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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Les Francs-Jardiniers

Publié le 17 Août 2026 par T.D

Fondé en Ecosse dans les années 1650, l'Ordre des Francs-Jardiniers s'est rapidement développé en Angleterre puis en Irlande. Son principal objectif étant le partage des connaissances liées au métier, cette société amicale a basé ses activités sur l'entraide mutuelle. Aujourd'hui, elle se développe non seulement au Royaume Uni, mais également en France, en Allemagne, à Monaco, en Espagne, aux Philippines et en Afrique du Sud. 

Historique
Env 1650 : Naissance de sociétés de jardiniers écossais pour l’entraide, pour promouvoir et pour réglementer leur profession.

1676 : Compte-rendu de Haddington Lodge, daté du mois d'août attestant de l’existence d'une "loge une, première".

1715 : Création d’une loge similaire à Haddington, à Dunfermline.

1780 : Publication du Dictionnaire des Jardiniers par Philippe Miller (1691-1771) botaniste d'origine écossaise, chef-jardinier du Chelsea Physic Garden, pionnier de l’horticulture.

1782 : Création des loges Lothian et Fife à Édimbourg.

1796 : Création de 3 nouvelles loges à Arbroath, Bothwell et Cumbnathan.

1817 : Création de la loge : British Order of Ancient Free Gardeners (->1972)

1817 : Création de la loge Newton Heath (numéro 99) à Manchester.

1821 : Création de loge Lasswade.

1822 : Création de loge Penicuik.

1845 : Création de loges Stratheden à Letham.

1849 : Lasswade St Paul's Lodge of Free Gardeners a invité des délégués à une réunion pour ouvrir une grande loge. Il y en avait une en Angleterre depuis un certain temps - l'Ordre britannique des jardiniers libres.

1849 : Création de la loge : l'Ancient Order of Free Gardeners (->1958) à St Paul à Lasswade regroupant 5 loges) à Édimbourg. La numérotation des lodges a été introduite : Lasswade est numéro 1 et Penicuik numéro 2.

1859 : Création de la loge : St Andrew Order of Ancient Free Gardeners Friendly Society (->1974)

1879 : l'Ordre de l'Ouest a ouvert la St Andrew Order of Ancient Free Gardeners Friendly Society.

1880 : L'Ordre apparaît pour la première fois dans le PO Directory dans les années 1880 sous le nom d'Ancien Ordre des jardiniers libres situé à Édimbourg et à Leith.

1911 : Réunion des loges des anciens ordres, britanniques et occidentaux et les sociétés non affiliées au total ils représentaient 70 à 80 lodges soient 12 000 francs-jardiniers.

1912 : Regroupement de 44 loges de Francs-jardiniers se regroupent pour fonder officiellement l'Ancient Order of Free Gardeners (Scotland) National Insurance Association. 
L' Ancien Ordre, l'Ordre de l'Ouest (St Andrews) et "l'Ordre écossais" se sont combinés aux fins de l'approbation de la Loi sur l'assurance nationale créant à cet effet l'Association nationale d'assurance de l'Ancien Ordre des jardiniers libres (Écosse). Cependant, chaque loge (et ordre) participant a maintenu sa propre identité et ses propres traditions.

1928 : 79ème conférence annuelle de la Grande Loge de l'Ancien Ordre des Jardiniers libres (plaçant l'origine de cet organisme en 1849.)

2022 : L' I.O.F.G (d'après leur site facebook) a des Loges au Royaume-Uni, en Belgique, en France (une "branche" française existe), en Allemagne, à Monaco, en Espagne, aux Philippines et en Afrique du Sud.

11 Décembre 2022 : création du Jardin : "Les Jardiniers du Temple" à Lyon. Ordre de Franc-Jardinerie mixte, libre et totalement indépendant. 7 membres fondateurs.

Quand le maçon devient jardinier. Pourquoi être jardinier en plus de maçon ? Qu'apporte la jardinerie à un Maître Maçon ?

Notre démarche se veut une voie parallèle, complémentaire à la Franc-Maçonnerie Traditionnelle initiatique. Tout membre du Jardin aura au préalable été initié au troisième degré dans une loge maçonnique régulière mixte, féminine ou masculine.

Ce critère d’admission a pour but de réunir des personnes venant d’horizons différents mais liées par une culture commune du symbolisme.
L’interaction entre la Franc-Maçonnerie et notre Jardin se base sur un lien de filiation et nous acceptons donc les sœurs ou frères visiteurs désirant découvrir notre rituel. Cependant, nous affirmons rester dans une démarche indépendante et n’avons aucunement besoin de reconnaissance de la part d’une obédience maçonnique.

L’ordre des Francs-Jardiniers qui existe depuis plusieurs siècles, aurait pu disparaître mais a, fort heureusement, rebourgeonné depuis quelques décennies dans de nombreux pays. Notre Franc-Jardinerie a une identité propre à nos rituels qui sont volontairement différents de ceux pratiqués par l’Ordre International des Francs-Jardiniers. Cette différence ne nous empêche pas de reconnaître les autres ordres de Francs-Jardiniers. Les visites peuvent être envisagées au cas par cas.

Les Jardiniers du Temple se réunissent 4 fois par an pour célébrer l’entrée dans une nouvelle saison, lors de tenues aux solstices et aux équinoxes.
Chaque tenue commence par la création du jardin (en extérieur comme en intérieur), suivie de l’ouverture et de la cérémonie saisonnière spécifique : solstice d'été, équinoxe d’automne, solstice d’hiver ou équinoxe de printemps.

Les Jardiniers proposent alors à l’ensemble des jardiniers et des visiteurs présents, des "semis", "plants" ou "récoltes". Ce sont des écrits de taille plus ou moins importante, dont la liste a été transmise à tous dans l’invitation à la tenue.

La "récolte", équivalent de la planche en Franc-Maçonnerie, donne lieu à des échanges entre Francs-Jardiniers. Il en est de même avec le "plant" (équivalent de la minute symbolique).
Le "semis" est un écrit court sur un outil ou un symbole. Il n'est pas discuté et peut être ajouté à la dernière minute sans être préalablement présent dans l’ordre du jour.
Nous avons également la "moisson", une récolte co-écrite et lue par 2 ou plusieurs Francs-Jardiniers.

Huit Francs-Jardiniers sont chargés du bon déroulement des travaux. Il sont répartis dans le Jardin comme suit :
- 4 aux 4 points cardinaux,
- les 4 autres entre les premiers.

- les 4 fonctions aux points cardinaux :

Maître du Jardin

Seul Jardinier regardant l’Ouest, il est situé à l'EST (Orient), le Maître du Jardin comme son nom l’indique ouvre, ferme, dirige et donne une vision au jardin.
Il introduit toutes les cérémonies saisonnières, fait circuler la parole, veille au bon déroulé de l’ordre du jour et au bien être de tous.

1er Chef Jardinier

Situé au SUD (Midi), le 1er Chef Jardinier assiste le Maître du Jardin dans le bon déroulement de celui-ci.

2nd Chef Jardinier

Situé au NORD (Septentrion), le 2nd Chef Jardinier assiste le Maître du Jardin dans le bon déroulement de celui-ci.

Gardien du Portail

Situé à l’OUEST (Occident), face au Maître du Jardin, le Gardien du portail en détient la clé.


- Les quatre fonctions suivantes :

Digne Guide

Le Digne Guide est basé au Sud-Est. Il se déplace régulièrement afin d’accompagner les jardiniers ou visiteurs. Détenteur de la lettre A dont il marque le Jardin en début de tenue, il délimite la cloture du jardin et le début des travaux.

Secrétaire

Le Secrétaire siège au Nord-Est, proche du Maître du Jardin. Il rend compte des précédents échanges. Il préserve ainsi la mémoire du Jardin.
Avant les rencontres, il veille à la constitution d’un ordre du jour varié, harmonieux, cohérent et juste ainsi qu’à sa diffusion et à son archivage.
Il a en charge aussi les communications (hors lien de solidarité et de fraternité de l’Hospitalier) et compte-rendus des échanges des comités administratifs (hors comités d’apprentis et de compagnons).

Intendant

Depuis le Nord-Ouest, l’Intendant pourvoit en tant que de besoin à l’apport de tout ce qui est nécessaire à l’ouverture des travaux. Il finalise la sacralisation du Jardin et est responsable de la terre et des graines des jardiniers. Armé du Greffoir de l’Equerre et du Compas, il répond à la demande du Maître du Jardin.

Hospitalier

La Fraternité, le bien-être et la solidarité sont fondamentales dans notre Jardin, et plus largement dans notre association et philosophie. L’Hospitalier depuis le Sud-Ouest veille scrupuleusement à cela.

Notre jardin est généralement installé en intérieur, dans un Temple maçonnique, et parfois en extérieur, dans un jardin ou dans la nature.
Il est toujours symboliquement orienté avec son portail à l’Ouest.
Une allée au Nord et une au Sud permettent de rallier l’Ouest à l'Est, où siège le Maître du Jardin entouré de la Lune et du Soleil.

Notre parterre de jardin, élément central, est un carré long, appelé le "Tapis Vert". Il est composé de carrés et rectangles en nombre, position et couleur spécifiques et symboliques.

Il se compose de la manière suivante :
4 couleurs, 4 nuances de vert
4 saisons de notre hémisphère : printemps, été, automne et hiver avec les 2 équinoxes et les 2 solstices.
12 carrés :
• 4 points cardinaux : est, sud, ouest, nord
• 4 éléments : Terre, Air , Eau , Feu
• 4 qualités élémentaires : le chaud, le froid, le sec, l'humide.
24 rectangles : 24 heures

Un écrin est réservé à quelque chose de précieux que l’on veut conserver tel un bijou.
La terre, et tout particulièrement celle conservée dans l’écrin des JDT placé au centre du Tapis vert, est de grande valeur. En effet, elle est constituée du mélange des 7 terres apportées par les 7 fondateurs lors de la cérémonie de création du premier Jardin. C’est sur ces terres mêlées et à jamais intimement liées que seront ouvertes les tenues et passés les serments, ce qui lui vaut son caractère sacré.

La terre est la matrice de la vie, celle qui accueille et qui donne sans compter. Elle procure le confort d'une température favorable et sera le support nourricier de la future plante en lui apportant les éléments nutritifs favorables à son développement. Elle est aussi l'un des 4 éléments avec l’Air, l’Eau et le Feu. Elément qui, fécondé par l’eau tombée du ciel et éclairé par les rayons de feu du soleil, filtrés par l’air, peut engendrer la vie. Matière première épaisse, obscure, qui contient tout en elle-même, et en particulier les 4 éléments.

Adam a été créé à partir de la terre. Alors que le mot "Adam" signifie "homme", la racine du nom adama en hébreu signifie "terre". Ainsi, placé dans le Jardin d'Eden qu'il est chargé de garder et de cultiver, Adam est le symbole de l'Etre primordial.

Pour les Jardiniers du Temple, Adam, représentant l'humanité, est symboliquement le premier Franc-Jardinier. Il est placé dans le paradis d'Eden, jardin dans lequel il s'émerveille, travaille avec la Nature et se nourrit.
Eden abrite l’Arbre de Vie, symbole de protection et de sagesse et l’arbre de la Connais-sance du bien et du mal. Eve, puis Adam, croquent le fruit défendu de ce dernier, ce qui a entraîné leur expulsion du jardin et la perte de leur innocence.
Le fleuve qui irrigue le Jardin d'Eden se divise en quatre bras, qui se nomment Phison, Gihon, Hiddekel et Euphrate.

L'histoire de Noé est l'un des grands récits narratifs de l'humanité.
Pour nous, Franc-Jardiniers, Noé est avant tout un homme de la terre, un homme du sol. Avant même qu'il ne pose pied sur la terre régénérée, c'est la plante qui annonce le retour du vivant : un rameau d'olivier vert, fragile, minuscule, porté par une colombe, symbole d'une immense espérance concrète et active.

Ainsi, le végétal précède l'homme ; il est la première promesse du jardin à venir.
Noé choisit de faire vivre cette espérance par un geste humble, presque invisible : il plante une vigne, qui est une plante lente, exigeante et vulnérable. Cet acte silencieux nous dit l'essentiel de sa nature, celle d'un homme attentif, patient et en relation avec le vivant. Noé renoue ainsi un fil entre ciel et terre, entre le temps des hommes et celui du sacré. Son geste est à la fois jardinier et sacerdotal.
Père symbolique de toute l'humanité, Noé transmet une posture : s'agenouiller devant le vivant, lire une terre, écouter les saisons. À nous, jardiniers, son histoire ne dit pas quoi faire, elle montre comment être : ne pas maîtriser la nature, ne pas la conquérir mais travailler avec elle en s'inscrivant dans le temps long, avec l'humilité de celui qui sait qu'il ne verra pas toujours les récoltes ou l'aboutissement de son travail. Qui, sous l'arc-en-ciel d'une alliance universelle, lentement, recommence, saison après saison, en cultivant, en transmettant et en remettant sans cesse son ouvrage.

Salomon, le bâtisseur. Il revêtit tout l'intérieur de son Temple avec du bois : des plaques de cèdre sur les murs, du sol au plafond et des planches de cyprès sur le sol. Dans le sanctuaire, destiné à protéger l'Arche d'Alliance, il sculpta deux chérubins en bois d'olivier.

Notre Jardin s'apparente à ce Temple, qui symbolise pour le Jardinier, la poursuite du travail initiatique. Salomon nous invite ainsi à porter la spiritualité partout dans le monde considérant la Nature comme principe sacré omniscient, la Lumière comme guide, les Eléments comme repères.

Les abeilles comptent parmi les plus anciens insectes que la vie terrestre ait connus. Elles sont un élément central, même vital, pour la nature et la survie de l'humanité.
L’abeille est comme nous Francs-Jardiners, elle possède des outils pour travailler la nature.

L’abeille nous renvoie à la dualité, de par sa physionomie et son fonctionnement :
- elle est striée de jaune et de noir, tel l’ombre et la lumière
- elle alterne entre sa ruche et l’extérieur, passant ainsi de l’ombre à la lumière : comme une alliance entre la quête du sublime et la descente dans ses profondeurs. Elle retire des choses de ses expériences à l’extérieur pour nourrir la ruche, qui symboliquement représente son monde intérieur. L’abeille peut être ainsi vue comme l’âme de la nature.
- Enfin elle est un animal à double facette de par la douceur de son miel et la dureté de son dard qui provoque d’âcres douleurs.

Les abeilles ont également une symbolique très riche, en voici quelques-unes : symbole d’une rectitude dans le travail et l’organisation, de fertilité et d'abondance, de dévouement, de douceur et bienveillance, la sagesse et la connaissance, et bien d’autres encore. Les abeilles sont un symbole puissant et polyvalent, elles sont à elles seules un éco système assurant le cycle de la vie.

C’est un travail d’équipe et de communauté que nous renvoie l’image de la ruche: elle symbolise le travail assidu, la coopération, et la notion que le tout est plus grand que la somme de ses parties. Elle rappelle l'importance du travail d'équipe et de la collaboration pour atteindre des objectifs communs. Cela nous demandera ordre et organisation. En effet, les abeilles vivent dans une ruche bien organisée, avec des rôles clairement définis pour chaque membre de la colonie. La ruche symbolise donc l'ordre, la discipline et la structure. Qualités nécessaires à la réalisation et l’épanouissement de notre jardin.

Le serpent est l'un des animaux les plus ambivalents et les plus mystérieux. Présent dans le Jardin d'Eden, on lui reproche d'avoir tenté Eve de goûter au fruit défendu. Et pourtant, n'est-ce pas grâce à lui que, depuis lors, l'humanité peut bénéficier de son libre arbitre ?

Symbole de vie et de mort : d'un côté force destructrice, responsable du chaos et de la chute de l'Homme, de l'autre force créatrice de par son côté régénérateur dans le cycle de la vie. Son venin est à la fois poison et antidote, incitant à la prudence et à la vigilance. Le Serpent questionne.

Sa présence sur le tapis vert encourage le Jardinier a, comme lui, changer de peau à bon escient, induisant ainsi la transmutation de l’ancien en nouveau, pour une transformation intérieure vers plus d'humanité et de spiritualité.

La bêche est l’un de nos quatre outils présents sur le tapis au 1er degré avec le râteau, la fourche et le balai à gazon. Ces outils anciens, manuels, simples, tous constitués d’une partie bois et métal sont "officiellement" présentés, au postulant à l’entrée dans le Jardin et plus largement pour l’entrée sur le chemin initiatique des Jardiniers du Temple.

Chaque outil est lié aux potentialités d'un ensemble de forces dont il faut connaître l'énergie pour savoir la réguler et la maîtriser avec discernement, afin de composer son jardin personnel et partagé.

Dans le calendrier républicain les outils sont mis à l’honneur le 10ème, 20ème et 30ème jour de chaque mois, la bêche, assez importante par sa fonctionnalité et par son nom, était attribuée au 10ème jour du mois de ventôse et correspond généralement au 28 février de notre calendrier grégorien.

Outil horticole, à large lame trapézoïdale ou rectangulaire, qu'on enfonce dans le sol avec le pied et qui sert à retourner le sol par un mouvement de levier, la bêche est également appelée pelle-bêche. Elle est faite d’un long manche en bois, qui peut être légèrement courbé pour un travail plus aisé de la terre, et d’une pièce de travail en fer. Certaines bêches se terminent en T au bout du manche pour donner plus d’appui et donc plus de force dans le travail.

Elle sert à retourner et à ameublir la terre, on voit la toute l’importance de ces travaux préparatoire à tout projet d’envergure. C’est également à cette étape que la fumure peut être apportée afin d’enrichir les travaux.

Le râteau est un outil agricole courant utilisé pour ratisser et ameublir le sol, ramasser les feuilles mortes ou d'autres débris, ou encore niveler des surfaces. Il est utilisé pour nettoyer et aménager des espaces extérieurs. 

En conséquence, il peut symboliser le désir d'ordre, de propreté et de beauté dans l'environnement.
Le râteau est souvent utilisé dans le jardinage pour préparer le sol pour la plantation. Il peut symboliser la préparation nécessaire pour la croissance future, que ce soit dans un jardin littéral ou dans la vie en général. Il est souvent associé au travail manuel et à l'effort physique. Il symbolise le dur labeur, la persévérance et l'humilité, car il est utilisé pour effectuer des tâches parfois ingrates et exigeantes.
A noter que le râteau est donc un outil polyvalent qui peut être utilisé dans différentes situations. Cela peut symboliser l'importance de l'adaptabilité et de la flexibilité dans la vie, la capacité à s'ajuster aux circonstances changeantes.
Enfin, dans la culture japonaise et ses jardins zen, le râteau est synonyme de créativité : c’est dans un contexte artistique mais aussi de recherche de plénitude que le râteau peut être utilisé pour créer des motifs décoratifs dans le sable ou dans d'autres matériaux.

La fourche, en tant qu'outil agricole traditionnel, est utilisée pour récolter des cultures souterraines comme les pommes de terre ou les betteraves. Elle est alors associée à la récolte, à l'abondance et à la nourriture.

Elle est aussi un outil utilisé pour labourer la terre, retourner le sol et préparer le terrain pour la plantation. Elle est souvent associée au travail acharné et à l'effort physique requis dans l'agriculture.
La fourche a souvent deux ou plusieurs dents qui peuvent être utilisées pour saisir ou soulever la terre. Dans ce contexte, elle peut symboliser la dualité, la capacité à faire des choix et à prendre des décisions.
En raison de sa forme bifurquée, la fourche peut symboliser le choix de chemin ou de direction dans la vie. Elle rappelle que chacun doit faire des choix qui peuvent influencer son destin.

Le balai à gazon, également appelé râteau à gazon ou râteau de jardin, est un outil de jardinage conçu pour ramasser les feuilles mortes, l'herbe coupée et d'autres débris sur la pelouse ou dans le jardin.

Humble parmi les outils du jardinier, il incarne la maîtrise et la persévérance. Face à la bêche, au râteau et à la fourche, il vient parfaire l’ouvrage dans un mouvement horizontal, discret mais essentiel.
Il symbolise le désir d'ordre, de propreté et de beauté dans l'environnement. Il rappelle l'importance de maintenir un espace extérieur propre et bien entretenu.

Comme le rappelait Boileau - "Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" - il symbolise l’effort répété, la quête d’un perfectionnement sans fin. Outil d’entretien et de vigilance, il rappelle au Maître Jardinier que rien n’est jamais acquis : la nature commande, et l’homme apprend à se tenir à sa juste place.
Par sa délicatesse, le balai redresse les brins d’herbe, éclaire les racines, révèle l’essentiel. Au Japon, son cousin le kumade trace dans le gravier la paix intérieure. Car entretenir, c’est "tenir entre", maintenir le lien vivant entre l’homme et son œuvre.
Dans la lenteur du geste s’exprime une sagesse profonde pour raviver sans cesse la flamme du vivant.

Deux outils indispensables à la création de notre jardin. Sous le contrôle de l'Equerre et du Compas, les francs-jardiniers complètent notre accomplissement personnel, intellectuel et spirituel. Rectitude et harmonie les aident ainsi à oeuvrer ensemble pour le bien individuel et collectif.

L'équerre nous apporte la précision, en tant que tel, elle symbolise l'ordre, la structure, l'organisation, l’exactitude et la rigueur dans la mesure et la construction. Elle nous garantit la qualité du travail et l'importance de bâtir sur des fondations solides. Elle fait également écho à une notion d’Équité et justice : L'équerre étant le symbole de la justice dans de nombreuses cultures. Elle représente l'idée d'équité, de rectitude morale et de conformité aux normes éthiques. Afin d’assurer le respect et l’humanité au sein de toute communauté. L'équerre, en tant qu'outil qui crée des angles droits, symbolise également l'équilibre. Elle rappelle l'importance de maintenir un équilibre dans différents aspects de la vie, qu'il s'agisse de l'équilibre entre le travail et la vie personnelle ou entre les aspects spirituels et matériels de l'existence.

Le compas est l'instrument utilisé pour tracer des cercles, des arcs et des angles dans la géométrie et la construction. Il est également un symbole riche en significations dans divers contextes : Le compas est souvent associé à la dualité, car il se compose de deux bras mobiles. Ces bras peuvent être ouverts et fermés, symbolisant ainsi la dualité et l'opposition apparente. Cependant, ils travaillent ensemble pour créer des formes harmonieuses, ce qui représente l'unité dans la diversité.
Le compas est utilisé pour créer des formes et des motifs. En tant que tel, il symbolise la créativité, le pouvoir de création et la capacité à donner une forme concrète à des idées abstraites. C’est avec un compas que nous pouvons tracer des cercles, nous renvoyant ainsi au Cercle de la Vie : et donc au cycle de la vie, la continuité et l'éternité. Le cercle est une forme sans fin, ce qui nous rappeler notre action dans le jardin avec l'idée de renaissance et de renouvellement.

Ajouté à l’équerre et au compas des Francs-maçons, le couteau à greffer trône au centre de notre Jardin. Outil et symbole suggérant la Nature, il illustre aussi notre volonté de nous greffer les uns aux autres pour collaborer et s’entre-aider dans le travail. Le fruit de nos récoltes n’en sera que meilleur.

Le couteau à greffer est un outil important dans le jardin notamment pour réaliser des greffes, il permet de fusionner deux parties de plantes distinctes afin d'en former une seule. Ce processus permet de créer de nouvelles variétés de plantes.

Il permet aussi d'améliorer leur résistance aux maladies, leur rendement ou leurs caractéristiques. Le couteau à greffer est donc associé à plusieurs symboliques tel la transformation et la création: Il symbolise ainsi la capacité de l'homme à transformer et à améliorer la nature pour répondre à ses besoins.

Ou en encore la patience et la persévérance: La greffe est une technique délicate qui demande du temps et de la patience. Le couteau à greffer rappelle la persévérance requise pour réussir ce processus, tout comme dans la vie où la réalisation de projets peut nécessiter du temps et des efforts constants.
L'union et la collaboration: Le couteau à greffer unit deux parties de plantes différentes pour en former une seule. Cela peut symboliser l'importance de l'union et de la collaboration dans la réalisation de projets ou d'objectifs communs.
La transmission des connaissances: La technique de greffe a été transmise de génération en génération, et le couteau à greffer est un outil qui symbolise la transmission du savoir-faire et des connaissances liées au jardin.
Avec le couteau à greffer, nous sommes amenés à couper les vices et greffer les vertus. Sa présence nous rappelle l'importance de la vie et de sa sauvegarde. Il nous permet aussi de greffer d'autres Francs-Jardiniers dans une chaîne de fraternité et de solidarité.

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Cantique du Quantique pour un franc-maçon

Publié le 17 Août 2026 par T.D

Par Solange Sudarskis

9 mai 2023

Un conte dialogal écrit avec le TCF Raphaël Massarelli [1].

Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes, je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question,  j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que toute la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à notre tenue ?

Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n’avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d’une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, «Vite une question, j’ai la réponse».  Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.

Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?

Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée.

C’est pour cela qu’on l’appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, certains physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big Bang, pourrait commencer le débat sur l’éventualité d’un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec le Brahman principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d’Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU.

Kyrios. Je t’arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon plus simple : on dit que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent, sais-tu si cela est vrai ?

Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme un fameux physicien français (Poincaré) aimait à dire dans ses cours de Physique : «une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne fera jamais une maison !». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c’est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.

Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?

Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.

Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision «holistique» de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?

Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes.

Un autre exemple : Prenons une molécule d’oxygène, qui compose la plupart des substances. Si nous prenons une bouteille remplie d’oxygène pur, non mélangé à une autre substance, elle semble vide, l’oxygène est invisible à l’œil nu, inodore et au poids négligeable. Il en est de même pour l’hydrogène. Cependant quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront immédiatement en liquide visible, en eau qui, elle, aura un poids.

Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ?

S’il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n’est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d’équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d’enlever une pierre quelconque pour que l’édifice s’écroule et devienne un tas de pierres.

De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d’union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d’un flux d’émotions, d’échanges entre FF  et SS.  Ce qui émerge à ce stade c’est donc la totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit. 

Le Bigbang

Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L’émergence peut donc se définir par rapport à l’idée d’une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l’immense champ des technologies émergentes et convergentes, aujourd’hui disponibles susceptibles de fournir des briques pour la construction d’êtres artificiels, jusqu’à des populations de robots dotés de propriétés absolument inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.

Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter.

Et maintenant,  en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?

Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience.

Il y a un exemple à ce sujet qui pourrait expliquer le vivant par un théorème qui a pris le nom de Bose -Einstein, théorème, on s’en doute très compliqué sur les fluides quantiques[2], mais sur la base duquel,  des éléments simples peuvent fusionner en un seul et unique élément. C’est le principe philosophique qui implique que le Tout donne le Un.

Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces dernières sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car elles peuvent réagir à l’environnement qui les entoure.

Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences.

Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience humaine, qui, sur Terre, est l’exemple le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires,  on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata.

Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes.

De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L’émergence renvoie à un monde qui n’est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d’existence peuvent apparaître.

Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d’une hiérarchie de niveaux d’organisation, mais  l’ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s’agit plutôt d’une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il,  explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement.

Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s’approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?

Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique.

Celle-ci décrit, dans le temps et l’espace, la structure et l’évolution des phénomènes physiques à l’échelle de l’atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu’il y a autant d’atomes dans un verre d’eau qu’il y a de verres d’eau dans l’océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose. À l’observation, si on la grossissait à l’échelle du système solaire, elle aurait la taille d’un arbre.  Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d’espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie, etc.

Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à l’étude de l’origine de l’univers.

Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple avec le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas, on utilise aussi le terme plus explicite d’intrication

Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, c’est-à-dire de l’énergie. Elle est en somme dans un état qu’on a aussi défini de superposition.

On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu’elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule. Une onde est comme une vague qui se déplace, qui transporte de l’énergie, sans transporter de matière avec une fréquence vibratoire.

Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d’accéder qu’à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu’une vérité partielle ?

Ithloaèdes. Oui, mais… Au début de la physique quantique, on pensait que l’observation devait être humaine et donc représenter le résultat d’une conscience. Mais plus récemment on s’est rendu compte que l’observateur ne doit pas nécessairement être un humain. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une autre particule ou une onde «observe» une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir de miroir de conscience.

Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable !  Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette table que je regarde est faite comme tu me dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; ton électron, par exemple, qui est une ondicule, avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule à l’observation, c’est-à-dire de la matière ?

Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi et vice-versa une ondicule peut devenir une onde. Cela est effectivement mystérieux. Et pourtant même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un «champ fantôme», son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.

Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.

Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : «Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger» et il ajoutait «que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé». En d’autres termes ce qui importe ce ne sont pas «sujet et objet», mais la relation qui s’établit entre eux.

Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l’était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : «La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ?» Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C’est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d’être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l’attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c’est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu’est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu’il aurait pu être.

Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.

Ithloaèdes. Premièrement, c’est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie, il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu’il y a plus d’énergie dans 1 cm3 d’espace vide qu’il n’y en a dans toute celle que nous appelons matière de l’Univers !

Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.

Ithloaèdes.  Des recherches très sérieuses sont faites en ce sens, on parle d’énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique.

Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nulle part, son existence est alors définie en termes de «champs de probabilité». On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu’à dans des milliers d’endroits en même temps !

On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, ce qui revient à mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre.

Troisièmement, contrairement à la théorie d’Einstein selon laquelle rien ne peut se déplacer plus rapidement que la lumière, on sait aujourd’hui que l’espace dans lequel est contenu notre univers s’épande à une vitesse supérieure à celle de la lumière.

Quatrièmement, prenons deux particules créées en même temps. Selon le principe d’intrication dont je t’ai parlé, si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c’est-à-dire si on l’observe ou qu’on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l’état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.

Kyrios.

 Ce qui m’intrigue, c’est qu’il n’y a donc pas d’évolution dans le monde quantique puisqu’il exclut le temps ; on pourrait dire qu’il n’est, n’a été et ne sera toujours qu’en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu’humaines ?

Ithloaèdes. Si, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big Bang. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.

Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent  les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big Bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.

Ithloaèdes. La science n’a pas résolu la compréhension de ce passage. Mais surtout les particules de la matière originale qui a émergé du Big Bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.

Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et les philosophies. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien,  les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux. C’est pourquoi Max Planck a pu dire : «Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière».

 Est-ce bien ce que cela implique ?

Ithloaèdes. Oui, d’ailleurs, depuis fort longtemps pour la philosophie orientale, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme le «Un», le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peuvent se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états superposés au sens quantique.

La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualités, par exemple  le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un.

Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.

Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?

Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big Bang, on peut donc se poser la question qu’y avait-il avant le Big Bang ?

D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps comme dans les autres univers que certains imaginent  et dans ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big Bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie étaient contenues dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique.

Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question : Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ?

Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.

C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3. Prenons l’exemple du pavé mosaïque : il est la réconciliation des deux extrêmes que l’ont peut nommer ténèbres et lumière, bien et mal, blanc et noir, Dieu et Diable, infini négatif et infini positif, et, même, masculin et féminin.  Toutefois, parmi les nombres présents dans le Temple qui se donnent à voir, à entendre ou à pratiquer, le nombre 3 paraît le plus utilisé de tous, il est représenté par une multitude de symboles : les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. Ce trois est un nombre d’énumération. Cependant, seul le 3 en tant que ternaire, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition, pas le 3 en tant que dénombrement. En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel ; ses formes symboliques seraient ce qui se présente comme opposé avec, par exemple le pavé mosaïque, comme complémentaire avec les 2 colonnes, la lune et le soleil et, bien sûr, comme triangulaire avec le Delta lumineux.

Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait également évoquer le quantique, dans ce cas l’œil serait l’idée de l’observation ?

Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c’est-à-dire l’unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et le Tout, son émergence. Le point unique du haut du triangle est l’unité d’où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du big bang. Déjà pour Pythagore, le sommet d’un tel triangle est dit  le père, le côté gauche est la duade, la mère, le côté droit représente le fils que l’on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies. La base est l’univers réalisé en ce que l’on peut imaginaliser en père-mère-fils dans le monde phénoménal et, en même temps, unifié dans le monde primordial de l’unité. Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?

Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s’unir au créateur. Mais c’est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire «thèse, antithèse, synthèse». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel.

Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot «symboliser», «reconnaitre, mettre ensemble, assembler»  se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique,  pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une hypothèse.

Kyrios.  Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l’Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quel que soit le sens du mouvement, à l’ensemble, préside l’Unité ou le retour à elle. Leur  connaissance s’est obscurcie, d’où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue «autonomie» de l’individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est.  Il écrivait : «C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est  impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être… Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d’unité par le seul mental. Cette conception est dans la philosophie orientale qui conclut : «ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie». Après tout, si l’Énergie est la seule vie, et la Raison  la borne de l’encerclement de l’Énergie, à chacun de choisir d’être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n’est pas trop de toute une vie pour confronter, l’un par l’autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.

Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique,  tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de «qui suis-je» mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : «que suis-je» ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quelles sont les consciences, y compris la mienne et mon inconscient, qui objectivent ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ?  Si je me vois comme je suis, ne suis-je pas aussi comme tu me vois ?

Et maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour  harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?

Ellimac. Comme le dit le Tao te Qing, «parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu»; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l’essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».


1 Planche présentée en 2015 (ce qui explique que du seul point de vue scientifique les propos sont dépassés) avec le TCF Raphaël Massarelli, Docteur d’État ès Sciences, Professeur Emérite des Universités, Trophée d’Or de l’Ordre des Physiothérapeutes au Liban, participant à de nombreuses sociétés savantes, responsable des Conventions Internationales, auteur et coauteur de centaines d’articles et d’ouvrages spécialisés internationaux, Chevalier des Palmes Académiques, … Un CV de savant de dizaines de pages dont l’importance est impossible à reproduire ici.

2 « Le gaz parfait de bosons devait subir à basse température une transition de phase,  amenant un nombre macroscopique de particules dans leur état fondamental. Le condensat obtenu est un fluide quantique car cette transition se produit lorsque les effets de statistique quantique commencent à se manifester, autrement dit lorsque la distance inter-atomique devient de l’ordre de la longueur de cohérence des ondes de matière. »

 

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Transformation de l’énergie : du quantique au temple intérieur

Publié le 17 Août 2026 par T.D

Pa r la Redaction

Par Rosmunda Cristiano

Il existe des mots qui ont traversé les siècles sans perdre de leur force. L’un d’eux est « énergie ». On le retrouve dans les livres de physique, dans les pages des philosophes, murmuré dans les temples maçonniques et invoqué lors d’heures de méditation silencieuse. Et pourtant, chaque fois que nous le prononçons, il semble véhiculer une signification nouvelle, plus intime, plus secrète. La physique moderne nous a appris que rien ne se crée ni ne se détruit : l’énergie se transforme. C’est un flux constant qui change de forme, passant de la matière à la lumière, de la chaleur au mouvement.

C’est la danse invisible qui assure la cohésion du cosmos. Lorsqu’un électron passe d’une orbite à une autre, lorsqu’une étoile s’effondre, lorsqu’un cœur se remet à battre après une frayeur soudaine, l’énergie est toujours présente pour orchestrer le tout. Les physiciens diraient que l’énergie est la capacité d’accomplir un travail. Mais pour ceux qui suivent un chemin initiatique, cette définition technique n’est que le premier voile.

Lorsque le franc-maçon franchit le seuil du Temple, il apporte avec lui une énergie brute, semblable à une pierre informe. C’est l’énergie des habitudes, des peurs, des désirs et du conditionnement. Au fil du temps, grâce aux rituels, aux méditations et aux moments de silence partagés, quelque chose change. Ce n’est pas la vie extérieure qui se transforme soudainement, mais la façon dont cette énergie intérieure est canalisée.

Énergie sinusoïdale direction chaos est.

L’énergie sans direction, c’est le chaos.

Symboles alchimiques, bougie, crane, élixirs

Le travail maçonnique consiste, en définitive, à donner une direction au chaos intérieur. Dans la vision ésotérique, l’énergie n’est pas seulement un fait physique, mais une qualité subtile de la conscience. Les anciens l’appelaient prana, pneuma, spiritus .

En franc-maçonnerie, on l’entrevoit dans les symboles de la Lumière, dans le feu du candélabre, dans la chaleur silencieuse de la chaîne de l’union. Chaque geste rituel, chaque pas sur le sol en damier, chaque mot murmuré crée une modulation d’énergie. Il ne s’agit pas de magie au sens naïf du terme, mais d’une discipline intérieure : apprendre à maîtriser son propre champ énergétique, ses émotions, ses pensées, afin qu’elles ne soient plus des maîtres mais des instruments.

Lux in tenebris lucet.

La lumière brille dans l’obscurité.

L’homme du commun porte ses ombres sans les reconnaître, les combattant ou les fuyant souvent. Le franc-maçon, en revanche, est appelé à les affronter, à les éclairer de l’intérieur. L’énergie qui le transforme n’est pas un éclair surgissant de l’extérieur, mais une étincelle qui se réveille.

C’est ce « quelque chose » que l’on ressent lors de l’initiation, lorsque l’obscurité n’est pas seulement l’absence de lumière, mais aussi la possibilité d’une naissance. C’est l’énergie du symbole qui agit, lentement mais sûrement, au cœur même de la psyché. Nombreux sont les Frères qui ont été témoins de cette transformation.

Albert Pike a écrit :

« Le but de la franc-maçonnerie n’est pas de remplir l’esprit de dogmes, mais d’y allumer une lumière. »

Cette lumière est une énergie consciente, le passage d’une connaissance simple à un sentiment profond. Il ne s’agit pas d’un changement d’opinion, mais d’un changement de vibration. Dans le rituel maçonnique, l’énergie circule selon une géométrie précise.

L’équerre, le compas, l’équerre de réglage ne sont pas que des objets décoratifs : ce sont des outils qui nous rappellent que l’énergie doit être ordonnée, mesurée et élevée.

Ordo ab chao.

L’ordre issu du chaos

Ce n’est pas qu’un slogan : c’est un processus dynamique.

Le chaos est fait de passions désordonnées, de réactions instinctives, de paroles hâtives. L’ordre n’est pas répression, mais harmonisation. Il survient lorsque la force intérieure cesse d’être un fleuve impétueux qui submerge et devient un ruisseau qui irrigue, nourrit et désaltère.

Un franc-maçon change lorsqu’il apprend à reconnaître la qualité de son énergie quotidienne. Il y a des jours où l’on se sent lourd, dense, presque « matériel ».
D’autres jours, tout semble léger, fluide, comme si la réalité s’écoulait avec moins de friction. Les rituels, même les plus simples, servent à rétablir la cohérence. Entrer dans le temple, enfiler des gants, ajuster son tablier, s’asseoir en silence : chaque action est un petit levier d’énergie.

Agere sequitur esse.

L’action découle de l’être.

En modifiant progressivement son état intérieur, on modifie également la façon dont on gesticule. Travailler sur son énergie permet aussi d’accéder à une dimension plus subtile, que beaucoup qualifieraient de mystique. Les soirs où tout semble s’effondrer, où les certitudes humaines s’écroulent, une question silencieuse peut surgir : d’où vient réellement cette force qui me permet de tenir debout ?

Dans ces moments-là, l’énergie n’est pas seulement personnelle. C’est comme si l’on puisait à une source plus vaste et impersonnelle, que certains appellent Dieu , d’autres le Grand Architecte , d’autres encore simplement l’Amour .

In ipso vivimus, movemur et sumus.

En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être.

Le franc-maçon qui traverse son désert existentiel découvre qu’il n’est jamais tout à fait seul. Les rituels, en effet, agissent non seulement sur l’individu, mais aussi sur la chaîne qui unit les Frères.

Dans cette chaîne d’union, les cœurs vibrent à l’unisson et les énergies individuelles fusionnent en un champ commun. Dans ce cercle silencieux, chacun porte son fardeau, son combat, mais aussi son espoir. Il ne s’agit pas d’un simple geste symbolique : c’est un acte énergétique puissant.

Ubi duo vel tres congregati sunt, ibi vis maior est.

Là où deux ou trois sont réunis, la force est plus grande.

Le Temple devient ainsi un laboratoire d’énergie partagée. Comment, dès lors, un franc-maçon évolue-t-il avec le temps ?

Peut-être pas de la manière spectaculaire que l’ego souhaiterait. Il ne devient ni omnipotent, ni infaillible. Elle change parce qu’elle apprend à ressentir. Elle devient plus sensible aux mouvements subtils de l’âme, aux blessures des autres, aux murmures de la conscience. L’énergie qui était auparavant dispersée dans les conflits, les plaintes et les jugements commence à se diriger vers la construction, la compréhension et la guérison.

C’est comme si, peu à peu, la pierre brute révélait des surfaces lisses. Non pas parfaites, mais plus conscientes. Sur ce chemin, une erreur n’est pas un échec, mais un écart qui indique un changement de cap. L’important n’est pas de ne jamais tomber, mais de ne jamais rester à terre.

De l’aspera à l’astra.

À travers les obstacles, jusqu’aux étoiles.

Allégorie alchimique extraite de l’Alchimie de Nicolas Flamel

Les difficultés deviennent alors des moments de forte intensité énergétique, des occasions de transformer l’expérience en or potentiel de la sagesse. À ce stade, la question la plus authentique n’est peut-être pas « De combien d’énergie ai-je ? » mais « Où est-ce que je la dirige ? »

Chaque pensée est une graine, chaque mot un véhicule, chaque geste une forme d’énergie que nous libérons dans le monde.

Un franc-maçon qui a travaillé sur lui-même sait qu’il ne contrôle pas tout, mais il reconnaît qu’il a une responsabilité : celle de choisir, instant après instant, d’alimenter la peur ou la confiance, la division ou le lien, les ténèbres ou la lumière. Pourtant, au milieu de ces choix quotidiens, une certitude subtile, presque timide mais tenace, demeure : nous ne sommes jamais coupés de la source. Même lorsque nous nous sentons abattus, épuisés, confus, l’énergie qui nous a engendrés continue de circuler sous la surface de notre lassitude.

Fides est energia cordis.

La confiance est l’énergie du cœur.

C’est cette force qui nous permet de recommencer, de nous relever, de garder espoir même après les nuits les plus sombres. S’il y a un message à retenir de ce voyage, c’est celui-ci : rien n’est perdu. Ni larmes, ni luttes, ni doutes sincères.

Tout est rassemblé, transformé, sublimé, d’une manière que nous ne comprenons souvent qu’après coup. L’énergie qui semble fragmentée aujourd’hui pourrait se révéler demain comme la trame d’une mosaïque plus vaste. Continuez à travailler sur vous-même, en ayant confiance en la Lumière même lorsque vous ne pouvez pas la voir. Car, dans le silence de ton temple intérieur, une force humble mais infatigable murmure :

Tu n’es pas qu’un fragment. Tu fais partie de la Source.

450fm

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UNIVERS QUANTIQUE ET MONDE SEPHIROTIQUE

Publié le 16 Août 2026 par T.D

Ces 2 territoires intellectuels que sont la Kabbale hébraïque et la physique quantique semblent être à mille lieux l’un de l’autre, et ne jamais devoir se rencontrer : l’un est ésotérique, l’autre exotérique, l’un est prosaïque, l’autre métaphysique. En fait, une approche « intuitive » les rend beaucoup plus proches qu’on ne le penserait de prime abord, tout simplement parce que l’esprit humain utilise des voies qui se réfèrent toujours à un « logiciel » universel, qui est celui de la Vie. Il sera ensuite possible, grâce à l’esprit critique cultivé en franc-maçonnerie de décliner ce logiciel sur des « lignes de force » aussi différentes qu’une approche rationnelle, fatalement discursive ou qu’une approche holistique, forcément globalisatrice. L’initié, qui n’est pas contraint par les indispensables outils mathématiques que manipulent les spécialistes, pourra ainsi « comparer » ces 2 territoires, en se réclamant uniquement de spéculations personnelles, et non de faits objectivés. Il ne s’agira pas ici de définir une vérité, ou de confronter les idées d’une doxa toujours en évolution, mais de voir en quoi une forme de préscience, d’inspiration ou de conscience, éprouvée par l’exercice initiatique, pourrait rejoindre une forme de réalité, fut-elle partielle ou subjective. L’Arbre Sephirotique est un des totems de la Kabbale hébraïque, il est d’essence ésotérique et symbolique, mais c’est aussi et surtout un modèle intuitif, relié à d’autres modèles intuitifs qui habitent le cerveau de nos scientifiques, où se recoupent archétypes, postulats et équations s’approchant au mieux d’une réalité pensée.

C’est ce lien intuitif qui permettra à des initiés de pouvoir entendre cet arbre comme ce que Kant appelait un schème, c’est-à-dire une représentation intermédiaire entre les phénomènes perçus par les sens et les catégories de l'entendement. Cela permettra aussi, le cas échéant, de prolonger philosophiquement des trajectoires scientifiques inachevées : c’est par exemple la « théorie du tout », dont la coloration semble métaphysique, mais qui est aussi une tentative d’unifier les 4 forces définies par la physique, à savoir la gravité, l’électromagnétisme, l’interaction dite faible, et celle dite forte.

Par quel biais pourrait-on percevoir une similarité entre le monde quantique et le monde initiatique porté par l’ésotérisme de la Kabbale hébraïque, dont l’émergence respective dans la culture humaine est séparée de 17 siècles ?  Eh bien, par l’exercice de la franc-maçonnerie, déterminée comme « une discipline discrète mais non secrète ». Cette discipline n’est pas en lien direct avec les domaines considérés, elle se contente d’établir des cheminements de pensée, cultivant une souplesse intellectuelle permettant d’établir des ponts entre des objets a priori inconciliables. En effet, la recherche initiatique se doit, dans un souci d’efficience, de toujours s’en tenir à un « quant-à-soi méthodologique » bien précis, et à un usage « parcimonieux » des symboles afin de se « perdre » le moins possible dans les méandres d’une pensée ostensible certes indispensable, mais qui nous masque souvent une partie de la réalité.

Cette parcimonie n’a rien de morale : elle s’établit selon sa signification leibnizienne, qui veut que le principe de parcimonie soit celui d’une forme d’optimisation que d’aucuns qualifient à tort d’optimisme.  Dans ce cas de figure, la discrétion, qui est une parcimonie d’attitude ou de position, deviendra incontournable, cette « mise en situation » favorisant l’introspection et toute la finesse analytique qui en découlera. Mais ce terme de « discret » signifiera aussi autre chose, collant tout autant à la réalité du phénomène quantique. Nous devons en effet définir le terme de discret selon son étymologie première, fondamentale. Vers 1165, cet adjectif, emprunté au latin discretus, lui-même participe passé de discernere, signifiait « divisé, séparé, interrompu », puis, à basse époque, « apte à juger, prudent, juste ». Discret s’est aussi constitué au début du XIVème siècle sur la notion mathématique de discontinuité, et donc de « rupture » dans un environnement apparemment homogène. L’objet de cette discontinuité sera ce qu’on appelle en physique quantique des « grains » d’énergie, ou quanta.Cette discontinuité va provoquer une inévitable coexistence entre les parties qui la constituent. En franc-maçonnerie, l’usage mimétique de cette coexistence et de ses tenants s’appelle le symbolisme. Le symbolisme est véritablement le viatique de la franc-maçonnerie moderne, il n’existe que dans le cadre de la complémentarité des parties, de l’assemblage de constituants, du mimétisme des composants, ces parties étant, suivant le moment, ou bien jointes (symbolé) ou bien disjointes (symbolum). Cette incertitude d’état du symbole recoupe celle, nous le verrons, des quanta dont la localisation n’est jamais précisément définie, car ils évoluent dans un univers si petit qu’ils échappent à l’espace-temps relativiste : c’est pourquoi on parle, plutôt, à leur propos, d’une onde censée illustrer, par son tracé, la plausibilité de présence à tel ou tel endroit, tel ou tel moment, sans plus.

En physique quantique, les particules sont si peu localisables qu’on obère leur matérialité, et donc leur localisation en y substituant, je le répète, une « fonction d’onde » qui est une « zone de probabilité » censée représenter leur hypothétique positionnement : c’est ce qu’on appelle la superposition quantique : une particule existe simultanément dans une infinité de positionnements possibles. C’est un peu la même chose avec l’Arbre Séphirotique : plus qu’un réseau est-il une superposition d’états que sont en fait les déclinaisons possibles du principe divin, les fonctions d’onde étant représentées par les 22 liaisons possibles, appelées sentiers, entre lesdites Séphiroth. Chaque Séphirah sera alors quantifiable par ce qui la délimite et comparable à un quantum.

Pour filer la métaphore, nous pourrions voir une voiture comme un agrégat, un corpuscule, et sa trajectoire GPS comme un parcours prédéterminé, comme l’onde probabiliste de sa présence à tel ou tel moment du parcours, l’ensemble voiture-trajectoire constituant, dans son entièreté, une seule et unique entité bien trop élusive pour être formalisée par nos sens. Pour être tout à fait précis, il conviendrait de faire ces mesures à partir d’un endroit éloigné, l’espace géostationnaire, par exemple, où la vision rendrait insécable le véhicule de ses trajets Cette mesure probabiliste rejoindrait en cela l’incertitude qui gouverne les quanta quant à leur « consistance », définie à la fois comme ondulatoire et corpusculaire. Cette dualité constitutive trouvera écho dans l’Arbre Séphirotique, composé de l’« ondoiement » de 22 chemins, appelés « sentiers », reliant les 10 séphiroth, concrétions mentales qualifiables alors de « corpusculaires ». Cette approche à l’avantage de pouvoir être sommairement imaginable par un point, pour le corpuscule, le granulaire et simultanément par une oscillation pour l’onde décrite.

L’onde, issue du latin unda, désigne à l’origine l'eau mobile, courante, constitutive de l'humain mais également sujette à un mouvement permanent, qui donc la transforme par l'intérieur, de manière sporadique et sinueuse. Cette onde est unificatrice, c’est pourquoi l’Arbre Séphirotique est composé en fait de 32 chemins, 22 continuels, les sentiers, et 10 concrescents, les séphiroth. Enfin, au XIVème siècle, l’onde acquerra le sens abstrait de « ce qui affecte de manière intermittente », et qui donc laisse la place, à tout moment, au quantum en tant que « principe pesant ».  Une phrase du 3ème degré du REAA ne dit pas autre chose : Q- : « Comment êtes-vous parvenu à cet endroit ? », R- : « Par 3, 5 et 7 marches séparées par 2 repos ».

Q- : « Comment êtes-vous parvenu à cet endroit ? », R- : « Par 3, 5 et 7 marches séparées par 2 repos».

Les repos constituent ici des stases nécessaires à l’assimilation d’une forme de dynamique vertueuse représentée par les marches, (identifiables aux séphiroth) qu’on ne gravit que par le mouvement, lui-même cadencé à la fois par son caractère escalatoire (des formes et des idées), et par une scansion permise par la progressivité et l’acutesse des nombres impairs (identifiables aux 22 sentiers). Il faut en effet imaginer l’Arbre Séphirotique comme une mouvance perpétuelle, où interagissent stations et mouvements. L'onde contourne les obstacles en les épousant, elle permet de garder du mouvement et donc de la liberté, tout en posant une réflexion précise et profonde sur cette intrication complexe qui se mène en permanence entre Nature et Individu, entre fonction d’onde et quanta, entre sentiers et séphiroth.

Cette intrication existe donc en physique sous le doux nom d’« intrication quantique ». Elle signifie que l’état d’un objet quantique conditionne celui d’un autre objet quantique, quel que soit la distance qui les sépare. Lorsque deux particules deviennent intriquées, elles semblent instantanément coordonner leurs états.  Cette propriété extraordinaire met sans doute en jeu le « bruit de fond ondulatoire » du vide quantique, dont les lignes de force entre 2 quanta, qui emplissent ce vide, vont se voir modifiées, cette « dissonance du milieu » servant alors d’information transmise, sous forme d’ondulations, à qui de droit.  Pour illustrer ce propos, prenons l’exemple des poissons, aptes à détecter d’infimes différences de pression barométrique dans le milieu aqueux, différences générées par le mouvement, par exemple d’un requin évoluant à 500 m de là.

Les mouvements ondulatoires du requin vont modifier la pression aquatique attenante, qui sera perçue par les détecteurs du poisson, car sa fluctuation sera transmise aux ondes de l’eau. C’est aussi le principe maçonnique d’exemplarité, dans lequel point n’est besoin de liens très proches pour voir son comportement influer sur autrui et inversement. Cette exemplarité sera d’autant plus forte que l’égrégore, ce tissu invisible, conjonctif et fraternel, sera plus épais, et que donc la transmission se fera plus intensément. De cette intrication découle une autre propriété remarquable, l’holisme quantique, dans lequel la somme des propriétés de 2 particules quantiques, même éloignées, est supérieure à celle de leur combinaison. Cela nous renvoie à la célèbre formule 1+1=3, dite de la tri-unité, ou pensée ternaire, dans laquelle le tiers inclus est représenté par l’initié lui-même.

L'onde est aussi une manifestation qui renvoie à une source, puissante mais bien souvent ineffable. Cette source ineffable est objectivée en physique quantique par ce qu’on appelle le vide quantique, vide supposé car transparent à l’intellect rudimentaire de l’être humain. Il s’agit en fait d’un endroit que l’on pourrait assimiler à un tissu nourricier, partout présent, uniquement rempli de « fonctions d’onde », c’est-à-dire d’oscillations correspondant à une probabilité de présence de ces quanta, particules fantastiquement énergétiques mais dépourvues de masse signifiante. Cette absence de masse, qui est, je l’accorde, difficile à concevoir pour un profane, signe pourtant cette apparente existence d’un vide et correspond, nous allons le voir, à l’Ein des kabbalistes. Pour les maçons, la fort célèbre devise « Ordo ab Chao » sera en fait la meilleure façon, par le chaos, d’imaginer ce vide. Par exemple, le vide quantique n’a de vide que le qualificatif ou que l’observation physique macrocosmique.

Il est en fait « vibratoire » : ce terme, ambigu, peut prêter à confusion, par son imprécision ou son caractère fumeux ; il faut concevoir le « vide » quantique non comme une forme d’absence de tout élément, mais comme le terrain de jeu de phénomènes si subtils qu’ils ne peuvent être définis qu’au travers d’un levier mi-symbolique mi- scientifique, celui de la fonction d’onde. Le chaos est foncièrement une « potentialité non ordonnancée » de laquelle sortira un agencement progressif, une « matière arrangée » ainsi apte à être conçue et reçue par l’intellect humain, et, partant, à s’infléchir sous l’action d’un principe différenciateur, qu’on appellera, c’est selon, Dieu, le GADLU ou l’Ein Sof (« sans limite ») des kabbalistes. Nous parlerons alors de vide parce que la petitesse et la célérité de l’ensemble n’apparaîtra pas à notre regard, bien trop lent et trop obtus pour détecter une présence en son sein.

Ces kabbalistes ont poussé la différenciation jusqu’à distinguer 3 « univers » dans cet ineffable : l’Ein, où la négation est un principe, et le néant une expression infiniment cyclique. L’Ein Sof, où l’absence de limites constitue malgré tout un seuil de plausibilité de l’existence (car la négation s’applique là à un substantif). L’Ein Sof Aur, enfin, qui voit apparaitre la lumière-principe (Aur) comme un signal sortant du bruit primordial. Pour établir une similarité avec l’univers quantique, il faut savoir que la 1ère révolution quantique vit la lumière physique définie comme une onde électromagnétique, portée par une dualité ondulatoire et corpusculaire. Il n’y a bien sur aucun lien structurel entre la lumière physique, et celle, métaphysique dont parlent souvent les francs-maçons, si ce n’est être un lien ontologique, caractérisé par des qualités de puissance, de fugacité et d’élusivité.

En fait, il faut considérer cette tripartition de l’Ein Sof comme une manière de générer, même au sein de cet ineffable, une dynamique (dont le 3 est le nombre symbolique), un élan ternaire propre à ensuite se « retirer » (Tsimtsoum en hébreu), afin de découvrir (dans les 2 sens du verbe) , l’expression en l’homme du divin, c’est-à-dire l’Arbre Séphirotique. Il faut considérer cette ternarisation comme une triangulation

Définir par exemple 2 univers ramènerait ceux-ci à une vision binaire, non ineffable, car détenue par l’homme en général ; en définir 4 n’apporterait rien de plus, puisque le processus d’identification symbolique s’arrête au nombre 3, et serait reproduit rel quel à la simple adjonction d’une unité supplémentaire. Même au niveau de l’Ein Sof Aur, nous restons dans une dimension archétypique, que l’on retrouve parfaitement illustrée dans le tableau du 28ème degré, où le soleil-principe, qui est plus que le simple luminaire, ensemence, irrigue toute une suite articulée et hiérarchique de symboles à même de reproduire ce délicat passage du principe à la matière. Cette approche particulière permet donc de proposer une alternative au phénomène intuitif de continuum, que l’on rencontre communément : la gravité, le sable, l’eau, la pensée, l’intelligence, le temps et l’univers semblent formés d’un tissu « conjonctif », s’écoulant sans obstacles, une sorte de « fluide métaphysique » continu.

C’est une forme d’adaptation de la chair à des principes mécanistes dont on a du mal à se départir, et qu’on ne peut alors concevoir, faute de mieux, que sous forme d’un flux. La notion de continuum semble alors intuitivement plus avancée que celle de « grain » (quanta, en latin) car elle nous emmène intuitivement vers l’image d’une affluence, d’une dynamique ou d’un essor qui évoque intuitivement l’esprit, l’intelligence ou la pensée. En fait, la notion de continuum symbolise un biais d’attrition, une carence de perception de l’individu à se servir d’un concept, n‘y voyant que son aspect corrélé, voire même, comme dans les fonctions d’ondes vibrant dans le vide quantique, que la corrélation elle-même. Ceci corrobore la théorie de la Relativité générale d’Einstein, qui décrit l’Espace-temps comme continu et lisse alors que la théorie quantique le décrit comme étant « discret (constitué d’unités discrètes) et agité », donc non-localisé.

L’ondulation, l’écoulement, la stillation plaisent à l’intellect, qui y voit une forme de spiritualisation de la pensée et de la matière. Cette vision n’est pas fausse, mais partielle : elle deviendra plus aboutie lorsqu’on y associera ce que les physiciens appelèrent donc les quanta, constituants ultimes des protons, électrons et neutrons, qui sont des condensats d’énergie discontinus et indivisibles, des sortes de « paquets » (on parle d’ailleurs de « paquets d’onde ») résistant, à très petite échelle à cette « fluidité ontologique » supposée. Pour faire un autre lien entre quanta et séphiroth, les physiciens parleront ainsi, à propos de ces particules singulières, de « couleur » et de « saveur » particulières, qualifiant de façon ambiguë lesdites particules, et trahissant quelque part la difficulté à caractériser dans le monde commun cette physique si particulière.

Cette « coloration » et cette « saveur » seront transposées dans l’Arbre Séphirotique en valeurs qualifiant les émanations divines, que matérialise chaque séphirah, valeurs morales, métaphysiques, voire situationnelles, mais obéissant aussi à un « prosaïsme confessionnel » dont seul le judaïsme est capable : couronne, beauté, force, miséricorde, Connaissance, intelligence, gloire, etc… Il ne faut surtout pas voir cette quantification des séphiroth comme une façon de les apprivoiser, de les réduire à une simple fonction mécaniste, car quantifier n’est pas rendre « plus prosaïque », c’est même plutôt le contraire, car cette « finitude transitoire » du concept, et c’est là un euphémisme, se prêtera parfaitement à sa collusion avec l’idée d’un syncrétisme mouvant, d’une transformation perpétuelle et d’une amplification sporadique permise par l’induction créatrice des 22 sentiers reliant les 10 séphiroth. La force de l’Arbre séphirotique sera qu’il est tellement archétypal qu’on ne pourra se résoudre, à son égard à une seule interprétation possible : on pourra y voir aussi bien un « boulier métaphysique », un gradient, une arborescence, un corridor ou un organe spéculaire, c’est-à-dire un portrait où se mirent nos attitudes et notre intellect, nous permettant, excusez cette redondance, de « spéculer », c’est-à-dire de compléter sans cesse l’approche relativiste du monde qui nous entoure. La vision la plus adéquate, mais en même temps la plus abstraite consisterait peut être à voir dans l’Arbre Séphirotique un « champ des possibles », pouvant exister sous 2 états très ponctuels, celui des séphiroth, qui symboliseraient une confluence « localisée et temporaire » et celui des 22 sentiers, qui ne sont autres autre que ce même champ, mais envisagé de façon potentielle, diffuse, non localisée.

Métaphoriquement, cet arbre serait assimilable au sang, seul tissu conjonctif liquide de l’organisme, fait d’« éléments figurés », les globules, plaquettes et consorts, et de plasma, sorte de fluide nutritif fait d’eau et de minéraux, échangeant sans cesse par les lois de l’osmose avec ces éléments « solides » précités. Alors bien sûr, un globule reste toujours un globule, et les transformations du plasma ne changent qu’à la marge la forme et la constitution des éléments qui y baignent. Alors que la physique quantique opère à la limite de la métaphysique.  Ce qui veut tout simplement dire qu’une découverte dans ces domaines-limites se partagera nécessairement entre le « dit » objectif, versé au dossier du prosaïque et un « non-dit » transitoire, versé au dossier « métaphysique ».

La métaphysique est alors ce qui nourrira les espoirs de découvertes les plus controversés. Rien d’anormal là-dedans, la métaphysique sera toujours ce domaine à l’ambivalence nécessaire : on a coutume, et c’est un contre-sens, à voir le radical méta- comme une temporalité : la métaphysique serait après la physique, au-delà de celle-ci, mais cet au-delà n’a pas de valeur temporelle, il est travaillé par l’homme qui sait se montrer « dépassé » sans se perdre…Et cette boussole s’appelle la métaphysique. Dans cet esprit, la vision que requiert l’Arbre Séphirotique se devra d’être avant tout globale, sur un mode méditatif, où l’attention passera de pôle en pôle sans jamais s’« attacher » à une valeur particulière.

On retrouve là l’esprit général de la franc-maçonnerie, qui est d’émanciper les personnes qu’elle contribue à construire, dans un objectif de souveraineté intellectuelle et d’autonomie fonctionnelle. Les exemples proposés peuvent être vus comme des illustrations un peu naïves, voire simplistes ; il n’en demeure pas moins, et c’est là leur force, que tout est lié dans ce bas monde, fut-il microcosmique ou macrocosmique. La limite entre physique et métaphysique est de toute façon toujours mise à rude épreuve : si vous lisez des ouvrages de scientifiques portés sur l’aspect fondamental de leur recherche, il y a toujours un moment où ils décrochent dans leur analyse prosaïque, et où leur seule échappatoire est de digresser pour faire diversion, ou simplement pour marquer leurs limites. 

C’est tout l’intérêt de ces disciplines médianes, que sont la physique quantique et l’étude séphirotique Cette approche sera néanmoins conditionnée au fait que nous ayons préalablement étudié chaque séphirah dans son essence propre. Nonobstant une vertu précise alléguée à chaque séphirah, leur essence pure n’existe pas, en fait, de façon définitive, étant, du point de vue quantique, plus le condensat de diverses valeurs que d’une valeur unique. Cette relativité est une force, comme elle l’est en franc-maçonnerie, car elle n’impose aucun dogme définitif. Il existe en effet une grandeur qualitative pour chaque émanation divine séphirotique, témoignant de son usage dans un entre-soi à la fois séculier et régulier. Mais en même temps, ses relations inaliénables avec les autres séphiroth tendent à relativiser la « tessiture » de la valeur morale qui est attribuée à chacune. 

Ainsi, par exemple, la 5ème séphirah, nommée Gevurah, « force » ou « rigueur », interagit-elle avec la miséricorde (Chesed), la gloire (Hod) et l’intelligence (Binah) ; elle sera donc, à un instant T, un peu de toutes celles-là, en quantité variable. Nous appellerons, en physique quantique, cette capacité à épouser différentes valeurs la superposition quantique, où chaque quanta existe simultanément sous des différentes valeurs, ce qui multiplie à l’infini le nombre de localisations possibles. Á sa façon l’Arbre Séphirotique est également une superposition de 10, voire 11 séphiroth, dans la mesure où ces canaux que sont les sentiers, sont effectifs. Autre corrélation intuitive, validée par l’expérimentation scientifique : la physique quantique a classifié les particules quantiques en 2 grandes catégories, les fermions et les bosons.

Il s’agit là d’un autre niveau d’analyse, plus catégoriel, et d’une certaine façon holistique, dans laquelle les fermions constituent la détermination d’une certaine « granularité » fondamentale de la réalité, d’une forme de matérialité. En effet, ces particules quantiques subissent comme les autres une forme d’incertitude sur leur position, mais bénéficient de ce qu’on appelle le principe d’exclusion, grâce auquel chaque électron ne peut pas occuper la place d’un autre, sans quoi ladite matière s’effondrerait sur elle-même. Pour filer la métaphore, le principe d’exclusion peut être expliqué par le jeu des chaises musicales : 6 chaises, 7 candidats, puis 5 chaises et 6 candidats, etc…. Á chaque tour, un candidat sera exclu afin que la « trame » de chaises, c’est-à-dire l’aspect solide de la matière demeure prépondérant sur le balai « labile » des candidats.  

Ce principe permet une alternative à la non-localisation, créant la représentation mentale d’un solide, illustrant la répartition ontologique de ces éléments, qu’on peut symboliser, s’agissant de l’Arbre séphirotique, par l’image « arrêtée » des séphiroth, où chacune subit l’influence des autres, mais sans possibilité de s’y substituer. L’autre grande catégorie sera celle des bosons, particules ne bénéficiant pas du principe d’exclusion précédemment cité, et donc se constituant en « flux », en faisceau transmetteur de forces. Il est assez contre-intuitif d’imaginer ces « grains d’énergie » comme des forces, mais cela est rendu effectif par les collisions rendues possibles (car non exclues) entre lesdits bosons, ces derniers libérant à ce moment une partie de leur énergie en forces propagatrices, à l’image d’un liquide, dont les molécules « glissent » les unes sur les autres. Nous y verrons aussi les 22 sentiers de l’Arbre Séphirotique, de même substance que les 10 séphiroth, mais possiblement fluctuantes.  En fait, plus que d’un gradient ou d’une échelle il s’agira, avec l’Arbre Séphirotique, d’une matrice, telle celles mises en avant par la pensée chinoise, où l’on puise çà et là des « causes » diverses, qui donneront alors des effets proprement « imprévisibles », car non linéaires. L’Arbre Séphirotique est en fait une image captée, et même « capturée » de ces quantifications appelées séphiroth, qui sont, selon l’explication commune, des « versants possibles » de la manifestation divine. Arithmosophiquement, il s’agit là d’une redondance, car le nombre « 10 » signifie l’unité réalisée, et donc les aspects divins qui en découlent, ce qui valide la situation des séphiroth.

Il en est de même pour les 22 sentiers, le nombre « 22 » symbolisant le nombre de lettres de l’alphabet hébraïque, mais aussi phénicien, éthiopien, hiératique égyptien, c’est-à-dire l’occurrence de lire, et donc de lier, en associant l’antagonisme des forces cosmiques (le « 20 »), à l’antagonisme des tendances individuelles (le « 2 »). Dit en termes moins fumeux, il s’agit de « rassembler tout ce qui est susceptible d’être épars ». Ces sentiers assurent non seulement leur liaison, mais également la possibilité de nuancer une valeur primitivement « entière » : c’est pourquoi chaque Séphirah est « nommée », ce qui permet de la qualifier, sur divers plans, moraux, philosophique, initiatique, épistémologique, mais aussi de la quantifier, c’est-à-dire d’en faire une « substance momentanément finie ».

Dans le domaine ésotérique, rien n’est négligeable, ni indépendant de ce qui l’entoure. Á cet égard, le milieu dans lequel « baignent » les séphiroth, qui leur permet donc d’exister et de se situer, connait son équivalent en physique quantique par le champ dit « de Higgs », qu’on peut définir comme une sorte de « viscosité de fond », qui va conférer aux particules quantiques, définies au départ comme une fonction d’ondes, une certaine masse (sauf chez le photon qui n’a pas de masse). Cette masse sera objectivée au niveau des séphiroth par une figure que certains qualifient trop vite de sphère ou de « boule ». Il s’agit plutôt ici de configurer ces limites selon des traits curvilignes fermés, en lien rotond avec le Divin.

On pourrait aussi comparer cet arbre à un tableau de loge, qui sera, au-delà des significations et des relations symboliques multiples qui s’établissent entre ces composants, un lieu d’équilibre entre lesdites entités, et d’autre part avec le « bain métaphysique » duquel elles émergent et dans lequel elles évoluent. Le tableau de loge est, dirions-nous aujourd’hui, un écosystème qui se suffit à lui-même, mais qui est constitué à la fois de symboles émergents, propres au grade : ce sont les images illustrant ledit tableau, et d’un « fonds diffus », d’un tissu nourricier invisible, d’un environnement ineffable constitué de tout ce qui n’est pas visuellement présent et qui constitue l’arrière-plan dudit tableau. Cet ineffable constitue aussi, nous l’avons déjà signalé, l’Ein Sof des kabbalistes, assimilable au vide quantique. Mais l’Arbre Séphirotique n’est pas seulement une interface, ou un juste milieu entre monde divin et monde tangible : il se suffit à lui-même, apparaissant comme un appareil auto-géré, auto-régi, le protégeant en fait de toute velléité excessive du dévot ou de l’impie.

Pour cela, sa fonction suprême, celle de la Connaissance, se devra d’être objectivée au sein même de son appareil. Da’ath, la 11ème Séphirah, dite « invisible », nichée dans le cœur battant de l’arbre kabbalistique des Séphiroth signifie en effet « Connaissance » : ce statut fait qu’elle n’est pas qualifiable en tant que telle, puisqu’elle est, déjà par elle-même, la qualification suprême, et la garantie à elle seule de toute la légitimité d’exister de l’Arbre Séphirotique. Da’ath est une forme de mise en abyme de cette Connaissance qui imprègne chaque Séphirah dans ses liaisons avec les autres Séphiroth. Nous pourrions dire que Da’ath est un « passeur » providentiel, dans son étymologie subsidiaire, c’est-à-dire qu’elle pourvoie au lien entre 2 mondes. Par sa transcendance discrète, Da’ath renvoie les autres séphiroth à leur qualité d’avatar, elle permet d’ajouter à la compréhension du divin par l’articulation entre ces Séphiroth, une finitude qui fait qu’elle se suffit à elle-même.

Si cette séphiroth est « cachée », c’est d’abord parce qu’elle apparait en filigrane du plan d’expression de l’Arbre, qu’elle est un pont invisible entre ce que j’ai appelé plus tôt, s’agissant de la physique quantique, le « Champ de Higgs », fonds diffus et nourricier, profond, et les autres séphiroth, plus ostensibles et de ce fait plus limitées dans leur valeur significative. Da’ath n’est donc pas proprement dissimulée, elle opère simplement sur un plan intermédiaire, entre les autres séphiroth et l’Ein Sof. L’élusivité de Da’ath connait un équivalent en physique quantique, le boson de Higgs, très furtif, d’ailleurs découvert en dernier parmi les particules quantiques, et qui, comme elle, possède des caractéristiques qui le distingue des autres quanta, cedifférentiel constitutif permettant d’agir derechef sur ces derniers.

Le boson de Higgs pourrait, à l’instar de Da’ath, être dit « invisible ou caché », car ce qui caractérise les autres quanta est chez lui absent : sa présence donne de la « viscosité » aux autres quanta, c’est-à-dire une masse à ce qui n’était qu’une fonction d’ondes ; conséquence : la théorie ne lui prévoit pas de masse, puisqu’il ne peut pas être à la fois, à l’instar de Da’ath, une référence et un « référé ».   De plus, le boson de Higgs n’a pas cette signature qu’on appelle le spin, qui est une sorte de « rotation intrinsèque » caractéristique des quanta, il interagit uniquement avec lui-même, et son existence est trop brève (de l'ordre de 10 puissance moins 22 secondes) pour qu'on le détecte directement.

Bref, ce qu’il faut retenir de Da’ath et du Boson de Higgs, c’est qu’ils échappent quelque part à la « ligne éditoriale » de leurs domaines respectifs, tout en y appartenant quand même : cette asymétrie est fondamentale, car elle permet de créer un point d’ancrage, extérieur par définition, apte à « densifier », à autonomiser peu ou prou ce système. L’Arbre Séphirotique, comme l’univers quantique, peuvent donc être qualifiés, excusez le caractère « désincarné » de cette approche, de « conurbations » de concepts définis sur le papier par des valeurs mathématiques, morales ou métaphysiques qu’il conviendra, pour l’initié, de « dépasser » en faisant usage d’un syncrétisme dont la portée dépendra du caractère, de la culture, de la conscience et de l’intelligence dudit initié. Si la réflexion est cohérente, rien ne sera jamais faux.

Simplement la réflexion se situera à des niveaux variables, elle demeurera plastique, et c’est ce formalisme de la plasticité qui permettra d’avancer dans « les voies de la Connaissance ». L’Arbre Séphirotique tout comme le modèle quantique ne sont donc pas à proprement parler, didactiques, d‘abord parce que leur fonction n’est pas celle-là , mais celle d’établir des ponts entre 2 autres milieux ; ensuite , et c’est une conséquence de la précédente, parce qu’ils offrent d’emblée toute leur structure à l’impétrant, afin que celui-ci puisse prendre la mesure de ce qui lui est soumis, et c’est là le « piège » : tout est exposé, mais rien n’est véritablement visible, chaque Séphirah, chaque quantum possédant une spécificité qui existe par la valeur qui lui est attribuée, mais aussi par sa position relative dans le schéma prescrit.

Cette aptitude est séduisante car elle décrit des phénomènes subtils, attractifs, quelquefois contre-intuitifs qui ne doivent pourtant pas « masquer » le caractère nécessairement subjectif de leur étude. Le modèle quantique, par exemple, ne se marie pas au modèle relativiste, et donc pas à ce modèle prégnant chez le franc-maçon, celui de la mesure.

Alors que le simple fait de tenter de mesurer un effet quantique se heurte à ce qu’on appelle la « décohérence », dans laquelle toute intrusion, ne serait-ce que visuelle, si infime soit-elle, provoque ce qu’on nomme un « effondrement quantique », où les lois régissant ce monde infiniment cessent immédiatement d’exister et basculent suivant les lois de la physique classique, relativiste. Ce terme de « décohérence » est péjoratif, car nous aurions tout aussi bien pu définir le passage du quantique à la physique classique comme une « recohérence relativiste » il porte en fait, par ce qualificatif, toute l’impuissance de la communauté scientifique à observer et maintenir en l’état cet effet.

L’effondrement quantique n’est pas un acte de révélation et d’émanation, mais, au contraire, un acte de restriction, d’où son épithète péjorative. On peut ainsi le rapprocher de la Chute adamique, depuis l’Eden, monde indifférencié vanté par la religion, où tout est potentialité, vers le monde discursif tel que nous le connaissons qui est, d’après la Bible, endroit de douleur et siège du Mal, en tant que pendant à l’inévitable Bien.  Ce retrait existe aussi dans La Kabbale, sous le nom de Tsimtsoum. Cet acte de « retrait ontologique » qualifie au mieux le passage de l’Ein Sof à sa manifestation en séphiroth.  Le retrait d’un milieu par rapport à un autre a cet avantage de ne laisser à aucun moment un « espace » neutre entre les 2 : ce qui est laissé est instantanément occupé par le milieu récepteur, en l’occurrence ici celui de l’Arbre Séphirotique, du monde tangible, et de l’espace-temps qui se crée.

Le Soleil-principe ne peut être, à l’origine, que principiel, puisqu’il se trouve en amont des anges, et non le simple luminaire placé au-dessus de l’Orateur, en loge symbolique. Il n’est perceptible, à l’instar des 3 modulations de l’Ein Sof, qu’au travers de 3 substrats successifs, aptes à moduler sa vigueur. Le 1er filtre sera celui du cercle pointé, le 2ème un triangle apposé sur le disque principiel : ce triangle va donner au Soleil-principe de l’étendue nuançant par essence une perception trop violente qui affecterait notre esprit. Le Soleil-principe ici ne signifierait rien s’il n’était lu par le prisme de ce triangle, qui lui confère la capacité à être un tant soit peu agissant, le triangle donnant au Soleil-principe un principe de dimension et de quantité à même d’en faciliter l’approche.

Enfin, les 3 S « postés » aux 3 sommets du triangle (Sagesse, Saint et Science) complètent ledit triangle, le renforcent, car il s’agit là de vertus proprement humaines.

La sentence LUX EX TENEBRIS, disposée entre Principe et matière, libère paradoxalement l’intelligence humaine, en tombant, par la Chute Adamique ou l’effondrement quantique, dans le manifesté. De façon presque naturelle, les Keroubim ou Chérubins, à la fois protecteurs et intercesseurs vont trouver leur place immédiatement à l’extérieur de cette sentence, pour border et rendre intelligible la liaison entre Principe et Nature. Ensuite le monde tangible va pouvoir se décliner en de nombreux archétypes tels que les 4 éléments alchimiques, les 3 états du feu, symbolisés par des bougies ; le Temple de Salomon flanqué des 2 colonnes ; l’Agneau ; le Caducée ; les 3 états de l’Être et la symbolique des nombres. Le caractère didactique, car fragmenté, compartimenté, des tableaux de loge précédents ne demande plus ici à être apprécié selon un ordre sérié, mais dans une mouvance qui n’en est une que pour les non-initiés…

Thierry Didier.

 

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Quand la Kabbale rencontre la science

Publié le 16 Août 2026 par T.D

Trois points d’interface

par Yits'hak Ginsburgh

Une démonstration de la façon dont trois aspects majeurs de la théorie scientifique moderne interagissent merveilleusement avec les concepts clés de la tradition kabbalistique.

1) La quête de l’unité

La science, dans sa quête pour révéler l’unité sous-jacente au sein de la nature, se retrouve constamment à revenir aux origines de l’univers – au « jour un » (yom e’had) de la Création. L’univers, dans son état actuel, est trop froid et trop solide pour que l’on puisse y trouver l’indication d’une telle unité. C’est seulement au sein de l’énergie et de la chaleur qui régnaient au tout début du temps et de l’espace que toutes les forces et tous les éléments de la nature pouvaient fusionner pour ne faire qu’un. Telles sont les prémisses qui sous-tendent les théories du champ unifié et du « big bang ». Si l’on recherche l’unité encore plus profonde qui lie « l’existence » à la « non-existence », il devient alors nécessaire de proposer des théories encore plus obscures – comme la théorie des cordes – qui relèvent presque de la métaphysique.

La recherche de l’unité commence avec le principe généralement admis dans la physique moderne que le temps partage une « géographie » commune avec l’espace : de même que tous les points de l’espace coexistent selon un continuum unique, tous les points dans le temps – passés, présents et futurs – se répartissent simultanément au sein du même réseau.

Beaucoup admettent actuellement que le processus cosmologique qui a produit ce continuum d’espace-temps s’est déroulé en quatre étapes, dont les trois premières émanent des théoriciens des « cordes », tandis que la dernière est populairement connue sous le nom de « théorie du big bang ». En premier lieu, les propriétés et les relations mathématiques qui régissent l’espace-temps devaient être définies ou « créées ». Ensuite, en un seul saut quantique, « l’existence » a spontanément émergé de cette « abstraction ». À ce moment-là, une grande « inflation » de l’univers se produisit, lors de laquelle il s’étendit, instantanément, de l’ordre de 1050. Finalement, le « big bang » déchaîna la pleine poussée de sa force à partir d’un point unique à l’intérieur de cet univers étendu. Dès lors, l’univers tel que nous le connaissons commença à se dilater, quoiqu’infiniment plus lentement qu’il ne l’avait fait jusque-là, se figeant dans son état actuel au fur et à mesure que ses éléments structurels se refroidissaient.

En termes kabbalistiques, ces quatre étapes peuvent être considérées comme correspondant à la séquence des quatre lettres du Nom ineffable de D.ieu – Youd Hé Vav Hé, le modèle sur lequel repose toute méditation dirigée vers D.ieu et la Création. La première lettre de Son Nom, Youd, un point minuscule, représente la « contraction » initiale (le tsimtsoum) de la Lumière Divine à partir de laquelle fut créé le vide primordial de l’espace et du temps. La seconde lettre de Son Nom, le Hé développé dans l’espace, représente l’émergence initiale de l’être créé ex nihilo. La troisième lettre, le Vav linéaire (dont la valeur numérique est 6), symbolise l’extension soudaine de cet être dans les six directions de l’espace. Il suggère également à la prémisse contenue dans la théorie des cordes qu’il existe six autres dimensions cachées qui sont effectivement « enveloppées » au sein des quatre que nous identifions communément. Enfin, la répétition de la lettre Hé à la fin du Nom de D.ieu suggère une fois de plus l’idée d’expansion – désignant cette fois-ci l’expansion finale de l’univers par laquelle il s’est installé dans sa forme divinement assignée.

L’hypothèse d’une unité sous-jacente au sein de la Création entraîne avec elle la croyance concomitante en un état de symétrie parfaite ayant caractérisé l’univers naissant. (Les mathématiques de la physique moderne utilisent des groupes de symétrie lorsqu’elles veulent exclure des phénomènes conceptuels « indésirables » comme les infinis.) Au fur et à mesure que progressent les étapes de la création, cet état initial de symétrie dans l’univers semble s’effondrer. Ainsi, tout retour à l’unité primordiale de la création semblerait impliquer un retour correspondant à la symétrie maximale.

Le dernier verset de la section de la Torah de Béréchit (Genèse 5,8) évoque le ‘hen (amabilité ou faveur) que Noé trouva aux yeux de D.ieu. Le terme ‘hen est compris dans la pensée ‘hassidique comme impliquant le genre particulier de beauté gracieuse qui découle d’une symétrie innée. Noé, qui représentait le dernier vestige de la grâce naturelle demeurée dans la Création après le grand déclin moral qui provoqua le déluge, fut identifié aux yeux de D.ieu comme une source de ‘hen, comme l’exprime le fait que les lettres hébraïques de son nom – le noun et le ‘het – forment une image miroir du mot ‘hen. Ainsi, le ‘hen que Noé trouva aux yeux de D.ieu suggère de manière figurative l’identification d’une symétrie suffisante au sein de la Création pour susciter la compassion divine et sauver le monde de la destruction totale. La pupille de l’œil est appelée en hébreu ishon – littéralement « petit homme » –, faisant peut-être allusion à l’image de Noé qui occupait le centre de la vision de D.ieu lorsque Celui-ci évaluait l’avenir de Sa création.

La Torah désigne communément l’œil comme étant l’instrument de mesure du ‘hen. Le rôle que joue la symétrie dans le processus de la perception visuelle s’exprime clairement par la fonction du cristallin, la lentille qui projette sur la rétine une image inversée qui est par la suite retraitée par le cerveau pour produire l’image rectifiée que nous percevons réellement. Cela nous indique que la façon de découvrir le ‘hen caché de l’univers est d’imaginer une « inversion » de la réalité, dans laquelle la Divinité est pleinement révélée tandis que l’aspect matériel de la Création passe dans l’abstraction.

2) Le principe d’incertitude et la conscience de la foi

À côté de l’unité sous-jacente de la nature, le centre d’intérêt le plus « éclairé » de la recherche scientifique moderne peut être considéré comme étant celui de la relation intime entre la conscience et les lois de la réalité physique.

Le principe d’incertitude de la physique quantique, qui établit en substance l’impossibilité de déterminer simultanément certaines paires de phénomènes subatomiques (comme la position et la quantité de mouvement), implique que l’acte même de l’observation humaine – ou « conscience » – affecte nécessairement l’une des propriétés que l’on observe. Les physiciens ne sont pas d’accord sur le degré de conscience nécessaire à la mesure de la réalité physique. Néanmoins, l’idée demeure – soutenue par la métaphysique correspondante de la Kabbale – que la conscience à la faculté de déterminer par elle-même la nature du monde que nous cherchons à connaître.

Le principe d’incertitude est un bon exemple de la façon dont les principes fondamentaux de la physique moderne peuvent contredire les axiomes du bon sens. Au bout du compte, le courage intellectuel de contester le consensus de la raison découle de la force suprarationelle de la foi inhérente à l’âme divine de l’homme. Avant l’avènement de la physique quantique, la science croyait que le déterminisme dirigeait l’univers. Avec le principe d’incertitude, il est désormais évident que la nature ne peut pas être expliquée en termes de pure causalité. Au maximum, nous pouvons parler de « probabilité », ce qui permet de réintégrer au débat scientifique des phénomènes tels que le libre arbitre et la responsabilité morale qui, du fait de leur caractère « non scientifique » supposé, avaient été totalement rejetés par les penseurs scientifiques antérieurs.

La litanie de la physique moderne est remplie d’attaques au bon sens : la vitesse de la lumière reste constante, quelles que soient les circonstances de sa mesure ; les changements énergétiques dans l’univers se produisent à intervalles « quantiques » fixes (la constante de Planck) plutôt que par incréments contigus. Ces deux « constantes » dans la nature – « c » (la vitesse de la lumière) et « h » (l’unité d’énergie quantique) – changent à jamais la façon dont nous concevons des concepts classiques tels que « l’infini » et « zéro » ». Une troisième « constante » dans la nature, dérivée des deux précédentes et placée, en quelque sorte, entre celles-ci, est « l’inverse de la constante de structure fine », égale au nombre « pur » (c’est-à-dire sans dimension) de 137. (Le nombre 137 est aussi l’équivalent numérique du mot Kabbalah en hébreu.) Ensemble, ces trois constantes forment un ensemble qui correspond à la séquence des étapes dans le service de D.ieu, expliquée ailleurs dans la tradition ‘hassidique.

3) La descente de la création à une position de repos

Une autre base de la physique moderne est citée comme le postulat selon lequel toutes les structures physiques tendent vers leur niveau d’énergie le plus bas possible. Ce principe fondamental est reflété dans la doctrine kabbalistique des « mondes descendants », dans laquelle la Création est vue comme descendant de l’énergie infinie de l’Être divin jusque dans la stase de la réalité matérielle.

La finalité de cette descente est de procurer à D.ieu une dira beta’htonim – une « demeure dans les domaines inférieurs » – où la Gloire de Son Royaume pourrait être manifeste de par l’effet du service de la Torah et des mitsvot sur l’ordre créé.

La révélation de la Majesté divine qui accompagnera la rectification finale de notre monde physique éclipsera de loin toute révélation antérieure de Divinité dans l’histoire de la Création. C’est pour cette raison que la tendance à « descendre dans la matérialité » domina l’état initial de sublime symétrie qui caractérisait la création naissante. L’univers recherche cet « état d’énergie le plus faible » à partir duquel il est destiné à manifester une symétrie radicalement nouvelle au sein de la Création : celle qui harmonisera la perfection primordiale de D.ieu avec le domaine déficient de la réalité matérielle.

Dans la Kabbale, la propriété de « descente » associée au royaume matériel atteint son expression ultime dans l’eau, qui par nature coule du haut vers le bas, cherchant le plus bas point. La propriété opposée de l’ascension spirituelle est représentée dans la flamme du feu, qui consume la matière dans sa tentative d’ascension. Au final, la force de gravité associée à l’eau surpasse la force de légèreté liée au feu, de même que l’enracinement du monde dans la matérialité dépasse son désir intérieur d’être consumé dans la Divinité.

Selon la plupart des physiciens, l’univers a déjà atteint son plus bas niveau de distribution d’énergie. Cela signifierait, selon la foi kabbalistique, que le monde est sur le point d’entrer dans un nouvel état de symétrie. On peut considérer que c’est le Chabbat qui fournit la meilleure métaphore de cette nouvelle réalité.

Nous devrions imaginer la Création comme un processus qui passe d’un état sabbatique d’équilibre et d’harmonie à un autre. Le premier « Chabbat » – caractérisé par l’extension infinie de la Lumière Divine qui imprégnait à l’origine toute la réalité – était le reflet de la « première pensée » de D.ieu concernant la création imminente qui allait avoir lieu : que celle-ci soit construite sur le principe de « din », la mesure stricte contribuant à la forme idéale. La symétrie impliquée par ce programme était d’une parfaite uniformité, inspirée par l’Unité absolue de la Lumière Divine à partir de laquelle elle avait été conçue.

Une intention plus profonde, cependant, apparut avec la décision de D.ieu d’appliquer conjointement avec le din, le principe de ra’hamim, la compassion divine. C’est cet attribut qui fut responsable de la forme « tolérante » que prit finalement la Création, celle qui accueillit en son sein les imperfections de la réalité matérielle finie. Ayant commencé sa « descente », l’univers s’engagea sur chemin mystérieux menant au « Chabbat à venir », lorsque le monde sera délivré de son agitation et de sa turbulence.

Cette représentation des principes contraires à l’œuvre dans la Création se reflète dans le célèbre Midrash qui décrit comment les deux attributs de ‘hessed (« Bienveillance ») et emeth (« Vérité ») ont comparu devant D.ieu avant la Création pour aborder la question de si le monde devait effectivement être créé. La Vérité exigea que ce monde ne soit pas créé, car il finirait par se remplir de « l’asymétrie » des mensonges et de la fausseté ; la Bienveillance, arguant qu’une création matérielle ne peut jamais se justifier, demanda que le monde soit néanmoins créé, ne serait-ce que par le mérite de la bonté de D.ieu, ainsi que l’occasion qu’il nous donne d’enrichir notre prochain.

Le Midrash conclut bien sûr que D.ieu privilégia la position de la Bienveillance, relatant qu’Il « jeta la Vérité à terre », un acte reflétant Son désir que l’idéalisme strict soit tempéré par l’empathie et la considération des limites de l’existence finie. Il y a, dans cet acte, le désir implicite que « la Bienveillance et la Vérité se rencontrent, que la Justice et la Paix s’embrassent, que la Vérité jaillit de la terre et que la Justice regarde du Ciel » (Psaumes 85, 11-12). C’est la symétrie révélée entre la Bienveillance et la Vérité qui sera manifeste au sein de la Création au moment où celle-ci entrera dans son jour de Chabbat éternel.

Pour qu’elle puisse reconnaître le but et le destin véritables de la Création, il est nécessaire que l’Âme Divine se revêtisse d’un corps physique. C’est seulement alors que l’homme pourra accomplir la Volonté de D.ieu à travers l’étude de la Torah et le service des mitsvot. Au bout du compte, l’accomplissement de ce mandat suscitera un esprit divin révolutionnaire qui demeure latent dans l’univers. L’éveil réussi de cet esprit exposera la véritable intention de D.ieu lorsqu’Il causa la descente de la Création : la sanctification ultime de Son Nom et de son Royaume avec l’ascension de l’Humanité et de toute réalité à un plan infiniment plus élevé que celui auquel ils se trouvaient initialement.

La majesté de l’âge messianique – le Chabbat éternel du futur – est une réalité que nous construisons lentement à travers la discipline divinement révélée de la pensée, de la parole et de l’action qui façonnent chaque jour de vie en ce monde. C’est une discipline qui – en nous permettant d’affiner notre conscience de la perfection divine qui sous-tend la réalité – nous rend tous les architectes d’un nouvel ordre mondial.

La perfection du Chabbat est immuable et éternelle ; seule notre conscience est soumise aux changements et à la distorsion qui lui sont imposés par la coquille matérielle dans laquelle elle est enfermée. En neutralisant l’effet de cette coquille, nous libérons simplement la conscience naturelle du divin que possède l’âme de sorte qu’elle puisse s’affirmer de la manière la plus forte et mettre ainsi en évidence l’essence véritable de la réalité matérielle. Ainsi, l’aboutissement de ce processus exige que chaque dernier semblant d’être matériel soit éclairé et « clarifié » par notre conscience du divin. C’est la raison pour laquelle la Création doit descendre à son niveau le plus bas avant que la symétrie cachée du Chabbat puisse se manifester à jamais.

Notre réalité physique actuelle ne laisse guère penser à la grandeur future à laquelle elle est destinée. Ce que nous percevons de la « descente de la Création » est le phénomène physique de « l’entropie » par lequel l’univers semble avancer inexorablement dans le temps vers une décomposition de plus en plus grande. La force de l’entropie se reflète dans le concept kabbalistique de Tohou (chaos). La défaite finale du Tohou devant la force du Tikoun (ordre rectifié et symétrie) n’est pas évidente au plan macrocosmique de l’expérience humaine, tout comme le renversement du temps et beaucoup d’autres phénomènes prouvés de la réalité quantique ne le sont pas.

Mais du royaume merveilleux de la réalité subatomique – le microcosme caché que seul D.ieu peut « connaître » directement –, de nombreux indices de la vraie nature de la Création apparaissent. Les particules élémentaires se déplacent vers l’arrière dans le temps, en laissant des « empreintes » qui sont observables expérimentalement. Ainsi, l’on peut dire que la force de Tikoun – l’entropie négative – réside dans le domaine de l’infiniment petit. L’homme accède à cette force en se rendant lui-même tout aussi petit et humble afin de partager la vision dégagée de D.ieu de la réalité.

En conclusion, nous voyons maintenant comment trois principes fondamentaux de la science moderne – l’unité sous-jacente de la nature, l’incertitude incorporée à la réalité subatomique et la tendance de l’univers à une dissipation croissante – finissent par « embrasser » la croyance kabbalistique à trois moments : le passé primordial (la croyance dans l’unité divine initiale à partir de laquelle la création fut conçue), le moment présent continu (la croyance en la construction permanente de la réalité par la conscience raffinée), et le futur en développement (la croyance en l’unité supérieure qui s’affirmera lorsque chaque élément de la Création sera éclairé par l’âme).

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Physique quantique, philosophie et spiritualité

Publié le 16 Août 2026 par T.D

8 septembre 2023

Physique quantique, philosophie et spiritualité : quelle relation ? Qu’est-ce que l’énergie quantique ? Quelles implications en philosophie ? Quelle traduction spirituelle ?

Les théories quantiques sont nées au XXe siècle et ont révolutionné la physique, marquant une véritable rupture avec la science telle qu’elle était pratiquée jusque-là. Elles constituent la théorie fondamentale des particules de matière composant les objets de l’univers et des champs de force animant ces objets.

Alors que la physique classique décrit les objets à l’échelle macroscopique (essentiellement les molécules), la physique quantique les décrit à une échelle plus fine, celle des atomes et des particules qui les composent, ce qui lui permet de mettre en perspective tous les domaines de la physique.

La théorie quantique montre que les atomes sont composés de particules plus élémentaires, comme le proton ou le neutron, eux-mêmes composés de quarks évoluant au sein de champs d’énergie, selon les principes de la mécanique quantique.

Alors que, dans la physique classique, les objets présentent des caractéristiques absolues (masse, position et vitesse), ce n’est plus le cas dans la mécanique quantique, les objets agissant à la fois comme une onde et comme une particule. C’est ainsi qu’un objet pourra occuper une infinité de positions différentes en même temps.

La physique quantique est parfois difficile à comprendre tant elle est contre-intuitive et très différente de la physique classique, même si les deux ne sont pas incompatibles, étant entendu que l’on raisonne à des échelles différentes.

Les principaux axiomes de la physique quantique sont les suivants :

  1. Le principe de superposition : en mécanique quantique, une particule peut être dans un « mélange » de plusieurs états. Cette idée révolutionnaire a donné lieu à l’exemple bien connu du chat de Schrödinger (physicien autrichien), chat fictif qui peut être à la fois mort et vivant.
  2. L’indéterminisme de la mesure : en mécanique quantique, une mesure (par exemple une vitesse) peut donner un résultat ou bien un autre. La probabilité remplace la valeur absolue et le déterminisme pur est mis à mal.
  3. La dualité onde-corpuscule : en mécanique quantique, une particule n’est plus un corpuscule localisé, mais s’inscrit dans un champ de probabilités, à la manière d’un champ électrostatique. Le meilleur exemple est celui de la lumière, qui dès lors est vue à la fois comme un champ d’ondes électromagnétiques et comme un ensemble de photons.
  4. Le principe de non-localité : la mesure des propriétés d’une particule peut affecter instantanément les propriétés d’une autre particule, même si les deux particules ne sont pas au même endroit. Autrement dit, les particules semblent vivre en dehors de l’Espace-Temps.
  5. L’effet tunnel : un objet quantique peut franchir une barrière de potentiel même si son énergie est inférieure à l’énergie minimale requise pour franchir cette barrière. C’est le principe d’une onde sonore par exemple.
  6. Le principe d’incertitude : selon ce principe quantique, il est impossible de connaître simultanément deux propriétés physiques d’une même particule : en l’occurrence la position et la vitesse.
  7. L’influence de l’observateur sur l’objet observé : le choix de l’observateur de mesurer la trajectoire d’une particule (en tant qu’objet) ou de laisser la particule se propager sous forme d’onde influe sur les résultats de la mesure. En effet, lorsqu’une particule se propage sous forme d’onde, elle peut interagir avec elle-même. Plus précisément, lorsque l’observateur effectue une mesure sur une particule, la fonction d’onde qui décrit l’état de la particule « s’effondre » en l’un des états possibles correspondant à la mesure effectuée. Cela signifie que l’acte de mesure modifie l’état de la particule.

Ces principes étonnants voire déstabilisants remettent en cause notre manière de percevoir et de penser le monde…

Voici donc une approche du lien entre physique quantique, philosophie et spiritualité.

Physique quantique et philosophie : quelle relation, quelles implications ?

Sur le plan philosophique, il ressort des théories quantiques :

  • l’idée que tout est énergie,
  • l’intrication des phénomènes,
  • l’incertitude, l’imprécision et l’indétermination,
  • ou encore l’influence de l’observateur sur l’objet observé.

Concernant ce dernier point, on pourrait en conclure que la conscience est nécessaire au processus de mesure de la mécanique quantique  et donc que la conscience constitue la seule réalité ultime. Cela questionne en tous cas la notion de point de vue au sens humain. Mieux, on pourrait se demander si le réel peut exister en l’absence d’observateur.

Par ailleurs, les théories quantiques semblent remettre en cause le déterminisme. Cela doit cependant être nuancé. Une analyse plus précise montre que la mécanique quantique ne remet pas en cause la loi de causalité en tant que telle. Elle ne prouve pas qu’un hasard intrinsèque régirait les processus microscopiques. Elle ne s’oppose pas non plus à la mécanique classique déterministe, cette dernière pouvant être simplement vue comme une situation aboutie de la théorie quantique.

Certes, en mécanique quantique, un électron pris isolément suit une trajectoire imprédictible. Mais une population d’électrons qui passe à travers une structure se distribuera selon une figure calculable. Plus l’échelle s’élargit, plus le temps, l’espace et le mouvement sont présents, plus le déterminisme revient.

Il n’en reste pas moins que les théories quantiques ont relativisé la notion de déterminisme, lui faisant perdre sa précision initiale, bien que l’impératif de nécessité demeure.

Mais le plus intéressant dans la mécanique quantique est sans doute son approche systémique des phénomènes, mettant en avant l’importance du lien entre le sujet et l’objet, et entre les évènements entre eux. Nous pouvons alors nous détacher de notre vision réductionniste du monde et commencer à regarder le cosmos comme un tissage de phénomènes en rapport les uns avec les autres, sans qu’aucun ne puisse jouir d’une existence propre.

La mécanique quantique nous pousse aussi à accepter la multiplicité des interprétations et la diversité des points de vue, donc à renoncer à une connaissance absolue et dominatrice. Une telle démarche, humble voire perplexe, devrait constituer le fondement de toute philosophie.

Physique quantique et spiritualité

Les théories quantiques ont connu (et continuent de connaître) un certain succès dans le domaine de la spiritualité En effet, certaines croyances et pratiques se basent sur l’approche quantique pour appuyer une certaine vision du monde fondée sur une sorte de transcendance énergétique.

De fait, l’idée que tout est énergie fait écho aux spiritualités qui accordent de l’importance aux ondes, aux vibrations, et qui appellent à la maîtrise des énergies mentales et psycho-corporelles. Il s’agit dans la plupart des cas de parvenir à l’équilibre ou encore de trouver la bonne « fréquence » intérieure, en harmonie avec l’énergie cosmique globale, qui serait d’essence quantique.

D’autre part, le fait que les théories quantiques montrent l’influence de l’observateur sur l’objet observé vient nourrir les approches spirituelles qui croient en l’existence d’un lien direct entre conscience et réalité, parfois dans un sens mystique c’est-à-dire dans la perspective d’une union entre l’homme, son Créateur et la création tout entière.

De façon générale, les théories quantiques s’accordent assez bien avec les philosophies orientales , dont beaucoup sont fondées sur la connaissance et la maîtrise des énergies. Ces philosophies sont moins cartésiennes que les philosophies occidentales et n’ont pas pour but de tenter de décrire une réalité qui serait absolument extérieure à l’individu ou à l’observateur. En ce sens, on pourrait dire qu’elles s’éloignent des principes de la physique classique pour se rapprocher de ceux de la physique quantique.

D’autre part, pour certains adeptes des philosophies orientales, la pratique de la méditation consisterait à entrer dans un champ vibratoire universel de nature quantique. Autrement dit, les phénomènes quantiques observés au niveau microscopique seraient la trace d’une vibration fondamentale ou d’une conscience unitaire, point commun à toute chose, auquel il s’agirait de se reconnecter.

Certains physiciens font même le lien entre leurs découvertes et les philosophies orientales. C’est par exemple le cas de Maria Stromme  qui soutient l’idée que la conscience précéderait la matière : selon elle, le temps, l’espace et les phénomènes physiques ne seraient que des manifestations secondaires d’un champ de conscience fondamental.

Spiritualité et mysticisme quantique : un risque de dérive

En spiritualité et en développement personnel on rencontre de plus en plus fréquemment les termes d’énergie quantique, de spiritualité quantique, de thérapie quantique ou encore d’éveil quantique.

Les mouvements New Age (par exemple la méditation transcendantale) font souvent référence à ces concepts. Selon les cas, il s’agit de se libérer de ses déterminismes, de changer radicalement d’état, d’effectuer un « saut quantique », de créer de nouveaux états mentaux, de reconnecter son énergie vitale au Tout, ou encore de laisser parler les synchronicité

Malheureusement, cela donne lieu à des théories pseudo-scientifiques qui n’ont pas grand chose à voir avec la physique quantique, et qui relèvent plutôt du mysticisme et de la superstition

Rappelons-le, les principes quantiques s’appliquent uniquement à l’échelle microscopique, et non à l’échelle macroscopique d’un cerveau, d’un individu ou d’un groupe de personnes.

Physique quantique et spiritualité : conclusion

Bien entendu, la spiritualité peut se nourrir des découvertes scientifiques pour alimenter la quête de réponses existentielles et réinterroger notre place dans l’univers. La spiritualité se fonde notamment sur lintuition, qui tente d’établir des ponts entre des domaines de recherche parfois très différents. A ce titre, l’individu en recherche ne pourra que s’intéresser à la physique quantique, sans pour autant en tirer des conclusions définitives.

Au final, la notion d’énergie reste importante en spiritualité, sans toutefois qu’elle corresponde exactement à la définition de l’énergie telle que donnée par la science physique.

L’énergie au sens spirituel est simplement la reconnaissance que tout se tient, que tout est lié, cohérent et en ordre. Autrement dit, s’il y a mouvement, il s’inscrit dans une stabilité d’ensemble ; s’il y a des phénomènes relatifs, ils s’inscrivent dans l’absolu éternel. Dans un monde mouvant et impermanent, les vérités spirituelles sont inconditionnelles, stables et parfaites, ce qui se traduit au niveau humain par un état de paix et de sérénité  durable.

De même, la lumière au sens spirituel correspond à laLumiere de la conscience qui sait voir au-delà de l’illusion de la séparation, au-delà de l’ego. Si l’on considère que le cerveau humain doit produire un effort important pour parvenir à ce niveau de conscience, alors d’une certaine manière, on peut parler d’une « énergie » spirituelle à mobiliser…

Au final, la spiritualité doit rester une « méta physique », c’est-à-dire un champ de recherche qui se situe au-delà de la physique, au-delà des théories scientifiques changeantes. Ceci dit, rien n’interdit au cherchant d’emprunter des concepts à la science physique pour en tirer des éléments susceptibles d’éclairer son chemin.

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kabbale et mécanique quantique

Publié le 15 Août 2026 par T.D

 

J’ai écrit cette planche peu de temps après mon élévation et essentiellement pour pouvoir faire une mise au point. En effet, depuis mon entrée en maçonnerie, il y a un peu plus de quatre ans, j’ai consacré beaucoup de temps et le plus souvent tout seul, à étudier des sujets portant sur l’ésotérisme chrétien.
Comme apprenti, puis comme compagnon, j’ai fait des recherches sur la Gnose, le christianisme primitif, les esséniens, les évangiles apocryphes, les cathares, les templiers, la Quête du Graal et bien sûr la Kabbale.
Cette soif de connaissances, ce désir d’approfondir ma spiritualité m’a souvent marginalisé et fait passer pour un professionnel de la « cordonite » pressé d’arriver au sommet et peu fraternel parce que travaillant seul.   
A notre dernière tenue et alors que je finissais par me demander si ma démarche était la bonne, notre Frère Christian a affirmé avec force que l’étude de la Kabbale était une partie intégrante de notre parcours maçonnique et ce dès notre entrée dans l’Ordre.
Sa position est d’ailleurs très proche de celle des cabalistes, et l’un d’eux à ce sujet a écrit :
« La première phase de l’étude de la Cabale consiste à lire le plus possible d’ouvrages et à faire passer à travers soi le plus possible de connaissances.. » Je vous avoue mes frères que cette vision de la progression vers la spiritualité, me plaît beaucoup, « lire le plus possible d’ouvrages, faire passer à travers soi le plus possible de connaissances », en un mot ne pas brider cette envie de connaître et de se connaître, voilà enfin une vision éclairée de la progression initiatique qui s’applique totalement à notre parcours maçonnique.
Je ne vais pas insister ce soir sur les liens étroits qui unissent notre Rite avec la Kabbale, il suffit de savoir que Martinez de Pasqualy était un cabaliste convaincu et que Jean-Baptiste Willermoz s’est largement inspiré de ses idées pour écrire les différents rituels du Régime Ecossais Rectifié.
Ceci étant posé, nous pouvons maintenant entrer dans le vif du sujet.

La Création du monde procède de plusieurs explications dont une nous est donnée dés le grade d’apprenti dans le Prologue de St Jean : « au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu-par lui tout à été fait-et sans lui rien n’a été fait de ce qui est fait. En lui était la Vie et la Vie était la Lumière des hommes. Et la Lumière luit dans les ténèbres et les Ténèbres ne l’ont pas comprise.. »
Ces versets ont suscité en moi le désir d’essayer de comprendre le Mystère de la Création et de progresser vers la Connaissance Suprême, la Gnose, celle qui nous rapproche de Dieu et qui nous rend à son image.
Vaste programme, les cabalistes estiment qu’il faut de trois à cinq ans d’études approfondies pour appréhender les différents mondes spirituels et les comprendre. C’est à la fois long et court, mais le temps presse pour franchir les 125 degrés spirituels qu’un cherchant doit atteindre au cours de sa vie pour maîtriser les enseignements cabalistiques.
Les principaux textes de la Cabale nous donnent une autre vision de la Création, en voici un extrait : « Sachez qu’avant la Création, seule existait la lumière supérieure qui, simple et infinie, emplissait l’univers dans son moindre espace. Il n’y avait ni premier ni dernier, ni commencement ni fin. Tout était douce lumière, harmonieusement et uniformément équilibrée en une apparence et une affinité parfaite, quand par la volonté de Dieu furent crée le monde et Ses créatures, dévoilant ainsi sa perfection, source de la création du monde. Voilà qu’il se contracta en son point central, et il y eu alors restriction et retrait de lumière, laissant autour du point central entouré de lumière un espace vide formé de cercles. Après cette restriction, d’En haut vers En bas, un rayon s’est retiré de la lumière infinie, puis il est descendu graduellement par évolution dans l’espace vide. Epousant ce rayon, la lumière infinie dans l’espace vide est alors descendue et tous les mondes parfaits furent émanés.. »
Ce qui me frappe mes frères, entre les deux textes, celui de St Jean et celui-ci, c’est la présence commune de la Lumière et des ténèbres, du Bien et du Mal, symbolisés dans nos loges par le pavé mosaïque.
En fait qu’est-ce que la Cabale ? Je ne vais pas m’étendre sur son Histoire, je vais simplement vous en donner une courte définition : la Kabbale, c’est la voie de l’ésotérisme hébraïque, la forme spécifiquement hébraïque de la Tradition Primordiale chère à Guénon.
Il est important de noter qu’il existe aussi une Cabale chrétienne, Pic de La Mirandole en fut un des précurseurs, mais cet aspect plus spécifique de la Kabbale fera l’objet d’un autre travail.
Le sens du mot Qabalah nous est donné par sa racine QBL qui signifie recevoir et accepter. En d’autres termes, le cabaliste est celui qui va à la rencontre de l’autre pour le recevoir, l’accepter et ne former avec lui qu’un seul cœur. Vous voyez mes frères les cabalistes et les maçons ont en commun un profond idéal de fraternité ajouté à une volonté immense de recherche et de Connaissance.
La Kabbale repose entièrement sur cette singularité de l’Ecriture Sainte, selon ce qu’en rapporte le Zohar, un des fondements de la littérature cabalistique : « Dans chaque parole de l’Ecriture, le Saint, béni soit-il a caché un mystère suprême qui est l’âme du mot, et d’autres mystères moins profonds qui sont l’enveloppe du premier mystère. L’homme profane ne voit dans chaque mot que le corps, c’est à dire le sens littéral. Par contre les hommes clairvoyants voient dans chaque mot l’enveloppe qui entoure l’âme et au travers de cette enveloppe, ils entrevoient l’âme bien que la vue claire et nette de celle-ci leur soit impossible.. »
La force des mots, la puissance du Verbe, la Création repose sur ces concepts.
En fait, la Sagesse d’En Haut qui fut révélée à Moïse, au Mont Sinaï, en même temps que le Pentateuque, la Loi écrite de l’éxotèrisme du judaïsme constitue la connaissance cachée qui est l’objet de l’ésotérisme hébraïque : « La Kabbale, Loi orale secrète, recoupe le Pentateuque, Loi écrite qu’elle TRANSCENDE.
Tout est là et vous comprenez maintenant pourquoi l’enseignement de la Kabbale et sa transmission n’était réservée qu’à des initiés et à des rabbins triés sur le volet. J’ai mis cette phrase à l’imparfait car depuis quelques temps, l’étude de la Kabbale est ouverte à tous ceux qui cherchent, sans exclusive, avec une simple barrière naturelle, la langue hébraïque.
A ce sujet, la Cabale si elle est moins une technique de décryptage qu’un mode de vie spirituel, possède un mode opératoire très spécifique pour lequel elle dispose d’instruments dont les plus connus sont l’alphabet hébraïque composé de 22 lettres et les 10 séphiroths le tout aboutissant aux 32 voies de la Sagesse.
Pour les cabalistes, les 22 lettres de l’alphabet hébreux sont les instruments de la Création. En effet, d’après la Tradition, les lettres sont des éléments constitutifs des vibrations de l’Univers. Dans l’ordre inverse, à partir de la dernière lette, « taw » qui signifie le signe, les différentes lettres se présentent successivement devant Dieu pour créer le monde. Il les écarte les unes après les autres, mais retient « bet », la deuxième lettre qui a valeur 2 pour créer le monde.
La même tradition enseigne que d’une part les lettres sont des anges et que d’autre part, à chaque âme sur terre correspond une lettre de l’écriture, chaque âme étant une lettre et devant y trouver sa place.
L’alphabet hébreu est structuré en 3 lettres mères, 7 lettres redoublées et 12 lettres simples, elles ont chacune une valeur numérique qui traduit une réalité.
Un exemple, le mot NOM se dit CHEM en hébreu et possède une valeur numérique de 300+40=340 et le mot NOMBRE se dit SEPHAR et possède la même valeur numérique à savoir 60+80+200=340. On nomme Guématrie cette méthode qui établit une correspondance entre les lettres, les mots mais aussi les versets de la Bible, correspondance qui permet d’ouvrir de nouveaux horizons dans l’interprétation des textes sacrés.
Les séphiroths sont les émanations de la puissance divine. Ils sont au nombre de 10 et constituent avec les 22 lettres de l’alphabet hébreu, les 32 mystérieux chemins de la Sagesse selon lesquels Dieu a crée le monde.
Chaque séphira est l’archétype d’un membre ou d’un organe de l’homme et la totalité des séphiroths constituent, "l’Homme d’En Haut ", ou l’Adam Kadmon, l’Adam Primordial.
Petite parenthèse, l’ésotérisme s’appuie sur un principe écrit dans la Table d’Emeraude qui proclame que tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas, le microcosme correspondant au macrocosme et vice-versa.
Je ne vais pas trop insister sur les séphiroths, juste vous donner leurs noms. La première est KETHER, la Couronne et la dixième est MALKHUT, le Royaume. Les autres séphiroths unissent donc la tête, point suprême où commencent les mystères intelligibles au Royaume.
De KETHER émanent successivement, HOCHMAH, la Sagesse, l’intelligence, BINAH, la Mère, HESED, la Miséricorde, GEBURAH la Rigueur, le Jugement, TIPHERET, la Beauté, NETSAH, l’Eternité, HOD, la Gloire et YESOD, le fondement.
Un travail sur l’Arbre de Vie vous donnera plus d’explications sur l’importance des séphiroths dans la Kabbale, mais à ce stade de ma planche, je dois vous avouer qu’il me faut rester humble par rapport à la masse de connaissances qui relèvent de ce sujet.
Cependant, dans ma recherche des causes premières de la Création, j’ai été interpellé par cette idée développée dans le Zohar, qui met en évidence, au-dessus du monde des séphiroths "par lequel Dieu se manifeste ", un monde caché appelé EN-SOPH, la « Volonté Suprême », un monde sans commencement ni fin, sans limites qui demeure totalement inaccessible à l’homme. Il existe donc une limite à notre connaissance et à notre compréhension, une idée que l’on ne pourra jamais atteindre, un infini jamais explicable avec des concepts humains.
Et pourtant la Création du monde s’explique selon la Kabbale par une contraction de L’EN-SOPH, contraction nommée tsimtsoum qui a permis l’apparition d’un vide dans lequel allait se manifester le miroir de l’existence. Puis, nous l’avons déjà évoqué, un rayon de lumière a été produit, venant de l’En-Soph, rayon qui s’est manifesté à dix niveaux différents connus sous le nom de séphiroths.
En fait et pour résumer, l’Univers a été crée, selon la Kabbale par une rétractation divine, du néant a surgi la lumière qui a progressivement installé la nature et la Vie.
Si l’on rapproche une dernière fois le Zohar et l’évangile de St Jean on comprend aisément que le Verbe et le Premier Rayon de Lumière procèdent du même concept.
Voulant expliquer le phénomène de la Création par des moyens plus scientifiques, j’ai cherché du côté de la mécanique quantique, en essayant de répondre à cette question fondamentale, existe-t-il des vides créateurs de Lumière et de matière ?
Pour répondre à cette interrogation primordiale, je dois d’abord vous expliquer succinctement ce qu’est la mécanique quantique.
Développée au début du 20ème siècle, la mécanique quantique est la théorie qui décrit le monde microscopique des atomes et des particules. Elle remet en question la physique classique, héritage de Newton et de Galilée. Pendant longtemps, on a cru que le fonctionnement du monde atomique, inaccessible directement à nos sens était similaire à celui du monde macroscopique, celui de la vie de tous les jours. On ne faisait qu’appliquer le fameux « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », d’Hermès Trimégiste. On croyait par exemple, que l’atome ressemblait à un système solaire miniature, les électrons jouant le rôle de planètes autour du noyau. En fait, il n’en est rien. Le principe d’incertitude de Heisenberg explique à ce sujet que l’on ne peut pas connaître précisément à la fois, la position et la vitesse d’une particule et qu’en général, un électron ne possède pas une vitesse et une position bien définie, alors aller leur imaginer des orbite au sein de micros systèmes solaires, c’est totalement impossible.
Ces concepts de position et de vitesse tirés de la vie courante perdent leur sens dans le monde quantique.
Autre principe « révolutionnaire », une particule peut pendant un laps de temps infime, se trouver à deux endroits à la fois, on dit qu’elle est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas.
Je passe enfin, sur la notion encore plus déroutante de téléportation quantique, pour vous dire que nous ne sommes pas dans la science-fiction et que la mécanique quantique est une science totalement exacte.
Et l’explication de la Création, où s’inscrit-elle ?
Selon la théorie des quantas, notre Univers est bien issu d’un vide, mais celui-ci contenait « quelque chose », le néant absolu n’ayant pas existé. En fait ce vide d’avant la Création était plein d’énergie, de champs et de particules, à l’état virtuel, de la matière et de l’anti-matière apparaissant et disparaissant comme des bulles de savon.
Notre monde actuel serait issu de la fluctuation de ce vide non vide(la Cabale parle de rétractation) qui aurait donné à l’Univers son propre espace-temps, ses lois, sa physique et plus important encore, la façon dont s’est brisée l’Unité originelle pour engendrer les forces et les particules que nous y trouvons. L’élément décisif dans la théorie quantique est la densité de l’Univers au moment de la Création ; si celle-ci est élevée alors l’espace temps se courbe, la gravitation l’emporte et l’Univers SE CONTRACTE. Nous y sommes, contraction, rétractation, même si les phénomènes ne sont pas rigoureusement similaires, tous cela procède du même concept.
Pour le physicien quantique, le vide est l’état latent de la réalité et la matière son état manifeste, il y a eu brisure du vide dans la Lumière ce qui a crée la matière ; « et le Verbe s’est fait chair »(St Jean), « la lumière infinie dans l’espace vide est descendue et tous les mondes parfaits furent émanés(Kabbale). »
La Kabbale et le Prologue de St Jean nous proposent une explication allégorique de la Création. Dieu par son souffle divin a fait surgir du néant des particules latentes de matière et d’anti-matière ce qui a aboutit à la formation de l’Univers. Le vide évoqué dans le Zohar se retrouvant dans la notion de vide quantique.
Respectable Député Maître, avec ce travail, j’ai essayé de vous communiquer ma soif de connaissances qui m’a pris dés mon initiation. Le rôle du Maître Ecossais de St André est un rôle d’encadrement et de transmission, en tout cas c’est comme cela que je le conçois.
La Kabbale nous dit qu’elle ne peut être étudiée par des profanes ayant moins de quarante ans, qu’il faut attendre avant de s’engager sur la voie de la spiritualité, mais qu’il n’existe aucune limite à la soif de connaissance du cherchant, le rôle du Maître étant de canaliser celle-ci et non de la réfréner.
Comme Second et bientôt Premier Surveillant d’une loge de St Jean travaillant au Rite Ecossais Rectifié, et comme Maître Ecossais de St André, j’ai le devoir d’accroître constamment mes connaissances pour mieux les transmettre, mais aussi je dois être capable d’encourager et non de freiner tous mes frères, Compagnons et Apprentis qui cherchent sans compter pour apporter leur Pierre au Temple de notre Ordre.
Jean Baptiste Willermoz a mis beaucoup de temps pour écrire le rituel de Maître Ecossais de St André, il l’a voulu parfait et complet.
Ce grand maçon, créateur du Régime Ecossais Rectifié, fut initié à l’âge de vingt ans et Vénérable de sa loge deux ans après. Passionné de maçonnerie, il rédigea les premiers rituels après avoir passé une multitude de Hauts Grades. Son but créer une synthèse parfaite et complète de tous les rites existant à la fin du 18ème siècle.
Aujourd’hui et pour faire honneur à ce qu’il nous a légué, nous nous devons de travailler sans relâche à notre perfectionnement en cherchant sans préjugés ni limites à comprendre tout ce que les différents rites peuvent nous apporter dans la compréhension de nos propres rituels.
Le rôle du Maître Ecossais de St André est triple. Il doit avant tout se former pour pouvoir répondre aux demandes des frères des loges bleues. Il doit ensuite encadrer les ateliers travaillant aux trois grades du Rite Ecossais Rectifié en veillant à la stricte observance des rituels et à la qualité des cérémonies Enfin il doit transmettre au sens cabaliste du terme, tel le Maître qui donne la Connaissance à celui qui deviendra un jour Maître à son tour.
Nietzsche disait : « Tout Maître n’a qu’un seul élève, mais il arrive qu’un jour l’élève dépasse le Maître ».
C’est un beau challenge et une noble mission que de faire de nos apprentis des compagnons et de nos compagnons des maîtres, c’est le sens de notre chaîne d’Union, c’est une grande responsabilité, mais c’est aussi une grande fierté d’appartenir à ce Rite, transmis de générations en générations, dans la plus pure Tradition maçonnique.

T D

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Regard sur… le Mysticisme quantique

Publié le 15 Août 2026 par T.D

Par GS

24 novembre 2022

Le mysticisme quantique est un ensemble de réflexions métaphysiques, de croyances et de pratiques connexes qui cherchent à établir un rapport entre la conscience, l’intelligence, certaines philosophies orientales et les théories de la mécanique quantique et ses interprétations venant soutenir une vision panthéiste de l’univers. Du point de vue de la majorité de la communauté scientifique, le mysticisme quantique repose sur des interprétations erronées ou insuffisamment fondées de la mécanique quantique.

Définition

Le fait que la mécanique quantique comporte de profondes difficultés conceptuelles ouvre la porte à diverses spéculations ou sur-interprétations. Parmi les concepts problématiques, on peut citer la dualité onde corpuscule, l’amplitude de probabilité, l’intrication quantique ou encore la non-localité.

Les prémices d’un mysticisme quantique sont apparus au début du xxe siècle parmi les fondateurs de la théorie quantique eux-mêmes alors qu’ils débattaient des interprétations et implications de leur théorie naissante, qui allait devenir la mécanique quantique. Alors que la théorie commençait à devenir une théorie scientifique, les caractéristiques essentielles de la théorie quantique et les questions ontologiques qui en découlent ont confronté les chercheurs à la difficulté de distinguer les discussions philosophiques des débats scientifiques.

Wolfgang Pauli considérait que les connaissances en physique quantique « font apparaître une situation qui transcende la science » et pourrait avoir une « fonction religieuse » dans l’expérience humaine. Einstein s’est opposé sans ambiguïté à ce genre d’assertions. Par exemple, alors que des journaux britanniques écrivaient qu’il était d’accord avec la thèse que « le monde extérieur est une expression de la conscience » (c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de distinction réelle entre la conscience et l’univers, voire, dans les points de vue les plus extrêmes, que le monde n’existe que dans notre conscience et pas objectivement), il répondit : « Aucun scientifique ne croit cela. Sinon, ce ne serait pas un scientifique (…) Pourquoi quelqu’un prendrait-il la peine de scruter les étoiles, s’il pensait qu’elles n’étaient pas réellement là ? ».

Le débat s’est principalement développé juste après la Seconde Guerre mondiale au travers de publications comme celles de Schrödinger ou de l’article d’Eugene Wigner en 1961 mais, même si de telles interprétations ont continué à apparaître parmi quelques scientifiques de la nouvelle physique, elles sont devenues plus rares et ont été progressivement désapprouvées par la communauté scientifique.

Beaucoup des thèses associées au « mysticisme quantique » ont été critiquées comme étant des erreurs d’interprétation de la mécanique quantique et comme une forme de pseudo-science. Dans son ouvrage The social relations of Physics, Mysticism and Mathematics, Sal Restivo donne le nom de parallélisme au mysticisme quantique.

Un des postulats fondamentaux du mysticisme quantique est que l’acte d’observation affecterait directement la réalité observée (voir Interprétation de Copenhague et Paradoxe EPR). La raison de cette assertion repose sur le fait que dans la démarche scientifique, l’observateur est considéré comme distinct de l’objet d’observation alors que dans l’expérience mystique, il est dit qu’il existerait une unité intrinsèque de toute chose dans l’univers. Une influence de l’un sur l’autre serait donc indicative d’un lien invisible entre les deux.

Versions récentes

En 1970, le physicien Fritjof Capra écrit Le Tao de la physique, souvent considéré comme le point de départ du mysticisme quantique, dans lequel il établit un parallèle entre la physique quantique et certains principes des philosophies orientales. En 1980, le livre de David Bohm, Wholeness and the Implicate Order, expose sa thèse de l’ordre implicite sur des bases de physique quantique. Cet ouvrage, ainsi que diverses prises de position de Bohm, fut sévèrement critiqué par son ami et prix Nobel Steven Weinberg. En 1979, le livre The Dancing Wu Li Masters de Gary Zukav établit des parallèles similaires.

Un livre de Deepak Chopra, en 1988, intitulé Quantum Healing (« Guérison quantique ») expose une théorie de la guérison psychosomatique en utilisant des concepts quantiques. En 1993, son best seller du New York Times : Ageless Body, Timeless Mind se vend à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Il y développe des thèses sur le renversement du processus de vieillissement, l’immortalité par l’adoption d’une « vision quantique du monde ». En 1998, Deepak Chopra a reçu le prix Ig Nobel, une parodie de Prix Nobel, dans la catégorie des sciences physiques, pour « son interprétation unique de la physique quantique, telle qu’elle s’applique à la vie, la liberté et la recherche de la prospérité économique ».

Depuis les années 1990, le physicien américain John Hagelin a développé une théorie de champ unifié sur la base des supercordes. Il a reçu le Kilby International Awards (en) pour ses travaux en physique des particules, et dans le développement de la théorie supersymétrique du champ unifié (supersymmetric grand unified field theory). Mais ses recherches au sein du mouvement de Méditation transcendantale, son titre Raja de l’Amérique décerné par Maharishi Mahesh Yogi, et sa candidature au Parti de la loi naturelle ont contribué à lui valoir également le Prix Ig Nobel, parodique, pour avoir déclaré que 4 000 pratiquants de la Méditation transcendantale avaient réduit la criminalité de 18 % à Washington D.C22.

Un film de 2004, What the Bleep Do We Know !? (« Que sait-on vraiment de la réalité !? ») est un docu-fiction pseudo-scientifique, traité avec un éventail d’idées issues du New Age qui récupèrent les concepts de la physique selon un usage jugé hors contexte par la majorité des scientifiques. Le film a été produit par l’école de l’Illumination de Ramtha, fondée par Judy Zebra Knight, qui a affirmé que ses enseignements étaient basés sur son dialogue avec une entité désincarnée âgée de 35 000 ans et nommée Ramtha. Judy Zebra Knight a fait un usage controversé de certains aspects de la mécanique quantique, y compris le principe d’incertitude de Heisenberg et « l’effet de l’observateur », ainsi que de la biologie et la médecine. De nombreux critiques ont rejeté le film comme entrant dans la catégorie des pseudo-sciences. En France, le rapport 2010 de la Miviludes présente le groupe Ramtha comme suspect en raison de ses thèses apocalyptiques et des conditions des stages.

Critiques

Michel Bitbol, expose certains écueils du mysticisme quantique dans La théorie quantique et la surface des choses. Selon lui :

Résumé : On a souvent comparé, dans un esprit analogique, la théorie quantique aux éléments de la philosophie bouddhiste. Dans cet article, la seule pertinence qu’on reconnaît à cette comparaison est son pouvoir thérapeutique. L’assimilation de la critique bouddhique de la métaphysique nous aide à nous libérer du rêve (pré)scientifique de représentation d’une réalité cachée qui, non content d’être sans doute illusoire, est à la source de la plupart des paradoxes quantiques. Une telle libération nous aide à aller jusqu’au bout d’une tendance interprétative présente dès la lecture par Bohr de la nouveauté quantique. Il s’agit de l’interprétation qui consiste à admettre : que la théorie quantique ne révèle nulle nature profonde des choses (particules élémentaires ou autre), mais se contente d’anticiper un ensemble de phénomènes relatifs à un contexte expérimental ou technologique ; que sa fécondité s’explique par le seul fait qu’elle incorpore dans sa structure les limites de l’objectivation des phénomènes. Ce double constat paraît frustrant dans le cadre d’une pensée occidentale gouvernée par la pulsion vers les au-delà. Il s’inscrit en revanche dans la continuité d’une pensée Zen selon laquelle, pour emprunter les mots de Dôgen, « cet univers entier n’a jamais rien de caché (derrière le phénomène) ».

 

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Mithra et Jésus-Christ : de la vie et de la mort des dieux

Publié le 15 Août 2026 par T.D

Aimeric Jardin

Le 16 janvier 2018 mourait l’archéologue et historien Robert Turcan. Il léguait à la postérité une œuvre de référence, consacrée aux influences orientales dans les cultes de Rome. Particulièrement intéressé par le culte de Mithra dans sa forme romaine, son travail permet non seulement de s’essayer à une comparaison entre christianisme et mithriacisme mais surtout de s’interroger sur les forces qui jouent dans le destin temporel des religions, et cela au delà des simples raisons sociologiques.

Robert Turcan a produit deux ouvrages devenus des références francophones contemporaines incontournables pour qui s’intéresse à l’histoire du dieu tauroctone : Mithra et le Mithriacisme, publié en 1993, et Recherches mithriaques. Quarante ans de questions et d’investigations, publié en 2016. Son travail sur Mithra, novateur par bien des aspects, permet de se pencher sur la comparaison entre le christianisme et le mithriacisme qui depuis le XIXe siècle fait florès chez une partie des historiens de l’Antiquité. Cette comparaison, à l’aune de l’œuvre de Robert Turcan, permet non seulement de relativiser les influences qu’auraient pu exercer ces deux religions l’une sur l’autre, mais surtout de s’interroger sur les raisons de la mort d’un culte qui s’étendait du golfe Persique à l’Écosse. Comprendre la mort du mithriacisme permet, en miroir, de comprendre la survie du christianisme, et peut-être même plus largement d’appréhender certaines logiques qui, à l’échelle humaine, décident de la vie ou de la mort des religions.

Le culte de Mithra, tel qu’il était pratiqué dans l’Empire romain, est un culte à mystère très éloigné de ses origines persanes. Les mithraïstes suivaient un parcours initiatique et célébraient la Tauroctonie : la mise à mort salvatrice du taureau par Mithra. Du mithriacisme romain, Ernest Renan disait que « si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste ». Rien de tel ne s’est produit, et si le christianisme est aujourd’hui la première religion de la planète, il ne subsiste que quelques pierres de ce que fut le culte de Mithra.

Convergences mithrao-chrétienne

Apparaissant tous deux au début de notre ère, christianisme et mithriacisme semblent se rapprocher par un certain nombre de points.  Que ce soit dans la forme du culte, dans les récits ou dans la philosophie et la doctrine de ces deux religions, certains décèlent des éléments de convergence. Rapprochement qui n’avait pas échappé aux Pères de l’Église, Tertullien parlant du mithriacisme comme d’une « contrefaçon diabolique ». 

Si certains chercheurs ont longtemps considéré que Mithra, tout comme Jésus, était né d’une vierge, on sait aujourd’hui que le Mithra romain est pétrogène. Cet élément est visible sur une stèle de Dieburg, mais aussi sur une statue sous l’église Saint-Clément de Rome. Deux personnages aident Mithra à sortir de la pierre. Il s’agirait de bergers comparables à ceux venus adorer le Christ à sa naissance. Par ailleurs, il semblerait qu’à la fin des temps, Mithra devait vivre une ascension sur un char solaire, que certains interprètent encore comme une analogie de l’Ascension. Sur la tombe du pape Jules Ier figure d’ailleurs une mosaïque représentant Jésus conduisant un char sous l’apparence du soleil. De même, l’exemple du 25 décembre est assez édifiant. Aurélien fait de ce jour une fête officielle, jour de la naissance du soleil (Sol Invictus) sachant que les mithraïstes y célébraient déjà la naissance de Mithra. La première attestation du 25 décembre comme fête de la Nativité date quant à elle du Chronographe de 354, soit 80 ans plus tard. Le dimanche est également fête de Mithra et fête de la résurrection de Jésus. Enfin, de nombreuses églises ont été érigées sur d’anciens mithraeums – comme sur bien d’autres lieux païens – notamment à Saint-Clément de Rome.

Le deuxième point de convergence est celui de la doctrine. En effet, christianisme et mithriacisme sont tous deux issus d’un sacrifice fondateur, le sacrifice de Jésus sur la croix et le sacrifice du taureau par Mithra. Une inscription dans le mithraeum de Sainte-Prisca à Rome dit : « Et tu nous sauves en répandant le sang [éternel (?)] ». S’il s’agit ici du taureau sacrifié pour sauver et régénérer le monde par son sang et non pas de Dieu lui-même par la personne de Jésus, la phrase précédemment citée semble empreinte de christianisme. C’est en tout cas ce qu’en a déduit M. Simon dans Mysteria Mitrae. Ainsi, les mithraïstes sont déjà sauvés. Le mithriacisme, comme le christianisme, est une religion du salut, et le salut a déjà eu lieu par le sacrifice du taureau. Ce sacrifice est célébré autour d’un repas rituel, et comme les chrétiens lors de l’eucharistie, les mithraïstes partagent ce repas rituel et consomment du pain et de l’eau (du vin selon certaines sources). Par ce repas commémoratif, les mithraïstes communient avec Mithra. Là se trouve sans doute l’un des points de convergence le plus intéressant entre les deux cultes. Le mithraeum est le lieu dans lequel est reproduit le sacrifice divin afin de communier avec Mithra. Il en va de même pour les lieux de culte chrétiens, mais absolument pas pour les temples païens qui sont les demeures des dieux auxquels on sacrifie des offrandes.

Influences réciproques ou aspirations communes ?

Remettre en cause les convergences entre les deux cultes, comme l’a pourtant déjà fait Robert Turcan, qui n’évoque presque pas les liens entre mithriacisme et le christianisme si ce n’est pour les nier, c’est remettre en cause le travail de nombreux chercheurs qui défendent l’influence massive du premier sur le second : pourtant, il semble bel et bien que cela ne soit pas le cas.

Il faut ici se méfier d’une démarche historique qui consisterait à chercher des points communs entre mithriacisme et christianisme ; le travail de l’historien est d’observer avant de conclure et non l’inverse. De fait, il existe des divergences majeures qui contredisent les semblants de similitudes. Quant aux similitudes elles-mêmes, elles semblent plus liées à la capacité syncrétique du christianisme, qui s’applique à englober un certain nombre de rites païens afin de convertir plus facilement. C’est sans conteste le cas du choix du 25 décembre comme fête de la Nativité. Il en va de même pour la mosaïque de la tombe de Jules Ier. La logique est la suivante : si Sol Invictus est vénéré dans l’Empire, les chrétiens vont faire en sorte qu’il soit possible pour ses adeptes de voir en Jésus un avatar de Sol Invictus. C’est aussi la raison pour laquelle les chrétiens bâtissent leurs églises sur les lieux de cultes païens – dont les mithraeums. Mais il s’agit ici essentiellement de convergences de forme, qui permettent aux chrétiens de convertir en masse par syncrétisme sans pour autant renoncer au plus important, c’est-à-dire aux dogmes.

Les dogmes et la doctrine chrétienne ne sont quant à eux pas influencés par le mithriacisme ; si effectivement il existe un sacrifice dans les deux cultes, chez les chrétiens c’est Dieu lui-même qui est sacrifié. Nulle trace de cela chez Mithra, qui ne connaît jamais la mort. Il est Deus Invictus Mithra. Il ne ressuscite pas puisqu’il ne meurt pas. Or, plus que la mort du Christ, c’est sa résurrection qui est le fondement même du christianisme. « Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine » écrit saint Paul dans la première épître aux Corinthiens (15, 14). Il n’est jamais question de cela dans le mithriacisme. Par ailleurs, les mithraïstes ont une vision du monde extrêmement optimiste et ne s’inquiètent pas de leur salut individuel, puisque par la tauroctonie, ils sont déjà sauvés. Les chrétiens, s’ils sont déjà sauvés collectivement, peuvent encore être damnés individuellement et adoptent donc une philosophie de vie totalement différente. Concernant les fins dernières, les mithraïstes ont une approche réellement distincte de celle des chrétiens. Il semblerait que de même que les stoïciens, ils voient le monde comme un perpétuel recommencement. Pour eux, après Mithra prenant la place de Sol, Saturne prendra la place de Mithra. Ces éléments sont déduits de l’observation des séquences de l’imagerie sculptée, mais ne permettent pas d’appréhender ce qu’il advient de l’âme des mithraïstes après leur mort. Il n’est nulle part question de métempsychose, affirme Robert Turcan. Cependant, que devient une âme qui ne se réincarne pas dans un monde en éternel recommencement ? Tertullien quant à lui dit que Mithra promet un « semblant de résurrection ». Ici, malheureusement, l’absence de source laisse le chercheur dans l’hypothèse et la spéculation.

Le mithriacisme condamné

La mort du mithriacisme a été aussi rapide que fulgurante a été son ascension. En 307, Dioclétien, Galère et Licinius déclarent Mithra fautori imperii sui (protecteur de l’Empire) ; un siècle plus tard, la presque totalité des mithraeums d’Europe ne sont plus que ruines. S’il est facile d’expliquer les raisons politiques qui ont conduit à la mort du mithriacisme, il est encore plus intéressant de se pencher sur les raisons philosophiques et théologiques qui ont mis fin au culte du dieu pétrogène.

Les choix politiques de Constantin et des autres empereurs chrétiens portent sans doute de graves coups au mithriacisme. Le premier interdit la pratique des cultes mystériques et le sacrifice aux idoles. Or, le mithriacisme est fondé sur le sacrifice, et la cérémonie mithriaque ne peut être accomplie sans sacrifice sanglant. Le coup fatal est porté par une loi de 391 interdisant toute espèce de manifestation de culte païen. Mais les lois positives ne sont nullement suffisantes pour gloser sur la vie et la mort d’une religion ; si cela était le cas, alors le christianisme n’aurait pas pu naître dans l’Empire romain ni survivre aux persécutions légales des premiers siècles. Il est également possible de se demander si le mithriacisme n’était pas voué à disparaître du fait de sa fermeture. Interdit aux femmes, il se privait de la moitié de la population de l’Empire, là où le christianisme naissant fut fortement porté par elles. Il était réservé à une petite élite au sein de sociétés secrètes, et n’avait pas vocation à se répandre massivement. Par ailleurs, les mithraïstes adoraient un dieu d’origine persane, alors que la Perse était l’ennemie de l’Empire ; si bien qu’ils furent accusés par les chrétiens de « s’assujettir aux rites et aux lois des Perses » (Firmicus Maternus). Accusations totalement infondées, mais faciles à tenir.

Pour appréhender la mort du mithriacisme, cependant, l’essentiel est sans doute de s’intéresser à ses fondements théologiques. Sous cet angle, deux points apparaissent comme décisifs. Le premier réside dans la vision du salut. L’optimiste extrême du mithriacisme, selon lequel les âmes sont déjà toutes sauvées, ne pouvait pas répondre aux interrogations de ceux qui s’inquiétaient de leur salut personnel. Dans un monde où le mal est une réalité objective, une économie du salut totalement optimiste ne peut paraître que trop éloignée des réalités sublunaires. La vision trop optimiste du salut des individus nourrie par le mithriacisme n’a donc pas survécu à la crise et aux tourments de la fin de l’Empire romain. Le second point est proposé par Robert Turcan dans Mithra et le mithriacisme. Selon lui, le mithriacisme est une religion purement romaine, qui ne pouvait que mourir avec l’Empire. « Toutes proportions gardées, un peu comme la franc-maçonnerie fut la religion clandestine de la IIIe République, le mithriacisme soutenait souterrainement l’idéologie impériale », écrit-il. En effet, le mithriacisme représente à ses débuts le renouvellement de Rome et de ses légions (où se recrute une grande part des adorateurs de Mithra) face à une mythologie désuète. Contrairement aux chrétiens, les mithraïstes ne font pas leur salut individuellement hors du temps, mais sont indubitablement liés à l’Empire et ne survivent pas à la déliquescence de l’ordre romain.

Mithra est mort, aurait écrit Nietzsche s’il était né quinze siècles plus tôt. Mithra est mort parce qu’il était attaché au siècle. À l’heure où certains, se fondant sur des données purement sociologiques, s’interrogent sur la disparition du christianisme en Occident, il pourrait être intéressant de s’essayer à une comparaison entre sa situation contemporaine et celle qu’occupait le culte de Mithra à la fin du IVe siècle. Il semble bien que les raisons positivistes et politiques ne permettent pas à elles seules d’expliquer la vie et la mort des religions ; la survie du judaïsme à travers les vicissitudes de ces deux derniers millénaires en est la preuve indubitable. Saint Jean l’évangéliste, dans son chapitre XVII, écrivait que les chrétiens se doivent d’être « dans le monde » mais pas « du monde ». Si cela est vrai, alors le christianisme devrait survivre à la chute de tous les empires terrestres comme il a survécu à celle de Rome et à celle de la société d’Ancien Régime. Et si, selon l’expression de Chesterton, l’homme est éternel, si ses aspirations sont immuables à travers les siècles, alors l’eschatologie chrétienne devrait trouver autant d’écho dans le monde contemporain qu’aux premiers siècles de notre ère. Sauf à supposer, bien sûr, que la modernité ait véritablement provoqué l’abolition de l’homme dans les régions du monde où elle règne en puissante maîtresse sur les âmes. 

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Initiatique ou religieux ? Ou Mithra, Mithra pas

Publié le 14 Août 2026 par T.D

Par  Patrice Dujardin

8 mai 2022

Parmi les sources de la franc-maçonnerie et des monothéismes occidentaux, le culte de Mithra joue un rôle trop longtemps méconnu. Les points communs entre les pratiques rituéliques maçonniques et mithraïques sont étonnamment nombreux. D’autre part, les reprises d’éléments religieux du culte de Mithra vers la chrétienté sont également importants.  

Les francs-maçons sont fous de recherches sur les origines : une chaîne a beau être longue, nous sommes fascinés par la découverte de ses extrémités. D’ailleurs cette biblique parole «  cherche et tu trouveras » booste nos énergies et justifie notre acharnement.

La littérature regorge d’essais ou romans décrivant une possible filiation entre la franc-maçonnerie et de glorieuses civilisations anciennes. Nombre d’épisodes romanesques ou héroïques émaillent cette filiation. Ils tiennent en haleine les écouteurs d’histoires que nous sommes tous, et font le bonheur des éditeurs . Dan Brown, Giacometti et Ravenne et pas mal d’autres vivent bien du phénomène.

Les religions dites du livre ont marqué l’occident pendant deux millénaires. Les historiens qui se sont penchés sans préjugés sur les évolutions ont constaté l’impact des modifications. Ces altérations sont les traductions, homogénéisations, intégrations, élimination des pensées gnostiques ou autres hérésies,  etc.

Au final on a du mal à discerner d’où proviennent les éléments de nos rituels et textes ; ceci nous laisse sur notre faim, aussi les fouilles continuent.

Les découvertes faites après la seconde guerre mondiale, manuscrits de Qûmran et de Nag Hammadi, ont profondément bousculé la communication faite par l’église catholique, pourtant stabilisée à l’époque.

Robert Ambelain a publié en 1972 un livre devenu best-seller :  « Jésus ou le mortel secret des Templiers ». Sa thèse est que Jésus était un zélote préoccupé de prise du pouvoir local et non un prophète/messie . Ce secret se serait plus ou moins transmis jusqu’aux francs-maçons via les templiers et les cathares.

La piste égyptienne, elle, a atteint un sommet avec Robert Lomas et Christopher Knight et leur « clé d’Hiram ». Ils affirment avoir découvert un pharaon assassiné dans des conditions similaires à celle d’Hiram. Le livre dévoile des formules à la consonance proche de certains mots sacrés de la franc-maçonnerie.

Le berceau de nos civilisations se place entre la Grèce et le croissant fertile qui va d’Égypte en Assyrie.

Ce croissant fertile inclut Israël, Phénicie, Perse. La Grèce fut un absorbeur de tout ce qui l’a précédée puis un diffuseur grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand . De ce fait on a du mal à distinguer ce qui fut découvert par les grecs eux-mêmes. Il s’avère que pas mal de découvertes scientifiques attribuées à Pythagore, Euclide et d’autres étaient déjà connues auparavant.

La civilisation hébraïque n’échappe pas à cette suspicion, comme le montre la grande similitude de l’épopée de Gilgamesh avec la civilisation assyrienne.

Les premiers siècles après Jésus-Christ ont vu une âpre lutte de la chrétienté avec les nombreuses variantes de gnosticisme. On sait aussi que Constantin fit un choix crucial en faveur de la chrétienté, défavorisant le culte de Mithra, pourtant installé bien avant.

Et nous voilà au 21e siècle.  Charles Imbert, dans son «  les 7 degrés de l’initiation », remarque que les monothéismes occidentaux sont maigrichons en ésotérisme. Seule la franc-maçonnerie en possède une bonne dose, avec activité sur une longue période.

Il faut remonter l’histoire avant de retrouver un tel ésotérisme fort, pérenne, initiatique : jusque dans le culte de Mithra.

La progression initiatique, au moins dans sa forme tardive telle que pratiquée par les Romains, comportait 7 degrés. Tout comme on comptait 7 planètes, métaux, tons musicaux, zones corporelles ( chakras ) et surtout 7 vices qu’il s’agissait de combattre pour progresser.

Charles Imbert dresse une vertigineuse liste de similitudes entre les pratiques rituéliques mithraïques et les maçonniques. Citons ainsi, à titre d’exemples, les trois premiers degrés, dédiés aux trois dieux (/planètes ) de la Sagesse, de la Beauté et de la Force.

Poursuivons : la disposition intérieure du temple (parvis, sièges en « colonnes », espace de déambulation central, estrade,…), initiation avec dénudation et glaives.

Et, au-delà : la référence aux 5 sens, l’usage d’un mythe comportant un meurtre, accent prononcé sur les dualités et surtout celle de Lumière/Ténèbres, rôle particulier des solstices,…

Mais on peut aussi dresser une liste d’éléments communs entre le culte chrétien et le culte de Mithra. On citera volontiers la naissance lors du solstice d’hiver, et la résurrection/renaissance de Jésus/Mithra. Plusieurs indices historiques laissent à penser que la communauté zélote de Cilicie est le lieu où le transfert s’est organisé : la ville centrale était la Tarse de Paul.

Bref, tout semble se passer comme si finalement Mithra avait survécu complètement, mais au prix d’une partition. 

Le christianisme a récupéré les éléments-clés religieux, et la franc-maçonnerie les rituels et méthodes initiatiques, par-delà deux millénaires !

C’est ce gigantesque « viaduc » de 2000 ans qui pose évidemment question, vu cette qualité de transmission . Serait-ce inscrit dans nos gènes ? Sont-ce les archétypes communs à tous les humains qui ont permis cela, sans que nous en puissions mesurer la part innée et la part acquise ?  Les néoplatoniciens ont d’évidence joué un rôle de véhicule pour permettre une partie du saut, de l’Antiquité tardive jusqu’à la Renaissance : 13 siècles, pas mal !  Nul doute non plus que les kabbales et l’alchimie ont, elles aussi, servi de courroie de transmission pour nous mener où nous en sommes.

Les recherches continuent :  à bientôt pour de nouvelles aventures !

450fm

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