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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Le Noachite ou Chevalier Prussien

Publié le 31 Août 2026 par T.D

Il n’y est pas fait référence ni au bois ni à la forêt dans ce grade. Toutefois il est très fréquemment associé à son parèdre au sein du Rite Ecossais Ancien Accepté, celui de Chevalier Royale Hache. Ce dernier en revanche est un vrai grade « forestier » comme chacun de nous, titulaire de ce grade, a pu le vivre et pourra le vérifier à chaque fois qu’il le voudra.

Ce Chevalier Royale échappe à la franc-maçonnerie de la pierre pour évoquer un autre aspect de la construction du Temple de Salomon : la part prise par les coupeurs de bois dans les forêts du Liban et leur acheminement par radeaux jusqu’au port de Jaffa en vue d’être ensuite livrés au chantier de Jérusalem. Le « Noachite » ou « Chevalier Prussien » est plus difficile à repérer dans les archives des documents maçonniques connus à ce jour. La trace la plus évidente se trouve dans le Rite d’Adoption qui évoque également Noé et la construction de l’Arche (voir l’ouvrage de Jan Snoek sur le sujet, Dervy 2012). 

On trouve cité dans la création du Rite d’Adoption en 1744, le fameux Charles François de Radet dit Chevalier de Beauchaine qui aurait créé  l’Ordre des Fendeurs en 1747, sur le modèle d’une confrérie du quinzième siècle (selon Ragon de Bettignies). C’est ce rite auquel fait référence Régis Blanchet quand il réactive le Rite Forestier des Modernes dans les années 80. C’est aussi en 1744 que l’Ordre de la Cognée implante son premier collège à Paris (cf. André Kervella, les rois Stuart et la FM, éditions Ivoire-Clair 2013).

 Malheureusement pour ces deux degrés, placés respectivement aux 21ème et 22ème degrés, pour une raison qui échappe encore à beaucoup, lesdits grades ne sont plus pratiqués depuis longtemps, l’ont-ils jamais été d’ailleurs ? Avant de tomber en désuétude, il est indéniable que les thèmes de Noé, de son Arche et de la Tour de Babel ont alimenté les préoccupations initiatiques des Maçons du XVIIIème siècle. Noé est un précurseur d’Hiram dans le manuscrit Graham de 1730. La particularité du « Chevalier Prussien » c’est qu’il est dit aussi « Noachite ».

C’est de par sa proximité avec Noé, héros du grade de Nautonier, que nous avons retenu de le pratiquer. On notera le distinguo entre les degrés dits « noachites » et ceux désignés comme « hiramites » opéré par les historiens de la franc-maçonnerie. Le mot de « prussien » dans le contexte du REAA, ne peut que faire penser au roi Frédéric II de Prusse qui y occupe une place prépondérante.

Sachant que la tradition maçonnique « prussienne » doit beaucoup à un personnage qui fréquenta assidûment la cour du roi à Berlin, il s’agit de Georges Keith (1693-1778), exilé jacobite, franc-maçon éminent. Georges Keith est « comte Marischal » fonction héréditaire en Ecosse depuis la bataille de Bannockburn, fondatrice de la dynastie royale avec Robert the Bruce. Hébergé par Frédéric II, il le nomma ambassadeur de Prusse à Paris, puis gouverneur de la cité des princes de Neuchâtel en Suisse alors terre d’Empire.

Georges Keith est identifié comme créateur des « Hauts Grades » dits « écossais » notamment à Berlin (où il finira ses jours) le 32ème degré, le Prince du Royal Secret. On notera dans ce degré la présence du loup. Si ces degrés ont une origine opérative, on ne peut que remarquer que certains compagnonnages sont nettement christianisés, celui de Maître Jacques par exemple, et qu’en revanche d’autres se disent « salomoniens » et par conséquent non chrétiens puisque leur référence se souche en amont de la révélation chrétienne.

C’est le cas des Compagnons Charpentiers qui se nomment entre eux « les Loups » ou « les Indiens ». Les loups sont ceux qui vivent en marge de la société, au contact de la forêt. On pourra signaler également que le métier de « tuileur » qui correspond à l’officier de loge placé à l’extérieur est un métier de la forêt et qu’Hiram est un bronzier, c'est-à-dire un forgeron en lien avec la forêt par les charbonniers. 

Je cite pour conclure un paragraphe tiré d’un article de Thomas Dalet du 16 juin 2012 :« Les métiers « salomoniens » ont tous un rapport avec le bois et leur réticence à adhérer au canevas social et éthique chrétien laisse supposer qu’ils protègent la conservation de rites préchrétiens.

La référence salomonienne ne veut en aucun cas dire qu’ils détiennent des rites remontant aux temps sémites de la construction du Temple de Salomon, mais serait plutôt une concession permettant à ces métiers de bois de s’intégrer aux grands chantiers médiévaux sans finir sur un bûcher. » 

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Le symbolisme du Grade de Chev R C : de V.I.T.R.I.O.L. à I.N.R.I.

Publié le 31 Août 2026 par T.D

Par anck131 

Le thème de cette planche va nous faire voyager, une fois encore. De
V.I.T.R.I.O.L. à I.N.R.I. ou de l’intérieur de la Terre à l’Esprit.
Le chemin que nous allons parcourir va nous faire prendre conscience que le passage d’un degré au suivant s’effectue sans qu’il existe une quelconque hiérarchie entre les deux mais bien un complément initiatique.
Chaque étape nous ramène vers le cabinet de réflexion pour en sortir grandi. Non pas au sens profane, mais comme allégé, débarrassé des métaux, purifié en quelque sorte. Ici tout est symbole.
Au jour de l’Initiation, le cabinet de réflexion en symbolisant la mort du profane en vue de sa naissance à la vie spirituelle représente l’épreuve de la Terre. Nous savons désormais que ce n’est pas une Terre brute puisque nombre de symboles y sont dévoilés. Il ne tient au « visiteur » que d’en comprendre le sens et, fort de son parcours antérieur, de rectifier et de se rapprocher de la Lumière.

Ainsi V.I.T.R.I.O.L. et sa signification « Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu découvriras la Pierre Cachée » passe d’une énigme initiale à une indication de nouveau chemin à découvrir, rappelée à chaque passage. Et les symboles alchimiques qui sont présents, sel et mercure entre-autres, nous annoncent que nous ne pouvons pas passer des Ténèbres à la Lumière, de la putréfaction à la pureté, du feu extérieur, purificateur reçu par l’initié, à I.N.R.I., Feu intérieur du Chevalier Rose Croix, sans les utiliser à juste proportion et équilibre.
Les purifications que nous avons reçues nous ont permis de comprendre notre placement dans un Tertre, notre passage par une caverne, notre descente dans un puits et notre participation à la sacralisation d’une voûte souterraine.

Au 3ème degré, la perte de la Parole entraîne la séparation entre la matière et l’Être. Dorénavant, la recherche de la Parole perdue permettra de réunir ce qui est épars et de répandre partout la Lumière.
La situation particulière du Maître lors de sa verticalisation et son relèvement par les cinq points parfaits de la maîtrise définit ses futurs objectifs : Spiritualiser la matière et incarner l’Esprit.
C’est avec cet enseignement que le Maïtre aborde la Loge de Perfection dont la mission est de lui permettre de spiritualiser la matière par une démarche intérieure symbolisée par le scellement des lèvres par le sceau du secret. Il y apprendra à garder le secret, à être obéissant et, par le Devoir, promouvoir la Justice.

Le 5ème degré de Maître Parfait clôturera les degrés de maîtrise en traçant le futur spirituel du maître : réaliser la quadrature du cercle c’est-à-dire mettre son coeur, symbole du centre, en conformité avec l’enseignement d’Hiram, l’homme juste, fidèle à son devoir jusqu’à la mort. Après la reconstitution du ternaire et la réorganisation du chantier, le rectificando reprend ses droits.

Le 9ème degré de Maître Élu des Neuf nous montre que la Justice n’est pas la vengeance. Le passage dans la caverne est essentiel car il nous indique d’aller au plus profond de nous pour être face à nous-mêmes dans le noir le plus complet. Plus exactement dans une noirceur éclairée par une lampe à huile donnant de la lumière. Cet éclairage nous rappelle à la fois l’allégorie de Platon mettant en scène les ombres vues par l’homme dans la caverne et le symbole du feu divin, la Lumière, nous dévoilant le chemin de la Connaissance.

Le 13ème degré de Chevalier de Royal Arch, par l’ouverture de la onzième porte et l’accès au Temple d’Hénoch, nous fait découvrir que la transcendance est au fond du puits. La conception suprême cachée sur la pierre cubique d’agate résonne comme l’occulta lapidem de V.I.T.R.I.O.L. Au centre de l’Idée, l’initié se trouve au centre de l’esprit humain, foyer de la connaissance qui projette la Lumière sur les choses de la nature et en réfléchit l’image ou l’idée. Si la spiritualisation de l’homme est accomplie, l’expérience de la 11ème porte
montre les limites de l’homme : l’absolu ne lui est pas encore accessible.

Le 14ème degré de Grand Élu de la Voûte Sacrée nous enseigne de se
rapprocher de la perfection. Le franchissement des cieux de l’Arbre de Vie et la découverte de l’Infini nous font passer d’une Voûte souterraine à une Voûte Sacrée. Il convient désormais de changer de plan et de travailler dans l’Esprit. La Parole est perdue. Les Chevaliers Rose-Croix se réunissent en Chapitre pour la retrouver avec le concours du Très Sage Athirsata. De même qu’Hiram meurt sans cesse, la parole est retrouvée et perdue aussitôt,
car elle n’est pas une fin en soi mais une incitation à ....

Au 18ème degré de Chevalier Rose Croix nous prenons connaissance du mot sacré I.N.R.I. : La Nature est Entièrement Renouvelée par le Feu.
Mais, de quelle nature et de quel feu s’agit-il ?
A mon sens, la nature symbolise l’Être humain et tout se qui le constitue. C’est à dire son évolution au regard de son histoire, son environnement, sa culture, et sa place dans la société.
Et le Feu ? Tout indique dans notre rituel que c’est l’Amour. L’Amour n’est-il pas la vertu essentielle du Chevalier Rose Croix ?
Et seul l’Amour peut entièrement renouveler ce qu’il entoure, ou encercle en référence au feu. Depuis le 1er degré, l’initié est familiarisé avec le Feu, mais que de chemin parcouru depuis le cabinet de réflexion.
Retrouvant la Parole I.N.R.I., le Chevalier Rose-Croix retrouve la Lumière.

A l’intersection de la matérialité de sa condition et de l’Esprit se trouve son unité, son centre, son coeur d’où éclot la rose, d’où jaillit le Feu.
Le Feu dévoile ses différents aspects : purificateur (il élimine les scories),
psychopompe (il assure le passage du profane au sacré) et créateur (il anime la matière inerte). Participant à la Lumière vivifiante, le Chevalier Rose-Croix devient un évocateur du Principe. Il ne s’appartient plus, par l’humilité dont il fait preuve et le don de soi, il devient le Pélican de son bijou qui se sacrifie pour ses frères et l’humanité toute entière. En se sacrifiant, il établit le sacré en lui. Par sacrifice de soi il faut entendre la remise en question de nos certitudes, de s’ouvrir vers le doute et de
nous ouvrir aux autres.

Il est le Temple et se rend prêt à recevoir la Lumière. Ainsi le Pélican se
transforme en Phénix, symbole de l’être parvenu à l’achèvement de l’oeuvre, soufre rouge des alchimistes. Le Phénix personnifie le Feu principiel. Le Feu du Chevalier Rose-Croix est la résultante de l’action de la Lumière sur sa matière purifiée, c’est parce qu’elle est  purifiée que le feu ne la détruit pas.
Désormais, Parole, Lumière, Vie et Feu, bien que distincts, sont indissociables. Immanence et transcendance s’unissent dans la Rose, point de passage entre l’Absolu et le relatif, entre le monde d’en haut et le monde d’en bas.

De V.I.T.R.I.O.L. à I.N.R.I., nous avons parcouru un long chemin fait de réflexions pour arriver à la Croix faite de quatre branches ou axes et un centre. Il appartient au Chevalier Rose Croix de transmettre la Lumière et l’Amour qu’il porte en lui (Centre de la Croix) par ses actions externes (axes de la Croix) . Plus besoin de mourir puis de renaître sur notre cheminement initiatique. Le don de soi pour et par l’amour de l’autre est « suffisant ».
Très Sage Athirsata, Très Illustres Frères et vous tous mes Frères Chevaliers
Rose-Croix,
J’ai dit.

 

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Les valeurs philosophiques fondamentales du Rite Écossais Ancien et Accepté

Publié le 30 Août 2026 par T.D

Les valeurs du REAA : Clé de voûte du chemin maçonnique

Lorsque l’on pousse la porte d’une loge maçonnique, une atmosphère singulière s’installe immédiatement, alliance d’ancienneté et de mystère à la lueur tamisée des chandeliers. Le frémissement du bois sous les pas, le souffle feutré des échanges, tout indique ici que l’on s’apprête à pénétrer un univers où l’on ne discute pas seulement de symboles abstraits, mais où s’incarnent les valeurs du REAA. Ces principes, patiemment distillés au fil des siècles, résonnent avec une force particulière aujourd’hui, dans un monde qui peine trop souvent à dépasser les clivages et cherche encore son Nord moral.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté propose à la fois un socle et un guide pour chaque initié qui entreprend d’en parcourir le sentier. Il s’agit de rituels précis, de gestes codés, mais plus encore d’une invitation à remettre en question l’évidence du quotidien. Chaque valeur, loin de n’être qu’un simple mot gravé dans le silence solennel de la loge, prend chair et vigueur au contact des vécus et des épreuves des frères et des sœurs. À l’image d’un pont suspendu au-dessus d’un gouffre, ces valeurs relient ce qui, ailleurs, demeure séparé. La tolérance ouvre l’espace à la différence ; la recherche de « l’absolu » s’ancre autant dans les livres sacrés que dans les doutes de l’âme moderne.

Quels chemins s’ouvrent donc derrière ces mots ? En quoi l’apprentissage de la fraternité maçonnique prépare-t-il à l’épreuve du dehors, là où règnent la compétition et l’isolement ? S’engager dans la voie du REAA, c’est parfois accepter d’être ébranlé, mis en face de ses propres contradictions, pour mieux s’élever. Car autrui, dans cette voie, n’est pas un rival mais un miroir, métaphore puissante d’un monde où chaque fragment de lumière révèle la grandeur de l’ensemble. Les valeurs du REAA, ici, font figure de clefs, précieuses, ouvrant sur un royaume intérieur plus vaste que tous les temples de pierre.

De l’histoire à l’idéal : le Rite Écossais dans la culture maçonnique

L’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté entremêle la trame de la grande Histoire européenne avec celle, plus discrète, mais tout aussi décisive, de la fraternité maçonnique. L’importance du XVIIIe siècle est reconnue : contexte de bouleversements, de révolutions silencieuses et d’émancipation des consciences. Au cœur de cette époque, la France devient un laboratoire d’idées où la franc-maçonnerie se structure et où le REAA verra le jour, synthétisant l’effervescence des Lumières, l’universalisme naissant et la volonté de réunir le genre humain.

Pour comprendre la portée de ce rite, il suffit d’observer comment il s’empare de la devise issue de la Révolution française : liberté, égalité, fraternité. Ici, chacun de ces mots, banalisés par l’usage courant, retrouve sa dignité originelle par la pratique d’une éthique exigeante, par l’observance quotidienne d’un idéal qui, tout en puisant dans la tradition, s’ajuste sans cesse aux transformations du monde.

La genèse du REAA ne fut pas chose aisée : débats entre courants, querelles d’autorité, recherche d’une parole commune au sein d’une Europe traversée par les conflits religieux et politiques. La franc-maçonnerie, tour à tour suspectée, persécutée et célébrée, dut se forger à travers ces épreuves une identité mouvante, apte à intégrer la diversité des opinions et la richesse des héritages. Le REAA n’est pas un vestige du passé mais la résultante d’un dialogue permanent entre mémoire et ouverture à l’avenir.

  • 1717 : Naissance à Londres de la première Grande Loge, actant l’entrée symbolique de la franc-maçonnerie moderne dans l’Histoire.
  • Mise en place, en France, des premiers ateliers travaillant selon la tradition écossaise, entre 1740 et 1760.
  • 1801 : Organisation du Suprême Conseil du REAA à Charleston, qui officialise l’autonomie du rite à l’échelle internationale.
  • Figures majeures : le duc de Sussex en Angleterre, le comte de Grasse-Tilly en France et aux Amériques, véritables fondateurs d’une vision universaliste et humaniste de la maçonnerie écossaise.
  • Introduction du REAA dans la culture républicaine et laïque, faisant du rite un pont entre spiritualité et engagement civique.

Chaque point de cette chronologie capture l’énergie d’une époque, la volonté de faire dialoguer les frontières et de jeter, à travers le REAA, une passerelle entre la méditation philosophique et l’action dans la cité.

Plongée dans le cœur du REAA : les principes et valeurs maçonniques

Quand on aborde les valeurs du REAA, il serait réducteur de les considérer comme une simple déclinaison morale. Elles formulent un horizon éthique, mais le REAA invite à un engagement intérieur plus profond : dire « tolérance » ne suffit pas, il s’agit de l’éprouver, au contact de l’autre, parfois dans la friction des différences. Cet accueil de l’altérité suppose un équilibre délicat, car la tolérance n’est pas l’effacement des convictions, mais l’apprentissage d’un dialogue authentique – à l’image d’un chantier collectif où chaque pierre garde sa couleur et sa singularité tout en contribuant à l’édifice commun.

  • Tolérance maçonnique : Oui, elle réclame l’ouverture. Mais imaginez un cercle où ne serait admis que l’identique : il n’en resterait rien, sinon l’ennui. Ici, le désaccord devient matière à croissance, comme le polissage de la pierre brute par la main patiente de l’artisan.
  • Recherche de vérité : Elle se fait, non pas dans la possession d’un « dogme », mais par la quête du Grand Architecte de l’Univers. Pourquoi ? Parce que la vérité change de visage selon le regard que l’on porte sur elle, et l’initiation apprend d’abord l’humilité devant le réel, tel un voyageur qui découvre, à chaque étape, un nouveau paysage.
  • Liberté, égalité, fraternité : Ces idéaux ne sont pas figés sur le fronton d’un temple. Ils se vivent ; ils se confrontent à l’épreuve du quotidien. La liberté s’éprouve dans la confrontation à ses propres chaînes ; l’égalité s’incarne dans l’effacement des titres et des privilèges, dès l’instant où l’on franchit le seuil de la loge ; la fraternité se vérifie devant l’adversité, à la manière dont la main se tend vers celui qui chancelle.
  • Dignité humaine et respect : L’esprit maçonnique exige que nul ne soit réduit à une fonction ou une apparence. Chaque frère, chaque sœur, est perçu dans sa dignité irréductible. Ce n’est pas un simple vœu pieux, mais le quotidien d’une éthique du regard et de la parole, où l’on s’applique à ne jamais trahir cette fraternité fondamentale qui précède même la parole.
  • Symbolisme maçonnique : À l’image d’une clef ouvrant sur des chambres secrètes, le symbolisme ne fige aucun dogme ; il invite à l’exploration. Rien n’est imposé : chaque outil, chaque geste, porte en lui plusieurs lectures, selon l’étape du chemin et la lumière intérieure de celui qui s’y confronte.

Pénétrer le cœur du REAA, c’est accepter la pluralité des significations, refuser la voie simplificatrice et entrer dans la dialectique du doute et de l’espérance.

Les mécanismes des valeurs du REAA : une pédagogie pour tous

Loin d’une approche théorique, le REAA déploie ses valeurs à travers une pédagogie matérielle, sensorielle, où chaque détail du rituel porte une charge symbolique. Dans la loge, la lumière se nuance selon la progression des travaux : tantôt éclat brut du midi, tantôt clarté douce du crépuscule, chaque nuance guide l’initié. Le parfum discret du bois ciré flotte entre les colonnes, rappelant l’ancienneté des gestes et la transmission silencieuse du savoir. Chaque moment prend sens car vécu dans la lenteur du rite, où l’on ressent le poids de l’histoire et la nécessité de l’attention.

  • Études en loge : Les échanges, protégés de l’agitation extérieure, sont régis par une discipline de la parole et de l’écoute. Chacun doit apprendre à ménager le silence, à ressentir l’intention derrière le mot, à accueillir l’inconnu. Cela demande courage et humilité, surtout lorsqu’une idée différente dérange. C’est dans cet espace que l’on découvre des horizons nouveaux et que l’intelligence collective se construit.
  • Symboles vivants : La truelle, la règle, l’équerre se transmettent de main en main : leur froid métal, leur poids dans la paume, rappellent que chaque geste façonne la personnalité du franc-maçon. Ces outils ne sont pas de simples accessoires : ils deviennent compagnons de route, témoignant d’un engagement qui s’inscrit dans la durée, jusque dans les usages du profane.
  • Rituels initiatiques : Moments fondateurs, jalons de passage, ils rythment le parcours de l’initié. Le changement de lumière, le secret du mot transmis à l’oreille, la pression solennelle de la main lors de l’accueil : tout concourt à imprimer dans le corps et l’esprit une expérience mémorable, qui guide et oriente, tel un parfum d’enfance ressurgissant au détour d’une journée banale.
  • Ouverture à la pluralité : Le REAA se distingue par son ouverture : y coexistent hommes et femmes de toutes origines, de toutes confessions ou convictions, dont le dialogue tisse chaque soir un fil d’universalité. Cet accueil n’est jamais neutre ; il oblige chacun à se situer, à enrichir sa perception du monde, à composer avec la pluralité en la respectant profondément.
  • Pratique de la tolérance : Le débat en loge n’est jamais un combat d’ego ; il se nourrit de la bienveillance et de la volonté de comprendre. Les tensions, s’il y en a, se dénouent dans le respect du rite et l’amour du progrès partagé. Cette pratique façonne, petit à petit, une autre manière de vivre ensemble hors les murs de la loge.

Le mécanisme principal du REAA réside donc dans sa capacité à éduquer par le sentir et le faire, non par le seul discours.

Pourquoi les valeurs du REAA résonnent encore aujourd’hui

Ce qui traverse les siècles et confère aux valeurs du REAA une actualité saisissante, c’est l’écho qu’elles trouvent dans l’expérience universelle de toute humanité. À l’heure où la société semble fragmentée, où l’individualisme crée des solitudes insoupçonnées, qui n’a jamais ressenti ce vertige de l’isolement, ce désir immense d’appartenir à un ensemble plus grand, plus fraternel, plus juste ? Le REAA, à travers ses pratiques et son éthique, offre un remède discret mais profond à la peur de n’être qu’un individu solitaire au sein d’un monde impersonnel.

En loge, chaque silence a le poids d’un serment : l’écoute y devient un refuge contre le vacarme de la société. Les gestes répétés, l’accueil du nouvel arrivant, rappellent qu’être reconnu par ses pairs, compris dans sa différence, constitue l’un des besoins fondamentaux de l’humain. Si tant de femmes et d’hommes se tournent encore aujourd’hui vers le chemin maçonnique, ce n’est pas par nostalgie, c’est par quête d’un sentiment d’appartenance authentique, d’un espace où l’on s’exerce à la fraternité au sens le plus large du terme.

Le parcours du REAA n’exclut pas les luttes intérieures : l’angoisse de l’échec, la crainte du regard de l’autre, la tentation parfois de renoncer à la quête de sens face à l’indifférence. C’est précisément parce qu’elles mettent en scène ces obstacles que les valeurs du REAA dialoguent avec la vie nue : elles convoquent l’espérance, forcent à la confiance renouvelée en l’humanité, et inventent, nuit après nuit, une réponse à ce grand besoin de lien. Ainsi, la maçonnerie, loin d’être un sanctuaire fermé, s’inscrit dans le mouvement du monde : à travers elle, chacun apprend à regarder le visage de l’autre comme le reflet unique et précieux de la diversité humaine.

 

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Le Rite Ecossais Ancien Accepté

Publié le 30 Août 2026 par T.D

Le Rite Ecossais Ancien Accepté débute en 1801, mais prend racine dans la franc-maçonnerie française qui a éclos et fructifié au 18ème siècle

Le Rite Ecossais Ancien Accepté a été institué en 1801 par la constitution du Suprême Conseil de Charleston (Pennsylvanie USA). Mais seulement les 3 derniers degrés sur les 33 degrés que compte le REAA, ont été ajoutés à ce moment au Rite de Perfection importé par les exilés français de Saint-Domingue. En effet le plus gros de la structure était constituée du rite apporté aux USA par Francken, qui a lui-même adopté le rite de perfection de la Saint-Domingue où Étienne Morin avait peaufiné la structuration en 25 degrés du rite de perfection (« l’Art Royal dans toute sa perfection » comme Étienne Morin l’a lui-même défini) qu’il avait exporté de France (Paris et Bordeaux). Il est même assez remarquable que la quasi-totalité des degrés du 4 au 30 ait été élaborée en France entre 1735 et 1761, et puis ait migré d’abord aux Antilles puis après sur la côte Est des États-Unis, à New York via Francken qui y a trouvé refuge, ou à Baltimore ou Charleston via les réfugiés de Saint-Domingue, dont Grasse de Tilly.
Au passage, notons l’incidence de la présence des juifs hollandais dans les Antilles, expulsés une première fois des terres portugaises et espagnoles, puis des îles Françaises pour se réfugier dans les îles anglaises puis aux États-Unis, à Baltimore, Charleston, Philadelphie et New York. A l’origine du développement de la culture de canne à sucre et surtout de l’industrie sucrière construite autour de moulins à vent, leur passage est intimement lié au développement de la maçonnerie écossaise venue de France. Etienne Morin était-il de religion juive ? Certains historiens ont soulevé la question. En tout cas, Francken l’était ouvertement.
Quel rituel était pratiqué pour les degrés symboliques (1 à 3) en France au 18ème siècle (avant la révolution), puis dans les Antilles, puis dans les loges américaines où travaillaient les maçons appartenant aux loges de perfection qui adhéreront au Suprême Conseil, en adoptant la structuration en 33 degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté au début du 19ème siècle ?
La plupart des historiens maçonniques (voir la bibliographie en annexe) s’accordent pour affirmer que les loges qu’elles soient clairement adhérentes à la Grande Loge de France puis au Grand Orient de France, ou qu’elles se revendiquent loges écossaises dépendant de loges mères qui n’ont pas adhéré aux Grandes Loges, pratiquent toutes pour les 3 premiers degrés un rituel très proche du rituel des moderns, correspondant à l’époque au rituel de la Grande Loge d’Angleterre, rituel qui a été formalisé par le Grand Orient de France en 1785 sous le nom de Rite Français. Ce rituel a été publié en 1801 dans le Régulateur du Maçon publié par le Grande Orient de France au sortir de la période révolutionnaire quand les loges rallumaient leurs feux.
La structuration de la maçonnerie, comme l’expose de façon détaillée Luis Trébuchet dans sa somme « De l’Écosse à l’écossisme », à partir de 4 filières de maçonnerie écossaise, (i) la filière parisienne et lyonnaise du Grand Écossais, (ii) la filière bordelaise Les élus Parfaits ou Grands Ecossais, (iii) la filière du comte de Clermont en usage à Paris, ou à Mirecourt et Metz, l’Écossais des trois JJJ, (iv) la filière des Écossais Trinitaires du Frère Pirlet apportée en 1756 par le frère Gantelme à Versailles et à Paris. Toutes ces loges écossaises sont surtout occupées à travailler au développement des degrés supérieurs (les hauts grades), les 3 premiers degrés étaient travaillés dans les loges dites symboliques, de façon clairement séparée des ateliers supérieurs dès 1743. Notons d’ailleurs au passage que l’interdiction aux maîtres (écossais) de faire état (décors, épée…) de leur appartenance aux degrés supérieurs lorsqu’ils sont en loge symbolique, correspond à l’interdiction faite aux loges de tenir leur réunion dans des cabarets et autres lieux publics. Cela mérite peut-être un approfondissement.
Tous les degrés écossais recrutent dans les loges symboliques des maîtres pour initier aux grades suivants. Les degrés supérieurs sont de fait, pratiqués dans des loges de maîtres, et plus précisément de maîtres dits « écossais », car elles ont été créées par les émigrés stuartistes, catholiques d’origine écossais, irlandaise et même anglaise.
Le mouvement de développement de la maçonnerie dite écossaise, qui est avant tout française, démarre en France pour migrer vers les Antilles puis la côte Est d’Amérique du Nord, d’un côté, et vers l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galle et l’Angleterre d’un autre côté. L’introduction du rituel des ancients pour les 3 premiers degrés ne concerne pas tout de suite les loges écossaises de France, mais seulement en 1790 avec la création du rite d’York à Saint-Domingue, lorsque la Révolution aura conduit la franc-maçonnerie française à se mettre en sommeil.
Ainsi la franc-maçonnerie écossaise qui deviendra le REAA s’est construite au 18ème siècle avec des maîtres qui travaillaient dans leurs loges symboliques au rite des moderns. Le manuscrit de Francken ne le précise pas puisqu’il ne concerne que les degrés de 4 à 25 du rite de perfection, qui faisaient suite sans doute à un rituel des 3 premiers degrés des moderns comme l’indique certains éléments du rituel. Citons notamment qu’au 4ème degré, le 1er surveillant se place au midi et le 2nd surveillant au septentrion, au pied des colonnes, tout comme dans le rituel des moderns.
En ce qui concerne le Suprême Conseil de France créé en 1804, la question se pose un peu différemment. Une première réalité à prendre en considération est le réveil des loges maçonniques après la Révolution, dans un contexte économique et social particulier qui est celui de la constitution de l’empire napoléonien. L’arrivée au pouvoir de Napoléon permet une réhabilitation de la noblesse qui peut revenir d’exil tout en consacrant l’accession au pouvoir des bourgeois, ou tout le moins des bourgeois éclairés et fortunés. Une deuxième réalité qui découle en fait de la première est le concordat avec l’Église catholique, mais aussi la réaffirmation du respect de la religion juive et du protestantisme. Une troisième réalité peut-être également éclairante est le reniement de l’abolition de l’esclavage et la lutte armée des colons blancs contre l’émancipation des esclaves en Haïti et Saint-Domingue.
Aussi lorsque le Suprême Conseil de France est créé en 1804 en ralliant les loges écossaises qui étaient en dissidence avec le Grand Orient de France, les maçons américains ont pu proposer aux loges écossaises en réveil elle aussi après la période révolutionnaire, le rituel d’York pour les 3 premiers degrés. Soulignons qu’en 1804, les exilés fraîchement revenus d’Amérique ont réanimé pas moins de 7 loges crées entre 1790 et 1800 à Saint-Domingue, supposées avoir travaillé au rite d’York. C’était pour ces maçons écossais une bonne occasion de se démarquer des loges ralliées au Grand Orient de France qui devaient adopter le Rite Français, selon les prescriptions du Régulateur imprimé en 1802.
Les loges écossaises réunies au sein du Rite Ecossais Ancien Accepté régi par le nouveau Suprême Conseil de France vont créer une (très) éphémère Grande Loge Générale Ecossaise (1804-1805) pour rallier, sous la pression du nouvel empereur Napoléon 1er, le Grand Orient de France. Il est vraisemblable que des loges écossaises, bien qu’affiliées au GODF, aient conservé peu ou prou le rituel des ancients pour les premiers degrés alors que l’essentiel des loges françaises continuait à pratiquer le rituel des moderns formalisé dans le Rite Français.
En 1829 avec la publication du Guide des Maçons Écossais par les loges écossaises encore dépendantes du GODF, le rituel du Rite Ecossais Ancien Accepté pour les 3 premiers degrés, inspiré des ancients, devient la norme pour les loges écossaises. C’est à ce moment que le Suprême Conseil de France s’arroge la gestion des grades bleus ce qui permet à ces loges écossaises de s’affranchir du GODF. Est-ce que les loges symboliques écossaises qui vont se rallier au Suprême Conseil de France, vont toutes adopter le rituel du Guide des maçons ? Cela n’est pas certain. Ce n’est pas parce que les maîtres pratiquent le REAA au sein des loges de perfection et autres ateliers des grades supérieurs, qu’ils arrivent à imposer à leurs loges symboliques d’adopter un nouveau rituel, surtout si celui-ci introduit des changements radicaux. Les maîtres écossais ne font pas la loi dans les loges symboliques, et surtout, n’oublions pas que les loges de perfection (degrés supérieurs du 4 au 14ème) doivent recruter large dans toutes les loges symboliques de leur territoire, quels que soient leurs rituels.
Autre phénomène très important pour la franc-maçonnerie française (non sans interaction avec les autres pays européens et américains du Nord et du Sud), le 19ème siècle est très bouleversé d’un point de vue social et politique avec l’alternance entre empire, royauté et république, ce qui impacte nécessairement la vie des grandes loges comme celle des loges. A cela s’ajoute le développement du positivisme et la remise en question de la religion, phénomène largement commencé à la Révolution, qui bien entendu affecte la vie des grandes loges et surtout celle des loges qui auront de plus en plus de mal à pratiquer le rituel des 3 premiers degrés dans sa dimension religieuse et par essence chrétienne. Le rituel français inspiré du rituel des moderns est remis en question, mais aussi de façon encore plus nette, le rituel écossais inspiré du rituel des ancients. L’apothéose de ce mouvement sera la décennie de 1870, avec comme éléments phares pour la France, la Commune de Paris, la mise en place de la 3ème république et, pour ce qui concerne la franc-maçonnerie, le Convent de Lausanne qui a réuni les Suprêmes Conseils du REAA de tous les pays à l’initiative du SCDF. La franc-maçonnerie française (mais aussi belge, allemande…) devient laïque, ce qui provoque la rupture avec la franc-maçonnerie anglo-saxonne qui n’a pas vécu les mêmes séismes sociopolitiques, et s’accroche à une franc-maçonnerie fondamentalement chrétienne.
Les premiers à affirmer la laïcisation de la franc-maçonnerie ont été les Belges dont le Grand Orient de Belgique supprime en 1854 l’article de ses règlements généraux qui interdit toute discussion en loge de sujets politiques ou religieux. Dix-huit ans plus tard, en 1872, après des discussions de plusieurs années, à l’instar du GDOF, le GOB modifie ses statuts et règlements généraux et supprime la référence au Grand Architecte de l’Univers et l’obligation d’invocation. Le GOB inscrit alors la lutte pour le progrès social au programme de l’obédience.
Cette évolution du travail en loge qui devient humaniste et non religieux, affecte aussi les loges en France. Cette laïcisation qui avait commencé en fait dès la période révolutionnaire, sera officialisée avec la publication par le Grand Orient de France en 1870 d’un nouveau rituel du Rite Français expurgé de toute référence religieuse.
Les loges symboliques écossaises relevant du Suprême Conseil de France ne sont pas épargnées. L’audience des « novateurs » partisans de supprimer l’invocation du Grand Architecte de l’Univers au nom de la liberté de conscience va croissante.
C’est dans ce contexte que seront réunis en Convent Universel à Lausanne du 6 au 22 septembre 1875, onze Suprêmes Conseils du REAA du monde entier. Une Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en 1875 qui concilie l’affirmation d’un Principe créateur et le respect de la liberté de conscience (i.e. le franc-maçon n’est pas obligé de croire en Dieu). Elle maintient la devise universelle des Suprêmes Conseils Deus Meumque Jus avec la possibilité d’y adjoindre une devise nationale de son choix (le SCDF choisira « Liberté-Egalité-Fraternité »). C’est le fondement du REAA pour les années à venir qui fait loi jusqu’à aujourd’hui.
C’est sur ces nouveaux principes d’une relative, mais certaine laïcisation du rite que les rituels des 3 premiers degrés seront remaniés et publiés par le SCDF en 1877. Lorsque sera créée la Grande Loge de France en 1895 avec comme objet de réunir toutes les loges symboliques jusqu’à présent régies par le SCDF, le rituel qui sera adopté sera sans modification substantielle le rituel de 1877.

8. Construction du REAA et marche de l’Histoire

Le rituel évolue et il s’est considérablement enrichi avec des temps forts de mutation. L’évolution du rituel correspond à l’évolution de la société et de la pensée philosophique qui anime la société. Cette évolution des rituels traduit à la fois un changement de la société, mais aussi un changement dans la pratique de la franc-maçonnerie, dans la progression initiatique des frères qui pratiquent les rituels.
On ne peut en aucun cas affirmer qu’il y a un rituel princeps à partir duquel il y aurait eu des ajouts plus ou moins malheureux, princeps qu’il faudrait retrouver dans sa pureté originelle pour préserver une spiritualité initiatique originelle.
C’est un non-sens, car la spiritualité initiatique de la franc-maçonnerie a évolué, s’est enrichie au fur et à mesure de son développement. Elle a pu intégrer dans son fondement l’universalisme qui permet, précisément, aux francs-maçons qui pratiquent le rituel, de progresser collectivement, en vérité et en harmonie dans le monde où ils vivent.
Le rituel princeps s’il en est un, ne peut être antérieur aux adaptations qui ont été faites pour intégrer l’universalisme du principe du Grand Architecte de l’Univers adopté par le Suprême Conseil de France en 1875 lors du Convent universel de Lausanne. Et pour la Grande Loge de France, un rituel princeps ne saurait être antérieur au rituel qui a été adopté à sa création en 1895, c’est-à-dire le rituel publié par le SCDF en 1877.
C’est ainsi qu’en 1878, Jean-Emile Daruty en avant-propos de son étude historique de la franc-maçonnerie, pourra définir la franc-maçonnerie, dans des termes que les francs-maçons du 21ème siècle ne renieraient pas, et même pourront reprendre à leur compte sans réserve :
« La franc-maçonnerie est une alliance humanitaire, philanthropique et progressive qui a pour bases et pour principes l’amour de la vérité et de la justice, la loi du progrès de l’humanité et les idées philosophiques de liberté, d’égalité, de fraternité, de respect et de solidarité. C’est une association volontaire qui unit, par les liens de la fraternité, des hommes libres dans leur vie matérielle comme dans leur vie intellectuelle, dans l’exercice de leur profession comme dans la direction de leur pensée. »

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Le Rite Ecossais Ancien et Accepté

Publié le 30 Août 2026 par T.D

Le Rite écossais ancien et accepté (REAA) est l'un des rites maçonniques les plus répandus dans le monde. Il fut fondé en 1801 à Charleston (USA) sous l'impulsion des Frères John Mitchell et Frederic Dalcho, sur la base des Grandes Constitutions de 1786, attribuées à Frédéric II de Prusse. C'est à l'origine un Rite destiné uniquement aux grades qui suivent le grade de Maitre et il n'acquière sa pleine pertinence qu'à partir du 4ème degré.

Bien qu'il soit composé de 33 grades, il est habituellement pratiqué dans le cadre de deux organismes complémentaires mais distincts:

  • Une obédience maçonnique qui fédère des loges des trois premiers grades de la franc-maçonnerie.
  • Une « juridiction » de hauts grades maçonniques, dirigée par un « Suprême Conseil », qui regroupe des ateliers du 4ème au 33ème degrés.


Premières références au degré de « Maître écossais »

On trouve dès 1733 la trace d'une loge de Temple Bar, à Londres, ayant conféré le degré de « Maître écossais » ("Scots Master" ou "Scotch Master"). Il fut également conféré dans une loge de Bath en 1735 et dans la loge « française » « St George de l'Observance n°49 » de Covent Garden, en 1736.

Le mythe de l'influence Jacobite

L'origine du mythe de l'influence Jacobite sur la naissance des hauts grades pourrait résider dans une remarque imprudente faite par John Noorthouk en 1784 dans le livre des Constitutions de la première Grande Loge de Londres. Il y était déclaré sans preuve que le roi Charles II (frère aîné et prédécesseur de James II) fut fait franc-maçon en Hollande durant son exil (1649-1660). Il est aujourd'hui clair qu'à cette époque, il n'existait pas encore de loges de francs-maçons sur le continent. Cette remarque visait certainement à flatter la fraternité par la revendication de l'appartenance d'un ancien monarque. Cette légende fut embellie par John Robison (1739–1805), professeur de philosophie à l'Université d'Edinbourg dans un ouvrage anti-maçonnique publié en 1797.

Au milieu du XIXe siècle, cette légende se développa encore. Le célèbre auteur maçonnique anglais George Oliver (1782-1867), dans son ouvrage « Historical landmarks » la relança et déclara même que le roi Charles II assistait régulièrement aux tenues. Cette histoire fut reprise par les auteurs maçonniques français Jean-Baptiste Ragon (1771-1862) et Emmanuel Rebold, ce dernier imaginant même de toutes pièces une création des hauts grades au sein de la loge Canongate Kilwinning d'Edimbourg.

Étienne Morin et son rite en 25 degrés

Un négociant français nommé Étienne Morin, qui avait été reçu dans la franc-maçonnerie des hauts-grades depuis 1744 fonda une « loge écossaise » au Cap Français, au nord de la colonie de Saint-Domingue. Le 27 août 1761, à Paris, Morin reçut une patente signée des officiers de la Grande Loge le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». Des copies plus tardives de cette patente, qui ne visait probablement à l'origine que les loges symboliques, semblent avoir été embellies, peut-être par Morin lui-même, afin de mieux assurer sa prééminence sur les loges de hauts grades des Antilles.

Morin pratiquait un rite nommé « Rite du Royal Secret » en 25 degrés dont le plus haut se nommait « Sublîme Prince du Royal Secret » et qui découlait peut-être lui-même du rite pratiqué à Paris par le « Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident ».

Morin retourna à Saint Domingue en 1762 ou 1763 et, grâce à sa patente, constitua progressivement des loges de tous grades à travers les Antilles et l'Amérique du Nord. Il créa en particulier en 1770 un « Grand Chapitre » de son rite à Kingston, Jamaïque, où il mourrut en 1771.

Henry Andrew Francken et ses manuscrits

L'homme qui aida le plus Morin à diffuser son rite dans le Nouveau Monde fut un hollandais naturalisé français nommé Henry Andrew Francken. Morin le nomma Député Grand Inspecteur Général dès son retour aux Antilles. Francken travailla en étroite collaboration avec lui et, en 1771, rédigea un manuscrit contenant les rituels du 15ème au 25ème degré. Il rédigea au moins deux autres manuscrits, le premier en 1783 et le second vers 1786, qui contenaient tous les degrés du 4ème au 25ème.

Une loge de « Parfaits d'Écosse » fut formée le 12 avril 1764 à la Nouvelle Orléans. Ce fut le premier atelier de hauts grades sur le continent nord américain. Son exsistence fut brève car le Traité de Paris avait cédé en 1763 la Nouvelle Orléans à l'Espagne catholique et hostile à la franc-maçonnerie: Toute activité maçonnique sembla cesser à la Nouvelle Orléans jusque dans les années 1790.

Francken s'installa à New York en 1767 où il reçut une patente, datée du 26 décembre 1767, pour la formation d'une loge de Perfection à Albany qui lui permit de conférer les degrés de perfection (du 4ème au 14ème) pour la première fois dans les treize colonies britanniques. Cette patente ainsi que les minutes des premiers travaux de cette loge sont actuellement dans les archives du Suprême Conseil de la Juridiction Nord des USA.

Pendant son séjour à New York, Francken communiqua aussi ces degrés à un homme d'affaires juif, Moses Michael Hays, qu'il nomma Inspecteur Général Adjoint (DIG: Deputy Inspector General). En 1781, Hays nomma à son tour 8 autres Inspecteurs Généraux Adjoints, dont quatre jouèrent plus tard un rôle notable dans la fondation du Rite écossais ancien et accepté en Caroline du Sud:

  • Isaac Da Costa Sr., D.I.G. for South Carolina
  • Abraham Forst, D.I.G. for Virginia
  • Joseph M. Myers, D.I.G. for Maryland
  • Barend M. Spitzer, D.I.G. for Georgia

Da Costa retourna à Charleston, Caroline du Sud et y établit une « Sublime Grande Loge de Perfection » en février 1783. À sa mort, en novembre 1783, Hays nomma Myers son successeur. Rejoint par Forst et Spitzer, Myers créa huit degrés supplémentaires à Charleston.

Naissance du Rite écossais ancien et accepté

Bien que les trente-trois degrés aient ainsi déjà été créés, le Rite écossais ancien et accepté ne fut constitué qu'avec la fondation du premier Suprême Conseil, le Suprême Conseil de la Juridiction Sud à Charleston, en mai 1801, sous l'impulsion de John Mitchell et Frederic Dalcho.

C'est avec des patentes de ce premier Suprême Conseil que furent progressivement constitués tous les autres Suprêmes Conseils du monde, comme:

  • le Suprême Conseil du 33e degré en France (nom extact de l'organisme à l'époque), en 1804
  • le Suprême Conseil de la Juridiction Nord des USA, en 1813.
  • le Suprême Conseil d'Angleterre et du Pays de Galles, en 1845.

Albert Pike et le REAA aux USA

Né à Boston, dans le Massachusetts, le 29 décembre 1809, Albert Pike est souvent considéré aux USA comme étant l'homme qui fit le plus pour le succès du REAA, le faisant passer du stade de rite maçonnique assez obscur au milieu du XIXe siècle à la fraternité internationale qu'il est devenu. Pike reçut tous les grades du 4ème au 32ème de l'historien maçonnique américain Albert Mackey en mars 1853 à Charleston, Caroline du Sud et la même année fut nommé Inspecteur adjoint (Deputy Inspector) pour l'Arkansas.

A cette époque, les degrés étaient encore dans une forme rudimentaire et le plus souvent ne contenaient qu'une brève légende accompagnée de quelques détails, mais le plus souvent sans véritable rituel d'initiation. En 1855, le Suprême Conseil de la Juridiction Sud nomma un comité chargé de préparer des rituels complets du 4ème au 32ème degré. Ce comité fut composé de Albert G. Mackey, John H. Honour, W. S. Rockwell, C. Samory et Albert Pike, mais c'est Albert Pike qui fit l'essentiel du travail.

En mars 1858, Pike fut élu membre du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des USA et devint son Grand Commandeur en janvier 1859. La Guerre de Sécession interrompit son travail sur les rituels du Rite écossais. Après la guerre, il partit pour Washington et en 1868 il termina son travail de révision des rituels.

Pike écrivit aussi de conférences pour tous les degrés qu'il publia en 1871 sous le titre Morales et Dogme du Rite écossais ancien et accepté.

Histoire du REAA en France

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est apparu en France grâce au Frère Grasse-Tilly en 1804, alors qu'il revenait des « isles d'Amérique ». Il fonda le premier Suprême Conseil de France cette même année.

Un traité d'Union en Décembre 1804 se fit entre le Grand Orient de France et le Suprême Conseil du 33e degré en France. Il est dit que Le Grand Orient unit à lui le Suprême Conseil de France. L'accord fut dans les faits appliqué jusqu'en 1814. C'est grâce à ce traité que le Grand Orient de France s'appropria le Rite Ecossais Ancien et Accepté.

De 1805 à 1814 le Grand Orient de France administra les 18 premiers degrés du Rite, laissant au Suprême Conseil de France le soin d'administrer les 15 autres, du 19e au 33e. Peu à peu le Suprême Conseil perdit son activité et tomba en sommeil.

En 1815 la plupart des dirigeants du Suprême Conseil quittèrent l'obédience et fondèrent au Grand Orient de France le Suprême Conseil des Rites, apportant ainsi l'ensemble des degrés écossais au Grand Orient.

Le Suprême Conseil des Isles d'Amérique (fondé en 1802 par Grasse-Tilly, réveillé par Delahogue vers 1810) réveilla en 1821 le Suprême Conseil pour le 33e degré en France et ils fusionnèrent en une seule organisation : Le Suprême Conseil de France. Il s'érigea en puissance maçonnique indépendante et souveraine. Il créa des loges symboliques (celles qui sont composées des 3 premiers degrés et qui se fédèrent normalement au sein d'une Grande Loge ou d'un Grand Orient).

En 1894 le Suprême Conseil de France créa la Grande Loge de France; il lui accorda son autonomie administrative en 1908. Cette autonomie concerne exclusivement l'administration de l'obédience qui élit son Grand Maître. Le Suprême Conseil de France conserve une autorité dogmatique sur l'ensemble des 33 degrés du Rite (Il convient de constater que le Suprême Conseil de France organise sa tenue des Hauts Grades la veille du Convent de la Grande Loge de France)

En 1964 le Souverain Grand Commandeur Riandey ainsi que 800 des membres de la Juridiction du Suprême Conseil quitta le Suprême Conseil de France, rejoignit la Grande Loge Nationale Française et fonda le Suprême Conseil Pour la France grâce à l'aide de quelques Suprêmes Conseils étrangers.

Le Suprême Conseil Pour la France fut depuis reconnu comme seule autorité du Rite Ecossais pour la France par le premier Suprême Conseil du Monde : Le Suprême Conseil de la Juridiction Sud des États-Unis.

La France se trouve ainsi l'un des rares pays où coexistent 3 Suprêmes Conseils légitimes :

  • Le Suprême Conseil de France (Issu du Suprême Conseil de 1804 puis réveillé en 1821 par le Suprême Conseil dit des « Isles d'Amérique » fondé en 1802 à Saint Domingue), souché sur la Grande Loge de France.
  • Le Suprême Conseil pour le Rite Ecossais Ancien et Accepté en France (Issu du Suprême Conseil de 1804, constitué en 1815), souché sur le Grand Orient de France.
  • Le Suprême Conseil pour la France (1965), souché sur la Grande Loge Nationale Française.

Organisation 

Le Rite écossais ancien et accepté est dirigé dans chaque pays pas un Suprême Conseil (en théorie, il ne devrait y en avoir qu'un seul pas pays). Il n'existe pas de gouvernement mondial du REAA, chaque Suprême Conseil étant souverain dans sa juridiction.

Les 33 degrés du REAA [

Il n'existe pas en franc-maçonnerie de rang supérieur au troisième degré, celui de maître maçon. C'est un des principes fondamentaux de la « régularité maçonnique » que tous les maîtres maçons soient placés sur un pied d'égalité, sans considération de position sociale ou d'appartenance à d'autres degrés maçonniques. C'est pourquoi les degrés d'un numéro supérieur au troisième doivent être considérés comme des degrés d'instruction, ou de perfectionnement, et non pas comme des grades impliquant un pouvoir particulier et dont pourrait se prévaloir un maître maçon pour se prétendre supérieur aux autres.

Dans de nombreux pays, les trois premiers degrés peuvent être pratiqués à un autre rite que le REAA avant l'accès au autres grades de celui-ci.

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Génèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Publié le 29 Août 2026 par T.D

1 – Les premiers degrés Écossais 

Les historiens de la Franc-Maçonnerie ont des interprétations parfois différentes sur les origines de la Franc-Maçonnerie en France. Selon Paul Naudon, on ne peut exclure une influence originelle des milieux stuartistes réfugiés à Saint-Germain-en-Laye à la fin du XVIIème siècle ainsi que celle des nombreux Écossais installés en France, notamment dans l’entourage des Rois de France, depuis Jeanne d’Arc. Cette interprétation n’est pas partagée par Etienne Gout qui affirme après avoir procédé aux vérifications les plus approfondies, qu’il n’y a pas eu de loges de régiments ni en Irlande ni ailleurs avant 1732 : il n’y en avait donc point à Saint-Germain en 1691. Toujours selon Etienne Gout, la Freemasonry n’a pris son essor dans la noblesse catholique d’Irlande qu’à partir de 1723 ou 1724, époque où fut fondée à Dublin une Grande Loge à l’instar de celle de Londres établie en 1717, travaillant comme elle sous les libérales constitutions d’Anderson. Et ce sont quelques officiers Irlandais ayant reçu dans leur pays la lumière maçonnique, qui, venant servir dans des régiments Irlandais de France, ont fondé en 1726 à Paris, rue des Boucheries, près de Saint-Germain-des-Prés, à l’enseigne du Louis d’argent, la première loge non opérative attestée dans le Royaume de France. Celle-ci devait être officiellement constituée par la Grande Loge d’Angleterre le 3 avril 1732, puis participer à la création de la Grande Loge de France.

C’est bien en France, sous le gouvernement débonnaire de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, Grand Maître des Loges de France de 1743 à 1771, que vont éclore, partout en France, les sublimes degrés de l’Écossisme, qui tire son nom du premier en date d’entre eux, le Maître Écossais, cité dans le vingtième et dernier article des Ordonnances adoptées à l’occasion de l’installation du comte de Clermont à la Saint-Jean d’hiver 1743. Tout indique, selon le T.Ill.F. Etienne Gout que ce grade de Maître Écossais viendrait d’Angleterre et ne serait autre que le Scot Master ou Scotch Mason attesté dix ans plus tôt dans plusieurs loges travaillant toutes sous les auspices de la Grande Loge d’Angleterre. Les loges de Maître Écossais vont se développer dans toute la France ainsi que des Mères Loges Écossaises qui délivreront les patentes constitutives. Ainsi peut-on citer la Respectable Loge des Élus Parfaits fondée à Bordeaux en 1745 par Etienne Morin, première Mère Loge Écossaise ayant laissé dans l’histoire des traces incontestables et ayant pour premier Grand Maître Lamolère de Feuillas. 

Qu’est-ce qu’une Loge Écossaise dans la terminologie du milieu du XVIIIe siècle ? C’est tout simplement ce que nous appelons aujourd’hui une loge de perfection, ou un atelier supérieur. Ses membres doivent aussi faire partie d’une loge symbolique (dite anglaise par certains à l’époque, par référence à son origine) et y avoir tenu un des trois premiers offices. Ils relèvent de la Grande Loge de France pour les degrés symboliques et de la Mère Loge Écossaise pour les « sublimes degrés ». Les Loges Écossaises sont uniques dans chaque ville du Royaume de France. Les offices sont annuels. Puis de nouveaux grades de création française apparaissent en divers Orients du Royaume de France. On y développe les thèmes bibliques de la construction du Premier et du Second Temple. Ainsi naissent les thèmes des grades d’Élus, ou de vengeance, d’Architecte et d’Intendant des Bâtiments.

En 1750, à Paris, six degrés intermédiaires sont venus s’intercaler entre le Maître « ordinaire » et le Maître Écossais qui s’est transformé en Grand Écossais ou encore à Bordeaux  et aux Antilles en Grand Élu Parfait, ancien Maître Écossais. Dix degrés y sont pratiqués, probablement d’origine parisienne: Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Secret, Maître Parfait, Secrétaire ou Maître par curiosité, Prévôt et Juge ou Maître Irlandais, Intendant des Bâtiments ou Maître Anglais, Maître Elu, Maître Elu Parfait ou Grand Ecossais. Celle-ci va créer des Loges filles à Paris (1746), au Cap Français (Saint Domingue, 1749), à Marseille (1749), à Toulouse (1750), à Saint Pierre de la Martinique (1750), à Saint Marc (Saint Domingue, 1753), à La Nouvelle Orléans (1757).

Simultanément s’était répandue en France, depuis 1736-37 avec le Discours de Ramsay, l’idée d’une maçonnerie renouvelée par la Chevalerie. Les multiples éditions de « L’histoire des Francs-Maçons » du Frère de la Tierce contribuèrent largement à diffuser l’information. Elle allait inspirer la naissance de nouveaux grades chevaleresques, notamment celui de Chevalier d’Orient ou de l’Épée (1748-1750 ?). Avec lui, on quitte la maçonnerie de métier pour entrer dans un cycle chevaleresque. Autrement dit une « Maçonnerie renouvelée ». Le Chevalier d’Orient est Prince de la maçonnerie. Il ne se préoccupe pas des Loges bleues mais il gère les grades ultérieurs. Puis, suivant la même inspiration les grades d’élus s’enrichissent d’un Parfait et Illustre Chevalier Elu, voire même de grades dont le caractère chevaleresque n’est pas avéré comme le Chevalier du Soleil, et plus tard le Chevalier de l’Aigle, Rose-Croix ou Parfait Maçon.

A l’aube des années 1760, les dirigeants de la Grande Loge de France recherchent et apprécient les sublimes degrés écossais, sur lesquels cependant l’Obédience symbolique n’a aucun pouvoir. Le Grand Maître de Clermont a en effet structuré la Franc-maçonnerie française en trois chambres, disposant chacune de statuts modèles et d’une autonomie fonctionnelle : Symbolique, Maître Ecossais, Chevalier d’Orient. L’Écossisme français qui culmine au grade de Chevalier d’Orient paraît stabilisé et certains vont en profiter pour multiplier abusivement les grades. Parmi eux, vont apparaître ceux de Chevalier du Soleil, Chevalier Rose-Croix et Chevalier Kadosch dès son apparition en 1761 Ce foisonnement, réalisé en plein siècle des lumières, va contribuer à enrichir la maçonnerie et à intégrer au cœur de l’Écossisme les fondements de sa Tradition.

Au printemps 1761, Clermont désigne Antoine Chaillon de Jonville en qualité de Substitut général de l’Ordre. L’un des premiers actes de ce dernier est de délivrer le 27 août 1761 à Etienne Morin (1717-1771) la fameuse patente dont on ne connaît aujourd’hui que des copies tardives. Celle-ci l’autorisait notamment « à établir dans toutes les parties du Nouveau Monde la Parfaite et Sublime Maçonnerie », à « admettre et constituer » les frères qu’il en jugerait dignes « aux Sublimes Grades de la Haute Perfection qu’il lui était donné plein et entier pouvoir de multiplier », enfin à « créer des Inspecteurs en tous lieux où les Sublimes Grades ne sont pas établis ». Il ressort du texte, parfaitement cohérent, de la patente Morin, qu’elle lui était délivrée conjointement par la Grande Loge et par un Grand Conseil de hauts grades, présidé lui aussi par Chaillon de Jonville. Selon plusieurs historiens et en particulier Etienne Gout, ce Grand Conseil serait celui de Grand Inspecteur, Grand Élu, Chevalier Kadosch.

2 – Le Rite de Perfection

Etienne Morin quitte Paris à l’automne 1761. Après un voyage de quatorze mois, il rejoint Saint Domingue (Saint-Marc) le 20 janvier 1763 via Bordeaux, Londres et Kingston (île de la Jamaïque). Lors de ce voyage, il a été habilité par le Grand Maître d’Angleterre à propager les hauts grades dans les dépendances de la couronne, donc en particulier à la Jamaïque, colonie Anglaise depuis 1670. Là, il va, avec son secrétaire et collaborateur Henri Andrew Franken (1720-1795) composer et propager un système maçonnique en 25 degrés à partir de l’Ancienne Maîtrise et des autres rituels dont ils disposaient. Quand Franken se rend à New-York fin 1766, le Rite d’Etienne Morin n’est pas encore le Rite de Perfection Il ne comprend que les 14 degrés de l’ « Ancienne Maîtrise » et les 2 premiers degrés de la « Maçonnerie renouvelée », c’est-à-dire Chevalier d’Orient et Prince de Jérusalem. Il profite de son séjour à New-York pour implanter ce Rite en 16 degrés sur le sol américain. Les minutes de l’Ineffable et Sublime Grande Loge de Perfection d’Albany du 7 octobre 1767 en témoignent. Lorsqu’il rentre à Kingston, au début de l’année 1769, il va avec Etienne Morin exploiter les rituels d’origine française de ce dernier. Ils vont faire en sorte d’ouvrir aux Frères de religion juive le grade de Chevalier Rose-croix, par des modifications minimes. Ils vont également ordonner les autres grades d’origine française, Chevalier d’Orient et d’Occident, Sublime Maçon, Vénérable Grand Maître de toutes les Loges, Chevalier Prussien, Royal Hache, Chevalier du Soleil, et Chevalier Kadosch. Ils vont finalement ordonner tous ces grades dans un Rite, dit Rite de Perfection dont la clef de voûte est le nouveau grade de Prince du Royal Secret. Guérillot et Prinsen supposent qu’ils ont rédigé le cahier de ce dernier grade à ce moment là, compte tenu notamment de la condamnation en France du grade de Kadosch  suite à son évolution « Templière ».

Le Grand Chapitre de Prince du Royal Secret est constitué à Kingston, le 30 avril 1770. Il est présidé par l’Honorable Frère et Prince William Wynter. Le procès-verbal de constitution, rédigé en anglais, est signé « Stephen Morin, Grand Inspecteur Général, Souverain Prince de la Maçonnerie etc, etc, etc. ». Morin et Franken consacreront le reste de leur vie à diffuser ce « Rite de Perfection » et à nommer des « Députés Inspecteurs » ayant chacun une responsabilité territoriale. Ce rite est doté de Constitutions et règlements depuis le 22 septembre 1762, dont l’origine est loin d’être établie. Ils seront complétés, plus tard, par les Grandes Constitutions de 1786, signées par Frédéric II, Roi de Prusse, « dans l’objet d’assembler et de réunir en un seul corps de Maçonnerie tous les Rites du Régime écossais. »

3 – Du Rite de Perfection au Rite Écossais Ancien et Accepté (RÉAA)

Les premiers éléments du Rite de Perfection ont été introduits en Amérique du nord par Franken en 1767. Puis à partir de 1770, le Rite de Perfection en 25 degrés, dirigé depuis Kingston en territoire Anglais, va se diffuser rapidement par l’intermédiaire des Députés Inspecteurs dont le nombre va croître de manière excessive. La Déclaration d’indépendance, votée par le congrès à Philadelphie le 4 juillet 1776, conduit à une guerre qui durera sept ans, jusqu’en 1783. Les Frères de Charleston sont plutôt du côté des insurgés.

En 1789, Alexandre François Auguste de Grasse-Tilly (1765-1845), officier français, fils de l’amiral de Grasse, débarque au Cap-Français (Saint-Domingue) pour recueillir l’héritage de son père. Il rencontre puis fréquente les Frères de la Loge de Perfection Saint-Jean de Jérusalem Ecossaise, sur laquelle sont souchés les Conseils de Chevaliers d’Orient, de Princes de Jérusalem et semble-t-il de Princes du Royal Secret. Mais sur l’île, la colère gronde chez les esclaves, qui finissent par se révolter en août 1791. Grasse-Tilly est contraint avec sa jeune épouse, son fils nouveau né et son beau-père Jean-Baptiste Delahogue (1744-1822) à quitter l’île le 8 juillet 1793 pour Charleston ou ils arrivent le 14 août 1793 après s’être fait complètement dépouillés de leurs biens par des corsaires. Les Américains n’ont pas oublié l’Amiral de Grasse qui s’était illustré pendant la guerre d’indépendance et son fils Auguste de Grasse-Tilly ne pouvait qu’être bien accueilli à Charleston. Là, celui-ci consacre beaucoup de temps à la Franc-Maçonnerie. Il rencontre John Mitchell, Frédérick Dalcho, Isaac Auld, Barend Spitzer, Moses Cohen, Himann Isaac Long et bien d’autres. Tous ces frères pratiquent le Rite de Perfection. Ils décident en janvier 1797 de constituer un Consistoire des Princes du Royal Secret pour coiffer le Grand Conseil des Princes de Jérusalem installé depuis le 20 février 1788 sous l’autorité des Députés Inspecteurs Américains. Mais Kingston réagit violemment et finit par imposer son autorité.

C’est la fécondation du Rite de Perfection avec la tradition anglaise des Anciens et avec certains grades écossais pratiqués à l’époque en France et transmis en Amérique via les îles qui donnera naissance au Rite Écossais Ancien et Accepté (R.É.A.A.) en 33 degrés. C’est en Caroline du sud et tout spécialement à Charleston, vieux foyer maçonnique, que va en effet s’opérer entre 1798 et 1801 la métamorphose du Rite de Perfection en Rite Écossais Ancien et Accepté, par addition de huit degrés supplémentaires  Puis sera constitué le 31 mai 1801 par les Frères John Mitchell et Frédérick Dalcho qui élevèrent au 33e degré son troisième membre, le Suprême Conseil du 33e degré pour les Etats-Unis d’Amérique, premier Suprême Conseil du monde avec à sa tête John Mitchell, K.H. – P.R.S. – S.G.I.G. du 33e et Grand Commandeur des Etats-Unis d’Amérique.

S’agissant du Très Illustre Frère John Mitchell, 33e, une énigme n’a toujours pas été résolue : qui a l’a consacré au 33e degré ? La question a, certes, été souvent posée sans recevoir de réponse satisfaisante, à l’exception de celle qui est proposée dans l’excellente analyse de Jean-Pierre Lassalle, publiée dans Renaissance Traditionnelle. Dans cet article très complet, Jean-Pierre Lassalle examine tour à tour plusieurs hypothèses :

  • Origine américaine, ou la source Mitchell,
  • Grasse-Tilly, ou l’illusion rétrospective,
  • Origine germanique,
  • Origine scandinave, liée à la précédente,
  • Origine française.

Sa conclusion est claire : il retient l’hypothèse allemande, avec les réserves d’usage. Sa démonstration le pousse en effet à penser que l’origine des textes des rituels du 33e ainsi que le grade lui-même, étaient pour l’essentiel germanique. Ils véhiculent de manière assez brutale, bien qu’indirecte le mythe illusoire qui a amené la Stricte Observance Templière de recouvrer la matérialité des anciennes commanderies templières dévolues à l’Ordre de Saint Jean. Tout est lié affirme Jean-Pierre Lassalle : les Constitutions de 1786 et le 33e. Il y a bien ainsi un « bloc » de deux documents majeurs transmis à Mitchell par un Prussien ayant vécu au cœur de cette aventure qui n’eut, probablement, pas de lendemain durable en Prusse même.

A Charleston, c’est le 21 février 1802 que le nombre total des Souverains Grands Inspecteurs Généraux sera complété à neuf membres, comme le rapporte le Livre d’or de de Grasse-Tilly et conformément aux Grandes Constitutions. En effet le texte contient (pp.112-113), de la main de Dalcho, signé de lui-même et de John Mitchell, la liste des neuf premiers membres du Suprême Conseil des Etats-Unis. Parmi ceux-ci, Auguste de Grasse et Jean-Baptiste-Marie Delahogue. Voici la transcription d’une copie déposée à la BNF dans le cadre d’un volumineux manuscrit intitulé « Filiation des pouvoirs accordés à Stephen Morin » :

Souvereign Grand Inspectors General

Members of the Supreme Council of the 33rd Degree

In the United States of America

                                                           Colonel John Mitchell

                                                           Doctor Frederick Dalcho

                                                           Abraham Alexander

                                                           Emanuel De La Motta

                                                           Major Thomas B. Bowen

                                                           Israel De Lieben

                                                           Augustus De Grasse

                                                           Jean B. M. Delahogue

                                                                                         

Le comte Alexandre François Auguste de Grasse, marquis de Tilly, des comtes de Provence et des Princes d’Antibes (1765-1845) qui était déjà 33e, reçut une patente et fut nommé le même jour par le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique Grand Commandeur ad vitam des Iles Françaises des Indes Occidentales, avec Delahogue en qualité de Lieutenant Grand Commandeur.

De Grasse Tilly et Delahogue seront rapidement remplacés par Moses C. Levy et le Dr. James Moultrie par suite de leur départ au printemps 1802 vers Saint Domingue et avant leur retour en France. On se demande à cet égard pourquoi Albert Pike aurait occulté la présence de de Grasse et de Delahogue parmi les neuf premiers membres du Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique en page 191 de son ouvrage publié en 1872en les remplaçant d’emblée par Moses C. Levy et James Moultrie ?  Question d’interprétation probablement car dans le même ouvrage en page 132 on trouve l’explication suivante : « The Supreme Council at Charleston was opened, (Circular of Dec. 4, 1802) on the 31st of May, 1801, by the Bros\ John Mitchell and Frederick Dalcho ; and in the course of the year 1802 the whole number (nine) of Grand Inspectors General was completed. These were, Col. John Mitchell, Dr. Frederick Dalcho, Emanuel de la Motta, Abraham Alexander, Major Thos. Bartholomew Bowen, Israel de Lieben, Dr. Isaac Auld, Moses C. Levy and James Moultrie. The Bro\ Comte de Grasse was a member, before and on the 21st of February, 1802, on which day his patent was issued, certifying that fact, and that he was Grand Commender for life of the French West India Islands ; and ceased about that time to be a member, by removing from the United States to Santo Domingo. »

Le « registre Bideaud» précise la première composition du Suprême Conseil du 33e grade des Gds. Insprs. Généraux établi aux Isles françaises de l’Amérique du vent et sous le vent, le 21e jour du 2e mois de l’année maçonnique 1802 :

 

  • Aldre\ Fois\ Aug\ de Grasse          Très Puissant Souverain Grand Commandeur
  • Jn\ Bte\ Marie Delahogue             T\Ill\ Lt\ du Souvin\ Gd Commandeur
  •                              Bero                      T\Ill\ Trésorier du St\ Empire
  • Jn\ Louis Michel Dalet                     T\Ill\ Secrétaire du St\ Empire
  • Armand Caignet                                T\Ill\Gd\ Mtre\ des Cérémonies
  • …………………………                   T\Ill\Capne\ des Gardes
  • Pierre Gervais Nas\ Toutain             T\Ill\ Souvin\ Gd\ Ir\ Général
  • Antoine Bideaud                               T\Ill\ Souvin\ Gd\ Ir\ Général
  • …………………………                   T\Ill\ Souvin\ Gd\ Ir\ Général

Grasse-Tilly quitte Charleston pour revenir à Saint Domingue, est fait prisonnier dans un pays en situation de guerre, est libéré et rejoint sa famille à Charleston avant de rentrer en France où il débarque à Bordeaux le 29 juin 1804.

4 – De la Grande Loge de France au Grand Orient de France

4.1 – La Grande Loge de France sous la pression des hauts grades

Pendant que le Rite de Perfection, ou Rite du Royal Secret, se diffusait et se développait de l’autre côté de l’atlantique, dans les îles et sur la côte Est des Etats-Unis, la Grande Loge de France vivait des moments difficiles et devait faire face à un développement incontrôlé des Hauts Grades, notamment Écossais, que Gaston Martin a qualifié d’« inextricable fouillis écossais »: si la maçonnerie bleue demeure simple, malgré la scission en deux obédiences, dit-il, dès qu’on aborde l’Écossisme, c’est un fouillis, où l’historien doit avouer son impuissance. […] Parmi les obédiences que nous avons nommées dans la première partie, trois surtout méritent d’être retenues : la Grande Loge de Clermont, les Directoires écossais et la Loge de Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social, Mère-Loge écossaise de France. De son côté, près de 90 ans plus tôt, Clavel rapporte que vers le milieu du XVIIIème siècle, en France et particulièrement à Paris, différentes autorités maçonniques qui se prétendaient dépositaires de connaissances supérieures, s’attribuaient une suprématie sur la maçonnerie bleue. C’était le cas par exemple des Chapitres Irlandais, le Chapitre d’Arras, le Chapitre de Clermont, le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, la Mère Loge écossaise de Marseille, etc… Toutes ces autorités empiétaient sur les droits de la Grande Loge de France et entravaient ses travaux dans une période où les substituts du Grand Maître qu’il s’agisse du banquier Baure, puis du maître à danser Lacorne, faisaient preuve d’une incompétence reconnue qui entraîna des conflits au sein de l’organisation. La révocation de Lacorne au profit de Chaillon de Jonville, au printemps 1761, permit un rapprochement provisoire des deux factions en conflit au sein de la Grande Loge. Rapprochement insuffisant puisque les élections triennales du 22 juin 1765 aboutirent à un remplacement de tous les officiers de la faction Lacorne. Ils protestèrent puis se séparèrent de la Grande Loge, avant qu’un arrêté du 15 mai 1766 les expulse en les déclarants déchus de tous leurs droits maçonniques. En réaction, ils semèrent un tel désordre à la fête de l’ordre du 4 février 1767 que le lieutenant de police, instruit des incidents, interdit les réunions de la Grande Loge. Les dissidents profitèrent de cette situation inhabituelle pour tenir des assemblées clandestines dans un local du Faubourg Saint-Antoine, sous le titre usurpé de « Grande Loge de France », et délivrèrent des constitutions à des Loges de Paris et de province.

Cette situation dura jusqu’au 28 février 1770 qui vit une réunion de la « légitime » Grande Loge, malgré l’interdiction toujours confirmée de l’autorité policière. La participation fut très limitée, la majorité des Frères ayant refusé d’assister, et aucune délibération ne fut prise.

L’année suivante, suite à la mort du Grand Maître, le comte de Clermont, le 16 juin 1771, les mêmes dissidents de la Grande Loge profitèrent de la situation et sollicitèrent immédiatement l’intervention du duc de Luxembourg pour qu’il obtienne du duc de Chartres l’acceptation de la Grande maîtrise de la maçonnerie française. Le prince leur fit remettre son acceptation écrite et choisit le duc de Luxembourg en qualité de substitut. Une assemblée générale fut convoquée pour le 24 juin à laquelle furent conviés les Frères des deux Grandes Loges, la légitime et l’illégitime. Différents conflits furent réglés à cette occasion et les présidents des divers Chapitres de hauts grades, toujours en conflit avec la Grande Loge (légitime), demandèrent à être reconnus et offrirent de nommer le duc de Chartres, Grand Maître général des hauts grades « afin qu’il n’y ait plus qu’un seul chef pour la maçonnerie françaises ». Le duc de Luxembourg appuya cette demande.  L’assemblée décréta la reconnaissance des corps dissidents et proclama le duc de Chartres Souverain Grand Maître de tous Conseils, Chapitres et Loges écossaises de France.

4.2 – Le Grand Orient de France remplace la Grande Loge de France

Le 24 décembre 1771, une nouvelle assemblée déclara que l’ancienne Grande Loge de France avait cessé d’exister ; qu’elle était remplacée par une nouvelle Grande-Loge qui prendrait le titre de Grand Orient de France ; que ce Grand Orient serait formé par les grands-officiers et par les vénérables ou par les députés élus de toutes les Loges ; que ce corps ne reconnaitrait désormais pour vénérable que le maître élevé à cette dignité par le choix libre de ses Frères ; que tous les officiers des Loges, sans en excepter le vénérable, seraient renouvelés chaque année, au moyen d’une élection à laquelle prendraient part tous les membres, et qu’ils ne pourraient remplir les mêmes fonctions plus de trois ans consécutifs ; que le Grand-Orient serait divisé en trois chambres ; une chambre d’administration, une chambre de Paris, et une chambre des provinces ; et qu’une Loge de conseil connaitrait des appels des décisions de ces trois chambres. Les anciens vénérables « inamovibles » étaient, certes, mécontents, mais la nouvelle organisation était globalement considérée comme un progrès.

Jusqu’alors, le Grand-Orient n’avait rallié à lui qu’un petit nombre de Loges, la majorité étant restées attachée à la Grande Loge de France. Cette dernière qui n’avait toujours pas baissé les bras, se réunit le 17 juin 1773 et après une délibération mouvementée déclara le nouveau corps, sous le titre de Grand-Orient, « subreptice, schismatique et factieux ». Le Grand-Orient, insensible à ces qualificatifs poursuivit la préparation de son organisation en vue de son installation officielle qui eut lieu le 24 juin 1773.

Dès le début de son existence, le Grand Orient de France s’était appliqué à rallier à lui toutes les autorités maçonniques indépendantes qui s’étaient formées en France à diverses époques et y constituaient des Loges et des Chapitres de hauts grades.

A Paris, la Loge du Contrat Social, Mère-Loge Écossaise de France, qui s’était rangée sous l’autorité du Grand Orient lors de l’établissement de ce corps, demanda à ce dernier d’être reconnue comme Mère-Loge du Rite Écossais Philosophique, et face à son refus y renonça dans ses relations officielles avec le Grand Orient mais le conserva dans ses rapports avec les Loges de son régime.

S’agissant des anciens Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident et Conseil des Chevaliers d’Orient, ou de ce qui en restait, ils avaient contribué à former à Paris un Chapitre de hauts grades intitulé « Grand Chapitre Général de France ». Des négociations étaient ouvertes avec le Grand Orient de France en vue d’une union, mais la suprématie que s’attribuait ce Chapitre sur tous les ateliers des hauts grades en France fut immédiatement contestée par le Frère Gerbier, président d’un Chapitre de Rose-Croix qui lui aussi revendiquait cette suprématie. Le Grand-Orient, réunit à lui les deux Chapitres,  contribuant ainsi à affaiblir la Grande Loge de France, sa rivale, suite à la défection de celle-ci des membres du Grand Chapitre Général de France qui appartenaient tous à des Loges de sa constitution. Suite à cet événement et à ses conséquences pour la Grande Loge de France, « le découragement s’empara de cette dernière et elle se traîna languissante jusqu’à l’époque de la révolution française, où, comme le Grand Orient de France, elle fut obligée des suspendre ses travaux. »

C’est dans cette période de quasi sommeil que le Grand-Maitre du Grand-Orient démissionna de ses fonctions maçonniques : « Comme je ne connais pas la manière dont le Grand-Orient est composé et que d’ailleurs, je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une république, surtout au commencement de son établissement, je ne veux plus me mêler en rien du Grand-Orient, ni des assemblées des franc-maçons. »

C’est le Frère Roëttiers de Montaleau qui s’occupa de reconstituer la maçonnerie française. Le Grand-Orient reprit ses travaux, d’anciennes Loges se réveillèrent et des nouvelles Loges furent constituées. La grande–maitrise était vacante, le Frère Roëttiers de Montaleau la refusa et se contenta du titre de Grand-Vénérable, déclarant qu’il se démettrait de ses fonctions aussitôt qu’il serait possible de placer à la tête de l’Ordre un homme plus capable qu’il ne l’était de l’honorer et de le protéger. Suivant l’exemple du Grand-Orient, les autres autorités maçonniques reprirent également leurs travaux, y compris l’ancienne Grande Loge de France et les Chapitres de hauts grades écossais. Le Frère Roëttiers de Montaleau s’empressa d’ouvrir des négociations avec la Grande Loge dans le but d’opérer une fusion avec le Grand-Orient. La commission mise en place rédigea le 21 mai 1799 un traité d’union, dont la clause essentielle était l’abolition de l’inamovibilité des vénérables de Loges. La réunion des deux pouvoirs et du Grand Chapitre général fut scellée le 28 juin, dans une assemblée générale regroupant trois-cents maçons. Mais il demeurait toujours quelques puissances rivales telles que la Mère-Loge du Rite Écossais Philosophique, la Mère-Loge de Marseille, le Chapitre du Rite Primitif de Narbonne, la Loge provinciale de Hérédom de Kilwinning, et quelques Chapitre isolés, débris encore subsistant de l’ancien Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, qui n’avaient pas adhéré à la réunion du Grand-Chapitre général. Toutes ces autorités et les ateliers de leur ressort refusaient de se rallier au Grand-Orient et lui contestaient sa suprématie. En réaction, le Grand-Orient prit un arrêté en novembre 1802 qui déclarait ces associations irrégulières et défendait aux Loges de sa Juridiction de leur donner asile et de communiquer avec elles, sous peine d’être rayées des tableaux. Plusieurs Loges ne tinrent aucun compte de cet arrêté. L’une d’entre elles, la Réunion des étrangers, fut exclue, en 1803, de la correspondance du Grand-Orient, pour s’être fait constituer au Rite Écossais par la Mère-Loge de Marseille. Le désordre existant fut encore amplifié lorsque le Frère Hacquet rapporta d’Amérique le rite de perfection (Écossais) et le fit adopter par plusieurs Loges.

Le Grand-Orient, inquiet des progrès de l’Écossisme, le combattit par tous les moyens en son pouvoir et le chassa des locaux maçonniques parisiens. Alors, les Loges Écossaises louèrent un souterrain dépendant d’une maison autrefois occupée par le restaurateur Mauduit, boulevard Poissonnière, pour y tenir leurs assemblées. C’est à cette époque que le Comte Auguste de Grasse, Marquis de Tilly, arrive des Amériques avec le nouveau Rite Écossais Ancien et Accepté en 33 degrés.

 

 

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Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté : enquête sur une naissance franco-américaine (1761–1804)

Publié le 29 Août 2026 par T.D

Les otiginnes du REAA sont généralement présentées de manière linéaire : une patente en 1761, un développement aux Antilles, puis la création d’un Suprême Conseil en 1801. Pourtant, lorsque l’on regarde les dates et les documents conservés, le tableau devient moins clair. Entre le Rite de Perfection en 25 degrés et le système en 33 degrés, certaines zones d’ombre subsistent. Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté ne se réduisent pas à un récit uniforme. Comprendre les origines du Rite Écossais Ancien Accepté suppose d’examiner attentivement les faits attestés.

Aux origines françaises : Morin et le Rite de Perfection (1761–1771)

Le premier socle identifiable se situe en France, au milieu du XVIIIe siècle. Étienne Morin (1705 ou 1717–1771) apparaît comme la figure centrale de cette phase initiale. Son lieu de naissance (New York ou Cahors) reste discuté, mais son activité maçonnique à Bordeaux est attestée. Il évolue dans un milieu où circulent déjà des systèmes de hauts grades, notamment celui élaboré à Paris par le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, fondé en 1758.

Ce système comporte 25 degrés et porte le titre d’Ordre du Royal Secret. Il est désigné plus tard sous le nom de Rite de Perfection. C’est ce cadre en 25 degrés qui constitue la base documentée de toute l’évolution ultérieure.

Le 27 août 1761, Morin reçoit à Paris une patente l’autorisant à propager ce système dans le Nouveau Monde. L’original est perdu, mais plusieurs copies, en français et en anglais, sont connues dès 1768. Les signataires appartiennent au Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, même si le document utilise l’autorité symbolique de la Grande Loge de France. Cette ambiguïté institutionnelle est réelle, mais l’existence de la patente ne semble pas contestable.

À partir de 1762, Morin s’installe à Saint-Domingue. Sa présence et son activité maçonnique y sont attestées. Il y diffuse le Rite de Perfection et nomme des Députés Grands Inspecteurs, dont Henry Francken en 1768. Ce dernier traduit les rituels en anglais et contribue à leur diffusion en Amérique du Nord.

À ce stade, les faits sont relativement solides : un système en 25 degrés, d’origine française, circule dans l’espace atlantique. Rien n’indique encore l’existence d’un système en 33 degrés ni d’un Suprême Conseil structuré selon le modèle que l’on connaîtra plus tard.

C’est dans l’intervalle entre ce Rite de Perfection attesté et le système ultérieur en 33 degrés que se situent les principales incertitudes.

Charleston 1801 : naissance du Suprême Conseil et apparition du 33e degré

Le 31 mai 1801 est fondé à Charleston le premier Suprême Conseil du 33e degré. Ce fait est solidement attesté. C’est à partir de cette date que le système en 33 degrés apparaît de manière claire et documentée.

Parmi les fondateurs figure John Mitchell (1741–1816). Officier d’origine irlandaise installé en Caroline du Sud, il avait reçu en 1795 une patente de Grand Inspecteur de la part de Barend Moses Spitzer. Cette patente s’inscrivait encore dans le cadre du Rite de Perfection en 25 degrés. Rien, à ce stade, ne prouve l’existence d’un système complet en 33 degrés.

Frederick Dalcho (1770–1836) joue également un rôle central. Médecin et pasteur épiscopalien, il devient l’un des principaux acteurs intellectuels du groupe de Charleston. Un élément mérite attention : Dalcho ne reçoit le 33e degré de Mitchell que six jours avant la fondation officielle du Suprême Conseil. Cette chronologie est précise et documentée.

Ce détail soulève une question simple. Si le 33e degré existait depuis 1786 dans le cadre de Grandes Constitutions établies en Europe, pourquoi n’apparaît-il clairement qu’à Charleston en 1801 ? Pourquoi sa transmission formelle intervient-elle immédiatement avant la création du Suprême Conseil ?

En 1802, une circulaire connue sous le nom de Circular Throughout the Two Hemispheres annonce l’existence du Suprême Conseil et fait référence aux Grandes Constitutions de 1786 attribuées à Frédéric II de Prusse. C’est la première apparition documentée de ces Constitutions dans les archives maçonniques.

À partir de Charleston, le système en 33 degrés prend une forme institutionnelle stable. Le Suprême Conseil devient l’organe souverain du Rite. Cette structuration est une nouveauté. Rien, dans la période française antérieure, ne permet d’identifier une organisation équivalente.

On observe donc un fait incontestable : entre le Rite de Perfection en 25 degrés diffusé par Morin et le système en 33 degrés structuré par un Suprême Conseil, une transformation majeure s’est opérée. Cette transformation est clairement visible à Charleston en 1801.

C’est à partir de ce point que la question des Grandes Constitutions devient centrale.

Les Grandes Constitutions de 1786 : document prussien ou texte de 1801 ?

Selon le récit traditionnel, le système en 33 degrés aurait été fixé par les Grandes Constitutions signées à Berlin le 1er mai 1786 par Frédéric II de Prusse. Ce texte porterait le Rite de Perfection de 25 à 33 degrés et instituerait l’autorité d’un SC composé de Souverains Grands Inspecteurs Généraux.

Plusieurs difficultés apparaissent toutefois lorsque l’on examine ce document.

La première concerne la chronologie. Frédéric II meurt le 17 août 1786. La date de signature traditionnellement retenue – 1er mai 1786 – se situe quelques mois avant sa mort. Si cette proximité ne rend pas l’acte matériellement impossible, elle le rend historiquement improbable. À cette époque, le souverain est gravement malade, retiré des affaires maçonniques depuis longtemps et peu engagé dans ce type d’initiative institutionnelle.

La seconde difficulté tient à la langue du texte. Les Grandes Constitutions sont rédigées en latin. Or Frédéric II écrivait et pensait en français. Il entretenait une correspondance abondante dans cette langue et la préférait à l’allemand. S’il avait souhaité promulguer un texte maçonnique de portée internationale, il est hautement vraisemblable qu’il l’aurait rédigé en français, langue diplomatique dominante du XVIIIe siècle. Le choix du latin surprend dans ce contexte.

La troisième difficulté est documentaire. Aucun manuscrit prussien antérieur à 1801 n’atteste l’existence de ces Grandes Constitutions. Leur première apparition connue se situe dans la circulaire de 1802 publiée à Charleston par les fondateurs du Suprême Conseil. Avant cette date, aucune trace certaine ne permet d’établir qu’un système en 33 degrés ait été formellement institué en Europe.

Ces éléments convergent vers une hypothèse : les Grandes Constitutions ne dateraient pas de 1786, mais auraient été rédigées autour de 1801, dans le contexte de la fondation du Suprême Conseil de Charleston. Elles auraient alors servi à donner une profondeur historique et une légitimité monarchique à une organisation nouvelle.

Cette hypothèse n’implique pas que tout ait été inventé ex nihilo. Le Rite de Perfection existait. Les 25 degrés étaient attestés. Des grades supplémentaires circulaient dans différents milieux français à la fin du XVIIIe siècle. Mais la structuration définitive en 33 degrés et l’institution d’un Suprême Conseil souverain semblent apparaître clairement pour la première fois à Charleston.

Si tel est le cas, la référence à Frédéric II ne serait pas nécessairement une mystification grossière, mais un geste de légitimation. Au tournant du XIXe siècle, rattacher un système maçonnique à un souverain éclairé donnait à celui-ci une autorité incontestable.

Reste à comprendre le rôle exact des hommes présents à Charleston en 1801, et notamment celui de John Mitchell et de Frederick Dalcho, dans cette mise en forme institutionnelle.

Grasse-Tilly et la question des huit grades français

Alexandre de Grasse-Tilly (1765–1845) est souvent donné dans la littérature maçonnique d’expression française comme l’un des instigateurs du Rite Écossais Ancien Accepté. Son rôle est plus nuancé. Il est initié en 1783 à Paris dans la Loge Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social. Cette loge occupe une place singulière dans l’histoire des hauts grades en France. Elle revendique une filiation écossaise distincte du Rite de Perfection en usage à Paris et à Bordeaux et s’inscrit dans un réseau d’écossismes méridionaux dont l’origine exacte fait débat.

La tradition la plus répandue évoque une patente venue d’Avignon en 1776, par l’intermédiaire de Deleutre, et fait de la Mère-Loge d’Avignon la source du système adopté à Paris. D’autres travaux, cependant, contestent l’existence ou du moins le rôle institutionnel réel de cette “mère-loge” avignonnaise et soulignent plutôt l’importance de la Mère-Loge de Marseille dans la diffusion de ces hauts grades. Les sources ne permettent pas de trancher définitivement entre ces versions.

Ce qui est incontestable, en revanche, c’est l’existence en France, dans les années 1770-1780, de séries de hauts grades distinctes du Rite de Perfection en 25 degrés. Ces systèmes écossais méridionaux, qu’ils soient marseillais, avignonnais ou autres, comportaient des grades qui ne figuraient pas dans le système que Morin et ses successeurs avaient implanté dans les Antilles, puis en Amérique du Nord.

Lorsque l’on constate qu’en 1801 le système américain passe de 25 à 33 degrés, la question se pose : d’où viennent les huit grades supplémentaires ? Les listes connues des grades dits “d’Avignon” ne correspondent pas aux grades ajoutés au Rite Écossais Ancien Accepté. Il ne s’agit donc pas d’un simple transfert mécanique d’un bloc de huit degrés clairement identifié.

Il est néanmoins difficile d’imaginer que ces grades aient été créés ex nihilo à Charleston en 1801. La présence de Grasse-Tilly, formé dans une loge parisienne tournée vers les systèmes écossais méridionaux, constitue un élément significatif. Il est plus que vraisemblable que c’est lui qui a introduit dans l’environnement américain des grades jusque-là inconnus, mais circulant déjà en France.

Dans cette perspective, les huit degrés ajoutés pour former le système en 33 degrés ne seraient ni purement américains ni aisément attribuables à une unique “mère-loge” française. Ils apparaîtraient plutôt comme l’aboutissement d’une sélection opérée dans un réservoir français de hauts grades auquel Grasse-Tilly avait eu accès, intégrés et ordonnés à Charleston dans une architecture nouvelle.

Grasse-Tilly n’est donc manifestement pas l’inventeur du Rite Écossais Ancien Accepté, mais un acteur incontournable de sa création et de sa diffusion. Il est l’un des vecteurs par lesquels des matériaux rituels français ont été incorporés dans une nouvelle structure institutionnelle qui se stabilise à Charleston en 1801. Et il introduira ce nouveau rite en France, en créant en 1804 le Suprême Conseil de France du Rite Écossais Ancien Accepté.

Mitchell, Dalcho et la référence prussienne

La structuration du système en 33 degrés à Charleston en 1801 repose principalement sur deux figures : John Mitchell (1741–1816) et Frederick Dalcho (1770–1836). Ce sont eux qui signent en 1802 la circulaire annonçant l’existence du Suprême Conseil et faisant explicitement référence aux Grandes Constitutions attribuées à Frédéric II.

John Mitchell avait reçu en 1795 une patente de Grand Inspecteur de la part de Barend Moses Spitzer. Cette patente s’inscrivait encore dans le cadre du Rite de Perfection en 25 degrés. Rien n’indique alors l’existence d’un système complet en 33 degrés. La mutation institutionnelle n’apparaît clairement qu’en 1801.

Frederick Dalcho reçoit le 33e degré de Mitchell six jours seulement avant la fondation officielle du Suprême Conseil, le 31 mai 1801. Cette proximité chronologique est significative. Elle suggère que le système en 33 degrés n’était pas solidement établi depuis longtemps, mais qu’il se stabilise précisément dans ce contexte charlestonnien.

La référence à Frédéric II ne peut être comprise comme la transmission fidèle d’un texte européen antérieur. Les éléments examinés plus haut conduisent à situer la rédaction des Grandes Constitutions en 1801. En revanche, le choix de Frédéric II comme autorité symbolique n’est pas arbitraire. La figure du souverain prussien circule déjà dans les hauts grades français, notamment à travers le grade de Noachite ou Chevalier Prussien attesté dès 1766. Elle incarne une légitimité monarchique et chevaleresque familière aux milieux de l’écossisme français.

Dans ce contexte, la présence de Dalcho, fils d’un officier prussien, et la patente reçue par Mitchell de Spitzer, dont certaines sources laissent supposer qu’il était aussi prussien, éclairent le recours à cette référence. La figure de Frédéric II fournit au nouveau système une autorité prestigieuse, intelligible pour les maçons formés à la culture des hauts grades français.

Ainsi, si les matériaux rituels sont essentiellement français et si la mise en système s’opère à Charleston en 1801, la référence prussienne relève d’un choix symbolique cohérent plutôt que d’une filiation historique avérée.

Conclusion – Une construction devenue tradition

Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté ne correspondent pas exactement au récit transmis pendant longtemps. Le système en 33 degrés prend forme à Charleston en 1801. Les Grandes Constitutions ne remontent pas à 1786. Les huit grades supplémentaires trouvent leur source dans des courants français de hauts grades antérieurs. Les faits peuvent être regardés tels qu’ils sont.

Cela n’affaiblit pas la valeur ou la pertinence du Rite. Un rite initiatique ne repose pas sur la perfection d’un acte fondateur unique et identifié. Comme tous les autres rites, le Rite Écossais Ancien Accepté s’est formé à partir de matériaux rituels préexistants, il s’est structuré dans des circonstances historiques précises, et a trouvé ainsi sa cohérence propre.

Ce qui demeure n’est pas une légende, mais une structure initiatique vivante. Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté appartiennent à l’histoire. Le Rite lui-même appartient à l’expérience. C’est dans cette expérience, pratiquée et transmise dans la franc-maçonnerie spéculative, que réside sa légitimité.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

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Etienne Morin et la genèse du Rite écossais ancien et accepté

Publié le 29 Août 2026 par T.D

2 décembre 2019

Etienne Morin et la genèse du Rite écossais ancien et accepté : éléments et repères historiques. Quel rôle Etienne Morin a-t-il joué précisément dans la création des Hauts grades du REAA ?

Etienne Morin fait partie de l’histoire légendaire du Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA). Né vers 1717 à Cahors (Lot) et décédé en 1771 à Kingston (Jamaïque), il est connu pour le rôle central qu’il a joué dans la création du REAA.

En effet, en 1761, Etienne Morin obtient une patente délivré par le « Conseil des Empereurs d’Orient » et par les Maîtres Parisiens de la première Grande Loge de France, afin de diffuser les Sublimes degrés (comprendre les degrés qui vont au-delà du 3ème degré) sur les territoires du nouveau monde.

Il part alors vers Saint-Domingue en Jamaïque pour y faire commerce ; en 1763, il reçoit les statuts et règles arrêtés par quatorze Commissaires de la Grande Loge de France. Il les adapte pour organiser le « Rite du Royal Secret » appelé aussi Rite de Perfection qui s’établit en 25 degrés.

C’est ainsi que les Hauts Grades sont nés aux Amériques, bien que le germe soit apparu en France au cœur la première Grande Loge. En réalité, en implantant aux îles le système de la maçonnerie parisienne des années 1760, Etienne Morin a assuré, selon les historiens de la maçonnerie, la survie de ce témoin de l’âge d’or des Hauts grades.

C’est plus tard à partir des Antilles via l’Amérique, que quelques Maçons le ramenèrent en 1804, où il avait disparu depuis bien longtemps, sous le nom de Rite Écossais Ancien et Accepté.

Mais au fait, qu’est-ce qu’un rite, et comment définir le REAA ?

Définition du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Au préalable, rappelons qu’il n’existe pas en franc-maçonnerie de grade supérieur au troisième degré, celui de Maître maçon. Un des principes fondamentaux de la « régularité maçonnique » est que tous les maîtres maçons soient placés sur un pied d’égalité, sans considération de position sociale ou d’appartenance à d’autres degrés maçonniques.

C’est la raison pour laquelle les degrés après le troisième doivent être considérés comme des grades d’instruction ou de perfectionnement, et non comme des grades impliquant un pouvoir particulier dont pourrait se prévaloir un Maître maçon pour se prétendre au-dessus des autres.

Point important : Il ne faut pas confondre Écossisme et Rite Écossais Ancien et Accepté. Le premier est l’ensemble des grades au-delà de celui de Maître.

Qu’est-ce qu’un rite ?

Avant d’en revenir à Etienne Morin et son rôle dans la création du REAA, rappelons qu’un rite est une pratique sociale codifiée dans un rituel de caractère sacré ou symbolique, destinée à susciter l’engagement émotionnel des participants.

Désignant un ensemble d’usages réglés par la coutume ou par la loi, le mot rituel s’applique aussi bien au domaine religieux qu’aux manifestations civiles ou politiques. En d’autres termes, on peut dire que le rite transforme alors que le rituel confirme. Un rite sert de ciment à une communauté. La participation répétée à un rite marque l’appartenance à la communauté concernée.

Apparus avec les loges spéculatives, les « rites » ont été mis en place afin d’uniformiser et d’harmoniser les pratiques en loge. Inspirés par les traditions antiques ou opératives et par la Bible, les rites prescrivent les gestes, le langage, les déplacements et les attitudes au travers de leurs rituels.

La diversité des rites et rituels en franc-maçonnerie

Malgré un idéal commun, les francs-maçons ne conduisent pas tous leurs travaux de la même manière. Dès la moitié du XVIIIe siècle, on assiste notamment à la querelle des Ancients et des Moderns au sein de la franc-maçonnerie anglaise. Différents rites apparaissent et se développent. Une loge ou un atelier pratique en général un seul et même rite, alors qu’une obédience maçonnique peut en observer plusieurs.

Même s’il est aujourd’hui impossible de recenser l’ensemble des rites, on note que seule une demi-dizaine est majoritairement pratiquée.

Au XVIIe siècle, les rituels maçonniques n’étaient pas censés être écrits et n’étaient jamais imprimés. Ils ne sont connus de nos jours que grâce à un très petit nombre de notes manuscrites ayant échappé à la règle et au temps, ainsi que par quelques anciennes divulgations. Les plus anciens rituels maçonniques connus remontent aux toutes dernières années du XVIIe siècle et aux deux premières décennies du XVIIIe.

L’étude des documents montre qu’ils évoluèrent assez considérablement au fil du temps. Les cérémonies étaient au départ très simples et courtes. Au XVIIIe siècle, après la réorganisation des pratiques consécutives à la fondation des premières grandes loges, les Ancients et les Moderns pratiquent de nouveau des rituels assez similaires.

Cependant, dès les années 1740, on voit apparaître de nouvelles divergences. A côté des rituels traditionnels des trois premiers degrés paraissent plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dits de « Hauts grades » dont beaucoup n’étaient en fait que des variantes les uns des autres. Cette multiplication des rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques et à les rassembler en ensembles cohérents et stables.

Aujourd’hui les rites maçonniques les plus répandus à travers le monde sont :

  • le Rite Écossais Ancien et Accepté, fondé officiellement en 1801 à Charleston (Caroline du Sud) à partir de rituels d’origine française. C’est le plus pratiqué en Europe par les loges symboliques, auxquelles s’ajoutent plusieurs milliers d’ateliers de hauts grades dans le monde,
  • le Rite d’York aux États-Unis,
  • le Rite Émulation, au Royaume-Uni et dans les anciennes colonies britanniques,
  • le Rite Français, en France, au Brésil et en Europe continentale,
  • le Rite standard d’Écosse, rite officiel proposé par la Grande Loge d’Écosse, présent pratiquement sur tous les continents. Il trouve ses origines dans les premières loges écossaises comme Mary’s Chapel (loge n°1), dont le plus ancien procès-verbal date de 1599. Le mot standard signifie ici « traditionnel » ou « commun » car chaque loge en Écosse a sa propre particularité.

Etienne Morin : éléments biographiques

Né vers 1717 dans la région de Cahors (Quercy, actuellement Lot), Etienne Morin était négociant et travaillait principalement entre Bordeaux et les Antilles. On ne connaît les origines d’Étienne Morin que par la description qui en fut notée en 1762 dans un registre de l’Amirauté de Guyenne : « Âgé de 45 ans, de taille moyenne, cheveux noirs, portant perruque, natif de Cahors ». Tous les auteurs sont d’accord pour en faire un négociant en porcelaine.

Que Morin ait été négociant en porcelaine ne doit pas surprendre. En effet, du XVIe au XVIIIe siècle, la porcelaine était au moins aussi appréciée que l’or. Le parcours qui conduisit Morin à s’embarquer de Bordeaux vers les Antilles est donc classique. Au début des années 1740, il semble s’être établi à Fort-Royal, actuelle Fort-de-France.

On ne sait pas à quelle date ni dans quelle loge il fut initié à la franc-maçonnerie. Mais en janvier 1744, il reçoit de William Matthews, gouverneur général des îles anglaises du Vent, l’un des plus anciens hauts grades maçonniques puisqu’il est alors « initié aux mystères de la Perfection écossaise », selon les termes de l’époque, avec le « grade de la Voûte Royale » (en anglais Royal Arch).

Et c’est à Bordeaux qu’Étienne Morin, dès avril 1744, fonde la Loge « La Parfaite Harmonie ». Cette dernière essaimera bientôt à Toulouse, Montpellier, Marseille, Avignon, sans oublier les îles de Saint-Domingue et de la Martinique.

C’est aussi l’année où Louis XV déclare la guerre à l’Angleterre et à l’Autriche. Morin, capturé en mer par les Anglais début 1745, est débarqué à Londres, où suivant les usages de l’époque, il jouit d’une relative liberté. Il y reçoit le 25 juin, juste avant son retour en France, confirmation de la régularité de son initiation aux Hauts grades de janvier 1744 ainsi que des « constitutions » l’autorisant à diffuser ces grades.

Le 8 juillet 1745, de retour à Bordeaux, il ouvre aussitôt la loge écossaise des Élus Parfaits de Saint-Jean d’Écosse qui fut le premier atelier des Hauts grades créé en France. Il reprend ensuite ses voyages d’affaires entre la France, les Antilles et la Grande-Bretagne.

En 1748, il participe à la fondation d’une loge écossaise dans la ville de Cap-Henri, aujourd’hui Cap-Haïtien à Haïti.

Puis on le retrouve à Paris en 1761 parmi les animateurs de la première Grande Loge de France. Il est membre du Grand Conseil des Chevaliers Kadosh, cercle interne des dirigeants de la Grande Loge de France. Le début de la décennie 1760 marque donc un tournant capital dans l’évolution du Système Écossais. Ce qui va devenir le « Système Écossais dit de Perfection » n’est, en fait, qu’une transcription des usages maçonniques parisiens de l’époque.

Le 27 août 1761, Morin y reçoit une patente signée des officiers le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». L’original de cette patente n’a jamais été retrouvé, mais on la connaît par des copies plus tardives.

Il rembarque à Bordeaux pour Saint-Domingue le 27 mars 1762, mais est de nouveau capturé en mer par les Anglais et reconduit à Londres. Il y rencontre Washington Shirley, comte de Ferrers, qui accepte sa patente et l’étend à l’inspection des loges britanniques des Antilles. Installé à Saint-Domingue à partir de 1763, Étienne Morin reçoit les statuts et règles arrêtés par quatorze Commissaires de la Grande Loge de France. Sur cette base, il construit un véritable « rite écossais », dont il rédige les rituels en collaboration avec un assistant hollandais du nom de Henry Andrew Francken.

Etienne Morin et la genèse du Rite écossais ancien et accepté

Etienne Morin détermine avec précision une hiérarchie de 25 grades, superposant aux 3 grades symboliques les 22 Hauts Grades les plus classiques de la pratique « Maçonnique Française » de l’époque.

Le sommet de la hiérarchie n’est cependant plus le Chevalier Kadosh, comme à Paris en 1761, mais le Sublime Prince du Royal Secret. Si les francs-maçons de l’époque avaient pris l’habitude de dénommer son système « Rite de Perfection », Etienne Morin, lui, le baptisait « Ordre du Royal Secret ».

Il soulignait ainsi l’importance de ce nouveau grade terminal. A partir de 1765 et grâce à la Patente acceptée par le comte de Ferrers, Étienne Morin développe l’implantation de loges aux Antilles et en Louisiane.

C’est à partir de ces loges, de leurs rituels de hauts grades et de la Patente que Morin a délivrée à Henry Andrew Francken que ce dernier transmettra en 1767 à Albany, aux États-Unis, l’ancêtre du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA).

Le 3 juin 1770, un tremblement de terre détruit la ville de Port-au-Prince, contraignant Etienne Morin à gagner Kingston. Il n’emporte avec lui que l’ensemble de ses papiers maçonniques et les quelques effets personnels qu’il a pu sauver. Il y meurt en novembre de l’année suivante.

L’héritage d’Etienne Morin

Etienne Morin est devenu, bien après sa mort, l’un des noms les plus importants de toute l’histoire maçonnique française. Son œuvre fut poursuivie. On connaît ainsi une liste ininterrompue de « députés Inspecteurs généraux », titre bientôt remplacé par celui de « député Grand Inspecteur Général », de 1771 à 1801, année qui vit la fondation, à Charleston (Caroline du Sud), du premier Suprême Conseil du monde des « Grands Inspecteurs Généraux ».

C’est en effet dans cette ville, dans une salle de la Shepeard’s Tavern (aujourd’hui disparue et remplacée par une banque), que fut créé, le 31 mai 1801, ce Suprême Conseil. Il fut fondé par John Mitchell, natif d’Irlande et vétéran de la guerre d’Indépendance américaine, député Grand Inspecteur Général depuis 1795, et Frédérick Dalcho que Mitchell avait élevé à la même dignité le 24 mai 1801.

Dans l’année qui suivit, ils élevèrent au 33e grade sept autres frères pour amener au nombre de neuf membres leur nouvel organisme. En février 1802, ils reçurent également Alexandre-François-Auguste, comte de Grasse-Tilly, et son beau-père, Jean-Baptiste Delahogue. Événement qui ne manque pas d’importance puisque c’est Grasse-Tilly qui ramena en Europe le Rite nouveau, fonda le Suprême Conseil de France en 1804 et contribua à la création de celui de Belgique en 1813.

Sans Etienne Morin, il n’y aurait sans doute pas eu la création d’un Conseil Suprême du 33ème degré et à Paris, sous l’égide du comte Auguste de Grasse-Tilly, celle d’une institution similaire pour la France.

Plusieurs manuscrits de cette époque existent toujours, dont l’un aux archives du Suprême Conseil pour la Belgique certifiée par Grasse-Tilly lui-même. Quant au manuscrit original anglais de la main de Fréderick Dalcho, il est conservé dans les archives du Suprême Conseil de la Juridiction Nord des États-Unis. Le manuscrit français, « légalisé » et signé par Jean-Baptiste Delahogue, est conservé, lui, au Grand Orient des Pays-Bas. Il s’intitule « Copie Originale. Rit Écossais Anc. Et Accepté. 33° degré. Souv. Gr. Inspecteur Général ».

Outre le texte des Grandes Constitutions, il contient également le rituel et l’instruction du grade. C’est cette version, avec quelques variantes, qui sera publiée dans le Recueil des Actes du Suprême Conseil de France en 1832.

Les historiens maçonniques du XIXe siècle et du début du XXe siècle accusaient globalement Étienne Morin d’être l’auteur du Rite de Perfection et d’avoir forgé lui-même la plupart des 25 degrés maçonniques qu’il diffusait. En réalité, les recherches actuelles prouvent qu’Etienne Morin était resté scrupuleusement fidèle aux usages maçonniques transmis à Paris…

 

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Le Mot perdu et les lettres du Nom : la Cabale au cœur du grade de Maître ?

Publié le 28 Août 2026 par T.D

Par Alexandre Jones

Et si la quête maçonnique du Mot perdu avait été façonnée, en profondeur, par les spéculations cabalistiques sur le Nom de Dieu ? Depuis des temps immémoriaux, ou presque, cette idée traverse les travaux d’Arthur Edward Waite et, plus récemment, ceux d’historiens de la Franc-maçonnerie. En suivant l’émergence du troisième grade, la cristallisation de la légende d’Hiram et la fascination du XVIIIᵉ siècle pour la Cabale, se dessine une hypothèse troublante : derrière le récit du Maître assassiné, se profile la mémoire d’un Nom divin dont on ne sait plus comment le prononcer.

Au départ, l’architecture des grades n’a rien d’évident ni de figé. La Maçonnerie opérative, puis spéculative, ne repose d’abord que sur deux degrés : Apprenti et Compagnon – ce dernier étant souvent désigné comme « Fellow Craft » ou même « Master » dans certaines sources anciennes. Ce n’est qu’au tournant des années 1730 que le paysage se transforme. Le premier grade est scindé, un niveau intermédiaire apparaît, et l’ancien second grade glisse vers ce qui deviendra le troisième : le grade de Maître Maçon.

Ce basculement est consolidé par une petite bombe éditoriale

Masonry Dissected de Samuel Prichard, publiée à l’automne 1730. Divulgation violemment antimaçonnique, mais d’une efficacité redoutable : plus de trente éditions, une diffusion large, et, en creux, un formidable effet de normalisation des rituels. Samuel Prichard se présente comme ancien membre d’une loge régulière, prétend rendre service au public en dévoilant les « secrets » d’une société nuisible, tout en affirmant paradoxalement agir à la demande de frères inquiets d’un déclin de l’Ordre. De là à imaginer qu’un courant réformateur ait utilisé ce texte pour promouvoir un nouveau grade et un nouveau mythe, il n’y a qu’un pas.

Les réactions ne tardent pas

Des brochures défensives s’attachent à discréditer Samuel Prichard, mais aussi à magnifier l’antiquité et la noblesse de l’Ordre. L’une d’elles, A Defence of Masonry (1730-1731), tisse des parentés avec les mystères antiques, les pythagoriciens, les esséniens, les druides… et surtout avec la Cabale. L’auteur anonyme insiste sur les aspects « littéraux » de cette dernière – gematria, notariqon, temurah – et explique que les cabalistes, à l’image de David et Salomon, perfectionnaient leur art par des combinaisons et permutations de lettres. La maçonnerie est alors présentée comme héritière de cet « art cabalistique » des mots sacrés.

Ce n’est pas un îlot isolé

Dès 1726, The Grand Mystery Laid Open mentionne déjà le notariqon et rapproche maçonnerie et Cabale. Un catéchisme plus ancien, A Mason’s Examination (1723), fait intervenir des lettres hébraïques reçues par les lecteurs du temps comme des indices de sagesse cabalistique. Bien avant que le grade de Maître ne soit pleinement stabilisé, l’imaginaire maçonnique baigne donc dans cet univers où les lettres, les alphabets sacrés et les jeux de mots sont des vecteurs de secret.

Avec Masonry Dissected, un pas décisif est franchi

Temple de Salomon

Le texte donne pour la première fois une version complète de la légende d’Hiram, appelée à devenir le cœur battant du troisième grade. Hiram, architecte du Temple de Salomon, organise les ouvriers en trois catégories, chacune dotée d’un mot particulier. Trois mauvais compagnons, brûlant d’ambition, décident de lui extorquer le Mot de Maître. Ils le surprennent lors de sa prière, lui demandent le secret, essuient trois refus et frappent trois coups mortels. Hiram emporte son secret dans la tombe. Le Mot – identifié à YHVH – est réputé perdu.

Le corps est caché, puis retrouvé en état de décomposition. Lors de l’élévation, les Maîtres prononcent une expression qui décrit l’état du cadavre – « la chair quitte les os » – et cette exclamation devient mot de substitution : « Macbenac », dans une des formes les plus répandues, aux côtés de variantes comme « Mahabyn » ou « Maughbin ». Dans le manuscrit Graham (1726), antérieur à Prichard, la trame est déjà là, mais avec Noé à la place d’Hiram, et ses fils découvrant un secret lors de l’exhumation du patriarche, en le relevant par ce qui deviendra les « cinq points de la maîtrise ».

À première vue, rien de cabalistique au sens technique : pas de Séphiroth, pas de Shekinah, pas de longs développements sur l’Arbre de Vie. Pourtant, le motif central – la perte d’un Mot qui était lié au Temple et au culte, et dont on ne conserve plus que la graphie, pas la prononciation – entre en résonance directe avec l’une des grandes thématiques du Zohar et de la tradition juive : le Tétragramme YHVH, Nom propre de Dieu, prononcé jadis par le Grand Prêtre dans le Saint des saints, à Jérusalem. Avec la destruction du Temple, la vocalisation se perd. Le Nom reste écrit, mais sa prononciation exacte se voile. On le remplace par des noms de substitution : Adonaï, puis, dans certains milieux chrétiens, « Jehovah », construction tardive.

Pour Arthur Edward Waite, ardent lecteur de cabalistes juifs et de cabale chrétienne, le parallèle est trop précis pour n’être qu’un simple hasard

Arthur Edward Waite en1880

À ses yeux, la franc-maçonnerie a été transformée de l’intérieur par des Maîtres imprégnés de cette Tradition : lecteurs de Robert Fludd, de Thomas Vaughan, de Pico della Mirandola, de Reuchlin. Selon lui, le véritable horizon du grade de Maître n’est pas seulement moral, mais mystique : il vise une union de l’initié avec le divin, et le Mot perdu symbolise le Verbe incarné, le Christ.

Dans cette perspective, les spéculations cabalistiques chrétiennes autour de YHVH prennent un relief particulier. En insérant la lettre Shin au cœur du Tétragramme, certains auteurs forment YHSVH, le Nom de Jésus, parfois qualifié de « Pentagrammaton ». Ce nom à cinq lettres est présenté comme l’accomplissement du Tétragramme, porteur de puissance spirituelle. La quête du Mot perdu et sa redécouverte pourraient ainsi être lues, chez Waite, comme une quête du Christ intérieur, Verbe vivant.

Les travaux plus récents de Jan Snoek

Ces travaux donnent une base historique à certains aspects de cette lecture, tout en la nuançant. Jan Snoek montre que, dans les versions les plus anciennes de la légende, il n’est pas question d’un mot effacé des mémoires, mais bien de la perte d’une prononciation secrète, connue seulement de trois personnages : Salomon, Hiram roi de Tyr et Hiram Abif. Hiram y est parfois pratiquement identifié à Dieu. Le Nom divin est placé sur sa tombe, et le rituel d’élévation comporte des éléments qui évoquent une union de l’initié avec le divin. Le troisième grade apparaît alors comme un rite d’union symbolique à Dieu, et non comme un simple récit exemplaire de fidélité héroïque.

Deux objections demeurent cependant…

D’abord, la réflexion sur le Tétragramme et ses vocalisations n’appartient pas à la seule Cabale juive : elle irrigue aussi l’ésotérisme chrétien plus large, les commentaires savants de l’hébreu biblique et diverses spéculations théologiques qui ne se réclament pas explicitement de la Cabale. Ensuite, le mot substitué au Mot perdu dans la tradition maçonnique n’est pas le Pentagrammaton « Yeheshoua », mais un terme comme « Macbenac », qui renvoie à la chair et aux os du corps en décomposition.

Faut-il pour autant renoncer à toute hypothèse d’influence ?

Probablement pas. Il est plus juste d’y voir la trace d’un climat culturel précis. Au tournant des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, l’Europe cultivée nourrit une véritable passion pour l’hébreu, pour les lettres sacrées, pour la puissance supposée des noms. Les auteurs chrétiens lisent le Zohar, les cabalistes juifs, et infléchissent ces doctrines à partir de leurs propres dogmes. C’est dans cet environnement que des maçons, déjà versés dans les spéculations symboliques, élaborent ou remanient le grade de Maître. Ils empruntent à la Cabale moins un système complet qu’un noyau de motifs : un Nom divin lié au Temple, une prononciation perdue, des substitutions, et la possibilité d’une expérience de l’union à Dieu par le Verbe.

Ce qui se joue, au fond, n’est pas la preuve d’une filiation pure et simple, mais la reconnaissance d’une parenté spirituelle

La légende d’Hiram raconte la mort d’un homme qui refuse de livrer un secret sacré, la perte d’un Mot que personne ne sait plus dire, et l’adoption d’un mot de remplacement qui ne satisfait personne. L’initié du troisième grade est invité à faire l’expérience de cette absence : il connaît le Nom écrit, mais sait qu’il lui manque encore la parole juste, la résonance intérieure, le souffle qui fait du signe une présence.

Pour les lecteurs et lectrices du Rite Écossais Ancien et accepté (REAA)

Cette hypothèse a une conséquence vertigineuse : la quête du Mot perdu ne renvoie pas à un code caché dans quelque archive, mais à un travail intérieur sur la manière dont nous prononçons les noms du sacré, de l’humain, du monde. À l’arrière-plan, la mémoire de la Cabale vient rappeler que le Nom de Dieu n’est jamais un objet possédé, mais un appel. Et que l’élévation du Maître, entre tombeau et Temple, pourrait bien être l’ébauche d’un chemin où la Parole ne s’apprend pas seulement par cœur, mais se reçoit, dans le silence, comme une expérience.

Qu’il y ait ou non « preuve » d’une influence directe de la « kabbale » sur la création du grade de Maître, le dialogue entre ces deux traditions ouvre en tout cas une piste précieuse : celle d’une franc-maçonnerie qui ne se contente pas d’aligner des symboles, mais ose se penser comme voie, exigeante et fragile, vers le Nom qui manque –

ce Nom que nous écrivons, que nous devinons, mais que nous ne cessons de chercher à prononcer.

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Les origines du Grade de Maitre entre Mach Benah et Marrow Bone

Publié le 28 Août 2026 par T.D

Jacob K

Entre 1711 et 1725 un troisième grade apparait dans le système maçonnique et c’est celui qui en fera tout son succès, le grade de Maitre. En France il apparaitra également mais de façon très différente à celui des anglais. La Raison ? ce sont les maçons écossais qui l’introduisent et l’officialisent dans le système de Clermont.  Dans leur exil, les maçons écossais nombreux ont aussi apporté leurs rites. Au début il apparait dans toute sa pureté puis progressivement avec la domination culturelle anglaise il va se transformer peu à peu à son tour. De quoi parle t-on ici sinon de la double origine du grade de Maitre n’ayant rien à voir entre eux. Une origine noachite, l’authentique et écossaise et une fabrication hiramique, la fausse, celle des anglais calquée sur le peu que l’on savait à l’époque.

Origine biblique de Mach Benah :

Dans le catéchisme correspondant au grade de Maître de Masonry Dissected (1730), on peut lire :

« L’Ex. Donnez-moi le Mot du Maître.

  1. – Il chuchote à l’oreille et, soutenu par les Cinq Points du Compagnonnage, ci-dessus indiqué, dit Machbenah, ce qui signifie Le Bâtisseur est frappé (The Builder is smitten). »

Dans un remarquable travail, l’érudit anglais R. Wells nous a en effet livré sur ce point des clés essentielles.

Il rappelle deux lieux bibliques où des formes proches de ce mot sont rencontrées :

« Jérémie le dixième, Makbannai le onzième » (I Chroniques, 12,13) «  Et elle enfanta … et Shewa père de Makbenna  » (I Chroniques, 2, 49)

Or, si l’on se reporte à la Bible de Barker, déjà mentionnée, publiée en 1580, et renfermant de nombreuses gloses et notices, on peut y lire en commentaire de la deuxième citation :

«  Machbana Machbenah, pauvreté, son fils a été frappé, ou le bâtisseur a été frappé (the smiting of the builder) »

Est-ce que Mach Benah est bien la forme initiale du mot en M., dont on possède des traces documentaires dès 1711 ? Selon Roger Dachez (Hiram et ses frères)  si tel est le cas, il apparaît qu’il est indissolublement lié, en raison du sens traditionnel qu’on lui accordait, à la légende d’Hiram dans sa forme achevée – ce qui nous donnerait une indication sur l’époque de sa fixation –, et qu’il constitue un témoignage de plus de cette recherche érudite et délibérée dans d’anciennes versions de la Bible, dont le terme Hiram Abif, adopté en 1723, était déjà un indice.

Ces divers éléments apparaissent encore comme autant d’arguments supplémentaires pour supposer une mise en forme finale de la légende, à partir d’éléments divers, certains empruntés à la tradition du Métier, et d’autres résultant d’une élaboration savante, par un cénacle d’érudits, – cabalistiques – imprégnés de Bible apparemment, dans les premières années du XVII e siècle. Les « Antiquarians » comme Stuckeley ont du jouer un rôle dans la fabrication de ce nouveau grade de Maitre.

Marrow Bone ou Marrow in the Bone : grade noachite

La véritable origine du grade de Maitre est tout autre et correspond au rituel du relèvement de Noé assimilé ici à Hiram.

Le sens de l’attouchement des cinq points dans le relèvement du cadavre de Noé.

Le Graham fut le premier rituel du Mot de maçon à réutiliser cet attouchement des cinq points pour le faire servir au relèvement d’un cadavre, en l’occurrence celui de Noé . Non qu’il méconnût la signification originelle de l’attouchement des cinq points puisque lorsqu’il le décrit à deux reprises, c’est précisément pour mentionner sa signification originelle : « Ils s’accordèrent alors », et encore : « en plein et total accord avec cela ». L’idée d’utiliser l’attouchement des cinq points pour relever un cadavre semble avoir été puisée dans l’Écriture qui contenait plusieurs exemples de résurrection des morts provoquée par un attouchement corporel. Le prophète Elie avait ressuscité des morts un adolescent en s’allongeant trois fois sur lui (I Rois 17,21-22). Le prophète Elisée avait lui aussi ressuscité des morts un autre adolescent en procédant comme suit : « Il monta (sur le lit), se coucha sur l’adolescent, mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses paumes sur ses paumes ; il se courba sur lui et la chair de l’enfant se réchauffa » (II Rois 4,34-35). Et en outre c’est également par un attouchement manuel que Jésus de Nazareth avait ressuscité des morts la fille de Jaïre (Mt. 9,25 ; Mc 5,41-42 ; Lc 8,54-55) et le fils de la veuve de Naïn (Lc 7,14-15). Qu’est-ce qui donna aux auteurs du Graham l’idée de faire servir l’attouchement des cinq points au relèvement du cadavre de Noé ? C’est l’analyse des conséquences de cet attouchement dans ce rituel qui va nous le dire.

Les trois fils qui tentèrent de relever le cadavre de leur père Noé à l’aide de l’attouchement des cinq points, convinrent que s’ils ne retrouvaient pas le secret escompté, les paroles qui sortiraient de leur bouche leur tiendraient lieu de ce secret. De fait après avoir reposé à terre le cadavre de leur père qu’ils venaient de relever par l’attouchement des cinq points (fait qui montre que cet attouchement n’avait pas pour but de faire revenir ce cadavre à la vie physiologique, lequel reste bel et bien mort, mais de retrouver le secret de prédicateur de Noé), trois paroles sortirent de leur bouche, qui remplacèrent à leurs yeux le secret de prédicateur de leur père :

  1. a) Le premier des trois fils de Noé prononça l’expression « Marow in this bone.
  2. b) Le second prononça l’expression « dry bone » c’est à dire « os sec » (opinion de présomption et de désespoir démentie par la résurrection effective des os desséchés en Ez. 37,1-14).
  3. c) Et le troisième fils de Noé prononça enfin l’expression « ça pue », reprise de la parole dubitative de Marthe dans l’épisode johannique de la résurrection de Lazare par Jésus de Nazareth : « Marthe, la sœur du trépassé, lui dit : Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour » On 11,39).

Après avoir rapporté les trois paroles différentes  des trois fils de Noé ; le Graham conclut son récit en disant que ces trois fils de Noé s’accordèrent pour donner « un nom qui est encore connu de la franc-maçonnerie de nos jours ». Ce mot forgé par les trois fils de Noé d’après leurs trois paroles distinctes (« Marrow in this bone » ; « os sec » ; et « ça pue ») et connu de la franc-maçonnerie est évidemment l’ancien mot de maître « Marrow/Bone ». Or il y a là deux remarques à faire. Lorsque le Graham affirme que les trois fils de Noé s’accordèrent sur le choix du mot « Marrow/Bone.

Le tombeau de Noé

Cette visite des trois frères dans la tente où dormait le patriarche a une suite maçonnique qui confirme l’interprétation fournie cidessus de l’ivresse, du sommeil et de la nudité surprise. Cette suite est relatée dans le manuscrit Graham. Selon celui-ci, la visite se reproduisit, non plus sous la tente, mais au tombeau de Noé. Et cette fois, l’objet de l’incursion est indiqué sans détour ni parabole : il s’agit d’un secret.

« Sem, Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour tenter d’y découvrir quelque chose (…) qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ici, j’espère que chacun admettra que toutes les choses nécessaires au nouveau monde se trouvaient dans l’arche avec Noé.

Ces trois hommes avaient déjà convenu que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Ils n’avaient pas de doute, mais croyaient très fermement que Dieu pouvait et aussi voudrait révéler sa volonté, par la grâce de leur foi, de leur prière et de leur soumission ; de sorte que ce qu’ils découvriraient se montrerait aussi efficace pour eux que s’il avaient reçu le secret dès le commencement, de Dieu en personne, à la source même.

Ils arrivèrent donc à la tombe et ne trouvèrent rien, si ce n’est le cadavre déjà presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha et ainsi de suite de jointure en jointure jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils redressèrent le corps et le soutinrent en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos, et s’écrièrent: « Aide-nous, O Père ! ». Comme s’ils avaient dit : « O Père du ciel aide-nous à présent, car notre père terrestre ne le peut pas ». Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant que faire. L’un d’eux dit alors : « Il y a encore de la moelle dans cet os « , et le second dit : « mais c’est un os sec » ; et le troisième dit : « il pue ». (it stinck !)

Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours et ce mot était Marrow in the Bone (MB)

Puis ils allèrent à leurs entreprises et par la suite leurs ouvrages tinrent bon. Cependant, il faut supposer et aussi comprendre que la vertu ne provenait pas de ce qu’ils avaient trouvé ou du nom que cela avait reçu, mais de la foi et de la prière. »

En dépit de quelques différences, cette légende se donne à certains égards comme une strate archéologique de celle d’Hiram mais celle d’Hiram en est le négatif car en cette dernière, il est d’abord question de trois mauvais compagnons qui mettent à mort l’Architecte, faute de pouvoir lui arracher un secret auquel ils n’ont pas droit et, plus tard, d’un certain nombre de Maîtres maçons bien intentionnés désireux de retrouver la dépouille d’Hiram assassiné.

Manifestement, lors de cette visite au tombeau de Noé, Sem, Cham et Japhet sont à rapprocher, non pas des mauvais compagnons, mais des bons Maîtres. Depuis l’épisode de la tente, Cham n’a pas corrompu ses frères, mais, bien au contraire, les a rejoints sur le bon chemin. En outre, le temps est révolu où Sem et Japhet étaient forcés d’entrer dans la Tente du Secret à reculons. Ce secret, ils ont désormais l’âge de le rechercher. C’est donc bien la légende d’Hiram vue dans son aspect positif.

En réalité quand le révérend Anderson a vendu (vendu et non transmis) partiellement le rite du Mot de Maçon à Théophile de Désaguliers il n’a pas pas pu tout livrer. Après avoir déchiré quelques pages du Livre des marques de la loge (Aberdeen) de son père, falsifié d’autres il pensait que son travail était accompli.

Anderson ne transmet qu’un rite incomplet et l’on sait (par les irlandais entre autre qui ont conservé les rituels écossais) qu’existe un grade de maitre alors que faire sinon en inventer un !

Aussitôt dit aussitôt fait et l’on bricole vite fait quelque chose de ce que l’on sait. Et que sait-on ? Que c’est un grade où il est question des cinq points de la maitrise et d’un mort. En réalité mais vous en saurez plus dans mon livre, il s’agit d’un grade noachite avec les trois fils de Noé et le mot de passe (pas le mot sacré) était Marrow in the Bone. Plus tard des historiens (Patrick Négrier et Hervé Vigier) ont effectivement retrouvé l’ancien grade de maitre connu sous le nom de « L’ancienne maitrise » et c’était tout simplement celui de sublime écossais propulsé par je ne sais quel miracle au 5 et 8 degrés du REAA, le rite le moins originel qui soit.  Ainsi donc par miracle ce grade maitre fut conservé dans les hauts grades ! grâce surtout aux écossais parisiens de la rue des boucheries qui transmirent le garde dans sa forme originelle.

Le mystère de la corde sortant du cercueil

On aura remarqué une corde sortant du cercueil de Noé et l’explication habituelle est que cette corde fut celle que les frères utilisèrent pour sortir le corps de la fosse. On se demande alors pourquoi cette corde ne figure pas dans la maçonnerie hiramique ! En fait son rôle est important car c’est elle qui va nous permettre de découvrir l’ultime secret du Saint des Saints à laquelle elle est reliée. Quiconque a assisté à un enterrement classique sait très bien que la ou les cordes servent à descendre le cercueil dans le caveau et jamais à le  remonter … Mais simple question : y a t’il un caveau dans le Saint des Saints ?

 

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