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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Essai sur l'histoire de l’Ordre des Chevaliers du Temple(part1bis)

Publié le 21 Octobre 2026 par T.D

En 1130, un nouvel ordre militaire et religieux constitué de moines – soldats avait été officiellement créé. Il s'agissait de « l'Ordre du Temple ». Cette même année, il devint l'armée régulière de Jérusalem. Hugues de Payns, fondateur de l'Ordre, décéda vers 1136.

Saint Bernard (1090 – 1153) propagandiste de la foi cistercienne fondateur de l'abbaye de Clairvaux et prédicateur de la 2ème croisade à Véselay en 1146, fut séduit par la vocation des Templiers (pauvreté, chasteté, obéissance et protection des pèlerins en Terre Sainte). Il avait rédigé pour une grande partie, leur règle en 1128 et écrit, pour les encourager et diffuser leur idéal, « la louange de la nouvelle milice » (De laudae novae militiae ad milites templi).

En 1135, saint Bernard composa une belle exhortation adressée à Hugues, chevalier chrétien, Grand Maître de la milice du Christ. Hugues mourut en 1136, emportant les regrets de tout ce qu'il y avait de chrétiens zélés en Palestine.

En 1139, parut la bulle d’Innocent II, « Omne Datum Optimum », source de tous les privilèges de l’ordre. Le but de celle-ci était de doter le Temple de chapelains pour le service religieux et par-là, de l’affranchir des juridictions épiscopales. L’Ordre fut alors soumis directement à l’autorité du pape, laissant ainsi au maître et à son chapitre une liberté presque totale. En outre, les Templiers se voyaient donner le privilège de percevoir la dîme.

Le pape Innocent II, accorda de nombreux privilèges à l'Ordre du Temple ; ils étaient affranchis de la juridiction des évêques ; ils ne devaient de compte qu'au pape en personne ; en tant qu'ordres religieux, ils n’étaient pas soumis au paiement des taxes des seigneurs ou rois dont dépendaient leurs terres.

Avec la bulle « Omne datum optimum », accordée par Innocent II à Robert de Craon, le Temple reçut sa constitution définitive. Le pape assurait à l'Ordre ses privilèges, son indépendance et notamment l'exemption de la justice épiscopale.

C'est seulement en 1141 que le pape Eugène III fixa la tenue des chevaliers du Temple : le blanc manteau et la croix vermeille portée sur le côté gauche, au-dessus du cœur. Cette croix pattée rouge, comportant quatre branches égales, était cousue sur l'épaule gauche de leur vêtement. De nombreux dessins ou illustrations sont trompeurs à ce sujet...

De plus, chaque époque a adapté leur apparence à son style : le 17ème siècle, par exemple, présentera le Grand Maître avec un chapeau portant une plume d'ornement, ce qui semble plutôt anachronique au temps des croisades !

Auparavant, les chevaliers étaient seulement vêtus d'un manteau blanc et les sergents d'un manteau brun.

En 1147, Ebrard ou Everard des Barres devint Maître du Temple. Mais peu après, il fut envoyé en France. Il abandonna l'Ordre et se retira à Citeaux.

En cette fin de la première moitié du douzième siècle, l'Ordre du Temple bénéficiait d'une excellente cote d'estime et de confiance. C'est au court de cette période bénéfique (1140 – 1187) que les Chevaliers édifièrent toute une série de forteresses.

En 1143, l’Ordre du Temple participa activement à la reconquête de la Catalogne. En échange, le Temple obtint d'importants privilèges et de vastes domaines, surtout sur l'Ebre, où il devint le maître d'un vaste territoire. Les deux principales "préceptories" dans cette région étaient Gardeny et Miradet.

A partir de ce moment, l’ordre ne cessa de grandir et bientôt, il posséda des commanderies dans toute l’Europe aussi bien qu’en Palestine. L’ordre affréta sa propre flotte basée à La Rochelle. C’est de là que partaient les navires à destination du Levant, et, c’est aussi dans ce port qu’arrivaient les navires en provenance d’Angleterre et de Bretagne.

A cette époque, en plus de leur participation à la défense du royaume franc de Terre Sainte, les Templiers organisaient le commerce avec l’Europe et géraient les finances des croisés.

Dès 1148 et jusqu'en 1291, les Chevaliers du Temple étaient présents dans de nombreux combats en Orient. Ils garantissaient les routes vers la Terre sainte pour les pèlerins ; ils défendaient les villes chrétiennes ; ils combattaient notamment les Sarrasins et les Turcs pour protéger et étendre la souveraineté de l'empire chrétien en Orient.

En 1156, Bertrand de Blanquefort, fils de Godefroy, seigneur de Blanquefort en Guienne, devint maître du Temple à la suite de Bernard de Tramelay.

Ecrit en français vers 1165, les « Retraits » étaient les véritables statuts hiérarchiques. A partir de cette époque, l'Ordre du Temple ne releva plus que du pape et devint en fait indépendant.

L'idée cistercienne appliquée par les Templiers était de fédérer les divers royaumes européens sous la suzeraineté d'une haute autorité détenant un pouvoir moral et matériel lui permettant d'arbitrer les conflits avant qu'ils ne se déclarent et de maintenir une paix universelle profitable à tous les peuples chrétiens, juifs et musulmans...

Puissance temporelle indépendante, non soumise aux autorités locales, le Temple jouissait de la protection du Pape sans en accepter la tutelle.

En Orient, le Temple ne négligeait pas les accords avec les « infidèles », protégeant même des peuplades musulmanes dont ils recevaient le tribut. Il traitait directement avec les Sultans et les Emirs sans en référer au Roi ni au Patriarche de Jérusalem.

Ils étaient souvent entraînés dans des ruptures de trêves qu'ils ne souhaitaient pas, par des « croisés » qui, une fois repartis, leur laissaient le poids de la guerre.

L’ordre s’enrichit rapidement. Il posséda de nombreux domaines et forteresses, servit de banque aux pèlerins et, plus tard, aux rois. Il acheta même Chypre à Richard Cœur de Lion en 1191 mais la population s’étant révoltée, il la revendit aussitôt à Gui de Lusignan.

Louis VII chargea saint Bernard, qui était l'oracle de son siècle, de prêcher la croisade en France et en Allemagne. A la voix du saint abbé de Clairvaux, la France et l'Allemagne s'émurent d'un enthousiasme semblable à celui qu'avaient excité cinquante ans auparavant Urbain II et Pierre l'Ermite.

L'Ordre, purement militaire, comptait 15 000 membres, tous revêtus du fameux manteau blanc frappé de la croix rouge sang, chargés de la défense des places fortes. Mais à plusieurs reprises, les Templiers ont été dénoncés pour avoir pactisé avec les musulmans et été accusés de la défaite finale des croisés.

Les Templiers se révélèrent rapidement en avance sur leur temps, au plan financier notamment. En ces époques troublées, les routes étaient peu sures. Quiconque s'aventurait avec son or n'était pas assuré d'arriver à destination sans être dévalisé.

Les Templiers révolutionnèrent leur époque en instituant la lettre de change. Dans les régions où ils étaient implantés, il suffisait au voyageur de se rendre dans une commanderie, d'y déposer son argent contre un reçu. Au passage un pourcentage était prélevé, mais les conséquences d'une mauvaise rencontre considérablement atténuées.

Le Temple possédait, au moment de sa suppression, 9 000 maisons réparties en Europe. Toutes ces maisons recevaient des dépôts et accordaient des prêts et des avances à des emprunteurs publics et privés. Les Templiers jouaient un rôle important dans les campagnes où ils finançaient des moulins à vent, à eau et des forges à la catalane. Leur compétence se traduisait dans la pratique des changes et dans celle de la comptabilité.

Remarquables cambistes, dont les méthodes s'appliqueront encore cinq siècles après leur disparition, ils étaient également des comptables de premier plan puisqu'ils ont inventé la comptabilité en partie double et ont tenu pour la première fois dans l'histoire un véritable « grand livre ».

En 1191, c’est le début de la 3ème croisade, avec à sa tête Frédéric de Barberouse, puis Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. C’est aussi la victoire des croisés à la bataille d'Arsur et la fondation de l'Ordre Teutonique. Le 12 février 1191, une bulle du pape Célestin III institua un nouvel ordre sous le nom de « Frères Hospitaliers Teutoniques de Notre-Dame-de-Sion ». Peu de temps après, ils devinrent un ordre militaire, sous le nom de « Chevaliers Teutoniques ».

En 1230, les Templiers ne se bornaient pas seulement à défendre la Terre Sainte. D'autres états chrétiens leur durent alors d'importants succès. Les Templiers d'Aragon, avec quelques chevaliers de saint Jean, firent la conquête des îles Baléares, sous les ordres du roi Jacques.

En 1291, le 15 avril, la ville d'Acre fut assiégée. Plusieurs ordres religieux dont les Templiers tentèrent de conserver la ville mais les forces mises en œuvre par les Sarrasins et les Turcs étaient considérables. Les pertes furent très importantes la ville tomba le 16 juin. Guillaume de Baujeu, maître de l'Ordre du Temple, fut tué durant la bataille ainsi que 500 chevaliers. L'Ordre du Temple était pratiquement détruit en Orient. L'ensemble de leurs places fortes et de leurs ports furent rapidement perdus.

Durant cette même période, l'Ordre du Temple se développa considérablement en Occident. Il était présent en France en Espagne en Italie en Allemagne en Angleterre. Il était pratiquement impossible de rejoindre les principales villes d'Europe et de se rendre Jérusalem sans sortir des terres ou territoires contrôlés par les Templiers.

De très nombreux seigneurs se joignirent à l'Ordre et devinrent chevaliers apportant ainsi leurs terres à l'Ordre. A la fin du 12ème siècle et au début du 13ème siècle, les Templiers possédaient près de 9 000 maisons. Si l'on considère que dans chaque maison il y a au moins un chevalier, l'Ordre du Temple au début du 13ème siècle pouvait compter sur une armée de 9000 chevaliers. On évalue le nombre de chevaliers à trente mille à la fin du 13ème siècle.

Pendant près de deux siècles, les Templiers vont accroître leur aura pour revenir en Occident en 1291, après la chute de Saint-Jean d'Acre. Leur mission de protection des pèlerins avait bien évolué et de nombreuses dérives eurent lieu. La prise d'Ascalon en aout 1153 est un exemple de l'ambition de certains Grands Maîtres à l'égard du pouvoir temporel.

Le Grand Maître en fonction, Bernard de Trémelay, avait en effet cherché à bloquer l'entrée aux autres Francs dès l'ouverture d'une brèche dans les murs de la ville pour laisser le champ libre aux Chevaliers du Temple... Leur lutte continue avec les Chevaliers Teutoniques provoqua souvent des tensions dans les camps des croisés et ne facilita pas la cohésion des Francs en Terre Sainte. Leur retour ne pouvait pas plaire à tout le monde, d'autant plus que l'Ordre du Temple ne faisait que s'enrichir au fil du temps : donations, achats, intérêts des prêts accordés,... tout semblait donner à l'Ordre une puissance lui permettant de bouleverser l'organisation féodale.

En 1293, Jacques de Molay est le nouveau Maître de l'Ordre du Temple en remplacement de Thibaud Gaudin. Il était de la maison des sires de Longvic et de Raon, dans le comté de Bourgogne.

Les territoires où s’exerçaient les activités du Temple étaient divisés en « provinces ». En 1294, on en comptait à présent 22 (cinq en France, quatre en Espagne, trois en Italie, un en Allemagne, un en Angleterre, un en Hongrie, six en Orient).

De 1296 à 1303, l'Ordre du Temple fut partagé entre le pouvoir spirituel du pape Boniface VIII qui souhaitait reconquérir Jérusalem et le pouvoir temporel des rois (surtout du roi de France). Philippe le Bel voulait rétablir l'empire de Charlemagne. Durant ces années, Boniface VIII et Philippe le Bel se sont « affrontés » : le pape désirant que la France se lance dans une nouvelle croisade et Philippe le Bel cherchant par tous les moyens (même en essayant de taxer les ordres religieux) d'obtenir des fonds pour financer ses tentatives d'extension du territoire franc jusqu'au Rhin. Boniface VIII ira jusqu'à excommunier le roi de France. Le 11 octobre 1303, celui-ci fut victime d'un attentat.

En 1306, Philippe le Bel confisqua les biens des Juifs ; il les tortura puis les bannit. Puis il procéda à de nouvelles mesures financières et monétaires qui suscitèrent une émeute contre lui. Le roi se réfugia au Temple de Paris. Il demanda une entrevue au pape pour lui faire part des accusations qu'il venait de recueillir contre les Templiers. Le 6 juin, sous prétexte d'une nouvelle croisade, le pape fit venir les principaux dignitaires de l'Ordre du Temple en Europe.

Le maître, Jacques de Molay et ses chevaliers s'empressèrent de se rendre à l'invitation du pape. Ils se rendirent au Temple de Paris et Jacques de Molay alla à la cour où Philippe lui fit l'accueil le plus gracieux. Il parla d'augmenter les privilèges des Templiers et pria le Maître d'être le parrain d'un de ses enfants, honneur que l'on n'accordait guère qu'à des princes de sang ou à des souverains.

Une élimination brutale (1307-1314)

A la chute du royaume franc de Terre Sainte, les Templiers se replièrent sur leurs commanderies d’Europe. Le maître de l’Ordre établit la « maison chevêtaine » au Temple de Paris où le roi de France déposa alors le trésor royal et dont il confia la gestion aux Templiers.

Banquiers des pèlerins, les Templiers avaient amassé une véritable fortune qui en avait fait une puissance aussi importante que celle de la royauté. Ils prêtèrent même des sommes fabuleuses au roi Philippe le Bel qui s'endetta ainsi considérablement.

Touché dans son orgueil et sa puissance surtout, Philippe le Bel trouva le moyen de briser l'Ordre en faisant arrêter tous les Templiers le 13 octobre 1307. Il espérait de la sorte mettre la main sur le soi-disant trésor du Temple. Ce fut un fiasco. Prévenus, les Templiers avaient transféré toutes leurs richesses dans diverses commanderies à l'étranger.

En quelques années, qui alimentent encore aujourd'hui le mystère des Templiers, leur réputation et leur richesse devinrent immenses. La fortune et l'orgueil des Chevaliers finirent par rendre jaloux Philippe le Bel.

Envieux vis à vis des Templiers, du fait de leurs richesses et de leur puissance, Philippe le Bel a cherché par plusieurs moyens à les utiliser à ses fins. Cherchant au départ à en devenir le Grand Maître tout en restant roi de France, il joua un jeu de trahison qui finit par l'arrestation, le vendredi 13 octobre 1307 au matin, de tous les Templiers du royaume.

Les Templiers étaient devenus trop puissants et ils menaçaient de dépasser les rois en fonction.  Banquiers – Henri III d'Angleterre, Saint-Louis, Philippe Auguste... y firent appel – milice  protectrice, ils avaient pourtant bien aidé Philippe le Bel en le protégeant par exemple des émeutes à Paris qui faillirent lui coûter la vie !

En butte à de nombreuses hostilités – notamment parce qu’il ne relevait que du pape – l’Ordre fut persécuté à partir de 1307.

Le 13 octobre 1307, le roi fit arrêter le maître du Temple ainsi que les 140 Templiers qui étaient à Paris. Le même jour, tous les Templiers furent également arrêtés dans toutes les provinces du royaume. Tous leurs biens furent saisis et mis sous séquestre, sous la garde des gens du roi.

Le 20 août, Jacques de Molay et les dignitaires de l'Ordre du Temple qui devaient être conduits à Poitiers pour être interrogés par Clément V furent arrêtés à Chinon, sous prétexte de maladie et questionnés sous le contrôle de Nogaret. Les Dominicains chargés de l'interrogatoire firent avouer aux frères toutes sortes d'ignominies mais plusieurs se rétractèrent ensuite.

Le 22 décembre, le pape délégua trois mandataires à Paris pour suivre le procès de Jacques de Molay et des autres dignitaires du Temple.

En 1310, le roi Philippe IV le Bel, désireux d’unifier tous les ordres de chevalerie pour aller à la croisade et de se libérer de la puissance financière de l’Ordre ainsi que de s’en attribuer les biens, fit arrêter les Templiers de son royaume sous l’accusation d’apostasie, d’outrage à la personne du Christ, de rites obscènes et d’idolâtrie. Ceux qui « avouaient » sous la torture furent condamnés à l’emprisonnement ; ceux qui étaient revenus sur leurs aveux furent livrés au bras séculier et voués au bûcher.

Le 18 mars, le Grand Maître et les autres accusés furent amenés sur le parvis de Notre-Dame pour faire amende honorable après la lecture de la sentence. Jacques de Molay se rétracta. Geoffroy de Charnay aussi. Ils furent brûlés le soir même sur l’Île aux juifs.

Un procès inique suivit cette arrestation bien orchestrée. Les Templiers furent accusés de crimes invraisemblables, le roi obtint du pape Clément V la dissolution de l'Ordre. Le Grand Maître Jacques de Molay et ses principaux acolytes furent condamnés à périr sur le bûcher en 1314.

Les biens de l'Ordre des Templiers saisis furent remis à l'Ordre des Hospitaliers. Philippe le Bel saisit la tour du Temple où se trouvaient leurs archives, leur trésor et leur comptabilité.

Le vieux maître s'écria :

« Il est bien juste que, dans un si terrible jour et dans les derniers moments de ma vie, je découvre toute l'iniquité du mensonge et que je fasse triompher la vérité. Je déclare donc, à la face du ciel et de la terre, et j'avoue, quoique à ma honte éternelle, que j'ai commis le plus grand des crimes, mais ce n'a été qu'en convenant de ceux qu'on impute avec tant de noirceur à notre Ordre : j'atteste, et la vérité m'oblige d'attester, qu'il est innocent. Je n'ai même fait la déclaration contraire, que pour suspendre les douleurs excessives de la torture, et pour fléchir ceux qui me les faisaient souffrir. Je sais les supplices qu'on a infligés à tous les chevaliers qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession ; mais l'affreux spectacle qu'on me présente, n'est pas capable de me faire confirmer un premier mensonge par un second : à une condition si infâme je renonce de bon cœur à la vie. »

Tous deux, clamant leur innocence montèrent sur le bûcher dressé en toute hâte sur l’Île aux Juifs :

« Les corps sont au roi de France, mais les Ames sont à Dieu ».
 

Le peuple de Paris avait compris et, maudissant le roi, se précipita vers les cendres brûlantes afin de recueillir quelques os calcinés, reliques insignes car nul ne doutait plus de la sainteté, ni de l'honneur du Temple.

« Pape Clément... chevalier Guillaume de Nogaret... roi Philippe...
avant un an, je vous cite à paraitre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment !
... Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races»

Cette parole, rapportée par le chroniqueur Geoffroy de Paris, fut prononcée le 18 mars 1314, par le dernier Grand Maître des Templiers : Jacques de Molay supplicié sur le bûcher de l’îlot des juifs, avec le précepteur de Normandie, Geoffroy de Charnay. Cet îlot, à la pointe de l’Île de la cité devait son nom aux nombreux juifs qu'on y avait fait brûler. Réuni à un second îlot, il forme aujourd'hui le square du Vert-galant.

Clément V, circonscrit par Philippe le Bel, fit lire à l'ouverture de la 2e session du Concile de Vienne (avril 1312) la suppression par provision de l'ordre, en attendant un concile définitif sur le sujet mais ce concile ne s’est jamais réuni !

Le Concile de Vienne examina l’affaire des Templiers, mais la majorité des cardinaux conclut que rien ne démontrait la culpabilité de l’Ordre et qu’il fallait à nouveau entendre ses représentants.

Pendant sept années, les Templiers en liberté chercheront à se justifier auprès du pape, le seul à qui ils devaient théoriquement des comptes. Menacé par Philippe le Bel et ses sbires, ce dernier ne les écoutera souvent même pas ! Le 22 mars 1312, le pape Clément V abolit l'Ordre du Temple malgré l’avis des pères du concile de Vienne et en attribua les biens aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem après que le roi de France, sous prétexte de dettes, en eut tiré le plus d’argent possible.

Le 22ème Grand Maître Jacques de Molay fut exécuté en 1314, brûlé vif à Paris ainsi que Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, et 37 autres chevaliers. Ils clamèrent jusqu'au bout leur innocence, ainsi que celle de l’Ordre.

En Allemagne, les Templiers furent acquittés et intégrèrent d’autres ordres. Nombreux dans la péninsule ibérique, les Templiers y furent aussi reconnus innocents. En 1318, Denis 1er de Portugal, pour défendre son royaume de l’invasion sarrasine, les regroupa, avec ceux échappés de France, dans l’Ordre des Chevaliers du Christ (Ordre du Christ du Portugal). En Espagne, les Templiers se réfugièrent dans l’Ordre de Calatrava. Puis un nouvel ordre fut créé : celui de Montesa.

Tout a été dit sur les Templiers, y compris le pire. Depuis la mort du roi de France et du pape, consécutives à celle de Jacques de Molay, le mythe n’a fait que croître, surtout à partir du 18ème siècle au moment de la constitution de confréries comme les Francs-maçons. On parle aussi de malédiction et de trésors dissimulés. Encore aujourd'hui, nombreux sont ceux qui revendiquent l’héritage des Templiers.

Le 20 avril 1314, le pape Clément V meurt d'une affection intestinale.

Le 29 novembre, Philippe le Bel meurt au court d'une chasse au sanglier, jeté bas de son cheval. Entre temps, Guillaume de Nogaret est mort dans des conditions étranges. Esquieu de Florian, Grand Inquisiteur de France, est poignardé. Les deux principaux témoins de l'accusation, Gérard de Laverna et Bernard Palet, sont pendus !

Quelques jours après la mort de Jacques de Molay, les toits du Palais Royal furent recouverts d'une véritable nuée de corbeaux comme un présage de malheur, un signe de deuil... Fait historique qui remplira les Parisiens de terreurs et qui troublera sans doute les nuits de Philippe le Bel jusqu'à sa mort !

Faute de documents, l'histoire n'a jamais élucidé le problème de la disparition de tous les Templiers de France. Si une partie de leurs biens, par ordre du Pape, passa à l'Ordre Hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, la plupart de leurs trésors n'ont jamais été retrouvés.

Certains Templiers sont vraisemblablement passés dans des ordres religieux étrangers. Le Portugal avait refusé d'obéir au pape : l'Ordre put y survivre, prenant le nom de Milice du Christ. Hasard : au 15ème siècle, les voiles des navires portugais arboraient la croix pattée templière !

La vie des Templiers

Sainte, des attaques dont ils étaient victimes de la part des Sarrasins. L'Ordre s'enrichit considérablement, notamment grâce aux donations que lui faisaient seigneurs et bourgeois préoccupés du salut de leur âme mais peu enclins à affronter les risques de la Terre Sainte. Ils luttèrent contre les infidèles avec vaillance et abnégation. Partout s'élevèrent bientôt des commanderies ; il y en avait environ neuf mille en Europe lors de l'arrestation des chevaliers, dont 1700 en France. Ce n'étaient pas des forteresses, sauf dans la péninsule ibérique, mais généralement des exploitations plus ou moins fortifiées, possédant une chapelle et souvent une piscine pour élever du poisson.

Au début du 13ème siècle, l'Ordre possédait non seulement de nombreux domaines et châteaux, mais il était devenu la première puissance bancaire du temps.

Particularités des Templiers

L'ordre des Templiers accueillait les jeunes nobles désireux de s'investir dans la défense de la foi chrétienne au Moyen-Orient. Il formait un ordre militaire à la hiérarchie très stricte. Ses membres faisaient vœu de pauvreté et abandonnaient à l'ordre commun toutes leurs possessions et héritages. Ils partageaient leur existence austère entre la prière et la guerre et devinrent de fins connaisseurs des mœurs et coutumes guerrières du Moyen-Orient : très riche, l'ordre fit bâtir de nombreuses forteresses indépendantes, mi couvents, mi forteresses. Ils firent également bâtir un réseau de commanderies à travers tous les pays de la chrétienté à fins de recrutement. Ils se vêtaient simplement et passaient par-dessus leurs effets une robe blanche frappée d'une croix pattée rouge. Leur fortune, leur état d'intermédiaires entre l'Orient et l'Occident, leur découverte de nouvelles pratiques les conduisit peu à peu à se transformer en financiers et banquiers heureux et à s'éloigner de leur mission première.

Hiérarchie

L'état-major du Temple est constitué par :

  • Le Maître de l’Ordre : assimilé à un abbé ou, plutôt, à un souverain. Il ne peut prendre aucune décision sans l’accord du Chapitre.
  • Le Sénéchal de l’Ordre : il détient le sceau de l’Ordre.
  • Le Maréchal : chef militaire et responsable de la discipline.
  • Le Commandeur de la Terre et du royaume de Jérusalem : trésorier du Temple et chef de la marine.
  • Le Commandeur de Tripoli et d'Antioche.
  • Le Drapier : intendant des fournitures de l’Ordre.
  • Le Turcopolier.
  • Le Sous-Maréchal.
  • Le Gonfanonier.
  • Le Commandeur de Jérusalem : gardien des pèlerins, de la Sainte-Croix et Ambassadeur de l’Ordre.

Le Maître du Temple, qui ne sera que tardivement appelé Grand Maître, avait l'autorité d'un chef suprême mais il ne pouvait prendre une décision qu'après consultation du chapitre. Il ne pouvait donner ou prêter les biens de l'ordre et ne pouvait commencer ou finir une guerre. En fait, le Grand Maître faisait figure d'un président contrôlé par le chapitre. Il devait d'ailleurs se conformer obligatoirement aux décisions de celui-ci. « Tous les Frères doivent obéir au Maître et le Maître doit obéir à son Convent. » (Statuts hiérarchiques).

A la mort du Maître, les fonctions sont assurées par le Maréchal qui réunit tous les dignitaires de l'Ordre. Ceux-ci désignent le Grand Commandeur qui fera fonction jusqu'à l'élection du nouveau Maître. Le Grand Commandeur forme un conseil restreint qui fixe le jour de l'élection. Ce jour, il rassemble un chapitre restreint qui choisit trois frères dont l'un est nommé Commandeur de l'Election. Le Chapitre lui choisit un adjoint. Le Commandeur de l'Election et son adjoint se retirent à la chapelle où ils prient jusqu'au lever du soleil. Au matin, le Commandeur de l'Election et son adjoint désignent deux autres Frères. Ils élisent alors deux autres Frères et ainsi de suite jusqu'au nombre de 12 (en rappel des Apôtres) puis un treizième qui doit être un chapelain de l'Ordre. Parmi ce Chapitre, il doit y avoir 8 Chevaliers et 4 Sergents. Les treize électeurs se retirent et quand l'accord semble se faire sur deux noms, le Commandeur met aux voix et c'est celui qui recueille la majorité qui est désigné en tant que nouveau Maître de l'Ordre.

Le reste des membres du Temple se répartissait de la manière suivante : les Chevaliers, les Écuyers, les Sergents, les Chapelains et les Frères de Métiers.

De plus, on comptait trois catégories de personnes qui faisaient un service d’une durée déterminée dans l’Ordre : les Chevaliers clients, les Écuyers clients et les Turcopoles.

Organisation de l’Ordre des Templiers

A la tête de l'ordre se trouvait le Grand Maitre, souveraineté représentative du chapitre général, à l'autorité limitée (les décisions importantes étaient prises à la majorité absolue du chapitre, sa voix comptant pour une seule). Il était assisté d'un chapelain, d'un clerc, de plusieurs sergents, d'un interprète, d'un ou plusieurs écuyers et de quelques chevaliers de rang. En campagne, il était accompagné du gonfalon baussant (parti d'argent et de sable).

Son second et suppléant était le sénéchal. Le maréchal, lui, disposait de l'autorité militaire. Le rôle de trésorier était rempli par le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem. Le drapier s'occupait de l'habillement.

Venaient ensuite les commandeurs de province. Les trois principaux étaient l'hospitalier, commandeur de Jérusalem, chargé des pèlerins, puis les commandeurs de Tripoli et d'Antioche.

Dans les pays de combat, comme la Palestine ou l'Espagne, les commandeurs de province, nommés directement par le chapitre général, nommaient les commandeurs de leur choix.

Dans les pays de rapport en revanche, les provinces étaient divisées en régions, ayant chacune à sa tête un commandant régional. L'unité de base était la maison, plusieurs maisons étant regroupées sous l'autorité d'un commandant majeur.

Le chapitre général se réunissait tous les ans en Palestine. Il comprenait tous les dignitaires de Palestine, les dignitaires de pays de rapport ne s'y rendant qu'une fois tous les 5 ans.

L'histoire de l'Ordre est étroitement liée à celle des croisades et de la « reconquista ». Comme les Cisterciens, les Templiers accomplirent un vaste travail de défrichement et d'irrigation. Rapidement, l'Ordre acquit de grandes richesses et devint le banquier des papes et des rois. Son activité militaire fut également importante, les Templiers participant aux grandes batailles à la fois au Moyen Orient (Ascalon, Ansur, Gaza, Daroum, Ramlah, Damiette, Alep et Mansourah) et en Espagne (Las Navas de Tolosa, Badajoz, Cáceres, Alarcos, Salvatierra).

Nicolas IV et Clément IV promulguèrent de nombreuses bulles pour confirmer les privilèges templiers. Mais quand Martin IV et le Templier Raymond de Lille tentèrent d'unir Hospitaliers et Templiers, la réforme échoua. Elle fut tentée de nouveau par Boniface VIII mais celui-ci se heurta à l'opposition du Maitre Jacques de Molay.

La chute de l'Empire latin d'Orient précipita le destin du Temple. Après la reconquête de la Palestine par les musulmans, les Templiers se replièrent en effet sur leurs possessions européennes. Mais leur richesse et leur puissance excessive suscitèrent rapidement la convoitise et l'inquiétude des rois. L'Ordre était devenu une formidable puissance, un état dans l'état. De plus, le roi Philippe le Bel avait besoin d'argent et la Terre Sainte étant perdue, l'Ordre n'avait plus sa raison d'être en France.

Au lieu de se replier en Espagne, l'Ordre se concentra en France où il n'avait pas de rôle militaire à tenir. Philippe le Bel, jugeant les Templiers encombrants, décida donc de s'en débarrasser.

En 1314, Jacques de Molay et le commandeur de Normandie furent brûlés vifs dans l’Île aux Juifs. Les Hospitaliers héritèrent des biens du Temple sauf en Aragon et Portugal où furent créés des ordres successeurs du Temple, Notre-Dame de Montesa en Aragon en 1317 et l'Ordre du Christ en 1319 au Portugal. De nombreux Templiers rejoignirent les Hospitaliers ou se retirèrent dans des maisons religieuses. Au 17ème siècle, certaines observances maçonniques ont prétendu avoir une filiation avec les Templiers.

 

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Essai sur l'histoire de l’Ordre des Chevaliers du Temple(part1)

Publié le 21 Octobre 2026 par T.D

Introduction

Depuis que la chute de l'empire romain a fait place à l'épanouissement du christianisme occidental, oratoires, églises et cathédrales se sont érigés sur les mêmes endroits sacralisés par les anciens.

Les bâtisseurs se sont organisés en confréries structurées et puissantes : maîtres d'œuvre, compagnons maçons, charpentiers, tailleurs de pierre, imagiers nous ont transmis leur message spirituel par l'utilisation de l'espace, de la lumière et de la couleur.

Parmi leurs patrons et financiers figuraient les Templiers, grande puissance spirituelle et temporelle. Les Chevaliers Templiers, connus également sous le nom de l’Ordre du Temple, constituent l'un des plus connus et en même temps l'un des plus mystérieux ordres de chevalerie.

La fondation de l'Ordre du Temple est postérieure à la création du premier royaume franc en Palestine : cet ordre militaire et religieux a été fondé en 1118 à Jérusalem lorsque les Pauvres Chevaliers du Christ ont pris le nom de Chevaliers du Temple ou Templiers.

En deux siècles, à partir de 1130, ils ont bouleversé l'histoire de l'Orient et de l'Occident.

L'ordre fut dissout au début du 14ème siècle sous le règne de Philippe le Bel.

L'image que nous avons encore aujourd'hui des Templiers provient sans doute de la légende du trésor des Templiers.

L'histoire de l'Ordre du Temple est très énigmatique. De nombreux historiens et auteurs continuent de nous rapporter leur approche des énigmes, des mystères, de l'ésotérisme et de la tradition de l'Ordre du Temple.

Le but de la présente synthèse est d’essayer de replacer les Templiers dans leur contexte historique, de présenter les événements de la manière la plus objective possible en écartant des détails trop fantaisistes.

Avant la chute de Jérusalem

Depuis la conversion de Constantin 1er, Jérusalem avait eu à subir de nombreuses profanations de la part de ceux que l’on qualifiait d’infidèles. Les Occidentaux rencontraient de plus en plus d'obstacles pour visiter les lieux saints.

Le 7ème siècle vit la conquête de la Palestine par les Arabes ou Sarrasins. Ce fut l'épreuve la plus pénible pour la chrétienté. Les pèlerins à leur retour de Terre Sainte, relataient les vexations et les sacrilèges dont ils avaient été témoins ou victimes. La population de la Judée chrétienne était réduite à la servitude, frappée d'un lourd tribu, bannie de ses temples transformés en mosquées et enfin obligée de cacher et de faire disparaître les emblèmes extérieurs de son culte.

Le pape Sergius IV avait adressé une lettre au clergé et aux princes pour les engager à secourir leurs frères d'Orient, et quelques années auparavant, en 1002, Sylvestre II s'était écrié : « Soldats du Christ, levez-vous ! Il faut combattre pour lui ».

On voyait déjà poindre là, la première idée des croisades. Une expédition, composée de Pisans, de Génois et de sujets d'un roi d'Arles, prit la mer et alla débarquer sur les côtes syriennes. Elle y causa quelques dommages mais sans véritablement s'avancer dans ce pays. Cette mini expédition, eut pour effet de faire cesser les persécutions infligées aux pèlerins ainsi qu'aux chrétiens d'Orient.

Le chemin que suivaient les pèlerins pour se rendre à Jérusalem traversait des territoires sous l'autorité des Turcs et les principales villes comme Ephèse, Nicée, Tharse, Antioche, Edesse…  Dans ces villes, le culte catholique romain n'avait pas le droit de se produire au grand jour. En 1008, Hakem ordonna la destruction du Saint-Sépulcre. Il ne fut rebâti que sous le califat d'Al-Mostansa-Billah en 1047. Conquis peu à peu par les Turcs Seldjoucides, l'Orient allait bientôt changer de maîtres. Les envahisseurs turcs allaient conquérir peu à peu la Perse, la Syrie et la Judée.

70 ans plus tard, un appel à la guerre sainte retentit de nouveau dans le monde chrétien.

En 1095, soit une vingtaine d'années plus tard, les envahisseurs furent chassés à leur tour. Jérusalem fut reprise après un siège de 40 jours. La Judée retomba sous le joug des califes d'Egypte.

Pour les pèlerins, rien n'avait changé : ils restaient exposés à toutes les servitudes et les portes de ville sainte ne s'ouvraient que pour ceux qui pouvaient payer une pièce d'or.

En 1093, Pierre l'Ermite, entreprit le voyage de Jérusalem. L'esprit illuminé par la méditation et la pénitence, il eut un jour une révélation alors qu'il priait devant le Saint-Sépulcre. Il quitta alors la Palestine, traversa la mer et alla rencontrer le pape Urbain II qui, après l'avoir écouté, le chargea d'appeler les peuples à la guerre sainte.

Il parcourut la plus grande partie de l'Europe, voyageant sur une mule, un crucifix à la main, les pieds nus, la tête découverte, le corps ceint d'une corde, couvert d'un long froc et d'un manteau d'étoffe la plus grossière. Il communiqua à tous les cœurs, le zèle ardent qui le dévorait. Le peuple se pressait en foule sur les traces de ce prédicateur qui fut reçu comme un envoyé de Dieu.

Urbain II, encouragé par ces élans de foi et par les sollicitations pressantes de l'empereur Alexis de Commène, convoqua un concile le 14 novembre 1095 à Clermont. Ce concile débuta le 18ème jour du même mois. L'appel d'Urbain II s'adressait surtout aux hommes de guerre. Par contre, une foule de non combattants et de pèlerins fut galvanisée par ce projet.

Pierre l'Ermite avec sa fougue d'illuminé, parla en premier. Il exposa les misères de l'Eglise d'Orient. Après lui, le pape prit la parole et appuya son allocution enflammée des arguments politiques et de la religion.

Alors tous, barons, chevaliers, prélats, clercs, artisans et laboureurs attachèrent sur leurs habits une croix rouge. Chacun mit la croix rouge à son épaule ; les étoffes, les vêtements rouges furent mis en pièces et n'y suffirent pas. Il y en eut même qui s'imprimèrent la croix avec un fer rouge. De là le nom de « croisade » que porta la guerre sainte et de « croisés » donné à ceux qui y prirent part.

Le premier des princes qui se croisa fut Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse. Il avait déjà conduit une expédition contre les musulmans d'Espagne.

Le concile fixa le départ de la croisade pour l'Ascension de l'année suivante. Mais le peuple n'attendit pas pour se mettre en route que les chefs de la croisade eussent organisé leurs forces. Une première armée, gens de tout âge et de tout sexe, de pauvres et de serfs, se mit en marche dès le 8 mars 1096, sous la conduite d'un pauvre chevalier bourguignon Gauthier Sans Avoir. Elle fut bientôt suivie par une seconde troupe tout aussi dépourvue de discipline. Elle avait à sa tête Pierre l'Ermite.

C'est au total environ 100 000 hommes qui se trouvaient rassemblés devant Constantinople. L'empereur Alexis de Commène se hâta de se débarrasser de ces hôtes devenus indésirables par leur indiscipline en leur fournissant les vaisseaux nécessaires pour traverser le Bosphore.

Au moment même où ces pèlerins campaient devant Constantinople, les premières troupes de soldats croisés se lançaient sur les routes menant vers la capitale byzantine. Cette armée comptait l'élite des hommes d'armes. Elle se divisera en trois corps pour ne pas épuiser les pays qu'elle traversait.

Le premier corps composé de Flamands et de Lorrains fut placé sous les ordres de Geoffroy de Saint-Omer. Le second corps, composé de Normands et de Bourguignons eut pour chef le comte Hugues de Vermandois et le troisième d'Aquitains et de Provençaux, fut commandé par le comte Raymond IV de Toulouse.

Tous les chefs qui l'entreprirent étaient renommés par leurs hauts faits. Ils commandaient des hommes aguerris et habitués à la discipline, bien équipés, pourvus de guides et de vivres. Ils étaient environ 100 000 cavaliers et 300 000 gens de pied.

En y ajoutant les femmes, les enfants, les vieillards, les moines et les valets de toute sorte, cela faisait plus de 600 000 personnes qui s'élançaient vers Jérusalem. Alexis de Commène qui les avait appelés s'effraya à leur vue. Au bout de plusieurs mois d'attente, en mars 1097, cette armée passa le Bosphore de Thrace et se dirigea vers Nicée.

La ville de Nicée fut le premier objectif des croisés, la capitale du sultanat Seldjoucide de Roum. Située à un endroit stratégique important, sa prise était nécessaire afin d'assurer le succès de toute avance en territoire turc.

Geoffroy de Saint-Omer, accompagné de Tancrède, Robert de Flandres et Hugues de Vermadois arriva à Nicée le 6 mai 1097. Le siège commença le 14 mai 1097. Le 21 mai, le sultan arriva à Nicée. Les Turcs se replièrent et le sultan abandonna la ville à son sort. Elle tomba ainsi aux mains des croisés le 20 juin 1097.

Le 26 juin 1097, les croisés se préparèrent à lever le camp et à entreprendre la longue route vers Jérusalem. Mais la soif, la difficulté des chemins et les attaques incessantes des hordes asiatiques leur rendirent extrêmement pénible la traversée de la Phrygie et de la Syrie.

Et finalement, le 7 juin 1099, soit deux ans et demi plus tard ils arrivèrent enfin en vue de Jérusalem. Du haut de la colline Montjoie, au cri de « HIERUSALEM ! HIERUSALEM ! », tous demandèrent le combat. Le siège commença aussitôt. La puissante armée, partie nombreuse d'Europe, se trouvait réduite à environ 20 000 hommes et à 1 500 chevaux. Toutefois les croisés étaient aguerris après plus de deux années de campagnes et de privations.

La flotte génoise qui apportait des vivres, fut en grande partie prise et brûlée. A la résistance de l'ennemi se joignirent les horribles tortures de la soif. Manquant de tout et tentant le tout pour le tout, l'assaut général fut donné le 15 juillet 1099. La ville sombra dans un sinistre carnage ; les croisés se livrèrent à un des plus abominables massacres de l'histoire. Les portes furent enfoncées, les civils, hommes, femmes, enfants, vieillards furent exécutés sans distinction, ni pitié. Toute la communauté juive fut enfermée dans une synagogue où l'on mit le feu. La victoire fut totale, en deux jours, 70 000 personnes tant juifs que musulmans furent massacrées.

Après le passage de l'an mille, les chrétiens se considéraient comme des rescapés et le pèlerinage vers Jérusalem fut une façon de rendre grâce au Christ. Jérusalem conquise, Geoffroy de Saint-Omer en fut le premier et unique roi élu. Ensuite, la couronne se transmit par filiation. Ce fut la naissance du royaume latin de Jérusalem situé sur les pays suivants : la Syrie, le Liban et la Palestine.

Les possessions issues des croisades se découpaient en plusieurs territoires : le royaume de Jérusalem, le comté d'Edesse et les principautés d'Antioche et de Tripoli. Ses possessions seront alternativement perdues puis reprises avec les aléas des conflits de l'époque... Le nouveau royaume n'était pas sur : les pèlerins se faisaient dépouiller et les actes de brigandage étaient fréquents.

C'est en réaction à cette situation qu'en 1119, Hugues de Payns rassembla quelques compagnons afin d'assurer la sécurité des pèlerins. Il devint le premier Grand Maître de l'Ordre du Temple.

La première croisade se termina donc en 1099 lors de la reconquête de Jérusalem. Les pèlerins s'engageaient sur des routes peu sures. Vers 1118, neuf chevaliers, dont Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, fondèrent « les Pauvres Chevaliers du Christ ». Leur mission officielle était de protéger les pèlerins et de sécuriser les routes. Ils prononcèrent leurs vœux pour devenir religieux. Baudouin II, roi de Jérusalem, leur donna asile dans son palais à proximité du temple.

Ils prirent alors le nom de « Chevaliers du Temple ».

Histoire des Chevaliers Templiers

Les débuts de l'ordre

Les origines de l'ordre sont en fait assez mal connues, les archives ayant été perdues au moment de sa dissolution en 1311. Pourtant, il est certain que les Templiers sont apparus beaucoup plus tard que les autres ordres militaires dont ils étaient devenus les grands rivaux. Leur vocation militaire est pratiquement d'origine, ce qui montre bien l'évolution des mentalités entre le 11e et le 12e siècle.

Tout a donc commencé dans les années qui suivirent la première croisade en Terre Sainte (1096-1099).

Malgré la prise de Jérusalem par les croisés, le 15 juillet 1099, la sécurité des pèlerins n'était pas vraiment assurée. Entre les brigands locaux et les croisés aux buts peu louables, les pèlerinages devenaient parfois tragiques.

En 1099, leur devoir accompli, la plupart des chevaliers retournèrent en France. Ravivée, la foi allait entraîner une multitude de chrétiens sur des chemins infestés de brigands et de voleurs. Les proies devenaient faciles.

Après la prise de Jérusalem et l’installation des Francs en Terre Sainte, les pèlerins se mirent à affluer vers le tombeau du Christ. Mais les routes menant à Jérusalem depuis les ports de débarquement restaient fort dangereuses.

En 1100, Geoffroy de Saint-Omer était le nouveau roi de Jérusalem, élu en 1099 aux Premières Assises de Jérusalem. Il préféra prendre le titre de « Avoué du Saint-Sépulcre ». Son règne fut de courte durée car, selon le chroniqueur Ibn-Al-Qualanissi, il serait mort le 18 juillet à l'âge de 41 ans, d'une flèche empoisonnée lors du siège de Saint-Jean d'Acre. Les Francs diront de la peste.

En 1114, le comte Hugues de Champagne partit pour la Terre Sainte en compagnie d'Hugues, seigneur de Payns.

Hugues de Payns, de la Maison des comtes de Champagne, et Geoffroy de Saint-Omer vivant sous la Règle des chanoines de Saint-Augustin choisirent d'assurer la garde du défilé d'Athlit, le chemin d'accès le plus dangereux pour les pèlerins. Ce dernier deviendra plus tard le Château-Pèlerin. Et c'est en 1118 que l'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ vit le jour...

A ce moment, ils étaient neuf chevaliers : Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer, Archambauld de Saint-Amand, Payen de Montdidier, Godemar, Roland, André de Montbard, Geoffroy Bissot et Godefroy.

Une ascension fulgurante (1118 – 1314)

De 1118 à 1123, ces chevaliers encore en habits du siècle, accomplirent leur mission avec panache et dévotion, tout en ne vivant que d'aumônes et de donations.

En 1118, le Champenois Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer et sept compagnons d'arme proposèrent au roi Baudouin II de Jérusalem la mise en place d'une troupe permanente qui, sous la forme d'un ordre à la fois militaire et religieux garantirait la défense de la ville sainte ; ils assureraient également la liberté des routes aux pèlerins.

Ils firent vœu devant Garimond, patriarche de Jérusalem de se consacrer à la protection des pèlerins en Terre Sainte.

Hugues de Payns

Personnage central de la création de l'Ordre du Temple et premier Maître de l'Ordre, Hugues de Payns est, selon toute vraisemblance, né au château de Payns.

Ainsi nommé de la terre de Payns en Champagne, située entre Méry-sur-Seine et Troyes, Hugues de Payns (de Paganis) serait apparenté à la famille des comtes de Champagne mais on ne sait rien de son ascendance ni de son enfance. Il se peut également qu’Hugues de Payns soit un descendant du carolingien Hildemar, possesseur de terre à Payns. Tous ses compagnons appartenaient aussi à la plus haute noblesse.

La chronologie des maîtres du Temple suggère qu’il serait né vers l’an 1070. On peut penser qu’à l’image des autres jeunes nobles de son temps, il devint majeur vers l’âge de quatorze ans, puis écuyer d’un chevalier de son entourage, peut être du comte, et enfin chevalier lui-même. Simple seigneur rural, il reçut son fief de Payns, soit en héritage de son père, selon l’usage qui commençait à se répandre, soit directement du comte de Champagne.

Payns, est une petite localité située à 10 km au sud de Troyes. Hugues a effectué plusieurs allers – retours en Terre Sainte, avant d'y fonder l'Ordre.

On y retrouve sa trace vers 1104 – 1105, puis en 1114 – 1115. Mais des chartes signées de sa main font preuve de sa présence en Champagne en 1110 et 1111. Il a donc au moins fait deux voyages.

Il est vraisemblable qu'il n'a pas pris part à la première croisade mais il est venu en Terre Sainte comme simple pèlerin quelques années plus tard.

Les Chevaliers du Temple

En 1118, neuf Chevaliers du Christ, ayant à leur tête Hugues de Payns, rassemblés pour protéger le Saint-Sépulcre, avaient donc fondé « l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ ».

Ils avaient fait vœu de défendre les pèlerins et de protéger les chemins menant en Terre Sainte. Ces hommes, en prenant un engagement d’un genre nouveau – ils se considéraient comme des moines, mais également comme des guerriers – créèrent ainsi le premier ordre religieux et militaire.

En 1120, revenant près des lieux saints, Baudouin II, roi de Jérusalem, voulant encourager le zèle de ces nouveaux défenseurs de la foi, leur octroya une partie de son palais, à l'emplacement du Temple de Salomon. Ils devinrent alors très rapidement les Chevaliers du Temple ou Templiers du fait de cet emplacement symbolique. Bâti en 961 avant Jésus-Christ, le Temple de Salomon aurait été détruit par les Chaldéens en 587 avant Jésus-Christ, reconstruit et définitivement détruit en 135 par l'empereur Hadrien. C'est de là qu'ils prirent le nom de Templiers ou de Chevaliers de la Milice du Temple. De là vint aussi le mot Temple, nom qui fut donné à toutes les maisons de leur Ordre.

Les Chevaliers du Temple se firent assister par sept autres chevaliers français : André de Montbard (neveu de saint Bernard), Gondemare, Godefroy, Roral, Payen de Montdésir, Geoffroy Bisol et Archambaud de Saint-Agnan. L'Ordre du Temple prit forme en 1119.

C'est en 1123, devant Garimond (alias Gormond) patriarche de Jérusalem, qu’ils prononcèrent les trois vœux monastiques de « pauvreté, chasteté et obéissance » auxquels ils ajoutèrent ceux de combattre les « infidèles » et de se consacrer à la défense des pèlerins.

Leur comportement irréprochable, en un mot chevaleresque, attira dans leurs rangs une multitude de postulants, impatients d'intégrer la glorieuse compagnie. Mais ce n'est qu’au concile de Troyes, le 14 janvier 1128, à la demande de saint Bernard (Bernard de Clairvaux) que l'Ordre fut véritablement créé. « L'Eloge de la Nouvelle Milice » est un témoignage capital de l'importance de saint Bernard dans la création de l'Ordre du Temple. Il semble avoir écrit lui-même la « Règle » qui régissait le fonctionnement complet de l'Ordre.

Devant l'importance prise par l'Ordre en une décennie, Hugues de Payns requit du pape que l'Ordre soit officiellement reconnu. Cette mission incomba à Bernard, puissant abbé de Clairvaux (saint Bernard 1090 – 1153) qui écrivit notamment un écrit élogieux à l'adresse de ce nouvel Ordre de chevalerie : « De laude novae militiae ad milites Templi », un ouvrage paru en 1130 dans lequel il opposait la chevalerie séculière et la chevalerie céleste des Templiers.

Si l’ordre fut dans un premier temps régi par la règle de saint Basile, c’est au cours du concile de Troyes, en 1128, que la règle du Temple, d’inspiration cistercienne, fut proposée par Bernard de Clairvaux (saint Bernard) et adoptée.

De 1118 à 1127, pendant 9 ans, les Templiers s’organisèrent et recrutèrent des écuyers ainsi que des sergents d’armes ; mais bizarrement, eux qui se voulaient protecteurs des pèlerins, ne participaient à aucune bataille. Leur seule occupation officielle pendant cette période fut de rénover les écuries souterraines du Temple. Il semble qu’ils en profitèrent pour effectuer des fouilles.

En 1125, Baudouin II envoya Hugues de Payns en Europe pour solliciter une seconde croisade. Hugues retourna en Orient en 1130, accompagné d'une brillante et nombreuse jeunesse, portant le nouvel habit des Templiers.

En 1126, Hugues de Champagne rejoignit les Pauvres Chevaliers après avoir donné au futur saint Bernard ses terres sur lesquelles sera élevée l'abbaye de Clairvaux. Il fut le lien indéniable entre Hugues de Payns et Bernard de Clairvaux.

En 1127, Baudouin II envoya Hugues de Payns et certains de ses compagnons en Europe pour organiser solidement la milice et obtenir une reconnaissance du pape Honoré II qui les reçut et leur accorda son agrément officiel et la règle de leur ordre.

Au cours du concile de Troyes, organisé le 14 janvier 1128 par le pape Honoré II et Bernard de Clairvaux (futur saint Bernard), ce dernier fut nommé pour rédiger la règle du nouvel ordre.

Le concile de Troyes

En 1128, le concile de Troyes vit la fondation officielle de l'Ordre du Temple. Le jour de la Saint-Hilaire, la cathédrale de Troyes accueillit une assemblée de notables présidée par le légat du pape, Matthieu d'Albano. Des évêques, des abbés, les archevêques de Sens et de Reims, Etienne Harding, Thibaud de Champagne et Bernard de Clairvaux étaient présents.

Le concile confirma la Règle, inspirée de celle de saint Benoit, complétée par Bernard de Clairvaux, qui accordait à ce nouvel Ordre, le droit de posséder et régir terres et vassaux, de percevoir des dîmes octroyées en aumônes. Le manteau blanc fut attribué à ces chevaliers.

Ainsi, en janvier 1128, en la cathédrale de Troyes, l'Ordre du Temple fut officiellement reconnu. Le concile fixa notamment la tenue de ses chevaliers : un blanc manteau frappé d'une croix rouge sur le cœur.

Son premier Grand Maître, Hugues de Payns, prit rang de prince. La règle de l'Ordre, écrite par Jean de saint Michel sous la dictée d'Hugues de Payns et la clairvoyance de Bernard de Clairvaux, fut entérinée.

Leur devise : « Non nobis Domine, non nobis, sed nomini tuo da Gloriam », « Non pour nous Seigneur, non pour nous, mais pour la Gloire de Ton Nom » fut désormais officiellement inscrite sur leur beaucéant (étendard) tout de sable et d'argent.

La règle sera néanmoins complétée ou modifiée à plusieurs reprises :

  • le 29 mars 1139 par la bulle « Omne datum optimum » du pape INNOCENT III ;
  • en 1144 par la bulle « Milites Templi » du pape Célestin II ;
  • en 1145 par le pape Eugène III qui accorda aux chevaliers de l'Ordre le port de la croix pattée sur l'épaule gauche ;
  • en 1162, le pape Alexandre III confirma définitivement la bulle « Omne datum optimum ».

L’Ordre du Temple était né

 

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Publié le 20 Octobre 2026 par T.D

 

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Le Rite Anglais Style Emulation, ou Rite Emulation

Publié le 20 Octobre 2026 par T.D

Relativement peu connu des francs-maçons d’Europe continentale, le Rite Emulation ou plutôt Style Emulation ("Emulation Working" en anglais), est l’un des Styles en usage à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il est utilisé par de nombreuses Obédiences maçonniques dans le monde, spécialement dans les anciennes colonies de l’Empire Britannique (Australie, Nouvelle-Zélande…), mais aussi au sein d’Obédiences non anglophones régulières, telles que la Grande Loge Nationale Française ou la Grande Loge Suisse Alpina, ou dissidentes d’Obédiences régulières, comme la Grande Loge Traditionnelle Opéra ou la Loge Nationale Française. Quelle est l’origine du Style Emulation ? D’où lui vient ce curieux nom d’Emulation ? Et quelles sont les spécificités du Style Emulation ?

Divisions de la franc-maçonnerie anglaise au XVIIIe siècle 

On date généralement l’apparition de la Franc-maçonnerie moderne de la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717 (ou plus probablement 1721). Et l’on imagine souvent que cette première Obédience maçonnique rallia toutes les Loges anglaises dans une large unanimité. Or il n’en est rien. De nombreuses Loges contestèrent cette organisation inédite, qui selon elles avait altéré les rituels ancestraux, en omettant les invocations, en supprimant l’office des Diacres et en inversant dès les années 1730 les colonnes et les mots d’Apprenti et de Compagnon.

La première opposition organisée surgit dans le nord de l’Angleterre. En 1725, la Loge d’York, se réclamant de son ancienneté, se proclama "Grande Loge de Toute l’Angleterre". Elle se mit en sommeil dans le courant des années 1730, pour renaître en 1761 sous le nom de "Grande Loge de Toute l’Angleterre au Sud de la Rivière Trent" et finalement cesser toute activité en 1789.

Mais la principale opposition vint à Londres du courant qui se définira lui-même comme "Ancien" ("Antient" avec t en anglais, par souci d’archaïsme) et qualifiera la Grande Loge de Londres de "Moderne", non sans dédain. Les relations entre les Grandes Loge d’Irlande (1725) et d’Écosse (1736)  avec la Grande Loge de Londres s’étaient péjorées au cours des années 1730-1740. Les francs-maçons irlandais et écossais résidant à Londres rechignaient à s’affilier aux Loges anglaises. La tension s’accentua par l’afflux des réfugiés Irlandais arrivés à Londres suite à la famine de 1740-41, parmi lesquelles se trouvaient de nombreux francs-maçons, qui fondèrent leurs propres Loges.

En 1751, six Loges de tradition "Ancienne" constituèrent la "Grande Loge de la très Ancienne et Honorable Fraternité des Francs et Acceptés Maçons selon les Anciennes Constitutions". L’âme de la nouvelle Grande Loge fut à n’en pas douter Laurence Dermott (1720-1791), commerçant irlandais, Grand Secrétaire de l’Obédience et auteur des Constitutions (nommées "Ahiman Rezon"). Les Loges de cette Grande Loge pratiquaient des anciens rituels, influencés par les usages irlandais, dont un exemple nous est donné par la divulgation "The Three Distinct Knocks" de 1760.

Les deux Grandes Loges rivales se développèrent avec succès en Angleterre et au-dehors. Si en Europe, c’est surtout la franc-maçonnerie des "Modernes" qui se répandit, l’Amérique connut une prépondérance de la tradition des "Anciens", du fait notamment des nombreux régiments irlandais et écossais de l’armée britannique.

Union des deux Grandes Loges anglaises 

Les deux Grandes Loges anglaises s’affrontèrent farouchement pendant une cinquantaine d’années, mais au tournant du XIXe siècle, les tensions commencèrent à s’apaiser. En 1809, les "Modernes" constituèrent une Loge spéciale (Lodge of Promulgation) chargées de ramener les rituels aux anciens usages, dans le but de normaliser leurs relations avec les Irlandais , les Écossais et les "Anciens" d’Angleterre. Et les deux Grandes Loges anglaises nommèrent des Commissaires chargés de préparer un Acte d’Union.

En 1813, deux nouveaux Grands Maîtres étaient désignés. Il s’agissait de deux des fils du roi Georges III : le prince Auguste Frédéric, duc de Sussex, pour les "Modernes", et le prince Édouard, duc de Kent, pour les "Anciens". Les conditions pour une union étaient réunies. Et le 27 décembre 1813, la Grande Loge Unie d’Angleterre était constituée, avec le duc de Sussex comme Grand Maître. Une Loge de Réconciliation fut créée pour réconcilier les rituels des deux anciennes Grande Loge et définir un nouveau rituel.

Le rituel défini par la Loge de Réconciliation était clairement de tradition "Ancienne" et les usages rituels des "Modernes" disparurent d’Angleterre pour ne subsister quand dans certains Rites maçonniques continentaux (Loges bleues du Rite Français et du Rite Écossais Rectifié, Rite de Schrœder…). Pour diffuser les nouveaux usages, plusieurs Loges d’instruction furent formées, pour que les Officiers des Loges viennent s’y exercer. La première fut la Loge "Stability", mais la plus importante et la plus prestigieuse fut la Loge "Emulation Lodge of Improvement", qui a donné son nom au Rite Emulation.

C’est là que cela devient un peu difficile à comprendre pour les francs-maçons non britanniques, habitués à la notion de Rites bien définis. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a pas créé un nouveau Rite, elle a juste défini une manière de travailler en Loge "selon les Constitutions Anglaises". À partir de là, chaque Loge d’Instruction a pratiqué ces usages à sa manière, avec des différences minimes. Il existe donc plusieurs Styles (Workings en anglais) pour travailler selon les Constitutions Anglaises : Emulation en est un, le plus répandu du fait de l’importance de l’"Emulation Lodge of Improvement", mais il existe également le Style Stability (de la Loge d’Instruction du même nom), le Style Oxford, le Style Taylor, le Style Standard, le Style South London, le Style West End…

Les décords utilisés dans ces différents Styles sont les mêmes, car il ne s’agit que d’un unique "Rite" Anglais, qui se décline dans différents Styles. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais décrété que le Style Emulation ni aucun autre Style était son rituel de référence : les différents Styles ne sont que des manifestations d’une unique manière de travailler "selon les Constitutions Anglaises". Les décors maçonniques sont donc ceux de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et non ceux d’un Style déterminé.

Spécificités du Style Émulation

Pour les francs-maçons européens, la spécificité du Style Emulation est surtout de devoir être pratiqué entièrement par cœur. Mais cela n’est pas propre à Emulation : les autres Rites anglo-saxons, écossais, irlandais, américains procèdent de même.

La principale spécificité du Style Emulation est sa gestuelle, très complexe, qui doit être pratiquée scrupuleusement. La pratique du rituel est une fin en soi, c’est le travail maçonnique du Style Emulation, alors que dans les Rites continentaux, le rituel encadre un travail particulier, le plus souvent la lecture une Planche, c’est-à-dire un exposé présenté par un membre de la Loge et commenté par les autres. Rien de tel à Emulation : on y ouvre les travaux au premier, au deuxième et au troisième grades, puis on les ferme au troisième, au deuxième et au premier grades. À moins qu’il y ait réception à l’un des grades, c’est tout. Et si une conférence est prévue, elle aura lieu pendant le banquet qui suit les travaux.

C’est par la pratique répétée de gestes symbolique que le Style Emulation entend faire intégrer au franc-maçon les valeurs spirituelles de la franc-maçonnerie, bien plus que par une voie mentale, intellectuelle et rationaliste. Il offre à ceux qui le pratiquent une voie d’épanouissement qui passe avant tout par le corps et le ressenti corporel. Cette voie pourrait être comparée aux différentes "formes" en usage dans les arts martiaux asiatiques (Taolu en Chine, Kata au Japon, Poumsé en Corée…) : les formes sont des enchaînements de gestes de combat stylisés, que l’on pratique sans adversaire, dans le but d’apprendre les gestes, de les intérioriser, d’apaiser le mental et d’affiner la perception des énergies mobilisées en vue du combat.

Très concret et corporel dans sa pratique, le Style Emulation, est sans doute fidèle dans l’esprit aux pratiques des anciens Maçons opératifs, qui avaient avant tout besoin de perfectionner leurs gestes et non de tenir de grands discours théoriques. Les francs-maçons des autres Rites pourraient avantageusement s’en inspirer pour rendre au rituel toute sa potentialité de transformation personnelle et pour cesser de le cantonner au rôle de simple préalable aux Travaux.

 

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Autour d'Emulation, le Rite Anglais style Emulation ! (extrait)

Publié le 20 Octobre 2026 par T.D

Nous allons aborder Emulation, dans son origine, dans sa mise en place, et dans son développement maçonnique depuis 200 ans.

Alors, je vais essayer d’être le plus complet possible, sachez toutefois qu'il faudra surement approfondir certaines parties en lisant les autres travaux publiés sur notre site (les origines de la maçonnerie écossaise, les B.A.ba de maçonnerie, le serment maçonnique, les châtiments maçonnique, ...) et que je pourrais peut-être être caustique et parfois sans complexe avec ce sujet.

Première chose :

Qu’entend-t-on quand on parle en France de Rite Emulation ?

Et bien on parle de quelque chose qui n’existe pas !

Il n’existe pas de Rite Emulation, sous cette appellation stricte, parce qu’Emulation est une des 60 manières de faire la même chose en Angleterre.

Et là-bas, en Angleterre, on ne connait pas la notion de Rite comme on peut le connaitre ici en France.

On connait 60 manières de faire la même chose avec parfois quelques petites différences !

Et quand c’est différent, dès lors, on change de nom ! C'est un nouveau rituel, une nouvelle manière.

On parle de "working"

C'est pourquoi, on connait des manières de Bristol, des manières de West End, de Stability, de Taylor, d’Universal ou encore de la Marine Marchande…

Une loge a même créé son propre working : Le Benefactum, de la Benefactum Lodge à Camden dans la banlieue de Londres.

Et nous en France, on ne connait qu'une seule manière de faire, et par facilité on a crée une grossière erreur de forme, et cette erreur de forme, c’est ce que l'on nomme le rite Emulation ! Un peu comme il s'est crée le Rite Français sur la base des usages et traductions des pratiques britaniques des premiers francs-maçons anglais, les "moderns", en France.

Le rite Emulation est donc ce que l'on peut communémant appeler un autre Rite Français "ancien", des anciens, là ou le style Émulation colle au Craft Masonry britanique et à son corpus culturel, philosophique et symbolique.

C'est sévère mais c'est la rélaité : le "rite émulation" n'est pas un rite anglais ... c'est français.

Mais est-ce que ce que nous faisons est vraiment de l’Emulation, c'est à dire au sens de ce qui doit être fait correctement ?

C'est une vraie question ! Une question de fond... et on a tendance à la négliger.

Emulation, c’est d'abord une façon de travailler.

Mais Emulation, c’est aussi un matériau particulier, un matériau très profond, et que l’on ne comprend pas toujours parce que culturellement, soit on a effacé ces références dans les rituels continentaux, soit on en a apporté d'autres, souvent pour combler le vide crée.

Ce matériau est pourtant le socle commun pour toute la Maçonnerie !

On parle de METIER. On parle de CRAFT et on parle de WORKING

Sur ce point particulier, il s’agit bien de METIER !

C’est vraiment très important et cela concerne tout le monde ! Toutes les mises en place et meme si souvent on ne le comprend plus vraiment.

En effet, on se communique des signes, des poignées de mains, et des mots du métier. Ce sont des choses qui sont souvent bien plus anciens que la maçonnerie elle-même. Ces moyens étaient les garants de certains privilèges liés au métier de maçon. de prouver sa qualité, ses compétences, et donc de prétendre à la rémunération qui va avec.

C'est quand même très important.

Et si nous, aujourd'hui, on fait les mêmes choses, c’est qu’il y a une raison à cela !

Mais si on entend parfois parler de mystères, comme dans ce passage du rituel : « Être reçus aux mystères et privilèges de la franc-Maçonnerie »,

C’est bien ce que l’on entend n'est-ce pas ?

Et bien, il s’agit d’une mauvaise traduction car cela n’a jamais été des mystères, et c’est la source de beaucoup de confusion par-là suite.

Parce que dès que l’on parle de mystères, on imagine facilement des choses, on en arrive à parler d’ésotérisme, d’alchimie, de mysticisme, et donc on attire ici tout ce qui est un peu "bizarre" ou du moins étranger à la maçonnerie.

Parce que ces choses n’ont pas grand-chose à voir avec la Maçonnerie au départ. C'est arrivé plus tard.

JACKSON, Le Brigadier JACKSON (Brigadier, c'est un général en fait)

Alors Alexander Cosby Fishburn JACKSON est un érudit de la maçonnerie anglaise et il relève cette erreur de traduction du mot MESTIER en français médiéval que l’on va lire MYSTERY en anglois, un mot avec des Y,

mais rapidement, on va lire et on va traduire MYSTERY comme MISTERY, avec un I, en créant une confusion avec celui que l'on connait aujourd'hui.

Et c'est une erreur car cela change beaucoup de choses ! Du moins cela autorise des digressions malheureuses.

C’est quelque chose qui avait déjà été identifié par Mackey Albert Gallatin MACKEY dans History of Freemasonry.
MACKEY est un autre érudit américain du 19e siècle.

C’est donc « être reçu dans le METIER et les privilèges de la Franc-Maçonnerie » qu’il faudrait lire, ou tout du moins comprendre.

Et donc cette erreur va infuser en France et à partir de là c’est terminé !

On ne corrigera plus rien, on sera séduit, ce sera dans l'air du temps, et MYSTERE aura gagné par erreur de traduction.

Bref ! On parle de METIER. On parle de CRAFT et on parle de WORKING,

En France on ne comprend bien ça et donc par facilité de langage, et parce que l’on a des rites, on va adopter ce qui n’existe pas. Ceci va germer à la GLNIR - celle pour la France et ses colonies, pas l'autre - et cela va se répandre d'abord à la GLNF et ses différentes scisions par la suite.

C'est pourquoi plutôt que de Rite Emulation, il faut vraiment se corriger et parler dorénavant de Rite Anglais style Emulation, parce qu'il est anglais, et à la manière de la loge éponyme Emulation. Rite anglais de style Emulation est tout à fait acceptable.

Une formule que l'on doit semble-t-il au frère Gerard GEFEN, si l'on en croit ceux qui l'on bien connu à la LNF.

Et c'est une formule à raison, car cela figure plutôt bien le sens de tout ça.

Et, j'oserais qu'il serait vraiment de bon ton que les frères, qui doivent toujours s'améliorer, se corrigent aussi et arrêtent de croire ou de subir ce qui est écrit dans un livret qui n'est pas un référentiel !

Alors, comment nait le Rite anglais style Emulation ?

Et bien c’est simplement une des conséquences de la réunion de deux systèmes maçonniques qui se sont tirés dessus à boulets rouge pendant plus de 60 ans :

- Le premier, le système des Modernes de 1717, celui de la première Grande Loge de Londres,

- Le second, le système des Anciens de 1751, de souche Irlandaise, mais qui deviendra très rapidement anglais,

Et cela commence en 1792 chez les Anciens.

Une commission, " the nine Worthy", empruntant ainsi l'expression de Jacques de Longuyon au 14e siècle " les 9 preux",

enfin pour les anglais, ce sont les « nine Worthies of London », un livre de Richard Johnson du 16e siècle qui va mettre en avant les héros de la chevalerie guerrière anglaise. Et cela n'est pas surprenant, car la littérature est une source d'inspiration très importante pour tout ce que nous faisons.

Les Anciens et les Modernes, on connaissait déjà ça dans la littérature au 17e - tout ce qui est anciens est ancré dans la tradition, c'est bien. Alors que ce qui est moderne est mal perçu, aujourd'hui c'est plutot le contraire -.

et donc ces « nine Worthy », ces 9 preux, ou "excellent masters" avaient pour mission de s'assurer de la standardisation des différents working.

Parce que déjà on avait déjà à cette époque tendance à faire un peu ce que l'on voulait.

On sait aussi que le registre des minutes la Grande Loge des Anciens, le 7 mars 1792, nous rapporte ceci :

"résolue et ordonné qu'une uniformité générale de la pratique et des cérémonies de l'ancien métier devait être préservées et transmises inchangées à la postérité, les loges de Londres et de Westminster sont tenue de recommander un frère de chaque loge, qui doit être un maitre ou passé maitre, et qui plus est, bien qualifié dans le métier pour être nommé au Grand Chapitre en octobre de chaque année, pour être élu un des 9 excellents maitre qui sont permis de visiter les loges et qui si l'occasion le requiert, se doivent de faire un rapport au Grand Chapitre ou au Député Grand maitre (le Pro Grand master...) qui actera ce qu'il jugera nécessaire ».

Tout ça ne sort pas de nul par puisque ces Excellents Maitres étaient des Maitres Maçons et des Passés Maitres, tous admis à l'Arc Royal pratiquée par les Anciens.

Arc Royal, ou Arche Royale ... on parle de la même chose en retenant le coté cateneiforme que doit avoir cet arc particulier, en regard de ce que l'on peut voir ailleurs, notament à la Marque  ... mais c'est un autre sujet ça.

Il faut savoir que le registre d'un chapitre de l'Arc Royal porte un nom : 

C'est ... "seper enhola rabiim" : Le registre des « excellents maitres »

Donc on va designer 9 supers maçons, tous super instruits, tous super qualifiés, qui vont faire des choses vraiment super et ils sont tous de l’Arc Royal.

Et ils vont corriger les usages et ramener un peu d’ordre dans les pratiques au sein des loges.

On comprend mieux pourquoi les anciens se sont battus comme des acharnés pour imposer l’Arc Royal. L'Arc Royal que Lawrence Dermott définissait comme la « moelle de la maçonnerie ».

Mais aussi, on comprend mieux le lien que peut avoir l’Arc Royal avec Emulation encore aujourd’hui.

Le reste, ouais, c’est pas mal ! mais l’Arc Royal, c’est le top !

Ensuite...
 

1799, et la vague antimaçonnique qui a commencé 2 ans plus tôt où l’on accuse la Franc-maçonnerie, en Irlande d'abord, puis à Londres, d'abriter le fameux complot maçonnique. Un complot qui serait mené par les français, en plus, contre la royauté britannique.

On est juste après la révolution française, et c’est l’époque des lois sur les sociétés secrètes à Londres.

La Maçonnerie va echapper à la disparition mais le parlement va imposer la mise sous le boisseau des 2 Grandes Loges , et cette volonté politique va agir jusqu'en 1809-1810 pour les réunir.

William Pitt, le premier ministre de l'époque, va convoquer le conte de Moira (Grand Maitre des modernes) et le duc d'Atholl (Grand Maitre des anciens) et va leur faire comprendre que les conditions fixées ne sont pas négociables - je résume car c'est un autre sujet- .

On a eu ça aussi en France, un peu à la même époque mais avec des objectifs différents entre le Grand Orient et la Grande Loge.

Et à partir de 1813, on va nommer 2 frères de sang royal à la tete de chaque Grandes Loges, les ducs de Kent et de Sussex, et rapidement, on va faire l'Union et réunir tout ça en une seule Grande Loge, sous la Grande Maitrise de Sussex, qui sera toujours d’Angleterre, mais elle sera Unie cette fois.

On va donc réunir deux systèmes pour lequel il va falloir fixer entre 1813 et 1816 une manière commune de faire de la maçonnerie dans les différentes loges.

Tout cela se s'accélère à partir de 1811 quand les modernes reconnaissent avoir des pratiques maçonniques qui ont pu peut-être un peu dérivé et la réunion se fera sous la Grande Maitrise du Duc de Sussex et c'est lui qui va agir pour l’Union de la maçonnerie, mais qui va être aussi l’instigateur de la déchristianisation du rituel.

Une déchristianisation politique pour les besoins de l’Empire qui aurait été exécutée par le Dr Crucefix, à la demande et sous la gouvernance de Sussex.

C’est un sujet à part entière ça mais il est amusant de savoir qua la dechristianisation a été faite par un Crucefix ...

Et il va en sortir ce que l’on va appeler le Rituel de l’Union en 1816

Dans les faits, dès1809, on va créer une loge de promulgation qui va examiner les usages et faire des recommandations,

puis une loge de réconciliation qui va les diffuser,

puis des 1817 des loges d’instruction puis mieux, de Perfectionnement qui vont maintenir et affermir ces nouvelles pratiques.

Et c’est grâces aux Grands Stewards qui sont réputés pour être des experts du rituel, qui vont fonder l’Emulation Lodge of Improvment, en 1823, et que va se développer Emulation.

C’est la manière réputée la plus proche du rituel de l’Union de 1816.

Remarquez bien que je ne parle jamais de rite de l'Union mais bien de rituel ! C'est bien l'esprit

Alors, il faut tout de même savoir que tout c’est oral, on n’écrit rien, et la Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais imposé le moindre rituel.

Ni publié, ni validé ! ni rien du tout !

Les loges se sont organisées pour ça !

On entend souvent que la maçonnerie anglaise, c’est très rigide, tout est très codifié, tout plein de choses !

C’est vrai !!!  Mais les loges sont aussi très indépendantes.

Bien plus qu’en France aujourd’hui qui subissent des reglements sans avoir leurs mots à dire.

En Angleterre, et aujourd'hui toujours, elles s’organisent et elles respectent les règles c’est tout.

L’Article 155 des Constitutions de la Grande Loge est très clair là-dessus :

« Les membres des Loges ont le droit de faire comme ils le veulent, d’avoir leur propre manière de faire, dès lors qu’ils respectent les règlements généraux du Métier ».

C’est une traduction grosse maille mais c’est ça !

Dans les faits, les rituels écrits sont assez tardifs et c’est seulement sous l’impulsion de l’Emulation Lodge que seront publiés les « blue book ».

Parce que cela rapporte de l’argent (environ 65000£ par an environ)

La Grande Loge n’a rien à voir là-dedans.

Cela peut nous paraitre étrange de ne pas avoir de rituels officiels diffusé par l’obédience un rituel qui est imposé aux loges et surtout duquel elles n'arrivent pas - la servitude volontaire - à se détacher.

Et qui vont SURTOUT apporter leurs lots de confusions.

C’est un peu le jeu des 7 erreurs à chaque fois, ce n’est pas vrai ?

On est parfois assez loin des « 9 preux » des Anciens qui exigeaient que les cérémonies de l'ancien métier soient « préservées et transmises inchangées à la postérité ».

Parce que le rituel Emulation, c’est aussi une forme de Tradition,

Cela vient des militaires souvent, de la liturgie anglicane parfois, des règles protocolaires royales également, et même de la cérémonie de couronnement.

Regardez la cérémonie de couronnement de Charles III, ou même celle d'Élisabeth dont les archives sont disponibles, ou dans la série « The Crown » qui les reprends et observez bien les détails de cette cérémonie, la cérémonie du couronnement est un rite de passage et vous serez surpris par certaines scènes qui vous paraitront vraiment très familières.

Ce sont des phrases, des tournures, une structure de texte, une mise en place ....

Et ce sont des choses que l’on ne peut pas changer parce que cela remet en cause tout l’ensemble.

C’est pour ça que l’on ne peut pas prétendre à traduire le texte juste parce que l’on parle anglais, c'est parce ce que ce n’est pas que du texte.

Les mots ont un sens et si 40% des mots anglais sont d'origine française, nous avons nous français perdu le sens de certains mots de notre propre langue. Traduire c'est trahir ...

C’est pourquoi c'est de l’Histoire, c'est de la littérature. C’est aussi de la Musique, c'est du rythme, c’est une partition !

La manière de frapper avec le maillet et/ou aux portes - quand c'est fait correctement, attention... c'est à dire pas à la va-vite, souvent par ignorance, mais bien en rythme -  en est clairement une démonstration sonore.

On doit etre dans la fluidité générale, pas dans la précipitation ou la taverne en Bavière !

Si je change une chose, cela veut dire que je peux changer le reste.

Et si je change quelque chose, au sens de l'exigence Emulation, ce n’est plus Emulation ! 

C'est autre chose ! Voire parfois, ce n’est même plus de la maçonnerie !

C’est pourquoi chez nos amis anglais.

On ne doit y voir que le poids de la tradition et la profondeur de l’éternité, enfin c’est ce que l’on doit voir, parce qu’eux aussi y ont pas mal touché malgré tout !

Nos amis anglais de l'Emulation Lodge of Improvement répètent toujours la même chose depuis plus de 200 ans et tous les vendredi soir à 18h15,

Mais les précepteurs de l’Emulation Lodge, ce sont des Passés Maitres, des experts dans la manière de faire, et ils font des démonstrations à l’un des 3 grades, cérémonie d’installation comprise, et répondent ensuite aux questions du public.

Ça fixe les choses selon un référentiel unique et ça c'est une chance formidable pour la maçonnerie de tradition.

Quand on ne sait pas, on sait tout à fait à qui ou à quoi se référer.

On n'est pas face à une des 264 manières recensées de faire la même chose, mais modifiées par 264 commissions du rituel différentes, et aux compétences incertaines, ou du moins orientées. Demandez donc aux 33e du REAA de part le monde si leurs bagues, de celles qui sont censées être toujours les même, sont bien les mêmes. Ou si l'inscription inscrite à l'intérieur est partout la même alors qu'il s'agit d'un moyen de reconnaissance universel. Vous serez immanquablement surpris, et eux aussi...

Toute ça est important car le rituel anglais n’est pas un simple exercice d’oralité où on apprend par cœur.

Ce n'est pas un exercice de récitation comme certains veulent le faire entendre. c'est extrèmement réducteur et marque une incompétence en la matière.

En effet, il n’y a pas d’obligation maçonnique de l’apprendre par cœur,

Cela pourrait en arranger certains, mais c'est surtout comme cela que l'on fait à l'époque et que cela perdure toujours et parce que c'est aussi dans le serment.

C’est donc un usage normal, cela doit être fait comme ça et parce que cela a du sens !

On apprend la gestuelle dans les loges d’instruction et on apprend son texte parce que l’on a des choses à faire, à transmettre.

C’était comme ça dans tous les rites, mais ça c’était avant !

C’est parce que l’on a eu des rituels imprimés que l’on s’est contenté de lire que l’on n’a plus fait l’effort d’apprendre.

Et on s’est mis à passer à côté de l’essentiel.

Parce qu’apprendre son texte, cela permet de libérer le geste. Et ça, le geste, c’est capital.

En effet, le geste est capital en maçonnerie... surprenant non ?

Mais j’y reviendrais.

Alors comment se compose une loge Emulation ?

Et bien, en France, c’est souvent compliqué de faire de l’Emulation parce que les locaux ne sont pas adaptés à ça.

Les locaux sont à l’image du rite du propriétaire et c’est souvent du Rite Français.

Faire la marche des 3 pas à l’initiation, avec un escalier de 3 marches devant l’autel, dans une cérémonie où il n’a pas été prévu de monter un escalier à ce moment, c’est toujours compliqué, mais il y a des solutions pour ça et il ne faut pas subir le mobilier, au risque de trahir le geste.

Et on voit très souvent des choses assez horribles avec des positions incroyables, presque acrobatiques, alors que la solution est très simple.

Nous avons un Vénérable à l’est,  jusque-là tout va bien !

Nous avons un Premier surveillant plein ouest, juste en face du maitre de la loge, sur le meme axe, c'est important

Et nous avons un second surveillant au sud.

Notez, Est Ouest Sud, pas Orient, Occident, midi. Tout ça c'est une malheureuse francisation et un contre-sens pour la suite.

Le secrétaire est placé au nord, exactement en face du second surveillant. Il n’est jamais situé à l’est ou ailleurs...

Pourquoi ?

Parce que c’est une structure en croix, et c’est une disposition délibérément voulue.

je ne peux que recommander de lire Architecture de Philibert de l'Orme, un ouvrage de 1567, où celui-ci explique qu'il est necessaire d'établir les fondements d'un batiment à partir d'un tracé en croix.

C'est pas rien !

Et si c’est parfois difficile du fait des locaux, et bien on s'adapte ou à minima, il faut au moins expliquer ça pour le comprendre.

Tant que l'on sait, et que l'on comprend ce que l'on fait, tout va bien.

C’est en ce sens qu’il ne doit pas y avoir d’officier actif à l’est, en dehors du maitre de la loge.

Surtout pas de secrétaire ou de chapelain (devenu l'orateur avec la laïcisation française) ...

On acceptera le passé maitre immédiat (PMI) car c'est un conseil du maitre de la loge et le chapelain, seulement si c'est un passé maitre et pas à un bureau, mais juste un fauteuil à coté du PMI.

Dans les faits, les grands officiers et autres passé maitres feraient bien de s'interroger de ce qu'ils font là, s'agissant d'un usage, et non d'une necessité. 

On a aussi une disposition symbolique des officiers principaux en forme d’équerre dans la loge,

Formant la croix avec le secrétaire. Equerres, niveau, perpendiculaire.

Niveau et perpendiculaire ne sont-ils pas des signes acceptés en Franc Maçonnerie ?

Ce sont les marqueurs d’une loge de souche ancienne.

Tout le reste, c’est sur le tableau du Grade, les explications dans les instructions.

On n’a pas besoin d’aller chercher des significations ou du sens ailleurs,

Dans d’autres mises en place, dans d’autres traditions.

Ce puis, ce n’est absolument pas le but d’Emulation......

 

 

 

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Publié le 19 Octobre 2026 par T.D

 

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Rite Emulation : pourquoi ce “rite” anglais n’en est pas vraiment un

Publié le 19 Octobre 2026 par T.D

Relativement peu connu sur le continent, le Rite Emulation intrigue autant qu’il déroute. Présenté comme un rite à part entière, il ne correspond pourtant pas à ce que les francs-maçons européens entendent habituellement par ce terme. Le Rite Emulation n’est pas un système structuré comme le Rite Écossais Ancien Accepté ou le Rite Français, mais une manière de travailler héritée de l’histoire particulière de la franc-maçonnerie anglaise. Faut-il alors parler de Rite Emulation, ou corriger cette appellation ? Et que révèle réellement le Rite Emulation sur la pratique maçonnique outre-Manche ?

1. Le Rite Emulation est-il vraiment un rite ?

C’est sans doute la première difficulté, et elle est de taille : le Rite Emulation n’est pas, à proprement parler, un rite. L’expression elle-même est trompeuse, car elle projette sur la franc-maçonnerie anglaise une grille de lecture continentale qui ne lui correspond pas. En Angleterre, on ne parle pas de rites au sens où l’entendent les francs-maçons européens, mais de « workings », c’est-à-dire de manières de travailler en loge selon un cadre commun.

Le Rite Emulation, ou plus justement Emulation Working, désigne donc une façon particulière de pratiquer les rituels de la franc-maçonnerie anglaise, et non un système autonome doté de ses propres grades, de ses variantes symboliques ou de ses décors spécifiques. Il n’existe pas, à la Grande Loge Unie d’Angleterre, une pluralité de rites concurrents comme sur le continent, mais une unité de principe : travailler « selon les Constitutions anglaises ».

C’est précisément ce point qui déroute. Là où un franc-maçon formé au REAA ou au Rite Français attend un corpus structuré, cohérent et clairement identifié, il ne trouve, en Angleterre, qu’une diversité de pratiques très proches les unes des autres, issues d’une même matrice. Le Rite Emulation n’est donc pas un rite au sens continental du terme, mais l’une des expressions les plus répandues d’une tradition unique.

2. Pourquoi la franc-maçonnerie anglaise s’est-elle divisée au XVIIIe siècle ?

On situe traditionnellement la naissance de la franc-maçonnerie moderne à la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717, ou plus probablement en 1721. Cette date est souvent présentée comme un point de départ clair et consensuel. Elle ne l’est pourtant pas. Loin de rallier l’ensemble des loges anglaises, cette nouvelle structure suscita très tôt des résistances.

Certaines loges estimèrent que les usages qui s’y développaient altéraient des pratiques plus anciennes. Elles reprochaient notamment la disparition de certains éléments rituels, comme les invocations, la suppression de fonctions telles que celle des diacres, ou encore des modifications dans la disposition symbolique, en particulier l’inversion des colonnes et des mots aux deux premiers grades. Ces critiques ne relevaient pas d’un simple attachement conservateur : elles exprimaient une divergence réelle sur la manière de transmettre et de pratiquer le rituel.

Une première forme d’opposition organisée apparut dans le nord de l’Angleterre avec la loge d’York, qui se proclama en 1725 « Grande Loge de Toute l’Angleterre ». Si cette obédience resta marginale et connut une existence discontinue, elle témoigne néanmoins d’un fait essentiel : dès ses débuts, la franc-maçonnerie anglaise ne fut pas unifiée, mais traversée de tensions profondes autour de la légitimité des pratiques rituelles.

3. Les “Anciens” contre les “Modernes” : une fracture fondatrice

La véritable ligne de fracture ne se situe pourtant pas à York, mais à Londres, avec l’opposition durable entre ceux que l’on appellera les “Modernes” et ceux qui se désigneront eux-mêmes comme les “Anciens” — “Antients”, avec un t revendiqué, comme pour marquer une fidélité assumée à une tradition plus ancienne.

Dans les années 1730-1740, les relations entre la Grande Loge de Londres et les Grandes Loges d’Irlande (1725) et d’Écosse (1736) se dégradent progressivement. De nombreux francs-maçons irlandais et écossais présents à Londres refusent de rejoindre les loges dites “modernes”, qu’ils jugent éloignées de leurs usages. L’afflux de réfugiés irlandais après la famine de 1740-1741 accentue encore ce phénomène : parmi eux, nombre de francs-maçons fondent leurs propres loges, fidèles à leurs pratiques d’origine.

En 1751, six de ces loges constituent une nouvelle obédience au nom significatif : la « Grande Loge de la très Ancienne et Honorable Fraternité des Francs et Acceptés Maçons selon les Anciennes Constitutions ». Derrière cette dénomination, on trouve une volonté claire : affirmer la légitimité d’une tradition distincte de celle des “Modernes”. La figure centrale de ce mouvement est Laurence Dermott (1720-1791), commerçant irlandais et Grand Secrétaire de l’obédience, auteur des Constitutions connues sous le titre Ahiman Rezon.

Les loges des “Anciens” pratiquent des rituels marqués par l'influence irlandaise, dont on trouve des traces dans certaines divulgations du XVIIIe siècle, comme The Three Distinct Knocks (1760). Face à elles, les “Modernes” poursuivent leur développement, notamment sur le continent européen. Mais dans le monde anglo-saxon, et particulièrement en Amérique, la tradition des “Anciens” s’impose largement, portée notamment par les régiments irlandais et écossais de l’armée britannique.

Cette opposition entre “Anciens” et “Modernes” ne relève pas d’une simple querelle d’écoles : elle structure en profondeur l’évolution de la franc-maçonnerie anglaise et prépare, en creux, les conditions de l’union future — dont le Rite Emulation sera l’un des héritiers indirects.

4. 1813 : l’union… et la naissance d’une nouvelle manière de travailler

Après plus d’un demi-siècle de rivalité, les tensions entre “Anciens” et “Modernes” commencent à s’apaiser au tournant du XIXe siècle. Un mouvement de rapprochement s’amorce, porté par une volonté commune de mettre fin à une division devenue difficilement tenable. Ce processus ne se fait pas sans préparation.

Dès 1809, les “Modernes” créent une loge spécifique, la Lodge of Promulgation, chargée de réexaminer les pratiques rituelles et de les rapprocher des usages anciens. L’objectif est clair : rendre possible une réconciliation avec les “Anciens”, ainsi qu’avec les traditions irlandaise et écossaise. Parallèlement, des commissaires sont désignés de part et d’autre pour préparer un acte d’union.

Le contexte devient favorable en 1813, lorsque deux fils du roi Georges III accèdent aux fonctions de Grands Maîtres des deux obédiences rivales : le duc de Sussex pour les “Modernes”, le duc de Kent pour les “Anciens”. Leur volonté commune facilite les négociations. Le 27 décembre 1813, la Grande Loge Unie d’Angleterre est officiellement constituée, sous l’autorité du duc de Sussex.

Pour unifier les pratiques, une Lodge of Reconciliation est mise en place. Elle a pour mission de définir un rituel commun, capable de concilier les traditions en présence. Le résultat penche nettement du côté des usages des “Anciens”, dont l’influence devient dominante. Il ne s’agit toutefois pas de créer un nouveau rite au sens continental du terme, mais d’établir une base commune de travail, conforme aux Constitutions anglaises.

C’est dans ce cadre que vont se développer différentes loges d’instruction, chargées de transmettre et de stabiliser ces usages. Parmi elles, la Emulation Lodge of Improvement jouera un rôle déterminant. Ce n’est pas elle qui crée un rite, mais c’est d’elle que vient le nom du Rite Emulation, tel qu’il sera compris — ou mal compris — par la suite.

5. Emulation : un working parmi d’autres

C’est ici que le malentendu devient manifeste. Le Rite Emulation, tel qu’on le nomme sur le continent, n’est en réalité qu’un working parmi d’autres, c’est-à-dire une manière spécifique de mettre en œuvre les usages définis après l’union de 1813. Il ne possède ni autonomie doctrinale, ni structure propre distincte : il s’inscrit dans un ensemble cohérent que la Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais cherché à fragmenter en rites concurrents.

La Emulation Lodge of Improvement, fondée au début du XIXe siècle, s’est imposée comme l’une des principales loges d’instruction chargées de transmettre ces usages. Par la rigueur de son enseignement et le prestige dont elle a bénéficié, elle a largement contribué à diffuser sa manière de travailler, au point que son nom est devenu, par simplification, celui d’un prétendu rite. Mais il ne s’agit là que d’un effet de diffusion, non d’une reconnaissance officielle.

D’autres workings existent pourtant, issus d’autres loges d’instruction : Stability, Oxford, Taylor, Standard, South London, West End. Leurs différences sont réelles, mais minimes, et ne portent pas sur la structure du rituel, mais sur des nuances d’exécution, de formulation ou de gestuelle. Tous relèvent d’une même matrice, celle des pratiques établies après l’union.

La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais décrété qu’un working devait s’imposer comme référence. Elle reconnaît au contraire cette diversité interne comme une richesse, à condition qu’elle s’inscrive dans le cadre des Constitutions. Il n’existe donc pas un Rite Emulation au sens strict, mais une manière, parmi d’autres, de travailler selon la tradition anglaise.

6. Quelles sont les spécificités du Rite Emulation ?

Pour un franc-maçon formé sur le continent, le Rite Emulation surprend moins par ses textes que par sa manière de les mettre en œuvre. Ce qui frappe d’abord, ce n’est pas un contenu doctrinal particulier, mais une exigence de forme, poussée à un degré rarement atteint dans les rites continentaux.

Une pratique entièrement mémorisée

Le Rite Emulation est traditionnellement pratiqué sans support écrit. Les officiers doivent connaître leur rôle par cœur et restituer les rituels avec précision. Cette exigence peut impressionner, mais elle n’est pas propre au Rite Emulation : elle se retrouve dans l’ensemble des pratiques anglo-saxonnes. Elle traduit une conception particulière de la transmission, fondée sur la mémoire vivante plutôt que sur le texte.

Une gestuelle structurante

C’est sans doute le point le plus distinctif. Le Rite Emulation accorde une importance considérable à la gestuelle, à la posture, aux déplacements. Chaque mouvement est codifié, chaque position signifiante. Le rituel ne se contente pas d’être dit : il est incarné. Cette rigueur peut sembler formelle, voire contraignante, mais elle constitue en réalité le cœur du travail maçonnique dans ce contexte.

Une loge sans planches

Autre différence majeure : l’absence de planches telles qu’on les connaît dans les rites continentaux. Le travail en loge ne repose pas sur des exposés suivis de discussions, mais sur une séquence rituelle précise, répétée à chaque tenue : les travaux sont ouverts successivement au premier, au deuxième puis au troisième grade, avant d’être refermés dans l’ordre inverse. En dehors des cérémonies de réception, cette dynamique constitue l’essentiel de l’activité. Le rituel ne sert pas de cadre à un autre travail : il est le travail lui-même. Les conférences, lorsqu’elles existent, prennent place en dehors de la tenue, le plus souvent lors du banquet.

Une pédagogie du corps plutôt que du discours

Le Rite Emulation privilégie une forme d’apprentissage par la répétition et l’intégration progressive des gestes. Il ne s’agit pas d’expliquer, mais de faire. Cette approche peut être rapprochée, d’une certaine manière, de certaines pratiques observées dans les arts martiaux asiatiques, où des enchaînements codifiés permettent d’intérioriser des principes sans passer par une formulation théorique explicite. Le rituel devient alors un exercice en soi, une discipline qui engage le corps autant que l’esprit.

7. Le Rite Emulation est-il plus proche de la tradition opérative ?

Le Rite Emulation donne parfois le sentiment, pour un regard continental, d’un retour à une forme de pratique plus ancienne, où le geste prime sur le discours. Cette impression mérite d’être nuancée, mais elle n’est pas sans fondement. La place centrale accordée à la répétition, à la précision des mouvements et à l’exécution rigoureuse du rituel évoque une logique d’apprentissage qui n’est pas sans rappeler celle des anciens métiers.

Chez les maçons opératifs, la transmission ne passait pas d’abord par l’explication théorique, mais par l’imitation et la correction du geste. On apprenait en faisant, sous le regard de ceux qui savaient. De ce point de vue, le Rite Emulation semble conserver quelque chose de cet esprit, non pas dans ses formes historiques, mais dans sa manière d’envisager le travail initiatique.

Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer une continuité directe, qui serait difficile à établir avec certitude. Mais la comparaison permet de mettre en lumière une différence de sensibilité : là où les rites continentaux ont largement développé une approche discursive, structurée autour de la réflexion et de l’échange, le Rite Emulation privilégie une intériorisation progressive, fondée sur la pratique.

Cette orientation n’est ni supérieure ni inférieure. Elle propose une autre voie. Et c’est peut-être là que réside l’intérêt du Rite Emulation pour les francs-maçons européens : non comme modèle à imiter, mais comme rappel que le rituel peut être autre chose qu’un simple cadre, et redevenir un véritable outil de transformation.

Conclusion – Rite Emulation, une autre manière de travailler

Le Rite Emulation, malgré son appellation courante, ne constitue pas un rite au sens où l’entendent les francs-maçons du continent. Il désigne une manière de travailler issue de l’histoire particulière de la franc-maçonnerie anglaise, héritée de l’union de 1813 et transmise par différentes loges d’instruction. Comprendre le Rite Emulation, c’est donc accepter de sortir d’une logique de classification pour entrer dans une logique de pratique.

Cette différence de perspective explique en grande partie les malentendus qui entourent le Rite Emulation. Là où l’on cherche un système structuré, on ne trouve pas un rite, mais une manière de travailler « selon les Constitutions anglaises », dont le Rite Emulation n’est que l’une des formes possibles. Là où l’on attend un enseignement explicite, on découvre une pédagogie fondée sur la répétition et l’intégration progressive du rituel. Le Rite Emulation ne propose pas un discours sur la franc-maçonnerie : il engage celui qui le pratique dans une expérience.

En rappelant que le rituel peut être une fin en soi, le Rite Emulation invite à reconsidérer certaines habitudes prises dans les pratiques continentales, où il est parfois réduit à un simple cadre préalable. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les approches, mais de reconnaître qu’il existe plusieurs voies, dont certaines passent moins par le commentaire que par l’exécution.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

Le Rite Emulation intrigue souvent les francs-maçons du continent. On le présente comme un rite, on le compare aux grands systèmes connus, comme le Rite Écossais Ancien Accepté ou le Rite Français, et pourtant, dès que l’on s’y intéresse de près, quelque chose résiste. Le Rite Emulation n’est pas un rite au sens où nous l’entendons habituellement. Il est une manière de travailler, issue de la tradition anglaise, et c’est précisément ce qui le rend difficile à saisir.

Pour comprendre cette particularité, il faut revenir aux origines de la franc-maçonnerie moderne en Angleterre. Au début du dix-huitième siècle, la fondation de la Grande Loge de Londres ne fait pas l’unanimité. Certaines loges contestent les évolutions rituelles qui s’y développent. Elles y voient des altérations de pratiques plus anciennes, notamment dans la suppression de certaines fonctions ou dans la modification de repères symboliques.

Cette contestation prend une forme structurée avec l’opposition entre les « Modernes » et ceux qui se désignent eux-mêmes comme les « Anciens ». Ces derniers revendiquent une fidélité à des usages qu’ils considèrent plus authentiques, souvent influencés par les traditions irlandaises et écossaises. Pendant plusieurs décennies, ces deux courants vont coexister, se développer, et parfois s’affronter.

Il faudra attendre le début du dix-neuvième siècle pour qu’un rapprochement s’opère. En mille huit cent treize, les deux Grandes Loges s’unissent pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre. Cette union ne donne pas naissance à un nouveau rite, mais à une volonté d’unifier les pratiques. Une loge spécifique, la Lodge of Reconciliation, est chargée de définir un cadre commun.

C’est dans ce contexte que se développent les loges d’instruction, destinées à transmettre ces usages. Parmi elles, la Emulation Lodge of Improvement va jouer un rôle majeur. Son influence est telle que son nom finira par désigner, par simplification, une manière de travailler. C’est ainsi que naît ce que l’on appelle aujourd’hui le Rite Emulation.

Mais il faut être précis. Le Rite Emulation n’est qu’une forme parmi d’autres d’un même modèle anglais. La Grande Loge Unie d’Angleterre ne reconnaît pas plusieurs rites, mais une manière de travailler selon ses Constitutions. Différents workings existent, avec des nuances, mais tous relèvent d’une même logique.

Ce qui distingue le Rite Emulation, ce n’est pas un contenu doctrinal particulier, mais une manière de faire. Le rituel y est appris par cœur. La gestuelle y est codifiée avec une grande précision. Et surtout, le travail en loge ne repose pas sur des exposés ou des discussions. Les travaux sont ouverts successivement aux trois grades, puis refermés, selon un ordre strict. Le rituel ne sert pas de cadre à un autre travail. Il est le travail.

Cette approche peut surprendre les francs-maçons continentaux, habitués à la pratique des planches et aux échanges en loge. Pourtant, elle propose une autre voie. Une voie plus silencieuse, plus incarnée, où l’on apprend en faisant, en répétant, en intégrant progressivement les gestes et les formes.

D’une certaine manière, cette pratique n’est pas sans rappeler celle des anciens maçons opératifs. Non pas qu’il y ait une continuité directe, mais on retrouve une logique d’apprentissage fondée sur le geste plutôt que sur le discours. On apprend en regardant, en reproduisant, en ajustant.

Le Rite Emulation ne propose donc pas un enseignement au sens discursif du terme. Il engage celui qui le pratique dans une expérience. Il rappelle que le rituel peut être une fin en soi, et non simplement un préalable. Et c’est peut-être là qu’il mérite d’être compris, non comme un modèle à imiter, mais comme une autre manière d’habiter la franc-maçonnerie.

 

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Le Rite Emulation

Publié le 19 Octobre 2026 par T.D

Les origines

L'histoire des rites maçonniques est naturellement très liée à celle de l'apparition et des premières décennies de la Franc-Maçonnerie spéculative. Celle-ci trouve ses sources dans la Grande-Bretagne du XVIIe siècle et là seulement. C'est en Angleterre, entre 1725 et 1751, que le vieux patrimoine rituel de la Maçonnerie opérative écossaise sera réorganisé pour l'usage des "spéculatifs". Cette réorganisation aboutira à la fixation de deux grandes familles de rituels maçonniques pour les grades symboliques : "Modernes" et "Anciens". Tous les Rites maçonniques pratiqués dans le monde relèvent de l'une ou l'autre de ces deux familles – ou parfois des deux dans des proportions variables – quelles que soient par ailleurs leurs appellations souvent trompeuses.

La création en 1717 de la Première Grande Loge de Londres et Westminster marque l'apparition de la Franc-Maçonnerie spéculative obédientielle. Son magistère sera cependant contesté en 1751 avec l'apparition d'une seconde Grande Loge se revendiquant – bien sûr – des "Anciens". Contrastant avec le monolithisme qu'on lui connaît depuis le XIXe siècle, la vie maçonnique anglaise fut marquée pendant 62 ans – de 1751 à 1813 – par une vive opposition entre ces deux Grandes Loges… elles mêmes défiées par deux autres "petites" Grandes Loges pendant quelques années. Pourtant, en 1799, la Franc-Maçonnerie anglaise faillit disparaître brutalement. Craignant que les effets de la Révolution Française ne gagnent la Grande-Bretagne, le gouvernement entreprit dans les années 1790 d'établir une loi interdisant "les sociétés séditieuses et illégales"… au premier rang desquels les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie ne fut finalement épargnée par cette interdiction qu'en mettant en avant son loyalisme – dont témoignait la présence de grands du Royaume à sa tête – et en acceptant un processus d'unification et de réorganisation. Le "Secret and unlawfull societies act" mesure politique de contrôle social, fut donc à l'origine de l'Union de 1813 entre la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens. Sans nier les éventuels enjeux sociaux que pouvait recouvrir la querelle des "Anciens" et des "Modernes", celle-ci se concentra autour de vives divergences sur la question du rituel maçonnique. La question du rituel et d'une synthèse entre celui des "Anciens" et celui des "Modernes" fut donc centrale dans la formation de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Pour traiter ce problème délicat une "Loge de Réconciliation" fut constituée et élabora – entre 1814 et 1816 – un rituel reflétant l'union des deux courants. Ce que l'on devrait appeler le Rite Anglais, c'est-à-dire le rituel de référence de la Grande Loge Unie d'Angleterre, était né. Les spécialistes considèrent en général qu'il emprunte beaucoup plus aux usages des "Anciens" qu'à ceux des "Modernes" qui y sont très estompés. Ainsi, paradoxalement le Rite Français est aujourd'hui le seul représentant de la tradition rituelle des "Modernes", c'est-à-dire de la Première Grande Loge ! On doit noter que la "Loge de Réconciliation" intégra aussi au nouveau rituel des éléments empruntés à un best-seller des années 1780, l'ouvrage de William PRESTON "Illustrations of Freemasonry" qui présentent de nombreuses gloses morales sur les symboles maçonniques. Une fois le rituel élaboré, encore fallait-il le diffuser. Les Anglais ayant toujours été respectueux de l'interdiction d'écrire et a fortiori d'imprimer les rituels, on décida de constituer quelques loges spéciales où les frères pourraient venir voir des démonstrations et apprendre le nouveau rituel. Ainsi furent notamment constituées les Stability Lodge of instruction en 1817 et l'Emulation Lodge of Improvement en 1823. Ces loges d'instruction du nouveau rituel comptaient chacune d'anciens membres de la Loge de Réconciliation. Elles étaient censées toutes enseigner le nouveau rituel – qu'il convient d'appeler Rite Anglais – et c'est ce qu'elle firent. Ces Loges d'Instruction développèrent cependant, sur des points secondaires, voire tout à fait mineurs, des usages spécifiques. C'est pourquoi le Rite Anglais connaît plusieurs "working", expression dont la meilleure traduction est probablement "style". Les différences entre les "working" (quelques formulations différentes, variantes dans la façon de faire le signe…) Stability, Emulation – ou encore… Universal, West End, Taylor's, Oxonian – sont cependant minimes aux regards de celles qui distinguent, dans la tradition maçonnique française, les Rites Français, Ecossais Ancien Accepté ou Rectifié. Dans le sillage de l'expansion britannique, le Rite Anglais connu une grande diffusion à travers le monde, les hasards de l'histoire firent que c'est surtout sa variante Emulation qui s'implanta "oversea". A tel point que pour beaucoup de maçons qui n'eurent pas la chance de naître britannique, le Rite Anglais, style Emulation devint tout simplement le Rite Emulation.

Style Emulation ou non, le Rite Anglais est marqué par le contexte religieux anglais et par l'esprit qu'entendait lui donner le Duc de Sussex (le Premier Grand Maître, en 1813, de la Grande Loge Unie d'Angleterre et l'une des personnalités les plus importantes de l'histoire maçonnique anglaise). Comme tous les rituels du XVIIIe siècle et du début du XIXe, le Rite Anglais propose clairement une perspective métaphysique théiste. L'Angleterre abritant plusieurs dizaines de dénominations ou églises professant les idées les plus diverses en matière de christianisme, elle n'a jamais connu de "question cléricale" et la dimension religieuse n'est jamais apparue comme entravant la liberté de conscience à laquelle les britanniques sont par ailleurs fort attachés comme en témoigne leur tradition juridique. On doit aussi rappeler qu'à la demande expresse du Duc de Sussex – dont les sentiments philosémites étaient bien connus – tous les éléments symboliques faisant plus ou moins références au christianisme ont été supprimés dans les rituels par la Loge de Réconciliation. Paradoxalement jusqu'en 1848, le Rite Anglais est, d'une certaine manière, plus laïque que le Rite Français ! Fixé dans le premier quart du XIXe siècle le Rite Anglais s'est maintenu à peu près tel quel jusqu'à aujourd'hui. On doit aussi souligner que les Anglais n'ont jamais été très regardants sur les réelles croyances théistes de leurs adeptes. Ainsi, la Franc-Maçonnerie et le Rite Anglais – singulièrement dans sa version Emulation – ont accompagné l'expansion coloniale britannique. La Grande Loge Unie d'Angleterre a donc compté de nombreux frères hindouistes, bouddhistes ou confucéens dont les convictions en l'existence d'un Dieu personnel et en sa volonté révélée sont pour le moins discutables.

Les grades complémentaires

Les grades latéraux (ou side-degrees) : la Marque et le Nautonier de l'Arche Royale

 

La Grande Loge Unie d'Angleterre ne reconnaît pas de hauts grades, mais en dehors des trois grades de la maçonnerie bleue, ce style de travail a pour prolongement des grades latéraux, dits "side degrees", qui ne donnent cependant à ses membres aucune prérogative particulière en loge bleue. Il existe une maçonnerie de Marque, conférée aux maîtres maçons. Ces loges sont sous la juridiction de la Grande Loge de Marque, fondée en 1856 en Angleterre. Ce grade qui a sans aucun doute une origine opérative en relation avec les tailleurs de pierre permet au maître maçon d'approfondir le maniement de ses outils, de trouver sa place sur le chantier en proposant et faisant enregistrer une marque personnelle du métier. Il existe aussi le grade de Nautonier de l'Arche Royale (Ark Mariner), très peu pratiqué en France, qui fait référence à la construction de l'arche de Noé, premier constructeur de l'humanité. 

Le Royal Arch

L'autre complément au grade de maître qui est le Royal Arch (souvent traduit par Royale Arche mais plus rigoureusement par Arc Royal) travaille en Chapitres. Contrairement à la Marque il est considéré comme grade d'achèvement et de perfection du grade de maître. En effet en 1813, l'Acte d'Union des Anciens et des Modernes précise que "la pure et ancienne maçonnerie consiste en trois grades, et rien de plus, en y incluant l'Arche Royale" (The holy Royal Arch). Ses travaux sont pratiqués dans des chapitres souchés sur une loge et portant souvent le même titre distinctif. Un Chapitre est présidé par trois officiers principaux qui forment un collège hiérarchisé. Ces trois officiers directeurs sont investis symboliquement chacun des trois fonctions royale, prophétique et sacerdotale, représentant trois personnages bibliques en rapport avec la reconstruction du Temple de Jérusalem après l'exil de Babylone. La nécessité d'avoir été vénérable installé pour accéder au Royal Arch est une règle de la Grande Loge des Anciens, qui ne fut jamais pratiquée des Modernes. En Angleterre, depuis 1823, il n'est plus obligatoire d'avoir été un Maître installé pour accéder à ce degré, sauf pour devenir principal d'un Chapitre.

Le Rite Anglais, Style Emulation, en France

Le Rite Anglais, Style Emulation, arriva en France au XXe siècle dans le sillage de la nouvelle petite obédience installée en France avec le soutien de Londres, la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière (GLNIR) devenue depuis Grande Loge Nationale Française (GLNF). Aujourd'hui, le Rite Anglais Style Emulation y représente à peu près un quart des mille loges de l'obédience. C'est par l'intermédiaire de la scission en 1958 de la GLNF en GLNF Opéra – devenue depuis Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) – que le Rite Anglais s'implanta dans la Maçonnerie libérale. Aujourd'hui, la GLTSO compte une vingtaine de "Loges Emulation", de même que la Loge Nationale Française (LNF) possède quatre Ateliers à ce rite. Par l'intermédiaire de sa Fédération Britannique, l'Ordre Mixte International Le Droit Humain connaît aussi le Rite Anglais (dans une variante appelée Sidney), quatre loges le pratiquent en France.

Il est de nouveau pratiqué depuis 2002 au Grand Orient de France. De nouveau, puisque qu'on retrouve sa trace au XIXe siècle sous l'impulsion alors de notre Frère Germain Haquet. Celui-ci passa une grande partie de sa vie aux "Amériques". A son retour, il joua un rôle important dans le développement du Rite Ecossais en métropole. Mais lors de son séjour américain, il s'était également impliqué dans "Ancienne Maçonnerie d'York - il appartint alors à la Loge "L'Aménité" à Philadelphie. Il alluma ainsi au sein du Grand Orient de France les Feux d'un Chapitre de l'Arc Royal en 1817 sous le titre distinctif "Le Phénix" à l'Orient Paris. De nombreux dignitaires dont les Frères Ragon ou Des Etangs y furent reçus. Ce Chapitre fonctionna de 1817 jusqu'aux années 1830.

De la spécificité et des caractéristiques du style Emulation 

Le rituel doit être su "par cœur" par les officiers de la loge, ce qui lui donne solennité et rigueur dans son observance de la vertu de l'oralité. Dans ce style de travail, la pratique et la compréhension du rituel constituent la base du système de transformation et d'assimilation du maçon. Le maçon idéal s'identifie au rituel.

Emulation demande à ses participants la croyance au Grand Architecte de l'Univers, la présence sur l'autel des trois grandes lumières, le volume de la loi sacrée, l'équerre et le compas ainsi que le respect des Anciens Devoirs. Le volume de la loi sacrée, pris au sens large, permet d'accueillir des maçons, se réclamant d'une des trois branches de la Tradition abrahamique, car si c'est le plus souvent la Bible, ouverte au prologue de Saint-Jean, il est possible d'y trouver l'Ancien Testament ou le Coran, lors de la prestation de serment du postulant. Pour certains historiens, Emulation est considéré comme une tradition de maçonnerie opérative anglaise du XVIIe siècle, recueillie à travers les loges des Anciens et des Modernes, qui remonterait au Moyen Age chrétien, mais dans un but d'universalisme, elle fut volontairement déchristianisée.

Il est d'usage lors de chaque tenue de la loge de Perfectionnement Emulation que les travaux soient ouverts au premier, deuxième et troisième grades.

L'axe de la pratique de ce rituel, est basé sur l'harmonie de la loge, qui le met correctement en œuvre. Il n'est pas d'usage de présenter des travaux ou des planches en loge, et si cela doit se faire exceptionnellement, lors d'une tenue régulière, les travaux sont alors suspendus, le temps de la lecture de la planche à l'ordre du jour.

De même, il est d'usage que toutes les discussions se déroulent en comité ou en loge d'instruction ou encore lors des agapes qui suivent chaque tenue. En effet, une agape rituelle obligatoire suit toujours immédiatement la tenue, favorisant et facilitant les échanges et connaissances mutuelles des Frères, comme celle des Frères visiteurs invités à s'y associer. Ces agapes doivent rester sobres sans que ne soient jamais abordés les sujets politiques et religieux, de même, il ne doit être, ni en bien, ni en mal, dit quoi que ce soit, des Frères. Des "santés d'obligations" ponctuent le rythme de ces agapes, accompagnées d'invocations d'ouverture et de clôture.

Le recrutement d'un profane se fait par connaissance ou cooptation, il a un parrain qui est aussi souvent son présentateur auprès des membres de la loge. A Emulation, le candidat ne subit ni audition sous le bandeau, ni l'épreuve du cabinet de réflexion telle qu'on l'entend dans les rites pratiqués en France, ni épreuves par les éléments. En revanche sa préparation vestimentaire, "ni nu, ni vêtu" est importante. Avant d'être admis dans la loge, le candidat séjourne dans un cabinet de méditation (ou chambre de réflexions).

Pour beaucoup le rituel peut paraître dépouillé, plus particulièrement lors des réceptions aux grades d'apprenti et de compagnon. En fait, la rigueur et le caractère strict de la gestuelle de ce rituel en expriment la signification profonde tout au long de son déroulement.

L'accent est mis sur les instructions d'Emulation qui explicitent les cérémonies de passage, donnant des descriptions matérielles allégoriques et spirituelles des symboles, invitant chaque franc-maçon à réfléchir, étudier et méditer davantage à chaque étape, franchie. A cet égard, les tableaux de loge peints soutiennent particulièrement cette étude, car ils sont censés retracer tous les symboles du grade étudié. Diverses versions de ces tableaux existent, mais les plus utilisées furent celles peintes en 1845, à la demande de la Grande Loge Unie d'Angleterre, par le peintre Harris qui réalisa les trois tableaux d'apprenti, compagnon et maître.

En raison de l'importance et de la solennité de ces réceptions, chaque candidat à l'un des trois grades symboliques est reçu solennellement et toujours seul, afin qu'il soit le réceptacle privilégié de l'initiation qu'il reçoit. Les cérémonies sont marquées par une invocation et une prestation de serment particulièrement solennelle, agenouillé, devant l'autel des serments, suivi d'une exhortation prononcée par le Vénérable Maître.

Chaque Vénérable remplit un mandat d'une année afin de permettre à tous les maîtres de la loge d'être investis de la plus haute fonction de direction, qui correspond à l'achèvement d'un cycle de progression. La spécificité du vénéralat à Emulation est que le nouveau Vénérable est investi de sa charge au cours d'une cérémonie ésotérique qui l'installe officiellement dans la fonction du prophète et roi Salomon. Cette cérémonie spécifique a été exportée et mise en activité dans d'autres rites en France, notamment au Rite Français Moderne Rétabli et au Rite Ecossais Rectifié, alors qu'elle n'en faisait pas partie à l'origine. Cette installation ésotérique est transmise lors d'une cérémonie annuelle par le Vénérable sortant, qui devient le Passé Maître immédiat (P.M.I.) dès qu'il a installé le Vénérable Maître nouvellement élu.

Le Passé Maître Immédiat siège à l'Orient, à la gauche du Vénérable en chaire, il ouvre et ferme le volume de la loi sacrée et dispose les outils lors de l'ouverture des travaux à chaque grade. Son bijou particulier témoigne de sa connaissance du métier et prouve qu'il est un maître confirmé. Dans sa nouvelle fonction, il supervise tout, étant le bras et l'assistant du vénérable dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit dans l'Art royal, plus il est censé être humble.

L'usage des Diacres est spécifiquement anglais et n'a jamais existé au rite Français. Par contre "Le Guide du Maçon écossais", datant des premières années du XIXe siècle à Edimbourg, rituel de référence initial du R.E.A.A., mentionne bien leurs fonctions, ayant hérité aussi à l'origine de cet usage des Anciens. Au fil du temps, l'office de Diacre, mal compris au R.E.A.A., a été définitivement supprimé de ce rite et ses attributions sont réparties de nos jours entre, l'Expert et le Maître des cérémonies, montrant bien l'importance de cette fonction à l'origine, conservée telle quelle à Emulation.

Sublime Loge Initiatique Mixte 

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Publié le 18 Octobre 2026 par T.D

 

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Énoch au treizième degré du REAA : le premier initié

Publié le 18 Octobre 2026 par T.D

Énoch au treizième degré du REAA : que symbolise ce personnage ? Que transmet-il ? Comment interpréter son rôle ?

Énoch (Hénok ou Hénoch) est le plus illustre des patriarches antédiluviens de l’Ancien Testament. Il est le descendant de Seth, fils d’Adam, le père de Mathusalem et l’arrière-grand-père de Noé. Selon le Livre de la Genèse, il vécut 365 ans avant que Dieu le prenne pour le placer au Ciel près de lui :

Grâce à la foi, Hénok fut retiré de ce monde, et il ne connut pas la mort ; personne ne le retrouva parce que Dieu l’avait retiré ; avant cet événement, il avait été agréable à Dieu, l’Écriture en témoigne.

Énoch apparaît surtout dans trois écrits apocryphes et pseudépigraphiques, c’est-à-dire attribués à lui-même :

  • le Premier livre d’Énoch, rattaché à l’Eglise éthiopienne,
  • le deuxième est le Livre des secrets d’Énoch,
  • le troisième est le Livre hébreu d’Énoch, dans lequel il est dit que le patriarche est enlevé au Ciel et nommé gardien de tous les trésors célestes. Chef des archanges, Énoch est le préposé au Trône divin, à qui sont révélés tous les secrets et mystères. Il est identifié à Métatron, l’ange qui communique la Parole divine. Dans les ouvrages de mystique juive, il est celui qui communique la « révélation » à Moise

Énoch joue un rôle majeur dans la légende du treizième degré du R.E.A.A. :

LE ROI HIRAM
La voûte sacrée était située sous le sanctuaire du Temple ; elle avait été creusée par Énoch avant le Déluge. Selon la légende, le Grand Architecte de l’Univers était apparu en vision à Énoch et l’avait transporté au sommet d’une montagne qui s’élevait jusqu’aux cieux. Là, il lui montra son Vrai Nom gravé sur une plaque d’or et lui enseigna la façon de le prononcer. Puis, Énoch se sentit emporté, il descendit verticalement à travers neuf voûtes souterraines creusées les unes sous les autres. Dans la plus basse, il vit une plaque d’or semblable portant les mêmes caractères : c’était le Nom Ineffable que Dieu lui ordonna de ne jamais prononcer.

Énoch creusa neuf voûtes superposées identiques à sa vision. Il réalisa ensuite une plaque d’or triangulaire enrichie des gemmes les plus précieuses et la scella sur une pierre d’agate taillée et polie.
Ayant transporté son ouvrage sous la Neuvième Arche, la plus profonde, il grava sur la plaque d’or les lettres que le Grand Architecte de l’Univers lui avait montrées.

Les neuf voûtes terminées et closes, personne ne pouvait y pénétrer. Seul Énoch savait le précieux trésor que recelaient ces arches. La véritable prononciation du Grand Nom fut perdue jusqu’au moment où Dieu la communiqua de nouveau à Moïse sur le Mont Sinaï.

La tradition du Temple d’Énoch s’est transmise à travers les âges bien que l’édifice fût depuis longtemps tombé en ruines. De nombreuses générations se succédèrent avant que Salomon, réalisant le dessein du Grand Architecte de l’Univers, fît construire le Temple de Jérusalem sur son emplacement.

Après la mort d’Hiram, Salomon, fidèle au serment qu’il avait fait avec lui et avec le Roi de Tyr, condamna la trappe conduisant à la Voûte sacrée, située dans le sanctuaire du Temple.

Énoch au treizième degré du REAA : interprétation

L’étymologie d’Énoch évoque une « initiation », une « inauguration » ou une « dédicace » (même source que Hanoucca, fête juive en souvenir de l’inauguration du Second temple), ce qui est précisément le thème de ce degré.

En effet, Hiram de Tyr envoie Johaben, Stolkin et Guibulum fouiller les gravats afin de découvrir les objets précieux de la Connaissance qui permettront au Temple d’être consacré. En l’occurrence, il s’agit de la plaque d’or triangulaire scellée sur une pierre d'agathe, sur laquelle les lettres du Nom ineffable ont été gravées par Énoch.

Énoch est donc celui qui, le premier, a acquis la Connaissance. Or c’est cette Connaissance qui permettra de rétablir le lien avec Dieu et donc de dédier le Temple.

Énoch : le premier initié

Preuve de son niveau de Connaissance, dans l’Islam Énoch est assimilé au prophète Idris, lui-même identifié à Hermès Trismégiste, à l’origine des constructions des pyramldes et fondateur de l’alchimie spirituelle

Ainsi, dans la tradition hébraïque et islamique, Énoch est l’initié qui a fondé l’initiation :

  • initié par Dieu lui-même, puisque Dieu l’a retiré du monde pour le prendre à ses côtés,
  • fondateur de l’initiation, parce qu’Énoch a laissé une trace de sa Connaissance à travers les écrits qui lui sont attribués, et parce qu’il est le premier d’une lignée d’initiés divins.

Plus précisément, dans les livres d’Énoch, le patriarche dit avoir été initié aux secrets par l’intermédiaire de l’ange Mikaël. Énoch devient ensuite l’archange Métatron, nom qui signifie « assistant du Trône ».

Après Énoch, Dieu initie Abraham (Genèse 14, 19), Melchisédech, Salomon, Elie et même, pourrait-on dire, Jésus. Melchisédech et Jésus sont par exemple qualifiés de « grands prêtres pour l’éternité » (Lettre aux Hébreux 5, 6).

Une chaine d’initiation est donc créée par la volonté de Dieu. Symboliquement, en tant que Chevaliers de Royal-Arche, nous sommes les derniers représentants de cette longue chaine.

Les voyages d’Énoch

Etre initié au grade de Chevalier de Royal-Arche, c’est comprendre comment Énoch a lui-même été initié, et donc savoir interpréter ses voyages.

Dans la légende du grade, le patriarche est d’abord élevé en haut d’une montagne qui s’élève jusqu’au Ciel ; c’est là que Dieu lui montre son Nom gravé sur une plaque d’or et lui enseigne la façon de le prononcer. Puis Énoch se voit descendre verticalement à travers neuf voûtes souterraines ; dans la dernière, il aperçoit la même plaque d’or.

Énoch décide ensuite de reproduire un ouvrage identique à sa vision, donc conforme au plan de Dieu : un Temple souterrain doté de neuf voûtes.

A l’évidence, le voyage d’Énoch jusqu’au sommet de la montagne évoque la porte du Ciel, l’accès au royaume de l’Esprit. La montagne, matérielle, s’élève pour se spiritualiser ; elle rappelle le symbole de la pierre cubique à pointe, signe du travail sur soi achevé. La materia prima chaotique a percé son propre secret, elle a trouvé son centre et son sens : elle s’est transcendée.

Le sommet de la montagne réconcilie le bas et le haut : la lourde matière s’étire vers ce qu’il y a de plus noble. La montagne se fait delta ou pyramide… Énoch ne maîtrise-t-il pas l’art de la construction des pyramides selon la tradition islamique ?

Enfin, la montagne elle-même fait office d’escalier ou d’échelle, une échelle dont les neuf voûtes peuvent représenter les différents barreaux.

Montée et redescente

La plongée à travers les neuf voûtes est le pendant de l’élévation vers le Ciel. En effet, nulle élévation possible sans approfondissement : la montagne ne peut s’élever que par la traversée d’elle-même. Autrement dit, par son voyage intérieur, l’initié a bâti extérieurement l’être qu’il est.

On ne s’étonnera pas alors, de la proximité avec le contenu de la Table d’Emeraude :

Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. 

Citons aussi cette référence à Jésus :

Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.
Jean 3, 13

Conclusion

Homme primordial autant qu’homme accompli, Énoch est l’archétype de l’initié aux mystères divins. Elevé jusqu’à Dieu, il est qualifié de « pur », de « juste », et en ce sens il retrouve la perfection adamique qui avait été perdue.

De fait, il est le bâtisseur du premier Temple de Dieu, un temple souterrain qui permet l’accès à la source cachée de toute chose, et dont le sommet constitue la pierre de fondation du Temple de Salomon, qui peut aussi correspondre au Dôme du Rocher sur l’actuelle esplanade des Mosquées, à Jérusalem.

Ainsi, Énoch fonde une chaine d’initiés dont Salomon, Hiram de Tyr, Hiram Abi et tous les Chevaliers de Royal-Arche sont les héritiers et les continuateurs. Guibulum découvre lui-aussi sa véritable nature au centre de l’endroit le plus sacré de la terre.

Notons enfin qu’Enoch n’a pas le droit de prononcer le Nom ineffable (car ce serait remplacer Dieu), bien que Dieu lui ait montré la manière de l’exprimer. Ceci constitue un garde-fou : nous sommes certes le reflet de Dieu, mais nous ne sommes pas Dieu…

 

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