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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Ordre Maçonnique Hermétique

Publié le 20 Juin 2026 par T.D

A l’issue du Niveau 3, le membre a alors accès aux hauts grades de l’Ordre Maçonnique Hermétique encore appelé : Cercle Intérieur. L’enseignement prend alors un caractère différent, plus initiatique et plus en rapport avec la haute magie.

Les cours traitent ici des plus hauts pouvoirs métaphysiques de l’être humain. Le membre devient alors capable de modifier la Réalité et de créer des événements précis dans sa vie ou celle des autres. Il reçoit également une longue série de leçons sur la technique exacte de projection hors du corps, et apprend comment se rendre visible à distance lors d’une projection.

Nul ne peut demander à être admis dans le Cercle Intérieur, on doit obligatoirement être invité à en faire partie lorsqu’on a fait ses preuves. Autrement dit, ce n’est qu’après l’étude assidue des trois premiers niveaux que nos élèves ont le privilège d’être appelés dans les plus hauts niveaux de notre organisation. Voici à titre d’information la liste non limitative des sujets traités :

– Entraînement complet et progressif à la projection de la conscience hors du corps : projection à travers l’espace et dans les plans supérieurs.
– Exercices pour se souvenir de ses vies antérieures.
– Contact avec la Mémoire universelle.
– Révélation des 7 Lois Cosmiques et de leur utilisation pratique dans votre vie

– Etude complète de la Table d’Emeraude.
– Pratique de l’Alchimie : Grand OEuvre minéral et Alchimie interne.
– Révélations sur la nature de la matière première et du feu secret.
– Exposé détaillé des différentes manipulations à effectuer lors des phases : solve, coagula, multiplications.

– Réalisation de l’Elixir de Vie.
– Constitution du Corps de Gloire (ou Corps d’Immortalité).
– Comment pratiquer la Haute-Magie (sans risque de choc en retour).
– Contact avec la Conscience Cosmique.

Toutes ces disciplines sont complémentaires, et même si vous ne désirez pratiquer que l’une d’entre-elles, il est important pour vous de connaître aussi les autres.

La télépathie et le magnétisme par exemple, ont un rapport avec l’hypnose Un entraînement dans ces deux domaines, vous aidera donc pour l’hypnose. De même, la voyance est en rapport avec l’éveil des centres psychiques. En réalité, tout se recoupe, et celui qui s’intéresse à la parapsychologie ne peut se limiter à un seul domaine.

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L’Hermetisme : Vers les états ultimes de l’Être

Publié le 20 Juin 2026 par T.D

La gnose hermétique : une réalisation totale de l’Etre. Qu’est-ce que la gnose ?

Les généralités étaient fondées sur la raison, l’épisthêmé (la science). La connaissance de dieu, elle, est fondée sur la Gnôsis (la gnose) la connaissance pure, intuitive et solaire.

Un extrait du rituel « ….toi dont la volonté s’accomplit par ses propres puissances, toi qui veut être éternellement et qui es ! Toi qui te révèle et est connu….jusqu’à…. Tu lui en as donné le pouvoir… » est tiré de la fin du livre premier. Il correspond essentiellement à une bénédiction d’Hermès qui reçoit la vérité, la GNOSE de Poïmandres l’intelligence suprême et berger (guide) des hommes.

Le Gnose est la connaissance de dieu à laquelle aspire l’initié. L’homme veut connaître dieu (immanence) mais Dieu veut aussi se faire connaître de l’homme selon le mérite de chacun (transcendance).

Le livre IV Le cratère et la monade explicite par le mythe la phrase de notre rituel « ainsi que tu lui en as donné le pouvoir », je cite :
« il a rempli un grand cratère et l’a fait porter par un messager, lui ordonnant de crier dans le cœur des hommes : baptisez-vous si vous le pouvez, vous qui croyez que vous retournerez à celui qui l’a envoyé, vous qui savez pourquoi vous êtes nés ; et ceux qui répondirent… possédèrent la gnose » Dieu donne le pouvoir aux initiés, conscients de la réalité de la réintégration, de s’élever vers lui. Dans la maçonnerie ce pouvoir est transmis par le V\M\ qui construisant et créant un maçon lors de l’initiation va transmettre une influence, un baptême de l’esprit, via son épée flamboyante. Ainsi la gnose permet de s’affranchir de l’erreur du monde de la forme.
Connaître ou sortir du temps et du cosmos
L’homme est prisonnier du cosmos, du temps et du destin. Pour se libérer il doit vaincre l’ignorance. Est ignorant celui qui s’identifie à son moi matériel le croyant permanent (voir plus loin la notion de sacrifice verbal). Celui qui réalise sa vraie nature divine possède la connaissance qui la clef qui lui permet d’acquérir 9 autres vertus (joie, humilité, maîtrise, bonté, vérité, bien, vie, lumière, vérité) susceptibles d’effacer les 12 vices fondamentaux (ignorance, souffrance, manque de mesure, convoitise, injustice, avarice, fausseté, jalousie, ruse, colère irréflexion, méchanceté).

Dans cette symbolique, le zodiaque est la frontière du monde matériel représentée par une tente. Chacun des 12 vices fondamentaux se rattache à une constellation comme l’indique le livre de la régénération « Cette tente que nous avons quittée, est constituée par le Cercle du Zodiaque, qui à son tour comprend douze éléments … »

De la même manière, la corde à nœuds et les lacs-d’amour-constellations qui enserrent notre loge, nous maintiennent dans le temps et le cosmos.

Le monde divin correspond au nombre 10 à l’unité primordiale. La connaissance, première des vertus à acquérir, s’acquiert au terme d’un processus parallèle aux techniques utilisées dans le raja yoga.

L’enstase : le moyen d’accéder à la connaissance
Comme dans le Védanta la conscience la plus profonde, celle qui permet de se relier à dieu, s’obtient dans l’intériorité la plus totale.

Il ne s’agit pas d’entrer en extase dans un effort d’extériorisation mais, à l’inverse, de rentrer profondément en soi-même pour rechercher le sentiment océanique au plus profond de l’être.

Le premier livre du Poimandres révèle bien cette démarche 
« un jour que je réfléchissais aux choses essentielles et que mon cœur s’élevait dans les hauteurs, toutes mes sensations corporelles s’engourdirent complètement comme celui qui, après une nourriture exagérée ou à cause d’une grande fatigue physique, est surpris par un profond sommeil. 
Il me sembla alors voir un être immense, d’une ampleur indéterminée, qui m’appela par mon nom et me dit :  » Que veux-tu voir et entendre et que désires tu apprendre et connaître en ton cœur ? »

Dans un ultime effort, l’initié va réaliser le sacrifice qui lui permettra la réalisation, la réintégration unitaire.
Le sacrifice verbal, sacrifice du mental ?
La notion de sacrifice verbal de notre rite est également extraite du corpus herméticum. Les traducteurs expriment cette notion de différente manière :

· « Reçois de tous l’offrande de la Parole !
· ou « Reçois le pur sacrifice verbal »
· ou encore « Reçois le sacrifice du mental »

Le moi-mental c’est l’ego, donc sacrifier l’ego c’est au fond comprendre profondément, réaliser la vacuité du monde, quitter l’empire du démiurge, et réintégrer le plérôme

Ce « sacrifice verbal » et tiré de l’hymne qui atteste la réussite initiatique du disciple dans le livre de la régénération. Sacrifier l’ego, c’est prendre conscience de son Soi. Cet état de conscience atteste la contemplation pure, le Samadhi des yogis, la fin de l’initiation (les Arcana Arcanarum réalisées)

Il est facile de nos jours de s’engager et de se fourvoyer sincèrement mais sans discernement dans des voies secondaires. Pour éviter les erreurs, il convient de ne pas écouter :
· son affectif, 
· sa propension à la rêverie,
· sa soif de grades extraordinaires qui flattent l’ego,
· les beaux discours vides et trompeurs des uns ou des autres.

Pour avancer, même modestement, sur le chemin de l’initiation effective il est nécessaire, au minimum, de suivre un triple chemin : 
· étudier les principes métaphysiques,
· pratiquer un rite invocatoire,
· Utiliser des méthodes permettant la concentration, l’attention, la méditation.

Ambelain qualifie notre rite de « complet » A mon sens, il faut comprendre par-là, qu’il permet d’avancer, en toute cohérence, sur les trois plans précités. Il s’avère bien adapté aux maçons en quête d’essentiel, conscients de leur finitude.

Les textes précisent qu’Hermès a gravé son savoir sur une stèle couleur turquoise. Par ce geste, il initiait une tradition. Notre rite, fort de ses drapés turquoises, représente sans doute un des derniers vestiges de cette antique tradition.

Il nous appartient d’actualiser puis de transmettre cette connaissance qui participe certainement au « dépôt de la terre de Memphis »

J’ai dit

PierreVivante

 

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L'Hermétisme, la magie des rares initiés

Publié le 20 Juin 2026 par T.D

 

L'Hermetisme désigne un courant de pensée philosophique et ésotérique né dans l’Antiquité gréco-égyptienne, dont les écrits sont attribués à une figure légendaire, Hermès Trismégiste. Associé au dieu grec Hermès et au dieu égyptien Thot, Hermès Trismégiste était vénéré comme un sage ayant reçu une révélation primordiale et capable d’apporter le salut spirituel à ses disciples. La tradition hermétique a depuis eu une influence considérables sur les arts magiques. Présentation.

Aux origines de l’Hermétisme dans l’Antiquité gréco-égyptienne

Hermès Trismégiste, dont le nom signifie « Hermès trois fois très grand », apparaît dans le contexte de l’Égypte hellénistique et romaine comme le syncrétisme du dieu grec Hermès – messager divin et guide des âmes – et du dieu égyptien Thot – maître du savoir et de l’écriture. Les auteurs de l’Antiquité considéraient Hermès Trismégiste non comme un individu historique attesté, mais comme l’incarnation légendaire d’une sagesse ancienne. Dès le 3ème siècle av. J.-C., des écrits mystiques et techniques circulent sous son autorité à Alexandrie. Ces premiers textes – dits hermétisme populaire – traitent principalement d’astrologie, d’alchimie de magie et de disciplines occultes, témoignant de la rencontre entre les savoirs égyptiens et la philosophie grecque.

Parallèlement aux écrits occultes se développe dès le 1er siècle apr. J.-C. un hermétisme savant à caractère philosophique. Il s’agit d’un ensemble de dialogues religieux et cosmologiques rédigés en grec, qui mettent en scène Hermès dispensant à ses disciples un enseignement sur Dieu, le cosmos et l’âme. Le recueil principal de ces traités est connu sous le nom de Corpus Hermeticum, composé d’une dizaine de courts dialogues probablement écrits entre le 1er et le 3ème siècle de notre ère. À cela s’ajoutent le célèbre Asclepius – un texte hermétique de langue latine – ainsi que des fragments rapportés par des auteurs tardifs (comme l’Anthologie de Stobée vers 490) et quelques écrits découverts en copte à Nag Hammadi en 1945. Dans l’ensemble de ces ouvrages, Hermès Trismégiste délivre une théologie et une cosmologie empreintes de syncrétisme : on y retrouve des influences platoniciennes (notamment le Timée de Platon), stoïciennes, voire des réminiscences judaïques ou persanes. Les traités hermétiques décrivent le monde comme une création ordonnée par un Dieu unique et suprême, source de toute chose, et l’homme comme un intellect issu de l’intelligence divine. Dans certains dialogues hermétiques (tels que le Poimandrès ou le Discours parfait), Hermès enseigne ainsi l’existence d’un Dieu transcendant, créateur du monde par sa pensée, et exhorte l’âme humaine à se purifier pour remonter vers le divin. Ces idées présentent des similitudes frappantes avec la philosophie néoplatonicienne naissante. D’ailleurs, les philosophes neoplatoniciens de l’Antiquité tardive connaissaient les écrits hermétiques : Jamblique au 4ème siècle et Proclus au 5ème siècle y font référence dans leurs ouvrages, signe que la pensée hermétique était intégrée au paysage intellectuel de l’époque.

Au-delà des cercles philosophiques païens, les auteurs chrétiens des premiers siècles se sont également intéressés à Hermès Trismégiste. Certains voyaient en lui un sage païen monothéiste dont les écrits pouvaient annoncer des vérités chrétiennes. Vers 300, l’apologiste Lactance qualifie l’« Hermès égyptien » de très ancien savant « rempli de toute la sagesse » et affirme qu’Hermès a proclamé dans ses livres la majesté du Dieu unique et suprême, qu’il appelait « Dieu père ». Lactance, dans ses Institutions divines, cite même un passage de l’Asclepius où Hermès évoque un « Fils de Dieu » créateur du monde, lecture qu’il interprète comme une prophétie voilée du Christ. Bien que saint Augustin ait critiqué ces textes (il y voit des supercheries démoniaques dans La Cité de Dieu), l’idée d’Hermès Trismégiste comme détenteur d’une prémisse de la révélation chrétienne a favorisé la transmission de certains écrits hermétiques dans la culture latine. En particulier, le Discours parfait ou Asclepius – dialogue hermétique d’inspiration théologique – fut traduit tôt en latin (peut-être dès l’Antiquité tardive) et largement copié au Moyen Âge. Cet Asclepius constituera pendant des siècles la principale source de connaissance de l’Hermétisme philosophique en Occident, alors même que la plupart des textes grecs du Corpus Hermeticum sombrèrent dans l’oubli.

L’Hermétisme dans l’Antiquité tardive et sa transmission au Moyen Âge

Durant l’Antiquité tardive, l’Hermétisme subit le déclin du paganisme mais trouve des relais inattendus. À mesure que le christianisme s’impose dans l’Empire romain, les cercles hermétiques païens disparaissent, mais leurs écrits sont partiellement préservés par des lecteurs chrétiens érudits. Nous avons vu que Lactance et Augustin en citent des extraits. D’autres, comme l’évêque Thierry de Chartres au 12ème siècle, commenteront encore l’Asclepius, témoignant de la survie de cette tradition dans les monastères et les écoles médiévales. De plus, l’Hermétisme connaît une étonnante postérité en dehors de l’Empire chrétien, dans le monde de l’islam naissant.

L’Hermétisme dans le monde arabo-musulman médiéval

Avec l’avènement de l’Islam au 7ème siècle, la figure d’Hermès Trismégiste est réinterprétée dans un cadre monothéiste. Les savants musulmans, cherchant à intégrer l’héritage philosophique de l’Antiquité, identifièrent Hermès à un prophète de l’Antiquité pré-islamique. Selon la tradition rapportée par l’astronome persan Abu Ma`shar (Albumasar) au 9ème siècle, il y aurait eu en fait trois Hermès successifs. Le premier Hermès, assimilé au prophète biblique Hénoch (appelé Idrîs dans le Coran), aurait vécu avant le Déluge et bâti les monuments de l’Égypte antique (y compris, dit la légende, les pyramides) pour y préserver son savoir avant la catastrophe. Le deuxième Hermès aurait vécu après le Déluge, en Babylonie, et transmis des connaissances en médecine, astronomie et philosophie ; le troisième Hermès serait revenu en Égypte et serait l’inventeur de l’alchimie. De ces trois, c’est Hermès-Idrîs – l’Hermès antédiluvien – que les auteurs musulmans considèrent comme un véritable prophète inspiré par Dieu. Bien qu’aucune écriture sacrée ne lui soit attribuée, on pensait que ce Hermès avait transmis aux hommes les arts et sciences primordiaux. Cette récupération islamique de la figure d’Hermès s’inscrit dans un mouvement plus large d’égyptomanie médiévale chez les auteurs arabo-musulmans, qui voyaient dans l’ancienne Égypte une source de sagesse vénérable.

Dans les premiers siècles de l’Islam, un groupe particulier – les Sabéens de Harran (en Mésopotamie) – se réclama explicitement d’Hermès Trismégiste. Païens hellénisés menacés par l’expansion islamique, les Harraniens cherchèrent à faire reconnaître leur religion comme « monothéiste » en présentant Hermès non comme un dieu polythéiste mais comme un prophète ancestral. Ils produisirent des écrits se disant révélés par Hermès lui-même, dont une Lettre sur l’Âme attribuée à Hermès, et l’astrologue-savant Thābit ibn Qurra (mort en 901), issu de cette communauté, rédigea en syriaque des Institutions d’Hermès (aujourd’hui perdues) qu’il traduisit en arabe. Ces ouvrages hermétiques musulmans, bien que teintés d’ésotérisme païen, circulèrent dans les milieux intellectuels islamiques, en particulier chez certains philosophes néoplatoniciens chiites. Comme l’a noté l’islamologue Henry Corbin, le shi’isme était plus réceptif à l’Hermétisme, car sa théologie admettait l’existence de prophètes sages non législateurs comme Hermès, et sa gnose valorisait les révélations intérieures accessibles aux initiés (les awliyâ’) au-delà de la prophétie canonique. En revanche, l’Islam sunnite orthodoxe se montra méfiant vis-à-vis de l’Hermétisme. Des doctrines hermétiques telles que l’animation d’idoles par l’« essence divine » via des prières ou l’idée que l’âme peut ascensionner vers Dieu sans révélation prophétique contredisaient la théologie sunnite, ce qui empêcha l’Hermétisme d’être intégré officiellement à la religion musulmane.

Malgré ces réticences, la pensée hermétique infusa profondément les sciences occultes dans le monde musulman. De nombreux traités attribués à Hermès furent traduits en arabe, couvrant l’astrologie, l’art des talismans et surtout l’alchimie. Le bibliographe Ibn al-Nadîm, dans son Fihrist (vers 987), dresse la liste de 22 ouvrages hermétiques en arabe, dont 5 traitent d’astrologie, 4 de magie talismanique et 13 d’alchimie. Parmi ces écrits, certains nous sont parvenus en totalité ou en fragments – par exemple le Kitâb al-Isṭamākhīs et le Kitâb al-Malâṭîs, traités d’alchimie sous nom d’Hermès. Les savants-alchimistes musulmans du Moyen Âge, tels le légendaire Jâbir ibn Hayyân (Geber) ou le pseudo-Majrîtî, se référaient fréquemment à Hermès dans leurs travaux. Un grimoire d’astrologie et de magie très en vogue, le Ghâyat al-Hakîm (« Le But du Sage ») compilé au 10ème siècle et attribué plus tard à Majrîtî, intègre de nombreux éléments hermétiques ; traduit en latin au 13ème siècle sous le titre de Picatrix, ce texte eut une grande influence dans l’Occident médiéval. De même, la fameuse Table d’émeraude (Tabula Smaragdina) – court texte hermétique en arabe proclamant le principe « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » – apparaît pour la première fois dans un traité du 9ème siècle (Kitâb sirr al-khalîqa, « Livre du Secret de la Création »). Traduit en latin dès le 12ème siècle, ce texte alchimique d’Hermès devint une sorte de pierre angulaire de l’alchimie occidentale. Enfin, notons que plusieurs philosophes musulmans prestigieux évoquèrent Hermès avec respect : le philosophe al-Kindî (9ème siècle) admirait la façon dont Hermès avait exprimé l’ineffable transcendance de Dieu, avouant qu’« un musulman comme [lui] n’aurait pu mieux l’exprimer ». Plus tard, des théosophes comme Suhrawardî (12ème siècle) ou le mystique andalou Ibn Sab‘în revendiquèrent explicitement l’héritage d’Hermès dans leur quête de sagesse. À travers la civilisation islamique médiévale, l’Hermétisme a donc servi de pont entre la science, la magie et la philosophie, préservant la mémoire d’Hermès Trismégiste comme fondateur mythique des savoirs occultes.

Réception de l’Hermétisme chez les penseurs juifs médiévaux

Les communautés juives du Moyen Âge, notamment en terre d’Islam et en Europe méridionale, furent elles aussi exposées aux idées hermétiques via la transmission arabe. Des ouvrages scientifiques et astrologiques issus de la tradition hermétique furent traduits de l’arabe en hébreu du 12ème au 14ème siècle. Un des intellectuels juifs médiévaux les plus marquants, Abraham Ibn Ezra (1089-1164), astronome et exégète biblique originaire d’Espagne, incorpora dans ses écrits des éléments de l’astrologie hermétique. Ibn Ezra, qui commenta longuement le Pentateuque, écrivit aussi des traités d’astrologie en hébreu où il cite les enseignements d’« Hermès » à plusieurs reprises, témoignant du prestige de ce nom comme source de sagesse antique dans la science des astres. Il considérait que certaines doctrines attribuées à Hermès pouvaient éclairer l’interprétation de la Bible, tout en restant conformes au monothéisme. Cependant, cette tentative de marier savoir hermétique et pensée juive suscita des critiques de la part d’autres autorités juives. Le plus célèbre philosophe juif du Moyen Âge, Moïse Maïmonide (1138-1204), farouche partisan d’Aristote et de la rationalité, dénonça fermement l’astrologie et les superstitions introduites selon lui par des auteurs comme Ibn Ezra. Maïmonide rejetait l’idée que les astres ou talismans puissent avoir une influence mystique sur les destinées humaines, et il déconseillait aux Juifs d’étudier les écrits occultes attribués à Hermès ou à d’autres païens. Ce débat illustre l’ambivalence de la réception de l’Hermétisme dans la pensée juive : d’un côté, une fascination pour une philosophia perennis antérieure à la Bible (dont Hermès serait un témoin païen), de l’autre, la méfiance des courants rationalistes vis-à-vis de ces apports ésotériques. Quoi qu’il en soit, à la fin du Moyen Âge, l’héritage hermétique avait pénétré la littérature juive ésotérique – on en trouve des échos dans certaines œuvres de la Kabbale naissante – tout en restant en marge de l’orthodoxie rabbinique.

L’Hermétisme dans l’Occident chrétien médiéval

Dans l’Europe latine médiévale, l’Hermétisme philosophique fut moins connu qu’en terres d’Islam, en raison de la perte des textes grecs originaux. Le Corpus Hermeticum proprement dit demeura inconnu en Occident jusqu’à la Renaissance. Toutefois, les érudits médiévaux disposaient de deux sources majeures reliées à Hermès Trismégiste : d’une part, l’Asclepius en latin, et d’autre part, une série de traités occultes et alchimiques se réclamant de lui. L’Asclepius – que l’on croyait traduit du grec par Apulée de Madaure – était lu par certains théologiens scolastiques. Saint Augustin en avait cité des extraits, et on en retrouve des passages commentés par des penseurs du 12ème siècle comme Thierry de Chartres ou Alain de Lille. Néanmoins, il faut souligner que l’influence directe de l’Hermétisme sur la philosophie médiévale fut limitée – on en parlait souvent de seconde main via les Pères de l’Église.

En revanche, l’impact ésotérique de la figure d’Hermès au Moyen Âge occidental fut considérable. De nombreux grimoires et traités d’alchimie latins circulaient sous le nom d’Hermès Trismégiste, perpétuant son aura de maître des secrets de la nature. Des textes comme le Liber de secretis naturae ou le Tractatus aureus (Traité d’or sur le secret de la pierre philosophale) lui étaient attribués et très prisés des alchimistes. Un recueil de recettes de magie astrologique, le Liber imaginum (Livre des images), également attribué à Hermès, était connu d’érudits tels qu’Albert le Grand au 13ème siècle. Ce manuel enseignait comment confectionner des talismans en gravant des figures sous les différentes phases de la Lune pour provoquer des effets occultes (détruire des récoltes, susciter l’amour, etc...). Le prestige du nom d’Hermès servait ainsi de caution à toute une littérature magique médiévale. Parmi les œuvres pseudo-hermétiques de cette époque, l’une se distingue : le Liber XXIV philosophorum (Livre des 24 philosophes). Rédigé en latin aux 12ème-13ème siècles par un auteur anonyme, ce court traité propose 24 définitions cryptiques de Dieu, dont la célèbre formule : « Dieu est une sphère intelligible dont le centre est partout et la circonférence nulle part ». Ces aphorismes métaphysiques ont profondément marqué la théologie mystique – on les retrouve citées par des penseurs comme Alain de Lille, Thomas d’Aquin, et même plus tard chez des auteurs de la Renaissance comme Nicolas de Cues ou des écrivains comme Pascal. Bien que le Liber XXIV philosophorum ne mentionne pas explicitement Hermès, la tradition l’a rattaché à l’Hermétisme en raison de son caractère ésotérique et de son style d’énonciation oraculaire. L’ensemble de ces éléments montre que durant le Moyen Âge, l’Hermétisme a survécu en Occident surtout comme tradition occulte (en alchimie, astrologie, magie) plutôt que comme philosophie ouverte. Hermès Trismégiste y figurait comme un sage mythique, patron des alchimistes et symbole d’un savoir ésotérique transmis aux seuls initiés – c’est d’ailleurs de là que provient en français le sens courant du mot « hermétique » pour qualifier un secret impénétrable ou un texte obscur réservé aux « très rares initiés ».

La Renaissance : redécouverte et apogée de la tradition hermétique

Marsile Ficin, Pic de la Mirandole et la renaissance de l’Hermétisme

C’est à la Renaissance, au 15ème siècle, que l’Hermétisme refait une entrée triomphale dans la pensée européenne. En 1460, un moine originaire de Macédoine apporta à Florence un manuscrit grec contenant quatorze traités hermétiques jusqu’alors inconnus en Occident. Le mécène Cosme de Médicis, passionné par les textes de l’Antiquité tardive, confia aussitôt la traduction de ce trésor à son jeune protégé, Marsile Ficien– avant même que Ficin n’ait terminé de traduire Platon. En moins de trois ans, Ficin acheva la traduction latine de l’ensemble, qu’il intitula Pimander (ou Poimandres, du nom du premier traité). Publiée en 1471, cette traduction du Corpus Hermeticum connut un succès retentissant et suscita dans toute l’Europe cultivée un engouement pour la sagesse d’Hermès Trismégiste.

Ficin lui-même, dans la préface de sa traduction, exprime l’euphorie intellectuelle que provoqua cette redécouverte. S’appuyant sur l’autorité de saint Augustin, il proclame Hermès Trismégiste « premier théologien » de l’humanité – le plus ancien sage ayant contemplé les vérités divines. Selon Ficin, Hermès aurait vécu à l’époque de Moïse ou peu après, et aurait transmis sa doctrine sacrée aux Grecs : il imagine ainsi une chaîne de sagesse allant d’Hermès à Orphée, puis à Pythagore, et finalement à Platon. Cette idée s’inscrit dans le concept humaniste de la prisca theologia, la « théologie primordiale » révélée par Dieu aux premiers hommes et dont toutes les philosophies subséquentes ne seraient que des reflets. Pour Ficin, l’Hermétisme offrait la preuve que les anciens Égyptiens avaient connu une forme de vérité divine pré-chrétienne. Il était d’autant plus exalté qu’il lisait dans les écrits hermétiques des prophéties du Christianisme : Hermès y annoncerait la fin de l’ancienne religion idolâtre, la venue d’une nouvelle foi monothéiste et même l’incarnation du Verbe divin. En effet, un passage de l’Asclepius évoque symboliquement un sauveur fils de Dieu (cité déjà par Lactance). Ficin souligne qu’Hermès y « aurait prédit la naissance du Christ, le Jugement dernier, la résurrection ». Ces correspondances providentielles confortaient l’idée d’une harmonie entre sagesse antique et vérité chrétienne, ce qui rendait l’Hermétisme encore plus attrayant aux yeux des penseurs de la Renaissance.

Rapidement, d’autres humanistes s’enthousiasment pour Hermès Trismégiste. Giovanni Pico della Mirandola, philosophe et kabbaliste, considère les révélations hermétiques comme complémentaires de la Kabbale hébraïque pour accéder à la vérité universelle. En 1486, dans ses célèbres 900 Thèses, Pico propose dix thèses “selon l’ancienne doctrine de Mercure Trismégiste l’Égyptien” qu’il se propose de défendre publiquement. Sa fameuse Oration sur la dignité de l’homme, manifeste de l’humanisme platonicien, s’ouvre par une citation de l’Asclepius. Aux yeux de Pico, Hermès et Moïse, la Kabbale et l’Hermétisme, convergent vers une même sagesse pérenne voulue par Dieu – idée qui était au cœur de son projet de concilier toutes les traditions. L’engouement est tel qu’on voit apparaître des représentations d’Hermès Trismégiste dans l’art chrétien de la Renaissance. Un exemple frappant se trouve en Toscane : sur le pavement de la cathédrale de Sienne fut incrustée en 1488 une grande mosaïque figurant Hermès Trismégiste enseignant, avec l’inscription le présentant comme « contemporain de Moïse ». Cette œuvre (attribuée à Giovanni di Stefano) accueille symboliquement les fidèles à l’entrée de la cathédrale, signifiant que la sagesse des Anciens – incarnée par Hermès – conduisait en quelque sorte au seuil de la révélation chrétienne.

D’autres érudits florentins et italiens prolongent l’œuvre de Ficin. Lodovico Lazzarelli, un poète et philosophe hermétiste, s’approprie la doctrine d’Hermès au point de se considérer comme son disciple direct. En 1494, Lazzarelli compose le Crater Hermetis (« La Coupe d’Hermès »), récit allégorique d’une initiation où un maître transmet à son disciple une expérience de régénération spirituelle hermétique. Lazzarelli traduira également en latin un traité hermétique grec supplémentaire – les Définitions d’Asclépius au roi Ammon – publié en 1507. Pendant ce temps en France, le savant Lefèvre d’Étaples publie en 1505 l’édition commentée du Pimandre de Ficin, accompagnée de l’Asclepius. Lefèvre voit dans Hermès un atout pour l’apologétique chrétienne (il souligne, lui aussi, les prophéties hermétiques du Christ), mais il prend soin de condamner les éléments de magie païenne du corpus pour rester dans l’orthodoxie. Au fil du XVIème siècle, les textes hermétiques sont édités et diffusés dans toute l’Europe. Une édition imprimée en grec du Corpus Hermeticum est réalisée à Paris en 1554 par Adrien Turnèbe, suivie d’une nouvelle traduction française en 1574 par François de Foix, seigneur de Candale. Ce dernier, dans sa préface, insiste sur l’affinité de l’Hermétisme avec le pythagorisme et affirme qu’Hermès a vécu avant Moïse, possédant une connaissance des réalités divines supérieure à celle des prophètes hébreux. Même des penseurs chrétiens de premier plan intègrent Hermès dans leurs débats philosophiques : le cardinal Nicolas de Cues au 15ème siècle et le philosophe François Patricius (Franciscus Patrizi) au 16ème invoquent l’autorité du Trismégiste pour appuyer une vision platonicienne contre l’aristotélisme. En 1591, Patrizi, dans son ouvrage Nova de universis philosophia, va jusqu’à compiler tous les fragments hermétiques connus en vue de bâtir une philosophie universelle s’écartant d’Aristote.

L’influence de l’Hermétisme à la Renaissance ne se limite pas à la théologie et à la philosophie académique – elle imprègne aussi l’occultisme savant de l’époque. Des figures comme Cornelius Agrippa(1486-1535), auteur du De occulta philosophia, ou Paracelse (1493-1541), réformateur de la médecine, se revendiquent de la tradition hermétique. Agrippa cite Hermès Trismégiste comme une source d’autorité dans son exposé des sciences occultes, et Paracelse qualifie sa propre approche de la médecine de « philosophie hermétique », en référence à l’alchimie et aux correspondances cachées entre l’homme (microcosme) et l’univers (macrocosme). L’Hermétisme nourrit également la création littéraire : l’écrivain anglais Philip Sidney fait allusion aux idées hermétiques, et le poète italien Giordano Bruno (1548-1600), surtout connu pour sa cosmologie infinie, fut profondément influencé par l’Hermétisme. Dans ses dialogues en italien, Bruno exalte Hermès Trismégiste et la magie égyptienne, qu’il combine à sa propre vision panthéiste de l’univers, développant l’idée d’un esprit du monde animé – concept hérité en partie des textes hermétiques (Bruno avait lu avec ferveur Ficin et l’Asclepius). Frances Yates, historienne moderne, est allée jusqu’à qualifier Bruno de « champion de la tradition hermétique » et à voir dans l’Hermétisme l’une des clés de voûte de la révolution de la pensée à la Renaissance.

Ainsi, durant un peu plus d’un siècle (1460-1600 environ), l’Hermétisme jouit d’un prestige extraordinaire en Europe. Il est perçu comme la plus ancienne théologie, la source égyptienne de la sagesse de Pythagore et de Platon, et un chaînon manquant entre la sagesse païenne et le Christianisme. Son influence se fait sentir dans les milieux les plus variés : cercles ésotériques et astrologiques, académies philosophiques néoplatoniciennes, théologiens chrétiens (catholiques comme Lefèvre d’Étaples, et même certains penseurs réformés), artistes et poètes. On peut parler d’une véritable Renaissance hermétique : les symboles égyptiens envahissent l’art et l’architecture (obélisques, hiéroglyphes apocryphes), et Hermès figure aux côtés de Moïse ou d’Orphée dans les fresques célébrant la concorde des sages de tous les temps.

De l’âge classique au 19ème siècle : survivances et renouveau occultiste

Après la Renaissance, l’Hermétisme continue d’influencer la pensée européenne, mais de manière plus souterraine. Le 17ème siècle voit le développement de l’alchimie et de ce qu’on appellera plus tard les sciences hermétiques. Ce n’est pas un hasard si l’on qualifie d’« hermétique » l’alchimie de cette époque : les alchimistes du Grand Siècle, tels Michael Maier, Robert Fludd ou Thomas Vaughan, revendiquent une filiation intellectuelle avec Hermès Trismégiste, en opposition à la science officielle héritée d’Aristote et de Galien. Hermès devient presque un synonyme d’alchimiste. Le Corpus Hermeticum lui-même, désormais reconnu comme plus récent, n’est plus mis en avant, mais l’esprit hermétique – la recherche des correspondances cachées et de la transformation spirituelle de l’homme – imprègne les traités d’alchimie. Les théories alchimiques du 17ème siècle se disent hermétiques précisément pour marquer leur attachement à une tradition mythique dont Hermès serait le fondateur, indépendamment des doctrines de la science scolastique. Il convient de noter que, pour ces auteurs, se réclamer d’Hermès relevait autant du symbole que de la filiation réelle : ils voyaient en Hermès le patron des connaissances occultes qu’ils entendaient défendre comme partie intégrante de la compréhension du monde. Bien que la science moderne naissante finît par éclipser l’alchimie, il est frappant de constater que plusieurs grands savants de l’époque restèrent fascinés par l’Hermétisme : Isaac Newton lui-même pratiqua intensément l’alchimie et annota des textes hermético-alchimiques tout au long de sa vie, cherchant dans la matière et les anciennes doctrines le secret de l’unité de la nature – témoignage de l’attrait persistant de l’idéal hermétique d’une science sacrée de la nature.

Parallèlement, l’Hermétisme alimente les mythes ésotériques des sociétés secrètes. Au tout début du 17ème siècle émergent en Allemagne les manifestes des Rose-Croix (1614-1616), qui racontent la découverte de la tombe du mystique Christian Rosenkreutz et la révélation de ses enseignements. Ces manifestes, bien que parodiques à l’origine, s’inspirent de thèmes hermétiques : la rénovation du savoir humain par une sagesse occulte venue d’Orient, l’appel aux « philosophes inconnus » porteurs d’une lumière cachée. Hermès Trismégiste y est implicitement présent en tant qu’archétype du sage détenteur des secrets pré-chrétiens. Des auteurs comme Michael Maier (1568-1622), alchimiste et propagateur des idées rosicruciennes, publient des traités où se mêlent allégories hermétiques et références rosicruciennes. De même, la franc-maçonnerie spéculative naissante au 18ème siècle se dote de légendes fondatrices englobant Hermès : le Chevalier Andrew Michael Ramsay, dans son Discours de 1736 aux loges maçonniques parisiennes, fait remonter la franc-maçonnerie aux anciens mystères en citant la sagesse d’Hermès et de Pythagore. Un roman allégorique qu’il écrit met même en scène Hermès Trismégiste guidant un héros sur le chemin de la connaissance. Cette référence témoigne de la persistance du prestige d’Hermès comme symbole d’initiation cachée, même à l’aube du Siècle des Lumières.

Au 18ème siècle, l’Europe des Lumières oscille entre attrait et rejet de l’Hermétisme. D’un côté, l’esprit rationaliste et critique se méfie de ces héritages occultes : les philosophes des Lumières classent l’alchimie et l’astrologie comme des superstitions d’un autre âge. Voltaire ou Diderot raillent aimablement les mystères hermétiques. Mais d’un autre côté, un courant d’érudition historico-philosophique s’efforce de comprendre ces traditions. Des savants entreprennent d’écrire l’histoire de l’alchimie et de l’Hermétisme : Lenglet Du Fresnoy, en 1742, publie Histoire de la philosophie hermétique, un des premiers essais de synthèse sur le sujet. Le grand historien allemand Johann Jakob Brucker, dans son Historia Critica Philosophiae (1742-1744), consacre un chapitre substantiel à Hermès Trismégiste et la « philosophie hermétique » en la situant dans l’histoire de la pensée. Par ailleurs, le goût pour l’égyptologie naissante et l’occultisme perdure dans certains milieux éclairés : le courant dit de l’illuminisme (Saint-Martin, etc.) ou des francs-maçons mystiques maintient vif l’intérêt pour la symbolique hermético-kabbalistique. Aux alentours de 1770, l’occultiste français Antoine Court de Gébelin prétend déchiffrer l’origine égyptienne du jeu de Tarot dans son ouvrage Le Monde primitif, et son disciple Eteilla(Jean-Baptiste Alliette) publie un Tarot « égyptien » en affirmant qu’il s’agit du livre de Thot-Hermès restitué. On le voit, à la veille du 19ème siècle, l’Hermétisme demeure un filon ésotérique actif, présent en marge de la culture officielle, prêt à resurgir.

C’est justement au 19ème siècle que s’opère un renouveau occultiste majeur, et Hermès Trismégiste en est de nouveau une figure emblématique. Alors que les sciences positivistes triomphent, une réaction ésotérique s’organise, revendiquant l’héritage des anciennes traditions. Les grands occultistes de cette époque se tournent résolument vers l’Hermétisme pour y puiser une légitimité et une inspiration. En France, Eliphas Levi (de son vrai nom Alphonse-Louis Constant, 1810-1875), figure centrale de l’occultisme moderne, intitule l’un de ses ouvrages La Clef des grands mystères suivant Hénoch, Abraham, Hermès Trismégiste et Salomon (1859), réunissant Hermès aux côtés de personnages bibliques comme détenteur des secrets de la « Haute Science ». Aux États-Unis, l’ésotériste Paschal Beverly Randolph publie en 1851 une traduction-adaptation du Divin Pimandre d’Hermès (Hermes Mercurius Trismegistus: His Divine Pymander), contribuant à diffuser la spiritualité hermétique dans le milieu spirite et rosicrucien américain. En Angleterre, l’influence hermétique culmine avec la fondation de sociétés initiatiques explicitement hermétiques. La mystérieuse Hermetic Order of Luxor (Ordre Hermétique de Louxor), active autour de 1884, prétend transmettre des enseignements occultes issus de l’ancienne Égypte hermétique. Surtout, la célèbre Hermetic Order of the Golden Dawn(Ordre Hermétique de l’Aube Dorée), fondée à Londres en 1888, intègre l’Hermétisme au cœur de son système symbolique et rituel. Les rituels de la Golden Dawn invoquent Hermes et Thoth, et l’étude du Corpus Hermeticum ainsi que de la Kabbale, de l’astrologie et du Tarot (dit « de Thot ») y tient une place importante. Ce contexte foisonnant montre qu’à la fin du 19ème siècle, l’Hermétisme est redevenu synonyme de Tradition ésotérique occidentale par excellence – le terme même d’« hermétisme » en vient à désigner l’ensemble du corpus ésotérique occidental, au point d’être employé comme quasi-synonyme d’« occultisme » ou d’« ésotérisme ».

Il est significatif qu’à la même époque (fin 19ème – début 20ème siècle) naisse l’étude scientifique de ces sujets : des chercheurs comme Louis Ménard ou Gustave Parthey éditent les textes hermétiques en grec et en latin, tandis que l’historien A.-J. Festugière publiera plus tard (entre 1944 et 1954) une étude monumentale en quatre volumes, La Révélation d’Hermès Trismégiste, qui fait encore autorité. L’Hermétisme est ainsi passé du statut de tradition ésotérique vivante à celui d’objet d’étude historique et philosophique.


Le mythe d’Hermès a eu une puissance performative dans l’histoire de la pensée : il a inspiré la création de bibliothèques entières de textes, stimulé des courants d’idées et suscité un imaginaire ésotérique qui perdure encore. En ce sens, l’Hermétisme, né de la rencontre entre l’Égypte et la Grèce, est devenu un élément constitutif de la culture occidentale. Mais a-t-il vraiment révélé ses secrets ?

 

Olivier d’Aeternum

 

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Tout savoir sur l'Hermétisme

Publié le 19 Juin 2026 par T.D

Si vous consultez les textes ésotériques historiques, vous trouverez forcément des références au courant appelé Hermétisme.  Ce n'est pas étonnant car il est une ancienne philosophie spirituelle de l'Égypte antique et qui a inspiré de nombreux courants ésotériques et philosophiques au fil des siècles. Mais d'où vient-il ? Et en quoi consiste vraiment l'Hermétisme ? Explications.

1. Les fondements de l'Hermétisme

1.1. Hermès Trismégiste

Impossible de parler de l'Hermétisme sans parler d'Hermès Trismégiste (littéralement, le "trois fois grand"). Plutôt qu'un "simple" érudit, Hermès Trismégiste est plutôt considéré comme une figure symbolique, le père de l'alchimie, et une fusion entre deux dieux : Hermès, le messager des dieux dans la mythologie grecque, associé à la sagesse et aux arts occultes, et Thot, le dieu égyptien de l’écriture, du savoir et de la magie.


La figure d'Hermès Trismégiste est ainsi née dans l'Antiquité tardive, dans un contexte où la culture grecque et la culture égyptienne se sont mélangées, particulièrement à Alexandrie, un centre intellectuel et spirituel de l’époque. Les écrits qui lui sont attribués, comme le Corpus Hermeticum et la Table d’Émeraude, ont été rédigés par divers auteurs anonymes entre le 2ème et le 3ème siècle, cherchant à transmettre des idées spirituelles, philosophiques et alchimiques.

D'après la légende, Hermès Trismégiste aurait vécu en Égypte trois vies distinctes. Dans la première, avant le Déluge, il est décrit comme l'inventeur de l'astronomie. Au cours de sa seconde vie, il est considéré comme le grand constructeur de Babel, ainsi que médecin et philosophe. Enfin, dans sa troisième vie, il synthétise les savoirs des deux premières en devenant un expert en alchimie et en amassant des trésors fabuleux dans son palais de Kamtar, une cité mystérieuse de magiciens, perdue dans le désert. C'est cette triple connaissance qui lui aurait valu son titre de "trois fois grand".

1.2. Les textes fondateurs de l'Hermétisme

L'Hermétisme est ainsi né de trois textes fondateurs attribués directement à Hermès Trismégiste et qui ont ainsi posé les bases de ce courant :

  • Le Corpus Hermeticum : ce recueil de traités, écrit entre le 2ème et le 3ème siècle, explore des thèmes tels que la nature de l'univers, la divinité et la quête de la sagesse.
  • La Table d'Emeraude : Un texte bref et énigmatique qui résume les grands principes de l'alchimie et de la philosophie hermétique. Il est particulièrement connu pour l'aphorisme "Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut".
  • L'Asclépius : ce discours philosophique complète le Corpus Hermeticum et aborde des questions liées à l'univers, aux dieux et à la nature de l'âme humaine.

Il est dit que les travaux d'Hermès Trismégiste ont été tellement conséquent qu'il les aurait rédigés en plus de 36 000 écrits, dont il n'en reste que fort peu de traces. De façon résumée et pour vous garantir une meilleure compréhension, l'Hermétisme est ce qu'on peut considérer comme l'ensemble des principes liés à l'alchimie.

2. Les principes de l'Hermétisme

L'Hermétisme repose sur sept principes fondamentaux, exposés dans le Kybalion, un ouvrage publié en 1908 par les "Trois Initiés". Ces principes offrent une compréhension des lois universelles qui régissent la réalité et la conscience humaine.

2.1. Le principe de Mentalisme

Le principe de Mentalisme affirme que "Le Tout est Esprit ; l'Univers est Mental". Cela signifie que l'univers entier est une création de l'esprit, et que la réalité physique n'est qu'une manifestation de la pensée universelle ou divine. Ainsi, nos pensées et notre état d'esprit influencent directement notre réalité, et en modifiant nos pensées, nous pouvons transformer notre expérience de vie.

2.2. Le principe de Correspondance

Le principe de Correspondance est exprimé par la formule "Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; ce qui est en bas est comme ce qui est en haut". Il indique qu'il existe une harmonie et une correspondance entre les différents plans d'existence : le physique, le mental et le spirituel. Ce qui se passe sur un plan se reflète sur les autres, permettant de comprendre les mystères cachés de la nature en étudiant leurs reflets sur les différents niveaux d'existence.

2.3. Le principe de Vibration

Le principe de Vibration énonce que "Rien ne repose ; tout bouge ; tout vibre". Selon ce principe, tout dans l'univers est en mouvement constant et possède une fréquence vibratoire spécifique. Les différences entre les diverses manifestations de la matière, de l'énergie, de l'esprit, résultent simplement des différents taux vibratoires. En maîtrisant les principes de vibration, on peut changer son état vibratoire et ainsi transformer son expérience de vie. 

2.4. Le principe de Polarité

Le principe de Polarité affirme que "Tout est double ; toute chose possède deux pôles ; tout a deux extrêmes". Ce principe explique que les contraires sont en réalité les deux extrêmes de la même chose, séparés par des degrés différents. Par exemple, chaud et froid, lumière et obscurité, amour et haine sont des manifestations du même phénomène sous des degrés différents. Comprendre ce principe permet de dépasser les dualités apparentes et de trouver l'unité sous-jacente.

2.5. Le principe de Rythme

Le principe de Rythme énonce que "Tout s'écoule, dedans et dehors ; tout a sa marée ; toutes choses montent et descendent". Il décrit le mouvement constant de va-et-vient dans l'univers, similaire au balancement d'un pendule. Il y a une action et une réaction, une avance et un recul, une élévation et une chute. Ce principe reconnaît l'existence de cycles et de mouvements réguliers dans la nature, influençant les événements et les expériences humaines. 

2.6. Le principe de Cause et d'Effet

Le principe de Cause et d'Effet affirme que "Toute cause a son effet ; tout effet a sa cause". Il enseigne que rien n'arrive par hasard, et que chaque action ou pensée produit un résultat correspondant, et chaque résultat a une cause antérieure. Comprendre ce principe permet de voir que tout ce qui se produit dans notre vie est le résultat de causes que nous avons mises en mouvement, consciemment ou inconsciemment. 

2.7. Le principe de Genre

Le principe de Genre énonce que "Le Genre est en tout ; tout a ses principes Masculin et Féminin". Ce principe indique que le masculin et le féminin existent dans toutes choses, et que leur interaction est essentielle à la création et à la manifestation. Il ne se réfère pas uniquement au sexe biologique, mais à des énergies ou des qualités présentes dans tout ce qui existe. Comprendre et équilibrer ces énergies permet d'harmoniser les aspects créatifs et réceptifs de notre être.

3. L'Hermétisme et le concept de Dieu

L’Hermétisme est parfois perçu comme monothéiste, mais sa conception du divin est particulière et ne correspond pas strictement aux catégories de monothéisme ou de paganisme. Dans l’Hermétisme, le concept de Dieu est central, mais ce Dieu est décrit comme une intelligence universelle, appelée "Le Tout" ou "Le Un". Ce divin ne correspond pas nécessairement à une figure anthropomorphique unique, mais à une source d'énergie et de conscience universelle qui imprègne toute chose.

Pour les hermétistes, "Le Tout" est l’essence même de l’existence, une source infinie qui englobe toutes les dimensions de l'univers, de l'esprit à la matière. Cette conception du divin est holistique : elle ne sépare pas la matière du spirituel, mais les voit comme des manifestations différentes de la même énergie divine. L'idée est que toute la création, y compris l'âme humaine, fait partie de cette unité divine et en est une expression.

Contrairement aux religions polythéistes ou païennes, l'Hermétisme ne propose pas un panthéon de dieux distincts. Toutefois, certains textes hermétiques s’inspirent de symboles païens ou de figures issues de la mythologie égyptienne et grecque (comme Hermès ou Thot bien sûr), mais ces figures sont utilisées de façon symbolique pour représenter des concepts universels et des archétypes plutôt que des divinités individuelles.

4. L'influence de l'Hermétisme dans l'histoire

Durant le Moyen Âge, l'Hermétisme a influencé l'alchimie et la philosophie. Les alchimistes médiévaux, en quête de la transmutation des métaux et de l'élixir de longue vie, s'appuyaient sur ces enseignements. Ces textes fournissent une base théorique et symbolique à leurs pratiques. L'Hermétisme offrait ainsi une vision unifiée de l'univers, où la matière et l'esprit étaient intrinsèquement liés, influençant ainsi les conceptions philosophiques de l'époque.

La Renaissance a marqué une résurgence significative de l'Hermétisme. En 1460, un manuscrit du Corpus Hermeticum fut apporté à Florence, où Cosme de Médicis chargea Marsile Ficin de le traduire en latin. Cette traduction a joué un rôle immense dans la diffusion des idées hermétiques à travers l'Europe. Des penseurs tels que Giordano Bruno et Paracelse ont intégré les concepts hermétiques dans leurs travaux, fusionnant ainsi science, philosophie et spiritualité. L'hermétisme a également influencé l'art et la littérature de la Renaissance, inspirant des œuvres symboliques, comme La Naissance de Vénus et Le Printemps de Boticelli, et même selon certains historiens à La Création d’Adam dans la Chapelle Sixtine.

Aux 18ème et 19ème siècles, l'Hermétisme a continué d'influencer divers mouvements ésotériques. Des sociétés secrètes (et célèbre), telles que la Franc-maçonnerie et l'Ordre Hermétique de l'Aube Dorée, ont incorporé des enseignements hermétiques dans leurs rituels et doctrines. Au 20ème siècle, l'Hermétisme a inspiré des courants tels que la théosophie et le néo-paganisme.

5. Les applications concrètes de l'Hermétisme

Maintenant que nous avons vu l'histoire et la théorie de l'Hermétisme, vous vous demandez peu-être qu'elle peut être sa traduction concrète. 

Le tarot divinatoire, par exemple, intègre des symboles et des concepts hermétiques, offrant un outil pour explorer l'inconscient et les archétypes universels. Aussi, l'astrologie en tant que reflet du principe de Correspondance, est utilisée pour comprendre les influences cosmiques sur la vie individuelle. De plus, des pratiques comme l'alchimie spirituelle, la kabbale hermétique et la magie cérémonielle s'inspirent des enseignements hermétiques pour faciliter la transformation personnelle et la réalisation spirituelle.

Pour un exemple encore plus concret, vous connaissez sans doute Matrix ou Dr Strange : ils sont une explication assez claire de certains principes de l'Hermétisme quant à l'existence de réalités parallèle, de mentalisme et de transformation spirituelle.

Voilà pour cette présentation de l'Hermétisme, qui je l'espère vous permettra de mieux comprendre les concepts ou idées diffusées aujourd'hui, et même de décrypter certaines iconographies symboliques. Un conseil : ouvrez l'œil !

 

Par Olivier d’Aeternum

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L'Ouroboros

Publié le 19 Juin 2026 par T.D

I- L'Ouroboros

C’est un serpent incurvé jusqu'à former un cercle complet qui tient l'extrémité de sa queue dans sa bouche. Son nom dérive de cette particularité ; en effet en grec oura signifie "queue" et boros veut dire "dévorant" d’où "qui dévore sa queue" ; quelques auteurs se sont servis du mot grec Ouroboros ou du terme greco-latin ourovorax.

 Les anciens Grecs empruntèrent cet emblème [dit-on] aux Égyptiens lesquels, selon le témoignage d'Olympiodore et de Plutarque, le reliaient aux manifestations sidérales dont nous parlerons plus avant et ils lui avaient conféré diverses significations métaphysiques qui semblent considérablement s’être amplifiées dans le cours des siècles. Ensuite, les Romains l'adoptèrent ains que diverses sectes chrétiennes et hérétiques, les Gnostiques, les Ophites, mais nous ne savons pas exactement avec quelle signification.

Pendant le haut Moyen-Âge les alchimistes, les hermétistes et ensuite les héraldistes religieux et nobiliaires l’utilisèrent jusqu'à nous.

II - L'Ouroboros et le temps

 La signification la plus connue qui fut attribuée par les Anciens à l'Ouroboros est son rapport au Temps, au temps qui – seulement avec Dieu* n'a ni commencement ni fin, puisqu'il n'est autre que le fil avec lequel est tissée l'Éternité. L'Ouroboros, formé en cercle, soudé par la pression de ses mâchoires aux deux extrémités de son corps, est tout un, sans solution de continuité ; en réunissant en lui début et fin, il est entré en possession de ce qui est vraiment les choses eternelles.

 

 Les Égyptiens le reliaient au chemin céleste des astres qui règlent nos saisons et nos ans, divisions qui nous permettent de mesurer la course irresistible du temps ou, comme le dit Virgile, "la fuite infaillible du temps". Toutefois, il semble que la signification initiale de l'emblème Ouroboros se référait surtout à la perpétuité cyclique, à l’inéluctables et régulier renouvellement des cycles, 1 dand leur succession ininterrompue qui forme l'éternité. Il est probable qu'aux yeux des Anciens, ces renouvellements furent représentés par cette caractéristique qu’ont les serpents de changer périodiquement de peau, puisqu'ils croyaient qu'en faisant "peau nouvelle", le reptile rénovait même sa propre vie.

 Tertullien l'explique ainsi : « le serpent, dit-il, change de peau et d’âge qui lui viennent de la nature. Dès qu'il a perçu la vieillesse, il s’enferme dans un étroit passage, il y laisse une peau rugueuse pendant qu'il se glisse dehors et, s’étant dépouillé, il ne sort de sa caverne que s’il est brillant et rajeuni. »

La mythologie gréco-romaine, et l'imagerie dont elle se servit, firent de l'Ouroboros l'attribut du dieu Saturne/ Kronos, fils de Cœlus, qui représentait le Temps et que les Grecs appelaient Chronos ; il est représenté par l'image d'un vieillard qui tient dans la main droite une faux et dans l'autre l'Ouroboros, parce que, dans la fuite des ans, la fin du mois de chaque année rejoint le premier du mois suivant, ainsi que se reconnectent tête et queue du serpent circulaire.

Et, grâce à cette considération cet emblème s'approche du mythe de Janus dont le crâne unit les deux images du futur et du passé, représentant le profil d'un adolescent et d'un vieillard. Leurs perpétuelle union symbolise l'éternité. Sur un autre plan, quelques philosophes comme Alcmon ont appliqué l'emblème de l'Ouroboros non seulement à la perpétuité cyclique, mais aussi à celle de l'âme humaine.

III - L'Ouroboros et le mouvement

La seconde signification de l'Ouroboros auprés des Anciens fut de symboliser le mouvement et la perpétuité de la force qui l'actionne, non seulement parce qu’il est courbé en cercle et peut rouler comme la roue ou comme le cerceau d'un enfant, mais surtout parce que le serpent, naturellement privé des membres dont sont doués les autres animaux, bouge de toute façon comme eux, et avec une telle rapidité, grâce au seul jeu interne de ses flancs et de ses plaques ventrales, jeu qui se traduit dans une séquence d'ondulations latérales et propulsives.

 Cette puissance intérieure et automotrice le fit considérer par les Égyptiens comme l'image du mouvement cosmique, du chemin des astres dans l'espace, et par conséquent de la course du temps et de la succession ininterrompue de ses phases. C’est sûrement en considérant sa forme circulaire que Plutarque affirma que les Égyptiens comparaient le serpent aux astres. Lorsque l'Ureus sacré, la vipère Haje, se courbe en cercle sur la tête du faucon de Ra ou sur celui d’Horus, lessoleil levant représente le retour de cet astre et son départ diurne pour une brillante carrière ; mais alors la tête et la queue du reptile sacré sortent hors de la ligne du cercle : il n'est plus strictement l'Ouroboros.

Quelque fois nous le retrouvons, malgré l’écoulement des siècles, sur des gnomons relativement récents où il emprisonne dans son cercle les heures qui marquent la course du soleil. Nous le voyons sur un cadran d'ardoise de 1625, où sa voix rappelle à l'homme le peu de résistance de sa vie à l'action du temps mesuré par les heures : Memento quia pulvis es, "rappelle-toi que tu es poussière !" Aujourd'hui, nous semblons vraiment être autorisé à croire qu'en certains milieux du monde ancien l'Ouroboros était même l'image du mouvement du sang dans le corps humain.

Cette circulation, qui est une fuite et un retour, aurait été connue longtemps avant Harvey (1578-1658) qui, mieux qu’aucun autre avant lui, en expliqua le mécanisme.

IV - L'Ouroboros et le renouvellement de la vie

 La signification plus ésotérique de l'Ouroboros part de cette légende, chère aux Anciens, selon laquelle "le serpent jouit d'une longévité sans pair, rajeunissant en vieillissant, et renaissant même dans l'instant où se poursuit sa croissance etoù il devrait commencer son déclin". En réalité, son nom indique qu’il se nourrit de sa chair même : Boros-Oura, "dévore sa queue" ; ainsi c’est avec sa propre substance que le serpent, selon la vieille fable, se reconstitue dans la mesure où l'usure du temps et de la vie agissent sur lui.

Les paysans français assurent en certaines province, que si on coupe le corps d'un serpent entre l'extrémité de la queue et les organes de fonctions vitales, la partie détruite repoussera toute seule et se reconstitue dans son état primitif. Je ne sais pas si ce fait est réel chez les serpents, mais il l’est indiscutablement dans les sauriens comme le lézard des murailles. Les Anciens ont donc pu croire à la présence, dans la queue des reptiles, d'un principe vital et reconstituant que le serpent absorberait et assimilerait, au bénéfice de la longévité de son existence, en mordant l'extrémité de sa queue.

Cette renaissance a même fait de l'Ouroboros dans le monde ancien, l'emblème de la perpétuité du renouvellement de la vie, "de “l'éternel retour des choses”.

 V - Le Gardien de l'infini

 La philosophie et l'emblématique d'autres temps voyaient le cercle comme l'image de l'Univers, du Cosmos infini qui renferme en lui la Divinité et toutes ses œuvres.

Maintenant, comme avant eux les plus vieux mythes du monde l’avaient faits du serpent - et du dragon* qui n'est autre qu’un serpent hybride et monstrueux - le gardien né des trésors de n'importe quelle nature, les savants rapprochèrent le nom du serpent Ouroboros de l'autre mot grec ouros qui indique en même temps le gardien des trésors, le sauveur et le chef ; ils transposèrent l'idée d'infini de l'intérieur du Cercle, à celui du serpent circulaire en y déposant ainsi n'importe quoi sous sa garde. Nous trouvons la persistance de ce thème par les alchimistes grecs du Moyen âge ; cela nous est prouvé par un manuscrit byzantin du XIème siècle, qu'on trouve aujourd'hui à San Marco de Venise, dans lequel, dans le capitole sur la Chrysopea de Cléopatre, est représenté le cercle irrégulier et naïvement tracé de l'Ouroboros avec l'inscription En to pan, "Tout en Un".

 Et cela s’accorde avec ce qu’Olympiodore dit des anciens hiéroglyphes des Égyptiens qui, en voulant « représenter l'univers sur les monuments ou l'exprimer en caractères sacrés, ont gravé le serpent Ouroboros. » Ainsi, comme l'amphisbène [ndt 1 ], cet Ouroboros des alchimistes, est moitié noir et moitié blanc.

VI - L'Ouroboros dans les premiers temps du christianisme

 Chargé depuis les âges lointains des significations dont nous avons énuméré les principales, l'Ouroboros devint immédiatement la proie des premiers hérétiques connus au sein de l'Église chrétienne ; ils lui attribuèrent encore des significations variées, en le contrastant très nettement avec les dogmes chrétiens.

C’est surtout les Gnostiques qui employèrent le symbole de l'Ouroboros : il se trouve sur nombreux “abraxas” qu'ils nous ont laissé, associés à des lettres ou à des 1 Amphisbène : est un réptile symbolique qui a une tête de chaque coté. Très pratique pour ressortir d’un trou... 3 signes que des savants auteurs tel Chiffet, Cheveux, Gori, ont traduit ainsi : le Violent - Pensée - Dieu - Cercle - Prudent - Maladetto - a excité - Je suis - du Désir - la Couronne - Jamais - Mon Roi - ma Force - Soleil - fort- Michel - Image de Dieu... toutes ces expressions enigmatiques ne nous révèlent absolument pas la signification de l'Ouroboros très souvent représenté par les Gnostiques.

Nous savons seulement qu'ils lui conservèrent la signification d'emblème du cycle annuel, du mouvement et du renouvellement de la substance dans un sens panthéiste que la doctrine chrétienne désapprouva. Dans la Pistis Sophia [sagesse confiante], œuvre alexandrine généralement attribuée aux Gnostiques des valentiniens, mais que certains considèrent comme l'œuvre des Ophites, le corps du serpent mystérieux est divisé en douze parties, en douze "éons" correspondants aux douze mois du cycle annuel. La présence à l'intérieur de l'Ouroboros d'emblèmes primitifs et indiscutés du Christ, a porté à croire que le serpent-cercle fut auprés des Gnostiques un des symboles de Jésus Christ. c’est possible, mais absoluement rien nous le prouve.

Par exemple, l'Ouroboros gravé sur pierre que Bernard Picard attribue aux Gnostiques Baslidiens : nous voyons l'étoile [ndt 2 mono-graphique du Christ, formée par la superposition de l'iota I de IESUS, et du (khi) X de XRISTOS, et ce monogramme est couché ; mais les autres caractères restent enigmatiques.

 Il semble plus sûr que les Gnostiques, avec Olympiodore et les Anciens, ont vu dans l'Ouroboros l'image de l’Agatodaimon, le “bon génie” qui aide et qui sauve ; et peut-être est-ce pour ce motif qu'ils le rapprochèrent du Sauveur des hommes.

Le grand usage que ces hérétiques firent de son image empêcha les symbolistes orthodoxes des premiers temps du christianisme d'utiliser ses représentations dans l'art décoratif des catacombe, et s'il apparut plus tard dans l'imagerie chrétienne, on ne le généralisa jamais.

VII - L'Ouroboros chez les Alchimistes

Au temps des premiers empereurs romains, l'État d'une part et l'Église* naissante de l'autre, désapprouvèrent les pratiques de ceux qui se dédiaient à l'exercice des sciences occultes ; et dans cette commune désapprobation furent englobés ceux qui recherchaient trop mystérieusement les secrets des phénomènes naturels. Tibère bannit d'Italie "les magiciens et les mathématiciens" ; Claude et Vitellio renouvelèrent les édits qui proscrivaient ensemble les astrologues* et les sorciers*.

En se faisant l’écho des pontifes chrétiens, Tertulien protestait contre ceux qui cherchaient à comprendre et à expliquer les énigmes du Livre d'Enoch, une œuvre juive au ton apocalyptique, composée vers le IIème siècle AEC, en leur reprochant surtout de trahir les secrets de l'or, de l'argent ; de chercher les incantations des métaux, les propriétés magiques des pierres précieuses, les vertus mystérieuses des plantes, les magies, etc. Ainsi, maltraités partout, les adeptes de ces recherches cachèrent leur travail sous des formules mystérieuses et sous des anciens symboles auxquels ils adaptèrent des significations dont ils conservèrent jalousement la clé. Le principal de ces emblèmes fut l'Ouroboros.

 Les origines de l'Alchimie, qui se consacra plus particulièrement à l’étude mystérieuse des métaux et des pierres merveilleuses, ont été admirablement étudiées par le savant Marcellin Berthelot ; il dit que, considéré dans son acception générale et 2 L’étoile Khi-Iota : ultérieurement transformée en Khi-Ro et baptisé “chrisme” pour recouvrir la Rune hagal “grêlon” ou Hag-all “Tertre Suprême” !!! 4 dans l’Alchimie, « le serpent circulaire était le gardien du temple de la Connaissance et seulement celui qui l'avait vaincu pouvait dépasser le seuil du lieu sacré. » En attribuant à l'Ouroboros le rôle de "gardien" de leur science cachée, les Alchimistes faisaient à nouveau le rapprochement, déjà signalé, entre le nom de cet emblème et le mot grec ouros, pris dans le sens de "gardien".

Très probablement c’est de là que provient la forme de l'Ouroboros utilisée en France pour de nombreux heurtoirs ou les battants forgés ou fondus, du XVIème et surtout du XIXème siècle. En parlant des Armes/ Blason* des Wurtenberg d'Allemagne entourées d'un Ouroboros dragonien, dans le XVIIème siècle, de la Colombière écrivait : « Ceci devrait s’appeler plutôt un Gardien qu’un support. » En cela, l’Héraldique était donc d'accord avec la plus ancienne tradition.

Pratiquement, dans les théories alchimistes l'Ouroboros fut le hiéroglyphe de "la dissolution des corps grâce à la fermentation". Il fut même l'emblème de l'élément actif et de l'élément passif représentés l'un par la queue et l'autre par la bouche du reptile, la première en fournissant à la deuxième, comme dans la croiyance ancienne, la substance reconstituante. Peut-être, est-ce dans l'ambiance hermétique que fut initialement fait un rapprochement d'ordre emblématique entre l'Ouroboros et l'Elixir de longue vie.

Sur un autre plan, le serpent circulaire fut même l'image de l'eternelle Sagesse et de la perpétuité de son action dans le monde. La [tardive] Kabale considère le serpent Nahash, le serpent tentateur de l'Éden, comme "le symbole de l'Egoïsme primordial" ; mais l'Ouroboros représente encore mieux cette mystérieuse auto-attraction, du fait que la partie la plus extrême de son corps ne s'éloigne pas du début sinon pour revenir en un parcour circulaire et s’y fixer : il ne sort pas lui-même. Les occultistes modernes considèrent que l'Ouroboros marque même du "plein" et du "vide" ; du reste, c’est pour ce motif qu'il fut toujours raccordé au symbolisme hermétique des organes génitaux de l'homme et de la femme.

VIII - L'Ouroboros et l’emblématique chrétienne

Les auteurs du Moyen-Âge ont parlé de l'Ouroboros seulement sur un mode absolument ésotérique ; ceux d'entre eux, comme Albert le Grand, qui s'occupèrent d'Alchimie*, furent certainement informés, mais ils gardèrent pour eux ce qu'ils savaient. Au XIIIème siècle, l'évêque de Mende, Guillaume Durand, dit seulement que « avant l'invention des lettres, chez les Égyptiens il s’utilisait.

On dessinait l'année de la man!ère suivante : ils représentaient un dragon* qui se mord la queue, parce que l'année se courbe et revient sur elle–même. Et c’est ainsi que certains le représentent encore. » C’est sûrement dans beaucoup de ces groupes spirituels, plus ou moins hermétiques qui se formaient un peu partout dans le Moyen-Âge, qu’on en savait plus long, mais leurs traces et surtout les témoignages sur leur genre de spiritualité, d'ascétisme, leurs méthodes de pitié, leurs particulières dévotions sont devenus très rares.

Néanmoins, dans les documents comme ceux du monastère des Carmelites de Loudun et les cahiers de l’Estoile Internelle, les uns et les autres au XVème siècle prouvent qu'on avait alors une profonde connaissance presque disparue aujourd'hui, des vieux symboles traditionnels pleins de très bonne nourriture spirituelle, et qu'on les interprétait le plus souvent en groupes fermés, peut-être, mais en mode parfaitement orthodoxe.

Dans ces Cahiers de l’Estoile Internelle, l'Ouroboros inclut le mono-gramme  gothique du nom IHesuS, réduit aux seules lettres IHS, et au-dessus du nom sacré dominent les trois croix du Golgota. Le serpent fermé se présente ici avec sa vieille signification d'emblème de perpétuité.

De la perpétuelle efficacité du sacrifice rédempteur qui évoque soit le nom de la Victime divine, soit de l'image de l'échafaud salvateur qui fut le moyen du sacrifice. À titre d'attribut, l'Ouroboros ajoute ici, au souvenir de la Redempion, l'affirmation de l'eternelle perpétuité de ses effets. Il s'agit de l'évocation du Redempteur qui a sauvé, qui sauve et qui sauvera toutes les âmes de bonne volonté, du Redempteur « qui étaient hier, qui est aujourd'hui, qui sera dans tous les siècles, Christus heri, et hodie, ipse et en secula. » [ndt 3 ]

 Au XVIème siècle l'Ouroboros représenta quelquefois la perpétuité de la vie future, et sans doute c’est vraiment dans cette signification que Jean Juste le sculpta deux fois sur la très belle tombe de marbre de l'Amiral Gouffier de Bonnivet dans la collégiale d'Oiron.

Dans ce même siècle, Jehan Frellon, en prenant le serpent comme emblème de la Terre, le plaça dans un cadre ovale dans lequel il plaça le bourdon et le Crabe/ Cancer comme images de l'Air et de l'Eau, en réunissant ainsi les figures des trois milieux vitaux des êtres du monde..

 Dans des ex-libris hermétiques - et pas maçonniques - du XVIIème siècle, l'Ouroboros encadre sur le tronc de l'Arbre de Vie l'image du Pélican que resuscite ses petits par l'ablution de son sang qui semble vraiment être l'emblème du Sauveur ; et le serpent circulaire témoigne et affirme que sa miséricordieuse compassion continuera toujours.

Sur un panneau de bois peint, du XVIII siècle, l'Ouroboros ceint le tête du Phénix entourée des marques alchimiques du soufre. Ici les deux emblèmes, le reptile et l’oiseau mytologique ont, dans leur lointain passé, deux privilèges très voisins l'un de l'autre : l'un rénove sa vie avec sa substance même et l'autre renaît de ses cendres ; tous deux sont perpétuellement vivants.

 Le Christ fait de même puisqu'il est l’auteur de sa résurrection personnelle, et saint Paule nous dit alors : « le Christ, est ressuscité des morts, il ne meurt plus. » Le projet du monogramme de Jésus Christ posé à l'intérieur de l'Ouroboros comme "symbole de son éternelle domination" s'est réalisé.

 En réalité, le monogramme sacré dans cette composition joue le rôle du moyeu et des rayons d'une roue*, dans laquelle l'Ouroboros se substitue au bandage sur lequel se fait la course de la roue : nous aurions donc ici plus exactement l'emblème de la perpétuité de l'action du Christ dans le temps, avec les deux idées communes à l'Ouroboros et à la roue, perpétuité et mouvement, dans lequel la fin équivaut ici à l'action. .

 L'art du bijou s'est quelquefois servi de l'image de l'Ouroboros. Un bracelet d'enfant de ce modèle, fait de mailles métalliques jaunes et marrons, a été retrouvé dans une des nécropoles franque de Vaillt (Aisne).

On se rappelle même d'une des fibules en argent, du XVIII siècle ; et même d'un bel anneau porté par Paul Amigues de Tolosa. Fibule et anneau voulaient peut-être symboliser la perpétuité dûe à la fidélité conjugale. Même dans le blason* nobiliare ou religieux, l'Ouroboros représente presque toujours une idée de continuité perpétuelle.

Les Armes de Mgr De Chamon, évêque de Saint-Claude de 1832 à 1851 (Armes qui furent aussi celles de sa famille) portent : "D’Azur à l'Ancre traversée d'une flèche, à la Haste (lance) frettée, entourée d'un Ouroboros, le tout d’Argent". 3 Nrt : jolie tirade pour une laborieuse récupération du… calendrier annuel !…

Ces armes expriment une invincible et eternelle espoir de la Grâce du Haut, très souvent représentée dans la Symbolique chrétienne par la lance ou les flèches qui descendent du ciel, jetées par la main divine. [4 ] En 1914 à Coutances, sur un coffre du XVII siècle, décoré avec des seggetti religieux peints, j'ai remarqué un Ouroboros dont le cercle est traversé d'une flèche verticale qui tombe du ciel : s'agit-il encore de la grâce divine et de sa perpétuelle descente sur notre monde ? [id.] Pendant la Révolution Française, l'Ouroboros est apparu quelquefois avec des attributs qui glorifiaient les “idées nouvelles”.

Il semble représenter simplement la perpeuité des "immortels principes", sans qu’une quelconque idée de cycle ou de phase ait justifié son emploi !

IX - L'emblème trinitaire

 Il me semble qu'on peut sûrement voir un symbole* de la Trinité [5 ] dans les trois Ouroboros que quelquefois on trouve bouclés (dont les cercles sont entrelacés) selon ce qui en Symbolique est appelé le Scutum fidei. Ancienne image de la perpétuelle durée, l'Ouroboros ainsi triplé dans un unique ensemble convient en effet mieux que trois cercles simples pour représenter ces trois Éternels distincts qui font un unique Être.

L'exemple que je reproduis ici [6 ] d’une peinture italienne, m'a été fourni par le Père Leon de Lione, conservateur du Musée Fransiscain de Rome (1926). Bien que les serpents circulaires ne vous inreccino pas, il n'y aurait rien de surprenant à remarquer que le même symbolisme trinitaire a été présent dans la composition des armes des Lauzon du Poitou, qui sont : D’Azur à trois serpents d'argent qui se mordent la queue, posés deux et un.

X - L'Ouroboros, emblème de l’initié*

Dans le Moyen-Âge, toute la vie sociale fut établie sur un escalier ascendant par degrés parfois discrètement voilés : la Chevalerie, les Ordres monastiques, les Corporations artisanales, les Confraternite de tous genres, les Universités, même le vagabondage furent constitués sur les modèles identiques que les temps plus anciens avaient indiqué à leurs fondateurs. Le même Sacerdoce n'est peut-être pas venu du berceau de l'Église* avec ses commandements mineurs et ses commandements majeurs qui aboutissent à l'Episcopat, terme final du sacrement des Ordres ?

 Avant le XIIIème siècle l'hermétisme fit de l'Ouroboros, avec une opportunité peut-être contestable, l'emblème des stades suivants qui aboutissent dans la dignité episcopale, c’est à dire dans la perfection du sacerdoce.

Ce que les auteurs ecclésiastiques ne disent alors pas à cette intention, nous le trouvons dans un manuscrit alchimique : « Le prêtre, avant tout homme de bronze, a changé de couleur et de nature en devenant prêtre et il est devenu un homme d'argent ; peu de temps après, tu le trouveras changé en homme d'or. » 4 Blasons : cf. dans l’art. de ce nom, une tentative de décryptage “nordique” qui décoiffe quelque peu (§ Meubles étranges : les Nalecs-Lis)… 5 Trinité : héritière dégradée et fort confuse de la Trifonctionnalité* des Indo-Européens* et donc de leurs Trinêtres symboliques… 6 ici : cf. les site www.alchemica.it/… 7

 D'autre part, dans les mêmes milieux l'Ouroboros fut le Symbole des révélations successives de la Science, de la Connaissance réservée à l'Élite, et du silence qu'il s'impose au début du fait que, en se repliant mystérieusement en cercle fermé, l'Ouroboros se ferme tout seul et même avec sa bouche.

C’est probablement en ce sens que dans le XVIIèmr siècle le célèbre imprimeur et éditeur Sebastien MableCramoisy, était peut-être des grands confrères de l'Agla, entouré d’une manière magnifique avec l'Ouroboros, sa marque commerciale. En voyant dans l'Ouroboros seulement "le symbole de la grande initiation satanique", Ch. Micouleau eut vraiment une vue courte, vu qu’il fut le symbole de toutes les intiations menants par progression à des étapes suivantes.

Nous remarquons que l'Ouroboros n'apparaît pas dans les décorations liturgiques d'une cérémonie satanique décrite récemment par Louatron, dans un opuscule assez énigmatique. De Gassicourt et du Roure de Paulin disent que le Franc-maçonnerie* représente souvent l'Ouroboros avec la tête penchée. Avec ceci, je ne sais pas ce qu'elle veut exprimer à ceux qui ont la clé de ses secrets mais, d'habitude, le renversement des emblèmes est défavorable au sujet représenté par l'emblème versé.

XI - L'Ouroboros, emblème du judaïsme actuel ?

Les “Revue Internationale des Societe secrètes” souligne que les Protocoles de Sion font de l'Ouroboros l'emblème des projets de domination européenne de la part des hautes sphères israélites. En effet, ils disent : « encore une brève distance à dépasser, et le cercle du serpent symbolique - la marque de notre peuple - sera complet. Lorsque ce cercle sera fermé, il entourera tous les États de l'Europe comme des chaînes indestructibles. » Il faut ajouter que l'authenticité des Protocoles de Sion ne semble pas être indiscutable et que quelques personnalités catholiques la contestent. Mais l'Ouroboros et "le sceau de Salomon", qui furent et restent les emblèmes certains du Rédempteur, ont été trop présentés comme symboles essentiellement hébraïques pour ne pas parler de ces interprétations appliquées à l'Ouroboros. »»

 

Louis Charbonneau-Lassay

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Signification et origine des Ouroboros

Publié le 19 Juin 2026 par T.D

Le symbole ouroboros, souvent représenté comme un serpent ou un dragon se mordant la queue pour former un cercle, est l'un des motifs les plus anciens et les plus récurrents dans la mythologie et l'iconographie de diverses cultures du monde. Ensuite, je vais vous parler de certaines des origines et significations les plus remarquables des ouroboros dans différentes cultures :

  1. Egypte ancienne : L'une des premières mentions connues de l'ouroboros vient de l'Egypte ancienne, où il était associé au serpent Uraeus, une divinité protectrice représentée comme un cobra. Ouroboros était lié au cycle de la vie, de la mort et du renouveau, et on le retrouvait souvent dans les amulettes et les bijoux funéraires. Elle était également liée à l’idée d’éternité et à l’unité du temps.
  2. Grèce antique : Dans la mythologie grecque, l'ouroboros est parfois associé au serpent Ladon, qui gardait le jardin des Hespérides et est souvent représenté comme un serpent se mangeant la queue. Ce symbole est lié à l'idée de régénération constante et au cycle infini de la nature.
  3. Inde : Dans la tradition hindoue, l'ouroboros se retrouve à l'image de l'Ouroboros Ananta Shesha, le serpent cosmique qui soutient le dieu Vishnu alors qu'il flotte dans l'océan cosmique. Ce serpent représente le temps éternel et le cycle infini de création et de destruction dans l'univers.
  4. Alchimie : Au Moyen Âge et à la Renaissance, l'ouroboros est devenu un symbole important en alchimie. Il représentait l'union des opposés, comme le principe masculin (le Soleil) et le principe féminin (la Lune), et symbolisait la transmutation et la recherche de la pierre philosophale, qui conférait l'immortalité.
  5. Autres cultures : L'ouroboros apparaît également dans la mythologie chinoise, où il est connu sous le nom de « Dragon de Jade ». De plus, on le trouve dans les cultures mésoaméricaines telles que les Aztèques, où il est associé au serpent à plumes Quetzalcoatl.

Le sens général de l'ouroboros est l'idée d'un cycle éternel, du renouveau, de l'unité des contraires et de l'éternité. Il est également interprété comme un symbole d’introspection et de transcendance de soi, où l’individu recherche la compréhension et la sagesse en explorant ses propres limites et potentiels.

 

En résumé, l'ouroboros est un symbole ancien et universel qui a évolué tout au long de l'histoire et de la culture humaine, représentant des concepts profonds liés à la nature cyclique de la vie et à la recherche de la sagesse et de la transcendance. Son héritage perdure encore aujourd’hui comme un rappel de la richesse et de la profondeur de la pensée symbolique humaine.

Que signifie le mot Ouroboros ?

Le mot « uroboros » ou « ouroboros » tire son origine de termes grecs anciens. Il est composé de deux mots grecs :

  1. « Oura » (οὐρά) : signifie « queue » en grec ancien.
  2. « Boros » (βόρος) : signifie « manger » en grec ancien.

Par conséquent, « uroboros » ou « ouroboros » serait littéralement traduit par « celui qui mange la queue ».

Signification spirituelle de l'ouroboros

La signification spirituelle de l'ouroboros varie selon la tradition et l'interprétation, mais en général, cet ancien symbole est associé à plusieurs concepts spirituels profonds. Voici quelques interprétations courantes de la signification spirituelle de l’ouroboros :

  1. Renaissance et cycle éternel : L'ouroboros symbolise l'idée d'un cycle éternel de vie, de mort et de renaissance. Cela représente l'idée que la vie et l'énergie ne meurent jamais complètement, mais sont constamment transformées et renouvelées dans un cycle infini. Cela peut être interprété spirituellement comme une affirmation de l’immortalité de l’âme ou comme une invitation à embrasser le processus de changement et de transformation de la vie.
  2. Union des opposés : Les ouroboros peuvent également représenter l’union des opposés, comme le yin et le yang dans la philosophie chinoise. En montrant un serpent mangeant sa propre queue, le symbole suggère que les extrêmes opposés sont liés et ne peuvent exister les uns sans les autres. Cela peut être interprété comme un rappel du besoin d’équilibre et d’harmonie dans la vie spirituelle.
  3. Réflexion sur soi et transcendance de soi : L'ouroboros peut être considéré comme un symbole de réflexion sur soi et de transcendance de soi. En regardant à l’intérieur et en explorant nos propres limites et potentiels, nous pouvons atteindre une plus grande compréhension spirituelle et un niveau de conscience plus élevé. Le serpent mangeant sa propre queue peut représenter l’idée de rechercher la vérité et la sagesse en soi.
  4. Éternité et unité : L'ouroboros peut également être interprété comme un symbole d'éternité et d'unité. En formant un cercle fermé, le symbole suggère l’idée que tout est interconnecté et que le temps est circulaire plutôt que linéaire. Cela peut inspirer un sentiment d’unité avec le cosmos et la compréhension que nous faisons partie de quelque chose de plus grand et de plus durable.

Quelle signification le serpent avait-il pour les Vikings ?

Le serpent avait diverses significations et symbolismes dans la mythologie et la culture des Vikings et d’autres peuples nordiques. Je présente ici certaines des interprétations et significations les plus pertinentes :

  1. Jörmungandr (Le Serpent du Monde) : Dans la mythologie nordique, Jörmungandr était un serpent gigantesque qui entourait le monde connu, se mordant la queue en cercle, semblable au symbole de l'ouroboros. Il était l'un des trois enfants de Loki et Angrboða. Jörmungandr symbolisait le chaos et la destruction et était destiné à déclencher le Ragnarök, la fin du monde, lorsqu'il lâcha finalement sa queue et fit face à Thor.
  2. Serpents en navigation : Les Vikings étaient connus comme des marins et des explorateurs experts. Au cours de leurs voyages, ils rencontraient souvent des serpents de mer, ce qui pouvait être interprété comme un signe de bonne ou de malchance. Selon les circonstances, ils pourraient être associés à une protection ou à un danger en mer.
  3. Les serpents comme symboles de pouvoir : Dans certaines inscriptions et gravures runiques vikings, des serpents sont représentés, souvent avec d'autres animaux et symboles. On pense que ces représentations auraient pu être des symboles de pouvoir ou de statut, bien que leur signification exacte soit souvent ambiguë et puisse varier selon le contexte.
  4. Les serpents comme gardiens : Dans la mythologie nordique, on croyait que les serpents pouvaient être les gardiens de trésors ou de lieux sacrés. Certaines histoires racontent que les Vikings affrontaient des serpents gardiens dans leur recherche de richesse ou de connaissances.
  5. Les serpents comme représentations de la nature : Dans la cosmologie nordique, le monde naturel était plein d'êtres et d'esprits, et les serpents auraient pu être considérés comme des manifestations de la nature et de ses mystères.

Il est important de noter que l’interprétation exacte du serpent dans la culture viking peut varier selon le contexte et la région. De plus, les informations sur les croyances et le symbolisme des Vikings proviennent principalement de sources écrites ultérieures, car les Vikings n'ont pas laissé une grande quantité de traces écrites sur leurs croyances et pratiques religieuses. En conséquence, certaines de ces interprétations peuvent être spéculatives et basées sur la mythologie nordique enregistrée dans l'Edda poétique et l'Edda en prose, ainsi que sur des inscriptions runiques et des découvertes archéologiques.

 

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Les symboles des processus

Publié le 18 Juin 2026 par T.D

En alchimie, les processus de transformation sont symbolisés par une série d'opérations qui visent à purifier, décomposer et recomposer la matière pour atteindre la perfection ultime. Les voici dans l'ordre l'une après l'autre.

3.1. La Calcination ou Calcinatio

La calcination (🜂) est l'opération de chauffer une substance jusqu'à ce qu'elle soit réduite en cendres, éliminant ainsi toutes les impuretés volatiles. En alchimie, la calcination représente la purification par le feu, où les aspects grossiers de la matière et de l'esprit sont brûlés pour révéler l'essence pure. Ce processus est crucial pour décomposer les structures matérielles et symboliques, permettant une transformation complète. La calcination est souvent symbolisée par des images de four ou de feu intense, illustrant la destruction créatrice nécessaire pour la renaissance.

3.2. La Dissolution ou Solve

La dissolution (🜄) est le processus par lequel une substance solide est décomposée dans un liquide, généralement de l'eau, symbolisant la décomposition des formes fixes pour revenir à un état primordial et amorphe. En alchimie, cette étape est cruciale pour briser les structures rigides et permettre une réorganisation des éléments. La dissolution représente aussi la purification de l'âme, où les impuretés sont éliminées, laissant une essence pure prête à être transformée. Cette étape est souvent symbolisée par des images d'eau ou de liqueurs dissolvantes, et elle marque le début de la véritable œuvre alchimique.

3.3. La Séparation ou Separatio

La Séparation, ou Separatio ( ), est une opération fondamentale dans l'alchimie, consistant à diviser une substance composite pour isoler ses composants purs. Ce processus implique une analyse minutieuse et un discernement précis pour distinguer les parties utiles et essentielles des impuretés et des éléments non désirés. En pratique, cela peut se faire par des méthodes telles que la filtration, la distillation ou la décantation, permettant d'extraire les essences précieuses des matières brutes. Symboliquement, la Séparation représente une étape de purification intérieure, où l'alchimiste doit séparer les aspects spirituels élevés des distractions matérielles et des pensées impures. Ce processus est souvent illustré par des images de tamis ou de filtres, soulignant l'importance de cette phase dans l'élimination des scories pour révéler la pureté cachée de la substance. La Séparation prépare ainsi la matière à une recombinaison plus harmonieuse et équilibrée, et sur le plan personnel, elle aide l'individu à clarifier ses intentions et à se concentrer sur les aspects les plus nobles et divins de son être. Cette étape est cruciale pour avancer vers des transformations plus profondes et significatives dans le voyage alchimique.

3.4. La Conjonction ou Coniunctio

La Conjonction, ou Coniunctio (), est une étape cruciale dans le processus alchimique où les éléments séparés et purifiés sont recombinés pour former une nouvelle substance harmonieuse. Ce processus symbolise l'union des opposés, tels que le masculin et le féminin, le matériel et le spirituel, ou le soufre et le mercure, illustrant ainsi la réintégration des dualités en une seule unité cohérente. En alchimie, la conjonction représente non seulement la fusion des éléments physiques mais aussi l'unification des aspects psychiques et spirituels de l'individu. Cette étape est souvent associée à des images symboliques de mariage alchimique, où le Roi et la Reine, représentant les principes solaires et lunaires, se réunissent dans une union sacrée. La Conjonction marque une phase de renouveau et de création, où les énergies divergentes se stabilisent en un état de perfection et d'équilibre. C'est un moment de grande transformation, signifiant que l'œuvre alchimique progresse vers des niveaux plus élevés de réalisation, intégrant les aspects purifiés de la matière et de l'esprit en une nouvelle totalité illuminée et transmutée.

3.5. La Fermentation ou Fermentatio

La fermentation (🜹) est le processus de transformation de la matière organique par des micro-organismes, généralement en présence d'humidité et de chaleur. En alchimie, la fermentation symbolise la putréfaction et la renaissance, où la matière morte est décomposée et régénérée en une nouvelle forme vivante et vitale. Ce processus est essentiel pour la création de l'élixir de vie ou de la pierre philosophale, représentant le cycle de mort et de résurrection. La fermentation est souvent symbolisée par des images de matières en décomposition ou de bulles indiquant une activité intense, soulignant la transformation profonde et vitale de l'essence.

3.6. La Distillation ou Distillatio

La distillation (🝂) est le processus de séparation des substances volatiles par chauffage et refroidissement, aboutissant à la purification et à la concentration de l'essence. En alchimie, la distillation symbolise la clarification et l'élévation des idées et des substances, où les éléments les plus purs sont extraits et concentrés. Ce processus est essentiel pour raffiner les substances et atteindre des états de pureté plus élevés. La distillation est souvent représentée par des alambics ou des appareils de distillation, illustrant la séparation et la recombinaison des essences en des formes plus pures et plus sublimes.

3.7. La Coagulation ou Coagula

La coagulation (🜔) est l'opération qui suit la dissolution, où les particules dissoutes sont recombinées pour former une nouvelle substance solide et stable. Ce processus symbolise la cristallisation de nouvelles idées ou états de conscience après la dissolution des anciennes structures. En alchimie, la coagulation est essentielle pour fixer les nouvelles formes et donner une nouvelle vie à la matière transformée. Ce processus est souvent représenté par des symboles de cristaux ou de solides émergents des liquides, indiquant une phase de solidification et de manifestation concrète.

3.8. La Sublimation ou Sublimatio

La sublimation (🜁) est le processus par lequel une substance passe directement de l'état solide à l'état gazeux sans passer par une phase liquide intermédiaire. En alchimie, la sublimation symbolise l'élévation de la matière et de l'esprit vers des états supérieurs de pureté et de conscience. C'est une étape de purification intense où les éléments volatils sont séparés et élevés, laissant derrière eux les impuretés. La sublimation est souvent représentée par des images de vapeur ou de fumée montant vers le ciel, illustrant l'aspiration de l'âme à atteindre des sphères plus spirituelles.

3.9. La Solution ou Solutio

La Solution, ou Solutio (🜄), est une opération clé en alchimie, où une substance solide est dissoute dans un liquide pour former une solution homogène. Ce processus symbolise la désintégration des structures rigides et l'abolition des formes anciennes pour permettre la libération des essences cachées et des potentiels latents. La Solution est souvent réalisée en immergeant la matière solide dans des solvants alchimiques, tels que l'eau ou d'autres liquides spécifiques, qui dissolvent progressivement la substance en ses composants élémentaires. Symboliquement, cette étape représente la dissolution des attachements matériels et des pensées fixes, ouvrant la voie à une recombinaison plus flexible et harmonieuse des éléments. La Solutio permet de purifier et de préparer les composants pour les phases ultérieures de l'œuvre alchimique, facilitant une transformation profonde et la création de nouvelles structures plus équilibrées et intégrées. En dissoudre les anciennes formes, la Solution crée un état de fluidité et de potentialité, où les éléments peuvent interagir librement et s'unir de manière nouvelle et créative, préparant ainsi le terrain pour les étapes de recombinaison et d'élévation spirituelle.

3.10. La Digestion ou Digestio

La Digestion, ou Digestio (🜸), est un processus alchimique où une substance est chauffée à une température constante sur une longue période pour favoriser les transformations chimiques et alchimiques internes. Cette opération symbolise la maturation et la transformation lente mais continue de la matière, reflétant le développement progressif et approfondi de la substance en une forme plus pure et évoluée. En pratique, la digestion implique l'utilisation d'un appareil comme l'athanor, qui maintient une chaleur douce et stable, permettant à la matière de se décomposer et de se recombiner de manière homogène. Symboliquement, la Digestio représente le temps et la patience nécessaires pour la maturation spirituelle et la croissance intérieure. C'est une période d'incubation où les idées, les émotions et les énergies se transforment lentement mais sûrement, aboutissant à un état de sagesse et de compréhension plus profondes. La digestion alchimique est souvent associée à des images de cocon ou de gestation, soulignant l'importance du temps et de la chaleur interne pour permettre la transformation complète de la matière et de l'esprit. Cette étape prépare la substance pour les phases ultérieures de transmutation, assurant que les changements internes sont pleinement intégrés et stabilisés.

3.11. La Cération ou Cera

La Cération, ou Cera (🝊), est une opération alchimique visant à rendre une substance plus cireuse et malléable, généralement en y ajoutant des éléments liquides ou fondants. Ce processus symbolise la flexibilité et l'adaptabilité, essentielles pour la préparation de la matière aux phases finales de la transmutation. En pratique, la cération implique le mélange de la substance initiale avec des matériaux qui lui confèrent une texture plus douce et plus plastique, facilitant ainsi sa manipulation et sa transformation ultérieure. Symboliquement, la Cera représente l'ouverture de la matière et de l'esprit à de nouvelles possibilités et configurations, permettant une réorganisation harmonieuse et intégrée des éléments. Cette étape est cruciale pour assouplir les structures rigides et préparer la substance à accepter les influences transformatrices des dernières étapes de l'œuvre alchimique. La cération est souvent illustrée par des images de cire fondante ou de substances souples, soulignant l'importance de la malléabilité et de la préparation dans le processus de transmutation. En rendant la matière plus réceptive et adaptable, la Cération facilite la réalisation des objectifs ultimes de l'alchimie, menant à une transformation complète et équilibrée.

3.12. La Multiplication ou Multiplicatio

La Multiplication, ou Multiplicatio (), est une opération alchimique visant à augmenter la quantité et la puissance de la pierre philosophale ou d'un élixir. Cette étape symbolise la prolifération et l'intensification des qualités spirituelles et matérielles obtenues par le processus de transmutation. En pratique, la multiplication implique la répétition des cycles alchimiques sur la pierre ou l'élixir déjà transmutés, augmentant ainsi leur efficacité et leur pouvoir. Symboliquement, la Multiplicatio représente l'idée que les gains spirituels et matériels peuvent être exponentiellement amplifiés par des pratiques et des efforts continus. Cette opération est souvent associée à des images de croissance et d'abondance, comme des arbres portant des fruits multiples ou des récipients débordant d'élixir. La Multiplication montre que le travail alchimique ne se termine pas avec la première transmutation, mais qu'il peut être poursuivi pour atteindre des niveaux de perfection et d'efficacité encore plus élevés. En intensifiant les qualités acquises, la Multiplicatio prépare l'alchimiste à une influence et à une transformation plus profondes, tant sur le plan personnel que dans le monde matériel.

3.13. La Projection ou Projectio

La Projection, ou Projectio (🜍), est une opération alchimique où une petite quantité de la pierre philosophale ou d'un autre agent transmutateur est projetée sur une matière de base, généralement un métal, pour initier sa transmutation en or ou en une substance pure. Ce processus symbolise l'application pratique et la réalisation concrète de l'œuvre alchimique, marquant l'aboutissement des efforts de purification et de transformation. En pratique, la projection est l'acte final qui déclenche la transmutation tant recherchée, illustrant la puissance et l'efficacité de la pierre philosophale. Symboliquement, la Projectio représente le moment où les connaissances et les capacités spirituelles de l'alchimiste se manifestent dans le monde matériel, démontrant le succès de la quête alchimique. Ce processus est souvent représenté par des images de lumière ou d'énergie rayonnant de la pierre vers le métal, illustrant la transformation instantanée et miraculeuse. La projection montre que l'œuvre alchimique, après une longue série de préparations et de purifications, peut finalement être mise en œuvre pour produire des résultats tangibles et extraordinaires, confirmant la réalisation de la transmutation et la maîtrise des forces alchimiques.

 

4. Les symboles des substances

En alchimie, les substances théoriques sont symbolisées pour représenter les étapes et les outils essentiels du processus de transformation. Ces symboles servent à illustrer les concepts philosophiques et pratiques de l'alchimie, chaque substance ayant une signification spécifique dans le cadre de l'œuvre alchimique. Notez que ces symboles sont plus soumis à interprétation selon les alchimistes, et qu'ils n'ont pas été formalisés comme les symboles que nous avons pu voir précédemment. Il s'agit ici de représentations plus que de symboles à proprement parler.

4.1. L'Œuf Philosophique


L'Œuf Philosophique est un symbole central en alchimie, représentant l'univers en miniature et le potentiel de transformation totale. L'œuf est vu comme un contenant où les forces contraires se rencontrent et fusionnent pour créer une nouvelle vie. Il symbolise aussi le germe de la vie et le processus de naissance et de renaissance. Dans l'alchimie, l'Œuf Philosophique est souvent associé à la création de la Pierre Philosophale, car il contient tous les éléments nécessaires à la transmutation. Il est également lié à la notion de régénération et de renouvellement continus, où le cycle de mort et de renaissance est perpétuel.

4.2. L'Athanor (le four alchimique)


L'Athanor, ou le four alchimique, est l'instrument crucial dans les travaux alchimiques, symbolisant la chaleur et l'énergie nécessaires à la transformation. C'est dans l'Athanor que les substances sont chauffées et subissent les divers processus de calcination, dissolution, et autres opérations. L'Athanor représente aussi le cœur ou l'âme de l'alchimiste, où l'énergie spirituelle est concentrée et transformée. Il est souvent décrit comme un four éternel, capable de maintenir une température constante nécessaire pour permettre les transformations longues et délicates. L'Athanor symbolise donc la persévérance, la constance et la dévotion dans la quête alchimique.

4.3. L'Élixir de Vie (Pierre Philosophale)


L'Élixir de Vie, également connu sous le nom de Pierre Philosophale, est le but ultime de l'alchimie. Ce symbole représente la quintessence de la perfection et de l'immortalité. L'Élixir de Vie est censé posséder des propriétés miraculeuses, capables de transformer les métaux de base en or et de conférer l'immortalité et la guérison de toutes les maladies. En termes symboliques, la Pierre Philosophale représente l'accomplissement spirituel et la sagesse suprême. Elle incarne la fusion parfaite des opposés, le matériel et le spirituel, le microcosme et le macrocosme, signifiant l'unité de toutes choses. L'Élixir de Vie est le symbole de la réalisation complète de l'œuvre alchimique, la transformation finale de l'être en une forme divine et éternelle.

5. En conclusion

Nos tours d'horizon est maintenant terminé et j'espère qu'il vous aura donné envie de creuse ce sujet passionnant. Bien sûr, je n'ai pas la présentation de dire qu'il s'agit ici d'une liste complète de toute la symbolique alchimique, mais vous connaissez désormais les bases pour comprendre la plupart des théories.

[bloctwist]

 

Olivier d’Aeternum

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La Pierre philosophale

Publié le 18 Juin 2026 par T.D

l’alchimiste

Nous avons beaucoup parlé de la Pierre Philosophale ; disons maintenant quelques mots de son heureux possesseur : l’Alchimiste.

On se figure généralement cet homme vivant dans une recherche perpétuelle de l’impossible au milieu des fourneaux ardents, des crocodiles empaillés, des hiboux sinistres et des chats ensorcelés. Il suffit cependant d’ouvrir leurs livres, de voir la façon dont eux-mêmes représentent leurs fourneaux et leurs laboratoires pour constater que c’est là une profonde erreur accréditée par les préjugés de la foule

Le véritable alchimiste est un philosophe assez instruit pour traverser sans s’émouvoir les époques les plus troublées et les plus difficiles. Il est le dépositaire sacré de toute cette science merveilleuse enseignée jadis dans les sanctuaires vénérés de l’Inde et de l’Égypte. Il faut qu’il sache assez la voiler pour échapper au regard jaloux du despote clérical qui flaire en lui l’ennemi et qui le surveille étroitement. C’est quand l’Inquisition persécute impitoyablement toute trace de savoir, que le philosophe hermétique voile davantage ses écrits sous les symboles et les mystérieuses figures, pas assez cependant pour que le chercheur consciencieux ne puisse facilement comprendre. Voilà l’origine des obscurités voulues qu’on rencontre dans les ouvrages des adeptes.

Quel usage font-ils des richesses immenses que peut leur procurer la connaissance du merveilleux secret ?

Une des règles élémentaires de la science dite occulte, enseigne que, pour être maître de quelque chose, il faut savoir la considérer avec la plus grande indifférence.

Celui qui désire la Pierre Philosophale pour les richesses qu’elle procure et pour son bien matériel, a des chances considérables pour ne jamais la posséder.

Aussi la tradition ésotérique nous représente-t-elle l’alchimiste simplement vêtu et toujours en voyage, faisant l’aumône aux mendiants et aux rois et par là se montrant supérieur à ces derniers

Si nous en croyons les récits des contemporains, l’alchimiste Nicolas Flamel, possesseur de richesses immenses, les employait uniquement en fondations pieuses ou charitables et mangeait, ainsi que sa femme, des légumes bouillis, dans de la grossière vaisselle de terre.

Nous trouverons ces idées mises en pratique jusqu’en plein xixe siècle où l’alchimiste Cyliani (1832) ayant, raconte-t-il, découvert la pierre philosophale au bout de quarante ans de travaux, vécut en petit rentier bien modeste après avoir eu la tentation d’offrir le précieux secret au roi Louis XVIII ; sa femme l’en détourna

Du reste, il suffit de parcourir l’ouvrage de Figuier pour avoir de nombreux détails sur ce sujet.

La doctrine enseignée par les alchimistes est en grande partie philosophique. L’expérience ne doit que servir de contrôle aux théories spéculatives énoncées dans les livres les plus vénérés. C’est pourquoi les adeptes nomment l’ensemble de leurs connaissances : Philosophie hermétique.

La Philosophie hermétique professe l’unité de substance à la base de toutes ses démonstrations. Il existe un principe universel répandu dans tous les corps quelle que soit leur composition d’autre part. C’est la connaissance de ce principe universel et sa mise en action qui constituent le secret du grand œuvre et qui rend différentes ab initio les expériences alchimiques des travaux des chimistes ordinaires, que les philosophes hermétiques considèrent comme des garçons de laboratoire.

Cette force occulte a reçu une foule de noms dans les ouvrages alchimiques : c’est le Telesme d’Hermès l’Aour des Kabbalistes, le Rouah Elohim de Moïse le Mercure universel des alchimistes, la Lumière astrale de la Science Occulte[ le Mouvement de Louis Lucas etc., etc.

Du reste cette théorie, à laquelle sont amenés les philosophes contemporains, vient d’être remise au jour dans toute sa beauté par les travaux de la Société Théosophique sous l’inspiration des adeptes Indous

On trouvera aussi des détails sur ce sujet intéressant dans une très belle étude de M. de Rochas intitulée les Doctrines chimiques au xviie siècle et parue dans le Cosmos en 1888.

Existe-t-il à notre époque quelque trace de cette philosophie hermétique et de ses enseignements ? Cherchons-le.
 

VI

vestige de l’alchimie à notre époque

Les alchimistes travaillaient en général seuls jusqu’au xvie siècle. Dès cette époque, l’initiation fut donnée par des sociétés secrètes plus ou moins puissantes. Ce sont elles qui ont laissé des traces assez durables pour que nous puissions les retrouver à notre époque.

Sans vouloir parler des Templiers, prématurément détruits, la plus importante et la plus connue des sociétés hermétiques est sans contredit la mystérieuse Fraternité des Rose-Croix. C’est sous leur impulsion que fut fondée par Ashmole la franc-maçonnerie anglaise d’où sont dérivées toutes les initiations modernes

La Franc-maçonnerie nous présente encore aujourd’hui les traditions vivantes de l’Hermétisme dans plusieurs de ses hauts grades et c’est à ce point de vue que le F Ragon la particulièrement étudiée dans sa Maçonnerie occulte.

Ainsi la parole perdue et retrouvée du 18e degré de l’Écossisme INRI s’explique ésotériquement par un aphorisme alchimique :

Igne Natura Renovatur Integra.

La nature se renouvelle dans son intégrité par le feu.

Ce feu n’est pas le feu vulgaire ; c’est la force universelle dont nous avons parlé tout à l’heure, représentée aussi par le G du centre de l’Étoile flamboyante.

Le 22e grade (Royal Hache) et le 28e (Prince Adepte) sont aussi remplis de traditions réelles de la science hermétique.

Outre ces traditions, conservées à l’insu de ceux qui les possèdent, plusieurs monuments de Paris sont encore des preuves positives des enseignements de la philosophie hermétique.

Citons en première ligne à ce point de vue la Tour Saint-Jacques, puis les Vitraux de la Sainte-Chapelle ; enfin le Portail de Notre-Dame de Paris

Enfin le xixe siècle a vu naître plusieurs alchimistes convaincus. Citons d’abord Cyliani, auteur d’Hermès dévoilé (1832), dans lequel il affirme avoir découvert la Pierre Philosophale, et donne en style alchimique le moyen de la fabriquer. Il est curieux de voir ce style symbolique employé même de nos jours.

Après lui, nous devons citer Théodore Tiffereau, ancien préparateur de chimie à l’École de Nantes, auteur d’un mémoire adressé à l’Académie, intitulé : Les Métaux ne sont pas des corps simples (1853, in-8).

Puis vient le moins sérieux de tous, Cambriel, auteur d’un mauvais traité portant le titre de l’Alchimie en 19 leçons.

Tels sont les représentants de l’alchimie à notre époque. En existe-t-il d’autres en Occident, existe-t-il des sociétés d’hermétisme ? c’est ce que nous ne pouvons pas dire.

Notre monographie ne serait pas complète si nous terminions sans indiquer tout au moins les livres les plus utiles à ceux qui voudraient pousser plus loin ces curieuses études. C’est ce que nous allons tenter de faire.
 

VII

comment on peut étudier l’alchimie

Le premier livre que nous conseillons de lire en entier, c’est celui de Louis Figuier intitulé l’Alchimie et les Alchimistes. Quoique l’auteur se pose en adversaire décidé de la Philosophie hermétique, son livre est très bien fait en somme et, sauf quelques erreurs de détails, mérite la peine d’être pris en sérieuse considération. La partie historique est surtout remarquable et sa lecture conduit fatalement à démontrer avec évidence l’existence de la Pierre Philosophale. C’est donc surtout pour la partie historique que l’ouvrage de Louis Figuier doit être étudié.

Pour la partie théorique et le symbolisme alchimique on trouvera d’assez longs détails dans le Traité élémentaire de Science occulte, (p. 90 à 106) à l’article Alchimie.

C’est alors qu’on pourra lire l’œuvre d’un véritable alchimiste et prendre connaissance de ce style bizarre et figuré. Nous conseillons vivement de prendre à ce point de vue l’ouvrage de Cyliani cité dans le chapitre précédent. On verra que même au xixe siècle la langue symbolique est encore en usage malgré la chimie contemporaine ; on pourra aussi se rendre compte, par le récit des quarante années de souffrances et de recherches de l’alchimiste, de la difficulté de l’œuvre entreprise.

On trouvera ce volume, devenu très rare, à la Bibliothèque Nationale (lettre R).

Enfin l’instruction élémentaire sera tout à fait complète si l’on veut lire l’Histoire de la Philosophie hermétique de Langlet du Fresnoy et les auteurs reproduits dans les deux volumes de la Bibliothèque des Philosophes chimiques de Salmon (1753).

Comme il existe plus de trois mille volumes sur l’Alchimie, nous croyons devoir nous borner à donner les plus importants. Ceux qui voudraient devenir des Alchimistes pratiquants, ce dont je les plains fort, devront prendre connaissance de tous les maîtres, surtout des œuvres de Geber, Raymond Lulle, Basile Valentin, Paracelse et Van Helmont.


 

conclusion

Parvenus au bout de notre travail nous espérons avoir atteint le but poursuivi : Démontrer que la Pierre Philosophale n’est pas seulement possible ; mais qu’elle a existé et a donné de son existence des preuves irréfutables.

Nous prions les gens sérieux, qui ne sont animés d’aucun parti pris ni d’aucune idée préconçue, de bien considérer nos assertions, de vérifier leur authenticité dans les livres originaux, ce qui est facile à la Bibliothèque Nationale, et de voir si ce sont là des preuves irréfutables ou bien de simples conjectures dénuées de tout fondement stable. L’amour de la vérité nous a seul conduit à défendre les alchimistes, ces modestes philosophes trop peu connus et trop calomniés. Puissions-nous inciter quelque chercheur plus instruit que nous-même à développer et à étendre ce genre tout particulier d’études.

Du reste, nous assistons à une véritable renaissance de l’antiquité. Les phénomènes si curieux de la suggestion viennent détruire bien des conclusions anticipées et peut-être le xxe siècle verra-t-il se constituer enfin la Synthèse par l’alliance de la physique positiviste de l’Occident avec la métaphysique idéaliste de l’Orient. Puisse ce jour être proche où toutes les philosophies rentreront dans l’Unité d’une même Science, où tous les cultes rentreront dans l’Unité d’une même Foi, où la Science et la Foi donneront, par leur alliance, naissance à une seule et synthétique Vérité !

Papus

 

 

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SRIA Theoricius(extrait)

Publié le 17 Juin 2026 par T.D

Conducteur des novices Les trois sons de cloche que vous venez d’entendre étaient un appel à la méditation silencieuse préparatoire à la prière du soir.

Les Chimistes se sont retirés dans la chapelle. Frater Theoricus, vous vous interrogez sans doute sur la nature de cette salle et le pourquoi de cette scène. Vous avez été informé au grade de Zelator, de l’existence de trois salles taillées dans la roche et reliées entre elles. Il y avait le laboratoire principal, la salle de la restauration et du repos, et enfin la salle secrète ou sacrée, parfois appelée la Chapelle, inaccessible en certaines circonstances.

 On vous a aussi parlé de la découverte de la transmutation de métaux vils en argent et en or, de la recherche permanente visant à restaurer la merveilleuse lampe perpétuelle et de la découverte présumée de l’ « Élixir de Vie » par le Frater Gualdi, à propos duquel on va bientôt vous en apprendre davantage. Vous savez déjà qu’on l’a trouvé apparemment sans vie alors qu’il sonnait le grand Tocsin, la cloche de la Mort.

Laissez-moi vous donner un aperçu supplémentaire de cette maison des Rose-Croix. Reliées au dispositif général de ces trois grandes salles, il existait quatre autres salles plus petites, d’une part à l’autre bout du laboratoire, et d’autre part, à l’autre extrémité de la Salle d’Assemblée, la Chapelle.

 Ces quatre salles avaient été aménagées et adaptées de manière différente selon la destination qu’on leur avait assignée, comme vous l’apprendrez. Elles étaient de taille à peu près égale et pouvaient ensemble correspondre à un espace équivalent à la salle principale, avec laquelle chaque salle communiquait par un court passage, tout en étant reliée les unes aux autres. En empruntant le premier passage depuis le porche de la chapelle, près de ce que nous pouvons appeler le sud-ouest, nous sommes amenés à l'entrée d'une salle quadrangulaire de proportions convenables, ayant un toit grossièrement construit avec une cheminée filtrante ou une évacuation pour les vapeurs. Elle était aménagée pour les travaux dédiés à la chimie, à l'alchimie et aux études afférentes à celles-ci.

Le matériel essentiel dont elle était équipée se composait de récipients simples, qui, manifestement, avaient servi pendant de très nombreuses années. Dans cette salle, évidemment à l’abri de toute intrusion, œuvraient sept étudiants habillés et coiffés de bleu. Ils se servaient de pilons et de mortiers, mélangeant, assemblant, calculant et mesurant sans avoir besoin de discuter inutilement ni même d’avoir conscience de la présence des autres. Ils étaient intensément plongés dans leur tâches.

C'étaient les Theorici ou Rose-Croix de 2ème année. Les acides et les produits chimiques, les racines, les herbes, les gommes et les minéraux en abondance, en poudre ou en pâte, tout cela dans un grand désordre apparent, étaient partout autour des creusets, sur les étagères, dans les placards et les tiroirs, dans les bouteilles, les bocaux et les boîtes, stockés sous toutes les formes et apparences dans des quantités inconnues. Il s’agissait là de dons inaltérés de la Nature destinés à la santé et à la préservation de l’homme.

Ce petit laboratoire se rendit célèbre au début du XVIème siècle à la suite de la découverte d’une transmutation par les Chimistes rosicruciens : alors qu’ils examinaient et étudiaient un amalgame de mercure, de plomb et d’alquifoux5 avec du bismuth aisément fusible, de merveilleux changements se manifestèrent quand ils introduisirent une solution connue des Theorici sous le nom de « Primitia » ou Solution Primordiale.

Ces altérations se manifestèrent lentement, quand un métal blanchâtre, sous forme de grains et de dendrites, de la couleur de l’argent avec un éclat et une ductilité similaires, mais en plus doux, fut découvert, mélangé à une fleur de cobalt, une dose de sulfure et du chlorure d’argent. L'intérêt suscité chez les Theorici par cette production ou ce résultat jusque-là inédit attira l’attention des Chimistes du grade de Practicus, qui proclamèrent la découverte de la transmutation de l’argent.

 Alors la cloche aux tons graves fit entendre pour la première fois ses sonorités claires. Et les frères s’assemblèrent dans la chapelle pour prier et rendre grâce. Un sentiment de cupidité s’empara immédiatement des Fratres de la Société. Et pas moins de 10.000 marks de cet argent furent dispersées dans les différentes villes d’Europe. Alors sous peine de châtiments, le Magus et son Conseil interdirent de 5Sulfure de plomb. 10 continuer à produire le métal du fait de son effet néfaste manifeste sur toute la société rosicrucienne et du danger de mort qu’il faisait peser sur leur organisation.

 Cette fameuse découverte eut pour cadre le lieu même que celui dans lequel vous vous trouvez présentement est censé représenter. Ainsi, la Maison et l’Étude du deuxième Grade des Rose-Croix vous ont-ils été présentés. Vous avez peut-être remarqué qu’il y avait une vacance dans le nombre de Theorici autorisé. Ainsi, vous incarnez l'un des Sept Choisis. Les Chimistes sont sur le point de revenir. Retirons-nous.

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SRIA Zelator(extrait)

Publié le 17 Juin 2026 par T.D

Récit historique

Enfouies dans les profondeurs de la solitude, éloignées de la vue et du bruit de l’agitation humaine, faites à la fois de blocs taillés et de pierres brutes, le tout précisément et soigneusement ajusté, se trouvaient ainsi trois Salles proches et communicantes, pourtant d’égale dimension ; si habilement et sérieusement faites, et inertes dans leur structure et leurs abords, que le monde extérieur ne pouvait connaître leur existence ; seul le roulement du tonnerre, ou les cris des Myriades pouvaient trouver un écho en ces lieux souterrains.

 Une Salle abritait un Laboratoire général avec une section à part pour les fonctions domestiques, muni d’un ingénieux système semblable à celui des hottes filtrantes pour masquer l’évacuation des fumées et des gaz vers le monde extérieur. Ce Logement était longiligne et de grande taille ; tandis que le Second, également de forme rectangulaire, était séparé du reste, ne contenant que des couches dures, ainsi que de simples tables pour de frugaux repas.

 A l’opposé, de l’autre côté du Laboratoire Principal et s’ouvrant sur lui, mais avec des marches vers le bas, se trouvait la troisième Salle la plus grande, avec un toit de structure brute s’élevant en pointe, utilisé comme cellule de retraite et comme Chapelle. Au centre se trouvaient, à intervalles réguliers, 4 tables de forme cubique utilisées pour le travail, avec des sièges en pierre, et très haut au centre du toit était suspendue une lampe merveilleuse dont la flamme radieuse était pareille à la lumière rosée d’un coucher de soleil estival, intensément dorée, illuminant tout l’espace, ne nécessitant aucun entretien et inépuisable.

 Bien au-dessus, dans les arêtes de la voûte, se trouvait une Croix noire et blanche, mais massive, adroitement sculptée dans le marbre. En ces lieux silencieux et sacrés, personne n’était autorisé à entrer si ce n’est les Adeptes, le Magister Templi et le Magus, uniquement lors de la prière quotidienne du matin et du soir, au moment du rassemblement pour l’adoration silencieuse, ou bien à l’occasion de la réception des Aspirants, ou pendant l’Assemblée Annuelle. Ces Salles isolées constituaient la résidence des 36 de la Fraternité Rosicrucienne – ni plus, ni moins – qui seuls pouvaient occuper ces Salles construites dans le rocher ; tous les autres étaient astreints à suivre l’enseignement et devaient s’occuper du service.

 Une fois le bref séjour de ceux-ci terminé, le Magus choisissait à nouveau parmi ce nombre ceux qui allaient partir servir l’humanité, et les 36 qui resteraient. Ainsi s’écoulaient les années dans ces mystérieuses Cavernes avec le pilon, le mortier, l’alambic, le creuset et la forge ; le nitre, la résine, la roselite et divers sulfates d’étrange composition ; des instruments et des tables astronomiques. Tout cela en vue de l’étude abstruse d’analyses et de synthèses servant à permettre la conquête de tout ce qui est possible ; la réduction ou l’annihilation de la souffrance et des manquements dans l’organisme ; la régénération de l’homme, et l’obtention du solvant universel, ou Menstrum Universale, servant à enlever toute trace de maladie dans l’organisme humain, renouvelant ainsi la vie, la transmutation des métaux basiques en métaux supérieurs, ou l’élévation du Divin en l’Homme.

Deux fois la cloche au battant en fer avait retenti à travers les rochers, enlevant les moines à leurs songes et leurs devoirs, proclamant la trouvaille de quelque secret potentiel. Une fois cela concernait la résolution du Mystère de la transmutation de métaux de base ou d’alliages en Argent, et puis ensuite en Or précieux, mais sans qu’il soit possible que ceux-ci soit utilisés pour le confort et le luxe.

Cependant le plus grand secret restait caché, la prolongation, la régénération de la vie animale. La mort attendait celui qui sonnerait le tocsin, à l’exception de celui dont l’habileté avait permis de résoudre un des quatre problèmes : Premièrement, la régénération de la lampe éternelle ; Deuxièmement, la transmutation en Argent ; Troisièmement, la transmutation en Or ; et Quatrièmemnt, la découverte de l’Elixir Vitae. Concernant ce dernier, le Signor Gualdi, un Magister Templi, avait longuement recherché chaque jour la solution finale ; il ne doutait pas qu’il y arriverait bientôt, et son assurance avait pénétré l’esprit de ses compagnons. Il aspirait à faire retentir la cloche et faire tressaillir son âme.

 En lettres de feu, il avait écrit cet aphorisme, Igne Nitrum Roris Invenitur, « par le Feu le Nitre de la Rosée est extrait » et cela devait être sa solution. Toute la nature dormait, les moines fatigués – à l’exception d’un seul – étaient partis se reposer, même les feux de la forge sommeillaient, lorsqu’à l’heure fatidique, l’entreprenant Gualdi quitta son siège de pierre dans la chapelle brillante du rocher, et en criant Eureka, fit résonner la cloche d’un son non-terrestre, dont l’écho traversa la roche. Cela cessa soudainement dès lors qu’un moine puis l’autre se rendirent vers la Pièce Sacrée sans voir ni rien rencontrer, si ce n’est l’écho de la cloche qui continuait encore de se perpétuer. Sur la table-autel au centre étaient ouverts les livres de Gualdi, avec à côté un vaisseau contenant le nitre et un creuset partiellement rempli d’or en solution. Un peu plus loin on découvrit un Gualdi transi sur le sol, tenant encore le battant de la cloche.

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