En 1130, un nouvel ordre militaire et religieux constitué de moines – soldats avait été officiellement créé. Il s'agissait de « l'Ordre du Temple ». Cette même année, il devint l'armée régulière de Jérusalem. Hugues de Payns, fondateur de l'Ordre, décéda vers 1136.
Saint Bernard (1090 – 1153) propagandiste de la foi cistercienne fondateur de l'abbaye de Clairvaux et prédicateur de la 2ème croisade à Véselay en 1146, fut séduit par la vocation des Templiers (pauvreté, chasteté, obéissance et protection des pèlerins en Terre Sainte). Il avait rédigé pour une grande partie, leur règle en 1128 et écrit, pour les encourager et diffuser leur idéal, « la louange de la nouvelle milice » (De laudae novae militiae ad milites templi).
En 1135, saint Bernard composa une belle exhortation adressée à Hugues, chevalier chrétien, Grand Maître de la milice du Christ. Hugues mourut en 1136, emportant les regrets de tout ce qu'il y avait de chrétiens zélés en Palestine.
En 1139, parut la bulle d’Innocent II, « Omne Datum Optimum », source de tous les privilèges de l’ordre. Le but de celle-ci était de doter le Temple de chapelains pour le service religieux et par-là, de l’affranchir des juridictions épiscopales. L’Ordre fut alors soumis directement à l’autorité du pape, laissant ainsi au maître et à son chapitre une liberté presque totale. En outre, les Templiers se voyaient donner le privilège de percevoir la dîme.
Le pape Innocent II, accorda de nombreux privilèges à l'Ordre du Temple ; ils étaient affranchis de la juridiction des évêques ; ils ne devaient de compte qu'au pape en personne ; en tant qu'ordres religieux, ils n’étaient pas soumis au paiement des taxes des seigneurs ou rois dont dépendaient leurs terres.
Avec la bulle « Omne datum optimum », accordée par Innocent II à Robert de Craon, le Temple reçut sa constitution définitive. Le pape assurait à l'Ordre ses privilèges, son indépendance et notamment l'exemption de la justice épiscopale.
C'est seulement en 1141 que le pape Eugène III fixa la tenue des chevaliers du Temple : le blanc manteau et la croix vermeille portée sur le côté gauche, au-dessus du cœur. Cette croix pattée rouge, comportant quatre branches égales, était cousue sur l'épaule gauche de leur vêtement. De nombreux dessins ou illustrations sont trompeurs à ce sujet...
De plus, chaque époque a adapté leur apparence à son style : le 17ème siècle, par exemple, présentera le Grand Maître avec un chapeau portant une plume d'ornement, ce qui semble plutôt anachronique au temps des croisades !
Auparavant, les chevaliers étaient seulement vêtus d'un manteau blanc et les sergents d'un manteau brun.
En 1147, Ebrard ou Everard des Barres devint Maître du Temple. Mais peu après, il fut envoyé en France. Il abandonna l'Ordre et se retira à Citeaux.
En cette fin de la première moitié du douzième siècle, l'Ordre du Temple bénéficiait d'une excellente cote d'estime et de confiance. C'est au court de cette période bénéfique (1140 – 1187) que les Chevaliers édifièrent toute une série de forteresses.
En 1143, l’Ordre du Temple participa activement à la reconquête de la Catalogne. En échange, le Temple obtint d'importants privilèges et de vastes domaines, surtout sur l'Ebre, où il devint le maître d'un vaste territoire. Les deux principales "préceptories" dans cette région étaient Gardeny et Miradet.
A partir de ce moment, l’ordre ne cessa de grandir et bientôt, il posséda des commanderies dans toute l’Europe aussi bien qu’en Palestine. L’ordre affréta sa propre flotte basée à La Rochelle. C’est de là que partaient les navires à destination du Levant, et, c’est aussi dans ce port qu’arrivaient les navires en provenance d’Angleterre et de Bretagne.
A cette époque, en plus de leur participation à la défense du royaume franc de Terre Sainte, les Templiers organisaient le commerce avec l’Europe et géraient les finances des croisés.
Dès 1148 et jusqu'en 1291, les Chevaliers du Temple étaient présents dans de nombreux combats en Orient. Ils garantissaient les routes vers la Terre sainte pour les pèlerins ; ils défendaient les villes chrétiennes ; ils combattaient notamment les Sarrasins et les Turcs pour protéger et étendre la souveraineté de l'empire chrétien en Orient.
En 1156, Bertrand de Blanquefort, fils de Godefroy, seigneur de Blanquefort en Guienne, devint maître du Temple à la suite de Bernard de Tramelay.
Ecrit en français vers 1165, les « Retraits » étaient les véritables statuts hiérarchiques. A partir de cette époque, l'Ordre du Temple ne releva plus que du pape et devint en fait indépendant.
L'idée cistercienne appliquée par les Templiers était de fédérer les divers royaumes européens sous la suzeraineté d'une haute autorité détenant un pouvoir moral et matériel lui permettant d'arbitrer les conflits avant qu'ils ne se déclarent et de maintenir une paix universelle profitable à tous les peuples chrétiens, juifs et musulmans...
Puissance temporelle indépendante, non soumise aux autorités locales, le Temple jouissait de la protection du Pape sans en accepter la tutelle.
En Orient, le Temple ne négligeait pas les accords avec les « infidèles », protégeant même des peuplades musulmanes dont ils recevaient le tribut. Il traitait directement avec les Sultans et les Emirs sans en référer au Roi ni au Patriarche de Jérusalem.
Ils étaient souvent entraînés dans des ruptures de trêves qu'ils ne souhaitaient pas, par des « croisés » qui, une fois repartis, leur laissaient le poids de la guerre.
L’ordre s’enrichit rapidement. Il posséda de nombreux domaines et forteresses, servit de banque aux pèlerins et, plus tard, aux rois. Il acheta même Chypre à Richard Cœur de Lion en 1191 mais la population s’étant révoltée, il la revendit aussitôt à Gui de Lusignan.
Louis VII chargea saint Bernard, qui était l'oracle de son siècle, de prêcher la croisade en France et en Allemagne. A la voix du saint abbé de Clairvaux, la France et l'Allemagne s'émurent d'un enthousiasme semblable à celui qu'avaient excité cinquante ans auparavant Urbain II et Pierre l'Ermite.
L'Ordre, purement militaire, comptait 15 000 membres, tous revêtus du fameux manteau blanc frappé de la croix rouge sang, chargés de la défense des places fortes. Mais à plusieurs reprises, les Templiers ont été dénoncés pour avoir pactisé avec les musulmans et été accusés de la défaite finale des croisés.
Les Templiers se révélèrent rapidement en avance sur leur temps, au plan financier notamment. En ces époques troublées, les routes étaient peu sures. Quiconque s'aventurait avec son or n'était pas assuré d'arriver à destination sans être dévalisé.
Les Templiers révolutionnèrent leur époque en instituant la lettre de change. Dans les régions où ils étaient implantés, il suffisait au voyageur de se rendre dans une commanderie, d'y déposer son argent contre un reçu. Au passage un pourcentage était prélevé, mais les conséquences d'une mauvaise rencontre considérablement atténuées.
Le Temple possédait, au moment de sa suppression, 9 000 maisons réparties en Europe. Toutes ces maisons recevaient des dépôts et accordaient des prêts et des avances à des emprunteurs publics et privés. Les Templiers jouaient un rôle important dans les campagnes où ils finançaient des moulins à vent, à eau et des forges à la catalane. Leur compétence se traduisait dans la pratique des changes et dans celle de la comptabilité.
Remarquables cambistes, dont les méthodes s'appliqueront encore cinq siècles après leur disparition, ils étaient également des comptables de premier plan puisqu'ils ont inventé la comptabilité en partie double et ont tenu pour la première fois dans l'histoire un véritable « grand livre ».
En 1191, c’est le début de la 3ème croisade, avec à sa tête Frédéric de Barberouse, puis Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. C’est aussi la victoire des croisés à la bataille d'Arsur et la fondation de l'Ordre Teutonique. Le 12 février 1191, une bulle du pape Célestin III institua un nouvel ordre sous le nom de « Frères Hospitaliers Teutoniques de Notre-Dame-de-Sion ». Peu de temps après, ils devinrent un ordre militaire, sous le nom de « Chevaliers Teutoniques ».
En 1230, les Templiers ne se bornaient pas seulement à défendre la Terre Sainte. D'autres états chrétiens leur durent alors d'importants succès. Les Templiers d'Aragon, avec quelques chevaliers de saint Jean, firent la conquête des îles Baléares, sous les ordres du roi Jacques.
En 1291, le 15 avril, la ville d'Acre fut assiégée. Plusieurs ordres religieux dont les Templiers tentèrent de conserver la ville mais les forces mises en œuvre par les Sarrasins et les Turcs étaient considérables. Les pertes furent très importantes la ville tomba le 16 juin. Guillaume de Baujeu, maître de l'Ordre du Temple, fut tué durant la bataille ainsi que 500 chevaliers. L'Ordre du Temple était pratiquement détruit en Orient. L'ensemble de leurs places fortes et de leurs ports furent rapidement perdus.
Durant cette même période, l'Ordre du Temple se développa considérablement en Occident. Il était présent en France en Espagne en Italie en Allemagne en Angleterre. Il était pratiquement impossible de rejoindre les principales villes d'Europe et de se rendre Jérusalem sans sortir des terres ou territoires contrôlés par les Templiers.
De très nombreux seigneurs se joignirent à l'Ordre et devinrent chevaliers apportant ainsi leurs terres à l'Ordre. A la fin du 12ème siècle et au début du 13ème siècle, les Templiers possédaient près de 9 000 maisons. Si l'on considère que dans chaque maison il y a au moins un chevalier, l'Ordre du Temple au début du 13ème siècle pouvait compter sur une armée de 9000 chevaliers. On évalue le nombre de chevaliers à trente mille à la fin du 13ème siècle.
Pendant près de deux siècles, les Templiers vont accroître leur aura pour revenir en Occident en 1291, après la chute de Saint-Jean d'Acre. Leur mission de protection des pèlerins avait bien évolué et de nombreuses dérives eurent lieu. La prise d'Ascalon en aout 1153 est un exemple de l'ambition de certains Grands Maîtres à l'égard du pouvoir temporel.
Le Grand Maître en fonction, Bernard de Trémelay, avait en effet cherché à bloquer l'entrée aux autres Francs dès l'ouverture d'une brèche dans les murs de la ville pour laisser le champ libre aux Chevaliers du Temple... Leur lutte continue avec les Chevaliers Teutoniques provoqua souvent des tensions dans les camps des croisés et ne facilita pas la cohésion des Francs en Terre Sainte. Leur retour ne pouvait pas plaire à tout le monde, d'autant plus que l'Ordre du Temple ne faisait que s'enrichir au fil du temps : donations, achats, intérêts des prêts accordés,... tout semblait donner à l'Ordre une puissance lui permettant de bouleverser l'organisation féodale.
En 1293, Jacques de Molay est le nouveau Maître de l'Ordre du Temple en remplacement de Thibaud Gaudin. Il était de la maison des sires de Longvic et de Raon, dans le comté de Bourgogne.
Les territoires où s’exerçaient les activités du Temple étaient divisés en « provinces ». En 1294, on en comptait à présent 22 (cinq en France, quatre en Espagne, trois en Italie, un en Allemagne, un en Angleterre, un en Hongrie, six en Orient).
De 1296 à 1303, l'Ordre du Temple fut partagé entre le pouvoir spirituel du pape Boniface VIII qui souhaitait reconquérir Jérusalem et le pouvoir temporel des rois (surtout du roi de France). Philippe le Bel voulait rétablir l'empire de Charlemagne. Durant ces années, Boniface VIII et Philippe le Bel se sont « affrontés » : le pape désirant que la France se lance dans une nouvelle croisade et Philippe le Bel cherchant par tous les moyens (même en essayant de taxer les ordres religieux) d'obtenir des fonds pour financer ses tentatives d'extension du territoire franc jusqu'au Rhin. Boniface VIII ira jusqu'à excommunier le roi de France. Le 11 octobre 1303, celui-ci fut victime d'un attentat.
En 1306, Philippe le Bel confisqua les biens des Juifs ; il les tortura puis les bannit. Puis il procéda à de nouvelles mesures financières et monétaires qui suscitèrent une émeute contre lui. Le roi se réfugia au Temple de Paris. Il demanda une entrevue au pape pour lui faire part des accusations qu'il venait de recueillir contre les Templiers. Le 6 juin, sous prétexte d'une nouvelle croisade, le pape fit venir les principaux dignitaires de l'Ordre du Temple en Europe.
Le maître, Jacques de Molay et ses chevaliers s'empressèrent de se rendre à l'invitation du pape. Ils se rendirent au Temple de Paris et Jacques de Molay alla à la cour où Philippe lui fit l'accueil le plus gracieux. Il parla d'augmenter les privilèges des Templiers et pria le Maître d'être le parrain d'un de ses enfants, honneur que l'on n'accordait guère qu'à des princes de sang ou à des souverains.
Une élimination brutale (1307-1314)
A la chute du royaume franc de Terre Sainte, les Templiers se replièrent sur leurs commanderies d’Europe. Le maître de l’Ordre établit la « maison chevêtaine » au Temple de Paris où le roi de France déposa alors le trésor royal et dont il confia la gestion aux Templiers.
Banquiers des pèlerins, les Templiers avaient amassé une véritable fortune qui en avait fait une puissance aussi importante que celle de la royauté. Ils prêtèrent même des sommes fabuleuses au roi Philippe le Bel qui s'endetta ainsi considérablement.
Touché dans son orgueil et sa puissance surtout, Philippe le Bel trouva le moyen de briser l'Ordre en faisant arrêter tous les Templiers le 13 octobre 1307. Il espérait de la sorte mettre la main sur le soi-disant trésor du Temple. Ce fut un fiasco. Prévenus, les Templiers avaient transféré toutes leurs richesses dans diverses commanderies à l'étranger.
En quelques années, qui alimentent encore aujourd'hui le mystère des Templiers, leur réputation et leur richesse devinrent immenses. La fortune et l'orgueil des Chevaliers finirent par rendre jaloux Philippe le Bel.
Envieux vis à vis des Templiers, du fait de leurs richesses et de leur puissance, Philippe le Bel a cherché par plusieurs moyens à les utiliser à ses fins. Cherchant au départ à en devenir le Grand Maître tout en restant roi de France, il joua un jeu de trahison qui finit par l'arrestation, le vendredi 13 octobre 1307 au matin, de tous les Templiers du royaume.
Les Templiers étaient devenus trop puissants et ils menaçaient de dépasser les rois en fonction. Banquiers – Henri III d'Angleterre, Saint-Louis, Philippe Auguste... y firent appel – milice protectrice, ils avaient pourtant bien aidé Philippe le Bel en le protégeant par exemple des émeutes à Paris qui faillirent lui coûter la vie !
En butte à de nombreuses hostilités – notamment parce qu’il ne relevait que du pape – l’Ordre fut persécuté à partir de 1307.
Le 13 octobre 1307, le roi fit arrêter le maître du Temple ainsi que les 140 Templiers qui étaient à Paris. Le même jour, tous les Templiers furent également arrêtés dans toutes les provinces du royaume. Tous leurs biens furent saisis et mis sous séquestre, sous la garde des gens du roi.
Le 20 août, Jacques de Molay et les dignitaires de l'Ordre du Temple qui devaient être conduits à Poitiers pour être interrogés par Clément V furent arrêtés à Chinon, sous prétexte de maladie et questionnés sous le contrôle de Nogaret. Les Dominicains chargés de l'interrogatoire firent avouer aux frères toutes sortes d'ignominies mais plusieurs se rétractèrent ensuite.
Le 22 décembre, le pape délégua trois mandataires à Paris pour suivre le procès de Jacques de Molay et des autres dignitaires du Temple.
En 1310, le roi Philippe IV le Bel, désireux d’unifier tous les ordres de chevalerie pour aller à la croisade et de se libérer de la puissance financière de l’Ordre ainsi que de s’en attribuer les biens, fit arrêter les Templiers de son royaume sous l’accusation d’apostasie, d’outrage à la personne du Christ, de rites obscènes et d’idolâtrie. Ceux qui « avouaient » sous la torture furent condamnés à l’emprisonnement ; ceux qui étaient revenus sur leurs aveux furent livrés au bras séculier et voués au bûcher.
Le 18 mars, le Grand Maître et les autres accusés furent amenés sur le parvis de Notre-Dame pour faire amende honorable après la lecture de la sentence. Jacques de Molay se rétracta. Geoffroy de Charnay aussi. Ils furent brûlés le soir même sur l’Île aux juifs.
Un procès inique suivit cette arrestation bien orchestrée. Les Templiers furent accusés de crimes invraisemblables, le roi obtint du pape Clément V la dissolution de l'Ordre. Le Grand Maître Jacques de Molay et ses principaux acolytes furent condamnés à périr sur le bûcher en 1314.
Les biens de l'Ordre des Templiers saisis furent remis à l'Ordre des Hospitaliers. Philippe le Bel saisit la tour du Temple où se trouvaient leurs archives, leur trésor et leur comptabilité.
Le vieux maître s'écria :
« Il est bien juste que, dans un si terrible jour et dans les derniers moments de ma vie, je découvre toute l'iniquité du mensonge et que je fasse triompher la vérité. Je déclare donc, à la face du ciel et de la terre, et j'avoue, quoique à ma honte éternelle, que j'ai commis le plus grand des crimes, mais ce n'a été qu'en convenant de ceux qu'on impute avec tant de noirceur à notre Ordre : j'atteste, et la vérité m'oblige d'attester, qu'il est innocent. Je n'ai même fait la déclaration contraire, que pour suspendre les douleurs excessives de la torture, et pour fléchir ceux qui me les faisaient souffrir. Je sais les supplices qu'on a infligés à tous les chevaliers qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession ; mais l'affreux spectacle qu'on me présente, n'est pas capable de me faire confirmer un premier mensonge par un second : à une condition si infâme je renonce de bon cœur à la vie. »
Tous deux, clamant leur innocence montèrent sur le bûcher dressé en toute hâte sur l’Île aux Juifs :
« Les corps sont au roi de France, mais les Ames sont à Dieu ».
Le peuple de Paris avait compris et, maudissant le roi, se précipita vers les cendres brûlantes afin de recueillir quelques os calcinés, reliques insignes car nul ne doutait plus de la sainteté, ni de l'honneur du Temple.
« Pape Clément... chevalier Guillaume de Nogaret... roi Philippe...
avant un an, je vous cite à paraitre au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment !
... Maudits ! Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races»
Cette parole, rapportée par le chroniqueur Geoffroy de Paris, fut prononcée le 18 mars 1314, par le dernier Grand Maître des Templiers : Jacques de Molay supplicié sur le bûcher de l’îlot des juifs, avec le précepteur de Normandie, Geoffroy de Charnay. Cet îlot, à la pointe de l’Île de la cité devait son nom aux nombreux juifs qu'on y avait fait brûler. Réuni à un second îlot, il forme aujourd'hui le square du Vert-galant.
Clément V, circonscrit par Philippe le Bel, fit lire à l'ouverture de la 2e session du Concile de Vienne (avril 1312) la suppression par provision de l'ordre, en attendant un concile définitif sur le sujet mais ce concile ne s’est jamais réuni !
Le Concile de Vienne examina l’affaire des Templiers, mais la majorité des cardinaux conclut que rien ne démontrait la culpabilité de l’Ordre et qu’il fallait à nouveau entendre ses représentants.
Pendant sept années, les Templiers en liberté chercheront à se justifier auprès du pape, le seul à qui ils devaient théoriquement des comptes. Menacé par Philippe le Bel et ses sbires, ce dernier ne les écoutera souvent même pas ! Le 22 mars 1312, le pape Clément V abolit l'Ordre du Temple malgré l’avis des pères du concile de Vienne et en attribua les biens aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem après que le roi de France, sous prétexte de dettes, en eut tiré le plus d’argent possible.
Le 22ème Grand Maître Jacques de Molay fut exécuté en 1314, brûlé vif à Paris ainsi que Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, et 37 autres chevaliers. Ils clamèrent jusqu'au bout leur innocence, ainsi que celle de l’Ordre.
En Allemagne, les Templiers furent acquittés et intégrèrent d’autres ordres. Nombreux dans la péninsule ibérique, les Templiers y furent aussi reconnus innocents. En 1318, Denis 1er de Portugal, pour défendre son royaume de l’invasion sarrasine, les regroupa, avec ceux échappés de France, dans l’Ordre des Chevaliers du Christ (Ordre du Christ du Portugal). En Espagne, les Templiers se réfugièrent dans l’Ordre de Calatrava. Puis un nouvel ordre fut créé : celui de Montesa.
Tout a été dit sur les Templiers, y compris le pire. Depuis la mort du roi de France et du pape, consécutives à celle de Jacques de Molay, le mythe n’a fait que croître, surtout à partir du 18ème siècle au moment de la constitution de confréries comme les Francs-maçons. On parle aussi de malédiction et de trésors dissimulés. Encore aujourd'hui, nombreux sont ceux qui revendiquent l’héritage des Templiers.
Le 20 avril 1314, le pape Clément V meurt d'une affection intestinale.
Le 29 novembre, Philippe le Bel meurt au court d'une chasse au sanglier, jeté bas de son cheval. Entre temps, Guillaume de Nogaret est mort dans des conditions étranges. Esquieu de Florian, Grand Inquisiteur de France, est poignardé. Les deux principaux témoins de l'accusation, Gérard de Laverna et Bernard Palet, sont pendus !
Quelques jours après la mort de Jacques de Molay, les toits du Palais Royal furent recouverts d'une véritable nuée de corbeaux comme un présage de malheur, un signe de deuil... Fait historique qui remplira les Parisiens de terreurs et qui troublera sans doute les nuits de Philippe le Bel jusqu'à sa mort !
Faute de documents, l'histoire n'a jamais élucidé le problème de la disparition de tous les Templiers de France. Si une partie de leurs biens, par ordre du Pape, passa à l'Ordre Hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, la plupart de leurs trésors n'ont jamais été retrouvés.
Certains Templiers sont vraisemblablement passés dans des ordres religieux étrangers. Le Portugal avait refusé d'obéir au pape : l'Ordre put y survivre, prenant le nom de Milice du Christ. Hasard : au 15ème siècle, les voiles des navires portugais arboraient la croix pattée templière !
La vie des Templiers
Sainte, des attaques dont ils étaient victimes de la part des Sarrasins. L'Ordre s'enrichit considérablement, notamment grâce aux donations que lui faisaient seigneurs et bourgeois préoccupés du salut de leur âme mais peu enclins à affronter les risques de la Terre Sainte. Ils luttèrent contre les infidèles avec vaillance et abnégation. Partout s'élevèrent bientôt des commanderies ; il y en avait environ neuf mille en Europe lors de l'arrestation des chevaliers, dont 1700 en France. Ce n'étaient pas des forteresses, sauf dans la péninsule ibérique, mais généralement des exploitations plus ou moins fortifiées, possédant une chapelle et souvent une piscine pour élever du poisson.
Au début du 13ème siècle, l'Ordre possédait non seulement de nombreux domaines et châteaux, mais il était devenu la première puissance bancaire du temps.
Particularités des Templiers
L'ordre des Templiers accueillait les jeunes nobles désireux de s'investir dans la défense de la foi chrétienne au Moyen-Orient. Il formait un ordre militaire à la hiérarchie très stricte. Ses membres faisaient vœu de pauvreté et abandonnaient à l'ordre commun toutes leurs possessions et héritages. Ils partageaient leur existence austère entre la prière et la guerre et devinrent de fins connaisseurs des mœurs et coutumes guerrières du Moyen-Orient : très riche, l'ordre fit bâtir de nombreuses forteresses indépendantes, mi couvents, mi forteresses. Ils firent également bâtir un réseau de commanderies à travers tous les pays de la chrétienté à fins de recrutement. Ils se vêtaient simplement et passaient par-dessus leurs effets une robe blanche frappée d'une croix pattée rouge. Leur fortune, leur état d'intermédiaires entre l'Orient et l'Occident, leur découverte de nouvelles pratiques les conduisit peu à peu à se transformer en financiers et banquiers heureux et à s'éloigner de leur mission première.
Hiérarchie
L'état-major du Temple est constitué par :
- Le Maître de l’Ordre : assimilé à un abbé ou, plutôt, à un souverain. Il ne peut prendre aucune décision sans l’accord du Chapitre.
- Le Sénéchal de l’Ordre : il détient le sceau de l’Ordre.
- Le Maréchal : chef militaire et responsable de la discipline.
- Le Commandeur de la Terre et du royaume de Jérusalem : trésorier du Temple et chef de la marine.
- Le Commandeur de Tripoli et d'Antioche.
- Le Drapier : intendant des fournitures de l’Ordre.
- Le Turcopolier.
- Le Sous-Maréchal.
- Le Gonfanonier.
- Le Commandeur de Jérusalem : gardien des pèlerins, de la Sainte-Croix et Ambassadeur de l’Ordre.
Le Maître du Temple, qui ne sera que tardivement appelé Grand Maître, avait l'autorité d'un chef suprême mais il ne pouvait prendre une décision qu'après consultation du chapitre. Il ne pouvait donner ou prêter les biens de l'ordre et ne pouvait commencer ou finir une guerre. En fait, le Grand Maître faisait figure d'un président contrôlé par le chapitre. Il devait d'ailleurs se conformer obligatoirement aux décisions de celui-ci. « Tous les Frères doivent obéir au Maître et le Maître doit obéir à son Convent. » (Statuts hiérarchiques).
A la mort du Maître, les fonctions sont assurées par le Maréchal qui réunit tous les dignitaires de l'Ordre. Ceux-ci désignent le Grand Commandeur qui fera fonction jusqu'à l'élection du nouveau Maître. Le Grand Commandeur forme un conseil restreint qui fixe le jour de l'élection. Ce jour, il rassemble un chapitre restreint qui choisit trois frères dont l'un est nommé Commandeur de l'Election. Le Chapitre lui choisit un adjoint. Le Commandeur de l'Election et son adjoint se retirent à la chapelle où ils prient jusqu'au lever du soleil. Au matin, le Commandeur de l'Election et son adjoint désignent deux autres Frères. Ils élisent alors deux autres Frères et ainsi de suite jusqu'au nombre de 12 (en rappel des Apôtres) puis un treizième qui doit être un chapelain de l'Ordre. Parmi ce Chapitre, il doit y avoir 8 Chevaliers et 4 Sergents. Les treize électeurs se retirent et quand l'accord semble se faire sur deux noms, le Commandeur met aux voix et c'est celui qui recueille la majorité qui est désigné en tant que nouveau Maître de l'Ordre.
Le reste des membres du Temple se répartissait de la manière suivante : les Chevaliers, les Écuyers, les Sergents, les Chapelains et les Frères de Métiers.
De plus, on comptait trois catégories de personnes qui faisaient un service d’une durée déterminée dans l’Ordre : les Chevaliers clients, les Écuyers clients et les Turcopoles.
Organisation de l’Ordre des Templiers
A la tête de l'ordre se trouvait le Grand Maitre, souveraineté représentative du chapitre général, à l'autorité limitée (les décisions importantes étaient prises à la majorité absolue du chapitre, sa voix comptant pour une seule). Il était assisté d'un chapelain, d'un clerc, de plusieurs sergents, d'un interprète, d'un ou plusieurs écuyers et de quelques chevaliers de rang. En campagne, il était accompagné du gonfalon baussant (parti d'argent et de sable).
Son second et suppléant était le sénéchal. Le maréchal, lui, disposait de l'autorité militaire. Le rôle de trésorier était rempli par le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem. Le drapier s'occupait de l'habillement.
Venaient ensuite les commandeurs de province. Les trois principaux étaient l'hospitalier, commandeur de Jérusalem, chargé des pèlerins, puis les commandeurs de Tripoli et d'Antioche.
Dans les pays de combat, comme la Palestine ou l'Espagne, les commandeurs de province, nommés directement par le chapitre général, nommaient les commandeurs de leur choix.
Dans les pays de rapport en revanche, les provinces étaient divisées en régions, ayant chacune à sa tête un commandant régional. L'unité de base était la maison, plusieurs maisons étant regroupées sous l'autorité d'un commandant majeur.
Le chapitre général se réunissait tous les ans en Palestine. Il comprenait tous les dignitaires de Palestine, les dignitaires de pays de rapport ne s'y rendant qu'une fois tous les 5 ans.
L'histoire de l'Ordre est étroitement liée à celle des croisades et de la « reconquista ». Comme les Cisterciens, les Templiers accomplirent un vaste travail de défrichement et d'irrigation. Rapidement, l'Ordre acquit de grandes richesses et devint le banquier des papes et des rois. Son activité militaire fut également importante, les Templiers participant aux grandes batailles à la fois au Moyen Orient (Ascalon, Ansur, Gaza, Daroum, Ramlah, Damiette, Alep et Mansourah) et en Espagne (Las Navas de Tolosa, Badajoz, Cáceres, Alarcos, Salvatierra).
Nicolas IV et Clément IV promulguèrent de nombreuses bulles pour confirmer les privilèges templiers. Mais quand Martin IV et le Templier Raymond de Lille tentèrent d'unir Hospitaliers et Templiers, la réforme échoua. Elle fut tentée de nouveau par Boniface VIII mais celui-ci se heurta à l'opposition du Maitre Jacques de Molay.
La chute de l'Empire latin d'Orient précipita le destin du Temple. Après la reconquête de la Palestine par les musulmans, les Templiers se replièrent en effet sur leurs possessions européennes. Mais leur richesse et leur puissance excessive suscitèrent rapidement la convoitise et l'inquiétude des rois. L'Ordre était devenu une formidable puissance, un état dans l'état. De plus, le roi Philippe le Bel avait besoin d'argent et la Terre Sainte étant perdue, l'Ordre n'avait plus sa raison d'être en France.
Au lieu de se replier en Espagne, l'Ordre se concentra en France où il n'avait pas de rôle militaire à tenir. Philippe le Bel, jugeant les Templiers encombrants, décida donc de s'en débarrasser.
En 1314, Jacques de Molay et le commandeur de Normandie furent brûlés vifs dans l’Île aux Juifs. Les Hospitaliers héritèrent des biens du Temple sauf en Aragon et Portugal où furent créés des ordres successeurs du Temple, Notre-Dame de Montesa en Aragon en 1317 et l'Ordre du Christ en 1319 au Portugal. De nombreux Templiers rejoignirent les Hospitaliers ou se retirèrent dans des maisons religieuses. Au 17ème siècle, certaines observances maçonniques ont prétendu avoir une filiation avec les Templiers.
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