
Publié le 19 Janvier 2019 par J.G
Un double devoir est imposé au Chevalier chargé du ministère que vos suffrages nous ont confié pendant deux années. Le premier de ce double devoir est de tracer pour l'instruction des nouveaux chevaliers, les données historiques du grade qui leur a été conféré ; le second est d'ajouter à cette instruction consacrée par les rituels, les remarques nécessaires au développement de la morale, plus importante que le matériel quelque brillant qu'il soit. Il est encore un devoir particulier, celui d'exercer une sage critique sur ce qui ne satisfait pas toujours l'esprit dans l'ensemble ou dans les développements du grade.
Mais avant d'aborder cet important sujet, nous devons fixer l’attention des FF\ admis en ce jour sur leur situation présente, et nous leur dirons :
Une nouvelle Ere Maçonnique commence pour vous. Vous venez d'être soumis à une rénovation de grade, de vœux, de serments, qui vous lie plus intimement que jamais à notre antique et sainte institution. Nous avons dit antique, car la Maçonnerie continue les associations mystérieuses ou intimes des hommes sages de l'antiquité ; nous avons dit sainte, car elle est chère à ses dignes et fervents sectateurs, hommes pieux, parce qu'ils sont sensibles et reconnaissants ; hommes sages, parce qu'ils sont exempts de préjugés et d'erreurs, ou parce qu'ils s'efforcent de vaincre les passions dangereuses.
Ne croyez pas, Chevaliers initiés en cette séance, que le sublime grade de Chev\ G\ E\ K\ D\ S\ soit, comme l'ont prétendu quelques Maç\ au moins légers, un grade ajouté à un grand nombre d'autres grades, et qu'il est tout entier dans une noble et magnifique représentation ; dans quelques mots, dans quelques lignes ; ne croyez pas non plus qu'il soit rigoureusement le nec plus ultrà de l'échelle mystérieuse de l'institution maçonnique.
Supérieur par la haute morale aux degrés qui le précèdent, le K\ D\ S\, inférieur dans l'ordre numérique au trente-troisième degré, est le milieu, le juste milieu de la science, le vrai but où doivent tendre les bons esprits.
L’instruction est sans bornes, nul doute ; mais s'il est quelques Maçons ardents qui veulent savoir, tout ce que l'on peut apprendre, il est une foule de FF\ qui savent mettre un frein à leur curiosité même recommandable. L'homme laborieux qui se contente d'une modeste fortune, l'homme instruit qui se dit : pour mon bonheur et mon repos, je m'arrêtérai à tel point ; le Maçon qui se dit aussi, je me fixerai au grade de me paraîtra réunir tout ce que je puis désirer, donnent la preuve que la raison peut dominer l'imagination ; et il n'y a pas de meilleur guide que la raison.
Suivons ce guide, RR\, FF\ : si vous voulez aller plus haut, vous arriverez sans doute, et le grade lui-même sera un degré qu'il aura fallu franchir ; mais si vous voulez prendre du repos après une longue route, trouver ici le terme de votre voyage, RR\ FF\, vous serez satisfaits.
Ill\ Chev\, nous abordons maintenant le grade de G\ Ch\ El\ K\ D\ S\ dans ses données historiques.
Partie Historique
Ce grade est généralement considéré dans l'écossisme comme renfermant tous les degrés de la Maçonnerie : nec plus ultrà.
Dans le développement de la Maçonnerie qui sert d'historique au grade, on voit que l'institution maçonnique dérive des institutions mystérieuses de l’Egypte. La famille des Athalantes, y est-il dit, apporta dans les pays méridionaux de l'Asie et sur les bords du Nil, les débris des arts et des sciences d'un monde qui avait péri lors du déluge. Hermès, roi de Thèbes, appartenait à cette célèbre famille ; il fut surnommé Trimegiste ou trois fois grand, parce qu'il fut à la fois grand prêtre, grand politique et grand philosophe. Cette triple supériorité le fit placer par la reconnaissance publique au rang des Dieux immortels.
A cette occasion nous remarquerons que les peuples de l'antiquité ne refusèrent jamais l’apothéose à leurs véritables bienfaiteurs. Telle est peut-être l'origine non de la création de l’homme à l'image de Dieu, mais de Dieu à l'image de l’homme. Jupiter dieu des Grecs ; Odin, dieu des anciens Scandinaves ; Jéhova, dieu des Hébreux ; Dieu le père, Dieu des chrétiens, ont la physionomie de l'homme.
Hermès, suivant les données historiques du grade, obligea les Mages, mot qui signifie architectes, ou doctes dans les sciences et hommes vertueux, à mettre leurs biens en commun et à vivre en Frères.
Par Mages, on entend Adorateurs du Feu. En effet, les Mages adoraient le Feu céleste, le Soleil, emblème de la puissance divine. Long-temps après l'établissement du Christianisme, qui, comme toutes les sectes religieuses à leur aurore, fut d'abord doux et pacifique, et plus tard dominateur et exclusif, on a dénaturé le sens de ce mot. Par l’épithète de Magicien, Magie, le peuple ignorant et crédule désignait une prétendue intelligence intime entre les philosophes et les dieux infernaux, à l'existence desquels il croyait. Plus tard encore et toujours stupide, parce que pour le dompter on s'efforce de l'abrutir, le peuple crut que par philosophe on voulait dire athées. Si on croit peu aujourd'hui à cette interprétation ridicule en France, où le peuple au centre des lumières et de la civilisation puise sa philosophie dans un sens droit, naturel, on y croit beaucoup au-delà des Pyrénées, où des peuples pleins d'orgueil et sans industrie, vivent dans l'ignorance et de l'ignorance, odieux triomphe du monachisme. Poursuivons, ТТ\ CC\ FF\, l'exploration de l'histoire du grade.
Le grand Hermès fut assez heureux pour recueillir une des colonnes érigées par les enfants de Lameth, inventeurs des arts avant le déluge. Cette colonne, trouvée en l'année 2076, de l'ère du monde, retraçait dans la langue primitive ou emblèmes sacrés l'histoire des hommes et des arts avant cette époque reculée. Elle fut l'étincelle qui embrasa le génie du roi Thébain. Il observa par l'étude des astres, les merveilles de la nature, et plus particulièrement les révolutions célestes et terrestres. Ses sublimes combinaisons lui démontrèrent qu'il n'y avait qu'un Dieu, et le fruit de ses observations scientifiques fut la division du jour en douze heures, la division du zodiaque en douze signes et la création de l'écriture hiéroglyphique que les modernes ont cru longtems inexplicable et qu'explique parfaitement un homme aussi instruit que modeste, M. Champollion Figeac le jeune.
Dirigés par le Trimégiste, les Mages établirent la théologie naturelle, et furent les dépositaires des sciences divines et humaines, parce que seuls ils possédaient la connaissance de la langue symbolique dans laquelle on les avait écrites. Ils étaient chargés d'instruire les hommes que leur naissance appelait à la direction des affaires publiques, et de donner au peuple des lumières à la portée de son esprit. Ce devoir, ils le remplissaient consciencieusement, mais avec prudence ; ils réservaient pour les Initiés qu'ils attachaient au sacerdoce, les secrets les plus cachés. Ils voulaient rester, eux et leurs disciples, les hommes les plus instruits pour être les plus forts, parce que cette forcé était la sagesse : c'était là l'esprit des hautes théocraties. La basse théocratie ou le monachisme, mieux caractérisé par le despotisme et la stupidité, appartiennent aux temps modernes.
Abraham, Jacob, Joseph, Moïse, durent beaucoup à l'instruction qu ils reçurent des Mages. Elle fit de Moïse un célèbre législateur.
Le Magisme dégénéra peu à peu par l'oubli des symboles hiéroglyphiques de la langue sacrée. Les Collèges de Memphis et d’Héliopolis le maintinrent longtemps dans sa pureté primitive, et c'est dans ces Collèges que Orphée, Thalès, Pythagore, Solon, etc., puisèrent ces connaissances supérieures qu'ils répandirent dans leur patrie.
C'est à Pythagore que l'Europe doit la doctrine des Mages, et c'est aux grands développements qu'il y donna, que Copernic, Galilée, Descartes et Neuwtou ont dû les systèmes qui les ont immortalisés.
Salomon eut aussi d'immenses obligations à ces Mages si célèbres, et pour leur prouver sa reconnaissance royale, il symbolisa le Magisme dans le Temple qu'il éleva au grand Architecte de l'Univers.
La Voûte secrète est l'allégorie du Dépôt de la science antique des Sages.
Les révolutions parmi les peuples et dans les croyances religieuses, se multiplièrent de toutes parts.
L'Initiation ancienne fut renouvelée.
La primitive Eglise renouvela encore les doctrines religieuses et symboliques des mystères.
Lors des croisades, les chrétiens, confondus avec les infidèles, furent forcés de tenir leurs assemblées dans le plus grand secret, et de donner à leurs mystères des figures allégoriques.
Vers la fin du treizième siècle, Godefroi de Bouillon conduisant les croisés à la conquête de la Terre-Sainte, cacha les mystères de la religion du Christ sous des emblèmes et des allégories. Le grade de R\+\ (dont on lui attribue la fondation), fut le point parfait de la Maç\, chrétienne.
Ainsi furent établis sur cette souche antique, une foule de rites sous les dénominations de Maçonnerie générale d'Hérodom chrétienne, Adhoniramite, Ecossaise de Saint-André d'Yorck, Prussienne, Anglaise et Philosophique.
De là et inévitablement, cette filière de grades établis par une fausse délicatesse d'opinion, par une ignorance orgueilleuse et même par une honteuse cupidité.
La Maç\ passa en France dans les temps les plus reculés, mais elle y fut à peu près méconnue ; elle alla, en 926, en Angleterre, où elle reçut d'Athelstan, souverain de ce pays, une protection particulière. En 1422, Jacques 1er, élu Grand-Maître de toutes les Loges, transféra à Hérodom, à 60 milles d'Edinbourg, la grande loge qui, jusque là, avait été tenue à Yorck. La Maçonnerie reparut en France, en 1725 ; depuis lors elle n'a plus cessé d'y être cultivée. Aujourd'hui, elle compte en activité 450 loges, Chap\, Cons\, Trib\, et Consist\.
Tel est, d'après les documents écrits du grade de Chev\ EL\ K\ D\ S\, l'historique de la Maçonnerie, où nous n'avons à revendiquer que quelques réflexions philosophiques.
Explication des épreuves
Nous ne quitterons pas l'histoire du grade, en passant à l'explication ou rappel des épreuves.
Jeunes Chev\ EL\ K\ D\ S\, veuillez avec nous revenir sur vos pas et vous souvenir que, possesseurs du Subl\ grade de Chev\ du Soleil, 29e degré, vous avez été placés dans un cabinet de réflexion où des questions morales vous ont été présentées. C'était recommencer votre carrière Maçonnique dans le haut grade qui, comme nous vous l'avons dit au commencement de ce discours, renferme tous les degrés de la Maçonnerie. Ces questions avaient pour objet de connaître la haute aptitude de votre esprit, vos doctrines en philosophie, votre résolution devant des épreuves nécessairement plutôt morales que physiques ; car les épreuves corporelles avaient été faites dès les premiers grades.
Du cabinet des réflexions vous deviez être conduits dans un caveau où vous auriez été précipités un bandeau sur les yeux. Dans ce caveau, éclairé par une faible lumière, votre conducteur vous aurait ôté le bandeau qui vous couvrait la vue et vous auriez aperçu un cercueil d'où se serait soulevé avec colère un F\ qui vous aurait demandé : qui es-tu ? Que me veux-tu ? Et pourquoi viens-tu troubler mon repos ? Votre réponse ne l'ayant pas satisfait, il aurait renversé brusquement la lampe qui éclairait ce lieu lugubre et vous n'auriez plus eu pour vous guider dans votre sortie que la main secourable de votre conducteur.
La méditation, jeunes Chevaliers, vous fera déterminer vous-mêmes l'analogie qui se trouve entre cette épreuve et le symbole de la mort inoubliable du chef des Trav\ du Temple de Salomon. Elle sert de transition au passage de la Maçonnerie symbolique à la Maçonnerie des hauts grades. C'est du moins sous ce rapport philosophique que vous devez envisager le mystère du caveau.
Toujours avec votre guide, vous êtes arrivés à la porte du second appartement dont l'entrée est défendue par un servant d'armes couvert d'une armure complète. La porte ouverte, après d'utiles avertissements, vous êtes entrés, un voile noir sur la figure, et vous avez entendu ces leçons imposantes de morale données par les premiers chefs du Conseil : nous les répétons ; on ne peut trop les redire.
« Adore l'Être Suprême et rends-lui toujours un culte exempt de fanatisme et de superstition ;
Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent ;
Aime ton prochain comme toi-même ;
Soulage les malheureux ;
Sois vrai, déteste le mensonge ;
Sois patient ; supporte les défauts des autres ;
Sois fidèle à tes engagements ;
Supporte l'adversité avec résignation. »
C'est ainsi qu'a été préparé votre esprit aux vérités sublimes du grade.
Conduits à l'Aréopage ou troisième appartement, l'entrée vous en a été refusée parce que vous n'aviez pas sacrifié à la vertu. Mais ayant brûlé l'encens sur son autel et le grand sacrificateur ayant appelé les bénédictions du ciel sur vous et sur votre sainte entreprise, vous avez été admis dans l'Aréopage où l’on vous a fait connaître à quelles conditions vous obtiendriez la haute Initiation.
Passant au quatrième appartement où se tient le Sénat, vous y avez vu tomber le voile qui vous dérobait la plus pure lumière ; vous avez été connu de tous les Chevaliers et les épreuves ont été entièrement terminées. Après une allocution du grand Maître, vous avez été conduit par lui au pied de l'échelle mystérieuse. Là il vous en a donné une explication que nous allons vous rappeler en l'abrégeant. Il vous a dit :
Cette échelle vous révèle par son montant droit, la première base de l’ordre : culte sans superstition ni fanatisme ; par son montant gauche, la seconde base : travail continuel pour le bonheur des hommes. Elle est terminée par la légende du grade : nec plus ultrà.
A chaque échelon, d'un côté de l'échelle, est tracée une leçon morale.
Au premier, Dévouement aux malheureux ;
Au deuxième, Doctrine de l'Evangile renouvelée de la morale des anciens sages, Thalès, Confutzée, etc. : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qui le fût fait ;
Au troisième, Courage dans l'adversité ;
Au quatrième, Amour du vrai ; horreur du mensonge ;
Au cinquième, Perfection comme but de toutes les actions ;
Au sixième, Patience, résignation, tolérance ;
Au septième, Fidélité aux engagements ; discrétion sur les mystères de l’ordre.
A chaque échelon du côté opposé est l'indication d'une des sciences les plus utiles à la dignité et au bonheur de l'homme.
Sur le premier échelon, Grammaire : rectitude du langage ;
Sur le second, Rhétorique : art de discourir.
Sur le troisième, Logique : discernement de ce qui est vrai avec ce qui est faux ;
Sur le quatrième, Arithmétique : science des nombres, utile au propre comme au figuré ;
Sur le cinquième, Géométrie : connaissance des lignes, habileté à mesurer les choses matérielles dans tous les sens ;
Sur le sixième, Musique : harmonie dans les actions, douceur du langage ;
Sur le septième, Astronomie : étude des corps célestes, dogmes et pratique de la plus haute morale.
Après cette explication, qui donne beaucoup à penser et dispose à bien agir vous avez été constitués, sous les glaives et avec l'assistance de tous les chevaliers, membres du Souv\ Cons\ des Gds\ Chev\ El\ K\ D\ S\, 30me degré du rite Ec\ ancien et accepté.
Le mot Kadosh signifie en langue hébraïque, Saint, sanctifié, consacré.
Le mot qui le précède, élu, signifie initié, admis aux plus sublimes mystères.
Comme Chev\ El\ K\ D\ S\, vous avez cent ans et plus ; autrement, vous ne comptez plus d'âge.
Les mots sacrés et de passe, les signes et les batteries vous ont été donnés, expliqués. Vous ne les oublierez pas, ni leur usage, ni leur morale, si vous pratiquez, comme vous le devez et comme nous l'espérons, un grade qui est caractérisé par sa propre légende : Nec plus ultrà.
Réflexions sur le Grade
Ce que vous avez vu et fait ; ce qui vous a été dit, ce que nous venons nous-mêmes de vous dire, enfin épreuves et explications, tout dans le grade satisferait en ce moment votre esprit : vous êtes sous l'empire d'un enchantement naturel ; mais réfléchissant bientôt et cherchant à vous rendre compte d'une foule de choses un peu confuses, vous pourriez éprouver des incertitudes que nous devons prévoir en vous communiquant les premiers notre propre embarras. Nous ne vous présentons nos réflexions que comme des questions que nous nous adressons à nous-mêmes, quoiqu'assurés d'avance de votre impuissance à les résoudre, et à nos FF\, plus anciens et plus instruits, qui ont droit de nous remettre dans le chemin légal, si nous avions le malheur, malgré nos bonnes intention, de nous en écarter.
C'est le propre du grade de se communiquer ses doutes et de s'éclairer les uns les autres.
Ainsi, nouveaux Chev\, suffisamment avertis, vous n'accorderez à nos observations, que la créance dont elles vous paraîtront dignes. Votre excellente judiciaire peut suppléer votre inexpérience maçonnique dans ce haut grade.
L'origine du grade de Chev\ EL\ D\ S\, ne présente aucun non sens, quoiqu'elle se perde dans le vague de l’antiquité. Mais les formes et la morale du grade annoncent par leur peu de cohérence entre elles que la main des hommes a passé par là.
Avec la meilleure disposition à se prêter aux inconséquences involontaires des esprits les plus judicieux, on ne peut concevoir dans une composition aussi capitale que celle du grade K\ D\ S\, ce mélange d'habitudes chevaleresques, avec ces leçons pacifique que donnaient les sages de l'Inde, les hiérophantes de l'Egypte, les doctes de la primitive église. Ce n'était assurément pas pour prêcher la sagesse, la pratique de toutes les vertus que les rudes et vagabonds chevaliers croisés allaient porter le fer et la flamme au milieu de ceux qu'ils qualifiaient d'infidèles. Ils n'allaient pas non plus chercher dans les camps et dans les doctrines de ces infidèles, des principes de foi, des leçons de paix, de charité et de tolérance.
Les chevaliers croisés n'ont pas pu créer un grade où brillent la plus pure philosophie, l'amour le plus vif des sciences, la morale la plus douce, eux qui ne savaient pas lire et qui voulaient absolument tuer ou convertir ceux qui suivaient une autre religion.
Le grade a donc été mutilé ; mais qui l'avait créé ? Par qui et quand ont été faites les mutilations ? Etait-il d'abord tout philosophique ? Tout militaire ? Comment, fondateurs ou mutilateurs, ont-ils imaginé de mettre la philosophie et l'amour des sciences sous le protectorat d'hommes ignorans ? Ou comment a-t-on osé donner à ceux qui enseignaient les doctrines de Socrate et de Jésus-Christ, des cuissards, des brassards et des glaives ? La philosophie n'habite guère les camps et n'emprunte guère ses maximes aux lois impérieuses et sanglantes de la guerre. Ce n'est point le raisonnement qui terrasse un homme armé de pied en cap ; ce n'est point avec la pointe d'une épée qu'on établit une question de morale.
Pour être conséquents avec l'origine et la morale du grade, et même avec les mots hébraïques de l'échelle mystérieuse, de la parole sacrée, etc., les novateurs auraient dû placer l'action dramatique du grade dans les souterrains du temple, et la consécration, non du chevalier, mais du lévite, dans le saint des saints.
Si le grade est tout militaire pourquoi n'avoir pas adopté exclusivement les formes chevaleresques et ne lui avoir pas donné pour unique but la pratique des vertus guerrières ?
Résumé
Dans l'impuissance où nous sommes de décider la question, nous essayerons de concilier des éléments si opposés entre eux.
Rien n'est plus imposant à toutes les imaginations que l'appareil guerrier du temps de la chevalerie. L'homme aime à s'élever au-dessus de la sphère commune. Son âme est naturellement belliqueuse, et si nos habitudes ou les années ne nous portent pas à la vie pénible des camps, nous en aimons le simulacre, nous en recherchons les nobles jeux. Cette tenue d'apparat, cette dignité militaire, cette idée qu'avec le fer l'homme peut résister au fer, qu'il peut passer sans transition de la fiction à la réalité, tout l'anime, l'enflamme et lui donne une résolution qui centuple sa force naturelle. Et n'avons-nous pas vu il y a quelque peu plus de trente ans, cette foule de jeunes soldats si étrangers à la vie tumultueuse des armes, si timides dans leurs premiers pas, s'élancer tout-à-coup à l'exemple des vieux braves là où étaient les plus grands dangers et imiter les vétérans avec autant d'ardeur que de succès ? Et sous les murs de Paris, en 1814, ces émules de Vauban et de Napoléon se faire hacher sur leurs pièces dans cette campagne d'une heure ?...
Oui ! L'appareil guerrier du 30e degré donne de l'énergie à l’homme qui sent son coeur, et entretient dans ce cœur généreux ces sentiments supérieurs qui lui font oublier sa propre conservation pour ne songer qu'à celle des autres !
Le Chevaliers-Maçon se retrouve-t-il parmi les philosophes, ses frères, il reprend ses habitudes pacifiques ; il étudie, écoute, enseigne ou prêche d'exemple. Sévère pour lui, indulgent pour tout ce qui n'est pas lui, il nous intéresse par sa bonté et nous charme par son éloquence. Sa vie s'écoule sans orages, parce qu'il s'est volontairement placé au-dessus des orages. Il est fort pour résister s’il se laisse atteindre ; il est prudent pour éviter les faiblesses qui l’assiègent comme tous les autres hommes.
Par sa philosophie, il est préparé à toutes les fortunes : point d'exaltation dans le bonheur ; point de lâcheté dans les revers. L'amour de ses semblables ne s'affaiblit jamais en lui ; il vit toujours en paix avec sa conscience, et quand l'heure fatale a sonné, il meurt doucement, rendant à la terre une enveloppe matérielle qu'il a su ennoblir, et au Dieu suprême qui l'a créé une âme pieuse et pure ; il laisse aussi aux hommes un souvenir utile s'il n'est pas toujours profitable.
Voilà, jeunes Chev\ et vous tous TT\ CC\ FF\, comme nous expliquons la morale du Subl\ G\ de Chev\ EL\ K\ D\, qui est, sous ce point de vue, le nec plus ultrà de la haute Maçonnerie.
Tuileur Delaunay
Publié le 16 Avril 2018 par Frédéric II
A tous les faux-maçons hauts-gavés de médailles,
Où qu’ils soient rassemblés, unis vaille que vaille,
Sur la terre ou la mer, voire dans les fumées,
Parés de leurs atours, anneaux et tabliers,
Je souhaite un retour digne d’un T.G.V.
Dans leur pays natal, la fange, où ils sont nés.
Je sais, je vais décevoir nombre de mes Frères sincères, mais je me dois à l'automne ou l'hiver de ma vie (le GADLU ne m'a rien dit) de dire ce que je sais et dire qui je suis.
Moi Maçon, j'ai cru à l'innocence et la pureté possible des hommes.
Moi Maçon, j'ai pensé que certains pouvaient vivre et croire en une inaccessible et accessible étoile.
Moi Maçon, je crois (peut-être à tort, par illusion) avoir atteint cette Etoile.
Moi Maçon, j'ai vu la pauvreté spirituelle de ceux qui se prétendaient Hauts, ceints de leurs certitudes intellectuelles vaines et pitoyables, certifiées par des diplômes, grades ou degrés.
Moi Maçon, je n'ai plus peur de la mort.
Moi Maçon, je sais que je suis parfois très dur et que j'ose écrire que je n'aime pas tous ceux qui se prétendent maçons, car ils piétinnent avec une ferveur hautement hypocrite notre Fraternité.
Moi Maçon, je ne prétendrai jamais, comme certains l'écrivent, que l'Amour est un devoir, car l'Amour n'est qu'un don, celui de D-ieu.
Moi Maçon, pour ceux qui se croient Maçons, je précise que je mets un tiret entre le D et le "i", car je ne peux écrire son nom, le graver ou le buriner.
Moi Maçon, je pardonne avec difficulté, certes, à tous les cons qui se déclarent maçons, que je ne peux leur dire que je les aime, car j'ose à peine les plaindre.
Moi Maçon, pour la dixième fois, je déclare que je sais que j'ai en moi les deux faces d'une seule et même image: celle de D-ieu et celle de Lucifer.
ndlr : Si vous savez qui est D-ieu, dites-moi qui est Lucifer.
(Seuls les 34 èmes peuvent répondre.)
Publié le 7 janvier 2013 par Frédéric II
Pour les curieux: qui était Frédéric II ? Ce blog a été créé et cogéré par un 33ème du REAA de Paca et un MM REAA de Septimanie.
Ils ont été aidés par un 32ème de Septimanie et un 33ème de Paris.
source : http://deusmeumquejus.over-blog.com/
Publié le 25 Février 2018 par JBW dans Rites et rituels
DIALOGUE APRES LA RECEPTION D'UN FR. GR. PRO.
ENTRE LE CHEF INITIATEUR ET LE NOUVEAU RECU, SERVANT D'INTRODUCTION AUX EXPLlCATlONS DEMANDEES SUR L'INTRUCTION QU'IL A RECUE ET AUX EVELOPPEMENTS DESIRES DE LA DOCTRINE SECRETE DE L'ORDRE POUR COMPLETER SON INITIATION.
Le Nouveau Initié.
Les sublimes instructions qui m'ont été données pour ma réception dans la haute et dernière Classe secrète de l'ordre maçonnique dans le régime rectifié m'ont rempli de joie. à chaque nouveau trait de lumière j'ai senti s'agrandir tout mon être. Ces instructions destinées à sans curiosité les moyens de parvenir à la connaissance des vérités les plus essentielles à l'homme qui en sent vivement le besoin ont élevé mon esprit en l'éclairant, vers l'éternel créateur de toutes choses, elles ont embrasé mon coeur, et ont excité en moi de vifs élans d'amour et de reconnaissance pour l'auteur de mon existence et pour le divin rédempteur des hommes.
Cependant au milieu de cet immense tableau de faits si importants, divers objets ne se sont présentés à mon esprit que comme des éclairs fugitifs de lumière dont la rapidité ne m'a pas permis d'en saisir la justesse et l'application dans l'obscurité où leur disparition m'a laissé sur ces objets. J'ai cru remarquer des vides, des lacunes, des coupures; dans cette admirable chaîne de faits qui m'attristent, j'ai cru y voir des réticences volontaires, fondées sans doute sur de sages
motifs que j'ignore et que je dois respecter, mais puisque l'initiation a pour but l'instruction des hommes éprouvés, puis-je espérer de recevoir par votre secours de plus grands développements sur les points qui m'embarrassent encore, qui en fixant à cet égard mon imagination sur la ligne
de la vérité l'empêchent d'errer dans le vague et de se livrer à des interprétations incertaines qui exposent souvent à de grands dangers.
Le Chef du Collège
Mon très cher et bien aimé fr.
Vous cesseriez de vous étonner des réticences qui vous affligent, et des obscurités qui vous arrêtent si vous aviez porté vos regards sur vous-même, si vous vous étiez interrogé sur tous les devoirs que vous aviez eu à remplir jusque là. Rappeler vous le conseil important qui vous fût
donné lorsque vous fûtes reçu compagnon dans la classe symbolique, et présenté devant le miroir
voilé, qui est le symbole principal de ce grade. On vous dit alors : "Si tu as un vrai désir, du courage et de l'intelligence, tires ce rideau". C'est a dire écartes le bandeau qui obscurcit ton intelligence, et apprends te connaître.
L'avez-vous fait ? Avez vous eu constamment ce vrai désir sans mélange d'aucun motif humain, ce courage qui ne se laisse point abattre par les obstacles, et qui élève l'intelligence jusqu'à la haute région pour laquelle elle est destinée ? Avez-vous bien étudié votre propre nature, et quels sont vos rapports essentiels avec l'être des êtres qui vous a institué son image et sa ressemblance ?
N'avez-vous point trop négligé ou matérialisé les emblèmes et symboles qui dès lors vous furent offerts pour exercer votre intelligence, et ceux qui vous ont été présentés à chaque pas avec la même intention dans la carrière symbolique, qui tous cependant demandaient de votre part les plus profondes méditations ? Vous vîntes ici en la commencent pour apprendre à vaincre vos passions et soumettre votre volonté pour pouvoir faire de nouveaux progrès dans cette carrière :
Avez vous été fidèle a cette sage résolution ? N'êtes-vous point encore sous le Joug de quelque penchant désordonné, de quelques préjugés, ou de quelques opinions discordantes que l'habitude ou le respect humain vous empêchent d'oser réformer ? La soumission de la volonté de l'homme à
la volonté de Dieu est sans cesse aussi recommandée au Maçon qu'au Chrétien, lui avez-vous fait sincèrement l'abandon et l'entier sacrifice de la votre, et sans cet abandon pouvezvous raisonnablement en attendre les fruits ? Etes-vous parvenu à cet état de simplicité de coeur et de
l'esprit si louée dans les saints évangiles chez les enfants cités pour modèles dont le coeur n'est pas encore ouvert à l'enflûre du savoir et se recommande aux autres ? C'est cependant à ceux qui leur ressemblent, et à ceux là seuls que la lumière est promise. Enfin sachant que toute vraie
lumière vient d'en haut, avez vous contracté l'heureuse habitude de la demander en toute occasion importante à celui qui peut seul vous la donner ? Voilà mon ch. fr. l'examen que vous deviez faire sur vous-même avant de vous livrer à aucune plainte sur les obscurités et les lacunes que vous
avez remarqué, et encore moins sur les réticences qui vous affligent.
L'Initié.
Je reconnais et confesse avec sincérité que je n'ai pas mis par le passé toute l'importance dont vous me faites sentir en ce moment la nécessité, à tous les emblème et symboles qui m'ont été présentés, aux avis et conseils qui m'ont été donnés, qui cependant ont été souvent présents à mon
esprit. mais cette faute sera-t-elle irréparable, et ne peux-je point espérer de l'indulgente amitié de mes frères qu'ils m'aideront à la réparer.
Le Chef du Collège.
Vos frères qui vous observaient, avaient remarqué avec la plus vive satisfaction vos efforts et vous ont donné la plus grande preuve qui soit en leur pouvoir de leur confiance et des espérances que vous leur aviez fait concevoir. Vous pouvez donc compter sur leur secours comme sur leur amitié; mais méditez plus sérieusement que par le passé sur les questions qu'ils viennent de vous faire par mon organe et qui renferment autant de conseils, et n'oubliez jamais que les hommes les
plus instruits, les plus éclairés ne sont que des instruments dans les mains de la providence qui en dispose à son gré, que malgré leur secours vous aurez toujours votre propre travail à faire; que toute vraie lumière vient de Dieu et que lui seul peut vous la donner. La doctrine des Gr. Pro. que vous désirez connaître plus en détail n'est point un système hasardé,
arrangé comme tant d'autres suivant des opinions humaines; Elle remonte dans la plus haute antiquité jusqu'à Moise qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire
connaître au petit nombre de ses Initiés qui furent les principaux chefs des grandes familles du peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité, et sans les voiles dont il dût ensuite la couvrir pour la multitude de la nation composé
d'hommes ignorants, charnels et grossiers qui en auraient bientôt abusé. Les instructions que vous avez reçues ainsi que celles qui pourront les suivre sont un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d'âge en âge par l'initiation jusqu'à nous; on y a joint ensuite celles relatives au grand mystère de l'incarnation du verbe divin, et à d'autres grands événements postérieurs à Moise.
Le forme de cette initiation a quelquefois variée selon les temps et les circonstances, mais le fond, qui est invariable, est toujours resté le même : Recevez-la donc avec un juste sentiment de reconnaissance et méditez en la Doctrine sans préjugé avec ce respect religieux que l'homme dignement préparé sent devoir à ce qui l'instruit et l'éclaire, vous en recueillerez de grands fruits pour vous-même et pour vos frères.
Publié le 25 Février 2018 par Solange Sudarskis dans Planches
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n peut caractériser une société traditionnelle par le fait que tous les individus de cette société s'y insèrent en une hiérarchie sociale harmonieuse qui permet de s'accomplir pleinement et de donner carrière aussi bien à l'exercice efficace d'un métier qu’à une réalisation spirituelle effective. La F \M\est une société traditionnelle, elle a conservé ces deux aspects du perfectionnement et certains de ses rituels et symboles manifestent l'origine du métier de bâtisseur en même temps que les valeurs spirituelles sur lesquelles elle repose. Les gants sont un de ces symboles à la fois professionnels et gnostiques. Dans l'histoire du costume, les gants sont, dans un premier temps, considérés comme symbole de déférence, de soumission, de loyauté en particulier. Dès les premiers temps du christianisme, il est d’usage de se déganter devant un supérieur. C'est une exigence que l’on retrouve tout au long des siècles : les juges royaux demeurent mains nues dans l’exercice de leurs fonctions, et on ôte ses gants pour entrer dans les Grandes et Petites Écuries du Roi-Soleil ; aujourd’hui encore, un homme se dégante pour serrer la main d’une femme. Se déganter est un acte de respect et on peut considérer que c'est sur ce registre que le F\M\ se dégante pour prêter ses serments. C’est en acte de soumission que le gant est offert au roi, au Moyen âge, par ses villes vassales. Lors des cérémonies rituelles du couronnement en France, l’archevêque, en bénissant et en présentant une paire de gants au souverain, lui assure, par ce geste, possession de son domaine et loyauté de ses sujets.
En Occident, c’est vers le VIIe siècle que les gants deviennent des accessoires de luxe et donc de mode. Les comptes d’Isabeau de Bavière mentionnent en 1408 des gants « brodés tout autour », Montaigne ne s’en serait pas plus passé que de sa chemise et Catherine de Médicis les offre en cadeau très apprécié aux dames de la cour ; ils sont alors en soie ou en cuir, si fins qu’ils peuvent être roulés dans une coque de noix, usage qui persistera encore au XIXe siècle, en Angleterre surtout, où la noix est pendue ostensiblement à la taille pour bien marquer la faveur royale. Henri III et ses mignons les affectionnent, pour la nuit, imprégnés de musc, ambre gris, civette et benjoin.
Laissons là les fioritures de l'histoire et revenons à nos gants blancs. La première pensée qu'il me vient est que les gants blancs sont des masques de main. Le directeur de la prison de la Force où était enfermé Lacenaire en 1835 dit de son pensionnaire: « ses actes comme sa personne étaient en contradiction perpétuelle, il était charitable et assassin, il aimait le sang et ses traits n'exprimaient que la douceur. Il n'était repoussant que par ses mains qu'il avait laides et difformes. C'est par là que j'avais deviné Lacenaire. Ainsi ce tigre cachait-il ses griffes sous ses gants. »
Que cachons nous sous nos gants ? Et bien je dirai que nous ne cachons pas, mais que nous essayons de dominer, comme avec la bavette remontée du tablier, nos pulsions les plus ténébreuses pour les tourner en lumière. La tragédie antique masquait de blanc les acteurs. Cela permettait, outre l'identification cathartique aux personnages, la possibilité de laisser surgir le tragique c'est à dire de doubler les significations et les situations qui se rapportent à l'homme; mais à quel homme ? Ni à vous, ni à moi non plus, mais à l'homme en général, mais à une image de l'homme au centre de l'univers dramatique et c'est ce que l'on peut appeler une philosophie. Derrière le masque, qu'elle qu'en soit sa couleur, l'attitude ne réussit pourtant jamais à se dissimuler. Le blanc ne saurait suffire pour faire d'une main repliée dans son poing une main tendue. Eloge de la Caresse ! La main s'ouvre, déploie ses doigts vers le dehors. Mais lorsqu'elle atteint et rencontre le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en un main-tenant, elles restent tendues, ouvertes. Ainsi la main se fait caresse. La caresse, comme je l'ai souvent évoqué sur la planche à tracer, s'oppose à la violence de la griffe. La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu'Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans son essai Le temps et l'autre. Ecoutons le:"La caresse est un mode d'être du sujet, où le sujet, le contact d'un autre va au-delà de ce contact. Le contact, en tant que sensation, fait partie de la lumière". On peut dire avec le philosophe Ouaknin que la caresse découvre une intention, une modalité de l'être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître. La caresse n'est pas un savoir mais une expérience, une rencontre, la caresse n'est pas connaissance de l'être mais son respect. La main gantée de blanc c'est une main qui ne peut être que caresse.
La réflexion sur les fonctions du rituel a été profondément marquée par Durkheim, qui, utilisant des variables à la fois psychologiques et sociologiques (les «sentiments collectifs»), y a vu des expressions symboliques de l’unité d’une société et de ses valeurs fondamentales, expressions par lesquelles les individus se représentent la société dont ils sont membres. Remarquons que dans le clergé seuls les évêques, archevêques et papes portent des gants et seul le pape les porte blancs. Les gants blancs lissent notre identité commune et nous devenons comme semblables aux groupes de personnes qui mettent aussi des gants blancs rituels. Ce gant blanc était l'attribut des tailleurs de pierre dans la tradition du rite de Salomon. Il signifiait que celui qui le portait était innocent de tout crime. Respect du compagnon pour la vie!
Mais comment un app\ pourrait être coupable de ce qu'il ne peut pas même approcher ? Faut-il alors n'évoquer pour le blanc des gants que les qualités profanes de pureté, de rectitude dans les actions, de respect de la parole donnée?
D'un point de vue initiatique nous savons que le blanc, étant la synthèse des couleurs de l'arc en ciel, évoque la lumière spirituelle. Le blanc, couleur initiatique, devient la couleur de la grâce de la transfiguration qui éblouit, éveillant l'entendement. Aux premiers temps du christianisme le baptême se nommait illumination. Et c'était après qu'il eut prononcé ses vœux que le nouveau chrétien, né à la vie véritable, endossait, selon les termes du Pseudo-Denys, des habits d'une éclatante blancheur, car, ajoute l'Aréopagite, échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l'unité, ce qu'il avait de déréglé entre dans l'ordre, ce qu'il avait de défectueux s'embellit et il resplendit de toute la lumière d'une pure et sainte vie. Ne sourions pas trop car cela peut aussi s'appeler le perfectionnement de l'être, mais c'est la perfection qui reste à définir. Le rituel est à considérer comme une sorte de code linguistique qui permet de découvrir, au-delà de la signification littérale des actes et croyances, leur signification « plus profonde»: les rituels sont des «énoncés symboliques sur l’ordre social », sur les valeurs fondamentales d’une société, des énoncés non analysables en termes rationnels, car ils se mesurent d’après d’autres standards et appartiennent à des registres cognitifs différents.
Les saint-cyriens en tenue d'apparat portent des gants blancs, symboles du savoir-vivre qui est savoir mourir, symboles d’une certaine société où honneur et panache sont inséparables.
Dans la tradition compagnonnique, le compagnon fini recevait avec ses gants de travail une autre paire de gants blancs, surnommée la clandestine parce qu'il la remettait à la femme de son choix qui n'était justement pas toujours sa femme légitime! La F \M\masculine reprendra cette tradition dès l'initiation. Combien de mères, d'épouses, de sœurs ou d'amante reçurent cette manifestation d'Amour. Goethe en offrant à Mme de Staël cette seconde paire de gants en dira : C'est la seule chose qu'un homme puisse n'offrir qu'une fois dans sa vie.
La F \M\ se gante de blanc, pour toutes ces raisons peut-être et pour que les mains, en palpant ce qui est extérieur, captent, par leurs prédispositions d'antennes, la lumière de nos loges bleues.
Les gants liturgiques, et les nôtres puisqu'ils appartiennent aux rituels, ces gants furent toujours à doigtiers distincts et non des mitaines. Chaque doigt relevant d'une symbolique planétaire particulière se devait en effet de conserver son indépendance pour laisser agir son rayonnement propre, son énergie et pour mémoire je vous rappellerai : Vénus en pouce, Jupiter en index, Saturne pour le médium, le Soleil avec l'annulaire et Mercure, le petit messager, à l'auriculaire.
Permettez moi une remarque sur la possibilité de pouvoir opposer le pouce à chacun des autres doigts. Voyez ! Le pouce aligné avec le reste de la main donne au salut une connotation qui vaut tout aussi bien, je devrais dire aussi mal, celle où le pouce disparaît dans la paume. Le pouce à l'équerre nous préserve de la forme des totalitarismes. Je retourne ma main, comme un miroir, j'y vois dans les doigts écartés, les cinq points de l'étoile flamboyante dans la lumière indéfinissable de l'électrum des anciens. Léonard de Vinci a placé à l'entrée de son labyrinthe un gant de Notre Dame surnommé aussi églantine, fleur blanche à 5 éperons. Cette plante est connue des herboristes pour la guérison des maux d'yeux et pour l'amplification de la vision qu'elle procure. Quand le toucher devient délicatesse et tact, alors la vue devient vision et intuition, l'ouïe permet l'entendement de la voie intérieure, le goût l'appréciation des valeurs spirituelles et l'odorat unit l'intelligence au savoir.
Mettre des gants blancs, c'est glisser sa main dans un athanor qui alchimise l'homme en être fraternel. Etre frère c'est avoir la même origine, être fraternel, c'est considérer toute vie comme équivalente d'une autre. C'est dépasser ses différences pour ne retenir que ce qui nous est commun ou partageable, c'est accepter l'autre pour lui-même, c'est ne pas vouloir, par une sur-conscience diminuer l'autre pour se grandir. Avec mes gants blancs, je demeure moi-même, l'autre me complète mais, à ses mains si semblables aux miennes, je n'oublie pas qu'il est aussi un peu de moi.
Parce que ganté de blanc, le F\M\n'est ni pouvoir ni violence mais fraternité; parce qu'il n'est pas fusion mais relation, il se dégage d'une assemblée de F\M\une impression d'apaisement et de sérénité. On ne peut manquer d'associer les gants blancs avec le niveau du 1er surv\ dans l'analogie de leur symbolique. Le gant, le niveau nous invitent à inventer une reliance avec les autres.
Il s'agit de vivre une fraternité organique fondée sur les vérités humaines, de fonder une communauté qui ne repose plus sur le combat pour le pouvoir ni sur la volonté de primer mais sur la joie d'être et l'exaltation des modalités généreuses de l'être. Dès lors que Walt Disney entrera en F\M\,le personnage Mickey sera complété avec des gants blancs qui lui assureront une définitive image de gentillesse.
Se recouvrir la chair par des gants de spiritualité c'est affirmer vouloir à la fois se protéger et protéger les autres des influences néfastes, que ce soit celles de notre nature ou celles des énergies et matières manipulées lors de cérémonies rituelles. C'est aussi utiliser un objet pour fixer la conscience sur les exigences de "chair spirituelle" comprises par son interprétation symbolique.
Connaître, c'est participer de l'objet connu, dit Corbin.
Le port des gants est le message apparent du passage du F\M\ à un autre plan d'être. Alors, faut-il permettre, par courtoisie, pour le confort de mieux tourner ses pages, faut-il permettre aux F\et S\qui se présentent au plateau de l'Orat\ de quitter leurs gants au moment où ils s'expriment sur la planche qui trace les plans du chantier sur lequel se bâtit le temple ? Est ce qu'ils seraient autorisés à quitter leur tablier pour des raison de confort ?
Pour nous c'est justement le temps des symboles et nous ne saurions accorder de quitter ce qui nous protège tous et qui nous indique ainsi la voie de la matière spirituelle.
Et c'est dans la chaîne d'union, parce qu'en enlaçant nos mains, nous ouvrons aussi nos cœurs, que se quittera l'objet de la conscience, symbole intériorisé par l'égrégore et qui est devenu vivant dans la chair qui est le soufre, qui retient et fixe enfin l'esprit qui est le mercure. L'athanor n'est plus utile, le F\M\ est devenu pierre philosophale.
Publié le 23 Février 2018 dans Rites et rituels
La croix de Saint-André, qui a la forme de la lettre grecque X (khi), est l’hiéroglyphe du scintillement des étoiles, de la dispersion rayonnante de tout ce qui brille, éclaire, irradie. Aussi en a-t-on fait le sceau, la marque de l’illumination et, par extension, de la révélation spirituelle. Elle apparaît à l’avant-dernier des degrés d’Aréopage, où culminent les idées fondatrices du REAA et la traduction de l’Œuvre spirituelle des Maçons à travers l’ésotérisme chrétien, la philosophie grecque, et la symbolique alchimique. La croix synthétise la Tradition chevaleresque, « issue elle-même de la sublimation de la Tradition salomonienne » (Manuel d’instruction 30ème degré REAA). Si pour les Chrétiens la croix est au premier abord le symbole de la mort et de la résurrection du Christ, elle rayonne en Sagesse dans le cœur des Adeptes qui s’appuient sur elle comme sur la Pierre de l’opus alchimique pour accomplir leur régénération.
Mais cette Œuvre nécessite d’abord un état d’esprit, un élan intérieur vers une totalité dépassant les limites de la conscience, un embrasement par lequel les Grands Ecossais de Saint-André vivent « en communauté » leur communion au sein d’une autre dimension spirituelle. Ils sont surtout en état de recevoir ce que « Dieu sème dans le « noûs » humain, la vertu, la raison et la gnose. La régénération intérieure de l’homme procède de la sagesse intelligible et de la semence du bien qui vient de Dieu. » ( Scott, Hermetica) Celle des Grands Ecossais de Saint-André se traduit ainsi par la re-connaissance de leurs devoirs : Respecter la Raison, Servir la Vérité, Défendre la Vertu, Combattre pour le Droit.
Cette régénération « en » Esprit est illustrée par le diptyque mort-renaissance et représentée notamment dans la mythologie égyptienne par le dieu Aker, un lion à double tête, qui jouait un rôle important dans le culte des morts. Lors des cérémonies d’embaumement, dans ses bras se renouvelait le dieu du soleil, et avec lui le mort. Ce couple soleil et mort se retrouve au 29ème degré sur les décors du Frère Expert qui porte un triple triangle avec en son centre un soleil radieux au-dessus duquel se trouve une tête de mort. De même un tombeau avec à sa tête un soleil, et entre les deux un compas, figurent sur la Chambre du Milieu du Tableau de Loge. Sans doute le compas est-il ouvert à angle droit, car pour faire le « signe du Soleil » le Grand Ecossais de Saint-André forme avec sa main un compas ouvert à l’équerre tout en disant « Je compasse jusqu’au Soleil », le pouce de la main droite sur l’œil droit.
L’ensemencement, celui du blé en particulier, est un thème qui renvoie aux mystères égyptiens d’Orisis et traduit un processus de résurrection ou de régénération « post mortem » dans lequel l’un donne naissance au multiple et qui exprime l’identité secrète des « semblables ». Ces grains sont semés en Franc-Maçonnerie dès le degré de Compagnon dont le mot de passe est représenté par un épi de blé. Dans le langage des Pères de l’Eglise, qui a conservé ces images dans leur interprétation antique, on retrouve le blé, symbole du Fils de Dieu, c’est-à-dire du Christ, et spécialement le « grain de blé » qui, en mourant porte beaucoup de fruits (Jean, 12, 24). Ephrem le Syrien appelle le Christ un agriculteur spirituel qui « confia, tel un grain de blé, son propre corps au champ stérile. De même que le grain de blé tombe en terre, le Christ est tombé dans le monde inférieur et s’est élevé comme une gerbe de blé et comme le pain nouveau. Béni son sacrifice ! Il fut enfoui dans les profondeurs par ses meurtriers, comme le grain de blé par le paysan, pour y ressusciter et en éveiller beaucoup d’autres avec lui ».
Ainsi, dit Honoré d’Autun, « De même que le pain est fait de nombreuses graines, de même que le corps du Christ est composé de nombreux élus, le vin est composé de nombreux grains de raisin et il est foulé dans le pressoir. Le corps du Christ est formé d’un grand nombre de justes et il est supplicié sur l’échafaud de la croix. » Et dans la résurrection, dit Petrus Bonus, « le corps devient totalement spirituel, comme l’âme elle-même, et ils deviennent un comme l’eau mêlée à l’eau et ils ne sont plus jamais séparés, car en eux il n’est aucune diversité, mais plutôt unité et identité de nous trois, à savoir, de l’esprit, de l’âme et du corps, sans séparation dans l’éternité. Ainsi sont réellement manifestées l’identité et l’unité dans la Très Sainte Trinité de Dieu, à savoir du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui sont un et le même en Dieu lui-même, avec la distinction des personnes, mais sans diversité dans la substance. »
Pour marquer cette union de la multiplicité dans la substance au 29ème degré, sur le bijou porté par tous les Frères sont figurés au centre d’une croix de Saint-André une pomme de pin et une clé. De même le Président de la Loge, le Patriarche, « le premier parmi ses égaux », passe un anneau au doigt du Grand Ecossais de Saint André au terme de son initiation, et s’en passe un autre à l’annulaire. Ils s’inscrivent ainsi dans la communauté de tous ceux qui ont été illuminés par le Saint-Esprit, dont Dieu habite la « tente », le tabernacle. C’est pour garder et entourer ce trésor universel qu’ils sont « conduits » à « croiser » au cours de l’histoire d’autres Chevaliers chargés de construire ou rebâtir des édifices chrétiens. Dans l’ancien Rite de Perfection au 18ème siècle, le Tableau de Loge des « Chevaliers de Saint-André » est justement le « Camp du Rendez-vous », dont le centre est un triangle équilatéral et l’anneau périphérique une suite de neuf « tentes ».
La croix de Saint-André synthétise à trois niveaux à la fois les démultiplications dans l’union sacrée des Chevaliers, les sublimations alchimiques successives réalisées dans l’opus, et la résurrection du corps spirituel, soit l’Œuvre total de régénération. Cette démultiplication des « 3 en 1 » est symbolisée et s’opère par le signe de croix de la multiplication (X) et le nombre 3. Les nombres 3, 9, 27 et 81 (soit 3 « puissance » 1, 2, 3 et 4) constellent ainsi tous les degrés ou presque du REAA pour symboliser le temps de l’œuvre et son espace sacré. Ils se conjuguent aussi au 29ème degré avec le nombre 1000 (symbole de béatitude) pour traduire par le nombre 27000 l’esprit des 27000 « Croisés » chevauchant vers la Palestine sous la bannière de Saint Louis.
Le baron de Tschoudy, rédacteur présumé du premier rituel du 29ème degré, souligne dans l’« Etoile Flamboyante » sa place essentielle en Franc-Maçonnerie : « L’Art Royal strictement dit est renfermé dans les grades d’Apprenti, Compagnon, sanctifié dans celui de Rose-Croix, complété et développé dans le seul écossisme possible, celui de Saint-André d’Ecosse. » Mais cette Maçonnerie qui « n’est pas faite pour être aperçue », « dépend de la découverte de la circulation des trois principes chimiques, sel, soufre, mercure, formés eux-mêmes par des principes ou éléments principiés. Oserai-je ajouter que de leur action résulte le carré dans le triangle ? Le carré est le symbole des quatre éléments qui sont contenus dans le triangle des trois principes chimiques, ce qui réuni, forme l’unité absolue dans la matière première. » Si le 29ème degré est de Tradition solomonienne pour l’inscription de Salomon, « le roi le plus sage », dans la légende du grade, il l’est aussi pour la Sagesse de la Tradition alchimique, la « Sapientia Dei », la Pierre de l’opus, essentielle dans l’esprit du Grand Ecossais de Saint-André.
La Pierre symbolise sa structure intérieure et les trois pierres angulaires du Tableau de Loge du 29ème degré, nées de sa subdivision, symbolisent à la fois ses vertus et sa totalité, des aspects particuliers d’une seule et même chose. Dans son cheminement intérieur, le Grand Ecossais de Saint-André saisit à quel point la figure de la Sagesse de Dieu, de la Pierre, est « cruciale », car il découvre que ce qu’il cherchait depuis son initiation au premier degré du Rite n’est pas seulement une idée, mais une réalité qui manifeste son existence physique dans un sens beaucoup plus profond, qui peut lui tomber dessus comme la foudre. Sur le Tableau de Loge elle peut ainsi « fondre » du centre du cercle « sur » sa périphérie et atteindre en passant par trois petites colonnes les pierres cubiques dont la pointe repose sur chaque colonne, faisant rayonner la lettre G en leur « milieu ». Au 29ème degré la Pierre, la Sagesse de Dieu, n’est pas seulement un concept intellectuel, mais elle peut se révéler bouleversante, saisie de façon réelle, actuelle et tangible.
L’irruption de la Sagesse, qui confère ainsi à l’âme de l’alchimiste non seulement la connaissance, mais aussi une efficacité dans le domaine de la matière, est précédé d’un certain « amor » ou « appetitus naturalis » allant du sujet vers l’objet de la connaissance. « Selon Bernard de Claivaux, même notre amour de Dieu, et donc tout amour supérieur, commence d’abord par la « concupiscentia », l’instinct de tout être vers son accomplissement individuel. Selon Saint-Thomas également, l’instinct naturel de toute créature tend finalement vers sa perfection, et donc vers la ressemblance divine. Ce désir naît par la connaissance de ce qui est désiré, la contemplation du bon et du beau (et du triptyque Sagesse, Force, Beauté pour les Maçons dès le premier degré du REAA). Le mouvement de l’amour est donc circulaire et l’amour est la vertu unitive proprement dite. La Sagesse de Dieu illumine l’homme qui trouve la vérité dans la nature, dont l’essence la plus authentique est justement de nouveau la Sagesse. » (Von Franz, Aurora Consurgens)
L’idée d’un processus de connaissance circulaire joue également un rôle central dans l’alchimie, où c’est la nature elle-même qui réalise l’œuvre avec l’aide de l’Artiste. Une telle connaissance « naturelle » est obtenue par une intense méditation sur la matière et elle parfait en retour la réalisation de la conscience chez l’alchimiste. Dans le langage alchimique, c’est l’ « extraction » de la « vérité » hors de la matière par l’intermédiaire de conceptions symboliques efficaces, de symboles, d’« aimants » justes. Cette Vérité à extraire est personnifiée par la Sagesse, « la nature très véritable qui ne s’induit pas en erreur ». Grâce au contact de la Sagesse de Dieu, la nature humaine « s’écoule » et commence à suivre son désir le plus naturel qui la porte vers son propre accomplissement et la connaissance de Dieu.
Elle s’accomplit dans l’espace-temps sacré où souffle « à midi » l’Esprit-Saint, l’Esprit de Vérité, l’ « auster », ce vent du sud chaud et sec « qui échauffe toutes choses par le feu de l’amour et provoque l’exaltation, qui lorsqu’il touche les esprits des élus les libère de toute tiédeur et les rend fervents (et semblables aux Grands Ecossais de Saint-André dont les qualités sont le zèle, la ferveur et la constance), afin qu’ils réalisent le bien qu’ils désirent, où sont les ordres cachés des anges (les anges des quatre éléments du 29ème degré), et les replis très secrets de la patrie céleste, que remplit la chaleur du Saint-Esprit. Là, tout le jour, comme à l’heure du midi (soit depuis « midi plein » jusqu’à « l’entrée de la nuit », heures d’ouverture et de fermeture des travaux du degré), le feu du soleil brûle intensément, car l’éclat du Créateur qu’obscurcissent pour l’instant les brumes de notre condition mortelle est vu dans une clarté plus grande et, tel un rayon de la sphère, s’élève vers les espaces supérieurs, car la « vérité » nous illumine de par en part. Là, la lumière de la contemplation intérieure est aperçue sans que s’interpose l’ombre de la mutabilité. » (Von Franz, Aurora Consurgens)
La Sagesse est dans l’Aurora Consurgens (d’origine attribuée à Saint-Thomas d’Aquin) non seulement une hypostase ou un attribut de Dieu, mais un être spirituel qui a une existence autonome auprès de Dieu. De même, dans le Corpus Hermeticum, la Sophia est citée comme Archê (principe originel incréé) indépendante auprès de Dieu. Le Patriarche, Président de la Loge au 29ème degré, est ainsi celui qui détient la mémoire et la marque originelle de sa lignée. Chez Philon d’Alexandrie aussi bien que dans la Sagesse de Salomon, la Sophia a la capacité spirituelle de pénétrer tel un souffle dans l’homme, et de le remplir de sagesse, de vénération, de vertu ou de passion. La Sophia devient donc clairement la Mère par laquelle le Tout fut réalisé. Elle est en même temps identique à l’esprit de Dieu qui planait sur les eaux, parce qu’elle représente le savoir de Dieu.
« Sache, mon fils, dit Alphidius, que cette Sagesse est en un lieu et que ce lieu est partout. Le lieu en est les quatre éléments, et ils sont quatre portes… Cette maison est une maison aux trésors dans laquelle sont amassées toutes les choses sublimes de la science ou de la sagesse, ou les choses glorieuses que l’on ne peut posséder. Elle est fermée de quatre portes, ces quatre portes ont quatre clés, chacune la sienne. Sache donc, mon fils, et note que celui qui ne connaît qu’une seule clé et ne connaît pas les trois autres et ouvre alors la maison avec son unique clé et ne voit pas ce qui est dans la maison, celui-là va à sa perte ; car la maison a une superficie qui tend à une contemplation infinie. Il faut donc ouvrir les quatre portes avec les quatre clés jusqu’à ce que la maison entière soit remplie de lumière, alors chacun peut y entrer et prendre le trésor. »
Les Grands Ecossais de Saint-André doivent ainsi saisir « ensemble », en les unifiant dans le même espace-temps de conscience, les symboles qui se présentent par quatre, ou « par le nombre » quatre, au 29ème degré : les éléments (Terre, Eau, Air, Feu), les croix de Saint-André aux quatre angles de la Loge, les attouchements, les anges et les mots de passe, l’âge (soit la puissance quatre du nombre trois), les coups de maillet du Patriarche sur le cou du candidat durant son initiation. Il peuvent alors goûter les fruits de l’Œuvre, et rejoindre le sens du grade qui constituait à l’origine « la fin de la vraie Maçonnerie et la récompense des travaux d’un vrai Maçon ».
Patrick Carré
mai 2012
Source : http://www.patrick-carre-poesie.net/