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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Publié le 1 Octobre 2026 par T.D

 

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Testament

Publié le 1 Octobre 2026 par T.D

Le devoir de tout Maître, qu’il soit maçon ou non, est de transmettre. Transmettre quoi ?  Ce qu’il a reçu nous est-il dit.  Oui, mais voilà, un Maître n’est pas un professeur.  Le professeur transmet un savoir, ou un savoir faire, l’un et l’autre sont indépendants de sa personnalité.  Un Maître initie, lui aussi, à des connaissances, en revanche le savoir faire qu’il transmet ne peut être que le sien.       À virtuosité égale, un disciple de Yehudi Menouhim, ou de Stéphane Grappelli, ne communiera pas de la même façon avec son violon.  Les trompettistes Louis Armstrong ou Maurice André n’ont évidemment pas eu les mêmes Maîtres.  Est-ce à dire que les disciples sont condamnés à être des clones de leur Maître ?  Que Nenni ! Comme aurait dit notre B.A.F. Jean-Marc.  Tous les compositeurs, que ce soit en musique classique, en jazz, où en Hard Rock, ont commencé par être les fans de musiciens qui les ont précédés.  Ce n’est pas pour autant qu’ils les ont plagiés.  Il n’est pas inutile de rappeler ici que dès la cérémonie de réception, le second surveillant remet le maillet entre les mains du nouvel apprenti. Nul ne pouvant tailler la pierre brute à la place d’un autre, chacun est responsable de son propre cheminement initiatique.  J’insiste : Chacun est responsable de son propre cheminement initiatique.  

Point final pour ce préambule.  

Ceci étant dit, à 82000 kms au compteur, le passage à l’Orient Éternel se fait proche. Le temps me semble venu de faire, à l’attention des Frères et des Sœurs de notre Loge, ce que j’appellerai, faute de mieux, mon Testament.  Le mot Testament est un dérivé du mot latin Testimonium qui signifiait à l’origine Témoignage.

Premier point :  Rassembler ce qui est épart.  Nous venons tous d’horizons différents. Parmi les Frères ou les Sœurs dont je garde avec émotion le meilleur souvenir, je citerai : deux bouddhistes, un druide, un initié au chamanisme, trois rosicruciens, deux soufis, trois psychologues, deux alchimistes, et quelques chrétiens bien sûr.  Tous excellents maçons du R.E.R.   Nous regardions ensemble dans la même direction. Chacun d’entre eux  s’intégra avec enthousiasme à notre Rite, presque tous sont aujourd’hui, ou ont été, Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. 

La raison en est simple, le processus initiatique étant inhérent à la nature humaine est universel. Quelque soit l’appartenance spirituelle, les étapes sont identiques. Déjà, au temps de Jésus, les gnostiques avaient adhéré à l’enseignement du Maître en fonction de leur propre culture.  Les seuls échecs d’intégration dont j’ai le douloureux souvenir sont dus à quelques frères chrétiens intégristes, ou adeptes de philosophies radicalement rationalistes.  

Deuxième point :  Une voie initiatique.  Chacun sait que la Voie proposée par le R.E.R. est une Voie initiatique.  Que faut-il entendre par là ?  Toute organisation initiatique, quelle qu’elle soit, a pour vocation de proposer à chacun de ses adeptes une métamorphose spirituelle, mais aussi les voies et les moyens d’y parvenir.   Chaque initié est invité à opérer un processus de transformation intime, incluant tout à la fois le corps, l’âme, et l’esprit.  La première étape se fait en Loges bleues. Le corps et l’âme - qui sont indissociables - y sont préparés à la pratique des Vertus indispensables à la poursuite du parcours.  C’est la raison pour laquelle il nous est dit que la maçonnerie est une École de Vertus. Rappelons que par maçonnerie les Constitutions d’Anderson ne reconnaissent que les Trois premiers grades  L’étape suivante, l’épanouissement de la nature spirituelle propre à tout chemin initiatique se fera plus tard.  Il faudra attendre que la pierre brute devenue cubique, soit suffisamment taillée pour être susceptible d’entrer dans la construction annoncée.  Rappelons à ce propos ce que déclare le Maître à son disciple Simon, surnommé Pierre : « je le déclare, tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon assemblée, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. »  J’ai bien dit « Assemblée », car au moment où parlait le Maître, le mot grec Ecclésia que l’Eglise à adroitement traduit trois siècles plus tard par Église, n’a jamais voulu dire autre chose qu’Assemblée.  Le Maître promettait à Simon, désormais Pierre, de devenir UN,  c’est à dire de réaliser en lui l’assemblée, la fusion parfaite du Corps de l’âme et de l’Esprit, finalité de toute Voie initiatique.   Les psychologues ont d’autres termes pour exprimer cela.   J’ai souvent entendu des FF. se scandaliser de tels propos : « On ne parle pas de cela en Loges Bleues ! », ai-je souvent entendu.   C’est ce qui se dit en effet dans bien des Loges qui pratiquent d’autres rites que le nôtre. 

  En effet, au Rite Écossais Rectifié les impétrants sont acceptés par cooptation et leur parrain, ou leur marraine, se portent garants de ce qu’ils soient déjà éveillés, d’une manière ou d’une autre, à la spiritualité.   De ce fait, les Apprentis et les compagnons de Formosa sont des Frères et des Sœurs à part entière et, grâce à leur serment, ont droit aux mystères qu’il est interdit de dévoiler aux profanes.    

Troisième point :  Notre Rite est chrétien.  Notre Règle maçonnique proclame : « L’Évangile est la Loi du Maçon, si tu cessais d’y adhérer, tu cesserais d’être maçon. »  Pourtant, me direz-vous, nos rituels ne font aucunement référence aux évangiles.  Certes, mais nos rituels ne peuvent se comprendre pleinement qu’en les associant, en amont, à la Règle Maçonnique particulière à notre Rite.  Or notre Règle maçonnique spécifique, établie lors du célèbre Convent de Wilhelmsbad, est une reformulation, chapitre après chapitres, article après articles des recommandations évangéliques, généralement connues sous le nom de Béatitudes, que nous ne trouvons nulle part ailleurs mieux formulées que dans les chapitres V à VII du selon Matthieu.  Comme Mr Jourdain qui parle en prose sans le savoir, il se trouve que de nombreux maçons vivent pleinement l’Évangile sans le savoir. 

 Mais les Bouddhistes, le Druide, les Soufis, etc., me direz-vous.  Chacun d’entre eux a compris que le R.E.R. distinguait les écrits évangéliques des religions qui s’y réfèrent.  L’Évangile ne comporte aucune théologie, aucun dogme.   Ceux-ci sont inventions intellectuelles élucubrées postérieurement aux évangiles.  Le Maître a dispensé un enseignement pragmatique des vertus universelles qui font la base de nos trois premiers Grades.  Quant à la spiritualité que le Maître enseigne, force est de constater qu’il n’a jamais demandé que l’on s’adresse ni à lui, ni à sa mère, ni aux prophètes qui étaient en quelque sorte les saints d’alors. Il ne nous a désigné qu’un seul Seigneur, Notre Père, Notre Source. Le Maître ne s’est jamais adressé qu’à LUI.   LUI, que nous désignons par le vocable « Dieu »  Ne soyons pas effrayés par ce mot. Le mot Dieu, n’est en aucun cas un nom propre. Nous pouvons affirmer, avec un certain rationalisme, que c’est le mot que les judéo-chrétiens ont choisi pour désigner le fruit d’une intuition immémoriale, celle de l’omniprésence de forces invisibles, cependant animatrices  de toutes les composantes de l’univers.   Qu’on se réfère à l’inexprimable, en fonction de sa culture, en l’appelant Dieu, Allah, Notre Père, Grand Architecte, Tao originel au-delà de l’Un, Esprit transcendant, Source unique, etc., Il n’y a qu’un seul Dieu. 

  Ce que les musulmans, particulièrement les Soufis, traduisent par cette acte de foi : La illâha illâ Llâh : Il n'y a de Dieu que Dieu. 

Quatrième point :   Je viens de parler de spiritualité.   Dans toute Voie initiatique, le néophyte est invité à suivre, étape après étape, un long cheminement qui lui permet, en suivant une étique comportementale éprouvée, de dépasser sa nature charnelle, grâce à l’éveil suivi de l’épanouissement de ce qui est latent en tout être humain, sa nature spirituelle.   La pratique de cette étique comportementale éprouvée fait l’objet, au R.E.R., des trois premiers grades.  Certains excellents Frères, excellentes Sœurs, peu enclins à la spiritualité, quelles qu’en soient les raisons, arrêteront leur parcours maçonnique à cette pratique des Vertus. Nous n’avons pas à en juger.  Rappelons-nous que le Maître affirmait : « Ce n'est pas celui qui m'aura dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera au royaume des Cieux, mais celui qui aura accompli la volonté de mon Père céleste » (Matthieu 7, 21)  Tout Frère, toute Sœur qui pratique les Vertus enseignées par le R.E.R. accomplit la Volonté du Père Céleste.   Cependant, pour les Frères et les Sœurs familiers de la spiritualité, qu’ils soient chrétiens, Soufis, Bouddhistes, Druides, ou autres, cette première étape, basée sur l’enseignement universel que contient l’Évangile, n’est qu’une phase préparatoire.   Après une longue pratique, d’échec en échec, avec de la persévérance, du courage, et de l’intelligence, nous sera-t-il rappelé au second grade, le comportement spontané du maçon s’approchera de plus en plus de la perfection souhaitée, symbolisée en maçonnerie par la Pierre cubique.  Les religions appellent abusivement cette perfection la sainteté.   Car cette sainteté n’est pas une fin en soi. Il s’agit tout simplement d’une mise aux normes indispensable à toute progression au sein de ce que l’Évangile nomme « le royaume de Dieu » que je préfère nommer, en ce qui me concerne, le domaine de l’Inconnaissable, ou la Théosphère.  À Antioche, avant d’être qualifiés de « chrétiens », les membres des premières communautés de disciples furent appelés « les hommes de la voie ». Sur la voie, ou en chemin, se dit en latin : in itio.   Ces premiers disciples étaient des initiés selon la Voie enseignée par ce Maître que les évangiles ont rapidement surnommé Christ.   C’est cette Voie chrétienne primitive, avant que les religions ne se mêlent d’y adjoindre dogmes, mystères, et théologie, que le R.E.R. entend promouvoir, notamment en demandant à chacun d’aller porter parmi les autres hommes les vertus dont il a promis de donner l’exemple. 

Cinquième point :  Que le Maître que les évangélistes ont appelé Christ soit individuellement considéré comme un Grand initié, un Maître, un prophète, un inspiré, un bouddha ou un bodisatva, est parfaitement légitime, ce qui importe c’est l’adhésion à l’enseignement dont les évangiles font de lui le transmetteur.  Quant à la théologie, inséparable de tout enseignement religieux, elle est exclue pour la raison incontournable que personne n’est capable, théologiens compris, de connaître l’inconnaissable.   Ce qui aboutit en maçonnerie à cette mise en garde : Il est interdit de parler de religions en Loge.  

Sixième point :  Chacun comprendra, d’après ce qui précède, qu’au-delà des premiers grades préparatoires, l’admission dans l’Ordre intérieur n’est  en aucun cas une distinction accordée à des FF. ou des SS. au regard de leurs qualités maçonniques cependant incontestables, Il s’agit encore moins : - d’une récompense pour bons et loyaux services - d’une promotion qui s’obtient à l’ancienneté  L’Ordre Intérieur n’est en aucun cas une Légion d’honneur.   Il s’agit d’une Chevalerie spirituelle dont la mission est de défendre et promouvoir la spiritualité et les valeurs essentielles du Christianisme.  Les membres de nos Loges bleues qui ne sont pas enclins à la spiritualité doivent loyalement et humblement prendre acte de cela.   Ils sont cependant nos Frères ou nos Sœurs à part entière, membres biens aimés de notre Egrégore et de notre chaîne d’union.  Que l’on soit enclins à la spiritualité ou non, que l’on soit chrétiens, bouddhistes, Soufis, que l’on soit érudit ou non, nous sommes tous égaux face à l’indicible.   Que chacun agisse conformément à sa conscience en pratiquant en toutes circonstances le juste comportement que nous propose notre rite, tout le reste viendra par surcroit. 

Septième point :  Nous venons tous d’horizons différents.  Le parcours initiatique du R.E.R. fait nécessairement écho, chez chaque Frère ou Sœur, à des références qui lui sont propres, psychologiques, philosophiques, ou spirituelles.   Le R.E.R. reprend à son compte, en dehors de toute religion, la Voie originelle du Christianisme. Cette Voie est universelle, elle permet à tous de regarder ensemble dans la même direction. 

Huitième point :  Je vous disais en préambule : un Maître ne peut transmettre que sa propre expérience.  

 Or, la progression initiatique ne se transmet pas par osmose, du seul fait d’une présence assidue aux Tenues.  Un Maître qui ne travaille pas, sera sans aucun doute estimé en tant que bon et fidèle Compagnon, prompt à rendre service et apprécié de chacun, les apprentis n’auront cependant pas grand-chose à apprendre de lui.  Aussi rappellerai-je cette parole du Maître Galiléen : « Cherchez et vous trouverez. Frappez et l’on vous ouvrira »  Le Maître bouddhiste Matthieu Ricard nous explique qu’il a fréquenté consécutivement trois Maîtres différents, au fur et à mesure de l’avancée de sa quête.  Quelque soit notre grade, rappelons-nous cet avertissement du V.M. au soir de notre réception : « Monsieur (ou Madame), je ne saurais assez vous le dire, et vous ne sauriez en être trop convaincu, celui qui dans les ténèbres veut se diriger lui-même, et marcher sans guide, s’égare et se perd. »  N’hésitons pas à solliciter, quel que soit notre grade, le secours d’un Frère ou d’une Sœur qui nous semble plus avancé dans le domaine qui nous préoccupe.   Que les Apprentis ou les Compagnons n’aient aucune crainte, les directeurs de conscience, c’est pour les religions, pas pour la Francmaçonnerie. Tout maçon ou maçonne est homme ou femme libre, au sein d’une Loge Libre. Qu’un Maître vous donne son point de vue, ce ne sera que dans le seul but de vous permettre de vous forger le votre.  Il est un avertissement donné par le V.M. dès le second grade qui mérite d’être médité : « L’Apprenti se fait toujours illusion à lui-même ; il s’applaudit ordinairement de ses moindres efforts ; il admire son ouvrage quoiqu’il soit encore très irrégulier et rempli de défauts ».  Rien n’est plus néfaste à une Loge qu’un Maître qui se comporte, au regard de cet avertissement en Apprenti, qui fait un scandale de la paille qui se trouve dans l’œil d’un Frère alors qu’il ignore la poutre qui se trouve dans le sien.  

Neuvième et dernier Point : Conclusion.  

Mon expérience, vous l’avez tous compris, est celle d’un ancien du R.E.R., fan inconditionnel de l’enseignement initiatique transmis par les évangiles.   Mon vœux le plus cher serait que, au-delà de moi, chaque Frère, chaque Sœur de Formosa, tout en restant soi-même, gardant sa propre sensibilité, puisse suivre jusqu’à son terme, telle que je l’ai vécue, cette merveilleuse Voie initiatique que nous propose le R.E.R.  Je me souviens des propos d’un ancien, le soir de ma réception : « Tu verras André, il t’arrivera parfois d’être déçu par un Frère, mais jamais par la Franc-Maçonnerie ».  Que chacun sache que je ne suis pas déçu, mais heureux et fier de finir mon parcours à Formosa parmi des Frères et des Sœurs parfaitement à la hauteur de ce que m’a apporté, depuis le premier jour, le Rite Écossais Rectifié.  

Pax vobiscum. Salam aleycum, La Paix soit avec vous.

André V.

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Approche du symbolisme de l’épreuve de la Terre

Publié le 1 Octobre 2026 par T.D

Introduction

Je me revois souvent dans le Cabinet de réflexion, livré à mes pensées profanes,  m’apprêtant soit à répondre par écrit à trois questions, soit à rédiger ce qu’il est convenu d’appeler mon « testament philosophique ». Cette dernière expression ne me conduisait nullement à manifester un regret quelconque car j’avais ardemment désiré cet instant tout comme la nouvelle vie que mes Frères allaient sans doute me permettre de vivre au sein de leur Très Respectable Assemblée !

Un « testament philosophique » ? N’était-ce pas là une expression un peu pompeuse pour un profane qui voulait et veut toujours rester modeste dans sa démarche et rechercher la simplicité dans ses comportements, la pureté voire la perfection dans son attitude ?

C’est lors de mon second séjour dans ce Cabinet de Réflexion que mon regard a eu l’occasion, comme chacun d’entre nous, de faire le tour rapide de tous les objets, de tous les dessins et des sentences qui décoraient ce local exigu. Pourquoi étais-je là ? Qu’est-ce que tout cela signifiait ? Par où commencer ? Il y avait déjà tant de sujets à méditer, tant d’objets et de représentations qui pouvaient susciter ma réflexion !

Après que le Maître chargé de m’accueillir m’eut fait descendre un escalier étroit, j’ai rapidement perçu que je me trouvais dans un lieu particulièrement peu accueillant : les murs étaient nus, à l’exception des quelques sentences qui y étaient accrochées ; il n’y avait qu’une très vieille table et une chaise pour seul mobilier.

Sur la table j’ai constaté la présence d’un morceau de pain, d’une cruche d’eau, d’une bougie allumée, d’un sablier. J’y disposais également d’une feuille de papier, la première fois pour répondre à trois questions relatives à mes devoirs, la seconde fois pour rédiger ce fameux « testament ».

Aujourd'hui, je ne me souviens plus de l’ordre dans lequel j’ai tenté de prendre ces différents objets en considération car j’étais davantage préoccupé par le travail rédactionnel. Aussi, dans la présente planche, je me propose de procéder avec ordre et méthode et de commencer par une réflexion à propos du local en lui-même.

Le profane, tant avant son interrogatoire sous le bandeau qu’avant son Initiation, est introduit dans le Cabinet de réflexion. C’est une sorte de réduit, théoriquement peint intérieurement en noir. Sur la table sont placés notamment des ossements, un crâne humain et un sablier, du pain, une cruche d’eau, une coupe contenant du sel et une autre contenant du soufre (celle-ci n’est parfois que dessinée !). Sur un tableau noir, un coq, une faux… Au mur, quelques sentences. Elles auraient pu me donner froid dans le dos si je n’avais pas été sincère ! De même que l’inscription « V.I.T.R.I.O.L. » ainsi que des dessins symboliques : un coq surmontant une banderole portant les mots « Vigilance et Persévérance ».

L’éclairage n’y était fourni que par un flambeau.

Se réfléchir et s'analyser

Jules Boucher écrit qu’il s’agit d’un « cabinet de réflexion » au singulier. D’accord avec G. Persigout qui avait produit en 1946 un ouvrage considérable à ce sujet, Jules Boucher explique que « le profane, isolé dans ce cabinet, ne se livre pas à des réflexions mais qu’il opère une réflexion, au sens de « renversement » sur lui-même, en voie de renaitre à nouveau ».

En d’autres termes, dit Raoul Berteaux, le candidat « se réfléchit ». « Il est invité à s’analyser et à méditer sur le résultat de son introspection ».

« Ce cabinet de réflexion correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l’Initiation est à la fois une pédagogie et une thérapeutique, nous dit Daniel Beresniak. Il s’agit d’améliorer l’homme, de le transformer… L’Art Royal se propose de créer un homme nouveau, débarrassé des contraintes d’un inconscient qu’il ne contrôle pas. L’introspection dirigée par des symboles s’effectuera d’autant plus facilement qu’il sera à l’abri de son milieu ambiant familier. De plus, cette séparation constitue une rupture génératrice d’un choc physique bénéfique. Le Cabinet de Réflexion est donc, pour l’essentiel, la forme moderne et adaptée à nos mœurs de l’antique cabane initiatique ».

Cette cellule étroite m’est donc apparue comme le lieu d’une transition, d’un passage et d’une préparation. Candidat à l’Initiation, j’y éprouvais la sensation d’être comme arraché à ma quotidienneté familière. J’étais surpris par la présence et la disposition de choses qui m’étaient connues et que je pouvais nommer sans difficulté.

J’étais surpris, non pas parce que ces choses étaient mystérieuses, mais parce que leur disposition et leur association se présentaient à mes yeux comme les éléments d’un rébus dont la lecture pouvait sans doute me révéler des vérités essentielles. Je me sentais donc invité à faire un retour sur moi-même, à m’interroger sur les finalités et le sens de la vie.

Mon regard se posa une nouvelle fois sur les lettres « V.I.T.R.I.O.L. ». Chacune étant séparée par un point, je savais qu’il s’agissait de l’abréviation d’une expression latine relative à une formule alchimique. L’alchimie est un domaine que j’avais jusqu’à présent considéré avec une réelle méfiance, sans doute à cause de mes préjugés !

Que peut-on en penser ?

V.I.T.R.I.O.L. et l'alchimie dans la tradition maçonnique

Ces lettres évoquent une formule alchimique exprimée en latin : « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies occultam lapidem », ce qui signifie « Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Parfois deux lettres sont ajoutées : U.M. pour former le signe « V.I.T.R.I.O.L.U.M. ». Elles signifient « Veram Medicinam », « médecine de vérité ». Tous les auteurs précisent que ce sigle était la devise des anciens Rose-Croix. Faisons appel à ceux qui ont largement développé cette question.

Selon Ambelain, auteur de la Symbolique des outils dans l’Art Royal, les Rose-Croix auraient pénétré sciemment les loges maçonniques aux 17ème et 18ème siècles et y auraient introduit l’hermétisme et l’alchimie.

« Cette formule invite à approcher la pensée alchimiste. L’alchimie irrigue la tradition maçonnique et son approche permet de se libérer de certaines idées reçues qui gênent la pensée. L’alchimie a aussi été regardée comme un ensemble de techniques artisanales pré-chimiques ayant pour objet la composition des teintures, la fabrication synthétique des gemmes et des métaux précieux ».

Au siècle dernier, Marcelin Berthelot, qui fut le premier à entreprendre la publication et la traduction de collections manuscrites, ne voyait dans les opérations alchimiques que des expériences de chimie dont la finalité était la recherche de la synthèse de l’or. « Les alchimistes ont eu l’intuition de l’unité de la matière ».

« En explorant la matière, la science, aux 18ème et 19ème siècles, est arrivée à une opinion opposée. Les molécules qui identifient un corps sont composées de corps simples, indivisibles : les atomes. Les physiciens du 20ème siècle ont décomposé ce corps simple et vérifié ainsi la théorie alchimique traditionnelle de l’unité de la matière ».

La littérature alchimique, fort ancienne, remonte à une époque où la pensée n’était pas libre. La vérité était perçue comme analogue à une chose déjà dite clairement (la « révélation ») et dont l’explication et la transmission étaient le monopole d’une caste de clercs. Seule la hiérarchie cléricale était autorisée à produire du sens, à dire ce qui est vrai, bien et beau et elle disposait d’un « bras séculier » pour châtier les déviants. Toute idée neuve était donc considérée comme subversive parce qu’elle était neuve et non conforme au déjà dit.

Dans une société libre, la parole est libre et chacun s’exprime clairement. Dans une société totalitaire, il faut habiller ses idées de manière à ne pas provoquer de suspicion du censeur, créer un langage à double sens pour avoir de quoi se défendre si le censeur perçoit des propos susceptibles de déranger les certitudes obligatoires.

La littérature alchimique est donc à décrypter dans le contexte d’une orthodoxie obligatoire. L’alchimie, déjà tenue en grande suspicion chez les chrétiens comme chez les musulmans, était quand même un refuge pour les penseurs libres. Elle procurait des métaphores et des légendes propres à voiler, et en même temps à montrer ce que l’Initié doit lire.

Ceci étant, Daniel Béresniak nous invite à situer l’alchimie dans le contexte des structures et des valeurs des civilisations de son temps et de ses lieux, et se garder de l’interpréter selon notre façon actuelle de penser. «Elle ressemble à une science physico-chimique mais elle est aussi et surtout une expérience mystique : elle relie la matière et l’esprit, observe les relations entre la vie des métaux et l’âme universelle».

« La littérature alchimique parle de la matière et des métamorphoses à lui faire vivre au moyen des opérations. Cette matière est une métaphore pour l’esprit et les opérations alchimiques sont des métaphores pour signifier les expériences de la psyché ».

« Le Grand Œuvre alchimique et la Construction du Temple sont en réalité des allégories en miroir. Ils se projettent l’un dans l’autre. Ils signifient l’art de faire de l’homme aliéné, esclave de ses passions, un homme libre de ses actes, capable de distinguer l’action de la réaction. La finalité de l’alchimie est donc de sauver l’homme de sa servitude ».

« V.I.T.R.I.O.L. » nous invite donc à regarder en nous-mêmes et à trouver en nous la pierre cachée, celle qui manque à l’édifice pour s’accomplir et tenir debout. La terre est une allégorie de l’homme. En effet, en hébreu, le mot « terre », en tant que matière, se dit Adamah et dérive de Adam, l’homme.

Rectifier

« En rectifiant » signifie nécessairement qu’à un moment donné de la « visite », il y a une opération intellectuelle à effectuer. Cette opération intellectuelle, qui consiste à modifier le cours normal des choses, le sens de la visite, n’est concevable que si elle s’appuie sur des connaissances acquises, susceptibles de servir de références pour juger un état de fait. « En rectifiant » implique par conséquent pour moi la nécessité de posséder un savoir suffisamment étendu. Ce n’est pas la pierre cachée qui procure ce savoir, mais c’est ce savoir qui me permettra de la trouver. La pierre cachée est donc la conclusion, la récompense et la finalité d’un effort dont l’efficacité est rendue possible par le savoir.

Il conviendra donc que je m’interroge régulièrement sur le processus de ma pensée, sur ce qui conduit des questions aux réponses, essentiellement dans le rituel des Tenues, sur l’induction et la déduction. Je devrai me regarder penser, apprendre à m’étonner, même de ce qui parait évident.

La rectification m'apparaît donc comme une remise en question de ce qui semble acquis, une interrogation sur le processus de la pensée, une révision des outils de la pensée.

La rectification nous rappelle que chercher la vérité, c’est observer, supposer, généraliser et corriger sans cesse. La rectification est donc l’opération essentielle qui autorise la progression du savoir : c’est reconnaître l’erreur.

Laissons quelques auteurs tirer quelques conclusions.

Pour Edouard Plantagenet, « l’épreuve de la terre, c’est le passage dans le Cabinet de réflexion ».

Pour Raoul Berteaux, l’inscription « V.I.T.R.I.O.L. » concerne la « descente dans la terre » que le candidat est censé accomplir en descendant dans le Cabinet de Réflexion. Celui-ci est à considérer comme « un donné potentiel » offert à celui qui va se séparer du « vieil homme » et qui est reçu sous le signe de la « terre », en attendant d’être reçu dans le temple sous les signes de « l’air », de « l’eau » et  du   « feu ».

Pour Jules Boucher, l’expression désignée par les lettres «V.I.T.R.I.O.L.» est « une invitation à la recherche de l’Ego profond, qui n’est autre que l’âme humaine elle-même, dans le silence et la méditation ».

Enfin, pour Oswald Wirth, « pour apprendre à penser, il faut s’exercer à s’isoler et à s’abstraire. On y parvient en rentrant en soi-même, en regardant au-dedans, sans se laisser distraire par ce qui se passe au dehors. Le profane soumis à l’épreuve de la Terre est appelé à mettre en jeu les énergies latentes qu’il porte en lui-même. L’Initiation a pour but de favoriser la pleine expansion de son individualité ».

Après avoir suffisamment médité sur l’expression « V.I.T.R.I.O.L. », il me semblait urgent de me mettre à rédiger ! Par contre, le peu de temps qu’il me restait ensuite pour méditer au sujet des objets, des représentations symboliques et des sentences accrochées au mur, m’incite à présent à tenter d’approfondir leur signification.

Mon regard s’était posé sur le morceau de pain et la carafe d’eau. J’y décelai une complémentarité : ce pain ne pouvait exister que grâce à l’eau, au feu et à l’homme qui avait pu s’en servir. La récolte du blé pour fabriquer ce pain n’avait été possible qu’à condition que l’eau féconde la terre. Le pain est en effet le résultat d’une création réalisée grâce au travail, à l’observation, à l’ingéniosité de l’homme, à la maîtrise du feu.

Pour travailler, l’homme a besoin de force, de nourriture. Sa nourriture, l’homme ne peut l’obtenir que grâce à un certain savoir acquis. Et le savoir ne peut se développer que si la nourriture est assurée !

Associé à l’eau, le pain me faisait aussi penser à l’idée de privation, de renonciation. Pain et eau ne sont-ils pas les deux éléments nutritifs indispensables pour vivre ? Ne sont-ils pas les seuls éléments nutritifs que l’on trouve à la table du pauvre ? Pain et eau ne symboliseraient-ils pas non plus le repas sans plaisir ?

« Si le symbolisme de l’eau renvoie à la fécondité, aux origines, à la purification, si les divers aspects de l’eau suggèrent des associations nombreuses, nous dit Daniel Béresniak, le cabinet de réflexion présente cet élément sous une forme particulière, celle de l’eau contenue dans une cruche. Ce récipient est l’un des objets les plus anciens et le plus utile fabriqués par l’homme. La cruche d’eau renvoie plus à l’art du potier qu’au symbolisme de l’eau en général ».

« Comme la cruche, le pain est le fruit d’un effort et d’un savoir-faire qui ne s’improvise pas mais s’acquiert au cours d’un apprentissage. Le pain, fait de farine, est le premier et le principal aliment cuit. Il témoigne pour la grande révolution qui a permis l’élaboration de la civilisation. Cette révolution a permis le passage de la chasse et de la cueillette à l’élevage et à l’agriculture. Elle s’est déroulée lentement, au cours de nombreux siècles. Mais ce passage peut être qualifié de révolution car il a entraîné des changements profonds dans les mœurs. De là nous vient la notion de travail comme valeur sur laquelle se fonde une éthique. Le pain est donc le symbole de la grande révolution agricole à partir de laquelle ont été élaborés les mythes et les valeurs que les Francs-maçons cultivent aujourd'hui y reconnaissant le « levain » nécessaire au progrès et au bonheur. La fabrication du pain implique la maîtrise du feu. La cuisson situe le froment dans un nouveau processus élaboré exclusivement par l’homme. Le pain est, dans notre civilisation, la nourriture spirituelle et intellectuelle. Le processus de la vie du blé procure des métaphores pour raconter les étapes de l’évolution intérieure ».

Oswald Wirth précise aussi que « le pain et l’eau sont présents dans le Cabinet de Réflexion pour nous rappeler que la nourriture du corps est indispensable mais qu’elle ne doit pas être le but de la vie ».

Mes yeux s’étaient ensuite posés sur la représentation de deux sortes de soucoupes qui, d’après mes premières lectures, devaient contenir du sel et du soufre. Si le sel symbolise la stérilité mais aussi l’indestructibilité et l’incorruptibilité, le soufre a généralement un sens néfaste. Ces deux substances ont souvent une connotation négative. Cependant n’étaient-elles pas là pour me pénétrer du fait qu’aucune chose n’est bonne ou mauvaise en soi mais que seul l’homme rend la chose bonne ou mauvaise selon l’usage qu’il en fait. Ainsi, sans le sel, le pain n’aurait certes pas la même saveur !

C’était ensuite l’image du Coq qui m’incitait à la réflexion suivante : n’était-il pas le signe de l’avènement de la lumière initiatique ? Je pensais que cette représentation était là pour me rappeler que dans ce Cabinet de Réflexion je vivais le prélude à mon Initiation.

Je me préparais donc à ma mort de profane, à une renaissance, c’est-à-dire à ma naissance en tant qu’Apprenti-maçon. Ce fut alors le moment de me redemander pourquoi j’avais souhaité devenir Franc-maçon, ce que je pourrais apporter à la Franc-maçonnerie mais surtout si j’avais des qualités suffisantes pour y entrer.

Mais que disent les auteurs au sujet de la présence de ces trois dernières représentations symboliques dans le Cabinet de réflexion ?

Selon Jules Boucher, «les trois principes hermétiques figurent dans le Cabinet de Réflexion. Le soufre, symbole de l’esprit, et le sel, symbole de la sagesse et de la science, chacun dans une coupe ; le mercure, sous forme du Coq, attribut d’Hermès».

Selon Jean-Pierre Bayard, « les trois principes fondamentaux donnés par l’alchimie, le soufre, le sel et le mercure, sont les trois éléments principaux du corps de l’homme. Le soufre ou feu irradie le sang, le sel fixe l’eau, le mercure correspond à la terre ».

Albert Poisson associe ces éléments au Triangle, symbole de l’équilibre absolu ; au premier rang le signe du soufre, symbole de la Force ; au second rang, le signe du mercure, la Matière ; au troisième rang, le signe du sel, le Mouvement. 

Instrument de mesure du temps parfois bien utile en cuisine, je me demandais si la présence d’un sablier ne devait pas évoquer le temps qui passe, la fuite du temps, l’éphémère et la vanité.

Ce sablier, je pouvais le retourner. Cette action m’amenait à l’idée du renversement du temps, à la possibilité du retour dans le temps, du retour aux origines.

Ce sablier a une forme tout à fait singulière : si je le retourne, sa forme ne change pas ! Le haut et le bas se confondent. La forme du sablier me montre donc l’analogie entre le haut et le bas. En retournant ce sablier, j’interviens pour faire varier l’écoulement du sable, pour changer le cours de ce phénomène. Pourtant cette variation tient compte de lois qui régissent le monde, et dans ce cas précis, les lois de la gravitation et de la pesanteur notamment, des lois qui marquent les limites de mes pouvoirs mais qui m’aident à changer le cours des événements si je fais l’effort de les respecter et de bien m’en servir.

Le sablier représente la durée disponible, une provision de temps présent. Je le retourne pour consommer cette provision. Je peux regarder s’écouler le sable à travers l’étroit goulot et méditer, comme Lamartine, sur la « chute éternelle » du temps.

Le sablier est donc un outil conçu pour mesurer une durée déterminée. Mais la durée ne se confond pas avec le temps. Elle n’en est qu’une modalité parmi d’autres : simultanéité, succession, passé, présent, avenir.

Le crâne et la faux

Je m’apprêtais ainsi à une vie nouvelle. Mais pour y accéder, il me fallait symboliquement mourir de ma vie de profane. Voilà sans doute ce que me suggérait d’une part le crâne humain, symbole de la mortalité humaine mais aussi de tout ce qui survit après la mort et, d’autre part, ce dessin symbolique, ce squelette qui manie la faux, cette allégorie de la mort. Celle-ci m’indiquait que la mort est le lot de tous et que nous sommes tous égaux devant elle. La faux égalise en effet tout ce qui vit. Qu’importe donc de posséder plus ou moins que les autres ! Ce crâne n’était-il pas là aussi pour me suggérer qu’il m’est possible de m’approprier la pensée et l’expérience des Anciens ?                                                      

Pour Oswald Wirth, « les emblèmes funèbres du Cabinet de Réflexion doivent nous rappeler la fin nécessaire des choses, la fragilité de la vie humaine et la vanité des ambitions terrestres », tandis que pour Daniel Béresniak, « les symboles du Cabinet de Réflexion sont à regarder comme les références de toute civilisation : comment l’homme se situe dans l’univers, évocation de la mort, comment l’homme perçoit son propre destin, son pouvoir sur la nature et sur lui-même et les éléments alchimiques, comment tout cela autorise un savoir-faire, son rapport au temps et à la durée. Ainsi, ces références sous les yeux, le postulant, le candidat aux mystères, écrira son propre testament philosophique ».

Ma mort était donc proche. Je me rendais compte que je n’étais que bien peu de choses.

R :. F :. A. B.

 

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Publié le 30 Septembre 2026 par T.D

 

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L’écriture comme outil d’introspection

Publié le 30 Septembre 2026 par T.D

L’apprenti garde le silence pour observer, intégrer, comprendre. Vient ensuite le temps où il prend la parole, au grade de compagnon. Cette étape que je m’apprête à franchir, si j’en suis jugée digne, n’est pas sans m’inquiéter.

Une illustration en noir et blanc représentant un vieil homme assis à un bureau, penché sur un parchemin. Il porte une tenue traditionnelle avec une coiffe et semble écrire ou dessiner avec un pinceau. Le bureau est en bois et contient plusieurs rouleaux de parchemin. Sous le bureau, il y a un chat endormi. L'arrière-plan montre un mur avec des motifs décoratifs. L'atmosphère générale de l'image est paisible et concentrée.

Alors même que je pose ces mots je me rends compte qu’il me faudrait sans doute comprendre pourquoi cette inquiétude, alors que ma vie est un constant va-et-vient entre le silence et la parole. Qui sait, peut-être que la rédaction de cette planche me permettra en filigrane d’analyser mon rapport profond à l’écriture et au partage des mots ? Il n’est pas question de prendre ce temple pour un divan de psy. Je m’en tiendrai à mon sujet : l’écriture comme outil d’introspection.

L’introspection est elle-même une méthode de connaissance et de perfectionnement de soi, de maîtrise, de transformation de notre rapport au monde : or, n’est-ce pas ce que nous venons chercher en franc-maçonnerie ? L’écriture comme outil d’introspection est un processus qui débute avant même que la plume ait touché le papier. Il commence lorsque la matière spirituelle au sens de l’esprit se rassemble et que les pensées s’ordonnent ; il se poursuit lorsque la main son alliée formalise l’idée, qu’elle la rend tangible. J’aime ce moment magnifique, suspendu, cet entre-deux, qui voit le travail intellectuel et manuel s’épouser dans une valse où l’harmonie des deux est nécessaire pour rendre la danse juste et parfaite. L’idée est là, retranscrite, mais cerveau et main interagissent avec ferveur pour biffer, tailler, raboter, révéler.

Le symbole de la main

Certes, la franc-maçonnerie repose sur une tradition orale, pour préserver ses secrets. « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne puis qu’épeler… » Pardonnez-moi cette planche écrite ET lue, dans laquelle je tenterai d’évoquer le lien entre écriture et franc-maçonnerie ainsi que ce que j’ai vécu dans le cabinet de réflexion, où se déroule pour le profane la première expérience d’écriture maçonnique.

Je ne suis pas venue à la franc-maçonnerie par les écrivains, mais par le symbole de la main, ce qui me fait penser tout de même qu’il y a un lien, car qui mieux que la main écrit ?

Une bague en platine de ma mère m’intriguait depuis le plus jeune âge : l’anneau était un entrelacs de symboles de l’infini et il était orné de deux mains serrées. Elle me confia qu’il s’agissait d’une bague maçonnique. Lorsque j’ai commencé à réfléchir à mon sujet de planche, j’avais d’ailleurs envie d’écrire sur la chaîne d’union, symbole incarné dans ce moment si particulier où nos mains se joignent et où j’ai eu la grande surprise de ressentir, lors de ma première tenue, une chaleur me traverser - je ne savais pas encore que ceci portait un nom mystérieux, un peu magique, à la mélodie pourtant rocailleuse : ÉGRÉGORE. Une sensation proche de celle qu’on éprouve lorsqu’on se dépasse physiquement ou intellectuellement, quand on franchit l’étape où l’effort est si douloureux que l’abandon menace, mais que l’on terrasse sa fatigue. Des ailes poussent. Et personnellement, je me dépasse… grâce à l’écriture. Pour moi, l’écriture était jusqu’à présent « un acte d’amour » (Cocteau). Si bien sûr, j’ai toujours pensé que l’écriture était un moment d’introspection, je ne la considérais pas comme un outil.

L’épreuve de la Terre

Ce qui m’amène au cabinet de réflexion, où se déroule, comme dit plus haut, la première expérience d’écriture maçonnique. Je n’en avais pas conscience : nous vivions déjà mes jumeaux et moi notre première épreuve d’initiation, dans les entrailles du monde. Athanor. La grotte depuis laquelle on perçoit de la lumière et des ombres. L’épreuve de la Terre.

Dans le cabinet de réflexion, à la faible lueur de la bougie, il s’agit d’écrire son Testament philosophique. De combien de minutes dispose-t-on ? Pourquoi ce pain et ce crâne, est-on dans un cabinet de punition ? Testament philosophique : le mot est inquiétant. À quoi servira-t-il ? Par qui sera-t-il lu ? Mais s’annonce bientôt la nécessité de dépasser l’appréhension du Temps et du jugement. Les lettres inscrites sur le mur, « Vitriol »», revêtent une autre dimension. Et se produit un déclic. On écrit bel et bien ce Testament parce que désormais, la vie de maçon sera une histoire de dépassement entre soi et soi-même. « Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée », ou encore « Connais-toi toi-même »» : c’est le début d’une aventure qui peut ne pas finir.

Sincérité et honnêteté

Après avoir paniqué, j’ai aimé cet instant qui contient en lui la suite. Cet instant où j’ai pensé qu’il fallait être sincère, parce que je n’avais pas de réponse particulièrement brillante à apporter aux questions. Que si mes réponses ne convenaient pas, ce ne serait pas grave ! Car ce qui importait, c’était mon honnêteté. Je crois que mon écriture en particulier, et mon rapport aux autres en général, a beaucoup gagné en simplicité depuis lors. Le devoir de plaire s’efface devant celui d’être sincère. L’artifice n’est plus de mise. L’écriture dans le cabinet fait émerger une conscience plus aiguë de notre finitude et de cet ego qui nous joue souvent des tours. L’expérience de l’écriture maçonnique ne s’arrête pas là : pensons à l’alphabet maçonnique, qui nous apprend à regarder l’écrit avec un troisième œil ; aux symboles du tapis de loge que nous reproduisons pour les fixer dans notre mémoire. Pensons aussi à cet art difficile et exigeant qui consiste à être secrétaire, rouage essentiel de la loge. Écrire fixe la mémoire et permet d’échanger, comme le prouvent ces planches que les frères et sœurs rédigent avec passion pour discuter de sujets nobles.

Ai-je besoin de vous redire mon grand amour pour l’écriture manuscrite ? Le manuscrit a ceci d’émouvant qu’il montre le fameux work in progress, les doutes, hésitations, corrections, l’agacement, l’envolée joyeuse (plus rare). Le maçon travaille à son édifice, il le construit patiemment, le déconstruit aussi, se décourage, mais n’abandonne pas.

Les écrivains maçons

Ce qui m’amène à évoquer, pour finir, les écrivains maçons. Je ne parlerai pas de Voltaire. Mais de ces frères qui, parce qu’ils ont vécu l’initiation, ont produit des textes de grande importance sur les plans humain, sociétal et symbolique.

Rudyard Kipling, Nobel de littérature en 1907, initié très jeune en 1895, est l’un de ceux qui a merveilleusement écrit sur ces trois plans. Il est l’auteur du célèbre « If » adressé à son fils, ou encore du Livre de la Jungle où Mowgli est ce petit animal humain qui devient homme dans l’épreuve et grâce à la maîtrise du feu ; auteur aussi du poème « La Loge mère », qui célèbre les vertus d’une maçonnerie rassemblant des êtres de tous milieux, couleurs et croyances. « L’ensemble du travail de Kipling est traversé par les idées maçonniques. Son œuvre évolue en permanence au cours de sa réflexion initiatique », indique le livre Les Grands textes de la franc-maçonnerie décryptés .

Citons encore Choderlos de Laclos, favorable à l’initiation et à l’instruction des femmes, et qui clame en 1777 lors de l’inauguration d’une loge d’adoption : « Vous verrez des femmes qui savent obéir, travailler et se taire. » MMTTCCSS, rions, écrivons et ne nous taisons que lorsque nous sommes apprenties.

Quatre épreuves symboliques

La composition de cette planche est un cheminement qui me rappelle au fond les 4 épreuves symboliques qui conduisent le profane à la lumière. L’épreuve de la Terre : il s’agit du magma d’idées et des brouillons ayant conduit à ce que je vous livre. L’épreuve de l’Air, volatile et turbulente, celle des doutes : il s’agit de l’esprit critique, parfois dur, mais dont l’objectif est de souffler sur les scories pour garder l’essentiel. L’épreuve de l’Eau : voilà l’apaisement, et le texte paraît plus fluide. On pense avoir trouvé le mot juste plutôt que le mot beau — les deux ne sont pas incompatibles. Enfin l’épreuve du Feu : elle détruit, mais c’est pour mieux renaître. Elle éclaire et consume. C’est le regard de l’autre sur soi. C’est le regard du frère qui accueille l’initié ou écoute son premier morceau d’architecture. Ce que je vis maintenant, sous vos yeux.

Jane Ross

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Le Testament Philosophique

Publié le 30 Septembre 2026 par T.D

Comme vous le savez, le temps est un concept purement humain, et par là tout relatif. Hier donc, on me fit pénétrer dans un réduit noir, éclairé s'une seule lumière flageolante, parce que je prétendais être digne de devenir M\. Aujourd'hui, on me re-pose les mêmes trois questions qui ont été mon premier contact avec ce que je savais pas encore être un Ordre -au sens chevaleresque du terme-, et auxquelles j'ai alors répondu de façon purement spontanée, ne serait-ce que parce, avant même d'être ni nu ni vêtu, il me fallait mettre à nu mon intimité. Et quelle question plus intime dans notre monde actuel que celle de sa foi ? Depuis, j'ai au moins appris au contact de mes FF à me débarrasser de ces fausses pudeurs : Tout ce que je dirai ce soir est personnel, subjectif, non livresque, même si ma gestation depuis ces premiers temps m'a amené à relire, mais d'un autre oeil, des textes sacrés depuis longtemps délaissés.
Rappelons ces 3 questions que nous avons tous méditées dans les mêmes conditions:
1) Quelle est votre croyance sur l'existence d'un Dieu créateur et principe unique de toute chose; sur la Providence et sur l'immortalité de l'âme humaine; et que pensez vous de la religion chrétienne?
2) Quelle idée vous êtes vous formée de la vertu considérée dans ses rapports avec Dieu et avec la religion, avec vous même et avec vos semblables?
3) Quelle est votre opinion sur les vrais besoins des hommes, et en quoi croyez vous que vous puissiez leur être le plus utile? Honnêtement, je n'ai aucune souvenance de mes 1ères réponses, faites dans l'émotion de l'instant. J'avais à l'époque la foi dite du charbonnier, héritée de mes parents, aveugle et sans question...
J'ai, depuis, et au travers de mon cheminement d'éternel apprenti, entrepris une démarche dont je ne sais où elle me mènera, mais dont j'ai l'intuition profonde qu'elle vise essentiellement à me faire recouvrer une dimension spirituelle oubliée sous le poids du monde profane.
A défaut de réponse définitive, cette lente maturation m'amène à des questions, et d'abord celle-ci: répondrais-je aujourd'hui de la même façon à ces 3 questions de la chambre de préparation?
J'aurais pu m'inspirer de notre Rituel d'Apprenti, qui contient toutes les réponses, mais, je vous l'ai dit, à question personnelle, réponse personnelle...Aussi me permettrez vous, V\M\, une première audace: ces 3 questions se résument pour moi en une seule -tout comme Dieu est unique dans la Trinité- tant je suis désormais convaincu qu'il ne peut y avoir de vraie foi sans vraie vertu et sans conscience active de la vraie nature de l'homme, donc de ses vrais besoins.
La réponse revient donc à une quête de la Vérité, et c'est peut-être là que se situe l'essence de la voie initiatique. Comme le résume si bien l'Article 1 de notre règle: "La F\M\ est une fraternité initiatique, qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, G.A.D.L.U., et en Sa volonté révélée". Dès lors, tout s'enchaîne: la présence du Livre de la Loi sur l'autel du V\M\, que, nous dit notre catéchisme, "tout F\M\ doit méditer", et sur laquelle se fondent l'équerre, le compas et le pouvoir du V\M\, symbolisé par son épée posée; l'engagement du nouvel apprenti sur ce même Livre, qui matérialise, en tant que fidèle de la Tradition, son adhésion aux règles qu'Il prescrit; mais, plus encore, son adhésion aux enseignements, mythes, voire mots, qui, dans le Livre, superposent à l'usage fondamentalement religieux, un usage maçonnique qui, peut-être, le dépasse, sans pour autant le transcender. Le serment maçonnique est donc conscience de la religion exotérique, mais aussi pénétration ésotérique des significations du Livre.
Dans notre R.E.R., l'ouverture -l'"introït" - se fait au 1er verset de l'Evangile de St Jean, "patron" de l'église intérieure, qui, dès sa première parole, révolutionne la Genèse hébraïque et ouvre le cherchant sur l'Univers. Dès lors, nul étonnement devant l'ancienneté du serment sur St Jean, depuis les premiers temps du Christianisme tels que rapportés par St Augustin, en passant par le serment des empereurs germaniques ou par les alchimistes, pour qui, dès la "Légende dorée" du XIIIème siècle, "Jean a changé en or les branches d'arbres des forêts", l'or de ce Grand Oeuvre étant, bien entendu, d'ordre spirituel.
Mais si, on le sait, notre rituel est, de par ses origines, d'essence catholique; certains régimes adjoignent à la Bible d'autres volumes de la Sainte Loi, lorsqu'il y a en Loge des F.F. de confessions différentes, comme pour souligner, s'il en était besoin, la vertu maçonnique de tolérance dans la reconnaissance de toutes les traditions et de leur unité transcendante, pourvu qu'il n'y ait ni agnosticisme, ni indifférence. Seule en effet la compréhension de l' unité transcendante permet de concilier le respect des formes et des voies, l'acceptation de leurs différences et leur dépassement dans la non-dualité, donc la prétention, justifiée, de notre Ordre à l'universalité (sens étymologiques, d'ailleurs, de "catholique").
Dans la même voie des rappels historiques signifiants, la G\L\ des Anciens d'Angleterre, dont on connaît la rigueur chrétienne, notamment dans l'observance des fêtes de St Jean, ouvrait pourtant ses travaux à la 2ème épître de Pierre, que je résume: "Que la grâce soit multipliée par la connaissance de Dieu et de Jésus! Par elle nous possédons les plus grandes promesses, afin que vous deveniez participants de la nature divine. Faites donc tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, et à l'amour la charité". Outre un fascinant énoncé des vertus cardinales -ou maçonniques-, on y trouve une véritable promesse initiatique: participer à la nature divine, plus forte encore dans le texte original latin, où le mot "consortes" implique une véritable fusion. Comme le dit encore St Jean (10,34): "Vous êtes des dieux", ou St Anathase d'Alexandrie au IVème siècle:"Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne Dieu"...
Ainsi inspirés, nos "Pères fondateurs" ( Saint-Martin, Willermoz, Turckheim...) fixeront, dans la Règle des Loges Réunies et Rectifiées entérinée à Wilhemsbad, comme but à l'initiation maçonnique de recouvrer "la ressemblance divine" pour pénétrer "dans les régions supérieures qui sont l'héritage et la vraie patrie" du Maçon, afin "d'être réuni à jamais" à Dieu. C'est ce que la doctrine patristique nomme la "déification", qui est au cœur de la mystique orthodoxe; mais à l'usage religieux, la voie initiatique joint, pour atteindre ce but ultime, une pratique qui le dépasse, je l'ai déjà dit, sans le contredire.
Parmi les vertus qui sont -ou devraient être- partie intégrante de ce processus, il en est certaines qui dépassent aussi le cadre strictement religieux :
Ainsi du silence, prescrit non seulement aux apprentis, mais par le V\M\,"au nom de l'Ordre, à tous les ouvriers", comme condition de l'attention, au travail d'abord, mais aussi et surtout à la découverte progressive de Dieu en nous, dont, après le prophète Isaïe, après St Luc (17,21), pour qui il "est la condition de la découverte du royaume de Dieu", puis bien d'autres, les Trappistes ont fait leur règle...Cet "Ordre des Cisterciens Réformés de la Stricte Observance" va jusqu'à ne s'autoriser qu'une parole, mais quotidienne: "Frère, nous devons mourir". Car notre statut de mortel est la condition, la promesse ultime, de renaissance en Dieu, de rencontre avec notre âme immortelle; condition qui semble être le propre de tout rituel initiatique, rappel de toute étape sur la voie, comme le symbolise déjà notre propre rituel de réception, dès l'accès à la chambre de préparation.
Ainsi de l'Amour, qui situe l'homme-Dieu auprès du Christ, "intercesseur", comme le dit Martinez de Pasqually dans un titre qui en dit long ("Tableau Naturel des Rapports qui existent en Dieu, l'Homme et l'Univers", 1782), dans la réintégration de l'homme en son état originel d'"image immortelle de Dieu", mais qui le situe aussi auprès de ses semblables, dimension qu'apportent Willermoz et Turckheim, en assignant comme but actif à l'Ordre au Convent des Gaules (1778), à partir de l'égregor de forces individuelles qui le composent, de "former un dépôt de lumières et de bienfaits": les "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte" dispensent leurs lumières par la connaissance de soi, premier "bienfait", qui mène à la "contemplation auguste de la Vérité", et par la pratique de la charité, dans tous ses sens, matériels et spirituels. Comme le disait encore Willermoz à Wilhemsbad, "la 1ère classe a pour unique but l'étude et la pratique des vertus morales, sociales, religieuses et patriotiques, et d'une bienfaisance active qui la rende utile à l'Ordre et à l'humanité". Là encore, le fondement de la vertu se trouve dans les Saintes Ecritures: rapportée par St Luc (10,25-37), la parabole du bon Samaritain en est l'exemple type. A la parole de Jésus "Tu aimeras ton prochain comme toi même" répond la question "Qui est mon prochain?". La réponse de Jésus est, dans le contexte quasiment tribal de l'époque, scandaleuse, et pourtant imparable: c'est le Samaritain, ethnie honnie des Juifs pieux, mais "qui a fait preuve de bonté". Pour nous, Maçons, dont la fraternité a pour dimension l'universalité, le message est bien celui de l'amour, qui abat les frontières entre les hommes, pourvu qu'il s'identifie à l'amour de Dieu. Et si, dans le texte sacré original, aimer et connaître sont un seul et même verbe, travailler à la gloire du G.A.D.L.U., c'est à la fois le connaître, se connaître soi-même, l'aimer, et aimer son prochain comme soi-même. J'allais presque dire: et la boucle est bouclée...
Pour revenir à mon propos initial, c'est ainsi que je répondrais aujourd'hui, V\M\, à la question - que je pense avoir été scindée en trois pour des raisons symboliques - posée au candidat maçon dans la chambre de préparation, autre appellation symbolique puisque d'origine hermétiste, voire alchimique. C'est par cette méditation forcée que commence notre "grand oeuvre", quête longue et difficile, tout comme celle du Saint Graal ou plus encore, de la Jérusalem céleste chère à notre tradition chevaleresque et johannique. La réponse à cette question de Dieu, de Dieu fait homme, de Dieu en l'homme, indissociable de la vertu, est plus qu'un besoin: c'est la quête même du sens de notre existence, notre raison d'être en Maçonnerie, tant il est vrai que chercher Dieu, au travers du concept universel de G.A.D.L.U., c'est trouver l'homme.
Merci, V\M\, de m'avoir donné les outils de cherchant, désormais persévérant, avec un infime rayon de lumière. Vous avez ainsi répondu vous-même à la 3ème question.

J'ai dit, V\M\

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Publié le 29 Septembre 2026 par T.D

 

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Le testament philosophique : que faut-il écrire ?

Publié le 29 Septembre 2026 par T.D

Dans le cabinet de réflexion, on vous demandera d'écrire quelques lignes sur ce que vous croyez devoir à vous-même, aux autres, au monde, et sur ce qui vous amène. C'est le testament philosophique. Il n'y a pas de bonne réponse : seulement une réponse sincère. Voici ce que j'aurais aimé qu'on me dise avant.

En bref

  • Le testament philosophique est un court texte écrit seul, dans le cabinet de réflexion, juste avant l’initiation.
  • Les questions varient selon les rites, mais portent toujours sur vos devoirs et sur le sens de votre démarche.
  • Écrivez court, écrivez vrai, et osez « je ne sais pas ».
  • Évitez les modèles trouvés en ligne, le sermon et la dissertation.
  • Le texte est lu devant la loge ; ensuite, selon les usages, il est conservé, rendu ou brûlé.

Si vous lisez ceci, c’est peut-être que votre initiation approche, et que ce mot vous trouble : testament. On vous a prévenu qu’il faudrait écrire, seul, dans une petite pièce sombre. Vous cherchez ce qu’il faut mettre. J’ai cherché aussi, à l’époque. Voici ce que j’aurais aimé lire.

Qu’est-ce que le testament philosophique ?

C’est un texte de quelques lignes, parfois d’une page, que le candidat à l’initiation écrit dans le cabinet de reflexion juste avant d’entrer en loge. On l’appelle testament parce que l’initiation raconte une mort et une naissance : celui qui écrit va quitter, symboliquement, sa vie d’avant. Il laisse donc ses dernières volontés. Pas sur ses biens, sur ses idées.

Le mot fait peur. Il ne devrait pas. Personne ne vous demande de résumer votre vie.

Quelles questions vous posera-t-on ?

Elles changent d’un rite à l’autre, et parfois d’une loge à l’autre. Les formulations publiées dans les ouvrages et la presse maçonnique tournent autour de quelques thèmes :

  • ce que l’on doit à soi-même ;
  • ce que l’on doit à ses semblables, à sa famille, à la cité, à l’humanité ;
  • ce que l’on doit à son pays ;
  • dans certains rites, ce que l’on pense de Dieu ou de l’immortalité de l’âme ;
  • souvent, pourquoi l’on veut entrer en franc-maçonnerie, et ce que l’on voudrait laisser derrière soi.

Vous découvrirez les vôtres sur la feuille. Inutile de les deviner, et inutile de préparer vos réponses : ce n’est pas un examen.

Des livres, des feuillets écrits à la main, un crâne et un sablier : bien avant les loges, les peintres de vanités mettaient déjà l’écriture face au temps. Evert Collier, Vanité, nature morte aux livres, manuscrits et crâne, 1663, Musée national de l’art occidental, Tokyo (domaine public).

Que faut-il écrire ?

Ce que vous pensez, ce soir-là. Trois conseils, pas davantage.

Faites court. Quelques phrases par question suffisent. Le temps est compté, un sablier est posé sur la table pour vous le rappeler, et un texte bref et juste pèse plus qu’un long.

Dites vrai. Si vous doutez, écrivez que vous doutez. Si une question vous laisse sans réponse, dites-le. « Je ne sais pas encore » est une réponse honnête, et c’est peut-être la plus maçonnique de toutes : on n’entre pas en loge parce qu’on a trouvé, mais parce qu’on cherche.

Ne cherchez pas l’effet. Personne ne notera votre style. La loge qui vous écoutera ne cherche pas un orateur, elle cherche à savoir qui entre.

Pour ma part, j’avais redouté la feuille blanche. Elle ne l’est pas restée longtemps. J’ai écrit presque d’un trait, avec le sentiment étrange d’être inspiré, presque content de moi. Et l’on est venu me chercher à l’instant précis où je posais le stylo. Je raconte ce moment seul dans le cabinet de reflexion Avec le recul, je crois que ce qui venait si facilement, c’était moins une pensée qu’un état : celui de quelqu’un qui accepte enfin de se poser des questions.

Ce qu’il vaut mieux éviter

Les modèles. On trouve en ligne des testaments « types », parfois vendus. Ne les apprenez pas. D’abord parce que vous écrirez sur place, sans vos notes. Ensuite parce qu’un texte emprunté s’entend : la loge a écouté beaucoup de testaments, elle reconnaît très bien celui qui récite.

Le sermon. Ce n’est pas le lieu de défendre une cause ou d’annoncer un programme. On vous demande ce que vous croyez devoir, pas ce que les autres devraient faire.

La dissertation. Pas d’introduction, pas de plan en trois parties, pas de citations pour faire savant. Vous n’avez rien à prouver.

La peur de mal faire. On ne rate pas un testament philosophique. Le seul texte raté serait un texte faux.

Que devient le testament ?

Il est lu devant la loge pendant la cérémonie. C’est un moment singulier : vos mots, dits par une autre voix, devant des gens que vous ne voyez pas encore.

Ensuite, les usages varient. Selon les rites et les loges, le testament est conservé, rendu au nouvel initié, ou brûlé, ses cendres lui étant parfois remises en souvenir. Qu’on puisse le relire ou non, on n’oublie guère ce qu’on y a mis.

Je ne suis plus tout à fait d’accord avec ce que j’affirmais ce soir-là. C’est plutôt bon signe. Si la franc-maçonnerie m’a appris quelque chose, c’est qu’on peut trancher une question et accepter, plus tard, de la trancher autrement.

Et vous ?

Si l’on vous tendait la feuille ce soir, que vous resterait-il à dire ? Qu’est-ce que vous croyez devoir, et à qui ? Et de toutes vos certitudes, lesquelles accepteriez-vous de voir brûler ?

 

 

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T comme Testament (philosophique) en Franc-maçonnerie

Publié le 29 Septembre 2026 par T.D

Par la Rédaction

Le testament philosophique est, en Franc-maçonnerie, un écrit personnel rédigé par le candidat à l’initiation, généralement dans le cabinet de réflexion. Il prend la forme d’une déclaration morale et philosophique dans laquelle le profane consigne ses dernières volontés symboliques avant de « mourir » à la vie profane.

Cet acte, profondément introspectif, constitue une étape marquante du processus initiatique. Il engage le candidat dans une réflexion sur lui-même, sur ses valeurs et sur le sens qu’il souhaite donner à son existence.

Contexte initiatique

Le testament philosophique s’inscrit dans le cadre du passage du monde profane à l’univers de la Franc-maçonnerie. Il est rédigé dans le cabinet de réflexion (lieu clos, sombre et chargé de symboles), qui favorise l’isolement et la méditation.

Ce moment est souvent vécu comme une confrontation avec soi-même. Le candidat, placé face à des symboles évoquant la mort et le temps (crâne, sablier, maximes), est invité à se détacher de ses certitudes et à interroger le sens de sa vie.

Le testament devient ainsi une préparation à la transformation initiatique.

Nature du texte

Le testament philosophique n’est pas un document juridique, mais un texte symbolique. Il ne concerne pas des biens matériels, mais des valeurs, des intentions et des engagements.

Le candidat peut y exprimer ses convictions, ses doutes, ses aspirations et ses regrets. Il peut également y formuler des principes qu’il souhaite suivre ou transmettre.

Ce texte est libre dans sa forme et dans son contenu. Il reflète la singularité de celui qui l’écrit, tout en s’inscrivant dans une démarche universelle de questionnement.

Le testament philosophique est étroitement lié à l’idée de mort symbolique. En rédigeant ses « dernières volontés », le candidat accepte de laisser derrière lui son ancienne identité.

Cette mort n’est pas une disparition, mais une transformation. Elle marque la fin d’un état et l’ouverture vers une nouvelle compréhension de soi et du monde.

Le testament devient ainsi un acte de renoncement et de passage. Il prépare le candidat à renaître sous une forme nouvelle, enrichie par l’initiation.

Fonction introspective

L’écriture du testament philosophique est un exercice d’introspection profonde. Elle oblige le candidat à se poser des questions essentielles : qui suis-je ? que veux-je devenir ? quels sont mes principes ?

Ce travail d’écriture favorise une prise de conscience. Il met en lumière les contradictions, les aspirations et les zones d’ombre.

Le testament agit comme un miroir intérieur, révélant des aspects souvent ignorés ou négligés.

Dimension éthique

Le testament philosophique possède une forte dimension éthique. Il invite le candidat à réfléchir à ses valeurs et à sa responsabilité.

En formulant ses « dernières volontés », il s’engage symboliquement envers lui-même. Il définit des repères qui pourront guider son cheminement futur.

Cette démarche s’inscrit dans l’idéal maçonnique de perfectionnement moral.

Rapport au temps

Le testament philosophique introduit une réflexion sur le temps. Il place le candidat dans une situation où il doit envisager la finitude de son existence.

Cette projection vers la fin permet de donner un sens au présent. Elle invite à hiérarchiser les priorités et à distinguer l’essentiel de l’accessoire.

Le temps devient ainsi un élément structurant de la réflexion.

Secret et transmission

Le testament philosophique est généralement un texte personnel, qui peut être conservé ou détruit selon les pratiques des loges. Il n’est pas nécessairement destiné à être partagé.

Cependant, il possède une dimension de transmission symbolique. Même s’il reste secret, il participe à une tradition initiatique, transmise de génération en génération.

Il s’inscrit dans une chaîne de réflexion et de transformation.

Prolongements initiatiques

Le testament philosophique ne s’arrête pas à l’instant de son écriture. Il peut accompagner le Franc-maçon tout au long de son parcours.

Les idées, les engagements et les questionnements qu’il contient peuvent être revisités, approfondis et transformés avec le temps.

Il devient ainsi un point de référence, un jalon dans le cheminement initiatique.

Portée symbolique

Le testament philosophique incarne l’un des moments les plus intimes et les plus forts de l’entrée en Franc-maçonnerie. Il marque le passage d’un état à un autre, dans une démarche consciente et volontaire.

Il rappelle que l’initiation commence par une remise en question de soi, une capacité à se dépouiller pour mieux se reconstruire.

Ainsi, le testament philosophique apparaît comme un acte fondateur, à la fois personnel et universel, au cœur de l’expérience initiatique des Francs-maçons.

450fm

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Publié le 28 Septembre 2026 par T.D

 

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