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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Prière de Manassès

Publié le 9 Avril 2013 par X dans Gnose

1. Seigneur tout-puissant, Dieu de mes pères, Abraham, Isaac et Jacob, et de leur race sainte!

2. Vous qui avez créé le ciel et la terre; et tout ce qu’ils renferment!

3. Vous qui par votre parole avez donné des bornes à la mer, qui avez fermé l’abîme et l’avez scellé de votre nom terrible et adorable!

4. Vous devant qui toutes les créatures tremblent, et dont elles redoutent la puissance, parce qu’elles ne peuvent soutenir ni l’éclat de votre gloire ni la colère dont vous menacez les pécheurs!

5. Seigneur ! la miséricorde que vous nous avez promise est infinie et au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir.

6. Car vous êtes le Seigneur, le Très Haut, bon, patient, miséricordieux, et toujours prêt à vous repentir des maux dont vous nous avez affligés .

7. Vous avez promis de recevoir les pécheurs à la pénitence et de les sauver dans votre infinie miséricorde.

8. Vous donc, Seigneur! Dieu des justes? Ce n’est ni à Abraham, ni à Isaac, ni à Jacob, que vous avez ordonné de faire pénitence, ils ne vous ont point offensé.

9. Mais à moi qui suis pécheur, puisque le nombre de mes crimes égale celui des sables de la mer.

10. Seigneur! Mes iniquités se sont multipliées elles se sont accrues, et je ne suis pas digne de porter mes regards vers le ciel.

11. Je suis tellement courbé sous la pesanteur de mes chaînes qu’il m’est impossible de lever la tête et il n’y a plus en moi de respiration.

12. Parce que j’ai excité votre courroux et que j’ai fait le mal en votre présence

13. J’ai été rebelle à votre volonté et je n’ai point gardé vos commandements:

14. J’ai introduit de honteuses abominations dans Israël, et mes crimes se sont multipliés.

15. Mais à présent je fléchis les genoux dans l’amertume de mon cœur et j’implore votre bonté.

16. J’ai péché, Seigneur, et je reconnais mes iniquités. C’est pourquoi, Seigneur, je vous conjure par les prières les plus vives de me les remettre et de ne point me perdre en les punissant.

17. Ne me réservez pas à des supplices éternels et ne me reléguez point dans les profondeurs de la terre car vous êtes le Dieu des pécheurs pénitents.

18. Vous ferez éclater sur mol toute votre bonté, en me sauvant par votre miséricorde infinie, tout indigne que j’en suis.

19. Et je vous louerai tous les jours de ma vie, puisque toutes les puissances du ciel, font retentir vos louanges, et que la gloire vous appartient dans tous les siècles des siècles. Ainsi-soit-il.

Source : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/manasses.htm

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Prière irlandaise

Publié le 8 Avril 2013 par X dans Irlande

« Prends le temps de travailler, c’est le prix du succès.
Prends le temps de penser, c’est la source de l’énergie.
Prends le temps de jouer, c’est le secret de la jeunesse éternelle.
Prends le temps de lire, c’est la fondation de la sagesse.
Prends le temps d’être bon, c’est le chemin du bonheur.
Prends le temps de rêver, c’est accrocher son char à une étoile.
Prends le temps d’aimer et d’être aimé, c’est le privilège des dieux.
Prends le temps de regarder autour, les jours sont trop courts pour être égoïste.
Prends le temps de rire, c’est la musique de l’âme. »

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La Sagesse de Sibylle

Publié le 8 Avril 2013 par X dans Gnose

Nous écrivons aussi la prophétie de Sibylle, fille du sage Harqal le roi, quand elle expliqua la vision qu'eurent cent hommes en une nuit, dans l'intérieur de la ville de Rome. Après que la nation des Israélites fut sortie d'Egypte (Mas'r) et qu'elle eut voyagé dans le désert, au temps de Moïse (Mousa), ils entrèrent dans la terre du roi des Grecs, des Jébuséens (Yâbousiyin), et des Hébreux (‘Abirânyin); il y avait parmi eux des prophètes et des docteurs. Ils adorèrent les idoles, se prosternèrent devant les démons ; la royauté et les prophètes leur manquèrent. Alors ils allèrent trouver ceux qu'ils croyaient des sages, dirent aux devins de leur montrer ce que leur montraient les prophètes dans leurs prophéties, mais la force leur fut enlevée par Dieu très haut. Lorsque Titus, roi des Romains, les emmena en captivité, il arriva à la ville de Rome la grande et les dispersa dans le pays des Francs. Là-dessus, cent hommes eurent un songe la même nuit, au mois d'août de l'ère d'Alexandre : c'étaient des juges et des rois. Le lendemain, chacun raconta à son compagnon ce qu'il avait vu. Leur songe à tous était le même; ils s'en affligèrent beaucoup parce qu'il n'y avait personne dans leur pays pour leur expliquer ce rêve. Ils se dirent les uns aux autres : C'est une chose qui nous a apparu de la part de Dieu et qu'il nous a découverte pour nous apprendre ce qui arrivera jusqu'à la fin des temps, afin que nous en informions la ville de Rome et ses grands. Ils rapportèrent cela à César, roi de Rome. Quand il les entendit et demanda qui pourrait expliquer ce rêve, il ne trouva personne, ce qui l'affligea beaucoup. Il entendit parler d'une femme sage nommée Sibylle, fille d'Hercule, un des grands de Rome; il envoya dans la ville d'Ephèse pour informer ses philosophes de ce songe. Quand ses messagers vinrent la trouver, avec la lettre royale, elle partit avec eux. En apprenant cette nouvelle, le roi réunit tous les habitants de Rome et les informa de l'arrivée de Sibylle ; ils sortirent, grands et petits, à sa rencontre, ressentirent une vive joie et la firent entrer dans la ville avec du respect et de grands honneurs. Quand elle fut arrivée et qu'elle eut salué le roi, il ordonna de la recevoir et de l'honorer. Elle se mit à raconter aux gens ce qui se passait au monde, époque par époque ; elle connaissait ce qu'il y a dans les cieux, la marche du soleil et de la lune et leur donnait des noms. Tous les gens de l'Occident et les chefs du pays allèrent la trouver. Elle était âgée de 180 ans et avait une sœur appelée Chamalou. Elle faisait aux gens des révélations selon leurs demandes, car sa science lui avait été révélée par le Livre des Maîtres qui l'emporte sur tous en mérite. Dieu prolongea sa vie jusqu'à ce qu'elle atteignit l'âge de 294 ans. Quand les cent hommes leur eurent appris leur songe, elle leur dit : Habitants de Rome, réunissez-vous au Cirque et à l'Hippodrome. Vous parlerez tous devant le peuple, et nous invoquerons tous le Maître puissant, le Dieu suprême, pour qu'il nous fasse connaître le sens de ce rêve. Quand ils furent partis, comme elle le leur avait ordonné, elle se mit à dire : Venez, gens de Rome, pour que je vous fasse connaître le prodige et que je vous explique ce songe. Ils lui répondirent : Quant au rêve que nous avons eu, nous allons t'en instruire. Il y avait neuf soleils : le premier était d'une lueur éclatante, plein de rayons ; son éclat remplissait le monde entier d'une lumière brillante. Le second ressemblait au premier, mais il était un peu plus faible. Dans le troisième étaient des brouillards et des ténèbres ; dans le quatrième, il y avait un nuage pareil à du sang; dans le cinquième, une lumière qui ne brillait que faiblement; le sixième était mêlé de cendres et de couteaux aigus; ses rayons étaient remplis de scorpions. Le septième brillait par instants, puis s'éteignait ; il avait une rougeur pareille à du sang et, tout autour, de nombreux scorpions avec peu de lumière. Le huitième était entouré de scorpions, couvert de nuages et était agité. Le neuvième lui ressemblait. Sibylle dit aux gens de Rome : Ces neuf soleils que vous avez vus sur le monde représentent neuf âges à venir. Dieu vous a montré ce qui arriverait dans chacun : celui qui voit et qui n'est pas vu vous a découvert l'avenir. Dans le premier âge, les hommes seront humbles, zélés mutuellement pour le bien ; ils n'y aura chez eux ni perte, ni ruine; ils aimeront à construire et à bâtir, à creuser des tombes ; en tout temps, ils penseront à la mort. Le second âge ressemblera au premier; les hommes aimeront à faire l'aumône. Au troisième âge apparaîtront la colère et la perfidie; ces hommes feront le contraire de la volonté de Dieu; le péché se multipliera parmi eux. Au quatrième âge, ils seront vils, aimant la honte ; ils verseront le sang et se complairont dans les mauvaises actions. Dans le cinquième, les hommes aimeront le meurtre ; le monde sera ruiné de leur temps. Dans le sixième, une lumière descendra du haut des cieux dans le sein d'une vierge pure ; cette Vierge deviendra enceinte et la mettra au monde à Bethléem ; elle sera enfantée dans une grotte ; les cieux et la terre se réjouiront de cette naissance; les Mages viendront de l'Orient vers le nouveau-né lui apportant des présents. Contre lui se lèvera une troupe de Juifs qui le crucifieront et enfonceront des clous dans ses mains et ses pieds. Il mourra, sera enterré, et le troisième jour, il ressuscitera comme il sera sorti du sein de la Vierge qui sera restée telle ; de même quand il sortira du tombeau, celui-ci conservera les sceaux (intacts), comme a dit David le prophète : Ceux qui ne l'auront pas reçu ..., mais ceux qui lui auront obéi et qui auront cru en lui, Dieu leur donnera ce que l'œil n'a jamais vu, ce que l'oreille n'a jamais entendu, ce que le cœur humain n'a jamais imaginé; c'est ce que Dieu donnera à ses amis et à ses fidèles; il les appellera ses fils et ses frères. Dans le septième âge, un roi se lèvera de Byzance et une femme de Constantinople ; ils viendront à Jérusalem et feront croire beaucoup de gens en celui qui a été mis en croix. Beaucoup adoraient les démons ; ils reviendront à lui. Je vous le dis: Après cela se lèvera un autre qui tuera et détruira les églises de Dieu ; ceux qui croient au Messie, il les fera périr par l'épée ou les brûlera dans le feu. Ensuite apparaîtra un roi pire que celui-là ; il tuera-les chrétiens et les chassera de leurs églises. Dans le huitième âge, il y aura des terreurs et de violentes calamités. Au commencement de son règne, la terre, les villes et les palais seront ébranlés ; les murs des grandes cités tomberont et seront ruinés. Ensuite, il y aura un tremblement de terre. La mort s'abattra sur le pays des Grecs. Un effroi et une violente crainte domineront dans la terre de Byzance, tellement que la route sera coupée entre le pays des Francs et celui de Rome. A cette époque, les murailles de la ville, du côté de l'Orient, seront ruinées. Sur elle dominera un roi dont le règne sera accompli en 27 ans ; on ne connaîtra pas le mal. Il laissera deux fils; le nom de l'un sera comme celui de l'homme venu de Théman. Après cela, les rois viendront vers les gens du royaume ; les rivages ainsi que les églises seront ravagés ; tous marcheront dans le mensonge et la violence. A cette époque, les fils s'élèveront contre leurs pères ; les fils et les esclaves seront assis ; les hommes libres seront debout et travailleront; de même, les esclaves qui ne connaissent ni leurs pères ni leurs mères seront sultans. En ce temps-là le péché se multipliera ; les prêtres aimeront la nourriture et la boisson, détesteront marcher derrière les convois funèbres et s'acquitter des prières, multiplieront les paroles contre les gens. Ecoutez leurs paroles et n'agissez pas comme eux, car la miséricorde et la foi les auront quittés. Après cela, les églises seront détruites et les gens périront ; quand vous verrez la nation chez laquelle tout cela arrivera soyez certain que ce que Dieu a dit au prophète sera confirmé. Les déserts seront vides des hommes vertueux qui les habitent ; il y n'aura, dans les solitudes et les montagnes, personne qui ne soit effrayé. Ceux qui demeurent dans l'intérieur des villes seront dans une grande détresse. A cette époque, des gens viendront de l'Orient, et d'autres de l'Occident ; ils se rencontreront en route et se demanderont les uns aux autres : D'où es-tu? Après cela, les villes seront prospères, et, au bout de 40 ans, une femme de la tribu de Dan deviendra enceinte, et cela dans le neuvième âge. Les anges descendront, pareils à des hommes, et marcheront parmi eux. A cette époque sortira le peuple des Madjoudj qui anéantiront toute la terre. En ces jours cette femme enfantera dans la montagne qu'on appelle le Mont des Monts ; son fils prétendra être Dieu ; beaucoup de gens viendront le rejoindre pour voir ses miracles, et il leur fera voir des prodiges dans le soleil, la lune et les étoiles, excepté dans les morts, car il n'aura pas le pouvoir de les ressusciter. Alors les meurtres se multiplieront parmi les hommes Une femme veuve viendra le trouver et lui dira : Fais-moi justice de mon adversaire; mais il lui répondra : Reste là. Alors sera accomplie la parole du crucifié au sujet d'un juge qui sera dans une ville, ne craindra pas Dieu et n'aura pas honte devant les-gens : « Cette femme a imploré son assistance ; il a jugé en sa faveur, alors qu'elle insistait ». A cette époque, les prêtres, les docteurs et les rois seront anéantis. Voici quel sera le portrait de cet homme : le cou mince, les bras longs, les doigts courts ; dans ses yeux, une lumière comme celle du soleil, un signe dans l'œil droit. Il viendra devant Jérusalem ; il établira son camp devant Sion. Alors deux hommes venus d'un endroit inconnu de tous, excepté Dieu — que son nom soit exalté — iront le trouver et lui diront : Tu n'es pas Dieu, mais un faux prophète. Quand il entendra leurs paroles, il sera furieux, il les saisira et les immolera sur l'autel des sacrifices de Sion. La parole de David le prophète s'accomplira: Ils feront monter un veau sur ton autel. A ce moment, à cause de cette idolâtrie, celui qui a été suspendu à la croix s'irritera ; il descendra vers lui et le fera périr ainsi que tous ses sectateurs : un feu descendra du ciel et dévorera toute la terre jusqu’à une profondeur de 40 coudées : le ciel se pliera comme du papier. Alors arrivera l'heure inévitable : ce sera l'achèvement, la fin du monde. Le Dieu juste apparaîtra ; il fera placer ce jour-là les croyants à sa droite, et les méchants, il les mettra à sa gauche. Nous demandons à Notre-Seigneur et à notre Dieu Jésus le Messie de nous placer parmi ceux qui ont travaillé à le satisfaire et ont exécuté ses ordres par l'intervention de Notre-Dame, la mère de lumière, de Monseigneur Pierre (Mâr Bat'ros), l'apôtre saint et puissant, de Monseigneur Georges (Mâr Djirdjis) et de tous les saints. Gloire et louange à Dieu éternellement, que sa miséricorde soit sur nous. Amen ! Que Dieu pardonne à celui qui a écrit et lu ce livre !

VERSION ARABE  (Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fds. arabe, n. 281.)  

Source : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/sibylle.htm

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Les grands initiés

Publié le 7 Avril 2013 par X dans Planches

Lors de notre quatrième voyage, on nous fit découvrir les noms de 5 personnages ayant fait de la franc-maçonnerie ce qu’elle est aujourd’hui. Ce sont les grands initiés. Qui sont-ils ? Des hommes, rien que des hommes au destin particulièrement exceptionnel. Ils ont su par leurs écrits, leurs paroles ou leurs actes, rassembler autour d’eux une foule de penseurs et de cherchant qui on vu en eux l’approche de la vérité. Ils ont tous des personnalités différentes et ont suivi des voies pas forcément similaires, mais tous recherchaient la même chose : rassembler. Rassembler les hommes par des pensées basées sur l’amour, le respect et la tolérance. Ils ont tous voulu rapprocher l’homme du spirituel et du divin.

·         Moise : celui qui fut initié par dieu. Il ne fut pas un philosophe mais un instrument de révolte contre l’oppresseur de son peuple. Il écrit sous la dictée de dieu les dix commandements et tout un ensemble de lois religieuses et sociales.

·         Pythagore : s’inscrit comme l’inspirateur des futurs grands penseurs. Il invente la philosophie et la géométrie. On lui prête l’écriture des « vers dorés ». Un texte que chaque être humain devrait mettre en application. Nombres de nos symboles nous viennent de lui : Le delta lumineux, la règle du silence, la science des nombres, l’importance des secrets et des serments, l’usage des agapes, le vocable « vénérable ». Il a surtout laissé le pentagramme ou étoile flamboyante.

·         Socrate : l’homme du dialogue, qui accouche ses interlocuteurs de leurs mots et de leurs pensées. Un homme de raison, un rien mystique sans être dogmatique. Il cherche la vérité au travers du dialogue, il a dit un jour : « Je sais que vous n’allez pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres »

·         Jésus : l’homme dieu, il répandait ses paroles comme un semeur, espérant voir pousser la sagesse dans le cœur des hommes.

·         Confucius : le sage, il tisse un réseau de valeurs dont le but est l’harmonie des relations humaines. Il ne veut pas déranger l’ordre naturel des choses mais que l’homme trouve sa place tout en respectant le monde qui l’entoure.

Jésus est celui qui a le plus marqué, je l’ai appelé l’homme dieu, mais serait-il plus un initié ? Qui était cet homme fait dieu qui se vaut d’être considéré d’être un prophète de l’islam ? Renié totalement par les juifs qui annonçaient la venue d’un messie mais qui n’ont pas voulu croire en ses enseignements tant ils étaient à l’opposé de leur dogme millénaire.
Le fait que Jésus ait demandé le baptême de Jean n’a pas manqué de troubler ses disciples. Il s’agissait d’une initiation. Il a également suivi une initiation en Egypte où il est resté un an. Moise et Jésus auraient tous deux suivi l’enseignement de l’école « fraternité essénienne-nazaréenne ». Cette école d’où tous les plus grands prophètes d’Israël étaient sortis. Moïse aurait transmis le savoir de cette école à 70 disciples, savoir tenu des anciens égyptiens et dont Jésus se serait inspiré. Tous deux auraient donc été initiés.

Jésus reste l’archétype du rédempteur, celui qui après un long cheminement s’est racheté, s’est délivré lui-même, et a retrouvé sa pureté originelle enrichie de la connaissance de la vie dans le monde de l’action, jusqu’à sa mort sur la croix, cette mort signifie que nous devons symboliquement mourir à nos conceptions erronées, à nos préjugés, afin de pouvoir renaitre en homme pur et vertueux.

S’il avait été Dieu lui-même, aurait-il eu un doute avant d’être aspirer par la divinité lors de sa crucifixion. Il dit : « père pourquoi m’as-tu abandonné ». Il s’adresse là au véritable Dieu en tant qu’être humain. Il serait donc un initié frappé par la grâce lors de son baptême dans le Jourdain ?

Il s’agissait pour Jésus de se purifier et de se rapprocher de l’unité.

Ils sont, chacun à leur manière, des guides ou des modèles spirituels. L’observation des rites et la rectitude du cœur, la piété filiale, les rapports du Ciel, des hommes et de la terre, autant de voies susceptibles d’inscrire l’homme au centre de leurs préoccupations.

En fait tous les grands initiés sont des rebelles, peut-être en avance sur leur temps mais surement en désaccord avec leurs dirigeants. Chacun d’eux a pris plus ou moins des engagements politiques les mettant en porte à faux avec les détenteurs du pouvoir.

Ces hommes ont eu à un moment de leur vie, une illumination qui les a fait changer. Comme le profane qui frappe à la porte du temple.

Chacun de ces grands initiés avait sa méthode pour atteindre le cœur des hommes : le dialogue ou l’écoute, l’enseignement d’un dogme ou la recherche par soi-même. Le contexte historique dans lequel ils vivaient a aussi influencé leurs routes, de part leurs engagements politiques et religieux. Pour Moïse, c’était la loi du talion, avec Jésus vint le temps du pardon, Confucius, lui, avançait que la compréhension des êtres était la base de l’harmonie. Socrate amena la raison dans la réflexion : la foi alliée à l’intelligence.

Ils gardaient malgré tout le même objectif : la recherche de la vertu et de la sagesse. Tous croyaient en l’immortalité de l’âme et affirmaient que la mort n’est pas une fin. Ils ont tous fui une existence facile pour n’être que des SDF ou presque. Ils étaient d’infatigables marcheurs et, afin de répandre leurs idées ont choisi de cheminer sur les routes pour aller à la rencontre des hommes. Aller vers les autres sans attendre qu’ils ne s’égarent, c’est peut-être à cela que l’on peut reconnaître un grand initié. Il n’a de cesse de vouloir faire évoluer les êtres qui l’entourent et les faire progresser vers la sagesse. Leur vraie sagesse serait-elle de vouloir obtenir celle des autres ?

En fait la seule vraie différence entre eux est que certains ont eu une révélation, un appel de l’unité divine qui leur fit alors ouvrir les yeux sur les vraies valeurs qu’ils devaient défendre, alors que les autres ont cherché durant toute leur vie à s’approcher de la vraie lumière.

Le fait d’être un grand initié n’est pas un fait en lui-même mais un jugement humain. Ce jugement évolue selon l’époque et l’endroit mais il reste un jugement. Devenir un grand initié aux yeux des autres :

- Aux yeux de mes petits enfants, je suis un grand initié car j’ai la connaissance de ce que eux ne font que découvrir, je leur montre le chemin, je les protège. Mais il faudra qu’un jour ils prennent leurs propres décisions, qu’ils pensent par eux même sans demander avant si le pas qu’ils vont faire est sur le bon chemin. Il faudra qu’ils soient prêts afin de ne pas s’écarter de la vertu, et l’enseignement que je leur aurais dispensé sera alors primordial.

- Pour le compagnon, ces grands initiés sont un peu des pères ou des grands pères qui guident sans inhiber l’évolution de notre personnalité. Ce sont des modèles dans lesquels nous pouvons tirer le meilleur pour mener notre quête. Ils nous inspirent mais ne doivent pas se substituer à nous même, leurs mots ne doivent pas se substituer aux nôtres au risque de perdre notre âme.

Tous avaient autour d’eux des disciples auxquels ils confiaient leurs pensées. Ceux-ci ont pu transcrire leurs paroles, créant ainsi des courants philosophiques ou religieux qui aujourd’hui aident le cherchant dans sa quête.

Ces disciples ont eu peu ou pas l’occasion d’exprimer leurs propres pensés. Le compagnon peut parcourir tout ces écrits mais doit rester maitre de ses idées.

« Ne laisse pas n’importe quelle pensée, n’importe quel sentiment ou désir, féconder ta terre » (Olivier Manitara ; le livre secret des Esséniens)

Nous, francs maçons, sommes les héritiers de ces grands initiés mais il faut prendre garde à ne pas tomber dans le dogme.

« La véritable religion est avant tout un état d’esprit et d’âme qui appartient à la vie intérieure de l’individu et qui doit demeurer libre de toute frontière et manipulation artificielle » (olivier Manitara)

La science étudie tout ce qui est matière : le ciel qui nous entoure et ses étoiles jusqu’aux atomes qui façonnent notre existence. Les religions essaient de nous convaincre du bien fondé de leurs dogmes et étudient la science de l’esprit à partir de leurs certitudes. Les grands initiés nous enseignent de rester à l’écoute, de nous positionner non pas sur des certitudes dictées par la science ou notre religion mais sur la recherche permanente de la vérité. Rien n’est arrêté, tout est possible. Dans son livre, E. Schuré tente de nous convaincre que l’avenir est dans le rapprochement de la science et de la religion qu’en est-il vraiment ?

Je me pose cette question : la philosophie est elle le lien entre la science et la religion ?

Tous les grands initiés avaient compris que pour que l’homme comprenne et accepte leur message il serait besoin d’un édifice intérieur solide et harmonieux, sans cela leur mission dans le monde risquait d’être compromise. C’est donc un tel édifice qu’en premier lieu, ils se sont efforcés de bâtir.

Notre temple intérieur ne peut être édifié que par nous, leurs écrits et leurs idées ne sont pour nous que des outils supplémentaires. Ce ne sont pas les outils qui font la construction, mais celui qui les emploie et la façon de les employer. L’équerre que nous avons en main lors de ce quatrième voyage est justement là pour nous rappeler cette rectitude que nous devons avoir. « Crains l’exemple d’autrui ; pense d’après toi-même : Consulte, délibère, et choisis librement. »

Ils nous démontrent que chaque homme est capable de se surpasser et c’est une leçon de plus que nous donnent ces hommes. Lorsque l’homme renait franc maçon, il doit être purifié et, sans forcément oublier qui il était, devenir ou tout au moins tenter de devenir un homme de lumière. Ce qui nous relie à eux, c’est l’amour. L’amour avec un grand A. Par notre fraternité, nous exprimons ce qu’eux essayaient d’inculquer à leurs semblables.

L’interprétation de leurs textes ou de leurs paroles reste personnelle à chaque FM :.

Tout ces actes, toutes ces paroles qui nous paraissent à l’inverse de ce qu’ils veulent nous enseigner ne valent que par leur interprétation : le meilleur exemple en est l’évangile de Luc 12.49. Interprétée à l’opposé par deux religions.

Les tables de la loi ont crées la division, Jésus a lui aussi créé sans le vouloir un schisme qui dure encore 2000 ans après.

Il est donc essentiel pour nous franc-maçon de savoir interpréter leurs messages. Chacun d’entre eux peut nous apporter une étincelle de lumière, ils ne sont pas différents mais complémentaires, je dirai même indispensables les uns pour les autres. Chacun possède une part de vérité que nous nous efforçons de comprendre, l’important ne sont pas les mots mais leur compréhension.

La quête du FM ne peut s’arrêter à la lecture de tel ou tel document, elle ne fait que s’enrichir. Chaque FM sait au fond de lui jusqu’où il aimerait mener cette recherche. Notre recherche est basée sur une seule chose : le doute.

En effet si nous faisions confiance à nos ainés, si nous avions cru en leurs paroles, nous n’en serions pas là, notre recherche n’aurait pas lieu d’être. Nous aurions en temps et en heure approfondi leurs paroles et nous aurions compris depuis bien longtemps leur signification et nous aurions approché la vérité de si près qu’elle serait aujourd’hui évidente. Nous, bien sûr, c’est l’humanité. Chaque être humain possède cette étincelle divine au fond de lui qu’il suffit d’aviver. L’approche du divin à toujours fait peur à l’humanité, encore aujourd’hui. Sommes nous prêts, même nous FM à faire face à l’inconnu ? Difficile de répondre. Toutes les réflexions de ces grands initiés sont pour le compagnon ou plutôt paraissent des évidences, mais après une approche plus maçonnique leur complexité nous embarrasse et on s’aperçoit bien vite que les explications manquent. L’ésotérisme que nous abordons par notre initiation va nous ouvrir la voie. Nous nous devons d’être les gardiens de ces pensées, nous devons transmettre le message qu’elles contiennent afin d’améliorer l’humanité et préparer le jour où tous les hommes pourront recevoir la lumière.

Ces grands initiés nous enseignent que la vérité existe et que notre quête philosophique n’est pas vaine. Tous défendaient le fait que l’homme peut à tout moment basculer vers le bon et le beau, il faut pour cela qu’il ait la connaissance de ce qui est bien pour l’humanité, il doit discerner le bien du mal, la justice de l’injustice, et ne plus se leurrer de faux semblants. Il sera alors libre et sur la voie de la vertu. L’approche du divin à travers eux devient plus facile car ils nous ont transmis des enseignements qui pour le FM sont une base solide et riche pour sa réflexion.

Les hommes étaient-ils prêts à recevoir ces enseignements ?

Le grand initié n’est-il pas celui qui revient dans la caverne pour nous ouvrir les yeux sur ce qu’est réellement la vie, sur l’essence même de nos origines et de nos valeurs et nous délivrer ainsi des chaines de l’ignorance. Comme l’explique Platon par le « mythe de la caverne ».

Tous ces grands initiés ne sont que des maillons d’une chaine qui se perpétue encore de nos jours. Des hommes et des femmes essaient de porter haut l’âme des hommes. Ils donnent leurs vie pour certains à des causes que l’on croirait perdues et essaient d’entrainer dans leur sillage tous ceux de bonne volonté. Pareils à leurs ainés, ils vont vers les hommes et cherchent ou ont cherché à les faire progresser vers les voies de la sagesse. C’est une tâche ardue rendue encore plus difficile par les progrès de la science et des nouvelles technologies, car les mauvais messages ont tendance à se propager plus vite que les bons. Ces êtres privilégiés annoncent et préparent la spiritualité de demain.

En conclusion c’est AMOUR, aimer, un verbe qu’ils ont conjugué à tous les temps et que nous nous efforçons de prononcer à voix basse. Ils ont chacun leur approche de ce qu’est l’amour : limité à ses proches, ouvert à tous, parfois à tous les êtres vivants, ou bien simplement limité à sa personne croyant ainsi limiter ses désirs ; il faut simplement faire une synthèse de ces pensées pour nous faire un idéal de ce que peut être l’amour.

Oui c’est dur d’aimer vraiment, ça tord les tripes, on a du mal à s’endormir lorsque l’on pense aux gens à qui on voudrait transmettre un message d’amour, oui ça fait mal de voir ces même gens qui ne nous renvoient pas cet amour, mais nous devons continuer, nous devons aller jusqu’à nous torturer pour transmettre le message qu’ils nous ont laissé en héritage et tant pi si l’on passe pour des ringards, des sentimentaux ou des faibles, nous devons faire fis de toute critique et comme eux aller jusqu’au don de soi pour que naisse une nouvelle humanité.

VM j’ai dit

Source : http://www.info-france.fr/123LAPAROLECIRCULE/archives/5110

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Déisme et spiritualité maçonnique

Publié le 6 Avril 2013 par Eric R\ dans Planches

(...) L’idée d’une puissance, d’un principe supérieur, irrigue définitivement tous les systèmes de pensées depuis plus de 4000 ans. Tous les compartiments des idées sont enveloppés par l’idée de Dieu. Le monothéisme chrétien des premiers siècles a conquis l’Empire romain, justifié le pouvoir de droit divin, offert le paradis à ses croyants ; dicté la morale, les lois et les règlements et formé la conscience citoyenne des républicains. Les tables de la loi de l’Ancien Testament, gravées dans la pierre, sont désormais consacrées par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et le dispositif législatif.

Pour exprimer le refus de Dieu, il faut d’abord se situer par rapport à lui. L’athéisme devient alors un sous- produit du divin, un doute nécessaire à son embellissement. Si aucune morale n’échappe au divin, est-il encore possible d’échapper au dogmatisme religieux ?

La franc-maçonnerie spéculative tente de répondre à cette question.

C’est l’idée d’un principe organisateur universel qui est mis en avant pour les loges et obédiences qui admettent le Grand Architecte de l’Univers. La notion même d’architecte n’est pas sans rapport avec la filiation légendaire de la maçonnerie spéculative et opérative. On a substitué l’architecte à Dieu, dans un esprit œcuménique et dans la suite des grandes découvertes scientifiques de Galilée, Kepler et Newton. L'Univers céleste n’était plus conforme au canon de l'Église. La géométrisation de Dieu relève du désir inconscient d’une religion véritablement universelle.

Du fait de la laïcisation de la société, certaines loges et Obédiences refusent de travailler à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, tentant de confirmer l’athéisme comme base initiatique. Il y a confusion malencontreuse entre le refus de la religion et de son dogme et l’idée de Dieu. Il faut simplement avoir à l’esprit que les grades dits supérieurs confirment l’idée de Dieu ou du Christ et en toute hypothèse celle du Grand Architecte de l’univers. Il n’est pas certain que le fait d’être à la pointe de ce qui se fait dans la société soit duplicable en matière initiatique.

L’ensemble des religions appartient à un fonds commun de spiritualité. L’homme s’est élevé dans sa condition et sa destinée, en s’appuyant sur une base traditionnelle, dont la religion est une expression. Ces religions ont fait nos sociétés, et la conscience de l’homme. À ce titre nous estimons qu’elles sont un bien commun de l’humanité. Les excès et les dévoiements ne remettent pas en cause leur apport spirituel. La lecture d’un texte dit « sacré » ne doit jamais se faire sur un plan exotérique (et donc partisan et contingent). Seule la lecture ésotérique est empreinte de sagesse. Cette lecture est transversale et dépasse le fait religieux. Le religieux exotérique n’est pas à l’ordre du jour dans les loges maçonniques. C’est pour n’avoir pas compris le sens ésotérique transversal et l’idée de Tradition commune à tous ces textes que certains d’entre nous ont pu développer des réactions ostraciques. Ces derniers ne comptent que sur eux pour tout réinventer, ils sont donc leur propre religion, sans tradition.

Avant d’aborder les rapports entre l’église et les francs-maçons, il convient de situer religion et spiritualité. On peut décrire trois cas.

Le premier, historiquement, dit que la spiritualité est de nature religieuse, comme ce fut le cas dans les anciens devoirs, jusqu’au Mason Word. La prégnance de la religion dominait l’autonomie de la pensée, du moins pour le plus grand nombre. À partir de 1723, le Grand Architecte de l’Univers se substitue à Dieu et alors la spiritualité maçonnique dépasse le contenu des religions pour mieux les englober. Vient ensuite la IIIe République. La spiritualité se dissocie de la religion qui ne devient plus qu’un compartiment de celle-ci, une modalité d’expression parmi d’autres. Ces trois étapes caractérisent la pluralité de la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui.

Pour les anciens opératifs catholiques, Dieu est le premier des maçons. Le Dieu Pancréator anthropomorphique est une représentation constante, souvent tracé dans une mandorle au tympan des églises et en enluminures. Cette imagerie rallie toutes les variantes dans l’appellation du Grand Architecte De l’Univers (GADLU).

Aucune discrimination n’est tolérée en Franc-maçonnerie. Tous les courants religieux peuvent être représentés. Les statistiques sont formelles : 10% de nos citoyens pratiquent régulièrement une religion, 75% déclarent croire en Dieu ou en une puissance créatrice. 25% se déclarent agnostiques, athées ou ne savent pas. Les Loges maçonniques sont le reflet de cette société française. Ce n’est pas l’appartenance religieuse qui fait le Maçon. Chaque maçon est libre de donner au mot Dieu la définition qu’il veut.

Atteindre ce que Socrate et Platon appelaient "l'état de sagesse", ce que les chrétiens appellent "l'illumination", ce que les Japonais appellent "le Satori", ce que les hindous appellent "la Réalisation spirituelle", tel est le but premier et fondamental de toute Maçonnerie. Il ne faut pas confondre "religion" et "spiritualité", ni "cléricalisme" et "religion". Libres et tolérants, les francs-maçons se considèrent comme des frères et acceptent que chacun cultive ses propres convictions et suive son propre chemin spirituel.

Les francs-maçons sont, par essence, opposés à tout dogmatisme, quel qu'il soit. Il est à noter que certaines loges sont plus adaptées par la philosophie de leurs rituels, à recevoir en leur sein un croyant ou un non-croyant. C’est la responsabilité du parrain, c'est-à-dire de celui qui est chargé de vous guider dans votre entrée en Franc-maçonnerie, de trouver la loge et l’obédience la plus adaptée à votre cas.

Par principe, on rappelle qu’en loge il est interdit de parler de religion ou politique afin de conserver une sérénité dans la tenue des travaux.

Définir son propre cas, revient à tenter de se situer dans le paysage religieux. Avant toute chose, il faut distinguer religion et église. La religion reste une croyance générale et impersonnelle, alors que l’église intervient dans la mise en œuvre d’un dogme qu’elle a pu produire dans le temps. Autrement dit, on peut parfaitement se déclarer de telle religion, sans accepter le dogme d’une église qui s’en réclame. On distingue au-delà de cette dichotomie, le texte sacré et son interprétation.

On peut tenter de distinguer 7 catégories :

-Les chrétiens d’esprit et de corps qui furent les premiers rédacteurs des Anciens Devoirs. Catholiques en faisant référence à la Sainte Trinité, puis anglicans et pour finir calvinistes. L’appartenance religieuse fondait la pratique rituelique.

- Les Déistes, qui sont à l’origine une hérésie de la foi chrétienne, car ils ne se réfèrent pas à une révélation. L’idée générale repose sur la création de l’univers par un Dieu bon et puissant. Ce Dieu est infiniment respectable, mais il ne s’est manifesté dans aucune écriture ni aucune révélation. Cette attitude propre à remettre en cause les canons de l’église explique que les chrétiens fondamentalistes se soient opposés à la notion de Grand Architecte de l’Univers. L’option Déiste est très largement présente dans les premières constitutions. Elle est conçue comme le plus petit dénominateur commun entre les différentes religions et voulait donner un caractère universaliste à la Franc-maçonnerie organisée, en l’appuyant très largement sur l’Ancien Testament, commun à toutes les religions du livre.

- Les Théistes souvent « noachites » ou « noachides» qui font de l’idée d’un Dieu unique, une omnipotence et une omniscience qui perfuse l’univers entier depuis sa création, sans représentation anthropomorphique. C’est une doctrine indépendante de toute religion établie.

- Les Relativistes qui loin de contester l’idée divine, la considère croyance utile, voire indispensable au bon équilibre sociétal et à la psychologie humaine. La foi devient utilitaire. La religion et son explication de l’univers ne sont qu’une hypothèse.

- Les Rationalistes qui considèrent que l’homme doit raisonner avant de croire, et qu’un dogme ne peut s’imposer de lui-même à l’homme libre. La foi religieuse interdit l’usage de la raison, la foi ne peut être qu’une hypothèse non raisonnée.

- Les Agnostiques qui doutent de l’existence d’un dieu sans le nier pour autant, de même qu’ils ignorent la profondeur métaphysique. Le domaine de l’intime, de l’origine des choses et de la destinée est inaccessible.

- L’athée qui constate que l’idée divine n’est prouvée par aucune science ni aucun raisonnement et met à l’écart le cortège des représentations mentales des croyants. L’athée assume librement sa pensée sans s’appuyer sur un dogme quelconque. On nie l’existence de Dieu et de la divinité.

Il existe sûrement bien d’autres catégories.

La rituelie maçonnique évolua avec les mentalités : si les anciens devoirs étaient expressément catholiques, intégrants la prière, les rituels maçonniques apparus après les statuts de Schaw de 1599, ne laissait aucune place à la prière des anciens devoirs catholiques. Ils étaient assortis d’un catéchisme mnémotechnique dupliquant celui de l’église.

Notons enfin que les constitutions dites d’Anderson en 1723 puis en 1738 se firent l’écho d’un discours rassembleur de bon aloi, propre à rétablir la paix civile, tout en s’inspirant particulièrement du Mason Word calviniste de nature symbolique et herméneutique. 1723 : « Un maçon est obligé, selon son Ordre, d'obéir à la loi morale ; et s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin profane.
Mais, quoique dans le vieux temps les maçons fussent obligés d'être de la religion de chaque pays où ils étaient, cependant on a jugé mainte­nant qu'il est plus convenable de les obliger seulement à être de la reli­gion dont tous les honnêtes gens conviennent, qui est de permettre à un chacun d'embrasser les opinions qu'il croit les plus saines et les plus raisonnables; ces opinions qui peuvent rendre un homme bon, équi­table, sincère et humain envers ses semblables, de quelque lieu et de quelque croyance qu'ils puissent être. De sorte que, par un principe si excellent, la maçonnerie devient le centre de l'union parmi les hommes, et l'unique moyen d'établir une étroite et solide amitié parmi des per­sonnes qui n'auraient jamais pu être sociables parmi elles, par rapport à la différence de leurs sentiments. »


1723 n’est qu’une étape. On peut lire dans les Constitutions, l’obligation d’un simple déisme basé sur la religion naturelle, dans un esprit de tolérance. Le but d’unir les deux cultes était une vaine utopie. Il faut plutôt y rechercher un calcul politique des Orangistes qui désormais détenaient le pouvoir et avaient beau jeu de pratiquer l'œcuménisme de circonstance. En effet en 1738 l’allusion à un Noachisme devient l’expression unitaire des religions du livre. On y dépasse le christianisme schismatique pour aller vers les origines vétéro-testamentaires, qui ouvrent l’expression d’une lecture personnelle de l’Ancien Testament, propre à satisfaire l’esprit protestant ou Huguenot. En effet on attribue abusivement à Anderson la complète rédaction des constitutions de 1738. Le marquis de La Tierce, son ami, avait deux ans auparavant tenté d’améliorer le texte de 1723 en y introduisant un esprit certes reformé et oecuménique, mais d’essence française. À cet effet il y introduit, avant publication de 1742, une version du discours de Ramsay qui établit un lien chevaleresque, tout en améliorant l’aspect historique particulièrement défaillant chez Anderson.

Le Noachisme :

Le point de vue « noachite » est une idée « Ramsayenne », reprise par De la Tierce et Anderson. C’est donc un rassemblement qui est proposé sur la base du plus petit dénominateur commun. Cette volonté de rassemblement va ouvrir la porte à la légende d’Hiram qui est une relecture de la figure de Jésus. En évitant de tomber dans une déité proclamée, Hiram porte le grade de Maître au sommet de l’Art royal, tout en organisant le passage de l’initiation sur la matière à l’initiation sacerdotale.

1738 :« Un maçon s'oblige à observer la loi morale comme un vrai noachide; et s'il comprend droitement le métier, jamais ne sera stupide athée ni libertin sans religion, ni n'agira jamais contre sa conscience. Au temps jadis, les maçons chrétiens devaient se conformer aux usages chrétiens de chaque pays où ils voyageaient ou travaillaient. Mais la maçonnerie existante en toutes les nations même de religions différentes, le seul devoir est aujourd'hui d'adhérer à cette religion où tous les hommes s'accordent (sauf pour chaque frère à garder son opinion particulière), c'est-à-dire d'être hommes bons et vrais, ou hommes d'honneur et de probité, n'importe les appellations, religions ou croyances qui les distinguent : car ils s'accordent tous sur les trois grands articles de Noé, et c'en est assez pour préserver le ciment de la loge. Ainsi la maçonnerie est le centre de leur union, et le moyen de concilier des personnes qui auraient dû, autre­ment, rester sans cesse éloignées les unes des autres. »

Le Noachisme en tant que tel par son universalité ne devait pas oublier la tradition dont était issue la Franc-maçonnerie. Elle ne pouvait ignorer ses racines chrétiennes et les prières qui ponctuaient les rites maçonniques opératifs[1][5]. De ces anciens devoirs, il importait pour certains de réintroduire la prière à Dieu. C’est ainsi que la réaction des « Anciens » contre les « Moderns » replace l’invocation à Dieu dans les rituels spéculatifs. Le centre de résistance principal était la vieille loge d’York qui pratiquait l’ancien principe de la loge libre et la fidélité à l’église (anciennement la Sainte Église puis l’Église anglicane). Ils finirent par fusionner non sans que Laurence Dermott publie en 1753 une version des constitutions de la Grande Loge des anciens, reprenant celle de 1738 avec un esprit nettement plus déiste.

La fusion des « Anciens » et des « Modernes »en 1813 entretiendra durablement une confusion entre ce qui caractérise les rites anciens et modernes, entraînant un mélange « génétique » dans la pratique rituelique.

Au Rite Écossais Primitif, il est préférable d’accepter l’idée divine, quelle que soit la typologie représentative, avec ou sans pratique religieuse. Pour s’en faire une idée il suffit de lire l’invocation de fermeture :

«- Très Saint et Très Glorieux Seigneur Dieu, Suprême Architecte du Ciel et de la Terre, Dispensateur de toutes les Grâces ici-bas, nous te supplions de bénir nos Travaux et d’illuminer nos esprits d’intelligence et de Sagesse, afin que nous puissions être à même de Te connaître et de Te servir droitement, toutes nos actions ne tendant qu’a Ta Gloire, et au retour de nos Âmes en Ta Lumière. Amen. »

On constate que les deux terminologies Dieu et Suprême Architecte de l’Univers sont confondues pour rejoindre le versant métaphysique de la Déité, avec une notion liée à l’âme qui correspond à la pratique tri-unitaire des Anciens devoirs. (Corps, âme, esprit.)

Le Rite Écossais Rectifié par son histoire inspirée par les ordres de chevalerie accepte plutôt les chrétiens, l’ésotérisme chrétien occupant une place majeure C’est en 1778 que ce rite adossé sur celui de la Stricte Observance Templière est rectifié par JB Willermoz. L’invocation finale préalable à la fermeture des travaux illustre une différence avec l’esprit œcuménique des constitutions d’Anderson :

« Souverain Maître de l'Univers qui n'avez cependant nul besoin, vous avez voulu posséder votre Temple parmi nous et en nous. Daignez donc, Seigneur, conserver cette Demeure à jamais et toujours dans la Paix et l’Harmonie. Vous qui avez choisi ce Temple pour que votre Saint Nom y soit invoqué, faites aussi qu'il demeure une maison de travail et d'obsécration pour Votre peuple, et que ces Pierres Vivantes que sont Vos ouvriers, Suprême Architecte du Monde, soient à jamais unies entre elles par le ciment de la Charité... Amen ! ... »

Le Rite Écossais Ancien et accepté, par sa nature syncrétique, accepte toutes les tendances, ce rite pouvant être qualifié de Théiste. Enfin le Rite Français est plus généraliste encore et les libres penseurs peuvent y trouver une place. Il n’y a pas d’invocation au sens biblique du terme, mais l’affirmation d’un idéal dans la sphère humaine :

« Bien au-dessus des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le Franc-Maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. Avant de nous séparer, élevons-nous ensemble vers notre idéal. Qu’il inspire notre conduite dans le monde profane, qu’il guide notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre vie, qu’il soit la Lumière sur notre chemin ! « 

Le serment qui engage le franc-maçon est donné sur la bible ouverte à l’Évangile de Saint Jean considéré comme un livre initiatique, surmonté de l’équerre et du compas, comme pour la plupart des rites écossais. Certains rites préconisent l’équerre, le compas et la règle cette dernière remplaçant la Bible.

La Franc-maçonnerie reste universelle et n'impose aucune limite à la recherche de la Vérité. Elle est donc par nature adogmatique. En Franc-maçonnerie, il n'existe aucune Vérité "venue d'en haut" (en dehors de la religion et de l’éventuelle révélation, qui reste du domaine privé), aucun gourou à vénérer, seul subsiste le travail individuel et collectif, autour d'un outil parmi tant d'autres : la méditation et la reliance à la tradition et aux êtres.

L’excommunication :

C’est ce relativisme religieux qui a toujours gêné les autorités religieuses. Les Constitution révisées d’Anderson approuvées par la Grande Loge de Londres le 25 janvier 1738 dans son article 1er déclare : « Un vrai Maçon est obligé par son titre, de se conformer à la loi morale comme un vrai noachide… » C'est-à-dire établir une relation au Divin, antérieure au Nouveau Testament objet de divergences d’interprétation, pour se transporter sur le terrain de l’Ancien Testament, laissant à chacun le droit de se définir plus précisément dans sa croyance. La réaction du Pape Clément XII est une condamnation de la Franc-maçonnerie dans la Bulle « In Eminenti… » datée de 1738 « Pour d’autres motifs justes et raisonnables de Nous connus… » Renouvelée par Benoît XIV en 1751 dans la bulle « Providas ». Les bulles qui excommunient les catholiques Franc-maçon sont sans effet en France, car elles doivent être enregistrées par le parlement. Cependant, à la restauration et suite au concordat de 1801 passé entre Bonaparte et Pie VII, elles deviennent applicables et sont reprises dans la bulle « Ecclesiam a Jesus Christo » qui vise plus généralement les sociétés occultes. On vit alors les membres du clergé et les fidèles quitter les Loges, remplacés par des frères insensibles à cette situation et probablement moins engagés dans la religion catholique. Suite à ce déséquilibre, on assista à une montée en puissance du sentiment Déiste dans l’esprit voltairien jusqu’à la révolution de 1848 et ce, dès le Second Empire. Cette situation évolua vers la laïcité républicaine qui permit au Grand Orient de France en 1877 d’éliminer la référence au Grand Architecte de l’Univers. Ainsi, on suit un axe qui part de l’Esprit des Lumières pour aboutir à un positivisme et un rationalisme extrême.

En 1884 le 2 avril, Léon XIII publie l’encyclique « Humanum Genus » ou les francs-maçons sont accusés de « ruiner la Sainte Église…, dépouiller les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus Christ ». Il faut préciser que la Franc-maçonnerie oeuvra avec un réel succès dans l’élaboration de la loi de 1905 de séparation de l'Église et de L'État.

En 1915, le canon 2335 du droit canonique, stipule que les francs maçons catholiques encourent l’excommunication.

C’est en 1983 que cet article fut annulé et remplacé par le canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ». À ce point de l’histoire, on ne peut pas dire que la franc-maçonnerie conspire contre l'Église. Il existe même une franc- maçonnerie Christique. Toute perspective de rapprochement pour les francs maçons pratiquant une religion, disparaît lorsque le 26 novembre 1983 le futur Pape Benoît XVI, président la Congrégation pour la doctrine de la Foi, renouvela l’interdiction faite aux catholiques d’appartenir à la franc-maçonnerie.

L’Église Anglicane n’est pas en reste et accuse la franc-maçonnerie d’être hérétique, gnostique, de s’opposer à la trinité. Il y a incompatibilité des deux démarches. Les méthodistes lui reprochent le secret et en interdisent l’accès. Seule l’église baptiste des États-Unis semble accepter l’adhésion à la franc-maçonnerie. En France l’Église Orthodoxe n’a formulé aucune opposition. Enfin l’Islam, malgré le soufisme, s’oppose à la démarche maçonnique qualifiée de sioniste. Le Bouddhisme et l’hindouisme restent dans une indifférence bienveillante.

Le constat est clair, si la franc-maçonnerie et l’immense majorité des Frères, respectent et estiment les religions, les églises font preuve d’une méfiance voir d’une hostilité incompréhensible pour les francs maçons pratiquant assidûment une religion. Il convient d’examiner les cinq points qui motivent cette hostilité.

1) Le relativisme

Le fait de considérer sur un pied d’égalité toutes les pratiques religieuses fait que la franc-maçonnerie est multiconfessionnelle. Cette attitude est proche de la vision laïque, ce qui pose un problème aux religions universalistes et conquérantes. Le fondement de ce relativisme trouve sa source à la fois dans le Noachisme historique, mais aussi à la distinction qui est faite entre la voie mystique et initiatique. Pour le maçon ces deux voies sont distinctes, pour le clergé, la révélation mystique est la seule voie.

Ce relativisme cède parfois à une hostilité ouverte. Le grand Orient en 1922 dans son convent déclare :

« La séculaire puissance d’obscurantisme prétend à l’universalité de son hégémonie mondiale. Son Vatican, avec ses multiples services de sa curie romaine, telle une pieuvre colossale développe ses monstrueux tentacules sur le monde entier. L’ombre néfaste de ses maisons de prières et de servitude dissimule aux humains les perspectives des horizons de lumière et de vérité. Si nous voulons que cette ombre meurtrière de la pensée humaine, complice de tous les crimes qui laissent dans l’histoire une longue traînée de sang, ne puisse s’étendre et s’épanouir dans ce monde, si nous voulons préserver les générations d’un fatal enlisement intellectuel sous la sujétion des dogmes, des préjugés, et des superstitions ; détruisons ce symbole « apostolique » d’horreur et d’épouvante, ce foyer de malfaisance universelle et reprenons l’âpre combat au cri renouvelé de Voltaire : Ecrasons l’Infâme ! »

2) Le langage de la franc-maçonnerie traditionnelle et symbolique

C’est un langage ésotérique. L’Église des premiers siècles était l’héritière des traditions passées et avait indiscutablement un discours initiatique en plus du discours mystique.C’est un aspect que l’Église dans sa course à la sécularisation et sa conquête du pouvoir temporel a négligé. À force de s’appuyer sur le plus grand nombre, le discours de l’Église s’est vulgarisé. Le versant ésotérique réservé à l’élite (notamment aux évêques) fut abandonné au profit d’un exotérisme simplificateur et anthropomorphique. C’est ainsi que l’Église pouvait parler au plus grand nombre et peser sur les âmes et le pouvoir politique. L’Église restait détentrice des anciennes traditions sans en comprendre le sens profond.

Cet abandon remonte au Moyen-âge. L’ésotérisme chrétien de la grande tradition se trouvait en difficulté. L’enjeu résidait dans la maîtrise du pouvoir temporel, ou le nombre et la matérialité pèsent plus que l’élite et l’esprit. Il fit ressortir les sociétés initiatiques détectrices des traditions et de leurs interprétations. Celles qui sommeillaient bien souvent très près des évêques et cardinaux qui, autrefois, maîtrisaient ce langage. Les interprétations de l’ésotérisme chrétien, par les fidèles d’amour, les roses croix, les templiers, les gnostiques, les alchimistes n’étaient que partielles. Leurs interprétations ne reposaient pas sur une métaphysique de la totalité. Cette dislocation n’a pas permis à ces mouvements de survivre par eux-mêmes. Ils devaient se rallier à une voie véritablement initiatique comme la Franc-maçonnerie opérative. Seul ce réceptacle pouvait garantir la transmission.

On ne peut priver de voie initiatique, le cherchant de bonne foi. Cette aspiration correspond à un besoin irrépressible, qu’aucune loi ou aucun règlement ne peut juguler. Il ne restait plus à l'Église que la voie mystique assujettie au dogme, qui a produit un grand nombre de béatifications. La voie mystique est l’équivalent de la voie initiatique, la première s’exerçant dans le domaine extérieur (exotérisme) et la seconde dans le domaine intérieur (ésotérisme). Toutes les deux supposent un laborieux effort pour y parvenir, mais aussi une capacité à recevoir la grâce divine ou à la découvrir.

La voie sacerdotale n’étant plus que mystique, seule la voie artisanale restait à la disposition du peuple et la voie chevaleresque pour la noblesse. C’est dans ces deux voies que se dirigèrent les micro-sociétés initiatiques, pour les enrichir, tout en prospérant à l’abri de l’institution. Inattaquables, car forts utiles (travail de la matière ou art du combat), elles transportèrent leur trésor initiatique jusqu'à nous. L'église dépossédée de son hégémonie dans l’interprétation des textes sacrés et de l’explication du monde se retrouva contestée dans la voie initiatique sacerdotale par différents mouvements à caractères gnostiques. Cette affaire marqua profondément la Papauté qui en tira des règles aussi rigides que l’inquisition. La disgrâce de la franc-maçonnerie est en partie due à ce passif.

Ce qui ressemblait à la franc-maçonnerie, ainsi que les autres organisations initiatiques, trouva le champ libre.

La religion n’était pas contestée dans ses fondements, mais elle était complétée dans une deuxième interprétation sur un registre ésotérique soustrait à l’audition du plus grand nombre.

3) L’antériorité interprétative

La légitimité d’un mouvement d’idée trouve souvent ses fondements dans le caractère immémorial de sa pratique. À l’évidence bien des traditions sont antérieures à l’avènement du Christ.

Les alchimistes prétendent que leur science est le reflet des saints mystères et que le Christ partage l’immanence de la pierre philosophale. Adam n’est-il pas un modelage fait de glaise, d’eau et du souffle divin, soit les éléments de bases qui après division et purification donneront la pierre philosophale…

Les gnostiques plaident aussi pour une renaissance ultime tout en se fondant sur des traditions antérieures à la chrétienté.

Les roses croix qui depuis 1646 désirent réaliser l’approche ésotérique des œuvres de Dieu dans la nature, dans le but de la dominer.

Les hermétistes s’intéressent à la nature du Christ : s’agit-il d’une résurrection, d’une renaissance, d’une exaltation ? Qu’en est-il de ce corps mystique ? Ils trouvent à s’appuyer sur une antériorité qui remonte bien avant Jésus Christ.

Comme l'Église des premiers siècles, ils fondent leurs traditions et leurs symbolismes sur des pratiques qui appartiennent au fonds commun des sociétés à mystères ou initiatiques.

À l’antériorité interprétative s’ajoute parfois la pratique théurgique. Celle-ci fut particulièrement mise en exergue par Martinez de Pasqually, lorsque fut instauré l’ordre des Élus Cohen. Son influence fut suffisamment forte pour irriguer en partie la franc-maçonnerie moderne, à tendance christique, telle que pratiquée par le Rite Écossais Rectifié. La franc-maçonnerie swedenborgienne s’imprègne fortement des enseignements de la bible, de la Genèse du principe créateur et de la réintégration.

Ainsi l’autonomie dans l’interprétation se traduit en autonomie de la volonté et fait sortir du giron papal, toute une série de mouvements initiatiques, mystiques et autres, qui sont de nature à porter préjudice à l’institution ecclésiale.

Le Christ et sa résurrection, ainsi que tous les mystères de la révélation sont interprétés spécifiquement par tous les mouvements initiatiques hermétiques, qui font peu de cas du Dogme de l'Église.

4) Le dogme

L’emprise naturelle et respectable de la doctrine dans une religion va se heurter à la conquête du Soi par l’initié. On admet généralement que la religion catholique, pratiquée en sa forme ancienne et traditionnelle, offrait un cheminement initiatique. Ledit cheminement restait sous l’emprise des différents sacrements, qui marquaient les admissions aux mystères de la foi.

Le hiatus semble reposer sur le caractère initiatique de l'Église, de la franc-maçonnerie et la liberté d’évolution de cette dernière. Les deux institutions se retrouvent en concurrence sur le chemin de l’initiation, sacerdotale pour la première et artisanale pour la seconde.

La différence tenait à l’autonomie de l’interprétation. Le dogme tient fermement la main du chrétien, ne le laissant quitter le seul chemin possible, alors que la Franc-maçonnerie ne prétend nullement diriger le maçon sur son chemin, proposant un simple épaulement de la fraternité initiatique de la loge. L’initiation a toujours existé et l'Église s’est appuyée sur les traditions initiatiques antérieures pour entrer dans les âmes et les cœurs. La voie cardiaque est si efficace qu’il convient de fermer la porte derrière soi pour éviter toute concurrence. Or, c’est aussi par la voie cardiaque et son égrégore que la Franc-maçonnerie s’installe en nous. N’oublions pas que la Franc-maçonnerie interprète les textes sacrés et donc la Bible sur un plan ésotérique. Chassant sur les terres de l’ésotérisme chrétien, l’interprétation libre et personnelle du maçon, risque de s’opposer à la révélation et aux dogmes. Les initiés sur la voie savent qu’il est judicieux, au nom d’une certaine cohérence, de n’emprunter qu’une seule voie à la fois. En conséquence être fidèle dans une religion n’est pas incompatible sur le plan initiatique avec la Franc-maçonnerie, mais suppose l’adhésion à un dogme qui guide les pas du maçon. La peur de l’Église est que ce dernier, par ses propres découvertes et son exégèse ésotérique, ne se détourne du canon.

5) Hiram

La légende d’Hiram apparaît dans les loges vers 1730-1745. Elle semble réunir sur elle l’action des courants ésotériques voir occultistes des siècles passés. Rose-croix, alchimistes, détenteurs de la Gnose, élus Cohens trouvent une expression plus élaborée dans cette légende. La théâtralité du récit, introduit dans le rituel d’exaltation, le passage dans un autre état, voire dans un autre monde, pour «l’élu » qui a été choisi par ses pairs.

L'homme-matière devient Homme-esprit. Nous ne sommes plus dans le registre de la pierre taillée. C’est bien plus qu’une simple palingénésie qui mimerait au plan symbolique le sacrifice du Christ. Son assassinat et son relèvement rituel n’étaient pas pour plaire au clergé, d’autant que cette mort rituelle est une délivrance de toute contingence et donc de la matière, alors que la crucifixion du Christ annonce la résurrection des corps et le salut de l’âme.

La délivrance est réservée aux élus, le salut est pour tous.

L’interprétation du sacrifice du Christ et de sa résurrection se trouva concurrencée par l’approche initiatique de la légende D’Hiram. C’est toute la construction dogmatique qui était menacée par l’élan maçonnique. Désormais, s’en était trop, le futur Maître ne pouvait vivre une résurrection-délivrance dans des cérémonies secrètes, et il ne pouvait y avoir deux Christs, celui du salut et celui de la délivrance, celui de l’Église et celui des maçons.

L’interprétation maçonnique est potentiellement supérieure à celle de l'Église, car cette dernière ne se situe que « par » et « pour » l’homme, lui proposant le salut pour réalisation spirituelle, alors que la maçonnerie offre le changement d’état.

L'Église considère que la spiritualité est sa suite et conséquence, inspirée par la foi. Le point de vue de l'Église s’oppose à certains maçons pour qui la croyance en une religion n’est qu’un simple compartiment de la spiritualité.

La base historique du christianisme repose sur la Résurrection. C’est l’expression prophétique de la volonté divine dans un domaine purement contingent et historique. Ce « sous-domaine » d’intervention est de moindre dimension, qu’une sphère métaphysique, conceptualisée par l’initié-maçon dans son for intérieur. Ainsi, la métaphysique de l’initié parfait saisit l’ensemble de la permanence et du tout, alors que la prophétie et la résurrection ne sont que l’émanation d’une volonté divine dans une strate. Il y a bien différence de perspective, car la nature de la religion est décidément dénuée de son dimensionnement ésotérique.

C’est un dialogue de sourds.

L'Église ne reconnaissant pas l’ésotérisme comme autonome et supérieur dans sa portée, mets en avant la voie mystique. Elle n’accepte pas de reconnaître l’abandon fautif de l’interprétation de l’ésotérisme spécifiquement chrétien. De son côté, le maçon n’entend pas se soumettre au dogme, conservant ainsi l’intégrité d’une voie initiatique, artisanale, ancestrale et personnelle.

La voie initiatique peut être complétée par la foi. Si on admet que la foi religieuse complète et illustre dans un domaine limité, le concept métaphysique.

De notre point de vue il n’y a pas contradiction entre la voie initiatique et la voie mystique, elles sont agissantes sur deux domaines différents, mais pas contradictoires.

Toutes les voies ascensionnelles sont censées converger en un point commun et ultime. Ce sommet de la montagne pouvait être suggéré par la légende du relèvement d’Hiram et la résurrection du Christ. Les conséquences étaient trop importantes pour qu’il puisse y avoir la moindre reconnaissance de part et d’autre.

(…)

© Comprendre la Franc-maçonnerie - Editions du Maçon 2011

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-spiritualite-maconnique-99413011.html



 

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La réalisation théomorphique chez Martinez de Pasqually

Publié le 5 Avril 2013 par Robert Kanters dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

La perception du rapport analogique est peut-être le seul acte réellement fécond dont soit capable l’esprit humain. Elle est à la base de toute la rhétorique et de toutes les opérations de symbolisation, au cœur des trouvailles les plus efficaces de l’image poétique, si l’on accepte la définition célèbre qu’en donnait M. Reverdy, comme des seules démarches vraiment progressives du raisonnement logique, dont le moment essentiel est celui où les prémisses sont choisies et rapprochées en vertu d’une sorte de pressentiment que leur alliance sera féconde. Aussi, une logique de l’analogie, si elle devenait un jour possible sur des bases plus solides que celles de la symbolisation freudienne, nous ferait-elle sans doute apparaître la démonstration mathématique comme un cas particulier de l’image poétique. Il suffira, pour l’instant, que la possibilité idéale d’une telle logique soit entrevue pour que l’on se garde de traiter trop légèrement ceux qui ont fait de l’analogie la démarche ordinaire de leur pensée.

Or, il est un domaine qui paraît réfractaire à tout procédé de spéculation plus précis, et c’est la théologie mystique. L’analogie seule peut nous donner l’espoir de franchir la distance de la nature physique, et de notre nature, à la nature divine, et de réunir les éléments d’une représentation plus ou moins grossière de celle-ci. Reste à se demander en quel sens le rapport analogique de Dieu et de l’homme peut et doit être considéré. Autrement, est-ce de la connaissance de l’homme que l’on s’efforcera d’inférer une connaissance de Dieu, ou est-ce de la connaissance de Dieu que l’on s’efforcera d’inférer une connaissance de l’homme ?

La représentation de Dieu sous une apparence et des caractères humains se rencontre peut-être la première : le mana, si on le considère comme primitif, est du divin senti, mais non représenté ; et la représentation totémique, même chez Durkheim, n’est pas, ou n’est pas encore une représentation de Dieu. C’est ensuite l’anthropomorphisme, c’est-à-dire le système dans lequel, consciemment ou non, on passe de la connaissance de l’homme à la connaissance et à la représentation de Dieu. Le sens du vecteur analogique est de l’homme vers Dieu. On proposera l’appellation de théomorphisme pour les doctrines dans lesquelles ce n’est plus Dieu qui est conçu à l’image de l’homme, mais l’homme qui est conçu comme étant à l’image de Dieu. Le vecteur analogique va ici de Dieu vers l’homme.

Le sens de ce vecteur est bien la caractéristique des deux attitudes. Il va de soi, en effet, qu’entre l’anthropomorphisme de Dieu et le théomorphisme de l’homme, la distinction sera pratiquement fort délicate à établir. Ainsi la référence aux versets 26 et 27 de la Genèse ne suffira pas pour prouver le caractère théomorphique des interprétations courantes de la Bible. Au surplus, c’est toujours l’homme qui nous est donné empiriquement et familièrement, et il paraîtra dès lors peu important à certains de savoir si cet objet de l’expérience est le portrait ou l’original de la divinité à laquelle nous prétendons accéder à travers lui. L’affirmation que l’homme a fait Dieu à son image est une affirmation sceptique, qu’une doctrine religieuse ne professe jamais explicitement. Nous ne pourrons donc la déceler qu’en observant dans quel sens chemine la connaissance à l’intérieur de la doctrine constituée. Si nous nous apercevons que le contenu de sa notion de Dieu n’a pu se former que par des analogies humaines, son caractère anthropomorphique ne pourra plus être sérieusement discuté. C’est ainsi, par exemple, que l’élaboration cartésienne de la divinité comporte au moins une démarche visiblement anthropomorphique, celle où Descartes, qui a établi sa propre existence à partir du fait de sa pensée, établit l’existence de Dieu à partir du sentiment d’imperfection de cette pensée. Car, en ce moment, il considère la pensée, non plus comme un être indéniable et indéterminé, mais comme un état qualifié dont le complément est une qualification toute humaine de Dieu, désormais considéré comme parfait. On sent bien, et Spinoza a très bien senti, le progrès qui serait réalisé par une doctrine dans laquelle la connaissance cheminerait rigoureusement de Dieu vers l’homme.

Est-ce possible, et le théomorphisme n’implique-t-il pas un anthropomorphisme préalable ? Le vecteur part de Dieu, disons-nous, mais comment est-on arrivé à Dieu ? N’est-ce pas par analogie, et par une analogie humaine ? Ce qui reviendrait à faire du théomorphisme une façon différente d’exposer la connaissance de Dieu, mais non de l’acquérir et à l’opposer à l’anthropomorphisme un peu comme on oppose la phase déductive et la phase inductive dans le discours scientifique. Il est évident que nous ne pouvons exclure complètement le raisonnement qui conclut de l’homme à Dieu. Ainsi le maître dont nous allons parler, Martinez de Pasqually, nous signalera comme instructifs des détails de la structure humaine, l’inégalité des cinq doigts de la main, par exemple, et la tendance à utiliser ces analogies, relativement peu marquée dans son Traité de la Réintégration, l’était peut-être davantage dans son enseignement oral et se retrouve très nettement chez son disciple Saint-Martin, même avant qu’elle soit exacerbée par l’influence de Bœhme. Mais il est clair que cette relation analogique doit être conçue comme une relation de signe à chose signifiée. Dieu n’a de main en aucun sens, mais la main de l’homme signifie quelque chose dans le plan divin. Les caractères humains ne sont en rien plus essentiels à la divinité que les caractères d’imprimerie ne sont essentiels à la pensée.

Enfin et surtout, le théomorphisme échappe au reproche d’anthropomorphisme préalable par un coup de force et un coup de génie à la fois : la connaissance ne part pas, en effet, d’une représentation anthropomorphique de la divinité, parce qu’elle ne part d’aucune représentation définie de cette divinité. Dieu est comme une source de lumière que sa luminosité même nous empêche de regarder, si bien que, quoique le sens du vecteur analogique soit de Dieu vers l’homme, ce n’est pas en Dieu que nous le verrons lui-même, mais dans l’homme, miroir plus encore que portrait de la,divinité. Dieu ne commencera à être représenté que par ie reflet de sa propre lumière sur le miroir humain. On voit tout de suite l’extrême délicatesse de la méthode : car il faudra veiller soigneusement à ne renvoyer vers Dieu que la seule lumière venue de lui, et non point une autre qui nous serait propre. Mais on en voit aussi l’intérêt, car si elle est rigoureusement entendue, nulle autre ne pourra concevoir Dieu d’une façon aussi pure, tout en pénétrant le sens du monde phénoménal d’une façon aussi complète.

On retrouverait assez facilement des formes partielles de l’attitude théomorphique : ainsi dans la voie ascétique et mystique qui est celle de l’Imitation de Jésus-Christ, où le rapport de l’homme à Dieu est considéré non tant comme réellement existant dans la morphologie de l’homme que comme devant idéalement exister dans son être spirituel grâce à la morale et à la piété, le corollaire est mis dans une plus grande lumière que le théorème. Et c’est vraisemblablement dans le courant kabbaliste, ou mieux dans Je courant général de l’ésotérisme occidental que nous trouverions l’effort le plus soutenu pour rester fidèle à la méthode ici définie. On se contentera d’en souligner l’emploi dans l’œuvre du maître le plus original de la mystique française au XVIII8 siècle, Martinez de Pasqually.

Nous nous appuierons principalement sur le Traité resté incomplet et publié à la fin du siècle dernier [Traité de la Réintégration des Êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines (Paris, Chacornac, 1899). Cf. naturellement aussi l’ouvrage fondamental de M. Van Rijnberk, Martinez de Pasqually, 2 volumes, Derain-Raclet, Lyon, 1938]. On connaît trop peu ce grand texte : Matter se plaignait que l’on ne pût atteindre Martinez, comme Socrate, qu’à travers son Platon (Saint-Martin) ou son Xénophon (l’abbé Fournie). Le Traité, c’est Socrate lui-même ; avec toute l’ardeur et tout le décousu de l’exposé oral. On croit entendre en le lisant la voix du maître improvisant péniblement son livre dans son mauvais jargon, devant ses disciples, Grainville ou Champoléon, qui le reprennent sur son style, demandent des explications, obligent ainsi sa pensée à faire un effort pour s’expliquer de plus en plus clairement, si bien que l’exposé revient parfois sur ses pas, progresse, propose successivement plusieurs versions qui se contredisent parfois en partie1, avant de s’en tenir à l’explication la plus satisfaisante. Ainsi avons-nous à poursuivre la pensée de Martinez comme celle d’un interlocuteur qui n’arrive pas toujours à se faire comprendre, d’autant plus qu’il écrit pour ses disciples déjà Réau-Croix, c’est-à-dire très préparés, en principe, à le lire et à le saisir à demi-mot.

De prime abord, le traité se présente, on Je sait, comme un commentaire courant et un complément de quelques textes bibliques (presque tout le livre de la Genèse, sauf l’histoire de Joseph ; l’histoire de Moïse et ses instructions ; et quelques pages sur l’histoire de Saül). Bien que s’appuyant ainsi à chaque instant sur le texte biblique inspiré, Martinez reste cependant fidèle à la méthode métaphysique, grâce à son procédé fondamental d’interprétation, la notion de « type ». Selon lui, les épisodes bibliques s’éclairent, en effet, les uns les autres, dès que l’on est capable de les rapprocher convenablement : ils se répètent et symbolisent les uns avec les autres, d’Adam à Jésus-Christ. L’interprétation consistera donc à faciliter ces rapprochements et à les mettre en pleine lumière : l’explication jaillira alors d’elle-même. C’est en cela que consiste le dégagement des types. Le type est en quelque sorte, dans le Traité, la forme canonique du raisonnement par analogie. Il est supérieur à la fois au symbole et à la prophétie, parce qu’il est tourné à la fois vers le passé et vers l’avenir : « Un type est une figure réelle d’un fait passé, de même que d’un fait qui doit arriver sous peu de temps » (Traité, p. 153), alors que le symbole et la prophétie ne concernent que l’avenir, et que la prophétie n’est même qu’une menace sur l’avenir dont la réalisation reste subordonnée à la miséricorde de Dieu et à la conduite de la créature.

L’usage de cette notion de type est constant le long du Traité : Adam, Caïn et Abel font le type du Créateur avec les premiers esprits émanés et Adam (81) ; Adam est le type du vrai Adam ou le Christ ; Abel est type de Celui qui viendra ; Gain, type des prophètes ; Noé fait le type du Créateur ; le déluge et les événements qui suivent font le type de la création universelle ; Abraham avec Ismaël et Isaac répète le type d’Adam avec Caïn et Abel ; Abraham avec Isaac fait le type du Créateur avec le Christ ; Isaac avec Jacob et Esau font le type du Créateur avec les premiers esprits et Adam ; Abraham avec Isaac et Jacob font le type d’Adam avec Abel et Seth ; Esaû est le type de Caïn et de Cham ; Moïse répète les types de Noé ; en différents temps, Moïse présente également le type du Créateur, du fils du Créateur et de l’Esprit divin, etc. [Respectivement : 66, 79, 89-94, 141, 178, 214-216, 222, 223, 236, 240, 290]. Nous avons multiplié les exemples pour montrer la généralité de l’emploi du procédé, très souvent c’est la considération du type qui guide Martinez dans les adjonctions qu’il fait au récit canonique : ainsi nous parle-t-il de la joie qui mondait Eve pendant qu’elle était grosse d’Abel, bien que la Genèse soit muette sur ce point, parce que cet événement a été répété « vers le milieu du temps » par la grossesse de Marie et d’Elisabeth. C’est comme un reflet de la joie du Magnificat qu’il saisit déjà sur le visage de l’hommesse à peine créée. Sur des points de détail comme celui-là, l’imagination poétique de Martinez contribue à accentuer le type en retouchant le récit biblique. Mais ce reproche ne tient pas devant l’immense généralité de l’emploi du procédé. Et si plusieurs de ces analogies sont couramment invoquées par la liturgie romaine, l’originalité de Martinez est de s’en servir pour simplifier l’intelligence du texte sacré. Le type, en effet, réduit prodigieusement la diversité des événements, puisque ceux-ci se représentent les uns les autres. Ainsi voyons-nous les faits se surperposer bien plus exactement que les visages sur les clichés composites de Gaiton, s’emboîter de manière à ne plus offrir finalement à notre esprit qu’un seul fait, une unité au lieu d’une diversité. Puissance singulière d’un procédé de pensée qui fait évanouir la durée jusque de l’histoire et nous libère déjà, autant qu’il est en lui, de ce que nous apprendrons petit à petit à mieux connaître comme la source de toutes nos misères, l’esclavage par rapport au temps.

Et cet unique fait qui devra nous retenir, c’est le rapport de l’homme avec Dieu et l’obscurcissement de ce rapport, si bien que l’histoire n’est plus qu’un perpétuel développement de ce thème et de cette situation, une représentation indéfiniment multipliée de ce qu’il y a d’invariable dans la condition humaine, comme si Dieu avait décidé pour notre plus grand profit de nous en obséder sans cesse.

Il suffît donc de se borner au récit du seul événement, à proprennent parler, qui soit jamais arrivé, c’est-à-dire la chute des premiers esprits et de l’homme, ou encore l’origine de pensées distinctes de la pensée divine. C’est la partie de loin la plus connue de la théologie martinéziste. De Dieu, nous considérerons simplement au départ qu’il est, et qu’il est immuable. Il est, car il est l’être, et il est immuable, car il ne peut jamais revenir sur ses actes, ou plus strictement encore, sur ce qu’il est en acte. L’être ne peut se déjuger sans se défaire. Tout être spirituel existe d’abord en Dieu et comme l’être de Dieu. Dieu se glorifie en établissant les règles immuables d’un culte envers lui-même, c’est-à-dire en définissant son rapport à ces êtres spirituels : ce qui implique leur émanation comme êtres libres et distincts. L’émanation des premiers esprits est fondée sur ces règles, nous dit en effet Martinez ; ce sont donc elles qui entraînent l’individuation de l’être, et la liberté n’est que la faculté de s’y soumettre ou non. La liberté de Dieu est limitée par ces lois, car l’immuable ne peut revenir sur elles ; et des libertés émanées, il est attendu qu’elles s’infléchissent dans le sens du culte. L’émanation ne comporte rien de plus ; en particulier, elle n’entraîne aucune délégation du pouvoir spirituel émanateur. Le système établi entre Dieu et les premiers émanés n’est pas susceptible de se retrouver entre ceux-ci et des êtres qu’ils émaneraient à leur tour. Que quelques esprits libres tentent de singer ainsi leur émanateur, ils abusent de leur liberté, — et dès que cette pensée est conçue en eux, c’est la prévarication et l’origine du mal spirituel, dont Dieu n’est pas responsable, puisqu’il résulte du jeu, par définition imprévisible, de la liberté de ces esprits.

Ici commence le temps. La convention qui fondait les rapports des premiers esprits avec Dieu est violée en ce qui concerne ces prévaricateurs ; leur séparation va être totale, parce que Dieu écarte de lui leur malice. Sur son ordre, certains esprits restés fidèles produisent d’eux-mêmes trois essences spiritueuses, et ils en forment le monde du temps, que nous appelons matériel [Ibid., 354. Il s’agit, on le sait, des esprits inférieurs du cercle ternaire]. Ce sera la prison des prévaricateurs, l’instrument de leur séparation d’avec Dieu. Et pour être leur geôlier, Dieu émane un nouvel être spirituel distinct : Adam. L’émanation d’Adam est donc elle-même d’abord d’essence contractuelle ; Adam a une fonction à remplir. Dieu le charge de connaissances et de puissances : puis il l’abandonne à son libre arbitre et l’émancipé. On sait le reste : le mineur émancipé prêtera une oreille trop complaisante aux suggestions de ses prisonniers. Il a le pouvoir de se donner une postérité purement spirituelle, de corps glorieux comme le sien propre, à condition que, dans cette opération, sa volonté et celle de Dieu soient jointes (comme si, bien qu’émancipé, pour cet acte, et pour cet acte seul, le mineur avait besoin que se joigne à la sienne la volonté de son tuteur). Sous l’influence des esprits pervers dont il a la garde, Adam va essayer à son tour de donner le jour à des êtres spirituels. Il a cette pensée, il l’accomplit : et le résultat, à son grand étonnement, est « une forme ténébreuse et toute opposée à la sienne », à laquelle il donnera ensuite, pour reconnaître sincèrement sa prévarication, le nom de Houva, ou Homesse (Ibid., pp. 27, 53). Cette fois encore l’être émané a rompu le contrat, et Dieu va se séparer de lui. La forme à laquelle il a donné naissance est de nature spiritueuse, et non spirituelle, semblable donc au monde qui sert de prison aux pervers. La forme de l’homme est changée en une forme semblable à celle du fruit de sa faute, — et désormais il devra se servir de celui-ci pour avoir une postérité qui sera une postérité d’hommes et non plus une postérité spirituelle de Dieu. L’homme est envoyé rejoindre ses anciens prisonniers dans le temps et habiter sur la terre « comme le reste des animaux ». Non pas sans espoir toutefois ; par sa sincérité et son repentir, Adam obtiendra sa réconciliation, et Dieu lui restituera en partie ses vertus et puissances et la possibilité de lui rendre un culte selon les nécessités de sa nouvelle forme et de sa nouvelle situation.

On remarque tout de suite quelques particularités de cette interprétation de la Genèse : par exemple, la façon de concevoir le rôle de la femme dans la chute. Eve est la conséquence du mal et le mémorial de la faute beaucoup plus qu’un agent actif ou la collaboratrice du mineur. L’infériorité des postérités femelles, qui est certaine, fient donc à l’origine même de la forme féminine.

D’une façon plus intéressante, on voit que, par une vue profonde, c’est dans une analyse de la puissance créatrice et de l’acte créateur que Martinez, cherche la nature de la faute. Le principe du mal spirituel, c’est la volonté de concurrencer l’œuvre de création ou d’émanation de Dieu. Il est hors de la puissance d’aucun être particulier de rien ajouter à l’être. Toute tentative de création qui ne fait pas la part de la collaboration divine est mauvaise. Ainsi, l’homme, dont l’être est l’être même de Dieu, est capable, s’il se soumet à sa nature profonde, d’avoir une postérité de forme spirituelle et glorieuse, une postérité de Dieu. Mais sa faute, perpétuée dans la hideuse apparence matérielle, est d’avoir manqué à sa vocation et à sa nature, d’avoir déformé Dieu en lui. Le théomorphisme, règle de conduite, est ici absolument inséparable du théomorphisme, principe de structure.

La nature du châtiment enfin nous en apporte la confirmation. La matière en est l’instrument essentiel. Ce que nous appelons ainsi, produit par des principes spiritueux grâce à un être spirituel divin, n’est pas un être radicalement distinct de l’être. La matière n’est pas un être du tout, elle est une apparence. Les formes corporelles sont nées dans une explosion du chaos, par une sorte de refus de l’esprit devant l’être fantomatique de la matière, de constatation de son incompatibilité avec elle. Et « il n’est pas possible de regarder les formes corporelles présentes comme réelles sans admettre une matière innée dans le Créateur divin, ce qui répugne à sa spiritualité ... » [Ibid. 149 ; cf. 161-163]. Distinction qui se complète par celle de la création et de l’émanation : « La création n’appartient qu’à la matière apparente, qui, n’étant provenue de rien, si ce n’est l’imagination divine, doit rentrer dans le néant ; mais l’émanation appartient aux êtres spirituels qui sont réels et impérissables. » [Ibid., 176. II serait de la plus haute importance de savoir ce que devient cette distinction’ dans le texte du manuscrit non publié du Traité, celui du prince Chrétien de Hesse. On sait en effet par M. Van Rijnberk (op. cit., 58) que ce manuscrit porte fréquemment sinon toujours le mot « créé » là où le texte publié par M. Philipon porte le mot « émané »]. Il ne peut donc être question de création, si paradoxal que cela paraisse, que pour les êtres qui ne sont pas. Ainsi Adam a perpétré lui-même en créant Eve le brouillard qui le sépare désormais de l’Eternel. A la fin des temps, la matière générale s’effacera de la présence de l’homme comme un tableau s’efface de l’imagination du peintre (115), mais d’ici là, Adam est emprisonné dans le songe de Dieu et dans son propre mensonge ; il ne pourra plus avoir de postérité que par Eve et à travers Eve, c’est-à-dire qu’il ne pourra plus produire que des œuvres chargées de matière et donc irréelles. Il est corps et âme, une forme apparente qui lui rappelle sa faute, et une forme réelle et éternelle qui s’en repent. Pour Martinez (un peu comme pour Pascal), nous ne pouvons comprendre la nature de l’homme que si nous voyons en lui un mineur en privation auquel la vue de Dieu est dérobée par un fantôme de l’imagination divine — Dieu séparé de Dieu par une divine, mais non tout à fait impénétrable fumée.

Cela peut encore se préciser. Adam, avant la prévarication, est revêtu d’une forme glorieuse, « forme apparente que l’esprit conçoit et enfante selon ses besoins et selon les ordres qu’il reçoit du Créateur. Cette forme est aussi promptement réintégrée qu’elle est enfantée par l’esprit » (Ibid., p. 57). Bien que forme apparente, elle n’est pas d’origine spiritueuse comme la matière, mais purement spirituelle, formée par des esprits, comme la nue qui déroba Moïse sur le Sinaï à la vue d’Israël (283). Elle n’ôte donc rien à l’homme de sa nature de pur esprit, universel dissolvant.

Adam est un esprit qui lit dans l’esprit, il est en Dieu, distinct de Dieu par sa seule fonction : la garde des pervers et le culte à rendre, c’est-à-dire une manière d’être à observer vis-à-vis de la créature et du Créateur. L’individuation, nous l’avons dit, est purement fonctionnelle ; elle se fait par lois, commandements et préceptes, ou, si l’on préfère, par poids, nombres et mesures. Adam est le véritable émule du Créateur, l’homme-dieu. Son privilège essentiel est double : d’abord la communication intégrale et immédiate de toute pensée divine et démoniaque ; et ensuite le pouvoir de se donner à lui-même, sous la réserve du concours de la volonté divine, mais ce concours n’aurait jamais été refusé, une postérité de forme spirituelle semblable à la sienne. Bref, Adam est Dieu-émané (32).

Or, de même que l’être ne s’acquiert ni ne se perd, de même l’homme ne peut avoir cessé d’être Dieu. Quant à son être, il est toujours ce qu’il était, mais il a perdu son double privilège : il a perdu son corps de gloire et son pouvoir de créer une postérité de Dieu. Et surtout, il n’a plus la communication spontanée de la pensée divine. Adam a possédé toutes les sciences et toutes les connaissances spirituelles, mais il a tout perdu, du moment qu’il n’a plus la connaissance transparente de Dieu, que celle-ci est oubliée, effacée de son esprit : « C’est la matérialité qui met en nous l’oubli », disait un philosophe ; séparé de sa forme chaotique le mineur jouirait, en effet, pleinement « de la lumière impassive spirituelle et inaltérable qui est innée en lui-même » (163). C’est notre corps, en somme, qui nous cache la vue de notre âme.

L’état présent de l’homme quant à la pensée s’exprime d’ailleurs en un mot : l’homme n’est plus pensant, il est pensif. Il était pensant lorsqu’il atteignait la pensée par une vue directe. Désormais, il ne peut plus la connaître que par communication : elle lui vient grâce à un être différent de lui, esprit divin qu démoniaque (car le démon, lui, a gardé la faculté de penser : ce qui lui manque c’est la faculté de communiquer désormais avec la pensée divine). La chute a opéré une dégradation de notre faculté de penser comme elle a opéré une dégradation de notre faculté de nous reproduire. Déjà, à l’instant de la prévarication, la pensée du crime n’était point de l’homme, mais du pervers qui le tentait, le chef des démons, « arbre de vie du mal pour une éternité ». La liberté de l’homme n’est donc pas dans la pensée, mais dans son pouvoir d’accepter ou de refuser la pensée qui lui est proposée par l’être bon ou mauvais. La réintégration du mineur dépendra de sa fermeté à repousser l’être mauvais, étranger à lui et à sa forme. On comprend ainsi comment, bien que l’homme soit à l’image de Dieu, il puisse cependant être coupable : c’est qu’il est accessible à la pensée démoniaque ; le mal ne se fait que lorsque l’intellect démoniaque se substitue à nous, le mal ne s’accomplit sur la terre que par des possédés. Ainsi tout le mal se rattache toujours et uniquement à la même première opération mauvaise, puisque c’est de celle-ci que date la dégradation de notre faculté de penser [Il ne peut être question de vérifier psychologiquement la doctrine de Martinez. On noiera cependant ce texte d’un grand mystique possédé, le P. Surin, décrivant son état alors qu’il est possédé à son tour, après avoir essayé d’exorciser les Ursulines de Loudun : « Je ne saurais vous expliquer ce qui se passe en moi durant ce temps, et comme cet esprit s’unit avec le mien sans m’ôter ni la connaissance, ni la liberté de mon âme, et se taisant néanmoins comme un autre moi-même, et comme si j’avais deux âmes, dont l’une est dépossédée de l’usage de mon corps et de ses organes, et se tient à quartier regardant faire celle qui s’y est introduite. Ces deux esprits se combattent en un même champ qui est le corps, et l’âme même est comme partagée et selon une partie de soi est le sujet des impressions diaboliques, et selon l’autre des mouvements qui lui sont propres ou que Dieu lui donne » (apud P. Pourrat, La Spiritualité chrétienne, IV, 97 ; Paris Gabalda, 1928)].

Que pouvons-nous faire pour échapper au mal et remettre en évidence notre caractère divin ? Ou encore en quoi consistera le bien et le culte resté au pouvoir de l’homme déchu ? Il reste évidemment dans l’homme une sorte de base, l’âme, bonne en elle-même, qui tient à son union substantielle avec Dieu ; il a des sagesses, vertus et puissances, qui sont en lui « la pensée, l’image et la ressemblance du Créateur ». Mais ce fond de la nature humaine ne détermine pas nécessairement l’action, puisque celle-ci, chez l’homme tombé, exige toujours deux autres facteurs : la volonté libre et la pensée insinuée en lui par un esprit divin ou démoniaque. Si toutefois l’action bonne est marquée du nombre 3 parce qu’elle exige réellement ces trois facteurs : puissance innée du mineur, la pensée insinuée et la puissance directe de l’esprit divin majeur, l’action mauvaise de son côté est marquée du nombre 2, nombre de confusion, car l’âme s’y abandonne de telle façon à l’intellect démoniaque qu’elle s’identifie à lui jusqu’à devenir « le tombeau de la mort ». Le moment capital qui décide de la qualité de l’action est donc celui de la pensée insinuée ; selon que celle-ci sera bonne ou mauvaise, l’action du mineur le sera aussi : « La liberté enfante la volonté et la volonté adopte la pensée bonne ou mauvaise qu’elle a conçue, et sitôt qu’elle en a obtenu le fruit, le mineur revient sur lui-même et, méditant sur le produit de son opération, il devient lui-même le juge du bien et du mal qu’il a commis » (Ibid., p. 343). Il y aura donc deux espèces de bonnes œuvres : celles que l’homme pourra produire en vertu de sa puissance innée, qui seront faibles et ne pourront être dites lui appartenir, car elles sont directement de Dieu en nous ; et celles que l’homme accomplira lorsque sa propre puissance sera multipliée par le concours d’un esprit majeur bon, actions vives et parfaites qui seront bien au mineur, car ce sera lui qui aura tout fait pour solliciter ce concours de l’esprit majeur et s’y abandonner.

C’est ici le fondement de l’ascèse, de la mystique et de la spéculation martinézistes. Ascèse, car la tâche de l’homme sera de se purifier très profondément, non seulement de la cupidité des biens de la matière, mais encore de la curiosité à leur sujet : « Les formes de cet univers n’existent point réellement en nature, ni d’elles-mêmes, mais seulement par l’être qui les anime, et tout ce qui paraît exister se dissipera... promptement » (256), — la matière, est un songe qui ne doit pas nous retenir comme une réalité. Mystique, car il sera de la plus grande importance de s’assurer ensuite de la collaboration d’un esprit majeur avec le mineur purifié, et ce sera le rôle de la prière et de la théurgie. Et enfin, au-delà, il y a place pour une nouvelle connaissance spéculative : les sciences de la matière sont définitivement condamnées, et il n’est pas question d’y revenir, mais si la matière est un songe, c’est un songe de Dieu, et nous pouvons en quelque sorte le psychanalyser pour remonter à son auteur. En ce sens, toutes les apparences retrouvent une raison d’être comme elles sont, et on peut proposer une interprétation théomorphique même de ce qui n’est pas, comme les formes corporelles et, en particulier, la nôtre ; la pensée n’est plus dupe des variations temporelles et elle retrouve une sorte d’intelligence sub specie aeternitalis.

Dans cette voie spéculative, l’homme sera guidé par la tradition jusqu’à lui des révélations successives. Adam lui-même, s’il a perdu la connaissance directe et le culte spirituel, s’est vu cependant investi de la charge d’un culte nouveau proportionné à ses moyens d’opération ; il a été capable de procréer Abel conformément au plan divin, sans excès charnel, et, grâce à cet enfant, il a été réconcilié. A mesure que l’on s’éloigne de lui, la révélation primitive s’efface de la vue et de la mémoire des hommes ; mais elle a été renouvelée par le mécanisme des types qu’ont fait, au cours des temps, une série de mineurs pensants et non pensifs, députés par l’Eternel : ainsi Enoch, Noé, Melchisedech, etc. ; et enfin par le type qu’a fait le Christ. C’est une perte irremplaçable que l’inachèvement du Traité, et l’on ne peut s’empêcher de rêver à la richesse d’interprétation que Martinez nous aurait dévoilée s’il avait poussé son commentaire jusqu’au Nouveau Testament. Mais l’importance qu’il accordait au Christ n’est point douteuse par ce que nous savons de lui, et par ce que nous possédons de son œuvre (ainsi les pages sur le type du Christ en Abel, 110-117). Esprit doublement puissant, octenaire, Fils et Verbe du Créateur, le Christ a synthétisé tous les types qui pouvaient faire révélation, de manière à peindre à l’homme, avec une clarté aveuglante, encore qu’elle ne soit pas aperçue de tout le monde, son entière condition. Il s’est détourné d’Israël et a appelé tous les hommes (sauf la postérité de Caïn) à la réconciliation. La réalisation théomorphique était chez lui accomplie, puisque son incarnation volontaire n’était pas, comme celle d’Adam, le fruit d’une prévarication. Aussi, bien qu’il ait combattu le démon comme un être pensif, notamment lors de la tentation, il lui a infligé de telles molestations que son état de resserrement est incomparablement plus rigoureux depuis sa venue. Mais, pour nous aussi, le Réconciliateur est venu, et il nous sera demandé bien plus qu’à ceux qui ne le connurent point.

Enfin, si l’intelligence de notre nature et du cryptogramme de la nature physique nous est ainsi suggérée, indépendamment de nos propres expériences, par les secours successifs des mineurs élus et par le secours de l’esprit doublement puissant, nous pourrons encore reconnaître la vérité à son rayonnement. L’assentiment commun et complet est toujours le signe d’une spiritualité distincte de celle des individus : passager et limité, il peut être le fait d’une pensée entièrement démoniaque, mais durable, il se fonde certainement dans la pensée divine. L’œuvre démoniaque est une œuvre de division et de confusion : « Il n’y a pas parmi les hommes de matière, deux pensées, deux actions, deux opérations qui puissent s’accorder... » (111). L’homme abandonné à lui-même ne sera pas capable non plus de réconcilier vingt personnes à sa volonté. Mais si la multiplicité éloigne de la vérité, la vérité, au contraire, unit les esprits ; elle opère dans le sens de l’unité théomorphique à retrouver, en assimilant les esprits les uns aux autres, en restituant autant qu’elle le peut la pensée transparente et sans limites individuelles, hors de la matière et du temps.

On pouvait le prévoir, si la conséquence du péché est la dégradation de notre faculté de penser, le travail devra tendre surtout à remédier à cette infériorité. Il nous faut déchiffrer la pensée avec peine, c’est-à-dire « opérer comme un être purement spirituel temporel, sujet au temps et à la peine du temps » (315). Essayons cependant de remonter vers notre état premier. Il ne paraît guère possible d’y parvenir pendant notre existence temporelle terrestre et de franchir d’un seul bond les trois cercles sensible, visuel et rationnel, qui nous renferment comme les trois cercles dont se servent les voyageurs pour repérer leur position terrestre. Nous n’échapperons pas au purgatoire [Cf. définition, p. 219. La métempsychose est formellement exclue, quoique ait pensé Frank. Cf. notamment 171-172]. Mais quoique toujours pensifs, nous pouvons nous efforcer de n’accueillir que les insinuations provenues de l’arbre de vie du bien. Nous serons ainsi plus fidèles à notre vraie nature divine ; purifié du désespoir, disait Kierkegaard, « le moi plonge à travers sa propre transparence dans la puissance qui l’a posé ». C’est aussi le but de l’ascèse et de la mystique martinézistes. On pourrait d’ailleurs multiplier les rapprochements ; par exemple, entre la réalisation théomorphique et ce que l’on a appelé, à propos de saint Jean de la Croix, l’état théopathique. Sans entrer dans une étude de mystique comparée, on voit que le théomorphisme de l’homme ne nous entraîne pas nécessairement au panthéisme. La mystique martinéziste est même plus proche, pensons-nous, des mystiques de la « nuit » que des mystiques quiétistes. Elle le doit vraisemblablement à son caractère beaucoup plus spéculatif que sentimental. Le progrès essentiel s’accomplit ici dans l’ordre de la pensée, parce que la chute a été avant tout une chute de la faculté de penser. Le démon a de grands pouvoirs et le mineur la faculté de les tenir en échec : la vie intérieure à la poursuite de la réalisation théomorphique en est revêtue d’un caractère profondément dramatique.

Cette réalisation, et donc la conception de l’individualité humaine dont elle découle, est bien la charnière de la pensée de Martinez. La lumière vient de Dieu, mais nous n’en saisissons toute la richesse que lorsque la réflexion sur nous-mêmes nous a purifiés. « Mes jours sont la vapeur des jours de l’Eternel », s’écriera Saint-Martin ; ils ne sont rien d’autre, et il appartient à la pensée d’essayer de restituer les jours de l’Eternel dans notre vie intérieure. Ce faisant, nous comprendrons que la vraie intelligence du monde des apparences nous conduit à l’intelligence du monde des vraies réalités. Le microcosme nous conduit au macrocosme matériel, surcéleste et divin. Mais c’est selon un rapport analogique purifié de toutes les grossièretés de l’anthropomorphisme ; et c’est pour ainsi dire à l’intérieur de tout le divin et de rien d’autre que ce qui est divin que la pensée se meut. Il ne s’agit pas de se dissimuler les contradictions et les faiblesses d’un tel système au regard de la pensée strictement rationnelle. Mais la voie analogique de la pensée mystique ne relève pas de ce tribunal et ne nous intéresse même que dans la mesure où elle relève d’une juridiction d’appel. Pour celle-ci, entre l’anthropomorphisme et le panthéisme, peut-être est-ce l’attitude théomorphique (qui, certes, n’est pas particulière à Martinez de Pasqually) qui paraîtra la plus rigoureuse et la plus instructive.

Source : http://sophia.free-h.net/

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le christianisme de Pasqualy

Publié le 4 Avril 2013 par X dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

Nous touchons au fond : le christianisme de Martines, qui vivifie la théorie et la pratique de l'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers, n'est pas le christianisme latin ni le christianisme byzantin, mais le christianisme antiochien ; son Eglise virtuelle est l'Eglise syrienne, pour autant que l'Eglise syrienne d'Antioche a recueilli la succession de la première communauté chrétienne de Jérusalem, dont Jacques, frère du Seigneur, fut le premier évêque et qui ressortissait au judéo-christianisme strict. Sa liturgie n'avait point divorcé d'avec la liturgie juive et sa gnose orthodoxe puisait aux sources très anciennes de ce gnosticisme juif que des chrétiens pervertiront en gnosticismes hétérodoxes. (Des mêmes sources très anciennes Moshé Idel a montré que la kabbale a découlé, via le Séfer Iézirah.)
Défi aux interdits scientistes, je persiste à parler, en le professant, de "judéo-christianisme", et m'y crois autorisé, à condition d'expliquer en quel sens actuel prendre et comprendre le mot.
Convenons d'appeler "judéo-christianisme" l'apparente synthèse d'une pratique juive, codifiée par Moïse, aux implications doctrinales, et d'une christologie où s'analyse la foi en Moyses novus, Jésus de Nazareth, le Christ ou le Messie. Puis, modulons cette définition très générale.
Au 1er siècle de notre ère, la foison des sectes juives est de mieux en mieux assurée par l'histoire et l'archéologie ; celle des croyances chrétiennes aussi.
Non seulement, au début de notre ère, l'école juive de Shammaï et l'école juive de Hillel, tout en s'accordant à reconnaître l'universelle juridiction sur les Peuples, de la loi noachite en sept commandements, dont trois sont majeurs, s'opposent sur leur nature salvifique (Shammaï la nie, Hillel l'affirme). Mais encore, parallèlement au mouvement des pharisiens, où coexistent les deux écoles précédentes, et à part des interférences évidentes, se développe, à partir du IIIe siècle avant notre ère, un courant apocalyptique, au double sens du mot apocalypse : les mystères du royaume des cieux révélés et la prévision des fins dernières. (Une amphibologie similaire caractérise la prophétie et le prophétisme.)
Le premier mouvement aboutit au judaïsme proprement dit, talmudique, rabbinique ; le second courant, représenté par les esséniens, les samaritains en marge, et en marge aussi une percée vers les musulmans mutazilites, aboutit au karaïsme, au hassidisme et à la kabbale médiévale, plus que millénaire.
Dans le premier cas, on dirait d'une tradition légaliste et dans le second d'une tradition mystique, remontant, l'une par écrit et l'autre oralement, à Moïse, le maître commun (22*). L'épanouissement de la kabbale au sein du judaïsme normatif et l'attachement des ésotéristes à la lettre pure, sinon à la pure lettre, de la Torah valident des passerelles et même des empiètements essentiels. (De même que dans le rabbinisme, des tendances gnostiques ont cheminé dans le christianisme normatif.)
Les christologies étaient, il y a dix-huit ou dix-neuf siècles, basses ou hautes, pauvres ou riches, à maint degré, avec mainte nuance, s'agissant de la nature humaine ou divine, de la nature humano-divine ou des deux natures humaine et divine de Jésus-Christ ; de l'humanité et de la divinité du Messie crucifié et ressuscité.
Chez les Juifs, flottantes étaient aussi, à l'époque, l'idée et l'image et même la place du Messie, que les chrétiens personnifieront en rabbi Ieschouah. La résurrection de Jésus fils de Marie vérifie son avènement, au-delà du scandaleux supplice, et elle enthousiasme ses disciples qui vivent et meurent et revivent avec lui, en lui et pour lui.
Aucune thèse christologique n'est hérétique avant le concile de Nicée en 325. Avant comme après, différentes théologies sont habilitées à rendre compte d'un même dogme chrétien. Le christianisme peut n'être point paulinien, ou il peut n'être point entièrement paulinien. La lettre de Jacques, non paulinienne au moins, appartient au canon des Ecritures et Paul se prête à tant d'interprétations ! Des écrits gnostiques réputés hétérodoxes érigent Paul de Tarse, qui passe ailleurs pour l'ennemi juré de leurs adeptes, en docteur éminent, ou premier : invite à réfléchir sur la gnose nécessaire.
La jonction du judaïsme et de la christologie ne manqua pas d'influencer leurs formes respectives. Ainsi, de la personne terrestre et céleste du Messie, Fils ou fils de l'homme et Fils ou fils de Dieu, pensée et éprouvée à l'intérieur de catégories angéologiques, et du messianisme marqué au coin des apocalypses. Ainsi, d'une inévitable théorie des deux alliances, l'ancienne et la nouvelle, telle que, notamment, l'Epître de Barnabé l'esquisse et qu'elle s'exprime dans les Homélies pseudo-clémentines. Au bout du compte, l'entente rend arbitraire la distinction des formes respectives. La synthèse semble parfaite, mais est-ce une synthèse ?
Il peut être expédient de tenir la synthèse pour artificielle, en somme, et de voir dans le judéo-christianisme le résultat d'un effort pour christianiser le judaïsme, précisément pour introduire dans le judaïsme une christologie. Mais l'effort parvient, en réalité, à tirer cette christologie du judaïsme, à la faveur de la venue et de la réception du Messie, à y démasquer cette christologie.
Quand les Gentils et les Juifs s'efforcent de concert ou de conserve, ils sont menés respectivement à un judaïsme des incirconcis et à un christianisme des circoncis. La formule d'Edmund Schweizer est heureuse, bien que le choix de la circoncision comme critère du judaïsme minimal des chrétiens soit discutable, puisque ce critère fut discuté parmi les chrétiens, et l'obligation d'être circoncis abrogée au concile de Jérusalem en 50 ou 51, mais un judéo-chrétien consentant à la tolérance en était-il astreint à se renier ? Entre ces chrétiens d'origine juive, la plupart pharisiens, qui suivent toute la loi, y compris la circoncision, et ces chrétiens pour qui soit le judaïsme est dépassé par le christianisme, soit la loi peut tout au plus servir de règle de vie, non pas de moyen de salut, il est des chrétiens, Juifs ou Gentils, qui n'exigent pas toute la loi, mais une partie, comprenant les lois diététiques, notamment, mais où la circoncision notamment fait défaut. Jacques et ses ouailles semblent avoir été de cette dernière espèce. Les derniers autant que les premiers sont, selon notre convention, des "judéo-chrétiens". Selon Paul ni Juifs ni Gentils, ni non plus l'extermination ou la conversion d'un goupe à l'autre mais une nouvelle humanité qui constitue le corps du Messie, du Christ.
Point d'autre but, néanmoins, chez les uns, dans leur variété, et les autres que de retrouver l'issue du développement dogmatique, de l'achèvement historique méconnu ou oublié.
En réalité, disions-nous, la synthèse, si l'on veut, est spontanée, naturelle ; l'achèvement historique du judaïsme le développe en judéo-christianisme et le christianisme s'y avoue congénial en même temps que congénital au judaïsme.
L'on ne saurait oublier, enfin, l'hellénisation du christianisme à laquelle le judéo-christianisme échappa d'autant moins que les Juifs de Palestine (pour ne rien dire de la Diaspora où la Bible hébraïque fut traduite en grec, au IIe siècle avant notre ère, par des Alexandrins) ne sont pas restés imperméables à l'environnement hellénistique dans lequel ils ont vécu pendant trois siècles. Au sein de la communauté judéo-chrétienne, les "Hébreux" - ceux que l'on qualifiait tels et qui étaient indigènes - parlaient araméen et suivaient toute la Loi ; les hellénophones dits "Hellénistes", dont la plupart n'en étaient pas moins d'origine juive, s'en permettaient la critique.
A l'orient de l'Orient
La profession de foi trinitaire d'Etienne, le proto-martyr, avant sa lapidation, sentence du sanhédrin qu'une foule a saisi, est primitive, exemplaire. Tirons-la des Actes des apôtres, chapitre VII, verset 54, avec les capitales initiales en usage aujourd'hui : "Rempli du Saint-Esprit et fixant les yeux vers le ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : "Voici, je crois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu."
Pourquoi de pareils croyants se seraient-ils privés de célébrer, certains d'entre eux, à la fois le shabbat, jour de l'Eternel, notre Dieu et le dimanche, jour où le Seigneur Christ a vaincu la mort ?
Des judéo-chrétiens, hellénistes, originaires de Chypre, tel Barnabé, et de Cyrénaïque, émigrent à Antioche, capitale de la Syrie-Séleucie , troisième cité de l'Empire, après Rome et Alexandrie et siège du comes Orientis. Des conversions en masse et, pour la première fois, les chrétiens sont appelés chrétiens.
Jacques est condamné à mort, dès l'an 62, par le sanhédrin que préside Anan, il est lapidé selon Flavius Josèphe, mais auparavant précipité du pinacle du Temple selon saint Clément d'Alexandrie (et Hégésippe), enfin le crâne fracassé par un foulon.
Une nouvelle vague d'émigration, qui intéresse les "Hébreux", entre 62 et 7º, mais surtout entre 62 et 66, quand s'ouvrent pour quatre ans les hostilités de la première révolte juive, emmène des judéo-chrétiens en Transjordanie, principalement, à Pella.
Pourtant saint Jacques et ses successeurs à Jérusalem viendront, sur les premières listes des tenants du siège, dans le fil des grands prêtres du Temple, dont la fonction disparaîtra avec le lieu du culte, en 70. Mais c'est seulement en 135 que Jérusalem disparaîtra, après l'écrasement de la dernière révolte juive contre l'empereur Hadrien qui aura profané son saint nom en celui d'Aelia Capitolana. A cette date s'arrête la liste des quinze évêques de Jérusalem transmise par Eusèbe de Césarée. Dorénavant, l'Eglise de Jérusalem n'est plus dans Jérusalem. Seuls chrétiens à y demeurer, des Gentils, chrétiens point formellement judaïsés. Ce sont eux qui tourneront leurs regards vers Rome, mais les exilés ne transposeront pas la sainteté de la Ville.
A Jamniah, ou Yavneh, en Judée, le sanhédrin, réfugié après la catastrophe de 70, tâche à réorganiser le judaïsme au milieu des nations ; le concile légendaire de Jamniah, symbole de délibérations qui occupèrent plusieurs décades, fixe le canon des Ecritures, explique que les bonnes actions remplacent désormais les sacrifices, établit une liturgie provisoire.
Entre dix-huit bénédictions, l'une consiste en une contre-bénédiction : la birkat ha-minim vise (au moins à cette époque (23)) les judéo-chrétiens. Cette excommunication rituelle des nosrim se situe aux environs de l'an 90, et de 70 à 170 (controverse de Justin avec le rabbin Tryphon) s'étend le siècle où le judéo-christianisme éclate. Ce n'est pas une synthèse qui se défait, c'est l'unité qui se brise.
Sur l'autre bord, les communautés chrétiennes majoritaires, la Grande Eglise bientôt, hégémonique, ignorent ou détestent, isolent, bannissent peu à peu les communautés judéo-chrétiennes qui se débilitent et qu'elles divisent arbitrairement en groupuscules : ébionites, symmachiens, cérinthiens, nazaréens (ou nazoréens), elkessaïtes...
Le manichéisme naîtra en milieu judéo-chrétien. Son fondateur innove dans la foulée d'Elkessaï (autour de l'an 100), en inférant de la rencontre habituelle aux judéo-chrétiens avec le saint esprit, ou le Saint-Esprit, qu'il spécifie à son bénéfice, une investiture prophétique exorbitante. Mais comment la révélation accordée, troisième dans le temps historique, à la postérité d'Abraham aurait-elle correspondu avec les deux précédentes si l'islam n'avait été semé et s'il n'avait germé dans le même terreau, en veine de sommation ? L'islam, à la lettre, depuis le VIIe siècle entre ouvertement en composition avec le judéo-christianisme, auquel il est inhérent de toujours, comme le christianisme l'est au judaïsme.
Au IVe siècle, ne subsistent que quelques groupes dispersés de judéo-chrétiens, notamment en Arabie, où l'islam naissant les rencontrera, et une descendance souvent bâtarde, sur laquelle tranche l'Eglise syrienne.
Glorieuse Eglise judéo-chrétienne d'Antioche au IIe siècle, elle est le centre géographique alors et le centre spirituel à jamais de l'Eglise syrienne. En suivant à la trace l'"influence de quelques témoins éminents, Ignace en tête, mais aussi Saturnin et Théophile, par exemple maints aspects capitaux du christianisme et des sectes gnostiques, en cette Antioche du IIe siècle, peuvent s'expliquer par la présence et la primauté du judéo-christianisme. Combien d'éléments historiques, littéraires et théologiques s'y étaient ainsi conservés, tandis qu'ailleurs, ils avaient été ou seraient bientôt abolis, et se perpétueront, pour l'essentiel, dans sa vivace chrétienté !
Depuis que saint Pierre établit à Antioche son premier siège patriarcal, avant de venir à Rome, l'Eglise syrienne est la Mère des Eglises orientales. (De cette Eglise des origines, l'Eglise copte est la fille, à l'époque apostolique, et l'Eglise arménienne, au IIe siècle. La première, seule à maintenir la circoncision obligatoire, réussira une nouvelle synthèse, dont le caractère originel en même temps que particulier est très défendable, en apportant, ou en dégageant, un composant égyptien, c'est-à-dire pharaonique et hellénistique. Cagliostro est un grand copte, il sera le Grand Copte pour les francs-maçons d'Occident, au siècle de l'illuminisme (24).)
L'Ordre des élus coëns apparaît comme conciliable sans accroc avec le christianisme et l'Eglise chrétienne, quand rien ne les oppose et rien ne les oppose, pourvu que l'on assigne la maçonnerie explicitement judéo-chrétienne de Martines et la confession chrétienne associée au courant le plus ancien, le plus méconnu et, théologiquement, le plus discrédité de l'histoire du christianisme primitif. Alors, l'apparente conciliation se découvre harmonie préétablie, articulation essentielle et, par conséquent, originelle encore.
La théologie de Martines tourne autour du Christ. Le malentendu, ou l'incohérence, vient de ce que cette théologie différait des théologies protestantes et de la théologie catholique romaine.
Mais il faut une Eglise et ce sera, pour Martines, venu du pays des trois religions, pour Saint-Martin et pour presque tout leur entourage, l'Eglise catholique romaine, faute de mieux, faute de connaître mieux, mais sous réserve d'améliorer. L'Eglise de Rome agréait mieux aux coëns, non seulement parce que la majorité d'entre eux y étaient nés, comme dans la confession dominante dans la région, mais en vertu de ses pompes plus encore que de sa théologie. Deux chrétiens réformés au moins se convertirent au catholicisme romain sous l'influence diffuse de l'Ordre : Bacon de La Chevalerie , substitut général de Martines, à partir de 1768, qui assistera à l'une des leçons de Lyon, et Jean-Jacques Du Roy d'Hauterive qui en prononcera vingt-et-une autres et dont la famille n'en était pas à une abjuration près).
Outre leurs rites réservés, les coëns - nulle dispense prévue en droit pour les frères protestants qu'on admet ès qualités - sont astreints à la pratique catholique romaine, y compris à ses exercices de dévotion, mais ils les additionnent de prescriptions judaïques, semblablement à l'Eglise judéo-chrétienne et en conformité avec leur ministère cultuel lié au judaïsme de leur christianisme.

Source : http://www.hermanubis.com.br/artigos/FR/artigoemfrances004lechristianismedePasqualy.htm

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Les relations entre l'Eglise et la Franc-maçonnerie sous la 3ème République

Publié le 2 Avril 2013 par GLDF dans Planches

Au XIXe siècle, l’on constate une inflation des anathèmes pontificaux contre la franc-maçonnerie qui devient galopante avec Pie IX (dix textes entre 1846 et 1878) et Léon XIII (sept textes entre 1878 et 1903), pour culminer en 1884 avec la célèbre encyclique Humanum genus qui appelait les catholiques du monde entier à « démasquer la franc-maçonnerie ».

Au départ, au XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie était une société d’agrément sans visée philosophique spéciale, ses membres en France étant tous chrétiens. Ensuite, au siècle suivant, le libéralisme, le positivisme et le scientisme triomphants firent sentir leur influence sans partage jusque dans les loges françaises. Et cela d’autant plus facilement que les interdits pontificaux avaient fini par vider complètement ces dernières de leurs membres catholiques. Républicains et libres-penseurs s’y retrouvèrent donc entre eux et, par conséquent, chez eux. Au nom de la liberté et du progrès, les rituels furent remaniés et les thèmes politiques et anticléricaux firent leur apparition dans les ordres du jour des loges. Mouvement philanthropique et philosophique dans ses buts, la maçonnerie française devint dans les faits une organisation de combat anticléricale.
La défaite de Napoléon III en 1870 entraîna la chute du Second Empire. La IIIe République fut proclamée. Les monarchistes qui la dominèrent tout d’abord furent battus par les républicains à toutes les élections les unes après les autres. Après la démission du président Mac-Mahon en 1879 et son remplacement par Jules Grévy, les républicains détinrent tous les leviers du pouvoir. Avec leurs alliés francs-maçons ils engagèrent sans tarder une lutte sans merci contre l’Eglise catholique.

I. Le heurt des convictions (1879-1914)
Les protagonistes
L’Eglise de France disposait encore de trois solides ancrages au début de la IIIe République : des bastions intacts de catholicité (aussi bien géographiques que sociaux et familiaux), l’adhésion d’une confortable majorité de la population féminine (qui se voyait toutefois privée du droit de vote) et un clergé abondant et solidement formé totalisant près de 220 000 membres. En vertu du Concordat de 1801, le clergé était rétribué par l’Etat et bénéficiait d’une influence sur les institutions et la vie publique qui dépassait largement son rôle purement religieux. Nombreux se comptaient parmi les gens d’Eglise et leurs fidèles les tenants d’une restauration monarchique.

En face, les obédiences maçonniques, toutes composés d’ardents républicains, tombaient d’accord pour faire disparaître l’influence de l’Eglise catholique de la sphère publique, c’est-à-dire d’instituer une république laïque. Globalement, la franc-maçonnerie française comptait à cette époque 25 000 membres, dont 20 0000 pour le Grand Orient de France
Alors, David contre Goliath ? Effectivement, réduite à ses seules forces, la franc-maçonnerie n’aurait pu passer à l’offensive. Mais, depuis l’arrivée au pouvoir des républicains en 1879, les francs-maçons disposaient d’alliés de poids. La franc-maçonnerie s’occupa alors beaucoup de politique afin de faire prévaloir ses idées anticléricales.

La proximité des francs-maçons avec le pouvoir républicain
Tous les cabinets ministériels comportèrent des francs-maçons en nombre très important. Ces ministres francs-maçons représentaient d’après mes calculs en moyenne 42% du personnel gouvernemental. L’année 1901 vit la naissance, à Paris, du Parti républicain radical et radical-socialiste. A une exception près, l’équipe organisatrice était entièrement composée de francs-maçons. Cent cinquante loges étaient représentées, soit près du tiers des ateliers alors en activité. Considérant le rôle prépondérant joué par les francs-maçons dans ces assises, il n’est pas étonnant de trouver une grande ressemblance entre le programme mis au point par les radicaux et les vœux adoptés par les convents des obédiences maçonniques. Manifestement, il y avait osmose, même si les hommes politiques francs-maçons n’étaient pas tous radicaux.

L’offensive anticléricale
Soutenu à fond par la franc-maçonnerie, le pouvoir anticlérical en place s’attaqua avec vigueur à l’omniprésence de l’Eglise dans les institutions et l’espace public. De leur côté, les catholiques pesèrent de toute leur force pour tenter de conserver à l’Eglise ses prérogatives temporelles et son influence sur l’éducation de la jeunesse. Loi après loi, décret après décret, la laïcité publique fut installée au cours de la décennie 1881-1890. En 1901, la loi sur les associations fut promulguée. Ce texte donnait la liberté aux associations tout en la refusant aux congrégations. Avec l’arrivée du radical et franc-maçon Emile Combes aux affaires en 1902, commença l’application de la loi. Les congrégations furent presque toutes supprimées et les congréganistes réduits à l’exil ou à la sécularisation. Les obédiences maçonniques réclamaient la séparation des Eglises et de l’Etat depuis longtemps. La loi de séparation fut finalement votée en 1905. Les biens immobiliers et mobiliers de l’Eglise furent tous confisqués. Comme pour les lois précédentes, le pape Pie X fit porter par la franc-maçonnerie la responsabilité de la séparation.

L’antimaçonnisme catholique
Des ligues antimaçonniques furent créées, des revues furent lancées. L’Association Antimaçonnique de France et son organe emblématique La Franc-Maçonnerie démasquée sont les plus célèbres. Au moyen de tracts, affiches et conférences, furent divulgués auprès du public rituels, catéchismes, constitutions et règlements, mots de semestre, circulaires, travaux des convents, noms des francs-maçons, tout était jeté en pâture à la curiosité du public. En 1904, à l’instigation de des antimaçons, éclata l’Affaire des Fiches. L’Association Antimaçonnique de France dévoila en 1908 dans le Répertoire maçonnique l’identité de 30 000 francs-maçons français avec mention pour chacun de sa profession et de son adresse.
Au total, de 1879 à 1914, politiquement minoritaires, les catholiques ne furent pas en mesure de s’opposer à la déferlante qui lamina l’influence de leur Eglise sur la société française. De plus, la calamiteuse Affaire Taxil avait ajouté le ridicule à leurs difficultés et discrédité l’antimaçonnisme catholique. A l’inverse, la franc-maçonnerie, en quelque sorte le laboratoire à idées du régime en place, vit se concrétiser ses idéaux. En 1914, les deux France paraissaient irréconciliables. Survint la Grande Guerre.

II. Le relatif apaisement (1919-1940)
La persistance d’un antimaçonnisme catholique
Pendant la Guerre de 1914-1918, catholiques et francs-maçons s’étaient retrouvés au coude à coude dans les tranchées. Sous la mitraille, ils avaient appris à vivre et à mourir ensemble. Après le conflit, les relations entre les autorités françaises et l’Eglise se normalisèrent. Après quarante ans de domination sans partage de la gauche sur les institutions de la République, la droite parlementaire était revenue aux affaires en 1919. L’ascendant que la franc-maçonnerie faisait précédemment sentir sur le pouvoir avait cessé d’aller de soi.
L’antimaçonnisme catholique ne désarma cependant pas, mais il changea son axe d’attaque. Mgr Ernest Jouin apparenta dans sa Revue Internationale des Sociétés Secrètes les juifs aux francs-maçons sous le vocable de « judéomaçonnisme ». Il signifiait de cette façon que la vision d’une alliance de circonstance entre francs-maçons et juifs, telle qu’on avait pu la concevoir avant le conflit était remplacée par le concept d’un dessein politique rigoureux, pour la réalisation duquel les juifs exerçaient leur emprise sur la franc-maçonnerie. Le lien était ainsi établi entre des formes de pensée antimaçonniques et antisémites selon le modèle du XIXe siècle et l’antijudéo-maçonnisme propre au XXe siècle.

Les évolutions dans la franc-maçonnerie
En 1933, le scandale politico-financier auquel était lié Alexandre Stavisky donna lieu à un regain d'hostilité à l'égard de la franc-maçonnerie et des juifs. Fils de parents juifs immigrés de Russie, ce repris de justice avait développé ses activités illicites dans un milieu d’hommes d’affaires qui presque tous étaient francs-maçons. L’Affaire Stavisky eut pour conséquence une crise politique qui culmina dans les émeutes antiparlementaires du 6 février 1934. Ces évènements ébranlèrent le régime républicain et firent trembler la franc-maçonnerie, qui s’en voulait la gardienne sourcilleuse.
A la Grande Loge de France, le Conseil Fédéral décida de convoquer un convent extraordinaire afin d’obtenir tous pouvoirs pour épurer l’obédience de ses membres indésirables. Le nombre des radiations s’éleva à 637, et celui des démissions provoquées à 705.
Au Grand Orient de France, le malaise était également perceptible. Le Conseil de l’Ordre prononça une cinquantaine d’exclusions. Etaient du nombre d’anciens ministres et des députés. De hautes personnalités comme le professeur Charles Richet et l’influent journaliste Léo Abel Gaboriaud quittèrent l’obédience. Le docteur Camille Savoire, grand commandeur du Grand Collège des Rites, et d’autres dignitaires comme André Lebey, René Wibaux, Aimé Machon et Raymond Corbin, donnèrent à leur démission en 1935 un tour plus spiritualiste. C’est ainsi qu’en 1935 fut créé le Grand Prieuré des Gaules, organisme recteur du Rite Ecossais Rectifié. Dans la nouvelle obédience, les discussions politiques, sociales et religieuses étaient proscrites. C’était un retour à l’ancienne tradition maçonnique de neutralité. C’était aussi et surtout une réaction contre les implications de la maçonnerie française dans les problèmes de la cité.

La franc-maçonnerie, l’Eglise et les totalitarismes
Toutefois un fait nouveau vint brouiller l’image traditionnelle du conflit frontal opposant depuis des lustres franc-maçonnerie et Eglise. La maçonnerie était à présent attaquée par d’autres forces. La Russie soviétique avait prohibé la franc-maçonnerie. La Hongrie, l’Italie, le Portugal, l’Allemagne, l’Espagne firent de même.

L’inquiétude engendrée par la montée de l’antimaçonnisme d’Etat en Europe gagna le puissant Rite Ecossais Ancien et Accepté aux Etats-Unis. Le souverain grand commandeur de la juridiction Nord des Etats-Unis, Melvin Maynard Johnson, décida de porter la défense de la franc-maçonnerie à l’ordre du jour de la Conférence Internationale des Suprêmes Conseils, qui devait se tenir en juin 1935 à Bruxelles. Trois questions furent au cœur des travaux : « Quelles sont les véritables raisons de l’hostilité de certains gouvernements et partis politiques ? Quels sont les griefs, réels ou imaginaires, articulés contre la Franc-Maçonerie ? La Maçonnerie a-t-elle commis des fautes ou des indiscrétions qui ont favorisé l’action de l’adversaire ? ». Cette importante réunion marquait ainsi un changement d’état d’esprit par rapport aux récriminations, à la pratique de la victimisation et au coup du dédain, jusqu’alors réponses habituelles des francs-maçons aux agressions dont ils faisaient l’objet.
Pour sa part, l’Eglise catholique était aux prises en Italie, et encore plus en Allemagne, avec un pouvoir totalitaire qui s’employait activement à marginaliser son influence dans la société. Le pape Pie XI s’était montré tout d’abord conciliant avec Mussolini et avait signé avec lui les Accords du Latran en 1929. Pie XI en vint ensuite à considérer le fascisme comme une moderne idolâtrie, qu’il dénonça en 1931 dans son encyclique Non abbiamo bisogno
<!--[if !supportFootnotes]-->[1]  . Il en fut de même avec l’Allemagne nazie. Un concordat fut signé en 1933, mais très rapidement les relations entre Berlin et le Vatican se tendirent. En 1937 parurent presque simultanément deux encycliques. Divini Redemptoris condamnait le communisme, que Pie XI qualifiait d’intrinsèquement pervers. Mit brennender Sorge<!--[if !supportFootnotes]-->[2]   portait condamnation du nazisme et de ses théories raciales, de son système de déification de l’État, de mécanisation de la personne humaine et d’endoctrinement de la jeunesse.

L’apparition d’un état d’esprit nouveau
En face des dangers que les extrémismes de droite comme de gauche faisaient courir à la fois à la franc-maçonnerie et à l’Eglise catholique, quelques francs-maçons hauts gradés se prirent à penser à la possibilité d’un rapprochement entre les deux grandes institutions. Albert Lantoine, dignitaire du Suprême Conseil de France, était du nombre. En 1936-1937, dans ses articles de la revue Le Symbolisme, puis dans un ouvrage intitulé Lettre ouverte au Souverain Pontife préfacé par Oswald Wirth, il fit savoir que le temps était venu pour la franc-maçonnerie et l’Eglise de mettre fin à leur querelle séculaire de façon à faire face aux totalitarismes de tous bords. Encore plus significatif, le Suprême Conseil de France jugea nécessaire, en 1938, d’affirmer solennellement les principes de non-ingérence politique du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Dans la foulée, la Grande Loge de France fit sienne cette déclaration.

Les observateurs catholiques se réjouirent de la fracture qui venait de se produire dans la franc-maçonnerie française. Pour eux, il se serait agi d’une nouvelle phase de la lutte qui opposait les maçons spiritualistes, attachés à la tradition, aux maçons rationalistes, épris de progrès. Réduits au statut de minoritaires depuis les débuts de la IIIe République, les premiers l’emportaient au Suprême Conseil, d’où ils étendaient leur influence sur une Grande Loge ravie de redécouvrir les vertus incarnées par ses hauts grades. Au Grand Collège des Rites, au contraire, ils avaient dû prendre la porte et se regrouper sous les auspices du Grand Prieuré des Gaules.

De leur côté, certains catholiques pensèrent que le moment était venu d’une réconciliation de l’Eglise et de la franc-maçonnerie. Le jésuite Joseph Berteloot était de ceux-là. Spécialiste des questions maçonniques dans son Ordre, il était en relation avec Lantoine. Il accueillit la proposition de ce dernier avec sympathie, mais la Seconde Guerre mondiale interrompit ce processus de rapprochement.

En conclusion, la période 1879-1914 est une séquence de relations conflictuelles très dures entre l’Eglise et la franc-maçonnerie. L’une croyait servir Dieu, l’autre la République, et toutes les deux la France. Les francs-maçons sont omniprésents dans les allées d’un pouvoir qui a fait de l’anticléricalisme sa priorité. La période 1919-1940 est le temps des relations tendues mais apaisées. L’Eglise a accepté les lois républicaines. L’Etat a assoupli ses positions. Les liens entre Etat et franc-maçonnerie se sont distendus, en rapport avec la baisse d’audience des radicaux. Des dissensions apparaissent dans la franc-maçonnerie : GL vs GO suite à l’Affaire Stavisky et au Front Populaire La Guerre de 1914-1918 marque en ce domaine comme dans tant d’autres une rupture ; elle signe la fin de la Belle Epoque et des positions figées. Après la Seconde Guerre mondiale, le dialogue entre la franc-maçonnerie et l’Eglise catholique devait reprendre et s’amplifier dans un climat plus serein. A défaut de se reconnaître, les protagonistes d’un conflit devenu sans objet pouvaient apprendre à mieux se connaître. « Il ne s’agit ni d’affirmer ni de nier, mais de comprendre. » Cet aphorisme de Spinoza trouvait dans cette situation nouvelle une singulière résonance. 
 

Commission d’Histoire Maçonnique Compte rendu de la réunion du 22 septembre 2012 GLDF

Le travail de cette réunion était présenté par le professeur Michel Jarrige

 

Source : www.ledifice.net

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Le Christianisme traditionnel

Publié le 1 Avril 2013 par Ewald Frank dans Christianisme primitif

LE CHRISTIANISME PRIMITIF ET LES EPOQUES CONSECUTIVES
Dans l’histoire de l’Eglise, les différents âges qui suivirent le christianisme primitif sont amplement décrits. C’est pourquoi, dans notre exposé, nous nous occuperons aussi brièvement que possible de ces différentes époques. La durée de ces âges peut être approximativement divisée ainsi: Le temps de l’Eglise primitive jusque vers l’an 100 p. Ch.; l’époque suivante est celle de l’âge post-apostolique, qui commence au deuxième siècle et se développa jusqu’au Concile de Nicée (325); puis c’est l’établissement de l’église d’Etat dans l’empire romain; puis une période allant jusqu’au moyen-âge; ensuite apparaît la Réformation qui apporte un nouveau commencement; après cela viennent les divers mouvements de réveil, l’introduction du Plein Evangile et enfin le rétablissement de l’Eglise dans son état originel, lequel précède le retour de Christ.
Les divers exposés sur l’histoire de l’Eglise ne présentent entre eux aucune image uniforme. Beaucoup ont émis des suppositions qui, par la suite, sont devenues des légendes, rapportées par d’autres comme des faits déjà réalisés. En plus de cela, il est clair que pour un historiographe orienté vers le catholicisme les choses apparaissent tout autres que pour celui de tendance protestante.
Une vue d’ensemble sur chacune de ces époques en particulier et sur son développement propre est nécessaire pour pouvoir tirer une comparaison avec le christianisme primitif. Ce n’est que de la bouche des apôtres que nous avons reçu la “doctrine des apôtres”. Un écrit, qui fut découvert en 1873 dans un couvent et publié dix ans plus tard, et que l’on supposait avoir été rédigé entre les années 80 et 120 p. Ch., a été arbitrairement appelé “Symbole des apôtres” ou “Didache”; cet écrit n’a véritablement rien de commun avec l’enseignement des apôtres du Seigneur Jésus. Il en est de même en ce qui concerne le “Credo apostolique” dont on a délibéré et que l’on a préparé au 4ème siècle seulement lors de différents conciles: cela ne peut pas être attribué aux apôtres. C’est de cette manière que prirent involontairement naissance les falsifications et les altérations de la Parole de Dieu qui furent cependant considérées comme vraies. C’est uniquement dans le livre même des Actes des apôtres, ainsi que dans les épîtres écrites par les apôtres, lesquelles sont contenues dans le Nouveau Testament, que nous trouvons la vraie doctrine apostolique. Ceux-ci étaient des hommes ayant entendu la Parole de Dieu de la bouche même de leur Seigneur, et ils L’ont transmise selon Son ordre. Par eux l’Eglise du Nouveau Testament a reçu la pure Parole de Dieu, la Parole non falsifiée, Laquelle seule porte le Sceau divin.
Paul, qui avait été appelé d’une manière surnaturelle pour être destiné à être un instrument choisi, avait été adjoint aux apôtres primitifs par le Seigneur Lui-même. C’est lui qui, sur la base d’une mission directe reçue du Seigneur, pouvait dire: “Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné…” (1 Cor. 11.23). Il a écrit la plus grande partie de toutes les épîtres, c’est-à-dire exactement 100 chapitres contenant 2325 versets, alors que, par exemple, Pierre n’a écrit que 8 chapitres avec 166 versets. Paul avait reçu l’Evangile de la même manière que les prophètes avaient reçu la Parole: par révélation (Gal. 1.11,12). C’est pourquoi l’avertissement qu’il nous donne dans Galates 1.8 nous pénètre jusqu’à la moelle des os: “Mais quand nous-mêmes, ou quand un ange venu du ciel vous évangéliserait outre ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème”. Ce qui n’est pas en accord avec l’évangile primitif des premiers apôtres se trouve sous la malédiction. De ce point de vue-là c’est réellement à un christianisme faussé que nous avons à faire, lequel se trouve donc sous la malédiction; c’est cela que les critiques avaient sous leurs yeux lors de leurs exposés.
Les quatre évangélistes rendent témoignage du Sauveur. Ils décrivent Sa vie, Son action, de Sa naissance jusqu’à Sa mort, Sa résurrection et Son Ascension. A ce sujet les synoptiques des évangiles de Matthieu, Marc et Luc, en se complétant l’un l’autre, nous donnent une vue d’ensemble. Par contre, Jean ne s’occupe ni de Bethléhem, ni de la généalogie, mais il fait un “vol en hauteur”, et dès le premier verset du 1er chapitre il montre tout de suite qui est véritablement Christ. Les quatre Evangiles donnent une vue d’ensemble du salut que Dieu a accompli en Christ ici sur terre. Les quatre évangiles sont dignes de foi parce qu’ils nous ont été laissés en partage par des témoins oculaires, lesquels ont également entendu de leurs propres oreilles ce qui a été dit (2 Pier. 1.16-18; 1 Jean 1.1-3).
Les Actes des apôtres nous présentent en premier lieu comment l’Eglise primitive a été fondée de manière surnaturelle par l’effusion du Saint-Esprit (chap. 2). Il s’agit là réellement d’un événement qui vient du Ciel. Dans sa première prédication, l’apôtre Pierre, rempli du Saint-Esprit, annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique dans l’eau (v.38), et d’une même expérience que celle faite par les 120: celle du baptême de l’Esprit. Il leur dit de la part de Dieu: “… car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui” (v.39). Dieu seul sauve et ajoute à Son Eglise, par le Saint-Esprit, ceux qui deviennent croyants (Actes 2.47).
L’Eglise primitive était formée de personnes ayant réellement fait une expérience avec Dieu. Ceux qui étaient devenus croyants furent baptisés dans l’eau, puis d’une manière surnaturelle dans le Saint-Esprit, afin qu’ils deviennent des membres d’un seul Corps (1 Cor. 12.13). Ils étaient munis des dons de l’Esprit (1 Cor. 12.7-11), ils portaient les fruits de l’Esprit (Gal. 5.22,23). Ainsi, de même que Dieu avait en Christ un corps comme temple, dans lequel Il habitait et par le moyen duquel Il agissait, ainsi l’Eglise primitive, composée de la troupe des rachetés, formait le Corps du Seigneur (1 Cor. 12.12) dont Il était la Tête (Col. 1.18) et qu’Il employait afin de continuer Son ministère. Jésus dit: “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie” (Jean 20.21). Afin que les multiples tâches de ce Corps puissent être réalisées, Il établit dans l’Eglise des apôtres, des prophètes, des pasteurs, des docteurs et des évangélistes (Eph. 4.11).
Dans le christianisme primitif il n’y avait pas de dignitaires. Il y avait seulement des hommes dignes de la haute vocation à laquelle ils avaient été appelés, et qui accomplissaient leur ministère sous la direction et l’inspiration du Saint-Esprit. Les premiers chrétiens ne connaissaient pas de clergé ni de prédicateurs fonctionnaires, mais au contraire c’était l’ensemble de l’Eglise des rachetés nés de nouveau qui était une sacrificature royale et un peuple saint (1 Pier. 2.9; Apoc. 1.6). Les cinq ministères que nous venons de mentionner ne limitent pas leur activité à une église locale mais ils sont destinés à l’ensemble de l’Eglise. Les dirigeants des églises locales, c’est-à-dire les surveillants ou anciens prenaient soin des églises locales, souveraines. Ceux qui parmi eux avaient la direction étaient appelés évêques et devaient être mariés (1 Tim. 3.1-7; Tite 1.5-8). Il y avait même des assemblées locales avec plusieurs évêques, c’est-à-dire avec plus d’un ancien pour diriger l’Eglise (Phil. 1.1). Ceci est en accord avec Jacques 5.14 où il est écrit que lorsqu’un croyant tombe malade, celui-ci doit faire venir les anciens de l’église. Lorsque Paul et Barnabas vinrent à Jérusalem, ils y furent reçus par l’assemblée des apôtres et des anciens (Actes 15.4). Dans le christianisme primitif régnait encore cet ordre divin de l’Eglise.
Pour prendre soin des tâches pratiques de l’église locale, des diacres avaient été nommés, lesquels devaient être également mariés (1 Tim. 3.8-13). Ceci était nécessaire pour que les évêques et les diacres puissent, par leur expérience pratique, conseiller et aider les membres de l’assemblée à s’en sortir dans leurs divers problèmes conjugaux et familiaux. L’Eglise primitive ne connaissait pas du tout la fonction d’évêque telle qu’elle est exercée aujourd’hui. D’après 1 Timothée 3.15, l’Assemblée du Dieu vivant, fondée par Christ, est le fondement ainsi que la colonne, c’est-à-dire l’élément qui soutient la Vérité. Ni des interprétations particulières, ni le mensonge et la fausseté n’ont en aucune manière de place en Elle. C’est au travers d’Elle, en tant qu’institution divine sur la terre, que la volonté de Dieu devrait être faite sur la terre comme dans les Cieux.
Dans le premier temps qui suivit la fondation de l’Eglise du Nouveau Testament, on trouvait en Elle la pure proclamation de l’Evangile, les doctrines bibliques et la pratique de la Parole exercée par les apôtres. L’Eglise primitive était un organisme imprégné de la Vie de Christ et conduit par l’Esprit; c’est-à-dire qu’elle n’était pas une dénomination organisée.
Plus tard, Paul et les autres apôtres eurent déjà à s’expliquer avec des docteurs qui apportaient l’hérésie, ainsi qu’avec des séducteurs. Dès lors commença un développement pluraliste. Plusieurs courants spirituels progressèrent parallèlement et simultanément. L’un d’eux était composé de véritables croyants dirigés par la Parole et l’Evangile de Dieu tels que les apôtres établis par Dieu avaient apportés, et qui vivaient ces choses dans la pratique de chaque jour. Jean le confirme par ces paroles: “… celui qui connaît Dieu nous écoute; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas; à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur” (1 Jean 4.6).
Les autres orientations de foi consistent en un mélange de vérité et d’interprétations propres, mélange qui tourna plus tard en doctrines. De tels hommes sont désignés par les Saintes Ecritures comme de “faux frères” qui s’introduisent dans le ministère sans avoir reçu un appel divin. Paul le résume ainsi: “… et cela à cause des faux frères furtivement introduits, qui s’étaient insinués…” (Gal. 2.4). C’étaient des hommes qui annonçaient un autre Jésus, qui avaient reçu un esprit différent et prêchaient un évangile différent (2 Cor. 11.4). Pierre met en garde les croyants contre les faux frères qui introduisent furtivement des enseignements de perdition (2 Pier. 2.1-3). L’apôtre Jude s’exprime ainsi sur cette tendance par ces paroles: “Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré” (Jude 11). Les faux frères ont faussé la Parole, ceux qui se sont trompés ont conduit dans l’erreur. C’est ainsi que les différentes orientations religieuses sont apparues.
Jean voit, en ces courants qui s’écartent de la Parole, le commencement du mouvement antichrist. “Anti” signifie “contre” et par conséquent tout ce qui n’est pas en accord avec Christ et Sa Parole est contre Lui, et par là même est “antichrist”. Il écrit: “Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres” (1 Jean 2.19). Paul appelle de telles gens des “loups cruels” (Act. 20.28-30). Dans Apocalypse 2.2 il est dit des croyants véritables qui étaient capables de discernement: “… et tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs”. Comment pouvaient-ils éprouver à coup sûr et constater que ces hommes se prétendant apôtres ne l’étaient pas? C’est en vérifiant s’ils prêchaient ce que Pierre et Paul avaient prêché. Ce qui est à éprouver doit toujours l’être en le comparant avec la prédication et la pratique apostoliques, lesquelles sont la seule échelle de référence valable. Donc la question se posait déjà en ce temps-là de savoir quelle était la Vérité, et quelle était l’erreur.
Dans les passages bibliques que nous venons de citer, il est clairement question de bifurcations, de faux courants religieux se développant parallèlement à la foi de l’Eglise de Jésus-Christ. Avant la fin du premier siècle il y avait déjà différentes fausses doctrines et du mélange; les uns se tenaient à l’enseignement de Balaam, les autres à la doctrine des Nicolaïtes, d’autres encore écoutaient une femme désignée du nom de Jésabel, laquelle prétendait être prophétesse et enseignait (Apoc. 2.20).
Afin que nous sachions exactement ce qui est juste, la pure doctrine des apôtres nous a été laissée en héritage dans les Saintes Ecritures. On y trouve mentionnées également les diverses doctrines introduites par des personnes non autorisées. L’injonction: “Eprouvez toutes choses” (1 Thess. 5.21) est encore et toujours valable. Beaucoup se sont approprié cette Parole, mais dans la pratique ils ne l’emploient pas correctement. Ils ont éprouvé les autres selon le niveau de leur propre connaissance, selon le point de vue de leur propre doctrine et pratique, et ce faisant ils ont complètement perdu de vue qu’auprès de Dieu il y a une seule échelle des valeurs capable d’éprouver toutes choses, et qui peut être employée en toutes circonstances. Cette échelle est le témoignage complet de la Parole de Dieu, qui se trouve être la Bible.
Au 2ème siècle, les diverses orientations religieuses se développèrent à côté de l’Eglise du Dieu Vivant, Laquelle croit et agit pour toujours de la manière dont Christ l’a enseigné au travers des apôtres. Les enseignements qui avaient déviés de la Parole devinrent de plus en plus en vogue. On avait élargi le chemin étroit ainsi que la porte étroite. Chaque tendance religieuse s’efforçait d’appeler à soi le plus grand nombre de membres possible, comme c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Cependant cette promesse est toujours valable pour la véritable Eglise de Jésus-Christ: “Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume” (Luc 12.32). Les brebis du petit troupeau ne prennent garde qu’à la voix du Bon Berger, Celui qui a donné Sa vie pour les brebis; c’est-à-dire qu’elles ne prennent garde qu’à Sa Parole. Cette “ecclesia” a été de tout temps la petite troupe de ceux qui ont entendu l’appel à sortir de la confusion et qui suivent le Berger sans compromis.
Dans les temps post-apostoliques s’élevèrent Polycarpe († 155), lequel avait encore cheminé avec l’apôtre Jean, ainsi qu’Irénée († 202), un disciple de Polycarpe, lesquels se distinguèrent comme défenseurs de la vraie foi. Cependant, en examinant les choses de plus près, on voit qu’il ne s’agissait déjà plus exclusivement de la publication du pur héritage de la foi apostolique primitive. On peut voir clairement que, de l’organisme divin de l’Eglise primitive, le pas vers l’organisation humaine avait été fait.
Le développement de cet âge jusqu’au concile de Nicée en 325 p. Ch. est contradictoire. Vu uniquement de l’extérieur, le christianisme dégénéré se propagea toujours plus, sous toutes ses formes, jusqu’à être reconnu par l’Etat du temps de l’empereur Constantin, de telle manière qu’il devint alors une puissance qui était à prendre au sérieux dans l’empire romain tout entier. La foi devint une nouvelle philosophie. Les traditions orientales, mélangées avec la culture helléniste, diluèrent fortement la substance de la foi primitive. Les controverses sur ce qu’on appelle la “christologie” entrèrent en lice et agitèrent les âmes.

Source : http://www.missionfoibiblique.net/ctepoques.htm

 

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Saint Patrick et la christianisation de l’Irlande

Publié le 31 Mars 2013 par Jean Guiffan dans Irlande

Une très ancienne tradition irlandaise fait de saint Patrick l’évangélisateur de l’Irlande dans le second tiers du Ve siècle. Amplifiées avec le temps, de nombreuses légendes courent autour de ce saint patron mais, faute de repères historiques précis, il est difficile à son sujet d’extraire la réalité du merveilleux. Les documents anciens attribués à Saint Patrick ou à ses disciples – deux écrits latins : la Confession et la Lettre aux soldatsde Coroticus – sont sujets à caution et les récits de ses premiers biographes, Muirchu et Tirechan, ne sont pas très fiables : rédigés au VIIe siècle, lors du conflit entre Rome et les chrétientés celtiques, ils épousent manifestement les thèses de la cause romaine. C’est donc avec une extrême prudence que Jean Guiffan, auteur d’une Histoire de l’Irlande (Hatier, 1995), a tenté de retracer la vie de saint Patrick.

La vie et la mission de saint Patrick

Issu d’une famille bretonne romanisée et christianisée – son père était décurion et diacre –, Patrick serait né vers 385-390 près de Dumbarton, au nord de l’Angleterre actuelle. Il aurait été enlevé à seize ans par des pirates scots – c’est-à-dire, à cette époque, irlandais – et emmené en Ulster, dans le comté d’Antrim, devenant pendant six ans l’esclave d’un druide. Obéissant à une vision divine, il se serait évadé, réussissant à rejoindre sa famille en Grande-Bretagne. Là, si l’on en croit la Confession, il aurait eu une autre vision dans laquelle les Irlandais l’imploraient pour qu’il revienne parmi eux.

Patrick va acquérir en Gaule la formation religieuse qui lui manque. Selon certaines sources, il aurait rendu visite à saint Martin de Tours – ce qui n’est chronologiquement pas possible. Une autre tradition tardive qui le fait séjourner à Lérins, fondation monastique du sud de la Gaule, semble également dépourvue de tout fondement. En revanche, il est possible qu’il se soit fixé à Auxerre, comme l’affirme La vie de Saint Patrick de Muirchu, et même qu’il ait été consacré des mains de saint Germain avant d’être envoyé en Irlande par le pape Célestin.

D’après les Annales d’Ulster, Patrick serait arrivé dans l’île en 432, débarquant à Saul, près de Downpatrick. Selon la tradition, c’est lui qui aurait converti l’île païenne au christianisme en défiant les druides dans des joutes singulières comme l’épreuve du feu et en expliquant le mystère de la Sainte Trinité par la feuille trilobée du trèfle qui deviendra, avec la harpe celtique, le symbole de l’Irlande. S’adressant de préférence aux rois et à leur famille pour convertir ensuite plus facilement le reste de la population, il aurait été pendant une trentaine d’années, avec quelques disciples, l’infatigable propagateur de l’Évangile en Irlande, baptisant des milliers de personnes, fondant de nombreuses églises et l’évêché d’Armagh. Si des incertitudes planent sur la date exacte de sa mort, sans doute vers 461, il n’en demeure pas moins qu’à la fin du Ve siècle, l’Irlande païenne était bien entièrement christianisée.

Aussi saint Patrick est-il l’objet d’une véritable vénération de la part des Irlandais. Sa fête, le 17 mars, est célébrée par toutes les communautés irlandaises du monde entier et c’est cette date qui a été choisie par le gouvernement irlandais comme jour de fête nationale. Tous les ans, le dernier dimanche de juillet, des milliers de pèlerins gravissent, parfois pieds nus et même à genoux, les 763 mètres de Croagh Patrick, la « montagne sacrée de l’Irlande » dans le comté de Mayo : saint Patrick s’y serait imposé en 441 quarante jours de retraite et de pénitence, précipitant dans une fissure profonde toutes les vermines monstrueuses et venimeuses de l’île, ce qui, selon la tradition, explique l’absence aujourd’hui encore de serpents en Irlande. Plus terrible encore que l’ascension de Croagh Patrick est le pèlerinage du « Purgatoire de Saint Patrick » sur l’îlot de Station Island dans le lough Derg (comté du Donegal) où, entre le 1er juin et le 15 août, les pèlerins passent trois jours en prière sans pratiquement dormir et en se soumettant à un jeûne strict. Malgré plusieurs mises en garde des autorités religieuses en raison du caractère excessif de ces rites séculaires, ce pèlerinage attire toujours beaucoup de pénitents.

La tradition face à l’histoire

Sans vouloir offenser la tradition irlandaise ni diminuer les mérites de saint Patrick, il est difficile de croire qu’il ait trouvé en 432 l’Irlande vierge de toute influence chrétienne alors que l’île voisine, la Grande-Bretagne, avait été touchée par la nouvelle religion au moins deux siècles plus tôt. Il est probable que le message chrétien avait en fait déjà été introduit dans l’île par des missionnaires venus de Grande-Bretagne, d’Aquitaine, d’Espagne ou même d’Orient dès la fin du IVe siècle ou les débuts du Ve siècle.

La chronique de Prosper d’Aquitaine, source généralement digne de confiance, nous apprend d’ailleurs qu’en 431 le pape Célestin avait envoyé en Irlande un certain Palladius comme évêque pour les Irlandais « croyant dans le Christ », in Christum credentes. Cela implique l’existence de communautés chrétiennes en Irlande avant l’arrivée de saint Patrick et souligne la volonté de Rome de les faire entrer dans l’obédience pontificale. On ne sait malheureusement rien de plus sur la mission de ce Palladius mais, comme le montre la création de l’évêché d’Armagh vers 445, c’est bien une Église épiscopale de type continental que Rome a cherché à implanter en Irlande.

Or c’est sous la forme du monachisme que le christianisme va se développer dans l’île aux VIe et VIIe siècles. Sans remettre en cause l’organisation diocésaine existante, l’Irlande se couvre alors de nombreux monastères indépendants les uns des autres qui deviennent les véritables centres de la vie religieuse. Leurs saints fondateurs ne se réfèrent jamais à Palladius ou à Patrick dont on semble même oublier le nom. Isolée de la papauté romaine par les invasions barbares, l’Irlande, comme les autres pays celtiques, va être pendant près de deux siècles le grand refuge du christianisme occidental face à un continent retombé en partie dans le paganisme, mais un foyer original que Rome ne tardera pas à reprendre en main.

Le monachisme irlandais et son influence en Europe

D’origine orientale, le monachisme s’est rapidement développé en Irlande où, dans un pays dépourvu de villes, des monastères ruraux s’adaptaient mieux qu’une organisation épiscopale urbaine aux structures sociales et politiques de la civilisation celtique. Ce sont souvent des clans entiers qui, à la suite de la conversion de leurs rois et de leurs druides, adhérèrent au christianisme, et les moines apparurent comme les nouveaux guides spirituels de ces communautés, les héritiers directs de la classe sacerdotale païenne. Il est significatif que bon nombre de fondateurs de monastères étaient de sang royal, ou filid – poètes –, ou fils de druides : c’est notamment le cas de saint Ciaran, fondateur de Clonmacnoise, de saint Kevin à Glendalough, de saint Comball à Bangor, de saint Colomba à Derry et Durrow…

Cette conversion « par le haut » de l’Irlande au christianisme et un certain respect de la nouvelle religion pour les croyances ancestrales expliquent sans doute que le message chrétien fut rapidement bien accueilli dans le pays : l’Église n’y compte aucun saint martyr. La grande fête celtique de Samain, le 1er novembre, est devenue la Toussaint et la fête des morts ; le site des premiers oratoires était souvent des îles ou des sources sacrées. Au monastère de Kildare, fondé par sainte Brigitte, bien vite assimilée à la grande déesse celtique Brigit, des nonnes issues de familles nobles entretinrent un feu sacré – pratique éminemment païenne – pendant tout le Moyen-Âge. En héritant du patrimoine culturel et scientifique des druides, les écoles monastiques firent de l’Irlande du VIe au IXe siècle « l’île des saints et des savants ».

Les moines irlandais excellèrent dans ce qui était alors les deux arts majeurs de l’Occident : l’enluminure et l’orfèvrerie. La décoration d’évangéliaires comme le livre de Durrow (milieu du VIIe siècle) ou le livre de Kells (fin du VIIIe siècle), la « broche de Tara » et le « calice d’Armagh » (œuvres du VIIIe siècle) comptent parmi les plus belles réalisations artistiques du haut Moyen-Âge chrétien.

L’Irlande entièrement christianisée, les moines allèrent exercer leur activité missionnaire à l’étranger, fondant des monastères dans une grande partie de l’Europe à l’instar de saint Colomban à qui l’on doit les fondations d’Annegray et de Luxeuil en Gaule, et de Bobbio en Italie. De nombreux érudits, tel Jean Scot Érigène, dont le nom signifie « originaire d’Erin », vinrent travailler sur le continent, et l’Irlande joua pendant plusieurs siècles un rôle important sur le destin culturel d’une Europe bouleversée par les invasions germaniques.

Mais la particularité de l’Église d’Irlande, comme celle des autres Églises celtiques, ne reposait pas seulement sur son organisation monastique. Elle se manifestait aussi au plan liturgique par une datation différente du jour de Pâques, des rites de baptême particuliers et une tonsure originale. Aussi, dès la fin du VIIe siècle, la papauté entreprit de reprendre en main les chrétientés celtiques : c’est alors que l’on commença à présenter saint Patrick comme fondateur de l’Église irlandaise. Tout en se soumettant à Rome au plan liturgique, l’Irlande réussit toutefois à garder son organisation monastique. Mais au XIIe siècle, l’implantation dans l’île des ordres monastiques continentaux – les bénédictins vers 1135 et les cisterciens en 1142 – puis la conquête anglo-normande sonnèrent le glas du monachisme irlandais traditionnel.


Jean Guiffan
Juillet 2002
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