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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Les quatre phases de la religion mazdéenne

Publié le 15 Septembre 2026 par T.D

Résumé des conférences du Collège de France (2007-2008)

Albert de Jong

le mazdéisme (connu aussi comme zoroastrisme ou religion de Zarathoustra) est l’une des plus anciennes religions du monde. Ses origines historiques et géographiques sont fortement contestées. L’historicité de son fondateur, Zarathoustra, a été mise en doute, ainsi que l’interprétation traditionnelle des textes fondateurs de la religion, l’Avesta. L’antiquité de la religion l’a assurée d’une place importante parmi les historiens qui s’occupent des religions du monde ancien. Ceci n’est pas le cas pour l’histoire non-impériale du mazdéisme, qui commence avec les conquêtes arabes de l’Iran et l’islamisation du monde iranien. Le fait que les communautés mazdéennes n’occupaient qu’une place marginale dans la société iranienne islamisée (et dans la société indienne pour les parsis) jusqu’à leur « redécouverte » par les voyageurs européens et leur émancipation dans le xixe (pour les parsis) et xxe (pour les communautés de l’Iran) siècle, a permis aux historiens de les voir comme un « reste » d’un passé plus grand, de les oublier ou les ignorer.

Ainsi, presque la moitié de l’histoire du mazdéisme a été laissée à quelques spécialistes ou n’est pas du tout étudiée. La religion est connue substantiellement comme elle était dans la période sassanide tardive et les premiers siècles de l’Islam. Cet image de la religion a été employé tant pour l’interprétation des expressions religieuses antérieures (surtout des achéménides et parthes), que pour mesurer les développements postérieurs. Ceci a produit une image stationnaire de toute la religion.

Dans les décennies passées, l’histoire générale (des origines jusqu’au présent) du mazdéisme a néanmoins été écrite deux fois, par Mary Boyce et par Michael Stausberg. La première en a apporté toutes ses puissances historiques et philologiques, mais sa thèse d’une grande continuité historique produite par les enseignements du prophète Zarathoustra a provoqué beaucoup d’objections. Le deuxième s’est largement limité à une approche descriptive. Nous nous trouvons encore face à la question posée il y a presque cinquante ans par Marijan Molé : une histoire du mazdéisme est-elle possible ?

Dans ces quatre leçons, une réponse à Molé sera formulée : une histoire du mazdéisme est seulement possible quand on y reconnaît quatre phases distinctes et s’efforce à penser quels ont pu être les liens entre ces phases. Première place doit être donné aux considérations sociologiques et au projet de repenser l’importance et l’emploi des textes dits sacrés, qui ont été au centre de l’intérêt savant occidental.

Première leçon : La formation de l’identité mazdéenne

La première leçon sert comme introduction méthodologique à l’histoire proprement dite, qui ne commence qu’avec les achéménides. Avec le rejet de l’historicité de Zarathoustra par quelques savants modernes vient aussi le rejet de la notion d’une « conversion » des iraniens au mazdéisme. Il est important de séparer l’un de l’autre, car l’existence de l’Avesta établit qu’une conversion a effectivement eu lieu. L’historicité de Zarathoustra n’est pas exclusivement une question de foi, mais aussi une question de méthode. Pour étudier la formation de l’identité mazdéenne, la question la plus importante est de savoir comment expliquer les « nouveautés » de la religion mazdéenne, une autre question est de méthode. Il est évident que les règles doivent être établies de nouveau. Ceci n’est possible que quand on donne des définitions acceptables de toutes ces catégories qui jouent un rôle du premier plan : prophète, prêtre, conversion et la notion des « limites » d’une tradition religieuse. Toute approche historique est une approche comparative et il faut aussi nous unir sur les règles de la comparaison.

Deuxième leçon : Le mazdéisme religion impériale

Le mazdéisme commence dans une société sans rois et il survit dans une société sans roi (mazdéen). Entre les deux se trouve la longue période du mazdéisme impérial, qui commence avec Darius et s’éteint avec le dernier roi sassanide, Yazdegerd III. Entre le vie siècle avant notre ère et le viie siècle de notre ère, on distingue quatre dynasties : les Achéménides, (Alexandre et) les Séleucides, les Arsacides (Parthes) et les Sassanides. Les Séleucides, d’origine macédonienne, n’étaient pas des mazdéens, mais le mazdéisme des Achéménides, des Arsacides et même des Sassanides, a aussi été mis en doute. Ceci n’est possible que quand on les approche avec une définition stricte de la religion, qui est toujours fondée sur une combinaison de l’information fournie par l’Avesta avec les données des livres pehlevis. Cette combinaison ignore le rôle que les rois eux-mêmes ont joué dans le développement de la religion. Ainsi, le rapport de forces royales et religieuses a été fatalement renversé : les activités royales sont jugées comme si elles étaient déterminées par la religion, tandis qu’on doit (aussi) reconstruire comment les rois ont exercé leur pouvoir dans le domaine religieux.

Troisième leçon : le quiétisme mazdéen

Les conquêtes arabes de l’empire Sassanide ont, d’un seul coup, dérobé tout pouvoir profane aux mazdéens de l’Iran. Le succès de ces conquêtes est vu dans la tradition (et l’historiographie) musulmane comme une des preuves de la supériorité de l’Islam. Pour les mazdéens, elles étaient une catastrophe. Les historiens modernes ont largement suivi un modèle historique qui est dominé par notre connaissance des événements ultérieurs : le retrait des mazdéens de l’Iran dans les déserts du centre du pays, avec l’émigration de la communauté de Khorasan à l’Inde (les Parsis). Ce modèle dénie le fait que dans les premiers siècles de l’Hégire, les mazdéens de l’Iran ont participé à et bénéficié de la vie culturelle du nouvel empire Abbaside. Le retrait des mazdéens, et le quiétisme mazdéen, ne s’est produit qu’après les raides des Saljûq et des Mongols. Après le xiiie siècle, les mazdéens — définis comme une minorité religieuse tolérée — continuent à démontrer leur participation à la culture iranienne, mais le transfert aux régions marginales est accompagné par une « émigration interne ». Dès le xve siècle, les communautés de l’Iran et d’Inde échangent des lettres et traités religieux. Ceci a souvent été présenté comme indicatif du fait que la communauté iranienne avait une position d’autorité spirituelle sur la communauté indienne. Le fait que les sources pour l’histoire des Parsis n’ont que très partiellement été publiées et encore moins étudiées rend toute tentative d’interprétation provisoire, mais du côté des Parsis on trouve aussi des fortes indications de participation à la société Indienne.

Quatrième leçon : L’émancipation des mazdéens

Les destins des communautés indiennes et iraniennes suivent des cours distincts : pour les Parsis, le xixe siècle est le temps de l’émancipation et de la richesse. Pour les mazdéens de l’Iran, le xixe siècle est un temps de répression et de perte. C’est ainsi que les parsis se sont occupés d’améliorer la situation des mazdéens de l’Iran. Le haut-point de cette tentative est l’abolition du jizya, suivi par l’organisation de l’éducation. On a souvent vu dans ce développement les germes de la réforme qui a pris place dans le xxe siècle. Dans le xxe siècle et encore plus dans les temps modernes, les communautés mazdéennes du monde se trouvent confrontés avec de multiples difficultés sociales et religieuses. La question de l’influence des études occidentales de la religion mazdéenne doit y être apportée.

En conclusion, les grandes lignes d’une histoire trimillénaire ont été revisitées.

 

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Zoroastrisme : cette ancienne religion a encore de fervents adeptes

Publié le 15 Septembre 2026 par T.D

Religion ancestrale née en Asie centrale, le zoroastrisme s’efforce d’entretenir la flamme de la foi.

De Kristin Romey

En Ouzbékistan, des citadelles antiques renferment les ruines d’un temple du feu bâti par les zoroastriens, pour qui cet élément est sacré.

Un matin de décembre 2023, Aaria Boomla quitte son lit dans une maison d'hôte de la petite ville côtière d'Udvada, en Inde. 

La fillette s’habille, se brosse les dents et récite tout bas les versets qu’elle apprend depuis des mois. Aînée de deux enfants, elle est, à 7 ans, sur le point de devenir adepte, comme le reste de sa famille, de l’une des plus anciennes religions du monde. 

Le soleil se lève dans une atmosphère chaude et brumeuse quand Aaria, ses proches et des amis gagnent à pied le temple de l’Atash Bahram d’Udvada, un grand bâtiment en pierre blanche et en bois, ceint de hauts murs. Devant l’entrée principale, flanquée de deux immenses taureaux ailés à tête d’homme, un gardien veille à ce que seules les personnes répondant aux exigences de pureté rituelle puissent entrer dans l’enceinte de ce « temple du feu» –l’un des lieux les plus sacrés d’Inde.

La tradition veut que les ancêtres zoroastriens d’Aaria soient arrivés sur le littoral du Gujarat il y a 1 300 ans pour échapper aux persécutions religieuses de musulmans arabes qui envahissaient la Perse. Ici, au bord de la mer d’Arabie, ils ont fait renaître les principes et les rites de leur religion, dont un feu provenant de seize flammes aux origines aussi variées qu’une forge et un éclair. Ce feu brûle sans discontinuer depuis, consciencieusement entretenu par des prêtres voilés de blanc appelés mobeds. Aujourd’hui, il ne brûle plus que pour un nombre sans cesse déclinant de croyants.

Le mobed (prêtre) Farzin Yezishne procède à une bénédiction à Karachi, au Pakistan. Son voile préserve la pureté du feu.

À l’intérieur du temple, Aaria se baigne dans de l’eau sacrée, boit trois gorgées d’urine de taureau purifiée, enfile des vêtements blancs, puis rejoint les mobeds. Ils sont rassemblés autour du feu, qui brûle dans un vase d’argent. 

Des prières s’élèvent dans une langue qui n’est plus parlée au quotidien depuis 3500 ans, mais dans laquelle Aaria récite: « Je confesse vénérer le créateur Ahura Mazda, être une disciple de la religion révélée par le prophète Zarathoustra. » 

La fillette et sa famille font partie d’une petite communauté de plus en plus réduite, celle des zoroastriens orthodoxes, qui vivent là où la religion est apparue et s’est développée. Il reste moins de 100000 disciples dans l’ancien Empire perse et ses alentours, aujourd’hui l’Iran, l’Inde et le Pakistan. Mais, depuis un siècle, le zoroastrisme a voyagé loin de son berceau, jusque dans des villes comme Los Angeles, Mexico et Stockholm: de nouvelles communautés progressistes s’y sont formées, pour qui toute personne suivant les préceptes de l’ancien prophète Zarathoustra peut être considérée comme zoroastrienne. 

Le Zoroastrisme repose sur quelques grands principes – le bien et le mal, la résurrection et l’au-delà. Il s’articule autour de trois piliers : Humata, Hukhta, Hvarshta –« bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions ». 

Selon la légende, Zarathoustra (Zoroastre, en grec) était un prêtre désenchanté d’une religion polythéiste qui, après s’être immergé dans un cours d’eau, aurait reçu une révélation d’Ahura Mazda, l’Être suprême. Nul ne sait réellement où ni quand Zarathoustra aurait vécu. En s’appuyant sur l’Avesta, texte sacré zoroastrien, de nombreux chercheurs évoquent l’Asie centrale, peut-être les territoires actuels de l’Afghanistan ou du Tadjikistan, entre 1700 et 1000 av. J.-C. Il n’aurait d’abord eu qu’un seul disciple, son cousin. Mais, au vie siècle av. J.-C., le zoroastrisme était devenu indissociable de l’Empire perse des Achéménides, l’une des plus anciennes et plus grandes puissances mondiales. À terme, les préceptes de Zarathoustra allaient atteindre les fastueuses plaques tournantes de la route de la Soie en Chine occidentale, comme de minuscules temples des Balkans. 

La croyance zoroastrienne en un être suprême, ainsi qu’en l’opposition du bien et du mal, a profondément influencé les religions abrahamiques –le judaïsme, le christianisme et l’islam. Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse des Achéménides, a libéré les juifs en captivité à Babylone en 539 av. J.-C. et les a ramenés à Jérusalem, où ils ont reconstruit leur temple. Leur contact avec le zoroastrisme en Babylonie et en Perse a contribué, selon de nombreux universitaires, à consolider certains fondements de la foi juive, notamment l’existence d’un au-delà et du Jugement dernier. Les Grecs anciens, eux, ont remarqué la sagesse des mages zoroastriens, ce qui a inspiré l’épisode des Rois mages dans le Nouveau Testament. Et les chercheurs soulignent les similitudes, chez les zoroastriens et les musulmans, des cinq prières quotidiennes et des ablutions rituelles qui accompagnent chacune d’elles.

À Mumbai, en Inde, des mobeds parsis discutent après le navjote (cérémonie d’initiation) de Shayaan Gazdar, 7 ans. Chez les parsis les plus orthodoxes, seuls les enfants de parents zoroastriens peuvent participer aux rituels religieux.

Le dieu zoroastrien n’est pas une divinité qui sanctionne ou avec laquelle on négocie. Il n’existe pas de péché originel nécessitant un repentir. Il s’agit plutôt d’un dieu indifférent au bien-être des hommes au quotidien. Mais il revient à ces derniers de défendre l’asha (vérité, droiture, ordre) et de combattre la druj (corruption, mensonge, chaos). Après la mort, l’âme –l’urvan – retrouve sa divinité protectrice – la fravashi– et gagne la «Maison des chants» (paradis) ou un purgatoire. Vient enfin l’ultime bataille, qui voit le bien triompher du mal, et les morts ressusciter dans un monde idéal sans guerres, ni famines, ni désirs matériels. 

Les enseignements de Zarathoustra ont, en un sens, fourni un cadre aux religions abrahamiques, explique Jamsheed Choksy, professeur au département d’études sur l’Eurasie centrale à l’université d’Indiana, à Bloomington, aux États-Unis. «Cela commence par la discussion sur le bien et le mal, et sur le rôle des êtres humains, c’est-à-dire le fait qu’on ne se contente pas de traverser la vie. Puis, à l’autre bout, il y a la récompense, selon laquelle justice sera faite; le mal sera vaincu. » 

Pour qui ne pratique pas le zoroastrisme, cette communauté n’est que très peu accessible. Des règles strictes de pureté interdisent aux non-initiés d’entrer dans le temple de l’Atash Bahram d’Udvada, ou dans tout autre temple du feu de la ville.

Le matin de l’initiation d’Aaria, Zarine Bharda arrive en scooter blanc devant un autre temple du feu avec, dans son side-car, une fillette âgée de 7 ans, comme Aaria. Habillée de blanc, elle refuse avec un sourire désolé de serrer ma main moite. « Si je vous serre la main, je devrais à nouveau me laver la tête avant d’entrer dans le temple », explique-t-elle. Ancienne ingénieure issue d’une famille zoroastrienne du Canada, Zarine Bharda est aujourd’hui coach bien-être pour les femmes. Comme elle est mariée à un mobed du temple de l’Atash Bahram, elle doit respecter les obligations les plus strictes en matière de pureté. Ainsi, quand elle a ses règles, elle quitte son domicile pour un appartement en ville, où elle n’utilise pas les mêmes vêtements ni la même vaisselle.

Les zoroastriens d’Inde – les parsis – affirment être les authentiques gardiens de la religion. En République islamique d’Iran, dont le territoire formait jadis le coeur de l’Empire perse, les tenants de ce culte ont été persécutés et contraints de pratiquer un grand nombre de leurs rites dans la clandestinité. À l’âge d’or du zoroastrisme, on comptait des millions de fidèles ; ils ne seraient plus aujourd’hui que 15 000 à 25 000 dans le pays. En Inde, les parsis s’élèvent à environ 50 000, rassemblés principalement autour de Mumbai (Bombay) et dans l’État du Gujarat ; le Pakistan voisin dénombre moins d’un millier d’entre eux. Les pratiquants les plus orthodoxes considèrent que seuls les enfants de parents zoroastriens peuvent être d’authentiques parsis, et ils voient d’un mauvais oeil ceux qui dérogent à l’endogamie. Ces restrictions, associées à une natalité en baisse, ont abouti à un déclin rapide de la communauté parsie.

Ramiyar Karanjia dirige un séminaire parsi dans le quartier verdoyant de Dadar, au coeur de Mumbai, où les fils de mobeds reçoivent, outre des cours de mathématiques et de géographie, un enseignement rigoureux en littérature et rites religieux. Lui-même a été élève de ce pensionnat, il y a cinquante ans : c’est là qu’il a mémorisé les textes sacrés et suivi les strictes cérémonies de purification exigées des futurs mobeds, parmi lesquelles un isolement de vingt-cinq jours dans un temple du feu, où les garçons prépubères avaient interdiction de toucher qui ou quoi que ce soit, et de manger entre le lever et le coucher du soleil.

Les zoroastriens – ici à Karachi, au Pakistan, mais aussi en Inde – exposent leurs défunts aux éléments dans des tours rondes, où ils se décomposent naturellement, sans souiller l’eau, la terre ou le feu. 

Principal texte sacré, l’Avesta contient cinq Gathas composés de dix-sept chapitres, des hymnes révélés par Ahura Mazda à Zarathoustra. Les plus anciens passages sont en vieil avestique, une langue qui aurait été parlée en Asie centrale à l’âge du bronze, il y a environ 3 500 ans. Il inclut aussi le Vendidad, qui est, pour l’essentiel, un précis de lois sociales et ecclésiastiques. Il serait l’un des vingt et un Livres du corpus zoroastrien d’origine. C’est le seul qui nous soit parvenu intact après les pillages de l’Empire perse orchestrés en 330 av. J.-C. par Alexandre le Grand – appelé « Alexandre le Maudit » dans ces régions.

Les communautés zoroastriennes s’en remettent à l’autorité de leur mobed. Dans la tradition parsie, seuls les fils de prêtres peuvent embrasser le sacerdoce. Ramiyar Karanjia explique qu’un mobed ne peut gagner qu’environ 50 000 roupies par an (autour de 550 euros), une somme dérisoire, même dans les régions les plus pauvres d’Inde. La plupart exercent donc un autre métier en plus de cette fonction à temps partiel.

Il n’y a pas si longtemps, un peu moins d’une trentaine d’élèves étaient inscrits au séminaire de Dadar. « Actuellement, ils ne sont que quatorze », regrette le directeur. Le peu de candidats reflète le faible taux de natalité chez les parsis. Les chefs religieux et les chercheurs constatent que ces derniers ont tendance à se marier plus tardivement, si tant est qu’ils se marient, et qu’ils ont moins d’enfants qu’autrefois. Selon les estimations, pour chaque naissance au sein de la communauté parsie, on enregistre quatre décès. Lancée en 2013 avec le soutien de l’État indien, l’initiative Jiyo Parsi promeut la natalité au moyen d’incitations financières, d’un accompagnement, de traitements contre l’infertilité et de publicités. Certains voient avec un humour fataliste l’avenir de leur communauté. « Vous connaissez le film Quatre mariages et un enterrement ?, m’a ainsi demandé un journaliste parsi. Chez nous, c’est “Quatre enterrements et un mariage”. »

Rohinton Nariman, mobed et ancien juge à la Cour suprême de l’Inde, concède que le préjugé contre l’exogamie mènera les parsis à leur perte. « L’Amérique du Nord est le seul endroit aujourd’hui qui accepte les conjoints et les enfants, souligne-t-il. Et je suis certain que le zoroastrisme prospérera là-bas. »

Dans l'entrepôt de trophées de Behnam Abadian, situé dans une zone commerciale à Glendale, en Californie, les statuettes en bronze, en verre et en zinc s’alignent sur les étagères. Elles seront remises à des chefs d’entreprise, des athlètes ou encore des disciples de la scientologie. Behnam Abadian, diplômé en génie civil, a quitté l’Iran le jour de l’invasion du pays par l’Irak, en 1980, et a plus tard épousé « une femme musulmane dans une église catholique à New York », raconte-t-il. Aujourd’hui, il fait partie des administrateurs du Centre zoroastrien de Californie. Et il est aussi très fier de sa dernière oeuvre : une statue de Cyrus le Grand de 3 m de haut.

Je les retrouve lui et son ami Arman Ariane – un styliste né en Iran, qui a émigré à Los Angeles après la prise de pouvoir de l’ayatollah Khomeyni en 1979 – pour déjeuner dans un restaurant persan populaire, près de l’entrepôt. À l’intérieur, des serveurs portant des assiettes de pain plat et de viandes grillées se fraient un chemin entre les tables, au milieu de familles sur leur trente et un. C’est le week-end de Norouz, Nouvel An zoroastrien, devenu aussi le Nouvel An iranien, célébré lors de l’équinoxe de printemps. 

Des invités félicitent le futur époux parsi Zaran Dalal (au centre), lors de son mariage à Mumbai. Le couple est zoroastrien, mais l’exogamie, bien que découragée, est de plus en plus fréquente.

S’il est impossible de savoir jusqu’à quel point Cyrus le Grand respectait les préceptes de Zarathoustra, les disciples actuels du zoroastrisme soulignent fièrement que ce roi perse a veillé à restaurer les lieux de culte de nombreuses religions à l’époque où il régnait sur l’une des premières superpuissances mondiales : dans le fond, il avait créé le premier empire multiconfessionnel.

Les premières communautés zoroastriennes sont apparues en Amérique du Nord dans les années 1950 après l’indépendance de l’Inde et sa partition avec le Pakistan, mais elles ont connu une croissance exponentielle dans les années 1970 et 1980, quand des Iraniens ont fui la révolution islamique de 1979 et la guerre avec l’Irak, mais aussi en raison de la migration économique des zoroastriens d’Asie du Sud. Aujourd’hui, la communauté est stable et ne décline pas face au poids des restrictions ethno-religieuses, constate le professeur Jamsheed Choksy. Les familles sont plus jeunes et les mariages mixtes plus courants. « La dynamique est celle d’une jeune communauté qui entrevoit des perspectives d’avenir », ajoute-t-il.

La Fédération des associations zoroastriennes d’Amérique du Nord (Fezana) a été créée en 1987 et regroupe une vingtaine d’organisations zoroastriennes implantées au Canada et aux États-Unis. Actif dans plusieurs d’entre elles, Arman Ariane est aussi l’un des administrateurs d’un groupe Facebook à l’adresse des convertis. Celui-ci fait partie des nombreuses communautés zoroastriennes qui se développent en ligne, à l’image de la Bozorg Bazgasht Organization (« l’organisation du Grand Retour »), basée en Norvège, dont l’objectif est d’aider à la conversion de zoroastriens dans le monde entier.

Aujourd’hui, plus de 25 000 adeptes de cette religion vivent en Amérique du Nord. Il est difficile d’avoir une estimation plus précise ou de savoir à quel rythme se développe la communauté. Les zoroastriens iraniens ne souhaitent pas toujours être comptabilisés, explique Arzan Sam Wadia, architecte new-yorkais et actuel président de la Fezana : « Ils nous disent : “Voilà mes frais d’adhésion, ne prenez pas mon numéro de téléphone, ne prenez pas mon adresse e-mail.” Ils ont toujours cette peur d’être surveillés par une sorte de Big Brother. » Quant aux zoroastriens récemment arrivés d’Inde, ainsi qu’aux descendants de deuxième et troisième générations, ils évitent parfois de se faire connaître de leurs communautés locales en raison du poids de l’orthodoxie parsie, poursuit Arzan Sam Wadia : « Ils nous disent : “J’ai épousé une hindoue ou un Américain, je ne serai pas admis.” Je leur réponds : “Tout le monde a sa place ici.” Même ceux qui ne pratiquent pas le zoroastrisme peuvent entrer dans notre temple du feu et prier. Nous n’appliquons Nous n’appliquons pas les mêmes normes et règles qu’en Inde. »

Arman Ariane, dont les parents étaient musulmans non pratiquants, se qualifie de zoroastrien par choix. Il se retrouve dans l’importance qu’accorde le zoroastrisme au libre arbitre et à la responsabilité individuelle. 

Aux yeux des disciples progressistes comme lui, le zoroastrisme est ouvert à tous, et dépourvu des restrictions et rituels qui lui ont été imposés par une littérature plus tardive. La foi repose avant tout sur les Gathas, ces hymnes qui reflètent les entretiens entre le prophète Zarathoustra et l’Être suprême, Ahura Mazda, et qui ne sont assortis d’aucun commandement. La prière zoroastrienne consiste surtout en une série de méditations sur ce que chacun devrait faire.

Une image du prophète Zarathoustra est accrochée dans un temple construit autour d’un vieux puits, à Mumbai, en Inde. D’après les universitaires, le zoroastrisme a influencé à la fois le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Aux yeux des disciples progressistes comme lui, le zoroastrisme est ouvert à tous, et dépourvu des restrictions et rituels qui lui ont été imposés par une littérature plus tardive. La foi repose avant tout sur les Gathas, ces hymnes qui reflètent les entretiens entre le prophète Zarathoustra et l’Être suprême, Ahura Mazda, et qui ne sont assortis d’aucun commandement. La prière zoroastrienne consiste surtout en une série de méditations sur ce que chacun devrait faire. 

Malabar Hills est l’un des quartiers les plus chics de Mumbai, mégalopole en pleine croissance dans laquelle 20 millions d’habitants cherchent à se loger dans des immeubles de plus en plus hauts. Mais, au milieu du chaos, les 22 ha de la forêt de Doongerwadi offrent un espace de sérénité, où les parsis se défont de leurs défunts depuis des siècles. « C’est le poumon de Mumbai », affirme Rashneh Pardiwala en désignant les grands figuiers des banians et les manguiers qui nous entourent. Fondatrice en Inde du Centre pour la recherche et l’éducation environnementales (CERE), elle est parsie et a grandi non loin de ces bois, au coeur d’une famille zoroastrienne pratiquante.

Les textes sacrés du zoroastrisme insistent sur les précautions à prendre pour ne pas contaminer l’eau, la terre et le feu. Pendant des millénaires, les zoroastriens y ont veillé en plaçant leurs morts au sommet de montagnes et dans des dakhmas, des « tours du silence », où les corps étaient éliminés par des rapaces charognards. Il y a trois siècles, les parsis ont commencé à construire des tours du silence à Doongerwadi, alors situé en périphérie de la mégalopole de Mumbai. Aujourd’hui, les cinq bâtiments circulaires sont éclipsés par les gratte-ciel.

Les non-adeptes qui assistent à des funérailles à Doongerwadi n’ont accès qu’à deux pavillons en plein air et ne peuvent en aucun cas s’approcher des tours. Même les parsis n’ont pas le droit d’explorer la forêt en dehors des chemins menant aux tours, pour ne pas souiller la pureté des sols. Mais Rashneh Pardiwala a persuadé le comité qui gère le site de la laisser étudier une parcelle de 2 ha. Depuis, elle a fait revivre des pans de forêt en plantant plus de 12 000 arbres de plus de cinquante essences indigènes. Dans la vaste étendue verdoyante de Doongerwadi, dont l’atmosphère feutrée est cernée par l’immensité moderne de Mumbai, on ne peut oublier l’inexorable marche du progrès, dont les conséquences indésirables peuvent transformer jusqu’aux religions les plus anciennes.

Les autours chaugouns, sur lesquels comptaient les zoroastriens pour se défaire de leurs morts, ont depuis longtemps disparu de la forêt, accidentellement empoisonnés par un traitement administré au bétail dans les années 1990. Aujourd’hui, les préposés aux funérailles s’appuient sur des capteurs solaires à concentration, qui permettent à la fois d’accélérer la décomposition et de réduire les plaintes du voisinage. Rashneh Pardiwala et moi prenons place sur les bancs en bois du pavillon centenaire destiné aux non-initiés, rénové récemment à l’initiative de sa famille. « Regardez les vitraux », dit-elle en désignant un panneau coloré qui représente des mobeds priant devant un feu sacré et un chien. Cet animal serait un fidèle compagnon spirituel des zoroastriens, qui aide à guider l’âme humaine entre la vie terrestre et l’au-delà. 

Devant la flamme symbolisant leur foi, Setareh Mandegarian et son fils Kiyan Khadem prient et allument une bougie pour Norouz, au Centre zoroastrien de Californie, à Westminster.

Depuis plus de trois millénaires, les disciples de Zarathoustra apprennent et récitent l’Ashem Vohu, considérée comme une des principales prières du zoroastrisme. Voici une des traductions possibles de ce texte : « La sainteté est le bien suprême, et c’est aussi le bonheur. Bonheur à celui ou celle qui est saint(e) de la Sainteté suprême. »

Le chaos du début du XXIe siècle, alors que s’effondrent les ordres anciens et que la vérité – asha – est de plus en plus difficile à distinguer des mensonges – druj –, rend cette prière réconfortante, à la fois par la simplicité de son message et le défi qu’elle pose. Ce même défi que les zoroastriens cherchent depuis des millénaires à relever, qu’ils soient les chefs spirituels d’un empire, les préposés à l’entretien des feux multiséculaires ou les nouvelles générations, qui tentent de faire évoluer l’univers dans une meilleure direction.

À Doongerwadi, d’énormes corbeaux tournent entre les arbres, emplissant l’atmosphère de leurs croassements insistants. Soudain, deux mobeds voilés de blanc émergent d’un bâtiment voisin, tenant un chien en laisse. Derrière eux, sur une civière en métal, la dépouille d’un parsi mort il y a peu, enveloppé d’un linceul blanc. « Levez-vous ! », me murmure Rashneh Pardiwala. La procession funéraire passe devant nous et se dirige vers une tour du silence, en haut de la colline. D’autres chiens qui paressaient à l’ombre se lèvent et accompagnent le cortège. Puis tous disparaissent dans la forêt et la lumière dorée de l’après-midi. 

 

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Le zoroastrisme (1/2) : doctrine et rites(extrait)

Publié le 15 Septembre 2026 par T.D

Par Simon Fauret

Lorsque l’on évoque l’Iran d’aujourd’hui, c’est bien souvent son rapport à l’islam chiite qui vient à l’esprit. Pourtant, une autre religion, le zoroastrisme, a longtemps dominé la région avant que cette dernière ne soit islamisée au VIIème siècle. Aussi appelée mazdéisme (du nom de son dieu principal, Ahura Mazda, le « Seigneur sage » [1]), elle a profondément marqué la culture de l’Iran, des pays d’Asie centrale, de l’Afghanistan et de l’Inde.

Malgré les découvertes archéologiques, il demeure particulièrement difficile de situer précisément le zoroastrisme dans le temps. Ainsi, la date de naissance de Zarathoustra (aussi appelé Zoroastre par les Grecs), le principal prophète du mazdéisme, oscille entre le VIème et le XVIIème siècle av. [2]. En ce qui concerne le lieu d’apparition de cette religion, il est pour le moment impossible de déterminer une zone plus précise que le territoire entre l’Iran oriental, l’Afghanistan et la mer d’Aral dans l’actuel Ouzbékistan [3]. Enfin, la figure même de Zarathoustra est controversée. Si la tradition mazdéenne le voit comme son fondateur et l’auteur du texte sacré, l’Avesta, les recherches historiques en font plutôt un réformateur [4]. En effet, l’Avesta, probablement rédigé vers le Vème siècle avant J-C d’après des traditions orales vieilles de plusieurs siècles, est un corpus de textes très hétérogène et ne peut être attribué de manière réaliste à un seul auteur [5].

Malgré ces difficultés historiques, les principaux éléments du mazdéisme peuvent encore être présentés, notamment grâce à l’Avesta, aux écrits officiels des différents empires perses de l’Antiquité, et aux communautés zoroastriennes toujours présentes en Iran et en Inde. La première partie de cet article s’attachera donc à exposer la doctrine et les rites du mazdéisme, alors que la deuxième évoquera son rapport au politique ainsi que son actualité.

Le mazdéisme : polythéisme, dualisme ou monothéisme ?

L’essentiel de la doctrine mazdéenne provient de l’Avesta, le texte sacré dont le nom signifierait « éloge [6] ». Etant donné leurs différences, une distinction a été établie entre l’Avesta ancien et l’Avesta récent. L’ancien, d’une cinquantaine de pages, est composé d’une partie en vers (les « Gathas » ou « chants ») et d’une partie en prose (le « Yasna Hapta-hati », « sacrifice en sept chapitres » [7]). Pour les mazdéens, l’Avesta ancien constitue le texte de référence de leur religion.

Ahura Mazda est le dieu dominant du mazdéisme, car il est celui qui a mis fin à la situation chaotique dans laquelle le monde se trouvait. Son acte initial est d’ailleurs un agencement (« Rta »), une organisation de l’univers, développée dans l’Avesta sous la forme métaphorique d’une hutte qui est érigée par le dieu afin d’établir l’ordre. A côté de la hutte Rta, liée à la lumière du jour, se trouve la hutte « Druj », celle de la nuit, du mystère et des menaces. Le mazdéisme se fonde donc notamment sur cette opposition diurne/nocturne qui se traduit par une lutte féroce entre le jour et la nuit [8].

Ahura Mazda est souvent représenté en train de prier devant le feu, élément qui symbolise pour les mazdéens « Asha », le Justice sacrée, et qui est dit être son fils [9]. Le réformateur Zarathoustra a élaboré le mythe fondamental du mazdéisme, celui du choix primordial. A l’origine, Ahura Mazda, véritable Esprit-Saint, a rencontré son jumeau, l’Esprit Mauvais, Angra Mainyu (aussi appelé Ahriman). Le premier a choisi le bien, le deuxième le mal. A son tour, le croyant se retrouve face à cet exemple et est libre de choisir entre le bien et le mal. Cependant, en fonction du choix effectué pendant sa vie, le croyant n’accède pas à la même résidence dans l’au-delà. Aux « méchants » sera réservé une demeure ténébreuse, aux « bons » une Maison d’Accueil paradisiaque. L’affrontement entre Ahura Mazda et son jumeau maléfique dure depuis le début de l’Histoire et s’étend à l’univers tout entier. Néanmoins, Zarathoustra affirme la supériorité de l’Esprit-Saint qui doit, à la fin des temps, vaincre l’Esprit Mauvais et rénover l’univers. Un tel événement ne se produira que lorsqu’un sauveur (« Saoshyant ») apparaîtra [10].

Ainsi, l’opposition jour/nuit du mazdéisme se retrouve dans la lutte perpétuelle entre ces deux divinités. A premier abord, les deux Esprits peuvent donc sembler égaux, et le mazdéisme constituer un dualisme. Cependant, Ahura Mazda est clairement désigné comme le seul dieu prééminent, puisque selon la tradition eschatologique (discours sur la fin du monde) il doit remporter la victoire finale sur son adversaire [11].

D’autres figures divines que ces deux esprits sont pourtant évoquées dans l’Avesta. Ainsi, Spenta Mainyu, « l’esprit bénéfique », est utilisé par Ahura Mazda pour contrer son jumeau maléfique, et les « Amesha Spenta » (« les immortels bénéfiques ») agissent comme ses assistants [12]. Toutefois, ces six Amesha Spenta, hiérarchiquement soumises à Ahura Mazda, sont plutôt désignées comme des entités allégoriques que comme des divinités : l’agencement Rta, la pensée correcte Manah, la soumission mentale Armati, l’emprise Xshathra, la santé Harvatat et l’immortalité Amrtat. Enfin, il existe parallèlement des entités mauvaises, les « daivas », qui sont des émanations de l’esprit Angra Mainyu [13].

Si, avant Zarathoustra, la religion mazdéenne semblait se rapprocher d’un véritable polythéisme, la réforme de Zarathoustra a contribué à transformer les anciennes divinités en entités subalternes des deux esprits jumeaux, et à consacrer la domination d’Ahura Mazda sur son frère [14].

Une religion influente

L’apparition du mazdéisme est liée à l’histoire des peuples indo-iraniens. Au milieu du premier millénaire avant J-C., ces derniers habitaient un large territoire s’étendant sur l’Iran, l’Afghanistan, l’Ouzbékistan et les vallées indiennes du Gange et de l’Indus. S’appuyant sur une tradition culturelle commune, les Indiens et les Iraniens ont assuré parallèlement, via la transmission orale, la conservation de leur corpus de textes sacrés : le Veda pour les premiers, l’Avesta pour les seconds. Les deux corpus sont peu à peu rédigés dans des langues voisines, issues de la famille des langues indo-européennes : le Veda en sanskrit, l’Avesta en avestique [15].

Dès lors, nombreux sont les points communs entre le Veda et l’Avesta. Certaines divinités indiennes ont ainsi leurs équivalents iraniens (par exemple, Manah, la pensée correcte, correspond à Mitra, Xshathra correspond à Indra, patron de la caste indienne des Kshatriya, etc.), la liqueur indienne Soma fait écho à la boisson sacrificielle mazdéenne Haoma, et les trois premières classes sociales ou castes se correspondent (prêtres, guerriers, éleveurs) [16]. Bien évidemment, les deux livres sacrés ne sont pas exempts de différences. Tout d’abord, l’Avesta est de dimension beaucoup plus modeste et représente l’équivalent d’un livre de poche de deux cent pages, alors que le Veda est une bibliothèque à lui seul [17]. Ensuite la transformation de la mythologie de chaque religion est allée de pair avec celle des deux sociétés (par exemple, « deva » désigne un dieu en sanskrit alors qu’il désigne un démon en avestique) [18]. Les deux religions ont donc évolué côte à côte jusqu’à aujourd’hui, et les derniers mazdéens sont d’ailleurs surtout présents en Inde sous le nom de « parsis » [19].

Si l’Avesta et le Veda se sont mutuellement influencés, la doctrine mazdéenne a surtout inspiré la naissance de nouvelles religions : le manichéisme et le mazdakisme. Mani, né au début du IIIème siècle après J-C et formé en Babylonie au sein des elkasaïtes, mouvement syncrétique situé entre judaïsme et christianisme [20], est son fondateur. Se proclamant l’héritier de Zarathoustra, du Bouddha et de Jésus, Mani déclare que chaque être humain est habité à la fois par le bien et le mal. Avant la création de l’univers, le royaume de la lumière et le royaume des ténèbres coexistaient, jusqu’au jour où les ténèbres ont envahi la lumière. L’objectif du manichéisme est donc de rétablir cette dernière. La nouvelle religion ne demeure pas longtemps tolérée par les autorités perses, et Mani, emprisonné, meurt de privations. Désigné comme hérétique par le christianisme qu’il concurrence et, plus tard, par l’islam, le manichéisme parvient toutefois à se maintenir quelques siècles en Chine [21].

A la fin du Vème siècle, un autre mouvement émerge en Perse : le mazdakisme. Probablement fondée par le prêtre zoroastrien Mazdak, cette nouvelle religion cherche à revisiter le manichéisme sous un angle davantage optimiste. Fruit de l’influence croisée du mazdéisme et du manichéisme, le mazdakisme apporte des nouveautés à ces deux religions en insistant sur l’importance cruciale des œuvres sociales pour faire revenir la lumière sur terre, en prêchant l’égalité absolue entre les hommes et les femmes et en appelant à l’abolition des classes sociales. Ce programme social radical, jugé dangereux par l’Empire perse sassanide, se retourne contre le mazdakisme et ses fidèles qui sont alors violemment réprimés par les autorités perses. Malgré la répression, le mazdakisme a survécu et il en existe encore des traces de nos jours en Iran, sur les bords de la mer Caspienne [22].

Les rites zoroastriens

Dans la religion mazdéenne, les rituels revêtent une importance capitale. Le premier acte d’Ahura Mazda, l’agencement du monde, doit être sans cesse glorifié, sans quoi l’Esprit-Saint ne sera plus capable de maintenir l’ordre. Cependant, si les rites sont avant tout une commémoration de l’action du dieu, ils sont aussi une nécessité pour atteindre le paradis. Dès lors, ce qui attend le croyant dans l’au-delà (la Maison d’Accueil d’Ahura Mazda ou la demeure maléfique d’Angra Mainyu) ne dépend pas selon l’Avesta de sa conduite éthique mais de sa capacité à bien suivre les rites, dont les sacrifices. Ahura Mazda rend aux croyants leur générosité en leur accordant notamment la santé et la longévité [23].

En ce qui concerne la pratique religieuse, le mazdéisme est centré autour du feu. Dans chaque temple, un feu doit brûler en permanence. Des offrandes (pain, plantes ou viande) et des récitations tirées de l’Avesta viennent accompagner le culte dirigé par la caste des prêtres [24]. La réforme de Zarathoustra a modifié des éléments du livre sacré en supprimant les sacrifices sanglants, qu’il jugeait trop cruels, ainsi que l’Haoma, une boisson hallucinogène [25].

La particularité du culte zoroastrien provient surtout des rites mortuaires. La terre et le feu étant perçus comme sacrés par les croyants, le cadavre ne doit pas entrer en contact avec eux sous peine de les souiller. Dès lors, les morts ne sont ni enterrés ni incinérés, mais déposés au sommet de « tours du silence » (« dakhma ») où ils sont dévorés par les vautours. Les prêtres viennent alors récupérer les os restant et les jettent dans un puits [26].

S’il est difficile, comme la première partie de l’article l’a souligné, de dater précisément l’apparition du mazdéisme, il est possible d’identifier les principales étapes de son développement. Les rapports qu’ont entretenu les croyants avec les différents régimes perses sont en l’occurrence révélateurs de l’évolution de la place sociale et politique du mazdéisme.

L’Empire achéménide (550-330 av. J-C) et le développement du mazdéisme

En raison du caractère lacunaire des informations sur la religion de l’époque, les auteurs ont longtemps été divisés sur la place à donner au mazdéisme sous l’empire perse achéménide [1]. Compte tenu de l’incertitude sur les dates d’écriture de l’Avesta, Emile Benveniste déclarait dans les années 1920 que les Achéménides ne pouvaient être zoroastriens, puisque le livre sacré leur était sûrement postérieur, et qu’ils professaient donc une autre religion qui leur était spécifique [2]. Cependant, Henrik Nyberg a souligné une décennie plus tard que le calendrier utilisé par les Achéménides utilisait le nom de divinités de l’Avesta et que par conséquent le mazdéisme avait déjà été adopté par les souverains [3]. Les dernières découvertes, notamment à Persépolis, capitale de l’empire, semblent indiquer que la religion dominante de la Perse n’est pas encore le mazdéisme, et que les divinités de ce dernier s’intègrent dans un panthéon très hétéroclite de dieux babyloniens et iraniens [4].

Toutefois, une place privilégiée semble avoir été accordée au mazdéisme par certains dirigeants. Ainsi, l’image d’Ahura Mazda, le dieu principal du mazdéisme, apparaît pour la première fois sous le règne de Darius Ier (522-486 av. J-C.) après une querelle de succession. Lorsque Cambyse, héritier légitime de Cyrus le Grand, fondateur de l’empire achéménide, meurt en 520, plusieurs princes prétendent au trône. Gautama, issu du clan des mages de Médie et disciple d’Ahura Mazda parvient ainsi à y accéder en se prétendant de sang royal. Darius, qui n’avait pourtant lui non plus pas de liens directs avec les précédents souverains, parvient à vaincre Gautama et à le remplacer. Pour commémorer son triomphe, il fait sculpter un relief sur une route menant à Babylone. Darius y est représenté débout, piétinant l’usurpateur Gautama. Ahura-Mazda est présent au-dessus de la scène et est tourné vers le nouveau roi. Une inscription proclame alors en vieux perse, en élamite et en akkadien : « Ainsi parle Darius le roi : Ahura-Mazda m’a accordé cet empire. Ahura-Mazda m’a aidé jusqu’à ce que je m’en rende maître. Par la volonté d’Ahura-Mazda, je tiens cet empire » [5].

Le nouveau roi inscrit donc sa légitimité dans la religion mazdéenne, en se présentant comme le successeur de Zoroastre et en confisquant le pouvoir religieux des mages zoroastriens [6]. Cependant, si le règne de Darius semble consacrer « l’avènement politique » d’Ahura Mazda, le dieu mazdéen n’est pas pour autant le seul Dieu vénéré. Les références à d’autres dieux restent fréquentes et la place du mazdéisme évolue selon les souverains. Ainsi, alors que Xerxès (519-466) réaffirme la prééminence d’Ahura-Mazda, Artaxerxès II (404-358) rétablit le culte des divinités Mithra et Anahita [7].

Les conquêtes d’Alexandre le Grand. La marginalisation du mazdéisme sous les Séleucides et les Arsacides (312 av. J-C.-224 ap. J-C.)

Sous les Achéménides, le mazdéisme n’était donc pas encore prédominant. Mais après la chute de cet empire en 330 av. J.-C. face à Alexandre le Grand, il va être éloigné du pouvoir pendant plusieurs siècles [8]. Les successeurs d’Alexandre, les Séleucides, apportent avec eux la culture et les croyances helléniques, et laissent donc de côté les dieux iraniens. La tolérance religieuse des Séleucides et de la dynastie suivante des Arsacides permet toutefois aux zoroastriens de maintenir leur culte [9].

L’empire sassanide (224-651 ap. J-C). Le mazdéisme érigé en religion d’Etat

Après cinq siècles de marginalisation, le mazdéisme va connaître son apogée avec l’avènement de la dynastie des Sassanides. C’est un mage du nom de Kirdir qui, dans les années 270, entreprend de réorganiser le mazdéisme et d’en faire une religion d’Etat. A l’origine de la construction de près de cinquante temples du feu, les lieux de culte zoroastriens [10], l’œuvre de Kirdir est évoquée sur un monument, la Kaaba de Zoroastre : « Par moi (Kirdir) fut consolidée la religion mazdéenne et les hommes sages devinrent puissants dans l’empire. Les hérétiques et ceux d’entre les mages qui n’observaient pas les règles fixées reçurent de moi des châtiments… » [11].

La montée en puissance du mazdéisme s’est en effet faite au détriment de la tolérance religieuse. Des persécutions violentes et des conversions forcées ciblent les chrétiens, les juifs, les mazdéens ne respectant pas l’orthodoxie sassanide, et surtout les manichéistes puis les mazdakites dont la doctrine est perçue comme une menace politique [12]. Les mages, représentants du clergé mazdéen, ont donc un rôle politique majeur et vont être utilisés par les rois pour asseoir leur pouvoir et éliminer leurs adversaires [13].

Parallèlement, les mages sassanides opèrent une série de réformes du mazdéisme. Ce dernier n’est plus véritablement le quasi-monothéisme que prônait Zarathoustra, car les anciennes divinités Mithra et Anahita sont mises sur un pied d’égalité avec Ahura Mazda, voire le remplacent lors de scènes d’investitures royales. Les sacrifices sanglants proscrits par le prophète sont rétablis, et Ahura Mazda et Angra Mainyu sont désormais évoqués sous les noms d’Ormuzd et d’Ahriman.

De la conquête musulmane au XXème siècle : les mazdéens entre survie et exil

En 642, le calife Omar ibn al-Khattâb écrase l’armée sassanide lors de la bataille Nihavand, et la Perse passe alors sous contrôle musulman. Comme dans les autres territoires conquis par les forces arabes, l’islam n’est pas imposé de force aux populations. Cependant, alors que les « dhimmis » (les « Gens du livre », c’est-à-dire les juifs et les chrétiens) sont officiellement tolérés voire protégés par le pouvoir, les nouveaux dirigeants acceptent mal l’exotisme de la religion mazdéenne et certains temples sont alors détruits [14]. Toutefois, face à son importance (religion majoritaire de la Perse), le statut de « religion du livre » est finalement accordé au zoroastrisme [15].

Ne pas être musulman impliquait de payer la « jizya », une taxe, à l’administration, ainsi que d’avoir des difficultés à accéder à la propriété terrienne. Ainsi, de nombreux zoroastriens préfèrent se convertir à l’islam, et à la fin du Xème siècle, l’islam devient la religion majoritaire de l’Iran [16].

Certains mazdéens réticents à la conversion décident d’émigrer notamment vers l’Inde où ils vont constituer l’actuelle communauté des Parsis, alors que d’autres choisissent de rester en Iran (les « Guèbres », l’origine du terme vient peut-être du mot arabe « infidèle ») [17]. Si la date précise de migration des Parsis reste inconnue (entre le VIIIème et Xème siècle), on sait qu’ils se sont rapidement installés au Gujarat, au nord-ouest de l’Inde, où ils se sont organisés en petites communautés agraires jusqu’à l’arrivée des Britanniques au XVIIIème siècle. Dans l’Inde coloniale, les Parsis voient leur mode de vie transformé. Ils sont nombreux à s’installer à Bombay, à devenir de riches marchands et industriels et à participer à l’essor commercial de cette ville [18].

Les Guèbres, quant à eux, ont tant bien que mal réussi à perpétuer la tradition mazdéenne en Iran jusqu’à nos jours. Vers le Xème siècle, il n’en restait qu’un très petit nombre dans les provinces de Yazd et de Kerman. Au Moyen Âge, ils écrivent des traités théologiques, des encyclopédies de leur religion, et des biographies de Zarathoustra [19].

Les contacts entre Parsis et Guèbres ont été quasi-inexistants jusqu’à ce que les premiers décident d’établir officiellement des relations avec les seconds en 1477. Ainsi, jusqu’au XVIIIème siècle, des correspondances épistolaires, notamment sur des sujets légaux et religieux, se sont développées et ont contribué à entretenir des liens entre les deux communautés zoroastriennes [20].

Le zoroastrisme aujourd’hui

Aujourd’hui, le zoroastrisme est donc divisé en deux principales communautés : les Parsis d’Inde et les Guèbres d’Iran. Bien que les Parsis, habitant principalement Mumbai (Bombay) comptent parmi les communautés les plus occidentalisées et urbanisées d’Inde, leur nombre ne cesse de décliner. Dans les années 1980, ils étaient en effet près de 200 000 [21], contre environ 60 000 en 2014. Les femmes parsies ne peuvent se marier en dehors de la communauté, sous peine d’en être exclues, et le nombre de mariage ne cessent de décliner. Une campagne a été initiée, sous le nom de Jiyo Parsi (« live parsi ») et incite les membres de la communauté à avoir des enfants le plus rapidement possible en évitant les moyens de contraceptions [22].

Les Guèbres sont environ 20 000 et habitent surtout dans des petits villages des provinces du Yazd et du Kerman, vers le centre de l’Iran [23]. Quelques hameaux implantés à proximité du désert de sable témoignent de leur appartenance au zoroastrisme par un cyprès séculaire qui signale la présence d’un temple [24] Depuis qu’ils ont tissé des relations avec les Parsis, les Guèbres ont repris leurs activités religieuses longtemps délaissées, ont rouvert avec l’aide des « exilés » de nombreux centres scolaires et administratifs, et ont créé des associations [25]. Cependant, certaines pratiques religieuses des zoroastriens, tels que les dépôts des défunts sur les tours du silence, sont interdites par le régime iranien. Dès lors, les tours ont été désaffectées et les Guèbres, pour ne pas aller à l’encontre de leurs croyances en souillant le feu et la terre en incinérant ou en enterrant leurs morts, doivent utiliser des cimetières dans lesquels chaque tombe est cimentée autour du corps du cadavre [26].

Certains Parsis se rendent en Iran afin de renouer avec leurs racines. Dans les derniers villages zoroastriens, pour la plupart encore épargnés par le tourisme de masse, ils constatent la capacité d’adaptation de leurs coreligionnaires guèbres et vénèrent ensemble Ahura Mazda autour du feu sacré [27].

S’il est difficile, comme la première partie de l’article l’a souligné, de dater précisément l’apparition du mazdéisme, il est possible d’identifier les principales étapes de son développement. Les rapports qu’ont entretenu les croyants avec les différents régimes perses sont en l’occurrence révélateurs de l’évolution de la place sociale et politique du mazdéisme.

L’Empire achéménide (550-330 av. J-C) et le développement du mazdéisme

En raison du caractère lacunaire des informations sur la religion de l’époque, les auteurs ont longtemps été divisés sur la place à donner au mazdéisme sous l’empire perse achéménide [1]. Compte tenu de l’incertitude sur les dates d’écriture de l’Avesta, Emile Benveniste déclarait dans les années 1920 que les Achéménides ne pouvaient être zoroastriens, puisque le livre sacré leur était sûrement postérieur, et qu’ils professaient donc une autre religion qui leur était spécifique [2]. Cependant, Henrik Nyberg a souligné une décennie plus tard que le calendrier utilisé par les Achéménides utilisait le nom de divinités de l’Avesta et que par conséquent le mazdéisme avait déjà été adopté par les souverains [3]. Les dernières découvertes, notamment à Persépolis, capitale de l’empire, semblent indiquer que la religion dominante de la Perse n’est pas encore le mazdéisme, et que les divinités de ce dernier s’intègrent dans un panthéon très hétéroclite de dieux babyloniens et iraniens [4].

Toutefois, une place privilégiée semble avoir été accordée au mazdéisme par certains dirigeants. Ainsi, l’image d’Ahura Mazda, le dieu principal du mazdéisme, apparaît pour la première fois sous le règne de Darius Ier (522-486 av. J-C.) après une querelle de succession. Lorsque Cambyse, héritier légitime de Cyrus le Grand, fondateur de l’empire achéménide, meurt en 520, plusieurs princes prétendent au trône. Gautama, issu du clan des mages de Médie et disciple d’Ahura Mazda parvient ainsi à y accéder en se prétendant de sang royal. Darius, qui n’avait pourtant lui non plus pas de liens directs avec les précédents souverains, parvient à vaincre Gautama et à le remplacer. Pour commémorer son triomphe, il fait sculpter un relief sur une route menant à Babylone. Darius y est représenté débout, piétinant l’usurpateur Gautama. Ahura-Mazda est présent au-dessus de la scène et est tourné vers le nouveau roi. Une inscription proclame alors en vieux perse, en élamite et en akkadien : « Ainsi parle Darius le roi : Ahura-Mazda m’a accordé cet empire. Ahura-Mazda m’a aidé jusqu’à ce que je m’en rende maître. Par la volonté d’Ahura-Mazda, je tiens cet empire » [5].

Le nouveau roi inscrit donc sa légitimité dans la religion mazdéenne, en se présentant comme le successeur de Zoroastre et en confisquant le pouvoir religieux des mages zoroastriens . Cependant, si le règne de Darius semble consacrer « l’avènement politique » d’Ahura Mazda, le dieu mazdéen n’est pas pour autant le seul Dieu vénéré. Les références à d’autres dieux restent fréquentes et la place du mazdéisme évolue selon les souverains. Ainsi, alors que Xerxès (519-466) réaffirme la prééminence d’Ahura-Mazda, Artaxerxès II (404-358) rétablit le culte des divinités Mithra et Anahita

Les conquêtes d’Alexandre le Grand. La marginalisation du mazdéisme sous les Séleucides et les Arsacides (312 av. J-C.-224 ap. J-C.)

Sous les Achéménides, le mazdéisme n’était donc pas encore prédominant. Mais après la chute de cet empire en 330 av. J.-C. face à Alexandre le Grand, il va être éloigné du pouvoir pendant plusieurs siècles . Les successeurs d’Alexandre, les Séleucides, apportent avec eux la culture et les croyances helléniques, et laissent donc de côté les dieux iraniens. La tolérance religieuse des Séleucides et de la dynastie suivante des Arsacides permet toutefois aux zoroastriens de maintenir leur culte 

L’empire sassanide (224-651 ap. J-C). Le mazdéisme érigé en religion d’Etat

Après cinq siècles de marginalisation, le mazdéisme va connaître son apogée avec l’avènement de la dynastie des Sassanides. C’est un mage du nom de Kirdir qui, dans les années 270, entreprend de réorganiser le mazdéisme et d’en faire une religion d’Etat. A l’origine de la construction de près de cinquante temples du feu, les lieux de culte zoroastriens l’œuvre de Kirdir est évoquée sur un monument, la Kaaba de Zoroastre : « Par moi (Kirdir) fut consolidée la religion mazdéenne et les hommes sages devinrent puissants dans l’empire. Les hérétiques et ceux d’entre les mages qui n’observaient pas les règles fixées reçurent de moi des châtiments… » 

La montée en puissance du mazdéisme s’est en effet faite au détriment de la tolérance religieuse. Des persécutions violentes et des conversions forcées ciblent les chrétiens, les juifs, les mazdéens ne respectant pas l’orthodoxie sassanide, et surtout les manichéistes puis les mazdakites dont la doctrine est perçue comme une menace politique . Les mages, représentants du clergé mazdéen, ont donc un rôle politique majeur et vont être utilisés par les rois pour asseoir leur pouvoir et éliminer leurs adversaires 

Parallèlement, les mages sassanides opèrent une série de réformes du mazdéisme. Ce dernier n’est plus véritablement le quasi-monothéisme que prônait Zarathoustra, car les anciennes divinités Mithra et Anahita sont mises sur un pied d’égalité avec Ahura Mazda, voire le remplacent lors de scènes d’investitures royales. Les sacrifices sanglants proscrits par le prophète sont rétablis, et Ahura Mazda et Angra Mainyu sont désormais évoqués sous les noms d’Ormuzd et d’Ahriman.

De la conquête musulmane au XXème siècle : les mazdéens entre survie et exil

En 642, le calife Omar ibn al-Khattâb écrase l’armée sassanide lors de la bataille Nihavand, et la Perse passe alors sous contrôle musulman. Comme dans les autres territoires conquis par les forces arabes, l’islam n’est pas imposé de force aux populations. Cependant, alors que les « dhimmis » (les « Gens du livre », c’est-à-dire les juifs et les chrétiens) sont officiellement tolérés voire protégés par le pouvoir, les nouveaux dirigeants acceptent mal l’exotisme de la religion mazdéenne et certains temples sont alors détruits [14]. Toutefois, face à son importance (religion majoritaire de la Perse), le statut de « religion du livre » est finalement accordé au zoroastrisme.

Ne pas être musulman impliquait de payer la « jizya », une taxe, à l’administration, ainsi que d’avoir des difficultés à accéder à la propriété terrienne. Ainsi, de nombreux zoroastriens préfèrent se convertir à l’islam, et à la fin du Xème siècle, l’islam devient la religion majoritaire de l’Iran 

 

 

 

 

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Le Zoroastrisme

Publié le 14 Septembre 2026 par T.D

Dans les textes grecs qui restent la principale source historique sur les Perses, on parle très tôt d’un fondateur ou plutôt d’un réformateur de la religion des Mèdes et des Perses, il s’agit de Zoroastre ou Zarathoustra. Il réforme la religion locale et, dès le départ, il est en butte à l’opposition du clergé existant "les mages".L’époque où il a vécu est historiquement difficile à confirmer, on a des écarts de plus ou moins quatre siècles. Les historiens avancent des dates qui vont du 11ème au 7ème siècle avant J.C..
Avant d’évoquer l’histoire et le contenu du zoroastrisme, il me semble important de parler au préalable des peuples au sein desquels cette religion s’est développée: les Indo-Européens de la branche aryenne.
D’après les recherches archéologiques les plus récentes, on peut penser à juste raison que le berceau des Indo-Européens dont font partie les Ariani ou Aryens, se trouverait au sein des vastes steppes qui vont du Dniepr à l’Oural. C’est dans ces régions que se développèrent des tribus nomades ayant domestiqué le cheval.
Cette région avec son prolongement qu’est la plaine qui s’étend de l’Oural jusqu’aux monts Altaï a connu une période climatique particulièrement favorable pour les peuples pasteurs nomades après la dernière glaciation soit après 7000 avant J.C., la domestication du cheval et l’utilisation de la roue ont favorisé leurs déplacements. Cette vaste région sera, au cours des siècles, un réservoir de populations qui, pour des raisons diverses, se mettront en branle dans le but de rejoindre des régions plus riches où sont installés des sédentaires. C’est ainsi que, dans la deuxième partie du deuxième millénaire avant J.C., la branche indo-aryenne descendra vers le sud en longeant la Caspienne soit par l’est soit par l’ouest. Historiquement, ils ne sont pas les premiers Indo-Européens à descendre vers le Moyen-Orient, ils ont été précédés par les Luwites et les Hittites qui fonderont, vers 1700 avant J.C., un empire important en Anatolie Centrale.
Les Indo-Aryens se diviseront en deux branches: l’une descendra jusque dans le Pakistan et l’Inde actuels, l’autre branche, à savoir la branche aryenne ou en terme moderne iranienne, se fixera sur un vaste territoire qui va se la rive sud de la Caspienne jusqu’au Nord de l’Indus, englobant le Kurdistan, l’Iran, le Tadjikistan et l’Afghanistan actuels. Ces populations se mêleront aux Asianiques installés dans ces régions dont les Elamites, les Kassites et les Guti.
Les Aryens ont, à cette époque, des coutumes religieuses dont on sait peu de choses et, curieusement, pratiquement uniquement par des textes écrits d’auteurs grecs et ce dès le septième siècle avant J.C.. A leur arrivée au sud de la Caspienne, ils étaient probablement essentiellement polythéistes avec des traditions magiques importantes et des démons à craindre. On sait cependant qu’ils avaient une hiérarchie sacerdotale importante et bien établie. L’existence de ces prêtres est d’ailleurs une caractéristique de l’ensemble des peuples indo-européens. En effet, autant les Celtes que les Aryens et les Indiens sont divisés en trois castes principales: – la caste sacerdotale qui est la caste dominante ( druides, brahmanes, mages… ) – la caste des guerriers – la caste des paysans Les Mèdes sont les premiers Aryens dont on parle dans l’histoire de l’Antiquité, ils seront vaincus par leurs frères ethniques du sud, les Perses qui auront un vaste empire qui durera du septième au troisième siècle avant J.C. jusqu’à la conquête par Alexandre de Macédoine.
Dans les textes grecs qui restent la principale source historique sur les Perses, on parle très tôt d’un fondateur ou plutôt d’un réformateur de la religion des Mèdes et des Perses, il s’agit de Zoroastre ou Zarathoustra. Il réforme la religion locale et, dès le départ, il est en butte à l’opposition du clergé existant "les mages".
L’époque où il a vécu est historiquement difficile à confirmer, on a des écarts de plus ou moins quatre siècles. Les historiens avancent des dates qui vont du 11ème au 7ème siècle avant J.C.. La date la plus ancienne se base surtout sur l’idiome utilisé dans les Gâthâ, un des recueils de la littérature avestique. D’après les textes, il apparaît que Zoroastre s’adresse à des peuples s’occupant surtout d’élevage et pas encore vraiment d’agriculture ce qui confirmerait l’ancienneté de cette date. Si, par contre, on retenait la date du 7ème siècle, il est intéressant de rappeler que cette période est une phase charnière dans l’histoire de la pensée humaine puisque c’est à cette époque qu’on situe Bouddha, les prophètes d’Israël, les débuts de la philosophie grecque et l’achèvement de la construction du brahmanisme.
On retrouve dans la religion primitive des noms proches de ceux des dieux védiques et des divinités déjà honorées chez les Hittites et les Mitanniens, à savoir: Mithra: dieu du soleil et de la lumière Aryaman: dieu des voies et des traditions magiques Varuna ou Arunna: dieu de la mer et de l’ordre du monde Indara ou Indra: dieu du pouvoir.
On trouve également Anahita: mère des dieux et déesse de la fécondité et l’Haoma, liqueur mystérieuse qui procure l’ivresse sacrée.
Zoroastre, dans sa réforme, dénonce les prêtres comme étant des hommes hypocrites, il s’oppose aux rituels magiques et omniprésents et aux sacrifices trop sanglants et violents. Il veut donner à la religion une signification morale et religieuse. Il dégage un grand dieu "Ahura Mazda", dieu de la lumière, représenté dans l’iconographie sous la forme d’une tête d’homme avec des ailes d’aigle et nimbé de lumière. A ce dieu protecteur, il oppose un principe ennemi et dangereux, Ahriman, probablement une altération de Aryaman, dieu des cultes magiques. Les dieux auront des avatars comme dans le culte védique, le plus connu est Mithra qui prendra une énorme importance dès le 1er siècle après J.C. au sein de l’Empire romain.
C’est le dieu Ahura Mazda qui a donné son nom au mazdéisme, autre manière de parler du zoroastrisme. Il est le bon esprit, la sagesse divine qui anime toutes choses. Ce bon esprit peut être philosophiquement rapproché du Logos des gnostiques.
Le mazdéisme a un livre sacré, "l’ avesta", écrit dans une langue obscure appelée avestique. Des orientalistes l’attribuent à Zoroastre. Il est truffé de mots mystérieux qui semblent avoir été intentionnellement utilisés afin de prouver qu’il s’agit d’une révélation par dieu lui-même, nous sommes donc en présence de la première religion dite "révélée". Le livre sacré appelé le "Livre de la révélation de la vérité" devait être très vaste au départ mais beaucoup de textes ont été perdus à l’époque de l’invasion grecque.
Ce n’est qu’à l’époque des Sassanides soit entre 262 et 651 après J.C. que les prêtres mazdéens, rassemblèrent l’ensemble des écrits en vingt et un livres. Ces livres reprennent des rituels de sacrifices, des textes à réciter, des hymnes, des prescriptions et des prières ainsi que des mythes cosmogoniques.
De toute la littérature avestique, les Gâthâ sont les textes les mieux assurés, selon la tradition, ils proviendraient de Zoroastre lui-même. Ces Gâthâ sont actuellement insérés dans le Yasna: rituel du sacrifice du Haoma. Leur langue est très ancienne, proche du védique. Dans ces Gâthâ, à côté des rites sacrificiels, on parle également des relations de Ahura Mazda avec les esprits bienveillants.
Nous avons aussi les Yasut où sont décrits les mythes, les héros qui nous replacent pour la plupart dans la mythologie védique. Les Yasut représentent plus que probablement l’ancien panthéon indo-aryen, donc antérieur à la réforme zoroastrienne. Il est difficile de comprendre la persistance de certains de ces textes qui décrivent des rites sanglants et magiques alors que la réforme zoroastrienne consiste en une répudiation de toute pratique orgiaque. Peut-on estimer que nous sommes en face d’une sorte d’ancien testament face à un nouveau testament où Zoroastre s’oppose, entre autres, au déroulement violent du sacrifice bovin, animal, par ailleurs, protégé par excellence dans le monde hindouiste.
Revenons à la doctrine, le mazdéisme est essentiellement un système dualiste avec un dieu bon Ahura Mazda qu’on appellera plus tard Ormuz et un dieu mauvais Ahriman, lui-même autonome et éternel mais inférieur au dieu du bien dont l’infériorité n’est pas décrite en terme de chute ou de déchéance mais inhérente à sa nature. Ce système dualiste tente de répondre à une question essentielle: si dieu est bon pourquoi y a-t-il le mal? La réponse du mazdéisme est: "le dieu bon a créé un monde bon, perverti par un dieu mauvais".
Aux côtés de ce dieu bon, existent les anges de lumière, les Amesha Spentas ou Azura qui sont des esprits bienveillants, Zoroastre conserve également les réminiscences des cultes précédents avec d’autres esprits bienveillants: les Vazatu dont les principaux sont Mithra ( dont l’importance ne cessera de grandir dans le culte ), Verthdragna et Anahita qui, elle, a été fortement influencée par la Ishtar babylonienne.
Pour Zoroastre, contrairement à d’autres religions dualistes ultérieures, il ne faut pas s’abstraire du monde mais le considérer comme une sphère de combat de la lumière contre les ténèbres et, ce, en accomplissant les bonnes actions dans un désir de bien. Pour le mazdéisme, l’âme est, à l’image du monde, un champ de bataille entre le bien et le mal. L’homme est doué de libre arbitre et, contrairement aux religions de l’époque, il n’est pas le jouet inconscient des dieux, il peut choisir entre la lumière et le mensonge. Le code de morale est simple, seul est juste et bon l’homme qui ne fait pas à autrui ce qu’il ne juge pas convenir à lui-même. Le pire des péchés est l’incroyance, comme dans le christianisme jusqu’il y a peu et l’islam, l’apostat doit être mis à mort. Le mazdéisme recèle également un grand puritanisme sexuel, la fornication et l’adultère ne peuvent être pardonnés. L’onanisme est puni du fouet. Ce puritanisme, peu répandu à l’époque, va se retrouver dans les monothéismes qui vont lui succéder.
Sur le plan rituel, la lumière divine, lumière du ciel est symbolisée sur terre par le culte du feu ou plutôt des feux. Ceux-ci ont d’ailleurs des valeurs ou importances différentes; il y a le feu d’un roi, le feu d’un prêtre, le feu d’un maçon etc.. (n’oublions pas que nous sommes dans une société de castes). Ces feux sont purifiés et l’on ne retient que le feu résultant d’ignitions répétées. Celui-ci est installé dans un temple consacré et ce feu doit être gardé et entretenu indéfiniment. On peut penser aux vestales du monde romain qui pratiquaient un culte similaire. Ils restent quelques vestiges de ces temples de feu datant de la période achéménide et on peut visiter à Yazd un temple zoroastrien où le feu est conservé depuis plusieurs siècles.
On a parlé de la caste sacerdotale que les Grecs ont appelé "mages" (magoi) ce qui donnera le mot magie. Ces mages ne s’occupaient pas principalement de magie ou de divination mais développaient surtout une haute spiritualité qui faisait référence dans tout le Moyen-Orient, ce qui explique que les évangélistes chrétiens avaient cru bon de s’y référer comme témoins de la naissance du Christ.
Nous avons parlé des esprits bienveillants, les Azura. Ahriman lui aussi a des aides, ce sont les Deva, les diables. Ce sont eux qui dans les monothéismes deviendront Satan, Chaïtan, Iblis, Belzébuth etc.. Il est assez curieux de constater que dans l’hindouisme, les Deva sont au contraire des esprits bienveillants et les Azura des démons.
Dès les Gâthâ, il y a dans l’eschatologie un passage discriminatoire, le pont Cinvat, qui conduit après la mort à un enfer régi par l’esprit mauvais, un purgatoire et un paradis séjour des bienheureux dans la lumière du dieu bon. Il est aussi question d’un jugement dernier quand, après un ultime combat, le monde sera délivré d’Ahriman et les justes se lèveront. On est bien en présence de la résurrection des corps dans un monde délivré du mal. Dans l’avesta, il est également question de "daena" qui deviendra "den" puis "din", c’est la religion, le corps de croyance en l’âme qui touche au transcendant. Certains linguistes orientalistes pensent d’ailleurs que le mot arabe "din" religion aurait cette origine et non pas la racine sémitique dyn (juger).
Dans les Gâthâ, on parle également d’un roi Vistapa, qui aurait protégé Zoroastre, certains ont pensé qu’il pouvait s’agir du père de Darius l’Achéménide ce qui pourrait donner un cadre historique à l’action de Zoroastre, mais cela paraît fort peu probable. Si Ahura Mazda est présenté, après Cyrus, comme le dieu prééminent et, ce, dans toutes les inscriptions rupestres, on ne trouve une trace vraiment importante du Mazdéisme que sous Artaxerxés II où l’on cite non seulement Ahura Mazda mais aussi Mithra et Anahita.
Il nous faut également parler d’une coutume dite zoroastrienne qui concerne l’exposition de cadavres pour qu’ils soient décharnés par les oiseaux de proie ou d’autres charognards dans des tours à ciel ouvert appelées "tours de silence". Les os sont rassemblés dans des ossuaires creusés dans le roc afin de na pas rendre la terre impure par le contact des charognes. Pour le zoroastrisme, à l’inverse de l’hindouisme, l’incinération est un péché majeur. Cette coutume des tours de silence paraît cependant assez tardive, en tous cas, elle ne fut pas observée pour l’enterrement des rois Achéménides. Cyrus, entre autres, fut enterré dans un tombeau autour duquel, selon la vieille coutume steppique, furent enterrés des chevaux massacrés en sacrifice propitiatoire et ce, comme sont enterrés, entre autres, les princes scythes et ceux de la civilisation de Kourgan.
Il nous paraît utile de parler brièvement du rôle des femmes dans la société aryenne aux temps anciens, elles occupaient une position élevée, elles possédaient des biens et les géraient seules. Après Darius et probablement sous l’influence des sociétés sémitiques environnantes, sa situation commence à empirer, surtout dans les classes aisées, les femmes vont finir par connaître la réclusion.
Il est indispensable pour bien comprendre le mazdéisme et le millénarisme qui va en découler de donner un aperçu de sa notion d’ordre cosmique. Le temps était divisé en douze millénaires avec quatre périodes de trois mille ans.
* durant la première période, Ahura Mazda a créé un monde spirituel avec des anges et des pré-hommes
* durant la deuxième, le monde devient matière avec le règne d’un premier homme, Gayomart, accompagné d’un taureau originel
* durant la troisième, arrive Ahriman qui tue le taureau puis Gayomart et engendre les deva ( les démons ) – la semence de Gayomart donnera les hommes, celle du taureau, toutes les espèces animales
* la quatrième période commence avec l’arrivée sur terre de Zoroastre envoyé par Ahura Mazda pour combattre Ahriman mais il ne réussit pas complètement
* A sa mort, on prévoit l’arrivée, mille ans après, d’un autre prophète qui aidera à éliminer le mal et à précipiter les pécheurs en enfer et à conduire les bons au paradis ( ceci explique le succès en Iran des prophètes tels Manès et Mahomet ).
A la fin des temps, s’incarnera à nouveau Zoroastre sous la forme du "sauveur" et ce sera le règne vainqueur d’Ahura Mazda. Ceci explique le côté millénariste du chï’isme qui a pris la place du mazdéisme en Iran et l’attente de l’Imam caché.
Passons à l’histoire du mazdéisme, nous avons signalé que l’époque exacte de l’existence de Zoroastre est inconnue. Il est donc impossible de retracer l’histoire de cette religion depuis son origine, nous savons qu’elle existe sous les Achéménides et perdure dans l’empire parthe. Ce n’est cependant qu’avec la dynastie Sassanide (du début du 3e siècle au 7e siècle après J.C.) que le mazdéisme devient religion d’état. Avec l’instauration officielle de cette religion, nous avons pour, probablement, la première fois dans l’histoire l’apparition d’une religion institutionnelle et obligatoire pour l’ensemble d’une région avec une hiérarchie sacerdotale chargée de veiller sur l’orthodoxie et de pourchasser les hérésies. Mais cette religion ne se veut pas universelle et ne pratique pas le prosélytisme auprès des ethnies étrangères. Les prêtres auront pour tâche de recueillir tous les écrits existants et leurs codifications, ces écrits étaient très épars et rares, on les trouva dans des sanctuaires ou "trésors". A cette tradition écrite s’ajouta la tradition orale qui, comme dans la plupart des civilisations indo-européennes, avait un rôle essentiel. Le principal instigateur de ce travail semble avoir été le mage Karlir, sous Shahpur 1er et Bahrâmi II. Il y eut de nombreux courants et même des espèces d’hérésie dont le "zurvanisme" ( deux être primordiaux jumeaux, Ahura Mazda et Ahriman).
Après la conquête arabe en 651, la communauté zoroastrienne fut fortement ébranlée même s’il est singulier de constater que la plupart des écrits qui nous sont parvenus datent de cette époque. Le mazdéisme obtint le statut de religion du livre au même titre que les sabéens, les chrétiens et les juifs. Vers les 10e et 11e siècles, un grand nombre d’Iraniens persécutés émigra vers l’Inde, ce sont les Parsis qui ont conservé leur religion jusqu’à ce jour. Ils forment une communauté vivante et riche. En Iran, il y a encore des zoroastriens, surtout dans la région de Yazd où brûle toujours le feu sacré, par contre Khomeyni a interdit les tours de silence et les zoroastriens sont obligés d’enterrer leurs morts.
Cet aperçu très général et nullement exhaustif du zoroastrisme permet cependant de constater combien cette doctrine influença les monothéismes qui lui ont succédé, on peut estimer que ceux-ci lui sont redevables de:
* l’existence des anges
* l’existence des démons
* l’existence d’un clergé
* l’existence du paradis et de l’enfer, le jugement dernier
* l’immortalité de l’âme et la résurrection des corps
Plus important encore est la théorisation du mal par Zoroastre qui va en profondeur influencer les trois religions monothéistes, nous assistons à l’émergence d’un principe du mal contre lequel il faut lutter par de bonnes actions. Cette théorie entraîne la notion de péché et de culpabilité pour l’homme qui est censé être libre de choisir entre le bien et le mal. En fin de compte, il y a récompense, le paradis, ou punition, l’enfer. Cette notion va conditionner la vie des adeptes des trois religions monothéistes. On pourrait dire que la notion du péché judéo-chrétien pourrait à plus juste titre s’appeler le complexe mazdéo-judéo-chrétien.
Il nous faut évoquer l’importance du mithriacisme qui est une branche hérétique du mazdéisme et qui a pris une importance considérable dans l’empire romain surtout parmi les légions et qui s’est répandu jusqu’en Angleterre où on a retrouvé les vestiges d’un temple de Mithra. Il faut rappeler que c’est la victoire de l’empereur Constantin avec des légions chrétiennes contre Maxence à la tête de légions adeptes de Mithra qui assura la victoire du christianisme dans l’empire romain. Rappelons que la date du 25 décembre fixée pour pérenniser la naissance de Jésus reprend tout simplement la date de renaissance du dieu solaire au solstice d’hiver.
Dans les religions qui ont été fortement influencées par le dualisme mazdéen, citons le manichéisme, doctrine prêchée par Manès, qui met en évidence la lutte du bien ou lumière contre le mal ou ténèbres, avec un homme de matière créé par un démiurge mauvais ce qui fait de la matière charnelle, le symbole du mal et qui oblige les âmes à s’en détacher pour s’en libérer. Le manichéisme sera longtemps un rival du christianisme, Augustin, père de l’Eglise, fut d’abord manichéen. Le manichéisme influencera les communautés chrétiennes des pauliciens d’Arménie et de Syrie qui seront au 8e siècle déportés en Anatolie et en Thrace (la Bulgarie actuelle). Cette émigration donnera naissance aux bogomiles, dans les Balkans, aux patarins en Italie, aux ketters en Flandre, aux bougres en France du Nord et aux cathares en Occitanie. Ils seront la plupart du temps traités en hérétiques et persécutés.

 

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Le Rite Suédois : la franc-maçonnerie chrétienne des royaumes du Nord

Publié le 14 Septembre 2026 par T.D

Posté par hiram3330

Le Rite Suédois demeure largement méconnu dans la majeure partie de la franc-maçonnerie européenne, alors même qu’il constitue le principal système initiatique des royaumes du Nord. Pratiqué en Suède, au Danemark, en Norvège, en Islande et en Finlande, le Rite Suédois présente une physionomie unique dans le paysage maçonnique contemporain. À la fois chrétien, mystique et monarchique, il s’est développé en marge des grands courants universalistes issus de la franc-maçonnerie française et anglaise. Le Rite Suédois conserve ainsi une structure spirituelle profondément enracinée dans le protestantisme nordique, tout en intégrant des influences templières, rosicruciennes et illuministes qui lui donnent une tonalité singulière.

1. Les débuts de la franc-maçonnerie en Suède

La franc-maçonnerie qui s’implanta en Suède à partir de 1735 était essentiellement d’origine française. Contrairement à ce qui se produisit dans une grande partie de l’Europe du XVIIIe siècle, Londres n’y joua pratiquement aucun rôle au commencement. La première Loge fut fondée à Stockholm par le comte Axel Wrede-Sparre (1708-1772), qui avait reçu les trois grades symboliques lors d’un séjour en France. La jeune franc-maçonnerie suédoise se développa donc d’abord sous influence continentale française, tant par ses rituels que par son organisation.

Quelques années plus tard, le baron Carl Frederik Scheffer (1715-1786) revint lui aussi de France avec une autorisation accordée en 1737 par Lord Derwentwater, alors Grand Maître de la Grande Loge de France. Cette patente lui permettait de créer et administrer des Loges en Suède jusqu’à ce qu’une structure nationale puisse être constituée. L’objectif était déjà clair : établir une franc-maçonnerie suédoise autonome, mais reconnue par les grandes puissances maçonniques européennes.

L’apparition de cette société nouvelle inquiéta cependant le roi Frédéric Ier (1676-1751). En 1738, il interdit la franc-maçonnerie sous peine de mort. Cette décision spectaculaire demeura pourtant de courte durée. Les francs-maçons suédois firent rapidement acte de loyauté envers la Couronne, et l’interdiction fut levée quelques mois plus tard seulement. Cet épisode révèle déjà une caractéristique durable de la franc-maçonnerie nordique : son souci constant d’entretenir une relation harmonieuse avec l’autorité monarchique.

La Grande Loge de Suède fut officiellement créée en 1761 sous la protection du roi Adolphe-Frédéric (1710-1771). Scheffer en devint le premier Grand Maître. Les patentes provenaient toujours de la Grande Loge de France, et les premiers rituels utilisés restaient largement inspirés des usages français. En 1770, la Grande Loge de Londres reconnut à son tour l’Obédience suédoise, consacrant ainsi son intégration dans le paysage maçonnique européen.

Les hauts grades apparurent également très tôt en Suède. Dès 1743, Scheffer rapporta de France plusieurs hauts grades écossais et fonda un premier Chapitre à Stockholm. D’autres systèmes furent introduits ensuite à Gothenburg et dans diverses villes du royaume. La franc-maçonnerie suédoise du milieu du XVIIIe siècle se trouvait ainsi traversée par les mêmes influences que le reste de l’Europe : hauts grades écossais, légendes chevaleresques, mystique chrétienne et fascination pour les savoirs ésotériques. Mais ces éléments allaient bientôt être réorganisés selon une sensibilité proprement nordique.

2. Pourquoi les Suédois créèrent leur propre Rite maçonnique

Malgré les influences françaises qui avaient accompagné les débuts de la franc-maçonnerie en Suède, les maçons suédois ne tardèrent pas à ressentir une certaine distance culturelle avec les systèmes venus de Paris. Par leur religion, leur mentalité et leur environnement intellectuel, ils se sentaient plus proches des États protestants allemands que du monde latin. Cette proximité favorisa progressivement l’émergence d’un système original, profondément marqué par le mysticisme chrétien du Nord de l’Europe.

Le personnage central de cette transformation fut Carl Frederik Eckleff (1723-1786), médecin et conseiller à la Chancellerie royale. En 1759, il fonda un Chapitre de hauts grades qui allait devenir le véritable noyau du futur Rite Suédois. Eckleff ne se contenta pas de reprendre des systèmes existants : il les réorganisa en leur donnant une cohérence doctrinale nouvelle, nourrie de spiritualité protestante, de symbolisme chevaleresque et d’influences rosicruciennes.

Parmi les inspirations majeures de cette nouvelle orientation figurait Emmanuel Swedenborg (1688-1772), savant, théologien et mystique suédois dont les visions spirituelles exercèrent une influence considérable dans les milieux ésotériques européens. Sans que le Rite Suédois puisse être considéré comme « swedenborgien » au sens strict, on retrouve dans son atmosphère l’idée d’une initiation orientée vers l’illumination intérieure et la contemplation des réalités célestes. La recherche initiatique y prend une dimension moins spéculative ou philosophique que véritablement spirituelle.

Lorsque la Grande Loge de Suède fut fondée en 1761, Eckleff en devint Grand Maître Adjoint. Il entreprit alors de retravailler ses rituels afin de les faire adopter par la nouvelle Obédience. Peu à peu, un système spécifiquement suédois se mit ainsi en place. Il ne s’agissait plus simplement d’importer des hauts grades étrangers, mais de construire une voie initiatique cohérente correspondant à la culture religieuse et politique des royaumes nordiques.

Cette évolution explique pourquoi le Rite Suédois ne ressemble finalement ni aux systèmes français, ni aux systèmes anglais. Son univers spirituel est celui d’une franc-maçonnerie chrétienne contemplative, fortement hiérarchisée, où la dimension mystique occupe une place centrale. Dès cette époque, la future originalité du Rite apparaît déjà clairement : il ne cherche pas à devenir universel, mais à exprimer une certaine vision sacrée de la monarchie, du christianisme et de l’initiation.

3. Le Rite Suédois et la tentation templière

Comme une grande partie des hauts grades européens du XVIIIe siècle, le Rite Suédois fut profondément marqué par la fascination pour l’héritage templier. L’époque voyait fleurir quantité de systèmes affirmant préserver les secrets des anciens chevaliers du Temple, supposément transmis dans la clandestinité après la disparition de l’Ordre médiéval. Parmi eux, la Stricte Observance Templière allemande connaissait alors un immense succès dans les États germaniques.

Le Rite Suédois reprit largement cette légende chevaleresque, mais en l’adaptant à son propre contexte. Là où la Stricte Observance prétendait restaurer l’ancienne organisation des provinces templières en Allemagne, les Suédois affirmèrent que les royaumes nordiques correspondaient eux aussi à des provinces historiques de l’Ordre. Le Danemark devenait ainsi la VIIIe Province, tandis que la Suède était identifiée à la IXe Province. Le Rite Suédois se donnait donc pour mission de restaurer spirituellement ces territoires, dans une perspective à la fois maçonnique et chevaleresque.

Les relations entre le Rite Suédois et la Stricte Observance furent complexes. Les deux systèmes partageaient un imaginaire commun, mais ils demeuraient également rivaux. La situation se compliqua encore lorsqu’un franc-maçon allemand, Johann Wilhelm Kellner von Zinnendorf (1731-1782), acquit auprès d’Eckleff certains grades suédois pour les diffuser en Allemagne sous une forme remaniée. Ce système, devenu le Rite de Zinnendorf, conserva plusieurs éléments du Rite Suédois tout en s’adaptant au contexte allemand.

Cette circulation des rituels montre combien le XVIIIe siècle maçonnique était un monde mouvant, traversé d’alliances, de transmissions et de réinterprétations permanentes. Les systèmes initiatiques ne cessaient alors d’évoluer, souvent autour des mêmes thèmes : chevalerie, christianisme ésotérique, filiation templière et illumination intérieure.

Le personnage qui donna au Rite Suédois une orientation encore plus nettement chevaleresque fut le prince Charles de Sudermanie (1748-1818), futur Charles XIII de Suède. Initié dans le système d’Eckleff en 1770, il se passionna rapidement pour le mysticisme et les doctrines templières. Eckleff comprit immédiatement l’intérêt qu’il pouvait tirer du soutien d’un prince royal aussi influent. Il lui transmit progressivement la direction des hauts grades ainsi que l’ensemble des documents nécessaires à l’administration du Rite.

Charles ajouta alors deux degrés supplémentaires aux neuf grades déjà existants, renforçant encore le caractère chevaleresque et rosicrucien du système. Il fut également reçu dans l’Ordre Intérieur de la Stricte Observance Templière, ce qui accentua les liens entre les deux courants.

En 1772, après le discrédit du baron de Hund, fondateur de la Stricte Observance, Charles espéra même prendre la tête de l’Ordre templier allemand. Mais le Convent de Kohlo lui préféra finalement Ferdinand de Brunswick-Lunebourg (1721-1792). Cet échec eut probablement des conséquences décisives pour l’avenir du Rite Suédois. Si les deux systèmes avaient fusionné, le Rite nordique aurait sans doute disparu avec la Stricte Observance Templière quelques années plus tard. Au contraire, il conserva son autonomie et put poursuivre son évolution propre au sein des monarchies scandinaves.

4. Charles XIII et la transformation du Rite Suédois

Le prince Charles de Sudermanie ne fut pas seulement un protecteur de la franc-maçonnerie suédoise. Il transforma profondément le Rite et contribua à lui donner sa physionomie définitive. Personnage complexe, attiré par les sciences occultes, le mysticisme chrétien et les sociétés initiatiques, il voyait dans la franc-maçonnerie bien davantage qu’un simple cercle aristocratique ou philosophique. Pour lui, l’initiation devait conduire à une véritable régénération spirituelle.

Lorsqu’il prit progressivement la direction du système élaboré par Eckleff, Charles entreprit de renforcer sa cohérence doctrinale et son caractère chevaleresque. Les deux degrés supplémentaires qu’il ajouta au Rite accentuèrent encore sa tonalité rosicrucienne et illuministe. Mais surtout, le Rite Suédois commença alors à se structurer comme un véritable ordre chrétien placé sous la protection de la monarchie.

Cette évolution distingue profondément le Rite Suédois de la plupart des autres systèmes maçonniques européens. Dans les pays latins, la franc-maçonnerie allait progressivement prendre une orientation plus philosophique, parfois même rationaliste ou politique. Dans les royaumes nordiques, au contraire, elle demeura étroitement liée à une vision sacrée du pouvoir royal et à une spiritualité explicitement chrétienne.

Le futur Charles XIII joua ici un rôle décisif. Son prestige princier permit au Rite de s’enraciner durablement dans les structures du royaume. Loin d’être marginalisée ou combattue, la franc-maçonnerie suédoise s’intégra progressivement à l’ordre social et monarchique du pays. Cette proximité avec la Couronne explique en grande partie la stabilité remarquable du Rite Suédois à travers les siècles.

Lorsque Charles monta finalement sur le trône en 1809 sous le nom de Charles XIII, cette relation privilégiée entre monarchie et franc-maçonnerie atteignit son apogée. Le souverain incarnait désormais à la fois l’autorité royale et l’autorité initiatique suprême. La franc-maçonnerie suédoise cessait ainsi d’être une simple société initiatique parmi d’autres : elle devenait un élément symbolique de l’identité monarchique nordique.

Cette situation demeure presque sans équivalent dans l’histoire maçonnique européenne. Ailleurs, les relations entre franc-maçonnerie et pouvoir politique furent souvent conflictuelles ou ambiguës. En Suède, elles prirent au contraire la forme d’une alliance durable, enracinée dans une même conception chrétienne et hiérarchique de la société.

5. Les grades du Rite Suédois

Le Rite Suédois se distingue également par son organisation initiatique particulièrement structurée. Là où de nombreux systèmes maçonniques accumulèrent progressivement des dizaines de hauts grades parfois difficilement articulés entre eux, le Rite nordique chercha au contraire à construire un parcours cohérent et hiérarchisé. Chaque étape doit conduire le candidat vers une compréhension spirituelle plus profonde du christianisme et de la vocation intérieure du chevalier chrétien.

Le système est traditionnellement divisé en trois grandes classes.

Les Loges de Saint Jean regroupent les trois premiers degrés :

I. Apprenti
II. Compagnon
III. Maître

Comme dans d’autres systèmes maçonniques, ces grades constituent le socle de l’initiation. Mais même à ce niveau, le Rite Suédois affirme déjà son identité chrétienne. Les références bibliques y occupent une place centrale, et l’atmosphère des rituels diffère sensiblement de celle des systèmes plus universalistes.

Viennent ensuite les Loges de Saint André :

IV/V. Apprenti et Compagnon de Saint André
VI. Maître de Saint André

Cette seconde classe marque une transition importante. Saint André n’y apparaît pas seulement comme le patron de l’Écosse, ainsi qu’il est souvent présenté dans certains hauts grades écossais. Il devient surtout la figure du disciple qui conduit vers le Christ. Selon l’Évangile, André fut le premier appelé, mais aussi celui qui présenta son frère Simon-Pierre à Jésus. Le symbolisme du Rite Suédois utilise cette figure pour exprimer l’idée d’un approfondissement spirituel progressif.

La troisième classe correspond au Chapitre :

VII. Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Orient
VIII. Très Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Occident
IX. Frère Illuminé
X. Frère Haut Illuminé

Le système est enfin couronné par un XIe degré essentiellement administratif :

XI. Frère Très Haut Illuminé, Chevalier et Commandeur de la Croix Rouge

Cette progression ne doit pas être comprise comme une simple accumulation de titres honorifiques. Le Rite Suédois présente au contraire une véritable logique initiatique. Plus le candidat avance dans les grades, plus la dimension contemplative et mystique devient importante. L’objectif n’est pas l’acquisition d’un savoir ésotérique au sens classique du terme, mais une transformation intérieure orientée vers l’illumination chrétienne.

Contrairement à certains courants ésotériques du XVIIIe siècle, le Rite Suédois ne manifesta d’ailleurs qu’un intérêt limité pour l’alchimie ou les pratiques occultes. Il se concentra essentiellement sur la théurgie, c’est-à-dire sur la possibilité d’un rapprochement spirituel avec la Divinité. Cette orientation rappelle parfois certains aspects du Rite Écossais Rectifié ou de la tradition martiniste, même si le contexte historique et doctrinal demeure très différent.

L’ensemble du système initiatique suédois apparaît ainsi comme une tentative de construire une chevalerie intérieure chrétienne, placée sous le signe de la contemplation, de la fidélité monarchique et de l’espérance d’une régénération spirituelle.

6. Pourquoi le Rite Suédois est-il exclusivement chrétien ?

La dimension chrétienne du Rite Suédois constitue sans doute sa caractéristique la plus connue, mais aussi la plus mal comprise. Dans une grande partie de la franc-maçonnerie contemporaine, le christianisme n’apparaît plus que comme un héritage culturel ou symbolique parmi d’autres. Le Rite Suédois adopte au contraire une position beaucoup plus explicite : seuls des chrétiens peuvent y être reçus.

Cette exigence ne relève pas d’un simple conservatisme religieux. Elle découle directement de la structure même du Rite. L’ensemble du système initiatique repose sur une lecture chrétienne du monde, de l’histoire sacrée et de la destinée spirituelle de l’homme. Les références bibliques ne servent pas uniquement de décor rituel : elles constituent le cœur doctrinal du parcours initiatique.

Le Rite Suédois se place d’ailleurs sous le patronage de deux figures apostoliques majeures : Saint Jean et Saint André. Saint Jean n’y est pas seulement associé à l’Évangile, mais surtout à l’Apocalypse et à la vision de la Nouvelle Jérusalem. Il représente la dimension contemplative et prophétique de l’initiation. Saint André, quant à lui, symbolise le disciple qui conduit vers le Christ et prépare l’entrée dans une compréhension plus profonde du mystère chrétien.

Cette orientation distingue fortement le Rite Suédois des systèmes maçonniques qui privilégient une approche plus universaliste. Là où certaines Obédiences considèrent la franc-maçonnerie comme un espace spirituel ouvert à toutes les religions, le Rite Suédois affirme au contraire qu’une initiation chrétienne cohérente suppose une adhésion préalable à la foi chrétienne.

Il faut toutefois éviter un contresens fréquent. Le Rite Suédois ne constitue pas une simple superposition de christianisme et de symbolisme maçonnique. Il ne s’agit pas davantage d’un christianisme décoratif ajouté artificiellement à des structures initiatiques plus anciennes. Le système suédois forme un ensemble théologique relativement cohérent, dans lequel les grades, les symboles et les références chevaleresques convergent vers une même vision spirituelle.

Cette cohérence explique également pourquoi le Rite Suédois conserve une tonalité profondément mystique. Son objectif n’est pas seulement moral ou philosophique. Il s’agit d’une voie de transformation intérieure orientée vers la contemplation des réalités divines. En cela, le Rite se rapproche parfois de certains courants illuministes du XVIIIe siècle, tout en demeurant solidement enraciné dans le christianisme luthérien nordique.

Cette fidélité à une identité confessionnelle forte explique probablement la singularité durable du Rite Suédois dans le paysage maçonnique européen. Alors que beaucoup de systèmes initiatiques ont progressivement atténué leurs références religieuses, lui a choisi de les conserver pleinement, au risque d’apparaître comme un modèle à part dans la franc-maçonnerie contemporaine.

7. Monarchie et franc-maçonnerie : une alliance unique

Le Rite Suédois entretient avec la monarchie une relation sans véritable équivalent dans le reste de la franc-maçonnerie européenne. Dès le XVIIIe siècle, les souverains suédois comprirent l’intérêt qu’ils pouvaient trouver dans cette institution aristocratique et chrétienne, profondément attachée à l’ordre social du royaume. Progressivement, la franc-maçonnerie nordique cessa d’être perçue comme une société discrète tolérée par le pouvoir : elle devint un élément intégré à l’univers monarchique lui-même.

Cette évolution atteignit son point culminant avec Charles XIII. À partir de son règne, tous les rois de Suède furent statutairement Grands Maîtres de la franc-maçonnerie suédoise. L’autorité royale et l’autorité initiatique se trouvaient ainsi réunies dans une même personne. Cette situation dura jusqu’au règne actuel de Carl XVI Gustaf (né en 1946), qui conserva le titre de Protecteur de la franc-maçonnerie suédoise sans exercer lui-même la Grande Maîtrise.

Cette proximité avec la Couronne donna au Rite Suédois une stabilité exceptionnelle. Alors que de nombreuses Obédiences européennes traversèrent des conflits politiques, des schismes ou des persécutions, la franc-maçonnerie suédoise demeura solidement enracinée dans les structures de l’État monarchique. Son identité chrétienne et loyaliste lui permit d’éviter une grande partie des tensions qui opposèrent ailleurs la franc-maçonnerie aux pouvoirs religieux ou politiques.

Le symbole le plus remarquable de cette alliance demeureL ’Ordre royal de Charles XIII,  instauré en 1811 par le souverain lui-même. Cet Ordre occupe une place singulière, car il appartient à la fois à l’univers maçonnique et au système honorifique officiel de la Couronne suédoise. Il ne s’agit donc pas d’un simple grade supplémentaire ou d’une décoration interne à une Obédience, mais bien d’un véritable ordre chevaleresque royal.

L’Ordre royal de Charles XIII, distinction honorifique réservée à certains hauts dignitaires du Rite Suédois 

L’Ordre de Charles XIII ne peut compter que trente-trois membres. Pour y être admis, il faut non seulement avoir atteint le XIe degré du Rite Suédois, mais aussi être considéré comme particulièrement méritant. Cette limitation numérique renforce encore son prestige et son caractère élitaire.

À travers cet Ordre, le Rite Suédois révèle une conception très particulière de la franc-maçonnerie. Dans les royaumes nordiques, l’initiation n’a jamais été pensée comme une force de contestation de l’ordre établi. Elle apparaît plutôt comme un prolongement spirituel et chevaleresque de l’ordre monarchique chrétien. Le franc-maçon idéal n’y est pas présenté comme un penseur indépendant défiant les structures traditionnelles, mais comme un homme appelé à servir loyalement Dieu, le roi et son prochain.

Cette vision peut surprendre dans un monde maçonnique souvent marqué par les héritages libéraux ou rationalistes du XIXe siècle. Pourtant, elle rappelle qu’il n’existe pas une seule tradition maçonnique européenne, mais plusieurs sensibilités historiques parfois très différentes les unes des autres.

8. Le Rite Suédois aujourd’hui

Le Rite Suédois demeure aujourd’hui le principal système maçonnique des pays nordiques. Il est pratiqué en Suède, au Danemark, en Norvège, en Islande et dans une partie de la Finlande. Son influence dépasse donc largement les frontières suédoises proprement dites, même si chaque Obédience nationale possède certaines particularités propres.

En Finlande, la situation est plus complexe. Le pays connaît à la fois une franc-maçonnerie de tradition anglo-saxonne et des structures travaillant selon le Rite Suédois. Cette coexistence reflète l’histoire particulière de la Finlande, longtemps liée à la Couronne suédoise avant de passer sous domination russe au XIXe siècle.

Le Rite Suédois existe également, sous des formes adaptées, dans quelques Loges allemandes et espagnoles. Toutefois, ces implantations demeurent marginales par rapport au rôle central que le système conserve dans les monarchies scandinaves.

Malgré les transformations profondes de la société européenne depuis le XVIIIe siècle, le Rite Suédois a conservé l’essentiel de son identité historique. Son caractère chrétien demeure pleinement affirmé, tout comme son organisation hiérarchisée et sa tonalité mystique. Cette continuité explique sans doute pourquoi il intrigue autant les francs-maçons issus de traditions plus universalistes ou plus rationalistes.

Le Rite Suédois occupe également une position particulière dans les relations maçonniques internationales. Son exclusivité chrétienne limite naturellement certaines reconnaissances ou certains échanges avec des Obédiences ouvertes à toutes les religions. Pourtant, il demeure pleinement intégré à l’univers de la franc-maçonnerie dite régulière et entretient des relations suivies avec les grandes Obédiences reconnues.

Cette fidélité à ses structures originelles donne au Rite Suédois une physionomie presque intemporelle. Dans un paysage maçonnique souvent marqué par les réformes, les simplifications rituelles ou les débats idéologiques modernes, il apparaît comme l’un des derniers grands systèmes initiatiques européens ayant conservé une forte continuité historique et spirituelle.

Pour beaucoup de francs-maçons étrangers, le Rite Suédois conserve ainsi une forme d’étrangeté fascinante. À travers ses références chrétiennes explicites, son héritage chevaleresque, son lien ancien avec la monarchie et sa dimension contemplative, il semble préserver quelque chose de l’atmosphère initiatique propre au XVIIIe siècle européen.

9. Conclusion – Le Rite Suédois, entre monarchie chrétienne et initiation mystique

Le Rite Suédois occupe une place singulière dans l’histoire de la franc-maçonnerie européenne. Né des influences françaises du XVIIIe siècle, enrichi par le mysticisme nordique et profondément enraciné dans la culture protestante scandinave, il a progressivement construit une identité propre, à la fois chrétienne, chevaleresque et monarchique.

Là où d’autres systèmes maçonniques ont cherché une forme d’universalité philosophique ou symbolique, le Rite Suédois a conservé une orientation confessionnelle assumée. Cette fidélité à une structure spirituelle explicitement chrétienne explique en grande partie son originalité, mais aussi sa stabilité remarquable à travers les siècles.

Son lien historique avec la Couronne suédoise, son organisation hiérarchisée et sa dimension contemplative en font probablement l’un des derniers grands systèmes initiatiques européens encore étroitement liés à une vision sacrée de la monarchie et de l’ordre chrétien. Plus qu’un simple Rite maçonnique parmi d’autres, le Rite Suédois apparaît ainsi comme le témoin vivant d’une autre manière de concevoir la franc-maçonnerie : moins tournée vers l’universalisme moderne que vers la régénération spirituelle et la chevalerie intérieure.

Source : Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante.

           

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Les rois de Suède sont également Grands Maîtres

Publié le 14 Septembre 2026 par T.D

 

Il n’est un secret pour personne que la franc-maçonnerie, depuis son expansion en Europe, au 18e siècle, a réuni en ses rangs de nombreux aristocrates, gentilshommes et membres des familles royales. En Suède, la famille royale et même plusieurs rois, sont fortement liés à la franc-maçonnerie, de son installation dans le pays à sa protection. De 1774 à 1973, de nombreux rois de Suède ont assuré la fonction de Grand Maître de la Grande Loge de Suède ou de protecteur de l’ordre des Francs-Maçons de Suède. L’actuel roi de Suède est le premier roi de Suède à ne pas être Grand Maître, ayant laissé cette place à son frère.

Les origines de la franc-maçonnerie en Suède

C’est le comte Axel Wrede-Sparre qui ramena la franc-maçonnerie en Suède. Comme ce fut le cas dans bon nombre de pays européens, la franc-maçonnerie se répandra un peu partout sur le continent, depuis la France. C’est à Paris, en 1731, que le comte Axel Wrede-Sparre avait été initié. En quelques années, c’est entouré d’autres membres de la noblesse suédoise, comme le baron Sack ou le comte Knut Carlsson Posse que plusieurs loges virent le jour et qu’une Loge Mère fut fondée en Suède. Finalement, la Grande Loge de Suède fut fondée officiellement en 1761 et le baron Carl Frederik Scheffer en fut le premier Grand Maître.

Depuis 1770, la Grande Loge de Suede est reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre. En Suède, la formation de l’obédience a néanmoins engendré la création d’un système de grades qui lui est propre et une adaptation des rituels. De ce fait, un rite spécifique fut créé. Il s’agit du rite suédois, le rite toujours en vigueur dans les pays scandinaves, est chrétien, plus chevaleresque que dans les autres pays et d’inspiration templière.

Quand la franc-maçonnerie suédoise devient un ordre de chevalerie civil

Après les grades habituels d’apprenti, compagnon et maître, viennent les 3 grades écossais, puis les 4 grades du chapitre. Une fois le 10e grade atteint, il existe encore 2 grades administratifs, les 11e et 12e grades. Les membres du douzième grade sont reçus chevaliers commandeurs de la Croix Rouge. La particularité est qu’une fois ce grade atteint, il est possible d’être reçu dans l’ordre royal de Charles XIII.

L’ordre royal de Charles XIII est un ordre qui appartient à la maison royale de Suède et qui est toujours aujourd’hui conféré par le souverain. Le roi reçoit alors dans cet ordre, certains membres ayant atteint le 12e grade. L’ordre royal de Charles XIII n’accepte que 33 membres à la fois.

Les rois de Suède Grands Maîtres de la Grande Loge de Suède

En 1774, la jeune Grande Loge de Suède eut pour Grand Maître le prince Charles de Suède, duc de Södermanland (anciennement francisé en Sudermanie). Il était le deuxième fils du roi Adolphe-Frédéric et le frère cadet du roi Gustave III. Son père était déjà protecteur de la Grande Loge, comme le furent tous les rois après lui. Quand le prince Charles eut de plus en plus de fonctions politiques, notamment durant le règne de son frère, c’est leur troisième frère, le prince Frédéric-Adolphe, puis le prince Karl Gustav qui occupèrent le rôle de Grands Maîtres. Finalement, le prince Charles reprit la place de Grand Maître en 1805. En 1809, suite à un coup d’État et une révolution, le prince Charles est appelé sur le trône, à la place de son neveu. Le prince Charles, duc de Södermanland, devient alors Charles XIII et reste Grand Maître pendant un temps, avant d’accepter le rôle de protecteur et de laisser la place du Grand Maître à celui qui avait été élu comme son héritier, Jean-Baptiste Bernadotte, devenu le prince héritier Charles-Jean, futur roi Charles XIV Jean.

Par la suite, à partir d’Oscar 1e, fils de Charles XIV Jean, jusqu’à Gustave VI Adolphe, tous les rois occupèrent le rôle de Grand Maître, à savoir Oscar 1e de 1844 à 1859, Charles XV de 1859 à 1872, Oscar II de 1872 à 1907, Gustave V de 1907 à 1950 et Gustave VI Adolphe de 1950 à 1973. Notons aussi que les rois de Suède étaient également Grands Maîtres sur le territoire norvégien, suite à l’union entre ses deux pays. En 1891, alors que les deux pays étaient encore unifiés, fut fondée la Grande Loge norvégienne. Malgré la scission des deux obédiences, le roi Oscar II resta Grande Maître en Suède et en Norvège pendant quelques années. Finalement, quelques temps avant la séparation du royaume de Suède et du royaume de Norvège, la Grande Loge norvégienne changea de Grand Maître et jamais aucun autre membre de la famille royale suédoise ou norvégienne ne fut Grand Maître en Norvège.

À la mort de Gustave VI Adolphe, c’est son troisième fils, le prince Bertil qui est devenu Grand Maître. Le prince Bertil était l’oncle de l’actuel roi Carl XVI Gustaf. Bien qu’il se peut que le roi actuel, ait été initié et ait pu pratiquer la franc-maçonnerie, il est le premier roi en deux siècles à couper la tradition des rois Grands Maîtres. Néanmoins, Carl XVI Gustaf est officiellement toujours protecteur de la franc-maçonnerie en Suède. Son oncle, le prince Bertil resta Grand Maitre de la Grande Loge de Suède jusqu’à sa mort en 1997. Le prince Bertil vivait avec sa conjointe, Lilian Davies sans être mariés. Cet homme de devoir, qui a fait passer la dynastie avant son intérêt personnel n’a jamais eu d’enfant. À sa mort, le titre de Grand Maître a définitivement quitté le giron de la famille royaje de Suede. Gustaf Piehl lui succéda. L’actuel Grand Maître est Christer Persson.

Le lien entre la monarchie suédoise et le Rite Suédois

Un Rite suédois singulier et royal

On ne peut s’intéresser au Rite suédois sans évoquer son ancrage profond dans la monarchie suédoise. D’ailleurs, entre nous, cette relation est aussi étonnante qu’ancienne. La franc-maçonnerie, dispersée à travers l’Europe, a revêtu en Suède des couleurs symboliques bien particulières, influencées par la royauté protestante. Depuis le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie a prospéré avec la bénédiction — ou plutôt sous le regard vigilant — des souverains suédois. Certains pourraient même dire que le Rite suédois est la création personnelle de la couronne… Pourtant, l’histoire s’avère plus subtile, pleine de nuances dignes des longues soirées scandinaves.

Ce rite, contrairement à ses cousins continentaux, exige non seulement la croyance en un Dieu chrétien, mais également la reconnaissance de la royauté nationale comme tutelle. Cette structure particulière fait du Rite suédois l’un des plus exclusifs au monde. On y trouve une fraternité à la suédoise, où chaque loge semble respirer l’esprit des vieux palais d’hiver de Stockholm. La spiritualité chrétienne suinte des rituels ; elle colore chaque geste, chaque symbole. Une douce singularité nordique, vous en conviendrez.

Quand histoire et monarchie forgent le Rite suédois

Le lien ténu entre la monarchie suédoise et le Rite suédois s’épaissit à mesure que l’on remonte le fil de l’Histoire. Dès la fin des années 1700, le roi Gustave III ne se contente pas de veiller sur le pays : il devient le protecteur suprême du Rite suédois, conférant à la franc-maçonnerie nationale une légitimité souveraine. On pourrait croire à une emprise, mais non : il s’agit d’un partenariat presque paternel — ce qui, dans la brume des forêts suédoises, a du sens. Entre le trône et la loge, les frontières s’estompent, au gré des saisons. Personnellement, je trouve que cet entremêlement donne à l’histoire du Rite suédois un caractère aussi mystérieux qu’élégant.

La structure initiatique, étagée en dix degrés, porte donc l’empreinte royale : chaque niveau symbolise non seulement un progrès spirituel, mais aussi l’adhésion à une certaine idée du service à la communauté et à la monarchie. Étonnant, n’est-ce pas ? Ce n’est donc pas un hasard si le Rite suédois en Suède attire encore aujourd’hui des frères attachés aux valeurs traditionnelles, où la fraternité danse avec la loyauté monarchique. Toute cela contribue à une atmosphère unique parmi les loges du Rite suédois.

Le Rite suédois : foi, symbolisme et Scandinavie

Il faut finalement parler de ce qui fait vibrer le Rite suédois parmi les autres courants : sa foi chrétienne, oui, mais aussi son symbolisme imprégné du Nord. Les rituels, inspirés à la fois par la franc-maçonnerie universelle et les coutumes scandinaves, valorisent le silence, la lumière, et cette fameuse « fraternité de la neige » — un concept que seul un hiver à Stockholm peut vous enseigner. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le Rite suédois de tradition chrétienne persiste dans un monde de plus en plus laïque ? Peut-être justement parce qu’il incarne la permanence et le respect de la tradition, à l’image de la monarchie suédoise.

Quant à la structure, elle offre à ses membres un cheminement majestueux vers la connaissance de soi, enveloppé de symboles séculaires. De la croix nimbée dans la salle aux références bibliques cryptées dans les rituels, tout y évoque la fidélité scandinave tant au spirituel qu’à la royauté. Voilà ce qui, pour moi, distingue le Rite suédois : l’alliage inédit de la foi, du symbole, et du souffle du grand Nord. Difficile d’y rester insensible quand on aime les vieilles pierres et les mystères hivernaux.

Le lien entre la monarchie suédoise et le Rite Suédois

Un Rite suédois singulier et royal

On ne peut s’intéresser au Rite suédois sans évoquer son ancrage profond dans la monarchie suédoise. D’ailleurs, entre nous, cette relation est aussi étonnante qu’ancienne. La franc-maçonnerie, dispersée à travers l’Europe, a revêtu en Suède des couleurs symboliques bien particulières, influencées par la royauté protestante. Depuis le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie a prospéré avec la bénédiction — ou plutôt sous le regard vigilant — des souverains suédois. Certains pourraient même dire que le Rite suédois est la création personnelle de la couronne… Pourtant, l’histoire s’avère plus subtile, pleine de nuances dignes des longues soirées scandinaves.

Ce rite, contrairement à ses cousins continentaux, exige non seulement la croyance en un Dieu chrétien, mais également la reconnaissance de la royauté nationale comme tutelle. Cette structure particulière fait du Rite suédois l’un des plus exclusifs au monde. On y trouve une fraternité à la suédoise, où chaque loge semble respirer l’esprit des vieux palais d’hiver de Stockholm. La spiritualité chrétienne suinte des rituels ; elle colore chaque geste, chaque symbole. Une douce singularité nordique, vous en conviendrez.

Quand histoire et monarchie forgent le Rite suédois

Le lien ténu entre la monarchie suédoise et le Rite suédois s’épaissit à mesure que l’on remonte le fil de l’Histoire. Dès la fin des années 1700, le roi Gustave III ne se contente pas de veiller sur le pays : il devient le protecteur suprême du Rite suédois, conférant à la franc-maçonnerie nationale une légitimité souveraine. On pourrait croire à une emprise, mais non : il s’agit d’un partenariat presque paternel — ce qui, dans la brume des forêts suédoises, a du sens. Entre le trône et la loge, les frontières s’estompent, au gré des saisons. Personnellement, je trouve que cet entremêlement donne à l’histoire du Rite suédois un caractère aussi mystérieux qu’élégant.

La structure initiatique, étagée en dix degrés, porte donc l’empreinte royale : chaque niveau symbolise non seulement un progrès spirituel, mais aussi l’adhésion à une certaine idée du service à la communauté et à la monarchie. Étonnant, n’est-ce pas ? Ce n’est donc pas un hasard si le Rite suédois en Suède attire encore aujourd’hui des frères attachés aux valeurs traditionnelles, où la fraternité danse avec la loyauté monarchique. Toute cela contribue à une atmosphère unique parmi les loges du Rite suédois.

Le Rite suédois : foi, symbolisme et Scandinavie

Il faut finalement parler de ce qui fait vibrer le Rite suédois parmi les autres courants : sa foi chrétienne, oui, mais aussi son symbolisme imprégné du Nord. Les rituels, inspirés à la fois par la franc-maçonnerie universelle et les coutumes scandinaves, valorisent le silence, la lumière, et cette fameuse « fraternité de la neige » — un concept que seul un hiver à Stockholm peut vous enseigner. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le Rite suédois de tradition chrétienne persiste dans un monde de plus en plus laïque ? Peut-être justement parce qu’il incarne la permanence et le respect de la tradition, à l’image de la monarchie suédoise.

Quant à la structure, elle offre à ses membres un cheminement majestueux vers la connaissance de soi, enveloppé de symboles séculaires. De la croix nimbée dans la salle aux références bibliques cryptées dans les rituels, tout y évoque la fidélité scandinave tant au spirituel qu’à la royauté. Voilà ce qui, pour moi, distingue le Rite suédois : l’alliage inédit de la foi, du symbole, et du souffle du grand Nord. Difficile d’y rester insensible quand on aime les vieilles pierres et les mystères hivernaux.

Ordre de Charles XLL

L'Ordre de Charles XIII pourrait-être l'une des réponses à la récurrente question de savoir si la "Chevalerie maçonnique" possède une fontaine d'honneur suffisante pour être considérée à l'équivalence de la chevalerie d'épée...?

Carl Frédérick von Eckleff fonde le 26 Décembre 1759 le rite maçonnique dit Suédois de stricte observance "Eques a soles vivicante" rituel fondateur de la franc-maçonnerie suédoise et norvégienne dont il devient le Grand-Maître.

Dignitaire de cette institution le Duc Carl von Södermanland lui succède comme Grand-Maître le 3O Novembre 1774.

Après la révolution et la déposition de son neveu Gustave IV, le Duc Carl von Södermanland monte sur le trône sous le nom de Charles XIII et ce en 18O9.

Le 27 Mai 1811, Charles XIII décide la fondation d'un Ordre chevaleresque éponyme exclusivement réservé aux Francs-Maçons Suédois de stricte observance. L'institution est limitée en plus des princes royaux à 27 membres civils et 3 ecclésiastiques. Ces récipiendaires devaient au préalable à cet honneur être titulaires du dixième grade ou degré du rite Suédois du Chapitre des Illuminés de Stockholm (Dignitaire Chevalier de la Croix Rouge du Temple). Nous nous garderons bien de prendre position sur l'imaginaire ou réelle succession de l'Ordre du Temple en Franc-Maçonnerie?

Les mauvaises langues prétendent que le roi créa cette dignité aristocratique réservée aux Francs-Maçons en reconnaissance de leurs actions ayant favorisé son accession au trône, mais que ne dit-on pas!

Les membres uniquement nommés par le souverain, portent un costume de velours or, des bottes de mousquetaires, un col de dentelle, un manteau blanc frappé de la croix pattée de gueules, insigne de l'Ordre au cou (Croix rouge) et épée au côté.

Pour être membre de l'Ordre il faut donc être initié Franc-Maçon et posséder les hauts grades néanmoins les princes royaux sont membres au berceau et considérés comme initiés de fait (c'est il me semble le seul exemple. Existe-t-il une cérémonie quelconque à l'imitation,si j'ose dire du baptême, nous aimerions bien le savoir...???)

La Reine Elisabeth Charlotte de Schleswig-Holstein-Gottorp ne pouvant avoir d'enfant Charles XIII adopte dès son accession au trône le prince Christian-Auguste d'Augustenbourg, qui décédé un an après et ne connu donc l'Ordre de Charles XIII. Sans successeur et en pleine crise politique le roi va adopter comme prince royal le Maréchal Jean-Baptiste Bernadotte, prince de Pontecorvo, initié au Grand-Orient de France il en est Grand-Officier d'Honneur. Dès sa réception comme prince suédois Charles XIII lui remet la responsabilité de l'Ordre maçonnique suédois avec le titre de "Procuratores Salomonis", se réservant la dignité de "Vicarius Salominis, sacrificatus, illuminatus, Magnus Jéhovah", titre toujours porté par le roi de Suède dit Maître-Régnant de l'Ordre maçonnique.

A la mort de Charles XIII (1818) le Prince royal de Suède et de Pontécorvo monte sur le trône sous le nom de Jean XIV héritant bien sur de l'ensemble des titres, dignités et responsabilités de son prédécesseur.

Comme nous l'avons dit le titre de "Vicaire de Salomon" est toujours porté par le roi en exercice ce qui en fait avec l'accord du clergé luthérien "comme le représentant du Christ ici bas" et ce depuis le 5 Mars 1780.

Les modifications de la constitution suédoise feront du premier né royal le futur souverain qu'il soit homme ou femme. C'est une princesse qui actuellement est donc héritière de la couronne et qui de ce fait va se retrouver chef de la maçonnerie suédoise, maçonnerie reconnue par l'Angleterre le 8 Mai 1799. Une femme sera donc pour la première fois responsable d'une maçonnerie régulière, le reine Elisabeth II n'en étant que la protectrice.

 

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Le Rite Suédois

Publié le 13 Septembre 2026 par T.D

Le Rite Suédois est peu connu des francs-maçons de la majeure partie du monde, mais il est le plus pratiqué dans les pays nordiques : Suède, Danemark, Norvège, Islande et Finlande. Il est également pratiqué d’une manière un peu différente par quelques Loges en Allemagne et en Espagne. D’inspiration strictement chrétienne, le Rite Suédois est un Rite mystique et illuministe qui, dans l’esprit, présente des analogies avec le Rite Écossais Rectifié. Mais en dépit de ses ressemblances avec d’autres Rites maçonniques, le Rite Suédois est unique dans son rapport à la monarchie, et débouche sur un Ordre qui est à la fois un ordre honorifique de la Couronne et une dignité maçonnique. Quelles sont donc les origines du Rite Suédois et quelles sont ses spécificités ?

Les débuts de la franc-maçonnerie en Suède 

La franc-maçonnerie qui s’implanta en Suède à partir de 1735 était d’origine française. Contrairement à ce qui se passa dans la plupart des États européens, Londres n’y joua aucun rôle. La première Loge fut fondée à Stockholm en 1735 par le comte Axel Wrede-Sparre (1708-1772), qui avait reçu en France les trois grades de la franc-maçonnerie symbolique. Trois ans plus tard, le baron Carl Frederik Scheffer (1715-1786) revenait en Suède après un séjour en France, muni d’une lettre signée en 1737 par Lord Derwentwater, alors Grand Maître de la Grande Loge de France : cette lettre l’autorisait à créer et administrer des Loges sous juridiction de la Grande Loge de France, dans l’attente d’avoir assez de Loges pour élire un Grand Maître pour la Suède. Le roi de Suède Frédéric Ier (1676-1751) s’inquiéta de cette nouvelle société et l’interdit en 1738, sous peine de mort. Mais il ne tarda pas à recevoir l’hommage officiel des francs-maçons et leva l’interdiction après quelques mois seulement.

La Grande Loge de Suède fut créée en 1761, sous le protection du roi Adolphe-Frédéric (1710-1771), avec des patentes de la Grande Loge de France et des rituels d’origine française, et le premier Grand Maître fut le baron Scheffer. Elle fut reconnue par la Grande Loge de Londres en 1770.

Les premiers hauts gtades du REAA pratiqués en Suède venaient également de France. En 1743, de retour d’un nouveau séjour en France, le baron Scheffer rapportait des rituels de hauts grades français et créait un premier Chapitre Écossais à Stockholm. Puis en 1754, un certain Dr Engelhardt recevait une patente du comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge de France pour la pratique des hauts grades. Il fonda une Loge et un Chapitre à Gothenburg en 1757. Et finalement en 1759, le comte Hirn rapporta d’autres hauts grades de Metz, qui ne deviendra française qu’en 1766, mais était déjà largement influencée par la France.

Les origines de Rite Suédois 

Tant par la mentalité que par la culture et la religion, les francs-maçons suédois se sentaient plus proches de leurs Frères des États allemands protestants que des francs-maçons français. Ils ne tardèrent pas à créer leur propre système, teinté de mysticisme, de rosicrucianisme et de légende templière. Le médecin et Conseiller à la Chancellerie Carl Frederik Eckleff (1723-1786) fonda en 1759 un Chapitre de hauts grades influencé par le mysticisme de l’École du Nord, et en particulier du mystique suédois Emmanuel Swedenborg (1688-1772). À la fondation de la Grande Loge de Suède en 1761, il en devint Grand Maître Adjoint et s’appliqua à retravailler ses rituels pour les faire adopter par la nouvelle Obédience.

Le nouveau Rite s’empara de la légende templière de la Stricte Observance Templière allemande, alors à son apogée, et décréta que, si l’Allemagne représentait bien la VIIe Province de l’Ordre, le Danemark en était la VIIIe et la Suède la IXe. Le Rite Suédois se donnait donc mission de restaurer ces Provinces, comme la Stricte Observance l’avait fait en Allemagne. Les deux Ordres entrèrent donc en une relation faite autant d’alliance que de rivalité. Les relations furent compliquées en 1764 par un transfuge de la Stricte Observance qui, ayant acheté les grades suédois à Eckleff, en tira sa propre version, qu’il diffusa en Allemagne. C’est le Rite de Zinnendorf, du nom de cet ambitieux franc-maçon allemand, Johann Wilhelm Kellner von Zinnendorf (1731-1782).

Le prince Charles de Sudermanie (1748-1818), second fils d’Adolphe-Frédéric, qui règnera sur la Suède entre 1809 et 1818 sous le nom de Charles XIII, joua un rôle important dans l’histoire du Rite Suédois, mais aussi de la Stricte Observance Templière. Féru de mysticisme et plutôt crédule, il fut reçu dans le Chapitre d’Eckleff en 1770. Eckleff, comprenant tout le profit qu’il pourrait tirer de ce personnage important, lui laissa sa place à la tête des hauts grades, lui vendant fort cher toute la documentation nécessaire pour administrer le Rite. Charles rajouta deux degrés aux neuf qu’avait créés Eckleff, renforçant ainsi la dimension templière et rosicrucienne du Rite, et fut aussi reçu dans l’Ordre Intérieur de la Stricte Observance Templière.

En Allemagne , le Convent de la Stricte Observance Templière tenu à Kohlo en 1772 désavoua le baron de Hund et Charles se présenta pour lui succéder, mais le Convent lui préféra Ferdinand de Brunswick-Lunebourg (1721-1782) comme Grand Supérieur de l’Ordre. Cet échec de Charles fut certainement une chance pour le Rite Suédois, qui aurait probablement disparu comme la Stricte Observance Templière si les deux Ordres avaient fusionné.

Les spécificités du Rite Suédois 

Le Rite Suédois est divisé en trois classes : 

Loge de St Jean

  1. Apprenti
  2. Compagnon

III. Maître

Loge de St André

IV/V. Apprenti et Compagnon de St André

  1. Maître de St André 

Chapitre

VII. Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Orient

VIII. Très Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Occident

  1. Frère Illuminé 
  2. Frère Haut Illuminé 

Le tout est couronné par un XIe grade, administratif : le Frère Très Haut Illuminé, Chevalier et Commandeur de la Croix Rouge.

On constate d’emblée que le Rite Suédois se place sous le patronage de deux Apôtres, St André et St Jean. St André est cité dans plusieurs hauts grades dits Écossais, car il est le saint patron de l’Écosse. Mais ici, il est plutôt vu comme celui qui introduit auprès de Jésus, car selon l’Evangile, il fut le premier disciple à suivre Jésus, et c’est lui qui présenta son frère Simon (le futur St Pierre) à Jésus. Et St Jean est important dans le Rite Suédois non pas tant comme Évangéliste que comme visionnaire et auteur de l’Apocalypse, annonciateur de la Nouvelle Jérusalem. Comme on le constate, le Rite Suédois est résolument et chrétien, et seuls des chrétiens peuvent y être reçus.

Mais contrairement à la plupart des Ordres maçonniques ou para-maçonniques du XVIIIe qui se réclamaient de l’héritage rosicrucien, le Rite Suédois ne se préoccupa ni d’alchimie ni d’occultisme pratique. Il se concentrait uniquement sur la théurgie, cherchant ainsi un contact mystique direct avec la Divinité. En cela, il rappelle l’héritage martinéziste du Rite Écossais Rectifié et la tradition martiniste. 

Une autre spécificité du Rite Suedois est sa très profonde relation avec la Couronne suédoise. Depuis Charles XIII, qui régna de 1809 à 1818, tous les rois de Suède furent statutairement Grands Maîtres de la franc-maçonnerie suédoise. Seul le roi actuel, Carl XVI Gustav (né en 1946) a rompu avec cette tradition, tout en restant Protecteur de la franc-maçonnerie dans son pays. La Grande Maîtrise n’appartient plus désormais à la famille royale.

Le signe le plus remarquable de ce lien privilégié entre la franc-maçonnerie suédoise et la Couronne suédoise est l’Ordre de Charles XIII, instauré par Charles XIII en 1811. Il s’agit d’un véritable Ordre chevaleresque honorifique de la Couronne, qui ne peut compter que 33 membres, et peut être conféré à des francs-maçons méritants, pour autant qu’ils aient reçu le XIe degré du Rite.

 

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Histoire du Rite suédois Histoire du Rite suédois

Publié le 13 Septembre 2026 par T.D

Le Rite suédois est un rite maçonnique pratiqué principalement dans les pays nordiques : Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède. La pratique de ce rite exige du franc-maçon qu’il se déclare chrétien. Il en existe également dans une forme nuancée en Allemagne et dans quelques loges à l’extérieur des pays nordiques.

Histoire

L’histoire de ce rite est assez largement liée à l’implantation de la Stricte observance dans la franc-maçonnerie d’Europe du Nord. Il fut fondé sur une base chrétienne et templière installée en Suède en 1759 par Carl Friedrich Eckleff :

La franc-maçonnerie est introduite en Suède par le comte Wrede-Spare, officier de cavalerie qui d’après son propre témoignage aurait été reçu apprenti à Paris le 4 mai 1731, compagnon le 16 novembre 1731 et maître le 6 mai 1733. La première réunion d’une loge portant son nom a lieu chez le baron Gabriel Sack le 17 mars 1735. Le roi Frédéric 1er interdit la franc-maçonnerie par décret le 21 octobre 1738, décret annulé quelques mois plus tard.

Le 13 janvier 1752, le comte Knut Carlsonn Posse fonde la loge « Saint Jean auxiliaire » qui se déclare Mère loge de Suède et, à ce titre, s’autorise à créer d’autres loges dans le royaume de Suède. L’année suivante, le baron Charles-Frédéric Scheffer, qui avait été initié le 14 mai 1737 à Paris dans la loge Coustos-Villeroy, en fut élu grand maître. Il était en possession d’un document daté de 1737 qui lui avait été remis par le comte de Derwentwater et qui est aujourd’hui conservé à Stockholm. Ce document paraphrase les constitutions de 1723, mais en affirmant que la franc-maçonnerie aurait un caractère exclusivement chrétien.

Les rituels français utilisés dans les débuts sont révisés en 1756. En 1761, le Grande loge de Suède est fondée. Le baron Scheffer en est le premier grand maître et Carl Friedrich Eckleff est assistant grand maître. Le duc Carl Von Södermanland, membre de la Stricte Observance et futur roi Charles XIII de Suède, en deviendra grand maître en 1774 et engagera alors l’organisation du Rite suédois en reprenant les bases d’un chapitre de hauts grades maçonniques fondé par Eckleff à Stockholm le 25 décembre 1759. Il présidera à des révisions du rite en 1780 et en 1800, date à laquelle fut établie la constitution fondamentale de l’ordre.

Fondamentaux du rite

Le rite suédois s’affirme comme fondamentalement chrétien. Il est imprégné de rosicrucianisme, de kabbale et de théosophie et rappelle à certains égards la doctrine de Swedenborg. D’après un rapport de 1828, il s’assigne comme but la connaissance de Dieu par la reconnaissance de l’esprit divin que chacun porte en soi, par l’appréhension de la dimension trinitaire et par la foi en Jésus-Christ.

Système du rite

Le Rite suédois est organisé en dix degrés répartis sur une structure en triptyque :

  • Loges de « Saint Jean » :
    • 1er grade : apprenti,
    • 2e grade : compagnon,
    • 3e grade : maître ;
  • Loges de « Saint André l’Écossais » :
    • 4e grade : apprenti,
    • 5e grade : compagnon,
    • 6e grade : maître de Saint André ;
  • Loges du « Chapitre » :
    • 7e grade : haut Illustre Frère (ou Chevalier de l’Est),
    • 8e grade : très haut illustre frère (ou Chevalier de l’Ouest),
    • 9e grade : frère illuminé,
    • 10e grade : frère haut illuminé ;
  • Les degrés qui suivent sont des degrés administratifs :
    • 11e grade : frère très haut illuminé,
    • 12e grade : chevalier commandeur de la Croix Rouge.

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Les devoirs du Maître Maçon

Publié le 13 Septembre 2026 par T.D

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. »

J. Corneloup.

Introduction

Cette citation résume bien le rôle que doit avoir le Maître Maçon dans la Loge. Celle-ci est un endroit privilégié dont il doit protéger la flamme. A la lumière du Rituel et des symboles il doit remplir ses devoirs et méditer pour pouvoir avoir la force d’apporter au dehors cette lumière sans en trahir ses secrets. La Loge doit rester un lieu en dehors du Temps où règnent la concorde et la fraternité, le Maître Maçon doit toujours préserver ce lieu sacré des querelles et des conflits du monde profane.

Mais il n’y a pas de droits sans devoirs et si un Maître Maçon peut prétendre à des droits, à un salaire dans son Atelier, il devra pour autant avoir accomplit ses devoirs. Par des termes solennels, prononcés à haute voix, le jour de notre élévation,  nous avons tous fait cette promesse solennelle :

  1. JE PROMETS DE ME CONSACRER À L’ÉMANCIPATION INTELLECTUELLE DE L’HOMME, À LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE, À LA PAIX AU SEIN DE LA PATRIE ET PARMI LES PEUPLES, ET DE CONSIDÉRER MON DEVOIR SUPÉRIEUR À MA VIE.

Cette profession de foi humanisme est une des clé de l’œuvre et de l’idéal maçonnique. Peut-être que cet idéal est tellement élevé que personne n’a vraiment conscience de pouvoir y contribuer un jour ? Pourtant, les liens fraternels qui unissent tous les Francs-Maçons du monde nous rappellent que nous appartenons à un ensemble plus vaste et que l'homme seul ne peut rien. Car, tant que les hommes seront asservis par l'ignorance, l'intolérance, le dogmatisme et le totalitarisme, la Franc-Maçonnerie aura encore un rôle à jouer. Le Maître Maçon est la sentinelle avancée de l’humanité. Il a compris que les dogmes sont les ennemis du genre humain et son devoir est de croire que l’homme est perfectible. C’est pourquoi, il se doit de toujours donner « sa chance à autrui » en l’aidant à se perfectionner. Il ne se compromettra jamais avec un pouvoir totalitaire, une pensée unique ou une masse populaire qui nie les droit de l’individu et aliène la liberté de tous.

  1. JE PROMETS À NOUVEAU DE CONTINUER À REMPLIR CONSCIENCIEUSEMENT TOUTES LES OBLIGATIONS QUE J’AI CONTRACTÉES LORS DE MON INITIATION ET DE MA PROMOTION ; DE SUIVRE ASSIDÛMENT LES TRAVAUX DE LA LOGE ET DE NE PAS LA QUITTER SANS EN INDIQUER FRANCHEMENT ET SINCÈREMENT LE MOTIF.

Cette partie de la promesse semble très claire. Le devoir de Fraternité est indispensable à la « Chaîne d’Union » qui nous unis. Chaque Frère est un élémosinaire en puissance et il se doit d’avertir le Frère élémosinaire en charge ou le VMEC\ qu’un de nos Frères a besoin d’aide et notre devoir est de lui venir en aide.

Par ailleurs, le Franc-Maçon doit contribuer activement à la concorde, il se doit d’être un homme de conciliation et de dialogue. La Sagesse et la Règle doivent être son seul guide. Malheur à lui s’il apporte dans la Loge, ce lieu sacré, la discorde et la division. Les épées se retourneront contre lui !… La vengeance des Frères dans le monde entier sera réelle, il aura quitté définitivement la « Chaîne d’Union » et sera devenu, pour l’ordre, un renégat.

Enfin, on ne vient pas en Loge seulement pour se faire plaisir en ne sélectionnant que les travaux qui nous plaisent… La Règle est la même pour tous et il est assez évident qu’une participation active à tous les travaux de la loge permettent vraiment d’atteindre les objectifs de la promesse. Les séances d’instruction notamment sont un moment privilégié pour poser des questions, s’exprimer et écouter. Les tenues favorisent « l’abandon des métaux »  et la participation à « l’egregore »  de la Loge. Le rituel favorise l’introspection et permet une certaine communion fraternelle. Les conférences ou tenues blanches ouvertes et les sorties familiales sont aussi une forme d’initiation nécessaire et les  ignorer est une forme d’égoïsme personnel qui n’est pas vraiment compatible avec les devoirs d’un Franc-Maçon. Sans aller jusqu’à dire : « hors de l’église point de salut ! »  Ce qui serait réintroduire le dogme on peu simplement dire que c’est en fréquentant la loge que l’on devient maçon de la même manière que « c’est en forgeant que l’on devient forgeron. »

  1. JE PROMETS DE NE RÉVÉLER À AUCUN PROFANE, NI À AUCUN APPRENTI OU COMPAGNON, LES SIGNES DE RECONNAISSANCE ET LES USAGES DU GRADE DE MAÎTRE.

Le compartimentage du système maçonnique en plusieurs degrés de Lumière est indispensable pour protéger celui qui n’est pas encore prêt à recevoir une Lumière trop vive. Loin d’en arriver à la suffisante et classique phrase : « ce n’est pas de ton grade ! », un juste milieu reste nécessaire. Celui qui pose la question a en lui déjà la moitié de la réponse et c’est une insulte à son intelligence que de ne pas lui répondre. Mais la réponse doit être voilée, elle doit être adaptée au degré de celui qui a posé la question.

L’un des principes de notre ordre semble être la « digestion » ou plutôt, la faculté de « ruminer ». Il est essentiel que chacun trouve ses propres réponses et notre véritable devoir de Maître face aux Compagnons et aux Apprentis est simplement de donner des outils et d’indiquer des portes qu’il incombe à eux seul d’ouvrir et de découvrir. Il est essentiel de comprendre que la Franc-Maçonnerie par ses symboles et ses rites ne cesse de voiler la vérité afin que le véritable adepte ne puisse la découvrir que par lui-même, par la connaissance de ses défauts et qualités et surtout, par sa propre révélation à lui-même…

  1. TOUT CELA, JE LE PROMETS SUR MA PAROLE DE FRANC-MAÇON !

« Malheur à celui qui reniera ce serment… Les épées se retourneront contre lui ! ». C’est bien ainsi que le dit le Rituel… En promettant ainsi solennellement sur sa propre parole de Franc-Maçon, celui-ci s’exposera à être rejeté et méprisé par ces Frères s’il lui arrive un jour de la renier.

Au-delà des mots et des objectifs il y a la Règle, la conscience de chacun et lorsqu’on a perdu la Règle, il ne reste que les règlements… La Règle est manipulable c’est vrai !… Mais il reste cette petite voix au fond de chacun de nous qui continue à nous murmurer la « Voie Royale ». Bien qu’on essaye de la faire taire, ou l’ignorer, elle est toujours là pour nous dire où est le bien et où est le mal. « Errare Humanum est, perseverare diabolicum ! », disaient les romains.

Conclusion

Pourvoir discuter avec des « frères », toutes « griffes » rentrées et entamer un réel dialogue sans crainte, comme dans le monde profane, d'être « jugé », « attaqué » ou « dénigré ». Voilà la meilleure manière de progresser sans risque de sombrer dans l'erreur du dogme car à tout moment, on sentira la main fraternelle d'un frère qui vous indiquera la Voie.

« Connais-toi toi-même » est une devise terrible car il n'y a pire juge que soi-même. La descente aux Enfers et une chose que l'on ne peut faire en solitaire. La main secourable d'un frère est indispensable pour éviter le pire et échapper au dégoût de soi-même. C'est une expérience unique et indispensable, mais dangereuse car il est difficile d'être « libre » et affranchi des dogmes. Les frères sont autant de miroirs qui nous permettent de suivre le processus et de nous voir dans notre réalité. Il n'est pas facile de faire taire tous ces petits « moi » égoïstes qui forment notre conscient et notre inconscient afin de faire naître le véritable Être. Le « Maître » universel qui a toujours été en nous.

Le rituel maçonnique amène l'homme au plan éternel et le met en relation avec le cosmos. Il éveille la conscience d'un chemin qui pourrait réunir la demeure transitoire et l’Être lumineux. La Maîtrise n’est pas une ligne d’arrivée, elle n’est que le début de la véritable initiation. L'initié authentique est celui qui, après avoir refusé les ténèbres a trouvé la lumière et s'efforce de faire régner la justice et l'amour, l'harmonie et la paix sur ce chemin qui donne une direction, une orientation à sa vie.

Le Franc-Maçon s'efforce de bâtir un Temple intérieur dont les murs ne sont jamais assez hauts pour qu'il puisse les terminer et les recouvrir, aussi, symboliquement les étoiles, la lune et le soleil sont toujours visibles de l'intérieur du chantier. Grâce à ce mythe, équivalent à celui de Sisyphe, le Franc-Maçon reste en contact avec le cosmos et ne se coupe pas de l'ordre universel. S'il est intéressant de se demander ce que la Franc-Maçonnerie nous a apporté, il est peut-être plus important de se demander ce qu'on a pu apporté soi-même à la Franc-Maçonnerie?... Il peu arriver qu’on puisse, un jour, être déçu de ce qu’a pu nous apporter d’être maçon et de faire partie d’un atelier. Mais on le sera jamais vraiment de la Franc-Maçonnerie qui est un idéal, à moins de l’avoir soi-même trahit ? D'où la nécessité de l'assiduité et de faire corps avec l'egregore de la Loge.

Toutes les traditions sont intéressantes à étudier, mais est-ce pour autant nécessaire de renier tout ce qu'on est et qui pourrait être profitable aux autres?... Il faut se dire que la Loge est faite d’hommes et qu’elle a de ce fait les qualités et les défauts des hommes. Seule l’esprit de fraternité et le dépôt des métaux aide à pouvoir faire corps avec le rituel, de sentir l’âme de la Loge, d’enrichir sa spiritualité et de recevoir la Lumière authentique.

La Loge est un microcosme peuplé d’hommes de différents horizons et degrés intellectuels, d’origines, de cultures et de fortunes divers. Aider son prochain ou son Frère à progresser doit prendre le pas sur l’élitisme et la suffisance intellectuelle contraire à l’Humanisme auquel le Franc-Maçon se doit d’être fidèle.

L’Atelier est un laboratoire, un Athanor qui possède, en plus simplifié, les mêmes caractéristiques que toute organisation humaine avec leurs défauts et leurs qualités. L’absolue n’y existe forcément pas. La seule différence et la transmission du symbolisme et l’usage de la Règle qui permet de façonner la matière primaire, la Pierre Brute pour créer une alchimie où l’Esprit pourra triompher de la matière.

source : www.trimegiste.ch 

J.-M. C, Epalinges, le 18 novembre 2005.

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Les devoirs du maître maçon.

Publié le 12 Septembre 2026 par T.D

 

A la lecture de ce sujet le premier mot que j’entends c’est le mot « devoir », ce mot qui a mon avis dans notre société est maintenant trop souvent oublié au profit du mot « droit ».

A travers cette planche je traiterais des devoirs dans  notre société, ensuite puisque le grade de maitre n’est que le résultat d’une évolution il me semble important de parler des devoirs durant toute cette évolution et donc des devoirs de l’apprentis, les devoirs du compagnon et pour finir les devoirs du maitre maçon envers lui-même,  ses frères et la société dans laquelle nous devons apporter tout ce qu’on a pu prendre à l’intérieur.

Le devoir : (Pris dans le dictionnaire internet « Viktionnaire »)

Etymologie : Du latin debere (« choses dues »). Son usage remonte au IXe siècle.

Définition : Être obligé à quelque chose par la morale, par la loi, par sa condition, par l’honneur, par la bienséance, etc.

Pour faire un point sur les devoirs et droits dans notre société française faisons un retour en arrière dans notre histoire.

Jusqu’à la révolution Française il n’a jamais été question de droits. C’est en 1789 que la Révolution Française, en proclamant dès ses premières heures la Déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen, a montré sa volonté, en

rompant avec l'Ancien Régime, de faire passer l'homme de l'état de fils de l'Eglise et de sujet du Roi (n'ayant aucun droit, mais seulement des devoirs) à celui de citoyen, capable en exerçant ses nouveaux droits de devenir un acteur autonome au sein de l'humanité.

Les droits qu’ils soient individuels ou collectifs, ont des sources très variées. Certains découlent de principes religieux, mais beaucoup d'autres proviennent de réflexions philosophiques, comme “la liberté de conscience”, ou de luttes sociales comme “le droit d'association”.  Le contenu concret des droits a en fait très largement évolué au fil du temps ; il ne cesse de s'actualiser, de se moderniser. Ainsi, le droit de propriété a été progressivement encadré par des droits et devoirs sociaux.

Le devoir fait avant tout appel au sens des responsabilités personnelles, chaque individu devant rechercher dans sa conscience le fondement de ses comportements. Le devoir n'est plus le résultat d'une contrainte, mais d'un choix.

Nous sommes conduits à penser que les droits et les devoirs sont imbriqués ensemble qu'il y a à la fois autonomie et interaction entre droits et devoirs.

Que dit à ce propos l'article IV de la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en 1789 ?

La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a pas de bornes qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ; ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Cet article met en corrélation trois termes qui servent de liant à notre vie en société : la liberté, le droit et la loi. Notre société est évidemment bornée ; elle est bornée par le droit des autres.

C'est ainsi que nous pouvons mettre en relief les termes de la devise Liberté - Egalité - Fraternité ; la Liberté correspond au droit, l'Egalité au principe et la Fraternité au devoir.

Les droits sont une bonne chose mais il est important de se remémorer cette affirmation de Gandhi “C'est le devoir qui est la véritable source des droits”. Cette phrase de Gandhi est nette et elle donne explicitement au devoir la prédominance sur les droits.

Dans une telle perspective, le devoir constitue la base fondamentale de la société, et les droits ne sont qu'un produit du devoir.

Je vais vous parler maintenant des devoirs dans notre association en commençant par les devoirs de l’apprenti.

Il est bon je pense de rappeler que la première partie du rituel d’initiation au

REAA commence dans le cabinet de réflexion avec le voyage de la terre durant lequel l’impétrant rédigera son testament philosophique dans lequel il lui est posé 3 questions :

Les devoirs de l’homme envers l’humanité

Les devoirs de l’homme envers sa famille

Les devoirs de l’homme envers lui-même

Des notre premier contact avec la franc maçonnerie nous somme amené à réfléchir et prendre conscience de tous les devoirs qui nous incombent.

Ensuite vont suivre les 3 autres voyages et toute une série d’engagements et de devoirs seront pris. En voici une liste non exhaustive : Un engagement sans faille, le respect du secret, assiduité, soumissions aux règlement particulier de la loge et généraux de l’obédience, silence sur les travaux, aide et soutien à tous les frères sans nuire ni à soit même sa famille ou la nation, être bon, rayonner s’investir pour les siens, être un homme d’honneur intègre et travailleur, promouvoir et agir pour la fraternité… je m’arrête là mais on pourrait très certainement continuer longtemps.

L’apprenti a pour premier devoir de travailler sur sa pierre sur lui : il faut qu’il dégrossisse sa pierre. Pour cela il va travailler avec les premiers outils qui lui sont confiés. Mais une des principales choses qui lui est demandé au REAA c’est le silence, ce silence qui entraine l’écoute, l’analyse et la compréhension. Si je devais faire un point sur ce que m’a apporté ce grade, je pense que c’est  une faculté plus forte à relativiser et à analyser, en effet cette question m’avait été posée lors de mon augmentation de salaire et ma réponse fut : Lorsque que j’étais encore profane si un problème se présentait j’avais tendance, comme je pense beaucoup d’homme, a paniquer et a m’effondrer devant, à tel point que je préférais parfois le contourner que l’affronter même si je savais qu’un jour ou l’autre il me rattraperait. Aujourd’hui mon comportement devant un problème est beaucoup plus réfléchi, avant de chercher à le résoudre je prends du recul pour relativiser, mieux l’analyser et lorsque  j’ai la solution puisqu’il y a toujours une solution : alors à ce moment là je l’affronte.

Maintenant je vais vous parler des devoirs du compagnon au REAA.

Lors de sa cérémonie de promotion au deuxième degré, à la fin du premier voyage il lui est dit qu’il a le devoir de développer ses cinq sens, car ils constituent le moyen de contrôle indispensable pour une recherche sur notre nature profonde « connais-toi toi-même », ils sont également les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur.

Au deuxième voyage on l’informe que le compagnon doit aussi s’efforcer à devenir une Colonne vivante qui s’élève vers les hauteurs, tout en s’appuyant sur la terre qui lui a donné naissance. Dans le troisième voyage on lui dit qu’il va devoir chercher à acquérir les connaissances nécessaires en procédant toutefois à la prudence qui s’impose à nos faibles moyens. On lui rappelle que l’initié ne doit pas présumer de ses forces, qu’il doit demeurer modeste et que c’est ainsi qu’il obtiendra des résultats qui sont refusés à la présomption du profane. Ensuite à la fin du quatrième voyage il peut en déduire qu’il lui faudra, tel les grands initiés, toujours s’efforcer selon ses moyens de répandre les enseignements. Pour finir son cinquième et dernier voyage lui apprend que le travail constitue pour le franc maçon une véritable mission. Quelle que soit la place que nous occupions sur le chantier, même la plus humble, nous savons que notre effort concourt à la réalisation de l’ordre cosmique.

Durant ce grade le franc maçon va pouvoir voyager pour chercher à apprendre autrement, à comparer ses connaissances à celles des autres et peut être du coup modifié ses acquis pour les améliorer. Le compagnon va devoir s’ouvrir aux autres pour encore chercher à s’améliorer. Le point essentiel que m’a apporté ce grade, ce n’est pas comme on pourrait le penser le voyage et l’ouverture sur l’autre car étant dans le commerce je bougeais déjà beaucoup et bien évidemment j’aimais l’homme car sinon il est impossible d’exercer ce métier.  Non le bénéfice que j’en ais tiré se situe surtout au niveau de la glorification du travail. J’ai, à partir de ce moment, réellement pris conscience de l’importance du travail pour construire, se réaliser, apporter à autrui, et finalement connaître une réelle liberté.

            Sachez pour ceux qui ne me connaissent pas qu’il n’est pas dans mes habitudes de rédiger des planches longues, mais il me semblait vraiment indispensable de suivre tout ce cheminement car c’est je pense le fondement et l’évolution de tout ce qui peut s’en suivre. Finissons avec ce que sont selon moi les devoirs du maître maçon au REAA.

Nous pouvons d’ores et déjà dire comme un de nos frères a pu l’indiquer dans une de ses planches : Lors de la cérémonie d’exaltation à la maitrise nous rencontrons quatre sortes de devoirs. Le devoir écrit au pluriel avec une minuscule comme initiale. Il manifeste ainsi que l’on n’attend pas du Frère qu’il ait pu contracter, malgré l’importance des serments précédemment formulés par lui, des devoirs majeurs qu’il ne pouvait avoir encore appréhendé que de façon fragmentaires. Il y a ensuite le devoir toujours au pluriel mais cette fois avec une majuscule, ce sont les devoirs d’homme d’honneur et de Franc Maçon. Avec la dimension de Franc Maçon, qui vient elle même crescendo à celle d’homme d’honneur, la notion de devoir ne peut plus être mineure, pas plus que minuscule. Puis nous rencontrons le devoir au singulier et en minuscule,  nulle obligation lourde, aucune contrainte extérieure, il s’agit de l’expression d’un simple devoir, celui qu’on reconnaît sans peine comme un dû léger à assumer. Et enfin le devoir au singulier avec une majuscule, celui que l’on trouve à l’achèvement du récit du T\V\M\ : «  Ainsi périt l’Homme juste, fidèle au Devoir jusqu’à la mort. ». il marque la synthèse des obligations reconnues, comprises et assumées, synthèse qui caractérise l’homme juste. Pour ce qui est des devoirs du maitre maçon en général, je dirais qu’il doit se souvenir de tous les engagements qu’il a pu prendre lors des grades précédents, ils se doit bien entendu de les honorer et à partir de là une autre dimension se crée pour lui, il s’élève au dessus de tout ça, il comprend qu’il est sur terre pour apporter aux autres, que ce soit en maçonnerie ou dans la vie profane. L’apprenti et le compagnon recherchent la connaissance. Le Maître Maçon, est un homme d’action tendant vers l’extérieur. Le grade de Maître est le symbole d’une ascèse intérieure devant provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de Devoir. Le Maître admet que le Devoir et le Droit n’ont de sens que par rapport au bien. La contradiction existe entre le fait que le Devoir semble émaner de nous, et le fait qu'il nous contraint. Le sentiment du Devoir est donc inséparable de l’idée que nous nous faisons du bien, de l’attrait que nous éprouvons pour le bien. Agir par Devoir, c’est agir en considérant chaque fois ses actes sur le plan universel. Il s'agit de faire ce que le Devoir exige. Le devoir en quelque sorte nous grandit car il nous fait passer de l'individuel au Collectif.

Si l’Apprenti et le Compagnon sont en droit de se demander ce qu’ils ont récoltés après avoir assistés aux travaux de la Loge, le maître maçon à l’engagement de faire chaque soir le bilan de ce qu’il a semé, n’ont seulement en Loge mais surtout en dehors, car l’essentiel de son existence n’est pas dans sa Loge, mais dans le monde profane. Selon les Constitutions d’Anderson, la Loge est un endroit où les Maçons s’assemblent et travaillent. J’insiste sur le mot travail, travail qui doit se poursuivre impérativement en dehors de la Loge. Participer aux travaux de la Loge et rencontrer ses Frères est une chose. Mettre en pratique dans le monde profane ce qui a été appris en Loge en est une autre. La Franc-maçonnerie sera condamnée le jour où les maîtres maçons n’auront plus envie de se surpasser et de semer dans le monde profane. Qu’il n’y ait aucun malentendu, chaque maître maçon fait de son mieux et il n’est pas exigé de lui qu’il fasse des exploits. Il n’a pas l’obligation de réussir. Il n’a que l’obligation de faire mieux. Nous pouvons je pense distinguer trois sortes d’engagements du maitre maçon. L’engagement d’avoir une participation active aux travaux de la Loge en laissant nos métaux à la porte du temple. Participation active et non pas présence passive. L’engagement de se consacrer à son perfectionnement continu et à l’alchimie de son être intérieur, ayant pour aides l'enseignement maçonnique, ses outils, ses frères, avec assez d’humilité pour réaliser à quel point il sait tout ce qu’il ne sait pas. Et l’engagement du maître maçon à contribuer à l’édification d'un monde meilleur pour qu’il soit plus juste et plus humain, ce qui est en définitive l’objectif final de son serment. Ce n’est pas  un vœu utopique mais une réelle activité dans le monde profane. A défaut, le maître maçon est comme un arbre sans fruits.

Le maitre maçon doit également s’imposer des devoirs dans son comportement.

Il faut que la parole du maître maçon soit impeccable, car la parole est un outil qui peut détruire. Il est impératif d’en prendre conscience et par conséquent la maîtriser. Dire ce que l’on pense vraiment n’est pas toujours adéquat. Parler uniquement de ce que l'on connaît pour l’avoir pratiqué, suggérer plutôt qu’imposer, montrer par l’exemple personnel. En loge, le maître maçon donne le meilleur de lui-même, mais il  ne lui est pas nécessaire d'éblouir ses Frères par ses connaissances maçonniques ou ses réussites dans le monde profane, il ne doit pas non plus vouloir à tous prix imposer à l’autre comme il sied de se comporter.

Un autre aspect du comportement du maître maçon en Loge et dans la vie profane est sa faculté de vivre le moment présent, c’est-à-dire de donner la plus grande importance au moment présent, ici et maintenant. Quand vit-on ?  Hier, aujourd’hui ou demain. Evidemment maintenant, à l’instant présent où je vous lis mon texte. Tout le reste est souvenirs et passé, où imagination et futur. En vivant le moment présent, le maître maçon sera en pleine possession de lui-même, ce qui lui permettra de mieux gérer sa vie. Le passé ne lui est utile que pour les leçons et expériences acquises, le futur n’étant créé que par son action consciente du moment présent.

En ce qui concerne le comportement du maître maçon dans la vie profane, il semble évident qu’il doit être un exemple pour son entourage.

Je voudrais également dire quelques mots concernant le sentiment de gratitude qui doit animer tous les maîtres maçons. Savoir dire merci ne nous abaisse point. Au contraire, cela nous grandi. Par conséquent, quelques soient ses croyances religieuses, le maître maçon doit avoir un sentiment de gratitude pour le don de la vie qui lui est donné. Enfin, il doit avoir un sentiment de gratitude envers la Franc-maçonnerie et ses  frères qui participent à son évolution. Et par-dessus toutes choses, il ne doit pas oublier que sans amour, il n’existe rien. Parce que l’amour est partout, en nous, autour de nous, sur tous les plans : humain, cosmique …

En faisant un point personnel sur les devoirs du maitre maçon, je pense pouvoir dire que le devoir principal du maitre maçon réside dans l’action et vous citer une pensée d’Albert Einstein, qui est la suivante : « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ! ».

« Mes Frères, bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. Avant de nous séparer, élevons nous ensemble vers notre idéal. Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la lumière sur notre chemin 

                                                                                   J’ai dit.

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