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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique(part3)

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Ces rituels ont donc subi des adaptations plus ou moins judicieuses, mais le REP a su conserver une fraîcheur, refusant un syncrétisme généralisé ou une direction trop marquée dans un sens doctrinaire.

Le paysage qu’il offre à l’historien des rites maçonniques, à l’avantage d’une grande limpidité qui vient de son exercice militaire d’origine et d’une importation, aussi massive que subite, du rite pratiqué outre-Manche. Pour la clarté de notre exposé, nous ne prétendons pas à l’unicité monolithique du Early Grand Scottish. Nous reconnaissons à celui-ci une plasticité propre à son histoire et à son transport continental qui à défaut de moyen de contrôle d’éventuelles Grandes Loges, a pu cheminer sur différents terrains en pratiquant des adaptations nécessaires.

Les LL\ militaires ont fait souche aux endroits ou elles se sont installées et notamment à Saint-Germain-en-Laye. C’est ainsi qu’en 16 mars 1688 est enregistrée par le G\ O\ de France selon son état de 1778 la L\ militaire des gardes irlandaises « Parfaite Égalité »,

ex L\dite de « Dorrington » du nom de son colonel depuis 1651. Notons au passage que cette loge prendra encore le nom de « Walsh » par la suite. Pour finalement en 1752 prendre le nom de « Parfaite égalité » reconnue pour son antériorité.

Gustave Bord remarque que la sécularisation des LL\après la disparition des effectifs militaires s’explique notamment du fait que de nombreuses familles et non des moindres qui suivaient les rois en exil, firent souche, sans doute plus par nécessité que par goût, qu’elles continuèrent à pratiquer les rites initiatiques tout en ouvrant à la vie civile leur recrutement.

Dans une note, Robert Ambelain rappelle que André Michel Ramsay, chevalier baronnet d’Écosse, Stuartiste convaincu, fut enterré à Saint-Germain-en-Laye et que sur son acte de décès figurent les signatures de la fine fleur de la noblesse Stuartiste en exil et établie au Royaume de France. Son apport fut immense et révèle la jonction existant entre la franc-maçonnerie et la chevalerie, mariant la truelle et l’épée. Il est à lui seul le témoin de l’existence d’une Franc-Maçonnerie spéculative avec une tradition préexistante à la création de la G\L\de Londres en 1717.

Ce souchage français des LL\ militaires porta ses fruits, mais il ne fut pas le seul. Quoi qu'il en soit, le Early Grand Scottish est souvent traduit par « Rite Ecossais Jacobite », ce qui atteste s’il en était besoin de ses origines.

Malgré l’exil et le décès de Jacques II Stuart, l’esprit Jacobite ne s’éteint pas. Il est entretenu par les rivalités qui se font constamment jour dans le but de reprendre le pouvoir, et par le troisième personnage qui prétend à la couronne d’Angleterre d’Écosse et d’Irlande, il s’agit de Charles III Stuart.

Il faut comprendre que les LL\maçonniques étaient par le secret rituelique qui les animait un prodigieux instrument de manipulation et de lutte d’influence. C’était tout autant un lieu de dialogue et de complot. Elles réunissaient des gens qui étaient déjà convaincus par le sentiment d’appartenance, il suffisait d’orienter le groupe pour l’acquérir à la cause. Ainsi des partisans ont pu se liguer ou se rencontrer dans un dialogue qu’on imagine fraternel.

L’épopée Stuartiste marque pour l’avenir la méfiance du pouvoir en place face à des LL\qui nuitamment se réunissent sous le sceau du secret. Les LL\ Jacobites ont en quelque sorte par les luttes d’influence des conjurés dont elles furent le creuset, inaugurés la fonction politique et donc sociétale d’une L\, en mettant le caractère initiatique entre parenthèses. D’une évolution à l’autre, l’histoire des rites maçonniques est riche de sens pour qui veut l’entendre, l’exemple le plus approprié dans notre cas fut la rectification de 1778 : Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon lors d'un Convent organisé par J.B. Willermoz, ne fut que le remaniement associé à l’influence du Martinézisme sur les Rites Ecossais Primitifs pratiqué par ces anciennes LL\militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Sans vouloir blesser quiconque nous pouvons avancer que le REP eut deux surgeons le SOT et le RER.

Il faut dire que le Rite primitif avait déjà été adapté par la mouvance de la Stricte Observance Templiere et qu’il avait déjà sa pratique assurée avec des adaptations diverses dans les autres LL\écossaises. L’apport principal du convent fut de densifier l’apport des élus Cohen sur les bases Ecossaises, sans oublier la fondation Templiere de la stricte observance. Cet exercice de style était rendu nécessaire, la trop grande diversité dans l’application d’un rituel dont on avait oublié les origines cent dix ans plus tard, créa un besoin de rationalité que l’ancien système L\ Mère, L\Fille n’arrivait plus à juguler.

Ainsi Robert Ambelain faisant ici œuvre d’historien ira jusqu’a affirmer (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p.148) : « Il est absolument certain qu’il n’y avait pas en 1771, dix LL\ tenant régulièrement leurs pouvoirs (et leur filiation surtout) de la G\L\ d’Angleterre, et il n’y avait, de Rite Ecossais, au sens propre du mot, qu’en France et en Allemagne, où il avait été introduit et adapté par le Baron de Hund. Ce rite Ecossais n’était rien d’autre que celui que nous connaissons sous le nom de Early Grand Scottish Rite, c'est-à-dire une adaptation du rituel verbal des maçons opératifs aux aspirations des maçons acceptés" (et autres partisans du Roi, ndlr). » On notera que nombres de maçons « acceptés » furent de culture « rose croix » ou alchimistes, ou hébraïsants et marquèrent de leurs influences le rite Stuart.

Leurs rituels furent diffusés partout sur le continent et dans les iles. En 1751 le 27 Aout à Marseille le Stuartiste Georges de Wallnon, fonda (avec des pouvoirs venus d'Edinburgh), ce qui devait devenir la Mère L\Ecossaise de Marseille sous le nom de "Saint‑Jean d'Écosse". Le REP est donc bien le rite de base dans sa forme générique, découlant des rites en cours dans les loges militaires et de partisans du XVIIe siècle et s’adaptant à la vie civile, par le truchement de FF\ implantés dans la société civile et restants acquis à la cause Stuartiste jusqu’en 1750. C’est une des raisons pour laquelle la devise du Rite est « Primigenius more majorem » qui veut affirmer l’ancienneté et l’antériorité historico-mythique de ce rite à tous les autres. (Notons qu'il est souvent revendiqué par les rites d'être les plus anciens, moins pour des raisons historiques difficiles à démontrer que par une volonté de soucher l'origine de l'initiation dans une antériorité "mythique"!)

Développement civil et évolution des Loges Jacobites en France

Le mouvement Jacobite a permis le développement de la Franc-Maçonnerie tout en donnant à cette dernière un rôle politique. Dans la période de l'exil, les trois premiers Grands Maitres sont des Jacobites : le duc de Wharton, James Hector MacLean, Charles Radcliffe, conte de Derwentwater. 

En période plus calme, ce phénomène partisan s’apaise pour laisser la place au travail du maçon dans un tissus social, qui se fonde sur un entre-soi bourgeois fait d'intérêts communs, mais aussi par une dimension initiatique qui ressort des rituels. Un rite une fois élaboré et implanté géographiquement peut soit végéter, soit s’éteindre, soit se développer. Nous pensons que Saint-Germain-en-Laye ne fut pas la seule implantation en France. Quand on parle de rite Ecossais Primitif il ne faut pas uniquement se focaliser sur les LL\militaires qui furent des précurseurs, mais aussi sur les civils qui en même temps créèrent des LL\ avec les rituels dont ils disposaient en partant d’Angleterre et d’Écosse et qui étaient aussi différents et variés du fait de leurs origines géographiques, donc l’appellation REP serait un terme générique faisant allusion plus à son ancienneté, n’excluant pas sa diversité ni l’ajout d’influences « modernes ».

La diaspora va grandissante et s’installe partout où il est bon de commercer et partout ou existe déjà une implantation Jacobite, et ceci jusqu'à Rome.

Il est intéressant de noter que l’apport catholique n’est plus le seul, les événements sont tels que les exilés sont tout autant anglicans, protestants et presbytériens. Ainsi lesdites LL\oublieront rapidement les motivations politiques de leurs aînés, pour en vivre uniquement le souvenir, la légende et le mythe. De l’exil et de l’éternel retour ils feront ce que toute société initiatique s’attache à créer : une source intarissable, fécondant le processus initiatique.

Dans cet afflux régulier de réfugiés, quelques-uns ouvrent des LL\dûment patentées. D’autres constituent des LL\ qui pour le coup sont purement spéculatives et sans filiations directes. On retiendra à titre d’exemple l’intervention de trois personnages fondateurs de LL\Jacobites : Charles Radcliffe, le Marquis de Calvières et Georges de Wallnon.

Charles Radcliffe: 

On citera le premier et finalement le plus remarquable, Charles Radcliffe, lord Derwentwater en 1726 qui allume les feux de la L\Jacobite « Saint Thomas 1er ». Homme remarquable, ayant participé aux tentatives de reconquêtes Jacobites, fait prisonnier puis évadé. Il fut initié par Ramsay et il ouvre l’une des premières LL\ civiles. Il fut nommé premier grand Maître de l’Ordre à la Saint-Jean d’hiver 1736. Il transmet son maillet au Duc d’Antin en 1738, et pris part à l’expédition manquée de 1744. À nouveau prisonnier, détenu à la tour de Londres il fut décapité le 9 décembre 1746. Son parcours est l’illustration du caractère Jacobite de la Franc-Maçonnerie française de cette époque.

Le Marquis de Clavière:

- 1736 : initiation du Marquis de Calvières dans les milieux Jacobites d'Avignon dans la L\ dite de « Saint Jean ».

- 1737 : séjour de Calvières à Paris, contacts avec les milieux Jacobites

- 1737 : en août, Calvières est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvières continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

‑ 1738 : cette année là, Calvières appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nommé Dépositaire de l'Ordre, évidemment ordre Jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie Jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait peu d'autres en France. À tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'État était reçu franc-maçon.

‑ 1749 Des visites nombreuses de francs-maçons Jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, venant de Marseille. Oeuvraient à Marseille les LL\ Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Élus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Notons entre-temps l’allumage des feux de La R\L\ de Saint Jean de Toulouse par Jean de Barnwall de Tremlestown, Irlandais et Stuartistes, et l’installation de la « G\L\Ecossaise de Rouen » en 1746.

Georges de Wallnon:

Dans cet apport successif et varié des loges dites Jacobites, il y en a une qui semble la plus à même de représenter le REP c’est celle de Marseille. Née 27 août 1751 par la volonté du Jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Édimbourg le 17 juin 1751, constitue à Marseille la L\ Saint‑Jean d'Écosse. Le 17 mai de 1762 Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de V\et M\de L\à Alexandre Routier, et la L\prend alors le nom de « Mère‑L\de Marseille », titre qui lui restera longtemps. L\puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. Sa volonté d’essaimage, son caractère mercantile, accéléra son rayonnement au point de concurrencer le G\O\dont le dirigisme et le régime dit Français étaient mal compris.

Le développement se fit aussi bien dans les colonies qu’en Provence. On allume les feux des LL\filles à Draguignan, Salon, Arles, Tarascon, Saint Pierre de la Martinique, Saint-Domingue, Smyrne et Constantinople. On observera dès 1751, date de sa fondation, que les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. Le rituel tel qu’il fut pratiqué dans le temps se chargea des influences que la maçonnerie dans son ensemble a bien voulu accepter.

‑ 1794 à Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

‑ 1801 Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses LL\filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines Stuartistes est à peu près oublié, elle réunit commerçants banquiers et négociants.

L'apport de Robert Ambelain:

Robert Ambelain donne quelques précisions sur les rituels de la Mère L\Ecossaise de Marseille, dans une note (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p. 79):

« En réalité nous possédons de ce rituel que la version manuscrite de 1812, comprenant également quatre grades supérieurs. Mais il est à peu près certain que les rituels du premier et du deuxième degré (App\ et Comp\) sont Jacobites, ayant été communiqués à l’origine par le maçon écossais Georges de Wallnon, leur simplicité en témoigne. Par contre, le rituel du troisième degré (M\) vient de la G\L\de Londres, car la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye ne connaissait que le M\de L\, et ignorait le rite de la mort d’Hiram. » Plus loin, (p. 133), il rappelle qu’il tient ses pouvoirs de transmission en matière initiatique et en matière de rituel, de son rattachement aux anciens devoirs es qualité Compagnon du tour de France des devoirs unis à l’Union compagnonnique ou il fut reçu « compagnon ymagier » et à la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye dont il possédait l’attestation, et le manuscrit rituel de l’époque. Cependant loin de feindre d’ignorer ces influences dont nous pouvons aujourd’hui nous féliciter, le Rite Ecossais Primitif a été protégé et expurgé de tout ce qui pouvait représenter une contre initiation potentielle.

C’est ainsi que fidèle à cette purification, le rituel du troisième grade n’entraîne pas le Comp\ en deçà des limites inférieures de l’être, l’expurgeant de détails qui n’apparaissent pas dans les rituels d’origine. Ainsi le Comp\ n’a pas à connaître la putréfaction pour lui-même en étant étendu sous un drap mortuaire taché de sang. C’est une situation trop risquée, sur un plan contre initiatique, pour être entreprise dans nos LL\. Les évolutions historiques furent si importantes que le REP fut additionné, refondu dans des généalogies aussi diverses que le Rite Ecossais Rectifié dont il est incontestablement le précurseur et le Rite Ecossais Philosophique notamment. Il en découle que les traces du rite se retrouvent conservées et à l’abri aux Etats-Unis, terre d’immigration par excellence et écrin de conservation des rites tels qu’ils sont au moment où ils arrivent. C’est donc des Etats-Unis par le Suprême Conseil des Rites confédérés qui émanait lui-même du Grand Conseil des Rites Unis que nous revient le REP, patente étant donnée le 30 septembre 1919 de ré-instaurer le REP en France à Jean Bricaud. Cette patente est citée par Albert Lantoine dans son ouvrage « La Franc-Maçonnerie chez elle » p. 298 éd. Slatkine, Genève,1981, 2ème édition et par Albert Cools dans « Histoire du rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm en France » publié en 1971.

Ladite patente sera transmise par Bricaud à Constant Chevillon en 1934 qui la transmettra à son tour à Charles Henri Dupont en 1944 avant d’être arrêté par la milice. Durant cet épisode les archives et les patentes furent confisquées par la milice. C’est Robert Ambelain qui succéda en patente à Charles Henri Dupont et réveilla effectivement ledit rite dès 1985 dans la L\de réveil « Saint André d’Écosse », le 20 mars 1985 à Paris. Enfin il crée la G\L\travaillant au rite. Le 20 décembre 1991, Désiré Arnéodo devient V\M\ de la « Lumière Ecossaise » en vertu d’une patente signée de Robert Ambelain. En 1993, nomination de Désiré Arnéodo au poste de G\M\ régional pour le sud et l’outremer. Remise en mains propres des patentes, rituels et notes historiques le 20 décembre 1993. Sa nomination en qualité de G M de la GLS en 1994 précède sa démission d’une structure devenue sans effectifs.

Par les essaimages successifs de la Loge mère toujours détentrice de la pratique ininterrompue et conforme du rite depuis 1991, il fut décidé de recréer une Grande Loge Symbolique travaillant au Rite Ecossais Primitif en 2011 en conformité avec les principes de la loi 1901 et garantissant le liberté de conscience. La GLSREP sera confirmée dans sa filiation légitime et directe par patente de rite accordée par le successeur désigné de Robert Ambelain, Patrick Leterme.

Grades pratiqués aujourd’hui et leurs équivalences

Le « Rite Ecossais Primitif » comptait à l'origine 7 grades, puis il en a connu 47 dans la profusion des hauts grades des 18e et 19e siècle, RA Gilbert cite dans Ars Quatuor Coronatum en 1986, que AE Waite dans son journal fait mention de sa réception au 44e degré du Early Grand Scottish. Constatons simplement qu’en 1751 la Mère L\de Marseille comprenait 7 grades. Soit les deux premiers App\ et Comp\, typiquement primitifs et qui ont toujours cour en nos tenues, celui de M\ d’importation récente, et enfin s’agissant des grades dits supérieurs, au 4e un grade dit de vengeance : M\ élu des neufs, au 5e : M\ parfait Ecossais d’Écosse réunis en chapitre et travaillant sur la parole sacrée et sa prononciation, un 6e : Chevalier de l’épée, surnommé chevalier de l’Orient ou de l’aigle, se réunissant aux deux Equinoxes, mars et septembre. Grade chevaleresque traitant de l’exil et du retour, avec Cyrus et Zorobabel. Enfin le 7e : Emané d’Heredon, grade donné en Chapitre R+C et de Saint André, au milieu du temple dévasté il s’agit de retrouver la parole perdue dans l’attitude du bon pasteur. D’une manière générale on constate que les grades de vengeance sont peu compatibles avec l’ésotérisme chrétien. Seuls les grades d’exils et de Saint André ou R+C sont de mise dans les développements du REP. C’est dans un souci de cohérence que Robert Ambelain a voulu restituer au rite son caractère épuré et traditionnel avec les 7 grades d'origine, dont un grade fonctionnel fort important quant à l’ancienne tradition des M\de L\ les deux premiers grades seraient historiquement ceux du Rite Ecossais Primitif :

I. App\, II. Comp\, III. M\(anciennement «Compagnon Confirmé»).

Grades dits supérieurs et fonctionnels :

Chambre écossaise : IV. M\Installé

(ou encore M\de Saint-Jean ou M\de L\)

il constitue un grade fonctionnel pour exercer le Vénéralat. Il ne peut être accordé sans être déjà M\ écossais.

V. M\ Écossais et Chevalier de Saint-André (équi. 18e) grade avec un versant Ecossais(14èm) et un versant Chevalier qui trouve ses origines légendaires dans la création par Robert Bruce de l’Ordre de Saint André du Chardon en date du 24 juin 1314, ce rituel n’est pas sans rappeler le retour des Stuarts sur le trône après l’exil, de plus on remarque que cet ordre fut réactivé en 1687 par Jacques II en plein effort de stabilisation au pouvoir.

Ordre intérieur :

À compter de 1991 pas de commentaire particulier si ce n’est que ces deux grades sont similaires à ceux du RER dans une forme simplifiée cependant.

VI. Écuyer Novice du Temple (équi. 30e)

VII. Chevalier du Temple (équi. 33e)

Robert Ambelain s'est efforcé de redonner toute sa profondeur au « Rite Ecossais Primitif » en revenant à la Tradition d'origine qui donne au REP son style propre et si particulier de Franc-Maçonnerie chevaleresque, dans une simplicité restaurée.

Notons que Robert Ambelain après avoir apporté ce Rite en dépôts au suprême conseil des rites confédérés (Franc-Maçonnerie oubliée, p.62), en a repris la maîtrise totale, possédant seul la faculté de transmettre par lui-même, et assisté d’une G\L\ qu’il constitua. La G\L\, organe non initiatique, car purement administratif, devenue sans objet par défaut de LL\ adhérentes, les seules qui continuèrent l’exercice ininterrompu du rite sont en droit de transmettre ce dernier suivant l’ancien système L\ Mère à L\Fille puis, lorsque le nombre de LL\ est suffisant, il fut envisagé la reconstitution d’une G\L\légitime, en droite ligne de la transmission. Est-il besoin de rappeler 2 principes de base en matière initiatique : c’est l’Homme qui transmet l’influence spirituelle et donc l’initiation, une « organisation » n’y est apte que par le biais de celui qui a reçu la transmission et peut en justifier. Il s'agit donc d'un passage de témoin supposant une pratique effective. Cette transmission pour être régulière dans sa forme doit respecter scrupuleusement un rituel adapté.

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Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique(part2)

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Le développement se fit aussi bien dans les colonies qu’en Provence. On allume les feux des LL\filles à Draguignan, Salon, Arles, Tarascon, Saint Pierre de la Martinique, Saint-Domingue, Smyrne et Constantinople. On observera dès 1751, date de sa fondation, que les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. Le rituel tel qu’il fut pratiqué dans le temps se chargea des influences que la maçonnerie dans son ensemble a bien voulu accepter.

‑ 1794 à Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

‑ 1801 Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses LL\filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines Stuartistes est à peu près oublié, elle réunit commerçants banquiers et négociants.

L'apport de Robert Ambelain:

Robert Ambelain donne quelques précisions sur les rituels de la Mère L\Ecossaise de Marseille, dans une note (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p. 79):

« En réalité nous possédons de ce rituel que la version manuscrite de 1812, comprenant également quatre grades supérieurs. Mais il est à peu près certain que les rituels du premier et du deuxième degré (App\ et Comp\) sont Jacobites, ayant été communiqués à l’origine par le maçon écossais Georges de Wallnon, leur simplicité en témoigne. Par contre, le rituel du troisième degré (M\) vient de la G\L\de Londres, car la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye ne connaissait que le M\de L\, et ignorait le rite de la mort d’Hiram. » Plus loin, (p. 133), il rappelle qu’il tient ses pouvoirs de transmission en matière initiatique et en matière de rituel, de son rattachement aux anciens devoirs es qualité Compagnon du tour de France des devoirs unis à l’Union compagnonnique ou il fut reçu « compagnon ymagier » et à la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye dont il possédait l’attestation, et le manuscrit rituel de l’époque. Cependant loin de feindre d’ignorer ces influences dont nous pouvons aujourd’hui nous féliciter, le Rite Ecossais Primitif a été protégé et expurgé de tout ce qui pouvait représenter une contre initiation potentielle.

C’est ainsi que fidèle à cette purification, le rituel du troisième grade n’entraîne pas le Comp\ en deçà des limites inférieures de l’être, l’expurgeant de détails qui n’apparaissent pas dans les rituels d’origine. Ainsi le Comp\ n’a pas à connaître la putréfaction pour lui-même en étant étendu sous un drap mortuaire taché de sang. C’est une situation trop risquée, sur un plan contre initiatique, pour être entreprise dans nos LL\. Les évolutions historiques furent si importantes que le REP fut additionné, refondu dans des généalogies aussi diverses que le Rite Ecossais Rectifié dont il est incontestablement le précurseur et le Rite Ecossais Philosophique notamment. Il en découle que les traces du rite se retrouvent conservées et à l’abri aux Etats-Unis, terre d’immigration par excellence et écrin de conservation des rites tels qu’ils sont au moment où ils arrivent. C’est donc des Etats-Unis par le Suprême Conseil des Rites confédérés qui émanait lui-même du Grand Conseil des Rites Unis que nous revient le REP, patente étant donnée le 30 septembre 1919 de ré-instaurer le REP en France à Jean Bricaud. Cette patente est citée par Albert Lantoine dans son ouvrage « La Franc-Maçonnerie chez elle » p. 298 éd. Slatkine, Genève,1981, 2ème édition et par Albert Cools dans « Histoire du rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm en France » publié en 1971.

Ladite patente sera transmise par Bricaud à Constant Chevillon en 1934 qui la transmettra à son tour à Charles Henri Dupont en 1944 avant d’être arrêté par la milice. Durant cet épisode les archives et les patentes furent confisquées par la milice. C’est Robert Ambelain qui succéda en patente à Charles Henri Dupont et réveilla effectivement ledit rite dès 1985 dans la L\de réveil « Saint André d’Écosse », le 20 mars 1985 à Paris. Enfin il crée la G\L\travaillant au rite. Le 20 décembre 1991, Désiré Arnéodo devient V\M\ de la « Lumière Ecossaise » en vertu d’une patente signée de Robert Ambelain. En 1993, nomination de Désiré Arnéodo au poste de G\M\ régional pour le sud et l’outremer. Remise en mains propres des patentes, rituels et notes historiques le 20 décembre 1993. Sa nomination en qualité de G M de la GLS en 1994 précède sa démission d’une structure devenue sans effectifs.

Par les essaimages successifs de la Loge mère toujours détentrice de la pratique ininterrompue et conforme du rite depuis 1991, il fut décidé de recréer une Grande Loge Symbolique travaillant au Rite Ecossais Primitif en 2011 en conformité avec les principes de la loi 1901 et garantissant le liberté de conscience. La GLSREP sera confirmée dans sa filiation légitime et directe par patente de rite accordée par le successeur désigné de Robert Ambelain, Patrick Leterme.

Grades pratiqués aujourd’hui et leurs équivalences

Le « Rite Ecossais Primitif » comptait à l'origine 7 grades, puis il en a connu 47 dans la profusion des hauts grades des 18e et 19e siècle, RA Gilbert cite dans Ars Quatuor Coronatum en 1986, que AE Waite dans son journal fait mention de sa réception au 44e degré du Early Grand Scottish. Constatons simplement qu’en 1751 la Mère L\de Marseille comprenait 7 grades. Soit les deux premiers App\ et Comp\, typiquement primitifs et qui ont toujours cour en nos tenues, celui de M\ d’importation récente, et enfin s’agissant des grades dits supérieurs, au 4e un grade dit de vengeance : M\ élu des neufs, au 5e : M\ parfait Ecossais d’Écosse réunis en chapitre et travaillant sur la parole sacrée et sa prononciation, un 6e : Chevalier de l’épée, surnommé chevalier de l’Orient ou de l’aigle, se réunissant aux deux Equinoxes, mars et septembre. Grade chevaleresque traitant de l’exil et du retour, avec Cyrus et Zorobabel. Enfin le 7e : Emané d’Heredon, grade donné en Chapitre R+C et de Saint André, au milieu du temple dévasté il s’agit de retrouver la parole perdue dans l’attitude du bon pasteur. D’une manière générale on constate que les grades de vengeance sont peu compatibles avec l’ésotérisme chrétien. Seuls les grades d’exils et de Saint André ou R+C sont de mise dans les développements du REP. C’est dans un souci de cohérence que Robert Ambelain a voulu restituer au rite son caractère épuré et traditionnel avec les 7 grades d'origine, dont un grade fonctionnel fort important quant à l’ancienne tradition des M\de L\ les deux premiers grades seraient historiquement ceux du Rite Ecossais Primitif :

I. App\, II. Comp\, III. M\(anciennement «Compagnon Confirmé»).

Grades dits supérieurs et fonctionnels :

Chambre écossaise : IV. M\Installé

(ou encore M\de Saint-Jean ou M\de L\)

il constitue un grade fonctionnel pour exercer le Vénéralat. Il ne peut être accordé sans être déjà M\ écossais.

V. M\ Écossais et Chevalier de Saint-André (équi. 18e) grade avec un versant Ecossais(14èm) et un versant Chevalier qui trouve ses origines légendaires dans la création par Robert Bruce de l’Ordre de Saint André du Chardon en date du 24 juin 1314, ce rituel n’est pas sans rappeler le retour des Stuarts sur le trône après l’exil, de plus on remarque que cet ordre fut réactivé en 1687 par Jacques II en plein effort de stabilisation au pouvoir.

Ordre intérieur :

À compter de 1991 pas de commentaire particulier si ce n’est que ces deux grades sont similaires à ceux du RER dans une forme simplifiée cependant.

VI. Écuyer Novice du Temple (équi. 30e)

VII. Chevalier du Temple (équi. 33e)

Robert Ambelain s'est efforcé de redonner toute sa profondeur au « Rite Ecossais Primitif » en revenant à la Tradition d'origine qui donne au REP son style propre et si particulier de Franc-Maçonnerie chevaleresque, dans une simplicité restaurée.

Notons que Robert Ambelain après avoir apporté ce Rite en dépôts au suprême conseil des rites confédérés (Franc-Maçonnerie oubliée, p.62), en a repris la maîtrise totale, possédant seul la faculté de transmettre par lui-même, et assisté d’une G\L\ qu’il constitua. La G\L\, organe non initiatique, car purement administratif, devenue sans objet par défaut de LL\ adhérentes, les seules qui continuèrent l’exercice ininterrompu du rite sont en droit de transmettre ce dernier suivant l’ancien système L\ Mère à L\Fille puis, lorsque le nombre de LL\ est suffisant, il fut envisagé la reconstitution d’une G\L\légitime, en droite ligne de la transmission. Est-il besoin de rappeler 2 principes de base en matière initiatique : c’est l’Homme qui transmet l’influence spirituelle et donc l’initiation, une « organisation » n’y est apte que par le biais de celui qui a reçu la transmission et peut en justifier. Il s'agit donc d'un passage de témoin supposant une pratique effective. Cette transmission pour être régulière dans sa forme doit respecter scrupuleusement un rituel adapté.

Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique

Le « Rite Ecossais Primitif » se veut l’un des plus ancien Rite maçonnique symbolique et traditionnel encore pratiqué de nos jours : il pourrait être considéré comme l'ancêtre de certains Rites. Il souche en lui, l’ensemble des germes qui vont prospérer à compter de la deuxième partie du XVIIIe siècle. L’initiative du réveil du Rite revient à Robert Ambelain, détenteur des patentes et des éléments transmis par ses glorieux aînés, qui malgré les années noires de la seconde guerre mondiale, a su remettre en forme et en ordre la quasi-totalité du Rite.

C’est un véritable travail de chartiste que l’intéressé a effectué, un travail de vérification et de recherches dont l’objectif avoué consistait à rendre au Rite Ecossais Primitifs ses ors et son sens primordial. Il a dû prudemment tenir compte des évolutions tectoniques de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Ce parcours de vérification, d’une masse documentaire digne des plus grands encyclopédistes, fut mené dans l’après-guerre, jusqu’en 1985. Il s’agissait d’accorder ladite documentation, dont il était pour partie dépositaire via patentes et rituels, avec les sources historiques des premières implantations de LL\ maçonnique en France. Ces travaux de recherche s’effectuant sur un plan historique, avec une tradition essentiellement orale, mena l’intéressé vers un travail de recoupement et de synthèse, dont nous profitons aujourd’hui. L’écueil des excès de transformation des rites n’a affecté le REP qu’à la marge. Ainsi, les décors originaux du rite non francisés, lui ont été restitués en fonction de la tradition des loges régimentaires.

La légende d’Hiram dont l’apparition serait postérieure à 1730 est expurgée, suivant les termes du S\G\M\« de son caractère contre initiatique et antichrétien ». Pour l’essentiel, il s’agissait de rétablir l'esprit des rituels d’origine, tout en acceptant une partie des adaptations historiques, consistant au grade de M\ et de sa légende,  en une lumière incarnée aussi indispensable qu’originelle.

Contrairement à une idée répandue, à l’initiative de certains intellectuels soucieux de monopoliser et de contrôler les sources historiques, la Franc-Maçonnerie spéculative des origines, n'est pas née uniquement de la G\L\de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson. Bien que cet événement cristallise en lui certaines influences et sera le modèle futur de développement de la franc-maçonnerie continentale, la Franc-Maçonnerie française descend naturellement des premières LL\ installées par les immigrés de la Grande île et ceci dès le 26 mars 1688.

Cette date deviendra le point de départ d’une recherche historique démontrant l'existence de LL\militaires Stuartistes, composées d’officiers et de bas-officiers, au sein des régiments écossais et irlandais ayant fidèlement escorté le roi Charles II d'Angleterre dans son exil français. D’après Robert Ambelain « ce sont ces loges militaires qui introduiront en France la maçonnerie avec l’arrivée de Jacques II d’Angleterre en exil à Saint-Germain-en-Laye, et les régiments fidèles qui l’on suivi, composés d’Écossais et d’Irlandais, catholiques, protestants ou anglicans, mais liés par leur serment de fidélité au souverain ( Franc-Maçonnerie oubliée, p. 35). Cette incursion au royaume de France pris racine et se ramifia dans un mouvement plus large pour constituer les LL\ Stuartistes ou Jacobites. 1688, constitue la base de nos recherches sur le Rite Ecossais Primitif. À ce stade, il convient d’aborder l’étendue de la recherche autour du terme « Early Grand Scottish » dans des textes ou témoignages antérieurs. On trouve mention du « Rite Ecossais Primitif » dans un des plus anciens documents maçonniques existants. Nous reprenons les recherches de la R.°.L.°.« La Lumière Ecossaise » à l’Orient d' Ollioules, (une des deux dernières LL\ régulières en lignage direct d'avec Robert Ambelain) : « Ce document datant du 16e siècle (1590), est d'importance, car il est écrit de la main d'un « F\ Visit\» assistant à la réception d'un App\ lors d'une tenue de maçonnerie spéculative au « Early Scottish Rite » et qui relate sa visite. C'est l'un des tous premiers documents faisant état de l'existence d'une maçonnerie spéculative ».

C’est ici une contribution d’importance qui, sans constituer une preuve en soi, nous oblige à faire état des évolutions des rites en Écosse et en Angleterre. Jusqu’en 1630, les anciens devoirs qui dominent les rituels maçonniques opératifs sont de nature gothique et directement sous influence catholique.

Cette influence, ainsi que les dorures du gothique tendent à diminuer, notamment au profit de l’anglicanisme. L’arrivée des calvinistes va remettre en cause l’ancien style et l’ancienne tradition des cathédrales, au profit d’une démarche stylistique plus épurée, tout en maintenant un devoir de mémoire imposé par les Statuts de William Schaw de 1598 et 1599. Il y met au point, pour toute l'Écosse, une réglementation en langue écossaise, de la profession de maçon "opératif", distincte des guildes de métier ainsi qu’une réglementation fonctionnelle et hiérarchique des LL\ maçonniques à trois niveaux: Apprentis-entrés, Compagnons et Surveillant de la L\ (« interit prenteiss, fallow of craft, warden »). Le terme de maître maçon (master massoun) y est également employé, mais il désignerait un état d'artisan et non pas une fonction dans la L\.

William Schaw imposa aux LL\ opératives le « devoir de mémoire » et la présence d’un secrétaire.

C’est dans ce cadre que va s’élaborer le « Masson Word ». Ce nouveau rituel s’établit dans la région de Kilwinning en Écosse vers 1630. C’est la conjonction des deux séries de rituels, catholiques « Anciens devoirs » ou « gothiques » et Calvinistes du « Masson word », qui probablement donnera naissance au « Early Grand Scottish ».

L'histoire apportera son lot d’inflexions, pour en arriver à une période dite de transition où l’on verra des tiers, non maçons, être « acceptés » dans ces confréries opératives, ou dans des loges des Anciens devoirs, amenant leurs connaissances, leurs finances et leurs relationnels. Trois apports qui semblaient indispensables à la survie et la revitalisation de ces structures en perte de vitesse depuis l’arrêt des grands chantiers. Mais la transition n'est pas la seule évolution. Dans le sillage des rois écossais se développent des "loges" ou assemblées discrètes de partisans, qui partagent et défendent une légitimité de droit divin, considérants leur souverain comme un Salomon bâtisseur. En regard de l'adversité politique et religieuse, ces partisans se réunissent sous le sceau du secret avec mot et signes de reconnaissance. 

À la suite de Robert Ambelain, nous pouvons affirmer que ce rituel trouve son fondement légendaire et probablement historique dans ce centre Traditionnel de l'écossisme des origines, soit à Kilwinning en Écosse, et plus précisément sur le mont Hérédom. À ce stade il est bon de rappeler que légendes et mythes, ici vétéro, néotestamentaires et celtiques, ont toujours tissé la toile de fond des rites opératifs et spéculatifs. Ils garantissent la plasticité initiatique de la Franc-Maçonnerie de tradition.

Le REP se prévaut d’avoir la même tradition originelle que l'ordre fondé par Robert Bruce le 24 juin 1314 pour célébrer la victoire écossaise de Bannockburn avec l’appui de templiers réfugiés. La dénomination de l’Ordre de Saint André du Chardon sera relevée par Charles II en 1658 à Londres dans le but de décorer le général Monck et ses partisans vainqueurs. Cet ordre historique et légendaire, s'appuiera sur un ensemble d’hommes aguerris, conquis à la cause Stuartiste et aboutira à une duplication maçonnique de l’ordre sous le titre de M\ Écossais, Chevalier de Saint André du Chardon. Précisons que cet ordre trouve ses origines dans le Temple du fait de sa légende fondatrice. Ce grade, aujourd’hui pratiqué au REP est « bicéphale », en ce sens qu’il s’attache au grade de maître écossais qui autrefois avait barre sur les LL\car il alimentait la charge de M\de L\, et qui au surplus constituait le développement naturel du grade de Maître, vers un exaucement chevaleresque sur lequel nous reviendrons.

Ce seront de très fidèles maçons qui animeront les LL\françaises durant l’exil et apporterons aux grades supérieurs de l’écossisme une double lecture du grade. La première sera liée à la bible et à la connaissance symbolique de Esdras I et II, avec toute la charge mythique de l’exil et du retour, mais aussi et de manière plus prosaïque, le retour conquérant vers la Grande île et la reconquête du trône. Il y a donc une pensée symbolique de haute volée, assimilant l'exil à une traversée du désert, et sa duplication politique de circonstance.

Une prudence sémantique s’impose cependant lorsqu’il s’agit de rechercher l’origine d’une expression qui, par sa nature même, peut être considérée comme générique. Peut-on en effet soutenir durablement que la préexistence d’un rite ne tienne qu’à sa provenance et sa dénomination ? Certainement pas. Il semble utile de comparer les rites et rituels pour admettre une filiation « Early Grand Scottish ».

Il est possible de déterminer, avec la variable imposée par le temps et les adaptations aussi nombreuses que circonstancielles, à quelle souche peut être raccordé tel ou tel rite pratiqué. Pour le REP l'exil et le retour sembles incontournables ainsi que la notion de lumière en soi.

Quoiqu’il en soi, on retrouve mention de ce rite dans « Rituels et Degrés du Early Grand Scottish Rite » publié en 1890 par Mattew Mc Blain.  Ce dernier, malgré les réserves que l’on peut faire sur son parcours, y précise que ce rite est le plus ancien des anciens rites : « The primitive Early Grand Scottich Rite is the oldest practised by the Grand Council ».

Ceux-ci se comprennent comme le système qui précède et inspirera les rites dits « écossais » comme le RER le Rite Zinnendorf, le Rite Suédois, la Stricte Observance Templière, d’une part, et d’autre part, le REAA.

Il est important de préciser que le terme de Rite dit « Écossais Primitif » recouvre une multitude de rites anciens qui d’un même souchage ont produit des variantes aussi nombreuses que les villes ou ils furent pratiqués. C’est ainsi que certains hauts dignitaires de la maçonnerie du XVVIIIème siècle détenaient un collection très importante de rites. (Voir à ce sujet les apports des Chefdebien aux Chapitres et Orients auxquels ils participèrent, corpus de rites recueillis ultérieurement par le Grand Orient.)

La destinée Stuartiste et naissance du mouvement Jacobite

Il convient de donner quelques précisions sur le contexte historique. Rite Ecossais Primitif a dès son implantation en France, parti lié avec la famille royale Stuart, dans une longue lignée de cousinage. Il est nécessaire de rappeler les liens particuliers qui existent depuis la guerre de Cent Ans entre la France et l’Écosse, marquée par le mariage de Louis XI et de Marguerite d’Écosse fille de Jacques Ier en 1436. Louis XIII devient beau frère de Charles Ier. Louis XIV sera cousin germain de Charles II et de Jacques II, Louis XV cousin de Jacques III, Louis XVI de Charles III, et Louis XVIII celui de Charles X.

Robert Ambelain dans ses différents courriers et communications verbales, nous a décrit de manière suffisamment précise l’arrivée du rite transporté dans les bagages des officiers et bas officiers des régiments irlandais et écossais.

 

Cette arrivée sur notre sol s’explique par les problèmes politiques et religieux qui sévissent chez nos voisins anglais, écossais et irlandais. La révolution est en marche de l’autre côté de la Manche. La fraction catholique Stuartiste menée par Charles II d’Angleterre est en difficulté face à la maison de Hanovre. Il obtient l’asile pour lui-même et quelques régiments constitutifs de sa garde, embryon de corps expéditionnaire en vue d’une reconquête ultérieure.

Cette arrivée des régiments fit l’objet d’un morceau d’architecture lue par Robert Ambelain, en L\féminine de Memphis Misraïm R\L\Le Delta au zénith de Neuilly sur Seine, le mardi 8 octobre 1991.

Il est précisé dans ces travaux, le rôle de protecteur de la famille Stuart sur l’Ordre maçonnique au travers de ses différents rois : Charles 1er, Charles II, Jacques II, Charles III. Protecteurs de la Franc-Maçonnerie, ces rois favorisent la diffusion des cet ordre initiatique parmi d’autres à l’époque, donnant ainsi ses lettres de noblesse à cette maçonnerie écossaise qualifiée plus tard de Jacobite.

On relève dans ce sens Charles Ier favorisant la publication des textes mystiques tels que ceux de Jacob Böhme. Charles II en 1672 promulgue l’édit de la liberté de conscience. Jacques II emboîtera le pas de ses aînés.

Au plan international le Royaume de France voit d’un bon œil tout ce qui est de nature à lutter contre les puissances maritimes protestantes. Ces régiments repartent à la conquête de leur île d’origine. Le Roi Charles II sera enfin couronné en 1661.

Son frère cadet prend la succession de Charles II décédé en 1685. Jacques II est le troisième fils du roi Charles Ier, décapité lors de la révolution de 1649, et de la reine, née Henriette de France, fille d'Henri IV de France. Il est aussi le cousin germain du roi de France Louis XIV, et l'une de ses sœurs, Henriette d'Angleterre, épouse Philippe de France, duc d'Orléans, frère dudit Louis XIV. Preuve de la confiance et du soutien de son frère aîné, le 27 janvier 1644, il est fait duc d'York, titre traditionnellement conféré au second fils survivant des souverains anglais. Les liens de parenté vont prévaloir dans tous les aspects y compris dans la liberté et l’usage qui va précéder l’implantation des premières loges en France, du moins dans les trois premières décennies.

Louis XIV apporta son soutien à Jacques lors de son exil. Il l'avait déjà fait duc de Normandie peu après la restauration de Charles II.

L’évènement majeur qui va causer sa perte est sa conversion au catholicisme de manière secrète.

Le témoignage de son ouverture d’esprit est essentiellement marqué après son avènement, par les faveurs accordées aux Églises minoritaires (dont l'Église catholique), et par l'accueil d'un nonce apostolique à Londres. La réaction à cet évènement fut violent.

Face au risque de dynastie catholique, la naissance d'un héritier mâle en 1688 inquiète la grande majorité de ses sujets. La noblesse tente un rapprochement avec sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, chef des armées hollandaises dans le but de renverser le roi. Ceux-ci débarquent en 1688, à Torbay, entraînant la fuite de Jacques II sans combat le 11 décembre 1688, il finit par déposer le pouvoir le mois suivant. Il trouve refuge auprès de son cousin germain, Louis XIV comme nombre de ses partisans (d’où l’appellation Jacobites). Pour aider sont cousin le catholique Jacques II d'Angleterre, à retrouver son trône, Louis XIV lui propose une flotte et des hommes mis sous l'autorité de Tourville.

L'embarquement est prévu en Cotentin avec vingt mille hommes et soixante-dix vaisseaux pour débarquer près de l'île de Portland. L'opération tourne à l'échec au cours de la bataille de la Hougue. Il réside au Château de Quinéville durant ces événements et assiste au désastre depuis le clocher du village. Ces évènements sont connus sous le nom de « Glorieuse Révolution ». Pour contrer la Ligue d'Augsbourg (Angleterre, Provinces-Unies, Autriche, États d'Allemagne, Espagne), Louis XIV tente de replacer Jacques II sur le trône et ainsi de déplacer la guerre en Angleterre. Jacques II subi une succession de défaites suite au débarquement en Irlande, au siège d’Athlone, à la bataille d'Aughrim et au siège de Limerick. Ces défaites lui ôtent tout espoir de retrouver son trône.

Jacques II meurt le 16 septembre 1701 au château de Saint-Germain-en-Laye sans avoir pu reconquérir le trône. Son corps est inhumé en l’église paroissiale.

On remarquera que de nombreuses familles exilées ont fait souche sur le continent et à Saint Germain notamment, on y trouve trace de leur implantation au cimetière de la ville.

Les exilés Stuartistes auraient contribué à fonder plusieurs loges maçonniques en Europe, à la suite des LL\ militaires irlandaises et écossaises.

Les Stuarts dans la FM.

Ce rapide survol événementiel met en avant trois points fondamentaux :

- Les Stuarts ont toujours été un soutien indéfectible à la Franc-Maçonnerie en général, le Roi est un Salomon bâtisseur ;

- Les liens d’amitié et la filiation historique entre la France et l’Écosse sortent renforcés par ces évènements et vont contribuer au bon accueil des exilés avec leurs usages maçonniques ;

- La reconquête du pouvoir est une constante politique qui va hanter les relations internationales, relayée par l’activité conspiratrice des LL\dites Jacobites.

En trois ans de règne seulement, Jacques II a fait preuve d’un sens de l’État mêlé à ses convictions personnelles. À l’égal de ses devanciers, on prétend qu’il fut G\M\ de la Franc-Maçonnerie. Il est certain que son empathie était totale. Il appuie par ses actes une forme de liberté de conscience.

La déclaration dite d’indulgence de 1687 et l’édit de Tolérance de 1693 ont joué un rôle majeur dans l'histoire politique anglaise avant d'être rejetés massivement lors de la Glorieuse Révolution de 1688, au cours de laquelle les intellectuels whigs décident d'appeler à l'aide les Néerlandais et les réfugiés huguenots français des Provinces-Unies pour se débarrasser du dernier représentant de la dynastie catholique Stuart. Cette politique transfrontalière est fondée sur l’ostracisme religieux qui régnait sur la Grande île qui fût la base de son rejet, les considérations de politique internationale vont rejoindre cette opposition entre catholiques et protestants.

Cousin et ami proche de Louis XVI, Jacques II trouve asile en France, avec une importante colonie de soldats Jacobites (le nom vient du sien), installés à Nantes, d’où ils préparent les tentatives de reconquête de 1692, 1707, 1711 et 1746. Nous y reviendrons.

Ses fidèles amis de la dynastie marchande des Irlandais de Nantes, menée par Anthony Walsh, père et fils, prirent le relais et jouèrent un rôle central dans l'expansion coloniale du XVIIIe siècle aux Antilles.

Au plan sociologique, on notera l’afflux vertigineux pour l’époque de quarante mille réfugiés sur le territoire du royaume de France ; composés pour l’essentiel de militaires et pour 40% d’aristocrates, qui feront souche apportant outre l’esprit Jacobite, les usages rituelique des LL\dites écossaises et irlandaises. Ce fait induit naturellement une diversité des rituels appliqués en royaume de France en fonction de la provenance des maçons. Il faut comprendre que le rite écossais primitif d’Edinburgh ne pouvait être identique à celui qui avait cours à Dublin ou à Londres.

Saint-Germain-en-Laye en 1688 devient le centre de la résistance Jacobite en exil. Les réfugiés sont hébergés au château.

Loges écossaises et jacobitisme en France

Nous abordons ici un versant plus prosaïque du développement des LL\écossaises dans le royaume de France sous couvert de l'exil. Le « jacobitisme » historique était un mouvement politique, fondé entre 1688 et 1807, composé d’individus qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts. Ils considéraient comme usurpateurs tous les Rois et Reines britanniques ayant régné pendant cette période. Ce mouvement, plus qu’une tendance politique correspond à un état d’esprit très proche de l’esprit français de l’époque, recherchant un point d’appui anti Hanovrien.

Le « jacobitisme » moderne est un petit mouvement composé de ceux qui considèrent toujours comme illégitimes les rois et les reines régnants sur les pays de l'Empire britannique et du Commonwealth depuis 1688 jusqu'à aujourd'hui. Les Jacobites modernes considèrent de fait que la reine Elisabeth II (née en 1926, reine depuis 1952) n'est que "la princesse Philippe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg".

Jacques II et VII fut contraint d’abandonner le pouvoir à cause de l'invasion de l'Angleterre par les troupes hollandaises de son neveu et gendre Guillaume III, prince d'Orange. Guillaume a été invité à renverser son oncle par certains hommes politiques appelés les Whigs.

En 1689, Guillaume et sa femme la princesse Marie sont conjointement proclamés « Roi et Reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse ».

Guillaume III et Marie II par le truchement des parlements d’Angleterre et d’Écosse s'arrogent le droit d'exclure du trône le Roi Jacques II et son fils Jacques, le prince de Galles. Le parlement d’Irlande n'a jamais été consulté (depuis 1494, le parlement anglais avait le droit de faire des lois pour l'Irlande sans consulter le parlement irlandais). La Reine Marie II meurt en 1694; le Roi Guillaume III continue de régner seul jusqu'à sa propre mort en 1702.

En 1701 le parlement anglais déclare qu'aucun catholique (ou personne avec un conjoint catholique) ne pourra hériter des trônes britannique et irlandais. Les parlements écossais et irlandais refusent de promulguer la même loi d'interdiction. Le roi Guillaume succède sur les trois trônes, et sa belle-sœur Anne est couronnée Reine Anne Ire de Grande-Bretagne. Pendant son règne le parlement écossais est aboli, le parlement anglais absorbant les députés et les pairs écossais.

Ce parlement a changé son propre nom et le parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne a définitivement remplacé les parlements d'Angleterre et d'Écosse. Ainsi les lois anglaises sur la succession sont devenues des lois britanniques. Le successeur de la Reine Anne est la personne protestante la plus proche du trône. Il s'agit de Georges Ier, Électeur de Hanovre (1660-1727) un descendant d'une sœur du roi Charles Ier. Georges Ier n’était que 56e en ligne de succession, mais il prime tous les autres, (55 avant lui) qui étaient des catholiques. Il a réussi, selon la nouvelle loi sur la « Succession protestante ». Les Jacobites n'ont jamais reconnu ce deuxième coup d'État non plus. De 1688 jusqu’à la mort de la Reine Anne, les partisans de ces "coups d’État" ont été appelés les Orangistes (d'après Guillaume d’Orange).

Par la suite, avec l'accession au trône de George Ier en 1714, ces mêmes partisans ont été qualifiés d'Hanovriens.

C'est pour défendre les droits du roi Jacques II et VII et – après sa mort en 1701 - de son fils Jacques François Stuart (proclamé «Jacques III et VIII») que de nombreux Britanniques et Irlandais, devenus les Jacobites, se sont révoltés à plusieurs reprises entre 1689 et 1746. En Irlande, le roi Jacques II et VII fut battu par Guillaume III en personne à la bataille de la Boyne le 12 juillet 1690 et à la bataille d'Aughrim. De nos jours la bataille de la Boyne est célébrée par un jour férié et de grands défilés par les protestants "Orangistes" en Irlande du Nord. L'insurrection continua jusqu'en 1692 quand les derniers Jacobites irlandais furent contraints de fuir le port de Limerick au sud-ouest de l'île et d’aller vivre en exil en France. Ils sont connus dans l'histoire irlandaise comme les « oies sauvages ». L'Écosse, où les Jacobites furent pourtant moins nombreux qu'en Irlande, a fait l'objet de cinq tentatives de reconquête Jacobites en 54 ans, toutes lancées à partir de la France, avortées lors de la bataille de la Hougue en 1692, puis plus menaçantes en 1708, 1715, 1719 et surtout 1746.           

C'est en Écosse, berceau de la dynastie des Stuarts, que Jacques François Stuart ("Jacques VIII" pour les Jacobites écossais et "Jacques III" pour les Jacobites hors d'Écosse, "le Vieux Prétendant" pour les Whigs) tenta de débarquer en 1708, lança une insurrection en 1715, et encore une fois tenta de débarquer en 1719.

C'est aussi en Écosse et en son nom que son fils Charles Édouard Stuart, lança la toute dernière insurrection en 1745, battit les Anglais en Écosse à la bataille de Prestonpans le 21 septembre 1745, et pénétra jusqu'à 250 kilomètres en Angleterre où il gagna la ville de Derby (à 192 kilomètres de Londres) avant qu'il ne soit obligé par ses conseillers militaires de se retirer.

Il subit une défaite écrasante devant le prince Guillaume Auguste, Duc de Cumberland (1721-1765), fils du roi Georges II, (1683-1760, régnant depuis 1727) à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. La répression sur les rescapés de la bataille, et les civils vivant aux alentours fut féroce. La cause Jacobite était ruinée en Écosse. Près d'un millier de prisonniers furent réduits en esclavage et déportés aux États-Unis où ils travailleront dans des plantations.

On perçoit dès lors une farouche détermination dans cette reconquête et on comprend mieux l’intérêt à développer en France les LL\maçonniques qui servaient de lieux d’échange et de regroupement.

 

Souchage militaire et francisation

 

C’est donc l’épopée Stuartiste qui permit l’implantation des premières LL\en France. Ces LL\ essaimèrent suffisamment pour se regrouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des francs-maçons dans le Royaume de France. C’est ici la première tentative de structuration. La Franc-Maçonnerie de cette époque est essentiellement Écossaise et Jacobite.

Le caractère militaire va marquer le pas face à l’intérêt ou la curiosité de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des LL\ Écossaises ou Irlandaises civiles. Viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des LL\ exclusivement françaises, parce que composées de maçons français, faisant évoluer l’honorable en respectable.

Enfin, en 1755, ces LL\ se grouperont en une G\L\de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le G\ O\de France que nous connaissons. Cette G\L\ de France disparaîtra en 1769, laissant donc la place au G\O\ de France, L'actuelle G\L\ de France a été constituée en 1897, d'une G\L\Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes LL\ayant fait dissidence antérieurement.

Parallèlement à ces évènements politiques, les régiments tenaient leurs LL\ dites régimentaires en leurs différents lieux d’affectation. Le rituel tel qu’il était donné à cette époque différait de celui que nous connaissons aujourd’hui. Outre la référence au roi, le principe de base de la plupart des rituels était encore sous l’ancienne influence des anciens devoirs opératifs, mais depuis cinquante ans, les rituels dit « gothiques » et catholiques par leurs origines, se trouvent influencés voir modifiés par les rituels d’origine calviniste, souchés près la loge Kilwinning en Écosse connue sous l’appellation du « mot de maçon ».

Ce mot de maçon (Masson Word) est en réalité un mot de reconnaissance entre maçons du même grade. Les introductions concernent bien évidemment le serment sur la bible qui ne pouvait exister dans les anciens devoirs catholiques, la lecture du rituel sur le mode de la triple voix, l’instruction rythmée sur le mode question-réponse et enfin bien plus tard l’apparition d’un troisième grade celui de maître avec un rituel adéquat. Il est donc illusoire de vouloir faire coïncider les rituels d’origine militaire de l’époque avec ceux que nous pratiquons actuellement.

Tout juste arriverions-nous à établir une filiation distincte de la souche anglaise.

 

 

 

           

commentaires

Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique(part1)

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Le « Rite Ecossais Primitif » se veut l’un des plus ancien Rite maçonnique symbolique et traditionnel encore pratiqué de nos jours : il pourrait être considéré comme l'ancêtre de certains Rites. Il souche en lui, l’ensemble des germes qui vont prospérer à compter de la deuxième partie du XVIIIe siècle. L’initiative du réveil du Rite revient à Robert Ambelain, détenteur des patentes et des éléments transmis par ses glorieux aînés, qui malgré les années noires de la seconde guerre mondiale, a su remettre en forme et en ordre la quasi-totalité du Rite.

C’est un véritable travail de chartiste que l’intéressé a effectué, un travail de vérification et de recherches dont l’objectif avoué consistait à rendre au Rite Ecossais Primitifs ses ors et son sens primordial. Il a dû prudemment tenir compte des évolutions tectoniques de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Ce parcours de vérification, d’une masse documentaire digne des plus grands encyclopédistes, fut mené dans l’après-guerre, jusqu’en 1985. Il s’agissait d’accorder ladite documentation, dont il était pour partie dépositaire via patentes et rituels, avec les sources historiques des premières implantations de LL\ maçonnique en France. Ces travaux de recherche s’effectuant sur un plan historique, avec une tradition essentiellement orale, mena l’intéressé vers un travail de recoupement et de synthèse, dont nous profitons aujourd’hui. L’écueil des excès de transformation des rites n’a affecté le REP qu’à la marge. Ainsi, les décors originaux du rite non francisés, lui ont été restitués en fonction de la tradition des loges régimentaires.

La légende d’Hiram dont l’apparition serait postérieure à 1730 est expurgée, suivant les termes du S\G\M\« de son caractère contre initiatique et antichrétien ». Pour l’essentiel, il s’agissait de rétablir l'esprit des rituels d’origine, tout en acceptant une partie des adaptations historiques, consistant au grade de M\ et de sa légende,  en une lumière incarnée aussi indispensable qu’originelle.

Contrairement à une idée répandue, à l’initiative de certains intellectuels soucieux de monopoliser et de contrôler les sources historiques, la Franc-Maçonnerie spéculative des origines, n'est pas née uniquement de la G\L\de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson. Bien que cet événement cristallise en lui certaines influences et sera le modèle futur de développement de la franc-maçonnerie continentale, la Franc-Maçonnerie française descend naturellement des premières LL\ installées par les immigrés de la Grande île et ceci dès le 26 mars 1688.

Cette date deviendra le point de départ d’une recherche historique démontrant l'existence de LL\militaires Stuartistes, composées d’officiers et de bas-officiers, au sein des régiments écossais et irlandais ayant fidèlement escorté le roi Charles II d'Angleterre dans son exil français. D’après Robert Ambelain « ce sont ces loges militaires qui introduiront en France la maçonnerie avec l’arrivée de Jacques II d’Angleterre en exil à Saint-Germain-en-Laye, et les régiments fidèles qui l’on suivi, composés d’Écossais et d’Irlandais, catholiques, protestants ou anglicans, mais liés par leur serment de fidélité au souverain ( Franc-Maçonnerie oubliée, p. 35). Cette incursion au royaume de France pris racine et se ramifia dans un mouvement plus large pour constituer les LL\ Stuartistes ou Jacobites. 1688, constitue la base de nos recherches sur le Rite Ecossais Primitif. À ce stade, il convient d’aborder l’étendue de la recherche autour du terme « Early Grand Scottish » dans des textes ou témoignages antérieurs. On trouve mention du « Rite Ecossais Primitif » dans un des plus anciens documents maçonniques existants. Nous reprenons les recherches de la R.°.L.°.« La Lumière Ecossaise » à l’Orient d' Ollioules, (une des deux dernières LL\ régulières en lignage direct d'avec Robert Ambelain) : « Ce document datant du 16e siècle (1590), est d'importance, car il est écrit de la main d'un « F\ Visit\» assistant à la réception d'un App\ lors d'une tenue de maçonnerie spéculative au « Early Scottish Rite » et qui relate sa visite. C'est l'un des tous premiers documents faisant état de l'existence d'une maçonnerie spéculative ».

C’est ici une contribution d’importance qui, sans constituer une preuve en soi, nous oblige à faire état des évolutions des rites en Écosse et en Angleterre. Jusqu’en 1630, les anciens devoirs qui dominent les rituels maçonniques opératifs sont de nature gothique et directement sous influence catholique.

Cette influence, ainsi que les dorures du gothique tendent à diminuer, notamment au profit de l’anglicanisme. L’arrivée des calvinistes va remettre en cause l’ancien style et l’ancienne tradition des cathédrales, au profit d’une démarche stylistique plus épurée, tout en maintenant un devoir de mémoire imposé par les Statuts de William Schaw de 1598 et 1599. Il y met au point, pour toute l'Écosse, une réglementation en langue écossaise, de la profession de maçon "opératif", distincte des guildes de métier ainsi qu’une réglementation fonctionnelle et hiérarchique des LL\ maçonniques à trois niveaux: Apprentis-entrés, Compagnons et Surveillant de la L\ (« interit prenteiss, fallow of craft, warden »). Le terme de maître maçon (master massoun) y est également employé, mais il désignerait un état d'artisan et non pas une fonction dans la L\.

William Schaw imposa aux LL\ opératives le « devoir de mémoire » et la présence d’un secrétaire.

C’est dans ce cadre que va s’élaborer le « Masson Word ». Ce nouveau rituel s’établit dans la région de Kilwinning en Écosse vers 1630. C’est la conjonction des deux séries de rituels, catholiques « Anciens devoirs » ou « gothiques » et Calvinistes du « Masson word », qui probablement donnera naissance au « Early Grand Scottish ».

L'histoire apportera son lot d’inflexions, pour en arriver à une période dite de transition où l’on verra des tiers, non maçons, être « acceptés » dans ces confréries opératives, ou dans des loges des Anciens devoirs, amenant leurs connaissances, leurs finances et leurs relationnels. Trois apports qui semblaient indispensables à la survie et la revitalisation de ces structures en perte de vitesse depuis l’arrêt des grands chantiers. Mais la transition n'est pas la seule évolution. Dans le sillage des rois écossais se développent des "loges" ou assemblées discrètes de partisans, qui partagent et défendent une légitimité de droit divin, considérants leur souverain comme un Salomon bâtisseur. En regard de l'adversité politique et religieuse, ces partisans se réunissent sous le sceau du secret avec mot et signes de reconnaissance. 

À la suite de Robert Ambelain, nous pouvons affirmer que ce rituel trouve son fondement légendaire et probablement historique dans ce centre Traditionnel de l'écossisme des origines, soit à Kilwinning en Écosse, et plus précisément sur le mont Hérédom. À ce stade il est bon de rappeler que légendes et mythes, ici vétéro, néotestamentaires et celtiques, ont toujours tissé la toile de fond des rites opératifs et spéculatifs. Ils garantissent la plasticité initiatique de la Franc-Maçonnerie de tradition.

Le REP se prévaut d’avoir la même tradition originelle que l'ordre fondé par Robert Bruce le 24 juin 1314 pour célébrer la victoire écossaise de Bannockburn avec l’appui de templiers réfugiés. La dénomination de l’Ordre de Saint André du Chardon sera relevée par Charles II en 1658 à Londres dans le but de décorer le général Monck et ses partisans vainqueurs. Cet ordre historique et légendaire, s'appuiera sur un ensemble d’hommes aguerris, conquis à la cause Stuartiste et aboutira à une duplication maçonnique de l’ordre sous le titre de M\ Écossais, Chevalier de Saint André du Chardon. Précisons que cet ordre trouve ses origines dans le Temple du fait de sa légende fondatrice. Ce grade, aujourd’hui pratiqué au REP est « bicéphale », en ce sens qu’il s’attache au grade de maître écossais qui autrefois avait barre sur les LL\car il alimentait la charge de M\de L\, et qui au surplus constituait le développement naturel du grade de Maître, vers un exaucement chevaleresque sur lequel nous reviendrons.

Ce seront de très fidèles maçons qui animeront les LL\françaises durant l’exil et apporterons aux grades supérieurs de l’écossisme une double lecture du grade. La première sera liée à la bible et à la connaissance symbolique de Esdras I et II, avec toute la charge mythique de l’exil et du retour, mais aussi et de manière plus prosaïque, le retour conquérant vers la Grande île et la reconquête du trône. Il y a donc une pensée symbolique de haute volée, assimilant l'exil à une traversée du désert, et sa duplication politique de circonstance.

Une prudence sémantique s’impose cependant lorsqu’il s’agit de rechercher l’origine d’une expression qui, par sa nature même, peut être considérée comme générique. Peut-on en effet soutenir durablement que la préexistence d’un rite ne tienne qu’à sa provenance et sa dénomination ? Certainement pas. Il semble utile de comparer les rites et rituels pour admettre une filiation « Early Grand Scottish ».

Il est possible de déterminer, avec la variable imposée par le temps et les adaptations aussi nombreuses que circonstancielles, à quelle souche peut être raccordé tel ou tel rite pratiqué. Pour le REP l'exil et le retour sembles incontournables ainsi que la notion de lumière en soi.

Quoiqu’il en soi, on retrouve mention de ce rite dans « Rituels et Degrés du Early Grand Scottish Rite » publié en 1890 par Mattew Mc Blain.  Ce dernier, malgré les réserves que l’on peut faire sur son parcours, y précise que ce rite est le plus ancien des anciens rites : « The primitive Early Grand Scottich Rite is the oldest practised by the Grand Council ».

Ceux-ci se comprennent comme le système qui précède et inspirera les rites dits « écossais » comme le RER le Rite Zinnendorf, le Rite Suédois, la Stricte Observance Templière, d’une part, et d’autre part, le REAA.

Il est important de préciser que le terme de Rite dit « Écossais Primitif » recouvre une multitude de rites anciens qui d’un même souchage ont produit des variantes aussi nombreuses que les villes ou ils furent pratiqués. C’est ainsi que certains hauts dignitaires de la maçonnerie du XVVIIIème siècle détenaient un collection très importante de rites. (Voir à ce sujet les apports des Chefdebien aux Chapitres et Orients auxquels ils participèrent, corpus de rites recueillis ultérieurement par le Grand Orient.)

 

La destinée Stuartiste et naissance du mouvement Jacobite

 

Il convient de donner quelques précisions sur le contexte historique. Rite Ecossais Primitif a dès son implantation en France, parti lié avec la famille royale Stuart, dans une longue lignée de cousinage. Il est nécessaire de rappeler les liens particuliers qui existent depuis la guerre de Cent Ans entre la France et l’Écosse, marquée par le mariage de Louis XI et de Marguerite d’Écosse fille de Jacques Ier en 1436. Louis XIII devient beau frère de Charles Ier. Louis XIV sera cousin germain de Charles II et de Jacques II, Louis XV cousin de Jacques III, Louis XVI de Charles III, et Louis XVIII celui de Charles X.

Robert Ambelain dans ses différents courriers et communications verbales, nous a décrit de manière suffisamment précise l’arrivée du rite transporté dans les bagages des officiers et bas officiers des régiments irlandais et écossais.

 

Cette arrivée sur notre sol s’explique par les problèmes politiques et religieux qui sévissent chez nos voisins anglais, écossais et irlandais. La révolution est en marche de l’autre côté de la Manche. La fraction catholique Stuartiste menée par Charles II d’Angleterre est en difficulté face à la maison de Hanovre. Il obtient l’asile pour lui-même et quelques régiments constitutifs de sa garde, embryon de corps expéditionnaire en vue d’une reconquête ultérieure.

Cette arrivée des régiments fit l’objet d’un morceau d’architecture lue par Robert Ambelain, en L\féminine de Memphis Misraïm R\L\Le Delta au zénith de Neuilly sur Seine, le mardi 8 octobre 1991.

Il est précisé dans ces travaux, le rôle de protecteur de la famille Stuart sur l’Ordre maçonnique au travers de ses différents rois : Charles 1er, Charles II, Jacques II, Charles III. Protecteurs de la Franc-Maçonnerie, ces rois favorisent la diffusion des cet ordre initiatique parmi d’autres à l’époque, donnant ainsi ses lettres de noblesse à cette maçonnerie écossaise qualifiée plus tard de Jacobite.

On relève dans ce sens Charles Ier favorisant la publication des textes mystiques tels que ceux de Jacob Böhme. Charles II en 1672 promulgue l’édit de la liberté de conscience. Jacques II emboîtera le pas de ses aînés.

 

Au plan international le Royaume de France voit d’un bon œil tout ce qui est de nature à lutter contre les puissances maritimes protestantes. Ces régiments repartent à la conquête de leur île d’origine. Le Roi Charles II sera enfin couronné en 1661.

Son frère cadet prend la succession de Charles II décédé en 1685. Jacques II est le troisième fils du roi Charles Ier, décapité lors de la révolution de 1649, et de la reine, née Henriette de France, fille d'Henri IV de France. Il est aussi le cousin germain du roi de France Louis XIV, et l'une de ses sœurs, Henriette d'Angleterre, épouse Philippe de France, duc d'Orléans, frère dudit Louis XIV. Preuve de la confiance et du soutien de son frère aîné, le 27 janvier 1644, il est fait duc d'York, titre traditionnellement conféré au second fils survivant des souverains anglais. Les liens de parenté vont prévaloir dans tous les aspects y compris dans la liberté et l’usage qui va précéder l’implantation des premières loges en France, du moins dans les trois premières décennies.

Louis XIV apporta son soutien à Jacques lors de son exil. Il l'avait déjà fait duc de Normandie peu après la restauration de Charles II.

L’évènement majeur qui va causer sa perte est sa conversion au catholicisme de manière secrète.

Le témoignage de son ouverture d’esprit est essentiellement marqué après son avènement, par les faveurs accordées aux Églises minoritaires (dont l'Église catholique), et par l'accueil d'un nonce apostolique à Londres. La réaction à cet évènement fut violent.

Face au risque de dynastie catholique, la naissance d'un héritier mâle en 1688 inquiète la grande majorité de ses sujets. La noblesse tente un rapprochement avec sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, chef des armées hollandaises dans le but de renverser le roi. Ceux-ci débarquent en 1688, à Torbay, entraînant la fuite de Jacques II sans combat le 11 décembre 1688, il finit par déposer le pouvoir le mois suivant. Il trouve refuge auprès de son cousin germain, Louis XIV comme nombre de ses partisans (d’où l’appellation Jacobites). Pour aider sont cousin le catholique Jacques II d'Angleterre, à retrouver son trône, Louis XIV lui propose une flotte et des hommes mis sous l'autorité de Tourville.

L'embarquement est prévu en Cotentin avec vingt mille hommes et soixante-dix vaisseaux pour débarquer près de l'île de Portland. L'opération tourne à l'échec au cours de la bataille de la Hougue. Il réside au Château de Quinéville durant ces événements et assiste au désastre depuis le clocher du village. Ces évènements sont connus sous le nom de « Glorieuse Révolution ». Pour contrer la Ligue d'Augsbourg (Angleterre, Provinces-Unies, Autriche, États d'Allemagne, Espagne), Louis XIV tente de replacer Jacques II sur le trône et ainsi de déplacer la guerre en Angleterre. Jacques II subi une succession de défaites suite au débarquement en Irlande, au siège d’Athlone, à la bataille d'Aughrim et au siège de Limerick. Ces défaites lui ôtent tout espoir de retrouver son trône.

Jacques II meurt le 16 septembre 1701 au château de Saint-Germain-en-Laye sans avoir pu reconquérir le trône. Son corps est inhumé en l’église paroissiale.

On remarquera que de nombreuses familles exilées ont fait souche sur le continent et à Saint Germain notamment, on y trouve trace de leur implantation au cimetière de la ville.

Les exilés Stuartistes auraient contribué à fonder plusieurs loges maçonniques en Europe, à la suite des LL\ militaires irlandaises et écossaises.

Les Stuarts dans la FM.

Ce rapide survol événementiel met en avant trois points fondamentaux :

- Les Stuarts ont toujours été un soutien indéfectible à la Franc-Maçonnerie en général, le Roi est un Salomon bâtisseur ;

- Les liens d’amitié et la filiation historique entre la France et l’Écosse sortent renforcés par ces évènements et vont contribuer au bon accueil des exilés avec leurs usages maçonniques ;

- La reconquête du pouvoir est une constante politique qui va hanter les relations internationales, relayée par l’activité conspiratrice des LL\dites Jacobites.

En trois ans de règne seulement, Jacques II a fait preuve d’un sens de l’État mêlé à ses convictions personnelles. À l’égal de ses devanciers, on prétend qu’il fut G\M\ de la Franc-Maçonnerie. Il est certain que son empathie était totale. Il appuie par ses actes une forme de liberté de conscience.

La déclaration dite d’indulgence de 1687 et l’édit de Tolérance de 1693 ont joué un rôle majeur dans l'histoire politique anglaise avant d'être rejetés massivement lors de la Glorieuse Révolution de 1688, au cours de laquelle les intellectuels whigs décident d'appeler à l'aide les Néerlandais et les réfugiés huguenots français des Provinces-Unies pour se débarrasser du dernier représentant de la dynastie catholique Stuart. Cette politique transfrontalière est fondée sur l’ostracisme religieux qui régnait sur la Grande île qui fût la base de son rejet, les considérations de politique internationale vont rejoindre cette opposition entre catholiques et protestants.

Cousin et ami proche de Louis XVI, Jacques II trouve asile en France, avec une importante colonie de soldats Jacobites (le nom vient du sien), installés à Nantes, d’où ils préparent les tentatives de reconquête de 1692, 1707, 1711 et 1746. Nous y reviendrons.

Ses fidèles amis de la dynastie marchande des Irlandais de Nantes, menée par Anthony Walsh, père et fils, prirent le relais et jouèrent un rôle central dans l'expansion coloniale du XVIIIe siècle aux Antilles.

Au plan sociologique, on notera l’afflux vertigineux pour l’époque de quarante mille réfugiés sur le territoire du royaume de France ; composés pour l’essentiel de militaires et pour 40% d’aristocrates, qui feront souche apportant outre l’esprit Jacobite, les usages rituelique des LL\dites écossaises et irlandaises. Ce fait induit naturellement une diversité des rituels appliqués en royaume de France en fonction de la provenance des maçons. Il faut comprendre que le rite écossais primitif d’Edinburgh ne pouvait être identique à celui qui avait cours à Dublin ou à Londres.

Saint-Germain-en-Laye en 1688 devient le centre de la résistance Jacobite en exil. Les réfugiés sont hébergés au château.

 

Loges écossaises et jacobitisme en France

 

Nous abordons ici un versant plus prosaïque du développement des LL\écossaises dans le royaume de France sous couvert de l'exil. Le « jacobitisme » historique était un mouvement politique, fondé entre 1688 et 1807, composé d’individus qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts. Ils considéraient comme usurpateurs tous les Rois et Reines britanniques ayant régné pendant cette période. Ce mouvement, plus qu’une tendance politique correspond à un état d’esprit très proche de l’esprit français de l’époque, recherchant un point d’appui anti Hanovrien.

Le « jacobitisme » moderne est un petit mouvement composé de ceux qui considèrent toujours comme illégitimes les rois et les reines régnants sur les pays de l'Empire britannique et du Commonwealth depuis 1688 jusqu'à aujourd'hui. Les Jacobites modernes considèrent de fait que la reine Elisabeth II (née en 1926, reine depuis 1952) n'est que "la princesse Philippe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg".

Jacques II et VII fut contraint d’abandonner le pouvoir à cause de l'invasion de l'Angleterre par les troupes hollandaises de son neveu et gendre Guillaume III, prince d'Orange. Guillaume a été invité à renverser son oncle par certains hommes politiques appelés les Whigs.

En 1689, Guillaume et sa femme la princesse Marie sont conjointement proclamés « Roi et Reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse ».

Guillaume III et Marie II par le truchement des parlements d’Angleterre et d’Écosse s'arrogent le droit d'exclure du trône le Roi Jacques II et son fils Jacques, le prince de Galles. Le parlement d’Irlande n'a jamais été consulté (depuis 1494, le parlement anglais avait le droit de faire des lois pour l'Irlande sans consulter le parlement irlandais). La Reine Marie II meurt en 1694; le Roi Guillaume III continue de régner seul jusqu'à sa propre mort en 1702.

En 1701 le parlement anglais déclare qu'aucun catholique (ou personne avec un conjoint catholique) ne pourra hériter des trônes britannique et irlandais. Les parlements écossais et irlandais refusent de promulguer la même loi d'interdiction. Le roi Guillaume succède sur les trois trônes, et sa belle-sœur Anne est couronnée Reine Anne Ire de Grande-Bretagne. Pendant son règne le parlement écossais est aboli, le parlement anglais absorbant les députés et les pairs écossais.

Ce parlement a changé son propre nom et le parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne a définitivement remplacé les parlements d'Angleterre et d'Écosse. Ainsi les lois anglaises sur la succession sont devenues des lois britanniques. Le successeur de la Reine Anne est la personne protestante la plus proche du trône. Il s'agit de Georges Ier, Électeur de Hanovre (1660-1727) un descendant d'une sœur du roi Charles Ier. Georges Ier n’était que 56e en ligne de succession, mais il prime tous les autres, (55 avant lui) qui étaient des catholiques. Il a réussi, selon la nouvelle loi sur la « Succession protestante ». Les Jacobites n'ont jamais reconnu ce deuxième coup d'État non plus. De 1688 jusqu’à la mort de la Reine Anne, les partisans de ces "coups d’État" ont été appelés les Orangistes (d'après Guillaume d’Orange).

Par la suite, avec l'accession au trône de George Ier en 1714, ces mêmes partisans ont été qualifiés d'Hanovriens.

C'est pour défendre les droits du roi Jacques II et VII et – après sa mort en 1701 - de son fils Jacques François Stuart (proclamé «Jacques III et VIII») que de nombreux Britanniques et Irlandais, devenus les Jacobites, se sont révoltés à plusieurs reprises entre 1689 et 1746. En Irlande, le roi Jacques II et VII fut battu par Guillaume III en personne à la bataille de la Boyne le 12 juillet 1690 et à la bataille d'Aughrim. De nos jours la bataille de la Boyne est célébrée par un jour férié et de grands défilés par les protestants "Orangistes" en Irlande du Nord. L'insurrection continua jusqu'en 1692 quand les derniers Jacobites irlandais furent contraints de fuir le port de Limerick au sud-ouest de l'île et d’aller vivre en exil en France. Ils sont connus dans l'histoire irlandaise comme les « oies sauvages ». L'Écosse, où les Jacobites furent pourtant moins nombreux qu'en Irlande, a fait l'objet de cinq tentatives de reconquête Jacobites en 54 ans, toutes lancées à partir de la France, avortées lors de la bataille de la Hougue en 1692, puis plus menaçantes en 1708, 1715, 1719 et surtout 1746.

 

               

C'est en Écosse, berceau de la dynastie des Stuarts, que Jacques François Stuart ("Jacques VIII" pour les Jacobites écossais et "Jacques III" pour les Jacobites hors d'Écosse, "le Vieux Prétendant" pour les Whigs) tenta de débarquer en 1708, lança une insurrection en 1715, et encore une fois tenta de débarquer en 1719.

C'est aussi en Écosse et en son nom que son fils Charles Édouard Stuart, lança la toute dernière insurrection en 1745, battit les Anglais en Écosse à la bataille de Prestonpans le 21 septembre 1745, et pénétra jusqu'à 250 kilomètres en Angleterre où il gagna la ville de Derby (à 192 kilomètres de Londres) avant qu'il ne soit obligé par ses conseillers militaires de se retirer.

Il subit une défaite écrasante devant le prince Guillaume Auguste, Duc de Cumberland (1721-1765), fils du roi Georges II, (1683-1760, régnant depuis 1727) à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. La répression sur les rescapés de la bataille, et les civils vivant aux alentours fut féroce. La cause Jacobite était ruinée en Écosse. Près d'un millier de prisonniers furent réduits en esclavage et déportés aux États-Unis où ils travailleront dans des plantations.

On perçoit dès lors une farouche détermination dans cette reconquête et on comprend mieux l’intérêt à développer en France les LL\maçonniques qui servaient de lieux d’échange et de regroupement.

 

Souchage militaire et francisation

 

C’est donc l’épopée Stuartiste qui permit l’implantation des premières LL\en France. Ces LL\ essaimèrent suffisamment pour se regrouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des francs-maçons dans le Royaume de France. C’est ici la première tentative de structuration. La Franc-Maçonnerie de cette époque est essentiellement Écossaise et Jacobite.

Le caractère militaire va marquer le pas face à l’intérêt ou la curiosité de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des LL\ Écossaises ou Irlandaises civiles. Viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des LL\ exclusivement françaises, parce que composées de maçons français, faisant évoluer l’honorable en respectable.

Enfin, en 1755, ces LL\ se grouperont en une G\L\de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le G\ O\de France que nous connaissons. Cette G\L\ de France disparaîtra en 1769, laissant donc la place au G\O\ de France, L'actuelle G\L\ de France a été constituée en 1897, d'une G\L\Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes LL\ayant fait dissidence antérieurement.

Parallèlement à ces évènements politiques, les régiments tenaient leurs LL\ dites régimentaires en leurs différents lieux d’affectation. Le rituel tel qu’il était donné à cette époque différait de celui que nous connaissons aujourd’hui. Outre la référence au roi, le principe de base de la plupart des rituels était encore sous l’ancienne influence des anciens devoirs opératifs, mais depuis cinquante ans, les rituels dit « gothiques » et catholiques par leurs origines, se trouvent influencés voir modifiés par les rituels d’origine calviniste, souchés près la loge Kilwinning en Écosse connue sous l’appellation du « mot de maçon ».

Ce mot de maçon (Masson Word) est en réalité un mot de reconnaissance entre maçons du même grade. Les introductions concernent bien évidemment le serment sur la bible qui ne pouvait exister dans les anciens devoirs catholiques, la lecture du rituel sur le mode de la triple voix, l’instruction rythmée sur le mode question-réponse et enfin bien plus tard l’apparition d’un troisième grade celui de maître avec un rituel adéquat. Il est donc illusoire de vouloir faire coïncider les rituels d’origine militaire de l’époque avec ceux que nous pratiquons actuellement.

Tout juste arriverions-nous à établir une filiation distincte de la souche anglaise.

Ces rituels ont donc subi des adaptations plus ou moins judicieuses, mais le REP a su conserver une fraîcheur, refusant un syncrétisme généralisé ou une direction trop marquée dans un sens doctrinaire.

Le paysage qu’il offre à l’historien des rites maçonniques, à l’avantage d’une grande limpidité qui vient de son exercice militaire d’origine et d’une importation, aussi massive que subite, du rite pratiqué outre-Manche. Pour la clarté de notre exposé, nous ne prétendons pas à l’unicité monolithique du Early Grand Scottish. Nous reconnaissons à celui-ci une plasticité propre à son histoire et à son transport continental qui à défaut de moyen de contrôle d’éventuelles Grandes Loges, a pu cheminer sur différents terrains en pratiquant des adaptations nécessaires.

Les LL\ militaires ont fait souche aux endroits ou elles se sont installées et notamment à Saint-Germain-en-Laye. C’est ainsi qu’en 16 mars 1688 est enregistrée par le G\ O\ de France selon son état de 1778 la L\ militaire des gardes irlandaises « Parfaite Égalité »,

ex L\dite de « Dorrington » du nom de son colonel depuis 1651. Notons au passage que cette loge prendra encore le nom de « Walsh » par la suite. Pour finalement en 1752 prendre le nom de « Parfaite égalité » reconnue pour son antériorité.

Gustave Bord remarque que la sécularisation des LL\après la disparition des effectifs militaires s’explique notamment du fait que de nombreuses familles et non des moindres qui suivaient les rois en exil, firent souche, sans doute plus par nécessité que par goût, qu’elles continuèrent à pratiquer les rites initiatiques tout en ouvrant à la vie civile leur recrutement.

Dans une note, Robert Ambelain rappelle que André Michel Ramsay, chevalier baronnet d’Écosse, Stuartiste convaincu, fut enterré à Saint-Germain-en-Laye et que sur son acte de décès figurent les signatures de la fine fleur de la noblesse Stuartiste en exil et établie au Royaume de France. Son apport fut immense et révèle la jonction existant entre la franc-maçonnerie et la chevalerie, mariant la truelle et l’épée. Il est à lui seul le témoin de l’existence d’une Franc-Maçonnerie spéculative avec une tradition préexistante à la création de la G\L\de Londres en 1717.

Ce souchage français des LL\ militaires porta ses fruits, mais il ne fut pas le seul. Quoi qu'il en soit, le Early Grand Scottish est souvent traduit par « Rite Ecossais Jacobite », ce qui atteste s’il en était besoin de ses origines.

Malgré l’exil et le décès de Jacques II Stuart, l’esprit Jacobite ne s’éteint pas. Il est entretenu par les rivalités qui se font constamment jour dans le but de reprendre le pouvoir, et par le troisième personnage qui prétend à la couronne d’Angleterre d’Écosse et d’Irlande, il s’agit de Charles III Stuart.

Il faut comprendre que les LL\maçonniques étaient par le secret rituelique qui les animait un prodigieux instrument de manipulation et de lutte d’influence. C’était tout autant un lieu de dialogue et de complot. Elles réunissaient des gens qui étaient déjà convaincus par le sentiment d’appartenance, il suffisait d’orienter le groupe pour l’acquérir à la cause. Ainsi des partisans ont pu se liguer ou se rencontrer dans un dialogue qu’on imagine fraternel.

L’épopée Stuartiste marque pour l’avenir la méfiance du pouvoir en place face à des LL\qui nuitamment se réunissent sous le sceau du secret. Les LL\ Jacobites ont en quelque sorte par les luttes d’influence des conjurés dont elles furent le creuset, inaugurés la fonction politique et donc sociétale d’une L\, en mettant le caractère initiatique entre parenthèses. D’une évolution à l’autre, l’histoire des rites maçonniques est riche de sens pour qui veut l’entendre, l’exemple le plus approprié dans notre cas fut la rectification de 1778 : Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon lors d'un Convent organisé par J.B. Willermoz, ne fut que le remaniement associé à l’influence du Martinézisme sur les Rites Ecossais Primitifs pratiqué par ces anciennes LL\militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Sans vouloir blesser quiconque nous pouvons avancer que le REP eut deux surgeons le SOT et le RER.

Il faut dire que le Rite primitif avait déjà été adapté par la mouvance de la Stricte Observance Templiere et qu’il avait déjà sa pratique assurée avec des adaptations diverses dans les autres LL\écossaises. L’apport principal du convent fut de densifier l’apport des élus Cohen sur les bases Ecossaises, sans oublier la fondation Templiere de la stricte observance. Cet exercice de style était rendu nécessaire, la trop grande diversité dans l’application d’un rituel dont on avait oublié les origines cent dix ans plus tard, créa un besoin de rationalité que l’ancien système L\ Mère, L\Fille n’arrivait plus à juguler.

Ainsi Robert Ambelain faisant ici œuvre d’historien ira jusqu’a affirmer (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p.148) : « Il est absolument certain qu’il n’y avait pas en 1771, dix LL\ tenant régulièrement leurs pouvoirs (et leur filiation surtout) de la G\L\ d’Angleterre, et il n’y avait, de Rite Ecossais, au sens propre du mot, qu’en France et en Allemagne, où il avait été introduit et adapté par le Baron de Hund. Ce rite Ecossais n’était rien d’autre que celui que nous connaissons sous le nom de Early Grand Scottish Rite, c'est-à-dire une adaptation du rituel verbal des maçons opératifs aux aspirations des maçons acceptés" (et autres partisans du Roi, ndlr). » On notera que nombres de maçons « acceptés » furent de culture « rose croix » ou alchimistes, ou hébraïsants et marquèrent de leurs influences le rite Stuart.

Leurs rituels furent diffusés partout sur le continent et dans les iles. En 1751 le 27 Aout à Marseille le Stuartiste Georges de Wallnon, fonda (avec des pouvoirs venus d'Edinburgh), ce qui devait devenir la Mère L\Ecossaise de Marseille sous le nom de "Saint‑Jean d'Écosse". Le REP est donc bien le rite de base dans sa forme générique, découlant des rites en cours dans les loges militaires et de partisans du XVIIe siècle et s’adaptant à la vie civile, par le truchement de FF\ implantés dans la société civile et restants acquis à la cause Stuartiste jusqu’en 1750. C’est une des raisons pour laquelle la devise du Rite est « Primigenius more majorem » qui veut affirmer l’ancienneté et l’antériorité historico-mythique de ce rite à tous les autres. (Notons qu'il est souvent revendiqué par les rites d'être les plus anciens, moins pour des raisons historiques difficiles à démontrer que par une volonté de soucher l'origine de l'initiation dans une antériorité "mythique"!)

 

Développement civil et évolution des Loges Jacobites en France

 

Le mouvement Jacobite a permis le développement de la Franc-Maçonnerie tout en donnant à cette dernière un rôle politique. Dans la période de l'exil, les trois premiers Grands Maitres sont des Jacobites: le duc de Wharton, James Hector MacLean, Charles Radcliffe, conte de Derwentwater. 

En période plus calme, ce phénomène partisan s’apaise pour laisser la place au travail du maçon dans un tissus social, qui se fonde sur un entre-soi bourgeois fait d'intérêts communs, mais aussi par une dimension initiatique qui ressort des rituels. Un rite une fois élaboré et implanté géographiquement peut soit végéter, soit s’éteindre, soit se développer. Nous pensons que Saint-Germain-en-Laye ne fut pas la seule implantation en France. Quand on parle de rite Ecossais Primitif il ne faut pas uniquement se focaliser sur les LL\militaires qui furent des précurseurs, mais aussi sur les civils qui en même temps créèrent des LL\ avec les rituels dont ils disposaient en partant d’Angleterre et d’Écosse et qui étaient aussi différents et variés du fait de leurs origines géographiques, donc l’appellation REP serait un terme générique faisant allusion plus à son ancienneté, n’excluant pas sa diversité ni l’ajout d’influences « modernes ».

La diaspora va grandissante et s’installe partout où il est bon de commercer et partout ou existe déjà une implantation Jacobite, et ceci jusqu'à Rome.

Il est intéressant de noter que l’apport catholique n’est plus le seul, les événements sont tels que les exilés sont tout autant anglicans, protestants et presbytériens. Ainsi lesdites LL\oublieront rapidement les motivations politiques de leurs aînés, pour en vivre uniquement le souvenir, la légende et le mythe. De l’exil et de l’éternel retour ils feront ce que toute société initiatique s’attache à créer : une source intarissable, fécondant le processus initiatique.

Dans cet afflux régulier de réfugiés, quelques-uns ouvrent des LL\dûment patentées. D’autres constituent des LL\ qui pour le coup sont purement spéculatives et sans filiations directes. On retiendra à titre d’exemple l’intervention de trois personnages fondateurs de LL\Jacobites : Charles Radcliffe, le Marquis de Calvières et Georges de Wallnon.

Charles Radcliffe: 

On citera le premier et finalement le plus remarquable, Charles Radcliffe, lord Derwentwater en 1726 qui allume les feux de la L\Jacobite « Saint Thomas 1er ». Homme remarquable, ayant participé aux tentatives de reconquêtes Jacobites, fait prisonnier puis évadé. Il fut initié par Ramsay et il ouvre l’une des premières LL\ civiles. Il fut nommé premier grand Maître de l’Ordre à la Saint-Jean d’hiver 1736. Il transmet son maillet au Duc d’Antin en 1738, et pris part à l’expédition manquée de 1744. À nouveau prisonnier, détenu à la tour de Londres il fut décapité le 9 décembre 1746. Son parcours est l’illustration du caractère Jacobite de la Franc-Maçonnerie française de cette époque.

Le Marquis de Clavière:

- 1736 : initiation du Marquis de Calvières dans les milieux Jacobites d'Avignon dans la L\ dite de « Saint Jean ».

- 1737 : séjour de Calvières à Paris, contacts avec les milieux Jacobites

- 1737 : en août, Calvières est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvières continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

‑ 1738 : cette année là, Calvières appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nommé Dépositaire de l'Ordre, évidemment ordre Jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie Jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait peu d'autres en France. À tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'État était reçu franc-maçon.

‑ 1749 Des visites nombreuses de francs-maçons Jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, venant de Marseille. Oeuvraient à Marseille les LL\ Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Élus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Notons entre-temps l’allumage des feux de La R\L\ de Saint Jean de Toulouse par Jean de Barnwall de Tremlestown, Irlandais et Stuartistes, et l’installation de la « G\L\Ecossaise de Rouen » en 1746.

Georges de Wallnon:

Dans cet apport successif et varié des loges dites Jacobites, il y en a une qui semble la plus à même de représenter le REP c’est celle de Marseille. Née 27 août 1751 par la volonté du Jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Édimbourg le 17 juin 1751, constitue à Marseille la L\ Saint‑Jean d'Écosse. Le 17 mai de 1762 Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de V\et M\de L\à Alexandre Routier, et la L\prend alors le nom de « Mère‑L\de Marseille », titre qui lui restera longtemps. L\puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. Sa volonté d’essaimage, son caractère mercantile, accéléra son rayonnement au point de concurrencer le G\O\dont le dirigisme et le régime dit Français étaient mal compris.

 

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La Jérusalem céleste : Apocalypse 21 - 22

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Apocalypse 21, 1.

Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.

Le chapitre 21 est à la fois l’épilogue et le sommet de l’Apocalypse de Jean. Si, dans les chapitres précédents, il était question de la chute de l’homme, des châtiments, des catastrophes, du courage et de la patience des saints, de la croissance simultanée du royaume de l’antéchrist et du royaume du Christ, de la domination sur la terre de la Bête et du faux prophète puis du règne de mille ans du Christ, il s’agit ici au contraire de ce qui sera au-delà de l’histoire, de l’autre côté du cheminement terrestre de l’humanité. Le chapitre 21 évoque le but de toute l’œuvre du salut : la transfiguration de ce monde. Ce que les Pères grecs, les Pères de l’Église appellent la théosis: la déification du monde.

Les icônes, rappelons-le, ne sont pas peintes selon l’imagination des iconographes. Elle le sont moins en fonction de leur illumination ou de leur vision intérieure que conformément à un canon fixé depuis très longtemps. Même d’aussi grand peintres d’icônes que saint André Roublev ont suivi scrupuleusement les règles élaborées dès le début de la période byzantine. Les couleurs, les lignes, la position des mains, l’inclinaison des têtes, ont un sens bien précis ; il s’agit d’un langage spécifique. Ainsi, les mains élevées figurent la prière, le fond pourpre (celui de certaines icônes de Novgorod) un certain état d’âme, etc. On a peint la Trinité avant Roublev, et d’une manière semblable à celle qu’il a représentée. Cela veut-il dire que Roublev, à l’instar des autres iconographes géniaux, n’était qu’un simple copiste ? Certainement pas ! L’observateur superficiel peut le penser, mais, à y regarder de plus près, nous verrons que les maîtres – en suivant le canon – utilisaient certes un langage traditionnel, mais y introduisaient un esprit radicalement nouveau. Cet exemple permet d’expliquer les versets introductifs du chapitre 21 de l’Apocalypse.

21, 1. Voici représentés le ciel nouveau et la terre nouvelle. On peut faire une analogie avec ce que nous venons de dire de l’iconographie, parce que la plupart des mots de ce passage ont déjà été écrits antérieurement. Presque tout est emprunté à l’Ancien Testament ; l’ensemble du texte est une mosaïque de citations vétérotestamentaires. Une édition complète de la Bible nous donnera en marge les parallèles et renvois ; on verra combien l’évangéliste s’est efforcé de décrire sa vision en termes exclusivement bibliques. Suivant scrupuleusement le canon, il a donné un tableau grandiose des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Le ciel et la terre, dans le langage biblique, désignent l’univers. C’est une expression très ancienne. Les Sumériens déjà appelaient le ciel et la terre an-ki (di-unité), synonyme de l’univers.

 De mer, il n’y en a plus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus d’eau dans ce monde nouveau, mais que l’univers est transfiguré ; les forces de ténèbres et de chaos disparaissent, qui menaient le monde à l’opposé du dessein de Dieu. Nous sommes en présence d’un monde où la volonté du Créateur n’est pas enfreinte.

Apocalypse 21, 2-6.

Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône " Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. " Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : " Voici, je fais l’univers nouveau. " Puis il ajouta : " Écris : Ces paroles sont certaines et vraies. " " C’en est fait, me dit-il encore, je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement. "

21, 2-4. Le tableau suivant représente la nouvelle Jérusalem qui a toujours été le symbole du royaume de Dieu ; la voix venue du ciel, qui parle dans les huit premiers versets, transmet précisément le sens de cette cité nouvelle : Voici la demeure de Dieu avec les hommes... C’est la tente dans laquelle Dieu demeure au centre du camp, au centre de l’humanité comme aux origines, dans l’ancien Israël. C’est de là qu’est venu le mot araméen Shekinah, qui signifie la gloire de Dieu, l’image de Dieu qui demeure dans l’humanité. Ici, c’est le mot grec skinè, qui désigne la tente. Est donc réalisée la proximité la plus totale entre Dieu et les hommes : ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux.

21, 5-6. Le ciel nouveau et la terre nouvelle sont-ils une transfiguration ou une création nouvelle ? Les théologiens en discutent souvent. Le texte, apparemment, ne nous donne pas le droit de considérer l’une ou l’autre des réponses comme absolument juste, bien qu’il cite les paroles du Créateur. Pour la première fois dans l’Apocalypse, le Créateur parle lui-même, alors qu’ailleurs c’est le Christ, un ange ou un apôtre qui s’exprime.

 Celui qui siège sur le trône déclara : " Voici, je fais l’univers nouveau. " Ce sont aussi des paroles du prophète Isaïe (Is 65, 17).

 " C’en est fait, me dit-il encore : je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin. " " Je fais " peut signifier " je crée " ou forme " ; il est difficile de trancher ici.

La création est absolue ou relative. Les théologiens considèrent généralement que lorsque l’Ancien Testament emploie le verbe bara (créer) – comme dans les premiers versets de la Genèse : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre – , cela désigne la création " absolue ", ex nihilo, à partir de rien, du néant à l’être. Pour désigner la création " relative ", à partir d’une chose déjà existante, on emploie un autre verbe. Ici cependant, dans le texte grec de l’Apocalypse, nous ne savons pas de quoi il s’agit ; la question reste donc ouverte. Le père Serge Boulgakov suggère que la création précédente est conservée, mais transfigurée. Cette pensée est proche de notre conscience orthodoxe. Toutefois, bien des biblistes contemporains – suivant la lettre du texte – considèrent que la vieille création est totalement annihilée et qu’on assiste à l’émergence d’une création nouvelle. L’important pour nous est que ce même principe de l’être, cette Sagesse qui a été introduite dans l’univers, l’immortalité de l’âme, Adam comme résumé de l’homme tout entier, que tout cela n’est pas créé de nouveau mais transfiguré ; en ce sens, nous pouvons dire que l’essentiel dans la création n’a pas péri.

Apocalypse 21, 7-14.

Telle sera la part du vainqueur ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils. Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre : c’est la seconde mort. Alors, l’un des sept Anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux s’en vint me dire : " Viens, que je te montre la Fiancée, l’Épouse de l’Agneau. " Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu. Elle resplendit telle une pierre très précieuse, comme une pierre de jaspe cristallin. Elle est munie d’un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël ; à l’orient, trois portes ; au nord, trois portes ; au midi, trois portes ; à l’occident, trois portes. Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau.

21, 7-8. Si la terre et le ciel précédents fuyaient devant la face de Celui qui siège sur le trône, parce qu’ils n’avaient pas de place (voir Ap 20, 11), le ciel nouveau et la terre nouvelle se tiennent désormais devant Lui ; et là, nous sommes tous présents, toute l’humanité. L’apôtre nous dit que tous les renégats (les lâches, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres) périront dans l’étang brûlant de feu et de soufre.

Selon le père Serge Boulgakov, ce ne sont pas seulement les personnalités qui seront expulsées de la Cité et anéanties, mais tous passeront par un feu purificateur. Le mal qui se trouve dans chaque personne sera chassé ; il le sera dans tous les êtres, démoniaques et humains. Tous seront soumis à l’épreuve de ce feu et le mal sera exterminé, parce qu’il n’a pas de substance en tant que tel ; il n’est pas un antidieu qui vivrait d’une existence autonome. Le mal se consumera dans ce feu. Mais pour ceux qui sont tout entiers imprégnés de ce mal, cette deuxième mort pourra se révéler tragique, parce qu’il ne restera presque rien d’eux. En d’autres termes, si Satan est tout entier repu de mal, quand celui-ci brûlera, il brûlera lui aussi.

Le lien entre Dieu et l’homme constitue le cœur de la religion ; il unit ce qui est déchiré et séparé. Le mal, en revanche, n’a pas de lien ; il n’a rien. Dieu est présent dans le monde. Et le monde se lève du tréfonds de l’univers, passe par toutes les péripéties de la cosmogénèse et de l’histoire sainte pour arriver, finalement, à son triomphe. Dieu s’acquiert l’humanité, la créature qui reflète sa toute-puissance et son amour, l’homme qui, comme le fils prodigue, est revenu vers Lui.

21, 9-14. Du ciel descend la nouvelle Jérusalem. Elle bâtie en pierres précieuses. Une étape est franchie : à la place Babylone, nous voyons la ville sainte de Dieu, dans laquelle resplendit la gloire du Seigneur (voir Éz 48, 30-35).

Apocalypse 21, 15-27.

Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et son rempart ; cette ville dessine un carré : sa longueur égale sa largeur. Il la mesura donc à l’aide du roseau, soit douze mille stades ; longueur, largeur et hauteur y sont égales. Puis il en mesura le rempart, soit cent quarante. quatre coudées. – L’Ange mesura d’après une mesure humaine. – Ce rempart est construit en jaspe, et la ville est de l’or pur, comme du cristal bien pur. Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toute sorte : la première assise est de jaspe, la deuxième de saphir, la troisième de calcédoine, la quatrième d’émeraude , la cinquième de sardoine, la sixième de cornaline, la septième de chrysolite, la huitième de béryl, la neuvième de topaze, la dixième de chrysoprase, la onzième d’hyacinthe, la douzième d’améthyste. Et les douze portes sont douze perles, chaque porte formée d’une seule perle ; et la place de la ville est de l’or pur, transparente comme du cristal. De temple, je n’en vis point en elle ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l’Agneau. La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors. Ses portes resteront ouvertes le jour – car il n’y aura pas de nuit – et l’on viendra lui porter les trésors et le faste des nations. Rien de souillé n’y pourra pénétrer, ni ceux qui commettent l’abomination et le mal, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau.

21, 15-17. La ville sera mesurée – c’est un emprunt au prophète Ézéchiel. Selon le mesurage, la ville n’aura rien de si surnaturel que l’homme ne puisse se la représenter. Elle sera donc réelle et mesurable. Il y a effectivement une mesure de la création non seulement de l’homme, mais aussi des anges, comme le texte le souligne, de la créature à son plus haut niveau. La ville représentée est carrée, avec un plan cruciforme orienté vers les quatre points cardinaux, ce qui symbolise l’univers (Éz 40, 47).

21, 18-20-21. Les douze pierres différentes, comme d’ailleurs les douze portes, désignent les douze tribus d’Israël. C’est la préfiguration de l’Église, laquelle est bien la nouvelle Jérusalem ; sa beauté immortelle est symbolisée par les pierres précieuses – dans l’Antiquité, il n’y avait pas de matériau plus solide et plus beau.

 L’herbe se dessèche, la fleur fane, dit le prophète. Autrement dit, toute la beauté du monde passe, mais les pierres précieuses vivent des millénaires ; c’est pourquoi on en mettait dans les tombeaux. Il n’y a pas de symbole plus expressif.

21, 22-27. Auparavant, le soleil éclairait la terre le jour, et la lune la nuit, mais cela disparaîtra. Auparavant, l’Église était la fiancée ; maintenant, elle devient l’épouse et le mariage est célébré. Le banquet solennel s’oppose à celui de la prostituée de Babylone il est le banquet de l’Église, auquel sont conviés tous les croyants à la fin des siècles. Il signifie le triomphe de toute l’humanité. Tout ce qui est beau y entre, tout ce qui rebute est écarté.

Apocalypse 22, 1-4.

Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place, de part et d’autre du fleuve, il y a des arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens. De malédiction, il n’y en aura plus ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville, et les serviteurs de Dieu l’adoreront, ils verront sa face et son nom sera sur leurs fronts.

Le chapitre 22 est, comme le précédent, une sorte d’icône. Une vision des choses à venir, du monde transfiguré, de l’humanité et du cosmos tout entier. Cette vision est, elle aussi, peinte avec les couleurs des anciennes prophéties ; elle est effectivement proche d’une icône magnifique, avec de joyeux arcs-en-ciel de couleurs ; tout en elle recèle un sens très profond.

22, 1-3. Dans les premiers chapitres de la Genèse, nous voyons l’arbre de Vie comme symbole du dialogue avec Dieu. Cet arbre unique, situé au centre du paradis, s’est mué en des rangées d’arbres qui poussent le long d’un extraordinaire fleuve de Vie (voir Éz 47, 7). L’arbre de Vie représente l’immortalité. Le récit de la Genèse, premier livre de la Bible, nous montre comment l’homme s’est privé de l’immortalité spirituelle et physique. Ici, dans le dernier chapitre du dernier livre de la même Bible, il retrouve à la fois l’arbre de Vie et le fleuve de Vie. Et rien ne sera maudit – le texte grec contient le mot " anathème ", héren en hébreu, ce qui signifie rejeté, séparé, mis à l’écart ". Il n’y aura plus rien de tel.

On peut s’interroger sur ce qu’il adviendra de ceux qui entrent dans ce mode d’existence, de ceux en qui, selon l’expression heureuse du père Serge Boulgakov, " vivent des brebis et des boucs intérieurs ". La ligne de partage passe à l’intérieur de chaque homme. Le jugement est une épée à double tranchant, qui tranche dans le vif du cœur pour en éliminer toutes les impuretés. Rien de ce qui a été voué à l’anathème, rien d’impur ne doit entrer dans la Cité. Plus il restera en l’homme d’authenticité et de pureté, plus il aura part à l’arbre de Vie ; à l’inverse, plus il y aura en lui d’impuretés et plus sa personnalité sera abîmée au moment de la séparation.

22, 4. Comme il est dit dans le livre de Job, Dieu se révèle dans le mystère. Job hésitait, souffrait, criait, clamait, jusqu’au moment où il vit la face de Dieu. Tel est bien le rêve de l’homme. On voit clairement ici la division entre le concept de jugement dernier et celui de la parousie – le mot grec parousia désigne la venue du Seigneur. Pour ceux qui attendent le Christ, la parousie est un événement joyeux, mais elle peut se transformer en un événement terrible parce qu’ils verront sa face, comme disent les prophètes : " Prépare-toi à voir Dieu que tu as courroucé. " 

Apocalypse 22, 5.

De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles.

22, 5. Il est dit clairement que le côté ténébreux de la vie disparaîtra. Certes, Woland – dans le roman de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite – se demande comment il peut y avoir de la lumière sans ténèbres, sans contraste ? Ce genre de considération appartient à ce côté-ci de la vie. Dans notre mode d’existence, il n’y a en effet pas de lumière sans ténèbres. Mais ceux qui raisonnent comme Woland sont semblables aux sadducéens qui présentaient au Christ le paradoxe de cette femme qui avait épousé l’un après l’autre les six frères de son mari défunt (Mc 12, 19-23). Il n’en va pas ainsi dans l’autre monde. Dans l’autre mode d’existence, tout est bâti sur d’autres fondements ; le contraste naît différemment. Mais comme nous ne pouvons pas penser autrement, les conjectures n’ont pas de sens. 

Apocalypse 22, 6-10.

 

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L'Apocalypse de Jean : le dévoilement et la cité de lumière

Publié le 29 Juin 2026 par T.D

Le mot « apocalypse » ne signifie pas catastrophe, mais dévoilement. Dernier livre de la Bible, la Révélation de Jean est un texte de lumière, de mesure et de construction — un langage que le maçon reconnaît.

Dans le respect de toutes les traditions qui caractérise la franc-maçonnerie régulière, arrêtons-nous sur un texte d'une richesse symbolique inouïe : l'Apocalypse de Jean. Loin des clichés de fin du monde, c'est un livre de symboles que le maçon lit avec une attention particulière.

Apocalypse : le dévoilement

Le terme grec apokalupsis signifie littéralement « dévoilement », « révélation ». Rédigé à la fin du Ier siècle et attribué à Jean, dans l'île de Patmos, le livre n'annonce pas d'abord une destruction, mais un dévoilement : ce qui était caché apparaît. Or l'initiation n'est rien d'autre : lever un voile, faire passer de l'obscurité à la lumière.

La Jérusalem céleste, cité mesurée

Au terme du livre, Jean contemple la Jérusalem céleste descendant du ciel. Image saisissante pour qui travaille à la gloire du Grand Architecte : la cité parfaite est mesurée. Un ange la mesure « avec un roseau d'or » ; sa forme est celle d'un cube parfait, longueur, largeur et hauteur égales. La mesure, l'équerre, la symétrie : ce vocabulaire de bâtisseur est aussi celui de la loge.

À noter

« La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune, car la gloire de Dieu l'éclaire. » La cité idéale est une cité de lumière : l'image même vers laquelle tend le travail intérieur.

Une cité de lumière

Dans cette Jérusalem nouvelle, il n'y a plus de temple, car la présence divine en tient lieu ; il n'y a plus de nuit, car la lumière y est perpétuelle. Le franc-maçon, qui travaille à passer des ténèbres à la clarté et à bâtir en lui-même un temple intérieur, ne peut rester insensible à cette image d'une humanité réconciliée dans la lumière.

« Il me transporta… et me montra la cité sainte, ayant la gloire de Dieu ; son éclat était celui d'une pierre très précieuse. »Apocalypse 21

Comme l'Évangile de Thomas ou l'allégorie de la Caverne, l'Apocalypse parle un langage que les siècles n'ont pas usé : celui du voile qui se lève et de la lumière qui se révèle. C'est pourquoi la loge, sans en faire sienne la lettre, en médite l'esprit.

 

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À la découverte de la Jérusalem Céleste

Publié le 29 Juin 2026 par T.D

À mesure que le Chevalier Rose-Croix progresse sur la Voie, il découvre que l’obstacle principal ne se dresse pas à l’extérieur, mais au centre même de sa propre demeure intérieure. Là réside encore le vieil Homme, non comme une faute, mais comme une forme ancienne, façonnée par l’habitude, la peur de la perte et le désir de se maintenir. Ce vieil Homme s’est bâti une demeure faite de récits, de justifications et de masques, et il règne tant qu’on s’identifie à cette construction.

Même lorsque la Lumière de l’Intellect a révélé la fragilité de cette demeure, ses murs continuent quelque temps de projeter leur ombre. Le vieil Homme ne disparaît pas sous le coup d’un décret ; il se retire lorsque ses fondations cessent d’être entretenues. À chaque fois que le Chevalier Rose-Croix renonce à défendre une image, une pierre se détache de l’édifice ancien. Ainsi s’opère, lentement et sûrement, la mort initiatique du vieil Homme.

Parfois, au cours de notre existence, certaines figures rencontrées  prennent intérieurement la forme d’un gardien du seuil. Leur regard, leur parole ou leur attitude se sont imprimés en nous et semblent se placer à l’entrée du passage intérieur. Peu à peu, ces gardiens paraissent détenir l’autorité d’ouvrir ou de fermer la porte, comme s’ils était les juges de notre droit à avancer. Ainsi naissent les faux maîtres, non pas à l’extérieur, mais dans l’âme même du Chevalier Rose-Croix, lorsque celui-ci abandonne sa propre souveraineté intérieure.

Pourtant, ces gardiens ne veillent pas sur le chemin nouveau ; il demeure posté devant l’ancienne porte, celle du vieil Homme et de ses anciennes dépendances. Lorsqu’ils sont reconnus pour ce qu’ils sont— des images intérieures héritées du passé — leur pouvoir se dissout naturellement. Le Chevalier Rose-Croix se libère alors de toute autorité usurpée et reprend la maîtrise de son propre Temple. Le seuil se franchit sans résistance ni combat, et cette libération intérieure ouvre la voie à une liberté véritable, fondée sur la droiture, la responsabilité et les bonnes mœurs, non imposées de l’extérieur, mais nées d’un Centre enfin reconnu.

La Tradition enseigne que le Chevalier Rose-Croix doit apprendre à distinguer la pierre brute de l’image, l’image de l’attachement, et l’attachement de l’Être. L’événement appartient au monde mouvant ; l’image appartient au miroir de l’âme ; l’identification appartient au vieux Roi qui refuse d’abdiquer. Lorsque ce Roi cesse d’être servi, le Royaume change de souveraineté.

À mesure que le vieil Homme se défait, la croix cesse d’être un fardeau et devient un axe. Les forces dispersées de l’être s’ordonnent autour de ce centre retrouvé. Les paroles se font plus justes, non par calcul, mais par accord. Les gestes s’accomplissent sans volonté de paraître. La marche devient droite, car elle n’est plus entravée par le poids des anciennes armures.

C’est alors que la Jérusalem céleste commence à apparaître. Elle ne se dévoile pas comme une cité lointaine, mais comme un ordre intérieur retrouvé. Ses murailles sont faites de clarté, ses portes de discernement, ses fondations de silence. Elle se manifeste chaque fois que le Chevalier Rose-Croix cesse de se diviser entre ce qu’il montre et ce qu’il est. Là, la Rose peut enfin s’ouvrir au centre de la Croix, sans être étouffée par les ronces de l’ego ancien.

Les symboles transmis par la Tradition accompagnent ce passage. Ils sont des cartes pour le voyage, non des demeures définitives. Le Chevalier Rose-Croix les honore tant qu’ils guident ses pas, puis les laisse derrière lui lorsque le chemin devient évident. À ce stade, la forme se résorbe dans la lumière qu’elle indiquait, et le signe s’efface devant la chose signifiée.

Ainsi, la mort du vieil Homme et l’accès à la Jérusalem céleste ne constituent pas deux temps séparés. Chaque pierre retirée de l’ancien édifice révèle une pierre vivante de la Cité nouvelle. Chaque abandon d’une illusion ouvre une porte de la Jérusalem intérieure. Le Chevalier comprend alors que la Voie ne conduit pas ailleurs : elle révèle ce qui était voilé.

Lorsque le vieil Homme se tait, le Temple devient silencieux.
Lorsque le Temple est silencieux, la Présence s’y établit.
Et lorsque la Présence demeure, la Rose et la Croix cessent d’être deux symboles distincts.

La Croix, alors, n’est plus le signe de l’épreuve ni du poids porté, mais l’axe vivant autour duquel tout s’ordonne. Elle unit le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible. Elle devient la mesure juste, la verticale intérieure par laquelle le Chevalier Rose-Croix se tient droit, sans rigidité et sans dispersion. À son point central, là où les lignes se rencontrent, aucune volonté personnelle ne commande plus ; seule la Loi intérieure rayonne.

La Rose, quant à elle, n’est plus cherchée ni protégée. Elle s’ouvre d’elle-même, car rien ne la contraint plus. Nourrie par le silence du Temple et par la stabilité de la Croix, elle exhale son parfum sans effort. Elle n’attire plus le regard, elle ne réclame plus d’admiration ; elle témoigne simplement de la vie reconciliée avec son Centre. Là où le vieil Homme entretenait des ronces et des défenses, la Rose trouve désormais un sol dégagé.

Ainsi s’accomplit l’union véritable : la Croix soutient, la Rose éclaire.
La Croix fixe, la Rose vivifie.
L’une sans l’autre demeurerait incomplète.

Dans cet état, le Chevalier Rose-Croix n’avance plus vers la Jérusalem céleste comme vers un but éloigné. Il découvre que la Cité s’élève à mesure que le Temple intérieur est purifié. Chaque mur abattu de l’ancien édifice devient une muraille de lumière. Chaque silence consenti devient une pierre vivante. Chaque abandon d’un masque ouvre une porte orientée vers l’Orient intérieur.

La Jérusalem céleste se révèle alors comme un ordre stable où rien n’est retranché et rien n’est ajouté. Les puissances de l’être y sont accordées, les oppositions y sont réconciliées, les mouvements y trouvent leur juste place. Le Chevalier Rose-Croix n’y règne pas ; il y sert. Il n’y affirme plus une identité ; il y demeure en présence.

À ce degré, la Voie cesse d’être un chemin parcouru dans le temps. Elle devient une manière d’habiter chaque instant. Le Chevalier Rose-Croix agit, parle et se tait depuis le Centre. Il ne cherche plus à se maintenir, car rien en lui ne menace de s’effondrer. Il ne cherche plus à être reconnu, car la Présence suffit.

Alors s’accomplit le mystère transmis par la Tradition :
la mort du vieil Homme révèle l’Homme nouveau,
et l’Homme nouveau ne cherche plus la Cité,
car il en est devenu une pierre vivante.

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Le texte de la chaine d’union au Rite Français

Publié le 28 Juin 2026 par T.D

Texte de la chaine d’union au Rite français : voici la prière maçonnique ou « dédicace » prononcée lors de la chaine d’union au RF.

A l’origine, le Rite Français n’est pas français, mais anglais. Il est la traduction du Rite anglais de 1717, importé en France vers 1726, et dès lors pratiqué sans discontinuité en France, mais aussi en Hollande, en Espagne, en Belgique, etc. Il sera qualifié de « Moderne » par les créateurs de la société des « Ancients » en 1751 à Londres, ces derniers souhaitant revenir à une certaine authenticité de la franc-maçonnerie, posant ainsi les bases du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

En réalité, le « Rite Français » ne s’appellera ainsi qu’au cours du XIXe siècle, lorsque les autres rites maçonniques seront bien établis, comme pour le distinguer de l’écossisme montant. Il reste le rite fondateur de la franc-maçonnerie française, même s’il a subi de nombreuses modifications au cours de ses trois siècles d’existence.

En effet, le Rite Français a été adopté par différentes obédiences, utilisé et adapté par des francs-maçons de sensibilité parfois très éloignée, raison pour laquelle son contenu s’est transmis avec de nombreuses variations.

Le texte de la chaine d’union au Rite Français n’échappe pas à la règle. Il est susceptible de varier assez largement d’une obédience à l’autre, voire d’une loge à l’autre.

Voici donc le texte de la chaine d’union au Rite Français, sous différentes formes.

Lire aussi cet article sur la chaine d'union

Le texte de la chaine d’union au Rite Français : deux exemples

Le texte de la chaine d’union au Rite Français peut être défini comme un voeu, une intention, une prière ou une dédicace censée guider, élever et transformer ceux qui la reçoivent.

Voici une version répandue dans les obédiences dites « libérales », notamment le Grand Orient de France :

Que nos cœurs se rapprochent en même temps que nos mains ! Que l’Amour fraternel unisse tous les anneaux de cette Chaîne formée librement par nous !
Comprenons la grandeur et la beauté de ce symbole ; inspirons-nous de son sens profond.
Cette Chaîne nous lie dans le temps comme dans l’espace ; elle nous vient du passé et tend vers l’avenir. Par elle, nous sommes rattachés à la lignée de nos ancêtres, nos Maîtres vénérés qui la formaient hier ; par elle, doivent s’unir les Fancs-Maçons de tous les Rites, de tous les pays.
Enrichissons-la de nombreux et solides anneaux de pur métal et, élevant nos esprits vers l’idéal de notre Ordre, efforçons-nous de rapprocher tous les humains par la Fraternité. Francs-Maçons, étendons la main droite. Promettons de conserver les uns pour les autres la plus fraternelle affection et de travailler sans relâche à réaliser la Fraternité universelle. Au nom des Frères assemblés dans ce Temple, je le promets.

Voici une version plus traditionnelle et déiste, utilisée notamment à la G.L.N.F. :

Mes Frères, n’oublions jamais que l’amour fraternel est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie. Que nos cœurs se rapprochent en même temps que nos mains ; que l’Amour fraternel unisse tous les maillons de cette Chaîne formée librement par nous.
Comprenons la grandeur et la beauté de ce rite ancestral ; pénétrons-nous de son sens profond. Cette Chaîne nous unit à tous nos frères heureux ou malheureux répandus sur la surface de la terre. En elle, sont toujours présents ceux qui la formaient hier.
Qu’elle soit l’emblème de la Tradition que nous avons régulièrement reçue, que nous maintenons sans faillir et que nous transmettrons dans sa plénitude aux générations à venir.
Elevons notre esprit vers le G.A.D.L.U. qui est Dieu et jurons de travailler sans relâche au grand œuvre de la Fraternité universelle.

Au-delà des différences entre ces deux textes, on notera les nombreux points communs :

  • référence à l’Amour fraternel,
  • rappel du fait que la chaine est formée « librement » par les franc-maçons : c’est une chaine qui libère et non une chaîne qui asservit,
  • rappel de la « grandeur » et de la « beauté » du symbole,
  • invitation à percer le sens profond du symbole,
  • rappel du caractère universel de la chaine, qui s’étend à tous les francs-maçons, vivants ou morts,
  • appel à élargir la chaine,
  • promesse d’oeuvrer à la fraternité dans son sens le plus universel, qui se conclut par un engagement formel.

Enfin, comparons le texte de la chaine d’union au Rite Français avec celui prononcé au R.E.A.A., beaucoup plus concis :

Mes Frères, bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le Franc-maçon, le vaste domaine de la pensée et de l’action.
Avant de nous séparer, élevons-nous ensemble vers notre Idéal.
Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre chemin.
Mes Frères, éprouvons, puis ouvrons la Chaîne.

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Le sacré en loge au rite Français

Publié le 28 Juin 2026 par T.D

Ce soir nous allons aborder le thème du sacré en loge.

Ce morceau d’architecture est destiné plus particulièrement aux nouveaux apprentis afin qu’ils prennent conscience de la manifestation, difficile à expliquer, qu’engendre le sacré.

Notre approche sera simple et axée principalement sur le rite de notre loge, le rite Français.

Eh oui, nous sommes dans le sacré lorsque nos travaux sont ouverts. Le temple dans lequel nous nous trouvons lors des tenues devient un lieu consacré à la divinité. C’est la définition même du mot temple. Le sacré, en effet, constitue un domaine réservé, mystérieux, inviolable, totalement séparé du monde profane. Pour rappel le sacré est la transcendance pour l’initié, c'est-à-dire l’élévation vers Dieu. Cette transcendance éveille en nous , en fait l’homme déchu, le souvenir de notre divine origine et le désir de nous élever vers des niveaux de consciences supérieures. C’est tout un programme qu’il faut mettre en route, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Processus qui n’est pas sans risque, pour qui rentre en contact avec lui sans avoir été préparé et sans être protégé. A titre d’exemple rappelons-nous les précautions prises le jour de notre initiation. Une main protectrice nous guide malgré les difficultés rencontrées lors des voyages. Rappelons nous  notre ressenti et nos sentiments  lors de ce moment combien important !

L’espace de la loge devient sacré, le temps devient lui aussi sacré. Nous pouvons logiquement nous poser la question : Quel est le processus qui permet d’accéder au sacré lors de cet instant magique qu’est la tenue ?

Pour entrer en communication avec le divin créateur, il est nécessaire qu’au début de chaque tenue, le temple soit en quelque sorte opérationnel, c'est-à-dire sacralisé.  C’est alors qu’entre en jeu un rituel d’ouverture des travaux.

         Nous allons tenter d’y répondre par cet exposé composé de 3 parties :

                   -l’espace sacré

                   -le temps sacré

                   -les incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre

                     Comportement.

         En remarque nous devons préciser qu’espace et temps sacrés sont étroitement liés. C’est par pure commodité que nous prenons la liberté de traiter les 2 sujets indépendamment.

Nous emploierons souvent le terme d’énergie, mais malheureusement il est peut-être un mot fourre-tout. La physique moderne propose des approches très pertinentes  sur ce sujet mais je voudrais, ce soir, que nous restions dans du ressenti, dans de ce qui nous semble invisible et incompréhensible. Ce ne sont que des exemples vécus qui peuvent nous amener à appréhender ce phénomène. Nous nous emploierons donc à en donner.

         Le rituel, souvent décrié par certains par commodité ou ce qui est plus grave par ignorance, est donc le moyen essentiel, nécessaire et suffisant, qui devient le véhicule permettant le passage du profane au sacré.  Le rituel d’ouverture permettra de sacraliser le lieu et le temps. Il renforce soit l’un soit l’autre. Il y a coupure par rapport au quotidien et pénétration dans l’espace et le temps sacrés. Nous savons bien que le temps et l’espace sont en rapport avec l’existence même de l’homme, notre existence physique, En présence du sacré on est libéré de cette condition. Le sacré est la source, une porte entrouverte vers l’absolu. On entre alors dans une expérience personnelle, intime, incommunicable.

1ère partie : L’espace sacré.

L’espace est en rapport avec le lieu où l’on se trouve. Vous avez peut-être remarqué dans les planches de notre frère secrétaire qu’il parle aussi de lieu géométrique parfaitement éclairé. Ce lieu, comme le précise sa définition, est effectivement cet ensemble de points jouissant d’une même propriété déterminée ou caractéristique qui dans notre cas est la présence du sacré.

         La loge avec son orientation, sa forme, ses décors, ses couleurs, va permettre l’accès au lieu sacré. Le sacré a un rôle primordial car le frère se trouve dans une ambiance qui va capter son attention et le rendre ainsi réceptif. Nous reviendrons sur ces notions en fin d’exposé.

 Maintenant examinons comment le processus se met en place. Quand nous sommes dans le temple avant que le vénérable pénètre en loge et passe entre les 2 colonnes, symbole puissant de rupture entre l’extérieur et l’intérieur, on remarque la veilleuse rouge allumée. Elle est d’autant plus visible que la loge est alors dans la pénombre. Cette lumière rouge est allumée avant l’ouverture des travaux afin de montrer son existence et sa permanence partout en ce monde. C’est la présence immanente du Grand Architecte de l’Univers. Déjà le sacré nous fait un clin d’œil. On pourrait se poser la question : pourquoi une lumière rouge ? En fait le rouge symbolise et représente le tellurisme, le monde de la matière, l’énergie vitale, notre relation avec la terre mère. Cette lumière rouge est donc la divinité présente sur notre terre. Elle nous rappelle notre enracinement sur notre planète bleue depuis notre incarnation dans notre expérience humaine terrestre. Ce sujet est essentiel pour nous. Il est au cœur de notre vie, de son sens et de notre démarche mais ce n’est pas notre propos de ce soir. Nous remarquerons aussi la présence du delta lumineux symbole très puissant lui aussi de la révélation et de l ‘omniprésence de la divinité.

 Revenons à notre rituel. Les coups de maillet du vénérable suivi de ceux des 2 surveillants vont participer à la sacralisation du lieu. On commence à se déconnecter de l’espace profane. Alors le vénérable peut dire « En loge mes frères ». Le processus est lancé. Du tumulte extérieur on passe à un système organisé. L’orientation symbolique de la loge avec le vénérable à l’est, orientation d’où provient la lumière au soleil levant, va permettre la diffusion de cette dernière vers les bougies du chandelier à 3 branches que le vénérable va allumer à partir de la veilleuse rouge. Il y a donc transmission de la lumière primordiale. Celle-ci sera ensuite prise en charge par le maître des cérémonies qui va allumer les 3 autres bougies des grands chandeliers qui entourent le pavé mosaïque. Pour ce faire le maître des cérémonies exécute une déambulation dans le sens dextrogyre c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d’une montre suivant la course du soleil. On veut ainsi reproduire ce rythme solaire d’énergies fécondantes. C’est aussi, dans la tradition,  le sens de l‘évolution, de notre évolution. Là on voit la filiation qui se produit entre le lieu et le grand tout. En parallèle on ressent une montée progressive des énergies intervenant dans ce processus. Dans le même temps, le maître colonne d’harmonie éclaire progressivement la voûte étoilée.  De son côté, le maître des cérémonies finit par les bougies des surveillants. A partir de ce moment il y a en loge 9 lumières provenant de la même source. Ces 9 lumières 3X3 amènent les énergies de 3 sacralisations successives, le nombre 3 étant le nombre de la sacralisation, le nombre du souffle de la création, souffle qui nous a été à nouveau donné lors de notre initiation avec le symbolisme de la pipe à lycopodes. Mais derrière le nombre des 9 lumières on peut voir aussi le symbolisme relatif au nombre 9 qui puisque nous sommes partis du 1, la veilleuse rouge,  et que nous arrivons au 9, est le moment de l’extension. Extension vers les autres mais aussi vers le but à atteindre, l’aboutissement, le contact avec les connaissances universelles et les vérités éternelles. Le frère peut alors commencer à méditer, à s’ouvrir aux autres, les aider, les soulager, les enseigner. C’est bien ce qui se produit lors du travail maçonnique en loge quelque soit notre grade, notre âge maçonnique. Il est à noter que l’apprenti peut aussi grandement apporter, à tous ses frères, par son attitude, sa présence, son comportement.

Le tableau de loge est, ensuite, découvert par le premier expert qui va lui aussi avec sa déambulation  permettre à l’énergie de devenir de plus en plus présente. La place du tableau dans la loge n’est pas anodine. Revenons sur la notion d’orientation. Le temple est orienté suivant les orientations cardinales, le cardo du Nord au Sud et le decamanus de l’Est à l’Ouest. Au croisement de ces 2 orientations se trouve le tableau de loge. En ce point,  créé symboliquement,  se matérialise entre son Nadir et son Zénith, l’axe du monde : la liaison entre le ciel et la terre. Je vous rappelle, mes frères apprentis, que nous pouvons recréer notre loge en n’importe quel lieu de la terre à la condition de l’orienter de façon symbolique et d’avoir les décors de la loge.

Le vénérable ouvre ensuite le volume de la sainte loi, c’est encore un rappel de la présence divine. La pratique souvent usitée de lire le prologue de St Jean va aussi ce même sens.

Enfin le vénérable va lors du dialogue d’ouverture avec les surveillants, demander qu’on s’assure si la loge est couverte. Suite à une réponse positive « les travaux sont couverts extérieurement et intérieurement » la loge est totalement coupée du monde profane mais cela ne signifie pas que l’espace est clos. Nous sommes à « couvert » autrement dit  protégés, à l’abri des regards mais sous la voûte étoilée. Grâce à cette ouverture sur le ciel, le frère se trouve en contact avec la création toute entière. L’axe du monde décrit ci-dessus établit le lien avec le sacré. En ce point des énergies ascendantes et descendantes vont permettre aux frères d’apprendre et de transmettre. C’est comme une respiration sacrée : un inspir et un expir de la vie spirituelle.

         Tout est fait, tout est organisé, le lien sacré est là. Ce sacré est l’élément créateur qui consacre tout ce qui l’entoure par un éclat absolu qui dépasse tout entendement. Grâce à cette énergie irradiante tout ce qui nous entoure est devenu divin.

2ème partie : Le temps sacré.

Qu’est-ce donc que le temps ? « Si personne ne me le demande, je le sais mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus ». Ainsi s’exprimait Saint Augustin dans les confessions. Pascal disait « l’éclaircissement que l’on pourrait en faire apporterait plus d’obscurité que d’instruction ». Nous voyons donc que le temps a passionné les hommes, bien sûr d’une façon plus ou moins métaphysique, depuis la première observation des hommes primitifs avec la clepsydre jusqu’à l’apparition de l’horloge atomique.

Mais aujourd’hui ce n’est pas ce type de temps qui nous intéresse. C’est le temps sacré qui se différencie du temps profane dont nous venons de parler. Le temps profane est la durée temporelle ordinaire dans laquelle s’inscrivent des actes dénués de signification spirituelle ou religieuse. Ce temps profane est irréversible. Le temps sacré est au contraire par sa nature réversible, dans le sens qu’il est, à proprement parler, un temps mythique primordial rendu présent. Ce temps sacré est indéfiniment récupérable, infiniment répétitif.

L’homme peut donc vivre dans deux espaces de temps, le temps banal profane et le temps sacré qui se présente sous un aspect paradoxal de temps circulaire, sorte d’éternel présent mythique que l’on réintègre périodiquement par le truchement du rituel. Il est à noter que l’homme connaît aussi dans le monde profane une certaine discontinuité du temps que l’on pourrait symboliser par le temps festif, jours fériés par exemple. Mais pour l’homme spirituel il existe une différence essentielle. Le temps sacré connaît des intervalles sacrés qui ne participent pas à la durée temporelle qui les précède ou qui les suit. Il a une toute autre structure et une autre origine, car il dépend d’un temps primordial.

Pour l’homme profane le temps ne peut présenter ni rupture, ni mystère. Il constitue la dimension existentielle de l’homme, il est lié à sa propre existence, donc à un commencement et à une fin, qui est la mort, l’anéantissement de l’existence. Au contraire pour l’homme spirituel, la durée temporelle profane est susceptible d’être périodiquement arrêtée par l’insertion au moyen du rituel d’un temps sacré. Lors de ce processus,  on peut réintégrer le temps sacré des origines, et devenir contemporain des dieux.

Qu’en est-il en loge de cette question de temps ? Au début de la tenue le temps est conforme à celui dans lequel nous nous trouvons. Après que le lieu soit sacralisé par le rituel le VM demande.

 « Frère premier surveillant à quelle heure les maçons ouvrent-ils leurs travaux »

« A midi »

« Quelle heure est-il frère second surveillant »

« Il est midi »

         A partir de cet instant nous sommes dans le temps sacré. Le rituel a permis cette bascule. Nous sommes dans le temps mythique relatif à la construction du temple de Salomon, de notre temple intérieur, en relation avec le Grand Architecte de l’Univers. Il est midi en ce lieu sacré quand l’heure profane peut être très différente. Cet instant peut être identique pour d’autres frères sur la surface de la terre s’ils pratiquent le même rituel quelque soit l’heure profane. Alors nous pouvons travailler dans l’harmonie et la joie en communion avec le temps primordial. Maintenant avec les moyens symboliques et les rituels s’exprime toute la dimension spirituelle et sacrée du travail maçonnique réalisé à la gloire du GADLU. Sans alourdir mon propos nous pouvons prendre un exemple pour bien comprendre le processus en cours. Lors des travaux nous formons la chaîne d’union qui est un instant fort de ce temps sacré. Nous en avons pour preuve qu’à cet instant quand nous sommes autour du pavé mosaïque en face de l’axe du monde qui relie le ciel et la terre, le temps n’existe plus, il n’y a plus d’espace. Nous sommes unis à tous les frères répandus sur la terre, les frères du présent, du passé et de l’avenir. La notion de temps est perdue. Nous sommes dans une fusion que nous pouvons très bien ressentir si nous sommes dans l’énergie sacrée favorable, dans cet égrégore résultat de la pratique du rituel, des travaux et de la participation de tous les frères.

         Ensuite nous allons revenir dans le temps profane. Il faudra que le rituel déclenche ce retour lorsque le VM demandera :

« A quelle heure les maçons sont-ils dans l’usage de fermer les travaux »

« A minuit »

« Il est minuit très vénérable »

Alors nous revenons progressivement vers le temps profane avec la conclusion des travaux et notamment les agapes qui font partie intégrante de la tenue.

3ème partie : Incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement

         Tout ce qui nous entoure est de nature divine. Nous l’oublions. Le sacré est là pour nous reconnecter et mettre à l’oeuvre des énergies fécondantes et vivifiantes qui vont nous permettre d’appréhender ce divin. Pour bien comprendre nous vous proposons quelques exemples du rituel.  Le rythme impulsé par le VM et les surveillants avec leur coup de maillet, les musiques choisies,avec minutie et amour, du maître colonne d’harmonie vont permettre le maintien de cette énergie tout au long de la tenue. Nous faisons ici une remarque sur les loges mises en récréation. Le terme récréation doit être considéré comme un instant de préparation et d’organisation du temple si cela est nécessaire et un instant de recueillement pour les frères afin que les énergies présentes, si fragiles, ne soient pas perturbées. Ce n’est effectivement pas un moment de détente ou de chahut. De même il est favorable lors de la tenue qu’un  rythme  évite les temps morts, les bavardages qui sont de nature, là aussi, à briser le caractère transcendant de la tenue. Le respect de la gestuel est aussi impératif.

Les décors ainsi que les couleurs, notamment la couleur bleu au rite français apportent une touche énergétique complémentaire. Vous avez remarqué que les tapis des plateaux, les tabliers de maître et le plafond sont bleus. Cela  renforce l’ambiance générale d’harmonie. Cette couleur bleue ne nous semble pas être due au hasard. Elle influence certains centres d’énergie subtile que nous avons sur notre corps, notamment le 5ème et le 6ème. . Qui n’a pas entendu parler du 3ème œil qui est la représentation de ce 6ème centre ? Effectivement dans la tradition, il est dit que le bleu, représente le calme, la sérénité et la liberté. Notamment au niveau de ce fameux 6ème centre, le bleu favorise l’intuition, la concentration, et aide à l’élévation de la conscience. On peut ainsi s’élever au dessus des limites de l’espace et du temps. C’est bien ce qui se produit en loge. Je vous rappelle de plus que nous travaillons en « loge bleue », ce qui nous différencie des hauts grades. Est-ce un hasard ? Est-ce la confirmation de cette prise de conscience, cette recherche de notre part d’ombre, qui nous  permettra de poursuivre notre chemin spirituel sous d’autres formes?

L’ambiance ainsi créée, loin des fastes,  sera propice au recueillement, à l’ouverture, à l’absorption de connaissances, à notre progression personnelle. Effectivement nous sommes comme sur un lieu de sacrifice : sacrifice de notre orgueil, de nos ambitions, nos préjugés, lieu où les vertus théologales trouvent leur pleine signification. Que ce sacrifice est difficile ! Nos expériences humaines et profanes nous le rappellent tous les jours.

Conclusion 

« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme, et volupté ». Ainsi s’exprimait Charles Beaudelaire dans l’invitation au voyage. Mes frères apprentis, je vous invite donc à ce beau voyage tous les mois lors de nos travaux maçonniques.

Au moyen du rituel on quitte le monde profane et nous partons pour ce voyage magique. Il est indispensable d’ajouter, et nous insistons sur ce point :  la communauté de pensée, la volonté des frères, leur adhésion, sont des forces complémentaires au rituel pour qu’une telle magie apparaisse. Alors peut naître cet autre univers ordonné où chacun d’entre nous cherche à se connaître afin de poursuivre la quête du sens de sa vie en s’extrayant du monde sensible pour accéder à l’intelligible, à l’éternel.

Il m’est toujours curieux d’avoir ce désir insatiable, pour la venue de la prochaine tenue. En est-il de même pour vous ? Il n’est pas question uniquement de retrouver ses frères pour passer un bon moment de fraternité, mais d’avoir, ce qui est difficilement définissable, ce contact profond avec les autres et avec soi-même. Cet instant où l’on peut espérer côtoyer cette notion, ou cette limite mystérieuse, de passer de l’avoir à l’être.

 

                                                                  J’ai dit.

 

                                                        T.V.F.  A.B.  le 20/9/2011

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LE RITE FRANÇAIS EN 12 FICHES

Publié le 27 Juin 2026 par T.D

Planche présentée le vendredi 25 novembre 2022 aux RR LL Mozart et Voltaire, Phoenix et Le Labyrinthe


J’ai l’intention de vous présenter ce que je considère comme l’essentiel du Rite Français sous la forme de douze fiches. Chacune d’elle résume un aspect du Rite : son histoire, sa symbolique, ses spécificités, son état d’esprit.
Il va de soi que ces fiches n’épuisent pas le sujet mais la relative brièveté de mon propos vous permettra de soulever les questions qui vous tiennent à cœur et auxquelles je ferai de mon mieux pour vous répondre.

1

Commençons par relever que le Rite Français est le Rite majoritaire en France et en Belgique. On le trouve dans de nombreuses Obédiences telles que le Grand Orient de France qui en est le dépositaire, mais aussi à la Grande Loge Mixte de France, à la Grande Loge Nationale Française, au Grand Orient de Belgique, à la Grande Loge de Belgique. Il est aussi présent dans des Obédiences du Brésil et au Grand Orient de Roumanie, et dans plusieurs pays africains.
En Suisse, il n’en va pas du tout de même. Sur les 137 Loges maçonniques des 5 Obédiences nationales, 6 seulement travaillent au Rite Français : deux à la Grande Loge Suisse Alpina (une à Genève et une à Zurich), une à la Grande Loge Mixte de Suisse (à Genève) et trois au Grand Orient de Suisse (deux à Genève : Mozart et Voltaire et Le Labyrinthe, et une à Clarens : Phoenix). Ajoutons que des Loges d’obédiences étrangères mais établies à Genève comme La Fraternité (GODF), L’Amitié (Lithos CL) ou Equilibre et Prospective (GLMF).
Ce Rite est inconnu dans les pays anglo-saxons, dans les pays germaniques et dans les pays scandinaves.

2
Durant la première moitié du 18e siècle, en Angleterre où elle est née, la Franc-Maçonnerie ne connaissait qu’un seul Rite. Il ne portait aucun nom puisqu’il était le seul.

A partir de 1754, des Maçons irlandais émigrant en Angleterre, sous l’impulsion de Laurence Dermott, y importent leur propre Rite. Il diffère à plusieurs égards du Rite pratiqué en Angleterre : inversion des colonnes, des Surveillants, des mots sacrés, mais aussi distinction entre de grandes et petites lumières, les grandes étant la Bible, l’équerre et le compas et les petites, les piliers sagesse, force et beauté.

Le Rite anglais ne comptait que trois lumières : le soleil, la lune et le maître en chaire, représentés par les trois piliers positionnés aux angles nord-est, sud-est et sud-ouest alors qu’au Rite importé d’Irlande, les piliers sont disposés aux angles sud-est, sous-ouest et nord-ouest. La première disposition est de type héliocentrique, la seconde de type géocentrique. En outre, le Rite importé d’Irlande s’avère nettement plus religieux notamment par la présence de plusieurs prières et la prééminence de la Bible considérée comme la plus importante des trois grandes lumières.

3

Par dérision, les Maçons souchés sur le Rite d’origine irlandaise qualifieront la Maçonnerie anglaise, pourtant antérieure à la leur, de « moderne » et la leur d’« ancienne », C’est ainsi que de 1754 et 1813, deux Rites (et donc deux Obédiences) seront dans une situation conflictuelle. Sans même caricaturer, on peut considérer cette dualité comme assez similaire à plusieurs égards à celle qui sépare la Maçonnerie « régulière » de la Maçonnerie « libérale ».  Par leurs rituels, les « Ancients » à cette époque, correspondaient, dans une certaine mesure, aux « réguliers » d’aujourd’hui et les « Moderns » aux « libéraux ». Mais comparaison n’est pas raison. En tous cas, il n’existait aucune relation entre ces deux courants maçonniques et leur conflit - souvent très âpre - a duré près de soixante ans jusqu’à la fondation en 1813 de la Grande Loge Unie d’Angleterre qui a vu la - en Angleterre - disparition des « Moderns » et la victoire des « Ancients ». 

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Il faut préciser, et c’est très important pour bien comprendre la suite des événements, que des Maçons anglais, antérieurement à l’arrivée des « Ancients » en 1754, avaient émigré en France où ils pratiquaient le Rite maçonnique d’origine, c’est-dire celui des « Moderns ». Les successeurs de ces Maçons émigrés qui sont à la base de la Maçonnerie française, ont continué à pratique ce Rite « Moderne » qui est le Rite original de la Franc-Maçonnerie, antérieur d’un demi-siècle au Rite dit des « Ancients ». Nous y reviendrons. Le Rite Français est donc le Rite les plus conforme à celui de la première moitié du 18e siècle en Angleterre et ne doit son nom qu’au seul fait de sa disparition en Angleterre en 1813 et de son maintien en France par des Maçons Anglais émigrés établis à Paris et dans d’autres grandes villes françaises.

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Restons encore un peu en Angleterre où la Maçonnerie se déchire donc entre le courant d’origine appelé « Rite des Moderns » et le courant plus récent appelé « Rite des Ancients ».

Ce conflit durera 60 ans, de 1754 à 1813.
Avant 1813, le prince Augustus Frederick Duc de Sussex (1773-1843), était Grand Maître des « Moderns » et son frère, le Prince Edward Duc de Kent (1767-1820) était Grand Maître des « Ancients ».

En 1813, c’est le Duc de Sussex qui devient le premier Grand Maître de l’Obédience résultant de l’union des « Moderns » et des « Ancients » sous l’appellation de Grande Loge Unie d’Angleterre mais le Rite Emulation (fixé en 1823) et qui est issu de cette union est inspiré essentiellement du Rite des "Ancients". Le Rite des « Moderns » a dès lors totalement disparu en Angleterre. En revanche,  il demeure en usage en France où il avait été instruit et traduit par des émigrés anglais. Dès lors, en France (et en Belgique) ce Rite des « Moderns » prend le nom de Rite Moderne ou Rite Français. 


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Les Rites maçonniques ultérieurs seront constitués sur la base du courant des « Moderns » ou sur la base du courant des « Ancients ».

Ainsi dérivent des « Ancients »: le Rite Emulation, le Rite d’York, le Rite Ecossais Ancien et Accepté et le Rite de Memphis-Misraïm tandis que dérivent des « Moderns »: le Rite Ecossais Rectifié, le Rite de Schröder ainsi que toutes les variantes du Rite Français.

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Le Rite Français tel que nous le connaissons aujourd’hui est donc le Rite le plus proche du Rite maçonnique des origines, même s’il s’est enrichi (nous reviendrons à la Fiche 10 sur ce concept très discutable d’enrichissement).
 
Parmi les caractéristiques du Rite Français nous relevons l’emplacement des colonnes J à gauche en entrant et B à droite, les deux Surveillants placés à l’Occident : le Premier Surveillant au pied de la colonne B et le Deuxième au pied de la colonne J. Le mot sacré du premier degré est Jakin et celui du deuxième degré est Boaz. Contrairement au Rite écossais Ancien et Accepté qui n’a pas de mot de passe au premier degré (considérant que le profane vient du monde profane et ne dispose donc pas d’un mot de passe) le Rite Français a Tubalcain au premier degré. C’était le cas, très brièvement du Rite Ecossais Rectifié mais pour une raison que nous ignorons, son fondateur, Jean-Baptiste Willermoz, l’a remplacé par Phaleg.

Le Rite Français de référence, tel qu’il a été fixé par le GODF (la dernière version date de 2018) a rendu facultatifs la présence du tableau de Loge et des trois piliers mais impose, s’ils sont présents, leur positionnement NE, SE et SO. Ce positionnement, qui est celui de la Maçonnerie des origines, n’existe qu’au Rite Français.

Contrairement aux Rites anglo-saxons et au Rite Ecossais Rectifié, le Rite Français, à l’instar du REAA a recours au cabinet de réflexion avec les symboles qui s’y réfèrent dont le soufre et le sel, emblèmes de la mort se référant à la destruction de Sodome et Gomorrhe et non à la triade alchimique sel, soufre et mercure qui est une création de Maçons occultistes comme l’est aussi l’introduction du VITRIOL que nos prédécesseurs ignoraient. En revanche, parmi les inscriptions, la devise Vigilance et Persévérance est une spécificité du Rite Français mais elle sera empruntée plus tard par d’autres Rites.

Les épreuves par les éléments au cours des trois voyages du premier degré est une référence à la terasomia d’Empédocle d’Agrégeante. Elles sont inexistantes aux Rites anglo-saxons et le Rite Ecossais Rectifié procède au voyage par la terre au troisième voyage mais ignore l’épreuve de l’air conformément aux « principes spiritueux » de Martinès de Pasqually l’une des sources, avec la Stricte Observance Templière, de ce Rite.

La marche du Rite Français, comme du Rite Rectifié et du Rite de Memphis-Misraïm s’exécute en partant du pied droit.

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Le Rite Français ne distingue pas grandes et petites lumières. Il existe trois lumières, ni grandes, ni petites, à savoir : le soleil, la lune et le Maître en chaire, respectivement pour éclairer le jour, la nuit et la Loge.
 
La sagesse, la force et la beauté ne sont pas des lumières au Rite Français mais des piliers qui soutiennent la Loge et qui n’ont pas d’existence physique. Les trois candélabres ne représentent donc pas la sagesse, la force et la beauté mais le soleil, la lune et le Maître de la Loge.
 
La Bible, l’équerre et le compas ne constituent pas un ternaire au Rite Français. 

La Bible n'était présente au 18e siècle que pour la prestation de serment - comme dans les tribunaux américains - mais non comme lumière et encore moins comme « grande » lumière ! Quant à l’équerre, elle était brodée sur un coussin où l’impétrant posait un genou dénudé tandis qu’il tenait le compas ouvert contre le sein gauche lui aussi dénudé. Bible, équerre et compas n’étaient donc pas associés.

​Par la suite on a pris l’habitude, sous l’influence d’autres Rites, d’associer l’équerre et le compas à un livre blanc ou aux Constitutions de l’Obédience ou, plus rarement, à la règle. Mais pas à la Bible. En effet, celle-ci se réfère à une vérité révélée qui n’a pas sa place dans une Franc-Maçonnerie qui revendique la liberté absolue de conscience. Relevons que les Loges au Rite Français de la Grande Loge Nationale Française qui s’inscrit bien entendu dans la dépendance de la Grande Loge Unie d’Angleterre ont réintroduit la Bible comme ce qu’elle comme étant la principale des « trois grandes lumières ».

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Deux éléments « centraux » dans le Rite Français, on l’a relevé, sont devenus facultatifs, comme le précise le « Rituel de Référence ». Il s’agit du tableau de Loge et des trois candélabres mais, on l’a aussi signalé, s’ils sont présents, ils doivent correspondre au Rite Français.  Des Maçons d’autres Rites s’étonnent souvent de cette absence dans beaucoup de Loges du Rite Français.
 
On peut l’expliquer aisément. Pour le tableau de Loge premièrement, les Loges d’aujourd’hui disposent d’un matériel visible contrairement aux salles d’auberges à l’aube de la Maçonnerie. On y trouve toute la symbolique des grades dans l’espace du Temple : soleil, lune, voûte étoilée, colonnes J et B, pierre brute, pierre cubique, marches, etc. Le tableau central peut donc être considéré à juste titre comme un doublon. 

Deuxièmement, les trois piliers porteurs de bougies au Rite Français ne correspondent pas aux concepts de sagesse, force et beauté contrairement aux autres Rites, mais aux trois lumières, à savoir le soleil, la lune et le maître en chaire.
 
On ne le répétera jamais assez : dans la Maçonnerie d’origine, c’est-à-dire celle des « Moderns » (et le Rite Français, historiquement, est le plus ancien Rite maçonnique comme on l’a souligné), on ne connaît pas de grandes et de petites lumières mais seulement trois lumières représentées par les bougies des angles NE, SE et SO de la Loge.

​Les concepts de sagesse, force et beauté ne sont donc pas des lumières au Rite Français. 

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Tous les Rites évoluent au fil des siècles.

Cette évolution n’est presque jamais soustractive. A quelques exceptions près on ne simplifie pas un Rite, mais on le complexifie par l’ajout d’éléments empruntés au fil du temps à d’autres Rites. C’est indiscutablement l’immense extension géographique du REAA depuis sa fondation en 1804, qui a exercé la plus grande influence sur d’autres Rites qui lui ont fait des emprunts parfois dommageables, parfois peu significatifs. On considère souvent ces emprunts sous un regard très critique et il n’est pas rare d’entendre parler de contamination. Concernant le Rite Français, elle est particulièrement significative dans la version de ce Rite en usage en Belgique. Mais en France aussi, au fil du temps, le Rite Français a subi de nombreuses variantes voire des altérations, cependant suivies d’un retour considéré comme salutaire. 

La version originelle du Rite est due à Alexandre Louis Roëttiers de Montaleau sur la base des rituels pratiqués par les premiers Maçons établis en France comme émigrés anglais. Il importait de fixer des rituels communs à toutes les Loges d’autant plus que la Maçonnerie Française disposait dès 1773 du Grand Orient de France comme organe fédérateur issu d’une première « Grande Loge de France ».  Les rituels des trois degrés sont fixés par ce que l’on appelle le « Régulateur du Maçon ». Les Loges du GODF reçoivent des copies manuscrites de ces rituels qui seront imprimés en 1802. Ce régulateur du Maçon est le Rite de référence.

Par la suite, des variantes apparaîtront sous le nom de Murat et de Blattin, mais surtout de Louis Amiable, avocat et membre du Conseil de l’Ordre du GODF qui rédige une version positiviste en accord avec les courants scientistes de la fin du 19e siècle.

​Beaucoup d’éléments symboliques passent à la trappe et les Loges ressemblent beaucoup à des sociétés de pensée laïque et anticléricale si bien des Frères quittent alors le GODF pour rejoindre la Grande Loge de France qui ne pratique quant à elle que le REAA.

Face à ce qui risquait de devenir une hémorragie, et désireux de revenir à une dimension plus respectueuse de la symbolique maçonnique, le GODF, deux ans avant la Deuxième Guerre Mondiale, adopte la version du Grand Maître Arthur Groussier qui sera amendée en 1954 et qui deviendra le Rite Français de référence. Nous en sommes aujourd’hui à la version 2018.

A la fin des années soixante, sous l’impulsion du Frère René Guilly, des Loges du GODF adoptent le Rite Français tel qu’il figure ans le Régulateur de 1785 et ce Rite des origines, réanimé, prend le nom de Rite Français Rétabli ou Rite Français de Tradition. Il existe donc schématiquement trois Rites Français aujourd’hui: le Rite Français Groussier (Rite officiel du GODF) pratiqué par la majorité des Obédiences françaises, le Rite français Rétabli ou de Tradition et enfin le Rite Français belge (appelé Rite Moderne) en usage au GODB et à la GLB.

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De nombreux ouvrages maçonniques ont été rédigé par des Maçons occultistes dans la première moitié du 20e siècle. Ils contiennent beaucoup d’interprétations erronées et fantaisistes, souvent axées sur un ésotérisme de pacotille et sur une lecture fantaisiste propre aux historiens amateurs qui n’ont aucune formation en matière de critique historique mais qui assènent avec l’aplomb des incultes des contre-vérités qui ont eu un impact dommageable sur plusieurs générations. Ainsi Oswald Wirth et Jules Boucher. Il convient donc de se pencher préférentiellement sur les ouvrages d’auteurs sérieux au bénéfice d’une formation intellectuelle solide.

​Pour ce qui concerne le Rite Français, on peut citer parmi les auteurs les plus qualifiés Ludovic Marcos, Pierre Mollier, Cécile Revauger, Alain Bauer et Roger Dachez.

Tous ont mis en lumière la spécificité du Rite Français et c’est sans doute Ludovic Marcos qui en a le plus clairement résumé l’esprit en ces termes : « le Rite Français ne vise pas la révélation, mais l’émancipation ».
 
Le Rite Français résulte en effet dans la droite ligne du Siècle des Lumières au sens français du terme, ce qui est très différent de l’Enlightenment anglo-saxon et de l’Aufklärung germanique. Il est laïc, il est humaniste, il est progressiste et républicain en ce sens qu’il ne reconnaît pas la sacralité des titres et des fonctions. Il respecte toutes les conceptions métaphysiques mais n’en proclame aucune. Il ne connaît aucun « Livre sacré ». Il ne connaît aucun dogme. Le concept de révélation est exclu de la Loge et les prières en sont bannies contrairement aux Rites issus des « Ancients ».
 
Pour le Maçon du Rite Français, toute activité maçonnique s’enracine dans l’émancipation de ses membres avec pour seul moyen d’y parvenir la liberté absolue de conscience.
 
Le Rite Français est par excellence celui qui convient le mieux à un Maçon progressiste, laïc, humaniste, et républicain. Il existe d’autres Rites qui correspondent mieux à des Maçons qui se situent dans une perspective religieuse ou dans une perspective de type occultiste. Mais, à l’exception du Rite Français en usage dans des Obédiences inféodées à la Grande Loge Unie d’Angleterre, comme la Grande Loge Nationale Française ou la Grande Loge Suisse Alpina, le Rite Français est, par sa nature même, éloigné de toute référence religieuse. Il est aussi éloigné de toute référence occultiste.
 
On peut considérer qu’une Maçonnerie de type anglo-saxon (Rite Emulation et Rite d’York principalement), qui ignore tout de la pratique des planches en Loge (d’où l’inexistence du plateau d’orateur) est une société hautement ritualisée qui n’exécute que ce que l’on appelle dans les Eglises un « liturgie » et où il ne peut pas exister de discussion autour d’un thème, de quelque nature qu’il soit.
 
Les Rites qui nous sont plus familiers comme les Rites Français, Ecossais Rectifié, Ecossais Ancien et Accepté, Memphis-Misraïm, Ruchon ou Schröder, correspondent davantage au concept de société de pensée dans un contexte ritualisé. Le Rite Français est celui qui, considéré dans une perspective historique, répond sans doute le mieux à l’état d’esprit de la Maçonnerie des Lumières au sens français du terme davantage qu’au sens de l’Enlightenment anglais ou de l’Aufklärung allemand.
 
L’article premier de la Constitution du Grand Orient de France (Obédience cependant multirites) résume parfaitement cet esprit des Lumières.
Je cite :
« Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, la Franc-Maçonnerie a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.
 
Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité.
La Franc-Maçonnerie a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. »


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Dès que l’on parle de Rite, on pense à l’ensemble des degrés qui le constituent, à l’exception - pour ce qui concerne la Suisse- de deux Rites : le Rite Ruchon fixé à Genève en 1936 et le Rite de Schröder fixé à Hambourg en 1811. On ajoutera que le Rite de Schröder, majoritaire dans les pays de langue allemande, avait été conçu en réaction contre la prolifération des hauts grades.
 
Le Rite ou Régime Ecossais Rectifié codifié en 1783 au Convent de Willelmsbad, compte trois degrés bleus et trois degrés supérieurs.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté fondé à Charleston en 1801 compte 33 degrés soit 30 degrés au-delà des degrés bleus.
 
Au Rite de Memphis-Misraïm, établi dans sa forme actuelle en 1961 par Robert Ambelain, tous les records sont battus avec un total de 98 degrés dont 85 sont donnés par communication.
 
Le Rite Français, outre les trois degrés de la Maçonnerie bleue, comporte quatre « Ordres de Sagesse » fixés en 1785 sous l’impulsion d’Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau. Ces Ordres de Sagesse, jadis appelés Ordres Supérieurs, sont numérotés comme suit : 1er Ordre ou Elu Secret, 2e Ordre ou Grand Elu Ecossais, 3e Ordre ou Chevalier d’Orient et 4e Ordre ou Souverain Prince Rose-Croix.
 
Dans chacun des Rites pourvus de degrés au-delà du degré de Maître, on relève une étanchéité absolue entre les degrés bleus et les degrés suivants. Au Rite de Schröder et au Rite Ruchon, il n’y a d’autres degrés que ceux d’Apprenti, de Compagnon et de Maître. Cependant, les Maçons de ces Rites, comme tous ceux de n’importe quel autre Rite maçonnique sont libres d’adhérer à un système de hauts grades (appelés « side degrees » ou « degrés annexes » en Grande-Bretagne) différent de celui des degrés bleus qu’ils pratiquent.
 
Jacques Herman

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« Igne Natura Renovatur Integra »

Publié le 27 Juin 2026 par T.D

Cette phrase latine, à l’origine ancrée dans la tradition alchimique et la philosophie hermétique, ouvre la porte à une réflexion mystique et spirituelle profonde. À travers ses symboles, elle révèle des enseignements sur la nature de l’existence, la transformation de l’être et la quête d’éveil spirituel.

En examinant chaque élément de cette expression, on peut découvrir une résonance universelle qui transcende les limites de notre monde matérielle pour toucher aux mystères de l’âme et de la création divine.

Le principe créateur divin

Igne (Feu) : En alchimie, le feu représente la puissance purificatrice et transformatrice. Il est le flambeau de l’éveil qui consume les impuretés de l’âme et permet sa renaissance. Le feu est aussi le symbole de l’aspiration élevée, de cette quête intérieure qui pousse l’être à transcender ses limitations pour atteindre l’union avec le divin. Dans ce processus, l’étincelle initiale, tel le Yod, alimente le feu intérieur qui illumine le chemin vers la réalisation spirituelle.

Le feu, dans sa dimension sacrée, est également lié à l’Aor, cette notion de Lumière-Amour en hébreu, qui transcende le visible et le tangible pour révéler l’essence la plus pure. Symbole universel de l’énergie divine, source de toute création, l’Aor englobe l’amour divin, la sagesse cosmique et l’éclat originel de la conscience. Cette Lumière-Amour agit comme un guide silencieux, rappelant à chaque être qu’il porte en lui une étincelle de cette source infinie.

Méditer sur l’Aor, c’est entrer en communion avec cette présence sacrée qui unit toutes choses dans un amour infini et universel. Elle révèle que le feu de la transformation n’est pas uniquement destructeur, mais qu’il est aussi un acte d’amour créateur, permettant de brûler les voiles de l’illusion pour découvrir la vérité immuable. L’Aor nous invite à réaliser que cette lumière brille en chacun de nous, témoignant de la divinité cachée au sein de notre être.

Dans cette perspective mystique, le feu devient un pont entre l’humain et le divin, une échelle de lumière qui élève l’âme vers sa réintégration dans l’Unité. Il nous enseigne que la transformation spirituelle est autant un acte de purification qu’une reconnexion à la source originelle, le divin rayonnant de l’Aor.

La matrice universelle

Natura (Nature) : Dans une perspective mystique, la nature est perçue comme l’expression visible de l’ordre divin. Elle est le miroir dans lequel se reflète l’équilibre entre les principes opposés : actif et passif, spirituel et matériel. La nature, en perpétuelle transformation, est une manifestation de l’harmonie universelle et une invitation à reconnaître la présence du divin dans toutes choses. Elle nous enseigne que, tout comme le feu purifie la matière, la contemplation de la nature peut purifier l’âme et nous rapprocher du divin.

Dans une perspective plus mystique, la nature est vue comme le vêtement du divin, un tissu vivant de forces spirituelles et d’énergies sacrées. Chaque élément de la nature porte en lui une étincelle de la présence divine, une parcelle du grand équilibre cosmique. Contempler une forêt, un ruisseau ou un ciel étoilé revient à entrer en résonance avec l’âme de l’Univers.

La nature n’est pas seulement un écrin de beauté, mais un livre ouvert pour ceux qui savent le lire. Chaque arbre enseigne la patience et la croissance lente vers la lumière, chaque ruisseau symbolise le mouvement constant et l’adaptation, et chaque étoile murmure des secrets d’éternité. Ces messages silencieux nous guident sur le chemin de l’initiation spirituelle, nous rappelant que nous faisons partie d’un tout plus grand que nous.

Dans cette vision mystique, la nature devient un sanctuaire où l’être humain peut se connecter avec le divin. La contemplation de ses merveilles révèle une sagesse cachée et invite à un retour à l’essentiel, à l’harmonie avec l’ordre cosmique. Ce retour est une purification de l’âme, un acte d’amour envers soi et envers le créateur.

L’union des principes

Renovatur (Renouvelée) : Le renouvellement est à la fois un processus de dépouillement et de renaissance. Il ne s’agit pas uniquement de transformer les éléments matériels, mais de régénérer l’être tout entier. En alchimie spirituelle, cela signifie transcender l’ego, abandonner les attachements terrestres pour atteindre une unité plus profonde avec le divin. Ce processus de renouvellement constant reflète la nature cyclique de l’Univers, où la fin d’une étape marque le commencement d’une autre, toujours plus proche de l’éveil.

Dans une vision mystique, cette transformation ne se limite pas au monde visible. Elle s’enracine dans la dynamique sacrée de l’Univers, où chaque cycle de vie, de mort et de renaissance reflète un retour vers le divin. C’est un processus où l’âme, tel un phénix, renaît de ses cendres purifiée et régénérée, accédant à une compréhension plus élevée de son essence sacrée.

Ce principe de transformation perpétuelle invite à embrasser le changement comme un chemin vers l’harmonie. Il rappelle que l’union des opposés n’est pas une annihilation des différences, mais une fusion créative qui donne naissance à quelque chose de nouveau et de plus élevé. L’alchimie spirituelle devient alors un mariage mystique, où le masculin et le féminin, le terrestre et le divin, dansent ensemble pour manifester la complétude.

Dans ce contexte, chaque être humain est une œuvre en cours, un reflet vivant de cette union divine. En accueillant le processus de renouvellement, il participe à l’ordre cosmique, devenant co-créateur dans une évolution qui mène vers l’union avec l’Infini.

Le retour à la source

Integra (Entière) : L’intégralité représente la plénitude de l’être, un état où les dimensions physique, mentale et spirituelle sont harmonisées. Dans une perspective mystique, cela correspond à l’éveil, où l’individualité se fond dans l’unité cosmique. L’intégralité n’est pas un état statique, mais un processus dynamique de transformation et d’équilibre constant.

Dans une perspective mystique, l’intégralité est l’expression de l’union ultime avec la source divine. C’est un retour au centre, au point d’origine où tout existe dans un état de pure potentialité. L’intégralité est une reconnaissance de l’interconnexion entre tous les aspects de l’existence – le visible et l’invisible, le temporel et l’éternel. Dans cet état de plénitude, l’âme se déploie comme une fleur, révélant ses multiples pétales de sagesse et de beauté.

L’intégralité nous invite à harmoniser notre être avec les cycles universels. Chaque souffle devient une danse avec l’Univers, chaque pensée une prière silencieuse qui résonne dans l’infini. Ce processus de transformation constante reflète la nature de l’Univers lui-même, toujours en mouvement, toujours en éveil.

Ce concept nous rappelle que l’éveil spirituel ne concerne pas seulement l’individu, mais qu’il s’inscrit dans une interconnexion universelle. L’harmonie personnelle résonne avec l’harmonie cosmique, réunissant le microcosme et le macrocosme dans une danse infinie de création et de renouvellement. Ce retour à la source n’est pas une fin, mais un nouveau commencement, une spirale éternelle qui nous mène toujours plus près du divin.

Un silence qui éclaire l’âme

Laissez s’effacer la volonté qui lutte, l’ego qui s’accroche, et ouvrez votre être à l’infini. Comme un vase vidé de tout désir, accueillez l’Aor, cette Lumière-Amour, douce et infinie, qui embrasse l’univers entier. Ne cherchez pas à comprendre, mais à ressentir ; ne cherchez pas à contrôler, mais à être traversé.

Dans ce silence intérieur, où la pensée se dissout comme une brume au soleil, s’éveille la véritable transcendance. Une présence subtile, immuable, une pulsation d’éternité résonne au cœur même de votre essence. C’est là que l’âme danse dans l’unité retrouvée, portée par l’harmonie des sphères et l’éclat de l’Amour primordial.

Ainsi, le chemin ne se trace pas, il se reçoit. Ouvrez vos bras, votre cœur, votre être tout entier, et laissez l’Aor vous envelopper, vous guider, et vous révéler la vérité de ce que vous êtes : un éclat sacré, un murmure de l’infini.

 

 

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