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Publié le 30 Septembre 2026 par T.D
L’apprenti garde le silence pour observer, intégrer, comprendre. Vient ensuite le temps où il prend la parole, au grade de compagnon. Cette étape que je m’apprête à franchir, si j’en suis jugée digne, n’est pas sans m’inquiéter.
Une illustration en noir et blanc représentant un vieil homme assis à un bureau, penché sur un parchemin. Il porte une tenue traditionnelle avec une coiffe et semble écrire ou dessiner avec un pinceau. Le bureau est en bois et contient plusieurs rouleaux de parchemin. Sous le bureau, il y a un chat endormi. L'arrière-plan montre un mur avec des motifs décoratifs. L'atmosphère générale de l'image est paisible et concentrée.
Alors même que je pose ces mots je me rends compte qu’il me faudrait sans doute comprendre pourquoi cette inquiétude, alors que ma vie est un constant va-et-vient entre le silence et la parole. Qui sait, peut-être que la rédaction de cette planche me permettra en filigrane d’analyser mon rapport profond à l’écriture et au partage des mots ? Il n’est pas question de prendre ce temple pour un divan de psy. Je m’en tiendrai à mon sujet : l’écriture comme outil d’introspection.
L’introspection est elle-même une méthode de connaissance et de perfectionnement de soi, de maîtrise, de transformation de notre rapport au monde : or, n’est-ce pas ce que nous venons chercher en franc-maçonnerie ? L’écriture comme outil d’introspection est un processus qui débute avant même que la plume ait touché le papier. Il commence lorsque la matière spirituelle au sens de l’esprit se rassemble et que les pensées s’ordonnent ; il se poursuit lorsque la main son alliée formalise l’idée, qu’elle la rend tangible. J’aime ce moment magnifique, suspendu, cet entre-deux, qui voit le travail intellectuel et manuel s’épouser dans une valse où l’harmonie des deux est nécessaire pour rendre la danse juste et parfaite. L’idée est là, retranscrite, mais cerveau et main interagissent avec ferveur pour biffer, tailler, raboter, révéler.
Le symbole de la main
Certes, la franc-maçonnerie repose sur une tradition orale, pour préserver ses secrets. « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne puis qu’épeler… » Pardonnez-moi cette planche écrite ET lue, dans laquelle je tenterai d’évoquer le lien entre écriture et franc-maçonnerie ainsi que ce que j’ai vécu dans le cabinet de réflexion, où se déroule pour le profane la première expérience d’écriture maçonnique.
Je ne suis pas venue à la franc-maçonnerie par les écrivains, mais par le symbole de la main, ce qui me fait penser tout de même qu’il y a un lien, car qui mieux que la main écrit ?
Une bague en platine de ma mère m’intriguait depuis le plus jeune âge : l’anneau était un entrelacs de symboles de l’infini et il était orné de deux mains serrées. Elle me confia qu’il s’agissait d’une bague maçonnique. Lorsque j’ai commencé à réfléchir à mon sujet de planche, j’avais d’ailleurs envie d’écrire sur la chaîne d’union, symbole incarné dans ce moment si particulier où nos mains se joignent et où j’ai eu la grande surprise de ressentir, lors de ma première tenue, une chaleur me traverser - je ne savais pas encore que ceci portait un nom mystérieux, un peu magique, à la mélodie pourtant rocailleuse : ÉGRÉGORE. Une sensation proche de celle qu’on éprouve lorsqu’on se dépasse physiquement ou intellectuellement, quand on franchit l’étape où l’effort est si douloureux que l’abandon menace, mais que l’on terrasse sa fatigue. Des ailes poussent. Et personnellement, je me dépasse… grâce à l’écriture. Pour moi, l’écriture était jusqu’à présent « un acte d’amour » (Cocteau). Si bien sûr, j’ai toujours pensé que l’écriture était un moment d’introspection, je ne la considérais pas comme un outil.
L’épreuve de la Terre
Ce qui m’amène au cabinet de réflexion, où se déroule, comme dit plus haut, la première expérience d’écriture maçonnique. Je n’en avais pas conscience : nous vivions déjà mes jumeaux et moi notre première épreuve d’initiation, dans les entrailles du monde. Athanor. La grotte depuis laquelle on perçoit de la lumière et des ombres. L’épreuve de la Terre.
Dans le cabinet de réflexion, à la faible lueur de la bougie, il s’agit d’écrire son Testament philosophique. De combien de minutes dispose-t-on ? Pourquoi ce pain et ce crâne, est-on dans un cabinet de punition ? Testament philosophique : le mot est inquiétant. À quoi servira-t-il ? Par qui sera-t-il lu ? Mais s’annonce bientôt la nécessité de dépasser l’appréhension du Temps et du jugement. Les lettres inscrites sur le mur, « Vitriol »», revêtent une autre dimension. Et se produit un déclic. On écrit bel et bien ce Testament parce que désormais, la vie de maçon sera une histoire de dépassement entre soi et soi-même. « Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée », ou encore « Connais-toi toi-même »» : c’est le début d’une aventure qui peut ne pas finir.
Sincérité et honnêteté
Après avoir paniqué, j’ai aimé cet instant qui contient en lui la suite. Cet instant où j’ai pensé qu’il fallait être sincère, parce que je n’avais pas de réponse particulièrement brillante à apporter aux questions. Que si mes réponses ne convenaient pas, ce ne serait pas grave ! Car ce qui importait, c’était mon honnêteté. Je crois que mon écriture en particulier, et mon rapport aux autres en général, a beaucoup gagné en simplicité depuis lors. Le devoir de plaire s’efface devant celui d’être sincère. L’artifice n’est plus de mise. L’écriture dans le cabinet fait émerger une conscience plus aiguë de notre finitude et de cet ego qui nous joue souvent des tours. L’expérience de l’écriture maçonnique ne s’arrête pas là : pensons à l’alphabet maçonnique, qui nous apprend à regarder l’écrit avec un troisième œil ; aux symboles du tapis de loge que nous reproduisons pour les fixer dans notre mémoire. Pensons aussi à cet art difficile et exigeant qui consiste à être secrétaire, rouage essentiel de la loge. Écrire fixe la mémoire et permet d’échanger, comme le prouvent ces planches que les frères et sœurs rédigent avec passion pour discuter de sujets nobles.
Ai-je besoin de vous redire mon grand amour pour l’écriture manuscrite ? Le manuscrit a ceci d’émouvant qu’il montre le fameux work in progress, les doutes, hésitations, corrections, l’agacement, l’envolée joyeuse (plus rare). Le maçon travaille à son édifice, il le construit patiemment, le déconstruit aussi, se décourage, mais n’abandonne pas.
Les écrivains maçons
Ce qui m’amène à évoquer, pour finir, les écrivains maçons. Je ne parlerai pas de Voltaire. Mais de ces frères qui, parce qu’ils ont vécu l’initiation, ont produit des textes de grande importance sur les plans humain, sociétal et symbolique.
Rudyard Kipling, Nobel de littérature en 1907, initié très jeune en 1895, est l’un de ceux qui a merveilleusement écrit sur ces trois plans. Il est l’auteur du célèbre « If » adressé à son fils, ou encore du Livre de la Jungle où Mowgli est ce petit animal humain qui devient homme dans l’épreuve et grâce à la maîtrise du feu ; auteur aussi du poème « La Loge mère », qui célèbre les vertus d’une maçonnerie rassemblant des êtres de tous milieux, couleurs et croyances. « L’ensemble du travail de Kipling est traversé par les idées maçonniques. Son œuvre évolue en permanence au cours de sa réflexion initiatique », indique le livre Les Grands textes de la franc-maçonnerie décryptés .
Citons encore Choderlos de Laclos, favorable à l’initiation et à l’instruction des femmes, et qui clame en 1777 lors de l’inauguration d’une loge d’adoption : « Vous verrez des femmes qui savent obéir, travailler et se taire. » MMTTCCSS, rions, écrivons et ne nous taisons que lorsque nous sommes apprenties.
Quatre épreuves symboliques
La composition de cette planche est un cheminement qui me rappelle au fond les 4 épreuves symboliques qui conduisent le profane à la lumière. L’épreuve de la Terre : il s’agit du magma d’idées et des brouillons ayant conduit à ce que je vous livre. L’épreuve de l’Air, volatile et turbulente, celle des doutes : il s’agit de l’esprit critique, parfois dur, mais dont l’objectif est de souffler sur les scories pour garder l’essentiel. L’épreuve de l’Eau : voilà l’apaisement, et le texte paraît plus fluide. On pense avoir trouvé le mot juste plutôt que le mot beau — les deux ne sont pas incompatibles. Enfin l’épreuve du Feu : elle détruit, mais c’est pour mieux renaître. Elle éclaire et consume. C’est le regard de l’autre sur soi. C’est le regard du frère qui accueille l’initié ou écoute son premier morceau d’architecture. Ce que je vis maintenant, sous vos yeux.
Jane Ross
Publié le 30 Septembre 2026 par T.D
Comme vous le savez, le temps est un concept purement humain, et par là tout relatif. Hier donc, on me fit pénétrer dans un réduit noir, éclairé s'une seule lumière flageolante, parce que je prétendais être digne de devenir M\. Aujourd'hui, on me re-pose les mêmes trois questions qui ont été mon premier contact avec ce que je savais pas encore être un Ordre -au sens chevaleresque du terme-, et auxquelles j'ai alors répondu de façon purement spontanée, ne serait-ce que parce, avant même d'être ni nu ni vêtu, il me fallait mettre à nu mon intimité. Et quelle question plus intime dans notre monde actuel que celle de sa foi ? Depuis, j'ai au moins appris au contact de mes FF à me débarrasser de ces fausses pudeurs : Tout ce que je dirai ce soir est personnel, subjectif, non livresque, même si ma gestation depuis ces premiers temps m'a amené à relire, mais d'un autre oeil, des textes sacrés depuis longtemps délaissés.
Rappelons ces 3 questions que nous avons tous méditées dans les mêmes conditions:
1) Quelle est votre croyance sur l'existence d'un Dieu créateur et principe unique de toute chose; sur la Providence et sur l'immortalité de l'âme humaine; et que pensez vous de la religion chrétienne?
2) Quelle idée vous êtes vous formée de la vertu considérée dans ses rapports avec Dieu et avec la religion, avec vous même et avec vos semblables?
3) Quelle est votre opinion sur les vrais besoins des hommes, et en quoi croyez vous que vous puissiez leur être le plus utile? Honnêtement, je n'ai aucune souvenance de mes 1ères réponses, faites dans l'émotion de l'instant. J'avais à l'époque la foi dite du charbonnier, héritée de mes parents, aveugle et sans question...
J'ai, depuis, et au travers de mon cheminement d'éternel apprenti, entrepris une démarche dont je ne sais où elle me mènera, mais dont j'ai l'intuition profonde qu'elle vise essentiellement à me faire recouvrer une dimension spirituelle oubliée sous le poids du monde profane.
A défaut de réponse définitive, cette lente maturation m'amène à des questions, et d'abord celle-ci: répondrais-je aujourd'hui de la même façon à ces 3 questions de la chambre de préparation?
J'aurais pu m'inspirer de notre Rituel d'Apprenti, qui contient toutes les réponses, mais, je vous l'ai dit, à question personnelle, réponse personnelle...Aussi me permettrez vous, V\M\, une première audace: ces 3 questions se résument pour moi en une seule -tout comme Dieu est unique dans la Trinité- tant je suis désormais convaincu qu'il ne peut y avoir de vraie foi sans vraie vertu et sans conscience active de la vraie nature de l'homme, donc de ses vrais besoins.
La réponse revient donc à une quête de la Vérité, et c'est peut-être là que se situe l'essence de la voie initiatique. Comme le résume si bien l'Article 1 de notre règle: "La F\M\ est une fraternité initiatique, qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, G.A.D.L.U., et en Sa volonté révélée". Dès lors, tout s'enchaîne: la présence du Livre de la Loi sur l'autel du V\M\, que, nous dit notre catéchisme, "tout F\M\ doit méditer", et sur laquelle se fondent l'équerre, le compas et le pouvoir du V\M\, symbolisé par son épée posée; l'engagement du nouvel apprenti sur ce même Livre, qui matérialise, en tant que fidèle de la Tradition, son adhésion aux règles qu'Il prescrit; mais, plus encore, son adhésion aux enseignements, mythes, voire mots, qui, dans le Livre, superposent à l'usage fondamentalement religieux, un usage maçonnique qui, peut-être, le dépasse, sans pour autant le transcender. Le serment maçonnique est donc conscience de la religion exotérique, mais aussi pénétration ésotérique des significations du Livre.
Dans notre R.E.R., l'ouverture -l'"introït" - se fait au 1er verset de l'Evangile de St Jean, "patron" de l'église intérieure, qui, dès sa première parole, révolutionne la Genèse hébraïque et ouvre le cherchant sur l'Univers. Dès lors, nul étonnement devant l'ancienneté du serment sur St Jean, depuis les premiers temps du Christianisme tels que rapportés par St Augustin, en passant par le serment des empereurs germaniques ou par les alchimistes, pour qui, dès la "Légende dorée" du XIIIème siècle, "Jean a changé en or les branches d'arbres des forêts", l'or de ce Grand Oeuvre étant, bien entendu, d'ordre spirituel.
Mais si, on le sait, notre rituel est, de par ses origines, d'essence catholique; certains régimes adjoignent à la Bible d'autres volumes de la Sainte Loi, lorsqu'il y a en Loge des F.F. de confessions différentes, comme pour souligner, s'il en était besoin, la vertu maçonnique de tolérance dans la reconnaissance de toutes les traditions et de leur unité transcendante, pourvu qu'il n'y ait ni agnosticisme, ni indifférence. Seule en effet la compréhension de l' unité transcendante permet de concilier le respect des formes et des voies, l'acceptation de leurs différences et leur dépassement dans la non-dualité, donc la prétention, justifiée, de notre Ordre à l'universalité (sens étymologiques, d'ailleurs, de "catholique").
Dans la même voie des rappels historiques signifiants, la G\L\ des Anciens d'Angleterre, dont on connaît la rigueur chrétienne, notamment dans l'observance des fêtes de St Jean, ouvrait pourtant ses travaux à la 2ème épître de Pierre, que je résume: "Que la grâce soit multipliée par la connaissance de Dieu et de Jésus! Par elle nous possédons les plus grandes promesses, afin que vous deveniez participants de la nature divine. Faites donc tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, et à l'amour la charité". Outre un fascinant énoncé des vertus cardinales -ou maçonniques-, on y trouve une véritable promesse initiatique: participer à la nature divine, plus forte encore dans le texte original latin, où le mot "consortes" implique une véritable fusion. Comme le dit encore St Jean (10,34): "Vous êtes des dieux", ou St Anathase d'Alexandrie au IVème siècle:"Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne Dieu"...
Ainsi inspirés, nos "Pères fondateurs" ( Saint-Martin, Willermoz, Turckheim...) fixeront, dans la Règle des Loges Réunies et Rectifiées entérinée à Wilhemsbad, comme but à l'initiation maçonnique de recouvrer "la ressemblance divine" pour pénétrer "dans les régions supérieures qui sont l'héritage et la vraie patrie" du Maçon, afin "d'être réuni à jamais" à Dieu. C'est ce que la doctrine patristique nomme la "déification", qui est au cœur de la mystique orthodoxe; mais à l'usage religieux, la voie initiatique joint, pour atteindre ce but ultime, une pratique qui le dépasse, je l'ai déjà dit, sans le contredire.
Parmi les vertus qui sont -ou devraient être- partie intégrante de ce processus, il en est certaines qui dépassent aussi le cadre strictement religieux :
Ainsi du silence, prescrit non seulement aux apprentis, mais par le V\M\,"au nom de l'Ordre, à tous les ouvriers", comme condition de l'attention, au travail d'abord, mais aussi et surtout à la découverte progressive de Dieu en nous, dont, après le prophète Isaïe, après St Luc (17,21), pour qui il "est la condition de la découverte du royaume de Dieu", puis bien d'autres, les Trappistes ont fait leur règle...Cet "Ordre des Cisterciens Réformés de la Stricte Observance" va jusqu'à ne s'autoriser qu'une parole, mais quotidienne: "Frère, nous devons mourir". Car notre statut de mortel est la condition, la promesse ultime, de renaissance en Dieu, de rencontre avec notre âme immortelle; condition qui semble être le propre de tout rituel initiatique, rappel de toute étape sur la voie, comme le symbolise déjà notre propre rituel de réception, dès l'accès à la chambre de préparation.
Ainsi de l'Amour, qui situe l'homme-Dieu auprès du Christ, "intercesseur", comme le dit Martinez de Pasqually dans un titre qui en dit long ("Tableau Naturel des Rapports qui existent en Dieu, l'Homme et l'Univers", 1782), dans la réintégration de l'homme en son état originel d'"image immortelle de Dieu", mais qui le situe aussi auprès de ses semblables, dimension qu'apportent Willermoz et Turckheim, en assignant comme but actif à l'Ordre au Convent des Gaules (1778), à partir de l'égregor de forces individuelles qui le composent, de "former un dépôt de lumières et de bienfaits": les "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte" dispensent leurs lumières par la connaissance de soi, premier "bienfait", qui mène à la "contemplation auguste de la Vérité", et par la pratique de la charité, dans tous ses sens, matériels et spirituels. Comme le disait encore Willermoz à Wilhemsbad, "la 1ère classe a pour unique but l'étude et la pratique des vertus morales, sociales, religieuses et patriotiques, et d'une bienfaisance active qui la rende utile à l'Ordre et à l'humanité". Là encore, le fondement de la vertu se trouve dans les Saintes Ecritures: rapportée par St Luc (10,25-37), la parabole du bon Samaritain en est l'exemple type. A la parole de Jésus "Tu aimeras ton prochain comme toi même" répond la question "Qui est mon prochain?". La réponse de Jésus est, dans le contexte quasiment tribal de l'époque, scandaleuse, et pourtant imparable: c'est le Samaritain, ethnie honnie des Juifs pieux, mais "qui a fait preuve de bonté". Pour nous, Maçons, dont la fraternité a pour dimension l'universalité, le message est bien celui de l'amour, qui abat les frontières entre les hommes, pourvu qu'il s'identifie à l'amour de Dieu. Et si, dans le texte sacré original, aimer et connaître sont un seul et même verbe, travailler à la gloire du G.A.D.L.U., c'est à la fois le connaître, se connaître soi-même, l'aimer, et aimer son prochain comme soi-même. J'allais presque dire: et la boucle est bouclée...
Pour revenir à mon propos initial, c'est ainsi que je répondrais aujourd'hui, V\M\, à la question - que je pense avoir été scindée en trois pour des raisons symboliques - posée au candidat maçon dans la chambre de préparation, autre appellation symbolique puisque d'origine hermétiste, voire alchimique. C'est par cette méditation forcée que commence notre "grand oeuvre", quête longue et difficile, tout comme celle du Saint Graal ou plus encore, de la Jérusalem céleste chère à notre tradition chevaleresque et johannique. La réponse à cette question de Dieu, de Dieu fait homme, de Dieu en l'homme, indissociable de la vertu, est plus qu'un besoin: c'est la quête même du sens de notre existence, notre raison d'être en Maçonnerie, tant il est vrai que chercher Dieu, au travers du concept universel de G.A.D.L.U., c'est trouver l'homme.
Merci, V\M\, de m'avoir donné les outils de cherchant, désormais persévérant, avec un infime rayon de lumière. Vous avez ainsi répondu vous-même à la 3ème question.
J'ai dit, V\M\
Publié le 29 Septembre 2026 par T.D
Dans le cabinet de réflexion, on vous demandera d'écrire quelques lignes sur ce que vous croyez devoir à vous-même, aux autres, au monde, et sur ce qui vous amène. C'est le testament philosophique. Il n'y a pas de bonne réponse : seulement une réponse sincère. Voici ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant.
En bref
Si vous lisez ceci, c’est peut-être que votre initiation approche, et que ce mot vous trouble : testament. On vous a prévenu qu’il faudrait écrire, seul, dans une petite pièce sombre. Vous cherchez ce qu’il faut mettre. J’ai cherché aussi, à l’époque. Voici ce que j’aurais aimé lire.
Qu’est-ce que le testament philosophique ?
C’est un texte de quelques lignes, parfois d’une page, que le candidat à l’initiation écrit dans le cabinet de reflexion juste avant d’entrer en loge. On l’appelle testament parce que l’initiation raconte une mort et une naissance : celui qui écrit va quitter, symboliquement, sa vie d’avant. Il laisse donc ses dernières volontés. Pas sur ses biens, sur ses idées.
Le mot fait peur. Il ne devrait pas. Personne ne vous demande de résumer votre vie.
Quelles questions vous posera-t-on ?
Elles changent d’un rite à l’autre, et parfois d’une loge à l’autre. Les formulations publiées dans les ouvrages et la presse maçonnique tournent autour de quelques thèmes :
Vous découvrirez les vôtres sur la feuille. Inutile de les deviner, et inutile de préparer vos réponses : ce n’est pas un examen.
Des livres, des feuillets écrits à la main, un crâne et un sablier : bien avant les loges, les peintres de vanités mettaient déjà l’écriture face au temps. Evert Collier, Vanité, nature morte aux livres, manuscrits et crâne, 1663, Musée national de l’art occidental, Tokyo (domaine public).
Que faut-il écrire ?
Ce que vous pensez, ce soir-là. Trois conseils, pas davantage.
Faites court. Quelques phrases par question suffisent. Le temps est compté, un sablier est posé sur la table pour vous le rappeler, et un texte bref et juste pèse plus qu’un long.
Dites vrai. Si vous doutez, écrivez que vous doutez. Si une question vous laisse sans réponse, dites-le. « Je ne sais pas encore » est une réponse honnête, et c’est peut-être la plus maçonnique de toutes : on n’entre pas en loge parce qu’on a trouvé, mais parce qu’on cherche.
Ne cherchez pas l’effet. Personne ne notera votre style. La loge qui vous écoutera ne cherche pas un orateur, elle cherche à savoir qui entre.
Pour ma part, j’avais redouté la feuille blanche. Elle ne l’est pas restée longtemps. J’ai écrit presque d’un trait, avec le sentiment étrange d’être inspiré, presque content de moi. Et l’on est venu me chercher à l’instant précis où je posais le stylo. Je raconte ce moment seul dans le cabinet de reflexion Avec le recul, je crois que ce qui venait si facilement, c’était moins une pensée qu’un état : celui de quelqu’un qui accepte enfin de se poser des questions.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Les modèles. On trouve en ligne des testaments « types », parfois vendus. Ne les apprenez pas. D’abord parce que vous écrirez sur place, sans vos notes. Ensuite parce qu’un texte emprunté s’entend : la loge a écouté beaucoup de testaments, elle reconnaît très bien celui qui récite.
Le sermon. Ce n’est pas le lieu de défendre une cause ou d’annoncer un programme. On vous demande ce que vous croyez devoir, pas ce que les autres devraient faire.
La dissertation. Pas d’introduction, pas de plan en trois parties, pas de citations pour faire savant. Vous n’avez rien à prouver.
La peur de mal faire. On ne rate pas un testament philosophique. Le seul texte raté serait un texte faux.
Que devient le testament ?
Il est lu devant la loge pendant la cérémonie. C’est un moment singulier : vos mots, dits par une autre voix, devant des gens que vous ne voyez pas encore.
Ensuite, les usages varient. Selon les rites et les loges, le testament est conservé, rendu au nouvel initié, ou brûlé, ses cendres lui étant parfois remises en souvenir. Qu’on puisse le relire ou non, on n’oublie guère ce qu’on y a mis.
Je ne suis plus tout à fait d’accord avec ce que j’affirmais ce soir-là. C’est plutôt bon signe. Si la franc-maçonnerie m’a appris quelque chose, c’est qu’on peut trancher une question et accepter, plus tard, de la trancher autrement.
Et vous ?
Si l’on vous tendait la feuille ce soir, que vous resterait-il à dire ? Qu’est-ce que vous croyez devoir, et à qui ? Et de toutes vos certitudes, lesquelles accepteriez-vous de voir brûler ?
Publié le 29 Septembre 2026 par T.D
Par la Rédaction
Le testament philosophique est, en Franc-maçonnerie, un écrit personnel rédigé par le candidat à l’initiation, généralement dans le cabinet de réflexion. Il prend la forme d’une déclaration morale et philosophique dans laquelle le profane consigne ses dernières volontés symboliques avant de « mourir » à la vie profane.
Cet acte, profondément introspectif, constitue une étape marquante du processus initiatique. Il engage le candidat dans une réflexion sur lui-même, sur ses valeurs et sur le sens qu’il souhaite donner à son existence.
Contexte initiatique
Le testament philosophique s’inscrit dans le cadre du passage du monde profane à l’univers de la Franc-maçonnerie. Il est rédigé dans le cabinet de réflexion (lieu clos, sombre et chargé de symboles), qui favorise l’isolement et la méditation.
Ce moment est souvent vécu comme une confrontation avec soi-même. Le candidat, placé face à des symboles évoquant la mort et le temps (crâne, sablier, maximes), est invité à se détacher de ses certitudes et à interroger le sens de sa vie.
Le testament devient ainsi une préparation à la transformation initiatique.
Nature du texte
Le testament philosophique n’est pas un document juridique, mais un texte symbolique. Il ne concerne pas des biens matériels, mais des valeurs, des intentions et des engagements.
Le candidat peut y exprimer ses convictions, ses doutes, ses aspirations et ses regrets. Il peut également y formuler des principes qu’il souhaite suivre ou transmettre.
Ce texte est libre dans sa forme et dans son contenu. Il reflète la singularité de celui qui l’écrit, tout en s’inscrivant dans une démarche universelle de questionnement.
Le testament philosophique est étroitement lié à l’idée de mort symbolique. En rédigeant ses « dernières volontés », le candidat accepte de laisser derrière lui son ancienne identité.
Cette mort n’est pas une disparition, mais une transformation. Elle marque la fin d’un état et l’ouverture vers une nouvelle compréhension de soi et du monde.
Le testament devient ainsi un acte de renoncement et de passage. Il prépare le candidat à renaître sous une forme nouvelle, enrichie par l’initiation.
Fonction introspective
L’écriture du testament philosophique est un exercice d’introspection profonde. Elle oblige le candidat à se poser des questions essentielles : qui suis-je ? que veux-je devenir ? quels sont mes principes ?
Ce travail d’écriture favorise une prise de conscience. Il met en lumière les contradictions, les aspirations et les zones d’ombre.
Le testament agit comme un miroir intérieur, révélant des aspects souvent ignorés ou négligés.
Dimension éthique
Le testament philosophique possède une forte dimension éthique. Il invite le candidat à réfléchir à ses valeurs et à sa responsabilité.
En formulant ses « dernières volontés », il s’engage symboliquement envers lui-même. Il définit des repères qui pourront guider son cheminement futur.
Cette démarche s’inscrit dans l’idéal maçonnique de perfectionnement moral.
Rapport au temps
Le testament philosophique introduit une réflexion sur le temps. Il place le candidat dans une situation où il doit envisager la finitude de son existence.
Cette projection vers la fin permet de donner un sens au présent. Elle invite à hiérarchiser les priorités et à distinguer l’essentiel de l’accessoire.
Le temps devient ainsi un élément structurant de la réflexion.
Secret et transmission
Le testament philosophique est généralement un texte personnel, qui peut être conservé ou détruit selon les pratiques des loges. Il n’est pas nécessairement destiné à être partagé.
Cependant, il possède une dimension de transmission symbolique. Même s’il reste secret, il participe à une tradition initiatique, transmise de génération en génération.
Il s’inscrit dans une chaîne de réflexion et de transformation.
Prolongements initiatiques
Le testament philosophique ne s’arrête pas à l’instant de son écriture. Il peut accompagner le Franc-maçon tout au long de son parcours.
Les idées, les engagements et les questionnements qu’il contient peuvent être revisités, approfondis et transformés avec le temps.
Il devient ainsi un point de référence, un jalon dans le cheminement initiatique.
Portée symbolique
Le testament philosophique incarne l’un des moments les plus intimes et les plus forts de l’entrée en Franc-maçonnerie. Il marque le passage d’un état à un autre, dans une démarche consciente et volontaire.
Il rappelle que l’initiation commence par une remise en question de soi, une capacité à se dépouiller pour mieux se reconstruire.
Ainsi, le testament philosophique apparaît comme un acte fondateur, à la fois personnel et universel, au cœur de l’expérience initiatique des Francs-maçons.
450fm
Publié le 28 Septembre 2026 par T.D
Le supplice des mauvais compagnons : en quoi consiste-t-il ? Comment l’interpréter ? Voici une planche au 10ème degré REAA.
Après avoir été découverts dans la carrière, les deux assassins d’Hiram sont enchainés l’un à l’autre et chargés de fers sur lesquels sont gravés l’énoncé de leurs crimes et leur châtiment à venir.
Le rituel décrit ensuite :
Ils furent conduits devant Salomon qui leur reprocha leur crime odieux, ordonna qu’ils soient enfermés dans la Tour d’Achizar jusqu’au jour où ils devaient être exécutés dans les tourments les plus atroces en proportion de leurs forfaits. Un matin, à la dixième heure, ils furent attachés à deux pieux par le cou, la ceinture et les pieds, les bras liés derrière le dos. Le bourreau les ouvrit depuis la poitrine jusqu’ à l’os du pubis. Ils demeurèrent ainsi pendant huit heures, les mouches et les insectes venant se repaître de leurs entrailles. Leurs gémissements et leurs plaintes étaient si pitoyables qu’ils touchèrent le cœur même du bourreau qui leur coupa la tête et jeta leur corps par-dessus les murailles de Jérusalem pour servir de pâture aux corbeaux et aux bêtes sauvages.
Les mauvais compagnons sont donc d’abord enfermés dans la tour d’Achizar. Selon le Premier livre des Rois, « Achizar était chef de la maison du roi » . De même, selon le rituel du dixième degré, il est le « grand maître de la maison du roi ».
Les deux traitres sont exécutés le lendemain matin à dix heures :
Au-delà de la cruauté du supplice et de la durée de l’agonie, le châtiment tel qu’il est exécuté révèle un symbolisme profond.
Le supplice des deux mauvais compagnons : voici donc une planche au 10ème degré R.E.A.A.
Le supplice des mauvais compagnons : interprétation
D’abord, la ligature des criminels par le cou, la ceinture et les pieds évoque leur neutralisation : ils ne peuvent plus parler ni agir ; les passions sont réprimées. Le cou et la ceinture sont des points à maîtriser, comme suggéré par les signes d’ordre du premier et du troisième degré.
Ensuite, le bourreau ouvre le ventre des deux individus, « de la poitrine jusqu’à l’os du pubis ». Le ventre est le lieu des passions, des envies et des tentations. De même, le pubis symbolise les pulsions dans leur côté le plus malsain.
Ce geste d’éventration amorce le processus de putréfaction : la matière corrompue est vouée à se détacher pour révéler l’os, le squelette, l’être pur, qui en l’occurrence sera définitivement nettoyé par la mort.
Les entrailles des criminels sont laissées aux insectes et aux mouches venimeuses : ainsi leur voracité criminelle est livrée à la même voracité, dans un effet miroir évident.
De fait, ce châtiment nous invite à une nouvelle plongée dans la caverne : c’est la visite du ventre, du corps-matière pour y extraire les obstacles à notre élévation spirituelle : passions, pulsions, illusions. La caverne est grande ouverte, placée sous le feu solaire durant huit heures : il n’y a plus la moindre place pour les ténèbres.
Puis les têtes sont coupées pour être exposées sur les remparts de Jérusalem, les corps étant jetés à l’extérieur de ville : nouvelle séparation alchimique, entre le psychisme et le corps.
Ici, la ville de Jérusalem symbolise l’espace sacré le vrai Soi ou encore le monde de l’âme éveillée. Pas étonnant, dans cette perspective, que le corps soit définitivement rejeté hors de la ville : impur et vorace, il est livré aux animaux voraces. Ainsi le serpent avide se dévore-t-il lui-même, tel l’Ouroboros qui n’a pas encore compris qu’il formait un seul et unique être.
Les corbeaux viennent se repaître sur les corps décapités. Notons que dans la tradition alchimique, le
Enfin, les têtes (le psychisme) sont placées sur les remparts, autrement dit ni dans la ville, ni à l’extérieur. L’âcorbeau représente la putréfaction de la matière, notamment en raison de sa couleur noire (.me se situe en effet entre le corps et l’esprit, entre l’animalité et la conscience : elle peut basculer d’un côté ou de l’autre, se perdre ou s’éveiller.
Le supplice, au coeur du dixième degré
Omniprésent à ce degré, le supplice se retrouve dans le serment :
Si je manquais à mon serment, je consens à ce que mon corps soit ouvert de haut en bas pour être exposé pendant huit heures, en plein, air, pour que mes entrailles deviennent la pâture des mouches et autres insectes, à ce que ma tête soit coupée et exposée sur le lieu le plus élevé de la Terre.
Serment du dixième degré
Ce serment rappelle en particulier celui du troisième degré :
Si je manquais à ce serment solennel, que mon corps puisse être coupé en deux parties, mes entrailles arrachées et brûlées et les cendres dispersées aux quatre points cardinaux, afin qu’il ne reste aucune trace parmi les humains et en particulier parmi les Francs-Maçons, d’un homme aussi méprisable !
On retrouve aussi le geste d’éventration dans le signe du dixième degré, qui consiste à se porter le poignard sous le menton et le descendre le long du ventre comme si on voulait l’inciser.
Enfin, on le retrouve dans l’attouchement, qui consiste à se porter réciproquement le poing sur la poitrine, pouce levé comme si l’on voulait mutuellement s’éventrer…
La cruauté est-elle compatible avec la justice et la spiritualité ?
On peut s’étonner de la cruauté du supplice infligé aux mauvais compagnons :
Ils souffraient bien plus que la mort et leurs plaintes et lamentations émurent même le bourreau.
Rappelons toutefois que la légende s’inscrit dans le cadre de l ’AT, ancienne alliance marquée par la loi du Talion. A l’évidence, les auteurs ont souhaité conserver l’esprit d’une justice miroir qui doit servir d’exemple « au peuple et aux ouvriers du Temple ».
En réalité, la cruauté du châtiment doit être relativisée, car la légende doit être abordée dans sa dimension ésotérique et non littérale. En l’occurrence, il ne s’agit pas d’une vengeance contre les hommes, mais contre l’erreur et l’illusion.
Le châtiment constitue alors une mise en garde : se laisser entrainer dans les sentiers de l’erreur mène toujours à la souffrance et à la perte d’une partie de soi. On ne peut éviter la caverne ; si l’on refuse d’y entrer, elle s’ouvrira à nous dans la douleur, et ce qui doit être extrait se fera dans une sorte de supplice intérieur…
Publié le 28 Septembre 2026 par T.D
La Maîtrise est conférée à la Compagnonne, seulement après qu'elle ait réalisé le programme préparatoire des deux premiers grades : l'Apprentissage et le Compagnonnage.
Pour être admise en Chambre du Milieu, la Compagnonne doit offrir de sérieuses garanties : ouvrière ponctuelle et assidue, faisant preuve d'intelligence et de curiosité, possédant les connaissances du Grade, elle est devenue celle dont les Maîtresses peuvent répondre.
C'est donc, le plus possible dépourvue des mobiles de vanité ou d'orgueil et animée d'une demande de perfectionnement dans l'Art de la Construction du Grand Œuvre, dans le but de travailler avec ses Sœurs et faire bénéficier celles moins instruites de la Compétence qu'elle désire acquérir, qu'elle se présente à nouveau à la porte du Temple pour y recevoir le grade de Maîtresse.
Au Rite Français, comme au Rite Ecossais Ancien et Accepté, la récipiendaire est alors introduite dans le Temple par une marche à reculons, face à l'occident, elle s'enfonce dans l'obscurité. Un seul repère se présente à elle, l'Etoile Flamboyante, c'est à partir d'elle, seul point de lumière dans cette obscurité qui l'enveloppe que la Compagnonne est invitée à revenir sur ses pas en repassant le chemin parcouru, pour faire le point sur elle-même.
C'est alors que plongée dans une longue et silencieuse méditation, la récipiendaire est soudainement interpellée par la Très Respectable Maîtresse :
"Compagnonne, avez-vous bien réfléchi à la démarche que vous faites? …
Vos mains sont-elles pures?...
Votre conscience est-elle tranquille?...."
Confrontée à une véritable introspection, une mise à nue de sa conscience, la Compagnonne soupçonnée d'être "un mauvais compagnon", puis disculpée au vu de ses mains "pures" et de son tablier "sans taches" est invitée à se retourner vers l'Orient.
Elle discerne des Sœurs plongées dans une profonde et silencieuse tristesse et apprend alors que l'œuvre de la Maçonnerie est compromise par suite de l'assassinat du Maître qui dirigeait ses travaux.
Découragées et ayant acquis la certitude que les criminels doivent être cherchés parmi les Compagnonnes, elles décident, avant de reprendre les travaux, que toute Compagnonne aura à prouver qu'elle est innocente du meurtre d'Hiram.
C'est ainsi qu'au travers d'une ultime épreuve de vérité, la récipiendaire devra enjamber le cadavre du Maître afin de prouver son innocence par son courage face à l'image de la mort physique.
Disculpée définitivement, le récit du drame se déroule et la Compagnonne alors transformée en victime, prend la place d'Hiram, le Maître disparu, et périt à son tour sous les coups des trois mauvais compagnons qui sont, dans la mise en scène du psychodrame, représentés par les trois Vénérables Maîtresses qui dirigent et instruisent la Loge : la Vénérable Maîtresse, la Première et la Deuxième Surveillantes.
La légende d'HIRAM :
HIRAM, "savant dans l'art de l'Architecture, comme dans le travail des Métaux", personnage central du mythe, nous est présenté comme le bâtisseur du Temple, conçu par le sage roi Salomon, à la gloire du Grand Architecte de L'Univers. Il lui fut également demandé de diriger les ouvriers.
Nous savons aujourd'hui que le personnage de "Maître HIRAM" n'a pas existé du moins tel que présenté et que le personnage cité dans la Bible, Hiram Abi, envoyé à Salomon par un autre Hiram, roi de Tyr, pour ses qualités de fondeur, est vraisemblablement à la base de l'inspiration de ceux qui ont établi le mythe du bâtisseur du Temple de perfection pour les besoins d'un symbolisme initiatique.
Hiram donc, fils d'une veuve, artiste d'une incontestable compétence, se vit confier par Salomon, les pouvoirs les plus étendus pour tout ce qui concernait la construction du Temple et la direction des ouvriers.
Compte tenu de la destination de l'œuvre, le rituel nous permet d'imaginer que cet homme possédait l'Art d'un Grand Initié : vertueux, respectueux des ouvriers, il prodiguait conseils et avis, aidait et encourageait les talents et toutes les bonnes volontés.
Faisant preuve de rigueur, de justice et de bonté, il avait organisé et réparti le travail de manière équitable en divisant les ouvriers en trois classes distinctes : les Apprentis, réunis sous la colonne "B", les Compagnons, près de la colonne "J" et les Maîtres réunis à l'intérieur du Temple. Les salaires étaient proportionnels aux capacités.
Alors qu'Hiram, le Maître respecté par sa douceur, ses vertus et son sens de l'équité, maintenait l'esprit des ouvriers au travail ; trois d'entre eux, compagnons, formèrent l'horrible projet d'arracher au Maître Hiram, "de gré ou de force", nous dit le rituel, le mot sacré des Maîtres afin de s'introduire dans la Chambre du Milieu.
Ils arrêtèrent leur plan et décidèrent de parvenir à leurs fins par la menace, n'espérant pas obtenir ce qu'il voulait en fléchissant la libre volonté du Maître.
Quelle que soit l'issue, ils étaient résolus de lui donner la mort afin d'échapper à la juste sanction de leur criminelle audace.
Ils choisirent d'agir, à la chute du jour, après le départ des ouvriers et alors que le Maître qui demeurait toujours le dernier, se trouverait seul.
Le Temple avait trois portes. Les conspirateurs se placèrent donc à chacune de ses portes : le premier à la porte du Midi, le second à la porte d'Occident et le troisième à la porte d'Orient afin que si le Maître échappait à l'un il ne puisse échapper aux autres.
Ainsi postés, ils sommèrent tour à tour, Hiram, de leur livrer ses secrets. Le Maître répondit successivement à chacun d'eux, en fuyant d'une porte à l'autre, qu'ils n'obtiendraient pas sa parole par des menaces et qu'il fallait attendre le temps voulu. Alors ils le frappèrent, l'un d'un coup de règle sur la gorge, mais le coup dévia sur l'épaule droite, l'autre d'un coup de levier sur la nuque mais le coup dévia sur l'épaule gauche, le troisième d'un coup de maillet sur le front qui l'acheva.
"Ainsi périt l'homme juste, fidèle au devoir jusqu'à la mort" nous dit le rituel.
Analysons le triple meurtre :
- Où se déroule t'il?
- Qui le commet?
- Comment est-il commis?
1. Où se déroule le meurtre?
En Chambre du Milieu, au centre du Temple.
L'accès à la Chambre du Milieu par l'élévation à la Maîtrise est la reconnaissance de l'aptitude acquise par la Compagnonne pour bâtir son temple intérieur.
Accéder à la chambre du milieu c'est se retrouver entre l'Equerre et le Compas, "c'est aller à la rencontre de son centre, devenir le centre, être le centre de l'union."
Mais lorsque la Compagnonne, candidate à la Maîtrise, est introduite, la chambre du milieu est plongée dans l'obscurité et se trouve réduite, divisée symboliquement en deux parties : le lieu des ténèbres où pénètre la Compagnonne et l'Orient où brille le Delta lumineux mais un rideau noir masque la vue et rend invisible l'Orient à la Compagnonne.
Accéder à la Chambre du Milieu est difficile, elle est le lieu de tous les périls.
2. Qui commet le meurtre?
Les trois meurtriers sont des compagnons.
A ce titre, ils sont membres des équipes qui travaillent sur le chantier et qui sont subordonnés au Maître Hiram.
Alors que l'édifice allait bientôt être achevé, un vent de révolte souffle dans l'esprit de certains ouvriers de la classe des compagnons qui, n'ayant pas obtenus d'être initiés aux secrets de la Maîtrise, s'estiment être injustement traités.
Le poison de l'envie et de la jalousie se fait jour et avec elles le dégoût du travail apparaît. Aigris, mécontents, immatures, naît en eux le désir présomptueux d'obtenir des salaires plus élevés sans se donner la peine de les acquérir dans le temps, par l'étude et l'application.
Aveuglés par leurs passions, ils s'illusionnent sur l'étendue de leur instruction, persuadés que la Maîtrise leur est due.
Ainsi, ensemble ou chacun, ils symbolisent bien des comportements que l'on croise dans le monde profane ou bien, de la part d'initiés qui ont mal travaillé leur Pierre et ne maîtrisent pas de ce fait, leurs instincts, leurs envies, leurs ambitions.
C'est ainsi que peu à peu, leur avidité va les conduire à la lâcheté, en tendant à trois, à la tombée du jour, un guet-apens à Maître Hiram.
Leurs sentiments d'orgueil et de cupidité les poussent, par l'action concertée, à usurper un bien dont "ils ne méritent pas d'être détenteurs".
Une question se pose encore :
Pourquoi au Rite Ecossais Ancien et Accepté, les trois officières qui dirigent la Loge, prennent l'"habit des mauvais compagnons" et deviennent "actrices" du meurtre?
Un constat s'impose : dans la société profane, comme parfois en Franc - Maçonnerie, ce sont bien souvent ceux qui détiennent le pouvoir qui ont le plus souvent le moyen de le détourner.
Par le détournement des valeurs inhérentes à leur fonction : mesure – discernement – respect – harmonie – sagesse…, ils sont à même de détruire ce qu'ils devraient construire.
3. Comment le meurtre est-il commis ?
Par trois coups !
Comme je le dis au début de ma planche, dans l'application symbolique du mythe lors de la cérémonie d'élévation à la Maîtrise, la récipiendaire, par transposition, s'identifie à Hiram : elle doit mourir à elle-même, prendre conscience de sa perte avant de pouvoir renaître.
Comme dans toutes les morts initiatiques, cette phase est le prélude à une renaissance à la fois physique, mentale et spirituelle en un nouvel Hiram.
Réfléchissons sur le choix des armes du meurtre et leurs points d'impacts :
· Selon le rituel, le premier coup est porté par le moyen d'une règle et le "mauvais compagnon" vise la gorge. Hiram réussit à dévier le coup qui l'atteint à l'épaule droite.
La règle, premier instrument du meurtre, est un des outils spécifique des compagnons, elle donne la ligne et permet de mesurer. Cet instrument, droit, linéaire, respire la droiture d'esprit. La règle représente la loi morale, dans l'obéissance librement consentie.
La perte de cette conscience morale, engendre le désordre intérieur et permet le passage à l'acte.
La règle, ici utilisée à contresens par le compagnon, produit un acte démesuré.
Ce dernier, rendu ignorant par le désordre intérieur engendré par les illusions qu'il se fait de ses capacités, envahi par la vanité, perd sa conscience morale et c'est l'IGNORANCE qui porte le premier coup à la gorge du Maître. La gorge, lieu du passage du souffle et de la parole ne sera pas détruit mais lésé car Hiram déviera le coup sur son épaule droite.
· Le second coup est porté par le moyen d'un levier et le second "mauvais compagnon" vise la nuque. Hiram affaibli, réussit à dévier le coup qui l'atteint à l'épaule gauche.
Le levier, outil spécifique du compagnon sert à maîtriser et décupler la force. Symboliquement, il lui permet d'agir sur le monde extérieur afin de le transformer et de le maîtriser. Le levier se doit d'être utilisé avec mesure. En effet, une force non maîtrisée devient brutale, tyrannique et dangereuse.
Ce levier, non contrôlé par la règle, animé par la volonté d'usurpation, devient force meurtrière : c'est le FANATISME qui porte le deuxième coup à la nuque du Maître.
La nuque, arrière du cou, est le siège des sept vertèbres cervicales. Comme la gorge, elle assure la liaison indispensable entre la tête et le reste du corps. Le Maître, diminué dans ses fonctions cérébrales, peut encore dévié le coup sur l'épaule gauche.
· Le troisième "mauvais compagnon", tue Hiram d'un coup de maillet au front.
L'ambivalence des outils, trouve ici son point culminant : l'arme du crime est le maillet du vénérable!
Le maillet, symbole du pouvoir et de la volonté qui exécute, est l'instrument du commandement du sage et du juste.
Utilisé seul, sans le contrôle de l'équerre et du compas porteurs des valeurs morales d'honnêteté, d'intégrité, de tolérance et de discernement, le maillet devient le symbole de l'impétuosité, de la tyrannie dominatrice.
L'outil de création devient outil de destruction.
C'est l'AMBITION qui porte le coup fatal au front du Maître.
Ce coup porté au front, siège de l'Intelligence, de "l'harmonie sublime réalisée entre le cœur et la tête", écrit Annick de Souzenelle, détruit la vie. Hiram s'écroule à terre, les pieds tournés vers l'Orient, la tête vers l'Occident, lieu du soleil couchant et de l'obscurité naissante, Il rend le dernier soupir.
Les "mauvais compagnons" ont assassiné le Maître, ils n'ont pas obtenus les secrets du Maître et en ont privé définitivement les futures générations de compagnons.
Pourquoi HIRAM doit-il mourir?
Si nous suivons la légende "hiramite",
Soit Hiram donne aux "mauvais compagnons" les mots et signes qu'ils exigent de lui et en ce cas il n'est pas digne d'être Maître puisque incapable de garder le secret, fut-ce au péril de sa vie.
Cette lâcheté personnelle le rendrait traître à sa vocation : car gardien de la tradition, s'il transmet le mot de maître à des compagnons indignes de le recevoir, qui n'ont pas les qualités requises, Il lui serait alors impossible de diriger les Maçons qui travaillent sur le chantier à la construction du Temple de Perfection.
Soit il garde inviolablement le silence et meurt avec dignité en parfaite harmonie avec ce que comporte la qualité de Maître et la notion de don total de soi qui en découle.
Hiram nous conduit vers un monde de perfection, le temple de l'"Idéal de Perfection".
Hiram incarne la grandeur du devoir et la force du serment. C'est par lui que le rachat du processus initiatique va se faire.
Le meurtre fondamental d'Hiram le Maître, par les trois "mauvais compagnons", représente la base même du mythe, le combat perdu des plus hautes valeurs de la franc – maçonnerie contre l'ignorance, le fanatisme et l'ambition.
Ce n'est pas par hasard, que l'initiation au grade de Maître comporte cette extraordinaire mort et résurrection de la récipiendaire en lui faisant vivre cette épreuve comme "meurtrier" tout d'abord, puis par cette transmutation en victime expiatoire dont la résurrection annonce son entrée dans la chambre du milieu et dans le secret et la connaissance.
C'est en abandonnant, en élaguant des pans de mon Ego ; c'est en tuant en moi, le "mauvais compagnon", que je vais modifier mes comportements et par cette prise en mains de ma conscience, relever le maître intérieur que j'ai tué.
Je conclurai avec Jacques TRESCASES que "toute démarche initiatique tend à purifier l'adepte des passions et préjugés responsables de sa mort spirituelle et cette rectification préalable faite, ressusciter l'Esprit que le profane avait assassiné.
Car de même que notre Maître Hiram, qui représente ce qu'il y a de meilleur en chacun de nous, peut constamment se suicider, s'invertir et se pervertir, de même en un instant, il peut ressusciter."
Je suis prête Mes Sœurs, si toutefois vous m'en reconnaissez digne, à poursuivre avec vous mon avancée sur le chemin initiatique de la connaissance et de la conscience.
J'ai dit,