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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

La Rose et le Petit Prince

Publié le 6 Septembre 2026 par T.D

Par Blanche-Marie Saint Roch

Le petit Prince et la rose

Ce qui est frappant dans le récit du petit Prince, c’est la solitude des personnages sur une si petite planète : le roi, le vaniteux, le buveur, le business man, le géographe, mais aussi celle du Petit Prince, quand soudain apparaît une rose.

Que vit le Petit Prince ?

A partir d’une graine venue on ne sait d’où avec toute sa beauté, la Rose s’installe sur la planète et le petit prince en prend grand soin. Tout émerveillé, il s’en occupe avec beaucoup de patience et beaucoup de soin, pensant avoir trouvé une amie. Puis le Petit Prince se rend compte qu’elle ne lui donne pas ce qu’il attendait et il décide donc de la laisser et de partir.

Il part alors pour un voyage loin de sa planète. Il s’agit d’un voyage qui l’amènera à comprendre le monde, les hommes, les grandes personnes, les liens entre eux, et les futilités de l’existence qui font détourner l’esprit de l’essentiel. Et le petit prince qui s’est illusionné sur sa rose, arrivera au terme de son voyage à comprendre comment se crée l’amour véritable. La rose dans le petit prince est le point de départ pour un voyage intemporel, universel.

En cheminant lors de son voyage, le Petit Prince apprivoise cette rose qui est devenue unique pour lui. Qui a apprivoisé qui ? Le petit prince a-t-il apprivoisé la rose, ou bien la rose l’a-t-elle apprivoisé ? Toujours est-il que le lien est ainsi créé entre lui et la fleur, et l’amour naît de ce lien. Un champ de roses toutes semblables n’émeut pas le Petit Prince car c’est l’amour qu’il porte à Sa rose qui lui importe. Le Petit Prince connaît sa rose mieux que personne, car il a pris le temps de s’occuper d’elle. Elle est devenue son amie, il l’a choisie. C’est le temps qu’il a passé à s’occuper de sa rose qui l’a rendue si importante à ses yeux. « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante » Dit le renard

C’est à travers ce que dit le renard que le Petit Prince arrive à comprendre ce qu’il ressent pour sa rose, il arrive à faire sortir de sa fleur un être qui devient, pour lui « unique au monde » et en apprivoisant sa rose, le Petit Prince a ouvert son cœur.

Pourquoi une rose pour raconter cette histoire ?

Le récit du Petit Prince met en scène un pilote perdu dans le désert, tombé du ciel avec son avion en passe. On pourrait alors penser à la rose des vents indiquant la direction ou à la rose des sables qui est une « fleur » du désert, façonnée par la rudesse des vents.

Mais l’histoire du Petit Prince est un récit initiatique qui mène le lecteur à réfléchir sur lui-même. Venue du ciel, elle aussi, la graine de la rose s’enracine sur la planète du petit prince. Elle prend son temps pour s’épanouir et s’ouvrir, dans l’obscurité protectrice de son bouton.

La rose est une fleur d’une grande beauté. Elle est la fleur qui s’épanouit avec ses multiples pétales. On la compare à la fleur de Lotus qui est pour les bouddhistes la fleur de l’épanouissement spirituel : prenant racine dans l’obscurité des eaux troubles, elle monte vers le ciel, resplendissante pour trouver la lumière.

La rose cache et protège la partie de ses organes reproducteurs. Cela fait de la rose une fleur secrète, pudique, sensible. De plus les épines qui s’alignent sur sa tige, découragent les herbivores, sauf les moutons… elle montre une certaine vulnérabilité. La rose aussi se pare de merveilles pour attirer les butineurs : couleurs et parfums sont un enchantement pour les sens. Elle incite à la tendresse, la douceur, la délicatesse et la volupté. Elle exprime l’amour et le bonheur, « Voir la vie en rose ». Par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est la fleur symbolique la plus employée en Occident. Il existe une multitude de variétés de roses. 

Rouge, elle est l’emblème de l’amour, de la passion, offerte par l’amoureux à sa dulcinée, blanche, emblème de la pureté.

Elle se compose de 3 parties : les pétales, la tige, les épines.

La tige qui fait que la rose est reliée à la terre, elle lui permet de se nourrir de s’abreuver, de vivre. Elle s’érige, au bout de cette tige vers le ciel, bien enracinée dans le sol, les pétales doux et soyeux. Cette tige qui fait naître de ses pétales les passions.

Sur cette tige les épines font partie du chemin pour s’élever, elles représentent les épreuves auxquelles nous allons nous piquer pour mieux continuer à nous élever. Les pétales, symbole de l’amour naissant, nous rappellent combien il nous faut vaincre les passions qui nous animent et que nous essayons de maîtriser pour accéder à plus d’amour.

Combien le symbole de la rose est présent dans la symbolique universelle : La Rose était la fleur des déesses de l’Amour Vénus pour les Romains et Aphrodite pour les Grecs.

A la mort d’Adonis l’amant d’Aphrodite son sang avait fait naître les premières roses rouges. La rose devint alors le symbole de l’amour qui parfois vainc la mort.

La rosace gothique et la rose des vents marquent le passage, du symbolisme de la rose à celui de la roue.

La rose, a aussi un rapport avec le sang répandu, elle paraît souvent être le symbole d’une renaissance mystique.  Elle fut utilisée par les rois avant même d’utiliser la fleur de Lys; elle est également utilisée en politique, synonyme d’un certain pouvoir, dans le christianisme, mais aussi par les païens et même par les prostituées.

Et pour nous Francs-maçons que nous révèle la démarche du Petit Prince ?

Elle nous rappelle les voyages effectués lors de notre épreuve initiatique. L’initiée reçoit une rose rouge au terme de la cérémonie car la rose et le rouge sont les symboles du premier degré de régénération et d’initiation aux mystères.

Les pieds dans la terre, liée au monde, nous devrons nous élever vers la spiritualité, maîtriser nos passions, afin de leur donner l’aspect de velours et de douceur que revêtent les pétales.

La rose éveille les sens, rentrant dans le VAKOG, méthode de » conditionnement  » par les effets qu’elle déclenche chez l ‘être humain. Elle réveille la passion en nous, passion qui nous rend vivant et nous détruit, comme pour nous rappeler que se côtoient sans cesse le bien et le mal, le beau et le laid, le noir et le blanc. La dualité est en nous.

A nous de travailler chaque jour pour équilibrer cette balance même pour un temps fugace et éphémère : le temps d’une rose.

Ce regard que le Petit Prince pose sur son environnement nous fait comprendre que nous ne pouvons connaître un individu par un seul regard, nous sommes enfermés dans notre apparence.  C’est en « apprivoisant » que nous pourrons connaître et apprécier les femmes et les hommes qui nous entourent.

Il faudra au Petit Prince un voyage d’un an pour comprendre ses sentiments envers sa rose. Il comprendra, aussi, que le bonheur d’une rencontre peut se terminer par la séparation et donc par la douleur. Apprivoiser un être, c’est accepter de le voir disparaître un jour ou l’autre, en accepter sa finitude.

Il faut du temps, de la persévérance, du travail, pour avancer, se construire pour devenir une belle fleur, construire son temple intérieur et le Temple universel.

Le Petit Prince est devenu responsable de sa rose. L’Amour les a réunis à travers le temps, l’espace. Nous, aussi, devenons responsables lorsque nous aimons ou que nous créons un lien amical ou fraternel. Tout lien implique alors une responsabilité envers l’être « aimé »

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé… »

Le jardin des roses est un peu comme un groupe de personnes. Chaque membre du groupe est unique, pour la personne ou pour une autre personne, mais parfois comme dans un groupe, nous pouvons être semblables, avoir les mêmes directions, les mêmes envies. C’est en créant des liens particuliers avec une autre personne que nous devenons uniques. Tout au long de l’histoire, le Petit Prince découvre la profondeur de l’amitié, de l’amour, mais aussi ses failles, ses déceptions, la vanité, l’orgueil, ce qui rappelle souvent notre monde humain, ses valeurs, ses imperfections.

On vit les avancées du Petit Prince au fil des chapitres, on le voit passer par les épreuves, par les voyages, par les rites pour avancer et se connaître.

Au fil du temps, nous nous apprivoisons par nos rencontres et nos épreuves. La tige de la rose est notre chemin. Nous y rencontrons les épines, les embûches de la vie qui nous permettrons de nous améliorer, de comprendre, de grandir. Enfin, tout au bout de la tige, apparaissent les pétales, nos amis, notre entourage proche, nos sœurs, leur nombre forme notre groupe, notre bouton unique, notre univers propre. Comme le petit prince, nous souhaitons être aimés, apprivoisés et se connaître et se reconnaître.

La Rose : qu’évoque-t-elle pour nous ?

Elle évoque un délicat parfum émanant de pétales arrondis et réguliers : semblables à des cœurs liés les uns aux autres. « Mignonne allons-voir si la Rose… » et que nos regards se tournent vers la Lumière et puissent admirer les puits de lumière des édifices religieux qu’offrent les rosaces construites par les bâtisseurs de cathédrales.

450fm

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Le voyage de la rose

Publié le 6 Septembre 2026 par T.D

Par Gilbert Garibal

De l’églantine à la rose d’or, un chemin de lumière

Un matin ensoleillé de mai, dans une allée du marché aux fleurs de la Cité, un mendiant assis sur un cageot, agite tristement sa sébile vide, devant les badauds distraits. Près de lui, par terre, une pancarte précise « Aveugle de naissance ». Un passant, ému par l’infirme, s’arrête, dépose son obole et saisit discrètement l’écriteau en carton. Il le retourne et, en lettres capitales, trace quelques mots au stylo feutre avant de s’éloigner. Dès cet instant, l’aveugle stupéfait, ravi, entend une succession de pièces tinter dans sa sébile, soudain alourdie… …A la fin du marché, une fleuriste lui expliqua la raison de cette générosité inespérée : le passant avait juste écrit sur la pancarte : « c’est le mois des roses, et je ne les vois pas ! ».

Cette simple phrase, en rappelant aux promeneurs leur bonheur de voir, en les rendant conscients dans un environnement floral du plaisir de l’œil, que n’a pas ou plus un homme privé de la vue, cette simple phrase, ne pouvait que les émouvoir et aussitôt provoquer chez eux, compassion et élan charitable.

Parce que la rose, ce merveilleux cadeau de la nature, fleur parmi les fleurs, se distingue pourtant de toutes les autres : devant elle, l’œil devient soudain regard. Ce calice de pétales veloutés, aux couleurs volées à l’arc en ciel, aux senteurs délicates, est l’expression même de l’esthétisme et le régal de l’imaginaire. La rose, galbée et fière sur sa tige, fascine précisément par sa beauté, sa grâce, son parfum, ses couleurs et ses formes. Que vous la touchiez des yeux, que vous la preniez dans votre main, que vous la respiriez, et l’émotion vous gagne : la rose trouble vos sens. Sur le champ, montent en vous des sentiments d’amour, d’altérité, de paix, de pureté, une impression de mystère, aussi. La rose, qui sait, ne contiendrait-elle pas, inscrite dans les plis et les creux de sa corolle, un peu de l’épopée de l’univers ?!

L’histoire de la rose

Il est aujourd’hui attesté, par les fossiles composant les strates géologiques de l’époque tertiaire, que la rose existait déjà il y a quelque 20 millions d’années ! L’origine du rosier a d’ailleurs été localisée dans les montagnes du Caucase, d’où il aurait émigré vers la Chine, la Thaïlande, l’Inde, puis le bassin méditerranéen. Pour être plus précis, il s’agit de la famille des rosacées, composée au départ du rosier sauvage, c’est à dire de l’églantier, géniteur de la rose à cinq pétales, puis de l’aubépine, également nommée « épine blanche ». C’est ainsi que, par extension, on parle des « épines » de la rose, alors que ces excroissances piquantes sont au vrai des « aiguillons », comme l’indique le langage technique horticole.

Le parcours de la rose, d’Asie en Arabie, puis d’Egypte en Andalousie, est marqué par une suite d’hybridations, de croisements et de mutations, dus à la main de l’homme, qui aboutissent à une tige renforcée, des feuilles vernissées et à une fleur aux pétales développés. C’est une rose de plus en plus voluptueuse et odorante, aux teintes de plus en plus subtiles, qui, à la faveur des voyages commerciaux et militaires, va s’installer et prospérer en Europe occidentale, dès l’an 1000.

La véritable histoire de la rose en France, commence semble-t-il, d’abord avec le Chevalier Thibaut IV, comte de Champagne qui, au retour de Croisade, dans les années 1240, rapporte dans ses bagages une bouture de rose gallique : elle fera souche, sous le nom de « rose de Provins ». Puis, cette implantation se poursuit grâce à un autre Chevalier, Robert Comte de Brie, qui, quarante ans après, revenant à son tour de Terre sainte, est porteur d’une fleur, appelée à la célébrité, la « rose de Damas ».

Le parcours géographique de la rose nous fait traverser la Manche. En effet, l’Angleterre du XIIIème siècle n’échappe pas non plus, ni à la culture, ni au culte de cette fleur. Une vingtaine d’espèces botaniques (rosiers sauvages) y est alors implantée dans les dunes, sur les bords de mer. Et, preuve que le symbolisme de la rose émeut aussi les anglais, on la retrouve souvent gravée dans la pierre des premières cathédrales et abbayes, ou sous forme d’ouverture à la lumière, dans leurs superbes rosaces, précisément. Sur ce modèle originel, tous les monuments chrétiens d’Europe porteront ensuite l’empreinte de la rose, burinée à l’extérieur ou sculptée à l’intérieur, autour et sur les statues.

Au Moyen-Age, la rose est déjà chargée d’un passé mythique, qui côtoie le réel. Selon les fables de l’antiquité romaine et grecque, le premier rosier apparut sur terre à l’instant où la déesse Vénus (Aphrodite pour les grecs) surgit de l’écume des flots méditerranéens. La rose – anagramme d’Eros, notons ce beau jeu de mot au passage – symbolise de la sorte la créature aimée, la femme idéale, l’épanouissement, la splendeur, le merveilleux. Pour sa part, le poète français Pierre de Ronsard, plein de ferveur, écrit à la gloire de la femme et de la rose associées et les célèbrent en ces termes immortels :

« Mignonne allons voir si la rose

Qui ce matin avait éclose

Sa robe de pourpre au soleil

A point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée

Et son teint au vôtre pareil »

Si l’on ajoute à ces mots-images, l’attribution par les moines-médecins de l’époque, de nombreuses vertus médicinales à la rose sous forme d’élixir, contre la douleur, l’inflammation, la fatigue et même la tuberculose, il est compréhensible que cette fleur, promue remède universel, fasse l’objet d’une vénération. Son contenu symbolique, son auréole de mystère, son discours secret en somme, entretiennent un lyrisme débordant, dont témoignera entre autres, au XIIIème siècle, le fantastique « roman de la rose », écrit par Guillaume de Lorris.

Pourtant, nous ne pouvons ignorer que si la rose, image même de la non-violence, inspire trouvères et ménestrels dudit Moyen Âge, celui-ci ne se déroule pas comme un tapis de roses ! En France, les croisés de Simon de Montfort déciment des milliers de cathares à Béziers en 1209 et déshonorent du même coup la Chevalerie ; l’Eglise catholique qui, à partir de 1215 et pendant trois siècles, se dévoie en instituant les bûchers de l’Inquisition ; l’acharnement du clergé contre la science naissante, qui est fatal à Giordano Bruno, brûlé vif en 1600 à Rome, et humiliant pour Galileo Galilée qui doit abjurer en 1633 : autant d’actes répressifs et hégémoniques, parmi des centaines. Ils favorisent en réaction la naissance d’une véritable concurrence dans l’exploitation du surnaturel, sous forme de multiples courants occultistes et de sociétés secrètes parallèles ! Une mouvance mystique ininterrompue qui, à vrai dire, ne cesse pas d’exaspérer le monde ecclésiastique, de la magie à la sorcellerie, de l’hermétisme à l’alchimie, en passant par le guérissage et l’astrologie.

De la rose à la Rose-croix

Dans les sinistres années 1610, alors qu’en plus de l’Inquisition, la peste et la famine viennent ravager la population européenne, une petite lumière humaniste s’allume en Allemagne protestante, telle une rose rouge clignotante. Un jeune pasteur luthérien de Wurtenberg, Johann Valentin Andreä et quelques-uns de ses amis y révèlent soudain, l’existence d’une association secrète, « L’ordre fraternel de la Rose-Croix » qui, affirment-t-ils, aurait été fondé 120 ans plus tôt, par un lettré allemand, un certain Christian Rosenkreutz. Au vrai, ce personnage, au nom visiblement fabriqué autour du Christ, de la rose et de la croix, qui aurait écrit trois manifestes, est tout à fait mythique. Ces trois livres, Les échos de la fraternité, Les confessions de la Rose-Croix, et Les noces chymiques sont bel et bien l’œuvre d’Andrea et de ses compagnons !

Qu’importe ! Ces trois ouvrages développent une théosophie teintée d’alchimie qui, sous l’emblème de la rose rouge, alors symbole d’ascétisme, postule de rapprocher science et religion pour atteindre la paix universelle. Cette proposition – au passage résolument anti-catholique – soi-disant à même de transformer le monde, dépasse toutes les espérances de leurs auteurs, qui doivent assumer leur création. Adossée à la Bible, enjolivée par la métaphore d’une transformation alchimique de la matière, et promettant de la sorte la naissance d’une nouvel Homme paisible et rayonnant, la philosophie rosicrucienne connaît un immense succès. Elle se propage dans toute l’Europe continentale, grâce à l’essor de l’imprimerie, laquelle permet la diffusion de milliers d’éditions des trois livres fondateurs !

Au début, la prudente Angleterre, marquée par les affrontements religieux, boude le rosicrucisme. Il faudra près d’un siècle pour qu’il s’y implante. La célèbre académie des sciences, la « Royal Society » de Londres, accueille enfin dans ses rangs, occultistes, alchimistes et rosicruciens au début des années 1700. De fait, ils ont un allié de poids avec le savant Isaac Newton, Président de ladite académie et rationnel s’il en est, mais pourtant séduit par l’ésotérisme et le surnaturel, puisqu’il s’adonne lui-même à des expériences alchimiques, en cachette, dans sa cave ! Il soutient le rosicrucisme, comme avec le même enthousiasme, il soutiendra la franc-maçonnerie.

Il convient d’observer que l’Ordre de la Rose-croix se développe dans un XVIème – puis un XVIIème siècle – friands de symbolisme et véritablement saisis par la « fièvre initiatique » ! Les clubs pullulent en Angleterre et dans l’Europe entière se développent les associations, sociétés, confréries, plus ou moins secrètes, très poreuses entre elles, qui, aux titres les plus divers, intronisent, adoubent, illuminent ou initient des impétrants. Du paracelsisme au mesmérisme. De l’hermétisme au cabalisme. De l’illuminisme au martinisme. Et du compagnonnage à la franc-maçonnerie !

La symbolique rosicrucienne allemande, pour sa part, veut se démarquer de la religion. La croix, évoquant pour elle le corps humain, et la rose, l’âme en évolution, autrement dit, la vie et la mort, ces représentations ne peuvent pas mieux tomber en tant que « symboles forts », jusqu’à constituer l’appellation de l’Ordre en cause ! On dirait aujourd’hui qu’Andreä avait le sens du marketing ! Il n’a pourtant pas fait preuve d’une inventivité particulière puisque la croix et la rose, sont les armes de sa famille. Lesquelles, soulignons-le au passage, étaient déjà celles de Luther ! L’empreinte protestante est ainsi bien transmise.

« L’acceptation » d’un impétrant au sein de la confrérie rosicrucienne, est basée comme toutes les initiations, sur le principe précité de la vie et du trépas. L’initiation rosicrucienne d’alors est située à la Pâque : elle intervient donc tout naturellement, sur une symbolique de mort et de résurrection. L’impétrant, qui selon la tradition alchimique, représente un amalgame de vils métaux, est symboliquement « fondu » pour renaître sous les formes nobles de l’argent et de l’or. Ces deux métaux pouvant symboliser respectivement le mystère de la vie et la haute connaissance ésotérique. Selon le rite rosicrucien, c’est la princesse dite « Alchimie » qui fait de cet impétrant un initié. Elle est pour cela assistée de quatre jeunes filles représentant les quatre vertus cardinales : courage, tempérance, justice et prudence.

L’une des particularités du rosicrucisme est d’essaimer en multiples sociétés initiatiques autonomes. Il s’agit en fait, de marquer une forte opposition à l’Eglise catholique, dans tous les pays d’Europe, par l’expression d’une « reliance » indépendante, et en l’occurrence, par l’adhésion individuelle à des sectes ou fraternités, à l’effigie de la rose.

 Le Chevalier et la rose

Naissent ainsi en 1714, la Rose Croix d’Or qui couvre l’Europe de l’Est. Puis plus tard apparaîtront en 1866, à Londres, la société rosicrucienne anglaise, et en 1887 l’Aube dorée. Et enfin, en 1888, sera fondé à Paris, l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Parmi les personnalités marquantes qui ont permis le succès rosicrucien, citons le philosophe anglais Robert Fludd, les médecins allemands Michaël Maïer et Samuel Hahnemann, concepteur de l’homéopathie. Un art qui pourrait remonter à Paracelse – puisque l’idée que le semblable soigne le semblable est bien un développement de la tradition alchimique. Je n’oublie pas non plus, le grand écrivain-poète Johann Goethe qui, comme Hahnemann deviendra franc-maçon. Il montre dans son livre « les Mystères », combien l’union sacrée de la croix et de la rose l’a marqué ! A noter que le rosicrucisme, ou plutôt son esprit, a traversé le temps, puisqu’il existe de nos jours diverses sociétés rose-croix regroupant quelque 6 millions d’adeptes à travers le monde. Mais aucun de ces groupements, dont l’A.M.O.R.C, le plus important, ne sont véritablement souchés sur le modèle original.

Il a été affirmé, et c’est encore le cas aujourd’hui par nombre d’historiens, que non seulement la Franc-maçonnerie spéculative est née du rosicrucisme, sous l’impulsion des ésotéristes Robert Fludd et Elias Aschmole, du physicien Newton et du pasteur Désaguliers, mais encore qu’elle y a puisé son ésotérisme, notamment la légende d’Hiram. Ce qui est certain, c’est que dans une Angleterre divisée par les courants opposés du christianisme, des hommes de bonne volonté décident de fonder en 1717, à la suite des bâtisseurs de cathédrales, non une nouvelle corporation, non une nouvelle religion, mais un grand mouvement de réflexion fédérateur susceptible de relier tous les hommes, frères humains sur la planète. Il s’agit d’abord : pour chacun, par la méthode symbolique – à même d’amplifier la pensée individuelle et de la transformer en actes positifs – de devenir l’architecte de soi-même, c’est à dire de s’autoconstruire ; Il s’agit ensuite, sublime projet, de construire ensemble, avec le groupe, le temple de l’humanité ! C’est le passage de la franc-maçonnerie matérielle à une franc-maçonnerie philosophique : elle s’étend dans toute l’Europe des années 1720.

Dans ce processus initiatique de construction de la personne, en tant que temple vivant – et en quelque sorte temple du Un dans le temple du tout – la symbolique des instruments du bâtiment, les nombres et les figures géométriques y tiennent une place majoritaire. A tel point qu’on a pu reprocher à la franc-maçonnerie – en dehors même de l’acceptation des femmes dans les loges – on a pu lui reprocher de fonctionner sur une dynamique complexe, typiquement masculine ! Ce serait précisément oublier les valeurs androgynes du soleil et de la lune, celles de l’étoile flamboyante ou encore les anciens mystères d’Egypte avec la légende d’Isis et Osiris. Ce serait enfin occulter la rose, thème et fil conducteur de cet exposé, la rose, symbole de la féminité par excellence. N’oublions tout de même pas qu’elle tient sa place dès le grade de l’apprenti, à qui elle est offerte, en signifiant l’amour, la beauté et le secret, pour véritablement s’épanouir au degré de Chevalier Rose-Croix, où elle se veut alors symbole de la connaissance la plus haute.

Tout a été dit…et tout reste à dire sur l’origine de ce 18ème degré, puisque les versions se prétendant autorisées sont multiples, très sûres d’elles, chacune se voulant la première et l’authentique ! Je laisserai donc momentanément de côté ses appellations de Chevalier de l’Aigle Noir, Chevalier du Pélican et Chevalier d’Hérodom ou de Saint André, non qu’elles soient fantaisistes ou manquent d’intérêt, surtout pas, mais parce que porteuses d’autres métaphores, elles m’éloigneraient de mon sujet, ici le Chevalier Rose-Croix. Encore aujourd’hui, on ne peut d’ailleurs affirmer si l’Ordre mystique de la Rose-Croix de 1614 a une relation quelconque avec le degré de Chevalier Rose-Croix, né en 1760, pour devenir d’abord le summum des Hauts Grades puis positionné ensuite dans la nouvelle échelle des 33 degrés, que présentera le Rite Ecossais Ancien et Accepté, en 1804. L’histoire et la légende se confondent au sujet d’un certain Raymond Lulle, grand maçon et philosophe hermétiste qui, ayant réussi à enfin composer l’or, à partir du mélange de six métaux, aurait à ce titre été fait premier « Chevalier Rose-Croix » par le roi d’Angleterre au XIVème siècle. Rien de moins sûr !

Quoi qu’il en soit, le thème du 18ème degré étant la solidarité et la fraternité universelles, il implique le chemin à ouvrir, donc le voyage à effectuer, cette idée de déplacement amenant elle-même l’image des pasteurs que nous sommes, censés garder et guider le troupeau. C’est à dire notre entourage profane en mouvement, en constante transhumance. Hommes en marche donc, nous sommes directement renvoyés au symbole de la croix, que, en dehors même de son évocation christique, nous pouvons voir comme la croisée répétée des chemins qui ponctuent toute vie, tel une suite de carrefours directionnels en somme, proposant sans cesse à chacun une ou des orientations. La rose, à l’intersection du vertical et de l’horizontal, dans sa personnification de l’Homme-Christ coiffé d’une couronne d’épines, évoque bien entendu la souffrance du supplicié, mais aussi, mais aussi, « maçonniquement » parlant, l’idée majeure à entretenir comme la fleur, à propager comme la bonne parole, à savoir que l’homme, le commun des mortels, doit toujours être placé au centre de toute réflexion, tout projet ou réalisation terrestres.

Le chemin et la voie

Allumons ensemble notre imaginaire et contemplons cette rose, quand elle est posée devant nous sur une table : elle devient alors pour notre regard, à la fois l’itinéraire et la boussole. Sa tige figure le chemin, et les épines, les cailloux à éviter. Pour ainsi dire la prudence à observer et l’effort à effectuer, le dépassement de soi, pour parvenir au but, et atteindre enfin la récompense qui prolonge la tige, cette sublime fleur de lumière offerte à nos yeux ! Il est intéressant de remarquer que depuis qu’il possède un langage intelligent, l’homme emploie la métaphore du cheminement pour mesurer, précisément sa capacité de progression. Comme si son départ originel du berceau africain, lorsqu’il s’est redressé pour conquérir lentement le monde, était toujours inscrit dans ses gènes ! N’en a t-il d’ailleurs gardé l’empreinte physique : visage profilé, corps incliné en avant, bras et jambes synchronisés pour progresser devant lui. C’est un fait, il n’est pas équipé d’une marche arrière ! Il est donc logique que ce nomadisme programmé entretienne en lui le goût du voyage, du déplacement d’un point à un autre, qui caractérise, si je puis dire, l’homo pelegrinus, curieux insatiable, et appétent de mystère.

Ainsi en témoigne, parmi beaucoup d’autres, la fable « Le Philosophe et la Rose », rapportée dans un livre ésotérique de l’abbé Stéphane, – et citée par notre sœur Irène Mainguy dans son ouvrage sur la symbolique des Chapitres :

 Le philosophe ayant cueilli une rose, se pose la question : « Qu’est-ce que la rose ? » S’il avait entendu le langage de la rose, il ne se poserait plus la question, mais il est devenu sourd et n’entend plus le langage de la rose.

Il rencontre alors son collègue le mathématicien, et lui pose la question « Qu’est-ce que la rose ? Le Mathématicien, plongé dans ses structures, répond au Philosophe : « Ta rose ne m’intéresse pas, à moins que je puisse la regarder comme élément d’un ensemble, et que je puisse lui appliquer mes opérations ».

Le Philosophe, déconcerté, s’en va trouver le Biologiste qui s’empare aussitôt de la rose, la coupe en petits morceaux, qu’il examine au microscope, et répond au Philosophe : « Je ne vois rien ! »

Le Philosophe, consterné, ramasse en pleurant les débris de la rose, et s’en va trouver l’Artiste : « Qu’est-ce que la rose ? » lui demande-t-il.

« Je ne sais pas, répond l’Artiste, mais je vais t’indiquer le chemin qui te conduira à la réponse. Va en un lieu qui s’appelle Chartres, et là tu trouveras une cathédrale, et sur cette cathédrale, il y a trois Roses, et ces trois Roses racontent l’histoire de la Rose éternelle ».

« Est-ce loin ce pays ? » demande le Philosophe.

 « Je ne sais pas répond l’Artiste, mais si tu veux y arriver, n’emporte aucun bagage et surtout aucun livre. Sinon tu n’arriveras jamais ! »

 « Et si je ne trouve pas mon chemin ? » demande le Philosophe.

 « Tu interroges les Oiseaux, ce sont les amis de la Rose ».

 « Mais je ne comprends pas le langage des Oiseaux », dit le Philosophe.

« Cela ne fait rien, répond l’Artiste ; il suffit que tu leur demandes, car eux te comprendront, et ils te conduiront à la Rose, tu n’auras qu’à les suivre »…

 Outre le mystère de la rose qui reste traditionnellement entier, apparaît avec cette belle histoire toute la différence pour le voyageur, entre le chemin à trouver, qui indique une progression libre mais lente et laborieuse, à parcourir dans le questionnement, le doute, donc en toute humilité, et la voie, qui, elle, peut générer l’orgueil, le sentiment de supériorité, lorsqu’elle est tracée directement jusqu’au but, par une certitude, notamment religieuse.

Le langage de la rose

Il ne fait pas de doute que l’importance symbolique donnée à la rose dès l’Antiquité, puis perpétuée successivement par l’Eglise, les sociétés secrètes et autres mouvements mystiques, l’a magnifiée jusqu’à la doter de pouvoirs magiques, chantés par les troubadours ! De la rose gravée dans la pierre ou peinte sur les vitraux des cathédrales, est ainsi née au XVIIIème siècle, la rose spirituelle, qui s’est vite déclinée dans toute l’Europe, en multiples symboles et autant de lectures du monde. La France de la Belle Epoque a même institué ensuite un langage de la couleur des fleurs, où la rose occupe une place centrale. En attendant la fantasmatique rose noire et la rose bleu ciel, l’imaginaire collectif continue aujourd’hui de jouer avec le sens attribué aux coloris existants :

  • Le blanc symbolise l’innocence, le secret, la pureté
  • Le jaune indique la joie, l’amitié, la fraternité
  • Le rose foncé renforce les liens relationnels
  • Le rose pâle accompagne la joie d’une naissance, d’un mariage
  • La couleur pêche souligne la modestie
  • La nuance corail indique le désir amoureux
  • L’orange révèle la fascination
  • Le rouge enfin, représente l’amour et le respect.

De la sorte, de symboles en métaphores, la rose s’est enrichie dans le temps d’une poétique singulière. Niaiseries de midinettes pour les uns, système de signes et phénomènes sensibles pour les autres. Eau de rose, dira le faiseur de mots, ou art de l’interprétation rectifiera l’homme de lettres : à chacun ses croyances ! La Franc-maçonnerie pour sa part, en même temps que la symbolique minérale et animale, n’ignore pas la symbolique végétale et florale, en nous invitant à y projeter une pensée productrice de sens, à même de déboucher sur l’action. En cela, mythes, allégories, légendes et symboles, constituent pour le franc-maçon spéculatif, homme de réflexion, non un simple répertoire anecdotique mais une suite de balises, qui font de lui un « poète ouvrier » et même « oeuvrier » à sa manière, au fil de son trajet.

La légende nous dit que la précitée Vénus – courant au secours d’Adonis menacé par la jalousie de Mars – eut le pied percé par une épine. Son sang colora alors de rouge toutes les roses autour d’elle, blanches à l’origine. C’est cette rose rouge qui est offerte à chaque impétrant, lors de son initiation maçonnique, depuis le dix-huitième siècle. Elle signifie en la circonstance, pour les maçons allemands, les « 3 L » de Licht, Liebe, Leben, pour les maçons anglais Light, Love, Life, et pour les maçons français, la traduction de ces trois mots, à savoir, Lumière, Amour et Vie. Autant de signifiants et de signifiés incitatifs, qui peuvent nous conduire du rêve au réel. C’est à dire au déroulement même du quotidien!

La rose d’or

Nous savons que l’épine de la rose est un aiguillon, j’y reviens un instant. Celui-ci concerne le franc-maçon, homme charnel. Sa piqûre éventuelle peut être appréhendée à la fois comme un frein aux tentations vaniteuses et comme une stimulation, toute blessure corporelle, même légère, correspondant à la prise de risque nécessaire, sur le chemin de l’homme libre. Il n’y a pas de rose sans épines ! Le franc-maçon se souvient que la première rose, fleur de l’églantier, avait et a toujours cinq pétales. Selon les rites maçonniques, cette rose est associée aux quatre éléments, air, terre, eau, feu, composants de la nature, le cinquième élément étant le maçon lui-même, dont le courage doit lui permettre de faire face aux débordements possibles des quatre autres. La beauté de la rose inspire l’harmonie, la douceur, l’équilibre, la joie de vivre. Elle est ainsi associée au discernement, au savoir, à la connaissance, à la sagesse. Autant de qualités à acquérir ou à entretenir, devant inciter le maçon à l’écoute, à la patience, à l’apprentissage permanent, à la raison, dans son rapport à l’autre.

La rose, enfin, par sa forme même évoquant un cœur, que l’on peut imaginer palpitant, est le symbole de l’épanouissement de la nature humaine, quand celle-ci exprime la bonté, la générosité, le souci du semblable, le désir de lui être agréable. Autant de vertus que le franc-maçon doit cultiver dans et au sortir de la loge !

A l’instant d’arriver au terme de ce voyage de la rose, il est intéressant de rappeler qu’un bouquet de roses en or – clin d’œil à l’alchimie ! – a depuis des siècles été remis par les papes aux épouses des souverains européens prenant leur charge. Et qui comme eux, se sont succédés. Une coutume qui a duré jusqu’en 1937, faisant ainsi de la rose un symbole royal de transmission.

Pour l’anecdote et en conclusion, je ne veux pas manquer d’honorer un homme de cœur français et amoureux des roses, Jules Gravereaux. Après s’être retiré des affaires, il créa la roseraie de l’Haÿ (Val de Marne) en 1894, sur l’espace qui domine le vallon de la Bièvre et la ville voisine de Bourg la Reine. Pour le ravissement de visiteurs par milliers depuis cette date !

Il est établi que cette roseraie est la première créée au monde. A partir de son conservatoire, recelant plus de 3000 espèces et père de toutes les roseraies existantes, elle entretient aujourd’hui des rapports privilégiés, non seulement avec toutes les roseraies françaises, mais avec de nombreux parcs floraux étrangers. De la sorte, on peut aisément comprendre que la commune, fière de cette richesse locale, ait demandé dès 1910, à s’appeler l’Haÿ les Roses !

Je ne résiste pas au plaisir de penser – même si la comparaison est hardie – qu’une loge maçonnique, ressemble à une roseraie. Ne sont-elles toutes les deux un réservoir de gènes, pour concevoir de nouvelles roses, de nouveaux francs-maçons, et essaimer l’amour dans le monde entier ?

Echanger, c’est donner et recevoir, but même de la franc-maçonnerie. « Celui qui offre une rose, en garde le parfum sur sa main », dit le poète.

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La Rose en Loge et le principe d'harmonie

Publié le 6 Septembre 2026 par T.D

La rose est une synthèse poétique et naturelle de la beauté et de l'harmonie. Elle a une grande valeur symbolique. C'est sans doute cette double valeur symbolique qui justifie sa présence à l'autel de certains loges à ce moment si particulier de la Saint Jean d'Eté. C'est en effet en ce lieu que se realise la conjonction entre l'aspect horizontal du Hekal et l'axe de commuication avec les états superieurs au Débhir. La rose ici présente, fait oeuvre de synthèse harmonieuse entre les deux plans, horizontal et vertical.

(...)

La décoration florale dans un  temple

La rose blanche est le symbole de la plénitude, qui est pureté, silence et fidélité. Elle rappelle au Maçon deux vertus :  la recherche de la vérité et le sens du devoir.

La rose, du point de vue de la botanique

La rose est la fleur du rosier, arbuste du genre Rosa et de la famille des rosacées. Le rosier est d'abord une plante sauvage, dont le représentant le plus connu en Europe est l'églantier. La principale modification observée chez les rosiers cultivés est la multiplication des pétales, qui sont en fait des étamines transformées.

Églantier > Ancêtre de la rose

Appréciée pour sa beauté, célébrée depuis l'Antiquité par de nombreux poètes et écrivains, pour ses couleurs qui vont du blanc pur au pourpre foncé en passant par le jaune franc et toutes les nuances intermédiaires, ainsi que pour son parfum, elle est devenue la « reine des fleurs ».

Le mot « rose », daté en français au début du 12e siècle, est dérivé du latin Rosa, rosse  qui désignait aussi bien la fleur que le rosier lui-même.

Ce terme, apparenté au grec rodons, aurait été emprunté à une langue orientale.

La rose du point de vue historique

Des rosiers fossiles églantiers, ont été retrouvés aux États-Unis, dans l'Oregon et le Colorado, leur âge a été évalué à 40 millions d'années. La plus ancienne représentation de la rose a été retrouvée en Mongolie, dans les tombeaux de Tchoudi. Des représentations de la Rose en Crète datant de 1600 av. J.-C. nous montrent des fleurs à 5 pétales de couleur blanc rosé. Toute l’antiquité a vénéré la rose et lui a donné une place dans ses mythes et légendes. C’est le symbolisme de la régénération et de l’éternité des cycles de vie, lié à une renaissance spirituelle.

Ceci explique que la rose a été utilisée lors des rituels de momifications durant le règne de Ramsès II et a fait partie de l'ornement des sarcophages et tombeaux.

Un bouquet de roses a été découvert dans le sarcophage de Toutankhamon.

Cette symbolique de la naissance existe également dans l'Empire romain : un esclave affranchi était couvert de roses ; elle ornait sous forme de couronnes les mariés et les guerriers.

Sous forme de poudre, d'infusion, d'eau de rose, elle était principalement utilisée en médecine pour guérir les douleurs, les infections, la nausée…

C'est à cette époque que Pline rédigea le premier ouvrage sur la culture des rosiers.

Pline l'Ancien, dans son « Histoire naturelle », décrit 20 sortes de rosiers nommés par le nom de leur lieu de provenance.

Le Moyen Âge et la domination du Christianisme

Le Christianisme a rejeté la rose comme étant un symbole païen par son attachement à Vénus et elle devint alors l'emblème des prostituées. La rose survit alors dans quelques jardins comme ceux de Childebert 1er

 (511 – 558), dans quelques couvents ou monastères où elle fut cultivéepour ses propriétés médicinales.

  C'est au Moyen Âge que les premières roses ont été cultivées et importées par les Croisés en provenance de l’Orient.

Elle devint l’emblème du silence, on la suspendait au dessus de la table des festins, afin de signifier aux convives que tout ce que l’on entendait devait être tenu secret.

D’où l’origine symbolique « Sous couvert du maillet » que l’on retrouve en Maçonnerie. Quant à l’époque de la Renaissance, elle en fit un vulgaire objet d’étude botanique et médicinale.

C'est au 18e siècle que les Français commencèrent à les croiser pour créer de nouvelles variétés. Dans la seconde moitié du 18e siècle, la rose devint la reine des fleurs.

  Au 19e siècle, la rose est devenue une fleur ornementale essentielle, mais ses vertus médicinales sont presque oubliées et son symbolisme religieux également. C’est devenu une rose nouvelle qui va passionner botanistes et horticulteurs.

Les feuilles du rosier

Un botaniste nous dirait que les feuilles du rosier sont alternes, composées et pennées. Sous la fleur, en descendant le long de la tige, les premières feuilles ont, le plus souvent, 3 folioles ; plus bas elles en ont 5 et plus bas encore parfois jusqu’à 7 folioles.

Mais ce qui devrait retenir notre attention, à nous symbolistes, ce sont ces nombres 3 – 5 – 7.

Sans entrer dans trop de détails, survolons rapidement le symbolisme de ces trois nombres.

Symbolisme du nombre trois

Le nombre trois est un nombre universel que l’on retrouve dans toutes les traditions initiatiques.

Il exprime un ordre spirituel dans les plans humains, cosmique ou divin.

Il exprime un ordre intellectuel et spirituel dans le cosmos ou dans l’homme.

Il synthétise la triunité de l’être vivant ou il résulte de la conjonction de 1 et de 2, produit en ce cas de l’Union du Ciel et de la Terre.

Trois n’est pas véritablement le troisième nombre, mais le premier, composé à partir des nombres 1 (nombre du Créateur) et 2 (division, dualité, binaire), trois est le premier nombre mystérieux qui intervient comme la signature de la création dans l’Ordre.

Trois marque toutes les choses créées parce qu’il a présidé à leur création, c’est le nombre de la loi directrice des êtres et du commencement des choses matérielles.

Il est le nombre de toute production à l’image du triangle.

Les naturalistes ont observé de nombreux ternaires dans le corps humain. Il semblerait que toute fonction importante d’un organisme possède cette structure de base.

La raison fondamentale de ce phénomène ternaire universel est sans doute à chercher dans une vue globale de l’unité.

La complexité de tout être dans la nature se résume dans les trois phases de l’existence : apparition, évolution, destruction ; ou naissance, croissance, mort ; ou encore, selon la tradition et l’astrologie : évolution, culmination, involution.

Symbolisme du nombre cinq

Depuis toujours, le nombre cinq est particulièrement chargé de sens.

Il est considéré comme le nombre de la sagesse et de l’harmonie. On ne peut manquer à ce sujet de citer les cinq doigts de la main et du pied, les cinq sens, l’étoile à cinq branches que forme l’homme debout, tous membres déployés.

Cinq est le symbole de l’homme immortalisé par Léonard de Vinci qui avait dessiné l’image d’un homme tenant les bras et les jambes écartées de façon que les quatre extrémités des membres et la tête coïncident avec les sommets d’un pentagone étoilé, inscrit dans un cercle.

Selon cette représentation de l’art de la Renaissance, cinq est le nombre de l’homme, en  tant qu’être placé au centre du cosmos !

Cinq se rapporte à la quintessence, conçue comme l’esprit invisible des choses.

Symbolisme du nombre sept

Dans la longue suite des nombres ayant acquis une valeur symbolique au fil des siècles, le nombre sept semble tenir une place particulière.

De fait, toutes les civilisations les plus anciennes lui ont accordé une place à part, lui conférant une aura de plénitude et en faisant quasi unanimement le symbole de la perfection et de l’harmonie, souvent sans la moindre concertation.

Le nombre 7 a été le nombre sacré parmi toutes les nations civilisées de l’Antiquité, le nombre de la perfection, le symbole le plus rayonnant aux faces multiples.

Il est fondamental entre tous et on le rencontre dans toutes les religions.

Sept correspondait au nombre des sages de la Grèce antique : Thalès de Milet, Solon d’Athènes, chilo de Lacédémone, Pittacos de Mitylène, Bias de Priène, Cléobule de Lindos et Périandre de Corinthe.

Mais sept évoquerait aussi les sept vertus : trois théologales (la foi, l’espérance, la charité) et quatre cardinales (la force, la justice, la prudence et la tempérance).

Le nombre « sept » évoque aussi les sept sacrements de l’Église catholique romaine, ainsi que les sept péchés capitaux, correspondant aux sept désirs matériels : l’orgueil, l’avarice, l’impureté, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse.

Sept correspond aussi aux sept signes zodiacaux entre les solstices d’hiver et d’été, entre deux équinoxes.

Le solstice d’été a lieu quand le soleil passe dans le 7e signe zodiacal.

Le solstice d’hiver a lieu quand le soleil a parcouru les sept signes suivants. Le nombre sept est le nombre de la réalisation : il marque la fin d’une évolution, la fin d‘un cycle. Il indique le sens d’un changement après un cycle accompli et celui d’un renouvellement positif : les sept jours de la Création, les sept ans de la construction du Temple de Salomon.

Le symbolisme de la rose

C'est surtout par sa valeur symbolique que la rose a laissé son parfum dans l'histoire.Voici quelques exemples.

Chez les Grecs, la rose était la fleur d'Aphrodite, déesse de l'amour et d'Aurora, la déesse aux doigts de roses.

Les Romains rattachaient la rose à Vénus. La rose aurait été blanche, mais rougie accidentellement quand Cupidon renversa son verre de vin sur elle.

Rappelons qu'Aphrodite était la Déesse grecque de la germination, de l'amour, des plaisirs et de la beauté. Son équivalent romain était Vénus Déesse de l’amour, de la séduction et de la beauté. La première nuit d'amour entre Cléopâtre et Marc Antoine se serait déroulé sur un lit de pétales de roses.

  Les Rose-Croix, société secrète et mystique, ont pour emblème une rose rouge fixée au centre d'une croix.

La Rose-Croix est un ordre hermetiste chrétien légendaire, dont les premières mentions remontent au début du XVIIème siècle en Allemagne.

L'existence de l'ordre, et celle de son fondateur Christian Rozencreuz ou Christian Rose-Croix (« le Chrétien à la Rose et à la Croix  né en1378 et mort en 1484). Quoi qu'il en soit, à partir du XVIIIème siècle et jusqu'à aujourd'hui, de nombreux mouvements se sont réclamés de l'ordre de la Rose-Croix, ou se sont référés à la « tradition rosicrucienne » ou à l'« héritage de Christian Rose+Croix». Leurs membres sont appelés les rosicruciens.

Le terme « Rose-Croix » désigne, dans leur langage, un état de perfection spirituelle et morale.

Comme archétype de socièté secrète immémoriale et toute-puissante, les rose-croix apparaissent dans la littérature ésotérisante, souvent comme successeurs des chevaliers du Graal et des Templiers.

Remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est la fleur symbolique la plus employée en Occident et elle correspond dans l'ensemble à ce qu'est le lotus, en Asie, l'un et l'autre étant très proches du symbole de la roue.

L'aspect le plus général de ce symbolisme floral est celui de la manifestation, issue des eaux primordiales, au-dessus desquelles elle s'élève et s'épanouit.

Elle désigne une perfection achevée, un accomplissement sans défaut.

Elle symbolise la coupe de vie, l'âme, le cœur, l'amour, l’image de l'âme.

La rosace gothique et la rose des vents marquent le passage, du symbolisme de la rose à celui de la roue. La rose, par son rapport avec le sang répandu, paraît souvent être le symbole dune renaissance mystique : sur le champ de bataille où sont tombés de nombreux héros, poussent des rosiers et des églantiers... 

La rose et sa couleur sont les symboles du premier degré de régénération et d'initiation aux mystères.

La rose est devenue un symbole de l'amour et plus encore du don de l'amour, de l'amour pur. Blanche ou rouge, la rose est une des fleurs préférées des alchimistes dont les traités s'intitulent souvent rosies des philosophes. La rose blanche, comme le lis, fut liée à la pierre au blanc, but du petit œuvre, tandis que la rose rouge fut associée à la pierre au rouge, but du grand œuvre. La plupart de ces roses ont sept pétales dont chacun évoque un métal ou une opération de l'œuvre.

Une rose bleue serait le symbole de l'impossible.

Pour conclure…

La rose, fleur aux multiples facettes et aux significations si contrastées, a été célébrée au cours des âges pour mille raisons différentes.

L’Antiquité en a fait la fleur des dieux, le Christianisme la fleur de Dieu.

Les roses ont été cultivées en Chine et en Perse depuis 5000 ans et en Grèce depuis l'âge du bronze. Dans la mythologie grecque, on dédiait la rose à Aphrodite ; chez les Romains, on la dédiait à Vénus, toutes deux déesses de la beauté. De nos jours, la rose est certainement la fleur qui s'offre le plus !

La rose, reine des fleurs depuis près de 6000 ans, symbolise deux notions contradictoires, la passion et la pureté. Rouge, rose d'Aphrodite, elle symbolise l'amour, la beauté et la passion. Blanche, associée à Vénus ou à la Vierge, elle est devenue l'emblème de la pureté et de la vertu.

La rose blanche, unité et synthèse des couleurs, est l'expression de la plus haute spiritualité.

Lao-Tseu (VIe siècle av. J.C)

Nous a enseigné « Celui qui parle ne connaît pas, alors que celui qui connaît ne parle pas »

L’Initiation maçonnique renforce le serment d’obligation de secret prêté à l’Orient et le devoir de silence. Ce n’est donc pas étonnant que les francs-maçons l’aient choisie pour décorer l’autel de leur Loge à l’occasion de la Saint-Jean d’été !

Une citation d’Alfred de Musset (1810-1857)

« La vie est une rose dont chaque pétale est un rêve et chaque épine une réalité »

Solstice de la St Jean d'été et symbolisme de la Rose

Une majorité de Loges fêtent deux fois la St-Jean, lors des Solstices d’Été et d’Hiver.

Les loges sont en principe libres de Rituels pour cette célébration.

Lors de ce rituel, certains vont fleurir l’autel de roses blanches.

Par le fait que nous sommes une Loge symbolique, il y a lieu de considérer la rose comme un symbole universel qui trouve une expression particulière dans notre loge.

La fête des deux Saint-Jean.

Il convient de revenir sur le symbolisme lié à la fête des deux Saint-Jean. La lumière étant connue et reconnue par les bâtisseurs, c’est en fonction d’elle que l’on décidait de l’emplacement des ouvertures dans les murs, ainsi que des vitraux. Il y a lieu de savoir que deux jours par an la lumière solaire présente un intérêt particulier.

Le jour le plus court de l’année correspond à la fête de St-Jean l’évangéliste appelé solstice d’hiver et le jour le plus long correspond lui à la fête de St-Jean Baptiste appelé solstice d’été. Le solstice d’Hiver commence la phase ascendante du cycle annuel lorsque le soleil entame son déclin avec le solstice d’été.

Ces deux saints ont une valeur symbolique importante en maçonnerie, ainsi que de leur place dans

le calendrier

C’est en effet un point de retournement du cycle des saisons et du temps cyclique. Le temps cyclique est parfaitement représenté dans les loges symboliques avec le cycle lunaire et solaire, avec les travaux qui s’effectuent de midi à minuit, etc.

Les points de retournement sont présentés dans le cabinet de réflexion par le renversement du sablier et par la faux et la graine pour la mort qui fait place à la vie…

Saint Jean-Baptiste, fut surnommé le « Baptiste » parce qu'il baptisait dans le Jourdain et Jean le Précurseur prêchait le renoncement et le repentir, celui-ci étant le Saint Jean de l’Ancien Testament de l’ancien cycle. C'est pour ses idées de fraternité et de justice qu'il fut décapité sur l'ordre d'Hérode d’où le sens ésotérique pour nous, Maçons, car sa décapitation marque la fin du cycle.

Il s’agit d'un signe qui nous invite à penser différemment, non plus avec nos habitudes et nos préjugés, mais avec notre nature spirituelle. Il faut se purifier avant d’entrer dans la lumière du nouveau cycle.

La Maçonnerie moderne ayant une origine chrétienne, ceci nous fait comprendre pourquoi Saint Jean-Baptiste, en analogie avec son rôle dans la Bible, représente dans le contexte maçonnique, l'initiateur et le purificateur par excellence.

Les deux Jean et Jésus sont des « dieux » solaires : le Baptiste annonce le lever du soleil, il est donc représenté par un coq. C'est celui qui figure sur les clochers des églises.

Quant à l’évangéliste, il était le disciple préféré de Jésus et c'est lui qui posa sa tête sur le cœur du maître et fût logiquement symbolisé par un aigle, « l’Aigle de Patmos », le seul animal à pouvoir fixer le soleil dans tout son éclat.

Il reste à nos yeux le représentant du Nouveau Testament et l’apôtre d’une parole d’amour et pour les Frans-Maçons, celui qui dans sa grotte de Patmos transmet le message de lumière : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’on point reçue… ». C’est une lumière illuminatrice dont il s’agit, celle d’une intériorité intemporelle, qui ne tient sa force de briller que d’elle-même, au-delà du cycle.

La pureté prévaut et son association avec la rose se justifie, comme dans le cas de la purification par l’eau lustrale de Saint-Jean Baptiste.

L'ange de l'Apocalypse

La « Saint-Jean d'été » et la « Saint-Jean d'hiver » furent établies par l'Église pour récupérer et « christianiser » les coutumes païennes préexistantes. C’est ainsi que la Saint-Jean-Baptiste fut placée le 24 juin. Le choix du 25 décembre (Le nom de la « Noël », qui signifie « fête »,n’ est apparu que vers 330.) pour la nativité du Christ était destiné à « couvrir » les fêtes païennes du solstice d'hiver. Il faut savoir avant les fêtes de Saint Jean, aux deux solstices, les Romains célébraient la fête de Janus qui « ouvre » et qui « ferme » les portes du cycle annuel, Janua signifiant « porte, accès ».

Après la christianisation des mythes païens, les deux Jean prirent la place de Janus aux deux visages. Ce fut Jean le Précurseur, dit le baptiste, celui qui baptisait d’eau et annonçait la venue de celui qui baptiserait de feu, puis ce fut Jean l’évangéliste, le confirmateur, témoin de cet amour fusionnel et symbolique du feu et de l’eau.

Au moment où le Soleil atteint son apogée, la lumière spirituelle trouve la perfection de sa forme concrète et porte en elle toutes les potentialités d’une moisson abondante. Le rituel rappelle que c’est ainsi que les francs-maçons sont devenus les disciples de Saint-Jean, car ils sont Enfants de la Lumière. C’est en recevant celle-ci que le Maçon trouve le chemin de la Vérité. (...)

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Quelques Réflexions sur le Grade d’Apprenti au Rituel Écossais Moderne

Publié le 5 Septembre 2026 par T.D

 

Le premier degré en franc-maçonnerie représente la première occasion pour le candidat de visualiser l’intérieure d’une Loge maçonnique au travail. Ses premières impressions resteront avec lui pour toute sa vie, et il est donc de première importance que le Vénérable Maître et ses Officiers lui donnent le meilleur départ possible dans sa carrière maçonnique.

Le rituel dans une Loge écossaise est exécuté par coeur, ce qui est déjà un travail considérable, même s’il est plus facile pour les uns que pour les autres.  Certains des participants vont se sentir nerveux, mal à l’aise,  même avec un peu de trac, mais l’essentiel est de se focaliser sur la communication du message au candidat : toute autre considération quant à nos aptitudes, ou de ce que pensent nos Frères en Loge, ne sont que très marginales par comparaison.

Il serait facile de considérer la transmission du degré par coeur comme un rite de passage en soi-même, mais elle est d’une importance beaucoup plus frappante, car c’est la transmission d’un message primordial à quelqu’un qui se sent, lors de son initiation, plutôt perdu. Il est donc crucial de projeter l’attention uniquement sur le candidat et d’oublier toute autre considération.  Imaginons la cérémonie comme elle sera perçue par lui seul.

Le contenu du message est plus important que l’exactitude du texte du rituel et l’accent doit être mis sur l’expression du fond du message plutôt que de donner une prestation à cent pourcent exact mais dépourvu d’émotion. Ceci dit, la signification du message ne passera que si elle est contenue dans une structure adéquate –c’est à dire le rituel – et ci celui-ci n’est pas suffisant bien maîtrisé, le candidat trouvera difficile de suivre les idées qui lui sont présentées. Comme disait Herbert von Karajan, au sujet de la musique, “quand on viole la forme, on nuit au contenu”.

Faire le rituel par coeur n’est pas une épreuve d’exactitude, c’est une question de ‘feeling’, une tentative de donner au candidat la conviction qu’il est le point focal de quelque chose de sérieux.  Les symboles que nous dévoilerons devant lui – et la dextérité avec laquelle nous les dévoilerons – vont influencer, pour le reste de sa vie, sa conception de la Loge qui l’initie, et aussi de la maçonnerie toute entière.

L’initiation au degré d’Apprenti est le premier pas dans nos mystères.  Elle représente la transition du monde profane de tous les jours vers l’univers du symbolisme.

Le Candidat laisse derrière lui le monde des phénomènes matériels pour entrer dans un monde où œuvrent les nivaux les plus profonds de ses pensées : les nivaux symboliques.  En regardant le candidat avec ses yeux bandés, n’oublions pas que l’origine du mot « mystère » se trouve dans le mot grec « mustes », un initié, provenant à son tour du verbe « muein » qui possède trois significations : fermer les yeux, fermer les lèvres, et initier.

L’univers du symbole s’ouvre au Candidat non seulement quand on lui explique les symboles les plus évidents du premier degré – les outils de travail, la planche à tracer, les colonnes des Surveillants et du Vénérable – mais dès le moment où il entre en Loge. À ce moment, à un niveau subconscient, il est obligé à se fier à tous ses sens à l’exception de la vue ; donc c’est son corps entier, à travers ses pieds, qui lui apprend la première leçon en progression géométrique. ainsi il apprend d’une façon physique, que le point, en se rejoignant à un autre point, devient une ligne ; et que la ligne, en changeant de direction chaque fois qu’il change de direction en traçant la forme rectangulaire de la Loge, devient surface.

À sa toute première entrée dans la Loge il est arrêté à un certain point par le Couvreur qui marque cet acte en tenant contre lui la pointe aiguisée d’un épée ou d’un poignard. Dans une Loge écossaise c’est souvent un sghian dhu. Ensuite il s’avance par une série de lignes droites, mais chaque fois qu’il change de direction la nouvelle orientation est marquée par un coup de maillet. Un peu comme le coup du bâton que le maître zen inflige sur le novice pour lui rappeler qu’il doit faire attention et ne pas s’endormir pendant la méditation, pour qu’il reste conscient de tout ce qui passe autour de lui.

Une fois ce plan géométrique tracé dans l’esprit du candidat, son voyage initiatique vers la lumière peut commencer, et on lui présente peu à peu les symboles psychologiques, les outils de travail dont il aura besoin pour pouvoir tailler la pierre brute, ainsi que son plan de travail, la planche à tracer.

Ces outils, nous avons vu, sont le maillet, le ciseau et la règle à vingt-quatre pouces. Le maillet représente sa propre motivation (l’impulsion du cervelet, le cerveau primordial, primitif et reptilien). Le ciseau symbolise le raffinement de cette force brute en action précise guidée par l’intelligence, la mise en fonction du néo-cortex, si on veut ; et la règle le besoin de mesurer la précision des actes accomplis pour pouvoir bien estimer leur utilité.

Rappelons que la règle est divisée, non pas en centimètres ou en dix pouces, mais en vingt-quatre pouces.  Sa base est duodécimal, pas pour reprendre bêtement les anciennes mesures anglaises, mais parce que depuis l’époque de l’Egypte antique une longueur divisée en douze unités représente la façon la plus directe de construire un triangle ayant des côtés qui ont trois, quatre et cinq unités de longueur – la forme la plus élémentaire du triangle à angle droit, comme nous enseigne Pythagore. Le chiffre vingt-quatre souligne l’importance non seulement de la mensuration linéaire mais aussi celle de la quatrième dimension, le temps.

La structure de la cérémonie d’initiation offre au candidat un drame psychologique qui se joue à un niveau très profond de son esprit ; et ceci est suivi d’une explication plus traditionnelle et rationnelle. Donc un premier message subliminal renforcé par une série de messages à base d’images et de paroles.

Nous créons ici une sorte de théâtre primitif, dans laquelle le publique et le protagoniste sont identiques. Au lieu de la scène, nous avons la surface de la Loge, et au lieu du rideau nous avons le bandeau qui est retiré des yeux du candidat au point crucial du drame quand il voit devant lui la Loge entière dévoilée et au premier plan les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie.  C’est à ce moment là que nous nous efforçons de convaincre au candidat de ne pas diluer l’expérience qu’il vient de vivre en le communiquant aux profanes : la valeur du secret.

Un des éléments les plus frappants est celui du nombre, un des éléments les plus puissants et les plus essentiels de notre langage symbolique.  Au premier degré nous trouvons les deux thèmes numériques de la maçonnerie symbolique, le trois et le quatre.

Le quatre symbolise le carré de la Loge, représentation du monde physique tel qu’il est perçu par le nouveau né : une espace créée par le contraste entre l’horizontal et le vertical, les deux paramètres de base de notre tout premier univers perceptuel.  Le trois représente les composants de notre personnalité, qu’ils soient les ‘ego’, ‘super ego’ et ‘id’ freudiens ou bien l’Enfant, l’Adulte et le Parent de l’Analyse transactionnelle, ou même les trinités divines de plusieurs religions.  Contre la toile de fond carrée de sa Loge, le candidat rencontre les trois éléments essentiels de sa propre personnalité reflétés en les personnes du Vénérable et des deux Surveillants chacun avec sa colonne symbolique : la Beauté, la Force et la Sagesse.

Mais ceci n’est que le début, car au fur et à mesure que nous observons l’initiation au premier degré nous retrouvons une multitude de symboles à des niveaux de plus en plus profonds.

Avant de conclure, permettez-moi de vous donner un extrait d’un discours donné en 1988 par le Grand Secrétaire, à l’époque, de la Grande Loge Unie d’Angleterre. C’était le Commandeur Michael Higham qui s’adressait à un publique profane, aux Compagnons d’un des Guildes de la Cité de Londres :

“La franc-maçonnerie nous livre ses leçons dans une série de drames qui se déroulent au moyen d’un rituel – des pièces de théâtre en un acte si vous voulez – chacune ayant deux scènes, la première l’histoire et la seconde l’explication.

Les cérémonies maçonniques donnent une immense satisfaction aux participants – toujours différentes puisque les participants ne sont pas toujours les mêmes ; toujours exigeantes, puisqu’elles doivent être mémorisées par cœur (et la cérémonie la plus courte dure une heure au moins), et toujours très impressionnantes pour le candidat, car il est le centre d’attention dans une assemblée d’hommes qui travaillent ensemble pour lui donner un message, un message fascinant.

(Il continue avec ….) Une petite observation personnelle : j’ai trois souvenirs permanents de mon initiation dans la franc-maçonnerie: la main de l’amitié qui m’a accueilli lors de mon entrée en Loge; l’impression que chacun présent focalisait sur ce qui m’arrivait à moi ; et les conseils apparemment spontanés mais dictés par le rituel, qui m’ont été donnés lors de la seconde partie de la cérémonie. “  

Voilà. J’espère que j’ai pu vous offrir un petit goût de ce que le Candidat a pu éprouver dans une Loge écossaise, et je vous remercie bien vivement pour votre attention.

Bro. Peter Smith PM,

Lodge Allegiance N° 1465 (SC)

Avril 2006

 

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Les tabliers du Rite Standard d’Écosse : histoire et signification du tartan Royal Stewart

Publié le 5 Septembre 2026 par T.D

Peut-être avez-vous déjà remarqué, lors d’une visite dans une autre Loge, des francs-maçons portant un tablier bordé de tartan plutôt que d’une couleur unie. Ces décors surprennent souvent les visiteurs continentaux, tant ils s’éloignent des usages habituels de la plupart des rites maçonniques. Ils sont associés au Rite Standard d’Écosse, un rituel dont le nom est bien connu, mais dont l’origine et la nature restent largement méconnues. Pourquoi avoir choisi un tartan plutôt qu’une couleur traditionnelle ? Ce choix reflète-t-il une ancienne coutume de la franc-maçonnerie d’Écosse ou une création plus récente ? Pour répondre à ces questions, il faut remonter à l’histoire singulière de la maçonnerie écossaise et comprendre ce que représentent réellement les tabliers du Rite Standard d’Écosse. Les tabliers du Rite Standard d’Écosse sont en effet le fruit d’une tradition plus complexe qu’il n’y paraît, où héritage historique et adaptation contemporaine se rejoignent. Les tabliers du Rite Standard d’Écosse racontent ainsi une histoire bien différente de celle que leur simple apparence pourrait laisser imaginer.

1. Les tabliers du Rite Standard d’Écosse : pourquoi sont-ils en tartan ?

Les tabliers du Rite Standard d’Écosse se distinguent immédiatement par leur bordure de tartan réalisée dans le célèbre motif Royal Stewart. Pour les francs-maçons habitués aux tabliers de loge symbolique bordés le plus souvent de bleu ou de rouge, ce choix peut sembler purement décoratif. Il répond pourtant à une logique historique et symbolique bien précise.

Contrairement à une idée largement répandue, le Rite Standard d’Écosse n’est pas un ancien rite écossais ayant conservé des usages immémoriaux. Il s’agit d’un rituel élaboré au début du XXe siècle afin de proposer une forme commune de la pratique maçonnique écossaise, sans remettre en cause les traditions propres à chacune des Loges d’Écosse. Les tabliers qui lui sont aujourd’hui associés ne sont donc pas l’héritage d’une coutume unique, mais le résultat d’un choix effectué pour représenter, en dehors de l’Écosse, la tradition maçonnique écossaise.

Pourquoi avoir retenu un tartan plutôt qu’une couleur ? Parce que le tartan constitue sans doute l’élément le plus immédiatement associé à l’identité de l’Écosse. Là où les autres rites se distinguent par une couleur particulière de leurs décors, le Rite Standard d’Écosse a choisi un motif textile qui évoque l’histoire des clans, des régions et des traditions écossaises. Ce choix donne aux tabliers une identité immédiatement reconnaissable, tout en affirmant leur rattachement à une culture nationale forte.

Cette apparente simplicité masque cependant une réalité beaucoup plus nuancée. La franc-maçonnerie d’Écosse n’a jamais connu d’uniformité dans ses décors. Bien au contraire, chaque Loge possède ses propres usages, hérités de son histoire. Pour comprendre pourquoi un tartan a finalement été adopté comme emblème du Rite Standard d’Écosse, il faut d’abord s’intéresser à l’organisation très particulière de la franc-maçonnerie d’Écosse elle-même.

2. Pourquoi la franc-maçonnerie d’Écosse est-elle différente ?

Pour comprendre l’origine du Rite Standard d’Écosse et de ses tabliers, il faut d’abord s’intéresser à la structure très particulière de la franc-maçonnerie d’Écosse. Nous éviterons d’ailleurs ici l’adjectif « écossais », souvent source de confusion en français, puisqu’il désigne également les différents rites dits écossais développés sur le continent européen, sans lien historique direct avec l’Écosse.

La franc-maçonnerie d’Écosse présente un visage très différent de celui des traditions anglaise, irlandaise, américaine ou continentale. Bien que la Grande Loge d’Écosse ait été fondée en 1736, après celles de Londres et d’Irlande, elle s’appuie sur une tradition bien plus ancienne. L’Écosse est en effet le seul pays où les Loges de maçons ont existé sans interruption depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à la naissance de la franc-maçonnerie spéculative.

Avant 1736, il n’existait pas de Grande Loge au sens moderne du terme. Les Loges étaient néanmoins unies au sein de ce que l’on peut appeler l’Ordre des Maçons d’Écosse, placé sous la protection héréditaire de la famille Sinclair, comme le confirment les chartes de 1601 et de 1628. Ces textes ne créent pas cette fonction ; ils renouvellent une institution déjà ancienne.

L’organisation reposait avant tout sur les relations entre Loges-Mères et Loges-Filles. Certaines Loges, qualifiées d’immémoriales, détenaient les anciennes traditions et avaient fondé de nouvelles Loges, lesquelles pouvaient à leur tour en créer d’autres. Parmi les plus célèbres figurent la Loge de Kilwinning et la Loge de Mary’s Chapel à Édimbourg. La franc-maçonnerie d’Écosse s’est ainsi développée comme un vaste arbre généalogique, où chaque Loge connaissait ses origines tout en reconnaissant les autres branches de la même tradition.

La Loge Mary’s Chapel n° 1, à Édimbourg, est l’une des plus anciennes Loges maçonniques d’Écosse et témoigne de la remarquable continuité de la tradition écossaise

La création de la Grande Loge d’Écosse ne remit pas en cause cet équilibre. Les anciennes Loges conservèrent leurs privilèges, leurs coutumes et leurs usages rituels. La nouvelle institution avait principalement pour mission d’assurer la cohésion de l’ensemble, sans imposer une uniformité qui aurait été contraire aux traditions du pays.

Cette autonomie explique une particularité souvent méconnue : il n’existe pas, en Écosse, un rituel unique. Chaque Loge a reçu celui de sa Loge-Mère, l’a parfois adapté au fil du temps, puis l’a transmis à ses propres Loges-Filles. Avec près de 640 Loges aujourd’hui, la Grande Loge d’Écosse reconnaît ainsi plusieurs centaines de variantes rituelles, que l’on peut regrouper en quelques grandes familles sans jamais les réduire à un modèle unique.

Une telle diversité surprend souvent les francs-maçons issus d’Obédiences plus centralisées, où les rituels et les décors sont définis par une autorité centrale. En Écosse, l’ancienneté des Loges et leur profond enracinement dans la société ont conduit à une tout autre conception : l’unité ne repose pas sur l’uniformité, mais sur la reconnaissance d’une histoire commune et le respect des traditions propres à chaque atelier. C’est précisément cette réalité qui permet de comprendre ce qu’est réellement le Rite Standard d’Écosse.


3. Le Rite Standard d’Écosse existe-t-il vraiment ?

Au regard de cette extraordinaire diversité, une question s’impose naturellement : qu’est-ce donc que le Rite Standard d’Écosse ? Si chaque Loge écossaise possède son propre rituel, comment peut-il exister un « rite standard » commun à toutes ?

La réponse est paradoxale. Le Rite Standard d’Écosse existe bien, mais il n’est pratiqué par aucune Loge en Écosse.

Cette apparente contradiction s’explique par les circonstances de sa création. La Grande Loge d’Écosse ne pouvant ni ne souhaitant imposer un rituel unique aux Loges qu’elle fédère, elle décida, au tournant du XXe siècle, de rédiger un Standard Ritual. Celui-ci fut publié en 1901 afin de fixer le plus petit dénominateur commun des usages maçonniques écossais. Il ne s’agissait pas de remplacer les rituels traditionnels des Loges, mais de définir un cadre minimal respectant les principes essentiels de la tradition écossaise.

Le Rite Standard d’Écosse ne constitue donc pas un nouveau rite venant se substituer aux pratiques existantes. Il représente plutôt une synthèse des usages les plus largement partagés, sans remettre en cause les particularités héritées des Loges-Mères. Les ateliers écossais ont ainsi continué à travailler selon leurs propres rituels, transmis de génération en génération.

Ce Standard Ritual trouva en revanche une utilité inattendue hors d’Écosse. Des Loges fondées dans plusieurs pays européens, notamment en France, souhaitaient pratiquer selon la tradition maçonnique écossaise sans être historiquement rattachées à l’une des anciennes Loges-Mères. Le rituel publié en 1901 leur offrait une solution simple : pratiquer selon un texte reconnu par la Grande Loge d’Écosse, reflétant les usages fondamentaux de la tradition maçonnique écossaise.

C’est dans ce contexte que se développèrent les Loges travaillant au Rite Standard d’Écosse hors de son pays d’origine. Restait toutefois une question pratique. Si les Loges écossaises utilisaient des décors très variés, quels tabliers ces nouvelles Loges devaient-elles adopter pour exprimer leur attachement à la tradition maçonnique d’Écosse ? C’est cette interrogation qui conduisit au choix du célèbre tartan Royal Stewart.

4. Pourquoi les tabliers du Rite Standard d’Écosse utilisent-ils le tartan Royal Stewart ?

En Écosse, les tabliers maçonniques ne répondent pas à un modèle unique imposé à toutes les Loges. La forme générale présente une caractéristique reconnaissable, avec une bavette arrondie, mais les couleurs et les bordures varient largement selon les ateliers. Certaines Loges utilisent des bordures bleues, vertes, rouges, jaunes ou orangées ; d’autres ont adopté un tartan lié à leur région, à leur histoire locale ou à une tradition particulière.

Cette liberté reflète directement l’organisation de la franc-maçonnerie d’Écosse. Puisque chaque Loge possède son propre héritage rituel, il était naturel que les décors eux-mêmes expriment cette diversité. Le tablier n’est donc pas seulement un élément vestimentaire commun à tous les francs-maçons. Il peut aussi devenir le signe visible d’une appartenance locale, d’une filiation de Loge ou d’un usage transmis dans le temps.

Les Loges européennes travaillant au Rite Standard d’Écosse se trouvaient devant une situation différente. Elles pratiquaient un rituel commun, publié en 1901, mais ne pouvaient pas se réclamer directement des usages particuliers d’une Loge-Mère écossaise. Dans une culture maçonnique continentale habituée à identifier les rites par des décors relativement uniformes, il fallait donc adopter un signe distinctif clair.

Le choix du tartan s’imposa naturellement, car il évoque immédiatement l’Écosse. Encore fallait-il choisir lequel. Un tartan n’est jamais un simple motif décoratif : il peut renvoyer à un clan, à une famille, à une région, à une institution ou à un usage réservé. Employer un tartan particulier sans légitimité pouvait donc paraître maladroit, voire inapproprié.

Le tartan Royal Stewart offrait une solution évidente. Associé à la maison Stuart, il possède une forte résonance écossaise et une grande visibilité internationale. Il est aussi devenu, dans l’imaginaire collectif, l’un des motifs les plus reconnaissables de l’Écosse. Son adoption pour les tabliers du Rite Standard d’Écosse permettait ainsi de donner aux Loges concernées une identité immédiatement lisible, sans les rattacher artificiellement à un clan ou à une région précise.

Ce choix n’est pas dépourvu d’ambiguïté. Le Royal Stewart est aujourd’hui si répandu qu’il peut parfois apparaître comme une image presque touristique de l’Écosse. Il donne aux tabliers une force visuelle certaine, mais il ne reflète pas la diversité réelle des usages maçonniques écossais. C’est précisément ce qui rend ces décors intéressants : ils expriment à la fois un attachement sincère à la tradition d’Écosse et une adaptation continentale de cette tradition.

5. Les tabliers du Rite Standard d’Écosse sont-ils fidèles à la tradition écossaise ?

Les tabliers du Rite Standard d’Écosse constituent finalement une illustration parfaite du paradoxe qui caractérise ce rituel. Ils sont devenus, pour de nombreux francs-maçons, le symbole même de la tradition maçonnique d’Écosse. Pourtant, cette tradition ne s’est jamais construite autour de l’uniformité.

Depuis plusieurs siècles, la franc-maçonnerie d’Écosse repose sur l’autonomie des Loges. Chacune conserve ses propres usages, ses particularités rituelles et, bien souvent, ses propres décors. Cette diversité n’est pas une anomalie : elle est au contraire l’une des caractéristiques fondamentales de la tradition écossaise. C’est précisément pour préserver cet héritage que la Grande Loge d’Écosse n’a jamais cherché à imposer un rituel unique à l’ensemble des Loges qu’elle fédère.

L’adoption d’un tablier commun pour les Loges travaillant au Rite Standard d’Écosse répond donc à une logique différente. Elle traduit davantage les habitudes de la franc-maçonnerie continentale, où chaque rite est généralement associé à des décors spécifiques et facilement identifiables. Le choix du tartan Royal Stewart permet ainsi d’identifier immédiatement ce rituel, tout en affirmant son inspiration écossaise.

Il ne faut donc pas voir dans ces tabliers le reflet exact des usages observés dans les Loges d’Écosse. Ils constituent plutôt l’expression d’une tradition écossaise adaptée à un contexte international. Leur originalité ne réside pas seulement dans leur bordure de tartan, mais dans l’histoire qu’ils racontent : celle d’une franc-maçonnerie ancienne, profondément attachée à la liberté de ses Loges, et d’un rituel conçu pour transmettre cet héritage bien au-delà des frontières de l’Écosse.

Ainsi, les tabliers du Rite Standard d’Écosse rappellent qu’une tradition vivante ne se résume jamais à un uniforme ou à un symbole. Ils invitent au contraire à découvrir la richesse d’une franc-maçonnerie où l’unité s’est toujours construite dans le respect de la diversité.

Conclusion – Les tabliers du Rite Standard d’Écosse

Les tabliers du Rite Standard d’Écosse intriguent par leur bordure de tartan Royal Stewart, immédiatement associée à l’Écosse. Derrière cette singularité se cache pourtant une réalité plus nuancée. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne reproduisent pas un usage uniforme des Loges écossaises, mais accompagnent un rituel élaboré au début du XXe siècle pour présenter les principes essentiels de la tradition maçonnique d’Écosse.

En Écosse même, chaque Loge demeure libre de conserver ses propres rituels et ses propres décors, hérités de son histoire. Les tabliers du Rite Standard d’Écosse témoignent ainsi moins d’une fidélité à une forme unique que d’une volonté de faire vivre, hors d’Écosse, une tradition fondée sur la continuité, la transmission et l’autonomie des Loges. Ils illustrent finalement une idée essentielle de la franc-maçonnerie d’Écosse : l’unité peut parfaitement s’accorder avec la diversité des usages.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante.

Podcast – Les tabliers du Rite Standard d’Écosse

Peut-être avez-vous déjà croisé, lors d’une visite en Loge, des Frères portant un tablier bordé de tartan. Pour un franc-maçon habitué aux décors de loge symbolique bordés de bleu ou de rouge, l’effet est immédiat. Ces tabliers intriguent. Ils évoquent l’Écosse, les Highlands, les clans, et toute une histoire que l’on devine plus ancienne que le simple choix d’un tissu.

Ces tabliers sont associés au Rite Standard d’Écosse, que l’on appelle en anglais le Royal Standard of Scotland. Pourtant, leur histoire est plus subtile qu’il n’y paraît. Le tartan Royal Stewart qui les borde n’est pas l’héritage d’un usage commun à toutes les Loges d’Écosse. Il correspond plutôt à une manière de donner une identité visuelle forte à un rituel pratiqué hors de son pays d’origine.

Pour comprendre cela, il faut revenir à la franc-maçonnerie d’Écosse elle-même. Elle ne fonctionne pas comme la plupart des Obédiences continentales, où les rituels sont généralement fixés par une autorité centrale. En Écosse, les Loges possèdent une très grande autonomie. Certaines d’entre elles plongent leurs racines dans une histoire très ancienne, antérieure à la création de la Grande Loge d’Écosse, en mille sept cent trente-six.

Avant cette date, les Loges étaient liées par des filiations, des traditions locales et des relations entre Loges-Mères et Loges-Filles. La Loge de Kilwinning et celle de Mary’s Chapel, à Édimbourg, comptent parmi les plus célèbres de ces Loges anciennes. Chacune transmettait ses usages, ses formes rituelles, son esprit propre. La création de la Grande Loge d’Écosse n’a pas supprimé cette diversité. Elle l’a plutôt organisée et préservée.

C’est pourquoi il n’existe pas, en Écosse, un rituel maçonnique unique imposé à toutes les Loges. Chaque atelier conserve ses usages, parfois très anciens, parfois adaptés au fil du temps. Cette diversité se retrouve naturellement dans les décors. Les tabliers peuvent être bordés de couleurs différentes, ou même de tartans particuliers, liés à une région, à une histoire locale ou à une tradition de Loge.

Le Rite Standard d’Écosse naît dans un contexte différent. Publié en mille neuf cent un par la Grande Loge d’Écosse, il ne visait pas à remplacer les rituels des Loges écossaises. Il cherchait plutôt à fixer une forme de référence, un standard, reflétant les usages fondamentaux de la tradition maçonnique d’Écosse. Paradoxalement, ce rituel n’est pratiqué par aucune Loge en Écosse, puisque les Loges y conservent leurs propres rituels.

C’est hors d’Écosse, notamment en Europe continentale, que ce texte a trouvé une application concrète. Des Loges souhaitant travailler selon l’esprit de la tradition maçonnique écossaise pouvaient ainsi s’appuyer sur un rituel reconnu, sans être rattachées historiquement à une Loge-Mère d’Écosse.

Restait alors une question très pratique : quels tabliers adopter ? Dans la logique continentale, un rite est souvent associé à des décors reconnaissables. Le choix du tartan s’est donc imposé presque naturellement, puisqu’il évoque immédiatement l’Écosse. Mais tous les tartans ne se valent pas. Certains renvoient à des clans, à des familles, à des régions ou à des usages réservés.

Le Royal Stewart offrait une solution évidente. Associé à la maison Stuart, il est devenu l’un des tartans les plus connus au monde. Il donne aux tabliers du Rite Standard d’Écosse une identité immédiatement lisible. Mais ce choix porte aussi une part de paradoxe. Il uniformise visuellement un rite qui prétend transmettre l’esprit d’une tradition fondée, précisément, sur la diversité des usages.

Les tabliers du Rite Standard d’Écosse ne doivent donc pas être compris comme la reproduction exacte des usages des Loges écossaises. Ils sont plutôt l’expression d’une tradition adaptée à un contexte international. Ils rappellent l’Écosse, mais ils disent aussi quelque chose de la manière dont la franc-maçonnerie continentale aime identifier ses rites par des décors distinctifs.

Derrière une simple bordure de tartan se cache ainsi une histoire riche : celle des Loges anciennes d’Écosse, de leur autonomie, de leurs filiations, et d’un rituel devenu, hors de son pays d’origine, l’un des signes les plus reconnaissables de cette tradition. Les tabliers du Rite Standard d’Écosse ne sont donc pas seulement originaux. Ils invitent à comprendre une autre manière de vivre l’unité maçonnique : une unité qui ne passe pas par l’uniformité, mais par la reconnaissance d’une histoire commune.

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Rite Standard d’Ecosse(extrait)

Publié le 4 Septembre 2026 par T.D

1° Introduction

Nous avons tous dans nos rituels « Standard d’Ecosse » lus l’introduction faisant référence aux traductions des FF. de la Loge Gislebertus. Cette introduction affirme que ce rituel est le plus opératif et par conséquence le plus ancien, allant même à affirmer qu’il était pratiqué dans la Loge la plus ancienne connue au monde : la Loge de Kilwining N°0, fondée en 1598 !

Qu’en est-il exactement :

  • Peut-on affirmer que la dite Loge de Kilwining pratiquait le Rite tel que nous le pratiquons aujourd’hui ?
    • Certainement pas.
  • La Loge de Kilwinig était-elle une Loge purement spéculative, comme le sont nos loges aujourd’hui ?
    • Certainement pas
  • Peut-on affirmer qu’il n’existait pas de rites plus anciens pratiqués par d’autres Loges ?
    •  Certainement pas
  • A t-on des certitudes sur la manière dont est née la Maçonnerie que nous pratiquons ?
    • Certainement pas, bien que de nombreuses recherches historiques aient au cours des derniers siècles tentés de répondre et donné autant de réponses.
    •  

En étudiant de près ce Rite un certains nombre de questions se posent à propos de sa pureté originelle. Il est certain qu’au cours des siècle il se soit trouvé altéré par la transmission, tout d’abord orale nullement à l’abri d’erreurs ou d’omissions, puis par des additions au moment de sa transcription, ainsi que par des modifications dictées par l’évolution de la société et des mœurs.

Notons que le « Statuts Shaw » qui fixe la réglementation des usages en Loge ne dévoile que peu d’aspects purement ritueliques et qu’ils sont plus opératifs que spéculatifs.

Cette préface ignore aussi les influences des différentes « brouilles » qui ont opposés les « Antients » et les « Moderns » au milieu du XVII° siècle, et leur « rabibochage » lors de la naissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre, de la mise en place de la Loge de réconciliation et des travaux qui ont suivis pour la mise au point du « Rite of réconciliation », dont notre actuel Standard semble bien avoir fait les frais et dont l’écriture actuelle est fortement empreinte.

Qu’ils travaillent au rite Emulation, au Français, à l’Ecossais Ancien et Accepté, au Rite Ecossais Rectifié, au rite d’York, tous les maçons le savent : c’est leur rite qui est le plus beau, le plus pur et le plus ancien.

La réflexion basée sur ce postulat ne permet aucun doute.

Pourtant nous devrions tous savoir d’où vient notre rite, comment et quand il a été créé et qu’elles altérations ou modifications il a subit au cours des années.

Nous devons donc commencer par aller faire un petit tour dans la « proto-maçonnerie » pour découvrir nos origines, puis passer par la fondation de la Maçonnerie spéculative pour comprendre les différentes évolution et finir par l’étude du Rite pour enfin tirer des conclusions, si tant est que cela soit possible.

2° Mythe et histoire

Nous devrions, tous, être persuadés que nos rites sont issus de la maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales, vouloir les faire remonter à des périodes plus anciennes est une vue de l’esprit qu’aucun historien sérieux n’a jamais envisagé.

Les premiers témoignages d’une organisation maçonnique et donc de Règles inhérentes à un état et au métier, nous ont parvenu dans le manuscrit « Régius » (1390), il n’est, là, aucunement fait mention de la possibilité d’admettre des non-opératifs dans les Loges.

Les Maçons du moyen age se transmettaient leurs traditions sur le chantier. Chaque chantier devait avoir ses traditions propres, ses savoir-faire, liés aux besoins du chantier, aux maîtres etc. Les commanditaires de ces chantiers devaient certainement être admis dans les Loges sur leurs chantiers, pour régler les détails avec les maîtres ou leur faire part de leurs souhaits.

A partir du XIV° siècle des clercs anglais entreprirent de rédiger pour les maçons des histoires du Métier. Faisant remonter la maçonnerie à l’Egypte ancienne avant qu’elle n’arrive, beaucoup plus tard, en Angleterre au X° siècle et entreprirent de brosser une vaste fresque qui faisait remonter les origines du métier au temps antédiluviens. Cette histoire, parfaitement légendaire, servait de préface aux Devoirs.

Quels que soient les liens entre la maçonnerie opérative et la maçonnerie spéculative, il est certain que celle-ci à récupérer et fait sienne l’histoire légendaire.

Lorsqu’Anderson rédigea les statuts de la première Grande Loge, il reprit cette histoire. Il utilisa la science de son époque pour encore amplifier cette légende et fît même remonter la maçonnerie à Adam et Eve. Ce faisant-il portât le vieux récit légendaire sur le plan du mythe lui imprimant une forte signification spirituelle et initiatique.

Au cours du XVIII° siècle, la plus grande partie de l’histoire mythique des opératifs fût reléguée au second plan au profit d’un seul thème qui émergea comme le mythe fondamental de la Maçonnerie : le Temple de Jérusalem.

Tous ces mythes ne sont à rejeter que du point de vue strictement historique, sans que cela préjuge de leur valeur symbolique en tant que moyen d’enseignement et véhicule de l’initiation. On doit faire la différence entre ce qui n’est  que de la pseudo histoire, qui flatte la vanité ou la fantaisie sans rien apporter d’essentiel, et le mythe au sens vrai du terme, qui n’est que la forme narrative du symbole, et à ce titre un composant fondamental de la méthode maçonnique, comme de biens d’autres voies spirituelles ou initiatiques.

3°  De la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative.

Jusqu’à ces dernières années, le schéma généralement admis par les historiens maçonniques pour décrire la genèse de la franc-Maçonnerie ( et nous en resteront à ce schéma) était le suivant : dans les loges de maçons de métier qui existaient depuis fort longtemps, l’usage était d’admettre des membres qui n’étaient pas des maçons, mais des personnes de conditions fort diverses, depuis des nobles jusqu’à des artisans, en passant par des bourgeois, des artistes, des ecclésiastiques des membres de professions libérales. Ces nouveaux membres étaient qualifiés de « maçons acceptés », ou de « gentlemen masons ». Sous l’influence de ces maçons non opératifs, de plus en plus nombreux, les loges changèrent peu à peu de nature, par un processus qui n’a été ni linéaire ni uniforme. On signalait des cas significatifs de retour en arrière suivis de reprise, et une diversité certaine des évolutions locales, mais dont la  tendance globale et le résultat à long terme n’étaient pas moins nets : perdant progressivement leur caractère d’organisation de métier, les loges avaient fini par devenir des associations aux finalités multiples, trouvant toutefois leur unité dans la pratique d’un rituel hérité de la maçonnerie de métier quant à son noyau essentiel, et dans l’usage d’un symbolisme provenant de la même source.

Cette théorie s’appuie sur un corpus de documents authentiques, dont les plus abondants proviennent des archives des loges opératives d’Ecosse,  dans lesquels ont peut suivre le processus de pénétration de non-opératifs.

Certes, un tel processus n’était pas documenté en Angleterre (ni en France), mais on peut admettre que ce qui s’est passé dans un pays témoignait de ce qui s ‘était passé dans un autre, d’autant que l’on peut trouver dans les archives de la Compagnie des Maçons de Londres des indications indirectes de l’existence d’un tel processus.

Cette vision des choses a été récemment remise en question du point de vue politico-historique, ne remettant pas en cause le fait que particulièrement en Ecosse les loges avaient gardé un caractère et des usages opératifs, bien qu’acceptant des membres non opératifs dès 1634.

Qu’entendons-nous par « Maçonnerie Spéculative ». On a, peut-être, trop facilement qualifié de « spéculative » toute maçonnerie non-opérative, c’est à dire composée de membres qui n’étaient pas maçons de métier. Il y a nécessité de distinguer Maçonnerie non-opérative et Maçonnerie spéculative et de préciser le sens de cette expression. Sans se bercer d’illusions quant à cette définition étant donné qu’il n’est pas certain de trouver deux maçons qui soient d’accord sur une définition précise de la Maçonnerie spéculative d’aujourd’hui.

La définition classique dans la Maçonnerie Anglaise est : « Un système particulier d’enseignement moral, caché sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles », le terme « moral » ne doit pas être pris dans un sens trop étroit, il convient d’y inclure des composants intellectuels et spirituels.

Nous appellerons donc Maçonnerie spéculative, une Maçonnerie dans laquelle les éléments techniques, propres au métier de maçon : outils, matériaux, disposition et organisation de la Loge etc., revêtent une signification symbolique, porteuse d’un enseignement dans les divers registres propres à cet enseignement, et quelle que soit la composition de cette Maçonnerie quant à ces membres, opératifs, non opératifs ou mixte.

Cette définition appelle quelques observations

Cette signification symbolique se doit d’être codifiée, (fût-ce sous la forme de simples indications) afin de faire naître et de guider la réflexion, dans un enseignement oral ou écrit.

La définition laisse de côté la question des secrets de reconnaissance, quoique ceux-ci soient un des traits les plus frappants de la Maçonnerie spéculative, bien qu’ils ne participent pas à son caractère spéculatif. Ces secrets n’avaient à l’origine d’autres fonctions que d’écarter ceux qui ne possédaient pas les techniques du métier. Leur présence ne permet pas de dire qu’une Maçonnerie opérative est en même temps une Maçonnerie spéculative, sauf si des significations symboliques lui sont attachées.

Enfin, il faut nous attendre, dans une Maçonnerie spéculative, à trouver des thèmes d’enseignements qui n’ont avec les éléments techniques du métier qu’une relation lointaine, voire pas de relation du tout.

Cela posé, il faut chercher des faits historiques sur les origines de la Maçonnerie spéculative.

Le processus de pénétration progressive de membres non-opératifs dans les Loges d’Ecosse à partir de 1634 est attesté, mais cela ne suffit pas à prouver que les Loges se sont transformées en loges spéculatives telles que définies ci-dessus. D’autre part, il est certain, que ces loges avaient des signes et des secrets de reconnaissance, mais cela ne suffit pas à leur donner un caractère spéculatif.

L’existence en Angleterre au XVII° siècle de loges non-opérative est attestée par le premier témoignage de la « réception » d’Elias Ashmole à Warrington le 16 octobre 1646. Les autres témoignages permettent de conclure que la maçonnerie à laquelle ils se rapportent était non-opérative . Le nom sous lequel la FM est le plus souvent désignée dans ces manuscrits est Société (ou Fraternité) des Francs Maçons, on trouve aussi les appellations de Maçons Adoptés et de Maçons Acceptés. Cette maçonnerie non-opérative utilisait aussi des secrets de reconnaissance et utilisait les textes des « Old Charges ».

Trois questions se posent :

  1. La Maçonnerie opérative écossaise du XVII° siècle a-t-elle donné naissance à un Maçonnerie spéculative ?
  2. La Maçonnerie non-opérative anglaise du XVII° siècle était-elle une Maçonnerie spéculative ?
  3. Quelle est l’origine de la Maçonnerie non-opérative anglaise du XVII° siècle et quelles sont ses relations avec la Maçonnerie opérative ?

1.- Les plus anciennes archives de Loges qui nous soient parvenues remontent à 1598, c’est à cette date que furent promulgués les « Statuts Shaw ». William Shaw n’était pas maçon de métier, de petite noblesse il rempli divers charges à la cour de Jacques VI, parmi lesquels celui de Master of Works (Maître des ouvrages). C’est à ce titre qu’il promulgua ces statuts. Le premier, élaboré lors d’une assemblée siégeant à Edimbourg le 27 et 28 décembre 1598, était destiné à toutes les Loges du royaume, le second était plus spécialement destiné à la Loge de Kilwining. Ces statuts consacrent le passage des loges sous l’autorité royale. Ils font de la Loge de Kilwining la seconde d’Ecosse par ordre de préséance après celle d’Edimbourg et avant celle de Stirling. Or Kilwining n’était qu’un village insignifiant, mais avait été le siège, au moyen age, d’une puissante abbaye, et il n’est guère douteux que l’importance de la Loge lui soit venue de ce qu’elle avait été celle de cette abbaye. Ces Statuts faisait obligation aux Loges de tenir des archives, et c’est grâce à elles que nous sommes, aujourd’hui, bien documentés. Ces statuts et ces archives nous renseignent sur l’aspect opératif des Loges sans donné, à première vue, le moindre indice d ‘un aspect spéculatif. Cet aspect s’il existait devait être lié aux secrets de reconnaissance, qui sont eux attestés à partir de 1630 dans les manuscrits du groupe Haugfoot. Cependant personne ne doute qu’ils aient existés à l ‘époque des Statuts Shaw, qui n’en soufflent mot, ce silence étant naturel vu l’objet dont-il s’agit : rappelons qu’à l’époque les rituels était uniquement oraux par crainte de divulgation.

Mais comme il est écrit plus haut, l’existence de secrets ne permet pas, à elle seule, de considérer que l’on est en face d’une Maçonnerie spéculative.

Que savons-nous de ces secrets pour tenter de voir si un caractère spéculatif s’y rattache. Nous trouvons des séries de questions et réponses qui paraissent avoir une portée spéculative :

  • Qu’est-ce qui fait une Loge véritable et parfaite,
    • Sept maîtres, cinq apprentis entrés, à un jour de marche d’un bourg, là oui on n’entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter.
  • comment se tient votre Loge,
    • Est et Ouest comme le Temple de Salomon
  • Où se tint la première Loge ?
    • Dans le porche du temple de Salomon
  • Y a t-il des lumières dans votre Loge ?
    • Oui, trois : le nord-est, sud-ouest et le passage de l’est. L ‘une représente le maître maçon, l’autre le surveillant, la troisième le compagnon poseur.
  • Y a t-il des bijoux dans votre Loge ?
    • Oui, trois : un parpaing, un pavé d’équerre et un large ovale.

Le texte montre que la Loge est censée se conformée à un archétype : la première Loge qui se tint dans le porche du temple de Salomon, c’est là que se trouvaient les colonnes sur lesquelles ont pouvait lire les deux mots qui forment le « mot du maçon ». La présence de matériel y est particulièrement justifiée, s’il s’agit d’une Loge opérative, mais pourquoi en faire mention si ces objets ne revêtent pas une utilité symbolique. Pourquoi souligner la présence d’un « parpaing » dans une Loge de tailleurs de pierres, sinon parce que cet objet est chargé de symbole.

Cet exemple montre comment les membres non-opératifs de la Maçonnerie écossaise du XVII° ont pu, en réfléchissant sur ce que celle-ci avait déjà de proprement spéculatif, y introduire des influences qui ont contribuer à développer ce caractère. Mais il n’est pas possible de mesurer l’importance réelle de cette influence, et encore moins, d’en suivre la pénétration dans les Loges.

2.- Les témoignages contemporains sur la Maçonnerie non-opérative anglaise du XVII°, pas plus que les archives des Loges écossaises, ne permettent de mettre en évidence un caractère spéculatif. En fait, ils suggèrent plutôt de voir en cette maçonnerie une sorte de club à caractère convivial. Là aussi, si un aspect spéculatif était présent, il devait être lié aux secrets.

Pour répondre à la question on ne peut s’appuyer que sur des sources postérieures, à condition d’admettre que ces sources véhiculent un contenu plus ancien. Les principales sont les Manuscrits Graham daté de 1726 et le Manuscrit Dumfries N°4 daté de « très tôt dans le XVIII° siècle » ( probablement 1710). Le Manuscrit Graham ne soulèvent pas d’ambiguïtés étant donné que son rédacteur s’est contenté de recopier ses sources, le Manuscrit Dumfries est plus contesté étant donné que son auteur traite ses sources d’une manière personnelle et qu’il y a lieu de se demander qu’elle est la part des développements de son cru qu’il peut avoir introduits.

Outre les questions et réponses que l’on retrouve dans une forme quasi semblable à celle des archives écossaises ont y trouve deux aspects supplémentaires qui sont d’une part une piété christique commune aux deux, et d’autre part un aspect magico-kabbalistique. On peu même y trouver, à propos du temple de Salomon, des allusions christiques qui ne peuvent historiquement pas se concevoir.

A condition d’admettre que ces textes remontent pour l’essentiel à la Maçonnerie anglaise du XVII°, ils justifient qu’on qualifie celle-ci de spéculative. En fait on se demande s’ils ne sont pas beaucoup plus anciens, au moins dans certaines parties, et s’ils ne véhiculaient pas, à côté d’aspects qui relèvent de la philosophie hermético-kabbalistique de la renaissance, un héritage médiéval. Cela, pose la  question de ses rapports avec la maçonnerie purement opérative anglaise.

Il est difficile de séparer complètement la Maçonnerie écossaise et la Maçonnerie anglaise. Il est certain  en effet que ces deux Maçonnerie ont eut des contacts fréquents dès 1660 ; en témoigne le fait qu’à cette époque apparaissent en Ecosse des manuscrits de Old Charges, copiés sur des manuscrits anglais, alors qu’ils étaient inconnus auparavant. Les deux maçonneries ont dû exercer l’une sur l’autre des influences réciproques, mais par ailleurs, elles avaient toute deux un caractère spéculatif avant que se nouent ces contacts.

3.- Il est commode d’aborder cette question sous l’angle des rapports entre la Maçonnerie spéculative anglaise et la Maçonnerie opérative par le biais des contacts de la première avec la Compagnie des Maçons de Londres, qui ne comportait que des maçons de métiers et était une guilde urbaine. Ces contacts sont attestés par Elias Ashmole dans son journal qui déclare avoir assisté le 11 mars 1682 à une « loge ». Cependant les réceptions de l’époque ne sont pas des acceptations de non-opératifs. Certains récipiendaires ne furent jamais membres de la Compagnie des Maçons de Londres n’étant pas maçons de métier. La conclusion qui s’impose est qu’il existait au sein de la Compagnie des Maçons de Londres une Loge purement spéculative, composée de membres de la Compagnie (Felloship), qui recevait des visiteurs qui ne l’étaient pas.

Ces contacts indéniables entre la Maçonnerie spéculative anglaise et la Compagnie des Maçons de Londres ne permettent cependant pas d’affirmer que la première tire son existence de la seconde.

Le problème de l’origine des loges spéculative reste donc entier. On ne peut affirmer, ni exclure, qu’elles soient nées de loges opératives par une pénétration progressive comme en Ecosse. Tout ce que l’on peut dire c’est que, si un tel processus s’est produit en Angleterre, cela a dû être nettement plus tôt qu’en Ecosse, puisqu’il apparaît comme achevé au moment où il commence d’être attesté au nord de la frontière.

Les Old Charges constituent en un lien de continuité entre la Maçonnerie opérative médiévale et la Maçonnerie spéculative du XVIII° siècle, mais pas , à priori, un lien de continuité physique.

4° La « révolution » de 1717

Après les incertitudes sur les origines et sur les premiers temps de la Franc-Maçonnerie, nous entrons à partir de 1717 dans des temps mieux connus. La fondation de la première Grande Loge à souvent été présentée comme la naissance de la maçonnerie spéculative, il n’en est rien puisque cette maçonnerie existait bien avant, tant en Ecosse qu’en Angleterre ;

Cette date constitue cependant une charnière : la Maçonnerie spéculative devenait un corps organisé ce qu’elle n’avait jamais été. Car même si en Ecosse le « Statuts Shaw » de 1599 donnait une organisation régionale, et encore peut-on se demander si cette organisation était vraiment effective, elle ne s’appliquait qu’à la Maçonnerie opérative ( fi donc du « Kilwinisme »).

L’organisation visée par Anderson ne concernait que les quatre Loges présentes à Londres à ce moment. Elle eût tellement de succès que l’on comptait vingt loges en 1723 et soixante dix en 1730 et que son influence avait dépassé les limites de la ville. Cette innovation fut imitée rapidement en Irlande en 1725 et beaucoup plus tard en Ecosse 1736.

Il faut cependant dire que cette tendance à l’union ne fut pas le fait de toutes les loges et que certaines conservèrent leur indépendance.

A partir de cette époque la Maçonnerie britannique et la Maçonnerie continentale évoluent relativement séparément chacune à son propre rythme, non sans s’influencer mutuellement, mais plutôt à long terme que de façon immédiate. La seconde a rapidement développé des traits originaux, qui ont réagi, dans une certaine mesure sur la première.

La division dans la seconde partie du XVIII° siècle en Grande loge des « Anciens » et Grande Loge des « Modernes » a eu de grandes conséquences pour toute la maçonnerie mondiale, et en particulier déterminante pour comprendre la diversité des rites, situer ceux-ci les uns par rapport aux autres et mieux mesurer la part opérative ancienne et la part spéculative.

5° Le schisme de la Maçonnerie Anglaise

Comme il est écrit plus haut toutes les Loges existant en 1717 ne s’étaient pas ralliées à la première Grande Loge. D’autre part, des Loges furent créées en dehors d’elle après cette date. Il existait donc une Maçonnerie « indépendante ».

En 1753, se constitue à Londres une nouvelle Grande Loge sous le nom de « Grande Loge d’Angleterre suivant les Anciens Usages », elle reprochait à la première Grande Loge d’avoir altérer les anciens rituels, qu ‘elle prétendait, quant à elle, pratiquer dans toute leur pureté.

C’est pourquoi les membres de cette nouvelle Grande Loge se qualifièrent d’ « Anciens » tandis qu’ils appelaient les membres de la première Grande Loge les « Modernes ».

Le principal animateur des « Anciens » était Laurence Dermott qui écrivit les Constitutions de la nouvelle grande Loge sous le nom de « Ahiman Rezon » ( 1° édition :1756 - 2° : 1764 ) cette deuxième édition fût particulièrement polémique.

Les reproches que les Anciens faisaient aux modernes étaient nombreux, tous d’ailleurs ne figurent pas dans la deuxième édition des Constitutions, car certains concernent les secrets de reconnaissance, et il ne pouvait pas en parler dans un ouvrage pouvant être lu par des profanes.

Le principal était assurément d’avoir inverti les mots du premier et du second grade. Ce reproche était fondé car cette mesure fut prise par les « Modernes » en 1730 pour déceler les « faux frères » qui pouvaient s’introduire dans les Loges en profitant que ces mots avaient été divulgués.

Le second était d’employer un mot incorrect au grade de Maître.

Un autre était de disposer les Loges de manière différente.

D’omettre les « châtiments traditionnels dans la formulation des « obligations ».

Ne plus pratiquer le Rituel d’Installation du Maître.

Il y a une série de reproches à caractère religieux, qui sont les suivants :

  • omettre les prières ;
  • Avoir déchristianiser le rituel
  • Ignorer les fêtes des « deux Saint-Jean »

La plupart de ces différences ne sont pas attestées par des documents officiels qui nous seraient parvenus des deux Grandes Loges rivales dans la mesure ou il n’existait pas de Rituels officiels imprimés. Tout ce que nous savons, ou presque, nous vient essentiellement des différentes divulgations et en particulier celle de Prichard en 1730 (Masonry Disected).

Les mesures, quelles qu’elles soient, qui ont été prises en 1730, l’ont été avant la Divulgation de Prichard, et ont plutôt eu pour origine une divulgation parue au mois d’août précédent « The Mystery of Free-Masonry ». C’est dans une Assemblée de Grande Loge du 28 août que J.T. Désaguliers attira l’attention sur elle et fit ses « recommandations » pour « empêcher qu’aucun faux frère soit admis dans les loges régulières ». A sa suite le Député Grand Maître proposa des « règles qui devraient être observées dans les loges particulièrement  pour leur sécurité… ».

5-1. L’ordre des mots du premier et second grade

Il existe certains témoignages indirectes, qui reliés entre eux, mettent le fait hors de doute. S’il est admis que les Modernes ont délibérément inverti les mots du premier et du second grade à la suite des divulgations, certains auteurs pensent que cette conclusion est sans doute trop simple et que certains points restent à explorer.

Des documents montrent que dans le dernier quart du XVIII° siècle des maçons « Modernes » admettaient que leur grande Loge avait fait des modifications dans les cérémonies et les secrets maçonniques. Une lettre d’un Maçon « Moderne » à son Grand Secrétaire, en 1791, le démontre. Il déplore la division de la Maçonnerie et admet qu’elle est due à une « altération triviale » faite par sa grande Loge : « ….Quelque nécessaire qu’il ait pu être(pour mettre fin aux abus grossiers qui s’introduisent de façon alarmante dans les principes vitaux de notre Institution), je veux croire que la Grande Loge d’Angleterre ne considère pas les Maçons régulièrement faits sous les constitutions d’autres pays comme étrangers au Métier ». S’il parle de « maçons faits sous la constitution d’autres pays », c’est parce qu’il sait que les grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande sont sur la question de l’ordre des mots en accord avec les « Anciens », et il mentionne le cas d’un visiteur écossais se voyant refuser l’entrée d’une Loge « Moderne ». En revanche, il ignore visiblement que la Maçonnerie Française et Allemandes sont en accord avec les « Modernes ».

Il apparaît donc que les « Anciens » avaient « B… » comme mot du premier grade et « J…. » au second. Les « Modernes » faisant le contraire.

Cependant il n’apparaît dans aucun « catéchisme » qu’avant 1730 les mots soient donnés lettre par lettre ou syllabe par syllabe. Cette précaution serait donc apparue après cette date sans que l’on sache par qui.

5-2. Le mot du Maître

Pour ce qui est des « modernes » ce mot apparaît dans les divulgations de Prichard sous la forme de Machbenah, avec comme signification « le bâtisseur est frappé », entendons frappé à mort ! Il n’apparaît pas antérieurement et sa forme semble bien fixée.

L’antériorité du mot des « anciens » est attestée dans de nombreux textes antérieurs à Prichard, sous des formes variables : Maha Byn, Maughbin, Matchpin, qui sont des formes corrompues d’un même mot.

La substitution de Machbenah à Maughbin ( qui semble être la version sinon la plus sure au moins la plus courante), semble avoir été faite de manière délibéré. Soit par le fait que l’on pensait avoir perdu la forme primitive et qu’on désespérait de pouvoir la retrouver, soit au contraire que l’on ai cru la retrouver dans Macbhenah.

5-3. La disposition de la Loge

Chez les « Modernes », les surveillants étaient tous deux placés à l’occident, de nombreuses gravures, qu’elles soient anglaises ou françaises, nous montrent les loges disposées ainsi.

Il nous est révélé par une divulgation de 1760 (The Three Distinct Knocks) que les « anciens » disposaient le 1er S. à l’occident et le 2ème  S. au midi. Cette divulgation reprend à quelques thermes prés les échanges entre le V.M. et les SS. lors de l’ouverture des travaux.

D’autre part, bon nombre d’illustrations montrent le VM siégeant sans aucune chaire devant lui, l’autel placé au centre de la Loge et les chandeliers prés du VM et des SS., qui disposent, eux, d’un petit plateau bas sur lesquels sont placés les colonnes. Une pierre juste dégrossie au coin NE. Et une pierre cubique à la droite du 1er S.

Un fait est cependant intéressant à soulever : de tout temps la colonne du N. a été réservée aux apprentis et celle du sud aux compagnons or, si nous regardons les colonnes de l’intérieur de la Loge si la Colonne B., correspondant au mot du 1er grade, se trouve à gauche elle est placée au Midi donc au pied de la « colonne » des compagnons. La Colonne J. correspondant aux compagnons se retrouve à droite, donc au nord au pied de la « colonne » des apprentis.

5-4. Les anciennes pénalités

La disparition des « anciennes pénalités » est justifiée par les « Modernes » à cause de la forme archaïque et l’impossibilité sociale et morale de les infliger. Le texte Emulation les reprend in-extenso, « Emulation Lodge » ayant certainement cédé face à l’insistance des « Anciens ».

5-5. Omettre les prières et déchristianiser les rituels

Si les « Modernes » abandonnèrent les prières ce n’est certainement pas sans raisons.

Les articles d’ouverture des Devoirs, dans l’une et l’autre des éditions des Constitutions d’Anderson ( 1723 et 1738), en admettant que les Francs-Maçons « doivent être de la Religion au sujet de laquelle tous les hommes sont d’accord, c’est à dire des hommes bons et sincères » et d’ajouter en 1738 « en vrais Noachides », en reconnaissant de plus que dans les temps anciens les « francs-Maçons étaient obligés d’être de la religion du pays (ou ils se trouvaient), quelle qu’elle soit » (1723) et plus précisément que « les francs-Maçons chrétiens étaient obligés de se conformer aux usages chrétiens dans les pays où ils se rendaient »1738, Anderson rompt définitivement avec les « Old charges ».

En effet, celles-ci prenait pour axiome de base que tous les Maçons étaient chrétiens et proposaient de fervente prières à caractère très christique.

La concession que pratique Anderson, permet d’ouvrir les Loges, pour compréhensible et admirable qu’elle soit, elle ne fait qu’officialiser un état de fait existant dès cette époque et permettra, plus tard, l’admission d’hommes de valeur, non chrétiens, dans les Loges installées dans tout l’Empire Britannique.

Les « Anciens », eux, semblent rester sur des bases purement chrétiennes et même s’ils emportèrent la majorité des suffrages sur une grande partie des différents points de leur désaccord avec les « Modernes », sur celui-ci il serait absurde de penser que les Maçons anglais du siècle des Lumières soient restés sur des positions restrictives.

5-6. Les deux Saint-Jean.

L’abandon des deux « Saint-Jean » par les « Modernes » et un corollaire de la déchristianisation du rite. Comment peut-on gardé ces deux personnages importants du Nouveau Testament si l’on met de côté son principal acteur ?

La référence même de « Loge de Saint-Jean » disparaît très vite en Angleterre. Même si les « Modernes » gardent leurs Assemblées annuelles aux dates de ces fêtes les références sont plus celles des solstices d’été et d’hiver.

Les « Anciens », eux, gardent ces références et nomment leurs Loges « Ancienne et Honorable Fraternité des Loges de Saint-Jean de Maçons Francs et Acceptés ». Le fait, attesté, de se rendre ensemble aux offices religieux lors de ces deux fêtes perdure jusqu’à « L’Acte of Union ». Plus tard « Emulation Lodge » gommera les références faites aux deux Saints dans l’explication de la « Planche » au 1er Grade en leur substituant Moïse et le Roi Salomon. Il n’est pas à douter que la phrase « …vers celui qui ne nous décevra pas, mais qui n’admettra pas que nous le décevions. », soit une allusion au Christ.

5-7. Le Rituel d’Installation du Maître.

De nombreuses zones d’ombre règnent sur ce différents : on n’est toujours pas surs que l’Installation telle qu’elle est pratiquée, en deux partie – partie ouverte aux compagnons et maîtres, partie secrète réservée aux « Maîtres Installés »-, aujourd’hui ait été l’objet de la discorde.

Cette cérémonie semble être de facture moderne, mais peut avoir été créée en même temps et pratiquée  à la fois chez les « Anciens » et les « Modernes ». Une chose certaine est qu’elle n’existait pas en Ecosse avant 1858 date à laquelle la Grande Loge d’Ecosse approuve une « Cérémonie d’installation » et ce n’est qu »en 1872 qu’elle décidera de la pratiquer comme en Angleterre pour permettre aux Maîtres Installés écossais de participer aux installation en Angleterre. Si tout le monde semble être d’accord sur les signes, attouchements, mots, recommandations, la brouille pourrait provenir de la manière de les communiquer et de la part légendaire qui accompagne cette communication.

De plus il semble bien que la cérémonie en question n’ait pas toujours été pratiquée dans les Loges « Modernes », ou de manière très inégale quand au respect du Rituel pourtant approuvé et recommandé par cette Grande Loge. 

6° Quid du « Standard »

Les principes de base fixés par l’histoire étant posés, il convient maintenant d’examiner le Rite Standard d’Ecosse tel que nous l’avons récemment reçu et de tenter de discerner ce qui pourrait le poser comme étant «  le plus ancien et le plus pur ».

Il y a là nécessité de faire la part de ce qui est purement opératif et de ce qui est spéculatif.

En nous rappelant qu’en Ecosse la Maçonnerie a été au départ une Maçonnerie « Non-opérative » au contraire de l’Angleterre ou elle est née sous son aspect « Spéculatif ».

Dans un premier temps nous examinerons les points qui ont causés le « Schisme » des « Anciens et des Modernes » et les rapporterons à nos pratiques.

Dans un deuxième temps nous procéderons à un examen des ouvertures et fermetures des travaux ainsi que de la teneur d’une cérémonie d’Initiation pour en ressortir les aspects opératifs.

......

 

 

 

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Publié le 4 Septembre 2026 par T.D

INSTRUCTION

Quiconque veut devenir sublime dans notre art doit apprendre à compter, supputer et calculer. Or pour parvenir à faire de grands progrès dans notre science numérique, il faut commencer par un qui est le premier nombre que communément on nomme nombre générique parce que c'est de lui que s'engendrent tous les autres. A ce premier nombre joignez en un second, ce qui se fait par addition et cela fera deux, de ces deux il en naîtra un troisième ; de ces 3 ôtez en un par le moyen de la soustraction il en résultera deux que par la division vous pourrez réduire à un. Ensuite à ce reste ajoutez en un autre et faites neuf fois cette opération et vous trouverez dans votre calcul le nombre dix. Ajoutez y 3 fois le même nombre vous trouverez quarante qui est le nombre favori de notre art.

Le nombre dix est le plus parfait parce qu'il est le terme ou tout nombre aboutit lorsqu'on est parvenu à ce nombre on recommence à compter ; donc le nombre dix est le nombre de la perfection. Comme celui de sept est le plus fortuné, celui de trois est le plus majestueux et celui de quatre le plus mystérieux.

Il résulte de ce que je viens de dire que l'unité se développe en deux, s'achève au trois pour produire au quatrième, d'où se fait une propagation et une résolution semblable jusqu'à l'infini.

Tout obscur que paraisse ce principe, il en était pour celui qui est doué de toutes les dispositions nécessaires pour parvenir à la science universelle et dont le cœur est rempli de toutes les qualités indispensables pour parvenir à ce but. Ce principe si sage si salutaire et si mystérieux doit lui servir de guide dans toutes les opérations et s'il ne s'en écarte jamais, il réussira dans toutes les entreprises ; le ciel éclairera ses intentions, favorisera ses desseins et fructifiera son labeur. Celui qui ne travaille à acquérir des richesses, que dans la volonté d'en soulager la vertu indigente ne peut manquer de parvenir à ses fins, puisqu'il suit exactement le vouloir du suprême Architecte.

Le soleil mûrit également et indifféremment les fruits qui nous sont salutaires comme ceux qui nous sont pernicieux parce qu'il n'est doué d'aucune intelligence. Mais nous à qui l'éternel a donné la faculté de discerner la vertu d'avec le vice, nous devons nous occuper sans cesse à protéger l'âme et à détester l'autre. Ce serait une erreur bien nuisible à la société que de se faire un scrupule de ne pas vouloir priver la vue, en lui des services qui ne sont dus qu'à la vertu.

Tendre sans cesse une main bienfaisante à l'innocence opprimée à la vertu indigente, n'avoir pour le vicieux que de l'éloignement, n'offrir à l'ingrat qui pour ainsi parler en vicieux du vicieux, n'offrir dis-je à ces détracteurs de toute société que du mépris c'est notre devoir et notre devoir indispensable.

O vous mes frères! dignes nourrissons de la sagesse vous savez que dés que nous avons la volonté de secourir le vertueux indigent le ciel ne manque jamais de nous en procurer les moyens. Vous savez aussi que s'il se trouve peu d'hommes qui soient instruits de notre secret, c'est qu'il y en a peu dont la volonté soit pure et droite.

Il y a deux sortes de nature : la matérielle et la spirituelle, l'une et l'autre ont chacune une manière de se faire entendre. La voie de la nature matérielle est connue dans le monde sous le nom de la voie du sang, celle de la nature spirituelle est désignée par la voie de la raison. Heureux celui qui n'accorde au sang que ce qui ne répugne point à la raison et c'est pour lui qu'est réservé notre secret et à qui il est donné de comprendre la science des nombres et le mystère de leur combinaison.

Dieu a placé la sagesse dans le cœur de tout l'homme instruit afin qu'il marche avec assurance dans la voie de la perfection. Son cœur est un temple qu'habite l'éternel. L'homme contient donc la vraie matière dont notre pierre est tirée et souvenez vous des paroles de notre rédempteur rapportées dans l'évangile de saint Jean (chap 12 paragraphe 2b) : en vérité en vérité je vous le dis si le grain de blé enfoui dans la terre ne meurt pas, il demeurera seul, mais s'il meurt il porte beaucoup de fruits.

Q : Etes-vous du nombre des élus ?

R : Je le crois puisque je connais l'unité.

Q : Qu'est ce que l'unité ?

R : C'est le grand Arch:. de:. l'univers.

Q : Qui vous la fait connaître ?

R : Ses œuvres et celles de mes mains.

Q : Comment l'avez-vous vu dans ses œuvres ?

R : Toutes les créatures me les ont montrées.

Q : Comment les œuvres de vos mains vous l'ont-elles fait connaître ?

R : En m'offrant l'image de la création.

Q : Qui vous a enseigné cette œuvre ?

R : Un maître excellent.

Q : Que vous a t-il dit ?

R : Dans le sel et le soleil vous avez tout.

Q : Qu'est ce que le soleil ?

R : C'est l'or des philosophes.

Q : Combien avez vous de principes ?

R : Le sel, le soufre, le mercure.

Q : Dans quoi sont-ils contenus ?

R : Dans une seule chose.

Q : Quelle est cette chose ?

R : C'est la matière dont toutes les choses et l'homme sont formés.

Q : Nommez là.

R : Alzernard, minière et adama.

Q : Comment cela peut-il être la première matière ?

R : Elle en est la servante qui contient la première.

Q : Comment la caractérisez vous ?

R : Par un cercle qui est circonscrit par un carré.

Q : Que signifie ce cercle ?

R : L'unité d'ou résulte le nombre quaternaire.

Q : Que voulez vous dire par cette énigme ?

R : Que d'un il faut faire quatre.

Q : Quels sont ces quatre ?

R : Les quatre éléments.

Q : Que deviennent-ils ?

R : Un triangle qu'il faut renfermer dans un cercle.

Q : Que faut-il faire ensuite ?

R : Rien de plus car tout est fini.

Q : N'avons nous plus de figures mystérieuses ?

R : Nous en avons encore deux qui sont l'étoile flamboyante et les triangles équilatéraux entrelacés.

Q : Que signifie l'étoile flamboyante ?

R : La quintessence qui par son feu humide et tempéré pénètre toutes choses à l'instant et leur communique  sa vertu.

Q : Que signifie les deux triangles entrelacés ?

R : Notre alkaest.

Q : Qu'est ce que l'alkaest ?

R : C'est notre feu.

Q : Qu'est ce que notre feu ?

R : C'est notre eau et notre puissant dissolvant.

Q : Qu'est ce que notre eau ?

R : C'est notre sel.

Q : Qu'est ce que notre sel ?

R : C'est notre soufre.

Q : Qu'est ce que notre soufre ?

R : C'est notre mercure.

Q : Vous me dites des choses incroyables.

R : Je vous en dirai d'avantage si vous aviez plus d'âge.

Q : Quel est donc votre âge ?

R : Il est comme celui de Mathusala.

Q : Vous me paraissez bien jeune.

R : C'est l'effet du roi couronné de gloire qui mourut et ressuscita plus parfait.

Q : Connaissez vous la racine ?

R : Je connais son bain qui est celui de son épouse et je l'ai vu toute nue s'y baigner avec son époux.

Q : Pour qui les élus de Dieu m'entendent ?

R : Ce sont eux qui ont fait sa volonté.

Q : Depuis quand êtes vous né ?

R : Depuis le moment de ma mort.

CLOTURE DES TRAVAUX

Q : Quelle heure est-il ?

R : Il est grand jour, jour qui ne connaît point de ténèbres.

Q : Pourquoi ne répondez-vous pas juste à ma demande ?

R : Comment déterminer les heures d'un jour perpétuel.

Q : Où avez vous trouvé la lumière ?

R : Dans les ténèbres.

Q : Quand travaillez vous ?

R : Quand je repose.

Q : Quel est votre salaire ?

R : La perfection de mon œuvre.

Q : Qu'ambitionnez vous avec tous ces biens ?

R : Le plaisir de subvenir aux besoins des hommes de bonnes mœurs.

Q : N'avez vous rien de plus ?

R : D'être ignoré de tous les hommes, de ne vivre que pour Dieu seul qui est l'unique but de nos véritables FF:.


 

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Ordre Royal d’Écosse

Publié le 4 Septembre 2026 par T.D

Connaissez-vous l’Ordre Royal d’Écosse (Royal Order of Scotland) ? Si vous vivez dans un pays anglo-saxons, certainement. Mais si vous résidez dans un pays de culture latine, c’est moins probable. L’Ordre Royal d’Écosse est un ordre maçonnique d’origine britannique, de sensibilité très chrétienne, qui consacre en quelque sorte le lien mythique de la franc-maçonnerie avec la couronne d’Écosse. L’Ordre Royal d’Écosse, qui a intégré la légende rosicrucienne, est réputé être le plus ancien système de Side Degrees, ne le cédant en ancienneté qu’à la franc-maçonnerie symbolique. Qu’en est-il vraiment de cet Ordre Royal d’Écosse ? Est-il vraiment si ancien ? Comment est-il organisé ? Et dans quels pays l’Ordre Royal d’Écosse s’est-il implanté

Les origines de l’Ordre Royal d’Écosse

Comme c’est souvent le cas quand on étudie l’origine des  hauts grade du REAAc et des Side Degrees maçonniques, la légende le dispute largement l’histoire. C’est particulièrement le cas pour l’Ordre Royal d’Écosse, qui prétend marier franc-maçonnerie et attachement à la couronne écossaise et a donc manifestement joué un rôle dans le projet politique des Stuart au sein de la franc-maçonnerie dite Jacobite.

La légende voudrait que l’Ordre remonte au règne du roi David Ier d’Écosse (1083-85?-1124) et que le roi d’Écosse en soit le Grand Maître héréditaire depuis toujours. L’Ordre n’aurait alors compté qu’un seul degré. Et c’est le roi Robert Bruce (1274-1329) qui aurait ajouté le second degré, celui de Rose-Croix, après la fameuse bataille de Bannockburn en 1314. La légende rejoint ici d’autres légendes maçonniques, qui prétendent que Robert Bruce aurait créé un Ordre (souvent désigné comme l’Ordre de St André du Chardon) pour remercier les Templiers qui l’avaient aidé lors de la bataille de Bannockburn. Légendes que tout cela.

L’histoire authentique de l’Ordre Royal d’Écosse n’en reste pas moins assez difficile à établir. Certains avancent que l’Ordre Royal d’Écosse aurait été fondé à Londres entre 1721 et 1741, dans l’intention de renouer avec l’héritage explicitement chrétien dont les rituels maçonniques de la Grande Loge de Londres (les Modernes) s’étaient passablement éloignés. Il semblerait qu’un tel Ordre soit mentionné dans les archives de la Grande Loge de Londres en 1741. Les histoires officielles de l’Ordre Royal d’Écosse semblent ne pas avoir fait le rapprochement avec une forme de franc-maçonnerie assez peu connue dont l’existence à Londres est attestée au plus tard en 1732 : la franc-maçonnerie dites des Harodim, explicitement chrétienne et cultivée par les Jacobites, décrite par Jan Snoek dans British Freemasonry, 1717-1813, volume 3 : Rituals II – Harodim Material and Higher Degrees (New York: Routledge, 2016). Cette forme de franc-maçonnerie, distincte de celle des Modernes de la Première Grande Loge de Londres comme de celle des Anciens qui se fédérèrent en Grande Loge en 1751, est probablement la première forme de franc-maçonnerie qui s’implanta en France dès les années 1725, car la première Grande Loge de France fondée en 1728 était largement dominée à ses débuts par des personnalités jacobites.

Le premier degré de l’Ordre Royal d’Écosse se nomme Order of Heredom of Kilwinning et il est évidemment tentant voir en Heredom une forme de Harodim. Mais certains estiment qu’Heredom viendrait du latin Heredium, l’héritage : Heredom of Kilwinning nous parlerait donc de l’héritage maçonnique de la Loge de Kilwinning, qui est l’une des plus anciennes Mères-Loges écossaises et porte aujourd’hui le n° 0 dans le tableau de la Grande Loge d’Écosse ; mais le terme d’Heredom pourrait aussi simplement désigner la lignée des Stuart. Pour d’autres, il s’agirait d’un mythique mont écossais qui aurait abrité le Graal, le Mont Heroden ou Heredom ; ce terme transcrirait le grec Hieros Domos, qu’on peut traduire par Demeure Sacrée ou Temple Saint.

Il nous semble peu probable que la deuxième partie de l’Ordre Royal d’Écosse, intitulée Chevalerie de la Rose-Croix (Knighthood of the Rosy Cross), remonte aux années 1720/40, attendu que le grade maçonnique de Chevalier Rose-Croix, d’origine française, n’apparaît que dans les années 1760.

Quoi qu’il en soit, une patente datée de 1750 fut accordée à un certain William Mitchell pour la création d’une loge de cet Ordre mystérieux à La Haye (Pays-Bas). En 1752/53, Mitchell se rendit en Écosse, où il fonda une Grande Loge Provinciale de l’Ordre, dont on trouve les premières traces écrites en 1766. Et en 1767, cette structure devenait la Grande Loge de l’Ordre Royal d’Ecosse, qui est aujourd’hui encore la puissance régulatrice de ce système pour le monde.

Seule une étude serrée des documents d’époque et des anciens rituels, que nous n’avons pu effectuer, permettrait de lever les nombreuses incertitudes quant à l’origine et au caractère patriotique écossais de ce système. Mais dans l’état de nos connaissances, nous pouvons poser les hypothèses suivantes :

Une première forme de ce qui allait devenir l’Ordre Royal d’Écosse et que l’on peut vraisemblablement assimiler à la mystérieuse franc-maçonnerie des Harodim existait à Londres au plus tard en 1732. S’agissait-il déjà d’un Ordre lié mythiquement à la couronne d’Écosse ? S’il était bien formé de Jacobites, c’est plus que probable. Comprenait-il déjà le degré de Rose-Croix ? Comme nous l’avons écrit plus haut c’est peu vraisemblable.

Vers 1750, William Mitchell fonda une première Loge provinciale à la Haye, puis fit de même à Édimbourg entre 1752/53 et 1766. C’est peut-être à la Haye, où résidaient de nombreux exilés Jacobites, que la dimension résolument écossaise de l’Ordre fut introduite, si elle n’y était pas encore présente.

En 1767 était officiellement fondée la Grande Loge de l’Ordre Royal d’Écosse. La date est peut-être significative : l’année précédente avait vu la mort de Jacques François Stuart (the Old Pretender), le fils de Jacques II Stuart. L’Ordre Royal d’Écosse, tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec son insistance sur la Grande Maîtrise héréditaire des rois d’Écosse, ne serait-il pas un hommage au prétendant défunt et une tentative de raviver le zèle des partisans de son fils Charles Édouard (the Young Pretender), qui avait perdu toute crédibilité internationale après sa défaite à la bataille de Culloden en 1746 ?

Quant au degré de Rose-Croix, nous estimons qu’il n’a pas pu être introduit dans l’Ordre avant les années 1760, et peut-être même en 1767 seulement. Il ne manquait certainement pas de francs-maçons Jacobites qui avaient reçu le grade de Chevalier Rose-Croix en France et qui ont pu l’intégrer à l’Ordre à ce moment-là

On nous présente souvent l’Ordre Royal d’Écosse comme le plus ancien système de hauts grades maçonniques et possiblement l’origine de tous les hauts grades, y compris le Chevalier Rose-Croix. Ce n’est pas exactement le cas, selon nous. Sous sa forme actuelle, l’Ordre Royal d’Écosse est une forme tardive du courant de la franc-maçonnerie des Harodim, qui s’est développé dans d’autres branches : en France, elle semble avoir été à l’origine du rituel assez surprenant publié en 1744 sous le titre de Le Parfait Maçon et des rituels de la franc-maçonnerie d’Adoption. Et en Angleterre, il se développa à partir de 1733 dans le comté de Durham (nord-est de l’Angleterre), où il finit par se structurer en Grande Loge en 1787.

Déclin et renaissance de l’Ordre Royal d’Écosse

L’Ordre était présent aux Pays-Bas dès 1750 et il s’implanta en France en 1786, où il semble être demeuré actif jusqu’en 1873. Mais il ne semble pas s’être diffusé ailleurs à l’époque et son développement fut de courte durée. En 1819, il avait quasiment disparu. C’est assez compréhensible, si l’Ordre était principalement né de la ferveur jacobite : Charles Édouard étant mort en exil à Rome en 1788, abandonné de tous et lâché par le roi de France, qui s’en souciait encore une trentaine d’années plus tard ?

En 1839, l’Ordre fut ressuscité par un carrossier du nom de Houston Rigg Brown et par le botaniste réputé George Arnott Walker Arnott (1799-1868) qui, à partir de 1843, établirent des nouvelles Grandes Loges Provinciales en Écosse et en Angleterre.

L’Ordre Royal d’Écosse s’est maintenant répandu dans le monde et compte plus de 90 Grandes Loges Provinciales établies au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Hong Kong, à Singapour, à Gibraltar, aux Pays-Bas, en Belgique, en Suède, en Allemagne, aux Bermudes, aux Philippines, à la Barbade, aux Bahamas, en Jamaïque, à Trinidad, en Afrique du Sud, au Kenya, au Zimbabwé, en Zambie et en France. Le nombre total des membres est estimé à environ 15’000.

Si les Grandes Loges Provinciale sont rattachées à la Grande Loge de l’Ordre siégeant à Édimbourg et recrutent uniquement dans les Grandes Loges symboliques régulières (c’est-à-dire reconnues par la Grande Loge Unie d’Angleterre), il existe cependant une exception : la Fédération Anglaise du Droit Humain pratique elle aussi les rites de l’Ordre Royal d’Écosse.

Les particularités et les usages de l’Ordre Royal d’Écosse

L’Ordre Royal d’Écosse se caractérise par au moins cinq particularités qu’il est intéressant de mentionner.

Premièrement, l’Ordre Royal d’Écosse ne compte qu’une seule Grande Loge, celle d’Édimbourg, et toutes les autres structures sont des Grandes Loges Provinciales. Rien de surprenant au premier abord, mais ce qui est très particulier, c’est qu’il n’y a pas de Loges particulières et que l’Ordre ne s’assemble qu’au niveau de la Grande Loge et des Grandes Loges Provinciale.

Deuxièmement, le Grand Maître héréditaire de l’Ordre est le roi d’Écosse. Le président de la Grande Loge prend donc le titre de Député Grand Maître. Bien plus, pendant les travaux de la Grande Loge, un siège vide orné d’un manteau d’hermine est placé à la droite du Député Grand Maître, pour signifier la Grande Maîtrise du roi d’Écosse. Au niveau des Grandes Loges Provinciales par contre, il y a bien un Grand Maître Provincial.

Troisièmement, les membres de l’Ordre Royal d’Écosse devaient à l’origine être Écossais ou d’ascendance écossaise. Cette exigence est aujourd’hui abandonnée.

Quatrièmement, on n’entre dans l’Ordre Royal d’Écosse uniquement par cooptation, à condition d’être Maître Maçon depuis au moins cinq ans et de professer la foi chrétienne trinitaire, ce qui exclut ainsi un certain nombre de protestants dits unitariens. Cette dernière exigence peut surprendre les francs-maçons continentaux, mais on la retrouve dans d’autres systèmes de Hauts Grades et de Side Degrees en usage dans les pays anglo-saxons. Il faut remarquer que l’Ordre Royal d’Écosse du Droit Humain anglais ne requiert aucune confession de foi trinitaire.

Cinquièmement, les Grandes Loges Provinciales disposent d’une réelle autonomie et peuvent ajouter d’autres conditions à l’admission des nouveaux membres. Dans certaines, il faut être Maître de la Marque, Arche Royale, 18° ou 32° degré du Rite Écossais Ancien Accepté, ou encore Chevalier du Temple du Rite d’York. 

Concernant les rituels, l’Ordre Royal d’Écosse compte deux degrés. Le premier, intitulé Heredom of Kilwinning, est conféré lors d’une cérémonie assez longue, avec de nombreuses instructions par demandes et réponses. Ce degré constitue une grande fresque, embrassant le symbolisme de la franc-maçonnerie symbolique, du Temple et plus généralement de l’Histoire du salut dans une perspective biblique. On y retrouve de nombreux personnages bibliques, dont la plupart apparaissent dans d’autres Hauts grades ou Side Degrees maçonniques (Noé, Moïse, Salomon, Betsalel, Cyrus, Zorobabel, Enoch, etc), mais dans une ambiance de religiosité très affirmée. Ce degré culmine avec l’évocation du sacrifice du Christ. 

Le second degré est la Chevalerie de Rose-Croix (Knighthood of the Rosy Cross), beaucoup plus bref et dépouillé que le précédent. L’essentiel de l’enseignement de l’Ordre est en effet contenu dans le premier degré, et le Chevalier n’est qu’une sorte de consécration honorifique. La cérémonie se résume à la vérification que le candidat est bien membre de l’Ordre d’Heredom de Kilwinning, à la prestation de serment, à la lecture d’une instruction et à la transmission des secrets du degré. Le mot de ce degré est le même monogramme christique que celui en usage au grade de Chevalier Rose-Croix des autres rites (Rite Écossais Ancien Accepté, Rite Français Traditionnel, RAPMM…) et atteste ainsi d’une parenté avec le Rose-Croix apparu en France vers 1760. Mais cette parenté semble néanmoins assez éloignée, tant les deux formes de rituels diffèrent.

Quand on étudie l’Ordre Royal d’Écosse, on est pris d’un sentiment à la fois de familiarité et d’étrangeté. Il s’agit bien sûr d’un Ordre maçonnique, et l’on y retrouve les éléments constitutifs des trois grades symboliques, ainsi que des allusions à de nombreux épisodes rapportés par les Hauts grades et Side Degrees des autres systèmes. Mais en même temps, l’ambiance est complètement différente, et les cérémonies, en rimes, ont un caractère incantatoire et mystique que l’on ne retrouve dans aucun autre rite maçonnique en usage aujourd’hui.

Heredom ou Harodim ?

Les termes Heredom et Harodim, dont nous avons parlé plus haut, appellent un petit excursus, car ces deux termes sont aussi connus des autres rites et systèmes de Hauts grades maçonniques. Heredom n’apparaît guère que dans des documents relatifs au grade de Chevalier Rose-Croix, où il fait généralement allusion aux usages spécifiques de l’Ordre Royal d’Écosse. C’est par exemple le cas dans le Tuileur de Vuillaume (1830).

Mais Harodim a son existence propre dans l’univers des Hauts grades maçonniques : on le retrouve particulièrement aux 7° et 8° degrés du Rite Écossais Ancien Accepté. Une légende maçonnique, tenace quoique totalement erronée, persiste à affirmer que les Harodim étaient les 3600 Intendants ou Surveillants des travaux du Temple de Salomon selon le Ier Livre des Rois. Selon la littérature maçonnique usuelle, Ha-RoDiYM signifie ceux qui gouvernent, ceux qui dirigent, ce qui est en soi exact. Mais par contre, il n’est jamais parlé de Harodim dans le Livre des Rois : les préposés à la surveillance des travaux du Temple sont dits Sārim, c’est-à-dire princes ou chefs, et I Rois 5:30 les décrit précisément comme les SāRéY HaNīTSāBiYM LiSHeLoMoH, soit les princes préposés par Salomon. Il n’est pas plus question de Harodim dans le Second Livre des Chroniques, qui présente une version plus tardive du récit de la construction du Temple : les fameux surveillants y sont nommés les Menatsim (MeNaTSeCHiM), littéralement ceux qui sont préposés (II Chroniques 2:17).

Alors d’où viennent les Harodim maçonniques ? Certainement de ce mystérieux courant que fut la franc-maçonnerie des Harodim. Mais d’où provient le terme lui-même ? Harodim vient-il de Heredom, ou Heredom vient-il de Harodim ? Voici un mystère historique que nous ne parviendrons pas à éclaircir aujourd’hui.

 

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LA FRANC-MAÇONNERIE EN ÉCOSSE EN 1717

Publié le 3 Septembre 2026 par T.D

Par George Draffen

            Quelle était la situation de la FM en Écosse en 1717, lorsque la GL d’Angleterre fut fondée dans la Cité de Westminster à Londres ?

Il est quasiment certain que les membres des 4 anciennes loges qui se réunissaient à la taverne l’Oie et le Gril pour fonder la 1ère GL au monde se composaient de « gentlemen » [hommes riches vivant de leur fortune] et d’artisans. Il est peu probable qu’il y ait eu parmi eux un maçon opératif, c-à-d un homme gagnant sa vie comme tailleur de pierre. La situation en Écosse à l’époque était très différente. En 1717 il existait au moins 20 ll. dans des régions du pays largement éloignées.

Il y avait des ll. à Édimbourg, Kilwinning, Inverness, Dundee, Sterling, Perth, Aberdeen, Glasgow et dans d’autres villes + petites à travers l’Écosse. Il ne faut pas penser, toutefois, que ces ll. étaient les équivalents écossais des 4 anciennes ll. londoniennes. Tant s’en faut, car la majorité de ces ll. écossaises actives étaient toujours composées de membres opératifs, c-à-d des hommes qui gagnaient leur vie dans le bâtiment.

D’autre part, la plupart de ces ll. Comprenaient un nombre + ou – grand de non-opératifs, c-à-d des membres n’ayant aucun rapport avec le métier de tailleur de pierre et qui avaient adhéré à la l. par curiosité ou comme membres d’honneur, ou peut-être comme protecteurs. En 1717, la FM telle que nous la connaissons aujourd’hui était encore, en Écosse, au stade transitoire. Et pourtant on va y trouver de curieuses divergences.

            La l. d’Édimbourg (Mary’s Chapel) avait admis comme membres des non-opératifs dès 1634, et la l. d’Aberdeen avait reçu quelque 12 membres de l’Université en 1670. Les non-opératifs n’y ont pris la direction que bien après 1717. Dans la l. d’Haughfoot, qui fonctionna de 1702 à 1764 (et n’a jamais pris patente auprès de la GL d’Écosse), tous les membres étaient non-opératifs.

On aurait pu s’attendre à trouver pareille l. dans un + grand centre de population, mais Haughfoot est un petit village de l’arrière-pays le + inaccessible des marches frontières entre l’Écosse et l’Angleterre. Qu’un petit village dans une région reculée de l’Écosse à l’époque ait eu une l. spéculative fonctionnant à plein régime constitue l’un des mystères de la FM écossaise des débuts.

            L’organisation du Métier en Écosse était davantage contrôlée par une autorité centrale qu’en Angleterre. Les Statuts Schaw de 1598 et 1599 mentionnaient 3 ll., à Édimbourg, Kilwinning et Stirling, qui avaient la responsabilité, sous la direction d’ensemble du Maître Maçon auprès du roi d’Écosse, de toutes les activités dans 3 régions différentes du pays.

D’après d’autres sources, il est probable que les ll. de St Andrews, Dundee, et peut-être Aberdeen, exerçaient la même responsabilité dans le nord-est du pays. En 1717, l’emploi de la pierre comme matériau de construction avait été largement remplacé par la brique en Angleterre, tout au moins pour ce qui concerne la construction des maisons. Il en résulta un déclin du Métier.

Ce n’était pas le cas en Écosse, où on, continua d’utiliser la pierre comme principal matériau de construction. Le Métier restait actif et fournissait des emplois dans l’ensemble du pays, et les ll. continuèrent de prospérer. Ceci explique dans une large mesure pourquoi les ll. écossaises restèrent en activité bien après que les ll. opératives anglaises eurent amorcé leur déclin.

            L’admission de non-opératifs dans les ll. écossaises n’a pas encore reçu d’explication. À l’époque la + ancienne, cela constituait probablement un geste envers un protecteur qui avait procuré beaucoup de travail à la l. Plus tard, cela a pu être de la curiosité ou peut-être le désir d’amateurs éclairés, collectionneurs d’antiquités [« antiquarians »] de devenir membres d’une association en danger de disparition, et ainsi de la perpétuer.

 Cette motivation existe encore de nos jours dans nombre d’anciennes corporations dans les villes d’Écosse : en effet, ces corporations qui ont survécu sont maintenant essentiellement des clubs de bonne compagnie conviviale dont les membres n’ont aucun lien avec les Métiers de ces corporations. Il est possible que pareille motivation ait entraîné les 1ers non-opératifs dans les confréries de Maçons.

Quelle qu’en soit la raison, nous ignorons toujours pourquoi ces non-opératifs ont commencé à transformer, lentement mais sûrement, une corporation opérative en société spéculative.

            En 1717 le processus consistant à transformer une l. opérative en l. spéculative était suffisamment avancé en Angleterre pour permettre la fondation de la 1ère GL – institution totalement inconnue des ll. opératives. En Écosse, ce processus n’était pas aussi avancé, et ce n’est pas avant 1736 que les non-opératifs furent assez forts pour créer la GL d’Écosse.

En 1717 les ll. opératives écossaises étaient, dans l’ensemble, encore composées de vrais artisans avec un petit nombre de non-opératifs. Les cérémonies en usage pour la réception de ces 2 types de membres étaient courtes – si le témoignage du ms des Archives d’Édimbourg, du fragment Haughfoot et du ms Kevan peut être pris comme indicateur des cérémonies pratiquées.

On ne connaissant que 2 degrés, Appr. et Comp. Dans ce cas précis, il faut comprendre que le titre de Comp. [« Fellow »] équivalait à Maître, et un Comp. était habilité à employer des appr. Il était en fait le maître de son métier. Même de nos jours le terme « Fellow » est encore utilisé dans ce sens à propos de nombreux organismes professionnels, comme le Collège Royal des Chirurgiens où être « Fellow » [membre] indique que l’on a atteint le rang le plus élevé de la profession.

Le 3e degré, tels que nous le connaissons aujourd’hui, était totalement inconnu en Écosse, et la + ancienne mention de ce terme remonte à 1728. Il était inconnu dans au moins une l. jusqu’en 1750, bien que la l. ait fonctionné depuis 1701.

            En 1717, les ll. écossaises exerçaient encore un contrôle considérable sur l’admission aux métiers du bâtiment dans chaque grande ville, ou « Burgh » [ville possédant une corporation et des privilèges accordés par une charte royale].

C’était, à certains égards, l’équivalent d’un syndicat au sens actuel. La l. encaissait les cotisations, prenait soin des veuves et des orphelins de ses membres et, par l’intermédiaire du Doyen de la Corporation, exerçait son contrôle sur le type de bâtiments construits dans l’enceinte des « burghs ».

 Sauf pour la l. de Haughfoot , les ll. écossaises en 1717 ne donnaient pas voix délibérative à leurs membres non-opératifs quant au fonctionnement de la l. Par exemple, ce n’est qu’en 1728 que la l. d’Édimbourg a élu un non-opératif à l’office de Surveillant.

            Contrairement à l’Angleterre, les ll. écossaises en 1717 ne se réunissaient pas dans des tavernes. Elles se réunissaient dans des locaux appartenant à la l., et au moins l’un des bâtiments de ces anciennes ll. existe encore et sert à ce jour de local de la l. Ce local, connu sous le nom de Chapelle de St Jean, appartient à la l. Canongate Kilwinning n° 2 et a été consacré dans la 1ère moitié du 18e siècle. C’et le local de l. le + ancien au monde, et les visiteurs actuels de cette l. ont le sentiment de se trouver dans un lieu sacré, un lieu inchangé depuis près de 250 ans. Un grand nombre d’autres locaux de l. du 17e siècle ont été démolis au nom du progrès, le local de la l. d’Édimbourg (Mary’s Chapel), construit en 1504, a été démoli en 1787.

            Les ll. écossaises ne semblent pas avoir de documents correspondant aux Anciens Devoirs qui étaient tenus en très haute estime en Angleterre. D’autre part, on trouve des copies manuscrites des Statuts Schaw et des Patentes de St Clair ainsi que des copies des Anciens Devoirs anglais, ces derniers ayant manifestement été apportés en Écosse par des FF. voyageurs.

            Le chercheur qui voudrait se plonger + avant dans l’histoire des débuts de la Maçonnerie en Écosse devrait lire l’Histoire de la l. d’Édimbourg (Mary’s Chapel) de Murray Lyon, l’Histoire de la l. Holyrood House (St Luke) de R.S. Lindsay, et l’Histoire de la Loge Mère Kilwinning de Harry [Henry] Carr. Ces 3 volumes fourniront une étude complète de la Maçonnerie écossaise depuis des 1ers jours opératifs jusqu’au début de notre siècle [je suppose qu’il s’agit du 20e siècle].

Traduction de Hubert Greven

16 Août 2002

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Les origines de la Maçonnerie Ecossaise (2ème partie)

Publié le 3 Septembre 2026 par T.D

Comme nous l’avons vu, donc, l‘Ecosse est une terre ou la pierre joue un rôle très important...

Les débuts de la maçonnerie en Ecosse

Mais, en ce qui concerne la construction, c’est essentiellement la « pierre sèche » qui, très longtemps, prévaudra. Simplement parce que c’est le type d’architecture qui lui correspondra le mieux pendant longtemps.
Il faut dire que l’Ecosse est un petit pays, d’une superficie de 77 500 m2, soit moitié moins que l’Angleterre et  7 fois plus petite que la France.

En 1300, on peut estimer la population écossaise à moins d’1 million d’habitants, 6 fois moins qu’en Angleterre et 16 fois moins qu’en France. (1)

De plus, les habitants vivent de façon assez disséminée sur le territoire. Edimbourg, la ville la plus importante dès le XIVème siècle, ne compte pas plus de 400 maisons… comme en témoigne Jean Froissard (1338-1410?) de retour de voyage en Ecosse
Les besoins architecturaux sont donc peu importants.

Et lorsque le besoin se fait sentir de construire un bâtiment d’importance, une église le plus souvent, on a recours à des maçons étrangers. Comme Nectan IV, roi des Pictes, qui en 710 fera appel à des maçons de Gaule pour construire une église « à la façon romane » (Bède).
En fait, il faudra attendre Guillaume le conquérant (1066) pour que la maçonnerie de « pierre taillée » pénètre réellement l'île Britannique.Et il faudra attendre près d’un siècle de plus pour que l’essor de la construction Anglo-Normande n’atteigne l’Ecosse.

Mais là encore, quand en 1128 David Ier voudra édifier son abbaye de Holyrood (Saint Crucifix), il enverra chercher en France et en Flandres (notez bien ces 2 pays, nous les retrouverons souvent dans notre histoire) des « right crafty masons ».

Les années qui suivront verront la domination de l’Ecosse par l’Angleterre. L’architecture, elle aussi, subira une forte influence anglaise ou plutôt anglo-normande. Ce sera le cas pour les premiers édifices écossais importants, St Rules (1130-1140) tout d’abord, puis, Durham Cathedral ( ?-1128), Dunfermline Abbey (1128-1150), Dalmeny (1128-1150), Leuchars (?-1185). Il est d’ailleurs fort probable que ces constructions aient été réalisées par les mêmes équipes de maçons, comme le montrent les relevés de marques de maçons réalisées sur les pierres de ces édifices.

Nous avons les noms de certains maçons qui ici ou là on laissé trace de leur passage, comme par exemple :
Robert le maçon qui réalisa une tombe à Melrose en 1206, Maître Richard, qui reçut des gages pour son travail à Edinbourg, Stirling et Aberdeen (ce qui montre bien l’itinérance du métier). (Fin XIIIème siècle)
Maître Peter travailla lui à Dumfries et à Wigtown. (Fin XIIIème siècle)

A partir du XIVème siècle, l’activité de ces maçons devient assez documentée pour que l’on puisse suivre d’assez près leurs activités. Et de nombreux édifices furent construits à cette époque. Eglises, abbayes, mais aussi châteaux et fortifications

Les guerres avec l’Angleterre sont alors incessantes. Malgré la reconquête du pays par William Wallace –Braveheart- (1297-1298) puis Robert the Bruce (1306-1314), puis la déclaration fameuse d’Arbroath –l’appel au pape- (1320), les affrontements ne se ralentiront qu’à la toute fin du Xvème siècle.
Ceci explique sans doute pourquoi les Ecossais se sentent aussi proches de la France, son allié depuis la « Auld Alliance », alliance qui débuta dès 1295 et qui fut renouvelée par pas moins de 20 traités jusqu’en 1558.

En ce qui concerne l’architecture, si l’influence anglaise imposée fut importante, l’influence française fut choisie et non moins importante.
On en retrouve de très nombreuses traces, surtout à partir de la fin du XIVème siècle.

Comme celle de John Morrow, (anciennement Jean Moreau) qui comme deux inscriptions sur le transept ouest de l’abbaye de Melrose nous le disent est « born in Parysse, certainly, and had in kepyng al Maysouns werk. ». Cette abbaye de Melrose est d’ailleurs très typique de ce changement de style. Commencée vers 1385 le presbytère, le transept nord et une partie de la nef sont dans un style très anglais, mais le reste de la construction s’achève dans un style très français dans les années 1425. (Il est d’ailleurs bien probable que ce même Jean Moreau, ou ses élèves soient pour partie responsables de la construction de la célèbre Rosslyn Chapel, commencée en 1446, de nombreux détails architecturaux étant communs à Melrose et à Rosslyn, mais nous en reparlerons plus tard…)

Influence française, anglaise ou encore flamande, la maçonnerie écossaise ne commencera à prendre une réelle indépendance qu’à partir du milieu du XVème siècle. C’est d’ailleurs à partir de ce moment qu’elle commencera à se structurer.

L’incorporation des métiers

Nous sommes à un moment de l’histoire où, partout en Europe, les villes et les bourg commencent à prendre une place grandissante dans le tissu social. L’Ecosse, même avec un peu de retard, n’échappe pas à ce mouvement d’urbanisation.
Cette vie urbaine va demander une structuration fort différente de celle des campagnes. Tout naturellement, les citoyens vont s’organiser, s’associer pour répondre aux nouveaux besoins de ces nouvelles communautés.

En Ecosse, comme partout d’ailleurs en Europe, le point central de la vie de chacun, c’est l’église. C’est donc tout d’abord autour de l’église que s’opèreront ces nouvelles organisations.
Deuxième point d’ancrage de la vie des hommes de cette époque : les métiers.
C’est ainsi que vont voir le jour de très nombreuses associations de métiers : Craft Guilds ou Companies ou encore Misteries (du français mestier) en Angleterre, Craft Incorporations en Ecosse.
Ces corporations vont bien sûr avoir pour objet de réguler les métiers et de faire valoir leurs droits dans la cité.
Dès lors, seuls les hommes du métier de la corporation pourront œuvrer dans les limites de la cité et donc profiter de ses avantages.
En contrepartie, la corporation garantira les bonnes pratiques de ses membres face à la cité et au « consommateur ».

Chaque corporation, petite ou grande, riche ou pauvre participe à la vie de la cité ou elle est représentée. Ces représentants composent les « bourgeois » de la cité. Et c’est dans ces « bourgeois que la cité va puiser les autorités de son gouvernement local.

Mais les activités des corporations ne se limitent pas aux seules préoccupations opératives de leurs membres.
Elles prennent aussi en charge la vie spirituelle du groupe comme de l’individu.
On a trop souvent mésestimé l’importance de cet aspect pourtant primordial des corporations. On ne peut pas comprendre ce que pouvaient représenter ces organisations si l’on ne les regarde pas avec l’œil de leur époque et de leur mentalités. Notre vision moderne nous déformant les réalités.

Il faut dire qu’à cette période de l’histoire, le spirituel est partout, étroitement mélangé à chaque action humaine fut-elle la plus matérielle. L’homme du métier de l’époque vit donc son métier dans une dimension spirituelle constante.

Autre composante à ne pas négliger, la structuration communautaire de la vie, ou le groupe est toujours plus important que l’individu. On vit dans une ekklesia (assemblée) permanente. L’église est partout dans le quotidien de l’homme.

L’organisation religieuse des métiers a été très importante en Ecosse. A Edimbourg, par exemple, chaque métier possédait son autel à St Giles Church pour honorer son saint tutélaire. Et l’on peut voir à quel point le fait religieux était présent dans le métier quand on sait que le maître de cette fraternité était indifféremment appelé « Kirkmaster », « Godman » ou « Deacon », ceci, non seulement parce qu’il s’occupait de l’autel du métier mais aussi parce qu’il assistait le « Chaplain » dans la célébration de certains offices.

Nous avons parlé de fraternité de métier, et il s’agit exactement du terme que l’on devrait employer.Tout d’abord, parce qu’il faut savoir que nombre de ces corporations sont directement issues de fraternités religieuses, devenues par nécessité du temps des fraternités de métier.

Ensuite parce que la dimension fraternelle des métiers est très importante, à travers sa fonction religieuse d’abord, mais aussi d’entraide au quotidien et de bienfaisance (d’ailleurs, un certain nombre d’Incorporations se sont perpétuées en ne conservant qu’une fonction d’organisation caritative c’est le cas de « The Incorporation of Goldsmiths (orfèvres) of the City of Edinburgh » (2) toujours en activité, ou même de mutuelle d’assurance professionnelle comme « The Royal St Crispin Benefit Society » en activité jusqu’en 1904 et descendant de l’incorporation des Cobblers (cordonniers) dont nous retrouvons trace en 1449 à Edinbourg comme dédiée à St Crispin  »

Si les incorporations se préoccupaient de l’âme des vivants, à travers la vénération des saints, l’illumination des autels et des cérémonies religieuses particulières au métier, elles se préoccupaient aussi du repos post-mortem de ces âmes à travers des services funéraires, des messes dédiées aux morts, des offrandes et aussi un secours aux veuves et aux orphelins.

Que sait-on encore de ces incorporations ?

On sait que le serment était un acte constitutif fréquent dans les métiers.
Il était de coutume qu’un maître nouvellement élu, mais aussi les surveillants ou diacres prêtent serment devant le maire de la cité.
Voici par exemple le serment que devaient prêter les Maîtres « Scriveners » (écrivains publics-notaires) en 1391, c’est en Angleterre mais cela aurait très bien pu être en Ecosse. J’ai choisi celui ci parce qu’il devrait vous rappeler quelque chose…
« Moi, N., de ma propre volonté, jure sur les saints évangiles d’être loyal dans mon office et mon métier…/… je ne transcrirai, ni ne permettrai de transcrire à quiconque s’il est en mon pouvoir et en ma connaissance, aucun acte mentionnant une date très antérieure à sa réalisation, ni très postérieure, ni un acte en blanc, ni aucun acte scéllé avant l’écriture de celui ci, ni des lettres cachetées…, ni…, ni… . Que dieu me soit en aide et tous les saints. »
La structuration de ce texte est pour le moins très proche de textes que nous connaissons aujourd’hui, mais il faut savoir que la façon de prêter serment (tout comme les châtiments d’ailleurs, mais c’est une autre histoire) encore en usage dans nos loges s’inscrit dans une tradition très ancienne du serment britannique.

On sait aussi de ces corporations qu’elles pratiquaient le secret, ce, aussi bien sur le contenu de leurs délibérations que sur les secrets du métier. On retrouve dans de nombreuses chartes de métiers « qu’aucun membre ne doit enseigner les secrets du métier à un journeyman.»
On ne connaît bien évidemment pas le détail de ces secrets, (c’est normal, ils étaient secrets), mais l’on se doute bien qu’il devait s’agir d’éléments spécifiques autres que des éléments de qualification professionnelles puisque le journeyman était employé à des tâches souvent similaires à celles d’un homme du métier. Seulement le journeyman ne possédait pas les mêmes droits (ce journeyman a d’ailleurs souvent été formé en apprentissage à la même « école » que l’homme du métier, mais pour des raisons diverses, souvent pécuniaires, il n’a pas pu « s’installer »).
Il apparaît donc évident que ces secrets servaient avant tout à se faire reconnaître comme « ayant-droit ». Quelles formes pouvaient bien prendre ces secrets, nous nous poserons sans doute longtemps la question. Mais le principe du secret de reconnaissance, est ce qui me semble le plus important.

On sait encore que ces corporations mettaient un soin tout particulier à la confection de leur décorum. Les musées écossais possèdent encore de très nombreux témoignages de l’attention que prenaient les métiers à réaliser leurs bannières, leurs mobiliers, leurs armes mais aussi ce que l’on appellerait aujourd’hui leurs décors et que l’on appelait à l’époque leur « livery » (livrée).
D’abord parce que ces liveries, très codifiées étaient représentatives de leurs origines, de leurs droits et de leurs pouvoirs.
Elles étaient éminemment signifiantes et d’ailleurs très régulées par les autorités.
On retrouve nombre de débats et de décrets donnant, retirant ou négociant le droit de porter, en public, le plus souvent, lors de parades ou de cérémonies, tel type de détail vestimentaire ou telle type de couleur.
Chaque métier arbore les symboles de son métier dont il est jaloux. Chaque officier porte les signes distinctifs de son office qui lui accorde les privilèges qui lui sont attachés.
(Citons au passage le fait que les maçons portaient leurs tabliers et que comme le mentionne Harry Carr, dès 1599, les apprentis devaient fournir une paire de gants le jour de leur entrée en loge.)

The Incorporation of  Masons and Wrights à Edimbourg

Autre élément d’importance, ces corporations, afin d’être plus représentatives et plus puissantes auprès des autorités locales se regroupaient souvent. C’est le cas des Maçons et Charpentiers à Edinbourg qui ensemble demandent et obtiennent un « Seal of cause », c’est à dire une sorte « patente » auprès des autorités de la ville.
Le 15 octobre 1475, un conseil composé du maire (mayor), des conseillers municipaux (Aldermen), du doyen de la Guilde des marchands et des diacres de tous les métiers de la ville, décernent aux Maçons et Charpentiers une charte spécifiant leurs droits et privilèges.

Cette charte se compose de deux documents dont Murray Lyon donne le texte intégral original.
Nous n’allons pas ici rentrer dans une analyse systématique de ce texte mais essayer d’en dégager quelques grandes lignes révélatrices à travers un résumé.

1/ Deux maçons et deux charpentiers assermentés seront choisis pour inspecter le travail réalisé par les hommes du métier de façon à garantir que les employeurs reçoivent un juste retour de ce qu’ils auront payé.

2/ Si un employeur est insatisfait, il pourra se plaindre auprès du diacre de la corporation et des inspecteurs. Le maire et les diacres pourront à la suite de cela décider d’amendes.

Notons tout d’abord à nouveau, le fait que les inspecteurs aient préalablement prêté serment, soulignant ainsi l’importance de celui ci dans le quotidien des hommes de cette époque (A ce sujet, je vous recommande l’opuscule lumineux de René Guilly intitulé « notes dur le serment).

3/ Tout nouvel homme du métier arrivant en ville pour réaliser ou sous traiter un travail, devra être examiné par les inspecteurs pour s’assurer de ses qualifications. Il devra alors payer un Mark d’argent pour la réparation de l’autel de St Jean

Il est intéressant de constater que nos inspecteurs doivent se livrer à une forme de « tuilage » auprès des « visiteurs ». Quelle forme prenait ce contrôle ?
On voit bien ici, aussi que les maçons avaient l’habitude de se déplacer de ville en ville, selon le travail.
D’autre part, le texte atteste clairement de la connexion du métier avec l’église. Les Maçons et Charpentiers se verront d’ailleurs assigner dans cette charte le privilège d’occuper l’aile de l’autel de Saint Jean auxquels ils se sont dédiés dans l’église collégiale de St Gilles.

4/ Aucun apprenti ne pourra être accepté pour un contrat de moins de 7 ans et il devra payer 1/2 mark a son entrée. S’il quitte son maître avant le terme et que quelqu’un le prend a son service, il devra payer 1 livre de cire (à cierge) pour l’autel…
Après que l’apprenti ait servi ses 7 ans, il sera examiné par les  inspecteurs pour déterminer s’il est apte ou non à être engagé dans le métier. S’il est approuvé, il devra payer 1 mark à l’autel pour obtenir les privilèges du métier. S’il ne satisfait pas ses examinateurs, il devra servir un maître jusqu’à ce qu’il soit jugé qualifié pour être reçu maître et fait « bourgeois » (burguesscitizen) et homme du métier.

On voit bien ici que l’homme du métier n’a rien d’un prolétaire, tel qu’on pourrait l’imaginer aujourd’hui. C’est un bourgeois, un chef d’entreprise. S’il n’a pas réussi son apprentissage, il deviendra sans doute ouvrier, cowan. Il peut aussi renoncer à la maîtrise ou ne pas y être accepté, il deviendra alors journeyman, louant ses services chez un maître, à la tâche et là où se présente le travail. Il n’aura alors pas droit aux privilèges de l’homme du métier, mais n’en aura pas non plus les obligations.

5/ Concerne les dissensions entre les hommes du métier et punitions.

La corporation est un corps auto-gouverné, régulé selon des règles communes prévues dans le Seal of cause.

6/ Les deux métiers auront leur place dans toutes les processions publiques, comme dans la ville de Bruges et les pareillement bonnes villes.

On voit ici la confirmation de l’influence des pays continentaux comme les Flandres, pris comme références dans le métier, ainsi que nous en parlions plus haut. (A ce moment, la Ligue Hanséatique est au faîte de sa puissance commerciale)

Si un homme du métier venait à décéder sans laisser de quoi assurer de bonnes funérailles, les deux métiers devront lui assurer un enterrement décent à leurs frais, comme il est dû à un frère du métier.

Confirmation ici aussi, de la préoccupation des corporations pour les âmes de leurs « frères » du métier.

7/ Ou il est question du pouvoir donné à la corporation d’adopter d’autres règlement pour le bien de la communauté….

The Incorporation of  Masons and Wrights à Edinbourg  regroupe donc sous la même bannière deux corps de métiers différents : les  Maçons et Charpentiers.On peut donc se poser légitimement la question du secret des métiers, puisque les deux métiers se réunissaient ensemble sans pour autant posséder le même type de qualification et fort vraisemblablement pas non plus les mêmes moyens de reconnaissance.
En fait, et le point est très important à souligner, derrière la corporation, « façade » représentative pour la cité, le métier conservait son organisation propre et totalement indépendante et « réservée aux seuls membres». Cette organisation préexistait le plus souvent aux incorporations, perdurait pendant l’incorporation et continuait même à exister sans elle.
On retrouvera d’ailleurs cette double organisation pour les Maçons tout au long du XVIIème siècle, après même les Statuts Schaw.

Alors bien sûr, il est beaucoup plus difficile d’avoir des éléments sur ce qu’il se passait dans la « loge », puisque c’est ainsi que se dénommait, cette structure réservée au métier.
On ne saura sans doute jamais grand chose sur ce qui s’y  passait réellement.
Bien sûr, nous avons ici et là quelques mentions attestant des loges de Maçons mais elles ne sont qu’anecdotiques.
Le 27 juin 1483, par exemple, où, à Aberdeen, « six masownys of the ludge » sont pris à la faute et l’un d’entre eux sera même « excludit of the ludge »
Ou comme en 1491 à Edinbourg ou les statuts de la ville fixent les horaires de travail des maçons (5h à 8h, 8h30 à 11h, 1h à 4h et 4h30 à 7h en été et du lever à la tombée du jour en hiver) et où l’on spécifie que les maçons peuvent « gett a recreatioun in the commoun luge ».

Mais il faudra attendre 1598, que William Schaw demande aux loges de réaliser des comptes rendus de loges pour enfin commencer à disposer d’éléments fiables (nous en reparlerons lors des tenues à venir).
En tous les cas, le fait que Schaw demande aux loges de faire des comptes rendus, veut bien dire qu’il n’était pas de coutume d’en faire avant. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi ils en auraient fait. La tradition était orale, le secret était de rigueur, le papier était cher, tout le monde ne savait pas écrire…

Résumons nous.

Nous avons donc affaire à des Maçons de métier organisés en fraternité, qui pratiquent la bienfaisance, dont les préoccupations religieuses, spirituelles et spéculatives sont partout présentes. Des Maçons en décors qui prêtent serment, qui réalisent des cérémonies, qui examinent les « visiteurs » et qui cachent leurs secrets. 

Ca vous fait penser à quoi ?

A ce moment de nos travaux, je voudrais « tordre le cou » à un parti-pris « bien-pensant » concernant l’histoire des origines de la Franc-maçonnerie.
Il s’agit de la dichotomie « spéculatif » / « opératif » que l’on retrouve aujourd’hui un peu partout et qui pour le moins constitue un abus de langage.
Brièvement, elle consiste à dire que les loges d’après 1717 seraient des loges spéculatives, ce qui est vrai (mais pas tout a fait, puisque un certain nombre de Loges Ecossaises ont continué à être « opératives » bien après 1717).
Par opposition, les loges d’avant 1717 seraient « opératives », ce qui est vrai, là aussi. Mais le problème est que l’on pourrait comprendre qu’elles ne seraient QUE « opératives ». Ce qui revient à nier la dimension spéculative des opératifs. Ce qui, on l’a vu, serait une erreur absolue.

Il est tout de même un peu fort d’assister ainsi à un retournement de la réalité. Le moderne, toujours auto-persuadé de sa supériorité sur l’ancien en vient même à s’auto-proclamer spéculatif/contemplatif (spéculatif, de speculum, miroir) alors qu’il a hissé le matériel au rang de valeur principale. Il relègue du même coup l’ancien à de seules capacités opératives alors qu’il vivait une spiritualité au quotidien. Nous serions des penseurs et nos prédécesseurs, des ouvriers.

L’erreur peut être grave de conséquences et n’est souvent pas innocente. Elle permet de réfuter comme « ancêtre potentiel », sans discussion,  tout ce qui est opératif et surtout, il faut bien le dire tout ce qui n’est pas d’ascendance anglaise.

Je pense qu’il faut ouvrir nos esprits et avec rigueur considérer que l’histoire est toujours à la fois complexe et multiple. Tous ceux qui ont voulu réduire l’histoire à une théorie simple se sont toujours trompés. L’histoire maçonnique ne fait pas exception.

Mardi dernier, il y avait une initiation à Goodwill n°17. Pour une fois, je n’ai pas eu à jouer les dépanneurs en prenant un office à la volée. J’ai donc pu pour la première fois depuis assez longtemps assister à une tenue en spectateur attentif. J’ai essayé (pour autant que je le puisse) de me mettre dans la peau d’un maçon du XVème siècle qui assisterait à cette cérémonie.
Tout compte fait, j’ai trouvé cette cérémonie, malgré toutes les transformations et les évolutions qu’elle a pu connaître, bien plus anachronique dans notre temps que dans celui d’un maçon du XVème siècle.

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