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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Les Hauts Grades du Grand Ordre Égyptien

Publié le 2 Novembre 2026 par T.D

L'une des caractéristiques du Rite Égyptien est d'avoir été, à partir d'un unique patrimoine symbolique et rituel, organisé avec des modalités différentes selon les lieux et les époques.

Le choix du Grand Ordre Égyptien et de son Souverain Grand Conseil est de le pratiquer selon les modalités définies par l'accord de 1862 avec le Grand Orient de France.

C'est notamment dans ces formes, que les frères fondateurs du Grand Ordre Égyptien l'ont reçu, de filiations qui avaient subsistées depuis la fin du XIXème siècle.

L'un des points notables de cet accord est de délivrer l'enseignement du rite dans le cadre d'une échelle de 33 grades.

Dépositaire de l'intégralité du patrimoine symbolique et rituel du rite de Memphis-Misraïm, le Grand Ordre Égyptien et son Souverain Grand Conseil le conserve, l'administre et le confère donc selon une échelle de 33 grades :

4. Maître Discret

5. Maître Sublime - Maître des Angles

6. Chevalier de l'Arche Sacrée

7. Chevalier de la Voûte Secrète .

8. Chevalier de l'Épée

9. Chevalier de Jérusalem

10. Chevalier d'Orient

11. Chevalier Rose-Croix

12. Chevalier de l'Aigle Rouge

13. Chevalier du Temple

14. Chevalier du Tabernacle

15. Chevalier du Serpent

16- Chevalier Kadosh

17- Chevalier du Royale Mystère

18. Grand Inspecteur

19. Sage de la Vérité

20. Philosophe Hermétique

21. Patriarche Grand Installateur

22. Patriarche Grand Consécrateur

23. Patriarche Grand Eulogiste

24. Patriarche de la Vérité

25. Patriarche des Planisphères

26. Patriarche des Védas Sacrés

27. Maître Égyptien Patriarche d'Isis

28. Patriarche de Memphis

29. Patriarche de la Cité Mystique

30. Sublime Maître du Grand Oeuvre

31. Grand Défenseur du Rite, Chevalier de l'Aurore et de la Palestine

32. Prince de Memphis

33. Patriarche Grand Conservateur (Arcana Arcanorum)

Les Collèges Égyptiens administrent les grades du 4ème au 30ème.

L'Académie Égyptienne rassemble les 31ème et 32ème grades.

Le Souverain Grand Conseil réunit les Frères du 33ème grade.

Dans cette échelle, les grades qui sont réellement pratiqués sont : dans le cadre des Collèges Égyptiens, les 12ème Chevalier de l'Aigle Rouge, 20ème Philosophe Herméti­que, 27ème Maître Égyptien Patriarche d'Isis et 30ème Sublime Maître du Grand Œuvre ; dans celui de l'Académie, le 31ème Grand Défenseur du Rite, le 32ème n'étant conféré que comme une dignité maçonnique.

Le grade de 33ème Patriarche Grand Conservateur fait l'objet d'une cérémonie en pleine et due forme et ne peut être conféré que dans le cadre du Souverain Grand Conseil.

Les grades intermédiaires sont conférés par com­munication mais font pour certains l'objet de cahiers d'étude particuliers, sinon d'approfondissements rituels dans quelques cas, sans dévoiler ce qui ne doit pas l'être, on peut néanmoins donner quelques éléments sur les principales étapes qui vont structurer le chemin des Frères au sein des hauts-grades égyptiens du Rite de Memphis-Misraïm,

Il est en effet important de souligner le caractère progressif et cohérent des grades pratiqués.

Il s'agit d'un retour, par étapes, au cœur même des sources de l'initiation. Cette progression s'effectue dans une perspective à la fois historique et symbolique.

Ainsi les initiations vont accompagner les Frères de la Kabbale judéo-chrétienne (XVème / XVIème siècle), au renouveau de l'Hermétisme de la Renaissance, avec son profond enracinent dans les mystères grecs et romains, à l'Ésotérisme de l'Égypte.

La quatrième initia­tion parachèvera ces moments. Mais revenons avec quelques détails supplémentaires sur ces quatre principales étapes :

Première étape, le grade de Chevalier Rose-Croix de l'Aigle Noir, Blanc et Rouge dit Chevalier de l'Aigle Rouge (12ème) est peut être le plus surprenant tant il est riche.

Ce vieux grade hermétique, qui par là plonge ses racines bien au delà du XVIIIème siècle est attesté dans les années 1760.

Il fut pratiqué notamment à Metz par le Baron de Tsoudy, à Paris et à Marseille.

On le retrouve dans les années 1780 comme grade de fin de système du Rite Écossais Philosophique,

Il aurait disparu s'il n'avait été intégré à l'échelle de grade de Misraïm puis de Memphis, La deuxième grande étape est le grade de Philosophe Hermétique ou Philosophe Inconnu (20ème). Sur le plan initiatique, il s'inscrit sans nui doute dans cette «filiation» qui semble bien l'héritière lointaine des mystères pythagoriciens, éleusiaques ou même misraïques et qui prit bien des voiles depuis les cercles néoplatoniciens de la Renaissance.

On y met en oeuvre une riche interprétation symbolique du monde et l'ascèse initiatique en son sein.

Un voile nouveau est alors levé sur ce qui fut nommé l'hermétisme.

Le grade de Maître Égyptien, Sage des 'Pyramides, ami du désert eu Patriarche d'Isis (27ème) résume, prolonge et conserve !a quête et l'enseignement des petits rites égyptiens qui prospérèrent en France à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème.

Ses formes rituelles actuelles ont été fixées par Marconis de Nègre au milieu du XIXème siècle.

L'Égypte dont il est question est d'abord un symbole, ce berceau des initiations qui hante l'ésotérisme occidental depuis la Renaissance.

Mais les textes rituels de l'initiation utilisés dans le Grand Ordre Égyptien « réactivent » ici de ma­nière incontestablement authentique, ce que furent les « Mystères » d'Osiris dans leur formulation ptolémaïque.

Le Sublime Maître du Grand Œuvre (30ème) parachève la progression, en rappro­chant symboliquement et rituellement l'initié du « Premier Principe des choses ».

L'initié est conduit à travers les principales étapes de ce parcours vers la pleine réalisation de son être, lui permettant ainsi de révéler toutes les potentialités et les quali­tés de sa double nature humaine et spirituelle.

En conclusion, le travail initiatique auquel vous invite les Hauts Grades du Grand Ordre Égyptien tente de réunir dans l'harmonie, exigence humaniste et quête spirituelle.

Deux aspects qui sont, nous semblent-ils, inséparables de notre tradition maçonnique.

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Notes Historiques sur le Rite de Memphis Misraïm

Publié le 2 Novembre 2026 par T.D

L’édition des Notes Historiques sur le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, publiée, en 1933, par le G∴ M∴ du Rite pour la France, Jean Bricaud, est épuisée. Pour les besoins des Ateliers de notre Ordre répandus dans les deux hémisphères et donner aussi, aux Maçons des obédiences amies, curieux de l’histoire générale de l’institution, une occasion de mieux connaître les origines et le développement du Rite, nous avons cru bon de les rééditer.

Au texte primitif du regretté G∴ M∴ nous avons ajouté quelques brèves notes sur les événements qui ont suivi sa mort.

De plus, pour établir son actuelle activité, nous avons complété le tableau des ateliers et autorités du Souverain Sanctuaire de France.

Saint-Jean d’Eté, 1938. C. C.

Notes Historiques sur le Rite de Memphis Misraïm

Origine du Rite de Memphis-Misraïm

L’Ordre Maçonnique est partagé en différents Rites, lesquels, bien que divers, sont cependant tous basés sur les trois degrés de la Maçonnerie Symbolique.

En France, les Rites actuellement pratiqués sont : le Rite Français (Grand Orient), le Rite Écossais (Grande Loge et Suprême Conseil), le Rite Anglais (Grande Loge Nationale), le Rite Écossais rectifié (Loges de Maîtres Écossais de Saint-André, dans la Grande Loge Nationale) et enfin le Rite de Memphis-Misraïm (Souverain Sanctuaire).

Mentionnons encore, bien qu’étant en dehors de la Maçonnerie de tradition parce qu’il initie les femmes au même titre que les hommes, le Rite mixte, pratiqué par le Droit Humain et par la Grande Loge Mixte, scission du Droit Humain.

Notre but n’étant pas d’examiner l’organisation de ces Rites, mais de réunir en quelques pages des notes et dates historiques concernant le Rite de Memphis-Misraïm, nous dirons simplement que chacun de ces Rites a son autorité régulatrice et sa hiérarchie. L’autorité reconnue par chaque Rite, a seule le droit de constituer des Maçons, de promulguer des décrets dans ce Rite, et de conférer les degrés de sa hiérarchie.

Le RAPMM respectant par-dessus tout les principes traditionnels de la Franc-Maçonnerie qu’il a maintenus et veut maintenir intacts, tient à déclarer qu’il respecte l’indépendance des autres Rites, et comme il ne s’immisce en rien dans les actes émanant de leur autorité, il entend que les autres Rites agissent à son égard de la même manière.

Le Rite de Memphis-Misraïm est l’héritier des traditions maçonniques du XVIIIe siècle, dont il a gardé les sages principes, la force morale et la discipline. Il tire son origine de la Maçonnerie des Philalethes de Paris, des Frères Architectes Africains de Bordeaux, de l’Académie des Vrais Maçons de Montpellier, duRite de Pernety et surtout du Rite Primitif des Philadelphes de Narbonne.

C’est à ce Rite primitif des Philadelphes, établi vers 1779 à Narbonne par le Marquis de Chefdebien, que le Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm fait remonter l’origine de ses principes et la forme de son organisation. Le régime était divisé en trois classes de maçons qui recevaient dix degrés d’instruction. Ces classes ou degrés n’étaient pas la désignation de tels ou tels grades, mais des dénominations de collections pouvant être étendues en un nombre infini de grades. La troisième classe formée de quatre chapitres de Rose Croix s’occupait de la maçonnerie au point de vue ésotérique et étudiait par­ticulièrement les sciences occultes.

Le Rite primitif de Narbonne fut agrégé au Grand Orient en 1806. Mais, en avril 1815, il y eut, à Montauban, une sorte de renaissance du Rite.

Le Rite primitif de Narbonne avait, en 1798, été importé en Égypte par des officiers de l’armée de Bonaparte, qui avaient installé une Loge au Caire. C’est dans cette Loge que fut initié Samuel Honis, lequel, venu en France en 1814, rétablit à Montauban, en 1815, une grande Loge sous le nom Les Disciples de Memphis, avec l’assis tance de Gabriel Marconis de Nègre, du baron Dumas, du marquis de la Roque, de J. Petit et Hippolyte Labrunie, anciens frères du Rite. Le Grand Maître était le F∴ Marconis de Nègre.

À la suite d’intrigues, cette grande Loge fut mise en sommeil le 7 mars 1816. Les travaux furent repris en 1826 par une partie de ses membres, mais sous l’obédience du Grand Orient de France.

Quelques années plus tard, plusieurs frères, parmi lesquels Étienne Marconis de Nègre, fils du Grand Maître des Disciples de Memphis et haut gradé du Rite de Misraïm, eurent l’idée de réunir les degrés des divers Rites pratiqués jusqu’alors et de les consolider sur les principes adoptés à Montauban.

Ils examinèrent les degrés des divers Rites, les révisèrent et les encadrèrent d’un certain nombre de degrés rassemblant et expliquant les dogmes religieux des anciens Hiérophantes et des Initiations anciennes, puis ils donnèrent à cette organisation le titre de Rite ancien et primitif de Memphis. Les degrés d’initiation furent divisés en trois séries et sept classes, qui sont bien moins des rangées de degrés que des Écoles, où, comme dans le Rite primitif de Narbonne, sont enseignées les sciences maçonniques.

La première série enseigne la partie morale, reposant sur la connaissance de soi-même. Elle offre l’explication des symboles, des emblèmes et des allégories ; elle dispose les initiés à l’étude de la philosophie maçonnique.

La deuxième série comprend l’étude de l’histoire et des Rites maçonniques les plus universellement répandus, ainsi que des mythes poétiques de l’antiquité et des initiations anciennes.

La troisième série renferme le complément de la partie historique de la philosophie, elle étudie le mythe religieux dans les différents âges, de même que toutes les branches de la science appelée occulte ou secrète ; enfin, relativement à la Maçonnerie, elle en fait connaître la partie mystique et transcendante, composée d’ésotérisme et de grands mystères, et admet les études occultes les plus avancées.

Non seulement chacune de ces trois séries est formée de plusieurs divisions dans lesquelles sont conférés tous les degrés maçonniques modernes, mais encore, tout en conduisant progressivement à travers les anciens mystères où se révèle la raison d’existence de ces degrés, la dernière série révèle l’ésotérisme de la Maçonnerie, la Gnose, cette science qui s’est perpétuée de siècle en siècle jusqu’à nous et illumine aujourd’hui notre institution.

Telle est l’origine et la constitution du Rite ancien et primitif de Memphis, auquel est venu s’adjoindre, par la suite, le Rite de Misraïm.

D’après ce qui vient d’être dit, on comprendra facilement que le Rite de Memphis-Misraïm ne peut convenir qu’à un nombre très restreint d’individus, lis se recrutent principalement parmi les étudiants de l’Occultisme et de l’Hermétisme, lesquels, du fait de leurs études, sont plus aptes que les autres à comprendre les secrets maçonniques réels, ainsi que parmi les Maçons studieux qui ne se contentent pas de savoir faire certains signes ou d’apprendre la prononciation de certains mots dont ils ignorent le sens, mais sont désireux de remonter jusqu’à la source réelle de nos institutions et d’étudier la partie occulte et transcendante de la Maçonnerie.

Chronologie du Rite

1838. — Le F∴ Marconis de Negre écrivain, né à Montauban le 3 janvier 1795, fils de Gabriel Marconis de Nègre, réveille le Rite de Memphis par l’installation à Paris, au Prado, le 23 mars 1838, de la grande Loge Osiris, et à Bruxelles, le 21 mai, de la Loge La Bienfaisance. Élu Grand-Maître, Grand Hiérophante du Rite, le 7 juillet, le F∴ J.-E. Marconis procède, le 5 octobre, à l’installation du Sanctuaire de Memphis, chargé du Gouvernement de l’Ordre. Le Sanctuaire est composé du Grand Hiérophante et de Six Patriarches Conservateurs de l’Ordre, dont voici les noms : le F∴ Marconis, homme de lettres, le F∴ Delapline, ex-chirurgien de la Marine, le F∴ D. Audibert, membre de l’Institut, le F∴ Moutet, homme de lettres, le Fr. baron de Pœderlé, rentier, le F∴ Laroussie, rentier, le F∴ Dr Morison de Greenfield, médecin de S.A.R., le duc de Sussex.

1839.— Le mouvement s’étend par le réveil à Paris, le 21 mars, de la Loge Les Disciples de Memphis, de Montauban, la création, le 21 mai, de la Loge chapitrale Les Philadelphes, et, le 6 décembre, à Bruxelles, l’installation du chapitre Héliopolis.

1840.— Publication du Hiérophante, exposé complet des mystères maçonniques par J.-E. Marconis et E. Moutet. Installation, à Marseille, le 21 novembre, de la Loge chapitrale Les Chevaliers de Palestine, et à Paris, le 25 décembre, de la Loge chapitrale Les Sectateurs de Menés.

1841.— Le 15 juin, à la suite de diverses intrigues d’adversaires du Rite, interdiction est faite par le Préfet de police de Paris, sans autre motif sérieux que celui du bon plaisir, de réunir les membres du Rite de Memphis ; toutes les loges existant en France entrent en sommeil.

1842.— Après avoir constitué un Temple mystique pour la garde des Archives et la propagation du Rite à l’étranger, le Gouvernement de l’Ordre se met également en sommeil.

1848.— Le 5 mars, après sept années de sommeil, le Rite reprend ses travaux en France, et trois Loges, un Chapitre et un Conseil sont remis en activité.

1849.— Publication des Statuts Généraux de l’Ordre. Introduction du Rite en Roumanie.

1851. — Le Fr. Marconis établit, à Londres, le 16 juillet, la grande Loge Les Sectateurs de Menés, et institue le Fr. Berjean Grand-Maître pour l’Angleterre.

À la suite des accusations dirigées au cours de l’année 1850 contre la Maçonnerie en général, l’autorisation de se réunir est retirée aux Loges du Rite de Memphis et à celles de la grande Loge Nationale. Les Loges de Memphis se mettent à nouveau en sommeil le 23 décembre.

1853. — Réveil du Rite en France, après l’échec d’une tentative d’union avec le Grand Orient.

1856. — Le grand Hiérophante Marconis se rend aux États-Unis, où il établit, le 9 novembre, à New-York, un Souverain Grand Conseil du 94e degré, avec le F∴ David Mac Lellan pour Grand Maître.

Le Rite est constitué en Égypte par la fondation, à Alexandrie, d’un Sublime Conseil de l’Ordre, sous le titre distinctif de Grand Orient d’Égypte, avec pouvoirs pour établir un Souverain Sanctuaire. Le F∴ marquis Joseph de Beauregard en est le Grand Maître.

En Australie, à Ballarat, est constituée la Mère Loge The Golden Bough of Eleusis.

1861. — Le F∴ Harry Seymour succède au Fr. Mac Lellan comme Grand Maître du Souverain Conseil Général des États-Unis.

1862. — Le 30 avril, le Maréchal Maignan, nouvellement promu à la Grande Maîtrise du Grand Orient de France, adresse à toutes les autres Obédiences une circulaire en vue de l’unité maçonnique en France. Le Rite de Memphis s’unit au Grand Orient qui l’admet dans son Grand Collège des Rites à la suite d’un rapport très favorable du F∴ Razy, membre de la Commission d’examen. Des Loges du Rite de Memphis sont constituées sous le contrôle du Grand Orient.

En juillet, le Grand Hiérophante établit une Charte pour la constitution aux États-Unis d’un Souverain Sanctuaire sous la grande maîtrise du F∴ Seymour. Cette Charte est ratifiée par le Grand Orient de France, le 3 septembre, et enregistrée dans son Grand Livre des Sceaux, sous le numéro 28.911.

Afin de faciliter la correspondance des degrés avec ceux du Grand Orient, les degrés du Rite de Memphis sont nominalement et provisoirement réduits de 95 à 33.

1863. — En juin, le Souverain Sanctuaire des États-Unis est définitivement établi. De nombreux Chapitres et Sénats sont constitués.

1865. — Des garants d’amitié sont échangés entre le Grand Orient de France et le Souverain Sanctuaire des États-Unis. Le garant d’amitié du Souverain Sanctuaire auprès du Grand Orient est le F∴ Heullant, Grand Officier, Chancelier de la Légion d’honneur.

Le 26 août, les FF∴ Joseph Garibaldi, 33e, ancien Grand-Maître du Grand Orient d’Italie, et Francesco di Lucca, 33e, Grand-Maître, sont élus membres honoraires du Souverain Sanctuaire des États-Unis. Des garants d’amitié sont échangés entre le Souverain Sanctuaire et le Grand Orient d’Italie.

Le 20 décembre, le Souverain Sanctuaire des États-Unis adopte la réduction en 33 degrés du Rite de Mem phis, conformément à l’accord survenu entre le Grand Orient et le Grand Hiérophante Marconis.

1866. — Le Rite s’établit en Égypte sur des bases solides. Toutefois, le Grand-Maître pour l’Égypte déclare que l’acte par lequel le Grand Hiérophante Marconis a abdiqué ses droits en faveur du Grand Orient de France n’ayant pas été contresigné par le Grand Chancelier du Rite, il refuse d’en reconnaître la légitimité. Il maintient l’organisation du Rite en 95 degrés.

1868.— Mort du Grand Hiérophante Marconis.

1869.— Le Souverain Sanctuaire des États-Unis rompt les relations avec le Grand Orient de France parce que celui-ci a reconnu, sous le nom de Suprême Conseil, un corps de Maçons de la Louisiane, qui délivrait clandestinement des Chartes pour l’établissement de loges dans cette juridiction, violant ainsi les droit et autorité de la Grande Loge légitime de Louisiane.

Notification est faite au Grand Orient de France par le Grand Maître Seymour, le 20 mars 1869.

Après la mort du Grand Hiérophante, le Gouvernement Suprême du Rite passe en Égypte, avec le marquis de Beauregard, comme chef du Rite.

1872.— Le Souverain Sanctuaire des États-Unis délivre, le 4 juin, une Patente au F∴ John Yarker, pour l’établis serment d’un Souverain Sanctuaire en Angleterre et en Irlande. Le 8 octobre, le F∴ Seymour, en une Assemblée générale des Membres du Rite, au Freemason’s Hall, à Londres (Siège de la Grande Loge d’Angleterre) constitue définitivement le Souverain Sanctuaire de Grande-Bretagne et d’Irlande, avec le F∴ John Yarker, comme Grand-Maître général. Le nouveau Sanctuaire nomme le général Garibaldi, membre honoraire, et des relations sont aussitôt établies avec le Suprême Conseil Écossais de Sicile et le Grand Orient d’Égypte.

1873.— Le 21 mars, le Fr. Salvatore A. Zola est élu et proclamé Grand-Maître du Souverain Sanctuaire de Memphis (Grand Orient National d’Égypte).

1874. — Le 11 janvier, le Grand Maître Zola est autorisé à assumer le titre de Grand Hiérophante du Rite. Le 23 juin, le F∴ Seymour, ayant résigné ses fonctions, le F∴ Alexandre B. Mott lui succède comme Grand-Maître Général du Rite aux États-Unis. Peu après, une scission se produit dans le Rite. Un certain nombre de FF∴ Américains, peu satisfaits de la réduction des degrés du Rite à 33, organisent le Rite Égyptien de Memphis, présidé par Calvin C. Burt.

1876. — Le Grand Orient National d’Égypte (Rite de Memphis) confère, le 25 octobre, à l’Ill∴ F∴ Garibaldi, les grades de 95 et 96e, avec le titre de Grand-Maître honoraire ad vitam.

1877. — Le Souverain Sanctuaire d’Angleterre confère, le 24 novembre, les grades de la Maçonnerie d’Adoption à Mme Blavatsky.

1880.— Le 13 septembre, le Souverain Sanctuaire d’Angleterre nomme à Naples, pour le représenter, le F∴ J.-B. Pessina, Grand-Maître du Rite réformé de Misraïm.

1881.— Les Souverains Sanctuaires des États-Unis, d’Angleterre et d’Italie nomment, en septembre, le général Garibaldi, au grade de Grand Hiérophante, 97°. Mais l’Égypte, s’autorisant de la succession directe au Gouvernement Suprême de l’Ordre, après la mort du Grand Hiérophante Marconis, refuse de reconnaître la légitimité de cette nomination. (Toutefois, la question fut résolue d’une façon conciliante en 1900.)

C’est sous la Grande Maîtrise de Garibaldi, qu’après bien des discussions, les Rites de Memphis et de Misraïm, qui ont, dans la plupart des pays étrangers, les mêmes hauts dignitaires, fusionnent en un unique Ordre maçon nique, à Naples. (Seul le Souverain Grand Conseil Général du Rite de Misraïm pour la France refuse d’entrer dans la Confédération des Rites-Unis de Memphis-Misraïm, et conserve sa hiérarchie de 90’, comme Rite Oriental de Misraïm, avec le P. F∴ Osselin comme Grand Maître.)

Un Souverain Sanctuaire des Rites de Memphis et Misraïm est constitué en Roumanie, en vertu d’une Charte délivrée le 24 juin par le F∴ Pessina au Fr. Constantin Moriou, Grand-Maître de la Grande Loge Roumaine.

1882.— Mort du Général Garibaldi, le 2 juin. Pessina se proclame son successeur comme Grand Hiérophante, mais il n’est pas reconnu par les Souverains Sanctuaires étrangers.

1883.— Le 6 avril, le Grand Hiérophante d’Égypte, S. A. Zola se démet de toutes ses fonctions maçonniques, et nomme pour le remplacer, comme Grand Hiérophante, le Professeur Ferdinand-Francis Oddi, mais sa reconnaissance comme tel, par les autres Souverains Sanctuaires, n’a pas lieu avant 1900.

1887. — Fondation, le 15 février, du Souverain Grand Conseil Ibérique, Rite National Espagnol de Memphis-Misraïm. Grand-Maître : F∴ Gimeno y Catalan.

1890. — Installation à Païenne, en vertu d’une Charte délivrée par l’Égypte, d’un Souverain Sanctuaire de Memphis pour l’Italie, avec le F∴ Salvatore Sottile pour Grand-Maître.

1894. — Le F∴ Villarino del Villar est élu le 30 mars, Grand-Maître du Souverain Grand Conseil Ibérique.

1900. — Le 30 mars, les Souverains Sanctuaires des États-Unis, d’Angleterre, de Roumanie, d’Espagne et d’Italie, signent un accord proclamant « Grand Hiérophante Universel », le F∴ Ferdinand François delli Oddi, Grand-Maître du Grand Orient National d’Égypte, Chef Suprême du Rite Oriental, charge qu’avait assumé durant sa vie le Puissant F∴ et Premier Maçon du Monde, Général Joseph Garibaldi, qui fut Grand-Maître honoraire du Grand Orient National d’Égypte (Egitto Massonico, N° du 31 mai 1900).

1902. — Disparition en France du Rite de Misraïm autonome.

Le Fr. J. Yarker succède au F∴ delli Oddi comme Grand Hiérophante.

Constitution par le Souverain Sanctuaire d’Angleterre du Souverain Sanctuaire pour l’Allemagne. Grand-Maître : Théodor Reuss.

1905. — Démission du Grand-Maître d’Italie et mise en sommeil du Rite en Italie.

1908. — Constitution à Paris, à la suite du Congrès Maçonnique Spiritualiste tenu en juin dans le Temple du Rite du Droit Humain, d’un Souverain Grand Conseil Général du Rite de Memphis-Misraïm pour la France et ses dépendances. La Patente Constitutive est délivrée par le Souverain Sanctuaire d’Allemagne, signée et scellée le 24 juin, à Berlin, par le Grand-Maître Théodor Reuss (Peregrinos) qui assistait au Congrès de Paris. Le Grand-Maître et le Grand-Maître adjoint sont le Docteur Gérard Encausse (Papus) et Charles Détré (Teder). La Loge Humanidad, précédemment rattachée au Rite National Espagnol, devient Loge-Mère pour le Rite de Memphis-Misraïm en France.

1910. — Le F∴ Frosini, de Florence, Délégué Général pour l’Italie du Rite National Espagnol, fonde à Florence le Rite Philosophique Italien en 7 degrés, résumant les degrés Écossais, de Misraïm et de Memphis.

1911. — Le F∴ Constantin Moriou abandonne, en raison de son âge (77 ans), la Grande Maîtrise du Rite en Roumanie. Le F∴ Colonel I.-T. Ulic lui succède comme Grand Maître.

1913. — Le Grand Hiérophante John Yarker meurt le 20 mars. Le titre de Grand Hiérophante est reconnu légitimement au Fr. Théodor Reuss, Grand-Maître pour l’Allemagne.

 

 

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Publié le 1 Novembre 2026 par T.D

 

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LES SOURCES DES RITES EGYPTIENS

Publié le 1 Novembre 2026 par T.D

La tradition maçonnique a cette particularité de s’enraciner dans l’histoire et de se fonder sur des mythes. Le rite oriental de MISRAÏM possède une historicité maintenant relativement bien établie, et a su intégrer des éléments trouvant leur origine dans les traditions et initiations occidentales plus anciennes. Car il faut bien distinguer les filiations historiques, de celles qui se fondent sur la communauté d’esprit et d’idéaux.

Le rite Oriental de MISRAÏM est l’un de ces rites que la légende, les mythes ou les fantasmes ont accompagnés durant toute son existence. Beaucoup plus ancien que l’on imagine habituellement, il nous conduit à nous interroger sur des points essentiels de la maçonnerie en général.

La Franc-maçonnerie actuelle n'est pas une école initiatique : elle ne donne aucun ensei­gnement dogmatique; elle respecte obligatoire­ment l'opinion de tous et celle de chacun ; elle n'est pas une université d'occultisme ; elle n'est pas dirigée par une hiérarchie de didascales, qui enseignent des néophytes et leur transmettent secrets   ésotériques   et  pouvoirs   initiatiques ;   ses dirigeants sont en certains pays des athées con­vaincus, que seul le progrès matériel et social inté­resse directement ; sans doute, elle donne la plu­part de ses instructions par le canal traditionnel du symbolisme; mais ce dernier n'est pas religieux; n'a pas de  tendance  mystique  et  repousse au contraire nettement toute intrusion d'un élément irrationnel dans la formation qu'elle donne à ses adeptes.

Toute différente était la maçonnerie du 18e siècle ! Elle ne groupait, en la plupart des rites, que d'ardents spiritualistes. Loin de se limiter à la recherche du bonheur humain, à l'émancipation des esprits, à l'éducation du cœur, elle mettait sa préoccupation essentielle dans la conquête de la Vérité, dans l'effraction des mille secrets de la Nature, dans les expérimentations les plus hardies dans le domaine spirituel. De là, cette extraordi­naire floraison des rites les plus variés, des obé­diences les plus singulières, des hauts-grades les plus mystiques et les plus hermétiques : pour nous en convaincre, il faut et il suffit de lire simple­ment la nomenclature des degrés qui constituent la maçonnerie égyptienne. Les religions, l'alchi­mie, l'hermétisme, la kabbale s'y rencontrent et s'y mélangent ; l'arbre de Misraïm est une école de secrets de toute espèce et ses quatre derniers degrés du régime napolitain, nous apportent les secrets les plus considérables de la tradition spiritualiste la plus vénérable.

Au XVIIIe siècle, dans le Sud de l’Italie et en Sicile, il y avait un certain nombre de loges qui travaillaient hors de la vue de la Sainte Inquisition. L’Egypte et Malte étaient des creusets bouillonnants d’activités hermétiques qui débordaient et touchaient l’Italie toute entière. D’abord Naples, qui se passionna pour les traditions égyptiennes dont on a hérité depuis l’Antiquité, et de sa vision de l’Egypte tournée vers l’initiation et les mystères. Les Pyramides envoûtaient. Les chercheurs interrogeaient les œuvres d’hommes tels que Giordano BRUNO (1548-1600), Tommasso CAMPANELLA (1568-1639), SPONTINI, alchimiste, Franco Maria SANTINELLI (Fra Antonio Crassellame Chinese), ainsi que des groupes Rose+Croix. Il existait alors un certain nombre de loges dans les provinces méridionales et en Sicile.

Le Rite Oriental de MISRAÏM serait né de la fusion de plusieurs Rites ésotériques et gnostiques. Officiellement celui-ci remonte à plus de deux siècles. Il revendique une première filiation, venant d'un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l'existence n'a jamais été historiquement démontrée.

Aucun auteur britannique ne mentionne ce Rite Primitif qui n’aurait jamais existé. Personne ne veut, ni ne peut admettre, une initiative intervenant tout juste quatre années après la création de la Grande Loge de Londres - tout comme l’Ordre de la Concorde qui admettait les femmes dès 1718 ou la Loge de la Parfaite Union de Belgique de 1720 - et qui ne se réclame pas d’elle. Depuis 1717 donc, toute instance maçonnique pour exister doit détenir une Patente de Grande Loge de Londres, Or, la Grande Loge n’a jamais délivré de Patente au Rite Primitif. Donc, ce Rite n’existe pas, n’ayant jamais eu l’autorisation d’exister.

Ce n’est cependant pas l’origine plus ou moins ancienne d’un Ordre maçonnique ou la fondation de ses Rite qui ennoblissent ou font apparaître son orthodoxie, voir son authenticité, mais l’exactitude de ses enseignements et son respect des doctrines maçonniques.

Plusieurs Rites ou Ordres initiatiques ont existé en France durant le XVIIIe siècle. Ils se présentaient comme héritiers de divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C'est le cas par exemple en 1759 du Rite Primitif de Narbonne, en 1767 des Architectes africains, en 1780 du Rite primitif des Philadelphes, en 1785 du Rite des parfaits initiés d'Egypte, en 1801 de l'Ordre sacré des Sophisiens et en 1806 des Amis du désert. Ces Rites s'inspiraient de ce que l'on appelait la « tradition    égyptienne », et consistaient en une association de traditions et de textes, telles qu'ils étaient compris à cette époque.

Concernant ces Rites Egyptiens, ce fut le cas par exemple du roman pseudo-initiatique, « Sethos ou Vie tirée des monuments et anecdotes de l'ancienne Egypte » de l'Abbé Jean TERRASSON (1731) helléniste et académicien, qui édita en 1728 un de "l'Oedipus aegyptianicus" d'Athanase KIRCHER (1652) et du "Monde primitif" de Court de GEBELIN (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l'hermétisme néo-platonicien, l'ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient également là une source naturelle d'expression. C'est ainsi que CAGLIOSTRO, par exemple, qualifia le rite qu'il constitua dans les années 1780 de « Rite de la haute maçonnerie égyptienne »

Dès 1745, à Naples s’opère une intense activité de recherches sur la Franc-maçonnerie de tradition égyptienne menée par d’illustres personnages.

Le premier repère historique vérifiable semble être la constitution d’une « Grande Loge de la Maçonnerie » vers 1750 à Naples, dont le Grand Maître était Raimondo di SANGRO, Prince de San Severo (1710-1771), descendant de Charlemagne, alors âgé de 37 ans, colonel en 1744 mais aussi inventeur, écrivain et académicien italien, occultiste passionné d’alchimie et de magie de la transmutation.

C'est aussi sous la grande maîtrise de ce prince que le baron Louis Henri Théodore de TSCHOUDY (1724-1769) qui ignorait encore la filiation égyptienne, comme d’ailleurs les rituels apocryphes dont on lui fait endosser la paternité, instaura et développa son « Rite hermétique » nommé " Étoile Flamboyante ", ou encore l’Ordre des Philosophes Inconnus. Son Rite, organisé en 7 degrés comprenait, outre les trois degrés bleus, les degrés suivants : Maître Parfait, Parfait Elu et Petit Architecte, Parfait Initié d’Egypte et le Chevalier du Soleil.

Le Baron TSCHOUDY l’introduisit en France où celui-ci sera très prisé. Mieux, certains degrés du Rite Hermétique seront adoptés tant par le Rite Ecossais Ancien que par le Rite de Misraïm.

Le catéchisme de ce Rite basé sur l’hermétisme et l’alchimie, expliquait le Grand Œuvre à partir des principaux symboles maçonniques. On retrouve une trace de ce rite dans le " Système philosophique des anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres hébreux sous l'emblème maçonnique " qui était organisé en sept degrés. Ce système avait pour chef à vie Charles GEILLE, né en 1753, qui était Grand Maître du Temple du Soleil de la Société des Philosophes Inconnus, société à but essentiellement alchimique.

C’est dans ce cercle nourri des écrits de Michel SENDIVOGIUS (1566-1646), dit le Cosmopolite, qu’il faudrait chercher les origines de ce qui sera plus tard le Rite de MISRAÏM.

La fin des années 1760 marque une nouvelle étape, lorsque commencent à circuler des traités d’initiation « égyptienne », comme celui de Karl Friedrich von KOPPEN (1734-1797) et Johann Wilhelm Bernhard HYMMEN (1731-1787).

Le Rite Primitif

Le Rite Primitif, organisé en 1759 par le Vicomte CHEFDEBIEN D’AIGREFEUILLE à Prague, alors haut lieu de l’Hermétisme a été amené à Narbonne en 1780. Parmi ses membres, il y avait MARCONIS de NEGRE « père », qui était détenteur de tous les degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté et de ceux de l’ancien Rite de Perfection.

Le Rite des Architectes Africains

Le " Rite des Architectes Africains " (comprenez, " Égyptiens ") fut créé à Berlin en 1767 par un officier  de l'armée  prussienne,  Friedrich  von  KÖPPEN  (co-auteur avec von Hymmen de Crata

       ’Repoa (1770), signifiant les Forces souterraines, sous les auspices de Frédéric II le Grand). Ce livre prétendait décrire l’initiation antique qui se donnait dans la grande pyramide en sept degrés (Pastophore ; Nécophore ; Mélanophore ; Christophore ; etc.). Deux Français, BAILLEUL et DESETANGS, devaient en diffuser une version française en 1821. Ce traité, qui n’est qu’un roman, dont il semble d’ailleurs que CAGLIOSTRO ait revendiqué la paternité, se rapporte vraisembla-blement aux rites de l’Ordre royal du silence des Architectes surnommés Africains. Ce serait ainsi le premier rite maçonnique égyptien connu, dont un chapitre provincial sera installé à Paris en 1778, par Frédéric KHUN. Mais cet ordre-là attend encore son historien.

Ce rite était organisé en 7 classes et fut pratiqué en Allemagne jusqu’en 1806. Il fut introduit en France en 1770 avec une structure composée de onze grades regroupés en triade (Osiris, Isis, Horus) et dont les appellations sont directement reliées à l’Egypte antique (Ex. : « initié aux secrets égyptiens », « Maître des secrets égyptiens », « disciple des égyptiens », « Porte de la mort »). Ce rite permettait de révéler les secrets de l’antique Egypte avec un aperçu sur l’alchimie, l’art de décomposer les substances et de combiner les métaux.

Le Rite des Philadelphes

La loge " Les Philadelphes " fut créée par le Vicomte François-Anne de CHEFDEBIEN D’ARMISSON et ses fils, dont cinq étaient chevaliers et officiers de l'Ordre de Malte, et du Rite primitif des philadelphes, également constitué à Paris en 1779 par SAVALETTE de LANGES, qui avait créé plus tôt, le 23 avril 1771, avec l’aide de nombreux Maçons, la loge Les Amis Réunis, qui s’occupait d’occultisme, d’alchimie et de théurgie.

Le Rite (ou Rit) Primitif des Philadelphes comportait un nombre incalculable de "grades" répartis en plusieurs classes et degrés, dont les détenteurs étaient regroupés en "chapitre". Le dernier chapitre concernait les grades de "Fraternité Rose+Croix de Grand Rosaire".

Certains Francs-maçons contestèrent la validité de tous ces grades et considérèrent leur fondateur, le Marquis de CHEFDEBIEN, comme un illuminé teinté de charlatanisme. D'autres considérèrent au contraire les Philadelphes comme de réels mystiques qui ont marqué l'histoire de la Franc-maçonnerie.

Le Marquis d'Armissan François-Marie de CHEFDEBIEN (1753-1814), chevalier de Malte, participa au Convent de Lyon, en 1778, en tant que représentant de la Septimanie pour le Rite Ecossais Rectifié (RER) et au Convent de Wilhelmsbad en 1782 comme représentant de la 3ème province de la Stricte Observance Templière... Il collabora activement avec le Marquis Charles, Jean, Pierre, Paul SAVALETTE de LANGES (1746-1797) au sein des Philalèthes (12ème et dernière classe du rite de la loge des Amis Réunis) à l'observation et l'archivage d'un grand nombre de sociétés maçonniques ou autres, et à la constitution d'une vaste bibliothèque, instrument de leur recherche de la "Vérité Unique" et de l'origine réelle du monde maçonnique. Cela mena les Philalèthes à deux convents inachevés. La hiérarchie de grades des Philadelphes correspondait en réalité à l'accès, selon le niveau, à divers documents de leur loge et de la bibliothèque des Philalèthes. En quête d'une sagesse immémoriale, le Marquis de CHEFDEBIEN fut donc un touche-à-tout du monde maçonnique et "ésotérique" de son temps.

En marge des marginaux, mais au cœur de la maçonnerie égyptienne dont il incarne à l’en croire l’orthodoxie, la haute figure, longtemps méconnue et injustement maltraitée, de Balsamo-CAGLIOSTRO intrigue et séduit.

Le plus important des rites égyptiens est sans conteste celui de CAGLIOSTRO et de sa Haute Maçonnerie Egyptienne, dont l’existence était attestée le 22 août 1781 à Strasbourg, mais il aurait été bien plus ancien. Légué par CAGLIOSTRO, de son vrai nom Joseph BALSAMO (1743-1795). Joseph BALSAMO est né à Tunis. Il appartenant à la famille Balsamo, petite noblesse pauvre sicilienne. Il avait hérité de son titre de Comte de CAGLIOSTRO par son oncle qui l’avait par testament chargé de relever le nom, le titre et les armes, comme il était d’usage de le faire en ce temps-là. Il a donc légitimement changé d’identité en devenant le Comte de CAGLIOSTRO .

On peut dire que ce rite, qui était véritablement initiatique, tirait ses origines de ce personnage connu à Venise sous celui de marquis de PELLEGRINI, dont Gérard de NERVAL et Alexandre DUMAS, notamment, en ont fait le prototype légendaire de l’escroc brillant et bouffon, sorcier et prestidigitateur. Un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grand Initié sans attache, magicien et enchanteur pour les autres, acteur occulte de la Révolution française pour l'ensemble. Sur chacune des facettes de sa personnalité apparente (voyant, magnétiseur, médecin, guérisseur, franc-maçon, aigrefin de renom, certainement, un être moralement indéfinissable), tant le Rite qu'il a fondé attirait des caractères trempés dans une eau, tout sauf plate.

Son rite occupait une place spéciale parmi les rites hermétiques.

Une chose est certaine, CAGLIOSTRO avait fréquenté la loge maltaise « Secret et Harmonie » existant déjà au début du XVIIIe siècle, et y  avait reçu, entre 1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’AQUINO, frère du Grand Maître national de la Maçonnerie Napolitaine, les Arcana Arcanorum, ces trois très hauts grades hermétiques, venus en droite ligne des secrets d'immortalité de l'Ancienne Égypte qui vont constituer les 87, 88, 89 et 90e degrés du  Rite de MISRAÏM,  composant  ce  que  l’on  a dénommé

 « l’échelle de  Naples » ou « scala di Napoli »..

Que sont donc les Arcana Arcanorum ? De très hauts grades, qui sont conservés dans un Souverain Sanctuaire par les Grands Conservateurs du Rite, et qui chapeautent l’édifice d’une Maçonnerie, qui en plus de posséder les 33 degrés supérieurs de l’écossisme, adjoint ces quelques degrés supplémentaires... Il y serait question d’enseignements concernant la survie de l’âme conformément à l’antique pneumatologie néoplatonicienne, et des principes d’alchimie interne y seraient développés.

Les Loges Maltaises et les Arcana-Arcanorum

Il aurait existé une Maçonnerie occulte de Malte dont les Grands Maîtres auraient eu la charge d’années en années, sans que Rome n’en pût savoir grand-chose. Ainsi Manuel PINTO de FONSECA — Grand Maître de 1741 à 1773, qui donne le change en expulsant six chevaliers qui maçonnaient clandestinement — est soupçonné d’avoir « dissipé des sommes immenses à la recherche de la pierre philosophale ». Quant au grand Maître Emmanuel de ROHAN — qui eut le magistère de 1775 à 1797 et fut le neveu du cardinal de ROHAN —, il est soupçonné par BROADLEY de ne pas être membre de la Loge, mais d’être Maçon « …mais les impératifs politiques et les préjugés l’empêchaient de le déclarer ouvertement ».

En 1764 fut fondée à Malte la nouvelle Loge Saint John’s of Secrecy and Harmony. On y trouve la présence du marchand danois KOLMER qui y fait tant de prosélytisme pour son rite maçonnique pétri de théurgie et de kabbale, qu’à la fin la Loge est mise en sommeil en 1771.

Or ce KOLMER est, selon certains auteurs, l’initiateur maçonnique de CAGLIOSTRO, dans les années 1766-1767. Dans cette Maçonnerie maltaise, CAGLIOSTRO œuvre au laboratoire alchimique du Grand Maître de l’Ordre de Malte, PINTO de FONSECA. Puis lorsque la main est donnée au Grand Maître Emmanuel de ROHAN, en 1775, ce dernier suit l’enseignement de CAGLIOSTRO. C’est la date à laquelle CAGLIOSTRO revient sur l’île, où il retrouve un autre chevalier de l’ordre de Malte, Luigi d’AQUINO di CARAMANICO. A cette époque il semble bien que d’AQUINO et CAGLIOSTRO aient un projet spécial. CAGLIOSTRO se déplace vers Naples où il reste plusieurs mois, « à professer la chimie et la kabbale ».  D’AQUINO di CARAMANICO fait de même, s’installe à Naples, où il dépose les trois degrés secrets dans la Maçonnerie : les Arcana Arcanorum, plus tard agrégés au rite de MISRAÏM sous l’autre appellation du Régime de Naples. Plus tard encore, les contacts entre CAGLIOSTRO et les chevaliers de l’ordre de Malte sont maintenus, puisque, dix ans après la création des Arcana Arcanorum, la Loge Saint John’s of Secrecy and Harmony est recomposée en 1785. Le député Grand Maître de la Loge en était un chevalier de l’ordre de Malte, le bailli Charles-ABEL de LORAS. Or celui-ci fut, quatre ans plus tard, Vénérable de la Loge romaine La réunion des amis sincères, lorsqu’il reprit contact avec CAGLIOSTRO sur le continent. A cette même époque, vers 1788, toujours selon REGHELLINI de SCHIO, CAGLIOSTRO s’est rendu à Rovereto, une bourgade non loin de Venise, pour y établir une Loge. C’est donc peut-être dans cette Loge que s’opéra le transfert des Arcana Arcanorum dans le Rite de MISRAÏM. Il est donc possible que le Rite y ait reçu un héritage gnostique ou égyptien. Si c’est le cas, il l’a reçu de CAGLIOSTRO et c’est pourquoi l’importance (réelle ou fictive) du personnage ne doit pas être mésestimée.

CAGLIOSTRO était de très proche du Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte, Manuel PINTO FONSECA, avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques. Il fonde en 1784 le « Rite de la Haute maçonnerie Egyptienne » dans sa Loge mère « la sagesse triomphante » de Lyon. Bien que ne possédant que trois degrés (apprenti, compagnon et maître égyptien), le Rite de MISRAÏM semble lui être indirectement relié, même si, aujourd'hui encore, il est encore difficile d'établir avec certitude où CAGLIOSTRO fut réellement initié et comment il bâtit son Rite. Peu après, un groupe de francs-maçons (appartenant à la communauté protestante anti trinitaire de Socino), membres de cette Loge égyptienne, reçurent de Cagliostro (qui à cette époque séjournait à Trente) une autre initiation maçonnique.

Selon Robert AMBELAIN, CAGLIOSTRO aurait été initié à des traditions de l’Antique Egypte qui existaient encore à cette époque dans des milieux coptes du Caire où Robert AMBELAIN aurait retrouvé la trace de son initiation.

Ces milieux coptes existaient encore avant la guerre de 1914 sous le nom de « Roses+Croix d’Orient ». AMBELAIN possédait un rituel oraculaire qui remontait à l’Antique Egypte, que CAGLIOSTRO possédait également et qu’il utilisait. Il n’était pas seulement un franc-maçon, mais aussi un occultiste. Il faut noter que CAGLIOSTRO a très peu écrit, il préférait agir. Il reste tout de même de lui ces phrases bien connues « Je ne suis d’aucune époque ni d’aucun lieu ; en dehors du temps et de l’espace, mon être spirituel vit son éternelle existence ».

CAGLIOSTRO fut dénommé aussi « le grand Cophte » ou «le hiérophante», ce qui dans la maçonnerie égyptienne, traduit son but : la constitution du « Corps glorieux » ou « Corps de gloire ».

L’hiérophante ou " Grand Cophte ", son titre en Maçonnerie égyptienne, affichait son objectif ; la construction d'un corps de lumière, un corps glorieux. Dans ses quarantaines spirituelles, il précise : " Chacun recevra en propre le Pentagone (Étoile Flamboyante),  c'est-à-dire   cette   feuille  vierge  sur   laquelle  les   Anges  primitifs  ont

imprimé leurs chiffres et leurs sceaux, et muni de laquelle il se verra devenu Maître et chef d'exercice ; sans le secours d'aucun mortel, son esprit est empli d'un feu divin, son corps se fait aussi pur que celui de l'enfant le plus innocent, sa pénétration est sans limites, son pouvoir immense, et il n'aspire à plus rien d'autre qu'au repos pour atteindre l'immortalité et pouvoir dire lui-même : Ego sum qui sum. " Cette immortalité étant acquise pendant la vie physique, Cagliostro décrit ici une étape de l'alchimie interne. Ses Arcana Arcanorum étaient, et sont toujours aujourd’hui, « une voie alchimique interne, une voie de l’immortalité acquise sur terre par la constitution d’un Corps de Gloire »

En 1782, depuis la Loge égyptienne de l’Ile grecque ionienne de Zante, se propagea à Venise et dans les régions limitrophes un système initiatique maçonnique ayant des caractéristiques rituelles égyptiennes évidentes. Au cours de cette même année, Marc BEDARRIDE, affirme que son père Gad eut la visite d’un étrange Initié égyptien.

Gad BEDARRIDE était un maçon initié en 1771 à Avignon. Grand voyageur, il aurait reçu en 1782 à Cavaillon, la visite d’un mystérieux Initiateur égyptien dont on ne connait que le nom mystique : « Le Sage ANANIAH ». C’est lui qui aurait initié Gad aux Secrets de la Maçonnerie Egyptienne et lui aurait conféré toute une série de « hauts grades ».

Mais qui pouvait bien être ce mystérieux Initiateur ?

On pourrait voir en lui « un rabbin originaire du Proche Orient », se réclamant peut-être de ce SABBATA TSEVI (ou Zevi) dont, au XVIIe siècle, les prédications messianiques causèrent un grand trouble dans les communautés juives de l’Empire Ottaman. On peut aussi, comme Gérard GALTIER, le rapprocher « du célèbre kabbaliste Hayyim Joseph David AZULAI originaire de Jérusalem et adepte de l’école mystique d’Isaac LURIA qui, bien que très versé dans l’ésotérisme, n’était pas sabbataïste. Il voyagea beaucoup en Europe et on sait qu’il passa dans le Comtat Venaissin en 1777 ». Il pourrait tout aussi bien s’agir de ce fameux KOLMER qui avait vécu de nombreuses années à Alexandrie dont parle l’abbé jésuite et polémiste Augustin BARRUEL qui fit sa connaissance en 1770. Notons que l’abbé fut un des premiers et des plus célèbres auteurs antimaçonniques et fondateur d’une école historique qualifiée de « conspirationniste » ou de « théorie du complot » vis-à-vis de la révolution française. Il pourrait aussi s’agir, pourquoi pas, tout simplement … de CAGLIOSTRO lui-même.

Signalons ici que ce n'est pas là la première allusion historique au passage d'un Supérieur inconnu de la Maçonnerie égyptienne dans le Comtat Venaissin : un autre écrivain en avait donné la nouvelle vingt-trois années avant la parution de l'ouvrage de Marc BEDARRIDE. C'est l'initié VERNHES, qui, dans son plaidoyer pour le rite égyptien, paru en 1822, signalait, lui aussi, le passage du missionnaire ANANIAH dans le Midi de la France, en l'année 1782.

Selon  cet  auteur  abondant,  romantique  et  touffu, l'apôtre St Marc, l'évangéliste, aurait converti au christianisme un prêtre        « séraphique » nommé ORMUS, habitant d'Alexandrie. Il s'agit évidemment d'une erreur de plume : le mot « séraphique » ne peut s'appliquer qu'à une catégorie d'anges bien connue des dictionnaires théologiques ; remplaçons-le ici par celui de « prêtre du culte de Serapis » et la légende ainsi rapportée paraîtra moins choquante.

Cet ORMUS, converti avec six de ses collègues, aurait créé en Egypte une société initiatique des Sages de la Lumière et initié à ses mystères des représentants de l'Essénisme palestinien, dont les descendants   auraient   à   leur   tour   communiqué leurs secrets traditionnels aux chevaliers de Pa­lestine, qui les auraient ramenés en Europe en 1118. GARIMONT, patriarche de Jérusalem, aurait été leur chef et trois de leurs instructeurs auraient créé un Ordre de maçons orientaux à UPSAL, et l’aurait introduit peu après en Ecosse. Il est regrettable que cette littérature ne soit appuyée par aucune référence historique.

Le nom même du vulgarisateur varie d'ailleurs avec les années. D'ORMUS, il devient ORMESIUS dans un autre ouvrage de MARCONIS de NEGRE (1795-1868), fondateur en 1838 de l’Ordre de Memphis, et auteur de plusieurs ouvrages dont Le rameau d’Eleusis.

Le Rite des Parfaits Initiés d’Egypte

En 1785 le Rite des parfaits initiés d'Egypte, fut fondé à Lyon par l’Alchimiste ETTEILLA, anagramme d’ALIETTE, révélateur des secrets numériques du Tarot qu’il nomme le « Livre de Thot ». Ce Rite s’éteignit rapidement à la fin du siècle.

Le Rite Primitif de Narbonne

En 1798, le Rite primitif de Narbonne avait été importé en Egypte par des officiers de l'armée de Bonaparte, qui avaient installé une Loge au Caire. C'est dans cette Loge dont le Rite fut agrégé au Grand Orient de France en 1806, que fut initié Samuel HONIS, lequel, revenu en France en 1814, rétablit à Montauban, en 1815, une Grande Loge sous le nom « Les Disciples de Memphis », avec l'assistance de Gabriel MARCONIS de NEGRE, du baron DUMAS, du marquis de la ROQUE, de J. PETIT et Hippolyte LABRUNIE, anciens frères du Rite. Le Grand Maître était le Frère MARCONIS de NEGRE.

A la suite d'intrigues, cette grande Loge fut mise en sommeil le 7 mars 1816. Les travaux furent repris en 1826 par une partie de ses membres, mais sous l'obédience du Grand Orient de France.

L’Ordre sacré des Sophisiens

L’Ordre sacré des Sophisiens, ou le Saint Rite des Sophisiens, était une société secrète française basée sur les mystères isisiens, fondée en 1801 par des officiers militaires impliqués dans la campagne égyptienne (1798-1801) sous Napoléon BONAPARTE pendant la guerre de la deuxième coalition. Dominique VIVANT DENON en fut membre ainsi que de la loge parisienne "La parfaite Réunion". Celui-ci compte parmi les érudits qui feront de cet échec stratégique et militaire un succès que le jeune général BONAPARTE saura exploiter dès son retour en France.

Les Amis du Désert

En 1806, à Toulouse Auch et Montauban, l'archéologue Alexandre Du MEGE (ou DUMEGE) fonde un rite égyptien : la Souveraine Pyramide des Amis du Désert. Très influencé par Jean Jacques ROUSSEAU, LAPEYROUSE, maçon très actif et ami d’Alexandre Du MEGE fonde la Loge des Amis du désert et entre en contact avec la loge voisine Napoleomagne, dont les membres avaient réveillé le rite écossais jacobite des "Écossais Fidèles", qui aurait été apporté à Toulouse en 1747 par George LOCKHART, aide de camp de Charles-Édouard STUART, et dont il deviendra Vénérable de la Grande Loge Provinciale. Ce rite, également dit "de la Vielle Bru", féru d'occultisme oriental, verra finalement son authenticité rejetée en 1812 par le Grand Directoire des Rites du Grand Orient de France.

Ces Rites, connus pour quelques-uns, s'inspiraient de ce que l'on appelait à cette époque « la tradition égyptienne », mais qui consistait en une association de traditions et de textes du Moyen Orient, telles qu'elles étaient comprises à cette époque. C'est une tradition qu'on pourrait appeler néo-platonique et pythagorienne. L'Italie n'est pas très loin de la Grèce (et à la fois a eu de grandes colonies grecques sur son sol) et cette tradition ancienne s'est considérablement mélangée à la franc-maçonnerie italienne au dix-huitième siècle. D'autre part, à partir de cette époque, il y avait des loges d'esprit libéral et des loges d'esprit ésotérique. En Italie, les Loges d'esprit ésotérique, étaient essentiellement présentes à Venise et à Naples, qui, comme nous l'avons vu, sont deux villes importantes pour le Rite MISRAÏM.

Les loges vénitiennes et napolitaines ont été associés à tous les grands systèmes occultistes et templiers de l'époque, que ce soit la stricte observation des Templiers ou le Rite Recréé écossais de Lyon, le Rite of the Mother Lodge de Marseille ou le Scottish Philosophic Rite of Avignon. Ce qui signifie qu'à l'aube de la Révolution française, ces différentes Loges sont devenues des dépositaires de toute une série de systèmes de degrés. Ainsi, nous pouvons observer que le Rite MISRAÏM descend partiellement de la synthèse de ces systèmes, provoquée dans les Loges Vénitiennes et Napolitaines.

La Kabbale judéo-chrétienne, l'hermétisme néo-platonicien, l'ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient là une source naturelle d'expression. Toutes ces influences sont à prendre en compte, lorsque l'on souhaite comprendre l'état d'esprit des Obédiences Egyptiennes et les enjeux qui s'y développeront dans les siècles qui suivirent.

C’est pourquoi, parler de l'histoire des rites égyptiens est utile pour en comprendre les évolutions, mais il est tout aussi important de mettre en lumière leurs spécificités en se demandant ce qu'ils peuvent avoir de différences caractéristiques et novatrices. En effet, si un rite a une certaine pérennité, c'est vraisemblablement parce qu’il correspond à une sensibilité, à une expression qui a sa place dans la tradition Maçonnique. Mais pour qu'il se développe d'une manière stable et équilibrée, encore faut-il que l'on puisse percevoir dans son caractère ésotérique une certaine originalité.

Les Rites Egyptiens ne sont pas des rites comme les autres. Ils se disent héritage et dépôt des Ecoles initiatiques qui leur ont fait traverser les siècles jusqu’à nos jours. Leurs diverses filiations se réfèrent à des traditions plus ou moins lointaines ancrées dans la conscience collective des peuples, que certains tendent à nommer « la tradition Primordiale », sur laquelle elles se souchent et que nous pourrions symboliser par un arbre gigantesque dont les racines se perdent dans la nuit des temps, au tronc duquel s’ornent de multiples branches dont chacune d’entre-elles puise sa sève, rameau vivant possédant sa force et sa vigueur.

La filiation misraïmites, quant à elle, remonterait à l'Antiquité pré-chrétienne, à l’Egypte pharaonique et à l’Inde védique, dont la richesse traverse plusieurs cultures, les alimente et les rend universels.

Mais ne faisons pas l'erreur de croire que les fondateurs des Rites maçonniques étaient des êtres exceptionnels, d'une immense culture et d'une vertu irréprochable. L'étude approfondie de l'histoire de ces rites nous montrerait vite, qu'ici comme ailleurs dans les traditions, le courant initiatique fait parfois fi des personnes. Pour comprendre, il nous faut donc regarder au travers des acteurs de l'histoire du rite, percevoir leurs intentions, leurs espoirs, leur vision, en un mot leurs Utopies. Il faut faire le tri entre les imperfections inhérentes à l'époque historique, et un certain manque de connaissance. Entre une absence de différenciation du mythe et du réel. Il faut aller au-delà des voiles et des apparences, par-delà les dérives et les délires théocratiques, pour saisir la part profondément originale que recèlent ces rites.

Les écoles de Mystères existaient dans l’Égypte pharaonique. C’était des universités spécialisées dans les temples de Haute et de Basse Egypte, se référant aux mystères des Livres de THOT. Elles se développèrent principalement sous son Nouvel Empire. C’est pourquoi le calendrier nilotique utilisé en référence dans les Loges égyptiennes débute au couronnement du pharaon Ramsès II.

L'hermétisme et les Écoles de Mystères renaissent également à Alexandrie, dans une cité cosmopolite fondée en Égypte par les Grecs et dont un tiers de la population est d’extraction juive. Ils empruntèrent aux mythes issus de l’Égypte antique (Osiris, Isis, etc.) qu’ils restituèrent dans un cadre fortement influencé par la culture grecque. Au cours des deux siècles qui précèdent l’ère chrétienne, des textes ont circulé, attribués à HERMES -dieu Grec- qui prétendaient révéler l'antique sagesse égyptienne. Réunis plus tard sous le nom de « Corpus Hermeticum », ils assurèrent la floraison des sciences hermétiques ; la magie, l'alchimie et l'astrologie. L’Égypte qui rédigea ces textes hermétiques auxquels les rites maçonniques égyptiens font référence, n’est donc pas l’Égypte pharaonique, mais un monde égypto-grec. La datation exacte des textes hermétiques ayant été plus tardive que leur traduction, nous ne pouvons reprocher aux occultistes et aux rites maçonniques égyptiens d'avoir suivi les auteurs grecs en considérant que l’Égypte dont ils parlaient était l’Égypte pharaonique.

Mais ce n’est pas à cette Égypte là que font référence les textes hermétiques et les rites maçonniques égyptiens. Comme la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse ou La Mecque dans le Coran, toute révélation sacralise la terre où elle advient et fait d’elle le centre symbolique du monde. De même, la révélation hermétique survient au centre d’un univers -symbolique plus que géographique-, incarné par la terre d’Égypte, décrite dans le Corpus Hermeticum comme le cœur de la Création, le foyer actif de la révélation. Cette terre est d’emblée considérée comme entretenant des relations privilégiées avec le ciel, favorisant ces échanges auxquels la Table d’Émeraude fait allusion : " Ignores-tu donc, ASCLEPIUS, que l’Égypte est la copie du ciel, ou, pour mieux dire, le lieu où se transfèrent et se projettent ici-bas toutes les opérations qui gouvernent et mettent en œuvre les forces célestes ? Bien plus, s’il faut le dire, notre terre est le temple du monde entier. "

L'intérêt pour la tradition égyptienne émerge plus nettement avec l'Académie platonicienne de Florence, fondée en 1450. Traduit pour la première fois en 1472, du grec en latin, par Marsile FICIN, le Corpus Hermeticum connaît une brillante diffusion puisque plus de trente-deux éditions en furent réalisées. Puis on s'intéresse de plus en plus aux hiéroglyphes.

Il est illusoire de penser qu’une filiation historique ininterrompue aurait permis aux secrets des Mystères antiques de parvenir jusqu'aux loges maçonniques. Mais ils ne sont pas tombés du ciel et il est probable qu'ils y sont parvenus par des lignées de mages et d'alchimistes qui œuvrèrent dans le silence de leur oratoire, avec ou sans patente.

Alors, qu’importe aujourd’hui que de nouvelles obédiences voient le jour, se réclamant de Patentes qu’ils ne possèdent vraisemblablement pas, si elles travaillent en stricte observance des règles fondatrices de l’Ordre auquel elles souhaitent appartenir.

 

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Les sources des Rites Egyptiens

Publié le 1 Novembre 2026 par T.D

Rite Primitif- Paris 1721

  • " Il existe à l'Orient de Paris un chapitre Métropolitain du Rite Primitif dont les travaux remontent au 21 mars 1721 et confirmé le 29 novembre 1787. Composé de 7 chapitres fondateurs... Il est à noter que les Frères de ce Rite Primitif sont des Chevaliers.
  • Il semble que trois " Rites Primitifs " se chevauchent:

Le Rite Primitif de 1721 (Hauts Grades) de Paris.
Le Rite Primitif et Originel de Swedenborg.
Le Rite Primitif de Narbonne de 1759 introduit par le Vicomte de Chefdebien d' Aigrefeuille. Rite ramené de Prague.
Le Rite Primitif et Originel de Swedenborg.

  •  Pas de date pour la création. SWEDENBORG crée un système de dix grades divisés en trois sections:
  • Première section maçonnique, apprenti, compagnon, maître-élu.
  • Seconde section illuministe, appelée aussi section des Cohen, Apprenti Cohen, Compagnon Cohen, Maître Cohen.
  • Troisième section active ou section des Rose + Croix, Apprenti Rose + Croix, Chevalier Rose + Croix Commandeur, Rose +Croix Illuminé ou Kadosch.
  • Cette création est controversée pour les origines de la Maçonnerie de Memphis. Il s'agit d'un Ordre IIluministe. Le système est ensuite remanié et réduit à trois degrés ( un pour chaque section) par le Marquis de Thomé, en 1783, et intitulé précisément " Rite de Swedenborg ".
  • Le Rite est réorganisé aux Etats-Unis et au Canada par le Frère Beswich. Les chartes sont remises le 1er octobre 1875 en Angleterre. Frosini dit que le Rite Ancien et Primitif comprend deux branches: - La branche Orientale de Memphis et La branche Occidentale ou de Swedenborg.

Le Rite Primitif de Narbonne ( 1759 ).
Rite ramené de Prague par le Vicomte de Chefdebien d’Aigrefeuille.
C'est son fils, membre de l' Ordre des Frères Africains (lire " Egyptien "), le Marquis François Chefdebien d'Armissan, Chevalier de Malte, qui se fit propagandiste actif du Rite Primitif de Narbonne, avec la Loge Mère les Philadelphes de Narbonne 1779. C'est de cette Loge Mère que vient l'appellation de " Rite Primitif des Philadelphes". Il comporte trois classes de 10 degrés d'instruction, en réalité plusieurs de ces degrés sont une collection de grades :

1ère classe: les trois grades bleus.
2° classe: (Subdivisée en 3)

  • Maître Parfait, Elu et Architecte.
  • Sublime Ecossais.
  • Chevalier de l'épée, Chevalier de l'Orient et Prince de Jérusalem.

En fait ces 2 classes ne sont qu'une introduction à la troisième qui contient la véritable essence du Rite. Cette dernière classe comprend 4 chapitres de Rose+Croix:

1er Chapitre symbolique: étude poussée sur le symbolisme de la fraternité secrète.
2° Chapitre historique: étude de l'histoire de la Tradition et sa transmission d'école en école.
3° Chapitre philosophique: étude de la science maçonnique.
4° Chapitre dit de Fraternité Rose + Croix de Grand Rosaire: exclusivement dédié à l'occultisme avec pour but la réintégration spirituelle de l'homme.
Notre Rite reste fidèle, aux Rites constitutifs, de Memphis et Misraïm bien sûr, mais surtout aux apports pour la construction de la pyramide dans les courants hermétiques, qui se laissent deviner sous l 'histoire confuse de la Maçonnerie " égyptienne " dans le cadre de Memphis. Rite Primitif qui déjà annonce les Philadelphes de Narbonne qui n'est pas sans rapport avec le célèbre Rite des Philalèthes. Tous ces Rites sont les constitutifs de Memphis. Rien dans nos écrits ne parle des sources historiques de Misraïm. On s'aperçoit qu'il y a très peu de choses et de peu de valeur.

Pour Misraïm on peut parler, peut-être, du Rite Adonhiramite, Bédarride y aurait été initié en 1771. Alors que ce Rite invention du Baron Tschoudy est publié en 1787. il s'agit peut-être des Illuminés d'Avignon du bénédictin Dom Pernéty. Le seul apport se trouve en 1817 avec l'alliance des Carbonari qui opèrent à Rome, Pérouse, Fermo, Ferrare et Bologne. Ils sont redoutables aussi bien par leur nombre que par leur audace et leur tendance à l'assassinat politique.
Le Rite des Philalèthes.

  • Constitué en 1773, à la Loge parisienne "Les Amis Réunis". Premier Grand Maître Le Marquis Savalette de Langes.
  • Douze grades regroupés en deux séries:
  • 1ère série ou Maçonnerie mineure:avec les 3 grades bleus, suivi d'Elu (4°), Ecossais (5°) et d'un grade chevaleresque, Chevalier d'Orient (6°).
    2ème série ou Haute Maçonnerie: Rose + Croix (7°), Chevalier du Temple (8°), Philosophe Inconnu (9°): grade hérité de l'Etoile Flamboyante de Tschoudy dont étaient membres les premiers Philalèthes, Sublime Philosophe (100), Initié (11°) et enfin Philalèthes (c'est à dire: "Ami de la Vérité") (12°).
  • Les quatre dernières classes forment le Conseil de l'Echarpe Blanche.
    Ses membres sont des spécialistes de l' Hermétisme et des Sciences Occultes. Ils se donnent pour objectif de recueillir dans les principaux rituels maçonniques les traces des sciences secrètes afin de mettre celles-ci en action.
  • Ils pratiquent ainsi l'Alchimie et la Théurgie et entrent en contact avec de nombreux Ordres Hermétiques à caractère non maçonnique.
  • Ils héritent des archives des Chevaliers Elus-Cohen de Martinès de Pasqually.
  • Ils organisent à Paris en 1784 le fameux Convent des dix problèmes jugés fondamentaux, du 13 novembre au 26 mai 1785.
      • § 1ère. classe: Les trois degrés bleus.
      • § 2ème classe: Maître Parfait, Parfait Elu et Petit Architecte.
      • § 3ème classe: Parfait Initié d'Egypte. Chevalier du Soleil.

Etoile Flamboyante ou Ordre des Philosophes Inconnus.

  • On retrouve trace du Rite dans le " Système philosophique des Anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres hébreux sous l'emblème maçonnique " vers 1750 .Instauré par le Baron Tschoudy -1724-1769.
  • Charles Geille -Chef à vie. Lachaux -Grand Maître du Temple du Soleil. 1773.
  • Le rituel est inspiré des écrits de Michel Sendivogius 1566-1646 dit le Cosmopolite.
  • Organisé en 7 degrés:  
  • Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Oeuvre avec en parallèle l'explication alchimique des principaux symboles maçonniques.
  • Le 7éme degré a influencé l'élaboration du 28éme degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Mais aussi le 51ème grade de Misraïm.
  • Ce Rite est le premier repère historique aux prémices de l'élaboration du Rite Misraïmique.
  • Les Frères Bédarride dénatureront le sens de l'enseignement hermétique primitif .
  • Notons enfin que de nombreux membres de l'étoile flamboyante participèrent à la fondation du Rite des Philalèthes.

Rite Ecossais Philosophique.

  • Institué à Paris en 1776 par l'hermétiste Boileau, élève de Pernéty.
  • Loge " Le Contrat Social " puis " Saint Lazare ".
  • En 12 grades:
  • 1er à 3°: Chevalier de l'Aigle Noir ou Rose + Croix d'Hérédom de la Tour. (Divisé en 3 parties).
  • 4°: Chevalier du Phénix.
  • 5°: Chevalier du Soleil.
  • 6°: Chevalier de l'Iris.
  • 7°: Vrai Maçon.
  • 8°: Chevalier des Argonautes.
  • 9°: Chevalier de la Toison d'Or.
  • 10°: Grand Inspecteur Parfait Initié.
  • 11°: Grand Inspecteur Parfait Initié.
  • 12°: Sublime Maître de l'Anneau Lumineux.

Rite de Misraïm - Venise, 1788.

  • Un groupe de Sociniens (secte protestante anti-trinitaire) demande une patente de constitution à Cagliostro, alors de passage à Trente.
  • Ne souhaitant pas pratiquer la rituélie magico-kabbalistique de ce dernier, ils choisissent de travailler au Rite Templier. Cagliostro leur transmet donc la Lumière Maçnnique: les trois premiers grades de la Maçonnerie anglaise et les grades supérieurs de la Maçonnerie allemande, très marquée par la tradition Templière.
  • Le nom de Misraïm - en hébreu ancien : "les Egyptiens" - est donc le seul rappel de ce Rite Egyptien qui leur transmit la personnalité obédientielle.
  • Misraïm va essaimer rapidement à Milan, Gênes, Naples, et sera introduit en France par Michel Bédarride, qui avait reçu en 1810, à Naples, les pouvoirs magistraux du Frère De Lassalle.
  • De 1810 à 1813, les trois frères Bédarride développent avec succès le Rite en France, et cela quasiment sous la protection du Rite Ecossais.
  • Le Rite de Misraïm compte, en effet, des noms maçonniques illustres à sa tête : le Comte Muraire, Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien Accepté, le Duc Decazes, le Duc de Saxe-Weimar, le Duc de Leicester, le Lieutenant Général Baron Teste, etc...
  • Rapidement, sous la Terreur Blanche, c'est Misraïm qui transmet leur nécessaire maîtrise aux Carbonari.
  • Violemment anticlérical et anti royaliste, le Rite groupe alors une cinquantaine de Loges à travers le pays.
  • La police de la Restauration obtient sa dissolution.
  • Clandestin pendant dix-huit années, restauré en 1838, dissous à nouveau en 1841, il sort de la clandestinité en 1848.
  • Dès lors, il s'achemine vers la fusion, en 1881, avec le Rite de Memphis, sous l'impulsion de Giuseppe GARIBALDI.

Rite de Memphis

  • La plupart des membres de la mission d'Egypte qui accompagnèrent Bonaparte étaient Maçons de très anciens Rites Initiatiques : Philalètes, Frères Africains, Rite Hermétique, Philadelphes, Rite Primitif, sans omettre le Grand Orient de France.
  • C'est la découverte, au Caire d'une survivance gnostico-hermétique qui va conduire ces Frères à renoncer à la filiation reçue jadis par la Grande Loge de Londres.
  • Ainsi, sous la direction de Samuel Honis et de Marconis de Nègre, naît a Montauban, en 1815, un nouveau courant Maçonnique ne devant rien à l'Angleterre : le Rite de Memphis.
  • Si, très rapidement, le Rite de Misraïm rassemble les Jacobins nostalgiques de la République avec les Carbonari, c'est au sein du Rite de Memphis que se regroupent les demi-soldes de l'ex-Grande Armée et les Bonapartistes demeurés fidèles a l'Aigle. Notons du reste que les deux Rites ont en 1816 le même Grand-Maitre Général, prémices de la fusion future.
  • Mais le GODF alors majoritairement monarchiste, obtient la dissolution de Memphis.
  • En 1826 cependant, le Rite reprend ses travaux sous l'Obédience du même Grand Orient.
  • Dissous comme Misraïm en 1841, Memphis entre, lui aussi dans la clandestinité.
  • Il ne réapparaît qu'avec la République, en 1848.
  • Dissous de nouveau en 1850, en réveillé en 1853, Memphis est reconnu par le Grand Orient de France en 1862.
  • Comportant alors de très nombreuses Loges à l'étranger, Il compte des personnalités telles que Louis Blanc et Garibaldi qui, dix-neuf années plus tard, sera l'artisan de l'unification de Memphis et de Misraïm.

Rite de Memphis-Misraïm

  • Jusqu'en 1881, les Rites de Memphis et Misraïm cheminent parallèlement et de concert, dans un même climat particulier.
  • Or, les deux Rites commencent à rassembler sous la double appartenance des Maçons du Grand Orient de France et du Rite Ecossais Ancien et Accepté qu'intéressent l'Esoterisme de la Symbolique Maçonnique, la Gnose, la Kabbale, voire L'Hermétisme.
  • En effet, outre leurs dépôts égyptiens, Misraïm et Memphis sont toujours les héritiers et les conservateurs des vieilles Traditions Initiatiques du XVIIIème siècle : Philalètes, Philadelphes, Rite Hermétique, Rite Primitif.
  • Misraïm compte 90 Grades divers, et Memphis, 95.
  • Lorsque Garibaldi est désigné comme Grand Maître général pour chacune des Obédiences, une fusion de fait s'accomplit et rend possible l'établissement d'une échelle commune des grades.
  • Aujourd'hui, après les trois premiers degrés de la Maçonnerie Universelle, les particularités de Memphis-misraïm s'affirment dans les Ateliers supérieurs qui pratiquent obligatoirement les :
      • 4ème Degré ( Maître Secret )
      • 9ème Degré ( Maître Elu des Neufs ),
      • 13ème Degré ( Royal Arche ),
      • 14ème Degré ( Grand Elu de la Voûte Sacrée ),
      • 18ème Degré (Chevalier Rose + Croix ),
      • 20ème Degré ( Chevalier du Temple ), Le 20ème Degré transmet l'initiation de la Stricte Observance Templière et des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte de Jean-Baptiste Willermoz.
      • 28ème Degré ( Chevalier du Soleil ),
      • 30ème Degré ( Chevalier Kadosh ),
      • 32ème Degré ( Prince du Royal Secret )
      • 33ème Degré ( Souverain Grand Inspecteur Général ).
      • Les 66ème, 90ème et 95ème Degrés sont conférés à des Maçons particulièrement intéressés par l'Hermétisme, suivant leur valeur et leurs connaissances, ainsi que leur fidélité au Rite.
      • Le 95ème Degré leur confère le droit de siéger en qualité de Grand Conservateur du Rite.
  • Les Loges de Memphis-Misraïm travaillent au Rite Egyptien et sur leurs autels elles joignent au traditionnel emplacement de l'équerre et du compas, la règle symbole du Grand Architecte de l'Univers et de la loi Divine.

 

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Publié le 31 Octobre 2026 par T.D

 

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La lumière initiatique

Publié le 31 Octobre 2026 par T.D

(...)     Sûr de mes connaissances universitaires de ma capacité à raisonner, de mon expérience de chef d’entreprise, j’envisageais la Connaissance comme une accumulation de savoir organisée sous l’angle ésotérique. Je suis resté longtemps dubitatif face à la terminologie employée dans les rituels qui consiste à « Donner » et « Recevoir » la Lumière.

        Je pouvais comprendre le concept lui-même et en être l’écho comme la lune reflète la lumière du soleil, mais je n’arrivais pas à intégrer et faire jaillir cette lumière irradiante qui caractérise l’initié sur le chemin de sa vérité. Je n’étais certain que d’une chose, le rituel d’admission m’avait définitivement débarrassé d’une éventuelle volonté chancelante et d’une curiosité critique. J’étais convaincu de la nécessité de persévérer, j’avais le sentiment que quelque chose d’important et d’indéfinissable allait se produire. Dans les faits nous avons reçu la Lumière de manière plus ou moins consciente.

        C’est ici le point principal sur lequel achoppent toutes les fonctions rationnelles et raisonnantes, sans compter sur le fait que, venant du monde profane, il est naturel de baigner dans une ambiance de préjugés qui orientent nos raisonnements.

        Pour tenter de mettre un peu d’ordre dans des notions finalement abstraites, il faut tout d’abord préciser que la Lumière procède du Verbe, la Lumière en est l’expression. Le Verbe représente la volonté divine, et la Lumière à pour effet d’ordonner le Tohu Bahu de l’origine des temps. Le Verbe volonté divine, dégage la Lumière des ténèbres. La Lumière en temps que concept, est donc bien l’expression de la volonté divine qui abouti à la différenciation d’avec les ténèbres. La Lumière est liée à l’épisode de la Genèse et reste courroie de transmission entre le Verbe créateur et l’Homme en quête spirituelle appelé aussi « homme de désir ».

        On dit de la Franc-Maçonnerie qu’elle est un « art initiatique » qui remonte à la nuit des temps et qui consiste en une connaissance ultime de la matière et de son action opérante et harmonieuse. C’est ce qu’on appelle « L’Art Royal ». Cette « science » ou plutôt cet « Art » n’est pas assujetti au raisonnement des sciences, aux méthodes de la psychologie du subconscient, ou à l’approche artistique. L’Art Royal, comme toutes les filières initiatiques, est complètement autonome et distinct des autres axes du savoir.

        Sans être opposé aux autres, il se distingue par son approche globale et enveloppante, tant et si bien que sans renier les méthodologies en pratique par ailleurs, l’Art Royal a développé en droite ligne des Mystères d’Eleusis un langage qui traduit la plasticité des symboles, où les mots utilisés dépassent la signification première qui est la leur, pour s’orienter sur leurs puissances évocatrices.

        C’est une autre voie où le potentiel de l’esprit humain trouve à s’exercer et à s’accomplir au-delà de toutes les formes et apparences, sans les renier. Il s’agit bien ici de franchir une bonne fois pour toutes la barrière de cette fameuse écorce qui dissimule le noyau.

Lumière et Vérité

 

        Les symboles et les mythes sont l’alphabet de ce nouveau langage qui rompt la barrière du signifiant et du signifié. Ils sont le noyau de ce langage ésotérique réservé aux initiés qui ont passé l’épreuve des quatre éléments. Ceux-ci seulement sont nés au monde des symboles, et c’est en vertu de cette renaissance au sortir de la caverne qu’ils ressortent vainqueurs des limites d’une pensée raisonnante. Avoir franchi ce cap des quatre épreuves élémentaires, nous permet seulement d’avoir accès à cette lumière illuminatrice venant de l’Orient, en ayant fait préalablement le vide en nous, les épreuves subies étant purificatrices. Rappelons nous enfin que c’est « ni nu ni vêtu » et débarrassé de nos « métaux » que nous sommes rentrés en loge.

        Cependant aucune connaissance nouvelle ne s’est révélée par ce choc rétinien. Simplement, l’apprenti a découvert une porte qui s’est entrouverte, et assurément tôt ou tard, il voudra pousser complètement celle-ci. En réalité il s’agit de réveiller chez l’apprenti des potentialités en sommeil, qui par absence d’entendement n’ont jamais été mises en oeuvre. Ce qui se passe lors de cette nouvelle naissance, c’est une nouvelle manière de respirer : l’inspire se nourri d' effluves aux parfums inconnus, et l’expire nous éloigne de la contingence obscure. Notre cœur bat différemment suspendu au rythme d’un rituel immuable. Au dessus de cette porte imaginaire figure la maxime Socratique « Connais-toi toi-même » dont on trouve la puissance d’évocation dans le cabinet de réflexion et dans les voyages de probations. Surmonter ces épreuves au plan symbolique, c’est apprendre à réfléchir sur soi, à s’explorer, en éclairant des strates obscures et insoupçonnées de soi, sans pour autant verser dans l’impasse de la psychologie des profondeurs.

        La connaissance de soi devient l’axe fondamental, le chemin de toute initiation.  C’est une intériorisation glorieuse et lumineuse qui permet à l’homme de découvrir le monde au-delà du sens subi, mais comme acteur lumineux de celui-ci, propre à y trouver sa place. Le regard de l’initié outrepasse le monde phénoménal et ne s’y abandonne pas.

        Il convient pour démarrer cette recherche de se plier aux exigences du rituel qui oblige notamment au silence, au respect du serment et à une attitude physique contrainte. C’est ainsi que l’on commence à se dominer, à taire ses passions, à maîtriser son ego et ses boursouflures, à apprendre les symboles. Ceci implique que le maçon est par nature tolérant, car à l’écoute, il vit l’altérité comme un facteur de progrès et sait voir au-delà de toute contingence. De la même façon, il outrepasse le sens des mots en outrepassant la nature du silence qu’on lui impose. C’est la totalité de ce nouvel équilibre qui nous met sur le chemin de lumière. Devenir soi même implique donc de devenir l’autre et le monde. Au-delà de notre nature profonde, c’est cette conscience totale que la Lumière éclaire.

        C’est en outrepassant les mots que la Lumière se rapproche de la Vérité. Lumière et Vérité sont éclairantes toutes deux d’un chemin et d’un cheminement difficile vers un sommet incertain ; c’est alors que Lumière et Vérité s’unissent en un seul et même terme, celui que l’on rencontre une fois arrivé au sommet, l’ultime expression d’un tout lumineux : le Logos.
Le sens caché et les " mots semences" :

 

        Sur le plan de la rationalité pure, il est certain que la cérémonie d’initiation ne peut être comprise que comme une succession d’actes positifs marquant un cheminement vers une lumière parfaitement visible et éblouissante. En aucun cas le rituel pris dans une simple lecture ne révèle de secret si particulier. D’ailleurs la simple publication d’un rituel n’a jamais rien révélé de nos secrets. Ce secret n’apparaît que dans le cadre d’une lecture rituelique et entre initiés.

        Il mérite d’être protégé depuis des siècles par toutes les sociétés initiatiques qui l’ont transmis jusqu’a nous. C’est ce que nous faisons en mettant le temple à couvert.

        Ainsi il convient d’apprendre à lire le symbole et à entendre le récit du Mythe. L’intérêt du rite repose sur son effet répétitif et rythmé. Les mots les paroles, les coups de maillet les pas, les gestes sont sans cesse remâchés et digérés, nourrissant l’apprenti d’une force mentale, l’aidant à franchir cette frontière qui sépare l’exotérisme de l’ésotérisme. Il faut se méfier des mots et de leurs interprétations, le rituel leur donne un sens initiatique personnel et adogmatique.

        En effet, les mythes et les symboles se protègent de la profanation. Leur sens caché n’est accessible qu’a l’initié. Recevoir la lumière c’est être capable de les interpréter avec une intelligence venant du cœur. Les paroles prononcées dans un rituel sont des "mots- semence", prononcés par l’initié pour l’initié. Une fois prononcés ils deviennent paroles, or, la transmission initiatique se fait par la parole ritualisée, c’est alors qu’ils germent dans le cœur du maçon, au gré de sa lumière intérieure. C’est ici que commence ce qu’on appelle l’éveil maçonnique.

        Pour résumer, le mot semence devient parole initiatique par la lumière du rituel. Cette parole va reposer dans le cœur de l’apprenti silencieux et réceptif. Cette parole devenue graine germera plus tard lorsque la lumière intérieure de l’apprenti sera suffisante. La lumière intérieure de l’apprenti n’est autre que cette parcelle divine qui est endormie en nous, et que nous tentons de réveiller.

        Ce n’est qu’après les voyages, que l’apprenti a « Reçu » cette lumière. Il est désormais plongé dans le silence, car il ne peut prendre la parole. Ce silence n’est pas comparable au silence profane. Assis sur la colonne du Nord il médite sur sa parole perdue. Un calme profond s’installe en lui, contrastant avec le désarroi existentiel qui était le sien.

Il s’abstrait de son tumulte intérieur.

        Celui qui se tait reçoit les mots semence avec plus de réceptivité. C’est ici que la Lumière est associée à la parole rituelique. Elle y réside. Elle se situe au-delà de l’agitation des formes et du bruit. Le Silence est d’or et rejoint la Lumière dans une expression unitaire.

        La lumière au sens philosophique et métaphysique n’a rien de commun avec la lumière physique que chacun connaît bien, ni même avec le feu élément du processus initiatique. On peut donner une définition à la lumière physique : « énergie venant d’un corps agissant sur la rétine de manière à rendre les choses visibles ». Peut être pouvons nous, malgré tout, nous rallier à l’idée commune, que la lumière soit en général à l’opposé de l’obscurité, ou de la ténèbre, comme on peu le lire dans l’évangile selon Saint Jean. L’opposition ne parait pas justifiée, car il faut considérer les ténèbres bibliques comme un Univers d’indifférenciation, du non advenu, où l’existence et la manifestation ont pris leurs sources.

        C’est une fois de plus le verbe qui initie, sous l’angle de la Lumière l’ordonnancement de la « materia prima » et du visible.

        Cette acceptation du terme et de la fonction induit fort naturellement qu’en aucun cas nous ne nous situons dans une demi-mesure. Nous sommes bien dans l’univers des contrastes menés à leurs paroxysmes. La signification de cet état, au plan symbolique, est que si la lumière s’oppose et procède de la ténèbre, elle fait ici figure d’opposée complémentaire. Il s’agit tout autant d’une lutte et d’une association. Ici personne n’espère que les ténèbres continuent à régner, on a presque des frissons d’angoisse à cette idée. Le manichéisme, participant des sciences gnostiques, à fait florès en s’appuyant sur les notions de bien et de mal pour distinguer la lumière des ténèbres. Or ce n’est pas notre propos ici d’établir une telle distinction qui repose sur une apologie du mal sur terre. Pour autant on considérera la complémentarité agissante à l’égal des cases blanches et noires du pavé mosaïque.

        On remarquera que cette apparente opposition fait naître à nos yeux ce qu’on appelle la manifestation qui est le monde des formes. Pas de formes sans ombre et lumière. La Lumière demande beaucoup d’effort pour briller dans les ténèbres. C’est une lutte permanente, que reprend à son compte l’initié sur la voie. Il s’agit pour commencer de vaincre ses passions et creuser des tombeaux pour les vices.

        Ce sont les loges spéculatives vers 1730 qui ont introduit la Lumière Maçonnique en tant que concept, par le truchement du bandeau. Autrefois les loges opératives faisaient allusion à la maîtrise des arts libéraux qui parfaitement pratiqués, permettaient de voir le « Soleil ». Dans ce concept Platonicien en usage au Moyen Âge, il s’agissait de gravir les échelons de chacun des 7 arts libéraux pour arriver au sommet d’une l’échelle apparentée à celle de Jacob. À ce stade de progression verticale, il était permis d’entrevoir cette lumière divine.

        Les loges du XVIIIe siècle ont introduit le bandeau (hoodwink), placé sur les yeux de l’impétrant symbolisant la cécité profane. La chute du bandeau expose le candidat à une vision (exposure) qu’il est nécessaire de définir et qui peut varier suivant les rites, mais qui au REP consiste en un rapport qui peut unir l’homme à Dieu, ceci pouvant être compris dans un sens métaphysique.

        C’est donc à une conversion du regard que nous invite le rituel du bandeau dans l’initiation maçonnique. La lecture du rituel du REP nous indique que le candidat à l’initiation se situe entre les colonnes au moment où on lui enlève le bandeau. À l’Ouest, soit la porte des hommes dans la Tradition, il se tient et il aspire à cette lumière dite « illuminatrice » qui vient de l’Est. Au moment où le voile tombe, c’est sa cécité profane qui disparaît.

        Il est entouré de francs-maçons qui brandissent leurs épées dans sa direction illustrant la scène du parjure d’une part et indiquant aussi que le chemin vers la Lumière est hérissé d’autant d’obstacles que d’épées. L’effet visuel se veut complet : la lumière jaillit au milieu d’un cercle de lames acérées.
La vision herméneutique et oecuménique

        Être initié c’est avoir reçu la Lumière. Il apparaît que la notion d’intégration de la dimension lumineuse est d’une envergure autre que la simple vision.

La Lumière dont il s’agit n’a rien à voir avec le Siècle des lumières qui est le XVIIIe siècle, brillamment illustré par l’action et la réflexion sociétale des Francs Maçons. Cette référence est en usage dans les Rites Français et au Grand Orient. Ce siècle fut le triomphe de la pensée discursive et raisonnante plaçant l’Homme au centre de lui-même. Cette situation n’apporte pas la dimension symbolique et initiatique globale, indispensable pour comprendre la Lumière-concept. Pour résumer, il faut se rapprocher de la signification mythique de Lumière-concept pour tenter de la comprendre.

        Notons qu’au Rite Emulation, la lumière coïncide avec la présentation à genou des trois grandes lumières qui sont la bible le compas et l’équerre soit dans le rituel : « Les Saintes Écritures doivent diriger notre foi, l’Équerre régler nos actions et le Compas nous tracer les justes limites que nous devons observer, envers nos semblables et particulièrement envers nos Frères en maçonnerie. »

        Nous sommes ici dans la notion de Révélation oecuménique bien que protestante par son origine, ce qui diffère de la Lumière -concept du REP.

        Au RER, rite qui découle en grande partie du REP c’est l’aspect christique qui est mis en avant : le Christ dit dans l’évangile de Saint-Jean : « Je suis la Lumière du monde ».

        Nous sommes bien ancrés dans l’ésotérisme chrétien et son herméneutique, de manière stricte, à l’exclusion d’approche plus globalisante reposant sur une Tradition primordiale qui fonde la métaphysique.

        Le dévoilement a lieu en deux temps. Conduit à l’Occident après les trois voyages et la vaine tentative de monter les trois marches de l’O\, le second surveillant retire le bandeau et dans une pénombre relative lui montre les mots « Justice » puis « Clémence », le premier mot impliquant l’oubli des ses passions et intérêts, le second la faculté de pardon, puis on lui remet le bandeau, le candidat retombant dans l’obscurité médite ainsi sur la difficulté de se maintenir dans la Lumière. On lui présente à nouveau la lumière par la flamme impressionnante, mais bien éphémère de la pipe à lycopodes, associée à la sentence « Sic transit gloria mundi » qui veut dire : ainsi passe la gloire du monde. Le V\M\ de conclure : « Le fils de la Lumière s’était égaré dans les ténèbres, il a été rappelé, il a été ramené, ses yeux ont été ouverts et les ténèbres se sont dissipées ». De ces vertus chrétiennes, il découle logiquement que la Lumière est celle qui précède toutes les autres, c’est celle de la genèse, celle du commencement. « Berechit bara élohim », « au commencement Dieu créa le ciel et la terre » puis Dieu dit « Que la Lumière soit et la Lumière fut ». Au RER, la Lumière est celle des origines par la volonté de Dieu. En principe la pratique du rite suivant les loges, semble accréditer l’idée que la Lumière est révélée.

 

        Au REAA c’est la progression intellectuelle du maçon qui le met sur le chemin de la Lumière, sur ce chemin se trouvent les trois grandes lumières. On lui présente d’abord les glaives tendus vers lui, puis dans un second temps le bandeau est enlevé alors qu’il est intégré dans le cadre de la chaîne d’union où il est définitivement reconnu comme F.\

        Après la scène du miroir, on lui présente les trois Grandes Lumières sur l’autel des serments, « Le V\L\S\est symbole de la tradition, l’équerre emblème de rectitude, nous inspire la droiture dans nos pensées et nos actions ; elle est le symbole de la Loi morale, le Compas, instrument de mesure et de comparaison, nous permet d’apprécier la portée et les conséquences de nos actes, qui devront être toujours fraternels envers tous nos semblables et, en particulier, envers nos FF\ « franc-maçons».

        On rappellera que le V\L\S\ n’est pas nécessairement le Bible au REAA.  Nous conclurons que cette progression intellectuelle mise en exergue devant l’autel des serments autorise un syncrétisme pacificateur et humaniste.
La vision du Tout

        En quoi consiste la réception de la Lumière au Rite Ecossais Primitif ?

Peut on recevoir la Lumière à la manière des hommes réfugiés dans la caverne et qui soudain en sortent et viennent au monde lumineux ?

        Ce concept Socratique veut-il démontrer que l’homme est ainsi apte à s’arracher à sa propre condition et à progresser et transmettre, tant sur tous les aspects sociétaux, que sur le plan de la recherche personnelle ?

        La lumière est un facteur de progrès et d’avancement dans un processus évolutif quel qu’il fût, il n’y a pas d’obstruction à ce que son interprétation spirituelle ne soit pas facteur de perfectionnement par la découverte du Tout.

        Cette remarque appelle une distinction entre l’externe et l’interne, entre le visible est l’invisible entre le divin et l’émanent. La Lumière serait donc à la fois visible et invisible. Cette lumière occupe le terrain divin et le terrain personnel. Logiquement on abouti à la proposition suivant laquelle la lumière divine celle du G\A\D\L\U\ éclaire le Tout et chacun d’entre nous. Nous sommes porteurs d’une parcelle de lumière divine qui vit en nous.

Être initié, c’est être capable de mettre en relation ces deux notions qui finiront au terme de notre vie par n’en faire qu’une. Il faut tenter la jonction entre le visible et l’invisible, entre l’individuel et l’absolu en mettant de coté cet ego dictateur, qui agit comme les oeillères d’un âne. L’initié s’inscrit dans la perspective d’un grand Tout, auquel il participe pour finir par s’y fondre. Sans l’intégration de cette donnée, il est impossible de tenter de bâtir son temple intérieur.

        C’est aussi un des secrets de la Franc-Maçonnerie initiatique que d’apprendre à mourir. Le mythe ancestral de la lumière, qui est commun aux trois religions du Livre, est donc celui du principe créateur qui va vers la différenciation pour finalement revenir à l’unité. Soleil extérieur et soleil intérieur finissent par s’unir. Le premier travail du maçon est donc de sortir de sa caverne, de ses ténèbres intérieures, aussi profondes qu’insondables, et de naître à la lumière. Or pour naître à la Lumière, il faut mourir à son ancienne condition. C’est ce travail sur soi qui va démarrer et pour tenter de s’engager sur ce sentier lumineux, il faut être entouré et assisté par un cadre rituelique régulier qui depuis l’origine des temps et dans toutes les civilisations, est l’oeuvre des sociétés initiatiques.

Cette parcelle de lumière qui est en nous est-elle facile à découvrir ?

  •         Est-elle à même d’éclairer notre béance ténébreuse ? La question n’est pas sans intérêt, car la tâche pour le profane semble immense. Ce qui nous aide c’est encore l’exemple de ceux qui nous précèdent.

        Il ne peut y avoir de Lumière divine s’il n’y a pas d’homme pour la concevoir comme image de Dieu ou du Grand Architecte de l’Univers, ce qui implique que l’idée de lumière initiatique dépend de cette parcelle divine qui est en nous. Comment un concept métaphysique tel que la lumière divine d’une part et l’émanation de notre être d'autre part peut-il être compris par un apprenti ? La Loge dans son organisation et dans ces décors est tout entière organisée pour faire naître cette lueur ensommeillée.

        La géographie de la Loge met en exergue l’Orient ou Debhir, séparé du Hékal par trois marches symboliques. L’Orient est source de Lumière symbolisé par le soleil levant. Tous les rituels font référence à cette lumière si particulière venant de l’Est, que les anciens ont appelé porte des Dieux. C’est par la volonté des Dieux que la lumière matinale dissipe les ténèbres et fait germer la graine.

        L’O\en loge est le siège de l’astre solaire et son complément féminin et réflexif, la lune. Ces deux astres sont là pour illustrer au concret, un concept qui les dépasse et qui ne peut se résumer à la théorie des deux cycles. On y représente le soleil symbolisant l’intellect et la lune réflexive symbolisant la raison. La communion de l’intellect et de la raison est agissante dans le monde sensible, celui de la manifestation.

        Entre les deux « astres » se situe la lumière totale. Elle est représentée suivant les rites et les grades par un triangle, une étoile flamboyante ou un hexagramme. Notons que cette représentation n’est apparue que vers les années 1720-1730. C’est donc bien cette représentation symbolique qui exprime la Lumière totale divine et émanente. Pour illustrer ce principe on remarque qu’il y a confusion entre regardant et regardé. La rétine est le récepteur et la lumière bien souvent assimilée au soleil. Ils symbolisent par réduction la perfection divine et sa Lumière.

        Ils sont acteurs de cette relation tant et si bien que cet œil devient émetteur lui-même, c’est du moins ce qu’il ressort de l’étude du triangle centré d’un œil au REAA qui, sous une forme amoindrie reprend l’Hexagramme centré de la lettre G au REP, où du triangle trinitaire du RER. .Notons enfin que dans certaines loges ou l’athéisme règne en maître, la lumière résume l’avènement de la conscience, ce qui ne peut satisfaire une quête spirituelle.

        Chacun des rites l’exprime en fonction de sa sensibilité. Pour le REP l’explication est donnée par le menu aux Comp\ avant leur passage à la maîtrise. L’O\, toujours, est le lieu où se tient l’autel du Vénérable. Sa fonction nous l’avons déjà décrite, mais nous appuierons notre démonstration sur la fonction du « Passeur ». Le Vénérable Maître est un Passeur entre les vivants et les morts, car seul habilité pour transmettre à l’Orient éternel l’hommage ou la prière au moment de la chaîne d’union. Passeur de lumière aussi, car le chandelier au REP est allumé sur les parvis par le V\M\ en présence du Maître des Cérémonies, alors même que tous les frères ont pris place dans le temple. C’est un acte sacré que de rallumer l’étoile sommitale et les deux adjacentes.

        Rappelons que le temple de Salomon était orienté en sens inverse du temple maçonnique. On y rentrait par l’Orient. Dans un temple maçonnique, on y rentre par l’Occident de même que dans une église ou une cathédrale. L’explication est simple, Dieu à une demeure sur terre c’est le temple de Salomon. Par tradition, les Dieux entrent par l’Est qui est leur porte. Or le temple maçonnique où la cathédrale célèbre la Lumière et tâche d’aller la quérir là où elle se trouve. L’homme n’emprunte pas la même porte que les Dieux, il passe par le Couchant et s’adresse au divin vers le Levant.

        Pour ramener ces observations à un plan architectural, nous pouvons dire que le temple maçonnique tel que nous le connaissons est l’extérieur du temple de Salomon. Preuve en est donnée par la présence des colonnes qui, autrefois, étaient à l’extérieur du Temple de Salomon et qui sont ici à l’intérieur. Autre preuve, le Lithostros où parvis était un pavage situé à l’extérieur du temple et qui se retrouve à l’intérieur et au centre d’un Hékal appelé « pavé mosaïque ». Enfin le Zénith du temple est la Voie lactée, pour une hauteur indéfinie, comme en plein air.

        On peut en conclure que l’allumage du chandelier sur les parvis du temple maçonnique au REP se fait symboliquement à l’intérieur du Temple de Salomon ; Temple aussi mythique qu’intemporel. Cette Lumière venant de l’ancien Temple va rentrer dans le nouveau Temple celui des Maçons, créant symboliquement l’unité temporelle absolue impliquant que le temps n’est plus une succession d’instant ; reliant passé présent et futur en une seule totalité. Au plan historique, nous remarquons que l’allumage du chandelier du M\ de Cér\ sur les parvis est assimilé à l’allumage de la menora, chandelier à sept branches, dont la flamme est allumée en permanence et représente la présence divine au milieu du peuple d’Israël.

        Rappelons que cette Lumière est aussi celle d’Allah assimilé à la lumière totale (macrocosme), celle des cieux et de la terre, alors que les croyants sont la Lumière de l’Humanité (microcosme). Dans la Bible le Christ est la Lumière de l’Humanité (microcosme), soit pour certains le Grand Architecte de l’Univers, qui est le diminutif du Sublime Seigneur Dieu, lui-même représentant le Tout (macrocosme). Cette déclinaison est très nette l’invocation de la chaîne d’union au REP.

        C’est ici une remarque que l’apprenti ne perçoit pas dans sa totalité, mais il doit en garder l’image en mémoire et, le moment venu, celle-ci déclenchera en lui la perception d’un des plus précieux trésors de l’initié : la lumière du passé, venant du Temple de Salomon bâti comme la maison de Dieu, par la volonté des rois David, c’est la Lumière originelle. Elle est associée à la création cosmogonique ici référée dans la construction du Temple de Salomon.

        Il y donc assimilation volontaire de la Lumière initiale et de la création du monde, d’ailleurs le secrétaire date ses planches en relatant le début des temps :

« En ce x-ième jour du y-ème mois de la vraie Lumière 6010 » ; qui correspond d’après la bible à la création du monde.

        Cette Lumière est parfaitement décrite dans le prologue de l’évangile selon Saint-Jean de 1-1 à 1-14 :

« Au commencement était le Verbe

Et le Verbe était auprès de Dieu

Et le Verbe était Dieu.

Il était au commencement auprès de Dieu.

Tout fut par lui,

Et sans lui rien ne fut.

Ce qui fut en lui était la vie,

Et la vie était la Lumière des hommes,

Et la lumière luit dans les ténèbres »

        C’est sur cette page que l’équerre est posée sur le compas, l’ensemble étant posé sur l’autel des serments ou l’autel du vénérable. Il revient donc au V\M\ d’ouvrir la Bible d’y apposer le compas et l’équerre irradiant la totalité de la loge de cette lumière fondatrice. Notons qu’à cet instant il est muni de son épée flamboyante, tenue à main gauche celle du cœur, image symbolique et agissante du rayon de lumière qui pourfend la ténèbre. Il le fait juste après avoir par lui-même ou par le maître de cérémonie, suivant les rites, fait allumer les lumières d’ordre Sagesse, Beauté, Force. Tout part du V\M\ vers les colonnes et tout y revient comme un écho. Ici les trois étoiles du Débhir font échos au trois étoiles du Hékal. La dichotomie des trois étoiles du Débhir et des trois étoiles délimitant le pavé mosaïque rappelle que c’est la lumière inaccessible et Divine de l’O\ qui anime la loge et l’ordonne. C’est seulement à ce moment-là que la lumière interne au maçon fait écho à la lumière divine. Cette parcelle divine qui est en nous, microcosme par excellence, est symbolisée et délimitée par les lumières d’ordre qui entourent le pavé mosaïque au centre du Hékal.

        Le Hékal est donc le siège de la manifestation, symbolisée par le pavé mosaïque et par l’émanance de l’initié ; le Débhir via le V\ M\, reste la source de la lumière qui fait naître l’apprenti à l’éveil initiatique.

        La Lumière initiatique ne peut se décrire, elle se vit et se rencontre par le processus initiatique. L’initiation fait éclore cette lumière aux yeux du candidat. La vision qui en découle est strictement subjective tout en étant de nature transcendantale.

        Elle réveille cette parcelle divine qui est en nous. Ainsi on peut dire que la conversion du regard, qui est le but avoué de toute initiation, dépend de la sensibilité de chacun et qu’aucune généralisation et aucun dogme ne peuvent s’emparer de la Lumière en tant que concept de vérité. Il s’agit bien d’un secret, incommunicable par sa nature intime, mais transmissible par le truchement du rituel initiatique.

 

        C’est donc sur la transmission que je conclurais en rappelant combien il ne sert à rien de trouver la Lumière en soi sans se préoccuper d’en transmettre la modalité initiatique. Nous n’avons pas à nous réfugier dans le splendide isolement de l’anachorète, dans sa montagne qui incarne la sagesse et sans doute la lumière, mais qui a fait le choix de l’extinction de celle-ci avec son dernier souffle.

        Prenons exemple sur l’homme sorti de la caverne socratique qui a vu la Lumière et s’en retourne au péril de sa vie, chercher ses anciens compagnons incrédules.

ER

 

 

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De la Menorah au chandelier à trois branches : le Christ-Lumière dans le Rite Rectifié

Publié le 31 Octobre 2026 par T.D

Dans les Loges du Rite Écossais Rectifié, un détail discret mais central concentre une part considérable de la charge symbolique du grade d’Apprenti : le chandelier à trois branches qui se dresse sur l’autel du Vénérable Maître, à l’Orient. Le rituel se contente d’indiquer qu’il est en or, qu’il fait partie des neuf Lumières d’Ordre, et qu’avant l’ouverture des travaux il est posé dans la pièce où le Vénérable Maître et les dignitaires s’habillent. Mais un examen attentif, éclairé par l’étude de Martine Dulaey sur « Le chandelier à sept branches dans le christianisme ancien », permet de voir dans ce simple chandelier à trois branches la présence voilée de la grande menorah du Temple de Jérusalem, transposée et christianisée dans le contexte rectifié.

L’objectif de cet article est de montrer en quoi ce chandelier à trois branches peut légitimement être compris comme une menorah voilée, et comment il participe d’une figure implicite du Christ-Lumière au cœur même du Rite Écossais Rectifié. Pour cela, il faut d’abord rappeler brièvement le sens de la menorah dans le judaïsme ancien, puis la manière dont les Pères de l’Église l’ont interprétée, avant de revenir au rituel du Rectifié et à la dynamique propre de sa lumière.

Ménorah

Le mot « menorah » vient du préfixe hébreu mé (מ־), qui indique l’origine ou la provenance, associé à la racine nôr / ner (נור / נר), qui renvoie au feu, à la flamme et à la lumière. Au féminin, on obtient menorah (מְנוֹרָה), que l’on peut comprendre comme « ce qui provient de la lumière » ou « instrument de lumière ».

Dans la tradition mystique juive, cette lumière n’est pas seulement physique : elle renvoie à la Schékinah, la Présence de Dieu qui habite la création et se manifeste dans le Temple. La menorah devient ainsi le support visible de cette Présence, le signe que la lumière divine demeure au milieu d’Israël.

La menorah du Temple : arbre de lumière et présence divine

Dans le livre de l’Exode, Dieu ordonne à Moïse de faire exécuter un chandelier en or pur, avec une tige centrale et six branches latérales, soit sept lampes au total. Le texte insiste sur l’unité de la pièce, « forgée d’une seule pièce en or pur », et sur son caractère paradigmatique : Moïse doit la réaliser « selon le plan qui t’a été montré sur la montagne ». Martine Dulaey rappelle que, selon une tradition très ancienne, il s’agit d’une stylisation de l’amandier, figurant l’arbre de vie du paradis. Les sept lampes, entretenues par la tribu d’Aaron, brûlent jour et nuit et éclairent l’espace devant le chandelier : la menorah devient ainsi un signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple.

Cette symbolique est encore approfondie par le prophète Zacharie. Il reçoit la vision d’un chandelier tout en or, muni d’un réservoir supérieur et de sept lampes, accompagné de deux oliviers. Lorsque Zacharie demande ce que signifie cette vision, l’ange répond : « Ces sept lampes représentent les yeux du Seigneur : ils inspectent toute la terre. » Le chandelier ne symbolise donc plus seulement la lumière de Dieu, mais Dieu lui-même dans sa vigilance active sur la création. La menorah devient littéralement « image du Dieu qui voit », selon une inscription relevée sur une tombe de Thessalie.

Dans le judaïsme ancien, les interprétations se multiplient sans s’exclure. La menorah peut représenter, selon les textes rabbiniques et hellénistiques, la lumière de la Torah, le Messie sur qui repose l’Esprit de Dieu aux multiples dons, le cosmos figuré par les sept astres visibles (les sept « planètes » de l’astronomie antique), ou encore l’espérance de la vie éternelle. Philon d’Alexandrie, par exemple, voit dans le chandelier l’image du chœur céleste des sept planètes, le soleil occupant symboliquement la place centrale comme la tige du chandelier ; ailleurs, il rappelle que pour certains, cette tige centrale était l’arbre de vie lui-même. Cette richesse symbolique, juive avant tout, sera en grande partie héritée et transformée par le christianisme naissant.

De la menorah au Christ : la réception chrétienne ancienne

Le Nouveau Testament ne nomme pas explicitement la menorah, mais l’Apocalypse de Jean en reprend les principaux éléments symboliques. Devant le trône de Dieu brûlent sept lampes qui sont les sept Esprits de Dieu, et le Christ est appelé « celui qui tient les sept Esprits ». Il apparaît également « au milieu de sept chandeliers d’or », qui représentent les sept Églises d’Asie. Même si le mot « menorah » n’est pas employé, le lecteur formé aux Écritures reconnaît ici l’écho direct de Zacharie : sept lampes, sept yeux, sept Esprits.

Comme le montre Martine Dulaey, l’Apocalypse réunit ainsi plusieurs courants d’interprétation juifs : le chandelier figure à la fois le Messie, porteur de l’Esprit de Dieu, et la communauté des croyants, illuminée par cet Esprit. Le Christ apparaît comme la menorah vivante, qui tient en lui les sept Esprits, tandis que les Églises deviennent elles-mêmes chandeliers, images secondaires de cette lumière.

Les Pères de l’Église des premiers siècles vont développer ces intuitions. On peut distinguer, de manière schématique, trois grandes lignes d’interprétation.

La première voit dans le chandelier à sept branches la figure du Saint-Esprit aux sept dons, sur la base du rapprochement entre Isaïe 11, où l’Esprit repose sur le Messie avec ses dons multiples, et Zacharie 4, où les sept lampes sont les yeux du Seigneur. Irénée de Lyon, Victorin de Poetovio, Ambroise de Milan et Chromace d’Aquilée en sont les témoins les plus significatifs. Chez ces auteurs, la menorah devient le symbole de l’Esprit unique agissant sous sept formes de ministères.

La deuxième ligne comprend le chandelier comme figure de la croix. Clément d’Alexandrie évoque « le signe du Christ » en parlant du chandelier, allusion transparente à la croix, dont la forme est suggérée par la structure de la menorah stylisée (tige verticale et branches transversales). Hippolyte de Rome, puis Aphraate et Éphrem de Nisibe, développent explicitement l’image du Christ élevé sur la croix comme une lampe sur le candélabre, illuminant le monde entier. Chez Éphrem, le corps du chandelier figure la croix et les branches qui en partent représentent le règne du Christ crucifié s’étendant aux quatre points cardinaux.

Enfin, une troisième ligne, déjà présente chez Irénée, fait du chandelier le symbole de l’Église : l’Église est le candélabre qui porte la lumière du Christ, et les Églises locales sont des chandeliers multiples reflétant l’unique lumière. Cette interprétation ecclésiale sera particulièrement développée dans la tradition latine médiévale à partir des commentaires de l’Apocalypse.

On voit ainsi que, pour les premiers chrétiens, la menorah n’est ni rejetée ni réduite à un simple symbole « juif », mais pleinement intégrée comme figure du Christ, de l’Esprit et de l’Église. C’est cette triple dimension que le Rite Écossais Rectifié va réactiver, mais à travers un objet modifié : non plus un chandelier à sept branches, mais un chandelier à trois branches.

Le chandelier à trois branches dans le rituel rectifié

Le rituel du grade d’Apprenti, dans sa version rectifiée de 1782, décrit avec précision la place et l’usage du chandelier à trois branches. Il se trouve sur l’autel d’Orient, en or, aux côtés de la Bible ouverte au premier chapitre de saint Jean, du compas et de l’équerre entrelacés, de la truelle, du maillet et du rituel du grade. Il fait partie des « neuf Lumières d’Ordre », qui structurent l’illumination de la Loge.

Surtout, le rituel insiste sur une séquence très particulière : avant l’ouverture des travaux, ce chandelier est posé dans la pièce où le Vénérable Maître et les dignitaires s’habillent ; le Vénérable Maître allume lui-même ce chandelier à trois branches, puis entre en Loge précédé d’un Frère qui porte le chandelier allumé. Une fois parvenu à l’autel, le chandelier est déposé, et commence alors l’illumination d’Ordre. Le Vénérable Maître, restant debout à sa place, prend une bougie au chandelier à trois branches et, par le midi, va allumer lui-même, en silence, les trois flambeaux maçonniques situés autour du tapis, avant de revenir à sa place par le nord.

Ce n’est qu’après ce geste que les deux Surveillants allument leurs bougies aux flambeaux d’Occident, et que le Secrétaire allume la sienne au flambeau du sud-est. La Loge est ainsi éclairée par neuf Lumières d’Ordre : trois au chandelier à trois branches, trois autour du tapis, deux sur les tables des Surveillants et une sur la table du Secrétaire. Le mouvement est clair : toute la lumière part du chandelier du Vénérable Maître, se diffuse d’abord aux trois flambeaux du tapis, puis, par eux, aux autres points lumineux de la Loge.

Il ne s’agit pas simplement d’un « éclairage pratique », mais d’une véritable pédagogie symbolique. Le Vénérable Maître, représentant en Loge le Christ-Lumière, allume lui-même son chandelier dans une pièce séparée, comme dans un Saint des Saints ; il entre ensuite en procession, précédé de cette lumière ; puis il diffuse, par une bougie prise au chandelier, la lumière aux trois flambeaux qui encadrent le tapis, c’est-à-dire le lieu symbolique du Temple intérieur ; enfin, les officiers principaux viennent à leur tour recevoir leur lumière à ces flammes intermédiaires. Le Vénérable Maître est ainsi présenté comme la source première de toute lumière rituelle, et son chandelier comme le médiateur de cette lumière.

De trois à sept, de sept à neuf : la menorah voilée

Comment, à partir de ce dispositif, penser le lien avec la menorah biblique ? À première vue, trois branches et non sept : la coupure semble nette. Mais si l’on regarde le mouvement de la lumière plutôt que la forme figée de l’objet, on constate qu’une structure septénaire se laisse deviner.

Le chandelier du Vénérable Maître porte trois lumières. Lorsqu’il en prend une bougie pour allumer les trois flambeaux du tapis, il porte à six le nombre de flammes associés directement à son geste : trois au chandelier, trois autour du tapis. Or, ce geste s’accomplit dans une continuité, et ces six lumières forment un ensemble qui se rapporte à l’Orient, au Vénérable et à l’autel. Il suffit alors de considérer le Vénérable Maître lui-même comme la « septième lumière » pour retrouver la structure symbolique de la menorah : une tige centrale (le Vénérable, porteur du chandelier et de la Parole) et six branches illuminées de part et d’autre. Le chiffre sept n’est plus inscrit dans le métal, mais se manifeste dans la dynamique : trois branches visibles, trois flammes dérivées, une source personnelle, au centre.

Cette lecture est parfaitement cohérente avec l’exégèse juive reprise par Jérôme : dans certaines interprétations, le réservoir d’huile au sommet du chandelier figure le Messie, chef de la Loi et porteur des sept lampes de l’Esprit ; les lampes elles-mêmes symbolisent les sept dons de l’Esprit. Transposé au rituel rectifié, le Vénérable Maître, allumant son chandelier et diffusant la lumière aux flambeaux, joue le rôle de ce réservoir messianique. Il est, fonctionnellement, la « lampe au sommet » qui distribue l’huile, non plus sous forme liquide, mais sous forme de lumière.

Reste à comprendre le passage de sept à neuf. Les neuf Lumières d’Ordre ne doivent pas être confondues avec la menorah ; elles en constituent, pour ainsi dire, l’extension maçonnique. Le rituel signale que la Loge est éclairée par neuf Lumières d’Ordre et que les neuf officiers principaux correspondent précisément à ces neuf Lumières. Dans la tradition du Rite Écossais Rectifié au grade de Maître, le nombre neuf est par ailleurs interprété comme l’assemblage de trois ternaires mixtes, désignant la matière et les corps matériels, et la fin des choses temporelles : le neuf symbolise la décomposition de l’homme formé dans le ternaire (corps, âme, esprit), lorsque sa vie particulière et momentanée se dissout.

On peut alors avancer que, dans la Loge d’Apprenti, les neuf Lumières d’Ordre figurent l’homme ternaire encore en formation : l’ensemble des fonctions maçonniques nécessaires à son édification intérieure, sous la conduite d’un Vénérable qui incarne la lumière du Christ. La menorah voilée (structure à sept, centrée sur le Vénérable et son chandelier) est enchâssée dans une structure à neuf, qui correspond à l’homme dans son existence temporelle, avec ses trois aspects répétés et déployés. Au grade de Maître, ce neuf passera du registre de la formation à celui de la décomposition au tombeau ; au grade d’Apprenti, il marque encore la richesse des potentialités.

Ainsi, le trois du chandelier n’est pas un « moins que sept » ; il est la forme voilée d’un sept qui se donne à lire dans le jeu des lumières, et qui se laisse ensuite envelopper dans un neuf proprement maçonnique, lié à la constitution de l’homme et de la communauté de Loge. Le trois visible (branches), le sept implicite (structure menorah) et le neuf effectif (Lumières d’Ordre) sont trois niveaux de lecture d’une même architecture symbolique.

Figure implicite du Christ dans le chandelier rectifié

Replacé dans cette perspective, le chandelier à trois branches apparaît comme une figure du Christ à plusieurs titres. D’abord par sa position et sa fonction : il est placé sur l’autel, à côté de l’Évangile de Jean qui s’ouvre sur le Prologue, « Au commencement était le Verbe », et c’est à partir de lui que la lumière se répand dans la Loge. Le Vénérable Maître, qui représente le Verbe incarné selon la théologie du Rectifié, allume lui-même ce chandelier dans la pièce de préparation, puis le fait entrer en Loge et, par son geste, illumine le Temple symbolique. Nous retrouvons ici, mais transposée rituellement, l’affirmation johannique : « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise » (Jean 1,5), verset explicitement inscrit dans le triangle lumineux du mur oriental.

Ensuite, la forme même du chandelier à trois branches évoque spontanément la croix : une branche centrale et deux branches latérales. Or, comme le relevait déjà Clément d’Alexandrie, les premiers chrétiens voyaient volontiers la croix dans tout objet de structure comparable (mât, joug, trophée, etc.), et le chandelier figure parmi ces objets. Au IIIe siècle, Hippolyte de Rome présente le Christ comme la lampe à sept branches sur le bois de la croix, éclairant non plus seulement Israël mais toutes les nations ; Aphraate et Éphrem de Nisibe reprennent cette image en soulignant que la lampe du sanctuaire s’éteint pour les Juifs, tandis que la lampe du Christ sur la croix-candélabre brille pour les peuples. Le chandelier à trois branches du Vénérable Maître s’inscrit, silencieusement, dans cette tradition : il est la croix de lumière d’où se répand l’illumination.

Enfin, la dynamique de diffusion (du chandelier vers les flambeaux, puis des flambeaux vers les autres Lumières) manifeste le rôle médiateur du Christ-Lumière : il reçoit la lumière du Père, la porte comme Verbe incarné, et la transmet par l’Esprit aux apôtres et à l’Église. Irénée de Lyon, dans une synthèse remarquable, rapproche la structure des cieux, les sept archanges, les sept dons de l’Esprit et le chandelier à sept branches ; il voit dans ce dernier le type du cosmos illuminé par l’Esprit du Christ. Dans la Loge rectifiée, le Vénérable Maître, porteur du chandelier et du Verbe, reproduit à son niveau cette fonction cosmique : il ordonne et éclaire un petit cosmos symbolique, la Loge, image de l’Église et du monde.

Une pédagogie voilée pour tous les grades

On pourrait s’étonner que le rituel ne dise jamais explicitement : « Ce chandelier à trois branches représente la menorah voilée » ou « figure le Christ ». C’est au contraire l’une des forces du Rite Écossais Rectifié : laisser au silence symbolique le soin de parler à mesure que le Frère progresse. L’Apprenti, qui ne peut encore recevoir des explications doctrinales trop développées, voit d’abord un chandelier à trois branches et apprend seulement qu’il fait partie des neuf Lumières d’Ordre. Le Compagnon, plus attentif aux structures numériques et aux correspondances, notera la diffusion 3→6→9 et y lira déjà un enseignement implicite. Le Maître, ayant connu le mausolée et la doctrine du neuf comme décomposition des ternaires, pourra revenir en arrière, sur sa pratique du chandelier d’Apprenti, et y découvrir une profondeur insoupçonnée.

Dans cette perspective, l’interprétation du chandelier à trois branches comme « menorah voilée » ne prétend pas épuiser le symbole, ni s’imposer comme lecture officielle. Elle se veut plutôt une proposition de lecture christianisme ésotérique, fidèle aux sources juives et patristiques mises en lumière par Martine Dulaey, et cohérente avec la théologie implicite du Rectifié telle que l’a pensée Willermoz. Elle met en évidence la continuité entre le chandelier du Temple de Jérusalem, la menorah de Zacharie, la symbolique paléochrétienne du Christ-lumière et de la croix, et le chandelier discret de nos Loges.

Que l’on adhère ou non entièrement à cette lecture, le chandelier à trois branches du Vénérable Maître apparaîtra difficilement, après un tel parcours, comme un objet anodin. Il est, silencieusement, une figure du Christ qui éclaire, de la croix qui illumine, et de la menorah qui se cache en lui comme un secret de lumière antique, transmis et transfiguré par le Rite Écossais Rectifié.

Ad Majorem Dei Gloriam

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Publié le 30 Octobre 2026 par T.D

 

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Discours savant et très lumineux pour la réception d'un apprenti franc maçon

Publié le 30 Octobre 2026 par T.D

 J. B. WILLERMOZ

Ce discours s'adresse à un apprenti franc-maçon lors de sa réception, il assimile cet apprenti à l'homme déchu, mais ce qui est à souligner, à l'homme actuel en général...

La Maçonnerie est un secret qui subsiste depuis que le monde est créé. Ce secret a été remis de génération en génération jusqu'à nous, et le sera de même jusqu'à la fin des siècles. Ce secret est non seulement impénétrable aux profanes, il le sera même aux maçons tièdes, paresseux et légers ; être maçon, c'est donc chercher sincèrement à mériter d'être initié dans nos mystères.
Pour avoir l'idée de cette recherche, il faut être guidé; lit nature se charge de nous inspirer ce sentiment. Tout homme naît avec le désir d'être heureux, tout homme naît avec le désir de la vertu. Mais la nature seule ne suffit pas pour perfectionner l' homme, elle le sent bien, et l'excite elle même à consulter la raison. Celle ci le reçoit et lui donne tous ses soins ; elle ne les refuse jamais à ceux qui s'abandonnent à elle.
Du concours des soins ou des impressions de la nature et du la raison se forme l'éducation. L'éducation de deux si excellents guides ne peut rien produire que de parfait. La perfection dans l'homme, c'est l' amour de la justice; notre troisième guide sera donc la sagesse.
La nature, la raison et la justice veulent le bonheur de l'homme, non seulement dans l'autre vie, Mais même dans celle ci. Tout ce qui existe a été créé pour l'homme, il faut donc qu'il en jouisse, Mais il ne le peut qu'à titre de grâce: sa puissance n'est qu'un dépôt, il a l'usufruit, il ne peut se croire le propriétaire. Il doit donc faire valoir ce départ il doit jouir de ses avantages, mais il ne peut se l'approprier, il doit toujours être prêt à y renoncer et ne point le regarder comme son seul bien.
Avec la vie, l'homme a reçu un libre arbitre, c'est à dire que, placé entre le bien et le mal il lui est libre de choisir. On lui fait voir tout le bonheur qu'il doit retirer en suivant le bien qu'il connaît déjà et on le menace des plus cruels tourments, s 'il se livre à un ennemi dangereux qu'on lui montre aussi. Ici, l'impie crie à l'injustice, parce qu'il veut suivre ce dernier parti ; le juste, au contraire, bénit son Créateur qui, par là, donne à l'homme le rang au dessus des anges. Le juste et l'impie ont leur libre arbitre, pourquoi donc ce contraste ?
C'est que la présomption se glisse dans l'homme à l'aide des connaissances qu'il acquière, s'il n'a pas soin de tout rapporter au seul but pour lequel elles lui sont données. Il prend une fausse route; il y marche avec sécurité. Séduit par l'apparence, il s'abandonne entièrement au langage flatteur de son ennemi qui ne cherche que la ruine, jaloux de la supériorité et d'en être supplanté.
Une fois que l'homme a perdu de vue la vraie lumière, ou que, poussé par une criminelle curiosité, il veut se servir de celle qui lui est donnée, pour passer les bornes qui lui sont prescrites, il ne fait plus que tomber d'erreurs en erreurs, il parcourt des espaces immenses, sa présomption lui fait tout envisager comme des moyens de parvenir au terme qu'il se propose. Ce terme est bien la vérité ou le bonheur, mais privé par sa faute du flambeau qu'il a laissé en arrière, il murmure, par ce que les ténèbres l'empêchent de voir qu'il n'est pas dans bonne voie : au lieu donc de la paix et de la vérité qu'il cherche, il ne rencontre rien de semblable, au contraire toutes sortes de peines, et, il en est trois pour l'homme. Le remord et la confusion s'emparent de lui, il a bien voyagé, il a bien travaillé, mais tant qu'il sera dans cette route, il ne trouvera rien.
Ce n'est qu'après être rebuté et fatigué de tant de recherches inutiles, qu'après un terris infini si mal employé, qu'après avoir essuyé toutes les fatigues du corps, de l' âme et de l'esprit, qu'enfin, revenant à ce premier penchant pour le vrai, le bon et le beau, nous abjurons nos erreurs, nous secouons nos préjugés et nous revenons sur nos pas à l'aide du trouble de notre conscience. C'est le cris de nos guides bienfaisantes qui se font entendre impérieusement ; ce sont elles qui ne cherchent sans cesse qu'à reprendre leurs droits sur l'homme.
Mais, pour retrouver le vrai bonheur, il faut qu'il se soumette, qu'il se résigne, qu'il fasse le sacrifice de ce qu'il a de plus cher, qu' il renonce à ses droits, qu'il subisse la mort et la privation de tout ce qu'il avait possédé. et s'il se soumet à ce châtiment trop mérité par sa révolte, l' homme ingrat et pervers obtient sa grâce, lorsqu'il n'attendait que son anéantissement. Quel est cet ami généreux qui intercède pour lui ? c'est son Créateur, c'est la sagesse même
Qu'exige t on encore de l' homme ? Rien que les suites nécessaires de son péché la honte., le remord, le travail, la peine et les Maux.
Dés que l'homme rentre sérieusement en lui même y trouve ce rayon de lumière que tous ont reçu, s'il fait cet examen avec le désir sincère de se connaître, de connaître son auteur et la perpendiculaire qui les unit, si le désir le conduit à une pratique plus régulière de ce qu'il connaît déjà de ses devoirs. Si au contraire le découragement et l'étonnement stérile n'en est pas la suite, il est constant qu'avec de la sincérité, de la constance et de la ferveur, l'homme se servira utilement de cette lueur pour parvenir à la grande lumière. Mais n'oublions pas que cette récompense doit être le fruit d'un long et pénible voyage, que nous en étant déjà une fois rendu indignes elle nous être donnée que sous les assurances et les épreuves les plus authentiques de notre fidélité, de notre prudence et de notre soumission.
Jusques ici l'homme que nous considérons n'est ni nu ni vêtu, il ne sait pas encore précisément se démêler lui même, il ne peut concilier ses penchants et ses facultés, il s'étonne de sa liberté, il se compare; la fidélité, l'amour et la confiance lui sont ordonnées, il s' y soumet, et son repentir, sa pénitence et son aveu lui méritent sa grâce. Il est porté d'autant plus que le souvenir des circonstances de sa création lui fait concevoir toute la noblesse de son origine.
Mais l' homme n'acquiert ce qu'il désire qu'en consultant la nature, la raison et la justice ; la première est la porte où il doit frapper, la seconde est la route qu'il doit suivre et la troisième est le but où il doit aspirer. Rentrez donc en vous mêmes, étudiez vous et frappez pour être entendus ; cherchez dans la sagesse et hors du matériel ce qu'elle seule peut vous faire trouver, et demandez à l'auteur de toute justice l'intelligence de ce que vous aurez cherché et trouvé.
L'homme livré à ses passions est dans les ténèbres, il en est offusqué : son origine et sa fin ne lui sont plus présents. Il oublie la partie spirituelle qui entre dans son existence, pour ne se livrer qu'à la partie animale et matérielle. Il se dégrade en ne s'occupant que du temporel, et tant qu'il est dans cet état d'engourdissement, il ne peut s'élever au delà, il n'y aperçoit même rien, parce qu'il met lui même un voile épais entre la lumière et lui.
Mais lorsque le voile est tombé, il aperçoit, avec les veux du désir et de la confiance, ce que son esprit offusqué par les passions ne pouvait lui laisser voir. Trois grandes étoiles se présentent à lui, ce sont les trois commandements qu'il trouve gravés dans son cœur.
L'homme avait reçu l'usage des métaux, comme un dépôt et non comme une propriété, mais trompé par la concupiscence, il en abuse par l'usage trop immodéré qu'il en, fait. Il fallut l'en dépouiller. Toutes les passions peuvent être innocentes, elles ne deviennent criminelles que par l'abus que l'homme en fait. En nous rendant ces dons, dont nous avions mérité d'être dépouillé, c'est nous rendre la grâce de bien user des bienfaits de la nature; mais nous rie pouvons rentrer dans nos droits qu'avec un cœur pur, fruit du repentir et d'une bonne résolution.
L'excellence de l'homme est effectivement appuyée sur trois colonnes ou trois impressions qu'il trouve gravées dans son cœur, s'il veut l'examiner; ce sont les trois vertus théologales. Sans leur pratique, tout l'édifice moral s' écroule l'homme est aussi appuyé sur la force, la sagesse et la beauté qui nous représentent la divinité; l'homme même et les éléments; la nature, la raison et la justice ; le spirituel, l'animal et le matériel ; l'intelligence, la conception et la volonté, etc.
Les apprentis au septentrion dans le Temple pour se faire à l'ouvrage, en attendant qu'ils aient acquis la force et les connaissances des travaux maçonniques, c'est à dire, que l'homme auquel on fait entrevoir des connaissances qu'il croit au delà de la portée de son esprit, a besoin d'un peu de terris et de réflexion pour s'accoutumer aux idées que lui fait naître ces nouvelles notions, auxquelles il croit que la raison répugne ; et souvent il prend pour sa raison le corps de conséquences que ses préjugés lui font tirer de certaines fausses notions qu'il a reçu ou qu'il s'est donné. Ce n'est pas un petit ouvrage de vaincre ses préjugés et de vaincre sa volonté, mais ce n'en est pas moins un sacrifice. nécessaire et préalable pour acquérir de nouvelles connaissances
Mais ces nouvelles connaissances ne paraîtront au candidat que comme une pierre brute entre les mains d'un maçon de pratique. Cette pierre est informe, ses connaissances le sont aussi. Les premiers coups de ciseaux donnés sur cette pierre, quoiqu'en l'entamant, ne paraissent pas lui donner encore aucune forme; de même nos premières recherches sur une vérité enveloppée ne nous donnent encore rien de positif. Mais infailliblement, avec du désir, de l'amour, et de la confiance, le véritable maçon se frayera un chemin à la perfection comme celui de pratique pourra parvenir à équarrir sa pierre dans de justes et requises proportions. L'ignorance ou l'erreur lui feront voir ce qu'il cherche comme un chaos qu'il ne peut encore décomposer, comme une lumière encore enveloppée des plus épaisses ténèbres qu'il faut dissiper. Il faut du tems et de la réflexion pour débrouiller de nouvelles idées, vaincre les préjugés et adopter de nouvelles notions sur des objets que l'esprit ennemi de la matière n'a pu laisser soupçonner à ceux qui l'ont négligé.
La récompense étant proportionnée au mérite d'un chacun, l'homme qui n'est encor que dans le cas dont nous parlons, ne peut prétendre raisonnablement à une satisfaction au delà de son mérite actuel. Il y a plusieurs places dans le temple; la colonne J. est destinée à la paye des vrais apprentis elle veut dire confiance en Dieu.
Ah ! n'est ce pas là, en effet, déjà une grande récompense que celle d'avoir obtenu de mettre toute notre confiance en celui dont nous avons tout reçu ! Quel autre que lui peut nous donner notre récompense ? Nous savons déjà qu'un autre que lui nous a trompé, et que vainement nous avons cherché hors de lui, ce qui n'est qu'en lui seul. C'est donc dans cet état d'un sincère retour sur lui - même que l'homme reçoit sa paye, car, lorsque ce retour est réellement sincère, est infailliblement suivi d'une douce émotion qu'il est plus aisé de sentir que d'exprimer. L'on sait bien que l'on n'est pas au bout de la carrière, mais du moins, qu'elle satisfaction n'a t on pas de se voir dans la seule route qui y conduise et quelque éloignée que soit la lumière. elle est si grande qu'elle éclaire quiconque la cherche sincèrement.
Relégués à la partie septentrionale du porche du temple, c'est - à dire encore absorbés par le souvenir de nos erreurs et de nos fautes, encore environnés des suites de notre prévarication, nous ne pouvons recevoir notre paye que sous trois conditions qui sont : le repentir, la pénitence et l'aveu de notre faute, que par le signe de la quadruple équerre qu'il ne nous faut représenter que par un sincère exercice du culte qui nous est prescrit, et un saint usage de la prière qui nous est enseignée.
Pour terminer ce discours, convenons, mes frères que l'homme ne peut recevoir cette grâce cette faveur insigne désirée de tous, quoi que peu connue, que lorsque, voulant absolument sortir des ténèbres et de l'erreur, il cherche de bonne foi la solide lumière ; que lorsque, indigné contre lui même de sa présomption, il veut ne suivre que la vertu et que, persuadé de l'existence d'un être parfait, il ne met sa confiance qu'en lui seul, en qui réside la vraie loge, juste et parfaite, la force, la sagesse et la beauté.
L'apprenti qui ne sait qu'à peine épeler et qui ne sait nullement écrire, nous représente bien l'homme timide observateur de la loi qu'il veut suivre ; il ne peut se faire un plan fixe de ses devoirs, ni une application juste de ses connaissances. Sortant des ténèbres de l'ignorance et de l'erreur, il ne peut s'accoutumer que petit à petit aux nouvelles notions qu'il ne fait qu'entrevoir, et dont il ne peut, que par degrés, se faire une idée juste et suivie.
Ce nombre trois n'aurait il pas rapport aux trois commandements, aux trois vertus théologales, aux trois personnes de la trinité, à quelque époque et à quelque alliance ?
La lumière préside au travail, les ténèbres au repos. Tout ce que l'homme fait doit être digne de la lumière, et dès qu'il cherche les ténèbres, semblable au premier homme, il montre le trouble de sa conscience. Il est d'ailleurs toujours temps de bien faire, puisqu'il est toujours au dessus de midi pour se mettre au travail. Dès que nous cherchons la lumière nous la trouvons ; le découragement est un vrai renoncement à la lumière.

 

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