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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

La succession des Elu-Coens

Publié le 25 Mai 2026 par T.D

« La précision de la Cérémonie ne suffit pas seule .... Il faut une grande exactitude et sainteté de conduite de vie, il faut une préparation spirituelle faite par la Prière, la Retraite, le jeune et la Méditation... »

(Martinez de Pasqually : « Extrait de Préparation et de Précaution pour une Réception de Réau + ». Mss. du 18° siècle, coll. Privée ).

Le but poursuivi par J.B. Willermoz était atteint. La Classe secrète des grades supérieurs était créé, et il avait officiellement autorisation de cultiver, dans le mystère, sa doctrine propre. Le Convent des Gaules venait de transformer les directoires français de la Stricte Observance Templière en une société mystique, fort éloignée de l’Institution allemande dont ils se réclamaient.

Acceptant sans discussion les Explications ténébreuses qu’il avait fait exposer, les Frères s’étaient mis à sa discrétion. Le tout était joué. Malgré ses affectations de modestie, le Chancelier de Lyon était devenu le maître d’un Ordre Maçonnique nouveau, le vrai Supérieur Inconnu des « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte »...(Alice Joly : « Un mystique lyonnais et les Secrets de la Franc-maçonnerie, 1730-1824 ». Maçon, 1938,p, 120)

DE LA SUCCESSION DE L’ORDRE DES ELUS COHENS par AURIFER

Dans une plaquette éditée en 1948 et intitulée « Le Martinisme Contemporain et ses véritables origines » nous avons tenté de démontrer que la filiation Martiniste attribuée à L.C. du Saint-Martin était, historiquement, plus que douteuse. Nous croyons bien y être parvenu, et aujourd’hui, c’est encore sans hésitation que nous en revendiquons, en sa plus grande partie, l’argumentation. Toutefois, il est un point, que la suite de nos études et de nos recherches historiques en matière d’illuminisme nous a permis d’étudier plus particulièrement, et qu’il importe de préciser à son tour. C’est celui des rapports entre la Franc-maçonnerie Rectifiée et les Elus-Cohen, celui des similitudes entre les « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » et les dignitaires du second Ordre.

J.B. Willermoz, Réau-Croix dans l’Ordre des Cohen, membre de son Tribunal Souverain, fut par la suite le chef véritable de la Stricte Observance Templière en France. Il en porta les titres et les transmit en son nom. Mais un jour, profitant du Convent National de Lyon, en 1778, il en fit modifier non seulement les éléments principaux, mais encore substitua au « Chevalier du Temple » de la Stricte Observance, un nouveau vocable : celui de "Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte."

Mieux encore, il constitua, au sein de ceux-ci, c’est-à-dire, au sein de l’Ordre Intérieur, une classe secrète complémentaire, composée de deux nouveaux grades : le "Chevalier Profès" et le "Chevalier Grand-Profès". Nul n’ignore que, dans les Ordres Religieux et dans les Ordres Chevaleresques, le Profès et le Grand-Profès sont des religieux qui ont prononcé des voeux d’ordre et ainsi quitté le noviciat. On ne saurait mieux souligner que Willermoz a un plan bien à lui, longuement mûri, et qu’on ne saurait lui nier une arrière-pensée fort nette en cette modification considérable. L’histoire de la "Stricte Observance Templière » pourra être étudiée avec fruit dans l’ouvrage d’Alice Joly : "Un Mystique Lyonnais et les Secrets de la Franc-maçonnerie, 1730-1824".

Or, voici comment J.B. Willermoz présente le plan qu’il avait conçu, ses raisons, d’être et sa réalisation. Dans une lettre du 12 octobre 1781, adressée au Prince de Hessel-Cassel, écrite ainsi sept années après la mort de don Martinez de Pasqually, il s’exprime ainsi : « Au commencement de l’année 1767, j’eus le bonheur d’acquérir mes Premières connaissances dans l’Ordre dont j’ai fait Mention ci-devant à Votre Altesse Sérénissime. Celui qui me les donna étant favorablement prévenu pour moi par ses informations et examens, m’avança rapidement et j’obtins les six premiers degrés (1). Un an après, j’entrepris un autre voyage en cette intention et j’obtins le septième et dernier (2), qui donne le titre et le caractère de chef dans cet Ordre. Celui de qui je l’ai reçu se disait être l’un des sept Chefs Souverains Universels de l’Ordre, et a souvent prouvé son savoir par des faits.

« En suivant ce dernier, j’eus reçu en même temps le pouvoir de conférer les degrés inférieurs (3), en me conformant pour cela à ce qui me fut prescrit.

"Cependant je n’en fis nul usage pendant quelques années, que j’employais à m’instruire et à fortifier, autant que mes occupations civiles purent me le permettre. Ce fut seulement en 1772 que je commençais à recevoir mon frère médecin, (4) et peu après les frères Paganucci et Périsse du Luc, que Votre Altesse, aura vus sur le tableau des Grands-Profès. Et ces trois sont devenus depuis lors mes confidents pour toutes les choses relatives que j’ai eu la liberté de confier à d’autres.

"Il est essentiel que je prévienne Votre Altesse Sérénissime que les degrés du dit Ordre renferment trois parties.

"Les trois premiers degrés (5) instruisent sur la nature divine, spirituelle, humaine et corporelle, et c’est précisément cette instruction qui fait la base de celle des Grands-Profès. Votre Altesse Sérénissime, pourra la reconnaître par leur lecture.

"Les degrés suivants (6) enseignent la théorie cérémonielle préparatoire à la pratique, qui est exclusivement réservée au septième et dernier (7).

"Ceux qui sont parvenus à ce degré, dont le nombre est très petit, sont assujettis à des travaux ou Opérations particulières qui se font essentiellement en mars et en septembre. Je les ai pratiqués constamment et je m’en suis bien trouvé... »

Un peu plus loin, Willermoz nous dit encore ceci :

"Quant aux instructions secrètes (des Grands-Profès), mon but, en les rédigeant, fut de réveiller les Maçons de notre Régime (la Stricte Observance Templière, ou Maçonnerie Ecossaise Rectifiée), de leur fatal assoupissement. Lié d’une part par mes propres engagements (8) et retenu de l’autre par la crainte de fournir des aliments à une frivole curiosité, ou de trop exalter

(1) Apprenti-Cohen, Compagnon-Cohen, Maître-Cohen, Grand- Architecte, Chevalier d’Orient, Commandeur d’Orient.

(2) Réau-Croix.

(3) Apprenti-Cohen, Compagnon-Cohen, Maître-Cohen.

(4) Pierre-Jacques Willermoz, médecin et Alchimiste.

(5) Apprenti-Cohen Compagnon-Cohen, Maître-Cohen (Classe du Porche)

(6) Grand-Architecte, Chevalier-d’Orient, Commandeur d’Orient

(7) Réau-Croix.

(8) Dans l’Ordre des Cohen, et à l’égard de don Martinez de Pasqually

Certaines imaginations si on leur présentait les plans d’une théorie qui annoncerait une pratique, je me vis obligé d’en faire aucune mention, et même de ne présenter qu’un tableau très raccourci de la nature des êtres, de leurs rapports respectifs, ainsi que des divisions universelles ...

Or, une lecture et un examen plus attentifs de cette lettre nous ont permis du constater que Willermoz, afin d’écarter la trop pressante curiosité du Prince de Hesse-Cassel, n’a pas dit l’exacte vérité. Faut-il l’en blâmer ? Nous ne le croyons pas, car sa prudence a été utile et a protégé l’Ordre des Cohen longtemps après sa mort.

Tout d’abord il est inexact que Willermoz ne put transmettre que les degrés inférieurs de l’Ordre. En tant que Réau-Croix... Il avait le Pouvoir de faire un Réau-Croix... évidement !

C’est Bacon de la Chevalerie, Substitut du Grand-Souverain de l’Ordre, qui l’ordonna les 11, 12 ut 13 mai 1768. Les "Statuts Secrets des Réaux-Croix", que nous possédons par le manuscrit du 18ème siècle qui est en nos archives, nous disent en effet ceci, au chapitre intitulé « Extrait de Préparation et de Précaution pour une réception de Réaux-Croix ».

"S’il y a plusieurs Réaux-Croix ensemble, les trois opérations seront faites par deux d’entre eux et par le député pour cette adoption qui fera la dernière". "Celui qui reçoit un Réau-Croix, surtout dans les temps hors du l’ordinaire, doit prévenir tous les Réaux-Croix absents, assez de temps à l’avance pour qu’ils puissent se joindre de leur côté, et aussi pour qu’ils puissent ensuite reconnaître, la légitimité de la réception. »

Ainsi, on le voit par ces articles, l’Ordination de Réau-Croix est répétée trois fois, soit par le Réau-Croix Ordonnateur, soit par trois affiliés du même grade, chacun à leur tour. Mais il est faux que Willermoz, en tant que Réau-Croix, n’ait pu transmettre que les degrés inférieurs de l’Ordre.

De plus, Willermoz n’est pas un simple Réau-Croix. En sa lettre du 20 juin 1768, don Martinez de Pasqually, lui donna ses titres dans l’Ordre des Cohen : "Inspecteur Général de l’Ordre ... Juge Souverain. . . Conducteur et Commandeur en Chef des Colonnes d’Orient et d’Occident de notre Grande-Mère Loge... »

Ainsi que le note Gérard va Rijnberk en son livre « Martinez de Pasqually, page 99 du tome 1, il est certain qu’en 1774 Willermoz ordonna Réau-Croix sa soeur, Mme Provensal ! Et pourtant, don Martinez de Pasqually était opposé à la présence des femmes dans l’Ordre celle-ci fut certainement Tunique femme Réau-Croix.

Nous lisons en effet en la lettre du 12 octobre 1773 adressée à Willermoz :

"Je vous prie de l’embrasser pour moi, de même que votre chère soeur de qui l’on m’a fait éloge du désir qu’elle a de parvenir au but de la Chose. Comme je pense que vous lui avez donné des instructions relatives à la Chose, et qu’elle en a profité comme on me l’assure, je vous exhorte à la cultiver en attendant que je puisse vous envoyer ce qu’il faut pour sa réception et l’Ordre pour la recevoir, ce qui est ici tout prêt à son sujet. »

Ensuite dans cette même lettre du 12 octobre 1781, adressée au Prince de Hesse-Cassel, Willermoz déclare qu’il n’a pu communiquer des instructions théurgiques aux Profès et aux Grands-Profès, puisqu’il ne peut, (soi-disant, on l’a vu !) communiquer les grades Cohen au-delà du Maître-Cohen.

Or, c’est par erreur, commise par tous les historiens du Martinisme, (et par nous également), que de soutenir que la Classe du Porche (Apprenti, Compagnon, et Maître-Cohen), était purement théorique. La pratique des opérations commençait déjà au Maître-Cohen car, dans le manuscrit du 18 ème siècle déjà cité, nous trouvons un Chapitre de la Rituélie Générale intitulé : « Invocation dite des Maîtres-Cohen.

Et cette Invocation comporte, au bout d’un certain temps, réservé à des prières adressées à Dieu, une véritable évocation des Esprits Planétaires, succédant à l’invocation des Esprits Célestes :

"0 Vous tous, Esprits qui habitez et parcourez les Régions Célestes et Terrestres, je vous conjure tous + + + +, par le Saint Nom de l’Eternel, de vous rendre en aspect de moi, visiblement et invisiblement, dans les Angles de ce travail, que j’ai consacré pour être votre demeure et celle de Vos Intellects .... pour que vous ayez à marquer par quelque Caractère, Hiéroglyphe, ou autre figure de Feu, la convention que j’ai contractée avec vous .... Telle qu’elle est tracée dans les cercles..."

Ainsi donc, pour toutes ces raisons, Willermoz a pu transmettre autre chose, dans cette classe secrète des Profès et des Grands-Profès, que les bas degrés de l’Ordre des Cohen. Il en avait le Pouvoir.

L’a-t-il fait ? En un mot, est-ce bien dans l’Ordre Intérieur et en sa classe secrète que l’on peut retrouver la réelle et authentique filiation du Martinisme véritable ? Nous répondrons oui et nous donnerons nos raisons.

Tout d’abord, il est certain que l’Ordre Intérieur, les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte", ne constituait plus en réalité une organisation maçonnique.

Dans le Rituel de 1778, aussi bien celui reproduit par Doinel (alias Jean Kostka) dans "Lucifer démasqué" (Paris 1895), que dans les deux manuscrits que nous avons eu l’occasion de voir et de recopier, nous constatons que le titre exact est celui de "Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte du Saint-Sépulcre de Jérusalem en Palestine, Chevalier du Parfait Silence, Silencieux Inconnu". Nous retrouvons là les deux lettres fatidiques du Martinisme de tradition : Si dans le cours du Rituel, nous rencontrons cette phrase étrange :

« Le Voile des Symboles va donc tomber pour vous, et les ombres maçonniques qui vous environnaient vont, elles aussi, disparaître à leur tour. Vous allez enfin connaître l’Ordre respectable qui a ainsi perpétué son existence secrète au sein de la Franc -Maçonnerie. »

Cette phrase existait déjà dans le Rituel de réception de "Chevalier du Temple" de la Stricte Observance Templière.

Conservant cette filiation, mais modifiant le nom de ce grade, Willermoz donne à ce texte une toute autre signification ! Le Rituel est le même, mais ce n’est plus l’Ordre du Temple qui perpétue son existence au sein de, la Franc-maçonnerie, c’est celui des Elus-Cohen....

Cet Ordre n’est pas maçonnique, puisqu’il y perpétue son existence, il est (dans la Stricte Observance), chevaleresque. Avec Willermoz, il est chevaleresque (par sa source), mais initiatique et occultiste par les enseignements de sa Classe Secrète, perpétuant l’Ordre des Elus-Cohen.

Dans la même lettre au Prince Hasse-Cassel, déjà citée Willermoz reconnaît que ce milieu n’est pas nécessairement et spécifiquement maçonnique :

"De plus, quoi il existe ici (1) depuis neuf à dix ans (2) une petite société, composée de ceux que j’ai reçus a divers degrés dans l’Ordre que je professe, laquelle n’est connue que de ceux qui la forment, maçons et autres, cependant, quelques frères qui sont aujourd’hui Grands-Profès..."

Ce caractère mixte, (parfois maçonnique parfois non maçonnique) des « Chevaliers-Bienfaisants de la Cité Sainte" d’autrefois, nous a été confirmé par deux hauts dignitaires du Rite Ecossais Rectifié, et l’un d’eux était le docteur Camille Savoire, Grand Prieur des Gaules. Il n’en est plus ainsi maintenant en ces milieux. Nous avons eu l’occasion de faire comparer les Rituels, ceux du 18 ème siècle et ceux de notre époque. Il y a des différences considérables. Et on y chercherait vainement un écho du Martinisme ancien, sauf peut-être dans les "Catéchismes" des grades bleu et vert.

Il ne demeure que la filiation, régulière au point de vue administratif et obédientiel, des "Chevaliers-Bienfaisants de la Cité Sainte", mais il n’y a plus aucune trace des Profés et des Grands-Profès.

Au cours d’un entretien du 28 juin 1946, le docteur Vibaux, qui fut Grand-Chancelier de cet Ordre, nous déclara qu’il avait effectué des recherches sérieuses en ce domaine, et qu’il avait dû conclure :

a) qu’aucun dignitaire du Rite Rectifié ne possédait de nos jours ce grade ;

b) qu’il disparut quelques années après sa création ;

c) qu’on ne retrouva jamais de Rituel de sa Transmission,

S’il y en eut jamais.

Ceci prouve que la Classe Secrète était vraiment secrète, et que les Rituels étaient soigneusement recueillis à la mort des dépositaires, et que de plus on ignorait leurs noms, pour la plupart.

Il est également possible que le caractère occultiste, mystique et chrétiens de cette Classe ait incité les éléments plus rationalistes de l’Ordre ordinaire à la supprimer peu à peu.

1 - à LYON

2 - depuis 1771

D’autant que, selon Lagrèze, qui nous l’affirma oralement, il était de tradition en certains chapitres, de relever (le Prieur dixit) le nouveau "Chevalier Bienfaisant" de ses serments purement maçonniques... Il ne devait demeurer assujetti qu’à sa promesse d’Ordre. Et ce fait nous fut confirmé par Camille Savoire, Grand-Prieur des Gaules.

Ainsi donc nous pouvons déjà conclure :

1°)- En constituant, au Convent de, Lyon 1778, l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte », (dit encore Ordre Intérieur), Willermoz a entrepris de perpétuer, avec l’Ordre de sa Classe Secrète, l’Ordre des Elus-Cohen, qui lui tenait tellement à coeur qu’il demeura toute sa vie fidèle à ses mystérieux "Travaux".

2°)- Si la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée actuelle est en possession par voie obedientielle et maçonnique régulière du premier et du second degré de cet Ordre Intérieur (Ecuyer-Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité, Sainte), elle n’en a conservé ni l’esprit (qui était le le Martinisme) ni la lettre (qui consistait dans les Travaux). De plus, ses Rituels, bien qu’affirmés conformes à ceux de 1778, ne le sont plus en réalité. Pour cela il serait possible de lui-contester une véritable régularité...

3°)- Ordre initiatique, d’esprit Martiniste, nous ne sommes pas là devant une organisation uniquement et spécifiquement maçonnique, à l’origine de l’Ordre Intérieur.

4°)- Conclusion de ce qui précède, la Maçonnerie Rectifiée ne saurait prendre ombrage de ce qu’il existe, en dehors d’elle, non seulement des filiations de "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte", mais encore des filiations de ceux-ci qui se réclament uniquement d’un retour au Martinisme de Tradition, c’est-à-dire un Martinisme Opératif.

5°)- Amputée des deux grades de sa Classe Secrète, ceux de Profès et de Grand-Profès, la Maçonnerie Rectifiée ne possède plus qu’un degré sur trois en son Ordre Intérieur. Et le caractère de neutralité qu’elle lui donne lui permet plus de pouvoir les rétablir, car :

6°)- Un Profès et un Grand-Profès est nécessairement l’affilié qui a prononcé des voeux dans une quelconque religion. Et à l’origine, l’Ordre Intérieur était exclusivement ouvert aux candidats appartenant à une des branches diverses du Christianisme. La doctrine qui y était enseignée était celle d’Origène, en fait. Or, à notre époque, la Maçonnerie Rectifié ne retient, du Christianisme, que son aspect humanitaire et social, en dehors de toute mystique et à plus forte raison d’occultisme.

7°)- C’est donc l’Église Gnostique qui peut, parce que détentrice incontestable et incontestée de la "succession apostolique", donner à des "Chevaliers Bienfaisants" la possibilité de rétablir cette Profession de nos jours disparue.

Nous ne pensons pas en effet que l’Eglise latine, ou telle autre des Eglises d’Orient, consentirait à transmettre les pouvoirs d’ordre (Exorcistat, Accolytat), nécessaires aux membres d’une organisation Martiniste opérative.... Et encore moins le pouvoir de transmission de ceux-ci....

Or, dans l’ouvrage de Probst-Biraben, (docteur es-lettres, professeur honoraire de l’Université, lui-même "Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte"), intitulé "Les Mystères des Templiers". Nous lisons ceci-page 12 :

"Ni chez les Chrétiens, ni chez les Musulmans, un Ordre ne saurait se fonder sans "consécration" de la part d’un.. Personnage qualifié, lui-même consacré par transmission de pouvoirs depuis les Apôtres ou les Prophètes. Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer, la reçurent du Patriarche Théoclétès, issu (par succession apostolique), de Saint-Jean l’Evangéliste. Ce qui explique en partie leur culte pour Saint-Jean et la doctrine du Johanisme qu’ils ont la réputation d’avoir professé..."

"Ils prononcèrent les trois voeux d’obéissance, de Pauvreté, et de Chasteté ensuite, devant le prélat catholique de la ville sainte, Garimond, et prêtèrent en même temps serment de garder les routes suivies par les pèlerins, de défendre ceux-ci à la fois contre les Infidèles et contre les pillards, nombreux dans la Palestine du XII° siècle..."

Nous pensons donc que si la régularité maçonnique administrative manque, (et cela on peut facilement l’admettre), à l’organisation Martiniste opérative moderne, recréée en 1943, possédant une existence légale officielle depuis 1945 sous le nom d’ORDRE DES ELUS - COHEN

Elle possède du moins une filiation initiatique régulière et incontestable, qu’elle peut prouver, depuis J.B. Willermoz derrière lui Martinez de Pasqually, par le canal des "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte", et elle possède, en plus, par les pouvoirs d’ordre conférés à certains de ses hauts dignitaires par l’Eglise Gnostique, la possibilité de créer de nouveau des Profès et des Grands-Profès. C’est à dire d’ordonner en vertu, de la succession apostolique , des membres soigneusement choisis, aussi bien que ceux qui le furent au 18ème siècle, et d’en faire des Théurges, car, n’oublions pas, en effet, que cette succession unit à la fois le Sacerdoce selon Melchissedec et le Sacerdoce selon Aaron.

Et si, au 18ème siècle, le changement de dénomination que le Convent de Lyon -de 1778 fit subir aux. "Chevaliers du Temple" de la Stricte Observance en les transformant en "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, en leur imposant une mystique secrète, étrangère à la maçonnerie ordinaire, ne leur fit pas perdre leur régularité, on peut alors admettre qu’il en est de même pour ceux d’aujourd’hui. Ils ne font alors qu’effectuer un véritable retour à la forme primitive, un véritable "pèlerinage aux sources"...

Or, il est certains faits qui, dès l’origine de la résurgence de 1943, vinrent confirmer le-bien-fondé et la valeur (sinon la régularité) de cette filiation "Willermoziste" au sein des Elus-Cohen ainsi reconstitués.

1°)- Ce fut le Frère Georges Lagrèze qui fut à l’origine de cette renaissance de l’Ordre. Or, il était :

a)- Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, membre du Grand-Prieuré des Gaules, (photographie de sa carte existe en nos archives) ;

b)- Chevalier du Temple, (Rite Priméval Suédois), membre de la Grande Loge de Danemark ;

c)- Réau-Croix de la filiation affirmée par J. Bricaud, et qui est malheureusement douteuse, ainsi que nous, l’avons expliqué en notre plaquette précitée ;

d)- Rose-Croix d’Orient, cet Ordre qui aurait été à la genèse des Elus-Cohen, du 18ème siècle et de la Compagnie des Philosophes Inconnus de cette même, époque.

2°)- Le Docteur Camille Savoire, Grand-Prieur des Gaules, Prieur des "Chevaliers de la Cité Sainte" pour la France, accepta, en 1943, dès la résurgence de l’Ordre des Elus-Cohen, la charge de Grand-Maître d’Honneur de cet Ordre. A sa mort, le diplôme affirmant cette qualité fut, avec ses autres Chartes et Patentes maçonniques, déposé aux archives du Suprême Conseil du Rite Ecossais, à la Grande Loge de France.

3°)- Le même docteur Savoire, dès qu’il eut appris de Lagrèze le réveil des Cohen et l’utilisation (notamment) de la filiation des "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte", nous demanda de ne pas faire d’imprudences (nous étions alors sous l’occupation allemande et le Gouvernement de Vichy), ajoutant : "Après la guerre, ie vous régulariserai..." II approuvait ainsi notre « armement » par Lagrèze.

4°)- La preuve de ce dernier point est aisément établie si l’on, se souvient qu’il accepta de figurer dans la déclaration, officielle de l’Ordre des Elus-Cohen, faite à la Préfecture, de Police de Paris, au Bureau des Associations, fin 1944, en tant que Grand-Maître d’Honneur, et qu’il contresigna notre nomination par lagrèze, de Substitut Grand Maître de l’Ordre.

5°)- II tint par la suite à constituer lui-même, assisté de deux autres « Chevaliers Bienfaisant de la Cité Sainte » en février 1945, une Loge Ecossaise Rectifiée, dénommée « L’Arche d’Alliance », loge de Saint-Jean qui devait servir de base aux grades -bleus- de l’Ordre des Elus-Cohen. Il en nomma les Officiers "ad vitam" et nous désigna ainsi comme Vénérable à Vie de la dite Loge.

6°)- il accepta la charge de vénérable d’Honneur de cette même Loge et assista à toutes les tenus de 1945 en cette qualité. Son sautoir de Vénérable d’Honneur, (bleu pâle-bordé d’argent), lui fut offert par l’atelier, et doit actuellement se trouver, avec les autres souvenirs de cet illustres Maçon, aux archives de la Grande Loge de France. De toutes choses, des témoignages manuscrits, documents officiels et indiscutables, demeurent, sans pour cela omettre celui oral des survivants de cette époque, qui a également sa valeur, lui aussi.

Pour toutes ces raisons, L’Ordre des Elus-Cohen ainsi réveillé, s’estime autorisé à revendiquer, lui aussi, et sans pour cela la dénier chez les autres rameaux d’esprit différent, la filiation mystérieuse que Jean-Baptiste Willermoz avait voulu et avait réussi à inclure dans l’Ordre Intérieur des "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte".

Ceci au même titre que celle attribuée à Louis-Claude de Saint-Martin, et analysée en notre ouvrage « le Martinisme » Texte rédigé le 2 octobre 1958, anniversaire du second centenaire de la fondation de l’Ordre, des Elus-Cohen par don Martinez de Pasqually et douzième jour après celui de sa mort à Saint-Domingue.

In Memoriam.

"Requiem aeternam dona ei Domine, et lux perpétua luceat ei.

AURIFER

 

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Lettre de Martines de Pasqually à Willermoz(1768)

Publié le 24 Mai 2026 par T.D


Au Nom Du Grand A. D. L'univers amen + amen + amen + amen
Joie Paix Salut Et Bénédiction soient données à celui qui m'entends
Du Grand Orient Des Orients Universels Bordeaux
L'an Maçonnique 333. 357. 579. 601 De 1. R. 2448 D. L. h. 57 28 D. M. 45 Du Christ 1768.
Du Dernier et premier quartier de la septième et huitième Lune de la susdite année ce 11 septembre 1768
Salut au Grant Orient De France Lyon. Salut à Notre T. h. T. R. et T. P. Maître de Willermoz.
T h. T. R. et P. Maître


Je vous écris pour la première et dernière fois de notre année mystérieuse, Equinoxiale qui est composée d'un Equinoxe à l'autre pour vous prévenir d'être à votre angle Est d'observation le 27 le 28 et le 29 du présent mois de septembre pour i recevoir votre ordination sympathique de vertu et puissance relativement à votre dignité et qualité de R. + vous vous conduirez à cet égard conformément que vous trouverez ici joint n'attendez plus de moi aucun autre avis de ma part à ce sujet au contraire j'attendrai votre journal ternaire ; ne soyez point surpris si je prolonge le jour de nos opérations pour être notre Equinoxe général et de correspondance, je l'ai prolongé pour faciliter le temps convenable de quelqu'un de vos frères Réaux qui n'est point trop à son aise pour cet ouvrage Je commencerai demain sans faute à ouvrir les circonférences d'opération de Réaux et les tiendrai ouvertes en les poursuivant jusqu'aux Solstices d'hiver en cas d'évènement temporel contre quelqu'un de nos principaux chef, Et de l'ordre en général


Vous êtes averti au Nom De l'éternel de vous trouver .2 prosterné .3 dans le cercle qui est vers ouest, ou .4 le Mot de I. A. B. est écrit .5 à minuit précis du 27 au 28 bien entendu que vous ne ferez cette prosternation qu'après avoir .6 tracé entièrement tous les attributs qui sont dans votre quart de cercle en commençant par sa figure et finissant partout ce qui lui est généralement dépendant tel que l'on vous l'a donné a Paris ; .7 vous placerez trois bougies à l'angle de votre quart de cercle, une au cercle intérieur du cercle qui est dans votre quart de cercle sur la barre ouest .8 écrit RAP vous mettrez également .9 deux bougies à chaque extrémité de votre quart de cercle, et .10 une seule au centre des quatre sur milieu de la seconde ligne qui partage .11 les noms et les hiéroglyphes qui y sont écrit dedans cette seule lumière est le symbole de .12 ma présence sympathique à vos opérations. Le cercle ou vous devez faire votre prosternation sera à deux pieds de distance de l'angle d'ouest qui est en face de l'angle ouest où votre quart de cercle sera tracé après cette préparation faite, vous ferez votre prosternation.


Vous serez habillé de sur vous veste culotte et bas noir dénué de tout métal, pas même une épingle sur vous, vous n'aurez pas même vos souliers aux pieds lors de votre prosternation, mais vous les aurez au pied en pantoufle lors de vos invocations attendre qu'il faut que vous soyez fixé s'il était possible pour être plus parfaitement en règle vous vous feriez faire des souliers de chapeau avec une semelle de liège afin de n'avoir rien dans le lieu et sur vous d'immonde et d'impur voilà pourquoi on appelle mule du pape, vous devez m'entendre ensuite vous aurez sur votre premier habillement une longue robe blanche autour de laquelle il y aura une grande bordure couleur de feu d'environ un pied de large et autour des manches qui seront faite à façon d'aube il y aura pareillement une bordure couleur de feu d'environ un demi pied il y aura pareillement autour du collet de la dite robe une doublure de la même couleur en dehors dudit collet d'environ un travers de doigt vous aurez de plus sur vous toutes les couleurs de l'ordre savoir le cordon bleu céleste en sautoir au col sans aucun attribut ensuite le cordon noir passé de droite à gauche après le Grand cordon rouge passé de gauche à droite ensuite l'écharpe rouge de droite à gauche autour de la ceinture, en bas au dessous du ventre, ensuite vous passerez l'écharpe vert d'eau de gauche à droite ceinte sur la poitrine l'emplacement de ses deux écharpes sur votre corps font allusion aux séparations matérielles animales et spirituelle ; étant ainsi habillé, vous sortirez la lumière qui est allumée dans votre cercle de prosternation vous la placerez sur votre droite hors du dit cercle, en suite vous vous prosternerez dedans tout allongé de ventre sur terre et vous appuierez votre front sur vos deux poings fermés cette prosternation durera sans mot dire six minutes qui sera le temps de votre ordination de vertu ensuite vous vous lèverez debout, et vous irez allumer toutes les bougies qui sont dans le quart de cercle avec la bougie qui était dans votre cercle de prosternation sans doute qu'elle sera allumée du feu nouveau et lorsque tout est allumé vous allez faire votre prosternation dans votre quart de cercle en rangeant les deux bougies qui y sont dedans aux extrémités du quart de cercle et lorsque vous prononcerez quelqu'un des noms qui sont tracés vous demanderez à Dieu en vertu de la puissance qu'il avait donné à ses serviteurs tels et tels en nommant tous les noms écrits dans l'angle de vous accorder la grâce que vous lui demandez d'un cœur sincère et véritablement contrit et soumis et que pour vous assurer de sa miséricorde il vous fasse répéter l'hiéroglyphe ou quelqu'une des hiéroglyphes que vous aurez tracé devant vous avec de la craie blanche au milieu de la chambre entre votre quart de cercle et votre cercle de retraite qui est vers ouest où vous serez toujours placé lorsque vous voudrez travailler à l'avenir en attendant votre temps que je vous changerai d'ouvrage qui vous sera plus avantageux et plus lucratif peut-être que celui d'un apprenti après vos deux prosternation vous relèverez les mots des deux cercles de même que ceux qui sont autour du quart de cercle le genou droit et les deux mains en équerre de plat sur la terre vous dirais en relevant trois mots " in quacunque die tel tel tel invocavero Te velociter exaudi me " (quand que ce soit que je t'invoque, exauce-moi promptement) ; après que vous aurez fait toutes ses choses vous prendrez vos parfums que vous mettrez dans un petit plat de terre neuf dans lequel il y aura du charbon allumé avec du feu nouveau et vous irez parfumer votre quart de cercle des et votre cercle de retraite qui est vers ouest.


Parfum
" pour 4 sol du safran
" 4 sol d'encens mâle
" 4 sol de fleur de soufre
" 4 sol de graine de pavot blanc et noir
" 4 sol de clous de girofle
" 4 sol de cannelle blanche en bâton ou autre
" 4 sol mastic en larme gommé en bâton ou autre
" 4 sol sandara gommé
" 4 sol noix muscade
" 4 sol graine de parasol
mêler le tout ensemble et ensuite en jeter une bonne pincée dans le dit plat à poignée en suite le passer en forme de cercle autour du quart de cercle ensuite remettre trois bonnes pincées dudit parfum dans le dit plat où est le feu nouveau et encenser pendant quatre fois l'angle d'ouest, après cette cérémonie faite ; vous ferez les invocations que je vous enverrai par le premier courrier n'ayant point absolument le temps de vous les transcrire.
Heureux ! d'un événement qui permet au beau-père de se rapprocher de Dieu et gêne financière étant pressé pour faire faire des réparations que le dernier ouragan à occasionné à mon beau-père de quoi je ne suis point absolument fâché d'autant plus que cet évènement le fera rentrer en lui-même et aura plus de religion à l'avenir qu'il en a eu par le passé il est vrai que je serai un peu gênés pour nos pensions n'importe pourvu que cet évènement le convertisse nous avons eu ici un ouragan si fort qu'il a mis le clocher de St Michel à bas, tous les arbres des allées de Tourni sont en partie tous coupés par le milieu et les autre tous ébranchés plusieurs maisons, vignes et arbres de la campagne ont été mis a bas et surtout chez mon beau-père que non seulement la grêle lui a emporté quinze tonneaux de vin, l'ouragan lui a enlevé tout le reste et a mis à bas sa maison il faut le mettre cependant à l'abri des insultes du temps ; voilà ce qui m'empêche à ne pas vous envoyer le tout à la fois.
Vous observerez pendant les trois jours d'opération de dire le matin votre office du St Esprit le soir dans la chambre vous travaillerez les sept psaumes et la litanie des Saints vous entrerez dans votre laboratoire deux heures avant l'heure de minuit afin de pouvoir tout retracer de nouveau.
Je vous enverrai les bénédictions les exorcismes avec les invocations vous avez assez de temps devant vous pour être au travail les jours indiqués le premier jour de votre opération vous ne sortirez de votre cercle de retraite qu'à une heure et demi près de deux heures après minuit vous observerez de dîner ces jours là à midi précis et finirez de manger à une heure fixe, vous ne prendrez plus rien d'aliment que jusque que vous ayez fini votre opération vous pouvez boire de l'eau si vous en avez besoin mais point de café ni liqueur quelconque. Voilà un précis juste de ce que vous devez faire ainsi que je vous l'ai promis.
Je vous souhaite joie paix et santé dan votre travail que l'éternel veille sur vous et vos ouvrages qu'il les bénisse les prospère et les tienne ainsi que vous pour un temps immémorial à sa sainte garde.
Don Martines De Pasqually G. Souverain

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Lettre de Bacon de la Chevalerie à JB Willermoz(1775)

Publié le 24 Mai 2026 par T.D


Je ne sais, Monsieur, ce que l'on a pu vous répéter. d'alarmant pour l'Ordre des Elus Coëns et particulièrement pour ma gloire - il est vrai, j'ai parlé de la science de Martines et de sa friponnerie, mais des secrets de l'Ordre je n'ai rien révélé, il s'en trouve beaucoup plus d'écrit dans l'Encyclopédie à l'article Rose-Croix que je n'en ai dit aux personnes à qui j'en ai parlé.


Je ne suis ni enthousiaste, ni parjure, j'ai été effrontément trompé par un fripon, insulté par d'honnêtes gens, sur la foi de ce même fripon, connu d'eux pour tel : j'ai voué mon indignation au premier, il l'a emportée au tombeau, et ma pitié aux derniers.


Il me reste un profond mépris. En outre, pour tout ce qui était illusoire dans ce qui m'a été montré quoique je conserve une pente à croire qu'en effet il existe quelque réalité dans la science dont ce coquin de Martines s'était établi professeur et cette entreprise ne rendait qu'à l'orgueil humain.


Quant aux serments qu'on a exigés de moi sans connaissance de cause, j'ai été forcé de les apprécier par le mépris que Martines en a fait lui-même par celui que vous et les autres R. + en avez fait.


Mais je n'ai point à me reprocher d'y avoir manqué. J'en ai cent fois moins dit que Martines en une seule conversation n'en a dit à des profanes, à des femmes, entre autres à Mme la Comtesse de Lusignan.
J'ai pu parler des invocations, mais n'ai prononcé ni aucun mot de puissance, ni aucun de nos formes. Je n'ai fait aucun usage de l'autorité qui m'a été confiée, que je conserve parce que nulle créature humaine peut me la ravir ; que des hommes aveugles et livrés à un instant d'inconséquences ont crû trop légèrement, que j'avais perdue. J'ai souffert sans aigreur et sans murmure les effets de leur faiblesse, mais je ne souffrirais pas de même que l'on me taxât de manquer à mes engagements. Ceci exige un long commentaire. Je ne réponds à votre lettre que sommairement, mais quand vous le voudrez, nous donnerons toute l'extension lit ma réponse dont elle est susceptible.


J'aime, je reconnais, et je respecte la franchise avec laquelle vous m'avez parlé, mais je plains l'aveuglement qui vous a rendu ainsi que les autres injuste envers moi.
Je vous embrasse mon cher Willermoz, de tout mon cœur.

ADDITIF sur la succession de Martinez de Pasqualy :
Selon M. René Philipon , Bacon de La Chevalerie fut destitué par Martines, en 1772, peu avant son embarquement et fut remplacé par De Serre. Une information toute différente est donnée par. le Prince Chrétien de Hesse-Darmstadt (in ordine Christianus Eques a Cedro Libani), dans son carnet de notes autographes où il reproduit une note qu'il avait écrite le 12 janvier 1782 dont voici la traduction de la partie se rapportant à ce fait :
"Ayant décidé un voyage, il (Martines) élut pour son successeur un nommé Bacon de La Chevalerie et au-dessous de lui cinq autres.


1. Saint-Martin, qui est devenu célèbre par le livre Des Erreurs et de la Vérité. Il vit à Paris, près de la marquise de La Croix qui le maltraite assez durement, ce qu'il subit avec patience pour pouvoir toucher sa pension du Roi.
2. Willermoz est le second. Il vit à Lyon et a une bonne tête, mais il se tourmente le jour et la nuit pour augmenter ses revenus : il ne possède plus de proches parents et ne compte pas parmi les marchands vendant bon marché. En outre, il a un esprit très despotique, mais il est d'une vertu stricte. Il a introduit l'ordre de Martines dans la Franc-maçonnerie et en a caché l'origine réelle.


3. Desert ou Deserre, officier d'artillerie est le troisième, il vit à part. Il a eu dans sa jeunesse des querelles avec son frère cadet et, à cause de ces différents, préfère distribuer sa fortune à ses amis, plutôt que de la laisser à ses neveux.


4. Du Roi d'Auterive est le quatrième. Celui-ci a (dit-on) prétendu le 10 pour cent (c'est-à-dire qu'il pratiqua l'usure). Mais ce fait n'est pas complètement prouvé. Il vit, du reste, honnêtement et est toujours jovial. Il donne beaucoup aux pauvres, et sans faire montre d'une vertu austère, il est profondément pieux.
5. Le cinquième (de Lusignan) ne m'est pas encore connu d'une façon certaine pour que je puisse en parler.
Ces cinq personnages n'ont pas voulu reconnaître Bacon de La Chevalerie comme chef, parce qu'il est encore très inconstant dans la vraie discipline de la vie .


Le Prince poursuit :
Le fils de Pasqualis est à peu près dans sa quinzième année ; on l'élève de façon à ce qu'il puisse être un jour le successeur de son père. L'abbé Fournié qui reçoit une pension de la Loge des Amis réunis, est son instituteur.
D'où le Prince Chrétien a-t-il tiré ces informations ?


Il le dit lui-même dans une lettre, rédigée en français, au Grand Profès Metzler, sénateur de Francfort-sur-le-Main :
Dans une conférence que j'eus avec le Marquis de Chef de Bien d'Armissan, eques a capite galeato 1753- 1814, à Strasbourg, au mois de janvier 1782, j'appris que Don Martines Pasqualis était le Chef de cette secte ; qu'elle avait un tout autre but que la Franche Maçonnerie et qu'elle y avait été entée par l'inconsidération d'un des chefs de cette secte. Pasqualis prétendait que ses connaissances venaient d'Orient, mais il était à présumer qu'il les avait reçues de l'Afrique. Avant de quitter la France, Pasqualis institua pour son successeur Bacon de La Chevalerie et sous lui cinq supérieurs. (Suivent les cinq noms rapportés dans le carnet de notes.)


Dans les communications du marquis de Chef de Bien transpire son animosité contre tout ce que l'on peut appeler "Martinisme ". Cela peut même être considéré comme une preuve de la vérité du récit. Enfin, la façon d'écrire les noms s'accorde bien avec le fait qu'ils ont été communiqués de vive voix.


Il se pourrait fort bien que Martines n'ait pas du tout destitué son substitut général Bacon de La Chevalerie, mais qu'avant de s'embarquer, il ait renforcé son Tribunal Souverain.

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Extrait d'une lettre de Willermoz à Türkheim (juillet 1821)

Publié le 24 Mai 2026 par T.D

" Je remplirai tant ce que je pourrai ce que je vous ai offert pour faciliter l'intelligence du Traité, de la réintégration des Etres de Don Martines de Pasqualis, dont vous allez vous occuper.


Vous me demandez à son sujet s'il était Juif, comme on vous assure. Je réponds non, il ne l'était pas et ne l'a jamais été. Comme initié dans la haute science secrète de Moïse il était grand admirateur des vertus des premiers Patriarches Juifs, mais il ne parlait qu'avec mépris des chefs modernes de cette nation, qu'il ne considérait plus que comme plein de mauvaise foi.


Ses inconséquences verbales et ses imprudences lui ont suscité des reproches et beaucoup de désagréments, mais il était plein de cette foi vive qui les fait surmonter. Dans son Ministère il avait succédé à son père homme savant, distinct et plus prudent que son fils, ayant peu de fortune et résident en Espagne.


Il avait placé son fils Martines encore jeune dans les gardes Wallonnes où il eut une querelle qui provoqua un duel dans lequel il tua son adversaire ; il fallait s'enfuir promptement et le père se hâta de le consacrer son successeur avant son départ. Après une longue absence le père sentant approcher sa fin, fit, promptement revenir le fils et lui remit les dernières ordinations.


Je n'ai connu le fils qu'en 1767 à Paris longtemps après la mort du père. Il y était venu pour solliciter la croix de Saint Louis pour ses deux frères cadets domiciliés à Saint Domingue qu'il venait d'obtenir. Il prit pour moi beaucoup d'amitié et une grande confiance qui s'est soutenue jusqu'à sa mort. Il prolongea de quelques mois son séjour à Paris pour m'avancer plus rapidement dans les hauts grades et me mit, à la porte du dernier, réservé pour lui seul comme chef.


Veuf, sans enfants, il retourna à Bordeaux pour se remarier avec une femme vertueuse et se donner par elle un successeur. Il fit baptiser celui-ci solennellement par le curé de la paroisse. Au retour de l'Église, il s'enferma seul avec l'enfant et quatre de ses amis avancés en connaissances et là fit avec eux la première consécration de son fils ce qui fut remarqué et donna lieu à bien des propos contre lui. J'avais été prévenu par lui et invité avec plusieurs frères des hauts grades, quoique absents et éloignés, pour y assister. - Quelque temps après il partit pour St. Domingue où il est mort (en 1774) avancé en âge. Au moment de sa mort il fit à 1000 lieues de là un salut d'adieu à sa femme occupée d'un ouvrage de broderie, et traversant (la chambre ?) en ligne diagonale du levant au couchant d'une manière si frappante qu'elle s'écria devant plusieurs témoins : "Ah, mon Dieu, mon mari est mort !" Fait qui a été vérifié et confirmé.


La mère a donné pendant bien des années des soins maternels à l'éducation de son fils et s'est remariée à un capitaine de vaisseau marchand. La révolution survenue ne m'a pas permis de savoir ce qu'est devenu le fils, et j'ignore s'il est mort ou vivant. - J'ai appris depuis par une autre voie sûre (la somnambule) que Don Martines a expié dans l'autre monde par des souffrances pendant plusieurs années ses fautes et imprudences humaines et qu'il a ensuite été récompensé de sa grande foi et élevé à un haut degré de béatitude, où il a été vu en portant sur la bouche le signe respectable qui caractérise le sacerdoce et, l'épiscopat. Voilà, mon ami, ce que je puis dire de plus certain de ce prétendu Juif dont vous me parlez, de cet homme extraordinaire auquel je n'ai jamais connu de second. Vous connaîtrez bien par les lectures du Traité que souvent l'auteur était dicté


Lettre de Willermoz à Türckheim du 12 août 1821et dirigé, par un agent invisible. "


" Je reviens avec vous sur l'article de Pasqually et de son manuscrit sur lesquels on vous a fait tant d'Historiettes, comme sur l'ouvrage de Saint-Martin qui est, dit-on, tiré littéralement des Parthes, et qui en sort comme j'en suis sorti. J'ai connu très anciennement un Monsieur Kuhn, de Strasbourg : il était alors un curieux empressé auquel je n'avais pas grande confiance. Quelle que soit la prétendue origine chaldéenne, arabe, espagnole ou française que l'on veuille donner au Traité de la Réintégration de Pasqually, je puis dire que je l'ai vu commencer en France et en mauvais français par lui-même, et ce travail a été encore mieux vu et suivi par mes amis intimes, M. le chevalier de Grainville, lieutenant-colonel du régiment de Foix, et M. de Champolëon, alors capitaine des Grenadiers du même régiment, qui allaient passer tous leurs quartiers d'hiver auprès de lui, et se mettaient en pension chez lui pendant six mois pour travailler sous lui et corriger des défauts de style et d'orthographe sur chaque feuille à mesure qu'il les avait tracés. Ils prenaient ensuite la peine de copier pour moi de petits cahiers qu'ils m'envoyaient ensuite après qu'il les avait approuvés, car il les chicanait souvent sur certains mots qu'ils jugeaient plus français et il les rayait sous leurs yeux comme contraires au sens qu'il voulait exprimer. Voilà les faits dont je suis certain. Tirez-en les conséquences que vous jugerez convenables.


" M. de Saint-Martin, officier dans le même régiment où M. le duc de Choiseul, voisin de son père, l'avait placé, reçu dans les hauts grades de l'Ordre, très longtemps après ces deux Messieurs et deux ans après moi, a tenu habituellement la même marelle, et s'établissait pensionnaire de Pasqually pendant tout le temps d'hiver qu'il ne donnait pas à son père. Ayant quitté le service avec le blâme de son père et de M. de Choiseul, il vint à Lyon et vint d'amitié, loger chez moi qui demeurais alors aux Brottaux où il a composé son livre des Erreurs et de la Vérité. Il aurait voulu y dire beaucoup de choses importantes, mais lié comme moi et les autres par des engagements secrets, il ne le pouvait pas. Désespéré de ne pouvoir pas se rendre par cet ouvrage aussi utile qu'il le désirait, il le fit mixte et amusant par le ton de mystère qui y régnait. Je ne voulus y prendre aucune part. Deux de mes amis et principaux disciples littérateurs lui persuadèrent enfin de refaire son ouvrage. Il le refit avec eux sous mes yeux tel que vous le connaissez. Aux hautes connaissances qu'il avait acquises de Pasqually, il en joignit de spéculatives qui lui étaient personnelles. Voilà pourquoi tout n'y est pas élevé et qu'il s'y trouve quelques mélanges ; voilà aussi comment cet ouvrage est venu des Parthes ! Risum tenealis ! "

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Le christianisme de Pasqually

Publié le 24 Mai 2026 par T.D


Nous touchons au fond : le christianisme de Martines, qui vivifie la théorie et la pratique de l'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers, n'est pas le christianisme latin ni le christianisme byzantin, mais le christianisme antiochien ; son Eglise virtuelle est l'Eglise syrienne, pour autant que l'Eglise syrienne d'Antioche a recueilli la succession de la première communauté chrétienne de Jérusalem, dont Jacques, frère du Seigneur, fut le premier évêque et qui ressortissait au judéo-christianisme strict. Sa liturgie n'avait point divorcé d'avec la liturgie juive et sa gnose orthodoxe puisait aux sources très anciennes de ce gnosticisme juif que des chrétiens pervertiront en gnosticismes hétérodoxes. (Des mêmes sources très anciennes Moshé Idel a montré que la kabbale a découlé, via le Séfer Iézirah.)


Défi aux interdits scientistes, je persiste à parler, en le professant, de "judéo-christianisme", et m'y crois autorisé, à condition d'expliquer en quel sens actuel prendre et comprendre le mot.


Convenons d'appeler "judéo-christianisme" l'apparente synthèse d'une pratique juive, codifiée par Moïse, aux implications doctrinales, et d'une christologie où s'analyse la foi en Moyses novus, Jésus de Nazareth, le Christ ou le Messie. Puis, modulons cette définition très générale.


Au 1er siècle de notre ère, la foison des sectes juives est de mieux en mieux assurée par l'histoire et l'archéologie ; celle des croyances chrétiennes aussi.


Non seulement, au début de notre ère, l'école juive de Shammaï et l'école juive de Hillel, tout en s'accordant à reconnaître l'universelle juridiction sur les Peuples, de la loi noachite en sept commandements, dont trois sont majeurs, s'opposent sur leur nature salvifique (Shammaï la nie, Hillel l'affirme). Mais encore, parallèlement au mouvement des pharisiens, où coexistent les deux écoles précédentes, et à part des interférences évidentes, se développe, à partir du IIIe siècle avant notre ère, un courant apocalyptique, au double sens du mot apocalypse : les mystères du royaume des cieux révélés et la prévision des fins dernières. (Une amphibologie similaire caractérise la prophétie et le prophétisme.)


Le premier mouvement aboutit au judaïsme proprement dit, talmudique, rabbinique ; le second courant, représenté par les esséniens, les samaritains en marge, et en marge aussi une percée vers les musulmans mutazilites, aboutit au karaïsme, au hassidisme et à la kabbale médiévale, plus que millénaire.
Dans le premier cas, on dirait d'une tradition légaliste et dans le second d'une tradition mystique, remontant, l'une par écrit et l'autre oralement, à Moïse, le maître commun (22*). L'épanouissement de la kabbale au sein du judaïsme normatif et l'attachement des ésotéristes à la lettre pure, sinon à la pure lettre, de la Torah valident des passerelles et même des empiètements essentiels. (De même que dans le rabbinisme, des tendances gnostiques ont cheminé dans le christianisme normatif.)


Les christologies étaient, il y a dix-huit ou dix-neuf siècles, basses ou hautes, pauvres ou riches, à maint degré, avec mainte nuance, s'agissant de la nature humaine ou divine, de la nature humano-divine ou des deux natures humaine et divine de Jésus-Christ ; de l'humanité et de la divinité du Messie crucifié et ressuscité.


Chez les Juifs, flottantes étaient aussi, à l'époque, l'idée et l'image et même la place du Messie, que les chrétiens personnifieront en rabbi Ieschouah. La résurrection de Jésus fils de Marie vérifie son avènement, au-delà du scandaleux supplice, et elle enthousiasme ses disciples qui vivent et meurent et revivent avec lui, en lui et pour lui.
Aucune thèse christologique n'est hérétique avant le concile de Nicée en 325. Avant comme après, différentes théologies sont habilitées à rendre compte d'un même dogme chrétien. Le christianisme peut n'être point paulinien, ou il peut n'être point entièrement paulinien. La lettre de Jacques, non paulinienne au moins, appartient au canon des Ecritures et Paul se prête à tant d'interprétations ! Des écrits gnostiques réputés hétérodoxes érigent Paul de Tarse, qui passe ailleurs pour l'ennemi juré de leurs adeptes, en docteur éminent, ou premier : invite à réfléchir sur la gnose nécessaire.


La jonction du judaïsme et de la christologie ne manqua pas d'influencer leurs formes respectives. Ainsi, de la personne terrestre et céleste du Messie, Fils ou fils de l'homme et Fils ou fils de Dieu, pensée et éprouvée à l'intérieur de catégories angéologiques, et du messianisme marqué au coin des apocalypses. Ainsi, d'une inévitable théorie des deux alliances, l'ancienne et la nouvelle, telle que, notamment, l'Epître de Barnabé l'esquisse et qu'elle s'exprime dans les Homélies pseudo-clémentines. Au bout du compte, l'entente rend arbitraire la distinction des formes respectives. La synthèse semble parfaite, mais est-ce une synthèse ?


Il peut être expédient de tenir la synthèse pour artificielle, en somme, et de voir dans le judéo-christianisme le résultat d'un effort pour christianiser le judaïsme, précisément pour introduire dans le judaïsme une christologie. Mais l'effort parvient, en réalité, à tirer cette christolo


Quand les Gentils et les Juifs s'efforcent de concert ou de conserve, ils sont menés respectivement à un judaïsme des incirconcis et à un christianisme des circoncis. La formule d'Edmund Schweizer est heureuse, bien que le choix de la circoncision comme critère du judaïsme minimal des chrétiens soit discutable, puisque ce critère fut discuté parmi les chrétiens, et l'obligation d'être circoncis abrogée au concile de Jérusalem en 50 ou 51, mais un judéo-chrétien consentant à la tolérance en était-il astreint à se renier ? Entre ces chrétiens d'origine juive, la plupart pharisiens, qui suivent toute la loi, y compris la circoncision, et ces chrétiens pour qui soit le judaïsme est dépassé par le christianisme, soit la loi peut tout au plus servir de règle de vie, non pas de moyen de salut, il est des chrétiens, Juifs ou Gentils, qui n'exigent pas toute la loi, mais une partie, comprenant les lois diététiques, notamment, mais où la circoncision notamment fait défaut. Jacques et ses ouailles semblent avoir été de cette dernière espèce. Les derniers autant que les premiers sont, selon notre convention, des "judéo-chrétiens". Selon Paul ni Juifs ni Gentils, ni non plus l'extermination ou la conversion d'un goupe à l'autre mais une nouvelle humanité qui constitue le corps du Messie, du Christ.


Point d'autre but, néanmoins, chez les uns, dans leur variété, et les autres que de retrouver l'issue du développement dogmatique, de l'achèvement historique méconnu ou oublié.


En réalité, disions-nous, la synthèse, si l'on veut, est spontanée, naturelle ; l'achèvement historique du judaïsme le développe en judéo-christianisme et le christianisme s'y avoue congénial en même temps que congénital au judaïsme.


L'on ne saurait oublier, enfin, l'hellénisation du christianisme à laquelle le judéo-christianisme échappa d'autant moins que les Juifs de Palestine (pour ne rien dire de la Diaspora où la Bible hébraïque fut traduite en grec, au IIe siècle avant notre ère, par des Alexandrins) ne sont pas restés imperméables à l'environnement hellénistique dans lequel ils ont vécu pendant trois siècles. Au sein de la communauté judéo-chrétienne, les "Hébreux" - ceux que l'on qualifiait tels et qui étaient indigènes - parlaient araméen et suivaient toute la Loi ; les hellénophones dits "Hellénistes", dont la plupart n'en étaient pas moins d'origine juive, s'en permettaient la critique.


A l'orient de l'Orient


La profession de foi trinitaire d'Etienne, le proto-martyr, avant sa lapidation, sentence du sanhédrin qu'une foule a saisi, est primitive, exemplaire. Tirons-la des Actes des apôtres, chapitre VII, verset 54, avec les capitales initiales en usage aujourd'hui : "Rempli du Saint-Esprit et fixant les yeux vers le ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : "Voici, je crois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu."
Pourquoi de pareils croyants se seraient-ils privés de célébrer, certains d'entre eux, à la fois le shabbat, jour de l'Eternel, notre Dieu et le dimanche, jour où le Seigneur Christ a vaincu la mort ?


Des judéo-chrétiens, hellénistes, originaires de Chypre, tel Barnabé, et de Cyrénaïque, émigrent à Antioche, capitale de la Syrie-Séleucie , troisième cité de l'Empire, après Rome et Alexandrie et siège du comes Orientis. Des conversions en masse et, pour la première fois, les chrétiens sont appelés chrétiens.


Jacques est condamné à mort, dès l'an 62, par le sanhédrin que préside Anan, il est lapidé selon Flavius Josèphe, mais auparavant précipité du pinacle du Temple selon saint Clément d'Alexandrie (et Hégésippe), enfin le crâne fracassé par un foulon.


Une nouvelle vague d'émigration, qui intéresse les "Hébreux", entre 62 et 7º, mais surtout entre 62 et 66, quand s'ouvrent pour quatre ans les hostilités de la première révolte juive, emmène des judéo-chrétiens en Transjordanie, principalement, à Pella.


Pourtant saint Jacques et ses successeurs à Jérusalem viendront, sur les premières listes des tenants du siège, dans le fil des grands prêtres du Temple, dont la fonction disparaîtra avec le lieu du culte, en 70. Mais c'est seulement en 135 que Jérusalem disparaîtra, après l'écrasement de la dernière révolte juive contre l'empereur Hadrien qui aura profané son saint nom en celui d'Aelia Capitolana. A cette date s'arrête la liste des quinze évêques de Jérusalem transmise par Eusèbe de Césarée. Dorénavant, l'Eglise de Jérusalem n'est plus dans Jérusalem. Seuls chrétiens à y demeurer, des Gentils, chrétiens point formellement judaïsés. Ce sont eux qui tourneront leurs regards vers Rome, mais les exilés ne transposeront pas la sainteté de la Ville.


A Jamniah, ou Yavneh, en Judée, le sanhédrin, réfugié après la catastrophe de 70, tâche à réorganiser le judaïsme au milieu des nations ; le concile légendaire de Jamniah, symbole de délibérations qui occupèrent plusieurs décades, fixe le canon des Ecritures, explique que les bonnes actions remplacent désormais les sacrifices, établit une liturgie provisoire.


Entre dix-huit bénédictions, l'une consiste en une contre-bénédiction : la birkat ha-minim vise (au moins à cette époque (23)) les judéo-chrétiens. Cette excommunication rituelle des nosrim se situe aux environs de l'an 90, et de 70 à 170 (controverse de Justin avec le rabbin Tryphon) s'étend le siècle où le judéo-christianisme éclate. Ce n'est pas une synthèse qui se défait, c'est l'unité qui se brise.


Sur l'autre bord, les communautés chrétiennes majoritaires, la Grande Eglise bientôt, hégémonique, ignorent ou détestent, isolent, bannissent peu à peu les communautés judéo-chrétiennes qui se débilitent et qu'elles divisent arbitrairement en groupuscules : ébionites, symmachiens, cérinthiens, nazaréens (ou nazoréens), elkessaïtes...
Le manichéisme naîtra en milieu judéo-chrétien. Son fondateur innove dans la foulée d'Elkessaï (autour de l'an 100), en inférant de la rencontre habituelle aux judéo-chrétiens avec le saint esprit, ou le Saint-Esprit, qu'il spécifie à son bénéfice, une investiture prophétique exorbitante. Mais comment la révélation accordée, troisième dans le temps historique, à la postérité d'Abraham aurait-elle correspondu avec les deux précédentes si l'islam n'avait été semé et s'il n'avait germé dans le même terreau, en veine de sommation ? L'islam, à la lettre, depuis le VIIe siècle entre ouvertement en composition avec le judéo-christianisme, auquel il est inhérent de toujours, comme le christianisme l'est au judaïsme.


Au IVe siècle, ne subsistent que quelques groupes dispersés de judéo-chrétiens, notamment en Arabie, où l'islam naissant les rencontrera, et une descendance souvent bâtarde, sur laquelle tranche l'Eglise syrienne.
Glorieuse Eglise judéo-chrétienne d'Antioche au IIe siècle, elle est le centre géographique alors et le centre spirituel à jamais de l'Eglise syrienne. En suivant à la trace l'"influence de quelques témoins éminents, Ignace en tête, mais aussi Saturnin et Théophile, par exemple maints aspects capitaux du christianisme et des sectes gnostiques, en cette Antioche du IIe siècle, peuvent s'expliquer par la présence et la primauté du judéo-christianisme. Combien d'éléments historiques, littéraires et théologiques s'y étaient ainsi conservés, tandis qu'ailleurs, ils avaient été ou seraient bientôt abolis, et se perpétueront, pour l'essentiel, dans sa vivace chrétienté !


Depuis que saint Pierre établit à Antioche son premier siège patriarcal, avant de venir à Rome, l'Eglise syrienne est la Mère des Eglises orientales. (De cette Eglise des origines, l'Eglise copte est la fille, à l'époque apostolique, et l'Eglise arménienne, au IIe siècle. La première, seule à maintenir la circoncision obligatoire, réussira une nouvelle synthèse, dont le caractère originel en même temps que particulier est très défendable, en apportant, ou en dégageant, un composant égyptien, c'est-à-dire pharaonique et hellénistique. Cagliostro est un grand copte, il sera le Grand Copte pour les francs-maçons d'Occident, au siècle de l'illuminisme (24).)


L'Ordre des élus coëns apparaît comme conciliable sans accroc avec le christianisme et l'Eglise chrétienne, quand rien ne les oppose et rien ne les oppose, pourvu que l'on assigne la maçonnerie explicitement judéo-chrétienne de Martines et la confession chrétienne associée au courant le plus ancien, le plus méconnu et, théologiquement, le plus discrédité de l'histoire du christianisme primitif. Alors, l'apparente conciliation se découvre harmonie préétablie, articulation essentielle et, par conséquent, originelle encore.


La théologie de Martines tourne autour du Christ. Le malentendu, ou l'incohérence, vient de ce que cette théologie différait des théologies protestantes et de la théologie catholique romaine.


Mais il faut une Eglise et ce sera, pour Martines, venu du pays des trois religions, pour Saint-Martin et pour presque tout leur entourage, l'Eglise catholique romaine, faute de mieux, faute de connaître mieux, mais sous réserve d'améliorer. L'Eglise de Rome agréait mieux aux coëns, non seulement parce que la majorité d'entre eux y étaient nés, comme dans la confession dominante dans la région, mais en vertu de ses pompes plus encore que de sa théologie. Deux chrétiens réformés au moins se convertirent au catholicisme romain sous l'influence diffuse de l'Ordre : Bacon de La Chevalerie , substitut général de Martines, à partir de 1768, qui assistera à l'une des leçons de Lyon, et Jean-Jacques Du Roy d'Hauterive qui en prononcera vingt-et-une autres et dont la famille n'en était pas à une abjuration près).


Outre leurs rites réservés, les coëns - nulle dispense prévue en droit pour les frères protestants qu'on admet ès qualités - sont astreints à la pratique catholique romaine, y compris à ses exercices de dévotion, mais ils les additionnent de prescriptions judaïques, semblablement à l'Eglise judéo-chrétienne et en conformité avec leur ministère cultuel lié au judaïsme de leur christianisme.

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Elus Coens

Publié le 24 Mai 2026 par T.D


Lorsqu'on lit le grand œuvre de Léon Tolstoï, Guerre et paix, on s'aperçoit très vite que l'un de ses personnages principaux, Pierre, décide d'entrer dans la franc-maçonnerie et hésite entre une branche que l'on qualifierait assez facilement de branche normale de la franc-maçonnerie et puis une autre branche qui est une branche franchement mystique pour ne pas dire illuministe. Guerre et paix, on le sait, se passe sous le règne de Napoléon 1er, ce qui veut dire que très vite la franc-maçonnerie, aussitôt qu'elle est apparue, s'est divisée, si ce n'est d'une manière tout à fait officielle, tout à fait institutionnelle, mais s'est divisée en effet entre une franc-maçonnerie, je dirais, plus ou moins déiste, faisant référence, bien entendu, au Grand Architecte de l'univers, et puis, d'autre part, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'obédience écossaise, une branche qui, elle, est une branche effectivement mystique, illuministe, dont la pente principale de réflexion est une explicitation, et une méditation, en même temps, sur les grands textes fondateurs de la chrétienté et particulièrement sur le livre de la Genèse, où l'on voit se jouer le sort de l'humanité.


Dans cette maçonnerie et particulièrement en France, il y a un personnage tout à fait étonnant qui est Martines de Pasqually. Martines de Pasqually, parce que, effectivement, il met en route toute une nouvelle réflexion, tout un nouveau rapport, si l'on peut dire, aux textes sacrés, à la fois lus d'une manière ésotérique et hermétique et lus d'une manière tout à fait chrétienne, tout à fait catholique même, puisque Martines de Pasqually se réclamera toujours de l'Eglise, mais Martines de Pasqually qui est en même temps le maître de celui qui va devenir le grand philosophe illuministe de la fin du 18e siècle et qui va influencer tout le 19e siècle, c'est-à-dire Louis-Claude de Saint-Martin, celui qu'on appellera "le Philosophe inconnu", titre que d'ailleurs il réclamait lui-même par humilité intellectuelle, par humilité morale, par humilité spirituelle.


Or on vient de retrouver assez récemment un certain nombre de leçons données à l'intérieur de ce que l'on pourrait appeler un couvent maçonnique, dans la ville de Lyon, par trois des principaux élèves de Martines de Pasqually : Jean Baptiste Willermoz, et puis, précisément, Louis-Claude de Saint-Martin, et où l'on peut voir, à l'état naissant, la pensée de celui-ci, à travers la manière dont il donne ses cours, à travers les annotations qu'il met sur les cours des autres, à travers les réflexions qu'il se fait à lui-même et les objections qu'il s'oppose quant à sa propre manière de réfléchir ou, il vaudrait sans doute mieux dire, de méditer sur le texte de la Bible. C'est donc un document absolument incomparable sur la genèse de cette pensée et sur l'état de ce qu'était l'illuminisme au 18e siècle, dont on sait quelle a été l'immense importance culturelle, à tel point que son influence va jouer sur tout le siècle suivant, influant en grande partie sur la littérature française. On peut penser même à des auteurs chez lesquels, en principe, on ne s'attendrait pas à voir apparaître cette trame de pensée, je pense, en particulier, évidemment, à quelqu'un comme Honoré de Balzac qui à la fois se réclame de Swedenborg et à la fois se réclame de Louis-Claude de Saint-Martin. Pour nous accompagner dans ce parcours, dans cette découverte, en fait, d'un pan comme inconnu de l'histoire de nos idées en même temps que de nos histoires religieuses - en mettant le mot " religieux " entre guillemets - nous avons avec nous le grand spécialiste, Robert Amadou, dont on sait à quel point il a travaillé en profondeur dans tout ce qui est les courants illuministes et qui a été l'éditeur, celui qui a patiemment rassemblé ces manuscrits qui nous sont aujourd'hui offerts.
Robert Amadou : L'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers apparaît au début des années 1760. Il est porté, annoncé, dirigé, par un personnage encore énigmatique qui s'appelle Martines de Pasqually. D'où vient-il ? On n'en sait rien. Selon la plus grande probabilité, du moins à mon avis, c'était un marrane d'origine espagnole, sa famille étant vraisemblablement originaire d'Alicante et venant peut-être de Majorque. Martines de Pasqually apparaît lui, à la fin des années 50, dans les milieux maçonniques français et ce n'est donc qu'au début des années 60 qu'il commence à monter ou à démasquer son Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers.


" Ordre ", est un terme français usuel que l'on applique à la haute maçonnerie, si l'on peut dire. "Chevalier" est également un terme très fréquent parmi les titres de hauts grades. "Maçon", il faut insister sur le fait qu'il s'agit bien d'un ordre maçonnique selon Martines. "Elu coën de l'univers", c'est cela finalement qui est intéressant : "élu" veut dire choisi ; "coën", veut dire prêtre, on peut dire les "élus cohanim" si l'on veut être pédant, mais l'on dit les élus coëns. Cet hébreu un peu vacillant est caractéristique de Martines.


"Elu coën de l'univers" : qu'est-ce que ça signifie ? Je crois qu'on peut, si vous le voulez bien, entrer dans le vif du sujet après ce petit préambule historique. Pour Martines de Pasqually, l'homme a une tâche à remplir dans ce monde, c'est de se réconcilier avec Dieu et de travailler à la réintégration universelle c'est-à-dire au retour de tous les êtres. Réintégration où ? En Dieu qui les a émanés ou qui les a créés. Afin d'opérer cette réconciliation, qui est une sorte de divinisation, comme dans la théurgie des anciens, en particulier des néoplatoniciens, et de franchir du même coup une étape, d'aider le monde à franchir une étape vers la réintégration finale qui correspond à peu près, à ce que des Pères grecs ont appelé l'apocatastase, c'est-à-dire le retour de tout dans l'Un pour faire bref, Martines de Pasqually prescrit des rites théurgiques.


Mais il ne s'agit pas, contrairement à la théurgie antique et même contrairement à la théurgie du moyen âge ou de la Renaissance, il ne s'agit pas ou il ne s'agit plus seulement d'une opération qui travaille avec les anges dans un but personnel ou au profit de quelqu'un d'autre, il s'agit d'accomplir le culte primitif, de célébrer le culte primitif. Et c'est là, je pense, le mot clé. Martines de Pasqually, dans son grand ouvrage, le Traité sur (ou de) la réintégration des êtres, n'emploie pas le mot théurgie. Il l'emploie un peu, de-ci de-là, ailleurs, et c'est vrai qu'il enseigne un culte théurgique, mais il enseigne d'abord un culte, un culte qui est le culte primitif, ce culte primitif qui remonte à Noé et, au delà ou en deçà de Noé, qui remonte à Adam. Ce culte primitif est donc destiné à accomplir la réconciliation individuelle. Mais cette réconciliation ne sera parfaite pour chaque homme que lorsque le monde entier sera réintégré, étant entendu que la matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c'est-à-dire qu'elle disparaîtra, sauf les formes transmuées.


Michel Cazenave : Par rapport à ce que vous décrivez, Robert Amadou, il est évident, je dirais, qu'on voit bien l'aspect marrane, comme on dit, de Martines de Pasqually, c'est-à-dire à la fois une lecture extrêmement attentive non seulement du Nouveau mais de l'Ancien Testament et en même temps cet aspect chrétien auquel, au départ, avaient été forcés les marranes. Mais, du coup, se pose une question, justement, dans cette volonté ou dans cette appétence mystique qui est celle de Martines de Pasqually et de ceux qui vont le suivre :c'est un système quand même religieux, n'ayons pas peur du mot, donc quelles sont les relations avec l'Eglise ? L'on sait très bien que l'Eglise devant la maçonnerie, au 18e ce n'était pas encore ce que l'on a connu ensuite, mais quand même l'Eglise a toujours été plus ou moins réticente, alors que, là, on voit bien qu'il y a quand même une sorte d'adhésion, une adhésion complexe, subtile, dialectique, mais une adhésion à l'Eglise.


Robert Amadou : Martines de Pasqually disait : "L'un n'empêche pas l'autre". Le culte primitif que j'enseigne, si je puis le paraphraser, n'empêche pas l'adhésion à l'Eglise catholique romaine, et non seulement, le culte primitif n'empêche pas mais encore il requiert cette adhésion. Martines de Pasqually exigeait non seulement que ses adeptes, ses disciples, fussent baptisés, mais encore qu'ils appartinssent à l'Eglise catholique romaine. Lorsqu'il y avait des candidats protestants, on les faisait abjurer ou l'on abjurait en leur nom. Evidemment, on est un peu embarrassé et je pense que Martines de Pasqually était le premier à être embarrassé, car si je ne vois aucune duplicité dans cette attitude, je suis bien obligé de constater que la théologie que l'on peut extraire du système de Martines de Pasqually est, à proprement parler, une théosophie.


Dans une théosophie, il y a une théologie, il y a des théologoumènes qu'on peut extraire. Ces théologoumènes ne coïncident pas avec le dogme de l'Eglise catholique romaine, du moins dans leur formulation. Il s'agit, dans le cas de Martines de Pasqually, d'un enseignement judéo-chrétien, judéo-chrétien, au sens de l'histoire des religions, au sens de l'histoire du christianisme. Martines semble l'héritier de ces communautés judéo-chrétiennes où des Juifs et parfois même des Gentils ou des païens, au sens très large, recevaient la messianité et quelquefois la divinité ou la déité de Jésus-Christ ; je veux dire qu'ils admettaient toujours que Jésus était le Christ, Jésus-Christ était le Messie, et certains admettaient aussi qu'il était Dieu, mais en quel sens ? tout en conservant les observances de la Torah ou une partie des observances de la Torah.


Il y a là une très grande variété et l'Ordre des élus coëns nous rappelle ces découvertes récentes et ces découvertes aussi qui sont en cours et nous apprennent que le judaïsme au début de notre ère était beaucoup plus varié qu'on ne l'avait supposé et que le christianisme était également extrêmement varié. Il n'y avait pas seulement un judéo-christianisme et un pagano-christianisme. Il vaudrait mieux dire: il y avait un judéo-pagano-christianisme aux formes extrêmement variées. Par exemple, on accordait, pour parler d'une des caractéristiques de ces communautés, on accordait une grande importance à la tradition prophétique. Martines de Pasqually est dans le même cas et, pour lui, le culte primitif a été célébré par une lignée de prophètes où l'on trouve Abraham, Moïse et où l'on trouve finalement comme une manifestation, mais une manifestation éminente, une manifestation suprême, seule complète du prophète récurrent, du prophète éternel, on trouve le Christ.


Michel Cazenave : Dans les Leçons de Lyon aux élus coëns, Robert Amadou, nous nous trouvons, je dirais, devant l'enseignement qui était dispensé par trois adeptes, trois disciples de Martines de Pasqually, dans la ville de Lyon et, lorsqu'on voit les noms de ces trois personnes, c'est-à-dire Hauterive, Willermoz et Saint-Martin, on se dit que c'est assez extraordinaire, parce que, au moins à travers la connaissance que j'ai, Willermoz et Saint-Martin sont parmi les grands noms de ce qu'on appelle la théosophie ou l'ésotérisme mystique à la fin du 18e siècle.


Robert Amadou : L'attirance de certains personnages par Martines de Pasqually est, en effet, très remarquable, et Willermoz et Saint-Martin en sont deux exemples tout à fait typiques bien qu'ils soient, ou peut-être surtout lorsqu'on considère qu'ils sont extrêmement différents l'un de l'autre. Jean-Baptiste Willermoz est un soyeux lyonnais, catholique romain de stricte observance, très attaché aux titres maçonniques, aux rites maçonniques, aux grades maçonniques. Saint-Martin, lui, est d'une petite noblesse tourangelle, c'est un homme discret, qui a été happé par l'Ordre des élus coëns lorsqu'il est arrivé au régiment de Foix, à Bordeaux, en 1765, et qui s'est donné de tout son cœur et de tout son esprit à cet ordre, qui a aussi aidé Martines de Pasqually, car il a été son secrétaire et c'est grâce à Saint-Martin que le Traité a pu être écrit.


Michel Cazenave : Si vous voulez bien, Robert Amadou, on va essayer de regarder un certain nombre de points de cette doctrine qui est ainsi exposée. La première chose, moi, sur laquelle je m'interroge, et je m'interroge justement du fait que, en même temps, on appartient à l'Eglise romaine catholique, comme vous nous l'avez signalé, c'est déjà la doctrine de la création parce que là, on a l'impression qu'en réalité c'est, je dirais, assez divergent du dogme disons au moins du dogme admis d'une manière exotérique.


Robert Amadou : Est-ce qu'il y a divergence ou est-ce qu'il y a explication, explicitation du dogme ? Je ne suis pas sûr qu'il y ait contradiction. Même, je ne le pense pas. Martines de Pasqually fournit une certaine version de la création qui est au moins en apparence différente de la vulgate et il donne des explications qui ne se trouvent pas, disons, dans le catéchisme. Joseph de Maistre, qui avait été à même de connaître la doctrine des élus coëns, puisque tel est leur nom, disait que cette doctrine était le catéchisme couvert de mots étranges. C'est vrai que les mots sont étranges et c'est vrai qu'il y a un catéchisme, le catéchisme catholique romain sous-jacent. C'est vrai aussi que ce n'est pas simplement une traduction dans une langue bizarre des vérités communes, mais qu'il y a effectivement un certain nombre de notions ésotériques, encore une fois, non pas nécessairement contradictoires, mais qui vont beaucoup plus loin.


La doctrine de la création ou de l'émanation : on a souvent voulu faire la différence. Martines lui-même la fait quelquefois, d'autres fois, il ne la fait pas. Il ne faut donc pas être trop pointilleux là-dessus. Au départ, Dieu émane des esprits. Il y a une révolte dans la cour divine et, afin de préserver l'intégrité de cette cour divine quand les esprits rebelles en auront été chassés, Dieu ordonne la création de la matière. La matière sera la prison des esprits mauvais. Cette prison va être à la fois un lieu d'expiation et un lieu de réhabilitation. Afin de garder cette prison et d'y jouer pour ainsi dire les éducateurs, Dieu affecte à cette prison un esprit " émancipé ", comme dit Martines de Pasqually, d'une classe particulière d'anges. Cet esprit, ce sera l'homme et ce sera Adam.


Adam ne répond pas à la confiance de l'Eternel et il passe à l'ennemi. Il se laisse séduire et, de même que l'on avait eu la création des anges et la révolte des anges, chez Martines de Pasqually comme dans le dogme ordinaire, de même la chute de l'homme correspond assez bien, et même correspond bien, à la chute originelle, telle que l'enseigne non seulement l'Eglise catholique romaine mais, en général, les Eglises et les communautés chrétiennes. L'homme va donc commettre un péché fatal, fatal, disons, jusqu'à la fin des temps, et il le commettra par deux fois, voire par trois fois. Il perd, de ce fait, certains attributs qu'il possédait et sa première punition sera d'être englouti dans la matière, d'où il ressortira avec un corps matériel. Son corps, le corps qu'il avait été nécessaire de donner à cet esprit pour en faire un homme émancipé, avec la fonction qui devait être la sienne vis-à-vis des esprits mauvais, ce corps, il le perd. Et ce corps, naguère corps glorieux, corps spirituel, est devenu un corps matériel.


Désormais, l'homme devra combattre les esprits mauvais qui se sont rebellés contre Dieu et qui ont séduit leur propre gardien, c'est-à-dire Adam lui-même, leur propre éducateur, c'est-à-dire Adam lui-même. L'homme devra les combattre, mais il aura toujours à tâche de les ramener, car la réintégration sera universelle et les esprits mauvais, Satan et les siens, si vous voulez, doivent être eux aussi compris dans cette apocatastase ultime.


Et comment l'homme travaillera-t-il désormais à sa réconciliation et à la réintégration de tous les êtres ? Par le moyen du culte primitif, qui comporte des convocations adressées aux esprits bons et des conjurations dirigées contre les esprits mauvais. Aux seuls réaux-croix, les plus élevés en grade de l'Ordre des élus coëns, - ils furent peut-être une douzaine, une quinzaine - d'accomplir le culte dans sa plénitude, et ce culte, puisque, encore une fois, il revêt une forme théurgique, consiste en paroles, en gestes, en attitudes ; il fait usage de parfums. L'attention est accordée aux signes qui pourront être fournis par ces esprits que l'opérant, ou l'opérateur, soit exorcise, expulse et éventuellement purifie, soit par ces esprits qu'il ordonne à son aide.


Une notion, une réalité, est capitale dans la pensée - pensée active- de Martines de Pasqually : la "Chose". Qu'est-ce que la Chose ? On pourrait croire qu'il s'agit du Christ et certains historiens ont pensé que le but dernier de l'Ordre des élus coëns était d'évoquer le Réparateur, comme ils disaient, c'est-à-dire Jésus-Christ lui-même, en personne. Je crois que c'est là tomber dans une confusion à laquelle peut inciter en effet l'articulation un peu bancale de l'appartenance à l'Eglise catholique romaine et de l'appartenance à l'Ordre des élus coëns. La Chose n'est pas la personne de Jésus-Christ, la Chose n'est pas un ange d'une classe si élevée soit-elle, et, de toute façon, l'homme ne peut pas convoquer les anges des classes les plus élevées. La Chose n'est pas Jésus-Christ, c'est la présence de Jésus-Christ. Vieille notion, présence réelle, que l'on retrouve dans la tradition hébraïque, la Chékhina, et qui, dans la tradition helléno-juive ou helléno-chrétienne, prend le nom de Sophia ou de Sophie, la Sagesse.


J'identifie la Chose - la Chose qui est la Cause - avec cette présence de Dieu, présence de Dieu en Jésus-Christ, qui devient sensible parce qu'avec Jésus-Christ va particulièrement la Sagesse ; la Sagesse de Dieu étant à la fois le Verbe lui-même, mais aussi comme la parèdre du Christ, le Verbe incarné, non pas sa moitié ni une quatrième personne, mais comme son double, mieux son enveloppe, tantôt seule, suffisante au besoin ou précurseur, tantôt concomitante. Cette Chose se manifeste par des signes spécifiques. Il n'est pas toujours facile de savoir… Il n'est pas toujours facile de savoir la présence ni non plus sa nature.


Je mentionnais l'angélologie, tout à l'heure ; sa place est essentielle et peut nous dérouter. Qu'est, pour Martines, je ne dirais pas la divinité, mais la déité du Christ ? Le dogme orthodoxe de la déité est très précis : :Jésus-Christ, vrai Dieu, Jésus-Christ vrai homme. Martines me semble affirmer la déité d'une manière conceptuelle pas toujours limpide : l'homme est un homme-Dieu et le Christ est l'homme-Dieu et divin. En même temps le rapport quasi ontologique de Jésus-Christ avec les prophètes antérieurs et avec les anges est tenu pour acquis.


Michel Cazenave : Robert Amadou, vous avez prononcé le mot de gnose, vous avez largement fait allusion au thème de la Sophia, de la Sagesse de Dieu. Est-ce que, de ce point de vue là, on ne se trouve pas dans un véritable esprit gnostique, puisque la Sophia, on sait que c'est surtout du côté des gnostiques que cela a été exploité (évidemment si on met à part la théologie orthodoxe), et, d'autre part, parler d'une parèdre plus ou moins féminine du Christ comme vous l'avez fait, parler en même temps d'une sorte de combat qui se déroule à travers l'éternité finalement entre les chevaliers du bien et les puissances du mal, on voit bien comment, là aussi, on est dans un vieux fond, je dirais, remontant jusqu'à Zoroastre et qui, par exemple, a été repris par un certain type de gnoses islamiques. Donc, là, vraiment est-ce qu'il ne faut pas insister sur ce thème de gnose ?
Robert Amadou : Là encore, le moyen le plus utile, le plus fécond de dégager l'idée de gnose telle qu'elle se présente chez les élus coëns, en particulier dans l'accès à la Chose, consiste à se référer au judéo-christianisme primitif. C'est là que l'on trouve une forme de gnose qui évoluera dans la kabbale et a existé bien plus tôt qu'on ne le croyait. Les travaux de Gershom Scholem que vous connaissez bien ont été corrigés sur ce point par Charles Mopsik et par Moshé Idel : cette gnose juive dont la gnose chrétienne a été l'héritière et qui s'est prolongée sous la forme judéo-chrétienne jusque dans l'Ordre des élus coëns, qui existe encore aujourd'hui, cette gnose n'est pas celle de certains gnosticismes plus ou moins aberrants, c'est une gnose qui n'abroge pas la foi mais, comme disait saint Clément d'Alexandrie, "la foi trouve son couronnement dans la gnose". C'est cette gnose-là qu'ont cultivée les élus coëns sous la conduite de Martines de Pasqually.


Louis-Claude de Saint-Martin, quand il aura pris sa distance avec l'Ordre des élus coëns conservera cette gnose. Il l'intériorisera, pour ainsi dire. Sa théurgie est, à terme, une théurgie du cœur, en entendant bien le cœur dans un sens où les vrais mystiques le prennent, c'est-à-dire un organe de volonté et de connaissance autant qu'un organe d'émotion et de sentiment. Saint-Martin enseignera, lui aussi, une gnose, mais cette gnose ne s'exprimera pas, d'une manière pratique, sous la forme théurgique. On pourrait comparer la position de Martines de Pasqually et celle de Saint-Martin aux positions respectives de Plotin et de Jamblique. Très naturellement le néo-platonisme, dans sa montée vers l'Un... - je ne veux pas dire du tout que la Chose, ni l'Eternel, de Martines et de Saint-Martin soit comparable à l'Un de Plotin, car l'amour de la Chose, l'amour de Dieu est réciproque, j'entends le génitif objectivement et subjectivement - Plotin, par excellence, a développé ce qu'on pourrait, avec beaucoup de précautions, appeler une mystique, disons une voie intérieure, alors que Jamblique a enseigné une théurgie cérémonielle. Martines, lui aussi, a enseigné une théurgie cérémonielle, Saint-Martin, lui aussi, a enseigné une voie intérieure, la doctrine étant fondamentalement, essentiellement, la même chez l'un et l'autre. Louis-Claude de Saint-Martin qui, encore pour citer Joseph de Maistre, était " le plus élégant, le plus instruit et le plus savant des théosophes modernes ", qui, certainement, est l'une des plus belles, et, pour moi, la plus belle figure de l'illuminisme au 18e siècle, Louis-Claude de Saint-Martin a conservé les éléments, les fondements, et même davantage, de la doctrine de la réintégration des êtres. Il l'a ensuite associée avec des éléments qu'il a tirés de Jacob Boehme, mais lui-même s'est, je crois, un peu mépris sur sa dette à l'égard de Boehme.


Louis-Claude de Saint-Martin est beaucoup plus marqué par Martines de Pasqually que par Boehme. C'était dans sa jeunesse, il a pratiqué le culte primitif pendant des années. Il a été très lié personnellement avec Martines de Pasqually. Sur plusieurs points, toutefois, celui de la Sophia, au premier chef, de la Sagesse divine, dont vous parliez, le Philosophe teutonique accrut ses lumières intellectuelles. Saint-Martin a toujours entretenu - c'est le fond de sa gnose - le désir de la Sagesse. Il en connut l'expérience dès avant Martines de Pasqually, puis il l'éprouva dans son appétence pour la Chose et dans son contact avec la Chose, durant son temps d'activité au sein de l'Ordre des élus coëns. Martines lui a enseigné la notion de Sagesse de manière implicite, sans la lettre, car il ne parlait jamais de Sophia. Le Philosophe inconnu fut très reconnaissant à l'Eternel de lui en révéler de nouveaux arcanes, et le nom, sous la plume de Jacob Boehme. Mais Saint-Martin, n'a jamais cessé d'être fidèle à celui dont il disait (c'est assez étonnant et Willermoz disait à peu près la même chose, mais de la part de Saint-Martin, il y a de quoi s'étonner et admirer), que Martines de Pasqually était le seul homme au monde dont il n'avait jamais fait le tour

 

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Catéchisme des Philosophes Elus Cohen de l’Univers 1770

Publié le 24 Mai 2026 par T.D

Catéchisme des Philosophes Elus Cohen de l’Univers 1770. 

Dans une plaquette éditée en 1948 et intitulée « Le Martinisme Contemporain et ses véritables origines » nous avons tenté de démontrer que la filiation Martiniste attribuée à L.C. du Saint-Martin était, historiquement, plus que douteuse. Nous croyons bien y être parvenu, et aujourd’hui, c’est encore sans hésitation que nous en revendiquons, en sa plus grande partie, l’argumentation. Toutefois, il est un point, que la suite de nos études et de nos recherches historiques en matière d’illuminisme nous a permis d’étudier plus particulièrement, et qu’il importe de préciser à son tour. C’est celui des rapports entre la Franc-maçonnerie Rectifiée et les Elus-Cohen, celui des similitudes entre les « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » et les dignitaires du second Ordre.

L’Ordre des Elus Cohens et sa filiation, Robert Ambelain.

***

Êtes-vous apprenti Cohen ?

Oui, je le suis.

Comment vous a ton reçu ?

En subissant l’Ordre de Dieu dans le Temple.

Comment étiez-vous lorsqu’on vous a reçu apprenti Cohen ?

Je n’étais ni nu ni vêtu : mon corps était placé au centre de six circonférences formant un carré long et quatre équerres.

Qu’avez-vous vu lorsque vous étiez dans cette posture, et pendant le séjour que vous avez fait dans les circonférences ?

Je n’ai rien vu ni entendu que l’Esprit humain puisse comprendre.

Pourquoi cela ?

Parce que mon corps était privé de l’usage de tous ses sens.

Que vites vous après que votre corps eut reçu l’usage de ses sens ?

Je vis premièrement une vaste Lumière, et j’entendis un bruit effroyable ; j’aperçu trois grandes colonnes, une de terre vers le Septentrion, l’autre de nuée vers le Midi, et l’autre de feu vers l’Orient.

Vous êtes-vous aperçu des hiéroglyphes qui étaient écrits dessus ?

Oui.

Que vous représentent ces hiéroglyphes mis sur trois colonnes ?

L’hiéroglyphe mis sur la colonne septentrionale, nous représente la sagesse que les véritables Cohens doivent avoir, pour jouir des droits et privilèges que Dieu leur donne à chaque instant de leur vie.

Quels sont ces droits et privilèges ?

La connaissance des trois parties qui composent le corps humain, son existence et notre âme.

Que représente l’hiéroglyphe qui est sur la colonne du midi ?

Que nul homme ne peut parvenir aux connaissances que l’Ordre offre à tout frère zélé, sans qu’il ne développe lui même les mystères qui sont désignés par ce hiéroglyphe.

Comment se peut-il qu’il découvre lui même une chose aussi cachée ?

En travaillant sans relâche au bien général de l’Ordre, et il acquerra par là, la bienveillance des Esprits Célestes qui travaillent avec lui pour le faire jouir des droits, et lui faire obtenir les fruits qu’il doit retirer de ses travaux.

Que représente l’hiéroglyphe mis sur la colonne vers l’orient ?

Les puissants instruments que Dieu employa pour la construction de son Temple Temporel Universel.

Quelle forme à ce Temple ?

Il a une forme triangulaire du nord au sud, et du sud à l’orient.

Quelle est sa profondeur ?

De la surface au centre.

Quelle est sa hauteur ?

Des coudées sans nombre.

Qui la couvre ?

Un dais céleste parsemé d’étoiles.

Quelle forme a ce Temple ?

Un carré long.

Quelle est sa longueur ?

Trois cents coudées.

Quelle est sa largeur ?

Deux cents coudées.

Quelle est la hauteur ?

Cinq cents coudées.

Quelle est la profondeur ?

Soixante-dix coudées.

En combien de parties la divisez-vous ? En 3, en 5, et en 7.

Que vous représente la première division par trois ?

Les trois chefs principaux de la création du Temple Universel, qui nous ont été représentés par les trois chefs principaux, qui construisirent le Temple de l’Éternel sur la montagne de moriae à Jérusalem.

Comment les nommez-vous ?

Salomon, Chiram, et Hiram.

Que vous représentent les trois personnes chefs de la construction du Temple soi-disant de Salomon, et comment étaient-ils figurés dans le Temple ?

Salomon est figuré par la colonne du septentrion, Hiram roi de tir, par celle du midi, et Chiram par celle d’orient.

Comment nommez-vous ces trois colonnes ?

In, Din, Ya.

Que représentent ces trois mots ?

In était le mot hiéroglyphique qui était mis sur la colonne du septentrion et qui désignait la sagesse de Salomon ; Din qui était mis sur la colonne du midi désignait la force de son crime ; et Ya qui était sur celle d’orient désignait la beauté de la construction du Temple de l’Éternel.

Quels sont les différents nombres qui étaient attachés sur ces colonnes ?

Sur celle du septentrion 3, sur celle du midi 5, et sur celle d’orient 7.

Que représentent ces trois nombres 3. 5. 7. ?

Le nombre 3 représente les trois différentes matières, que Dieu a employées à la construction du premier Temple Universel ; le nombre 5 nous représente sa ruine, et le nombre 7 sa réconciliation.

Combien y a t’il de sortes de Temples, en quel lieu, et par qui ont-ils été élevés ?

Il y en a de 7 sortes ; le premier est à l’orient par le grand Architecte de Hély et Adam ; le deuxième à Caïn vers le midi ; le troisième à Enoch vers le nord : le quatrième à Noé sur les eaux ;. le cinquième à Abraham entre l’est et l’ouest ; le sixième à Moise dans la terre promise ; et le septième à Salomon dans Jérusalem.

De combien de sorte de philosophie y a t’il en usage aujourd’hui dans le monde ?

De 5 sortes, à savoir la symbolique, la théorique, la pratique, la composite et l’apocryphe.

Qu’enseigne la philosophie symbolique ?

À nous rapprocher de plus près des connaissances mystérieuses que Dieu employa à la construction du Temple Universel, qu’il construit lui même par sa propre parole éternelle.

Qu’enseigne la théorique ?

Elle démontre les symboles qui sont analogues aux mystères, que le Grand Architecte employa à la construction de son Temple. Ce n’est que par cette théorie qu’on peut parvenir à se servir plus particulièrement des attributs qui sont en usage dans l’Ordre, et qui sont la récompense des travaux des frères.

Qui enseigne la pratique ?

Elle enseigne à élever des édifices sur leurs bases tant spirituelles que matérielles.

Qu’enseigne la composite ?

Elle nous enseigne les différents Ordres qu’il y a eu dans les diverses nations du monde entier, leur prévarication, leur rémission, et leur expulsion par Ordre du Grand Architecte.

Qu’enseigne l’apocryphe ?

Rien qui ne puisse être analogue à la vraie philosophie.

Pourquoi se servent-ils d’une équerre et d’un compas perpendiculaire, niveau, et autres instruments appartenant à l’Ordre ?

C’est que les philosophes apocryphes n’ont pu obtenir de nous les vraies cérémonies mystérieuses que l’Ordre contient et enseigne, ce qui a fait que plusieurs personnes se sont attribué quelques un de nos instruments et se sont assemblées de leur chef en s’arrogeant le titre d’ouvriers du Temple de Salomon.

Quels sont leurs mots, et que signifient-ils dans l’ordre de la construction du Temple de Salomon ?

Le mot d’apprenti takin tubalkain désigne une colonne qui était auprès du Temple, soi-disant ou les apprentis s’assemblaient pour recevoir leur paye ; elle était placée vers le septentrion. Il y en avait une autre qui servait aux compagnons pour le même usage, elle était placée vers le midi et se nommait Booz et Schiboleth, le mot qu’ils appellent être celui du Maître est Mak-bénae et gibltn.

Le mot d’Elu est celui qu’ils donnent à ceux qu’ils disent avoir vengé la mort de Chiram, c’est Nékam. Ceux de l’Écossais sont Neder Berry et Salmon ; ceux de leur chevalier d’orient sont Juda Benjamin et Zorobabel ; le mot de passe : liberté, on répond : vengeance ; le mot d’Elu secret est Moabon ; de passe : Abiram.

Meurtriers d’Hiram Hoben mot de passe helcam ; autres mots écossais Jakin Schiboleth, Moabon, Gabaon, Mahakin, prince de Jérusalem, le mot est Ador chevalier du soleil, le mot est Stibion pour la passe ; le chevalier est le plus ancien grade, les mots sont : Sem, l’autre dit : Cham, et l’autre : Japhet.

Souverain commandeur du Temple, leur mot est Inry, le mot de passe est :

Salomon, le Souverain de Rose-Croix,

Son mot est Inry et celui de passe est : Emmanuel ; Prince de l’aigle noir le mot est : Messias, le mot de passe est : Och.

Que comprenez-vous dans tous ces mots apocryphes ?

Je comprends que les philosophes apocryphes n’ayant aucune connaissance de la vraie philosophie, ont recueilli avec grand soin et mis en usage tous ces mots pour soutenir leur société par l’air mystérieux qu’ils y donnent.

Mais cette ressource prouve leur ignorance des choses qui sont contenues dans l’Ordre des Philosophies des Élus Cohens.

Combien de signes avez-vous dans la philosophie des Élus Cohens ? Il y en a six.

Combien avez-vous de devises dans l’Ordre ?

Quatre : le bleu, le noir, le blanc, et le rouge.

Que désigne la couleur bleue ?

La première couleur que l’homme vit au moment qu’il eut les yeux ouverts par ordre du Grand Architecte.

Que représente le blanc ?

L’état de pureté et de candeur dans lequel Dieu créa le premier homme.

Que représente le rouge ?

L’astre radieux du feu qui se fit sentir a lui lorsqu’il fut en la présence du Maître.

Que représente le noir ?

L’obscurité du lieu d’où est sorti le corps du premier homme par permission du Maître.

Quel est l’état du philosophe Elu Cohen ?

D’être libre vertueux et dégagé de tous vices, égal aux rois, ami des princes et des pauvres lorsqu’ils sont spirituellement revêtus du caractère d’Elu Cohen.

Que doit suivre un vrai Cohen ?

Trois choses, à savoir : la piété, la tempérance et la charité envers tous ses frères.

Que doit-il fuir ?

Trois choses : la calomnie, la médisance et l’intempérance.

Comment voyagent les apprentis de notre Ordre ? De l’occident à l’orient.

Pourquoi cela ?

Pour chercher la Lumière.

Avez-vous trouvé cette Lumière que vous cherchiez ?

Non, je l’ai trouvé que longtemps après mes premières recherches.

Quand l’avez-vous trouvé et comment vous l’êtes-vous procurée ? Par ma constance, mon zèle et ma persévérance dans toutes les circonstances de l’Ordre.

De qui avez-vous reçu cette Lumière ? De la bonté du Grand Architecte.

Quelles sont les qualités requises dans un profane, pour être reçu Elu Cohen ?

Il faut qu’il soit affable de bonne vie et moeurs, louable parmi toutes sortes de personnes, sobre, discret et dépourvu de tout vice et vertueux, qu’il n’ait jamais eues aucune tache d’infamie dans sa famille.

En combien de classes divisez-vous l’Ordre des Élus Cohens ?

En six classes, ainsi que le Grand Architecte employa six jours à la construction du Temple Universel ; de même l’Ordre des Élus Cohens se divise en six parties différentes, pour acquérir les différentes sciences mystérieuses qui sont renfermées dans ces six classes.

Quels sont les différents attributs de votre porche ?

Tout équerres, compas, triangles simples, double, triple et quadruple, et circonférence en tous sens.

Combien de temps servez-vous votre Maître ?

Depuis le lundi matin jusqu’au samedi soir.

Avec quoi le servez-vous ?

Avec la craie, la terrine et le charbon.

Que vous représentent ces trois emblèmes.

 

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Profès et Grand Profès

Publié le 23 Mai 2026 par T.D

Jean-Baptiste Willermoz écrivait à la fin de l'Empire: Celui qui reçoit le sixième ( sc. Ie sixième grade, c'est-à-dire le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte ) apprend par l'instruction qui le termine que ce grade qui est réellement une conclusion très satisfaisante est le dernier du Régime; qu'il n'a rien de plus à lui demander ni à en attendre. Malgré cette déclaration quelques-uns, par-ci, par-là, se plaisent à penser qu'au-delà de ce 6è, il existe encore quelque grade ou instruction d'un Ordre et d'un genre plus élevés. Mais si cette conjoncture était fondée, il n'en résulterait pas moins que ce quelque chose qui serait supposé au-delà, n'étant annoncé ni avoué par les directoires et les régences, personne n'a le droit de le leur demander, et que toute sollicitation serait inutile et déplacée. ( ap. Pierre Chevallier Louis Mathias de Barral, ancien évêque de Troyes Franc-Maçon du Rite Ecossais Rectifié... Mémoires de la Société académique d'agriculture, des sciences, des arts et belles-lettres du département de l'Aube, tome CIV, Troyes, 1967, pp. 204-205 ).
...L'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Ordre chevaleresque, est enté sur une Maçonnerie symbolique en quatre grades, le Rite Ecossais Rectifié. Mais, au-dessus du deuxième et dernier grade de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, intitulé précisément ~< Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte et souvent nommé le 6è grade, audessus de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte proprement dit, il existe une double classe secrète, celle de la Profession et de la Grande Profession.
L'histoire et la nature de cette classe ont été souvent méconnues ou défigurées. En 1969, les responsables constatèrent que des études imprimées, des rumeurs avaient excité la curiosité et causé une controverse sur la persistance de la Grande Profession. Des légendes y avaient saisi prétexte à naître ou à renaître. Une mise au point officielle fut publiée, sous le titre assez coquettement modeste A propos du Régime Ecossais Rectifié et de la Grande Profession , et la signature Maharba >) ( anagramme d'Abraham ? ), dans le Symbolisme, octobre- décembre 1969, pp. 63-67. A ce texte sans pareil, il faut nécessairement recourir. J'en reproduis donc l'essentiel mot pour mot.

Or, les faits sont patents; ils composent l'histoire et manifestent la doctrine des Grands Profès. Rappelons-les.

1. - La Grande Profession, en même temps que la Profession, des Collèges métropolitains a été instituée lorsque fut créé l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, au Convent national des Gaules tenu à Lyon en 1778.
Au Convent de Wilhelmsbad, elle cessa d'exister of ficiellement. Un demi-siècle suffit à I'abolir, en fait, à quelques exceptions près qui étaient individuelles.
Aussi, le 29 mai 1830, Joseph-Antoine Pont, Eques a Ponte alto, et dans ses propres termes. Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la llè province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon ; constatant I'inaction et la suspension indéfinie des travaux dudit Collège métropolitain ; considérant qu'il se trouve etre le seul grand dignitaire de l'Ordre subsistant dudit Collège et qu'il est aussi important qu'urgent de pourvoir à l'érection d'un College >~; vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et Règlements de l'Ordre des Grands Profes qui prévoient un tel cas et parent au danger d'extinction; accorde une charte pour la constitution du Collège et Chapitre Provincial des Grands Profès a Genève.
La Suisse, où le Régime Ecossais Rectifié et l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte continueront de s'abriter jusqu'à nos jours, devenait aussi le conservatoire de la Grande Profession.

2. - La Grande Profession ne peut être confondue avec le grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque ( a ) et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu'elle surplombe. Un but lui est assigné: veiller à l'intégrité et favoriser la culture du dépôt inhérent au Saint Ordre primitif, qui existe depuis toujours et que l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, issu d'une double tradition maçonnique et chevaleresque, incarne à présent. Car les quatre grades symboliques du Régime Ecossais Rectifié ( Apprenti, Compagnon, Mâître, Maître de Saint-André ) et les deux degrés de l'Ordre intérieur ( Ecuyer Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte ) visent à former et à employer des dépositaires de confiance, chacun selon le rang et l'ouverture dont il jouit. Le Grand Profès est un dépositaire de toute conf~ance.

3. - La Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié, classe suprême de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication finale des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. On n'entre point dans cette classe par quelque initiation cérémonielle ni par quelque nouvelle décoration. La simplicité vers quoi tend le système entier de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte y culmine dans la pure spiritualité. La Grande Profession enchâsse l'arcane de la Franc-Maçonnerie et y participe, quoi qu'elle ne soit pas d'essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c'est ainsi qu'elle forme, de soi, une classe secrète.

4. - Les Grands Profès, selon leurs lois, ne dissimulent pas davantage qu'ils n'exhibent leur qualité. Mais une classe ou d'ailleurs un Ordre, dont la spiritualité - mieux: I'esprit fait le fond, saurait-il se vulgariser sans déchoir et sans perdre son honneur avec son mode et sa raison d'être ?

Ainsi, par exemple, la ligne successorale des Grands Profès du Régime Ecossais Rectifié n'est ni identique, ni apparentée à la filiation initiatique d'aucune classe de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l'Univers, fondé par Martines de Pasqually. L'histoire, le droit et la coutume protestent contre toute confusion de ces deux descendances dont la seconde ne paraît d'ailleurs pas s'être perpétuée jusqu'à nos jours. Les Grands Profès refusent, statutairement, les candidatures, et ils se cooptent à l'unanimité obligatoire. Des Supérieurs Inconnus , au sens quasi mythologique du titre, I'incognito leur manque, puisqu'ils sont tous Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte connus.

5. - Des mêmes Supérieurs Inconnus , il manque encore aux Grands Profès le genre de supériorité que ce titre implique. Leurs statuts et règlements excluent l'intervention dans la machinerie de l'Ordre pyramidal dont ils sont la pierre à pointe, imperceptible par beaucoup.

6. - De droit et de devoir, et éminemment, imconbent aux Grands Profès les tâches que le soin de l'Ordre requiert avec modération de tous les Maçons Ecossais Rectifiés et de tous les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Veilleurs et Gardiens; ils spéculent aussi, poussant aux recherches et aux réflexions sur le dépôt dont ils encouragent les partisans. Cette action des Grands Profès, quelle variété dans ses aspects contingents ! Mais jamais le Grand Architecte de l'Univers ne l'a laissé s'interrompre. Et il n'est pas de cas où elle se soit exercée - comment l'aurait-elle pu ? comment le pourrait-elle sans se renier ? - d'autre façon qu'en esprit et en vérité, pour le meilleur du Régime Ecossais Rectifié et de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte; pour le bien de la Franc-Maçonnerie; à l'aide des hommes qui, partout, prient, souvent à leur propre insu, pour que luise le soleil de justice, source unique de lumière et de chaleur, où le Seigneur a dressé sa tente et dont souMe Son Esprit. Cet essentiel du texte révélateur dit l'essentiel sur la Grande Profession. Ajoutons quelques remarques en marge.

I. - Histoire.

a ) la Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont succédé au Chevalier Profès, grade suprême de la Stricte Observance Templière. La date d'apparition de ce grade dans la Stricte Observance Templière est discutée: entre 1763 et 1770, selon certains; à l'occasion, selon d'autres, du Convent de Kohlo ( 1772 ) et sous l'influence du Cléricat de Starck. Jean-Baptiste Willermoz et plusieurs de ses amis ( mais Saint-Martin fit défaut ) le reçurent à Lyon, les 11 et 13 août 1774, des mains de Weiler.

Ostabat a publié et remarquablement présenté, s'agissant de ce grade: le ~< cérémonial à observer quand un Frere fait sa dernière profession >); sept articles de la Règle en usage dans l'Ordre de la Stricte Observance Templière, et qui pour le principal n'est autre que celle de l'Ordre du Temple, un court extrait de 1' Instruction pour les habits, croix et armes qui concerne directement les Chevaliers Profes ( Cf Les Chevaliers Profès de la Stricte Observance Templière et du Régi~ne Ecossais Rectifié , Le Symbolisme, avriljuin 1969, pp. 249-263; I'article entier occupe les pages 240-283.

b ) La Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont été composées sous leur forme définitive, par Willermoz, pour le Convent de Lyon ( 1778 ). Iors duquel elles furent conférées à leurs premiers titulaires. C'est ainsi que le premier Collège fut constitué le 3 décembre 1778 par Gaspard de Gasparon ( Président ), Willermoz lui-même ( dépositaire général ), Jean de Turkheim, F.-R. Salzmann~ Jc;ul Paganucci ( censeur ) et Jean-André Périsse Duluc ( substitut du dépositaire ). De même Willermoz veilla à ce que des membres éminents, étrangers à la Nation française , du Convent de Wilhelmsbad ( 1782 ), les reçussent à leur tour, après être devenus, eux aussi, Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ( ou plutôt Chevaliers Bienfaisants tout court ). Willermoz a rédigé les textes rituels, notamment les instructions. Mais il avertit: tout ce que j'y ai inseré concernant la partie scientifique [ sc. doctrinale ] n'est point du tout de mon invention.

II. - Editions de textes rituels.

Paul Vulliaud a édité l'Instruction secrète pour la réception des Profès, le Dialogue après la réceptioo d'un Frère Grand Profès entre le Chef initiateur et le nouveau reçu, l'Instruction préliminaire et le Résumé général de la doctrine ( Joseph de Maistre Franc-Maçon, E. Nourry, 1926, pp. 231-257 )

L'Initiation secrète des Grands Profès a été publiée pour la première fois, par autorisation, voire par Ordre, dans l'étude précitée d'Ostabat ( p. 264-278 ), avec une excellente présentation. En 1973, la fin du texte n'avait pas encore paru. Aussi faut-il signaler une édition complète, mais postérieure et très défectueuse, du texte ap. René Le Forestier, La FrancMaçonnerie templière et occultiste aux XVIIIè et XIXè siècle, Paris, Aubier-Montaigne, et Louvain, Nauwelaerts, 1970, ( pp. 1023-1049 ).

A plus d'une reprise, la procédure utilisée par Pont, afin de maintenir l'existence de la Grande Profession, a été appliquée entre 1830 et nos jours.
De la nature particulière de la Grande Profession, il appert qu'au cas d'une réception, toute distinction entre validité et licéité serait illégitime. Seul le Président d'un College régulièrement constitué, ou son délégué est capable de faire un Grand Profes, puisqu'il est seul habilité à le recevoir dans la classe que le Collège incarne. Il n'y pas de Grand Profès, ni de Collège, "irrégulier" ou "sauvage"; il peut y avoir des pseudo-Grands Profès et des pseudo-Collèges de pseudo-Grands Profès.

III. - Doctrine.

L'originalité de la Profession et de la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié par rapport au Chevalier Profès de la Stricte Observance Templière est flagrante. Il ne s'agit plus de spiritualité chevaleresque, même particulièrement templière, mais de communiquer une doctrine qui remonte à la plus haute antiquité, un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d'âge en âge par l'initiation jusqu'à nous.
Or, cette doctrine, c'est, sous la forme où Willermoz l'a connue et même dans sa définition qu'il vient de réumer, le martinésisme.
Sous une réserve importante cependant: la Grande Profession n'est pas une ordination, de même que l'Ordre des C.B.C.S. n'est pas l'Ordre des Elus Cohen. Les Grands Profès ne pratiquent pas, ès qualités, la théurgie et même les textes rituels sont à dessein muets sur ce sujet.
Les points capitaux de l'initiation secrète des Grands Profès sont la nature de l'initiation et celle de la Franc-Maçonnerie; un précis de l'épopée martinésiste où s'articulent Dieu, les esprits émanés, le cosmos créé, I'humanité; une interprétation du symbolisme du Temple de Jérusalem à la lumière du martinésisme et en rapport avec la Franc-Maçonnerie.
Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier le lui avait enseigné, l'un des relais seulement; maintenir, quand sombrait l'Ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martines de Pasqually lui avait révélé comme l'archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration.

IV. - Maharba, au nom des siens, assure que la Grande Profession enchâsse I'arcane de la Franc-Maçonnerie . Ne vaudrait-il pas mieux écrire: I'arcane du Régime Ecossais Rectifié ? Mais le Régime Ecossais Rectifié se tient et se donne pour la perfection de la FrancMaçonnerie ( un peu comme les Elus Cohen jugeaient les autres Rites maçonniques <~ apocryphes ). Ainsi se dissipe l'apparente inexactitude. Maharba a-t-il raison au fond ? Le Régime Ecossais Rectifié a-t-il raison au fond ? C'est une autre affaire, hors le sujet; affaire d'opinion.

V. - Enfin, voici le texte de la lettre d'envoi aux Grands Profès de Genève. Moulinié, Peschier et Aubanel, reçus antérieurement par communication et constitués le même jour en Collège métropolitain, des documents qui les habilitaient, ( communication fraternelle de Maharba, à qui grand merci ). Document historique, document doctrinal d'un véritable ésotérisme.
Très chers Frères les Chevaliers et Grands Profès de Genève !
Nous cédons à vos voeux et à notre conviction en vous envoyant la légalisation et autorisation nécessaires à la régularité et à l'extension de vos travaux.
Une seule signature accompagne ici celle du Visiteur général, mais c'est celle du neveu chéri de feu ab Eremo, de celui qui a été l'objet de toute sa tendresse, de ses sollicitations les plus secrètes, ainsi que l'écrivain de la présente en a été l'intime confident. Il le rappelle ici pour votre douce satisfaction et pour que ce nom vénéré ne reparaisse au milieu de vous que couronné par le respect de la reconnaissance qui doivent toujours l'accompagner.
Mon frère aîné est absent, le plus jeune, digne aussi de tous nos suffrages, n'a pu participer aux derniers travaux d'une manière régulière... Tout le reste a disparu.
Du sein de cette sollicitude que tant de souvenirs animent, nos coeurs ont entendu votre voeu, ils l'ont accueilli en se pénétrant de la justice, de la convenance, de l'utilité, de l'autorisation demandée, ils se sont émus de joie et de reconnaissance: Oui ! TT $ CC $ FF $ .
ils vous remercient avec attendrissement et gratitude d'avoir sollicité de nous cet acte de justice~ de devoir et ils supplient le Dieu de toute miséricorde de vous le rendre profitable et d'écarter tout ce qui pourrait en résulter de nuisible en particulier comme en général.
Point d'empressement humain, chers amis et bien-aimés Frères ! Le zèle de l'homme est loin d'être celui de la maison de Dieu ! Soyez pleins de patience, de longanimité, et surtout, Aimez-vous les uns les autres ; adorateurs et enfants de l'unité, honorez-la et soyez un comme votre rédempteur, votre Créateur ( et leur amour qui sans cesse engendre, conserve, régénère ) sont un. Au nom de cette unité, qui triomphera de toutes les divisions du temps, aimez-vous, supportez-vous, secourez-vous les uns et les autres ! Voilà le vrai sens de toutes nos instructions ! En voilà tout l'esprit ! Puissions-nous le sentir, le comprendre et l'expérimenter ! Nous vous serrons dans nos bras et vous demandons la bonne part dans vos souvenirs fraternels, comme nous vous assurons que vous avez dans les nôtres celle que mesure notre devoir et notre sincère affection.
A tous et à chacun de vous nous offrons le vrai salut et baiser fraternels.
Vos affectionnés Frères.
[ Signé: ] Antoine Willermoz Joseph Antoine Pont in ordine a Ponte alto .
Lyon 29 mai 1830

IV. - Confidence du passé, exhortation pour l'avenir.

"Article premier. La Grande Profession de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. " Cette définition est descriptive, d'après les statuts dont elle constitue l'article premier. ( Mais rien, dans la doctrine, n'interdirait qu'un Grand Profès, de même qu'un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, fût un profane, c'est-à-dire un non-Maçon ).
La Grande Profession conserve en son entier le dépôt de la doctrine de la réintégration, voilà qui la définit philosophiquement.
L'une et l'autre définitions se concilient, voire s'articulent, se complètent, pourvu que soient reconnus la vraie origine et le but véritable de la Franc-Maçonnerie, auxquels s'ordonnent et qu'enseignent peu à peu les grades successifs du Rite Ecossais Rectifié et que les Grands Profes cultivent, sous les espèces réelles de la réintégration.
L'essentiel du passé et du futur, Willermoz le déclare dans une lettre à Salzmann, du 3-12 mai 1812 ( inédite, fonds L.A.). Son propos demeure pour tous ceux qu'il peut concerner.
Vous devez vous rappeler, cher ami, que, dès l'origine de la formation à Lyon de la classe des Grands Profès annexée à l'Ordre intérieur et d'un Collège métropolitain, il fut convenu entre tous ceux qui y participèrent avec connaissance de cause, que l'auteur, ou pour mieux dire le principal rédacteur, des instructions secrètes de cette classe qui furent alors produites, ne serait jamais connu:

I ) Parce qu'elles ne furent livrees qu'à cette condition.

2 ) On reconnut que pour attrayer la plupart des hommes il faut jeter un voile de mystère sur l'origine des choses qu'on leur présente à méditer.

3 ) Parce que nul n'étant bon prophète dans son pays, il suffit souvent que l'auteur d'une bonne chose soit connu pour que la chose même perde tout son prix. La masse juge l'homme de son gré et non plus la chose. Il fut donc convenu que tous s'accorderaient à dire que ces instructions secrètes venaient du fond de l'Allemagne; que le Frère dépositaire par de secrètes correspondances en avait heureusement découvert les possesseurs formant une classe très secrète et ignorée dans l'Ordre intérieur et qu'il en avait obtenu un dépôt central pour Lyon à l'époque du Convent National, à la condition qu'ils resteraient ignorés et que le dépositaire général correspondrait seul avec eux pour la suite et le complément des dites instructions; enfin que d'après leur autorisation, quelques Frères membres du Convent National de Lyon en avaient fait une rédaction plus correcte en langue fraçaise qui avait reçu leur approbation. Voilà ce qui fut convenu, voilà le langage que j'ai constarnment tenu envers tous les autres sans exception, dont je ne me suis jamais écarté et dont je ne m'écarterai jamais quoiqu'il arrive ailleurs. J'avais tenu le même langage à mon ami a Ponte alto [ sc. Joseph-Antoine Pont ], et il en était persuadé lorsqu'il alla à Strasbourg ou je vous l'avais recommandé. Mais, à son retour, quel fut mon étonnement à la première occasion qui se présenta sur ce sujet de le voir informé par vous que j'étais l'auteur de ces instructions ! Je fus atterré de ce coup-là dont je sentis à l'instant toutes les conséquences présentes et futures. Je mentirais si je dissimulais que je fus extrêmement sensible à cet oubli qui, dans ce genre, était plus qu'une imprudence; d'autant plus que je dus conclure qu'elle n'était pas la première et qu'elle avait été commise vers d'autes et peut-être aussi par d'autres. Mais, ferme dans mes principes et dans mes résolutions, je lui niai le fait. Le F. ab Hedera [ sc. FR.- R. Salzmann ], lui disje, s'est trompé, ou bien vous l'avez mal compris. Les choses sont comme je vous les ai dites, tenez-vous-en à cela; je dois le savoir mieux que personne, puisque le dépôt est venu par mon entremise et qu'il est resté entre mes mains. Depuis lors, il a évité de m'en reparler, et moi de même. Si je m'étais cru permis de pouvoir faire une confidence à quelqu'un, certes, c'est à lui que mon coeur l'aurait faite. Mais pouvaisje, à cause d'une indiscrétion, me soustraire à un engagement commun, lorsque tous les autres y restaient assujettis ? J'ai pu sans blesser la vérité soutenir le plan qui a été convenu, parce que, si j'ai été le principal rédacteur de ces instructions, je n'ai pas créé la doctrine qu'elles renferment et n'en suis pas l'auteur. J'en ai déguisé la source pour un plus grand bien, et voilà tout. Cependant, par ce fâcheux et imprévu événement, je me vis arrêté tout court dans mes projets de développement de doctrine que j'avais jugés nécessaires et dont j'avais depuis quelques années commencé l'exécution et je pris dès lors la ferme résolution que j'ai suivie de me concentrer désormais en moi-même sur ces matières, ce qui vous explique pourquoi, depuis cette époque, je me suis mis beaucoup moins à découvert. [...]
Vous voyez en même temps que, depuis fort longtemps, j'étais allé au-devant de vos observations sur nos instructions des G.P. et que j'avais senti la nécessité de donner plus de développement à quelques parties pour les rendre plus intelligibles, plus attrayantes, plus profitables. Quand elles furent produites, on voulait bien dire beaucoup, mais on craignait encore plus d'en dire trop. On était de plus entouré de systèmes et de censeurs et il fallait user de beaucoup de ménagements pour ne heurter personne. Les temps sont changés, trente années et plus écoulées depuis lors ont élagué les systèmes et fait disparaître bien des censeurs; on peut donc prendre un peu plus de latitude, sans dévier néanmoins des bases sur lesquelles la doctrine des G.P. est établie; et surtout ne pas imiter les auteurs que vous me citez, qui, tous, ou presque tous, à côté des vérités les plus sublimes, ont glissé des idées systématiques et disparates qui déparent tous leurs écrits: unité et simplicité de doctrine doit être le caractère de l'initiation des G.P., comme son but distinctif doit être de faire sentir la nécessité de la religion chrétienne et de la faire aimer et pratiquer, puisqu'il est hautement avoué dès le 4è grade [ sc. Maître Ecossais de Saint-André ].
Je pense comme vous, cher Ami, que ces explications données sur les grades symboliques sont trop incomplètes et devraient être plus étendues. Lorsqu'elles furent produites, on trouvait tout trop long et il fallut trop abreger. On peut y obvier si tous ceux qui ont des idées sur ces objets veulent fournir des notes qui faciliteraient le travail. Fournissez les vôtres et promptement. De plus, les quatre rituels ont été fort embellis, surtout le quatrième, par les additions qui y ont été faites d'après les bases qui furent adoptées à Wilhelmsbad. Il faut donc aussi les expliquer. Je pense aussi avec vous qu'il faudrait y développer le but, les avantages et les rapports de l'Ordre intérieur dans l'assemblée, vu qu'il est aujourd'hui fixé sur des bases invariables. Fournissez donc vos notes et observations sur toutes les parties qui composent les instructions des G.P., pour pouvoir parvenir à les rendre plus utiles.
Relisez en critique toutes ces instructions; notez, dans quelle partie que ce soit, les lacunes, les obscurités, les besoins d'explications ou de développement qui vous frapperont; proposez vos idées sur le comment et le pourquoi. Ces choses peuvent être rendues plus claires, plus complètes, plus utiles. La réunion des idées qui viendront de vous et d'ailleurs pourra faire jaillir quelques nouveaux traits de lumière qui en prépareront le plus grand perfectionnement possible. [...]
En plusieurs lieux, dans les séances qui sont consacrées par les statuts des G.P. à l'étude et aux conférences sur leurs instructions secrètes, on y fait ces jours-là un travail mixte; on s'occupe de divers systèmes hypothétiques, souvent plus ou moins discordants; on y raisonne sur des peut-être. Je dis qu'au milieu de ces divagations scientifiques où la vérité reste encore obscure, la curiosité humaine se satisfait, mais la vraie foi n'y gagne rien. L'initiation des G.P. instruit le Maçon, éprouve l'Homme de Désir, de l'origine et formation de l'univers physique, de sa destination et de la cause occasionnelle de sa création, dans tel moment et non un autre; de l'émanation et l'émancipation de l'homme dans une forme glorieuse et de sa destination sublime au centre des choses créées; de sa prévarication, de sa chute, du bienfait et de la nécessité absolue de l'incarnation du Verbe même pour la rédemption, etc. etc. etc. Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d'amour et de confiance, de crainte et de respect et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont hé parfaitement connues des Chefs de l'Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Mais, depuis lors, elles se sont successivement perdues et effacées à un tel point qu'aujourd'hui, chez vous comme chez nous, les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. Puisque cette initiation a pour objet de rétablir, conserver et propager une doctrine si lumineuse et si utile, pourquoi ne s'occupe-t-on pas sans amalgame de ce soin dans la classe qui y est spécialement consacrée ?

 

 

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CBCS

Publié le 23 Mai 2026 par T.D

Dans le Rite Ecossais, ce grade remplace le grade de Chevalier qui lui correspond dans la Stricte Observance Templière ( un rituel de ce dernier grade a été publié par Ostabat, Le Symbolysme, juillet-octobre 1971, pp. 226-244 ).

I. - Sens et Origine.

1. - Le sens du titre est ambigu, son origine a été ennuagée.

Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte connote évidemment l'idée de charité, qui est le devoir essentiel du dit Chevalier; I'organisation chevaleresque, bien sûr, et particulièrement l'Ordre du Temple. Car la Cité Sainte est Jérusalem. Mais cette manière de dire Templier , qui semblerait embarrasser, a un objet precis: de déclarer que les C.B.C.S. sont des Templiers sans en être tout en étant. Ou, si l'on préfère, que le rapport de la Maçonnerie, et singulierement du Rite Ecossais Rectifié, à l'Ordre du Temple n'est pas au juste celui que croit la Stricte Observance Templière. ( Le Convent des Gaules réservera la question de la filiation templière, alors que Wilhelmsbad la tranchera dans le sens de la renonciation, sauf au plan spirituel ).

Que cette intention ait été celle de Willermoz et de ses amis ne semble pas douteux. Mais d'autres facteurs ont-ils contribué à forger l'expression ?

2. - La Loge Rectifiée de Willermoz à Lyon se nommait La Bienfaisance. Mais le mot et l'adjectif correspondants sont communs dans le vocabulaire maçonnique. Puis on a signalé un grade de Chevalier Bienfaisant qui aurait été pratiqué à Metz et aussi l'influence éventuelle du grade dit Ecossais de Saint-Martin, dont le titre aurait pu se traduire, par allusion à l'état du légionnaire romain et à son geste proverbial, Chevalier Bienfaisant ( Cf Amadou, Louis-Claude de Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie , Le Symbolisme, juillet-septembre 1970, pp.285-307 et janvier-février 1971, pp. 43-73 ). Mais c'est vouloir expliquer obscurum per obscurius.

C'est cependant l'opinion de R. Le Forestier qui écrit dans son livre sur la FrancMaçonnerie templière et occultiste aux XVIIIè et XIX siècles ( Paris, Aubier-Montaigne, Louvain, Nauwelaerts, pp.433-434 ): <~ Le titre de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, que prit le rite mystique sorti de la Réforme de Lyon avait eté déjà usité dans un Système de Hauts Grades cultivé depuis 1770 par un Chapitre souché sur la Loge Saint-Théodore de Metz . Le degré suprême de ce Système régional s'appelait Ecossais Rectifié de Saint-Martin; il avait pour héros éponyme l'illustre évêque de Tours, le chevalier romain qui avait partagé son manteau avec un pauvre, acte de charité rappelé par de nombreux tableaux et statues exposés dans les églises de France. La Cité Sainte dont les membres du Chapitre Saint-Theodore se proclamaient les Chevaliers était donc Rome. Leur plus haut grade localisait en France le thème fondamental d'un haut grade plus ancien, I'Hospitalier de Palestine, qui faisait allusion à la charité active pratiquée par les moines guerriers appartenant à l'Ordre religieux qu'avait fondé, pour la protection des pèlerins en Terre sainte, Saint Jean évêque de Jérusalem. Autant de phrases, autant d'erreurs.

3. - Au demeurant, je ne pense pas que ni Chevalier ( qui d'ailleurs était le titre du dernier grade de la Stricte Observance ) ni Bienfaisant ( si conforme à la vocation des Maçons Chevaliers ) requièrent des explications compliquées. Celles-ci, en toute hypothèse, n'exprimeraient, il me semble, que des raisons supplémentaires.

Quant à la Cité Sainte , outre la référence prétendue discrète à l'Ordre du Temple, à cette ville où Salomon avait construit le sanctuaire qui est le type essentiel de la Maçonnerie, point n'est besoin d'aller chercher loin les raisons, d'ailleurs liées à la raison majeure, pourquoi les Chevaliers Maçons aimaient à la mentionner.

II. - Fondation des C.B.C.S.

Le chapitre provincial d'Auvergne, à la date du 28 août 1778, reconnaît comme il a reconnu depuis longtemps la nécessité indispensable de réformer la dénomination du SaintOrdre; le Code des règlements généraux des provinces, des instructions particulières des officiers, le précis historique de l'Ordre, le rituel de vestition et cérémonies et les règles; de purger les unes et les autres des additions arbitraires qui y ont été faites par les différents frères a Spica aurea et ab Ense [ sc. Weiler et Hund respectivement ], ainsi que des cérémonies et règles trop monacales pour pouvoir convenir dans un Ordre tel que le nôtre dans un siècle tel que celui où nous vivons. )> ( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon Ms. 5 481, p. 70, Cf déjà à la date du 25 avril 1777, ibid., p. 8 ).

La question du titre C.B.C.S. , qui donnerait son nom à l'Ordre entier de la Stricte Observance métamorphosée au plan national, fut mise sur le tapis au cours de la premiere séance du Convent des Gaules, le 25 novembre 1778:

Les respectables Frères Chanceliers requirent que la dénomination de l'Ordre fut le premier objet à arrêter, que tous les membres de l'Ordre désiraient voir abolir l'ancien nom. Ils représentent que l'Ordre avait porté pendant quelques années celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte dans un temps où ils n'avaient aucune possession; que son nom n'était point connu, qu'il pourrait remplir le but qu'on se propose en désignant l'Ordre sous une dénomination qui ne serait aperçue que par les membres qui le composent, et que sans cesser d'appartenir au même Ordre, on annonce, en reprenant l'ancien nom, une renonciation absolue aux possessions qu'ils ont eues depuis un autre nom.>)

Donc, I'on traitera l'affaire au cours de la deuxième séance.

Le 27 novembre, deuxième séance, I'objet de la dénomination de notre Saint Ordre ayant été mis en délibération, il fut arrêté unanimement qu'il serait désigné dorénavant sous la qualification de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors de la sixième séance, le 3 décembre 1778, Willermoz lit la partie historique de l'instruction du grade, rédigée par ses soins. Le Convent statue que cette instruction serait jointe aux actes officiels du Convent, mais non enregistrée, qu'elle serait ensuite confiée aux représentants des Préfectures charges des réceptions et instructions des Chevaliers pour être déposée dans chacune entre les mains des Frères à qui il croira devoir les adresser. Le 5 décembre 1778, au cours de la huitième séance, on a fixé les signes, mots et attouchements des Novices et le nouveau signe des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.
III. - Documents.

Les documents relatifs au C.B.C.S. sont nombreux. Citons, principalement, les dépôts de la Bibliothèque Municipale de Lyon ( fonds Willermoz ) et du Grand Orient a La Haye ( fonds Kloss ). Le Code général des règlements de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte arrêté au Convent des Gaules tenu en novembre 1778 a été commodément repris ap. Jean Tourniac, Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifie et de sa Chevalerie templière ( Dervy-Livres, 1969, pp. 305-350 ). Un rituel de réception a été publié par Jean Kostka ( alias Jules Doinel, Lucifer démasqué, Paris-Lyon, Delhomme et Briguet, s.d. [ 1895 ], pp. 274-296 ).

IV. - Le grade.

l. - Le grade de C.B.C.S. n'est pas un grade maçonnique, car l'Ordre des C.B.C.S. est un Ordre équestre souché sur une base maçonnique en quatre degrés symboliques. Cependant, la terminologie est assez flottante ( par analogie avec le ballottement où est soumise au sein du Rite Ecossais Rectifié la question des rapports entre la Maçonnerie et le Temple mediéval ). Aussi bien le C.B.C.S. est-il armé , et la Franc-Maçonnerie est-elle considérée comme la pépinière du Saint-Ordre.

Chaque Chevalier, au moment de son armement, reçoit, comme dans la Stricte Observance, un nom d'Ordre ( nomen in ordine; p. ex. Jean-Baptiste Willermoz était Eques ob Eremo, Joseph de Maistre, Eques a Floribus, etc ), une devise en latin tirée des psaumes et des armes.

2. - Pour le regroupement de l'Ordre intérieur en Commanderies, Préfecture, Grands Prieurés Cf ECUYER NOVICE. Le Code fournit toutes indications sur ce système. Retenons que la Maçonnerie symbolique est sous le contrôle de l'Ordre intérieur et que le Grand Maître Général gouverne les six grades du Rite Ecossais Rectifié.

3. - Le rituel d'armement prescrit, avant la réception proprement dite, que le Commandeur s'adresse à l'Ecuyer novice en ces termes qui annoncent le sens du grade, le sens de l'Ordre:

Le dépôt de la science primitive de l'homme, conservé dans les anciens mystères, brille de tout son éclat dans le Temple célèbre que Salomon avait élevé dans la Cité Sainte à la gloire de l'Eternel qui daigna l'habiter. Vous voyez l'image, tracée devant vous, de son Saint Sépulcre. Ce Temple fut détruit, les sages se retirèrent dans les déserts et y préférèrent d'abord la vérité aux honneurs du siècle. Bientôt, sentant le besoin d'une activité utile et pénible, ils rentrèrent dans le monde où, apprenant la persécution de beaucoup de leurs Frères, ils déchirèrent leur sein, tranquilles de leur innocence et qu'aucun remords ne troublait leur coeur, et que rien en eux ne donnait de moyens d'observer leur fortune. Le sanctuaire du Temple redevint l'asile de l'éternelle et auguste vérité, son parvis, celui du malheur; on y consolait la veuve, I'orphelin y trouvait un père, les voyageurs un défenseur, le malade et le pauvre des secours généreux, telle est l'origine de l'Ordre des Templiers, des Frères vertueux dont nous tirons la nôtre, et aux vertus desquels vous êtes appelé à succéder.

La science, cachée auparavant dans des réduits écartés où elle mettait au-dessus des besoins ceux qui la professaient, fut alors consacrée au bonheur de l'humanité; mais le Temple s'écroula, et les Maçons propageant l'existence et les fruits d'un Ordre célèbre, le réédifièrent, adapté par une réforme sage aux besoins et à la situation actuelle de l'Europe. Il a repris dans ce siècle, le dix-huitième, son nom de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte pour l'allégorie du Saint Sépulcre de Jérusalem en Palestine, et sera, pour le reste de votre vie, une école de bienfaisance, un foyer de lumière et l'asile de l'amitié la plus douce.

Par le pouvoir qui m'a été conféré, je vais vous recevoir dans le Saint Ordre.

4. - Dans le discours d'instruction qui suit la réception proprement dite, I'Ordre du Temple est d'emblée mis en cause: sa fondation en 1125, ses malheurs que la jalousie de sa richesse causa. <~ Nous dit le Commandeur, qui sommes leurs descendants avons une tradition bien certaine des malheurs qui ont occasionné la destruction de notre Ordre.
Mais trois Templiers s'échappèrent et trouvèrent refuge en Ecosse, dans des cavernes près d'Heredom. Ils s'associèrent avec les Chevaliers de Saint-André du Chardon d'Ecosse, d'où le quatrième grade.
A Heredom, en 1340, fut fondé l'Ordre des Francs-Maçons par les Templiers. Ils avaient prévu, et il demeure, que les trois premiers grades sont des épreuves imposées aux candidats à l'intérieur. L'Ecuyer novice comprend alors le sens de son passage par la Maçonnerie. Deux emblèmes sont chers à l'Ordre des C.B.C.S. Le phénix fut choisi par les illustres fugitifs qui continuèrent le Saint Ordre pour remplacer l'ancien sceau du Temple, où figuraient deux cavaliers sur un cheval. Le pélican, d'autre part, signifie les secours que l'Ordre ancien fournissait aux commanderies de son ressort et la bienfaisance qui, depuis la réforme de l'Ordre, caractérise le Chevalier.

V. - Altérations et déviations.

1. - Au cours des ans, le rituel a subi des altérations. Donnons-en deux exemples. En Suisse, la dénonciation de l'infamie du pape Clément V s'accompagne de propos très généralement antipapistes, où les institutions de l'Eglise au Moyen Age sont dénoncées, à la seule exception... de l'Ordre du Temple. Curieuse rencontre, en milieu écossais rectifié, du laïcisme maçonnique et de l'atavisme protestant.
Deuxième exemple: la plupart des rituels modernes, depuis une date que je n'ai pu encore fixer mais qui se situe au XIXè siècle, comportent, à la fin de la cérémonie, une scène pendant laquelle les Chevaliers présents, Grand Prieur ou son délégué en tête, délient leur nouveau confrère de ses serments maçonniques. L'idée, clairement expliquée, est belle, plus étrangère à la tradition des C.B.C.S. dans la forme que dans le fond. Mais c'est une innovation.

2. - La position médiane de l'Ordre des C.B.C.S. est difficile à tenir; elle prête aux déviations vers la gauche ou vers la droite.

a ) Vers la gauche, en quelque sorte, dévièrent les Frères de Francfort, Darmstadt et Wetzlar surtout, qui sous la conduite du Baron de Dittfurth résistèrent aux décisions du Convent de Wilhelmsbad. Fatigués des Hauts Grades, des Ordres intérieurs et autres superstructures, ils n'en voulurent plus rien savoir. L'Union éclectique naquit de leur lassitude et de leur maçonnisme éclairé plus qu'illuminé.

b ) A droite, en revanche, il faut situer la singulière histoire du Chapitre des C.B.C.S. de Francfort, au commencement du XIXè siècle. Félix Kretschmar, érudit francfortois des années 1920, en a recueilli les éléments dans un lot d'archives à lui venu de son compatriote et parent Johann Friedrich von Meyer ( 1772-1849 ). Une correspondance, étayée par plusieurs documents, et conservée dans un fonds privé d'archives dites archives S.O. >), me permet, avec l'autorisation de son dépositaire, de résumer ainsi l'affaire que je me propose d'analyser ailleurs.

Un certain nombre de C.B.C.S. de Darmstadt et de Francfort, auxquels vinrent se joindre quelques C.B.C.S. de Strasbourg, les uns et les autres membres en outre de la Grande Profession, et fervents de théosophie, gardèrent, dans une Allemagne peu favorable, leur fidélité au Rite Ecossais Rectifié - mieux vaudrait dire ici à l'Ordre des C.B.C.S. Car s'ils innovèrent eux aussi, ce fut pour détacher l'Ordre intérieur, dont ils constatèrent crûment le caractère non maçonnique, des quatre premiers grades du Rite Ecossais Rectifié . Dans leur néo-Ordre des C.B.C.S., ils admirent des profanes , se contentant de leur communiquer, avant de les recevoir Ecuyers Novices, non pas les grades, mais les cahiers des grades symboliques. Johann Friedrich von Meyer, hermétiste très chrétien ( son nom d'Ordre était Eques a Cruce ), ami et protégé de Christian de Hesse-Darmstadt, substitut du Grand Maître Charles de Hesse-Cassel, fut l'un d'eux. On lui laissa même le soin de rédiger un Projektierte Statute des Rittertums der heiligen Stadt, nouvelle manière. ( Les papiers de Kretschmar en comprennent une copie ). Vers 1830, selon Kretschmar, le Chapitre cessa ses travaux.

Deux documents conservés dans le fonds Kloss du Grand Orient des Pays Bas apportenl une information précieuse et complémentaire sur le Chapitre des C.B.C.S. de Francfort qui s'y manifeste davantage, semble-t-il, comme un collège de Gands Profès. En particulier, leur activité paraît s'être poursuivie jusqu'en 1835, puisque l'une des deux pièces est constituée par le livre des travaux du collège de 1827 à cette date

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Les status et règlements de Bologne(extrait)

Publié le 23 Mai 2026 par T.D

LES STATUTS ET REGLEMENTS DE BOLOGNE

Traduction et notes par J.-F. VAR

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen (1).

L’an du Seigneur (2) 1248, indiction sixième (3).

Statuts et règlements des maîtres du mur et de la charpente (4)

Voici les statuts et règlements de la société (5) des maîtres du mur et de la charpente, faits en l’honneur de Dieu, de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints, et pour l’honneur et la bonne condition de la cité de Bologne et de la société desdits maîtres, dans le respect de l’honneur du podestat et capitaine de Bologne qui la gouverne ou gouvernent (6) ou gouverneront à l’avenir, et dans le respect des statuts et règlements de la commune de Bologne faits et à faire. Et que tous les statuts ci-dessous s’appliquent dorénavant à compter d’aujourd’hui, l’an 1248,, indiction sixième, le huitième jour d’août

[11] Serment des susdits maîtres.

Moi, maître de la charpente et du mur, qui suis ou serai (7) de la société desdits maîtres, je jure, en l’honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la Bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints, et en l’honneur du podestat et capitaine qui est maintenant ou seront à l’avenir [en fonction] (8), et pour l’honneur et la bonne condition de la cité de Bologne, d’obéir et me conformer aux ordres du podestat et capitaine de Bologne et de tous ceux qui seront au gouvernement de la cité de Bologne, de me conformer et obéir à tous et chacun des ordres que me donneront le massier (9) et les officiers de la société des maîtres de la charpente et du mur, ou de l’un d’eux, pour l’honneur et la bonne condition de la société, et de conserver et maintenir la société et les membres de la société en bonne condition, et de garder et maintenir les statuts et règlements de la société tels qu’ils sont maintenant ou seront à l’avenir réglés, dans le respect en tout des statuts et règlements de la commune de Bologne, étant précisé que je serai tenu [par mon serment] à compter de [mon] entrée [dans la société] et que j’ [en] serai dégagé après [mon] départ (10).

Et si je suis appelé à la direction de la société, je ne refuserai pas, mais j’accepterai la direction et en conscience je dirigerai, conduirai et préserverai la société et les membres de la société. Et je répartirai équitablement les corvées (11) entre les membres de la société selon ce que moi et le conseil des maîtres jugerons convenable. Et je donnerai et ferai donner les amendes que comportent les statuts de la société et, en l’absence de règles statutaires, j’infligerai des sanctions selon la volonté du conseil. Et toutes les sanctions que j’infligerai pour quelque fait que ce soit, je les ferai inscrire dans un cahier et je le transmettrai et donnerai au massier (12) de la société. Et les sanctions, les fonds ou gages (13) de la société, les statuts, et tout ce qu’il a d’autre par devers lui au sujet des fonds de la société, et tous les écrits ou écritures se rapportant à la société, le massier est tenu, au terme que comportent les statuts, de les remettre et donner au massier son successeur dans l’assemblée (14) de la société, sous peine d’une amende de vingt sous bolonais. Et les contrôleurs des comptes (15) sont tenus de contrôler cela et de prononcer une sanction (16) dans l’assemblée de la société [contre le massier défaillant] à moins qu’ils n’[en] soient empêchés par une décision du conseil de la société unanime ou à la majorité, ou parce qu’une bonne raison existe.

Et si, comme officier, je veux imposer une contribution pour les dépenses de la société, j’ [en] exposerai d’abord la raison au conseil, et elle sera imposée comme en décidera le conseil unanime ou à la majorité.

[II] Des propos injurieux contre les officiers ou le massier.

Nous statuons et ordonnons que si quelqu’un de la société dit des propos injurieux contre les officiers ou le massier ou contre le notaire (18) ou s’il les accuse de mensonge (19), il soit puni de X sous bolonais (20)

[III] Des pénalités de ceux qui ne sont pas venus s’ils ont été convoqués au lieu fixé (21).

Nous statuons et ordonnons que si quelqu’un est convoqué par les officiers, le massier ou le nonce (22) à venir au lieu où la société s’assemble, il soit tenu de venir chaque fois et aussi souvent qu’on le lui commandera ou ordonnera, sous peine d’une amende de six deniers. Nous statuons et ordonnons que chacun soit tenu de venir au lieu où la société s’assemble chaque fois et aussi souvent que cela lui sera ordonné ou commandé par les officiers ou le massier ou le nonce, sous peine d’une amende de Vl deniers bolonais (23). Et même s’il n’est pas requis, que chacun soit tenu de venir l’avant-dernier dimanche du mois, sans convocation, consciencieusement, sans mensonge ni tromperie (24). Qu’il n’y soit pas seulement tenu par serment, mais qu’il encoure la pénalité [ci-dessus] [même] s’il ne lui a pas été ordonné [de venir] (25). Et s’il est venu au lieu où la société se réunit et qu’il s’en va sans autorisation du massier ou des officiers, qu’il paie à titre d’amende douze deniers bolonais. A moins que, dans les deux cas, il n’ait eu un empêchement réel, ou à moins qu’il ne soit malade ou hors de la cité ou [en service] pour la commune de Bologne, auxquels cas il peut, et en d’autres cas aussi, invoquer pour excuse le serment d’obligation de service (26). Et s’il s’est excusé mensongèrement, qu’il soit puni de Xll deniers.

[IV] De l’élection des officiers et du massier et des réunions de la société.

Nous statuons et ordonnons que la société des maîtres de la charpente et du mur soit tenue d’avoir huit officiers, ainsi que deux massiers, à savoir un pour chaque [métier] (27) de la société; et ils doivent être répartis équitablement entre les quartiers, et élus par listes dans l’assemblée de la société de manière que dans chaque quartier de la cité il y ait deux officiers, à savoir un pour chaque métier (28). Et que les officiers, avec le massier, restent en fonction] six mois et pas davantage. Et qu’ils soient tenus de faire la société se réunir et s’assembler le second dimanche du mois (29) sous peine d’une amende de trois sous bolonais chaque fois qu’ils y contreviendront, à moins qu’ils n’en soient empêchés par un réel cas de force majeure (30).

Nous ajoutons que le fils d’un maître de la société ne doit ni ne peut être inscrit sur les listes électorales s’il n’a pas XIV ans au moins. Et son père n’est pas tenu (31 ) de le mettre dans la société avant le temps et le fils ne doit pas être reçu dans la société avant le temps. Et que nul ne prenne un apprenti (32) qui ait moins de XII ans, sous peine d’une amende de XX sous et q

[V] Que l’on ne puisse élire quelqu’un qui soit son fils ou [son] frère.

Nous statuons et ordonnons que l’on ne puisse élire officier ou massier quelqu’un qui soit frère ou fils du votant, et que le vote émis à leur sujet soit sans valeur.

[VI] Que les maîtres obéissent aux officiers et au massier.

Nous statuons et ordonnons que si quelqu’un de la société doit à un autre maître une certaine somme d’argent à cause du métier, ou si un maître a une contestation avec un autre à cause du ou des métiers susdits, les maîtres qui auront ce différend entre eux soient tenus d’obéir aux ordres que les officiers des maîtres du mur et de la charpente leur donneront pour les départager, sous peine d’une amende de dix sous bolonais.

[VII] Comment et de quelle façon les maîtres sont reçus dans la société et combien ils doivent payer pour leur réception.

Nous statuons et ordonnons que tous les maîtres qui voudront être reçus dans la société des maîtres du mur et de la charpente payent à la société dix sous bolonais s’ils sont de la cité ou du pays (33) de Bologne; et s’ils ne sont pas de la cité ou du pays de Bologne, qu’ils payent à la société vingt sous bolonais. Et que les officiers mettent en conscience tous leurs soins pour que tous les maîtres qui ne sont pas de la société y soient obligatoirement reçus (34). Et que cette prescription soit irrévocable, que [nul] ne puisse d’aucune façon ni manière être exempté (35) à moins que le dixième au moins de la société ne le décide, ou à moins qu’il ne soit le fils d’un maître, lequel peut être reçu dans la société sans aucun paiement. Et si le massier ou un officier soutenait au conseil ou à l’assemblée de la société [la demande de] quelqu’un qui voudrait qu’on lui épargne (36) les dix ou vingt sous bolonais à donner à la société, qu’il soit puni de dix sous bolonais. Et si quelqu’un de la société, siégeant dans la société ou au conseil, se levait pour dire de quelqu’un qu’on devrait lui épargner (36) les dix ou vingt sous bolonais, qu’il soit puni de cinq sous bolonais.

Et si un maître a un fils ou plusieurs qui connaissent les métiers des maîtres susdits, ou qui soit demeuré (37) pendant deux ans à apprendre avec son père l’un desdits métiers, alors son père doit le faire recevoir dans la société sans aucun [droit de] réception, en payant [lui-même] à la société comme il est dit plus haut, sous peine d’une amende de XX sous. Et une fois celle-ci payée, qu’il n’en soit pas moins tenu de le faire recevoir dans la société (38).

Et que les officiers et le massier soient tenus de recouvrer toutes les sommes dues par ceux qui ont été reçus dans la société, et les quatre deniers [dûs] pour les messes (39), et les sanctions prononcées pendant leur temps [de fonctions] (40). Et qu’ils les fassent prêter serment dans la société (41). Et que le massier soit tenu de recevoir du maître qui a été reçu dans la société une bonne garantie que, dans le délai d’un mois après sa réception dans la société, il payera dix sous s’il est de la cité ou du pays de Bologne, comme dit plus haut, [et] s’il est d’un autre territoire vingt sous bolonais. Et si le massier et les officiers ne recouvrent pas ces sommes, qu’ils soient tenus de payer à la société de leur propre argent et de lui donner une compensation suffisante en argent ou en gages pour que la société soit bien garantie, [et cela] sous huit jours après la fin du [délai d’un] mois. Et que les contrôleurs des comptes soient tenus de contrôler tout cela comme dit plus haut et, si cela n’a pas été observé, de prononcer les sanctions que comportent les statuts de la société.

Nous ajoutons (42) que quiconque sera reçu dans la société payera comme droit de réception à la société XX sous bolonais. Nous l’ordonnons pour ceux qui dorénavant à compter d’aujourd’hui s’emploieront à apprendre le métier, et que cela vaille dorénavant à compter d’aujourd’hui, 1254, indiction douzième. huitième jour de mars. Quant à ceux qui n’auraient pas de maître pour apprendre le métier, qu’ils payent comme droit de réception à la société trois livres bolonaises (43).

[VIII] Que nul maître ne doit nuire à un autre maître dans son travail.

Nous statuons et ordonnons que nul maître du mur et de la charpente ne doit nuire à un autre maître de la société des maîtres en acceptant un ouvrage au forfait (44) après qu’il lui a été assuré et formellement promis (45) ou qu’il a eu cet ouvrage de quelque autre façon ou manière. Sauf que, si un maître est survenu avant que [L’ouvrage] lui ait été formellement promis et assuré et qu’il lui en demande une part, il est tenu de lui en donner une part si [L’autre] le veut. Mais si un accord a déjà été passé au sujet de cet ouvrage, il n’est pas tenu de lui en donner une part s’il ne veut pas. Et qui y contreviendra, qu’il paye à titre d’amende trois livres bolonaises chaque fois qu’il y contreviendra (46). Et les officiers doivent donner les amendes que comportent les statuts dans le délai d’un mois après que [L’infraction] est devenue claire et manifeste pour eux, dans le respect des statuts et règlements de la commune de Bologne. Et que les amendes et pénalités reviennent à l’assemblée de la société et y demeurent.

[IX] Des comptes que le massier a à rendre et de la charge qu’il a à accomplir.

Nous statuons et ordonnons que le massier de la société des maîtres soit tenu de rendre compte aux contrôleurs des comptes dans le délai d’un mois après avoir quitté sa charge, à moins qu’il n’ait une autorisation des nouveaux officiers et du conseil de la société ou qu’il n’en soit empêché par un réel cas de force majeure (47). Et que le massier soit tenu de rendre compte de toutes ses rentrées et dépenses faites et eues durant son temps. Et que tous les maîtres qui ont été reçus dans la société durant son temps soient portés sur un cahier spécial à cet effet afin que l’on sache s’ils ont payé ou non. Et nous ordonnons que toutes les écritures doivent rester par devers le massier. Et toutes les écritures se rapportant à la société et tout ce qu’il a au sujet des biens de la société, que le massier soit tenu de les donner et transmettre par écrit dans l’assemblée de la société au massier suivant (48). en sorte que les fonds de la société ne puissent en aucune façon faire l’objet d’une fraude. Et si le massier, dans une intention frauduleuse. a omis certaines de ces [prescriptions] et ne les a pas observées, qu’il soit puni de vingt sous bolognais (49). Et s’il a retenu par devers lui frauduleusement des fonds de la société qu’il restitue le double à la société. En outre, que l’ancien massier, après sa sortie de charge, soit tenu de donner et remettre au nouveau massier absolument tous les fonds de la société, tant les écritures se rapportant à la société que l'argent de cette même société (50) le premier ou le deuxième dimanche du mois. Et le nouveau massier ne doit pas proroger le terme pour l'ancien massier au-delà de XV jours. Et que cette prescription soit irrévocable. Et s'il y a été contrevenu par un des massiers, qu'il soit puni de vingt sous bolonais à payer à la société.

[X] De l'élection des contrôleurs des comptes.

Nous statuons et ordonnons que les contrôleurs des comptes soient élus en même temps que les officiers, et qu'ils soient [au nombre de] deux, à savoir un pour chaque (métier) (51). Que ces contrôleurs soient tenus de contrôler avec diligence le massier et les officiers qui seront [en fonction] en même temps que le massier. Et s'ils découvrent que le massier et les officiers ont mal agi dans [L’exercice de] leur charge et qu'ils ont commis fraude ou dol, qu'ils les condamnent à la restitution du double des fonds découverts par devers eux (52), et en outre qu'ils les condamnent à restituer l'équivalent de la rétribution qu'ils ont reçue (53). Et qu'ils soient tenus d'agir ainsi et de contrôler et condamner ou donner quitus dans le délai d'un mois après la cessation de fonction du massier et des officiers. Et, soit qu'ils condamnent ou qu'ils donnent quitus, qu'ils soient tenus de le faire par écrit dans l'assemblée de la société. Et si les contrôleurs y contrevenaient et n'observaient pas ces [prescriptions], que chacun d'eux soit puni de dix sous et qu'ils soient exclus de leurs charges, à moins d'un réel cas de force majeure (54) ou s'ils ont eu l'autorisation des officiers et du conseil de la société.

[Xll] De la transcription des réformes du conseil.

Afin que nulle contestation ne s'élève jamais entre les sociétaires, nous ordonnons que toutes les réformes de la société des maîtres du mur et de la charpente ou du conseil de la société soient transcrites sur un cahier spécial, et que le massier et les officiers soient tenus de le faire faire sous peine d'une amende de cinq sous bolonais (55).

[Xll] Que le massier et les officiers soient tenus de rendre compte de leur charge une seule fois et pas davantage.

Nous statuons et ordonnons que le massier et les officiers de la société soient tenus de rendre compte une seule fois de toutes les rentrées et dépenses. Et après qu'ils auront été contrôlés une fois au sujet des comptes [qu'ils avaient] à rendre, qu'ils ne soient pas tenus de rendre compte davantage, à moins qu'ils ne soient dénoncés ou accusés d'avoir commis dol ou fraude ou d'avoir gardé illégalement par devers eux de l'argent de la commune et de la société, auquel cas quiconque veut les accuser doit être entendu. Et ceux qui ont été contrôlés une fois ne doivent pas être contrôlés davantage. Et que cette prescription s’applique tant pour le passé que pour le futur (56).

[Xlll] Des ordres à donner par les officiers et le massier.

Nous statuons et ordonnons que tous les ordres que donneront les officiers ou le massier ou l’un d’eux à propos de l’argent ou des autres choses relatives au métier qu’un maître doit donner à un autre maître ou faire pour lui (57), que ces ordres soient donnés et ordonnés dans les dix jours. Et si le maître à qui un ordre a été donné dans les dix jours ne s’acquitte pas, que les officiers et le massier soient alors tenus dans les cinq jours après ces dix jours de donner au créancier une hypothèque (58) sur les biens de son débiteur, afin qu’il soit complètement payé de ce qui lui revient et de ses débours. Et qu’il soit de plus puni de cinq sous bolonais si les officiers le jugent bon. Et que cela soit irrévocable. Et celui qui doit de l’argent à un autre maître ou à une autre personne (59), s’il a été convoqué ou cité par les officiers ou par le ou les nonces de la société et qu’il n’est pas venu devant les officiers ou le massier, qu’il soit puni à chaque fois de douze sous bolonais si on le retrouve (60) et, si on ne le retrouve pas et qu’il est cité une deuxième fois, qu’il soit puni [de nouveau] de la même somme (61).

[XIV] Que si un maître embauche un autre maître pour travailler.

Nous statuons et ordonnons que, si un maître a un ouvrage au forfait ou à la journée ou de quelque autre façon ou manière (62) et qu’il veut avoir avec lui un autre maître pour faire cet ouvrage et travailler avec lui, le maître qui a embauché l’autre maître soit tenu de lui donner satisfaction quant à son prix [d’embauche], à moins que ce ne soit un officier ou le massier de la société qui mette ce maître au travail pour la commune de Bologne (63). Et qui y contreviendra, qu’il soit puni au gré des officiers.

[XV] Combien les maîtres [qui sont] officiers et massier doivent avoir pour leur rétribution (64).

Nous statuons et ordonnons que les officiers et le massier qui seront [en fonction] à l’avenir doivent avoir pour leur rétribution chacun cinq sous bolonais au bout de six mois. Et que les officiers et le massier soient tenus de recouvrer toutes les amendes, sanctions et contributions avant de sortir de charge, à savoir chacun pour son quartier. Et s’ils ne les ont pas recouvrées dans le temps prescrit, qu’ils soient tenus de payer à la société de leur propre argent autant au total qu’ils n’ont pas recouvré. Et que les officiers et le massier soient écartés de toute charge durant un an après leur sortie de charge.

Et nous prescrivons que les officiers ne reçoivent pas de gages ni d’argent, mais que le massier reçoive intégralement la totalité des gages et de l’argent et, qu’avant leur sortie [de charge], il paye aux officiers Ieur rétribution sur les fonds des membres de la société.

[XVI] Des cierges qu’il faut faire pour [le compte de] la société pour les défunts.

Nous statuons et ordonnons que deux cierges soient achetés aux frais des membres de la société, lesquels devront rester par devers le massier de la société. Et qu’ils soient de seize livres de cire en tout, et ils devront être apportés auprès du corps lorsqu’un des maîtres décédera.

[XVII] Que tous les maîtres soient tenus de se rendre auprès d’un sociétaire défunt lorsqu’ils seront convoqués.

Nous statuons et ordonnerons que si l’un de nos sociétaires est appelé ou convoqué par le nonce ou par un autre à sa place afin de se rendre auprès d’un sien sociétaire défunt et qu’il ne s’y rend pas, il paye à titre d’amende douze deniers bolonais, à moins qu’il n’ait eu une autorisation ou un réel empêchement. Et le corps doit être porté par les membres de la société. Et le nonce de la société doit avoir de l’assemblée de la société XVIII deniers par mort sur les avoirs de la société (65). Et si le nonce n’est pas allé et venu pour rassembler les sociétaires, qu’il paye à titre d’amende XVIll deniers à la société. Et que les officiers et le massier soient tenus de recouvrer ces sommes.

[XVIII] Que les officiers soient tenus de visiter les sociétaires malades et de leur donner assistance.

Nous statuons et ordonnons que si l’un de nos sociétaires est malade, les officiers aient le devoir de le visiter s’ils l’apprennent et de lui donner aide et assistance. Et s’il décède et qu’il n’ait pas de quoi être enterré que la société le fasse enterrer honorablement à ses propres frais. Et que le massier puisse dépenser jusqu’à la somme de X sous bolonais et pas davantage.

[XlX] Que les nonces se déplacent aux frais de ceux qui ont été sanctionnés et qui négligent de fournir des gages.

Nous statuons et ordonnons que les officiers et les massiers qui seront [en fonction] à l’avenir, s’ils font prendre des gages sur un maître pour des contributions ou des sanctions ou d’autres motifs, perçoivent sur lui tous les frais qu’ils feront en [recourant] aux nonces de la commune de Bologne ou autrement pour les recouvrer, afin que la société n’en ait aucun débours. Et les officiers ou le massier qui feraient des frais pour cela, qu’ils les fassent à leur compte, à moins qu’ils ne fassent ces frais selon la volonté de la société ou de son conseil. Et si celui qui doit verser de l’argent pour cela ne laisse pas le nonce de la société prendre des gages sur lui, qu’il soit puni de trois sous bolonais chaque fois qu’il y aura contrevenu (66).

[XX] De ceux qui s’engagent par contrat (67).

Nous statuons et ordonnons que si quelqu’un s’engage avec quelqu’un par contrat (67), sans être resté et avoir accompli son temps auprès de son maître ou patron, il ne soit reçu avant le terme par aucun maître de la société, et qu’aucune aide ou assistance ne lui soit donnée par aucun maître qui l’aura appris ou à qui il aura été dénoncé. Et qui y contreviendra, qu’il soit puni de XX sous bolonais.

[XXI] Que nul n’aille recevoir de bénédiction qu’une seule fois.

Nous statuons et ordonnons que nul de la société n’aille recevoir de bénédiction qu’une seule fois. Et qui y contreviendrait, qu’il soit puni de six deniers bolonais à chaque fois (68).

[XXII] Que nul ne reçoive de bénédiction de sa propre autorité.

Nous statuons et ordonnons que, si quelqu’un reçoit la bénédiction de sa propre autorité, il soit puni de six deniers bolonais chaque fois qu’il y contreviendra.

[XXIII] Que nul ne doit se tenir au-delà de la corne de l’autel.

Nous statuons et ordonnons que personne ne doit se tenir auprès de la corne de l’autel, tourné vers l’église, sous peine d’une amende de III deniers chaque fois qu’il y aura contrevenu (69).

[XXIV] De la répartition équitable des corvées entre les maîtres.

Nous statuons et ordonnons que, si un officier ordonne à un maître de son quartier de se rendre à un travail pour la commune, en le traitant équitablement par rapport aux autres maîtres, et que [celui-ci] ne s’y rend pas, il soit puni de X sous bolonais. Et nul maître ne doit désigner un maître quelconque du mur et de la charpente en vue d’un travail pour la commune de Bologne ou ailleurs; et qui y contreviendra qu’il soit puni de XX sous bolonais. Les officiers qui seront [en fonction] à L’avenir devront faire cette désignation en répartissant équitablement les maîtres par quartier - c’est-à-dire les officiers qui seront [présents] dans la cité lorsque la désignation se fera. Et si un officier ne traite pas équitablement un maître, commettant [à son égard] dol ou fraude, ou s’il agit [poussé] par une hostilité qu’il a contre lui, et que cela est clair et manifeste, qu’il soit puni de XX sous bolonais. Sauf que, s’il est convoqué par le podestat ou quelqu’un de son entourage dans le but de s’occuper d’un ouvrage pour la commune de Bologne, il pourra s’associer à sa guise sans pénalité ni amende (70).

[XXV] Que l’on ne doit se lever dans une réunion de maîtres pour donner son avis que sur ce qui sera proposé par les officiers ou le massier.

Nous statuons et ordonnons que nul de la société ne doit se lever pour parler et donner son avis dans une réunion que sur ce qui sera proposé par les officiers ou le massier. Et qui y contreviendra, qu’il soit puni de XII sous bolonais, et qu’il paie incontinent cette somme ou qu’il donne un gage

[XXVI] Que l’on ne doit pas faire de bruit ni crier lorsque quelqu’un parle ou fait une proposition dans l’assemblée de la société des maîtres susdits.

Nous statuons et ordonnons que si quelqu’un fait du bruit dans une réunion après qu’un officier ou des officiers ou le massier ou quelqu’un d’autre a fait une proposition ou pris la parole au milieu des sociétaires, s’il y a contrevenu (71) qu’il soit puni de trois deniers et qu’il les paie incontinent. Et que les officiers et le massier soient tenus par serment d’agir ainsi (72). Et s’ils ne le perçoivent pas, qu’ils paient l’équivalent à la société.

[XXVII]  De la rétribution du nonce.

Nous statuons et ordonnons que la société ait un nonce—c’est-à- dire [un pour deux quartiers et] (73) un autre pour les deux [autres] quartiers; et ils doivent avoir, pour chacun d’eux, annuellement XXX sous bolonais. Et ils doivent apporter les cierges (74) si quelqu’un décède et aller les chercher au domicile du massier. Et [ils doivent recevoir] un denier pour chaque commission (75) de la part de ceux qui les en chargent.

[XXVIII] Comment et de quelle manière les sociétaires doivent se réunir pour un sociétaire défunt, et en quels lieux.

Nous statuons et ordonnons que si le défunt est du quartier de la porte Steri, les sociétaires se réunissent à Saint-Gervais. Et si le défunt est du quartier Saint-Procule, que les sociétaires se réunissent à Saint-Ambroise. En outre, si le défunt est du quartier de la porte de Ravenne, que les sociétaires se réunissent à Saint-Etienne. Et si le défunt est du quartier de la porte Saint-Pierre, que les sociétaires se réunissent à l’église Saint-Pierre. Et que les nonces soient tenus, quand ils convoquent les sociétaires, de dire de quel quartier est le défunt. Et s’ils ne le disent pas, qu’ils soient punis de deux sous bolonais chaque fois qu’ils y auront contrevenu (76).

[XXIX] Que chaque [membre] de la société soit tenu de payer chaque année IV [deniers] pour les messes.

Nous statuons et ordonnons que chaque [membre] de la société soit tenu de payer chaque année pour les messes IV deniers, et que les officiers soient tenus de recouvrer ces sommes.

[XXX] Que l’on ne puisse prendre un apprenti pour un temps moindre que quatre ans.

Nous statuons et ordonnons que personne de la société ne doit en aucune façon ni manière prendre ni garder un apprenti pour un temps moindre que quatre ans, et [à condition de lui donner] une paire de fouaces chaque [semaine] (77) et une paire de chapons à la fête de Noël et vingt sous bolonais dans cinq ans. Et qui contreviendra au délai de quatre [ans], qu’il soit puni de trois livres bolonaises. Et qui contreviendra aux vingt sous bolonais et aux fouaces et aux chapons, qu’il soit puni de vingt sous bolonais chaque fois qu’il contreviendra à chacun [de ces points].

Et nous prescrivons que tous les actes (78) soient dorénavant, à compter d’aujourd’hui, faits par le notaire de la société en présence de deux officiers au moins, et ils doivent être transcrits dans un cahier qui restera toujours par devers le massier. Et qui y contreviendra, qu’il paye à titre d’amende trois livres bolonaises. Et que cela soit irrévocable.

[XXXI] Que chacun soit tenu de montrer aux officiers le contrat de son apprenti dans [le délai d’] un an à partir du moment où il l’a.

Nous statuons et ordonnons que chaque [membre] de la société soit tenu dans [le délai d’] un an à partir du moment où il aura un apprenti de montrer l’acte aux officiers de la société. Et qui y contreviendra, qu’il soit puni de V sous bolonais chaque fois qu’il y contreviendra (79).

[XXXII] Que personne ne puisse prendre quelqu’un qui ne soit pas de la cité et du pays de Bologne ou [qui soit] de la domesticité de quelqu’un .

Nous statuons et ordonnons que personne de la société ne puisse garder ni ne doive avoir comme apprenti quelqu’un qui soit un domestique (80) ou [qui soit] d’un autre territoire. Et qui y contreviendra qu’il soit puni de C sous bolonais chaque fois qu’il y contreviendra. Et nous prescrivons que si quelqu’un de la société prend pour femme une domestique, il paye à titre d’amende X livres bolonaises et qu’il soit exclu de la société. Et que cela soit irrévocable (81).

[XXXIII] Que les maîtres soient tenus de faire recevoir les apprentis dans la société au bout de deux ans.

Nous statuons et ordonnons que chaque maître soit tenu de faire recevoir dans la société son apprenti après qu’il sera resté avec lui durant deux ans, et de recevoir de cet apprenti une bonne et suffisante garantie au sujet de son entrée dans la société. Et qui y contreviendra, qu’il soit puni de XX sous bolonais chaque fois qu’il y contreviendra, du moins s’il ne reçoit pas cette [garantie] (82).

[XXXIV] Que personne de la société ne doit travailler pour quelqu’un qui doit quelque chose à un maître. Très important (83).

Nous statuons et ordonnons que personne de la société ne doit travailler à la journée ou au forfait (84) pour quelqu’un qui doit donner ou payer à un maître de l’argent à cause de son métier, une fois qu’il l’a appris ou que la chose lui a été dénoncée par ce maître ou par les officiers de la société. Et qui y contreviendra, qu’il puni de XX sous bolonais par maître chaque fois qu’il y contreviendra, et qu’il paye aux maîtres [des dédommagements] pour leur travail. Et que les officiers soient tenus de donner les amendes dans les huit jours après que la chose leur est devenue claire et manifeste et de faire payer aux maîtres [les dédommagements] (85).

[XXXV] Que la société dure X ans.

En outre nous statuons et ordonnons que la société doit durer les dix années à venir, au total, ou davantage comme le décidera la société ou la majorité par scrutin.

[XXXVI] Que l’on ne se plaigne pas des ofliciers devant le podestat ou son tribunal.

En outre nous statuons et ordonnons qu’un maître de la société ne peut ni ne doit d’aucune façon ni manière aller devant le podestat ou son tribunal pour se plaindre des officiers ou de l’un d’eux. Et qui y contreviendra, qu’il paye à titre d’amende trois livres bolonaises chaque fois qu’il y contreviendra. Et que cela soit irrévocable.

[XXXVII] Publication des statuts.

Ces statuts ont été lus et rendus publics à l’assemblée de la société réunie par les nonces à la manière accoutumée dans le cimetière de l’église Saint-Procule (86), L’an du Seigneur 1248, indiction sixième, le huitième jour d’août, au temps du seigneur Boniface de Cario, podestat de Bologne (87).

[XXXVIII] Que le massier et les officiers soient tenus de recouvrer les contributions (88).

Nous statuons (89) et ordonnons que le massier des maîtres de la charpente soit tenu de recouvrer toutes les contributions imposées et les sanctions prononcées par (lui) et les amendes [données] durant (son) temps (90). Et s’il ne les recouvre pas, qu’il paye de son propre argent, à titre d’amende, le double (91). Et que le notaire soit tenu de recouvrer avec le massier ces contributions, sanctions, amendes et pénalités. Et que les officiers soient tenus d’aller chacun dans son quartier [recouvrer] ces contributions, sanctions et amendes. Et le nonce de la société doit [y] aller avec le massier et s’ils n’ [y] vont pas, qu’ils soient punis chacun de V sous bolonais chaque fois qu’ils y contreviendront.

[XXXIX] Que le nonce de la société doit rester en fonction une année.

Nous statuons et ordonnons que le nonce de la société doit rester [en fonction] une année, et qu’il ait pour sa rétribution XL sous bolonais (91 bis).

[XL] Du notaire de la société.

Nous statuons et ordonnons que les officiers et le massier doivent prendre un bon notaire pour la société, et qu’il reste [en fonction] une année; il doit inscrire les rentrées du massier et ses dépenses et faire toutes les écritures, modifications et statuts de la société, et il doit avoir pour sa rétribution XL sous bolonais.

[XLI] Que l’on doit faire deux livres des noms des maîtres de la charpente.

Nous statuons et ordonnons que l’on doit faire deux livres des noms des maîtres de la charpente, et qu’il en soit dans l’un [de ces] cahiers comme dans l’autre. Et le massier doit en détenir un et un autre maître doit détenir l’autre. Et si un maître décède, qu’il soit rayé de ces livres.

[XLII] Des comptes à rendre par les officiers et le massier.

Nous statuons et ordonnons que les officiers et le massier doivent rendre compte l’avant-dernier dimanche du mois, au-dessous de l’autel (92) de Saint Pierre.

[XLIII] De la confection d’un tableau (93).

Nous statuons et ordonnons que les officiers qui seront [en fonction] à l’avenir soient tenus chacun de faire faire un tableau (93) des noms des maîtres de la charpente selon ce que contient la matricule. Et si les officiers envoient quelqu’un au service de la commune de Bologne, il doit y aller selon son tour afin que nul ne soit lésé, sous peine d’une amende de V sous chacun chaque fois qu’il y aura contrevenu.....

 

 

[XLIV] Que nul ne doit dire de calomnie de la société.

 

Nous statuons et ordonnons, si quelqu’un de la société tient un propos injurieux ou outrageant (94) à propos de la société, qu’il soit puni de XX sous bolonais à chaque fois. Et que cela soit irrévocable. Et que les officiers soient tenus de recouvrer [ces sommes]. Et s’ils ne les recouvrent pas, qu’ils paient le double de leur propre argent.

 

 

[XLV] Que les officiers doivent être mis à l’écart.

 

Nous statuons et ordonnons que les officiers qui seront [en fonction] à l’avenir doivent être mis à l’écart, leur charge terminée, durant un an (95).

 

 

Additions aux statuts des maîtres (...) (96)

 

 

[XLVI] Que les sociétés doivent se réunir à part.

 

Nous statuons et ordonnons que la société des maîtres de la charpente doit se réunir à part là où le décideront les officiers de cette société, et que la société des maîtres du mur doit se réunir à part là où le décideront les officiers de cette société, et cela de telle façon qu’elles ne puissent se réunir tout ensemble. Sauf que si les officiers de ces sociétés décident de les réunir ensemble, elles pourront se réunir. Et les officiers doivent rester ensemble pour rendre compte à tous les maîtres du mur et de la charpente qui voudront leur demander des comptes deux fois par mois, à savoir deux dimanches (97).

 

 

[XLVII] De la rétribution des rédacteurs des statuts.

 

En outre nous statuons et ordonnons que les quatre préposés aux statuts (98) qui seront [en fonction] à l’avenir aient chacun deux sous bolonais pour leur rétribution.

 

 

[XLVIII] De la confection d’un cierge.

 

En outre nous statuons que soit fait aux frais de la société un cierge d’une livre qui devra brûler aux messes de la société.

 

 

[IL] Des cierges à donner chaque année à l’église Saint-Pierre.

 

En outre nous statuons et ordonnons que soient donnés chaque année aux frais de la société à l’église Saint-Pierre, cathédrale de Bologne, en la fête de Saint Pierre, au mois de juin (99), IV cierges d’une livre. Et que les officiers qui seront [en fonction] à l’avenir soient tenus de s’en acquitter, sous peine d’une amende de V sous bolonais pour chacun d’eux.

 

 

[L] Qu’un maître qui donne congé à son apprenti avant le terme ne puisse en avoir un autre.

 

Nous statuons et [ordonnons] que si un maître de la société des maçons (100) donne congé à un sien apprenti avant le terme de V ans, il ne puisse avoir un autre apprenti qu’une fois achevé le délai de V ans, sous peine d’une amende de XL sous bolonais (101).

 

 

[LI] De l’achat d’un poêle pour la société.

 

Nous statuons et ordonnons que le massier et les officiers qui seront [en fonction] au nouvel an soient tenus d’acheter un bon poêle pour la société sur les fonds de la société. Que le poêle soit porté au-dessus des [membres] de la société qui mourront ainsi que des [membres] de la famille de ceux qui sont de la société pour qui il sera acheté, mais pas au-dessus de quelqu’un qui n’est pas de la société (102).

 

 

[LII] De la rétribution du conseiller des anciens.

 

Nous statuons et ordonnons que le conseiller qui sera donné aux anciens de la société des maçons soit désigné par les officiers de cette société. Et qu’il ait pour sa rétribution V sous bolonais sur les fonds de la société dont disposent les officiers, s’il reste et demeure [en fonction] durant six mois. Et s’il reste trois mois, qu’il ait seulement II sous et six deniers bolonais (103).

 

 

[LIII] Que le massier et les officiers soient tenus de donner des comptes.

 

Nous statuons que les officiers et le massier de la société qui seront [en fonction] à l’avenir soient tenus de faire donner des comptes par chaque [membre] de la société des maçons à toute personne non [membre] de la société qui le demandera (104).

 

 

[LIV] Que l’on ne doit pas faire de bruit dans une assemblée.

 

En outre nous statuons et ordonnons que l’on ne doit pas faire de bruit ni de querelle dans une assemblée de la société. Et qui y contreviendra, qu’il soit puni de XX sous bolonais (105).

 

 

[LV] Que la société doit s’assembler à l’église Saint-Pierre.

 

En outre nous statuons et ordonnons que la société doit s’assembler pour toutes ses affaires à l’église Saint-Pierre ou au-dessus du palais du seigneur évêque. Et que les officiers de la société donnent à l’église Saint-Pierre IV cierges d’une livre. Et que la messe de la société soit célébrée dans cette église.

 

 

[LV] Qu’il faut avoir plusieurs nonces quand quelqu’un de la société

décède.

 

En outre nous statuons et ordonnons que, quand quelqu’un de la société décède, les officiers de la société puissent avoir un et plusieurs nonces pour faire assembler les sociétaires auprès du corps du défunt et le ou les dédommager comme bon leur semblera sur les fonds de la société (106).

 

 

[LVI] De ceux qui ne versent pas l’argent des messes (106).

 

En outre nous statuons et ordonnons que si quelqu’un ne paie pas IV deniers bolonais pour les messes au terme qui lui est fixé par les officiers, il verse le double au nonce qui ira à son domicile pour recouvrer cette somme.

 

 

[LVIII] Des copies des statuts de la société.

 

En outre nous statuons et ordonnons que tous les statuts de la société soient copiés de nouveau et que là où [L’on dit] les officiers du mur et de la charpente on dise seulement du mur, de façon que les statuts de la société du mur soient distincts de ceux de [la société de la charpente. Et que cela soit irrévocable.

 

 

[LIX] Du gage qu’il faut donner au nonce de la société.

 

En outre nous statuons et ordonnons que si un [membre] de la société ne donne pas au nonce de la société un gage lorsque cela lui est demandé de la part des officiers (107), on ne doit pas travailler avec lui, sous peine d’une amende de vingt sous bolonais chaque fois qu’on travaillera avec lui, à moins qu’il ne vienne à se conformer aux ordres des officiers.

 

 

[LX] De la rétribution du notaire de la société.

 

En outre nous statuons et ordonnons [que] le notaire de la société ait pour sa rétribution au bout de VI mois XX sous bolonais et pas davantage (108)

 

 

[LXI] De la rétribution des contrôleurs des comptes.

 

En outre nous statuons et ordonnons que les contrôleurs des comptes doivent avoir pour leur rétribution V sous bolonais et pas davantage.

 

                     (Traduit du latin par J.-F. VAR).

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