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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

L’initiation mithriaque

Publié le 14 Août 2026 par T.D

L’initiation mithriaque était donnée dans des grottes naturelles ou artificielles, semblables à celle que Zoroastre, le premier, écrit Porphyre, « consacra en l’honneur de Mithra, créateur et père de toutes choses. » Ses mystères, comme d’ailleurs tous les mystères, avaient pour objet d’expliquer aux hommes le sens de la vie présente, de calmer les appréhensions de la mort, de rassurer l’âme sur ses destinées d’outre-tombe et, par la purification du péché, de l’affranchir de la fatalité de la génération et du cycle des existences expiatoires.

Cet enseignement suppose un ensemble de doctrines sur l’origine spirituelle et immortelle de l’âme, sa déchéance, son rachat par les mérites et avec l’aide d’un dieu psychopompe et sauveur. Il serait intéressant d’en rechercher la genèse et de remonter à leur source. Elles sont absolument étrangères à la religion d’Homère ; les Grecs eux-mêmes en reconnaissaient la provenance orientale. Ils en attribuaient l’importation à Pythagore, qui lui-même les tenait, directement ou par l’intermédiaire de son maître Phérécyde, d’Egypte et de Chaldée.

Le dogme mithriaque de la catabase et de l’anabase des âmes s’explique en combinant les renseignemens que nous tenons de Celse, de Porphyre et de Macrobe. Les symboles astronomiques de la grotte représentaient la voûte du ciel et la double révolution céleste, celle des étoiles fixes et celle des planètes ; les premières, séjours de lumière et de splendeur ; les secondes, réservées à l’évolution des âmes.

Aux deux extrémités du ciel sont placés les deux Tropiques, celui du Cancer et celui du Capricorne. Ce sont les deux portes, l’une des dieux, l’autre des hommes, ainsi nommées, parce que de l’une descendent les âmes éprises des corps mortels, et que par l’autre elles remontent à leur lieu d’origine. Le Cancer est affecté à la Lune, source de génération et conservatoire de vie pour tous les théologiens de l’antiquité ; le Capricorne à Saturne, la plus éloignée et la plus lointaine des planètes. Du Cancer au Capricorne, et du Capricorne au Cancer, se répartissent et s’échelonnent les douze signes ou constellations. Quant à Mithra, il siège entre les deux équinoxes. « Il porte le glaive du Bélier, signe de Mars, et il est porté par le Taureau, signe de Vénus. »

L’âme, essence divine, libre de toute contagion matérielle, descend ou tombe d’elle-même, par l’appétence des corps, par un désir latent de volupté, et par le poids seul de sa pensée terrestre, enivrée d’un miel, qui lui verse l’oubli de la lumière éternelle. Mais ce n’est pas d’un coup et brusquement que, de son incorporabilité parfaite, elle arrive à revêtir un corps de boue périssable. La chute est graduée. Celse la figurait par une échelle ou un escalier, avec sept points d’arrêt, où s’ouvrent autant de portes.

Ces portes sont celles des planètes. A mesure que l’âme descend de l’une à l’autre, elle perd de sa pureté première et ressent des altérations successives de sa perfection. Elle se gonfle et se sature de la substance sidérale ; chaque sphère la revêt d’une enveloppe éthérée, de plus en plus sensible ; elle éprouve autant de morts qu’elle traverse de mondes, jusqu’à ce qu’enfin, de chute en chute, elle parvienne à celui qu’on appelle « le monde de la vie. » En même temps chaque planète la dote des facultés nécessaires à son existence terrestre : Saturne lui donne le raisonnement et le calcul ; Jupiter l’énergie active ; Mars l’ardeur passionnée ; le Soleil l’imagination et le sentiment ; Vénus le désir ; Mercure l’herméneutique ou la faculté de s’exprimer ; lu Lune celle de croître et de grandir. « Car la dernière des qualités divines est la première des nôtres. »

Dans l’anabase, l’âme suit une route inverse, et de planète en planète, s’allégeant de la substance prêtée par chacune d’elles, se dépouille successivement de tous les élémens de sa corporalité, jusqu’à redevenir semblable à ce qu’elle était dans sa condition première et spirituelle.

Ce symbole astronomique, cette septuple vêture et ce dépouillement correspondant, nous ramènent directement aux rites de la Chaldée.

Là, sous l’influence de la religion, qui domine toutes les manifestations de la vie, le nombre sept et quelquefois le nombre douze, règnent en souverains. Sept est le chiffre sacré. Le temple, qui reproduit l’ordre du monde et spécialement celui du ciel, est la haute tour à sept étages, en retrait l’un sur l’autre, reliés par de larges rampes d’escaliers extérieurs, où se déroule à l’aise la pompe des processions.

Au sommet s’élève le sanctuaire du dieu, magnifique avec ses revêtemens de bois précieux et de lames d’or. Chacun de ces étages est consacré à une planète et peint de la couleur qui lui est propre ; elle y possède une chapelle particulière. C’est exactement l’échelle mithriaque, décrite par Celse. Les cérémonies religieuses obéissent au même rythme numérique. On connaît le poème d’Istar, veuve du « fils de la vie, » descendant pour le sauver « dans le pays immuable de la mort. »

 Ce pays est divisé en sept cercles, sur le modèle des sphères célestes. Elle franchit les sept enceintes ; à chacune, le serviteur d’Allat, la déesse des ombres, la dépouille d’un de ses vêtemens, depuis la tiare jusqu’au voile de sa pudeur, pour qu’elle paraisse nue devant la sombre divinité. Au retour, dans le même ordre, ses vêtemens lui sont rendus. Dans une autre tablette de la collection ninivite, est décrite la fête de la purification d’une déesse-terre Elle monte les longues rampes des escaliers de la ziggurat.

A chacune des sept portes, un prêtre la fait entrer, qui la dépouille d’une pièce de son costume, jusqu’à ce qu’elle pénètre nue dans le sanctuaire supérieur, qui est l’Empyrée. Là, d’autres déesses s’empressent autour d’elle, la purifient par des lustrations et des exorcismes ; puis, leur office terminé, elles la laissent redescendre et compléter d’étage en étage rajustement qu’elle a quitté. C’est évidemment du souvenir de ces cérémonies symboliques que s’est inspiré le dogme mithriaque

Dans tous les mystères, l’initiation était précédée d’épreuves, qui avaient pour objet de s’assurer de la foi du candidat et de la solidité de sa vocation. On lui imposait une attente de quelques jours ou de quelques mois, qui était occupée par la prière, le jeûne et diverses abstinences. Les épreuves des mystères de Mithra passaient pour les plus longues et les plus rudes. La secte ne voulait admettre que des hommes trempés par la souffrance, et parvenus à cet état d’insensibilité qu’on appelait l’apathie.

On disait que ces épreuves pouvaient aller dans certains cas jusqu’au sacrifice de la vie ; mais Lampride nous assure que, de son temps du moins, l’homicide se bornait à une simulation, et qu’on regarda comme un crime le meurtre dont se souilla Commode, au cours de son initiation. Par leurs rigueurs peu communes, les mithriastes ne craignaient pas de décourager l’empressement et le dévouement des fidèles ; ils savaient qu’il est dans la nature de l’homme de n’attacher de prix qu’à ce qui lui a coûté peine et douleur.

Les épreuves étaient au nombre de douze et duraient parfois quatre-vingts jours. Ce chiffre se rapportait aux signes du Zodiaque et aux travaux de l’Hercule assyrien. Ses douze victoires sur les monstres gardiens des stations célestes lui avaient mérité la tunique astrale et valu l’immortalité. Aussi, dans tous les mystères, Hercule était donné comme modèle aux initiés : il était le myste parfait.

De ces épreuves graduées, d’abord légères, puis de plus en plus pénibles, — Grégoire de Nazianze les appelle des supplices, — on ne connaît pas le détail exact. Elles comportaient des jeûnes prolongés, quelquefois de cinquante jours, l’abandon dans la solitude, l’épreuve du feu, de l’eau, du fouet ; le patient était enfoui dans la neige, d’autres fois traîné par les cheveux dans un cloaque. Les injures et les dérisions s’ajoutaient à ces souffrances physiques.

Les épreuves de l’initié sont représentées sur un grand nombre de monumens mithriaques, malheureusement effacés presque tous ou mutilés. Celui d’Heddernhain nous montre, en trois médaillons séparés par des pins, le myste vainqueur du taureau ; le myste ceint de la couronne héliaque, c’est-à-dire d’une auréole radiée ; le myste introduit par la main de Mithra dans le ciel du bienheureux. C’est là comme la synthèse de l’épreuve, avec la récompense qui la couronne. Le monument de Mauls (Tyrol) nous présente, des deux côtés de l’image du tauroctone, douze compartimens superposés, où sont figurées distinctement l’épreuve du feu, celle de l’eau (un homme luttant à la nage contre le courant d’un fleuve) ; celle du jeûne ou de la solitude (un homme couché nu dans un désert semé de rochers) ; celle du fouet, à moins que ce ne soit un poignard que brandisse la main du tortionnaire. Les compartimens de droite semblent consacrés à l’anabase.

 Ils nous font voir le myste reçu en grâce et pardonné, puis couronné par la main de Mithra du diadème héliaque, monté enfin sur le char du Soleil et accueilli dans le ciel. A la base de la colonne de gauche, est figuré le taureau seul et debout, représentant le principe matériel dont l’initié doit se libérer pour mériter le salut ; dans le compartiment qui lui répond, à droite, le taureau est vaincu, traîné par les pattes de derrière, dans l’attitude familière qui symbolise la défaite sur les cylindres chaldéens. Du monument de Zollfeld, il ne reste que les scènes de l’apothéose.

Les épreuves surmontées permettaient l’accès aux grades. Il existait en effet parmi les initiés une hiérarchie rigoureuse, calculée d’après le degré d’instruction ou d’intelligence de chacun, les services rendus, ou le dévouement à la communauté, et qui avait pour but d’inculquer l’obéissance et de susciter l’émulation. On n’est d’accord ni sur le nombre de ces grades, ni sur leur ordre, ni même sur leurs noms. Le passage de saint Jérôme, où ils sont énumérés, est un des plus mutilés des manuscrits. Une saine critique commande de n’admettre que ceux que mentionnent expressément les textes et les inscriptions.

Il se trouve qu’ils sont au nombre de sept, répondant à celui des planètes et aux degrés de l’échelle mystérieuse de Celse. Ce sont le Miles, le Léo, le Corax, le Gryphius, le Persès, l’Helius, le Pater. Les anciens ignoraient eux-mêmes le sens symbolique et secret de ces dénominations. Si nous nous référons au texte de Pallas, rapporté par Porphyre, elles désigneraient ces enveloppes successives, dont doit se dépouiller le myste pour atteindre l’état de pureté, et les personnages divers par lesquels il doit passer, avant d’arriver à la perfection. L’initiation à chacun de ces grades était l’occasion d’autant de fêtes, dont les inscriptions gardaient le souvenir, les léontiques, les coraciques, les héliaques, etc.

Nous devons à Tertullien quelques renseignemens sur la réception du Miles. Le myste, vainqueur des épreuves, doit refuser la couronne qui lui est tendue au bout d’une épée, la faire glisser sur son épaule, et répondre : « Mithra est ma seule couronne. » Il est alors marqué d’un signe au front et fait partie de la milice sacrée. Le Lion n’est plus un simple initié, il participe déjà au culte ; c’est le grade auquel la plupart se tenaient. Les femmes elles-mêmes y étaient admises et recevaient le nom de Lionnes. La réception donnait lieu à d’étranges cérémonies, dont le sens nous échappe.

 Le récipiendaire revêtait successivement les formes de divers animaux, dont il imitait les cris et les mouvemens. On l’enveloppait du manteau bariolé des figures des constellations, semblable au voile olympique des Eleusinies et des Isiaques, à l’astrochiton d’Hercule. On lui purifiait avec du miel les mains, la bouche et la langue. Le Corbeau était déjà un ministre inférieur du culte ; son nom venait de la constellation dont le lever héliaque annonce le solstice d’été. Le Griffon est, dans toutes les religions antiques, consacré aux dieux solaires. Il sert de monture à Apollon, quand le dieu revient des pays hyperboréens. Il est le gardien des trésors cachés. Plus mystérieuse est l’origine du Perses. Hésiode fait du Persée grec le fils d’Hypérion. Phérécyde rattache son mythe à la Phénicie, et l’on connaît un temple qui lui était consacré à Joppé. Il paraît avoir été, en Grèce, le premier exemplaire du dieu solaire persan, vainqueur du dragon et du serpent, comme le prototype de Mithra. Saint Justin semble voir en lui le Sauveur des derniers jours de la légende avestéenne. Le grade d’Hélius s’explique de lui-même.

Quant aux Patres, ils constituaient le clergé proprement dit ; on leur donnait les noms d’Éperviers et d’Aigles. Porphyre distingue parmi eux trois degrés de prêtrise, que les inscriptions reconnaissent également ; les Pères, les Pères du culte (patres sacrorum) et le Père des pères (pater patrum), qui était le chef suprême de la religion. Il est curieux que les mêmes degrés se retrouvent encore de nos jours chez les Parsis ; le Hobed, qui a la connaissance des écritures sacrées, le Mobed, l’ancien mage et le ministre du culte, le Mobeddestour, le maître des coutumes, chargé d’interpréter la loi et dont les décisions sont souveraines.

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Culte de Mithra et franc-maçonnerie

Publié le 14 Août 2026 par T.D

6 juin 2020

Culte de Mithra et franc-maçonnerie : quelle relation ? Qu’est-ce que le mithraïsme et en quoi aurait-il pu influencer la franc-maçonnerie ? Voici une planche au 1er degré.

Le culte de Mithra ou mithraïsme est un « culte à mystères » présent dans l’Empire romain entre la fin du Ier siècle et le début du VIe siècle après J-C, dont certains aspects rappellent la franc-maçonnerie actuelle.

Mithra est une divinité issue du panthéon mazdéen et zoroastrien, donc originaire du monde iranien (lire notre article sur le zoroastrisme).

Cet ancien culte à mystères n’a plus d’adeptes aujourd’hui ; ses temples sont des vestiges archéologiques, mais son souvenir est bien présent, en particulier chez les franc-maçons. Voyons pourquoi.

Voici donc une planche sur le culte de Mithra et la franc-maçonnerie.

Culte de Mithra et franc-maçonnerie : initiation et fraternité

Religion syncrétique associant, entre autres influences, le zoroastrisme et le culte de Persée, le mithraïsme fut la religion dominante au sein des légions romaines à la fin de l’Empire, de l’Anatolie aux îles Britanniques.

Cette religion initiait sur un pied d’égalité des hommes issus de toutes origines sociales. Au cours des années, les pratiquants gravissaient sept grades symboliques qui faisaient suite à une initiation où l’impétrant, dénudé, mains liées et yeux bandés, devait affronter une série d’épreuves, dont un saut au-dessus d’une rigole remplie d’eau. Ces premiers éléments rendent évident le parallèle entre culte de Mithra et franc-maçonnerie.

Après que le christianisme a été reconnu religion d’Etat en 392 par l’empereur Théodose, la persécution puis l’interdiction des cultes païens à partir du IVe siècle ont mis fin aux anciennes organisations cultuelles telles qu’elles étaient connues jusqu’alors, et parmi elles le mithraïsme.

Dès lors, s’est organisée une démolition méthodique des lieux et symboles du culte de Mithra, décapitant sculptures et effaçant les fresques du Dieu Invincible. Toutefois, les souvenirs des rituels et des symboles ont été discrètement transmis sur plusieurs générations à propos de ce dieu solaire de la fraternité que les ancêtres adoraient.

Les temples mithraïques

Les temples mithraïques, dont certains ont été retrouvés, consistaient en des salles rectangulaires pourvues de banquettes se faisant face de part et d’autre d’une allée centrale, banquettes où s’allongeaient les initiés. Au fond, le vénérable Père siégeait devant un bas-relief représentant Mithra coiffé de son bonnet phrygien et terrassant le taureau : c’est la fameuse « taurotocnie ». On a même retrouvé des traces de ces temples aux confins de l’Empire, le long du mur d’Hadrien, aux limites de l’Écosse.

La figure du Dieu Mithra trouve son origine dans le mazdéisme, comme l’atteste une tablette d’argile du XIVe siècle avant J-C provenant de Boghaz-Kay, ancienne capitale de l’Empire hittite, dans l’actuelle Turquie. Dans ce document, Mithra, avec d’autres dieux indo-aryens, sert de garant d’un accord entre les Hittites et le peuple des Mitanni.

Notons que le terme Mithra vient de l’hypostase proto-indo-aryenne mitra, qui signifie « ami » ou « contrat ». Dans le sous-continent indien, Mithra est considéré comme le protecteur de la parole donnée, des réunions, qu’il préside, et par extension de l’honnêteté et de la fraternité.

Le Dieu Mithra

Figure secondaire dans le panthéon zoroastrien, ce jeune dieu gagne du « galon » en progressant au gré des conquêtes perses sur les Babyloniens où il se trouve recyclé dans les cultes à mystères de cette époque. Les rois de Perse juraient par Mithra en invoquant sa lumière (cf. Plutarque, Vies parallèles, Alexandre, XXX, 8) : c’est une divinité solaire du panthéon mazdéen, le « Dieu du lever du Soleil, de la victoire de la Lumière sur les ténèbres, de la vie sur la mort ».

La naissance mythique de Mithra est aussi un objet symbolique fort, et bien que sous-représentée, elle apparaît sur des stèles en différents endroits de l’empire romain.

En l’occurrence, il s’agirait de la pétrogenèse : petra genetrix. Mithra est né de la pierre, peut-être au solstice d’hiver, soit le 25 décembre, date qui devient à la fin du IIIe siècle le Natalis Solis Invicti, la naissance du Soleil pour les Romains, qui deviendra plus tard la fete de Noel

C’est en Phrygie, ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien (actuelle Turquie) que le culte moderne de Mithra se cristallise. Il y doit son bonnet phrygien, symbole repris plus tard lors de la Révolution française.

Bien que ce culte ne s’impose pas au sein du monde hellénistique, en raison d’un paysage mythologique et religieux déjà chargé, c’est néanmoins à la Grèce que Mithra doit son iconographie et son hagiographie : un puissant chasseur coiffé de son bonnet phrygien, immolant un taureau en le tenant par les cornes, assisté par un chien, un corbeau, un scorpion et un serpent à ses pieds, entouré du Soleil invaincu (Sol Invictus) et de la Lune.

Ce mythe central de Mithra, c’est-à-dire le sacrifice du taureau céleste, qui permet la régénération de la Nature, est connu depuis l’Antiquité comme un acte fondateur de la civilisation. Certains rapprochent cette symbolique de l’Ere du Taureau, qui commence approximativement 4000 ans avant J-C et qui a vu l’apogée de la civilisation sumérienne, berceau de l’écriture et des lois. Certains auteurs notent le curieux parallèle avec l’Anno Lucis, année de Vraie Lumière, dite aussi « année de création » pour les franc-maçons.

Nous l’avons dit, c’est au sein de l’empire romain que le culte de Mithra apparait en Europe occidentale. La première mention de ce culte est présente dans l’œuvre de Plutarque. Dans ses Vies parallèles, dans le chapitre consacré à Pompée (XXIV, 7), Plutarque explique que c’est au contact des pirates de Cilicie, lors de la guerre qu’a mené Pompée contre ces derniers en 66 av. JC, que les Romains découvrent Mithra et ses mystères.

Au sein de l’Empire, le culte se développe sans prosélytisme évident, par une approche discrète : c’est une pratique protégée par le secret et l’intégrité morale de ses membres. Le mithraïsme romain s’inscrit dans les courants philosophiques de l’époque, à savoir le néo-platonisme et le stoicisme, auxquels il faut ajouter l’empreinte des traditions orientales, notamment le zoroastrisme. Il est particulièrement populaire chez les militaires et les commerçants.

La fonction de Mithra comme dieu protecteur de la parole donnée, des contrats et de l’amitié perdura dans l’Empire et dans ce qui en restera, comme dans l’ensemble des territoires indoaryens. Et c’est précisément la valeur de la fraternité entre les hommes, indépendamment de leur origine, de leur condition ou de leur statut (parmi les initiés, il y avait aussi bien des empereurs que des esclaves) qui constitue le socle de ce rite, renforcé par des aspects symboliques qui nous parlent tout particulièrement à nous franc-maçons…

Culte de Mithra et franc-maçonnerie : points de similitude

Il y a tout d’abord le Mithraeum, temple où se réunissent les initiés, qui est la représentation terrestre du cosmos que les âmes traversent pendant leur processus de réincarnation ou d’évolution. Un espace présidé par le soleil et la lune avec en son centre de Mithra sacrifiant le Taureau Céleste, en tant qu’ordonnateur de l’univers matérialisé.

Le temple mithraïque est un lieu intemporel où l’on accomplit des mystères, où l’on initie les membres de la communauté, où l’on délibère sur des questions terrestres et où, finalement, la fraternité entre les frères se forge et se renforce au gré des travaux.

C’est un espace relativement petit car adapté à des communautés ne dépassant pas la trentaine voire la quarantaine de membres, soit l’équivalent d’une loge maçonnique actuelle. Cet espace est délimité par les quatre directions d’un plan rectangulaire. De part et d’autre d’un couloir central, au nord et au sud, les mithraïstes sont allongés, alignés face à face selon leurs degrés. A l’est est assis le Père, entouré de ses assistants.

Certaines recherches archéologiques ont indiqué que plusieurs Mithraeum contiennent une cavité dans le sol où est placé un sarcophage contenant le corps du frère symboliquement décédé. En effet, les initiations mithriaques, comme beaucoup d’autres par ailleurs, sont précédées de la mort symbolique du néophyte qui renaîtra en laissant derrière lui sa vie profane. Une approche que l’on retrouve bien sûr en franc-maçonnerie.

Mithra et franc-maçonnerie : le banquet rituel

Les adeptes du mithraïsme s’adonnaient à un banquet rituel, basé sur l’épisode mythique de la rencontre de Mithra et du Soleil en vue de partager les agapes, avant d’entamer le voyage de l’ascension.

Ce moment a été interprété comme une « Cène » par laquelle Mithra célèbre la fin de sa mission sur Terre, avant de monter dans son char et de s’en aller vers le Ciel.

Pour les participants aux mystères, ce banquet a une signification de sacrement en commémoration de l’épisode mythique, ainsi que pour son caractère intégrateur et porteur de cohésion fraternelle. La communauté se réunit expressément pour célébrer cela.

Au banquet, trois aliments jouent un rôle central dans le symbolisme de cette liturgie : le pain, le vin, ainsi que la viande. Ce sacrement est vu comme une répétition des pratiques avestiques iraniennes en relation avec le sacrifice du taureau et la consommation du haoma, « breuvage d’immortalité » qui correspond au soma hindou. On peut y voir une approche de l’espoir du salut et de l’idée de renaissance qu’il implique.

Lors du banquet, le rôle de Mithra et du Soleil est occupé par deux initiés éminents de la communauté, Pater et Heliodromus, accompagnés des autres initiés.

L’ouverture des travaux et l’initiation

Continuons le parallèle entre culte de Mithra et franc-maçonnerie.

Le caractère mystérieux de ce culte se concrétise non seulement dans le pacte de secret qui marque chacune des activités qui sont menées à l’intérieur du Mithraea, mais aussi dans l’initiation en tant que véhicule d’incorporation des aspirants.

L’initié rejoint la communauté après être passé par un processus inévitable par lequel les mystères lui sont révélés. Le nouveau membre accepte ainsi le jour de son initiation comme une nouvelle naissance, c’est-à-dire mystes es natus et renatus (« tu nais et tu renais en tant que mystique »).

Le candidat, nu, les yeux bandés, les mains attachées derrière le dos, est accompagné d’un mystagogue qui l’introduit dans la communauté.

L’incorporation du néophyte dans la communauté s’accompagne du processus initiatique à l’issue duquel il démontre son aptitude à rompre avec son existence antérieure pour commencer sa nouvelle vie identifiée à Mithra et à bénéficier du salut que ce dernier accorde à tous ceux qui ont été initiés à ses mystères.

Dans certaines fresques, on voit un néophyte (un myste) avec un personnage se tenant derrière-lui, alors qu’un autre se trouve face à lui. Cet officiant, probablement le Pater puisqu’il est coiffé du bonnet phrygien, dirige son épée vers le candidat, comme on le pratique en franc-maçonnerie.

L’incorporation et la participation aux mystères mithraïques s’effectuent selon une échelle de sept degrés à laquelle on accède progressivement. Chacun de ces degrés initiatiques est sous la protection ou le patronage d’une planète.

Enfin, les diplômes mithriaques sont regroupés autour de deux catégories : les trois premiers jouent le rôle de collaborateurs (υπηρετουτντεζ) dans les cérémonies, tandis que les quatre autres jouent un rôle participatif (μετεχονeζ).

Ces degrés étaient :

  • Corax (le corbeau),
  • Nymphus (la jeune fiancée),
  • Miles (le soldat),
  • Leo (le lion),
  • Persa (le Perse),
  • Heliodromus (le coursier du Soleil)
  • et Pater (le père de la communauté).

La chaîne d’union

Pour finir, la chaine d'union est l’autre élément qui permet de relier culte de Mithra et franc-maçonnerie.

L’épisode mythologique dans lequel Mithra et le Soleil formalisent l’accord par la formule de joindre leurs mains fait partie des principaux rituels des communautés mithriaques. Par cette union des mains, le Pater, qui agit en tant que représentant terrestre de Mithra, renforce le lien de fraternité entre les participants qui sont unis grâce à cette chaine qui est aussi appelée syndexioi, « ceux qui sont unis par la poignée de main ».

Ainsi, les franc-maçons sont en grande partie les héritiers du culte de Mithra, un culte qui accorde une place majeure à la fraternité et à l’initiation, à travers un rite particulièrement élaboré.

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Les Mystères de Mithra et la Franc-Maçonnerie

Publié le 13 Août 2026 par T.D

 

Par Jean-Louis de Biasi

17 novembre 2024

Mon souhait est ici de partager avec vous une tradition mystérieuse qui s’est répandue dans l’Empire romain entre le 1er et le 4e siècle de notre ère. Le mithraïsme, également connu sous le nom de Mystères mithraïques, fut une tradition que l’on peut aujourd’hui qualifier d’initiatique. Certains auteurs parlent d’une religion mithraïque, mais pour les francs-maçons, la nature de cette confrérie est sans aucun doute un groupe proche de ce qu’est la franc-maçonnerie aujourd’hui.

Comme vous le verrez, Il existe un grand nombre de points communs avec cette dernière. Toutefois je voudrais débuter cette présentation par vous inviter à visiter un Mithraeum, le lieu sacré où se réunissaient les initiés. La meilleure façon de le faire est de mentalement vous représenter ce lieu à travers la description que je vais en faire. Peut-être que plus tard, vous aurez l’occasion de visiter un tel endroit au cours d’un spectacle immersif ou même d’entrer dans un vrai Mithraeum. Pour l’instant, détendez-vous en vous concentrant quelques secondes sur votre respiration, puis poursuivez votre lecture.

Un Mithraeum est un bâtiment à moitié ou complètement enterré. Il existe également des cas dans lesquels le Mithraeum fut installé dans une grotte. Imaginez que vous ouvriez une porte discrète pour rejoindre ce lieu de réunion. Vous auriez à descendre plusieurs marches dans un étroit couloir. Assez sombre, celui-ci vous conduirait auprès d’un puit souterrain ou d’une réserve d’eau vous permettant de procéder aux purifications nécessaires. Les sources naturelles étaient donc très importantes pour les mithraïstes. Sans nul doute, cette descente renforce le symbolisme rituel du passage du banal au sacré. Les plafonds bas et la faible lumière des torches contribuaient à un sentiment de confinement et de révérence. Puis vous poursuivriez votre chemin dans le tunnel pour accéder à un petit vestibule. Ici, les participants pouvaient revêtir leurs tenues rituelles ou les masques et insignes spécifiques à leur grade. Nous avons les exemples des masques de corbeau ou de lion. Diverses séquences d’initiation furent représentées sur les murs.

C’est alors que vous pourriez entrer dans la salle principale portant le nom de speleum ou antrum, la grotte ou crypte. Elle mesure généralement entre 20 et 30 mètres de long et 4 à 6 mètres de large. Cet espace allongé et rectangulaire ressemble à une grotte naturelle, le lieu de naissance mythique de Mithra, représentant son association avec la terre. Un ciel étoilé est parfois représenté sur la voûte, associé aux signes du zodiaque et aux symboles planétaires, transformant le sanctuaire en une représentation du cosmos. À Santa Prisca, la décoration du plafond comprend des images astrologiques, soulignant le voyage à travers les royaumes planétaires à mesure que les initiés progressent dans les grades. À d’autres endroits, la voûte du Mithraeum fut bâtie en stuc et décorée d’étoiles peintes à l’intérieur d’un cercle. Chacune comporte huit rayons, alternant entre le rouge et le bleu sur un fond jaune foncé. Le centre des étoiles était décoré de petits morceaux circulaires de verre brillant.

La salle principale comporte deux bancs en pierre surélevés flanquant l’allée centrale, suffisamment larges pour permettre aux membres de s’allonger pendant les rituels, les repas ou les cérémonies. Parfois, ces bancs sont décorés de mosaïques complexes symbolisant les signes astrologiques ou des scènes de la mythologie mithraïque. Les symboles des sept grades (Corax, Nymphus, Miles, Leo, Perses, Heliodromus et Pater) sont représentés par des insignes et couleurs, soit sous la forme de mosaïques ou de peintures le long des bancs.

À l’est, se trouve une stèle ou une peinture directement sur le mur. Cette icône centrale porte le nom de Tauroctonie (Scène de la mise à mort du taureau). Cette dernière, représentant Mithra tuant le taureau, est toujours le point central, placée au bout de la nef. Dans cette image emblématique, Mithra s’agenouille sur le taureau, poignard à la main, tandis que des animaux – généralement un chien, un serpent et un scorpion, l’entourent. Chaque créature représente une force cosmologique ou élémentaire. Au-dessus de Mithra, Sol (le Soleil) et Luna (la Lune) supervisent la scène, soulignant le rôle cosmique de Mithra. Le soleil est toujours situé à droite de Mithra et la lune à sa gauche. Aux côtés de la tauroctonie, des panneaux représentent souvent d’autres scènes mythiques, telles que Mithra sortant du rocher (petra genetrix), sa rencontre avec Sol (le Dieu du Soleil) ou le banquet rituel avec ce dernier. Ces scènes sont fréquemment peintes ou sculptées. Souvent, les douze signes du zodiaque sont visibles autour de la stèle. Lorsque l’icône centrale est une sculpture en pierre, elle peut être inversée pour la deuxième partie de la cérémonie. De l’autre côté, on trouve une scène représentant Mithra et Sol partageant un banquet sacré. Mithra et Sol sont généralement assis l’un en face de l’autre. Mithra porte son bonnet phrygien et sa tenue orientale, tandis que Sol est souvent représenté avec une couronne rayonnante, symbolisant sa nature solaire. Les deux personnages sont dans une posture détendue mais noble, indiquant la paix et l’amitié divine. Une coupe ou une assiette de pain et de fruits, se trouve à côté d’eux, symbole de subsistance et de communion divine. Mithra et Sol lèvent leurs coupes dans un geste d’engagement commun.

Devant cette représentation principale des mystères de Mithra se trouve un autel. Il est gravé de dédicaces à Mithra, mais il peut également présenter les symboles des degrés de l’initiation et des divinités planétaires. Ces inscriptions incluent souvent des références à des dédicaces personnelles faites par des initiés. Sous cet autel, des dépôts de fondation tels que des os, du charbon de bois et des restes d’offrandes sont courants.

Les sols de certains Mithraeum comportent des mosaïques du zodiaque, faisant écho au voyage cosmique central de la croyance mithraïque. Ces mosaïques représentent des alignements planétaires et des symboles du zodiaque, guidant symboliquement les initiés tout au long du voyage cosmique de Mithra. Notons que ces mosaïques sont fréquemment de deux couleurs : noir et blanc.

Des statues sont également présentes dans le Mithraeum. On y trouve deux porteurs de flambeaux, Cautes et Cautopates. Ces statues des assistants de Mithra, Cautes (torche levée) et Cautopates (torche abaissée), incarnent le jour et la nuit, la vie et la mort. Elles sont placées près de l’entrée ou de chaque côté de la stèle principale.

Une autre représentation importante est celle du Léontocéphale. Cette figure mystérieuse représentant le temps éternel (Aiôn), avec une tête de lion et un serpent enroulé autour de son corps, est souvent placée à l’intérieur de niches, servant de protecteur du sanctuaire.

Il est fascinant de comparer cette description avec ce que sont devenus la plupart des temples maçonniques contemporains. Outre les deux colonnes, presque tous les éléments architecturaux et l’agencement d’un Mithraeum ont été progressivement intégrés dans les temples maçonniques. Ce lieu sacré constituant le temple de la loge, quel que soit son style – qu’il soit égyptien, grec, etc. – a intégré ces éléments pour créer une représentation symbolique du cosmos, du macrocosme. Nous sommes dans un lieu obscur, en quête de lumière.

L’hermétisme de la Renaissance a également eu une influence précoce et très importante sur la franc-maçonnerie. Retenons par exemple que les deux concepts de la caverne et du banquet étaient au cœur des préoccupations des adeptes de la Renaissance italienne, héritiers des traditions méditerranéennes préchrétiennes.

Qu’en est-il des initiations ?

Il faut garder à l’esprit que ces groupes étaient secrets. Si les rituels ont été conservés quelque part, nous n’avons trouvé que très peu d’indices. Ces derniers constituent cependant une source précieuse d’informations. Des peintures, des artefacts, des fragments de papyrus ont été découverts. Quelques mentions des rites par des chrétiens nous donnent également quelques indications. Toutefois, nous devons être très prudents avec ces sources venant d’adversaires du mithraïsme.

En premier lieu, l’initié doit être dûment préparé et subir une forme de purification. Il faut garder à l’esprit que le chemin initiatique mithraïque comporte parfois trois degrés, mais le plus souvent sept étapes ou initiations. Les fresques peuvent identifier clairement le degré, mais dans d’autres cas, on observe une scène sans savoir de quel degré il s’agit.

Parmi les objets découverts figurent des couteaux cérémoniels, des masques, des bassins à eau et des lampes. Le poignard ou l’épée rituels, souvent représentés dans les représentations de tauroctonie, pourraient également avoir été utilisés dans des rituels symbolisant le sacrifice ou la consécration à Mithra. Des épées théâtrales ont été trouvées, certainement pour imiter une mort ou une peine rituelle.

Des lampes placées derrière des statues ou des fresques créaient des ombres mouvantes, mettant l’accent sur les symboles cosmiques, aidant les participants à se concentrer sur les mystères.

Au moment de débuter le rituel d’initiation, le candidat était introduit dans l’espace sacré du Mithraeum, à moitié vêtu ou complètement nu. Il avait les yeux bandés et les mains liées dans le dos. Le mystagogus, vêtu d’une robe blanche, escortait le candidat. Une fois à l’intérieur du Mithraeum, on lui demandait de s’agenouiller et de garder la jambe gauche pliée en équerre. Devant lui, un autre officier portant un bonnet phrygien et armé d’une épée l’arrêtait. Une séquence rituelle de questions et réponses débutait alors.

Au cours d’une autre séquence du rituel, le candidat était à genoux, les bras croisés sur la poitrine. Le bandeau lui avait été retiré et l’officier se tenait derrière lui, tandis qu’un autre lui faisait face.

Nous savons qu’à un moment du rituel, le candidat devait prêter un serment de secret. Nous avons retrouvé quelques fragments, et voici une version reconstituée de ce serment :

Le serment mithraïque de séparation

Initié :
(D’un ton calme et respectueux, levant les mains en signe de solennité)

Je jure par la Grande Voix et par Celui qui sépare la terre du ciel, les ténèbres de la lumière, le jour de la nuit.
Je jure par Celui qui sépare le lever du coucher, la vie de la mort, la génération de la corruption, la sécheresse de l’humidité, l’amertume de la douceur, la chair de l’âme.

Je jure par les dieux que je prie de garder ces mystères qui m’ont été confiés, de les garder fidèlement et d’honorer le divin Père Sarapis, protecteur de tous les secrets. Je jure par le héraut du sacrifice, Ka et par toute la confrérie qui témoigne de ce vœu.

Que Cautopates, le gardien au sceau tranchant et incassable, garde mes paroles en mémoire.
Si jamais je devais trahir ces mystères ou révéler ce qui a été caché, puissè-je accepter le sort que les étoiles m’ont réservé.

En présence des dieux et de mes frères, je jure ce serment. Que ma parole soit tenue et que le chemin soit bon pour moi, fidèle jusqu’au bout.

Le rituel se poursuit avec le nouveau candidat, les initiés et les officiers accomplissant des circumambulations autour du Mithraeum et s’arrêtant face aux autels dans chaque direction. Les initiés portent les symboles de leur degré et, dans certains cas, des masques d’animaux. Des torches, des parfums et des sons sont utilisés pour créer un état de conscience spécifique. L’objectif principal est d’amener progressivement le candidat de l’obscurité de la grotte, symbolisant sa condition humaine, à la lumière spirituelle représentée par Hélios, le Dieu du Soleil.

Des paroles sacrées sont transmises au nouvel initié. Des poignées de main et des mots secrets, différents pour chaque degré, sont communiqués.

Il semble qu’enfin, le nouvel initié soit escorté vers l’est, devant la représentation de Mithra, du Soleil et de la Lune. De chaque côté se trouvent les deux statues des porteurs de flambeaux, Cautes et Cautopates, l’une baissée, l’autre levée. Les lumières font apparaître la représentation de Mithra en mouvement. Sur l’autel devant le relief de tauroctonie ou la statue d’Aion mithraïque, le dieu à tête de lion associé aux deux serpents, des offrandes ont été préparées, généralement du pain et du vin.

On demande à l’initié de s’agenouiller et on lui lit l’enseignement principal sur Mithra résumé ici :

Du silence précédant la création, Mithra émergea d’un rocher brut, comme un être entièrement formé, dieu de force et de mystère, tenant un poignard dans une main et une torche ardente dans l’autre. Sa naissance n’était pas celle d’un enfant mais celle d’un être adulte. Alors qu’il se tenait sur la terre, une lumière l’enveloppa, illuminant le vide sombre et inconnu qui l’entourait. Son but était clair : apporter l’ordre, organiser le chaos et guider le monde au cours de sa création.

Armé de sa force et sa détermination divines, Mithra traqua un taureau puissant, une créature d’une vitalité sans limite, dont l’essence contenait les germes de la vie. Après une lutte acharnée, il vainquit le taureau, sachant que son sacrifice ferait naître la vie elle-même. Dans un acte solennel, Mithra enfonça son poignard dans le taureau, libérant son sang, qui s’infiltra dans la terre et donna naissance aux plantes, aux rivières et à tous les êtres vivants. Du sang et du sacrifice, une nouvelle création fleurit et le monde lui-même naquit de nouveau.

Ce double rôle, celui de porteur de lumière et celui de héros sacrificiel, a fait de Mithra un médiateur de la vie et de la mort, de la nuit et du jour, de la terre et des cieux. Ses disciples honoraient ces actes comme fondamentaux, car par sa naissance et son triomphe, Mithra était le créateur de l’équilibre, assurant que la vie émergerait des ténèbres, soutenue par son sacrifice éternel.

Le candidat est ensuite élevé tandis que les autres initiés se rassemblent autour de lui.
La représentation de la tauroctonie est inversée, révélant la représentation de Mithra et Sol participant ensemble à un banquet.

Hiérophante :
(Levant la main en signe de solennité)
Bienvenue, au banquet de nos mystères, où l’histoire de la victoire de Mithra sur le taureau devient un symbole vivant. Tout comme Mithra a fait naître la vie par le sacrifice, ce soir la connaissance et l’unité renaissent par le pouvoir de ce rituel. Es-tu prêt à participer aux mystères les plus profonds ?

A la fin de ces échanges, la cérémonie se poursuit, le hiérophante offrant le pain et le vin au nouvel initié.
Chaque grade est associé à la communication d’instructions composées de questions et de réponses. Nous avons retrouvé des fragments de cet échange au degré de Lion. Je n’en partagerai que quelques exemples reconstitués, et je suis certain que la relation avec la franc-maçonnerie vous sera évidente.

Maître :
(Parlant solennellement)
Où commence le voyage de la nuit ?

Initié :
La nuit commence là où toutes choses sont cachées, et la lumière n’a pas encore révélé son chemin.

Maître :
Qu’y a-t-il donc dans la nuit ?

Initié :
Toutes choses se trouvent dans la nuit, attendant d’émerger.

Maître :
(Il fait une pause, observant attentivement l’initié)
Pourquoi portez-vous ce nom ? Quelle force vous appelle ?

Initié :
Je suis appelé par le feu de la chaleur de l’été, car à travers ses épreuves je suis forgé et révélé.

[…]

Maître :
Dis-moi donc, quel tissu te couvre ? Quel manteau portes-tu ?

Initié :
C’est le lin blanc, tissé avec force, bordé par la couleur du sang et du feu.

Maître :
Pourquoi la bordure est-elle rouge, alors que le lin lui-même reste humble ?

Initié :
La bordure rouge marque les épreuves de l’âme ; le lin lui-même symbolise l’humilité, pure mais cachée dans la force.

Maître :
(S’inclinant, plus doucement)

As-tu enveloppé ce tissu qui t’appartient ?

Initié :

Oui, enveloppé comme le manteau du sauveur, car grâce à lui, je trouve le chemin de la renaissance.

Maître :
Qui est donc ton père ?

Initié :
Celui qui engendre toutes choses, le père de la lumière et de la création. L’initiation semble s’achever par le banquet rituel, à la fin duquel tous les frères se tiennent la main créant une chaîne fraternelle.

Conclusion

Les parallèles avec la franc-maçonnerie moderne sont fascinants. Évidemment, tous les rituels ne sont pas les mêmes et certains éléments que j’ai mentionnés ne se retrouvent pas systématiquement. Cependant, la plupart sont communs à divers rituels maçonniques et peuvent être observées dans la tradition mithraïque.

Franz Cumont a eu un impact significatif sur la perception du mithraïsme et, par conséquent, sur la manière dont son imagerie et son symbolisme ont été intégrés aux traditions ésotériques occidentales, y compris la franc-maçonnerie. Ses recherches sur le mithraïsme à la fin du 19e et au début du 20e siècle ont permis d’introduire les mystères mithraïques dans le discours public et universitaire plus large, même si des recherches ultérieures ont révisé nombre de ses théories.

Au cours de la même période, les francs-maçons et plusieurs auteurs ésotériques se sont intéressés aux travaux de Cumont sur le mithraïsme et ont parfois réinterprété les symboles maçonniques selon le symbolisme mithraïque. Les auteurs maçonniques du début du 20e siècle ont continuer à inclure les concepts mithraïques dans leurs rituels, affirmant souvent que les rites maçonniques étaient les héritiers des anciennes religions à mystères. Cela est particulièrement clair dans certaines versions du rituel du Chevalier du Soleil, 28e degré du Rite Écossais.

Ces adaptations démontrent l’influence de Cumont dans l’association des idées mithraïques à l’univers maçonnique. Il est cependant évident que la tradition maçonnique utilisait déjà plusieurs éléments qui ne furent découverts que plus tard. Les instructions, le bandeau, les poignées de main, les serments, les signes, etc., faisaient partie de la franc-maçonnerie avant que les découvertes archéologiques ne démontrent leur existence dans le mithraïsme. Il serait trop long d’expliquer et de démontrer les lignées historiques entre la franc-maçonnerie, les mystères initiatiques préchrétiens et l’Égypte antique. Cependant, beaucoup de choses se sont produites pendant la Renaissance en Italie avec la réactivation de l’hermétisme.

Sans aucun doute, la Franc-maçonnerie est l’héritière de plusieurs traditions anciennes et une identification claire des sources, des objectifs et du processus initiatique à l’œuvre pourrait contribuer à rendre les rituels modernes plus efficaces.

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Les mystères de Mithra

Publié le 13 Août 2026 par T.D

Nous avons étudié les nombreuses analogies que présentent les mystères d’Éleusis avec les rites et les croyances de l’Égypte pharaonique, notamment en ce qui concerne l’initiation hiérophantique ou royale. Nous examinerons maintenant un autre exemple de l’influence des civilisations orientales sur l’antiquité gréco-romaine, celui des mystères de Mithra.

Le mithraïsme, qui pénétra dans Rome vers le milieu du Ier siècle avant J.-C., a été le principal adversaire du christianisme jusque vers le milieu du IIIe siècle, époque de l’apogée du culte du taureau sacré. Il était alors répandu dans tous les pays de l’empire romain. De l’Espagne à l’Angleterre, du Rhin au Danube, les fouilles ont montré que cette religion mystique et sensuelle avait fait de nombreux adeptes chez les esclaves déportés dans les possessions romaines et qui, au service de riches patriciens, ou, parfois, occupant des postes administratifs importants, entretenaient la popularité du mithraïsme. Vers la fin du IIe siècle, ce culte fut reconnu légalement comme religion officielle. En 307 après J.-C., Dioclétien, Galerius et Licinus consacrèrent conjointement un temple à Mithra, sur le Danube, en le déclarant « protecteur de l’empire ».

Si l’on considère, à la lumière des rites et des symboles initiatiques, les origines des mystères et des sociétés secrètes antiques, on constate que la Grèce fut l’héritière de l’Égypte et Rome, celle de la Mésopotamie. Certes, des influences archaïques locales existaient dans l’Hellade comme en Italie, et l’histoire des religions représente un ensemble d’éléments trop complexes pour que l’on se méfie, à bon droit, des idées générales en ce domaine. Pourtant, ce simple schéma présente l’avantage de toutes les hypothèses de travail. Il permet au moins de distinguer les deux principaux courants de croyances et de traditions qui, entre le deuxième millénaire avant J.-C. et les premiers siècles de l’ère chrétienne, apportèrent aux civilisations grecque et romaine des cosmogonies déjà élaborées et des enseignements ésotériques éprouvés par de longs siècles d’expériences antérieures. En Italie, le mythe mithraïque correspondait fort bien aux besoins profonds d’un peuple de pionniers et de guerriers, car il les purifiait par la notion d’une libération des puissances de la vie grâce à la mort, de même qu’il exaltait en eux le thème de la virilité rendue féconde par le sacrifice sanglant.

L’île de Crète : colonie sumérienne ?

Ce mélange de concepts théologiques iraniens et sémitiques qu’était le mithraïsme provenait des antiques civilisations mésopotamiennes. Par l’intermédiaire de l’Anatolie, le culte du taureau fut introduit en Crète vers le deuxième millénaire. Un rituel archaïque comportait l’usage des « kernoi », ou cornes sacrées, dont on a trouvé un grand modèle fixé au sol du palais de Malia. Ces représentations figurent à la fois sur le disque de Phaestos et parmi les hiéroglyphes hittites. On constate également l’origine anatolienne du symbole de la « double hache » et le rôle important que jouèrent dans ces mystères les Dactyles crétois, les Courètes dont nous avons signalé, dans les chapitres précédents, la fonction initiatique fondamentale.

Les routes du commerce terrestre et maritime faisaient de la grande île crétoise un lieu privilégié de relais, de contacts et de rassemblement entre les peuples orientaux et occidentaux. De nombreux échanges eurent lieu dès le deuxième millénaire entre l’Égéide, la Phénicie, la Syrie et la Mésopotamie. Ougarit, sur la côte syro-phénicienne, a été le principal centre des rapports économiques de la civilisation égéenne avec l’Orient. Les fouilles des nécropoles ont prouvé l’origine anatolienne de certains types de la céramique crétoise, notamment de vases à forme humaine, du type de Mochlos, par exemple. Vers 1600 avant J.-C., cette civilisation avait atteint son apogée ; une écriture linéaire commençait à être utilisée ; elle est restée, jusqu’à présent, indéchiffrable. Le palais royal de Cnossos a révélé pourtant l’admirable architecture archaïque de la Crète ; il a montré aux archéologues des mosaïques, des fresques, des vases et des coupes qui comptent au nombre des chefs-d’œuvre de l’art antique. On a retrouvé même des serrures métalliques avec leurs clefs et des installations sanitaires avec l’eau courante, chaude ou froide, dans les demeures des riches citoyens de l’île. Les jattes peintes crétoises, les « pithoi », atteignent parfois la taille d’un homme. Elles servaient à la conservation et au transport de l’huile.

La perfection de l’art crétois, attestée par les coupes d’or de Vaphio, par exemple, évoque singulièrement celle de l’art sumérien et à un point tel que l’on peut se demander si cette grande île n’a pas été d’abord une « colonie » sumérienne. Le somptueux palais de Cnossos constituait un ensemble d’une extraordinaire complexité, qui avait été conçu de manière à figurer les mouvements diurnes et saisonniers du soleil. Il semble que cette disposition énigmatique avait pour but de servir de cadre à des rites chorégraphiques qui se terminaient par un coït sacré destiné à vivifier la terre et pratiqué entre le roi, habillé en taureau, et la reine, déguisée en vache, Minos devenant le « taureau ardent » et sa femme, la « Vache fertile »

Chaque printemps, Minos, suivi de son peuple, organisait une course de taureaux dont toutes les phases, depuis la chasse et la capture des animaux sauvages jusqu’à leur sacrifice final dans l’arène, sont reproduites sur les deux coupes d’or découvertes dans une tombe, près de Sparte, à Vaphio. Les rites de l’arène se composaient de deux parties, l’étreinte des cornes et la mise à mort. On remarquera que les Crétois, comme les Sumériens, croyaient que la vigueur et la fécondité du taureau étaient concentrées dans ses cornes. Les représentations les plus anciennes d’Europe, mère de Minos, la montrent assise sur le dos de l’animal et empoignant l’une de ses cornes 

Le taureau était sacrifié solennellement soit en lui tordant le cou, soit par saignée lente, soit d’un coup de poignard. Enfin, sa chair crue était partagée entre les assistants, comme l’atteste un fragment d’Euripide : « Leur participation aux festins de chair crue les fit accéder à la terre sacrée. »

On retrouve, dans le mithraïsme, l’essentiel des croyances et des rites des mystères crétois. Les Étrusques se livraient, d’ailleurs, à des sacrifices taurins précédés d’une chasse rituelle, comme l’atteste une cruche trouvée à Chiusi et datant du VIe siècle. D’autre part, on sait que le nom même de l’Italie provient d’un autre peuple qui se désignait lui-même par le nom de « bétail » et qui nommait son pays « Italia », c’est-à-dire « le pays du bétail ». « Italia ! » était le cri de guerre de ces guerriers, coiffés d’un casque cornu, adorateurs du dieu-taureau Mars, seigneur des batailles.

Mithra, dieu aryen de la lumière, « Seigneur des vastes pâturages », fusionna précocement avec le culte taurin. On lui attribuait la dispensation des biens, de la santé, de la paix. Il était engagé dans un perpétuel combat contre les forces du mal et des ténèbres.

Après une poursuite acharnée, ce sacrificateur divin, ayant saisi le taureau, le transperça de son épée. Alors, du corps de la bête, jaillirent les plantes et les herbes utiles à l’homme ; de sa colonne vertébrale, le froment ; de son sang, le pampre et le vin.

Afin de commémorer cet exploit mythique, le sacrifice solennel du taureau, le « taurobole », avait lieu à Rome, à proximité immédiate du lieu où s’élève actuellement la cathédrale Saint-Pierre.

En cet espace sacré avait été creusé un fossé entièrement recouvert par une claie sous laquelle descendaient, le jour du baptême mithriaque, les « catéchumènes », le front ceint d’une couronne d’or, le corps orné de bandelettes du même métal  Les nouveaux baptisés étaient désormais des élus auxquels le sacrement avait conféré la puissance, la bonté, l’immortalité. Le jour du jugement dernier, le taureau sacré devait revenir sur la terre, et Mithra ressusciterait tous les hommes. Ces faits suffisent à montrer les nombreux points de ressemblance que présentent entre eux le mithraïsme et le christianisme. Les cultes taurins subsistèrent pendant longtemps. Au VIIe siècle, en Angleterre, l’archevêque de Canterbury décréta solennellement que : « Quiconque se déguisait en cerf ou en taureau aux calendes de janvier, c’est-à-dire se travestissait en animal sauvage et se coiffait de la tête d’animaux, quiconque, donc, prenait de cette façon l’apparence d’un animal sauvage subirait une pénitence de trois ans, car cette pratique était démoniaque. » On a soutenu que les sorcières et les sorciers, adorateurs du « dieu cornu » du Sabbat, auraient été des sectaires du dieu Mithra. Certes, en Écosse et en France, de nombreuses femmes, jugées pour sorcellerie, confessèrent avoir eu des rapports avec le démon, qui leur apparaissait sous la forme d’un taureau. On peut se demander toutefois s’il s’agissait vraiment d’un culte taurin véritable à une époque aussi tardive. Nous croyons plutôt qu’il faut voir dans ces faits complexes des traces de survivances de pratiques païennes qui ne se rattachaient pas nécessairement au mithraïsme plutôt qu’à d’autres religions non chrétiennes. Dans un ouvrage du XVIIe siècle, « La Vie de Michel Nobletz », l’auteur signale avoir rencontré dans l’île de Sein trois druidesses ; il réussit à les convertir à la foi chrétienne ; elles finirent leurs jours dans un couvent.

Les rites secrets et hiérarchisés du culte antique de Mithra

Le mithraïsme n’était pas seulement une religion publique dont nous venons d’étudier l’origine, les cultes et les principaux thèmes mythiques. Il était aussi une société secrète initiatique dont l’enseignement ésotérique était dispensé selon divers degrés qui correspondaient à une hiérarchie occulte . Les sectateurs de Mithra se réunissaient dans des souterrains. Parfois, leur sanctuaire était une grotte naturelle ou artificielle ; plus souvent, dans les villes, c’était une cave précédée d’un parvis ou « pronaos », qui s’ouvrait directement sur la voie publique. Le sanctuaire proprement dit était une salle rectangulaire qui, au témoignage de Porphyre, symbolisait l’univers. Elle était divisée en trois parties dans le sens de la longueur.

À droite et à gauche, le long du mur, s’étendaient les podia, banquettes exhaussées sur lesquelles s’agenouillaient les fidèles. La partie centrale était réservée aux cérémonies. Dans le fond, qui se terminait en abside, on plaçait invariablement l’image, parfois voilée, de Mithra, entre la représentation du Soleil et de la Lune. Les images des deux dadophores portant, l’un une torche élevée, l’autre une torche abaissée ; une fontaine ou une vasque d’eau lustrale, disposée près de l’entrée ; des symboles astronomiques (signes du zodiaque, autels dédiés aux planètes) ; un pyrée où brûlait un feu perpétuel ; les statues du dieu Léontocéphale et de Mithra sortant du rocher, tel était l’ameublement ordinaire de ces cavernes (spelaea).

Les initiations comportaient sept degrés  donnant accès à autant de grades, où les mystes prenaient successivement le titre de « Corbeaux », « Occultes », « Soldats », « Lions », « Perses », « Héliodromes » et « Pères ». Le tableau sacré était souvent entouré de bas-reliefs représentant des scènes plus ou moins dramatiques, dont le sens nous échappe. Les uns y ont vu des rites d’initiation ; d’autres, une reproduction de détails empruntés à la légende de Mithra. Ainsi, un panneau assez fréquent figure un personnage qui, vêtu comme Mithra, est accueilli par Hélios sur le char solaire. Est-ce Mithra lui-même ou un initié dont on représente l’ascension ? Peut-être y a-t-il moyen de concilier les deux opinions, en supposant que certaines de ces scènes figurent des initiations où, comme c’était souvent le cas dans les mystères antiques, l’on faisait jouer au néophyte le rôle légendaire du dieu.

Tout ce qu’on a cru pouvoir établir avec quelque certitude en se servant des textes autant que des monuments, c’est que le candidat devait s’engager par serment à ne pas divulguer les secrets du grade qui allait lui être conféré ; en outre il formait d’autres vœux plus spéciaux ; puis on l’introduisait, les yeux couverts d’un bandeau, les mains attachées avec des cordes en boyau qu’un officiant coupait au cours de la cérémonie. On le soumettait à diverses épreuves, comme de le faire sauter au-dessus d’une fosse pleine d’eau, ou de le faire passer à travers une flamme ; ensuite, on procédait à des ablutions qui avaient un caractère symbolique enfin, un voile se levait dans le fond du sanctuaire, et le néophyte était admis à contempler la représentation sacrée du dieu. Des jeux de lumière, inattendus, habilement ménagés, ajoutaient à la mise en scène.

Les textes ne nous renseignent guère sur les détails des initiations aux grades respectifs. Nous savons seulement, d’après Tertullien, qu’à la réception du « miles », on lui offrait une couronne sur une épée ; il prenait l’épée, mais repoussait la couronne en disant : « Mithra est ma couronne. » Il y avait aussi un banquet, sorte de communion à laquelle ne participaient peut-être que les initiés ayant reçu les « léontiques ». Le célébrant y consacrait des pains mélangés de vin. Un bas-relief de Sarrebourg montre deux personnages couchés sur des coussins devant un trépied qui porte de petits pains ronds, marqués chacun d’une croix ; tout autour, des initiés de différents grades sont munis de cornes à boire.

Il y avait aussi, comme nous venons de le voir, des épreuves physiques assez sérieuses où le néophyte jouait le rôle de patient Peut-être feignait-on de le mettre à mort par un glaive qu’on levait sur sa tête. Dans d’autres circonstances, il devait prendre part à un meurtre simulé ; d’après un auteur syriaque, Zacharie le Scolastique, le prêtre se bornait à produire « une épée teinte du sang d’un homme qui était censé avoir péri de mort violente ».

Un initié trop zélé

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions les chrétiens aient accusé les sectateurs de Mithra de pratiquer des sacrifices humains. Rien n’implique des attentats à la vie humaine, du moins pour l’époque dont nous nous occupons. L’empereur Commode, qui avait voulu se faire initier, causa un scandale pour avoir, paraît-il, pris au sérieux le meurtre simulé et causé ainsi la mort de la victime. Un autre argument, c’est que, là où les bas-reliefs exhibent un sacrifice de taureau ou de bélier, le glaive disparaît dans le corps de l’animal ; là, au contraire, où il s’agit d’un homme, l’arme est simplement brandie, et rien n’indique qu’elle dût s’abaisser. À chaque degré on expliquait sans doute au néophyte le sens des symboles qui l’entouraient ; peut-être cette interprétation allait-elle en s’approfondissant et, pour mieux dire, se spiritualisant à chaque initiation nouvelle 

Dans chaque communauté, on trouvait un ou plusieurs desservants (« sacerdos », « antistes »), généralement, mais pas toujours recrutés parmi les « pères ». Ceux-ci se divisaient eux-mêmes en « pères du culte » (« Patres sacro-rum ») et « pères des pères » (« Patres patrum »). Le rôle du clergé était plus considérable que dans les anciens cultes grecs et romains. Intermédiaire obligé entre le fidèle et la divinité, il dirigeait la célébration des offices et l’administration des sacrements, présidait aux dédicaces solennelles, veillait à l’entretien du feu perpétuel, formulait des prières, le matin, à midi et le soir, en se tournant respectivement vers l’Orient, le Midi et le Couchant. La liturgie quotidienne, comprenant de longues psalmodies et des chants accompagnés de musique, se compliquait fréquemment de sacrifices spéciaux. À un moment donné, marqué par la sonnerie de clochettes, on dévoilait l’image du Tauroctone. Chaque jour de la semaine était consacré à l’une des planètes ; on célébrait un office devant son image dans un endroit déterminé de la crypte. Il y avait aussi des fêtes solennelles à certains jours de l’année. Une des plus importantes était fixée au 25 décembre, où l’on célébrait la renaissance du Soleil (Die natalis Solis invicti). Les équinoxes étaient des jours fériés ; les initiations s’opéraient de préférence au printemps, vers l’époque pascale, où les chrétiens admettaient également les catéchumènes au baptême. Les communautés mithriaques ne furent jamais au service de l’État : leur représentation juridique était cependant assurée par le collège de décurions qu’elles élisaient chaque année ; elles avaient leurs présidents ou « magistri », leurs défenseurs, leurs patrons, qui veillaient à leurs intérêts civils. Les sanctuaires du mithraïsme ne furent, d’ailleurs, jamais très spacieux ; ils ne pouvaient guère contenir qu’une centaine de fidèles. Quand la communauté devenait trop nombreuse, elle se dédoublait et envoyait une colonie fonder un autre « mithreum ».

La lente séparation de la religion et de l’initiation

On peut se demander si ce principe de dédoublement du « mithreum » et ces missions ne correspondent pas à des coutumes très anciennes qui expliqueraient peut-être, en dehors du cas particulier du mithraïsme, à la fois la grande ressemblance que présentent entre eux la plupart des mystères du monde antique et l’analogie évidente de l’organisation et des rites des sociétés secrètes traditionnelles dans les pays les plus divers.

Avec la naissance et les progrès du christianisme, nous allons constater que la distinction entre l’enseignement exotérique et l’ésotérisme, entre la religion et l’initiation, va devenir de plus en plus nette, jusqu’à se transformer en une division totale, dans les temps modernes. Parallèlement, des conflits philosophiques et sociaux se sont aggravés de siècle en siècle, dans la mesure où la civilisation contemporaine, éloignée de la foi ancestrale, n’en a pas été rapprochée pour autant du savoir initiatique, à l’exception d’une élite trop peu nombreuse et disposant de moyens d’action insuffisants par rapport à l’ampleur toujours croissante des tâches à accomplir et des problèmes à résoudre. La lente dégradation de l’unité spirituelle de la civilisation occidentale demeure l’un des faits fondamentaux de l’histoire universelle. Nous allons tenter maintenant d’en rappeler les phases principales et d’en rechercher les causes.


 Pindare, Sophocle, Proclus, Platon, Cicéron, Pline et bien d’autres auteurs grecs et romains illustres ont exprimé dans leurs œuvres l’admiration et le respect qu’ils éprouvaient pour les mystères d’Éleusis. Aristide le Rhéteur écrit : « Éleusis est le sanctuaire commun à toute la terre ; parmi les choses divines accordées aux hommes, il n’en est point de plus terrible ni de plus brillante. En quel lieu des mythes plus admirables ont-ils été chantés ? des drames plus importants ont-ils saisi l’esprit ? Où a-t-on vu les spectacles rivaliser plus heureusement avec les paroles entendues, scènes admirables contemplées au milieu d’apparitions indicibles par des générations innombrables d’hommes bienheureux… » (Éleusinos, Tome I, page 256, éd. Dindorf). Cicéron loue les « mystères augustes » d’Éleusis, « la sainte où viennent s’initier les nations des rivages les plus éloignés » et les Athéniens « de chez lesquels, suivant l’opinion commune, sont sortis, pour être distribués sur toute la terre, la civilisation, la science, la religion, la culture, le droit, la législation ». (De Legibus, II, 14. De natura deorum, I, 119).
 Platon rappelle dans « La Politique » que le roi, à Athènes, a le privilège des choses sacrées les plus vénérables et les mieux aimées des ancêtres. Aristote ajoute : « Le roi s’occupe d’abord des mystères ? avec les épimélètes que le peuple élit au nombre de deux pour l’ensemble des Athéniens… » (Politeia des Athéniens). Démosthène, en l’adressant aux citoyens de la cité, leur rappelle que « le roi faisait tous les sacrifices, et son épouse, comme reine, accomplissait naturellement les cérémonies les plus vénérables et les plus mystérieuses » (Contre Néère).
. Cette idée semble universelle si l’on en juge par les faits cités par Frazer, qui énumère les peuples ayant eu la même croyance et où l’on trouve aussi bien les Polynésiens que les Siamois et les Indiens. Plotin explique ainsi le mythe de Cronos, fondateur de la monarchie divine : « L’intellect (le « Nous »), dit-il, est plein des choses qu’il a engendrées ; il les dévore, en ce sens qu’il les retient en lui-même, qu’il ne les laisse pas tomber dans la matière ni être dévorées par Rhéa. Cronos, le plus sage des dieux, naquit avant Zeus et dévorait ses enfants. Cronos représente l’intelligence pleine de ses conceptions et parfaitement pure. »
 Ce texte fait allusion à une traversée mystique. Celle-ci était accomplie après divers autres rites que décrit ainsi V. Magnien : « Le futur roi se prépare à l’avance par certains exercices comme la garde des animaux et la chasse. Il a une retraite où il peut reconnaître les maux de l’humanité.
Il doit accomplir la traversée d’un fleuve ou d’un bras de mer — symbolique — d’abord à la nage ; puis sur une barque, prenant ainsi un corps nouveau et des énergies nouvelles, devenant pilote de navire symbolique. Il aborde au rivage des îles Bienheureuses.
Avant la réception, il est lavé et purifié. Il doit parvenir au sommet ; les dieux, puis Zeus seul, l’accompagnent ; il doit finalement se confondre avec Zeus.
Il entre dans le sanctuaire, où il contemple le dieu face à face et s’identifie avec lui ; il est illuminé et devient illuminateur. Il revient pour illuminer la foule. »

Ce passage — intitulé dans Plutarque « La vengeance tardive de la divinité » (voir le livre de Magnien, page 339) — voile, sous la fable, des allusions à l’initiation royale.
La partie de l’âme qui comprend les sentiments et les passions.
 Comparer ce passage avec les descriptions du « Livre des morts tibétain, le Bardo Tödol ». De nombreuses analogies peuvent y être constatées.
Les résultats de cette enquête ont été donnés par Mlle A.M. Quétin dans sa thèse de faculté de médecine : « La psilocybine en psychiatrie clinique et expérimentale » (10 juin 1960). Citons encore l’ouvrage du professeur Heim, du Muséum d’histoire naturelle, et du docteur Watson : « Les Champignons hallucinogènes du Mexique ». Dans une étude intitulée « Je suis allé au Paradis », et publiée dans la revue Planète (N° 7, page 55), le poète Robert Graves rapporte les images qui ont envahi son cerveau à la suite de l’absorption de psilocybine.
Citations extraites d’un article du professeur Roger Heim : « Les Champignons sacrés des prêtres mayas au service de la médecine » (Revue du Muséum).
 Cet usage a été gardé durant les siècles par les pirates malais dont, par ailleurs, la langue et la stratégie particulières présentent de curieux rapports avec les traditions sumériennes de la navigation.
 « Ayant regardé le « Logos » divin, dit Orphée à son fils, assieds-toi près de lui, dirigeant l’esquif intelligent de ton cœur, gravis bien le sentier et considère seul à seul le roi du monde. Il est unique, né de lui-même, et tout vient d’un seul être… » (Orphica, éditions Hermann).
Il y aurait, certes, maints commentaires à faire au sujet de ce fragment d’inscription, mais nous nous bornerons à signaler au lecteur un livre de Guénon : « Le Roi du Monde » (Chacornac – Paris 1960), et l’analogie que présentent les attributs orphiques du « roi du monde » avec ceux que la tradition biblique prête à « Melkitsédek » ou « Melchisédech » selon l’ordre duquel saint Paul enseigne que Jésus a été fait pour toujours souverain sacrificateur (Hébr., VI, 20) : « En effet, ajoute saint Paul, dans l’Épître aux Hébreux 7 : 1, 3, ce Melchisédech, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-Haut, qui alla au-devant d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, qui le bénit, et à qui Abraham donna la dîme de tout, qui est d’abord roi de justice, d’après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n’a ni commencement de jours ni fin de vie, mais qui est rendu semblable au fils de Dieu, ce Melchisédech demeure sacrificateur à perpétuité. »

 Les découvertes des « tombes royales » d’Ur indiqueraient une source sumérienne de ces rites plutôt qu’une origine égyptienne, comme semble le croire J.R. Conrad dans « Le culte du taureau » (Payot 1961, p. 134).
Les rites comportaient un exercice extraordinaire : des athlètes des deux sexes descendaient dans l’arène puis sans armes et immobiles, ils attendaient l’attaque du taureau. Juste avant d’être projeté en l’air par un coup de tête, le champion agrippait les cornes, exécutait un saut périlleux et retombait debout soit sur le dos de la bête, soit à terre.
« Le taureau était mis à mort par le prêtre et son sang retombait sur les prosélytes. Abondamment baignés dans le liquide purificateur, ces derniers sortaient alors de la fosse pour recevoir et absorber un peu de semence de l’animal, prélevée par le prêtre dans les testicules de la bête », écrit J.R. Conrad dans son ouvrage sur « Le Culte du taureau » (p. 170). Plus loin, le même auteur écrit à propos du thème de la résurrection dans le culte de Mithra : « Ceux qui avaient eu la véritable foi devaient acquérir la vie éternelle grâce au vin préparé avec le sang du taureau sacré ; quant aux autres, ils étaient condamnés à rester dans l’obscurité éternelle. » Il dit encore (p. 175) : « On a, par exemple, de bonnes raisons de supposer que le prêtre suprême de Mithra résidait sur la colline vaticane. Après la mort de Julien l’Apostat, qui avait reçu le baptême mithraïque, le siège de la papauté païenne semble avoir cédé la place au chef de l’Église chrétienne. »
Si l’on peut faire quelques réserves à propos de ce dernier jugement de J.R. Conrad, il n’en est pas moins important de remarquer que la grande fête de Mithra était célébrée le 25 décembre. Le pape Libère, en 354, transféra du 6 janvier au 25 décembre la fête célébrée en l’honneur de la Nativité.

Nous avons résumé sur ce point les recherches classiques de F. Cumont, selon l’analyse de Goblet d’Alviella : « Croyances, rites et institutions » — Geuthner, Paris, 1911.
 D’après certains auteurs, ces degrés étaient au nombre de douze ; mais il est possible que certains grades aient On a souvent cité le passage de Nonnus, le grammairien, ou cet écrivain de la fin du VIe siècle décrit les épreuves des néophytes dans le mithraïsme. Ceux-ci devaient traverser le feu et l’eau, endurer le froid, la faim, la soif, la fatigue de la marche, etc. M. Cumont traite ce récit d’hallucination et n’est pas éloigné de croire que l’imagination de Nonnus aurait inventé ces supplices. Cependant, nous savons que plusieurs de ces épreuves figuraient réellement dans l’initiation, du moins sous forme de simulacres. Pourquoi n’en eût-il pas été de même des autres détails que rapporte l’écrivain byzantin ? Il est certain qu’il avait dû puiser aux sources, puisque c’est lui qui nous révèle les termes d’« hypobase » et d’« anabase », employés dans les mystères pour indiquer la descente et l’ascension des âmes.
[18] Plusieurs passages d’écrivains antiques confirment cette hypothèse. Firmicus Maternus, dans son traité « de Erroribus profanarum religionum », nous dit que les « mages feignent d’adorer un homme tuant un bœuf, mais ils rapportent ce culte à la puissance de la lumière ». Plus explicite encore est Pallas : « L’opinion commune, dit-il, est que ces noms d’animaux et de monstres se rapportent au zodiaque ; en réalité, les sectateurs de Mithra veulent faire entendre ainsi certains secrets sur l’âme qu’ils représentent comme apte à revêtir plusieurs corps. »

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Le culte de Mithra

Publié le 13 Août 2026 par T.D

Introduction

La plupart des chrétiens célèbrent Noël le 25 décembre, date de naissance de Jésus-Christ. D'autres croyants fêtent Noël le 6 janvier car ils pensent que c'est la date correcte. En l'an 354, quelques églises occidentales, y compris celle de Rome, ont commencé à fêter la naissance du Christ le 25 décembre. Mais pourquoi avoir choisi cette date pour les célébrations ? La réponse à cette première question semble se trouver dans le culte de Mithra.

En effet, c’est le 25 décembre, qui coïncide à peu près avec le solstice d’hiver, que l’on commémorait la naissance de Mithra. Les 16 de chaque mois étaient également des dates sacrées. Les adeptes de Mithra louaient également le dimanche, jour du Soleil.

D’où les questions suivantes : qui était Mithra ? Qu’est-ce que le mithraïsme ? Quelles sont ses rapports avec le christianisme ? Comment se présentait le culte de Mithra et quelle est son origine, son histoire ? Quels sont ses principes ? Que sait-on des rites pratiqués et des différents niveaux d’initiation ?

Qui était Mithra ?

Mithra, ange de la lumière, était un serviteur du dieu suprême Ahura Mazda (Ormuzd) et l'intercesseur des hommes auprès de lui.

Cette religion était très austère : les initiés étaient soumis à des épreuves, puis baptisés par aspersion avec le sang d'un taureau sacrifié (taurobole) pour devenir frères d'armes. Les prêtres enseignaient que, par la pratique de certains rites de purification, d'abstinence et de communion, il était possible de participer à la nature des astres lumineux et immortels.

Le dieu Mithra est généralement représenté sous les traits d'un jeune homme coiffé d'un bonnet phrygien et vêtu d'un manteau flottant, d'une tunique courte et d'un pantalon oriental. Il poignarde un taureau qu'il a terrassé

Puisque le 25 décembre était son anniversaire, on continua à le célébrer à cette date qui coïncidait avec le solstice d’hiver. Au 4ème siècle, pour enrayer ce culte païen, l'Eglise chrétienne prit une mesure très astucieuse pour célébrer la naissance du Christ et perpétuer les traditions existantes : elle avança la fête de la naissance du Christ du 6 janvier au 25 décembre !

Remarquons que le choix du 25 décembre par les Romains pour le solstice d'hiver est dû à une erreur commise lors de la réforme du calendrier romain.

Les deux anniversaires représentaient donc des choses différentes selon les traditions. Les adorateurs de Mithra prirent le nom de « Soldats de Mithra ».

Qu’est-ce que le mithraïsme ?

Le mithraïsme ou culte de Mithra est un culte à mystères qui est apparu probablement pendant le 2ème siècle avant Jésus-Christ dans la partie orientale de la Méditerranée. Il se répandit d'abord en Asie Mineure, en Égypte puis il s'est diffusé pendant les siècles suivants dans tout l'Empire romain. Il y fut apporté par les légions romaines puis il passa en Gaule, en Germanie et en Espagne. Il a atteint son apogée durant les 3ème et 4ème siècles, époque pendant laquelle il devint un concurrent important du christianisme.

Le culte de Mithra eut une implantation particulière auprès des soldats romains. Adapté au goût romain, la forme la plus populaire du mithraïsme était le « Sol Invictus », le soleil irrépressible, dont la renaissance est célébrée à l'apogée du saturne le 25 décembre. Le mithraïsme était principalement une religion de soldat, privilégiant les vertus de fidélité, virilité, et courage. Elle fut adoptée par Rome à partir du panthéon gréco-romain et devint la religion officielle de l'empire Romain en l'an 300. À ce moment-là, dans chaque ville et village, dans chaque garnison et avant-poste militaire de la Syrie à la frontière écossaise, on pouvait trouver un mithraeum et des prêtres officiants la religion.

En fait, le mithraïsme, principale religion romaine et perse a été remplacée par le christianisme sous le règne de l’empereur Constantin en 312 après Jésus-Christ. Après la conversion de Constantin au christianisme, le mithraïsme déclina et perdit son statut de religion d'état. Trente ans plus tard, Theodosius rendit le culte de Mithra punissable de la peine de mort. Comme toutes les religions païennes, il fut déclaré illégal en 391.

Célébré dans des cryptes où les fidèles se réunissaient pour des banquets sacrés, le culte de Mithra s'accompagnait d'images, peintes ou sculptées, qui évoquaient le geste de Mithra, serviteur du Bien. Ainsi rappelait-on le sacrifice du taureau céleste dont le sang était source de vie, sacrifice que renouvelaient périodiquement les disciples du dieu.

Le culte de Mithra

Le mithraïsme était alors une religion concurrente du christianisme. Son culte était surtout très populaire dans les armées, ce qui engagea une rivalité farouche entre les croyants des deux religions, à tel point que l'Église dut faire de nombreuses concessions au culte païen de Mithra. Nous savons aujourd'hui, par exemple, que c'est parce que l’anniversaire de Mithra se célébrait aux alentours de l'actuel solstice d'hiver que l'on fête Noël le 25 décembre.

Dans la Rome païenne avaient lieu les « Saturnales », du 17 décembre aux « Calendes » de janvier (premier jour de l'An romain). L'une des fêtes, « Natalis Invicti » (Nativité du Soleil Invincible) ou « Sol Invictus » (Dieu Invaincu), célébrait justement Mithra, dieu de la lumière, symbolisant la pureté, la chasteté et combattant contre les forces obscures. Le 25 décembre, on fêtait la naissance de Mithra, le soleil invaincu (Dies natalis solis invicti) par le sacrifice d'un jeune taureau.

Religion initiatique à mystères, le mithraïsme rend un culte au taureau. Ce type de culte a cependant des origines très anciennes en Europe et remonte très certainement au paléolithique supérieur ou à l'épipaléolithique. La corrida en Espagne et dans le monde hispanique en est une lointaine survivance.

Mithra, qui s'est créé lui-même à partir de la roche des cavernes, est à la fois primogenitur et autogenitur. Son premier exploit, la tauroctonie, fut de vaincre, à peine né, un tore aussi furieux que puissant.

Lors de l’initiation, les adeptes, au cours d’agapes, s'aspergeaient du sang du taureau sacrifié et se traçaient réciproquement une croix de cendres sur le front et le dos des mains. Le myste descendait probablement dans une fosse au-dessus de laquelle était sacrifié l'animal, son sang retombant ainsi sur lui. Le rituel se déroulait dans des lieux à l'écart et de préférence dans des grottes, les mithreae.

Il semble que la Franc-maçonnerie se soit inspirée de nombreux rites et mythes d'origine mithriaque. Certains ont aussi pensé que le culte Mithra a pu inspirer la religion chrétienne.

Les origines du culte de Mithra

Les origines

Mithra est une divinité indo-iranienne dont on peut faire remonter l'origine au second millénaire avant Jésus-Christ. Son nom est mentionné pour la première fois dans un traité entre les Hittites et les Mitanniens, signé vers 1400 avant Jésus-Christ. En Inde, Mithra figurait dans les hymnes védiques comme dieu de la lumière, associé à Varuna.

A l’origine, Mithra était une déité solaire indoue également adorée par les Perses. Alors qu’en Inde, Mitra (sans « h ») est identifié en tant que « Dieu de lumière merveilleuse » et allié d'Indra, le roi du ciel, Mithra est prié avec Varuna, le dieu de la loi morale et de la vérité. Conjointement connus en tant que « Mitra-Varuna », ensemble ils maintiennent l'ordre dans le monde tout en voyageant dans leur char magique : « Ces dieux sont la toute-puissance du soleil. Ils sont nobles et nous rendent pleins de vigueur ». (Veda vii.65)

Le culte de Mitra s'est ensuite propagé à l'ouest de la Perse (Iran) et vers l'est de la Chine. Avec l'expansion rapide de l'empire persan, le culte de Mitra s'est propagé rapidement vers l'Europe. « Mithra » apparaît également dans le Zoroastrian Avesta, le scripte indou. Il explique le monde en termes de dualité et de principe d'opposition, un bon côté (représenté par la lumière) et un autre côté, celui du mal et de l'obscurité. Les êtres humains doivent choisir leur camp et sont en perpétuel conflit entre les deux forces, Mithra étant considéré comme le médiateur le plus puissant, pouvant aider les humains à écarter les attaques des forces démoniaques. Mithra est encore vénéré en Iran (comme le dieu antique du soleil) et en Chine où la mythologie chinoise voit Mithra comme chef d'une armée de statues érigées en son honneur.

Dans l'Avesta iranien c'est un dieu bénéfique, collaborateur d'Ahura Mazda. Il reçoit aussi le surnom de « juge des âmes ». Il est possible que son culte soit arrivé dans l'Empire romain depuis l’Iran grâce à la diffusion du zoroastrisme dont il serait une forme d’hérésie.

Cependant, les études actuelles tendent à considérer qu'on ne peut pas admettre un lien de parenté direct entre le Mitra indo-iranien et le mithraïsme, du fait de l'utilisation de la forme grecque « Mithra » au lieu de « Mitra » pour le différencier.

Dans la Perse achéménide la religion officielle était le zoroastrisme, qui postulait l'existence d'un dieu unique, Ahura Mazda. C'est l'unique divinité mentionnée dans les inscriptions conservées de l'époque de Darius 1er (521 – 485 avant Jésus-Christ).

Cependant, il existe une inscription conservée, à Suse, de l'époque de Artaxerxès II (404 – 358 avant Jésus-Christ), sur laquelle est représenté Mithra aux côtés de Ahura Mazda et d'un autre dieu appelé Anahite.

Existe-t-il un lien entre ce Mitra persan, ses prédécesseurs indo-iraniens, et Mithra du culte à mystères de l'Empire Romain ? Ainsi le pensait celui qui commença les études sur la religion mithraïque, Franz Cumont. Mais aujourd'hui la question est loin d'être résolue.

Dans les royaumes de Parthie et du Pont, un grand nombre de rois portaient le nom de Mithridate (par exemple Mithridate VI), ce qui peut être en relation étymologique avec Mithra. D'un autre côté, à Pergame, en Asie mineure, des sculpteurs grecs ont produit les premiers bas-reliefs représentant l'image du Taurobole. Alors que le culte de Mithra commençait seulement à se diffuser en Hellade, tout ceci marque peut-être le chemin de Mithra vers Rome.

La première référence dans l'histographie gréco-romaine au culte de Mithra se trouve dans l'œuvre de l'historien Plutarque qui mentionne que les pirates de Cilicie célébraient des rites secrets en relation avec Mithra en 67 avant Jésus-Christ.

Le mithraïsme dans le Haut Empire romain

Il est probable que ceux qui ont introduit le mithraïsme dans l'Empire romain étaient des légionnaires qui avaient exercé aux frontières orientales de l'Empire.

Les premières preuves matérielles du culte de Mithra datent des années 71 et 72 de l'ère chrétienne : il s'agit d'inscriptions faites par des soldats romains qui venaient de la garnison de Carnuntum, dans la province de Pannonie Supérieure, et qui probablement étaient allés avant en Orient, en guerre contre les Parthes et rétablir l’ordre à Jérusalem où des émeutes avaient eu lieu.

Vers l'année 80, l'auteur romain Stace mentionne la scène de la tauroctonie dans sa « Thébaïde » (I, 719 – 720). Plutarque, dans sa « Vie de Pompée », dit clairement que le culte de Mithra était déjà connu à son époque.

À la fin du 2ème siècle, le mithraïsme était largement diffusé dans l'armée romaine, comme chez les bureaucrates, les marchands et même chez les esclaves.

La majeure partie des preuves archéologiques vient des frontières germaines de l'Empire. De petits objets de culte en relation avec Mithra furent trouvés dans des fouilles depuis la Roumanie jusqu'au Mur d’Hadrien.

Le mithraïsme pendant le Bas Empire

Les empereurs du 3ème siècle étaient en général des protecteurs du mithraïsme, parce qu'ils utilisaient sa structure très hiérarchisée pour renforcer leur propre pouvoir. Ainsi, Mithra s'est reconverti en symbole de l'autorité et du triomphe des empereurs. Depuis l'époque de Commode, qui s'initia au culte, les adeptes du mithraïsme provenaient de toutes les classes sociales.

Un grand nombre de mithreae ont été découverts dans les garnisons des frontières de l'Empire. En Angleterre on en identifia au moins trois, le long du Mur d'Hadrien, à Housesteads, Carrawburgh et Rudchester. Des restes d'autres mithraea furent retrouvés à Londres.

D'autres sanctuaires de Mithra, érigés à cette époque, se trouvent dans la province de Dacie (où on retrouva en 2003 un mithraeum à Alba-Tulia), ainsi qu'en Numidie, dans le nord de l'Afrique.

Cependant la plus grande concentration de mithreae se trouve à Rome même et près d'Ostie, avec un total de douze temples identifiés, alors qu'il se peut qu'il en existe plusieurs centaines. On peut juger de l'importance du mithraïsme à Rome aux découvertes archéologiques : plus de 74 sculptures, une centaine d'inscriptions et des ruines de temples et de sanctuaires dans toute la ville et sa périphérie. Un des mithreae les plus représentatifs, dont l'autel et les bancs de pierre existent toujours, fut construit sous une maison romaine (ce qui apparemment était une pratique habituelle) est encore visible dans la crypte sur laquelle fut construite la Basilique Saint-Clément à Rome.

Fin du mithraïsme

À la fin du 3ème siècle, un syncrétisme s'est produit entre la religion mithraïque et certains cultes solaires de provenance orientale qui cristallisèrent dans la nouvelle religion du Sol Invictus « soleil invaincu ».

Cette religion devint officielle dans l'Empire en 274 grâce à l'empereur Aurélien qui érigea à Rome un splendide temple dédié à la nouvelle divinité et créa un corps de clergé d'état pour assurer le culte, dont le dirigeant s'appelait pontifex solis invicti. Aurélien attribuait au Sol Invictus ses victoires en Orient.

Ce syncrétisme cependant ne sonna pas la fin du mithraïsme qui continua à exister comme culte non officiel. Un grand nombre des sénateurs de l'époque pratiquaient en même temps le mithraïsme et la religion du Sol Invictus.

Cependant, cette période marque le début de la décadence du mithraïsme, à cause des pertes de territoires que l'Empire subissait suite aux invasions de peuples barbares qui affectaient des territoires frontaliers où le culte était très enraciné.

La compétition du christianisme, appuyé par Constantin, vola des adeptes au mithraïsme. Il faut aussi prendre en compte le fait que le mithraïsme excluait les femmes alors qu'elles avaient le droit de participer au culte chrétien.

Le mithraïsme tint tête au christianisme jusqu'au 4ème siècle, époque à laquelle il se heurta aux persécutions de l'empereur Théodose (379 – 394), dont un édit, en 391, interdit le culte païen et les sacrifices sous peine de mort. Le christianisme supplanta le mithraïsme pendant le 4ème siècle et devint la religion officielle de l'Empire sous Théodose.

Il y eut quelques essais de redonner vie au culte de Mithra par Julien « l'apostat » (361 – 363) et par l'usurpateur Eugène (392 – 394) mais ils ne rencontrèrent pas beaucoup de succès. Le mithraïsme fut formellement interdit dès 391, alors que sa pratique clandestine s’est maintenue durant quelques décennies.

Le mithraïsme survécut pourtant jusqu'au début du 5ème siècle dans quelques régions des Alpes et revint à la vie, tenace mais de manière éphémère dans les régions orientales de l'Empire, où il trouvait ses origines. Il eut un rôle important dans le développement du manichéisme, religion qui fut également en forte compétition avec le christianisme.

Le mithraïsme à Rome

Un grand nombre de sujets romains avaient adopté le mithraïsme, et plus particulièrement les soldats. À Rome, le temple de Mithra était creusé sous le mont Capitolin, les mystères mithriaques se célébrant dans une caverne, à proximité d'une source.

Dans les camps militaires, Mithra était le dieu protecteur. La divinité indo-iranienne appelée Mitra (l'ami) en sanscrit et Mithra en avestique est décrite dans les Veda et dans l'Avesta comme étant le dieu des contrats et de la solidarité. Si son rôle est demeuré secondaire en Inde, où son culte ainsi que celui de son frère Varuna déclinèrent très vite, il n'en fut pas de même en Iran, où il prit une importance croissante et où il fut l'objet d'un culte très populaire. Ce culte, transporté hors des limites de la Perse et agrémenté d'éléments étrangers, devint le noyau d'une religion avec initiation et enseignement ésotérique, connue sous le nom de mithriacisme.

Les adorateurs de Mithra reconnaissaient une divinité unique manifestée par la lumière des astres, surtout le Soleil, brillant et invincible, ennemi de la nuit et des démons.

Principes du mithraïsme

Les informations, plutôt fragmentaires, qui existent sur le culte de Mithra concernent sa pratique pendant le Bas Empire Romain. C'était un culte à mystères, de type initiatique, basé sur la transmission orale et un rituel d'initié à initié et non sur des écritures sacrées. C'est pourquoi la documentation écrite concernant le culte de Mithra est pratiquement inexistante. L'étude de cette religion est principalement basée sur l'iconographie qui décorait les mithraea.

Le mithraeum, les mithraea

Le culte de Mithra s'exerçait dans des temples nommés mithraeum (pluriel mithraea). Ces endroits étaient au départ des grottes naturelles, et plus tard des constructions artificielles les imitant, obscures et dépourvues de fenêtres. Ils étaient exigus, la plupart ne pouvaient pas accueillir plus de quarante personnes.

Dans un mithraeum type on peut distinguer trois parties :

  • L'antichambre ;
  • Le spelaeum ou spelunca (la grotte), grande salle rectangulaire décorée de peintures et deux grandes banquettes le long de chaque mur pour les repas sacrés ;
  • Le sanctuaire, au fond de la grotte, dans lequel se trouvaient l'autel et l'image — peinture, bas-relief ou statue — de Mithra donnant la mort au taureau.

Des mithraea ont été découvertes dans beaucoup de provinces de l’Empire romain. Certains furent convertis en cryptes sous des églises chrétiennes. La plus grande concentration de mithraea se trouve dans la capitale, Rome, mais on en a découvert dans des lieux éloignés les uns des autres tels que dans le nord de l'Angleterre et la Palestine. Leur diffusion géographique dans l'Empire dépendait des installations et des camps militaires.

Mythologie et iconographie

Il n'y a pas de textes sur le mithraïsme écrits par les adeptes eux-mêmes. Les seules sources d'information sont les images sacrées trouvées dans les mithraea.

Récit mythique

Selon le récit que l'on a pu reconstruire à partir des images des mithraea et les quelques témoignages écrits, le dieu Mithra naquit près d'une source sacrée, sous un arbre lui aussi sacré, près d'une pierre (la petra generatrix).

Au moment de sa naissance, il portait le bonnet phrygien, une torche et un couteau. Il fut adoré par les pasteurs dès sa naissance. Il but l'eau de la source sacrée. Avec son couteau, il coupa le fruit de l'arbre sacré et, avec les feuilles de cet arbre, il se confectionna des vêtements.

Il rencontra le taureau primordial quand celui-ci paissait dans les montagnes. Il le saisit par les cornes et le monta, mais, dans son galop sauvage, la bête le fit tomber. Cependant, Mithra continua à s'accrocher aux cornes de l'animal et le taureau le traîna pendant longtemps jusqu'à ce que l'animal n'en puisse plus. Le dieu l'attacha alors par ses pattes arrière et le chargea sur ses épaules. Ce voyage de Mithra avec le taureau sur ses épaules se nomme transitus.

Quand Mithra arriva dans la grotte, un corbeau envoyé par le Soleil lui annonça qu'il devait faire un sacrifice, et le dieu, soumettant le taureau, lui enfonça le couteau dans le flanc. Du blé sortit de la colonne vertébrale du taureau, et du vin de son sang. Son sperme, recueilli par la lune, produisit des animaux utiles à l'homme. Arrivèrent alors le chien qui mangea le grain, le scorpion qui serra les testicules du taureau avec ses pinces, et le serpent.

Certaines peintures montrent Mithra transportant un rocher sur son dos, comme Atlas dans la mythologie grecque, et/ou vêtu d'une cape dont le côté intérieur représente le ciel étoilé. Près d'un mithraeum proche du Mur d’Hadrien, on trouva une statue de Mithra en bronze sortant d'un anneau zodiacal en forme d'œuf. Elle est aujourd'hui conservée à l'Université de Newcastle. Une inscription trouvée à Rome suggère que Mithra pourrait s'identifier au dieu primordial de l'orphisme, Phanès, qui surgit de l'œuf cosmique à l'origine du temps, engendrant l'univers. Cette opinion est renforcée par un bas-relief du Musée d'Este, à Modène, où l'on voit Phanès surgissant d'un œuf, entouré des douze signes du Zodiaque, dans une image très similaire à celle conservée à Newcastle.

Une des images centrales du culte de Mithra est la « tauroctonie », qui représente le sacrifice rituel du taureau sacré par Mithra. Cette représentation présente des éléments iconographiques constants : Mithra apparaît coiffé du bonnet phrygien et regarde sa victime avec compassion. Incliné sur le taureau, il l'égorge avec un couteau de sacrifice. De la blessure du taureau il sort du grain. Près du taureau figurent quelques animaux : un scorpion, qui menace de ses pinces les testicules du taureau ; un serpent ; un chien qui se nourrit du grain qui sort de la blessure. Parfois apparaissent aussi un lion et une coupe.

L'image est encadrée de deux porteurs de torches, nommés Cautès et Cautopatès. La scène paraît située dans une espèce de grotte, qui peut être la représentation du mithraeum lui-même ou la représentation du cosmos selon d'autres interprétations.

Interprétations

Franz Cumont, auteur d'une étude sur la religion de Mithra, interprète cette image à la lumière de la mythologie iranienne. Il relie l'image avec des textes qui se réfèrent au sacrifice (tauroctonie) d'un taureau par Ahriman, le dieu du mal ; des restes sanglants du taureau vont naître plus tard tous les êtres. Selon l'hypothèse de Cumont, Mithra aurait été ensuite substitué à Ahriman dans le rapport mythique, et c'est sous cette forme qu'il serait arrivé en Méditerranée orientale.

David Ulansey propose une explication radicalement différente de l'image de la tauroctonie, basée sur le symbolisme astrologique. Selon sa théorie, Mithra est un dieu si puissant qu'il est capable de transformer l'ordre même de l'Univers. Le taureau serait le symbole de la constellation du taureau. Au début de l'astrologie, en Mésopotamie, entre 4000 et 2000 avant Jésus-Christ, le Soleil était au niveau du Taureau pendant l’équinoxe de printemps. À cause de la précession des équinoxes, le Soleil se place durant l'équinoxe de printemps dans une constellation différente tous les 2160 ans à peu près. Ainsi il passa dans le Bélier vers l'an 2000 avant Jésus-Christ, marquant la fin de l’ère astrologique du Taureau.

Le sacrifice du taureau par Mithra symboliserait ce changement, causé, selon les croyants, par l'omniprésence de leur dieu.

Cela expliquerait aussi les animaux qui figurent sur les images de la tauroctonie : le chien, le serpent, le corbeau, le scorpion, le lion, la coupe et le taureau qui s'interprètent en tant que constellations du Petit Chien, de l'Hydre, du Corbeau, du Scorpion, du Lion, Verseau et Taureau, toutes placées dans l'équateur céleste pendant l'ère du Taureau. L'hypothèse expliquerait aussi la profusion d'images zodiacales dans l'iconographie mithraïque. La précession des équinoxes fut découverte et étudiée par l'astronome Hipparque au 2ème siècle avant Jésus-Christ.

Une autre interprétation considère que le sacrifice du taureau représente la libération de l'énergie de la Nature. Le serpent, comme dans le symbole de l'Ouroboros, serait une allusion au cycle de la vie ; le chien représenterait l'Humanité, alimentant symboliquement le sacrifice, et le scorpion pourrait être le symbole de la victoire de la mort. Les deux compagnons de Mithra, qui portent les torches et qui s'appellent Cautès et Cautopatès représenteraient respectivement le lever et le coucher du soleil.

Pour les fidèles, le sacrifice du taureau avait sans doute un caractère salutaire, et la participation aux mystères garantissait l'immortalité.

La fin symbolique de Mithra se termine par un grand banquet où Apollon sur son char va emmener Mithra. Il apporte aux hommes l'espoir d'une vie au-delà de la mort, puisqu'il est accueilli au ciel par Apollon.

Niveaux d'initiation

Dans le culte de Mithra l’initiation comportait sept grades ou sept niveaux correspondant à une fonction rituelle et qui étaient mis en relation avec les sept planètes de l'astronomie de l'époque (la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne), selon cet ordre, d'après l'interprétation de Joseph Campbell. La majorité des membres arrivaient seulement au quatrième rang (Lion), et seulement quelques élus accédaient aux rangs supérieurs.

 Les niveaux, connus grâce aux textes de saint Jérôme qui confirment certains écrits, étaient les suivants :

  • Corax (« corbeau ») ;
  • Cryphius (κρύφιος / Krýphios, « occulte ») : d'autres auteurs interprètent ce rang comme Nymphus (« époux ») ;
  • Miles (« soldat ») : ses attributs étaient la couronne et l'épée ;
  • Leo (« lion ») : dans les rituels on présentait à Mithra les offrandes des sacrifices ;
  • Perses (« Persan ») ;
  • Heliodromus (« émissaire du soleil ») : ses attributs étaient la torche, le fouet et la couronne ;
  • Pater (« père ») : ses attributs (le bonnet phrygien, le bâton et l'anneau) rappellent ceux de l'évêque chrétien.

Pendant les rites, les initiés portaient des masques d'animaux relatifs à leur niveau d'initiation. Le sacrifice d'un taureau peut participer à la célébration d'un nouveau niveau d'initiation d'un adepte.

Les rites

Pour la reconstitution des rituels mithraïques, on ne peut compter que sur les textes des Pères de l’Eglise qui ont critiqué le culte de Mithra, et sur l'iconographie retrouvée dans les mithraea.

Les femmes étaient exclues des mystères de Mithra. Quant aux hommes, il semble qu'il n'y avait pas d'âge minimum requis, et que des enfants y furent admis. La langue utilisée dans les rituels était le grec, mélangé de quelques formules en persan (certainement incompréhensibles pour la majorité des fidèles) ; cependant le latin s'est introduit progressivement.

Il semble que le rite principal de la religion mithraïque ait été un banquet rituel que l'on peut rapprocher d'une certaine manière de l'eucharistie du christianisme. Selon le témoignage du chrétien Justin, les aliments offerts durant le banquet étaient du pain et de l'eau. Cependant les découvertes archéologiques montrent que c'était du pain et du vin, comme dans le rite chrétien. Cette cérémonie se célébrait dans la partie centrale du mithraeum, dans laquelle deux banquets en parallèle offraient un espace suffisant pour que les fidèles pussent s'étendre, selon la coutume romaine. Les « Corbeaux » (Corax) remplissaient la fonction de serveurs des nourritures sacrées. Le rituel incluait aussi le sacrifice d'un taureau, bien qu'on sacrifiât également d'autres animaux.

La statue de tauroctonie remplissait sans doute un rôle dans ses rites, bien que ce ne soit pas très clair. Dans certains mithraeae, on a découvert des piédestals tournants, qui peuvent montrer et cacher alternativement l'image divine aux fidèles.

À un certain moment de l'évolution du mithraïsme, on utilisait aussi le rite du « taurobole », ou le baptême des fidèles avec le sang d'un taureau, qui se pratique également dans d'autres religions orientales.

D'autres rites devaient être en relation avec la cérémonie d'initiation. Grâce à Tertulien, on connaît le rite de l'initiation du « Soldat » : le candidat était « baptisé », probablement par immersion. Il était marqué au fer chaud et enfin on le mettait à l'essai avec le « rite de la couronne » (le néophyte devait laisser tomber la couronne dont on l'avait coiffé, en proclamant que c'était la couronne de Mithra). A chaque niveau d'initiation correspondait un rituel.

Une synthèse en guise de conclusion provisoire

Mithra, le dieu solaire, trouve son origine en Inde. Mais c'est probablement en Arménie que les Romains ont récupéré son mythe et l'ont diffusé à travers tout le Vieux Continent.

Comme le Christianisme, avec lequel il rivalisa entre le 1er siècle et le début du 4ème siècle dans l'Empire romain, le culte de Mithra est une religion du salut ; c'est aussi une religion à mystères, d'origine indo-persane, que les pirates et les mercenaires étrangers introduisirent à Rome où elle gagna rapidement la faveur des empereurs.

Parti de la plaine de l'Indus, le culte de Mithra s'est propagé en Europe dès la fin du 1er siècle après Jésus-Christ par l'intermédiaire des Romains. Le mythe de ce dieu solaire raconte sa victoire sur le mal lors de la mise à mort d'un taureau.

Religion de soldats et non de prêtres, le culte de Mithra avait tout pour séduire les légionnaires romains qui répandirent le culte du dieu dans l'Empire. Durant le 2ème siècle après Jésus-Christ, le culte de Mithra s'implanta dans toutes les villes de garnison, en Italie, en Gaule, en Bretagne, en Afrique et jusqu'au Danube. A Rome, l'empereur Commode et ses successeurs adoptèrent le culte de Mithra pour se concilier l'armée. Mais le culte de Mithra, si répandu dans l'armée, n'avait pas pénétré en profondeur les couches populaires.

Aux 2ème et 3ème siècles avant Jésus-Christ, ce culte fut répandu dans tout l'Empire romain et l'empereur Aurélien en fit même la religion d'Etat. Les soldats romains, dont bon nombre vénéraient Mithra, furent les ambassadeurs de cette religion qu'ils répandirent jusque dans les provinces les plus éloignées de l'Empire.

Au 4ème siècle, pour enrayer ce culte païen, l'Eglise chrétienne prit une mesure très astucieuse. La fête de la naissance du Christ fut avancée du 6 janvier au 25 décembre. En effet le solstice d'hiver du 25 décembre était la fête la plus importante de l'an mithraïen : on fêtait la renaissance du « sol invinctus » (dieu invaincu). L'Eglise n'hésita pas à déclarer le Christ « sol invinctus ». Au cours du même siècle, le culte de Mithra s'éteignit, laissant la place au christianisme avec lequel il présentait beaucoup de similitudes. Lorsque le christianisme s'imposa en Italie, de nombreuses églises prirent la place du mithraeum, le lieu de culte des adeptes de Mithra. Ceux-ci croyaient à la montée des âmes au ciel, à la fin des temps, avec le retour de Mithra sur le char du soleil qui devait purifier le monde par le feu.

Les mystères de Mithra n'ont pas grand chose à voir avec le christianisme au point de vue spirituel et mystique. Le mithraïsme se base essentiellement sur des symboles et interprétations du combat de Mithra contre le taureau primordial. Par celui-ci, il libéra les âmes dans le monde et engendra les cycles de la vie. Le symbole du corbeau, messager du dieu soleil qui demande à Mithra de sacrifier le taureau, nous démontre que le mithraïsme est une forme hénothéisme oriental. Il s'appuie sur la conscience et la révélation des mystères de la vie qui font de Mithra un dieu de « lumière ».

Plutôt que comparer le christianisme et le mithraïsme dans leurs spiritualités, il existe des similarités qui sont, elles, cultuelles. En effet, Mithra naît un 25 décembre (date du solstice), les cultes ont lieu le dimanche (jour du soleil), la représentation iconographie du « bon pasteur » est partagée par le christianisme et le mithraïsme. Plus inquiétant encore, l'eucharistie chrétienne avec le vin et le pain est pratiquée par les adeptes de Mithra. Tout indique, historiquement, que le mithraïsme influença le christianisme sur ces points.

L'aspect le plus intéressant du mithraïsme est certainement le caractère initiatique sur lequel le culte s'appuie. Les disciples se réunissaient dans des mithraea (cavités naturelles aménagées) où la pratique rituelle s'amorçait sur une initiation graduelle.

Ainsi le nouvel initié se voyait octroyé le grade de corax et suivaient : le nymphus, le miles, le leo, le perses, l'heliodromus et enfin le pater représentés par des masques distinctifs et symboles de leurs degrés respectifs.

A chaque passage d'un degré à un autre, une part des « secrets » était révélée à l'initié qui subissait épreuves et voyages. Au premier degré, l'initié était baptisé par le sang d'un taureau, puis par l'eau pure et, enfin, enduit de miel. On pratiquait à des degrés divers les voyages du « chaud », du « froid », des jeûnes, etc. La liturgie était basée sur un rituel de forme et en langue grecque (déjà en usage dans la religion romaine) et empruntait autant des formules persanes qu'une vocalisation latine. On concluait évidemment le culte par des agapes frugales et fraternelles selon le terme même des initiés.

Il est probable que le mithraïsme aurait pu s'imposer comme la religion de l'antiquité et survivre à sa rivalité avec le christianisme. Pourtant, son tort fut l'association croissante de Mithra avec la quasi-totalité des panthéons nationaux. Egalement, son exclusivité masculine à l'initiation le desservit auprès des femmes et - plus encore - chez les épouses que le christianisme ne repoussaient pas.

Quoi qu'il en soit, le culte des mystères de Mithra pose à la société occidentale de nombreuses questions. Sur le christianisme d'abord, sur la spiritualité des sociétés païennes ensuite, sur une « mondialisation des religions » qui paraît véritable dès cette époque et, ensuite, sur ces écoles de mystères qui firent couler quantité d'encre dans les siècles qui nous précèdent.

Trop longtemps dans l'histoire, on a minimisé l'importance du culte de Mithra et son apport dans la société occidentale. Certaines thèses avanceraient même qu'il inspira bien plus la Franc-maçonnerie que le christianisme. Les mythes fondateurs sont ce qu'ils sont, ce culte reste néanmoins intéressant tant dans sa spiritualité que par sa concurrence historique avec le christianisme.

R:. F:. A. B.

 

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Instructions secrètes des Grands Profès

Publié le 12 Août 2026 par T.D

Mon Très Respectable et cher Frère !Si l'homme s'était conservé dans la pureté de sa première origine, l'initiation n'aurait jamais eu lieu pour lui et la vérité s'offrirait encore sans voile à ses regards, puisqu'il était né pour la contempler et pour lui rendre un continuel hommage. Mais depuis qu'il est malheureusement descendu dans une région opposée à la lumière, c'est la vérité elle-même qui l'a assujetti au travail de l'initiation, en se refusant à ses recherches.

Droits primitifs de l'homme

II suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur l'homme, d'abord après sa naissance, lorsqu'il commence à jouir de la lumière sensible ; à cette époque ses progrès sont lents et douloureux ; les années s'écoulent et à peine a-t-il une idée superficielle des objets qui frappent ses sens ; c'est par une étude pénible et assidue qu'il apprend à les connaître. Arrivé à l'âge où il doit écarter lui-même les ténèbres, qui arrêtent ses pas, sa marche est incertaine; les illusions des sens et de l'habitude le séduisent au point qu'il ne peut plus démêler la vérité d'avec l'erreur, et s'il parvient à découvrir quelques traits de lumière, ce n'est qu'en dégageant avec effort son intelligence de tout ce qui lui est étranger. Cette première initiation fondée sur la dégradation de l'homme et exigée par la nature même, fut le modèle et la règle de celle qu'établirent les anciens Sages.  

La Science, dont ils étaient dépositaires étant d'un ordre bien supérieur aux connaissances naturelles, ils ne purent la dévoiler à l'homme profane qu'après l'avoir affermi dans la voie de l'intelligence et de la vertu. C'est dans ce dessein qu'ils assujettirent leurs disciples à des épreuves rigoureuses et qu'ils s'assurèrent de leur constance et de leur amour pour la vérité en n'offrant à leur intelligence que des hiéroglyphes ou des emblèmes difficiles à pénétrer. Voilà ce qu'on voulut vous figurer, mon Cher Frère dans les grades de la maçonnerie par les travaux allégoriques qu'on exigea de vous. Si vous doutiez de la haute destinée de l'homme et de sa dégradation, qui est l'unique fondement de toute initiation naturelle, humaine ou religieuse, il vous serait difficile d'entrer dans la carrière que vous vous proposez de parcourir, puisque vous admettriez alors, que l'homme sensible et animal est ce qu'il doit être ; et dans cette supposition, quel rapport pourrait-il y avoir entre lui et la vérité .

 Il est vrai que, parmi les philosophes, il s'en trouve un grand nombre qui ont adopté cette erreur pernicieuse, n'ayant considéré dans l'homme que sa nature matérielle. En effet, si on ne voit en lui que des facultés sensibles, il faut bien convenir que sa véritable place est parmi les Etres sensibles, et qu'il doit être abandonné, comme les autres animaux, aux ténèbres des sens et de la matière. Mais quoique les philosophes ne connussent point les Droits de l'homme originel, ils auraient sans doute avoué l'excellence de sa nature, si après avoir aperçu les bornes de ses facultés sensibles, ils eussent observé de même l'étendue de ses facultés intellectuelles. Ce contraste étonnant leur aurait prouvé la grandeur de son origine et sa dégradation, car l'homme est essentiellement doué d'une action spirituelle qui par sa nature n'a point de bornes, mais cette activité puissante est tellement resserrée et contenue qu'elle est presque toujours sans effet. L'insuffisance des organes par lesquels il doit nécessairement la manifester ne lui permet jamais de l'exercer dans toute l'étendue de sa volonté, ni d'atteindre le but qu'il se propose.

Cependant malgré les obstacles qui arrêtent à tout instant ses efforts, il est si intimement convaincu de sa supériorité naturelle qu'il tend sans cesse à soumettre à son action, tous les êtres qui l'environnent II est aussi doué d'une intelligence sans borne, aucune connaissance ne surpasse sa pénétration et jamais on n'a fixé de terme à la Science dont il est susceptible; cependant malgré l'étendue de ses facultés intellectuelles, les moindres individus de l'univers sont des mystères impénétrables pour lui.

Condamné à ne rien connaître que par l'entremise des sens, ces organes matériels et composés peuvent bien lui procurer la perception des individus corporels parce que ces corps ne sont eux-mêmes que des assemblages élémentaires, mais des sens organisés sont incapables par eux-mêmes de transmettre les vérités de la nature qui résident essentiellement dans l'unité et la réalité des Etres spirituels.

Ainsi l'homme qui pourrait encore tout connaître, si rien ne le séparait de la vérité, se trouve assujetti par son corps à n'apercevoir que des apparences sensibles et illusoires. Il a des facultés infinies mais il se voit privé des moyens d'en faire usage étant éloigné de tous les Etres vrais de l'Univers sur lesquels il devait les manifester. En sorte qu'avec un désir irrésistible de l'empire et de la jouissance, il ne voit autour de lui que résistances et limites, et que dans cet état tous les objets qu'il aperçoit étant finis et bornés, il ne s'en trouve aucun qui convienne à un être que l'infini seul peut contenter.

Or si aucun des individus de la nature n'a reçu du Créateur que des facultés relatives et proportionnées à son rang dans l'Univers, il est difficile à ceux qui observent l'homme sans préjugé de ne pas reconnaître, conformément aux traditions religieuses, qu'il n'est point à présent dans sa place naturelle, et que des facultés supérieures divines qui se manifestent en lui, devaient s'exercer sur des Etres supérieurs aux objets matériels et sensibles ; sans quoi il serait le plus inconcevable des Etres.

 Voilà mon Cher Frère ce que nous devions vous dire sur les Droits primitifs de l'homme et sur sa dégradation qui le rend indigne aujourd'hui d'approcher du Sanctuaire de la Vérité; cette doctrine ayant toujours été la base des initiations, les Sages qui en étaient parfaitement instruits eurent grand soin de l'enseigner à leurs disciples, comme on peut s'en convaincre par la multitude de lustrations et de purifications de tous genres, qu'ils exigeaient des initiés, et ce ne fut qu'après les avoir ainsi préparés qu'ils leur découvraient la seule route qui peut conduire l'homme à son état primitif et le rétablir dans les droits qu'il a perdus.

Voilà mon Cher Frère le vrai, le seul but des initiations. Telle est cette science mystérieuse et sacrée dont la connaissance est un crime pour ceux qui négligent d'en faire usage et qui égare ceux qui ne seront pas élevés au-dessus des choses sensibles. C'est d'après ces Principes que les initiations furent mystérieuses et sévères. La vérité l'exigeait elle-même, puisqu'elle se cachait aux hommes corrompus. Les emblèmes et les allégories, que les Sages employèrent, figuraient aux apparences sensibles et matérielles de la nature, qui rendent impénétrables à nos regards, les agents moteurs de l'Univers et des Etres individuels qu'il renferme. Dans l'état actuel de l'homme privé de la lumière, ce qui peut lui arriver de plus funeste, c'est d'oublier ou de nier cette lumière. Aussi l'objet principal des sages instituteurs de l'initiation ne fut pas précisément de faire connaître la vérité aux Peuples, mais de les porter par leur exemple et par leur doctrine, à croire en Elle avec confiance et à lui rendre un sincère hommage, quoiqu'elle fut cachée à leurs yeux.

Dans cette vue, ils élevèrent chez les Athéniens un Temple au Dieu inconnu, afin d'éloigner les Peuples de la doctrine impie des Philosophes qui osaient nier hautement l'existence de tout agent créateur ou moteur de la nature générale et particulière. Cependant ces hommes, vains de leurs systèmes, avaient dans leur propre puissance d'action intérieure, un témoignage invincible de la possibilité, ou pour mieux dire de l'existence effective des agents individuels. Mais ils résistaient à ce sentiment intime et attribuaient toutes les forces et puissances de la nature à une certaine organisation fortuite, qu'ils croyaient suffisantes pour ordonner l'Univers et produire tous les individus actifs ou organisés : Ainsi ces philosophes n'admettaient rien au-delà de ce qu'ils pouvaient connaître par leurs sensations superficielles, quoiqu'ils ne puissent douter que les sens sont incapables de donner le moindre indice, non seulement de la nature, mais même de la vraie forme d'aucun individu matériel.

 Quelque invraisemblable que fut leur doctrine, elle avait fait des progrès d'autant plus rapides parmi les Nations, qu'elle n'exigeait aucun effort de ses sectateurs. En réduisant toute existence possible aux seuls êtres matériels, plus ou moins organisés, elle livrait absolument l'homme à ses jouissances et à ses perceptions sensibles. Le Principe universel agent créateur de tout ce qui existe dans l'Univers hors de l'univers, était généralement regardé comme un être chimérique et l'on ne croyait plus aux agents puissants et actifs qu'il a placés dans la nature pour veiller sur tout être en privation Divine, ainsi que pour gouverner ou produire les formes générales et particulières des individus matériels.

C'est par cette voie ténébreuse des sens, que les hommes abjurant les moyens de se rétablir dans leurs premiers droits, auraient insensiblement perdu tous leurs rapports religieux et naturels, si les Sages fidèles à la doctrine des premiers temps ne l'eussent préservé d'un oubli général en la conservant par des initiations. Mais respectant le voile, dont la vérité même s'enveloppe, ils ne la présentèrent que sous des emblèmes et des hiéroglyphes pour ne pas l'exposer au dédain ou à la profanation des hommes ignorants et pervers. C'est ainsi que dans un temple célèbre, dont toutes les parties, depuis le Porche jusqu'au Sanctuaire, étaient remplies d'initiés de divers rangs et fonctions, on présentait à l'homme de désir, un Tableau parfait de l'Univers et des agents préposés à le diriger.

Les nombres, mon Cher Frère ne sont que l'expression ou le signe représentatif de la nature et de l'action des êtres spirituels ou temporels. Revenons aux rapports qui ont été figurés par le Temple de Salomon. Il eut la forme d'un carré long pour figurer les quatre régions de l'univers. Les proportions du corps de l'homme présentent la même figure. Le Temple eut quatre parties latérales lesquelles, quoique séparées, en formèrent l'enceinte ou le parvis intérieur et furent nécessaires pour que le grand Prêtre pût rendre son sacerdoce réversible sur toute la Nation élue. De même le corps de l'homme a quatre membres ou adhérences, qui sont réunies au tronc et servent à manifester son action sur les Etres qui l'environnent. Cependant, ils peuvent les uns et les autres être séparés sans que l'homme animal périsse, car le foyer de la vie sensible réside essentiellement dans le tronc, comme les fonctions des Lévites et des Sacrificateurs s'opéraient dans l'intérieur du Temple. Le Temple universel est divisé en trois parties qui furent toujours distinguées par les Sages sous le nom de terrestre, céleste et surcéleste.

De même celui de Salomon était divisé en trois parties distinctes par leur position et leur forme et par leur destination particulière, savoir le Porche, le Temple intérieur, le Sanctuaire. De même aussi le corps de l'homme est divisé en trois parties bien distinctes, qui sont le ventre, la poitrine et la tête. Les trois parties du temple étaient attenantes et ne formaient qu'un seul tout indivisible. De même les trois parties que nous connaissons dans le Corps de l'homme sont tellement liées qu'elles ne peuvent être séparées sans opérer la mort corporelle ou la destruction de son Temple particulier.

Les limites de l'univers créé le séparent à jamais d'une immensité incréée et sans bornes, que les Sages ont appelée immensité divine. Elle est voilée aux yeux de la nature sensible et ne peut être conçue que par l'intelligence. De même au centre du Sanctuaire était le Saint des Saints ou l'Oracle, qui était voilé aux yeux du Peuple et des Prêtres eux-mêmes. Le grand Prêtre seul y pouvait entrer une fois l'an, pour adorer la Majesté suprême au nom de la nation entière ; et s'il était Assez imprudent pour s'y présenter sans être préparé par toutes les purifications légales spirituelles et corporelles, il courrait risque de la mort.

Le bruit des sonnettes, qui étaient au bas de ses vêtements venant à cesser, annonçait aux Prêtres le danger où il se trouvait. Les longs cordons, dont il était ceint, conservés encore aujourd'hui dans quelques ornements sacerdotaux et dont les extrémités restaient hors du Sanctuaire, à la disposition des Prêtres, leur servaient pour l'en retirer, dans quelque état qu'il fut ; car en aucun cas il ne leur était permis d'y entrer. De même aussi l'intelligence de l'homme, image et émanation divine, réside dans la tête comme dans le sanctuaire de son Temple particulier, où est l'oracle qui doit diriger son action.

Mais les opérations de cette intelligence sont si voilées à l'homme matériel et animal, qu'il n'en a et ne peut en avoir connaissance que par ses effets. C'est ce voile funeste de la matière, qui nous jette dans l'oubli de nos facultés spirituelles, au point de regarder leur puissance et leur existence même comme chimériques, ainsi qu'il est arrivé à ceux qui n'ont exercé leur activité que sur les facultés sensibles.

L'homme bien purifié est le seul grand prêtre qui puisse entrer dans le sanctuaire de l'intelligence, comprendre sa nature, se fortifier par elle et rendre dans son propre Temple un hommage pur à celui dont elle est l'image. S'il néglige de se purifier avant de se placer devant cet autel, les ténèbres épaisses de la matière viennent l'aveugler et il trouve la mort, où il venait puiser la vie.

 Nous passerions les bornes de cette instruction si nous entreprenions de vous parler des agents qui opèrent dans les trois parties de l'univers créé et des fonctions qu'ils sont chargés d'y remplir. Pour peu qu'on veuille réfléchir sur les fonctions des diverses classes de personnes auxquelles les trois parties du Temple de Jérusalem étaient attribuées et sur les actes particuliers qui s'opérèrent dans les trois divisions de la forme corporelle de l'homme, on pourra concevoir des rapports très intéressants entre le corps humain, le Temple de Salomon et le temple universel.

Dans le Porche du Temple de Jérusalem qui figure à la partie terrestre comme le parvis intérieur figurait la terre elle-même, était placée la mer d'airain pour les préparations corporelles matérielles. De même, c'est dans le Ventre, partie inférieure du corps de l'homme que se font les fonctions matérielles de végétation et de reproduction et la séparation des parties les plus impures. La partie intérieure du Temple répond à la division de l'univers appelée céleste.

C'est là qu'était l'autel des parfums, les douze pains de proposition qui étaient tous les jours renouvelés en offrande à l'Eternel et le Chandelier circulaire à sept branches dont le feu sacré était sans cesse entretenu par les Lévites et servait à allumer le feu destiné à consumer les holocaustes. De même aussi dans la poitrine, qui est la partie moyenne du corps de l'homme est placé son cœur, qui est tout à la fois le centre de sa forme corporelle et le foyer de sa vie animale. Le cœur siège de toutes ses affections est l'autel sur lequel il doit offrir des parfums journaliers à la Divinité et entretenir avec soin le feu sacré destiné à consumer les holocaustes, sous peine d'être livré à tous les maux, dont était menacé le peuple Hébreu, dans le cas où les Lévites laisseraient éteindre le feu commis à leur garde. Ces maux étaient grands, mon Cher Frère, mais ils étaient bien inférieurs à ceux dont furent frappés les impies qui osèrent offrir dans le Temple, ou devant l'Arche, un feu étranger. L'autel des holocaustes offerts pour la nation entière était placé dans le Parvis intérieur.

Ce parvis figure la terre qui est à la fois le réceptacle de toutes les actions temporelles et l'autel spécial sur lequel l'homme, victime passagère, doit s'immoler volontairement à l'imitation de la victime éternelle universelle. Le Sanctuaire du Temple de Jérusalem figure la division de l'univers, que les Sages ont nommé Surcéleste. C'est dans ce lieu sacré qu'était l'Oracle, dont les jugements dirigeaient les Prêtres et la Nation. C'est ainsi que dans la tête de l'homme réside son intelligence comme dans son Sanctuaire pour dominer et diriger suivant sa loi particulière toutes les facultés inférieures. C'est ici le moment, mon Cher Frère de vous rappeler ce qui vous a été dit sur les diverses natures qui composent l'homme actuel.

Vous en reconnaîtrez encore une démonstration sensible dans la Division ternaire, qui vient de vous être présentée. Vous reconnaîtrez que la tête figure la nature Intelligente, que le ventre figure la nature corporelle matérielle et que ces deux parties sont unies et liées par la poitrine, qui figure la puissance animale et qui en est le foyer.

C'est dans la tête qu'il sent opérer les actes de son intelligence, tandis que la partie inférieure de son corps n'a pour objets que des actes purement matériels. Cette division ternaire universelle, générale et particulière, a été mystérieusement figurée avant la construction du Temple de Jérusalem par Moïse sur le Sinaï; montagne mystérieuse, qui forme aussi un type de la plus grande attention. Lorsque Moïse se rendit sur le mont Sinaï, pour y adorer le Seigneur et y recevoir la loi destinée à la nation élue, il laissa le peuple dans le camp au bas de la montagne et lui traça des limites qu'il ne devait point passer sous peine de mort. Ce camp dans le désert figure le triste séjour de l'homme sur cette terre et lui indique qu'il ne peut sans crime accélérer volontairement le cours de sa vie temporelle.

« Les limites étant posées, le conducteur des Hébreux monta sur la montagne avec Aaron et les soixante dix chefs des Tribus, qu'il laissa à une certaine hauteur au- dessus du camp pour marquer la première division universelle. Il monta ensuite plus haut, avec Josué qu'il laissa sur cette partie de la montagne, pour désigner la seconde Division de l'univers. Enfin il monta seul dans un lieu plus élevé comme le Grand Prêtre dans le Sanctuaire et ce lieu figura à la partie appelée Surcéleste.

Après y avoir adoré l'Eternel, il fut par une faveur spéciale et sans exemple, appelé sur le sommet, c'est-à-dire dans le Saint des Saints même, où il reçut la loi pour le peuple et la confirmation de sa mission par un Député divin d'un Ordre supérieur. Si les Ecritures traditionnelles paraissent faire entendre que Moïse y ait vu Dieu face à face, elles ont en même temps limité le sens de ces paroles, en ajoutant qu'il ne le vit que par derrière. En effet quel lieu sur la terre serait assez pur pour recevoir l'action immédiate du Créateur ; quel être de matière, général ou particulier, pourrait subsister en sa présence .

Sa pureté éternelle et ineffable n'habite point cet univers ; son centre est dans l'homme incréé où tous les agents spirituels ont reçu la vie et la puissance qui les constitue.

C'est par eux qu'il a vivifié l'univers et qu'il lui conserve l'existence. C'est par eux qu'il répand sur l'homme les effets de sa grandeur et de sa clémence et qu'il les envoie manifester son action et ses volontés sous les formes de gloire dont ils sont revêtus ; ainsi qu'il nous a été spécialement enseigné par la vision de Jacob, lorsqu'il aperçut des Puissances célestes qui parcouraient l'intervalle qui sépare le ciel d'avec la terre.

Si la montagne de Sinaï est devenue si mémorable par les faits merveilleux qui s'y opérèrent en faveur d'un homme en présence du peuple entier qui en était l'objet, celle sur laquelle fut bâti le Temple de Jérusalem ne mérite pas moins votre attention. Car si ce Temple fut une figure de l'univers, la base sur laquelle il fut élevé ne dut point être choisie indifféremment. Ce fut en effet sur cette montagne qu'Abraham et Isaac opérèrent ensemble un sacrifice de volonté, qui leur fut imputé comme acte parfait.

 Ce fut dans ce même lieu que Jacob fut témoin de cette étonnante manifestation qui lui fit connaître ses erreurs dans la voie de la science et renoncer à des égarements sur lesquels les Traditions ont évité de s'expliquer. Ce fut là que la Cité Sainte, la ville du Seigneur, fut bâtie ; cette Jérusalem image sensible du centre céleste autour duquel doivent habiter les êtres purs spirituels. Ce fut là que David vit l'ange exterminateur remettre le glaive dans le fourreau et lui assurer le pardon de son crime.

Ce fut là que Salomon éleva son Temple à l'Eternel au commencement du quatrième millénaire de l'ère maçonnique; ce fut sur cette montagne enfin qu'environ mille ans après la fondation du Temple, les sacrifices sanglants des animaux furent remplacés par le Sacrifice volontaire du Réparateur universel, médiateur entre Dieu et l'homme. Voilà, mon Cher Frère les opérations sublimes et universelles qui furent manifestées dans le lieu où a été le Temple de Salomon. Vous avez vivement désiré le grade que vous venez de recevoir, qui est le dernier de ceux auxquels vous aviez quelques droits de prétendre depuis votre admission dans l'Ordre maçonnique, puisque son existence vous avait été annoncée depuis longtemps, en vous invitant à travailler sans relâche à vous en rendre digne. L'objet de cette instruction est de vous en faire sentir toute l'importance.

D'après ce que vous avez vu dans les trois grades précédents, vous vous attendiez sans doute, dans celui ci, à quelques nouvelles scènes, propres à réveiller votre attention et à faire naître en vous de nouvelles réflexions. Mais quelque grande que soit votre pénétration, vous n'aviez pas pu présumer ni le nombre ni la diversité des objets qui viennent de vous être présentés. Ils méritent tous de votre part de profondes méditations. Les trois premiers grades vous ont présenté, sous le voile des symboles, des emblèmes, des allégories, un tableau raccourci du passé, du présent et de l'avenir.

A l'aide des avis, des conseils et des maximes que vous avez reçus, vous avez pu apercevoir, sans de grands efforts, que l'homme moral et intellec­tuel en est le principal ou, pour mieux dire, l'unique objet. Assujetti pour un temps, par l'effet nécessaire de sa dégradation originelle, à l'enveloppe matérielle dont il sent tout le poids, exposé au choc des éléments qui actionnent violemment sur sa nature physique et à toutes les influences qui provoquent sans cesse ses passions et font éclore en lui tant de vices, il a besoin qu'on lui rappelle quels dangers, quels secours l'envi­ronnent, quelles sont les causes des souffrances auxquelles il est journellement en proie, et quelles espérances lui donne la noblesse de son origine. La Franc‑Maçonnerie bien méditée vous présente toutes ces utiles instructions.

 Elle vous rappelle sans cesse, et par toutes sortes de moyens, à votre propre nature essentielle. Elle cherche constamment à saisir les occasions de vous faire connaître l'origine de l'homme, sa destination primitive, sa chute, les maux qui en sont la suite, et les ressources que lui a ménagées la bonté divine pour en triompher. Jetons un coup d'œil rapide sur les principales circons­tances de vos grades précédents, et vous resterez convaincu des grandes vérités qu'ils vous ont retracées.

 Dans le premier grade d'Apprenti, après avoir subi l'épreuve des éléments matériels, figuratifs de ceux dans lesquels l'homme actuel est incorporisé, vous avez bientôt reconnu que vous étiez tombé sous le fléau de l'inexorable Justice. Mais on vous exhorta à réclamer la Clémence qui en tempère les rigueurs ; et, pour en assurer sur vous les effets salutaires, on vous fit sentir la nécessité d'en user vous même envers vos semblables. Dans cet état d'obscurité, d'ignorance et d'imperfection, on vous montra la pierre brute comme l'emblème le plus vrai de vous même.

 On vous fit sentir la nécessité de travailler sans relâche à la dégrossir, à la polir, et à recommencer souvent ce travail dur et difficile, si vous vouliez un jour en recueillir le prix. Et on ne vous dissimula pas que cette tâche vous est imposée pour toute la durée de votre vie. Dans le second grade, entaché des mêmes imperfections, vous vous montriez plein d'une folle présomption ; vous vous applau­dissiez des petits succès de vos premiers efforts, comme s'ils eussent été considérables.

Pour vous désabuser, on vous présenta devant l'emblème important des Compagnons, pour y apprendre à vous connaître vraiment tel que vous êtes, en tout ce qui constitue essentiellement votre être moral et intellectuel. Vous comprîtes sans effort que ce miroir qui réfléchissait fidèle­ment vos traits naturels, n'était que la figure d'une étude bien plus importante et plus approfondie que vous aviez à faire sur vous même. Vous dûtes apprendre par là qu'il fallait fouiller au fond de votre cœur, sans complaisance et sans illusion, pour y découvrir vos défauts, peut être aussi des vices qui pour l'ordi­naire sont bien mieux connus des autres que de nous mêmes, et pour vérifier, par un sévère examen, les progrès que vous pouviez avoir faits jusque là dans votre travail sur la pierre brute, et ceux qui vous restaient encore à faire.

On ne vous dissimula pas que, pour parvenir à cette connaissance si nécessaire de soi même, il fallait un grand désir, beaucoup de courage, et les efforts soutenus de l'intelligence. Mais, pour vous faciliter ce travail pénible, on vous recommanda de cultiver soigneusement la vertu de Tempérance, de cette tempérance universelle qui embrasse l'homme physique, l'homme moral et l'homme intellectuel, qui embrasse toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions, en un mot tout son être.

Ce fut alors que l'Etoile Flamboyante se présenta à vos regards, pour vous diriger dans l'emploi des moyens que vous aviez à prendre, pour acquérir et perfectionner en vous cette vertu, et pour soutenir vos efforts, d'abord chancelants, pour apprendre à la pratiquer. Considérez, mon cher Frère, quel est l'avantage et la supériorité sur ses semblables de l'homme qui a su se rendre maître de ses pensées, de ses paroles et de ses actions ; vous concevrez alors le prix et l'importance de cette tempérance universelle qui vous a été si fort recommandée.  

         Le troisième grade, en vous présentant un cadavre, figuré sous vos yeux, vous a rappelé la fin de l'homme physique et de toutes les choses temporelles, comme le premier grade vous en avait annoncé le commencement et le second leur durée. Les nombres, consacrés à ce grade, répétés et multipliés sous différentes formes, ne changent jamais de valeur et n'en peuvent donner aucune autre. Ils vous démontrent l'inertie totale et la nullité absolue de la matière, lorsqu'elle est séparée du principe de vie qui la faisait exister.

 Ils vous apprennent en même temps à bien distinguer ce qui, par sa nature, est périssable dans l'homme et dans toutes choses d'avec ce qui est indestructible, et à ne jamais le confondre. Le monument funéraire qui avait frappé vos regards en entrant dans ce lieu de deuil et de douleur, vous avait déjà donné cette importante leçon et vous avait appris que l'homme, à la fin de son voyage dans la région terrestre, se dépouille de tout ce qui est étranger à sa vraie nature.

Mais la flamme qui s'élevait au-dessus de ce monument vous avait appris en même temps que sa nature essentielle est impérissable et lui survit, et qu'elle est destinée à remonter à sa source primitive, si elle l'a mérité.

 Ce grade est encore destiné à donner à ceux qui y sont appelés, une grande leçon d'un autre genre. Etendu dans le cercueil comme n'existant plus, mais y conservant cependant tous les principes de la vie, vous avez figuré l'homme vicieux et corrompu qui paraît entièrement mort à la vertu, qui, oubliant ce qu'il est, ce qu'il se doit à lui même et aux autres et tous ses rapports sociaux, se livre inconsidérément à tous ses penchants déréglés et aux passions les plus avilissantes, qui ne montre plus qu'un être entièrement perdu pour la société qui gémit de sa perte dans le deuil et dans la tristesse. Cependant il reste toujours capable de sortir de cet état funeste, tant qu'il n'a pas éteint au fond de son âme le germe de bien qui l'unit encore à son principe. Il peut toujours, soit par l'effet des bons conseils, des bons exemples qui l'environnent, soit par l'énergie de ses propres résolutions, sortir de cette profonde léthargie et renaître à la vertu.

 C'est alors que le secours puissant du Maître vient seconder ses premiers efforts. Rappelez vous ici ceux que le Vénérable Maître, qui figurait cette puissance protectrice, a faits pour vous tirer de cet état funeste, et avec quel tendre empressement il vous a arraché du tombeau et rendu à la vie. Alors vous avez retrouvé vos Frères, la joie a succédé au deuil, à la tristesse, et la lumière aux ténèbres.

Le nombre de matière morte qui vous caractérisait s'est dissipé et, en acquérant un nouvel âge, vous avez acquis le nombre de la vie. La prudence, cette vertu favorite du Maître, aussi néces­saire à l'homme qui veut rentrer dans la bonne route dont il a eu le malheur de s'écarter qu'à celui qui veut se garantir des dangers dont il sait qu'il est sans cesse environné, vous avait été annoncée, dès le commencement de votre réception, comme un secours toujours présent dans vos besoins, si vous saviez vous l’approprier.

Elle vous avait donné ses conseils, que sans doute vous n’avez pas oubliés. Mais en terminant votre réception, et avant de vous abandonner à vos propres forces, elle s'est présen­tée elle même à vos regards et s'est offerte à vous comme un guide sûr, pour vous diriger dans toutes vos actions et vous conduire au terme heureux de vos espérances.

 Comme nous avons beaucoup de choses à vous dire sur le grade que vous venez de recevoir, nous ne pouvons pas poursuivre plus longtemps l'analyse des grades précédents. Gravez profon­dement dans votre esprit et dans votre cœur les explications lumineuses qui viennent de vous être données, afin qu'elles deviennent désormais la règle invariable de votre conduite. Le quatrième grade, dont nous allons nous occuper, complète et termine votre initiation maçonnique dans les classes des symboles. Dans celui ci, l'Ordre vous présente les mêmes vérités avec de nouveaux développements, sous des formes et allégories différentes, qui tendent toutes au même but ; et cela ne saurait être autrement, puisque c'est toujours l'histoire de l'homme en général, celle de son état passé, présent et futur, de ses rapports directs avec son créateur, avec ses semblables et avec tout ce qui l'environne dans l'univers créé, qu'il vous présente dans celui ci, ainsi que dans les précédents, comme l'unique objet de la Franc‑Maçonnerie primitive.

Ces formes, ces allégo­ries, ne sont tant variées que pour imprimer plus profondément dans votre esprit les vérités importantes qu'elles voilent. Mais comme, en se multipliant sous vos yeux, elles vous apportent toujours quelques nouvelles lumières, elles vous imposent aussi de nouveaux devoirs. Vous devez donc à chaque pas redoubler d'attention pour les connaître, et d'exactitude pour les remplir.

 

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Instructions secrètes des Profès

Publié le 12 Août 2026 par T.D

« Très cher Frère ! Lorsque vous entrâtes dans la carrière maçonnique, vous fûtes prévenu que des vérités importantes y étaient cachées sous le voile des cérémonies et des emblèmes. Cependant, malgré vos efforts pour les dévoiler, vous êtes encore aujourd'hui dans l'incertitude sur l'espèce de science que la Maçonnerie présente à vos recherches; et, peu satisfait des instructions qui vous ont été données, vous désirez d'être admis parmi nous dans l'espérance d'y découvrir la vraie base des Allégories.

Vos doutes et votre zèle seraient insuffisants pour nous déterminer, si vous n'étiez disposé à affirmer des choses que les hommes profanes s'efforcent d'oublier, et qu'ils dédaignent quand on les leur fait entrevoir. Mais à la faveur des liens fraternels qui nous unissent, nous nous sommes assurés par nous-mêmes de votre respect pour les vérités religieuses, et de la confiance que vous avez en elles. Ainsi nous n'avons point à craindre que vous les rejetiez lorsqu'on vous les présentera dans la route que vous allez parcourir. II est d'autant plus facile de les admettre, mon cher Frère, que c'est l'éloignement presque général des hommes pour ces objets sacrés qui, s'étant introduits parmi les Maçons, les empêcha de s'élever jusqu'à la vérité des allégories.

Alors, méconnaissant le but auquel ces mystères devaient les conduire, ils les appliquèrent à des sciences factices et matérielles qui n'eurent jamais aucun rapport à l'initiation maçonnique. Ainsi en adoptant ces systèmes arbitraires, ils ne concevaient déjà plus que l'initiation, ayant l'homme pour objet, doit le conduire à une science digne de lui, et propre à sa force intellectuelle.

 Pour vous aider, très cher Frère, à prendre une juste idée de l'espèce de science qui peut être le but de l'initiation, il est nécessaire de vous donner quelques notions de l'état de l'homme dans son origine, et des révolutions funestes qui furent produites en lui et dans l'univers par les actes désordonnés et arbitraires de sa volonté. Avant que l'homme primitif eût prostitué ses facultés à la recherche des objets matériels, ainsi que nous l'ont indiqué les Traditions Religieuses auxquelles vous faites profession d'adhérer, il avait un sentiment intime et une connaissance parfaite de la Nature spirituelle Divine. Vous ne pourrez en douter lorsque vous aurez appris, si vous l'ignorez encore, que l'homme appartient, par sa propre essence, à la classe des êtres spirituels Divins, et que, par la prérogative des Etres purs et spirituels, il y a sans cesse entre eux une action et une réaction réciproque de toutes leurs facultés. 

C'est pour cette raison qu'avant son crime l'homme se connaissait lui-même avec évidence, comme il connaissait le Principe Créateur Universel et toutes les créatures émanées de lui.

Or cette Science Divine était par sa nature absolument incompatible avec les affections et passions temporelles sensibles dont l'homme fut la proie à l'instant de sa prévarication, puisqu'elles avaient anéanti tous ses moyens naturels d'action et de réaction sur les Etres spirituels.  Les connaissances ténébreuses qu'il avait acquises par ses œuvres matérielles l'ayant jeté en privation absolue Divine, il prostitua son encens aux plus indignes créatures et ses facultés s'obscurcirent au point qu'il douta de sa propre existence spirituelle et de celle de tous les Agents de l'Univers.

En effet, dans cet état il restait privé de la perception de ces Agents et de tous les rapports directs qu'il avait auparavant avec eux, car il ne pouvait plus apercevoir que des êtres matériels, divisibles et composés. Voilà, mon cher Frère, ce qui lui fit perdre entièrement l'idée de l'Unité et de la perfection des Etres spirituels Divins, et ce qui le porta enfin à croire que la matière était en même temps le seul principe de l'Univers, et l'Univers même. Par les choses que nous venons de vous exposer, vous devez concevoir une haute idée de l'homme avant son crime, puisque c'était au centre de la Lumière et de la vérité qu'il puisait l'action, la vie et l'intelligence.

C'était à la faveur des rayons qui en émanent sur tous les Etres qu'aucun d'eux n'échappait à ses regards, et qu'il jouissait d'une Science sans bornes, étant sans cesse en aspect de tous les actes et de toutes les facultés des Etres spirituels. Vous devez concevoir également la possibilité des ténèbres que répandirent sur l'esprit de l'homme les faits qu'il opéra contre la loi du Créateur. Car aussitôt que, sans égard à son rang glorieux d'Etre pur spirituel, il eût conçu et exécuté le monstrueux projet de se nourrir de fruits matériels, il ne tarda pas, ainsi que les Traditions vous l'ont annoncé, à se regarder lui-même comme un Etre de matière. Dès lors, il ne s'occupa qu'à connaître et à fortifier les rapports qu'il venait d'acquérir avec la nature sensible et inférieure, il mit toute sa gloire à découvrir les facultés apparentes et les propriétés des corps, afin d'augmenter ses jouissances corporelles, enfin il ne reconnut pour vraie science que la science physique temporelle, parce que c'était la seule dont il pouvait avoir l'évidence.

Cette erreur ténébreuse se répandit sur sa postérité, et encore aujourd'hui les hommes qui se disent savants et philosophes n'admettent point d'autre science, et la plupart ne croient en effet qu'aux êtres soumis à leurs sens. Vous ne devez pas douter, mon cher Frère, de ce que nous venons de vous dire sur la cause originelle de l'ignorance de l'homme. Cette ignorance serait devenue universelle si, dès le commencement, elle n'avait été suscitée par des sages instruits dans les sciences spirituelles Divines, et qui les ont perpétuées sur la terre par la voie de l'initiation. Vous nous objecterez peut-être que la vraie science étant, ainsi que nous l'avons reconnu nous-mêmes, incompatible avec l'état actuel de l'homme, vous ne concevez pas ce que pouvait être la science des mages et des initiés. 

Pour vous éclairer sur cette question importante nous vous dirons qu'il y a certainement une science propre à l'homme d'aujourd'hui, à proportion qu'il se fortifie dans ses vertus spirituelles; mais cette science est très inférieure à celle dont il devait jouir, et c'est ce que nous allons tâcher de vous faire concevoir.

Dans l'état primitif de l'homme, sa science consistait dans une pleine et parfaite connaissance des Actes qu'il devait faire pour remplir avec précision la loi qu'il avait reçue de l'Eternel, loi qu'il ne pouvait exécuter sans connaître en même temps la nature et les prérogatives de tous les Etres émanés du Créateur. Il est donc bien évident que cette science ineffable ne pouvait convenir à l'homme après son crime, puisque étant renfermé dans les bornes étroites d'une forme incorruptible, il était privé de toutes les facultés qu'il avait reçues pour remplir sa première loi.

C'est pour cela que l'initiation et ses mystères, ne pouvant avoir rapport qu'à l'homme en privation, furent si différents de la science primitive. Car ils se réduisaient à instruire les Disciples sur l'état glorieux de pureté spirituelle Divine qui avait été l'apanage de l'homme, et à leur apprendre que c'était par les actes impies et ténébreux de sa volonté qu'il était déchu de cette première splendeur, et que l'Univers avait éprouvé les plus affreuses révolutions

. Aussi les premiers pas de l'initié se faisaient dans le deuil et dans les larmes, exposé à toute la rigueur des éléments. Lorsque, par la révélation de ces mystères, il était parvenu à concevoir la dignité de sa nature spirituelle et à sentir assez vivement sa privation pour se réclamer de la miséricorde du Créateur, on lui annonçait la puissance qui s'est manifestée en faveur de l'homme dans cet Univers et, pour le défendre des illusions temporelles, on lui indiquait les moyens de rendre les actes de cette puissance réversibles sur lui. Voilà, mon cher Frère, la différence extrême qui se trouve entre la science de l'initiation et la science primitive de l'homme.

 Dans ce court exposé vous avez dû entrevoir que, dès le premier âge du monde, lorsque l'homme coupable eut gémi sur son crime, la Clémence du Créateur lui avait accordé des secours puissants et efficaces. Alors il eut en effet le bonheur de percer les ténèbres épaisses dont il était enveloppé. Mais il ne put obtenir la jouissance directe et immédiate de ses premiers Droits, sa prévarication ayant élevé des obstacles insurmontables qui s'opposaient à sa parfaite réconciliation, jusqu'à ce que les conditions nécessaires pour l'opérer fussent accomplies.

 Cependant il eut dès lors des notions justes de son premier état, ainsi que des changements qui avaient eu lieu en sa faveur dans l'ordre temporel. Voilà ce que les Sages retraçaient à leurs disciples par le cérémonial et les emblèmes de l'initiation. Mais dès les premières postérités de l'homme ces faits furent enseignés sans mystères ni allégories, en sorte qu'il n'y eut point d'initiation dans les diverses familles qui habitaient alors la terre. Ainsi vous ne devez point accorder votre confiance à ce que des philosophes, peu instruits de l'origine de cet Univers, ont osé avancer sur ce premier âge, prétendant d'après leurs seules conjectures que les hommes d'alors ont vécu en sauvages et sans aucune connaissance de la Divinité.  

Car jamais on ne vit les hommes sur la terre dans ce déplorable état, qu'après qu'ils eurent obscurci leur intelligence par l'abus même des sublimes connaissances qui leur étaient propres. Cet abus étant devenu universel, le fléau lancé pour le détruire et pour préserver les postérités futures fut également universel, et dut l'être. Après le Déluge, la Science conservée par Noé fut transmise sans voile à ses enfants, comme les Traditions vous l'ont figurée, afin qu'elle fût perpétuée dans sa pureté originelle chez leur postérité. Mais dès lors même, un des propres fils de ce Sage élu osa abuser de ce qu'il venait de connaître, en répétant le crime que le Déluge avait effacé sur la terre.

Les profanations s'étant bientôt multipliées parmi les enfants des hommes, les Sages de cette seconde postérité devinrent réservés et circonspects. Car les nations s'abandonnant à l'idolâtrie et aux actes purement matériels, la Science qu'elles auraient profanée s'effaça de leur souvenir, et la Vérité fut un mystère qu'on ne pouvait plus révéler qu'à ceux d'entre les hommes qui s'en montraient dignes.

Cependant les Sages employèrent tous les moyens qui étaient en eux, et tous les secours qu'ils purent se procurer, pour en acquérir une connaissance plus parfaite et pour faire prévaloir la vraie science parmi les hommes. Nous ne vous dirons pas, mon cher Frère, quels étaient ces moyens et ces secours. Le zèle pour la Vérité qui vous a conduit au milieu de nous, si vous y persévérez constamment, vous servira à les découvrir.

Mais vous ne devez pas ignorer aujourd'hui que la route qui fut suivie par ces Maîtres était pénible et absolument opposée à celle qui avait précipité l'homme dans la Région matérielle terrestre. Ces hommes justes répandaient avec abondance sur la famille humaine les fruits de leurs œuvres, ne cessant de s'opposer aux progrès du mal parmi les peuples. Mais l'impiété et la corruption étant devenues presque universelles, ils furent forcés de recourir à des emblèmes mystérieux pour propager la science sans l'exposer à la profanation. Dans cette vue ils appelèrent à eux des hommes droits et simples de cœur, inébranlables et intrépides dans la voie de la vérité, et capables de lui faire tous les sacrifices qu'elle exigeait d'eux quand elle leur serait connue.

Gardez-vous donc, mon cher Frère, de penser que les Disciples de la science puissent parvenir par quelque route plus douce et moins pénible que celle qui fut pratiquée par les premiers Maîtres. II n'y a qu'une voie qui conduise à la Vérité, et si vous pensiez autrement, il faudrait abjurer cette erreur avant que d'entrer dans la carrière qui s'ouvre devant vous. Elle a été l'origine des initiations : elles furent nécessitées par l'ignorance et la perversité des hommes. Cependant ne croyez pas que toutes celles qui eurent lieu parmi les peuples dans les différentes époques de la Société humaine avaient été également recommandables ; car il y en eut d'institution Divine, et d'autres qui furent établies arbitrairement par des Maîtres plus ou moins éclairés.

Ceci nous conduit à vous dire que, quoiqu'il n'y ait qu'une vraie science pour l'homme, la forme de l'initiation peut varier à l'infini, parce que les signes et les types de vérité sont innombrables. Chez les anciens peuples, on donna le nom de Prêtres, Rois, Mages, Sages ou Philosophes à ceux à qui le secret de la science fut réservé.  Ils acquirent par leurs lumières une sorte de souveraineté, parce qu'ils furent des conducteurs éclairés pour les nations, et il ne faut pas chercher ailleurs l'origine de l'union primitive du sacerdoce à la puissance temporelle. Ceux qui sont instruits de l'histoire des diverses initiations savent qu'il n'en est aucune qui ait subsisté longtemps sans s'altérer peu à peu, par l'oubli des vrais principes et par le penchant naturel de l'homme animal à se reposer sur les choses matérielles et inférieures.

Telles furent la vraie cause et l'origine de l'idolâtrie, par le mélange abominable qui se fit bientôt du sacré avec le profane, et des emblèmes de la science spirituelle Divine, avec les pratiques superstitieuses des peuples corrompus. Cette décadence fut l'effet inévitable des initiations indiscrètes ou trop multipliées, et principalement de l'empire des erreurs répandues sur la terre, qui pénétraient jusque dans les Temples des Initiés. Bien que, malgré les travaux des Sages, l'initiation n'ait pu garantir les hommes des ténèbres de l'idolâtrie, quoique parmi leurs Disciples, il s'en soit trouvé qui ont osé égaler les puissances de la nature à la Divinité même et qui, après avoir profané les mystères de la science, ont perdu de vue le véritable sens des Allégories ou les ont travesties par des applications apocryphes.

Cependant, on doit aux vraies initiations d'avoir conservé sur la terre le Dogme de l'immortalité de l'âme et celui de l'existence d'un Etre unique et intelligent, Principe universel de tout ce qui existe. La doctrine constante des Sages de l'antiquité ne permet pas d'en douter.

En effet, le principal but de l'initiation fut toujours d'instruire les nommes sur les mystères de la Religion et de la science primitive, et de les préserver de l'abandon total qu'ils feraient de leurs facultés spirituelles aux influences des Etres corporels et inférieurs. Les initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu'elle pouvait y former des Temples dans le cœur de ceux qui savaient l'apprécier et lui rendre hommage.

Les Egyptiens, ainsi que la plupart des anciens peuples, avaient pu connaître la science dans sa pureté primitive. Cette science enseignait... les lois des choses spirituelles Divines et temporelles. Elle indiquait aux initiés les moyens de participer à l'action des puissances qui sont chargées d'opérer dans cet Univers en faveur de l'homme, et de le soutenir et défendre dans la carrière pénible à laquelle il a été assujetti par sa dégradation.

Mais les Sages d'Egypte, instruits de la diversité des faits qui peuvent résulter de l'action de ces puissances, fixèrent bientôt toute leur attention sur ce qui flattait le plus le penchant naturel de l'homme pour les choses sensibles et matérielles, en sorte qu'ils perdirent de vue les faits d'un Ordre supérieur jusqu'à les oublier entièrement, comme il est arrivé depuis à tous ceux qui les ont imités. 

Ainsi leur initiation n'eut bientôt d'autre objet que la connaissance de la nature matérielle, et il faut convenir qu'ils y firent de grands progrès, ayant profité des lumières que leurs Maîtres avaient acquises en ce genre, par une règle plus lumineuse et plus sûre.

Dès lors leurs hiéroglyphes et leurs Allégories cessèrent de s'élever jusqu'à l'action spirituelle universelle qui se manifeste dans l'Univers par ordre du Créateur, et n'eurent rapport qu'aux agents secondaires qui opèrent temporellement pour la production et la durée des êtres matériels. De là vient que leurs mystères ont bien plus exprimé le culte que les initiés rendaient aux puissances actives de la nature temporelle, que celui qu'ils auraient dû rendre au Principe unique de toute puissance générale et particulière. Les signes caractéristiques de chacune de ces Puissances, que quelques-uns ont appelé hiéroglyphes, ayant été présentés aux peuples dans le culte public, ils leur rendirent hommage comme à la Divinité même, et se prosternèrent devant les emblèmes que la science avait employés. Telle fut l'origine de l'idolâtrie matérielle des hommes vulgaires et ignorants. Les prêtres et les Initiés de la Religion Egyptienne n'avaient pu confondre les puissances de la nature avec les signes sensibles qui les expriment.

Mais ils étaient tombés dans une erreur bien plus funeste, puisque après s'être assurés de la réalité et de l'efficacité de l'action des divers Agents de la Nature, ils avaient cru devoir leur adoration à tous les Etres dont ils ne pouvaient concevoir la puissance. Et ils avaient été assez aveugles pour élever des temples et des autels, non seulement aux êtres bienfaisants, mais encore à des dieux méchants et pervers. Cette idolâtrie spirituelle et abominable fut la seule cause de l'idolâtrie des images, car, tandis que les prêtres invoquaient par des cérémonies sacrilèges les puissances mêmes figurées par les hiéroglyphes, le peuple, prosterné devant ces représentations matérielles, leur adressait directement sa prière sans s'élever audessus de la figure. 

Ainsi un culte impie se répandit sur la terre, et la plupart des nations restèrent exposées aux plus terribles fléaux, ayant cessé de rendre réversibles sur elles, par la pureté du culte, les puissances favorables qui actionnent dans l'univers en faveur de l'homme. Ces égarements des Egyptiens, que vous ne devez point ignorer puisqu'ils sont attestés par tous les monuments, doivent vous tenir en garde contre des écrivains modernes qui, d'après quelques fragments des cérémonies mystérieuses de l'initiation Egyptienne, ont attribué à ses prêtres, une sagesse et une science qui depuis longtemps n'existaient plus chez ce peuple. Les vains efforts des mages contre la sagesse victorieuse de Moïse vous fournissent une preuve évidente que, dès ce temps-là même, leur initiation s'était écartée du vrai but de la science et que, quelque grands que fussent leurs succès dans les oeuvres matérielles, ils ne pouvaient résister à l'efficacité puissante de la science spirituelle Divine. L'initiation primitive se corrompit chez tous les anciens peuples à peu près comme chez les Egyptiens.  

La diversité et la pluralité des Puissances dont l'action se manifestait sans cesse à leurs yeux, leur fit oublier le Créateur, source unique de toutes ces puissances, et, au lieu de rendre hommage à son éternelle Unité, ils se prosternèrent devant les Agents individuels qui, par Décret de l'Eternel, sont dépositaires dans cet Univers des émanations partielles de la Puissance Divine.

 Cependant ne croyez pas, mon cher Frère, que ces erreurs funestes aient été si universelles qu'il n'y ait eu chez ces peuples aucun Sage instruit sur la Vérité de l'initiation primitive. Il est certain que, depuis le commencement des temps, le vrai culte n'a pas cessé un instant d'être offert parmi les hommes sur des autels agréables à la Divinité. Il y a toujours eu, dans les diverses régions de la terre, des Elus qui ont présenté à l'Eternel, en toute sainteté, un encens pur et digne de lui, comme vrais représentants de la famille humaine au nom et en faveur de laquelle ils imploraient la bonté et la clémence Divines.

Et cela aurait-il pu être autrement sans que la terre, cet unique asile conservé à l'homme après son repentir, eût été changée en un affreux abîme pour rester à jamais, avec tous ses habitants, en privation éternelle divine, puisque, dans cette dépravation universelle, aucun homme n'aurait pu mériter les regards du Créateur. C'est ce qui vous a été annoncé par les Traditions, lorsque Dieu exigeait qu'il y eût au moins quelques justes dans Sodome sur lesquels pût reposer sa clémence.

 D'ailleurs vous n'ignorez point que, pour conserver le vrai Culte dans l'Univers et sur la terre, une Puissance ineffable a été envoyée par Décret de la Miséricorde infinie, et qu'après avoir régénéré l'Alliance entre Dieu et l'homme, elle ne cesse de vivifier, dans la postérité humaine, un culte qui n'a de valeur que parce que cette Puissance toute Divine est elle-même le grand Prêtre qui présente à l'Eternel les offrandes pures des hommes de Désir.  La corruption du culte, étant devenue presque générale parmi les hommes, donna lieu aux initiations d'institution Divine et à l'élection d'un peuple particulier chargé sur la terre de pratiquer le vrai culte dans toute sa pureté.

 « Moïse, législateur de cette nation élue qui ne paraît conservée que pour forcer les hommes à d'utiles réflexions, avait commencé à connaître la Science chez les Egyptiens. Mais, éclairé par une lumière supérieure, il s'éleva au-dessus de ses maîtres et leur fit connaître sa supériorité. Il rétablit la Science parmi les siens dans sa pureté originelle, car ils l'avaient oubliée dans une longue captivité chez un peuple corrompu.

 Ce fut à cette époque qu'il initia, à différents degrés, les chefs des Tribus et des familles, pour l'aider dans ses fonctions et pour transmettre successivement ce qu'ils avaient reçu de lui. Mais on vit presque aussitôt parmi eux des écarts et des abus, dont ils furent toujours sévèrement punis. Après Moïse et ses successeurs immédiats, la science dégénéra encore, et pendant un long intervalle de temps, elle ne parut que comme des éclairs passagers. Les Grands hommes qui s'élevèrent dans ces temps malheureux furent persécutés, et cette nation aveugle en vint même jusqu'à se lasser de ses puissants Conducteurs et à demander un Roi. Il lui fut accordé.

Saül fut élu et initié par Samuel mais, peu fidèle à la Loi qu'il avait reçue, il fut abandonné. Longtemps avant de monter sur le trône de Saül, David avait été initié. 

 Devenu coupable sur le trône, il fut sévèrement puni, mais, étant toujours resté fidèle à la Science, il obtint son pardon et mérita de recevoir les plans mystérieux du Temple qui devait être construit par son fils.  A peine Salomon fut-il élevé sur le trône de David qu'il reçut la plénitude de la science et de la sagesse qu'il avait désirée et demandée avec tant d'ardeur.

 Ce fut alors qu'il renouvela l'alliance que son père avait faite à Hiram, Roi de Tyr, alliance qui lui procura le plus grand et le plus célèbre des architectes, dont les travaux allégoriques servent encore de base à ceux des Maçons. Salomon, ayant acquis des connaissances profondes sur la nature, les communiqua par l'initiation à des ouvriers dignes d'exécuter les plans du Temple qu'il devait élever.

Et au jour de la Dédicace de cet édifice ils reçurent ensemble le prix de leurs sublimes travaux. Le Temple ayant alors acquis toute sa perfection, les ouvriers furent licenciés avec des distinctions relatives à leurs emplois particuliers. Cependant les chefs de Bandes restèrent auprès de ce Prince, et ce fut par les avis de ces sages coopérateurs que Salomon parvint au plus haut degré de gloire qu'aucun homme ne puisse obtenir.

 Mais ensuite, ébloui de sa puissance et de la splendeur de son trône, il perdit tout à fait de vue la sagesse qui l'avait élevé. Les Compagnons de ses travaux, effrayés des abus qu'il fit de la Science, s'éloignèrent tout à fait de sa Cour et portèrent dans d'autres contrées l'initiation du temple de Jérusalem, où elle se répandit chez différents peuples. Cette initiation ne différait pas essentiellement de l'initiation primitive. C'est la même Science et les mêmes mystères originels, séparés de tout ce que l'ignorance et la perversité des hommes y avaient rajouté d'impur ou d'étranger, et présenté sous les emblèmes du temple. Presque tous les Rois qui succédèrent à Salomon méconnurent cette Science, ou en abusèrent.

Cependant elle fut toujours spécialement conservée dans la race de Judas car, le Temple de Salomon ayant été détruit, Zorobabel en obtint la réédification et, ayant surmonté tous les obstacles, il rétablit l'initiation dans Jérusalem. Peu de temps après Zorobabel, le Science commença à dégénérer. Les abus se multiplièrent à un tel excès qu'elle disparut enfin du milieu de ce peuple.

Le Temple fut détruit jusque dans ses fondements, et les Juifs, dispersés dans toute la terre, vinrent subir à la face des nations la peine de leur aveuglement extrême. Car ils avaient méconnu le Restaurateur Universel de toute science, qui était venu la vivifier au Centre et lui rendre sa pureté originelle afin que, de là elle se répandit partout, et sur tous.

 Le Grand Type des Maçons se trouvant accompli par cet événement, la Science fut cultivée secrètement par quelques Sages qui conservèrent l'initiation du temple, tandis que l'instruction générale des peuples prit une forme qui rapprochait les nations du vrai but de tous les mystères primitifs.

En effet, si l'on examine avec un peu d'attention les écrits des sages qui ont éclairé les hommes pendant les premiers temps du christianisme, on en trouvera des preuves multipliées de l'initiation secrète, puisqu'ils parlent et agissent comme initiés. 

C'est ici le moment, mon cher Frère, de vous rappeler que l'admission au christianisme fut une véritable initiation à des mystères sacrés et ineffables.

 On ne pouvait en obtenir la connaissance et la participation qu'après avoir subi successivement des épreuves longues et rigoureuses dans les quatre différents grades, connus sous les noms d'Auditeurs, de Catéchumènes, de Compétents ou d'Elus, et de Néophytes ou chrétiens admis et baptisés. Nous ne parlons pas ici des quatre Grades supérieurs ou sacerdotaux auxquels on n'éleva que ceux qui furent destinés à la conduite des Temples, à la célébration des mystères, à instruire les initiés et à conférer le caractère de l'initiation.

Le grand nombre de ceux qui désiraient être initiés aux mystères du christianisme et les persécutions violentes qui commencèrent à s'élever, forcèrent à se garantir de l'indiscrétion inévitable d'une trop grande multitude, et des profanations qui en résultaient.

Les assemblées furent très secrètes, et les vraies initiations devinrent extrêmement rares. On se borna à admettre les Elus des différentes classes à quelque partie de la Doctrine ou du cérémonial mystérieux, mais sans leur accorder l'intelligence, car il ne leur en fut donné que des interprétations pieuses, morales ou dogmatiques, qui suffisaient au plus grand nombre. II vous sera facile, mon cher Frère, de vous en convaincre par le plus léger examen des premiers faits du christianisme, et des Rites mêmes qui nous ont été conservés sans que leur type originel nous ait été transmis.

 A cette époque, il existait sur la terre, comme il existe encore aujourd'hui, plusieurs espèces d'initiations : savoir l'initiation primitive, plus ou moins corrompue ou altérée, chez divers peuples de l'Orient ; l'initiation des Gentils ou des Egyptiens, qui n'est qu'un criminel et monstrueux abus de la Science ; et enfin l'initiation du Temple, établie par Moïse et perfectionnée par Salomon.

C'est la même qui est parvenue jusqu'à nous sous le nom de Franc-Maçonnerie. Elle diffère essentiellement de l'initiation chrétienne en ce qu'elle ne peut présenter que figurativement l'histoire de l'homme général et de l'univers ainsi que les rapports qui les unissent, tandis que cette dernière, beaucoup plus parfaite, présente le développement effectif des allégories et l'accomplissement réel des mystères de la Religion primitive et universelle... Arrêtons-nous, mon Cher Frère, ce n'est pas ici que vous devez être éclairé sur de si grands objets. L'instruction légitime, et vos propres travaux, doivent seuls, vous guider dans cette carrière sacrée.

La simple admission à l'initiation chrétienne, ayant été offerte à toutes les Nations, rendit presque universelle la Doctrine de la chute de l'homme et de sa régénération. Dès lors les initiations perverses furent presque anéanties parmi les peuples, les Agents obstinés de l'idolâtrie furent terrassés et confondus, et la Loi du Divin Christ régna dans l'Univers. Les initiés du temple se hâtèrent de rendre hommage à la Vérité qui venait de paraître à leurs yeux dans son plus grand éclat et, s'étant ainsi convaincus que l'attente où ils avaient été de la réédification du temple universel et particulier n'était point vaine, ils se firent un devoir de perpétuer l'initiation même qui avait éclairé leur esprit sur les mystères de l'homme et de l'univers.

Le cérémonial et les emblèmes qu'ils eurent soin de transmettre ont acquis, dans ces derniers temps, sous le nom de Franc-Maçonnerie, une sorte de publicité qui est venue de la condescendance coupable des Maîtres peu instruits, et de la curiosité indiscrète des hommes du siècle. Une foule ignorante et profane s'est introduite dans les Temples Maçonniques.

Les Profès ne se voyant plus entourés de leurs Frères selon la Science, ont gardé un silence profond sur l'initiation secrète de la Maçonnerie ainsi que sur le vrai sens des allégories des trois Grades, en sorte que la Profession, qui était l'apanage des maîtres, fut séparée d'eux par des classes intermédiaires et inutiles par elles-mêmes. Ce fut alors qu'on vit une multitude de Maçons, inquiets de leur ignorance mais peu disposés au développement des mystères, prendre à tâche de dévoiler nos emblèmes, quoique parmi ces Maîtres prétendus il y en ait eu d'assez téméraires pour ériger en dogmes leurs systèmes apocryphes en les appuyant sur des grades factices et illusoires.

Ce serait sans aucun fruit pour vous que nous mettions sous vos yeux les interprétations innombrables et arbitraires qu'ils n'ont pas craint de proposer aux candidats. Cependant il existe une classe de Maçons que nous devons vous dénoncer aujourd'hui, parce qu'ils s'abandonnèrent en effet dans une route absolument opposée à la science spirituelle Divine dont vous allez faire profession.

 La même erreur qui détourna l'homme primitif de ses actes spirituels pour le fixer aux résultats ténébreux de la matière, forme la base de la science des Adeptes : c'est dans la décomposition des êtres matériels et par les manipulations de leur art qu'ils espèrent découvrir une vraie lumière pour l'homme, et de trouver l'esprit vivifiant de la Nature. Mais celui qui est éclairé sur la vraie science sait que ce n'est pas dans la matière qu'il faut chercher ni la lumière ni l'esprit de la vie.

Pour favoriser leur succès dans ces vaines recherches, les Adeptes ont été assez aveugles pour emprunter de la vraie science quelques-uns de ses moyens, et pour adresser leur prière sacrilège au Grand Architecte de l'Univers, comme s'ils pouvaient ignorer la loi qu'il a imposée aux hommes de s'élever sans cesse audessus des actes matériels, pour lui édifier des Temples dignes de lui. Ainsi ce qui doit vous éloigner de l'art des Adeptes, c'est qu'ils emploient les moyens les plus incompatibles en les croyant également nécessaires au succès de leurs œuvres ; c'est que dans cette vue ils joignent à leurs manipulations des actes d'un ordre supérieur qu'on ne peut jamais, sans une insigne profanation, prostituer par des résultats matériels.

D'ailleurs tout ce que l'alchimiste le plus opiniâtre et le plus versé dans son art peut espérer de sa persévérance, c'est de pénétrer jusqu'aux Principes élémentaires des Etres Corporels soumis à ses manipulations, et d'en obtenir des phénomènes différents de la loi d'action temporelle individuelle qui leur est propre. Or c'est précisément là ce qui démontre la vanité de la science des Adeptes, puisqu'ils ne sauraient se procurer par ces Etres de vie apparente aucun fruit vraiment propre à l'homme.

C'est pourtant là l'unique terme de la Science dont ces hommes aveugles ne parlent qu'avec enthousiasme et qui les écarte en effet du seul objet digne de leurs recherches, c'est-à-dire de cette lumière que tout homme peut apercevoir lorsqu'il emploie les moyens qui sont en lui-même et dans la nature.

Voilà, mon cher Frère, ce que vous ne deviez point ignorer sur la Maçonnerie des Adeptes. Souvenez-vous, lorsque vous serez dans le cas de donner votre suffrage pour l'admission d'un Profès, que vous devez examiner rigoureusement ceux qui ont été partisans de l'art, et que vous ne devez jamais l'accorder avant qu'ils se soient eux-mêmes convaincus qu'un pareil travail ne peut s'allier avec la Profession des Sciences spirituelles Divines. Mon cher Frère, les instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse, pour que le bien que nous avons voulu faire ne serve pas à votre condamnation. Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers, quelles que soient les connaissances que vous pourrez acquérir, de vous préserver par sa bonté infinie du malheur d'en abuser. »

 

"Mon Cher Frère, les Instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos Instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des Initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse pour que le bien que nous avons voulu vous faire ne serve pas à votre Condamnation. Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers quelles que soient les connaissances que vous pourrez en acquérir, de vous préserver par sa Bonté Infinie du malheur d'en abuser 

 

 

 

 

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Publié le 12 Août 2026 par T.D

Grand PRIEUR : Frère Novice, un Ordre ancien et respectable, dérivé de l'Ordre antique de la Chevalerie, conservé jusqu'à nos jours sous ses diverses formes, caché pendant bien des siècles aux profanes sous les voiles des emblèmes et des allégories, réformé vers la fin du XVIIIème Siècle se montre aujourd'hui sans mystère.

Cet Ordre est actuellement voué uniquement à la pratique des vertus, à la défense des opprimés et au soutien des malheureux.

Vous avez déjà commencé à le connaître lorsque vous avez été admis au Noviciat. Il vous ouvre aujourd'hui les portes de son sanctuaire. Depuis lors, vous avez exprimé le désir de lui appartenir de plus près. Voulez-vous donc main­tenant vous lier à cet Ordre Bienfaisant par des voeux solennels, et vous unir à nous par des liens de la plus intime fraternité ?

Il est en effet essentiel, Frère Ecuyer Novice, que vous nous assuriez que l'engagement que vous allez contrac­ter sera irrévocable, et que vous serez à jamais dévoué à l'Ordre, et à ses princi­pes, à ses chefs et à tous les Chevaliers, puisqu'ils doivent à leur tour vous don­ner la même garantie.

CANDIDAT : ………      

Grand PRIEUR : Et vous. Frères Chevaliers, promettez-vous au candidat atta­chement inviolable et dévouement sans bornes ?

TOUS : Nous le jurons !

Grand PRIEUR : Je devrais maintenant vous faire entendre la lecture des vœux d'Ordre par lesquels vous vous engagerez en qualité de Chevalier. Mais, afin que vous en saisissiez mieux la haute importance, vous écouterez auparavant l'Instruction de votre nouveau Grade, le plus haut, le plus sublime de notre Rite. Elle vous fera reconnaître l'origine et le But primitif de notre Ordre, et la voie que vous devrez suivre désormais pour parvenir à ce but.

Elle vous fera particulièrement reconnaître les rapports avec l'Ordre vrai et grandiose qui l'a précédé.

Le Maître des Cérémonies conduit le Candidat à l'Occident et le fait asseoir vis-à-vis de l’Orient.

PRÉFET : Dans le Grade d'Écuyer Novice, alors que vous fûtes reçu dans l'Ordre, nous avons cherché à vous retracer les phases successives par les­quelles a passé l'initiation antique, et nous l'avons montrée inspirée par cette marche de l'esprit humain vers la perfectibilité et vers l'idéal.

Après avoir ainsi étudié l'origine et le but  de la Maçonnerie, en com­mençant par l'Orient, berceau de toute initiation, nous sommes arrivés d'étape en étape à cette touchante figure du Christ, qui domine celle des temps passés et qui a remplacé la vieille formule de la Divinité : un Dieu fort et jaloux qui punit dans ses enfants les iniquités des pères, par celle, plus juste, plus vraie et plus consolante : Dieu est un Père, il est Amour et Pardon.

Quoi d'étonnant que de tels préceptes, appuyés sur une vie toute d'abnégation, soient devenus la base d'une Religion nouvelle qui transforma la Société. La vie et l'enseignement du Christ nous le font apparaître comme un initié, le plus grand sans doute et qui, comme tant d'autres, paya de sa vie son courage, son indé­pendance et sa soif de vérité.

DOYEN : Les premiers temps du Christianisme se signalèrent par leur naïve sim­plicité : attendant le retour du Maître, on ne s'écartait point de ses préceptes, on leur obéissait à la lettre, sans chercher à en pénétrer le sens caché. Et, pour se met­tre en garde des faux Frères, on convenait déjà de certains signes et attouche­ments.

Mais peu à peu la nouvelle religion se transforma, donnant naissance aux Ordres monastiques, qui rappelaient en quelque sorte celui des Esséniens, et le principe d'autorité s'affirma définitivement lorsque celui qui se donnait pour le suc­cesseur de saint Pierre et pour le représentant du Maître qui fut humble parmi les humbles, s'assit sur un trône plus que royal et ceignit sa tête de la Triple Couronne.

Alors la simplicité des premiers temps, sa morale, la bienfaisance, la fraternité, firent place à l'esprit d'autorité et d'intolérance, ainsi qu'aux dogmes les plus étranges et les plus arbitraires.

Mais ne nous attardons point à ces époques, qui cependant, ne manquèrent pas de grandeur : ne fut-ce pas une magnifique page dans le livre de l'Humanité, que ce sublime appel de Pierre l'Ermite au Concile de Clermont, faisant courir un fris­son guerrier dans les veines de ses contemporains ; la conquête des Lieux Saints, les Chrétiens possesseurs de ces régions lointaines où avait vécu, prêché et souffert l'inoubliable  Rédempteur ? Les Croisades se succédèrent, époque prestigieuse qui inspira tant d'actions d'éclat et qui, pour les peuples d'Occident, fut l'aurore de la liberté et de l'affran­chissement.

PRIEUR : L'établissement des Chrétiens à Jérusalem donna naissance aux Ordres chevaleresques, et la tradition veut que nous nous rattachions à celui dont nous allons retracer la courte mais glorieuse existence.

En 1108, Hugues de Paganis et Geoffroy de Saint Orner, tous deux natifs d'Auvergne, arrivèrent en Terre Sainte. Trois ans plus tard, ils se réunirent à sept autres gentilhomme le jour de la Sainte Trinité, et élurent Hugues de Paganis pour leur chef. Leur principal but était de protéger les pèlerins contre les Sarrasins et de tout sacrifier pour la défense de la Religion chrétienne.

PRÉFET : Ils se donnèrent le nom de Chevaliers de la Cité Sainte. Les neuf Fondateurs de cet Ordre étaient :

Hugues de Paganis,

Geoffroy de Saint Orner,

Guilbert Norfolk,

Philippe de Saint Maur,

Hildebrand Lavis de Scala,

Jacques de Durfart-Duras,

Martin de Rhodes,

Guillaume de Garnache,

Hugues, Sire de Lusignan.

PRIEUR : Dans le principe, ces neuf Chevaliers étaient errants, mais en 1115, le Roi Baudoin II leur donna asile dans l'enceinte du temple de Salomon, et en 1118 ils furent appelés CHEVALIERS DU TEMPLE ou TEMPLIERS.

Ils vivaient d'aumônes et de bienfaits des fidèles et, pendant neuf ans encore, ils limitèrent leur nombre à neuf. Quoiqu'issus des plus nobles Maisons, leur pau­vreté était si grande qu'un cheval servait à deux Chevaliers. Plus tard, voulant rappeler les commencements si modestes de leur Ordre ils adoptèrent un sceau représentant « un cheval monté par deux Chevaliers ».

PRIEUR : En 1128, au Concile de Troyes, ils furent reçus solennellement par l'Église Chrétienne et reçurent le Manteau Blanc. Saint Bernard leur donna leur Règle.

En 1147, le Pape Eugène III y ajouta la Croix Rouge. Dix ans plus tard, le Pape leur accorda le droit de posséder des terres et dès lors, leur prospérité ne connut plus de bornes.

Déjà avant le Concile de Troyes, l'Ordre comptait vingt-sept Chevaliers et tout de suite après, en 1128, il se forma trente Prieurés, composés chacun de vingt-sept Chevaliers. On convint de les diviser de cette manière, afin de mieux pouvoir couvrir les avenues du Temple et de Jérusalem.

On décréta que neuf Chevaliers auraient un Supérieur et qu'au dessus des Supérieurs serait nommé un Préfet, auquel les autres-devraient prêter obéissance. Plus tard, le Pape Eugène III donna le nom de Commandeurs à ces Supérieurs.

En 1183 l'importance de l'Ordre était devenue telle en Europe qu'il s'y divisait en Provinces et que le nombre de Provinces fut irrévocablement fixé à neuf.

DOYEN : A la fin du douzième siècle, les revenus de l'Ordre se montaient déjà à deux millions d'écus d'or, répartis sur ses neuf mille maisons.

Au siècle suivant, Richard, Roi d'Angleterre, lui vendit le Royaume de Chypre, conquis sur les Empereurs grecs.

Mais cette prospérité et cette splendeur devaient causer la perte des Templiers en attirant sur eux l'envie et la cupidité et bientôt Philippe le Bel, Roi de France, jura de consommer leur ruine.

Pour y mieux parvenir, il gagna à sa cause le Pape d'Avignon et celui-ci cita à son tribunal Jacques de Molay, Grand Maître de l'Ordre, qui lors faisait la guerre en Chypre et qui, sûr de son innocence, accourut à cet appel. Le Grand Maître, Parrain du fils du Roi, fut plongé dans un cachot. Partout on arrêta les Templiers, partout on les soumit aux tortures les plus affreuses pour leur extorquer des aveux, aussitôt après désavoués.

Enfin le 13 octobre 1311, au Concile de Vienne, l'Ordre fut déclaré extirpé et aboli... mais trois cent Pères refusèrent de s'associer à cette infâme sentence.

Le Pape Clément V y suppléa par la plénitude de la Puissance Apostolique et sanctionna le jugement.

Dès lors les supplices succédèrent aux supplices, jusqu'au 11 mars 1314, jour où furent brûlés Guy, dauphin d'Auvergne et Jacques de Molay, dernier Grand Maître de l'Ordre. Le peuple se jeta sur leurs cendres, les ramassa et les conser­va pieusement comme reliques.

PRÉFET : L'Histoire cède maintenant le pas à la Tradition secrète. Celle-ci nous enseigne que les Templiers échappés au désastre s'enfuirent en divers pays :

Pierre de Beaujeu se réfugia en Suède ; Pierre d'Aumont, Maître Provincial d'Auvergne, se défendit quelque temps, puis se sauva avec deux Commandeurs et cinq Chevaliers, tous déguisés en maçons. Leur nombre s'accrut jusqu'à quinze et leur premier refuge fut l'Irlande.

De là, ils gagnèrent l'île de Mull en Écosse et y rencontrèrent Georges Harris, Grand Commandeur d'Hamptoncourt, qui y vivait retiré avec quelques Frères. Ils tinrent conseil en cet endroit et, à la saint Jean 1312 ils résolurent de propager l'Ordre en secret en adoptant pour lui des symboles et emblèmes de la Maçonnerie.

Déjà plusieurs avaient changé de nom pendant leur fuite et d'Aumont avait pris celui de Mac Bénac.

Ce fut une tenue Chapitrale mémorable, celle dans laquelle d'Aumont fut élu Grand Maître. Et c'est depuis cette date que l'Ordre s'est propagé sous les for­mes extérieures qu'il a conservées jusqu'à nos jours. Puis on décréta, les noms symboliques en usage des Maçons pour conserver la mémoire du travestissement d'Aumont et de ses Frères. D'Aumont, très âgé, ne put soutenir une vie aussi pénible, et mourut déjà en 1313.

Alors Harris fut élu à sa place. Ce fut lui qui permit aux Chevaliers de se marier afin de pouvoir conserver et perpétuer l'Ordre dans leurs enfants parce que, dans ces temps désastreux, on n'osa jamais tenter d'initier un homme libre, ou au moins de lui donner des Connaissances supérieures au Grade de Maître.

Harris permit encore d'initier les hommes de tous états, civils ou ecclésiastiques, et même des membres de la Confession Grecque et de leur donner l'entrée dans l'Ordre. C'est lui enfin qui établit le sceau de l'Ordre représentant un Phénix, avec cette devise: « Perit ut vivat ». Le Phénix est l'emblème des Novices. C'est aussi le plus ancien symbole de la Maçonnerie, parce qu'il est l'image de l'Honneur qui ne périt que pour revivre, et de l'Ordre qui a péri dans les flammes pour renaître aussitôt de ses cendres.

DOYEN : Malgré les persécutions, l'Ordre s'est perpétué. Pierre de Beaujeu en assuma d'abord la Grande Maîtrise. D'Aumont lui succéda et mena les Chevaliers sur la route de l'exil. Harris les réorganisa, les consola et leur rendit le courage de vivre et la foi dans l'avenir.

PRIEUR : Ordre sublime ! Ton but dans la vie est toute la raison de vivre.  De l'enseignement du Maître, tu as gardé l'Amour du prochain, la Bienfaisance éclairée, le Respect des croyances d'autrui. Trois colonnes soutiennent ton Temple. Elles s'appellent la Foi, l'Espérance et la Charité. Tant qu'elles te soutiendront, il défiera la durée, et ne tombera qu'avec l'humanité.

DOYEN : La Tradition veut que l'Ordre se soit perpétué secrètement dans ses diverses Provinces, et que dans le Royaume Uni, il ait formé les Grades Supérieurs de la Maçonnerie. Dans les temps de sa prospérité, l'Ordre Templier avait été le protecteur des Loges de la contrée. A son tour proscrit et réduit à se cacher, il aurait été protégé et défendu par les Loges.

Les deux Systèmes ne cessèrent de se pénétrer sans jamais s'absorber, et ce fut évidemment l'origine des hauts Grades de la Maçonnerie Moderne.

PRÉFET : Longtemps seuls, nos Grades Supérieurs furent les seuls connus et les seuls pratiqués. Ils se recrutaient dans la Maçonnerie de Saint André et leur Ordre Intérieur se composait, comme de nos jours, de deux Degrés : Le Novice et le Chevalier.

Ils furent le fidèle soutien du Trône et de l'Autel. Ils accompagnèrent, la Royauté en exil et passèrent ainsi en France au XVIIème Siècle, pour de là se répandre un peu partout, se modifiant au contact d'autres milieux et d'exigences nouvelles. Les anciennes Provinces Françaises reprirent vie : C'étaient les IIème, IIIème et Vème de l'Ordre.

En France, comme en Allemagne, l'Ordre, pour conserver la pureté de ses origines, se rectifiait souvent au sein des Convents.

PRÉFET : Il luttait contre les infiltrations jésuitiques, se défendait des théories des alchimistes de l'époque, interdisait les discussions politiques et religieuses, toutes choses qui altéraient la sérénité des rapports entre Frères en semant la désunion et la défiance. Il conservait à ses admirables Rituels de Maître Écossais, de Novice et de Chevalier leur pureté originelle et leur grandeur incontestée.

Enfin, dans le Convent national des Gaules, en novembre 1778, les Provinces Françaises déclaraient vouloir renoncer à jamais à lotis les privilèges et à toutes les revendications profanes de l'ancien Ordre du Temple et reprendre dès lors le nom qu'avaient porté les donateurs avant d'avoir acquis aucune possession, à savoir celui de :

CHEVALIER DE LA CITÉ SAINTE.

Oui, mes Frères, vous êtes les continuateurs rituels de ces vaillants preux qui fon­dèrent jadis l'Ordre Bienfaisant des Chevaliers de la Cité Sainte et qui ont porté si glorieusement le titre de TEMPLIERS.

Après avoir formé l'Ordre Maçonnique le plus brillant du XVIIIème Siècle, et jeté de vives lueurs pendant le premier tiers du suivant, il s'est éteint un peu partout, s'écroulant avec la Société qu'il représentait et qui le composait, mais conservant un dernier foyer de lumière et de chaleur.

PRIEUR : L'évolution est une des grandes lois de la Nature. C'est une force qui brise toute résistance : pour vivre, il faut savoir regarder en avant et marcher tou­jours, car celui qui s'arrête ou recule disparaît de la scène. Regardez donc en avant, mes Frères : la vie est une lutte de tous les jours, la vie exige cette lutte, la victoire est à ce prix.

Il faut que chacun travaille, que chacun apporte sa pierre à l'édifice. Nous devons tous maintenir et propager nos principes de Foi et de Liberté de pensée, de Charité et de Bienfaisance, pour être dignes de l'Ordre et de ceux qui nous ont reçus dans son sein.

A la fin de ce récit, l'orgue se fait entendre pendant un certain temps et lorsque la musique se termine, le Maître des Cérémonies conduit le Candidat devant l'autel.

Grand PRIEUR : Écoutez maintenant la lecture de la formule des vœux d'Ordre par laquelle vous allez vous engager en qualité de Chevalier.

 

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Ecuyer Novice

Publié le 11 Août 2026 par T.D

Le Temple du Roi Salomon était une des sept merveilles de l'Antiquité. C'était aussi un édifice entièrement symbolique. Le plan de ce sanctuaire grandiose, ses constructions, ses ornements, ses bases, présentaient la synthèse de toutes les sciences : c'était l'univers, c'était la philosophie, c'était le ciel.

Salomon en avait conçu le plan, Hiram l'avait exécuté avec génie, les directeurs de travaux avaient la science des détails et les ouvriers travaillaient d'après les plans des Maîtres. Cette hiérarchie si rationnelle et si juste est prise dans la Franc-Maçonnerie pour le type de la société parfaite. Les Francs-Maçons veulent rebâtir le Temple, c'est- à-dire reconstruire la société sur les bases de la hiérarchie intelligente et de l'initiation progressive, indépendants de toute secte religieuse et de toute faction politique et c'est pour cela qu'ils se disent Francs-Maçons, c'est-à-dire constructeurs libres.

L'initiation, qui dans ses phases successives, cherche à soustraire la créature humaine à la domination de la matière pour la rendre plus accessible aux aspirations de son âme et à la voix de sa conscience, trouve sa sublime expression dans la devise du Maître Écossais : « MELIORA PRAESUMO ». C'est vous dire que les Maçons désireux de devenir un jour Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, doivent s'inspirer de l'esprit de celui qui fut le Maître Parfait, afin que, vivant dans la Foi, l'Espérance et la Charité, ils consacrent leurs efforts à conduire, par leur exemple, au Temple de la Sagesse, ceux qui en sont le plus éloignés.

Le but de l'initiation maçonnique paraîtra peut-être trop simple à ceux qui ont espéré des connaissances et un ordre différent. Aveugles qu'ils sont : la Sagesse n'est-elle pas son ouvrage ? N'est-ce pas elle qui enseigne la Justice, la Tempérance, la Prudence ? N'est-ce pas elle qui donne le Courage ? Seules vertus qui soient réellement utiles à l'homme en cette vie, car elles sont tout le secret de la Force en elle. C'est vers cette Sagesse que l'Ordre veut vous conduire, vers cette Sagesse, seule capable d'éclairer votre route et de vous mener aux sources du vrai bonheur.

Aujourd'hui nous voulons vous retracer l'origine et le but de la Franc- Maçonnerie. Ce ne sont pas des conjectures que nous voulons vous présenter, c'est l'histoire même de cette auguste institution dont nous allons vous esquisser les grands traits. Vous donner en détail l'histoire de l'initiation à travers les âges, serait, en effet, impossible puisque ce serait reprendre l'histoire de tous les peuples de la terre, et que c'est dans leur religion et dans leurs mystères qu'il faudrait en rechercher les traces et les vestiges.

Mes Frères, le Rituel maçonnique dit : « Comme le soleil commence son cours à l'Orient et répand la lumière dans le monde, de même aussi le Vénérable Maître se place à l'Orient pour mettre les Frères à l'ouvrage et éclairer la Loge de ses lumières ».

On s'accorde à reconnaître que l'Orient fut le berceau de l'initiation, c'est à dire que les peuples des pays qu'arrosent le Gange et l'Indus, guidés par leur imagi­nation idéaliste et contemplative, eurent la pensée originelle et la première appli­cation de ces mystères qui, bien des siècles plus tard, furent portés sur les bords du Nil par la secte des Gymnosophistes.

L'Inde contemporaine a conservé ses antiques Brahmanes qui seuls encore, ont le droit d'interpréter les Vedas ou Saintes Écritures Leurs symboles sont restés les mêmes et un cercle enfermé dans un triangle équilatéral est l'emblème de cette éternité fermée de Brahma, Vishnou et Shiva : la Vie et la Mort.

Les sociétés secrètes de l'Antiquité ont atteint leur plus grand épanouissement dans la vallée du Nil. De tous les points du monde, on accourait à leurs mystères d'Isis, de Sérapis et d'Osiris pour y acquérir instruction et édification.

L’initiation aux mystères égyptiens avait la plus haute valeur et était revêtue de tout l'éclat de la pompe orientale. C'est au sein des temples qu'elle avait lieu.

Le cortège passait au milieu de ces mystérieux sphinx qui semblaient « garder les avenues de l'édifice ». Puis on arrivait devant les deux obélisques isolés, comme les deux colonnes devant le temple de Salomon et qui étaient dédiés au dieu Soleil

Enfin l'imposant cortège entrait dans le Sanctuaire où se déroulait la cérémonie proprement dite.

Dans la haute Égypte, les Gymnosophistes avaient établi leur principale école dans l'île de Mérée, où l'on admire encore aujourd'hui les ruines de leurs temples magnifiques.

Dans la moyenne Égypte, le centre principal des mystères était à Memphis, près du sphinx colossal et de son temple hypogée dont l'origine remonte à plus de sept mille ans en arrière, non loin de la plus grande de ces gigantesques pyramides orientées aux quatre points cardinaux, et dont la singulière distribution intérieure semble bien avoir servi aux mystères et aux épreuves de l'initiation.

Quand le roi Cambyse, 525 ans avant notre ère, abattit la grande nation Égyptienne en la frappant au cœur, c'est-à-dire, en égorgeant ses prêtres et en ruinant ses temples, il y avait déjà un millier d'années que la Grèce avait puisé chez elle son enseignement hermétique, lui avait emprunté ses sociétés secrètes et institué ses fameux mystères de Samothrace et d'Éleusis.

Nous ne pouvons vous décrire ici ces merveilles de l'esprit humain, ni vous parler en détail de Pythagore et de ses continuateurs, de Socrate, du divin Platon et de Zénon, le chef des Stoïciens.

Nous vous rappelons que Socrate disait que la Morale est une science basée sur la connaissance de soi-même, qu'il apprit à ses disciples à distinguer entre toutes, les vertus que sont la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force qui est leur conséquence. Qu'il recommandait la pratique du bien comme source du bonheur. Qu'il croyait en l'immortalité de l'âme et enseignait l'existence d'un Dieu unique et sa Providence. Ce Juste qui n'eut que le tort de devancer son temps, fut condamné à boire la cigüe 400 ans avant Jésus-Christ.

Tous ces hommes formèrent des écoles et leurs doctrines se répandirent au loin dans le monde, si bien qu'en Judée, trois courants d'idées se dessinaient bien avant la naissance de Jésus :

- Les Pharisiens, conservateurs religieux,

- Les Sadducéens, conservateurs politiques,

- Les Esséniens, corporation plus religieuse que philosophique, rappelant par bien des traits communs, les Ordres monastiques, sorte d'association pythagoricienne mêlée d'austères pratiques des Stoïciens.

Ainsi donc l'initiation, après avoir vivifié l'Égypte et la Grèce, fit pénétrer sa chaleur bienfaisante en Palestine. Or, l'initiation n'était pas une science car elle ne renfermait ni règles, ni principes scientifiques, ni enseignement spécial. Ce n'était pas une religion puisqu'elle ne possédait ni dogme, ni discipline, ni rituel exclusivement religieux.

Mais elle était une école où l'on enseignait les Arts, les Sciences, la Morale, la Législation, la Philosophie et la Philanthropie, le culte et les phénomènes de la nature, afin que l'initié connût la vérité sur toutes ces choses.

Partout elle suscita des génies jusqu'au jour où se révéla le plus grand de tous. Celui qui prêcha la Paix, l'Amour, le Pardon des offenses. Celui qui releva le faible et infusa aux masses un sang nouveau puisé dans la Foi, l'Espérance et la Charité.

Des écoles philosophiques de la Judée, nous ne retiendrons qu'une seule, celle des Esséniens, dont l'histoire ne remonte peut-être qu'à 150 ans avant Jésus- Christ. C'était plutôt une corporation religieuse, sorte d'Ordre monastique, nous l'avons dit, constituée selon l'idée pythagoricienne et pratiquant les vertus stoïciennes. Loin de la flétrir ou de la combattre comme les écoles rivales, le Christ n'en fait jamais mention, ce qui viendrait à l'appui de la tradition qui le fait sortir, lui et quelques-uns de ses disciples, de cette caste des Esséniens.

Quant aux Thérapeutes, ils étaient, selon Philon, des Esséniens isolés et établis à l'étranger, surtout aux environs d'Alexandrie, où ils jouissaient d'une grande réputation comme guérisseurs et comme savants.

Les Esséniens n'habitaient pas les grandes villes de la Judée, mais ils formaient des sortes de monastères administrés chacun par un économe. Ils pratiquaient le mépris de la richesse, vivaient en commun du produit de leurs travaux, et se réunissaient pour prier, tournés vers l'Orient, et pour méditer les lois divines, dans un langage riche en allégories. Dans ces assemblées si graves, ils se ceignaient les reins d'une pièce de linge blanc, ils se mettaient à l'ordre, portant une main entre la poitrine et la barbe, tandis que l'autre pendait au côté (Philon).

Les Esséniens soumettaient leurs candidats à trois épreuves. Puis, lors de la cérémonie d'Initiation, leur remettaient une pioche ou hache, une robe blanche et le tablier déjà mentionné. Ils préféraient le célibat au mariage, mais élevaient volontiers les enfants pauvres. Ennemis de toute guerre et de toute violence, ils proscrivaient l'esclavage, et enseignaient que tous les hommes sont égaux entre eux. A leur entrée dans l'Ordre, ils devaient jurer obéissance à leurs supérieurs et promettre de ne jamais révéler à personne les mystères de l'Association, même s'il devait leur en coûter la vie. Leur maxime fondamentale était : Tu aimeras Dieu et ton prochain, tu seras vertueux.

Tels étaient ces grands spiritualistes qui furent les éducateurs du Christ. Aujourd'hui, je n'ai pas à vous retracer la vie et l'œuvre du grand crucifié, mais quand expira sur le Golgotha cette voix qui avait appelé les hommes à la liberté en apportant sur cette terre la Foi, l'Espérance et la Charité, l'œuvre resta. La flamme divine ne s'éteignit pas. Elle fut entretenue par les premières communautés chrétiennes, ainsi que par ces humbles contemplatifs répandus dans le désert et, petite lumière d'abord cachée aux profanes, devint un jour la Grande Lumière qui mit fin à toute une civilisation reposant sur le despotisme et l'esclavage.

Après le supplice du Christ, ses disciples se groupèrent autour de son frère, l'Apôtre Jacques, mais leur communauté conserva un caractère judaïque dont la loi mosaïque formait la base essentielle. Telle fut la première forme du christianisme. Elle ne survécut pas à la destruction de Jérusalem par Titus.

Pierre avait essayé, mais sans succès, de répandre la nouvelle doctrine. Étienne et Paul réussirent mieux, parce qu'ils l'affranchirent des observances mosaïques. Ce fut le, deuxième type de communauté. On n'exigeait plus que la confiance en Dieu et la pratique de la morale de Jésus.

Ces assemblées ou ecclesiae avaient l'organisation des synagogues. Elles étaient guidées par un ancien ou Vénérable, assisté lui-même de deux Surveillants, d'un Instructeur, enfin de Diacres qui fonctionnaient comme Maîtres des Cérémonies, Trésorier, Économe et Elémosinaire. Tous étaient élus par la communauté.

Peu à peu ces communautés se répandaient, franchissant leurs limites étroites, elles gagnèrent Alexandrie et l'Égypte, la Grèce, l'Asie Mineure. Un esprit nouveau pénétrait ces « ecclesiae ». On ne croyait plus au retour prochain du Christ et les néophytes apportaient avec eux le bagage scientifique et philosophique de leur époque, ainsi qu'un cérémonial spécial venu surtout de Grèce et qui devait, si rapidement, transformer ces   « ecclesiae » si simples au début, en associations secrètes où l'on n'entrait que par Initiation.

Ajoutons que celles-ci comportaient, au début, trois degrés : des Auditeurs, des Catéchumènes et des Fidèles.

L'enseignement fut tout symbolique et les néophytes, éprouvés par plusieurs scrutins successifs, étaient conduits dans la crypte, baignés dans l'eau lustrale, revêtus de la robe blanche, puis oints d'huile sacrée. Ils recevaient sur le front le signe mystérieux de la communauté : la croix. Enfin, ils récitaient le Credo et promettaient le secret. Le mot de passe le plus ordinaire était symbolisé par un poisson parce que les cinq lettres de ce mot donnaient les initiales des mots « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur »

Tel fut le troisième type d'organisation chrétienne. Il fut aussi celui de la Tradition Johannique. En effet, l'Évangile préféré semble avoir été celui selon saint Jean, livre essentiellement philosophique et donnant Jésus pour le Fils de Dieu et non pour son égal. Dans ces assemblées, la loi mosaïque, loi d'autorité, a disparu, mais la lutte pour ce même principe d'autorité, lutte séculaire et sans fin, va naître entre les Frères de saint Jean ou Johannites, qui voient en Jésus-Christ un Sage et un homme, et les Diocètes qui veulent lui conférer une naissance et une essence divine.

Nous sommes arrivés vers l'an 125 de notre ère. Les Chrétiens de saint Jean n'ont cessé de s'accroître, si bien qu'à l'époque des Croisades, ils couvraient de leurs sectes toute la Syrie. Aujourd'hui, on les retrouve encore en Mésopotamie.

En 1118, le Patriarcat de ces Chrétiens de la primitive église fut Conféré à Hugues de Paganis, fondateur de l'Ordre des Templiers, pour lui et ses successeurs, en même temps qu'une version spéciale de l'Évangile selon saint Jean lui aurait été confiée.

Très orthodoxes au début, les Chevaliers du Temple devinrent de fervents adeptes johannites dans leurs assemblées secrètes tout en conservant extérieurement les formes du culte romain, car les Diocètes l'avaient emporté et la lutte des deux sectes devait ensanglanter l'humanité dans les siècles à venir.

L'enseignement de saint Jean était appelé la Gnose et, vers la fin du siècle, ce Clément d'Alexandrie dont l'Église devait faire un saint, s'écriait ; « S'il fallait choisir entre le salut et la Gnose, il faudrait choisir la Gnose ». Comme nous sommes loin de ce Clément V qui fit périr sur le bûcher, les Chevaliers du Temple, Frères de saint Jean et gnostiques du XIVème siècle.

Tel était l'état de l'initiation lorsque, sous les étendards de Godefroy de Bouillon, les Croisés s'enrôlèrent pour voler à la conquête des lieux saints en 1095. Ce ne fut que plus tard, en 1118, sous le règne de Balduin II (son deuxième successeur) que furent fondés les Ordres illustres des Chevaliers de saint Jean et des Chevaliers du Temple de la Cité Sainte.

Les fondateurs de ce dernier Ordre furent Hugues de Paganis et Geoffroy de Saint Orner et sept autres Chevaliers. Au début, les Chevaliers ne pouvaient être plus de neuf mais, protégés par les Rois et bénis par les Papes, ils formèrent un Ordre connu pour sa prospérité prodigieuse. Partout ils exécutèrent des constructions considérables : églises, châteaux- forts et autres bâtiments pour lesquels ils employèrent un grand nombre d'architectes et d'ouvriers venus de toutes parts et surtout des Îles Britanniques.

L'Ordre avait son Temple à Londres, à Paris et dans toutes les villes importantes. A Genève, il possédait plusieurs domaines, notamment aux Eaux-Vives, à Fontenex, à Confignon, etc... mais il possédait surtout la Colline de Saint- Gervais, jadis couronnée par son antique crypte du IIIème siècle, qui enferma et protégea, ensuite, la Maison de l'Ordre, c'est à dire le Temple.

Grand Maître par la grâce de Dieu, le Chef de l'Ordre avait plus de puissance qu'un roi. Philippe le Bel rechercha sa protection contre le peuple insurgé de la capitale. Puis, jaloux de sa puissance et de ses incalculables richesses, le roi, mal conseillé par son orgueil et sa jalousie, s'associa avec le pape Clément V pour charger les Templiers des crimes et des vices les plus ignobles. Ainsi fut aboli, en octobre 1311, l'Ordre le plus illustre, merveille du         Moyen-Âge, que tous les princes, que tous les papes, avaient admiré et protégé.

Un grand nombre de Chevaliers furent arrêtés et suppliciés. Bien peu en réchappèrent. Mais aujourd'hui, la mémoire des Chevaliers de la Cité Sainte, si longtemps ternie, brille au ciel d'un nouvel éclat.

Qui pourrait arrêter la Vérité en marche ?

L'Ordre est toujours debout : Adhuc stat !

Les Templiers qui purent s'échapper se réfugièrent en divers pays. Les Chevaliers de saint Jean de Jérusalem, devenus Chevaliers de Malte héritèrent en partie de leurs possessions et leur donnèrent asile. L'Ordre devint, au Portugal, l'Ordre du Christ. En Écosse, il fut mieux accueilli et protégé que partout ailleurs.

La tradition veut, en effet, que quelques Chevaliers aient conduit les Templiers fugitifs en ce lointain pays. C'était le Comte de Beaujeu (dépositaire des archives de l'Ordre), Georges Harris et Pierre d' Aumont. Cette courageuse petite troupe aida le roi Robert Bruce à repousser l'invasion anglaise lors de la célèbre bataille de Bannockburn. Par gratitude, Robert Bruce institua l'Ordre Royal de Saint André du Chardon qui, dès 1134, fut le Grand Chapitre de Kilwinning.

Ainsi, les Loges maçonniques établies en Écosse de toute ancienneté, offrirent un asile aux Templiers fugitifs...

Mais c'étaient des Frères accueillant des Frères, car les uns et les autres étaient unis par les mêmes lois, par la similitude des signes et attouchements, des épreuves et des grades. Bien plus, le système templier et la constitution de cet Ordre survécurent en s'appuyant sur l'Ordre de Saint André et en devenant, ainsi, l'origine des hauts grades d'Écosse et d'Angleterre.

Si de là, nous sautons en 1650, nous arrivons à une période de crise pour la Maçonnerie. Le roi Charles Ier Stuart, ami et, d'autres l'affirment, grand protecteur de l'Ordre, venait d'être exécuté et, selon la tradition, les Maçons anglais avaient décidé d'envoyer leur délégation à Glenberg en Écosse pour s'assembler aux Maçons écossais. Pour mieux assurer le secret de leurs délibérations en ces temps de violence et de troubles, les Frères d'Écosse et d'Angleterre choisirent, pour leur réceptions comme pour le rituel, des symboles tout nouveaux. Ce fut l'histoire de la construction du Temple de Salomon et de son premier architecte, comme elle se trouve dans l'Ancien Testament. Ils pleurèrent le Maître assassiné, ils recherchèrent la Parole perdue, ils étaient eux-mêmes les enfants de la veuve. Ils inventèrent des signes, des mots, des attouchements nouveaux. Ils firent tout cela pour distinguer les patriotes de leur caste d'avec les traîtres.

Plus tard quand, après la mort de Cromwell, la patrie fut entre les mains d'une poignée de démagogues, le Général Monk, membre de la Grande Loge d'Édimbourg, devint l'espoir de la nation. La délégation maçonnique anglaise fut de nouveau envoyée à Glenberg et c'est alors que fut créé un grade supérieur sous le nom de Maître Écossais. Il reçut pour devise « Meliora praesumo » (mot à mot : j'entrevois des choses meilleures), son mot de passe fut l'anagramme de Pierre d'Aumont : « Notuma » et devint le siège de la direction secrète des affaires d'Écosse. Le Général Monk vainquit l'armée du Parlement, reprit Londres et rétablit sur le trône la famille royale des Stuart qui, par reconnaissance, conféra alors à la Maçonnerie le titre d'Art Royal. Les événements qui suivirent sont mieux connus et sont plutôt du domaine de l'histoire...

Notre système des hauts grades dérive du système Templier qui, apporté en France en 1668, se répandit de là dans les autres pays, l'Allemagne en particulier. Il comprenait à l'origine six grades : Apprenti, Compagnon, Maitre, Écossais de Saint André, Écuyer-Novice et Chevalier. Il fut rectifié en 1755 à Dresde, en 1772 à Kohlo, réorganisé en 1778 au Convent des Gaules et définitivement constitué au Convent de Wilhelmsbad et 1782.

Il dut alors renoncer à tout ce qui pouvait indiquer une intention de restauration politique de l'Ordre du Temple ; il en conserva toutefois l'admirable organisation et la hiérarchie si simple et si solide. S'il échangea son titre glorieux de Chevalier du Temple contre celui de Chevalier de la Cité Sainte qu'il portait à l'origine, ce fut peut-être ce qui le sauva, car les autres parties de l'Ordre entrèrent peu à peu en sommeil ou se transformèrent... Mais notre Ordre garda religieusement l'esprit et la règle de l'Ordre du Temple dont il est issu et de son grade suprême, il a fait un honneur auquel doit aspirer tout Novice qui s'efforce de conformer sa vie aux préceptes contenus dans la règle de l'Ordre.

Écuyer-Novice, mon cher Frère, dans les grades qui ont précédé, de nombreux symboles relatifs à l'homme physique, intellectuel et moral vous ont été chaque fois présentés. Qu'ils soient le sujet constant de vos pensées et de vos méditations et alors, leur sens caché n'aura plus de mystère pour vous.

C’en est assez pour vous montrer qu'à mesure que vous avancez dans l'Ordre Maçonnique, le cercle de votre horizon s'étend et s'élargit. Le grade qui vient de vous être conféré exige désormais de vous, une maîtrise plus complète, une discipline plus sévère, une conscience plus scrupuleuse.

Confiant dans le travail que vous avez accompli, convaincus par les preuves que vous nous avez données de la sincérité et de la noblesse de vos sentiments, nous vous ouvrons nos rangs avec joie. Entrez dans cet Ordre Intérieur qui doit être, pour tous ses membres, le sanctuaire sacré de l'amitié la plus pure et la plus désintéressée.

Si de nouveaux et de plus grands devoirs vous attendent, vous y trouverez aussi de nouveaux secours. L'étude approfondie de vous même et de votre destinée, vos expériences de la vie ont, sans doute, éclairé votre esprit et élevé vos pensées. Elles n'ont point encore donné à votre volonté la force invincible qui domine et maîtrise les appétits de la matière. C'est à la poursuite de cette force que nous vous convions. Vous la trouverez certainement si vous avez fait abstraction de vos préjugés et de votre égoïsme, si vous savez chercher, persévérer et souffrir.

La Vérité, qui est la grande émancipatrice, ne saurait se révéler à des âmes asservies, et la Lumière qui vient d'en haut, n'apparaît point à ceux qui ont les yeux fixés sur la terre.

C'est donc le front haut et l'esprit affranchi de toute servitude que vous irez à la recherche de la Vérité et que vous vous assurerez, à jamais, la tranquille possession des vertus maçonniques qui font l'homme de bien et le bon patriote, et qui rapproche le plus de l'idéal nos âmes éprises de Justice, si elles sont soutenues par la Foi, l'Espérance et la Charité.

Le Préfet : Mon cher Frère, l'Instruction que vous venez d'entendre (ou que vous lirez) mérite de votre part les plus sérieuses réflexions.

Vous êtes appelé à devenir Chevalier, mais ce titre ne se donne pas légèrement. Avant de le recevoir, vous devez fournir la preuve que vous avez la ferme volonté de travailler avec nous, de toutes vos forces à conduire les hommes à cette unité de vue et d'action sans laquelle ils ne pourraient réaliser leur ardent désir de paix et de bonheur. En symbolisant ce travail sous la forme de la recherche de la Parole perdue, on vous apprit, comme Maître Écossais qu'il ne suffisait pas, pour l'accomplir, de se reconnaître pour Fils d'un même Père Céleste, mais qu'il fallait encore, à l'exemple du Christ, savoir aimer et surtout savoir souffrir lorsqu'il s'agissait du bien de l'humanité entière.

On vous a enseigné que l'Ordre était chrétien.

Pour vous diriger dans votre nouveau grade, nous avons soumis à vos réflexions, dans la chambre de préparation, l'ancienne profession de foi des Chevaliers. L’importance de ce vénérable document réside avant tout dans le fait qu'il fut, des siècles durant, la formule destinée à unir entre eux les hommes de bonne volonté. Nous vous en recommandons non pas la lettre, mais plutôt l'esprit qui seul vivifie.

Nous n'ajouterons qu'un seul conseil. Souvenez-vous, mon Frère, que cette unité supérieure, à la réalisation de laquelle nous vous convions, ne réside pas dans un acquiescement facile à de vailles formules. L'homme cherchant ne pourra la trou­ver que dans la pratique constante de la loi de Justice, de Vérité et d'Amour que nous avons reçue du Christ, et qui est la source du bonheur de l'humanité.

Soyez juste, apprenez à aimer, consentez à souffrir.

Ayez confiance en Celui qui dirige les destinées des mondes : Vous serez alors assuré de la victoire.

Après une pause, le Préfet, s'adressant au Maître des Cérémonies, lui dit :

Le Préfet : Frère Maître des Cérémonies, veuillez conduire le nouvel Écuyer-Novice à sa place.

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Lettre de Jean Baptiste Willermoz à Charles de Hesse

Publié le 11 Août 2026 par T.D

Lyon, 10 septembre 1810.   

A Son Altesse Sérénissime le Prince Charles (de Hesse-Cassel, Vice-Roi de Norvège et du  Wolstein, Maître provincial de la Province de l'Ordre, Le frère J.-B. WILLERMOZ, oncle,Chancelier provincial de la IIe Province de l'Ordre, dite d'Auvergne, à Lyon.  

Monseigneur, Très Illustre et révérendissime Frère,

Près de vingt années se sont écoulées depuis que des circonstances impérieuses et de bien longue durée m'ont obligé de suspendre les relations de l'intime Fraternité qu'il m'était si  agréable, si consolant d'entretenir avec son Altesse Sérénissime, ainsi qu'avec le très illustre et sérénissime Frère Ferdinandus a Victoria dernier Grand Maître Général de l'Ordre, que l'inexorable mort nous a enlevé, dont je chérirai toujours la mémoire avec le souvenir de sa précieuse bienveillance, et qui, je n'en doute pas, est allé recevoir la récompense de ses vertus et de son grand amour pour notre divin Maître et Rédempteur, Jésus-Christ. Après un si long laps de temps et tant d'événements extraordinaires, Votre Altesse s'étonnera peut-être, en recevant la présente, d'y trouver la preuve de l'existence d'un homme qu'elle a daigné longtemps honorer de ses bontés, j'ose même dire de son amitié, et qu'elle a pu croire n'être plus dans ce monde.

Oui, Monseigneur, j'existe encore malgré les dangers multiples dont ma vie a été menacée dans les temps orageux, je jouis même d'une parfaite santé exempte jusqu'ici des infirmités de la vieillesse, quoique chargé de 8o ans qui seront révolus dans peu de mois, et malgré une maladie grave, dont je fus attaqué au commencement de l'année dernière, qui dès la première semaine fit désespérer de ma vie tous ceux qui m'entouraient et se termina heureusement ; mais la divine Providence m'a conservé presque seul, tant à Lyon qu'en France, de tous ceux qui, par leurs fonctions et par leur longue expérience, pouvaient être utiles à l'Ordre ; ce qui m'a excessivement embarrassé dans bien des cas, me voyant isolé et privé de tout secours.

Quoique éloigné corporellement de Votre Altesse, j'en ai été cependant souvent très rapproché par la pensée ; soit en relisant de temps en temps les lettres qu'elle m'avait fait l'honneur de m'écrire, du moins, celles qu'il m'a été possible de conserver, dans lesquelles se sont peinte la beauté de son âme, son grand amour pour la vérité, et qui m'ont rappelé des souvenirs bien chers et d'un grand intérêt ; soit en contemplant son portrait dont elle avait daigné me faire envoi, et qui orne maintenant mon cabinet.

Si la peinture en a été un peu altérée par 'les divers transports que j'ai été obligé d'en faire pour le cacher dons des temps, affreux, car s'il eût été découvert j'aurais infailliblement payé de ma tête sa conservation, je n'y reconnais pas moins tous les traits qui caractérisent votre personne et qui me le rendent précieux. J'ai pris aussi une vive part aux événements qui vous ont intéressés, tantôt en réjouissant, tantôt en affligeant votre cœur ; mais principalement à celui qui a placé sur le trône du Danemarck l'aimable princesse, votre fille aînée .Me permettrez-vous, Monseigneur, quelques questions sur des choses et sur des personnes, pour lesquelles, quoique vous tenant de moins près, vous aviez confiance et amitié. Qu'est devenu ce cher et digne Frère Baron d'Haugwitz (a Monte sancto), de Kapitz, et la sage école qu'il avait instituée par de solides instructions qui vous avaient été communiquées et dont plusieurs parties, essentielles sont dans mes mains ? Sa personne et cette école existent-elles encore ? A-t-il atteint le but final de ses travaux ? A-t-il été autorisé à les communiquer in plenis à des hommes préparés et choisis ?

Qu'est devenu le Frère Baron de Wœchter ? A-t-il rencontré le grand supérieur qu'il cherchait ? En a-t-il reçu le nec plus ultra des grandes connaissances qui lui étaient promises ? En aurait-il donné connaissance à V. et au Sérénissime Grand Maître Général avant sa mort ?

Qu'est devenu ce fameux chapitre illuminé de Suède, dont les Wœlner étaient les colonnes, qui sous la protection. de son chef le Sérénissime Frère (a sole vivificante) aujourd'hui sur le trône formaient à l'époque de Wilhemsbadt de si hautes prétentions et semblaient alors vouloir dominer en Allemagne ? Ce système qui fut rejeté par le Convent Général s'est-il répandu au-delà, s'est-il accrédité, existe-t-il encore ? Je n'ai eu jusqu'ici aucune connaissance qu'il ait pénétré en France. Qu'est devenu le Frère Schwartz (ab Urna) qui avait été nommé par le Convent Général Secrétaire Général de l'Ordre auprès de la personne du Sérénissime et Eminentissime Grand Maître Général, et archiviste du Grand Magister ? Existe-t-il encore ? Que sont devenues les archives générales de l'Ordre et les archives secrètes ? Ont-elle été à la mort du Sérénissime Grand Maître réunies et concentrées dans quelque main (il serait bien à souhaiter que ce fut dans les vôtres) ou dispersées dans plusieurs ? Enfin, existent-elles encore de manière à pouvoir suffire aux besoins des diverses provinces qui en réclameraient des actes ?

Excusez, Monseigneur, tant de questions, il vous sera facile de démêler mes vrais motifs en les faisant, pour ne pas les attribuer à une simple curiosité ; j’en aurais même quelques autres à faire, mais moins importantes, et je m'arrête ici pour ne pas abuser de vos bontés et ne pas me rendre importun.

Votre Altesse Sérénissime désire peut-être aussi de son côté d'apprendre ce qu'est devenu l'Ordre en France, et en quel état il se trouve aujourd'hui. J'entends ici par le mot Ordre l'ordre maçonnique intérieur et secret du régime rectifié à Wilhemsbad pour ne pas le confondre avec le régime du Rit français que suit la généralité des loges en France sous la direction du Grand-Orient de France à Paris.

Depuis l'époque de Wilhemsbad, la prospérité de l'Ordre dans le régime rectifié alla toujours en croissant, en France et en Italie, jusqu'en 1790 ; mais, en 1792, sa décadence fut prompte, et aussi rapide que dans tous les autres régimes, par la force des événements qui survinrent dans l'ordre politique, et l'année suivante, 1793, en acheva la ruine par la mort et la dispersion de ses membres les plus utiles. La cessation absolue de tous les travaux et l'extinction des loges et chapitres fut consommée en 1794. Cet état de choses a duré très longtemps et serait encore à présent à peu près de même ; car ce n'est encore que dans quelques cantons isolés que depuis quelques années on a commencé à se réveiller. Mais nous touchons à une époque mémorable qui parait devoir lui rendre bientôt son éclat à la faveur d'une haute protection que la divine Providence lui a procurée en France l'année dernière pour atteindre ce but ; ce dont j'aurai l'honneur, avant de finir la présente, d'instruire Votre Altesse. Mais, pour lui rendre plus sensible le tableau que je vais tracer et la série des événements, je dois en reprendre, les détails de plus haut, et même remonter jusqu'à des faits qui lui ont été déjà connus.

Votre Altesse se rappelle sans doute que le temps que les députés au Convent Général pouvaient accorder pour la durée de cette assemblée étant insuffisant pour perfectionner la multitude des travaux projetés, on s'occupa d'abord des plus importants ; on se borna ensuite à esquisser la réforme des grades symboliques et des deux de l'ordre intérieur. L'esquisse, des trois premiers considérée comme suffisante pour satisfaire la première impatience des o et des X et leur faire connaître le véritable esprit qui avait dirigé ce travail, fut imprimée et distribuée aux députés ; une commission spéciale prise dans le sein de l'assemblée parmi les Frères d'Auvergne et de Bourgogne, connus pour les plus instruits, fut chargée d'en faire plus à loisir la révision et la rédaction définitive, avec la faculté de s'adjoindre, à Lyon et, à Strasbourg, les Frères qu'ils jugeraient les plus capables de leur aider à perfectionner ce grand et important travail. Les bases du 4e grade furent aussi arrêtées, et Votre Altesse me confia personnellement les instructions et l'esquisse du tableau figurant la nouvelle Jérusalem et la Montagne de Sion surmontée de l'Agneau triomphant, le tout écrit de sa propre main et adopté par le Convent pour me diriger dans cette partie du travail. Les rituels français de Novices et de Chevaliers furent aussi pris pour base, de la révision de cette classe.

Cette commission divisée en deux sections à cent lieues de distance l'une de l'autre, reconnut dès la première année de 1783 que les communications par correspondance de chaque parcelle du travail, prolongeraient son ensemble pour bien des années, on chercha donc les moyens de parer à cet inconvénient. Les FF. de Bourgogne, pleins de confiance envers ceux d'Auvergne, qui offraient à Lyon un plus grand nombre d'hommes capables qu'à Strasbourg, engagèrent ceux-ci à se charger de l'ensemble de l'ouvrage ; sauf la communication à leur donner de chaque partie avant qu'elle fût définitivement arrêtée ; c'est sur ce plan que tout le travail fut exécuté.

La rédaction définitive ainsi concertée, ayant été adoptée par les trois provinces françaises et par celles d'Italie vers la fin de 1786, fut présentée à l'Eminentissime Grand Maître Général qui y donna son approbation en 1787 et dès lors ils furent publiés dans les X de France. L'époque de cette publication fut celle de la brillante prospérité du régime rectifié dont j'ai parlé plus haut. Les FF. des o du Rit français étant admis comme visitants dans les nôtres, frappés de la décence, de la gravité de nos cérémonies, de la solidité des principes moraux et religieux qui y étaient développés, et qui étaient si nouveaux pour eux, demandèrent avec un grand empressement d'être affiliés au régime rectifié. Des o entières demandèrent à y être réunies ; mais, manquant dans leur sein d'hommes capables de les diriger selon les vrais principes, on ne tarda pas à se repentir de les avoir pris en masse, et on se borna dès lors à un bon choix parmi les individus ; ce dont on a toujours eu lieu de s'applaudir. J'ignore si ces rituels symboliques ont été présentés aux. chapitres allemands et s'ils y ont été adaptés ; j'appris seulement quelque temps après que plusieurs de ces chapitres fortement attachés à leur système favori de restauration de I'O[rdre] du T[emple] auquel le Convent Général avait authentiquement renoncé, se montraient peu disposés à adapter des formes contraires à ce système.

Quoi qu'il en soit, après la révision des trois premiers grades symb., il paraissait convenable de faire celle du 4e, ce qui aurait complété cette classe et en aurait accéléré la publication.

Mais la commission se rappelant que le Convent avait considéré ce 4e comme intermédiaire entre le Symbolique et l'Intérieur, comme le complément du premier et préparatoire au second, enfin comme le point de liaison des deux. classes, crut devoir en suspendre la révision, et faire auparavant celles des deux rituels de Noviciat et de Chevalerie ; ces derniers n'exigeant point un travail ni long, ni difficile, et n'ayant plus besoin que d’être perfectionnés. Ceux-ci étant finis, la commission entreprit le travail du 4e dans les vues qui avaient été apportées de Wilhemsbad, elle s’en occupa longtemps avec une grande attention, sentant toute l'importance du travail qui lui était confié. Il était très avancé et presque fini lorsque les Etats Généraux de France furent convoqués. Plusieurs membres de cette commission jouissant d'une réputation distinguée, et appartenant aux Trois Ordres politiques, furent élus pour se rendre à cette assemblée ; leur départ faisant un grand vide dans la commission fit suspendre le travail jusqu'à un temps plus favorable pour le reprendre et ce temps n'est plus revenu. Elle remit entre mes mains tout ce qu'elle avait fait, ainsi que tous les renseignements, instructions et tableaux qui avaient été fournis par le Convent et par Votre Altesse, et j'en suis resté constamment dépositaire jusqu'à ce jour.

Les provinces, informées que l'ouvrage était très avancé et qu'il laissait une grande lacune dans la rectification générale qui avait été annoncée, ne cessèrent de réclamer la confection et l'envoi de ce 4e, mais il ne fut pas possible de les satisfaire ; car la divergence des opinions politiques ne tarda pas bien longtemps à diviser partout les esprits. Celui de discorde vient bientôt souffler son poison dans les loges comme partout ailleurs ; celles du régime rectifié, plus fermes dans les principes, résistèrent plus longtemps que les autres, mais furent ensuite entraînées par le torrent. Les Frères Grands Profès, disséminés çà et là, réunirent leurs forces, soutinrent courageusement les chocs et firent tête à l'orage le plus longtemps qu'il fut possible ; mais, à leur tour, ils furent accablés. La faux révolutionnaire moissonna les plus fermes appuis de l'Ordre, dispersa les hommes qui lui étaient le plus utile et la mort naturelle a ensuite enlevé successivement le peu qui restait de ceux-là. J'ai été seul épargné de tous ceux qui remplissaient des dignités ou de grandes charges dans la province. J'en bénis chaque jour la Providence en attendant qu'elle me trace la route que je dois suivre pour ce qui concerne l'Ordre.

Pendant la violence de cet orage épouvantable, la terreur s'empara des esprits dans toutes les provinces de l'Ordre ; chacun ne songeant qu'à sa propre sûreté et craignant de la compromettre en conservant quelques titres ou documents, on se hâta de les détruire, et partout les archives des X furent vidées. Les titres, documents, rituels et instructions furent réduits en cendre, et la disette en est depuis lors extrême partout. J'ignorais ce qui se passait dans les diverses contrées de la France ; car il n'était plus possible de correspondre nulle part. Mais, deux ou trois jours avant le commencement du siège qui menaçait la ville de Lyon, effrayé du danger que couraient les archives provinciales dont le dépôt m'était confié dans la maison de l'Ordre située hors de la ville je m'y transportai le plus secrètement possible, avec un seul servant d'armes courageux ; je vidai les armoires, j'entassai à la hâte ce qu'elles contenaient dans des malles, et je fus assez heureux pour les faire rentrer dans la ville le même jour, car dès le lendemain, il n'était plus temps ; le pont de communication de la ville à la maison d'Ordre ayant été rompu, et, trois jours après, cette maison et tout ce que je n'avais pu enlever fut brûlé et réduit en cendres. Une bombe tombée sur la maison en ville, où je venais de prendre un asile, mit en poussière une de ces malles remplie de registres, procès-verbaux et documents de tous genres. Après le siège, je me vis obligé par de nouveaux dangers plus pressants, qui me forcèrent de fuir et de me cacher, de réduire au plus petit volume ces archives, afin de pouvoir emporter avec moi ce que je n'avais pu enterrer ou déposer en mains sûres. J'ai été arrêté et emprisonné trois fois, et la troisième, le jour même où je fus condamné à la mort pour le lendemain, la chute de l'atroce tyran de la France, Robespierre, me rendit à la liberté.

C'est ainsi, Monseigneur, qu'au milieu des plus grands dangers de tous genres, j'ai eu le bonheur de conserver ce qu'il y avait de plus précieux dans ces archives détruites partout ailleurs, et que je me trouve encore possesseur des originaux, (les rituels et instructions de l'O. symbolique et de l'O. intérieur, de beaucoup de titres et documents, de quelques parties essentielles de mes correspondances privées soit avec Votre Altesse et l'Eminentissime Grand-Maître Général, soit avec les S.S. F.F. Duc de Sudermanie, aujourd'hui sur le trône de Suède Prince de Wirtemberg, régnant à Stutgard et le Prince Maximilien régnant en Bavière, qui, je crois, ne s'en ressouviennent guère et s'en occupent aujourd'hui encore moins, et avec beaucoup d'autres personnes d’un rang distingué en France et au dehors. Il me reste aussi quelques fragments d'une correspondance privée avec le Sérénissime défunt Duc de Glocester, avec lequel j'avais eu divers entretiens familiers, lorsqu'il passait à Lyon au retour de ses voyages d’Italie, accompagné d'un de ses amis et des miens. Le Sérénissime Frère, frappé de l'ordre et de la beauté des rituels et instructions du régime rectifié, par comparaison avec les rituels anglais dont il ne faisait aucun cas, avait formé le projet d'introduire notre régime en Angleterre, ce qui était l'objet de notre correspondance ; mais la guerre y a mis fin.

Ah ! Monseigneur, que les hommes, si nombreux aujourd'hui, qui ne veulent pas croire à une Providence active et directrice des événements, qui attribuent tout un hasard aveugle ou à des causes secondes, en méconnaissant la première, celle qui met en action toutes les autres, sont à plaindre ! Comment peuvent-ils expliquer autrement que par Elle, cette multitude d'événements généraux et particuliers d'un si grand intérêt ? Peut-on ignorer que si, pour parvenir à ses fins, elle trouve les vertus des hommes trop pures sur la terre, elle sait employer leurs passions, leurs vices leurs crimes même pour atteindre le but qu'elle s'est proposée ?

Un des événements qui m'a le plus consolé au milieu de tant de calamités, c'est d'avoir eu le bonheur de sauver les archives particulières du Collège métropolitain de France, séant à Lyon ; c'est-à-dire les instructions et documents de la classe secrète des Chevaliers Grands Profès et diverses notes scientifiques et historiques qui m'avaient été confiées privément par Vos Altesses à Wilhemsbad. C'est à cette classe, qui est le dernier grade en France du régime rectifié, qui était répandue en petit nombre, partout inconnue et dont l'existence même est soigneusement cachée depuis son origine à tous les Chevaliers qui n'ont pas encore été reconnus dignes ou capables d'y être admis avec fruit, qu'était due la prospérité du régime dont j'ai parlé plus haut C'est elle qui, dans les temps orageux a été le palladium et le conservateur des principes fondamentaux de l'Ordre, qui j'espère le redeviendra encore bientôt, comme elle peut aussi en devenir le tombeau partout où elle sera livrée à des hommes qui n'ont que de la curiosité et ne savent profiter de rien, ou à des hommes légers et insouciants, pour qui l'enveloppe est tout, et qui ne pénètrent jamais jusqu'aux noyaux. J'aurais été vraiment inconsolable si les archives de cette classe si précieuse eussent subi à Lyon, qui est son dépôt général, le même sort de destruction qu'elles ont éprouvé partout ailleurs. 

Lorsque l'homme vraiment extraordinaire qui gouverne aujourd'hui la France, si évidemment suscité par la divine Providence pour y rétablir l'ordre et la tranquillité intérieure, fut parvenu à étouffer les haines et les dissensions qui avaient fait tant de ravages, les débris des loges et des chapitres disséminés dans quelques parties de la France se réunirent et cherchèrent à reprendre quelque activité : mais les rituels et les instructions brûlés et détruits partout leur en ôtaient tous les moyens. Informé par la suite que j'en avais sauvé et conservé le dépôt provincial, on s'adressait à moi de tout côté pour en obtenir des copies, s'annonçant comme des Frères nus en tous genres ; mais il me fut impossible de satisfaire à ces demandes, n'ayant auprès de moi aucun copiste digne de ma confiance que j'accorde difficilement pour ces objets.

Les principaux établissements directoriaux de France étaient sans aucune activité ; je restais seul à Lyon ; la mort, les démissions anciennes et l'émigration avaient totalement éteint celui de Bourgogne à Strasbourg ; celui d'Occitanie à Bordeaux avait cessé d'exister avant même la Révolution. Vu son obstination, dans le système de restauration de l'Ordre du Temple et son refus d'adhérer aux décisions du Convent Général, tous ses droits de chapitre et de Directoire provincial avaient été transférés dès 1874 au Chapitre prioral de Septimanie à Montpellier, conformément au recès du Convent général. Celui-ci a depuis plusieurs années repris un peu d'activité. Dans le ressort d'Auvergne, partout où j'ai pu former un noyau de chevaliers Gr. Pr... capables de diriger sur les lieux les travaux, j'ai favorisé autant que j'ai pu de nouveaux établissements maçonniques. C'est ainsi qu'il en existe à Marseille, Aix, Avignon, etc., et un très important à Paris. Mais ils m'ont tous demandé instamment d'être constitués régulièrement par le Directoire d'Auvergne en loge réunie au régime rectifié.

C'est ici, Monseigneur, que j'ai été le plus embarrassé. Ce Directoire n'existait plus à Lyon que dans ma personne et ne pouvait, par conséquent constituer in plenis. Mais, considérant que, soit en qualité de Chancelier et d'Agent général de la province, soit en vertu des pouvoirs qui me furent personnellement délégués dès lors par le diplôme de fondation du défunt Révérentissime Maître Carolus ab Ense ; considérant aussi les besoins du moment et l'impossibilité d'y satisfaire autrement, j'ai pris sur moi d'accorder en ma susdite qualité à ces établissements des patentes de constitutions provisoires, pour leur valoir jusqu'à ce que le Directoire régulièrement composé puisse leur en accorder de définitives. Je prie instamment Votre Altesse qui connaît parfaitement les règles et usages de l'Ordre, de me dire avec sa franchise naturelle si j'ai dû agir ainsi, ou si j'ai trop pris sur moi, car je me trouve encore en ce moment dans le cas d'agir ainsi dans une autre partie.

Je viens de parler d'un établissement maçonnique formé à Paris en 18o8, et que j'ai ensuite constitué de même en Préfecture provisoire. Il y prospère beaucoup sous le titre de loge du Centre des Amis. C'est une pépinière de l'Ordre qui nous a déjà rendu de grands services. Car c'est par les soins des principaux membres de cette loge qui furent alors députés auprès de moi à Lyon, pour obtenir et copier les rituels, instructions et documents de tous les grades du régime, que nous devons l'honneur et l'avantage inappréciable d'avoir maintenant un chef, un protecteur et un Grand Maître national du régime rectifié en France dans la personne du Sérénissime Frère de Cambacérès, Prince Archi-Chancelier de l'Empire, Duc de Parmes, etc. (in ordine Eques Joannes Jacobus Regis a legibus), qui était déjà depuis quelques années Grand Maître des Loges du Rit français, dirigées par le Grand-Orient de France. Après avoir reconnu et apprécié les grandes différences caractéristiques qui sont entre le Régime rectifié et le Rit français, il a bien voulu accepter en juin 1809 l'élection que les deux Directoires d'Auvergne et d'Occitanie, seuls existant alors en France, ont fait de sa personne ; ce qui nous promet, vu le vif intérêt qu'il prend à la prospérité de l'Ordre, un avenir des plus satisfaisants pour nous, et dont les heureux effets pourraient un jour rejaillir sur l'Europe entière. Les deux provinces électrices ont ensuite formé à Paris un conseil d'administration nationale auprès de la personne du Sérénissime Grand Maître qui le préside ; il est composé quant à présent des quatre conseillers représentant les deux Provinces, d'un Chancelier National et d'un Secrétaire Général de la Chancellerie Nationale, qui sont tous Ch. Gr. Profès. C'est à ce conseil que se réfèrent toutes les affaires nationales.

La province de Bourgogne, éteinte depuis longtemps à Strasbourg, parait aujourd'hui vouloir prendre une nouvelle existence à Besançon. Quelques observateurs de l'ancienne Commanderie qui existait autrefois dans cette dernière ville, se réunissant à quelques-uns encore existants, dans les environs de Strasbourg, et appuyés de suffrage de ceux qui ont appartenu autrefois au Grand Prieuré d'Helvétie à Bâle, ont formé le projet de transférer le chef-lieu provincial et le siège magistral à Besançon. Ils ont à cet effet présenté requête vers la fin de 1809 au Sérénissime Grand-Maître qui, de l'avis, de son conseil d'administration et avec le consentement des provinces d'Auvergne et d'Occitanie, et après avoir rempli toutes les formalités prescrites par les lois et usages, vient d'accorder provisoirement leurs demandes, réservant le définitif à la décision d'un Convent général ou national. Cet événement qui me parait fort heureux complétera la principale organisation nationale.

J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini du 4e grade de Maître Écossais, avait été forcément suspendu en 1789 ; que la commission qui en avait été chargée avait remis alors entre mes mains, en se séparant, tout ce qui était nécessaire pour l'achever, et que cette lacune dans la totalité de la révision générale avait donné lieu à beaucoup d'instances faites de tout côté, que je n'avais pu satisfaire, n'osant pas prendre sur moi seul de compléter ce travail. Vingt années se sont écoulées en cet état ; mais l'année dernière, après l'a grande maladie que j'essuyai, me voyant rester seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le régime rectifié n'était pas remplie avant ma mort, j'osai entreprendre de le faire. Il ne restait qu'à lier les différentes parties du rituel, et à mettre la dernière main aux explications des tableaux et aux Instructions de ce grade. Ce rituel a été publié dans les loges réunies de France vers la fin de 1809 ; et il a été accueilli partout avec la plus grande satisfaction ; je regrette seulement que le défaut de copistes ne m'ait pas permis de le communiquer encore à tous les établissements maçoniques qui le demandent.

Pour pouvoir informer Votre Altesse de ce qui s’est passé d'intéressant dans nos contrées concernant l'Ordre, il m'a fallu entrer dans des détails qui auront pu fatiguer son attention. Je la prie d'excuser la longueur de cette lettre, le désordre même qui règne dans sa contexture, car commencée depuis plus d'un mois, elle doit inévitablement se ressentir de toutes les reprises et interruptions qu'elle a éprouvées. Ma main, depuis les fortes secousses morales que j'ai subies, me refuse son service pour toute écriture suivie. Je suis obligé d'emprunter celle de mon neveu (a lilio albo) fils aîné de mon frère (a concordia)pour écrire sous ma. dictée. Etant Chevr et Gr. Prof. il est le seul dont je puisse me servir pour des écritures confidentielles ; mais se trouvant excessivement occupé ailleurs tout le jour, il ne peut m'accorder de temps en temps que des moments bien courts. Vous voyez par là, Monseigneur, à quels titres je réclame votre indulgence.

Je suis entièrement retiré de toutes affaires extérieures, je vis depuis 15 ans dans un petit domaine rural dans l'intérieur de la ville, situé à l'une de ses extrémités, sur une colline où l'air est très favorable à ma santé ; la culture de la vigne et des fruits y occupe mes loisirs. J'y serais heureux si je n'avais eu le malheur de perdre, il y a deux ans, une épouse chérie à la suite d'un accouchement forcé avant terme. De tous les enfants que j'ai eu il ne me reste qu'un fils très bien constitué, mais âgé seulement de cinq ans et qui est destiné par la Providence à rester sans doute bientôt orphelin C'est là l'épine qui souvent fatigue mon cœur, mais je me soumets comme je le dois à toutes ses blessures.

Depuis bien longtemps, je désire d'avoir l’Honneur de vous écrire, mais je ne savais comment vous adresser et vous faire parvenir sûrement ma lettre. J'adresse celle-ci à Paris et j'ai tout lieu de croire que par l'organe de nos Frères, elle arrivera dans vos mains, ce que je désire beaucoup d'apprendre. Si Votre Altesse daigne m'honorer d'une réponse qui est bien désirée, elle me parviendra certainement à l'adresse qui suit ma signature, et en cas d'accidents sur ma personne, elle tomberait dans les mains d'un autre moi-même qui est membre de l'Orde Intr (a ponte alto) excellent Chevr Gr. Pr. mon ami et mon confident en tout, ayant le titre de Visiteur Général de la Province, mais qui par la nature et l'immensité de ses occupations civiles ne peut quant à  présent me seconder en rien.

Prêt à finir ma lettre, j'en reçois une fort inattendue, mais bien agréable du cher Fre Baron de Turkeim aîné (a flumine), ancien Chancelier provincial de la Vequi par ses talents distingués et sa très grande activité, fut bien utile à Wilhemsbad où il assista dans sa qualité de Visiteur Général de la même. Trompé par de faux avis, il croyait qu'après le siège de Lyon, j'avais été immolé comme des milliers d'autres bons citoyens par le fer des bourreaux de la France. Venant d'apprendre que j'existais encore, il s'est empressé de m'en témoigner son grand contentement avec une effusion de joie et d'amitié les plus touchantes. Dégoûté des grandes agitations de la scène du monde, mûri par son âge de 6o, ans, et s'étant démis depuis très longtemps de ses charges et dignités dans l'Ordre, pour vivre hors de la province qu'il a quitté depuis 20 ans, il se montre peu disposé à y reprendre aucun intérêt dans les choses ostensibles ; Maïs il conserve un invincible attachement à la Grande Profession des Chevrs et aux vérités sublimes qu'elle renferme, dont il fait son étude habituelle.

Intimement attaché à notre sainte religion chrétienne, son ambition s'est éteinte, sa grande vivacité est devenue très modérée ; sa raison s'abaisse avec plaisir devant la Croix, et se plie sous le joug de la foi en notre Seigneur et Maître J.-C. Enfin il se croit maintenant tel que je désirais de le voir il y a 25 ans, et il me remercie affectueusement d'y avoir un des premiers beaucoup contribué dès lors.

J'ai pensé qu'il serait agréable à Votre Altesse d'apprendre des nouvelles de l'existence et des heureux changements survenus dans un si digne et si aimable Frère, dans un homme auquel vous aviez accordé une bonne part dans votre estime ; et je n'ai pas craint d'en prolonger un peu la présente pour en saisir l'occasion. Je la finis enfin en vous priant, Monseigneur, d'agréer l'expression du plus sincère attachement à votre personne et du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, De Votre Altesse Sérénissime, Le très humble, très dévoué, et très, affectionné serviteur et Frère d'Ordre.  

J.-B. Willermoz

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