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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Le Zoroastrisme

Publié le 14 Septembre 2026 par T.D

Dans les textes grecs qui restent la principale source historique sur les Perses, on parle très tôt d’un fondateur ou plutôt d’un réformateur de la religion des Mèdes et des Perses, il s’agit de Zoroastre ou Zarathoustra. Il réforme la religion locale et, dès le départ, il est en butte à l’opposition du clergé existant "les mages".L’époque où il a vécu est historiquement difficile à confirmer, on a des écarts de plus ou moins quatre siècles. Les historiens avancent des dates qui vont du 11ème au 7ème siècle avant J.C..
Avant d’évoquer l’histoire et le contenu du zoroastrisme, il me semble important de parler au préalable des peuples au sein desquels cette religion s’est développée: les Indo-Européens de la branche aryenne.
D’après les recherches archéologiques les plus récentes, on peut penser à juste raison que le berceau des Indo-Européens dont font partie les Ariani ou Aryens, se trouverait au sein des vastes steppes qui vont du Dniepr à l’Oural. C’est dans ces régions que se développèrent des tribus nomades ayant domestiqué le cheval.
Cette région avec son prolongement qu’est la plaine qui s’étend de l’Oural jusqu’aux monts Altaï a connu une période climatique particulièrement favorable pour les peuples pasteurs nomades après la dernière glaciation soit après 7000 avant J.C., la domestication du cheval et l’utilisation de la roue ont favorisé leurs déplacements. Cette vaste région sera, au cours des siècles, un réservoir de populations qui, pour des raisons diverses, se mettront en branle dans le but de rejoindre des régions plus riches où sont installés des sédentaires. C’est ainsi que, dans la deuxième partie du deuxième millénaire avant J.C., la branche indo-aryenne descendra vers le sud en longeant la Caspienne soit par l’est soit par l’ouest. Historiquement, ils ne sont pas les premiers Indo-Européens à descendre vers le Moyen-Orient, ils ont été précédés par les Luwites et les Hittites qui fonderont, vers 1700 avant J.C., un empire important en Anatolie Centrale.
Les Indo-Aryens se diviseront en deux branches: l’une descendra jusque dans le Pakistan et l’Inde actuels, l’autre branche, à savoir la branche aryenne ou en terme moderne iranienne, se fixera sur un vaste territoire qui va se la rive sud de la Caspienne jusqu’au Nord de l’Indus, englobant le Kurdistan, l’Iran, le Tadjikistan et l’Afghanistan actuels. Ces populations se mêleront aux Asianiques installés dans ces régions dont les Elamites, les Kassites et les Guti.
Les Aryens ont, à cette époque, des coutumes religieuses dont on sait peu de choses et, curieusement, pratiquement uniquement par des textes écrits d’auteurs grecs et ce dès le septième siècle avant J.C.. A leur arrivée au sud de la Caspienne, ils étaient probablement essentiellement polythéistes avec des traditions magiques importantes et des démons à craindre. On sait cependant qu’ils avaient une hiérarchie sacerdotale importante et bien établie. L’existence de ces prêtres est d’ailleurs une caractéristique de l’ensemble des peuples indo-européens. En effet, autant les Celtes que les Aryens et les Indiens sont divisés en trois castes principales: – la caste sacerdotale qui est la caste dominante ( druides, brahmanes, mages… ) – la caste des guerriers – la caste des paysans Les Mèdes sont les premiers Aryens dont on parle dans l’histoire de l’Antiquité, ils seront vaincus par leurs frères ethniques du sud, les Perses qui auront un vaste empire qui durera du septième au troisième siècle avant J.C. jusqu’à la conquête par Alexandre de Macédoine.
Dans les textes grecs qui restent la principale source historique sur les Perses, on parle très tôt d’un fondateur ou plutôt d’un réformateur de la religion des Mèdes et des Perses, il s’agit de Zoroastre ou Zarathoustra. Il réforme la religion locale et, dès le départ, il est en butte à l’opposition du clergé existant "les mages".
L’époque où il a vécu est historiquement difficile à confirmer, on a des écarts de plus ou moins quatre siècles. Les historiens avancent des dates qui vont du 11ème au 7ème siècle avant J.C.. La date la plus ancienne se base surtout sur l’idiome utilisé dans les Gâthâ, un des recueils de la littérature avestique. D’après les textes, il apparaît que Zoroastre s’adresse à des peuples s’occupant surtout d’élevage et pas encore vraiment d’agriculture ce qui confirmerait l’ancienneté de cette date. Si, par contre, on retenait la date du 7ème siècle, il est intéressant de rappeler que cette période est une phase charnière dans l’histoire de la pensée humaine puisque c’est à cette époque qu’on situe Bouddha, les prophètes d’Israël, les débuts de la philosophie grecque et l’achèvement de la construction du brahmanisme.
On retrouve dans la religion primitive des noms proches de ceux des dieux védiques et des divinités déjà honorées chez les Hittites et les Mitanniens, à savoir: Mithra: dieu du soleil et de la lumière Aryaman: dieu des voies et des traditions magiques Varuna ou Arunna: dieu de la mer et de l’ordre du monde Indara ou Indra: dieu du pouvoir.
On trouve également Anahita: mère des dieux et déesse de la fécondité et l’Haoma, liqueur mystérieuse qui procure l’ivresse sacrée.
Zoroastre, dans sa réforme, dénonce les prêtres comme étant des hommes hypocrites, il s’oppose aux rituels magiques et omniprésents et aux sacrifices trop sanglants et violents. Il veut donner à la religion une signification morale et religieuse. Il dégage un grand dieu "Ahura Mazda", dieu de la lumière, représenté dans l’iconographie sous la forme d’une tête d’homme avec des ailes d’aigle et nimbé de lumière. A ce dieu protecteur, il oppose un principe ennemi et dangereux, Ahriman, probablement une altération de Aryaman, dieu des cultes magiques. Les dieux auront des avatars comme dans le culte védique, le plus connu est Mithra qui prendra une énorme importance dès le 1er siècle après J.C. au sein de l’Empire romain.
C’est le dieu Ahura Mazda qui a donné son nom au mazdéisme, autre manière de parler du zoroastrisme. Il est le bon esprit, la sagesse divine qui anime toutes choses. Ce bon esprit peut être philosophiquement rapproché du Logos des gnostiques.
Le mazdéisme a un livre sacré, "l’ avesta", écrit dans une langue obscure appelée avestique. Des orientalistes l’attribuent à Zoroastre. Il est truffé de mots mystérieux qui semblent avoir été intentionnellement utilisés afin de prouver qu’il s’agit d’une révélation par dieu lui-même, nous sommes donc en présence de la première religion dite "révélée". Le livre sacré appelé le "Livre de la révélation de la vérité" devait être très vaste au départ mais beaucoup de textes ont été perdus à l’époque de l’invasion grecque.
Ce n’est qu’à l’époque des Sassanides soit entre 262 et 651 après J.C. que les prêtres mazdéens, rassemblèrent l’ensemble des écrits en vingt et un livres. Ces livres reprennent des rituels de sacrifices, des textes à réciter, des hymnes, des prescriptions et des prières ainsi que des mythes cosmogoniques.
De toute la littérature avestique, les Gâthâ sont les textes les mieux assurés, selon la tradition, ils proviendraient de Zoroastre lui-même. Ces Gâthâ sont actuellement insérés dans le Yasna: rituel du sacrifice du Haoma. Leur langue est très ancienne, proche du védique. Dans ces Gâthâ, à côté des rites sacrificiels, on parle également des relations de Ahura Mazda avec les esprits bienveillants.
Nous avons aussi les Yasut où sont décrits les mythes, les héros qui nous replacent pour la plupart dans la mythologie védique. Les Yasut représentent plus que probablement l’ancien panthéon indo-aryen, donc antérieur à la réforme zoroastrienne. Il est difficile de comprendre la persistance de certains de ces textes qui décrivent des rites sanglants et magiques alors que la réforme zoroastrienne consiste en une répudiation de toute pratique orgiaque. Peut-on estimer que nous sommes en face d’une sorte d’ancien testament face à un nouveau testament où Zoroastre s’oppose, entre autres, au déroulement violent du sacrifice bovin, animal, par ailleurs, protégé par excellence dans le monde hindouiste.
Revenons à la doctrine, le mazdéisme est essentiellement un système dualiste avec un dieu bon Ahura Mazda qu’on appellera plus tard Ormuz et un dieu mauvais Ahriman, lui-même autonome et éternel mais inférieur au dieu du bien dont l’infériorité n’est pas décrite en terme de chute ou de déchéance mais inhérente à sa nature. Ce système dualiste tente de répondre à une question essentielle: si dieu est bon pourquoi y a-t-il le mal? La réponse du mazdéisme est: "le dieu bon a créé un monde bon, perverti par un dieu mauvais".
Aux côtés de ce dieu bon, existent les anges de lumière, les Amesha Spentas ou Azura qui sont des esprits bienveillants, Zoroastre conserve également les réminiscences des cultes précédents avec d’autres esprits bienveillants: les Vazatu dont les principaux sont Mithra ( dont l’importance ne cessera de grandir dans le culte ), Verthdragna et Anahita qui, elle, a été fortement influencée par la Ishtar babylonienne.
Pour Zoroastre, contrairement à d’autres religions dualistes ultérieures, il ne faut pas s’abstraire du monde mais le considérer comme une sphère de combat de la lumière contre les ténèbres et, ce, en accomplissant les bonnes actions dans un désir de bien. Pour le mazdéisme, l’âme est, à l’image du monde, un champ de bataille entre le bien et le mal. L’homme est doué de libre arbitre et, contrairement aux religions de l’époque, il n’est pas le jouet inconscient des dieux, il peut choisir entre la lumière et le mensonge. Le code de morale est simple, seul est juste et bon l’homme qui ne fait pas à autrui ce qu’il ne juge pas convenir à lui-même. Le pire des péchés est l’incroyance, comme dans le christianisme jusqu’il y a peu et l’islam, l’apostat doit être mis à mort. Le mazdéisme recèle également un grand puritanisme sexuel, la fornication et l’adultère ne peuvent être pardonnés. L’onanisme est puni du fouet. Ce puritanisme, peu répandu à l’époque, va se retrouver dans les monothéismes qui vont lui succéder.
Sur le plan rituel, la lumière divine, lumière du ciel est symbolisée sur terre par le culte du feu ou plutôt des feux. Ceux-ci ont d’ailleurs des valeurs ou importances différentes; il y a le feu d’un roi, le feu d’un prêtre, le feu d’un maçon etc.. (n’oublions pas que nous sommes dans une société de castes). Ces feux sont purifiés et l’on ne retient que le feu résultant d’ignitions répétées. Celui-ci est installé dans un temple consacré et ce feu doit être gardé et entretenu indéfiniment. On peut penser aux vestales du monde romain qui pratiquaient un culte similaire. Ils restent quelques vestiges de ces temples de feu datant de la période achéménide et on peut visiter à Yazd un temple zoroastrien où le feu est conservé depuis plusieurs siècles.
On a parlé de la caste sacerdotale que les Grecs ont appelé "mages" (magoi) ce qui donnera le mot magie. Ces mages ne s’occupaient pas principalement de magie ou de divination mais développaient surtout une haute spiritualité qui faisait référence dans tout le Moyen-Orient, ce qui explique que les évangélistes chrétiens avaient cru bon de s’y référer comme témoins de la naissance du Christ.
Nous avons parlé des esprits bienveillants, les Azura. Ahriman lui aussi a des aides, ce sont les Deva, les diables. Ce sont eux qui dans les monothéismes deviendront Satan, Chaïtan, Iblis, Belzébuth etc.. Il est assez curieux de constater que dans l’hindouisme, les Deva sont au contraire des esprits bienveillants et les Azura des démons.
Dès les Gâthâ, il y a dans l’eschatologie un passage discriminatoire, le pont Cinvat, qui conduit après la mort à un enfer régi par l’esprit mauvais, un purgatoire et un paradis séjour des bienheureux dans la lumière du dieu bon. Il est aussi question d’un jugement dernier quand, après un ultime combat, le monde sera délivré d’Ahriman et les justes se lèveront. On est bien en présence de la résurrection des corps dans un monde délivré du mal. Dans l’avesta, il est également question de "daena" qui deviendra "den" puis "din", c’est la religion, le corps de croyance en l’âme qui touche au transcendant. Certains linguistes orientalistes pensent d’ailleurs que le mot arabe "din" religion aurait cette origine et non pas la racine sémitique dyn (juger).
Dans les Gâthâ, on parle également d’un roi Vistapa, qui aurait protégé Zoroastre, certains ont pensé qu’il pouvait s’agir du père de Darius l’Achéménide ce qui pourrait donner un cadre historique à l’action de Zoroastre, mais cela paraît fort peu probable. Si Ahura Mazda est présenté, après Cyrus, comme le dieu prééminent et, ce, dans toutes les inscriptions rupestres, on ne trouve une trace vraiment importante du Mazdéisme que sous Artaxerxés II où l’on cite non seulement Ahura Mazda mais aussi Mithra et Anahita.
Il nous faut également parler d’une coutume dite zoroastrienne qui concerne l’exposition de cadavres pour qu’ils soient décharnés par les oiseaux de proie ou d’autres charognards dans des tours à ciel ouvert appelées "tours de silence". Les os sont rassemblés dans des ossuaires creusés dans le roc afin de na pas rendre la terre impure par le contact des charognes. Pour le zoroastrisme, à l’inverse de l’hindouisme, l’incinération est un péché majeur. Cette coutume des tours de silence paraît cependant assez tardive, en tous cas, elle ne fut pas observée pour l’enterrement des rois Achéménides. Cyrus, entre autres, fut enterré dans un tombeau autour duquel, selon la vieille coutume steppique, furent enterrés des chevaux massacrés en sacrifice propitiatoire et ce, comme sont enterrés, entre autres, les princes scythes et ceux de la civilisation de Kourgan.
Il nous paraît utile de parler brièvement du rôle des femmes dans la société aryenne aux temps anciens, elles occupaient une position élevée, elles possédaient des biens et les géraient seules. Après Darius et probablement sous l’influence des sociétés sémitiques environnantes, sa situation commence à empirer, surtout dans les classes aisées, les femmes vont finir par connaître la réclusion.
Il est indispensable pour bien comprendre le mazdéisme et le millénarisme qui va en découler de donner un aperçu de sa notion d’ordre cosmique. Le temps était divisé en douze millénaires avec quatre périodes de trois mille ans.
* durant la première période, Ahura Mazda a créé un monde spirituel avec des anges et des pré-hommes
* durant la deuxième, le monde devient matière avec le règne d’un premier homme, Gayomart, accompagné d’un taureau originel
* durant la troisième, arrive Ahriman qui tue le taureau puis Gayomart et engendre les deva ( les démons ) – la semence de Gayomart donnera les hommes, celle du taureau, toutes les espèces animales
* la quatrième période commence avec l’arrivée sur terre de Zoroastre envoyé par Ahura Mazda pour combattre Ahriman mais il ne réussit pas complètement
* A sa mort, on prévoit l’arrivée, mille ans après, d’un autre prophète qui aidera à éliminer le mal et à précipiter les pécheurs en enfer et à conduire les bons au paradis ( ceci explique le succès en Iran des prophètes tels Manès et Mahomet ).
A la fin des temps, s’incarnera à nouveau Zoroastre sous la forme du "sauveur" et ce sera le règne vainqueur d’Ahura Mazda. Ceci explique le côté millénariste du chï’isme qui a pris la place du mazdéisme en Iran et l’attente de l’Imam caché.
Passons à l’histoire du mazdéisme, nous avons signalé que l’époque exacte de l’existence de Zoroastre est inconnue. Il est donc impossible de retracer l’histoire de cette religion depuis son origine, nous savons qu’elle existe sous les Achéménides et perdure dans l’empire parthe. Ce n’est cependant qu’avec la dynastie Sassanide (du début du 3e siècle au 7e siècle après J.C.) que le mazdéisme devient religion d’état. Avec l’instauration officielle de cette religion, nous avons pour, probablement, la première fois dans l’histoire l’apparition d’une religion institutionnelle et obligatoire pour l’ensemble d’une région avec une hiérarchie sacerdotale chargée de veiller sur l’orthodoxie et de pourchasser les hérésies. Mais cette religion ne se veut pas universelle et ne pratique pas le prosélytisme auprès des ethnies étrangères. Les prêtres auront pour tâche de recueillir tous les écrits existants et leurs codifications, ces écrits étaient très épars et rares, on les trouva dans des sanctuaires ou "trésors". A cette tradition écrite s’ajouta la tradition orale qui, comme dans la plupart des civilisations indo-européennes, avait un rôle essentiel. Le principal instigateur de ce travail semble avoir été le mage Karlir, sous Shahpur 1er et Bahrâmi II. Il y eut de nombreux courants et même des espèces d’hérésie dont le "zurvanisme" ( deux être primordiaux jumeaux, Ahura Mazda et Ahriman).
Après la conquête arabe en 651, la communauté zoroastrienne fut fortement ébranlée même s’il est singulier de constater que la plupart des écrits qui nous sont parvenus datent de cette époque. Le mazdéisme obtint le statut de religion du livre au même titre que les sabéens, les chrétiens et les juifs. Vers les 10e et 11e siècles, un grand nombre d’Iraniens persécutés émigra vers l’Inde, ce sont les Parsis qui ont conservé leur religion jusqu’à ce jour. Ils forment une communauté vivante et riche. En Iran, il y a encore des zoroastriens, surtout dans la région de Yazd où brûle toujours le feu sacré, par contre Khomeyni a interdit les tours de silence et les zoroastriens sont obligés d’enterrer leurs morts.
Cet aperçu très général et nullement exhaustif du zoroastrisme permet cependant de constater combien cette doctrine influença les monothéismes qui lui ont succédé, on peut estimer que ceux-ci lui sont redevables de:
* l’existence des anges
* l’existence des démons
* l’existence d’un clergé
* l’existence du paradis et de l’enfer, le jugement dernier
* l’immortalité de l’âme et la résurrection des corps
Plus important encore est la théorisation du mal par Zoroastre qui va en profondeur influencer les trois religions monothéistes, nous assistons à l’émergence d’un principe du mal contre lequel il faut lutter par de bonnes actions. Cette théorie entraîne la notion de péché et de culpabilité pour l’homme qui est censé être libre de choisir entre le bien et le mal. En fin de compte, il y a récompense, le paradis, ou punition, l’enfer. Cette notion va conditionner la vie des adeptes des trois religions monothéistes. On pourrait dire que la notion du péché judéo-chrétien pourrait à plus juste titre s’appeler le complexe mazdéo-judéo-chrétien.
Il nous faut évoquer l’importance du mithriacisme qui est une branche hérétique du mazdéisme et qui a pris une importance considérable dans l’empire romain surtout parmi les légions et qui s’est répandu jusqu’en Angleterre où on a retrouvé les vestiges d’un temple de Mithra. Il faut rappeler que c’est la victoire de l’empereur Constantin avec des légions chrétiennes contre Maxence à la tête de légions adeptes de Mithra qui assura la victoire du christianisme dans l’empire romain. Rappelons que la date du 25 décembre fixée pour pérenniser la naissance de Jésus reprend tout simplement la date de renaissance du dieu solaire au solstice d’hiver.
Dans les religions qui ont été fortement influencées par le dualisme mazdéen, citons le manichéisme, doctrine prêchée par Manès, qui met en évidence la lutte du bien ou lumière contre le mal ou ténèbres, avec un homme de matière créé par un démiurge mauvais ce qui fait de la matière charnelle, le symbole du mal et qui oblige les âmes à s’en détacher pour s’en libérer. Le manichéisme sera longtemps un rival du christianisme, Augustin, père de l’Eglise, fut d’abord manichéen. Le manichéisme influencera les communautés chrétiennes des pauliciens d’Arménie et de Syrie qui seront au 8e siècle déportés en Anatolie et en Thrace (la Bulgarie actuelle). Cette émigration donnera naissance aux bogomiles, dans les Balkans, aux patarins en Italie, aux ketters en Flandre, aux bougres en France du Nord et aux cathares en Occitanie. Ils seront la plupart du temps traités en hérétiques et persécutés.

 

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Le Rite Suédois : la franc-maçonnerie chrétienne des royaumes du Nord

Publié le 14 Septembre 2026 par T.D

Posté par hiram3330

Le Rite Suédois demeure largement méconnu dans la majeure partie de la franc-maçonnerie européenne, alors même qu’il constitue le principal système initiatique des royaumes du Nord. Pratiqué en Suède, au Danemark, en Norvège, en Islande et en Finlande, le Rite Suédois présente une physionomie unique dans le paysage maçonnique contemporain. À la fois chrétien, mystique et monarchique, il s’est développé en marge des grands courants universalistes issus de la franc-maçonnerie française et anglaise. Le Rite Suédois conserve ainsi une structure spirituelle profondément enracinée dans le protestantisme nordique, tout en intégrant des influences templières, rosicruciennes et illuministes qui lui donnent une tonalité singulière.

1. Les débuts de la franc-maçonnerie en Suède

La franc-maçonnerie qui s’implanta en Suède à partir de 1735 était essentiellement d’origine française. Contrairement à ce qui se produisit dans une grande partie de l’Europe du XVIIIe siècle, Londres n’y joua pratiquement aucun rôle au commencement. La première Loge fut fondée à Stockholm par le comte Axel Wrede-Sparre (1708-1772), qui avait reçu les trois grades symboliques lors d’un séjour en France. La jeune franc-maçonnerie suédoise se développa donc d’abord sous influence continentale française, tant par ses rituels que par son organisation.

Quelques années plus tard, le baron Carl Frederik Scheffer (1715-1786) revint lui aussi de France avec une autorisation accordée en 1737 par Lord Derwentwater, alors Grand Maître de la Grande Loge de France. Cette patente lui permettait de créer et administrer des Loges en Suède jusqu’à ce qu’une structure nationale puisse être constituée. L’objectif était déjà clair : établir une franc-maçonnerie suédoise autonome, mais reconnue par les grandes puissances maçonniques européennes.

L’apparition de cette société nouvelle inquiéta cependant le roi Frédéric Ier (1676-1751). En 1738, il interdit la franc-maçonnerie sous peine de mort. Cette décision spectaculaire demeura pourtant de courte durée. Les francs-maçons suédois firent rapidement acte de loyauté envers la Couronne, et l’interdiction fut levée quelques mois plus tard seulement. Cet épisode révèle déjà une caractéristique durable de la franc-maçonnerie nordique : son souci constant d’entretenir une relation harmonieuse avec l’autorité monarchique.

La Grande Loge de Suède fut officiellement créée en 1761 sous la protection du roi Adolphe-Frédéric (1710-1771). Scheffer en devint le premier Grand Maître. Les patentes provenaient toujours de la Grande Loge de France, et les premiers rituels utilisés restaient largement inspirés des usages français. En 1770, la Grande Loge de Londres reconnut à son tour l’Obédience suédoise, consacrant ainsi son intégration dans le paysage maçonnique européen.

Les hauts grades apparurent également très tôt en Suède. Dès 1743, Scheffer rapporta de France plusieurs hauts grades écossais et fonda un premier Chapitre à Stockholm. D’autres systèmes furent introduits ensuite à Gothenburg et dans diverses villes du royaume. La franc-maçonnerie suédoise du milieu du XVIIIe siècle se trouvait ainsi traversée par les mêmes influences que le reste de l’Europe : hauts grades écossais, légendes chevaleresques, mystique chrétienne et fascination pour les savoirs ésotériques. Mais ces éléments allaient bientôt être réorganisés selon une sensibilité proprement nordique.

2. Pourquoi les Suédois créèrent leur propre Rite maçonnique

Malgré les influences françaises qui avaient accompagné les débuts de la franc-maçonnerie en Suède, les maçons suédois ne tardèrent pas à ressentir une certaine distance culturelle avec les systèmes venus de Paris. Par leur religion, leur mentalité et leur environnement intellectuel, ils se sentaient plus proches des États protestants allemands que du monde latin. Cette proximité favorisa progressivement l’émergence d’un système original, profondément marqué par le mysticisme chrétien du Nord de l’Europe.

Le personnage central de cette transformation fut Carl Frederik Eckleff (1723-1786), médecin et conseiller à la Chancellerie royale. En 1759, il fonda un Chapitre de hauts grades qui allait devenir le véritable noyau du futur Rite Suédois. Eckleff ne se contenta pas de reprendre des systèmes existants : il les réorganisa en leur donnant une cohérence doctrinale nouvelle, nourrie de spiritualité protestante, de symbolisme chevaleresque et d’influences rosicruciennes.

Parmi les inspirations majeures de cette nouvelle orientation figurait Emmanuel Swedenborg (1688-1772), savant, théologien et mystique suédois dont les visions spirituelles exercèrent une influence considérable dans les milieux ésotériques européens. Sans que le Rite Suédois puisse être considéré comme « swedenborgien » au sens strict, on retrouve dans son atmosphère l’idée d’une initiation orientée vers l’illumination intérieure et la contemplation des réalités célestes. La recherche initiatique y prend une dimension moins spéculative ou philosophique que véritablement spirituelle.

Lorsque la Grande Loge de Suède fut fondée en 1761, Eckleff en devint Grand Maître Adjoint. Il entreprit alors de retravailler ses rituels afin de les faire adopter par la nouvelle Obédience. Peu à peu, un système spécifiquement suédois se mit ainsi en place. Il ne s’agissait plus simplement d’importer des hauts grades étrangers, mais de construire une voie initiatique cohérente correspondant à la culture religieuse et politique des royaumes nordiques.

Cette évolution explique pourquoi le Rite Suédois ne ressemble finalement ni aux systèmes français, ni aux systèmes anglais. Son univers spirituel est celui d’une franc-maçonnerie chrétienne contemplative, fortement hiérarchisée, où la dimension mystique occupe une place centrale. Dès cette époque, la future originalité du Rite apparaît déjà clairement : il ne cherche pas à devenir universel, mais à exprimer une certaine vision sacrée de la monarchie, du christianisme et de l’initiation.

3. Le Rite Suédois et la tentation templière

Comme une grande partie des hauts grades européens du XVIIIe siècle, le Rite Suédois fut profondément marqué par la fascination pour l’héritage templier. L’époque voyait fleurir quantité de systèmes affirmant préserver les secrets des anciens chevaliers du Temple, supposément transmis dans la clandestinité après la disparition de l’Ordre médiéval. Parmi eux, la Stricte Observance Templière allemande connaissait alors un immense succès dans les États germaniques.

Le Rite Suédois reprit largement cette légende chevaleresque, mais en l’adaptant à son propre contexte. Là où la Stricte Observance prétendait restaurer l’ancienne organisation des provinces templières en Allemagne, les Suédois affirmèrent que les royaumes nordiques correspondaient eux aussi à des provinces historiques de l’Ordre. Le Danemark devenait ainsi la VIIIe Province, tandis que la Suède était identifiée à la IXe Province. Le Rite Suédois se donnait donc pour mission de restaurer spirituellement ces territoires, dans une perspective à la fois maçonnique et chevaleresque.

Les relations entre le Rite Suédois et la Stricte Observance furent complexes. Les deux systèmes partageaient un imaginaire commun, mais ils demeuraient également rivaux. La situation se compliqua encore lorsqu’un franc-maçon allemand, Johann Wilhelm Kellner von Zinnendorf (1731-1782), acquit auprès d’Eckleff certains grades suédois pour les diffuser en Allemagne sous une forme remaniée. Ce système, devenu le Rite de Zinnendorf, conserva plusieurs éléments du Rite Suédois tout en s’adaptant au contexte allemand.

Cette circulation des rituels montre combien le XVIIIe siècle maçonnique était un monde mouvant, traversé d’alliances, de transmissions et de réinterprétations permanentes. Les systèmes initiatiques ne cessaient alors d’évoluer, souvent autour des mêmes thèmes : chevalerie, christianisme ésotérique, filiation templière et illumination intérieure.

Le personnage qui donna au Rite Suédois une orientation encore plus nettement chevaleresque fut le prince Charles de Sudermanie (1748-1818), futur Charles XIII de Suède. Initié dans le système d’Eckleff en 1770, il se passionna rapidement pour le mysticisme et les doctrines templières. Eckleff comprit immédiatement l’intérêt qu’il pouvait tirer du soutien d’un prince royal aussi influent. Il lui transmit progressivement la direction des hauts grades ainsi que l’ensemble des documents nécessaires à l’administration du Rite.

Charles ajouta alors deux degrés supplémentaires aux neuf grades déjà existants, renforçant encore le caractère chevaleresque et rosicrucien du système. Il fut également reçu dans l’Ordre Intérieur de la Stricte Observance Templière, ce qui accentua les liens entre les deux courants.

En 1772, après le discrédit du baron de Hund, fondateur de la Stricte Observance, Charles espéra même prendre la tête de l’Ordre templier allemand. Mais le Convent de Kohlo lui préféra finalement Ferdinand de Brunswick-Lunebourg (1721-1792). Cet échec eut probablement des conséquences décisives pour l’avenir du Rite Suédois. Si les deux systèmes avaient fusionné, le Rite nordique aurait sans doute disparu avec la Stricte Observance Templière quelques années plus tard. Au contraire, il conserva son autonomie et put poursuivre son évolution propre au sein des monarchies scandinaves.

4. Charles XIII et la transformation du Rite Suédois

Le prince Charles de Sudermanie ne fut pas seulement un protecteur de la franc-maçonnerie suédoise. Il transforma profondément le Rite et contribua à lui donner sa physionomie définitive. Personnage complexe, attiré par les sciences occultes, le mysticisme chrétien et les sociétés initiatiques, il voyait dans la franc-maçonnerie bien davantage qu’un simple cercle aristocratique ou philosophique. Pour lui, l’initiation devait conduire à une véritable régénération spirituelle.

Lorsqu’il prit progressivement la direction du système élaboré par Eckleff, Charles entreprit de renforcer sa cohérence doctrinale et son caractère chevaleresque. Les deux degrés supplémentaires qu’il ajouta au Rite accentuèrent encore sa tonalité rosicrucienne et illuministe. Mais surtout, le Rite Suédois commença alors à se structurer comme un véritable ordre chrétien placé sous la protection de la monarchie.

Cette évolution distingue profondément le Rite Suédois de la plupart des autres systèmes maçonniques européens. Dans les pays latins, la franc-maçonnerie allait progressivement prendre une orientation plus philosophique, parfois même rationaliste ou politique. Dans les royaumes nordiques, au contraire, elle demeura étroitement liée à une vision sacrée du pouvoir royal et à une spiritualité explicitement chrétienne.

Le futur Charles XIII joua ici un rôle décisif. Son prestige princier permit au Rite de s’enraciner durablement dans les structures du royaume. Loin d’être marginalisée ou combattue, la franc-maçonnerie suédoise s’intégra progressivement à l’ordre social et monarchique du pays. Cette proximité avec la Couronne explique en grande partie la stabilité remarquable du Rite Suédois à travers les siècles.

Lorsque Charles monta finalement sur le trône en 1809 sous le nom de Charles XIII, cette relation privilégiée entre monarchie et franc-maçonnerie atteignit son apogée. Le souverain incarnait désormais à la fois l’autorité royale et l’autorité initiatique suprême. La franc-maçonnerie suédoise cessait ainsi d’être une simple société initiatique parmi d’autres : elle devenait un élément symbolique de l’identité monarchique nordique.

Cette situation demeure presque sans équivalent dans l’histoire maçonnique européenne. Ailleurs, les relations entre franc-maçonnerie et pouvoir politique furent souvent conflictuelles ou ambiguës. En Suède, elles prirent au contraire la forme d’une alliance durable, enracinée dans une même conception chrétienne et hiérarchique de la société.

5. Les grades du Rite Suédois

Le Rite Suédois se distingue également par son organisation initiatique particulièrement structurée. Là où de nombreux systèmes maçonniques accumulèrent progressivement des dizaines de hauts grades parfois difficilement articulés entre eux, le Rite nordique chercha au contraire à construire un parcours cohérent et hiérarchisé. Chaque étape doit conduire le candidat vers une compréhension spirituelle plus profonde du christianisme et de la vocation intérieure du chevalier chrétien.

Le système est traditionnellement divisé en trois grandes classes.

Les Loges de Saint Jean regroupent les trois premiers degrés :

I. Apprenti
II. Compagnon
III. Maître

Comme dans d’autres systèmes maçonniques, ces grades constituent le socle de l’initiation. Mais même à ce niveau, le Rite Suédois affirme déjà son identité chrétienne. Les références bibliques y occupent une place centrale, et l’atmosphère des rituels diffère sensiblement de celle des systèmes plus universalistes.

Viennent ensuite les Loges de Saint André :

IV/V. Apprenti et Compagnon de Saint André
VI. Maître de Saint André

Cette seconde classe marque une transition importante. Saint André n’y apparaît pas seulement comme le patron de l’Écosse, ainsi qu’il est souvent présenté dans certains hauts grades écossais. Il devient surtout la figure du disciple qui conduit vers le Christ. Selon l’Évangile, André fut le premier appelé, mais aussi celui qui présenta son frère Simon-Pierre à Jésus. Le symbolisme du Rite Suédois utilise cette figure pour exprimer l’idée d’un approfondissement spirituel progressif.

La troisième classe correspond au Chapitre :

VII. Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Orient
VIII. Très Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Occident
IX. Frère Illuminé
X. Frère Haut Illuminé

Le système est enfin couronné par un XIe degré essentiellement administratif :

XI. Frère Très Haut Illuminé, Chevalier et Commandeur de la Croix Rouge

Cette progression ne doit pas être comprise comme une simple accumulation de titres honorifiques. Le Rite Suédois présente au contraire une véritable logique initiatique. Plus le candidat avance dans les grades, plus la dimension contemplative et mystique devient importante. L’objectif n’est pas l’acquisition d’un savoir ésotérique au sens classique du terme, mais une transformation intérieure orientée vers l’illumination chrétienne.

Contrairement à certains courants ésotériques du XVIIIe siècle, le Rite Suédois ne manifesta d’ailleurs qu’un intérêt limité pour l’alchimie ou les pratiques occultes. Il se concentra essentiellement sur la théurgie, c’est-à-dire sur la possibilité d’un rapprochement spirituel avec la Divinité. Cette orientation rappelle parfois certains aspects du Rite Écossais Rectifié ou de la tradition martiniste, même si le contexte historique et doctrinal demeure très différent.

L’ensemble du système initiatique suédois apparaît ainsi comme une tentative de construire une chevalerie intérieure chrétienne, placée sous le signe de la contemplation, de la fidélité monarchique et de l’espérance d’une régénération spirituelle.

6. Pourquoi le Rite Suédois est-il exclusivement chrétien ?

La dimension chrétienne du Rite Suédois constitue sans doute sa caractéristique la plus connue, mais aussi la plus mal comprise. Dans une grande partie de la franc-maçonnerie contemporaine, le christianisme n’apparaît plus que comme un héritage culturel ou symbolique parmi d’autres. Le Rite Suédois adopte au contraire une position beaucoup plus explicite : seuls des chrétiens peuvent y être reçus.

Cette exigence ne relève pas d’un simple conservatisme religieux. Elle découle directement de la structure même du Rite. L’ensemble du système initiatique repose sur une lecture chrétienne du monde, de l’histoire sacrée et de la destinée spirituelle de l’homme. Les références bibliques ne servent pas uniquement de décor rituel : elles constituent le cœur doctrinal du parcours initiatique.

Le Rite Suédois se place d’ailleurs sous le patronage de deux figures apostoliques majeures : Saint Jean et Saint André. Saint Jean n’y est pas seulement associé à l’Évangile, mais surtout à l’Apocalypse et à la vision de la Nouvelle Jérusalem. Il représente la dimension contemplative et prophétique de l’initiation. Saint André, quant à lui, symbolise le disciple qui conduit vers le Christ et prépare l’entrée dans une compréhension plus profonde du mystère chrétien.

Cette orientation distingue fortement le Rite Suédois des systèmes maçonniques qui privilégient une approche plus universaliste. Là où certaines Obédiences considèrent la franc-maçonnerie comme un espace spirituel ouvert à toutes les religions, le Rite Suédois affirme au contraire qu’une initiation chrétienne cohérente suppose une adhésion préalable à la foi chrétienne.

Il faut toutefois éviter un contresens fréquent. Le Rite Suédois ne constitue pas une simple superposition de christianisme et de symbolisme maçonnique. Il ne s’agit pas davantage d’un christianisme décoratif ajouté artificiellement à des structures initiatiques plus anciennes. Le système suédois forme un ensemble théologique relativement cohérent, dans lequel les grades, les symboles et les références chevaleresques convergent vers une même vision spirituelle.

Cette cohérence explique également pourquoi le Rite Suédois conserve une tonalité profondément mystique. Son objectif n’est pas seulement moral ou philosophique. Il s’agit d’une voie de transformation intérieure orientée vers la contemplation des réalités divines. En cela, le Rite se rapproche parfois de certains courants illuministes du XVIIIe siècle, tout en demeurant solidement enraciné dans le christianisme luthérien nordique.

Cette fidélité à une identité confessionnelle forte explique probablement la singularité durable du Rite Suédois dans le paysage maçonnique européen. Alors que beaucoup de systèmes initiatiques ont progressivement atténué leurs références religieuses, lui a choisi de les conserver pleinement, au risque d’apparaître comme un modèle à part dans la franc-maçonnerie contemporaine.

7. Monarchie et franc-maçonnerie : une alliance unique

Le Rite Suédois entretient avec la monarchie une relation sans véritable équivalent dans le reste de la franc-maçonnerie européenne. Dès le XVIIIe siècle, les souverains suédois comprirent l’intérêt qu’ils pouvaient trouver dans cette institution aristocratique et chrétienne, profondément attachée à l’ordre social du royaume. Progressivement, la franc-maçonnerie nordique cessa d’être perçue comme une société discrète tolérée par le pouvoir : elle devint un élément intégré à l’univers monarchique lui-même.

Cette évolution atteignit son point culminant avec Charles XIII. À partir de son règne, tous les rois de Suède furent statutairement Grands Maîtres de la franc-maçonnerie suédoise. L’autorité royale et l’autorité initiatique se trouvaient ainsi réunies dans une même personne. Cette situation dura jusqu’au règne actuel de Carl XVI Gustaf (né en 1946), qui conserva le titre de Protecteur de la franc-maçonnerie suédoise sans exercer lui-même la Grande Maîtrise.

Cette proximité avec la Couronne donna au Rite Suédois une stabilité exceptionnelle. Alors que de nombreuses Obédiences européennes traversèrent des conflits politiques, des schismes ou des persécutions, la franc-maçonnerie suédoise demeura solidement enracinée dans les structures de l’État monarchique. Son identité chrétienne et loyaliste lui permit d’éviter une grande partie des tensions qui opposèrent ailleurs la franc-maçonnerie aux pouvoirs religieux ou politiques.

Le symbole le plus remarquable de cette alliance demeureL ’Ordre royal de Charles XIII,  instauré en 1811 par le souverain lui-même. Cet Ordre occupe une place singulière, car il appartient à la fois à l’univers maçonnique et au système honorifique officiel de la Couronne suédoise. Il ne s’agit donc pas d’un simple grade supplémentaire ou d’une décoration interne à une Obédience, mais bien d’un véritable ordre chevaleresque royal.

L’Ordre royal de Charles XIII, distinction honorifique réservée à certains hauts dignitaires du Rite Suédois 

L’Ordre de Charles XIII ne peut compter que trente-trois membres. Pour y être admis, il faut non seulement avoir atteint le XIe degré du Rite Suédois, mais aussi être considéré comme particulièrement méritant. Cette limitation numérique renforce encore son prestige et son caractère élitaire.

À travers cet Ordre, le Rite Suédois révèle une conception très particulière de la franc-maçonnerie. Dans les royaumes nordiques, l’initiation n’a jamais été pensée comme une force de contestation de l’ordre établi. Elle apparaît plutôt comme un prolongement spirituel et chevaleresque de l’ordre monarchique chrétien. Le franc-maçon idéal n’y est pas présenté comme un penseur indépendant défiant les structures traditionnelles, mais comme un homme appelé à servir loyalement Dieu, le roi et son prochain.

Cette vision peut surprendre dans un monde maçonnique souvent marqué par les héritages libéraux ou rationalistes du XIXe siècle. Pourtant, elle rappelle qu’il n’existe pas une seule tradition maçonnique européenne, mais plusieurs sensibilités historiques parfois très différentes les unes des autres.

8. Le Rite Suédois aujourd’hui

Le Rite Suédois demeure aujourd’hui le principal système maçonnique des pays nordiques. Il est pratiqué en Suède, au Danemark, en Norvège, en Islande et dans une partie de la Finlande. Son influence dépasse donc largement les frontières suédoises proprement dites, même si chaque Obédience nationale possède certaines particularités propres.

En Finlande, la situation est plus complexe. Le pays connaît à la fois une franc-maçonnerie de tradition anglo-saxonne et des structures travaillant selon le Rite Suédois. Cette coexistence reflète l’histoire particulière de la Finlande, longtemps liée à la Couronne suédoise avant de passer sous domination russe au XIXe siècle.

Le Rite Suédois existe également, sous des formes adaptées, dans quelques Loges allemandes et espagnoles. Toutefois, ces implantations demeurent marginales par rapport au rôle central que le système conserve dans les monarchies scandinaves.

Malgré les transformations profondes de la société européenne depuis le XVIIIe siècle, le Rite Suédois a conservé l’essentiel de son identité historique. Son caractère chrétien demeure pleinement affirmé, tout comme son organisation hiérarchisée et sa tonalité mystique. Cette continuité explique sans doute pourquoi il intrigue autant les francs-maçons issus de traditions plus universalistes ou plus rationalistes.

Le Rite Suédois occupe également une position particulière dans les relations maçonniques internationales. Son exclusivité chrétienne limite naturellement certaines reconnaissances ou certains échanges avec des Obédiences ouvertes à toutes les religions. Pourtant, il demeure pleinement intégré à l’univers de la franc-maçonnerie dite régulière et entretient des relations suivies avec les grandes Obédiences reconnues.

Cette fidélité à ses structures originelles donne au Rite Suédois une physionomie presque intemporelle. Dans un paysage maçonnique souvent marqué par les réformes, les simplifications rituelles ou les débats idéologiques modernes, il apparaît comme l’un des derniers grands systèmes initiatiques européens ayant conservé une forte continuité historique et spirituelle.

Pour beaucoup de francs-maçons étrangers, le Rite Suédois conserve ainsi une forme d’étrangeté fascinante. À travers ses références chrétiennes explicites, son héritage chevaleresque, son lien ancien avec la monarchie et sa dimension contemplative, il semble préserver quelque chose de l’atmosphère initiatique propre au XVIIIe siècle européen.

9. Conclusion – Le Rite Suédois, entre monarchie chrétienne et initiation mystique

Le Rite Suédois occupe une place singulière dans l’histoire de la franc-maçonnerie européenne. Né des influences françaises du XVIIIe siècle, enrichi par le mysticisme nordique et profondément enraciné dans la culture protestante scandinave, il a progressivement construit une identité propre, à la fois chrétienne, chevaleresque et monarchique.

Là où d’autres systèmes maçonniques ont cherché une forme d’universalité philosophique ou symbolique, le Rite Suédois a conservé une orientation confessionnelle assumée. Cette fidélité à une structure spirituelle explicitement chrétienne explique en grande partie son originalité, mais aussi sa stabilité remarquable à travers les siècles.

Son lien historique avec la Couronne suédoise, son organisation hiérarchisée et sa dimension contemplative en font probablement l’un des derniers grands systèmes initiatiques européens encore étroitement liés à une vision sacrée de la monarchie et de l’ordre chrétien. Plus qu’un simple Rite maçonnique parmi d’autres, le Rite Suédois apparaît ainsi comme le témoin vivant d’une autre manière de concevoir la franc-maçonnerie : moins tournée vers l’universalisme moderne que vers la régénération spirituelle et la chevalerie intérieure.

Source : Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante.

           

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Les rois de Suède sont également Grands Maîtres

Publié le 14 Septembre 2026 par T.D

 

Il n’est un secret pour personne que la franc-maçonnerie, depuis son expansion en Europe, au 18e siècle, a réuni en ses rangs de nombreux aristocrates, gentilshommes et membres des familles royales. En Suède, la famille royale et même plusieurs rois, sont fortement liés à la franc-maçonnerie, de son installation dans le pays à sa protection. De 1774 à 1973, de nombreux rois de Suède ont assuré la fonction de Grand Maître de la Grande Loge de Suède ou de protecteur de l’ordre des Francs-Maçons de Suède. L’actuel roi de Suède est le premier roi de Suède à ne pas être Grand Maître, ayant laissé cette place à son frère.

Les origines de la franc-maçonnerie en Suède

C’est le comte Axel Wrede-Sparre qui ramena la franc-maçonnerie en Suède. Comme ce fut le cas dans bon nombre de pays européens, la franc-maçonnerie se répandra un peu partout sur le continent, depuis la France. C’est à Paris, en 1731, que le comte Axel Wrede-Sparre avait été initié. En quelques années, c’est entouré d’autres membres de la noblesse suédoise, comme le baron Sack ou le comte Knut Carlsson Posse que plusieurs loges virent le jour et qu’une Loge Mère fut fondée en Suède. Finalement, la Grande Loge de Suède fut fondée officiellement en 1761 et le baron Carl Frederik Scheffer en fut le premier Grand Maître.

Depuis 1770, la Grande Loge de Suede est reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre. En Suède, la formation de l’obédience a néanmoins engendré la création d’un système de grades qui lui est propre et une adaptation des rituels. De ce fait, un rite spécifique fut créé. Il s’agit du rite suédois, le rite toujours en vigueur dans les pays scandinaves, est chrétien, plus chevaleresque que dans les autres pays et d’inspiration templière.

Quand la franc-maçonnerie suédoise devient un ordre de chevalerie civil

Après les grades habituels d’apprenti, compagnon et maître, viennent les 3 grades écossais, puis les 4 grades du chapitre. Une fois le 10e grade atteint, il existe encore 2 grades administratifs, les 11e et 12e grades. Les membres du douzième grade sont reçus chevaliers commandeurs de la Croix Rouge. La particularité est qu’une fois ce grade atteint, il est possible d’être reçu dans l’ordre royal de Charles XIII.

L’ordre royal de Charles XIII est un ordre qui appartient à la maison royale de Suède et qui est toujours aujourd’hui conféré par le souverain. Le roi reçoit alors dans cet ordre, certains membres ayant atteint le 12e grade. L’ordre royal de Charles XIII n’accepte que 33 membres à la fois.

Les rois de Suède Grands Maîtres de la Grande Loge de Suède

En 1774, la jeune Grande Loge de Suède eut pour Grand Maître le prince Charles de Suède, duc de Södermanland (anciennement francisé en Sudermanie). Il était le deuxième fils du roi Adolphe-Frédéric et le frère cadet du roi Gustave III. Son père était déjà protecteur de la Grande Loge, comme le furent tous les rois après lui. Quand le prince Charles eut de plus en plus de fonctions politiques, notamment durant le règne de son frère, c’est leur troisième frère, le prince Frédéric-Adolphe, puis le prince Karl Gustav qui occupèrent le rôle de Grands Maîtres. Finalement, le prince Charles reprit la place de Grand Maître en 1805. En 1809, suite à un coup d’État et une révolution, le prince Charles est appelé sur le trône, à la place de son neveu. Le prince Charles, duc de Södermanland, devient alors Charles XIII et reste Grand Maître pendant un temps, avant d’accepter le rôle de protecteur et de laisser la place du Grand Maître à celui qui avait été élu comme son héritier, Jean-Baptiste Bernadotte, devenu le prince héritier Charles-Jean, futur roi Charles XIV Jean.

Par la suite, à partir d’Oscar 1e, fils de Charles XIV Jean, jusqu’à Gustave VI Adolphe, tous les rois occupèrent le rôle de Grand Maître, à savoir Oscar 1e de 1844 à 1859, Charles XV de 1859 à 1872, Oscar II de 1872 à 1907, Gustave V de 1907 à 1950 et Gustave VI Adolphe de 1950 à 1973. Notons aussi que les rois de Suède étaient également Grands Maîtres sur le territoire norvégien, suite à l’union entre ses deux pays. En 1891, alors que les deux pays étaient encore unifiés, fut fondée la Grande Loge norvégienne. Malgré la scission des deux obédiences, le roi Oscar II resta Grande Maître en Suède et en Norvège pendant quelques années. Finalement, quelques temps avant la séparation du royaume de Suède et du royaume de Norvège, la Grande Loge norvégienne changea de Grand Maître et jamais aucun autre membre de la famille royale suédoise ou norvégienne ne fut Grand Maître en Norvège.

À la mort de Gustave VI Adolphe, c’est son troisième fils, le prince Bertil qui est devenu Grand Maître. Le prince Bertil était l’oncle de l’actuel roi Carl XVI Gustaf. Bien qu’il se peut que le roi actuel, ait été initié et ait pu pratiquer la franc-maçonnerie, il est le premier roi en deux siècles à couper la tradition des rois Grands Maîtres. Néanmoins, Carl XVI Gustaf est officiellement toujours protecteur de la franc-maçonnerie en Suède. Son oncle, le prince Bertil resta Grand Maitre de la Grande Loge de Suède jusqu’à sa mort en 1997. Le prince Bertil vivait avec sa conjointe, Lilian Davies sans être mariés. Cet homme de devoir, qui a fait passer la dynastie avant son intérêt personnel n’a jamais eu d’enfant. À sa mort, le titre de Grand Maître a définitivement quitté le giron de la famille royaje de Suede. Gustaf Piehl lui succéda. L’actuel Grand Maître est Christer Persson.

Le lien entre la monarchie suédoise et le Rite Suédois

Un Rite suédois singulier et royal

On ne peut s’intéresser au Rite suédois sans évoquer son ancrage profond dans la monarchie suédoise. D’ailleurs, entre nous, cette relation est aussi étonnante qu’ancienne. La franc-maçonnerie, dispersée à travers l’Europe, a revêtu en Suède des couleurs symboliques bien particulières, influencées par la royauté protestante. Depuis le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie a prospéré avec la bénédiction — ou plutôt sous le regard vigilant — des souverains suédois. Certains pourraient même dire que le Rite suédois est la création personnelle de la couronne… Pourtant, l’histoire s’avère plus subtile, pleine de nuances dignes des longues soirées scandinaves.

Ce rite, contrairement à ses cousins continentaux, exige non seulement la croyance en un Dieu chrétien, mais également la reconnaissance de la royauté nationale comme tutelle. Cette structure particulière fait du Rite suédois l’un des plus exclusifs au monde. On y trouve une fraternité à la suédoise, où chaque loge semble respirer l’esprit des vieux palais d’hiver de Stockholm. La spiritualité chrétienne suinte des rituels ; elle colore chaque geste, chaque symbole. Une douce singularité nordique, vous en conviendrez.

Quand histoire et monarchie forgent le Rite suédois

Le lien ténu entre la monarchie suédoise et le Rite suédois s’épaissit à mesure que l’on remonte le fil de l’Histoire. Dès la fin des années 1700, le roi Gustave III ne se contente pas de veiller sur le pays : il devient le protecteur suprême du Rite suédois, conférant à la franc-maçonnerie nationale une légitimité souveraine. On pourrait croire à une emprise, mais non : il s’agit d’un partenariat presque paternel — ce qui, dans la brume des forêts suédoises, a du sens. Entre le trône et la loge, les frontières s’estompent, au gré des saisons. Personnellement, je trouve que cet entremêlement donne à l’histoire du Rite suédois un caractère aussi mystérieux qu’élégant.

La structure initiatique, étagée en dix degrés, porte donc l’empreinte royale : chaque niveau symbolise non seulement un progrès spirituel, mais aussi l’adhésion à une certaine idée du service à la communauté et à la monarchie. Étonnant, n’est-ce pas ? Ce n’est donc pas un hasard si le Rite suédois en Suède attire encore aujourd’hui des frères attachés aux valeurs traditionnelles, où la fraternité danse avec la loyauté monarchique. Toute cela contribue à une atmosphère unique parmi les loges du Rite suédois.

Le Rite suédois : foi, symbolisme et Scandinavie

Il faut finalement parler de ce qui fait vibrer le Rite suédois parmi les autres courants : sa foi chrétienne, oui, mais aussi son symbolisme imprégné du Nord. Les rituels, inspirés à la fois par la franc-maçonnerie universelle et les coutumes scandinaves, valorisent le silence, la lumière, et cette fameuse « fraternité de la neige » — un concept que seul un hiver à Stockholm peut vous enseigner. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le Rite suédois de tradition chrétienne persiste dans un monde de plus en plus laïque ? Peut-être justement parce qu’il incarne la permanence et le respect de la tradition, à l’image de la monarchie suédoise.

Quant à la structure, elle offre à ses membres un cheminement majestueux vers la connaissance de soi, enveloppé de symboles séculaires. De la croix nimbée dans la salle aux références bibliques cryptées dans les rituels, tout y évoque la fidélité scandinave tant au spirituel qu’à la royauté. Voilà ce qui, pour moi, distingue le Rite suédois : l’alliage inédit de la foi, du symbole, et du souffle du grand Nord. Difficile d’y rester insensible quand on aime les vieilles pierres et les mystères hivernaux.

Le lien entre la monarchie suédoise et le Rite Suédois

Un Rite suédois singulier et royal

On ne peut s’intéresser au Rite suédois sans évoquer son ancrage profond dans la monarchie suédoise. D’ailleurs, entre nous, cette relation est aussi étonnante qu’ancienne. La franc-maçonnerie, dispersée à travers l’Europe, a revêtu en Suède des couleurs symboliques bien particulières, influencées par la royauté protestante. Depuis le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie a prospéré avec la bénédiction — ou plutôt sous le regard vigilant — des souverains suédois. Certains pourraient même dire que le Rite suédois est la création personnelle de la couronne… Pourtant, l’histoire s’avère plus subtile, pleine de nuances dignes des longues soirées scandinaves.

Ce rite, contrairement à ses cousins continentaux, exige non seulement la croyance en un Dieu chrétien, mais également la reconnaissance de la royauté nationale comme tutelle. Cette structure particulière fait du Rite suédois l’un des plus exclusifs au monde. On y trouve une fraternité à la suédoise, où chaque loge semble respirer l’esprit des vieux palais d’hiver de Stockholm. La spiritualité chrétienne suinte des rituels ; elle colore chaque geste, chaque symbole. Une douce singularité nordique, vous en conviendrez.

Quand histoire et monarchie forgent le Rite suédois

Le lien ténu entre la monarchie suédoise et le Rite suédois s’épaissit à mesure que l’on remonte le fil de l’Histoire. Dès la fin des années 1700, le roi Gustave III ne se contente pas de veiller sur le pays : il devient le protecteur suprême du Rite suédois, conférant à la franc-maçonnerie nationale une légitimité souveraine. On pourrait croire à une emprise, mais non : il s’agit d’un partenariat presque paternel — ce qui, dans la brume des forêts suédoises, a du sens. Entre le trône et la loge, les frontières s’estompent, au gré des saisons. Personnellement, je trouve que cet entremêlement donne à l’histoire du Rite suédois un caractère aussi mystérieux qu’élégant.

La structure initiatique, étagée en dix degrés, porte donc l’empreinte royale : chaque niveau symbolise non seulement un progrès spirituel, mais aussi l’adhésion à une certaine idée du service à la communauté et à la monarchie. Étonnant, n’est-ce pas ? Ce n’est donc pas un hasard si le Rite suédois en Suède attire encore aujourd’hui des frères attachés aux valeurs traditionnelles, où la fraternité danse avec la loyauté monarchique. Toute cela contribue à une atmosphère unique parmi les loges du Rite suédois.

Le Rite suédois : foi, symbolisme et Scandinavie

Il faut finalement parler de ce qui fait vibrer le Rite suédois parmi les autres courants : sa foi chrétienne, oui, mais aussi son symbolisme imprégné du Nord. Les rituels, inspirés à la fois par la franc-maçonnerie universelle et les coutumes scandinaves, valorisent le silence, la lumière, et cette fameuse « fraternité de la neige » — un concept que seul un hiver à Stockholm peut vous enseigner. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le Rite suédois de tradition chrétienne persiste dans un monde de plus en plus laïque ? Peut-être justement parce qu’il incarne la permanence et le respect de la tradition, à l’image de la monarchie suédoise.

Quant à la structure, elle offre à ses membres un cheminement majestueux vers la connaissance de soi, enveloppé de symboles séculaires. De la croix nimbée dans la salle aux références bibliques cryptées dans les rituels, tout y évoque la fidélité scandinave tant au spirituel qu’à la royauté. Voilà ce qui, pour moi, distingue le Rite suédois : l’alliage inédit de la foi, du symbole, et du souffle du grand Nord. Difficile d’y rester insensible quand on aime les vieilles pierres et les mystères hivernaux.

Ordre de Charles XLL

L'Ordre de Charles XIII pourrait-être l'une des réponses à la récurrente question de savoir si la "Chevalerie maçonnique" possède une fontaine d'honneur suffisante pour être considérée à l'équivalence de la chevalerie d'épée...?

Carl Frédérick von Eckleff fonde le 26 Décembre 1759 le rite maçonnique dit Suédois de stricte observance "Eques a soles vivicante" rituel fondateur de la franc-maçonnerie suédoise et norvégienne dont il devient le Grand-Maître.

Dignitaire de cette institution le Duc Carl von Södermanland lui succède comme Grand-Maître le 3O Novembre 1774.

Après la révolution et la déposition de son neveu Gustave IV, le Duc Carl von Södermanland monte sur le trône sous le nom de Charles XIII et ce en 18O9.

Le 27 Mai 1811, Charles XIII décide la fondation d'un Ordre chevaleresque éponyme exclusivement réservé aux Francs-Maçons Suédois de stricte observance. L'institution est limitée en plus des princes royaux à 27 membres civils et 3 ecclésiastiques. Ces récipiendaires devaient au préalable à cet honneur être titulaires du dixième grade ou degré du rite Suédois du Chapitre des Illuminés de Stockholm (Dignitaire Chevalier de la Croix Rouge du Temple). Nous nous garderons bien de prendre position sur l'imaginaire ou réelle succession de l'Ordre du Temple en Franc-Maçonnerie?

Les mauvaises langues prétendent que le roi créa cette dignité aristocratique réservée aux Francs-Maçons en reconnaissance de leurs actions ayant favorisé son accession au trône, mais que ne dit-on pas!

Les membres uniquement nommés par le souverain, portent un costume de velours or, des bottes de mousquetaires, un col de dentelle, un manteau blanc frappé de la croix pattée de gueules, insigne de l'Ordre au cou (Croix rouge) et épée au côté.

Pour être membre de l'Ordre il faut donc être initié Franc-Maçon et posséder les hauts grades néanmoins les princes royaux sont membres au berceau et considérés comme initiés de fait (c'est il me semble le seul exemple. Existe-t-il une cérémonie quelconque à l'imitation,si j'ose dire du baptême, nous aimerions bien le savoir...???)

La Reine Elisabeth Charlotte de Schleswig-Holstein-Gottorp ne pouvant avoir d'enfant Charles XIII adopte dès son accession au trône le prince Christian-Auguste d'Augustenbourg, qui décédé un an après et ne connu donc l'Ordre de Charles XIII. Sans successeur et en pleine crise politique le roi va adopter comme prince royal le Maréchal Jean-Baptiste Bernadotte, prince de Pontecorvo, initié au Grand-Orient de France il en est Grand-Officier d'Honneur. Dès sa réception comme prince suédois Charles XIII lui remet la responsabilité de l'Ordre maçonnique suédois avec le titre de "Procuratores Salomonis", se réservant la dignité de "Vicarius Salominis, sacrificatus, illuminatus, Magnus Jéhovah", titre toujours porté par le roi de Suède dit Maître-Régnant de l'Ordre maçonnique.

A la mort de Charles XIII (1818) le Prince royal de Suède et de Pontécorvo monte sur le trône sous le nom de Jean XIV héritant bien sur de l'ensemble des titres, dignités et responsabilités de son prédécesseur.

Comme nous l'avons dit le titre de "Vicaire de Salomon" est toujours porté par le roi en exercice ce qui en fait avec l'accord du clergé luthérien "comme le représentant du Christ ici bas" et ce depuis le 5 Mars 1780.

Les modifications de la constitution suédoise feront du premier né royal le futur souverain qu'il soit homme ou femme. C'est une princesse qui actuellement est donc héritière de la couronne et qui de ce fait va se retrouver chef de la maçonnerie suédoise, maçonnerie reconnue par l'Angleterre le 8 Mai 1799. Une femme sera donc pour la première fois responsable d'une maçonnerie régulière, le reine Elisabeth II n'en étant que la protectrice.

 

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Le Rite Suédois

Publié le 13 Septembre 2026 par T.D

Le Rite Suédois est peu connu des francs-maçons de la majeure partie du monde, mais il est le plus pratiqué dans les pays nordiques : Suède, Danemark, Norvège, Islande et Finlande. Il est également pratiqué d’une manière un peu différente par quelques Loges en Allemagne et en Espagne. D’inspiration strictement chrétienne, le Rite Suédois est un Rite mystique et illuministe qui, dans l’esprit, présente des analogies avec le Rite Écossais Rectifié. Mais en dépit de ses ressemblances avec d’autres Rites maçonniques, le Rite Suédois est unique dans son rapport à la monarchie, et débouche sur un Ordre qui est à la fois un ordre honorifique de la Couronne et une dignité maçonnique. Quelles sont donc les origines du Rite Suédois et quelles sont ses spécificités ?

Les débuts de la franc-maçonnerie en Suède 

La franc-maçonnerie qui s’implanta en Suède à partir de 1735 était d’origine française. Contrairement à ce qui se passa dans la plupart des États européens, Londres n’y joua aucun rôle. La première Loge fut fondée à Stockholm en 1735 par le comte Axel Wrede-Sparre (1708-1772), qui avait reçu en France les trois grades de la franc-maçonnerie symbolique. Trois ans plus tard, le baron Carl Frederik Scheffer (1715-1786) revenait en Suède après un séjour en France, muni d’une lettre signée en 1737 par Lord Derwentwater, alors Grand Maître de la Grande Loge de France : cette lettre l’autorisait à créer et administrer des Loges sous juridiction de la Grande Loge de France, dans l’attente d’avoir assez de Loges pour élire un Grand Maître pour la Suède. Le roi de Suède Frédéric Ier (1676-1751) s’inquiéta de cette nouvelle société et l’interdit en 1738, sous peine de mort. Mais il ne tarda pas à recevoir l’hommage officiel des francs-maçons et leva l’interdiction après quelques mois seulement.

La Grande Loge de Suède fut créée en 1761, sous le protection du roi Adolphe-Frédéric (1710-1771), avec des patentes de la Grande Loge de France et des rituels d’origine française, et le premier Grand Maître fut le baron Scheffer. Elle fut reconnue par la Grande Loge de Londres en 1770.

Les premiers hauts gtades du REAA pratiqués en Suède venaient également de France. En 1743, de retour d’un nouveau séjour en France, le baron Scheffer rapportait des rituels de hauts grades français et créait un premier Chapitre Écossais à Stockholm. Puis en 1754, un certain Dr Engelhardt recevait une patente du comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge de France pour la pratique des hauts grades. Il fonda une Loge et un Chapitre à Gothenburg en 1757. Et finalement en 1759, le comte Hirn rapporta d’autres hauts grades de Metz, qui ne deviendra française qu’en 1766, mais était déjà largement influencée par la France.

Les origines de Rite Suédois 

Tant par la mentalité que par la culture et la religion, les francs-maçons suédois se sentaient plus proches de leurs Frères des États allemands protestants que des francs-maçons français. Ils ne tardèrent pas à créer leur propre système, teinté de mysticisme, de rosicrucianisme et de légende templière. Le médecin et Conseiller à la Chancellerie Carl Frederik Eckleff (1723-1786) fonda en 1759 un Chapitre de hauts grades influencé par le mysticisme de l’École du Nord, et en particulier du mystique suédois Emmanuel Swedenborg (1688-1772). À la fondation de la Grande Loge de Suède en 1761, il en devint Grand Maître Adjoint et s’appliqua à retravailler ses rituels pour les faire adopter par la nouvelle Obédience.

Le nouveau Rite s’empara de la légende templière de la Stricte Observance Templière allemande, alors à son apogée, et décréta que, si l’Allemagne représentait bien la VIIe Province de l’Ordre, le Danemark en était la VIIIe et la Suède la IXe. Le Rite Suédois se donnait donc mission de restaurer ces Provinces, comme la Stricte Observance l’avait fait en Allemagne. Les deux Ordres entrèrent donc en une relation faite autant d’alliance que de rivalité. Les relations furent compliquées en 1764 par un transfuge de la Stricte Observance qui, ayant acheté les grades suédois à Eckleff, en tira sa propre version, qu’il diffusa en Allemagne. C’est le Rite de Zinnendorf, du nom de cet ambitieux franc-maçon allemand, Johann Wilhelm Kellner von Zinnendorf (1731-1782).

Le prince Charles de Sudermanie (1748-1818), second fils d’Adolphe-Frédéric, qui règnera sur la Suède entre 1809 et 1818 sous le nom de Charles XIII, joua un rôle important dans l’histoire du Rite Suédois, mais aussi de la Stricte Observance Templière. Féru de mysticisme et plutôt crédule, il fut reçu dans le Chapitre d’Eckleff en 1770. Eckleff, comprenant tout le profit qu’il pourrait tirer de ce personnage important, lui laissa sa place à la tête des hauts grades, lui vendant fort cher toute la documentation nécessaire pour administrer le Rite. Charles rajouta deux degrés aux neuf qu’avait créés Eckleff, renforçant ainsi la dimension templière et rosicrucienne du Rite, et fut aussi reçu dans l’Ordre Intérieur de la Stricte Observance Templière.

En Allemagne , le Convent de la Stricte Observance Templière tenu à Kohlo en 1772 désavoua le baron de Hund et Charles se présenta pour lui succéder, mais le Convent lui préféra Ferdinand de Brunswick-Lunebourg (1721-1782) comme Grand Supérieur de l’Ordre. Cet échec de Charles fut certainement une chance pour le Rite Suédois, qui aurait probablement disparu comme la Stricte Observance Templière si les deux Ordres avaient fusionné.

Les spécificités du Rite Suédois 

Le Rite Suédois est divisé en trois classes : 

Loge de St Jean

  1. Apprenti
  2. Compagnon

III. Maître

Loge de St André

IV/V. Apprenti et Compagnon de St André

  1. Maître de St André 

Chapitre

VII. Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Orient

VIII. Très Haut Illustre Frère, ou Chevalier de l’Occident

  1. Frère Illuminé 
  2. Frère Haut Illuminé 

Le tout est couronné par un XIe grade, administratif : le Frère Très Haut Illuminé, Chevalier et Commandeur de la Croix Rouge.

On constate d’emblée que le Rite Suédois se place sous le patronage de deux Apôtres, St André et St Jean. St André est cité dans plusieurs hauts grades dits Écossais, car il est le saint patron de l’Écosse. Mais ici, il est plutôt vu comme celui qui introduit auprès de Jésus, car selon l’Evangile, il fut le premier disciple à suivre Jésus, et c’est lui qui présenta son frère Simon (le futur St Pierre) à Jésus. Et St Jean est important dans le Rite Suédois non pas tant comme Évangéliste que comme visionnaire et auteur de l’Apocalypse, annonciateur de la Nouvelle Jérusalem. Comme on le constate, le Rite Suédois est résolument et chrétien, et seuls des chrétiens peuvent y être reçus.

Mais contrairement à la plupart des Ordres maçonniques ou para-maçonniques du XVIIIe qui se réclamaient de l’héritage rosicrucien, le Rite Suédois ne se préoccupa ni d’alchimie ni d’occultisme pratique. Il se concentrait uniquement sur la théurgie, cherchant ainsi un contact mystique direct avec la Divinité. En cela, il rappelle l’héritage martinéziste du Rite Écossais Rectifié et la tradition martiniste. 

Une autre spécificité du Rite Suedois est sa très profonde relation avec la Couronne suédoise. Depuis Charles XIII, qui régna de 1809 à 1818, tous les rois de Suède furent statutairement Grands Maîtres de la franc-maçonnerie suédoise. Seul le roi actuel, Carl XVI Gustav (né en 1946) a rompu avec cette tradition, tout en restant Protecteur de la franc-maçonnerie dans son pays. La Grande Maîtrise n’appartient plus désormais à la famille royale.

Le signe le plus remarquable de ce lien privilégié entre la franc-maçonnerie suédoise et la Couronne suédoise est l’Ordre de Charles XIII, instauré par Charles XIII en 1811. Il s’agit d’un véritable Ordre chevaleresque honorifique de la Couronne, qui ne peut compter que 33 membres, et peut être conféré à des francs-maçons méritants, pour autant qu’ils aient reçu le XIe degré du Rite.

 

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Histoire du Rite suédois Histoire du Rite suédois

Publié le 13 Septembre 2026 par T.D

Le Rite suédois est un rite maçonnique pratiqué principalement dans les pays nordiques : Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède. La pratique de ce rite exige du franc-maçon qu’il se déclare chrétien. Il en existe également dans une forme nuancée en Allemagne et dans quelques loges à l’extérieur des pays nordiques.

Histoire

L’histoire de ce rite est assez largement liée à l’implantation de la Stricte observance dans la franc-maçonnerie d’Europe du Nord. Il fut fondé sur une base chrétienne et templière installée en Suède en 1759 par Carl Friedrich Eckleff :

La franc-maçonnerie est introduite en Suède par le comte Wrede-Spare, officier de cavalerie qui d’après son propre témoignage aurait été reçu apprenti à Paris le 4 mai 1731, compagnon le 16 novembre 1731 et maître le 6 mai 1733. La première réunion d’une loge portant son nom a lieu chez le baron Gabriel Sack le 17 mars 1735. Le roi Frédéric 1er interdit la franc-maçonnerie par décret le 21 octobre 1738, décret annulé quelques mois plus tard.

Le 13 janvier 1752, le comte Knut Carlsonn Posse fonde la loge « Saint Jean auxiliaire » qui se déclare Mère loge de Suède et, à ce titre, s’autorise à créer d’autres loges dans le royaume de Suède. L’année suivante, le baron Charles-Frédéric Scheffer, qui avait été initié le 14 mai 1737 à Paris dans la loge Coustos-Villeroy, en fut élu grand maître. Il était en possession d’un document daté de 1737 qui lui avait été remis par le comte de Derwentwater et qui est aujourd’hui conservé à Stockholm. Ce document paraphrase les constitutions de 1723, mais en affirmant que la franc-maçonnerie aurait un caractère exclusivement chrétien.

Les rituels français utilisés dans les débuts sont révisés en 1756. En 1761, le Grande loge de Suède est fondée. Le baron Scheffer en est le premier grand maître et Carl Friedrich Eckleff est assistant grand maître. Le duc Carl Von Södermanland, membre de la Stricte Observance et futur roi Charles XIII de Suède, en deviendra grand maître en 1774 et engagera alors l’organisation du Rite suédois en reprenant les bases d’un chapitre de hauts grades maçonniques fondé par Eckleff à Stockholm le 25 décembre 1759. Il présidera à des révisions du rite en 1780 et en 1800, date à laquelle fut établie la constitution fondamentale de l’ordre.

Fondamentaux du rite

Le rite suédois s’affirme comme fondamentalement chrétien. Il est imprégné de rosicrucianisme, de kabbale et de théosophie et rappelle à certains égards la doctrine de Swedenborg. D’après un rapport de 1828, il s’assigne comme but la connaissance de Dieu par la reconnaissance de l’esprit divin que chacun porte en soi, par l’appréhension de la dimension trinitaire et par la foi en Jésus-Christ.

Système du rite

Le Rite suédois est organisé en dix degrés répartis sur une structure en triptyque :

  • Loges de « Saint Jean » :
    • 1er grade : apprenti,
    • 2e grade : compagnon,
    • 3e grade : maître ;
  • Loges de « Saint André l’Écossais » :
    • 4e grade : apprenti,
    • 5e grade : compagnon,
    • 6e grade : maître de Saint André ;
  • Loges du « Chapitre » :
    • 7e grade : haut Illustre Frère (ou Chevalier de l’Est),
    • 8e grade : très haut illustre frère (ou Chevalier de l’Ouest),
    • 9e grade : frère illuminé,
    • 10e grade : frère haut illuminé ;
  • Les degrés qui suivent sont des degrés administratifs :
    • 11e grade : frère très haut illuminé,
    • 12e grade : chevalier commandeur de la Croix Rouge.

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Les devoirs du Maître Maçon

Publié le 13 Septembre 2026 par T.D

« Si tu veux que brille la flamme, médite dans le Temple et agis sur le Forum, mais garde-toi bien de faire du Temple un Forum. »

J. Corneloup.

Introduction

Cette citation résume bien le rôle que doit avoir le Maître Maçon dans la Loge. Celle-ci est un endroit privilégié dont il doit protéger la flamme. A la lumière du Rituel et des symboles il doit remplir ses devoirs et méditer pour pouvoir avoir la force d’apporter au dehors cette lumière sans en trahir ses secrets. La Loge doit rester un lieu en dehors du Temps où règnent la concorde et la fraternité, le Maître Maçon doit toujours préserver ce lieu sacré des querelles et des conflits du monde profane.

Mais il n’y a pas de droits sans devoirs et si un Maître Maçon peut prétendre à des droits, à un salaire dans son Atelier, il devra pour autant avoir accomplit ses devoirs. Par des termes solennels, prononcés à haute voix, le jour de notre élévation,  nous avons tous fait cette promesse solennelle :

  1. JE PROMETS DE ME CONSACRER À L’ÉMANCIPATION INTELLECTUELLE DE L’HOMME, À LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE, À LA PAIX AU SEIN DE LA PATRIE ET PARMI LES PEUPLES, ET DE CONSIDÉRER MON DEVOIR SUPÉRIEUR À MA VIE.

Cette profession de foi humanisme est une des clé de l’œuvre et de l’idéal maçonnique. Peut-être que cet idéal est tellement élevé que personne n’a vraiment conscience de pouvoir y contribuer un jour ? Pourtant, les liens fraternels qui unissent tous les Francs-Maçons du monde nous rappellent que nous appartenons à un ensemble plus vaste et que l'homme seul ne peut rien. Car, tant que les hommes seront asservis par l'ignorance, l'intolérance, le dogmatisme et le totalitarisme, la Franc-Maçonnerie aura encore un rôle à jouer. Le Maître Maçon est la sentinelle avancée de l’humanité. Il a compris que les dogmes sont les ennemis du genre humain et son devoir est de croire que l’homme est perfectible. C’est pourquoi, il se doit de toujours donner « sa chance à autrui » en l’aidant à se perfectionner. Il ne se compromettra jamais avec un pouvoir totalitaire, une pensée unique ou une masse populaire qui nie les droit de l’individu et aliène la liberté de tous.

  1. JE PROMETS À NOUVEAU DE CONTINUER À REMPLIR CONSCIENCIEUSEMENT TOUTES LES OBLIGATIONS QUE J’AI CONTRACTÉES LORS DE MON INITIATION ET DE MA PROMOTION ; DE SUIVRE ASSIDÛMENT LES TRAVAUX DE LA LOGE ET DE NE PAS LA QUITTER SANS EN INDIQUER FRANCHEMENT ET SINCÈREMENT LE MOTIF.

Cette partie de la promesse semble très claire. Le devoir de Fraternité est indispensable à la « Chaîne d’Union » qui nous unis. Chaque Frère est un élémosinaire en puissance et il se doit d’avertir le Frère élémosinaire en charge ou le VMEC\ qu’un de nos Frères a besoin d’aide et notre devoir est de lui venir en aide.

Par ailleurs, le Franc-Maçon doit contribuer activement à la concorde, il se doit d’être un homme de conciliation et de dialogue. La Sagesse et la Règle doivent être son seul guide. Malheur à lui s’il apporte dans la Loge, ce lieu sacré, la discorde et la division. Les épées se retourneront contre lui !… La vengeance des Frères dans le monde entier sera réelle, il aura quitté définitivement la « Chaîne d’Union » et sera devenu, pour l’ordre, un renégat.

Enfin, on ne vient pas en Loge seulement pour se faire plaisir en ne sélectionnant que les travaux qui nous plaisent… La Règle est la même pour tous et il est assez évident qu’une participation active à tous les travaux de la loge permettent vraiment d’atteindre les objectifs de la promesse. Les séances d’instruction notamment sont un moment privilégié pour poser des questions, s’exprimer et écouter. Les tenues favorisent « l’abandon des métaux »  et la participation à « l’egregore »  de la Loge. Le rituel favorise l’introspection et permet une certaine communion fraternelle. Les conférences ou tenues blanches ouvertes et les sorties familiales sont aussi une forme d’initiation nécessaire et les  ignorer est une forme d’égoïsme personnel qui n’est pas vraiment compatible avec les devoirs d’un Franc-Maçon. Sans aller jusqu’à dire : « hors de l’église point de salut ! »  Ce qui serait réintroduire le dogme on peu simplement dire que c’est en fréquentant la loge que l’on devient maçon de la même manière que « c’est en forgeant que l’on devient forgeron. »

  1. JE PROMETS DE NE RÉVÉLER À AUCUN PROFANE, NI À AUCUN APPRENTI OU COMPAGNON, LES SIGNES DE RECONNAISSANCE ET LES USAGES DU GRADE DE MAÎTRE.

Le compartimentage du système maçonnique en plusieurs degrés de Lumière est indispensable pour protéger celui qui n’est pas encore prêt à recevoir une Lumière trop vive. Loin d’en arriver à la suffisante et classique phrase : « ce n’est pas de ton grade ! », un juste milieu reste nécessaire. Celui qui pose la question a en lui déjà la moitié de la réponse et c’est une insulte à son intelligence que de ne pas lui répondre. Mais la réponse doit être voilée, elle doit être adaptée au degré de celui qui a posé la question.

L’un des principes de notre ordre semble être la « digestion » ou plutôt, la faculté de « ruminer ». Il est essentiel que chacun trouve ses propres réponses et notre véritable devoir de Maître face aux Compagnons et aux Apprentis est simplement de donner des outils et d’indiquer des portes qu’il incombe à eux seul d’ouvrir et de découvrir. Il est essentiel de comprendre que la Franc-Maçonnerie par ses symboles et ses rites ne cesse de voiler la vérité afin que le véritable adepte ne puisse la découvrir que par lui-même, par la connaissance de ses défauts et qualités et surtout, par sa propre révélation à lui-même…

  1. TOUT CELA, JE LE PROMETS SUR MA PAROLE DE FRANC-MAÇON !

« Malheur à celui qui reniera ce serment… Les épées se retourneront contre lui ! ». C’est bien ainsi que le dit le Rituel… En promettant ainsi solennellement sur sa propre parole de Franc-Maçon, celui-ci s’exposera à être rejeté et méprisé par ces Frères s’il lui arrive un jour de la renier.

Au-delà des mots et des objectifs il y a la Règle, la conscience de chacun et lorsqu’on a perdu la Règle, il ne reste que les règlements… La Règle est manipulable c’est vrai !… Mais il reste cette petite voix au fond de chacun de nous qui continue à nous murmurer la « Voie Royale ». Bien qu’on essaye de la faire taire, ou l’ignorer, elle est toujours là pour nous dire où est le bien et où est le mal. « Errare Humanum est, perseverare diabolicum ! », disaient les romains.

Conclusion

Pourvoir discuter avec des « frères », toutes « griffes » rentrées et entamer un réel dialogue sans crainte, comme dans le monde profane, d'être « jugé », « attaqué » ou « dénigré ». Voilà la meilleure manière de progresser sans risque de sombrer dans l'erreur du dogme car à tout moment, on sentira la main fraternelle d'un frère qui vous indiquera la Voie.

« Connais-toi toi-même » est une devise terrible car il n'y a pire juge que soi-même. La descente aux Enfers et une chose que l'on ne peut faire en solitaire. La main secourable d'un frère est indispensable pour éviter le pire et échapper au dégoût de soi-même. C'est une expérience unique et indispensable, mais dangereuse car il est difficile d'être « libre » et affranchi des dogmes. Les frères sont autant de miroirs qui nous permettent de suivre le processus et de nous voir dans notre réalité. Il n'est pas facile de faire taire tous ces petits « moi » égoïstes qui forment notre conscient et notre inconscient afin de faire naître le véritable Être. Le « Maître » universel qui a toujours été en nous.

Le rituel maçonnique amène l'homme au plan éternel et le met en relation avec le cosmos. Il éveille la conscience d'un chemin qui pourrait réunir la demeure transitoire et l’Être lumineux. La Maîtrise n’est pas une ligne d’arrivée, elle n’est que le début de la véritable initiation. L'initié authentique est celui qui, après avoir refusé les ténèbres a trouvé la lumière et s'efforce de faire régner la justice et l'amour, l'harmonie et la paix sur ce chemin qui donne une direction, une orientation à sa vie.

Le Franc-Maçon s'efforce de bâtir un Temple intérieur dont les murs ne sont jamais assez hauts pour qu'il puisse les terminer et les recouvrir, aussi, symboliquement les étoiles, la lune et le soleil sont toujours visibles de l'intérieur du chantier. Grâce à ce mythe, équivalent à celui de Sisyphe, le Franc-Maçon reste en contact avec le cosmos et ne se coupe pas de l'ordre universel. S'il est intéressant de se demander ce que la Franc-Maçonnerie nous a apporté, il est peut-être plus important de se demander ce qu'on a pu apporté soi-même à la Franc-Maçonnerie?... Il peu arriver qu’on puisse, un jour, être déçu de ce qu’a pu nous apporter d’être maçon et de faire partie d’un atelier. Mais on le sera jamais vraiment de la Franc-Maçonnerie qui est un idéal, à moins de l’avoir soi-même trahit ? D'où la nécessité de l'assiduité et de faire corps avec l'egregore de la Loge.

Toutes les traditions sont intéressantes à étudier, mais est-ce pour autant nécessaire de renier tout ce qu'on est et qui pourrait être profitable aux autres?... Il faut se dire que la Loge est faite d’hommes et qu’elle a de ce fait les qualités et les défauts des hommes. Seule l’esprit de fraternité et le dépôt des métaux aide à pouvoir faire corps avec le rituel, de sentir l’âme de la Loge, d’enrichir sa spiritualité et de recevoir la Lumière authentique.

La Loge est un microcosme peuplé d’hommes de différents horizons et degrés intellectuels, d’origines, de cultures et de fortunes divers. Aider son prochain ou son Frère à progresser doit prendre le pas sur l’élitisme et la suffisance intellectuelle contraire à l’Humanisme auquel le Franc-Maçon se doit d’être fidèle.

L’Atelier est un laboratoire, un Athanor qui possède, en plus simplifié, les mêmes caractéristiques que toute organisation humaine avec leurs défauts et leurs qualités. L’absolue n’y existe forcément pas. La seule différence et la transmission du symbolisme et l’usage de la Règle qui permet de façonner la matière primaire, la Pierre Brute pour créer une alchimie où l’Esprit pourra triompher de la matière.

source : www.trimegiste.ch 

J.-M. C, Epalinges, le 18 novembre 2005.

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Les devoirs du maître maçon.

Publié le 12 Septembre 2026 par T.D

 

A la lecture de ce sujet le premier mot que j’entends c’est le mot « devoir », ce mot qui a mon avis dans notre société est maintenant trop souvent oublié au profit du mot « droit ».

A travers cette planche je traiterais des devoirs dans  notre société, ensuite puisque le grade de maitre n’est que le résultat d’une évolution il me semble important de parler des devoirs durant toute cette évolution et donc des devoirs de l’apprentis, les devoirs du compagnon et pour finir les devoirs du maitre maçon envers lui-même,  ses frères et la société dans laquelle nous devons apporter tout ce qu’on a pu prendre à l’intérieur.

Le devoir : (Pris dans le dictionnaire internet « Viktionnaire »)

Etymologie : Du latin debere (« choses dues »). Son usage remonte au IXe siècle.

Définition : Être obligé à quelque chose par la morale, par la loi, par sa condition, par l’honneur, par la bienséance, etc.

Pour faire un point sur les devoirs et droits dans notre société française faisons un retour en arrière dans notre histoire.

Jusqu’à la révolution Française il n’a jamais été question de droits. C’est en 1789 que la Révolution Française, en proclamant dès ses premières heures la Déclarations des Droits de l'Homme et du Citoyen, a montré sa volonté, en

rompant avec l'Ancien Régime, de faire passer l'homme de l'état de fils de l'Eglise et de sujet du Roi (n'ayant aucun droit, mais seulement des devoirs) à celui de citoyen, capable en exerçant ses nouveaux droits de devenir un acteur autonome au sein de l'humanité.

Les droits qu’ils soient individuels ou collectifs, ont des sources très variées. Certains découlent de principes religieux, mais beaucoup d'autres proviennent de réflexions philosophiques, comme “la liberté de conscience”, ou de luttes sociales comme “le droit d'association”.  Le contenu concret des droits a en fait très largement évolué au fil du temps ; il ne cesse de s'actualiser, de se moderniser. Ainsi, le droit de propriété a été progressivement encadré par des droits et devoirs sociaux.

Le devoir fait avant tout appel au sens des responsabilités personnelles, chaque individu devant rechercher dans sa conscience le fondement de ses comportements. Le devoir n'est plus le résultat d'une contrainte, mais d'un choix.

Nous sommes conduits à penser que les droits et les devoirs sont imbriqués ensemble qu'il y a à la fois autonomie et interaction entre droits et devoirs.

Que dit à ce propos l'article IV de la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en 1789 ?

La liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a pas de bornes qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ; ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Cet article met en corrélation trois termes qui servent de liant à notre vie en société : la liberté, le droit et la loi. Notre société est évidemment bornée ; elle est bornée par le droit des autres.

C'est ainsi que nous pouvons mettre en relief les termes de la devise Liberté - Egalité - Fraternité ; la Liberté correspond au droit, l'Egalité au principe et la Fraternité au devoir.

Les droits sont une bonne chose mais il est important de se remémorer cette affirmation de Gandhi “C'est le devoir qui est la véritable source des droits”. Cette phrase de Gandhi est nette et elle donne explicitement au devoir la prédominance sur les droits.

Dans une telle perspective, le devoir constitue la base fondamentale de la société, et les droits ne sont qu'un produit du devoir.

Je vais vous parler maintenant des devoirs dans notre association en commençant par les devoirs de l’apprenti.

Il est bon je pense de rappeler que la première partie du rituel d’initiation au

REAA commence dans le cabinet de réflexion avec le voyage de la terre durant lequel l’impétrant rédigera son testament philosophique dans lequel il lui est posé 3 questions :

Les devoirs de l’homme envers l’humanité

Les devoirs de l’homme envers sa famille

Les devoirs de l’homme envers lui-même

Des notre premier contact avec la franc maçonnerie nous somme amené à réfléchir et prendre conscience de tous les devoirs qui nous incombent.

Ensuite vont suivre les 3 autres voyages et toute une série d’engagements et de devoirs seront pris. En voici une liste non exhaustive : Un engagement sans faille, le respect du secret, assiduité, soumissions aux règlement particulier de la loge et généraux de l’obédience, silence sur les travaux, aide et soutien à tous les frères sans nuire ni à soit même sa famille ou la nation, être bon, rayonner s’investir pour les siens, être un homme d’honneur intègre et travailleur, promouvoir et agir pour la fraternité… je m’arrête là mais on pourrait très certainement continuer longtemps.

L’apprenti a pour premier devoir de travailler sur sa pierre sur lui : il faut qu’il dégrossisse sa pierre. Pour cela il va travailler avec les premiers outils qui lui sont confiés. Mais une des principales choses qui lui est demandé au REAA c’est le silence, ce silence qui entraine l’écoute, l’analyse et la compréhension. Si je devais faire un point sur ce que m’a apporté ce grade, je pense que c’est  une faculté plus forte à relativiser et à analyser, en effet cette question m’avait été posée lors de mon augmentation de salaire et ma réponse fut : Lorsque que j’étais encore profane si un problème se présentait j’avais tendance, comme je pense beaucoup d’homme, a paniquer et a m’effondrer devant, à tel point que je préférais parfois le contourner que l’affronter même si je savais qu’un jour ou l’autre il me rattraperait. Aujourd’hui mon comportement devant un problème est beaucoup plus réfléchi, avant de chercher à le résoudre je prends du recul pour relativiser, mieux l’analyser et lorsque  j’ai la solution puisqu’il y a toujours une solution : alors à ce moment là je l’affronte.

Maintenant je vais vous parler des devoirs du compagnon au REAA.

Lors de sa cérémonie de promotion au deuxième degré, à la fin du premier voyage il lui est dit qu’il a le devoir de développer ses cinq sens, car ils constituent le moyen de contrôle indispensable pour une recherche sur notre nature profonde « connais-toi toi-même », ils sont également les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur.

Au deuxième voyage on l’informe que le compagnon doit aussi s’efforcer à devenir une Colonne vivante qui s’élève vers les hauteurs, tout en s’appuyant sur la terre qui lui a donné naissance. Dans le troisième voyage on lui dit qu’il va devoir chercher à acquérir les connaissances nécessaires en procédant toutefois à la prudence qui s’impose à nos faibles moyens. On lui rappelle que l’initié ne doit pas présumer de ses forces, qu’il doit demeurer modeste et que c’est ainsi qu’il obtiendra des résultats qui sont refusés à la présomption du profane. Ensuite à la fin du quatrième voyage il peut en déduire qu’il lui faudra, tel les grands initiés, toujours s’efforcer selon ses moyens de répandre les enseignements. Pour finir son cinquième et dernier voyage lui apprend que le travail constitue pour le franc maçon une véritable mission. Quelle que soit la place que nous occupions sur le chantier, même la plus humble, nous savons que notre effort concourt à la réalisation de l’ordre cosmique.

Durant ce grade le franc maçon va pouvoir voyager pour chercher à apprendre autrement, à comparer ses connaissances à celles des autres et peut être du coup modifié ses acquis pour les améliorer. Le compagnon va devoir s’ouvrir aux autres pour encore chercher à s’améliorer. Le point essentiel que m’a apporté ce grade, ce n’est pas comme on pourrait le penser le voyage et l’ouverture sur l’autre car étant dans le commerce je bougeais déjà beaucoup et bien évidemment j’aimais l’homme car sinon il est impossible d’exercer ce métier.  Non le bénéfice que j’en ais tiré se situe surtout au niveau de la glorification du travail. J’ai, à partir de ce moment, réellement pris conscience de l’importance du travail pour construire, se réaliser, apporter à autrui, et finalement connaître une réelle liberté.

            Sachez pour ceux qui ne me connaissent pas qu’il n’est pas dans mes habitudes de rédiger des planches longues, mais il me semblait vraiment indispensable de suivre tout ce cheminement car c’est je pense le fondement et l’évolution de tout ce qui peut s’en suivre. Finissons avec ce que sont selon moi les devoirs du maître maçon au REAA.

Nous pouvons d’ores et déjà dire comme un de nos frères a pu l’indiquer dans une de ses planches : Lors de la cérémonie d’exaltation à la maitrise nous rencontrons quatre sortes de devoirs. Le devoir écrit au pluriel avec une minuscule comme initiale. Il manifeste ainsi que l’on n’attend pas du Frère qu’il ait pu contracter, malgré l’importance des serments précédemment formulés par lui, des devoirs majeurs qu’il ne pouvait avoir encore appréhendé que de façon fragmentaires. Il y a ensuite le devoir toujours au pluriel mais cette fois avec une majuscule, ce sont les devoirs d’homme d’honneur et de Franc Maçon. Avec la dimension de Franc Maçon, qui vient elle même crescendo à celle d’homme d’honneur, la notion de devoir ne peut plus être mineure, pas plus que minuscule. Puis nous rencontrons le devoir au singulier et en minuscule,  nulle obligation lourde, aucune contrainte extérieure, il s’agit de l’expression d’un simple devoir, celui qu’on reconnaît sans peine comme un dû léger à assumer. Et enfin le devoir au singulier avec une majuscule, celui que l’on trouve à l’achèvement du récit du T\V\M\ : «  Ainsi périt l’Homme juste, fidèle au Devoir jusqu’à la mort. ». il marque la synthèse des obligations reconnues, comprises et assumées, synthèse qui caractérise l’homme juste. Pour ce qui est des devoirs du maitre maçon en général, je dirais qu’il doit se souvenir de tous les engagements qu’il a pu prendre lors des grades précédents, ils se doit bien entendu de les honorer et à partir de là une autre dimension se crée pour lui, il s’élève au dessus de tout ça, il comprend qu’il est sur terre pour apporter aux autres, que ce soit en maçonnerie ou dans la vie profane. L’apprenti et le compagnon recherchent la connaissance. Le Maître Maçon, est un homme d’action tendant vers l’extérieur. Le grade de Maître est le symbole d’une ascèse intérieure devant provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de Devoir. Le Maître admet que le Devoir et le Droit n’ont de sens que par rapport au bien. La contradiction existe entre le fait que le Devoir semble émaner de nous, et le fait qu'il nous contraint. Le sentiment du Devoir est donc inséparable de l’idée que nous nous faisons du bien, de l’attrait que nous éprouvons pour le bien. Agir par Devoir, c’est agir en considérant chaque fois ses actes sur le plan universel. Il s'agit de faire ce que le Devoir exige. Le devoir en quelque sorte nous grandit car il nous fait passer de l'individuel au Collectif.

Si l’Apprenti et le Compagnon sont en droit de se demander ce qu’ils ont récoltés après avoir assistés aux travaux de la Loge, le maître maçon à l’engagement de faire chaque soir le bilan de ce qu’il a semé, n’ont seulement en Loge mais surtout en dehors, car l’essentiel de son existence n’est pas dans sa Loge, mais dans le monde profane. Selon les Constitutions d’Anderson, la Loge est un endroit où les Maçons s’assemblent et travaillent. J’insiste sur le mot travail, travail qui doit se poursuivre impérativement en dehors de la Loge. Participer aux travaux de la Loge et rencontrer ses Frères est une chose. Mettre en pratique dans le monde profane ce qui a été appris en Loge en est une autre. La Franc-maçonnerie sera condamnée le jour où les maîtres maçons n’auront plus envie de se surpasser et de semer dans le monde profane. Qu’il n’y ait aucun malentendu, chaque maître maçon fait de son mieux et il n’est pas exigé de lui qu’il fasse des exploits. Il n’a pas l’obligation de réussir. Il n’a que l’obligation de faire mieux. Nous pouvons je pense distinguer trois sortes d’engagements du maitre maçon. L’engagement d’avoir une participation active aux travaux de la Loge en laissant nos métaux à la porte du temple. Participation active et non pas présence passive. L’engagement de se consacrer à son perfectionnement continu et à l’alchimie de son être intérieur, ayant pour aides l'enseignement maçonnique, ses outils, ses frères, avec assez d’humilité pour réaliser à quel point il sait tout ce qu’il ne sait pas. Et l’engagement du maître maçon à contribuer à l’édification d'un monde meilleur pour qu’il soit plus juste et plus humain, ce qui est en définitive l’objectif final de son serment. Ce n’est pas  un vœu utopique mais une réelle activité dans le monde profane. A défaut, le maître maçon est comme un arbre sans fruits.

Le maitre maçon doit également s’imposer des devoirs dans son comportement.

Il faut que la parole du maître maçon soit impeccable, car la parole est un outil qui peut détruire. Il est impératif d’en prendre conscience et par conséquent la maîtriser. Dire ce que l’on pense vraiment n’est pas toujours adéquat. Parler uniquement de ce que l'on connaît pour l’avoir pratiqué, suggérer plutôt qu’imposer, montrer par l’exemple personnel. En loge, le maître maçon donne le meilleur de lui-même, mais il  ne lui est pas nécessaire d'éblouir ses Frères par ses connaissances maçonniques ou ses réussites dans le monde profane, il ne doit pas non plus vouloir à tous prix imposer à l’autre comme il sied de se comporter.

Un autre aspect du comportement du maître maçon en Loge et dans la vie profane est sa faculté de vivre le moment présent, c’est-à-dire de donner la plus grande importance au moment présent, ici et maintenant. Quand vit-on ?  Hier, aujourd’hui ou demain. Evidemment maintenant, à l’instant présent où je vous lis mon texte. Tout le reste est souvenirs et passé, où imagination et futur. En vivant le moment présent, le maître maçon sera en pleine possession de lui-même, ce qui lui permettra de mieux gérer sa vie. Le passé ne lui est utile que pour les leçons et expériences acquises, le futur n’étant créé que par son action consciente du moment présent.

En ce qui concerne le comportement du maître maçon dans la vie profane, il semble évident qu’il doit être un exemple pour son entourage.

Je voudrais également dire quelques mots concernant le sentiment de gratitude qui doit animer tous les maîtres maçons. Savoir dire merci ne nous abaisse point. Au contraire, cela nous grandi. Par conséquent, quelques soient ses croyances religieuses, le maître maçon doit avoir un sentiment de gratitude pour le don de la vie qui lui est donné. Enfin, il doit avoir un sentiment de gratitude envers la Franc-maçonnerie et ses  frères qui participent à son évolution. Et par-dessus toutes choses, il ne doit pas oublier que sans amour, il n’existe rien. Parce que l’amour est partout, en nous, autour de nous, sur tous les plans : humain, cosmique …

En faisant un point personnel sur les devoirs du maitre maçon, je pense pouvoir dire que le devoir principal du maitre maçon réside dans l’action et vous citer une pensée d’Albert Einstein, qui est la suivante : « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ! ».

« Mes Frères, bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. Avant de nous séparer, élevons nous ensemble vers notre idéal. Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la lumière sur notre chemin 

                                                                                   J’ai dit.

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Êtes vous Maître ?

Publié le 12 Septembre 2026 par T.D

Êtes vous Maître ?-1

Éprouvez-moi, l’acacia m’est connu“.

Cet échange figure dès l’ouverture des travaux au troisième grade avant d’être repris dans l’instruction et marque clairement une évolution dans le statut de l’initié : l’Apprenti n’est pas interrogé sur son état puisqu’il est incapable de répondre (c’est le Surveillant qui s’affirme Maçon parce que reconnu par ses Frères) ; le Compagnon questionné donne pour justification de son état sa vision de l’Étoile Flamboyante, c’est-à-dire qu’il se pose en bénéficiaire d’une révélation, d’une connaissance reçue.

Le Maître, quant à lui, demande à être éprouvé : sa position résulte d’épreuves surmontées qui lui ont permis d’accéder à une dimension hors du temps puisqu’il connaît l’acacia, symbole de l’incorruptibilité, “connaître“ devant ici se lire “naître avec …“.

Grade ultime de la Maçonnerie symbolique, la maîtrise est d’une autre nature que celle des grades précédents (on dit parfois que la maîtrise est d’ailleurs le premier des Hauts Grades), ce qui explique peut-être son apparition tardive et relativement obscure.

C’est ce premier point qu’il faut essayer d’éclaircir avant d’examiner les significations de la maîtrise.

Historiquement et brièvement:

Dans le monde du travail, le terme de Maître est très ancien et n’a évidemment aucune signification par rapport à la Franc-Maçonnerie qui apparaît bien plus tard. Dans un métier, de quelque nature qu’il soit, le Maître est d’abord celui qui démontre une aptitude et un talent remarquables : on est Maître dans son art (et l’expression demeure en usage aujourd’hui). On est aussi “meilleur“ que d’autres… Ensuite ou parallèlement, selon les métiers ou les cultures, le Maître est celui qui dirige le travail, soit parce qu’il est le plus compétent, soit parce que d’une manière ou d’une autre il est titulaire d’une fonction, d’une charge ou d’une entreprise ; ici pour faire court le Maître est le patron ! Pour s’en tenir aux métiers du bâtiment qui nous concernent, le Compagnon  ou homme de métier (fellow craft ou craftman) pouvait devenir Maître par succession familiale, mariage ou achat d’une “affaire“ : la position de Maître n’était qu’une qualification  dans la cité, un statut civil qui ne comportait aucune connotation rituelle.

Le grade de Maître, d’un point de vue maçonnique, a été manifestement mis en place dans la première partie du XVIIIème siècle par des frères érudits. Ceux-ci ont structuré la maîtrise sur le modèle des deux premiers grades, en prenant au grade de Compagnon des éléments nécessaires à densifier le grade de Maître (le mot, les cinq points parfaits, la chambre du milieu, etc…) et surtout ils ont déterminé une légende fondatrice du grade sans laquelle la maîtrise serait restée une coquille vide : La légende d’Hiram.

En 1723, dans les constitutions d’Anderson, Hiram devient Hiram Abif où il est qualifié de “prince des architectes“ ; ce nom n ‘est pas dû à l’esprit créateur des rédacteurs du texte mais figure dans la Bible au deuxième Livre des Chroniques, alors que notre Hiram est lui mentionné dans le Livre des Rois où ce fils de Tyrien et d’une veuve de Nephtali est bronzier ; ce qui fait, vous en conviendrez “moins chic“ que prince des architectes. Peut-être est-ce pour cela que les Anciens Devoirs postérieurs à 1723 et jusqu’en 1739 préfèreront Hiram Abif à Hiram !

Encore fallait-il construire la légende du personnage. Les érudits se sont sans doute souvenus d’un très ancien récit selon lequel les trois fils de Noé (qu’on retrouve dans divers grades ou degrés de la Franc-Maçonnerie) tentent de découvrir le secret de la puissance de leur père mort en le relevant de sa tombe ! Malheureusement, même s’il reste “de la moelle dans les os“ (marrow in the bones) M&B, il faut se contenter d’un secret substitué. Le manuscrit Graham de 1726 reprenant cette trame ne mentionne pas de meurtre car Noé est mort de vieillesse mais déjà apparaît la mort, le secret à trouver, le relèvement et un mot !

Restait à transposer ce récit dans le cadre maçonnique, celui de la construction du Temple de Salomon, en remplaçant Noé par Hiram et les fils par les trois mauvais Compagnons.

On trouve dès 1727 un lien entre Hiram, la mort et le Temple, dans le manuscrit Wilkinson puisque la forme du carré long de la Loge est expliquée par sa ressemblance avec “la forme de la tombe de Maître Hiram“.

L’idée du secret à trouver et de sa “récupération / transmission“ dans les formes requises est implicite dans la légende de Noé et de ses fils ; le lien a été établi avec les cinq points parfaits qu’il a paru plus judicieux de rattacher à la maîtrise puisque c’est là où il est question d’un secret fondamental mais aussi de la mort de son détenteur et de la nécessité de le relever. Pour autant les cinq points sont présents en maçonnerie et au deuxième grade depuis le XVIIème siècle et sans doute viennent-ils des Maçons opératifs pour qui les signes de reconnaissance et la transmission du mot avaient une importance pratique véritable.

Concernant le Mot de Maître les textes multiplient les versions et plus encore les sens, et cela en particulier à partir, mais non exclusivement, de la “moelle“ restée dans les os ; avec une constance quasi générale : les lettres M et B.

Deux brèves remarques : il est parfaitement reconnu que les cinq points ont bien été empruntés au grade de Compagnon. Par ailleurs la traduction du Mot de Maître qui est donnée n’est pas arbitraire : la Bible dite de Barker publiée en 1580 mentionne que :  “Machbenah“, ou “Machbanes“ (père de Shewa) est traduit par “pauvreté“ mais aussi “son fils a été frappé“ et enfin “le bâtisseur a été frappé“.

La mise en ordre presque définitive va être l’effet d’une divulgation qui nous est bien connue : celle de Samuel Prichard, “la Maçonnerie disséquée“ (Mansonry dissected) de 1730. Ce texte est en effet le premier à présenter l’intégralité des éléments qui caractérisent le grade de Maître : les mots et signes propres au grade, la légende d’Hiram assassiné, les cinq points parfaits désormais à ce grade ; et ces éléments font l’objet d’une cérémonie spécifique de transmission.

La Franc-Maçonnerie va s’installer en France dans les années 1725-1730 et il est clair que son développement rapide à dater de cette période va devoir beaucoup à la divulgation de Samuel Prichard.

Cependant de nombreuses pratiques existaient et c’est pour unifier celles-ci que le Grand Orient de France va, non sans peine, sous la conduite de Rothier de Montaleau et après un très long travail, déterminer un rituel pour chaque grade symbolique (comme pour les autres) ; celui de Maître est finalement adopté le 12 Août 1785 et il est parfaitement conforme aux usages de la Maçonnerie Française en s’inspirant de la divulgation de Samuel Prichard. Ce rituel de 1785, publié en 1801, a pour fondement de se rattacher à la Maçonnerie d’origine, celle des Modernes, c’est le Rite Français, attaché à l’instruction par questions réponses comme c’était le cas dans la Maçonnerie originelle.

Enfin au Rite Français la Parole n’est pas perdue, les Maîtres qui forment la Chaîne d’Union autour de la représentation la prononcent mais il faut lui en substituer une nouvelle par crainte que la première ait été arrachée à Hiram et ne soit divulguée !

Parvenu à ce point de notre développement, nous savons quand et comment s’est installé le grade de Maître. Il est désormais temps d’en pénétrer le contenu.


Êtes vous Maître ?-2

Voici la deuxième partie du travail de notre R.F. et B.A.F. Jean Paul A.

Symboliquement :

La bibliographie sur le thème peut paraître abondante mais c’est en réalité une illusion d’optique car très peu d’ouvrages traitent du Maître au Rite Français. C’est peut-être tant mieux, pour deux raisons : d’abord parce qu’il est contraire au bon sens de limiter ses lectures à son seul Rite et cela d’autant plus que les fondamentaux de la réflexion maçonnique se trouvent dans tous les Rites, ensuite parce qu’il faut qu’un Maître Maçon trouve en lui-même sa vision du grade, qu’il construise en toute liberté sa pensée.

Ce point de vue nous conduit à examiner le sens et les significations du grade au travers de ses éléments caractéristiques tels qu’ils apparaissent dans le rituel lors de la réception d’un nouveau Maître. Ensuite seulement nous pourrons nous risquer à faire quelques réflexions sur la portée de la Maîtrise ; mais l’objectif fixé est bien d’ouvrir des pistes et de contribuer à la recherche de chacun.

Le premier élément qui interpelle est la marche à reculons que suit immédiatement l’exigence d’un examen de conscience. Le Compagnon est invité à se tourner vers son passé car l’oubli ne génère que l’ignorance et la méconnaissance de soi-même ; accepter de se regarder tel qu’on a été doit nécessairement précéder ce qu’on veut devenir. Le fait que le terme de cette marche soit un examen “public“ de conscience évite que le retour vers le passé soit un refus de s’engager vers l’avenir, un refus de rompre avec soi-même. Le Compagnon atteste qu’il n’a rien à se reprocher, que ses intentions sont pures et il s’engage sur son honneur et sa foi de Maçon : les termes esquissent le passage entre une action concrète, “matérielle“, la taille de la pierre brute, le travail sur le chantier, comme une approche intellectuelle et morale.

A ce moment là, et parce qu’il est en harmonie avec lui-même, le Compagnon est prêt à quitter l’horizontale qu’il a parcourue dans tous les sens possible et à aborder la verticale. Mais ce passage d’une dimension à l’autre n’est pas chose facile.

D’abord parce que la verticale a plusieurs sens, on peut aussi bien la descendre que la monter, sachant que l’objectif est d’aller vers le haut, vers le ciel.

Il est en premier lieu clairement montré au récipiendaire qu’il ne doit pas espérer, dans sa condition humaine présente, parvenir réellement au monde Divin. Il est entre l’équerre qui permet de vérifier la pierre (qui même cubique demeure matière) et le compas qui trace le cercle (symbole du ciel et au-delà du Divin). Le Maître restera entre l’équerre et le compas et sa grandeur réside sans doute dans ce rôle d’intermédiaire entre la matière et l‘esprit, dans un équilibre qui demeurera précaire sauf aide du Créateur.

Dans sa quête de la verticalité le Compagnon va devoir descendre avant de monter ! C’est la légende d’Hiram qui est bien évidemment le centre et le cœur du grade.

Le drame qui est ici mis en scène appartient au fond commun de l’humanité et se retrouve dans toutes les pensées religieuses ou simplement philosophiques. Plutarque dans son “De anima“ écrivait “Mourir c’est être initié“. Pour nous en tenir à la pensée judéo-chrétienne qui fonde principalement notre culture, rappelons que Paul dans plusieurs de ses épitres (aux Romains, aux Colossiens) rappelait que le baptême est une mort symbolique, suivie d’une résurrection spirituelle ; aujourd’hui encore, lors de la “profession“ (prononciation des vœux) dans certains Ordres religieux, le novice est étendu sur le sol, recouvert d’un drap mortuaire pendant qu’est récité l’office des morts, puis il est relevé et prononce ses vœux entre les mains de l’Abbé et reçoit alors un nouveau nom., il est mort et un être neuf est né.

La mort d’Hiram n’est donc pas le récit d’une mort physique mais bien une mort “mystique“, le corps assassiné n’a qu’un rôle de figuration pour signifier que la mort à la matérialité permet seule une vie véritable, libre et riche d’une potentialité infinie. Cette mort est aussi le rappel qu’on porte en soi les liens qui nous retiennent à notre matérialité et que nous pouvons, sinon choisir, du moins ne rien faire pour nous en débarrasser ; la mort devient alors définitive, non celle du corps, inéluctable et secondaire, mais bien celle qui est privation d’une renaissance spirituelle.

C’est bien cette mort à l’esprit que représentent les trois mauvais Compagnons et leur crime.

Nous connaissons les armes du crime. La règle, symbole de la Loi et de la Mesure est transformée ici en outil de folie et de déraison ! Le refus de respecter les règles est la preuve par excellence de l’orgueil et de la démesure. Hiram le crie à chacun de ses assassins : les secrets qu’on exige de lui “ce n’est pas ainsi que je les ai reçus ; efforce-toi de les mériter“. Le levier qui frappe le deuxième coup traduit bien avec quelle facilité vient la tentation de “passer en force“ plutôt que de faire effort sur soi-même ; c’est aussi la marque de notre propension à user de la force de l’autre pour s’en servir à notre profit, à exploiter l’autre plutôt que de pallier nos insuffisances et nos manques par notre travail. Lorsque le maillet donne le coup mortel, il synthétise l’action néfaste des outils précédents car il est l’instrument par lequel est maintenu l’ordre et il est ici utilisé pour provoquer le désordre irrémédiable qu’est la mort. Désordre sciemment recherché puisque les trois Compagnons ont, avec plus ou moins de réussite tenté de frapper le Maître à la tête qui symbolise l’esprit, la raison.

Mais tout fait sens dans ce récit : Hiram a l’habitude de vérifier l’état du chantier le soir après les travaux (le maître ne cesse jamais de travailler) lorsque l’obscurité domine, cette obscurité qui a d’ailleurs envahi l’esprit des trois mauvais Compagnons malgré la lumière reçue lors de l’initiation. Les portes sont aussi source de réflexion. D’abord parce qu’Hiram entre dans le Temple par une “porte secrète“, est-ce à dire que le Maître architecte dispose de connaissances qui ne sont pas partagées ou qui révèlent d’une dimension qui n’est pas accessible à tous ? Peut-il être présent dans le Temple sans que nous en ayons conscience et nous aider ou vérifier notre activité ? D’où vient et où mène cette porte secrète ? Quoiqu’il en soit les portes qui, elles, figurent bien sur le Tableau de Loge, sont également intéressantes : le périple d’Hiram débute à la porte d’occident par laquelle est un jour entré le candidat à l’initiation, puis se poursuit vers la porte du midi qui laisse passer la plus grande clarté, celle qui permet aux Compagnons et aux Maîtres d’acquérir de plus grandes connaissances et de saisir la réalité de l’univers pour se terminer enfin à la porte d’orient, celle qui mène à la source de la Lumière. A  l’instant de passer dans une autre dimension, il nous est ainsi rappelé le chemin qui est à parcourir et que les pires difficultés doivent être traversées pour que l’initiation virtuelle devienne réelle.

C’est un des sens de la marche étrange qui est imposée au récipiendaire, il fuit ses propres tares et risque à tout moment de tomber sous leur poids. Il avance, déséquilibré mais vérifié par l’équerre que dessine une de ses jambes, il est admis à poursuivre ; pourtant après un pas ultime, il sera terrassé : Ceci rappelle encore une fois que la seule bonne volonté ne peut le dispenser d’affronter l’épreuve finale de la mort.

Êtes vous Maître ?-3

Relevons encore de nombreuses pistes qui nous sont offertes par le rituel pour nous inciter à étudier toutes les arcanes du grade, le devoir de fraternité et l’amour porté à l’autre sont bien soulignés par les mots même de la victime s’adressant à ses bourreaux : “malheureux !“, car si Hiram va mourir ce sont bien les assassins qui sont à plaindre car ils se privent d’accéder le moment venu à la Connaissance.

Mais on comprend aussi en suivant le récit qu’il est impossible de cacher pour toujours la vérité, de même qu’il n’est pas imaginable que la chute, aussi dramatique qu’elle soit ne permette pas un jour de se relever. C’est un thème très chrétien qui est ici sous-jacent, la tombe d’Hiram n’est que provisoire et son emplacement est indiqué par une branche d’acacia ! On sait que le bois de cet arbre est réputé imputrescible contrairement à la chair cachée sous la terre où il prend racine ! L’architecte est mort et bien mort, il ne ressuscitera pas mais sa chair mêlée à la terre nourricière donnera du fruit comme Jean l’a rappelé “Si le grain ne meurt pas en terre il reste seul, s’il meurt il porte beaucoup de fruits“.

Ce qui est attesté encore par le fait que c’est à cet instant que le Maître de la Loge fait rallumer les bougies et éteindre les lampes. Comment mieux indiquer que la lumière qui jaillit désormais n’est plus de nature profane ? Qu’elle est d’une autre nature que celle qui brillait dans les grades antérieurs ! Cette lumière nouvelle, c’est celle d’une renaissance.

Mais cette nouvelle naissance il a fallu la vouloir profondément et accepter le sacrifice de sa vie pour l’obtenir, c’est aussi l’acacia incorruptible qui nous ramène au devoir de respecter nos engagements. Il est un bois dur mais qui s’arrache sans peine lorsqu’il n’est pas planté sur un sol adéquat, comme il est des initiés qui se refusent aux efforts indispensables à leur transformation profonde. Ce travail difficile se traduit encore par les difficultés à retrouver le corps de l’architecte, figure de la Connaissance.

Ils sont neuf Maîtres au Rite Français à mener les recherches (le nombre neuf représentant à lui seul une symbolique très riche), ils font un circuit autour de la représentation centrale, ce qui incontestablement tend à restaurer, redessiner un espace sacré là où s’était installé le désordre et comme ces déambulations se font dans le sens de la course du soleil, on redéfinit aussi un temps sacré. Cette reconstruction se fait à l’occident autour de l’équerre et à l’orient autour du compas relié par un axe dont le point central est le Maître assassiné. C’est évidemment de cette construction nouvelle que va rejaillir la vie mais une vie nouvelle, différente, d’une autre nature que celle qui ici s’est achevée. Le rituel est d’ailleurs très explicite : au terme des déambulations, les Maîtres découvrent l’objet de leur recherche grâce à une “vapeur“ qui s’élève ; cette vapeur, c’est évidemment le souffle, l’esprit créateur qui n’a pas disparu de ce corps dégradé tout simplement parce que la part de Divin qui est en chaque être est construit à l’image du créateur comme l’affirme la Bible. La recherche du corps de l’architecte n’a pas pour but de lui rendre de vains hommages mais bien de retrouver le souffle qui ne meurt pas ; et comme nous sommes par notre accession à la maîtrise tous architectes, le rituel une fois encore souligne que notre mort à la matérialité est le passage obligatoire à la libération de notre part de souffle, de notre nature spirituelle.

Il faut donc se relever ! Ou plutôt être relevé car ainsi qu’il est écrit dans le rituel “c’est en vain que les hommes prétendent construire, si le Grand Architecte ne daigne construire lui-même“. Preuve en est que les tentatives avec les mots d’Apprenti et de Compagnon demeurent vaines ; la force et la persévérance sont nécessaires mais insuffisantes et doivent être unies, liées par une volonté venue de l’orient, c’est-à-dire par la lumière, l’énergie principielle ici figurée par le Vénérable. Les trois qui interviennent rappellent aussi que la renaissance ne peut survenir qu’au terme d’une longue évolution de l’être qui exige que d’abord “la chair quitte les os“. Bien sûr la mort demeure pour chacun de nous le scandale ultime ; corps et esprit se désunissent et tout devient poussière, c’est une réalité qu’on supporte plus ou moins bien mais auquel nul ne peut échapper !

Le Maçon régulier, et donc homme de foi par définition, sait que la mort, même dans sa conception profane, n’est pas disparition mais transformation ; plus encore son combat vise à faire que cette transformation se traduise par la création d’une énergie parce que l’énergie est un souffle créateur, celui-là même dont il a été le bénéficiaire par la volonté, l’énergie, du créateur. La mort “naturelle“, donc profane, n’est en rien la Mort qui est l’impossibilité de la transformation positive.

Un point essentiel à saisir est que la cérémonie du troisième grade n’est en aucun cas une résurrection, celle-ci est réservée à Dieu. C’est la naissance d’un autre être, ce qui d’ailleurs obligera à lui donner un nouveau nom dont nous reparlerons. Nul ne nous demande d’être l’architecte qui est mort et bien mort avant d’avoir terminé son œuvre. Comprenons ici que nous ne pouvons décidément pas aboutir en ce monde, aurions-nous été aussi exemplaire qu’Hiram, mais qu’il nous faut tendre à la perfection, autant que faire se peut et surtout que faire se veut, si nous avons obtenu de renaître différents et n’en tirons pas les conséquences, à quoi bon ?

Être vivant, c’est être debout ; le relèvement se fait selon une “procédure“ très particulière puisqu’elle requiert à la fois l’utilisation d’une gestuelle et d’une posture spécifique et la transmission d’un mot. Le tout vise à soustraire le récipiendaire à la mort, c’est-à-dire à la tentation de rester dans la matérialité, de demeurer immobile et au repos là où il faut avancer et lutter. Il s’agit d’ériger à nouveau une colonne entre la terre et le ciel, de rouvrir un pont entre le bas et le haut. D’où l’utilisation nécessaire des cinq points qui sont parfaits dans la mesure où ils établissent les contacts indispensables au passage de l’énergie du vivant vers celui qui doit renaître. Dès lors les cinq points permettent cette reconstruction, ils rassemblent ce qui est épars, amènent le récipiendaire dans une position où il découvrira, à travers son double, l’être qu’il est devenu, en même temps que la voie qu’il est invité à suivre.

A cette gestuelle est liée la transmission d’un mot qui ne peut-être utilisé que lors de la réception d’un nouveau Maître et dans la posture requise ou lors d’un tuilage. A dire vrai, le mot de Maître n’a qu’une importance très relative, ce  qui importe véritablement c’est que l’initié comprenne et vive au plus profond de lui-même la transformation de son être que figure la cérémonie d’élévation. Ce n’est pas chose facile que de ressentir qu’on fait un saut dans un monde nouveau et inconnu lorsque, quelle que soit la bonne volonté qu’on y met, on est toujours dans un endroit connu, avec les Frères habituels et que nul buisson ardent n’illumine les lieux, qu’aucune voix ne descend des cieux !

Et pourtant , c’est dans ces instants que la chair doit quitter les os pour que naisse un homme nouveau, non pas débarrassé des os ni de la chair mais potentiellement devenu “corps de lumière“. C’est parce qu’elle symbolise cette transformation, cette transfiguration que la Parole est “Sacrée“ et qu’elle doit, de ce fait, n’être donnée de la manière appropriée qu’en un lieu et un temps sacrés “après s’être assuré que celui qui vous la demande est Maître“

Êtes vous Maître ?-4

Suite et fin de la réflexion du RF J.-P. A. pour répondre à la question « Etes-vous Maître ? ».

Nos remerciements chaleureux et fraternels à notre B.A.F. pour ce travail.

Le Rite Français affirme cependant que la Parole n’est pas perdue, et de fait elle circule même lors de la réception d’un nouveau Maître ; il y a eu substitution de peur que ses insuffisances, ces mauvais Compagnons intérieurs, ne mène le Maçon à faire un mauvais usage de la Parole véritable, source de désordre et de destruction de la création. La parole substituée n’est donc pas en elle-même porteuse d’un signe fondamental même si elle a l’avantage de nous rappeler que c’est du cœur que doit surgir l’énergie vitale nécessaire à la renaissance du récipiendaire, or la parole substituée est bien un cri du cœur poussé par les Frères qui découvrent le corps d’Hiram.

Mais ce qui compte en définitive, c’est la connaissance de la vraie Parole qui n’est autre selon le rituel que l’un des noms de Dieu, ce qui est une manière de souligner une fois encore que l’objectif de la démarche initiatique est la vie spirituelle, la rencontre avec la dimension divine qui prend sa source dans la Parole “Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu“ (Jean, Prologue)

“Comme Maître vous vous appellerez désormais Gabaon …“ La force de cette sentence réside dans sa brièveté et dans son caractère impératif. Le nom choisi indique en hébreu un “lieu élevé“ mais était aussi le nom de la capitale des Gabaonites, un peuple “d’hommes vaillants“ et très rusés, habitant le pays de Canaan, ils s’allièrent avec les Hébreux qui n’eurent pas d’autre solution que de combattre avec eux et même pour eux lorsque les Gabaonites s’attaquèrent à plus forts qu’eux !

L’autre événement très fort qui justifie le nom de Maître est bien entendu l’épisode par lequel Salomon fait sa demande à Dieu “Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple pour discerner le bien du mal ! Car qui pourrait juger ton peuple, ce peuple si nombreux ?“ Ce Roi sollicita la Sagesse, mais littéralement il demanda le don de discerner pour rendre un bon jugement, et bien sûr sans Sagesse point de discernement … Salomon reçut donc la sagesse et il la reçut à Gabaon. Le nouveau Maître est donc un homme vaillant, habile et sage !

Mentionnons aussi le mot de passe, “Ghiblin“ qui est vraisemblablement la déformation de “Ghiblite“ ainsi que se nommaient les habitants de Guébal, une ville située proche du mont Gibel dont les artisans furent appelés, avec les Maçons de Tyr, à travailler pour le chantier du Temple de Jérusalem. Le concept d’élévation est toujours présent en même temps que l’origine très opérative du mot paraît dire au Maître « souviens-toi d’où tu viens“

Il y aurait encore à discuter de la signification du signe de détresse dont il est clair qu’il est un appel au ciel vers lequel les mains se lèvent en même temps que les paumes ouvertes semblent vouloir recevoir la grâce divine. Les mains couvrent la tête, symbole de la pensée et de la raison pour indiquer que c’est l’esprit qui est d’abord et essentiellement menacé chez le Maître, ce qui est logique puisque à présent c’est dans la dimension spirituelle qu’il est supposé faire son chemin. En même temps l’appel est lancé à ses Frères Maîtres Maçons comme lui enfant de la veuve : nul ne peut espérer faire seul la route vers le Très-Haut.

Enfin pour conclure et parachever cette cérémonie  au troisième grade, le Très Respectable dit : “Très Vénérable Frère Premier Surveillant, je vous envoie le nouveau Maître, afin que vous lui enseigniez à travailler en Maître…“

Le Premier Surveillant lui fait frapper trois coups (main fermée), la batterie du premier grade sur chacune des trois portes représentées sur le tableau, à l’Orient, à l’Occident et au Midi, en tournant en sens inverse des aiguilles d’une montre.

Il est à savoir que le nouveau Maître n’est pas dans le Temple mais dans la Loge et les portes auxquelles il frappe donnent accès au Temple (c’est à dire, redisons le encore, au Maçon lui-même, en voie de transformation pour accéder au monde spirituel qui est symbolisé par le Temple)

Il passe bien dans sa circumambulation par le Nord mais se désintéresse complètement de la porte qui y figure : il est en quête de Lumière et le Nord symbolise l’obscurité, le lieu où la lumière ne parvient pas ou du moins pas assez pour nourrir la démarche d’un Maître, elle n’est là qu’une lueur propre à éclairer sans éblouir l’Apprenti. En revanche il est très révélateur que la première porte à être frappée soit celle de l’Orient. Par ce choix le Maître réaffirme le but de sa quête, la Lumière, en consacrant à cette porte son premier effort, le Maître atteste qu’il a compris où était la source de toute lumière et que c’est de là et seulement de là que viendra l’achèvement de son périple, lorsque le temps de naître à la vie véritable sera venu.

Le retour ensuite à la porte d’Occident n’est pas sanction, c’est une invitation, sans cesse présente dans toute démarche initiatique, à accepter le retour en arrière qui n’est pas une régression, mais une prise de conscience, un regard sur le chemin parcouru. D’autant qu’on sait que cette porte-ci s’est déjà ouverte pour l’initié, y frapper c’est porter un regard de Maître sur le travail fait comme Apprenti et ainsi “valider“ la décision prise de bénéficier de l’initiation ; c’est enfin de compte le moyen pour le Maître de vérifier qu’il a opéré à partir de l’initiation virtuelle donnée par la Loge une initiation réelle qui va lui donner accès au Temple.  

La marche peut alors reprendre mais cette fois en ayant conscience que le passage vers la Lumière, par l’ouverture de la porte d’Orient, ne sera acquis qu’au terme de nouveaux efforts, d’un travail continu mais rendu moins pénible par la vision du but poursuivi figuré par la sortie de la tombe (on se souviendra que lors de son initiation, la lumière avait déjà été montrée au candidat) ; ce sont les coups frappés à la porte du Midi qui symbolise cette volonté de poursuivre le travail, le Midi, dont la porte elle aussi s’est déjà ouverte, reçoit le Compagnon qui construit  et aussi le Maître qui trace les plans.

Comment ne pas faire le lien entre les trois portes où se présente le nouveau Maître et les trois vertus dont il devra recevoir la grâce pour poursuivre et parvenir à cet idéal : Foi, Espérance, Charité.

Conclusion :

Ce qu’affirme le grade de Maître, c’est que le Maçon, pas plus qu’un autre, n’envisage sereinement sa mort profane mais il a le privilège fondamental de savoir qu’elle ouvre des perspectives ! La Maçonnerie n’est pas une religion, elle n’annonce pas une rédemption, ne promet pas un paradis. Elle présente une suite de conditions au terme desquelles le contact avec le Divin devient possible. Certes ces conditions sont tout sauf faciles à remplir : fidélité à ses engagements, choix de la vertu, travail constant sur soi et sens du sacrifice, elles sont même si lourdes que ce n’est pas dans cette vie que l’initié peut espérer en venir à bout ; du moins a-t-il pris l’engagement d’en faire loyalement la tentative. Alors, c’est à lui et à lui seul qu’il est demandé de construire, on lui a pour cela redonné vie, par les cinq points parfaits, à chacune de ses fonctions vitales. Il s’est redressé, mis debout.

Et il s’agit désormais de ne pas dormir debout !

RF JPA/LCDP/28/04/16

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ÊTRE MAÎTRE MAÇON, C’EST…

Publié le 11 Septembre 2026 par T.D

… plus qu’une arrivée, un nouveau départ, non pas un objectif atteint mais un projet toujours en cours. L’Exaltation vers la Maîtrise permet à l’Ouvrier attentif de la comprendre immédiatement.

Simplement, alors que jusqu’alors le franc-maçon avait des guides et des indications de chemin, lorsque la Loge délivre à un franc-maçon sa « lettre » de Maître, il se sent un peu comme quelqu’un qui, après ses cours et son examen de chef d’orchestre, reçoit votre permis de conduire : vous sont autorisés à conduire (à conduire soi-même…) mais… vous ressentez forcément une certaine anxiété à l’idée d’être à vos risques et périls, sans filet pour vous protéger d’éventuelles erreurs.

Ainsi, bien qu’ils soient les manifestations les plus visibles du changement de statut conféré par l’Exaltation de la Maîtrise, ce n’est pas votre droit de parole et votre droit de vote qui sont importants. Ce qui est important est votre capacité totale à exercer votre véritable et plein droit sur votre chemin. Le droit de parcourir votre chemin seul, si vous le souhaitez ou si vous le devez, ou accompagné de toute personne que vous souhaitez vous accompagner et qui souhaite vous accompagner, si tel est le souhait des personnes intéressées, aussi longtemps que vous le souhaitez, où vous le souhaitez, comme tu veux, pour ce que tu veux.

Il avait droit à son chemin de citoyen dès qu’il avait atteint l’âge adulte et, en tant qu’adulte, c’était la loi de l’État en question. Le droit à votre chemin de franc-maçon, c’est-à-dire le chemin du perfectionnement, de la recherche de l’excellence, de la proximité la plus humainement possible, de la Perfection, à suivre par vous-même, comme vous voulez, quand vous voulez, dans le comme vous le souhaitez, le Franc-Maçon l’acquiert avec son Exaltation à la Maîtrise, après le temps de préparation nécessaire pour que ce ne soit pas en vain que ce droit lui soit conféré, afin qu’il puisse l’exercer efficacement. Car c’est un droit que le Maître Maçon doit exercer comme un devoir, avec la diligence de remplir une obligation.

Être Maître Maçon, c’est donc essentiellement remplir le devoir d’exercer votre droit de choisir et de suivre votre chemin vers l’excellence.

Pour celui qui a longtemps été guidé, il n’est pas facile de se retrouver, d’un instant à l’autre, responsable de son chemin, sans aide, sans accompagnement, sans réseau. Responsable, parce que libre, parce que prêt, parce que tel est le destin de l’homme qui recherche l’éclat de la Lumière, de sa Lumière. Mais, après une pause pour se guider et peser ses choix, tous les Maîtres Maçons suivent leur chemin – parce que pour. ils y ont été préparés, c’est pourquoi ils sont francs-maçons, et c’est pourquoi ils sont véritablement Maîtres.

Le chemin que chaque Maître Maçon décide de choisir prend en compte la question première qu’il se pose : Que faire, comment le faire, pour être meilleur ? A cette question, chaque Maître Maçon reçoit sa réponse personnelle et intime, aussi différente des réponses des autres qu’il est différent des autres. Et c’est dans l’exécution de la réponse qu’il obtient, dans l’esquisse de l’ouvrage que propose cette réponse, que le Maître Maçon construit, parce qu’il est bâtisseur, son chemin. Et à chaque saison conquise, la même question se pose toujours : que faire, comment le faire maintenant pour être à nouveau meilleur ? Et une nouvelle réponse et un nouvel itinéraire et un nouvel arrêt, avec une nouvelle et toujours la même question, avec une autre réponse et un autre itinéraire, se présentent constamment.

Mais le Maître Maçon ne sait pas seulement chercher la réponse à sa question. Il sait aussi que, même si chacun suit son propre chemin solitaire, les chemins des francs-maçons ont beaucoup en commun et surtout ils mettent beaucoup en commun par eux.

Le Maître Maçon sait donc que ce qu’il acquiert, ce qu’il gagne, ce qu’il apprend, ce qu’il réalise, ne doit pas être apprécié avidement par lui seul, mais doit plutôt être mis en commun avec la Loge, comme il est également commun à la Loge. qui collecte des contributions, des aides, des ressources, des outils, pour obtenir mieux et plus fructueusement des réponses à vos questions.

Être Maître Maçon signifie donc toujours apporter sa contribution à la Loge, que ce soit dans ce que la Loge lui demande et qu’il est en mesure de donner, ou dans ce qu’il estime lui-même pouvoir prendre l’initiative d’apporter à la Loge. Car être Maître Maçon, c’est aussi savoir que plus vous donnez, plus vous recevrez, que votre part contribue au tout mais augmente aussi en fonction de l’augmentation de ce tout et qu’après tout, le dicton selon lequel « donner, c’est recevoir » » n’est pas en vain.

Être Maître Franc-Maçon, c’est donc savoir que votre cheminement personnel sera meilleur et plus facilement suivi s’il se fait avec la Loge, pour la Loge, pour le bien de la Loge. Parce que le bien de la Loge se traduit par un gain accru pour le franc-maçon, qui parvient ainsi à réaliser le paradoxe d’être un individualiste grégaire, car il intègre et contribue à un groupe grégaire car il valorise et promeut l’individualité de ceux qui inventez-le.

Être Maître Franc-Maçon, c’est découvrir que la meilleure façon d’apprendre est d’enseigner et ainsi d’exécuter scrupuleusement l’égoïsme d’enseigner aux plus jeunes, à ceux qui suivent encore les chemins qu’il a déjà parcourus, en leur donnant la valeur de ses leçons et en gagnant ainsi le plus valeur qu’il n’apprend en enseignant – et l’homme attentif apprend toujours un peu plus à chaque fois qu’il enseigne.

Être Maître Maçon, c’est fréquenter et travailler en Loge, mais surtout travailler beaucoup plus en dehors de la Loge. Car ce qui se fait dans la Loge n’est rien d’autre que des « services minimum » qui permettent uniquement la survie de la Loge et le minimum de subsistance du Franc-maçon. Le travail en Loge n’est qu’un principe, une particule, une goutte, une petite partie du travail que le Maître Maçon doit réaliser à chaque instant de son existence.

Être Maître Maçon, c’est donc plus que attendre qu’on vous demande quelque chose, mais plutôt prendre l’initiative de faire quelque chose – non pas pour être reconnu par la Loge, mais essentiellement pour vous-même, c’est ce qui compte vraiment.

Être Maître Maçon ne signifie pas forcément faire de grandes choses, d’excellents ouvrages, des constructions admirables. Plus valable et plus productif est le maître franc-maçon qui consacre seulement cinq minutes de sa journée à faire quelque chose de très simple pour le bénéfice de sa loge, de la franc-maçonnerie et finalement de lui-même, à condition qu’il le fasse efficacement chaque jour, que quelqu’un qui, une fois dans sa vie. il fait quelque chose de remarquable, de remarquable, avec style, mais sans continuité. Parce que la vie ne se termine pas en un instant, ni en une heure, ni en un jour. La vie dure toute une vie et doit être vécue chaque jour de la vie.

Être Maître Maçon ne signifie pas nécessairement être brillant, mais il est essentiel d’être persévérant et le Maître Maçon qui accomplit avec persévérance son travail au jour le jour, peu à peu, peut passer inaperçu, ne recevoir aucun mérite, aucune médaille ou honneur. , mais il a certainement le plus grand mérite, le plus grand honneur, la meilleure médaille, la plus grande reconnaissance à laquelle il doit aspirer : celui de reconnaître qu’il a toujours fait lui-même son travail, a donné le meilleur de lui-même, a persisté dans sa tâche et, chaque fois qu’il s’est regardé, il s’est trouvé un peu, un peu mieux que ce qu’il avait vu la fois précédente. Et ainsi il sait que, petit à petit, au plus profond de lui-même, sans avoir besoin que les autres l’honorent pour cela, il a gagné un peu plus d’éclat, il se rapproche de son objectif, il continue à marcher fructueusement vers ce qui il sait être inaccessible et persiste cependant à essayer d’être le plus près possible de l’atteindre : La perfection !

En bref, être un maître franc-maçon se définit à l’aide d’une phrase que j’ai lue il y a quelque temps et qui a été dite par quelqu’un qui, je crois, n’était même pas franc-maçon, Manuel António Pina, journaliste, écrivain, poète, lauréat du Camões. Prix ​​en 2011, décédé le 19 octobre 2012 : le Maître Maçon est celui qui a appris et qui pratique que le moins qu’on nous demande est le plus que nous puissions faire .

Rui Bandeira

 

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Maçonnerie adonhiramite Maître : 1787

Publié le 11 Septembre 2026 par T.D

Devoir des experts

Dès que la Loge de Maître est ouverte, l'expert qui est en dedans doit avertir celui qui est dehors, qu'on est à la maîtrise, afin que ce dernier examine, sur ledit grade, les frères qui se présenteront pour être admis aux travaux ; et que ceux-ci puissent, en entrant, donner à l'expert qui y est en dedans, le signe, l'attouchement et le mot de passe des Maîtres. Ces devoirs des experts sont inséparables de leur fonction ; c'est pourquoi ils doivent faire le grand d'attention à les pratiquer dans tous les grades.
Ouverture de la Loge de Maître

Tout étant disposés pour la maîtrise, le Respectable (c'est ainsi que le Vénérable se nomme en Loge de Maître) frappe en Maître ; les surveillants ne lui répondent de même ; ensuite le Respectable dit : 

Vénérables frères premier et second surveillants, engagez tous nos Vénérables Maîtres  de vouloir bien nous aider à ouvrir la Respectable Loge de Maître.

Le premier surveillant: Vénérables Maîtres, du côté du midi, je vous invite, de la part du Respectable, de vouloir bien lui aider à ouvrir la Loge de Maître.

Le second surveillant : Vénérable Maître, etc..

D. Vénérables surveillants, tous les frères sont-ils à l'ordre ?

R. Oui, Très Respectable.

D. Frère premier surveillant, quel est le soin qui nous rassemble ?

R. Celui de recouvrer la parole de Maître qui est perdue.

Le Respectable : s'il est ainsi, mes frères, aller au nord et au midi reconnaître tous les Maîtres que vous y trouverez. Sans doute  que par leur lumière vous recouvrerez la parole ; ensuite vous viendrez à l'Orient me la rendre.

Les surveillants vont, chacun sur leur colonne, recevoir de chaque frère, l’attouchement de Maître, sans aucun signe ; et leur donnant le baiser de paix, ils en reçoivent le mot sacré de la manière que l'ordre l'exige ; et continuant jusqu'au Respectable, ils le lui rendent par les mêmes formalités, après quoi ils retournent à leur place.

D.  Vénérables premier surveillant, à présent que la parole est retrouvée, que nous reste-t-il à faire ?

R. Tracer les plans  qui doivent servir d'exemple aux Compagnons.

D. Avec quoi devons-nous travail ?

R. Avec de la craie, une terrine et du charbon.

D. Que signifient ces trois choses.

R. Zèle, ferveur et constance.

D. Quel âge avez-vous ?

R. Sept ans.

D. Quelle heure est-il ?

R. Midi plein

Le Respectable : en vertu de l'heure et de l'âge, avertissez tous nos  frères, que la Respectable Loge de Maître est ouverte, et que nous allons commencer les travaux à la manière accoutumée.

Le premier surveillant : Vénérables frères, etc.

Le second surveillant : Vénérable , etc..

Lorsque les surveillants ont annoncé, le respectable et toute assemblée font le signe et les acclamations des Maîtres,; après quoi on fait des réceptions, ou l'on commence l'instruction.

Note : Dans tous les temps la maîtrise a été la récompense des sciences et des vertus, et on la conférait qu'aux hommes du plus grand mérite ; et lorsqu'il s'agissait de tenir ce grade, on n' épargnait  ni soins ni surveillance ; aussi est-il aisé de voir par l'ouverture qu'on vient de lire, qu'on ne pouvait jamais être surpris par les profanes, en rangeant dans cette classe les Apprentis et les Compagnons. Cette manière d'ouvrir la Loge de Maître a été suivie scrupuleusement par tous les anciens Vénérables; mais je dois avouer, à la honte des grands Maîtres Français, que beaucoup d'entre eux, ayant négligé de s'instruire des vrais statuts, s'en sont tenus aux fausses instructions dont j'ai parlé tant de fois, et dans lesquels on ne parle nullement de cette ouverture de Loge. Aussi puissent assurer que, si l'Apprentissage et le Compagnonnage méritaient d'être corrigés, la maîtrise l'exigeait d'autant plus, qu'elle est encore en France le dernier grade de la maçonnerie bleue, et celui qui renferme les plus grands symboles. Mais comme il est inutile de répéter ici ce que j'ai dit dans le cours de cet ouvrage; on peut consulter les observations sur l'ouverture des Loges, et toutes les notes répandus dans les trois grades, et juger d'après cela combien il était temps de ramener la maçonnerie à ses justes principes.

Le catéchisme des Maîtres

D. Mon frère, d'où venez-vous ?

R. Très respectable, je viens de la Chambre du milieu.

D. Qui fait-on à la  Chambre du milieu ?

R. On y honore la mémoire de notre respectable Maître Adonhiram.

D. Comment y êtes vous parvenu ?

R. Par un escalier fait en forme de vis, qui se monte par trois, cinq et sept.

D. Que signifient ces nombres ?

R. Qu'il faut trois ans pour faire un Apprenti, cinq pour un Compagnon et sept

 pour un Maître.

D. Comment vous a-t-on reçu ?

R. Comme on y reçoit les Maîtres de notre ordre, en me présentant une branche d'acacia

Note : on trouve dans les constitutions des religieux grecs et dont parle Jovert, que pendant le temps que les chrétiens furent prisonniers chez des infidèles, ils s'assemblaient sous différents noms, et qu'entre autres assemblées,  il y en a avait une composée des Chevaliers les plus instruits et les plus vertueux ; que lorsque l'un d'eux se présentait, le grand Maître lui donnait une branche d'acacia, en mémoire de la vraie croix qui, dit-on fut faite de ce bois. Cette branche d'acacia remplaça la branche de myrrhe que portaient les initiés de Memphis ; et je puis dire en passant, que le rameau d'or que Virgile donne à Enée pour  descendre aux enfers, a la même origine. Cependant, malgré ces vérités, qui doivent être si chères aux maçons, la plus grande partie des Maîtres ne font plus cette demande, et même ne la connaissent pas. Cela vient de ce que quelques anciens Vénérables ne l'ayant vu imprimés nulle part se sont crus en droit de n'en plus parler, ainsi que de celles que l'on retrouve dans le cours de cet ouvrage. C'est cette négligence impardonnable qui est la cause que de bons frères, à qui les derniers devoirs de citoyen ôtent le temps d'approfondir un ordre qu'ils chérissent,  ignorent une grande partie des plus beaux mystères.

D. Où avez-vous été reçu Maître ?

R. Dans une Loge parfaite.

D. Quels sont ceux qui composent une telle Loge ?

R. Neuf, désignés par les neuf lumières, qui sont un respectable Maître, deux Vénérables Surveillants et six Maîtres.

Note : il est certain que les auteurs des catéchismes imprimés jusqu'alors, n'avaient jamais entré en Loge de Maître ; car autrement, auraient-ils pu dire que ceux qui composent une telle Loge sont un Respectable Maître, deux Surveillants, deux Maîtres et deux Apprentis. Plus j'examine ces fausses instructions, plus je suis fâché, pour le bien de l'ordre, du succès qu'elles ont eu.

D. Comment avez-vous été reçu ?

R. En passant de l'équerre aux compas sur la tombe de notre respectable Maître Adonhiram. 

Note : Adonhiram, mot Hébreux composé de deux autres, de Adon qui signifie seigneur, et d'Hiram, qui signifie hautesse de vie ou hauteur de vie. Il est dit Architecte du Temple, non seulement parce que  la véritable Eglise suit les plans du Dieu suprême ; mais encore, parce que les maçons sont persuadés qu'il est le souverain Maîtres de tout ; et que dans l'univers il n'y a rien qui ne soit son ouvrage ; et ainsi chaque partie servant à ses dessins, tous les êtres sensibles doivent lui rendre hommage.

D. Qu’ avez-vous vu lorsqu'on vous fit entrer en Loge de Maître ?

R. Il ne me fût pas permis de regarder, je n'entendis que des gémissements.

D. Qu’avez-vous remarqué après avoir été reçu ?

R. Une grande lumière dans laquelle je vis la lettre G.

D. Que signifie cette lettre ?

R. Grandeur et gloire, et ce que tout mortel doit connaître, et qui est au-dessus de vous.

D. Qui peut être au-dessus de moi qui suis maçon libre et Maître d'une Loge aussi bien composée ?

R. Dieu, parce que le G est la lettre initiale du mot God  dans beaucoup de langues (c'est-à-dire, dans l'ancien saxon, et par conséquent en anglais et flamands, ainsi qu'en allemand, etc..) et signifie l'être suprême.

D. que vous a-t-on donné en recevant Maîtres ?

R. Le secret des maçons et de la maçonnerie.

D. Donnez-moi le point parfait de votre entrée ?

R. Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second.

D. Je regarde.

R. Je cache.

D. Et que cachez vous ?

R. Tous les secrets qui m'ont été confiées.

D. Où les cachez vous ?

R. Dans le cœur.

D. Y a-t-il une clé pour y entrer ?

R. Oui, très respectable.

D. Où les gardez vous ?

R. Dans un coffre de corail, qui ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec des clés d'ivoire.

D. De quel métal est-elle ?

R. D'aucun. C'est la langue soumise à la raison, qui ne sait dire que du bien en l'absence comme à la présence de ceux dont elle parle.

D. Vous étiez sans doute Apprenti et Compagnon avant d'être Maître ?

R. Oui, Très Respectable, et J et B me sont connus, ainsi que la règle de trois, ce qui met la clé de toutes les Loges à ma disposition.

D.  Quelle est cette clef ?

R. La connaissance des signes, paroles et attouchements des trois grades qui m'ont été conférés.

B. Montrez-la moi ?

On fait les signes des premiers grades, puis on se met à l'ordre de Maître, en disant.

R. La voici ; vous devez la reconnaître, elle est marquée de ce qui caractérise les vrais maçons.

D. Oui, mon frère ; d'où l'avez-vous tirée ?

R. De ma bouche, et je la conserve comme ce qui m'est le plus précieux.

D. Pourquoi ces clefs vous est-elle si précieuse ?

R. Parce qu'elle m'a fait connaître la vraie lumière, et qu'en la montrant,  je puis assister aux trois premiers travaux.

D. Pourquoi la portez-vous à votre gauche ?

R. Je veux dire qu'elle accompagne mon cœur où sont renfermés les secrets de notre ordre, et qu'elle me rappelle l'attitude dans laquelle on trouva le corps de Adonhiram, dont le bras gauche était étendu, et le droit formait l'équerre en figurant le signal pectoral.

D. Qu'êtes-vous venu faire ici ?

R. Chercher la parole de Maître qui était perdue.

D. Comment la parole de Maître fut-elle perdue ?

R. Par trois grands coups.

D. Quels sont ces trois grands coups ?

R. Ce sont ceux reçu notre respectable Maître, lorsqu'il fut assassiné à la porte du Temple, par trois Compagnons scélérats qui voulurent lui arracher la parole de Maître ou la vie.

D. Comment sut-on que c'étaient des Compagnons qui avaient commis ce crime ?

R. À l'appel général qu'on fit des ouvriers, auxquels trois Compagnons ne se trouvèrent point.

D. La parole ayant été perdus, comment a-t-on pu la retrouver ?

R. Les Maîtres soupçonnant l'assassinat d'Adonhiram, et craignant qu'à Force des tourments on lui eût arraché la parole de Maître, convinrent entre eux, que le premier mot qui serait proféré en le retrouvant, leur servirait à l'avenir pour se reconnaître. Ils en fut de même du signe et de l'attouchement.

D.  Combien envoya-t-on  de Maîtres à la recherche de Adonhiram ?

R. Neuf, désigné par les neuf lumières.

D. Où trouvera-t-on le corps de notre Respectable Maître ?

R. Dans à tas de décombres d'environ 9 pieds cubes, sur lequel on avait planté une branche d'acacia.

D. À quoi devait servir ses branches ?

R. Aux traîtres pour reconnaître l'endroit où ils avaient caché le corps de Adonhiram, qu'ils se proposaient de transporter dans un lieu plus éloigné.

D. Que fit-on du corps de notre respectable Maître ?

R. Salomon le fit inhumée dans le sanctuaire du Temple, et fit mettre sur son tombeau une médaille d'or triangulaire sur laquelle était gravé Jéhovah, l'ancien mot de Maître, et qui signifie en Hébreux le nom de l'être suprême.

Note. Le triangle  a été connu des peuples les plus anciens, et a toujours signifié le premier principe et même l'auteur de la nature. Le christianisme se l'appropria pour représenter la triple essence, la triple unité du créateur, et lorsque la maçonnerie devint l'emblème de notre religion, tous les Maîtres en convinrent de porter un équilatéral. Ces figures furent le symbole, le signe du vrai Maçon Chrétiens. Au commencement et à la fin d'une action, ils doivent figurer un triangle, pour marquer qu'ils rendaient grâce à la divinité. Voilà d'où vient l'exercice de la table. Le commandant des Chevaliers, dont les constitutions des religieux grecs font mention, portaient une médaille triangulaire, dans laquelle étaient renfermés un cercle, qui au lieu de Jéhovah, représentait sans doute l'être suprême.

D. Quelle forme avait son tombeau ?

R. Il avait sept pieds de long sur cinq pieds de large, et sept de profondeur.

D. Quelles sont enfin les marques distinctives des Maîtres ?

R. Un signe, un attouchement, deux paroles, et les cinq points parfaits de la Maîtrise.

D. Donnez-moi le signe ? (pour répondre on le fait.)

D . Comment le nommez-vous ?

R. Le signe d'horreur.

D. Pourquoi ?

R. Parce qu'il marque l'horreur dont les Maîtres ne furent saisis et lorsqu'ils aperçurent le corps d'Hiram.

D. Donnez l'attouchement au frère premier ? (on obéit.  Voyez à ce sujet le attouchement de Compagnon ; il en est de même pour la parole de Maître.)

D. Donnez-lui la parole sacrée ? (on la lui donne comme l'ordre l'exige.)

D. Que signifie cette parole ?

R. La chair quitte les os.

D. Quel est le mot de passe ?

R. Sublime, surnom donné à notre respectable Maître.

Note. Pour achever de prouver combien une instruction raisonnable et juste était nécessaire pour faire revivre les anciens statuts, je ferai observer ici que depuis longtemps une infinité de maçons ne connaissaient pas ce mot, et qu'abusivement ils en disent un qu'ils n'entendaient pas point, auquel ils donnent une signification aussi hasardée qu'invraisemblable. Pour se convaincre de cela, il faut savoir que les premiers Chevaliers avaient pris pour mot de passage de Maître, le mot latin sublimis, et aussitôt que les français connurent la maçonnerie, ils prononcèrent sublime, ce qui était encore assez bien jusque-là. Mais quelques profanes voulant divulguer nos secrets, et n'ayant apparemment entendu ce mot qu'imparfaitement, écrivirent  gibelime, et dirent que cela signifiait excellence ; d'autres après, pour renchérir sur les premiers, firent imprimer Giblos, et  osèrent avancer que c'était le nom du lieu où l'on avait trouvé le corps de Adonhiram. Comme dans ce temps où le nombre de maçons peu instruits était considérable, ces assertions ridicules furent reçus avec empressement; et la vérité fut presque généralement oubliée. On est vu ailleurs comment ces catéchismes  faux et bizarres se sont accrédités. Ainsi, on peut juger de quelle utilité ces recherches doivent être vrais maçons.

D. Quels sont cinq points parfaits de la Maîtrise ?

R. Le pédestre, l'inflexion des deux genoux, la jonction des deux mains droites, le bras gauche sur l'épaule, et le baiser de paix.

D. Donnez m'en l'explication ?

R. 1. Le pédestre signifie que nous sommes toujours prêts à marcher au secours de nos frères. 2. L'inflexion des genoux que nous devons sans cesse nous humilier devant celui qui nous a donné l'être. 3. La jonction des deux mains droites, que nous devons assister nos frères, dans leurs besoins. 4. Le bras que nous leur passons sur les épaules, que nous leur devons aide et conseils, dictés par la Sagesse et la charité. 5. Enfin  le baiser de paix annonce cette douceur et cette union inaltérable qui sont la base de notre ordre.

D. Sur quoi est soutenue la Loge de Maître ?

Note. C'est ici le lieu de cette demande. Il est aisé d'en juger par les réponses que l'on doit y faire et qui ne doivent être connues que des Maîtres. La raison la plus simple et la plus forte, c'est un Apprenti ne doit connaître que la Sagesse définie par la colonne J ;  un Compagnon que la Sagesse et la Force, emblème des deux colonnes ; et que le Maître seul doit connaître la Beauté, c'est-à-dire, le prix des choses sublimes : il ne faut pas entendre non plus par le mot soutenir, que l'univers est conservée parce qu'il est beau. Les anciens Chevaliers étaient bien éloignés de penser que Dieu admirait ses ouvrages ; ils se persuadaient au contraire qu'Il ne pouvait se tromper, et que tout ce qu'Il faisait était parfait. Si les premiers auteurs qui ont écrit sur la maçonnerie, avaient eu soin de faire ressouvenir que les philosophes n'admettaient un aspirant à la Maîtrise qu'au bout de sept ans ; que cet aspirant devait employer cet espace à s'instruire de toutes les sciences utiles au genre humain, et à pénétrer autant qu'il était possible, les vérités de la nature ; et qu'alors ces Chevaliers se persuadaient qu'un homme rempli de connaissance ne pouvait s'empêcher d'admirer l'ordre et la Beauté de l'univers. Si les auteurs, dis-je, avaient fait observer tout cela, sans doute autant de Maîtres aujourd'hui ne parleraient pas de la Beauté dans le Compagnonnage et ne se repentiraient pas d'avoir cru des hommes, qui, sous  prétextes de les instruire, ont abusé de leur bonne foi.

R. Sur trois grands piliers triangulaires, nommés Sagesse, Force et Beauté.

D. Qu'est-ce qui les nomma ainsi ?

R. Salomon, Hiram, roi de Tyr, et Adonhiram Grand Architecte du Temple.

D. Pourquoi attribue-t-on la Sagesse à Salomon?

R. Parce qu'il reçut ce don de Dieu, et qu'il fut en effet le roi le plus sage de son temps.

D. Pourquoi la Force au roi de Tyr ?

R. Parce qu'il fournit à Salomon les bois et matériaux pour la construction du Temple.

D. Pourquoi la Beauté à Adonhiram  ?

R. Parce que, comme Grand Architecte du Temple, ils dessinaient les ornements qui devait embellir ce monument magnifique.

D. Ces trois grands noms de colonne ne referment-il pas quelques autres significations ?

R. Oui, Très Vénérable. La forme de ces colonnes signifie la divinité dans toute son étendue ; la Sagesse symbolise son essence ; la Force sa puissance infinie, et la Beauté exprime combien les ouvrages de Dieu sont parfaits et sublimes.

D. Quelles doivent être les qualités d'un Maître ?

R. Sagesse, Force et Beauté.

D. Comment peut-il réunir des qualités si rares ?

R. La Sagesse dans ses mœurs, la Force dans l'union avec ses frères, et la Beauté dans son caractère.

D. Y a-t-il quelques meubles précieux dans la Loge de Maître ?

R. Oui, Très Vénérable, au nombre de trois, qui sont, l'Evangile, le compas et le maillet.

D. Quel est leur signification ?

R. L'Evangile démontre la vérité, le compas la justice, et le maillet qui sert à maintenir l'ordre, nous ferait ressouvenir que nous devons avec nous devons et dociles aux leçons de la Sagesse.

D. Pourquoi les trois premiers officiers se servent-ils de maillet ?

R. Pour nous faire entendre sans cesse  que puisse que la matière rend des sons lorsqu'on la heurte, à plus forte raison l'homme, à qui Dieu a donné un cœur et de la faculté de connaître et de juger, doit-il être sensible au cri de la vertu, et rendre hommage à son créateur.

D. Comment s'appelle un Maître ?

R. Gabaoc, qui est le nom du lieu où les israélites déposèrent l'arche dans les temps de troubles.

D. Qu'est-ce que cela signifie ?

R. Que le cœur d'un maçon doit être assez pur pour être un Temple agréable à Dieu.

D. Comment s'appelle un fils de maçon ?

R. Luwton, mot anglais, qui signifie élève en architecture.

D. Quel est le privilège d'un luwton ?

R. C'est d'être reçu maçon avant tout autre.

D. Sur quoi travaillent les Maîtres ?

R. Sur la planche à tracer.

D. Où reçoivent-ils leur gage ?

R. Dans la Chambre du milieu

D. Comment voyagent les Maîtres ?

R. Sur toute la surface de la Terre.

D. Pourquoi ?

R. Pour répandre la lumière.

D. Si vous perdez un de vos frères, où le trouveriez-vous ?

R. Entre l'équerre le compas.

D. Expliquez-moi cette réponse ?

R. C'est que l'équerre le compas sont les symboles de la Sagesse et de la justice ; un bon maçon ne doit jamais s'en écarter.

D. Que feriez-vous si vous étiez en quelques dangers ?

R. Je ferai le signe de secours, en disant : à moi les enfants de la veuve.

D. Pourquoi dites-vous les enfants de la veuve ?

R. C'est qu'après la mort de notre respectable Maître, les maçons prirent soin de sa mère, qui était veuve, et dont ils se dirent les enfants, Adonhiram les ayant toujours regardés comme ses frères.

D. Quel âge avez-vous ?

R. Sept ans.

D. Que signifie cet âge ?

R. Le temps que Salomon employa à construire le Temple.

D. Quelle heure est-il ?

R. Midi plein.

On ferme la Loge comme celle des Compagnons, il n'y a que le nom et les acclamations inchangées.

 

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