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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Branche Rouge d’Irlande

Publié le 20 Juillet 2026 par T.D

Le parcours initiatique de la Branche Rouge

 En cohérence avec la tradition celtique véhiculée au sein des rites forestiers, l'association l'Esprit des Forêts a retenu l'ordre chevaleresque de la Branche Rouge d'Irlande pour permettre à ses membres qui le désirent de suivre la voie initiatique de la classe guerrière. Cette voie d'élite nécessite un parcours préparatoire conséquent. Aussi l'entrée en chevalerie ne s'adressera qu'aux membres de l'Esprit des Forêts ayant atteint le grade de Nautonier. Les candidats devront en faire la demande expressive au commandeur du Faslairt (Camp en gaélique). Le postulant devra présenter devant une commission ad-hoc de membres de la Branche Rouge, un exposé sur sa vision de la chevalerie initiatique incluant ses motivations. En cas d'avis favorable de la commission, il sera proposé à l'initiation et sera reçu en tant qu'Homme d'Armes. Au bout d"un an de service probatoire, l'Homme d'Armes pourra ambitionner de devenir Ecuyer. Il devra alors se consacrer à l'étude des vertus chevaleresques: prouesse, noblesse et charité ainsi qu'à une initiation à l'héraldique. L'étude de cette dernière devra lui permettre, sous la direction du Roi d'Armes du Faslairt, d'établir son blason, image de l'âme du chevalier qu'il devra présenter en vue de sa cérémonie d'Armement. Il va de soi qu'une connaissance de l'Odyssée de la Branche Rouge ainsi que de la Matière de Bretagne nourriront idéalement l'imaginaire du candidat à l'initiation chevaleresque. Sans attendre, les postulants éventuels peuvent commencer par cette entrée afin de bâtir leur exposé necessaire à leur admission. L'initiation guerrière s'adresse autant aux femmes qu'aux hommes. 

 Le Cycle de la Branche Rouge d'Ulster

Le Cycle d’Ulster, aussi appelé Cycle de la Branche Rouge est le nom d'un récit appartenant à  la littérature irlandaise du Moyen Age. La Branche Rouge est le nom donné à une aile du château réservée à l'élite guerrière de chevaliers. Ils y sont traités avec égards en récompense des services rendus à la nation et en attente de leurs prochaines missions. Ce lieu préfigure sur terre le "banquet" paradisiaque qui accueillera les guerriers après leur trépas.  Cúchulainn (le "Chien de Culainn »  est le prototype du héros et l'un des personnages les plus importants de la mythologie celtique irlandaise, c'est un quasi-dieu. Sa force physique, ses pouvoirs magiques et ses soutiens divins en font un homme extraordinaire, capable de tout. Cúchulainn apparaît dans 76 récits, tantôt complémentaires, tantôt contradictoires. Son épopée est liée au règne des Tuatha De Dannan, la tribu originelle des Celtes. Dans le livre ci-contre, Roger Chauviré nous offre sa traduction en langue française de ce récit mythologique irlandais. "C'est dans un monde étrange, reculé et primitif que vous convie cette histoire. Un univers empreint de bruit et de fureur, régi par la règle stricte des lois tribales, où tout n'est que titanesques combats, furieuses courses de chars et merveilleux banquets... Il y plane la présence du héros plein d'ardeur guerrière, sujet aux métamorphoses fantastiques et que seuls peuvent arrêter les interdits magiques. Dans le Cycle de la Branche Rouge, ce héros mythique, c'est Cûchulainn, le fils du dieu Lug et le champion d'Ulster. Son destin unique le conduira à une existence sacrificielle et hors du commun. À l'instar du "Cycle de Finn" ou de la "Légende du roi Arthur", le "Cycle de la Branche Rouge", entre proto fantasy et ethnographie littéraire, appartient aux grands mythes du monde celtique, fondateurs de notre civilisation et sources d'inspiration pour nombre d'écrivains, de Lovecraft à Tolkien, en passant par R. E. Howard..." (4ème de couverture). La Branche Rouge peut s'apparenter à La Table Ronde du Roi Arthur. Ces textes nous décrivent la civilisation préchrétienne de l'âge du fer déformée par le prisme de ses rédacteurs, qui étaient des clercs. Mais sous le vernis chrétien, on retrouve le substrat celtique et la confirmation des témoignages de leurs contemporains. On voit une société guerrière, sous le contrôle de la classe sacerdotale des druides et des bardes. L’héroïsme du guerrier est mis en avant : le combat singulier sur des gués ou à bord de chars se termine par la mort de l’ennemi, dont on tranche la tête pour s’en faire un trophée. Ce rituel a pour but d’exhiber sa bravoure aux dieux, car seuls les héros peuvent avoir accès au Sidh et à la Branche Rouge d'en-haut. L'Ordre maçonnique intitulé La Branche Rouge d'Irlande fait aussi référence à la caste guerrière de la Branche Rouge. Mais celle-ci utilise comme support rituel une autre période de l'histoire irlandaise, celle du Roi Brian Boru au Xème Siècle qui réussit, tel Vercingétorix en Gaule, a réunir sous son autorité toutes les tribus d'Irlande pour combattre les envahisseurs wikings. On y est reçu Homme d'Armes puis Ecuyer et enfin Chevalier. L'idéologie y est fortement marquée par l'union des chrétiens contre les païens.

 L'Ordre de la Branche Rouge d'ERI (Irlande), une franc-maçonnerie celtique

À l’origine, les thèmes symboliques de la franc-maçonnerie sont tirés des outils et légendes du métier de tailleur de pierre et de différents épisodes bibliques, au premier rang desquels la construction du Temple de Salomon. Mais, dès les années 1730, la Maçonnerie va enrichir son corpus d’éléments empruntés au vieux fonds de l’ésotérisme occidental : kabbale chrétienne, néoplatonisme, hermétisme, alchimie, etc. Cet apport va faire toute la trame des hauts grades. Il y a pourtant un sujet que l’on y cherche en vain. Alors que « les secrets des druides » avaient beaucoup intéressé les néoplatoniciens de la Renaissance – notamment en France –, le celtisme est remarquablement absent de la symbolique maçonnique. À une exception près : le très peu connu ordre d’Eri. La franc-maçonnerie moderne plonge ses racines profondes en Écossé et en Irlande. On peut donc s'interroger sur les éventuels liens que pourrait entretenir la symbolique maçonnique la plus ancienne avec la culture et  l'imaginaire celtiques. C'est cette hypothèse qui a conduit le grand Georges Dumézil  à devenir maçon en 1930. On raconte que le 21 septembre 1716, le philosophe et libre penseur irlandais John Toland se tenait sur Primrose Hill et exhortait les druides de toutes les îles britanniques à se réunir à l’Apple Tree Tavern à Londres “un an et un jour d’ici” pour former An Druidh Uileach Braithreachas , le bosquet mère de l’ancien ordre des druides., le 22 septembre 1717, Toland est élu chef de l’Ordre reconstitué. Toland, qui était franc-maçon, est resté chef druide jusqu’en 1722, date à laquelle l’antiquaire, archéologue et franc-maçon William Stukeley a pris la relève jusqu’en 1765. Il y a une certaine controverse sur la chronologie de l’Ordre des Druides, avec certains historiens, notamment Ronald Hutton  qui déclare que l’Ordre des Druides dans sa forme actuelle a commencé vers 1909 ou 1912 lorsque George Watson MacGregor Reid (1862-1946) a créé le groupe. Quelle que soit la légende, il est intéressant de voir le lien possible (si faux soit-il) entre la franc-maçonnerie et le druidisme – notez le lieu et l’année particuliers que Toland a choisis pour la réunion (la Apple Tree Tavern) et l’année 1717. L’Ancien Ordre des Druides est une organisation fraternelle fondée à Londres en 1781, qui vise à promouvoir la bienveillance, l’amitié et la fraternité entre ses membres. L’AOD était structurée de la même manière que la franc-maçonnerie et s’inspirait d’un éventail de traditions diverses, y compris les anciens druides et les Templiers. Les thèmes druidiques ont considérablement influencé les rituels, les costumes et l’organisation de l’AOD. Par exemple, ils ont reconnu les solstices d’été et d’hiver et l’équinoxe d’automne comme des dates clés pour divers événements. Ils organisaient des cérémonies au sein de cercles de pierre comme Stonehenge et créaient une hiérarchie, qui reflétait l’ancien système de caste druidique. La Societas Rosicruciana in Anglia est une société maçonnique fondée en 1866 avec des liens étroits avec le druidisme. Il incorpore des symboles cryptiques, des rituels allégoriques et une sagesse ancienne issue d’un éventail de traditions ésotériques, notamment l’hermétisme, le gnosticisme, la Kabbale, l’alchimie et le druidisme. Le SRIA s’est inspiré des thèmes druidiques du secret, de l’initiation et de la poursuite de la connaissance. Le lien de la SRIA avec le druidisme est encore illustré par son affiliation à l’Ordre ancien et archéologique des druides (AAOD). En 1874, un   membre fondateur de la SRIA, Robert Wentworth Little, rassembla d’autres membres intéressés de la maçonnerie et fonda une société druidique qu’il appela l’Ordre ancien et archéologique des druides (AAOD). Bien que de nombreux maçons faisaient partie de l’ordre, il n’y avait aucune obligation d’être un franc-maçon pour rejoindre. L’Ordre Ancien et Archéologique des Druides (AAOD) a continué et en 1966, a été fusionné avec l’Ordre Littéraire et Archéologique des Druides (LAOD) . Différences entre franc-maçonnerie et druidisme Bien qu’il existe de nombreuses similitudes et connexions entre la franc-maçonnerie et le druidisme, il est crucial de reconnaître leurs différences marquées.

  1. La franc-maçonnerie n’a jamais prétendu se représenter comme une tradition religieuse singulière, alors que le druidisme représente les pratiques religieuses et spirituelles des anciens Celtes.
  2. Aucune preuve ne suggère que les anciens druides étaient une fraternité fraternelle comme les francs-maçons, et il n’y a pas non plus d’authentification historique de leurs rituels et pratiques.

Rapprochement ou simple inspiration ? Bien que les liens entre la franc-maçonnerie et le druidisme soient fascinants, il est essentiel de reconnaître que ces liens n’impliquent pas que la franc-maçonnerie est une continuation des anciennes traditions druidiques. Au lieu de cela, les organisations qui ont émergé du mélange de ces thèmes devraient être perçues comme des entités distinctes, distinctes à la fois de la franc-maçonnerie et du druidisme, s’inspirant des deux, mais pas complètement assimilées à l’un ou à l’autre. Pour conclure, les liens « franc-maçonnerie et druidisme » remontent principalement aux XVIIIe et XIXe siècles lorsque les francs-maçons s’intéressent aux thèmes druidiques. Bien qu’ils partagent certaines similitudes et certains aspects, tels que le symbolisme, les rituels, les enseignements moraux et les nuances philosophiques, leurs antécédents historiques et leurs philosophies fondamentales sont intrinsèquement différents. Les organisations qui incluent à la fois des influences maçonniques et druidiques doivent être considérées comme des entités inspirées séparément plutôt que comme une continuation directe de l’ancienne tradition druidique.

 

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Régiments et Loges militaires

Publié le 20 Juillet 2026 par T.D

Rappel du contexte historique :

…..Le 16 novembre 1688, Guillaume d’Orange débarque en Angleterre pour s’opposer au roi d’Angleterre, le catholique Jacques II. Le parlement anglais lui propose, avec sa femme Mary, de prendre la couronne des trois royaumes, Angleterre, Ecosse, Irlande. Après la bataille de la Boyne, Jacques II se réfugie en France et s’installe au château de Saint-Germain-en-Laye. Il est suivi par un premier contingent de soldats irlandais qui avaient combattu à ses côtés. Après la signature du Traité de Limerick fin 1691, l’Irlande est perdue pour les jacobites et nombre d’entre eux, tant civils que militaires, prendront également le chemin de l’exil, la tradition les désignant sous le terme de ‘‘Wild Geese’’ (les Oies sauvages). Pour le Roi-Soleil, les troupes irlandaises constituent un apport militaire non négligeable. Pour Jacques II, elles maintiennent un espoir de restauration. Pour les soldats irlandais, la position des régiments sur le continent était le symbole de la poursuite de la lutte pour la cause jacobite, d’une certaine manière pour la cause irlandaise. Le bloc des régiments irlandais passés en France est devenu un morceau d’Irlande rapporté sur le continent. Et nous retrouvons les Maçons Jacobites dans les corps d’armée. Roger Dachez précise : « En 1640-1641, les armées écossaises stationnèrent, au cours de leur progression contre les troupes royales, dans le nord de l’Angleterre. C’est alors que le 20 mai 1641, certains membres de la loge d’Edimbourg, servant dans l’armée écossaise, reçurent maçons R. Moray et Alexander Hamilton, ce dernier étant général de l’armée.

…..Ces deux personnages sont les premiers maçons spéculatifs connus à avoir été reçus en terre anglaise… mais ce sont des Ecossais ! ». Le général Hamilton a été créé chevalier par Charles Ier en 1643. Il passe en France où il est intégré à l’armée qui se bat contre la coalition germanique. Il est cité parmi des conjurés qui échoueront dans la libération de Charles livré aux Cromwelliens. En 1641, il visite la loge opérative d’Edimbourg, il persiste dans sa fidélité et ses tentatives de placer Charles II sur le trône. Après un essai avorté de soulèvement contre les troupes anglaises qui occupent l’Ecosse, il fuit pour se mettre à l’abri sur le continent. Nous nous référons à A. Kervella qui relève, dans sa correspondance de 1657, la revendication d’une marque de maçon que le général confirme dans une prestation de serment de citoyenneté à Maastricht en recherchant la caution du maître de la maçonnerie en cette ville, quelles que soient par ailleurs ses affinités intellectuelles de lecteur intéressé par l’alchimie et sa symbolique, l’essentiel de ses choix est commandé par sa condition de partisan d’un roi dont il a épousé l’exil et dont il espère le retour dans la patrie. Enfin, D. Stevenson, dans son ouvrage Les premiers francs-maçons nous rapporte ce qui suit : « Moray fut admis dans la loge le 20 mai 1641 à Newcastel : sans doute les maçons d’Edimbourg, recrutés dans l’armée comme éclaireurs, entrèrent-ils en contact avec Moray en travaillant sous ses ordres à des tâches comme la construction des camps, et décidèrent-ils d’organiser une réunion spéciale en territoire anglais afin de l’initier. Alexander Hamilton fut initié en même temps le 20 mai 1641 : le procès-verbal de son admission porte la date du 20 mai 1640, mais c’est probablement une erreur d’écriture dont on peut présumer que les procès-verbaux furent rédigés à Edimbourg quelques temps après l’événement. »

…..La dérive automatique du régime de Cromwell s’intensifia au fil des années, de sorte que peu de mois après son décès en décembre 1658, l’idée d’une restauration des Stuarts fit son chemin. Celle-ci intervient au printemps 1660, grâce au général Monk, commandant de l’armée du nord de l’Ecosse. Dans des propos tenus auprès d’Anton von Greusau en 1741, Michel de Ramsay invoquait de remonter le temps un siècle plus tôt pour expliquer que le général George Monk, principal appui de Charles II pour son rétablissement sur le trône, faisait partie d’une loge afin d’avoir toute facilité à ourdir son complot dans la plus grande discrétion. André Kervella précise à ce sujet : si nous nous replaçons dans l’actualité du contexte, nous devons penser que Monk, d’abord dévoué au parti parlementaire, change de cap, qu’il noue des contacts discrets avec Charles II exilé, qu’il le fait en relation avec des Francs-Maçons et que l’opération réussit, puisque le fils du roi décapité parvient à restaurer la monarchie outre-manche… Charles II fut proclamé roi et fait une entrée triomphante à Londres le 29 mai 1660. La restauration des Stuarts suscita chez les Irlandais de grands espoirs. Par la déclaration de Breda, le nouveau monarque promettant amnistie, clémence et liberté de conscience, favorisait un climat d’apaisement et de réconciliation unique en Europe. Charles II qui souhaitait régner sur tous les sujets britanniques ne fut pas exempt de lourds enjeux politiques, religieux et financiers, si bien qu’il eut recours à son puissant cousin Louis XIV qui lui accorda son soutien, moyennant ingérence dans les affaires intérieures britanniques… et pour ce faire confia à Louise de Kéroualle une mission d’espionnage qu’elle menât à bien en devenant la maîtresse de Charles II.  A sa mort en 1685 après sa conversion au catholicisme, Jacques II lui succède. C’est un autre catholique qui aura à régner sur une population très majoritairement protestante.

…..Suivra la Glorieuse Révolution qui provoqua en Irlande la deuxième vague importante d’émigration du XVIIe siècle avec la défaite des partisans de Jacques II Stuart surnommés Jacobites, et en 1661, nous relevons la création de la Loge de Darlington à Saint-Germain-en-Laye par les Régiments de Charles II. La Franc-Maçonnerie irlandaise fut la première à émettre, à partir de 1732, des patentes en faveur des régiments de l’armée britannique. Ces loges militaires, considérées régulières, sont rattachées à un régiment ou à une unité militaire dont l’Orient n’est pas fixe et varie en fonction des déplacements de la garnison et ces loges sont exemptées de toute redevance dès 1768. Actuellement, il existe encore quatre loges, dont la plus ancienne est La Loge Saint Patrick 4th 7th Royal Dragoon Guards n° 295 fondée en 1758. Sur les bases du répertoire du Grand Orient de France, l’obédience reconnaît à la loge Parfaite Egalité du régiment irlandais de Walsh (ancienne Loge de Dorrington à l’Orient de Saint-Germain) une ancienneté qui remonte au 25 mars 1688.

A. Kervella précise qu’il n’est pas improbable que des militaires se soient très tôt préoccupés de former des loges propres à leurs régiments respectifs, dont une placée sous le commandement d’Arthur, comte Dillon, né en 1670 dans le comté de Roscommon (Irlande), mort en 1733 est un officier irlandais jacobite passé au service de la France après la seconde révolution anglaise et la chute de Jacques II d’Angleterre. Le régiment de Dillon, qui a donné naissance à la Loge La Bonne Foi à l’Orient de Saint-Germain, était composé de déserteurs de l’armée britannique, en général irlandais. Dillon rappelle dans ses observations : ‘‘Nous affirmons de plus, que du moment que les régiments irlandois se trouvent opposés à des troupes angloises, les Irlandois catholiques, qui sont dans celles-ci, désertent en foule, pour venir rejoindre leurs compatriotes au service de la France. »

Nous pourrions citer d’autres Francs-Maçons militaires partisans des Stuarts, tels George Seton et David Nairne (dont la fille a épousé Ramsay), capitaine du Régiment Royal-Ecossais dans les années 1740.  Par ailleurs, d’autres loges militaires suivront ce mouvement, dont la loge française La Parfaite Union créée en 1759.

…….Est ici brièvement rappelée l’implication d’un armateur corsaire en la personne du célèbre Antoine WALSH, à l’origine de la construction à Nantes d’une frégate nommée «Du Teillay» destinée à rapatrier en Ecosse Charles-Edouard Stuart pour conduire l’expédition de Culloden. Nous relevons à cet effet dans un ouvrage de Patrick Villiers ce qui suit :

Antoine Walsh (toile le représentant avec Charles-Edouard Stuart) était non seulement au premier rang des armateurs de la place de Nantes, mais il était encore le plus influent comme en témoigne cette lettre du commissaire Du Teillay : « Monsieur Walsh est le plus fort armateur de ce port et je puis, sans partialité aucune, assurer Monseigneur qu’il est le plus intelligent et le plus porter à se presser aux besoins de l’Etat, que c’est lui qui a déterminé nos plus forts négociants à faire bâtir deux corsaires de 36 canons dont l’un a été lancé à l’eau depuis trois jours, qui sera incessamment suivi du second que l’on doit armer le plus promptement qu’il sera possible et qui a engagé le sieur Le Ray à faire la demande des deux frégates dans l’armement desquelles il est un des plus forts intéressés...».   La célébrité d’Antoine Walsh est à associer étroitement à celle de Dominique O’Heguerty (cf. boulevard des Jacobites).

…..A l’instar de tous les historiens qui s’appuient sur les textes de certains auteurs, qu’ils soient maçons ou non initiés, écrivains éditorialistes, rapporteurs, nouvellistes, tels que Gustave Bord dans son ouvrage ‘’La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815’’, qui constitue incontestablement une source de renseignements à ne pas épargner, nous reprenons donc ses propos concernant LES LOGES MILITAIRES, tel qu’il les décrit en page 489 et suivantes de son livre précité, parmi lesquelles nous avons retenue celles de Dillon et de Walsh.

…..Les Loges militaires ne semblent pas avoir été installées dans les régiments français avant 1759. Il est probable qu’elles ne se sont pas formées spontanément et qu’avant leur organisation officielle à l’Orient des régiments, de nombreux officiers fréquentaient les Loges civiles. Les régiments, en se déplaçant, étaient de merveilleux agents de propagande que la Franc-Maçonnerie n’eut garde de négliger. On créa même, après 1760, des Loges militaires qui n’étaient à l’Orient d’aucun régiment. Ces Loges eurent un rôle important dans le développement de l’Ordre : le nom de la plupart d’entre elles n’est pas parvenu jusqu’à nous. […]

Il est curieux de constater qu’aucune de ces Loges ne figure sur les annuaires. De qui tenaient-elles leur pouvoir. D’après les Loges qu’elles ont contribué à installer, il n’est pas douteux qu’elles étaient d’origine ou tout au moins de tendances jacobites ; l’Orient de Bouillon a peut-être aussi joué un rôle plus considérable qu’on ne l’a indiqué jusqu’ici dans le développement de la Franc-Maçonnerie française.

…..D’après la capitulation de Limerick, les officiers et soldats de l’armée jacobite avaient la faculté de suivre Jacques II ; il leur fut donc permis de rentrer en France. Les Gardes Irlandais, à l’exception de leur colonel, suivirent la destinée des Stuarts, et formèrent le Régiment de Dorrington ; un grand nombre d’officiers des autres corps les imitèrent. Réfugiés à Saint-Germain-en-Laye auprès de leur souverain auquel Louis XIV avait donné un somptueux asile, ils ne tardèrent pas à former un second régiment composé des membres les plus distingués de l’émigration jacobite. On retrouve les premières traces de la formation de ce régiment par la nomination de Charles Mac Carthy, comte de Mountcasbel au grade de colonel le 18 juin 1690. […]

Le 26 avril 1775, le régiment passa à Arthur, comte Dillon. C’est sous le nom de Dillon que ce régiment est plus connu dans l’histoire, en raison du rôle brillant joué par son premier bataillon dans les Antilles pendant la guerre de l’Indépendance américaine (1779-1783). […]

Est-ce que le Régiment de Dillon eut une Loge : je n’ai pu en trouver une preuve positive. Etant donné la composition de la Bonne Foi constituée à l’Orient de Saint-Germain en 1778, on peut douter que cette Loge soit sortie du régiment de Dillon, lequel n’avait du reste à cette époque aucune attache particulière avec Saint-Germain. Cependant, je relève parmi les officiers de ce régiment un grand nombre de Francs-Maçons […]. De 1760 à 1780, figurent : Bartholomew Radclyffe, lord Derwentwater, fils de Charles Radclyffe premier Grand Maître. […]

On peut admettre avec M. de Loucelles qu’à Saint-Germain était installée la Loge-Mère du rite jacobite, qui eut successivement pour grand maître : Jacques II, Jacques III et Charles-Edouard, et parmi les plus distingués, le duc de Berwick, fils naturel de Jacques II ; Jean Drummond, duc de Melfort, […] ; les Dillon, Ramsay, les Radclyffe, …

Je ne puis cependant admettre avec M. de Loucelles que le rite d’Heredom de Kilwinning avait son centre à Saint-Germain dont le château aurait été le véritable château de Kilwinning, ce dernier n’étant pas hypothétique. Dans le second volume (sic, ?), nous nous expliquerons longuement sur ce rite. Le château de Kilwinning existait bien réellement et fut pendant longtemps un centre maçonnique très remuant. Tout au plus, peut-on admettre sans preuves positives mais avec quelque vraisemblance, que la Loge-Mère de Saint-Germain usurpa les pouvoirs de celle de Kilwinning, en datant de ce dernier Orient des pièces en réalité écrites à Saint-Germain. Ce qui est bien certain, c’est qu’en 1771, il n’y avait pas en France dix Loges tenant régulièrement leurs pouvoirs de la Grande Loge d’Angleterre et qu’il n’y avait de rite écossais qu’en France et en Allemagne.

      Parmi ces régiments, l’un des plus fameux fut celui de Walsh qui abrita la Loge La Parfaite Egalité. Le Régiment de Walsh avait été levé en 1661 sous le nom de Royal Irish. Il devint le Royal Guards lorsque la garde personnelle de Jacques II se joignit à lui (cf. -entre autres- Charles Porset : Les premiers pas de la Franc-Maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Editions Maçonniques de France, Paris 2000).

     En effet, en 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d’Angleterre forma à Saint-Germain-en-Laye, un régiment sous le titre de Royal Irlandais. Ce régiment suivit la fortune des Stuarts sous le nom de Gardes Irlandaises. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du colonel lord William Dorrington, appelé à remplacer son ancien colonel le duc d’Ormond, qui avait embrassé le parti de Guillaume III. Jusqu’en 1698, il tint garnison à Saint-Germain, sous le nom de Garde Irlandaise, en dehors des cadres français, bien qu’entretenu par Louis XIV. Le 27 février 1698, il fut incorporé dans l’armée française sous le nom de son colonel, qui était toujours lord Dorrington. […] Ce régiment semble avoir eu la plus ancienne Loge reconnue par le G.O. de France. En effet, le 13 mars 1777, le G:.O:. admit que sa constitution primitive datait du 25 mars 1688, et que cette constitution avait été renouvelée le 9 octobre 1772 par la G.L. de France. Comment fut-elle installée à l’origine et de quelle puissance maçonnique tenait-elle ses pouvoirs ? Elle ne figure sur aucune des listes de Loges reconnues par les G:.L:. anglaises, et tout porte à croire qu’elle fut formée par la réunion de plusieurs frères, initiés antérieurement qui constituèrent la Loge de leur propre autorité. C’est du reste de cette façon que se formèrent la plupart des Loges françaises antérieures à 1743. Quel était son titre distinctif ? Il est probable qu’elle n’en ait pas eu au début. Je ne relève le titre de Parfaite Egalité qu’à partir de 1752, mais il est possible qu’elle l’ait porté antérieurement. […] En 1788 et 1789, son Vénérable est Walsh, capitaine commandant… Entra-t-elle en sommeil pendant la tourmente révolutionnaire ? Cela est possible, bien que j’aie tout lieu de croire que les Loges persistèrent dans la plupart des régiments, continuant une vie indépendante, sans rapport avec aucun pouvoir central.

ROYAL ECOSSAIS, formé par ordonnance du 3 décembre 1743  (Gustave Bord ne fournit pas d’autres renseignement qu’une liste de membres)

Le colonel comte de Drummond, duc de Perth, Louis Drummond de Melfort, Colbert Castlehiel, Stuart, David Nairne (cité plus haut),….

…..      Les régiments furent disloqués par les organisations de 1791 et de 1794. En 1791, les régiments remplacèrent leurs noms séculaires par de simples numéros d’ordre et, en 1794, par l’amalgame avec les bataillons départementaux, la plupart des régiments contribuèrent à la formation de deux demi-brigades.

Le 23 mars 1801, il se forma au 92e d’infanterie une Loge sous le titre de la Parfaite Union, qui ne semble avoir aucun rapport avec l’ancienne Parfaite Egalité à l’Orient du régiment de Walsh. A cette époque du reste, le 92e n’avait plus aucun lien de sang avec le 92e de 1791. Avant et après Fontenoy, des ordonnances royales pourvurent à la formation de quatre régiments écossais ou irlandais. Il est plus que probable que ces régiments eurent leurs Loges. Celles-ci néanmoins n’ont pas laissé de traces. Parmi les officiers de ces corps, depuis leur formation jusqu’à 1771, je relève les noms d’un certain nombre d’initiés.  […]

(Document déposé sur le site du Rite Ecossais Primitif en décembre 2013)

N.B.    Le lecteur intéressé par les Loges régimentaires d’origine écossaise et irlandaise trouvera un travail présenté dans notre onglet « Les chroniques écossoises », intitulé LOGES JACOBITES EN FRANCE, au sujet desquelles Simon Appleton a fait une étude et une compilation des sources historiques prenant référence chez Robert Ambelain et Gustave Bord.

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Le dossier de la franc-maçonnerie irlandaise

Publié le 19 Juillet 2026 par T.D

Roger Dachez. 2012

Il y a une logique historique et traditionnelle à étudier le « dossier » irlandais après les dossiers écossais et anglais, comme nous l’avons fait dans cette loge, puisque cela correspond à l’ordre d’apparition dans le temps de ces Maçonneries. La vision des débuts de la Maçonnerie a beaucoup changé depuis une trentaine d’années grâce aux historiens écossais et anglais les mieux à même d’appréhender cette période fondatrice dans son contexte. Pour autant, tout n’est pas encore élucidé aujourd’hui. On sait maintenant qu’il y a plusieurs origines à la franc-maçonnerie, que des branches écossaises et anglaises ont perduré tandis que d’autres ont disparu, que certaines se sont mélangées tandis que d’autres sont restées à l’écart, et que tout cela, au cours d’une évolution scandée de ruptures, a débouché sur une sorte de synthèse, au début du XVIIIe siècle, qui a donné naissance à la franc-maçonnerie spéculative obédientielle. Mais, on le voit, tout ce débat sur les origines de la Maçonnerie se situe dans un contexte écossais et anglais. Alors quid de l’Irlande et de cette maçonnerie si spécifique quant à son esprit, sa structure, sa pratique ? En réalité, l’étude des origines de cette maçonnerie est difficile car il existe peu de sources.

Historiquement, la Maçonnerie irlandaise apparaît tardivement. En 1598, les statuts Schaw sont écossais ainsi que les plus anciens textes rituels connus (1696). La 1ère Grande Loge avec le 1er Grand Maître en 1717 sont anglais. Ce n’est qu’en 1751 que les Irlandais arrivent sur le devant de la scène maçonnique avec l’apparition, en Angleterre, de la Grande Loge dite des Anciens qui entre immédiatement en conflit avec la Grande Loge de 1717 qualifié par les « Anciens » de « Moderne ». Ce conflit entre les « Modernes » et les « Anciens » est fondamental dans l’histoire de la franc-maçonnerie et sa connaissance est indispensable si l’on veut comprendre que cette société repose, encore aujourd’hui, sur deux traditions maçonniques distinctes, deux grands rites distincts, deux grands systèmes symboliques distincts. Or cette Grande Loge des Anciens a principalement pour fondateurs des frères irlandais, ces irlandais particulièrement mal vus et mal reçus par les anglais qui fuyaient la pauvreté de leur île. Il n’en reste pas moins que cette Grande Loge finira par s’implanter dans le paysage maçonnique anglais, que la rivalité avec la Grande Loge des Modernes va durer pendant près de 60 ans pour s’achever finalement par une union en 1813 qui donnera naissance à la Grande Loge Unie d’Angleterre.

D’où venaient ces maçons irlandais de 1751 et qui étaient-ils ?

Les sources de la Maçonnerie irlandaise

En ce qui concerne d’éventuelles origines opératives, on notera qu’à la fin du XVIe siècle en Irlande, à l’époque où William Schaw rédige ses célèbres statuts à l’intention des maçons écossais, l’architecture n’est pas du ressort des maçons mais des charpentiers (qui avaient d’ailleurs une grande importance durant tout le Moyen-Âge bien qu’ils aient laissé peu de traces). C’est en bois que l’on construit et on remarque que, contrairement à l’Angleterre, il n’existe pas d’Anciens devoirs ou Old Charges irlandais relativement à l’histoire du Métier, aux usages des chantiers, aux règles morales et professionnelles. Par contre les guildes municipales apparaissent à l’imitation de ce qui existe en Angleterre. Elles détiennent le pouvoir politique local. Si, à Dublin, on y constate la présence de maçons, ils sont minoritaires et ce sont surtout les charpentiers, les couvreurs, les meuniers qui commandent. Ces guildes sont dirigées par un Maître (qui est un charpentier), assisté de gardes (wardens). Il ne semble pas qu’il ait existé de cérémonies spécifiques de réception ni de rituel. De même, il n’existe pas de Loge en relations avec les guildes ou incorporations comme en Ecosse. Il n’y a donc pas d’antécédent connu pouvant assigner une origine opérative à la Maçonnerie irlandaise.

En 1830, lors de la démolition d’un pont à Limerick, on a trouvé dans la pile Nord-Est une équerre avec cette inscription : « Je m’efforcerai avec amour et soin de vivre par le niveau et par l’équerre » et cette date : 1507. La découverte est belle et plausible même si certains l’ont contestée mais, au vrai, de quoi témoigne-t-elle ? Qu’à cette époque –le début du XVIe siècle- on illustrait des sentences morales par des outils ? Cela on le sait puisqu’au Moyen Âge déjà la Maçonnerie opérative était l’objet de discours moraux.

En réalité, c’est à la date de 1688 que l’on peut faire remonter le premier témoignage de l’existence d’une franc-maçonnerie en Irlande. Il s’agit du fameux manuscrit du Trinity Collège à Dublin, collège fondé par les anglais et pour des anglais, donc pour l’élite anglo protestante (alors que la majorité des irlandais est catholique). Dans ce manuscrit il est question d’une loge de francs-maçons qui regroupent des gentlemen, des artistes, des étudiants. Tout ceci fait penser à une Maçonnerie importée par des colons anglais et non à une Maçonnerie spécifiquement irlandaise.

C’est seulement en 1725 à Dublin qu’est attestée la première procession publique de toute l’histoire de la Maçonnerie irlandaise. On y voit un Grand Maître (ce qui suppose une Grande Loge), des grands officiers, des symboles, des tableaux, etc. A noter que ce premier Grand Maître irlandais sera aussi Grand Maître en Angleterre ce qui atteste encore la grande influence anglaise sur cette Maçonnerie. D’ailleurs, en 1730, paraîtront les Constitutions de Pennel qui sont une adaptation des Constitutions anglaises de 1723.

Conclusion :

Tout, dans les sources de la Maçonnerie en Irlande, atteste que celle-ci a été directement importée d’Angleterre. Il semble cependant qu’elle se soit singularisée dans les années 1720-1740 pour donner ces maçons irlandais qui arrivent en Angleterre en 1751. Dans cette perspective, les « Anciens » seraient les héritiers des premiers usages anglais.

Usages de la Maçonnerie irlandaise des origines (suite)

Roger Dachez. 2012

Résumé des épisodes précédents :

1. C’est en 1688 qu’apparaissent, en Irlande, les premières traces documentaires d’une maçonnerie spéculative au Trinity College de Dublin. Rappelons pour mémoire qu’à cette époque les loges écossaises sont professionnelles et qu’en Angleterre, il existe aussi quelques traces documentaires comme la réception d’Élias Ashmole en 1646 et la pratique de l’Acceptation, mais cette activité maçonnique est très mal connue et semble plutôt le fait de maçons isolés que de loges établies.

2. Ce document du Trinity College atteste le fait que la franc-maçonnerie irlandaise est d’importation anglaise. Cette franc-maçonnerie était destinée aux anglo-irlandais, cette minorité protestante pour laquelle avait été fondé le dit collège de Dublin. Ici, comme toujours, l’étude du contexte historique, politique et religieux est indispensable pour la compréhension des événements. Par ailleurs, cela met en perspective la prétention irlandaise d’une grande ancienneté à leur maçonnerie, ancienneté qu’ils n’hésiteront pas à revendiquer haut et fort à partir de 1751.

3. Les débuts (années 1720) et l’organisation de la Maçonnerie irlandaise sont mal connus. S’il existe une attestation de l’existence d’une Grande Loge en 1725, il ne faut pas oublier que les archives de la Grande Loge d’Irlande ne remontent qu’à la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Pour la première moitié du siècle, les sources documentaires principales résident dans les comptes-rendus de presse et dans la correspondance privée. Car il semble bien que la première maçonnerie irlandaise soit essentiellement familiale (comme en témoigne l’initiation de Miss Saint-Léger) et très peu organisée. C’est cette maçonnerie, au fonctionnement bien différent de celui de la Grande Loge d’Angleterre, qui arrive en Angleterre en 1751 alors que la dite GL est en crise. Est-ce ce côté rustique qui lui permettra de revendiquer une grande ancienneté alors même que les sources documentaires sont avares d’information ?

Réexaminons donc ces sources.

Dans leur History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland (tome I, Dublin, 1925) John Heron Lepper et Philippe Crossle publie (p. 53 et suiv.) un document qui est la première attestation publique de l’existence d’une Grande Loge en Irlande. Il s’agit d’un article paru dans The Dublin Weekly Journal, n° 13, du samedi 26 juin 1725 qui relate le déroulement d’une procession maçonnique en l’honneur de l’installation du Grand Maître, à l’imitation de ce qui se faisait déjà en Angleterre. On apprend ainsi que « mardi dernier, jour de la Saint-Jean, patron de la très ancienne et respectable société des Francs-Maçons (...) une centaine de Gentlemen se sont réunis vers 11h du matin au Lion Jaune, rue Warbourgh. Ils ont mis leur tablier et leurs gants blancs ainsi que d’autres décors propres à ce respectable Ordre et se rendirent, en voitures, car il pleuvait beaucoup ce jour-là, à l’Auberge du roi dans l’ordre suivant : les Officiers de l’Ordre était dans des voitures couvertes, les 12 Intendants (Stewards) tenant une canne blanche à la main [cet usage se retrouve chez les « Anciens »] et le Grand Maître installé dans un superbe carrosse. Suivent les Grands Surveillants, les Maîtres et Surveillants représentant 6 loges de Dublin [il s’agit donc d’anglo-irlandais] et les Frères placés sous la juridiction du Grand Maître. (...) Arrivés à l’auberge sus dite, ils y entrent dans cet ordre, deux par deux, les Officiers de l’Ordre, les 12 Stewards, le roi d’armes, le Grand Maître seul couvert, les Grands Surveillants, etc. (...) La Grande Loge se réunit alors dans une salle préparée à cet effet où se déroulent des « cérémonies mystiques » réservées aux Grands Officiers. Il fut procédé à l’élection du nouveau Grand Maître [ce qui laisse supposer que la Grande Loge a au moins un an d’existence]. Ensuite la Grande Loge sort de cette salle, le roi d’armes portant une petite truelle d’or avec son ruban noir posée sur un coussin, pour se rendre à la « table mystique » en forme d’équerre [il y a là un parallèle avec l’Angleterre cf. la célèbre gravure de Picart, 1735]. Il est annoncé le choix du nouveau Grand Maître pour l’année à venir, le comte de Ross, ainsi que des Grands Surveillants, du Député Grand Maître, etc. A l’énoncé de chaque nom, toute la société approuve par triple « Huzzas » [à noter cette très ancienne attestation irlandaise]. Le nouveau Grand Maître est conduit à la tête de la table et le roi d’armes le revêt de la truelle d’or suspendue à son ruban noir [La truelle, attestée dans les Constitutions anglaises de 1723 pour répandre « le ciment de l’amour fraternel », est un symbole fondamental en Irlande tout au long du XVIIIe siècle]. Le Grand Maître délivre alors un discours aussi court que possible, car les Frères ont faim ! Ce sont finalement 120 couverts qui furent servis par 25 personnes, reçues Francs-Maçons pour l’occasion [là encore, il s’agit d’un usage ancien, repris dans Le Secret des Francs-Maçons (1744). Les Frères servants sont reçus Appentif-Compagnon mais pas Maître. Le banquet se tient dans un cadre maçonnique, les agapes sont intégrées à la tenue et seuls des Maçons peuvent y assister. D’ailleurs la table joue un grand rôle dans la tenue elle-même]. Après le banquet, les Frères se rendent au théâtre, en décors maçonniques. À la fin de la représentation, un des acteurs qui est un Frère, chante le chant des Apprentis repris en chœur par l’assistance. Un Maître d’une des loges est habillé d’une façon remarquable : il porte une veste jaune et un pantalon bleu [on se rappelle de la description du compas, pointe bleue et branches jaunes]. »

Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de ce document ?

D’une manière générale, les usages irlandais sont conformes aux usages anglais de l’époque. Les liens entre les deux maçonneries sont très forts. Plusieurs éléments le prouvent :

Nous sommes à Dublin donc chez des anglo-irlandais.

En 1729, le Grand Maître de la Grande Loge de Londres, Jacques 4e Lord Kingston, est d’origine irlandaise. En 1731, il sera GM de la Grande Loge de Munster, en Irlande, puis, à plusieurs reprises, de la Grande Loge d’Irlande.

En 1740, lors d’une autre procession, les Frères irlandais se rendent à une « divine service », expression protestante s’il en est : c’est assez dire leur ascendance anglaise.

Il ressort de tout cela que cette Maçonnerie Irlandaise est d’abord d’origine anglaise. Les usages maçonniques irlandais sont les mêmes qu’en Angleterre à cette époque, c’est-à-dire que sont ceux des « Modernes » (place des Surveillants, usages de table, du chapeau, ce qui fait écrire à Lepper que si un maçon irlandais du XXe siècle -qui pratique le rituel issu de l’Union de 1813 donc principalement influencé par les « Anciens »- revenait au XVIIIe siècle, il en serait fort étonné) et il n’y a pas de réelles différences pratiques. Mais alors, si les « Anciens » sont bien d’origine irlandaise (mais non catholique comme les « Modernes ») d’où viennent ces différences qu’ils revendiqueront en 1751 ? Quelle est la prétendue ancienneté des « Anciens »? Les usages des « Anciens » ne seraient-ils pas, au contraire, des nouveautés, par rapport aux « Modernes », introduites dans les années 1740 pour se distinguer d’une maçonnerie anglaise qui traversait alors une mauvaise passe ?

Quoi qu’il en soit de ces passionnantes recherches, il ne faut pas oublier que nous sommes encore à une époque (1ère moitié du XVIIIe siècle) où le corpus symbolique maçonnique commence à s’organiser et à chercher une cohérence. Cela donnera naissance à deux traditions, les « Modernes » et les « Anciens » qui expriment, chacune à leur manière, les mêmes significations fondamentales et traditionnelles de la Franc-Maçonnerie.

Discussion :

On peut encore, au-delà de différences indiscutables, voir des preuves des grandes similitudes entre les « Modernes » et les « Anciens » dans le fait que les « Anciens » imiteront les « Modernes » dans l’organisation de leur Maçonnerie. Très vite, ils cherchent un Grand Maître noble, ils se dotent de Constitutions, etc. Et même dans une des spécificités les plus marquantes des « Anciens », le grade de l’Arc Royal, cette similitude se retrouve puisque ce sont les « Modernes » qui organiseront le premier chapitre du dit grade!

Aujourd’hui, on estime à 100 000 le nombre de Maçons Irlandais mais, si le siège de la Grande Loge est à Dublin, la majorité des Frères se trouvent en Irlande du Nord, protestante.

commentaires

Irlande & Franc-Maçonnerie

Publié le 19 Juillet 2026 par T.D

Publié le 8 Février 2013 par PHL 

L’Irlande et sa longue histoire méritent d’être connues des francs-maçons sous bien des aspects que nous allons aborder ensemble. Quelques mots tout d’abord sur la civilisation mégalithique, qui a connu son apogée entre 3500 et 2500 avant J-C. On ne sait pas grand-chose de ces peuples qui avaient une cosmogonie relativement élaborée. Mais le franc-maçon sera au moins sensible au fait que les alignements de menhirs correspondent habituellement à des données astronomiques (liées au lever et coucher du soleil en rapport avec les solstices et équinoxes, ainsi qu’aux cycles lunaires), alors que les dolmens, cairns et tumulus étaient des tombes, individuelles ou collectives (également orientés de manière précise).  

Les Celtes n’introduiront le druidisme dans les îles britanniques que vers 450 avant J-C, alors que leur civilisation domine l’Europe depuis presque un millénaire. Nous noterons ici que selon l’antique tradition des druides, l’année était divisée en plusieurs périodes correspondant à des évènement solaires (solstices, équinoxes), manifestant le caractère cyclique de la vie. On peut d’ailleurs noter que les anciennes fêtes celtiques restent discrètement présentes dans notre calendrier : Samain, le 30 octobre symbolisait la victoire des hommes sur les attaques des esprits surnaturels, avant de se terminer par la célébration de la nouvelle année. Puis la renaissance du soleil au solstice d’hiver ; c’est la fête de Modra Necht, durant laquelle le druide va cueillir le gui selon un rite précis, en s’exclamant “le blé lève” (O guel an heu , ce qui sera plus tard déformé par “au gui l’an neuf”). Imbolc, dans la nuit du 1er au 2 février, était la fête de la purification druidique, purification de la lumière ascendante et de ses effets sur la sève montant de la Terre-mère. Le 1er mai, Beltainn était la fête du feu de Bel, le dieu solaire, pour lequel on allumait de grands feux purificateurs, comme cela se fera plus tard à la saint Jean. Notons aussi que lors de l’initiation druidique, le postulant était enfermé dans une peau de bête, et que le dieu Lug (dieu de la lumière) se manifestait au travers du chef de clan, détenteur du maillet.  

Nous savons aussi que dans le dernier siècle avant l’ère chrétienne, Rome étend son emprise sur l’Occident et le Moyen-0rient, favorisant la diffusion de deux grandes religions :  

- d’une part le mithraïsme, le culte de l’ancien dieu iranien de la lumière se développant sous une forme d’abord cultuelle puis de plus en plus initiatique.  

- d’autre part le pythagorisme romain mystérique, qui conservait les principes de base de l’Ordre : à son niveau le plus profond, la réalité est gouvernée par les nombres ; la philosophie peut servir à la purification spirituelle ; l’âme peut s’élever jusqu’à s’unir avec le divin ; certains symboles ont une signification mystique ; les membres de l’ordre se doivent loyauté et le respect du secret).  

Ce n’est qu’en 43 après J-C. que l’empereur Claude envoie ses légions en Grande-Bretagne ; elles ramènent rapidement l’ordre en Angleterre, mais l’Écosse continuera à échapper à leur domination. L’Irlande est totalement épargnée et le restera longtemps.  

Selon une légende mythique, la maçonnerie aurait été introduite en Angleterre en l’an 287 après JC,  sous la protection de Carausius 1er, un amiral romain révolté qui s’était proclamé empereur de la Grande Bretagne indépendante. Il s’était attaché Amphibolus, l’architecte grec, et Alban, “homme célèbre dans toutes les sciences et en particulier la géométrie “, représentants des collegiae fabrorum. Carausius leur aurait accordé une charte, permettant (en opposition à la loi Julia ) aux constructeurs de tenir des assemblées et de constituer de nouveaux membres, conformément aux anciennes constitutions de Numa Pompilus et Servius Tullius.  

Au cours du IVème siècle, les celtes irlandais (Scots) s’allient aux tribus écossaises implantées au nord du mur d'Antonin (Pictes) pour multiplier les incursions en Bretagne romaine. En 383, Maximus Clemens, gouverneur romain de Grande-Bretagne, se révolte contre l’empereur Gratien, qui sera vaincu. La région retrouve ainsi son autonomie et en 410, Rome ordonnera le retrait de toutes ses troupes de Grande-Bretagne, ce qui ouvrira la région aux invasions barbares.  

L’évangélisation de l'Irlande par saint Patrick est située en 432. Selon la légende, ce natif des côtes ouest de la Bretagne romaine fut enlevé et réduit en esclavage dans son adolescence par des pirates irlandais. Au bout de six ans passés à Slemish, il s'évada et alla étudier le christianisme dans les monas­tè­res français. Puis il revint en Irlande et après avoir défié les druides et le haut-roi de Tara, il fonda la capitale ecclésiastique d'Armagh. A cette époque, le celtisme irlandais reste très actif, avec de nombreuses légendes spécifiques se rapportant aux anciens héros préceltiques.  

Pour resituer la période, rappelons que tout l’Occident est alors ravagé par les invasions barbares.

La Grande-Bretagne a été conquise par les Angles, les Jutes et les Saxons. Mais notons aussi que les Scots, celtes irlandais du royaume de Dalriada, ont également installé en Ecosse (région d'Argyll) un second Dalriada, qui connaîtra une importante expansion. Avec la chute de l’empire romain d’Occident, l’an 476 marque ainsi le début conventionnel du moyen-âge. La plupart des conquérants barbares se convertissent au christianisme, ce qui va rapidement conduire à la quasi-disparition de la religion celtique.  

En effet, les principes de la société gallo-romaine étaient intrinsè­quement incompatibles avec le druidisme puisque celui-ci fonctionnait selon une dualité entre le druide et le roi ; le druide étant le détenteur initié de la connaissance, de l’autorité spirituelle, responsable du savoir, intermédiaire entre les dieux et les hommes représentés par le roi, qu’il conseille ; ce dernier étant pour sa part le détenteur élu de l’autorité temporelle, garant de la cohésion sociale, qui met en application les conseils du druide ou les sentences de justice qu’il a édictées.  

Certains principes du druidisme resteront toutefois véhiculés, plus ou moins discrètement, dans les traditions chrétiennes d’autant que si les derniers druides sont devenus évêques, les bardes ont continué à véhiculer dans la tradition populaire des milliers de chants et des centaines de contes transmettant leurs valeurs philosophiques. Citons à ce propos la triade bardique des cercles concentriques, figurés sur la croix celtique, de diamètres respectifs 81, 27 et 9 : cercle de Keugant (le chaos, le néant où seul Dieu peut subsister), cercle d’Abred (le destin, l’exis­tence terrestre, la renaissance de la mort en fonction de l’existence précédente) et cercle de Gwenwed (la renaissance de la vie, la libération des cycles de réincarnation, la béatitude près de Dieu).  

Au VIème siècle, trois points méritent à mon sens d’être relevés :  

- en 529 : au mont Cassin, Benoît de Nursie érige un couvent sur l’emplacement d’un temple d’Apollon (et peut être ancien lieu de culte de Mithra). Il énonce la règle bénédictine qui, aux obligations de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, ajoute les principes du travail intellectuel et manuel. Le moine doit obéis­sance à l’abbé (le père de la communauté, chargé d’interpréter la règle) et fait voeu de stabilité, c’est à dire de ne jamais quitter le couvent qui est isolé du monde par la clôture, mais reste en contact avec lui par le lien de l’hospitalité. Le troisième voeu est celui de la "conversion des moeurs", par lequel le moine abandonne son ancien mode de vie. La communauté monastique est liée par le respect dû aux anciens par les jeunes, et à l’affection accordée aux jeunes par les anciens. L’abbé (élu) était communément appelé “vénérable frère” ou “vénérable maître” ; il sera l’archétype du maître d’oeuvre médiéval, qui guide l’alliance entre le travail de la matière, l’intelligence de la main et l’intensité de la foi afin que le travail ainsi sacralisé devienne une prière et une glorification.  

- en 563 : saint Colomba (Colmcille), issu de la noble famille irlandaise des O’Neill, arrive en Écosse après avoir fondé une demi-douzaine de monastères en Irlande. Le moine établit une communauté sur l'île d’Iona, d’où diffusera le christianisme celtique en Écosse. Une légende dit que deux ans plus tard, il sauva miraculeusement un homme de l’emprise d’un monstre sorti des eaux noires du Loch Ness (il faudra ensuite attendre 1933 pour que “Nessie” redevienne un sujet d’intérêt pour les riverains du loch). L'église irlandaise prônait un ascétisme fondé sur une triple acception du "martyre" : martyre blanc (séparation d'avec les proches et la société, voyages d'évangélisation) ; martyre vert (travail dans la pénitence et le repentir)  ; martyre rouge (soumission à la croix et à l'adversité).  

- en 590 : saint Colomban (Colombanus), un irlandais éduqué à l'abbaye de Bangor, fonde le monastère de Luxeuil (évocateur du dieu solaire Lug) sur le site d’un ancien temple de Diane, près de Mulhouse. Il contribuera à la diffusion du christianisme celtique en Bourgogne, en Autriche et en Lombardie. Au IXème siècle, son disciple le moine Ermenrich de Saint-Gall rappellera : “nous ne devons omettre de parler de l’Irlande, car c’est de là que nous vint une grande lumière”.  

Cette même année ; saint Grégoire le Grand devient le premier d’une longue lignée de papes, politiques et juristes, qui exerceront le pouvoir sans apporter d’évolution théologique significative. Il instituera toutefois la liturgie (dans laquelle il introduira les harmoniques du chant grégorien), organisera l’évangélisation de la Grande Bretagne… et tentera de s’opposer au christianisme celtique diffusé par saint Colomban.  

En 627, le prince Edwin de Northumberland réunit un parlement qui aura pour mission de rédiger des lois et concéder des chartes. On peut noter que treize ans plus tôt, reconnaissant la qualité des travaux effectués par les bâtisseurs de l’époque, le pape Boniface IV avait affranchi les maçons de toutes les charges locales et délits régionaux, afin qu’ils puissent se déplacer facilement et à peu de frais. En Grande-Bretagne, les anciennes collegiae  romaines avaient disparu, mais leur influence se serait partiellement maintenue au travers de la secte des culdéens (colitores Dei , les serviteurs de Dieu), inspirés par saint Colomba, surtout répandus en Irlande et en Écosse où ils vivaient par communautés de douze membres sous l’autorité d’un abbé élu. Leur rite différait de celui de Rome sur divers points (date de Pâques, tonsure, consécration épiscopale, baptême, mariage des prêtres, utilisation du gaélique), ce qui leur vaudra quelques conflits avec les bénédictins.  

Ils reconnaissaient la prééminence du pape, mais pas son autorité car selon saint Colomba “le Pape n’est pas celui qui détient les clefs de la vérité absolue et dont les paroles portent le sceau du Saint-Esprit. C’est un évêque, un homme faillible que l’on peut con­seiller ou blâmer. Au dessus de l’autorité de Rome, il y a celle de la vérité ”.  

Il est très probable que les descendant des druides et bardes celtiques aient perpétué certaines de leurs traditions sous le couvert du christianisme celtique d’origine irlandaise, qui se développera en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouaille (l’Angleterre proprement dite ayant été évangélisée par l’Église romaine). On dit que dans l’ancienne capitale celtique irlandaise de Tara (près de Dublin), nul n’était admis s’il ne connaissait un art et qu’à Tara, la salle des banquets rituels était dénommée “demeure de la chambre du milieu  “. Lors des réunions de bâtisseurs, les participants auraient porté un tablier ; si l’un d’entre eux interrompait celui qui avait la parole et refusait de se taire, son tablier était tranché en deux et il ne pouvait être réadmis qu’après avoir refait un nouveau tablier.  

La désignation des hauts-rois de Tara procédait d'un rituel précis, dans lequel le candidat devait en particulier franchir deux pierres levées qui "s'écartaient" pour livrer passage à son char, puis son nom devait être proclamé par une troisième pierre levée (Lia Fail ,  la Pierre de la Destinée).  

En Écosse, après plus de trois siècles de batailles incessantes, le royaume scot de Dalriada (qui a donc été fondé par des celtes irlandais) prend l’ascendant sur les Pictes. En 835, Kenneth Mc Alpin s’établit à Scone comme monarque de toute l’Écosse, qui devient royaume d’Alba (et plus tard Scotia). C’est sur la Pierre de Scone que seront ensuite traditionnellement sacrés les rois d’Écosse. Selon certaines des multiples légendes qui entourent cette pierre, il s’agirait de la pierre de Jacob, apportée en Irlande par la princesse Tephi, fille du dernier roi de Juda, à l’époque du prophète Jérémie. Le prince Eochaid d’Ulster aurait renoncé au culte de Bel pour épouser Tephi, et aurait été sacré roi d’Irlande sur cette pierre. Elle aurait ensuite servi au sacre des rois d’Irlande à Tara, puis aurait été conservée dans l’île d’Iona jusqu’à ce que Fergus Mor McErc, devenu roi d’Écosse, la transporte à l’abbaye de Scone autour de l’an 1000. Plusieurs géologues contemporains ont relevé qu'aucune carrière ne correspond à la pierre de Scone dans les régions de Tara ou d'Iona ; par contre, on trouve des gisements de ce type à Béthel, près de la Mer Morte.   

Rappelons ici que selon la légende, la première Grande Loge a été fondée à York en 926 par le prince Edwin, géomètre et maître d’oeuvre, qui aurait colligé tous les actes et écrits se rapportant à la maçonnerie afin de rédiger des constitutions qui auraient commencé en évoquant le “Grand Architecte du ciel et de la Terre, la fontaine et la source de toute bonté qui bâtit de rien sa construction visible ”. Edwin aurait reçu à la même époque une charte de liberté de son père adoptif, le roi Athelstan, pour développer la fraternité. Edwin et son père auraient aussi défini les symboles fondamentaux de l’ordre : une équer­re en or, un compas en argent aux pointes d’or, et une truelle en argent. Au Xème siècle, on trouve bien une évocation des guildes anglaises, où il est question de ban­quets men­suels au cours desquels se discutaient les questions liées au groupement. Pour être admis, il fallait être citoyen de la ville, être de bonne conduite et de moeurs régulières, acquitter des droits d’entrée et se soumettre à un apprentissage (généralement sept ans). Les dirigeants étaient élus lors d’assemblées plénières, géraient toutes les affaires de la corporation et y rendaient la justice. Les membres ne pouvaient pas s’affilier à une autre ligue, étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, et devaient venger toute insulte faite à un des frères comme si elle avait été faite à tous. A la mort d’un frère, chaque membre devait offrir un morceau de bon pain et prier pour le salut de son âme.  

Un siècle plus tard, en 1109, Étienne Harding devient abbé de Cîteaux. Ce descendant des Vikings aurait été initié au celtisme en Bretagne avant de suivre les enseignements des maîtres de Laon, Reims et Paris. Féru d’ésotérisme, il a également été influencé par l’école kabbalistique de Troyes, toute proche, où Rachi l’aidera à entreprendre une recopie de la Bible, comportant 290 corrections fondées sur les textes hébreux (ce qui explique peut être le goût prononcé dont témoignera saint Bernard pour le texte très symbolique du Cantique des Cantiques).  

Certains auteurs ont remarqué que cet intérêt d’Harding pour la Bible coïncide étrangement avec le retour de Terre Sainte du comte de Champagne, qui rejoindra quelques années plus tard l’Ordre templier.  

Bernard de Fontaine entre à Cîteaux en 1112, à l’âge de 21 ans, Étienne Harding lui révélant la voie mystique. Il quittera l’abbaye 3 ans plus tard, choqué par la trop grande magnificence des églises dépendant de Cluny. Il devient le premier abbé de Clairvaux et se met en devoir de réformer l’ordre cistercien, dont l’architecture devra désormais être extrêmement dépouillée. Sur le plan théologique, Bernard admettait trois degrés pour s’élever vers Dieu : la vie pratique, la vie contemplative et la vie extatique. Il disait de Dieu : “comme toutes choses sont en Lui, Il est aussi en toute chose  (...) Dieu n’a point de forme, Il est la forme, Il n’est point corporé, Il est purement simple “. Quant à la méthode : “... rentre dans ton coeur et apprend à connaître ton esprit  (...) apprend par la connaissance de ton esprit à connaître les autres esprits. Voilà l’entrée, la porte par laquelle on entre dans les choses intimes, l’échelle par laquelle on s’élève aux choses sublimes ”. Et encore : “... connais ta propre mesure. Tu ne dois ni t’abaisser, ni te grandir, ni t’échapper, ni te répandre. Si tu veux conserver la mesure, tiens-toi au centre. Le centre est un lieu sûr : c’est le siège de la mesure, et la mesure est la vertu”.  

C’est ainsi que les abbayes cisterciennes furent le berceau de l’art du Trait, application de la géométrie euclidienne à l’architecture sacrée, constitué d’un ensemble de ”secrets” de métier permettant de tracer les figures géométriques élémentaires à l’aide de règles, d’équerres et de compas.  

C’est dans ce contexte que sera créé l’Ordre du Temple en 1118, et l’on note que parmi ses fondateurs se trouve André de Montbard, qui n’est autre que l’oncle de saint Bernard.  

C’est aussi dans ce contexte qu’en 1124, le celte David 1er fonde le premier véritable royaume féodal d’Écosse. Son règne sera marqué par la pénétration dans le pays de chevaliers normands et flamands, ainsi que de moines cisterciens. Ce roi confie la garde de la vallée d’Anna à un chevalier normand, un certain Robert de Brus (assimilé à un descendant de Robert de Bruges, qui aurait accompagné Mathilde de Flandres et son mari, Guillaume le Conquérant). Il crée par ailleurs la charge héréditaire de régisseur (steward) royal, attribuée à Alan Fitz Alan (ce sera l’origine des Stuart) ; et l’emblème du clan Steward sera constitué par un oiseau nourrissant sa couvée, avec la devise“ Virescit vulnere virtus”.  

En 1126, le comte Hugues de Champagne, donateur de Clairvaux, rejoint l’Ordre du Temple. Deux ans plus tard, au concile de Troyes, saint Bernard remet à vingt-sept chevaliers Templiers leur Règle monastique ; l’année suivante verra la constitution de trois prieurés, comptant chacun vingt-sept chevaliers. Le recrutement des Templiers prend une grande ampleur, les dons pécuniaires et fonciers affluent de toute part. En quelques mois, les Templiers s’installent ainsi en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Espagne et au Portugal.  

Vous comprenez ainsi pourquoi il m’a semblé intéressant de mettre l’accent sur Saint Bernard, qui semble avoir été une sorte de pivot entre le christianisme irlandais, implanté à la fois en Ecosse et dans l’esprit d’Etienne Harding, le maître à penser de celui qui donnera sa Règle à l’Ordre Templier…

Ne faisons toutefois pas de Saint Bernard notre héros. Ainsi, en 1140, au concile de Sens, il fait condamner les thèses de Pierre Abélard. Il reprochait à ce précurseur de Descartes de fonder sa foi sur le doute méthodique, et de penser que le bien et le mal sont à considérer du point de vue de la conscience humaine, éclairée par l’amour de Dieu. Abélard estimait que la raison est plus efficace que le bûcher pour convertir les hérétiques, et prêchait la tolérance religieuse. Philosophe réputé en son temps, l’histoire retiendra surtout sa tragique histoire d’amour avec Héloïse…  

Une autre anecdote : c’est à Clairvaux qu’en 1143, l’archevêque irlandais Malachie aurait rédigé les 112 devises pontificales, résumant la destinée des papes à venir. Si l’on admet leur authenticité (elles ne furent publiées qu’en 1673...) et surtout leur caractère prophétique, Benoît XVI sera l’avant-dernier pape, précédant le retour de Pierre le Romain ; ce cycle de 888 ans (nombre du Christ) débuté en 1144 devrait donc se terminer en 2032.  

Mais on dit aussi que Saint Malachie aurait été l’un des derniers héritiers directs du christianisme celtique des culdéens ; il aurait transmis son savoir à Étienne Harding et à saint Bernard, dont il fut très proche. C’est également lui qui a fondé en 1142 la première abbaye cistercienne irlandaise (Mellifont, la "fontaine de miel"…).  

Dernière anecdote pour ce 12èmesiècle : c’est en 1182 qu’apparaît le Perceval ou le Conte du Graal  de Chrétien de Troyes, qui associe les traditions celtiques (Irlande, Avalon) au christianisme. A noter que Perceval y est d’emblée décrit comme le “fils de la dame veuve”… On sait que mis en présence du Graal dans le château du roi pêcheur, mais refusant de transgresser le conseil de silence donné par son maître en chevalerie, il s’abstiendra de poser la question qui lui aurait permis d’accéder à la royauté du Graal. Il ne pourra dès lors y parvenir qu’au terme d’une longue et éprouvante quête initiatique.  

Le thème sera repris une trentaine d’années plus tard dans le Parzifal du chevalier Wolfram von Eschenbach, qui y développera la symbo­lique alchimique du Graal. Il est savoureux de noter qu’il débutera son oeuvre de vingt-cinq mille vers en affirmant “je ne suis pas un savant, je ne sais ni lire ni écrire”…  

L’existence d’une franc-maçonnerie opérative est désormais incontestable ; on en trouve des traces à Londres en 1212, à Magdebourg en 1215, et en 1221 sur le chantier de la cathédrale d’Amiens.  

Au cours du 13èmesiècle, des idées nouvelles se répandent, véhiculées par les alchimistes ou les kabbalistes. Grégoire IX réplique en instituant la Sainte Inquisition Romaine et Universelle, qui ne sera officiellement abolie qu’en 1965. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour s’opposer à l’averroïsme et à l’école franciscaine, défendant la primauté du sens littéral de la Bible et fondant la doctrine catholique qui restera prédominante jusqu’à nos jours.  

En 1286 s’éteint la première dynastie royale écossaise, qui était donc d’origine celtique irlandaise.  

Ce sera l’origine de plusieurs décennie de guerre entre écossais et anglais, marquée par des personnalité comme James le Stewart, William Wallace et Robert le Bruce.  

Devenu roi d’Écosse en 1306, il est immé­diatement excommunié par Rome, qui craignait probablement la résurgence d’une église celtique. La guerre contre Édouard 1erse poursuit, on observe que Robert le Bruce apprend progressivement à éviter les batailles rangées, préférant les escarmouches (ce que les Templiers avaient appris au contact des sarrasins de Terre Sainte). Dans les années qui suivent, la discipline s’organise, des armes et du matériel arrivent d’Irlande (forcément en transit depuis le continent puisque l’Irlande n’avait pas d’industrie militaire).  

Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les Templiers français. Nombre d’entre eux ont pu échapper à la rafle et se réfugier à l’étranger. Les Templiers restants se sont rendus sans résistance mais nul ne trouva trace du trésor ni des archives de l’Ordre. La flotte des Templiers s’est également volatilisée, et il n’est pas impossible qu’une partie ait pu rallier l’Écosse via les grands ports de commerce irlandais de l’époque (Limerick et Galloway).  

A noter que la Bulle de dissolution de l’ordre templier ne fut pas rendue publique en Écosse puisque, Robert le Bruce ayant été excommunié, elle n’avait pas cours sur ses terres. Une légende, affirme même que l’ancien maître de la province templière d’Auvergne Pierre d’Aumont se serait réfugié en Écosse avec deux commandeurs et cinq chevaliers, après s’être déguisé en maçon et avoir changé de nom (pour s’appeler Mac Benac ). Avec George Harris, grand commandeur templier d’Hampton Court, il aurait décidé de maintenir la tradition de l’Ordre sous une forme secrète, en adoptant les symboles et les emblèmes de la maçonnerie.  

Quoi qu’il en soit, après la victoire écossaise de Bannockburn sur les anglais, la fille de Robert le Bruce épouse le fils de James Stewart, tandis que son frère débarque en Irlande où il se fait couronner roi.  

C’est ainsi qu’en 1371 : le petit-fils de Robert le Bruce montera sur le trône d’Écosse sous le nom de Robert II Stewart, et fondera la dynastie des Stuart.  

Là encore, il m’a semblé utile de mettre l’accent sur les relations étroites qui ont uni pendant plusieurs siècles l’Irlande et l’Ecosse.  

Je saute allègrement 400 ans.  

La franc-maçonnerie s’est largement développée en Ecosse, en Angleterre, en France et en Allemagne, mais je n’ai pas grand-chose à dire de l’Irlande pendant cette période.  

Nous arrivons à la fin du XVIIe siècle,  et il faut tout de même dire quelques mots du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, qui vient d’avoir un fils en 1688 et qu’il compte bien élever dans la catholicité. Le parlement réagit en proposant le trône à Marie, fille de Jacques et épouse de Guillaume de Nassau, prince d’Orange, chef des protestants néerlandais et ennemi du roi catholique Louis XIV. Marie accepte et débarque en Angleterre. C’est la Glorious Revolution  anglaise, qui entraîne la chute du roi Jacques II et prépare l’installation de la monarchie hano­vrienne orangiste.  

Jacques II se réfugie à Saint Germain en Laye accompagné de six régiments qui auraient chacun eu leur loge : Royal Écossais, d’Albany, O’Gilwy, Dillon (régiment irlandais dont certains officiers seraient à l’origine de La Bonne Foi, fondée vers 1700), Gardes Écossaises et Walsh Irlandais (au sein duquel serait née La Parfaite Égalité, dont le Grand Orient de France a admis en 1777 que ses constitutions dataient de 1688).  

Ce sont les plus anciennes mentions que j’aie pu trouver d’une franc-maçonnerie irlandaise.  

 C’est aussi à Saint Germain qu’aurait été installée la Loge Mère Stuardiste du Rite Jacobite, à laquelle aurait appartenu le chevalier de Ramsay. Cette maçonnerie jacobite aurait pratiqué un degré de Maître Écossais de Saint-André, fondé sur le retour de l’exil à Babylone et la reconstruction du Temple par Zorobabel (ce rituel à double sens aurait permis d’évoquer la restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre). Sans anticiper ce que nous diront de prochains conférenciers, on peut aussi noter que le chevalier de Ramsay, fut l’exécuteur testamentaire de Fénelon et le précepteur du fils de Jacques II d’Angleterre, c’est à dire du chevalier de Saint-George, prétendant déchu au trône, père de Charles-Édouard Stuart.  

En 1690, après avoir débarqué en Irlande et assiégé Londonderry sans succès, Jacques II et les catholiques sont à nouveau battus par Guillaume III d’Orange et retourneront en exil en France. Jacques II mourra à Saint-Germain en 1701,  laissant une veuve qui lui survivra dix-sept ans ; certains partisans jacobites en profiteront alors pour se dénommer “les enfants de la veuve”.  

Quant à Guillaume d’Orange, il se fera recevoir maçon en 1694 et présidera des assemblées à Hampton Court. La maçonnerie orangiste protestante se dotera ainsi de statuts supprimant toute référence à une Église, précisant : "votre premier devoir est d’être fidèles à Dieu et d’éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent ”. Et en vertu de “l’acte d’établissement” de 1701 qui consacre l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre sous la forme d’une Grande-Bretagne, les princes de la maison de Hanovre accéderont au trône d’Angleterre et favoriseront l’épanouissement de la monarchie parlementaire.  

Revenons en Irlande, en 1710, pour l’anecdote de miss Élisabeth Saint-Léger . On raconte que la future lady Aldworth) s’était endormie dans une pièce contiguë à une loge, et qu’elle assista ainsi à son réveil à une tenue maçonnique. Surprise par son père, il fut décidé que la meilleure façon de garantir son silence était de l’initier, ce qui fut fait sur l’heure. Cette transmission (régulière puisqu’assurée par des maçons réguliers) indique qu’à l’époque pré-andersonienne, l’exclusion des femmes n’était pas un principe intangible, même s’il ne s’est agi en l'occurrence que de s’assurer de la discrétion d’un témoin involontaire.  

En 1717, quatre loges andersoniennes s’autoproclament Grande Loge de Westminster, ce qui marque conventionnellement le début de la maçonnerie dite « spéculative ». Huit ans plus tard, ce sera la fondation de la Grande Loge d’Irlande, qui sortira les jeunes loges irlandaises de la clandestinité.  

Le premier franc-maçon irlandais célèbre est Jonathan Swift (Dublin Lodge n° 16) qui publie en 1726  Les voyages de Gulliver. Doyen des chanoines de la cathédrale St Patrick à Dublin, il ne se priva toutefois pas de publier divers pamphlets contre l'Église, la politique et même l'Irlande. Il a consacré un tiers de sa fortune aux pauvres, et un autre tiers à la fondation d'un hôpital psychiatrique.  

En 1730, la Grande Loge d’Irlande se dote des Constitutions de Dublin , globalement basées sur celles d’Anderson mais en y ajoutant la Sainte-Trinité et les Devoirs “au nom de Jésus-Christ, notre seigneur et sauveur”.  L’invocation d’ouverture se faisait au très glorieux seigneur Dieu, Grand Architecte du ciel et de la terre  étant précisé lors des cérémonies d’initiation que le nouveau frère sera gratifié de la divine sagesse  afin qu’il soit capable d’éclaircir, au moyen des secrets de la maçonnerie, les mystères de la piété et du christianisme.  

La même année, dans un contexte marqué par de nombreuses « divulgations » (en particulier la Masonry Dissected  de Pritchard), la Grande Loge de Londres décide d’inverser les moyens de reconnaissance des premier et deuxième degrés afin de ne permettre l’accès des loges qu’aux maçons qu’elle juge réguliers.  

Dans la foulée, cette même Grande Loge de Londres (qui compte déjà plus d’une centaine de loges) commence à manifester des prétentions de supériorité vis-à-vis de la Grande Loge d’Irlande et des loges d’Écosse, se permettant d’émettre des doutes sur leur régularité. “L’inversion anglaise”, susceptible d’être jugée contraire à la tradition, n’a certainement pas contribué à améliorer leurs relations...  

Ce sont les prémices de la querelle des Ancients et des Moderns, qui va durer quelques décennies, d’autant que vont rapidement apparaître les premiers « hauts grades ».  

Dès 1743, on trouve en Irlande la première référence connue à la Royal Arch , portée par deux “Excellents Masons” lors d’une procession à la saint Jean d’hiver. L’année suivante, un ouvrage du Dr Dassigny consacré à la maçonnerie irlandaise évoque un grade de Royal Arch , qui était alors réservé aux anciens maîtres de loge (Passing the Chair ), et développera la redécouverte des secrets originels de la maçonnerie, ainsi que les attributs du “roi” Zorobabel, du prophète Aggée et du grand prêtre Josué.  

En 1750 apparaissent deux degrés maçonniques, "Prévôt" et "Juge" qui font référence aux "Harodims", les 3600 menatskhim  nommés par Salomon pour surveiller le chantier du Temple.  

Ces deux grades seront ultérieurement réunis avec le "Maître Irlandais", un degré pratiqué vers 1761 à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (autour de la saga biblique de Joseph) et qui deviendra le septième degré du REAA.  

Arrêtons nous un peu sur un personnage important : Lawrence Dermott, irlandais né en 1720 et initié en 1740 à Dublin, vénérable en 1746 avant d’être reçu au Royal Arch. Il rejoint la Grande Loge des Ancients en 1752 et en devient le grand secrétaire quatre jours plus tard ; il occupera cette fonction pendant vingt ans, avant d’être député grand maître. Sous son impulsion, les Ancients  intègrent l’Arche Royale comme extension des grades symboliques, ce degré étant jusqu’alors réservé aux passés-maîtres installés. En 1756, il publie Ahiman Rezon, équivalent des Constitutions pour les Ancients , ouvrage de 238 pages réédité à de multiples reprises et qui sera adopté par de nombreuses grandes Loges se réclamant des Ancients . Il y est précisé que “quiconque, par amour de la connaissance, pour le désir d’étendre son champ d’utilité ou pour tout autre motif vertueux désire devenir franc-maçon, doit être informé qu’il doit croire fermement dans l’existence de la divinité, et qu’il doit l’adorer et lui obéir en tant que Grand Architecte et Gouverneur de l’Univers. Les francs-maçons sont strictement astreints d’observer la loi morale et de fuir les voies de l’immoralité et du vice. Ils doivent également éviter les erreurs grossières du libre penseur, de la bigoterie et de la superstition. Ils doivent faire un usage convenable de leur raison personnelle en vertu de cette liberté par laquelle, en tant que maçons, ils sont faits libres d’en user mais non d’en abuser. Ils sont tenus d’adhérer aux grands principes essentiels de la religion révélée sur laquelle tous les hommes sont d’accord, alors que la façon et les formes d’adoration sont laissées à leur propre jugement. Il s’ensuit que les francs-maçons sont des hommes de bien et loyaux ; hommes d’honneur et de probité, hommes vertueux, quels que soient les noms qui aident à les distinguer. De par ce compte-rendu de la religion du métier, il ne faut pas supposer que la maçonnerie enseigne aux hommes à devenir indifférents envers la religion et l’état futur. C’est le contraire qui est vrai  (...) La bienveillance universelle est la plus grande aspiration morale. Elle constitue l’Étoile Polaire de la maçonnerie. Les influences sectaires et les disputes sont susceptibles de réduire cette gaie sympathie pour tout le genre humain, laquelle est le dessein que notre Ordre cultive et sert. Les disputes religieuses, et non la religion, sont bannies de nos loges  (...) En somme, la moralité et les devoirs religieux du maçon sont contenus dans ce commandement : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et tes voisins comme toi même”.  

C’est sous l’impulsion de Dermott qu’en 1762,  la Grande Loge d’Irlande s’allie officiellement à la Grande Loge des Ancients  

Il faudra attendre 1773 pour que la Grande Loge d’Écosse imite celle d’Irlande et s’allie également à la Grande Loge des Ancients,  dans un contexte de conflit exacerbé entre ces derniers et les Moderns, la légitimité de la Grande Loge de Londres étant alors remise en cause par la moitié des maçons britanniques.

Laurence Dermott meurt en 1791 ; grâce aux liens étroits tissés avec l’Irlande et l’Écosse, et à l’expansion du Rite outre-mer, il aura donné à la Grande Loge des Ancients des assises suffisamment fortes pour que vingt-deux ans plus tard, l’Acte d’Union des Grandes Loges d’Angleterre (1813) soit négocié sur un pied d’égalité.  

C’est sans doute dans cette esprit que lorsque, le 31 mai 1801, le comte de Grasse-Tilly et John Mitchell fondent à Charleston le Suprême Conseil du Saint-Empire, premier Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction Sud des États-Unis, les maîtres maçons des deux grands systèmes rivaux y étaient indistinctement acceptés, quelle que soit leur religion.  

Un Suprême Conseil du REAA sera installé en Irlande en 1824, dont la régularité sera confirmée par le convent de Lausanne en 1875.  

Il restera partie prenante de la Déclaration de Principes de Lausanne alors que l’Angleterre et l’Écosse se retireront de la Confédération quelques années plus tard, considérant que le texte ne met pas suffisamment l’accent sur la notion de Dieu personnel.  

C’est néanmoins en concertation avec les Grandes Loges d’Irlande et d’Écosse qu’en 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce qu’elle rompra toutes ses relations avec les obédiences qui ne respectent pas ses Principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.  

Depuis, la Grande Loge d'Irlande est restée dans la mouvance de la GLUA ; elle regroupe aujourd'hui 45 000 membres répartis dans environ 900 loges (dont une centaine à l'étranger).

Source : Quatrième Cahier de la Loge de Recherche n° 1306 « Mare Nostrum » (GLDF)

avec la permission de l’auteur

 

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La Franc-Maçonnerie irlandaise

Publié le 18 Juillet 2026 par T.D

2011

Cette maçonnerie très discrète ne communique pas ses rituels contrairement à l’Angleterre où il est très facile de se les procurer. Elle entretient des liens priviligiés avec le grade de l’Arc Royal, bien sûr, et avec les Side degrees tels ceux de Chevaliers du Temple et de Chevaliers de Malte et le Suprême Conseil du Rite Ancien et Accepté. Il existe une loge d’études et de recherches à Dublin, la Loge CC, et un chapitre d’étude. Cette Maçonnerie se porte bien et est répandue dans le monde entier (Grandes Loges de district). On estime ses effectifs à 100 000 frères.

Le Dossier Irlandais – Un peu d’histoire

Le 17 mai 2011, pour la première fois depuis l’indépendance irlandaise de 1921/2 et pour la première fois de son long règne la règne Élisabeth II se rendit à Dublin. Ce séjour de 4 jours de la reine marqua, selon le Premier ministre irlandais Enda Kenny, «le début d’une ère nouvelle entre nos deux pays basée sur le respect et l’amitié». «Le respect et l’amitié», voilà des mots qui ne viennent pas immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque les difficiles relations anglo-irlandaises au cours des siècles. Rappelons que, pour s’en tenir aux évènements les plus récents, le conflit nord irlandais a duré près de 30 ans –il s’est achevé en 1998-, a fait 3500 morts et qu’une certaine tension existe toujours entre les deux communautés protestantes et catholiques.

On le voit, la vie insulaire n’est pas un long fleuve tranquille. L’Irlande, comme sa grande sœur voisine, c’est d’abord une île, à la fois partie intégrante de l’Europe et tournée vers l’Atlantique, c’est-à-dire farouchement autre.

1) L’Irlande Gaèle (des origines à la conquête anglaise de 1169)

a) les origines

Les premières traces de peuplement connues remontent à environ 9 000 ans avant Jésus-Christ. Au néolithique (5000-2000 av. JC) ou période post-paléolithique ou post-glaciaire, les hommes dressent des constructions mégalithes avec une disposition précise par rapport au soleil et, déjà, pleines de symboles… Quel beau clin d’œil au tenants d’une grande –d’une trop grande ancienneté de la Maçonnerie!

Les Celtes arrivent du IVè siècle au 1er siècle av. JC, avec les Gaëls. La conquête celtique dura donc plusieurs siècles et les nouveaux venus finirent par imposer leur langue, leur conception du droit, leurs dieux, etc. si bien que l’Irlande gaélique eût une forte unité culturelle et religieuse, appuyée sur l’autorité des druides, et pourtant elle ne sut pas se doter d’une organisation politique solide, ni d’une capitale, ni même de villes. Ce trait reste une constante irlandaise : aujourd’hui encore l’Irlande est divisée politiquement tout en gardant des institutions communes aux 2 parties du pays, comme la Franc-Maçonnerie.

Durant les 5 premiers siècles de l’ère chrétienne, la vie irlandaise est dominée par une longue rivalité entre les royaumes qui composent le pays. Mais malgré ses divisions, l’Irlande n’a pas connu l’occupation ni la civilisation romaine –du moins directement- à tel point que l’écriture latine ne fut pas adoptée immédiatement.

b) L’Irlande chrétienne

La christianisation de l’Irlande n’est donc pas arrivée dans les bagages de l’Empire romain et ne fut pas le résultat d’un acte d’autorité ou de coercition. Ceci explique peut-être l’étonnante –on va voir pourquoi- fidélité irlandaise au catholicisme, à Rome. Elle fut l’œuvre de Patrick dont, à vrai dire, on ne sait pratiquement rien sinon ce qu’en disent les légendes qui racontent qu’il aurait eu une vision l’appelant à évangéliser les Irlandais. Il aurait étudié sous la direction de Saint-Germain d’Auxerre avant de partir pour l’Irlande en 432. Il y serait mort en 461.

L’histoire est plus prudente et estime que la christianisation de l’île fut, sinon difficile, du moins plus étalée dans le temps, les églises se substituant peu à peu –sans les abolir- aux sanctuaires païens, les abbés et moines aux druides, etc. L’écriture latine enfin fut introduite sans détruire l’ancienne si bien que les deux traditions gaélique et latine s’entre-pénétrèrent. L’Irlande va ainsi se couvrir d’un réseau de monastères ce qui correspondait bien à l’organisation « décentralisée » de la civilisation celte.

Mais tandis que l’Empire romain sombre sous les coups de ce que l’on a appelé « les invasions barbares » et ce qu’on appelle plutôt maintenant « les grands migrations de peuples », l’Irlande chrétienne reste à l’abri –échappant aux conquêtes germaniques- et c’est d’elle que va partir une certaine reconquête spirituelle chrétienne de l’Europe continentale.

Des moines venus d’Irlande vont évangéliser l’Ecosse. Le plus connu de ces ré-évangélisateurs irlandais fut Saint Colomban qui fonda un monastère à Luxeuil (590) et alla jusqu’en Italie. Parmi la multitude de moines irlandais citons encore –pour nous français- Saint-Gobain et Saint-Fiacre - autrefois, l’un des saints les plus populaires de France, sans doute pour ses qualités de guérisseur. Ce patron des jardiniers y fondera au VIIè siècle des monastères dont un près de Meaux (Seine-et-Marne).

La « Renaissance carolingienne » dut aussi beaucoup à l’« Ile des saints et des savants ».

Signalons enfin –comme on l’ noté plus haut- une caractéristique du christianisme irlandais des VI-VIIIème siècles : bien qu’il soit fortement imprégné d’un particularisme local et farouche, il n’a jamais songé à se séparer du reste de la chrétienté, comme l’écrivait Colomban : « il n’y a jamais eu d’hérétique ou de schismatique parmi nous. » Ceci explique peut-être pourquoi les protestants ne réussirent jamais à s’implanter complètement.

c) les Vikings

Bien que christianisée, l’Irlande avait donc gardé ses structures politiques celtiques, c’est-à-dire ses divisions. Les Vikings (Norvégiens) en profitèrent et arrivèrent en 795 puis en 801 et 806. Tout au long du IXème siècle, les envahisseurs s’installèrent mais ne purent pacifier l’île qui connut jusqu’à la fin du Xè siècle, guerres et destructions. Malgré cela, les Norvégiens fondèrent Dublin –qui était donc à l’époque une ville scandinave- et Cork et c’est aussi durant ces temps troubles que fut rédigé le fameux « Book of Kells », un évangéliaire, chef-d’œuvre de l’enluminure irlandaise. Enfin, apparurent les premières –depuis les mégalithes- constructions en pierres.

d) de Brian Boru à Strongbow

En 1014, Brian Boru, réussit –au prix de sa vie- à vaincre une coalition de Vikings et d’Irlandais et cette victoire est devenue le symbole de l’unité nationale et de l’indépendance irlandaise. La réalité historique est bien sûr plus complexe car, jusqu’à l’invasion normande de 1169, la confusion politique fut pire que jamais. En réalité, cette mêlée marque seulement la fin de la domination des Vikings qui sont maintenant assimilés. Et l’Irlande continue à s’enfoncer dans un cycle apparemment sans fin de rivalités et de querelles, attirant de puissants voisins. Ignorant le monde extérieur, celui-ci ne l’ignorait pas, au contraire, elle invitait. Ainsi, à son corps défendant, l'Irlande invitait ses voisins à s’immiscer dans ses affaires. Des gens pratiques et assoiffés de terres comme les barons normands ne vont pas se gêner.

2) De l’Invasion normande à l’achèvement de la conquête anglaise : 1169-1603

a) l’invasion.

A la fin du XIIème siècle, en 1169 les Anglais –Henri II étant roi- entrent en scène. Un des rois irlandais, Dermot Mc Murrough, s’allia avec eux pour reprendre son trône contre ses rivaux et c’est ainsi que les anglais entrent dans Dublin le 21 septembre 1170. Dublin deviendra alors une ville anglaise sans jamais avoir été –notons-le- une ville Celte. Cette capitale est donc un peu étrangère dans son propre pays. L’Irlande devient une colonie anglaise, nombres de rois gaëls et l’Eglise irlandaise se ralliant à Henri II.

b) la difficile installation anglaise

Cependant dès le début, la colonisation anglo-normande fut problématique: il y faudra 4 siècles. La société gaële reste très différente des normands par la langue, la tradition etc. et elle ne peut s’opposer aux anglais à cause de ses divisions. En même temps, les Irlandais ne restaient pas insensibles à certains apports anglais –on va le voir- mais ceux-ci ne s’intéressaient pas vraiment à leur conquête considérant l’Irlande plus comme une réserve dans laquelle ils puisent ce dont ils ont besoin qu'une terre à annexer purement et simplement et à intégrer au royaume.

c) la résistance gaële.

Cette situation a été résumée par un historien : « La tragédie de l’invasion normande ne fut pas la conquête de l’Irlande – elle ne fut jamais conquise ; ce fut sa demi-conquête ». On en voit encore les conséquences aujourd’hui. Le monde anglais et le monde irlandais se côtoient sans se mélanger. Au final, il n’y eut ni conquête totale, ni fusion. Aucun roi anglais, pourtant suzerain de l’Irlande ne s’y rendit entre 1210 et 1394 et l’Irlande est morcelée en 3 éléments principaux : l’Irlande gaèle (traditionnelle, campagnarde et agricole), l’Irlande anglo-irlandaise (des villes) et l’Irlande anglaise, une véritable enclave (le Pale) autour de Dublin.

d) du XIIè au XVè siècle

De fait, Au XIIè siècle, les anglo-normands commencent à introduire des changements dans la société irlandaise. Ils apportent une administration centralisée (y compris pour l’Eglise), fondent des villes, construisent en pierres (cathédrales, abbayes, châteaux) et rapidement –à l’image de ce qui se passe en Angleterre- des guildes se constituent.

De leur côté, en dépit des batailles des XIIIe et du début du XIVè siècle qui les opposaient aux anglais, les Irlandais s’intéressaient aux réformes politiques anglaises (Grande Charte de 1215 avec l’embryon d’un Parlement) comme un moindre mal.

Au XIVe siècle, un calme relatif s’installe et l’influence de la civilisation anglaise s’exerce de plus en plus. Les villes, le commerce, les cultures se développent ainsi que les corporations. La langue anglaise commence à s’imposer.

Cette anglicisation est stoppée par la « Peste noire » de 1349-1350 qui tue le tiers de la population et la guerre de Cent ans qui amènent le départ de nombre de barons anglais, appelés en France.

Les grandes familles irlandaises ou anglo-irlandaises –voilà maintenant près de 2 siècles que les anglais sont arrivés- reprennent du poil de la bête.

Pour éviter les rapprochements entre Irlandais et Anglais, le roi d’Angleterre édicte les statuts de Kilkenny (1366-1367) interdisant aux anglo-irlandais tout contact (mariage, culturel, etc.) avec les irlandais. Mais l’existence même de ces statuts prouve que ces contacts étaient bien réels. En même temps, ils montraient que l’Angleterre dominatrice se considérait comme incompatible avec l’Irlande.

Au XVe, les anglo-irlandais continuent à reprendre de l’importance et sont bien près (avec l’appui des Gaëls) d’obtenir ou d’imposer une Irlande unifiée. C’est alors que l’Angleterre va se réveiller.

e) La conquête finale des Tudors (XVIè)

Henri VIII entendait reprendre les choses en main. Dès 1534-5 ce furent exécutions et répressions sanglantes envers tous ceux qui s’opposaient à son pouvoir. De plus, il entend imposer à l’Irlande la Réforme religieuse anglaise. Or l’Irlande restait - inexplicablement pour certains, vue l’attitude la papauté envers elle- catholique. Henri VIII alla jusqu’à se déclarer « roi d’Irlande » en 1541.

La résistance irlandaise s’organisa. Les anglais persistèrent : l’exemple du Trinity College est emblématique. Pour implanter la Réforme et combattre « l’influence papiste », Elisabeth 1ère fonda en 1591-2, sur les ruines d’un monastère détruit par Henri VIII, cette institution d’enseignement, véritable bastion protestant en terre irlandaise. Ce collège –dont le prestige égale celui d’Oxford- ne s’ouvrira aux catholiques qu’en 1873 et ne s’unira avec l’University College (Université catholique) qu’en 1967. Sans commentaire.

Pendant ce XVIe siècle, religion et politique furent bien entendu étroitement liés. La confiscation des terres se développe et les Irlandais, sous la conduite de O’Neil, se soulevèrent en 1594 mais furent finalement vaincus en 1603, ce qui marquait l’achèvement, enfin, de la conquête anglaise. L’Irlande gaële politique était morte mais les Irlandais restaient cependant fidèles à leurs souvenirs et à leurs légendes et allait se constituer ainsi un imaginaire spécifique.

Ainsi, malgré l’anglicisation, la culture et la langue gaële survécurent. On sauva les manuscrits gaëliques, on les compila « Annales des quatre maître », on écrivit « une histoire de l’Irlande », la littérature, la poésie gaële restèrent très vivantes, etc.

3) de l’achèvement de la conquête à la loi d’Union : 1603-1800

L’histoire qui commence ici et jusqu’à l’indépendance est, comme toujours en Irlande d’une grande complexité. Grosso modo, les maîtres sont les protestants, propriétaires des terres, les pauvres sont les paysans ou fermiers catholiques, et il y a les presbytériens plutôt industriels. Mais cela ne veut pas dire que tous les protestants sont riches et que tous les catholiques sont pauvres. Quant aux presbytériens, ils sont plutôt du côté protestant mais pas toujours, en fonction des crises économiques et politiques. D’un autre point de vue, il y a les Anglais, les Irlandais, les anglo-Irlandais. D’un autre point de vue encore, il y a les églises constituées, anglicane, presbytérienne, catholique. Tout cela ne se recoupe pas forcément. Il y a des anglais catholiques et des irlandais protestants. Ajoutez à cela les intellectuels y compris gaëls, les littérateurs, les politiques, l’attitude des Anglais d’Angleterre, l’attitude de divers pays européens (la France, l’Allemagne, la papauté), de l'Amérique etc. Tout cela fait que se font et se défont des alliances qu’il est impossible de résumer. Voici quelques grands traits :

a) La « Plantation » d’Ulster. [XVIIe siècle]

Les Anglais étant les Maîtres, c’est sous Jacques 1er, en 1605, que commença l’anglicisation de l’Ulster, en réalité via des écossais protestants. Ce fut une colonisation accélérée. Le nom de la ville « Londonderry » symbolise tout : une autre « Londres ». L’ancienne population irlandaise catholique fut submergée par les anglo-saxons anglicans ou presbytériens totalement étrangers à l’Irlande. Cette colonisation allait se maintenir et durer jusqu’à aujourd’hui. Dans le reste du pays, les Irlandais, restés catholiques, et les « Anciens Anglais » s’unirent.

b) la confédération de Kilkenny (1641).

Sous Charles1er, successeur de Jacques 1er, la situation se dégrada à la suite de problèmes financiers et une révolte, « une rebellion » d'Irlandais et « Anciens Anglais » éclata en 1641 qui donna naissance à la « confédération de Kilkeny ». Parallèlement la guerre civile avait commencé en Angleterre. Charles 1er décapité, Cromwell et son armée reprennent la situation de l’Irlande en main, débarquent à Dublin et écrasent la ville en 1649. La répression fut impitoyable : confiscation de terres, déportations, etc. On estime que plus de 30 000 irlandais partirent. Les « Anciens Anglais » avaient perdus, les protestants détenaient les 2/3 des terres, l’industrie etc.

Peu à peu, après l’arrivée de Charles II sur le trône anglais qui appliqua une politique plus modérée, la situation s’améliora un peu pour les Irlandais.

c) état de l’Irlande à la fin du XVIIe siècle.

En 1672, L’Irlande compte 1 100 000 habitants dont 800 000 catholiques. La minorité protestante continuait à détenir l’immense majorité des terres cultivables, le commerce, l’administration. Les Irlandais catholiques vivaient pauvrement. La ville de Dublin s’embellit, une « Société philosophique » y fut fondée en 1683.

Sur le plan religieux, 3 églises dominaient : catholique, Eglise d’Irlande (anglicane), presbytérienne.

d) La bataille de la Boyne.

En 1688, Jacques II, successeur de Charles II, catholique, est chassé du trône d’Angleterre. Il essaya de reprendre pied sur les îles, via l’Irlande mais fut finalement vaincu le 12 juillet 1690 à la bataille de la Boyne par Guillaume d’Orange.

Cette victoire de Guillaume III d’Orange, protestant, sur Jacques II, catholique, a donné naissance –plus tard on va le voir- à une curieuse institution pseudo maçonnique, « L’Ordre d’Orange », ordre entre autres connu pour la commémoration annuelle qu’il organise et qui est, encore cette année 2011, l’occasion d’affrontements entre les deux communautés.

Mais comme toujours l’histoire est beaucoup plus complexe. Dans ce conflit, des français se battaient des deux côtés (catholique et protestant) et Rome fêta cette victoire protestante comme un heureux coup porté à Louis XIV ! Cependant nombre d’Irlandais émigrèrent en France.

e) les « Lois pénales »

Après la bataille de la Boyne, les vainqueurs, c’est-à-dire les protestants reprirent les confiscations de terres, les catholiques furent bannis du Parlement et de la vie publique en général. Ces lois pénales visant les catholiques furent comparées aux lois françaises de la même époque visant les Huguenots. Il s’agissait bien d’une volonté de domination et non d’uniformisation.

Au XVIIIe siècle, au moment où la Franc-Maçonnerie apparaît en Angleterre puis en Irlande, la politique de confiscation des biens irlandais par les anglais continue de plus belle, et pourtant l’Irlande connut un calme relatif sous l’autorité des protestants, certes minoritaires mais qui possédaient toute la puissance économique et avaient le soutien de l’Angleterre.

Les Irlandais vivaient dans la pauvreté et le chômage. Au tournant du siècle, celui-ci est endémique. C’est la période où des francs-maçons irlandais -à commencer par Laurence Dermott, lui-même simple peintre en bâtiment- arrivent en Angleterre et fonderont la Grande Loge des Anciens. Etait-il un « Ancien Anglais » ?

L’Irlande devenait anglaise dans la mesure où les protestants eux-mêmes finirent par confondre leur cause avec celle de l’Irlande (cf. J. Swift). Et pourtant, face à eux, les Irlandais catholiques restés au pays vivaient comme les huguenots en France –comme dans le désert- et ce qui survivaient la littérature et l’enseignement, c’était grâce aux intellectuels. L’Irlande, sous les traits d’une belle jeune femme, était persécutée mais indomptable comme les huguenots français et Marie Durand.

A la fin du XVIIIe siècle l’Indépendance des Etats-Unis (les presbytériens qui avaient prospéré dans l’industrie mais qui étaient brimés par les protestants, émigrèrent vers les Amériques où ils allaient jouer un grand rôle) et la révolution française allaient affaiblir la position de l’Angleterre en Irlande. Celle-ci en profita pour prendre un peu de liberté. Il y eut un double mouvement, d’abord d’indépendance puis, par retour de balancier, d’Union avec la Grande Bretagne.

f) le « Parlement de Grattan », les « Irlandais unis ». La loi d’Union.

Ainsi, en 1782, une déclaration d’indépendance fut votée même si cette « Constitution de 1782 » n’était que la Constitution de l’Irlande protestante et qu’il ne s’agissait que d’une indépendance législative, l’Angleterre continuant d’affirmer sa volonté.

Là-dessus arrivèrent les retombées de la Révolution française. L’agitation émancipatrice agissant sur les esprits, les Irlandais protestants comprirent qu’ils fallaient rester unis (les « irlandais unis ») à l’Angleterre s’ils voulaient tenir en main la majorité catholique du pays. Et, en effet, il y eût de nombreuses tentatives de révolte. Ainsi, en septembre 1795, une grande rixe opposa catholiques et protestants lors de la bataille dite du « diamond ». C’est alors qu’un certain James Wilson de Dyon mobilisa les FF de sa loge à Coledon près de Tyrone (Irlande du Nord) pour défendre les protestants contre les catholiques. Ils constituèrent une association, The Orange boys, de fait une milice protestante, qui deviendra l’Ordre d’Orange cité supra. En 1797, une partie des Orange boys s’organise sous la forme d’une Grande Loge de l’Ulster. En 1798, un nouveau soulèvement oppose protestants et catholiques. Ceci pour rester dans une grille de lecture simple voire simpliste -la réalité étant, encore une fois, toujours plus complexe- car il faut dire que de catholiques irlandais ne soutinrent pas les expéditions anti-anglaises menées de France, que la hiérarchie catholique resta fidèle à la Couronne anglaise tandis que la Grande Loge d’Irlande et même une grande partie de la hiérarchie protestante ne soutinrent pas l’Ordre d’Orange, jugé trop agité.

Finalement tous ces évènements politiques convainquirent les anglais de voter une loi d’Union (union parlementaire) en juin 1800 face aux périls européens et surtout Français.

4) Recherche de l’indépendance et de l’identité : de 1800 à nos jours.

a) O’Connel et l’émancipation catholique

Mais que représentait l’union pour une Irlande qui restait profondément divisée comme au temps de l’invasion et de la Réforme ? Existait-il une pensée politique irlandaise ? Y avait-il une nation irlandaise ? Restait-il une langue irlandaise ?

Le peuple irlandais, lui, demeurait dans la misère et les protestants propriétaires des terres percevaient les fermages, l’Eglise d’Irlande les dîmes, et l'Angleterre les impôts (pour faire simple). C’est alors qu’apparut un certain Daniel O’Connel qui réussit à rendre courage et fierté au peuple catholique. En 1829, il obtient pour eux l’émancipation c’est-à-dire la fin des lois pénales de la fin du XVIIe siècle. Dans les années qui suivirent, O’Connel tenta d’obtenir l’abrogation du traité d’Union mais son combat allait être stoppé par une grande catastrophe.

b) la Grande Famine

En 1845, on estime qu’il y avait entre 8 et 9 millions d’Irlandais, c’est une forte densité, compte tenu de sa superficie cultivable. Sur ces terres étaient essentiellement cultivées des céréales surtout destinées à l’exportation pour payer les fermages. A partir de 1845, la récolte de pommes de terre, seule ressource alimentaire pour l’immense majorité de la population, fut décimée puis presque totalement détruite en 1846. Ce fut alors la Grande famine : 250 000 Irlandais moururent de faim pour la seule année 1847. C’était une famine que l’on croyait appartenir à un autre âge. Dans l’immédiat ce seront plus d’1 000 000 d’Irlandais qui disparaîtront (mort ou émigration) mais au total on estime le nombre d’émigrants de 1850 à 1970 à plusieurs millions. En 1937, l’Irlande ne comptait que 4 000 000 d’habitants. Aucun autre pays d’Europe occidentale ne connut pareil cataclysme. Si on se promène aujourd’hui dans les landes irlandaises on peut encore voir les ruines de villages rayés de la carte depuis cette époque.

Inutile de dire que l’activité politique s’en trouva grandement affectée. Dans les années 1860, pourtant, une « Fraternité républicaine irlandaise » naquit.

c) Gladstone et Parnell

Parallèlement les mentalités commençaient à évoluer en Angleterre où l’on comprenait que jamais l’Irlande ne serait totalement intégrée au Royaume Uni. En Irlande même, activistes républicains, et nationalistes constitutionnels (ceux qui siégeaient au Parlement de Londres) commencèrent à s’unir dans une « Ligue agraire » (Parnell) et combattirent les propriétaires protestants dont un certain « Boycott ». Enfin Gladstone, en Angleterre, fit voter la réforme agraire qui permettait aux fermiers irlandais de racheter la terre (1885) mais pas le projet d’autonomie (Home Rule) qui rencontrait la forte opposition des protestants.

d) L’indépendance

Cependant le sens de l’histoire était en marche. L’accession à la propriété de nombreux fermiers, le vote à bulletin secret (1872), les irlandais redécouvrant la culture gaëlique (le poète Yeats) etc., les idées nationalistes irlandaises s’alliant avec des idées socialistes (contre l’impérialisme capitaliste britannique), tout cela fait que l’indépendance se profilait à l’horizon. Mais par contre coup, les protestants de l’Ulster se radicalisaient dans le mouvement « Unioniste ». On s’armait au sens figuré comme au sens propre des 2 côtés de l’Irlande. Finalement, l’insurrection nationaliste eût lieu pendant la Première guerre mondiale, le 24 avril 1916, lundi de Pâques, et fut réprimée dans le sang. Mais, le compte à rebours était lancé. A la fin de la Première guerre mondiale, l’IRA « Armé Républicaine Irlandaise » fut fondée par de Valera. Une guérilla s’ensuivit puis des négociations qui aboutiront à la partition de l’Irlande le 6 décembre 1921, le premier ministre du Royaume-Uni, David Lloyd George, et le chef de la délégation irlandaise, Arthur Grifith, signent le traité de Londres. Après deux ans de guerre civile entre l’Armée républicaine irlandaise et l’armée britannique qui fit plus de 2000 morts, l’accord donne naissance à l’Etat libre d’Irlande enfin reconnu par les Anglais. L’île est alors divisée car les provinces de l’Ulster, au nord, décident de rester anglaise.

Nous voici arrivés au terme provisoire de cette histoire. La vie politique de l’Etat libre d’Irlande qui s’appellera l’Eire sera longtemps dominée par l’électorat conservateur de petits propriétaires et par l’Eglise catholique (la constitution de 1937 est « au nom de la Très Sainte Trinité »). Une politique d’irlandisation fut menée. La République fut officiellement proclamée en 1948 entra à l’ONU en 1955 puis dans le Marché Commun le 1er janvier 1973. Reste le problème de l’Ulster. L’IRA n’avait pas accepté le partage de 1922. Jusqu’en 1969 la situation demeura en suspens. Commencèrent alors près de 30 années de troubles violents. Aujourd’hui la situation semble plus calme, pour autant l’unification de l’île n’est toujours pas réalisée.

Conclusion

L’Irlande et l’Angleterre c’est plus de 8 siècles d’histoire commune faite de conflits et d’alliances. Comme dans toute colonisation, et surtout sur une période aussi longue, des relations extraordinairement complexes et ambiguës se sont instaurées entre les communautés et même si l’Irlande ne fut jamais totalement intégrée au Royaume Uni, elle en fut considérablement marquée. L’histoire de la franc-maçonnerie en Irlande n’échappe pas à ce contexte d’influences et d’oppositions par rapport à la franc-maçonnerie anglaise.

Discussion

Les frères insistent sur le fait que la conquête et la colonisation anglaise furent extrêmement dures et féroces. Guerres, répressions sanglantes –et particulièrement celle de Cromwell - spoliations des terres, disettes ont causé un nombre incalculable de morts.

Sur un plan moins dramatique il est rappelé l’objet et la méthode propre à une loge de recherches comme William Preston. Il s’agit de replacer le fait maçonnique et l’histoire de la Franc-Maçonnerie dans le contexte plus large de l’histoire générale, politique, sociale, religieuse. La Franc-Maçonnerie est une institution qui ne vit pas en vase clos et pour espérer la comprendre, il est indispensable de l’étudier dans le milieu où elle se développe.

Dans le cas qui nous occupe ce soir, il est indispensable de se rappeler que l’histoire de l’Irlande est l’histoire d’une haine et d’un mépris absolu des anglais vis-à-vis des irlandais. Or ce sont bel et bien les anglais qui sont à l’origine de la Maçonnerie irlandaise qui est donc, en quelque sorte, un produit d’importation venu d’Angleterre. Mais dans quel milieu cette Maçonnerie s’est-elle établie ? Dans un milieu d’anglo-irlandais, sorte de pieds-noirs avant la lettre, bref une minorité plus anglaise qu’irlandaise. Cet aspect des choses éclaire aussi les conditions d’apparition, après celle de 1717, d’une nouvelle Grande Loge en Angleterre en 1751-3. Les historiens pensent que cette Grande Loge dite des « Ancients », quoique récente, est d’origine irlandaise. C’est dire qu’elle est arrivée dans un milieu anglais hostile ce qui permet de comprendre pourquoi il y eût conflit entre les deux grandes Loges rivales.

Aujourd’hui, en Irlande, si le siège de la Grande Loge est établi à Dublin, la majorité des frères est issue de la minorité protestante d’Irlande du Nord à Belfast.

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L' ANKH EGYPTIEN, ET LE PLAN DE LA LOGE

Publié le 18 Juillet 2026 par T.D

En Egypte ancienne, l’Ankh est l’un des symboles les plus représentés. Elle est portée par les dieux qui la tiennent par la boucle ou par les pharaons qui la portent dans chaque main avec les bras croisés sur la poitrine. Dans la mythologie égyptienne, l’Ankh était le symbole du don de la vie éternelle. Sa forme ressemble à un T majuscule avec une boucle reliée à son sommet. Lorsque celle-ci est dirigée vers la bouche ou le nez, elle souligne son association avec le souffle de vie renforçant son caractère sacré et divin. Placée près des pieds, elle offre une protection divine aux morts. 

Dans les temples ou dans les tombes, les parties généralement endommagées sont celles qui avaient une fonction pendant un rituel. Si celui-ci requérait que la statue sente, voie, entende ou encore mange, alors le nez, les yeux, les oreilles ou la bouche pouvaient être détruits pour empêcher le rituel de fonctionner. Le nez étant l’organe qui prend le souffle de vie – le casser, c’était priver le défunt de sa source de vie. Comme si on étouffait l’âme du défunt à l’intérieur de la statue.

REPRESENTATION DE L’ANKH EN EGYPTE

En Egypte, L’ANKH est composé de trois éléments distincts, le signe SHEN, une boucle de corde qui n’a ni début, ni fin, symbolisant l’éternité. Le disque solaire y est souvent représenté en son centre. Une barre horizontale, qui évoque NOUT, la déesse du ciel, et une barre verticale pâtée suggérant leur manifestation sur le monde.

Dans la mythologie égyptienne, notre galaxie serait sortie du néant, d’un univers incréé, sans formes aucune, où ni l’espace ni le temps n’existent, que les prêtres nommaient le NOUN. Un océan primordial, une sorte de chaos liquide, inerte et sans limites, incarnation de l’infini existant avant la création du monde. Considéré comme un concept plutôt qu’un dieu, cet abîme renfermerait le potentiel de toute vie et entourerait le monde ordonné après l'émergence du tertre primordial.

Le Tableau final du Livre des Portes est une illustration de la cosmogonie égyptienne. L'univers ordonné est issu du Noun, l'océan chaotique des origines.

LE SIGNE SHEN

Le signe SHEN était représenté comme un cercle nouée formant une boucle fermée symbolisant la plénitude, les limites formelles de notre galaxie, le monde invisible des dieux, leur protection éternelle, la continuité divine.

Ce symbole qui à l’origine avait la forme d’un cercle, était souvent porté comme une amulette protectrice des dieux et utilisé comme cartouche. Les pharaons y inscrivaient leur nom pour l’éternité.

Dans les textes funéraires égyptiens, la vie éternelle se caractérisait par le mouvement ; était définitivement mort celui qui était réduit à l'immobilisme. Dans son existence post-mortem, le défunt va partout. Il explore toutes les parties de l'univers et rien ne doit entraver sa démarche.

Très tôt, dès l’aube de de l’histoire de l’Egypte, les habitants de la Vallée du Nil s’étaient persuadés que la mort n’était que le seuil d’une vie nouvelle. Ils pensaient que leur séjour sur la Terre n’était qu’une partie d’une vie éternelle. Les phénomènes naturels qui rythmaient leur existence le leur avaient particulièrement suggéré, comme le lever matinal du soleil à l’Orient du Nil après sa « mort » apparente à l’Occident, ou le retour saisonnier de la crue du Nil au terme de longs mois d’étiage.

LA BARRE HORIZONTALE

Si le SHEN égyptien évoque notre galaxie dans l’univers, l’intégralité des mondes visibles et invisibles, les prêtres astronomes de l’Ancien Empire égyptiens, avaient observé qu’il y naviguait une rivière d’étoile (la Voie Lactée) et que ses méandres pouvaient être comparée à ceux du Nil, laissant à penser que ce qui était en bas pouvait être comme ce qui était en haut, et réciproquement. Trois mille ans avant notre ère, peut-être même bien plus tôt si l’on se réfère aux manuscrits de cette époques (notamment le papyrus de Westcar) les égyptiens se seraient inspirés de l’observations des constellations et des configurations célestes pour symboliser leurs concepts et fonder une religiosité cosmogonique.

Ainsi, pour le anciens égyptiens, la barre horizontale de l’Ankh, placée sous le signe SHEN, symbolisait les mondes visibles de notre galaxie composés de milliards d’étoiles formant une Voie Lactée, au centre de laquelle se situaient le système solaire composé de 12 planètes dont la Terre. Les prêtres vénéraient ce ruban d’étoile traversant les cieux qu’ils nommaient NOUT, symbolisé par le corps en arc de cercle d’une déesse parsemé d’étoiles, au-dessus de GEB, le dieu de la Terre.

Dans le Livre de Nout rassemblant les écrits astronomique et mythologiques conservés sur de nombreux papyrus, ainsi que dans les sarcophages et sur les plafonds des tombes et des temples égyptiens, la déesse du ciel, Mère de tous les Astres, couvrait et protégeait le monde. Ce livre sacré, qui a été découvert à Louxor en 1887,  se présentait sous la forme d’un papyrus long de 23 mètres assemblant plusieurs clichés reproduisait l’arche complète de la Voie lactée et offrant une similitude troublante avec la représentation de la déesse.

Parmi toutes ces étoiles composant la Voie Lactée, l’une d’entre elles, la plus proche de la Terre, le Soleil, fut vénérée sous le nom de Râ. Pour les prêtres égyptien, celle-ci incarnait la Puissance manifestée de la Lumière, et de l’Ordre régnant dans l’Univers. Elle traversait le ciel et les mondes souterrains, avalée chaque soir par la déesse du ciel, pour continuer sa course orbitale et s’engendrer au monde chaque matin.

Dans l'astronomie de l'Égypte antique, les douze planètes du système solaire visibles à l'œil nu étaient connues et associées à des divinités, jouant un rôle dans la compréhension du cosmos et du temps. Elles étaient considérées comme des "étoiles impérissables" ou des "étoiles qui ne connaissent pas le repos"

LA BARRE VERTICALE

La barre verticale légèrement pâtée de l’ANKH, représente la manifestation sur le monde terrestre des énergies créatrices générées par le NOUM, au travers de SHEN sur notre système solaire. Bien qu’elle n’ait pas de nom technique universellement utilisé en dehors de sa description géométrique, elle porte une charge symbolique profonde dans la pensée égyptienne. Tenue en main par les dieux de l’Ogdoade, elle figure la descente de l’esprit dans la matière ou à l’inverse, l’ascension de l’âme vers le divin.

En résumé, l’ANKH égyptien se marie avec l’immensité du cosmos. Son association avec la galaxie évoque une connexion entre la vie terrestres et l’Ordre Universel.

L'ANKH DANS LES RITES SPIRITUALISTES

Dans l’ésotérisme égyptiens, l’Ankh n’est pas seulement un emblème : il représente une structure énergétique et cosmologique qui peut être mis en parallèle avec l’organisation du Temple maçonnique égyptien, celui-ci pouvant être interprété comme une projection de l’Ankh cosmique. Dans cette perspective où l’Ankh est le plan du Temple, ce dernier n’est pas qu’un lieu de réunion: il est un hiéroglyphe sacré dans lequel l’initié chemine vers la reconstitution de son être lumineux qui possède une portée symbolique très dense.

Le Delta Lumineux placé derrière le Vénérable Maître au centre duquel est inscrit un point de couleur noire est le symbole le plus central et le plus mystérieux de l’Orient maçonnique.

Le point, non pas placé sur le même plan que le Triangle mais derrière lui, représente l’Univers, l’unité absolue avant toute création. C'est le principe divin ou universel concentré en un seul « lieu » hors du temps et de l'espace. Il contient potentiellement toutes les lignes toutes les formes et tous les volumes possibles qui naîtront de lui. Le point au centre du delta est donc le foyer émetteur à partir duquel la lumière (la connaissance l'être) se diffuse dans le temple et dans l'univers. Pour l’initié, ce point dans le delta lumineux offre une double lecture (un double sens de circulation).

Dans le sens descendant (cosmogonique) c'est le point d'émanation. Le principe se déploie pour créer la multiplicité du monde visible

Dans le sens ascendant (initiatique) c'est le point de retour. L'initié en quête de vérité doit remonter le long des rayons de la lumière, dépasser la dualité et la multiplicité du monde, pour venir se recentrer sur ce point unique source de toute harmonie.

Le Delta structure cette émanation en passant du point unique aux 3 côtés du triangle. On assiste à la première différenciation du principe. C’est le lieu de transition le seuil ou le moment originel ou l'absolu qui est unique immatérielle et parfait commence à se manifester pour donner naissance à la multiplicité du monde réel. C'est le point de l'annexion entre l'inmanifesté, ce qui est caché potentiellement, intemporel, et le manifesté, le monde physique, le temps, l'espace.

Sortant du néant, le Triangle Delta représente la manifestation ordonnée de la Lumière, le déploiement visible d’une unité invisible symbolisée par le point.  C’est le NOUT égyptien. Il suggère l’équilibre des forces, (Sagesse, Force et Beauté), (Corps, Ame et Esprit), (Passé, Présent et Futur), voir les trois principes alchimiques.

 Le Delta représente la Lumière spirituelle manifestée sur la Loge. L’interpénétration du visible et de l’invisible.

La partie verticale inférieure de l’Ankh possède un symbolisme très riche, à la fois dans l’Egypte ancienne et dans les rites d’inspiration égyptienne. Elle représente l’axe de manifestation et de transmission, vecteur du souffle de vie pour les égyptiens, et chemin de l’incarnation pour les francs-maçons qui la représentent comme étant la colonne vertébrale symbolique du temple intérieur. Elle évoque l’élévation progressive des degrés et figure la rectitude morale et spirituelle de l’initié. On peut la rapprocher à l’esprit du fil à plomb qui plonge vers la Terre pour s’incarner dans la matière.

Dans la Loge, le manche de l’ankh est la route verticale de l’initié entre la terre et la lumière.

LA RELIGION EGYPTIENNE

Il a souvent été prétendu que la religion des égyptiens était polythéiste du fait des nombreux dieux représentés sur les murs de leurs temples. Le divin n'y prend pas la forme d'un Dieu unique, transcendant et extérieur au monde créé du néant, mais celle d'une multitude divine qui anime, inspire, constitue même le monde de l'intérieur.

Cependant, les anciens Égyptiens croyaient en un seul Dieu qui était auto-produit, inexistant, immortel, invisible, éternel, omniscient, tout-puissant, etc. Ce Dieu unique n’a jamais été représenté. Le connaître, c’était reconnaître ses nombreuses manifestations, C’est pourquoi c’était les attributs, les qualités, les pouvoirs et actions de son domaine qui étaient représentés.

Dans le tradition égyptienne le SHEN (l’Univers) contient  NOUT (la Galaxie) au centre de laquelle se trouve notre système solaire dont l’énergie n’est qu’une de ses nombreuses manifestations.

RÂ, premier symbole visible de la présence divine à se manifester sur la Terre, est le dieu majeur de la mythologie égyptienne. Créateur du monde et symbole de lumière, il incarne l’ordre cosmique et le cycle éternel de la vie. Il devient rapidement le créateur de nombreuses autres divinités qui participent à l’organisation du cosmos.

La religion des Égyptiens de l'antiquité était d'une grande complexité. Il y existait des milliers de divinités qui cohabitaient avec une multitude de génies et démons de l'au-delà que l'on pourrait interpréter comme autant de manifestations d'un même Dieu…

Pour tenter une approche de la religion Égyptienne, il convient de savoir que chaque Dieu représente une facette de l'environnement quotidien des Égyptiens, comme par exemple Hâpy, le Dieu du Nil, ou Horus le dieu faucon, fils du Soleil… Le polythéisme égyptien reflétait la pluralité des aspects du réel et donc la pluralité des facettes d'un même Dieu, tout-puissant. La religion Égyptienne était donc à la fois monothéiste, dans la mesure où des « super dieux » tels qu’Amon émergeaient, tout en étant animiste, dans la mesure où chaque Dieu représentait une facette de la nature, à l’instar des fétiches animistes.

En vérité, la vraie nature de la religion égyptienne était cosmothéiste. Elle ne faisait pas de distinction entre « dieu » et « monde » ou « immanence » et « transcendance ». La multitude virtuellement infinie des divinités était conçue comme la manifestation immanente d'une unité cachée ou transcendante, parce qu'elle n'avait pas de « lieu » en dehors du monde.

La distinction entre « temps » et « éternité » qui nous est familière repose sur des différences telles que Dieu et monde, transcendance et immanence, surnaturel et naturel, esprit et matière, lesquelles sont catégoriquement étrangères aux religions cosmothéistes qui parlent d’éternité temporelle. C'est le temps cosmique, l'abondance infinie du temps opposée au temps terrestre qui est toujours borné, fini, transitoire; au lieu de l'opposition entre temps et éternité, c'est l'opposition entre le temps des êtres terrestres et le temps de la vie cosmique et des êtres divins qui la constituent.

la religion égyptienne précise que c'est un dieu unique qui a créé le monde à partir du chaos originel. Et c’est ce dieu unique qui a donné naissance aux divinités, comme autant de manifestations de sa puissance.

LE COSMOTHEISME EGYPTIEN

Le cosmothéisme est un monde empli de dieux différents, principes dans la nature par leurs aspects, leurs noms ou leurs manifestations, d’une divinité unique qui les englobe. Proche du Panthéisme, il renvoi à l’idée que l’Univers entier ( kosmos) est dieu ( théos ). Ces multiples dieux forment un monde divin orienté vers un dieu suprême qui les a créés, qui les maintient en vie et qui règne sur eux. Ceci vaut aussi pour le soleil, cette étoile perdue dans sa galaxie qui se manifeste sur la Terre, dont la faction, destinée à préserver le monde, est décrite sous la forme du « parcours du soleil » à travers de multiples images mythiques qui le montrent dans des combinaisons changeantes avec d’autres divinités. Toutes partagent ce rapport au dieu soleil créateur qui les domine et les préserve, loué comme l’ « Un unique » dans les hymnes. La singularité de ce « Un » repose sur les notions d’origine et de création - c’est de lui qu’émane tout, tout est sa créature -, sur celles de dépendance et de domination - toute vie et toute prospérité dépendent de sa domination exercée lors du parcours du soleil.

Le temps engendré par le lever et le coucher du soleil crée un lien étroit entre Dieu et la création de la lumière. Il s’agit donc d’une théorie cosmologique et théologique mise en œuvre sous la forme d’un monothéisme exclusif. Le rapport entre Dieu et le monde n’est donc pas seulement représenté sur un plan physique comme une animation par la lumière et le temps, mais comme l’attention protectrice d’un dieu unique se manifestant sur sa création, (le Soleil ) à laquelle le culte égyptien répond par des actions de grâce. Les textes du Livre des Morts vont encore plus loin ; la totalité du monde visible y est désignée comme une « métamorphose » ou une « concrétisation » de Dieu.

LA GEOGRAPHIE SACREE

Très tôt dans l’histoire de l’Egypte, les Prêtres Astronome, observateurs des astres composant la galaxie, ont découvert la similitude qui pouvait exister entre ce qui était en bas ; entre les méandres du Nil ( le cours sinueux du fleuve en Egypte, à la fois visuel, symbolique eu culturel ) et son Delta terrestre, et la Voie Lactée, telle qu’on la voit dans le ciel, formant une bande lumineuse ondulée, semblable à un fleuve de lumière traversant le ciel dans toute sa largeur, s'étirant à l'Est en deux tronçons filandreux et se perdant à l'horizon occidental en un amas lactoïde triangulaire identique aux méandres du Nil.

Très tôt également, les Prêtres Astronomes ont eu connaissance du phénomène de Précession des Equinoxes correspondant à la lente rotation de l’axe de rotation de la Terre autour du Soleil et de la perpendiculaire à son plan orbital (le plan de l’écliptique), et s’en sont inspiré pour implanter leurs capitales, orienter leurs temples et leurs pyramides, selon des repères célestes dont la Voie Lactée.

LA PRECESSION DES EQUINOXES

Précession : mouvement lent et régulier d’un axe de rotation.

Origine du terme

Equinoxe : moment où le jour et la nuit ont la même durée, quand le Soleil traverse l’équateur céleste.

Donc : la précession des équinoxes décrit le déplacement progressif de la position des équinoxes sur la sphère céleste.

Description du phénomène

La Terre n’est pas une sphère parfaite : elle est aplatie aux pôles et renflée à l’équateur.

Sous l’influence des forces gravitationnelles du Soleil et de la Lune, qui agissent sur ce renflement équatorial, l’axe de la Terre subit un mouvement lent et régulier sur son axe de rotation. Cette rotation fait que la direction du pôle Nord céleste change lentement au cours du temps.

Période du cycle

Un cycle complet de précession dure environ 25 772 ans (souvent arrondi à 26 000 ans).

Cela signifie que le point vernal (le point de l’équinoxe de printemps sur le sphère céleste) se place lentement vers l’Ouest le long de l’écliptique, à raison d’environ 50,3 secondes d’arc par an.

Conséquences astronomiques

En raison de la précession, les constellations ne correspondent plus exactement aux signes astrologiques définis dans l’Antiquité. Par exemple, le Soleil n’est plus tout à fait dans la constellation du Poisson au moment de l’équinoxe de printemps, il entre désormais dans la constellation du Verseau.

Modification des coordonnées célestes ;

Les coordonnées des étoiles (ascension droite et déclinaison) doivent être corrigées périodiquement pour tenir compte de la précession.

Principe général : la précession et les ères astrologiques

A cause de la précession des équinoxes, le point vernal(c’est-à-dire la position du Soleil au moment de l’équinoxe du printemps) recule lentement à travers les constellations du zodiaque.

Ce déplacement est d’environ 1 degré tous les 72 ans et parcourt les 12 constellations du zodiaque en environ 25 772  ans.

Comme chaque constellation du zodiaque couvre environ 30 degrés, le Soleil met environ 2160 ans à traverser chacune d’elles.

On appelle donc cette période une ère astrologique (ou ère zodiacale).

Les principales ères zodiacales (approximatives)

Ere du Lion -10800 à 8600 avant J.C.

Ere du Cancer  -8600 à 6450 avant J.C.

Ere des Gémeaux  -6450 à 4300 avant J.C

Ere du Taureau             - 4300 à 2150 avant notre ère

Ere du Bélier                 -2150 avant J.C à -1 avant J.C.

Ere du Poisson               -1 à 2150 après J.C.

Ere du Verseau                2150 à 4300 après J.C.

Nous vivons actuellement une période de transition entre l’ère des Poissons et l’ère du Verseau.

Il n’y a pas de date exacte car les constellations n’ont pas toutes la même taille dans le ciel. Les frontières astronomiques sont arbitraires. L’astrologie n’a pas de définition unique de l’ère exacte mais selon la plupart des calculs le point vernal quitte lentement les poissons depuis environ le 20e siècle et entrerait dans le Verseau entre 2100 et 2600 après J.C.

Superposition de la carte du Nil sur la carte du Ciel

Sous l’Ancien Empire (3000 ans avant notre ère ) sous l’ère du Taureau, Memphis (Men-Nefer ou Ineb-hedj « Le mur blanc » ) fut la capitale de l’Egypte ancienne. C’était le centre politique et religieux majeur, situé à la jonction de la Haute et de la Basse Egypte, là où le Nil se divise en Delta.

Son dieu principal était Ptah, le dieu créateur, mais elle abritait aussi le taureau Apis, incarnation vivante de Ptah.

Durant l’Ancien Empire, à une époque où les prêtres égyptiens observaient attentivement les étoiles, Memphis, capitale du dieu Taureau, se trouvait symboliquement sous la protection du Taureau céleste, à une époque où cette constellation dominait le ciel de l’équinoxe.

Non loin de la ville de Memphis, sur la rive occidentale du Nil se situe la grande nécropole des pharaons de la quatrième dynastie.

 Le lien entre Giseh, le plateau des pyramides, et la constellation d’Orion est un sujet à la fois astronomique, archéologique et ésotérique.

Sur ce plateau se trouvent trois pyramides et un Sphinx monumental. Il s’agit de Kheops (la plus grande des trois pyramides), Khephren et Mykérinos. Ces  trois pyramides qui selon les égyptologues dateraient d’environ 2500 ans avant notre ère, sont alignées de façon très précise selon les points cardinaux.

Cet alignement parfaitement identique à celui des trois étoiles du Baudrier d’Orion (Alnitak, Alnilam et Mintaka) situé dans la Voie lactée, reproduit sur la Terre la disposition du ciel tel qu’il apparaissait vers 10 500 avant J.C.. Autrement dit, le plateau de Giseh serait une représentation terrestre du ciel, avec Orion associé au dieu Osiris dans la mythologie égyptienne.

Si aucune preuve archéologique ou textuelle n’indique que les constructeurs visaient à représenter Orion, l’alignement Nord-Sud très précis des pyramides semble indiquer une intention astronomique générale.

La première des trois pyramides, celle du roi Kheops est en elle-même une véritable Bible de Pierres. Celle-ci aurait été conçue pour transmettre les connaissances symboliques, mathématiques et spirituelles de l’Egypte, à la manière d’un texte sacré codé et intégré dans sa conception. Une sorte d’encyclopédie des lois de l’univers, de ses proportions, de ses constantes physiques, des cycles cosmiques etc…

Sa forme rappelle le rayon de soleil inondant de sa lumière les quatre directions de la Terre.

Sa hauteur initiale de 144 mètres correspond à la distance entre la Terre et le Soleil. En effet, nous savons que la lumière du Soleil met 8 minutes à nous parvenir, à la vitesse de 300 000 kilomètres à la seconde, ce qui donne : (8 x 60 secondes) x 300 000 = 144 000 000 de kilomètres.

Son périmètre rapporté à sa hauteur donne approximativement 2 pi reliant ainsi la géométrie de la terre et celle du ciel.

Son poids est d’environ 6 millions de tonnes rapporté au poids de la Terre (environ 6 millions de milliards de tonnes.

Ses dimensions seraient donc en rapport avec la circonférence de la Terre, la durée de l’année solaire, ou encore la vitesse de la lumière.

Au sens spirituel la pyramide est une représentation matérielle du parcours de l’âme vers la lumière ou la connaissance divine. Ses couloirs et ses chambres symbolisent différentes étapes initiatiques ou mystiques.

La quatrième étoile de la constellation d’Orion, la plus brillante, est située à l’Est des trois autres. Sur le plateau de Giseh elle est représentée par un Grand Sphinx, composé d’une tête humaine regardant vers l’Est ( la constellation du Lion ) sur un corps de Lion, gardien de la nécropole et des seuils interdits. Celui-ci semble témoigner de l’époque où, sous l’ère du Lion, un grand cataclysme aurait eu lieu dans cette région du monde.

Plusieurs mythes égyptiens (comme ceux de Rê ou d’Atoum ) mentionnent cet évènement similaire aux récits de la Genèse tirés de l’Ancien Testament de la Bible hébraïque, et de très anciens papyrus de l’Ancien Empire Egyptien. Tous ces récits de fin du monde ancrés dans les mythes et les traditions des plus anciennes civilisations racontent de manière très imagée que l’humanité aurait pu subir les effets d’un grand bouleversement planétaire, au cours duquel l’humanité aurait probablement disparu sous la montée des eaux, pour plus tard se reconstituer sur les premières terres émergées quelques millénaires plus tard.

Certains anciens textes égyptiens (notamment des passages des textes des Pyramides, des textes des Sarcophages ou du Livre des Morts) évoquent qu’autrefois, le soleil se levait à l’Ouest et se couchait à l’Est. Cela se rapporte à un changement d’ordre cosmique ou à une inversion du monde, laissant à penser à une inversion du champ magnétique terrestre, ou même à une inversion de la rotation de la Terre. S’il est vrai qu’il existe des inversions du champs magnétique terrestre (le Nord magnétique devenant le Sud) cela ne change pas le sens de rotation du Soleil dans le ciel. Ainsi l’expression « Le soleil se levait à l’Ouest » se comprenait comme une métaphore d’un grand bouleversement cosmique ou moral, une inversion de l’ordre du monde annonçant un « avant » chaotique ou une catastrophe mythique (parfois associée à un « déluge », ou à la colère des dieux).

S’il est attesté que les astronomes égyptiens suivaient très précisément la cosmographie du ciel, nous pouvons émettre une hypothèse qui semblerait confirmer que, soit le Sphinx daterait de cette époque, soit qu’il fut édifié pour commémorer cet évènement.

En 1400 avant J.C., c’était la constellation du Bélier qui dominait le ciel égyptien à l’équinoxe de printemps. Sous l’ère du Bélier, la capitale de l’Egypte fut déplacée à Thèbes, à la verticale de la constellation du Bélier. A cette époque, le nouveau dieu tutélaire de la région s’appelait Amon, et était représenté sous la forme de Sphinx criocéphale, c’est-à-dire avec un corps de Lion et une tête de Bélier.

Il est remarquable que sous l’ère qui suivit, celle du Poisson, le symbole choisi par la chrétienté fut également le Poisson, et qu’à l’heure où nous entrons dans l’ère du Verseau, nous commençons à subir les effet d’évènements climatiques inquiétants.

Si notre calendrier s’appuie sur la naissance présumée du Christ, les égyptiens quant à eux n’avaient pas de référence fixe comme notre « An zéro ». Pour eux, le temps repartait à zéro à chaque nouveau règne : on disait par exemple « l’an 4 du règne de Ramsès II ».

Pour convertir le calendrier égyptien avec le nôtre, les historiens utilisent trois méthodes complémentaires :

1)- Les listes royales. Les scribes égyptiens ont laissé des documents précieux qui listent les rois et la durée de leurs règnes.

2)- Le Canon de Turin. Un papyrus qui liste plus de 300 rois avec la durée exacte de leurs règnes (années, mois, jours ).

3)- La Pierre de Palerme.

Cependant, les listes royales, comme le Canon de Turin ont omis quelques règnes tels que notamment celui de la reine Hatshepsout ou celui d’Akhenaton, rendant tout calendrier imprécis.

Seules quelques références astronomiques et une littérature égyptienne assez dense permettent de situer le règne de certains rois et de les faire correspondre avec les références bibliques. Ainsi par exemple, le papyrus médical (Papyrus Ebers) auquel un calendrier est ajouté datant du 9e jour du 11e mois de l’année 9 du roi Aménophis 1er, jour où se présentait l’étoile de Sothis dans le ciel de Thèbes, c’est-à-dire en l’an 1518 avant J.-C., nous permet une conversion satisfaisante en fonction de la position des étoiles. Ce document est capital puisque basé sur une évidence astronomique solide (la précession des équinoxes). Il nous permet de placer le règne de ce roi à l’endroit où il doit être dans l’échelle du temps, par rapport à la chronologie que nous utilisons.

 

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Le symbolisme de l’Ankh : la croix égyptienne

Publié le 18 Juillet 2026 par T.D

Quel est le symbolisme de l’Ankh, la croix égyptienne ? Comment interpréter la croix de vie de l’Egypte antique ? Quelle signification cachée ?

Ancêtre de la croix chrétienne, l’Ankh, ou croix ansée, est la croix de vie des Égyptiens. Elle correspond au hiéroglyphe qui signifie “vie”. Elle est souvent représentée dans la main des dieux ou des pharaons, comme un talisman protecteur.

L’Ankh se compose d’une croix en forme de T (tau) surmontée d’un ovale :

L’Ankh est parfois appelée croix du Nil, clé de vie, ou anneau de vie. Sa forme rappelle d’autres symboles connus : le féminin , la planète Vénus, le signe de Pallas (astéroïde et déesse romaine), la poupée de la fertilité (Afrique de lOuest), ou encore la croix ansée des chrétiens coptes (directement dérivée de lAnkh).

L’Ankh est omniprésente dans l’art égyptien : les dieux sont souvent représentés tenant l’Ankh à la main, comme une promesse d’immortalité. Certaines représentations tombales montrent un dieu plaçant l’Ankh à l’entrée de la bouche d’un pharaon pour lui assurer la vie éternelle.

Isis est la déesse la plus associée à l’Ankh. Elle transmet cet attribut aux pharaons, qui le reçoivent comme le plus haut signe de divinité. A leur mort, les pharaons prennent place dans la barque solaire pour naviguer vers l’au-delà : ils auront à traverser différentes épreuves nocturnes avant d’arriver à la vie éternelle. Grâce à l’Ankh, ils en ressortiront victorieux.

Sur le plan symbolique, nous allons voir que l’Ankh peut aussi être vu comme l’union des contraires.

Entrons dans le symbolisme de l’Ankh égyptien et tentons d’approcher sa signification ésotérique.

Lire aussi notre article : Les différents types de croix et leur signification

Le symbolisme de l’Ankh ou « croix de vie égyptienne »

Nous l’avons vu, l’Ankh évoque la vie après la mort : la vie éternelle. A ce titre, elle est à mettre en parallèle avec la croix chrétienne, support de la mort et de la résurrection du Christ.

L’Ankh : source de vie

L’Ankh représente la force vitale : à ce titre elle éclaire le mystère de la vie et de son origine.

La vie dont il s’agit est la vie ici-bas, mais aussi et surtout la vie au-delà : c’est l’âme éternelle, le souffle invisible qui protège les divinités et les pharaons du néant.

L’Ankh aide le défunt roi à traverser le monde des morts pour rejoindre l’Océan primordial : le Noun. Il suit les traces du dieu du soleil Rê, qui meurt et renaît chaque jour. La nuit, Rê mène un combat contre les forces du chaos, de l’obscurité et du mal, dont il ressort toujours victorieux grâce à l’Ankh qu’il tient dans sa main.

Ainsi, l’ovale de l’Ankh peut faire penser :

  • au dieu Rê, à son disque solaire, et aux cycles du soleil,
  • au Noun : océan primordial qui englobe tout. Le Noun est la source de toutes les choses. Incréé, il fait naître la vie et engendre tous les dieux.

Ainsi, l’Ankh évoque la source, l’œuf du monde ou encore l’Ouroboros (serpent qui se mord la queue) : éléments qu’on retrouve aussi dans le symbolisme du chiffre 0 ou celui du cercle.

Le cercle n’a ni commencement, ni fin : il représente le Tout, l’éternité, le mystère divin.

L’Ankh et la clé

Le symbolisme de l’Ankh évoque la clé qui permet d’ouvrir le monde de l’au-delà. On peut y voir l’image de la tige qui entre dans la serrure.

La serrure est l’ovale, qui représente la porte du mystère, le point d’entrée dans la vie éternelle. La clé est géométrique, matérielle. Pour passer d’un monde à l’autre, il faudra donc « spiritualiser » la matière.

Ce qui n’est pas sans rappeler le symbolisme alchimique des 7 clés, des 7 sphères ou des 7 planètes qui permettent au corps de s’élever.

Remarque : En alchimie, correspond à Vénus, qui est une des 7 planètes à traverser. En alchimie encore, la croix surmontée du cercle peut évoquer la tétrade des éléments (la croix) dominée par le chaos (le cercle, ou l’Ouroboros).

L’union du masculin et du féminin

La partie basse de l’Ankh (la tige) peut évoquer un sexe masculin prêt à s’unir à l’ovale du sexe féminin.

Cette union évoque celle d’Isis et Osiris, dieux fondateurs de la mythologie égyptienne. Après avoir été tué par son frère Seth, les restes d’Osiris sont dispersés. Isis entreprend alors de recomposer le corps de son époux. Osiris reprend vie et s’accouple avec Isis pour donner naissance à Horus, qui vaincra plus tard Seth. L’union d’Isis et Osiris permettra ainsi de sauver l’humanité.

L’Ankh est donc le signe de la fécondité, de la victoire de la vie sur la mort.

Le symbolisme de l’Ankh : l’homme debout

Par sa forme, l’Ankh peut représenter l’homme debout : l’ovale serait sa tête, la croix serait son corps et ses bras. Ainsi, l’Ankh serait une image du microcosme humain.

Lire aussi notre article sur le symbolisme du corps humain.

L’union des contraires

Abordons à présent un point majeur du symbolisme de l’Ankh.

L’Ankh est un symbole qui accole deux éléments (l’ovale et le tau) en tant que deux principes opposés et complémentaires :

  • le ciel (le cercle, le domaine de l’esprit) et la terre (la croix, l’angle droit, le domaine de la matière),
  • le masculin et le féminin,
  • le haut et le bas,
  • le chaud et le froid,
  • l’actif et le passif,
  • l’abstrait et le concret,
  • le spirituel et le géométrique.

L’Ankh évoque donc la conciliation des contraires, le point de rencontre, le centre, l’équilibre énergétique, et à travers cela, l’harmonie du monde. Ce qui n’est pas sans rappeler un autre symbole : le taijitu taoïste (yin et yang).

Sur le plan de l’individu, l’union du masculin et du féminin évoque l’être nouveau, ou encore l’Androgyne.

L’œil et le miroir

L’ovale de l’Ankh peut encore évoquer l’oeil de la conscience universelle (le troisième œil), ou la vision pure de l’être éveillé.

C’est la clairvoyance : la qualité de celui qui n’a plus peur de la mort ni du mal. C’est l’oeil qui voit l’invisible, tel l’œil d’Horus (fils d’Isis et Osiris).

D’autre part, certains objets égyptiens en forme d’Ankh comportaient parfois un miroir au niveau de l’ovale. Le symbolisme du miroir est très évocateur : c’est la connaissance de soi qui permet de vaincre la mort et le mal.

Le symbolisme de l’Ankh : l’arbre de vie

L’Ankh peut aussi faire penser à l’arbre de vie ou à l’axe du monde. L’arbre de vie traduit à la fois l’enracinement dans la matière et le fait de s’élever vers les cieux : le détachement est nécessaire pour rejoindre l’au-delà.

Ce détachement peut aussi évoquer le dénouement du nœud d’Isis, hiéroglyphe proche de l’Ankh qui représente la déesse Isis sous la forme d’un nœud de ceinture. Dénouement et détachement traduisent un nécessaire lâcher-prise pour accéder à la vie éternelle…

           

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le rugby et la Franc-Maçonnerie

Publié le 17 Juillet 2026 par T.D

Des idéaux communs et un chemin partagé

Par Frédéric Bonnet

Merci aux rugbymen-Francs-Maçons qui ont bien voulu partager leur savoir et leurs connaissances au sujet du Rugby et de la Franc-Maçonnerie. En particulier Jean Jacques Berland et Gilbert Genevois, rugbymen-Francs-Maçons et troisièmes lignes respectivement des clubs d’Angoulème pour le premier et de Montchanin ou Rumilly pour le second dans les années 70-80. Mais aussi à ceux qui préfèrent rester anonymes.

Comme le disait Sir Winston CHURCHILL (1874-1965), membre de la Studholme Lodge 1591 à de Londres, plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur.

Au regard de l’Histoire, le Rugby et la Franc-Maçonnerie partagent une naissance relativement récente, qui s’appuient cependant sur des traditions qui remontent à la nuit des temps. Notre sport, qui se veut jeu pédagogique, et la Franc-Maçonnerie suivent un chemin similaire et prônent les mêmes idéaux. D’ailleurs, à plusieurs moments clefs de sa création, le jeu de Rugby a croisé des « frères » Francs-Maçons. Tout sauf un hasard.

Les rapports de la Franc-Maçonnerie avec le sport

Comme le Rugby et le sport en général, la Franc-Maçonnerie est originaire des îles britanniques où elle va se structurer progressivement au cours du XVIIe siècle. C’est une société initiatique, une école de la perfection morale individuelle et collective, de contrôle des affects et de maîtrise de soi, dont les membres questionnent en permanence la portée philosophique et symbolique lors de rituels qu’ils pratiquent afin de progresser dans leur quête de la lumière. Au XVIIIe siècle, aucune autre forme de sociabilité volontaire ne peut soutenir la comparaison. A la veille de la révolution, on dénombre en France entre 40 000 et 50 000 « frères » Francs-Maçons répartis dans diverses loges pour moins de 30 millions d’habitants. 

A cette époque, les Francs-Maçons ne font pas que pratiquer l’Art Royal, ils se réunissent pour des parties de chasse, des bals, la pratique de musique et de théâtre. Ils sont au centre de la vie de la société et s’intéressent naturellement aux jeux d’adresse. Au XVIIIe siècle, les loges et les nobles partagent une conception chrétienne et chevaleresque de la vie. La Franc-Maçonnerie adopte donc rapidementdifférentes formes de jeux d’adresse, qui combinent à la fois apprentissage de la maîtrise du corps, contrôle de soi et une dimension sociale festive. Ainsi, les frères vont développer un goût prononcé pour le tir à l’arc et pour l’arbalète, ainsi que pour la pratique du golf.  Ils participent activement au développement de ces jeux bientôt appelés « sports » et surtout à leur règlementation et à la rédaction de leurs statuts. 

Ce bref historique met en lumière à la fois la dimension organisatrice de la Franc-Maçonnerie, mais aussi sa dimension corporelle trop souvent sous-estimée au profit de sa dimension philosophique.  Au XVIIIe siècle et encore plus au XIXe siècle, la pratique maçonnique promeut une sociabilité « amateur » au sens fort de celui du siècle des lumières : l’amateur est un homme de goût, cultivé, qui apprécie les délices de l’otium (c’est le temps durant lequel une personne profite du repos pour s’adonner à la méditation, au loisir studieux).

Le temps passant, les Francs-Maçons de l’Angleterre victorienne, vont pratiquer et diffuser via entre autres les publics schools (terme qui désigne un groupe d’environ 10 pour cent des écoles indépendantes et sont en général plus anciennes, plus coûteuses et plus exclusives, que les autres écoles anglaises) différents sports : tir, golf, polo, cricket… Les élites maçonniques auront d’ailleurs une place centrale dans l’organisation des jeux olympiques successifs.

En Angleterre, les sports sont donc régis, pratiqués et diffusés par de grandes figures de l’Establishment, tous issus des meilleures publics schools, des Universités d’Oxford ou de Cambridge. Tout homme bien né et bien éduqué fait parti d’une loge et d’un club sportif. 

A l’inverse en France et dans les loges continentales marquées par un fort anticléricalisme, le rapport au sport est différent. La Franc-Maçonnerie n’est plus le théâtre feutré de l’entre-soi et de l’excellence sociale. Au nom de l’engagement philanthropique et du combat pour le progrès social, les « frères » francs-Maçons français participent à différentes sociétés sportives qu’ils n’entendent pas abandonner aux cléricaux. Ils organisent des rencontres sportives qui vont au delà de l’appartenance ou non à la Franc-Maçonnerie (interobédience) avec un esprit de fraternité universelle. Ils contribuent largement au développement de l’éducation physique scolaire via les hussards de la République émanant de la Ligue de l’enseignement, inventée par un illustre Franc-Maçon, M. Jean Macé.

L’Angleterre et la France n’ont pas la même approche du sport, ils ne l’ont donc pas concernant le Rugby.

La Franc-Maçonnerie et le Rugby

Selon Daniel Herrero, rugbyman toulonnais puis niçois, entraineur charismatique du grand Rugby club toulonnais (RCT), puis du fameux Paris université club (PUC,) professeur d’EPS, chantre et poète des beautés du Rugby et de l’Humanité en général, le Rugby à XV se serait développé dans les îles britanniques au XIXe siècle, puis dans le Sud Ouest de la France, sous l’impulsion des Francs-Maçons. Ceux-ci, auraient vu dans ce jeu un moyen efficace d’éduquer la jeunesse aux valeurs maçonniques. 

De fait, les liens entre le Rugby et la Franc-Maçonnerie sont nombreux : une symbolique commune, des rugbymen Francs-Maçons à foison… Mieux, si l’on se penche sur l’histoire de la naissance du Rugby, on se rend compte que ce sont des Francs-Maçons qui ont créé, pensé, inventé, codifié, légiféré, pérennisé, puis diffusé le Rugby. Une histoire d’hommes et de symboles qui s’est écrite en quatre temps. Un jeu éducatif qui a été conçu et estampillé symboliquement par des « frères » Francs-Maçons au XIXe siècle. 

Un sport qu’ils n’ont pas façonné à partir du néant, mais qui est le fils de nombreux jeux de balle ovale de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle : de la phéninde des Spartiates à  l’aporaxie et l’episkyros de la Grèce antique, à l’harpastum des Romains, à la soule (qui vient du mot Soleil) et à la barrette des Français. Tous ces jeux étaient déjà la survivance de rites initiatiques ou de cérémonies célébrant entre autre la fertilité.

Premier temps : Le geste transgressif de William Webb Ellis en 1823.

Comme dans toutes les belles histoires humaines amenées à perdurer dans le temps, le Rugby nait d’une légende. Celle du geste transgression d’un certain William Webb Ellis, élève modèle de 16 ans du collège de la ville de Rugby (Warwickshire), au cours d’un match de Football en novembre 1823. C’est un peu le roman d’un tricheur de Sacha Guitry, sans un acte d’improvisation et en dehors du cadre légal, cet élève décida sur un coup de tête de se saisir à pleines mains du ballon et de courir à grandes enjambées vers le but adverse. Il plonge alors derrière la ligne d’embut adverse et réclame un point pour son équipe. On raconte que le professeur-arbitre releva ce manquement à la règle manifeste en félicitant ironiquement son jeune élève en s’exclamant « good try, traduction bien essayé ». 

En fait, à cette époque, les règles du football étaient assez mal définies.Par exemple, au collège de Rugby, il était bien permis de prendre le ballon avec les mains à la volée, mais il fallait soit le renvoyer directement au pied vers l’adversaire, soit le poser à terre pour qu’un partenaire y donne un coup de pied. 

L’élève partit en 1825 à Oxford pour y étudier la théologie amenant avec lui la nouvelle formule du jeu de Rugby.

Le culot du jeune homme renvoie à celui qu’il faut à un Franc-Maçon dans notre monde moderne, industrialisé, rationalisé et technocratique. Il faut du courage pour affirmer que la pensée symbolique garde tout son sens au XXIe siècle. 

L’homme devint pasteur, Franc-Maçon et finit sa vie à Menton en France où il fut enterré. Il ne sut jamais que son geste initial avait été repris bien plus tard pour assoir l’histoire du Rugby. Une statue à la gloire de l’élève a été érigée au collège de Rugby. Des générations successives de joueurs sont allées en pèlerinage années après années saluer sa mémoire. Une loge maçonnique porte d’ailleurs son nom, the William Webb Ellis Lodge N0 9754. 

A propos de la construction d’une mythologie du jeu de Rugby, certains historiens affirment que l’auteur du geste initial rugbystique serait plutôt un dénommé Jem Mackie, élève lui aussi du Collège de Rugby. Toutefois, le jeune homme, exclu du collège pour son comportement « déviant », ne collait pas avec l’image d’un sport de gentlemen. William Webb Ellis était donc un bien meilleur représentant des valeurs du Rugby.

Depuis le début donc, le Rugby s’enorgueillit d’être un sport de voyou joué par des gentlemen. Ne serait-il pas aussi l’inverse ?

Avec cette légende incarnée par un étudiant emblématique, le Rugby détient l’équivalent des secrets antiques, des mystères égyptiens et des templiers de la Franc-Maçonnerie des premiers maçons spéculatifs d’Ecosse, des constructeurs de cathédrales ou des aristocrates londoniens. Il s’est donc construit une mythologie propre et pleine d’espoir.

Deuxième temps : Les 37 règles des élèves du collège de Rugby de Thomas Arnold en 1845.

En réalité, l’origine du Rugby est tout autre. C’est encore une fois l’histoire d’un homme, celle de Sir Thomas Arnold, proviseur du fameux collège de la ville de Rugby de 1828 à 1845, ancien professeur d’histoire et Franc-Maçon de grand rayonnement. Il est donc à double titre un spécialiste des sciences humaines.

Sir Thomas Arnold possède aussi la particularité d’être à la fois un homme d’église érastien (les érastiens soutenaient que l’Église n’a point d’autorité quant à la discipline, qu’elle n’a aucun pouvoir de faire des lois ni des décrets, encore moins d’infliger des peines, de porter des censures) et un farouche opposant à la doctrine anglicane majoritaire.

Il arrive dans une institution affaiblie par une hiérarchie entre élèves très dure : bizutages violents, humiliation des plus jeunes, tyrannie des ainés, alcoolisme et rébellion contre les professeurs. A cette époque de l’Angleterre victorienne, de nombreux collèges anglais étaient d’ailleurs débordés par le comportement agressif de leurs élèves. La plupart des proviseurs n’espèraient qu’une chose : se débarrasser de leurs garnements les plus récalcitrants et les renvoyer à la vie civile sans éducation.

Arnold décide lui de renverser les us et coutumes de l’époque. Il s’appuie sur la Franc-Maçonnerie car elle exerce une influence humaniste de plus en plus importante au sein de la société anglaise. S’apercevant immédiatement de l’urgence de réformes, il a la clairvoyance de ne pas s’imposer comme un chef autoritaire. Au contraire, il change l’état d’esprit qui prévalait au collège en mettant au coeur de son projet éducatif les valeurs de la Franc-Maçonnerie et en responsabilisant ses élèves. C’est donc avec eux, en les considérant comme ses assistants, qu’il entreprend de codifier les jeux de balles violents et anarchiques auxquels s’adonnaient ses élèves.

Il installe une éducation ludique, basée sur l’engagement, le combat et la solidarité. Il inculque la fraternité avec ses camarades, le courage de ne pas les abandonner dans la défaite et de ne pas se comporter en voyou avec les adversaires. Grace au Rugby, il donne à cette première génération d’élèves, puis aux suivantes à travers le temps, la possibilité d’acquérir des valeurs essentielles pour fonder la cohésion d’un groupe d’hommes ou de femmes.

Arrivé dans le collège de Rugby cinq années après le geste fondateur de William Webb Ellis, Sir Thomas Arnold et ses élèves de sixième ne formaliseront les 37 premières règles du Rugby qu’en août 1845. Elles avaient pour objectif d’apporter des réponses concrètes à l’organisation du jeu et aux conflits générés par les différences d’interprétation des situations d’opposition. Ces règles sont donc la base historique du Rugby.

En mettant ses élèves-rugbymen au coeur de leur propre éducation, Sir Thomas Arnold faisait et fait encore figure de visionnaire. Ces futurs joueurs s’approprièrent naturellement les règles du Rugby, à tel point qu’après leurs études ils propagèrent sa pratique dans toute l’Angleterre et dans les lointaines contrées de l’empire britannique, par exemple en Nouvelle Zélande.

Troisième temps : Les 59 lois de la Rugby football union (RFU) en 1871.

Malgré les efforts réalisés par les élèves de Thomas Arnold pour codifier le tout jeune Rugby, les différents collèges, clubs, écoles et universités anglaises s’étaient appropriés le jeu de Rugby à leur façon en développant des variantes dans les règles. Le premier match international entre l’Ecosse et l’Angleterre en 1870 au Kennington Oval va changer la donne. L’Angleterre bat l’Ecosse par 1 but à 0, mais cette victoire semble peu régulière au yeux des écossais. Non pas par manque de flair play, mais tout simplement parce que les deux pays n’appliquaient pas les mêmes règles. 

Les fédérations n’existant pas à cette époque, il fallut la bonne volonté de deux Francs-Maçons reconnus, Edwin Ash, secrétaire du club de Richmond, et L.J Maton, président des Wimbledon Hornets, pour mettre fin à cette cacophonie et rédiger les premières lois du Rugby. Ils décidèrent avec Algernon Rutter et EC Holmes (dirigeants du club de Richmond)  de réunir 21 clubs de Rugby en juin 1871 dans un restaurant nommé Pall Mall sur Regent street à Londres.

Etaient présents ce jour-là les clubs suivants : Harlequins, Blackheath, Guy’s Hospital, Civil Service, Wellington collège, King’s collège, St Paul’s school, Gipsies, Flamingoes, Wimbledon Hornets, Mohicans, Marlborough nomads, West Kent, Law, Lausanne, Addison, Belsize park, Ravenscourt park, Chapham rovers et Queen’s House. Cette réunion aboutit à la création de la Rugby football union (RFU).

Les résultats de leurs travaux furent communiqués en juin 1871 avec la publication des 59 lois du Rugby. Les écossais firent de même de leur coté en rédigeant un livre « vert » commun à plusieurs clubs : Edinburgh Academical, Merchistonians et High school.

D’âpres négociations commencèrent alors entre anglais et écossais pour organiser un second match, cet fois-ci officiel, selon les règles de la RFU. Ce match eut lieu à Rayburn Place le terrain de l’Académie d’Edimbourg en mars 1871 devant 4000 personnes. Chaque équipe était composée de vingt joueurs (l’effectif moyen d’une classe de collège) avec trois arrières, trois demis et 14 avants pour les anglais (dont la moitié venait du collège de Rugby) et trois arrières, deux demis et 15 avants pour les écossais. Pour l’anedocte, les écossais gagnèrent ce match. La revanche eut lieu en février 1872 à Londres et les anglais prirent leur revanche.

Quatrième temps : L’invention des Barbarians par William Percy Carpmael

Les Barbarians sont le symbole des loges maçonniques itinérantes. Cette équipe sans « temple » ni ville fut créée par un rugbyman Franc-Maçon, M. Carpmael, en 1890 dans un pub de Bradford. 

On y entre par cooptation et parrainage selon des critères autant sportifs qu’humains : être reconnu gentilhomme et bon camarade entre autre. Ses couleurs traditionnelles sont des symboles de la Franc-Maçonnerie : le noir et le blanc originellement orné d’une tête de mort.

Une équipe idéale qui n’a d’autre enjeu que la fraternité, la joie de vivre et la solidarité. En somme, l’équipe témoin qui dit et rappelle à toutes et tous la vérité de ce que doit être le Rugby.

D’autres nations ont par la suite inventé leur équipe de Barbarians, de la France à la Suisse. Désormais, le représentant de cet esprit Barbarians en France est notre icône toulousain au casque d’or M. Jean Pierre Rives.

Les symboles que les Francs-Maçons ont gravé dans le jeu de Rugby.

On retrouve dans le Rugby trois notions essentielles à la Franc-Maçonnerie :

  • la formation des individus, la tentative perpétuelle de leur amélioration pour mieux penser la complexité du monde et mieux servir la collectivité,
  • le combat pour défendre des valeurs fondatrices.
  • la transmission orale privilégiée.

Le Rugby présente encore pour le grand public, et ce malgré ses dérives actuelles, l’image d’un sport véhiculant des valeurs de combat, de fidélité, de courage, de force physique, de solidarité, de respect des autres et de fraternité.

Toutefois, il possède également l’image d’un jeu certes intelligent (comme le disait Françoise Sagan), mais aussi compliqué et inaccessible au premier abord. Avec ses règles complexes, voire confuses, sa propension à privilégier l’esprit de la règle (et donc ses interprétations) à leur application à la lettre, son langage symbolique singulier et sa pratique codée, il nécessite d’être introduit et initié pour l’apprécier pleinement.

Les rituels du Rugby, qui peuvent, à l’instar de ceux des Francs-Maçons, paraitre dérisoires aux néophytes, ne sont rien d’autre qu’une manière de réunir les hommes dans toute leur diversité intellectuelle et physique au sein d’un collectif tourné vers un but partagé.

Les pays, territoires, régions (le Sud Ouest en France) ou Universités (de Paris à Bordeaux) où le Rugby est pratiqué ont toujours un lien avec l’histoire britannique. 

On pourrait faire le parallèle entre les trois piliers de la Franc-Maçonnerie (camaraderie, charité et intégrité) et les avants de notre première ligne. Le talonneur les bras en croix, se sacrifie en fonçant tête baissée dans le pack adverse. Le pilier droit et le talonneur qui engagent leurs deux épaules sont les deux pierres angulaires de l’édifice de la mêlée. Dans une mêlée, les avants peuvent stabiliser ou écrouler la construction. Ils se prennent par les épaules dans l’obscurité de la mêlée (une fois celle-ci engagée, les huit joueurs sont aveugles, les yeux tournés vers la pelouse) et l’union des forces produit une alchimie sacrée. Les deux immenses deuxièmes lignes sont d’ailleurs appelés les poutres maitresses du pack.

Le Rugby possède une structure architecturale qui emprunte beaucoup au vocabulaire maçonnique : plaquage cathédrale, construction en lignes, lignes de perspective des trois quarts, formation des trois quarts en triangle, le soutien des joueurs qui partent dans les mêlées ouvertes.

Les stades de Rugby sont des temples avec leurs loges pour l’élite des connaisseurs. Les vestiaires figurent le secret et le mystère des loges où seuls les initiés peuvent entrer et sortir à la lumière pour combattre. Les poteaux en forme de H d’un terrain de Rugby représentent les deux colonnes de Jachin et Boaz (la Force et la Stabilité) des loges maçonniques, soit l’entrée dans le temple de Salomon. 

Le ballon est comme accouché dans les pieds du troisième ligne centre à la fin de chaque mêlée. C’est le demi de mêlée qui extraie le ballon afin de le transmettre comme un cadeau à ses camarades, comme on transmet la parole ou la connaissance dans une loge.

Le Rugby emprunte beaucoup au vocabulaire général maçonnique. La chandelle, c’est le ballon que l’on tape le plus haut possible vers le Soleil. Les joueurs les plus véloces sont des flèches, on franchit les lignes adverse comme une épée, chaque international reçoit une cape (petite casquette), comme un frère maçon reçoit un tablier.

Quand les joueurs se regroupent avant, pendant ou après un match, ils forment un cercle ou une chaine d’union en se serrant au plus près pour se motiver ou s’expliquer. Car, sur un terrain de Rugby l’erreur doit être permise. Elle fait grandir, elle fait partie du processus d’apprentissage. 

Au Rugby, on se rencontre plus qu’on ne se croise. Les codes s’acquièrent avec le temps, novices et initiés partagent une culture et un état d’esprit commun. Dans toute équipe de Rugby, chacun des membres participe à l’égrégore (plusieurs personnes qui se focalisent sur un même objet) avec ses différences de caractère et de gabarit. Les individus sont au service des autres dans la sueur et le sang, dans la douleur et la joie.

L’idée de fusion, de solidarité et de partage sont développés comme des stratégies : ensemble, on est plus fort. Ces idées, ces valeurs sont transmises aux jeunes initiés par leurs ainés ou leurs parrains dès l’école de Rugby. Le rugbyman ne parle jamais de lui-même, il renvoit toujours son discours à la notion d’équipe. Comme le dit Pierre Albaladéjo, c’est un jeu qui n’accepte pas le je. En France d’ailleurs, grâce aux Francs-Maçon épris de progrès social, le Rugby anglo-saxon si élitiste et aristocratique s’est transformé progressivement en jeu éducatif permettant un vaste brassage sociétal et une ascension sociale des catégories socio-professionnelles les plus défavorisées .

Enfin, les matchs se terminent toujours par une poignée de main à cet autre, l’adversaire, celui avec lequel on se mesure. Les troisièmes mi-temps particulièrement arrosées sont semblables aux agapes célébrées après les tenues maçonniques.

L’organisation mondiale du Rugby va même jusqu’à ressembler à celle de la Franc-Maçonnerie. L’International Board est situé à Londres comme la loge mère fondatrice.

Enfin, et c’est peut être le symbole le plus maçonnique du Rugby, le ballon ovale représente l’incertitude propre à toute vie humaine à l’heure de faire des choix. Il exige un pouvoir d’adaptation, d’anticipation, une précision et une habileté extrême à tout rugbyman pour s’en saisir. Le geste de la passe à l’aveugle vers l’arrière, cette transmission du savoir à ses camarades ne peut se faire que s’il y a une connection affective et intellectuelle forte entre l’ensemble des hommes qui constituent une équipe. 

Comme un symbole, c’est l’esprit fédérateur de la Franc-Maçonnerie irlandaise, elle même unifiée en une seule loge, qui créa l’unique équipe nationale de Rugby irlandaise. Une équipe qui regroupe depuis le XIXe siècle des protestants, des catholiques et des laïcs provenants des 4 provinces irlandaises.

Le rugby aristocratique des collèges et des universités anglaises « débarqua » au Havre (le HAC est le premier club de rugby français) en 1872, mais poussa rapidement jusqu’à Paris. Sa diffusion quasi exclusive vers le Midi de la France, donc vers la zone où les français jouaient à la barette, a plusieurs explications :

  • L’influence anglaise dans la région bordelaise, qui colporta le rugby dans le milieu universitaire et chez les négociants en vin.
  • La diffusion du rugby par des étudiants de Bordeaux vers leurs villes ou villages d’origine dans tout le sud ouest, jusqu’à Toulouse.
  • Le fait que le sud de la France était une région traditionnellement rebelle au pouvoir centralisé et catholique de Paris, ce qui exacerba la lutte qui opposait les instituteurs républicains et laïcs et les prêtres catholiques, à propos de l’éducation physique des enfants.
  • Ainsi, les instituteurs-hussards de la République (dont beaucoup faisaient partis de la Ligue de l’enseignement créé par Jean Macé, membre éminent de la Franc-Maçonnerie et du parti Radical) choisirent le rugby pour ses valeurs de courage, de combat et de solidarité ; le clergé, traditionnellement plus rétif à la notion de contact physique et charnel entre joueurs, choisit le football et le basket.
  • Par exemple, le Rugby du Sud Ouest (région à forte double implantation maçonnique et radicale) s’est-il étendu via les réseaux scolaires de Bordeaux vers les campagnes déchristianisées de l’ouest, de Mont de Marsan et Dax ; tandis que le football et le basket trouvera un terrain favorable dans le Béarn catholique et au nord des grandes Landes grâce aux patronages catholiques. Le développement du rugby en Bretagne et en Normandie, terres de soule et géographiquement très proches de l’Angleterre, fut freiné, c’est un euphémisme, par l’hégémonie catholique de ces régions.

Comme dans la Franc-Maçonnerie, beaucoup de joueurs ont été d’abord conquis et impressionnés par le discours et la rencontre avec leur premier éducateur, qui fait figure alors d’ainé. Ces maîtres des écoles primaires, du collège ou des écoles de Rugby ont su faire percevoir à leurs jeunes pousses le chemin des mystères du Jeu de Rugby. Un jeu qui a un rôle social et psychologique qui croît chaque jour de la semaine pour se dénouer tous les dimanches (jour de match) et plus généralement tout au long de la vie des femmes et des hommes.

La passe

Message de confiance

Don d’amitié

Talent d’initié

Oeuvre éphémère

Qui vit, survit, se transforme et s’embellit

Dans les souvenirs et les dires

Trouve l’éternité

JJ Berland

Et maintenant ?

La singularité et la beauté du Rugby n’est pas le fruit du hasard. Notre jeu est né et s’est développé selon la pensée et les valeurs d’hommes cultivés et intelligents, qui avaient avant toute chose le sens du bien commun et de l’amélioration des individus au service de leur collectivité. Ce n’est donc pas un hasard si les pionniers du Rugby étaient tous Franc-Maçons et/ou professeurs d’histoire et de littérature. Le jeu de Rugby est le fruit de leur pensée humaniste. 

Chaque organisation humaine est fragile et dépendante de l’intégrité de ses élites, tout n’était donc pas rose dans le Rugby avant 1996. L’argent circulait dans des réseaux cachés et obscurs, le dopage et la violence existaient, les luttes entre baronnies du temps de M.Ferrasse étaient sanglantes et la quête de l’intérêt supérieur du Rugby pouvait paraitre parfois illusoire.

Mais, après 22 années de professionnalisme, la chute s’est accélérée. Qu’est-il advenu de cette belle idée qu’était et que devrait encore être le Rugby ?

On ne parle plus que de fusion-acquisition de clubs qui n’ont plus ni d’identité ni d’histoire, de rentabilité financière, de racisme, d’injures, de dopage, de drogue, de suspicion de viol présumé, de réforme territoriale et d’organisation de coupe du monde. Notre jeu a été volé et confisqué par quelques chefs d’entreprises pour promouvoir leur marque ou leur groupe de média. Sitôt lassés de leur joujou, ils abandonneront leur club et le Rugby pour aller s’enrichir ailleurs.

Alors, dans quel état laisseront-ils ce sport et les hommes et femmes qui en sont amateurs ? Le Rugby vit une période de décadence vertigineuse, car il n’est consubstantiellement pas adapté au professionnalisme. Le CAC 14 le dénature et le tue à petit feu. Seules quelques règles originelles, les traces de son passé maçonnique, le tiennent dans un état de coma éveillé.

N’est-ce pas le temps pour les héritiers de ces pères fondateurs de le ramener à la vie ? La Franc-Maçonnerie ne devrait-elle pas sauver son oeuvre ? N’est-elle d’ailleurs pas un de nos derniers espoirs ?

Certes, la pugnacité des « frères rugbystiques » des loges maçonniques s’est sans doute émoussée depuis 1996 et l’arrivée du professionnalisme. On peut d’ailleurs leur reprocher de ne pas avoir assez lutté contre la disparition de l’amateurisme, même marron. On peut leur en vouloir de ne pas avoir assez dénoncé les turpitudes du Rugby-Spectacle-Business. 

Mais les rugbymen Francs-Maçons sont très majoritairement restés fidèles à leurs faisceaux de valeurs. Eux qui ont été à l’origine de tant de lois progressistes, du droit de vote des femmes à la laïcité, des hussards de la République de la ligue de l’enseignement à notre célèbre maxime ‘liberté, égalité, fraternité », ne devraient-ils pas redonner au Rugby sa fonction initiale et son intérêt collectif ? Ramener le Rugby au coeur de la vie sociale d’un quartier, d’une commune, d’un département ou d’une région, comme l’avait fait Sir Thomas Arnold au XIXe siècle, ne serait-il pas un moyen efficace pour pacifier la société française ?

Car le Rugby est une utopie, un projet humaniste exigeant, une magnifique incongruité, une idée pédagogique novatrice qu’il faut sans cesse défendre et réinventer. Plus de 194 années après l’acte fondateur de William Webb Ellis, le combat continue. Peut-être devrait-on distinguer, séparer et organiser à part les deux Rugbys contemporains qui n’ont plus grand chose en commun : le Rugby des initiés et le Rugby marchand. 

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Les trois Fenêtres

Publié le 17 Juillet 2026 par T.D

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Outre les Marches (au nombre de trois au Grade d’Apprenti et de cinq au Grade de Compagnon), trois Fenêtres figurent sur le Tapis de Loge des deux premiers Grades symboliques.

Quelle est la signification des trois fenêtres ?    Et pourquoi trois ?

         Une pour Dieu, une pour le Ciel, une pour la Terre. Ou bien serait-ce : une pour l’Homme, une pour la Femme, une pour l’Enfant ? A moins qu’il ne s’agisse d’une pour notre corps, d’une deuxième pour nos émotions, et d’une troisième pour notre pensée ?   Réflexion d’apprenti !  insuffisante. Le mot ‘‘Lumière’’ s’impose à l’esprit pour que la Lumière fût, surgissant d’une Fenêtre. Fenêtre et Lumière : une évidence de complémentarité. La fenêtre étant l’ouverture, elle permet à la lumière de cheminer pour devenir celle du cosmos, celle de toutes les créatures, celle de toute vie créée par Dieu, celle qui perce le ciel et la Voûte étoilée pour illuminer la Terre, animer la Création et éclairer la Vie.  Pour connaître le monde, l’homme est doté de cinq sens qu’il sollicitera au fil du temps pour grandir et progresser, s’enrichir et jouir, et plus généralement accomplir sa vie après avoir côtoyé les éléments qui désormais l’entourent : la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu. Ainsi l’odorat lui permettra de saisir la diffusion des parfums ; ainsi la vue lui offrira la découverte de l’Univers et la perception de la beauté de la Création ; ainsi l’ouïe lui donnera la faculté de l’écoute pour une perception de la Parole et du Verbe ; ainsi le goût lui procurera les saveurs de la nature ; ainsi le toucher le rapprochera de ses Frères.

…….Un sixième sens parvient jusqu’à l’Apprenti : celui de l’intuition que développe la Lumière, dénominateur commun des cinq premiers. Un chemin s’impose alors à sa réflexion : celui emprunté par la Lumière à travers les trois fenêtres. Mais de quelle matière est cette Lumière : naturelle ou divine ? créée ou incréée ? De quelle composition sont ces fenêtres : ouverture réelle dans le Temple ou évocation d’un passage de la Lumière d’un état à un autre état ?

S’il observe le Tapis de Loge au Grade d’Apprenti, il verra que sont bien présentes trois fenêtres grillagées présentées à l’Orient, au Midi et à l’Occident.  Le dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-Maçonnerie de Jean Ferré donne une interprétation de la symbolique des Fenêtres par deux visions différentes de la source de la Lumière extérieure, qui pénètre dans le Temple, malgré leur grillage qui protège les lieux de toute intrusion par les Profanes, soit :

  • celle de la lumière qui éclaire le côté opposé à sa source. C’est pourquoi, les Apprentis situés sur la Colonne du Nord reçoivent la Lumière venant du Midi, les Compagnons placés sur la Colonne du Midi reçoivent la Lumière de l’Etoile flamboyante, et le Vénérable reçoit la Lumière venant du Couchant.
  • celle de la lumière qui éclaire le côté par où elle s’infiltre. Au Levant, le Soleil éclaire le Vénérable qui constate le Travail des Apprentis et des Compagnons appelés à l’Œuvre. Le Soleil atteint le Zénith à Midi plein où les Maîtres sont mis à l’Ouvrage et il termine la carrière du jour au Couchant. Au retour de l’obscurité à Minuit plein, il est l’heure de cesser les Travaux, les Surveillants paient les Ouvriers et les renvoient contents.

La seconde vision paraît correspondre à la stature du néophyte et de sa récente naissance à la Lumière. Sa vision doit s’accoutumer doucement à la Lumière qui ne doit pas l’éblouir.

……..Cet état rappelle une pensée de Bossuet : « Nous saluons tous en entrant au monde, la lumière du jour par nos pleurs ».   Je transposerai ces larmes aux gouttes de pluie qui arrosent les cathédrales et ses vitraux pris comme une ouverture sur la parole divine. Car les larmes du corps s’identifient à l’élément vital de l’eau qui provient de différentes sources de l’univers ; tel un prisme chargé de lumière transportée par l’air et divers courants dans un souffle divin, que recherche avec difficulté le nouveau-né pour communiquer avec le monde. La vie à la création de l’Univers est semblable au phénomène du ‘‘Big Bang’’, modèle cosmologique utilisé par les scientifiques, car la vie met en confrontation l’homme avec les éléments dès ses premiers instants sur Terre. Mais les auteurs maçonniques ne s’entendent pas sur le caractère plus ou moins obscur de la Colonne du Nord, comme s’ils prenaient les Fenêtres pour un symbole d’ouverture réelle du Temple sur le monde extérieur. Or, la plupart des Temples sont dépourvus de réelles fenêtres. En outre, le Temple est un lieu clos à l’abri de la lumière du monde profane. Dans l’enseignement au Grade d’Apprenti, il est précisé que dans le Temple naît d’elle-même la Lumière par sa communion avec les symboles.   De plus, le Temple contient l’Univers.

…….Dès lors, quelle est l’utilité de ces Fenêtres ?   N’étant certainement pas des ouvertures réelles dans les murs d’enceinte du Temple, elles ne peuvent que figurer sur le Tapis de Loge, en tant que symbole qui n’a de signification que pour l’Initié. Une pensée de Pascal traduit bien cette vision : « Il y a en Dieu assez de Lumière pour ceux qui ne désirent que voir et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire ». Et ce questionnement du même Pascal « ô mon Père d’où Molina a-t’il pu être éclairé pour déterminer une chose de cette importance, sans aucun secours de l’écriture, des conciles ni des Pères ? Je vois bien qu’il y a des lumières bien particulières ». Nous pouvons en déduire que la Lumière n’est visible qu’en compagnie de l’ombre, et bien vraisemblablement de celle de la Colonne du Nord, qui trouve là son utilité vitale pour le Temple. Ces Fenêtres suggèrent le lieu de communication entre le monde créé et le monde incréé, entre la lumière invisible et la Lumière révélée, que Montesquieu évoque ainsi : « on discutait dans l’Empire d’Orient si la lumière qui apparut autour de Jésus-Christ sur le Thabor était créée ou incréée ». La lumière créée n’était-elle pas celle de Dieu envoyée sur le mont Thabor pour l’aveuglement des hommes ?  (la première mention du mont Thabor (Alpes françaises) remonte au XVIIe siècle).

…….La Lumière révélée étant celle qui naît dans le Temple, les trois Fenêtres seraient-elles en rapport avec les quatre points cardinaux ?   Selon Samuel Prichard, les trois Fenêtres sont censées exister en tout lieu où se tiennent les Travaux, mais ce sont plutôt les quatre points cardinaux, selon les anciennes règles de la Maçonnerie.  Didier Michaud nous donne une autre interprétation, celle de ‘‘vouloir dire que le trois et le quatre sont, sous un certain aspect, semblables et l’on pourrait alors penser que tous deux sont des prolongements ou des résolutions possibles de la dualité créatrice, ou bien si l’on considère que la Ternarité  (approche croisée avec le ternaire et la triade) est première en tout, que le Quatre en est la première manifestation naturelle’’.

…….Nous constatons que  les Trois Fenêtres donnent son orientation au Carré long, dont les quatre côtés correspondent aux quatre points cardinaux, le Nord semblant ne pas avoir besoin de fenêtre, dans la mesure où il demeure dans l’obscurité. Plus essentiellement, cette Fenêtre du Nord ne symboliserait-elle pas la voix et la lumière de notre conscience, invisible puisqu’en lien direct entre notre moi et le créateur ?   Mais sous quelle forme cette Lumière apparaît-elle à nos sens ?  A cette question, Descartes apporte un sujet de réflexion essentiel qu’il traduit par : « L’idée que nous avons de l’entendement divin ne me semble point différer de celle que nous avons de notre propre entendement, sinon, seulement comme l’idée d’un nombre infini qui diffère du nombre binaire ou ternaire ». Aussi, les plans de lumière perçus par notre entendement seraient-ils de nature ternaire, comme DIEU-CIEL-TERRE / HOMME-FEMME-ENFANT / CORPS-EMOTION-PENSEE ?   la réflexion de l’Apprenti posée en préambule serait-elle pertinente ?  La Lumière de Dieu suggérant l’infini au Profane, ne serait-elle pas transformée en Lumière ternaire, à travers les trois Fenêtres, pour devenir Lumière révélée dans le Temple, d’autant plus que TROIS est la formulation de UN dans le monde créé.

………Dieu créateur est à l’origine de toute Lumière, celle-ci naissant à l’Orient ; et le Temple étant orienté vers l’Orient, il reçoit la Lumière originelle par le ternaire des trois Fenêtres. Les trois Fenêtres sont-elles le lieu de passage de la seule Lumière, en triangle, tel que leur emplacement sur le Tapis de Loge l’envisage ? Non, elles dessinent le parcours du passage de l’air et du son :

  • de l’AIR, transporteur de la lumière ; des odeurs et du son, nous savons qu’ils sont substance essentielle à la vie sur terre. Cet élément Air est un don Dieu, un trait d’union entre lui et la Terre. L’air est le souffle de vie du créateur de l’univers ;
  • du SON qui génère l’ouïe, pour comprendre le Verbe du Créateur, et le vocal pour transmettre la Parole perçue. Les anciens partis à l’éternel Orient, source de la création, nous insufflent la transmission de la Tradition afin de nous aider à percevoir le Mystère de la Création, à l’exemple des vitraux des cathédrales qui imagent les saintes Ecritures offertes au regard du fidèle venu prier. Depuis les trois fenêtres transpire cette Parole qui suggère une signification aux choses.

Enfin, les trois fenêtres du Tapis de Loge sont grillagées au premier Grade. Quelle en est la signification ? Ne pas laisser entrer l’intrus ainsi que nous l’évoquions plus haut ?  Interprétation difficile à soutenir dans la mesure où le Temple contient l’univers dans son entier. Il semble donc que ces grilles ont l’utilité de nous rappeler, lors des Travaux en loge, que le Temple est hermétique et protégé du regard des profanes. Aussi, ces grilles pourraient fort bien symboliser le passage hermétique du souffle divin et lumineux sur nos travaux.

         Cette réflexion des trois Fenêtres, essentiellement nourrie d’une introspection et de l’analyse de quelques pensées de grands observateurs de la création, nous conduit à davantage d’humilité, de tolérance et d’amour. Et pour l’Apprenti, son intuition pourrait l’inciter à prétendre que les trois Fenêtres symbolisent la solidarité, faisant cheminer de trois en une le même souffle lumineux du créateur sur nos Travaux et sur la Chaine fraternelle que nous formons au sein de la Loge.

……..Nous pouvons retenir de ce cheminement que la vanité et l’accessoire sont les ennemis de toute charge. Nous ne pouvons préserver notre identité d’Initié que sur la voie de l’essentiel, de l’unicité, dans un passage bordé des Piliers qui entourent le Carré long et des trois Fenêtres figurant sur le Tapis de Loge. Le voyage dans le sillon de la Lumière divine, tous l’ont parcouru à tâtons, mus par la foi autant que par le toucher de chacun des Frères et Sœurs, pour toujours ressentir un sentiment de solidarité, attaché au souvenir des trois Fenêtres du Tapis de Loge, pris en tant que référence et synthèse des Travaux en Loge d’Apprenti au Rite Ecossais Primitif.

 

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Approche du symbolisme des Trois Fenêtres

Publié le 17 Juillet 2026 par T.D

Introduction

Aux deux premiers degrés des Loges bleues – Apprenti et Compagnon – les Tableaux de Loge font apparaître trois fenêtres : la première à l’Orient, la seconde au Midi et la troisième à l’Occident. Il n’y a pas de fenêtre au nord. Au premier degré, ces trois fenêtres sont grillagées ; au second degré, elles sont ouvertes.

Les fenêtres du temple sont un sujet que de nombreux auteurs ont traité de façon très symboliste, basant leurs recherches, leurs théories et leurs interprétations sur de vieux rituels et d’anciens catéchismes.

Nous pouvons nous poser plusieurs questions au sujet de ces fenêtres et de leur grillage :

  • Comment justifier leur présence ?
  • Pourquoi trois fenêtres ?
  • Quelle forme leur donner ?
  • Comment représenter leur grillage ?
  • Quel est le véritable sens de ces grilles ?

Le but de la présente planche est d’approcher le symbolisme des fenêtres, de leur position et de leur grillage ou de leur ouverture.

Symbolisme de la position des fenêtres

Tentons tout d’abord de comprendre les interprétations des auteurs maçonniques du début de ce siècle se basant sur les vieux rituels et d’anciens catéchismes.

Jules Boucher reprend des commentaires de Plantagenet et d’Oswald Wirth.  Selon Raoul Berteaux, souvent très critique à l’égard de ces auteurs du début du siècle, « ils apportent peu de choses du point de vue symbolique et paraissent parfois puérils, sinon inexacts ».

La symbolique du positionnement de ces trois fenêtres Orient – Midi  – Occident  est flagrante : de toute évidence, elle est liée au cycle solaire. Les fenêtres deviennent ainsi les instruments de la transmission de la Lumière.

Nombre de rituels maçonniques font clairement allusion à cette progression du soleil autour du Temple et des incidences qui en découlent pour tous ceux qui sont touchés, à un moment ou un autre, par sa clarté.

Deux théories s’affrontent quant à l’interprétation de la symbolique des fenêtres et de la lumière qui pénètre dans le Temple.

  1. La lumière extérieure pénètre dans le Temple et éclaire le côté opposé.
  2. La seconde option considère que la lumière extérieure éclaire le côté où elle pénètre.

Analysons ces deux théories.

D'après la première théorie, si la lumière extérieure qui pénètre dans le Temple éclaire le côté opposé, alors la lumière du matin devrait logiquement éclairer les deux Surveillants. Les Apprentis placés sur la colonne du Nord devraient recevoir un maximum de lumière, car le Soleil, lorsqu'il parvient au Sud, est dans sa plénitude. Dans ce cas également, les Compagnons, qui sont placés sur la colonne du Midi, ne bénéficient pas directement de la lumière mais l’Etoile Flamboyante leur dispense sans doute la lumière nécessaire à leurs travaux. Quant au Vénérable Maître, il recevrait la lumière venant du Couchant, ce qui lui permettrait de vérifier que les travaux organisés et répartis le matin par les Surveillants ont bien été exécutés par les Apprentis et les Compagnons.

La deuxième théorie met au contraire en évidence la position du Soleil par rapport à l’orientation du Temple. Dans ce cas, le Soleil au Levant éclaire le Vénérable qui prépare les plans. Le Vénérable a prévu ce que sera la journée, la préparation des matériaux par les Apprentis, leur mise en place par les Compagnons. Lorsque le Soleil monte dans le ciel et arrive au Zénith, les Compagnons œuvrent sur le chantier. Il est Midi plein. Le Soleil décline et parvient au Couchant ; la nuit tombe. Il est Minuit plein quand les Surveillants paient les ouvriers et les renvoient contents.

Quelles que soient les interprétations que l’on puisse donner sur les trajectoires de la lumière venant de l’extérieur ou sur le fait de savoir ce qui est éclairé en premier, le véritable point important à retenir est qu’au long d’une journée, ces trois ouvertures permettent à la lumière d’illuminer tour à tour, à des heures différentes et avec des intensités variées, tous les points du Temple et, par conséquent, l’ensemble des places des différents intervenants dans cette enceinte réservée.

Dans ce lieu voué initialement à l’étude, à la recherche, à l’élévation spirituelle, depuis le Vénérable Maître jusqu'à l’Apprenti récemment initié, chacun reçoit la Lumière divine et la Connaissance à un moment donné, selon son degré et son avancement.

Approche du symbolisme de la lumière

Pour Oswald Wirth, « la Loge d’Apprenti ne reçoit aucune lumière du dehors. Elle rappelle en cela les cryptes souterraines ou creusées dans le flanc des montagnes, les hypogées de l’Egypte ou de l’Inde, l’antre de Trophonius, etc. La Loge de Compagnon, par contre, est en communication avec le monde extérieur grâce aux trois fenêtres. »

La fenêtre de l’Orient apporte la douceur de l’aurore, son renouveau d’activité ; celle du Midi la force et la chaleur ; celle de l‘Occident donne une lumière sans cesse faiblissante qui incite au repos. Le Nord, obscur, ne recevant aucune lumière, n’a pas besoin de fenêtre.

D'autres interprétations du symbolisme des fenêtres et de la lumière sont encore possibles.

La fenêtre d’Occident fait pendant à celle d’Orient en vertu de la loi d’équilibre. Elle est le lieu où la lumière disparaît, engloutie dans les profondeurs de la terre, et où règnent les ténèbres et les pulsions primitives du monde profane. Elle marque l’origine et la fin du parcours terrestre, ce qui se concrétise par la direction cardinale de la marche des frères.

Si l’on considère le tableau d’Apprenti, on peut observer qu’il se décompose en trois zones :

  • Toute la partie orientale où s’ordonnent le Soleil, la fenêtre, la Lune,
  • La colonne du Midi où se trouve la deuxième fenêtre,
  • La zone occidentale où s’ouvre la troisième fenêtre.

Ceux qui voudraient que les Apprentis bénéficient, au nord, de la lumière rayonnante venant de l’ouverture du midi manquent de clairvoyance : ils oublient que les frères de la Colonne du Nord peuvent en recevoir tout autant des fenêtres situées à l’Orient comme à l’Occident. Les travaux se tenant à Midi, heure solaire, et le Soleil au Zénith dardant ses rayons à la verticale et non à l’oblique, les frères des différentes colonnes ne risquent pas de percevoir grand-chose puisque ces ouvertures n’ont pas vocation à laisser voir ou passer une lumière exotérique et profane. Elles ne revêtent aucune fonction matérielle ou pratique durant le travail !

Cependant, en consultant d’anciennes instructions, on s’aperçoit que ces ouvertures ne se rapportent nullement au travail : elles éclairaient les ouvriers quand ils venaient et s’en retournaient mais n’en avaient point d’usage pendant le travail.

Mais il existe une autre approche, plus réaliste, qui fait de l’emplacement des fenêtres non pas la cause ou la justification de la place des Apprentis et des Compagnons en Loge, mais la conséquence d’une structure, d’une architecture imposées par les reliefs cernant la ville Sainte et constituant une protection naturelle.

Il convient pour cela de se référer au Premier Livre des Rois (6, 4) qui fait mention des fenêtres lors de la description du Temple. Retenons au moins trois traductions :

  • Il fit au temple des fenêtres à cadres et à grilles.
  • Il fit à la maison des fenêtres solidement grillées.
  • Il fit à la maison des fenêtres grillagées.

Remarquons immédiatement qu’il n’est nullement question de trois fenêtres !

Il est fort probable que le nombre trois a été choisi uniquement pour des raisons d’ordre symbolique liées au ternaire, comme pour les trois lumières par exemple.

Pour Raoul Berteaux, « un modèle ternaire apparaît sous la forme d’un groupe de trois fenêtres grillagées placées respectivement à l’Orient, au Midi et à l’Occident ». « Notons simplement, dit encore Raoul Berteaux, que la Loge en tant que champ clos, communique avec le monde extérieur par trois ouvertures ; s’il est vrai que le Maçon pratique l’Art Royal en un  lieu connu des seuls Enfants de la Lumière,  il n’en est pas moins en contact avec le monde extérieur.

L’Art Royal n’exige pas un ascétisme  d’isolement social ; il attend du Maçon d’être actif dans le Monde. »

L’explication des fenêtres du Temple tient en quelques lignes.

Le Roi Salomon avait reçu de Dieu la mission de bâtir le Temple.

Où allait-il l’élever ?

David avait fait de Jérusalem sa cité royale avec beaucoup d’intelligence, une ville sainte en y amenant l’Arche d’Alliance. Les raisons de son choix sont multiples : la capitale de David ne pouvait s’élever qu’à cet endroit car Moïse avait rêvé d’en faire la ville de son peuple errant ; de plus, géographiquement, elle était au centre du royaume ; enfin, et surtout, Jérusalem était bâtie sur des hauteurs entourées de défilés, de ravins et donc aisément défendable.

Le Temple est la ville. Jérusalem est la maison. De par la présence de l’Arche d’Alliance en ses murs, la ville est le centre du monde. Quand le Temple est construit, c’est lui qui devient le Centre mais la cité ne perd pas pour autant sa qualité de lieu saint. Ainsi, Temple et Jérusalem ne font qu’un.

David est donc maître d’un emplacement formidable. Il a pris pour centre de défense trois montagnes reliées par leurs contreforts et dispose également de trois fossés gigantesques. La nouvelle ville n’est cependant attaquable que par le Nord. Aussi est-ce par le Nord que, malgré sa triple muraille, Jérusalem fut attaquée successivement par Nabuchodonosor, Alexandre le Grand, Pompée, Titus et Godefroy de Bouillon (en réalité Geoffroy de Saint Omer !).

Toutes les directions sont donc protégées naturellement par le relief de la ville, sauf le nord. Il est donc tout à fait normal de ne pas percer de fenêtres sur ce côté vulnérable mais de permettre à la lumière de pénétrer par l’Orient, le Sud et l’Occident, parfaitement défendus par des à-pic, la sécurité étant renforcée par des grilles.

Cette théorie ne remet pas en cause le cycle solaire pour les Travaux qui se déroulent dans le Temple maçonnique. Elle ne vise qu’à montrer que les fenêtres sont en dehors de la symbolique solaire et que nous pouvons les analyser en fonction de l’implantation de la ville de Jérusalem et de son environnement immédiat.

Alors, à quoi servent les fenêtres représentées sur nos Tableaux de Loge ?

Synthétisons l’interprétation assez récente qu’a formulée Christian Guigue :

Les fenêtres pourraient intervenir comme des bornes, des limites, des frontières par où se manifestent la raison, l’esprit et la bonne volonté du Grand Maître. Et comme un Maître de Loge ne peut communiquer aucun renseignement via ces fenêtres, ce Grand Maître ne peut être que le Grand Architecte de l’Univers qui décide de notre avancée vers la Lumière.

Ainsi l’ouverture du Midi marquerait le commencement et la fin d’un monde qui se situe hors de portée des hommes et se rapporte à cette mort vers laquelle les Compagnons et les Maîtres avancent. L’ouverture d’Occident resterait affectée à la mort symbolique comme à celle inhérente au corps de matière, ce qu’il convient de rapprocher des trois portes du Temple. Quant à la fenêtre d’Orient, elle marquerait symboliquement le passage par où peuvent opérer la hiérophanie et la transfiguration.

A propos de la forme des fenêtres

La forme des fenêtres varie sur les Tableaux de Loge : certaines sont rectangulaires et présentent trois barreaux verticaux et trois barreaux horizontaux. Sur d’autres, elles sont en «anse de panier» avec un barreau vertical et deux barreaux horizontaux. Sur d’autres encore, elles sont en ogive avec un grillage très serré.

Puisque la Bible ne donne aucune précision quant à la forme des fenêtres et à l’aspect des grilles et des grillages, les auteurs maçonniques ont laissé aller leur fantaisie !

Dans les très vieilles instructions maçonniques (« Masonry Dissected » de Prichard paru en 1730), il n’y a aucune précision quant à la taille ou à la forme des fenêtres. Mais on y évoque bien la présence de trois fenêtres, censées se trouver dans toute pièce où se tient une Loge. Placées à l’Est, au Sud et à l’Ouest, elles servent à éclairer les ouvriers avant, pendant et après le travail. Ces instructions précisent aussi qu’il n’y a « pas de fenêtre au Nord parce que le soleil ne donne pas de ce côté ». Notons aussi que « le plus ancien Apprenti entré doit se tenir au Midi parce que son travail consiste à écouter et comprendre les instructions et accueillir les Frères visiteurs ».

Voilà, parmi tant d’autres, un exemple d’une interprétation qui modifie le sens d’un élément afin qu’il soit en harmonie avec la symbolique que l’on veut cultiver.

Se basant sur un sens exotérique des quatre points cardinaux, les auteurs des anciens rituels et plus tard les écrivains maçonniques ont émis des truismes des explications souvent puériles.

C’est ainsi qu’à longueur de pages ils nous enseignent que la fenêtre de l’Est est le lieu où le soleil se lève, que celle du Midi est l’endroit où il est à son zénith, que celle d’Occident est le point où il se couche. S’appuyant sur ces éléments simplistes, on a bâti tout un système d’éclairement, justifiant la place des Apprentis et des Compagnons dans la Loge.

Paraphrasant sans vergogne les anciens catéchismes, les auteurs ont accumulé des phrases telles que :

  • Il n’y a pas de fenêtre au Nord parce que le soleil n’y passe pas.
  • Les Apprentis sont placés au Nord parce qu’ils ont besoin d’être éclairés.
  • Les Compagnons ayant moins besoin de Lumière, l’ombre portée par le mur du Temple les éclaire suffisamment.

Ainsi, pour Jules Boucher, « les maçons constructeurs ont toujours orienté les Temples avec l’entrée à l’Occident et les trois fenêtres du « tableau » suivant la marche du soleil. Il n’y a pas de  fenêtre au Nord parce que le Soleil n’y passe pas. »

Les grilles et les grillages ont suscité, eux aussi, de nombreux commentaires, pas toujours très réalistes. Certains exégètes sont même allés jusqu'à affirmer que les grilles interdisaient aux profanes de voir ce qui se passait dans le Temple.

Approche du symbolisme du grillage

Pour tenter de pénétrer ce symbole, nous avons également consulté des ouvrages dont la première édition parut au cours du premier quart de notre siècle. Les interprétations que leurs auteurs en donnent relèvent bien souvent de la fantaisie.

D'autres auteurs, plus raisonnables, ont compris que les grilles avaient été placées aux fenêtres pour empêcher les non-initiés de fouler un sol sacré, la porte d’Occident étant gardée par le Couvreur.

Pour Jules Boucher qui passe pourtant pour un auteur de référence, « les fenêtres sont grillagées, non pas pour interdire aux profanes de regarder dans  le Temple – car si le Temple était éclairé intérieurement, un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher de voir ce qui s’y passe – mais simplement pour défendre l’accès du Temple. »

Et selon Plantagenet, « le grillage qui protège ces ouvertures rappelle que le travail des ouvriers est soustrait à la vue du profane dont le regard ne sait pénétrer dans le Temple. Si celui du Maçon n’est pas arrêté par le même obstacle, ses perspectives sont essentiellement différentes. Il ne peut, en effet, matériellement regarder la vaine agitation de la rue puisque autour de lui tout est clos, mais il n’en doit pas moins, spirituellement, déterminer le mouvement du monde sensible au point de vue où il se trouve.»

Ceux qui font état d’une nécessité de cacher le travail des ouvriers aux regards des profanes et qui se satisfont de ces grillages pour y pourvoir, manquent singulièrement de réalisme. Lorsqu'on veut masquer les réunions sous le voile de la discrétion, on supprime les ouvertures importunes au lieu d’en créer !

Des fenêtres non grillagées au degré de Compagnon

Sur le Tableau de la Loge de Compagnon figurent trois fenêtres ouvertes.

Jules Boucher les interprète comme « le signe de l’affranchissement du Compagnon. Il s’est, au premier degré, purifié l’esprit par un intense travail intérieur. Maintenant, non seulement il peut s’évader de son isolement et subir sans danger le contact du monde extérieur, mais il doit, au contraire, rechercher ce contact afin de refaire sa propre connaissance par l’observation, le raisonnement et la méditation. Son regard s’est modifié, il ne voit plus les choses de la même manière que lorsqu'il était encore lui-même un profane. Son initiation au second degré lui a valu la connaissance d’une méthode de travail féconde pour l’accession à la sagesse mais qui, cependant, ne peut avoir de valeur que pour autant qu’elle puisse être appliquée pratiquement ».

Pour conclure provisoirement

La conclusion, toujours provisoire, que nous tirerons de cette brève étude, c’est qu’un Maçon ne peut se contenter de la première interprétation venue. Il convient en effet de replacer les interprétations des auteurs maçonniques dans leur contexte historique. Pour approcher la vérité, il convient de pratiquer la rectification, comme nous le rappelle l’acrostiche « V.I.T.R.I.O.L. » présente dans le Cabinet de réflexion.

D'une manière incontestable, nous pouvons retenir que les trois fenêtres figurant sur le Tableau de Loge du second degré sont situées à l’Orient, au Midi et à l’Ouest. Cette disposition nous rappelle que les maçons opératifs ont toujours orienté les édifices religieux de sorte que l’entrée se trouve à l’Occident. Les trois fenêtres suivent donc bien la marche du soleil qui ne passe pas par le Septentrion.

Parce que les Apprentis ne peuvent soutenir qu’une faible lumière et que leur travail est tout d’introspection, leur place obligatoire se trouve donc sur la colonne du Nord. Quant aux Compagnons, qui doivent s’ouvrir au monde, leur place est tout indiquée sur la colonne du Midi pour pouvoir contempler en vue directe le modèle ternaire formé des trois fenêtres du Tableau.

Les rayons solaires qui pénètrent par la fenêtre d’Orient propagent une lumière claire, douce et rassurante. Elle dissipe les ténèbres et est le reflet de l’Esprit créateur. Elle provoque chez le Compagnon l’émulation dans la recherche de l’Un. La fenêtre d’Orient nous apparait comme une promesse de l’avenir.

Poursuivant sa trajectoire, l’astre solaire dispense une lumière qui pénètre ensuite par la fenêtre du Midi, éclatante et vive, intense et profonde. Grâce à elle, les Compagnons peuvent distinguer clairement leurs imperfections et sont à présent en mesure de se modifier. Ils prennent conscience qu’ils sont perfectibles. Dès lors, la fenêtre du Midi fait figure de promesse de la Connaissance.

Lorsque les rayons solaires atteignent la fenêtre d’Occident, l’astre est sur son déclin et la lumière qu’il diffuse devient modérée. Succédant à l’éclat produit par les rayons solaires de midi, cette lumière tamisée nous apparaît comme l’emblème du doute. Elle exige davantage de concentration pour maintenir une observation efficiente.  Elle avertit les Compagnons que leur travail n’est pas accompli et qu’il est nécessaire d’accéder à la Maîtrise pour dominer l’Occident rempli de pièges. L’Occident symboliserait en effet la porte des morts où tout s’anéantit.

Cependant, le Compagnon plein de courage va de l’avant car le soleil, en tant que manifestation de la divinité, est emblème d’immortalité. L’espoir qui guide les pas du zélé Compagnon réside en ce qu’il connaîtra à terme la résurrection de l’esprit libéré des vicissitudes profanes.

 

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