Publié le 21 Décembre 2012 par Thomas Dalet
Publié le 21 Décembre 2012 par B\ P\ dans Planches
Nous arrivons au 3è degré, très beau, très profond et riche d’enseignements.. il marque en même temps un aboutissement en tant que grade terminal des loges symboliques, et un point de départ pour ceux qui voudront aller plus loin. Le passage de l’équerre au compas est un véritable changement de monde et de dimension. Ce degré est très riche
Donc le Compagnon est prêt. La porte s’ouvre, il entend des paroles à voix haute venant de l’intérieur du temple, et le Candidat apprend qu’il a été surpris aux abords du Temple, et qu’il est soupçonné de meurtre…. !!
Il lui ai demandé de se retourner, et la porte s’ouvre dans l’obscurité avec face à lui l’étoile flamboyante. « C’est avec les lumières du passé qu’on se dirige dans l’obscurité de l’avenir »….
Cette entrée, n’est certes, pas banale et surprenante pour notre récipiendaire.
. Il a fait son temps, il a fait son entrée à reculons dans la chambre du Milieu et il contemple l’étoile qui flamboie face à lui, mais avant de se tourner vers la suite de son aventure, il a encore une épreuve à effectuer : son examen de conscience ; il a une preuve à apporter.. Celle de la pureté de ses actions passées. La voix du Vénérable derrière lui, demande si ses mains sont pures, si sa conscience est tranquille, s’il a rempli ses devoirs d’initié, s’il n’est pas du nombre de ceux qui ont trahi la Franc maçonnerie.
Il proteste de la pureté de ses actions, bien sûr, mais cela ne suffit pas. L’Expert examine le blanc des gants, sur lequel aucune tache ne se fait voir, il lui enlève son tablier, l’examine et le porte au Vénérable qui fait la même constatation ; alors à ce moment là, notre Candidat peut se retourner….Mais si les précédents grades…étaient plutôt plaisants, ce dernier paraît bien sombre à l’image des tissus noirs tendus, des cordons, des sautoirs, des chapeaux noirs, l’attitude, la lumière….. une petite lueur à l’orient…. et le corps étendu devant lui…
Notre candidat se retourne vers l’intérieur, vers cette chambre du Milieu située en réalité au milieu de lui-même. Des branches de l’étoile, il va vers son centre, vers la lettre G qu’elle contient.
Son retournement vers l’intérieur va lui permettre de prendre conscience de cet inconscient et de l’objectiver. C’est ainsi qu’il s’en rendra maître. Autrement dit, on peut considérer que l’homme est un être matériel contenant en lui une spiritualité potentielle que l’on pourrait nommer, au moins symboliquement, parcelle de divinité. Son retournement lui permet de retrouver cette spiritualité tiré vers le haut par elle, et donc de se détourner de la matérialité. Cette entrée à reculons permet au futur Maître de contempler le monde d’où il vient, la vie qu’il a mené, éclairé par ses cinq sens, les cinq pointes de l’étoile qui sont autant d’antennes dirigées vers l’extérieur..
L’expert saisit un compas et en applique les deux pointes sur la poitrine du récipiendaire. Ce geste symbolise la mesure des sentiments de celui-ci, en volume et en qualité, et comment il a utilisé son intelligence pour améliorer son cœur.
Il s’agit d’un cheminement s’adressant au plus profond de l’individu qui utilise toutes les pistes pour améliorer son être intérieur.
Le Très Vénérable Maître fait allusion à des compagnons ayant assassiné le meilleur des frères et , pour prouver son innocence, le récipiendaire doit exécuter une marche étrange.
Alors à ce moment là, le candidat enjambe le corps sur la droite et à ses pieds aperçoit un outil qu’il connaît : le levier, puis sur la gauche où il aperçoit cette fois une règle, et encore une fois à droite, et se retrouve aux pieds du corps étendu à ses pieds le compas ouvert vers l’occident.. cette marche inattendue vient de le faire passer de l’équerre au compas. Du levier à la règle, en arrivant au compas, il est passé entre raison et sentiments, entre conscient et inconscient, entre intellect et intuition. Les trois pas spécifiques de la maîtrise lui rappellent que la pensée des sages défie la mort. Née dans le passé, elle fructifie dans le présent et féconde l’avenir. De même qu’il franchit sans hésitation et sans crainte le cadavre symboliquement étendu à ses pieds, le maître maçon, fort de sa conscience sans tache, poursuivra l’œuvre pour l’œuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram : l’ignorance, le fanatisme et la jalousie. Il n’a pas à s’arrêter pour les vaincre, mais il a à les dépasser. C’est pourquoi sa marche ne comporte aucun hiatus et qu’il doit avoir « sept ans et plus »’.
Nous en arrivons maintenant au cœur de la cérémonie, la légende d’HIRAM ;
Le récipiendaire est dans son intériorité, il y a cheminé, il a atteint le compas qui va l’aider à s’élever spirituellement.
La réalisation du temple de Salomon est confiée à HIRAM, maître d’œuvre. Il était « savant dans l’Art de l’architecture comme dans le travail des métaux ».
Il est l’artisan le plus complet. Il sait réaliser la construction qui permet à l’homme de se relier à ce qu’il ne peut définir et qui le dépasse. C’est ce personnage que le récipiendaire va représenter dans ce qui suit. Revenons à la Légende d’Hiram qui est contée au récipiendaire. Quelques compagnons n’étant pas encore en possession des secrets des Maîtres, voulurent pénétrer de force dans la chambre du milieu ; mais ne pénètre pas qui veut. Il faut une clé qui est le mot des maîtres ; voilà qui est intéressant. Le passe Tubalkain, du couvreur n’est pas seulement formel ; il nous permet de passer de l’équerre au compas et il nous donne réellement la clé qui nous permet de pénétrer dans notre for intérieur. L’accès à celui-ci n’est donc pas ouvert chez tout le monde. On peut comprendre qu’il faut avoir déjà bien entamé le processus de mise en forme de notre métal brut pour y parvenir.
Trois compagnons mécontents résolurent de faire usage de la force pour faire dire le mot par HIRAM ; que va-t-il se passer ?????
Les trois conjurés se placent chacun à l’une des trois issues du temple situées l’une à l’orient, l’autre au midi et la troisième à l’occident ; nous sommes dans un lieu bien clos, hors du monde et duquel toute fuite est impossible. Hiram ayant terminé son inspection veut sortir par la porte du midi et rencontre le mauvais compagnon qui le frappe avec ce qu’il a sous la main, le fil à plomb ; il vise la tête, il veut tuer ; mais un réflexe sauve Hiram, il détourne le coup qui le frappe à l’épaule droite, et tombe sur le genou droit. L’instruction du grade donne des noms aux mauvais compagnons, et attribue l’Ignorance au premier d’entre eux.
Ramenée à nous, cette ignorance inhibe effectivement notre action. Notre descente en nous révélerait-elle les abîmes de notre ignorance .. ?
Nous sommes ramenés à un plan métaphysique à notre quête spirituelle qui est constituée de questions : qui suis-je ? ou vais-je ? d’où viens je ? quel est le sens de ma vie ? La maçonnerie nous apprend que le principal est de cheminer, même sans espoir d’atteindre le but. Elle nous apprend à agir, ce qui donne son sens à notre vie.
La scène suivante se déroule devant la porte d’occident, le deuxième mauvais compagnon ; Hiram s’est relevé, il a couru, chancelant, hélas, le mot du maître lui ai demandé de nouveau, n’ayant obtenu de réponse, le même geste se produit ; l’agresseur brandit le Niveau et en frappe violemment HIRAM en visant la tête ; là encore un réflexe joue et détourne le coup qui frappe le maître à l’épaule gauche. Il tombe sur le genou gauche. Il est de tradition d’identifier le deuxième compagnon au Fanatisme. Reconnaissons que celui-ci, quel qu’il soit, fait peu de cas des sentiments des autres. Il ne comprend pas ceux qui s’interrogent, puisque Lui, sait. Le niveau avec lequel il frappe, c’est celui sur lequel il se trouve et auquel il veut ravaler tous les autres.
Une nouvelle fois, le Maître se relève et se précipite à la 3è porte, celle de l’Orient, qu’il trouve barrée par le 3è compagnon, et à la demande habituelle qui lui est faite, Hiram répond en se plaçant cette fois-ci sur un autre plan, celui du respect de son Serment et du secret qui lui a été confié. Il préfère la Mort plutôt que de les violer. Nous sommes dans le domaine de la raison et du devoir. Les SERMENTS qui ont été prêtés par le compagnon, l’engagement qu’il vient juste de prendre sur sa Foi de FM, celui qu’il va prêter et qui contiennent tous un volet concernant les secrets du grade. Les violer conduirait il à une sorte de mort maçonnique ? Le conjuré frappe violemment Hiram au front avec son maillet ; ce coup renverse le maître sur le pavé du temple (en réalité devant le plateau de TVM) il est ainsi revenu sensiblement au même emplacement qu’après sa marche par-dessus le corps, mais de l’autre côté du compas, qu’il a ainsi franchi dans son périple. Il est renversé à son tour, recouvert d’un drap noir, et de son tablier sur le visage.
La boucle est bouclée ; le récipiendaire a pris la place du corps qu’il a enjambé naguère et qu’il avait dépassé sans crainte, laissant derrière lui, dans son passage de l’équerre au compas, la dépouille de l’être qu’il était. Et le voici devenu ce qu’il croyait avoir laissé à jamais loin derrière lui.
L’instruction attribue au 3è mauvais compagnon, le dernier défaut : l’Ambition. Il y a des ambitions légitimes et des ambitions illégitimes. Il est vrai que le terme est ambivalent. Mais il peut s’agir du désir de satisfaire son amour propre par l’obtention de biens, de pouvoir, d’honneurs, de réussite sociale, toutes choses flattant l’ego de l’individu. C’est bien sûr de cette ambition là qu’il est question ici. Exemple : le chef a toujours raison….. nous avons tous connu ce genre de personnages qui parvenant au pouvoir, sont devenus méconnaissables. Souvent au début, animés d’idées généreuses, et au final naissent des comportements d’auto satisfaction, arrogance et suffisance. L’exercice du pouvoir est en effet dangereux et il faut à la fois beaucoup d’humilité et de force de caractère pour ne pas céder aux démons qui l’accompagnent toujours.
Dans ces conditions, il est normal que ce soit le détenteur du plus haut pouvoir dans la loge qui assène le coup final. C’est de son maillet, symbole précisément de pouvoir temporel, qu’il va frapper le récipiendaire en plein front siège de l’intellect, qu’il éteint du même coup.
Hiram, le maître des maîtres, victime de trois mauvais compagnons, et donc de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition des autres ? Nous identifiant à Hiram serait ce chacun de nous, victime des trois mêmes assassins ??? mais nous identifiant à ces derniers, ne serions nous pas notre propre victime que nous avons tuée sans même nous en rendre compte ? Sommes nous réellement innocents du meurtre qui s’est produit ? Compagnon nous errions aux abords de l’édifice que nous devions construire. En d’autres termes, nous n’étions pas sur le chantier. Nous le contemplions, nous voulions peut être y pénétrer par effraction ??? Nous identifiant au TVM, nous avons examiné nos gants et notre tablier. Sommes nous bien surs de tous nos actes passés ? Le sang des victimes que nous pouvons avoir faites dans notre vie n’est visible que par nous-mêmes. Ce n’est certes pas volontairement que nous avons pu tuer, moralement ou spirituellement, telle ou telle de nos relations. Nous ne nous sommes même pas aperçus que nous l’avions fait. Mais nous ne savions pas. Nous étions surs d’avoir raison, nous voulions un poste ou un honneur et nous avons fait ce qu’il fallait pour l’obtenir, sans même envisager que cela pourrait causer des dégâts chez d’autres. Avons-nous toujours raison ? En nous identifiant à l’Expert : nous avons mesuré notre cœur à l’aide du compas. Car c’est notre cœur qui doit, qui devait, qui aurait dû corriger nos actions pour éviter leurs conséquences néfastes sur d’autres.
Par cette projection nous voici étendus sur le sol, sur le pavé mosaïque, entre l’équerre et le compas, victimes des coups de trois outils que, pourtant nous aurions dû savoir manier. Car il est bien évident que, nous identifiant cette fois à Hiram en même temps qu’aux trois mauvais compagnons, nous nous sommes tués nous-mêmes.
Le maître est mort, il est mort tué par ses compagnons mécontents ; HIRAM c’est la connaissance, l’action et l’évolution. Toutes trois sont arrêtées par ceux qui refusent l’effort, qui n’acceptent pas le travail demandé. Hiram revivra parce que la tradition ne peut se perdre. Sa sépulture est signalée à ceux qui ont le courage d’aller rechercher cette tombe. Ils la reconnaîtront aux outils abandonnés par ceux qui ont refusé le travail et par l’acacia, symbole de renaissance, qui a poussé, montrant que la mort transforme les énergies vitales sans les détruire. Hiram renaît à la lumière par l’identification que le jeune maître fait avec lui. Hiram est le héros, le symbole parfait de l’action sur les trois plans de la réalisation humaine, sur le plan matériel par la construction réelle du temple dont il était l’architecte, c’est l’action concrète du maçon dans la vie quotidienne. Sur le plan intellectuel, car malgré les attaques réitérées, il reste toujours vivant semblable à lui-même, c’est l’action dans le domaine culturel, et enfin sur le plan spirituel car pour que naisse l’acacia, il ne faut craindre ni l’inhibition, ni le renoncement, qui ne sont que des morts apparentes, car l’acacia renaît toujours plus vivace sur la tombe d’Hiram.
A la lumière de l’Etoile qu’il est, le futur maître a fait le tour de la Chambre du milieu de lui-même. Il y a découvert des hôtes dont il ignorait l’existence ou, peut être, dont il préférait ignorer l’existence. Il s’est aperçu que ces mauvais compagnons tapis en lui n’attendaient que l’occasion de le frapper, paralysant son action, stérilisant ses sentiments, inhibant son esprit et risquant, au total et si ce n’est pas déjà fait, de tuer dans l’œuf ce nouvel homme qui allait naître. La lumière de l’étoile lui a révélé les dangers qui le guettent et qui le frapperont sûrement, car personne n’est épargné.
Mais l’important n’est pas de trébucher ou de tomber, c’est de pouvoir ensuite se redresser……
En possession du mot et de l’attouchement de maître, notre compagnon effectue sur la pierre cubique son dernier travail à ce grade. On voit bien que cette pierre n’est pas terminée, mais le sera-t-elle jamais ? Le compagnon, bien qu’ayant atteint l’âge de la maîtrise, a sorti une nouvelle fois de sa poche son maillet et son ciseau. Plus tard, quant il sera maître chevronné et s’il mérite ce titre, il ne devra pas hésiter à continuer à s’en servir quand son regard, ou plus probablement celui d’un autre, lui aura révélé l’existence de quelque petite aspérité, peu visible mais qui peut blesser les pierres voisines. Plus il sera ancien, plus il aura de responsabilités, plus il devra se tenir prêt à dégainer ses outils. Nous connaissons tous de ces détenteurs de pouvoir dont la suffisance n’a d’égale que l’arrogance, le tout étant basé sur une enflure pathologique de l’ego. Le maître maçon ne devra jamais oublier que, loin de ces errements et contrairement à ce qui se pratique dans le monde profane, son but ne doit pas être de démontrer qu’il a raison, mais de rechercher la vérité et la justice ; Le maître a disparu, emportant ses secrets , il faut retrouver son corps et lui rendre les honneurs qui lui sont dus
..les Frères et les Sœurs partent à la recherche du corps….Hiram est mort, mais l’acacia nous reste.
J’ai dit source : www.ledifice.net
Publié le 21 Décembre 2012 par L\ B\ dans Planches
Vous m’avez commis d’office pour la défense de ces trois mauvais compagnons, tristement célèbres dans le monde maçonnique tout entier, pour avoir assassiné Maître Hiram. Lourde tâche mais noble tâche, qui consiste à respecter les serments que l’on a prêtés. Serment d’aimer ses FF\ et de les secourir. Car c’est bien de FF\ dont il est question, n’est-ce pas ?
Mais pour les juger, il vous faut d’abord la conviction qu’ils sont coupables. Le rituel n’indique pas qu’Hiram a pu confier à quiconque le nom de ses assassins avant de mourir. Mais il est normal que les trois CC\ qui ont pris la fuite soient considérés comme suspects. En revanche, leur identité n’est pas clairement établie. En effet selon les rituels, ils sont désignés par les noms de Sterkin, Oterfut, et Abirammah (ou Abiram), ou bien Jubelas, Jubelos, Jubelum, ou Giblon, Giblas, Giblos, ou encore Habbhen (ou Akirop), Schertke et Austerfurth.
Je reconnais que ces noms ont tous des significations dégradantes évoquant la corruption, mais cela ne peut constituer une preuve de culpabilité, et je constate qu’il existe un doute sur leur identité qui est de nature à affaiblir l’accusation.
Le rituel n’indique pas davantage que le meurtre ait eu des témoins, mais on peut l’admettre puisqu’un récit détaillé nous en a été fait. Il y avait donc au moins un témoin. Mais alors, pourquoi donc n’est il pas intervenu ? Pourquoi n’a-t-il pas secouru notre malheureux Maître ? Ce témoin est nécessairement un lâche ou pire un complice, voire pire encore l’instigateur du crime ! N’est-ce pas là la marque d’un complot ? Et qui plus est un complot judéo-Maçonnique ! A ce stade des débats, vous admettrez donc que s’ils sont coupables, il est évident qu’ils ne sont pas les seuls coupables.
Mais allons plus loin T\ F\ P\ M\ : sont-ils vraiment responsables ?
Mon rôle n’est évidemment pas d’excuser, mais d’expliquer. Expliquer pourquoi il vous faut les épargner ces trois compagnons et même, quitte à vous choquer, pourquoi il vous faut les préserver. Permettez-moi d’abord, avec tout le respect que je vous dois T\ F\ P\ M\, d’énoncer une évidence : Si vous aviez accompli votre tâche, si chacun ici avait accompli la sienne, tout cela ne serait pas arrivé.
Si vous les aviez vraiment attrapés ces trois mauvais compagnons, si l’ignorance, l’orgueil et l’ambition, si la convoitise la cupidité et le fanatisme, avaient vraiment disparu, nous ne serions pas ici. Le Saint Empire Spirituel règnerait sur un monde libéré de ses entraves, un monde de paix, d’amour et de joie, fruit de Sagesse Force et Beauté. Mais voilà : ils courent toujours… Et c’est donc un jugement par contumace, par défaut, que vous allez prononcer contre ces accusés. Et ce défaut n’est autre que notre défaillance.
Ensuite, à quoi servirait d’éliminer les criminels sans éradiquer le crime ? Et comment éradiquer le crime en eux, puisque nous n’avons pas été capables de l’éradiquer en nous ? Ces trois CC\ sont le sceau de notre condition d’homme. Ce sont nos compagnons d’infortune. Ils représentent le vrai défi qui nous est lancé, le devoir à accomplir envers nous même, envers les autres et envers notre Créateur. Alors de grâce, ne leur faisons pas endosser nos propres turpitudes. Il ne peut être ici question de boucs émissaires : ce serait bien trop confortable et surtout ce ne serait pas acceptable dans un Tribunal digne de ce nom et encore moins dans une respectable assemblée de Francs-Maçons.
Et ne croyez pas un seul instant que j’éviterai d’évoquer le détail de leur crime, bien au contraire : Tout d’abord rappelez vous que les coups ont été portés, non pas par des profanes, mais par des compagnons qui ont quitté la Voie mais qui sont demeurés sur le Chantier, tel le ver dans le fruit. L’ennemi était donc parmi nous et personne ne s’en était aperçu ! L’ennemi n’était plus seulement « derrière nous » comme dans la cérémonie d’Initiation, mais en nous. La situation est donc beaucoup plus grave que nous ne l’imaginions au départ. Si ces Compagnons ont réussi à concevoir et perpétrer leur crime, c’est nécessairement parce que la vigilance de leurs maîtres a été prise en défaut.
Ensuite, voyez ces pauvres maladroits, aucun d’eux n’est l’unique coupable. Aucun d’eux n’était seul capable de mener à bien ce forfait : Aucun des trois coups n’a été asséné « correctement », car les mauvais CC\ ne peuvent avoir le geste juste. Si bien qu’aucun des trois coups n’a atteint sa cible et qu’aucun n’était mortel à lui seul. C’est l’illustration dévoyée du principe suivant lequel « sans le secours des autres nous ne pouvons rien ». Chacun pris isolément était donc incapable de tuer Hiram. Seule leur réunion, la conjonction de leurs mauvais desseins, a rendu le crime possible. Et qui donc a toléré cette réunion ? Quelles sont les négligences qui l’ont rendue possible ? Et avec quels outils ont-ils accompli leur forfait ? Les nôtres ! Les outils que nous leur avions confiés ! Là encore notre responsabilité est engagée.
Les outils symboliques peuvent être dangereux et même mortels lorsqu’ils sont détournés de leur usage. Le travail symbolique doit être précis, accompli avec justesse et dans un juste but. Il doit être contrôlé. Et qui étaient chargés de ce contrôle si ce n’est ceux qui portent aujourd’hui l’accusation ?! Que n’avons nous vérifié que ces CC\ utilisaient leurs outils avec justesse ? Pendant ce temps que faisait leur Surveillant ? Pourquoi n’a t-il pas été interrogé ? Ne devrait-il pas comparaître à leur coté ? Pourquoi dissimuler les responsabilités en amont, pourquoi nier la véritable cause du drame c’est à dire notre propre échec ? Pourquoi éluder notre propre responsabilité qui est beaucoup plus grande que nous ne pouvions le supposer, car elle nous engage envers nous-même, envers nos FF\, envers l’humanité toute entière, et envers le G\A\D\L\U\.
Certes, je reconnais que les trois coups portés à Hiram sont d’une gravité certaine, puisqu’ils montrent qu’une rupture dans l’harmonie inférieure provoque nécessairement une rupture dans l’harmonie supérieure et met en danger tant l’individu que le groupe, et pire encore les deux Mondes et donc la Création toute entière. Mais ces trois coups nous montrent aussi que l’ordre peut être rétabli. A cet égard les trois coups étaient indispensables pour que chacun prenne la mesure du travail qu’il lui reste à accomplir. Tout comme la mort d’Hiram était indispensable pour que se réalise en chaque Maçon le rétablissement de l’Ordre ainsi troublé, indispensable afin que le père en mourant éveille son fils à la lumière.
Si l’on rapproche les trois coups des trois portes du Temple et des trois fenêtres du Tableau de Loge du 1er degré, alors on s’aperçoit que le premier coup correspond au domaine du corps, le second au domaine de l’âme, et le troisième au domaine de l’esprit. Après la mort physique, la mort sentimentale et la mort mentale, alors et alors seulement, peut survenir la naissance spirituelle. La mort initiatique complète permet seule la renaissance. Oui, ces trois coups étaient bien indispensables, oui il fallait sacrifier Hiram, oui il fallait tuer le Père ! Voilà la clé de voûte de ce procès, et la question essentielle qui en découle : que ferions-nous donc sans eux ?
Sans eux, plus de miroir pendant la cérémonie d’initiation. Or nous en avons bien besoin de ce miroir pour identifier symboliquement l’ennemi intérieur. Sans eux pas de vigilance. Grâce à eux, nous savons qu’en chaque initié se trouve Hiram en devenir, mais aussi qu’en chaque homme les mauvais compagnons sont là, tapis tout au fond du Moi, dissimulés dans les sombres replis de l’inconscient, prêts à surgir à tout moment, déguisés en pulsions, prêts à séduire sous les plus beaux atours de l’ego. Sans les trois mauvais CC\, plus possible d’extérioriser, d’identifier et d’exorciser nos démons. Sans eux, les voilà à jamais intérieurs ces démons, impossible de les nommer, donc impossible de les combattre et d’apprendre à les maîtriser. Sans eux nos passions, règneraient à jamais sur nous même, dans l’endormissement de notre conscience et par la complaisance de notre ego. Sans eux pas de meurtre. Sans meurtre pas d’enquête, sans enquête, pas de quête. Sans nos trois compagnons la quête s’arrête, pire elle ne commence même pas. Sans le meurtre d’Hiram, pas de sacrifice fondateur du mythe. Sans meurtre pas de parole perdue, sans parole perdue pas de quête pour la retrouver, sans quête pas de substitution, sans substitution pas de renaissance, sans renaissance pas de nouveaux Maîtres, sans Maîtres pas d’initiations, sans initiations, pas de Franc-Maçons. Bref, T\ F\ P\ M\, en quelque sorte, nous leur devons tout !
Je n’irai pas jusqu’à vous demander de les remercier ni de les honorer. Non, je vous demande simplement de constater leur impérieuse nécessité et de rétribuer leur utilité. Certes, je dois admettre que sans eux, Hiram aurait pu poursuivre sa tâche et achever son œuvre. Mais qu’aurions-nous fait d’un temple achevé ? Que nous resterait-il à construire ?
Certes, il est probable qu’Hiram aurait vécu longuement. Mais qui peut dire si Maître HIRAM ne serait pas devenu un vieillard cacochyme et acariâtre, persécutant son entourage tel une « Tatie-Danièle » Maçonnique, ivre de pouvoir, pétri d’honneurs et confit de richesses, recroquevillé sur ses privilèges, à la fois vénal et avare, comblé des faveurs et des compliments de mille courtisans, vieillard tombé dans la lubricité et dépensant ses dernières ardeurs dans des orgies au sein de votre harem personnel Oh T\ F\ P\ M\ !
Sans eux que pourrions-nous transmettre à nos successeurs ? Certainement pas l’esprit du Maître plus radieux que jamais, mais l’image écornée d’un vieillard décati et corrompu, incapable de renaître et de transmettre le mot des MM\. Je le vois gisant et agonisant, cerné de pressantes attentions, refusant jusqu’à son dernier souffle de transmettre le mot à son successeur, puis finalement au dernier moment se décidant enfin, mais s’apercevant alors qu’il ne se souvient plus de rien ! Oui, voilà à quoi nous avons échappé grâce à eux, T\ F\ P\ M\ ! Qu’il serait triste, qu’il serait peu glorieux et pas du tout initiatique, d’avoir perdu la Parole par la conjonction de la décadence du Maître et de la maladie d’Alzheimer. Ne riez pas, ne protestez pas, aucun de nous n’est à l’abri, ni de l’une ni de l’autre, car hommes nous sommes et hommes nous demeurons !
En résumé T\ F\ P\ M\, sans nos trois compagnons, point d’Hiram éternellement vivant et par là même nous voilà éternellement mortels. Grâce à eux Hiram est mort dans la force de l’âge et il nous laisse sa plus belle image, au sommet de sa gloire et pour tous les siècles à venir. Grâce à eux il est mort en initié, en homme juste en toutes circonstances, en sublime Maçon. Grâce à eux Hiram est devenu l’archétype du Maître, notre icône Maçonnique.
Enfin, sans nos trois mauvais compagnons, que resterait-il de nos belles manifestations et célébrations Maçonniques ? Vraiment, je le crains, plus grand chose de vraiment divertissant : Finis, les faux-fuyants des faux-frères. Relâche, le joyeux ballet des ambitieux qui désespèrent et des condottieres qui brassent de l’air. Secouée, la douce torpeur des ronflants discours d’apparat qui endorment les consciences. A la casse, les métalliques cliquetis des clinquants colliers qui accompagnent les comédies. Guéries, l’ivresse des promotions et la gueule de bois des suspensions. Ceinture, les censitaires gueuletons qui n’ont d’agape que le nom. Bref, que d’occasions perdues de rire entre FF\ libres et bonnes moeurs…
Voilà, T\ F\ P\ M\, j’en ai presque terminé. Que me reste-il à faire pour promouvoir la Justice ? Vous demander l’indulgence ? Certainement pas, car c’est là un concept profane et je plaide ici pour des Frères devant une assemblée de Frères. Non décidément, un Franc-Maçon ne saurait quémander l’indulgence. Je vous demande simplement de faire votre devoir et le devoir d’un Franc-Maçon est d’apporter bienveillance à ses FF\, à tous ses FF\, et pas seulement à ceux qui sont vertueux et irréprochables, pas seulement à ceux qui nous sont sympathiques ou à ceux qui nous ressemblent, car aimer en miroir ce n’est pas aimer l’autre, c’est s’aimer soi-même.
En définitive c’est de pardon que je vous parle. « Per donare », pour donner, pour le don, rien que pour le don. Seul le pardon apporte la Paix. Seul le pardon est Joyeux. Seul le pardon est Amour.
T\ F\ P\ M\, pour ces trois là, pour tous ceux d’entre nous qui chutent et qui chuteront, pour chacun de nous et pour moi, par la Foi qui nous unit, par l’Espérance qui nous guide et par la Charité qui nous élève, je demande pardon.
J’ai dit.
Source : www.ledifice.net
Publié le 21 Décembre 2012 par E\ G\ dans Planches
La Maîtrise est conférée à la Compagnonne, seulement après qu'elle ait réalisé le programme préparatoire des deux premiers grades : l'Apprentissage et le Compagnonnage.
Pour être admise en Chambre du Milieu, la Compagnonne doit offrir de sérieuses garanties : ouvrière ponctuelle et assidue, faisant preuve d'intelligence et de curiosité, possédant les connaissances du Grade, elle est devenue celle dont les Maîtresses peuvent répondre.
C'est donc, le plus possible dépourvue des mobiles de vanité ou d'orgueil et animée d'une demande de perfectionnement dans l'Art de la Construction du Grand Œuvre, dans le but de travailler avec ses Sœurs et faire bénéficier celles moins instruites de la Compétence qu'elle désire acquérir, qu'elle se présente à nouveau à la porte du Temple pour y recevoir le grade de Maîtresse.
Au Rite Français, comme au Rite Ecossais Ancien et Accepté, la récipiendaire est alors introduite dans le Temple par une marche à reculons, face à l'occident, elle s'enfonce dans l'obscurité. Un seul repère se présente à elle, l'Etoile Flamboyante, c'est à partir d'elle, seul point de lumière dans cette obscurité qui l'enveloppe que la Compagnonne est invitée à revenir sur ses pas en repassant le chemin parcouru, pour faire le point sur elle-même.
C'est alors que plongée dans une longue et silencieuse méditation, la récipiendaire est soudainement interpellée par la Très Respectable Maîtresse :
"Compagnonne, avez-vous bien réfléchi à la démarche que vous faites? …
Vos mains sont-elles pures?...
Votre conscience est-elle tranquille?...."
Confrontée à une véritable introspection, une mise à nue de sa conscience, la Compagnonne soupçonnée d'être "un mauvais compagnon", puis disculpée au vu de ses mains "pures" et de son tablier "sans taches" est invitée à se retourner vers l'Orient.
Elle discerne des Sœurs plongées dans une profonde et silencieuse tristesse et apprend alors que l'œuvre de la Maçonnerie est compromise par suite de l'assassinat du Maître qui dirigeait ses travaux.
Découragées et ayant acquis la certitude que les criminels doivent être cherchés parmi les Compagnonnes, elles décident, avant de reprendre les travaux, que toute Compagnonne aura à prouver qu'elle est innocente du meurtre d'Hiram.
C'est ainsi qu'au travers d'une ultime épreuve de vérité, la récipiendaire devra enjamber le cadavre du Maître afin de prouver son innocence par son courage face à l'image de la mort physique.
Disculpée définitivement, le récit du drame se déroule et la Compagnonne alors transformée en victime, prend la place d'Hiram, le Maître disparu, et périt à son tour sous les coups des trois mauvais compagnons qui sont, dans la mise en scène du psychodrame, représentés par les trois Vénérables Maîtresses qui dirigent et instruisent la Loge : la Vénérable Maîtresse, la Première et la Deuxième Surveillantes.
La légende d'HIRAM :
HIRAM, "savant dans l'art de l'Architecture, comme dans le travail des Métaux", personnage central du mythe, nous est présenté comme le bâtisseur du Temple, conçu par le sage roi Salomon, à la gloire du Grand Architecte de L'Univers. Il lui fut également demandé de diriger les ouvriers.
Nous savons aujourd'hui que le personnage de "Maître HIRAM" n'a pas existé du moins tel que présenté et que le personnage cité dans la Bible, Hiram Abi, envoyé à Salomon par un autre Hiram, roi de Tyr, pour ses qualités de fondeur, est vraisemblablement à la base de l'inspiration de ceux qui ont établi le mythe du bâtisseur du Temple de perfection pour les besoins d'un symbolisme initiatique.
Hiram donc, fils d'une veuve, artiste d'une incontestable compétence, se vit confier par Salomon, les pouvoirs les plus étendus pour tout ce qui concernait la construction du Temple et la direction des ouvriers.
Compte tenu de la destination de l'œuvre, le rituel nous permet d'imaginer que cet homme possédait l'Art d'un Grand Initié : vertueux, respectueux des ouvriers, il prodiguait conseils et avis, aidait et encourageait les talents et toutes les bonnes volontés.
Faisant preuve de rigueur, de justice et de bonté, il avait organisé et réparti le travail de manière équitable en divisant les ouvriers en trois classes distinctes : les Apprentis, réunis sous la colonne "B", les Compagnons, près de la colonne "J" et les Maîtres réunis à l'intérieur du Temple. Les salaires étaient proportionnels aux capacités.
Alors qu'Hiram, le Maître respecté par sa douceur, ses vertus et son sens de l'équité, maintenait l'esprit des ouvriers au travail ; trois d'entre eux, compagnons, formèrent l'horrible projet d'arracher au Maître Hiram, "de gré ou de force", nous dit le rituel, le mot sacré des Maîtres afin de s'introduire dans la Chambre du Milieu.
Ils arrêtèrent leur plan et décidèrent de parvenir à leurs fins par la menace, n'espérant pas obtenir ce qu'il voulait en fléchissant la libre volonté du Maître.
Quelle que soit l'issue, ils étaient résolus de lui donner la mort afin d'échapper à la juste sanction de leur criminelle audace.
Ils choisirent d'agir, à la chute du jour, après le départ des ouvriers et alors que le Maître qui demeurait toujours le dernier, se trouverait seul.
Le Temple avait trois portes. Les conspirateurs se placèrent donc à chacune de ses portes : le premier à la porte du Midi, le second à la porte d'Occident et le troisième à la porte d'Orient afin que si le Maître échappait à l'un il ne puisse échapper aux autres.
Ainsi postés, ils sommèrent tour à tour, Hiram, de leur livrer ses secrets. Le Maître répondit successivement à chacun d'eux, en fuyant d'une porte à l'autre, qu'ils n'obtiendraient pas sa parole par des menaces et qu'il fallait attendre le temps voulu. Alors ils le frappèrent, l'un d'un coup de règle sur la gorge, mais le coup dévia sur l'épaule droite, l'autre d'un coup de levier sur la nuque mais le coup dévia sur l'épaule gauche, le troisième d'un coup de maillet sur le front qui l'acheva.
"Ainsi périt l'homme juste, fidèle au devoir jusqu'à la mort" nous dit le rituel.
Analysons le triple meurtre :
- Où se déroule t'il?
- Qui le commet?
- Comment est-il commis?
1. Où se déroule le meurtre?
En Chambre du Milieu, au centre du Temple.
L'accès à la Chambre du Milieu par l'élévation à la Maîtrise est la reconnaissance de l'aptitude acquise par la Compagnonne pour bâtir son temple intérieur.
Accéder à la chambre du milieu c'est se retrouver entre l'Equerre et le Compas, "c'est aller à la rencontre de son centre, devenir le centre, être le centre de l'union."
Mais lorsque la Compagnonne, candidate à la Maîtrise, est introduite, la chambre du milieu est plongée dans l'obscurité et se trouve réduite, divisée symboliquement en deux parties : le lieu des ténèbres où pénètre la Compagnonne et l'Orient où brille le Delta lumineux mais un rideau noir masque la vue et rend invisible l'Orient à la Compagnonne.
Accéder à la Chambre du Milieu est difficile, elle est le lieu de tous les périls.
2. Qui commet le meurtre?
Les trois meurtriers sont des compagnons.
A ce titre, ils sont membres des équipes qui travaillent sur le chantier et qui sont subordonnés au Maître Hiram.
Alors que l'édifice allait bientôt être achevé, un vent de révolte souffle dans l'esprit de certains ouvriers de la classe des compagnons qui, n'ayant pas obtenus d'être initiés aux secrets de la Maîtrise, s'estiment être injustement traités.
Le poison de l'envie et de la jalousie se fait jour et avec elles le dégoût du travail apparaît. Aigris, mécontents, immatures, naît en eux le désir présomptueux d'obtenir des salaires plus élevés sans se donner la peine de les acquérir dans le temps, par l'étude et l'application.
Aveuglés par leurs passions, ils s'illusionnent sur l'étendue de leur instruction, persuadés que la Maîtrise leur est due.
Ainsi, ensemble ou chacun, ils symbolisent bien des comportements que l'on croise dans le monde profane ou bien, de la part d'initiés qui ont mal travaillé leur Pierre et ne maîtrisent pas de ce fait, leurs instincts, leurs envies, leurs ambitions.
C'est ainsi que peu à peu, leur avidité va les conduire à la lâcheté, en tendant à trois, à la tombée du jour, un guet-apens à Maître Hiram.
Leurs sentiments d'orgueil et de cupidité les poussent, par l'action concertée, à usurper un bien dont "ils ne méritent pas d'être détenteurs".
Une question se pose encore :
Pourquoi au Rite Ecossais Ancien et Accepté, les trois officières qui dirigent la Loge, prennent l'"habit des mauvais compagnons" et deviennent "actrices" du meurtre?
Un constat s'impose : dans la société profane, comme parfois en Franc - Maçonnerie, ce sont bien souvent ceux qui détiennent le pouvoir qui ont le plus souvent le moyen de le détourner.
Par le détournement des valeurs inhérentes à leur fonction : mesure – discernement – respect – harmonie – sagesse…, ils sont à même de détruire ce qu'ils devraient construire.
3. Comment le meurtre est-il commis ?
Par trois coups !
Comme je le dis au début de ma planche, dans l'application symbolique du mythe lors de la cérémonie d'élévation à la Maîtrise, la récipiendaire, par transposition, s'identifie à Hiram : elle doit mourir à elle-même, prendre conscience de sa perte avant de pouvoir renaître.
Comme dans toutes les morts initiatiques, cette phase est le prélude à une renaissance à la fois physique, mentale et spirituelle en un nouvel Hiram.
Réfléchissons sur le choix des armes du meurtre et leurs points d'impacts :
· Selon le rituel, le premier coup est porté par le moyen d'une règle et le "mauvais compagnon" vise la gorge. Hiram réussit à dévier le coup qui l'atteint à l'épaule droite.
La règle, premier instrument du meurtre, est un des outils spécifique des compagnons, elle donne la ligne et permet de mesurer. Cet instrument, droit, linéaire, respire la droiture d'esprit. La règle représente la loi morale, dans l'obéissance librement consentie.
La perte de cette conscience morale, engendre le désordre intérieur et permet le passage à l'acte.
La règle, ici utilisée à contresens par le compagnon, produit un acte démesuré.
Ce dernier, rendu ignorant par le désordre intérieur engendré par les illusions qu'il se fait de ses capacités, envahi par la vanité, perd sa conscience morale et c'est l'IGNORANCE qui porte le premier coup à la gorge du Maître. La gorge, lieu du passage du souffle et de la parole ne sera pas détruit mais lésé car Hiram déviera le coup sur son épaule droite.
· Le second coup est porté par le moyen d'un levier et le second "mauvais compagnon" vise la nuque. Hiram affaibli, réussit à dévier le coup qui l'atteint à l'épaule gauche.
Le levier, outil spécifique du compagnon sert à maîtriser et décupler la force. Symboliquement, il lui permet d'agir sur le monde extérieur afin de le transformer et de le maîtriser. Le levier se doit d'être utilisé avec mesure. En effet, une force non maîtrisée devient brutale, tyrannique et dangereuse.
Ce levier, non contrôlé par la règle, animé par la volonté d'usurpation, devient force meurtrière : c'est le FANATISME qui porte le deuxième coup à la nuque du Maître.
La nuque, arrière du cou, est le siège des sept vertèbres cervicales. Comme la gorge, elle assure la liaison indispensable entre la tête et le reste du corps. Le Maître, diminué dans ses fonctions cérébrales, peut encore dévié le coup sur l'épaule gauche.
· Le troisième "mauvais compagnon", tue Hiram d'un coup de maillet au front.
L'ambivalence des outils, trouve ici son point culminant : l'arme du crime est le maillet du vénérable!
Le maillet, symbole du pouvoir et de la volonté qui exécute, est l'instrument du commandement du sage et du juste.
Utilisé seul, sans le contrôle de l'équerre et du compas porteurs des valeurs morales d'honnêteté, d'intégrité, de tolérance et de discernement, le maillet devient le symbole de l'impétuosité, de la tyrannie dominatrice.
L'outil de création devient outil de destruction.
C'est l'AMBITION qui porte le coup fatal au front du Maître.
Ce coup porté au front, siège de l'Intelligence, de "l'harmonie sublime réalisée entre le cœur et la tête", écrit Annick de Souzenelle, détruit la vie. Hiram s'écroule à terre, les pieds tournés vers l'Orient, la tête vers l'Occident, lieu du soleil couchant et de l'obscurité naissante, Il rend le dernier soupir.
Les "mauvais compagnons" ont assassiné le Maître, ils n'ont pas obtenus les secrets du Maître et en ont privé définitivement les futures générations de compagnons.
Pourquoi HIRAM doit-il mourir?
Si nous suivons la légende "hiramite",
Soit Hiram donne aux "mauvais compagnons" les mots et signes qu'ils exigent de lui et en ce cas il n'est pas digne d'être Maître puisque incapable de garder le secret, fut-ce au péril de sa vie.
Cette lâcheté personnelle le rendrait traître à sa vocation : car gardien de la tradition, s'il transmet le mot de maître à des compagnons indignes de le recevoir, qui n'ont pas les qualités requises, Il lui serait alors impossible de diriger les Maçons qui travaillent sur le chantier à la construction du Temple de Perfection.
Soit il garde inviolablement le silence et meurt avec dignité en parfaite harmonie avec ce que comporte la qualité de Maître et la notion de don total de soi qui en découle.
Hiram nous conduit vers un monde de perfection, le temple de l'"Idéal de Perfection".
Hiram incarne la grandeur du devoir et la force du serment. C'est par lui que le rachat du processus initiatique va se faire.
Le meurtre fondamental d'Hiram le Maître, par les trois "mauvais compagnons", représente la base même du mythe, le combat perdu des plus hautes valeurs de la franc – maçonnerie contre l'ignorance, le fanatisme et l'ambition.
Ce n'est pas par hasard, que l'initiation au grade de Maître comporte cette extraordinaire mort et résurrection de la récipiendaire en lui faisant vivre cette épreuve comme "meurtrier" tout d'abord, puis par cette transmutation en victime expiatoire dont la résurrection annonce son entrée dans la chambre du milieu et dans le secret et la connaissance.
C'est en abandonnant, en élaguant des pans de mon Ego ; c'est en tuant en moi, le "mauvais compagnon", que je vais modifier mes comportements et par cette prise en mains de ma conscience, relever le maître intérieur que j'ai tué.
Je conclurai avec Jacques TRESCASES que "toute démarche initiatique tend à purifier l'adepte des passions et préjugés responsables de sa mort spirituelle et cette rectification préalable faite, ressusciter l'Esprit que le profane avait assassiné.
Car de même que notre Maître Hiram, qui représente ce qu'il y a de meilleur en chacun de nous, peut constamment se suicider, s'invertir et se pervertir, de même en un instant, il peut ressusciter."
Je suis prête Mes Sœurs, si toutefois vous m'en reconnaissez digne, à poursuivre avec vous mon avancée sur le chemin initiatique de la connaissance et de la conscience.
J'ai dit,
source : www.ledifice.net
Publié le 21 Décembre 2012 par X dans Histoire de la Franc-Maçonnerie
Une nouvelle obédience maçonnique française vient de voir le jour, la Grande Loge Indépendante de France (GLIF), issue de frères provenant de la Grande Loge Nationale Française(GLNF) désireux d’établir les conditions de création d’une Grande Loge éligible à la reconnaissance.
Créée en septembre 2012, la GLIF a publié sur son site internet (sommaire encore) un communiqué dans lequel elle affirme ses buts, ses aspirations et son cheminement en quête d’une Reconnaissance :
Redoutant le retrait probable de la “Reconnaissance” de l’obédience à laquelle ils appartenaient, par la chaîne maçonnique universelle des Grandes Loges reconnues, un groupe de Francs-maçons de cette obédience s’est assemblé, dès 2011, forts de leur statut de Maçons réguliers, dans le but d’explorer les solutions qui permettraient de retrouver le plus vite possible, le cas échéant, cette “Reconnaissance’.
Si le projet d’une création d’une Grande Loge, comme réponse, a été finalisé dès le printemps 2012, le groupe des « Pères fondateurs », par souci permanent de légitimité et de régularité d’origine et de refus de participer à la fragmentation de la Maçonnerie en France, s’est abstenu de s’auto-proclamer en Grande Loge dotée dune structure de gouvernance pré- déterminée.
Il a attendu, pour déclarer la création de cette nouvelle Grande Loge, que le retrait de reconnaissance, tant redouté, tombe effectivement ; qu’un cadre de travail légitime pour la reconstruction soit défini ; qu’il soit invité officiellement à y participer et que, dans ce contexte nouveau, des Loges pétitionnent en toute liberté pour motiver la création d’une telle Grande Loge aspirant à la reconnaissance des Grandes Loges régulières dans le monde.
Saluant l’initiative des Grandes Loges européennes à venir en aide aux Frères français pour favoriser la recomposition d’une Franc-maçonnerie régulière et reconnue en France, et confortée par le schéma de travail défini par la Déclaration de Bâle (10/06/2012) et confirmé par la Lettre de Berlin (28/07/ 2012) ; la création de la GRANDE LOGE INDEPENDANTE DE FRANCE “GLIF” a été officiellement publiée le 25 Septembre 2012, affirmant son total engagement dans le processus de recomposition auquel elle est officiellement invitée.
La GRANDE LOGE INDEPENDANTE DE FRANCE est une société fraternelle maçonnique, union de loges et de Frères réguliers, se réunissant sous la règle des 8 points des “BASIC PRINCIPLES de 1929” (Travaux ouverts à la Gloire du Grande Architecte de l’Univers, qui est Dieu, Bible, équerre, compas ouverts en Loge, membres masculins, respect des us et coutumes immémoriaux, etc.), communs à toutes les Loges maçonniques régulières dans le monde.
Elle est organisée en une association loi de 1901, regroupant des Loges constituées ellesmême en associations du même type, propriétaires de leurs propres ressources financières.
Ces Loges sont unifiées et font partie intégrante, pour la reconnaissance de leur appartenance à l’Ordre maçonnique régulier universel, de la GRANDE LOGE INDEPENDANTE DE FRANCE, au travers de chartes délivrées par le Grand Maître et de leur engagement à respecter la Constitution, les autorisant à se prévaloir des privilèges de la reconnaissance dévolue à la GLIF.
La GRANDE LOGE INDEPENDANTE DE FRANCE est souveraine pour les grades du Métier (« Craft »), dans les rites cérémoniels autres que le Rite Ecossais Ancien et Accepté.
L’objectif est à présent d’aboutir le plus vite possible au recouvrement, pour ses Frères, de la Reconnaissance de la part de la chaîne maçonnique universelle des Grands Loges reconnues comme telles.
Dans ce but, un calendrier de rencontres officielles avec des parties prenantes nationales et internationales est d’ores et déjà établi.
Publié le 21 Décembre 2012 par Roger Dachez dans Symbolisme
Chaque mois de juillet, le "Tour de France" ressuscite la grande fête du vélo. Il peut être vu comme un carnaval moderne, qui laisse une place à l’expression mouvante et rituelle des rêves populaires. Durant cette épreuve, une nouvelle classe d’âge succède à la précédente. Le temps détrône l’ancien monde et couronne le nouveau. Naissance et mort ne sont pas coupées l’une de l’autre et les deux pôles du devenir sont englobés dans leur unité contradictoire. La course est un temps joyeux, qui interdit à l’ancien temps de se perpétuer et qui engendre le temps nouveau. Les champions qui dominent la course cherchent à acquérir une "maîtrise" de la vie, une forme de perfection humaine où l’imitation des aînés joue un grand rôle. Cette recherche de la perfection pourrait se définir par trois maximes :
"l’apprentissage, long et difficile, doit être méthodique",
"les chefs-d’œuvre sont marqués par le temps",
"la mort vient toujours à son heure" …
Mais, dans le "Tour de France", on parle de la mort en faisant la fête et en acclamant les nouveaux champions qui viennent pour perpétuer la tradition. Le maillot jaune est un symbole qui fait entrer son détenteur dans la catégorie des hommes dieux qui meurent. Comme dans le cycle du "Rameau d’Or" décrit par James Frazer, "il faut tuer l’homme dieu, dès qu’apparaissent les signes de son déclin et transmettre son âme à un successeur vigoureux". Ainsi, de maillot jaune en maillot jaune, la course cycliste du "Tour de France" forme une longue chaîne de "meurtres rituels". Héros solaire, le vainqueur conquiert la "Toison d’Or" après une longue lutte et par un acte de rupture : "la mise à mort rituelle et symbolique de son prédécesseur", exécutée au nom de la pérennité des valeurs. Cette mise à mort est réalisée dans un moment d’une "grande sacralité" et le nouvel élu symbolise l’éternelle jeunesse du "monde nouveau" …
Ce n'est pas l'usage de parler d'actualité dans ce blog ... Mais observer que l'on peut trouver dans le "Tour de France" certaines analogies avec avec le mythe fondateur de la franc-maçonnerie, c'est souligner que la démarche maçonnique consiste moins à s'envoler ou à se réfugier dans les "nuages théologiques" des rituels et des symboles que de considérer le symbolisme comme une certaine manière de "voir" et de "savoir" qui, en renouvelant le regard intérieur, transfigure la vision de l'homme. C'est également affirmer que la démarche maçonnique doit intégrer dans sa réflexion les traditions populaires, mythologiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.
1 - Origines et signification
Les origines de la légende d'Hiram
L’étude des origines d’une institution a pour préliminaire la distinction entre la légende et la vérité historique. Cette distinction, entre la fable et la réalité, s’imposeparticulièrement en ce qui concerne la légende d’Hiram, dont les origines sont à la fois obscures et méconnues. Si l’on ajoute foi à des contes dont l’antiquité n’est pas douteuse, le problème sera vite résolu …Il suffira d’interroger un maître, de préférence "un ancien". Un de ceux qui ont conservé intacte la foi des anciens âges et d’écouter. Il dira les origines bibliques de la légende, les étapes de la construction du Temple de Salomon, les péripéties de la vie d’Hiram et son assassinat final par trois mauvais compagnons. Il citera des noms, des faits, des dates. Aucune question ne l’embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il sera l’interprète, est des plus précises. Inutile d’ajouter que ses dires, dont la sincérité sera absolue, ne seront appuyés par aucune preuve, qu’ils resteront donc peu vraisemblables et que le travail de l’historien, loin d’être terminé, après cette audition, commencera seulement avec elle.
Martin Saint-Léon expose les légendes que possèdent les fédérations qui administrent les trois Rites du Compagnonnage : "les Compagnons du Devoir et de Liberté", "les Enfants de Maître Jacques", "les Enfants du Père Soubise". Chacun des trois Rites possède sa légende propre et prétend se rattacher à l’un de ces trois fondateurs : Salomon, Maître Jacques, Soubise. Et chaque légende possède elle-même des variantes, voire des versions différentes. Maître Jacques aurait été l’un des premiers maîtres artisans de Salomon et l’un des compagnons d’Hiram. Il aurait travaillé à la construction du Temple de Salomon et serait devenu le Maître des Tailleurs de Pierre, des Maçons et des Menuisiers. Le Temple achevé, il aurait quitté la Judée, en compagnie d’un autre Maître, Soubise, avec lequel il se brouilla. Soubise débarqua à Bordeaux et Maître Jacques à Marseille. La fin de l’histoire de Maître Jacques semble calquée sur le récit de la passion du Christ. Alors qu’il était en prière, l’un de ses disciples vint lui donner un baiser de paix. C’était le signal convenu pour cinq assassins qui le tuèrent de cinq coups de poignard. Soubise fut accusé d’avoir été l’instigateur de ce meurtre, ce qui fut longtemps la cause de la désunion entre les Compagnons des deux Rites. Mais cette accusation fut finalement estimée infondée et injuste.
Une autre version de la légende veut, qu’au lieu d’avoir été un artisan contemporain de Salomon, Maître Jacques ait été tout simplement le même personnage que Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, brûlé sur ordre de Philippe le Bel. Jacques de Molay a très bien pu, dans le cadre des nombreuses constructions édifiées par les templiers, donner une règle aux ouvriers Maçons, Tailleurs de Pierre et constituer des sociétés de Compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la précédente, ne repose toutefois sur aucun fondement historique. Car si l’existence d’une filiation entre les Templiers et le Compagnonnage, n’est pas impossible, force est de considérer que, même probable, elle demeure purement conjecturale.
La légende de Soubise est implicitement contenue dans la précédente. Soubise, architecte du Temple de Salomon, comme Maître Jacques, ami de celui-ci, serait devenu l’instigateur de son assassinat. Le fait est toutefois contesté. Mais d’après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin qui aurait vécu à la fin du XIIIème siècle. C’est sous le costume des moines bénédictins, qu’il est généralement représenté dans les Cayennes. Soubise aurait participé, avec Jacques de Molay, à la construction de la cathédrale d’Orléans. Le Compagnonnage aurait été fondé à cette époque et Soubise aurait survécu quelques années au Grand Maître des Templiers. Cette version, qui n’est pas impossible, reste également purement conjecturale.
Les Compagnons du "Devoir et de Liberté" , Enfants de Salomon, prétendent eux, que leur fondateur est le Roi Salomon lui-même. Et ils se réfèrent à une légende qui a pour point de départ un passage de La Bible (Premier Livre des Rois, Chapitres 5 & 7) : "Le roi Salomon envoya quérir Hiram de Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science, pour faire toute œuvre en airain. Il vint donc chez le roi Salomon et fit ses ouvrages". Rien, dans ce texte, ne permet de conclure à l’existence d’une association telle que le Compagnonnage au temps de Salomon… Mais la légende continue le récit biblique. Pour payer les ouvriers, en éliminant les intrus et les oisifs qui se mêlaient à eux, Hiram donna à chacun des ouvriers un mot de passe pour se faire reconnaître. Ainsi, chacun était payé selon son mérite et recevait, le moment venu, le mot de passe de son nouveau grade. Le Compagnonnage de Liberté était fondé.
Une seconde légende se superpose à la première. Trois compagnons, Holem ou Hoben, Sterkin ou Skelem, et Hoterfut, furieux de s’être vus refuser la maîtrise, décidèrent de contraindre Hiram à leur donner le "mot" de maître ou de l’assassiner. Cette version constitue la trame du rituel maçonnique de l’élévation à la maîtrise.Le récit le plus connu et le plus complet de la légende se trouve dans le livre des "Voyages en Orient", de Gérard de Nerval. Il nous raconte "l’histoire de la Reine du Matin et de Soliman Ben Daoud, Prince des génies" (l’histoire de la Reine de Saba et de Salomon, fils de David)… Au fil des douze chapitres, d’"Adoniram", le premier, à "Mac Benah", le dernier, se révèle tout le symbolisme de la légende. Les trois mauvais compagnons y symbolisent l’ignorance, l’hypocrisie et le fanatisme. La recherche et la découverte du corps d’Hiram exaltent les trois vertus opposées, mais aussi la liberté et la fidélité, l’une portant l’autre, et qui sont les vertus de l’esprit. La fidélité est la lumière de l’esprit. Dès qu’on change ses idées d’après l’événement, l’intelligence n’est plus qu’une "fille".
La signification de la légende
La légende d’Hiram, est pour le nouveau maître une invitation à réfléchir son propre portrait dans le miroir que lui propose la légende. Il essayera donc d'observer comment le miroir est construit en tant que lieu spéculaire des métamorphoses de son propre moi symbolique … Car cette légende est d’abord un recours à soi-même, où chacun est invité à trouver sa propre vérité. Et c’est bien là que se trouve sans doute le sens alchimique de la légende, si l’on veut bien voir dans l’alchimie la tentative de chaque individu pour découvrir sa propre vérité, son propre secret, pour trouver la connaissance suprême réservée à chaque itinéraire humain. Car qu’est-ce donc que l’Initiation, sinon la traversée de la vie humaine, avec ses joies et ses épreuves, à travers laquelle l’être humain met à nu, lentement, cette étincelle qui est en lui et qui, une fois révélée, éclaire l’univers et lui donne un sens ?On retrouve les acteurs de la légende au portail Nord de la cathédrale de Chartres où figurent David avec Salomon et la Reine de Saba ainsi que Zorobabel ... Salomon, constructeur, il y a trois mille ans, du premier temple, détruit en l’an 600 avant notre ère par Nabuchodonosor II. Près de lui, se trouve Zorobabel, architecte du second temple, embelli par Hérode et détruit par les romains, en l’an 70 de notre ère. Eséchiel, l’inventeur du "troisième temple", a disparu du portail nord à la Révolution. Mais Saint Jean-Baptiste au même portail présente au passant l’emblème du troisième temple, la Jérusalem céleste, "la Cité qui n’a besoin ni du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car l’agneau est son flambeau".
"Ici, tout est symbole", cette affirmation, répétée au cours de la cérémonie d’initiation maçonnique est chargée de sens, parce qu’elle annonce la valeur de la démarche et la méthode de travail : la recherche du sens, au-delà de l’apparence. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur la passion d’Hiram. Et il apprend alors que les maîtres disposent pour se reconnaître d’un mot substitué à la "parole" qui a été perdue. La "parole" est perdue pour ceux qui croient avoir tout vu, tout dit et qui disent "qu’il n’y a rien à voir". La parole est effectivement perdue lorsqu’on n’est plus à même de produire une pensée nouvelle à propos des symboles. Ainsi la "parole" est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en question permanente de toutes nos certitudes antérieures. Muni du mot substitué, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Mais le voyage initiatique ne peut être accompli que par celui qui ne se contente pas du mot substitué. La Maîtrise véritable exige l’essentiel. Encore faut-il garder un esprit critique et conserver un certain humour, afin de ne pas devenir un dévot béat qui attend une "révélation" de la part de ses maîtres. Ainsi, au départ, dès le commencement de la quête, il faut savoir que la "parole" ne pourra se dire. Elle sera montrée, sous l'égide de la rose, sortie d’une boite, sous forme d’initiales, qui sont le symbole du "mot" et non le "mot" lui-même, enfin retrouvé ...
2 - La suite de la légende
Le grade de Royale Arche
L'un des motifs qui provoqua, en 1750, la célèbre querelle maçonnique entre les "Antients" et les "Modernes" réside dans l’attitude des uns et des autres envers le grade de Royale Arche - la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Les Anciens admettaient la pleine valeur de ce grade dont ils faisaient l’une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique et qu’ils pratiquaient réellement. Les modernes, par contre, refusaient officiellement de reconnaître ce grade, bien qu’ils fussent nombreux à le prendre et à s’y faire recevoir. Le schisme cessa en 1823, par la création de la Grande Loge Unie d’Angleterre dont l’article 2 de la déclaration préliminaire précisait que : "la maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir : Apprenti, Compagnon et Maître Maçon, y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale".
Ce grade est-il de source opérative ? Très probablement non. Est-il issu des degrés hiramiques, en constituant la seconde partie du grade de Maître ? Rien ne prouve que les deux légendes du troisième degré et de l’Arche Royale aient jamais été associées dans un même cérémonial. Toutefois, les Anciens accusaient les modernes d’avoir mutilé le grade de Maître en l’amputant de sa seconde partie. Ce qui porte l’idée d’une maçonnerie en trois grades, le troisième étant reçu au cours de deux cérémonies distinctes …
Les rituels du grade de Royale Arche
Les origines des rituels du grade de Royale Arche sont multiples et complexes. Le plus ancien rituel connu de ce grade date de 1760. Après la tenue du premier Grand Chapitre de Royale Arche en 1766, le développement des rituels se caractérise, sous l’influence semblerait-t-il de jésuites, par la substitution à la légende ancienne, solomonienne et hiramique, d’une nouvelle légende racontant la reconstruction du Temple par Zorobabel.
L’enseignement historique du grade - qui présente des similitudes avec celui de Chevalier d’Orient du Rite Français - raconte que, "lors de la reconstruction du temple, trois pèlerins inconnus s’étaient offerts pour déblayer les décombres de l’ancien édifice. Et comme le bruit courait que quelque chose d’important était enfouis sous les décombres, il leur avait été recommandé de prendre le plus grand soin pour réaliser leur travail. Au bout de quelques jours, ils avaient découvert, derrière un mur sonnant le creux, une voûte où ils avaient aperçu des tables, portant une partie des lois divines et un petit autel recouvert d’un voile. Ce voile soulevé leur avait permis de lire les noms des Maîtres qui avaient construit le premier temple, mais aussi le nom de l’Eternel - non pas celui qui est donné à l’ordinaire, mais un autre - qui était manifestement la parole perdue. Tous les Maîtres présents avaient dû prendre l’engagement de ne jamais révéler aux autres frères la parole retrouvée et de ne jamais la prononcer qu’en présence de deux autres Maîtres". Le grade de Royale Arche, tel qu’il prend corps en Angleterre à partir de 1766 affiche une marque chrétienne que l’on retrouve dans le rituel de Maître Parfait du Rite Ecossais Rectifié. Ceci suppose que dans les Loges qui pratiquaient le grade de Royale Arche, la légende de l’Ancien Testament soit interprétée d’un point de vue chrétien : celui de l’annonce de la reconstruction symbolique du troisième temple.
Dans le rituel de 1765, les acteurs en sont les Maîtres Sublimes, Salomon, Hiram, Roi de Tyr et Hiram, l’architecte assassiné. "Les Maîtres Sublimes demandent à Salomon de leur conférer le grade de Royale Arche. Salomon leur répond négativement, sachant qu’il a condamné une trappe dans le sanctuaire. Cette trappe mène à un souterrain qui donne accès à une voûte de neuf arches. Longtemps après, Salomon envoie trois intendants, Sublimes Ecossais, pour chercher les choses les plus précieuses dans les ruines du Temple (ce qui constitue une incohérence, le Temple de Salomon étant détruit plus de quatre cents ans après sa construction). L’un des intendants accroche sa pioche à un gros anneau fixé à une dalle. Il soulève la dalle - dont l’image se trouve sur le sautoir du 14ème grade du Rite Ecossais Ancien Accepté - et découvre le souterrain. Il lie une corde autour de sa taille et dit à ses compagnons qu’il tirera sur la corde pour demander qu’on le remonte. Il descend dans le trou - le souterrain serait donc bien au fond d’un puits. Il passe trois arches, tire trois fois la corde pour se faire remonter. Au cours d’une nouvelle tentative, il passe six arches, tire six fois la corde. Il redescend une nouvelle fois avec un flambeau et passe neuf arches. Un pan de mur se détache et il aperçoit une pierre triangulaire sur laquelle est écrit le mot sacré du grade de Royale Arche : JABULUM. Il fait le même signe que Salomon, lorsqu’il a refusé de leur conférer le grade de Royale Arche (Signe d’Admiration). Il met un genou en terre, une main dans le dos et l’autre pour se protéger de la lumière (Signe de Protection) et tire sur la corde pour se faire remonter. Revenu avec les autres intendants, il leur dit : "Jabulum est un bon maçon" et décide avec eux :- que le nouveau mot de passe sera "Je suis ce que je suis"…
Le symbolisme du grade de Royale Arche
Les soirées privilégiées parfois vécues par les francs- maçons ne peuvent se produire que dans les Loges qui, au moyen d’un rituel, pratiquent l’art d’ouvrir une porte sur un monde hors du temps et sur un univers sans limite. Ce monde, à l’intérieur d’un Temple orienté, couvert de sa voûte étoilée, devient d’autant plus réel qu’il est imaginaire. Ainsi, par le moyen du Rite, le franc-maçon peut passer de la durée temporaire ordinaire au temps sacré. Le franc-maçon vit ainsi dans deux sortes de temps : le temps profane et le temps sacré, qui se présente sous l’aspect paradoxal d’un éternel présent mythique qu’il est possible de réintégrer par le Rite. Le thème de la recherche de la parole perdue s’inscrit naturellement dans cette démarche. Après son apprentissage et son compagnonnage, le franc-maçon médite sur le meurtre d’Hiram. Et il comprend que le mot que les Maîtres utilisent, pour se reconnaître, est un Mot substitué, dont ils portent les initiales sur leur tablier et que le but de la démarche est la recherche de la Parole perdue … Muni du mot substitué et afin de retrouver cette Parole, le Maître Maçon explore les paysages proposés par les rites. Le processus de l'initiation nous donc fait traverser des paysages, plus précisément des structures qui jalonnent la voie initiatique, qui n'est elle-même qu'une expérience totale de la vie …
Au douzième degré du Rite Ecossais Ancien Accepté, le Maçon redécouvre que le Temple que chaque Maçon doit construire en lui-même, représentel'édifice idéal que chacun de nous est appelé à réaliser et que le Temple de Jérusalem est une image de l'univers destiné à satisfaire notre raison, une conception philosophique traduisant, autant qu'il est possible, une approche de la Vérité.Au XVlllème siècle, avant la structuration définitive de la Franc-maçonnerie spéculative, la prononciation du mot de maître est J H V H (Jéhovah). Tout se passe ensuite comme si tout le mythe d'Hiram consistait, dans un de ses aspects, à supprimer cette invocation pour la remplacer par un mot substitué qui sera le premier mot que l'on entendra et dont les significations vont de Mach Banach, Marrow in the Bone, Moabon enfin, qui deviendra le mot substitué du Rite Ecossais Ancien Accepté.
Le sens profond du Rite Ecossais Ancien Accepté est le passage fondamental de l’Ancien au Nouveau Testament , où le tétragramme Chrétien I N R I se substitue au tétragramme hébraïque I H V H. Et toute la démarche ultérieure sera ciblée sur la découverte de la complémentarité de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’un, symbolisé dans les grades vétéro-testamentaires par la formule : Amour de la Vérité et l’autre symbolisé par la référence au Nouveau Testament : Amour de l’Humanité, symbolisme que l’on retrouvera sur l'échelle mystérieuse du rituel du trentième grade du Rite Ecossais Ancien Accepté …Certains diront : qu’importent les spéculations et les retours vers le passé à l’époque de la science, de la technique, de l’efficacité, de la raison… Les sceptiques et les agnostiques diront que la maçonnerie n’a que faire de dieu et des religions. Les croyants objecteront que leur foi leur suffit et s’en remettront à leur église, avec plus ou moins de confiance, pour s’occuper de leur dieu et du salut de leur âme. L’église, de son côté, parle de moins en moins, afin de ne pas effaroucher le client, l’important restant de maintenir, autant que possible, une influence fondée sur quelques principes d’ordre moral.
Quant aux francs-maçons, ils se présentent sous des visages bien divers, sans unité de doctrine ni d’action. Il existe, il est vrai, pour les trois premiers grades, un critère simple : celui de la régularité, qui garantit, dans l’ensemble, la reconnaissance de principes communs traditionnels. Et les choses deviennent encore plus claires lorsqu’on sait que la régularité doit s’apprécier sous deux aspects complémentaires : la régularité obédientielle et la régularité initiatique. Mais cette simplicité relative, qui concerne la franc-maçonnerie des grades symboliques, fait place à une réelle confusion lorsqu’il s’agit des "hauts" grades.L’histoire de ces grades est fort complexe et l’on y trouve le meilleur, mais également, il faut en convenir, le pire. On s’aperçoit, de plus, qu’il n’existe, au regard des "hauts" grades, aucun critère de régularité, ni aucun pouvoir régulateur qualifié, même si le Rite Ecossais Ancien Accepté peut se prévaloir de regrouper, au niveau mondial, 90 pour 100 des maçons travaillant dans les Ateliers au delà du troisième grade. Peut-on d’ailleurs parler "du" Rite Ecossais Ancien Accepté, tant les pratiques en sont parfois différentes, et les formules constitutives laissées "ad libitum" de chaque Atelier ?
Il semblerait donc raisonnable d'accepter une constatation de départ aussi simple qu’évidente. La franc-maçonnerie est, à l’origine, une initiation de Métier et l’ésotérisme qu’elle met en œuvre est d’essence judéo-chrétienne. Partant de là, il convient de déterminer et de comprendre l’expression de cette essence judéo-chrétienne, d’en suivre le passage de la maçonnerie opérative de jadis à la maçonnerie spéculative moderne, puis de son évolution jusqu’à la pratique actuelle. Salomon, Hiram, Zorobabel, n’ont ni construit, ni rebâti le Temple… Ils nous ont légué son modèle, caché sous une image. Ils nous indiquent le chemin vers la Cité Idéale où il s’élèvera, dans l’harmonie. Il importe donc que les maçons de bonne foi, rejetant les idoles, mènent à bonne fin une pratique des "hauts" grades qui leur donne leur seule justification : aider, servir et honorer la Franc-maçonnerie symbolique, qui est la seule détentrice de toute l’initiation. Ainsi, la maçonnerie de Royale Arche pourrait-elle être considérée à juste titre comme la fondation et la clé de voûte de l’ensemble de l’édifice maçonnique. Dégagée de tout dogme, de toute attache cultuelle, considérée non comme un grade, mais comme un complément et une explication des grades symboliques, laissée à la libre interprétation de la conscience individuelle de chacun, elle montrerait ainsi l’importance, non pas tant religieuse, que sacrée de l’initiation maçonnique. Avec elle, s’éclairerait toute la signification à donner à la légende opérative et traditionnelle du Temple de Jérusalem ainsi que la haute portée de son enseignement initiatique selon lequel l’accomplissement du chemin de la connaissance rejoint la quête spirituelle de l’Amour.
Conférence de Roger Dachez
La question des origines de la Franc-Maçonnerie occupe un statut particulier dans l'imaginaire maçonnique. Préoccupés par la transmission, certains franc-maçons ont dicté des règles et établirent des lois qui façonnèrent l'histoire de l'institution qui ressortit des "Constitutions d'Anderson". C'est ainsi que la Franc-Maçonnerie s'origina dans le Paradis Terrestre immémorial d'Adam et Eve et qu'elle fut transmise par les prophètes et les rois, accréditant la thèse selon laquelle la Grande Loge, apparue à Londres au XVIIIème siècle, n'était pas une "création" mais un "éveil", éveil s'inscrivant donc dans la continuité des bâtisseurs de cathédrales. Théorie qui connaît une rupture avec l'avènement de l'histoire moderne sur laquelle s'appuie, entre autre, la Franc-Maçonnerie spéculative qui tenta de "décortiquer" le mythe de la Franc-Maçonnerie opérative.
Cet exposé tente de répondre aux deux questions suivantes: la Franc-Maçonnerie spéculative dérive-t-elle de la Franc-Maçonnerie opérative? L'Histoire peut-elle détruire le mythe? N'a-t-elle pas plutôt le pouvoir de le restituer dans sa dimension fondatrice et son sens réel ?
Source : http://www.troispoints.info/article-la-legende-d-hiram-67402292.html
Publié le 21 Décembre 2012 par Thomas Dalet dans Irlande
A la sensualité féline d'Ava Gardner, Grace Kelly oppose la froideur troublante d'une lady aux gants blancs. Elle imprime, dans sa carrière fulgurante, un style dont Alfred Hitchcock sera le pygmalion médusé.
Personne n'a connu Grace Kelly. Tous ceux qui ont caressé cette chimère ont fini par se rendre à l'évidence : on n'assiège pas le mystère qui, c'est notoire, tend l'oreille à l'incertitude et vous plante sur... une énigme ! Plus lucide que le commun de ses confrères, un journaliste du Saturday Evening Post en a, du reste, pris son parti. Et, las de traquer les chiches concessions que l'actrice octroie à la privauté, d'écourter : " Ecrire sur Grace Kelly revient à envelopper de la fumée dans du papier ! " Eh bien ! soit. Chercheur sans ambition, chroniqueur sans gloire, nous nous arrangerons des ombres. Et, promu maître ès brumes, nous briguerons la reconnaissance d'un ennemi patenté de l'Histoire : l'illusion d'optique.
Chez les Kelly, on ne badine pas avec la droiture. C'est, dit-on, la force des faibles. Avec le courage, c'est, en tout cas, la seule richesse que John Henry, un garçon de ferme irlandais, a emportée dans le dénuement rageur d'un exil. Dans la téte de ce paysan du comté de Mayo fleurit, néanmoins, un credo : " La victoire sourit aux plus honnétes. " Cap, donc, sur le Nouveau Monde pour défendre, dès 1867, la part de bonheur que l'Irlande semble refuser aux plus démunis de ses enfants.
La vie, quoi qu'on en dise, contrarie rarement l'espérance des humiliés. Aussi, légataire de la paternelle ambition, John Brendan Kelly se hisse-t-il, en un éclair, du statut d'apprenti dans une briqueterie à celui d'entrepreneur en bâtiment. Le succès est tel que, de l'aveu méme du tout-Philadelphie, " on ne peut pas mettre deux briques l'une sur l'autre sans passer par lui. " Mieux. L'homme d'affaires avisé se double d'un sportif accompli. Naguère champion de boxe de l'infanterie américaine, John s'emballe, maintenant, pour l'aviron. Et, si la gentry britannique interdit à ce " simple travailleur manuel " de participer aux prestigieuses régates de Henley, il fonce, aussitôt, en Belgique pour décrocher... la médaille d'or en skiff aux jeux Olympiques de 1920 ! Les Kelly, que cela soit clair, ne campent pas sur un échec. C'est avec panache qu'ils s'emploient à laver les affronts.
La fortune, malgré tout, a besoin d'un ancrage affectif. Seul le mariage est, alors, à méme de consacrer cette réussite. Quatre ans après l'éclatante revanche d'Anvers, John Brendan - que les siens appellent plus volontiers Jack - y pourvoit en épousant, en l'église catholique de Saint Bridget, une Américaine d'ascendance allemande, la distinguée Margaret Mayer. Connue pour sa beauté qu'elle préte, d'ailleurs, à la une de nombreux magazines, Margaret est également réputée pour ses talents sportifs et deviendra " la première femme à enseigner l'éducation physique à l'université de Philadelphie ". La ténacité irlandaise fait maintenant ménage avec la rigueur germanique. Et les héritiers Kelly - Margaret, John Junior, Grace Patricia, Elisabeth - devront, tant bien que mal, s'accommoder du sacro-saint postulat que leur " général prussien " de mère cheville à l'idée qu'elle se fait de l'éducation : discipline, sport et culte.
Née le 12 novembre 1929 à Philadelphie, Grace y semble, pourtant, la moins bien disposée. La gamine présente, en effet, une constitution qui, dans sa débilité, suffirait à assombrir plus d'un caractère et légitimer tout sentiment de révolte : crises d'asthme répétitives, angines récurrentes, coryza chronique, myopie patente. Elle ne cède, toutefois, ni aux foucades ni aux emportements. Tout au plus ces empéchements confortent-ils la fillette dans ses replis songeurs. En évoquant cette période, Mme Kelly se contentera, un jour, d'abréger : " Elle possédait une espèce de calme intérieur, de tranquillité d'âme toute particulière. " Et, loin de vitupérer la maternelle autorité, Grace, quant à elle, ne manquera jamais de rendre hommage à l'austérité de ses principes : " Plus d'une fois, cette éducation rigoriste m'a aidée à surmonter avec sérénité certaines épreuves. " Pour autant, dès qu'il s'agit d'étudier l'allemand, les enfants Kelly osent, tout de méme, braver les oukases de Margaret. L'actualité, certes, leur servait d'alibi : " Comment pouvions-nous avoir envie d'apprendre sa langue alors qu'Hitler faisait trembler l'Europe ? " s'interroge encore Elisabeth. Pour une fois, " le chef " a baissé les bras.
En septembre 1936, Grace intègre la Raven Hill Academy et, sanglée dans un uniforme bleu marine, elle se plie avec docilité au règlement spartiate qui régit l'institution. Quitte à reconnaître plus tard : " On nous menait la vie dure. Je ne pense pas que les jeunes puissent aujourd'hui supporter la discipline qui était la nôtre. " Pelotonnée dans une délicate timidité, l'écolière trouve par ailleurs l'occasion de se distraire : elle harcèle Andersen et Kipling, se frotte à la poésie, étudie la musique sous la férule de sa mère, et ne rate à aucun motif les cours de danse qui lui sont dispensés. Est-ce l'acteur Douglas Fairbanks Jr qui, en déposant un baiser sur son front, détournera la fillette de ses réves de ballerine ? Rien n'est moins sûr. Quoi qu'il en soit, la magie est totale et, durant quelques jours, Grace refuse obstinément... de se laver le visage !
L'adolescente conservera mémoire de cet éblouissement. Du coup, elle n'hésite pas à rejoindre la troupe d'amateurs de East Falls qui, en 1941, décide de monter Ne donnez pas à manger aux animaux et, pour la première fois, elle saute sur les planches. Dépéché sur place, l'échotier de la région entrevoit les prémices d'un talent : " Miss Kelly a brillamment reçu son baptéme des feux de la rampe. " Dispositions à confirmer.
Pour l'heure, du couvent des Dames de l'Assomption, Grace passe, en septembre 1943, à la Stevens School de Germantown, la banlieue huppée de Philadelphie où les siens résident. Ses classes terminées, elle décide de poursuivre les études et ambitionne le très prisé Bennington College qui, dans ses doctes arrangements, prévoit l'enseignement de l'art dramatique. Collée à l'examen d'entrée, Grace envisage, alors, de se rabattre sur l'American Academy of Dramatic Arts de New York. Mais, pour lui laisser le temps de méditer son dessein, John et Margaret Kelly l'invitent, avec ses soeurs et frère, à sillonner l'Europe. Sur les rives mémes de la Tamise, John Jr en profite pour infliger un nouveau camouflet au patriciat londonien et remporte, vingt-sept ans après l'humiliation essuyée par son père, les fameuses régates de Henley. Histoire de signifier au Vieux Continent qu'il doit, désormais, compter avec le nom des Kelly dans les places fortes... où il n'est pas forcément attendu.
De retour sur le sol américain, Grace se montre plus déterminée que jamais : quel que soit l'avis des siens, elle sera comédienne. John a beau tenter la déstabilisation - " Le jour où tu auras atteint le sommet, tu seras la propriété du public. Il n'y aura plus de vie privée. On en demandera toujours davantage. Es-tu préte à payer ce prix ? " - en bonne fille d'Irlandais, elle persiste. Fin septembre, la voilà donc à New York et, après une audition de principe à Carnegie Hall, elle est admise à l'académie où l'a, entre autres, précédée Spencer Tracy. Ses parents l'ont installée au coeur de la 63e Rue, au Barbizon Hotel for Women qui, loin des turpitudes de la ville, a d'ores et déjà hébergé Lauren Bacall, Joan Crawford et Gene Tierney.
A New York, selon un condisciple, Grace travaille " comme une forcenée " : diction, improvisation, gymnastique, escrime et danse rythment son quotidien. Aucun mal, donc, à décrocher, en 1949, un diplôme qui l'entraîne dans la spirale des sempiternelles auditions, des brûlants espoirs, des mordants refus. " Mes débuts furent assez difficiles. [...] J'avais un handicap particulier : ma taille. J'étais trop grande pour tenir les rôles que mon visage et mes yeux bleus inspiraient aux metteurs en scène ", commentera-t-elle. De fait, jusqu'à ses véritables débuts à Broadway dans une pièce de Strinberg, Grace doit se résigner à quelques apparitions furtives dans les théâtres de province.
Après Father , elle acquiesce aux séries télévisées qui la révèlent tant au grand public qu'à la profession. Et c'est d'un mélodrame, Quatorze Heures, qu'Henri Hathaway prétexte, en 1951, pour projeter sur grand écran l'image d'une étincelle glacée. Paul Douglas, son partenaire, aura longtemps souvenir de la débutante : " [C']était une fille adorable. [...] Elle possédait quelque chose qui n'existait plus depuis Irene Dunne. C'était une jeune lady . " Le réalisateur Fred Zinnemann qui, avec Le train sifflera trois fois, lui offre, en 1952, son premier grand rôle, ne tarde pas à entériner le propos : " C'était la première actrice que je voyais arriver avec des gants blancs à une entrevue ! " Le franc succès de ce western original - quatre oscars lui sont décernés - rejaillit inéluctablement sur Grace Kelly qui, en revanche, se montre très critique sur sa performance : " Lorsque je regarde le visage de Gary Cooper, j'y lis tout ce qu'il pense. Mais quand je regarde le mien, je n'y vois rien du tout ! "
Qu'importe l'autocritique ! La Metro Godwyn Mayer déroule le tapis rouge devant elle. Mais, jalouse de l'orientation qu'elle entend donner à sa carrière, elle en fait peu cas. " Je n'ai jamais vraiment manqué d'argent et je n'en ai jamais fait un but dans mon métier. [...] C'était une force que de sentir derrière soi une famille préte à vous récupérer en cas de nécessité ", ponctuera-t-elle. Finalement, la comédienne cède aux pressions. Sur un comptoir d'aéroport, elle signe le contrat qui, pour sept ans, la lie à la compagnie et s'envole aussitôt pour le Kenya pour un trio de légende : Gardner-Gable-Kelly. Ce sera Mogambo . Trois raisons avouées à cette capitulation : " Parce que John Ford. Parce que Clark Gable. Parce que l'Afrique, puisqu'on m'offre gentiment le voyage. Si Mogambo avait été tourné dans l'Arizona, je n'y aurais sûrement jamais mis les pieds ", confesse-t-elle. Le réveillon de Noêl y aurait, assurément, perdu en originalité. En pleine brousse, entre deux prises, Grace, en effet, tricote... des chaussettes qu'elle compte offrir à celui que Hollywood continue d'appeler " The King ". Faute de temps, elle ne peut achever son ouvrage. Facétieuse, elle en dérobe une dans les bagages de Clark, la garnit d'objets de méme provenance puis elle épingle le tout à la tente de son partenaire. La sortie du film, en 1953, vaut à Grace Kelly un concert de louanges. La sulfureuse Ava Gardner ne parvient pas à éclipser sa dureté lumineuse. C'est dire ! Les slogans publicitaires vont jusqu'à annoncer " une bataille des sexes " dans laquelle le libertinage pudibond d'un certain Alfred Hitchcock va, bientôt, trouver son compte.
En ce sens, 1954 marque d'une pierre blanche la carrière-météore de Grace Kelly qui, auprès du maître du suspense, fait de son magnétisme serein l'empreinte définitive d'un style. Cousue à une sophistication dépouillée, retranchée derrière une limpidité ambigue, forte d'une sensualité cérébrale, l'actrice nourrit, en excellence, le phantasme de la blonde hitchcockienne qui insinue bien plus qu'elle n'étale : " Savez-vous que Grace Kelly, apparemment si froide, cache un volcan de sensibilité, d'érotisme et de passion ? [...] La pauvre Marilyn Monroe port[e] le sexe sur la figure et Brigitte Bardot n'[est] pas non plus très subtile. Lesex-appeal de Grace Kelly est bien plus complexe, on ne le ressent pas d'emblée mais il existe ", appuie le réalisateur américain. Pour sa " déesse de glace ", coup sur coup, il cisèle donc deux chefs-d'oeuvre : Le crime était presque parfait et Fenétre sur cour , à côté desquels Les Ponts de Toko-Ri de Mark Robson, L'Emeraude tragique d'Andrew Marton et, dans une moindre mesure, Une fille de la province de George Seaton feront pâle figure.
Unis en une commune abomination des paillettes hollywoodiennes, inéluctablement, Grace et sir Alfred se retrouvent pour une course-poursuite divertissante sur la Côte d'Azur, La Main au collet . Le 13 août 1954 est jour de bouclage. C'est aussi l'anniversaire du réalisateur pour qui on décide, alors, de porter un toast. Dans le droit fil d'un scénario apprécié pour son ambivalence - Kelly : " Je n'ai jamais attrapé un voleur de bijoux. Ce doit étre passionnant. Qu'est-ce que vous préférez, la cuisse ou ... " Grant : " C'est vous qui voyez. " -, la secrétaire, n'écoutant que sa générosité, se fend d'un lapsus proverbial : " Voulez-vous goûter au cock (sexe masculin, en argot) de M. Hitchcake ? " Le diable en rit encore.
Le 30 mars 1955, Grace Kelly fait son entrée au Pantages Theater d'Hollywood. Sa performance, qui, à l'évidence, n'est pas la meilleure, dans Une fille de la province lui vaut de concourir pour l'oscar de la meilleure actrice. Fait rarissime pour une carrière, certes prometteuse, mais, somme toute, récente. Ses rivales ? Dorothy Dandridge pour Carmen Jones , Jane Wyman (première épouse de Ronald Reagan) pour Le Secret magnifique , Audrey Hepburn pour Sabrina et, entre toutes, Judy Garland pour Une étoile est née . C'est à William Holden, son partenaire à l'écran, qu'il revient d'annoncer la consécration de Grace qui écrase une larme : " Je n'oublierai jamais ce moment. Tout ce que je peux dire, c'est merci. Je suis folle de joie. " Mais, sitôt que les journalistes la prient d'embrasser le lauréat, Marlon Brando en l'occurrence, mi-royale, mi-mutine, elle rétorque : " Je crois que ce serait plutôt à lui de m'embrasser ! "
La MGM qui, pour refus réitérés de rôles, avait suspendu son contrat, recommence à lui faire les yeux doux. La gloire est la manière la plus éclatante de confondre l'injure, Miss Kelly ne le sait que trop. Au mois de mai suivant, sans la moindre allusion à la partie de bras de fer qui l'a opposée à " sa " compagnie, elle est à Cannes pour la présentation du film. La Metro est dans ses petits souliers.
De fait, elle redouble d'ingéniosité pour offrir à celle que Brigitte Bardot surnomme " l'Altesse Frigidaire " deux joyaux... hautement prémonitoires, Le Cygne de Charles Vidor et Haute Société de Charles Walter. Dans l'un, Alec Guinness supplie Alexandra, une princesse à marier, de toujours " glisser comme un réve " ; dans l'autre, Frank Sinatra fredonne amoureusement " You're sensational " à sa partenaire... promise à un souverain. La meilleure façon de quitter un studio. Du moins pour une reine qui, si elle n'a jamais voulu d'un " monsieur Kelly ", ne compte pas, pour autant, marcher à l'ombre des princes.
Par Pascal Marchetti-Leca
Débuts dans la pub
Pour aider à financer ses études autant que pour gagner son indépendance, dès son arrivée à New York, Grace multiplie les séances de pose. Sa beauté naturelle fait souvent la une des grands mensuels, Cosmopolitan notamment. Au mythe de la vamp des années 1950 qu'incarne la pulpeuse Marilyn, elle oppose l'image d'une jeune fille fraîche, saine et sage. Loin de snober les campagnes publicitaires, elle ne rechigne pas à vanter les qualités du dentifrice Colgate, les mérites de l'aspirateur Electrolux, les vertus du Coca-Cola et, parvenue au faîte de la notoriété, on la surprend encore à s'extasier sur la douceur du savon Lux.
Sa participation à de nombreux téléfilms lui vaut d'étre élevée par le magazine Life à la dignité de " reine de la télévision ". Une reine qui, professionnelle au-delà du protocole, accepte, au besoin, de sauter dans les bas résille et l'affriolant tutu d'une chanteuse de music-hall (Lights out) .
Le modèle parfait
Le maître a dit : " Grace éblouit la pellicule ! " Aucun photographe n'a jamais contredit le réalisateur hypnotisé. D'Erwin Blumenfeld qui, avec Philip Halsman, est l'un des premiers à s'intéresser à son intemporelle beauté (" Grace [a] ce regard énigmatique et lointain propre aux gens myopes "), à Henri Lartigue, en passant par Howell Conant, l'ami de toujours, ou Cecil Beaton (" Si elle nous captive ainsi, c'est par sa manière de s'adresser à nos meilleurs instincts "), tous, au contraire, ne tarissent pas d'éloges sur son incroyable photogénie. Comme tant d'autres encore, Youssuf Karsh s'extasie sur ses deux profils. A la faveur d'un éclairage sublime, il fixe, en un savant décalage, une image du couple princier qui sera immortalisée par un timbre-poste.
Chevaliers servants
Des amours réelles ou supposées de cette beauté froide qui, selon Hitchcock, " suggère l'intelligence ", que n'a-t-on écrit ? On l'a, tour à tour, rapprochée de Gary Cooper, unie à Clark Gable, promise à Ray Milland, fiancée à William Holden, alliée à Bing Crosby. Souvent sans autre fondement que le copinage désinvolte des plateaux. Grace n'a jamais véritablement tenu à s'exprimer sur ce point.
En 1948, à l'Academy of Dramatic Arts, elle s'éprend, toutefois, d'un professeur aux faux airs de gitan, Don Richardson. Mais elle se heurte à un veto familial catégorique. " L'idée que je puisse tomber amoureuse d'un juif les dépassait complètement ", écrit-elle, en avril 1949, à une amie du Barbizon Hotel. Juif et, circonstance aggravante, divorcé. Exit Richardson.
Deux ans après, le tournage d'une série télévisée la met en présence de Jean-Pierre Aumont auquel elle oppose, tout d'abord, une distance polaire. Elle décline systématiquement toute invitation à dîner. Jusqu'au jour où, exaspéré, ce dernier la saisit par le bras et pointe son index en direction d'une banderole qui, flottant dans la salle de répétition, déroulait la supplique suivante : " Ladies , soyez aimables avec vos cavaliers. N'oubliez pas, qu'après tout, les hommes sont aussi des étres humains ! " Grace s'esclaffe. Toute réserve abolie, ils deviennent amants. Mais la vie les sépare une première fois.
Grace accepte de rencontrer, quelques années plus tard, le spectateur ébloui qui la couvre de fleurs, le couturier italo-russe Oleg Cassini. Elle apprécie la distinction amusée de cet aristocrate. Leur idylle fait couler beaucoup d'encre. Pendant le tournage de La Main au collet , Cassini aurait reçu une carte : " Qui m'aime me suive ! " Nourrissant de vagues soupçons sur l'identité de son expéditeur, il rejoint la comédienne sur la côte. Mais, divorcé par deux fois et poursuivi par sa réputation de tombeur, il n'a pas l'heur de plaire à ses parents. " Je n'éprouve aucune sympathie pour les zigotos ", aurait abrégé John Kelly. Grace, imperceptiblement, prend le large. Implacable commère, Hedda Hopper laisse entendre que cela tient à sa moustache. N'y tenant plus, Oleg dépéche un télégramme : " D'accord Hedda, j'abandonne. Je raserai ma moustache si vous rasez la vôtre ! " Nonobstant la verve, l'affaire Kelly-Cassini est classée. Affectée par cette rupture, la comédienne se sent très seule devant la statuette de bronze qui, un soir de mars 1955, vient flatter son palmarès. En mai, la Riviera, heureusement, se montre propice aux retours de flamme. Un journaliste du Times s'interroge aussitôt : " Aumont qui est venu et qui a fondu, a-t-il aussi vaincu Grace ? " Pressé de s'expliquer sur un éventuel mariage, le comédien distille le doute : " Qui ne le voudrait pas ? " Puis Jean-Pierre et Grace se propulsent à Paris pour des vacances sentimentales. Mais, divorcé de Blanche Montel, veuf de Maria Montez, Jean-Pierre Aumont, de vingt ans l'aîné de sa compagne, ne correspond toujours pas au gendre que les Kelly ont révé pour leur fille. Puis les liens s'effilochent. A jamais, ce coup-ci.
Un mariage princier
En venant défendre Une fille de la province au festival de Cannes, Grace est loin de supposer que son destin vient, d'une certaine façon, de se jouer... dans le bureau parisien de Gaston Bonheur, directeur de la publication de Paris-Match . C'est à lui que revient, en effet, l'idée d'une rencontre entre la vedette américaine et le souverain monégasque qui sort d'une romance contrariée avec Gisèle Pascal. Le journaliste Pierre Galante et son épouse Olivia de Haviland seront les maîtres d'oeuvre d'un face-à -face qui, le 6 mai 1955, a pourtant failli ne pas avoir lieu. Grace s'empétre dans la confusion d'un emploi du temps bousculé et le prince est retardé par un déjeuner qui, dans sa villa du cap Ferrat, s'éternise inopportunément. A l'arrivée, tout s'arrange. Miss Kelly, qui a devancé son hôte, est priée de commencer la visite des salons du palais sans lui. Le prince Rainier s'empresse, néanmoins, de la rejoindre et pour elle, spontanément, il s'improvise guide. Il lui fait l'honneur de ses jardins, de son zoo. Propos divers, politesses d'usage, poignées de main. La visite s'achève. Pour tout commentaire, Grace : " Il est charmant ! "
Sept mois après l'entrevue, Rainier III s'embarque pour les Etats-Unis, officiellement pour un bilan de santé. Le docteur Donat, médecin du palais, ne le rejoint-il pas outre-Atlantique ? En fait, ils gagnent Philadelphie pour, disent-ils, honorer les Austin, un couple d'amis, de leur passage. Coïncidence : les Austin sont proches... des Kelly qui, justement, se proposent d'organiser le dîner de Noêl.
Le 5 janvier 1956, la nouvelle des fiançailles tombe. Grace, qui vient de déserter le plateau de Haute Société , quitte les Etats-Unis le 4 avril, à bord du paquebot Constitution . Le 18 suivant a lieu le mariage civil. La cérémonie religieuse est célébrée le lendemain, en la cathédrale Saint-Nicolas. Sous sa coiffe à la Juliet, Grace Kelly redevient la petite catholique irlandaise. La robe qu'elle porte doit sa splendeur à la virtuosité d'Helen Rose, la couturière de la MGM. Sa confection a nécessité quelque 46 mètres de taffetas, 90 mètres de tulle et 290 mètres de valenciennes de 1830 ! Le prince, pour sa part, a revétu l'uniforme de drap bleu des maréchaux d'Empire. Grace Kelly devient, par cette union, l'une des femmes les plus titrées du gotha. Absent ce jour-là , sir Alfred fulmine contre cette satanée Europe qui, après lui avoir volé Ingrid Bergman, lui rapte le plus chaud de ses diamants.
Septembre noir
Le 13 septembre 1982, Grace de Monaco quitte la propriété de Roc Agel au volant de sa Rover 3500. Près d'elle, côté passager, sa fille Stéphanie. Le chauffeur insiste pour les véhiculer mais la princesse refuse ses services, y va d'une boutade (" Vous pourrez rouler derrière nous ! "), et démarre. Fatale direction : la Moyenne Corniche. A la sortie d'un virage, la voiture se met à zigzaguer. Le camionneur qui la suit klaxonne pour alerter la conductrice qui, d'un coup, serre à droite pour, semble-t-il, le laisser passer. L'épingle suivante se fait de plus en plus proche mais, cette fois, la Rover marron ne ralentit pas. Pire, elle prend de la vitesse et, aimantée par le vide, elle finit par s'écraser une quarantaine de mètres plus bas. Les secours sont aussitôt alertés. Fortement commotionnée, la princesse Stéphanie paraît hors de danger. Sa mère, en revanche, ne réagit plus. Transportée à l'hôpital de la principauté, " toute possibilité thérapeutique dépassée ", elle s'éteint le lendemain sans avoir repris connaissance. Dès lors, fusent les hypothèses. Avec une complaisance souvent déplacée. Les experts sont pourtant formels : l'accident est consécutif à une hémorragie cérébrale. Triste année que celle où trois belles âmes du grand écran semblent s'étre donné la main pour tirer leur révérence : Romy Schneider, Ingrid Bergman et l'altesse de l'Ailleurs qui, pour le cinématographe, aura toujours nom Grace Kelly.
Portait de femme : document du 01/03/2003
Source : http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36918269.html
Publié le 21 Décembre 2012 par Thomas Dalet
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bloody_Sunday_(1972)
Publié le 21 Décembre 2012 par Michel D. dans Planches
Le premier mauvais compagnon du jeune Maçon, c'est la lassitude: toujours les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes idées philosophiques gnangnan ressassées au fil des Tenues, avec la surprise de constater que beaucoup de frères, même après de longues années, semblent encore ne pas les connaître par cœur, ne pas les pratiquer dans leur cœur, ces gestes et ces paroles, à l'intérieur comme à l'extérieur du Temple, une image déjà des mauvais compagnons ... Lassitude aussi parce que les idées les plus originales, ressassées, deviennent des lieux communs ... C'est peut-être pour cela qu'il y a autant de degrés dans la plupart des rites maçonniques : pour réveiller, pour renouveler l'attention, l'attention des moins attentifs ... Mais tout nous ramène toujours, à tous les degrés, à la recherche fraternelle de la Vérité, c'est à dire au combat contre l'ignorance: sempiternel et monotone sentier, boucle indéfiniment bouclée. La foi en la méthode maçonnique, c'est d'oser croire que cette répétition, ce ressasse ment, accueilli et non subi, source intarissable de découvertes toujours plus subtiles et inattendues, finit par baigner, par orienter nos pensées et nos actions. C'est l'objet d'ailleurs de tout rite, religieux ou social.
D’abord, c'est l'enthousiasme de la découverte, nous apprenons que la FM a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes, de combattre les préjugés. La FM nous conduit par les sentiers de la Vertu au feu de la Charité. Le bandeau du profane symbolise l'aveuglement des passions, l'obscurité symbolise l'ignorance et la superstition. Rechercher la Lumière et la Vérité, c'est donc combattre les préjugés et l'ignorance. Dès le début est prôné l'accomplissement du Devoir, l'esprit de sacrifice et la punition du parjure. Rappelons-nous l'épée pointée sur le cœur du récipiendaire.
Puis nous avançons dans les voies de la Sagesse et de la Connaissance. Connaissance de soi, connaissance des autres, c'est-à-dire connaissance des différentes façons de construire des édifices matériels, mais aussi des édifices sociaux et spirituels, découverte de différents domaines de la connaissance que nous n'avions encore pas ou peu explorés, découverte du rôle fondateur du Travail, qui préserve des passions lâches et mauvaises, protège de la corruption du vice et conduit à la Fraternité.
Enfin, l'enseignement maçonnique nous propose un nouvel outil: le récit légendaire, psychodrame que le rituel fait vivre au récipiendaire. C'est à ce degré que nous découvrons le mythe fondateur: l'assassinat de l’Architecte et sa résurrection, la perte des Mots véritables et l'usage des Mots substitués, la recherche des Secrets Véritables du Maître Maçon, qui ont été perdus. Nous notons bien, tout au long de cette initiation, l'exigence d'effectuer cette recherche en toute pureté, en toute candeur, pureté plusieurs fois éprouvée, au niveau des mains, du tablier, du cœur, éprouvée enfin par l’antique tradition. Recherche méticuleuse de la pureté intérieure qui métamorphose progressivement le récipiendaire en Architecte. Architecte alors éprouvé par l'ignorance, le fanatisme et l'ambition, ces trois adversaires du progrès de l'humanité. Architecte, Maître idéal, rêvé, fantasmé, qui, à peine apparu sur le chantier, dans le rêve éveillé qu'est toute initiation, ne survit pas à l'épreuve de la réalité. Idéal de Maîtrise, relevé par cette même réalité, ces trois mauvais compagnons mués en Maîtres Maçons éclairés et fidèles qui ramènent à la vraie vie. Architecte, homme de Devoir, Penseur, Juste et Libérateur! Les trois compagnons étaient mauvais parce qu'ils voulaient obtenir par la violence les prérogatives qui ne sont accordées qu'au mérite. C'est-à-dire qu'ils voulaient accéder à la Lumière de la Vérité sans passer par le chemin du Travail: il ne suffit pas d'être mis en présence de la Vérité pour qu'elle nous soit intelligible: tant que l'illusion et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité, c'est-à-dire l'ignorance, règne en nous, comme il est déjà dit dès le début. Allons plus loin: la Vérité de l'autre, dès qu'elle est dévoilée, mise à jour, est trahie; elle ne pourra jamais être Vérité pour quiconque d'autre. La Vérité de l'autre meurt, en tant que Vérité, dès qu'elle est dévoilée, telle le poisson aux brillantes couleurs qui meurt et devient terne et gris dès qu'on le tire de l'eau: tel est peut-être le véritable ... Secret Véritable du Maître Maçon! Notons que les prérogatives recherchées par les trois compagnons ne pouvaient être accordées qu'au mérite, et non à la valeur, c'est-à-dire au travail et non à la qualité du savoir! Distinction entre mérite et valeur, distinction essentielle. Mais politiquement incorrecte dans la société actuelle où la compassion pour l'effort prétend remplacer la qualité de l'action. Certes vérité sur le plan individuel et métaphysique comme nous venons de le voir : le chemin compte plus que l'inaccessible étoile elle-même, mais lourde erreur dans la cité profane: dans la recherche du bien commun, la qualité de l'action doit primer le mérite de l'effort! C'est même un article de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen!
source : http://www.temple-parvis.com/les-trois-mauvais-compagnons.html
Publié le 21 Décembre 2012 par R\ D\ dans Planches
Pour trouver un sens profond au mythe des trois mauvais compagnons, il me semble indispensable de remonter aux sources.
On ne peut espérer comprendre la signification symbolique des trois mauvais compagnons que si l’on a compris les raisons et motifs de l’assassinat d’Hiram.
Dans le mythe fondateur du Grade de Maître, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons.
Qui était Hiram ?
Qui étaient les trois mauvais compagnons ?
Hiram était l’architecte, pas seulement le concepteur de l’ouvrage, mais aussi le chef des travaux.
C’est lui qui présidait à la rémunération des employés.
Le mythe laisse aussi entendre que c’était un homme pourvu de toutes les qualités, connaissance, sagesse, etc.
Quant aux mauvais compagnons, on ne connaît pas grand-chose d’eux.
On sait néanmoins qu’ils étaient des compagnons, pas des apprentis ni des profanes.
C’était des hommes dont une haute compétence de constructeur avait déjà été reconnue. Ce n’était pas n’importe qui.
On sait aussi qu’ils étaient trois et qu’ils ont pris part à l’assassinat, chacun avec un outil particulier:
le premier avec un fil a plomb, symbole de la verticale,
le deuxième avec un niveau, symbole du contrôle éclairé (des CC),
le troisième avec un maillet, symbole de la volonté (et autorité fraternelle du VM).
On ne peut comprendre le mythe de l’assassinat d’Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons.
Le récipiendaire peut en rester à la troisième personne du singulier (il) : chacun des acteurs est une personne qui lui est étrangère et il se contente de réfléchir sur un récit, certes plausible, mais qui ne le concerne pas directement.
Bien entendu, cette réflexion ne mène pas loin.
La réflexion devient plus intéressante si le récipiendaire passe aux deux premières personnes du singulier (tu et je), en s’identifiant symboliquement à l’un des acteurs (Hiram ou l’un des mauvais compagnons) et en analysant ses relations avec les autres acteurs.
Encore plus intéressant : il peut identifier chacun des acteurs à une partie de lui-même : sa personnalité, ses pulsions profondes.
Aussi intéressant, en particulier dans les réflexions sociologiques et politiques, il peut identifier chacun (ou seulement certains) des acteurs à un groupe humain (loge, certes, mais aussi famille, entreprise, état ou autre collectivité territoriale, n’importe quel groupe humain).
Ainsi, si l’on ne se contente pas de considérer les acteurs comme des personnes physiques mais aussi des infra-personnes (c’est-à-dire des pulsions psychologiques) ou des supra-personnes (c’est-à-dire des aspirations sociologiques), les assassins d’Hiram ne sont plus seulement des malfaiteurs, mais aussi des « maléfices », psychologiques ou sociologiques.
De ce point de vue « venger Hiram » n’est plus vraiment tuer une personne physique mais surtout éliminer une ou plusieurs causes de malheur de l’Humanité.
À l’appui de cette interprétation, on peut aussi remarquer que les mythes rappellent les outils dont se sont servis les agresseurs d’Hiram: le fil a plomb, le niveau et le maillet.
Frapper quelqu’un a l’aide d’un outil, révèle le double aspect de nos symboles : chaque instrument de travail peut conduire a la perdition, tout dépend de notre intention.
C’est comparable a l’épée a double tranchant du Vénérable : destructive et créative à la fois.
Or une interprétation symbolique courante de l’agression consiste à dire que les trois mauvais compagnons ont agi en « abusant » de leurs outils :
- Du fil a plomb, symbole de la rectitude, par dogmatisme qui paralyse.
- Du niveau, symbole de l’égalité, par intolérance qui étourdit.
- Du maillet, symbole de la volonté, de l’autorité, par ambition qui tue.
et que les causes du dogmatisme, de l’intolérance et de l’ambition sont respectivement l’ignorance, la faiblesse et l’orgueil.
Nous les désignerons symboliquement comme étant l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition.
L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.
Le second surveillant a été choisi pour incarner l’ignorance,
Les mal initiés méconnaissent la valeur de la quête personnelle et l’expérience commune en loge, ils vivent dans un demi conscient.
La plupart des gens croient que la vie matérielle et l’existence psychique constituent leur seule réalité, la force, l’intelligence et la science ne suffisent pas pour renaître.
L’ignorance frappe aussi notre propre milieu.
En l’occurrence, tous ceux qui chipotent aux rituels sans avoir fait une sérieuse étude préalable.
Ils remplacent des choses essentielles par des phrases creuses.
Le Fanatisme : que représente le second mauvais compagnon ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.
Le premier surveillant a été choisi pour incarner le fanatisme,
Le fanatisme (ou le mensonge) dogmatique entrave la réalisation initiatique.
Les maçons fanatiques se croient infaillibles.
Ils veillent sur la « régularité » et sur la juste exégèse du haut de leurs propres étroitesses d’esprit.
Ils veulent forcer une interprétation particulière des symboles.
Il nous faut, nous Francs Maçons convaincus, personnellement ou collectivement avoir le courage de dire haut et fort que le mensonge triomphant qui passe, qu'il soit idéologique, politique, religieux ou économique doit être combattu chaque jours de notre vie…
Dire non aux responsables politico religieux quels qu'ils soient et quelle que soit leur obédience, qui voudraient amalgamer les lois de leurs dieux et les droits de leurs états et asservir ainsi un peu plus leurs concitoyens grâce à des diktats archaïques où la liberté d'expression ne serait plus qu'une facilité accordée ou refusée en fonction des circonstances.
Dire non à des prises de position pseudo scientifique qui utilisent la crédulité des hommes et des femmes pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes et bourrer le crâne des enfants de notions fausses et contraires à l'avancée des sciences
Dire non à ceux, qui, refusant de voir la réalité du terrain particulièrement dans les pays les plus défavorisés, se réfèrent à des dogmes criminels pour exprimer et imposer leur conception de la naissance, de la vie et de la mort.
Dire non enfin à ces irresponsables affairistes confondant science économique et financière avec casino et jeux vidéo virtuels, en utilisant l'épargne d'une vie de travail de leurs clients pour se tricoter eux-mêmes des parachutes dorés.
Dire non aujourd'hui, c'est quelque part s'exprimer en Franc Maçon, refuser le confort douillet des dogmes et des certitudes philosophiques, politiques ou sociologiques.
L’Ambition : que représente le troisième mauvais compagnon sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et les plus insidieuses.
Le Vénérable Maître incarne l’ambition
Une de ces formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se
rencontre assez couramment en Franc-Maçonnerie et se nomme la CORDONITE.
On n’ambitionne une fonction en loge que lorsqu’on y est apte
Les ambitieux essayent d’utiliser la FM pour leur carrière profane où cherchent dans l’organisation maçonnique une compensation pour le ratage de celle-ci.
Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.
Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.
Les trois « défauts », d’un point de vue moral, sont à considérer comme un petit échantillon de l’arsenal incommensurable des vices humains.
Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre.
Ils lui sont tout aussi indispensables.
Ghandi jugeait les conflits sur leurs mérites constructifs.
Les conflits peuvent nous rendre conscients des besoins et des aspirations de la communauté.
Notre civilisation dépend de son aptitude à circonscrire les forces destructrices, mais surtout de sa capacité a les transformer en forces constructives.
De plus il faut savoir qu’une part de vérité se trouve toujours chez l’adversaire.
Pour édifier notre savoir, je renvoie au mythe de Prométhée dérobant le feu divin des forges d'Héphaïstos pour le mettre au service des humains et ainsi faire allusion à ce feu de la Connaissance qui brûle les scories de l'ignorance et qui exige à celui qui veut s'en servir, des purifications de plus en plus subtiles du mental et de l'esprit, car nul ne peut approcher le feu de la Connaissance s'il n'a pas dominé les défauts symbolisés par les mauvais compagnons.
Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francs-maçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul.
Pour les Francs-Maçons, la légende d'Hiram a une double signification.
Tout d'abord, Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine.
Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état: envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance.
Hiram est le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche.
Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide.
Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux.
La vérité, quels que soient les barrières qu'on lui appose, finit toujours par triompher; et celui que l'on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.
Que ce retour de la justice tarde à se produire, d'autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l'idéal méconnu; car la force de l'idée est indestructible.
L'idée est immortelle, sa vie se poursuit à travers les générations humaines et les siècles, alors même que les hommes qui l'ont formulée pour la première fois, qui ont lutté et sont morts pour elle, ont été oubliés.
Personnellement, car la société change, j’aurais aimé rajouter a ce mythe un quatrième mauvais compagnon représentant l’égoïsme.
Par égoïsme, nous jetons nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous possédons 2 ou 3 trois voitures, nous vidons les mines, nous achetons nos fruits et légumes au bout monde, nous voyageons en tous sens,
Par égoïsme nous éclairons les nuits, nous arrosons les déserts, acidifions la pluie, nous fabriquons même des baskets qui clignotent quand on marche, etc, etc.
Par égoïsme nous avons fait fondre la banquise, couper les arbres, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruit un tiers des espèces vivantes, exploser l’atome, enfuit des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
(Evidemment c’était plus marrant de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.)
Apres la révolution néolithique et la révolution industrielle, nous arrivons a la troisième révolution et il y a du boulot.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, limiter l'usage de sa voiture, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, fermer les robinets, veiller à la paix, contenir l'avidité, cultiver les fruits de proximité et de saison, relancer la marine à voile, replanter les forets, laisser le charbon là où il est, récupérer le crottin pour en faire du compost,
S'efforcer, réfléchir même.
Et, sans vouloir offenser, avec un terme tombé en désuétude, « être solidaire ».
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde dont une grande partie est sous alimentée, pendant que nous déversons le lait a l’égout pour conserver nos quotas et fabriquons du carburant avec des céréales.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la troisième révolution.
Enfin et pour terminer, je soumets à votre méditation les propos de notre très illustre frère Alain Pozarnick, qui lors de conférences a dit :
« Le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance »
La chanson d’Alain Souchon que j’ai choisie est : « Et si en plus y a personne », c’est sa seule chanson engagée contre les extrémismes de toutes sortes.
J’ai dit Vénérable Maître
Source : www.ledifice.net