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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Assassinat d’Hiram : quand le Diable se cache dans les détails

Publié le 25 Septembre 2026 par T.D

  • Par JC Nehr

La légende d’Hiram, comme toute légende, fonctionne selon le même schéma en trois étapes: la première propose un récit imaginaire, invraisemblable mais porteur d’un enseignement voulu par l’auteur du récit; la deuxième donne le sens immédiat à l’histoire, en relation avec elle, sens en général moral, sociétal, philosophique ; la troisième, comporte une ou plusieurs interprétations plus ou moins cachées, qu’il nous faut découvrir.

Le Livre d’heures de C. de Clèves, l’arbre de vie sur la tombe d’Adam (1442-45), in La Chaîne d’union Hors-série Hiram le passeur d’idéal

L'image représente une scène en noir et blanc. Au centre de l'image, un arbre solitaire se dresse, ses branches s'étendant vers le haut. L'arbre est situé sur une plaine, avec un horizon lointain visible en arrière-plan. À la base de l'arbre, il y a un crâne, symbolisant la mort et la temporalité. Le crâne est positionné de manière à sembler regarder vers le haut, vers l'arbre. L'atmosphère générale de l'image est mélancolique et contemplative, évoquant des thèmes de vie, de mort et de passage du temps.

Le récit imaginaire

L’histoire d’Hiram et de son funeste destin est bien connue, elle est l’élément fondamental du grade de Maître et sert de support aux rituels d’élévation des francs-maçons à ce grade. Le récit comporte trois phases : il débute par l’assassinat d’Hiram, se poursuit par la recherche de son cadavre et s’achève par la poursuite et le châtiment des assassins. On ne s’intéressera ici qu’à la première phase, l’assassinat d’Hiram que l’on peut résumer en quelques mots : non pas « la bourse ou la vie », mais : « le mot ou la mort ! » Les rituels ont varié et varient encore selon les Rites et les époques, le plus souvent sur des détails de forme, mais parfois ils introduisent des modifications importantes qui changent le sens du récit, comme nous le verrons. J’ai donc choisi de prendre comme texte de référence du Rituel d’élévation à la maîtrise, celui du Régulateur du Maçon de 1801 texte qui fait autorité. Que nous dit ce Régulateur sur la situation : « Les ouvriers divisés en trois classes, avoient des mots, des signes et des attouchements pour se reconnoitre entr’eux et recevoir la paye proportionnée au genre de travaux auxquels ils étaient propres » Vient la préméditation : «Trois compagnons mécontents de leur paye, formèrent le projet d’obtenir celle de maître à l’aide des signe, parole et attouchement qu’ils espéraient se procurer à force ouverte ». Vous connaissez la suite et la fin : « Hiram, s’étant rendu dans le Temple par une porte secrette, dirigea ses pas vers la porte d’Occident ; il y trouva un

Description de l'image : Le dessin représente un bouclier avec plusieurs illustrations distinctes. En haut à gauche, il y a une figure humanoïde avec des bras tendus tenant des objets, entourée d'étoiles. À côté, à droite, se trouve une tour avec des gouttes tombant d'en haut. En bas, trois squelettes sont représentés : l'un tient une faux, un autre une masse, et le troisième un bâton. Le bouclier est bordé d'une ligne noire épaisse.

Et, devant le refus d’Hiram d’accéder à leur demande les compagnons le tuent. Deux points de détail à préciser : un, on emploie indifféremment le terme « mot » et « parole » pour désigner le terme qui sert à payer les maîtres. Deux, les termes utilisés, « signe, parole, attouchement » figurent soit au pluriel, soit au singulier et parfois même au singulier et au pluriel et cela dans le même rituel. Exemple le rituel de 1858 : « Trois mauvais compagnons… formèrent le complot… d’arracher les mots, signes et attouchement de Maître » ; et quelques lignes plus loin, on lit : « …le premier compagnon qui lui demanda le mot et le signe de Maître »

Les enseignements: le premier fait d’Hiram un modèle de courage et de qualités, le deuxième est un exemple de lutte des places, pour obtenir celle de Vénérable Maître, le troisième, la recherche des grands secrets cachés dans le mot de maître, et enfin, le quatrième : l’assassinat nécessaire d’Hiram qui devait disparaitre pour assurer la cohérence du parcours maçonnique tel qu’il existait dans sa globalité à la fin du XVIIIe siècle.

Le sens immédiat est évident: C’est celui décrit par les rituels ; Hiram, le héros, choisit la mort plutôt que révéler aux trois compagnons qui l’attaquent, le mot qui permet d’obtenir la paye des maîtres. Cette attitude met en valeur le courage et la grandeur morale d’Hiram qui préfère la mort à la violation du serment qu’il a fait de ne jamais rien révéler. Au compagnon qui le menace, Hiram répond : « Malheureux ! Que fais-tu ? Tu sais que je ne peux ni ne dois te les donner… » Ce comportement doit servir de guide à tous les francs-maçons. Le sens évident est certes un peu banal. Il existe de meilleures histoires, réelles celles-là, pour raconter la valeur du sacrifice de sa vie pour respecter un engagement ! On pensera par exemple au sacrifice du député franc-maçon Alphonse Baudin, le 3 décembre 1851. Pour montrer qu’il ne combat pas le coup d’état du prince Napoléon pour défendre son indemnité parlementaire de 25 francs par jour, le député Baudin prend un drapeau tricolore, monte sur une barricade et lance à ses critiques : « Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs ! », et Baudin tombe mort, fauché par le tir des soldats. La conduite d’Hiram semble en plus manquer de courage et d’intelligence. Manque de courage : Hiram est un adepte du : « courage fuyons ! » En effet, on lit dans le rituel de maître (Régulateur), lors de l’agression subie par Hiram : « Hiram voulut chercher son salut dans la fuite… » et, plus loin : «…mais à l’instant où il voulut s’enfuir. » Manque d’intelligence, enfin : Hiram aurait pu donner n’importe quel mot « sacré », aux compagnons, ceux-ci ne le connaissant pas, ne pouvaient pas savoir si c’était le bon mot qu’Hiram leur donnait ! Ainsi, Hiram sauvait (peut-être) sa vie et pouvait alors alerter les gardiens du Temple!

La lutte des places

Dans les rituels d’origine et pendant plus de cent ans, la demande des compagnons visait simplement à avoir le « mot » leur permettant d’obtenir la même paye que celle des maîtres. Dans les années 1900, une formulation nouvelle est apparue, et reste présente dans les rituels de 2002, le rituel actuellement en vigueur au GODF. La demande des compagnons n’est plus seulement : « Donne-moi, les mots, le signe et l’attouchement de Maître », mais devient: « Il y a assez longtemps que je suis compagnon : je veux être maître comme toi. Donne-moi, les mots, etc. » Or, cette version implique un changement radical du sens de l’histoire : jusqu’alors les trois mauvais compagnons voulaient seulement obtenir la paye des maîtres, mais là, maintenant, les trois futurs assassins veulent plus : ils veulent non seulement obtenir le statut de maître ordinaire, mais aussi, ils veulent aussi être « maître comme Hiraam », c’est à dire en obtenir le statut, et en plus prendre sa place. Ils veulent passer directement de compagnon à Hiram ! Or, il existe une différence de nature entre Hiram et les maîtres ordinaires, différence symbolisée par le fait que c’est Hiram qui donne le mot (la parole), alors que tous les autres le reçoivent. Hiram est donc le maître des maîtres, il n’y a qu’un Hiram. Or, il en est de même en loge où il n’y a qu’un Vénérable Maître : Hiram dirige les travaux du Temple et commande les ouvriers, et le Vénérable Maître dirige et commande les Frères de la loge et c’est lui qui donne la « parole ». Et, il n’y a qu’un Vénérable Maître. Alors, faudrait-il le tuer, comme le suggère le rituel, pour prendre sa place? Merci Dr. Freud pour la réponse.

Mot de Maître, parole perdue et grands secrets

Pour de nombreux docteurs ès maçonnerie, le mot de Maître, non seulement permettrait d’obtenir la paye de maître mais encore, il serait porteur de grands secrets détenus par Hiram. Et, Hiram mort, ses secrets seraient perdus. En fait la question parait étonnante, car la parole du Maître n’est pas du tout perdue. En premier lieu, ce mot de Maître, est connu non seulement d’Hiram, mais aussi des 3300 autres maîtres présents sur le chantier du Temple ! Ensuite, il a été simplement remplacé par les maîtres qui ont découvert le corps d’Hiram, car ils avaient peur, qu’Hiram ait, si l’on ose dire, « mangé le morceau » (ce qui montre, en passant, la grande confiance que les maîtres avaient en Hiram). De plus il figure de manière allusive dans le Régulateur du Maçon et explicitement dans le rituel du grade de Maître d’une loge rattachée au Directoire Ecossais de Strasbourg . Je cite le Régulateur : « il fit incruster dessus un triangle de l’or le plus pur, et fit graver au milieu du triangle, l’ancien mot de maître, qui étoit l’un des noms hébreux du GADLU… » Je cite encore le rituel du Grade de Maître de la loge du Directoire Ecossais: « et il assigna aux Maîtres la chambre du milieu pour y recevoir le leur, le mot des Maîtres fut Jehova. »

Et malgré cela nombreux s’accordent à dire que la « parole » est perdue. Mais de deux choses l’une : ou bien le secret est perdu ou il ne l’est pas ! Cette histoire d’un secret perdu sans l’être tout en l’étant n’a pas de sens, mais elle constitue une mine intarissable de textes obscurs qui font la joie et le bonheur de nombreux francs-maçons, la fortune des éditeurs et le massacre de trop nombreux arbres ! Le problème est apparemment insoluble. Mais, en fait, une solution est, peut-être, possible : pour cela, il faut que le mot de maître soit un mot à double ou triple sens. Un exemple tiré de l’histoire des premiers chrétiens permettra de bien comprendre le problème : on sait que les premiers chrétiens avaient pour symbole le poisson, car en grec ancien, le mot poisson « ichtus » est l’acronyme de Iesus Christos Theon Uios Sauter, soit « Jésus Christ fils de Dieu sauveur » ce qui permettait aux membres de la secte chrétienne de se reconnaître. Imaginons qu’au nouvel adepte on dise : « Pour te faire reconnaître comme chrétien ou bien tu diras le mot « poisson », ou bien tu en dessineras un ». On aurait là un mot de reconnaissance comme celui utilisé par les maîtres pour se faire payer. Mais pour une minorité de chrétiens initiés ce mot « poisson » pourrait avoir une autre signification et pourrait alors désigner aussi le Christ et sa doctrine. Et cette signification serait alors totalement ignorée des adeptes ordinaires. Alors, de la même manière, le double sens du mot de maître, ne pourrait n’être connu que de quelques privilégiés et serait alors bien perdu. Mais, pour nous, le problème resterait insoluble, car nous ne saurions pas quel serait ce deuxième sens, cette doctrine cachée sous le mot sacré des Maîtres, et nous ne le saurons jamais, car si nous l’apprenions, alors, il n’y aurait plus de secret !

Quelles solutions ont alors proposé les spécialistes des rituels et des symboles pour trouver ce qui n’existe pas ? Je parlerai simplement de deux approches fort ingénieuses : la première est décrite par Irène Mainguy, je cite : « Cette parole en maçonnerie est considérée comme perdue parce que, selon la légende, Maître Hiram a emporté son secret dans la tombe. Et pourtant cette parole ne peut être complètement perdue parce qu’il faut que trois maitres la connaissent pour qu’une loge soit opérative… Tous les trois (Salomon, Hiram de Tyr et Hiram) connaissent donc le mot sacré, mais il leur est impossible de le transmettre séparément, c’est pourquoi Salomon et Hiram de Tyr n’avaient plus la possibilité de transmettre ce mot dans les conditions requises après la disparition d’Hiram abi » Donc, sans Hiram, on ne peut plus transmettre le mot de maitre. La quête du sens perdu sera donc éternelle !

Cette image en noir et blanc représente une peinture à l'huile sur toile intitulée "Tableau de Loge au 3e degré". L'œuvre est exposée au Musée de la GLUA à Londres. La peinture montre une scène avec des éléments symboliques et des inscriptions. Au centre, il y a une plaque rectangulaire avec des lettres et des symboles gravés, incluant des lettres stylisées et des motifs décoratifs. La plaque est tenue par une main, suggérant une cérémonie ou un rituel. L'arrière-plan est sombre, contrastant avec la plaque et la main, ce qui met en valeur les détails de l'inscription. L'image semble capturer un moment de signification rituelle ou historique.

© Droits réservés

La seconde manière, beaucoup plus élégante nous propose l’invention, miraculeuse du bijou d’Hiram, bijou qui, lui, portera les grands secrets ! Cette invention se trouve dans le discours historique du rituel de Grand Elu Ecossais ; nous lisons : « Adonhiram grava la parole sur un triangle du plus pur métal, mais dans l’inquiétude où il était de la perdre, il la portait toujours suspendu au cou. La gravure du côté de sa poitrine. Lors de son assassinat, il fut assez heureux pour se dépouiller de ce delta précieux, et le jeta dans un puits lequel était au coin de l’Orient du côté du midi. » Un vrai miracle maçonnique ! En fait la croyance en l’existence de grands secrets ne fait que masquer un enjeu de pouvoir. Ce phénomène a été remarquablement décrit par Umberto Eco à propos du prétendu « grand Secret » détenu par les alchimistes et s’applique parfaitement aux « secrets perdus » d’Hiram. Umberto Eco écrit : « La force d’un secret est d’être toujours annoncé mais jamais énoncé. S’il était énoncé, il perdrait de sa fascination. Le pouvoir de celui qui annonce un secret vrai est de posséder un secret vide »

La clef du mystère : Hiram doit mourir pour assurer la cohérence du Rite

Jusqu’ici, nous avons étudié l’assassinat d’Hiram dans la singularité de ce grade. Il faut maintenant l’envisager dans l’économie générale du système proposé par le GODF dans les années 1783-1786 lors de la stabilisation des rituels de la franc-maçonnerie de l’époque  Ce système comprend deux parties : l’une dite de la maçonnerie symbolique conduit du grade d’Apprenti à celui de Maître, la seconde, dite des hauts grades mènera du grade d’Élu à celui de Rose-Croix. La question est simple : peut-on trouver une correspondance pertinente entre la légende d’Hiram et l’une des étapes proposée après la Maîtrise ?

Le grade de Maître va annoncer et préfigurer celui de Rose-Croix

Une étude attentive des textes des rituels pratiqués avant la Révolution, montre que dans les trois premiers : Élu, Grand Élu, Chevalier d’Orient, on assiste à la poursuite de l’histoire, constructions et destructions des Temples de Jérusalem. Mais, une concordance s’impose : le martyre d’Hiram et la perte du mot (parole) de Maître, le choix du mot substitué, toute cette dramaturgie trouve un écho puissant dans le déroulement du rituel de Rose-Croix avec la Passion de Jésus, la parole perdue, puis retrouvée . Deux raisons à cette concordance : toutes les étapes du parcours maçonnique jusqu’au « Rose-Croix » se déroulent dans des événements de l’Ancien Testament, seule celle de Rose-Croix racontant la Passion du Christ prend place dans le Nouveau Testament. Or, dans toute la tradition chrétienne, l’ancien testament annonce et préfigure les événements et les personnages du Nouveau. Ainsi, le grade de Maître va annoncer et préfigurer celui de Rose-Croix. Pourquoi et comment ? Il suffit de lire le « Discours historique » du Grade de Rose Croix (Travaux du Souverain Chapitre Métropolitain, 1786 où nous lisons : « Ce fut alors que le Grand Architecte de l’Univers abandonna l’édification des Temples matériels à l’ignorance et à la témérité des mortels, pour en construire, par sa sublime et suprême intelligence de spirituels, dont l’existence ne cessera jamais. » Nous avons donc ici une révolution qui fait passer l’œuvre maçonnique de la matérialité à la spiritualité, du monde matériel à l’univers spirituel. Et, de même que les temples construits à Jérusalem ont été détruits, de même Hiram doit disparaitre car il est la figure archétypale de la matérialité, à un double titre : par ses travaux, et ensuite par son nom.

Ses travaux d’abord : si l’on en croit les textes bibliques (Livre des Rois et Chroniques), Hiram réalise tous les ouvrages de métal du Temple, et, de ce fait, il ne peut pas accéder au divin. (« Tu ne construiras pas l’autel en pierre de taille, car tu lèverais ton fer sur lui et tu le profanerais », Exode XX, 21/22).

Son nom ensuite : quand nous écrivons en Français les noms : Hiram, Jehova, ou Abraham, la lettre h que nous utilisons correspond en fait, en hébreu à deux lettres différentes : le « het » pour Hiram et le « hé » pour Jehova, et Abraham. Or ces lettres ne s’emploient pas indifféremment. Dans la Bible, il existe plusieurs variantes pour le nom d’Hiram, variantes qui comportent toutes la lettre « het » , ouverte vers le bas, mais complètement fermée à la partie supérieure. Cette lettre représente la matérialité, en opposition avec une autre lettre, « hé » , présente dans le tétragramme iod/hé/vav/ hé, et aussi dans le nom d’Abraham, aleph/ beth/rech/hé/mem. Cette lettre « hé », est ouverte vers le bas et aussi vers le haut en signe de spiritualité ! La lettre « hé » est aussi l’une des quatre lettres du Tétragramme, que l’Éternel introduit dans le nom d’Abram pour le transformer en Abraham, « père d’une multitude de nations », quand Hiram sera « père d’une multitude de francs-maçons. »

Elévation à la Maîtrise, gravure Gabanon, 1744

Cette gravure en noir et blanc, intitulée "Elévation à la Maîtrise" par Gabanon en 1744, représente une scène historique et solennelle. L'image montre un groupe de personnes vêtues de vêtements d'époque, probablement des enfants et des adultes, rassemblés dans une pièce décorée. Les murs de la pièce sont ornés de tapisseries et de portraits encadrés, ajoutant une touche de richesse et d'importance à la scène. Au centre de l'image, un enfant est agenouillé sur un tapis, entouré de plusieurs autres personnes qui semblent l'aider ou le guider. Cet enfant est probablement le sujet principal de l'élévation, un rituel ou une cérémonie importante. Les personnes autour de lui sont en train de l'habiller ou de le préparer pour l'événement, indiquant un moment de transition ou de rite de passage. À gauche, une personne tient une chandelle, projetant une lumière douce sur la scène, tandis qu'à droite, une autre personne semble jouer un rôle actif dans la cérémonie. L'atmosphère générale est solennelle et respectueuse, reflétant l'importance de l'événement représenté. La pièce est bien éclairée, avec une fenêtre ou une source de lumière naturelle venant de la gauche, ajoutant de la profondeur et de la clarté à la scène.

De plus, en jetant au fond d’un puits le fameux bijou qui porte sur une face le nom ineffable, non seulement, Hiram rejette toute spiritualité, en se débarrassant de la seule preuve de spiritualité qu’il porte, non en lui mais sur lui, ce qui est tout à fait différent ! L’analyse du rituel de Rose-Croix conduit au parallélisme suivant :

Hiram (Jehova) assassiné, corps putréfié et enterré, mot substitué macbenah

INRI (Jésus) crucifié, corps mis au tombeau, résurrection, mot retrouvé (INRI)

Ainsi, pour passer du matériel au spirituel, il fallait nécessairement « liquider » Hiram, mais il fallait masquer le mobile ; les trois mauvais compagnons, sans doute manipulés par les créateurs de la légende, assurèrent le job.

Ah, j’allais oublier : le mot prononcé par l’un des Maitres découvrant le corps d’Hiram est : « Macbenah ». On a beaucoup glosé sur le sens de ce mot sans apporter de conclusion significative : l’hébreu maçonnique étant à l’hébreu biblique ce qu’est le latin de cuisine au latin de Cicéron !

Or, le mot « macbebah » ressemble fort à un autre mot : « macpelah » qui désigne la grotte où est enterré Abraham.

Y aurait-il un lien entre Hiram et Abraham ? Cela est une autre histoire, mais, décidément, le Diable se cache dans les détails !

 

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Mort et renaissance, le mythe d'Hiram

Publié le 25 Septembre 2026 par T.D

Mes très Chers Frères

Voici l'heure pour moi de vous lire mon premier travail de Maître.

Pourquoi seulement maintenant ? Parce que le hasard des choses a fait, qu'à l'aube de ma maîtrise, j'ai accepté l'office de Secrétaire, office passionnant et instructif mais suffisamment prenant pour y consacrer tout le temps disponible, lorsque l'on est encore en activité. Ceux qui m'ont précédé comprendront et celui qui me suit est en train de comprendre.

Sept années de découvertes, d'écoute, de participation pour comprendre que la maçonnerie est un mouvement d'homme et qu'à ce titre, elle n'est pas parfaite. J'ai eu, et ai encore, des moments de doute provoqués par des paroles ou des comportements blessants d'un frère vis-à-vis d'un autre, et je ne m'exclue pas de ce constat. Je présente d'ailleurs mes excuses sincères si j'ai pu, à un moment ou à un autre, blesser l'un ou l'autre d'entre vous, par mon comportement ou des mots imbéciles.

Sept années toutefois qui m'ont permis de mieux connaître des hommes, des frères, d'horizons et de culture différents, de discuter et d'apprécier des points de vu parfois très éloignés de ceux que j'avais. Sept années temporairement interrompues par la maladie, laquelle m'a permis de découvrir le véritable sens du mot fraternité.

Sept années et l'impression de ne pas avoir beaucoup avancé dans la quête que je poursuis comme tant d'autres : quel sens puis-je donner à ma vie ? Quel sens la Vie elle-même a-t-elle ? Répondre à ces questions demande un gros travail de recherche et surtout, d'introspection objective.

La réflexion symbolique offre tellement de possibilités et ce, quelque soit le degré auquel on appartient, que je me suis senti incapable de choisir un sujet particulier. Aussi, me suis-je tourné vers vous, Très Vénérable Maître pour me proposer quelques thèmes. Au travers de ces derniers, il m'en est apparu un tout naturellement qui touche de près à certaines de mes préoccupations et est inspiré par le rituel du 3ème degré : la mort et la renaissance de notre Maître Hiram.

Mes Frères, vous connaissez tous les circonstances de sa mort telles que le rapporte notre rituel, aussi ne vous ferai-je donc pas l'injure de vous les rappeler  :   L'assassinat de Maitre Hiram par les 3 Compagnons, c'est l'étouffement de la Vérité par l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition. Le grand intérêt du mythe d'Hiram, car il s'agit bien d'un mythe, et de poser, entre autres, la question de la mort et de la renaissance.

Mais de quelle mort parlons nous et de quelle renaissance ?

Évoquons tout d'abord le mythe d'Hiram. Ce dernier, architecte supposé du roi Hiram de Tyr , est un ouvrier sur bronze plein d'habileté, d'intelligence et de savoir-faire, fils d'une Veuve de la tribu de Nephtali et d'un père Tyrien (Premier livre des Rois chapitre 7, versets 13 et 14). Il n'est pas seulement un ouvrier sur bronze mais  également un spécialiste qui sait, en outre, travailler l'or, l'argent, le fer, la pierre, le bois, la pourpre, le violet, le lin et le carmin (Livre 2 des Chroniques, chapitre 2, versets 12 et 13). A ce sujet, il existe une théorie selon laquelle, Hiram-abi mentionné dans le livre des Chroniques, ne serait pas le même que celui du livre des Rois, mais le fils de celui-ci, appelé par Salomon pour remplacer son père, décédé au cours de la construction du Temple. Cette hypothèse est, bien entendu, impossible à démontrer mais elle présenterait l'avantage de pouvoir relier notre rituel à la Bible  puisque, nulle part dans celle-ci, il n'est fait mention de la mort d'Hiram et encore moins de son assassinat !

La mort d'Hiram, dans les circonstances dramatiques qu'évoque le rituel du troisième degré, permet la constitution du mythe. Et c'est bien celle-ci qui donne toute son importance à la chose. Dans son ouvrage intitulé “La symbolique du 3e millénaire”, Irène Mainguy cite, à ce propos, notre frère belge Raoul Berteaux qui définit ainsi la notion de mythe dans son livre “La voie symbolique”:

            “Un mythe raconte un événement qui s'est réellement passé. En dépit du mode anecdotique généralement adopté, on ne sait rien ou peu de choses, sur la vérité historique de l'événement. La vérité du mythe concerne la réalité de l'être et non l'authenticité de l'événement”

Irène Mainguy résume cela en trois points :

  • Le mythe offre un modèle exemplaire, en l'occurrence Hiram
  • Le mythe crée le modèle à partir d'un événement: son assassinat
  • Le mythe exprime une réalité de l'être.

Autrement dit, Hiram, ouvrier de talent, doit mourir pour que le mythe existe. Ce dernier aide à percevoir une dimension cachée de la réalité humaine et met en action la fonction symbolique et analogique d'éveil de l'intuition spirituelle, autrement dit, il aide à réfléchir ! Le temps mythique est un temps cyclique qui crée une mémoire du monde car il se reproduit indéfiniment. Le mythe ouvre ainsi la voie à une réflexion symbolique et spirituelle, en l'occurrence, pour ce qui me concerne ce midi,  la mort et la renaissance.

Le petit Larousse définit celle-ci comme l'action de renaitre, un renouvellement, un retour. Si nous poussons plus loin, renaissance est synonyme de renouveau, régénération, rénovation, mais aussi de résurrection, palingénésie, réincarnation, métempsycose et bien d'autres termes encore qui montrent la richesse du sujet.

Mais d'abord, quelques définitions de ces différents mots :

La résurrection, du latin resurgere, se relever, exprime l'idée du retour de la mort à la vie.  Ce concept prend ses racines dans la naissance et la renaissance du cycle de la vie à travers le déroulement des saisons. Mais alors que le cycle des saisons voit éclore de nouvelles plantes chaque année, la résurrection sous-entend le retour à la vie de l'individu et de son enveloppe charnn liée à une religion.

La « palingénésie » signifie, en grec, "naissance à nouveau", "régénération". C'est le terme employé par les philosophes stoïciens pour désigner la reconstitution ou apocataste du monde après que le Feu l'ait détruit, cela dans un Eternel Retour

Plus simplement, c'est le retour à la vie, dans la nature, des divers éléments de celle-ci. Les plantes se nourrissent de minéraux, les animaux se nourrissent de plantes, les hommes se nourrissent des animaux ou de leurs produits ; en respirant, tout vivant assimile des germes et des poussières... De la sorte, les éléments de la vie s'échangent, se redistribuent après la mort, partout, toujours. Cela n'est pas sans rappeler la célèbre formule de Lavoisier que nous avons tous appris sur les bancs de l'école « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ce terme est particulièrement adapté au cycle des saisons que j'évoquais tantôt.

La réincarnation est, quant à elle, une croyance que l'on retrouve à différentes époques et en  divers lieux selon laquelle un certain principe immatériel (« esprit », « âme », « conscience individuelle ») s'accomplit au travers de vies successives dans différents corps (humains ou animaux selon les religions). Dans cette doctrine, à la mort du corps physique, et contrairement à la résurrection, l'« esprit » quitte ce dernier pour habiter, après une nouvelle naissance, un autre corps, qui permettra à l'individualité de poursuivre ses expériences de vie et son évolution spirituelle ou morale.

Le mot est apparu au 19e siècle, donc à une époque récente, et suscite des controverses quant à son utilisation pour désigner cette croyance.  Il dérive du mot incarnation, terme religieux provenant lui-même du latin incarnatio signifiant « action de prendre un corps ». Plus spécifiquement, il s'agit de  l'action par laquelle une divinité s'incarne dans un être animé, en prend l'apparence. Dans l'hindouisme, Rama et Krichna sont des incarnations de Vichnou, de même que dans la religion catholique, le Christ est une incarnation de Dieu.

Mais, si le Dieu chrétien s'incarne dans le Christ qui meurt pour ressusciter ensuite et ainsi sauver l'humanité, cette résurrection ne correspond pas au principe de réincarnation suivie par l'ensemble des religions dont le celtisme, l'hindouisme, le boudhisme, le sikhisme, et bien d'autres...

Mieux, alors que les premiers chrétiens, sous l'influence d'Origène d'Alexandrie qui vécut à cheval sur les deuxième et troisième siècle après J.C., (185-254), croyaient dans la réincarnation, c'est le IIe Concile de Constantinople en 553 qui condamna cette thèse.

Pourtant, Hérodote, Socrate, Platon, Pythagore ont tous disserté sur cette doctrine de la réincarnation que seules, les 3 religions monothéistes réfutent, préférant le mythe du Jugement Dernier et de la résurrection de la chair.

Enfin, la métempsycose, mot dérivé du grec signifiant « déplacement de l'âme », élargit le champs d'action de la transmigration de celle-ci aux animaux, aux   végétaux, voire aux minéraux et non plus aux seuls corps humains. L'hindouisme défend la métempsycose, la loi du karma, : « l'âme individuelle (âtman) doit se fondre dans l'Âme cosmique, dans le Brahman immanent et absolu, afin de se dégager du cycle des renaissances, le SAMASARA.

Dans le bouddhisme, ce terme désigne également le cycle infini des renaissances. Les hommes naissent, meurent et renaissent sans cesse dans un cycle infini duquel ils ne peuvent s'échapper. L'homme souffre en vain et, l'objectif même du bouddhisme étant la cessation de la souffrance, la pratique doit mener à un état de cessation de cette souffrance universelle, le nirvana C'est uniquement lorsque l'on a atteint le nirvana que l'homme peut se libérer de ce cycle infini.

Le sujet est vaste, incommensurable, mais, à quelques exceptions près, l'ensemble des religions et des croyances proposent un Nivarna, ou un Paradis que l'homme doit atteindre par la pratique du Bien.

Quel rapport avec la Maçonnerie ? Il existe un parallèle indéniable entre l'action du FM qui cherche, du moins à la GLDF, à mieux se connaître pour porter et pratiquer à l'extérieur du Temple un message d'amour et de vérité, et celle des religions qui, au travers de leurs pratiques propres, incitent leurs croyants à un comportement identique. La principale différence réside essentiellement dans le travail intérieur que se doit d'effectuer le FM, alors que dans les religions, l'adepte applique les rites sans rien pouvoir remettre en cause du dogme édicté. o

Et pourtant, si l'on y regarde de plus près, le rituel maç

nnique emprunte, à ces mêmes religions, des croyances qui participeront à cette démarche initiatique : c'est ainsi que, lors de la cérémonie de réception du Compagnon en Chambre du Milieu, la réincarnation est clairement affichée lorsque le TVM annonce aux FF présents « Notre Maître a revu le jour: il renait dans la personne de notre TCF » .

Et la mort me direz-vous, que devient-elle dans tout ça?

Et bien parlons-en. Dans l'esprit populaire, la mort est un phénomène irréversible qui se traduit par la perte d'un être que l'on ne reverra pas et dont le corps, enveloppe charnel, se décomposera dans un cercueil, ou sera brûlé, incinéré, selon les souhaits et croyances de chacun.

Selon ces mêmes croyances, le corps n'est peut être finalement que le réceptacle d'une chose sublime, l'âme, qui alors s'en échappe pour rejoindre un Eden dans l'attente du Jugement Dernier ou se réincarnera dans un corps ou dans autre chose. Je viens d'évoquer ces points, je n'y reviendrais donc pas.

Mais il existe d'autres morts, plus perfides ou plus enrichissantes. Par perfide, j'entends la mort spirituelle, celle de l'esprit. Quoi de plus triste que l'homme qui, s'enfermant dans ses préjugés, refusant de s'ouvrir au monde extérieur et à la lumière, sclérose progressivement sa pensée pour rejoindre le troupeau des ignorants, des fanatiques, et des ambitieux. Les trois compagnons qui assassinèrent Maitre Hiram ne symbolisent-ils d'ailleurs pas ces 3 tares ?

A l'inverse de ce qui précède, ce que j'appelle une mort enrichissante est celle qui permettra à l'homme de progresser sur les chemins de la vertu. Toute la question est de savoir comment faire. En effet, comment puis-je progresser si je suis mort, que mon corps part en putréfaction ? Bien sûr, si je crois en la réincarnation, vais-je réintégrer un nouveau corps qui me permettra, au travers de nouvelles expériences, d'évoluer spirituellement et, finalement, au terme de mon évolution, cesser de renaitre et atteindre le stade de la libération de l' âme. Encore faudrait-il, dans ce cas, que j'adapte ma vie en conséquence. Les bonnes actions de mon existence amélioreront les conditions de ma vie future et, inversement, les mauvaises actions les aggraveront.

La question est donc comment faire en sorte de distinguer les bonnes des mauvaises actions ? Et si au cours de ma vie d'homme vivant, libre et de bonnes mœurs, je parviens à distinguer le Mal du Bien véritable et que j'arrive à pratiquer ce dernier, ai-je encore besoin de me préoccuper de savoir laquelle de toutes ces croyances est la seule et unique Vérité ? La réponse est non puisque, pratiquant le Bien, mon âme immortelle sera libérée... après un temps plus ou moins long il est vrai et un certain nombre de corps usés, fatigués, jetés ou brûlés.

C'est ici qu'intervient la Franc-Maçonnerie, laquelle joue un rôle important comme catalyseur de la pensée.

Lorsque j'étais enfant et que j'allais chez ma grand-mère, j'aimais bien regarder un bronze, posé sur le marbre de la cheminée, représentant Saint Michel terrassant le dragon, et tenant à la main un oriflamme sur lequel il était écrit : « L'Esprit prime la Force ».

Par le biais de la réflexion symbolique et du travail, la Franc-Maçonnerie soutient cette démarche intellectuelle qui conduit à un plus grand questionnement et nous enrichit l'esprit. Mais le parcours maçonnique n'est pas une ballade de tout repos  En effet, travailler, chercher, discuter, confronter ses opinions sont des actions qui demandent de rester ouvert aux idées et aboutissent normalement à une remise en question de l'individu dans ses croyances, ses certitudes, ses comportements. C'est l'obliger à évoluer, à changer sa façon d'être, jusque parfois dans son intimité et, lorsque cela arrive, ce peut être très douloureux. Nous assistons alors à  la mort d'un individu pour assister à sa renaissance immédiate car vivant mais différent de l'instant d'avant.

Je ne sais si ma pensée est clairement exprimée car, au cours de l'élaboration de ce morceau d'architecture, les idées se sont un peu bousculées. J'avoue avoir sous-estimé l'ampleur du sujet. Mais, et quelque part ceci sera ma conclusion, c'est donc au travers de ces morts spirituelles successives que l'homme concoure à se façonner, à la recherche de sa Vérité. La mort d'Hiram n'est pas physique, elle est spirituelle. Les 3 mauvais Compagnons sont bien l'Ignorance, le Fanatisme et l'Orgueil, ou l'Ambition si vous préférez. L'intérêt du mythe, au travers du rituel, est la renaissance d'Hiram au travers du nouveau Maître : la Vérité renait toujours et, même au plus profond des ténèbres, la Lumière réapparaîtra. C'est bien ce qu'expriment les religions, c'est bien ce que signifie la Mort d'Hiram: « La Lumière qui nous éclairait a disparu » dit le TVM au futur Maitre. La recherche du tombeau d'Hiram, c'est la recherche du Mot perdu, de la Vérité. C'est à l'ombre de l'acacia que repose la Connaissance et que se trouve la sépulture. Mais la renaissance d'Hiram, alors que la chair quitte les os et que tout se désunit, c'est le TVM avec l'aide des FF 1er et 2nd Sur qu'elle s'effectue. Ce passage du rituel est l'un des plus important car il insiste sur un point essentiel : seul, nous sommes peu de chose mais ensemble, nous pouvons tout. A cet effet, la Franc-Maçonnerie peut apporter bien plus que toutes les religions car si chacun choisit son destin c'est avec les autres qu'il peut l'accomplir.

J'ai dit TVM

Le 2 septembre 2009

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La mort de Maître Hiram

Publié le 25 Septembre 2026 par T.D

Le texte qui suit ne présente pas d’intérêt pour qui n’est pas franc-maçon car il ne s’agit que d’un texte symbolique ; comprenne qui pourra...

La légende maçonnique

On vous a conté lors de votre élévation au troisième degré, la mort tragique d’Hiram, le grand architecte de Salomon (1), ainsi que tous les événements qui en découlèrent. Mais comme vous l’avez, sans aucun doute, oubliée, laissez-moi vous la raconter à ma façon.

Le roi David ayant formé le dessein d’élever au Dieu Tout-Puissant un temple digne de sa grandeur et de sa magnificence, ne put y parvenir de son vivant, ceci à cause des guerres qu’il avait menées ; se voyant au lit de la mort, il recommanda à Salomon, son fils et son héritier, d’exécuter ce projet.

Le sage roi ne fut pas plus tôt sur le trône qu’il envoya des ambassadeurs à Hiram, roi de Tyr, son voisin et son allié, pour le prier de lui fournir des cèdres du Mont Liban, nécessaires à la construction de l’édifice qu’il voulait bâtir, lui demandant encore un habile architecte qui fût en état d’en conduire et diriger les travaux.

Le roi de Tyr répondit favorablement aux désirs de Salomon, accordant les bois dont il avait besoin, les faisant tailler prêts à être mis en œuvre et les lui faisant par- venir par le port de Joppa. Il lui délégua aussi Adonhiram, surnommé Abif, de la tribu de Nephthali, bon ouvrier en toutes sortes de métaux et habile architecte.

Les maîtres maçons, mis à la disposition d’Adonhiram pour la conduite des travaux, étaient au nombre de 3593. Leurs responsabilités s’étendaient sur 80007 tail- leurs de pierre ou compagnons ; venaient ensuite 70 000 porte-faix ou laboureurs qui n’étaient pas maçons, et 30 000 ouvriers œuvrant dans les montagnes du Liban. Au total, quelque 183 600 hommes de tous âges et de tous métiers participèrent à l’érection du temple de Salomon.

Quelques mots pour définir ce temple destiné à recevoir l’Arche d’alliance. Les murailles qui l’environnaient avaient, pour longueur, 7 700 pieds ; à l’intérieur pouvaient se tenir au moins 300 000 personnes.

L’édifice proprement dit était soutenu par 1 453 colonnes de marbre et éclairé par 2 246 fenêtres.

En vue d’assurer la construction – qui devait durer sept ans et six mois –, l’architecte pensa à créer trois classes d’ouvriers qu’il distingua par les noms d’apprentis, de compagnons et de maîtres. Il recommanda à tous de travailler avec zèle, et fixa le paiement de chaque classe au samedi soir de chaque semaine – les apprentis devant alors se rassembler au pied d’une colonne d’airain dénommée J (2)…, les compagnons au pied d’une autre colonne appelée B…, les maîtres enfin dans une chambre interne du temple.

Trois compagnons qui avaient coutume de se glisser parmi les maîtres et qui espéraient en percevoir le salaire, résolurent de s’en procurer les signes, paroles et attouchements ; et décidèrent d’obtenir ceux-ci d’Adonhiram, de gré ou de force. Ayant observé que l’architecte se rendait seul, à certains moments, à l’intérieur du temple, ils se cachèrent en fin de journée pour l’attendre sous le grand escalier, dans un endroit où l’on rangeait les outils brisés ; avant de se poster aux trois portes d’entrée. Le premier compagnon était armé d’une règle, le second d’une pince (ou levier), le troisième d’un maillet (3).

Adonhiram s’étant rendu dans le temple, vers minuit, pour y faire sa prière selon la coutume, ferma la porte secrète par où il était entré, et dirigea ses pas vers la porte d’Occident, où il aperçut le premier des trois misérables qui leva sa règle en lui demandant les signes, paroles et attouchements de maître, ou la vie. Adonhiram lui répondit, sans s’émouvoir :

Mon ami, je ne les ai pas reçus ni ne les donne de cette façon ; travaille et, par ton zèle et ton assiduité, mérite ce que tu demandes.

« Meurs donc ! » lui dit le scélérat, levant en même temps sa règle pour l’en frapper sur la tête ; mais le mouvement d’Adonhiram pour parer le coup fit qu’il ne le porta que sur l’épaule gauche.

Et voulant se sauver par la porte du Midi, Adonhiram y trouva le deuxième des compagnons qui lui fit pareille demande. L’architecte lui ayant répondu de la même façon que précédemment, l’homme leva sa pince pour l’en frapper sur la tête, mais Adonhiram s’esquivant ce fut son épaule droite qui fut atteinte.

Alors l’architecte, rappelant toutes ses forces courut vers la porte d’Orient où il trouva le troisième assassin qui lui fit la même demande.

La mort que je vois de toute part, dit l’architecte, ne saurait m’ébranler, ni me faire révéler un secret que j’ai juré de garder ; travaille et mérite ce que tu me demandes, j’oublierai ton offense et serai le premier à récompenser ton zèle.

Ce malheureux, que ne retenait aucune pitié, n’écoutant plus que sa rage, lui détacha un si grand coup de maillet sur le front qu’il l’étendit raide mort à ses pieds. Les trois mauvais compagnons ayant ôté la vie à notre respectable maître craignirent d’être découverts. Comme le jour commençait à pointiller, ils cachèrent son cadavre sous les décombres du temple et se rendirent, comme à l’accoutumée, à leur travail.

À la fin du jour, ils reprirent le corps d’Adonhiram qu’ils transportèrent sur le Mont Sinaï aux fins de l’y enterrer. Ils creusèrent à la hâte une fosse qu’ils marquèrent d’une branche d’acacia ; sans s’apercevoir qu’ils avaient laissé tomber dans la tombe deux de leurs outils, à savoir une équerre et un compas.

Il va de soi que la disparition d’Adonhiram jeta la consternation parmi les ouvriers attachés à la construction du temple. Le troisième jour, Salomon, redoutant le pire, manda les maîtres et en désigna neuf pour procéder à des recherches aux environs de Jérusalem, jusqu’à neuf lieues du temple. Ceux-ci voyagèrent jusqu’au neuvième jour et s’étant rencontrés sur le Mont Sinaï, comme ils en étaient précédemment convenus, s’affligèrent de l’inutilité de leurs recherches.

Un maître voulant alors s’asseoir sur un petit amas de terre s’appuya sur une branche d’acacia qu’il entraîna avec lui ; ainsi découvrit-on que la terre avait été remuée. Les maîtres creusèrent le sol et découvrirent le cadavre d’un homme couvert d’un linge teint de sang, ayant une équerre à la tête et un compas aux pieds.

Ce cadavre, qu’ils reconnurent comme celui d’Adonhiram, avait la main droite au signe de compagnon, la gauche tendue le long de la cuisse, et la jambe droite en équerre. Tout indiquait que le malheureux avait été assassiné. Pour le sortir de la fosse l’un des maîtres prit le corps par l’index de la main droite, en disant « J… », mais la peau lui resta dans la main. Un second le prit par le medius de la même main, en disant « B… », mais la peau se détacha. Un troisième le prit par les cinq points parfaits de la maîtrise et parvint à le relever, en disant « M… B… N… ». Les autres maîtres détournèrent alors la tête en disant « G… ».

Les maîtres attendirent le soir pour le transporter à Jérusalem. Y étant parvenus, ils le portèrent dans le cabinet de Salomon qui, après avoir vu les outils trouvés dans la fosse, conclut qu’Adonhiram ne pouvait avoir été assassiné que par plusieurs compagnons, pour en obtenir sans doute le secret de maître et, recevoir ainsi la paie attachée à ce grade. C’est pourquoi le roi résolut d’en changer les mots et les neuf maîtres convinrent que ceux qui leur étaient échappés en relevant le corps d’Adonhiram seraient désormais substitués aux anciens.

Salomon ordonna sur le champ une enquête dans tous les ateliers afin de saisir les coupables. Les assassins, craignant d’être reconnus, prirent la fuite. Quant au corps de l’architecte, il fut mis dans un tombeau de sept pieds de long, trois de large et cinq de profondeur, creusé à l’intérieur du temple. Sur celui-ci fut ensuite incrusté un triangle de l’or le plus pur au centre duquel fut gravé l’ancien mot de maître.

Ainsi peut être racontée, dans les termes les plus simples qui soient, et dans le temps le plus court, la tragique mésaventure d’Hiram. Il me vient toutefois à l’esprit que cette narration est de nature à vous déconcerter, car elle n’est pas tout à fait conforme à celle que vous aviez entendue lors de votre élévation…

N’en soyez pas surpris. Je l’ai volontairement tirée d’un rituel en usage sous le règne du bon roi Louis XVI… Ceci à seule fin de vous amener à méditer d’une autre façon sur la parole perdue, ainsi que sur la signification symbolique de la disparition d’Hiram, notre maître à tous.

Les sources bibliques

Comme chacun sait, le « mythe d’Hiram » trouve sa source historique dans le Volume de la Loi sacrée, à savoir la Bible. On relève au premier Livre des Rois qui fut, pense-t-on, rédigé au septième siècle avant Jésus-Christ, que Salomon ayant l’intention de « bâtir une maison au nom de l’Éternel », s’adressa à Hiram, roi de Tyr (I Rois 5,15-32), en vue d’en obtenir les bois de construction. Le temple édifié, le souverain envoya chercher à Tyr, « Hiram, fils d’une veuve de la tribu de Nephthali et d’un père tyrien, qui travaillait le bronze » (I Rois 7,13-51).

Hiram, nous dit encore le Livre Saint, était rempli de sagesse, d’intelligence et de connaissance pour faire toutes sortes d’ouvrages de bronze. Il arriva auprès du roi Salomon et il exécuta tous ses ouvrages…

Il moula les deux colonnes de bronze qu’il dressa près du vestibule du temple… Il dressa la colonne de droite et la nomma Jakin ; puis il dressa la colonne de gauche et la nomma Boaz.

Il fit encore une mer de fonte, dix cuves de bronze, des chaudrons, des pelles et des calices…

Dans le second Livre des Chroniques, écrit trois siècles plus tard que celui des Rois, le roi de Tyr, qui s’y nomme Houram, envoya à Salomon « un homme habile, à l’intelligence éprouvée, portant le nom d’Houram-Abi, fils d’une femme d’entre les filles de Dan et d’un père tyrien ».

Il sait, lui dit-il, travailler l’or, l’argent, le bronze et le fer, la pierre et le bois, les étoffes teintes en pourpre et en violet, les étoffes de byssus et de carmin. Il connaît tout l’art de la gravure et la fabrication de tous les objets qu’on lui donnera à exécuter (II Chroniques 2,12-13).

Houram fit, pour le temple, des chaudrons, des pelles et des calices ; mais aussi deux colonnes, une mer de bronze polie et même des fourchettes (4,11-16)…

Qu’il se nomme Hiram, Adonhiram (Seigneur Hiram), Hiram Abif (Hiram mon Père, ou maître Hiram), ou encore Houram, l’homme envoyé à Salomon par le roi de Tyr n’est qu’« un homme habile, capable de fondre les métaux » ; et non comme le présente la mythologie maçonnique, « un architecte et un conducteur de travaux ».

Anciens Devoirs et Constitutions d’Anderson

Aucun des Anciens Devoirs de la Maçonnerie opérative ne fait la moindre mention à Hiram. Il faut ouvrir le Livre des Constitutions (1723) du pasteur James Anderson pour faire sa connaissance. On y lit d’abord que « Salomon fut très obligé à Hiram, ou Houram, roi de Tyr, de lui avoir envoyé ses maçons et char-pentiers et principalement son homologue Hiram, ou Houram, le maçon le plus accompli sur terre ».

On y relève ensuite que lors de la construction du temple, « le sage roi Salomon était grand maître de la Loge de Jérusalem, le savant roi Hiram était grand maître de la Loge de Tyr, et l’inspiré Hiram Abif était maître d’œuvre ».

L’ouvrage indique encore qu’après l’érection du temple, « la Maçonnerie se perfectionna dans toutes les nations avoisinantes, car les nombreux artistes qui y avaient été employés, sous la direction de Hiram Abif, se dispersèrent en Syrie, Mésopotamie, Assyrie, etc… »

L’apparition d’Hiram, l’architecte royal, eut lieu en 1730, dans l’ouvrage de Samuel Prichard, curieusement intitulé La Maçonnerie disséquée, c’est-à-dire dévoilée. Nous y lisons :

Demande. – Où allez-vous ? Réponse. – À l’ouest.

D. – Qu’allez vous y faire ? R. – Je vais y chercher ce qui était perdu et qui est maintenant retrouvé.

D. – Qu’est-ce donc qui était perdu et qui est maintenant retrouvé ? R. – Le mot de maître maçon.

D. – Comment fut-il perdu ? R. – Par trois grands coups ; ou par la mort de notre maître, Hiram.

Toute la mésaventure survenue à Hiram est relatée dans l’ouvrage ; il ne paraît pas utile de la rappeler ici. On notera cependant que le mythe d’Hiram est né en même temps qu’a été institué en Angleterre le grade de « maître-maçon », fournissant à celui-ci une « mission initiatique » déterminée : la recherche de la parole perdue.

Que représente Hiram en Franc-Maçonnerie moderne ? « Hiram, répond pour nous Claude Guérillot, auteur de plusieurs ouvrages consacrés au rite écossais ancien et accepté, représente l’initiation de métier sur laquelle s’échafaude l’initiation maçonnique tout entière ».

L’architecte est le symbole du « secret maçonnique », qui doit être préservé malgré tous les périls. Il accepte de mourir pour ne pas révéler le « mot » des maîtres, qui est alors le nom de l’Ineffable. Livrer le mot, c’est nier l’ordre établi, admettre que la violence peut être légitimée, feindre de croire que l’homme peut s’élever sans effort ; bref, c’est condamner le travail pour se complaire dans la paresse, ce que ne saurait accepter l’initié. Mourir pour son idéal, c’est permettre au « grain de blé » que l’on jette en terre de revivre dans un nouveau cycle de temps et d’espace au travers de nouveaux maîtres.

Légende fabuleuse chez Prichard et dans les premiers rituels, que ceux-ci aient été français ou anglais, la mort dramatique d’Hiram, le fondeur promu au rang d’architecte, est devenue un véritable « mythe » avec le rite écossais ancien et accepté qui a réservé, il y a lieu de le souligner, la poursuite et la punition de ses assassins à d’autres grades.

Pour mémoire, je rappellerai que les outils des trois mauvais compagnons sont pour nous les adeptes du REAA : la perpendiculaire (ou fil à plomb) symbole de l’ignorance, le niveau symbole du fanatisme, le maillet symbole de l’ambition.

Je ne saurais clore cette planche sans indiquer à ceux qui aiment les énigmes et les symboles que maître Hiram peut constituer, avec Salomon et le roi de Tyr, non seulement une triade philosophique, mais encore « le ternaire initiatique », ayant pour axiomes : 1 – la préparation ; 2 – la mort ; 3 – la résurrection. Axiomes pouvant se rattacher à Osiris, à Mithra ou au Christ ; ayant pour conséquences la victoire de la lumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, de la vie sur la mort.

En rédigeant et en présentant cette planche, je n’ai cherché qu’à éveiller chez l’auditeur des questions auxquelles il ne peut que seul, en sa conscience, apporter des réponses. Je me tais donc ; à vous de réfléchir et de dire.

 

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Ne sommes-nous pas tôt ou tard les meurtriers d'Hiram ?

Publié le 24 Septembre 2026 par T.D

Depuis notre réception au grade d'apprenti, nous travaillons le symbolisme du nombre 3.

Nous avons été introduits en Loge par trois grands coups, trois voyages sous ce grand dais orné d'étoiles soutenu par trois colonnes formant le triangle Sagesse – Force – Beauté. Puis nous avons continué notre ascension vers la lumière, cette quête de l'Etoile, symbole de l'Homme illuminé, dans ce qu'il peut avoir de meilleur.

Actif au premier et au second grade, nous voici passif au troisième, à nouveau par trois grands coups mais qui viennent de nous être portés. Loin de la lumière du premier triangle Sagesse – Force – Beauté … de nouveau les ténèbres et des triangles à la connotation symbolique négative : Orgueil, Envie, Avarice ou encore Horreur, Deuil, Tristesse.

Pourquoi ces ténèbres retrouvés ?

Le Maître assassiné, l'idéal assassiné, le projet assassiné … mais par qui ?

Qui sont ces assassins décidés à vouer à la mort ce qui était prédestiné à la sublimation de leur vie, de la vie ?

Nous sommes au sein du pavé mosaïque, passant du blanc au noir, du bien au mal, du rôle de bon à celui de méchant.

Nous savons qu'ils étaient Compagnons, ni apprentis, ni profanes. Ils étaient donc reconnus pour leurs hautes qualifications.

Nous savons qu'ils étaient trois et qu'ils ont pris part à l'assassinat, chacun avec un outil particulier.

Le premier avec une règle, symbole de rectitude,

Le deuxième avec un levier, symbole de puissance,

Le troisième avec un maillet, symbole d'autorité.

Quelle autre déception ! Ces outils, symboles d'élévation intellectuelle, comportementale, révèle un double aspect c'est à dire que chaque instrument de travail peut conduire à la perdition tout dépend de l'utilisation que nous en faisons.

Pouvons-nous comprendre le mythe de l'assassinat d'Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons.

Si nous évoquons ces acteurs à la troisième personne, les considérons comme personnes étrangères alors la réflexion est brève.

Si nous nous identifions à chacun de ces acteurs alors l'analyse est beaucoup plus intéressante dans le sens où nous pouvons identifier chacun d'eux à une partie de nous même : personnalité, pulsions.

Dans notre rituel il est dit : « Les trois coups que vous avez reçu figurent ceux qui lui ont été portés. Ils doivent vous faire sentir le danger de trois passions funestes dont l’homme est souvent aveuglé : L’ORGUEIL, L’ENVIE et L’AVARICE »

Je vous propose de les désigner symboliquement par un autre ternaire d'une loge de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra comme étant l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition.

L'Ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoir est redoutable quand l'homme s'y abandonne. Nous en connaissons, même parmi nos frères, ceux que je dénommerai « initiés ratés » ; ceux qui méconnaissent la valeur de la quête spirituelle personnelle et l'expérience commune en loge, qui vivent dans un demi-conscient ; ceux qui chipotent les rituels sans en voir fait une sérieuse étude ; ce qui amène parfois à remplacer des éléments essentiels par des phrases creuses.

Le Fanatisme : Il ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise. Aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison. Le fanatisme dogmatique et le mensonge entrave la réalisation initiatique. Certains maçons peuvent se croire infaillibles.

L'Ambition : aspect négatif, borné, dangereux aussi lorsqu’il prend les formes les plus élaborées et les plus insidieuses. Cette forme virale bien parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même se rencontre également en Franc Maçonnerie, nous pourrions la nommer Cordonite. Certains ambitionnent des fonctions en Loge, au sein de l'Obédience ; encore faut-il en être apte. Il en est de même pour les affairistes.

Ces trois attitudes humaines, que nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaire à l'Homme afin qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.

Ces trois « défauts » sont à considérer comme un échantillon de l'arsenal des vices humains. Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre. Ils lui sont tout aussi indispensables.

Ghandi jugeait les conflits sur leur mérites constructifs.

Il faut savoir accepter qu'une part de vérité se trouve chez son adversaire.

Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine. Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état : envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance.

Hiram est aussi le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche. Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide. Ses adversaires envieux, pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes. Mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc Maçon est le défenseur généreux.

Nous voici face à nous même ; blanc ou noir ?

Et si nous étions blanc et noir ?

Plus compliqué que le pavé mosaîque, le ying et le young → un point blanc dans le noir et vice versa.

Alors tels les outils qui peuvent aussi bien faire le mal que le bien, selon l'utilisation que nous en faisons ; ne sommes-nous pas des assassins d'Hiram, destructeurs de notre idéal. L'animal peut incarner le bien et l'homme le mal avec un lien qui serait l'outil. Stanley KUBRICK en fait la représentation dans 2001 Odyssée de l'Espace lorsque « Le monolithe noir apparaît comme un signe d'espoir au premier moment décisif de l'évolution humaine : le singe s'en approche avec respect, puis découvre peu après l'usage de l'os comme arme, premier pas d'une domination technique du monde. Cet os lancé en l'air par le singe devenu homme se transforme, à l'autre bout de la civilisation, dans une ellipse brutale et magnifique, en vaisseau spatial se dirigeant vers la lune. »

Notre rituel met en scène ces trois hommes qui à l'aide de leurs outils tuent le Maître. Le Maître Hiram, Hiram qui incarne notre idéal ; incarner, mettre en chair.

Profane nous sommes introduits dans le cabinet de réflexion, au sein de la terre. Nous vivons nos derniers instants ; nous mourons avant de renaître initié, Franc Maçon, passant des ténèbres à la lumière incarnant un idéal. Puis au cours de nos voyages la mort nous guette, notre projet va être assassiné – M.'. B.'. N.'. - La Chair quitte les os ; la désincarnation.

Le F.'. Charles RITTER, ex-pasteur géomètre, disait dans une de ses planches sur le mythe d'Hiram : « Au travers du chemin maçonnique, le mythe d'Hiram signifie en d'autres termes que :

    • C'est à une 1ère manifestation du Maître Hiram intérieur, c'est-à-dire du « Fils » que nous portons en nous, que l'Apprenti doit de s'être tranché la gorge, la ré-instauration du « Cherchez et vous trouverez » dans sa personne, soit de son 1er degré de Lumière, lui valant à l'avenir de ne plus compter que sur lui-même et, s'ensuivant de perdre sa « Peau », de mettre fin à son état de dépendance à l'égard d'autrui et de son point de vue (idées reçues, croyances),
    • C'est à une 2ème manifestation du Maître en cause, de ce Fils intérieur, que le Comp.'. se doit d'avoir eu le coeur arraché, le « On vous donne » lui accordant son 2ème degré de Lumière, à savoir le caractère objectif que la perte de sa « Chair » de son ego intéressé, imprime aux vérités qu'il met au jour.
    • C'est à une 3ème et dernière manifestation du Maître s'avérant dès lors le Fils aussi bien de l'homme que du GADLU, que le Compagnon élevé à la Maîtrise doit de s'être partagé en deux, de s'être séparé de son ego, l'autorité royale du Fils exigeant de qui veut l'exercer, et s'en adjoindre les informations des os « complètement secs » ».

Les messages profonds des mythes sont compréhensibles uniquement à ceux qui en ont la clé, à ceux qui sont aptes à capter le message que le mythe véhicule. C'est cela l'aspect initiatique du mythe, c'est-à-dire, l'accessibilité à une préparation intérieure.

Dès lors il faut relever l'idéal, si tu es capable alors on te relève et tu deviens Maître. Pour se faire un F.'. Maître Maçon va te redresser et te dire : « Ne savez-vous pas que seul vous ne pouvez rien mais qu'ensemble nous pouvons tout ».

Tu dois être capable d'incarner cet idéal.

C'est un des aspects fondamentaux du notre rite : l'homme est responsable de lui-même et de son projet.

Dès à présent, comment nous situons-nous ? Allons-nous au bout de notre idéal ?

Quotidiennement, nous devons respecter nos engagements par l'accomplissement de notre devoir ; descendre en soi-même (tel le cabinet de réflexion), douter, réfléchir sans cesse. Tant que nous nous rectifions, améliorons, nous gardons le cap sur le chemin vers la lumière, vers la vérité en s'écartant de l'orgueil, de l'envie, de l'avarice ou de l'ignorance, du fanatisme, de l'ambition ; par contre lorsque nous nous écartons de notre chemin nous devenons symboliquement les assassins d'Hiram.

Même dans les pires situations, des personnes ont trouvé la force de garder le cap. Dans un livre intitulé "le moine et le Vénérable", Christian Jacq, l'auteur, raconte l'opposition d'abord, l'union ensuite d'un moine et d'un vénérable dans un camp nazi. Au nom de leurs valeurs respectives, ils se combattent d'abord, chacun refusant la croyance de l'autre, ils finissent par se réunir pour triompher : ils s'aperçoivent qu'ils combattent en fait pour la même grande cause par des chemins séparés mais qui mènent au même but .

Je vous en lit un court passage :

« Le mal était dans l'ordre des choses. Le sol de la loge avait pour nom « pavé mosaïque », composé de carreaux noirs et blancs.

Caché dans le blanc, une parcelle de noir. Tapie dans le noir, une étincelle de blanc.

La forteresse nazie voulait être le mal absolu. Mais il y avait une parcelle de lumière dans cette obscurité là. Au vénérable de la discerner et de l'utiliser ... c'était son métier, après tout ! »

Comme nous y conduit l'étude du mythe d'Hiram, dans le chant des partisans est illustré la nécessaire transmission de l'idéal :

« Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe. Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place. Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute... »

L'idéal de la liberté continuera …

… Ecoute de l'extrait musical ...

J'ai dit T.'. R.'.

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Hiram, roi de Tyr & Salomon

Publié le 24 Septembre 2026 par T.D

L'étude de cet épisode de l'histoire antique est possible grâce à deux sources principales : l'Ancien Testament et les ouvrages de l'historien Flavius Josèphe qui vécut en Israël au Ier siècle de notre ère.

Au début du X°siècle av.J.C., Hiram succéda à son père Abibaal roi de Tyr. Il travailla au développement et à la prospérité de sa cité en  agrandissant les deux ports et en les reliant par un canal qui traversait la ville. Il érigea de nouveaux temples pour Melgart et Astarté Son activité ne manqua pas d'attirer l'admiration de ses voisins et contemporains les rois d'Israël, David et Salomon, avec qui il entretînt des liens amicaux et commerciaux.

Désireux d'offrir un temple pour son Dieu, le roi David contacta Hiram pour les préparatifs. La mort l'ayant arraché aux siens, c'est à son fils, Le roi Salomon, que revînt la charge de mener à terme ce projet. Il demanda au roi Hiram de lui fournir le bois de cèdre et de lui prêter ses architectes et maçons afin de réaliser son dessein. (voir livre des Rois, I, chap.5)

Le message précisait :
"Tu sais bien que mon père David n'a pas pu construire un temple pour le Nom de Yahvé, son Dieu, à cause de la guerre que les ennemis lui ont faite de tous côtés, jusqu'à ce que Yahvé les eût mis sous la plante de ses pieds. Maintenant, Yahvé mon Dieu m'a donné la tranquillité alentour : je n'ai ni adversaire, ni contrariété du sort. Je pense donc à construire un temple au Nom de Yahvé, mon Dieu, selon ce que Yahvé a dit à mon père David... Maintenant, ordonne que l'on coupe des arbres du Liban ; mes serviteurs seront avec tes serviteurs et je te paierai la location de tes services selon tout ce que tu me fixeras. Tu sais en effet qu'il n'y a chez nous qui soit habile à abattre les arbres comme les Sidoniens".

Lorsque Hiram entendit les paroles de Salomon, il éprouva une grande joie et manda ceci :
"J'ai reçu ton message. Pour moi, je satisferai tout ton désir en bois de cèdre et en bois de genévrier. Tes serviteurs les descendront du Liban à la mer, je les ferai remorquer jusqu'à l'endroit que tu manderas, je les délierai là, et toi, tu les prendras. De ton côté, tu assureras selon mon désir, l'approvisionnement de ma maison".

Le pacte entre Hiram et Salomon fut honoré et dura vingt ans. Hiram fournit le bois de cèdre et de genévrier, en échange, Salomon procura chaque année 20.000 muids de blé et 20.000 mesures d'huile vierge. Salomon céda également vingt cités de Galilée. Les historiens rapportent que Hiram ne fut pas entièrement satisfait, alors Salomon lui promit une expédition commune vers le mystérieux pays d'Ophir afin de ramener l'or et les pierres précieuses.

L'aménagement intérieur du temple fut décrit dans la Bible (livre des Rois, I, chap.6, 15-38) en ces termes :

"
15. Il garnit de planches de cèdre la face interne des murs du temple depuis le sol jusqu'aux poutres (...). Il couvrit de planches de genévrier le sol du temple. (...)
18. Tout était en cèdre, aucune pierre ne paraissait. (...)
19. Il aménagea un Debir dans le Temple (...)
20. (...) Il le revêtit d'or fin; Il fit un autel de cèdre
21. devant le Débir et le revêtit d'or (...).
22. Tout le temple, il le revêtit d'or, absolument tout le temple.
23. Dans le Débir il fit deux chérubins en bois d'olivier sauvage. Il avait dix coudées de haut.
24. Une aile du chérubin avait cinq coudées et la seconde aile du chérubin avait cinq coudées, soit dix coudées d'une extrémité à l'autre de ses ailes (...).
28. Il revêtit d'or les chérubins.
29. Sur tous les murs du temple, à l'entour, il sculpta des figures de chérubins, des palmiers et des rosaces, à l'intérieur et à l'extérieur.
30. Il couvrit d'or le plancher du temple à l'intérieur et à l'extérieur. (...)
38. (...) Salomon construisit le temple en sept ans".

Une porte encadrée de colonnes de bronze donnait accès au temple, précédée d'une grande cour avec une vasque aux eaux lustrales et un autel. Le plan présentait à l'intérieur une succession de trois pièces : un vestibule carré, une salle rectangulaire centrale qui abritait un autel couvert d'or et une table à sacrifice, enfin un sanctuaire où l'on conservait l'arche d'Alliance. L'édifice était complété par des chambres de service situées sur trois étages, sur tout son pourtour.

Hiram, le maître Maçon :

Nous ne pouvons parler du temple de Salomon sans évoquer un autre Hiram (ou Hirom), le bronzier phénicien ou maître maçon. Entre légende et vérité historique, le récit autour du maître Hiram reste assez énigmatique. Le livre des rois (I Rois, VII, 13-45) le présente en ces termes :

"Le roi Salomon demanda de pouvoir engager Hiram de Sor [Tyr] qui était fils d'une veuve de la tribu de Nephtali. Son père était un homme de Sor, artisan du bronze [...]. Hiram acheva tout l'ouvrage qu'il devait faire pour le roi Salomon dans la Maison du Seigneur : les deux colonnes(4), et les deux globes des chapiteaux qui étaient sur le sommet des colonnes; et les deux réseaux pour couvrir les deux globes des chapiteaux des chapiteaux qui étaient sur le sommet des colonnes, les quatre cents grenades pour les deux entrelacs - deux rangées de grenades par entrelacs - pour couvrir les deux volutes des chapiteaux qui sont sur les colonnes, les dix bases et les dix cuves posées sur celles-ci, la Mer - il n'y en avait qu'une - avec, sous elle, les douze boeufs, les bassins, les pelles, les bassines à aspersion et tous les autres accessoires.
Ce que fit Hiram pour le roi Salomon dans la Maison du Seigneur était en bronze poli".

Un autre passage dans la Bible (Chroniques II - Chapitre 2 : 3-14) parle aussi de maître Hiram :

"Salomon envoya dire à Hiram, roi de Tyr […] Envoie-moi donc un homme habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en étoffes teintes en pourpre, en cramoisi et en bleu, et connaissant la sculpture, afin qu'il travaille avec les hommes habiles qui sont auprès de moi en Juda et à Jérusalem et que David, mon père, a choisis. […] Hiram, roi de Tyr, répondit […] Je t'envoie donc un homme habile et intelligent, Hiram Abi, fils d'une femme d'entre les filles de Dan, et d'un père Tyrien. Il est habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter [...]".

Côté légende, on raconte qu'Hiram travaillait depuis sept ans à l'édification du temple. Ses ouvriers étaient repartis en trois classes : apprentis, compagnons et maîtres. Chaque classe avait un mot de passe permettant de recevoir un salaire graduel.

Les travaux touchant à leur fin, trois compagnons, désireux de s'attribuer les privilèges du maître, se postèrent chacun devant une porte du temple. Le premier demanda le mot de passe au maître qui lui répondit qu'il n'était pas possible de l'obtenir ainsi et qu'il fallait avoir la patience d'attendre le moment opportun. Le compagnon frappa alors l'architecte au cou à l'aide d'une règle - cette blessure symbolise la mort physique de Hiram. Le deuxième compagnon, ayant obtenu la même réponse, porta sur le sein gauche du maître un puissant coup d'équerre - c'est la mort sentimentale. Chancelant, Hiram se dirigea vers la troisième porte et se trouva confronté au dernier compagnon qui lui posa la même question. Le coup de maillet, porté par ce dernier, acheva son agonie - cette troisième mort correspond à la mort mentale de l'architecte. Alors les meurtriers se demandèrent réciproquement la parole du maître : aucun d'eux n'avait pu l'obtenir. Comprenant l'inutilité de leur crime, ils plantèrent à l'endroit où ils avaient enseveli Hiram un rameau d'acacia, arbre de vie, grâce auquel les envoyés de Salomon purent le retrouver.

Cette légende marque fortement la symbolique maçonnique à travers ses trois classes : apprentis, compagnons et maîtres. L'accession au grade de maître, la mort symbolique, reprend les étapes de l'assassinat de Hiram, celui-ci symbolisant l'homme juste et vertueux mis à mort à cause de l'ignorance. Ainsi dans le rituel maçonnique, le récipiendaire est recouvert d'un drap noir et une branche d'acacia est placée sur le drap. A la question : "Êtes-vous maître?", l'initié doit prononcer la phrase rituelle : "l'acacia m'est connu"

 

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Qu’est-ce qu’ « Hiram » ? חִירָם ou חוּרָם

Publié le 24 Septembre 2026 par T.D

Au-delà des nombreuses interprétations sur le nom même du Maître, il nous a semblé intéressant de considérer comment est utilisé ce personnage pour être devenu un mythe fondateur en franc-maçonnerie.

  • Un personnage de légende

La légende, du latin legenda, lecture publique, est un récit traditionnel où le réel est déformé et embelli. Contrairement aux contes qui se déroulent dans le monde de l'imaginaire, les légendes ont un caractère vraisemblable et font le récit d'évènements qui ont eu lieu ou qui auraient pu avoir lieu.

La légende contient des éléments du merveilleux et repose dans certains cas sur des faits historiques qui ont été transformés par des croyances, ou par l'imagination populaire, ou par l'invention poétique.

La forme de la légende est simple et son objet essentiel est le miracle.

À l'origine, la légende racontait la vie des saints. De nos jours, il s'agit de récits merveilleux d'un événement passé fondé sur une tradition authentique mais souvent modifiée au fil du temps. À la différence du mythe, la légende ne repose pas sur les divinités.

Le drame de la légende d’Hiram nous est révélé dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée, publiée à Londres en 1730.

  • Un personnage inspiré du Texte biblique

Le mot Hiram, en  hébreu, est constitué de trois lettres : Heth, Resch, Mem. Les lames du Tarot qui correspondent à ces lettres sont : Heth La Justice,  Resch Le Jugement, Mem La Mort (la camarde). HiRaM peut, aussi, être lu dans cette langue comme HaReM qui désigne la « chose cachée », le « lieu obscur » ou comme Ir'HaM signifiant « la vie élevée » ou « l’élévation après la mort ».

Hiram, personnage mythique, incarne pour la franc-maçonnerie un syncrétisme de ces êtres qui doivent mourir pour ressusciter, pour fonder un courant de Tradition.

Le maître Hiram, cet ouvrier sublime, doué d'intelligence et d'un rare savoir, surnommé Hiram Abif, selon les interprètes, signifierait envoyé de Dieu . La tribu de Nephtali dont il est originaire est celle des forgerons (1R 7 ; 14) dont on sait qu’ils sont, de toutes traditions, ceux qui créent le monde par leur maîtrise des entrailles de la Terre. L'homme Hiram, fils d'une veuve, est présenté comme le dernier forgeron descendant hypothétique de Tubalcaïn qui en était le premier. A ce titre, il serait le dernier porteur des secrets de la création, le dernier des descendants du frère de Noé. C'est pourquoi le Roi homonyme l’envoya à Salomon afin de construire le Temple de l'Eternel (2Ch 2, 12) car il est bien évident que les descendants du créateur de l’Arche, porteur de la première alliance, ne peuvent pas être étrangers à la construction de la demeure de pierre qui accueillera Dieu.

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : « Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir », בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ,  vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » וַיִּמָּלֵא אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת

  • Une représentation emblématique Du Maître

Cet aspect est marqué par l’article défini « LE » qui fait du maître Hiram le maître par excellence.

Le nom d’Hiram, ou Hiram Abif, n’est jamais clairement formulé dans les textes anciens des Olds Charges, mais seulement dans les plus tardifs de ces manuscrits.

Dans les Old Charges, le maître maçon, quelque soit son nom, est toujours présenté comme le fils d’Hiram, le roi de Tyr ; ainsi dans le Cooke on trouve : Salomon employait 80000 maçons, le fils du roi de Tyr était le maître maçon.

Ce prétendu fils d’Hiram de Tyr apparaît sous plusieurs pseudonymes dans les différentes versions, peut-être des noms de substitution pour garder secret le véritable nom : Aynon, Amnon, Annas, Benaïm, Hiram de Tickus… Le manuscrit Dowland’s évoque : [Hiram de Tyr] avait un fils, appelé Aynon, qui était maître de géométrie et Grand Maître de tous ses maçons et maître de toute la gravure et la sculpture et de tous les types de maçonnerie du Temple. Dans la version de 1750 de la Fortitude (Old Charges), rapportant la correspondance entre les rois Salomon et Hiram de Tyr, Hiram avait envoyé le bois d’œuvre et il avait un fils nommé Houram qui était maître de géométrie et qui fut Grand Maître de tous les maçons qui étaient au Temple. Le Inago Jones, reprenant un récit de Flavius Josèphe, fut le premier à donner au constructeur le double nom d’Hiram Abif.

Le Dumfries, comme les Constitutions d’Anderson, donne au maître constructeur son nom, sa lignée et sa condition, encore évoqués dans les rituels contemporains, bien que les récits bibliques ne le présentent que comme un fondeur.

RAPMM. Le Maçon que nous pleurons est notre Maître, que l'on nommait Imotep en Égypte et Hiram-Abi à Tyr.

  • Un personnage de mystification

La plus curieuse supposition sur l’identité d’Hiram a été faite par la misandre Céline Renooz dans son livre L’ère de la vérité (Histoire de la pensée humaine, évolution morale de l’humanité à travers les âges et chez tous les peuples), paru en 1925, affirmant qu’en fait une femme, la fille du roi de Tyr, était cachée sous le nom d’Hiram. S’appuyant sur le texte hébreu de la Bible marqué par la féminisation des adjectifs qui qualifient le roi David, Renooz considère tout aussi curieusement qu’en vérité David fut une reine, du nom de Daud, qui créa la ville de Jérusalem et entreprit d’y faire construire un Temple. La reine Daud ne fut pas seule à fonder l'Institution secrète qui devait se propager jusqu’à travers la Franc-maçonnerie. Elle eut deux collaboratrices, deux Reines-Mages (ou Magiciennes), avec qui fut formé le triptyque sacré que les trois points de l'Ordre ont représenté depuis. L'une est Balkis, reine d'Éthiopie (appelée la reine de Saba), l'autre est une reine de Tyr, que l'on a cachée derrière le nom d'Hiram, cette reine de Tyr étant Élissar ou Didon. Pour Renooz, la légende d'Hiram et les anciennes traditions laissent entrevoir ce que fut le rôle de Salomon : c'est lui qui attaqua et renversa la puissance féminine et instaura la royauté masculine sur les ruines de la gynécocratie.

  • Un mythème

C’est-à-dire un mythe fondateur d’une société, choisi par celle-ci auquel ses membres ne peuvent qu’adhérer sans la remettre en cause. Le mythème est exprimé par l’ensemble des rites et rituels (le ritème), média entre les membres du groupe et son mythème.

  • Une fiction morale

1. Un manichéïsme

Chaque circonstance du funeste événement, que les maçons commémorent dans leurs travaux, fait connaître les vertus devant être pratiquées. Sa sortie glorieuse du tombeau, que l'on retrace, en fait connaître la récompense. Hiram, allant assidûment au Temple pour y faire sa prière, après la retraite des ouvriers, enseigne aux maçons qu'en cette qualité ils doivent encore plus que les autres un pur hommage à l'Être Suprême. Hiram, assassiné par trois Compagnons qui veulent lui arracher le Mot de Maître pour en usurper la paie, fait connaître le danger des passions violentes qui peuvent porter aux plus grands désordres si on ne les réprime pas, l'injustice de ceux qui, sans prendre la peine de faire sur eux-mêmes le travail nécessaire, voudraient arracher aux autres leurs découvertes et s'en approprier les fruits.  Hiram est le symbole de l'homme de grande valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions, se rapprochant de la perfection humaine. Il est  aussi le symbole de l’homme fidèle au devoir, même si le devoir est inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité et impératif comme la destinée. Il est, surtout, symbole du franc-maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à la tâche pour laquelle il est assermenté.

  1. 2. La fraternité comme code moral.

C’est l’explication qu’en donne le « catéchisme des trois coups distincts » de 1760 : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un F\pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir. Deuxièmement, pied contre-pied, signifie que je n’aurai jamais peur de m’écarter de mon chemin pour rendre service à un frère. Troisièmement, genou contre genou, signifie que lorsque je m’agenouille pour faire ma prière, je ne dois jamais oublier de prier aussi bien pour mon frère que pour moi-même. Quatrièmement, poitrine contre poitrine sert à montrer que je garderai les secrets de mon frère comme les miens propres. Cinquièmement la main gauche qui soutient le dos signifie que je serai toujours prêt à soutenir un frère tant que cela sera en mon pouvoir.

  • Une parabole christique

Hiram, dégagé de son linceul funéraire et sortant glorieusement de son tombeau, est appelé à une nouvelle vie, entouré des vertus qu'il a constamment pratiquées et qui lui assurent l'immortalité à laquelle doivent aussi aspirer tous ceux de ses avatars qui sauront l'imiter.

A travers les textes fondateurs, il apparaît clairement que le rituel maçonnique représentait une liturgie judéo-chrétienne dont les éléments servent de support à l’instruction spirituelle et d’encouragement à la pratique spirituelle d’une manière analogue aux liturgies religieuses des églises chrétiennes.

1. L’interprétation christique. On ne peut ignorer l’influence réelle d’une culture religieuse catholique dans la maçonnerie française du XVIIIe siècle. La posture de relèvement et d’accueil du nouveau maître\est une invitation à déchiffrer le sens de la légende d’Hiram dont la première version parut en 1730 dans l’ouvrage de Samuel Prichard intitulé La Maçonnerie disséquée. C’était une divulgation du rituel de la Grande loge de Londres de 1730. Analysant les deux sources immédiates de cette légende (le Graham de 1726 et le Wilkinson de 1727), il est permis de montrer que la figure d’Hiram était une figure allégorique renvoyant à une réalité bien précise : Jésus. Et c’est en ce même sens allégorique sans équivoque que le rituel de la Grande loge de Londres reprit la figure d’Hiram, la superposant à celle de Noé, pour élaborer sa légende, afin d’entamer une herméneutique biblique à l’abri des clergés. La légende maçonnique d’Hiram n’avait rien d’irréel ou d’irrationnel, elle n’avait rien d’arbitraire ou d’artificiel car elle exprimait une interprétation spirituelle, et non charnelle, de la résurrection des morts tout en invitant les maçons à s’interroger sur la notion mystérieuse d’attouchement corporel.

2. Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme.  La doctrine calviniste exprimant les fondements de la foi presbytérienne fut présentée et définie en cinq points, mieux en cinq contre-points de la réfutation de l’arminianisme au synode de Dordretch en 1618. Ces cinq points, résumés par l’acronyme anglais tulip (Total depravity, Unconditonal election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints), portaient essentiellement sur le primat et les modalités de la grâce et constituaient par là les clefs de la rédemption en vue du salut éternel.

3. La kabbale permet, à partir du mot de maître substitué de proposer une suggestion pour la parole perdue : le constructeur est le tétragramme par l’esprit saint.

  • Un mythe solaire

Hiram est, sous le rapport astronomique, l'emblème du soleil, le symbole de sa marche apparente. Sous cette légende allégorique, se cache l'expression de la grande et profonde loi de la palingénésie qui exige la mort violente de l'initiateur comme complément de l'initiation.

Dans la plupart des mythes ou légendes solaires, il y a un héros frappé à mort par un monstre, un génie, un assassin. Ce héros a une épouse, un fils.  Il est le soleil, sa femme est la terre, son fils l’homme. Malgré leurs divergences de récit, ces mythes arrivent tous à la même finalité : tantôt le héros ressuscite, tantôt il est vengé et remplacé par son fils.

Le franc-maçon, en tant que fils de la veuve, est l’enfant qui devient homme en prenant la place d’Hiram.

  • Une époptie                      

L’époptie est un genre littéraire de la nouvelle fantastique pour donner la représentation théâtrale des mythes et l’enseignement d'un secret à partir de jeux scéniques. Les cérémonies d'initiation paraissent toujours suivre, dans l'Antiquité, un ordre déterminé.

La première étape était constituée par les rites préalables de purification. L'initiation se prolongeait par l'époptie. Il semble que, du moins pour les mystères (pour les confréries, il s'agissait plutôt d'un secret magique pour amener la pluie, nourrir le feu), ces représentations consistaient à tuer l'individu (Osiris coupé en morceaux, Bacchus déchiré par les bacchantes) pour le faire ressusciter à une vie nouvelle. Il est donc compréhensible que la mort et la résurrection des dieux de la végétation aient pu symboliser ces morts et ces résurrections initiatiques et que les mythes de la plante qui dépérit en hiver pour renaître au printemps aient fourni les divers scénarios de ces représentations (Mircea Eliade). Le nouvel initié devait alors jurer de garder le secret sur ce qu'il avait vu et appris ; il recevait souvent un autre nom. Les cérémonies de clôture qui suivaient étaient publiques, avec des jeux et des danses qui manifestaient la joie du retour du myste à la vie.

Jacqueline de Romilly a mis en évidence la fonction psychologique et sociale de la tragédie grecque qui permettait d’extérioriser la violence via un phénomène d’identification du spectateur à l’acteur-personnage et de l’évacuer ainsi hors des murs de la cité.

Le rituel maçonnique accomplit une purification assez semblable grâce au spectacle visuel qu’il livre. Il va même plus loin que la tragédie si l’on considère que tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue, la gestuelle se joignant à l’observation.

  • Une interprétation alchimique.

C’est essentiellement le Rite de l'étoile Flamboyante dont on retrouve trace dans le Système philosophique des Anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres Hébreux sous l'emblème maçonnique vers 1750 qui développa en franc-maçonnerie cette interprétation. Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Œuvre avec en parallèle l'explication alchimique des principaux symboles maçonniques

 Apparaît au XVIe siècle, emprunté au grec palingenesia, de même sens, lui-même composé à partir de palin, en arrière, et genesis, naissance. Renaissance, résurrection d'un être après une mort réelle ou symbolique. On évoque la palingénésie du phénix (ou phoenix).

Il se dit, en termes de philosophie, soit du retour éternel des mêmes événements, soit de la renaissance des mêmes individus dans l'humanité, soit de l'accès de l'âme à une vie supérieure.

La cérémonie d’élévation au grade de maître est une palingénésie.

Solange Sudarskis

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Hiram et les anciens devoirs Noé, Bazalliel et Hiram

Publié le 23 Septembre 2026 par T.D

La plupart des sources de la légende maçonnique d’Hiram-Abif tne reposent que sur des ressemblances entre certains éléments légendaires, mais ne rejoignent pas l’ensemble de l’économie de la légende. C’est Roger Dachez qui relève une source qui semble assez proche contextuellement : le manuscrit Graham de 1726, catéchisme maçonnique qui présente des parallèles certains avec d’autres écrits du même genre, comme " The whole institutions of free-masons opened" de 1725.

Premier récit :

Il s’agit d’« un texte de confession chrétienne qui [ ... ] n’hésite pas à manier la typologie » et une symbolique proprement chrétienne. Ainsi la plupart des symboles maçonniques qui y sont mis en oeuvre sont expliqués « en référence » ou « en considération » d’éléments chrétiens : la Trinité, le Christ et ses deux natures, la visite des Mages à la crèche, etc. De même, les vrais et bons constructeurs sont opposés à ceux qui construisirent la tour de Babel par orgueil, insultant de cette manière la Divinité. Le texte s’achève sur trois récits successifs, que les maçons possèdent « par tradition et aussi par référence à l’Écriture ».

Sem, Cham et Japhet, les trois fils de Noé, se rendent à la tombe de leur père pour tenter d’y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. ... Ces trois hommes étaient déjà convenus que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret .
Arrivés à la tombe, ils ne trouvent rien d’autre que le corps de leur père, corrompu, et dont la main et l’avant-bras se détachent en morceau ; ils le relèvent alors « en se plaçant avec lui pied contre-pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos », selon la méthode que l’on apprend plus loin être celle des « cinq points des compagnons francs-maçons », et qui sont mis en correspondance avec « cinq origines, une divine et quatre temporelles » : le Christ, Pierre, Moïse, Bazalliell et Hiram.

Ils s’écrient alors : « Marrow in this bone (moelle dans cet os) », qui n’est pas sans analogie phonétique avec certaines des variantes du Mac-Benah hiramique.

Deuxième récit :

Il suit immédiatement celui des trois fils de Noé, rapporte l’histoire de Bazalliell qui, sous le règne du roi Alboyne (ou Alboyin), « sut par inspiration que les titres secrets et les attributs principiels de Dieu étaient protecteurs, et il bâtit en s’appuyant dessus’ ». Sa renommée s’étendit tant que les deux plus jeunes frères du roi voulurent être instruits par lui, ce à quoi il consentit à la condition qu’ils ne révélassent pas ses secrets sans qu’un troisième fût là pour joindre sa voix à la leur. A sa mort, conformément à sa volonté, il fut enterré dans la vallée de Josaphat par les deux princes qui gravèrent sur sa tombe :

Ci-gît la fleur de la maçonnerie, supérieure à beaucoup d’autres, compagnon d’un roi et frère de deux princes. Ci-gît le cœur qui sut garder tous les secrets, la langue qui ne les a jamais révélés .

Et l’on crut alors « que les secrets de la maçonnerie étaient complètement perdus parce qu’on n’en entendait plus parler ».

Troisième récit :

Il prend place pendant la construction du Temple de Salomon et met en scène le bronzier Hiram de Tyr du Premier Livre des Rois 7 dont les versets 13 et 14 sont cités quasiment littéralement :

Cela dit, nous lisons au Premier Livre des Rois, chapitre 7, verset 13, que Salomon envoya chercher Hiram à Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et son père était un tyrien qui travaillait le bronze. Hiram était rempli de sagesse et d’habileté pour faire toutes sortes d’ouvrages de bronze. Il vint auprès du roi Salomon et lui consacra tout son travail. Cet Hiram, « rempli de sagesse », ayant reçu l’inspiration divine à l’instar de Salomon et Bazalliell, « bon maître » et surveillant « le plus sage de la terre’ », résout une querelle de salaires entre manœuvres et maçons en donnant aux seconds « un signe » que les premiers n’ont pas.

Ces trois récits successifs présentent d’étonnantes similitudes avec la légende d’Hiram telle que rapportée par Masonry dissected : non seulement Hiram y est présent conjoignant les caractéristiques du bronzier des Livres des Rois et de l’artisan expert des Livres des Chroniques, particulièrement auprès des maçons, mais encore nous avons le récit d’un relèvement en cinq points (pour la première fois attesté dans un document maçonnique) d’un cadavre corrompu, la mention d’un secret perdu à la suite d’une mort et que ses chercheurs s’entendent à substituer s’ils ne le découvraient pas, une formule en M. B. liée à cette substitution, l’obligation de garder un secret. Simplement, pour ces derniers éléments, ce n’est pas Hiram qui en est le porteur, mais Noé puis Salomon. Tout se passe donc comme si les maçons de la Grande Loge de Londres, auxquels se rapportent Masonry dissected, avaient superposé les trois récits du Graham (dont au moins deux, celui de Noé et celui de l’Hiram biblique, sont connus des Anciens Devoirs) pour les fondre dans une nouvelle légende, celle d’Hiram-Abif.

Dans cette ligne, les Constitutions de 1738 amplifient elles aussi, par rapport à la version de 1723, leur récit concernant Hiram et elles ajoutent :

[ ... ] en l’absence de Salomon (Hiram Abif) était en Chaire en tant que Député Grand Maître, et en sa présence était Premier Grand Surveillant ou principal Inspecteur et Maître d’Ouvrage. Mais bien qu’HIRAM ABIF ait été Tyrien par le sang, cela ne modifie en rien ses énormes capacités ; car les Tyriens étaient alors les meilleurs Artisans, grâce aux encouragements du roi HIRAM ; et ces textes [des Rois et des Chroniques] attestent que Dieu avait donné sagesse, intelligence et habileté mécanique à cet HIRAM ABIF pour accomplir tout ce que demanda SALOMON, non seulement en construisant le TEMPLE dans sa magnificence coûteuse, mais aussi en fondant, façonnant et créant tous les saints accessoires, selon la Géométrie, et pour découvrir tout ce qui lui sera présenté ! Et les Écritures nous assurent qu’il soutint sa réputation en des travaux plus importants que ceux de Aholia et Bezaleel, ce pour quoi les Loges l’honoreront jusqu’à la fin des temps. [... Le Temple] fut achevé dans le court délai de 7 Ans et 6 Mois, au grand Etonnement du Monde, quand les Frères célébrèrent la pose de la dernière pierre. Mais leur Joie fut bientôt interrompue par la mort soudaine de leur cher Maître HIRAM ABIF, qu’ils enterrèrent décemment dans la Loge près du Temple selon l’usage ancien.

Ce texte de la nouvelle version des Constitutions officielles de la Grande Loge de Londres ne reprend pas la totalité de la légende rituelle pratiquée par des maçons de cette même Grande Loge depuis plus de dix ans et ceci se comprend si l’on prend en considération le fait que les rituels devaient rester secrets alors que les constitutions étaient aisément accessibles au lectorat non maçon. En outre, fut annexée à cette édition des Constitutions une Défense de la maçonnerie, publiée en l’an 1730, à l’occasion d’un pamphlet intitulé Dissection de la maçonnerie et signée du pseudonyme Euclide. Cette défense, loin de réfuter la légende hiramique de Masonry dissected, entend au contraire la confirmer en convoquant le récit virgilien de l’invocation d’Anchise par Énée et de la découverte du corps de Polydore par Énée, ainsi qu’en évoquant l’usage oriental de l’acacia pour l’embaumement des morts.

Cette approbation plus qu’implicite du récit de Prichard explique donc que l’évocation d’Hiram par les Constitutions de 1738 rappelle certains éléments de cette légende : Hiram-Abif meurt avant la fin de la construction (ce qui n’apparaît pas dans la Bible), il est enterré décemment (près du Temple cependant, alors que Masonry dissected disait « dans le Saint des Saints »). Plus globalement, sa figure est plus dominante encore que dans les Constitutions de 1723, puisque le roi Hiram qui était dans ces dernières « grand maître de la loge de Tyr » n’apparaît plus comme tel dans l’énumération des fonctions hiérarchiques maçonniques.

Enfin, on aura remarqué dans les Constitutions de 1738 la présence d’un certain constructeurs Bezaleel qui pourrait bien être le Bazalliell du manuscrit Graham, qui renverrait alors au Beçalel (nom qui signifie « à l’ombre de Dieu ») artisan expérimenté du Tabernacle et de ses accessoires, de l’Arche et de ses ornements, et des vêtements sacerdotaux, doté de la sagesse divine, versé dans la Torah, le Talmud et la science des lettres, ancêtre de Salomon et compagnon d’Oholiav (le Aholia des Constitutions de 1738 et, peut-être, le Alboyn du Graham) avec lequel il a contemplé sur le Sinaï le sanctuaire céleste. La description qu’en donne la Bible peut aisément expliquer qu’une assimilation se soit faite entre Beçalel et l’Hiram du Temple :

Le Seigneur adressa la parole à Moïse :

« Vois : j’ai appelé par son nom Beçalel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda. Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu pour qu’il ait sagesse, intelligence, connaissance et savoir-faire universel ; création artistique, travail de l’or, de l’argent, du bronze, ciselure des pierres de garniture, sculpture sur bois et toutes sortes de travaux. De plus, j’ai mis près de lui Oholiav, fils d’Ahisamak, de la tribu de Dan, et j’ai mis la sagesse dans le cœur de chaque sage pour qu’ils fassent tout ce que je t’ai ordonné : la tente de la rencontre, l’arche pour la charte, le propitiatoire qui est au-dessus, tous les accessoires de la tente, la table et ses accessoires, le chandelier pur et tous ses accessoires, l’autel du parfum, l’autel de l’holocauste et tous ses accessoires, la cuve et son support, les vêtements liturgiques, les vêtements sacrés pour le prêtre Aaron, les vêtements que porteront ses fils pour exercer le sacerdoce, l’huile d’onction, le parfum à brûler pour le sanctuaire. Ils feront exactement comme je te l’ai ordonné. » (Ex 3 1, 1 -11 cf. 36-39.)

Si l’on rapproche cette description biblique de Beçalel de celle d’Hiram dans le Deuxième Livre des Chroniques 2, 12-13 :

Je t’envoie donc maintenant un spécialiste doué d’intelligence, Huram-Abi, fils d’une femme danite et d’un père tyrien, qui sait travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pierre, le bois, la pourpre, le violet, le lin et le carmin, exécuter toute sculpture et réaliser tout projet qui lui sera confié

On comprend que le Graham puisse considérer qu’« Hiram avait reçu une inspiration divine, tout comme le sage roi Salomon ou encore le saint Betsaléel » (n’oublions pas que 1 R 7, 13, précise qu’il est « rempli de sagesse, plenum sapientia, filled with wisdom »).

Ainsi, entre 1723, première mention d’Hiram-Abif dans un texte maçonnique, les Constitutions, qui ne connaît encore que deux grades, apprenti (apprentice) et compagnon (fellow), et 1730, où, dans Masonry dissected, se rencontre, associés, une légende maçonnique achevée d’Hiram et l’attestation d’un troisième grade, le maître, la maçonnerie anglaise a donc vu émerger ensemble le troisième grade et la légende hiramique.

 

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Hiram, symbole de l'Homme initié

Publié le 23 Septembre 2026 par T.D

Le personnage d’Hiram est un personnage biblique dont il est fait mention au livre des Rois (compilation dont les parties les plus anciennes remontent probablement au vie siècle avant l’ère vulgaire) et à celui des Chroniques, plus récent (écrit, sans doute, vers le iiie siècle avant l’ère vulgaire). La Bible dit peu de choses sur lui. Nous y reviendrons bientôt. C’est la Maçonnerie ancienne qui donnera, à ce personnage discret, un éclat si particulier. D’artisan fondeur qu’il était, bibliquement parlant, il devint un grand architecte, maçonniquement parlant.

Dans tout ce qui suivra, si l’on se réfère au ternaire « celui qui fait », « ce qui est fait » et « celui pour qui cela se fait », Hiram est « celui qui fait » ; il est l’agent ; il est le sujet qui façonne l’objet en vue du projet. On voit déjà que la fameuse dialectique entre sujet et objet, mise par Kant au centre de son système critique, s’évanouit dès lors qu’est posée l’idée de projet qui englobe, dépasse et transcende à la fois le sujet qui agit et l’objet qui est agi. L’action de faire absorbe et résorbe, en un même trajet, ce qui mène à l’accomplissement du projet.

On comprend donc qu’au centre du ternaire « sujet, objet et projet », il y a le trajet ; ce trajet qui est cheminement, ascèse, démarche. C’est bien sûr ce trajet initiatique qui nous occupe et nous occupera tout au long de notre périple dans l’univers maçonnique et le monde de ses mythes fondateurs.

Bref. Revenons à Hiram qui, dans tout ce processus, symbolise et incarne le sujet, le sujet agissant. Il symbolise l’Homme initié, celui qui accepte et assume la mission du projet et qui organise et mène le voyage du trajet.

Pour saisir l’essence profonde du personnage symbolique d’Hiram, il faut, au risque du politiquement incorrect et du saccage des idéaux égalitaires, passer par la compréhension de la différence profonde qui existe entre l’homme initié et l’homme profane.

La Franc-maçonnerie régulière et universelle n’est pas égalitariste ; elle relève d’un aristocratisme basé, on l’a vu, sur la cooptation, l’excellence et l’exemplarité. Le Maître-Maçon initié a rompu avec l’homme vulgaire qu’il sait incapable d’assumer un destin qui le dépasse. L’homme profane est totalement englué dans le monde des apparences et des convenances, dans le monde des égoïsmes capricieux et des luttes de pouvoir, dans le monde du panem et circenses. L’homme initié n’a aucune mission ou intention de prosélytisme : si son rayonnement, son exemplarité, sa noblesse, son équité, sa lucidité et son détachement n’induisent aucune métanoïa chez le profane, il faut en conclure que celui-ci est indécrottable. C’est peut-être triste pour lui – vu avec les yeux de quelqu’un d’autre –, mais c’est ainsi ; on peut seulement lui souhaiter de vivre le moins malheureux possible.

Le problème de la Franc-maçonnerie n’est pas de « sauver » le genre humain ; son problème est de construire le Temple du Grand Architecte de l’Univers, à sa Gloire à Lui et non à celle de l’homme. La Franc-maçonnerie régulière et universelle n’a pas non plus vocation humaniste. Ce n’est pas l’homme son projet ; son projet, c’est l’accomplissement du Divin qui englobe l’humain et, à ce titre seulement, lui donne sens et valeur. Dans la tragédie cosmique, l’homme ne joue qu’un rôle de figurant : il n’est nullement la clé de l’intrigue.

Il faut ici se rappeler les grandes leçons de la tragédie grecque telles que les tire Nietzsche notamment dans La Naissance de la tragédie.
Comme toutes les autres espèces vivantes, l’espèce humaine n’est qu’un véhicule pour l’accomplissement de la Vie sur Terre. L’homme n’y a aucun statut particulier. Contrairement à ce que clament les humanismes, l’homme n’est ni le centre, ni le sommet, ni le but du monde.
L’essence tragique de la vie n’exclut pas la joie. Tant s’en faut. Cela, c’est mon ami Edgar Morin qui me l’a appris. Mais il est une condition sine qua non pour que tragédie et joie s’allient enfin : il faut assumer pleinement son destin propre, « devenir ce que l’on est » (assumer sa personnalité à soi) et « faire ce que soi seul peut faire » (déployer ses potentialités à soi), ainsi que le proclame Nietzsche dans le prologue de Ainsi parlait Zarathoustra.

La tragédie cosmique se noue autour de cette simple idée que le Réel, tant divin qu’humain, est inaccompli et que cet inaccomplissement, afin d’être comblé, doit d’abord être assumé. Alors seulement pourra être entamée la sortie de la dialectique stérile entre le sujet et l’objet qui vire assez vite en quête de possession et de domination, afin d’entrer dans la dialectique typiquement initiatique du projet et du trajet. Cette sortie et cette entrée forment, à proprement parler, la quintessence de l’initiation maçonnique.

 

      Marc Halévy   

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H comme Hiram en Franc-maçonnerie

Publié le 23 Septembre 2026 par T.D

Par la rédaction

Hiram occupe une place centrale dans la Franc-maçonnerie en tant qu’architecte du Temple de Salomon, à Jérusalem. Il est surtout connu par la légende maçonnique de son assassinat, récit symbolique qui structure profondément le grade de Maître et, par prolongement, plusieurs grades d’élu. Cette figure n’est pas seulement celle d’un artisan d’exception, mais celle d’un initié exemplaire, porteur d’un secret, fidèle à son devoir jusqu’au sacrifice.

Dans le symbolisme maçonnique, Hiram est devenu bien davantage qu’un personnage de tradition. Il représente la rectitude, la fidélité à la parole donnée, la maîtrise du travail et l’acceptation d’une vérité intérieure qui se paie d’épreuves. Sa mort, dans le récit rituel, n’est pas une simple disparition, mais un événement fondateur qui donne au troisième degré sa profondeur dramatique et spirituelle.

Hiram dans la tradition biblique

Le nom d’Hiram apparaît dans la tradition biblique, où il est associé au Temple de Salomon. La légende maçonnique a transformé cette figure en architecte idéal, dépositaire d’un savoir sacré et d’un art de construire qui dépasse la technique. Ce glissement est essentiel, car il fait passer Hiram du statut d’artisan à celui de symbole universel de l’homme de l’Art Royal.

La Franc-maçonnerie ne retient pas seulement le personnage historique ou scripturaire. Elle en fait un modèle d’ordonnancement du monde et de l’être, un maître de l’œuvre qui incarne la justesse du plan, la discipline du chantier et la responsabilité du constructeur. Le Temple devient alors bien plus qu’un édifice matériel : il figure la construction de l’homme lui-même.

La légende fondatrice

La légende d’Hiram raconte qu’il fut agressé par trois compagnons qui voulaient obtenir de lui le mot de Maître avant le terme légitime de leur progression. Hiram refusa de livrer le secret, fidèle à la règle et à l’ordre du travail initiatique. Il fut alors frappé, puis assassiné, et son corps dissimulé.

Cette narration possède une grande puissance symbolique. Elle met en scène la violence de l’impatience, la tentation de forcer l’accès au savoir, et la fidélité absolue à un engagement. Hiram devient le témoin du fait que la connaissance véritable ne se vole pas : elle se mérite, se reçoit et se transforme intérieurement.

Le meurtre d’Hiram sert ainsi de matrice dramatique au grade de Maître. Le récipiendaire est invité à s’identifier à cette figure pour comprendre que toute maîtrise passe par une épreuve de perte, de rupture et de renaissance.

Sens du grade de Maître

Le troisième degré de la Franc-maçonnerie est indissociable de la légende d’Hiram. Celle-ci structure l’expérience symbolique de la mort et de la relève, de la disparition et de la reconstruction. Le Maître maçon n’est pas seulement celui qui sait davantage ; il est celui qui a appris que la connaissance véritable s’accompagne d’un passage par l’épreuve.

Hiram incarne l’idée que la maîtrise n’est pas une domination, mais une fidélité. Il est le Maître parce qu’il demeure dans l’ordre du devoir jusqu’au bout. Sa mort symbolique rappelle que la construction initiatique exige de renoncer à l’orgueil, à la précipitation et à la possession.

Le récipiendaire du grade de Maître ne reçoit pas seulement un enseignement : il traverse une expérience intérieure qui le confronte à la finitude, à la perte du mot, et à la nécessité d’une recherche renouvelée. Hiram est donc le centre vivant d’une pédagogie de la profondeur.

Les grades d’élu

La véritable histoire du grade de Maître

La légende d’Hiram ne s’arrête pas au troisième degré. Elle se prolonge dans les grades d’élu, où la recherche des assassins prend une dimension morale, judiciaire et symbolique. Cette quête n’est pas un appel à la vengeance au sens profane, mais une mise en scène de la restauration de l’ordre, de la justice et de la vérité.

Les grades d’élu mettent l’accent sur la responsabilité de réparer l’inacceptable. Le meurtre d’Hiram devient le point de départ d’un travail sur la justice, la mémoire et la fidélité à l’idéal maçonnique. La recherche des coupables représente la lutte contre le désordre intérieur et contre toute forme de trahison des valeurs initiatiques.

Dans cette perspective, Hiram est aussi la victime sacrée dont le sacrifice appelle une réponse éthique. Sa mort fonde un devoir de vigilance et de mémoire.

Symbolisme de la mort et de la renaissance

La mort d’Hiram est l’un des grands symboles de la Franc-maçonnerie. Elle n’exprime pas un échec définitif, mais une transformation. Le corps caché, la parole perdue, la recherche du Maître disparu et la reconstitution du sens forment un ensemble initiatique très puissant.

Cette mort renvoie à l’idée qu’aucune véritable connaissance ne naît sans une forme de dépouillement. Le vieil homme doit mourir pour qu’un homme nouveau puisse surgir. Le récit d’Hiram transpose dans un langage dramatique cette loi universelle de la transformation.

La renaissance du Maître, dans le rituel, ne consiste pas à revenir identique à soi-même. Elle marque l’entrée dans une compréhension plus profonde du monde, du devoir et de la fraternité. Hiram devient ainsi le modèle d’une mort féconde.

Le secret et la parole

L’un des éléments les plus importants de la légende est le refus d’Hiram de livrer le mot de Maître. Ce geste symbolise la valeur du secret en Franc-maçonnerie. Le secret n’y est pas forcément conçu comme une rétention arbitraire, mais comme une protection de ce qui ne peut être transmis sans préparation.

La parole maçonnique demande du temps, de la maturité et une conformité intérieure. Hiram montre que la vraie parole n’est pas donnée à la demande, mais au moment juste. Son refus fait de lui le gardien du bon ordre initiatique.

Le mot perdu devient alors l’image d’un savoir absent qui pousse la quête. Ce manque n’est pas une privation stérile : il est le moteur d’une recherche spirituelle inépuisable. Hiram enseigne que ce qui est essentiel ne se conquiert pas par la violence.

Hiram est inséparable du Temple de Salomon. Ce temple symbolise l’œuvre achevée, l’harmonie des proportions, l’union entre le ciel et la terre, et la présence du sacré dans l’architecture. Hiram, en tant qu’architecte, en est le serviteur et le garant.

Dans l’imaginaire maçonnique, le Temple n’est pas seulement un bâtiment antique. Il représente l’édifice intérieur que chacun doit construire. Hiram devient alors le maître d’œuvre invisible d’une architecture de l’âme.

Le lien entre Hiram et le Temple souligne que la Franc-maçonnerie est un art de bâtir au sens le plus élevé. Bâtir, ici, signifie ordonner, unir, purifier et élever. Hiram est la figure de celui qui donne forme à cette ambition.

Dimension morale et exemplaire

Hiram est un modèle moral. Il incarne le courage, la fidélité, la mesure et la conscience du devoir. Son comportement face à la pression des assassins manifeste une force intérieure exceptionnelle.

Dans la tradition maçonnique, cette exemplarité est essentielle. Hiram n’est pas admiré pour une puissance extérieure, mais pour sa constance morale. Il montre qu’un homme peut rester droit lorsque tout pousse à céder.

Cette dimension exemplaire est au cœur de sa fonction symbolique. Hiram n’est pas un héros de conquête, mais un héros de fidélité. Il illustre la grandeur silencieuse de celui qui ne trahit pas son engagement.

Une figure universelle

Au-delà de la Franc-maçonnerie, Hiram peut être lu comme une figure universelle du constructeur, du gardien du sens et du porteur du secret. Son histoire rejoint des archétypes présents dans de nombreuses traditions, où le sage, l’artisan ou le maître est mis à mort puis recherché, pleuré ou relevé.

Cette universalité explique la force persistante de sa légende. Hiram parle de la fragilité de la connaissance, de la violence du monde, mais aussi de l’espérance d’une reconstruction. Il touche à des questions fondamentales : comment rester fidèle ? comment transmettre ? comment reconstruire après la perte ?

Conclusion

Hiram est l’une des figures les plus puissantes du symbolisme maçonnique. Architecte du Temple de Salomon, à Jérusalem, il incarne le maître fidèle, le gardien du secret et le témoin du passage de la mort à la renaissance. Sa légende structure le grade de Maître et se prolonge dans les grades d’élu, où la recherche des assassins devient une quête de justice, de mémoire et de vérité.

Par sa mort, Hiram ne disparaît pas ; il fonde un enseignement. Il rappelle au Franc-maçon que la véritable maîtrise ne réside ni dans la possession ni dans la précipitation, mais dans la fidélité au devoir, la patience du travail et la profondeur de la transformation intérieure.

450fm

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Spiritualité et religion – Ne pas confondre –

Publié le 22 Septembre 2026 par T.D

Être Maître maçon au RER 

Il m’est apparu nécessaire d’aborder un sujet épineux qui concerne le RER, sujet qui n’est que très rarement mis à l’ordre du jour.

Il m’est arrivé maintes fois de remarquer que beaucoup d’excellents maçons, pourtant de notre rite, quel que soit leur grade, éprouvaient quelques difficultés, sinon réticences, à aborder les sujets qui concernent la spiritualité.

Il s’est avéré, le plus souvent, que cette défiance était due à une confusion entre ce qu’est réellement la spiritualité, et ce que prônent les religions.

Pour ajouter à ce trouble, il se trouve que certains FF., chrétiens pratiquants et convaincus, mélangent allégrement les genres et se croient parfois obligés, en conscience, de faire du prosélytisme.

Au R.E.R , nous n’avons pas pour vocation à faire de la religion. Il est, en effet, clairement stipulé qu’il est interdit de parler de religion en Loge. Il va de soi qu’il est également interdit de recommander, encore moins d’exiger, les pratiques spécifiques d’une religion, quelle qu’elle soit, combien même serait-elle chrétienne..

Néanmoins, notre engagement ne peut se concevoir sans spiritualité.

Quelle différence y a t’il entre religion et spiritualité ?

Spiritualité

La spiritualité, qui est la justification même de toutes les religions, a pour base la croyance en (j’insiste sur en), la croyance en un Principe transcendant que toutes les religions désignent par le vocable Dieu.

Je crois en… présente la caractéristique d’un postulat.

Comme tout postulat, celui-ci ne peut se vérifier que par des exercices pratiques. C’est pourquoi aucun Maître initié ne demandera de croire, mais de vérifier, de pratiquer.

Celui qui pratique la voie enseignée par un Maître, qu’il soit chrétien, bouddhiste, soufi, chaman, ou même animiste, en raison des expériences qu’immanquablement il a vécues, ou vivra, en arrive à ne plus dire je crois, mais je sais. Il sait qu’il sait. Combien même lui est-il difficile d’exprimer ce qu’il sait.

La voie initiatique du R.E.R. exige, elle aussi, la pratique. Il nous est demandé de pratiquer les vertus. Il est stipulé que la base de nos obligations est l’Évangile, c'est-à-dire l’enseignement dispensé par celui qui nous est recommandé comme Maître par excellence : rabbi Jésus que certains de ses disciples ont appelé un jour, à tord ou à raison, Christ. 

Religions

Qui est Dieu ? Dès lors que l’on tente de répondre à cette question, on empiète sur le domaine réservé des religions. Nous ne sommes plus dans le domaine du « je crois en… », mais dans celui des « je crois que… ». Ce qui n’est pas du tout la même chose, en dépit de l’amalgame entretenu par la plupart des religions.

Contrairement à je crois en… qui est un postulat, je crois que… annonce une hypothèse.

Toute hypothèse, autrement dit toute croyance, pour nécessaire qu’elle soit, parce qu’elle ne peut s’exprimer que par « Je crois que », est par nature appelée un jour à être remise en question.

Croire que le soleil tourne autour de la terre a constitué une étape incontournable, nécessaire et utile, notamment pour les travaux agricoles, jusqu’au jour où chacun a su qu’il n’en était pas ainsi.

Il n’y a aucune hypothèse, aucun dogme, dans l’Évangile.

En revanche, chaque religion propose son « prêt à porter » de propositions hypothétiques, plurimillénaires,  auxquelles il ne fait pas bon s’opposer. Pour les chrétiens : la Sainte Trinité – le péché originel - Jésus fils unique de Dieu - le christianisme perfection du judaïsme - Jésus, par sa mort sur la croix, rédempteur des péchés des hommes - la résurrection, celle du christ, et la résurrection de chaque homme selon la chair - le paradis et l’enfer - le jugement dernier -  etc.  –

Auquel il y a lieu d’ajouter, pour les catholiques : la présence réelle du corps de Jésus dans l’eucharistie - la virginité de Marie mère de Dieu - son assomption - le culte aux Saints – l’infaillibilité papale …

Même si nombreux sont ceux qui sont prêts à mourir pour la plupart de ces affirmations, toutes ces allégations ne sont objectivement que des croyances.

Lorsque notre rituel stipule que les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion, c’est uniquement de ces matières là dont il s’agit. Ces croyances sont l’apanage des religions, pas de la spiritualité, encore moins de la spiritualité initiatique.

Il ne me semble pas inutile de souligner que l’athéisme est également une croyance.

La spiritualité initiatique ne demande pas de croire, mais de pratiquer, de chercher. Nous sommes des cherchants et, considérant les vertus, la bien-faisance, et l’hommage qui est dû à la Divinité, il nous est demandé de pratiquer, de persévérer.

Notre règle maçonnique stipule, en effet : « Ton premier hommage appartient à la Divinité ».

Divinité, comme on dit Humanité…Vaste programme…

L’initiation consiste à éveiller en l’homme sa part de Divinité. Afin qu’il soit en voie de devenir Homme. L’homme (avec un h minuscule) en voie de devenir Homme (avec un H majuscule).

Tel est le propre de tout cheminement initiatique.

Telle est notre conception de l’Humanisme.

Pour cela il faut des Maîtres, pas des professeurs.

Il y a une différence abyssale entre un maître et un professeur.

La mission du professeur est de faire évoluer l’Avoir, je dis bien Avoir, en l’occurrence culturel, de ses élèves.

Le Maître est celui qui fait évoluer l’Être.

J’aime à dire que dans le mot Maître, il y a le « M » de mouvement, moteur, mise en route, etc., et le phonème « être ».

Est Maître, celui qui, au sein d’un groupe particulier, est reconnu pour tel, en raison de son expérience personnelle et de sa capacité à faire évoluer l’autre.

Chaque apprenti, chaque compagnon, a pour vocation à devenir un maître, pas un professeur.

Un maître, contrairement à un professeur, est incapable d’enseigner ce qu’il n’a pas expérimenté ou vécu lui-même.

Nul ne peut imaginer que l’on puisse enseigner la pratique du violon sans faire la preuve de son savoir-faire. Il en va de même en sport, en apprentissage, en cuisine, etc…, et, bien entendu, en spiritualité.

Le Maître a conscience de ses limites. Il reconnaît, valorise, et recommande volontiers à son entourage un Maître plus avancé que lui dans sa spécialité.

Ce que chacun attend d’un Maître Maçon, c’est qu’il fasse partager, qu’il enrichisse de son approche personnelle, les FF. de la Loge.

Il n’est pas facile de parler de sa propre spiritualité, de dévoiler sa vie intérieure. Certains FF., surtout s’ils sont érudits, préfèrent nettement aborder la maçonnerie sous son aspect historique et philosophique.

Il est, en effet, beaucoup plus facile, pour un F. culturellement riche, de se comporter en professeur plutôt qu’en Maître.

La vocation des apprentis, des compagnons, comme celle des maîtres, est de progresser en maîtrise, pas en professorat.      

Au sujet des religions

Chaque religion propose son propre cheminement vers la sainteté.

Il serait stupide de ne pas convenir que chaque religion produit de grands sages, de grands saints, de grands maîtres. Toutes les religions, en dépit de leurs croyances particulières sont infiniment respectables. C’est la raison pour laquelle doivent être respectés, dans leur intime conviction, les FF. pratiquants sincères d’une religion, quelle qu’elle soit.

Force est cependant de constater que les religions sont sources de divisions, souvent même de conflits, du fait de la tendance des fidèles à vouloir imposer leurs propres croyances en substitution de celles des autres, et réciproquement

S’agissant de la spiritualité

En revanche, les voies de la spiritualité sont les même pour tous, quelle que soit la religion.

En se cantonnant à la spiritualité, le R.E.R. se veut un facteur d’union, de fraternité, de respect entre tous les croyants, entre tous les cherchants.

Il n’est pas inutile de préciser que les agnostiques sont aussi des croyants. S’ils ont cette sagesse de s’abstenir de toute formulation concernant ce qui est inaccessible à l’entendement humain, ce n’est pas pour autant qu’ils se refusent à être cherchants.

L’enseignement contenu dans l’évangile est universel.

L’ensemble des textes évangéliques ne constitue pas une religion. L’évangile n’impose aucune théologie, aucun dogme. L’enseignement que contient l’évangile  trace une voie d’amour entre les hommes, une étique, une voie permettant à chaque homme ou femme de prendre en main son propre épanouissement en harmonie avec l’Amour divin.

Le R.E.R., pour être une voie de spiritualité, n’est pas, pour autant, une voie mystique. Il n’est pas inutile de rappeler que c’est seulement lorsqu’il touche la terre, lors du troisième voyage, que le V.M. déclare à la Loge que l’impétrant est enfin sur la bonne voie. C’est, en effet, en portant parmi les autres hommes les vertus dont il a promis de donner l’exemple que le Maçon accomplit sa mission.

L’enseignement contenu dans l’évangile est universel. Ni les bouddhistes, ni les soufis, ni le coran, ni un adepte du druidisme ne contredisent cela.

Cet enseignement est purement initiatique. Voilà pourquoi il est la base de nos obligations.

Respectons la règle : les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion.

Ni l’Évangile, ni l’étique, ni la spiritualité qui découlent de l’enseignement qu’il contient, ne sont concernés par cette interdiction.

André V.

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