la croix ansée des chrétiens coptes (directement dérivée de lAnkh).

L’Ankh est omniprésente dans l’art égyptien : les dieux sont souvent représentés tenant l’Ankh à la main, comme une promesse d’immortalité. Certaines représentations tombales montrent un dieu plaçant l’Ankh à l’entrée de la bouche d’un pharaon pour lui assurer la vie éternelle.

Isis est la déesse la plus associée à l’Ankh. Elle transmet cet attribut aux pharaons, qui le reçoivent comme le plus haut signe de divinité. A leur mort, les pharaons prennent place dans la barque solaire pour naviguer vers l’au-delà : ils auront à traverser différentes épreuves nocturnes avant d’arriver à la vie éternelle. Grâce à l’Ankh, ils en ressortiront victorieux.

Sur le plan symbolique, nous allons voir que l’Ankh peut aussi être vu comme l’union des contraires.

Entrons dans le symbolisme de l’Ankh égyptien et tentons d’approcher sa signification ésotérique.

Lire aussi notre article : Les différents types de croix et leur signification

Le symbolisme de l’Ankh ou « croix de vie égyptienne »

Nous l’avons vu, l’Ankh évoque la vie après la mort : la vie éternelle. A ce titre, elle est à mettre en parallèle avec la croix chrétienne, support de la mort et de la résurrection du Christ.

L’Ankh : source de vie

L’Ankh représente la force vitale : à ce titre elle éclaire le mystère de la vie et de son origine.

La vie dont il s’agit est la vie ici-bas, mais aussi et surtout la vie au-delà : c’est l’âme éternelle, le souffle invisible qui protège les divinités et les pharaons du néant.

L’Ankh aide le défunt roi à traverser le monde des morts pour rejoindre l’Océan primordial : le Noun. Il suit les traces du dieu du soleil Rê, qui meurt et renaît chaque jour. La nuit, Rê mène un combat contre les forces du chaos, de l’obscurité et du mal, dont il ressort toujours victorieux grâce à l’Ankh qu’il tient dans sa main.

Ainsi, l’ovale de l’Ankh peut faire penser :

  • au dieu Rê, à son disque solaire, et aux cycles du soleil,
  • au Noun : océan primordial qui englobe tout. Le Noun est la source de toutes les choses. Incréé, il fait naître la vie et engendre tous les dieux.

Ainsi, l’Ankh évoque la source, l’œuf du monde ou encore l’Ouroboros (serpent qui se mord la queue) : éléments qu’on retrouve aussi dans le symbolisme du chiffre 0 ou celui du cercle.

Le cercle n’a ni commencement, ni fin : il représente le Tout, l’éternité, le mystère divin.

L’Ankh et la clé

Le symbolisme de l’Ankh évoque la clé qui permet d’ouvrir le monde de l’au-delà. On peut y voir l’image de la tige qui entre dans la serrure.

La serrure est l’ovale, qui représente la porte du mystère, le point d’entrée dans la vie éternelle. La clé est géométrique, matérielle. Pour passer d’un monde à l’autre, il faudra donc « spiritualiser » la matière.

Ce qui n’est pas sans rappeler le symbolisme alchimique des 7 clés, des 7 sphères ou des 7 planètes qui permettent au corps de s’élever.

Remarque : En alchimie, correspond à Vénus, qui est une des 7 planètes à traverser. En alchimie encore, la croix surmontée du cercle peut évoquer la tétrade des éléments (la croix) dominée par le chaos (le cercle, ou l’Ouroboros).

L’union du masculin et du féminin

La partie basse de l’Ankh (la tige) peut évoquer un sexe masculin prêt à s’unir à l’ovale du sexe féminin.

Cette union évoque celle d’Isis et Osiris, dieux fondateurs de la mythologie égyptienne. Après avoir été tué par son frère Seth, les restes d’Osiris sont dispersés. Isis entreprend alors de recomposer le corps de son époux. Osiris reprend vie et s’accouple avec Isis pour donner naissance à Horus, qui vaincra plus tard Seth. L’union d’Isis et Osiris permettra ainsi de sauver l’humanité.

L’Ankh est donc le signe de la fécondité, de la victoire de la vie sur la mort.

Le symbolisme de l’Ankh : l’homme debout

Par sa forme, l’Ankh peut représenter l’homme debout : l’ovale serait sa tête, la croix serait son corps et ses bras. Ainsi, l’Ankh serait une image du microcosme humain.

Lire aussi notre article sur le symbolisme du corps humain.

L’union des contraires

Abordons à présent un point majeur du symbolisme de l’Ankh.

L’Ankh est un symbole qui accole deux éléments (l’ovale et le tau) en tant que deux principes opposés et complémentaires :

  • le ciel (le cercle, le domaine de l’esprit) et la terre (la croix, l’angle droit, le domaine de la matière),
  • le masculin et le féminin,
  • le haut et le bas,
  • le chaud et le froid,
  • l’actif et le passif,
  • l’abstrait et le concret,
  • le spirituel et le géométrique.

L’Ankh évoque donc la conciliation des contraires, le point de rencontre, le centre, l’équilibre énergétique, et à travers cela, l’harmonie du monde. Ce qui n’est pas sans rappeler un autre symbole : le taijitu taoïste (yin et yang).

Sur le plan de l’individu, l’union du masculin et du féminin évoque l’être nouveau, ou encore l’Androgyne.

L’œil et le miroir

L’ovale de l’Ankh peut encore évoquer l’oeil de la conscience universelle (le troisième œil), ou la vision pure de l’être éveillé.

C’est la clairvoyance : la qualité de celui qui n’a plus peur de la mort ni du mal. C’est l’oeil qui voit l’invisible, tel l’œil d’Horus (fils d’Isis et Osiris).

D’autre part, certains objets égyptiens en forme d’Ankh comportaient parfois un miroir au niveau de l’ovale. Le symbolisme du miroir est très évocateur : c’est la connaissance de soi qui permet de vaincre la mort et le mal.

Le symbolisme de l’Ankh : l’arbre de vie

L’Ankh peut aussi faire penser à l’arbre de vie ou à l’axe du monde. L’arbre de vie traduit à la fois l’enracinement dans la matière et le fait de s’élever vers les cieux : le détachement est nécessaire pour rejoindre l’au-delà.

Ce détachement peut aussi évoquer le dénouement du nœud d’Isis, hiéroglyphe proche de l’Ankh qui représente la déesse Isis sous la forme d’un nœud de ceinture. Dénouement et détachement traduisent un nécessaire lâcher-prise pour accéder à la vie éternelle…

           

commentaires
Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 > >>