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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

LA FRANC-MAÇONNERIE EN ÉCOSSE EN 1717

Publié le 3 Septembre 2026 par T.D

Par George Draffen

            Quelle était la situation de la FM en Écosse en 1717, lorsque la GL d’Angleterre fut fondée dans la Cité de Westminster à Londres ?

Il est quasiment certain que les membres des 4 anciennes loges qui se réunissaient à la taverne l’Oie et le Gril pour fonder la 1ère GL au monde se composaient de « gentlemen » [hommes riches vivant de leur fortune] et d’artisans. Il est peu probable qu’il y ait eu parmi eux un maçon opératif, c-à-d un homme gagnant sa vie comme tailleur de pierre. La situation en Écosse à l’époque était très différente. En 1717 il existait au moins 20 ll. dans des régions du pays largement éloignées.

Il y avait des ll. à Édimbourg, Kilwinning, Inverness, Dundee, Sterling, Perth, Aberdeen, Glasgow et dans d’autres villes + petites à travers l’Écosse. Il ne faut pas penser, toutefois, que ces ll. étaient les équivalents écossais des 4 anciennes ll. londoniennes. Tant s’en faut, car la majorité de ces ll. écossaises actives étaient toujours composées de membres opératifs, c-à-d des hommes qui gagnaient leur vie dans le bâtiment.

D’autre part, la plupart de ces ll. Comprenaient un nombre + ou – grand de non-opératifs, c-à-d des membres n’ayant aucun rapport avec le métier de tailleur de pierre et qui avaient adhéré à la l. par curiosité ou comme membres d’honneur, ou peut-être comme protecteurs. En 1717, la FM telle que nous la connaissons aujourd’hui était encore, en Écosse, au stade transitoire. Et pourtant on va y trouver de curieuses divergences.

            La l. d’Édimbourg (Mary’s Chapel) avait admis comme membres des non-opératifs dès 1634, et la l. d’Aberdeen avait reçu quelque 12 membres de l’Université en 1670. Les non-opératifs n’y ont pris la direction que bien après 1717. Dans la l. d’Haughfoot, qui fonctionna de 1702 à 1764 (et n’a jamais pris patente auprès de la GL d’Écosse), tous les membres étaient non-opératifs.

On aurait pu s’attendre à trouver pareille l. dans un + grand centre de population, mais Haughfoot est un petit village de l’arrière-pays le + inaccessible des marches frontières entre l’Écosse et l’Angleterre. Qu’un petit village dans une région reculée de l’Écosse à l’époque ait eu une l. spéculative fonctionnant à plein régime constitue l’un des mystères de la FM écossaise des débuts.

            L’organisation du Métier en Écosse était davantage contrôlée par une autorité centrale qu’en Angleterre. Les Statuts Schaw de 1598 et 1599 mentionnaient 3 ll., à Édimbourg, Kilwinning et Stirling, qui avaient la responsabilité, sous la direction d’ensemble du Maître Maçon auprès du roi d’Écosse, de toutes les activités dans 3 régions différentes du pays.

D’après d’autres sources, il est probable que les ll. de St Andrews, Dundee, et peut-être Aberdeen, exerçaient la même responsabilité dans le nord-est du pays. En 1717, l’emploi de la pierre comme matériau de construction avait été largement remplacé par la brique en Angleterre, tout au moins pour ce qui concerne la construction des maisons. Il en résulta un déclin du Métier.

Ce n’était pas le cas en Écosse, où on, continua d’utiliser la pierre comme principal matériau de construction. Le Métier restait actif et fournissait des emplois dans l’ensemble du pays, et les ll. continuèrent de prospérer. Ceci explique dans une large mesure pourquoi les ll. écossaises restèrent en activité bien après que les ll. opératives anglaises eurent amorcé leur déclin.

            L’admission de non-opératifs dans les ll. écossaises n’a pas encore reçu d’explication. À l’époque la + ancienne, cela constituait probablement un geste envers un protecteur qui avait procuré beaucoup de travail à la l. Plus tard, cela a pu être de la curiosité ou peut-être le désir d’amateurs éclairés, collectionneurs d’antiquités [« antiquarians »] de devenir membres d’une association en danger de disparition, et ainsi de la perpétuer.

 Cette motivation existe encore de nos jours dans nombre d’anciennes corporations dans les villes d’Écosse : en effet, ces corporations qui ont survécu sont maintenant essentiellement des clubs de bonne compagnie conviviale dont les membres n’ont aucun lien avec les Métiers de ces corporations. Il est possible que pareille motivation ait entraîné les 1ers non-opératifs dans les confréries de Maçons.

Quelle qu’en soit la raison, nous ignorons toujours pourquoi ces non-opératifs ont commencé à transformer, lentement mais sûrement, une corporation opérative en société spéculative.

            En 1717 le processus consistant à transformer une l. opérative en l. spéculative était suffisamment avancé en Angleterre pour permettre la fondation de la 1ère GL – institution totalement inconnue des ll. opératives. En Écosse, ce processus n’était pas aussi avancé, et ce n’est pas avant 1736 que les non-opératifs furent assez forts pour créer la GL d’Écosse.

En 1717 les ll. opératives écossaises étaient, dans l’ensemble, encore composées de vrais artisans avec un petit nombre de non-opératifs. Les cérémonies en usage pour la réception de ces 2 types de membres étaient courtes – si le témoignage du ms des Archives d’Édimbourg, du fragment Haughfoot et du ms Kevan peut être pris comme indicateur des cérémonies pratiquées.

On ne connaissant que 2 degrés, Appr. et Comp. Dans ce cas précis, il faut comprendre que le titre de Comp. [« Fellow »] équivalait à Maître, et un Comp. était habilité à employer des appr. Il était en fait le maître de son métier. Même de nos jours le terme « Fellow » est encore utilisé dans ce sens à propos de nombreux organismes professionnels, comme le Collège Royal des Chirurgiens où être « Fellow » [membre] indique que l’on a atteint le rang le plus élevé de la profession.

Le 3e degré, tels que nous le connaissons aujourd’hui, était totalement inconnu en Écosse, et la + ancienne mention de ce terme remonte à 1728. Il était inconnu dans au moins une l. jusqu’en 1750, bien que la l. ait fonctionné depuis 1701.

            En 1717, les ll. écossaises exerçaient encore un contrôle considérable sur l’admission aux métiers du bâtiment dans chaque grande ville, ou « Burgh » [ville possédant une corporation et des privilèges accordés par une charte royale].

C’était, à certains égards, l’équivalent d’un syndicat au sens actuel. La l. encaissait les cotisations, prenait soin des veuves et des orphelins de ses membres et, par l’intermédiaire du Doyen de la Corporation, exerçait son contrôle sur le type de bâtiments construits dans l’enceinte des « burghs ».

 Sauf pour la l. de Haughfoot , les ll. écossaises en 1717 ne donnaient pas voix délibérative à leurs membres non-opératifs quant au fonctionnement de la l. Par exemple, ce n’est qu’en 1728 que la l. d’Édimbourg a élu un non-opératif à l’office de Surveillant.

            Contrairement à l’Angleterre, les ll. écossaises en 1717 ne se réunissaient pas dans des tavernes. Elles se réunissaient dans des locaux appartenant à la l., et au moins l’un des bâtiments de ces anciennes ll. existe encore et sert à ce jour de local de la l. Ce local, connu sous le nom de Chapelle de St Jean, appartient à la l. Canongate Kilwinning n° 2 et a été consacré dans la 1ère moitié du 18e siècle. C’et le local de l. le + ancien au monde, et les visiteurs actuels de cette l. ont le sentiment de se trouver dans un lieu sacré, un lieu inchangé depuis près de 250 ans. Un grand nombre d’autres locaux de l. du 17e siècle ont été démolis au nom du progrès, le local de la l. d’Édimbourg (Mary’s Chapel), construit en 1504, a été démoli en 1787.

            Les ll. écossaises ne semblent pas avoir de documents correspondant aux Anciens Devoirs qui étaient tenus en très haute estime en Angleterre. D’autre part, on trouve des copies manuscrites des Statuts Schaw et des Patentes de St Clair ainsi que des copies des Anciens Devoirs anglais, ces derniers ayant manifestement été apportés en Écosse par des FF. voyageurs.

            Le chercheur qui voudrait se plonger + avant dans l’histoire des débuts de la Maçonnerie en Écosse devrait lire l’Histoire de la l. d’Édimbourg (Mary’s Chapel) de Murray Lyon, l’Histoire de la l. Holyrood House (St Luke) de R.S. Lindsay, et l’Histoire de la Loge Mère Kilwinning de Harry [Henry] Carr. Ces 3 volumes fourniront une étude complète de la Maçonnerie écossaise depuis des 1ers jours opératifs jusqu’au début de notre siècle [je suppose qu’il s’agit du 20e siècle].

Traduction de Hubert Greven

16 Août 2002

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Les origines de la Maçonnerie Ecossaise (2ème partie)

Publié le 3 Septembre 2026 par T.D

Comme nous l’avons vu, donc, l‘Ecosse est une terre ou la pierre joue un rôle très important...

Les débuts de la maçonnerie en Ecosse

Mais, en ce qui concerne la construction, c’est essentiellement la « pierre sèche » qui, très longtemps, prévaudra. Simplement parce que c’est le type d’architecture qui lui correspondra le mieux pendant longtemps.
Il faut dire que l’Ecosse est un petit pays, d’une superficie de 77 500 m2, soit moitié moins que l’Angleterre et  7 fois plus petite que la France.

En 1300, on peut estimer la population écossaise à moins d’1 million d’habitants, 6 fois moins qu’en Angleterre et 16 fois moins qu’en France. (1)

De plus, les habitants vivent de façon assez disséminée sur le territoire. Edimbourg, la ville la plus importante dès le XIVème siècle, ne compte pas plus de 400 maisons… comme en témoigne Jean Froissard (1338-1410?) de retour de voyage en Ecosse
Les besoins architecturaux sont donc peu importants.

Et lorsque le besoin se fait sentir de construire un bâtiment d’importance, une église le plus souvent, on a recours à des maçons étrangers. Comme Nectan IV, roi des Pictes, qui en 710 fera appel à des maçons de Gaule pour construire une église « à la façon romane » (Bède).
En fait, il faudra attendre Guillaume le conquérant (1066) pour que la maçonnerie de « pierre taillée » pénètre réellement l'île Britannique.Et il faudra attendre près d’un siècle de plus pour que l’essor de la construction Anglo-Normande n’atteigne l’Ecosse.

Mais là encore, quand en 1128 David Ier voudra édifier son abbaye de Holyrood (Saint Crucifix), il enverra chercher en France et en Flandres (notez bien ces 2 pays, nous les retrouverons souvent dans notre histoire) des « right crafty masons ».

Les années qui suivront verront la domination de l’Ecosse par l’Angleterre. L’architecture, elle aussi, subira une forte influence anglaise ou plutôt anglo-normande. Ce sera le cas pour les premiers édifices écossais importants, St Rules (1130-1140) tout d’abord, puis, Durham Cathedral ( ?-1128), Dunfermline Abbey (1128-1150), Dalmeny (1128-1150), Leuchars (?-1185). Il est d’ailleurs fort probable que ces constructions aient été réalisées par les mêmes équipes de maçons, comme le montrent les relevés de marques de maçons réalisées sur les pierres de ces édifices.

Nous avons les noms de certains maçons qui ici ou là on laissé trace de leur passage, comme par exemple :
Robert le maçon qui réalisa une tombe à Melrose en 1206, Maître Richard, qui reçut des gages pour son travail à Edinbourg, Stirling et Aberdeen (ce qui montre bien l’itinérance du métier). (Fin XIIIème siècle)
Maître Peter travailla lui à Dumfries et à Wigtown. (Fin XIIIème siècle)

A partir du XIVème siècle, l’activité de ces maçons devient assez documentée pour que l’on puisse suivre d’assez près leurs activités. Et de nombreux édifices furent construits à cette époque. Eglises, abbayes, mais aussi châteaux et fortifications

Les guerres avec l’Angleterre sont alors incessantes. Malgré la reconquête du pays par William Wallace –Braveheart- (1297-1298) puis Robert the Bruce (1306-1314), puis la déclaration fameuse d’Arbroath –l’appel au pape- (1320), les affrontements ne se ralentiront qu’à la toute fin du Xvème siècle.
Ceci explique sans doute pourquoi les Ecossais se sentent aussi proches de la France, son allié depuis la « Auld Alliance », alliance qui débuta dès 1295 et qui fut renouvelée par pas moins de 20 traités jusqu’en 1558.

En ce qui concerne l’architecture, si l’influence anglaise imposée fut importante, l’influence française fut choisie et non moins importante.
On en retrouve de très nombreuses traces, surtout à partir de la fin du XIVème siècle.

Comme celle de John Morrow, (anciennement Jean Moreau) qui comme deux inscriptions sur le transept ouest de l’abbaye de Melrose nous le disent est « born in Parysse, certainly, and had in kepyng al Maysouns werk. ». Cette abbaye de Melrose est d’ailleurs très typique de ce changement de style. Commencée vers 1385 le presbytère, le transept nord et une partie de la nef sont dans un style très anglais, mais le reste de la construction s’achève dans un style très français dans les années 1425. (Il est d’ailleurs bien probable que ce même Jean Moreau, ou ses élèves soient pour partie responsables de la construction de la célèbre Rosslyn Chapel, commencée en 1446, de nombreux détails architecturaux étant communs à Melrose et à Rosslyn, mais nous en reparlerons plus tard…)

Influence française, anglaise ou encore flamande, la maçonnerie écossaise ne commencera à prendre une réelle indépendance qu’à partir du milieu du XVème siècle. C’est d’ailleurs à partir de ce moment qu’elle commencera à se structurer.

L’incorporation des métiers

Nous sommes à un moment de l’histoire où, partout en Europe, les villes et les bourg commencent à prendre une place grandissante dans le tissu social. L’Ecosse, même avec un peu de retard, n’échappe pas à ce mouvement d’urbanisation.
Cette vie urbaine va demander une structuration fort différente de celle des campagnes. Tout naturellement, les citoyens vont s’organiser, s’associer pour répondre aux nouveaux besoins de ces nouvelles communautés.

En Ecosse, comme partout d’ailleurs en Europe, le point central de la vie de chacun, c’est l’église. C’est donc tout d’abord autour de l’église que s’opèreront ces nouvelles organisations.
Deuxième point d’ancrage de la vie des hommes de cette époque : les métiers.
C’est ainsi que vont voir le jour de très nombreuses associations de métiers : Craft Guilds ou Companies ou encore Misteries (du français mestier) en Angleterre, Craft Incorporations en Ecosse.
Ces corporations vont bien sûr avoir pour objet de réguler les métiers et de faire valoir leurs droits dans la cité.
Dès lors, seuls les hommes du métier de la corporation pourront œuvrer dans les limites de la cité et donc profiter de ses avantages.
En contrepartie, la corporation garantira les bonnes pratiques de ses membres face à la cité et au « consommateur ».

Chaque corporation, petite ou grande, riche ou pauvre participe à la vie de la cité ou elle est représentée. Ces représentants composent les « bourgeois » de la cité. Et c’est dans ces « bourgeois que la cité va puiser les autorités de son gouvernement local.

Mais les activités des corporations ne se limitent pas aux seules préoccupations opératives de leurs membres.
Elles prennent aussi en charge la vie spirituelle du groupe comme de l’individu.
On a trop souvent mésestimé l’importance de cet aspect pourtant primordial des corporations. On ne peut pas comprendre ce que pouvaient représenter ces organisations si l’on ne les regarde pas avec l’œil de leur époque et de leur mentalités. Notre vision moderne nous déformant les réalités.

Il faut dire qu’à cette période de l’histoire, le spirituel est partout, étroitement mélangé à chaque action humaine fut-elle la plus matérielle. L’homme du métier de l’époque vit donc son métier dans une dimension spirituelle constante.

Autre composante à ne pas négliger, la structuration communautaire de la vie, ou le groupe est toujours plus important que l’individu. On vit dans une ekklesia (assemblée) permanente. L’église est partout dans le quotidien de l’homme.

L’organisation religieuse des métiers a été très importante en Ecosse. A Edimbourg, par exemple, chaque métier possédait son autel à St Giles Church pour honorer son saint tutélaire. Et l’on peut voir à quel point le fait religieux était présent dans le métier quand on sait que le maître de cette fraternité était indifféremment appelé « Kirkmaster », « Godman » ou « Deacon », ceci, non seulement parce qu’il s’occupait de l’autel du métier mais aussi parce qu’il assistait le « Chaplain » dans la célébration de certains offices.

Nous avons parlé de fraternité de métier, et il s’agit exactement du terme que l’on devrait employer.Tout d’abord, parce qu’il faut savoir que nombre de ces corporations sont directement issues de fraternités religieuses, devenues par nécessité du temps des fraternités de métier.

Ensuite parce que la dimension fraternelle des métiers est très importante, à travers sa fonction religieuse d’abord, mais aussi d’entraide au quotidien et de bienfaisance (d’ailleurs, un certain nombre d’Incorporations se sont perpétuées en ne conservant qu’une fonction d’organisation caritative c’est le cas de « The Incorporation of Goldsmiths (orfèvres) of the City of Edinburgh » (2) toujours en activité, ou même de mutuelle d’assurance professionnelle comme « The Royal St Crispin Benefit Society » en activité jusqu’en 1904 et descendant de l’incorporation des Cobblers (cordonniers) dont nous retrouvons trace en 1449 à Edinbourg comme dédiée à St Crispin  »

Si les incorporations se préoccupaient de l’âme des vivants, à travers la vénération des saints, l’illumination des autels et des cérémonies religieuses particulières au métier, elles se préoccupaient aussi du repos post-mortem de ces âmes à travers des services funéraires, des messes dédiées aux morts, des offrandes et aussi un secours aux veuves et aux orphelins.

Que sait-on encore de ces incorporations ?

On sait que le serment était un acte constitutif fréquent dans les métiers.
Il était de coutume qu’un maître nouvellement élu, mais aussi les surveillants ou diacres prêtent serment devant le maire de la cité.
Voici par exemple le serment que devaient prêter les Maîtres « Scriveners » (écrivains publics-notaires) en 1391, c’est en Angleterre mais cela aurait très bien pu être en Ecosse. J’ai choisi celui ci parce qu’il devrait vous rappeler quelque chose…
« Moi, N., de ma propre volonté, jure sur les saints évangiles d’être loyal dans mon office et mon métier…/… je ne transcrirai, ni ne permettrai de transcrire à quiconque s’il est en mon pouvoir et en ma connaissance, aucun acte mentionnant une date très antérieure à sa réalisation, ni très postérieure, ni un acte en blanc, ni aucun acte scéllé avant l’écriture de celui ci, ni des lettres cachetées…, ni…, ni… . Que dieu me soit en aide et tous les saints. »
La structuration de ce texte est pour le moins très proche de textes que nous connaissons aujourd’hui, mais il faut savoir que la façon de prêter serment (tout comme les châtiments d’ailleurs, mais c’est une autre histoire) encore en usage dans nos loges s’inscrit dans une tradition très ancienne du serment britannique.

On sait aussi de ces corporations qu’elles pratiquaient le secret, ce, aussi bien sur le contenu de leurs délibérations que sur les secrets du métier. On retrouve dans de nombreuses chartes de métiers « qu’aucun membre ne doit enseigner les secrets du métier à un journeyman.»
On ne connaît bien évidemment pas le détail de ces secrets, (c’est normal, ils étaient secrets), mais l’on se doute bien qu’il devait s’agir d’éléments spécifiques autres que des éléments de qualification professionnelles puisque le journeyman était employé à des tâches souvent similaires à celles d’un homme du métier. Seulement le journeyman ne possédait pas les mêmes droits (ce journeyman a d’ailleurs souvent été formé en apprentissage à la même « école » que l’homme du métier, mais pour des raisons diverses, souvent pécuniaires, il n’a pas pu « s’installer »).
Il apparaît donc évident que ces secrets servaient avant tout à se faire reconnaître comme « ayant-droit ». Quelles formes pouvaient bien prendre ces secrets, nous nous poserons sans doute longtemps la question. Mais le principe du secret de reconnaissance, est ce qui me semble le plus important.

On sait encore que ces corporations mettaient un soin tout particulier à la confection de leur décorum. Les musées écossais possèdent encore de très nombreux témoignages de l’attention que prenaient les métiers à réaliser leurs bannières, leurs mobiliers, leurs armes mais aussi ce que l’on appellerait aujourd’hui leurs décors et que l’on appelait à l’époque leur « livery » (livrée).
D’abord parce que ces liveries, très codifiées étaient représentatives de leurs origines, de leurs droits et de leurs pouvoirs.
Elles étaient éminemment signifiantes et d’ailleurs très régulées par les autorités.
On retrouve nombre de débats et de décrets donnant, retirant ou négociant le droit de porter, en public, le plus souvent, lors de parades ou de cérémonies, tel type de détail vestimentaire ou telle type de couleur.
Chaque métier arbore les symboles de son métier dont il est jaloux. Chaque officier porte les signes distinctifs de son office qui lui accorde les privilèges qui lui sont attachés.
(Citons au passage le fait que les maçons portaient leurs tabliers et que comme le mentionne Harry Carr, dès 1599, les apprentis devaient fournir une paire de gants le jour de leur entrée en loge.)

The Incorporation of  Masons and Wrights à Edimbourg

Autre élément d’importance, ces corporations, afin d’être plus représentatives et plus puissantes auprès des autorités locales se regroupaient souvent. C’est le cas des Maçons et Charpentiers à Edinbourg qui ensemble demandent et obtiennent un « Seal of cause », c’est à dire une sorte « patente » auprès des autorités de la ville.
Le 15 octobre 1475, un conseil composé du maire (mayor), des conseillers municipaux (Aldermen), du doyen de la Guilde des marchands et des diacres de tous les métiers de la ville, décernent aux Maçons et Charpentiers une charte spécifiant leurs droits et privilèges.

Cette charte se compose de deux documents dont Murray Lyon donne le texte intégral original.
Nous n’allons pas ici rentrer dans une analyse systématique de ce texte mais essayer d’en dégager quelques grandes lignes révélatrices à travers un résumé.

1/ Deux maçons et deux charpentiers assermentés seront choisis pour inspecter le travail réalisé par les hommes du métier de façon à garantir que les employeurs reçoivent un juste retour de ce qu’ils auront payé.

2/ Si un employeur est insatisfait, il pourra se plaindre auprès du diacre de la corporation et des inspecteurs. Le maire et les diacres pourront à la suite de cela décider d’amendes.

Notons tout d’abord à nouveau, le fait que les inspecteurs aient préalablement prêté serment, soulignant ainsi l’importance de celui ci dans le quotidien des hommes de cette époque (A ce sujet, je vous recommande l’opuscule lumineux de René Guilly intitulé « notes dur le serment).

3/ Tout nouvel homme du métier arrivant en ville pour réaliser ou sous traiter un travail, devra être examiné par les inspecteurs pour s’assurer de ses qualifications. Il devra alors payer un Mark d’argent pour la réparation de l’autel de St Jean

Il est intéressant de constater que nos inspecteurs doivent se livrer à une forme de « tuilage » auprès des « visiteurs ». Quelle forme prenait ce contrôle ?
On voit bien ici, aussi que les maçons avaient l’habitude de se déplacer de ville en ville, selon le travail.
D’autre part, le texte atteste clairement de la connexion du métier avec l’église. Les Maçons et Charpentiers se verront d’ailleurs assigner dans cette charte le privilège d’occuper l’aile de l’autel de Saint Jean auxquels ils se sont dédiés dans l’église collégiale de St Gilles.

4/ Aucun apprenti ne pourra être accepté pour un contrat de moins de 7 ans et il devra payer 1/2 mark a son entrée. S’il quitte son maître avant le terme et que quelqu’un le prend a son service, il devra payer 1 livre de cire (à cierge) pour l’autel…
Après que l’apprenti ait servi ses 7 ans, il sera examiné par les  inspecteurs pour déterminer s’il est apte ou non à être engagé dans le métier. S’il est approuvé, il devra payer 1 mark à l’autel pour obtenir les privilèges du métier. S’il ne satisfait pas ses examinateurs, il devra servir un maître jusqu’à ce qu’il soit jugé qualifié pour être reçu maître et fait « bourgeois » (burguesscitizen) et homme du métier.

On voit bien ici que l’homme du métier n’a rien d’un prolétaire, tel qu’on pourrait l’imaginer aujourd’hui. C’est un bourgeois, un chef d’entreprise. S’il n’a pas réussi son apprentissage, il deviendra sans doute ouvrier, cowan. Il peut aussi renoncer à la maîtrise ou ne pas y être accepté, il deviendra alors journeyman, louant ses services chez un maître, à la tâche et là où se présente le travail. Il n’aura alors pas droit aux privilèges de l’homme du métier, mais n’en aura pas non plus les obligations.

5/ Concerne les dissensions entre les hommes du métier et punitions.

La corporation est un corps auto-gouverné, régulé selon des règles communes prévues dans le Seal of cause.

6/ Les deux métiers auront leur place dans toutes les processions publiques, comme dans la ville de Bruges et les pareillement bonnes villes.

On voit ici la confirmation de l’influence des pays continentaux comme les Flandres, pris comme références dans le métier, ainsi que nous en parlions plus haut. (A ce moment, la Ligue Hanséatique est au faîte de sa puissance commerciale)

Si un homme du métier venait à décéder sans laisser de quoi assurer de bonnes funérailles, les deux métiers devront lui assurer un enterrement décent à leurs frais, comme il est dû à un frère du métier.

Confirmation ici aussi, de la préoccupation des corporations pour les âmes de leurs « frères » du métier.

7/ Ou il est question du pouvoir donné à la corporation d’adopter d’autres règlement pour le bien de la communauté….

The Incorporation of  Masons and Wrights à Edinbourg  regroupe donc sous la même bannière deux corps de métiers différents : les  Maçons et Charpentiers.On peut donc se poser légitimement la question du secret des métiers, puisque les deux métiers se réunissaient ensemble sans pour autant posséder le même type de qualification et fort vraisemblablement pas non plus les mêmes moyens de reconnaissance.
En fait, et le point est très important à souligner, derrière la corporation, « façade » représentative pour la cité, le métier conservait son organisation propre et totalement indépendante et « réservée aux seuls membres». Cette organisation préexistait le plus souvent aux incorporations, perdurait pendant l’incorporation et continuait même à exister sans elle.
On retrouvera d’ailleurs cette double organisation pour les Maçons tout au long du XVIIème siècle, après même les Statuts Schaw.

Alors bien sûr, il est beaucoup plus difficile d’avoir des éléments sur ce qu’il se passait dans la « loge », puisque c’est ainsi que se dénommait, cette structure réservée au métier.
On ne saura sans doute jamais grand chose sur ce qui s’y  passait réellement.
Bien sûr, nous avons ici et là quelques mentions attestant des loges de Maçons mais elles ne sont qu’anecdotiques.
Le 27 juin 1483, par exemple, où, à Aberdeen, « six masownys of the ludge » sont pris à la faute et l’un d’entre eux sera même « excludit of the ludge »
Ou comme en 1491 à Edinbourg ou les statuts de la ville fixent les horaires de travail des maçons (5h à 8h, 8h30 à 11h, 1h à 4h et 4h30 à 7h en été et du lever à la tombée du jour en hiver) et où l’on spécifie que les maçons peuvent « gett a recreatioun in the commoun luge ».

Mais il faudra attendre 1598, que William Schaw demande aux loges de réaliser des comptes rendus de loges pour enfin commencer à disposer d’éléments fiables (nous en reparlerons lors des tenues à venir).
En tous les cas, le fait que Schaw demande aux loges de faire des comptes rendus, veut bien dire qu’il n’était pas de coutume d’en faire avant. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi ils en auraient fait. La tradition était orale, le secret était de rigueur, le papier était cher, tout le monde ne savait pas écrire…

Résumons nous.

Nous avons donc affaire à des Maçons de métier organisés en fraternité, qui pratiquent la bienfaisance, dont les préoccupations religieuses, spirituelles et spéculatives sont partout présentes. Des Maçons en décors qui prêtent serment, qui réalisent des cérémonies, qui examinent les « visiteurs » et qui cachent leurs secrets. 

Ca vous fait penser à quoi ?

A ce moment de nos travaux, je voudrais « tordre le cou » à un parti-pris « bien-pensant » concernant l’histoire des origines de la Franc-maçonnerie.
Il s’agit de la dichotomie « spéculatif » / « opératif » que l’on retrouve aujourd’hui un peu partout et qui pour le moins constitue un abus de langage.
Brièvement, elle consiste à dire que les loges d’après 1717 seraient des loges spéculatives, ce qui est vrai (mais pas tout a fait, puisque un certain nombre de Loges Ecossaises ont continué à être « opératives » bien après 1717).
Par opposition, les loges d’avant 1717 seraient « opératives », ce qui est vrai, là aussi. Mais le problème est que l’on pourrait comprendre qu’elles ne seraient QUE « opératives ». Ce qui revient à nier la dimension spéculative des opératifs. Ce qui, on l’a vu, serait une erreur absolue.

Il est tout de même un peu fort d’assister ainsi à un retournement de la réalité. Le moderne, toujours auto-persuadé de sa supériorité sur l’ancien en vient même à s’auto-proclamer spéculatif/contemplatif (spéculatif, de speculum, miroir) alors qu’il a hissé le matériel au rang de valeur principale. Il relègue du même coup l’ancien à de seules capacités opératives alors qu’il vivait une spiritualité au quotidien. Nous serions des penseurs et nos prédécesseurs, des ouvriers.

L’erreur peut être grave de conséquences et n’est souvent pas innocente. Elle permet de réfuter comme « ancêtre potentiel », sans discussion,  tout ce qui est opératif et surtout, il faut bien le dire tout ce qui n’est pas d’ascendance anglaise.

Je pense qu’il faut ouvrir nos esprits et avec rigueur considérer que l’histoire est toujours à la fois complexe et multiple. Tous ceux qui ont voulu réduire l’histoire à une théorie simple se sont toujours trompés. L’histoire maçonnique ne fait pas exception.

Mardi dernier, il y avait une initiation à Goodwill n°17. Pour une fois, je n’ai pas eu à jouer les dépanneurs en prenant un office à la volée. J’ai donc pu pour la première fois depuis assez longtemps assister à une tenue en spectateur attentif. J’ai essayé (pour autant que je le puisse) de me mettre dans la peau d’un maçon du XVème siècle qui assisterait à cette cérémonie.
Tout compte fait, j’ai trouvé cette cérémonie, malgré toutes les transformations et les évolutions qu’elle a pu connaître, bien plus anachronique dans notre temps que dans celui d’un maçon du XVème siècle.

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Les origines de la Maçonnerie Ecossaise (1ère partie)

Publié le 3 Septembre 2026 par T.D

L’apport de David Stevenson

Il faut dire que depuis la parution, en 1983, des travaux du Professeur David Stevenson, travaux qui ont connu une large diffusion, on ne regarde plus l’Ecosse de la même manière. Car il se pourrait bien que la Franc-maçonnerie que nous connaissons aujourd’hui ait son berceau en Ecosse...

David Stevenson, professeur émérite à l’université de St Andew, chercheur reconnu, écossais et non-maçon s’est interessé à la maçonnerie comme il s’est intéressé en 1973 à l’histoire des «covenanters» (les presbytèriens écossais) ou en 2001 aux Beggar’s Benison (ces «sex clubs» écossais, ritualisés, véritables institutions du début XVIIIème siècle), c’est à dire en historien et non en maçon, ce qui donne un intérêt particulier ses recherches.

Il a surtout eu l’intérêt d’avoir exhumé une masse considérable de documents écossais de première importance s’étalant sur tout le XVIIème siècle et notamment les comptes-rendus de très nombreuses loges écossaises dont les premiers remontent à 1598 (Aitchison’s Haven).
Il a aussi mis en exergue le rôle capital joué par William Schaw et ses statuts de 1598 et 1599 dans la formation d’une Maçonnerie qui commence à ressembler à celle que nous connaissons. 

Interrogations…

La première question que l’on peut déjà d’ailleurs se poser ici étant:
Comment est-il possible que ces documents essentiels, facilement accessibles puisque en possession des Loges ou de la Grande Loge d’Ecosse pour la plupart, n’aient jamais été réellement mis en lumière avant cela ?
David Murray Lyon s’y était bien essayé en publiant en 1873 son «History of the Lodge of Edinburgh», somme documentaire impressionnante regroupant déjà une large part des éléments revisités par Stevenson. Mais comment expliquer le peu d’écho donné à ces textes ? (Aujourd’hui encore, j'ai eu bien du mal à m'en procurer un exemplaire). Bien sûr, les chercheurs maçonniques, des AQC notamment, citaient Murray Lyon et allaient même jusqu’à donner à l’Ecosse une «certaine» place dans l’histoire de la Maçonnerie. Des historiens de haut niveau comme Harry Carr, Robert Gould ou le Brigadier Jackson se sont aussi beaucoup intéressé à l‘Ecosse. Mais on a toujours la fâcheuse impression que pour ces historiens Anglais, valoriser le phénomène Ecossais revenait à minorer la prépondérance nécessairement indiscutable de l’Angleterre. Les maçons écossais, pour leur part, étant sans doute aussi responsables de ne pas avoir valorisé un patrimoine maçonnique aussi riche. Pour ne pas  «froisser» la toute-puissante GLUA ?
Nos travaux

Alors bien sûr, nous allons, dans les prochains travaux , nous intéresser longuement à ce fameux «Siècle Ecossais» qui ne cessera de nous réserver des surprises.

Mais avant, afin de mieux comprendre ce qui a pu générer, au XVIIème siècle, ce mouvement écossais capital pour la Maçonnerie, nous avons voulu pousser la recherche encore plus loin, et remonter encore dans le temps, aux origines mêmes de la Maçonnerie écossaise.

Nous voici donc face à un sujet d’étude encore très peu traité par les historiens de la Maçonnerie. Il faut dire que nous entrons ici dans des périodes historiques ou les documents se raréfient et où il est sans doute plus difficile de s’aventurer. Pourtant, les sources sont plus nombreuses que ce que l’on pourrait croire. Nous sommes allés à leur recherche. Elles n’iront pas sans vous étonner...

En préalable, peut-être, je voudrais dire que nous n’avons ici l’intention de rien démontrer. Notre seul travail consistera, simplement, à soulever toutes les pierres que nous trouverons, à utiliser tous les éclairages possibles, sans tabou ni exclusive. Après cela, à chacun de se faire une opinion.
Notre force est de n’être ni Anglais, ni Ecossais et de n’adhérer à aucune idéologie pré-établie.

Enfin, rappelons le, il y a déjà près de 25 ans, le 13 Janvier 1981, deux ans avant la parution même des recherches de Stevenson, était présentée une communication dont le titre était «Nos prédécesseurs, les Maçons Ecossais des années 1660», le conférencier s’appelait Gérard Géfen.

Les second Statuts Schaw

28 Décembre 1599. William Schaw, Maistir of Wark, Wairden of ye Maisons. (Maître des Travaux, Surveillant des Maçons), signe de nouveaux statuts à l’usage des maçons écossais. Pourtant, il y a tout juste un an, jour pour jour, des « Statuts et ordonnances devant être observés par tous les Maîtres Maçons du royaume» avait déjà été édictés. Par lui-même, de plus.

Que s’est-il donc passé pour qu’il ait fallu refaire de nouveaux statuts un an après ?

Il semble bien que ces nouveaux statuts aient été conçus pour répondre aux revendications d’une loge. Et il semble bien que cette loge voulait faire valoir sa préséance sur les autres et ses droits particuliers. Ceci en raison de sa très ancienne tradition et de l’antériorité qu’elle revendiquait. Cette loge s’appelait Kilwinning, elle existe toujours et porte le n° 0 sur le tableau des loges de la Grande Loge d’Ecosse.

- Nous laisserons le soin à notre Frère Gilbert Cédot de développer par la suite, le contenu de ces statuts Schaw et de leur influence pour le moins importante sur la Maçonnerie écossaise de l’époque. En effet, ces statuts Schaw étant incontournables pour la compréhension de ce «siècle écossais» que nous traiterons bientôt, nous avons demandé à notre Frère Gilbert de nous présenter ces statuts par parties, tout au long de cette année, de façon à ce qu’ils soient acquis pour tous lorsque nous entamerons cette période du XVIème siècle. -

En fin de compte la loge Kilwinning n’arrivera pas  à se faire reconnaître comme 1ère loge d’Ecosse et c’est Mary’s Chapel, la loge d’Edimbourg qui obtiendra cette première place. Mais, pour «imposer» à William Schaw de compléter ses Statuts de 1598, Kilwinning devait pourtant avoir une importance considérable et ancienneté certaine.

Ces nouveaux statuts font d’ailleurs état à de très nombreuses reprises de la très grande ancienneté de Kilwinning et souligne même ses usages « de temps immémoriaux ». (Alors on sait qu’il faut se méfier, pour les avoir déjà rencontrés dans d’autres textes des « immemorial times », mais pourtant…)

Nous sommes en 1599. Et la question se pose : à quelle date pourraient donc bien remonter la création de Loges comme Kilwinning ou Edimbourg ?

La loge Kilwinning elle-même n’hésite pas aujourd’hui à faire remonter son existence à 1140, date de la construction de l’abbaye du même nom. Mais, bien sûr, aucun document n’a été conservé qui pourrait venir valider cette thèse.

En tous les cas, Kilwinning comme Edimbourg, reconnue 1ère loge d’Ecosse, devraient forcément avoir une antériorité conséquente sur une loge «ordinaire». Une loge «ordinaire» pour laquelle aucun statut n’a été modifié, comme par exemple Aitchison’s Haven….

Aitchison’s Haven

En fait, Aitchison’s Haven n’est pas une loge aussi «ordinaire» que cela, puisque c’est à elle que l’on doit les premiers comptes-rendus de loge jamais connus à ce jour. Ils sont datés du 9 janvier 1599, soit 12 jours seulement après la promulgation des premiers statuts Schaw. (Statuts Schaw qui justement demandaient aux loges de désormais tenir des comptes-rendus de toutes leurs tenues.)

Nous ne connaissons pas non plus avec certitude la date de la création de la loge Aitchison’s Haven.
Mais l’on sait comment la création d’un port à Prestongrange, baptisé Newhaven puis Acheson Haven (et aujourd’hui Morrison Haven) nécessitera la présence puis l’établissement de constructeurs pour faire face à cet important chantier.
Il y a fort à penser que la loge s’y établit entre 1526 (date donnée par le Frère Wallace-James, P. M. de la loge Lodge St John Kilwinning, No. 57 lors d’une communication faite par la Grande Loge d’Ecosse), date de la première charte de Jacques V autorisant les moines de l’abbaye de Newbattle à construire un nouveau port, et 1541, date d’une 2ème charte de Jacques V donnant droit sur le nouveau port à un certain Alexander Atkinson (Acheson) (1)

Pour réclamer, et obtenir de telles préséances Edimbourg et Kilwinning devaient donc forcément pouvoir légitiment prétendre à une création encore bien antérieure à celle d’ Aitchison’s Haven. Donc bien avant 1526 /1541.

Mais quand alors ?

1491 ? Date de statuts de la ville d’Edimbourg, justement, où l’on peut lire que : les maçons de la ville «gett a recreatioun in the commoun luge»

1483 ? Date de minutes de la ville d’Aberdeen rapportant les dissensions entre six «masownys of the luge»

1475 ? Date de l’ «incorporation of masons and wrights» à Edimbourg

1425 ? Date d’un décret du Parlement demandant au métier de choisir parmi eux un «Dekyn or maister man» pour les représenter auprès du City Council.

Avant encore ?

Nous reviendrons, bien sûr sur, tous ces documents et bien d’autres lors de nos prochains travaux. Mais nous voulions d’ores et déjà mettre en avant ces textes qui nous révèlent que la maçonnerie écossaise a effectivement commencé à se dessiner bien avant 1598/1599, bien avant les premiers témoignages écrits de la vie des loges et les statuts Schaw.

Alors, où ces loges prennent-elles leurs sources, quelles sont leurs activités, comment se sont-elles organisées ?
C’est cette genèse que nous allons tenter d’approcher et de comprendre.

La pierre et la brique

J’ai eu une révélation. Face à une carte géologique.
(Oui, je sais, on ne s’attendrait pas à avoir une révélation face à une carte géologique. Mais pourtant...)
Je me suis procuré un atlas géologique spécialisé de la Grande-Bretagne. Et là, une carte, indiquant en rouge les roches servant à la construction. En Ecosse, du rouge partout. En Angleterre, presque rien, si ce n’est en Cornouailles.
L’évidence: l’Ecosse est un pays de pierre. L’Angleterre peu ou pas.

Mes différentes recherches ont confirmé ce constat.
Pour ce qui est de l’Angleterre, elle n’a pas cessé d’importer des pierres depuis le continent et depuis l’Ecosse bien sûr.
Il faut savoir que par exemple l’Abbaye de Westminster ou la Cathédrale Saint-Paul, mais aussi le château de Buckingham ou même la Tour de Londres sont construits avec des pierres...de Caen.
Quant à Londres même, la ville est bâtie sur de l’argile (London clay). Une couche  épaisse d’une centaine de mètres que l’on trouve partout où il n’y a pas d’alluvions.

En fait, Londres est une ville de briques comme l’Angleterre en général.

On ne s’étonnera pas alors de l’importance qu’ont pu prendre les Bricklayers en Angleterre dès 1416, date de la première mention de la Tylers and Bricklayers Company de Londres qui ont peut-être fait un peu d’ombre aux Maçons de Londres.

Le Dr Gerard Lynch dans un article «Brickwork: The Historic Development» qu’il fait paraître dans The Building Conservation Directory nous dit « Durant la période Tudor, les briquetiers et les poseurs de briques se développent en un corps de métier séparé qui devient capable de rivaliser avec les maçons.(...) La construction en brique à son apogée concurrence la pierre en tant que matériau de construction.» (2)  La brique devient le matériau le plus utilisé pour les constructions communes.

Si l’on considère donc que
1/  A partir du XVème siècle, l’Angleterre qui n’est déjà pas un pays de pierre, voit se développer très fortement la construction en briques
2/ Que concomitamment les monarques anglais, ne cesseront de vouloir contrôler et brider les aspirations des organisations de métier.
(J’ai compté pas moins de 21 ordonnances royales de régulation des métiers sur les XVème et XVIème siècles - rappelons au passage les Statuts du roi Edward VI en 1548 et 1549 qui dissolvent purement et simplement les Guildes anglaises et confisquent leurs biens) alors que, bien au contraire, en Ecosse, le pouvoir royal encouragera le développement des métiers et leurs incorporations

Alors, peut-être avons-nous ici quelques éléments d’éclairage qui nous permettrons de mieux comprendre cette «absence» de la maçonnerie Anglaise du XVème à la toute fin du XVIIème siècle.
Car rappelons le, si nous avons des traces certaines d’activités de loges anglaises fin XIVème siècle début XVème siècle avec les Old Charges. Il faudra attendre la toute fin du XVIIème siècle (Manuscrit Sloane) et le début du XVIIIème (nombreux manuscrits) et la Grande Loge de Londres de 1717 pour à nouveau revoir une maçonnerie anglaise ressourcée.

Ajoutons par ailleurs l’importance que pourrait avoir le grand incendie de Londres en 1666 sur le «revival» de la maçonnerie anglaise.
Le roi Charles II ordonnant que dorénavant, Londres devrait être reconstruit de brique et de pierre, deux effets s’ensuivirent:
1/ La Worshipful Company of Tylers and Bricklayers déclina. En fait elle ne put faire face à cet immense chantier nécessitant plus de Bricklayers  qu’elle ne pouvait en fournir. Elle perdit son monopole (qu’elle avait, elle toujours conservé)
2/ La construction de pierre de son côté, connut un important essor et surtout retrouva un lustre qui lui redonna une nouvelle vigueur.

Il serait intéressant de consacrer un travail plus approfondi sur ce sujet, nous nous y livrerons peut-être lors d’une future tenue.

L’Ecosse et ses pierres

Mais revenons à l’Ecosse.
L’Ecosse, elle, est un pays de pierre.

Déjà, les premiers peuples habitants l’Ecosse, les Pictes (les hommes peints),- IIIème au IXème siècle environ - nous ont laissé comme principal témoignage de leur culture, de fantastiques pierres gravées érigées comme des menhirs dans les campagnes écossaises.
Elles font état d’une maîtrise déjà très poussée de la taille de la pierre, comme d’une symbolique très riche dont la dimension spirituelle est indéniable.

De plus, on peut dire presque dire que la nation écossaise même est «assise» sur une pierre. Cette pierre, c’est la Pierre de la Destinée ou Pierre de Scone.

La Pierre de la Destinée est le plus ancien symbole de l’histoire écossaise. Le symbole de l’union entre les Pictes et les Scots (qui venaient du nord de l’Irlande).
Depuis 877, les rois Scots sont intronisés à Scone, près de Perth, le siège  immémorial des rois pictes et comme l’écrit le chroniqueur écossais John of Fordun  au XVème siècle «aucun roi ne peut régner en Ecosse s’il ne s’est d’abord assis sur la pierre conservée avec respect en l’église de l’abbaye de Scone»

Cette pierre connut un destin exceptionnel justement...

Le dernier roi d’Écosse à observer ce rite fut Jean Balliol, le 30 novembre 1292. Quatre ans plus tard, le roi d’Angleterre Edouard 1er envahit l’Ecosse, s’empara de Scone et emporta la pierre en Angleterre avec les autres symboles de la royauté écossaise.

Un trône fut construit spécialement pour abriter la Pierre sous le siège royal à l’abbaye de Westminster. Depuis 1307, tous les rois d’Angleterre, puis rois de Grande-Bretagne, ont été couronnés assis sur ce trône, donc, sur cette fameuse Pierre de la Destinée.

Les rois d’Ecosse, quant à eux, continuèrent à être intronisés à Scone, mais sur un nouveau trône, privé du symbole picte.

En 1950, notre Pierre de la Destinée connut un épisode rocambolesque.
La nuit de Nöel, quatre étudiants écossais s’introduisent dans Westminster et enlevent la Pierre pour la ramener en Ecosse.
Déposée à l’abbaye d’Arbroath, haut lieu du nationalisme écossais, elle ne revint en Angleterre qu’après un an de négociations, en février 1952; les auteurs de l’enlèvement ne furent jamais poursuivis.

Enfin, pour célébrer le septième centenaire de 1296 (le fameux épisode ou, menés par des chefs comme William Wallace, James Douglas ou Robert Bruce, les Écossais résistent à l'envahisseur Édouard Ier d'Angleterre qui lança plusieurs campagnes pour conquérir l'Ecosse), le gouvernement britannique décida de rendre la Pierre de la Destinée à son pays d’origine.
Le transfert eut lieu le 30 novembre 1996; le jour de la Saint-André (Saint-André est le saint patron de l’Ecosse, le drapeau national représente d’ailleurs une croix de Saint André blanche sur fond bleu). La pierre fut installée au château d’Édimbourg, en présence d’une foule immense, du duc d’York, fils de la reine Elisabeth Il, représentant la souveraine.

La pierre est un bloc de grès, grossièrement rectangulaire (67 x 42 x 26,5 cm), pesant tout de même 152 kg. Elle est cassée en deux morceaux depuis une date indéterminée. Le grès dont elle est faite existe dans des carrières aux environs de Scone.

Toute une légende biblique s’attache à la Pierre de la Destinée: elle serait la pierre sur laquelle Jacob aurait reposé sa tête lors de son fameux songe à Bethel (Genèse, 28, 11), - c’est l’épisode de l’échelle de Jacob -, elle aurait été apportée en Écosse par la mythique princesse Scota, fille de Pharaon, via la Scythie et l’Espagne.

Savoir que Son Altesse la reine Elisabeth Il a posé son auguste postérieur là où Jacob a posé sa tête me laisse dans une perplexité sans fond...

Propos du F Philippe R. en 2005

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La truelle : symbolisme maçonnique

Publié le 2 Septembre 2026 par T.D

La truelle : que symbolise cet outil ? Interprétation à travers cette planche maçonnique.

La truelle est un outil discret en franc-maçonnerie, du moins en loge symbolique. Elle n’apparaît pas sur les tableaux de loge, sauf au Rite Ecossais primitif. Elle est pourtant citée dans le discours de Ramsay dès 1736.

Au Rite Français, le compagnon reçoit la truelle des mains du Vénérable Maître lors de son cinquième voyage : voilà l’outil qui lui permettra de finaliser l’assemblage des pierres.

Par ailleurs, la truelle est citée au 14ème degré du R.E.A.A. : la « truelle d’or » sert à manipuler l’encens de l’autel des Parfums

La truelle est encore présente au Rite York Ancien Libre et Accepté, où l’Ordre de la Truelle d’Argent est un degré dont le bijou est précisément une truelle.

On retrouve enfin la truelle dans le vocabulaire du banquet d'ordre: le franc-maçon façonne la pierre brute (le pain) avec son glaive (couteau), sa pioche (fourchette) et sa truelle (cuillère).

Au sens profane, on peut distinguer deux sortes de truelles :

  • la petite truelle triangulaire permet de lisser d’une manière parfaite la matière dans les angles : c’est la truelle du plâtrier,
  • la truelle du maçon (qui nous intéresse ici) est plus grande, en forme de trapèze avec l’avant arrondi. Elle sert à façonner le mortier en le gâchant, à le projeter pour crépir, colmater les pierres entre elles par remplissage, effacer les différences entre les pierres, aplanir, lisser, etc.

La truelle est donc indissociable du mortier. C’est un outil d’assemblage et de finition.

Entrons dans le symbolisme maçonnique de la truelle.

Le symbolisme de la truelle : interprétation

La truelle est un outil de maçonnerie par excellence. En l’occurrence, elle permet le jointage des pierres et assure leur stabilité, leur adhérence, leur cohésion.

La truelle traduit donc l’intention d’unir, de lier de manière indéfectible. Elle est l’outil qui permet de réaliser cette ambition.

D’autre part, la truelle est de forme triangulaire, ce qui lui confère une haute valeur spirituelle et symbolique : elle véhicule à la fois la Sagesse (la prise de conscience de l’Amour), la Force (le lien inaltérable) et la beauté (la finalisation de l’édifice).

La truelle est parfois représentée avec un œil en son centre qui symbolise la Connaissance

La truelle, outil de la fraternité

La truelle est indissociable du mortier (le « liant »), qui symbolise l’élément qui relie tous les autres, sorte de Quintescence  alchimique.

La truelle symboliserait donc la capacité à mobiliser et à maîtriser ce « cinquième élément », élément cosmique mystérieux qui englobe et relie toute chose. C’est le ciment de l’Univers, autrement dit la force d’Amour qui fait la synthèse de tout.

Pour nous, la Quintessence représente le lien fraternel qui nous unit afin que nos personnalités puissent s’imbriquer au sein de l’édifice de la loge et de l’humanité.

La truelle permet en effet :

  • de remplir les interstices,
  • de gommer les irrégularités,
  • de souder les pierres entre elles.

En d’autres termes, puiser et modeler le mortier avec la truelle, c’est pratiquer la fraternité. La truelle est un outil actif, efficace et précis, qui permet de rajouter du mortier en cas de besoin, par exemple pour combler une incompatibilité entre deux pierres. La truelle comble les différences, les discordances, les désaccords. Elle répare les fissures. Elle rassemble ce qui est épars.

Manier le mortier et la truelle, c’est donc faire l’effort de voir et cultiver le lien qui existe entre tous les hommes : c’est prendre conscience de notre condition commune, du fait que nous avons besoin les uns des autres, et du fait que nous sommes fondamentalement égaux.

Passer la truelle, c’est encore « passer l’éponge », « arrondir les angles », c’est-à-dire pardonner, oublier les offenses et les désaccords. C’est parfaire le lien fraternel, le sceller, le fêter.

Le mortier et la truelle unifient les différences sans pour autant les nier : c’est l’outil de la bienveillance, de la tolérance de la patience, celui de la pratique active de l’amour fraternel.

La truelle est signe d’intelligence, autrement dit de capacité à s’adapter à toutes les situations, à tous les individus, ce qui nécessite de comprendre le comportement et les réactions de chacun.

Bien sûr, la connaissance des autres passe par la connaissance  de soi : l’introspection est nécessaire pour savoir ce qui nous conduit parfois à rejeter les autres.

Bâtir, c’est aimer

La truelle en franc-maçonnerie est l’outil de l’unification par la fraternité, l’outil de l’Alliance.

L’ouvrier ne fait pas que tailler et superposer des pierres. Il doit préparer le mortier, le gâcher afin qu’il ne soit ni trop épais ni trop liquide, de la même manière que le franc-maçon ne doit être ni trop rigide ni trop lâche envers ses pairs. Il doit ensuite appliquer le mortier comme un pansement sur les maux de l’humanité.

Manier la truelle n’est pas facile. Cela nécessite un parfait coup de main et un certain savoir faire. De même, sceller une amitié nécessite beaucoup de maîtrise et de tact : nous sommes au coeur du travail maçonnique, un travail concret, qui est d’abord un travail sur soi.

Au final, la fraternité est le seul ciment que les ouvriers devraient employer dans l’édification du temple. A ce titre, le maniement du mortier et de la truelle font écho aux plus nobles valeurs maçonniques.

La truelle est l’outil par lequel l’œuvre du constructeur s’achève et devient parfaite, c’est par le travail que l’homme devient meilleur. C’est une véritable mission.

 

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REAA15 Chevalier d'Orient et de l'Épée , RF 3ème Ordre

Publié le 2 Septembre 2026 par T.D

Chevalier d'Orient et de l'Épée

La légende du quinzième degré ou Chevalier d'Orient et de l'Épée nous reporte au temps où, après la libération du peuple juif par Cyrus, roi des Perses, le temple de Salomon, renaissant de ses cendres, n'est plus dédié au culte des anciens jours, mais à la doctrine du Maître.

Le Chevalier d'Orient et de l'Épée est voué à la garde du sanctuaire.

Cyrus leur permit de retourner à Jérusalem et y rétablir le Temple. Il leur fit rendre les vases et ornements qui avaient été enlevés à la destruction du Temple de Salomon par Naburadan, général de l'armée de Nabuchodonosor. Il rendit un édit qui enjoignait à tous ses sujets de laisser passer librement tous les Israélites sans les troubler ni les molester sous peine de mort à qui contreviendrait à son ordre. Il ordonna à Nabuzardan, son général, d'enseigner l'an de la guerre à Zorobabel, qu'il arma Chevalier et à qui il donna le pouvoir de conférer le même grade à tous les Maçons qu'il croirait dignes de l'obtenir.

Zorobabel assembla tous les Israélites dont le nombre était de 42.360 sans compter leurs esclaves et il fit choix des Maçons qui avaient échappé à la fureur des soldats lors de la destruction du Temple. Il en rassembla 7.000, il les créa Chevaliers et les mit à la tête du peuple pour combattre s'il se trouvait quelqu'un qui s’opposât à leur voyage vers la Judée.

La marche des Israélites fut heureuse jusqu'aux bords de l'Euphrate qui sépare la Judée de la Syrie. Les Chevaliers arrivèrent et trouvèrent une troupe d'hommes armés qui voulurent leur disputer le passage, en raison des trésors de Temple qu'ils emportaient avec eux. Ni les remontrances des Chevaliers, ni l'Édit de Cyrus ne purent calmer leur insolence. Ils attaquèrent les Chevaliers qui les repoussèrent avec tant d'impétuosité qu'ils furent presque tous tués et taillés en pièces au passage du Pont. Après cette victoire Zorobabel fit élever sur le champ de bataille un holocauste et prit pour mot de passe : Y.H.

Après que les Israélites eurent passé le fleuve et au bout de 4 mois de marche, ils arrivèrent à Jérusalem le 22 mars à 7 heures du matin. Ils se reposèrent 7 jours et les travailleurs et les officiers commencèrent à jeter les fondements du nouveau Temple. Ils divisèrent les ouvriers en différentes classes; chacune d'elles avait un chef et deux assistants. Chaque gradé était payé suivant son rang au travail et avait chacun une parole respective.

La parole de la 1e était Juda. Elle était payée à la colonne qui était à l'entrée du Temple. La 2e classe avait le mot Benjamin, elle recevait son salade sous le portique. La 3e le recevait dans le milieu du Temple après avoir prononcé Y H.

Le même ordre qui avait existé à la construction du Temple de Salomon fut observé à celle du deuxième, mais à peine le travail était-il commencé que les Samaritains jaloux de la gloire qu'allaient acquérir les tribus de Juda et de Benjamin, résolurent de leur faire la guerre et de les empêcher de rebâtir le Temple. Zorobabel instruit de leurs intentions ordonna que tous les ouvriers travailleraient l'épée d'une main et la truelle de l'autre pour être promptement en état de repousser ceux qui viendraient les attaquer.

La construction du nouveau Temple dura 4 ans. Il commença sous le règne de Cyrus et finit sous celui d'Artaxerxès. Il fut bâti sur le même plan que celui de Salomon. Le Décalogue et les Ordonnances de Moïse furent observés de nouveau. Un chef fut nommé pour gouverner la nation. Il fut choisi parmi les Chevaliers d'Orient parce qu'ils étaient libres. Ce second Temple fut détruit par les romains et les descendants de ceux qui le construisirent furent obligés sous la conduite d'un nouveau Zorobabel d'en élever un troisième à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers

Dans les rituels Écossais, le quinzième degré a pour devise les trois lettres L D P.

Ces trois lettres ont naturellement donné lieu à diverses interprétations.

Certains ont voulu y voir les initiales des mots « liberté de pensée ».

D'autres ont expliqué qu'elles signifiaient « liberté de passer », parce que dans l'appareil symbolique du temple, tel que les fondateurs de ce symbolisme l'ont conçu, était figurée une forteresse garnie de sept tours et qu'à l'entrée de la première tour, le Chevalier Gardien posait la question « Que demande-t-il ? ». À quoi il était répondu « la liberté de passage ».

RF 3ème Ordre

T:.I:.M:.: Vous avez été décoré du titre de Chevalier d'Orient, et moi je vous  décore du titre de Chevalier Maçon. Cette truelle en est le symbole. Vous travaillerez désormais le glaive d'une main et la truelle de l'autre.

D. Comment y avez-vous travaillé?

R. Le glaive d'une main et la truelle de l'autre.

D. Sur quel plan fut reconstruit le Temple?

          R. Sur le plan du Temple détruit.

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La truelle en franc-maçonnerie : outil symbolique ou signe jacobite ?

Publié le 2 Septembre 2026 par T.D

Parmi les outils symboliques les plus connus de la franc-maçonnerie — l’Équerre, le Compas, le Niveau ou la Perpendiculaire — certains semblent aller de soi tant leur présence dans les rituels paraît naturelle. Pourtant, un outil fondamental pour les bâtisseurs apparaît étonnamment rarement : la truelle. Cette discrétion intrigue. Pourquoi, en franc-maçonnerie, la truelle est-elle presque absente des premiers rituels connus ? Comment expliquer l’apparition relativement tardive de la truelle en franc-maçonnerie, que l’on n’observe que dans quelques rituels du XVIIIe siècle ? Et surtout, faut-il voir dans la truelle en franc-maçonnerie un simple outil symbolique… ou l’empreinte d’un courant historique et peut-être politique aujourd’hui oublié ? 

1. La truelle en franc-maçonnerie : un outil presque absent des premiers rituels

Lorsqu’on examine les premiers documents connus de la franc-maçonnerie spéculative, la place de la truelle apparaît étonnamment marginale. Les plus anciens textes maçonniques conservés — principalement écossais et anglais — remontent à la toute fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. Or, dans ces documents, les outils symboliques mentionnés sont presque toujours les mêmes : l’Équerre, le Compas, le Niveau, la Perpendiculaire, le maillet maçonnique ou encore le Ciseau. La truelle, pourtant indispensable dans le travail réel des bâtisseurs, n’apparaît que dans un seul texte connu, publié en 1726.

Cette absence est d’autant plus remarquable que ces textes cherchent précisément à établir un lien entre la franc-maçonnerie spéculative naissante et l’héritage des anciens bâtisseurs. On pourrait donc s’attendre à ce que la truelle, outil courant sur tout chantier de maçonnerie, fasse naturellement partie du corpus symbolique primitif. Or ce n’est pas le cas.

Les divulgations maçonniques anglaises du début du XVIIIe siècle confirment ce constat. Dans le Masonry Dissected de Samuel Pritchard, publié en 1730, aucun rôle symbolique n’est attribué à la truelle. De même, la divulgation Three Distinct Knocks, parue en 1760 et décrivant en détail les usages d’une loge relevant de la tradition dite des Anciens, n’en fait aucune mention. Les outils évoqués sont toujours ceux liés à la mesure, à la rectitude et à l’ajustement des pierres.

Le seul document à mentionner la truelle est The Grand Mystery Laid Open, publié en 1726, que nous avons signalé plus haut. Ce document affirme que les francs-maçons utilisent deux outils principaux : le marteau pour séparer et la truelle pour joindre. Mais cette mention reste isolée et apparaît dans un texte souvent considéré comme une parodie ou une divulgation fantaisiste. Elle ne semble pas refléter les usages dominants de la franc-maçonnerie de l’époque.

La situation est comparable sur le continent européen. En France, comme dans l’aire germanique, les premiers rituels connus et les divulgations du premier XVIIIe siècle ignorent également la truelle. Les documents maçonniques antérieurs au milieu du siècle ne lui attribuent ni fonction rituelle ni valeur symbolique particulière.

Ainsi, au moment où la franc-maçonnerie se structure et fixe progressivement son vocabulaire symbolique, la truelle demeure presque totalement absente. Ce constat pose une question historique essentielle : si la truelle en franc-maçonnerie ne fait pas partie du noyau symbolique originel, comment expliquer son apparition progressive dans certains rituels du XVIIIe siècle ?

2. L’apparition de la truelle dans les divulgations françaises du XVIIIe siècle

La première apparition véritable de la truelle dans un texte maçonnique se trouve dans une divulgation française particulièrement singulière : Le Parfait Maçon, publié en 1744. Cet ouvrage prétend dévoiler les secrets des Apprentis, Compagnons, Maîtres et Maçons Écossais, mais il présente un rituel très différent de ceux que l’on connaît par ailleurs. Dans cette divulgation, le Vénérable porte à son sautoir une Équerre et une Truelle. Après la prestation du serment d’un nouvel Apprenti, il prend une truelle, feint de gâcher du mortier dans une auge, puis en passe symboliquement sur les lèvres du récipiendaire afin d’en sceller la parole. Cette scène rituelle, inhabituelle dans les grades symboliques, confère à la truelle une fonction très particulière : elle devient l’outil qui garantit le silence et le secret.

L’année suivante paraît une autre divulgation, Le Sceau Rompu, qui présente cette fois un rituel beaucoup plus conforme aux usages maçonniques de l’époque. La truelle y est mentionnée dans la description générale des symboles de la franc-maçonnerie, mais dans un contexte différent. Elle y apparaît associée à l’épée, combinaison qui renvoie clairement au grade de Chevalier d’Orient, apparu dans les années 1740. Dans ce grade l’épée,lt la truelle symbolisent l’attitude des bâtisseurs de Jérusalem qui, selon le récit biblique du livre de Néhémie, travaillaient à la reconstruction des murailles tout en restant prêts à se défendre.

Autour de la même période, le manuscrit Luquet — l’un des plus anciens rituels maçonniques français qui nous soient parvenus — renforce encore cette association. La truelle et l’épée y sont présentées comme les armoiries des francs-maçons, dans une perspective qui rappelle directement les idées exposées dans le célèbre discours de Ramsay en 1736. Ramsay faisait en effet remonter les origines de la franc-maçonnerie aux Croisades et aux chevaliers chrétiens établis en Terre sainte. Dans ce contexte symbolique, la truelle évoque l’acte de bâtir tandis que l’épée rappelle la dimension chevaleresque que certains milieux maçonniques du XVIIIe siècle cherchaient à mettre en avant.

Ces différents témoignages montrent qu’au milieu du XVIIIe siècle la truelle commence à apparaître dans certains textes maçonniques français, mais dans un contexte bien particulier. Elle n’est pas encore un outil symbolique universellement reconnu ; elle semble plutôt liée à l’émergence des hzutts grades du REAA et à l’imaginaire chevaleresque qui se développe alors dans une partie de la franc-maçonnerie européenne.

3. La truelle, symbole d’un courant maçonnique particulier ?

Les différents témoignages du milieu du XVIIIe siècle suggèrent que la truelle n’appartient pas au corpus symbolique le plus ancien de la franc-maçonnerie. Elle apparaît au contraire dans des milieux précis et dans des textes qui témoignent d’évolutions importantes de la culture maçonnique de l’époque.

Le fait qu’on la rencontre d’abord dans certaines divulgations françaises, puis dans des rituels liés aux hauts grades, laisse penser qu’elle n’est pas issue directement de la tradition primitive des loges symboliques. Elle semble plutôt liée à l’apparition de nouveaux systèmes symboliques qui se développent dans les années 1740 et 1750.

Ces systèmes introduisent des récits historiques, bibliques ou chevaleresques destinés à prolonger l’enseignement des trois grades. Dans ce contexte, la truelle peut facilement trouver sa place : elle évoque à la fois l’acte de bâtir et l’idée d’un travail collectif orienté vers une reconstruction symbolique.

Mais une question demeure. Si la truelle n’appartient pas au vocabulaire symbolique des premiers rituels et si son apparition semble liée à certains milieux particuliers du XVIIIe siècle, faut-il voir dans cet outil l’expression d’un courant maçonnique spécifique ?

4. La truelle, signe de ralliement jacobite ?

Certains historiens ont proposé une hypothèse plus audacieuse pour expliquer l’apparition de la truelle dans certains milieux maçonniques du XVIIIe siècle. Selon eux, cet outil pourrait être lié à un courant politique particulier : celui des jacobites.

Après la Glorieuse Révolution de 1688, le roi Jacques II Stuart est renversé et contraint à l’exil. Il trouve refuge en France, à Saint-Germain-en-Laye, où se constitue autour de lui une importante communauté d’exilés écossais, irlandais et anglais restés fidèles à la dynastie Stuart. Ces milieux jacobites jouent un rôle non négligeable dans la diffusion de la franc-maçonnerie sur le continent européen au début du XVIIIe siècle.

Plusieurs chercheurs, parmi lesquels l’historien Jan Snoek, ont suggéré que certains rituels inhabituels pourraient refléter les usages de ces cercles maçonniques proches du jacobitisme. Dans cette perspective, la divulgation Le Parfait Maçon de 1744, longtemps considérée comme une simple parodie, pourrait témoigner de pratiques réellement observées dans ces loges d’exilés.

Le symbolisme du grade de Chevalier d'Orient se prête d’ailleurs à une lecture politique possible. La légende du grade évoque Zorobabel, prince de lignée royale revenu d’exil pour reconstruire le Temple de Jérusalem avec l’autorisation du roi Cyrus. Cette figure d’un prince légitime en exil chargé de restaurer un ordre ancien pouvait aisément être interprétée, dans le contexte des années 1740, comme une allusion au prétendant Stuart et aux espoirs de restauration de sa dynastie, avec le soutien du roi de France.

Dans cette interprétation, l’image du bâtisseur travaillant la truelle d’une main et tenant l’épée de l’autre ne représenterait pas seulement la reconstruction du Temple biblique. Elle pourrait aussi symboliser l’idée d’une restauration politique menée à la fois par l’action et par la vigilance. La truelle ne serait donc pas seulement un outil de construction : elle deviendrait le signe discret d’un projet de reconstruction, à la fois symbolique et politique.

5. De l’hypothèse politique au symbole maçonnique

Quelle que soit la part de vérité que l’on accorde à cette interprétation, il est difficile d’affirmer avec certitude que la truelle ait été, à l’origine, un symbole jacobite. Les sources restent fragmentaires et les rituels du XVIIIe siècle témoignent souvent de pratiques diverses qui ne correspondent pas toujours à un système symbolique parfaitement cohérent.

Truelle maçonnique cérémonielle, Canada, 1872.

Ce qui apparaît plus clairement, en revanche, c’est que la truelle finit progressivement par trouver sa place dans le langage symbolique de la franc-maçonnerie. Dans certains rituels, elle devient l’outil qui sert à masquer les défauts des pierres, image que l’on retrouve déjà dans le manuscrit Luquet. L’allégorie est transparente : de même que le mortier comble les irrégularités d’un mur, la fraternité maçonnique doit apprendre à couvrir les imperfections humaines.

Peu à peu, la truelle cesse ainsi d’être liée à un contexte historique particulier pour devenir un symbole moral plus universel. Elle évoque le travail collectif, l’union des frères et l’effort commun nécessaire à l’édification du Temple symbolique.

Conclusion – La truelle en franc-maçonnerie : un symbole tardif et énigmatique

L’histoire de la truelle en franc-maçonnerie présente un paradoxe singulier. Outil pourtant essentiel dans le travail des bâtisseurs, elle ne figure presque pas dans les premiers rituels connus. Les textes du début du XVIIIe siècle l’ignorent presque totalement, alors même qu’ils cherchent à établir un lien symbolique avec l’héritage des anciens métiers de la construction.

Ce n’est qu’à partir du milieu du siècle que la truelle apparaît dans certains textes maçonniques, souvent dans des contextes particuliers : divulgations françaises inhabituelles, développement des hauts grades ou milieux marqués par un imaginaire chevaleresque et biblique. Dans ce cadre, l’hypothèse d’une influence jacobite, liée aux exilés Stuart et aux cercles maçonniques qui leur étaient proches, offre une piste d’interprétation possible, sans toutefois pouvoir être établie avec certitude.

Quelles que soient les circonstances exactes de son apparition, la truelle a fini par trouver sa place dans la symbolique maçonnique. D’abord outil discret et marginal, elle devient progressivement l’image d’un travail collectif : celui qui consiste à unir les pierres, à couvrir les défauts et à participer à l’édification d’un édifice commun.

Ainsi, derrière cet outil modeste se dessine une trajectoire symbolique étonnante. Peut-être née dans des contextes historiques particuliers du XVIIIe siècle, la truelle en franc-maçonnerie s’est peu à peu transformée en un signe plus universel : celui de l’union fraternelle et du travail partagé qui permettent de bâtir, pierre après pierre, le Temple de l’humanité.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

 

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Le jubilé maçonnique au REAA

Publié le 1 Septembre 2026 par T.D

Le jubilé maçonnique au REAA : en quoi consiste-t-il ? quelle est sa signification ? Voici une planche au 1er degré.

Un jubilé n’est autre qu’une célébration par la fête.

Ce n’est pas une commémoration, mais bien une fête maçonnique écossaise, écossaise à l’instar des 33 degrés de notre rite. C’est plus précisément la ponctuation d’une activité maçonnique ininterrompue pendant 33 années.

Par ce nombre trente-trois s’instille une analogie entre le degré et la durée, entre l’âge et le grade.

Mais une année n’est qu’un repère profane alors qu’un degré est un barreau de l’échelle initiatique.

33, dans nos référents communs, c’est bien sûr l’âge de la mort de Jésus de sa résurrection donc, après seulement trois ans de prédication pour trente années de maturation.

33, c’est aussi le nombre de vertèbres d’un humain.

Nous allons le voir, le jubilé écossais est avant tout une survivance de traditions hébraïques et chrétiennes, dont le fondement pose encore question aujourd’hui.

En premier lieu, le jubilé signe un accompagnement de l’histoire par la tradition. En second lieu, il est une marque vivante de la tradition dans le processus initiatique.

Voici une planche sur le jubilé maçonnique au REAA.

Voir aussi ce rituel de jubilé maçonnique

Histoire et tradition : des jubilés judéo-chrétiens au jubilé maçonnique

Les sources hébraïques

A l’origine, un jubilé est une solennité publique célébrée tous les 50 ans chez les Hébreux.

Cette solennité de la Loi mosaïque dans l’antiquité juive a constitué l’une des premières marques, l’un des premiers repères, d’une forme de degré dans l’échelle du temps infini auquel se confronte le temps fini de la vie humaine.

Avec l’instauration du jubilé, se développe en effet, la conscience du temps nouveau, différent de l’observation du temps cyclique de la nature.

Pourquoi 50 ans ? Ce chiffre est à mettre en relation avec 49, multiple de 7, chiffre de la sagesse et de la connaissance

8 – Vous compterez sept semaines d’années, c’est-à-dire sept fois sept ans, soit quarante-neuf ans.
9 – Le septième mois, le dix du mois, en la fête du Grand Pardon, vous sonnerez du cor pour l’ovation ; ce jour-là, dans tout votre pays, vous sonnerez du cor.
10 – Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé : chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan.
11 – Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire : vous ne ferez pas les semailles, vous ne moissonnerez pas le grain qui aura poussé tout seul, vous ne vendangerez pas la vigne non taillée.
12 – Le jubilé sera pour vous chose sainte, vous mangerez ce qui pousse dans les champs.

Lévitique, 25

Le jubilé juif n’est pas que la célébration cinquantenaire d’un sacerdoce, c’est surtout le moment des remises de peines et des dettes, coïncidant peu ou prou avec la fin de la vie d’homme.

Une sorte de libération ou de Tabula rasa. Or, faire table rase à échéance donnée, voilà une action qui interroge en franc-maçonnerie où la transmission est reine, bien que l’initiation soit fondée sur un éternel recommencement.

L’ambivalence est donc au coeur de l’agrégation du Jubilé par les rites maçonniques : le commémorer, est-ce laisser une trace du jubilaire par la fête, ou est-ce célébrer l’éternel recommençant qu’est le cherchant ?

L’apport de la chrétienté

L’histoire du jubilé va voir l’agrégation de pratiques chrétiennes, elles-mêmes nourries aux substrats judéo-païens.

Les papes de la chrétienté comprirent assez vite que si la remise des peines était possible, autant en raccourcir les délais pour en multiplier les occasions et augmenter les sources de profit : les jubilés ne sont alors pas si éloignés du trafic des indulgences et autres sources d’enrichissement, dont la contestation amènera le vent de la Réforme.

Quand en l’an 1300, le pape Boniface institua les jubilés chrétiens, il œuvra en homme d’affaires : ayant constaté à quel point les pèlerinages à Rome procuraient déjà aux pénitents des grâces particulières pour le Jugement dernier, et à Rome des subsides conséquentes, il établit des
jubilés, non de 50 mais de 25 ans, pour créer toujours plus de rassemblement considérables de pèlerins… et de fructueuses offrandes.

A côté du temple rôdent toujours les marchands …

On le voit, célébrer un jubilé c’est s’inspirer de la célébration du temps écoulé dans un office ou une fonction, comme s’inspirer d’un principe d’indulgence, de délivrance, de rémission.

Le jubilé maçonnique écossais, reflet d’une spiritualité initiatique sécularisée

Pour un franc-maçon écossais, le jubilé s’inscrit dans la tradition de constance et de fidélité.

L’anniversaire que l’on fête en ayant expurgé le versant exotérique hébraïque avec la remise des peines et des dettes, puis le versant exotérique catholique avec le négoce des indulgences, est devenu pour nous une célébration, celle de l’activité maçonnique continue dans notre rite depuis l’initiation.

Cette célébration est bien rituélique car elle est codée et parfaitement inscrite en tant que telle dans notre corpus symbolique de rituels.

Le jubilé écossais, récupération syncrétique des pratiques judéo-chrétiennes, reste une survivance de croyances, de réflexions et de rites païens qui scandent le temps fini de l’homme dans le temps infini du cosmos

Cette obsession de mesure de la vie et du temps parait consubstantielle à la nature humaine et le jubilé est un avatar de ces deux colonnes de l’évolution humaine que sont le calendrier et l’alphabet.

Si le temps n’existe pas, puisque c’est nous qui passons et non lui, le jubilé est comme toutes les fêtes, un repère pour nous situer dans notre temps de passage, dans le temps de l’homme plutôt que celui de Dieu, et pour nous dans le temps de l’initié.

Et qu’est-ce qu’un anniversaire si ce n’est une scarification virtuelle et sociale qui désigne à autrui le lieu de notre temps, notre durée ?

Le jubilé cinquantenaire hébraïque embrassait déjà, dans un même élan, les fêtes païennes des moissons avec la fête juive des semaines ou le Chavouot du don de la loi, avant que de se trouver un avatar dans l’effusion de l’Esprit de la Pentecôte (50 en grec).

50 ans ou 50 jours, la symbolique est permanente et signe l’invariant ésotérique. Et voilà que le REAA invente le Trente-trois !

Le jubilée en 33 ans

Pour d’aucuns, en glissant du 50 hébraïque au 33 christique, le REAA ne ferait pas qu’embrasser l’ancien et le nouveau.

Il accompagne un autre glissement, un mouvement de passage, des anciens âges de la vie mythique (par la guématrie) aux âges de la vie cyclique (par le solaire) jusqu’aux âges de la vie de l’homme (par ses gènes).

Ainsi l’âge de la mort de Mathusalem (969 ans) est fixé, à rebours, par une combinaison guématrique, l’âge de la mort d’Enoch (365 ans) en référence au cycle solaire et l’âge de la mort du Christ (33) est devenu celui d’une mort et renaissance d’un homme.

C’est pourquoi le jubilé écossais, par son 33, relie le temps de l’homme au temps des dieux, l’humanité mythique à l’humanité historique, l’esprit à la science, le sacré au profane et la mort à la renaissance.

En cela, il est totalement initiatique.

Le jubilé maçonnique

Au REEA, ce jubilé, ce moment de passage, c’est le rappel de l’engagement et de la constance dans l’œuvre maçonnique. C’est une ode à la vie initiatique.

Contrairement à ses deux sources originelles, le jubilé maçonnique écossais ne proclame pas une année sainte, mais un besoin personnel de joie et un besoin collectif de fête.

Alors que fête-t-ton dans cette joie ? Le respect, l’ancienneté, la constance, l’assiduité et cela seulement ? Non, car sinon on pourrait fêter le jubilé maçonnique à tout moment. C’est le serviteur du rite et l’ouvrier de la fraternité que l’on fête.

Les sens de la célébration, c’est ce qui nous anime, en gros depuis que nous donnons des sépultures à nos défunts. Mais par ce jubilé, c’est la Vie que nous fêtons. En honorant nos frères jubilaires, nous fêtons grâce à eux, le sens de la vie, le sens de notre vie d’initié, la conscience et l’amour de la vie.

Savourons cette célébration, c’est un témoignage rare, elle est un lien qui nous unit. Nous le savons bien :

Tout varie. Tout évolue. Tout se transforme. Tout est incertitude. Tout, et face à ce grand tout du chaos, la permanence initiatique cimente le socle de perfectionnement de l’homme et d’espérance du maçon.

Il n’y a jamais de dernier mot. Le temps persiste, l’espace continue et la nécessité de s’adapter à chaque circonstance nouvelle, c’est la vie.

C’est en ce sens que nos frères jubilaires sont les glorieux témoins de cette évidence, comme les pierres vibrantes de notre espérance

Nous ne voyons ici dans notre lumière que des êtres restés éveillés, les yeux grands ouverts sur la lumière du monde, vivant éternellement leur initiation comme au premier jour, enrichi des autres jours.

Conclusion

L’étymologie de « jubilé » nous renvoie quelque part à la musique :

  • soit par JOBEL, ce bélier avec la corne duquel on faisait un cor pour annoncer l’année sainte, en mémoire du bélier du sacrifice d’Abraham,
  • soit par JUBAL, qui aurait été le premier inventeur des instruments de musique.

La racine n’est pas la même que « jubilatoire », mais la tentation est grande et s’il faut entendre par le coeur, notre oreille est peut-être plus perspicace que notre esprit. Alors, jubilons ensemble …

En matière de jubilé, ainsi nous parle l’histoire des hommes et des maçons écossais.

Rituel de jubilé maçonnique

Voici un exemple de rituel de jubilé maçonnique, au Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Le  jubilé maçonniqueest une cérémonie qui fête les 33 ans de maçonnerie d’un membre. Il s’agit de mettre en lumière la persévérance, l’engagement et la fidélité d’un Frère ou d’une Sœur aux idéaux maçonniques : recherche de la vérité, amélioration de soi, fraternité. C’est donc la reconnaissance officielle et symbolique de l’engagement durable d’un franc-maçon.

Il existe de nombreux rituels de jubilé maçonnique… En voici un exemple.

Rituel de jubilé maçonnique au R.E.A.A.

La cérémonie s’ouvre normalement en présence du Grand Maître ou du Frère Inspecteur de la Loge.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Nous sommes réunis en ce jour pour honorer un de nos frères en raison de sa constance et de sa fidélité à notre idéal.

Trente-trois années durant, il s’est distingué par sa ferveur maçonnique, par ses chaleureux sentiments fraternels et son activité comme membre de notre Respectable Loge.

Le caractère exceptionnel de cet anniversaire et l’honneur qui s’y trouve attaché l’ont fait fixer dans nos usages sous le nom de jubilé maçonnique écossais.

Pause

Frère Maître des Cérémonies, veuillez quérir le Très Cher frère … récipiendaire de la médaille du jubilé Ecossais et le conduire au siège qui lui est réservé entre les colonnes.

Ceci est exécuté, le Maître des Cérémonies rejoint sa place

Prenez place, mon Très Cher Frère.

Mon Très Cher Frère, c’est avec la plus grande joie que nous vous rendons cet hommage solennel pour un tiers de siècle de Travail Maçonnique.

Par vos mérites, vous représentez dignement la cohorte glorieuse de tous les Frères qui se sont dévoués à l’idéal de la Franc-Maçonnerie et ont apporté à l’humanité entière un peu plus de Lumière et d’Amour.

Cette cérémonie est un témoignage de l’admiration fraternelle que nous éprouvons envers vous pour l’exemple que vous nous apportez.

Les racines de la Franc-Maçonnerie plongent dans un lointain passé, et les symboles qui inspirent nos réflexions étaient déjà l’objet de méditations pour les sages des temps anciens.

Adeptes de l’Art Royal, nous fondons notre travail sur la patience, la vigilance et la persévérance. C’est pourquoi nous sommes tout naturellement portés à apprécier la continuité dans l’action et la permanence de l’effort dans notre Grand Œuvre spirituel. Votre comportement dans la vie a toujours témoigné de ces vertus.

Au fil des siècles, les empires s’écroulent, les religions passent, les civilisations disparaissent. La Tradition, l’Esprit et l’Ordre demeurent, constamment revivifiés par ceux qui sont initiés aux mystères sacrés.

Les Francs-Maçons sont de ceux-là, et leurs efforts contribuent à la réalisation d’une longue chaîne d’esprit, de cœur et d’amour qui se prolonge dans l’espace et le temps.

Aussi, mon Très Cher Frère, il nous est particulièrement agréable de vous donner en exemple à tous ceux qui sont ici assemblés.

Pause

Mon Très Cher Frère Orateur, veuillez rappeler les services rendus par notre Très Cher Frère …  à notre Loge, à notre Ordre et à notre Idéal.

LE FRÈRE ORATEUR (ou le Frère désigné en la circonstance) produit son exposé.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mon Frère Orateur, nous vous remercions.

Pause

Debout et à l’ordre, mes Frères.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez accompagner notre Très Cher Frère … au pied de l’Orient.

Ceci est exécuté

Je donne maintenant la parole à notre Très Respectable Frère …, Inspecteur de la Loge.

LE TRÈS RESPECTABLE FRÈRE INSPECTEUR

Prononce son allocution pour la remise de médaille.

Mon Très Cher Frère …, vous avez œuvré pendant plus de trente-trois années à vous perfectionner en tant qu’homme et en tant que Franc-Maçon et vous avez coopéré efficacement dans le travail maçonnique avec vos Frères, au sein de cette Respectable Loge (et éventuellement, d’autres loges).

En même temps, votre comportement dans le monde profane a été conforme à nos principes et vous a fait gagner l’estime générale.

Permettez-moi de vous en féliciter et de vous donner un témoignage tangible de notre reconnaissance.

Frère Maître des Cérémonies, faites gravir à notre Très Cher Frère les marches de l’Orient.

Au nom de (obédience), que j’ai l’honneur de représenter ici, je vous remets, mon Très Cher Frère …, la médaille du Jubilé Maçonnique Ecossais, sur laquelle sont gravés votre nom et la date de votre initiation.

Le Très Respectable Frère Inspecteur le décore et lui donne l’accolade fraternelle.

Je vous remets en même temps le diplôme d’attribution de la médaille, signé par notre Très Respectable Grand Maître.

Frère Secrétaire, veuillez en donner lecture.

LE FRÈRE SECRÉTAIRE lit à haute voix le contenu du diplôme.

LE TRÈS RESPECTABLE FRÈRE INSPECTEUR

Votre parcours maçonnique n’est pourtant pas terminé. Nous comptons même qu’il se poursuivra longtemps encore, avec la même ferveur et la même efficacité.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mes Frères nous allons former la Chaîne d’Union longue.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez placer notre Très Cher Frère N … dans la Chaîne d’Union, entre les Colonnes.

La Chaîne d’Union longue est formée ; elle comprend les Frères qui se trouvent à l’Orient et qui demeureront à leurs places.

Mon Très Cher Frère …, je vous donne la parole au cas où vous désireriez nous adresser quelques mots.

Le Frère … exprimera sa gratitude au Très Respectable Frère Inspecteur et à tous les Frères de l’Atelier pour la récompense qui lui a été attribuée et pourra rappeler quelques souvenirs de sa vie maçonnique.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mes Frères, quittons la Chaîne ; regagnez vos places et remettez-vous à l’ordre.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez accompagner notre Très Cher Frère … à l’Orient et le placer à ma gauche.

Nous allons exprimer par une chaleureuse Batterie la joie que nous éprouvons de voir notre Très Cher Frère … décoré de la Médaille du Jubilé Ecossais.

A moi, mes Frères par :

  • Le Signe Pénal
  • La Batterie
  • L’Acclamation Ecossaise et la Devise.

Prenez place, mes Frères.

Pause

A ce moment de la cérémonie pourra être prévue une remise de témoignages personnels d’affection, tels que médailles, souvenirs ou cadeaux divers.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mes Frères, à l’issue de cette cérémonie émouvante, méditons sur les propos qui ont été tenus aujourd’hui ; qu’ils nous soutiennent et nous inspirent, qu’ils nous donnent la foi et le courage de suivre le chemin tracé par notre Très Cher Frère …

Frère visiteurs, soyez remerciés de vous être associés à nous en cette occasion solennelle.

Les travaux de la Loge se poursuivent.

 

 

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« Le 32° est un degré initiatique. Que pensez-vous de cette affirmation ? »

Publié le 1 Septembre 2026 par T.D

INTRODUCTION :

Que signifie « initiation ? Le sens le plus élémentaire, c’est « commencer quelque chose de nouveau, apprendre, passage, ». Dans ce cas, il y a de nombreuses initiations profanes et maçonniques, comme par exemple, apprendre une langue, apprendre à conduire un véhicule, etc. Et dans ce cas, tous les grades maçonniques sont initiatiques. Cette planche sera centrée sur l’initiation maçonnique : c’est une problématique à la fois simple et complexe. Simple, parce que l’objectif du franc-maçon est de se connaître soi-même, et donc répondre à la question : « Qui suis-je ? ». Cela semble simple, parce que tout au cours de la vie, chaque jour, on utilise le « je », et aussi le « tu » et le « il ». Dans ces conditions il est tout à fait invraisemblable que chacun ne se connaisse pas lui-même. Et pourtant ce « je » repose sur de nombreux éléments : le corps, le mental, la conscience quotidienne, etc., et également ce « « je » remplit de nombreuses fonctions : père de famille, mari, rôle social, politique, etc. Et pourtant ! Quelle complexité : qui est le « JE » ? Et si ce n’était ni le corps, ni le mental, ni la conscience, etc., tous ces éléments auxquels « je m’identifie » ? Et si, derrière tous ces rôles, était voilé un Témoin, dont la démarche, à travers les divers degrés de la franc-maçonnerie, a pour but la découverte.

La vie est un pèlerinage. Elle a un sens et un but. De nombreuses voies prétendent mener à ce but. Outre la voie maçonnique, les religions, le yoga, etc. Les initiés sont ceux qui ont atteint ce but. Ce sont les Veilleurs et les Vivants. Les autres demeurent des morts (comme dit le Maître Jésus : « Laissez les morts enterrer les morts »). La Tradition est une montagne, avec de nombreux sentiers, et chaque sentier mène au sommet, la connaissance de « Je-Je ». La lumière vient à chacun sous deux conditions : d’abord il faut la demander, ensuite, il faut la mériter.

Le Sépher Yetsirah (Livre de la Création), qui serait l’œuvre orale d’Abraham, suite à son initiation par Melchisédech, présente les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse (voir Annexe 1). Ce livre commence ainsi : « Par les trente-deux voies de la sagesse, l’Architecte a gravé. » Ces voies sont les dix Séphirot ou nombres primordiaux et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. En conséquence, le 32° degré est un échelon de l’échelle des 33 grades du rite écossais ancien et accepté, qui mène à cet objectif.

Première partie : Les 33 grades du rite écossais ancien et accepté sont initiatiques...

Définition du 32° degré :

n      D’un point de vue maçonnique :

Le 32° grade est celui de « Sublime Prince du Royal Secret ». Le terme de prince indique qu’il ne s’agit pas encore du titre le plus élevé, qui est celui de roi. Le royal secret, c’est cette clef mystérieuse que chaque franc-maçon recherche depuis sa première initiation, cette Parole perdue à la mort d’Hiram, ce Verbe créateur. Depuis cette date, nous avons parcouru du chemin. Notamment, au 18° grade, nous avons appris que ce qui est perdu, c’est l’Amour. Et depuis cette date, par un long et minutieux travail, nous nous préparons à recevoir ce Royal Secret. L’adage dit : « Le Maître (ici le Maître intérieur, le Soi) apparaît lorsque le disciple est prêt ». L’initiation intervient au moment venu, à celui ou à celle qui est apte à la recevoir, dans le cadre d’une quête menée volontairement. Donc, après l’initiation ultime, celle du 33° degré, chacun peut s’élancer, s’il est élu, vers l’Infini, déjà vaguement entre aperçu au 13° degré. Etant alors libéré de l’emprise de l’ego, la franc-maçon peut laisser le Soi s’épanouir.

A partir du 4° grade, dans le Temple, tout respire la sérénité : nous sommes désormais dans le monde des morts, qui est aussi le monde des Vivants, le monde de ceux qui ont renoncé au profane et à ses valeurs matérielles, pour grimper l’échelle de tous les grades, qui nous mènent au SECRET ULTIME : le Sagesse, la Joie, l’Eveil intérieur. En tout cas, nous nous préparons intérieurement, pour être prêt à recevoir la Grande Lumière. Il convient de dénouer les différents nœuds qui lient la conscience et qui font que celle-ci s’identifie trop et à tord au corps et à l’ego. Autrement dit, il s’agit d’ouvrir et d’étendre notre conscience afin qu’elle puisse fusionner avec la conscience universelle, car qui se ressemble s’assemble.

Lors de l’initiation au 32° degré, il est prononcé la phrase mystérieuse renfermant le Royal Secret : « Que la Lumière qui est en nous, nous guide ».

La disposition du Camp des sublimes Princes du Royal Secret représente une synthèse des 33 grades, y compris le 33° degré en son centre. C’est, à titre individuel, la formidable armée que chaque franc-maçon a constitué au de décennies de maçonnerie. Cette armée intérieure est faite de tous les acquis obtenus, et de tous les grades maçonniques, dont les titres ronflants voilent et dissimulent autant de vérités intérieures. Il s’agit de mener une ultime croisade, le grand djihad, qui consiste à investir notre Lieu Saint, le Saint des Saints : il s’agit donc de détruire l’ego, cet usurpateur, pour que le Roi, le Soi puisse monter sur le trône laissé ainsi vacant.

n      Du point de vue de la Kabbale :

L’Arbre de la Vie est d’abord descendu, de Kéther (la conscience universelle) à Malkouth, en passant par Tiphéret (le cœur) ; puis la remontée en passant de Malkouth à Kéther en passant par Tiphéreth. On parcourt un 8 couché, celui de l’infini. Le cercle du haut est dans le monde spirituel. Le cercle du bas est dans le monde matériel. Tiphéret est à la fois, l’Amour, le buisson ardent et le sexe de la Mère. Les trente trois grades représentent les trente trois étapes de la remontée, ou réintégration.

Le 32° sentier se trouve entre deux séphiroth, entre Yessod et Malkouth. C’est donc un sentier qui est parcouru à la fin lors de la descente et au début lors de la montée. C’est le retour à l’Unité, à la dimension infinie et éternelle de l’univers.

La franc-maçonnerie est, non une voie de croyance, mais une voie de connaissance. Ce qui compte, c’est le processus d’élévation de la conscience, et non l’adhésion à des dogmes. Elle n’a de sens que si elle est mise en œuvre dans la vie quotidienne. Les trois premiers grades, qui donnent la plénitude de l’état maçonnique, donnent à l’initié une vision du monde qui repose sur l’humanisme et la spiritualité. Ensuite, les 30 degrés du REAA conduisent à connaître l’Amour, Universel, pour le mettre en œuvre dans sa vie personnelle et la vie sociale. L’Amour est la dimension éternelle et infinie de l’univers : car ce qui a été perdu, et qu’il convient de retrouver, c’est cet Amour. Le symbole de cet Amour est la Vie, et plus encore la Lumière. Le principal obstacle nous est indiqué dès le début : c’est l’hypertrophie du Moi, de l’Ego. C’est un cheminement que l’on doit parcourir soi-même pour soi-même, sans compter sur autrui, gourous de toutes sorte. Nos propres efforts nous mènent de Malkouth à Kéther. Puis il y a intervention de « Ein Sof », selon l’adage : « Le Maître vient lorsque le disciple est prêt ». Les qualités dont il faut faire preuve : humilité, simplicité, patience et persévérance.

Nous parcourons constamment de haut en bas (naissances) et de bas en haut (réintégrations) l’Arbre de Vie. Dans le premier cas, il s’agit de « jours » (les six puis sept jours de la Genèse), dans l’autre sens il s’agit de ciels (les dix cieux du livre d’Enoch). Ce cheminement se fait en spirale, avec des retours en arrière, et il est rythmé de morts et de renaissances (initiations). A un moment, nous parvenons à la onzième porte, celle qui est entrevue, notamment au treizième grade, celui de Royal Arch, au REAA. C’est la porte qui donne accès à l’infini et l’éternité, l’Ein Sof. Cette porte ne s’ouvre que par la grâce de notre Maître intérieur, le Soi, ou la Conscience Universelle. Comme le dit l’adage, « le Maître apparaît quand le disciple est prêt ». Les indices du « libéré vivant » qui est parvenu effectivement à ce terme, sont : le silence, la béatitude et la paix profonde.

On peut lire dans le Sepher Yetsirah : « … De l’esprit du Dieu Vivant a émané l’air ; de l’air, l’eau ; de l’eau, le feu ou l’éther ; de l’éther, la hauteur et la profondeur, l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud… ». Cette description se réfère aux caractéristiques du monde manifesté ; et donc au principe terre. Il s’agit de l’émanation des principes à partir d’une source unique : la dimension infinie et éternelle de l’univers. La réalité matérielle est la conséquence de la projection de l’une de ses vertus dans l’espace. Cette vertu initiale a donné naissance à une autre, jusqu’à un total de dix projections ou émanations. La dixième projection a pour nom « Malkuth », le Royaume, et représente symboliquement le monde terrestre, le plan matériel. Sans elle, les autres ne pourraient être parfaitement connues, car bien qu’étant la plus éloignée de la première (Kéter, la Couronne), elle entretient avec elle la plus grande affinité. C’est en maîtrisant Malkuth, que nous pouvons atteindre le 33° et dernier degré. La Kabbale nomme cette sephira « Royaume », et qui dit Royaume, dit également « roi ». Il nous appartient de devenir notre propre roi, afin de pouvoir un jour porter la couronne de la Royauté spirituelle, et réaliser notre régénération au sein de la totalité. La terre est mon laboratoire, et c’est en apprenant à maîtriser sa vie terrestre que je peux prendre conscience de ma perfection latente.

Seconde partie : …Mais cela implique des francs-maçons mûrs qui pratiquent effectivement les valeurs de la franc-maçonnerie.

Une telle affirmation suppose d’abord que l’on est parvenu à la maîtrise, notamment du mental. Il faut se poser, en tant que francs-maçons, les questions suivantes : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Que voulons-nous ? »Quand on maîtrise le mental, on maîtrise tout le reste. La recherche du Soi par le mental ressemble à celle du berger cherchant un agneau qu’il ne cesse cependant de porter sur ses épaules. La réalité de l’Etre, du Soi, évidente par elle-même, n’a « besoin » d’aucune preuve extérieure. Elle est antérieure à toutes nos pensées, présupposition nécessaire de toutes nos connaissances et actions ; fondement de notre existence, elle nous précède et nous constitue. Pourtant, on oublie cette évidence. Le remède à cette situation erronée est une sorte d’éveil, une « réintégration », un « retour à la source », et ceci justement ne peut se faire que par une expérience personnelle.

Selon l’adage : « Toute chose se fait connaître par ce qui lui est semblable ». On ne peut donc contempler le Soi universel que par le Soi qui est en nous. Que dois-je faire pour atteindre cet état ? Je dois nettoyer mon temple intérieur, afin que cet hôte, le Soi, puisse se révéler en lui. Je suis la flûte, et le Soi est le flûtiste, qui souffle amoureusement dans l’instrument. Sans flûtiste, il n’y a pas de musique, mais sans flûte rendue « perméable » au Soi, aucune mélodie ne peut se manifester. L’eau du Soi ne peut s’écouler dans le vase de notre conscience, si celui-ci est déjà plein. Aussi, pour que le Soi puisse descendre en nous, il faut se « désemplir ».

L’intention de la démarche maçonnique n’est donc pas de donner à l’homme l’acquisition d’une chose nouvelle, de lui révéler un fait inconnu, mais simplement de le rendre conscient de cette réalité fondamentale, obscurcie par l’existence empirique, mais impérissable. Son rôle se résume à détruire l’ignorance que l’on compare à un nuage noir qui cache le soleil brillant, et à éveiller l’homme à la vérité (à l’alétheia – le non-oubli) de sa nature authentique. C’est aussi comme le soleil caché par un nuage. Tout comme le soleil dissimulé par un nuage, le Soi, caché par l’ego, n’a jamais disparu. Le mental ne saurait appréhender le Soi, et ce n’est qu’une fois réduit au silence et qu’aucune de ses pensées-nuages ne se présente pour obscurcir la conscience, que l’Etre pur peut se révéler dans toute sa splendeur.

Il s’agit, non pas d’ajouter quelque chose, mais d’enlever quelque chose, non pas d’apprendre quelque chose, mais de désapprendre quelque chose ; il s’agit d’enlever le voile qui couvre la pierre brute pour faire apparaître la pierre cubique. Cela rappelle le « vitriol » du Cabinet de réflexion : C’est-à-dire plonger en soi. La méthode est bien d’aller au fond de soi, dans une forme de pèlerinage, pour découvrir, dévoiler le moi profond. C’est la recherche du trésor des trésors, dans la nuit et le silence. Ce trésor c’est le Royal Secret. La vérité, c’est le mensonge plus un surplus. Par notre travail, il est demandé de perdre ce surplus.

Le monde est seulement irréel en tant que monde, c’est-à-dire en tant que chose séparée, subsistant par soi-même, mais il est réel en tant que manifestation du Soi, tout comme les événements que l’on voit sur un écran de cinéma sont irréels en tant que vie véritable, mais réels en tant que spectacle d’ombre. Cela s’appelle aussi travailler la pierre brute (l’ego) pour faire émerger la pierre cubique, ou la pierre philosophale (le Soi). La souffrance et le bien-être continuent d’exister, le monde est bien là. Mais ce n’est plus l’essentiel.

Quelle est la méthode maçonnique ? Cela consiste en deux expressions, et une phrase : les deux expressions sont « pierre brute » et « pierre cubique » et la phrase est : « transformer la pierre brute en pierre cubique », ou bien encore : « revenir à la source ». La pierre brute est la surface, la périphérie, la conscience empirique, le reflet, l’apparence, le soi reflété, empirique et apparent, le « « je » inauthentique. C’est le faux « je », le persona, ou masque. La pierre cubique est le fond et le centre, la conscience universelle, le Connaisseur et Témoin, la conscience pure, le Soi réel et transcendantal, le « Je suis » authentique et réel. C’est le vrai et seul « Je suis », l’Etre réel et profond.

Le mental ne diffère pas de l’ego et de la conscience empirique. Il s’identifie avec le corps de façon erronée, et plus grave, il s’identifie avec le Soi témoin. Le mental s’identifie avec la pierre brute.

Le retour à la source signifie connaître le Soi tel qu’il est réellement, abandonner le faux soi (le « je » physique et le mental, la conscience empirique) tout comme un acteur abandonne son rôle et demeure lui-même, n’oublie jamais qui il est en réalité. La conscience d’être est antérieure à la pensée, à l’ignorance et l’erreur, à l’illusion, au bien et au mal. Le Soi précède, il est au-delà du déroulement de la conscience relative, celle du sujet-objet. Penser relève du mental. Changer de perspective et de centre de gravité, passer de la superficie à la profondeur, de la pierre brute à la pierre cubique, c’est la mort du vieil homme. De même qu’il y a une différence entre l’état de veille et l’état de rêve, parvenir à cela, c’est la même différence qu’entre l’état de veille et l’état de rêve.

Cela ne fait pas l’objet d’une connaissance intellectuelle, verbale, ou d’une analyse psychologique. C’est une expérience immédiate. Il n’y a pas non plus une expérience du monde de la dualité, suivie d’une expérience de l’absolu. Il n’y a pas un « avant » et un « après ». Le Soi est toujours présent et sa connaissance n’est pas l’objet d’une discipline. Cette connaissance est innée et personne ne l’a jamais perdu.

Si le travail est vraiment fait, c’est la meilleure aide qu’un maçon peut apporter au monde.

Coexistent donc diverses sortes de francs-maçons :

  • Ceux qui sont étrangers à la démarche maçonnique, et qui restent des mondains (le sexe et l’argent) : affairistes,…
  • Ceux qui sont en route vers le but
  • Ceux qui ont atteints le but.

A quoi reconnaît-on ces derniers ? La paix profonde, le silence. La Lumière, la Vie, l’Amour.

Les premiers ont un « moi vert ». Les derniers ont un « moi mûr ». Ils ont travaillé sur leurs ego. Celui-ci subsiste, et leur permet juste d’enseigner aux autres. Les premiers sont des bavards : ils font « blop, blop, blop » comme un vase qui se remplit d’eau. Les troisièmes sont silencieux, parce qu’ils sont bien pleins, et l’eau qu’ils contiennent ne fait plus qu’un avec l’eau de l’océan.

Loges bleues : Certaines loges sont composées de maçons virtuels, qui sont « restés en chemin », ou bien de Narcisse qui s’admirent. A quoi le reconnaît-on ? Plus on s’écarte de la Terre (Malkuth), et que l’on se rapproche de la Grande Lumière (Kéther), et plus l’ego (les rôles, rôle social, familial, et aussi maçonnique) se déconstruit et apparaît notre véritable nature (être, conscience, béatitude, joie). Plus on est proche de la Terre, et plus l’ego s’intensifie et s’hypertrophie. Or ces frères finissent par avoir un petit je surdimensionné.

Si l’on projette ces tendances au niveau de la grande Histoire, on constate :

  • Si, au XVIII° siècle, la franc-maçonnerie est un courant globalement progressif, c’est-à-dire allant dans le sens du développent d’une république bourgeoise, affirmant les principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, il a toujours coexisté un courant maçonnique faible et rétrograde (Philippe Egalité, les frères qui ont émigrés lors de la révolution française, La Fayette, etc.
  • Aujourd’hui, il convient d’être lucide sur ce que représente la franc-maçonnerie : plutôt la moyenne des classes privilégiées. Pour preuve, le climat intellectuel et moral des loges, ainsi que le coût des cotisations. Croire que la franc-maçonnerie représente le peuple français est un leurre, sinon où sont les représentants des ouvriers, des petits paysans et des employés, y compris les populations immigrées des banlieues et les chômeurs ?

Dans la loge du 18° degré, le Très Sage refuse d’exécuter la Cène, sous prétexte que cela lui rappelle de mauvais souvenirs d’expérience religieuse. Le rite, rien que le rite, mais tout le rite. La Cène renvoie à l’Arcane du Tarot, le Fou ou le Mat, qui succède à l’Arcane XXI, le Monde. Le Fou est à la fois le triomphe sur le monde extérieur et la libération, avec l’accès à l’immortalité. Le Fou est un personnage hagard, presque déculotté, emportant sur son épaule un infime baluchon, le reste du Monde, et s’en allant un bâton à la main, vers une destination inconnue. « Donner MAA », signifie dans l’Egypte antique, donner la tempe, derrière laquelle se trouve la zone cérébrale auditive. C’est l’union, la fusion avec ce qui est perçu, la réalisation de sa propre MAÂT(Vérité), la Maât universelle ou conscience universelle. Le monde existentiel devient relatif, et le monde intérieur occupe une place de plus en plus grande. Le Fou s’en va, abandonnant le monde extérieur, sans se retourner vers un passé dépassé, insensible à la morsure qui voudrait le retenir. Il ne s’inquiète pas non plus du crocodile qui le guette en avant dans un avenir improbable : il vit dans l’éternel présent. Il retourne vers l’invisible, pour rencontrer paix, sérénité, et harmonie, au-delà du vain tourbillon de l’agitation psychique qui enchaîne. La Cène est donc la Chaîne d’union, à un autre niveau, tout comme la trilogie « Foi, Espérance Charité » dépasse la trilogie « Liberté, Egalité, Fraternité ». C’est la Chaîne d’Union à un plan de conscience plus élevé. C’est un acte d’amour total, conduisant à tous les sacrifices. En cela, l’amour est folie, mais avant tout joie. C’est à cette joie que conduit la Cène, c’est-à-dire au cœur du Monde, là où règne la Conscience une et inconnaissable.

Dans la loge du 30° degré, celui du Chevalier Kadosch, un frère a fait une planche sur le thème du « retour opératif sur investissement (R.O.I.) » de la franc-maçonnerie ! C’est un peu un nouvel adage : « Fais ce que dois, et tu auras la récompense en retour » ! Quelle conception intéressée, étrangère à toutes nos valeurs de devoir et d’amour ! Cette façon de viser un résultat est une absence d’humilité et un orgueil certain indigne. Bien sûr, qu’il faut faire son Devoir, quoi qu’il en coûte, et l’adage inscrit à l’Orient est : « Fais ce que tu dois, advienne que pourra » !

Un exemple de planche au 32° degré : « Le temps a plus de temps que le marbre ou l’airain ». N’est-ce pas là s’enfermer dans le temps ? Bien sûr, on peu opposer le temps court (celui de la vie humaine) au temps long (celui des minéraux par exemple, qui se compte en millions d’années) : mais quelle différence ? Est-ce que le fait de prolonger la vie humaine, comme le prétend le transhumanisme, apportera une once de plus de bonheur ? Le rite REAA conduit chacun de nous à sortir du temps pour aller vers l’éternité. C’est ce qui est déjà pressent au 13° degré, quand l’initié descend au fond de la caverne, c’est-à-dire au plus profond de lui-même et rencontre une porte, celle de l’éternité. C’est la treizième porte, entre la Couronne et L’Aïn Sof. Plus tard, le maçon ne doit-il pas expérimenter cela ?

Ou bien faut-il croire que les maçons des hauts grades ont honte de leur rituel et ne le prennent pas au sérieux ? Dans ce cas, il ne faut pas s’attendre à ce que nos valeurs de fraternité et d’universalité rayonnent dans nos Temples et à l’extérieur des Temples. Comment combattre le terrorisme et le fanatisme si nous ne savons ni expérimenter, ni propager nos valeurs les plus hautes ?

CONCLUSION :

En conclusion, l'état à atteindre est la Béatitude, définie de la façon suivante par le philosophe André Comte-Sponville: "J'avais vécu un moment parfait - juste assez pour savoir ce qu'est la perfection. Un moment bienheureux - juste assez pour savoir ce qu'est la béatitude. Un moment de vérité - juste assez pour savoir, mais d'expérience, qu'elle est éternelle.  «Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels », écrit Spinoza dans l'Éthique - non que nous le serons, après la mort, mais que nous le sommes, ici et maintenant. Eh bien voilà : je l'avais senti et expérimenté, en effet, et cela fit en moi comme une révélation, mais sans Dieu. C'est le plus beau moment que j'aie vécu, le plus joyeux, le plus serein, et le plus évidemment spirituel. Comme les prières de mon enfance ou de mon adolescence, à côté, me semblent dérisoires ! Trop de mots. Trop d'ego. Trop de narcissisme. Ce que j'ai vécu, cette nuit-là, et ce qu'il m'est arrivé d'autres fois de vivre ou d'approcher, c'est plutôt le contraire comme une vérité sans mots, comme une conscience sans ego, comme un bonheur sans narcissisme. Intellectuellement, je n'y vois aucune preuve de quoi que ce soit ; mais je ne peux pas non plus faire comme si cela n'avait pas eu lieu. " Mais si pour André Comte-Sponville, cet état de Béatitude peut être atteint par hasard, et pour une durée déterminée, la méthode maçonnique, par un travail de connaissance de soi-même, permet d'atteindre cet état et d'y demeurer pour toujours. 

Comme les mauvais compagnons, l’Initié est impatient (de réussir, d’y arriver, de transmuter,…), mais chaque chose arrive en temps et heure : Entrer dans l’Eternité, avant l’ultime initiation, la passage à l’Orient Eternel. A la fin du parcours, l’initié arrive en Kéter, à la fois le bout du chemin et le sommet de la montagne : il est prêt à prendre son envol. Alors, il n’y a plus de Temple, plus de rituel, seulement le Souffle de l’Infini. Alors, seule la Grâce peut en faire un Elu. Puis, tel un nouveau Moïse, Jésus ou Mahomet, il pourra redescendre de la montagne, pour rejoindre ses sœurs et frères humains, au sein de Malkhut.

 Pierre Quader

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Chevalier Kadosh

Publié le 1 Septembre 2026 par T.D

Le Chevalier Kadosh, 30ᵉ degré du Rite Écossais Ancien Accepté, figure parmi les hauts grades les plus marquants – et sans doute les plus controversés – de la franc-maçonnerie. Héritier de légendes templières, auréolé de symboles de vengeance et de justice, le Chevalier Kadosh occupe une place singulière au cœur de l’échelle maçonnique. Son histoire, jalonnée de débats et de réticences, reflète les tensions entre mémoire, mythe et quête spirituelle. Longtemps perçu comme un grade dangereux, voire subversif, le Chevalier Kadosh a pourtant fini par s’imposer comme un moment essentiel du parcours initiatique. Mais que signifie réellement ce grade ? Pourquoi suscite-t-il encore interrogations et débats ? Et comment comprendre aujourd’hui son rôle dans l’édifice symbolique de la franc-maçonnerie ? 

Qu’est-ce que le Chevalier Kadosh en franc-maçonnerie ?

Le CK constitue aujourd’hui le 30ᵉ degré du Rite Écossais Ancien Accepté et figure au même rang dans le RAPMM. Il appartient au cercle restreint des degrés dits « majeurs », ceux qui ne se transmettent pas seulement par communication mais exigent une cérémonie de réception complète. Dans la hiérarchie maçonnique du Rite Écossais Ancien Accepté, le Kadosh est considéré comme le plus haut degré initiatique, les trois suivants étant qualifiés de grades administratifs.

Contrairement à d’autres grades moins connus et moins pratiqués, le Kadosh frappe par sa réputation et son imaginaire. Dès son apparition au XVIIIᵉ siècle, il a été perçu comme un grade « chevaleresque », reliant la franc-maçonnerie à l’héritage supposé des Templiers. Il ne se limite pas à une instruction morale : il propose une vision du franc-maçon en justicier, dépositaire d’une mémoire blessée et porteur d’une mission. En ce sens, le Chevalier Kadosh incarne à la fois une figure historique et un archétype initiatique : celui qui, face à l’oppression, se lève pour défendre l’idéal de justice.

Quand et comment est apparu le grade Kadosh ?

Le Chevalier Kadosh apparaît vraisemblablement en France au milieu du XVIIIᵉ siècle, à une époque où les hauts grades foisonnaient et où chaque système cherchait à affirmer son originalité. Les deux plus anciens manuscrits connus datent de 1750. On y trouve déjà les éléments essentiels qui feront l’identité du grade dans les décennies suivantes : la légende templière, l’évocation d’un ordre injustement persécuté, le lien revendiqué avec la franc-maçonnerie. On y rencontre aussi des symboles rituels précis : le cordon noir, le poignard, le mot hébreu Nekamah — qui signifie vengeance —, ou encore l’échelle à deux montants et sept échelons, portant des mots hébreux.

L’Échelle mystérieuse des Kadosh

Cet ensemble place le Kadosh dans une catégorie particulière : il ne s’agit pas seulement d’un grade d’érudition ou de méditation morale, mais d’un rituel dramatique qui met en scène une mémoire blessée et une mission à accomplir. À travers lui, certains maçons du XVIIIᵉ siècle projettent l’idée que la franc-maçonnerie est l’héritière, et peut-être même la continuatrice, de l’Ordre du Temple aboli en 1312.

La naissance du grade doit donc se comprendre dans le contexte intellectuel du siècle des Lumières, où l’on contestait de plus en plus l’autorité de l’Église et de la monarchie. En créant le Kadosh, certains ateliers franchissaient une étape décisive : ils ne se contentaient pas de raconter une légende templière, ils affirmaient que cette légende pouvait devenir un chemin initiatique vivant, et même un programme d’action, qui pouvait envisager de se passer de la caution ecclésiastique et royale.                                           

Pourquoi le Chevalier Kadosh est-il un grade controversé ?

Le caractère controversé du Chevalier Kadosh tient autant à son imaginaire qu’à son usage rituel. Dès son apparition, il se présenta comme un grade de vengeance. Le poignard brandi, le cordon noir passé de l’épaule gauche à la hanche droite et le mot Nekamah rappelaient que le récipiendaire se plaçait dans la lignée des Élus, les vengeurs d’Hiram. Mais cette fois, la cible n’était plus seulement les meurtriers du Maître légendaire : c’était l’oppression symbolisée par le trône et l’autel, incarnés par le roi Philippe le Bel et le pape Clément V, jugés responsables de la chute de l’Ordre du Temple.

Là réside l’origine des accusations portées contre ce grade. Dans certaines versions du XIXᵉ siècle, on allait jusqu’à demander au candidat de fouler au pied la couronne royale et la tiare pontificale. Ce geste n’était pas anodin : au plus fort des luttes anticléricales et républicaines, il traduisait la volonté de rompre avec les deux pouvoirs qui avaient longtemps dominé l’Europe. Pour les adversaires de la franc-maçonnerie, ce rituel devenait la preuve que les loges préparaient un complot contre l’Église et la monarchie.

De grade maçonnique, le Kadosh devint ainsi symbole d’insubordination. Pour certains, il incarna l’esprit de liberté et de justice. Pour d’autres, il représentait un danger politique et religieux. C’est cette ambivalence qui nourrit encore aujourd’hui son aura controversée, entre légende noire et idéal chevaleresque.

En quoi le Kadosh est-il lié à la légende des Templiers ?

Dès son origine, le grade de Chevalier Kadosh s’est appuyé sur la mémoire des Templiers. Ceux-ci, arrêtés en 1307 et condamnés en 1312, symbolisaient l’injustice d’une puissance conjointe du trône et de l’autel. En faisant du récipiendaire le vengeur de l’Ordre du Temple, les premiers rituels projetaient la franc-maçonnerie dans une filiation imaginaire : non pas la restauration effective des chevaliers au manteau blanc, mais la reprise de leur combat contre l’arbitraire.

Réception d’un Kadosh, illustration française du XIXe siècle 

Cette légende trouva un écho particulier au XVIIIᵉ siècle. Depuis la Renaissance déjà, certains érudits mettaient en doute les accusations portées contre les Templiers et soupçonnaient que Philippe le Bel avait surtout agi par cupidité. Mais personne, avant l’époque des Lumières, n’avait osé se réclamer directement de l’Ordre aboli. Dans un contexte de remise en cause des pouvoirs établis, cette audace devint possible.

Le Kadosh ne fut pas seul à revendiquer cet héritage. L’Ordre allemand de la SOT dont devait dériver le Régime Écossais Rectifié, affirmait détenir la succession directe des Templiers et visait même la restitution de leurs biens. Dans ces constructions, le Templier devenait à la fois le martyr de l’oppression et la figure d’un savoir caché : trésors, secrets alchimiques, initiation orientale.

Ainsi, le Chevalier Kadosh se présente comme une transfiguration maçonnique du Templier : non plus soldat du Christ, mais chevalier de justice, porteur d’une mémoire de persécution et d’une quête universelle.

Le Chevalier Kadosh : un grade d’Élu et de vengeance ?

Le Chevalier Kadosh s’inscrit dans la lignée des grades d’Élus. Daté de 1750, le manuscrit de Quimper (manuscrit 100 J 1623, Archives Départementales du Finistère) associe déjà dans une même trame la vengeance d’Hiram et celle des Templiers. Le message est clair : le Kadosh prolonge le geste de l’Élu des Neuf, mais il élargit le champ de la justice. Ce n’est plus seulement l’assassinat d’un Maître qui appelle réparation, c’est la condamnation d’un ordre tout entier, injustement frappé par le roi et par le pape.

Les symboles rituels traduisent cette continuité autant qu’ils la transforment. Le poignard n’est pas une arme d’apparat : il est remis au récipiendaire comme instrument d’action. Le cordon noir, porté en baudrier de l’épaule gauche à la hanche droite, évoque le deuil, mais aussi la mission. Par son orientation inversée, il se distingue du baudrier chevaleresque traditionnel, qui soutenait l’épée du combattant. Ici, le chevalier ne porte pas l’épée, mais le poignard : signe que son combat ne relève pas d’une guerre profane, mais d’une justice symbolique.

Le mot Nekamah, vengeance, souligne encore cette tension. Pris à la lettre, il pourrait conduire à l’excès d’une revanche sanglante. Mais les rituels ultérieurs invitent à dépasser ce sens premier pour y lire une exigence plus haute : réparer l’injustice universelle. L’échelle à sept échelons complète ce parcours : de degré en degré, le récipiendaire apprend que la véritable élévation n’est pas la haine, mais la fidélité à un idéal.

Comment les obédiences ont-elles accueilli le grade Kadosh ?

L’accueil réservé au grade de Chevalier Kadosh fut loin d’être unanime. Dans les années 1760, la Grande Loge de France — qui allait devenir le Grand Orient de France en 1773 — exprima une nette hostilité à son égard. Le caractère vengeur du rituel, ses allusions au trône et à l’autel, paraissaient difficilement compatibles avec une franc-maçonnerie soucieuse de respectabilité. Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Régime Écossais Rectifié, rejeta pour sa part le Kadosh avec horreur, comme il le fit pour les autres grades de vengeance. À ses yeux, un tel degré dénaturait l’esprit chrétien et spirituel qu’il voulait donner à l’Ordre.

La controverse ne resta pas cantonnée aux loges. À la Révolution, l’anticléricalisme et l’opposition à la monarchie donnèrent un nouveau relief au mythe templier. Mais cette légende devint vite une arme entre les mains des adversaires de la franc-maçonnerie. L’abbé Barruel, dans ses célèbres Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (1797), accusa les loges d’avoir fomenté la Révolution française comme une vengeance des Templiers, accomplissant le programme du Kadosh. L’argument connut une large diffusion dans les milieux catholiques conservateurs du XIXᵉ siècle.

Ainsi, dès son apparition, le Kadosh plaça les obédiences devant un dilemme : fallait-il l’assumer comme un degré fort et signifiant, ou le tenir à distance pour préserver la respectabilité de l’Ordre ? Cette hésitation allait marquer son histoire tout au long du XIXᵉ siècle.

Quelle évolution du grade Kadosh aux XIXᵉ et XXᵉ siècles ?

Au XIXᵉ siècle, la pratique du Kadosh resta longtemps incertaine. En 1806, le Suprême Conseil de France, fondé deux ans plus tôt pour administrer le Rite Écossais Ancien Accepté, décida que le 30ᵉ degré ne serait conféré que par communication, c’est-à-dire sans cérémonie de réception. Cette mesure traduisait une méfiance persistante à l’égard d’un grade jugé trop dangereux par ses allusions à la vengeance et à l’affrontement avec les pouvoirs établis.

Il fallut attendre 1830 pour que deux Aréopages se mettent à pratiquer effectivement le rituel complet du Kadosh, bientôt rejoints par deux autres sous la Monarchie de Juillet. Le Second Empire vit également la création de deux Aréopages supplémentaires. Mais l’extension du grade demeurait limitée, signe que les réticences n’étaient pas levées.

La IIIᵉ République, marquée par l’anticléricalisme et l’enracinement des idéaux républicains, offrit un contexte plus favorable. Huit Aréopages de Kadosh furent créés, mais tous ne survécurent pas : en 1890, il n’en subsistait que cinq sur l’ensemble du territoire français. Même à cette époque, le Kadosh restait donc un degré important mais minoritaire, plus symbolique qu’amplement pratiqué.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que le regard changea profondément. La persécution des francs-maçons aux côtés d’autres catégories de la population — Juifs, Tsiganes, résistants, opposants politiques — donna au grade un sens renouvelé. Le Kadosh fut alors interprété non plus comme un appel à la vengeance, mais comme l’expression de la lutte universelle contre l’injustice et l’oppression. C’est dans cette lumière qu’il s’imposa comme l’un des degrés majeurs du Rite Écossais Ancien Accepté.

Quelle est la signification initiatique du Chevalier Kadosh aujourd’hui ?

Au terme de son histoire, le grade de Chevalier Kadosh a connu une profonde transformation de sens. Là où les premiers rituels mettaient en avant la vengeance, les obédiences contemporaines privilégient une lecture initiatique centrée sur la justice. Le poignard, le cordon noir, le mot Nekamah, l’échelle aux sept échelons demeurent des symboles de mémoire et de combat, mais ils sont relus comme les signes d’une exigence intérieure. Le Kadosh n’appelle plus le franc-maçon à une revanche contre des ennemis désignés ; il lui demande de se reconnaître comme gardien de l’idéal de justice et défenseur des opprimés.

Dans les rituels actuels, le récipiendaire est invité à comprendre que son combat n’est pas celui de la haine, mais celui de la fidélité aux valeurs universelles de liberté et d’équité. Le Chevalier Kadosh est ainsi devenu une figure exemplaire : celle du maçon qui assume son engagement face à l’injustice, non par la violence, mais par la constance d’un idéal. 

Cette signification prend tout son relief lorsqu’on la compare au Chevalier Rose-Croix, au 18ᵉ degré du REAA. Lui aussi considéré comme un grade incontournable, le Rose-Croix conduit l’initié vers le pardon et la réconciliation, dans la lumière du Christ symbolique. Le Kadosh, plus tardif dans le parcours, l’appelle à prendre position face à l’oppression et à défendre activement la justice. Ces deux figures, loin de s’opposer, se complètent et dessinent ensemble le visage du maçon accompli.

Conclusion – La vocation du Chevalier Kadosh aujourd’hui

Le Chevalier Kadosh occupe une place singulière dans l’édifice maçonnique. Né au XVIIIᵉ siècle dans un climat d’effervescence rituelle et intellectuelle, il a porté dès l’origine une charge symbolique puissante, mêlant la mémoire d’Hiram et celle des Templiers. Controversé pour ses accents de vengeance, rejeté par certains, exalté par d’autres, il a longtemps divisé les obédiences et nourri les polémiques antimaçonniques. Mais l’histoire en a fait un degré incontournable du Rite Écossais Ancien Accepté.

Aujourd’hui, le Kadosh n’invite plus à fouler des couronnes ou des tiares. Il rappelle que le franc-maçon, dans sa progression initiatique, ne peut ignorer l’injustice. Le poignard qu’il reçoit n’est pas une arme de haine mais le signe d’un combat intérieur et universel : lutter contre l’oppression, affirmer la dignité de tout être humain, défendre sans trêve ni repos la liberté et la justice. Comme le dit l’instruction du 30ᵉ degré dans le Tuileur de Lausanne (1875), le Chevalier Kadosh est appelé à « combattre par tous les moyens et sans trêve ni repos toute injustice et toute oppression ».

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

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Le Noachite ou Chevalier Prussien

Publié le 31 Août 2026 par T.D

Il n’y est pas fait référence ni au bois ni à la forêt dans ce grade. Toutefois il est très fréquemment associé à son parèdre au sein du Rite Ecossais Ancien Accepté, celui de Chevalier Royale Hache. Ce dernier en revanche est un vrai grade « forestier » comme chacun de nous, titulaire de ce grade, a pu le vivre et pourra le vérifier à chaque fois qu’il le voudra.

Ce Chevalier Royale échappe à la franc-maçonnerie de la pierre pour évoquer un autre aspect de la construction du Temple de Salomon : la part prise par les coupeurs de bois dans les forêts du Liban et leur acheminement par radeaux jusqu’au port de Jaffa en vue d’être ensuite livrés au chantier de Jérusalem. Le « Noachite » ou « Chevalier Prussien » est plus difficile à repérer dans les archives des documents maçonniques connus à ce jour. La trace la plus évidente se trouve dans le Rite d’Adoption qui évoque également Noé et la construction de l’Arche (voir l’ouvrage de Jan Snoek sur le sujet, Dervy 2012). 

On trouve cité dans la création du Rite d’Adoption en 1744, le fameux Charles François de Radet dit Chevalier de Beauchaine qui aurait créé  l’Ordre des Fendeurs en 1747, sur le modèle d’une confrérie du quinzième siècle (selon Ragon de Bettignies). C’est ce rite auquel fait référence Régis Blanchet quand il réactive le Rite Forestier des Modernes dans les années 80. C’est aussi en 1744 que l’Ordre de la Cognée implante son premier collège à Paris (cf. André Kervella, les rois Stuart et la FM, éditions Ivoire-Clair 2013).

 Malheureusement pour ces deux degrés, placés respectivement aux 21ème et 22ème degrés, pour une raison qui échappe encore à beaucoup, lesdits grades ne sont plus pratiqués depuis longtemps, l’ont-ils jamais été d’ailleurs ? Avant de tomber en désuétude, il est indéniable que les thèmes de Noé, de son Arche et de la Tour de Babel ont alimenté les préoccupations initiatiques des Maçons du XVIIIème siècle. Noé est un précurseur d’Hiram dans le manuscrit Graham de 1730. La particularité du « Chevalier Prussien » c’est qu’il est dit aussi « Noachite ».

C’est de par sa proximité avec Noé, héros du grade de Nautonier, que nous avons retenu de le pratiquer. On notera le distinguo entre les degrés dits « noachites » et ceux désignés comme « hiramites » opéré par les historiens de la franc-maçonnerie. Le mot de « prussien » dans le contexte du REAA, ne peut que faire penser au roi Frédéric II de Prusse qui y occupe une place prépondérante.

Sachant que la tradition maçonnique « prussienne » doit beaucoup à un personnage qui fréquenta assidûment la cour du roi à Berlin, il s’agit de Georges Keith (1693-1778), exilé jacobite, franc-maçon éminent. Georges Keith est « comte Marischal » fonction héréditaire en Ecosse depuis la bataille de Bannockburn, fondatrice de la dynastie royale avec Robert the Bruce. Hébergé par Frédéric II, il le nomma ambassadeur de Prusse à Paris, puis gouverneur de la cité des princes de Neuchâtel en Suisse alors terre d’Empire.

Georges Keith est identifié comme créateur des « Hauts Grades » dits « écossais » notamment à Berlin (où il finira ses jours) le 32ème degré, le Prince du Royal Secret. On notera dans ce degré la présence du loup. Si ces degrés ont une origine opérative, on ne peut que remarquer que certains compagnonnages sont nettement christianisés, celui de Maître Jacques par exemple, et qu’en revanche d’autres se disent « salomoniens » et par conséquent non chrétiens puisque leur référence se souche en amont de la révélation chrétienne.

C’est le cas des Compagnons Charpentiers qui se nomment entre eux « les Loups » ou « les Indiens ». Les loups sont ceux qui vivent en marge de la société, au contact de la forêt. On pourra signaler également que le métier de « tuileur » qui correspond à l’officier de loge placé à l’extérieur est un métier de la forêt et qu’Hiram est un bronzier, c'est-à-dire un forgeron en lien avec la forêt par les charbonniers. 

Je cite pour conclure un paragraphe tiré d’un article de Thomas Dalet du 16 juin 2012 :« Les métiers « salomoniens » ont tous un rapport avec le bois et leur réticence à adhérer au canevas social et éthique chrétien laisse supposer qu’ils protègent la conservation de rites préchrétiens.

La référence salomonienne ne veut en aucun cas dire qu’ils détiennent des rites remontant aux temps sémites de la construction du Temple de Salomon, mais serait plutôt une concession permettant à ces métiers de bois de s’intégrer aux grands chantiers médiévaux sans finir sur un bûcher. » 

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