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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Publié le 5 Octobre 2026 par T.D

 

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Cérémonie de la Cène

Publié le 5 Octobre 2026 par T.D

Après la suspension des travaux les Frères sortent sur les parvis où le Maître des Cérémonies leur remet une baguette en roseau, longue de 6 pieds.

Si le local ne le permet pas, les Frères sont rassemblés à l'intérieur, devant la porte.

On dispose devant l'autel une table carrée recouverte d'une nappe blanche (en lin) bordée de franges rouges.

Sur cette table :

1 - un plateau d'argent sur lequel sont disposés :

- une coupe en argent ou en cristal avec du vin,

- une miche de pain.

2. Un petit candélabre à sept branches (bougies rouges).

3. Un petit triangle de papier sur lequel sont inscrites les quatre lettres I.N.R.I. (inscription retournée sur la table).

Un brasero est placé à côté de la table.

Sur le plateau de l'Élémosinaire :

- un vase où brûle de l'encens.

Le Très Sage

le tout étant disposé se dirige vers les Frères et dit :

Très Respectables Chevaliers, nous allons rompre ensemble le même pain et boire dans la même coupe. Nous renforcerons ainsi les liens qui nous unissent.

La baguette que vous portez représente le bâton qui doit vous soutenir dans vos voyages. Elle est aussi le signe de commandement, emblème modeste de la vigilance et du droit de l'exercer.

Les Frères Chevaliers

le suivent après avoir donné au Couvreur le mot de passe

« EMMANUEL ».

Le Très Sage, suivi des Chevaliers Rose-Croix font sept fois le tour du Temple. (Ces tours peuvent être ramenés à trois. Si le local s’avère trop petit, les FF forment directement le cercle ; le T.S.A. et les deux Grands Gardiens sortent du cercle et tournent seuls trois fois à l’intérieur de celui-ci, puis regagnent leur place.)

Le Très Sage s'arrête devant la table carrée ; il doit avoir alors à sa droite le Frère Premier Grand Gardien et à sa gauche le Frère Deuxième Grand Gardien. Les autres Frères forment le cercle sans distinction de charge ou d'office.

Tous les Frères sont dans le recueillement.

Le Très Sage

prend le pain, l'élève et dit :

Qu'il nous maintienne en force et en santé !

Il détache un morceau de pain, le mange, puis se tournant vers le Premier Grand Gardien, fait le signe et le contresigne (main droite) en alternance avec le signe et le contresigne du Premier Grand Gardien et lui dit :

Prenez et mangez ! Et donnez à manger à celui qui a faim.

et lui tend le pain de la main gauche.

Le Premier Grand Gardien prend le pain de la main gauche, en détache un morceau, le mange, puis se tourne vers sa droite et renouvelle le signe et le contresigne (main droite) avec le Frère comme avait procédé le Très Sage. Le pain circule ainsi de Chevalier en Chevalier dans le sens sinistrorsum et revient au Très Sage qui, après avoir mangé un second morceau, dépose le reste sur le plateau.

Le Très Sage

prend alors la coupe de vin, l'élève et dit :

Que ce vin, symbole de l'esprit, élève notre intelligence.

Il boit un peu et, se tournant vers le Deuxième Grand Gardien, fait le signe et le contresigne de la main droite en alternance, lui tend la coupe de la main gauche et dit :

Prenez et buvez ! et donnez à boire à celui qui a soif.

Le Deuxième Grand Gardien prend la coupe de la main gauche et boit, puis il se retourne vers sa gauche et renouvelle le signe et le contresigne de la même manière qu'avait procédé le Très Sage.

Le vin circule ainsi de Chevalier en Chevalier dans le sens dextrorsum et revient au Très Sage qui boit et dépose la coupe sur le plateau.

Le Très Sage se tourne alors vers le Deuxième Grand Gardien, forme avec lui les deux croix entrelacées (les deux mains croisées sur la poitrine de l'autre Frère).

Il lui communique à l'oreille le mot sacré I.N.R.I. (une lettre après l'autre).

De cette façon le mot circule dextrorsum de Frère en Frère et retourne au Très Sage.

Le Très Sage prend le triangle de papier, le présente aux Chevaliers du côté de l'inscription et le jette dans le brasero. Il prend le reste du pain et du vin et les jette dans le brasero.

Le Très Sage

Pendant que les trois éléments se fondent au quatrième en brûlant, déclare :

« CONSUMMATUM EST ».

Retirons-nous en paix et souvenons-nous que nous devons propager sur la Terre les vertus qui naissent de l'Espérance, de la Foi et de la Charité.

- Pause -

Le Très Sage

les bras ouverts vers les Chevaliers dit :

« PAX VOBISCUM ».

Le Premier Grand Gardien se présente devant le Très Sage qui lui donne le baiser de paix (sur le front) et dit :

« PAX TECUM ».

Les Frères Chevaliers suivent, (le Deuxième Grand Gardien en dernier)

Le Très Sage

donne à chaque Frère le baiser de Paix et dit :

« PAX TECUM ».

Les Frères silencieux et recueillis sortent du Temple en remettant, si le lieu le permet, leur baguette au Frère Couvreur.

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Catéchisme du Chevalier Rose-Croix

Publié le 5 Octobre 2026 par T.D

1. Qu’est-ce qu’un Chevalier Rose-Croix ?
Un être en chemin vers la connaissance de soi, qui cherche à unir le visible et l’invisible, la matière et l’esprit, dans l’harmonie du cœur.

2. Que représente la Rose sur la Croix du Chevalier Rose-Croix ?
La Croix est le monde de l’expérience, des épreuves et de l’incarnation.
La Rose est l’éveil du cœur, la conscience qui s’ouvre au centre même de ces expériences.

3. Quel est le but de la voie du Chevalier Rose-Croix ?
Transmuter l’être, afin que la lumière intérieure illumine chaque pensée, chaque acte, chaque souffle.

4. Qu’est-ce que la lumière pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une présence vivante, silencieuse, qui éclaire et révèle sans imposer.

5. Pourquoi le Chevalier Rose-Croix parle-t-il de transformation intérieure ?
Le véritable temple se construit en soi.
Chaque épreuve devient une pierre, chaque prise de conscience une élévation.

6. Quelle est la place du cœur pour le Chevalier Rose-Croix ?
Le cœur est le sanctuaire où se réconcilient les opposés et se révèle l’unité.

7. Le Chevalier Rose-Croix cherche-t-il la vérité ?
Il la reconnaît en lui.
Ce qu’il cherche à l’extérieur se révèle déjà présent dans le silence de son être.

8. Qu’est-ce que le silence pour le Chevalier Rose-Croix ?
Un espace vivant où l’essentiel apparaît.

9. Quelle est la relation du Chevalier Rose-Croix avec les autres ?
Il voit en chaque être une étincelle de la même lumière.
Servir devient alors reconnaître cette unité.

10. Qu’est-ce que l’initiation pour le Chevalier Rose-Croix ?
Un passage intérieur où la conscience s’ouvre à ce qu’elle est déjà.

11. Quelle est la véritable victoire du Chevalier Rose-Croix ?
Une paix intérieure qui rayonne naturellement.

12. Qu’est-ce que la connaissance pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une reconnaissance intérieure plutôt qu’une accumulation de savoirs.

13. Quel rôle joue l’épreuve pour le Chevalier Rose-Croix ?
Un passage qui affine et révèle la profondeur de l’être.

14. Qu’est-ce que servir pour le Chevalier Rose-Croix ?
Offrir sa présence au bien de l’unité vivante.

15. Où se trouve la sagesse pour le Chevalier Rose-Croix ?
Dans l’écoute silencieuse qui précède toute pensée.

16. Qu’est-ce que l’équilibre pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une harmonie entre l’action et la contemplation.

17. Que devient l’ego pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une fonction reconnue qui cesse d’occuper le centre.

18. Qu’est-ce que la foi pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une confiance intérieure enracinée dans l’expérience directe.

19. Comment le Chevalier Rose-Croix reconnaît-il la vérité ?
Par une clarté simple qui apaise et unifie.

20. Qu’est-ce que la beauté pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une expression de l’harmonie perçue intérieurement.

21. Quel est le rapport au temps pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une présence à l’instant où tout se rejoint.

22. Qu’est-ce que l’accomplissement pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une plénitude silencieuse où l’être repose en lui-même.

23. Qu’est-ce que la liberté pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une ouverture intérieure stable en toute circonstance.

24. Qu’est-ce que la vérité vivante pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une présence au-delà des concepts.

25. Qu’est-ce que voir pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une perception claire, libérée des projections.

26. Qu’est-ce que l’unité pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une réalité vécue où toute séparation s’efface.

27. Qu’est-ce que l’amour pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une force qui reconnaît l’autre comme soi.

28. Qu’est-ce que la conscience pour le Chevalier Rose-Croix ?
L’espace vivant dans lequel tout apparaît.

29. Qu’est-ce que la justesse pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une action née d’un alignement intérieur.

30. Qu’est-ce que la paix pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une stabilité profonde présente en toute situation.

31. Qu’est-ce que l’éveil pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une reconnaissance claire de ce qui est.

32. Qu’est-ce que la présence pour le Chevalier Rose-Croix ?
Un état d’être pleinement ici.

33. Qu’est-ce que l’Orient intérieur pour le Chevalier Rose-Croix ?
Une source lumineuse qui guide silencieusement.

 

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Publié le 4 Octobre 2026 par T.D

 

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Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini

Publié le 4 Octobre 2026 par T.D

En raison des nombreux éléments propre au christianisme, tels que la croix latine, la formule INRI et toutes les références verbales issues du texte même des Evangiles, le 18ème degré reçoit couramment l’appellation de rite « christique », qualificatif au sens extrêmement large. Pas d’erreur possible, le 18ème degré est véritablement en lien avec la figure et les paroles de celui qui est l’origine de la religion chrétienne – peut-être conviendrait-il de dire des religions chrétiennes ?

Le point de départ, bien entendu, c’est cet homme natif de Jérusalem, il y a environ deux mille ans, dont le nom complet est Yéshoua ben Yossef, ben David, ce qui donne en français courant : Jésus, fils de Joseph, de la lignée de David…, homme jeune, porteur d’un charisme exceptionnel, qui a entraîné à sa suite de nombreuses personnes à qui il délivrait un enseignement nouveau, et qui prodiguait des guérisons miraculeuses, tout en prononçant des discours séditieux et provocateurs à l’encontre des autorités de sa propre religion. Comme chacun sait, selon la tradition, il a fini de manière infâme, sur une croix, à la suite d’un procès expéditif. Les écrits se rapportant à lui disent qu’il avait alors trente-trois ans.

On peut donc s’interroger, pour décider quelle appréciation s’avère la plus pertinente pour caractériser le 18ème degré : s’agit-il d’un rite chrétien ou d’un rite christique ? Il convient avant tout de s’entendre, sur le sens des mots. Pour l’adjectif chrétien nous retiendrons le sens de « ce qui se rapporte, à proprement parler, à la figure du christ » et pour l’adjectif christique nous retiendrons le sens de « dérivé du christianisme ». Sur cette base, j’examinerai tout d’abord, dans cette planche, la dimension chrétienne du rite, c’est-à-dire en rapport direct avec les paroles et la vie du christ ; dans un deuxième temps je considèrerai les aspects christiques, c’est-à-dire les dimensions d’ordre spirituel qui s’y sont rajoutées. Je terminerai en me concentrant sur le sens profond de ces deux termes à travers la notion de messianité qui définit, pour le mieux, la réalité ontologique du christ.

1 La dimension chrétienne

Depuis notre initiation au premier degré et le serment prêté sur le Volume de la Loi sacrée, ouverte au Prologue de l’évangile de Jean, nous sommes familiers du lien qui rattache la maçonnerie avec la tradition chrétienne. Cependant, pour celui qui accède au 17ème degré et qui entend pour la première fois les paroles qui y sont prononcées, ce dernier découvre, à condition de disposer d’un minimum de culture religieuse, que la maçonnerie qui se présente à lui maintenant s’appuie sur de solides et nombreux fondements néotestamentaires, autrement dit chrétiens. Cette constatation a lieu lorsqu’il apprend que le 17ème degré se situe en référence à l’Apocalypse, soit le dernier livre du Nouveau Testament, celui qui achève la Bible dans sa totalité.

 Différents éléments vont attirer l’attention des nouveaux candidats, dès lors qu’ils apprennent que le temple sombre où se réalise la première partie de l’initiation au 18ème degré prend le nom de « Golgotha ou calvaire ». De même, ils reconnaîtront au cours de cette cérémonie, puis dans le rite ordinaire, des fragments du texte sacré qui relatent la crucifixion. Citons par exemple l’heure du parfait maçon définie dans le rituel de reprise des travaux comme l’heure où le voile du Temple s’est déchiré. Chez Marc nous lisons ceci au chapitre XV, versets 37 et 38 :

« Jésus poussa un grand cri et expira. Le rideau du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ».

L’allusion ésotérique de ce phénomène est celle que la connaissance secrète de l’ancienne religion juive se trouve désormais offerte aux yeux de tous.

 Autre élément symbolique lié à la crucifixion, la pierre qui sue « sang et eau ». Ici nous avons dans l’Evangile de Jean, chap. XIX, verset 34, cette phrase : Un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. En associant les deux liquides à la pierre cubique, le rituel désigne clairement la figure de Jésus, qui reprenant d’anciens propos du psaume 118 et d’Isaïe XXVIII, s’était identifié lui-même, à la pierre d’angle du Temple :

« Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ! »

(Mt. XXI – 42)

 Autre métaphore du rituel qui introduit la figure de Jésus dans la cérémonie : je veux parler de la rose sur la croix. Voici ce que dit le rituel :

« Cela se produisit quand la rose mystique sacrifiée sur une croix plantée sur une montagne s’éleva au ciel par trois carrés, trois triangles, et trois cercles ».

Étrange formule que cette « rose mystique qui monte au ciel » ! L’image fait partie des allégories poétiques inventées par les alchimistes dans lesquelles, je ne saurais entrer. Cependant, la phrase reprend trois éléments fondamentaux de la passion du christ : le sacrifice sur une croix, le site constitué d’une montagne, soit le Golgotha (lieu du crâne), et pour finir, le principe d’une montée vers le ciel…

 Ce relevé d’éléments chrétiens n’est pas exhaustif. Notons encore, toutefois, la référence aux trois jours de la descente aux enfers de la tradition chrétienne : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. (Mt. XII – 40). Le rituel dit sobrement : « Après trois jours le Grand architecte de l’univers rendit tout son éclat à la lumière ». Terminons ce relevé en rappelant l’âge symbolique des Chevaliers Rose-Croix : trente-trois ans, l’âge du christ.

 Nous avons là, par conséquent, un nombre important d’indices qui nous confrontent avec les sources éminemment chrétiennes de ce rite. On ne peut, cependant, s’en tenir là, d’autres éléments se rajoutent qui élargissent cette thématique. C’est ce qu’on appellera la dimension christique.

2 La dimension christique

 Sur un mode ironique on dira peut-être, que vie du christ aura enflammé bien des imaginations ! En effet, depuis le moment de sa mort, jusqu’à notre présent le plus contemporain, elle aura inspiré des comportements, des engagements spirituels innombrables et variés qui se réfèrent tous à l’exemple et à la parole de Jésus. Le livre le plus publié après la Bible, depuis la Renaissance, d’un auteur anonyme, s’intitule L’Imitation de Jésus-Christ, et, sur la base de cette phrase de l’Evangile de Jean, « Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres… » (Jn. VIII-12) enseigne à mener sa vie sur le modèle du Christ. Cette amplification du message chrétien imprègne totalement notre 18ème degré ce qui nous autorise à lui reconnaître une dimension christique.

 En premier lieu nous sommes obligés de mettre ici en évidence les trois vertus théologales, Foi, Charité, Espérance.

Ces trois vertus, sont commentées par le rituel de manière très prudente, de façon à ne pas tomber dans l’ornière du dogmatisme catholique. « Grâce à l’Espérance, l’humanité a toujours tendu vers le bien ». « La Foi est une tension qui se manifeste dans le cœur de l’homme et le porte à consacrer son énergie et même sa vie, à la poursuite de l’idéal engendré par l’espérance ». « La Charité est la beauté de l’âme qui permet d’adoucir l’existence si dure de tant d’êtres vivants ». Rien d’incompatible dans ces trois définitions, avec le message chrétien, bien au contraire.

Cependant il s’agit d’un développement christique sur la base de l’enseignement du premier apôtre, Paul. Le rituel- même lui rend son crédit en citant la Première Épitre aux Éphésiens :

« Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaitrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la FOI, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la CHARITÉ, je ne suis rien… ».

Paul est postérieur d’une vingtaine d’année à la naissance du christ et ses Épitres participent du développement du christianisme à travers les communautés juives, du pourtour méditerranéen, favorables à l’évolution de leur religion et qui vivaient dans leur chair les persécutions dont ils étaient l’objet. L’écrivain Emmanuel Carrère, dans son livre intitulé Le Royaume, consacré à sa foi personnelle, a sur Paul une appréciation pleine de sens. Il dira de lui : transposé dans les dix premières années de la révolution bolchévique, en Russie, le personnage de Paul me fait penser à un général de l’armée blanche, qui, ayant épousé la cause du communisme, cherche à être plus léniniste que les premiers acteurs de la Révolution rouge…

 Autres aspects qui correspondent à ce que nous pouvons considérer comme des éléments de nature christique, ce sont toutes ces petites formules qui émaillent le rituel, pas vraiment présentes dans le Nouveau Testament, mais toutes porteuses d’une connotation chrétienne. Exemple : « Qui vous a reçu ? Le plus humble de tous…parce qu’il était le plus éclairé, sachant que toute inspiration vient d’en haut… ». Cette dernière formulation, toute inspiration vient d’en haut, fait écho indirectement aux multiples citations relatives à « ce qui est donné » aux hommes, venant du Tout-Puissant.

Ne parlons pas des notions de Lumière dissipant les ténèbres, ou de Lumière revenue dans tout son éclat… qui renvoie au Prologue de l’Evangile de Jean. De même l’usage de la formule hoshée, qui veut dire sauveur, soit le nom-même de Jésus.

On ne saurait oublier la symbolique de la « table fraternelle » où nous procédons à la cérémonie de la cène, avec le partage du pain et du vin, et la formule ambiguë, à mes yeux, dans ce contexte : « Tout est consommé ! »

3 Au-delà des mots (conclusion)

 Je terminerai ce texte par quelques réflexions qui répondent directement à la question posée : Chrétien ou Christique, parallèles se rejoignant à l’infini ? Compte tenu de ce que je viens de dire, démontrant que les qualificatifs sont tous deux justes et pertinents à la base. Il en ressort selon moi, que la question ne se pose pas : par définition les parallèles ne se rejoignent jamais. Ici le point de départ à ces deux mots, « christique ou chrétien », est commun, car il s’agit du christ, plus précisément ses paroles et son exemple. Dans la distinction entre chrétien et christique il y a un sous-entendu dans lequel, pour ma part, je ne rentre pas, sous-entendu qui attribuerait a priori le qualificatif de « chrétien » aux églises se réclamant de Pierre, et celui de « christique » à la maçonnerie laquelle se réclame de Jean. Si l’on veut voir les choses de près, je ne pense pas qu’il n’y ait de grosses différences. Ce qui peut varier c’est l’intensité dans la référence au christ, et certainement la qualité de cœur qu’on y met. Le reste est une affaire de forme, de mise en scène…

Ces deux termes procèdent de la même racine grecque, à savoir l’adjectif christos dont le sens est : qui a reçu l’onction. En français il faudrait dire l’oint, mais la sonorité de ce mot passe mal dans cette langue. Ce mot, oint est un décalque de l’hébreu biblique mashiah qui a donné le terme messie en français. Cela correspond à la désignation d’un être particulièrement consacré pour accomplir la volonté du Tout-Puissant, au moyen d’un geste fait par un grand prêtre ou prophète, selon le Lévitique, qui verse l’huile contenue dans une corne évidée de bélier sur le front d’un personnage d’exception, futur chef, en général. Ce geste a été repris lors du couronnement des rois de toute la chrétienté occidentale. L’huile étant appelée le « saint chrême », faisant ainsi des personnages oints, autrement dit des « christs » à leur tour. Le rite écossais ancien et accepté reprend ce geste hautement sacré au 14ème degré, dès lors que le T.F.P.M. prononce ces mots :

« En mémoire de l’onction que reçurent Aaron, David et Salomon, je vais imprimer sur vous la marque du G.A.D.L.U. ! ».

S’ensuit le geste symbolique que nous avons tous connu exécuté avec une truelle d’or appliquée sur les yeux, la bouche et le cœur…

Ce mot Mashiah francisé, via les communautés juives de France, en « messie », désigne l’envoyé de Dieu qui doit sauver le monde à la fin des temps. Une expression populaire reprend cette idée employée pour évoquer une personne en retard : « Tu tardes comme le messie ! » Il importe donc de ne pas perdre de vue cette notion quand on emploie ces mots, chrétien, ou christique. Toutefois devons-nous nous satisfaire de ces deux qualificatifs. Pour ma part je ressens une certaine restriction dans ces termes, restant, pour ma part, attaché à une conception judéo-chrétienne de la maçonnerie. Si elle est chrétienne elle est aussi judéenne. Le cadre le veut avec les deux colonnes J. et B., les dix offices hérités du minyan juif etc.

Cependant, il y a encore autre chose qui caractérise la spiritualité juive dont nous avons reçu l’héritage, même si cela n’est pas dit très clairement : le propre de cette spiritualité qui résume et exalte les dix commandements est la suivante : c’est « l’étude de la Loi ». Jésus brodera en insistant sur l’amour à avoir pour le Dieu unique et l’amour pour notre prochain, mais conclura en disant : « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes » (Mt. XXII – 40). « La Loi et les prophètes » résument ainsi la marche du monde qu’en tant qu’initiés nous sommes appelés à méditer.

Tel est bien le message judéo-chrétien donné au 18ème degré !

 

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Le caractère christique du rituel du 18°degré au REAA

Publié le 4 Octobre 2026 par T.D

Le caractère christique du 18° degré (c'est-à-dire, au sens exact du terme, relatif à la vie de Jésus-Christ) est, pour qui le découvre, à la fois évident et surprenant. Car pour un franc-maçon laïque et républicain du Grand Orient de France, l'atmosphère de la cérémonie, en raison de ses apparences religieuses, a de quoi surprendre.
Le fascicule consacré à ce grade, qui est remis lors de l'initiation, est rassurant en ce qu'il précise qu'effectivement on peut « avoir quelque difficulté à assimiler les enseignements du grade ». Mais le problème n'est pas pour autant résolu lorsque la même plaquette précise à propos de notre rituel que « certains, ne s'en tenant qu'aux apparences, lui attribuent à tort une origine et un sens généraI spécifiquement chrétiens ». Pour résoudre une difficulté, la brochure en fait surgir une autre plus grande, car elle s'emploie à démontrer, contre toute évidence, que les éléments chrétiens sont négligeables et que l'enseignement du grade relèverait à la fois (page 5) « de l'arithmomancie pythagoricienne, de l'hermétisme avec son dérivé l'alchimie, du Zodiaque et de son application dans l'astrologie, de la Cabale, du Gnosticisme, et enfin du Rosi-Crucisme ». Autrement dit, un bric-à-brac dans lequel on trouverait tout et son contraire (quoi de plus contradictoire qu'alchimie et gnosticisme ?) c'est-à-dire rien.
A l'appui de cette thèse, la tradition juive est présentée comme « un mince vernis recouvrant une réalité égyptienne» (p. 5) : ainsi le tétragramme hébraïque, tout comme le logos johannique, ne serait qu'un déguisement du dieu égyptien Thot. La formule INRI, au sens chrétien du terme, n'aurait "aucun sens initiatique" ; par contre, elle serait riche d'enseignement si on l'entendait en son sens hermétique : je passe sur le contenu moral plutôt banal qui nous est proposé pour illustrer cet enseignement. Le mot agapè, concept-clé du Nouveau Testament, devrait son origine à "un dieu grec" ; la croix ne signifierait rien par elle-même, sinon, outre un outil préhistorique, la stabilité dans sa dimension verticale: bref, la croix, d'après ces considérations de morale rudimentaire, serait un symbole radical-socialiste.
Certes, il y a continuité dans l'histoire des religions comme dans l'histoire tout court, et l'Église chrétienne Gomme le Temple juif sont dans la continuité de la Maison de Vie égyptienne. Mais dans leur contexte propre, le Temple juif comme l'Église chrétienne prennent une signification spécifique. Dirait-on que la République n'est qu'un vernis recouvrant la monarchie, elle-même vernis r~couvrant la féodalité ? Ce serait refuser de comprendre la signification d'une forme historique donnée.
Tout cela n'est donc pas satisfaisant. Il convient d'étudier en tant que structure autonome, le texte du rituel que nous pratiquons, en se demandant s'il constitue un tout cohérent, et dans l'affirmative en quoi consiste sa cohérence. Voici ce qui en ressort :
1) Le caractère christique du rituel est évident. On y trouve, outre l'ordre du Bon Pasteur, les grandes étapes de la vie du Christ telles qu'elles sont relatées dans les Évangiles (l'historicité de ces événements est un autre problème).

2) Ce qui donne sens à ces éléments christiques, c'est leur environnement chrétien qui est récurrent dans le rituel. Même si l'on peut trouver une origine exotique aussi bien aux éléments juifs qu'aux éléments chrétiens présents dans le rituel, il reste que c'est leur formulation chrétienne qui leur donne cohérence, et elle seule.

3) Ce n'est pas pour autant que la pratique du rituel du 18" degré consiste à célébrer la messe. Il faut bien distinguer d'une part, la philosophie du grade: sa formulation est chrétienne, et elle n'a pas de quoi choquer un agnostique ou un athée; et d'autre part, la métaphysique chrétienne, c'est-à-dire une conception du sens de la vie reposant sur la foi en une réalité divine supérieure. C'est cette métaphysique qu'exprimait Saint Paul lorsqu'il déclarait « Si le Christ n'est pas ressuscité, toute notre prédication est vaine ». Cette métaphysique n'est absolument pas affirmée dans notre rituel.
LE CARACTÈRE CHRIST/QUE DU GRADE

La vie du Christ est résumée dans la cérémonie d'extinction des Lumières, explicitement dans la version A, implicitement dans la version B. L'épisode des marchands chassés du Temple y est évoqué. Les différentes phases de la Passion y figurent: la couronne d'épines, la solitude qui évoque le « pourquoi m'as-tu abandonné ?» du Nouveau Testament, la crucifixion et la mort.
La Pâque est la toile de tond de cette partie du rituel. La Cène, avec le partage du pain et du vin, comme dans le Nouveau Testament, reprend, sur le mode social, ce qui fut le fondement de l'eucharistie. L'agape se célèbre le Jeudi saint et célèbre à la foi§ l'agneau pascal et l'agneau céleste - agneau céleste que la référence à la constellation du Bélier n'empêche pas d'être aussi l'Agnus Dei. Dans un tel contexte, la disparition et la réapparition de l'étoile flamboyante évoquent l'espérance liée à l'étoile de Bethléem. Comment, dans ces conditions INRI, associé à la croix, pourrait-il signifier autre chose que « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » ... formule dont. nous aurons à examiner la valeur initiatique bien réelle? Il n'est pas jusqu'à la résurrection qui ne' puisse être lue dans la déclaration du Grand Expert qui déclare, au début de la deuxième partie de l'initiation, que la Parole a été retrouvée « sous l'aile du Phénix à /'instant où il renaissait de ses cendres». Ce qui nous conduit à examiner la philosophie du grade.
LA PHILOSOPHIE DU GRADE
Ancienne loi, nouvelle loi
L'Ancien Testament est envisagé, dans le rituel, du point de vue du Nouveau Testament. Lors du rallumage des Lumières, le Maître des Cérémonies, allumant la deuxième étoile, demande que « nous ordonnions nos pensées en conformité avec la Loi », sans autre précision. Mais la cérémonie de l'Agneau est plus explicite, puis- qu'elle différencie les « sacrifices matériels de l'ancienne Loi » et « les sacrifices moraux de la nouvelle ». Les Évangiles insistent sur la continuité entre les deux lois, la nouvelle étant l'accomplissement de l'ancienne qui n'est pas abolie pour autant: seul Jean va plus loin en déclarant dans son Prologue: « la Loi a été donnée par Moïse; La grâce et la vérité sont advenues par Jésus-Christ », ce qui est nettement la marque d'une rupture. C'est dans cet esprit que la cérémonie de réception du 15° au 17° degré précise par la voix du Très Sage que « le second Temple avait, comme le premier, été élevé sur le fondement de l'ancienne Loi qu'animait une volonté de puissance. Lui aussi s'effondrera. Sa chute et la disparition d'Israël précèderont l'avènement du troisième, Temple, Temple mys- tique celui-là. Il sera fondé sur la nouvelle Loi .: l'Autorité et la justice y seront tempérées et sanctifiées par l'Amour » .

Cela n'est pas différent des paroles adressées par le Christ à la samaritaine et qui annoncent l'heure d'une adoration du Père « en esprit et en vérité », c'est-à-dire l'heure où temples et prêtres seront devenus inutiles.
La lettre de l'opposition entre l'ancienne Loi et la nouvelle Loi ne nous intéresse pas, et il n'est évidemment pas question de classer par ordre de mérite christianisme et judaïsme. Seule importe la signification symbolique de la nouvelle Loi, qui est claire: il s'agit de sortir de l'application routinière de préceptes devenus formels pour retrouver le souffle qui les animait et qui est retombé. Un passage de l'Évangile de Jean illustre bien ce fait: à des juifs qui lui demandent comment faire pour réaliser les œuvres de Dieu, Jésus répond: « l'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en Celui qu'il a envoyé ». C'est donc l'esprit qui compte, plus que des actes qui peuvent en être dénués. Bien sûr, on pourrait ajouter qu'en matière de formalisme, le christianisme en général, et l'Église catholique en particulier, n'ont pas été en reste par la suite: mais cela n'ôte rien à la valeur du symbole.

Le souffle qui fait qu'un acte est animé par la vie, est inspiré, c'est à l'évidence le Da var, la Parole de l'Ancien Testament, devenue le Logos johannique - cette même Parole qui, dans notre rituel est tantôt perdue et tantôt retrouvée, dans une contradiction qui n'est qu'apparente. Là encore, le passage de l'univers de l'Ancien Testament à celui du Nouveau Testament est hautement symbolique.
Le concept de Dieu
Le Dieu de l'Ancien Testament, l'Éternel qui extermine tous les premiers nés d'Égypte auquel se réfère le Très Sage célébrant la cérémonie de l'Agneau, est la transcendance, même s'il intervient dans les affaires des hommes: il est le Tout Autre de Rudolf Otto, celui que, selon l'Exode, on ne peut voir sans perdre la vie, celui dont il est même impossible de prononcer le nom et dont le souffle a renversé le Chevalier de Royal Arch qui a eu l'audace d'ouvrir la onzième Porte.

Dans le Nouveau Testament, ce Dieu est accessible par la méditation. du Christ: chacun peut être un avec le Christ, et par là-même s'unir à Dieu: c'est le mystère qui, dans la théologie chrétienne orthodoxe, s'opère par la « théosis », c'est-à-dire l'accès à la nature divine du Christ, le croyant devenant Christ. lui-même, et par là retrouvant son image originelle puisque Dieu a créé l'homme à son image. Si nous nous maçons non pas sur un plan métaphysique, mais sur un plan philosophique comme nous y invite le rituel, l'enseignement initiatique est clair: chacun peut parvenir au plus haut degré de l'initiation; la perfectibilité humaine n'a pas de limite, et c'est pourquoi le Très Sage conclut le rallumage des Lumières par ces mots: « tous les espoirs vous sont permis », au moment où il annonce que la Parole est retrouvée. En dehors de ce sens symbolique, nous n'aurions guère qu'un conseil de la morale la plus banale.
C'est le sens de la traduction dans notre rituel d'Emmanuel par Dieu est en nous, et non pas la traduction Dieu est avec nous que proposent les Évangiles. Cette approche correspond au concept d' « enfants de Dieu» de l'Évangile de Jean, concept qui est à la fois au présent et au futur. Car chez Jean comme chez Luc, le Royaume est pour la fin des temps, mais il est déjà là avec la venue du Christ. Luc l'exprime par une formule qui signifie aussi bien « le Royaume est parmi vous» que « le Royaume est en vous ». Ce qui signifie que s'il y a un au-delà de la mort dont la réalité est métaphysique au sens étymologique, il y a aussi un au-delà de la vie qui est la dimension spirituelle de l'homme, la Personne qui transcende les aspects biologique et matériel de l'individu. L'homme ne se réduit pas à ses misères ou à ce qu'il possède; c'est la signification de propos comme « Heureux les pauvres! » (Luc) - même s'ils ont servi plus tard de justificatif politique à l'oppression.
Cette dualité philosophie/métaphysique, le rituel la maintient, mais uniquement comme dualité philosophique interne.

La Parole

Cette dualité, c'est la Parole retrouvée, puis à nouveau perdue et qui n'est d'ailleurs retrouvée que comme Parole substituée: celui qui croyant avoir définitivement retrouvé la Parole se serait arrêté en chemin pour s'y installer comme dans un quartier résidentiel, celui-là en serait définitivement retranché. C'est pourquoi il n'est pas contradictoire que la Parole soit à la fois retrouvée et perdue, Heidegger exprimait ce paradoxe .en disant que l'Être se voile aussitôt qu'il se dévoile, reprenant la conception héraclitéenne de l'union des contraires, C'est là une vérité profonde dont le caractère éminemment initiatique ne peut échapper à un Maçon qui sait que le propre de sa démarche est de n'être jamais achevée. C'est aussi Socrate dont la Pythie déclara qu'il était le plus savant des hommes alors qu'il disait ne savoir qu'une seule chose, qu'il ne savait rien. l'itinéraire que propose le grade pourrait s'e formuler en ayant recours à d'autres sphères culturelles: dans notre rituel, c'est en termes de philosophie chrétienne qu'il s'exprime.

Mais qu'il y ait Dieu au bout ou plus simplement l'homme, il n'y a de sens que par l'effort de l'homme à la recherche du sens. C'est ce qu'affirmait Albert Camus dans ses Lettres à un ami allemand; c'est ce que formulait très poétiquement André Malraux dans Les Voix du Silence: « Il est beau que l'animal qui sait qu'il doit mourir arrache à l'ironie des nébuleuses, le Chant des constellations ».

Foi, espérance, charité
Il n'en reste pas moins que les vertus qui sous-tendent cet itinéraire - les trois vertus théologales définies par Saint Paul - perdraient à être systématiquement arrachées à leur contexte. Car celle des trois vertus qui couronne les autres, l'agapè (que l'on traduit aujourd'hui par « amour» et non par « charité »), prend tout son relief dans ce très beau passage de l'Épître aux Corinthiens qui mérite d'être cité (1,12) :
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis que bronze qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais toute la foi jusqu'à déplacer des montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien.

L'amour est patient; serviable est l'amour, il n'est pas envieux; l'amour ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; il ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal; il ne se réjouit pas de J'injustice, mais se réjouit de la vérité. Il supporte tout, croit tout, endure tout...

Maintenant donc demeurent la foi, l'espérance, l'amour, ces trois-là; mais le plus grand de ces trois, c'est l'amour.

Pour ce « sentiment nouveau », les premiers chrétiens ne sont pas allés chercher le nom d'un dieu grec d'ailleurs inexistant: ils ont forgé un substantif nouveau à partir d'un verbe grec de la langue d'Homère, et n'ont utilisé aucun des deux mots usuels à leur disposition, dont l'un désignait l'amour charnel, l'autre: l'amitié. Cet amour est celui qui fait sortir de soi, qui rend capable de donner, de se donner. L'autre vertu qu'est l'espérance signifie que cet amour a à se réaliser dans l'histoire,: c'est la leçon commune à l'Ancien et au Nouveau Testament; c'est aussi la leçon de l'existentialisme qui nous dit que le temps est l'être de l'homme: c'est parce qu'il y a le temps qu'il y a du sens. Hors du temps, point de projet, ou de "pro-jet", et l'expérience humaine n'a pas de signification.
Quant à la foi, elle est un pari sur la perfectibilité de l'être humain sans laquelle tout engagement serait vain. Il est d'ailleurs intéressant de souligner que lorsque notre rituel parle de « foi dans l'Homme », c'est avec un H majuscule: il ne s'agit pas de se bercer d'illusions sur ce qu'est la réalité toujours ambiguë de l'homme tel qu'il est, mais de parier sur ce que l'homme pourrait être un jour, de parier sur l'inachèvement de la création et l'avènement d'un homme un peu plus humain, de « l'homme du 8° jour» de la théologie orthodoxe, qui ressemble au troisième Temple mystique du rituel et de la théologie médiévale et qui, en termes marxistes, est l'homme rendu à son pouvoir créateur.
L'archétype de ces trois vertus, c'est évidemment le Christ qui vient donner un commandement nouveau, l'amour: qui vient apporter non la paix, mais l'épée; et qui malgré cela promet à l'homme qu'il ne fera qu'un avec Dieu.
Métaphysique et histoire
Tout cela a un sens philosophique profond, cohérent, que l'on croit ou non en Dieu. Le seul point qui puisse gêner dans ce grade, c'est l'acclamation « Hoschée ! », que l'on peut difficilement faire glisser du plan métaphysique au plan philosophique: car si l'on transposait la notion de sauveur dans l'histoire, force serait de constater que les sauveurs n'ont jamais manqué, mais que bien souvent ils n'ont guère sauvé qu'eux-mêmes, et encore !

Pourtant le rituel opère par ailleurs des glissements historiques dont le sens est profond, et cela à deux reprises dans la cérémonie de l'extinction des Lumières.

Lorsque le premier Grand Gardien dit, dans la version B : « ceux qui avaient l'amour de la Patrie, mais qui prêchaient la Paix entre tous les peuples ont subi le sort des traÎtres», il est permis de s'interroger. Il serait intéressant de savoir si la date de l'apparition de la version B l'autorise, mais on croirait voir entre les lignes se dessiner la figure de Jaurès. Un telle assimilation est conforme à l'esprit du rituel (étant entendu que chacun est libre d'y procéder ou non) et à la philosophie selon laquelle les valeurs de l'Esprit doivent être incarnées, et non pas demeurer dans un ciel définitivement inaccessible.

Le deuxième glissement, dans les versions A et B de la même cérémonie, c'est Ie Très Sage qui l'opère lorsqu'il conclut en disant: « Nous sommes réunis pour commémorer, en ce jour de printemps, le drame de la libération humaine. Souvenons-nous de ce précepte: aimons-nous les uns les autres ». L'expression « libération humaine» revêt à la fois un sens spirituel, sans qu'il y ait connotation relative à l'au-delà, et un sens historique. Elle constitue une manière d'interpréter l'histoire de l'humanité depuis les temps préhistoriques. Elle est aussi le fondement des valeurs républicaines qu'honore le Grand Orient de France dans le droit fil de la philosophie des Lumières qui n'a rien perdu de son actualité, malgré les attaques haineuses qu'elle subit, en parti- culier, à l'occasion, de la part de prélats catholiques. Car l'actuelle hiérarchie de l'Église craint plus qu'elle ne souhaite la libération : chacun connaît les propos du cardinal Lustiger imputant à la philosophie des Lumières la responsabilité d'Auschwitz. Moins connus sont ceux du cardinal Ratzinger qui, partant en guerre contre la Théologie de la Libération, parle d' « un amalgame ruineux entre le pauvre de l'Écriture et le prolétaire de Marx » dans son « Instruction sur quelques aspects de la théologie de la libération » de 1984. La philosophie chrétienne est une chose, son application vaticane en est une autre 
C'est d'ailleurs pourquoi, à côté de la version A de la cérémonie d'extinction et de rallumage des Lumières qui se réfère explicite- ment à la vie du Christ, est un jour apparue la version B, dont le langage s'est dépouillé de ces références explicites, par crainte que la dimension symbolique du langage d'origine chrétienne ne donne à penser que ce grade pourrait devoir quelque chose à un enseigne- ment dogmatique.
Lumières et lumière: le feu pascal
Que dans l'expression " philosophie des Lumières" le mot Lumières ait une connotation johannique, c'est évident. C'est également la lumière johannique qui rend compte d'un passage obscur de notre rituel, dans lequel la lumière est symbolisée par le feu. En effet, au moment du rallumage des Lumières le Très Sage déclare: "Assurons donc mes Frères Chevaliers, la transmission de la flamme symbolisant la foi dans notre œuvre, et n'oublions pas que c'est par le feu que la Nature entière est régénérée". La fin de la phrase est énigmatique et semble renvoyer à l'interprétation alchimique d' INRI : si c'était le cas, quelle pauvreté ! Il est vrai que nous pourrions y voir des cosmogonies antiques, la cosmogonie stoïcienne notamment, qui enseignait que périodiquement le monde s'embrasait et se régénérait: qu'avons-nous à faire de tout cela aujourd'hui ? Une fois de plus, c'est du côté chrétien que l'on trouve un véritable sens initiatique: car notre rituel porte la marque de la liturgie du feu pascal.

La Vigile pascale commence en effet par la bénédiction du feu à partir duquel sera allumé le cierge pascal. Cette liturgie ancienne s'appuie sur deux déclarations de Jésus, l'une dans Luc "je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! " et l'autre dans Matthieu selon laquelle seul Jésus, d'après le Baptiste, peut "baptiser dans l'Esprit Saint et dans le feu". Le feu ici, comme dans toute la liturgie pascale, ce n'est pas le feu qui consume mais la lumière qui brille dans les ténèbres. En effet, l'oraison de bénédiction du feu pascal commence ainsi: "Seigneur notre Dieu, par ton Fils qui est la Lumière du monde, tu as donné aux hommes la clarté de ta Lumière; daigne bénir cette flamme qui brille dans la nuit". Lorsque le prêtre a béni le feu nouveau, il pénètre dans l'église obscure en marquant trois arrêts pour proclamer "Lumière du Christ ! "
C'est là d'ailleurs la signification symbolique des cierges qu'on allume dans les églises; c'est là, dépouillée de sa dimension métaphysique, la signification symbolique des bougies sur les plateaux des officiers dans nos loges.
La racine de ce symbolisme est ancienne: elle dérive du rite juif qui consiste à allumer les lampes au moment où tombe la nuit inaugurant le sabbat; il est bien probable que ce rite remonte jusqu'au temps le plus archaïque de la découverte du feu (mode de cuisson bien sûr, mais aussi Lumière qui brille dans les Ténèbres). Mais quelle qu'en soit l'ancienneté, le symbolisme du. feu, dans notre rituel, prend sa source dans la liturgie pascale (d'ailleurs c'est bien la Semaine Sainte qui est le cadre de notre rituel). Cette signification est évidente su l'on veut bien se reporter à ces propos du Très Sage au moment de l'initiation au 18" grade lorsqu'il définit la couleur rouge comme c~l!e « du Feu et de l'Amour ». Rien de commun avec un feu de rôtissoire ! « Nous sommes déroutés et sans rêve», disait René Char, « mais i/ y a toujours une bougie 'qui danse dans notre main ».
INRI
Et cela nous conduit à la signification d' INR/. On se donne parfois bien du mal pour exorciser la signification chrétienne de la formule, et cela probablement en raison des rapports entre l'Église et la République, et plus particulièrement entre l'Église et la franc-maçonnerie. Cela va même jusqu'à l'absurde, lorsque par exemple un auteur maçonnique nous explique qu'on pourrait lire dans la for- mule: « Chassons /'ignorance par un effort constant » : ainsi une maxime voltairienne d'esprit se glisserait dans une coquille bien peu voltairienne !

Or l'ensemble du rituel impose l'interprétation chrétienne. Mais ce qui est donné comme modèle au Chevalier Rose+Croix, ce n'est pas le petit Jésus des images sulpiciennes pour lequel il faudrait faire brûler des cierges et devenir catholique pratiquant; c'est la symbolisation parfaite, en termes chrétiens, de l'irruption du sens dans la vie de ce mammifère supérieur qu'est l'homme. Point n'est besoin, pour le comprendre, de recourir à une Tradition primordiale historiquement hypothétique et archéologiquement improbable, ou de faire dans le temps et dans l'espace, le tour complet des significations du symbole de la croix. Le sens, c'est la branche verticale de la croix qui indique le monde céleste, c'est-à-dire celui des valeurs qui fondent l'humanité de l'homme; le sens, c'est aussi la branche horizontale de la croix, ligne du temps que l'homme parcourt s'il sait rester fidèle jusqu'au bout à sa vocation, dans un itinéraire pareil à un pèlerinage selon la conception romane: c'est ainsi qu'il faut comprendre l'analogie que le rituel établit entre le Christ et Hiram, Hiram se substituant au Christ dans la version B. Cela nous établit au cœur de l'harmonie universelle sans qu'il y ait besoin de passer par les méandres de l'alchimie.
En effet, le bestiaire roman présent dans le rituel en est la manifestation. Marie-Madeleine Davy montre bien dans son Initiation à la Symbolique Romane que pour le chrétien de l'époque romane, la présence du Christ est d'une telle évidence que c'est le Christ lui-même qui est perçu à travers l'agneau. Elle ajoute que pour le chrétien de l'époque romane, la nature entière est associée à la Rédemption. Il est vrai que l'agneau est un symbole commun à toutes les sociétés agraires, mais c'est bien l'agneau chrétien qui figure dans nos rituels. Le Phénix et le Pélican ont la même fonction dans l'iconographie romane, ainsi que l'Aigle, symbole de transcendance.
Nous abordons là un point de méthode capital. S'il est tout à fait légitime lorsqu'on étudie un symbole séparément, hors de tout contexte, de faire intervenir les significations de ce symbole dans d'autres traditions culturelles (y compris la liste que j'ai mentionnée en introduction: alchimie, cabale, etc.), il en va différemment lors- qu'on s'attache à un ensemble qui constitue une « constellation symbolique» (Gilbert Durand) qui précise la signification de chaque symbole en fonction du lien qu'il entretient avec les autres. Car nous savons bien depuis Pascal que les propriétés d'un tout ne se réduisent pas à la somme des propriétés des parties.
D'ailleurs dans la symbolique chrétienne, le Pélican peut aussi bien désigner le Christ que l'homme souffrant. Mais dans notre rituel, il me paraît plus probable de considérer que tout à la fois l'Aigle, le Phénix et le Pélican désignent le Christ, mais le Christ envisagé sous un angle différent: transcendance, résurrection, sacrifice.
CONCLUSION

Ainsi la lecture du rituel à la lumière de l'ensemble mythique chrétien en révèle à la fois, la profondeur et la cohérence. Sans prétendre qu'on puisse faire une lecture scientifique d'un rituel maçonnique, on peut cependant appliquer un principe scientifique connu: l'hypothèse la plus probable est celle qui rend le mieux compte de l'ensemble des phénomènes observés, et c'est le cas de l'hypothèse de lecture se référant au contexte chrétien; toute autre lecture à prétention globale serait loin derrière, partielle, voire impossible. Car s'il est vrai que la liberté est totale en matière de symbolisme, cette liberté n'est pas l'arbitraire parce que, nous l'avons vu, dans un ensemble, dans une constellation symbolique les. symboles se déterminent l'un l'autre: ils sont à la fois redondants et porteurs d'une signification singulière.

Si on l'oublie, on risque de voir un ensemble symbolique cohérent ressembler davantage aux souks de Marrakech qu'à une pensée construite. D'ailleurs toutes les contorsions pour dénier l'influence chrétienne dans le rituel aboutissent, par les détours que j'ai signalés, à retrouver laborieusement des significations qui sont aussi et surtout chrétiennes. Je conclurai en trois points :
1) Le rituel du 18e grade n'est pas religieux parce qu'il n'impose pas une croyance en l'au-delà: quelle que soit l'étymologie que l'on retienne pour le mot religion (la plus probable, « religere »,qui signifie recueillir, c'est-à-dire n'omettre aucun geste ou rite à même d'établir le contact avec les dieux; ou « religare », qui signifie relier- non pas les hommes entre eux, mais relier le monde visible au monde invisible). il ne convient pas à notre rituel. Le rituel du 18e grade est authentiquement initiatique, c'est-à-dire centré sur la progression personnelle, et non sur les techniques de communication avec l'au-delà.

2) Le rituel du 18e grade est tout à fait compatible avec la liberté absolue de conscience d'un franc-maçon du Grand Orient de France.

3) Tout en assumant le caractère chrétien du symbolisme du grade, il ne faut pas accepter que l'on dise qu'il serait nécessaire d'être croyant pour appartenir à des ateliers de haut grade du Rite Écossais Ancien Accepté.

René A 30e

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Publié le 3 Octobre 2026 par T.D

 

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Fondements du grade de RC Rituel de 1765

Publié le 3 Octobre 2026 par T.D

(Chap\Candeur, Bordeaux).

Selon Irène Mainguy faire un inventaire des documents afférant au grade de Rose-croix est une œuvre titanesque, ce grade est installé à Lyon par Willermoz en 1761 et régi par le rituel de la bibliothèque historique de la ville de Paris de 1765: Chevalier de l’Aigle et du Pélican, Souverain Prince de Rose-croix et d’Hérédom. René Le Forestier a retrouvé dix huit versions, entre 1760 et 1790, de ce grade.

Son origine a fait l’objet de plusieurs hypothèse; si l’on admet qu’il n’a aucun rapport avec les rosicruciens allemands et Les Noces Chimiques de Christian Rosenkreuz (1489), il pourrait être d’origine alchimiste et remonter au Très Respectable frère Raymond Lulle (1235-1315), que l’on qualifie de grand maçon et qui est à l’origine d’une monnaie frappée en Angleterre comportant sur une face la croix représentant les quatre éléments et sur l’autre, une rose; l’origine est plus vraisemblablement la maçonnerie écossaise comme le montre la référence à Hérédom, qui mérite quelques explications sémantiques :certains voient dans ce mot le déformation du mot hébreu "harodim" qui signifie surveillants ou du latin haeredum héritage. Ragon pense qu’il peut s’agir de voile, au conciliabule de Saint-Germain en Laye pour les partisans qui accompagnent en cette résidence Charles Edouard. Hérédon signifierait tout simplement: le château de St Germain où résidait le prétendant. Il s’agit en fait d’une référence au rite d’Hérédon de Kilwinning, car la première loge de ce nom se réunissait au sommet d’une montagne au nord ouest de l’Écosse. Seul problème, c’est que cette montagne n’existe pas et, est purement mythique. Ce rite esthétiquement séduit par la médaille de la croix et de la rose en aurait fait son symbole.

Historiquement, et toujours pour Iréne Mainguy, le rosicrucianisme est l’une des survivances qui apparut à la suite de la destruction de l’Ordre du Temple, ce qui explique qu’il emprunte beaucoup au christianisme ainsi qu’à la littérature courtoise des troubadours dans lesquelles la rose était devenue un symbole d’amour. On y retrouve de nombreux éléments de l’hermétisme. René Guénon pense qu’à ce grade, celui qui est parvenu à un certain degré dans la pratique de l’alchimie "intérieure" est capable de projeter au dehors les énergies qu’il porte en lui-même.

Chevalier de l’Aigle, nom le plus ancien, vient du fils du Grand Architecte de L’Univers. L’aigle étant le symbole de la Puissance Suprême du Père, c’est aussi l’attribut de saint Jean.

Chevalier du Pélican, cette image du pélican frappant son corps avec son bec pour nourrir ses petits de son sang est représentative du sacrifice de Jésus sur la croix.

Ce grade est appelé aussi Chevalier de Saint André, patron de l’Écosse. Les chevaliers défilant le jour de la Saint André, en grande pompe, pour faire impression sur le peuple écossais et flatter son patriotisme.

Enfin il est dit aussi: Parfaits Maçons, parce qu’il s’agissait du grade le plus élevé et le plus éminent, le septième, le grade du Temple vivant, le symbole du Rédempteur. Tous les frères admis à ce grade devaient être chrétiens. En France, l’admission était présentée comme conférant une sorte de noblesse personnelle. Chevalier était un titre réservé aux descendants des familles nobles jouissant du privilège de porter l’épée. En loge tous les frères portaient l’épée, égalité qui flattait les roturiers.

Image de cette éminence, les Princes de Rose-croix ont le droit de tenir le maillet dans toutes les loges symboliques où ils se présentent. Ils prennent place à côté du Vénérable, si cet honneur ne leur était pas offert ils se placeraient après le dernier apprenti en signe d’humilité.

Pour un chapitre, assemblé d’obligation six fois par an: le jeudi saint, le jour de Pâques, le jeudi d’après Pâques, le jour de l’Ascension, le jour de Pentecôte, le jour de la Toussaint et les deux jour de Saint-Jean. On ne saurait coller de plus près à la chrétienté.

Les chevaliers Rose-croix sont obligés de faire la charité aux pauvres, de visiter les prisonniers, les malades, de les secourir. Ils ne peuvent se battre en duel contre un autre chevalier et, à leur mort, doivent être enterrés, avec leur cordon, en présence de leurs frères porteurs de leurs cordons sous leurs habits. Ce grade possède, selon Jean Palou, tous les aspects d’une véritable fraternité au sens de la Caritas médiévale.

En un mot, les Chevaliers Rose-croix sont les grands seigneurs chrétiens de la Maçonnerie. Essayons de voir pourquoi ils ne pouvaient être que chrétiens, indépendamment du fait que cela favorisait grandement, auprès des pouvoirs en place, l’autorisation de se réunir.

Du point de vue HISTORIQUE, Louis XV est roi de France. Son règne est marqué par une série ininterrompue de guerres. Guerre de succession d’Autriche, 1740-48, France, Prusse, Bavière, Saxe, Espagne contre Autriche et Angleterre terminée par le traité d’Aix-la-Chapelle, dont la France ne tire aucun avantage. Souvenons-nous de Fontenoy, où le comte d’Anteroches clame "messieurs les anglais, tirez les premiers!", ce qu’ils ne manquèrent pas de faire pour gagner la bataille. Puis la guerre de Sept ans, 1756-63, où France et Autriche sont opposées à l’Angleterre, se termine par la perte de l’empire colonial français d’Inde et d’Amérique, Canada et Acadie, défaite conclue en Acadie par le Grand Dérangement, qui est sans doute le premier génocide de l’histoire. En 1765, la France a donc tout perdu.

L’année 1764 voit l’expulsion des jésuites, qui étaient devenus de véritables banquiers, habiles à gérer les biens, pleins d’imagination et d’initiatives de par le monde entier. Il faut dire que les jésuites étaient proches du pape, alors que les relations de Louis XV et du pape n’étaient pas au mieux. Cela conduisit à une réhabilitation de l’esprit janséniste, plus porté au conservatisme garantissant les avantages acquis. Or, nous verrons que le Grand Maître, le comte de Clermont est proche des jansénistes.

Le XVIIIe siècle est le Siècle des LUMIERES, qu’illustrent en France l’aventure intellectuelle des Montesquieu, Voltaire, Diderot, d’Alembert, ou Rousseau; mais phénomène qui intéresse toute l’Europe: Newton et Locke en Angleterre, Wolf et Kant en Allemagne mais aussi en Scandinavie, en Espagne, en Italie, etc.

Des courants animent ces lumières. Les radicaux, disciples de Spinoza, refusent la révélation religieuse, rejettent les miracles et tout surnaturel, nient la création du monde, l’immortalité de l’âme, combattent la monarchie, la hiérarchie entre les sexes. Idées radicales, peu présentes en France, mais qui se répandront au XIXe siècle. Mais au XVIIIe, la grande majorité des intellectuels des Lumières sont plus modérés, restent déistes, tolérants envers les religions, s’accommodant de compromis avec l’organisation sociale en place, mais soucieux d’égalité, de justice, faisant leur l’humanisme qui débouchera, après la Révolution, sur le romantisme.

La diffusion de ces idées est favorisée par l’Encyclopédie de Diderot (1750), la multiplication des bibliothèques tant universitaires que privées, l’immense circulation à travers les frontières de manuscrits souvent clandestins, les sociétés savantes qui se créent partout, les revues et surtout les salons très à la mode à Paris, celui de Madame du Deffant fréquenté par Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Voltaire qui a clairement souhaité la Révolution, Rousseau qui rêve d’une société égalitaire et qui propose l’Être Suprême , Diderot, Beaumarchais qui fait dire à Figaro à l’adresse de l’aristocratie: "qu’avez-vous fait pour tous ces biens? Vous vous êtes donné la peine de naître et rien de plus!" Il est sûr que nombre de Maçons ont fréquenté ces salons. Évolution des idées qui est patente en musique ou au classicisme de Bach (citons Cioran, "personne ne doit plus à Bach que Dieu") va succéder Mozart, où l’homme est omniprésent, mais avec Dieu, ce n’est pas encore Beethoven et le romantisme.

Où en est la Franc-maçonnerie en 1765? Les constitutions d’Anderson datent de 1723 et 1738. Les maçons initiés selon ces règles sont obligés de professer la religion de leur pays jusqu’en 1751, où il est stipulé, "laissons à eux-mêmes leurs opinions particulières…"

Les statuts de 1755, dressés par la R\L\ de Saint-Jean de Jérusalem, dont le Comte de Clermont est vénérable, sont un retour à l’orthodoxie catholique: "Dieu étant notre chef… hommes craignant Dieu et ayant le baptême" définit le maçon. Le jour de la Saint-Jean tous les maçons vont à la messe. La Franc-maçonnerie française se démarque de la Franc-maçonnerie andersonienne plus tolérante.

Louis de Bourbon Condé, comte de Clermont et abbé de Saint-Germain des Prés, est élu Grand Maître en 1743, et fait en 1766 "grand croix rouge", sommet de la hiérarchie du rite Écossais. Il se vantera de n’avoir octroyé le grade de R\+C\ qu’à un petit nombre de FF\. Il sera relevé de son commandement militaire après la défaite de Crefeld en 1758. Il reste grand maître et meurt en 1771, dans la plus grande dévotion.

Qui étaient les Francs maçons avant la Révolution, hommes libres toujours accompagnés de leur servant, (sauf au grade de R\+C\)? Au milieu du siècle beaucoup de nobles et de prêtres peuplent les loges. La noblesse contribue à la propagation des idées philosophiques des lumières sans doute, mais n’est pas seule dans ce rôle. Les loges avaient favorisé la fusion da l’aristocratie avec la bourgeoisie d’argent mais il faut reconnaître, qu’à la veille de la Révolution, il n’y a plus beaucoup de nobles dans les loges, à tel point qu’un maître de ballet sera élu grand Maître.

La F.M. est donc chrétienne et même catholique en France. Certaines loges n’admettent pas de Juifs car elles sont dédiées à Saint Jean-Baptiste que les Juifs ne reconnaissent pas, pas plus que la divinité du messie (ils ne sont pas initiables –règlement des loges de Bordeaux du 12 février 1791). La Maçonnerie opérative était chrétienne, Anderson a-t-il tenté de la déchristianiser pour lui fixer un horizon plus vaste, l’universalité des croyants?

En 1765, le premier rituel de Rose-croix est donc chrétien et même complètement catholique et nous comprenons très bien à la lumière de ce qui précède qu’il ne pouvait en être autrement (le pourcentage d’agnostiques ou d’athées ne devait pas dépasser 1 à 2 % des lettrés de l’époque et était par définition nul chez les Maçons). Ce rituel comporte beaucoup de points forts que nous retrouvons aujourd’hui. Notre propos n’est pas de les relever mais au contraire de relever ce qui en a disparu et notamment ce qui en faisait un rituel grandement inspiré du Nouveau Testament.

Devant le plateau du Très Sage, le rituel oblige un tableau représentant la résurrection de Jésus sortant du tombeau, devant les soldats romains endormis. En dehors des deux temples, noir et rouge, que nous connaissons, il y en a un troisième, plus petit, éloigné des deux autres, destiné à représenter l’enfer, avec têtes de mort, et os en sautoir, murailles tapissées de flammes et de figures humaines douloureuses condamnées aux enfers, enchaînées. Spectacle qui doit inspirer l’horreur et la haine et convaincre l’impétrant d’avoir à se bien comporter. Le candidat devra se mettre à genoux plusieurs fois notamment pour recevoir la requête lui donnant le jour et l’heure de son initiation, requête qui lui sera jetée à terre. Il ne cessera de faire des vœux au Ciel pour la prospérité et la santé des Chev\ R\+C\. L’impétrant entend plusieurs recommandations impératives: "un chevalier doit, par honneur, adorer son Dieu", "Dieu nous soit en aide et bénissons tous son saint nom".

Le premier appartement représente le Mont Calvaire, il est orné de 33 lumières pour marquer les 33 années de la vie de Jésus, à l’Orient est un Christ en croix. A la fin il est dit au nouveau Chev\ R\+C\: "vous venez de voir, par votre réception, l’allégorie de la mort et de la résurrection de Jésus, que la parole retrouvée, Jésus de Nazareth Roi des Juifs, se renforce dans nos travaux par la tempérance, la justice, la force". La cérémonie de table qui suit est la commémoration de la Pâque et de l’apparition de Jésus à ses disciples en Emmaüs, enfin elle se termine par une prière au souverain créateur.

Ce rituel de départ ne pouvait durer du fait de son caractère chrétien trop excessif. Le G\O\ a donc modifié le rituel, à la fin du XVIIIe siècle en ne gardant que le mythe de Jésus utilisé par le récipiendaire pour sa réflexion symbolique comme il a utilisé le mythe d’Hiram ou de Zorobabel.

A propos de la formule INRI, signalons que le rituel de Francken, parti de France avec Morin en 1761, avait déjà supprimé la formule Jésus de Nazareth Roi des Juifs dés 1784 lors de l’initiation pour ne conserver que le questionnaire: "d’où venez-vous? De la Judée, par quelle ville avez-vous passé? Par Nazareth, quel est le nom de votre conducteur? Raphaël, de quelle tribu êtes-vous? De celle de Juda, rassemblez les initiales de ces quatre mots: elles forment INRI". Sans donner de sens à ce mot. L’interprétation alchimique ne viendra que beaucoup plus tard.

Ce rituel comporte, dans l’ambiguïté de son texte, tous les germes modificateur dont il sera l’objet dés la fin du XVIIIe siècle

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SYMBOLISME DU GRADE DE ROSE-CROIX

Publié le 3 Octobre 2026 par T.D

T... P... S... G... C...,

TT... Ill... FF...,

Et vous tous mes BB... AA... FF....

Vous venez d'entendre un magnifique rapport sur "Le Sillon Maçonnique dans le Monde de Demain", il vous appartient, mes FF... Chev..., de rendre effectives les conclusions de ce rapport, si vous avez bien compris le sens de la mission qui vous a été donnée, lorsque vous avez été initiés au Grade de Rose-Croix, le plus beau, le plus riche en enseignements de tous les Grades de la Maçonnerie Ecossaise du Rite Ancien et Accepté.

Cette mission c'est de semer dans tout l'univers, au prix des plus grands sacrifices, les idées de fraternité universelle et d'amour qui doivent rapprocher tous les hommes; ces idées nous les tenons de ceux qui nous les ont léguées et dont nous portons le nom.

Lorsqu'un bon laboureur veut obtenir une bonne récolte, il doit d'abord creuser un sillon correct dans son champ et pour cela il doit observer les règles traditionnelles de son art ; il en est de même pour le sillon maçonnique qui nous occupe pour le creuser correctement, il y a des règles traditionnelles que les Chev... Rose-Croix doivent observer et pour cela il faut d'abord bien les connaître.

Mon propos sera donc ce soir de vous entretenir du symbolisme du grade, mais l'examiner en totalité dépasserait le temps qui m'est imparti ; je me limiterai donc à l'examen du symbolisme de la Rose sur la Croix et de celui du Signe et du Contre-Signe.

Le symbolisme de la Rose sur la Croix a fait l'objet d'une étude des Chapitres en réponse à une question du Grand Collège des Rites et le rapport sur cette question a été développé par notre T... Ill... F... Corneloup en mars 1950; dans les conclusions de ce remarquable rapport, notre T... Ill... F... a écrit : "Un sujet comme celui-là n'est jamais épuisé, comme la vie nouvelle; il se renouvelle inlassablement."

Ne croyez pas toutefois, mes FF... Chev..., que j'ai la prétention de vouloir faire ce soir oeuvre de novateur. Je voudrais seulement et cela principalement pour ceux de nos FF... qui n'ont pas encore suffisamment étudié la question, apporter encore un peu plus de clarté, dans toutes les interprétations qui ont été données par de nombreux commentateurs, et les aider à mieux comprendre ce symbolisme qui, comme l'a précisé notre T... Ill... F... Corneloup dans son rapport, est un symbolisme naturaliste, solaire, Chrétien, chevaleresque, hermétique Rosicrucien et Maçonnique.

Voyons d'abord d'où nous est venu ce nom de Rose-Croix que nous portons.

Ce nom est apparu pour la première fois publiquement lorsqu'en 1614 et 1615, parurent deux petits ouvrages anonymes dont le titre était pour le premier "Fama Fraternitatis Rosæ Crucis" (manifeste de la Confrérie des Rose-Croix) et "Reipublicæ Christianopolitanæ Descriptio" (Description de la République Chrétienne Universelle).

Ces deux ouvrages ont été attribués par les historiens à un pasteur allemand Jean Valentin Andreæ.

Dans le manifeste de la Confrérie des Rose-Croix, l'auteur raconte les voyages légendaires et la mort d'un jeune Allemand Christian Rosen Kreuz qui, à l'âge de vingt ans, est allé en Orient pour y apprendre les sciences magiques et y recevoir les enseignements des Philosophes et des Cabalistes.

Il lui fut alors révélé qu'il devait prêcher la Réformation générale du monde quand il revint de ses voyages, il s'enferma dans une grotte où il mourut à l'âge de cent six ans. Quand ses disciples découvrirent son tombeau, outre son corps, ils trouvèrent un livre symbolique écrit sur parchemin et toutes sortes d'objets rituels, des miroirs de diverses vertus, des clochettes, des lampes allumées, etc.

Un autre ouvrage attribué à Andreæ, parut en Allemagne en 1619 sous le titre "Noces chimiques de Christian Rosenkreuz" qui, sous une forme allégorique, est un rituel d'alchimie et un rituel d'initiation des FF... Rose-Croix.

Aucun doute ne peut donc subsister dans nos esprits, Andrew était un adepte des idées alchimistes qui, depuis le XIIe siècle et même avant, s'étaient répandues en Europe.

Les plus célèbres parmi ces alchimistes furent Roger Bacon, qui vécut de 1214 à 1294, qui fit de nombreuses recherches expérimentales sur la transmutation des métaux et à qui on attribue l'invention de la poudre.

Jean de Meung et Guillaume de Lorris, auteurs du Roman de la Rose au XIIIe siècle, qui exaltaient sous une forme symbolique, le Grand oeuvre mystique; ils prétendaient avoir découvert la pierre philosophale; la Rose représentant à la fois la Grâce divine et la Pierre.

Nicolas Flamel, qui vécut de 1330 à 1418, établi à Paris comme écrivain public et libraire juré de l'université, qui prétendait avoir découvert le Grand oeuvre.

Basile Valentin, qui a vécu dans un couvent de Bénédictins à Erfurt vers 1413, ses manuscrits ne furent imprimés qu'en 1602 ; on y trouve la conception philosophique de l'Alchimie : "Sachez, disait-il, que les philosophes, par prévoyance, ont écrit diverses choses afin que les ignorants ne tendant qu'à l'or et à l'Argent, fussent abusés...

La Pierre philosophale c'est la Sagesse. Trouver la Pierre philosophale, c'est avoir résolu le problème fondamental, avoir trouvé le Secret de la Nature, grâce à une connaissance parfaite, acquise par l'illumination. Bref, si tu veux chercher notre pierre, sois sans péché, persévère dans la vertu, que ton esprit soit éclairé de l'Amour de la Lumière, et de la Vérité. Prends la résolution, après avoir acquis le don divin, que tu souhaites de tendre la main aux pauvres embourbés, d'aider et de relever ceux qui sont dans le malheur."

Ces citations dans le livre de Serge Hutin "Les Alchimistes", collection "Que Sais-je ?"

Enfin pour terminer cette rapide énumération des alchimistes célèbres avant Andreæ, je ne puis passer sous silence la figure de Paracelse, un Suisse qui, en 1526, avait obtenu une chaire à l'université de Bâle ; il était médecin, il étudiait toutes les forces mystérieuses qui agissaient dans la Nature et dans l'Homme; il distinguait le macrocosme, c'est-à-dire l'Univers, du microcosme, c'est-à-dire l'Homme. Ces deux termes étant identiques, l'homme reproduisant exactement ce qui se passe dans l'autre et la Vie de l'Etre humain étant inséparable de celle de l'Univers.

D'après lui, nous précise Serge Hutin, l'âme humaine a en elle toutes les sciences, mais à l'état latent : connaître c'est se reconnaître soi-même, retrouver en soi la science par le recueillement de l'âme qui se considère à la clarté de l'illumination divine; celui qui se connaît, connaît implicitement Dieu.

L'influence de la philosophie théosophique de Paracelse fut immense à cette époque, car il joignait à ses conceptions des applications pratiques pour soigner les malades.

Un de ses disciples Khunrath, médecin également mort en 1588, publiait un ouvrage intitulé "Amphitheatrum Sapientiæ Æternum", l'Amphithéâtre de la Sagesse éternelle, où il exposait que la Connaissance totale et universelle, la Pansophie, pouvait être atteinte par l'Illumination.

Andreæ connaissait donc toutes ces idées au moment où il fit connaître publiquement le nom de Rose-Croix, il faisait partie de ces Groupes de Rose-Croix qui, nous dit Bédarride dans son instruction du grade, ne formaient probablement pas une véritable association, mais un centre moral et intellectuel, dont se vantaient de faire partie, une bonne moitié des grands penseurs, des grands écrivains et des savants de cette époque; où chimie se confondait avec alchimie, science avec mystères de la Nature, philosophie avec Kabbale et Magie. Les uns sont catholiques mais sentent le fagot et paraissent mal disposés pour le Papisme, d'autres protestants mais assez peu orthodoxes, d'autres enfin aussi libres penseurs qu'on peut l'avouer à ce moment, pythagoriciens, païens, arabisants ou même judaïsants, sous un mince vernis chrétien, tous rêvant d'une religion universelle bienveillante, humanitaire, au fond de laquelle fleurira un mysticisme accessible à tous et où les dogmes ne seront plus que des symboles, l'Evangile que la plus belle des morales.

Un médecin anglais contemporain d'Andreæ, Robert Fludd, qui est mort en 1637, écrivait dans un livre intitulé "Summum Bonum" (le Bien Suprême), que les Rose-Croix étaient des adeptes invisibles au commun des mortels : ils allient la Connaissance Suprême à la Sainteté et sont doués de pouvoirs extraordinaires sur l'univers, ils constituent une sorte d'Eglise cachée, formés par les Grands Initiés et qui n a cessé de se manifester au Monde depuis les temps les plus anciens, que pour aider les hommes à atteindre le salut par l'initiation.

C'est Robert Fludd qui, dans son traité, a dit que la Rose-Croix c'est le symbole formé par une Rose Rouge fixée au Centre d'une croix elle-même rouge, car elle a été éclaboussée par le sang mystique et divin du Christ : ce symbole arboré par les chevaliers chrétiens du temps des Croisades, a une double signification : la Croix représente la sagesse du Sauveur, la Connaissance parfaite, la Rose est le symbole de la Purification, de l'ascétisme qui détruit les désirs charnels, le signe également du Grand Oeuvre alchimique, c'est-à-dire la purification de toute souillure, l'achèvement et la Perfection du Magister.

Ce symbole peut donc être interprété comme chrétien pour les uns, alchimique et hermétique pour les autres. Car on peut y retrouver la cosmogonie hermétique, la Croix, emblème masculin, symbolisant la divine énergie Créatrice qui a fécondé la matrice obscure de la substance primordiale symbolisée par la Rose, emblème féminin, et a fait passer l'univers à l'existence.

Comment ce symbole est-il arrivé dans la Maçonnerie ?

Il est aujourd'hui généralement admis que la plupart de ces penseurs aux idées généreuses, dont je viens de vous parler, sont entrés dans les loges spéculatives qui se formaient et y ont introduit leurs idées théosophiques, hermétiques, alchimiques et rosicruciennes.

Nous en avons un exemple en la personne de ce grand physicien et collectionneur Elias Ashmole, qui a vécu de 1617 à 1692, qui a écrit ses mémoires conservées au Museum Ashmolean, à Oxford. Il a écrit qu'il avait été initié dans une loge anglaise le 16 octobre 1646. Or Ashmole était un disciple de Robert Fludd, il a écrit plusieurs ouvrages d'alchimie. Nous savons aussi qu'il s'était lié en Loge avec un certain nombre de savants et de théologiens, les frères Thomas et George Warton, l'astrologue Lily, avec lesquels il organisa une société ayant pour but de bâtir la maison de Salomon, temple idéal des Sciences, société pour laquelle il obtint l'autorisation de se réunir dans le local des Maçons.

Par conséquent, lorsque la Maçonnerie écossaise fut créée au XVIIe siècle, ses fondateurs avaient toutes les données pour y introduire le symbolisme de la Rose-Croix tel qu'il était défini par les rosicruciens, alchimistes.

Ce symbolisme pouvait satisfaire aussi bien les chrétiens que les adeptes de l'Hermétisme ou de l'Alchimie.

Aussi c'est à juste titre que le titulus fiché en travers de la Croix, I. N. R. I., que nous considérons dans notre symbolisme comme la Parole perdue, peut être interprété comme Jesus Nazaréen Roi des Juifs ou comme les initiales des mots : IGNE. NATURA. RENOVATUR. lNTEGRA., c'est par le Feu que la Nature entière se renouvelle, allusion symbolique à la Force du Tout Puissant le Soleil, créateur et dispensateur de la Vie, ou à la transmutation des Métaux par le Feu, enseignée par les Alchimistes. Examinons maintenant le symbole du Signe et du Contre Signe; symbole qui nous vient de la Doctrine Hermétique.

Les Grecs avaient divinisé le Dieu égyptien Thot, sous le nom d'Hermès, Hermès Trismégiste Trois Fois Grand, ce Dieu passait pour l'inventeur des Sciences et des Arts.

C'est ce Dieu qui donna son nom à l'Art hermétique, l'art des Alchimistes.

Guenon nous dit qu'il était la représentation même de l'antique sacerdoce égyptien, ou plutôt du principe d'inspiration supra-humain dont celui-ci tenait son autorité et au nom duquel, il formulait et communiquait la connaissance initiatique.

C'est au XIIe siècle que parurent de nombreux ouvrages attribués à Hermès.

Le plus connu c'est la Table d'Emeraude en latin "Tabula Smaragdina" qui nous intéresse particulièrement puisque notre Signe et notre Contre Signe sont extraits de cette table d'Emeraude dont voici la traduction intégrale qui se trouve dans l'ouvrage de Serge Hutin, déjà cité.

"Il est vrai sans mensonge, certain et très véritable :

"Ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut et ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas, pour accomplir les miracles d'une seule chose.

"Et de même que toutes choses ont été et sont venues d'Un, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique par adaptation.

"Le Soleil en est le père, la Lune en est la mère. Le vent l'a porté dans son ventre, la terre est sa nourrice. La perfection de tout le monde est ici. Sa puissance est sans bornes sur la terre.

"Tu sépareras la Terre du Feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande Industrie.

"Il monte de la Terre vers le Ciel et redescend aussitôt sur la Terre et il recueille la force des Choses supérieures et inférieures. Tu auras ainsi toute la gloire du monde et c'est pourquoi toute obscurité s'éloignera de toi.

"C'est la force forte de toute force car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide.

"Ainsi le monde a été créé. Voici la source d'admirables adaptations indiquées ici.

"C'est pourquoi j'ai été appelé HERMS TRISMEGISTE ayant les Trois parties de la Philosophie Universelle."

Ce que j'ai dit de l'opération SOLEIL est complet.

Ce texte semble être la traduction d'un texte arabe, qui aurait traduit un texte grec très ancien ; la légende indique que ce texte était gravé sur une émeraude, que l'on a trouvée dans le tombeau d'Hermès, d'où son nom de Table d'Emeraude.

Dans ce texte qui semble un peu bizarre, il est facile d'y retrouver la plus grande partie de la doctrine solaire et alchimique, ainsi que la doctrine de l'Unité cosmique et celle de l'Analogie et des Correspondances entre toutes les parties de la Création, comme entre la Création et le Grand oeuvre Alchimique.

En effet, dans toute la philosophie hermétique qui a été développée au Moyen Age se reflétait certaines idées dés philosophes de l'antiquité; idées reprises dans les traités de Bazile Valentin, de Paracelse, de Robert Fludd et d'Andreæ.

C'étaient la théorie solaire, l'unité cosmique, le dualisme sexuel, et les Trois Mondes.

La théorie Solaire; nous la retrouvons dans le symbole de la Rose sur la Croix. Le Soleil anime le Monde et l'Homme, dans le cosmos. Le centre de l'Energie c'est le Soleil.

Notez que cette théorie solaire si elle est aujourd'hui dépassée n'est pas si naïve qu'elle le paraît actuellement, étant donné nos connaissances, car elle était basée sur l'observation des effets du soleil sur la vie des hommes à cette époque. Il est certain que notre vie est suspendue à l'activité du soleil l'énergie qu'il nous envoie sous forme de radiations est énorme et il a été calculé que chaque année le soleil perd un peu de son poids, et que dans un milliard d'années, sa masse étant réduite, nous serions plus éloignés de lui et que sur la terre la température serait réduite de près de 30 degrés; les conséquences seraient donc assez désastreuses pour la vie des hommes.

Le dualisme sexuel que nous retrouvons également dans le symbole de la Rose sur la Croix, est constaté par toutes les oppositions, toutes les sympathies et antipathies que l'on retrouve dans le monde; ces oppositions proviennent de l'opposition entre le principe masculin et le principe féminin.

La théorie des Trois Mondes est expliquée par Robert Fludd. Il y a trois mondes, Dieu, la Nature et l'Homme : l'homme appelé microcosme, offre en abrégé toutes les parties de l'univers, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.

La théorie de l'Unité cosmique se retrouve aussi dans la théorie de l'Unité de la Matière.

La matière en se dissociant peut prendre diverses formes et sous ces formes nouvelles se combiner elle-même et produire de nouveaux corps en nombre infini.

C'est ainsi que les alchimistes ont de tout temps travaillé à la transmutation des métaux pour arriver à la production de l'or.

La première étape était la fabrication de la Pierre philosophale au moyen de laquelle on pouvait faire des miracles, rendre l'homme invisible, guérir toutes les maladies.

Retenons seulement de cette transmutation des métaux, quelques descriptions alchimiques la Pierre blanche convenablement chauffée devient rouge, rouge comme nos cordons, rouge comme le phoenix qui renaît de ses cendres.

Mais je dois arriver au terme de mon propos et revenir à notre signe et à notre contresigne.

Quand nous faisons ce geste au début et à la fin de nos travaux il ne peut s'agir d'un geste banal qui semble relier le ciel à la terre en invoquant une divinité quelconque, il s'agit du geste défini dans la Table d'Emeraude, geste qui nous rappelle l'Unité Cosmique et l'Unité de la Matière.

Nos savants actuels, ne sont-ils pas d'ailleurs les continuateurs des alchimistes anciens, quand ils arrivent à transformer la matière non plus par le feu, mais en la bombardant avec des neutrons ; c'est en bombardant avec des neutrons, l'uranium 235, qu'on arrive à le dissocier pour fabriquer la bombe atomique.

Cette unité de la matière, cette unité cosmique a été clairement définie par notre T... Ill... F... Corneloup dans son livre d'"Alpha à Omega", au chapitre : les Trois colonnes, Unité, Continuité, Architecture.

"La première Colonne, c'est l'unité, c'est la base même du monisme; c'est l'affirmation que la totalité des parties diverses qui constituent l'univers sont toutes intégralement issues d'un élément unique selon les conditions de ses manifestations, il sera matière ; énergie, chaleur, électricité, lumière ; pensée sans exclure la possibilité d'autres formes que nous ne pouvons connaître faute de moyens de perception directe par notre organisme, ou indirecte à l'aide d'instruments que nous avons inventés."

Quand notre T... Ill... F... Viaud nous a rappelé dans son discours de clôture de septembre 1961, les théories sur la lumière, théories ondulatoires et théories granulatoires, n'a-t-il pas terminé en disant "matière et lumière apparaissent aujourd'hui comme plus semblables dans leur structure qu'on ne pensait autrefois par là notre conception de la nature se trouve embellie et simplifiée".

Vous voyez, mes FF... Chev... que les progrès de la science nous rapprochent singulièrement des théories anciennes que la tradition nous a léguées, par le symbolisme que nous pratiquons.

Je veux espérer que cette rapide incursion dans le domaine de l'alchimie et dans le domaine historique de notre grade, incitera certains de nos FF... à lire les nombreux ouvrages qui ont été écrits sur cette question, pour encore l'approfondir, à mieux en comprendre le sens initiatique, et ainsi à l'aimer encore davantage.

 

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Publié le 2 Octobre 2026 par T.D

 

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