Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Le Rite Emulation

Publié le 15 Juillet 2026 par T.D

Les origines

L'histoire des rites maçonniques est naturellement très liée à celle de l'apparition et des premières décennies de la Franc-Maçonnerie spéculative. Celle-ci trouve ses sources dans la Grande-Bretagne du XVIIe siècle et là seulement. C'est en Angleterre, entre 1725 et 1751, que le vieux patrimoine rituel de la Maçonnerie opérative écossaise sera réorganisé pour l'usage des "spéculatifs". Cette réorganisation aboutira à la fixation de deux grandes familles de rituels maçonniques pour les grades symboliques : "Modernes" et "Anciens". Tous les Rites maçonniques pratiqués dans le monde relèvent de l'une ou l'autre de ces deux familles – ou parfois des deux dans des proportions variables – quelles que soient par ailleurs leurs appellations souvent trompeuses.

La création en 1717 de la Première Grande Loge de Londres et Westminster marque l'apparition de la Franc-Maçonnerie spéculative obédientielle. Son magistère sera cependant contesté en 1751 avec l'apparition d'une seconde Grande Loge se revendiquant – bien sûr – des "Anciens". Contrastant avec le monolithisme qu'on lui connaît depuis le XIXe siècle, la vie maçonnique anglaise fut marquée pendant 62 ans – de 1751 à 1813 – par une vive opposition entre ces deux Grandes Loges… elles mêmes défiées par deux autres "petites" Grandes Loges pendant quelques années. Pourtant, en 1799, la Franc-Maçonnerie anglaise faillit disparaître brutalement. Craignant que les effets de la Révolution Française ne gagnent la Grande-Bretagne, le gouvernement entreprit dans les années 1790 d'établir une loi interdisant "les sociétés séditieuses et illégales"… au premier rang desquels les sociétés secrètes. La Franc-Maçonnerie ne fut finalement épargnée par cette interdiction qu'en mettant en avant son loyalisme – dont témoignait la présence de grands du Royaume à sa tête – et en acceptant un processus d'unification et de réorganisation. Le "Secret and unlawfull societies act" mesure politique de contrôle social, fut donc à l'origine de l'Union de 1813 entre la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens. Sans nier les éventuels enjeux sociaux que pouvait recouvrir la querelle des "Anciens" et des "Modernes", celle-ci se concentra autour de vives divergences sur la question du rituel maçonnique. La question du rituel et d'une synthèse entre celui des "Anciens" et celui des "Modernes" fut donc centrale dans la formation de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Pour traiter ce problème délicat une "Loge de Réconciliation" fut constituée et élabora – entre 1814 et 1816 – un rituel reflétant l'union des deux courants. Ce que l'on devrait appeler le Rite Anglais, c'est-à-dire le rituel de référence de la Grande Loge Unie d'Angleterre, était né. Les spécialistes considèrent en général qu'il emprunte beaucoup plus aux usages des "Anciens" qu'à ceux des "Modernes" qui y sont très estompés. Ainsi, paradoxalement le Rite Français est aujourd'hui le seul représentant de la tradition rituelle des "Modernes", c'est-à-dire de la Première Grande Loge ! On doit noter que la "Loge de Réconciliation" intégra aussi au nouveau rituel des éléments empruntés à un best-seller des années 1780, l'ouvrage de William PRESTON "Illustrations of Freemasonry" qui présentent de nombreuses gloses morales sur les symboles maçonniques. Une fois le rituel élaboré, encore fallait-il le diffuser. Les Anglais ayant toujours été respectueux de l'interdiction d'écrire et a fortiori d'imprimer les rituels, on décida de constituer quelques loges spéciales où les frères pourraient venir voir des démonstrations et apprendre le nouveau rituel. Ainsi furent notamment constituées les Stability Lodge of instruction en 1817 et l'Emulation Lodge of Improvement en 1823. Ces loges d'instruction du nouveau rituel comptaient chacune d'anciens membres de la Loge de Réconciliation. Elles étaient censées toutes enseigner le nouveau rituel – qu'il convient d'appeler Rite Anglais – et c'est ce qu'elle firent. Ces Loges d'Instruction développèrent cependant, sur des points secondaires, voire tout à fait mineurs, des usages spécifiques. C'est pourquoi le Rite Anglais connaît plusieurs "working", expression dont la meilleure traduction est probablement "style". Les différences entre les "working" (quelques formulations différentes, variantes dans la façon de faire le signe…) Stability, Emulation – ou encore… Universal, West End, Taylor's, Oxonian – sont cependant minimes aux regards de celles qui distinguent, dans la tradition maçonnique française, les Rites Français, Ecossais Ancien Accepté ou Rectifié. Dans le sillage de l'expansion britannique, le Rite Anglais connu une grande diffusion à travers le monde, les hasards de l'histoire firent que c'est surtout sa variante Emulation qui s'implanta "oversea". A tel point que pour beaucoup de maçons qui n'eurent pas la chance de naître britannique, le Rite Anglais, style Emulation devint tout simplement le Rite Emulation.

Style Emulation ou non, le Rite Anglais est marqué par le contexte religieux anglais et par l'esprit qu'entendait lui donner le Duc de Sussex (le Premier Grand Maître, en 1813, de la Grande Loge Unie d'Angleterre et l'une des personnalités les plus importantes de l'histoire maçonnique anglaise). Comme tous les rituels du XVIIIe siècle et du début du XIXe, le Rite Anglais propose clairement une perspective métaphysique théiste. L'Angleterre abritant plusieurs dizaines de dénominations ou églises professant les idées les plus diverses en matière de christianisme, elle n'a jamais connu de "question cléricale" et la dimension religieuse n'est jamais apparue comme entravant la liberté de conscience à laquelle les britanniques sont par ailleurs fort attachés comme en témoigne leur tradition juridique. On doit aussi rappeler qu'à la demande expresse du Duc de Sussex – dont les sentiments philosémites étaient bien connus – tous les éléments symboliques faisant plus ou moins références au christianisme ont été supprimés dans les rituels par la Loge de Réconciliation. Paradoxalement jusqu'en 1848, le Rite Anglais est, d'une certaine manière, plus laïque que le Rite Français ! Fixé dans le premier quart du XIXe siècle le Rite Anglais s'est maintenu à peu près tel quel jusqu'à aujourd'hui. On doit aussi souligner que les Anglais n'ont jamais été très regardants sur les réelles croyances théistes de leurs adeptes. Ainsi, la Franc-Maçonnerie et le Rite Anglais – singulièrement dans sa version Emulation – ont accompagné l'expansion coloniale britannique. La Grande Loge Unie d'Angleterre a donc compté de nombreux frères hindouistes, bouddhistes ou confucéens dont les convictions en l'existence d'un Dieu personnel et en sa volonté révélée sont pour le moins discutables.

Les grades complémentaires

Les grades latéraux (ou side-degrees) : la Marque et le Nautonier de l'Arche Royale

La Grande Loge Unie d'Angleterre ne reconnaît pas de hauts grades, mais en dehors des trois grades de la maçonnerie bleue, ce style de travail a pour prolongement des grades latéraux, dits "side degrees", qui ne donnent cependant à ses membres aucune prérogative particulière en loge bleue. Il existe une maçonnerie de Marque, conférée aux maîtres maçons. Ces loges sont sous la juridiction de la Grande Loge de Marque, fondée en 1856 en Angleterre. Ce grade qui a sans aucun doute une origine opérative en relation avec les tailleurs de pierre permet au maître maçon d'approfondir le maniement de ses outils, de trouver sa place sur le chantier en proposant et faisant enregistrer une marque personnelle du métier. Il existe aussi le grade de Nautonier de l'Arche Royale (Ark Mariner), très peu pratiqué en France, qui fait référence à la construction de l'arche de Noé, premier constructeur de l'humanité.

Le Royal Arch

L'autre complément au grade de maître qui est le Royal Arch (souvent traduit par Royale Arche mais plus rigoureusement par Arc Royal) travaille en Chapitres. Contrairement à la Marque il est considéré comme grade d'achèvement et de perfection du grade de maître. En effet en 1813, l'Acte d'Union des Anciens et des Modernes précise que "la pure et ancienne maçonnerie consiste en trois grades, et rien de plus, en y incluant l'Arche Royale" (The holy Royal Arch). Ses travaux sont pratiqués dans des chapitres souchés sur une loge et portant souvent le même titre distinctif. Un Chapitre est présidé par trois officiers principaux qui forment un collège hiérarchisé. Ces trois officiers directeurs sont investis symboliquement chacun des trois fonctions royale, prophétique et sacerdotale, représentant trois personnages bibliques en rapport avec la reconstruction du Temple de Jérusalem après l'exil de Babylone. La nécessité d'avoir été vénérable installé pour accéder au Royal Arch est une règle de la Grande Loge des Anciens, qui ne fut jamais pratiquée des Modernes. En Angleterre, depuis 1823, il n'est plus obligatoire d'avoir été un Maître installé pour accéder à ce degré, sauf pour devenir principal d'un Chapitre.

Le Rite Anglais, Style Emulation, en France

Le Rite Anglais, Style Emulation, arriva en France au XXe siècle dans le sillage de la nouvelle petite obédience installée en France avec le soutien de Londres, la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière (GLNIR) devenue depuis Grande Loge Nationale Française (GLNF). Aujourd'hui, le Rite Anglais Style Emulation y représente à peu près un quart des mille loges de l'obédience. C'est par l'intermédiaire de la scission en 1958 de la GLNF en GLNF Opéra – devenue depuis Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) – que le Rite Anglais s'implanta dans la Maçonnerie libérale. Aujourd'hui, la GLTSO compte une vingtaine de "Loges Emulation", de même que la Loge Nationale Française (LNF) possède quatre Ateliers à ce rite. Par l'intermédiaire de sa Fédération Britannique, l'Ordre Mixte International Le Droit Humain connaît aussi le Rite Anglais (dans une variante appelée Sidney), quatre loges le pratiquent en France.

Il est de nouveau pratiqué depuis 2002 au Grand Orient de France. De nouveau, puisque qu'on retrouve sa trace au XIXe siècle sous l'impulsion alors de notre Frère Germain Haquet. Celui-ci passa une grande partie de sa vie aux "Amériques". A son retour, il joua un rôle important dans le développement du Rite Ecossais en métropole. Mais lors de son séjour américain, il s'était également impliqué dans "Ancienne Maçonnerie d'York - il appartint alors à la Loge "L'Aménité" à Philadelphie. Il alluma ainsi au sein du Grand Orient de France les Feux d'un Chapitre de l'Arc Royal en 1817 sous le titre distinctif "Le Phénix" à l'Orient Paris. De nombreux dignitaires dont les Frères Ragon ou Des Etangs y furent reçus. Ce Chapitre fonctionna de 1817 jusqu'aux années 1830.

De la spécificité et des caractéristiques du style Emulation 

Le rituel doit être su "par cœur" par les officiers de la loge, ce qui lui donne solennité et rigueur dans son observance de la vertu de l'oralité. Dans ce style de travail, la pratique et la compréhension du rituel constituent la base du système de transformation et d'assimilation du maçon. Le maçon idéal s'identifie au rituel.

Emulation demande à ses participants la croyance au Grand Architecte de l'Univers, la présence sur l'autel des trois grandes lumières, le volume de la loi sacrée, l'équerre et le compas ainsi que le respect des Anciens Devoirs. Le volume de la loi sacrée, pris au sens large, permet d'accueillir des maçons, se réclamant d'une des trois branches de la Tradition abrahamique, car si c'est le plus souvent la Bible, ouverte au prologue de Saint-Jean, il est possible d'y trouver l'Ancien Testament ou le Coran, lors de la prestation de serment du postulant. Pour certains historiens, Emulation est considéré comme une tradition de maçonnerie opérative anglaise du XVIIe siècle, recueillie à travers les loges des Anciens et des Modernes, qui remonterait au Moyen Age chrétien, mais dans un but d'universalisme, elle fut volontairement déchristianisée.

Il est d'usage lors de chaque tenue de la loge de Perfectionnement Emulation que les travaux soient ouverts au premier, deuxième et troisième grades.

L'axe de la pratique de ce rituel, est basé sur l'harmonie de la loge, qui le met correctement en œuvre. Il n'est pas d'usage de présenter des travaux ou des planches en loge, et si cela doit se faire exceptionnellement, lors d'une tenue régulière, les travaux sont alors suspendus, le temps de la lecture de la planche à l'ordre du jour.

De même, il est d'usage que toutes les discussions se déroulent en comité ou en loge d'instruction ou encore lors des agapes qui suivent chaque tenue. En effet, une agape rituelle obligatoire suit toujours immédiatement la tenue, favorisant et facilitant les échanges et connaissances mutuelles des Frères, comme celle des Frères visiteurs invités à s'y associer. Ces agapes doivent rester sobres sans que ne soient jamais abordés les sujets politiques et religieux, de même, il ne doit être, ni en bien, ni en mal, dit quoi que ce soit, des Frères. Des "santés d'obligations" ponctuent le rythme de ces agapes, accompagnées d'invocations d'ouverture et de clôture.

Le recrutement d'un profane se fait par connaissance ou cooptation, il a un parrain qui est aussi souvent son présentateur auprès des membres de la loge. A Emulation, le candidat ne subit ni audition sous le bandeau, ni l'épreuve du cabinet de réflexion telle qu'on l'entend dans les rites pratiqués en France, ni épreuves par les éléments. En revanche sa préparation vestimentaire, "ni nu, ni vêtu" est importante. Avant d'être admis dans la loge, le candidat séjourne dans un cabinet de méditation (ou chambre de réflexions).

Pour beaucoup le rituel peut paraître dépouillé, plus particulièrement lors des réceptions aux grades d'apprenti et de compagnon. En fait, la rigueur et le caractère strict de la gestuelle de ce rituel en expriment la signification profonde tout au long de son déroulement.

L'accent est mis sur les instructions d'Emulation qui explicitent les cérémonies de passage, donnant des descriptions matérielles allégoriques et spirituelles des symboles, invitant chaque franc-maçon à réfléchir, étudier et méditer davantage à chaque étape, franchie. A cet égard, les tableaux de loge peints soutiennent particulièrement cette étude, car ils sont censés retracer tous les symboles du grade étudié. Diverses versions de ces tableaux existent, mais les plus utilisées furent celles peintes en 1845, à la demande de la Grande Loge Unie d'Angleterre, par le peintre Harris qui réalisa les trois tableaux d'apprenti, compagnon et maître.

En raison de l'importance et de la solennité de ces réceptions, chaque candidat à l'un des trois grades symboliques est reçu solennellement et toujours seul, afin qu'il soit le réceptacle privilégié de l'initiation qu'il reçoit. Les cérémonies sont marquées par une invocation et une prestation de serment particulièrement solennelle, agenouillé, devant l'autel des serments, suivi d'une exhortation prononcée par le Vénérable Maître.

Chaque Vénérable remplit un mandat d'une année afin de permettre à tous les maîtres de la loge d'être investis de la plus haute fonction de direction, qui correspond à l'achèvement d'un cycle de progression. La spécificité du vénéralat à Emulation est que le nouveau Vénérable est investi de sa charge au cours d'une cérémonie ésotérique qui l'installe officiellement dans la fonction du prophète et roi Salomon. Cette cérémonie spécifique a été exportée et mise en activité dans d'autres rites en France, notamment au Rite Français Moderne Rétabli et au Rite Ecossais Rectifié, alors qu'elle n'en faisait pas partie à l'origine. Cette installation ésotérique est transmise lors d'une cérémonie annuelle par le Vénérable sortant, qui devient le Passé Maître immédiat (P.M.I.) dès qu'il a installé le Vénérable Maître nouvellement élu.

Le Passé Maître Immédiat siège à l'Orient, à la gauche du Vénérable en chaire, il ouvre et ferme le volume de la loi sacrée et dispose les outils lors de l'ouverture des travaux à chaque grade. Son bijou particulier témoigne de sa connaissance du métier et prouve qu'il est un maître confirmé. Dans sa nouvelle fonction, il supervise tout, étant le bras et l'assistant du vénérable dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit dans l'Art royal, plus il est censé être humble.

L'usage des Diacres est spécifiquement anglais et n'a jamais existé au rite Français. Par contre "Le Guide du Maçon écossais", datant des premières années du XIXe siècle à Edimbourg, rituel de référence initial du R.E.A.A., mentionne bien leurs fonctions, ayant hérité aussi à l'origine de cet usage des Anciens. Au fil du temps, l'office de Diacre, mal compris au R.E.A.A., a été définitivement supprimé de ce rite et ses attributions sont réparties de nos jours entre, l'Expert et le Maître des cérémonies, montrant bien l'importance de cette fonction à l'origine, conservée telle quelle à Emulation.

commentaires
Publicité

Le Rite Anglais Style Emulation, ou Rite Emulation

Publié le 15 Juillet 2026 par T.D

Relativement peu connu des francs-maçons d’Europe continentale, le Rite Emulation ou plutôt Style Emulation ("Emulation Working" en anglais), est l’un des Styles en usage à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il est utilisé par de nombreuses Obédiences maçonniques dans le monde, spécialement dans les anciennes colonies de l’Empire Britannique (Australie, Nouvelle-Zélande…), mais aussi au sein d’Obédiences non anglophones régulières, telles que la Grande Loge Nationale Française ou la Grande Loge Suisse Alpina, ou dissidentes d’Obédiences régulières, comme la Grande Loge Traditionnelle Opéra ou la Loge Nationale Française. Quelle est l’origine du Style Emulation ? D’où lui vient ce curieux nom d’Emulation ? Et quelles sont les spécificités du Style Emulation ?

Divisions de la franc-maçonnerie anglaise au XVIIIe siècle 

On date généralement l’apparition de la Franc-maçonnerie moderne de la fondation de la Grande Loge de Londres en 1717 (ou plus probablement 1721). Et l’on imagine souvent que cette première Obédience maçonnique rallia toutes les Loges anglaises dans une large unanimité. Or il n’en est rien. De nombreuses Loges contestèrent cette organisation inédite, qui selon elles avait altéré les rituels ancestraux, en omettant les invocations, en supprimant l’office des Diacres et en inversant dès les années 1730 les colonnes et les mots d’Apprenti et de Compagnon.

La première opposition organisée surgit dans le nord de l’Angleterre. En 1725, la Loge d’York, se réclamant de son ancienneté, se proclama "Grande Loge de Toute l’Angleterre". Elle se mit en sommeil dans le courant des années 1730, pour renaître en 1761 sous le nom de "Grande Loge de Toute l’Angleterre au Sud de la Rivière Trent" et finalement cesser toute activité en 1789.

Mais la principale opposition vint à Londres du courant qui se définira lui-même comme "Ancien" ("Antient" avec t en anglais, par souci d’archaïsme) et qualifiera la Grande Loge de Londres de "Moderne", non sans dédain. Les relations entre les Grandes Loge d’Irlande (1725) et d’Écosse (1736)  avec la Grande Loge de Londres s’étaient péjorées au cours des années 1730-1740. Les francs-maçons irlandais et écossais résidant à Londres rechignaient à s’affilier aux Loges anglaises. La tension s’accentua par l’afflux des réfugiés Irlandais arrivés à Londres suite à la famine de 1740-41, parmi lesquelles se trouvaient de nombreux francs-maçons, qui fondèrent leurs propres Loges.

En 1751, six Loges de tradition "Ancienne" constituèrent la "Grande Loge de la très Ancienne et Honorable Fraternité des Francs et Acceptés Maçons selon les Anciennes Constitutions". L’âme de la nouvelle Grande Loge fut à n’en pas douter Laurence Dermott (1720-1791), commerçant irlandais, Grand Secrétaire de l’Obédience et auteur des Constitutions (nommées "Ahiman Rezon"). Les Loges de cette Grande Loge pratiquaient des anciens rituels, influencés par les usages irlandais, dont un exemple nous est donné par la divulgation "The Three Distinct Knocks" de 1760.


 

Les deux Grandes Loges rivales se développèrent avec succès en Angleterre et au-dehors. Si en Europe, c’est surtout la franc-maçonnerie des "Modernes" qui se répandit, l’Amérique connut une prépondérance de la tradition des "Anciens", du fait notamment des nombreux régiments irlandais et écossais de l’armée britannique.

Union des deux Grandes Loges anglaises 

Les deux Grandes Loges anglaises s’affrontèrent farouchement pendant une cinquantaine d’années, mais au tournant du XIXe siècle, les tensions commencèrent à s’apaiser. En 1809, les "Modernes" constituèrent une Loge spéciale (Lodge of Promulgation) chargées de ramener les rituels aux anciens usages, dans le but de normaliser leurs relations avec les Irlandais , les Écossais et les "Anciens" d’Angleterre. Et les deux Grandes Loges anglaises nommèrent des Commissaires chargés de préparer un Acte d’Union.

En 1813, deux nouveaux Grands Maîtres étaient désignés. Il s’agissait de deux des fils du roi Georges III : le prince Auguste Frédéric, duc de Sussex, pour les "Modernes", et le prince Édouard, duc de Kent, pour les "Anciens". Les conditions pour une union étaient réunies. Et le 27 décembre 1813, la Grande Loge Unie d’Angleterre était constituée, avec le duc de Sussex comme Grand Maître. Une Loge de Réconciliation fut créée pour réconcilier les rituels des deux anciennes Grande Loge et définir un nouveau rituel.

Le rituel défini par la Loge de Réconciliation était clairement de tradition "Ancienne" et les usages rituels des "Modernes" disparurent d’Angleterre pour ne subsister quand dans certains Rites maçonniques continentaux (Loges bleues du Rite Français et du Rite Écossais Rectifié, Rite de Schrœder…). Pour diffuser les nouveaux usages, plusieurs Loges d’instruction furent formées, pour que les Officiers des Loges viennent s’y exercer. La première fut la Loge "Stability", mais la plus importante et la plus prestigieuse fut la Loge "Emulation Lodge of Improvement", qui a donné son nom au Rite Emulation

C’est là que cela devient un peu difficile à comprendre pour les francs-maçons non britanniques, habitués à la notion de Rites bien définis. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a pas créé un nouveau Rite, elle a juste défini une manière de travailler en Loge "selon les Constitutions Anglaises". À partir de là, chaque Loge d’Instruction a pratiqué ces usages à sa manière, avec des différences minimes. Il existe donc plusieurs Styles (Workings en anglais) pour travailler selon les Constitutions Anglaises : Emulation en est un, le plus répandu du fait de l’importance de l’"Emulation Lodge of Improvement", mais il existe également le Style Stability (de la Loge d’Instruction du même nom), le Style Oxford, le Style Taylor, le Style Standard, le Style South London, le Style West End…

Les décors maçonniques utilisés dans ces différents Styles sont les mêmes, car il ne s’agit que d’un unique "Rite" Anglais, qui se décline dans différents Styles. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a jamais décrété que le Style Emulation ni aucun autre Style était son rituel de référence : les différents Styles ne sont que des manifestations d’une unique manière de travailler "selon les Constitutions Anglaises". Les décors maçonniques sont donc ceux de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et non ceux d’un Style déterminé.

Spécificités du Style Émulation

Pour les francs-maçons européens, la spécificité du Style Emulation est surtout de devoir être pratiqué entièrement par cœur. Mais cela n’est pas propre à Emulation : les autres Rites anglo-saxons, écossais, irlandais, américains procèdent de même.

La principale spécificité du Style Emulation est sa gestuelle, très complexe, qui doit être pratiquée scrupuleusement. La pratique du rituel est une fin en soi, c’est le travail maçonnique du Style Emulation, alors que dans les Rites continentaux, le rituel encadre un travail particulier, le plus souvent la lecture une Planche, c’est-à-dire un exposé présenté par un membre de la Loge et commenté par les autres. Rien de tel à Emulation : on y ouvre les travaux au premier, au deuxième et au troisième grades, puis on les ferme au troisième, au deuxième et au premier grades. À moins qu’il y ait réception à l’un des grades, c’est tout. Et si une conférence est prévue, elle aura lieu pendant le banquet qui suit les travaux

C’est par la pratique répétée de gestes symbolique que le Style Emulation entend faire intégrer au franc-maçon les valeurs spirituelles de la franc-maçonnerie, bien plus que par une voie mentale, intellectuelle et rationaliste. Il offre à ceux qui le pratiquent une voie d’épanouissement qui passe avant tout par le corps et le ressenti corporel. Cette voie pourrait être comparée aux différentes "formes" en usage dans les arts martiaux asiatiques (Taolu en Chine, Kata au Japon, Poumsé en Corée…) : les formes sont des enchaînements de gestes de combat stylisés, que l’on pratique sans adversaire, dans le but d’apprendre les gestes, de les intérioriser, d’apaiser le mental et d’affiner la perception des énergies mobilisées en vue du combat.

Très concret et corporel dans sa pratique, le Style Emulation est sans doute fidèle dans l’esprit aux pratiques des anciens Maçons opératifs, qui avaient avant tout besoin de perfectionner leurs gestes et non de tenir de grands discours théoriques. Les francs-maçons des autres Rites pourraient avantageusement s’en inspirer pour rendre au rituel toute sa potentialité de transformation personnelle et pour cesser de le cantonner au rôle de simple préalable aux Travaux.

commentaires

Saint André, archétype du Maçon ?

Publié le 14 Juillet 2026 par T.D

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Pourquoi saint André pourrait-il incarner la figure biblique qui illustre la vocation du Chevalier d’un Grade Maçonnique ?  Et cela sous couvert de bien des aspects qui sont le fondement du Rituel du cinquième Grade du Rite Ecossais Primitif, que nous exposons brièvement tant ce Rituel est riche de symboles. Nous voilà donc contraints au périlleux exercice de synthétiser en quelques paragraphes ce qu’évoque, à titre principal, l’apôtre  »premier appelé ».

…….Il convient d’abord de préciser que saint André est un personnage d’ouverture, de passage et de transition.  Il est le cherchant, le persévérant et le souffrant. Sa quête de la vérité avait conduit ses pas dans ceux de saint Jean-le-Baptiste, l’autre Jean dit le  »précurseur », « vox clamantis in deserto ».

Lorsque André entendit ce dernier s’exclamer « voici l’Agneau de Dieu » et voyant s’approcher Jésus, il le suivit sans hésitation. Il marche vers la Lumière, parce que sa FOI est forte. Ce faisant, il marque le passage entre la tradition vetero testamentaire et l’épopée neo testamentaire. Il dresse un pont entre le passé et l’avenir, entre la Tradition de la loi de repentance et la loi d’amour universel, de compassion, de charité envers les hommes.  N’est-ce pas ce que l’on attend de la Fraternité qui anime le Franc-Maçon ?

……..André est également porteur d’un trésor inestimable : l’ ESPERANCE.

En effet, lorsque Jésus lui dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, nul ne va au Père sans passer par moi »  et plus tard : « Dieu a tant aimé les hommes qu’il a donné son Fils afin que celui qui croit en lui ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle », ces paroles confortent André dans ses convictions en un avenir meilleur.

A une époque où règne la matière qui gouverne la société sous des vocables  »socialement admissibles », André est donc celui qui incarne la CHARITE pour mettre en oeuvre la bienfaisance et la solidarité. C’est toujours André qui, amenant au Christ celui désigné à porter quelques pains et de quelques poissons, fait en sorte que la multiplication des pains et des poissons soit la nourriture de la multitude dans le partage et qu’il en reste encore pour ceux qui viendraient à se présenter.

Foi, Espérance et Charité, les trois vertus théologales réunies en un seul être.  Un modèle dont tout Franc-Maçon peut s’inspirer afin de se comporter en « homme libre et de bonne mœurs », en Homme digne de ce nom, …  et  en Chevalier.

…….Saint André, dont les Loges des Grades supérieurs à ceux dits de saint Jean portent son nom, est également un personnage que l’on qualifierait aujourd’hui d’intervenant en terme d’ouverture et de dialogue. Il tient le rôle d’intermédiaire, d’intercesseur. Il met les hommes en relation entre eux, il jette une passerelle entre les hommes distants et éloignés les uns des autres, et trace la voie de la communication. En effet, c’est encore lui qui, d’après Jean l’Évangéliste, présente son frère Simon (Pierre) au Christ.  De la même manière, c’est André qui conduit ce jeune homme, dont nous avons parlé plus haut avec pour toute richesse quelques pains et quelques poissons, qu’il remet à Jésus afin qu’il les multiplie. Un « public relations » avant l’heure, en quelque sorte, mais d’abord et avant tout un être attentif aux autres, à leur détresse, à leurs espérances ; un homme qui comprend, ne juge pas mais aide dans la réserve et dans le respect de sa conscience.

André se tient à l’écart de la société d’alors dans une grand effacement et fait montre d’une certaine humilité, selon les évangélistes qui ne le placent pas en tête de colonne comme son frère Simon-Pierre.

André ne cherche pas à se hisser en évidence mais il sert, dans la discrétion et le silence. L’apôtre vivra sa mort à partir d’un symbole fort : une croix en forme de X.  Superposée à la rose des vents, chaque extrémité de la croix nous désigne des directions auxquelles nous ne sommes pas forcément accoutumés dans notre quotidien, et dont nous prenons conscience dans le Temple.  Nous connaissons l’Orient, le Midi, l’Occident et le Septentrion.  Et voici que nous découvrons qu’il existe quatre orientations complémentaires : Nord-Est, Nord-Ouest, Sud-Est et Sud-Ouest… et d’autres encore : NNE, NNO, SSE, … une infinité d’expositions, de lieux à pénétrer, d’hommes à rencontrer, de rivages à explorer. Dans cette approche symbolique, nous repoussons nos limites en terrain inconnu.  Nous nous rendons compte que ce que nous prenions pour espace clos et bien délimité, et que nous pensions bien connaître, est en fait un espace sans borne, un univers en perpétuelle expansion. Nous découvrons alors l’étendue de notre méconnaissance et nous réalisons que tout ce que nous pensions savoir n’est rien en comparaison de tout ce que nous ne savons pas encore… Quel exemple d’humilité, n’est-ce pas ?

…….Enfin, un de ses hagiographes, Jacques de Voragine, nous enseigne que, suivant la Tradition, André fut supplicié par crucifixion sur cette croix en X, mais qu’il survécut au moins deux jours à son supplice, continuant à enseigner et à prêcher, à la grande stupeur de son auditoire, qui demanda à son tortionnaire de le libérer.  Mais il semble qu’il eut été impossible de le descendre de sa croix et qu’il rendit l’âme  »dans une grande Lumière ».

…….Que de mystères, que de messages, dans cette fin tragique où André fait figure de martyr.  Voici un homme attaché à une croix (selon des procédés que nous ignorons mais que la cruauté des hommes nous laisse imaginer) qui surmonte les douleurs de la chair pour continuer à délivrer un ardent appel à l’amour universel, de pardon, de solidarité et de bienveillance… Et rien ne semble possible pour le faire taire, pour anéantir ce messager, pour l’empêcher de propager son discours d’amour. Ceux qui l’entendent et ceux qui l’ont mis au supplice se sont-ils interrogés sur leur acte et ont-ils envisagé de réparer ou de soulager l’agonie infligée à André, qui donnera son dernier soupir dans la Lumière. Quel beau sujet de méditation pour le Chevalier. Lorsqu’il parvient au bout de son cheminement, l’homme passe par la Lumière, vers une autre dimension, vers un pays que seul l’Initié peut découvrir et peut embrasser, avec humilité et, on s’en doute, sans une certaine appréhension, tandis qu’André progresse vers sa destinée avec confiance et sérénité.

André ne mériterait t’il pas d’être un archétype du Maçon Écossais Primitif ? 

…….En quelque sorte une personnalité singulière et hors norme. Interrogation à ne pas prendre de façon littérale ou dogmatique (à l’instar de « l’imitation de Jésus-Christ »), mais bien en conscience, en ne prenant rien pour définitivement acquis mais au contraire en remettant sans cesse en doute ce que l’on prenait la veille pour certitude. Comme Cyrano, on pourrait invoquer « ma foi, bien d’autres choses en somme ». Mais l’écriture d’une réflexion même partielle n’est point de mise ici, puisque personnelle à chacun de nous, et nous avons à respecter la réserve qu’il convient pour laisser (sans délaisser, voire accompagner) le cherchant dans l’étude du Rituel et de ses instructions, dont il tirera un enseignement progressif tout au long des Tenues, des Travaux rédactionnels, et des échanges avec ses pairs et les Chevaliers qui l’entourent.

Nous arrêterons donc ces quelques lignes, qui sortent volontairement du contexte rituelique pour ne pas apporter d’appréciation ou d’interprétation sur son contenu. Bien conscients de n’avoir rien affirmé ou presque, nous nous sommes limités à seulement exprimer un message, celui de trouver une signification aux actions de ce personnage hors du commun, essentiellement à partir de tous les enseignements que nous pouvons tirer des symboles qui parsèment son cheminement. Considérant par ailleurs que chez cet homme d’une dimension exceptionnelle, la Tradition populaire a pris comme attribut saint André en tant que patron de plusieurs pays, nous nous devions de rappeler que l’Ecosse a immortalisé le martyr d’André sur son drapeau par la croix en X (blanche) et la Lumière (dans un ciel d’un bleu lumineux).

 

commentaires

REP Chevalier de Saint André

Publié le 14 Juillet 2026 par T.D

Le Maître Écossais, Chevalier de Saint André au Rite Ecossais Primitif

Comment passer de la perfection du Maître à l’éternité d’une Jérusalem terrestre puis céleste ?

Comment lire les signes qui balisent cette voie royale ?

Quels moyens mettre en œuvre pour construire un temple de lumière ?

C’est ce que nous propose le rituel de Maître Écossais, Chevalier de Saint André.

Nous découvrons l’un des plus anciens des grades Rose-Croix élaborés par la franc-maçonnerie primitive Stuardiste, héritière de l’Ordre de Saint Lazare dont le Chevalier Ramsay fut un brillant représentant, et de l’Ordre de Saint André du Chardon d’Écosse.

Héritier du fonds commun des fidèles d’amour, de l’hermétisme et de la chevalerie occidentale, le rituel du Chevalier de Saint André retentit d’un message étonnamment intemporel et moderne dans notre franc-maçonnerie du XXIème siècle. Notre Saint André, dans son sacrifice, propose ni plus ni moins, un chemin de lumière qui part des quatre coins du monde manifesté pour rejoindre un ciel de lumière.

L’archétype de l’Andros qu’il représente, va par le renouvellement chevaleresque du message d’Amour, ressusciter l’immortel esprit qui sommeille en nous. C’est ici que tous les acquis des grades précédents du REP peuvent être regardés comme un puzzle de spiritualité où rien ne manque. Ce grade apparait à bien des égards comme le plus précieux et le plus authentique de tous les grades Rose-Croix. Il s’inscrit dans la précieuse tradition chevaleresque de quête de lumière et d’Amour par le sacrifice et le don de soi que nous vous invitons à vivre.

Le Maître Ecossais Chevalier de Saint André appartient à la grande famille des grades Rose-Croix qui à vu le jour au début du XVIIIème siècle. Il est le 5èmeb grade du Early Grand Scottish ou Rite Écossais Primitif qui par son antériorité fut la base générique de nombreux rites. Robert Ambelain aimait à rappeler que ce rite était « Primigemus more majorem » le premier parmi les plus anciens. C’était un rite pratiqué par les officiers et bas officiers des régiments Écossais et Irlandais ce qui explique sa simplicité essentielle, son efficacité initiatique et son orientation spirituelle.

E.°.R.°.

« Le lundi 24ème de juin de l'an 1314, à Bannockburn, Robert Bruce roi d'Ecosse battait Edouard II roi d'Angleterre, gendre de Philippe IV le Bel. En ce jour de victoire il institua l'Ordre de Saint-André du Chardon d'Ecosse, en l'honneur du saint patron de l'Ecosse, en y insérant les Templiers écossais qui avaient participé à la bataille et qui n'avaient plus de nom depuis la destruction de leur Ordre. Tombé dans le silence, le secret ou l'oubli, cet Ordre fut réveillé par Jacques VI d'Ecosse, fils de la reine Marie Stuart et de son époux et cousin Henri Stuart de Lennox, seigneur de Darnley. De nouveau tombé dans l'oubli, le secret et le silence, il fut réveillé une troisième fois à Saint-Germain-en-Laye par son petit-fils Jacques VII d'Ecosse, roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande sous le nom de Jacques II, alors en exil en France. C'est de cette troisième filiation que nous tenons la nôtre, sur la foi de nos archives. « 

commentaires

RER04 Maitre Ecossais de St André

Publié le 14 Juillet 2026 par T.D

 

           Il nous reste, mon cher Frère, à vous expliquer le quatrième et dernier tableau qui devient, en ce moment, le plus important de tous par les objets nouveaux et infiniment essentiels qu'il a mis sous vos yeux.

           Ici la scène change entièrement. Les symboles cessent, comme on vous l'avait annoncé, et vous laissent dans le portique d'un nouveau Temple où vous aurez à commencer une nouvelle carrière.

L'Ordre vous montre aujourd'hui sans mystère, quoiqu'encore sous le voile léger d'une allégorie qui s'explique bien facilement, le but et le terme général de ses travaux. Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos Loges a eu pour base unique l'Ancien Testament, et pour type général le Temple célèbre de Salomon à Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème universel.

           Mais ici vous voyez une enceinte de murailles, percée de douze portes, telle que l'enceinte de la nouvelle Jérusalem est décrite par Saint Jean l'Evangéliste.

           Vous voyez au milieu de cette enceinte la montagne de la nouvelle Sion, et sur son sommet l'Agneau de Dieu triomphant, avec l'étendard de la toute‑puissance qu'il a

acquise par son immolation volontaire et réparatrice.

           Ce tableau allégorique, dont l'explication est si facile, figure pour les Maçons le passage de l'Ancienne Loi qui a cessé, à la Nouvelle Loi apportée aux hommes par le Christ et qu'il a volon­tairement scellée de son sang, pour la rendre à jamais ineffa­çable et universelle.

           La croix de Saint André que vous voyez au bas du même tableau figure aussi le passage maçonnique de l'Ancien au Nouveau Testament, confirmé par l'Apôtre Saint André qui, d'abord disciple de Saint Jean Baptiste, né et prêchant sous l'Ancienne Loi pour préparer les cœurs à la Nouvelle, abandonna son premier Maître pour suivre sans partage Jésus‑Christet scella ensuite de son sang son amour et sa foi pour son vrai Maître.

C'est cette circonstance particulière qui a fait adopter pour ce grade, dans l'intérieur de nos Loges, la dénomination de Maître Ecossais de Saint André.

           C'est pourquoi, depuis bien des siècles, depuis l'époque incertaine où les descendants des anciens initiés du Temple de Jérusalem, ayant été éclairés par la lumière de l'Evangile, purent, avec son secours, perfectionner leurs connaissances et leurs travaux, tous les engagements maçonniques, dans toutes les parties du monde où l'institution s'est successivement répandue, sont contractés sur l'Evangile et spécialement sur le premier chapitre de celui de Saint Jean, dans lequel ce disciple bien aimé, éclairé par une divine lumière, a établi avec tant de sublimité la divinité du Verbe incarné.

C'est sur ce livre saint que depuis votre premier pas dans l'Ordre vous avez contracté tous les vôtres.

           On a voulu par là vous apprendre que la doctrine, la morale, et toutes les vérités voilées sous les symboles maçonniques, sont de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux, et aussi anciennes que le monde, dont l'ère de sa création est si fidèlement conservée dans nos actes ;

mais qu'elles ont été propagées et perfectionnées par la Nouvelle Loi de grâce et de vraie lumière sous laquelle nous vivons. Ce que l'instruction du grade d'apprenti vous avait déjà enseigné.

                           Malgré tous ces rapports de l'institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion, de politique, et de toutes sciences profanes.

Cette règle est infiniment sage et doit être bien conservée, car nos Loges sont partout des écoles de morale religieuse, sociale et patriotique, où l'on apprend à exercer la bienfaisance dans toute son étendue, et ne sont point des

écoles de théologie, de politique, ni d’autres objets profanes.

D'un autre côté, vu la diversité des opinions humaines dans tous les genres, ces lois ont dû interdire toutes discussions qui pourraient tendre à troubler la paix, l'union et la concorde fraternelle.

           En supposant même que le terme final de l'institution maçonnique pût donner à ceux qui l'atteignent des lumières suffisantes pour résoudre précisément les questions et discussions religieuses qui auraient pu s'élever entre les Frères s'il leur était permis de s'y livrer, où serait, dans les Loges symboliques, le tribunal assez éclairé pour apprécier leurs décisions et les faire respecter ?

Ainsi donc, nous le répétons, les lois qui interdisent expressément toutes discussions sur ces matières sont infiniment sages et doivent être rigoureusement observées.

           Cependant, malgré ces sages réserves, l'Ordre n'a jamais voulu vous laisser penser qu'il fût indifférent en matière de religion.

Il vous a souvent prouvé le contraire car, lorsque vous vous êtes présenté pour y être admis, par la première des trois questions préparatoires qui vous furent proposées, il vous fit demander ce que vous pensiez de la religion chrétienne, dont vous aviez déclaré faire profession.

           L'Ordre, mon cher Frère, est essentiellement tolérant et ne veut que des déclarations libres. Il considère comme frères tous les Maçons qui portent le nom de chrétien et qui ne le déshonorent pas, à quelque communion chrétienne qu'ils appartiennent.

Mais dès lors on vous annonça que cette question importante, ainsi que les deux autres qui y étaient jointes, vous seraient souvent présentées. Elles l'ont été en effet. Mais chaque fois on vous a laissé l'entière liberté de dire franchement votre pensée sur ce sujet. Vous n'avez jamais été contesté. On s'est toujours borné à vous applaudir, à vous encourager, quand on a trouvé dans vos réponses une croyance conforme à celle de l'Ordre, ou à vous donner des conseils fraternels, si on a reconnu que vous en eussiez encore besoin. On a constamment suivi cette marche avec vous, parce que toute opinion contrainte, ou complaisamment adoptée, n'est jamais solide ni profitable et son instabilité se décèle tôt ou tard.

           Mais en même temps vous avez été prévenu qu'il viendrait un moment où vous seriez tenu de vous expliquer nettement, précisé­ment, et de faire connaître sans détour, sans ambiguïté, vos véritables opinions religieuses, et on ne vous a pas dissimulé que vos progrès ultérieurs dépendraient toujours de leur conformité avec celles de l'Ordre.

           Tout vous indique aujourd'hui que le moment qui vous a été annoncé est proche, et que vous devez vous préparer sans délai, au cas que vous n'y soyez pas déjà tout prêt, à édifier sur ce point vos Frères par une déclaration qui remplisse leur attente, si vous voulez que la porte du nouveau Temple s'ouvre un jour devant vous.

           Les tableaux mis sous vos yeux, les explications que vous en avez faites, et les instructions que vous recevez depuis long­temps, vous font assez connaître pourquoi [les juifs, les mahométans, et tous] ceux qui ne professent pas

la religion chrétienne, ne sont point admissibles dans nos Loges.

           Car il est évident que l'admission d'hommes, tant recommandables soient‑ils d'ailleurs, mais qui ne peuvent donner pour la validité de leurs engagements dans l'Ordre la seule garantie qu'il exige partout depuis un temps immémorial, serait une contradiction inconcevable dans ses principes et sa doctrine ; ils vous expliquent assez pourquoi elles rejettent pareillement de leur sein ceux qui se mentent habituellement à eux‑mêmes et à leurs Frères, en déclarant ici qu'ils professent une religion à laquelle ils se glorifient ailleurs de ne pas croire. Si un usage contraire s'est introduit dans quelques Loges, c'est un abus, c'est une sorte de scandale, qui ne peuvent être attribués qu'à l'ignorance absolue des principes fondamentaux de l'institution maçonnique.

           Ceux de nos Frères qui ont été chargés de votre préparation pour chacun des grades précédents, vous ont toujours dit que de votre croyance religieuse, considérée comme le premier garant des vertus maçonniques, dépendraient vos progrès ultérieurs dans l'Ordre. Ce qu'ils vous ont dit alors privément, nous vous le disons aujourd'hui tout haut et sans mystère, parce que le moment est venu de le dire. Oui, l'Ordre est chrétien ; il doit l'être, et il ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes bien disposés à le devenir de bonne foi, à profiter des conseils fraternels par lesquels il peut les conduire à ce terme.

Ainsi, mon cher Frère, persévérez dans les sentiments que vous nous avez fait connaître jusqu'ici, vos succès ne seront plus douteux.

           Vous êtes appelé, mon cher Frère, par le grade que vous venez de recevoir, à coopérer plus qu'auparavant par vos avis et vos suffrages, à la prospérité de la Loge Rectifiée dont vous faites partie.

Ecartez‑en, autant qu'il dépendra de vous, quand vous serez consulté, ces hommes inutiles à l'Ordre et si souvent dangereux.

La prospérité d'une Loge ne dépendra jamais du grand nombre de ses membres mais du bon choix qu'elle en aura fait, et de leur attachement inviolable aux principes fondamentaux de l'institution.

           Qu'une lâche complaisance ne vous fasse donc point accorder votre suffrage pour l'admission ni pour l'avancement de celui qui se présentera lorsque, dans votre conscience, vous ne l'en jugerez pas digne.

Mais que le fanatisme, qui gâte et corrompt tout ce qu'il touche, ni d'injustes préventions qui surprennent et égarent souvent l'homme le plus équitable, n'influent jamais sur vos déterminations, et que la charité fraternelle soit toujours le principe de celles que vous prendrez.

           Soyez donc indulgent pour celui qui est encore dans l'erreur, mais qui aime la vérité et la cherche de bonne foi. Les conseils, les maximes de l'Ordre, les emblèmes, les symboles même, et plus encore les bons exemples des Frères, seront pour lui un langage éloquent qui les lui rendra profitables.

Vous goûterez alors le plaisir pur de lui avoir rendu le plus important service.

           Mais que celui qui est subjugué par l'esprit d'indépendance et par les penchants déréglés de son cœur, qui, par ton, par habitude, par imitation, par légèreté, fronde les vérités religieuses, ou n’en parle qu'avec indifférence ou mépris, ne souille jamais par sa présence le Temple que les Maçons élèvent à la vertu et à la vérité.

Et n'ayez jamais à vous reprocher d'avoir consenti à cette profanation.

commentaires
Publicité

Mort, Régénération et Sagesse par la Croix de Saint-André

Publié le 13 Juillet 2026 par T.D

 

La croix de Saint-André, qui a la forme de la lettre grecque X (khi), est l’hiéroglyphe du scintillement des étoiles, de la dispersion rayonnante de tout ce qui brille, éclaire, irradie. Aussi en a-t-on fait le sceau, la marque de l’illumination et, par extension, de la révélation spirituelle. Elle apparaît à l’avant-dernier des degrés d’Aréopage, où culminent les idées fondatrices du REAA et la traduction de l’Œuvre spirituelle des Maçons à travers l’ésotérisme chrétien, la philosophie grecque, et la symbolique alchimique. La croix synthétise la Tradition chevaleresque, « issue elle-même de la sublimation de la Tradition salomonienne » (Manuel d’instruction 30ème degré REAA). Si pour les Chrétiens la croix est au premier abord le symbole de la mort et de la résurrection du Christ, elle rayonne en Sagesse dans le cœur des Adeptes qui s’appuient sur elle comme sur la Pierre de l’opus alchimique pour accomplir leur régénération.
Mais cette Œuvre nécessite d’abord un état d’esprit, un élan intérieur vers une totalité dépassant les limites de la conscience, un embrasement par lequel les Grands Ecossais de Saint-André vivent « en communauté » leur communion au sein d’une autre dimension spirituelle. Ils sont surtout en état de recevoir ce que « Dieu sème dans le « noûs » humain, la vertu, la raison et la gnose. La régénération intérieure de l’homme procède de la sagesse intelligible et de la semence du bien qui vient de Dieu. » ( Scott, Hermetica) Celle des Grands Ecossais de Saint-André se traduit ainsi par la re-connaissance de leurs devoirs : Respecter la Raison, Servir la Vérité, Défendre la Vertu, Combattre pour le Droit.
Cette régénération « en » Esprit est illustrée par le diptyque mort-renaissance et représentée notamment dans la mythologie égyptienne par le dieu Aker, un lion à double tête, qui jouait un rôle important dans le culte des morts. Lors des cérémonies d’embaumement, dans ses bras se renouvelait le dieu du soleil, et avec lui le mort. Ce couple soleil et mort se retrouve au 29ème degré sur les décors du Frère Expert qui porte un triple triangle avec en son centre un soleil radieux au-dessus duquel se trouve une tête de mort. De même un tombeau avec à sa tête un soleil, et entre les deux un compas, figurent sur la Chambre du Milieu du Tableau de Loge. Sans doute le compas est-il ouvert à angle droit, car pour faire le « signe du Soleil » le Grand Ecossais de Saint-André forme avec sa main un compas ouvert à l’équerre tout en disant « Je compasse jusqu’au Soleil », le pouce de la main droite sur l’œil droit.
L’ensemencement, celui du blé en particulier, est un thème qui renvoie aux mystères égyptiens d’Orisis et traduit un processus de résurrection ou de régénération « post mortem » dans lequel l’un donne naissance au multiple et qui exprime l’identité secrète des « semblables ». Ces grains sont semés en Franc-Maçonnerie dès le degré de Compagnon dont le mot de passe est représenté par un épi de blé. Dans le langage des Pères de l’Eglise, qui a conservé ces images dans leur interprétation antique, on retrouve le blé, symbole du Fils de Dieu, c’est-à-dire du Christ, et spécialement le « grain de blé » qui, en mourant porte beaucoup de fruits (Jean, 12, 24). Ephrem le Syrien appelle le Christ un agriculteur spirituel qui « confia, tel un grain de blé, son propre corps au champ stérile. De même que le grain de blé tombe en terre, le Christ est tombé dans le monde inférieur et s’est élevé comme une gerbe de blé et comme le pain nouveau. Béni son sacrifice ! Il fut enfoui dans les profondeurs par ses meurtriers, comme le grain de blé par le paysan, pour y ressusciter et en éveiller beaucoup d’autres avec lui ».
Ainsi, dit Honoré d’Autun, « De même que le pain est fait de nombreuses graines, de même que le corps du Christ est composé de nombreux élus, le vin est composé de nombreux grains de raisin et il est foulé dans le pressoir. Le corps du Christ est formé d’un grand nombre de justes et il est supplicié sur l’échafaud de la croix. » Et dans la résurrection, dit Petrus Bonus, « le corps devient totalement spirituel, comme l’âme elle-même, et ils deviennent un comme l’eau mêlée à l’eau et ils ne sont plus jamais séparés, car en eux il n’est aucune diversité, mais plutôt unité et identité de nous trois, à savoir, de l’esprit, de l’âme et du corps, sans séparation dans l’éternité. Ainsi sont réellement manifestées l’identité et l’unité dans la Très Sainte Trinité de Dieu, à savoir du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui sont un et le même en Dieu lui-même, avec la distinction des personnes, mais sans diversité dans la substance. »
Pour marquer cette union de la multiplicité dans la substance au 29ème degré, sur le bijou porté par tous les Frères sont figurés au centre d’une croix de Saint-André une pomme de pin et une clé. De même le Président de la Loge, le Patriarche, « le premier parmi ses égaux », passe un anneau au doigt du Grand Ecossais de Saint André au terme de son initiation, et s’en passe un autre à l’annulaire. Ils s’inscrivent ainsi dans la communauté de tous ceux qui ont été illuminés par le Saint-Esprit, dont Dieu habite la « tente », le tabernacle. C’est pour garder et entourer ce trésor universel qu’ils sont « conduits » à « croiser » au cours de l’histoire d’autres Chevaliers chargés de construire ou rebâtir des édifices chrétiens. Dans l’ancien Rite de Perfection au 18ème siècle, le Tableau de Loge des « Chevaliers de Saint-André » est justement le « Camp du Rendez-vous », dont le centre est un triangle équilatéral et l’anneau périphérique une suite de neuf « tentes ».
La croix de Saint-André synthétise à trois niveaux à la fois les démultiplications dans l’union sacrée des Chevaliers, les sublimations alchimiques successives réalisées dans l’opus, et la résurrection du corps spirituel, soit l’Œuvre total de régénération. Cette démultiplication des « 3 en 1 » est symbolisée et s’opère par le signe de croix de la multiplication (X) et le nombre 3. Les nombres 3, 9, 27 et 81 (soit 3 « puissance » 1, 2, 3 et 4) constellent ainsi tous les degrés ou presque du REAA pour symboliser le temps de l’œuvre et son espace sacré. Ils se conjuguent aussi au 29ème degré avec le nombre 1000 (symbole de béatitude) pour traduire par le nombre 27000 l’esprit des 27000 « Croisés » chevauchant vers la Palestine sous la bannière de Saint Louis.
Le baron de Tschoudy, rédacteur présumé du premier rituel du 29ème degré, souligne dans l’« Etoile Flamboyante » sa place essentielle en Franc-Maçonnerie : « L’Art Royal strictement dit est renfermé dans les grades d’Apprenti, Compagnon, sanctifié dans celui de Rose-Croix, complété et développé dans le seul écossisme possible, celui de Saint-André d’Ecosse. » Mais cette Maçonnerie qui « n’est pas faite pour être aperçue », « dépend de la découverte de la circulation des trois principes chimiques, sel, soufre, mercure, formés eux-mêmes par des principes ou éléments principiés. Oserai-je ajouter que de leur action résulte le carré dans le triangle ? Le carré est le symbole des quatre éléments qui sont contenus dans le triangle des trois principes chimiques, ce qui réuni, forme l’unité absolue dans la matière première. » Si le 29ème degré est de Tradition solomonienne pour l’inscription de Salomon, « le roi le plus sage », dans la légende du grade, il l’est aussi pour la Sagesse de la Tradition alchimique, la « Sapientia Dei », la Pierre de l’opus, essentielle dans l’esprit du Grand Ecossais de Saint-André.
La Pierre symbolise sa structure intérieure et les trois pierres angulaires du Tableau de Loge du 29ème degré, nées de sa subdivision, symbolisent à la fois ses vertus et sa totalité, des aspects particuliers d’une seule et même chose. Dans son cheminement intérieur, le Grand Ecossais de Saint-André saisit à quel point la figure de la Sagesse de Dieu, de la Pierre, est « cruciale », car il découvre que ce qu’il cherchait depuis son initiation au premier degré du Rite n’est pas seulement une idée, mais une réalité qui manifeste son existence physique dans un sens beaucoup plus profond, qui peut lui tomber dessus comme la foudre. Sur le Tableau de Loge elle peut ainsi « fondre » du centre du cercle « sur » sa périphérie et atteindre en passant par trois petites colonnes les pierres cubiques dont la pointe repose sur chaque colonne, faisant rayonner la lettre G en leur « milieu ». Au 29ème degré la Pierre, la Sagesse de Dieu, n’est pas seulement un concept intellectuel, mais elle peut se révéler bouleversante, saisie de façon réelle, actuelle et tangible.
L’irruption de la Sagesse, qui confère ainsi à l’âme de l’alchimiste non seulement la connaissance, mais aussi une efficacité dans le domaine de la matière, est précédé d’un certain « amor » ou « appetitus naturalis » allant du sujet vers l’objet de la connaissance. « Selon Bernard de Claivaux, même notre amour de Dieu, et donc tout amour supérieur, commence d’abord par la « concupiscentia », l’instinct de tout être vers son accomplissement individuel. Selon Saint-Thomas également, l’instinct naturel de toute créature tend finalement vers sa perfection, et donc vers la ressemblance divine. Ce désir naît par la connaissance de ce qui est désiré, la contemplation du bon et du beau (et du triptyque Sagesse, Force, Beauté pour les Maçons dès le premier degré du REAA). Le mouvement de l’amour est donc circulaire et l’amour est la vertu unitive proprement dite. La Sagesse de Dieu illumine l’homme qui trouve la vérité dans la nature, dont l’essence la plus authentique est justement de nouveau la Sagesse. » (Von Franz, Aurora Consurgens)
L’idée d’un processus de connaissance circulaire joue également un rôle central dans l’alchimie, où c’est la nature elle-même qui réalise l’œuvre avec l’aide de l’Artiste. Une telle connaissance « naturelle » est obtenue par une intense méditation sur la matière et elle parfait en retour la réalisation de la conscience chez l’alchimiste. Dans le langage alchimique, c’est l’ « extraction » de la « vérité » hors de la matière par l’intermédiaire de conceptions symboliques efficaces, de symboles, d’« aimants » justes. Cette Vérité à extraire est personnifiée par la Sagesse, « la nature très véritable qui ne s’induit pas en erreur ». Grâce au contact de la Sagesse de Dieu, la nature humaine « s’écoule » et commence à suivre son désir le plus naturel qui la porte vers son propre accomplissement et la connaissance de Dieu.
Elle s’accomplit dans l’espace-temps sacré où souffle « à midi » l’Esprit-Saint, l’Esprit de Vérité, l’ « auster », ce vent du sud chaud et sec « qui échauffe toutes choses par le feu de l’amour et provoque l’exaltation, qui lorsqu’il touche les esprits des élus les libère de toute tiédeur et les rend fervents (et semblables aux Grands Ecossais de Saint-André dont les qualités sont le zèle, la ferveur et la constance), afin qu’ils réalisent le bien qu’ils désirent, où sont les ordres cachés des anges (les anges des quatre éléments du 29ème degré), et les replis très secrets de la patrie céleste, que remplit la chaleur du Saint-Esprit. Là, tout le jour, comme à l’heure du midi (soit depuis « midi plein » jusqu’à « l’entrée de la nuit », heures d’ouverture et de fermeture des travaux du degré), le feu du soleil brûle intensément, car l’éclat du Créateur qu’obscurcissent pour l’instant les brumes de notre condition mortelle est vu dans une clarté plus grande et, tel un rayon de la sphère, s’élève vers les espaces supérieurs, car la « vérité » nous illumine de par en part. Là, la lumière de la contemplation intérieure est aperçue sans que s’interpose l’ombre de la mutabilité. » (Von Franz, Aurora Consurgens)
La Sagesse est dans l’Aurora Consurgens (d’origine attribuée à Saint-Thomas d’Aquin) non seulement une hypostase ou un attribut de Dieu, mais un être spirituel qui a une existence autonome auprès de Dieu. De même, dans le Corpus Hermeticum, la Sophia est citée comme Archê (principe originel incréé) indépendante auprès de Dieu. Le Patriarche, Président de la Loge au 29ème degré, est ainsi celui qui détient la mémoire et la marque originelle de sa lignée. Chez Philon d’Alexandrie aussi bien que dans la Sagesse de Salomon, la Sophia a la capacité spirituelle de pénétrer tel un souffle dans l’homme, et de le remplir de sagesse, de vénération, de vertu ou de passion. La Sophia devient donc clairement la Mère par laquelle le Tout fut réalisé. Elle est en même temps identique à l’esprit de Dieu qui planait sur les eaux, parce qu’elle représente le savoir de Dieu.
« Sache, mon fils, dit Alphidius, que cette Sagesse est en un lieu et que ce lieu est partout. Le lieu en est les quatre éléments, et ils sont quatre portes… Cette maison est une maison aux trésors dans laquelle sont amassées toutes les choses sublimes de la science ou de la sagesse, ou les choses glorieuses que l’on ne peut posséder. Elle est fermée de quatre portes, ces quatre portes ont quatre clés, chacune la sienne. Sache donc, mon fils, et note que celui qui ne connaît qu’une seule clé et ne connaît pas les trois autres et ouvre alors la maison avec son unique clé et ne voit pas ce qui est dans la maison, celui-là va à sa perte ; car la maison a une superficie qui tend à une contemplation infinie. Il faut donc ouvrir les quatre portes avec les quatre clés jusqu’à ce que la maison entière soit remplie de lumière, alors chacun peut y entrer et prendre le trésor. »
Les Grands Ecossais de Saint-André doivent ainsi saisir « ensemble », en les unifiant dans le même espace-temps de conscience, les symboles qui se présentent par quatre, ou « par le nombre » quatre, au 29ème degré : les éléments (Terre, Eau, Air, Feu), les croix de Saint-André aux quatre angles de la Loge, les attouchements, les anges et les mots de passe, l’âge (soit la puissance quatre du nombre trois), les coups de maillet du Patriarche sur le cou du candidat durant son initiation. Il peuvent alors goûter les fruits de l’Œuvre, et rejoindre le sens du grade qui constituait à l’origine « la fin de la vraie Maçonnerie et la récompense des travaux d’un vrai Maçon ».
Patrick Carré
mai 2012

commentaires

Qui était Saint André ?

Publié le 13 Juillet 2026 par T.D

Au rituel du 4e Grade, désigné à cette époque sous le nom de « Maître Ecossais », approuvé par le Convent des Gaules de 1778, manquait le  dernier tableau, avec la figure de saint André, ainsi que l’ultime instruction qui résume tous les points essentiels de la Maçonnerie symbolique rectifiée, éléments qui furent rajoutés bien après le Convent de Wilhelmsbad (1782).

Dans une lettre, Willermoz expliquait le sens du 4e Grade du Régime rectifié de la manière suivante : « Nous n’avons chez nous qu’un seul grade supérieur et intermédiaire entre les trois gra­des bleus et l’Ordre Intérieur, dénommé, comme je l’ai déjà dit, Maître Ecossais de Saint-André. (…) Notre Maître Ecossais retrace et met en action dans sa réception tou­tes les grandes époques historiques survenues au Temple de Salomon et à la nation élue : la destruction, la réédification et la deuxième dédicace de l’un, la captivité, le re­tour et les combats de l’autre ; car nous ne perdons jamais de vue les révolutions de ce Temple unique, ni le grand emblème du Maître Hiram ; tous ces objets sont mis en scène sous les yeux du candidat par divers tableaux, dont le dernier figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle par Saint-André qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ ; ici finissent les symboles. » [1]

Pourtant, malgré sa place importante dans le Régime rectifié, peu de Frères connaissent qui fut réellement saint André.

Il semble donc intéressant d’éclairer la figure de ce grand saint et Apôtre qui occupe une place charnière au sein du système fondé par Jean-Baptise Willermoz.

Saint André (+ 62), frère de saint Pierre, est le premier des Apôtres qui ait connu Jésus-Christ, aussitôt après Son Baptême sur les bords du Jourdain. Toutefois son appel définitif ne date que du moment où Jésus le rencontra avec son frère Simon, jetant les filets pour pêcher, dans le lac de Tibériade, et leur dit à tous deux : « Suivez-Moi, Je vous ferai pêcheurs d’hommes. »

 Après la Pentecôte, André prêcha dans Jérusalem, la Judée, la Galilée, puis alla évangéliser les Scythes, les Éthiopiens, les Galates et divers autres peuples jusqu’au Pont-Euxin. Les prêtres de l’Achaïe prirent soin d’envoyer aux églises du monde entier la relation de son martyre, dont ils avaient été les témoins oculaires. Menacé du supplice de la croix : « Si je craignais ce supplice, dit-il, je ne prêcherais point la grandeur de la Croix. » Le peuple accourt en foule, de tous les coins de la province, à la défense de son Apôtre et menace de mort le proconsul. Mais André se montre, calme la foule de chrétiens ameutés, les encourage à la résignation et leur recommande d’être prêts eux-mêmes au combat.

 Le lendemain, menacé de nouveau : « Ce supplice, dit-il au juge, est l’objet de mes désirs ; mes souffrances dureront peu, les vôtres dureront éternellement, si vous ne croyez en Jésus-Christ. »

 Le juge irrité le fit conduire au lieu du supplice. Chemin faisant, l’Apôtre consolait les fidèles, apaisait leur colère et leur faisait part de son bonheur.

 D’aussi loin qu’il aperçut la Croix, il s’écria d’une voix forte : « Je vous salue, ô Croix consacrée par le sacrifice du Sauveur ; vos perles précieuses sont les gouttes de Son sang. Je viens à vous avec joie, recevez le disciple du Crucifié. O bonne Croix, si longtemps désirée, si ardemment aimée, rendez-moi à mon divin Maître. Que par vous je sois admis à la gloire de Celui qui par vous m’a sauvé. »

 Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, les distribua aux bourreaux, puis fut lié à une croix d’une forme particulière, appelée depuis croix de Saint-André. Le Saint, du haut de sa Croix, exhortait les fidèles, prêchait les païens, attendris eux-mêmes.

 Une demi-heure avant son dernier soupir, son corps fut inondé d’une lumière toute céleste, qui disparut au moment où il rendit l’âme.

Ainsi, comme le souligne Willermoz, Saint André « figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ », il nous rappelle que la Nouvelle Alliance est rattachée et unie aux alliances antérieures qu’elle réincorpore et « accomplit », mais que l’Incarnation de Jésus-Christ a ceci de particulier qu’elle manifeste non seulement la continuité des promesses qu’elle situe sur un plan céleste et divin, mais surtout fonde pour toujours « l’Alliance éternelle » (Hébreux 13, 20), l’Alliance parfaite, bien supérieure à l’ancienne, l’Alliance nouvelle qui libère la race d’Adam par l’effet de la loi nouvelle de grâce.

commentaires

Saint André, l'apôtre

Publié le 13 Juillet 2026 par T.D

Les évangiles nous le présentent comme l’un des deux disciples de Jean le Baptiste qui suivirent Jésus dès le commencement (Jn 1, 35-39).

André est né à Bethsaïde, en Galilée, sur les bords du lac de Tibériade. Avec son frère Simon, il était pêcheur. Recherchant Dieu, il avait d’abord été le disciple du prédicateur Jean le Baptiste, qui l’avait certainement baptisé. Lorsque Jean-Baptiste désigna Jésus-Christ en disant : « Voici l’agneau de Dieu », « l’agneau de Dieu qui l’emporte sur les péchés du monde » (Jean 1, 29-40), il le suivit et ne le quitta plus. Il fut ainsi premier disciple appelé par Jésus-Christ.

André servit souvent d’intermédiaire. C’est lui qui amena son frère Simon Pierre à Jésus (Jn 1, 39-42).
C’est encore lui, lors de l’épisode de la multiplication des pains, qui amena le jeune garçon portant les cinq pains et les deux poissons à Jésus pour nourrir une multitude affamée (Jn 6, 9).
C’est lui enfin qui, avec Philippe, son compagnon de Bethsaïde, introduisit auprès de Jésus quelques Grecs qui cherchaient à le rencontrer.

La tradition rapporte qu’après la Pentecôte, il partit prêcher l’Évangile, au cours d’un long voyage, tout autour des côtes de la mer Noire. Ses voyages l’amenèrent en Bithynie (côte turque), à Éphèse, en Mésopotamie, en Ukraine actuelle, en Thrace (région entre le Bosphore et le Danube), à Byzance et finalement en Achaïe (région au nord du Péloponnèse), où il finit crucifié, sous l’empereur Néron, à Patras, en l’an 60. La croix de supplice sur laquelle il a été crucifié était en forme de X, ce qui a donné le nom de croix de Saint-André.

Au IVe siècle, ses reliques furent transportées à Constantinople, mais reposent aujourd’hui à Amalfi en Italie. Dans les années soixante, une grande partie des reliques du saint et de sa croix furent restituées à l’Église de Grèce. Dans la ville de Patras, on construisit une grande église pour les abriter.

L’attribut de saint André est la croix à branches égales, dite croix de saint André, sur laquelle il fut martyrisé. Parfois, l’ancien pêcheur de Galilée tient un grand filet d’où émergent des têtes de poissons.

commentaires

Le Serment: je préfèrerais avoir la gorge coupée...

Publié le 12 Juillet 2026 par T.D

Dans le mémento du 1er degré, au chapitre « instruction » il est demandé à l’Apprenti de faire le signe pénal et d’en donner la signification. -

« que signifie ce signe ? » questionne le 1er Surv et le Frère répond « que les secrets qui mont été confiés. »

Cette réponse fait bien sûr écho au serment qu’il a prêté lors de sa cérémonie d’initiation. Souvenons-nous, le VM lui demande d’écouter attentivement la formule du serment. Le récipiendaire jure donc. De ne jamais révéler aucun secret de la FM à qui nen a pas qualité pour les connaître ; lobservance consciencieuse des principes de lOrdre; de suivre régulièrement les travaux ; daimer ses frères. Et il conclut:

« Je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d’aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d’avoir la langue arrachée et la gorge coupée. »

Rien que ça… Phrase terrible, glaçante qui scelle son serment.

Pour l’instant, le futur initié ignore que tout est symbole — quoiqu’il puisse quand même le deviner, le VM lui a donné quelques indices entre les épreuves. Tout est symbole, certes mais pendant une seconde qui na pas pris cette sentence pardonnez-moi ce jeu de mot au 1er degré ? Qui ne sest pas demandé si à lorigine, jadis dans une société où la peine de mort, la torture, la barbarie étaient assez partagées par des juges peu enclins à la tolérance et à la galéjade ; si cette punition navait pas existé. Après tout, la maçonnerie ne date pas d’hier. Et il y a fort à parier qu’une des origines du fantasme anti maçonnique, de l’accusation calomnieuse des pires infamies auxquelles nous nous livrons et dont heureusement nous savons rire, pourrait venir de là. C’est bien connu toute cérémonie d’initiation quelle qu’elle soit, au mieux intrigue, au pire fait peur. Ce qui est sûr c’est qu’on en sort différent, transformé.

En outre, le VM insiste en demandant par deux fois au néophyte au cas où celui-ci soit devenu relapse entre temps sil persiste, si son serment et ses engagements ne lui donnent aucune inquiétude. Nous remarquerons que dans le memento, cest juste la gorge qui est menacée de tranchage. Il nest pas question de langue arrachée ; de toute façon, lApprenti na pas vraiment eu loccasion de sen servir. Il y a une autre différence. En prononçant lors de linitiation la phrase « sous peine, si je devais y manquer, d’avoir la langue arrachée et la gorge coupée », le récipiendaire subit, il est sous une menace. Ce qui le punirait en cas de trahison, c’est une justice immanente, celle du Grand Architecte ou celles des Frères. Bref, cette peine lui serait infligée par d’autres. Quelques années plus tard, alors qu’il a progressé, que les Maitres pensent qu’il est apte à gravir une marche, l’Apprenti qui a travaillé une partie des symboles à son degré est également capable d’être. Capable de dire « je ». « […] je préfèrerais avoir la gorge coupée que de révéler les secrets qui m’ont été confiés. » La conjugaison en dit long. L’Apprenti quitté sa forme passive d’homme imparfait pour commencer à suivre un chemin actif, une voix d’affirmation. Les mots ont leur importance, les secrets sont confiés au Frère. Pas donnés. Ce n’est donc pas tant un contenu, une liste de mots, de gestes ou d’attouchements dont il est question. Mais de confiance. Le terme « signe pénal » est très peu souvent prononcé par le VM ou les Off pendant les tenues régulières au 1er degré. Le mot « signe » sans qualificatif suffit ; « A moi mes Frères ! Par le signe… » ; la signification pénale de ce dernier est intégrée. Intégré, car la mise à l’ordre est tout à la fois le rappel de la mesure — avant de parler, il vaut mieux tourner sept fois dans sa bouche sa langue, surtout si elle n’est pas encore arrachée — mais aussi la façon de se souvenir de notre serment ; la main devient alors le symbole de la lame guetteuse. Une auto punition en suspens.

A propos de serment, à l’heure où je travaillais ce modeste morceau d’architecture, notre F Benoît nous saisissait d’un passage du Recueil des obligations déontologiques des magistrats, publié par le Conseil Supérieur de la Magistrature. En voici la substance : « Le devoir de solidarité entre les membres de certaines organisations ou l’existence d’un système de justice propre à celles-ci peuvent générer un devoir de loyauté incompatible avec l’impartialité à laquelle les magistrats sont tenus. […] La pratique du serment […] qu’implique l’appartenance à certaines organisations philosophiques ou religieuses risque d’être incompatible avec les devoirs d’indépendance et d’impartialité du magistrat. » Le serment maçonnique est en effet double. Le symbolique prononcé à l’intérieur du Temple et celui qui en découle pour le monde profane. Ce dernier m’apparaît moins comme la parole donnée à ne rien dévoiler qu’à une parole tacite de ne pas se dévoiler. Car que faut-il donc taire qui ne soit déjà révélé, commun ? Les livres, les sites se sont chargés de trahir le serment à notre place. Tous les secrets sont accessibles excepté le nôtre évidemment. Et celui de l’appartenance. Le Franc-Maçon sait bien qu’un outil, un symbole doit être manié avec circonspection. Le bandeau sur les yeux de la Justice symbolise son impartialité ; il ne lui cache pas la vue, il la préserve, grâce à lui, elle peut voir clairement, équitablement. Son aveuglement est garant de son impartialité. A l’inverse, celui qui cache les yeux du récipiendaire le maintient dans les ténèbres ; il faut lui ôter pour qu’il reçoive la lumière. Ce qui peut donc inquiéter dans cet abstract du Conseil Supérieur de la Magistrature, quelle que soit notre obédience, c’est l’abolition annoncée entre la légalité et la légitimité. Entre le Droit et le droit d’être. La menace d’un monde, sans symbole et sans symbolique, qui confond tout. Un monde où est jeté dans le même sac, la Franc-Maçonnerie, des associations tolérantes et universalistes et des organisations criminelles, factieuses ou sectaires. La Franc-Maçonnerie encore très suspecte de collusions et d’entre-soi n’est donc pas prête d’être épargnée ou valorisée. Cette « incompatibilité avec les devoirs d’indépendance et d’impartialité du magistrat » nous renvoi encore et toujours à une marginalisation. Car face à ceux qui tranchent et coupent réellement des têtes, des gorges et plus largement des pensées, notre serment, tout sanglant et douloureux qu’il puisse apparaitre est bien inoffensif.

 

Alain KEI.°.

commentaires
Publicité

L’Autel des serments

Publié le 12 Juillet 2026 par T.D

Le but de la présente planche est de définir ce qui, dans nos Loges, est un autel et traditionnellement désigné comme « Autel des serments » ; de préciser à quoi il sert, dans quelle intention et comment y disposer les objets symboliques.

Essayons tout d’abord de définir ce qu’est l’autel de notre Loge.

Essai de définition de l’Autel

A l’avant du Pavé mosaïque et à courte distance des trois marches conduisant à l’Orient, la Tradition nous fait placer un autel dans l’axe du Vénérable Maître.

Cet « Autel des serments » devrait, selon l’usage des Anciens, se trouver sur le plateau du Vénérable Maître, mais en réalité il est représenté le plus souvent sur un petit meuble immédiatement accolé à son plateau, au-dessus ou au-dessous des trois marches qui délimitent l’Orient de la Loge. Il est plus rarement situé au centre du Carré Long de la Loge. Il s’agit d’un support surélevé destiné à rassembler les éléments symboliques.

Dans la plupart de nos Loges, il s’agit d’un meuble généralement de forme cubique mais ailleurs, il s’agit parfois d’une grosse pierre brute sur laquelle peuvent être posées ce que nous appelons « les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie ».

Que doit-on trouver sur l’Autel des serments ?

L’Autel des serments

En vue du bon déroulement de chaque Tenue, le Frère Architecte dépose sur l’Autel le Volume de la Loi Sacrée fermé. Au Rite moderne, il y joint un compas également fermé ainsi qu’une équerre. Selon le rite pratiqué, d’autres objets doivent parfois être placés sur l’Autel. Ainsi, au Rite Écossais Rectifié, une petite Épée et une Truelle sont également disposées en plus des Trois Grandes Lumières.

Les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie forment symboliquement un tout. On peut en déduire l’intention des Maçons de ne pas accepter le contenu du livre sacré dans son sens littéral, mais bien de l’interpréter au moyen du symbolisme du Compas et de l'Équerre.

Pour certains Maçons, le Volume de la Loi sacrée ne serait qu’un symbole et, à ce titre, il serait susceptible d’interprétation personnelle. Mais la présence de la Bible sur l’Autel est un Landmark contesté par certaines Loges non-régulières. C’est pourquoi, dès 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre – qui est l’héritière de la première Grande Loge de Londres et, à ce titre, la garante de l’archétype de la Franc-maçonnerie spéculative – a publié les huit principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.

Sans pour autant vous les rappeler tous, je vous dirai simplement qu’au point 3 de ces Landmarks, il est spécifié que les Initiés devront prêter leur obligation sur le Livre de la Loi Sacrée, ou les yeux fixés sur ce Livre ouvert, par lequel est exprimé la révélation d’en haut par laquelle la conscience de l’individu que l’on initie est irrévocablement liée.

Le Volume de la Loi Sacrée ne se trouve pas seul sur l’Autel. Il est recouvert de l'Équerre et du Compas. La présence de ces deux outils – qui deviennent des symboles une fois les Travaux ouverts – n’a aucune connotation blasphématoire. Nous sommes en présence d’un modèle symbolique universel. Dans ce modèle, l'Équerre représente la partie matérielle du Cosmos, c’est-à-dire pour nous la Terre. Le Compas y représente le Ciel ou les Cieux. L'Équerre est donc l’emblème de l’homme et le Compas celui du Grand Architecte de l’Univers.

Ces Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie constituent un modèle symbolique ternaire. Mais l'Équerre et le Compas, modèle binaire, se juxtaposent, pour en éclairer la portée, avec le Volume de la Loi Sacrée qui, aux yeux de certains autres Maçons, est bien plus qu’un symbole. Pour Guy Boisdenghien notamment, le Volume de la Lois Sacrée contient des passages attribués à des révélations a-humaines ».

Le point 6 des Landmarks précise également que les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie seront toujours exposées pendant les Travaux de la Grande Loge ou des Loges sous son contrôle. La principale de ces Lumières est le Livre (ou Volume) de la Loi Sacrée, concept que je vais à présent essayer d’expliciter.

Le serment

Lors de la cérémonie d’Initiation, immédiatement après les « voyages », l’Impétrant prête son serment sur les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie. Le rituel précise bien qu’il s’agit du Volume de la Loi Sacrée, le Compas et l'Équerre.

Dans certaines obédiences ou à certains rites, il est dit au candidat que ce Volume de la Loi sacrée, c’est la Bible. En réalité, ce Volume est toujours la Bible, ouverte au Prologue de l'Evangile de Jean. Agir autrement reviendrait à vider le rite de son sens !

Mais ce livre ne représente peut-être rien pour le candidat. Pour que ce serment ait une valeur, il faut qu’il soit prêté sur un livre représentant la loi morale ou la Tradition.

Conformément à l’article 3 de la Constitution de notre Obédience, la G.L.R.B., toutes les promesses et engagements solennels doivent être pris en apposant la main droite sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, à savoir le Volume de la Loi Sacrée, ouvert de préférence à l’Évangile selon St Jean,  sous l'Équerre et le Compas. Le Livre sacré exigé par la religion d’un candidat peut à sa demande être ajouté sur l’autel pour le même usage.

La Loge peut donc, le temps du Serment, ajouter à la Bible un autre ouvrage, en concertation préalable avec le candidat pour lequel il aura cette valeur : le Coran, la Torah, les Védas (hindouisme), le Tripitaka (bouddhisme), le Tao te King (taoïsme), les quatre livres de la doctrine (confucianisme), le Zend-Avesta (zoroastrisme).

L’article 32.1 de notre Règlement Général concerne toutes les promesses et engagements solennels », par exemple : les initiations aux trois grades mais aussi le serment du Vénérable Maître lors de son Installation solennelle.

L’article 32.2 précise qu’une Loge peut, à la demande d’un seul Frère ou de plusieurs des membres de la Loge ou même d’un Frère visiteur, décider de placer sur l’autel – à côté de la Bible, ouverte sous l'Équerre et le Compas – d’autres « Volumes de la Loi Sacrée ». Le Grand Comité donne un avis sur les Volumes qui peuvent être pris en compte.

Cet article 32.2 ne concerne que toutes les autres occasions où il n’est pas de question de promesses ni d’engagements solennels.

Concernant l’ouverture du livre de la loi sacré dans notre tradition européenne, nous ouvrons et nous fermons les Travaux avec l’Evangile de saint Jean d’où provient la Vraie Lumière. C’est donc bien la Bible qui doit être ouverte. Il n’y a pas de raison impérative pour que les autres livres soient ouverts.

Précisons aussi que la Bible peut avoir un caractère religieux pour le candidat, ainsi d’ailleurs que pour certains membres de la Loge. Mais, dans son rôle de Volume de la Loi Sacrée, il n’en est rien. Les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie n’ont aucun caractère religieux. Les rites pratiqués à la Grande Loge régulière de Belgique sont ouverts aux hommes de toute confession.

Considérations sur la Bible ou Volume de la Loi Sacrée

La Bible, en tant que « objet – livre » n’a aucun caractère sacré. Un livre ne peut à l’évidence être sacral. Par contre, une partie de son contenu se souche sur la Tradition car, pour reprendre l’expression de Guy Boisdenghien, elle exprime « une révélation a-humaine » ; l’exemple le plus connu étant les Dix Commandements que Yahvé dicta à Moïse sur le mont Sinaï.

On ne lit pas la Bible uniformément mais selon quatre optiques : littérale, historique, morale et ésotérique. Se référer à la lettre des écrits bibliques ne tient plus la route à notre époque. De plus, l’historicité des récits n’est plus prise en compte depuis le siècle dernier. D'ailleurs, tout texte qui se veut enseignement d’une tradition ou d’une révélation n’a que des rapports secondaires et même insignifiants avec la réalité et la chronologie historiques. Demeurent les lectures morales et d’approche ésotérique. A ces niveaux, le Livre n’est plus la propriété du peuple élu en sa partie vétérotestamentaire ni celle des chrétiens dans sa partie néotestamentaire. Ainsi, les gnostiques, les déistes, les agnostiques et même les athées peuvent y glaner des réflexions concernant la Loi Morale ou leur introspection personnelle, spirituelle ou non.

Faut-il nécessairement rappeler que les Évangiles et tout particulièrement celui attribué à Jean contiennent ce remarquable message à l’adresse de toute l’humanité : « aimez-vous les uns les autres ! ».

Pour bon nombre de Maçons réguliers, c’est-à-dire ceux qui se souviennent que notre Maçonnerie traditionnelle et universelle est chrétienne, le Volume de la Loi sacrée représente le livre du Verbe créateur, manifesté sous l’aspect de la révélation. La Tradition révélée par le Volume de la Loi sacrée, dans son sens ésotérique est source de Connaissance et de méditation. L'Eternel a créé le monde par le Verbe qui s’incarne dans la langue sacrée et dans la parole rituelle qui contient l’essence primordiale. Un livre fermé garde son secret. Un livre ouvert instruit celui qui le lit, dévoile ce qui est caché.

Ce livre contient un double message. Le premier comporte un enseignement extérieur, représenté par les dogmes et une loi morale à caractère exotérique. Le second message développe une cosmogonie [1], contient un message symbolique à décrypter qui est à caractère ésotérique. Le second n’exclut pas le premier, mais au contraire l’éclaire en ouvrant sur le champ indéfini des possibles et permet de dépasser les limites étroites de la dualité.

Beaucoup de Maçons réguliers, attachés à la Franc-maçonnerie universelle, considèrent que le Volume de la Loi Sacrée contient le message d’une Tradition intemporelle, celle-ci étant l’expression de la relation entre la Vérité et la Sagesse. Mais à un moindre niveau, elle contient une loi morale sur laquelle devrait s’appuyer tout Franc-maçon.

En ce qui concerne cette approche ésotérique, il est indéniable que plusieurs passages bibliques véhiculent un message caché. Les versets à double sens sont aisément repérables car ils sont précédés d’un signal tel que l’expression « Au commencement » qui peut aussi se traduire par « dans le Principe ». La Genèse, de même que certains passages du Pentateuque, l’Apocalypse et surtout l'Evangile selon saint Jean ne sont réellement clairs qu’après un décryptement. C’est donc par volonté symbolique que, pendant la durée des Travaux d’une Loge, le Volume de la Loi sacrée est ouvert au Prologue de Jean. C’est aussi par référence au Prologue que les Francs-maçons sont parfois nommés « Enfants de la Lumière », dénomination qui exprime bien un des piliers de la Franc-maçonnerie spéculative.

L'Evangile selon saint Jean proclame le Christ en tant que Logos. Il y est énoncé, non comme venant racheter le genre humain mais comme apportant aux hommes la Lumière, en leur inculquant la nécessité de la régénération, car l'Evangile de Jean développe principalement quatre axes qui interpellent tout Franc-maçon par delà sa sensibilité personnelle dans la perception du Grand Architecte de l’Univers :

1°) l’énonciation du message d’Amour ;

2°) l’enseignement de l’égalité de tous les hommes, la fraternité universelle, le pardon des offenses et l’unité de Dieu ;

3°) l’introduction d’un rite de fraternité par le partage du pain et du vin qui sont sa chair et son sang en tant que matérialisation des rayons solaires, c’est-à-dire, pour nous, terriens, la manifestation de la Vie ;

4°) la proposition de méditer ou prier en tous lieux et non en des lieux déterminés, ce qui signifie méditer ou prier en esprit et non par des prières machinales vidées de tout contenu réel.

En énonçant « Dieu est Esprit », « Dieu nous a donné de son esprit » et « Dieu est Amour », Jean exprime la fusion de la Connaissance et de l’Amour. Le quatrième Évangile est donc bien en conformité avec la gnose maçonnique !

Disposition de l’Equerre et du Compas sur l’Autel

Lors de l’Ouverture des Travaux, le Vénérable se place devant l’Autel pour y disposer correctement les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie. Il appartient au Vénérable Maître, et à lui seul, d’ouvrir le Volume de la Loi Sacrée et de déposer dessus l'Équerre et le Compas, d’une manière spécifique à chaque degré auquel la Loge s’apprête à travailler. Au Rite Écossais Rectifié, c’est le rôle du Frère Maître des cérémonies de procéder à la disposition particulière des trois Grandes Lumières ainsi que de la Truelle et de la petite Épée.

Sur la Bible ouverte au Prologue de saint Jean, l'Équerre et le Compas peuvent être placés de trois façons différentes mais le Compas est toujours ouvert à 45°. Ces dispositions évoquent un progrès moral ou une hiérarchie de valeurs. Elles constituent en quelque sorte des signes distinctifs de chacun des trois degrés et procèdent de l’allégorie.

Au grade d'Apprenti, nous constatons que l’Équerre couvre les deux branches du Compas. Il semblerait que ce soit pour indiquer qu'à ce grade on ne peut demander plus du Néophyte que SINCÉRITÉ et CONFIANCE, conséquences naturelles de la droiture et de la rectitude.

Effectivement, on ne peut pas déjà demander à l’Apprenti la Sagesse qu’il n’a pas encore acquise. Sa probité et sa rectitude naturelles sont tout ce que les Maîtres attendent de lui, principalement le Second Surveillant. La matière prime sur l’Esprit.

Par cette disposition, on signifie à l’Apprenti qu’il œuvre sur la matière. Son rôle consiste à dégrossir la Pierre brute avec les seuls outils dont il dispose, le Maillet et le Ciseau. Il ne sait pas ce que sera l’édifice car il n’a pas eu connaissance des plans.

Je ne vous révèlerai rien en ce qui concerne les autres degrés.

Mais il convient encore de remarquer que, dans le plan horizontal de l’Autel des serments, les pointes du Compas sont tournées vers l’Occident et que l'Équerre est toujours ouverte vers l’Orient. Cela signifie que le Maçon ne doit pas se comporter en pur esprit mais au contraire mettre en application ce qu’il découvre ou apprend.

Demeurer dans le domaine purement spéculatif est un comportement stérile, sans réelle utilité. D'autre part, il ne doit pas rester prisonnier de la matière mais il doit s'efforcer de la dominer en s'élevant lui-même afin de vivre en harmonie avec le monde.

Voilà pour ce qui concerne l’autel et les symboles qui y sont mis en évidence à chacune de nos Tenues. Rappelons, si nécessaire, que le titre de cette planche est « L’Autel des serments ». C’est pourquoi je vais à présent aborder la question de son utilité et développer quelques considérations à propos de notre serment.

Considérations sur notre serment

Lors de notre Initiation, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution, le Règlement général de notre Obédience et le Règlement particulier de notre Loge.

Prêté la main droite dégantée et posée sur le Volume de la Loi Sacrée afin que nous nous engagions sur ce qu’il y a de plus sacré, notre serment nous enjoint :

  • de garder le secret ;
  • de rester fidèle et discret, c’est-à-dire de ne trahir ni l’Ordre maçonnique, ni nos Frères ;
  • de persévérer dans le perfectionnement, c’est-à-dire de marcher sur le chemin de l’Initiation.

Par tout serment solennel, l’homme renonce à une certaine part de sa liberté, ce qu’il fait devant une autorité qui a le pouvoir en tous lieux et en tout temps de constater un manquement à cette renonciation et de le punir.

A ce sujet, René Désaguliers s’est interrogé : « Quelle peut être une telle autorité sinon un Dieu ou le Dieu unique ? ». C’est cet aspect qui est plus particulièrement marqué dans le mot latin « sacramentum », d’où le terme « serment » dérive directement. « Sacramentum » est lié au mot « sacer » qui signifie sacré ou ce qui appartient au monde divin.

Pour moi, le serment est un acte essentiel de la Franc-maçonnerie.

Pratique extrêmement ancienne de l’humanité, le serment est obligatoirement sanctionné par une autorité supérieure à l’homme, par une transcendance capable de le juger. En Franc-maçonnerie, le serment consiste en une promesse solennelle faite par le Néophyte qui s’engage à garder les secrets de la Maçonnerie et à se conformer en toutes choses aux règlements de l’Ordre, conformes aux lois en vigueur dans le pays.

Le serment est empreint d’un caractère solennel, de la gravité d’un pacte, du sérieux extrême de l’engagement indissoluble entre celui qui le prête et celui qui le reçoit.

Ce serment initiatique a aussi un caractère antique et sacré. Il est prononcé de la libre volonté du Récipiendaire, sans contrainte et devant une assemblée de Maçons témoins qui vont devenir ses Frères et en présence du principe de l’Ordre.

Ce serment spécifique se décompose en trois parties : une invocation, une promesse, une imprécation. Le plus souvent, et en tout cas dans notre Obédience régulière, l’invocation est faite à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Le serment est prêté sur la Bible, toujours ouverte au Prologue de l'Evangile de saint Jean. On peut dès lors considérer que notre serment a un caractère d’alliance cosmique avec l’Etre suprême, avec l'Eternel, avec le Grand Architecte, avec Dieu, selon vos convictions les plus intimes et toutes personnelles.

C’est une obligation réciproque consentie librement entre l’Ordre et le Néophyte qui est accepté en qualité de nouveau maillon de la chaîne initiatique. Cette promesse au caractère solennel engage notre être tout entier à être fidèle.

Pour conclure, du moins provisoirement…

L’Équerre, le Compas et le Volume de la Loi Sacrée composent ce que nous appelons « les Trois Grandes Lumières » de la Maçonnerie de Tradition. Ils se trouvent placés sur l’autel des serments. Le Volume de la Loi sacrée est symboliquement ouvert au début et fermé à la fin des Travaux pour marquer le nécessaire mais provisoire rupture avec le monde profane.

Ces symboles placent d’emblée la prestation de serment des Francs-maçons réguliers dans la dimension spirituelle qui caractérise les rites pratiqués à la Grande Loge Régulière de Belgique. Ce caractère sacré souligne l’importance du serment maçonnique, son caractère intangible et inviolable.

Ils signifient également, par leur association dynamique – les trois à la fois – que cette dimension sacrée n’est pas confondue avec le sacré d’une religion particulière, car le Volume de la Loi Sacrée est considéré dans son association avec l'Équerre et le Compas, comme le symbole d’une Tradition et non celui d’une référence théologique.

Il s’agit une fois encore de préserver en ce domaine la liberté de conscience de chacun de ceux qui s’engagent dans notre Obédience régulière et de les encourager à construire des relations humaines tolérantes et respectueuses de la diversité des cultures et des civilisations.

 

R :. F :. A. B.

commentaires
Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 > >>