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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Le leprechaun, symbole irlandais

Publié le 24 Décembre 2012 par X dans Irlande

 

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Je vous avais parlé lors de mon bilan sur 2010 que j’introduirai cette année les créatures magiques et mystérieuses. On va commencer avec le petit peuple des elfes, fées et lutins, et plus particulièrement, le Leprechaun, ce lutin irlandais si connu, dont on retrouve bon nombre de représentations aux alentours de la St Patrick.

Le Leprechaun est un petit homme qui ne dépasse pas 90cm de haut, habitant en Irlande. On le trouve partout sur l’île d’Emeraude, mais il serait né sur le mont Ben Bulben, en Sligo, au Nord-Ouest de l’Irlande. Il construit des demeures confortables et propres à l’abri des haies, des pierres levées et des talus plantés d’arbres dont les racines lui servent de charpente.

C’est un gourmand, qui n’aime pas beaucoup la cuisine irlandaise, principalement composée de pommes de terre. Il adore par contre leur pain-soda, qu’il prépare à merveille en le parfumant aux herbes.

Farceur, mais bougon, c’est un cordonnier hors pair. Mais ne lui confiez pas vos chaussures abîmées : incapable de terminer le travail qu’on lui demande, il n’en réparera qu’une seule par paire !

C’est un gardien de trésors, et il sait toujours où l’or est enterré. On dit que c’est lui qui a la surveillance des trésors enfouis du Tuatha de Danann, des Sidhe (les elfes irlandais) et du Petit Peuple. On dit qu’il se sert des arcs-en-ciel pour indiquer aux hommes qui le méritent l’emplacement des chaudrons d’or qu’il a enterrés.

Si vous parvenez à le surprendre avant qu’il ne vous remarque, il se montrera serviable, acceptera de vous raconter une histoire ou de vous chanter une chanson. Son répertoire de contes et de chants est inépuisable ! Il sera même sans doute assez gentil pour vous montrer directement l’emplacement de l’un de ses trésors. Si par contre, c’est lui qui vous trouve, alors attention !

Farceur, moqueur, voire cruel, il n’hésitera pas à vous jouer un tour ! Pour s’attirer ses faveurs, rien de mieux qu’un peu de lait, du tabac à priser ou du bon whiskey (pas du whisky, qui est la version écossaise de cette boisson !). Il n’hésite pas à se moquer des avares et des voleurs, qu’il attire dans des pièges dont ils auront beaucoup de mal à en sortir.

Il est aussi un excellent violoniste, et il aurait initié les grands musiciens irlandais au maniement de l’archet de leur fiddle. Il est aussi un excellent joueur de hurling, le sport national irlandais, mais s’il triche, il vaut mieux éviter de le lui faire remarquer. Tout est affaire de tact et de politesse lorsqu’on a affaire à un Leprechaun !

De nombreux contes irlandais parlent du Leprechaun, et j’en ai choisi deux :

Une vieille légende irlandaise raconte qu’un jeune garçon était si pauvre qu’il en était presque réduit à mendier. Il gagnait sa vie en poussant les chariots de tourbe, qui était alors un combustible très répandu. Il était calme, introverti, et, disons-le, un peu laid. Mais il adorait lire, et s’adonnait à cette passion dès qu’il en avait l’occasion et les moyens. Au cours d’une de ces lectures, il découvrit l’existence des Leprechauns, et des trésors qu’ils gardent bien enfouis. Il se dit que c’était pour lui une chance de sortir de sa misère, et de pouvoir acheter tous les livres qu’il voudrait.

Alors, pendant qu’il poussait ses chariots de tourbe, il tendait l’oreille pour essayer d’entendre le bruit d’un martèlement en provenance des haies sur le bord du chemin, signe qu’un Leprechaun y réparait une chaussure. Après des semaines d’attente, il finit par entendre le bruit tant espéré. Un beau soir, au coucher du soleil, il vit un Leprechaun travaillant sous une grande feuille d’oseille.

Il se glissa silencieusement derrière lui, le prit brusquement par le col de son vêtement, et le menaça de ne pas le lâcher tant qu’il ne révélerait pas l’emplacement d’un de ses trésors. « Inutile d’employer la menace avec moi », répondit le Leprechaun, « car nous sommes du même sang, toi et moi ».

En effet, le jeune garçon avait du sang nain dans les veines, ce qui fait qu’il appartenait en partie au Petit Peuple, et qu’il avait donc le droit de réclamer le trésor. Il lâcha le Leprechaun, qui le conduisit jusqu’à un fort abandonné, comme il y en a tant en Irlande. Ils franchirent une porte au cœur d’une épaisse muraille. A l’intérieur, le sol était littéralement couvert d’or. « Prends tout ce que tu veux, mais fais vite, car lorsque la porte se fermera, ce sera pour toujours ! » lui dit le Leprechaun.

Le garçon se dépêcha, chargea ses bras et ses habits d’autant d’or qu’il put et sortit du vieux fort. La porte se referma alors dans un grand fracas. Lorsqu’il voulut remercier le Leprechaun, celui-ci avait déjà disparu.

Le garçon changea complètement de vie : il déposa son or dans une banque à Dublin, et le dépensa sagement. Il jouit de cette fortune toute sa vie durant, et devint fort cultivé. Ses descendants continuèrent à profiter de cette fortune jusqu’à nos jours.

Si cette histoire se termine bien, ce n’est pas le cas de toutes. En effet, je vous l’ai dit, les Leprechauns sont des êtres farceurs, qui jouent parfois de très mauvaises blagues.

Ainsi, un Leprechaun dévoila un jour à un paysan que sous une certaine touffe de séneçon se trouvant dans son champ, il trouverait un fabuleux trésor. Le paysan n’avait rien pour creuser sous la main, alors il rentra chez lui chercher un outil. Prévoyant, il pensa quand même à marquer d’abord le bon plan de séneçon en lui attachant un ruban rouge. Lorsqu’il revint avec ses outils, il vit que tous ses plans portaient un ruban rouge, et que le Leprechaun avait disparu.

Source : http://www.les-mondes-de-gwenn.fr/2011/01/05/le-leprechaun-symbole-irlandais/

Commentaire : Il y a unethéorie selon laquelle les irlandais auraient utilisé ce lutin familier pour en faire la caricature des envahisseurs anglais. 

 

 

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Bénédiction du conteur irlandais

Publié le 24 Décembre 2012 par Thomas Dalet

"Puisse le chemin monter à ta rencontre,
Puisse le vent souffler dans ton dos,
Le soleil briller chaud sur ton visage,
La pluie tomber douce sur tes champs,
Et jusqu'à notre prochaine rencontre,
Que le Seigneur te tienne dans le creux de sa main !"

"Bhí sin ann agus is fada ó bhí..." "Il était une fois, et c'était il y a bien longtemps..." (formule traditionnelle irlandaise)

 

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Le cabinet de réflexion ou la caverne alchimique

Publié le 24 Décembre 2012 par Marcos Drake dans Alchimie

Le profane qui demande à être initié aux mystères de la  Franc-Maçonneriepeut-il imaginer ce qui l’attend et les épreuves que celui-ci devra surmonter afin de recevoir la lumière ? Non, mais son instinct lui laisse entrevoir un « changement », une « transmutation » qui se prépare au plus profond de lui. Le chemin qu’il vient de prendre c’est celui de l’Initiation, du latin Initiare qui veut dire commencer, car c’est bien une quête initiatique que celui-ci vient d’entreprendre. Pourquoi cherche-t-il à être Initié ? Peut-être que son inconscient, fil conducteur de la plupart de ses actions, au travers d’un imperceptible murmure, que seul celui qui écoute avec son cœur peut espérer entendre, lui a révélé le but ultime de l’ « Homme » : la PURIFICATION. En effet, l’Initiation c’est la purification, purification de l’ « Homme Cosmique » qui après le drame de la Chute édénique, entraînant sa propre destruction, cherche à se régénérer afin de réintégrer le paradis perdu.

La première épreuve que le profane vivra pour entrer en Franc-Maçonnerie sera celle du cabinet de réflexion, nom étrange qui cache une pratique bien plus ancienne que la Maçonnerie elle-même. Le cabinet de réflexion est à mon sens, une des épreuves les plus importantes sur le chemin de l’Initiation, car c’est en son sein qu’il faudra « procéder à une sorte de décrassement intellectuel et moral ayant pour but de débarrasser l’esprit de tout ce qui empêche la lumière de parvenir jusqu’à lui » [1] Le cabinet de réflexion utilise le langage universel de la symbolique, afin de faire vivre au profane sa première épreuve, qui est celle de la terre. Il est écrit quelque part dans la Bible « tu es sorti nu du ventre de ta mère et tu retourneras nu dans le ventre de la terre. Tu n’emporteras rien en mourant, tu n’emporteras pas tes richesses avec toi », et en effet, avant que le profane ne rentre dans le cabinet de réflexion, on lui demande de se défaire de son argent et de déposer tous ses objets métalliques. À l’intérieur du cabinet de réflexion, le profane découvrira plusieurs symboles évoquant la mort, puis le postulant est invité à rédiger son « testament philosophique » car à cet instant précis il va mourir à sa vie profane, mais avant de renaître et de vivre pleinement sa seconde naissance, il se doit de faire un bilan et de répondre par écrit à trois questions : Quels sont les devoirs de l’homme envers lui-même ? Quels sont les devoirs de l’homme envers Dieu ? Quels sont les devoirs de l’homme envers l’humanité ?

Dans cet étroit cabinet de réflexion, aux murs peints en noir, dont la seule source lumineuse se trouve être une simple bougie dont la flamme vacille lentement, le profane, une fois que le bandeau lui est retiré, se trouve rapidement confronté aux nombreux symboles et inscriptions qui l’entourent. Puis peu à peu, il découvre un autre symbole, dont aucun support matériel ne peut exprimer la présence et qui pourtant est le plus important des symboles : le SILENCE. Il est dit que « quand se taisent les bruyantes passions du monde, le cherchant peut enfin écouter », ainsi le profane est invité à faire le silence, afin qu’il puisse écouter au plus profond de lui-même les paroles de sagesse que lui inspire son cœur. Le cabinet de réflexion est comme une caverne alchimique où se déroule un rite de purification, une matrice dans laquelle notre être renaîtra purifié, c’est un lieu où, si nous y passions plusieurs jours, nous pourrions y atteindre l’illumination intérieure. Lorsque le profane aura fait le silence sur les passions du monde qui l’entoure, et que par un savant contrôle de sa respiration il aura atteint une tranquille méditation, alors il commencera à devenir sensible aux messages qui l’entourent.

Face à lui, une inscription énigmatique l’invite à un voyage au plus profond de lui-même, et sans même le savoir il s’y prêtera, guidé dans sa démarche par le rythme du silence. V.I.T.R.I.O.L, énigme indéchiffrable, dont le profane ne comprendra intellectuellement le sens que bien plus tard, mais à cet instant précis, lorsqu’il se trouve dans l’œuf primordial, caverne alchimique aux pouvoirs de transmutations infinis, son inconscient n’aura aucune peine à comprendre cette inscription dont la valeur alchimique ne fait plus aucun doute. Les sept initiales, V.I.T.R.I.O.L, sont la révélation de l’opération du Grand Œuvre, aide -mémoire indispensable au profane, comme à l’Initié, car il révèle le processus alchimique de la transmutation de l’être comme des métaux. V.I.T.R.I.O.L, septénaire mystérieux dont le sens dévoilé révèle une parfaite connaissance des processus qui mènent à l’éveil, « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem » : « Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Cette pierre que le profane doit trouver n’est autre que la pierre philosophale des alchimistes, et celle-ci se trouve au plus profond de chacun d’entre nous, elle ne se dévoile qu’à ceux qui par un travail intérieur sincère, sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : « Omnia ab uno, omnia ad unum », « Tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité ».

Le ternaire alchimique est également présent, car indispensable au processus alchimique de formation de la pierre philosophale. Le Sel, le Soufre, et le Mercure expriment ensemble le véritable équilibre, auquel le profane doit tendre afin de se régénérer. Le Soufre représente l’énergie expansive, principe actif masculin et le Mercure représente l’énergie attractive, principe passif féminin, tandis que le Sel qui résulte de l’action du Soufre sur le Mercure, est neutre, résulta des deux principes, il est donc l’agent équilibrant, comme l’exprime avec perfection son symbole, un cercle divisé en deux par une diagonale qui le traverse, image parfaite de l’équilibre.

Le sablier qui se trouve posé devant le profane, est un attribut de Saturne, il symbolise le temps, il représente sur le plan matériel, donc terrestre, le temps qui s’écoule et qu’on ne peut inexorablement pas arrêter, chaque grain de sable qui tombe nous rapprochant irréversiblement du jour de notre mort. Le sablier représente encore autre chose, qui pour le profane n’est peut-être pas tout de suite perceptible, ce qui n’enlève rien à sa force évocatoire, car le sablier qui a tout pouvoir sur le plan terrestre ( matériel ), n’en a aucun sur le plan astral ou cosmique. Ce qui signifie, qu’une fois l’homme libéré des chaînes matérielles du temps terrestre, il pourra enfin réintégrer le temps initial, c’est-à-dire celui du commencement, de la création, l’instant primordial d’avant la chute, là ou le péché et les servitudes n’existaient pas.

Pour que ce rite de vie et de mort puisse être efficace et aboutir à la purification du profane, il lui faut encore un puissant symbole, un « témoin » psychique permettant de relier les vivants aux morts, un lien puissant exprimant la chaîne ininterrompue entre les Maîtres passés à l’Orient Eternel et le profane qui aspire à reprendre le flambeau en devenant Franc-Maçon à son tour. Ce « témoin » psychique est un véritable crâne humain posé près du profane, et devant lui se trouve écrit ces mots : « J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! », des mots lourds de significations. Ce crâne, réceptacle des forces supérieures, transmettra alors un dernier message au profane, comme le faisaient autre fois les têtes de mort parlantes qui enseignaient aux vivants. Elle lui dira : »Ce que tu vas voir, je l’ai déjà vu ; ce que tu vas vivre, je l’ai déjà vécu ; ce que tu vas entendre, je l’ai déjà entendu, je suis « la réalité telle qu’elle apparaît dépouillée de son décor sensible ; la vérité brutale, privée du voile des illusions », (O. Wirth) alors courage et bonne route ! Mais dans cette demeure alchimique, le crâne possède encore un autre secret, qui n’apparaît qu’au moment délicat de la sublimation alchimique, c’est celui du Caput mortem, lorsqu’il faut couper la tête, Caput mortem, afin de voir apparaître le cygne blanc, thème alchimique de la putréfaction. Mourir pour renaître à nouveau, c’est une loi universelle : « En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean 12 : 24). Puis le profane, qui peu à peu sortira de sa profonde méditation, lèvera les yeux vers le Coq, symbole solaire qui lui annoncera la fin de sa nuit éternelle, et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres.

Lausanne, le 05 juillet 2005 Par Marcos Drake. Article extrait d’un livre à paraître de Marcos Drake.

Source :  http://www.esoblogs.net/110/le-cabinet-de-reflexion-ou-la-caverne-alchimique/

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Petit traité d'Alchimie intitulé miroir d'Alchimie

Publié le 24 Décembre 2012 par Roger Bacon dans Alchimie

PREFACE.

Dans leurs écrits les Philosophes se sont exprimés de bien des manières différentes, mais toujours énigmatiques. Ils nous ont légué une science noble entre toutes, mais voilée complètement pour nous par leur parole nuageuse, entièrement cachée sous un voile impénétrable. Et pourtant ils ont eu raison d'agir ainsi. Aussi, je vous conjure d'exercer avec persévérance votre esprit sur ces sept Chapitres, qui renferment l'art de transmuer les métaux, sans avoir à vous inquiéter des écrits des autres philosophes. Repassez souvent dans votre esprit leur commencement, leur milieu, leur fin, et vous y trouverez des inventions si subtiles que votre âme en sera remplie de joie.

 

CHAPITRE I

DÉFINITIONS DE L'ALCHIMIE.

Dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet art plusieurs définitions desquelles il importe que nous parlions ici. Hermès dit : " L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse. Un autre philosophe a dit : " l'Alchimie enseigne à transmuer toute espèce de métal en une autre, cela à l'aide d'une Médecine particulière, ainsi qu'on peut le voir par les nombreux écrits des Philosophes. " C'est pourquoi je dis : " l'Alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine Médecine ou élixir, laquelle étant projetée sur les métaux imparfaits, leur donne la perfection dans le moment même de la projection.

 

CHAPITRE II

DES PRINCIPES NATURELS ET DE LÀ GÉNÉRATION DES MÉTAUX.

Je vais parler ici des principes naturels et de la génération des métaux. Notez d'abord que les principes des métaux sont le Mercure et le Soufre. Ces deux principes ont donné naissance à tous les métaux et à tous les minéraux, dont il existe pourtant un grand nombre d'espèces différentes. Je dis de plus que la nature a toujours eu pour but et s'efforce sans cesse d'arriver à la perfection, à l'or. Mais par suite de divers accidents qui entravent sa marche, naissent les variétés métalliques, ainsi qu'il est clairement exposé dans plusieurs philosophes.

Selon la pureté ou l'impureté des deux principes composants, c'est-à-dire du Soufre et du Mercure, il se produit des métaux parfaits ou imparfaits, l'or, l'argent, l'étain, le plomb, le cuivre, le fer. Maintenant recueille pieusement ces enseignements sur la nature des métaux, sur leur pureté ou leur impureté, leur pauvreté ou leur richesse en principes.

Nature de l'Or : l'Or est un corps parfait composé d'un Mercure pur, fixe, brillant, rouge et d'un Soufre pur, fixe, rouge, non combustible. L'Or est parfait.

Nature de l'Argent : c'est un corps pur, presque parfait, composé d'un Mercure pur, presque fixe, brillant, blanc. Son Soufre a les mêmes qualités. Il ne manque à l'Argent qu'un peu plus de fixité, de couleur et de poids.

Nature de l'étain : c'est un corps pur, imparfait, composé d'un Mercure pur, fixe et volatil, brillant, blanc à l'extérieur, rouge à l'intérieur. Son Soufre a les mêmes qualités. Il manque seulement à l'étain d'être un peu plus cuit et digéré.

Nature du plomb : c'est un corps impur et imparfait, composé d'un Mercure impur, instable, terrestre, pulvérulent, légèrement blanc à l'extérieur, rouge à l'intérieur. Son Soufre est semblable et de plus combustible. Il manque au plomb, la pureté, la fixité, la couleur ; il n'est pas assez cuit.

Nature du cuivre : le cuivre est un métal impur et imparfait, composé d'un Mercure impur, instable, terrestre, combustible, rouge, sans éclat. De même pour son Soufre. Il manque au cuivre, la fixité, la pureté, le poids. Il contient trop de couleur impure et de parties terreuses incombustibles.

Nature du fer : le fer est un corps impur, imparfait, composé d'un Mercure impur, trop fixe, contenant des parties terreuses combustibles, blanc et rouge, mais sans éclat. Il lui manque la fusibilité, la pureté, le poids ; il contient trop de Soufre fixe impur et de parties terreuses combustibles. Tout alchimiste doit tenir compte de ce qui précède.

 

CHAPITRE III

D'OU L'OR DOIT RETIRER LA MATIÈRE PROCHAINE DE L'ÉLIXIR.

Dans ce qui précède on a suffisamment déterminé la genèse des métaux parfaits et imparfaits.

Maintenant nous allons travailler à rendre pure et parfaite la matière imparfaite. Il ressort des chapitres précédents que tous les métaux sont composés de Mercure et de Soufre, que l'impureté et l'imperfection des composants se retrouve dans le composé ; comme on ne peut ajouter aux métaux que des substances tirées d'eux-mêmes, il s'ensuit qu'aucune matière étrangère ne peut nous servir, mais que tout ce qui est composé des deux principes, suffit pour perfectionner, et même transmuer les métaux.

Il est très surprenant de voir des personnes, pourtant habiles, travailler sur les animaux, lesquels constituent une matière très éloignée, alors qu'elles ont sous la main une matière suffisamment prochaine dans les minéraux. Il n'est pas impossible qu'un Philosophe ait placé l'Œuvre dans ces matières éloignées, mais c'est par allégorie qu'il l'aura fait.

Deux principes composent tous les métaux et rien ne peut s'attacher, s'unir aux métaux ou les transformer, s'il n'est lui-même composé des deux principes. C'est ainsi que le raisonnement nous force à prendre pour Matière de notre Pierre, le Mercure et le Soufre.

Le Mercure seul, le Soufre seul ne peuvent engendrer les métaux, mais par leur union, ils donnent naissance aux divers métaux et à de nombreux minéraux. Donc il est évident que notre Pierre doit naître de ces deux principes.

Notre dernier secret est très précieux et très caché : sur quelle matière minérale, prochaine entre toutes, doit-on directement opérer ? Nous sommes obligé de choisir avec soin. Supposons d'abord que nous tirions notre matière des végétaux : herbes, arbres et tout ce qui naît de la terre. Il faudra en extraire le Mercure et le Soufre par une longue cuisson, opérations que nous repoussons, puisque la nature nous offre du Mercure et du Soufre tout faits.

Si nous avions élu les animaux, il nous faudrait travailler sur le sang humain, cheveux, urine, excréments, œufs de poule, enfin tout ce que l'on peut tirer des animaux. Il nous faudrait, là encore, extraire par la cuisson, le Mercure et le Soufre. Nous récusons ces opérations pour notre première raison. Si nous avions choisi les minéraux mixtes, telles que sont les diverses espèces de magnésies, marcassites, tuties, couperoses' ou vitriols, aluns, borax, sels, etc., il faudrait mêmement en extraire le Mercure et le Soufre par cuisson, ce que nous repoussons pour les mêmes raisons que ci-dessus. Si nous choisissions l'un des sept esprits comme le Mercure seul, ou le soufre seul, ou bien le Mercure et l'un des deux soufres, ou bien le soufre vif, ou l'orpiment ou l'arsenic jaune, ou l'arsenic rouge, nous ne pourrions les perfectionner; parce que la nature ne perfectionne que le mélange déterminé des deux principes. Nous ne pouvons faire mieux que la nature, et il nous faudrait extraire de cas corps le Soufre et le Mercure, ce que nous repoussons comme ci-dessus.

Finalement, si nous prenions les deux principes eux-mêmes, il nous faudrait les mêler selon une certaine proportion immuable, inconnue à l'esprit humain, et ensuite les cuire jusqu'à ce qu'ils soient coagulés en une masse solide.

C'est pourquoi nous écartons l'idée de prendre les deux principes séparés, c'est-à-dire le Soufre et le Mercure, parce que nous ignorons leur proportion et que nous trouverons des corps dans lesquels les deux principes sont unis dans de justes proportions, coagulés et conjoints selon les règles.

Cache bien ce secret: L'Or est un corps parfait et mâle sans superfluité ni pauvreté. S'il perfectionnait les métaux imparfaits fondus avec lui, ce serait l'élixir rouge. L'argent aussi est un corps presque parfait et femelle, et si par simple fusion, il rendait presque parfaits les métaux imparfaits, ce serait l'élixir blanc. Ce qui n'est pas et ce qui ne peut pas être, parce que ces corps sont parfaits à un seul degré. Si leur perfection était communicable aux métaux imparfaits, ces derniers ne se perfectionneraient pas et ce seraient les métaux parfaits qui seraient souillés par le contact des imparfaits. Mais s'ils étaient plus que parfaits, au double, au quadruple, au centuple, etc., ils pourraient alors perfectionner les imparfaits.

La nature opère toujours simplement, c'est pour cela que la perfection est simple en eux, indivisible et non transmissible. Ils ne pourraient entrer dans la composition de la Pierre, comme ferments, pour abréger l'œuvre ; ils se réduiraient en effet en leurs éléments, la somme de volatil dépassant la somme de fixe.

Et parce que l'or est un corps parfait composé d'un Mercure rouge, brillant, et d'un Soufre semblable, nous ne le prendrons pas comme matière de la Pierre pour l'élixir rouge ; car il est trop simplement parfait, sans perfection subtile, il est trop bien cuit et digéré naturellement et c'est à peine si nous pouvons le travailler avec notre feu artificiel ; de même pour l'argent.

Quand la nature perfectionne quelque chose, elle ne sait cependant pas le purifier, le parfaire intimement, parce qu'elle opère avec simplicité. Si nous choisissions l'or et l'argent, nous pourrions à grand peine trouver un feu capable d'agir sur eux. Quoique nous connaissions ce feu, nous ne pouvons cependant arriver à la purification parfaite à cause de la puissance de leurs liens et de leur harmonie naturelle ; aussi repoussons l'or pour l'élixir rouge, l'argent pour l'élixir blanc. Nous trouverons un certain corps, composé de Mercure et de Soufre suffisamment purs, sur lesquels la nature aura peu travaillé.

Nous nous flattons de perfectionner un tel corps avec notre feu artificiel et la connaissance de l'art. Nous le soumettrons à une cuisson convenable, le purifiant, le colorant et le fixant selon les règles de l'art. Il faut donc choisir une matière qui contienne un Mercure pur, clair, blanc et rouge, pas complètement parfait, mélangé également, dans les proportions voulues et selon les règles, avec un Soufre semblable à lui. Cette matière doit être coagulée en une masse solide et telle qua l'aide de notre science et de notre prudence, nous puissions parvenir à la purifier intimement, à la perfectionner par notre feu, et à la rendre telle qu'à la fin de l'Œuvre, elle soit des milliers de mille fois plus pure et plus parfaite que les corps ordinaires cuits par la chaleur naturelle.

Sois donc prudent ; car si tu as exercé la subtilité et l'acuité de ton esprit sur ces chapitres où je t'ai manifestement révélé la connaissance de la Matière, tu possèdes maintenant cette chose, ineffable et délectable, objet de tous les désirs des Philosophes.

 

CHAPITRE IV

DE LA MATIÈRE DE REGLER LE FEU ET DE LE MAINTENIR.

Si tu n'as pas la tête trop dure, si ton esprit n'est pas enveloppé complètement du voile de l'ignorance et de l'inintelligence, je puis croire que dans les précédents chapitres tu as trouvé la vraie Matière des Philosophes, matière de la Pierre bénite des sages, sur laquelle l'Alchimie va opérer dans le but de perfectionner les corps imparfaits à l'aide de corps plus que parfaits. La nature ne nous offrant que des corps parfaits ou imparfaits, il nous faut rendre indéfiniment parfaite par notre travail la Matière nommée ci-dessus.

Si nous ignorons la manière d'opérer, quelle en est la cause, sinon que nous n'observons pas comment la nature perfectionne chaque jour les métaux ? Ne voyons-nous pas que dans les mines, les éléments grossiers se cuisent tellement et s'épaississent si bien par la chaleur constante existant dans les montagnes, qu'avec: le temps elle se transforme en Mercure ? Que la même chaleur, la même cuisson transforme les parties grasses de la terre en Soufre ? Que cette chaleur appliquée longtemps à ces deux principes, engendre salon leur pureté ou leur impureté, tous les métaux ? Ne voyons-nous pas que la nature produit et perfectionne tous les métaux par la seule cuisson ? 0 folie infinie, qui donc, je vous le demande, qui donc vous oblige à vouloir faire la même chose à l'aide de régimes bizarres et fantastiques. C'est pourquoi un Philosophe a dit : " Malheur à vous qui voulez surpasser la nature et rendre les métaux plus que parfaits par un nouveau régime, fruit de votre entêtement insensé. Dieu a donné à la nature des lois immuables, c'est-à-dire, qu'elle doit agir par cuisson continue, et vous insensés, vous la méprisez ou vous ne savez pas l'imiter. " II dit de même : " Le feu et l'azoth doivent te suffire. " Et ailleurs : " La chaleur perfectionne tout. " Et ailleurs: " II faut cuire, cuire, recuire et ne pas s'en fatiguer. " Et en différents passages: " Que votre feu soit calme et doux ; qu'il se maintienne ainsi chaque jour, toujours uniforme, sans faiblir, sinon il s'ensuivra un grand dommage. — Sois patient et persévérant. — Broyé sept fois. Sache que tout notre magistère se fait d'une chose, la Pierre, d'une seule façon, en cuisant et dans un seul vase. — Le feu broyé — L'Œuvre est semblable à la création de l'homme. Dans l'enfance on le nourrit d'aliments légers, puis quand ses os se sont affermis, la nourriture devient plus fortifiante ; de même notre magistère est d'abord soumis à un feu léger avec lequel il faut toujours agir pendant la cuisson. Mais quoique nous parlions sans cesse de feu modéré, nous sous-entendons néanmoins que dans le régime de l'Œuvre il faut l'augmenter peu à peu et par degré jusqu'à la fin.

 

CHAPITRE V

DU VAISSEAU ET DU FOURNEAU.

Nous venons de déterminer la manière d'opérer, nous allons maintenant parler du vaisseau et du fourneau, dire comment et avec quoi ils doivent être faits. Lorsque la nature cuit les métaux dans les mines à l'aide du feu naturel, elle ne peut y parvenir qu'en employant un vaisseau propre à la cuisson. Nous nous proposons d'imiter la nature dans le régime du feu, imitons-la donc aussi pour le vaisseau. Examinons l'endroit où s'élaborent les métaux. Nous voyons d'abord manifestement dans une mine, que sous la montagne il y a du feu, produisant une chaleur égale, dont la nature est de monter sans cesse. En s'élevant elle dessèche et coagule l'eau épaisse et grossière, contenue dans les entrailles de la terre, et la transforme en Mercure. Les parties onctueuses minérales de la terre sont cuites, rassemblées dans les veines de la terre et coulant à travers la montagne, elles engendrent le Soufre. Comme on peut l'observer dans les filons des mines, le Soufre né des parties onctueuses de la terre rencontre le Mercure. Alors a lieu la coagulation de l'eau métallique. La chaleur continuant à agir dans la montagne, les différents métaux apparaissent après un temps très long. On observe dans les mines une température constante, nous pouvons en conclure que la montagne qui renferme des mines est parfaitement close de tous côtés par des rochers ; car, si la chaleur pouvait s'échapper, jamais les métaux ne naîtraient.

Si donc nous voulons imiter la nature, il faut absolument que nous ayons un fourneau semblable à une mine, non par sa grandeur, mais par une disposition particulière, telle que la feu placé dans le fond ne trouve par d'issue pour s'échapper quand il montera, en sorte que la chaleur soit réverbérée sur le vase, clos avec soin, qui renferme la matière de la Pierre. Le vaisseau doit être rond, avec un petit col. Il doit être en verre ou en une terre aussi résistante que le verre; on enfermera hermétiquement l'orifice avec un couvercle et du bitume. Dans les mines, le feu n'est pas en contact immédiat avec la matière du Soufre et du Mercure ; celle-ci en est séparée par la terre de la montagne. De même le feu ne doit pas être appliqué à nu au vaisseau qui contient la Matière, mais il faut placer ce vaisseau dans un autre vase fermé avec autant de soin que lui, de telle sorte qu'une chaleur égale agisse sur la Matière, en haut, en bas, partout où il sera nécessaire. C'est pourquoi Aristote dit dans la Lumière des lumières, que le Mercure doit être cuit dans un triple vaisseau en verre très dur, ou, ce qui vaut mieux, en terre possédant la dureté du verre.

 

CHAPITRE VI

DES COULEURS ACCIDENTELLES ET ESSENTIELLES QUI APPARAISSENT PENDANT L'OEUVRE.

Ayant élu la Matière de la Pierre, tu connais de plus la manière certaine d'opérer, tu sais à l'aide de quel régime on fait apparaître les diverses couleurs en cuisant la Pierre. Un Philosophe a dit " Autant de couleurs, autant de noms. Pour chaque couleur nouvelle apparaissant dans l'Œuvre, les Alchimistes ont inventé un nom différent. Ainsi à la première opération de notre Pierre, on a donné le nom de putréfaction, car notre Pierre est alors noire. "Lorsque tu auras trouvé la noirceur, dit un autre Philosophe, sache que dans cette noirceur se cache la blancheur, et il faut l'en extraire."

Après la putréfaction, la pierre rougit et on a dit là-dessus : " Souvent la pierre rougit, jaunit et se liquéfie, puis se coagule avant la véritable blancheur. Elle se dissout, se putréfie, se coagule, se mortifie, se vivifie, se noircît, se blanchit, s'orne de rouge et de blanc, tout cela par elle-même. "

Elle peut aussi verdir, car un philosophe a dit : " Cuis jusqu'à ce qu'un enfant vert apparaisse, c'est l'âme de la pierre. " Un autre a dit : " Sachez que c'est l'âme qui domine pendant la verdeur. "

II apparaît aussi avant la blancheur les couleurs du paon, un philosophe en parle en ces termes : " Sachez que toutes les couleurs qui existent dans l'Univers ou que l'on peut imaginer, apparaissent avant la blancheur, ensuite seulement vient la vraie blancheur. Le corps sera cuit jusqu'à ce qu'il devienne brillant comme les yeux des poissons et alors la pierre se coagulera à la circonférence. "

" Lorsque tu verras la blancheur apparaître à la surface dans le vaisseau, dit un sage, sois certain que sous cette blancheur se cache le rouge ; il te faut l'en extraire, cuis donc jusqu'à ce que tout soit rouge. " II y a enfin entre le rouge et le blanc une certaine couleur cendrée, de laquelle on a dit: " Après la blancheur, tu ne peux plus te tromper, car en augmentant le feu, tu arriveras à une couleur grisâtre. " " Ne méprise pas la cendre, dit un Philosophe, car avec l'aide de Dieu, elle se liquéfiera. " Enfin apparaît le Roi couronné du diadème rouge, si dieu le permet.

 

CHAPITRE VII

DE LA MANIÈRE DE PAIRE LA PROJECTION SUR LES MÉTAUX IMPARFAITS.

Comme je l'avais promis, j'ai traité jusqu'à la fin notre Grand Œuvre, Magistère béni, préparation des élixirs blanc et rouge. Maintenant nous allons parler de la manière de faire la projection, complément de l'Œuvre, attendu et désiré avec impatience. L'Elixir rouge, jaunit à l'infini et transforme en or pur tous les métaux. L'Elixir blanc blanchit à l'infini et donne aux métaux la blancheur parfaite. Mais il faut savoir qu'il y a des métaux plus éloignés que d'autres de la perfection et, inversement il y en a qui sont plus prochains. Quoique tous les métaux soient également amenés à la perfection par l'Elixir, ceux qui sont prochains, deviennent parfaits plus rapidement, plus complètement, plus intimement que les autres. Lorsque nous aurons trouvé le métal le plus prochain, nous écarterons tous les autres. J'ai déjà dit quels sont les métaux prochains et éloignés et lequel est le plus près de la perfection. Si tu es suffisamment sage et intelligent, tu le trouveras, dans un précédent chapitre, indiqué sans détour, déterminé avec certitude. Il est hors de doute que celui qui a exercé son esprit sur ce Miroir trouvera par son travail la vraie Matière, et saura sur quel corps il convient de faire la projection de l'Elixir pour arriver à la perfection.

Nos précurseurs qui ont tout trouvé dans cet art par leur seule philosophie, nous montrent suffisamment et sans allégorie, le droit chemin, quand ils disent : " Nature contient Nature, Nature se réjouit de Nature, Nature domine Nature et se transforme dans les autres Natures. " Le semblable se rapproche du semblable, car la similitude est une cause d'attraction ; il y a des philosophes qui nous ont transmis là-dessus un secret remarquable. Sache que la nature se répand rapidement dans son propre corps, alors qu'on ne peut l'unir à un corps étranger. Ainsi l'âme pénètre rapidement le corps qui lui appartient, mais c'est en vain que tu voudrais la faire entrer dans un autre corps.

La similitude est assez frappante ; les corps, dans l'Œuvre, deviennent spirituels et réciproquement les esprits deviennent corporels ; le corps fixe est donc devenu spirituel. Or, comme l'Elixir, rouge ou blanc, a été amené au delà de ce que sa nature comportait, il n'est donc pas étonnant qu'il ne soit pas miscible aux métaux en fusion, quand on se contente de l'y projeter. Il serait impossible ainsi de transmuer mille parties pour une. Aussi je vais vous livrer un grand et rare secret : il faut mêler une partie d'Elixir avec mille du métal le plus prochain, enfermer le tout dans un vaisseau propre à l'opération, sceller hermétiquement et mettre au fourneau à fixer. Chauffez d'abord lentement, augmentez graduellement le feu pendant trois jours jusqu'à union parfaite. C'est l'ouvrage de trois jours.

Tu peux recommencer alors à projeter une partie de ce produit sur mille de métal prochain, et il y aura transmutation. Il te suffira pour cela d'un jour, d'une heure, d'un moment. Louons donc notre Dieu, toujours admirable, dans l'Eternité.

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Franc-Maçonnerie et Alchimie Essai d'interprétation Alchimique des Rituels des trois Degrés de la FM Symbolique

Publié le 24 Décembre 2012 par Roger Caro dans Alchimie

L'Art commence où la nature cesse d'agir ...


PRÉFACE

Beaucoup de Francs-Maçons rejettent l'Alchimie et la classent dans la catégorie des " fausses sciences " et des superstitions inhérentes à une époque d'obscurantisme. C'est que le terme d'Alchimie est assez rarement compris. Un Adepte récent : Fulcanelli, en son livre " Les Demeures Philosophales " s'est cependant longuement efforcé de faire comprendre tout ce qu'elle n'est pas, tout ce qu'elle ne saurait être. Etant entendu qu'on ne comprend vraiment ce qu'elle est qu'avec la Grâce de Dieu et l'aide d'un ami. Il est certain que l'Alchimie n'a jamais été un moyen artisanal de fabriquer de l'or, le soir au bout de sa table de cuisine. Il est certain aussi qu'elle n'est pas l'ancêtre de la moderne chimie, non plus que les premiers balbutiements de celle-ci. C'est la spagyrie, l'hyper-chimie qui assume ce rôle et il est certain que ceux qu'on appelait, non sans raillerie, les " souffleurs " ont obscurément contribué à créer ce que la science moderne nomme la chimie. Mais l'Alchimie, l'Alchimiste dont on représente ce dernier, le plus souvent sous les traits d'un vieux sage dont les yeux se sont usés dans les grimoires ; cet art et le Maître qui le professe sont sans rapport comme sans commune mesure avec ce à quoi s'intéresse la science et les scientifiques.


L'Alchimie c'est l'Art des transformations évolutives. L'évolution c'est la distance qui sépare l'Alpha de l'Oméga, l'Alpha c'est le Verbe Créateur, c'est la poussée initiale... L'Oméga c'est le terme. Louis Claude de Saint Martin dit : " L'origine se confond avec la fin des choses ". Mais ne nous limitons pas à ce qui a une vie apparente indiscutable. Tout ce qui existe vit et disons simplement que la vie se manifeste différemment dans chacun des règnes, que la conscience y est plus ou moins endormie et que chez l'homme ordinaire elle est le plus souvent à peine éveillée. Cette idée d'une conscience propre à tous les règnes y compris les minéraux, voire même d'une mémoire se trouve sous la plume d'un grand Maçon contemporain : J. Corneloup, en son livre : " D'Alpha à Oméga : la Vie ".

Dès lors si nous avons reconnu qu'une même loi assume l'évolution de tout ce qui existe quelque soit le règne envisagé ou l'ordre de grandeur circonscrit dans l'espace et le temps, si nous admettons que des processus invariables tendent à faire jaillir le maximum de perfection possible sur un être, ou une catégorie d'êtres donnée, toujours dans l'un quelconque des règnes. Si enfin nous jugeons concevable qu'il soit possible à l'homme de saisir cette loi en l'une des ses corrélations et de l'appliquer de telle façon qu'une évolution minérale qui réclamerait sans doute un nombre incalculable d'années, va se trouver réduite à un temps très court du fait que l'Art va supplanter la nature, alors nous concevons la somme de Sagesse qui se peut déduire d'une telle Opération. Cet Art, c'est l'Alchimie : l'ART ROYAL. Et nous voyons clairement que son but essentiel n'est pas de faire de l'or.

L'homme a tendance à rejeter tout ce qu'il ne comprend pas, ou tout du moins à le classer dans une catégorie qui lui est immédiatement accessible et le plus souvent il se contente de ces sortes de clichés. Pour l'ensemble des profanes, faute de pouvoir atteindre une compréhension raisonnable de la Franc-Maçonnerie, faute de pouvoir l'expliquer, ils échafaudent des invraisemblances, la ramenant au médiocre niveau de leur jugement. Pour les uns la F\ M\ est une organisation politique, clandestine puisque secrète, dont le but essentiel est de secouer dans l'ombre les fondements des Etats et des sociétés qui, d'aventure, se trouveraient contrecarrer des plans qui demeurent, en vérité obscurs... Pour d'autres il s'agit d'un mouvement anticlérical, ou d'une mafia dont les membres se distribuent, sous un manteau couleur de muraille, des places et des prébendes... Voire même une association de Mages malfaisants se livrant aux pires diableries. Que n'a-t-on dit, pas écrit ? Les débordements de Léo Taxil restent en filigrane dans les consciences profanes : le Franc-Maçon demeure un homme inquiétant ou un farfelu.

La Franc-Maçonnerie, dit-on, ne se comprend que vue de l'intérieur. Cela est vrai. Encore qu'il faudrait aussi comprendre que le Symbolisme est un langage universel et que s'il est écrit: " Frappez et l'on vous ouvrira... " il faut bien admettre que la porte qui s'ouvre est celle à laquelle on a frappé. L'objet de ce travail est l'Alchimie, c'est donc sous cet angle seulement que je traiterai de Maçonnerie. En précisant qu'il m'est arrivé de me demander ce que les colonnes J\ et B\ à l'entrée du Temple, le Soleil et la Lune à l'orient, les douze signes du Zodiaque entre autres, sans parler du cabinet de réflexion et de ce qui s'y trouve pouvaient bien représenter si on rejette à priori l'Alchimie. Mais un grand Maçon : Oswald Wirth, a assez abondamment traité de ces Symboles sous leur aspect Hermétique, aussi ne ferai-je que les signaler lorsqu'ils se présenteront.

Nous pouvons d'ores et déjà entrer dans ce qui fait l'objet de ce travail, car en tentant de définir ce qu'est la F\ M\ nous verrons qu'elle est en liens étroits avec l'Alchimie et que, bien mieux elle est une Alchimie.

- I - Entre l'ART ROYAL (l'Alchimie) et la VOIE ROYALE (la F\M\) nous allons dès lors essayer d'établir toutes les similitudes. Etant entendu que nous considérons comme analogue la " Minière des Sages " dans son gîte métallifère et le " profane initiable " dans le monde profane. Admettant d'autre part, ainsi que le précise René Guénon dans son livre " Aperçus sur l'initiation " que la Franc-Maçonnerie est une, sinon la grande voie de l'Initiation en Occident.

Tous les minerais, les Sages l'ont bien précisé, ne sont pas aptes à être employés dans l'Art d'Alchimie. Parmi les minerais il en est un seul qui convienne, et sa désignation par son nom profane est un des grands secrets de l'Art, mais tous les morceaux, toutes les parcelles de ce minerai recueillis dans la mine ne sont pas d'une égale qualité : ils sont plus ou moins purs ce qui rend la durée de l'Œuvre variable et les différentes Opérations plus ou moins délicates. De même tous les profanes ne sont pas initiables, il s'en faut. Et parmi ceux que le destin, le Karma a amené au bord de l'initiation, ou si l'on veut : parmi ceux que Dieu a appelé à " mûrir " plus vite, tous ne présentent pas les mêmes qualités, les mêmes possibilités. Car, ainsi que nous l'avons vu, c'est bien une maturation accélérée qui est le but de l'Alchimie et de l'Initiation, respectivement au minéral et à l'homme. Sans le concours de l'Art, la parcelle de " Minière des Sages ", comme l'homme resterait, l'une dans sa mine, l'autre dans le profane et l'évolution connaîtrait la lenteur et les échec de la nature.

Nous savons que c'est grâce à l'action du " Spiritus Mundi " que la " Pierre des Philosophes " va devenir la " Pierre Philosophale ". Au niveau du Minéral ce " Spiritus Mundi " est un Sel chimique, dont le nom profane est aussi un des grands arcanes de l'Art Alchimique. Au niveau de l'Initiation Maçonnique c'est un influx psychique, une action de la Loge en tant que vectrice des forces de l'Egrégore de l'Ordre. Je dirais bien qu'il s'agit là d'une corrélation du Saint-Esprit, aussi bien sur le plan de l'Initiation humaine que sur celui de l'Alchimie minérale, mais je sais que disant cela je vais m'attirer les véhémentes protestations aussi bien des Francs-Maçons que des Catholiques : Les premiers vont sans doute me suspecter de subordonner l'Initiation Maçonnique aux croyances particulières de l'Eglise Catholique ; les autres vont trouver blasphématoires de ramener le Saint-Esprit à l'action d'un sel chimique. Qu'importe, les Alchimistes me comprendront et ces lignes s'adressent à eux.

Le Grand'Œuvre Alchimique comporte ( en exceptant la pré-préparation) une première phase : la Préparation, comprenant elle-même deux opérations la mortification et la séparation. Par Mortification il faut entendre l'action de concasser, de broyer et de pulvériser la Materia Prima. Quant à la séparation c'est proprement la mort de cette Materia Prima puisque nous voyons l'Esprit et l'âme de l'être minéral quitter le corps, c'est à dire en termes Alchimiques : Le Sel et le Mercure séparés du Soufre.

Je précise encore que c'est l'aspect essentiellement initiatique de la F\M\que j'ai retenu, que c'est sous cet angle et sous cet angle seulement que je l'envisage. Donc au plan de l'homme, il y a bien quelque chose qui amène un être donné à solliciter l'Initiation Maçonnique. Là encore j'élimine les curieux, ceux que le goût du mystère ou tout autre motif encore moins avouable peuvent avoir conduit jusqu'au Parvis du Temple et ne retiens que ceux qui sont initiables ; c'est-à-dire ceux qui recevront avec fruit l'Initiation et s'engageront tout entier et sans restriction sur la Voie Royale. Il est plus que probable que ce quelque chose qui les aura amené à se poser des questions qui ne préoccupent habituellement pas leurs contemporains, des questions que ni les religions ni les philosophies ni aucune idéologies partielles et partiales du monde profane ne solutionnent pleinement, ce quelque chose, dis-je, sera une suite d'épreuves ayant rompu toutes les amarres qui maintiennent en place ( c'est-à-dire dans leurs illusions et leurs demi-vérités ) les profanes. Ces épreuves peuvent n'être pas physiques. Elles sont en tout cas le fait de la souffrance intérieure d'un homme qui se cherche : c'est la mortification... La Séparation c'est cette sensation éprouvée par l'Ame que LA VIE n'est pas cette vie ( je veux dire n'est pas que cette vie ) que nous ne sommes pas que cet ego à la recherche de ses puériles satisfactions, de ses bonheurs fugitifs et tronqués.
La Materia Prima est préparée. Le profane est à la porte du Temple. Le Grand'Œuvre va passer à la phase active.

1° INITIATION : Pour la Materia Prima c'est SOLVE. Il s'agit de rendre Eau, la Terre par le Feu. Les Matières vont mourir, tout va pourrir. L'entité minérale va cesser d'être en tant que telle et c'est au sein même de cette dissolution que va naître et croître le germe d'une vie nouvelle : La GRANULATION. C'est une loi universelle : Il faut qu 'un grain de blé soit mis en terre, qu'il y pourrisse, qu'il cesse d'être un grain de blé pour qu'un nouvel épi jaillisse du germe infime né de la pourriture même de ce grain.

Pour le profane, futur Maçon, c'est le premier degré de la Maçonnerie symbolique. Il est reçu Apprenti. Nous verrons plus en détail cette première Initiation qui est à elle seule, ainsi que l'a dit Oswald Wirth, toute la Maçonnerie . Contentons-nous, pour l'instant de constater l'étonnante similitude entre l'ascèse Maçonnique et le Grand'Œuvre. Toute la symbolique Maçonnique tourne évidemment autour de l'idée de construction. Le profane, c'est une pierre brute inutilisable comme telle dans la construction sacrée du Temple universel. L'Apprenti aura pour tâche de tailler cette pierre (cette pierre qui est lui-même) pour en faire une Pierre cubique propre à la construction envisagée. Pour mener à bien cette tâche deux outils seront à sa disposition, deux outils qui symboliseront son grade : Le maillet et le ciseau.

Le ciseau, passif, symbolise la pensée s'ouvrant à la Connaissance, les résolutions, aussi, prises par cette pensée enrichie de Lumière... Le maillet, actif, c'est la volonté qui va faire passer en acte, en réalité ce que l'esprit a perçu ou conçu. Dès lors, nous voyons que l'apprentissage consiste, en fait, à détruire, à dissoudre ( Solvere ) la personnalité profane. Non pas en lui superposant une autre personnalité. Je veux dire en lui apprenant une nouvelle science, une nouvelle morale, un nouveau " savoir-vivre ", mais au contraire en l'aidant à se réaliser, en le faisant être intégralement ce qu'il est. C'est-à-dire en faisant pourrir l'être fictif que les conditionnements naturels ont faits de lui et conjointement en faisant naître au sein de sa propre dissolution le germe de ce qu'il va être, de ce qu'il est, de ce qu'il devrait être. Car c'est bien de la mort du vieil homme que naît l'Initié. C'est bien durant la longue nuit dont parle Saint Jean de la Croix, qu'à leu le mariage de l'Ame avec son Divin Amant. Mais restons à la Maçonnerie : c'est bien de la destruction de la pierre brute, de son remodelage que naît la Pierre cubique.

Dans le Rituel " Ancien et Primitif de Menphis-Misraïm, le Grand-Expert s'adressant au candidat, avant que de frapper à la porte du Temple, lui dit : " S "initier, Monsieur, c'est apprendre à mourir ... ".
En fin de Solve l'Alchimiste coupe la " tête au Corbeau ", nous sommes alors en possession de la QUINTESSENCE. Le flacon sera ouvert pour permettre la Végétation. En Maçonnerie nous passons au Grade de Compagnon.

2° INITIATION : Alors que la caractéristique fondamentale de Solve était la putréfaction et la mort desquels naissait une vie nouvelle, la caractéristique de Coagula sera la construction et le perfectionnement de cette forme nouvellement née. Elle sera d'abord nourrie, tel un enfant, du " Lait Virginal ", c'est-à-dire du Sel philosophique qui a débuté Solve. Un axiome Alchimique nous dit en effet que " Toute chaleur activée dans un lieu humide donne la couleur Noire et que toute chaleur activée dans un milieu sec donne la couleur blanche, puis la couleur rouge ", car la Pierre au Blanc sera nourrie précisément de la QUINTESSCENCE.

Solve a vu la destruction de l'entité minérale en tant que Materia Prima. Du pourrissement et de la mort de cet être est né une Granulation germe d'un nouvel être plus pur et que les Maîtres ont appelé " l'Enfant-Roi ". C'est à porter ce germe à l'état adulte que va tendre Coagula. Et la Pierre rubifiée de la fin de Coagula est bien cet " Enfant " devenu adulte.

L'Apprenti Franc-Maçon, durant son apprentissage, et sous l'effet de ce que certains ont appelé le " travail de la Loge " a vu se dissoudre sa personnalité profane. Le ciseau de sa pensée s'est aiguisé sur l'universel et libre langage des Symboles. Et sans doute certains de ces Symboles ont commencé d'ouvrir pour lui leurs inépuisables trésors. Le Maillet de sa volonté a fait passer en acte, avec fermeté, dans sa vie ce que sa pensée a pu saisir de la mouvante Vérité ; et c'est ainsi que s'est formé en lui le fragile embryon du nouvel être, de l'Initié qu'il est en train de devenir. Tout autour de cet embryon c'est la nuit, car pour la première fois cet homme est libre. Il a rompu les amarres du profane : plus de morale toute faite. Plus de croyances acceptées globalement. Plus de vérités enseignées. Fini le confort de la vérité des autres, de la vérité pour tout le monde. Il ne reste qu'une expérience à vivre, qu'une lumière à découvrir dans l'obscurité de son incarnation, au fond de l'abîme d'un " moi " qui s'effiloche...
Dans la nuit ainsi que toute " génération " un Initié est né. Mais c'est un enfant si fragile... " J'ai trois ans, mon Frère " répond l'Apprenti-Maçon lorsqu'on lui demande son âge. Mais nous verrons plus tard pourquoi le Trois est le Nombre de l'Apprenti.

Toute l'Initiation, tout le travail du Compagnon aura pour objet de consolider ce germe naissant, d'élever cet enfant. La pierre est grossièrement taillée, il s'agit de la parfaire.

L'Apprenti a tué le profane, le Compagnon va développer en lui l'Initiation, il va s'affermir et devenir vraiment un Initié. Et nous verrons qu'en fin de compte un Franc-Maçon n'est jamais autre qu'un Compagnon. C'est-à-dire un de ceux qui partagent le même pain (Compagnon, du latin Cum : avec et panis : pain ) participe à la même construction sacrée : " Le Temple universel élevé A-la-Gloire-du-Grand Architecte-des-Mondes " 3°INITIATION : Nous arrivons à la dernière Opération Alchimique. En fin de Coagula, si l'Artiste a bien œuvré, il est en possession de la Pierre au Rouge. Mais nous savons que cette Pierre qui contient encore des impuretés est considérée par les Maîtres comme le " Faux-Prophète " de l'Apocalypse. Elle a atteint une certaine perfection intérieure, mais elle est inapte à opérer les transmutations des métaux vulgaires en or. Pour qu'elle soit à même d'opérer ces transmutations et de collaborer ainsi à la rédemption minérale, il lui faut être multipliée ,pour cela elle devra être à nouveau broyée, puis mourir comme durant Solve et repasser par toutes les Opérations jusqu'à ce qu'elle revienne au Rouge, alors en cet état elle pourra transmuter dix fois son poids. Et il sera possible de recommencer encore et toujours et à chaque fois elle multipliera sa puissance transmutatoire.
Au niveau du minéral, il y a des limites à cette Voie de Perfection, elles sont essentiellement définies par l'impossibilité pour l'Artiste d'opérer assez vite et pour les ballons de contenir une Chrysopée devenue liquide et radiante, etc.

Nous allons voir que la Maîtrise Maçonnique correspond très exactement à la Multiplication Alchimique. Le Franc-Maçon, à la fin de son temps de Compagnon est très exactement ( doit être très exactement ) en l'état de la Pierre fin Coagula. L'Initié, en lui a grandi, il a travaillé à l'œuvre commune de construction. Sa morale, il l'a construite lui-même dans son cœur. Ses croyances ne lui ont pas été apprises, elles sont le fruit d'une expérience et d'une méditation corollaire. L'Amour n'est pas pour lui une loi morale, c'est une Connaissance et il sait s'élever au-dessus de ma mêlée et trouver la Vérité là où elle se cache. Mais ce Temple, c'est un Temple intérieur, il l'a construit en lui, pour lui, il n'est pas encore capable de transformer ce qu'il touche, de régénérer ceux qui l'approchent ... Il n'est pas encore un Maître.

La Maîtrise c'est la Multiplication et nous verrons dans un instant que son appareil funèbre évoque parfaitement ce recommencement. Mais avant que d'aborder le détail des Initiations proprement dites, je voudrais préciser davantage ce que je n'ai fait qu'évoquer au sujet du Compagnon.
On considère d'ordinaire le deuxième Degré de Compagnon comme un Grade intermédiaire entre celui d'Apprenti et celui de Maître, et cela est vrai dans un certain sens. Mais en fait l'Apprentissage conduit à la Maçonnerie proprement dite. Car un Franc-Maçon n'est rien d'autre qu'un Compagnon et la Maîtrise est ce but jamais complètement atteint. Le F\M\ est donc un Compagnon sorti d'Apprentissage et en quête de Maîtrise. Car s'il y a une limite à la perfection des Multiplications Alchimiques, si la condition humaine implique elle aussi ces limites à la perfection Initiatique, la raison de l'homme sait que cet Absolu existe ( ou plutôt est ) bien que sans pouvoir le saisir parce qu'au-delà de toute raison humaine. Et la Voie Royale est cette Voie qui va indéfiniment vers la Maîtrise, vers l'Absolu. Le Franc-Maçon est ce Compagnon qui marche de tout son être, de toute sa volonté vers l'UNITE. C'est un " Pèlerin de l'Absolu ".

- II - Entrons plus avant dans le détail de la rituelie des trois Initiations Symboliques, et précisant que les Rituels sont innombrables dans leur forme et que je vais m'efforcer de glaner ça et là dans ce que j'ai vu et compris et qui a un indiscutable parallélisme Alchimique, étant entendu que toutes les autres interprétations qui ont pu être données ne sont pas fausses pour autant. Disons qu'elles sont à un autre niveau, qu'elles sont traitées autrement et qu'elles s'adressent à un autre entendement ? Le Symbole est universel.

La première phase de l'Initiation d'Apprenti c'est le " cabinet de réflexion ". C'est un local exigu, aménagé, en principe, dans une cave. Là, le récipiendaire séjourne un temps plus ou moins long. Il est assis sur un escabeau de bois devant un pupitre, afin d'y pouvoir rédiger son " testament philosophique ". Devant lui deux coupes : l'une contenant du sel, l'autre contenant du soufre. Puis une tête de mort. Ce réduit est le plus souvent éclairé par une chandelle. Au mur quelques inscriptions un peu grandiloquentes telles que : " Si la curiosité t'a conduit ici, va-t-en ... " ou : " Si tu es capable de dissimulation, tremble, on te pénétrera... " Mais insistons plutôt : " Si tu persévères, tu seras purifié par les Eléments, tu sortiras de l'abîme des ténèbres, tu verras la Lumière.... "

Enfin toujours au mur : un tableau sur fond noir sur lequel se détachent en blanc d'abord un coq, puis un sablier et une faulx, puis encore au-dessous, au centre, une tête de mort et de chaque côté les Symboles spagyriques du Soufre et du Sel, au milieu du tout, ces deux mots : " VIGILANCE - PERSEVERANCE ". Et pour finir, dans un autre coin du mur, l'inscription : VITRIOL.

Le symbolisme Alchimique me semble vraiment très visible. Le récipiendaire, dans cet " in space " souterrain c'est assurément la pierre des philosophes dans sa minière. Il en sera retiré par les offices du Frère Grand-Expert pour être conduit dans le Temple, tout comme le minerai pour être placé dans l'Athanor. La coupe de sel et la coupe de soufre, tout comme leurs symboles spagyriques peints sur le tableau se passe, je crois de commentaires. Le crâne humain et la tête de mort peints sur le tableau, c'est le " Caput mortuum " la Terre damnée des Philosophes ". Quand à la dernière sentence que j'ai citée, elle résume toute l'Alchimie : la première partie se rapporte indiscutablement à la phase Solve ( l'abîme des ténèbres ) et aux phases de Coagula qui lui font suite ( tu verras la Lumière ). Le coq symbolise l'élément volatil, souvent on lui oppose un quadrupède pour symboliser le " fixe ". La faulx et le sablier sont l'un et l'autre des Symboles propres à Saturne, planète qui régit l'Œuvre jusqu'à la fin du Corbeau où commence le régime de Jupiter. Enfin, s'il est deux mots qui peuvent parfaitement s'appliquer à l'Alchimie c'est assurément : Vigilance et Persévérance... Vitriol, c'est évidemment : " Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidum " soit : Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant ( par l'Art ) tu trouveras la Pierre cachée des Sages.

A un moment donné le F... Grand-Expert vient préparer le récipiendaire. Pour ce faire on lui retire son soulier gauche, on lui relève la jambe droite de son pantalon jusqu'au-dessus du genou, puis ne lui ayant laissé sur le buste que sa chemise, on lui dénude tout le côté gauche de la poitrine et on lui bande les yeux. C'est dans cet appareil qu'il sera conduit au Temple.

Nous n'insisterons pas sur le fait qu'il n'a qu'une chaussure. La similitude avec la légende de Jason est par trop évidente et nous savons que c'est la perte de cette chaussure qui décide de l'expédition des Argonautes et il est connu que cette légende, comme d'ailleurs toutes les légendes sont des récits Alchimiques. Par contre il y a lieu d'insister davantage sur le fait que cette " Préparation " du récipiendaire a pour objet de le mettre dans un état où il n'est " ni nu, ni vêtu ". Cette préparation ne serait-elle pas la Préparation Alchimique ? Opération qui, en fait a pour but d'épurer sommairement la Matière. Et ce candidat à l'Initiation Maçonnique " ni nu, ni vêtu " n'est-il pas la matière sommairement épurée ? De plus, si nous considérons l'Alchimie comme un éternel recommencement, l'abandon d'une partie des vêtements n'est-il pas la représentation de ce qui se passe durant Solve, lorsque lors de la " Mondification " toute une partie de soufre non amalgamable est abandonnée. il y a là, je pense une interprétation qui peut se faire en plusieurs " épaisseurs ", comme souvent en Alchimie. Le bandeau c'est, bien sûr, l'ignorance du profane et alchimiquement la pierre obscurcie par les terrestréités qu'elle contient.

Enfin le récipiendaire est introduit dans le Temple. Il doit presque ramper pour passer sous la porte " qui est très basse " disent les Rituels. C'est que, alchimiquement, le col du Ballon est très étroit. Le Temple c'est l'Athanor et dans le cas particulier de Solve c'est un Ballon soigneusement bouché, tout comme le Temple dont la porte est elle aussi soigneusement fermée. Le F\ Couvreur veille à ce que le Temple soit couvert...
L'initiation au Grade d'Apprenti se compose principalement de trois " voyages " qui sont chacun une purification par un Elément. On considère alors que le séjour dans le cabinet de réflexion, séjour souterrain, correspond à la purification par la Terre. Or au cours de la Préparation Alchimique, l'Agent Salin est bien utilisé sous son aspect de terre, et c'est bien comme Sel qu'il va permettre la Séparation. Nous sommes donc bien au début de Solve.

Le premier voyage dans le Temple sera la Purification par l'Eau. Parti de l'Occident sous la conduite de " l'Expert " il passe par le midi, l'Orient et revient par le Nord. Sa marche est semée d'embûches et de traquenards. Elle se déroule dans le bruit et le tumulte assourdissant des épées que les FF\ de la Loge frappent violemment sur le sol et des maillets que le Vénérable-Maître et les deux FF\ Surveillants heurtent à leurs plateaux respectifs. Revenu au Nord il est arrêté par le F\ 2ème Surveillant ( je laisse volontairement ce qui ne me paraît pas avoir un intérêt Alchimique très précis ). On plonge alors le bras du récipiendaire dans un seau d'eau. C'est la Purification symbolique par l'Eau.

Alchimiquement, il me semble tout à fait évident que nous sommes au début de Solve. Cette agitation de la Loge n'est-elle pas l'effervescence dans le Ballon, lorsque le Feu Salin excité par le 5ème Feu réveille les trois Feux de la Materia Prima et que s'affrontent les principes adverses. C'est dans cet affrontement que se fait la Conjonction, c'est bien au cours de cette Initiation que naît l'Initié. L'Eau, c'est le " Feu-Eau " qui ne mouille pas les mains et qui entraîne la liquéfaction propre à Solve. Ainsi le " mariage " dans les proportions de nature est symboliquement fait.

Le Deuxième Voyage : Purification par l'Air. Même itinéraire, mais ce n'est plus le grand bruit du premier voyage. Les épées effleurent légèrement le sol, comme un souffle. Il n'y a plus d'embûches, la voie est libre. Le candidat est conduit cette fois jusqu'au Midi où le F\ 1er Surveillant l'arrête. Le F\ Maître des Cérémonies souffle trois fois sur le front du néophyte. Le deuxième voyage est terminé. Ici une petite parenthèse : il y a inversion dans le " Rite Ecossais " de l'emplacement des Surveillants. J'ai suivi pour cette description le rituel de Menphis-Misraïm qui pour ce qui est de la place des Surveillants est semblable au Rituel du Grand-Orient. Ceci n'a du reste aucune importance dans ce travail consacré à l 'Alchimie. Je l'ai déjà précisé, les Rituels sont nombreux et cela prouve le caractère d'universalité de la Franc-Maçonnerie.

Alchimiquement ( seul aspect qui intéresse ce travail ), cette purification par l'Air me semble indiquer ce Feu énergétique ou 5ème Feu qui du début à la fin anime la Matière et permet d'en soumettre toutes les parcelles à l'action purificatrice et régénératrice de l'Agent Igné, qui permet aussi l'excitation de cet Agent. Enfin nous savons que ce Sel prend tour à tour l'aspect des quatre Eléments...

Le Troisième voyage : Purification par le Feu. Ici nul bruit, nulle embûche, mais arrivé à l'Orient, le récipiendaire se trouve environné par la flamme qui sort de la " pipe à lycopode ". Revenu à l'Occident, il entendra, comme lors des précédents voyages, le discours initiatique.
Ici, rien à préciser, l'Alchimie est la philosophie par le Feu . Ce voyage l'indique expressément. Il s'agit donc de l'Agent Igné. Je dirais même qu'il s'agit toujours de l'Agent igné, puisque celui-ci est le " Chaos des Sages " et qu'il contient en lui tous les Eléments. Il est donc tour à tour : Terre- Eau. Air, Feu, sans cesser d'être aussi et simultanément les trois autres Eléments.

Après ces trois voyages, le récipiendaire est conduit sur les Parvis, c'est-à-dire hors le Temple... Lorsqu'il y est réintroduit, tout est changé : Les Luminaires du Temple sont éteints, un Frère (Apprenti le plus souvent ) gît à l'Orient, les pieds sur le premier des trois degrés qui conduisent à la Chaire du Maître, un plastron rouge placé sur sa chemise simule le sang. Une torchère de chaque côté du " cadavre " donne la lumière à la Loge. Tous les FF... de l'Atelier ont chacun leur épée en main gauche et la tiennent brandie dans la direction du néophyte. On ôte le bandeau des yeux de ce dernier et le Vénérable lui dit que tel est le sort réservé au Maçon parjure. La scène peut être impressionnante étant donné le choc psychique qu'est pour le candidat sa première Initiation. J'avoue qu'elle le fut pour moi. Une initiation est une sorte de psychodrame comme une catharsis qui ne manque pas d'avoir ses répercussions profondes. Mais il faut bien avouer que si cette scène n'avait d'autre but que d'éveiller un sentiment de crainte chez le candidat et de faire passer en lui un salutaire frisson de frayeur, cela se réduirait à un enfantillage d'un goût, du reste assez douteux.
Restons donc à l'interprétation Alchimique du Rituel et constatons que l'obscurité règne dans le Temple et qu'à l'Orient, là où se lève la Lumière, gît un Apprenti la chemise ensanglantée. Nous sommes à la fin de Solve : l'obscurité c'est celle qui a été appelée " Corbeau ". Les épées pointées indiquent l'action incisive et pénétrante de l'Agent Salin. L'Apprenti gisant à l'Orient, c'est la Granulation. Le sang sur la chemise, c'est le " Sang du Dragon ", le " Sceau d'Hermès ". Solve est terminé, du moins dans sa phase de mort, il ne reste plus qu'à couper la " Tête au corbeau ".

Le candidat est alors reconduit dans les Parvis. Le Temple reprend son aspect accoutumé. Puis le récipiendaire y est amené, il boit alors le breuvage amer, puis il prête serment. Dans le Rituel de Menphis-Misraïm que j'ai sous les yeux, au début de l'initiation, le futur Apprenti boit le contenu d'une première coupe appelé liqueur de l'oubli. Cette liqueur a pour but " la dissolution de la personnalité profane ", or le breuvage amer est au contraire le breuvage de mémoire. C'est l' " Eau de Mnémosymée ".
" ... Quand vous l'aurez absorbée, votre possession sera totale. L'Ame occulte de la Franc-Maçonnerie toute entière sera passée en vous... " Je cite textuellement le Rituel.

Du point de vue Alchimique, la première coupe c'est le Sel Philosophique qui débute Solve et la coupe amère c'est le " Lait Virginal " qui débute Coagula ou le " Sang du Dragon " qui le termine. C'est, en tout cas ce qui permet le résurrection, l'accession à la Lumière. Tous les Symboles Maçonniques sont éclairés et le bandeau est arraché des yeux du néophyte. Ce bain de Lumière, c'est la Pierre au Blanc. Vêtu de sa blanche robe de lin, le ressuscité sort du sépulcre. L'homme ordinaire est mort, le glorieux renaît. La Franc-Maçonnerie compte un Frère de plus. L'Alchimiste sait qu'il arrive au terme de ses peines, encore un effort, et il sera en possession de la très précieuse Pierre Philosophale.

Ainsi se termine la première Initiation Maçonnique. Ainsi est vécue ce psychodrame qui met en jeu cet archétype fondamental de la mort et de la résurrection. mais ainsi que l'a précisé René Guénon (Aperçus sur l'Initiation ), le contenu Initiatique, de nos jours est virtuel. Il appartient donc à l'Initié de réaliser ce contenu virtuel et c'est à cette tâche que se livre l'Apprenti-Maçon. Il n'a, alchimiquement terminé son apprentissage que lorsque Solve est terminé en lui, c'est-à-dire lorsqu'il a dissous sa personnalité profane et que sur le cadavre de cette personnalité flotte la QUINTESSENCE ou cinquième essence surajoutée au quaternaire de sa forme et qui est le produit le plus pur de ce que contenait sa triple constitution.

Un dernier mot : si l'Apprenti a trois ans, c'est que le nombre 3 est son Nombre et ce Nombre trois est le sien parce que la Séparation lui a révélé la triple essence de son être et de toutes choses, car l'Unité n'est concevable qu'en sa triplicité.
.·. Trois était le Nombre de l'Apprenti. Cinq sera le nombre du Compagnon. Alchimiquement la " Tête au Corbeau a été coupée " et la QUINTESSENCE soigneusement rangée.

L'Apprenti-Maçon va donc recevoir son " augmentation de salaire ". Il va être reçu Compagnon. Il n'a plus les yeux bandés et il est directement introduit dans le Temple. Son Initiation va consister essentiellement en cinq voyages qu'il fera sous la conduite de F... Grand-Expert. Il portera chaque fois des outils différents. Je laisserai de côté ces manipulations d'outils de constructeurs dont la valeur symbolique est sans rapport, je crois, avec l'Alchimie. Chacun de ces voyages le conduira vers une " cartouche " dont il lira à voix haute les noms qui y sont inscrits.

1er voyage : Il est fait avec, en mains, le maillet et le ciseau, il conduit l'Apprenti vers une cartouche à l'ouest où il peut lire le nom des cinq sens.
2er voyage : L'Apprenti porte alors le niveau et la perpendiculaire, il rencontre au midi une cartouche portant les noms des ordres d'architecture.
3er voyage : Equerre et Compas en mains, l'Apprenti fait une troisième fois le tour de la loge. A l'Orient il peut lire les noms des Arts libéraux.
4er voyage : Muni du Compas et de la Règle, l'Apprenti trouve au nord les noms de cinq Philosophes antiques.
5er voyage : Cette fois c'est les mains libres que, toujours conduit par le F... Expert, l'Apprenti fait le tour de la Loge. Ce voyage c'est la " Glorification du Travail ". Seul le travail permet au Compagnon de développer en lui l'Initié nouveau-né.

Maçonniquement parlant, c'est la symbolique des outils qui est intéressante, mais il ne me semble pas qu'elle apporte rien de particulier à l'Alchimie.
Enfin après cette " Glorification du Travail ", le grand Symbole des Compagnons est révélé : c'est l'Etoile flamboyante et la lettre G .
Rien dans ce Rituel ne me paraît avoir de rapport direct avec l'Alchimie. Et pourtant cette Initiation qui a pour objet de consolider l'œuvre à peine ébauchée au grade d'Apprenti ma paraît assez semblable au Coagula de l'Alchimie. La " Glorification du Travail " va dans le même sens. La partie négative de la destruction du profane qui a été le propre de l'apprentissage est terminée. Il s'agit maintenant de construire l'Initié et ce qui me paraît intéressant du point de vue de l'Alchimie, c'est précisément cette insistance du Nombre cinq. Et le moment capital c'est assurément l'Etoile flamboyante et la lettre G.

Il est dit au Compagnon que cette lettre G veut dire Génie, Gravitation, Géométrie, Génération et Gnose. Pour ce qui est de l'Alchimie, les deux derniers termes me semblent particulièrement indiqués. En effet qui dit Alchimie dit GENERATION. Dieu seul a créé. L'homme ne peut que générer. Tel le semeur, qui par son geste, par son acte, va appeler une graine inerte à produire l'être végétal que, sans le savoir elle portait en elle. Mais pour cela la graine devra pourrir et mourir... On le voit, par ce mot de Génération, la lettre G est déjà toute l'Alchimie. Cela est encore complété par l'acceptation de Gnose. Car par Gnose, il faut certes entendre la connaissance des choses cachées, mais par Connaissance il faut comprendre, non la chose apprise par la bouche ou les écrits des autres, mais l'expérience vécue à l'intérieur de soi-même et ressentie comme une évidence. N'est-ce pas là toute la révélation de l'Alchimie ? Que dis-je ? sa raison d'être ...

Alchimiquement nous savons ce qu'est la Quintessence et le rôle qu'elle joue dans la dernière partie de Coagula. Maçonniquement c'est l'Etoile flamboyante, l'étoile à cinq branches qui symbolise la Quintessence. Durant son apprentissage, le Maçon, s'il a suffisamment médité et lutté a été constamment mis en présence des oppositions quaternaires et il a compris que ce n'est pas par hasard si sa Loge est un " carré long " qui s'étend dans les quatre directions des points cardinaux. Souvent il a dû se trouver au centre de cette croix des Eléments. (Crucis veut dire : creuset et croix). Or ce qui a jailli du fond de son être tel le sang de la crucifixion c'est la cinquième essence. C'est parce que s'est ajouté à lui cette Essence Spirituelle qu'il est devenu un Initié. Et il n'est Initié que dans la proportion où il s'est assimilé cette Quintessence ; car alors au quaternaire de la forme il a ajouté la Lumière de l'Esprit, ce qui fait de lui un Pentagrame. L'homme spirituel, l'homme régénéré s'inscrit dans un Pentagrame.
Au quaternaire des Eléments du " Chaos des Sages " s'est ajouté une cinquième essence. L'Alchimiste a en mains le " Mercure Philosophique ", il en nourrira plus tard sa Pierre.

C'est en lui que le Compagnon-Maçon va édifier sa première construction. Il va se construire lui-même pour pouvoir participer efficacement à l'œuvre de la Franc-Maçonnerie universelle : La construction du Temple. Car on ne reçoit que pour donner. N'oublions pas que l'apprentissage a dû dissoudre le " MOI ". C'est donc " NOUS " que dira le Compagnon en apportant sa modeste contribution à l'œuvre collective.
.·. La Pierre rubifiée de la fin de Coagula contient des impuretés. pour devenir la Pierre Philosophale il va falloir mourir et repasser par toutes les tribulations de Solve et de Coagula. C'est au prix de la mort que s'acquiert la vie éternelle.

La Loge a revêtu son funèbre appareil, elle est tendue de Noir. Les Maîtres se désolent de ne pouvoir poursuivre l'œuvre féconde de la Franc-Maçonnerie, car leur Maître, Hiram est mort. Trois Compagnons ont tenté successivement de s'emparer par la force du secret de la Maîtrise : Le premier était à la porte de l'Orient ; il a exigé ce secret, devant le refus d'Hiram de le lui livrer, il a asséné à ce dernier un coup de règle à la gorge. Le coup a dérapé et lui a frappé l'épaule lui paralysant le bras droit. Le deuxième attendait à la porte du Midi : même exigence, même refus d'Hiram, même violence. Mais cette fois c'est un coup d'équerre que reçoit le Maître, droit au cœur. Enfin un autre Compagnon l'attend à la porte d'Occident. Hiram refuse encore de livrer sous la menace le secret de la Maîtrise, il reçoit un furieux coup de maillet sur le front, il s'affaisse mort. Le forfait accompli, les Compagnons enterrent Hiram sous un amas de décombres au Nord du Temple... Tel est le drame symbolique.

Le Compagnon candidat à la Maîtrise va alors subir une épreuve : s'il se sent le cœur pur et la conscience tranquille, il devra enjamber le cadavre d'Hiram. Il le fait. Dès lors il va être identifié à Hiram et vivre personnellement ce drame.

Une mort volontaire avait permis au profane de renaître Initié, lors de sa réception au premier degré, et je pense l'avoir suffisamment démontré. Il s'agissait bien des Opérations de Solve et de la résurrection de la Pierre au blanc. Mais il faut une seconde mort à l'Initié pour atteindre à l'immortalité des Maîtres. Là, le Symbolisme est flagrant, il s'agit de la Multiplication.

Ainsi donc le Compagnon est assimilé à Hiram. Comme lui il sera frappé à l'épaule par la règle ( c'est-à-dire dans son corps ). Au cœur par l'Equerre ( c'est-à-dire dans son Ame ). Au front par le Maillet ( c'est-à-dire dans son esprit ). Alchimiquement : le Soufre, le Mercure et le Sel. Puis il sera étendu sous le drap mortuaire, son tablier sera rabattu sur son visage et un rameau d'acacia sera posé sur le drap. C'est le rameau d'acacia qui dans l'interprétation mythique du drame permettra de retrouver le " cadavre ".

Arrêtons - nous un instant : Nous sommes au stade de la Multiplication. Tout comme le Grand'Œuvre recommence. le drap mortuaire c'est évidemment le " Corbeau ". La Pierre au Rouge ( le Compagnon) a été traitée comme la Materia Prima (le profane) et atteinte dans sa triple constitution. Elle gît morte. Mais pourquoi donc ce rameau d'acacia sur le drap mortuaire ? Il est vrai que c'eût pu être une branche de chêne ou de fougère, car c'est bien là la " Fontaine occulte " d'où coule l' "Eau de Vie " (je remarque qu'en espagnol eau-de-vie se dit " aguardiente " littéralement : eau ardente). Voilà bien le " Feu-Eau qui ne mouille pas les mains " le grand arcane de l'Alchimie...

Examinons les détails rituéliques qui ne sont pas directement en rapport avec l'Alchimie ou qui obligeraient à des descriptions aussi longues qu'inutiles. les Maîtres vont alors essayer de rappeler à la vie leur maître Hiram dont le Compagnon-candidat-à-la-Maîtrise est la représentation. Pour cela le Deuxième Surveillant prononcera d'abord le nom d'une des colonnes du Temple placée à droite de l'entrée : JAKIN. Devant l'insuccès de ce mot à ressusciter le mort il se retirera en disant : " La chair quitte les os "... Le Premier-Surveillant prononce alors le nom de la deuxième colonne, celle de gauche : BOHAZ. C'est le même insuccès, il se retirera lui aussi en disant : " Tout se désunit ". Enfin au mot de MAK-BENAH ( Fils de putréfaction) Hiram, aidé par un Maître se lèvera de son tombeau.

JAKIN, c'est l'énergie créatrice masculine, c'est la force expansive qui part du centre de tout être : c'est le SOUFRE.
BOHAZ, c'est la réceptivité féminine, c'est l'énergie qui venant de l'extérieur pénètre toute chose : c'est le MERCURE.
MAK-BENAH, (fils de putréfaction) par son origine on reconnaît bien là le SEL et je crois qu'il n'y a rien d'autre à ajouter.

Le Compagnon a vécu la mort symboliquement tel le néophyte des antiques Mystères. En lui Hiram ressuscite et ainsi lui-même est-il ressuscité. Telle est l'ultime degré de la Maçonnerie symbolique : La Maîtrise. Comme la Pierre de fin Coagula, le Compagnon était souillé par des impuretés, comme elle il doit repasser par l'épreuve de la mort et de la pourriture.
" Car nul ne peut blanchir s'il n'a auparavant noirci... " Nul ne peut s'élever s'il ne s'est humilié... et nul ne peut atteindre la Vie éternelle s'il n'a connu la mort.

Le Grand Œuvre Alchimique est un éternel recommencement : La Pierre multipliée une fois peut être à nouveau soumise à une nouvelle mort, à une nouvelle résurrection, pour atteindre à plus de pouvoir rédempteur. Et puis encore ... jusqu'aux limites du possible qui sont les limites mêmes du présent cycle d'évolution minérale. Il reste toujours à la Pierre quelques parcelles d'impuretés, quelque infime souillure... Ce sont les restes de son ancienne nature de " minerai profane ".

Ainsi le Maître-Maçon sait qu'il n'est jamais au terme de la Maîtrise, car il lui reste toujours à détruire quelques parcelles de son " Moi " : de ce trompeur écran de la personnalité qui déforme le Nombre au point de n'en faire qu'un chiffre. Et, du reste s'il avait d'aventure conscience d'être parvenu à l'ultime point de quelque chose, une ligne infime, insaisissable, comme celle qui marque le Solstice, séparerait ce point final du commencement d'autre chose et tout serait à recommencer plus loin, plus haut selon ce processus invariable : SOLVE et COAGULA qui est la loi de l'Alchimie : La Chimie de AL.
\ " Etes-vous Maître-Maçon ? est-il demandé dans le catéchisme du grade de Maître.
Réponse : Eprouvez-moi, l'Acacia M'EST CONNU
Demande : Pourquoi répondez-vous ainsi ?
Réponse : Parce que l'Acacia est le symbole d'une vie indestructible dont les Mystères m'ont été dévoilés...

Ce texte est la copie conforme d'un texte écrit par Roger Caro dans son ouvrage : '' Rituel F.A.R.+C. et Deux Textes Alchimique Inédits ''

 Source : www.ledifice.net

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Recherche par thèmes

Publié le 23 Décembre 2012 par Thomas Dalet

 

Après la Gnose, les Cathares, les Mauvais Compagnons, mes recherches porteront sur l’Alchimie et la Kabbale.

Le but de ces recherches par thèmes est de fournir des documents( planches, études, articles...) pour les premières tenues de la RL Loge Dermott.

Entre ces textes, j’ai choisi de parler de mon pays d’origine, l’Irlande, qui est aussi celui de Laurence Dermott.

Bonnes fêtes de fin d’année.

Thomas Dalet

Http://hautsgrades.over-blog.com

 

 

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Les soldats perdus de l’armée d’Irlande

Publié le 23 Décembre 2012 par Pierre Joannon dans Irlande

C’est nous faire bien trop d’honneur que d’alléguer que 1798 fut « l’année des Français ». Les incursions françaises en Irlande furent des lamentables échecs que les Irlandais payèrent au prix fort tandis que l’Angleterre en était quitte pour la peur. Ce n’est pas pour rien, semble-t-il de prime abord, que Bonaparte avait tourné ailleurs ses regards. Les projets de descente en Angleterre ou en Irlande lui apparaissaient de nature à compromettre une gloire qu’il n’était pas dans ses intentions de flétrir dans des aventures sans espoir.

La flotte française n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été aux grandes heures de la monarchie. La préoccupation majeure des chefs d’escadres était d’échapper aux vigies anglaises afin d’éviter à tout prix des engagements qui ne pouvaient guère tourner qu’à leur désavantage. La situation des alliés n’était guère plus reluisante : les Espagnols avaient essuyé une défaite au Cap Saint-Vincent en février 1797 et les Hollandais s’étaient fait étriller à Camperdown en octobre de la même année. Quant aux rebelles irlandais, leurs derniers espoirs étaient partis en fumée à la bataille de Vinegar Hill le 21 juin 1798. Sans se laisser décourager le moins du monde par ces revers qui hypothéquaient les chances de succès d’une nouvelle descente en Irlande, le Directoire avait formé le dessein de mettre sur pied une nouvelle expédition analogue dans son principe à celle qui avait été confiée au général Hoche en 1796 et qui s’était si mal terminée en baie de Bantry.

Les instructions transmises aux généraux Hardy et Humbert révèlent les grandes lignes de ce nouveau projet. Investi du commandement provisoire d’un corps pompeusement baptisé « Armée d’Irlande », le général Hardy est informé que l’acheminement des troupes, des armes et des munitions se fera par des voies différentes mais simultanées. « Douze bâtiments légers », lui explique-t-on, « vont partir des ports de Dunkerque, Calais et Boulogne. Ils portent pièces de canon, fusils, de la poudre et quelques Irlandais qui vont rejoindre leurs compatriotes. À Rochefort, une division de trois frégates est prête à mettre à la voile. Enfin, le Directoire a fait armer à Brest une division composée d’un vaisseau et de six frégates, commandée par le chef de division Bompard, qui portera l’état-major de l’armée d’Irlande. » Au lieu d’appareiller simultanément, comme le leur enjoignaient les instructions du ministre, les trois flotilles quittent leurs ports respectifs l’une après l’autre, mettant ainsi en péril l’ensemble de l’expédition, si tant est qu’elle eût jamais la moindre chance de réussir. Et le commandement qui devait être confié au général Hardy échoit au général Amable Humbert qui est le premier en état de mettre à la voile.

Une lettre du 19 juillet 1798 confie à Humbert le commandement de la seconde division de bâtiments de guerre qui doit appareiller de Rochefort. Elle est composée de trois frégates : Concorde, Médée et Franchise. Doivent y embarquer : « Un bataillon d’infanterie, une demi-compagnie d’artillerie à pied, trois cannons de campagne, leurs trains, caissons et munitions, 3 000 fusils avec leurs baïonnettes, 3 000 gibernes, 400 sabres, 200 000 cartouches, 1 000 uniformes français. » La lettre du Directoire précise les atterrages dans l’ouest de l’île et dicte à Humbert la conduite qui devra être la sienne sitôt qu’il aura posé le pied en Irlande : « Si vous précédez le général Hardy », lui précise-t-on, « vous ne négligerez rien pour être instruit sans délai de son arrivée, et vous lui rendrez compte de ce que vous aurez fait en attendant ses instructions. (…) Dans tous les cas, vous dirigerez votre marche et l’emploi de vos troupes avec la plus grande prudence jusqu’à ce que vous ayez rallié le général Hardy ou un parti irlandais assez considérable pour tenter des opérations importantes. »

Sur ce que l’on qualifierait aujourd’hui de régime d’occupation les instructions qu’Humbert suivra au pied de la lettre sont on ne peut plus claires :

« Vous récompenserez tous ceux qui sont sous vos ordres, soit français, soit étrangers, lorsqu’ils se seront distingués par des talents ou des actions d’éclat ; vous établirez parmi vos soldats la plus stricte discipline de manière à ce qu’ils servent d’exemple aux troupes irlandaises. Dites souvent à vos compagnons d’armes qu’ils sont comme des citoyens du monde qui sont persécutés par un gouvernement féroce, ennemi de tous les hommes libres ; et que, combattant pour la même cause, ils doivent être unis par les mêmes liens et les mêmes sentiments. Il vous est expressément recommandé, citoyen général, de respecter et de faire respecter les mœurs, les usages et les pratiques religieuses des Irlandais, et de ne souffrir dans aucun cas qu’il soit porté atteinte aux personnes ou aux propriétés. Tout officier ou soldat qui s’écarterait des devoirs que l’hospitalité commande, devra être puni d’une manière exemplaire, et vous aurez soin de publier le nom du coupable et du jugement qu’il aura subi. »

Qui était ce Jean Joseph Amable Humbert qui se retrouve soudain en première ligne, héritier involontaire des desseins de Hoche, et général en chef par défaut de cette minuscule armée d’Irlande dont on attend qu’elle fasse des miracles contre tout espoir ? Il naît le 22 août 1767 à Remiremont dans la commune vosgienne de Saint-Nabord. Issu d’une famille paysanne modeste, il ne s’attarde point sur les bancs de l’école et pratique un peu tous les métiers : castreur de porcs, marchand de peaux de lapins, colporteur, maquignon. Lorsqu’éclate la Révolution, il rejoint la garde nationale et manifeste des sentiments patriotiques exaltés. La Convention ayant décrété la patrie en danger le 11 juillet 1792, il s’engage dans les rangs du 13e bataillon des Vosges. Sa fougue et son ascendant lui valent une promotion foudroyante : quatre jours après avoir été élu capitaine, il se retrouve lieutenant-colonel en second. Il sert sous Landau, dans l’armée Custine, puis dans Mayence, sous Kléber. On le retrouve général de brigade en Vendée aux côtés de Hoche. Une fois la victoire acquise, il est, comme ce dernier, partisan de la modération. N’hésitant pas à prendre des risques, il négocie avec les royalistes dont il parvient à gagner la confiance. Il se bat à Quiberon et y contracte une haine tenace pour l’Angleterre à qui il rêve de rendre la monnaie de sa pièce.

Volontaire pour prendre la tête d’une chouannerie dans les îles britanniques, il soumet un projet à Carnot. On songe tout naturellement à lui pour la descente en Irlande confiée au général Hoche. Il est de ceux qui pressent Grouchy de débarquer en baie de Bantry. Au retour, il fait montre d’une grande bravoure dans l’engagement fatal qui met aux prise Les Droits de l’Homme et deux frégates anglaises, lIndefatigable et lAmazon, le 13 janvier 1797. Pas étonnant donc qu’il soit de cette nouvelle tentative de descente en Irlande dont il va se trouver, involontairement, la figure de proue. Ayant mis la dernière main aux préparatifs, Humbert écrit à Bruix, le 6 août 1798 : « Nous appareillons, mon cher Ministre, et nous partons dans une minute. » Les trois frégates portant à leur bord 1 025 hommes font un long détour pour éviter l’escadre anglaise 1.

Moreau de Jonnès, maître-canonnier en second sur la frégate la Concorde, a gardé le souvenir d’une traversée qui fut tout sauf une partie de plaisir :  « Il faut avoir subi l’épreuve d’une pareille traversée pour savoir quel est le supplice qu’éprouvent quatre à cinq cents hommes renfermés, nuit et jour, sous le pont d’un bâtiment, sans air, sans lumière, sans pouvoir agir, se mouvoir, marcher, travailler ou seulement se distraire. On doit alors perdre toutes ses habitudes, réprimer tous ses besoins, se nourrir d’aliments nouveaux et repoussants, respirer un air vicié, être ballotté par le roulis et le tangage, et sentir tout son être défaillir par les étreintes violentes du mal de mer, comme si la vie allait se retirer du corps. Cette triste condition fut encore aggravée par une mauvaise idée du commandant de l’expédition, le capitaine Savary, qui, pour dérouter l’ennemi sur l’objet qu’il voulait atteindre, dépassa les latitudes de l’Irlande, et nous conduisit, à travers les rudes parages de l’Atlantique septentrionale, jusqu’aux atterages de l’Islande, ce qui prolongea notre navigation inutilement et la rendit plus pénible. »

Après seize jours de mer, les Français découvrent enfin la côte ouest de l’Irlande. Battant pavillon britannique pour tromper l’ennemi, un subterfuge de pratique courant à l’époque, les frégates françaises voient venir à elles un brick irlandais et plusieurs embarcations légères. Venus souhaiter la bienvenue aux bâtiments de Sa Gracieuse Majesté, les pilotes côtiers, les officiers de milice et les deux fils de l’évêque de Killala se retrouvent couchés en joue par des soldats français qu’ils n’eussent jamais pensé devoir rencontrer en ces parages désolés de la province du Connaught où Cromwell avait eu le dessein de parquer les Irlandais au milieu du XVIIe siècle. Le 22 août 1798, ayant choisi pour lieu de mouillage la pointe de Kilcummin, Humbert fait débarquer le peu d’hommes et de matériel dont il dispose et donne ordre à l’adjudant-général Sarrazin de s’emparer du bourg de Killala à la tête de trois compagnies de grenadiers. Prises au dépourvu, la Yeomanry locale, sorte de garde nationale à cheval levée parmi les petits propriétaires protestants, et les Fencibles, milices anglaises ou écossaises postées hors de leur pays d’origine, s’égaillent dans la nature après avoir esquissé une résistance purement symbolique.

La misère qui règne dans cette contrée frappe de stupeur les soldats d’Humbert : « Jamais pays n’a présenté une perspective plus malheureuse », note dans son journal le capitaine Jean Louis Jobit :  « Les hommes, les femmes, les enfants presque nus n’y ont d’autre asile qu’une étroite et mauvaise chaumière qui ne les met pas à couvert des rigueurs des saisons. Encore partagent-ils cette chétive habitation avec toute leur basse-cour. Leurs aliments journaliers sont des pommes de terre, du lait aigre, presque jamais de pain et rarement de la viande… Presque tous ces demi-sauvages sont catholiques et d’un fanatisme rebutant qui fait vraiment pitié. Quand nous passions devant leurs dégoûtantes chaumières, où nous n’entrions jamais que pour y jeter un coup d’œil, comme on le jette sur un objet répugnant, ils se précipitaient au-devant de nous, se prosternaient à nos pieds et la tête dans la boue, récitaient de longues prières pour nos succès. Tous, hommes et femmes, portent suspendus à leurs cous, de larges, sales et crasseux scapulaires, ainsi que des chapelets ou rosaires. Cette classe du peuple irlandais, qui est la plus nombreuse, offre un contraste révoltant avec la vie douce des protestants qui presque tous possèdent de grandes richesses. Chez ces derniers, on voit briller le luxe et l’abondance en toutes choses, pendant que les premiers sont asservis à la pauvreté dont je ne viens de présenter qu’un faible tableau. De là vient nécessairement la haine que le bas peuple porte au riche qui insulte à sa misère ; aussi ne doit-on pas s’étonner que cette grande différence dans les conditions, jointe au fantatisme religieux, ait produit la révolte qui trouble depuis si longtemps l’Irlande. »

Humbert installe son quartier général dans la vaste demeure de l’évêque protestant où, quelques heures plus tôt, la fête battait son plein. Parlant couramment français, l’évêque Joseph Stock supporte avec équanimité cette cohabitation difficile avec l’envahisseur, cachant sous des airs patelins et une politesse affectée un double jeu dangereux, faisant de lui le type même du collaborateur-résistant dont la figure ne date pas d’aujourd’hui 4. Il a laissé des souvenirs précieux qui complètent à merveille les journaux des officiers français. Voici en quels termes il décrit la force d’occupation dont il est devenu l’otage :  « Intelligence, activité, tempérance, endurance étaient les qualités qui se combinaient à un surprenant degré chez les soldats qui suivaient Humbert, ainsi que la plus stricte obéissance à la discipline. Et pourtant, mis à part les grenadiers, ils n’avaient rien qui put attirer l’attention. La plupart étaient petits, pâles et de chétive apparence, leurs vêtements étaient arrivés au dernier degré de l’usure. Un observateur superficiel les aurait cru incapables de supporter la moindre fatigue. C’étaient cependant des hommes qui savaient se contenter pour leur subsistance de pain, de pommes de terre et d’eau ; qui se faisaient un lit avec des pierres sur le chemin et qui dormaient tout habillé sans d’autre couverture que la voûte du ciel. Une partie avait servi en Italie sous Bonaparte, le reste venait de l’armée du Rhin, où ils avaient enduré des fatigues qui expliquaient bien leur maigreur et leur mauvaise mine. Quelques-uns déclaraient, avec les marques d’une parfaite sincérité, qu’au siège de Mayence, durant l’hiver précédent, ils avaient longtemps dormi par terre, dans des trous creusés sous quatre pieds de neige, et un officier, en montrant ses culottes de cuir, assurait l’évêque qu’il ne les avait pas quittées depuis un an. »

Le portrait d’Humbert ne dépareille pas celui des soldats qu’il commande :  « De belle taille, en bonne santé vigoureux autant qu’on peut l’être, prompt à décider, non moins prompt à agir, apparemment maître de son art, on le devinait bon officier bien que sa physionomie empêchât de l’aimer en tant qu’homme. L’œil petit et ensommeillé, sans doute parcequ’il était toujours aux aguets, dardait des regards de travers où brillait une étincelle de cruauté : c’était l’œil d’un chat qui s’apprête à bondir sur sa proie. Son éducation et ses manières étaient celles d’une personne issue des plus basses classes de la société, encore qu’il fût capable, à l’instar de la plupart de ses compatriotes, d’adopter, au gré des circonstances, le comportement d’un parfait gentilhomme. D’éducation, il en avait si peu qu’il était à peine capable de signer son nom. Ses passions étaient furieuses et toute sa conduite était empreinte de brutalité et de violence. À l’examen, on s’avisait cependant que cette brutalité était un procédé mis en œuvre dans le seul but d’obtenir par la terreur une prompte obéissance à ses ordres. »

Des bandes de paysans ralliées sont armées et habillées à la hâte. Quelques Irlandais unis s’emploient à les faire manœuvrer, non sans mal. Les officiers français pestent contre les révolutionnaires irlandais de Paris qui avaient promis de bonnes troupes disciplinées et aguerries, et non ces bandes clairsemées de paysans hagards et misérables. Au demeurant, que pouvaient-ils espérer avec si peu d’hommes. Lorsque George Blake, ancien officier de cavalerie gagné aux idées nouvelles, apprend l’arrivée des Français, il n’hésite pas une minute sur le parti à prendre mais il dissuade les Irlandais unis de Garracloon et de Cong d’en faire autant : « Inutile de rameuter davantage de volontaires, car aucun d’entre nous n’en réchappera. » Il ne croyait pas si bien dire !

Le 26 août 1798, les Français prennent la ville de Ballina au pas de charge, baïonnette au canon. La cavalerie et l’infanterie anglaises déguerpissent si promptement qu’un officier se fait cueillir au saut du lit avant même d’avoir compris ce qui se passait. « La personne de ce prisonnier », écrit l’évêque Stock, « se trouvant être particulièrement large et corpulente, le général Humbert se décida de l’exhiber en public, comme la dépouille opime de sa victoire. L’ayant fait monter en uniforme dans une voiture attelée de deux élégants chevaux empruntés à ce pauvre Mr. Fortescue, il caracola triomphalement à ses côtés de Ballina à Killala, sous les acclamations d’une foule de paysans ainsi que de son armée. L’indolent captif qui contemplait d’un œil placide cette bruyante cohue, n’était pas sans évoquer un phoque brutalement tiré du sommeil. » Les Irlandais s’abandonnent à la joie des victoires faciles : « Ce succès », écrit Sarrazin, « leur fournit l’occassion de boire du vin et de manger du pain, ce qui arrive très rarement aux paysans. L’eau est leur unique boisson et il ne mangent que des pommes de terre. Le 26 août au soir, tous nos nouveaux compagnons d’armes étaient hors d’état de marcher droit devant eux. Un de leurs chefs, que je grondai à ce sujet, me répondit, en avouant son tort, que tous les bons Irlandais étaient ivres de joie en voyant leurs libérateurs les Français. »

La partie de plaisir est terminée. Ce qui attend la minuscule armée d’Irlande est plus sérieux. On sait que le major-général Hutchinson qui commande les troupes du Connaught a massé à Castlebar, chef-lieu du compté, 5 000 cavaliers superbement montés et seize pièces d’artillerie . Lord Cornwallis, vice-roi d’Irlande, en a confié le commandement au général Lake, un militaire blanchi sous le harnais. En face, Humbert n’a que 900 Français, un millier d’Irlandais et trois canons à mettre en ligne. Cherchant l’effet de surprise, Humbert fait mine de marcher sur Castlebar par la route de Foxford, mais à trois kilomètres de Ballina, il bifurque à droite et attaque la montagne à l’effet de franchir la passe de Barnageeragh et prendre l’ennemi à revers. Ses hommes sont épuisés : ils n’ont pas fermé l’œil depuis trois jours et doivent tirer à bras leurs canons sous une pluie battante pendant seize heures d’affilée. La ruse du général français est éventée, un yeoman qui surveillait son bétail dans la montagne ayant repéré le mouvement de ses troupes a immédiatement alerté l’état-major anglais.

Au matin du 27 août 1798, le spectacle qui s’offre au général Humbert n’est pas des plus rassurants. L’armée royale occupe une hauteur en apparence inexpugnable : sa droite s’appuie à un lac, sa gauche est protégée par des marais impraticables. En première ligne, on reconnaît la milice de Kilkenny, quelques soldats réguliers et un détachement des Fencibles du prince de Galles. La deuxième ligne est constituée par les Fraser Fencibles et la yeomanry de Galway. À gauche et en retrait de la milice de Kilkenny, quatre compagnies de la milice de Longford se tiennent en réserve. Le gros de la cavalerie, une partie du 6e Dragonet le 1st Fencible, a pris position derrière la première ligne. L’artillerie est en tête du dispositif, les deux pièces du capitaine Shortall à droite de la route et les canons de la milice de Kilkenny en avant de la première ligne et à gauche de la route. Castlebar regorge de troupes ; un corps de réserve est en position sur ses arrières. À huit heures, Humbert déclenche l’offensive. Cinq cents insurgés armés de longues piques chargent en masse sous les ordres du colonel Dufour et du général Blake tandis que le général Sarrazin marche à l’aile droite avec 150 grenadiers, le colonel Hardouin couvrant l’aile gauche avec une troupe égale en nombre, l’adjudant-général Fontaine restant en réserve. À cent mètres des lignes ennemies, les Irlandais, mis en pièces par les canons anglais, se débandent. Chargeant à leur tour, Sarrazin et Hardouin doivent reculer sous le feu nourri de l’artillerie et se mettre à couvert afin de reformer les rangs.

Usant d’une vieille ruse de guerre, les Français poussent alors un troupeau vers les lignes anglaises et essaient de progresser derrière les bêtes à l’abri du feu ennemi. Mais le bétail affolé, ayant fait volte-face sous la mitraille, jette la confusion dans les rangs franco-irlandais. Une vigoureuse contre-attaque de Lake et Hutchinson aurait sans doute scellé, à cet instant, le sort de la bataille. Notant que ses adversaires se reposent sur l’artillerie et semblent réticents à engager la troupe, Humbert joue son va-tout et ordonne aux soldats de sa petite armée de se mettre en ligne, suffisamment éloignés les uns des autres, de manière à donner le moins de prise possible au feu des pièces ennemies. Ainsi déployés sur toute la longueur du front, les Français et les Irlandais montent à l’assaut au pas de charge. Le feu anglais, désormais aléatoire et imprécis, ne parvient pas à freiner leur élan. Constatant un flottement dans les unités de première ligne chargées de protéger les canons, Sarrazin lance ses grenadiers à l’assaut des pièces du capitaine Shortall, tandis que le général Blake et sa légion irlandaise culbutent les batteries centrales, semant une véritable panique dans les rangs anglais. Comme un barrage rompant ses digues, l’armée royale reflue dans le plus grand désordre, annihilant toute velléité de résistance. Les efforts des officiers, pour enrayer la déroute de cette troupe apeurée, s’avèrent inutiles. Miliciens, soldats et cavaliers ne ralentissent leur train qu’à Tuam, et soixante hommes battent tous les records en couvrant les cent kilomètres qui séparent Athlone de Castlebar en vingt-sept heures de marche haletante. Les Irlandais, qui n’aiment rien tant que les courses de chevaux ont immortalisé, cette débandade sous le nom des « races of Castlebar », les courses de Castlebar.

Pour expliquer cette conduite « aberrante et honteuse » on a incriminé l’impéritie des officiers et le manque d’expérience au feu des unités composant l’armée royale. En outre, certaines milices étaient peu sûres à en juger par le ralliement aux Français de celles de Longford et de Kilkenny qui n’auront pas lieu de se féliciter de leur choix puisqu’aucun milicien ne sortira de cette cuisante aventure. En tout état de cause, le précédent de Castlebar explique la prudence de Lord Cornwallis et sa résolution de ne livrer l’attaque décisive qu’en position de force absolue avec des troupes sûres et bien tenues en main par des officiers éprouvés. Les Français déplorent 186 tués et blessés dans leurs rangs ; on ne sait combien d’Irlandais sont tombés ; les pertes anglaises sont estimées quant à elles à 400 tués et blessés et 200 prisonniers . Ils laissent, en outre, aux mains de leurs vainqueurs cinq drapeaux, tout leur parc d’artillerie, 1 200 cents fusils, des chevaux et des magasins bien pourvus en vivres et équipements de toute sorte.

L’armée d’Irlande prend ses quartiers à Castlebar du 27 août au 4 septembre. On a reproché à Humbert de s’être trop attardé. Mais son ordre de mission ne lui enjoint-il pas d’attendre le général Hardy et les renforts d’Irlandais unis promis par les émissaires parisiens de la société révolutionnaire ? Dans la capitale du Mayo où se succèdent les banquets patriotiques, Humbert déploie une activité fébrile. En sa qualité de général en chef, il s’adjuge le droit, conformément à ses instructions, de donner du galon aux officiers qui se sont particulièrement distingués dans les combats : Sarrazin, déjà promu général de brigade ; d’autres officiers se voient récompensés avec la même générosité. Ces nominations ne seront pas ratifiées, ce qui ajoutera encore à l’amertume des intéressés. Humbert fait rapport au Directoire, s’efforce tant bien que mal d’enrégimenter les volontaires irlandais qui l’ont rejoint en petit nombre et jette les bases de l’organisation civile et militaire de la province, qui est pourtant loin d’être entièrement conquise.

La République du Connaught est proclamée. Le citoyen John Moore de Moorehall est nommé président d’un gouvernement de douze membres chargé d’assurer la subsistance de l’armée franco-irlandaise et de lever huit régiments d’infanterie, chacun de 1 200 hommes, et quatre régiments de cavalerie, chacun de 600 hommes. Mais le général en chef de l’armée d’Irlande doit se rendre à l’évidence : l’impitoyable répression anglaise a fait le vide autour de lui ; les rebelles encore en état de prendre les armes hésitent à se compromettre aux côtés d’alliés si peu nombreux ; tout ce que l’Irlande compte de soldats aguerris, sans compter les renforts acheminés d’Angleterre, font mouvement sur le Mayo pour lui couper la route, l’encercler et l’anéantir. Une gazette dresse un état des forces britanniques présentes dans l’île au 1er septembre : « Dix régiments de cavalerie régulière, quinze d’infanterie, deux de milices anglaises, six compagnies d’invalides et trente-sept régiments de milices irlandaises. En outre, près de deux cents corps de volontaires, cavalerie et infanterie. On attend tous les jours deux régiments de ligne d’Angleterre… »

Humbert comprend qu’il ne peut s’attarder davantage. Laissant quelques hommes à Killala, Ballina et Castlebar, il se met en route le 4 septembre 1798. Direction Sligo, où il espère toujours effectuer sa jonction avec le corps expéditionnaire du général Hardy. À défaut, il escompte qu’il lui sera peut-être permis de rallier les Irlandais unis d’Ulster qui tiennent encore dans les montagnes d’Erris et de Tirawley. D’escarmouche en escarmouche, il laisse derrière lui Foxford, Swinford et Bellahy. Le 5 septembre à Collooney, les Français et leurs alliés irlandais sont attaqués par un corps de 600 hommes de la garnison de Sligo aux ordres du colonel Vereker. La contre-attaque des Français bouscule les assaillants. Se voyant tout près d’être encerclé, le colonel Vereker fait sonner la retraite. Les pertes sont à peu près égales : 60 morts et blessés de part et d’autre ; mais les Anglais laissent derrière eux deux canons, une grande quantité de fusils et une centaine de prisonniers aussitôt désarmés et libérés sur parole comme tous ceux faits précédemment. Toutefois, Vereker a réussi à faire illusion. Humbert pense avoir eu affaire à l’avant-garde de l’armée du général Lake. Il est à cent lieues de se douter que Sligo est à sa merci, la garnison ayant détalé jusqu’à Ballyshannon.

L’étau se resserre autour des Français et de leurs alliés irlandais. Lord Cornwallis, le vaincu de Yorktown, a pris en main la direction des opérations. Prudent et avisé, il se garde bien d’agir dans la précipitation. Il sait qu’un nouveau Castlebar rallumerait l’insurrection aux quatre coins du royaume. Et, de fait, les comtés de Kildare, Westmeath et Longford sont réputés au bord de la rébellion ; le Roscommon n’est contenu que par le voisinage des troupes ; Dublin n’est pas épargné par les troubles et l’insurrection est fort loin d’être apaisée dans les comtés de Wicklow, Wexford et Carlow. Lord Cornwallis veut avoir tout son monde avec lui avant d’administrer le coup de grâce aux Français. Pour l’heure, et en attendant que le Connaught soit saturé de troupes, il déplace ses corps d’armée à bon escient. Le général Lake reçoit l’ordre de serrer la colonne Humbert au plus près. Le colonel Crawford est chargé de harceler son arrière-garde. Au général Nugent revient le soin de lui barrer la route de l’Ulster. Cornwallis, quant à lui, progresse en couvrant la route de Dublin.

Se doutant que l’ennemi ne le laissera pas atteindre l’Ulster et fera tout pour le réduire à l’ouest du Shannon, Humbert modifie son plan initial. Parvenu à Monorhamilton, il bifurque à droite, en direction de Dublin. Ayant fait halte en arrière de Drumkeeran, village situé au nord-ouest du lac Allen, les sentinelles signalent l’arrivée d’un parlementaire. N’ayant pas jugé bon de le recevoir, Humbert envoie Sarrazin aux avant-postes ennemis où le colonel Crawford, sous prétexte de lui remettre deux officiers de santé, l’adjure de convaincre son chef de mettre bas les armes : « Vous nous avez battus plusieurs fois », dit-il, « vous avez fait de grandes marches en présence de notre armée, vous avez fait assez pour votre gloire ; et Lord Cornwallis qui vous rend justice vous traitera avec tous les honneurs dus à des braves comme vous, si vous voulez vous en remettre à sa foi. »

Le général Sarrazin remercie le colonel anglais et lui répond : « Monsieur, dites à Lord Cornwallis que nous n’avons point encore rempli la tâche que notre gouvernement nous a imposée ; que nous sommes jaloux de continuer de mériter son estime et de fixer les regards de l’Europe sur notre entreprise, ainsi que nous ne pouvons sans nous déshonorer accepter ses offres. » 13 Le soir même, la petite armée d’Irlande se remet en route, longe les rives du lac Allen et passe le Shannon à Ballintra. Mais les Anglais la talonnent de si près qu’Humbert doit précipiter ses canons par-dessus le pont de Ballintra que son arrière-garde n’a pas le temps de faire sauter. Dans la nuit du 7 septembre, Humbert fait une halte de quelques heures à Cloone. Épuisés par cette fuite en avant, officiers et soldats dorment littéralement debout.

Il ne leur reste qu’un maigre espoir : rallier les insurgés de Granard et foncer sur Dublin. Le 4 septembre 1798, les Irlandais unis du comté de Longford et de certains districts du Westmeath avaient pris les armes et convergé sur Granard. À proximité d’Edgeworthstown, ils avaient neutralisé un détachement de la yeomanry de Mastrim. Ayant eu vent de cette mobilisation, le commandant de la garnison de Granard s’était fait envoyer des renforts. Fortement retranchés, disposant d’une puissance de feu supérieure, les soldats anglais étaient parvenus au bout de cinq heures d’un combat opiniâtre, à briser l’offensive des insurgés qui s’étaient dispersés après avoir perdu beaucoup de monde et la plupart de leurs chefs. Les Irlandais unis du Westmeath, forts d’un millier environ, s’étaient emparé du Wilson’s Hospital où ils avaient trouvé des armes. Lord Longford s’était porté à leur rencontre à la tête d’un fort détachement de Yeomen, de Fencibles d’Argyll et de Highlanders soutenus par plusieurs pièces d’artillerie. À proximité de Bunbrusna, les insurgés avaient été fauchés par la mitraille et sabrés par la cavalerie. Quelques rescapés de ces deux soulèvements avortés rejoignirent la petite armée d’Humbert à Cloone. Un de leurs chefs, à la tête d’une poignée de paysans armés de piques, fit une forte impression : « Ce chef », écrit Fontaine, « était armé de pied en cap, couvert d’armes offensives et défensives, et ressemblait parfaitement aux preux chevaliers du XIIIe siècle. Il ne parlait que de combattre pour la bienheureuse Vierge Marie, dont il s’était déclaré champion. C’était un fou, brave à l’excès, et excellent pour enflammer le pays. » Sauf que le pays, recru de violence et d’exactions, n’en pouvait plus et ne se faisait plus guère d’illusion sur l’issue de cette course-poursuite.

Cornwallis, qui vient de passer le Shannon à Carrick avec plus de 20 000 hommes, a décidé que le moment était venu d’en finir. Pour désespérée que leur apparaisse leur situation, les Français ont encore du mordant. Un caisson de cartouches que des Irlandais, faute de chevaux, traînaient à bras, ayant été abandonné à la suite d’une charge meurtrière de la cavalerie anglaise, Humbert fait faire halte à la colonne, se porte sur les lieux à la tête de quatre compagnies et reprend le caisson dont le contenu est aussitôt distribué aux soldats. Le 8 septembre 1798, c’est l’hallali. À huit heures, le colonel Crawford attaque vigoureusement l’arrière-garde française que commande Sarrazin. Les circonstances dans lesquelles ce dernier est conduit à se rendre demeurent obscures et controversées. Encerclés par 30 000 soldats, pressés par l’armée du général du général Lake, les soldats d’Humbert sont attaqués de toutes parts dans la plaine de Ballinamuck. Grenadiers et soldats se mettent en ordre de bataille et flanqués de tirailleurs, marchent à l’ennemi. Mais ce n’est rien d’autre qu’un baroud d’honneur. Au bout d’une demi-heure, tout est fini. Les Français déplorent trente tués ; les Anglais en déclarent trois à peine. Pour ce qui est des Irlandais, il en va autrement. Un grand nombre ont lâché pied, mais trois cents tiennent bon.

En vérité, ce sont les Irlandais qui se battent avec d’autant plus d’acharnement qu’ils n’ont aucune illusion à se faire sur le sort qui les attend. Les généraux MacDonnell et Blake, et les canonniers Magee et Casy repoussent plusieurs assauts anglais avant d’être submergés. The Sun, journal anglais peu suspect de sympathie pour la cause des Irlandais unis, écrit peu après la bataille : « Les Français jetèrent leurs armes presque immédiatement, mais le courage des rebelles fut prodigieux : ils résistèrent avec l’obstination du désespoir. » Après la reddition d’Humbert, le carnage commence : 500 insurgés sont massacrés, sabrés par la cavalerie ou mitraillés dans les tourbières ; un millier parvint à s’enfuir. Les soldats français, au nombre de 844, sont infiniment mieux traités. Chaque officier anglais voulant son prisonnier, il n’y en eut pas pour tout le monde.

Tandis qu’Humbert et ses hommes étaient conduits sous bonne escorte à Dublin avant d’être transférés en Angleterre pour être échangés contre des soldats et officiers anglais retenus prisonniers en France, la guerre continue dans l’ouest. Ce sont les Irlandais dont on brocardait la lâcheté au feu qui livrent les derniers combats avec la certitude de n’être pas épargnés, à l’inverse des Français. C’est peu dire qu’on ne leur a pas assez rendu justice. L’évêque Stock notait avec surprise que loin d’être abattus par la défaite de Ballinamuck, les insurgés semblaient y avoir puisé un surcroît d’énergie. Le 12 septembre 1798, un parti de rebelles commandés par le capitaine Henry O’Kane essaya en vain de reprendre Castlebar. Un autre n’hésita pas à attaquer Lord Portarlington qui descendait de Sligo à la tête d’un millier d’hommes pour participer à l’encerclement de Killala. À proximité de Scurmore, un autre engagement eut lieu entre les troupes de Lord Portarlington et un bataillon rebelle armé de piques aux ordres du capitaine Truc, du colonel Patrick Barrett et du capitaine Henry O’Kane qui avaient évacué Ballina. Le dimanche 23 septembre 1798, les quatre officiers français et les quelque 800 Irlandais qui s’étaient retranchés dans Killala opposèrent une vive résistance aux 3 000 hommes de troupe lancés à l’assaut de la bourgade par le général Trench. Lorsqu’elle fut prise, 300 rebelles furent massacrés sans autre forme de procès. Pendant une semaine, les cours martiales siègèrent sans désemparer, envoyant au gibet un grand nombre d’insurgés, tandis que les troupes ravageaient la campagne avoisinante, massacrant les paysans, détruisant les récoltes, brûlant les chaumières, rasant les hameaux avec une fureur destructrice qui n’avait rien à envier à celle des colonnes infernales de Turreau en Vendée.

Elles n’avaient même pas l’excuse d’user de rétorsion. Humbert avait suivi au pied de la lettre les instructions du Directoire lui enjoignant de veiller au respect de la propriété et de ne tolérer aucune vengeance ou représailles. La proclamation qu’il fit distribuer à Killala, sitôt débarqué, stipulait : « Nous vous garantissons le plus solennel respect pour vos propriétés, vos lois et votre religion. Soyez libres ; soyez les maîtres de votre pays. Nous ne cherchons pas d’autre conquête que celle de votre liberté, pas d’autre triomphe que le vôtre. » L’évêque Stock le crédite d’avoir protégé les biens et les personnes des loyalistes protestants pendant toute la durée de la campagne d’Irlande. Son récit est formel : « Ce serait un acte de grande injustice à l’égard de l’excellente discipline constamment observée par les envahisseurs tant qu’ils résidèrent dans notre ville, de ne pas remarquer que, malgré toutes les tentations de pillage que l’occasion et l’abondance des objets de valeur présentaient à leur convoitise, pas un seul de ces objets ne fut dérobé. » 16 Il signale néanmoins quelques exceptions à la règle communément observée : pillage de la maison du capitaine Kirkwood, magistrat de Killala, qui avait commis l’imprudence de s’enfuir alors qu’il avait été libéré sur parole ; sac de Deal Castle, manoir de Lord Tirawly, de Castlereagh, demeure de la famille Knox, ainsi que de Castle Lacken appartenant à Sir John Palmer . Ce furent des exceptions.

Les insurgés qui rallièrent les Français résistèrent pareillement à la tentation de se venger de leurs maîtres ou de s’approprier leurs biens. « C’est une circonstance digne d’être notés », écrit encore l’évêque de Killala, « que pendant tout le temps de cette commotion civile, les rebelles du Connaught ne firent pas couler une seule goutte de sang ailleurs que sur le champ de bataille. Il est vrai que l’exemple et l’influence des Français fut pour beaucoup dans la prévention de toute espèce d’excès sanguinaire. » On ne peut hélas en dire autant des loyalistes et de l’armée royale qui tuèrent et pillèrent bien après que tout danger eût été définitivement écarté. « Les soldats de Sa Majesté étaient incomparablement supérieurs aux traîtres irlandais en fait de dextérité à voler », note l’évêque Stock .Lord Cornwallis devait écrire quelques années plus tard : « En vérité il n’y a pas aujourd’hui un seul catholique de quelque notabilité dont l’existence ne soit pas en danger. » Cette justice sommaire et maladroite, note Maxwell, eut pour conséquence que les montagnes du Mayo se peuplèrent d’hommes désespérés qui vécurent en hors la loi pendant de longues années avant que le calme ne soit rétabli ;

Les renforts qu’Humbert attendait en vain arrivent trop tard. Le 17 septembre 1798, la corvette Anacréon rebrousse chemin en apprenant la défaite des Français. Le 11 octobre, la division Bompard est défaite par la Royal Navy dans la baie de Donegal. Le 27 octobre, le capitaine Savary, qui avait débarqué Humbert à la pointe de Kilcummin, se présente en baie de Killala avec trois frégates, une corvette et 2 000 hommes de troupe qu’il parvient à ramener en France tant bien que mal. C’en est fini des tentatives de descente française en Irlande. N’eût-il pas été préférable de concentrer des moyens sur ce théâtre d’opération au lieu d’aller s’enliser dans les sables d’Égypte ? Dans son Histoire de l’Armée britannique, Sir John Fortescue n’hésite pas à répondre par l’affirmative : « Un Français véritablement patriote n’aurait jamais dû détourner son regard de l’Irlande, où cinq milles hommes seulement, débarqués au moment opportun, auraient été infiniment plus dangereux pour l’Angleterre que trente mille en Egypte. »

Si l’on en croit Las Cases, le doute semble avoir effleuré Napoléon à Sainte-Hélène : « Si au lieu de l’expédition d’Egypte, j’eusse fait celle d’Irlande ; si de légers dérangements n’avaient mis obstacle à mon entreprise de Boulogne, que pourrait être l’Angleterre aujourd’hui ? Que serait le continent, le monde politique ? » Laissons au Commander Stuart Jones de la Royal Navy le soin de conclure : « L’aventure d’Humbert n’était pas aussi désespérée qu’il peut paraître de prime abord. Que Cornwallis nourrissait des craintes que l’ennemi put atteindre Dublin est attesté par une lettre qu’il écrivit à Castlereagh de French Park deux jours avant Ballinamuck… Le général Sarrazin rapporte qu’à Dublin, Castlereagh lui aurait dit que l’affaire de Castlebar avait fait trembler trois royaumes. En Angleterre, la défaite de Lake fut comparée à celle de Burgoyne à Saratoga. La prudence excessive de Cornwallis n’était-elle point dictée par le souci de ne pas essuyer un nouveau Yorktown ? Si Humbert avait été convenablement soutenu par Hardy et Kilmaine, qui sait ce qui aurait pu se passer ? Ce qu’a fait Humbert avec des forces minuscules dans un pays où cent mille hommes étaient disponibles contre lui est simplement stupéfiant et ne semble pas avoir reçu de la part de l’histoire l’appréciation flatteuse qui s’imposait. »

Source : http://rha.revues.org/index4463.html

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The Wild Geese. Les régiments irlandais au service de Louis XIV (1688-1715)

Publié le 23 Décembre 2012 par Nathalie GENET-ROUFFIAC dans Irlande

 

Le 16 novembre 1688, Guillaume d’Orange débarquait à Torbay en Angleterre pour s’opposer à la politique pro-catholique et pro-française – ou supposée telle – de son oncle et beau-père, le « papiste » roi d’Angleterre Jacques II. Le 24 février 1689, sa femme Mary (née d’un premier mariage « protestant » de Jacques II) et lui-même se virent proposer conjointement – fait unique dans l’histoire d’Angleterre – la couronne des trois royaumes, Angleterre, Ecosse et Irlande. Entre-temps, Jacques II, son épouse Marie de Modène, leur fils Jacques- Edouard et leurs partisans, les « Jacobites », avaient cherché asile auprès de Louis XIV, qui leur offrit l’hospitalité du château de Saint- Germain-en-Laye. L’exil jacobite avait commencé, il allait s’avérer définitif. Cette « Glorieuse Révolution » est souvent considérée par les spécialistes de l’histoire politique britannique comme un simple « coup d’Etat de palais » et l’historiographie anglaise a mis l’accent sur son caractère « pacifique », en particulier en comparaison avec la première révolution d’Angleterre ou la Révolution française. C’est cependant oublier que Guillaume d’Orange dut avant tout sa montée sur le trône à des victoires militaires et que s’ensuivirent une mise au pas brutale de l’Ecosse et surtout une guerre sanglante en Irlande. Après la chute de Limerick fin 1691, l’Irlande fut perdue pour Jacques II qui se replia définitivement sur la France, suivi par les soldats irlandais qui avaient combattu à ses côtés et que la tradition a pris l’habitude de désigner comme les Wild Geese, les Oies sauvages .

Pour le Roi-Soleil, les troupes irlandaises constituaient un apport militaire non négligeable. Pour Jacques II, elles étaient un espoir constant de restauration. Pour les Irlandais eux-mêmes, le maintien des régiments sur le continent était le symbole de la poursuite de la lutte pour la cause jacobite et, d’une certaine manière, pour la cause irlandaise. Il offrait à des hommes, dont la plupart ne connaissait rien de la vie sur le continent, le caractère rassurant de structures proches de celles qu’ils avaient connues, avec les mêmes figures dominantes des propriétaires terriens devenus colonels des régiments qu’ils avaient eux-mêmes levés. Dans les premiers temps du moins, le bloc des régiments irlandais passés en France fut donc un petit morceau d’Irlande rapporté sur le continent.

L’organisation des régiments irlandais en France

L’apport des Irlandais aux forces de Louis XIV commença dès le début de la deuxième année de la campagne d’Irlande. A partir de mai 1690, la situation militaire de Jacques II et de ses alliés français en Irlande s’était détériorée avec le débarquement de Guillaume d’Orange accompagné du duc de Marlborough . Louis XIV accepta alors d’envoyer de nouvelles troupes sous le commandement du duc de Lauzun, un proche de la cour en exil, mais exigea en échange que cinq régiments d’infanterie irlandais passent à son service en France.

Les hommes du roi de France, en particulier son ambassadeur le comte d’Avaux, l’avaient mis en garde contre la piètre valeur de la plupart des troupes de Jacques II en Irlande, « levées par des gentilshommes qui n’ont jamais été à l’armée… Ce sont des tailleurs, des bouchers, des cordonniers qui ont formé les compagnies, qui les entretiennent à leurs dépens, et en sont les capitaines (5) ». Louis XIV, peu soucieux de s’affaiblir sur le champ de bataille européen en faveur d’un front secondaire en Irlande, posa ses conditions : « Sa Majesté demande que ces régiments soient remplis de noblesse… et qu’à la tête de chaque régiment il y ait, si possible, quatre ou cinq capitaines qui aient servi, que les colonels soient gens de qualité (6). » Noblesse et expérience – en général acquise dans les armées françaises sur le continent – assuraient la qualité des troupes choisies.

Les colonels des cinq régiments étaient le lieutenant général Justin MacCarty, Lord Viscount Mountcashel, l’Honorable colonel Daniel O’Brien, l’Honorable colonel Arthur Dillon, le colonel Richard Butler et le colonel Robert Fielding. En France, ces troupes furent regroupées en trois régiments, Mountcashel, O’Brien et Dillon, qui formèrent la Brigade Mountcashel. D’après Arthur Dillon la brigade comprenait à l’origine 5 371 officiers et soldats, soit un peu moins des 5 800 théoriques ; au moment de la réforme de 1697-1698, elle en comptait 6 039.

Chaque régiment se composait de deux bataillons comprenant en tout quinze compagnies de cent hommes et la compagnie propre du colonel, auxquelles venaient s’ajouter des cadets en nombre variable. Les officiers recevaient leur commission directement de Louis XIV. La solde des régiments, en tant que troupes étrangères, était supérieure d’un sol par jour à celle des troupes françaises. Les colonels, outre leur solde, recevaient un sol par livre payée aux soldats de leur régiment, Mountcashel étant gratifié de surcroît d’un sol par livre payée aux hommes des deux autres régiments.

Les régiments de la brigade Mountcashel furent rejoints après la défaite de Limerick par le gros des troupes de Jacques II demeurées sous le commandement de Patrick Sarsfield après le départ du roi pour la France. La légendaire énergie du géant irlandais lui permit de mobiliser les soldats et de résister une année supplémentaire, mais la chute de Limerick ne lui laissait plus d’autre choix que la négociation. Le 24 février 1692, Guillaume d’Orange ratifia en personne le traité définitif avec sa femme Mary. A cette date, les soldats irlandais avaient déjà pris le chemin de l’exil, accompagnés de leurs familles. Ce départ était volontaire car le traité de Limerick autorisait les anciennes troupes de Jacques II à demeurer en Irlande – ce dont Guillaume d’Orange chercha à les persuader – ou à choisir de passer en France avec les honneurs de la guerre et aux frais du prince d’Orange. Les conditions du traité semblaient clémentes mais, dans le même temps, une législation extrêmement sévère se mettait en place à l’encontre des catholiques, durement appliquée par l’administration anglaise et protestante installée par Guillaume d’Orange. D’autre part, la guerre sur le continent semblait offrir aux Irlandais le moyen le plus direct de lutter contre les ennemis de leur roi et de contribuer à sa restauration.

Dans un premier temps, les troupes irlandaises arrivées en France furent regroupées à Brest sous le commandement du maréchal de camp Dominick Sheldon. Jacques II fit le voyage de Bretagne avec son fils le duc de Berwick pour passer en revue les troupes puis de nouveau, après l’arrivée des derniers, avec Sarsfield. Jusqu’à la bataille de la Hougue le 24 mai 1692, tous attendaient l’ordre de rembarquer pour l’Irlande. La défaite décida du sort des régiments irlandais, qui furent dispersés entre les diverses armées de Louis XIV à travers l’Europe. Cependant tous les officiers tenaient leurs lettres de commission de Jacques II, contrairement à ceux de la brigade Mountcashel, et – au moins fictivement – les troupes étaient placées « under the command of James and of such general officers as he should appoint».

La réforme des régiments fut douloureuse. Jacques II dut réduire son armée à deux troupes de gardes à cheval, deux régiments de cavalerie, deux régiments de dragons à pied, huit régiments d’infanterie (soit quinze bataillons) et trois compagnies franches (9). Plusieurs régiments qui avaient combattu en Irlande furent supprimés et de nombreux officiers furent déclassés. En tant que soldats étrangers, ils auraient dû normalement recevoir une solde supérieure à celle des Français, mais ils acceptèrent d’être payés comme ces derniers, 50 000 livres/mois pour l’ensemble des troupes, Jacques II s’engageant à les dédommager et à rembourser la différence dès qu’il serait rétabli sur son trône . L’arrangement suscita néanmoins quelques grincements de dents.

Les deux régiments de gardes à cheval avaient été formés en 1689 par Jacques II à son arrivée en Irlande. Chacun comprenait deux cents cavaliers, tous gentilshommes, qui jouissaient d’ailleurs d’un rang supérieur à celui des officiers des autres unités. En France, la première troupe fut donnée à Berwick et la seconde à Sarsfield. En 1692, les officiers de chaque unité étaient au nombre de neuf : un capitaine, un premier et un second lieutenant, un premier et un second enseigne, quatre brigadiers et un Staff Sergeant . La solde des capitaines en campagne s’élevait à 9 livres, celle des lieutenants à 7 livres 4 sols et celle des enseignes à 6 livres 12 sols. Elle doublait pendant les quartiers d’hiver .

Les régiments de cavalerie du roi et de la reine furent composés des restes des neuf régiments de cavalerie irlandaise passés en France en 1691 . Chaque régiment comprenait deux escadrons de trois troupes de cinquante hommes, soit trois cents hommes par régiment. Il devait en outre compter dix-neuf officiers : un colonel, un lieutenant-colonel, un major, quatre capitaines, six lieutenants et six cornettes. Mais le phénomène, général chez les Irlandais, de surnombre des officiers entraîna un gonflement progressif des effectifs de 19 à 72. En 1697, les régiments regroupaient donc 744 hommes au total.

En 1692, l’organisation du régiment du roi comme de celui de la reine prévoyait six compagnies de cent hommes et cinq officiers (un capitaine, deux lieutenants, deux cornettes ou enseignes), soit 630 hommes. En fait, en 1695 le régiment comptait 558 hommes dont 108 officiers . Tous les régiments d’infanterie, à l’exception de celui de Clancarty, étaient composés de deux bataillons dont le nombre d’hommes variaient par rapport au schéma théorique selon les circonstances. Chaque bataillon comptait en principe huit compagnies de cent soldats et quatre officiers (un capitaine, deux lieutenants et un enseigne). Les officiers étaient presque systématiquement surreprésentés : le royal irlandais aurait dû comprendre 64 officiers et 1 600 hommes mais les documents d’époque font apparaître le chiffre de 1 342 hommes dont 1 100 hommes de troupe et 242 officiers . La paie des soldats était de 6 sols par jour .

Cette organisation subsista jusqu’à la paix de Ryswick en 1697. Outre l’échec politique ratifié par le traité, elle contraignit le roi de France à une réforme des troupes irlandaises qui eut de lourdes répercussions économiques sur les familles des soldats. Dès septembre 1697, les vingt-cinq bataillons durent réduire le nombre de leurs compagnies de seize à quatorze et chacune dût licencier la moitié de ses effectifs puis une refonte plus générale eut lieu en février 1698. Seuls les trois régiments de la brigade Mountcashel (Lee, Clare et Dillon) ainsi que le régiment de marine, désormais régiment d’Albemarle, y échappèrent. Les régiments de Limerick et Dublin furent supprimés, les autres intégrés dans cinq nouveaux régiments : Sheldon, Dorrington, Galmoy, Lutrell (puis Bourke) et Berwick. Les deux régiments de cavalerie furent réduits à un seul, de deux escadrons, confié à Dominick Sheldon par commission du 15 février 1698. Le régiment Dorrington qui existait avant 1698 servit de fondement au nouveau, toujours sous le commandement de William Dorrington. Le second régiment Galmoy, régiment d’infanterie (18), fut composé à partir des troupes des Dragons à pied de la reine et de Charlemont. Le régiment d’Athlone fut amalgamé aux dragons à pied du roi et aux trois compagnies franches pour former le régiment Berwick ; Walter Bourke devint dans un premier temps second colonel, ou colonel réformé, de ce régiment, puis colonel d’un autre régiment d’infanterie (d’abord confié à Henry Lutrell) composé des restes du régiment d’infanterie de la reine et de celui de Clancarty .

 

Source : http://www.air-defense.net/forum/index.php?topic=9486.0

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Qu'est-ce que le sacré, existe-t-il en Franc-Maçonnerie ?

Publié le 23 Décembre 2012 par x dans Planches

1) Le Sacré et le Profane :

Etymologiquement est profane tout ce qui se trouve devant une enceinte réservée, devant le temple, tout ce qui n’appartient pas à la religion. Ne parle-t-on pas d’un air ou d’une musique profane en les opposant à la musique sacrée ? Traitant de l’art poétique, Boileau écrit : « Tout profane exercice est banni de son temple ». Dans l’antiquité était profane celui qui n’était pas initié à des mystères. Ce terme s’oppose donc à ce qu’il est convenu d’appeler « le sacré », désignant ce qui est à la fois séparé et circonscrit. Ce mot provient du latin « sancire » ,délimiter, entourer, qui prit par la suite le sens de sacraliser et sanctifier. Ce qui est sacré appartient donc à un domaine séparé, interdit, inviolable et fait l’objet de révérence religieuse. Cette révérence peut être également au-delà de toute religion, elle est alors l’expression d’un respect absolu : on parle par exemple des « droits sacrés – i.e . inaltérables- de l’homme ». En ce sens, ce qui est sacré ne peut être enfreint ou violé, tel par exemple le secret qui est chose sacrée. Pour les latins le sacré avait une double signification car, s’il désignait d’une part ce qui était voué à un dieu, vase sacré, enceinte sacrée, voire langue sacrée, il pouvait être d’autre part une imprécation : celui qui était déclaré « sacré » pouvait en effet être tué sans autre forme de procès : « sacer esto ! », c’est-à-dire : « qu’il soit voué aux dieux infernaux ! ». Si un homme était déclaré « sacerrimus » il était considéré comme le plus infâme des hommes et ce que Virgile nomme « auri sacra » est la « soif exécrable de l’or ». C’est dans ce deuxième sens à connotation négative qu’il faut certainement voir l’origine de notre verbe « sacrer » - jurer, blasphémer- ainsi que celle de l’adjectif « sacré » dans des expressions telles que « un sacré loustic, un sacré menteur, un sacré temps ( qui n’a rien à voir avec un temps sacré » etc.

« Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère » a pu écrire Maurice Barrès dans « la colline inspirée ». Qui n’a fait cette expérience ? A l’instant où l’on pénètre en certains lieux on est pris d’un singulier respect et le silence s’impose. Certains de ces endroits – temples, églises ou mosquées – sont sacrés car dédiés à une divinité, d’autres, on ne sait pourquoi, imposent le respect et peut-être plus encore, l’admiration, une ferveur particulière. On est envahi de ce que Rudolf Otto nommait « le sentiment du numineux », lequel comporte d’une façon inconsciente un élément de crainte devant une puissance absolue, un élément de mystère devant ce que l’on ne connaît pas. On se ressent profane franchissant une enceinte sacrée, notre moi semble faire partie de quelque chose de plus grand que nous qui agit dans l’univers, en dehors de nous et pourrait être un refuge suprême si notre être inférieur venait à faire naufrage. Ajoutons que cette expérience du numineux est ambivalente, car, si d’un côté l’être est saisi d’une sensation d’effroi devant une grandeur incommensurable, de l’autre, il est irrésistiblement attiré vers quelque chose de merveilleux (ce qui n’est pas sans rappeler le frisson sacré éprouvé par les mystiques dans le silence et la pénombre d’un sanctuaire, frisson qui évoque la présence de quelque chose de tout autre, qui arrache l’être à lui-même et le trouble).

De tout ce qui précède on se rend compte qu’il existe deux domaines : l’un est réglé de manière transcendante, d’une certaine façon à la fois dangereuse et capitale, et un autre où l’homme a loisir et liberté de penser et d’agir à sa guise. La vie est en fait l’équilibre entre ces deux domaines. En effet, si le sacré envahissait tout, il s’ensuivrait une sorte de paralysie craintive et de scrupule obsédant, mais si le sacré disparaissait totalement, le profane ne pourrait que se ressentir vide et orphelin.

L’établissement d’une limite séparant l’espace en deux parties, l’une profane et l’autre sacrée, est le moyen inventé par les hommes pour sauvegarder l'équilibre de la société en imposant des règles bénéfiques et des interdits nécessaires. La vie est constituée par la régulation entre le caractère intense du sacré et le caractère praticable du profane, par l’équilibre entre ces deux domaines.

Dans les civilisations archaïques et figées, la vie sociale est réglée uniquement par la tradition et le sacré, on se réfère en tout à une croyance. Dans les civilisations plus dynamiques, le sacré se retire dans un espace réservé où l’on va librement pour se ressourcer dans un temps où tout ne s’écoule pas vers la fuite, mais où tout s’enracine dans la naissance d’un espace où la terre n’est pas constituée par des territoires concurrentiels mais par un immense domaine fraternel et commun. En ce sens, on peut dire que le sacré devient alors pour l’homme qui s’y rend librement, lieu de ressourcement, de pause, de retour sur soi, de méditation, de pensée, à l’écart de l’agitation qui règne dans le monde profane. Le sacré ainsi conçu a besoin de mystères pour exister, car, selon le mot de Oswald Wirth, « tout ce qui doit prendre corps s’élabore en secret, dans l’antre obscur des gestations où se poursuit l’oeuvre cachée ».

2) Le Temple Maçonnique : espace et temps sacré :

Dans les rituels maçonniques, quel que soit le rite, trois coups frappés invitent les Frères au silence et au recueillement, trois coups qui ne sont pas sans nous rappeler les coups précédant un spectacle théâtral. Le rideau se lève, la lumière paraît et le spectateur est transporté dans un monde, où rien ne sera comme à l’extérieur dans le monde profane. Le silence se fait, chacun sent monter en lui une quiétude, une sensation d’élévation spirituelle qui relève déjà d’une hiérophanie, de la révélation d’un espace sacré. Chacun ressent confusément que quelque chose qui le dépasse est en train d’arriver. Cet état affectif qui submerge le moi, ce sentiment diffus qu’a la conscience d’être conditionnée par quelque chose qui ne dépend pas d’elle, qui est indépendant de sa volonté et qui ne se laisse pas appréhender comme une chose visible, est justement le « sentiment du numineux » dont il était question plus haut. Mais cette configuration émotionnelle intime ne se transformera vraiment en sacré que par l’adjonction d’une représentation intellectuelle. C’est là qu’intervient le rituel, il relaie ce sentiment immédiat et implique le Frère présent sur les colonnes.

La première fonction du rituel d’ouverture est de sacraliser le lieu où s’effectueront les travaux : ce dernier doit en effet recevoir une légitimation surnaturelle, il doit être délimité, consacré, car il est désormais chargé de puissance numineuse. Au REAA, après s’être assuré que l’espace sacré n’avait pas été profané, le Vénérable Maître fait confirmer le paysage du lieu sacré dans sa valeur hiérophanique par une série de constructions symboliques : les trois piliers (Sagesse, Force et Beauté) sont allumés pour présider à la construction de l’Edifice Sacré, puis apparaissent les trois Grandes Lumières sur l’Autel des Serments avant que le Tableau de Loge soit déroulé par le Frère Expert sur le Carré Long . Il procède ensuite par une série de questions-réponses avec ses deux surveillants au découpage du lieu (de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir). L’espace sacré devient alors point de référence absolu, centre du monde, lequel est recréé à partir de ce lieu. C’est là, en ce lieu orienté, en ce lieu de convergence des forces cosmiques que se pratiquent les initiations, le Temple devient l’endroit où se pratiquent les rites, les gestes archétypaux devant régénérer le monde. Pour les Frères, demeurer dans l’espace sacré, c’est se retirer des lois du monde profane et accéder à une pureté inviolable.

L’espace étant délimité, il ne reste plus au Vénérable qu’à déterminer le temps du travail :

« Quelle heure est-il ? ,Frère second Surveillant ? » - Il est midi !

Le temps fait l’objet d’une différenciation analogue à celle de l’espace. Le temps des activités profanes est suspendu. Les coups de maillet et les batteries ponctueront désormais l’écoulement d’un temps immuable, du Grand Temps Mythique, d’un temps sacré, caractérisé par la suspension des habitudes ou des normes du temps de labeur. Ce temps sacré se confond avec le temps mythique des dieux, le « Grand Temps » dont parle Dumézil, « celui durant lequel sont survenus les éléments primordiaux ». Ce Temps Sacré est la répétition du Grand Temps et le Franc-Maçon est ainsi le contemporain du temps des origines, il en capte la force pour assurer la rénovation de la société.

On le voit bien, grâce à des représentations et des techniques symboliques, le Franc-Maçon échappe au monde unidimensionnel du travail et des préoccupations matérielles. Cette sacralisation met les Frères dans une disposition de réceptivité et de tension intérieure et le Rituel apparaît comme un acte créateur.L’atmosphère du lieu change, il se remplit d’une force invisible qui pénètre chaque Frère et chacun se concentre sur son être intérieur, il oublie sa condition matérielle et chasse définitivement les métaux hors du Temple.

3) jeu sacré et initiation :

Un autre niveau du Sacré apparaît, qui se manifeste en certaines occasions et n'est pas sans rappeler la religion: L’expérience du sacré vécue par le Franc-Maçon à l’intérieur du Temple ne reste jamais privée et intime : tous les Frères, en effet, la partagent, elle est mise en forme collective à travers un mythe, que ce soit celui d’Hiram en ce qui concerne la Maçonnerie que nous pratiquons, ou Osiris, en ce qui concerne le rite de Memphis Mizraïm. Le mythe apparaît alors comme le complément de l’expérience du sacré. Au moment de l’élévation ou exaltation au 3ème degré ( ou au 13ème et 14ème degré), nous le vivons sur un plan ludique, incarné, mis en scène et théâtralisé. Selon Huizinga « l’action sacrée est quelque chose qui se fait, ce qui est représenté est un drame. Sa fonction n’est pas une pure imitation, mais une communion ou une imitation ».

La pratique du sacré comprend donc à ce niveau un jeu qui est pour le corps ce que le symbole est pour l’esprit, quant au rite, il règle le déroulement des actions sacrées par une tradition.

L’initiation elle-même n’est, elle aussi , rien d’autre qu’un jeu rituel qui sert de cérémonie de passage. Elle symbolise la mort et la renaissance – mort du vieil homme et naissance de l’homme nouveau, renaissance d’une nouvelle personnalité dotée d’une sagesse supérieure.

Pénétrant dans le Temple, le Franc-Maçon va du Profane vers le Sacré qui se révèle être une ouverture de l’esprit sur une puissance invisible. L’accès à cette représentation ne s’explique ni par la seule perception empirique (puisque le Sacré est suprasensible), ni par la seule pensée rationaliste (le Sacré n’est pas fait d’abstractions) mais par l’imagination symbolique grâce à laquelle l’esprit peut s’émanciper des seules données immédiates du réel et découvrir, derrière le sens propre des choses un second sens, figuré, qui les « leste d’une profondeur insoupçonnée » (Ernst Cassirer).

4) Conclusion:

On peut dire d'une façon générale que le Sacré est l'un des domaines qui organisent nos vies. Il est réglé de manière transcendante et s'oppose au Profane où l'homme est libre de penser et d'agir à sa guise. Le Sacré nous fait prendre conscience de la place que nous occupons dans le cosmos. Il est pour celui qui s'y rend librement lieu de ressourcement, de retour sur soi, de pensée, de réflexion à l'écart de l'agitation du monde.

Il existe bien en Franc-Maçonnerie, dans notre vie maçonnique où à chaque instant nous baignons dans le Sacré:

Dès le jour de notre initiation nous sommes amenés à participer à un jeu rituel et sacré par lequel nous mourons et renaissons symboliquement. En d'autres moments, toujours par le jeu, "une action sacrée" et collective nous vivons physiquement un mythe qui nous relie à nos Maîtres passés, nous rattache à une histoire qui remonte au fond des âges.

D'autre part, à l'ouverture des travaux, à chaque tenue, l' une des fonctions du Rituel est de sacraliser le lieu où va s'effectuer le travail, il reçoit une légitimation supranaturelle, il est délimité, consacré, chargé de puissance numineuse: le Temple devient l'endroit où se pratiquent des gestes archétypaux qui ont pour fonction de régénérer le monde. Grâce à cette sacralisation, les Frères deviennent réceptifs et se concentrent sur leur être intérieur, oubliant leurs conditions matérielles, donc leurs métaux.

« Les Frères n’aspirent pas au repos, ils promettent de continuer au dehors du Temple, l’oeuvre maçonnique ».

L’article 1er de notre Constitution nous rappelle que nous travaillons à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

Les travaux en Loge sont un moment d’élévation spirituelle et de ressourcement, comme nous l'avons vu. Cette démarche, cependant, serait stérile si nous en restions uniquement au stade spéculatif:

Les deux premiers grades de la Franc-Maçonnerie permettent à l’Initié de dégrossir la pierre brute et de s’instruire. Le Maître maçon a su s’approprier les symboles qu’il a désormais le devoir de projeter dans le monde profane. Il est passé de l’équerre au compas, du domaine du tangible à celui des idées. Il a pour mission de combattre dans la cité les préjugés qui s’opposent au développement de la Connaissance.

Il a médité sur le Mythe d’Hiram et sait que l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition (les trois mauvais compagnons) peuplent le monde profane. Son devoir est désormais d'y retourner afin de les combattre pour que règnent la Liberté, l’Egalité et la Fraternité

Source : http://reveil.anicien.free.fr/page32.htm

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Discours de réception à la Maîtrise

Publié le 23 Décembre 2012 par x dans Rites et rituels

Discours de réception à la Maîtrise Par un Frère de l’Ordre de Lyon venu dans la Loge d’un autre Ordre remplacer l’Orateur absent à cette cérémonie.

 Vénérable Maître, Mes Sœurs, Mes Frères, en vos degrés, grades et qualités, Ma Bien Aimée Sœur, Mon Bien Aimé Frère, LES CHOSES SAINTES AUX SAINTS Proclame le Célébrant avant de communier aux Saints Mystères 0 Hiram est pleuré, tombé sous les coups de trois mauvais compagnons. Il vous fut dit que ces trois mauvais compagnons représentaient l’ERREUR, le FANATISME, l’ORGUEIL ! Ces trois mauvais compagnons ne représentent-ils pas l’humanité qui refusa l’édification du vrai Temple qu’il revenait à chaque homme, à chaque femme, de construire en son cœur, de telle sorte que ces temples intérieurs, se joignent les uns aux autres par la vraie fraternité que l’Ancienne Maçonnerie Chrétienne nomme Communion des Saints.« L’ espérance nous reste » précise le Rituel que vous venez de vivre, mais de quelle espérance s’agit-il sinon celle de savoir que nous sommes appelés à connaître une autre vie fondée sur les œuvres qui priment sur la Foi, parce que la Franc Maçonnerie du moins non athée parce qu’ayant refusée la révolution Andersonienne, croit au moins, en l’immortalité de l’âme et l’idée d’une Intelligence supérieure que certains nomment Dieu, et cette adhésion à ces deux principes rappelés, nous oblige à prendre conscience que le Franc Maçon se doit d’agir au travers de la cité terrestre, à l’édification de son temple intérieur, pierre, qui participera à l’édification de la Nouvelle Jérusalem. Ma Sœur, mon Frère, il ne vous appartient pas de pleurer un être de chair mort à la terre, - la Franc Maçonnerie ne saurait connaître le deuil, le désespoir -, mais d’entendre ces mots mystérieux : « La chair quitte les os. » « La chair quitte les os », cette exclamation fut prononcée lorsque vous ayant retiré le bandeau qui voilait alors votre vision imparfaite ou incomplète du Mystère maçonnique, il vous fut donné de voir un cadavre qui revenait à la vie, HIRAM, tel OSIRIS : ainsi il vous fut dit par notre Vénérable Maître : « Les prêtres de l'antique Égypte, dans certaines processions portaient une Arche sainte d'où sortait un Acacia. Et sur les flancs de cette Arche, on pouvait lire cette inscription : «Osiris s'élance de nouveau». C'était donc là la représentation de l'éternelle vie, symbolisée par la graine, mourant en terre pour mieux renaître et portant en elle toute la gloire et toute la puissance de l'Arbre futur. »Cette Arche sainte portée par les prêtres de l’ancienne Egypte, n’était autre qu’un Naos portatif, en lequel se trouvait l’image ou le symbole divin : verticalité entre Dieu et le Temple, venant se joindre à l’horizontalité manifestée par l’édification de chacun de nos temples intérieurs, qui nous préparent à l’espérance de voir, reconnaître, et entrer dans le Royaume ; Ce Royaume dont Jésus+Christ nous rappelle qu’il est comparable à une graine mise en terre, qui pousse et donnant un arbre, ce sont les oiseaux du ciel qui font leurs nids dans ses branches (Luc XIII, 18-20). « L’espérance nous reste » rappelle le Rituel, n’est-elle pas celle de contempler un jour « la gloire et toute la puissance de l'Arbre futur », Arbre écrit avec un A majuscule, Arbre de Vie auquel il sera donné au vainqueur de le manduquer selon que le déclare le voyant de Pathmos (Apoc. II, 7) : oui, l’Espérance nous reste, Ma Sœur, Mon Frère.« La chair quitte les os », OSIRIS connaîtra le démembrement de son corps que pourrait représenter la désintégration de ce qu’il pouvait être, mourant à lui-même, le rassemblement ultérieur de ses membres épars conférera à OSIRIS un corps régénéré, que nous pourrions nommer la Réintégration : le TEXTE DES PYRAMIDES ne dit-il pas : Ses os sont d’argent Ses chairs d’or Ses cheveux de lapis lazuli Corps putrescible, il devient Corps Glorieux S’initier ce n’est donc pas apprendre à mourir comme il est dit si hâtivement à l’occasion de l’initiation maçonnique sans chercher les conséquences de cette formulation qui, en ces termes seuls, prête à confusion : Il ne s’agit pas de rester dans l’obscurité du tombeau après avoir connu la mort, mais d’apprendre à « Sortir au jour », selon que le rappelle le livre faussement intitulé Livre des morts alors qu’il a pour nom « LE LIVRE DE SORTIR AU JOUR »Au vieil homme, débarrassé des ses oripeaux, de ce corps empli des conséquences de la Chute, il lui revient de renaître, Homme Nouveau. S’initier ce n’est pas non plus la simple participation à un Rituel, le vrai et le seul secret maçonnique, dépend de chacun de nous, car il est ce que l’on fera de ce que l’on aura reçu, telle est la vraie initiation. Aussi, Ma Sœur, Mon Frère, souvenez-vous de ce qu’Hiram découvert sous un tertre d’où émergeait une branche d’acacia, fut relevé de sa condition, qu’Osiris, ressuscité par Isis, s’élance de nouveau, c’est vers cet élan à transformer sans cesse votre vie, que je vous appelle. Si vous êtes fidèles à ce Devoir, Ma Sœur, Mon Frère, si chaque jour votre Désir est de Servir non pas seulement celle ou celui que vous aurez reconnu comme membre de notre auguste société, mais votre prochain qui est si près de nous, à chaque anniversaire de ce jour, vous constaterez vous être rapprochés plus près encore de cette Intelligence Supérieure, que certains nomment Dieu, c’est en ce lieu, cette conscience de ce qui deviendra Présence, que se manifeste le vrai Mystère, le secret de toute initiation. 0 Qu’avez- vous acquis Ma Sœur ? Mon Frère ? Mon Maître en Maçonnerie, qui devrait être notre Maître à tous dès lors que nous acceptons de nous reconnaître comme de permanents Apprentis, Constant Chevillon, dissociait trois phases dans le devenir du Maçon :- l’éducation de la sensibilité- l’éducation de l’entendement- l’éducation de la conscience. Apprenti, il vous fallut vous taire, apprendre à éduquer vos instincts, vos passions, vos sentiments. Compagnon, il vous vous fallut voyager, rencontrer l’autre et les autres, raisonner dans le choix de vos arguments de façon à maintenir, malgré vos différences, la fraternité qui est la base de la Franc- Maçonnerie. Maître, vous pensez avoir acquis la conscience de celui que vous pensez être, mais l’orgueil nous induit dans l’erreur et c’est pourquoi il vous revient de comprendre que la Maîtrise de vous –même, n’étant pas achevée sans doute, il vous revient d’éveiller votre conscience d’une part face à vous-même, d’autre part face à l’autre, aux autres, que la FM nomme Fraternité et le Christianisme Charité. Votre travail dans le monde commence, ma Sœur, mon Frère, il vous fut sans doute souhaité bonne route lors de votre précédent passage, cette nouvelle étape m’invite à vous dire Bon courage dans la poursuite de votre cheminement. A ce titre et au nom de la Franc- Maçonnerie Universelle, Ma Sœur, Mon Frère, je vous souhaite la bienvenue dans la chambre du milieu où il vous échera de participer au travail de réflexion touchant l’intérêt de votre Loge et par voie de conséquence le bien de l’Ordre auquel vous appartenez, vous découvrirez alors que ce microcosme ordonné en ce lieu clos où vous serez alors, servira la Franc- Maçonnerie toute entière, c'est-à-dire par l’application de la Fraternité, le bonheur de tous les êtres. Au nom de la Franc- Maçonnerie Universelle, C’est à ce Devoir Ma Sœur, Mon Frère, que je vous appelle. J’ai dit VM.

Source : http://ordre-de-lyon.blogspot.fr/2011_05_01_archive.html

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