(...) Sûr de mes connaissances universitaires de ma capacité à raisonner, de mon expérience de chef d’entreprise, j’envisageais la Connaissance comme une accumulation de savoir organisée sous l’angle ésotérique. Je suis resté longtemps dubitatif face à la terminologie employée dans les rituels qui consiste à « Donner » et « Recevoir » la Lumière.
Je pouvais comprendre le concept lui-même et en être l’écho comme la lune reflète la lumière du soleil, mais je n’arrivais pas à intégrer et faire jaillir cette lumière irradiante qui caractérise l’initié sur le chemin de sa vérité. Je n’étais certain que d’une chose, le rituel d’admission m’avait définitivement débarrassé d’une éventuelle volonté chancelante et d’une curiosité critique. J’étais convaincu de la nécessité de persévérer, j’avais le sentiment que quelque chose d’important et d’indéfinissable allait se produire. Dans les faits nous avons reçu la Lumière de manière plus ou moins consciente.
C’est ici le point principal sur lequel achoppent toutes les fonctions rationnelles et raisonnantes, sans compter sur le fait que, venant du monde profane, il est naturel de baigner dans une ambiance de préjugés qui orientent nos raisonnements.
Pour tenter de mettre un peu d’ordre dans des notions finalement abstraites, il faut tout d’abord préciser que la Lumière procède du Verbe, la Lumière en est l’expression. Le Verbe représente la volonté divine, et la Lumière à pour effet d’ordonner le Tohu Bahu de l’origine des temps. Le Verbe volonté divine, dégage la Lumière des ténèbres. La Lumière en temps que concept, est donc bien l’expression de la volonté divine qui abouti à la différenciation d’avec les ténèbres. La Lumière est liée à l’épisode de la Genèse et reste courroie de transmission entre le Verbe créateur et l’Homme en quête spirituelle appelé aussi « homme de désir ».
On dit de la Franc-Maçonnerie qu’elle est un « art initiatique » qui remonte à la nuit des temps et qui consiste en une connaissance ultime de la matière et de son action opérante et harmonieuse. C’est ce qu’on appelle « L’Art Royal ». Cette « science » ou plutôt cet « Art » n’est pas assujetti au raisonnement des sciences, aux méthodes de la psychologie du subconscient, ou à l’approche artistique. L’Art Royal, comme toutes les filières initiatiques, est complètement autonome et distinct des autres axes du savoir.
Sans être opposé aux autres, il se distingue par son approche globale et enveloppante, tant et si bien que sans renier les méthodologies en pratique par ailleurs, l’Art Royal a développé en droite ligne des Mystères d’Eleusis un langage qui traduit la plasticité des symboles, où les mots utilisés dépassent la signification première qui est la leur, pour s’orienter sur leurs puissances évocatrices.
C’est une autre voie où le potentiel de l’esprit humain trouve à s’exercer et à s’accomplir au-delà de toutes les formes et apparences, sans les renier. Il s’agit bien ici de franchir une bonne fois pour toutes la barrière de cette fameuse écorce qui dissimule le noyau.
Lumière et Vérité
Les symboles et les mythes sont l’alphabet de ce nouveau langage qui rompt la barrière du signifiant et du signifié. Ils sont le noyau de ce langage ésotérique réservé aux initiés qui ont passé l’épreuve des quatre éléments. Ceux-ci seulement sont nés au monde des symboles, et c’est en vertu de cette renaissance au sortir de la caverne qu’ils ressortent vainqueurs des limites d’une pensée raisonnante. Avoir franchi ce cap des quatre épreuves élémentaires, nous permet seulement d’avoir accès à cette lumière illuminatrice venant de l’Orient, en ayant fait préalablement le vide en nous, les épreuves subies étant purificatrices. Rappelons nous enfin que c’est « ni nu ni vêtu » et débarrassé de nos « métaux » que nous sommes rentrés en loge.
Cependant aucune connaissance nouvelle ne s’est révélée par ce choc rétinien. Simplement, l’apprenti a découvert une porte qui s’est entrouverte, et assurément tôt ou tard, il voudra pousser complètement celle-ci. En réalité il s’agit de réveiller chez l’apprenti des potentialités en sommeil, qui par absence d’entendement n’ont jamais été mises en oeuvre. Ce qui se passe lors de cette nouvelle naissance, c’est une nouvelle manière de respirer : l’inspire se nourri d' effluves aux parfums inconnus, et l’expire nous éloigne de la contingence obscure. Notre cœur bat différemment suspendu au rythme d’un rituel immuable. Au dessus de cette porte imaginaire figure la maxime Socratique « Connais-toi toi-même » dont on trouve la puissance d’évocation dans le cabinet de réflexion et dans les voyages de probations. Surmonter ces épreuves au plan symbolique, c’est apprendre à réfléchir sur soi, à s’explorer, en éclairant des strates obscures et insoupçonnées de soi, sans pour autant verser dans l’impasse de la psychologie des profondeurs.
La connaissance de soi devient l’axe fondamental, le chemin de toute initiation. C’est une intériorisation glorieuse et lumineuse qui permet à l’homme de découvrir le monde au-delà du sens subi, mais comme acteur lumineux de celui-ci, propre à y trouver sa place. Le regard de l’initié outrepasse le monde phénoménal et ne s’y abandonne pas.
Il convient pour démarrer cette recherche de se plier aux exigences du rituel qui oblige notamment au silence, au respect du serment et à une attitude physique contrainte. C’est ainsi que l’on commence à se dominer, à taire ses passions, à maîtriser son ego et ses boursouflures, à apprendre les symboles. Ceci implique que le maçon est par nature tolérant, car à l’écoute, il vit l’altérité comme un facteur de progrès et sait voir au-delà de toute contingence. De la même façon, il outrepasse le sens des mots en outrepassant la nature du silence qu’on lui impose. C’est la totalité de ce nouvel équilibre qui nous met sur le chemin de lumière. Devenir soi même implique donc de devenir l’autre et le monde. Au-delà de notre nature profonde, c’est cette conscience totale que la Lumière éclaire.
C’est en outrepassant les mots que la Lumière se rapproche de la Vérité. Lumière et Vérité sont éclairantes toutes deux d’un chemin et d’un cheminement difficile vers un sommet incertain ; c’est alors que Lumière et Vérité s’unissent en un seul et même terme, celui que l’on rencontre une fois arrivé au sommet, l’ultime expression d’un tout lumineux : le Logos.
Le sens caché et les " mots semences" :
Sur le plan de la rationalité pure, il est certain que la cérémonie d’initiation ne peut être comprise que comme une succession d’actes positifs marquant un cheminement vers une lumière parfaitement visible et éblouissante. En aucun cas le rituel pris dans une simple lecture ne révèle de secret si particulier. D’ailleurs la simple publication d’un rituel n’a jamais rien révélé de nos secrets. Ce secret n’apparaît que dans le cadre d’une lecture rituelique et entre initiés.
Il mérite d’être protégé depuis des siècles par toutes les sociétés initiatiques qui l’ont transmis jusqu’a nous. C’est ce que nous faisons en mettant le temple à couvert.
Ainsi il convient d’apprendre à lire le symbole et à entendre le récit du Mythe. L’intérêt du rite repose sur son effet répétitif et rythmé. Les mots les paroles, les coups de maillet les pas, les gestes sont sans cesse remâchés et digérés, nourrissant l’apprenti d’une force mentale, l’aidant à franchir cette frontière qui sépare l’exotérisme de l’ésotérisme. Il faut se méfier des mots et de leurs interprétations, le rituel leur donne un sens initiatique personnel et adogmatique.
En effet, les mythes et les symboles se protègent de la profanation. Leur sens caché n’est accessible qu’a l’initié. Recevoir la lumière c’est être capable de les interpréter avec une intelligence venant du cœur. Les paroles prononcées dans un rituel sont des "mots- semence", prononcés par l’initié pour l’initié. Une fois prononcés ils deviennent paroles, or, la transmission initiatique se fait par la parole ritualisée, c’est alors qu’ils germent dans le cœur du maçon, au gré de sa lumière intérieure. C’est ici que commence ce qu’on appelle l’éveil maçonnique.
Pour résumer, le mot semence devient parole initiatique par la lumière du rituel. Cette parole va reposer dans le cœur de l’apprenti silencieux et réceptif. Cette parole devenue graine germera plus tard lorsque la lumière intérieure de l’apprenti sera suffisante. La lumière intérieure de l’apprenti n’est autre que cette parcelle divine qui est endormie en nous, et que nous tentons de réveiller.
Ce n’est qu’après les voyages, que l’apprenti a « Reçu » cette lumière. Il est désormais plongé dans le silence, car il ne peut prendre la parole. Ce silence n’est pas comparable au silence profane. Assis sur la colonne du Nord il médite sur sa parole perdue. Un calme profond s’installe en lui, contrastant avec le désarroi existentiel qui était le sien.
Il s’abstrait de son tumulte intérieur.
Celui qui se tait reçoit les mots semence avec plus de réceptivité. C’est ici que la Lumière est associée à la parole rituelique. Elle y réside. Elle se situe au-delà de l’agitation des formes et du bruit. Le Silence est d’or et rejoint la Lumière dans une expression unitaire.
La lumière au sens philosophique et métaphysique n’a rien de commun avec la lumière physique que chacun connaît bien, ni même avec le feu élément du processus initiatique. On peut donner une définition à la lumière physique : « énergie venant d’un corps agissant sur la rétine de manière à rendre les choses visibles ». Peut être pouvons nous, malgré tout, nous rallier à l’idée commune, que la lumière soit en général à l’opposé de l’obscurité, ou de la ténèbre, comme on peu le lire dans l’évangile selon Saint Jean. L’opposition ne parait pas justifiée, car il faut considérer les ténèbres bibliques comme un Univers d’indifférenciation, du non advenu, où l’existence et la manifestation ont pris leurs sources.
C’est une fois de plus le verbe qui initie, sous l’angle de la Lumière l’ordonnancement de la « materia prima » et du visible.
Cette acceptation du terme et de la fonction induit fort naturellement qu’en aucun cas nous ne nous situons dans une demi-mesure. Nous sommes bien dans l’univers des contrastes menés à leurs paroxysmes. La signification de cet état, au plan symbolique, est que si la lumière s’oppose et procède de la ténèbre, elle fait ici figure d’opposée complémentaire. Il s’agit tout autant d’une lutte et d’une association. Ici personne n’espère que les ténèbres continuent à régner, on a presque des frissons d’angoisse à cette idée. Le manichéisme, participant des sciences gnostiques, à fait florès en s’appuyant sur les notions de bien et de mal pour distinguer la lumière des ténèbres. Or ce n’est pas notre propos ici d’établir une telle distinction qui repose sur une apologie du mal sur terre. Pour autant on considérera la complémentarité agissante à l’égal des cases blanches et noires du pavé mosaïque.
On remarquera que cette apparente opposition fait naître à nos yeux ce qu’on appelle la manifestation qui est le monde des formes. Pas de formes sans ombre et lumière. La Lumière demande beaucoup d’effort pour briller dans les ténèbres. C’est une lutte permanente, que reprend à son compte l’initié sur la voie. Il s’agit pour commencer de vaincre ses passions et creuser des tombeaux pour les vices.
Ce sont les loges spéculatives vers 1730 qui ont introduit la Lumière Maçonnique en tant que concept, par le truchement du bandeau. Autrefois les loges opératives faisaient allusion à la maîtrise des arts libéraux qui parfaitement pratiqués, permettaient de voir le « Soleil ». Dans ce concept Platonicien en usage au Moyen Âge, il s’agissait de gravir les échelons de chacun des 7 arts libéraux pour arriver au sommet d’une l’échelle apparentée à celle de Jacob. À ce stade de progression verticale, il était permis d’entrevoir cette lumière divine.
Les loges du XVIIIe siècle ont introduit le bandeau (hoodwink), placé sur les yeux de l’impétrant symbolisant la cécité profane. La chute du bandeau expose le candidat à une vision (exposure) qu’il est nécessaire de définir et qui peut varier suivant les rites, mais qui au REP consiste en un rapport qui peut unir l’homme à Dieu, ceci pouvant être compris dans un sens métaphysique.
C’est donc à une conversion du regard que nous invite le rituel du bandeau dans l’initiation maçonnique. La lecture du rituel du REP nous indique que le candidat à l’initiation se situe entre les colonnes au moment où on lui enlève le bandeau. À l’Ouest, soit la porte des hommes dans la Tradition, il se tient et il aspire à cette lumière dite « illuminatrice » qui vient de l’Est. Au moment où le voile tombe, c’est sa cécité profane qui disparaît.
Il est entouré de francs-maçons qui brandissent leurs épées dans sa direction illustrant la scène du parjure d’une part et indiquant aussi que le chemin vers la Lumière est hérissé d’autant d’obstacles que d’épées. L’effet visuel se veut complet : la lumière jaillit au milieu d’un cercle de lames acérées.
La vision herméneutique et oecuménique
Être initié c’est avoir reçu la Lumière. Il apparaît que la notion d’intégration de la dimension lumineuse est d’une envergure autre que la simple vision.
La Lumière dont il s’agit n’a rien à voir avec le Siècle des lumières qui est le XVIIIe siècle, brillamment illustré par l’action et la réflexion sociétale des Francs Maçons. Cette référence est en usage dans les Rites Français et au Grand Orient. Ce siècle fut le triomphe de la pensée discursive et raisonnante plaçant l’Homme au centre de lui-même. Cette situation n’apporte pas la dimension symbolique et initiatique globale, indispensable pour comprendre la Lumière-concept. Pour résumer, il faut se rapprocher de la signification mythique de Lumière-concept pour tenter de la comprendre.
Notons qu’au Rite Emulation, la lumière coïncide avec la présentation à genou des trois grandes lumières qui sont la bible le compas et l’équerre soit dans le rituel : « Les Saintes Écritures doivent diriger notre foi, l’Équerre régler nos actions et le Compas nous tracer les justes limites que nous devons observer, envers nos semblables et particulièrement envers nos Frères en maçonnerie. »
Nous sommes ici dans la notion de Révélation oecuménique bien que protestante par son origine, ce qui diffère de la Lumière -concept du REP.
Au RER, rite qui découle en grande partie du REP c’est l’aspect christique qui est mis en avant : le Christ dit dans l’évangile de Saint-Jean : « Je suis la Lumière du monde ».
Nous sommes bien ancrés dans l’ésotérisme chrétien et son herméneutique, de manière stricte, à l’exclusion d’approche plus globalisante reposant sur une Tradition primordiale qui fonde la métaphysique.
Le dévoilement a lieu en deux temps. Conduit à l’Occident après les trois voyages et la vaine tentative de monter les trois marches de l’O\, le second surveillant retire le bandeau et dans une pénombre relative lui montre les mots « Justice » puis « Clémence », le premier mot impliquant l’oubli des ses passions et intérêts, le second la faculté de pardon, puis on lui remet le bandeau, le candidat retombant dans l’obscurité médite ainsi sur la difficulté de se maintenir dans la Lumière. On lui présente à nouveau la lumière par la flamme impressionnante, mais bien éphémère de la pipe à lycopodes, associée à la sentence « Sic transit gloria mundi » qui veut dire : ainsi passe la gloire du monde. Le V\M\ de conclure : « Le fils de la Lumière s’était égaré dans les ténèbres, il a été rappelé, il a été ramené, ses yeux ont été ouverts et les ténèbres se sont dissipées ». De ces vertus chrétiennes, il découle logiquement que la Lumière est celle qui précède toutes les autres, c’est celle de la genèse, celle du commencement. « Berechit bara élohim », « au commencement Dieu créa le ciel et la terre » puis Dieu dit « Que la Lumière soit et la Lumière fut ». Au RER, la Lumière est celle des origines par la volonté de Dieu. En principe la pratique du rite suivant les loges, semble accréditer l’idée que la Lumière est révélée.
Au REAA c’est la progression intellectuelle du maçon qui le met sur le chemin de la Lumière, sur ce chemin se trouvent les trois grandes lumières. On lui présente d’abord les glaives tendus vers lui, puis dans un second temps le bandeau est enlevé alors qu’il est intégré dans le cadre de la chaîne d’union où il est définitivement reconnu comme F.\
Après la scène du miroir, on lui présente les trois Grandes Lumières sur l’autel des serments, « Le V\L\S\est symbole de la tradition, l’équerre emblème de rectitude, nous inspire la droiture dans nos pensées et nos actions ; elle est le symbole de la Loi morale, le Compas, instrument de mesure et de comparaison, nous permet d’apprécier la portée et les conséquences de nos actes, qui devront être toujours fraternels envers tous nos semblables et, en particulier, envers nos FF\ « franc-maçons».
On rappellera que le V\L\S\ n’est pas nécessairement le Bible au REAA. Nous conclurons que cette progression intellectuelle mise en exergue devant l’autel des serments autorise un syncrétisme pacificateur et humaniste.
La vision du Tout
En quoi consiste la réception de la Lumière au Rite Ecossais Primitif ?
Peut on recevoir la Lumière à la manière des hommes réfugiés dans la caverne et qui soudain en sortent et viennent au monde lumineux ?
Ce concept Socratique veut-il démontrer que l’homme est ainsi apte à s’arracher à sa propre condition et à progresser et transmettre, tant sur tous les aspects sociétaux, que sur le plan de la recherche personnelle ?
La lumière est un facteur de progrès et d’avancement dans un processus évolutif quel qu’il fût, il n’y a pas d’obstruction à ce que son interprétation spirituelle ne soit pas facteur de perfectionnement par la découverte du Tout.
Cette remarque appelle une distinction entre l’externe et l’interne, entre le visible est l’invisible entre le divin et l’émanent. La Lumière serait donc à la fois visible et invisible. Cette lumière occupe le terrain divin et le terrain personnel. Logiquement on abouti à la proposition suivant laquelle la lumière divine celle du G\A\D\L\U\ éclaire le Tout et chacun d’entre nous. Nous sommes porteurs d’une parcelle de lumière divine qui vit en nous.
Être initié, c’est être capable de mettre en relation ces deux notions qui finiront au terme de notre vie par n’en faire qu’une. Il faut tenter la jonction entre le visible et l’invisible, entre l’individuel et l’absolu en mettant de coté cet ego dictateur, qui agit comme les oeillères d’un âne. L’initié s’inscrit dans la perspective d’un grand Tout, auquel il participe pour finir par s’y fondre. Sans l’intégration de cette donnée, il est impossible de tenter de bâtir son temple intérieur.
C’est aussi un des secrets de la Franc-Maçonnerie initiatique que d’apprendre à mourir. Le mythe ancestral de la lumière, qui est commun aux trois religions du Livre, est donc celui du principe créateur qui va vers la différenciation pour finalement revenir à l’unité. Soleil extérieur et soleil intérieur finissent par s’unir. Le premier travail du maçon est donc de sortir de sa caverne, de ses ténèbres intérieures, aussi profondes qu’insondables, et de naître à la lumière. Or pour naître à la Lumière, il faut mourir à son ancienne condition. C’est ce travail sur soi qui va démarrer et pour tenter de s’engager sur ce sentier lumineux, il faut être entouré et assisté par un cadre rituelique régulier qui depuis l’origine des temps et dans toutes les civilisations, est l’oeuvre des sociétés initiatiques.
Cette parcelle de lumière qui est en nous est-elle facile à découvrir ?
- Est-elle à même d’éclairer notre béance ténébreuse ? La question n’est pas sans intérêt, car la tâche pour le profane semble immense. Ce qui nous aide c’est encore l’exemple de ceux qui nous précèdent.
Il ne peut y avoir de Lumière divine s’il n’y a pas d’homme pour la concevoir comme image de Dieu ou du Grand Architecte de l’Univers, ce qui implique que l’idée de lumière initiatique dépend de cette parcelle divine qui est en nous. Comment un concept métaphysique tel que la lumière divine d’une part et l’émanation de notre être d'autre part peut-il être compris par un apprenti ? La Loge dans son organisation et dans ces décors est tout entière organisée pour faire naître cette lueur ensommeillée.
La géographie de la Loge met en exergue l’Orient ou Debhir, séparé du Hékal par trois marches symboliques. L’Orient est source de Lumière symbolisé par le soleil levant. Tous les rituels font référence à cette lumière si particulière venant de l’Est, que les anciens ont appelé porte des Dieux. C’est par la volonté des Dieux que la lumière matinale dissipe les ténèbres et fait germer la graine.
L’O\en loge est le siège de l’astre solaire et son complément féminin et réflexif, la lune. Ces deux astres sont là pour illustrer au concret, un concept qui les dépasse et qui ne peut se résumer à la théorie des deux cycles. On y représente le soleil symbolisant l’intellect et la lune réflexive symbolisant la raison. La communion de l’intellect et de la raison est agissante dans le monde sensible, celui de la manifestation.
Entre les deux « astres » se situe la lumière totale. Elle est représentée suivant les rites et les grades par un triangle, une étoile flamboyante ou un hexagramme. Notons que cette représentation n’est apparue que vers les années 1720-1730. C’est donc bien cette représentation symbolique qui exprime la Lumière totale divine et émanente. Pour illustrer ce principe on remarque qu’il y a confusion entre regardant et regardé. La rétine est le récepteur et la lumière bien souvent assimilée au soleil. Ils symbolisent par réduction la perfection divine et sa Lumière.
Ils sont acteurs de cette relation tant et si bien que cet œil devient émetteur lui-même, c’est du moins ce qu’il ressort de l’étude du triangle centré d’un œil au REAA qui, sous une forme amoindrie reprend l’Hexagramme centré de la lettre G au REP, où du triangle trinitaire du RER. .Notons enfin que dans certaines loges ou l’athéisme règne en maître, la lumière résume l’avènement de la conscience, ce qui ne peut satisfaire une quête spirituelle.
Chacun des rites l’exprime en fonction de sa sensibilité. Pour le REP l’explication est donnée par le menu aux Comp\ avant leur passage à la maîtrise. L’O\, toujours, est le lieu où se tient l’autel du Vénérable. Sa fonction nous l’avons déjà décrite, mais nous appuierons notre démonstration sur la fonction du « Passeur ». Le Vénérable Maître est un Passeur entre les vivants et les morts, car seul habilité pour transmettre à l’Orient éternel l’hommage ou la prière au moment de la chaîne d’union. Passeur de lumière aussi, car le chandelier au REP est allumé sur les parvis par le V\M\ en présence du Maître des Cérémonies, alors même que tous les frères ont pris place dans le temple. C’est un acte sacré que de rallumer l’étoile sommitale et les deux adjacentes.
Rappelons que le temple de Salomon était orienté en sens inverse du temple maçonnique. On y rentrait par l’Orient. Dans un temple maçonnique, on y rentre par l’Occident de même que dans une église ou une cathédrale. L’explication est simple, Dieu à une demeure sur terre c’est le temple de Salomon. Par tradition, les Dieux entrent par l’Est qui est leur porte. Or le temple maçonnique où la cathédrale célèbre la Lumière et tâche d’aller la quérir là où elle se trouve. L’homme n’emprunte pas la même porte que les Dieux, il passe par le Couchant et s’adresse au divin vers le Levant.
Pour ramener ces observations à un plan architectural, nous pouvons dire que le temple maçonnique tel que nous le connaissons est l’extérieur du temple de Salomon. Preuve en est donnée par la présence des colonnes qui, autrefois, étaient à l’extérieur du Temple de Salomon et qui sont ici à l’intérieur. Autre preuve, le Lithostros où parvis était un pavage situé à l’extérieur du temple et qui se retrouve à l’intérieur et au centre d’un Hékal appelé « pavé mosaïque ». Enfin le Zénith du temple est la Voie lactée, pour une hauteur indéfinie, comme en plein air.
On peut en conclure que l’allumage du chandelier sur les parvis du temple maçonnique au REP se fait symboliquement à l’intérieur du Temple de Salomon ; Temple aussi mythique qu’intemporel. Cette Lumière venant de l’ancien Temple va rentrer dans le nouveau Temple celui des Maçons, créant symboliquement l’unité temporelle absolue impliquant que le temps n’est plus une succession d’instant ; reliant passé présent et futur en une seule totalité. Au plan historique, nous remarquons que l’allumage du chandelier du M\ de Cér\ sur les parvis est assimilé à l’allumage de la menora, chandelier à sept branches, dont la flamme est allumée en permanence et représente la présence divine au milieu du peuple d’Israël.
Rappelons que cette Lumière est aussi celle d’Allah assimilé à la lumière totale (macrocosme), celle des cieux et de la terre, alors que les croyants sont la Lumière de l’Humanité (microcosme). Dans la Bible le Christ est la Lumière de l’Humanité (microcosme), soit pour certains le Grand Architecte de l’Univers, qui est le diminutif du Sublime Seigneur Dieu, lui-même représentant le Tout (macrocosme). Cette déclinaison est très nette l’invocation de la chaîne d’union au REP.
C’est ici une remarque que l’apprenti ne perçoit pas dans sa totalité, mais il doit en garder l’image en mémoire et, le moment venu, celle-ci déclenchera en lui la perception d’un des plus précieux trésors de l’initié : la lumière du passé, venant du Temple de Salomon bâti comme la maison de Dieu, par la volonté des rois David, c’est la Lumière originelle. Elle est associée à la création cosmogonique ici référée dans la construction du Temple de Salomon.
Il y donc assimilation volontaire de la Lumière initiale et de la création du monde, d’ailleurs le secrétaire date ses planches en relatant le début des temps :
« En ce x-ième jour du y-ème mois de la vraie Lumière 6010 » ; qui correspond d’après la bible à la création du monde.
Cette Lumière est parfaitement décrite dans le prologue de l’évangile selon Saint-Jean de 1-1 à 1-14 :
« Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était auprès de Dieu
Et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
Tout fut par lui,
Et sans lui rien ne fut.
Ce qui fut en lui était la vie,
Et la vie était la Lumière des hommes,
Et la lumière luit dans les ténèbres »
C’est sur cette page que l’équerre est posée sur le compas, l’ensemble étant posé sur l’autel des serments ou l’autel du vénérable. Il revient donc au V\M\ d’ouvrir la Bible d’y apposer le compas et l’équerre irradiant la totalité de la loge de cette lumière fondatrice. Notons qu’à cet instant il est muni de son épée flamboyante, tenue à main gauche celle du cœur, image symbolique et agissante du rayon de lumière qui pourfend la ténèbre. Il le fait juste après avoir par lui-même ou par le maître de cérémonie, suivant les rites, fait allumer les lumières d’ordre Sagesse, Beauté, Force. Tout part du V\M\ vers les colonnes et tout y revient comme un écho. Ici les trois étoiles du Débhir font échos au trois étoiles du Hékal. La dichotomie des trois étoiles du Débhir et des trois étoiles délimitant le pavé mosaïque rappelle que c’est la lumière inaccessible et Divine de l’O\ qui anime la loge et l’ordonne. C’est seulement à ce moment-là que la lumière interne au maçon fait écho à la lumière divine. Cette parcelle divine qui est en nous, microcosme par excellence, est symbolisée et délimitée par les lumières d’ordre qui entourent le pavé mosaïque au centre du Hékal.
Le Hékal est donc le siège de la manifestation, symbolisée par le pavé mosaïque et par l’émanance de l’initié ; le Débhir via le V\ M\, reste la source de la lumière qui fait naître l’apprenti à l’éveil initiatique.
La Lumière initiatique ne peut se décrire, elle se vit et se rencontre par le processus initiatique. L’initiation fait éclore cette lumière aux yeux du candidat. La vision qui en découle est strictement subjective tout en étant de nature transcendantale.
Elle réveille cette parcelle divine qui est en nous. Ainsi on peut dire que la conversion du regard, qui est le but avoué de toute initiation, dépend de la sensibilité de chacun et qu’aucune généralisation et aucun dogme ne peuvent s’emparer de la Lumière en tant que concept de vérité. Il s’agit bien d’un secret, incommunicable par sa nature intime, mais transmissible par le truchement du rituel initiatique.
C’est donc sur la transmission que je conclurais en rappelant combien il ne sert à rien de trouver la Lumière en soi sans se préoccuper d’en transmettre la modalité initiatique. Nous n’avons pas à nous réfugier dans le splendide isolement de l’anachorète, dans sa montagne qui incarne la sagesse et sans doute la lumière, mais qui a fait le choix de l’extinction de celle-ci avec son dernier souffle.
Prenons exemple sur l’homme sorti de la caverne socratique qui a vu la Lumière et s’en retourne au péril de sa vie, chercher ses anciens compagnons incrédules.
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