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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Spiritualité et religion – Ne pas confondre –

Publié le 22 Septembre 2026 par T.D

Être Maître maçon au RER 

Il m’est apparu nécessaire d’aborder un sujet épineux qui concerne le RER, sujet qui n’est que très rarement mis à l’ordre du jour.

Il m’est arrivé maintes fois de remarquer que beaucoup d’excellents maçons, pourtant de notre rite, quel que soit leur grade, éprouvaient quelques difficultés, sinon réticences, à aborder les sujets qui concernent la spiritualité.

Il s’est avéré, le plus souvent, que cette défiance était due à une confusion entre ce qu’est réellement la spiritualité, et ce que prônent les religions.

Pour ajouter à ce trouble, il se trouve que certains FF., chrétiens pratiquants et convaincus, mélangent allégrement les genres et se croient parfois obligés, en conscience, de faire du prosélytisme.

Au R.E.R , nous n’avons pas pour vocation à faire de la religion. Il est, en effet, clairement stipulé qu’il est interdit de parler de religion en Loge. Il va de soi qu’il est également interdit de recommander, encore moins d’exiger, les pratiques spécifiques d’une religion, quelle qu’elle soit, combien même serait-elle chrétienne..

Néanmoins, notre engagement ne peut se concevoir sans spiritualité.

Quelle différence y a t’il entre religion et spiritualité ?

Spiritualité

La spiritualité, qui est la justification même de toutes les religions, a pour base la croyance en (j’insiste sur en), la croyance en un Principe transcendant que toutes les religions désignent par le vocable Dieu.

Je crois en… présente la caractéristique d’un postulat.

Comme tout postulat, celui-ci ne peut se vérifier que par des exercices pratiques. C’est pourquoi aucun Maître initié ne demandera de croire, mais de vérifier, de pratiquer.

Celui qui pratique la voie enseignée par un Maître, qu’il soit chrétien, bouddhiste, soufi, chaman, ou même animiste, en raison des expériences qu’immanquablement il a vécues, ou vivra, en arrive à ne plus dire je crois, mais je sais. Il sait qu’il sait. Combien même lui est-il difficile d’exprimer ce qu’il sait.

La voie initiatique du R.E.R. exige, elle aussi, la pratique. Il nous est demandé de pratiquer les vertus. Il est stipulé que la base de nos obligations est l’Évangile, c'est-à-dire l’enseignement dispensé par celui qui nous est recommandé comme Maître par excellence : rabbi Jésus que certains de ses disciples ont appelé un jour, à tord ou à raison, Christ. 

Religions

Qui est Dieu ? Dès lors que l’on tente de répondre à cette question, on empiète sur le domaine réservé des religions. Nous ne sommes plus dans le domaine du « je crois en… », mais dans celui des « je crois que… ». Ce qui n’est pas du tout la même chose, en dépit de l’amalgame entretenu par la plupart des religions.

Contrairement à je crois en… qui est un postulat, je crois que… annonce une hypothèse.

Toute hypothèse, autrement dit toute croyance, pour nécessaire qu’elle soit, parce qu’elle ne peut s’exprimer que par « Je crois que », est par nature appelée un jour à être remise en question.

Croire que le soleil tourne autour de la terre a constitué une étape incontournable, nécessaire et utile, notamment pour les travaux agricoles, jusqu’au jour où chacun a su qu’il n’en était pas ainsi.

Il n’y a aucune hypothèse, aucun dogme, dans l’Évangile.

En revanche, chaque religion propose son « prêt à porter » de propositions hypothétiques, plurimillénaires,  auxquelles il ne fait pas bon s’opposer. Pour les chrétiens : la Sainte Trinité – le péché originel - Jésus fils unique de Dieu - le christianisme perfection du judaïsme - Jésus, par sa mort sur la croix, rédempteur des péchés des hommes - la résurrection, celle du christ, et la résurrection de chaque homme selon la chair - le paradis et l’enfer - le jugement dernier -  etc.  –

Auquel il y a lieu d’ajouter, pour les catholiques : la présence réelle du corps de Jésus dans l’eucharistie - la virginité de Marie mère de Dieu - son assomption - le culte aux Saints – l’infaillibilité papale …

Même si nombreux sont ceux qui sont prêts à mourir pour la plupart de ces affirmations, toutes ces allégations ne sont objectivement que des croyances.

Lorsque notre rituel stipule que les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion, c’est uniquement de ces matières là dont il s’agit. Ces croyances sont l’apanage des religions, pas de la spiritualité, encore moins de la spiritualité initiatique.

Il ne me semble pas inutile de souligner que l’athéisme est également une croyance.

La spiritualité initiatique ne demande pas de croire, mais de pratiquer, de chercher. Nous sommes des cherchants et, considérant les vertus, la bien-faisance, et l’hommage qui est dû à la Divinité, il nous est demandé de pratiquer, de persévérer.

Notre règle maçonnique stipule, en effet : « Ton premier hommage appartient à la Divinité ».

Divinité, comme on dit Humanité…Vaste programme…

L’initiation consiste à éveiller en l’homme sa part de Divinité. Afin qu’il soit en voie de devenir Homme. L’homme (avec un h minuscule) en voie de devenir Homme (avec un H majuscule).

Tel est le propre de tout cheminement initiatique.

Telle est notre conception de l’Humanisme.

Pour cela il faut des Maîtres, pas des professeurs.

Il y a une différence abyssale entre un maître et un professeur.

La mission du professeur est de faire évoluer l’Avoir, je dis bien Avoir, en l’occurrence culturel, de ses élèves.

Le Maître est celui qui fait évoluer l’Être.

J’aime à dire que dans le mot Maître, il y a le « M » de mouvement, moteur, mise en route, etc., et le phonème « être ».

Est Maître, celui qui, au sein d’un groupe particulier, est reconnu pour tel, en raison de son expérience personnelle et de sa capacité à faire évoluer l’autre.

Chaque apprenti, chaque compagnon, a pour vocation à devenir un maître, pas un professeur.

Un maître, contrairement à un professeur, est incapable d’enseigner ce qu’il n’a pas expérimenté ou vécu lui-même.

Nul ne peut imaginer que l’on puisse enseigner la pratique du violon sans faire la preuve de son savoir-faire. Il en va de même en sport, en apprentissage, en cuisine, etc…, et, bien entendu, en spiritualité.

Le Maître a conscience de ses limites. Il reconnaît, valorise, et recommande volontiers à son entourage un Maître plus avancé que lui dans sa spécialité.

Ce que chacun attend d’un Maître Maçon, c’est qu’il fasse partager, qu’il enrichisse de son approche personnelle, les FF. de la Loge.

Il n’est pas facile de parler de sa propre spiritualité, de dévoiler sa vie intérieure. Certains FF., surtout s’ils sont érudits, préfèrent nettement aborder la maçonnerie sous son aspect historique et philosophique.

Il est, en effet, beaucoup plus facile, pour un F. culturellement riche, de se comporter en professeur plutôt qu’en Maître.

La vocation des apprentis, des compagnons, comme celle des maîtres, est de progresser en maîtrise, pas en professorat.      

Au sujet des religions

Chaque religion propose son propre cheminement vers la sainteté.

Il serait stupide de ne pas convenir que chaque religion produit de grands sages, de grands saints, de grands maîtres. Toutes les religions, en dépit de leurs croyances particulières sont infiniment respectables. C’est la raison pour laquelle doivent être respectés, dans leur intime conviction, les FF. pratiquants sincères d’une religion, quelle qu’elle soit.

Force est cependant de constater que les religions sont sources de divisions, souvent même de conflits, du fait de la tendance des fidèles à vouloir imposer leurs propres croyances en substitution de celles des autres, et réciproquement

S’agissant de la spiritualité

En revanche, les voies de la spiritualité sont les même pour tous, quelle que soit la religion.

En se cantonnant à la spiritualité, le R.E.R. se veut un facteur d’union, de fraternité, de respect entre tous les croyants, entre tous les cherchants.

Il n’est pas inutile de préciser que les agnostiques sont aussi des croyants. S’ils ont cette sagesse de s’abstenir de toute formulation concernant ce qui est inaccessible à l’entendement humain, ce n’est pas pour autant qu’ils se refusent à être cherchants.

L’enseignement contenu dans l’évangile est universel.

L’ensemble des textes évangéliques ne constitue pas une religion. L’évangile n’impose aucune théologie, aucun dogme. L’enseignement que contient l’évangile  trace une voie d’amour entre les hommes, une étique, une voie permettant à chaque homme ou femme de prendre en main son propre épanouissement en harmonie avec l’Amour divin.

Le R.E.R., pour être une voie de spiritualité, n’est pas, pour autant, une voie mystique. Il n’est pas inutile de rappeler que c’est seulement lorsqu’il touche la terre, lors du troisième voyage, que le V.M. déclare à la Loge que l’impétrant est enfin sur la bonne voie. C’est, en effet, en portant parmi les autres hommes les vertus dont il a promis de donner l’exemple que le Maçon accomplit sa mission.

L’enseignement contenu dans l’évangile est universel. Ni les bouddhistes, ni les soufis, ni le coran, ni un adepte du druidisme ne contredisent cela.

Cet enseignement est purement initiatique. Voilà pourquoi il est la base de nos obligations.

Respectons la règle : les lois maçonniques interdisent expressément dans les Loges toutes discussions sur les matières de religion.

Ni l’Évangile, ni l’étique, ni la spiritualité qui découlent de l’enseignement qu’il contient, ne sont concernés par cette interdiction.

André V.

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Spiritualité et Alchimie spirituelle

Publié le 22 Septembre 2026 par T.D

Par Patrick Carré

La Spiritualité ne se définit jamais précisément ; elle se vit et se ressent intérieurement comme un état d’être diffus mais très prégnant, qui infuse à la fois le corps et l’esprit. Elle n’est jamais prisonnière de concepts intellectuels, et semble jouer à échapper comme une ondine aux pensées des philosophes et des religieux qui tentent de l’appréhender, non pas pour les mettre en échec, mais dans le seul but de les surprendre et de développer en eux leur désir de s’en saisir.

Pour y parvenir, les hommes et les femmes de tous les temps, partout sur la terre, ont développé des savoirs faire et des savoirs être différents les uns des autres mais qui se rejoignent en un point qui est la pratique. Il n’y a pas de désir de spiritualité sans un socle de pratiques régulières et efficaces dans tous les domaines telle la pratique du culte par les religieux, du yoga en orient et en occident, des Métiers par les Compagnons, des rituels et des rites par les Maçons.

La spiritualité, fruit du désir, fut tout de suite chassée du Paradis dès les premiers chapitres de la Bible, à l’instar d’Adam et Ève chassés de l’Éden pour avoir succombé au désir de croquer la pomme d’Amour. Tout est dit dès les premiers mots du dogme monothéiste, pour éviter que le désir informulé mais bien réel de l’Esprit incarné, lové au plus profond de soi-même comme un serpent, ne se fraie un chemin vers l’imaginaire et ne trouve le moyen de se faire entendre en dehors du discours dogmatique. C’est même paradoxalement ce discours castrateur qui révèle aux êtres qui lui résistent leur propre faculté de s’envoler au-delà de soi-même en une dimension inattendue échappant à la stricte rationalité. La religion peut être la révélatrice de cette dimension spirituelle insaisissable et indescriptible avec des mots, pour peu qu’on transforme ses interdits en révélateurs d’une spiritualité qui n’imprime pas sa marque en gros caractères dans la mémoire, mais infuse en prenant son temps chez tous les êtres prêts à l’intégrer en eux-mêmes.

La spiritualité n’est donc pas réservée à un groupe ou à une élite intellectuelle ou religieuse, séculière ou contemplative, mais infuse en quiconque aspire à transformer chaque instant de sa vie en une suite de moments précieux réchauffant le cœur et nimbant l’esprit d’une douce lumière. C’est cet état d’âme qu’avait décelé l’historien grec Hérodote chez les Anciens Égyptiens, « les plus religieux de tous les hommes » disait-il. S’ils étaient des polythéistes aux dieux multiples, ils étaient aussi au fond d’eux-mêmes omnithéistes et s’appliquaient à transformer chaque instant en source potentielle de vie divine, notamment en transformant des moments de vie ordinaire comme la toilette en rituels de purification par l’eau.

Dès que des suites de gestes ordinaires sont effectués régulièrement avec application et avec cœur, et se perpétuent en incitant les hommes et les femmes à donner le meilleur d’eux-mêmes, alors à la satisfaction d’être utile pour des raisons pratiques se superpose la joie diffuse de s’exprimer soi-même tout en offrant le meilleur de soi au service d’une cause plus grande que soi. La vertu des traditions est ainsi globalement, non seulement de perpétuer le meilleur des communautés par des coutumes au service du bien-être matériel individuel et collectif, mais aussi d’en révéler la dimension spirituelle par des éclats de joie collective ou d’intenses sentiments de joie intérieure, transformant ainsi les gestes de la vie courante effectués avec application en sésames ouvrant et éclairant l’esprit et le cœur.

Les Compagnons du Devoir se sont emparés de ce double pouvoir du geste de transformer la matière tout en se transformant eux-mêmes de l’intérieur, en évitant de disjoindre le geste extérieur de l’ouvrier et la Geste intérieure œuvrière, le Travail et l’Œuvre. Dans cette théodicée spirituelle, le corps et l’esprit ne sont jamais disjoints mais conjoints, et ne sont pas superposés dans un rapport hiérarchique subordonnant le matériel au spirituel, comme dans le dogme religieux monothéiste. Ils se font face et se dynamisent l’un l’autre en croisant leurs champs d’actions respectifs, la réalisation de l’être matériel et son accomplissement spirituel. La clé de cette dynamique est donnée aux Apprenti(e)s en Franc-Maçonnerie dès leur initiation au premier degré, par une suite de gestes effectués à l’équerre par la main et le bras, tout en se tenant verticalement dans l’axe reliant le nadir au zénith, la matière à l’esprit.

Peu à peu, leur Travail devient un ensemble d’innombrables variations de gestes rectifiés, mesurés comme la somme intégrale de leurs petites variations. L’esprit se nourrît en retour de ses innombrables ordres « rectifiant » donnés aux mains et au corps pour trans-former la matière, et tend à son tour à se perfectionner soi-même. La somme intégrale de ces variations de formes de la matière est ainsi reliée indéfectiblement à l’intégrale des sommations de l’esprit, et leur émulation réciproque dynamise à la fois la connaissance de la matière et la conscience de l’esprit. À tel point que la somme totale de ces petites variations, symbolisées par la lettre grecque δ (delta minuscule), génère un Δ (delta majuscule) devenu le symbole du dieu unique des religions monothéistes, son Δ trônant à l’orient des temples maçonniques et religieux en occident.

Le corps et l’esprit qui s’expriment ainsi intégralement libèrent une énergie et une puissance insoupçonnée transformant de fond en comble toute la vie, jusqu’à redonner le goût de l’instinct naturel aux êtres rationnels et bornés. Seuls les animaux et les plantes agissent instinctivement et intégralement, et peuvent intégrer et restituer l’énergie naturelle qui les parcourt, une puissance toute naturelle bien supérieure à celle des hommes en raison de leur raison raisonnante et encadrée, bouclant sur elle-même et bridée par tous les dogmes idéologiques et religieux. Être puissant, c’est être plein de soi, ni plus, ni moins, une plénitude divinisée par les Anciens Égyptiens, qui transparaît sous les traits d’animaux, de végétaux, et dans tous les éléments naturels. C’est à la redécouverte de cette puissance intégrale de soi-même qu’ils étaient conviés en contemplant dans leurs temples les sculptures de plantes en efflorescence et les animaux en mouvement.

Si, dans le panthéon égyptien, tel ou tel animal est choisi pour être l’emblème d’une force à l’œuvre dans l’univers, c’est d’abord parce qu’elle se déploie en lui sans retenue, dans les seules limites de son espace vital et dans le temps de son existence. Tout animal quel qu’il soit est tout de suite plein de soi-même et survit dans les éléments naturels en déployant intégralement sa force, révélant ainsi aux hommes et aux femmes la force intérieure à déployer pour sur-vivre plein de soi-même matériellement et au-delà de soi-même spirituellement. Cette force absolue à l’œuvre partout dans la Nature, est magnifiée par les œuvres des grands artistes de la Renaissance.

Le tableau « La naissance de Vénus », de Botticelli, célèbre cette force intégrale à l’œuvre qui se déploie aussi en beauté lors de la naissance et du développement d’une spiritualité accomplie. À l’origine, Zéphyr, dieu du vent, et Aura sa femme, déesse des fleurs et vent du printemps, soufflent et insufflent leur désir d’amour à la spiritualité naissante, et au terme de sa croissance, une déesse des Heures, filles de Zeus et portières de l’Olympe soulèvera le voile opaque qui la dissimulait. En cet instant, sa beauté naturelle éclaire le regard et réchauffe le cœur des femmes et des hommes qui contemplent sa beauté sans limite. L’intensité de ce moment suprême dans la vie spirituelle se mesure au chemin parcouru par l’être de désir durant sa quête intérieure, mais il ne se calcule pas rationnellement, et se décrète encore moins. La coquille Saint-Jacques symbolise toute cette croissance irrationnelle de l’être en soi-même, sa nacre sécrétée avec une infinie patience et sa perle magnifique n’étant à l’origine qu’un parasite contre lequel elle se défend en l’enrobant couche après couche de nacre et de beauté. Toute la spiritualité des Maçonnes et Maçons qui se subliment à mesure qu’ils/elles se rectifient est là, irradiant doucement en soi-même comme une perle de nacre aux reflets chatoyants.

L’Alchimie spirituelle

L’Alchimie spirituelle est une forme de sagesse ou d’ascèse renouvelée et transformée par la pensée de Carl-Gustav Jung, pionnier de la psychologie des profondeurs. À l’opposé d’une vision binaire du monde et des êtres qui porte au conflit et à l’exclusion, la pensée jungienne invite à une vision complexe dans laquelle les pôles opposés ne doivent pas se combattre jusqu’à l’élimination de l’un d’eux, mais se combiner, car chacun de ces opposés a sa raison d’être. L’Alchimiste a l’art de transformer l’énergie de ces combats en une tension et une alliance à maintenir entre les combattants jusqu’à l’émergence d’un troisième terme dû à leur union, et la découverte avec lui de perspectives nouvelles de vie spirituelle.

Ces pratiques les mettent d’abord sur la voie du travail et du perfectionnement collectif, avant de leur faire goûter par instants à un sentiment plus diffus de plénitude et de joie intérieure, transformant le fil linéaire de l’existence en une corde de harpe aux sons mélodieux. Ainsi, tout en vivant une vie ordinaire où tout se maintient en soi-même dans un équilibre global tout relatif, chacune et chacun peut faire surgir du plus profond de soi-même des accords extraordinaires de contentement intérieur, quand les cordes de sa propre harpe vibrent ensemble et suscitent tout naturellement le désir de les rejouer et de s’en ré-jouir. Alors, sous le souffle du désir, la destinée des êtres spirituels prend un nouvel élan, et les êtres autrefois passifs et spectateurs de leur vie deviennent les compositeurs et les interprètes de leur musique et de leurs propres accords. Et soudain ce qui est désiré ardemment tend à se produire régulièrement comme par miracle, suspendant toute la vie à la devise de la Dame à la Licorne « À MON SEUL DÉSIR ».

« L’individu est d’une importance décisive car c’est lui le vecteur de la vie et de l’existence. Ni le groupe ni la masse ne peuvent le remplacer »

« Chaque vie est un déroulement psychique… la tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de soi-même. » dit Jung. Cette alchimie intérieure développe ainsi l’individualité, et non l’individualisme, favorise l’ouverture à l’autre et la reconnaissance de son altérité. Elle permet aussi de se différencier d’un collectif d’êtres irresponsables dissimulés derrière leur anonymat. Pour y parvenir, il est essentiel de renoncer au matérialisme et de se rendre disponible aux horizons proposés par l’imaginaire et la poésie, et par tout ce qui dépasse la stricte compréhension rationnelle. Car une existence accomplie nécessite une nourriture spirituelle et des relations harmonieuses, sinon apaisées avec les mystères qui échappent à l’emprise de la raison. Ainsi, pour Jung, l’intuition est une « fonction non rationnelle de la psyché », et revêt une importance égale à celle de la pensée issue de la raison, de la sensation ou de l’émotion. Corps et esprit sont des aspects d’une réalité psychique globale, où le corps est aussi métaphysique que l’esprit.

Le but de la vie est d’évoluer du Je vers le Soi, grâce au processus d’individuation. Ce cheminement intérieur pousse à développer une connaissance plus profonde de soi-même, afin de s’auto engendrer en tant qu’individu unique au coeur de l’humanité et de l’univers, ce qui correspond à une renaissance et au sens profond de l’initiation maçonnique. Le Je est le résultat de 4 élements : l’ego, la persona, le soi et l’ombre. L’ego est le noyau de la conscience, des émotions et des sensations. Il permet de se percevoir et de se reconnaître soi-même à tout moment. La persona, dont le mot dérive du latin « masque », est la personnalité qui répond aux attentes des autres et permet de se faire accepter. Le soi peut être comparé à l’âme, la partie divine de soi-même. L’ombre englobe tous les éléments rejetés de la personnalité, s’ils entrent en conflit avec l’image que l’on souhaite projeter de soi-même et présenter à autrui.

Contrairement à la vision freudienne, Jung propose l’idée que la psyché humaine est composée de deux inconscients : un inconscient de nature individuelle où s’expriment les névroses et les conflits personnels et l’autre inconscient de nature collective où se tisse le récit universel de l’humanité. Il est peuplé de figures héroïques comme Œdipe, Icare ou encore la Belle au bois dormant, et aussi de symboles communs à l’ensemble de l’humanité. L’inconscient collectif, partagé et transmis de génération en génération, se présente comme une réalité psychique mais aussi biologique. Il abrite les réponses instinctives de l’Homme : la peur, l’intuition du danger, l’amour et l’angoisse face à la mort. Cette pensée s’oppose à la vision de l’intériorité humaine de Freud, notamment avec son exploration d’obsessions érotiques, scatologiques et inavouables.

Cette quête véritablement initiatique peut se présenter sous diverses formes : l’analyse des rêves, le travail sur soi, la méditation, la prière, l’écriture, la contemplation, pour finalement s’effectuer en permanence dans toutes les activités du quotidien qui auparavant n’étaient qu’utiles, partielles, et éphémères. À un vieil ami qui lui demandait comment vivre dignement sa vie, il répondit simplement « Vivre sa vie », c’est-à-dire vivre pleinement chaque instant.

Avec Jung le cherchant/chercheur sincère en quête de soi-même trouve nécessairement des signes et des débuts de pistes nourrissant son envie d’aller au-delà et de poursuivre son cheminement intérieur, car l’imaginaire jungien est traversé par un dynamisme spirituel inscrit dans la nature humaine. Ainsi chercher vraiment c’est trouver nécessairement, et se retrouver soi-même éclairant le noir de sa vie intérieure inconsciente… jusqu’à se réenchanter soi même et se ressentir comme plein de la conscience de ses propres expériences et connaissances… et plein de soi !

Ce qu’il en résulte est une capacité à remarquer des conjonctions ou des suites ordonnées de phénomènes dans le cours de la vie, a priori déconnectés les uns des autres et pourtant donnant ensemble un sens inattendu à sa vie, car ils se transforment alors en évènements marquant la mémoire et éclairant l’imaginaire de manière indélébile. Ces prises de conscience se produisent même à des moments clés de la quête, comme si le ciel avait attendu ces moments pour faire ses révélations. C’est la synchronicité définie ainsi par Jung :

« coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements possédant un sens identique ou analogue, qui ne peuvent être expliqués de façon causale, tout au moins à l’aide de nos moyens actuels. »

C’est en se produisant simultanément et en se reliant, comme les 5 points de l’étoile des Compagnons, qu’ils éclairent soudain le ciel de la conscience.

Dans le processus qui mène à l’individuation, avec le couple anima/animus, Jung conduit les femmes et les hommes à reconnaître et accepter en eux-mêmes la présence dans leur inconscient d’une marque féminine en l’homme et masculine chez la femme, afin de se délivrer des effets négatifs de leur reniement sur leur psyché, et à l’inverse de bénéficier du surcroît d’énergie généré par leur acceptation et leur intégration en conscience. « Avec l’archétype de l’anima, nous entrons dans le domaine des dieux. Tout ce qui touche à l’anima est numineux » (c’est-à-dire doté d’une puissance énergétique sans commune mesure avec les forces du conscient)… Tout ce qui touche à l’animus est également numineux, c’est pourquoi la confrontation avec les figures intérieures de l’anima ou de l’animus est un travail très exigeant. (CG Jung, Les racines de la conscience)

L’intégration de ces contenus de nature contradictoire conduit aussi à l’exploitation positive dynamique de leurs structures paradoxales, et à leur conversion en matériaux susceptibles de produire par croisements de pensées des étincelles dans l’esprit, non seulement en soi-même, mais aussi dans tous les domaines de connaissances. Il ne s’agit plus de chercher à neutraliser leurs effets psychiques a priori négatifs, mais d’exploiter comme une source puissante d’énergie les paradoxes et les contradictions de l’être mis en valeur par l’ombre, la persona, l’anima et l’animus. Pour y parvenir, la conscience doit réussir non seulement à s’accommoder de leur présence en gardant l’œil ouvert sur leurs manifestations, mais elle doit aussi mentalement prendre du recul tel un artiste en création en accommodant son regard pour contempler son œuvre avec plus ou moins de précision, ou un photographe modulant la focale de son appareil en s’attachant à ce que la vie lui offre à contempler dans l’instant.

Dans cette phase de l’Œuvre alchimique intérieure, la matière se renouvelle de manière cyclique en passant à maintes reprises du noir au blanc, processus symbolisé par l’Ouroboros. C’est ainsi que l’anima chez l’homme et l’animus chez la femme se dévoilent peu à peu en eux-mêmes et qu’ils sont intégrés véritablement en conscience, métamorphosant les hommes et les femmes qui l’acceptent en êtres doubles androgynes. Ils sont alors désormais aptes à jouir des prérogatives des êtres spirituels qui se laissent pousser des ailes et sont aspirés avec délice en leur propre dimension cosmique, une plénitude que leur avait confisqué et interdit de vivre spirituellement le dogme monothéiste d’inspiration masculine et patriarcale. Chaque Maçonne et Maçon sait pareillement que le bien-être est un état qui se travaille et se mérite, à condition d’oser se connaître soi-même, se commander à soi-même, et de convertir cette « discipline » de la connaissance alchimique en « Devoir ».

 

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LE RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE UNE VOIE UNIVERSELLE VERS LA SPIRITUALITE.

Publié le 22 Septembre 2026 par T.D

Parler d’Universel en Franc-Maçonnerie en limitant le propos au seul R .E. A. A apparaît comme un paradoxe, en effet la Franc-Maçonnerie Ordre initiatique est riche de ses différents Rites, j’ai pour ma part pratiqué aussi pratiqué le Rite Français et assisté à des réunions avec mes Frères du Rite Ecossais Rectifié ainsi qu’au Rite Émulation, chacun de ces Rites a sa richesse, sa spécificité mais qui trop embrasse peu étreint, et je m’efforce de ne pas m’imposer des tâches que je ne puis espérer réaliser, je suis né et ai grandi au R E A A.

Comment le R E A A peut t’il être une des voies initiatiques vers la spiritualité ? Il faut à mon sens d’abord reconnaître la différence des hommes, des profanes, qui frappent à la porte du temple et observer comment le Rite progressivement va les faire évoluer se découvrir, en respectant leurs différences c’est la vertu de tolérance qui pratiquée avec vigilance permet de s’accepter, pour accepter autrui et le reconnaître comme tel.

Le constat des différences :

Il y a les Rationaux ceux qui considèrent que la spiritualité et la religion sont des éléments de culture. Certes religion et la spiritualité plongent dans la culture dans ces parties les plus visibles, les plus exotériques. Les architectures qui remplissent nos espaces de vie font témoignage. Mais cela va au-delà, la religion et la spiritualité plongent dans la culture et la transcende elles touchent au sacré. Nous sommes tous des Rationaux jusqu’à MIDI, et c’est nécessaire.

Il y a les Théistes ceux qui croient en un Dieu ou plusieurs Dieux personnels et vivants, incarnés.

Il y a les Déistes ceux qui croient  Dieu étranger à l’univers qu’il a créé pour « s’amuser » c’est le grand horloger de Voltaire.

Il y a les Agnostiques ceux qui prétendent ne pas avoir d’opinion, ce qui est déjà une opinion.

Il y a les Athées ceux qui pensent que seul existe un univers matériel que notre science tente de déchiffrer.

La Franc-Maçonnerie Ecossaise proclame l’existence d’un principe supérieur et vouloir y adhérer. Quelque chose en sorte de plus grand que nous, que nous appelons par souci de tolérance le Grand Architecte de l’Univers. La position de l’Agnostique est complexe il doute. Certains se déclarent Agnostiques pour cacher leur Athéisme, d’autres ne veulent pas êtres soumis à une pression dominante ils cachent leur Déisme ou leur Théisme. Pour ces deux dernières catégories il nous faut stimuler leur courage pour qu’ils s’assument. Ils doivent comprendre que les Frères les acceptent tels qu’ils sont. C’est bien sûr une interprétation toute personnelle ressentie au contact des Frères que je reconnaît pour tels et avec qui j’ai plus de concordance et de bienveillance et peu d’oppositions leurs qualités humaines abolissent nos différences.

Le Déiste entré en Franc-Maçonnerie et qui a réfléchit sur le Grand Architecte, se pose la question de savoir pourquoi ses anciens Frères ont adoptés cette désignation « quelque chose de plus grand que nous.»

Le symbolisme artisanal, celui de métier est le premier pas, mais même l’apprenti en fait trois.

Il pourra concevoir que le Grand Architecte est vivant , il parcoure le chantier, la cathédrale, le temple, il guide, reprend, et dirige ses ouvriers. Alors son Déisme se teintera de Théisme.

Franc-Maçon du R E A A, il aura appris à être Juif dans degrés Salomoniens, puis Chrétien dans les degrés capitulaires c’est sa tolérance.

Le problème du Théiste est aussi complexe, le trouble est jeté par le problème confessionnel des religions. En effet pour les religions la Vérité est une et c’est la leur. Ainsi le Frère Musulman ne croyant pas à la mort du Christ aura du mal à reconnaître l’heure du Par… Maç…l’instant où le voile se déchire et la terre tremble.

 Pour le Frère Catholique Romain l’écueil sera « le relativisme de la Maçonnerie ».

Il ne faut donc pas ignorer que la Franc-Maçonnerie et le R E A A en particulier ne sont  pas une religion, seulement un des moyens par lesquels ses adeptes accèdent progressivement à une plus haute spiritualité, ils inclinent leur vie modestement vers plus de spirituel et moins de matériel, ainsi si en plus ils adhèrent à une religion, ils la comprenne mieux. Cela ne les détournent pas de leur religion, cela renforce leur foi.

Je conclurais que pour accéder aux degrés capitulaires R E A A, il faut s’être accepté pleinement, et être prêt a accepter autrui dans toutes ses différences, le compas doit être ouvert largement sur le livre de Jean, pour aller de l’individuel à l’universel.

 

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De la spiritualité maçonnique

Publié le 21 Septembre 2026 par T.D

J'ai tracé cette Planche pour tenter de répondre à deux questions qui m'obsèdent:
-    Quelle est la véritable nature du Lien qui, tout a la fois, nous relie et nous anime et, ce, en dépit de la diversité de nos origines philosophiques ;
-    Comment comprendre, et répondre si possible, à l'actuelle inquiétude d'une humanité souffrante, qui semble être en quête d'une autre finalité que celle du bonheur matériel et du progrès scientifique.
Reçu en F :. M: dans la R:. L:. « SPUCAR » (Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié), a l'Or:. de Besançon, en 1852, notre illustre F:. J.B PROUDHON effrayait ses FF:. par son implacable réponse a la question du V:.M:.: « Monsieur, quels sont nos devoirs envers Dieu ? » « La guerre » répondit-il et rajoutant: »Dieu, c'est le Mal; Satan n'est que le simple patron de la Liberté ».
Certes, la pensée du Père de L’Anarchisme en matière de métaphysique est beaucoup plus complexe que cet apparent anathème provocateur mais, pendant près d'un siècle, ce dernier a servi de cri de ralliement à tous les esprits simples - ou simplistes - qui, sous couvert de lutter contre la main-mise de l‘Eglise sur les consciences, ont condamné sans appel - dans un méli-mélo prétendument intellectuel - tout à la fois les notions de Divinité, de Sacré, d'Esprit, de Spirituel et de Spiritualité.

L'histoire de la F:. M:. française et, plus spécifiquement, celle du Grand orient, abonde de maladroites prises de position en ce sens !
II est vrai qu'a la décharge de l'Obédience et de ses membres, le climat idéologique du moment prêtait a la confusion des genres: Scientisme et Positivisme, puis Marxisme et Existentialisme, voire même la Psychanalyse naissante, ont ainsi favorise cet amalgame dans nombre d'esprits mal formes ou....de mauvaise foi: ainsi, Spirituel ne pouvait que s'assimiler a vérité révélée, a transcendance et la spiritualité n'apparaissait que comme une acceptation, une soumission a un dogme.
Les FF:. de notre G.O:. sont a l'évidence et pour nombre, tombes dans le piège de cette sémantique mal contrôlée entrainant la confusion des concepts, comme dans celui du faux syllogisme : « je crois en la toute puissance de la science (donc de la Raison), donc je dénonce les dogmes des Églises, ainsi, je nie la Puissance créatrice ».
A l’aube du Troisième Millénaire, qui voit l'homme en marche vers les étoiles, il est temps, me semble-t-il, d'élever le débat, de cesser les fausses querelles a substrat pseudo métaphysique, comme à dénoncer les impuissances du langage et les sadomasochistes de la fausse conceptualisation.
Faut-il rappeler que la F:.M:. est, par essence, une « Institution Philanthropique, Philosophique et Progressive » et qu'elle a, pour existence, « la recherche de la vérité, l'étude e la morale et la pratique de la solidarité : elle travaille a l‘amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l‘humanité ».
Donc, s'il y a objectif et devoir de rechercher la vérité, c'est bien qu'il y a une Vérité a découvrir et a penser, une Ontologie qui ne soit pas seulement d'origine scientifique, psychanalytique ou matérialiste (qu'il s'agisse d'un matérialisme mécanique - celui de Diderot, de D’Holbach ou d'Helvétius- ou d'un matérialisme dialectique-Engels ou Marx ) et la permanence d'un merveilleux objet d'expérimentation : l'Homme, qui est tout a la fois Matière évolutive, Agent actif sur l'Univers et Pensée créatrice.
Ainsi, posons comme postulat que la F:.M:. est une Force, une Puissance spirituelle puisque reposant sur la confiance en la Pensée de l'homme, Pensée créatrice et agissante.
Quant à l'origine de cette Pensée, à son Essence, c'est un tout autre problème, problème que je n'aborderai pas dans le cadre de cette courte réflexion. Au demeurant, que la Pensée soit création de l'âme, donc émanation de Dieu, ou concrétisation d'une activité neuronique, donc Matière immanente, n'a guère d'importance a ce niveau du débat et dans l’actuel état de la connaissance scientifique ; c'est du domaine de la conscience de chacun, c'est reconnaitre a chacun son libre concept du Principe Premier Créateur.
Mais, les Francs Maçons que nous sommes se doivent de raisonner, d'analyser (précisément a travers la diversité des opinions et non point des certitudes) la Force qui unit notre propre réflexion a celles de nos Frères, la Force qui nous permet l’action sur Autrui a travers nous-mêmes : cet Esprit Créateur dont J.J.Rousseau affirmait que c'est la seule notion qui permette d'expliquer la capacité de l'homme de vouloir et de choisir », cet esprit que, pour ma part, j'appelle « Spiritualité ».
I - POUR UNE APPROCHE du CONCEPT « SPIRITUALITÉ MAÇONNIQUE »
A / La SPIRITUALITÉ DEFINIE PAR SES CONTRAIRES
 (ou, pour le moins, interprétée de manière restrictive ou directive) :
1°/ Spiritualité Maçonnique n'est pas synonyme « d'Esprit maçonnique » : d'aucuns, par souci de syncrétisme, d'union de FF° de sensibilités philosophiques différentes, assimilent la Spiritualité Maçonnique a cette curiosité de l'intelligence qui nous anime, a cet humanisme qui nous unit, a cette tolérance qui permet et enrichit nos échanges . Cela se traduit par la sérénité de nos débats, la chaleur de notre convivialité, la sincérité de notre entraide ; c'est, a l'évidence, la mise en pratique du triptyque maç :. « Liberté, Egalite, Fraternité » et 1'aspiration a un idéal commun : la Grandeur et ('Emancipation de l’Homme, notre Frère.
C'est le vecteur commun qui nous unit a travers les siècles, les continents, les origines sociales, les différences intellectuelles, les expressions de pensée.
Certes, c'est déjà beaucoup ! C'est à l'évidence, énorme en comparaison de ce que peuvent offrir toutes les autres associations ou mouvements de réflexion sur les hommes et les sociétés.
Mais, a mon modeste point de vue, c'est une vision restrictive, quelque peu castratrice de l'Ordre Maçonnique : c'est ramener ce dernier a un simple humanisme du quotidien, sécurisant, ludique, intellectualise...a un « esprit de corps » (comme il existe un « esprit grande école », un « esprit ancien combattant ») risquant fort, au fil du temps de dériver vers un « collège de pseudo-inities » aux seules préoccupations relevant du domaine sociologique. Cette vision souffre de deux défauts majeurs : tout d'abord, elle fait reposer tout le système de « Fraternité » sur la seule Générosité, sur le seul sentiment d'abnégation et de dévouement de l'être humain, mettant en exergue un « rousseauisme diffus » et confus...qui présupposerait que tous les FF:. soient - naturellement ou par la vertu de l'initiation - devenus généreux, actifs, volontaires face a l'humanité souffrante ! Or - et nous sommes bien places pour le constater- il n'en est rien et cette douloureuse, mais réaliste, constatation impose qu'il y ait, pour nous Unir et nous permettre d'agir, un autre Facteur, une autre Force que la volonté (affirmée dans nos discours, écrite dans nos textes) de reformer le Monde    Reste a découvrir, a définir ce « Pourquoi » et nous ne pouvons faire appel a une quelconque Doctrine Transcendante qui exigerait de ses adeptes une soumission absolue pour qu'ils puissent tenter de réaliser leur œuvre humaniste et personnelle.
2°/ La Spiritualité maçonnique ne peut, non plus, être assimilée a Spiritualisme car celui-ci présuppose que l'esprit-ou l’âme- constitue une réalité substantielle, distincte du corps ou de la matière : c'est un Principe spirituel qui sous - entend son Éternité et son Intégration dans 1'Esprit Universel] et Créateur qu'est Dieu, le G.A.D.L.U pour les F:.M:.. Une telle assimilation - qui relève exclusivement de l'appréciation de chacun- ne me parait donc pas répondre pleinement a la philosophique  officielle de notre Obédience qui, depuis 1877, a supprime l'obligation de croire en un Dieu révèle, en l'immortalité de l'âme et en l'acceptation de la Transcendance.
Il importe donc de rechercher d'autres caractéristiques de cette Force qui nous unit, qui nous transcende, qui nous motive dans la recherche de l'impossible Perfection.
B / LA SPIRITUALITÉ, POTENTIALITÉ DE L'HUMAIN :
Cette Voie, cette Force ne peut, me semble-t-il, qu'être l’immanence, c'est a dire tout a la fois la Conscience, la Sensation et le Pouvoir qu'a l'homme de se Transcender , de s'identifier - par l'ascèse et la purification progressive, a l'Un, a l'Unique, a la Force Créatrice, a l'Absolu, au Divin (et je n'emploie pas le terme de Dieu).
Dans son essence, dans ses principes premiers, la F°M° est Déiste, c'est-a-dire qu'elle reconnait et affirme l'existence et la permanence d'un PRINCIPE PREMIER et ORGANISATEUR de l'Univers : être Spiritualiste, pour un Franc-maçon, n'est-ce pas, en première analyse, accepter cette hypothèse et affirmer qu'en lui, homme « animal pensant et agissant » selon le philosophe, existe, vit, perdure et peut s'épanouir cette Force créatrice, émanation de l'Univers éternel, comme Facteur-tout aussi éternel- d'enrichissement de cet Univers.
Sur la nature de ce Pouvoir, je vous laisse libres du choix mais je me retranche derrière l'opinion - que l'on peut supposer avertie - d'un homme d’église (qui, en son temps fut grand réformateur du dogme catholique, cependant), le grand BOSSUET : « la spiritualité commence en l'homme ou la lumière de l’intelligence et de la réflexion commence a poindre », réflexion que je tempérerai par celle d'un anti-dogmatiste s'il en est, notre Frère VOLTAIRE : « nous savons que l'âme est spirituelle mais nous ne savons point du tout ce que c'est que l'esprit ».
Voici, je pense, de quoi conforter les croyants, parmi vous, et rassurer aussi les incroyants ; et, comme je sens que ceux-ci commencent à redouter que je les entraine en direction de l'innommable, j'agrémenterai mon propos par les propos d'un homme de science contemporain, peu suspect de mysticisme, Jean ROSTAND : « ceux qui parlent toujours de Dieu, y pensent-ils aussi souvent que nous, qui n'y croyons pas ? ».... ou bien, encore *. « Ayons un peu d'égard pour cet inconnu qui est en nous ».
La Liberté, au sens philosophique du terme n'existe pas mais, du moins, l'homme -et, a fortiori le Franc -Maçon- dispose-t-il du Libre Arbitre qui lui permets de se déterminer plus ou moins dans une situation donnée: il peut, ainsi, être Créateur et Acteur tout a la fois, et s'élever peu a peu au dessus du contingent, de s'améliorer et, se faisant, d'apporter a autrui.
C. LA SPIRITUALITÉ MAÇONNIQUE, VECTEUR DU LIBRE ARBITRE :
En ayant foi en la perfectibilité de l'homme, nous posons le problème par rapport a des valeurs morales, le danger étant de tomber, a nouveau, dans le dogmatisme (voire dans les tabous religieux) : le Franc Maçon peut-il se définir en fonction du Bien et du Mai, pourront argumenter certains ?
Certes, définie en ces termes « recherche du bien », la Spiritualité maçonnique risque fort de prendre une connotation morale, moralisante, péjorative même et bien éloignée du précepte de SAINT EXUPERY : « Si tu diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m'enrichis ».
II est, cependant, aise de réfuter cette objection par deux éléments :
Le premier est d'ordre sociologique : toute organisation humaine présuppose des règles de conduite et, si nos sociétés admettent le droit a la différence, cette différence est, précisément, plus un garde fou a l'égard de la liberté d'autrui qu'un brevet de permissivité. Dans l'élémentaire du quotidien il y a bien l'indispensable limite du Bien et du Mal.
Le deuxième argument relève de la conscience et, pour nous, Franc-maçons, du serment que nous avons prêté le jour ou « la lumière nous a été donnée » . Nous sommes venus chercher en F°M° des éléments de réponse a nos interrogations, ce qui démontre bien que, sous des formes différentes nous avons les mêmes interrogations et que, peut- être bien, nous attendons les mêmes réponses.
Nous partageons la même Espérance et nous agissons avec la même Foi, une Foi qui n'est tributaire d'aucune religion, définie par aucun dogme, guidée par la seule lumière de la Raison, mais qui est l'apanage et le rare honneur des hommes de bonne volonté. A la différence d'une simple éthique sociale et se démarquant de la Spiritualité dogmatique, la SPIRITUALITÉ MAÇONNIQUE ni n'impose de règles, ni ne donne de réponses révélées. Si la Vérité, si l'Absolu est en l'homme, a ce dernier de les découvrir. Outre des Principes de vie et d’éthique individuelle, qui sont traduits dans les symboles et l'enseignement des différents Grades, cette Spiritualité nous propose une méthode transcrite dans l'Initiation et le Rituel.

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Spiritualité maçonnique et Dieu

Publié le 21 Septembre 2026 par T.D

Déisme et spiritualité maçonnique

(...)  L’idée d’une puissance, d’un principe supérieur, irrigue définitivement tous les systèmes de pensées depuis plus de 4000 ans. Tous les compartiments des idées sont enveloppés par l’idée de Dieu. Le monothéisme chrétien des premiers siècles a conquis l’Empire romain, justifié le pouvoir de droit divin, offert le paradis à ses croyants ; dicté la morale, les lois et les règlements et formé la conscience citoyenne des républicains. Les tables de la loi de l’Ancien Testament, gravées dans la pierre, sont désormais consacrées par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et le dispositif législatif. 

Pour exprimer le refus de Dieu, il faut d’abord se situer par rapport à lui. L’athéisme devient alors un sous- produit du divin, un doute nécessaire à son embellissement. Si aucune morale n’échappe au divin, est-il encore possible d’échapper au dogmatisme religieux ?

 La franc-maçonnerie spéculative tente de répondre à cette question.

C’est l’idée d’un principe organisateur universel qui est mis en avant pour les loges et obédiences qui admettent le Grand Architecte de l’Univers. La notion même d’architecte n’est pas sans rapport avec la filiation légendaire de la maçonnerie spéculative et opérative. On a substitué l’architecte à Dieu, dans un esprit œcuménique et dans la suite des grandes découvertes scientifiques de Galilée, Kepler et Newton. L'Univers céleste n’était plus conforme au canon de l'Église. La géométrisation de Dieu relève du désir inconscient d’une religion véritablement universelle.

Du fait de la laïcisation de la société, certaines loges et Obédiences refusent de travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, tentant de confirmer l’athéisme comme base initiatique. Il y a confusion malencontreuse entre le refus de la religion et de son dogme et l’idée de Dieu. Il faut simplement avoir à l’esprit que les grades dits supérieurs confirment l’idée de Dieu ou du Christ et en toute hypothèse celle du Grand Architecte de l’Univers. Il n’est pas certain que le fait d’être à la pointe de ce qui se fait dans la société soit duplicable en matière initiatique.

L’ensemble des religions appartient à un fonds commun de spiritualité. L’homme s’est élevé dans sa condition et sa destinée, en s’appuyant sur une base traditionnelle, dont la religion est une expression. Ces religions ont fait nos sociétés, et la conscience de l’homme. À ce titre nous estimons qu’elles sont un bien commun de l’humanité. Les excès et les dévoiements ne remettent pas en cause leur apport spirituel. La lecture d’un texte dit « sacré » ne doit jamais se faire sur un plan exotérique (et donc partisan et contingent). Seule la lecture ésotérique est empreinte de sagesse. Cette lecture est transversale et dépasse le fait religieux. Le religieux exotérique n’est pas à l’ordre du jour dans les loges maçonniques. C’est pour n’avoir pas compris le sens ésotérique transversal et l’idée de Tradition (au sens du "tradere") commune à tous ces textes que certains d’entre nous ont pu développer des réactions ostraciques. Ces derniers ne comptent que sur eux pour tout réinventer, ils sont donc leur propre religion, sans tradition.

Avant d’aborder les rapports entre l’église et les francs-maçons, il convient de situer religion et spiritualité. On peut décrire trois cas.

Le premier, historiquement, dit que la spiritualité est de nature religieuse, comme ce fut le cas dans les Anciens devoirs, jusqu’au Mason word. La prégnance de la religion dominait l’autonomie de la pensée, du moins pour le plus grand nombre. À partir de 1723, le Grand Architecte de l’Univers se substitue à Dieu et alors la spiritualité maçonnique dépasse le contenu des religions pour mieux les englober. Il s'agit suivant l'art 1er des Devoirs rédigés semble-t-il par Desagulier, du respect d'une orthopraxis fondée sur la morale commune, considérée ici comme une religion naturelle fondée sur la pratique des vertus. Vient ensuite la IIIe République. La spiritualité se dissocie de la religion qui ne devient plus qu’un compartiment de celle-ci, une modalité d’expression parmi d’autres. Ces trois étapes caractérisent la pluralité de la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui.

Pour les anciens opératifs catholiques, Dieu est le premier des maçons. Le Dieu Pancréator anthropomorphique est une représentation constante, souvent tracé dans une mandorle au tympan des églises et en enluminures. Cette imagerie rallie toutes les variantes dans l’appellation du Grand Architecte De l’Univers (GADLU).

Aucune discrimination n’est tolérée en Franc-maçonnerie. Tous les courants religieux peuvent être représentés. Les statistiques sont formelles : 10% de nos citoyens pratiquent régulièrement une religion, 75% déclarent croire en Dieu ou en une puissance créatrice. 25% se déclarent agnostiques, athées ou ne savent pas. Les Loges maçonniques sont le reflet de cette société française. Ce n’est pas l’appartenance religieuse qui fait le Maçon. Chaque maçon est libre de donner au mot Dieu la définition qu’il veut.

Atteindre ce que Socrate et Platon appelaient "l'état de sagesse", ce que les chrétiens appellent "l'illumination", ce que les Japonais appellent "le Satori", ce que les hindous appellent "la Réalisation spirituelle", tel est le but premier et fondamental de toute Maçonnerie. Il ne faut pas confondre "religion" et "spiritualité", ni "cléricalisme" et "religion". Libres et tolérants, les francs-maçons se considèrent comme des frères et acceptent que chacun cultive ses propres convictions et suive son propre chemin spirituel.

Les francs-maçons sont, par essence, opposés à tout dogmatisme, quel qu'il soit. Il est à noter que certaines loges sont plus adaptées par la philosophie de leurs rituels, à recevoir en leur sein un croyant ou un non-croyant. C’est la responsabilité du parrain, c'est-à-dire de celui qui est chargé de vous guider dans votre entrée en Franc-maçonnerie, de trouver la loge et l’obédience la plus adaptée à votre cas.

Par principe, on rappelle qu’en loge il est interdit de parler de religion ou politique afin de conserver une sérénité dans la tenue des travaux.

Définir son propre cas, revient à tenter de se situer dans le paysage religieux. Avant toute chose, il faut distinguer religion et église. La religion reste une croyance générale et impersonnelle, alors que l’église intervient dans la mise en œuvre d’un dogme qu’elle a pu produire dans le temps. Autrement dit, on peut parfaitement se déclarer de telle religion, sans accepter le dogme d’une église qui s’en réclame. On distingue au-delà de cette dichotomie, le texte sacré et son interprétation.

On peut tenter de distinguer 7 catégories :

-Les chrétiens d’esprit et de corps qui furent les premiers rédacteurs des Anciens devoirs. Catholiques en faisant référence à la Sainte Trinité, puis anglicans et pour finir calvinistes. L’appartenance religieuse fondait la pratique rituelique.

- Les Déistes, qui sont à l’origine une hérésie de la foi chrétienne, car ils ne se réfèrent pas à une révélation. L’idée générale repose sur la création de l’univers par un Dieu bon et puissant. Ce Dieu est infiniment respectable, mais il ne s’est manifesté dans aucune écriture ni aucune révélation. Cette attitude propre à remettre en cause les canons de l’église explique que les chrétiens fondamentalistes se soient opposés à la notion de Grand Architecte de l’Univers. Elle est conçue comme le plus petit dénominateur commun entre les différentes religions et voulait donner un caractère universaliste à la Franc-maçonnerie organisée, en l’appuyant très largement sur l’Ancien Testament, commun à toutes les religions du livre.

- Les Théistes souvent « noachites » ou « noachides» qui font de l’idée d’un Dieu unique, une omnipotence et une omniscience qui perfuse l’univers entier depuis sa création, sans représentation anthropomorphique. C’est une doctrine indépendante de toute religion établie, elle est donc personnelle, et repose sur l'expérience de l'Esprit. C'est l'option de la religion naturelle fondée sur les vertus.

- Les Relativistes qui loin de contester l’idée divine, la considère croyance utile, voire indispensable au bon équilibre sociétal et à la psychologie humaine. La foi devient utilitaire. La religion et son explication de l’univers ne sont qu’une hypothèse.

- Les Rationalistes qui considèrent que l’homme doit raisonner avant de croire, et qu’un dogme ne peut s’imposer de lui-même à l’homme libre. La foi religieuse interdit l’usage de la raison, la foi ne peut être qu’une hypothèse non raisonnée.

- Les Agnostiques qui doutent de l’existence d’un dieu sans le nier pour autant, de même qu’ils ignorent la profondeur métaphysique. Le domaine de l’intime, de l’origine des choses et de la destinée est inaccessible.

- L’athée qui constate que l’idée divine n’est prouvée par aucune science ni aucun raisonnement et met à l’écart le cortège des représentations mentales des croyants. L’athée assume librement sa pensée sans s’appuyer sur un dogme quelconque. On nie l’existence de Dieu et de la divinité.

Il existe sûrement bien d’autres catégories.

La rituelie maçonnique évolua avec les mentalités : si les anciens devoirs étaient expressément catholiques, intégrants la prière, les rituels maçonniques apparus après les statuts de Schaw de 1599,  ne laissait aucune place à la prière des Anciens devoirs catholiques. Ils étaient assortis d’un catéchisme mnémotechnique dupliquant celui de l’église.

Notons enfin que les constitutions dites d’Anderson en 1723 puis en 1738 se firent l’écho d’un discours rassembleur de bon aloi, propre à rétablir la paix civile, tout en s’inspirant particulièrement du Mason word calviniste de nature symbolique et herméneutique. 1723 : « Un maçon est obligé, selon son Ordre, d'obéir à la loi morale ; et s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin profane.
Mais, quoique dans le vieux temps les maçons fussent obligés d'être de la religion de chaque pays où ils étaient, cependant on a jugé mainte­nant qu'il est plus convenable de les obliger seulement à être de la reli­gion dont tous les honnêtes gens conviennent, qui est de permettre à un chacun d'embrasser les opinions qu'il croit les plus saines et les plus raisonnables; ces opinions qui peuvent rendre un homme bon, équi­table, sincère et humain envers ses semblables, de quelque lieu et de quelque croyance qu'ils puissent être. De sorte que, par un principe si excellent, la maçonnerie devient le centre de l'union parmi les hommes, et l'unique moyen d'établir une étroite et solide amitié parmi des per­sonnes qui n'auraient jamais pu être sociables parmi elles, par rapport à la différence de leurs sentiments. »

 1723 n’est qu’une étape. On peut lire dans les Constitutions, l’obligation d’un simple déisme basé sur la religion naturelle, dans un esprit de tolérance. Le but d’unir les deux cultes était une vaine utopie. Il faut plutôt y rechercher un calcul politique des Orangistes qui désormais détenaient le pouvoir et avaient beau jeu de pratiquer l'œcuménisme de circonstance. En effet en 1738 l’allusion à un Noachisme devient l’expression unitaire des religions du livre. On y dépasse le christianisme schismatique pour aller vers les origines vétéro-testamentaires, qui ouvrent l’expression d’une lecture personnelle de l’Ancien Testament, propre à satisfaire l’esprit protestant ou Huguenot. En effet on attribue abusivement à Anderson la complète rédaction des constitutions de 1738. Le marquis de La Tierce, son ami, avait deux ans auparavant tenté d’améliorer le texte de 1723 en y introduisant un esprit certes reformé et oecuménique, mais d’essence française. À cet effet il y introduit, avant publication de 1742, une version du discours de Ramsay qui établit un lien chevaleresque, tout en améliorant l’aspect historique particulièrement défaillant chez Anderson

Le Noachisme :

Le point de vue « noachite » est une idée « Ramsayenne », reprise par De la Tierce et Anderson. C’est donc un rassemblement qui est proposé sur la base du plus petit dénominateur commun. Cette volonté de rassemblement va ouvrir la porte à la légende d’Hiram qui est une relecture de la figure de Jésus. En évitant de tomber dans une déité proclamée, Hiram porte le grade de Maître au sommet de l’Art royal, tout en organisant le passage de l’initiation sur la matière à l’initiation sacerdotale.

1738 :« Un maçon s'oblige à observer la loi morale comme un vrai noachide; et s'il comprend droitement le métier, jamais ne sera stupide athée ni libertin sans religion, ni n'agira jamais contre sa conscience. Au temps jadis, les maçons chrétiens devaient se conformer aux usages chrétiens de chaque pays où ils voyageaient ou travaillaient. Mais la maçonnerie existante en toutes les nations même de religions différentes, le seul devoir est aujourd'hui d'adhérer à cette religion où tous les hommes s'accordent (sauf pour chaque frère à garder son opinion particulière), c'est-à-dire d'être hommes bons et vrais, ou hommes d'honneur et de probité, n'importe les appellations, religions ou croyances qui les distinguent : car ils s'accordent tous sur les trois grands articles de Noé, et c'en est assez pour préserver le ciment de la loge. Ainsi la maçonnerie est le centre de leur union, et le moyen de concilier des personnes qui auraient dû, autre­ment, rester sans cesse éloignées les unes des autres. »

Le Noachisme en tant que tel par son universalité ne devait pas oublier la tradition dont était issue la Franc-maçonnerie. Elle ne pouvait ignorer ses racines chrétiennes et les prières qui ponctuaient les rites maçonniques opératifs[ De ces Anciens devoirs, il importait pour certains de réintroduire la prière à Dieu. C’est ainsi que la réaction des « Ancients » contre les « Moderns » replace l’invocation à Dieu dans les rituels spéculatifs. Le centre de résistance principal était la vieille loge d’York qui pratiquait l’ancien principe de la loge libre et la fidélité à l’église (anciennement la Sainte Église puis l’Église anglicane). Ils finirent par fusionner non sans que Laurence Dermott publie en 1753 une version des constitutions de la Grande Loge des anciens, reprenant celle de 1738 avec un esprit nettement plus traditionnel. Les "Ancients" reprochaient aux "Moderns" d'avoir escamoté la prière, les jours des Saints patrons, la déchristianisation des rituels, ne pas lire les anciennes obligations lors de la cérémonie d'initiation, avoir suprimé la cérémonie d'installation du vénérable de la Loge,  etc..

La fusion des « Anciens » et des « Modernes »en 1813 entretiendra durablement une confusion entre ce qui caractérise les rites anciens et modernes, entraînant un mélange « génétique » dans la pratique rituelique.

Au Rite Écossais Primitif, il est préférable d’accepter l’idée divine, quelle que soit la typologie représentative, avec ou sans pratique religieuse. Pour s’en faire une idée il suffit de lire l’invocation de fermeture : 

«- Très Saint et Très Glorieux Seigneur Dieu, Suprême Architecte du Ciel et de la Terre, Dispensateur de toutes les Grâces ici-bas, nous te supplions de bénir nos Travaux et d’illuminer nos esprits d’intelligence et de Sagesse, afin que nous puissions être à même de Te connaître et de Te servir droitement, toutes nos actions ne tendant qu’a Ta Gloire, et au retour de nos Âmes en Ta Lumière. Amen. »

On constate que les deux terminologies Dieu et Suprême Architecte de l’Univers sont confondues pour rejoindre le versant métaphysique de la Déité, avec une notion liée à l’âme qui correspond à la pratique tri-unitaire des Anciens devoirs. (Corps, âme, esprit.)

Le Rite Écossais Rectifié par son histoire inspirée par les ordres de chevalerie accepte plutôt les chrétiens, l’ésotérisme chrétien occupant une place majeure C’est en 1778 que ce rite adossé sur celui de la Stricte Observance Templière est rectifié par JB Willermoz. L’invocation finale préalable à la fermeture des travaux illustre une différence avec l’esprit œcuménique des constitutions d’Anderson : 

« Souverain Maître de l'Univers qui n'avez cependant nul besoin, vous avez voulu posséder votre Temple parmi nous et en nous. Daignez donc, Seigneur, conserver cette Demeure à jamais et toujours dans la Paix et l’Harmonie. Vous qui avez choisi ce Temple pour que votre Saint Nom y soit invoqué, faites aussi qu'il demeure une maison de travail et d'obsécration pour Votre peuple, et que ces Pierres Vivantes que sont Vos ouvriers, Suprême Architecte du Monde, soient à jamais unies entre elles par le ciment de la Charité... Amen ! ... ».

Le Rite Écossais Ancien et Accepté, par sa nature syncrétique, accepte toutes les tendances, ce rite pouvant être qualifié de Théiste. Enfin le Rite Français dans ses versions récentes est plus généraliste encore et les libres penseurs peuvent y trouver une place. Il n’y a pas d’invocation au sens biblique du terme, mais l’affirmation d’un idéal dans la sphère humaine :

 « Bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le Franc-Maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. Avant de nous séparer, élevons-nous ensemble vers notre idéal. Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre chemin ! »

Le serment qui engage le franc-maçon est donné sur la bible ouverte à l’Évangile de Saint Jean considéré comme un livre initiatique, surmonté de l’équerre et du compas, comme pour la plupart des rites écossais. Certains rites préconisent l’équerre, le compas et la règle cette dernière remplaçant la Bible.

La Franc-maçonnerie reste universelle et n'impose aucune limite à la recherche de la Vérité. Elle est donc par nature adogmatique En Franc-maçonnerie, il n'existe aucune Vérité "venue d'en haut" (en dehors de la religion et de l’éventuelle révélation, qui reste du domaine privé), aucun gourou à vénérer, seul subsiste le travail individuel et collectif, autour d'un outil parmi tant d'autres : la méditation et la reliance à la tradition et aux êtres.

L’excommunication :

C’est ce relativisme religieux qui a toujours gêné les autorités religieuses. Les Constitution révisées d’Anderson approuvées par la Grande Loge de Londres le 25 janvier 1738 dans son article 1er déclare : « Un vrai Maçon est obligé par son titre, de se conformer à la loi morale comme un vrai noachide… » C'est-à-dire établir une relation au Divin, antérieure au Nouveau Testament objet de divergences d’interprétation, pour se transporter sur le terrain de l’Ancien Testament, laissant à chacun le droit de se définir plus précisément dans sa croyance. La réaction du Pape Clément XII est une condamnation de la Franc-maçonnerie dans la Bulle « In Eminenti… » datée de 1738 « Pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus… » Renouvelée par Benoît XIV en 1751 dans la bulle « Providas ». Les bulles qui excommunient les catholiques Franc-maçon sont sans effet en France, car elles doivent être enregistrées par le parlement. Cependant, à la restauration et suite au concordat de 1801 passé entre Bonaparte et Pie VII, elles deviennent applicables et sont reprises dans la bulle « Ecclesiam a Jesus Christo » qui vise plus généralement les sociétés occultes. On vit alors les membres du clergé et les fidèles quitter les Loges, remplacés par des frères insensibles à cette situation et probablement moins engagés dans la religion catholique. Suite à ce déséquilibre, on assista à une montée en puissance du sentiment Déiste dans l’esprit voltairien jusqu’à la révolution de 1848 et ce, dès le Second Empire. Cette situation évolua vers la laïcité républicaine qui permit au Grand Orient de France en 1877 d’éliminer la référence au Grand Architecte de l’Univers. Ainsi, on suit un axe qui part de l’Esprit des Lumières pour aboutir à un positivisme et un rationalisme extrême.

En 1884 le 2 avril, Léon XIII publie l’encyclique « Humanum Genus » ou les francs-maçons sont accusés de « ruiner la Sainte Église…, dépouiller les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus Christ ». Il faut préciser que la Franc-maçonnerie oeuvra avec un réel succès dans l’élaboration de la loi de 1905 de séparation de l'Église et de L'État.

En 1915, le canon 2335 du droit canonique, stipule que les francs maçons catholiques encourent l’excommunication.

C’est en 1983 que cet article fut annulé et remplacé par le canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ». À ce point de l’histoire, on ne peut pas dire que la franc-maçonnerie conspire contre l'Église. Il existe même une franc- maçonnerie Christique. Toute perspective de rapprochement pour les francs maçons pratiquant une religion, disparaît lorsque le 26 novembre 1983 le futur Pape Benoît XVI, président la Congrégation pour la doctrine de la Foi, renouvela l’interdiction faite aux catholiques d’appartenir à la franc-maçonnerie.

L’Église Anglicane n’est pas en reste et accuse la franc-maçonnerie d’être hérétique, gnostique, de s’opposer à la trinité. Il y a incompatibilité des deux démarches. Les méthodistes lui reprochent le secret et en interdisent l’accès. Seule l’église baptiste des États-Unis semble accepter l’adhésion à la franc-maçonnerie. En France l’Église Orthodoxe n’a formulé aucune opposition. Enfin l’Islam, malgré le soufisme, s’oppose à la démarche maçonnique qualifiée de sioniste. Le Bouddhisme et l’hindouisme restent dans une indifférence bienveillante.

Le constat est clair, si la franc-maçonnerie et l’immense majorité des Frères, respectent et estiment les religions, les églises font preuve d’une méfiance voir d’une hostilité incompréhensible pour les francs maçons pratiquant assidûment une religion. Il convient d’examiner les cinq points qui motivent cette hostilité.

1) Le relativisme

Le fait de considérer sur un pied d’égalité toutes les pratiques religieuses fait que la franc-maçonnerie est multiconfessionnelle. Cette attitude est proche de la vision laïque, ce qui pose un problème aux religions universalistes et conquérantes. Le fondement de ce relativisme trouve sa source à la fois dans le Noachisme historique, mais aussi à la distinction qui est faite entre la voie mystique et initiatique. Pour le maçon ces deux voies sont distinctes, pour le clergé, la révélation mystique est la seule voie.

Ce relativisme cède parfois à une hostilité ouverte. Le grand Orient en 1922 dans son convent déclare :

 « La séculaire puissance d’obscurantisme prétend à l’universalité de son hégémonie mondiale. Son Vatican, avec ses multiples services de sa curie romaine, telle une pieuvre colossale développe ses monstrueux tentacules sur le monde entier. L’ombre néfaste de ses maisons de prières et de servitude dissimule aux humains les perspectives des horizons de lumière et de vérité. Si nous voulons que cette ombre meurtrière de la pensée humaine, complice de tous les crimes qui laissent dans l’histoire une longue traînée de sang, ne puisse s’étendre et s’épanouir dans ce monde, si nous voulons préserver les générations d’un fatal enlisement intellectuel sous la sujétion des dogmes, des préjugés, et des superstitions ; détruisons ce symbole « apostolique » d’horreur et d’épouvante, ce foyer de malfaisance universelle et reprenons l’âpre combat au cri renouvelé de Voltaire : Ecrasons l’Infâme ! »

2) Le langage de la franc-maçonnerie traditionnelle    et symbolique

C’est un langage ésotérique. L’Église des premiers siècles était l’héritière des traditions passées et avait indiscutablement un discours initiatique en plus du discours mystique C’est un aspect que l’Église dans sa course à la sécularisation et sa conquête du pouvoir temporel a négligé. À force de s’appuyer sur le plus grand nombre, le discours de l’Église s’est vulgarisé. Le versant ésotérique réservé à l’élite (notamment aux évêques) fut abandonné au profit d’un exotérisme simplificateur et anthropomorphique. C’est ainsi que l’Église pouvait parler au plus grand nombre et peser sur les âmes et le pouvoir politique. L’Église restait détentrice des anciennes traditions sans en comprendre le sens profond.

Cet abandon remonte au Moyen-âge. L’ésotérisme chrétien de la grande tradition se trouvait en difficulté. L’enjeu résidait dans la maîtrise du pouvoir temporel, ou le nombre et la matérialité pèsent plus que l’élite et l’esprit. Il fit ressortir les sociétés initiatiques détectrices des traditions et de leurs interprétations. Celles qui sommeillaient bien souvent très près des évêques et cardinaux qui, autrefois, maîtrisaient ce langage. Les interprétations de l’ésotérisme chrétien, par les fidèles d’amour, les roses croix, les templiers, les gnostiques, les alchimistes n’étaient que partielles. Leurs interprétations ne reposaient pas sur une métaphysique de la totalité. Cette dislocation n’a pas permis à ces mouvements de survivre par eux-mêmes. Ils devaient se rallier à une voie véritablement initiatique comme la Franc-maçonnerie opérative. Seul ce réceptacle pouvait garantir la transmission.

On ne peut priver de voie initiatique, le cherchant de bonne foi. Cette aspiration correspond à un besoin irrépressible, qu’aucune loi ou aucun règlement ne peut juguler. Il ne restait plus à l'Église que la voie mystique assujettie au dogme, qui a produit un grand nombre de béatifications. La voie mystique est l’équivalent de la voie initiatique, la première s’exerçant dans le domaine extérieur (exotérisme) et la seconde dans le domaine intérieur (ésotérisme). Toutes les deux supposent un laborieux effort pour y parvenir, mais aussi une capacité à recevoir la grâce divine ou à la découvrir.

La voie sacerdotale n’étant plus que mystique, seule la voie artisanale restait à la disposition du peuple et la voie chevaleresque pour la noblesse. C’est dans ces deux voies que se dirigèrent les micro-sociétés initiatiques, pour les enrichir, tout en prospérant à l’abri de l’institution. Inattaquables, car forts utiles (travail de la matière ou art du combat), elles transportèrent leur trésor initiatique jusqu'à nous. L'église dépossédée de son hégémonie dans l’interprétation des textes sacrés et de l’explication du monde se retrouva contestée dans la voie initiatique sacerdotale par différents mouvements à caractères gnostiques. Cette affaire marqua profondément la Papauté qui en tira des règles aussi rigides que l’inquisition. La disgrâce de la franc-maçonnerie est en partie due à ce passif.

Ce qui ressemblait à la franc-maçonnerie, ainsi que les autres organisations initiatiques, trouva le champ libre.

La religion n’était pas contestée dans ses fondements, mais elle était complétée dans une deuxième interprétation sur un registre ésotérique soustrait à l’audition du plus grand nombre.

3) L’antériorité interprétative

La légitimité d’un mouvement d’idée trouve souvent ses fondements dans le caractère immémorial de sa pratique. À l’évidence bien des traditions sont antérieures à l’avènement du Christ. Soyons précis: être relier à l'origine (religare) et bénéficier d'une transmission traditionnelle (tradere) n'est pas exclusivement dédié aux religions. La voie initiatique est de ce point de vue et depuis toujours autonome par sa culture de la pratique des vertus et sa vision ontologique, ethique et metaphysique. La voie initiatique a su conserver sa démarche ésothérique, avec un point de vue universaliste depuis 1723 et 1737, alors que l'église préferait cultiver l'exotérisme dogmé. La franc-maçonnerie va être au XVIIème et XVIIIème Siècle un réceptacle protecteur pour différentes expressions initiatiques.

Les alchimistes prétendent que leur science est le reflet des saints mystères et que le Christ partage l’immanence de la pierre philosophale. Adam n’est-il pas un modelage fait de glaise, d’eau et du souffle divin, soit les éléments de bases qui après division et purification donneront la pierre philosophale…

Les gnostiques plaident aussi pour une renaissance ultime tout en se fondant sur des traditions antérieures à la chrétienté.

Les roses croix qui depuis 1646 désirent réaliser l’approche ésotérique des œuvres de Dieu dans la nature, dans le but de la dominer.

Les hermétistes s’intéressent à la nature du Christ : s’agit-il d’une résurrection, d’une renaissance, d’une exaltation ? Qu’en est-il de ce corps mystique ? Ils trouvent à s’appuyer sur une antériorité qui remonte bien avant Jésus Christ.

Comme l'Église des premiers siècles, ils fondent leurs traditions et leurs symbolismes sur des pratiques qui appartiennent au fonds commun des sociétés à mystères ou initiatiques.

À l’antériorité interprétative s’ajoute parfois la pratique théurgique. Celle-ci fut particulièrement mise en exergue par Martinez de Pasqually, lorsque fut instauré l’ordre des Élus Cohen. Son influence fut suffisamment forte pour irriguer en partie la franc-maçonnerie moderne, à tendance christique, telle que pratiquée par le Rite Écossais Rectifié. La franc-maçonnerie swedenborgienne s’imprègne fortement des enseignements de la bible, de la Genèse du principe créateur et de la réintégration.

Ainsi l’autonomie dans l’interprétation se traduit en autonomie de la volonté et fait sortir du giron papal, toute une série de mouvements initiatiques, mystiques et autres, qui sont de nature à porter préjudice à l’institution ecclésiale. 

Le Christ et sa résurrection, ainsi que tous les mystères de la révélation sont interprétés spécifiquement par tous les mouvements initiatiques hermétiques, qui font peu de cas du Dogme de l'Église.

4) Le dogme

L’emprise naturelle et respectable de la doctrine dans une religion va se heurter à la conquête du Soi par l’initié. On admet généralement que la religion catholique, pratiquée en sa forme ancienne et traditionnelle, offrait un cheminement initiatique. Ledit cheminement restait sous l’emprise des différents sacrements, qui marquaient les admissions aux mystères de la foi.

Le hiatus semble reposer sur le caractère initiatique de l'Église, de la franc-maçonnerie et la liberté d’évolution de cette dernière. Les deux institutions se retrouvent en concurrence sur le chemin de l’initiation, sacerdotale pour la première et artisanale pour la seconde.

La différence tenait à l’autonomie de l’interprétation. Le dogme tient fermement la main du chrétien, ne le laissant quitter le seul chemin possible, alors que la Franc-maçonnerie ne prétend nullement diriger le maçon sur son chemin, proposant un simple épaulement de la fraternité initiatique de la loge. L’initiation a toujours existé et l'Église s’est appuyée sur les traditions initiatiques antérieures pour entrer dans les âmes et les cœurs. La voie cardiaque est si efficace qu’il convient de fermer la porte derrière soi pour éviter toute concurrence. Or, c’est aussi par la voie cardiaque et son égrégore que la Franc-maçonnerie s’installe en nous. N’oublions pas que la Franc-maçonnerie interprète les textes sacrés et donc la Bible sur un plan ésotérique. Chassant sur les terres de l’ésotérisme chrétien, l’interprétation libre et personnelle du maçon, risque de s’opposer à la révélation et aux dogmes. Les initiés sur la voie savent qu’il est judicieux, au nom d’une certaine cohérence, de n’emprunter qu’une seule voie à la fois. En conséquence être fidèle dans une religion n’est pas incompatible sur le plan initiatique avec la Franc-maçonnerie, mais suppose l’adhésion à un dogme qui guide les pas du maçon. La peur de l’Église est que ce dernier, par ses propres découvertes et son exégèse ésotérique, ne se détourne du canon.

5) Hiram

La légende d’Hiram apparaît dans les loges vers 1730-1745. Elle semble réunir sur elle l’action des courants ésotériques voir occultistes des siècles passés. Rose-croix, alchimistes, détenteurs de la Gnose, élus Cohens trouvent une expression plus élaborée dans cette légende. La théâtralité du récit, introduit dans le rituel d’exaltation, le passage dans un autre état, voire dans un autre monde, pour «l’élu » qui a été choisi par ses pairs.

L'homme-matière devient Homme-esprit. Nous ne sommes plus dans le registre de la pierre taillée. C’est bien plus qu’une simple palingénésie qui mimerait au plan symbolique le sacrifice du Christ. Son assassinat et son relèvement rituel n’étaient pas pour plaire au clergé, d’autant que cette mort rituelle est une délivrance de toute contingence et donc de la matière, alors que la crucifixion du Christ annonce la résurrection des corps et le salut de l’âme.

La délivrance est réservée aux élus, le salut est pour tous.

L’interprétation du sacrifice du Christ et de sa résurrection se trouva concurrencée par l’approche initiatique de la légende D’Hiram. C’est toute la construction dogmatique qui était menacée par l’élan maçonnique. Désormais, s’en était trop, le futur Maître ne pouvait vivre une résurrection-délivrance dans des cérémonies secrètes, et il ne pouvait y avoir deux Christs, celui du salut et celui de la délivrance, celui de l’Église et celui des maçons.

L’interprétation maçonnique est potentiellement supérieure à celle de l'Église, car cette dernière ne se situe que « par » et « pour » l’homme, lui proposant le salut pour réalisation spirituelle, alors que la maçonnerie offre le changement d’état.

L'Église considère que la spiritualité est sa suite et conséquence, inspirée par la foi. Le point de vue de l'Église s’oppose à certains maçons pour qui la croyance en une religion n’est qu’un simple compartiment de la spiritualité.

La base historique du christianisme repose sur la Résurrection. C’est l’expression prophétique de la volonté divine dans un domaine purement contingent et historique. Ce « sous-domaine » d’intervention est de moindre dimension, qu’une sphère métaphysique, conceptualisée par l’initié-maçon dans son for intérieur. Ainsi, la métaphysique de l’initié parfait saisit l’ensemble de la permanence et du tout, alors que la prophétie et la résurrection ne sont que l’émanation d’une volonté divine dans une strate. Il y a bien différence de perspective, car la nature de la religion est décidément dénuée de son dimensionnement ésotérique.

C’est un dialogue de sourds.

L'Église ne reconnaissant pas l’ésotérisme comme autonome et supérieur dans sa portée, mets en avant la voie mystique. Elle n’accepte pas de reconnaître l’abandon fautif de l’interprétation de l’ésotérisme spécifiquement chrétien. De son côté, le maçon n’entend pas se soumettre au dogme, conservant ainsi l’intégrité d’une voie initiatique, artisanale, ancestrale et personnelle.

La voie initiatique peut être complétée par la foi. Si on admet que la foi religieuse complète et illustre dans un domaine limité, le concept métaphysique.

De notre point de vue il n’y a pas contradiction entre la voie initiatique et la voie mystique, elles sont agissantes sur deux domaines différents, mais pas contradictoires.

Toutes les voies ascensionnelles sont censées converger en un point commun et ultime. Ce sommet de la montagne pouvait être suggéré par la légende du relèvement d’Hiram et la résurrection du Christ. Les conséquences étaient trop importantes pour qu’il puisse y avoir la moindre reconnaissance de part et d’autre.  

(…)

© Comprendre la Franc-maçonnerie - Editions du Maçon 2011

Eric R\

 

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Le concept de Grande Architecture de l’Univers : spiritualité maçonnique

Publié le 21 Septembre 2026 par T.D

La Grande Architecture de l’Univers est un concept central dans la franc-maçonnerie, représentant une vision métaphysique et symbolique de l’ordre et de l’harmonie qui régissent l’univers. Ce terme évoque l’idée d’un architecte suprême, une entité créatrice qui a conçu le cosmos avec une précision et une beauté infinies. Dans cette perspective, chaque élément de l’univers, qu’il soit matériel ou spirituel, trouve sa place dans un grand dessein.

Cette notion invite à réfléchir sur notre propre existence et notre rôle dans ce vaste édifice. En tant qu’individus, nous sommes appelés à participer activement à la construction de notre propre vie et à contribuer à l’harmonie collective. La Grande Architecture de l’Univers ne se limite pas à une simple métaphore ; elle incarne également des valeurs éthiques et morales que les francs-maçons s’efforcent d’incarner dans leur quotidien.

En intégrant cette vision dans leur pratique spirituelle, les membres de la franc-maçonnerie cherchent à transcender les préoccupations matérielles pour se connecter à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Cela soulève des questions profondes sur la nature de la réalité, le sens de la vie et notre place dans l’univers, des réflexions qui peuvent enrichir notre compréhension du monde et de nous-mêmes.

Les origines de la spiritualité maçonnique

La spiritualité maçonnique trouve ses racines dans un mélange complexe de traditions philosophiques, religieuses et ésotériques. Elle s’inspire des enseignements des anciens mystères, des philosophies grecques, ainsi que des traditions religieuses monothéistes. Les premiers francs-maçons ont cherché à établir un système de valeurs qui transcende les dogmes religieux, favorisant ainsi une approche plus universelle de la spiritualité.

Cette quête d’une vérité universelle a permis aux francs-maçons d’unir des individus issus de divers horizons tout en respectant leurs croyances personnelles. Au fil du temps, la franc-maçonnerie a évolué pour intégrer des éléments de la pensée rationaliste et humaniste, mettant l’accent sur la raison et l’expérience personnelle comme moyens d’atteindre la connaissance spirituelle. Cette évolution a permis aux francs-maçons de développer une spiritualité qui valorise l’autonomie intellectuelle et la recherche personnelle de la vérité.

Ainsi, la spiritualité maçonnique ne se limite pas à une adhésion passive à des doctrines, mais encourage plutôt une exploration active des mystères de l’existence.

La symbolique de la Grande Architecture de l’Univers dans la franc-maçonnerie

La symbolique de la Grande Architecture de l’Univers est omniprésente dans les rituels et les enseignements maçonniques. Les outils du maçon, tels que le compas et l’équerre, sont souvent interprétés comme des instruments permettant de mesurer et d’aligner nos actions avec les principes universels. Le compas symbolise la capacité à se fixer des limites éthiques, tandis que l’équerre représente la rectitude morale.

Ensemble, ces outils rappellent aux francs-maçons leur responsabilité d’agir avec intégrité et d’œuvrer pour le bien commun. De plus, la notion d’architecture s’étend au-delà des simples outils pour englober l’idée d’un plan divin. Les francs-maçons croient que chaque individu a un rôle unique à jouer dans le grand dessein de l’univers.

Cette vision encourage une approche collaborative et solidaire, où chaque membre est invité à contribuer à l’édifice collectif. En reconnaissant que chacun a sa place dans cette architecture universelle, les francs-maçons cultivent un sentiment d’appartenance et d’interconnexion qui renforce leur engagement envers les autres.

Les principes de la Grande Architecture de l’Univers dans la spiritualité maçonnique

Les principes fondamentaux de la Grande Architecture de l’Univers reposent sur des valeurs telles que la liberté, l’égalité et la fraternité. Ces idéaux sont au cœur de la spiritualité maçonnique et guident les actions des membres dans leur quête d’une vie plus significative. La liberté est perçue comme un droit fondamental qui permet à chaque individu d’explorer sa propre spiritualité sans contrainte extérieure.

L’égalité souligne l’importance du respect mutuel entre tous les membres, indépendamment de leur statut social ou de leurs croyances personnelles. La fraternité, quant à elle, incarne le lien profond qui unit les francs-maçons dans leur cheminement spirituel. En cultivant des relations basées sur la confiance et le soutien mutuel, les membres renforcent leur engagement envers les valeurs maçonniques et s’encouragent mutuellement à grandir sur le plan personnel et spirituel.

Ces principes ne sont pas seulement théoriques ; ils se traduisent par des actions concrètes dans la vie quotidienne des francs-maçons, qui s’efforcent d’incarner ces valeurs dans leurs interactions avec autrui.

L’importance de la méditation et de la contemplation dans la Grande Architecture de l’Univers

La méditation et la contemplation jouent un rôle essentiel dans la spiritualité maçonnique, permettant aux membres d’approfondir leur compréhension de la Grande Architecture de l’Univers. Ces pratiques offrent un espace pour se connecter à soi-même et à l’univers, favorisant ainsi une prise de conscience accrue des forces qui nous entourent. En prenant le temps de se retirer du tumulte quotidien, les francs-maçons peuvent explorer leurs pensées intérieures et développer une vision plus claire de leur place dans le grand schéma des choses.

La méditation permet également d’accéder à un état d’esprit propice à la réflexion sur les valeurs maçonniques. En se concentrant sur des symboles ou des concepts liés à la Grande Architecture, les membres peuvent intégrer ces idées dans leur conscience collective. Cette pratique régulière favorise non seulement le bien-être personnel, mais elle renforce également le lien entre les membres en créant un espace partagé pour l’exploration spirituelle.

Les rituels et les symboles liés à la Grande Architecture de l’Univers

Les rituels maçonniques sont imprégnés de symboles qui évoquent la Grande Architecture de l’Univers. Chaque rituel est conçu pour transmettre des enseignements profonds tout en renforçant le sentiment d’appartenance à une communauté spirituelle. Par exemple, le rituel d’initiation est souvent perçu comme une métaphore du passage vers une nouvelle compréhension de soi et du monde.

Les symboles utilisés lors de ces rituels servent non seulement à illustrer des concepts abstraits, mais aussi à ancrer ces idées dans l’expérience vécue des membres. Les symboles maçonniques tels que le triangle lumineux ou le pavé mosaïque sont chargés de significations multiples. Le triangle représente souvent la divinité ou le principe créateur, tandis que le pavé mosaïque symbolise la diversité des expériences humaines au sein d’un tout harmonieux.

Ces symboles rappellent aux francs-maçons qu’ils font partie d’un tout plus vaste et qu’ils ont un rôle à jouer dans l’harmonie universelle.

L’influence de la Grande Architecture de l’Univers dans la vie quotidienne des francs-maçons

La Grande Architecture de l’Univers influence profondément la vie quotidienne des francs-maçons en leur fournissant un cadre éthique pour leurs actions. En intégrant les principes maçonniques dans leur vie personnelle et professionnelle, les membres s’efforcent d’agir avec intégrité et respect envers autrui. Cette approche éthique se manifeste dans leurs relations interpersonnelles, où ils cherchent à promouvoir la compréhension mutuelle et à résoudre les conflits avec sagesse.

De plus, cette influence se traduit par un engagement envers des causes sociales et humanitaires. Les francs-maçons sont souvent impliqués dans des initiatives visant à améliorer le bien-être collectif, qu’il s’agisse d’œuvres caritatives ou d’activités communautaires. En agissant ainsi, ils incarnent les valeurs de fraternité et d’entraide qui sont au cœur de leur spiritualité, contribuant ainsi à bâtir une société plus juste et harmonieuse.

La pertinence de la Grande Architecture de l’Univers dans le monde moderne

Dans un monde moderne souvent marqué par le matérialisme et l’individualisme, le concept de Grande Architecture de l’Univers offre une perspective rafraîchissante sur notre existence collective. Il rappelle aux individus qu’ils font partie d’un tout interconnecté et qu’ils ont un rôle essentiel à jouer dans le façonnement du monde qui les entoure. Cette prise de conscience peut inspirer un engagement plus profond envers des valeurs telles que la solidarité, le respect et la responsabilité sociale.

En outre, alors que les défis mondiaux tels que le changement climatique et les inégalités sociales continuent d’affecter nos sociétés, la vision maçonnique encourage une approche collaborative pour relever ces défis. En cultivant un sens partagé d’appartenance à une communauté mondiale, les individus peuvent travailler ensemble pour créer un avenir plus durable et équitable. La Grande Architecture de l’Univers devient ainsi non seulement un concept philosophique mais aussi un appel à l’action pour construire un monde meilleur pour tous.

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Trois siècles et plus… de spiritualité maçonnique

Publié le 20 Septembre 2026 par T.D

  • Par Dominique Jardin

Si l’on s’attache à identifier les marqueurs de la spiritualité maçon nique, force est de constater qu’il n’en existe guère de spécifiques. Il faut cependant se déprendre de toute dérive finaliste ou téléologique qui réinterprèterait l’histoire selon nos regards contemporains et ferait lire une évolution de la spiritualité maçonnique d’abord religieuse au XVIIIe siècle puis conduite inéluctablement vers une spiritualité laïcisée, voire carrément laïque. Cet article se propose d’utiliser le regard de l’historien pour brosser, à grands traits, quelques caractéristiques de la spiritualité telle que la construit ou se l’approprie la maçonnerie.

L'image représente une scène complexe et symbolique, probablement liée à une loge maçonnique. Au centre, il y a un temple avec une façade classique, comportant des colonnes et un fronton triangulaire. À l'intérieur du temple, un motif de damier noir et blanc couvre le sol. Au-dessus du temple, plusieurs objets sont disposés de manière ordonnée. Un chandelier à sept branches, symbole souvent associé au judaïsme, est mis en évidence. À gauche du chandelier, il y a un autel avec un feu brûlant. À droite, une table avec un objet cylindrique dessus, peut-être une colonne ou un vase. D'autres objets sont dispersés autour du chandelier : une balance, un sceptre, une main, une épée, un triangle, et un crâne avec des os croisés. Ces objets semblent avoir une signification symbolique, probablement liée à des concepts maçonniques. En arrière-plan, des éléments mystiques sont présents, tels qu'un soleil rayonnant, une lune, et des figures angéliques. Une fumée ou une brume s'élève, ajoutant une dimension éthérée à la scène. Des lettres et des symboles, comme un triangle avec un œil au sommet, sont également visibles, renforçant le caractère ésotérique de l'image. L'ensemble de la composition est en noir et blanc, ce qui donne une atmosphère solennelle et mystique à la scène.

La notion de spiritualité maçonnique

Le mot spiritualité renvoie à l’esprit, et à la vie de l’âme ainsi qu’aux valeurs morales. Le spiritualisme quant à lui participe d’une approche pour laquelle l’esprit constitue une réalité substantielle et supérieure. Il est entendu ici que la spiritualité maçonnique ne saurait s’identifier avec la seule franc-maçonnerie autoproclamée spiritualiste. Pourtant la spiritualité semble consubstantielle à la maçonnerie, même lorsqu’elle s’en défend et même si l’on sait à quelles dérives, y compris politiques, peut mener la question de la spiritualité associée à celle de l’identité.

La notion de spiritualité se rattache conventionnellement à la religion en Occident, ce qui n’est pas le cas en Extrême Orient, mais l’Occident est aussi l’espace traditionnel maçonnique. Elle participe de l’opposition et/ou de la complémentarité de la matière et de l’esprit et désigne également, au XXe siècle, la quête de sens. On peut aussi évoquer une spiritualité sans religion ou en tout cas sans dieu et la notion de spiritualité laïque, comprise au sens d’agnostique ou d’athée, apparue dans les années 1980 sous la plume d’A. Comte-Sponville séduit beaucoup de maçons : pourquoi seuls les croyants pourraient-ils connaître des dimensions spirituelles, expérientielles ? La maçonnerie est aujourd’hui apte à proposer de retrouver un sacré ou peut-être plus encore un art de le bâtir, voire une spiritualité de l’immanence ou de la transcendance dans l’immanence qui promeuvent un dépassement de soi par l’esprit et par le cœur, selon les dynamiques de la force, de la sagesse et de la beauté.

Au XVIIIe siècle la notion de spiritualité, tout comme celle d’ésotérisme ne peuvent se penser qu’au prisme de la catégorie conceptuelle de religion, elle-même apparue au XVIIIe siècle au moment où « le christianisme […] devient l’objet d’une réflexion critique et démystifiante ». C’est pourquoi les notions qui paraissent exotiques ou abstruses au maçon contemporain, parfois choqué par le seul mot de « religion »», sont en fait familières aux maçons « instruits »» du XVIIIe siècle.

Le maçon construit-il une spiritualité ou se l’approprie-t-il si elle est toute faite, donc essentialisée ? La spiritualité maçonnique échappe-t-elle aux mouvements spirituels de chacune des époques qu’elle traverse ? La spiritualité dont il est question évolue-t-elle selon les grades, les rites, les maçons ? Le mot spiritualité n’est-il pas un contournement pratique du mot religieux ? De la même manière, le maniement de l’outil symbolique et du mot symbolisme, d’autant plus magique qu’il reste flou, se substitue parfois aux autres et permet de spiritualiser à souhait.

Le fait même pour le franc-maçon de se proclamer fils de la lumière et de se dire engagé dans la voie initiatique détermine l’adhésion à une démarche de type spirituel. La construction du temple est aussi celle du temple intérieur de chaque maçon (Fig. 1). La « Grande lumière » qu’il reçoit lors de l’initiation (Fig. 2), qui répond à celle du delta lumineux (Fig. 3) est susceptible de déterminer un changement d’état et lui ouvrir les portes d’un cheminement spirituel, via la pratique première du silence et de l’écoute ; il s’agit dès le départ de dépouiller le vieil homme, de le faire advenir à une nouvelle naissance au moyen d’un cadre et d’une méthode.

Le maçon athée a autant besoin de vie spirituelle que le croyant et la vie de l’esprit est une dimension humaine essentielle. Si la dimension religieuse a été aux fondements de la maçonnerie, celle-ci n’est ni une religion ni une religion de substitution. Elle propose un espace-temps de réflexion commune et individuelle, voire de quête de sens à travers une méthode, l’approche symbolique, une progressivité selon une échelle de grades qui déterminent un ou des parcours initiatiques et sont autant de confrontations / appropriation de mythes et de légendes. Leur dimension parfois spirituelle aide le maçon à se repérer, voire à se penser dans la complexité du monde et l’opacité de l’univers, de manière à ce que son travail sur le monde ait un sens, soit retrouvé sur le plan du mythe, soit construit individuellement et collectivement.

La maçonnerie accueille désormais toutes les formes de spiritualité des plus mystiques à la plus athée, mais nous considérons qu’une véritable histoire laïque de la maçonnerie ne peut faire l’économie de l’appropriation collective et individuelle du patrimoine culturel et historique constitutif de l’Ordre et de ses sources religieuses. Ce patrimoine doit être considéré pour ce qu’il est et ne doit pas être pris systématiquement comme un marqueur essentialiste d’une tradition fantasmée.

L'image représente une silhouette noire et blanche d'une personne se tenant au centre, les bras levés au-dessus de la tête. La personne semble tenir un objet dans chaque main, peut-être des outils ou des symboles. La scène est baignée d'une lumière vive qui émane du haut, créant une atmosphère dramatique et mystique. L'arrière-plan est sombre, contrastant fortement avec la figure centrale, ce qui accentue sa présence. La composition générale suggère un moment de révélation ou d'illumination.

Quelques jalons historiques des formes de spiritualité maçonnique

Nous proposons ici de tenter de faire coïncider des périodes et des éléments de classification. La maçonnerie spéculative initiale, celle des trois premiers grades est Andersonienne, c’est-à-dire qu’elle adopte un latitudinarisme qui promeut une spiritualité tolérante. Les chrétiens de différentes confessions peuvent s’y retrouver au sortir des guerres de religions (XVIe et XVIIe), puis progressivement les croyants d’autres religions (comme les musulmans de la loge d’Alger dès 1784), puis les panthéistes (XVIIIe), agnostiques, puis athées (XIXe) au cours des siècles.

On peut mentionner les « confits spirituels » qui agitent le champ maçonnique par complexes rituels interposés. La caractérisation spirituelle des rituels est rarement évoquée, car elle est rarement étudiée. Les gloses abondent quant à l’interprétation de la célèbre phrase spécifiant que « le maçon ne sera jamais un athée stupide ou un libertin irréligieux »» ou encore les articles du Convent de 1877 concernant l’obligation de croire en Dieu. Mais bien peu se penchent sur le contenu précis des rituels trinitaires qui influencent des pans entiers de la spiritualité vécue, car pratiquée dans les temples. C’est un petit peu comme si l’on étudiait la spiritualité catholique à partir des encycliques en omettant d’analyser la messe ! Nous évoquons ici la spiritualité maçonnique à partir des rituels et leurs transformations plutôt que d’après les discours des Institutions maçonniques que sont Obédiences et Juridictions.

L'image représente une illustration maçonnique avec des symboles astrologiques et alchimiques. Au centre, il y a un triangle avec des lettres hébraïques à l'intérieur, symbolisant la divinité. De chaque côté du triangle, il y a des symboles représentant des planètes ou des astres. À gauche, une lune croissante est entourée d'étoiles, et à droite, un soleil rayonnant est représenté avec un visage. En dessous, trois symboles alchimiques sont alignés horizontalement : un cercle avec un point central, un trident, et une main ouverte. L'ensemble est encadré par une arche qui contient des symboles supplémentaires, y compris des lettres hébraïques et des éléments astrologiques.

Les formes chrétiennes de spiritualité maçonnique

La spiritualité des opératifs médiévaux est catholique

La maçonnerie apparaît dans un contexte chrétien, d’abord catholique chez les opératifs médiévaux. Les emprunts religieux les plus anciens sont précisément ceux des opératifs : ils constituent un socle de références, labellisées parfois comme landmarks ou Anciens Devoirs. La structure des Old Charges présente des séquences rituelles organisées selon une même progression. Toutes débutent par une invocation à la Trinité puis poursuivent par un mémoire sur les sept arts libéraux puis l’histoire légendaire fait référence aux colonnes d’Hermès. On évoque successivement Nemrod, roi de Babylone, Abraham dont Euclide fut l’élève, puis les textes présentent David, Salomon et Hiram. Les obligations d’ordre religieux marquent le devoir de fidélité à Dieu, la sainte Église et tous les saints. Notons aussi que le travail d’identification des sources d’emprunts ne doit pas s’arrêter à leur première strate. Il faut avoir le souci de remonter aux « sources des sources »». Si la Réforme s’intéresse au Noachisme ou au Temple, les sources religieuses médiévales de l’étude de ces motifs sont essentielles et doivent être repérées chez Bède le Vénérable (673-735) ou Hugues de Saint Victor (XIIe).

La référence à saint Jean est constante chez les opératifs comme chez les premiers spéculatifs. Les occurrences les plus anciennes datent de 1427, puis de 1502 en Angleterre et réfèrent au patronage de saint Jean-Baptiste chez les maçons opératifs. Dans un premier temps, les loges se placent sous le patronage de l’un ou l’autre des deux saint Jean comme le montrent de multiples exemples (Fig. 4). Nous sommes souvent surpris, lorsque nous pointons les sources « spirituelles » des rituels maçonniques, de nous apercevoir à quel point elles empruntent aux sources religieuses, en particulier médiévales. Les rituels kadosh, 30e grade du REAA, empruntent par exemple à Bonaventure (1221-1274) l’idée de réparation. Bonaventure transforme la montée de l’échelle, en contemplation et sa descente en action, thèmes que s’approprient plus tard les maçons. Thomas Le Myesier, chanoine d’Arras de 1321 à 1330, propose pour sa part l’existence d’un point transcendant, une sorte de nec plus ultra dit-il, qui serait celui où l’homme s’élève pour comprendre ce qui le dépasse. La notion de nec plus ultra, que nous retrouvons aussi dans les rituels du XIXe siècle est donc présentée comme associée à l’échelle dès le Moyen Âge, sans que les rituels maçonniques ne donnent jamais la source de leurs emprunts, pas davantage que pour l’idée de réparation…

La spiritualité des premiers spéculatifs est protestante et souvent calviniste au début du XVIIIe siècle. Elle emprunte au judaïsme

Les rédacteurs des premiers rituels et des premiers grades sont protestants. L’auteur des Constitutions, le pasteur J. Anderson (1680- 1739) est ministre de l’Église presbytérienne d’Écosse. Le théologien et Grand Maître de la Grande loge de Londres en 1719, J.-T. Désaguliers (1683-1744) est un prêtre de l’Eglise d’Angleterre, protestant hanovrien. L’un, Anderson, est trinitaire ; l’autre, Désaguliers, unitarien, mais tous les deux sont avant tout protestants. Une contextualisation rapide permet de saisir l’importance du protestantisme pour comprendre la toile de fond des emprunts réalisés par les rituels auprès de l’Ancien Testament. Tous les emprunts réalisés auprès du judaïsme correspondent à des enjeux soit protestants (poids accordé à l’Ancien Testament), soit catholiques (figurisme selon lequel l’Ancien Testament annonce le Nouveau). Dans tous les cas, le judaïsme est instrumentalisé et n’est pas considéré comme tel, sauf à titre de réservoir conceptuel de traditions ésotériques comme la magie salomonienne ou la cabale qui permet d’accéder au nom de Dieu.

Dès la fin du XVIe siècle, la maçonnerie opérative n’est plus catholique en Angleterre, on voit par exemple disparaître les allusions à la Vierge et aux saints du Manuscrit Sloane 3329 (1700). Toute la maçonnerie bleue est basée sur la construction du temple de Salomon et la maçonnerie écossaise — des hauts grades — sur sa reconstruction. Dans le climat religieux de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, tout ce qui concerne le temple passionne théologiens, architectes ou millénaristes, qui glosent sur le temple d’Ézéchiel. À partir du moment où les maçons proposent du temple de Salomon une représentation fondatrice et archétypale, à laquelle ils peuvent s’identifier, les emprunts au judaïsme nourrissent rituels et tableaux de loge qui mettent en scène ce temple et son mobilier [1] (Fig. 1).

À l’emboîtement des lieux correspond un emboîtement métahistorique dans les rituels : le premier Temple est celui d’Adam, puis viennent ceux d’Énoch, de Moïse, de Salomon, de Zorobabel, du Christ et enfin celui de la vision d’Ézéchiel, jamais construit.

L'image représente une scène complexe et symbolique. Au centre, une figure principale émet des rayons lumineux, entourée de plusieurs têtes, suggérant une figure centrale influente. En dessous, des anges ou des figures ailées sont présents, certains tenant des objets comme des livres ou des instruments. Des symboles géométriques et des structures architecturales, telles que des colonnes et des bâtiments, sont également visibles. L'ensemble de la scène semble être une représentation allégorique ou mystique, peut-être liée à une cérémonie ou un rituel.

Les premiers rituels des grades bleus Intègrent immédiatement la démarche spirituelle dans le champ maçonnique.

Le Vrai Catéchisme des frères francs-maçons (1744-45) montre très tôt en époque comment sont associés discours sur l’usage opératif des outils et discours « au moral », spéculatif. Il illustre de manière éloquente les recouvrements mutuels du symbolisme constructif et de la démarche initiatique en quête de vertu.

Il précise dans son Discours pour une Réception d’apprenti : « Tout ce que nous faisons est relatif à la vertu, et c’est son temple que nous bâtissons, et les instruments simples et grossiers de la maçonnerie pratique dont nous nous servons ne sont ici que des symboles de l’Architecture Spirituelle qui nous occupe. »

Et au grade de compagnon :
« […] la Pierre brute, […] est l’emblème de notre âme, susceptible de bonnes et de mauvaises impressions, et que nous devons former sur la vertu.
[…] L’Étoile flamboyante est l’emblème du G. ». A. ». de l’Univers ».

Une évolution vers le latitudinarisme

Les Constitutions d’Anderson, dans leur édition de 1723, paraissent ambiguës et jugent « commode de contraindre [les maçons] à cette religion dont tous les hommes conviennent, laissant à chacun ses propres opinions […] ». Selon C. Porset : « le christianisme, comme tel, est évacué. La maçonnerie de 1723 se fait donc l’écho des transformations politico-religieuses qui ont affecté l’Angleterre d’alors […]. Le déisme — noyau rationnel de toutes les religions — devient la religion du maçon ». Il reconnaît pourtant que le même Anderson revient, en 1738, sur cette rédaction « pour préciser que la religion dont il s’agissait était la religion chrétienne ». C. Porset s’attache à montrer en quoi les Constitutions ne sont que la version sécularisée du latitudinarisme protestant. Or celui-ci exclut le catholicisme, les unitariens et les athées. La dimension initiatique et philosophique de la maçonnerie se développe surtout en France dans un contexte de mise à distance du catholicisme.

L’évolution de la spiritualité maçonnique à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle

La prudence s’impose : en France en particulier la maçonnerie dite « libérale » s’est débranchée de toute attache religieuse dans la deuxième moitié du XIXe siècle et s’est parfois attachée à faire croire que ce mouvement d’émancipation remontait en fait au XVIIIe siècle, voire était consubstantiel à la maçonnerie spéculative. Cette prétention s’appuie sur des textes maçonniques, mais a une fâcheuse tendance à faire l’impasse sur les rituels ! La pensée rationnelle laïque sera comprise comme l’aboutissement d’un long combat de sécularisation dissolvant le religieux dans le champ social, du moins en Occident où il est privatisé. L’individualisation du croire caractérise la modernité et autorise à substituer un sens fondé sur l’autorité d’une tradition à l’ancien appel à une transcendance. La tradition, comprise comme moyen d’accès à Dieu, le remplace petit à petit. Finalement, la tradition devient autonome et s’émancipe de son objet premier qui était de transmettre l’accès à cette transcendance.

Les tentatives de substitution de la religion catholique par les cultes rationalistes ou panthéistes sous la Révolution ne se comprennent pas sans référence à l’arrière-plan des recherches ésotériques qui les sous-tendent. Ainsi Marie et Jésus sont perçus comme des répliques d’Isis et d’Horus et l’ouvrage de Dupuis, L’origine de tous les cultes (1794) les fait remonter à une religion primitive et universelle de la nature et des astres. Dans la perspective de la Révolution française, le mythe égyptien est utilisé pour renverser les valeurs qui prévalaient jusqu’ici. Il s’agit de « démanteler le christianisme, ramené à la catégorie de religion primitive […], la fable d’Osiris et du Christ n’est qu’une allégorie des morts et des résurrections de la nature ».

Avec A.G. Chereau, la formule INRI se traduit désormais Igne Natura Renovatur Integra (la nature est entièrement renouvelée par le feu), ce qui se comprend mieux si on note que dès 1795, le citoyen Dupuis dans son ouvrage Origine de tous les cultes ou religion universelle, affirme que « le christianisme est aussi renfermé dans le cercle de la religion universelle ou du culte rendu à la nature »» (Fig. 5).

À partir du XIXe siècle, les significations proposées se multiplient et Chemin-Dupontes, en 1823, propose Indefesso Nisu Repellamus Ignorantiam : « Chassons l’ignorance par des efforts infatigables »» ! La croix est devenue le prétexte à toutes les interprétations panthéistes et naturalistes qui s’accommodent facilement de formulations à la fois occultes et syncrétiques.

Les différentes formes de spiritualité selon les grades et les rites : la spiritualité des hauts grades

Y a-t-il une spiritualisation progressive de la quête maçonnique au fur et à mesure que l’on parcourt les différents grades ? Aux grades de métier succèdent d’une certaine manière les grades chevaleresques, puis les grades sacerdotaux. Le catholicisme imprime sa marque sur les rituels des hauts grades et les reprend d’une certaine manière en main réparant le fait que les grades bleus échappent à l’influence anglaise. Dès le XVIIIe siècle, certains rites se « spécialisent »» dans cette rectification.

Au 33e grade du REAA, du moins dans les anciens rituels, il s’agit bien de fusion avec le divin. Combien de maçons, par ailleurs très rationalistes, s’honorent et sont très flattés de devenir Grand Inquisiteur Commandeur au 31e grade ! L’histoire se doit de reconnaître la dimension spirituelle « essentielle »» du REAA à ses origines, quitte à en proposer une déclinaison moins spiritualiste ensuite, mais dans ce cas sans prétendre assigner des origines anciennes à cette mouture. On touche là au délicat problème de la réécriture des rituels et à l’interprétation des grades et à la nécessité pour l’histoire de contextualiser ces réécritures pour comprendre leurs significations.

Les 7 anges entourent la croix entre le soleil et la lune ; en dessous l’étoile à 7 branches, l’aigle et le pélican. Tableau de loge du Chevalier Rose-Croix, 2e appartement, Rite Français, Détail, Tuileur de Delaunay, 1821.

L'image représente une scène complexe et symbolique. Au centre, une croix est entourée de sept anges, chacun tenant une corde. La croix est positionnée entre le soleil et la lune, symbolisant peut-être l'équilibre entre la lumière et l'obscurité. Au-dessus de la croix, une figure divine est représentée, émanant une lumière radieuse. En dessous de la croix, une étoile à sept branches est visible, souvent associée à des thèmes mystiques et spirituels. À droite de l'étoile, un aigle est représenté, et à gauche, un pélican est montré, un oiseau souvent symbolisant le sacrifice et la résurrection. L'ensemble de la scène est encadré par des motifs complexes et des nœuds, ajoutant à l'élégance et à la profondeur de l'image.

Le 20 août 1782, la Chambre des grades examine celui de Chevalier de l’Aigle Rose-Croix : « La chambre a estimé que le grade a trop de cérémonies conformes aux cérémonies ecclésiastiques et qu’il ne pourra pas être conservé. Il a en conséquence été rejeté ». L’ambiguïté demeure sur les raisons d’un tel rejet : s’agit-il de ne pas commettre ce qui relèverait d’un sacrilège ou au contraire d’échapper à une influence ecclésiastique ? La dimension religieuse n’est pratiquement jamais univoque et refermée sur une religion particulière. Cependant le poids, soit renforcé, soit minimisé, accordé à saint Jean, saint André, à l’« ancienne loi » ou à la « nouvelle loi », à la Trinité ou à la loi noachite, détermine des clivages qui vont devenir ceux d’une prétendue régularité selon la Grande Loge Unie d’Angleterre. Ils vont alimenter la querelle des Anciens et des Modernes, ou encore celle du cryptocatholicisme, sans parler des fantasmes réels ou supposés du complot jésuitique. Ainsi le catholicisme est fondamental et premier dans la construction du grade de Chevalier Rose-Croix, comme l’atteste le rituel de 1765 [2].

Dans certains grades, la spiritualité maçonnique va jusqu’à une proposer une dimension sacerdotale ; l’écossais est « onctué » oint du « ciment mystique », dans certains rites il devient Grand Pontife ou sublime Écossais de la Jérusalem céleste (19e grade du REAA) ou encore Prince du Tabernacle (24e grade du REAA), dans d’autres il y a des diacres, des Grands prêtres, des Lévites, des anges (Fig. 6), des prières, le mobilier du temple, etc.

Pourtant la maçonnerie n’est pas une religion et ne se situe pas davantage « au-dessus »» des religions dont elle constituerait la forme ésotérique. Les Grands Mystères des hauts grades maçonniques donnent accès, dès la fin du XVIIIe siècle, au double fond traditionnel et initiatique qu’ils construisent en prétendant le retrouver. Ils puisent ainsi dans des spiritualités antiques telles que le gnosticisme, l’hermétisme néo-alexandrin, etc. Le processus même de la construction de ce double fond dégagé par J. Assmann , exprime certes une intériorisation de la perspective religieuse, mais autorise aussi la transmutation d’une transcendance en immanence. La transmission initiatique de cette dimension ouvre au maçon la perspective et la possibilité de « fabriquer »» cette immanence substitutive de la tradition et de la transcendance religieuse dont elle devient la métaphore et le double. R. Dachez explique :« De même que le Temple de Salomon est idéalisé – “spiritualisé” dit déjà en 1688 John Bunyan […] de même l’édifice symbolique de la maçonnerie, à travers ses tableaux et ses rituels, nous propose un voyage intérieur qui, à la classique “fidélité” religieuse, substitue la quête intérieure. La franc-maçonnerie, vers la fin du XVIIIe siècle, en est ainsi devenue aux yeux de certains, pour un temps […] l’un des lieux électifs » 

À compter du XIXe siècle, certains grades sont soit mis sous le boisseau, soit vidés de leurs contenus et habillés d’une rhétorique compatible avec l’air du temps. La difficulté tient à l’exhumation de ces grades intermédiaires, qu’il redevient aujourd’hui utile d’étudier, mais à propos desquels il est difficile de produire un discours contemporain qui

ne soit ni de la paraphrase insipide, ni un tissu de contresens. Parfois on plaque une cohérence a postériori, au service d’une téléologie hasardeuse au plan philosophique, voire discutable au plan idéologique. Certains aspects ont été introduits sous couvert d’ésotérisme, perçu comme plus œcuménique que le christianisme, ainsi les fameux sephirots, introduits très tardivement dans certains rituels du REAA, et complètement inconnus dans les rituels anciens.

C’est le dosage des emprunts religieux et de leurs origines qui permet de classer les hauts grades en familles telles les grades trinitaires, les grades noachites, les grades apocalyptiques, vétérotestamentaires, etc. En schématisant davantage encore, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle chaque rite, construit à partir de plusieurs de ces grades, choisira ensuite de conserver une cohérence liée à ces emprunts religieux — c’est le cas du RER — ou au contraire de croiser et de mixer les influences, selon un parcours déterminé à l’intérieur des hauts grades comme dans le cas du REAA. En fait, la construction de la tradition maçonnique emprunte à la construction de la tradition religieuse et utilise ses matrices selon une même quête de légitimation et en utilisant des chemins, si ce n’est identiques, du moins parallèles, comme celui du « primitivisme », c’est-à-dire de la quête de l’origine.

Les anges emportent l’âme d’Hiram, enfermée dans l’enveloppe selon des emprunts aux rites funéraires chinois. Tableau de loge de Puissant Irlandais, Atlas Loiven, circa 1750, inv. N° 192A51, CMC Prinz Fréderick, GENL (Grand Orient des Pays-Bas), La Haye.

L'image représente une scène complexe et symbolique. Au centre, deux anges transportent une âme, représentée par une figure humaine, vers le haut. Cette âme est enfermée dans une enveloppe, un thème inspiré des rites funéraires chinois. Au-dessus d'eux, une table d'autel est ornée d'un objet, peut-être un livre ou un document, avec des lettres "IHS" visibles dessus. L'autel est placé sous une arche décorée de motifs entrelacés et de symboles, y compris une tête de mort et des éléments architecturaux. De chaque côté de l'autel, des chandeliers et d'autres objets rituels sont présents, ajoutant à l'atmosphère cérémonielle. Des clés et des balances sont également visibles, symbolisant peut-être des concepts de pouvoir et d'équilibre. L'ensemble de la scène est encadré par des motifs décoratifs complexes, incluant des nœuds et des symboles mystiques. L'image est intitulée "Les anges emportent l’âme d’Hiram, enfermée dans l’enveloppe selon des emprunts aux rites funéraires chinois" et provient d'un tableau de loge de Puissant Irlandais, Atlas Loiven, circa 1750.

Conclusion : les spiritualités maçonniques aux XXe et XXIe siècles

Dans un article bienvenu [5], Y. Hivert-Messeca s’est essayé à proposer un classement des attitudes maçonniques à l’égard de Dieu selon six « idéaux types ». Nous lui empruntons ces catégories pour notre sujet, le choix des appartenances rituelles ou obédientielles, qui peuvent se chevaucher,déterminant un « cadre » d’expression de spiritualité(s).

  • L’idéal type chrétien, majoritaire dans quelques systèmes de hauts grades et dans la Maçonnerie scandinave.
  • L’idéal type « gnostico-théosophique », plus ou moins branché sur des avatars de tradition à prétention primordiale, très minoritaire aujourd’hui, mais de forte influence intellectuelle.
  • L’idéal type panthéiste datant de la première moitié du XIXe siècle qui fait de la maçonnerie une religion universelle permettant de sortir des religions sans sortir du religieux.
  • L’idéal type anglo-latitudinaire, reformulé en 1989 par la GLUA, qui met l’accent sur « une simple croyance à Un Être suprême » [
  • Les deux derniers idéaux types sont nés en France au XIXesiècle. L’un est dénommé « libéralo-symbolique », car il maintient le Grand Architecte sans obligation dogmatique et interprétable selon la conscience de chaque maçon. L’autre, devenu majoritaire en France, est l’idéal type « libéral-ouvert » : l’obédience adopte une position agnostique qui n’oblige plus, mais n’interdit pas non plus le référent GADLU devenu facultatif. Lors du Convent de 1877, Frédéric Desmons propose la révision de l’article 1er de la Constitution du Grand Orient de France « La Franc-Maçonnerie a pour principes la liberté absolue de conscience… ». Les maçons peuvent également être athées et construire une spiritualité laïque.

En fait toutes les formes de spiritualité peuvent se rencontrer et trouver à s’exprimer dans les cadres souples aux cloisons non étanches de la maçonnerie ; les déistes, théistes, panthéistes, agnostiques, syncrétiques, de stricte ou de la plus « flottante » observance ! Chacun peut choisir son rite d’appartenance voir articuler ou juxtaposer plusieurs rites au gré de son parcours et donc visiter plusieurs formes de spiritualité. La spiritualité maçonnique n’a jamais prétendu accéder à la Vérité avec un grand V, mais donner les moyens de poursuivre sa quête ou d’élaborer des outils pour la construire.

La fraternité vécue est aussi une forme de spiritualité. « Le catholique (et le protestant a fortiori) ne vivait pas son engagement maçonnique comme une apostasie, mais comme un complément à son engagement chrétien »» et nul mieux que Kipling, initié en 1886 à Lahore « par un membre du Brahmo Samaj, un Hindou ; passé au grade de Compagnon par un Mahométan ; et élevé au grade de Maître par un Anglais » n’a chanté aussi bien la nostalgie de sa Loge mère :

« Car tous les mois, après la tenue,

Nous nous réunissions pour fumer

[…] Et nous causions à cœur ouvert de religions

Et d’autres choses

Chacun de nous se rapportant

Au Dieu qu’il connaissait le mieux. »

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Comprendre la Spiritualité Maçonnique

Publié le 20 Septembre 2026 par T.D

Introduction

La franc-maçonnerie, souvent décrite comme une société initiatique et traditionnelle, a toujours suscité curiosité, fascination et parfois suspicion. Ses rituels, son langage symbolique et son orientation vers la quête intérieure la distinguent nettement des simples associations profanes. Si l’on peut considérer qu’elle propose un chemin d’élévation morale et spirituelle, il convient de préciser que la spiritualité maçonnique n’est pas uniforme : elle se décline en plusieurs sensibilités selon les traditions.

En effet, au fil de son histoire et de sa diffusion, la franc-maçonnerie a donné naissance à trois grandes familles, qui se distinguent notamment par leur rapport au divin, au sacré et à la liberté de conscience. Trois grands courants dominent : la franc-maçonnerie adogmatique, souvent qualifiée de « libérale » ou « humaniste » ; la franc-maçonnerie déiste, qui reconnaît l’existence d’un principe supérieur sans tomber dans le dogme religieux ; et la franc-maçonnerie théiste, plus proche des confessions traditionnelles, qui exige la croyance en Dieu révélé.

La question qui se pose est donc la suivante : comment la spiritualité s’exprime-t-elle différemment dans ces trois approches de la franc-maçonnerie ?

I. La franc-maçonnerie et la dimension spirituelle : une pluralité d’approches

La franc-maçonnerie, quelle que soit sa tendance, repose sur une conviction commune : l’homme peut progresser vers une meilleure compréhension de lui-même et du monde grâce à l’initiation, au travail symbolique et à la fraternité. Cette démarche s’inscrit naturellement dans une dimension spirituelle, même si cette dernière est comprise de manière variable.

La spiritualité maçonnique se définit avant tout comme une quête de sens. Elle ne se limite pas à une foi religieuse : elle englobe le développement personnel, la recherche de la vérité, l’élévation morale et la découverte progressive d’une lumière cachée derrière les symboles. L’initiation n’est pas une simple formalité rituelle ; elle engage l’individu dans un processus de transformation personnelle, au sein d’une communauté fraternelle.

Cependant, cette quête peut prendre des formes différentes :

  • Dans la franc-maçonnerie adogmatique, la spiritualité est libérée de toute référence obligatoire à Dieu ; elle met l’accent sur la liberté de conscience et l’humanisme.
  • Dans la franc-maçonnerie déiste, la spiritualité repose sur la reconnaissance d’un principe supérieur, le Grand Architecte de l’Univers, compris comme une transcendance universelle.
  • Dans la franc-maçonnerie théiste, la spiritualité est liée à une foi religieuse et à l’acceptation d’un Dieu révélé, ce qui rapproche la pratique maçonnique d’une démarche religieuse.

Ainsi, la spiritualité maçonnique se déploie selon un spectre allant de l’humanisme laïque à la religiosité affirmée, avec au centre un déisme philosophique.

II. La franc-maçonnerie adogmatique : une spiritualité humaniste et universelle

La franc-maçonnerie adogmatique s’est affirmée principalement en Europe continentale, notamment en France, à partir du XIXe siècle. Elle se caractérise par son attachement à la liberté absolue de conscience et par son refus d’imposer une croyance religieuse à ses membres.

Dans ce cadre, la spiritualité maçonnique ne se fonde pas sur la foi en Dieu, mais sur une démarche intérieure et symbolique. Le travail initiatique vise à développer l’Homme dans toutes ses dimensions — intellectuelle, morale, éthique et spirituelle — sans recours à une transcendance extérieure. La spiritualité se vit comme une éthique en action, nourrie par le dialogue, le symbolisme et la réflexion collective.

Le « Grand Architecte de l’Univers » n’y est pas obligatoire : il peut être interprété librement, comme métaphore de la nature, de l’humanité, de l’ordre cosmique ou simplement de l’idéal de vérité. Chacun y projette sa propre conception, sans dogme imposé.

Cette franc-maçonnerie met en avant une spiritualité universelle et inclusive, qui permet l’accueil de croyants et de non-croyants dans une même démarche initiatique. Elle s’inscrit dans une logique humaniste, cherchant à contribuer au perfectionnement de l’homme et de la société par la raison, la tolérance et la fraternité.

Ainsi, la spiritualité adogmatique est une spiritualité de l’homme par l’homme, qui place au cœur du travail maçonnique la dignité humaine et la recherche de la vérité librement consentie.

III. La franc-maçonnerie déiste : une spiritualité de la raison et de la transcendance universelle

La franc-maçonnerie déiste se situe dans une position intermédiaire entre l’approche adogmatique et l’approche théiste. Héritière de l’esprit du XVIIIe siècle, notamment des Lumières, elle affirme la nécessité de reconnaître un principe supérieur : le Grand Architecte de l’Univers.

Ce principe n’est pas défini de manière religieuse ou dogmatique. Il ne s’agit pas d’un Dieu révélé, mais plutôt d’un principe de transcendance universelle, qui peut être compris comme l’ordre de la nature, la raison cosmique ou la source de toute existence. La spiritualité déiste consiste donc à reconnaître que l’univers ne peut être réduit au seul matérialisme, et qu’il existe une réalité supérieure à l’homme.

Dans ce contexte, la démarche maçonnique associe la raison et la foi en un principe universel. La spiritualité n’est pas imposée par une Église ou un clergé, mais elle se vit comme un chemin intérieur d’ouverture à l’infini. L’initiation permet au franc-maçon de progresser dans la compréhension de ce mystère, en harmonie avec les symboles et les rituels.

Cette franc-maçonnerie déiste conserve donc une dimension religieuse au sens large, sans s’identifier à une confession particulière. Elle favorise le dialogue interreligieux et interculturel, tout en maintenant la nécessité d’une transcendance qui dépasse l’homme.

La spiritualité y est conçue comme une élévation vers l’universel, où l’Homme cherche à s’accorder avec l’ordre du monde et à reconnaître son appartenance à une réalité supérieure.

IV. La franc-maçonnerie théiste : une spiritualité enracinée dans la foi religieuse

La franc-maçonnerie théiste, plus répandue dans le monde anglo-saxon, se caractérise par l’exigence d’une foi en Dieu révélé. Ici, la croyance en un Être Suprême n’est pas facultative : elle constitue une condition d’entrée.

Cette forme de franc-maçonnerie, souvent qualifiée de « régulière », considère que la spiritualité maçonnique ne peut se vivre indépendamment de la foi religieuse. Le Grand Architecte de l’Univers y est identifié au Dieu des traditions monothéistes, principalement judéo-chrétiennes. Les rituels et symboles maçonniques sont interprétés dans la continuité de cette foi.

Dans ce cadre, la spiritualité maçonnique est un prolongement de la religion chrétienne. L’initiation renforce la relation du franc-maçon avec Dieu et lui permet d’approfondir sa compréhension du plan divin. Les rituels visent à rappeler l’importance de la soumission à une loi morale transcendante, révélée par Dieu.

Cette approche théiste insiste sur la dimension sacrée de la démarche maçonnique. La spiritualité est vécue comme un dialogue avec Dieu, à travers l’usage des symboles, la prière et la référence aux Écritures Saintes, souvent présentes dans les loges théistes.

Ainsi, la franc-maçonnerie théiste propose une spiritualité religieuse, où l’initiation s’inscrit dans la continuité de la foi personnelle du maçon.

V. Convergences et divergences des trois approches

Malgré leurs différences, les trois formes de franc-maçonnerie partagent un certain nombre de points communs. Toutes se fondent sur l’initiation, le symbolisme, la fraternité et la quête d’un perfectionnement individuel et collectif. Elles visent à faire de l’homme un être meilleur, capable de contribuer à l’amélioration de la société.

Cependant, leurs divergences sont notables :

  • La franc-maçonnerie adogmatique privilégie la liberté absolue de conscience et une spiritualité laïque, sans référence affirmée à Dieu.
  • La franc-maçonnerie déiste affirme l’existence d’un principe supérieur, tout en restant ouverte et non dogmatique.
  • La franc-maçonnerie théiste exige la croyance en Dieu révélé et inscrit la spiritualité maçonnique dans une perspective religieuse.

Ces différences traduisent trois manières d’aborder la question du divin et de la transcendance : de l’humanisme laïque à la foi religieuse, en passant par une transcendance philosophique.

On peut considérer que ces approches ne s’excluent pas nécessairement, mais qu’elles représentent trois chemins complémentaires vers une même recherche de lumière. Elles témoignent de la capacité de la franc-maçonnerie à accueillir des sensibilités variées et à proposer un espace de dialogue spirituel unique.

Conclusion

La franc-maçonnerie, dans toutes ses formes, demeure une école de spiritualité. Mais cette spiritualité se décline de manière différente selon les familles : adogmatique, elle se vit comme une quête humaniste de vérité et de liberté ; déiste, elle s’oriente vers la reconnaissance d’une transcendance universelle, ouverte à tous ; théiste, elle s’enracine dans la foi religieuse et le rapport à un Dieu révélé.

Cette diversité constitue une richesse : elle permet à chaque franc-maçon de trouver un chemin correspondant à sa sensibilité personnelle, tout en partageant un même langage symbolique et un même idéal de fraternité.

En conciliant unité et pluralité, la franc-maçonnerie se présente comme un laboratoire spirituel où se rencontrent différentes conceptions du divin, du sacré et de la transcendance. Dans un monde marqué par les divisions religieuses et idéologiques, elle offre un espace rare où la spiritualité peut être vécue dans la liberté, la tolérance et le respect mutuel.

 

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Les racines de la spiritualité maçonnique

Publié le 20 Septembre 2026 par T.D

Par Patrick Carré

La spiritualité est une dimension de soi-même qui se cultive comme un être vivant, auquel il faut du temps pour croître et s’épanouir, dont la première graine est l’initiation au premier degré de tous les rites quels qu’ils soient depuis les Anciens Égyptiens. Dès l’origine de la Franc-Maçonnerie, cette « croissance » naturelle qui s’effectue d’elle-même s’accompagne dans l’imaginaire des Maçons de la « croyance » préalable en un Grand Architecte de l’Univers, devenue même « régulièrement » dans certains Ordres et Rites une condition nécessaire pour être initié(e).

Le pasteur James Anderson commence ainsi en 1723 son Livre des Constitutions : « Adam, notre premier parent, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’univers, dut avoir les Sciences libérales, particulièrement la Géométrie, écrites dans son cœur ; car même depuis la Chute, nous en trouvons les principes dans le cœur de ses descendants. » Par ailleurs, les Maçons qui cultivent en eux-mêmes leur graine de spiritualité retournent régulièrement au premier paragraphe de ces Constitutions et s’attachent à n’être « ni Athée stupide ni Libertin irréligieux » : « Concernant Dieu et la Religion, un Maçon est tenu de par son Rang, d’obéir à la Loi Morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide ni un Libertin irréligieux.« 

Les travaux des Maçons sont ainsi déterminés depuis 1723 par les mots « jamais (ni) athée stupide » et « ni libertin irréligieux« , une double dénégation et un double paradoxe où chacun peut projeter ses propres convictions et croyances sans craindre de se heurter à celles de ses frères et sœurs en Maçonnerie ou de s’égarer soi-même. Tout en stimulant l’imaginaire par des paradoxes, ces dénégations recentrent les réflexions et la quête des Maçons sur un fond spirituel et dans un espace secret et sacré à construire en soi-même en prenant son temps, médiateur entre l’homme et la divinité. « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. » écrit Nicolas Boileau dans son « Art poétique« , où il ajoute, ce qui ne manque pas de « sel » en Maçonnerie : « Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent« .

Tout est dit par ces mots, mais tout reste à faire… L’élévation spirituelle ne se décrète pas et ne résulte pas d’un titre reçu à la naissance ou conféré par une autorité supérieure, mais s’acquiert par un travail « régulier« , soutenu à la fois par chaque Maçon et Maçonne en son for intérieur et par ses frères et sœurs en Loge. Chacun(e) doit se résoudre à s’éloigner des idées générales où tout et son contraire peuvent être dits et même « pré-dits » par d’autres, pour se retourner vers soi-même et risquer d’affronter des zones d’ombres et des questionnements sans réponses.

Chaque Maçonne et Maçon tend ainsi à remplacer progressivement dans ses travaux les réflexions d’ordre général par des sujets où l’emploi du pronom « je » est associé à des verbes conjugués qui l’impliquent personnellement, à commencer par les mots « Qui suis-je ?« .

Tout commence lors de l’Initiation au premier degré et la scène du miroir où l’initié(e) projette son image, quand le « je » muet, encore « interdit » sous le coup des émotions ressenties lors de la cérémonie, aperçoit cet être extérieur à lui-même et à elle-même qui le (la) constitue et paradoxalement demeure très loin de la dimension intérieure à laquelle il (elle) aspire dorénavant. C’est en apprenant à faire coexister ces deux dimensions extérieure et intérieure, en soi-même et lors des travaux collectifs en Loge, que se révèle le matériau universel par lequel s’élabore l’initiation maçonnique : le langage et ses analogies de sens qui se croisent de plus en plus souvent et intensément dans les paroles écrites et les planches d’orateurs aux titres divers.

Dès l’origine deux voies s’offrent aux Maçons pour travailler ce matériau, soit en démultipliant le sens des mots et des idées véhiculés par le langage, soit en les « réduisant » comme en cultivant un « banzaï » intérieur, à l’essentiel pour les recentrer sur la raison d’être de l’initiation : l’élévation spirituelle du sujet pensant et parlant, par l’activation du « je » central et de ses potentialités reconnues et restaurées. D’un côté la croissance exponentielle des mots et le foisonnement des idées dans de longs discours, semblables à la croissance débridée du feuillage des arbres, de l’autre leur coupe régulière par la limitation des écrits et des paroles à des thèmes de réflexion réducteurs en apparence, mais rapprochant le sujet pensé du je, sujet pensant agissant. D’un côté des thèmes de réflexions et des connaissances générales, multiples et variées, de l’autre des thèmes restrictifs à dominante symbolique, régulièrement re-travaillés.

Ces deux voies initient deux cultures maçonniques qui, sans s’opposer radicalement, demeurent rivales et canalisent différemment l’ardeur et l’énergie des Maçons au travail, « L’une est de se préoccuper des hommes et de la société, ce qui conduit à ce que nous appellerons un Ordre de société, d’essence philanthropique et progressiste. L’autre est de nature spirituelle et recherche l’Initiation. On parle alors d’un Ordre Initiatique et Traditionnel. Toutes les francs-maçonneries existantes participent plus ou moins et de l’Ordre de société et de l’Ordre Initiatique. » (Claude Guérillot, Le Rite de Perfection)

Dans le Temple, la Lune qui préside la colonne du nord est l’astre de la spiritualité qui n’aspire qu’à se révéler en conscience, mais qui se mérite et n’est perçue que par les Maçonnes et Maçons à l’écoute de leur cœur. Cette écoute s’apprenait et se pratiquait comme un art de vivre chez les Anciens Égyptiens, et se traduisait dans le langage par le mot (sḏm, sedjem), le verbe de l’audition le plus employé de la langue égyptienne ancienne qui pouvait signifier, selon les contextes, entendre, écouter, ou obéir. Car l’écoute permet à l’homme d’entrer en contact avec le monde qui l’entoure et avec son propre monde intérieur, et cela bien au-delà des limites physiologiques de l’organe de l’ouïe. Les Anciens Égyptiens donnaient un rôle majeur à l’audition dans le tissage des relations humaines. L’écoute était l’un des fondements de l’éducation égyptienne et de la littérature destinée aux scribes et à l’élite, et la société égyptienne semble n’avoir eu d’autre finalité que de produire des « sḏmỉ« , des écoutants.

« En tant que substantif, sḏm peut aussi désigner le serviteur. Le titre de sḏm-ʿš (sedjemach) signifie littéralement « Celui qui entend l’appel », et celui qui répond à l’appel, qui obéit. Dans certains cas, sḏm peut prendre un dernier sens qui est celui de juger« . (Sibylle Emerit, Autour de l’ouïe, de la voix, et des sons). Le jugement apparaît comme le résultat d’une écoute sélective qui débouche sur un choix ; le juge en égyptien ancien s’appelle d’ailleurs le sḏmỉ « l’écoutant« . Cette imbrication de sens montre que l’écoute et l’obéissance étaient perçues, par les Anciens Égyptiens, comme des valeurs essentielles à acquérir par les jeunes scribes lors de leur apprentissage. De nos jours, chez les Francs-Maçons, les Compagnons du Devoir, et les Rose-Croix, on apprend pareillement à écouter l’autre et à s’écouter soi-même, pour mieux se connaître, se reconnaître, et s’aimer.

La Lune est le passage du cycle au rythme, des séries de phénomènes cycliques omniprésents dans l’univers et en soi-même, à leur reproduction scandée et modulée comme pour les revivifier, pour leur donner du sens et même les faire parler. Le rythme est la sur-vie des cycles, comme la musique est une composition de cycles de notes et d’accords revivifiés par des rythmes variés. La Lune est l’art de les écouter depuis la naissance, comme tout ce qui résonne en soi-même à tous les niveaux, tous les phénomènes physiques et les pensées qui s’y produisent en rythme et tendent naturellement à entrer en résonnance les uns avec les autres.

Dans la Langue des Oiseaux, la Lune est l’art de résonner en raisonnant, résonner du cerveau droit en raisonnant du cerveau gauche, et ainsi croiser les pensées qu’ils génèrent au centre du cerveau et revivifier la conscience. Les Apprenti(e)s sur la colonne du nord apprennent en silence à “résonner” des paroles qui se croisent dans le Temple, tout en raisonnant par analogie pour intégrer le sens de ces paroles et faire émerger des sens nouveaux. Ils apprennent à déclencher régulièrement lors de ces croisements des étincelles de prises de conscience éclairant leur esprit et leur cœur qui les absorbe comme une éponge et se gonfle d’amour à mesure.

La connaissance horizontale matérielle et la conscience verticale spirituelle se concentrent ainsi dans leur cœur comme dans celui des Anciens Égyptiens pour qui un être intelligent était « délié du cœur« , et leur joie était appelée et écrite « dilatation du cœur« . L’intelligence du cœur est le sel de la vie qui permet de saisir la vie en général et la vie spirituelle en particulier, pour à la fois comprendre et aimer, car l’intelligence seule ne saisit qu’en surface le monde tant que le cœur ne pénètre pas l’écorce des êtres et des choses pour les saisir de l’intérieur.

La croix symbolise ce croisement régulier de l’axe de la connaissance horizontale et de la conscience verticale dans le cœur des êtres spirituels en occident, et c’est à chacun(e) qu’il incombe de construire sa propre croix. Le message du symbolisme initiatique en action est : construis ta croix de vie toi-même ! Mets sur l’axe horizontal tes connaissances dans tous les domaines qui s’accumulent en toi depuis que tu es né(e), dès ton premier souffle. Toutes les connaissances sont importantes, qu’elles soient acquises en jouant comme les enfants ou plus tard en étudiant. Tout est source de connaissance quand on aime sa vie, une vie pleine et gourmande des bienfaits distribués à profusion par la vie et par la Nature.

Et plus on aime sa vie, plus on stimule et fait grandir l’axe vertical de la croix où les connaissances prennent une autre dimension, celle de la conscience. Il n’y a rien de plus difficile à définir que cette transformation en soi-même d’une étincelle de connaissance en éclair de lumière illuminant la conscience, qui donne au corps une force nouvelle, à l’esprit de l’intelligence, et à l’âme de la légèreté. Ces étincelles de connaissances et ces éclairs de conscience éclairent en même temps le cœur, l’esprit et l’âme, et les inondent de leurs vertus. Des vertus sous formes de pensées théologiques, de médecine naturelle pour être bien en soi-même intégralement, et même pour être mieux que bien quand nous découvrons notre double nature terrestre et cosmique, car l’homme et la femme sont l’univers en miniature, microcosme dans le macrocosme. Toutes les vertus des minéraux, des plantes, de tout ce qui vibre dans la Nature, est positif dès que nous recueillons ces vertus comme des biens préci

Toute la vie prend ainsi peu à peu le sens d’une œuvre alchimique, d’un Opus témoignant d’un passage à accomplir en soi-même de la vie à une sur-vie, et ceci du vivant même des êtres spirituels accomplis. Auprès d’eux, la vie spirituelle pousuit son cours en toute sérénité en suivant les règles de la Nature et du cosmos, des cycles réguliers de travail et de prière déclenchant l’élévation de l’âme dans la dimension cosmique de l’être. Mais avant d’en arriver là, il convient de ne pas accélérer le temps indûment, et d’apprendre au contraire à le retenir, à contenir en soi-même cette tentation de l’accélérer pour laisser l’Œuvre intérieure de transmutation alchimique s’accomplir d’elle-même, sans le vouloir explicitement et sans l’exprimer par des mots, des noms ou des concepts quels qu’ils soient. Car pour les alchimistes ces mots et ces noms sont du combustible accroissant la puissance de leur feu, jusqu’à brûler et détruire l’œuvre déjà accomplie. Contenir l’accélération du temps comme la puissance du feu est ainsi tout un art, l’art de brûler soi-même intérieurement sans se consumer intégralement, l’art de penser Dieu, et non de penser à Dieu, sans le nommer.

Aujourd’hui cette connaissance et cette conscience n’ont pas bonne presse car elles exigent un minimum d’efforts intellectuels et se méritent. Elles se destinent aux hommes et aux femmes qui recherchent l’idée sous le symbole, à qui l’esprit sous la lettre ne fait pas peur, contrairement à ceux toujours plus nombreux qui se servent des œuvres des penseurs et des artistes pour les transformer en miroirs plats et s’y réfléchir eux-mêmes sans oser en franchir les limites. Pourtant, la pensée est toujours en mouvement, même pendant le sommeil, prête à connaître et vivre ces grands sauts et basculements spirituels. Et comment en serait-il autrement puisque tout est toujours en mouvement en soi-même et dans l’univers, et qu’une spiritualité épanouie est la finalité d’une existence accomplie ?

450fm

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Rite écossais d'Ecosse : l'Arc Royal

Publié le 19 Septembre 2026 par T.D

Dans tous les Systèmes anglo-saxons, le Royal Arch constitue le passage obligé entre la Maçonnerie de métier (Craft) et les grades chevaleresques. Il était donc hors de question, indépendamment de l'intérêt et de la beauté de ce degré, de nous en priver.
Nous décidâmes donc de le rétablir, et dans toute sa pureté. En premier lieu, nous adoptâmes la dénomination d’Arc Royal. En toute exactitude, celle de « Voûte Royale » eût été plus appropriée, plus conforme au sens qui se dégage de la légende rituelle. Si néanmoins nous ne la retînmes pas, c'est par parti pris : afin d'établir une communauté de pratique avec nos frères de la Loge Nationale Française qui ont, les premiers en France, étudié à fond les tenants et aboutissants de ce degré dans leur revue Renaissance traditionnelle et qui ont popularisé cette appellation. Si notre Rite Ecossais d'Ecosse est naturalisé français, il faut qu'il parle français, et qu'il ne soit pas, comme ailleurs, une pâle de démarcation du seul rite anglais connu en France, à savoir le Domatique (alors qu'il y en a une foule d'autres). Et cela d'autant plus que les plus anciens rituels connus, qui datent des années 1760-61, sont tous français.
C'est pourtant en utilisant ce rite Domatique, mais à titre provisoire, que certains dignitaires du GPDG, qui l'avaient pratiqué à la GLNF, se sont constitués en un Chapitre Primitif, afin de recevoir aux fonctions adéquates les futurs cadres dirigeants du Grand Chapitre de l’Arc Royal.

Le quatrième grade de la Maçonnerie d'Ecosse
Se sont posées à cet égard deux importante questions : celle de la place des Chapitres de l'Arc Royal dans l'organisation générale du GPDG et plus spécialement du Rite Ecossais d'Ecosse ; et celle du rituel à adopter définitivement.
En ce qui concerne le premier point, il est hors de doute que l’Arc Royal fait partie intégrante de la Maçonnerie, sous la dénomination historiquement attestée de « Maçonnerie de l'Arche Royale ». C'est l'occasion ou jamais de citer le deuxième article de l'Acte d'Union de 1813 (entre les Anciens et Modernes) : « La pure ancienne Maçonnerie consiste en trois degrés, et pas davantage, c'est-à-dire ceux d’Apprenti entré, de Compagnon du métier et de Maître Maçon, y compris la Sainte Arche Royale de Jérusalem ». Et, dans la Grande Loge des Anciens, les choses étaient plus claires encore, puisque l'Arche Royale constituait un quatrième degré conféré en Loge (ce pourquoi on l'appelait « la Grande Loge aux quatre degrés », par opposition à celle des Modernes).
Il eût donc fallu en toute logique incorporer l'Arc Royal dans la Classe maçonnique, c'est-à-dire dans l'Ordre des Maçons chrétiens de France.
Si nous ne l'avons pas fait, c’est par pure raison d'opportunité. C'était déjà à grand-peine que nous étions parvenus à faire accepter des Puissances maçonniques avec lesquels nous sommes en reconnaissance, l'inclusion dans cette Classe du grade de Maître Ecossais de Saint-André qui, ailleurs qu'au GPDG, en est disjoint et est rattaché à l'Ordre Intérieur ; non sens qui avait force de loi lors de notre coopération avec la GLNF mais qui brise l'architecture du Régime Ecossais Rectifié. Autant ne pas ajouter une difficulté supplémentaire ! Les temps ne sont pas encore mûrs… Aussi avons-nous tourné la difficulté en donnant à l’Arc Royal une place équivoque - après tout, c'est dans son histoire ! - celle de « Degré adjacent », en attendant le jour où il pourra, comme chez les Anciens, redevenir le quatrième degré des Loges...
Autre question, cruciale celle-là, celle du rituel. Là encore, c’est sans hésitation que nous décidâmes de rétablir la cérémonie du « Passage des voiles ». Cette cérémonie, officiellement prohibée en Angleterre durant de longues décennies, n’y subsiste plus que dans la Province de Bristol, qui a excipé de son particularisme - avec l'existence, phénomène unique en ce pays, de son rite en sept degrés dit Rite de Baldwyn , pour se soustraire à cet ostracisme. En revanche, elle n'a cessé de subsister partout ailleurs au Royaume-Uni : Écosse et Irlande, comme aux États-Unis.

"Le passage des voiles"
Pourquoi cette prohibition ? Bernard Jones, dans son irremplaçable Freemasons’ Book of the Royal Arch, en donne clairement l'explication : « La cérémonie connue sous le nom de " Passage des voiles " (...) avait probablement une origine chrétienne et fut couramment en usage uniquement durant la période où le Royal Arch lui-même était largement un degré chrétien. Avec la déchristianisation du degré qui suivit, d'abord l’" Union "des Grands Chapitres en 1817, et ensuite la révision drastique de 1835, la cérémonie des voiles disparut rapidement de la Maçonnerie anglaise (...). Son inspiration doit avoir été celle d’une Maçonnerie symbolique (Craft) décidément chrétienne telle que pratiquée dans une ou plusieurs Loges primitives (...). Originellement, les voiles symbolisent le voile mystérieux qui se fendit en deux lorsque le Sauveur crucifié passa à travers lui. Dans une ancienne instruction maçonnique du Lancashire datant probablement d'environ 1800, le voile du Temple " signifiait le Fils de Dieu, Jésus-Christ, suspendu sur l'autel de la Croix, le vrai voile entre Dieu et nous, mettant dans l'ombre par ses plaies et son précieux Sang la multitude de nos offenses, afin que nous puissions être rendus acceptables au Père " » (p. 195).
Or, remarque fondamentale, cette phrase figure mot pour mot dans le Manuscrit Dumfries n°4 - c'est le point sept des « Questions concernant le Temple » - manuscrit présenté et traduit par J.-F. Var dans le numéro 7 des Travaux de Villard de Honnecourt (1983) et sur lequel nous allons revenir.
La signification de cette cérémonie, comme le fait qu'elle n'avait cessé d'être en usage en Ecosse, nous faisaient par conséquent une obligation de la rétablir. C'était d'autant plus aisé que, par le passé, un Chapitre de l'Arche Royale de la GLNF, le Chapitre Saint-Jean à l'Ordre, avait été expressément créé afin de pratiquer cette cérémonie et le degré qu’il confère, que ses fondateurs avaient été recevoir à Bristol. Ce chapitre avait fonctionné de cette façon pendant sept ans et plus, jusqu'à ce que ladite cérémonie fût tout soudain interdite d'un trait de plume. Parmi les dignitaires du GPDG constituant le Chapitre Primitif de l'Arc Royal, il s'en trouvait qui avaient occupé les plus hautes fonctions au Chapitre Saint-Jean à l'Ordre, ils pouvaient donc légitimement transmettre ce degré.
Restait - et reste encore - la question du rituel à adopter pour les cérémonies « normales », pourrait-on dire, du futur Chapitre Iona de l'Arc Royal.
Il est bien établi que les rituels du Royal Arch ont été déchristianisé drastiquement aux dates indiquées par Jones, en particulier par le Chapitre de Promulgation qui fonctionna en 1835 :« Les éléments chrétiens inclus dans la plupart des rituels antérieurs, écrit-il, furent éliminés (...). Le rouleau portant les premiers versets de saint Jean : " Au commencement était le Verbe... " devint un rouleau sur lequel figuraient des extraits des premiers et troisième versets de la Genèse : " Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre , etc. " » .
C'est aussi à la même époque, ou même plus tard, que pour combler les vides laissés par ces extirpations, furent introduites les Conférences (Lectures) dites « historique », « symbolique » et « mystique » prononcées par les trois Principaux, avec en particulier le développement, marqué par un ésotérisme typiquement « fin de siècle » et tout à fait hors de propos, sur les « corps platoniciens » ; conférences qu’ignorent tant les rites irlandais et américains que le rite de Bristol.

Il nous fallait donc revenir au cœur – cœur chrétien - de la maçonnerie de l'Arc Royal. Les rituels beaucoup trop sommaire et assez pauvres des années 1760 ne nous étaient pour cela d'aucune utilité. Il nous fallait donc nous référer à d'autres. Or les rituels du Royal Arch ont été, en Angleterre, enrichis d'éléments chrétiens à mesure que ces éléments étaient expurgés de la Maçonnerie de métier, selon un phénomène que J.-F. Var a étudié ailleurs, à la suite du Révérend Neville Barker Cryer. Ces rituels par bonheur existent, et ils ont été présentés par J. R. Clarke dans un article fondamental d’Ars Quatuor Coronatorum (volume 93, 1980) intitulé Some Early Royal Arch Rituals. Les rituels analysés sont principalement le Sheffield Ritual, daté d'environ 1780-85, le Tunnah Ms., d'environ 1795 et un ensemble regroupé sous l'appellation Depford Ms., de la même époque. Cette étude fut ensuite complétée par une autre due à John Hamill (AQC volume 95, 1982) dans laquelle celui-ci recense trente-six manuscrits, s'étendant d'environ 1780 à environ 1830, la majorité datant de 1796-1811 (donc d’avant l'Union). John Hamill se livre à ce commentaire qui vaut la peine d'être reproduit :
« Il résulte sans doute possible des manuscrit passés en revue que le Royal Arch était un degré au christianisme affirmé. On y trouve des références chrétiennes tant explicites qu'implicites qui, à mon sens, ne pouvaient pas être facilement acceptées par les tenants d’une autre foi. La " connaissance mystique du Temple " dans le manuscrit Sheffield, la " spiritualisation du Temple " dans le manuscrit Royal Arch et la troisième section de la conférence du manuscrit Tunnah sont toutes intensément chrétiennes et donnent pour l’agencement du temple de Salomon une interprétation symbolique totalement inacceptable par un non chrétien » (page 41) .

Or cette « connaissance mystique du Temple » reproduit mot pour mot les « Questions concernant le Temple » mentionnées plus haut, questions figurant dans le manuscrit Dumfries, ainsi dénommé parce qu'il appartenait à la loge Dumfries Kilwinning, en Écosse, et qui date d'environ 1710. Toujours l’Écosse ! Et une Écosse primitive - relativement aux datations de la Maçonnerie moderne.
Qui plus est, si l'on se reporte à ce qui était donné à découvrir aux candidats une fois accompli le passage des voiles et que décrit Jones (op. cit., pp.166-167), on voit combien l'articulation est d'une logique absolue qui s'est imposée à nous.
Reste un travail : que convient-il de garder ou au contraire d'éliminer des trois « Conférences » des Principaux ? John Hamill fournit des indications utiles sur le caractère ancien, antérieur à l'éradication de 1835, ou au contraire récent et surajouté des divers passages desdites conférences. Elles nous aideront dans notre tri.

Comme on l'aura compris, le rituel définitif des Chapitres de l'Arc Royal du GPDG est encore en gestation. Le travail est bien avancé, mais il faut le poursuivre sans hâte ni paresse. À cette fin, le Chapitre Primitif fonctionnera comme une académie ou un laboratoire, tout en continuant de recevoir, selon les nécessités, des Compagnons de l'Arc Royal. Il disparaîtra le jour où sera consacré le Chapitre Iona, organiquement liée à la Loge Iona.

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