Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté : enquête sur une naissance franco-américaine (1761–1804)

Publié le 29 Août 2026 par T.D

Les otiginnes du REAA sont généralement présentées de manière linéaire : une patente en 1761, un développement aux Antilles, puis la création d’un Suprême Conseil en 1801. Pourtant, lorsque l’on regarde les dates et les documents conservés, le tableau devient moins clair. Entre le Rite de Perfection en 25 degrés et le système en 33 degrés, certaines zones d’ombre subsistent. Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté ne se réduisent pas à un récit uniforme. Comprendre les origines du Rite Écossais Ancien Accepté suppose d’examiner attentivement les faits attestés.

Aux origines françaises : Morin et le Rite de Perfection (1761–1771)

Le premier socle identifiable se situe en France, au milieu du XVIIIe siècle. Étienne Morin (1705 ou 1717–1771) apparaît comme la figure centrale de cette phase initiale. Son lieu de naissance (New York ou Cahors) reste discuté, mais son activité maçonnique à Bordeaux est attestée. Il évolue dans un milieu où circulent déjà des systèmes de hauts grades, notamment celui élaboré à Paris par le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, fondé en 1758.

Ce système comporte 25 degrés et porte le titre d’Ordre du Royal Secret. Il est désigné plus tard sous le nom de Rite de Perfection. C’est ce cadre en 25 degrés qui constitue la base documentée de toute l’évolution ultérieure.

Le 27 août 1761, Morin reçoit à Paris une patente l’autorisant à propager ce système dans le Nouveau Monde. L’original est perdu, mais plusieurs copies, en français et en anglais, sont connues dès 1768. Les signataires appartiennent au Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, même si le document utilise l’autorité symbolique de la Grande Loge de France. Cette ambiguïté institutionnelle est réelle, mais l’existence de la patente ne semble pas contestable.

À partir de 1762, Morin s’installe à Saint-Domingue. Sa présence et son activité maçonnique y sont attestées. Il y diffuse le Rite de Perfection et nomme des Députés Grands Inspecteurs, dont Henry Francken en 1768. Ce dernier traduit les rituels en anglais et contribue à leur diffusion en Amérique du Nord.

À ce stade, les faits sont relativement solides : un système en 25 degrés, d’origine française, circule dans l’espace atlantique. Rien n’indique encore l’existence d’un système en 33 degrés ni d’un Suprême Conseil structuré selon le modèle que l’on connaîtra plus tard.

C’est dans l’intervalle entre ce Rite de Perfection attesté et le système ultérieur en 33 degrés que se situent les principales incertitudes.

Charleston 1801 : naissance du Suprême Conseil et apparition du 33e degré

Le 31 mai 1801 est fondé à Charleston le premier Suprême Conseil du 33e degré. Ce fait est solidement attesté. C’est à partir de cette date que le système en 33 degrés apparaît de manière claire et documentée.

Parmi les fondateurs figure John Mitchell (1741–1816). Officier d’origine irlandaise installé en Caroline du Sud, il avait reçu en 1795 une patente de Grand Inspecteur de la part de Barend Moses Spitzer. Cette patente s’inscrivait encore dans le cadre du Rite de Perfection en 25 degrés. Rien, à ce stade, ne prouve l’existence d’un système complet en 33 degrés.

Frederick Dalcho (1770–1836) joue également un rôle central. Médecin et pasteur épiscopalien, il devient l’un des principaux acteurs intellectuels du groupe de Charleston. Un élément mérite attention : Dalcho ne reçoit le 33e degré de Mitchell que six jours avant la fondation officielle du Suprême Conseil. Cette chronologie est précise et documentée.

Ce détail soulève une question simple. Si le 33e degré existait depuis 1786 dans le cadre de Grandes Constitutions établies en Europe, pourquoi n’apparaît-il clairement qu’à Charleston en 1801 ? Pourquoi sa transmission formelle intervient-elle immédiatement avant la création du Suprême Conseil ?

En 1802, une circulaire connue sous le nom de Circular Throughout the Two Hemispheres annonce l’existence du Suprême Conseil et fait référence aux Grandes Constitutions de 1786 attribuées à Frédéric II de Prusse. C’est la première apparition documentée de ces Constitutions dans les archives maçonniques.

À partir de Charleston, le système en 33 degrés prend une forme institutionnelle stable. Le Suprême Conseil devient l’organe souverain du Rite. Cette structuration est une nouveauté. Rien, dans la période française antérieure, ne permet d’identifier une organisation équivalente.

On observe donc un fait incontestable : entre le Rite de Perfection en 25 degrés diffusé par Morin et le système en 33 degrés structuré par un Suprême Conseil, une transformation majeure s’est opérée. Cette transformation est clairement visible à Charleston en 1801.

C’est à partir de ce point que la question des Grandes Constitutions devient centrale.

Les Grandes Constitutions de 1786 : document prussien ou texte de 1801 ?

Selon le récit traditionnel, le système en 33 degrés aurait été fixé par les Grandes Constitutions signées à Berlin le 1er mai 1786 par Frédéric II de Prusse. Ce texte porterait le Rite de Perfection de 25 à 33 degrés et instituerait l’autorité d’un SC composé de Souverains Grands Inspecteurs Généraux.

Plusieurs difficultés apparaissent toutefois lorsque l’on examine ce document.

La première concerne la chronologie. Frédéric II meurt le 17 août 1786. La date de signature traditionnellement retenue – 1er mai 1786 – se situe quelques mois avant sa mort. Si cette proximité ne rend pas l’acte matériellement impossible, elle le rend historiquement improbable. À cette époque, le souverain est gravement malade, retiré des affaires maçonniques depuis longtemps et peu engagé dans ce type d’initiative institutionnelle.

La seconde difficulté tient à la langue du texte. Les Grandes Constitutions sont rédigées en latin. Or Frédéric II écrivait et pensait en français. Il entretenait une correspondance abondante dans cette langue et la préférait à l’allemand. S’il avait souhaité promulguer un texte maçonnique de portée internationale, il est hautement vraisemblable qu’il l’aurait rédigé en français, langue diplomatique dominante du XVIIIe siècle. Le choix du latin surprend dans ce contexte.

La troisième difficulté est documentaire. Aucun manuscrit prussien antérieur à 1801 n’atteste l’existence de ces Grandes Constitutions. Leur première apparition connue se situe dans la circulaire de 1802 publiée à Charleston par les fondateurs du Suprême Conseil. Avant cette date, aucune trace certaine ne permet d’établir qu’un système en 33 degrés ait été formellement institué en Europe.

Ces éléments convergent vers une hypothèse : les Grandes Constitutions ne dateraient pas de 1786, mais auraient été rédigées autour de 1801, dans le contexte de la fondation du Suprême Conseil de Charleston. Elles auraient alors servi à donner une profondeur historique et une légitimité monarchique à une organisation nouvelle.

Cette hypothèse n’implique pas que tout ait été inventé ex nihilo. Le Rite de Perfection existait. Les 25 degrés étaient attestés. Des grades supplémentaires circulaient dans différents milieux français à la fin du XVIIIe siècle. Mais la structuration définitive en 33 degrés et l’institution d’un Suprême Conseil souverain semblent apparaître clairement pour la première fois à Charleston.

Si tel est le cas, la référence à Frédéric II ne serait pas nécessairement une mystification grossière, mais un geste de légitimation. Au tournant du XIXe siècle, rattacher un système maçonnique à un souverain éclairé donnait à celui-ci une autorité incontestable.

Reste à comprendre le rôle exact des hommes présents à Charleston en 1801, et notamment celui de John Mitchell et de Frederick Dalcho, dans cette mise en forme institutionnelle.

Grasse-Tilly et la question des huit grades français

Alexandre de Grasse-Tilly (1765–1845) est souvent donné dans la littérature maçonnique d’expression française comme l’un des instigateurs du Rite Écossais Ancien Accepté. Son rôle est plus nuancé. Il est initié en 1783 à Paris dans la Loge Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social. Cette loge occupe une place singulière dans l’histoire des hauts grades en France. Elle revendique une filiation écossaise distincte du Rite de Perfection en usage à Paris et à Bordeaux et s’inscrit dans un réseau d’écossismes méridionaux dont l’origine exacte fait débat.

La tradition la plus répandue évoque une patente venue d’Avignon en 1776, par l’intermédiaire de Deleutre, et fait de la Mère-Loge d’Avignon la source du système adopté à Paris. D’autres travaux, cependant, contestent l’existence ou du moins le rôle institutionnel réel de cette “mère-loge” avignonnaise et soulignent plutôt l’importance de la Mère-Loge de Marseille dans la diffusion de ces hauts grades. Les sources ne permettent pas de trancher définitivement entre ces versions.

Ce qui est incontestable, en revanche, c’est l’existence en France, dans les années 1770-1780, de séries de hauts grades distinctes du Rite de Perfection en 25 degrés. Ces systèmes écossais méridionaux, qu’ils soient marseillais, avignonnais ou autres, comportaient des grades qui ne figuraient pas dans le système que Morin et ses successeurs avaient implanté dans les Antilles, puis en Amérique du Nord.

Lorsque l’on constate qu’en 1801 le système américain passe de 25 à 33 degrés, la question se pose : d’où viennent les huit grades supplémentaires ? Les listes connues des grades dits “d’Avignon” ne correspondent pas aux grades ajoutés au Rite Écossais Ancien Accepté. Il ne s’agit donc pas d’un simple transfert mécanique d’un bloc de huit degrés clairement identifié.

Il est néanmoins difficile d’imaginer que ces grades aient été créés ex nihilo à Charleston en 1801. La présence de Grasse-Tilly, formé dans une loge parisienne tournée vers les systèmes écossais méridionaux, constitue un élément significatif. Il est plus que vraisemblable que c’est lui qui a introduit dans l’environnement américain des grades jusque-là inconnus, mais circulant déjà en France.

Dans cette perspective, les huit degrés ajoutés pour former le système en 33 degrés ne seraient ni purement américains ni aisément attribuables à une unique “mère-loge” française. Ils apparaîtraient plutôt comme l’aboutissement d’une sélection opérée dans un réservoir français de hauts grades auquel Grasse-Tilly avait eu accès, intégrés et ordonnés à Charleston dans une architecture nouvelle.

Grasse-Tilly n’est donc manifestement pas l’inventeur du Rite Écossais Ancien Accepté, mais un acteur incontournable de sa création et de sa diffusion. Il est l’un des vecteurs par lesquels des matériaux rituels français ont été incorporés dans une nouvelle structure institutionnelle qui se stabilise à Charleston en 1801. Et il introduira ce nouveau rite en France, en créant en 1804 le Suprême Conseil de France du Rite Écossais Ancien Accepté.

Mitchell, Dalcho et la référence prussienne

La structuration du système en 33 degrés à Charleston en 1801 repose principalement sur deux figures : John Mitchell (1741–1816) et Frederick Dalcho (1770–1836). Ce sont eux qui signent en 1802 la circulaire annonçant l’existence du Suprême Conseil et faisant explicitement référence aux Grandes Constitutions attribuées à Frédéric II.

John Mitchell avait reçu en 1795 une patente de Grand Inspecteur de la part de Barend Moses Spitzer. Cette patente s’inscrivait encore dans le cadre du Rite de Perfection en 25 degrés. Rien n’indique alors l’existence d’un système complet en 33 degrés. La mutation institutionnelle n’apparaît clairement qu’en 1801.

Frederick Dalcho reçoit le 33e degré de Mitchell six jours seulement avant la fondation officielle du Suprême Conseil, le 31 mai 1801. Cette proximité chronologique est significative. Elle suggère que le système en 33 degrés n’était pas solidement établi depuis longtemps, mais qu’il se stabilise précisément dans ce contexte charlestonnien.

La référence à Frédéric II ne peut être comprise comme la transmission fidèle d’un texte européen antérieur. Les éléments examinés plus haut conduisent à situer la rédaction des Grandes Constitutions en 1801. En revanche, le choix de Frédéric II comme autorité symbolique n’est pas arbitraire. La figure du souverain prussien circule déjà dans les hauts grades français, notamment à travers le grade de Noachite ou Chevalier Prussien attesté dès 1766. Elle incarne une légitimité monarchique et chevaleresque familière aux milieux de l’écossisme français.

Dans ce contexte, la présence de Dalcho, fils d’un officier prussien, et la patente reçue par Mitchell de Spitzer, dont certaines sources laissent supposer qu’il était aussi prussien, éclairent le recours à cette référence. La figure de Frédéric II fournit au nouveau système une autorité prestigieuse, intelligible pour les maçons formés à la culture des hauts grades français.

Ainsi, si les matériaux rituels sont essentiellement français et si la mise en système s’opère à Charleston en 1801, la référence prussienne relève d’un choix symbolique cohérent plutôt que d’une filiation historique avérée.

Conclusion – Une construction devenue tradition

Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté ne correspondent pas exactement au récit transmis pendant longtemps. Le système en 33 degrés prend forme à Charleston en 1801. Les Grandes Constitutions ne remontent pas à 1786. Les huit grades supplémentaires trouvent leur source dans des courants français de hauts grades antérieurs. Les faits peuvent être regardés tels qu’ils sont.

Cela n’affaiblit pas la valeur ou la pertinence du Rite. Un rite initiatique ne repose pas sur la perfection d’un acte fondateur unique et identifié. Comme tous les autres rites, le Rite Écossais Ancien Accepté s’est formé à partir de matériaux rituels préexistants, il s’est structuré dans des circonstances historiques précises, et a trouvé ainsi sa cohérence propre.

Ce qui demeure n’est pas une légende, mais une structure initiatique vivante. Les origines du Rite Écossais Ancien Accepté appartiennent à l’histoire. Le Rite lui-même appartient à l’expérience. C’est dans cette expérience, pratiquée et transmise dans la franc-maçonnerie spéculative, que réside sa légitimité.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

commentaires
Publicité

Etienne Morin et la genèse du Rite écossais ancien et accepté

Publié le 29 Août 2026 par T.D

2 décembre 2019

Etienne Morin et la genèse du Rite écossais ancien et accepté : éléments et repères historiques. Quel rôle Etienne Morin a-t-il joué précisément dans la création des Hauts grades du REAA ?

Etienne Morin fait partie de l’histoire légendaire du Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA). Né vers 1717 à Cahors (Lot) et décédé en 1771 à Kingston (Jamaïque), il est connu pour le rôle central qu’il a joué dans la création du REAA.

En effet, en 1761, Etienne Morin obtient une patente délivré par le « Conseil des Empereurs d’Orient » et par les Maîtres Parisiens de la première Grande Loge de France, afin de diffuser les Sublimes degrés (comprendre les degrés qui vont au-delà du 3ème degré) sur les territoires du nouveau monde.

Il part alors vers Saint-Domingue en Jamaïque pour y faire commerce ; en 1763, il reçoit les statuts et règles arrêtés par quatorze Commissaires de la Grande Loge de France. Il les adapte pour organiser le « Rite du Royal Secret » appelé aussi Rite de Perfection qui s’établit en 25 degrés.

C’est ainsi que les Hauts Grades sont nés aux Amériques, bien que le germe soit apparu en France au cœur la première Grande Loge. En réalité, en implantant aux îles le système de la maçonnerie parisienne des années 1760, Etienne Morin a assuré, selon les historiens de la maçonnerie, la survie de ce témoin de l’âge d’or des Hauts grades.

C’est plus tard à partir des Antilles via l’Amérique, que quelques Maçons le ramenèrent en 1804, où il avait disparu depuis bien longtemps, sous le nom de Rite Écossais Ancien et Accepté.

Mais au fait, qu’est-ce qu’un rite, et comment définir le REAA ?

Définition du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Au préalable, rappelons qu’il n’existe pas en franc-maçonnerie de grade supérieur au troisième degré, celui de Maître maçon. Un des principes fondamentaux de la « régularité maçonnique » est que tous les maîtres maçons soient placés sur un pied d’égalité, sans considération de position sociale ou d’appartenance à d’autres degrés maçonniques.

C’est la raison pour laquelle les degrés après le troisième doivent être considérés comme des grades d’instruction ou de perfectionnement, et non comme des grades impliquant un pouvoir particulier dont pourrait se prévaloir un Maître maçon pour se prétendre au-dessus des autres.

Point important : Il ne faut pas confondre Écossisme et Rite Écossais Ancien et Accepté. Le premier est l’ensemble des grades au-delà de celui de Maître.

Qu’est-ce qu’un rite ?

Avant d’en revenir à Etienne Morin et son rôle dans la création du REAA, rappelons qu’un rite est une pratique sociale codifiée dans un rituel de caractère sacré ou symbolique, destinée à susciter l’engagement émotionnel des participants.

Désignant un ensemble d’usages réglés par la coutume ou par la loi, le mot rituel s’applique aussi bien au domaine religieux qu’aux manifestations civiles ou politiques. En d’autres termes, on peut dire que le rite transforme alors que le rituel confirme. Un rite sert de ciment à une communauté. La participation répétée à un rite marque l’appartenance à la communauté concernée.

Apparus avec les loges spéculatives, les « rites » ont été mis en place afin d’uniformiser et d’harmoniser les pratiques en loge. Inspirés par les traditions antiques ou opératives et par la Bible, les rites prescrivent les gestes, le langage, les déplacements et les attitudes au travers de leurs rituels.

La diversité des rites et rituels en franc-maçonnerie

Malgré un idéal commun, les francs-maçons ne conduisent pas tous leurs travaux de la même manière. Dès la moitié du XVIIIe siècle, on assiste notamment à la querelle des Ancients et des Moderns au sein de la franc-maçonnerie anglaise. Différents rites apparaissent et se développent. Une loge ou un atelier pratique en général un seul et même rite, alors qu’une obédience maçonnique peut en observer plusieurs.

Même s’il est aujourd’hui impossible de recenser l’ensemble des rites, on note que seule une demi-dizaine est majoritairement pratiquée.

Au XVIIe siècle, les rituels maçonniques n’étaient pas censés être écrits et n’étaient jamais imprimés. Ils ne sont connus de nos jours que grâce à un très petit nombre de notes manuscrites ayant échappé à la règle et au temps, ainsi que par quelques anciennes divulgations. Les plus anciens rituels maçonniques connus remontent aux toutes dernières années du XVIIe siècle et aux deux premières décennies du XVIIIe.

L’étude des documents montre qu’ils évoluèrent assez considérablement au fil du temps. Les cérémonies étaient au départ très simples et courtes. Au XVIIIe siècle, après la réorganisation des pratiques consécutives à la fondation des premières grandes loges, les Ancients et les Moderns pratiquent de nouveau des rituels assez similaires.

Cependant, dès les années 1740, on voit apparaître de nouvelles divergences. A côté des rituels traditionnels des trois premiers degrés paraissent plusieurs centaines de rituels de degrés additionnels dits de « Hauts grades » dont beaucoup n’étaient en fait que des variantes les uns des autres. Cette multiplication des rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques et à les rassembler en ensembles cohérents et stables.

Aujourd’hui les rites maçonniques les plus répandus à travers le monde sont :

  • le Rite Écossais Ancien et Accepté, fondé officiellement en 1801 à Charleston (Caroline du Sud) à partir de rituels d’origine française. C’est le plus pratiqué en Europe par les loges symboliques, auxquelles s’ajoutent plusieurs milliers d’ateliers de hauts grades dans le monde,
  • le Rite d’York aux États-Unis,
  • le Rite Émulation, au Royaume-Uni et dans les anciennes colonies britanniques,
  • le Rite Français, en France, au Brésil et en Europe continentale,
  • le Rite standard d’Écosse, rite officiel proposé par la Grande Loge d’Écosse, présent pratiquement sur tous les continents. Il trouve ses origines dans les premières loges écossaises comme Mary’s Chapel (loge n°1), dont le plus ancien procès-verbal date de 1599. Le mot standard signifie ici « traditionnel » ou « commun » car chaque loge en Écosse a sa propre particularité.

Etienne Morin : éléments biographiques

Né vers 1717 dans la région de Cahors (Quercy, actuellement Lot), Etienne Morin était négociant et travaillait principalement entre Bordeaux et les Antilles. On ne connaît les origines d’Étienne Morin que par la description qui en fut notée en 1762 dans un registre de l’Amirauté de Guyenne : « Âgé de 45 ans, de taille moyenne, cheveux noirs, portant perruque, natif de Cahors ». Tous les auteurs sont d’accord pour en faire un négociant en porcelaine.

Que Morin ait été négociant en porcelaine ne doit pas surprendre. En effet, du XVIe au XVIIIe siècle, la porcelaine était au moins aussi appréciée que l’or. Le parcours qui conduisit Morin à s’embarquer de Bordeaux vers les Antilles est donc classique. Au début des années 1740, il semble s’être établi à Fort-Royal, actuelle Fort-de-France.

On ne sait pas à quelle date ni dans quelle loge il fut initié à la franc-maçonnerie. Mais en janvier 1744, il reçoit de William Matthews, gouverneur général des îles anglaises du Vent, l’un des plus anciens hauts grades maçonniques puisqu’il est alors « initié aux mystères de la Perfection écossaise », selon les termes de l’époque, avec le « grade de la Voûte Royale » (en anglais Royal Arch).

Et c’est à Bordeaux qu’Étienne Morin, dès avril 1744, fonde la Loge « La Parfaite Harmonie ». Cette dernière essaimera bientôt à Toulouse, Montpellier, Marseille, Avignon, sans oublier les îles de Saint-Domingue et de la Martinique.

C’est aussi l’année où Louis XV déclare la guerre à l’Angleterre et à l’Autriche. Morin, capturé en mer par les Anglais début 1745, est débarqué à Londres, où suivant les usages de l’époque, il jouit d’une relative liberté. Il y reçoit le 25 juin, juste avant son retour en France, confirmation de la régularité de son initiation aux Hauts grades de janvier 1744 ainsi que des « constitutions » l’autorisant à diffuser ces grades.

Le 8 juillet 1745, de retour à Bordeaux, il ouvre aussitôt la loge écossaise des Élus Parfaits de Saint-Jean d’Écosse qui fut le premier atelier des Hauts grades créé en France. Il reprend ensuite ses voyages d’affaires entre la France, les Antilles et la Grande-Bretagne.

En 1748, il participe à la fondation d’une loge écossaise dans la ville de Cap-Henri, aujourd’hui Cap-Haïtien à Haïti.

Puis on le retrouve à Paris en 1761 parmi les animateurs de la première Grande Loge de France. Il est membre du Grand Conseil des Chevaliers Kadosh, cercle interne des dirigeants de la Grande Loge de France. Le début de la décennie 1760 marque donc un tournant capital dans l’évolution du Système Écossais. Ce qui va devenir le « Système Écossais dit de Perfection » n’est, en fait, qu’une transcription des usages maçonniques parisiens de l’époque.

Le 27 août 1761, Morin y reçoit une patente signée des officiers le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». L’original de cette patente n’a jamais été retrouvé, mais on la connaît par des copies plus tardives.

Il rembarque à Bordeaux pour Saint-Domingue le 27 mars 1762, mais est de nouveau capturé en mer par les Anglais et reconduit à Londres. Il y rencontre Washington Shirley, comte de Ferrers, qui accepte sa patente et l’étend à l’inspection des loges britanniques des Antilles. Installé à Saint-Domingue à partir de 1763, Étienne Morin reçoit les statuts et règles arrêtés par quatorze Commissaires de la Grande Loge de France. Sur cette base, il construit un véritable « rite écossais », dont il rédige les rituels en collaboration avec un assistant hollandais du nom de Henry Andrew Francken.

Etienne Morin et la genèse du Rite écossais ancien et accepté

Etienne Morin détermine avec précision une hiérarchie de 25 grades, superposant aux 3 grades symboliques les 22 Hauts Grades les plus classiques de la pratique « Maçonnique Française » de l’époque.

Le sommet de la hiérarchie n’est cependant plus le Chevalier Kadosh, comme à Paris en 1761, mais le Sublime Prince du Royal Secret. Si les francs-maçons de l’époque avaient pris l’habitude de dénommer son système « Rite de Perfection », Etienne Morin, lui, le baptisait « Ordre du Royal Secret ».

Il soulignait ainsi l’importance de ce nouveau grade terminal. A partir de 1765 et grâce à la Patente acceptée par le comte de Ferrers, Étienne Morin développe l’implantation de loges aux Antilles et en Louisiane.

C’est à partir de ces loges, de leurs rituels de hauts grades et de la Patente que Morin a délivrée à Henry Andrew Francken que ce dernier transmettra en 1767 à Albany, aux États-Unis, l’ancêtre du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA).

Le 3 juin 1770, un tremblement de terre détruit la ville de Port-au-Prince, contraignant Etienne Morin à gagner Kingston. Il n’emporte avec lui que l’ensemble de ses papiers maçonniques et les quelques effets personnels qu’il a pu sauver. Il y meurt en novembre de l’année suivante.

L’héritage d’Etienne Morin

Etienne Morin est devenu, bien après sa mort, l’un des noms les plus importants de toute l’histoire maçonnique française. Son œuvre fut poursuivie. On connaît ainsi une liste ininterrompue de « députés Inspecteurs généraux », titre bientôt remplacé par celui de « député Grand Inspecteur Général », de 1771 à 1801, année qui vit la fondation, à Charleston (Caroline du Sud), du premier Suprême Conseil du monde des « Grands Inspecteurs Généraux ».

C’est en effet dans cette ville, dans une salle de la Shepeard’s Tavern (aujourd’hui disparue et remplacée par une banque), que fut créé, le 31 mai 1801, ce Suprême Conseil. Il fut fondé par John Mitchell, natif d’Irlande et vétéran de la guerre d’Indépendance américaine, député Grand Inspecteur Général depuis 1795, et Frédérick Dalcho que Mitchell avait élevé à la même dignité le 24 mai 1801.

Dans l’année qui suivit, ils élevèrent au 33e grade sept autres frères pour amener au nombre de neuf membres leur nouvel organisme. En février 1802, ils reçurent également Alexandre-François-Auguste, comte de Grasse-Tilly, et son beau-père, Jean-Baptiste Delahogue. Événement qui ne manque pas d’importance puisque c’est Grasse-Tilly qui ramena en Europe le Rite nouveau, fonda le Suprême Conseil de France en 1804 et contribua à la création de celui de Belgique en 1813.

Sans Etienne Morin, il n’y aurait sans doute pas eu la création d’un Conseil Suprême du 33ème degré et à Paris, sous l’égide du comte Auguste de Grasse-Tilly, celle d’une institution similaire pour la France.

Plusieurs manuscrits de cette époque existent toujours, dont l’un aux archives du Suprême Conseil pour la Belgique certifiée par Grasse-Tilly lui-même. Quant au manuscrit original anglais de la main de Fréderick Dalcho, il est conservé dans les archives du Suprême Conseil de la Juridiction Nord des États-Unis. Le manuscrit français, « légalisé » et signé par Jean-Baptiste Delahogue, est conservé, lui, au Grand Orient des Pays-Bas. Il s’intitule « Copie Originale. Rit Écossais Anc. Et Accepté. 33° degré. Souv. Gr. Inspecteur Général ».

Outre le texte des Grandes Constitutions, il contient également le rituel et l’instruction du grade. C’est cette version, avec quelques variantes, qui sera publiée dans le Recueil des Actes du Suprême Conseil de France en 1832.

Les historiens maçonniques du XIXe siècle et du début du XXe siècle accusaient globalement Étienne Morin d’être l’auteur du Rite de Perfection et d’avoir forgé lui-même la plupart des 25 degrés maçonniques qu’il diffusait. En réalité, les recherches actuelles prouvent qu’Etienne Morin était resté scrupuleusement fidèle aux usages maçonniques transmis à Paris…

 

commentaires

Le Mot perdu et les lettres du Nom : la Cabale au cœur du grade de Maître ?

Publié le 28 Août 2026 par T.D

Par Alexandre Jones

Et si la quête maçonnique du Mot perdu avait été façonnée, en profondeur, par les spéculations cabalistiques sur le Nom de Dieu ? Depuis des temps immémoriaux, ou presque, cette idée traverse les travaux d’Arthur Edward Waite et, plus récemment, ceux d’historiens de la Franc-maçonnerie. En suivant l’émergence du troisième grade, la cristallisation de la légende d’Hiram et la fascination du XVIIIᵉ siècle pour la Cabale, se dessine une hypothèse troublante : derrière le récit du Maître assassiné, se profile la mémoire d’un Nom divin dont on ne sait plus comment le prononcer.

Au départ, l’architecture des grades n’a rien d’évident ni de figé. La Maçonnerie opérative, puis spéculative, ne repose d’abord que sur deux degrés : Apprenti et Compagnon – ce dernier étant souvent désigné comme « Fellow Craft » ou même « Master » dans certaines sources anciennes. Ce n’est qu’au tournant des années 1730 que le paysage se transforme. Le premier grade est scindé, un niveau intermédiaire apparaît, et l’ancien second grade glisse vers ce qui deviendra le troisième : le grade de Maître Maçon.

Ce basculement est consolidé par une petite bombe éditoriale

Masonry Dissected de Samuel Prichard, publiée à l’automne 1730. Divulgation violemment antimaçonnique, mais d’une efficacité redoutable : plus de trente éditions, une diffusion large, et, en creux, un formidable effet de normalisation des rituels. Samuel Prichard se présente comme ancien membre d’une loge régulière, prétend rendre service au public en dévoilant les « secrets » d’une société nuisible, tout en affirmant paradoxalement agir à la demande de frères inquiets d’un déclin de l’Ordre. De là à imaginer qu’un courant réformateur ait utilisé ce texte pour promouvoir un nouveau grade et un nouveau mythe, il n’y a qu’un pas.

Les réactions ne tardent pas

Des brochures défensives s’attachent à discréditer Samuel Prichard, mais aussi à magnifier l’antiquité et la noblesse de l’Ordre. L’une d’elles, A Defence of Masonry (1730-1731), tisse des parentés avec les mystères antiques, les pythagoriciens, les esséniens, les druides… et surtout avec la Cabale. L’auteur anonyme insiste sur les aspects « littéraux » de cette dernière – gematria, notariqon, temurah – et explique que les cabalistes, à l’image de David et Salomon, perfectionnaient leur art par des combinaisons et permutations de lettres. La maçonnerie est alors présentée comme héritière de cet « art cabalistique » des mots sacrés.

Ce n’est pas un îlot isolé

Dès 1726, The Grand Mystery Laid Open mentionne déjà le notariqon et rapproche maçonnerie et Cabale. Un catéchisme plus ancien, A Mason’s Examination (1723), fait intervenir des lettres hébraïques reçues par les lecteurs du temps comme des indices de sagesse cabalistique. Bien avant que le grade de Maître ne soit pleinement stabilisé, l’imaginaire maçonnique baigne donc dans cet univers où les lettres, les alphabets sacrés et les jeux de mots sont des vecteurs de secret.

Avec Masonry Dissected, un pas décisif est franchi

Temple de Salomon

Le texte donne pour la première fois une version complète de la légende d’Hiram, appelée à devenir le cœur battant du troisième grade. Hiram, architecte du Temple de Salomon, organise les ouvriers en trois catégories, chacune dotée d’un mot particulier. Trois mauvais compagnons, brûlant d’ambition, décident de lui extorquer le Mot de Maître. Ils le surprennent lors de sa prière, lui demandent le secret, essuient trois refus et frappent trois coups mortels. Hiram emporte son secret dans la tombe. Le Mot – identifié à YHVH – est réputé perdu.

Le corps est caché, puis retrouvé en état de décomposition. Lors de l’élévation, les Maîtres prononcent une expression qui décrit l’état du cadavre – « la chair quitte les os » – et cette exclamation devient mot de substitution : « Macbenac », dans une des formes les plus répandues, aux côtés de variantes comme « Mahabyn » ou « Maughbin ». Dans le manuscrit Graham (1726), antérieur à Prichard, la trame est déjà là, mais avec Noé à la place d’Hiram, et ses fils découvrant un secret lors de l’exhumation du patriarche, en le relevant par ce qui deviendra les « cinq points de la maîtrise ».

À première vue, rien de cabalistique au sens technique : pas de Séphiroth, pas de Shekinah, pas de longs développements sur l’Arbre de Vie. Pourtant, le motif central – la perte d’un Mot qui était lié au Temple et au culte, et dont on ne conserve plus que la graphie, pas la prononciation – entre en résonance directe avec l’une des grandes thématiques du Zohar et de la tradition juive : le Tétragramme YHVH, Nom propre de Dieu, prononcé jadis par le Grand Prêtre dans le Saint des saints, à Jérusalem. Avec la destruction du Temple, la vocalisation se perd. Le Nom reste écrit, mais sa prononciation exacte se voile. On le remplace par des noms de substitution : Adonaï, puis, dans certains milieux chrétiens, « Jehovah », construction tardive.

Pour Arthur Edward Waite, ardent lecteur de cabalistes juifs et de cabale chrétienne, le parallèle est trop précis pour n’être qu’un simple hasard

Arthur Edward Waite en1880

À ses yeux, la franc-maçonnerie a été transformée de l’intérieur par des Maîtres imprégnés de cette Tradition : lecteurs de Robert Fludd, de Thomas Vaughan, de Pico della Mirandola, de Reuchlin. Selon lui, le véritable horizon du grade de Maître n’est pas seulement moral, mais mystique : il vise une union de l’initié avec le divin, et le Mot perdu symbolise le Verbe incarné, le Christ.

Dans cette perspective, les spéculations cabalistiques chrétiennes autour de YHVH prennent un relief particulier. En insérant la lettre Shin au cœur du Tétragramme, certains auteurs forment YHSVH, le Nom de Jésus, parfois qualifié de « Pentagrammaton ». Ce nom à cinq lettres est présenté comme l’accomplissement du Tétragramme, porteur de puissance spirituelle. La quête du Mot perdu et sa redécouverte pourraient ainsi être lues, chez Waite, comme une quête du Christ intérieur, Verbe vivant.

Les travaux plus récents de Jan Snoek

Ces travaux donnent une base historique à certains aspects de cette lecture, tout en la nuançant. Jan Snoek montre que, dans les versions les plus anciennes de la légende, il n’est pas question d’un mot effacé des mémoires, mais bien de la perte d’une prononciation secrète, connue seulement de trois personnages : Salomon, Hiram roi de Tyr et Hiram Abif. Hiram y est parfois pratiquement identifié à Dieu. Le Nom divin est placé sur sa tombe, et le rituel d’élévation comporte des éléments qui évoquent une union de l’initié avec le divin. Le troisième grade apparaît alors comme un rite d’union symbolique à Dieu, et non comme un simple récit exemplaire de fidélité héroïque.

Deux objections demeurent cependant…

D’abord, la réflexion sur le Tétragramme et ses vocalisations n’appartient pas à la seule Cabale juive : elle irrigue aussi l’ésotérisme chrétien plus large, les commentaires savants de l’hébreu biblique et diverses spéculations théologiques qui ne se réclament pas explicitement de la Cabale. Ensuite, le mot substitué au Mot perdu dans la tradition maçonnique n’est pas le Pentagrammaton « Yeheshoua », mais un terme comme « Macbenac », qui renvoie à la chair et aux os du corps en décomposition.

Faut-il pour autant renoncer à toute hypothèse d’influence ?

Probablement pas. Il est plus juste d’y voir la trace d’un climat culturel précis. Au tournant des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, l’Europe cultivée nourrit une véritable passion pour l’hébreu, pour les lettres sacrées, pour la puissance supposée des noms. Les auteurs chrétiens lisent le Zohar, les cabalistes juifs, et infléchissent ces doctrines à partir de leurs propres dogmes. C’est dans cet environnement que des maçons, déjà versés dans les spéculations symboliques, élaborent ou remanient le grade de Maître. Ils empruntent à la Cabale moins un système complet qu’un noyau de motifs : un Nom divin lié au Temple, une prononciation perdue, des substitutions, et la possibilité d’une expérience de l’union à Dieu par le Verbe.

Ce qui se joue, au fond, n’est pas la preuve d’une filiation pure et simple, mais la reconnaissance d’une parenté spirituelle

La légende d’Hiram raconte la mort d’un homme qui refuse de livrer un secret sacré, la perte d’un Mot que personne ne sait plus dire, et l’adoption d’un mot de remplacement qui ne satisfait personne. L’initié du troisième grade est invité à faire l’expérience de cette absence : il connaît le Nom écrit, mais sait qu’il lui manque encore la parole juste, la résonance intérieure, le souffle qui fait du signe une présence.

Pour les lecteurs et lectrices du Rite Écossais Ancien et accepté (REAA)

Cette hypothèse a une conséquence vertigineuse : la quête du Mot perdu ne renvoie pas à un code caché dans quelque archive, mais à un travail intérieur sur la manière dont nous prononçons les noms du sacré, de l’humain, du monde. À l’arrière-plan, la mémoire de la Cabale vient rappeler que le Nom de Dieu n’est jamais un objet possédé, mais un appel. Et que l’élévation du Maître, entre tombeau et Temple, pourrait bien être l’ébauche d’un chemin où la Parole ne s’apprend pas seulement par cœur, mais se reçoit, dans le silence, comme une expérience.

Qu’il y ait ou non « preuve » d’une influence directe de la « kabbale » sur la création du grade de Maître, le dialogue entre ces deux traditions ouvre en tout cas une piste précieuse : celle d’une franc-maçonnerie qui ne se contente pas d’aligner des symboles, mais ose se penser comme voie, exigeante et fragile, vers le Nom qui manque –

ce Nom que nous écrivons, que nous devinons, mais que nous ne cessons de chercher à prononcer.

450fm

commentaires

Les origines du Grade de Maitre entre Mach Benah et Marrow Bone

Publié le 28 Août 2026 par T.D

Jacob K

Entre 1711 et 1725 un troisième grade apparait dans le système maçonnique et c’est celui qui en fera tout son succès, le grade de Maitre. En France il apparaitra également mais de façon très différente à celui des anglais. La Raison ? ce sont les maçons écossais qui l’introduisent et l’officialisent dans le système de Clermont.  Dans leur exil, les maçons écossais nombreux ont aussi apporté leurs rites. Au début il apparait dans toute sa pureté puis progressivement avec la domination culturelle anglaise il va se transformer peu à peu à son tour. De quoi parle t-on ici sinon de la double origine du grade de Maitre n’ayant rien à voir entre eux. Une origine noachite, l’authentique et écossaise et une fabrication hiramique, la fausse, celle des anglais calquée sur le peu que l’on savait à l’époque.

Origine biblique de Mach Benah :

Dans le catéchisme correspondant au grade de Maître de Masonry Dissected (1730), on peut lire :

« L’Ex. Donnez-moi le Mot du Maître.

  1. – Il chuchote à l’oreille et, soutenu par les Cinq Points du Compagnonnage, ci-dessus indiqué, dit Machbenah, ce qui signifie Le Bâtisseur est frappé (The Builder is smitten). »

Dans un remarquable travail, l’érudit anglais R. Wells nous a en effet livré sur ce point des clés essentielles.

Il rappelle deux lieux bibliques où des formes proches de ce mot sont rencontrées :

« Jérémie le dixième, Makbannai le onzième » (I Chroniques, 12,13) «  Et elle enfanta … et Shewa père de Makbenna  » (I Chroniques, 2, 49)

Or, si l’on se reporte à la Bible de Barker, déjà mentionnée, publiée en 1580, et renfermant de nombreuses gloses et notices, on peut y lire en commentaire de la deuxième citation :

«  Machbana Machbenah, pauvreté, son fils a été frappé, ou le bâtisseur a été frappé (the smiting of the builder) »

Est-ce que Mach Benah est bien la forme initiale du mot en M., dont on possède des traces documentaires dès 1711 ? Selon Roger Dachez (Hiram et ses frères)  si tel est le cas, il apparaît qu’il est indissolublement lié, en raison du sens traditionnel qu’on lui accordait, à la légende d’Hiram dans sa forme achevée – ce qui nous donnerait une indication sur l’époque de sa fixation –, et qu’il constitue un témoignage de plus de cette recherche érudite et délibérée dans d’anciennes versions de la Bible, dont le terme Hiram Abif, adopté en 1723, était déjà un indice.

Ces divers éléments apparaissent encore comme autant d’arguments supplémentaires pour supposer une mise en forme finale de la légende, à partir d’éléments divers, certains empruntés à la tradition du Métier, et d’autres résultant d’une élaboration savante, par un cénacle d’érudits, – cabalistiques – imprégnés de Bible apparemment, dans les premières années du XVII e siècle. Les « Antiquarians » comme Stuckeley ont du jouer un rôle dans la fabrication de ce nouveau grade de Maitre.

Marrow Bone ou Marrow in the Bone : grade noachite

La véritable origine du grade de Maitre est tout autre et correspond au rituel du relèvement de Noé assimilé ici à Hiram.

Le sens de l’attouchement des cinq points dans le relèvement du cadavre de Noé.

Le Graham fut le premier rituel du Mot de maçon à réutiliser cet attouchement des cinq points pour le faire servir au relèvement d’un cadavre, en l’occurrence celui de Noé . Non qu’il méconnût la signification originelle de l’attouchement des cinq points puisque lorsqu’il le décrit à deux reprises, c’est précisément pour mentionner sa signification originelle : « Ils s’accordèrent alors », et encore : « en plein et total accord avec cela ». L’idée d’utiliser l’attouchement des cinq points pour relever un cadavre semble avoir été puisée dans l’Écriture qui contenait plusieurs exemples de résurrection des morts provoquée par un attouchement corporel. Le prophète Elie avait ressuscité des morts un adolescent en s’allongeant trois fois sur lui (I Rois 17,21-22). Le prophète Elisée avait lui aussi ressuscité des morts un autre adolescent en procédant comme suit : « Il monta (sur le lit), se coucha sur l’adolescent, mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses paumes sur ses paumes ; il se courba sur lui et la chair de l’enfant se réchauffa » (II Rois 4,34-35). Et en outre c’est également par un attouchement manuel que Jésus de Nazareth avait ressuscité des morts la fille de Jaïre (Mt. 9,25 ; Mc 5,41-42 ; Lc 8,54-55) et le fils de la veuve de Naïn (Lc 7,14-15). Qu’est-ce qui donna aux auteurs du Graham l’idée de faire servir l’attouchement des cinq points au relèvement du cadavre de Noé ? C’est l’analyse des conséquences de cet attouchement dans ce rituel qui va nous le dire.

Les trois fils qui tentèrent de relever le cadavre de leur père Noé à l’aide de l’attouchement des cinq points, convinrent que s’ils ne retrouvaient pas le secret escompté, les paroles qui sortiraient de leur bouche leur tiendraient lieu de ce secret. De fait après avoir reposé à terre le cadavre de leur père qu’ils venaient de relever par l’attouchement des cinq points (fait qui montre que cet attouchement n’avait pas pour but de faire revenir ce cadavre à la vie physiologique, lequel reste bel et bien mort, mais de retrouver le secret de prédicateur de Noé), trois paroles sortirent de leur bouche, qui remplacèrent à leurs yeux le secret de prédicateur de leur père :

  1. a) Le premier des trois fils de Noé prononça l’expression « Marow in this bone.
  2. b) Le second prononça l’expression « dry bone » c’est à dire « os sec » (opinion de présomption et de désespoir démentie par la résurrection effective des os desséchés en Ez. 37,1-14).
  3. c) Et le troisième fils de Noé prononça enfin l’expression « ça pue », reprise de la parole dubitative de Marthe dans l’épisode johannique de la résurrection de Lazare par Jésus de Nazareth : « Marthe, la sœur du trépassé, lui dit : Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour » On 11,39).

Après avoir rapporté les trois paroles différentes  des trois fils de Noé ; le Graham conclut son récit en disant que ces trois fils de Noé s’accordèrent pour donner « un nom qui est encore connu de la franc-maçonnerie de nos jours ». Ce mot forgé par les trois fils de Noé d’après leurs trois paroles distinctes (« Marrow in this bone » ; « os sec » ; et « ça pue ») et connu de la franc-maçonnerie est évidemment l’ancien mot de maître « Marrow/Bone ». Or il y a là deux remarques à faire. Lorsque le Graham affirme que les trois fils de Noé s’accordèrent sur le choix du mot « Marrow/Bone.

Le tombeau de Noé

Cette visite des trois frères dans la tente où dormait le patriarche a une suite maçonnique qui confirme l’interprétation fournie cidessus de l’ivresse, du sommeil et de la nudité surprise. Cette suite est relatée dans le manuscrit Graham. Selon celui-ci, la visite se reproduisit, non plus sous la tente, mais au tombeau de Noé. Et cette fois, l’objet de l’incursion est indiqué sans détour ni parabole : il s’agit d’un secret.

« Sem, Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour tenter d’y découvrir quelque chose (…) qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ici, j’espère que chacun admettra que toutes les choses nécessaires au nouveau monde se trouvaient dans l’arche avec Noé.

Ces trois hommes avaient déjà convenu que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Ils n’avaient pas de doute, mais croyaient très fermement que Dieu pouvait et aussi voudrait révéler sa volonté, par la grâce de leur foi, de leur prière et de leur soumission ; de sorte que ce qu’ils découvriraient se montrerait aussi efficace pour eux que s’il avaient reçu le secret dès le commencement, de Dieu en personne, à la source même.

Ils arrivèrent donc à la tombe et ne trouvèrent rien, si ce n’est le cadavre déjà presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha et ainsi de suite de jointure en jointure jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils redressèrent le corps et le soutinrent en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos, et s’écrièrent: « Aide-nous, O Père ! ». Comme s’ils avaient dit : « O Père du ciel aide-nous à présent, car notre père terrestre ne le peut pas ». Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant que faire. L’un d’eux dit alors : « Il y a encore de la moelle dans cet os « , et le second dit : « mais c’est un os sec » ; et le troisième dit : « il pue ». (it stinck !)

Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours et ce mot était Marrow in the Bone (MB)

Puis ils allèrent à leurs entreprises et par la suite leurs ouvrages tinrent bon. Cependant, il faut supposer et aussi comprendre que la vertu ne provenait pas de ce qu’ils avaient trouvé ou du nom que cela avait reçu, mais de la foi et de la prière. »

En dépit de quelques différences, cette légende se donne à certains égards comme une strate archéologique de celle d’Hiram mais celle d’Hiram en est le négatif car en cette dernière, il est d’abord question de trois mauvais compagnons qui mettent à mort l’Architecte, faute de pouvoir lui arracher un secret auquel ils n’ont pas droit et, plus tard, d’un certain nombre de Maîtres maçons bien intentionnés désireux de retrouver la dépouille d’Hiram assassiné.

Manifestement, lors de cette visite au tombeau de Noé, Sem, Cham et Japhet sont à rapprocher, non pas des mauvais compagnons, mais des bons Maîtres. Depuis l’épisode de la tente, Cham n’a pas corrompu ses frères, mais, bien au contraire, les a rejoints sur le bon chemin. En outre, le temps est révolu où Sem et Japhet étaient forcés d’entrer dans la Tente du Secret à reculons. Ce secret, ils ont désormais l’âge de le rechercher. C’est donc bien la légende d’Hiram vue dans son aspect positif.

En réalité quand le révérend Anderson a vendu (vendu et non transmis) partiellement le rite du Mot de Maçon à Théophile de Désaguliers il n’a pas pas pu tout livrer. Après avoir déchiré quelques pages du Livre des marques de la loge (Aberdeen) de son père, falsifié d’autres il pensait que son travail était accompli.

Anderson ne transmet qu’un rite incomplet et l’on sait (par les irlandais entre autre qui ont conservé les rituels écossais) qu’existe un grade de maitre alors que faire sinon en inventer un !

Aussitôt dit aussitôt fait et l’on bricole vite fait quelque chose de ce que l’on sait. Et que sait-on ? Que c’est un grade où il est question des cinq points de la maitrise et d’un mort. En réalité mais vous en saurez plus dans mon livre, il s’agit d’un grade noachite avec les trois fils de Noé et le mot de passe (pas le mot sacré) était Marrow in the Bone. Plus tard des historiens (Patrick Négrier et Hervé Vigier) ont effectivement retrouvé l’ancien grade de maitre connu sous le nom de « L’ancienne maitrise » et c’était tout simplement celui de sublime écossais propulsé par je ne sais quel miracle au 5 et 8 degrés du REAA, le rite le moins originel qui soit.  Ainsi donc par miracle ce grade maitre fut conservé dans les hauts grades ! grâce surtout aux écossais parisiens de la rue des boucheries qui transmirent le garde dans sa forme originelle.

Le mystère de la corde sortant du cercueil

On aura remarqué une corde sortant du cercueil de Noé et l’explication habituelle est que cette corde fut celle que les frères utilisèrent pour sortir le corps de la fosse. On se demande alors pourquoi cette corde ne figure pas dans la maçonnerie hiramique ! En fait son rôle est important car c’est elle qui va nous permettre de découvrir l’ultime secret du Saint des Saints à laquelle elle est reliée. Quiconque a assisté à un enterrement classique sait très bien que la ou les cordes servent à descendre le cercueil dans le caveau et jamais à le  remonter … Mais simple question : y a t’il un caveau dans le Saint des Saints ?

 

commentaires

Moabon ou Mac Benac'h - Hiram au tombeau

Publié le 28 Août 2026 par T.D

14 Avril 2008 , Rédigé par Lurker

Emmanuel Levinas, dans son ouvrage « l’éthique et l’infini », déclarait que la « Connaissance est toujours une adéquation entre la pensée et ce qu’elle pense ». Comme un écho à cette affirmation, il est facile de constater que l’action divine se manifeste toujours en présence de la Foi. Cela se vérifie, que cette dernière soit l’objet d’une affirmation radicale ou expression d’un doute sur la nature du monde. Tout se déroule comme si la pensée humaine n’avait d’autre objet que de créer de la réalité là où elle n’est pas, et que celle-ci prenne corps ici et dans un autre temps.

Les Maîtres maçons s’identifient symboliquement au Maître légendaire Hiram et l’ensemble de la cérémonie d’élévation à ce grade rappelle que l’état de Maîtrise ne peut avoir d’existence que dans le cadre d’un cycle. Nous sommes Maîtres ici car nous avons été Apprentis ailleurs, même si le souvenir de cela reste assez obscur. Tout aussi bien, nous sommes encore Apprentis parce que l’on est toujours le débutant de l’étape suivante et que ce présent n’a pas d’existence fors l’illusion.

C’est dans les documents les plus anciens de la Franc-maçonnerie, le manuscrit « Cooke» de 1400 ou le « Dumfries n°4 » entre autres, qu’apparaît Hiram dans le paysage maçonnique au titre de « Maître maçon » alors que les plus anciennes traces de cérémonies du troisième degré n'apparaissent que dans les années 1726 dans les chroniques de la société « philomusicae » de Londres sur laquelle je reviendrai le mois prochain, soit ici, soit chez mes amis de l'APRT... suivez le web... Presque absent de la Bible, Hiram, dont le nom n’est mentionné que 19 fois, et encore, en faisant l’amalgame entre le Roi de Tyr et l’architecte du Temple reste le héros fondateur du mythe maçonnique et ce, de façon avérée depuis au moins 1730. Ce dernier ne se manifeste, pour la première fois que dans le premier livre des Rois, chapitre 7, verset 13. Le moins que l’on puisse dire est qu’Hiram ne joue pas un rôle majeur dans les écritures. C’est seulement vers 1727, dans le manuscrit « Wilkinson » que l’on aperçoit le « tombeau d’Hiram » pour la première fois. Le manuscrit « Graham » de 1726 nous offre à la même époque, le récit d’une « re-lévation » ( résurrection ) ritualisée du corps d’Hiram au moyen du « mot de Maître ». Ce document décrit comment Le Maître (entendez le Vénérable ) qui effectue cette « re-lévation » constate : « marrow in this bone », c’est à dire ; « la moelle est dans cet os ».

On le voit, Hiram et son tombeau offrent déjà un intéressant jeu de pistes historique tout autant que d’intéressantes questions. Pourquoi lui ?. Cependant, il est bon de se pencher sur la portée symbolique du mythe. Tout d’abord, qui est Hiram ? En répondant à cette question, on comprendra peut-être le pourquoi de sa « re-lévation ».

La Bible dit qu’Hiram est « le fils d’une Veuve de la tribu de Nephtali », et qu’il était rempli de « sagesse ( « Hokhmah » ), d’intelligence ( « Binah » ) et de science ( c’est à dire de Connaissance – La couronne - « Kether »). Un rapide examen de l’Arbre des Sephiroth nous permet de constater qu’il s’agit des Trois premières Sephiroth. Celles qui correspondraient au Vénérable, au Secrétaire et au Trésorier c’est à dire au sommet de l’arbre si les Loges de cette époques avaient été dessinées de la même manière qu’aujourd’hui.

Hiram représente, en Maçonnerie, le modèle mythique de l’Homme fait. Il est le complément, l’aboutissement de l’archétype Apprenti conçu pour exister mais, contrairement à ce dernier et par complémentarité, Hiram est créé pour mourir. Sa « re-lévation », sa résurrection prend alors un jour nouveau car il s’agit ici non seulement du cycle de vie ( HY ) céleste ( RAM ), qui descend sur le monde pour poser les fondations du Temple. Mais aussi de la nature même de la continuité de la Vie. Pour traduire en langage clair, de l’intelligence Humaine en charge de sa propre évolution, de sa propre amélioration. Ce qui parait logique puisque le Temple est le symbole de l’Homme.

Ainsi, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme enseveli dans le tombeau du corps et qui doit s’en libérer… ressusciter. L’image est assez messianique et si l’on ajoute qu’Hiram est bien souvent appelé Hiram Abi, que l’on constate que ce nom, Abi signifie « Mon Père », on peut alors traduire l’ensemble de cette partie du mythe par :

« Mon esprit est prisonnier de mon corps ».

L’Etre supérieur en l’Homme est donc prisonnier de son propre corps, comme d’un tombeau de chair. De la à penser que le Tombeau d’Hiram est son propre corps…. Dans le déroulement mythique décrit par le rituel, le Tombeau d’Hiram occupe chronologiquement deux places distinctes. Tout d’abord déposé à même le sol, quelque part à l’extérieur du Temple, son corps est transporté, sur l’ordre du Roi Salomon, dans le Saint des Saints où l’on construit pour lui une sépulture.

La place de ce second tombeau appelle deux remarques importantes. La première concerne sa position dans le Saint des Saints car ce lieu ne peut être rendu impur par la présence de corps morts, les règles du judaïsme étant ce qu’elles sont, il est impensable que le Roi Salomon ait pu, même une seconde, imaginer déposer un cadavre à cet endroit du Temple.

Ce point particulier du symbolisme de la Maîtrise semble indiquer clairement l’influence de la Kabbale chrétienne parmi les fondements de la maçonnerie Mais aussi, et plus fondamentalement dans le sens de notre analyse, cela semble indiquer que ce tombeau est vide. Hiram ayant été « relevé », sa présence n’est que symbolique. D’autre part, et je m’arrêterai là, il n’y a qu’un seul élément qui puisse ressembler à un tombeau dans le Saint des Saints….

Le constat d’un tombeau vide découlant de l’interdiction des corps morts, ou d’une enveloppe humaine laissée comme une peau si l’on n’aborde pas l’étude du contenu, reste la question de la « re-lèvation » d’Hiram.

On sait, par la pratique du rituel maçonnique, que le Maître fut ressuscité par l’accolade et plus particulièrement par le « Mot de Maître ». On pense alors aux rituels de mort et de résurrection pratiqués par la plupart des peuples et à l’issu desquels le « Maître » est censé laisser place à son élève, ressusciter dans son disciple par la transmission du « souffle porteur de vie». Dans ces rituels le Maître « recouvre la vie » à travers l’Apprenti qu’il a choisi. Aujourd’hui, en franc-maçonnerie, ce sont des Compagnons qui jouent ce rôle, entendons, bien entendu, « les compagnons du Maître » le maintiennent debout par les cinq points de la perfection et les mots sont prononcés… alors le Maître ressuscite… matérialise l’égrégore du groupe, met des énergies en mouvement et ces énergies font acte. C’est alors que le « franc-maçon devient, par le fait de sa réception au troisième degré, le fils et le successeur d’Hiram ».

N’est ce pas le propre de ce qui est vivant que d’utiliser l’énergie pour la convertir, la transmuter ?

La pratique de la Maçonnerie matérialise la création de la vie en ce qu’elle permet de donner à l’Homme les outils de son évolution, qu’il choisisse ou non de les utiliser cela n’a que peu d’importance, nous sommes toujours dans la logique développée dans la première partie de cet exposé.

Ce n’est pas l’usage que l’on en fait qui permet l’existence des symboles, mais bien le contraire. Seule leur compréhension dépend de notre libre arbitre.

Mais, penchons nous quelque peu sur le contenu du Tombeau…

La symbolique maçonnique crée de la Vie en ce qu’elle décrit comme Mort l’absence de perspectives humaines, l’absence d’évolution. Si on craint la Mort, comment peut-on espérer ouvrir les yeux sur soi-même puisqu’on a même pas ouvert les yeux sur sa Vie ! Dès lors, la « peau » est vide, le tombeau est vide…

Cet état d’aveuglement est bien connu des orientaux pour ce qu’il laisse à penser que l’illusion, la Maya, est la réalité. L’Homme vivrait dans une caverne sur les murs de laquelle danseraient des ombres.

Nous allons voir que nous n’en sommes pas loin. Quel est donc le Mot qui a ressuscité Hiram ? Au rite Français il s’agit de « Mac Benach » Ce mot relève d’une pratique assez ancienne puisqu’il figure déjà dans un rituel de 1770. De nombreuses interprétations ont été avancées, notamment chez Thomas Payne ( 1737-1809) qui y voit une origine druidique par l’usage de termes celtiques qui voudraient dire « fils (mac) de la Veuve (Benac) ». Ou encore, depuis 1751, « La chair se sépare des os ».

Cependant, pour le développement qui nous occupe, on notera que Beneh signifie « engendrer » et Maq « putréfaction », il s’agit de revenir d’entre les Morts et, en termes alchimiques cela se rapporte au fait de « naître de la putréfaction » qui désigne une part du Grand Œuvre.

Nous pouvons alors compléter le message de résurrection par les actes du rituel : « Il ( Le Très Vénérable Maître ) s'approche du récipiendaire, pose le pied droit contre le sien, genou contre genou; de la main droite il lui embrasse le poignet de façon que les paumes des deux mains soient l'une contre l'autre et lui passe le bras gauche sous l'épaule gauche, ayant, par ce moyen l'estomac contre l'estomac, puis, avec l'aide des deux surveillants, il le relève et lui dit à l'oreille, en lui donnant l'accolade par trois fois les syllabes du mot Mac Benac. »

C’est bien la « relèvation » du corps qui porte libération et le « Mot », le souffle qui porte la vie, qui libère le prisonnier. Symboliquement parlant, le mouvement, tel qu’il est décrit et rappelle celui qui est Traditionnellement pratiqué dans la plupart des initiations. Dans tous les cas, le cinquième point s’effectue bouche contre bouche. On comprend bien, d’ailleurs, que la passation du souffle, de la Parole, représenté symboliquement par le « Mot », ne saurait s’effectuer autrement puisque c’est par la bouche que s’exprime la pensée humaine, « Parole du Maître », y compris quand celui-ci confie à un autre le soin de parler à sa place. La Parole est répétée et les mots sont ceux de l’autre indiqués par le rituel ou par les mots de l’Exode : « Tu lui parleras et tu mettras les paroles dans sa bouche. Moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous indiquerai ce que vous devrez faire »

Mais, n’oublions pas notre Tombeau et l’hypothèse de son déplacement vers le Temple. Selon notre mythe fondateur, c’est après trois jours d’absence d’Hiram que le Roi Salomon le fit chercher par d’autres Maîtres de son entourage. Considérant que cette absence pouvait signifier la divulgation du Mot de Maître, il ordonne que le premier mot prononcé serait le Mot de Substitution, par cet acte, il efface la Parole Créatrice de la mémoire des hommes, les plongeant dans le silence. Lorsque les Maîtres eurent ramené le corps sans vie d’Hiram, « il fit faire un tombeau des plus superbes dans le sanctuaire et reprenant notre Maître par les cinq points de perfection, il le fit inhumer et mettre dans le cercueil faisant mettre une plaque d'or dessus où il fit graver l'ancien mot de Maître qui était « Jéhovah » et puis ils fit tendre sa chambre de deuil et voulut que l'on le portât dans tout son royaume ».

Cette mention datant de 1763 et précisant la nature de l’ancien mot est assez instructive dans la mesure où elle finit de rattacher la légende d’Hiram au mythe des origine. En effet, on sait qu’à cette époque le terme « Jehovah », souvent utilisé par les Rose-Croix, se substituait au tétragramme. Rappelons nous que nous avions, un peu plus haut, parlé de l’Homme double, image de l’adéquation entre la « pensée » et « ce qu’elle pense », image d’une éthique qui prendrait la forme de l’équilibre. Comment cet « homme double » peut-il prendre place dans la « relèvation » dont nous parlons depuis un moment ?

Notre réalité, ce soir, est l’image sur les parois de la caverne ou les symboles sur les murs du Cabinet de réflexion. Les trois grade forment un cycle et le séjour d’Hiram au cœur de la Terre correspond au séjour du profane au cœur du cabinet de réflexion, il naîtra de sa propre dissolution, de l’oubli de son ego. Cette image prend la forme d’un Mot : Mac Bénach, étrangement ressemblant à un autre : Makpélàh, la grotte du Mont Moriah, à Hebron, le Tombeau d’Abraham, lieu aujourd’hui interdit dans laquelle il est dit que le patriarche découvrit les tombes d’Adam et d’Eve et dont l’étude nous amènerait ici un peu trop loin  et à d’autres grades, particulièrement ceux du REAA.

Tout nous ramène à la grotte, caverne d’où naît la vie et depuis laquelle elle se transmet, n’oublions pas que le Nom du Maître, Hiram, HRM, est aussi Hermès, le trois fois Maître, et comme le dit la Table d’Emeraude :« Le Père de tous les talismans du monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. ». Séparer le pur de l’impur forme l’œuvre alchimique, transformer le plomb en or est une part du cœur de l’œuvre, ainsi, de la putréfaction peut naître la Lumière… rien ne se perd, rien ne se crée… L’Homme qui fut initié Apprenti et qui devient Maître par le rituel d’ « exaltation » comprend qu’il était déjà un Maître mort a qui l’on a donné la Vie… que cette vie ne fait rien d’autre de lui qu’un Apprenti condamné au silence sur ce qu’il ignore… Tout n’est que symbole… et la Parole s’écrit… dans les langues sémitiques, seules les consonnes sont indiquées comme signifiantes, leur vocalisation indique seulement l’orientation du sens… ainsi HiRaM est aussi HaReM qui désigne la « chose cachée », le « lieu obscur »… Tout cela est cohérent, et laisse à penser que la seule chose qu’ait jamais contenu le Tombeau d’Hiram déposé au cœur du Temple ne contient rien d’autre que la « Vie ». Cela laisse aussi à penser que le cœur du Temple dont il est question n’est autre que le Cabinet de Réflexion dont chacun d’entre nous se souvient…mais si le Tombeau dont nous parlons est l’enveloppe vide d’Hiram et qu’aucun corps ne puisse être transporté à cet endroit, quel élément Salomon a-t-il pu amener dans le Saint des Saint sinon le Verbe, le « souffle » créateur de vie, la Parole dont on a, avec le temps, perdu le secret et qui ne doit être prononcée qu’à cet endroit par une seule personne… ? C’est peut-être pourquoi les gardiens doivent se taire…

commentaires
Publicité

DE LA SUBSTITUTION

Publié le 27 Août 2026 par T.D

Les deux premiers degrés du REAA ont pour objet la construction progressive du maçon. La méthode utilisée sera la méthode symbolique. Elle va permettre, par le biais de sa mécanique particulière, d’utiliser des outils déjà bien connus quant à leur usage profane. Ainsi, grâce à l’interprétation faite sienne de ladite méthode, tout initié va pouvoir travailler selon sa sensibilité ou son profil avec des supplétifs constants, tels que le maillet, le ciseau, le compas, etc… L’outil deviendra alors un invariant incontournable qui permettra aux singularités de chaque initié de se voir projetées dans des circonstances codifiées qui sont celles de l’exercice maçonnique et de ses modalités, en tenue régulière comme en cérémonie d’initiation. Parallèlement à cette spécification qui fait de l’initié un être unique et indivis, chaque personne ne diffère qu’infiniment peu du point de vue génomique d’un autre individu, et présente, plus largement, des similarités avec tout ce qui l’entoure, arrangement moléculaire, chimie commune, ordonnancement en général. Même les productions humaines, tels les temples et les églises suivent des lignes structurelles qu’on retrouve chez l’initié en termes de modèles de construction et de sacralisation de l’esprit.

Ce sont ces supports communs qui permettront l’application du principe d’analogie. Ce principe est fondamental car il conditionne tout le mécanisme de l’existence. Nous ne vivons et voyons qu’à travers le prisme de ce mécanisme qui utilise à plein l’entendement binaire qui est le nôtre. L’existence ne comporte en effet fondamentalement que deux versants : soi et le reste de l’Univers. Ce schéma indépassable conditionnera tout notre entendement. Ainsi, quels que soient les actes de notre vie, nous ne pourrons jamais prendre en compte plus de deux éléments à la fois. C’est ce même mécanisme mimétique qui structure le langage informatique courant. Même en informatique quantique, qui connait une infinité d’états possibles, ceux-ci ne seront jamais au bout du compte que la prise en considération l’une après l’autre d’un rapport de deux valeurs.

Le principe d’analogie va surfer sur ce fonctionnement duel en identifiant ce qui, dans l’espèce humaine, peut fonctionner en harmonie avec une autre entité quelle qu’elle soit. Comme le dit le célèbre adage alchimique, «l’analogie est l’unique clé de la Nature ». Tout homme comprend et applique le principe d’analogie en permanence : lorsqu’il regarde un vase, il le cerne, le distingue de son contexte, puis le replace dans un concert général qui est celui de l’universalité des choses. Il faut voir l’analogie autant comme une dynamique que comme une forme de statut, de socle, d’un univers dont ne pourra pas se départir l’initié, si avancé soit-il. Quand nous regardons l’univers ou notre prochain, nous regardons en fait l’analogie dans son essence : c’est d’ailleurs, sans rien dévoiler, le sens profond de la figure majeure du 30ème degré du REAA. Par contre, l’initié pourra trouver, à l’intérieur de ce principe, matière à exister d’une façon un peu différente de celle du profane qui, lui, se contentera d’accompagner et de vivre cette analogie. Cette façon de se distinguer s’appellera la substitution.

L

’être humain ne se contentera donc pas de surfer sur l’analogie, il fait œuvre de cette analogie, qui le baigne autant qu’elle le dirige. Comme son nom l’indique, l’analogie met en jeu 2 intervenants, qui se mesurent, se collètent et finalement s’épousent. L’homme existe, au sein de ce duel, en tant que tiers inclus, la différence entre initié et profane sera ce qu’il fera de cette position : le profane n’y verra qu’une direction possible, qui sera la perspective choisie pour la continuation de sa pensée et de son action. Par contre, l’initié aura la capacité de créer un mouvement intrinsèque à la fois dépendant de l’analogie, puisque créé en son sein, et en même temps original et transitoire : on l’appellera pensée ternaire. La pensée ternaire, si fondatrice pour un franc-maçon, sera une façon non pas de s’extraire de l’analogie, ce qui est impossible et conduirait à notre inexistence, mais d’y développer une approche originale qui ne sera en aucun cas une manière de s’en éloigner, mais au contraire de s’y arrimer afin de créer cette animation particulière et transitoire qu’on appellera substitution. Le terme de substitution a une connotation péjorative par son étymologie, qui signifie : « établir en dessous ».

Le substitut est alors fréquemment rapporté à un subordonné, qui seconde ou remplace le titulaire (substitut du procureur, etc…). Dans l’initiatique, et plus particulièrement au REAA, où le déisme d’un principe architectural universel existe, tout acte est en fait substitution à ce principe premier dénommé GADLU, puisque le GADLU est censé représenter une forme de totalité potentielle. La substitution ne vaut, dans l’initiatique, que par son caractère transitoire : autant cette substitution peut-elle, dans le milieu profane, aboutir à une nouvelle orthodoxie, autant est-elle, dans l’espace maçonnique, l’objet d’une transmutation éphémère visant simplement à accompagner l’initié sur des chemins subsidiaires dont l’intérêt résidera exclusivement dans la potentialité à se souvenir de ce qu’il aura vécu. Ensuite, ce retour à l’initial, mais pourvu de connaissances nouvelles (« Le Maître reparaît plus radieux que jamais ») ne sera en aucun cas un recul, car l’art initiatique ne possède pas de flèche du temps ou de l’espace, il est holistique. L’initié pourra, par ce biais, éprouver des chemins attenants.

Si l’on veut filer la métaphore, la substitution sera, pour paraphraser une sentence nietzschéenne, la vibration d’une corde tendue entre les 2 termes de l’analogie. Cette vibration ne rompra à aucun moment la continuité, simplement ledit fil, en oscillant, s’autorisera momentanément une trajectoire propre. C’est l’acte même de substitution qui fabriquera cette nouveauté, cette voie originale, retournant au terme de cet acte à un statut initial posé depuis toujours. Comment finalement engendrer cette distinction, éphémère mais aussi intriquée dans le mouvement général de la vie ? En usant de la seule échappatoire possible, aussi efficace que temporaire, aussi puissante qu’inféodée, celle de la voie substituée. Le souci avec l’analogie est qu’elle représente stricto sensutout ce que nous pouvons imaginer et faire ; elle est tellement monopolistique qu’il est impossible d’en sortir.  Partant, l’initié devra tenter de se transformer, de modérément s’ « égarer »  mais sans jamais pouvoir mettre de côté cet incontournable « pensum » qu’est l’analogie. Il pourra le faire grâce au mécanisme délicat de la substitution. « Il faut dégager le subtil de l’épais » nous dit le 7ème précepte de la Table d’Emeraude, l’épais étant ici le principe d’analogie, structurel et indépassable, et le subtil ce qu’on peut en retirer de léger, de fin, de précieux, mais aussi de labile, à savoir la substitution. La substitution n’est pas un état, mais une circonstance, nous parlons d’ailleurs de mot ou d’homme substitué au participe passé. La substitution s’entend selon son radical étymologique sub- « sous », entendu dans son sens de « délié, ténu », et non sous l’angle d’une quelconque hiérarchie. Mais comment créer un mécanisme de substitution ? Eh bien, en s’appuyant sur la mécanique symbolique : celle-ci guide l’homme vers ses spécificités tout en lui ouvrant l’accès à la connaissance, mais la méthode façonne aussi, en sous-main, l’individu, appuyant discrètement sur ce qui fait son universalité, en créant ce que j’appellerais des « canaux de similarité » sur lesquels pourront se greffer des éléments d’analogie. Exemple de canal de similarité, la construction individuelle, qu’on peut rapprocher de la construction d’un édifice : ce sera tout l’objet des grades dits de Perfection et d’Exil.

A

utre exemple, celui de l’incarnation, à rapprocher de la symbolique de la rose et de la croix, ce sera l’objet du 18ème degré et de sa centralité intestine. Enfin la philosophie, entendue comme un viatique, un aliment, une couleur qui vivifiera le tracé existentiel bâti un temps sur l’analogie, puis dans un autre temps sur l’incarnation nous sera contée par le prisme des degrés du 19ème au 30ème du REAA. Tout le fil initiatique du REAA sera alors bâti en analogie à la représentation de ce GADLU, à savoir le Temple matériel de Salomon lors des degrés de Perfection et d’Exil, le temple de l’esprit pour cette forme incarnée du divin lors du degré de CR+C, et enfin d’un Temple exclusivement constitué de la somme des rapports établis entre l’initié et le principe créateur, à savoir les degrés philosophiques, et son maître à penser , le Commandeur, Être commandeur du Temple signifie donc prendre la mesure de cet ensemble de relations. Il s’agit là d’une forme hautement perfectionnée du temple, dans laquelle priment sur le temple lui-même les liens qui se font et se défont, et qui accordent donc aux dynamiques d’analogie et de substitution une primauté sur la station, le statut et le fixe.

 Le Temple du commandeur rappelle la création, après l’Exil, des synagogues, mot qui signifie « assemblées », et qui constituent un espace sacré indéfiniment reconstitué, les synagogues n’existant symboliquement que durant le temps du rassemblement des fidèles.  La symbolique peut donc déceler et créer un modèle général, applicable à tous, transformant chaque impétrant selon des lignes de force qui lui sont propres. Mais la symbolique a aussi ceci d’universelle qu’elle crée en chacun des cheminements interpersonnels qui échappent, eux, à la différenciation et qui font que chaque être humain soumis à un même outil se verra peu ou prou façonné par ledit outil de façon assez semblable d’une personne à une autre. La substitution rassemble et distingue à la fois, selon une véritable « tenaille cognitive », qui travaille l’initié à deux niveaux, un niveau immédiat qui nous emmène dans notre construction individuelle, et un niveau que je qualifierais de long et profond dans son installation collective en l’homme, révélant chez chacun d’entre nous une forme de similarité et de continuité relatives à notre espèce. C’est le mélange de ces 2 voies, distinctive et collective à la fois, qui tordra, tel un levier, et qui sculptera, tel un ciseau métaphysique notre nature et notre destinée. La substitution, par la liaison qu’elle apportera entre 2 volontés ontologiquement opposées sera un moyen de créer du mouvement, de la transformation, puis, au bout du bout, de se réaligner au sein d’un ensemble statutaire, apparemment statique et figé.

L

a substitution ne peut porter que sur des choses tangibles : mots, corps, édifices, etc…car ce tangible-là n’a pas la possibilité de s’échapper du réel, et c’est d’ailleurs ce qu’on lui demande. La substitution devient alors, dans la recherche initiatique, le seul moyen d’avancer, parmi des hommes ou des évènements qui nous ressemblent. Car la caractéristique principale du monde initiatique, différencié du monde ordinaire, est de posséder un axe visible, là où le profane évoluera au hasard des circonstances. C’est cet axe autour duquel auront lieu toutes les transformations de l’initié. Il n’est qu’à regarder en détail les circonstances des cérémonies d’initiation à tout degré, elles suivent toujours un axe autour duquel se greffent des évènements particuliers, propres au grade considéré.

Et donc, comment peut-on appeler un changement, un basculement qui respecte le fil rouge de cet axe ? une substitution. Le miracle, au sens large, est aussi selon moi de ce tonneau, substituant un réel à un autre réel, mais dans une passation qui demeure invisible. La substitution est donc magnifiquement symbolisée par la cérémonie d’exaltation, au cours de laquelle le candidat suivra un axe invariable, sans jamais s’en départir, et au sein duquel il subira une substitution qui le verra à terme « reparaître plus radieux que jamais ». Il aura alors pu connaitre des remaniements intimes plus ou moins profonds, mais sans jamais dévier de cet axe qui le ramènera au bout du compte à une position similaire mais non identique, avec néanmoins ce surplus de Connaissance qui en fera un homme à la fois nouveau et identique à celui du début, c’est-à-dire à un homme substitué.Spatialement et géométriquement, on se rend compte que cet axe virtuel est posé dès l’entrée du candidat, et qu’il n’y dérogera pas de toute la cérémonie, ce sera la condition sine qua none à son initiation au grade de maître.

En même temps, diverses postures, déambulations, événements vont s’effectuer, mais toujours au sein même de cet indéfectible axe structurel qui est ici celui de l’analogie. Cette unité sera rendue par le caractère « filaire » du parcours de l’impétrant : celui-ci rentre dans le Temple en son milieu, progresse à reculons et torse nu, c’est-à-dire qu’on travaille sa corporéité en l’alignant sur cet axe géométrique de la loge, simplement en faisant varier les circonstances et les conditions. Il se retourne ensuite devant le cadavre face à l’alignement de ce dernier et l’enjambe. Cet enjambement à une double signification, il permet de visualiser dans sa chair une progression mêlant les 2 corps ; et en même temps cette enjambement permet au candidat de maintenir son positionnement axial, tout en vivant un évènement particulièrement singulier, dans les 2 sens du terme. Cet axe sera l’endroit au sein duquel se vivront les métamorphoses du vivant : nudité partielle (fragilisation), marche à reculons (déséquilibre), arrachage du tablier (violence et soupçon), retournement (désorientation) enjambement (confusion et transformation) coup létal (basculement). Tous ces actes patents se cantonneront selon une ligne irréfragable dont ils ne dérogeront pas, avec toute la puissance qu’une telle restriction impose.

Cantonner ces actes, à la fois sur le temps court de la cérémonie, et l’espace court d’un axe indépassable permet de les sublimer, exactement de la même façon qu’on fait passer un solide directement à l’état gazeux, en augmentant simplement pression et température. Le reste est à l’avenant, à savoir que le coup létal, le gisant, la recherche et la découverte du cadavre, et enfin la régénérescence et le relèvement du nouveau maître poursuivront ce travail filaire. Il peut sembler a priori antinomique de parler de la cérémonie du 3ème degré comme étant celle d’une exaltation, car nous venons en effet de voir en quoi une transformation contrainte, dans le temps et dans l’espace pouvait être efficiente, imposée entre les étroites limites des 2 tenants de l’analogie, représentée au début de la cérémonie par le candidat, et à la fin, quelques mètres plus loin par le nouveau maître. En fait, ce terme d’exaltation se justifie à divers égards qui se recoupent, à savoir qu’on n’est jamais aussi libre qu’à l’intérieur d’un cadre qui nous éprouve en permanence, et que la liberté est donc d’abord intérieure.

Ensuite parce que si le substantif « exaltation » emprunte au latin chrétien exaltatio « action de s'élever, de se dresser », il signifiera aussi, lors de l’avènement de la chimie moderne (1680) « se dépouiller de toutes choses impures ». L’analogie avec la chimie organique est frappante : on parle d’exaltation et de sublimation lorsque, je le répète, un corps passe directement de l’état solide à l’état gazeux, avec l’évidente comparaison sacrificielle qui fait passer, par l’holocauste biblique, de la consumation de la matière lourde et grossière du sacrifié à l’avènement des cendres minérales, mais surtout de l’esprit, léger et subtil qui caractérise son humanité. Mais l’exaltation, toujours par analogie à la chimie organique,  permet aussi  une catharsis, en séparant , à partir d’un même objet , ce qu’il y a en lui d’invariant, d’insécable, de noble, et les « vices,  impuretés », ou métaux qui y sont accolés, et qui , eux, resteront au fond de la cornue  : « La chair quitte les os […] Tout se désunit »  reflètera ainsi à la fois une forme de spiritualisation de l’initié,  par l’extirpation des métaux parasites, et recomposant ensuite, par la, concrétion, le  nouveau corps purifié , c’est-à-dire le nouveau maître. Sur le plan métaphysique, la substitution de l’initié se comprend facilement.

E

n effet, la franc-maçonnerie, comme toute pratique initiatique, est holistique, c’est-à-dire qu’elle prend en compte en permanence la totalité des chemins possibles nés de l’avancée de l’initié. Comme il est bien sûr impossible à l’entendement humain de considérer pleinement tous les choix que l’initié ne fera pas, c’est sous l’appellation générale et duale de mot substitué et de Parole Perdue que sera rassemblée la totalité des états possibles, totalité que j’assimilerais ici au terme générique de Verbe ou de logos. Pour créer le mot substitué, il conviendra alors d’envisager la Parole Perdue come l’accessit à cette substitution : la parole ordinaire est verbeuse, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire solaire, volatile, discriminante, fécondante et révélative. Sa fonction est inséminatrice, elle a l’acutesse de sa singularité et de sa propension à rapidement envahir l’espace et les cerveaux. Dès qu’elle se perd, sa légitimité se transforme. En tout cas elle s’uniformise, ne formant plus avec les autres pertes qu’un fonds commun. En fait, on parle de mot substitué, car le mot est l’agrégation à un moment déterminé d’une parole, d’un contexte, d’une circonstance.

La parole ne peut pas, elle, être substituée, car elle est déjà mouvement par elle-même, elle peut simplement être ou ne pas être. Le mot obéit, lui, à des mouvances qui sont d’autant plus efficaces qu’elles sont incarnées. Là où la Parole est perdue, le mot est substitué : la parole travaille sur le registre de la manifestation à tout crin, elle a cette vertu d’être ostensible, déclarative, et sa perte occupe encore une place importante, à la façon dont un enfant se construit sur l’absence d’un parent parti ou décédé. La parole perdue crée ainsi un appel d’air initiatique, où ne manquera pas de s’engouffrer le mot substitué, la nature initiatique ayant horreur du vide existentiel. L’exaltation soumet un équilibre entre le mot ou l’attitude substituée d’une part, et l’arborescence de choix possibles non réalisés, d’autre part, qu’on appelle Parole Perdue. Ceci est en fait le sens ésotérique profond du mobile de l’assassinat d’Hiram Abif : le narratif évoque le refus de Maître Hiram de donner le mot aux 3 mauvais compagnons.

En fait, en ne donnant pas ce mot, Maître Hiram ne tranche pas dans l’arborescence infinie des choix possibles, le mot substitué se contentant alors de donner le change sans affecter la structure intime de l’univers. Mais on ne trompe pas impunément l’Univers, et l’attitude cavalière de Maître Hiram va se payer comptant. Ce dernier va être assassiné, et les 3 mauvais compagnons se perdre dans la nature, au moins durant un temps. On parlera donc de substitution : ce sera le seul moyen, à prenant appui sur ces « canaux de similarité » d’avancer au sein même de cette analogie sans la trahir, sans la dévoyer. Je vous citerai cette définition subsidiaire de l’analogie, qui me paraît très parlante « Action qui détermine l'apparition dans la langue de nouvelles formes à partir de correspondances qui existent entre des termes d'une même classe ». Ces nouvelles formes pourront alors se substituer aux anciennes, sans déroger au sacro-saint principe d’analogie. Lorsqu’on sort l’analogie du son carcan inertiel de l’analogie, il va nous être possible d’avancer en son sein, sans en dévoyer le message : ce sera l’objectif de la substitution.

C

ette dynamique me fait penser en chimie, aux émulsionnants, substances ajoutées à un milieu par nature instable, le stabilisant par leurs capacités à se lier avec les opposés générateurs de ce déséquilibre. La substitution est de ce tonneau : c’est un émulsionnant initiatique : sans négativer le principe de toute façon incontournable d’analogie, elle exploite en son sein les ressemblances et les différences en s’y liant. L’enjambement du cadavre obéit à cette dynamique faite à la fois d’une distanciation et d’un amalgame à ce corps perdu. La substitution préserve donc les fondamentaux là où la Parole perdue les met sur le bas-côté. La parole n’est jamais véritablement perdue, car le fait de la qualifier comme telle la fait subsister, là où le mot se verra, lui, substitué ; l’étymologie de ces 2 verbes est voisine. Subsister, dont le préfixe est emprunté au latin subsistere « s'arrêter, faire halte, rester, demeurer, résister, tenir bon », est formé de sub- (dessous) et de sistere « placer, poser, se poser, s'arrêter, résister ». Substituer emprunte, lui, au latin substituere « mettre sous, mettre à la place, substituer (un héritier) », formé de sub- et de statuere « établir, poser ». Dans ce cadre, subsister et substituer conditionnent des changements qui vont ou bien dans un axe de continuité qui les légitime, ou bien à côté dudit axe, donc perdu, au moins pour un temps. Le fait même que ces verbes se ressemblent fortement, tout en différant subtilement dévoile le mécanisme de l’analogie, faite d’un va et vient subtil qui lie et écarte en permanence les 2 tenants pour conserver leur intégrité, tout en les versant dans un même élan. Le mot est une concrétion, une finalité, un aboutissement, le produit de la civilisation : à cet égard, il ne peut quitter la sphère du vécu, il n’a pas les moyens de s’« échapper » et donc de se perdre . Tout au plus pourra-t-il être substitué, c’est-à-dire remplacé mais dans un contexte similaire. La Parole, elle, est source, induction, création, elle a cette caractéristique de pouvoir être « perdue », c’est-à-dire mise de côté par l’orthodoxie du moment. Que cette perte soit transitoire ou définitive n’a que peu d’importance, c’est sa valeur absolue qui en conditionne la portée. Si l’on voulait utiliser une image, la Parole serait, dans un son, la porteuse, c’est-à-dire cette trame modifiable à l’envi mais jamais remplaçable, simplement émaillée d’accidents ponctuels qu’on appelle les mots.

Le mot est dans le monde, il lui est consubstantiel, indispensable à l’exercice initiatique qui côtoie sans jamais l’atteindre ce que l’on nomme communément le principiel, l’essence, le GADLU ou Dieu, mais toujours à partir d’une réalité qui est celle du rite et du rituel. La formalisation du mot en condamne l’échappement, il se voit cantonné au monde tangible auquel il appartient tout entier, et c’est bien là qu’il aura une utilité. Le mot correspond à une station du verbe, à son agrégation lorsque les circonstances le rendent possible. On pourrait dire que le mot apparaît et se signale de façon impromptue lorsque les circonstances l’amènent à être utile. Utile est un qualificatif fondamental dans l’esprit du REAA. Au-delà de sa similarité étymologique avec le substantif « outil », utile signifiait au début du 16ème siècle « qui possède les revenus et non le fonds d'une terre ». On pourrait assimiler les revenus aux mots, et le fonds à la Parole Perdue. Ces circonstances sont présentes quand elles imposent, comme dans la Tradition et l’exemplarité, un échange entre humains, dans une promiscuité nécessaire à la transmission dudit mot.

C

’est pourquoi chaque grade possède un mot sacré, et presque tous (à part le 13ème degré, qui est déjà dans son essence un passage) un mot de passe. Le mot est l’interface du verbe ou de la parole, fécondant, et de l’être humain, c’est-à-dire de la matière fécondable ou fécondée. Le mot est aussi une interface dont l’envers serait sacré, et l’avers serait « de passe ».  A cet égard, le terme de mot de passe est un pléonasme, dans la mesure où le mot même est déjà l’indice d’une passation entre 2 milieux ou 2 êtres. On utilise néanmoins cette acception car l’initiatique place, à côté du mot de passe le mot dit sacré, qui invite à dépasser un seuil, à franchir un palier permettant à l’initié d’être reconnu et de ne pas se perdre lorsqu’il n’est plus, comme le dit le rituel d’ouverture au 1er degré, dans le monde profane. Par exemple, le mélodrame vécu par Hiram Abif va permettre de décliner ce verbe entre, d’une part la parole perdue, c’est-à-dire tout ce qui sera laissé de côté, du fait même des circonstances, et le mot substitué, véritable survivance d’une situation. Tous les mots sacrés qui caractériseront chacun des grades ultérieurs au 3ème degré sont, dans leur principe, substitués, c’est-à-dire rapportés à un narratif particulier sanctionnant une situation nouvelle et originale, mais toujours référée à un objet particulier.

Ainsi la cérémonie d’exaltation deviendra le Kaïros, c’est-à-dire le point de confluence entre candidat à la maîtrise et ce qui lui sera donné à voir et à apprendre. On lui associe communément le verbe ou le logos, qui a la faculté à se disséminer, se propager, tout simplement parce qu’il est d’une nature différente du milieu à partir duquel il voyage. Pour qu’il y ait propagation, il faut effectivement que ce qui voyage soit de nature différente du milieu dans lequel il baigne, sans quoi ne s’en différentierait-il pas. Si le narratif colore de morale le mélodrame d’Hiram Abif, et sa volonté de ne pas donner aux 3 compagnons le mot des maitres, c’est parce que cette morale est la façon la plus directe de raconter une histoire, de la rendre crédible et compréhensible par tous. La morale a cette vertu de s’adresser à tout un chacun, mais aussi au collectif. Elle est puissante, en particulier dans le monde judéo-chrétien, par les leviers culturels, voire cultuels qu’elle met en branle, celui du mal, du bien, du pécher et de la rétribution théologique en général.

En un mot, la morale est la façon la plus efficace à même de concerner les plus rétifs. Hiram Abi n’existe donc que par sa mort, c’est sa trace qui nous guide, son cadavre que l’on enjambe et sa réapparition en avatar qui permettra de s’y substituer. Cette substitution n’est en rien anodine : Exotériquement, elle permet, par son caractère peu offensif, de ne pas écorner l’image radieuse du vieux Maître. Ésotériquement, la substitution va installer le jeune Maître sans générer une culpabilité toujours nuisible aux nouveaux arrivants. Ainsi le nouveau Maître qu’on devient peut « reparaître plus radieux que jamais », sans être alourdi du syndrome de l’imposteur. Cette légitimité est fondamentale, car elle donnera une force, une solidité et une constance appréciables, qualités dont l’addition s’appellera souveraineté. Le relèvement du maître, entendu autant dans son acception maritime de mesure, que dans son acception posturale, s’effectuera alors par les 5 points parfaits de la maîtrise : il s’agit là de la reconstitution de chevilles ouvrières co-formées par la disposition en miroir de 5 points, et donc de leur analogie structurelle.

Lorsque le candidat a subi le coup létal et qu’il est allongé sur le sol, les 7 maîtres le cherchent symboliquement sans pouvoir le trouver physiquement : à ce moment, le candidat est dans un entre-soi dans lequel l’incarnation, tout comme l’exaltation n’ont pas leur place : l’analogie a alors cesser d’exister ; c’est pourquoi les 7 maîtres tournent autour du nouveau maître sans pouvoir le découvrir, il n’est alors pas visible symboliquement. Seul un rameau d’acacia, porteur d’une forme de verdeur cyclique, de renaissance intemporelle, bornera puis permettra d’identifier sa sépulture. Ce rameau fera revivre, par délégation, un lien analogique qui, de ce fait, va sauter aux yeux des 7 maîtres incarnés. Là où la Parole est perdue, le mot est substitué : la parole travaille sur le registre de la manifestation à tout crin, elle a cette vertu d’être fécondante, ostensible, solaire, déclarative, et sa perte occupe encore une place importante, à la façon dont un enfant se construit sur l’absence d’un parent parti ou décédé. La parole perdue crée ainsi un appel d’air initiatique, où ne manquera pas de s’engouffrer le mot substitué, la nature initiatique ayant horreur du vide existentiel.

Thierry Didier

 

commentaires

Moabon

Publié le 25 Août 2026 par T.D

27 Mars 2008 , Rédigé par Lurker

"La parole sacrée, est celle que je vous ai donnée à l'oreille en vous
relevant; on la donne en recevant et donnant l'accolade en trois
temps, une syllabe à chaque temps: elle signifie,
la chair quitte, les os."
Régulateur du Maçon. Heredon VL 5802
« Moabon » est  bien connu des Maîtres Maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ce mot peut avoir plusieurs significations et l'une de celles qui lui sont attribuées est « le fils du Père ». Il n’est pas question d’en faire le tour ici, mais de souligner un petit élément qui peut être intéressant au chercheur qui étudie les Ecritures.

On sait que Moabon est donné en substitution du Mot perdu et que les instants durant lesquels il est prononcé sont particulièrement importants dans la cérémonie dans la mesure où il est admis que sa prononciation  est liée et conditionne la relévation.

Dans la légende d'Hiram 
on sait que celui ci vient de la tribu des Nephtalis, forgerons Moabites et qu’il est fils d’une Veuve. Voyons et décortiquons ces quelques informations et surtout, replaçons en quelques éléments dans le contexte vétéro-testamentaire dont on connaît l’importance dans nos rituels.

 Ab ( Aleph – Beth ) signifie 
« Pere dans le sens de qui détient la source patrimoniale. C’est ce même mot qui devient « Abi » pour désigner Hiram Moab est une forme prolongée de Abi par l’adjonction du préfixe « M’ » qui ajoute une conception qui signifie « issu du propre Père de sa Mère ». De fait, cela se rapporte bien à l’acte qui est à l’origine de cette naissance ; le rapport incestueux des filles de Loth d’où est né Moab. Il est bon, aussi, de noter que Loth, qui a fuit Sodome avant sa destruction est « exilé » dans une grotte et qu’il disparaît après l’acte incestueux. On ne parle plus de lui après Gen. 19. Ce qui laisse à penser qu’il aurait terminé sa vie dans cette grotte, oublié de tous et oublié de Dieu. Le texte biblique laisse entendre qu’il aurait terminé ses jours dans l’abandon, la fuite de Sodome n’aurait pas été salvatrice, son conflit avec Dieu s’est aggravé. La punition de l’Eternel n’est pas la Mort mais l’ignorance, l’abandon de l’âme. Cette ignorance de l'Eternel a un objet précis, la continuité de l'Histoire. Loth ne sert plus les desseins de l'Eternel, ce sera sa descendance qui portera le message divin malgré lui. Contrairement à son épouse, Loth n’est pas torturé par son passé au point de s’en sentir prisonnier, il ne s’est pas retourné pour faire face à une destinée écrite, comme s’il subissait, pour sa part, une plus grande culpabilité muée en individualisme. Il sera contraint d'assumer l'avenir. Sa mort, son abandon fait des enfants de ses filles des enfants sans Père, des fils de veuves en quelque sorte. La punition est d’ailleurs ambiguë car elle s’adresse à Moab, le fils de l’aînée qui devient le « fils de sa Mère issu du Père », c’est à dire l’enfant de l’inceste. Alors que l’autre fils Ben Ammi, « Le fils de Mon Peuple », père des Ammonites ne sera pas désigné de la même manière infamante, comme si l’acte d’inceste n’était condamnable que pour la fille aînée, comme si l’on considérait que le fait d’avoir imité sa sœur dédouanait la plus jeune fille de la faute.  C'est sur cette faute que s'appuie l'interdit formel pour les enfants d'Israël d'épouser des Moabites en expiation de l'époque durant laquelle ils habitèrent dans la vallée des Acacias et adoptèrent le culte de Baal-Peor ainsi que les pratiques impures auxquelles ils se livrèrent avec les filles du pays ( Nb 25 ; 1-3 ). Sur la colère de l'Eternel et ses conséquences, l’Ecriture semble quelque peu ambigüe. Il semble bien que nous soyons en présence d’au moins deux éléments qui permettent de penser à une certaine mansuétude de l’Eternel dans la mesure où, contrairement aux Interdits formulés, Ruth, Moabite, offre, de par son mariage avec Boaz, un élément de la lignée de David, donc, de Jésus. Et, second élément, celui de la tribu des Nephtalis, forgerons Moabites d’où est issu ‘Hiram Abi La colère et l’abandon sont donc deux éléments de cette histoire, comme la vengeance sera l’un des éléments de l’histoire mythique des hauts grades…

Le pays de Moab est donc, pour la Genèse, d’une part, un pays né de l’inceste, mais aussi, par extension, celui où les femmes mauvaises dominent. Il y a ici un lien avec un autre symbole maçonnique très fort : l’Acacia. En effet, l'Ecriture s’attarde sur les débauches du peuple d'Israël au pays de Moab, dans la vallée de Cithim qui est le nom de l’Acacia
 On notera au passage que ce mot, Cithim et d’orthographe hébraïque identique à Shittim, qui signifie aussi acacia. La mutation capitulaire de « SH » à « CE » n’est pas anodine puisqu’elle est identique à celle de Schibboleth. D’autre part, Shittim est un pluriel, celui de « shithah » qui veut dire approximativement « le feu du savoir caché ». relever ‘Hiram par les cinq point de la Maîtrise aurait donc pour signification « le feu marche avec moi ».
Mais, là n’est pas la question.

Si les descendants d’Hiram Abi viennent de la vallée du Shithim, alors, il est naturel que cet arbre soit celui qui ait fourni la branche posée sur sa tombe, et il n’est pas surprenant que celui qui est né à Moab soit aussi celui qui bâtit le Temple de l’Eternel pour les mêmes raisons que l’Eternel exige que le bois d’acacia qui servit à bâtir les hôtels du Veau d’Or dans le Sinaï et ceux de Baal des filles de Moab.

« Moabon » est, de ce fait, lié à l’Acacia 
par l’étymologie du nom et indiquerait, au moment où il est prononcé dans le rituel, c’est à dire à la relévation d’Hiram, une forte dominante de l'ambivalence propre aux conflits entre les forces contraires dont l'énergie est souvent mise à l'épreuve. Les forces contraires sont généralement vouées à la perte à l’exception des instants où elles sont imbriquées dans les desseins de l’Eternel. Ici, il est bien évident que symboliquement, Moab est protégé par sa condamnation et que cette protection a pour objet de le contraindre à offrir sa lignée au rédempteur. Tout autant que l'acacia lui-même protège la Loi, conservée dans l'arche, la Loi qui est la source du Message. L'acacia comme Moabon est donc, en quelque sorte, l’image du libre choix et de la connaissance, du libre-arbitre de l'homme, le « connais-toi toi-même » qu'il y a lieu de protéger.

Concernant les mots et particulièrement les substitutions, un de nos FF lecteur a attiré mon attention sur le mot GABAON qui est utilisé dans les rituels anglo-saxon de type York et Emulation durant la cérémonie d'ouverture de la Loge des Maitres Intallés. Sans entrer dans le détail, ce mot fait référence à la "place élevée" où fut scellée l'Alliance. Sur ce point "élevé" je renvoie les intéressés aux Rituels des Nautoniers de l'Arche Royal et à  l'Arche Royale et pour le reste, et bin je vais laisser la Parole à Albert Galatin MacKey, sortez vos dicos ( cela va faire plaisir à mes lecteur anglicistes ) :
 

commentaires

Les secrets véritables des Maîtres Maçons. Les mots substitués

Publié le 25 Août 2026 par T.D

Publié le 21 Juin 2013 par Alain BOUCHET

D. - Comment voyagent les Maîtres Maçons ?
R. - de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre
D. - Dans quel but ?
R. - pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la Lumière
D. - Qu’est-ce qui a été perdu ?
R. - les secrets véritables des Maîtres Maçons.
D. – Comment ont-ils été perdus ?
R. – par « Trois Grands Coups » qui ont causé la fin tragique de notre R\M\ HIRAM
(Instruction au 3ème D\)
Le mythe, qui voit dans la mort de HIRAM la perte des secrets véritables des Maît\ Maç\ nous invite donc à rechercher ce qu’est le secret de la F\M\ et ce sujet est un des éléments de base sur lequel s’édifie notre quête Maç\.
Cette soi-disant perte est un symbole mystérieux et je ne prétends pas retrouver quoi que ce soit … mais on peut toujours en parler entre nous


I. De la nécessité du mythe et son contexte.

Ainsi donc, l’histoire commence par un deuil qui est la conséquence d’un meurtre, c’est dire que l’ambiance générale est à la tristesse et que les MM\ MM\ présents épanchent leur chagrin par des larmes libératrices.
Le T\V\M\déplore, en parlant de Hiram, que « hélas, lui seul possédait le secret de l’œuvre en cours d’exécution ». Voilà le problème posé. Aussitôt le T\V\M\ pense à « l’après Hiram » et il interroge « qui oserait maintenant se présenter pour lui succéder ? ».
La réponse viendra plus tard mais déjà par cette question, à ce moment-là, les FF\ sont invités à ne pas s’apitoyer sur eux-même. D’ailleurs le T\V\M\ intervient sur le plan moral par cette injonction « ne perdons pas courage » et il indique la conduite à tenir dans l’immédiat :
- « arracher les restes à ses meurtriers », il est pragmatique
- « rendre les honneurs funèbres à sa dépouille » : pour le respect et la dignité dus au défunt enfin, pour ouvrir le champ des possibles, tout cela avec dit-il « l’espoir de recueillir quelques traces de sa science ».
Outre le chagrin, quelles sont les émotions qui habitent les FF\ à ce moment-là ? Quel est leur état d’esprit ?
Vraisemblablement ressentent-ils la colère et la révolte, l’incompréhension, le dégoût, le désir de justice qui mène à la recherche des coupables - avec un désir de vengeance ?
Car après avoir été capturés les meurtriers subissaient, d’après la loi de cette époque, le châtiment suprême pour venger le défunt et sa famille.
Nous connaissons la suite et la fin de l’histoire qui nous amène sur un tout autre plan que celui de considérations matérielles, obscures, brutales et bornées.
Mais revenons sur le chantier à la tombée de la nuit de cette journée-là.
Hiram resté seul dans l’enceinte du temple reçoit deux coups puis un troisième qui est fatal. Il pouvait sauver sa vie en satisfaisant la volonté de ses agresseurs mais il choisit « la mort plutôt que de violer le Secret qui lui a été confié ». Cette mort ressemble donc à un sacrifice, un de plus dans la longue histoire des mythes à travers les époques. Hiram reste fidèle à son engagement, à ses idéaux.
Quant au comportement des Comp\, il est moins clair.
En effet, ils accumulent ce qui ressemble à des erreurs. Pourquoi avoir enseveli le corps si près du lieu du crime ? Pourquoi planter un Acacia en ce lieu ? lequel des trois Comp\ a eu cette idée, quel était son dessein ?
En laissant de tels indices, ils donnent l’impression de vouloir être retrouvés.
Et cela arrange bien les chercheurs que nous sommes.
Alors, que savons-nous ?!
Nous disons que Hiram a respecté ses serments solennels jusqu’au sacrifice. En sommes-nous sûrs ? Et si le mythe nous mentait ? Et si Hiram avait parlé ?
C’est une hypothèse, pas une provocation.
Un autre départ serait alors que les Comp\ se retrouveraient très embarrassés avec de bien encombrants secrets. En effet, en tant que créateur de l’œuvre, Hiram avait en tête la totalité de son projet architectural. Les Comp\, eux, n’avaient qu’une connaissance fragmentaire et imparfaite des plans et de l’idée « divine » détenue par Hiram puisque ces Comp\ n’étaient que des exécutants. Ils auraient été reçus avec les MM\. Qu’auraient-ils faits ? Qu’auraient-ils dits ? Combien de temps auraient-ils tenu sans être démasqués ?
Mais la vérité est que Hiram n’a rien révélé et qu’il a été mortellement privé de la parole, ce qui nous pénalise, nous les MM\ MM\. Intuitivement nous comprenons que Hiram était au service du bien. Il était un homme bon, animé par un « esprit divin » au contraire des Comp\ que l’ignorance, le mensonge et l’ambition rendaient dépendants de l’esprit du mal.
Cet esprit cherchait à ravir la puissance du premier pour prendre sa place. Et temporairement, le mal l’a emporté.
Et que déplorons-nous le plus ? La perte de secrets ou le fait que les mauvais Comp\, en assassinant Hiram sont parvenus à détruire l’esprit d’harmonie qu’il symbolisait ?
C’est en quelque sorte une mort libératrice mais qui condamne les MM\ MM\ à la liberté.
Il est bien entendu nécessaire que Hiram meurt. Avec ou sans mauvais Comp\, le temple n’aurait-il pas été achevé ?
Il faut se rappeler que deux autres personnes détiennent les clés du savoir et d’une certaine Connaissance. Il s’agit des deux Rois : Salomon et Hiram Roi de Tyr qui, de par leur fonction royale sont investis de pouvoirs particuliers. Ils forment un tri-magistère qui organise le chantier et s’assure du bon déroulement des travaux.
Mais sans la mort de Hiram nous aurions été privés d’une histoire édifiante, édifiante dans le sens d’élévation spirituelle.
De nombreux mythes sur la condition humaine rendent nécessaire la désobéissance, la révolte ou la transgression face à une autorité toute puissante.
Dans l’histoire biblique du commencement, Adam et Eve passent outre un commandement divin et ils acquièrent indûment la connaissance du Bien et du Mal. Cela provoque un changement d’état et de plan de conscience ce qui les rend semblables aux dieux (au pluriel).
Nous comprenons que nos besoins physiques primaires (biologiques) et psychiques nous lient par leur fonctionnement automatique. Par la transgression nous avons la faculté de nous en affranchir sans pour autant nous en abstraire, ce qui serait un non-sens.
Plus tard, Moïse brisera les Tables de la Loi et plus tard encore Judas trahira Jésus. Pour ne citer que ceux-là car les rebellions sont nombreuses dans les Ecritures.
Des récits représentatifs émanent d’autres cultures, je pense au mythe d’Isis et d’Osiris que je n’aborde pas non pas par désintérêt mais parce que je me sens plus à l’aise dans le domaine judéo-chrétien.
Et malgré la mort du Maît\, paradoxalement, l’édifice sera achevé.

II. De l’outil au Logos

Ce paradoxe permet d’aborder les divers aspects de la Parole qui est l’outil qui donne forme au récit, que les mots habillent et que le nom désigne.
Tout d’abord, la Parole véhiculerait-elle des secrets que nous ignorons pour n’en avoir pas conscience ou par ignorance ?
Les trois premiers chapitres de la Genèse nous livrent quelques clés pour comprendre le processus de création par Dieu et Adam.
Au commencement, Dieu sépare la lumière et les ténèbres. Il appelle la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Le fait de nommer organise le temps par séparation et spécification.
Ensuite Dieu crée l’homme à son image, ainsi que la femme.
La divinité crée par le pouvoir et la force de la Parole sur une Terre informe et vide. Aucun témoin n’intervient dans cette première étape qui symbolise l’état d’inconscience du monde.
Dans le chapitre II, Dieu modèle les bêtes sauvages et confie à Adam le soin de les nommer. Adam est ainsi préparé à prendre conscience de son environnement.
Le chapitre III voit Adam et Eve émerger dans le conscient. Le serpent, nouvel acteur, entre en jeu et il dialogue avec Eve pour lui proposer de manger le fruit défendu. Celle-ci accepte et en offre à Adam qui reste étrangement silencieux.
C’est ainsi que le couple entre dans le monde du langage et de l’expérience au prix d’importantes modifications de leur état primordial. Mais l’homme conserve le souvenir de son ancien pouvoir - celui de nommer - et qu’il vient de perdre en étant chassé du Paradis.
Dans les Traditions Egyptiennes et bibliques, seuls certains prêtres connaissent le secret du nom divin et ont le pouvoir de le prononcer. A condition toutefois de savoir le prononcer correctement sinon la mort frappera l’imprudent.
Paroles et mots servent jusqu’ici à nommer des individualités : Dieu, homme, animaux ou objets dans un but métaphysique le plus souvent.
La parole est aussi utilisée socialement pour satisfaire des obligations politiques ou religieuses. La Grèce antique a vu l’éclosion de nombreuses écoles qui exaltaient la puissance de la parole. Celle-ci parfois coupée de la réalité proposait d’accéder à une connaissance logique et désincarnée. Son apprentissage vise l’efficacité et ne nécessite ni connaissance de soi, ni connaissance de l’autre car seule l’intellectualisation du langage est recherchée.
Ces philosophies qui conviennent au monde profane vont à l’encontre de ce que nous imaginons en Maç\ car pour nous elles sont source d’ignorance.
Les secrets véritables qui ont été perdus ne sont pas du même ordre. Les mauvais Comp\ pensaient qu’ils relevaient de la communication d’un savoir alors que notre recherche se place sur le plan de la Connaissance synonyme ici de qualité d’être.
Je m’arrête aussi sur l’épisode Babylonien représentatif des dangers du langage soi-disant unique.
Cette légende nous dit que Noé et les siens ont bâti une ville et une tour dont le sommet atteint le ciel. Leur but est de s’installer durablement et de ne pas disperser leur force. Ils parlent tous la même langue, sont unis et réussissent dans leurs entreprises.
La manifestation de cet orgueil déplaît à Dieu qui les disperse sur toute la surface de la terre car, dit-il, « tout ce que les hommes entreprennent ensemble leur réussit ».
Ce pourrait être une bonne chose mais connaissant les hommes, n’est-ce pas là plutôt une illustration du risque totalitaire ? Un seul peuple, un seul langage, une seule parole dans la bouche d’un seul chef ?
Quelle place aurait été donnée aux étrangers ou à ceux qui refusent dogmatisme et fanatisme ?
Les mots avaient perdu leur sens ce qui rendait la parole incompréhensible ou bien le dialogue devenait un simple bavardage.
De la confusion des langues naît l’obligation pour l’homme de rassembler ce qui est épars, à condition de savoir chercher, savoir et vouloir trouver ce qu’il pense être perdu.

III. Chercher ce qui a été perdu

Une chose est sûre : nous savons où retrouver un Maît\ perdu. On le retrouverait « entre l’Equerre et le Compas », ou bien « au Centre du Cercle ».
Et par un heureux hasard, retrouverait-il lui-même à cet endroit les secrets véritables des MM\ MM\ ?!
Ainsi, est-il permis de penser que ces secrets symboliquement disparus avec Hiram auraient un rapport avec l’Unité ?
Au XII ème siècle, des philosophes ont utilisé le cercle – symbole de l’espace clos – pour définir Dieu. La phrase est bien connue : « Dieu est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part ».
Ils parvenaient à dire la vertigineuse problématique du cercle avec ses rapports du centre à la périphérie, et la difficulté de trouver les places respectives de Dieu et de l’homme.
Nous, Maç\, reprenons la démarche Adamique sur le plan des idées. En nommant les animaux, Adam les faisait exister par le moyen de sons organisés qui contenaient la plénitude de ce qu’il désignait. C.à.d. la chose elle-même ou le « ça », avec le sens de son expression qui permet de situer le « ça » dans l’espace et dans le temps tout en précisant sa fonction, sa finalité, son usage, etc.
Ce que les Esotéristes appellent : « la multiplicité dans l’Unité primordiale »
Cette langue merveilleuse et parfaite a été perdue lorsque le 1er couple a heureusement failli aux obligations qui les rendaient semblables aux Dieux.
En accédant à la Connaissance, ils ont appris l’expérience individuelle qui peut être expliquée, démontrée, imitée voire transmise mais qui demeure rigoureusement incommunicable. Adam et Eve nous disent de quitter le domaine de l’intellect pour entrer dans le devenir pour espérer Etre.
Peut-être notre mémoire nous rappelle-t-elle ce monde-là lorsque par nos rituels nous sacralisons l’espace et le temps ? S’agit-il de nostalgie ou de l’espoir de retrouver pour un moment une étincelle de perfection ?
Pour nous mortels, la quête de sens consiste aussi à tenter de comprendre l’ordre des choses. La multiplicité des éléments qui apparaissent indépendants les uns des autres peut-elle être reliée par une Loi qui les gouvernerait tous ?
Nous rassemblons ce qui est épars, comme par exemple les pierres, pour qu’elles deviennent Temple qu’il faut ici comprendre dans son sens de Connaissance et d’Unité.

IV. Les mots forcément substitués

Quels mots allons-nous utiliser pour construire ? Des mots forcément substitués à la langue originelle.
Nous avançons prudemment. Tout d’abord, nous épelons, puis au grade Comp\ nous donnons un mot de passe au risque de le mal prononcer. Au 3ème D\ le F\ 1er Surv\ revient de l’Occident avec un mot de passe et un mot de Maît\ que le T\V\M\ approuve jusqu’à ce que, dit-il, les mots véritables puissent être retrouvés. Il est clairement entendu qu’il s’agit-là d’un arrangement, d’un accommodement …
Mais plus qu’un mot, le Maç\ devient comme un Dieu qui grave les Tables de la Loi pour lui-même, les autres Maç\ s’y employant aussi.
Il est souhaitable que l’homme ne commette pas l’erreur mainte fois répétée dans l’histoire de faire de cet homme le centre du monde, conséquence d’un nombrilisme désastreux qui altère les vertus de l’espérance. Peut être devons-nous avoir à l’esprit que la voie Maç\ et sa méthode favorisent la connaissance de soi et la transformation de soi pour permettre l’émergence naturelle de la Loi morale.
Les Maç\ travaillent donc à tailler les Tables de la Loi jusqu’à ce que la Loi s’y révèle d’elle-même.
Pour cela, nous allons sans cesse du silence intérieur à la parole qui rend possible le dialogue. Il n’est pas dit que les aller-retour dans la verticalité doivent se faire dans le silence. Mais pour l’horizontalité il est certain que seul le langage permet d’échanger avec nos semblables. Encore que …
Mais je m’en tiendrai au REAA qui nous dit que l’on transmet en substitution la première parole prononcée lors de la découverte de la dépouille de Hiram.

Frédéric Dard, alias San Antonio, fait dire à l’un de ses personnages : « les autres font ce qu’ils veulent de tes paroles tandis que tes silences les affolent ».
Le silence est l’épreuve que subissent les Ap\ jusqu’à ce qu’ils accèdent au grade de Comp\. Je dis épreuve car pour beaucoup c’est une période difficile qui n’est pas prolongée au-delà du grade d’Ap\.
Le silence est ici une ascèse à durée limitée contrairement à d’autres spiritualités – exotériques le plus souvent – qui érigent le silence en discipline de vie.
La discipline Maç\ vise, bien sûr, à apprendre aux Ap\ à « enfermer nos secrets dans un lieu sûr et sacré », qui est le cœur.
Car il n’a jamais été bénéfique pour personne de « jeter des perles devant les porcs », comme le dit durement l’Ecriture. On ne peut communiquer un secret à qui n’a pas vocation pour le connaître. La suite du verset dit pourquoi : « de peur qu’ils se retournent contre vous pour vous déchirer ».
Oui, mais parfois le silence fait peur. Quant à la parole elle peut être dangereuse, parfois aussi. Ou simplement remplir un espace immense et intervenir dans les divers aspects de la vie des individus ou des sociétés.
L’épisode biblique de la résurrection de Jésus (qui devient Christ) illustre cela. Les femmes qui suivaient Jésus de son vivant se rendent à son sépulcre dont elles trouvent l’entrée ouverte et le tombeau vide de son occupant.
Dans cette histoire aussi la mort retire la parole au protagoniste. Mais depuis 2000 ans ne peut-on dire que son absence est parlante ?

Le Temple dit de Salomon a été détruit deux fois au cours de son histoire. Et entre temps, il a été profané à plusieurs reprises. Où étaient les MM\ MM\ pendant ces périodes troubles ? Où s’assemblaient-ils ? Participaient-ils à d’autres constructions ? Quels mots utilisaient-ils pour exprimer leurs secrets ? Comment ont-ils préservé leurs secrets ?
Pour eux, je ne sais pas. Pour nous, aujourd’hui, j’ai quelques idées.
La démarche Maç\ qui est collective est pratiquée par des hommes individuellement faibles, mais forts lorsqu’ils s’assemblent en L\. Forts ils resteront s’ils quittent la L\ avec la volonté de pratiquer fidèlement le Devoir.
Mais on parle à l’extérieur du Temple avec des mots également substitués car il faut « penser en Maç\ et parler en profane » ai-je lu récemment.
Toutefois dans l’enceinte sacralisée, nous « rassemblons ce qui est épars » en utilisant les mots substitués du REAA car seul l’usage de ces mots limite les risques de dispersion dans la manœuvre de recentrage.

Le choix des mots substitués que nous utilisons est, ou a été, l’objet de discussions. J’aimerais être kabbaliste pour en discourir à mon aise. Ce n’est pas le cas. Je préfère donc retenir que le mot est le véhicule de l’idée.
La narration biblique de l’histoire du peuple d’Israël est un cheminement de substitution en substitution.
Souvenons-nous : L’Eternel ordonne un sacrifice à Abraham et son fils semble être le sacrifié alors qu’au dernier moment un bélier le remplacera sur l’Autel.
Plus tard, la Loi morale s’inscrit dans le Décalogue ; la transmission orale devient Loi écrite, gravée. En termes d’interdictions pour certains préceptes : « tu ne … ». Sachant ce qu’il ne faut pas faire, il appartient aux hommes de s’organiser librement socialement. La substitution est double puisque l’expression de la Loi change de forme et que l’homme bénéficie à cet instant de la capacité de prendre des initiatives personnelles et collectives.
Plus tard encore, au cours de son ministère Jésus dit être venu pour accomplir la Loi et non pas la détruire. L’ancienne alliance devient nouvelle – du moins pour les chrétiens – et les sacrifices n’ont plus lieu d’être puisqu’il se propose en victime expiatoire pour l’humanité. Le plan de conscience est une fois encore modifié.
De Jésus il est dit dans le rituel de réception au 2ème D\ qu’ « il vint annoncer à l’Occident la Bonne Nouvelle de la Fraternité humaine : Aimez-vous les uns les autres ».
Que penser de l’application de ces simples mots au cours des 2000 ans écoulés ?
Les disciples de Jésus dispenseront la pensée de leur Maître par des écrits dont les mots et leur sens vont du plus simple au plus complexe et constituent la Loi morale.
La Maç\ et les Maç\ y trouve la Sagesse, la Force et la Beauté - ainsi que l’Amour - pour relever de nombreux Temples temporairement à terre.
Hiram, notre semblable, est soulevé par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise et le T\V\M\lui communique aussitôt les syllabes du Mot Sacré des Maîtres. Ils nous reviendront en écho, enrichis de son expérience.
C’est ainsi que, avec des Mots nous bâtissons le 3ème Temple idéal et éternel.
Mon F\ MOHABON, je suis à l’écoute de tes Secrets véritables et de tes Mots substitués.

J’ai dit.

commentaires

Les mots substitués du Maître Maçon, interprétation

Publié le 24 Août 2026 par T.D

25 avril 2019

Les mots substitués du Maître Maçon : quelle est leur signification ? Pourquoi le mot véritable est-il perdu ? Pourquoi cette substitution ? Tentative d’interprétation.

D : Qu’est-ce qui a été perdu ?
R : Les secrets véritables des Maîtres Maçons
D : Comment ont-il été perdus ?
R : Par « trois grands coups » qui ont causés la fin tragique de notre R.M. Hiram
D : De quelle manière avez-vous été reçu M. Mac. ?
R : Par les « Cinq points parfaits de la Maîtrise » et par le « mot substitué » que m’a communiqué le T.V.M.
D : Que peut signifier ce mot ?
R : Les significations qui lui sont habituellement attribuées sont diverses. Si on l’interprète d’après l’Hébreu, tout comme les autres mots de nos rituels, « Mohabon » signifie « Poseur de pierres polies » et par extension « Constructeur, ou ordonnateur ». Le mot « Mac Benac » signifie : « Chef des constructeurs, ou Architecte » ; On peut en déduire que les deux versions tendent à la même signification.
D’après la légende du grade, il avait été convenu que le premier mot qui aurait été prononcé en découvrant le cadavre d’Hiram : « C’est l’Architecte ! » serait adopté comme mot sacré, substitué au Mot Véritable, connu d’Hiram et perdu avec lui.

Instruction

En outre, lors de la fermeture des travaux en Chambre du Milieu, le T.V.M. (à qui le 1er Surveillant vient de communiquer les Mots Substitués) déclare : « Je les approuve et les confirme et déclare qu’ils désigneront désormais tous les Maîtres Maçons du monde entier jusqu’à ce que les mots véritables puissent être retrouvés. »

L’interprétation de ces passages du rituel semble évidente : le but de la quête du Maître est de retrouver ce qui a été perdu c’est à dire les secrets véritables du Maître.

Tentons de donner une interprétation des mots substitués du Maître Maçon.

Les mots substitués du Maître Maçon : interprétation

Le rituel du passage au 3ème degré REAA, tout comme les précédents, contient la transmission d’un mot sacré, à ne pas confondre avec le mot de passe

Au 3ème degré, on nous apprend que ce mot n’est qu’une substitution au mot véritable. Ainsi, le degré auquel nous accédons n’est pas un aboutissement : nous sommes des hommes inachevés tout comme le temple dans lequel Hiram, venant constater l’avancement des travaux, fut assassiné.

C’est donc bien à la poursuite de la construction du temple et par analogie à notre propre construction que nous sommes conviés.

Mohabon : « C’est l’Architecte ! »

Le mot substitué Mohabon signifie « C’est l’Architecte ! » Si nous mettons en perspective ce mot avec ceux des deux premiers degrés (Boaz et Jakin) nous obtenons une phrase qui prend du sens : La force est en lui, il établira : c’est l’Architecte.

La notion de substitution apparaît dans les rituels dès les années 1720. Les versions françaises de 1744 à 1751 présentent l’ancien Mot de Maître comme étant le Nom ineffable. Cet ancien nom, Jéhovah, était bien connu des Maîtres Maçons mais jamais inscrit dans les rituels.

La signification est claire : nous sommes en présence du divin, mais ce dernier ne peut être connu ni nommé.

« C’est l’Architecte ! » évoque alors une prise de conscience : Dieu est là, mais nous ne savons pas qui il est. Nous ne le connaissons pas, nous n’avons pas les moyens de l’aborder ni de le comprendre, tout simplement parce que l’ignorance, le fanatisme et l’ambition font obstacle, nous masquent la Vérité.

Cependant, en passant à l’acte, les Trois Mauvais Compagnons se sont démasqués. En apparaissant clairement à notre conscience, ils nous ont paradoxalement aidé à réaliser le caractère essentiel de ce que nous avons perdu. Autrement dit, c’est en reconnaissant que nous sommes ignorants, fanatiques et ambitieux que nous pouvons laisser place au Créateur en nous.

Les mots substitués ou l’impossibilité de nommer

Nommer c’est créer. Or, seul le Créateur peut créer, et donc nommer et se nommer. Penser pouvoir nommer, c’est se prendre pour Dieu : funeste décentrage qui rappelle le péché originel.

Autrement dit, nommer c’est Connaître. En ce sens, le Nom n’est pas un simple vocable car il renferme en lui l’essence de l’être nommé, ce qui renvoie en outre à une sorte de pensée pure, sans langage.

On retrouve l’impossibilité de nommer dans de nombreuses traditions spirituelles et religieuses où on s’interdit toute représentation de la divinité. Dans ces mêmes traditions, Dieu est Verbe :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
Prologue de l’évangile selon Saint Jean

Mohabon comme Boaz et Jakin sont des mots empruntés à l’hébreu qui, dans un premier temps, semblent très mystérieux aux oreilles du néophyte. Ils ne sont que des sons vocaux, des supports symboliques qui suggèrent sans révéler.

C’est ce que l’on retrouve par exemple dans les Mantras, sons vocaux issus des profondeurs de l’être dont la répétition est une des techniques de base des écoles initiatiques. Parmi ces sons reviennent souvent ceux qui correspondent à la prononciation des lettres O, A et M : comment ne pas penser à Mohabon ? Ainsi, ces sons primordiaux réveillent notre mémoire innée, mémoire commune à tous les hommes.

Ainsi, nous pourrions dire que l’initiation au troisième degré marque le passage de l’homme psychique à l’homme spirituel. Le chemin initiatique suggère l’importance de laisser part à l’inexprimable et à l’incommunicable : l’intuition doit supplanter nos facultés psychiques ou mentales, seul moyen d’accéder à des états supérieurs de conscience. Beaucoup de choses devront donc être abandonnées pour pouvoir renaître à la Vérité et à la Vraie Vie.

Un début de réponse…

Le rituel d’initiation au 3ème degré fait de chaque nouveau Maître un potentiel Hiram, suggérant ainsi la possibilité de retrouver ce qui a été perdu. Le Mot Substitué nous fixe le but, but qui nécessite une quête mais nous impose aussi un devoir, celui de la transmission initiatique.

A ce stade, l’Initié doit aller au-delà des mots en découvrant leur signification cachée, subtile et universelle. Ici, le mot au sens spirituel renvoie à un au-delà, à une réalité invisible ou sacrée Ceci nous invite à d’incessants allers et retours entre l’Orient et l’Occident pour rechercher ce qui a été perdu, réunir ce qui est épars, pour enfin revenir vers le centre primordial

N.B. : « Mohabon » est parfois associé à l’expression anglaise « marrow in the bone » (la moëlle est dans l’os), évoquant un potentiel de vie toujours présent après la mort.

 

commentaires
Publicité

Le Mot Substitué

Publié le 24 Août 2026 par T.D

29.05.2012 

Par anck131

1°) LE CONTEXTE, notre RITUEL

la cérémonie d’élévation

C’est dans l’obscurité, en Chambre du Milieu, après une marche à reculons que, retourné vers l’Orient, le C. devient spectateur du deuil de ses F présents.

L’impétrant est conduit à l’Orient, devant le tombeau du Maître, qu’il a préalablement enjambé selon instructions reçues, et c’est à cet endroit, à hauteur du compas qu’il reçoit les 3 coups fatidiques donnés, via les outils du C. (dont le maillet du T. V.M.)

A ce moment là le C. en passe d’élévation devient acteur : il prend la place d’HIRAM et se trouve allongé, tête à l’Occident (équerre) et pieds vers l’Orient (compas), le corps recouvert d’un linceul (passage par la peau, Osirification).

Sa sépulture sera gardée par 3 F. avant que le Roi SALOMON, symbolisé par le T.V.M., accompagné des 2 V.M.S. ne vienne lui redonner vie.

Le second S. essaiera en vain via l’attouchement et le mot d’A.

Le premier n’aura pas plus de réussite avec l’attouchement et le mot de C.

C’est alors que le VM déclare « Seuls, nous ne pouvons rien ; aidez-moi » et, avec l’aide des deux surveillants, il parviendra à le relever par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise, en lui chuchotant à l’oreille le mot : « MOABON ».

Cette alchimie résulte donc de l’intervention d’un trio et non d’un seul…

Le nouveau M. se voit détenteur des secrets du grade de M. dont 2 mots : 1 mot de passe « TULBACAIN » et le mot sacré « MOABON » ou « MAK-BENAH » selon le rite, mot qui ne peut s’échanger qu’à voix basse. Notre nouveau M. est alors âgé de 7 ans et +

l’instruction au 3° degré

Pour l’approche du thème à traiter, on relèvera 3 des 49 questions réponses :

Qu’êtes vous venu faire ici ? * Chercher la parole du Maître qui s’était perdue

Comment a-t-on pu retrouver la parole perdue ? * Les Maîtres convinrent que le premier Mot qui serait prononcé, en retrouvant le MAITRE, leur servirait à l’avenir pour se reconnaître.

Quel est ce Mot et que signifie-t-il ? * Ce mot ne peut se donner qu’en position des « Cinq Points Parfaits de la Maîtrise », c’est « MOABON » et veut dire le Fils du Père ou la Vie Nouvelle

On observera également que les M. voyagent de l’ Occident à l’Orient, sur toute la surface de la terre pour chercher ce qui été perdu, rassembler ce qui est épars…

2°) POURQUOI ET QU’EST-CE QU’UN MOT SUSTITUE ?

Les loges bleues de la franc-maçonnerie se composent d’une progression symbolique de 3 grades dont le dernier repose encore plus sur une allégorie du cycle de la mort et de la renaissance.

L’homme s’inscrit dans un cycle de résurgence de ses expériences vécues et de son devenir au travers d’elles.

Selon la légende, tout homme élevé au grade de M. a reçu un mot substitué parce que le vrai mot a été perdu à la mort d’HIRAM.

Ce n’est pas un mot de reconnaissance (mot de passe ou mot secret) comme aux deux premiers degrés. Le Mot Substitué, lui, a un autre sens, une autre dimension : il est là pour remplacer la parole perdue. La parole est une suite de mots que l’on prononce. Or l’A. ne sait qu’épeler et le C. ne peut prononcer…

Parole perdue et mot(s) substitué(s) sont indissociables car la mort d’HIRAM symbolise essentiellement la perte de l’unité originelle, le paradis perdu. HIRAM représente le Temple de Salomon, sa mort symbolise la destruction du Temple. Or dans la tradition hébraïque on ne pouvait prononcer le Nom ineffable de DIEU qu’à l’intérieur dudit Temple… d’où la nécessité de trouver un mot de substitution.

La parole perdue rappelle la puissance initiale du Verbe au commencement de la Genèse : l’homme primordial détenait la parole créatrice, il lui suffisait de nommer une chose pour lui donner vie. Le mot du Maître, le mot SACRE est le nom ineffable car inexprimable : il relève d’une connaissance de l’omniscience et de l’omnipotence du Principe créateur ; le nommer correspondrait à le manifester à l’instant, or nul humain ne saurait appréhender la quintessence divine ! D’où la nécessité d’un mot à portée humaine : le mot substitué.

Par ailleurs, à la mort d’HIRAM, rien ne nous certifie que ce dernier n’aurait pas révélé le mot sacré aux 3 mauvais C. : le M. est mort et les 3 C. volatilisés …

Le doute peut subsister. Il convenait donc de se prémunir contre le risque éventuel de voir le mot sacré divulgué.

Substituer vient du latin : sub qui veut dire sous et statuere qui signifie placer ; c’est donc mettre quelque chose à la place d’une autre, remplacer un mot par un autre mais pas par analogie, pas par un mot impliquant un rapport de ressemblance avec le précédent. Le mot substitué ne signifie pas en lui-même, il autorise seulement la reconnaissance, l’identification.

La substitution c’est l’élimination d’un mot par un autre qui en a pris le sens. Ainsi, le tombeau d’HIRAM se substitue au corps de ce dernier : il n’est pas la représentation du squelette mais figure l’absence. Le mot substitué se trouve donc être le sens de la parole perdue : il manifeste l’absence de cette parole, il est le signe matériel de quelque chose d’invisible. La substitution se réfère à l’essentiel et renvoie à un au-delà qui appartient à l’esprit, à une réalité sacrée.

Le mot substitué n’est là que pour nous faire penser à ce qui a été perdu pour tenter de retrouver l’Histoire. La substitution permet le remplacement d’une absence par une présence, elle-même métaphore d’une autre présence, celle de l’univers symbolique ; ainsi la pierre tombale se substitue au corps disparu et à l’âme absente du mort. On peut alors parler de double substitution.

La Franc Maçonnerie est une réflexion sur le sens de la parole perdue métaphorisée au plan physique par l’escamotage du corps d’HIRAM auquel se substitue tout postulant au grade de M. Le paradoxe est que le symbole essaie de ramener l’invisible par le visible afin de donner à penser ; le symbole ne doit pas ressembler complètement et ne pas être analogue à l’idée qu’il représente en s’y substituant.

C’est par le jeu de substitutions successives de signes qu’émerge le sens… Nommer le signe qui s’est substitué à la chose : c’est faire revivre la chose qui n’existe que par des signes pour lui trouver son essence, son sens premier et profond.

3°) LE MOT SUBSTITUE ET LA LEGENDE D HIRAM

le déroulement de la cérémonie d’élévation

La mise en scène de la mise à mort et du relèvement d’HIRAM constitue le mythe fondateur de la F.M. spéculative : complot de 3 mauvais C. (convoitise, ignorance, jalousie) pour assassiner HIRAM qui va périr par les mêmes outils qui ont servi à la construction du Temple (dualité de l’utilisation du savoir tant pour le bien que pour le mal). Triple mise à mort, physique, sentimentale et mentale pour affranchir HIRAM du plan matériel, psychique et mental et permettre à l’élevé, de renaître sur le plan divin. Ce dernier se retrouve symboliquement mort, au centre de la Loge, au milieu du cercle où les éléments les plus opposés se rapprochent, allongé sur le pavé mosaïque, lieu par excellence de la réconciliation des contraires où l’on cherche à rassembler ce qui est épars..

Neuf M. partis à la recherche d’HIRAM, sur la demande de Salomon, vont convenir de prononcer 3 syllabes en une position donnée pour relever, redonner vie au défunt. Ces trois syllabes deviendront le nouveau mot de M.

Par le relèvement d’HIRAM et donc l’élévation, le nouveau Maître qui passe de l’horizontale à la verticale, de l’équerre au compas. Devient le fils spirituel d’HIRAM.

L’architecte assassiné survit alors en chacun de nous sous la forme d’un Maître intérieur : la conscience.

Analyse de la cérémonie d’élévation

La Parole n’est pas totalement perdue : ce qui l’a été c’est la conception de l’Unité, d’où le besoin de trouver une solution de remplacement dite de substitution.

La parole perdue représente le secret de l’initiation véritable avec une nouvelle naissance.

Ainsi l’A. (Pierre brute), après une phase de silence au cours de laquelle il se dégrossit, acquiert des faces plus unies (Pierre cubique) et devient C. avec mission de polir ces faces afin de leur enlever peu à peu leur rugosité (Pierre Cubique à Pointe).

Par l’élévation, liée à la transmission de la parole perdue, le nouveau M. deviendra une pierre indispensable à la Loge pour participer à une communion d’hommes individualisés, mais rassemblés par un même idéal via des rites communs.

Ce mythe met en exergue un rite initiatique : HIRAM qui, par ses enfants, ressuscitera d’entre les morts, drame symbolique reprenant les mystères de l’Antiquité païenne et les rites d’initiation chez les primitifs.

Cette légende nous vient du Talmud (2° S. après J.C.) et nous apparaît en 1726, avec la parution de l’écrit de Monseigneur GRAHAM où Sem, Cham, et Japhet durent se rendre sur la tombe de leur père Noé pour y découvrir, en trois étapes, le secret caché de l’existence de DIEU, secret perdu par la mort de son détenteur.

Ce récit est à rapprocher de l’histoire égyptienne du dernier roi de Thèbes, avec son voyage des morts vers les étoiles et la disparition du roi qui a préféré mourir plutôt que de livrer le secret gardé par un trio, d’où la parole perdue.

La Bible cite HIRAM en tant que fondeur de la mer d’airain du temple de Salomon mais nous dit peu sur ce personnage.

Le conte de Gérard De NERVAL est beaucoup plus prolixe et revisite ce mythe.

Le Coran s’attache également à cette légende.

Enfin on ne saurait omettre le rapprochement de ce mythe avec celui d’Osiris, fils du ciel et de la terre, victime de son frère « Seth » représentant le désordre, le chaos. Isis, sa sœur- épouse, partira à la recherche de son âme pour le ramener à la vie. Son amour, symbole de la régénération et de la vie éternelle, au travers de larmes argentées partagées avec 9 dieux, permettra de retrouver le corps.

Selon RAGON : Hiram serait le substitut du Christ ou d’Osiris, Isis figurerait la Loge, Horus, fils de la veuve et de Lumière, représenterait le C. élevé et Seth celui qui met la Parole en pièces et la disperse. Osiris peut alors apparaître comme la chute de l’âme dans le tombeau représentant le Verbe ou Parole perdue en attente d’une renaissance... La mort symbolique d’HIRAM, comme celle d’Osiris ou celle du Christ, annonce non pas une destruction de l’Etre, mais un renouvellement, une métamorphose.

On ne peut s’empêcher de faire un lien avec DIEU associé à l’épi de blé liant ce qui vient d’en haut à ce qui est en bas par les mystères de la germination ou faire un parallèle entre le M. enterré à même le sol et le nouvel A., seul dans le cabinet de réflexion, se préparant à de nouvelles épreuves ?

Le mythe d’HIRAM s’inspire aussi des mystères d’Eleusis, de Ceres et de Mithra ; analogie également possible avec la descente aux enfers de Dionysos avant de ressusciter et de devenir immortel.

La légende d’HIRAM est étroitement liée aux histoires de VIRGILE (Livre VI) : descente d’Enée au pays des ombres et sa quête, armé d’un rameau d’or, pour retrouver Polydore assassiné, fils de PRIAM, roi de Troie.

Ces similitudes et rapprochements conduisent à penser que ces récits sont volontairement inachevés pour favoriser la réflexion perpétuelle sur le sens du divin (de la putréfaction ressurgit la Lumière)

4°) TRADUIRE LE MOT SUBSTITUE

Si les mots de passe des deux premiers degrés sont compréhensibles par l’A. et le C. puisque se rapportant à des repères logiques liés à notre place dans la loge, en revanche le mot de M. est plus hermétique car non lié à l’espace sacré mais à un récit mythique.

Qui plus est, il est le produit d’une corruption phonétique !

La Bible nous parle d’un certain « Makhi » et de « Makhbanaï » sans plus de précisions avec le mot substitué si ce n’est que l’on peut imaginer une origine biblique à ce dernier. « Macbannaï » signifierait « mon pauvre fils ».

En 1725 un manuscrit nous parle de « Macboe and Boe » qui voudrait dire « de la moelle dans l’os », idée reprise dans l’ouvrage de GRAHAM, un an plus tard.

Le premier mot prononcé serait « Mah-Hah-Bone » ou « Marrow Bone » qui se prononcerait « Machaben » ou « Mac benach », ce qui nous rapproche de notre mot de la GLNF « MOABON » ce qui pourrait vouloir dire « du père » puisqu’un F.M. devient, par l’élévation au 3° degré, fils de la mort et successeur d’HIRAM.

Notons que MOABON était le nom d’un des neuf M. élus, de même que Jakin et Boaz.

Phonétiquement et approximativement ce mot est devenu « MachBenah» ou « Mac –benac » (à traduire par «la chair quitte les os »)

La doctrine est partagée et quelques auteurs affirment que MAHABON ou MOABON et leurs variantes seraient une déformation de l’hébreu MAH HABONEH qui signifierait « le Bâtisseur, le constructeur, l’architecte » ou bien « Moelle dans l’os », à traduire par la permanence de la vie au travers d’une mort – renaissance.

Au R.E.A.A., le mot substitué se dit MOABON et signifie étymologiquement : issu du père (MOAB) et fils du père (BEN). L’homme ressuscité de son tombeau devient, après être mort à la terre, fils du ciel, fils de la Lumière.

Chacun de nous porterait en lui la conscience divine.

Au rituel français ce mot substitué se traduit « MAC BENACH » ce qui signifierait « fils de la Veuve » ou « la chair quitte les os ». « BENETH » veut dire engendrer et «MAQ » : putréfaction, formule alchimique pouvant correspondre à « naître de la putréfaction » : la chair est corrompue et les moelles sont vivantes. C’est la putréfaction qui crée : l’édification est issue de la décomposition.

Le choix du mot M.B.N. pourrait, au travers de la résurrection du F. élevé, figurer la re-naissance du Templier pour la reconstruction de l’Ordre du Temple : HIRAM représenterait alors le grand Maître de l’ordre des templiers (J.B. MOLAY dont les initiales correspondent à celles des mots de passe ou sacré des 3 grades de la maçonnerie bleue) ?

De la Bible au débuts de la Franc-maçonnerie spéculative un mot existe dont les appellations varient mais sont finalement proches.

En fait ce qui semble important, plus que la traduction littérale du ou des mots substitué(s), c’est la nécessité de trouver un mot de remplacement pour retrouver la parole perdue.

Le mot de M., dit mot substitué, ne peut et ne doit être simple et facile d’accès afin de remplir son rôle discriminatoire.

Il pourrait être rapproché d’une autre colonne, invisible aux yeux du profane, la colonne médiane, symbole de l’équilibre dans l’arbre séphirotique de la Kabbale…

Ce mot semble être une passerelle de transmission initiatique.

5°) PORTEE DU MOT SIMULE

Les M. Maçons s’identifiant symboliquement à HIRAM rejoignent un cycle concentrique où la maîtrise n’est que la suite logique des deux grades précédents.

L’A est choisi pour son aptitude à recevoir la Lumière, sa discipline pour vivre une métamorphose intérieure.

Pour devenir C. il doit passer du fil à plomb (activité héritée du monde profane) au niveau (passivité de l’ouvrier parfait)… D’où la naissance de l’équerre, de la lettre T (le tau mystérieux tracé dans l’air par HIRAM), du maillet du T.V.M. et de la croix (symbole de la mort mystique).

L’élévation se produit en chambre du milieu, dont l’entrée désigne la ligne qui sépare la mort de la vie, lieu de sublimation de la conscience avec clef de voûte au dessus de l’arc royal s’appuyant sur les deux colonnes. C’est ici que l’on peut trouver la résurrection, la rédemption grâce à la pierre philosophale, l’élixir de longue vie : le mot de Maître.

L’éternité a pour représentation la circonférence et l’élévation consiste à passer de l’équerre au compas c'est-à-dire de la croix au cercle.

Le mot de M. ne peut se transmettre individuellement : il faut être trois pour le communiquer (tout comme il faut 3 C. pour stopper la chaîne de transmission).

Nécessité de trouver un mot substitué, mais ce qui est substitué ne peut remplacer que très partiellement ce qui était à l’origine… Quand le corps d’HIRAM est retrouvé, la tradition est rétablie mais amoindrie du fait du remplacement du mot sacré par un mot de substitution.

Le mot même HIRAM contient l’idée de vivifier en élevant. HIRAM, fils de sagesse, de science et d’intelligence, est le modèle mythique de l’Homme fait. Complément de l’ A. conçu pour exister, HIRAM est créé pour mourir et donner renaissance. Il représente le cycle de vie (HY) céleste (RAM) : vie élevée qui descend sur le monde (l’homme) pour bâtir le Temple et la continuité de la Vie par transmutation de l’énergie au travers de Dieu enseveli dans le tombeau du corps, force divine qui doit ressusciter.

C’est par la transmission du mot substitué que le C. devient le fils et successeur d’HIRAM.

Si la gestuelle permet la relévation du corps, c’est le mot soufflé qui porte la vie et libère le prisonnier. Le cinquième point parfait se porte comme une passation du souffle de la Parole représentée symboliquement par le « Mot »

Il appartient aux F.M. de réunifier l’ancien Mot Sacré (JEHOVAH) car ce mot était composé des deux parties du Nom divin, séparées par la chute.

La recherche de ce qui est perdu consiste donc en la recherche de l’être dans son essence intrinsèque, dans son principe originel avant la chute, quête pour retrouver l’état paradisiaque.

La parole perdue ne serait en fait qu’oubliée conformément à la théorie de la réminiscence de PLATON selon laquelle tout est en nous… Faut-il pouvoir encore accéder à cette richesse intérieure…

Pour ressusciter il nous faudrait alors descendre dans notre propre tombeau : s’analyser, se parfaire, poursuivre le travail sur pierre brute : le 3° degré serait la suite logique du cheminement de l’A. et du C. ?

Si A. et C. ne savent ni lire, ni écrire mais seulement épeler, le M. lui a la capacité de lire et d’écrire au livre de vie du G.A.D.L.U. puisqu’il travaille sur la planche à tracer. Les 3 grades forment un cycle.

Le séjour d’HIRAM au coeur de la terre correspond à celui du profane dans le cabinet de réflexion : il va naître de sa propre dissolution, de l’oubli de son ego.

Nous portons tous à l’intérieur de nous un noyau divin en la personne de notre maître intérieur.

En maçonnerie : la transmission est essentielle. Le M. doit mourir (chute) pour ressusciter (élévation) en un disciple afin que perdure la chaîne initiatique.

Selon notre rituel le M. se donne à celui qui sera son fils spirituel en lui transmettant le don de la vie éternelle pour renaître en lui. Fils, crée non de chair mais d’esprit, pour maintenir le père vivant en ce monde.

C’est la transmission du mot substitué qui permet cette résurrection, alchimie par laquelle de l’homme ancien renaîtra l’homme nouveau au 7ème jour.

 

 

commentaires
Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>