Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Ms Cooke

Publié le 22 Mai 2026 par T.D

LE COOKE

Manuscrit datant de 1400 - 1410 (British Library, Cooke, ms 23198)

 

 Grâces soient rendues à Dieu, créateur du ciel et de la terre et de toute chose qui s'y trouve de ce qu'il ait voulu engager sa glorieuse divinité dans la création de tant de choses utiles à l'humanité.

Car il fit toutes choses pour qu'elles fussent obéissantes et soumises à l'homme.

Car il créa tout ce qui est comestible et bon pour l'homme. De plus, il lui a donné la compréhension et la connaissance de diverses sciences et arts pour lui permettre de travailler afin d'arriver, en gagnant sa vie, à réaliser différentes choses qui plaisent à Dieu et lui procurent bien et confort.

Si je devais les énoncer ce serait trop long, mais je dois vous en exposer certaines, pour vous apprendre comment la science de la géométrie commença et qui en furent les inventeurs, ainsi que d'autres techniques comme il est dit dans la Bible et en d'autres livres.

Vous devez savoir qu'il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L'une d'elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c'est la science de la géométrie.

Les sept sciences ont les noms suivants :

La première qu'on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire.

La seconde est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté.

La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l'appelle communément l'art de la sophistique.

La quatrième s'appelle l'arithmétique, elle enseigne l'art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses.

La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes.

La sixième est la musique qui enseigne l'art de chanter selon des notes par la voix, l'orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument.

La septième est l'astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Nous voulons parler principalement de l'invention de la noble science de la géométrie et dire qui en furent les fondateurs. Comme je l'ai déjà dit, il y a sept sciences libérales, c'est-à-dire sept sciences ou arts qui sont libres et nobles par eux-mêmes, lesquels sept n'existent que par géométrie. Et la géométrie est, on peut le dire, la mesure de la terre. Géométrie vient de geo qui veut dire "terre" en grec et metrona qui signifie "mesure", c'est-à-dire mesurage de la terre.

Ne vous étonnez pas que j'aie dit que toutes les sciences n'existent que grâce à la géométrie, car il n'y a pas métier ou travail fait de main d'homme qui ne se fasse par la géométrie et la raison en est évidente, car si un homme travaille de ses mains il travaille avec un certain outil et il n'y a pas d'instrument concret au monde qui n'ait son origine naturelle dans la terre et à la terre ne doive retourner. Et il n'existe aucun instrument, c'est-à-dire d'outil de travail qui ne soit basé sur des proportions.

Proportion implique mesure, et l'outil ou instrument appartient à la terre. Or la géométrie est mesure de la terre si bien que je peux dire que les hommes vivent tous de la géométrie, car tous les hommes ici-bas vivent du travail de leurs mains.

Je voudrais vous donner bien d'autres preuves de ce que la géométrie est la science qui fait vivre tous les hommes intelligents, mais j'abandonne ici ce point qu'il serait long de développer car à présent je voudrais avancer dans mon sujet.

Vous devez savoir que parmi tous les arts du monde, en tant que métier d'homme, la maçonnerie a la plus grande réputation et forme la majeure partie de cette science de la géométrie, comme il est dit et noté dans les récits de la Bible et chez le Maître des Histoires . Et dans le Polychronicon , chronique qui a fait ses preuves, dans les traités connus sous le nom de Bède , le De Imagine Mundi , les Étymologies d'Isidore , et dans Méthode évêque et martyr.

Et bien d'autres encore disent que la maçonnerie est l'élément principal de la géométrie ce qui peut se dire car elle fut la première à être inventée comme il est noté dans la Bible au premier livre, celui de la Genèse, au chapitre 4 (Genèse 4, 17). En outre les docteurs précités s'accordent là-dessus et certains d'entre eux l'affirment plus ouvertement et plus clairement que ce n'est dit dans la Genèse.

La descendance directe d'Adam, au cours du 7e âge adamique avant le déluge comprenait un homme appelé Lamech, lequel avait deux femmes, l'une nommée Ada et l'autre Sella. Par la première femme Ada il eut deux fils, l'un appelé Jabel (Yabal) et l'autre Jubal (Yubal).

L'aîné Jabel fut le premier à inventer la géométrie et la maçonnerie. Et il construisit des maisons et son nom se trouve dans la Bible : il est appelé le père de ceux qui habitent sous des tentes, c'est-à-dire des maisons d'habitation.

Il fut le maître maçon de Caïn et chef de tous ses travaux quand il construisit la cité de Hénoch, qui fut la première cité à être jamais construite. Et elle fut construite par Caïn fils d'Adam, et il la donna à son propre fils Hénoch et donna à la ville le nom de son fils et l'appela Hénoch, mais elle s'appelle maintenant Effraym.

C'est là que pour la première fois, la science de la géométrie et de la maçonnerie fut pratiquée et mise au point comme science et art. Aussi pouvons-nous dire qu'elle fut la base et le fondement de toute science et technique. et cet homme Jabel fut aussi appelé Pater Pastorum.

Le Maître des Histoires ainsi que Bède, le De Imagine Mundi, le Polychronicon et bien d'autres disent qu'il fut le premier à partager le sol afin que tout homme pût savoir quel était son terrain personnel et y travailler comme à son propre bien. En outre, il partagea les troupeaux de moutons si bien que chacun sut quels étaient ses moutons, aussi pouvons-nous dire qu'il fut l'inventeur de cette science.

Et son frère Jubal ou Tubal, fut l'inventeur de la musique et du chant comme Pictagoras le dit d'après le Polychronicon, Isidore dit de même dans ses Étymologies au 6e livre : il y note qu'il fut l'inventeur de la musique, du chant, de l'orgue et de la trompe et qu'il inventa cette science en écoutant le rythme des marteaux de son frère, qui était Tubal-Caïn.

Tout comme la Bible, en son chapitre 4e de la Genèse, dit que Lamech eut de son autre femme, qui s'appelait Sella, un fils et une fille dont les noms furent Tubal-Caïn pour le fils et Naama pour la fille. Certains disent, suivant le Polychronicon, qu'elle fut la femme de Noé mais nous ne saurions l'affirmer.

Vous devez savoir que son fils Tubal-Caïn fut l'inventeur de l'art du forgeron et des autres arts des métaux, c'est-à-dire, du fer de l'acier, de l'or et de l'argent selon certains docteurs. Quant à sa s¦ur Naama elle inventa le tissage, car auparavant on ne tissait pas mais on filait et maillait les tissus et on se faisait les habits qu'on pouvait. Naama inventa l'art de tisser et c'est pourquoi on l'appela art de femme.

Or ces trois frères et s¦ur apprirent que Dieu voulait se venger du péché par le feu ou par l'eau et ils s'efforcèrent de sauver les sciences qu'ils avaient inventées. Ils réfléchirent, et se dirent qu'il existait deux sortes de pierre dont l'une résiste au feu &endash; cette pierre s'appelle marbre &endash; et l'autre flotte sur l'eau - et on l'appelle lacerus .

Ainsi imaginèrent-ils d'écrire toutes les sciences qu'ils avaient inventées sur ces deux pierres ; au cas où Dieu se vengerait par le feu le marbre ne brûlerait pas et s'il choisissait l'eau, l'autre pierre ne coulerait pas.

Ils demandèrent à leur frère aîné Jabel de faire deux piliers de ces deux pierres à savoir de marbre et de lacerus et d'inscrire sur ces deux piliers toutes les sciences et techniques qu'ils avaient inventées. Il fit ainsi et acheva tout avant le Déluge.

S'ils savaient bien que Dieu allait envoyer sa vengeance, ils ignoraient par contre, si ce serait par le feu ou par l'eau. Par une sorte de prophétie ils savaient que Dieu allait envoyer l'un au l'autre. Ils écrivirent donc leurs sciences sur les deux piliers de pierre. Certains disent qu'ils gravèrent les sept sciences sur les pierres, sachant qu'allait venir un châtiment.

De fait Dieu envoya sa vengeance si bien que survint un tel déluge et que toute la terre fut noyée. Et tous les hommes sur terre périrent sauf huit : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. De ces trois fils descend toute l'humanité. Ils avaient pour noms Sem, Cham et Japhet. Ce déluge fut appelé le Déluge de Noé car lui et ses enfants en échappèrent.

Et bien des années après ce déluge, on trouva les deux piliers et, suivant le Polychronicon, un grand clerc, du nom de Pictagoras trouva l'un et Hermès, le philosophe, trouva l'autre. Et ils se mirent à enseigner les sciences qu'ils y trouvèrent inscrites.

Toutes les chroniques et histoires, de clercs et la Bible surtout attestent de la construction de la Tour de Babylone. On en trouve le récit dans la Bible, Genèse chapitre 11. Comment Cham fils de Noé engendra Nemrod, comment celui-ci devint puissant sur terre et grandit tel un géant et quel grand roi il fut. Le commencement de son royaume fut le royaume de Babylone proprement dit, Arach, Archad, Chalan et le pays de Sennar. Et ce même Nemrod entreprit la tour de Babylone et il enseigna à ses ouvriers l'art de la maçonnerie à beaucoup de maçons, plus de soixante mille.

Et il leur accordait affection et protection, comme il est écrit dans le Polychronicon et chez le Maître des Histoires et en maints autres traités, sans compter le témoignage de la Bible au même chapitre 11 où il est dit qu'Assur, qui était proche parent de Nemrod, sortit du pays de Sennar et bâtit la ville de Ninive et plateas et bien d'autres encore.

Il est logique que nous exposions clairement de quelle manière les instructions du métier de maçon furent inventées et qui donna pour la première fois son nom à la maçonnerie.

Vous devez savoir ce qui est dit dans le Polychronicon et chez Méthode évêque et martyr : Assur était un noble seigneur de Sennar qui demanda au roi Nemrod de lui envoyer des maçons et des ouvriers spécialisés capables de l'aider dans la construction de la ville qu'il avait l'intention d'entreprendre.

Et Nemrod lui envoya trente centaines de maçons. Quand ils furent prêts à partir, il les convoqua pour leur dire « allez chez mon cousin Assur pour l'aider à construire une ville : mais veillez à bien vous conduire. Je vous donnerai donc des instructions à notre profit commun. Une fois auprès de ce seigneur veillez à être loyaux envers lui comme vous le seriez envers moi et faites loyalement votre travail et votre métier. Tirez-en un salaire raisonnable selon votre mérite. En outre, aimez-vous comme si vous étiez frères et restez unis loyalement. Que celui qui a un grand savoir l'enseigne à son compagnon. Veillez à bien vous conduire vis-à-vis de votre seigneur et entre vous. Que je puisse ainsi être remercié pour vous avoir envoyés et vous avoir appris le métier ».

Ils reçurent ainsi leurs instructions de celui qui était leur maître et seigneur, et partirent chez Assur bâtir la cité de Ninive dans le pays de plateas et bien d'autres villes qu'on appelle Cale et Jesen, qui est une grande ville entre Cale et Ninive.

C'est de cette manière que l'art de la maçonnerie fut pour la première fois présenté comme science, avec des instructions.

Les aînés qui nous précédèrent parmi les maçons firent mettre ces instructions par écrit : Nous les possédons maintenant parmi nos propres instructions dans le récit d'Euclide.

Nous les y avons vues rédigées à la fois en latin et en français. Mais il conviendrait que nous exposions maintenant comment cet Euclide s'intéressa à la géométrie, comme il est rapporté dans la Bible et en d'autres récits. Dans le 12e chapitre de la Genèse on nous dit comment Abraham vint au pays de Canaan, comment Notre Seigneur lui apparut et lui dit : « Je donnerai ce pays à ta descendance ». Mais une grande famine survint et Abraham prit Sara sa femme avec lui et alla en Égypte, avec l'intention d'y rester tant que durerait la famine,. Abraham était un homme sage et un grand clerc. Il connaissait les sept sciences et enseigna aux Égyptiens la science de la géométrie. Or notre noble clerc Euclide était son étudiant et apprit sa science. C'est lui qui lui donna pour la première fois le nom de géométrie car on la pratiquait avant qu'elle ne fût nommée géométrie. Il est dit dans les Étymologies d'Isidore, au livre cinq, qu'Euclide fut l'un des inventeurs de la géométrie et qu'il la nomma ainsi. Car de son temps il y avait au pays d'Égypte un fleuve nommé le Nil, et il se répandait si loin dans les terres que les gens ne pouvaient y habiter. Alors Euclide leur apprit à construire de grandes digues et fossés pour se protéger de l'eau. Par la géométrie il mesura le pays et le partagea en lots. Il ordonna à chacun d'enclore son propre lot de digues et de fossés. Le pays alors abonda en toutes sortes de rejetons, en jeunes gens et jeunes filles. Il y eut telle foule de jeunes qu'ils ne pouvaient plus vivre à l'aise.

Les seigneurs du pays se rassemblèrent et tinrent conseil pour savoir comment aider leurs enfants qui n'avaient pas de subsistance convenable, comment s'en procurer pour eux-mêmes et leurs enfants si nombreux. Parmi l'assemblée se trouvait Euclide. Quand il vit que personne ne trouvait de solution il leur dit « Voulez-vous confier vos fils à mes directives et je leur enseignerai une science telle qu'ils en vivront noblement, à condition que vous me juriez de suivre les directives que je donnerai à tous. » Le roi du pays et tous les seigneurs y consentirent. Il était logique que tous consentissent à cette affaire qui leur était profitable et ils confièrent leurs fils à Euclide pour qu'il les dirigeât à son gré et leur enseignât l'art de la maçonnerie.

Il lui donna le nom de géométrie à cause du partage des terrains, comme il l'avait enseigné aux gens du temps de la construction des digues et fossés mentionnés ci-dessus pour se protéger de l'eau. C'est Isidore qui dit dans ses Étymologies qu'Euclide appelle cette technique la géométrie.

Ainsi notre noble savant lui donna un nom et l'enseigna aux fils des seigneurs du pays dont il avait la charge. Et il leur donna pour instruction de s'appeler mutuellement compagnons et pas autrement parce qu'ils étaient du même métier, de naissance noble et fils de seigneurs. En outre celui qui serait le plus expert serait directeur de l'ouvrage et on l'appellerait maître.

Bien d'autres instructions se trouvent inscrites au Livre des instructions. Ainsi ils travaillèrent pour les seigneurs du pays et construisirent des cités, châteaux, temples et demeures seigneuriales. Tout le temps que les enfants d'Israël habitèrent en Égypte ils apprirent l'art de la maçonnerie.

Après qu'ils furent chassés d'Égypte ils arrivèrent en terre promise qui s'appelle maintenant Jérusalem. L'art y fut exercé et les instructions observées, ainsi que le prouve la construction du temple de Salomon, que commença le Roi David. Le Roi David aimait bien les maçons et leur donna des instructions fort proches de ce qu'elles sont aujourd'hui.

A la construction du Temple au temps de Salomon, comme il est dit dans la Bible au premier livre des rois chapitre cinq Salomon avait quatre-vingt mille maçons sur son chantier et le fils du roi de Tyr était son maître maçon. Il est dit chez d'autres chroniqueurs et en de vieux livres de maçonnerie que Salomon confirma les instructions que David son père avait données aux maçons. Et Salomon lui-même leur enseigna leurs coutumes, peu différentes de celles en usage aujourd'hui. Et dès lors cette noble science fut portée en France et en bien d'autres régions.

Il y eut autrefois un noble roi de France qui s'appelait Carolus secundus, c'est-à-dire Charles II. Et ce Charles fut choisi roi de France par la grâce de Dieu et aussi de sa naissance. Certains disent qu'il fut choisi par suite des événements, ce qui est faux puisque selon la chronique il était du sang des rois.

Ce même roi Charles fut maçon avant d'être roi. Après être devenu roi il accorda affection et protection aux maçons et leur donna des instructions et coutumes de son invention, qui sont encore en usage en France. Il leur ordonna aux maîtres et compagnons de tenir une assemblée une fois par an, d'y venir discuter et prendre des mesures concernant tout ce qui n'irait pas.

Peu de temps après arriva saint Adhabelle en Angleterre, et il convertit saint Alban au christianisme. Saint Alban aimait bien les maçons et le premier, il leur donna leurs instructions et coutumes pour la première fois en Angleterre. Il ordonna qu'on leur payât des gages suffisants pour leur travail. Il y eut ensuite un noble roi en Angleterre appelé Athelstan dont le plus jeune fils aimait bien la science de la géométrie. Il savait bien qu'aucun métier ne possédait la pratique de la science de la géométrie aussi parfaitement que celui des maçons, aussi leur demanda-t-il conseil et apprit-il la pratique de cette science correspondant à la théorie. Car il était instruit de la théorie. Il aimait bien la maçonnerie et les maçons et devint maçon lui-même. Et il leur donna les instructions et les noms en usage aujourd'hui en Angleterre et en d'autres pays. Il ordonna qu'on les payât raisonnablement.

Il obtint une patente du roi d'après laquelle ils pouvaient tenir une assemblée à leur convenance, quand ils verraient venu le moment opportun. On trouve mention de ces instructions, coutumes, assemblée et directives dans le Livre de nos instructions : je laisse donc ce point pour l'instant.

Bonnes gens, voici la cause et les circonstances des origines premières de la maçonnerie. Il arriva jadis que de grands seigneurs n'aient pas assez de revenus pour pouvoir établir leurs enfants nés libres, car ils en avaient trop. Ils délibérèrent donc sur le moyen d'établir leurs enfants et de leur montrer comment vivre honnêtement. Ils envoyèrent chercher de savants maîtres en la noble science de la géométrie afin que par leur savoir, ils leur montrent quelque honnête moyen de vivre.

Lors l'un d'eux, qui s'appelait Euglet , qui était fort subtil et savant inventeur, instaura une technique qu'il appela la maçonnerie. Cet art lui fournit l'honnête enseignement pour les enfants des grands seigneurs, à la demande des pères et au gré de leurs enfants.

Après un certain temps, quand ils eurent appris avec grand soin, ils ne furent pas tous capables de pratiquer l'art en question ; aussi le maître Euglet ordonna-t-il que ceux qui possédaient un meilleur savoir fussent honorés et il commanda qu'on appelât maître ceux qui étaient experts, afin qu'ils instruisent les moins habiles. Ils étaient appelés maîtres pour leur noblesse d'esprit et leur savoir. Néanmoins il commanda que ceux qui avaient moins d'esprit ne fussent pas appelés serviteurs ni sujets mais compagnons à cause de la noblesse de leur naissance.

C'est de cette façon que l'art en question commença en d'Égypte sous le magistère d'Euglet. Puis il se répandit de pays en pays, et de royaume en royaume.

Après bien des années, au temps du roi Athelstan qui fut jadis roi d'Angleterre, sur son ordre et celui d'autres grands seigneurs du pays, pour redresser de graves défauts trouvés chez les maçons, ils fixèrent une certaine règle entre eux.

Chaque année ou tous les trois ans comme le jugeraient nécessaire le roi et les grands seigneurs du pays et toute la communauté, des assemblées de maîtres maçons et compagnons seraient convoquées de province en province et de région en région par les maîtres. A ces congrégations les futurs maîtres seraient examinés sur les articles ci-après et mis à l'épreuve en ce qui concerne leurs capacités et connaissances, pour le plus grand bien des seigneurs qu'ils servent et le plus grand renom de l'art en question. En outre, ils recevront comme instruction de disposer avec honnêteté et loyauté des biens de leurs seigneurs, et ce, du haut en bas de l'échelle, car ils sont leurs seigneurs tout le temps qu'ils paient un salaire pour leur service et leur travail.

 Article un.

Tout maître doit être compétent et loyal envers le seigneur qu'il sert, disposer de ses biens loyalement comme il le ferait des siens propres, ne pas donner une plus grande paye à aucun maçon que celle qu'il mérite, vu le manque de céréales et de vivres dans la région ; et n'accepter aucune faveur afin que tous soient récompensés d'après leur travail.

 Article deux.

Tout maître sera prévenu de venir à cette congrégation afin d'y venir ponctuellement sauf s'il a quelque excuse. Cependant s'il est convaincu de rébellion à de telles congrégations ou de faute impliquant préjudice à son seigneur et tort à notre art, il ne doit avancer aucune sorte d'excuse, sauf s'il est en danger de mort et, bien qu'il soit en danger de mort, il doit informer de sa maladie, le maître qui préside au rassemblement.

 Article trois.

Aucun maître ne prendra d'apprenti pour un stage inférieur à sept années au minimum parce que celui qui aurait un stage plus court ne serait guère capable d'être à la hauteur de son art, ni de servir loyalement son seigneur en s'appliquant comme un maçon doit le faire.

 Article quatre.

Aucun maître, quel qu'en soit l'avantage, ne prendra d'apprenti né de sang servile, car son seigneur à qui il est asservi l'enlèverait à notre métier et il l'emmènerait avec lui hors de la loge ou de l'endroit de son travail ; ses compagnons risqueraient alors d'aller à son aide, de provoquer une altercation, et mort d'homme pourrait s'en suivre. Cela est interdit. Sans compter que son métier débuta avec des enfants de grands seigneurs de naissance libre, comme il est dit ci-dessus.

 Article cinq.

Aucun maître ne donnera plus qu'il mérite à son apprenti pendant son apprentissage afin d'en tirer profit, ni pas assez pour que le seigneur du chantier où il travaille puisse tirer quelque profit de son enseignement.

 Article six.

Aucun maître, par avarice ou âpreté au gain, ne prendra d'apprenti à enseigner qui soit difforme, c'est-à-dire ayant quelque défaut qui l'empêche de travailler comme il le devrait.

 Article sept.

Aucun maître ne doit être complice, apporter secours ou procurer aide et assistance à un rôdeur venu voler. À cause de ces expéditions nocturnes on ne saurait accomplir son travail et labeur de jour.

Dans ces conditions ses compagnons pourraient se mettre en colère.

 Article huit.

S'il arrive qu'un maçon excellent et compétent vienne chercher du travail et trouve un ouvrier incompétent et ignare, le maître du chantier doit accueillir le bon maçon et renvoyer le mauvais, pour le bien de son seigneur.

 Article neuf.

Aucun maître ne doit en supplanter un autre car il est dit dans l'art de la maçonnerie que nul ne finirait aussi bien un travail entrepris par un autre, à l'avantage de son seigneur, aussi bien que l'autre le commença dans l'intention de le finir lui-même.

 Autres conseils.

Ces conseils viennent de divers seigneurs et maîtres de différentes provinces et congrégations de maçonnerie.

 Premier point.

Il faut savoir que qui désire embrasser l'état de l'art en question doit d'abord principalement aimer Dieu et la sainte Église et tous les saints et son maître et ses compagnons comme ses propres frères.

 Second point.

Il doit accomplir loyalement la journée de travail t pour laquelle il reçoit son salaire.

 Troisième point.

Il peut tenir secret l'avis de ses compagnons en loge et chambre et partout où maçons se retrouvent.

 Quatrième point.

Il ne doit faire aucune malfaçon dans l'art en question, ne porter préjudice, ni ne soutenir aucun règlement nuisible au métier ou à quiconque du métier.

Au contraire il doit le soutenir en tout honneur autant qu'il le peut.

 Cinquième point.

Quand il recevra son salaire, qu'il le fasse humblement au moment fixé par le maître et qu'il remplisse les conditions de travail et de repos convenues et fixées par le maître.

 Sixième point.

Si quelque dispute surgit entre lui et ses compagnons il doit rester tranquille et obéir humblement aux ordres de son maître ou du responsable de son maître au cas où le maître serait absent, jusqu'au prochain congé et s'arranger alors avec ses compagnons, en dehors d'un jour de travail, si non, ce serait préjudiciable à leur travail et au bien du seigneur.

 Septième point.

Qu'il ne convoite pas la femme ni la fille de ses maîtres ni de ses compagnons sauf dans les liens de mariage et n'entretienne pas de concubines, de crainte des disputes qui pourraient survenir.

 Huitième point.

S'il lui arrive de devenir responsable sous l'autorité de son maître, qu'il soit un intermédiaire loyal entre son maître et ses compagnons, qu'il s'active pendant l'absence de son maître pour l'honneur du maître et le bien du seigneur qu'il sert.

 Neuvième point.

S'il est plus savant et plus subtil que son compagnon qui travaille avec lui dans sa loge ou dans quelque autre endroit et qu'il s'aperçoit qu'il risque de blesser la pierre sur laquelle il travaille par manque de science, il peut lui apprendre comment faire et il peut corriger la taille. Il lui en touchera un mot et l'aidera pour le plus grand bien de leur mutuelle affection et afin que l'¦uvre pour le seigneur ne soit pas abîmée.

Quand le maître et les compagnons, prévenus, se sont rendus à de telles congrégations, en cas de besoin, le shérif de la région ou le maire de la cité ou le conseiller de la ville où se tient la congrégation devra être compagnon et associé au maître de la congrégation pour l'aider contre les rebelles et faire prévaloir les lois du royaume.

Tout d'abord les nouveaux qui ne furent jamais instruits auparavant reçoivent des instructions suivant lesquelles ils ne doivent jamais être voleurs ni complices de voleurs, qu'ils doivent loyalement accomplir leur journée de travail et gagner le salaire qu'ils recevront de leur seigneur ; qu'ils rendront des comptes véridiques à leurs compagnons dans les affaires qui le requièrent et leur accorderont attention et affection comme à eux-mêmes.

Ils doivent être loyaux au roi d'Angleterre et au royaume et observer de toute leur force les articles mentionnés ci-dessus. Après quoi on s'enquerra de savoir si un maître ou compagnon, prévenu, à contrevenu à l'un de ces articles, ce qui, dans l'affirmative, devra alors être discuté.

C'est pourquoi il faut savoir que si un maître ou compagnon, convoqué à l'avance à de telles congrégations, se révolte et refuse de venir ou bien s'il a enfreint l'un des dits articles, et que cela peut être prouvé, il devra abandonner son art de maçon et renoncer à son métier. S'il a l'audace de continuer, le shérif de la région où on risque de le trouver au travail doit le mettre en prison, confisquer tous ses biens et les remettre au roi jusqu'à ce que le pardon royal lui soit octroyé et manifesté. C'est principalement pourquoi ces congrégations sont prévues afin que chacun, du haut en bas de l'échelle, soit bien et loyalement servi en cet art de maçonnerie par tout le royaume d'Angleterre.

 Amen ainsi soit-il.

 

commentaires
Publicité

Ms Graham

Publié le 22 Mai 2026 par T.D

 

MANUSCRIT GRAHAM (1726)

 

 Toutes les institutions de la Franc-Maçonnerie révélées et prouvées par la meilleure tradition ainsi que par quelques références à l'Ecriture.

En premier lieu remarquez que tous nos signes proviennent de l'équerre quelle que soit la matière traitée. Ceci est prouvé par le Chapitre 6, Verset 9, du Premier Livre des Rois.

La salutation se fait comme suit

-D'où venez-vous ?

- Je viens d'une juste et respectable loge de Mditres et de Compagnons appartenant à Dieu et à Saint Jean, qui saluent tous les véritables et parfaits frères de nos saints secrets. Ainsi ferai-je avec vous si je vous trouve tels.

- Je vous salue bien mon frère et je vous demande votre nom.

La réponse est J. et l'autre doit dire que son nom est B.

 Le tuilage se fait comme suit

- Comment saurai-je que vous êtes maçon

-Par les véritables mots, signes et attouchements (1) de mon entrée.

-Où avez-vous été reçu Franc-Maçon ?

-Dans une loge juste et parfaite.

-Qu'est-ce qu'une loge parfaite ?

-Le centre d'un cœur sincère (2).

-Mais combien de Maçons sont-ils appelés ainsi ?

-N'importe quel nombre impair de 3 à 13.

-Pourquoi faire tant d'embarras et pourquoi toujours des nombres impairs ?

-Par référence à la Sainte Trinité, à l'avènement du Christ et à ses douze apôtres.

-Quel fut le premier pas de votre entrée ?

-Un fort désir de connaître les secrets de la Franc-Maçonnerie.

- Pourquoi fut-elle appelée Franc-Maçonnerie (3) ?

-Premièrement parce que c'est un franc (libre) don de Dieu aux fils des hommes, deuxièmement parce qu'elle est franche de l'intrusion des esprits infernaux, troisièmement parce qu'elle est une franche union des frères de ce saint secret qui doit durer à jamais.

- Comment êtes-vous entré dans la loge?

- Pauvre et sans le sou, aveugle et ignorant de nos secrets.

- Pour quelle raison ?

- En considération du fait que notre Sauveur devint pauvre pour notre Rédemption, de même je devins pauvre dans cette circonstance pour [accéder à] la science (4) de Dieu résumée dans l'équerre.

- Qu'avez-vous vu dans la loge quand vous avez regardé?

- J'ai vu la vérité, le monde et la justice et l'amour fraternel.

- Où ?

- Devant moi.

- Quy avait-il derrière vous ?

-Le parjure et la haine de la Fraternité pour toujours, si je découvrais nos secrets sans les avoir obtenus d'une triple voix (5) en étant entré, passé puis élevé et confirmé par trois loges différentes, et sans avoir . pris mon obligation d'être fidèle à nos articles.

- Comment se tenait votre loge à votre entrée ?

- A l'est, à l'ouest et au sud (6).

- Pourquoi pas au nord également ?

-Eu égard au fait que nous habitons la partie nord du monde, nous n'enterrons pas les morts du côté nord de nos églises, de même nous ménageons un espace libre du côté nord de nos loges.

- Pourquoi d'est en ouest?

- Parce que les églises se dressent d'est en ouest avec porches au sud.

- Pourquoi les églises se dressent-elles d'est en ouest ?

- Pour quatre raisons.

- Quelles sont-elles ?

- Premièrement parce que nos premiers parents furent installés à l'est en Eden, deuxièmement parce que le vent d'est assécha la mer devant les enfants d'Israël ; ainsi le Temple du Seigneur dut-il être construit. Troisièmement parce que le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest sur ceux qui habitent près de l'équateur (7). Quatrièmement parce que l'étoile apparut à l'est qui avertit à la fois les bergers et les rois mages que notre Sauveur s'était fait chair.

- Qui vous a guidé dans la loge ?

- Le surveillant et le plus ancien compagnon.

-Pourquoi pas le plus jeune compagnon ?

- Par référence au fait que notre Sauveur exhorta les grands à servir à table; ceci étant un exemple d'humilité que nous devons toujours suivre.

- Dans quelle disposition avez-vous prêté votre serment ?

- Je n'étais ni assis, ni debout, ni marchant, ni courant, ni à cheval, ni suspendu, ni volant, ni nu, ni vêtu, ni chaussé, ni pied-nu.

- Pour quelle raison étiez-vous dans un tel état

- En considération de ce qu'un Dieu et un homme composent le vrai Christ, de même un être sans ornements, mi-nu, mi-vêtu, mi-chaussé, mi pied-nu, mi-agenouillé, mi- debout, étant tout à demi, n'était rien complètement, ce qui indiquait un coeur humble et soumis pour être un fidèle disciples de ce Juste Jésus.

- Qu'avez-vous juré ?

- D'abord de conserver et de cacher nos secrets.

- Sur quels autres engagements portait votre serment ?

- Mon second était de me soumettre à Dieu et à toutes les équerres véritables exécutées ou adressées par un frère. Mon troisième était de ne jamais voler de peur d'offenser Dieu et et de déshonorer l'équerre. Mon quatrième était de ne jamais comrnettre d'adultère avec l'épouse d'un frère, ni de dire à celui-ci de mensonge intentionnel. Mon cinquième était de ne pas désirer une injuste vengeance d'un frère, mais de l'aimer et le secourir quand c'est en mon pouvoir, sans me causer trop de préjudice.

- Je reconnais que vous avez été dans une loge ; je vous demande maintenant combien de Lumières appartiennent à une loge ?

- Je réponds 12.

- Quelles sont-elles ?

- Les trois premiers joyaux sont le Père, le Fils et le Saint Esprit ; puis le soleil, la lune, le maître Maçon, l'équerre, la règle, le plomb, le fil, le maillet et le ciseau.

- Démontrez que tous ceux-ci sont complémentaires (adaptés).

- Pour ce qui est de la Sainte Trinité, elle donne la sagesse. En ce qui concerne le Soleil, il procure la lumière jour et nuit. Quant à la lune c'est un corps obscur issu de l'eau, elle reçoit sa lumière du soleil et est également reine des eaux qui sont le meilleur des niveaux. En ce qui concerne le maître maçon, il enseigne le métier et doit former une triple voix pour transmettre nos secrets, s'il est un homme éclairé, car nous croyons en un pouvoir supérieur. Car bien que les 70 aient eu un grand pouvoir, les 11 avaient un pouvoir plus grand encore parce qu'ils avaient choisi Mathias en place de Judas. Pour ce qui est de l'équerre, la règle, le plomb, le fil, le maillet et le ciseau, ce sont six outils sans la plupart desquels un maçon ne peut accomplir un bon travail.

- Quelle interprétation peut-on tirer de ces 12 lumières ?

- Nous en tirons l'interprétation selon laquelle ce sont les 12 patriarches et aussi les 12 boeufs, dont nous lisons au chapitre 7 du Premier Livre des Rois qu'ils portaient la mer d'airain et étaient le symbole des 12 disciples qui devaient être instruits par le Christ.

- Je reconnais que vous êtes entré. maintenant je vous demande si vous avez été élevé.

- Oui je l'ai été.

- Dans quoi avez-vous été élevé ?

- J'ai été élevé dans la science de nos [secrets] (8) originels tant par la tradition que par l'Ecriture.

- Quelles paroles de fondation prononcez-vous en commençant un édifice, là où vous supposez que quelque esprit infernal et destructeur hanterait les lieux et pourrait ébranler l'ouvrage de vos mains?

- 0 viens, permets-nous et tu recevras (9).

- A qui parlez-vous?

- En prière à la Sainte Trinité.

-Dans quelle posture prononcez-vous ces paroles ?

- Agenouillé, tête nue, la face tournée vers l'est.

- Et que voulez-vous dire par cette expression

- Nous voulons dire que nous rejetons l'hypocrisie (le pharisaïsme) et sommes différents de ces gens de Babel qui prétendaient construire jusqu'au ciel ; mais nous prions la Sainte Trinité qu'elle nous permette (10) de construire d'aplomb et d'équerre afin qu'elle reçoive la louange qui lui est dûe.

- De quand datent ces paroles et pourquoi en avait-on besoin ?

- La réponse est qu'au commencement, avant que l'Evangile ne se répande sur le monde envahi d'esprits infernaux et destructeurs, les hommes ne pouvaient construire que grâce à la foi et la prière, faute de quoi leurs ouvrages étaient souvent renversés.

- Mais comment arriva-t-il que des ouvrages des gens de Babel restèrent debout avant que la lumière de l'Evangile n'advienne ?

 - Je vous réponds cette fois en vous retournant votre question parce que l'orgueil de Babel déjà mentionné, avait insulté la Divinité de sorte qu'en raison de leur faute, les langues furent confondues afin que l'humanité ne refasse plus jamais la même chose sans la permission Divine, qui ne pourrait être obtenue que par la foi et la prière.

- [Montrez que] ceci [appartient] à la Tradition (11).

-Nous le possédons par tradition et aussi par référence à l'Ecriture qui dit que Sem Cham et Japhet eurent à se rendre sur la tombe de leur père Noé pour tenter d'y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu'au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ici, j'espère que chacun admettra que toutes les choses nécessaires au nouveau monde se trouvaient dans l'arche avec Noé.

Ces trois hommes avaient déjà convenu que s'ils ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu'ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Ils n'avaient pas de doute, mais croyaient très fermement que Dieu pouvait et aussi voudrait révéler sa volonté, par la grâce de leur foi, de leur prière et de leur soumission ; de sorte que ce qu'ils découvriraient se montrerait aussi efficace pour eux que s'il avaient reçu le secret dès le commencement, de Dieu en personne, à la source même.

Ils arrivèrent donc à la tombe et ne trouvèrent rien, si ce n'est le cadavre déjà presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha et ainsi de suite de jointure en jointure jusqu'au poignet et au coude. Alors, ils redressèrent le corps et le soutinrent en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos, et s'écrièrent : "Aide-nous, 0 Père ! ". Comme s'ils avaient dit : " 0 Père du ciel aide-nous à présent, car notre père terrestre ne le peut pas ".

Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant que faire. L'un d'eux dit alors : "Il y a encore de la moëlle dans cet os" (12), et le second dit : "mais c'est un os sec " ; et le troisième dit : "il pue" (13).

Ils s'accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours.

Puis ils allèrent à leurs entreprises et par la suite leurs ouvrages tinrent bon. Cependant, il faut supposer et aussi comprendre que la vertu ne provenait pas de ce qu'ils avaient trouvé ou du nom que cela avait reçu, mais de la foi et de la prière. Ainsi allèrent les choses, la volonté soutenant l'action (14).

Pendant le règne du roi Alboin naquit Betsaléel, qui fut appelé ainsi par Dieu avant même d'être conçu dans la [matrice]. Et ce saint homme sut par inspiration que les titres secrets et les attributs principiels de Dieu étaient protecteurs, et il bâtit en s'appuyant dessus, de sorte qu'aucun esprit infernal et destructeur n'osa prétendre renverser l'oeuvre de ses mains.

Aussi ses ouvrages devinrent si fameux, que les deux plus jeunes frères du roi Alboin, déjà nommé, voulurent être instruits par lui de sa noble manière de construire. Il y consentit à la condition qu'ils ne la révèlent pas sans que quelqu'un soit avec eux pour composer une triple voix (15). Ainsi ils s'engagèrent par serment et il leur enseigna les parties théorique et pratique de la maçonnerie ; et ils travaillèrent.

Alors les salaires des maçons augmentèrent dans ce royaume et il y eut des maçons comptés parmi les rois et les princes.

Cependant, Betsaléel à l'approche de la mort, voulut être enterré dans la vallée de Josaphat et que fut gravée une épitaphe selon son mérite. Ceci fut accompli par ces deux princes et il fut gravé ce qui suit : "Ci-gît la fleur de la maçonnerie, supérieure à beaucoup d'autres, compagnon d'un roi et frère de deux princes. Ci-gît le coeur qui sut garder tous les secrets, la langue qui ne les a jamais révélés"

Alors, après sa mort les habitants de ce pays crurent que les secrets de la maçonnerie étaient complètement perdus parce qu'on n' en entendait plus parler, puisque personne ne connaissait ces secrets, à part ces deux princes, qui s'étaient engagés par leur serment à ne pas les révéler sans quelqu'un d'autre pour former une triple voix.

Mais il faut croire et aussi comprendre qu'un secret aussi saint ne pourra jamais être perdu tant qu'il restera un bon serviteur de Dieu en vie sur la terre; car tout bon serviteur de Dieu possédait et possédera toujours une grande part de ce saint secret, bien qu'ils ne le connaissent pas eux-mêmes ni ne sachent comment en faire usage.

Car il se produisit dans le monde de cette époque ce qui advint à l'Eglise Samaritaine au sujet du Christ : les gens cherchaient ce qu'ils avaient déjà (16), mais dans leur profonde ignorance ils ne pouvaient s'en rendre compte.

Tout continua ainsi dans les ténèbres de l'ignorance, en tout pendant quatre cent quatre vingts ans apres que les enfants d'Israël soient sortis du pays d'Egypte, jusqu'à la quatrième année du règne de Salomon sur Israël, quand Salomon commença à construire la Maison du Seigneur ; ce que son père David aurait dû faire, mais il ne fut pas donné à celui-ci d'accomplir cette oeuvre, car ses mains étaient souillées sur chaque face, par des guerres sanglantes (17).

Voici tout ce qui se rapporte au règne du roi Salomon, son fils, qui commença à construire la Maison du Seigneur:

Ici j'espère que tout le monde tiendra pour assuré qu'aucune des choses nécessaires pour mener à bonne fin cette sainte construction ne fut refusée à ce sage roi. Chacun doit l'admettre, sinon nous devrions accuser Dieu d'injustice, ce dont aucun faible mortel n'oserait accuser Dieu, et ce dont sa divine Bonté ne saurait d'ailleurs être coupable.

Cela dit, nous lisons au Premier Livre des Rois, chapitre 7, verset 13, que Salomon envoya chercher Hiram à Tyr. C'était le fils d'une veuve de la tribu de Nephtali et son père était un Tyrien qui travaillait le bronze (18).

Hiram était rempli de sagesse et d'habileté pour faire toutes sortes d'ouvrages de bronze. Il vint auprès du roi Salomon et lui consacra tout son travail.

L'explication de ces versets est la suivante : le mot "habileté" signifie « ingéniosité », car lorsque la sagesse et l'intelligence se trouvent réunies chez une même personne, il ne lui manque rien. Ainsi, par le présent passage de l'Ecriture, on doit convenir que ce fils de veuve, dont le nom était Hiram, avait reçu une inspiration divine, tout comme le sage roi Salomon ou encore le saint Betsaléel.

Or, il est rapporté par la Tradition que lors de cette construction, il y aurait eu une querelle entre les manoeuvres et les maçons au sujet des salaires. Et pour calmer tout le monde et arranger les choses, le sage roi aurait dit : « que chacun de vous soit satisfait, car vous serez tous payés de la même façon ». Mais il donna aux maçons un signe que les manoeuvres ne connaissaient pas. Et celui qui pouvait faire ce signe à l'endroit où étaient versés les salaires, était payé comme les maçons ; les manoeuvres ne le connaissant pas, étaient payés comme auparavant.

Cela dut être et même s'il en fut ainsi, nous devons juger avec beaucoup d'indulgence les paroles du sage roi Salomon, car il doit être compris et aussi tenu pour vrai, que le sage roi voulait rétribuer chacun selon ses mérites.

Cependant le chapitre 6, verset 7, du Premier Livre des Rois m'en apprend bien davantage, lorsqu'il y est dit que la Maison, pendant qu'elle était en chantier, fut construite avec des pierres préparées avant d'être apportées sur place, de sorte que l'on n'entendait ni marteau, ni laie, ni hache. ni aucun outil de fer dans la Maison pendant la construction (19).

On peut en conclure que tous les éléments étaient ajustés à l'avance, mais pas encore assemblés pour qu'ils puissent être déplacés sans [faux] mouvement (sans agitation).

Et toutes choses ayant été passées en revue, des limites du ciel à la surface de la terre, rien ne put être trouvé de plus convenable alors que l'équerre pour être leur signe, indiquant comment agir les uns envers les autres.

Ainsi le travail continua et progressa t il ne pouvait guère aller de travers, puisqu'ils travaillaient pour un si bon maître, et avaient l'hoinme le plus sage de la terre comme surveillant.

C'est pourquoi avec tant de talents dus au mérite, mais bien plus encore par libre grâce, la Maçonnerie obtint un nom et un nouveau commandement. Leur nom signifie "Force", leur réponse " Beauté" et leur commandement "Amour"..

Pour avoir la preuve de cela, lisez les 6e et 7e (chapitres) du premier Livre des Rois, vous y trouv erez les merveilleux travaux d'Hiram lors de la construction de la Maison du Seigneur.

Quand tout fut terminé, les secrets de la Franc-Maçonnerie furent mis en bon ordre, comme ils le sont maintenant et le seront jusqu'à la fin du monde, pour ceux qui les comprennent vraiment ; en trois parties, par référence à la Sainte Trinité qui fit toutes choses, puis en treize subdivisions rappelant le Christ et ses douze apôtres, qui sont comme suit : un mot pour un théologien (20), six pour le clergé et six pour le compagnon du métier, puis, en plein et total accord avec cela, suivent les cinq Points des compagnons franc-Maçons qui sont:. pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos. Ces cinq points font référence aux cinq principaux signes qui sont . la têtet le pied, le corps, la main et le coeur; et aussi aux cinq principaux points d'architecture ; également aux aux cinq ordres de maçonnerie.

Ces [cinq] points tirent leur force de cinq origines, une divine et quatre temporelles, qui sont les suivantes : premièrement le Christ, la tête et la pierre d'angle, deuxièraernent Pierre appelé Cephas, troisièmement Moïse qui grava les commandements, quatrièmement Betsaléel le meilleur des maçons, cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d'intelligence. Votre premier est :

Vore second est - Votre troisième est

Votre quatrième est - Votre cinquième est

Votre sixième est - Votre septième est

Votre huitième est - Votre neuvième est

Votre dixième est - Votre onzième est

Votredouzième est - Votre treizième est

 Tho Graham étant maître de Loge Enquam Ebo (21),

 Octobre le 24, 1726, à tous ceux de notre fraternité qui veulent s'instruire par ceci.

(*) En fin de manuscrit, une phrase ajoutée par le scripteur et qui semble devoir remplacer en partie celle du texte : "Tout cela continua ainsi dans les ténèbres et l'obscurité pendant les jours suivants de son (sa) "

Traduction de Gilles PASQUIER.

  NOTES

  (1) «Attouchement» est le terme consacré en français. Mais il faut souligner que « token » signifie surtout «signe», voire " symbole",, même même si en anglais un signe peut être un mouvement de la main. (« Oxford dictionnary »).

(2) « Sentre » ("Senter", moyennant ce qui semble bien être ici une faute d'orthographe) est une forme archaïque (XIVe siècle) de "center". "The senter of a true heart" évoque "The center of union" dont dont parle Anderson dans l'article 1 de la Constitution (1723-1738).

(3) N'oublions pas que le sens premier de "franc" est "libre". Les deux mots se traduisent par "free" en anglais. Dans la réponse qui suit, nous utilisons le vocable "franc" en raison de son importance dans la question, au sein du mot composé "Franc-Maçonnerie", (en anglais « Free-Masonry »).

(4) « ... the knowledge of God contracted in the square ». ""Connaissance de Dieu " peut s'entendre de deux manières au moins : connaître Dieu, ou accéder à la science détenue par Dieu. J'ai retenu ce second sens, en raison de la suite du texte qui montre que le problème des maçons était d'accéder, par inspiration divine, à la connaissance de l'art de bâtir.

Toutefois, je ne veux pas passer sous silence la traduction sensible de notre T. V. F. Shoolingin : « compréhension de Dieu ». En effet : être guidé par Dieu dans la voie de la connaissance, peut mener à quelque chose qui est de l'ordre de la compréhension de Dieu. La question des attributs divins n'est d'ailleurs pas étrangère à cette préoccupation.

(5) Le maçon ne doit pas connaître les secrets sans les avoir reçus d'une triple voix.

« Trible voice » : la suite du texte montrera qu'il s'agit bien d'une triple voix (treble voice) et non d'une « voix de malheur » (trible voice). Cette triple voix est nécessaire pour transmettre les secrets des maçons.

(6) La loge étant aussi une assemblée de maçons, il est sans doute question ici de la disposition des maçons « formant la loge », pour accueillir le néophyte selon un schéma aujourd'hui disparu. Au rite Emulation, les officiers sont encore disposés selon ce schéma.

(7) « Equinoctial » : synonyme « Equatorial ». Forme ancienne peu usitée. L'exemple le plus récent donné par « l'Oxford dictionnary » remonte à 1860.

(8) Nous restituons le mot "secrets". Ceci se trouve justifié par la suite du texte.

(9) Le texte anglais, très elliptique, est le suivant : "0 come let us and you shall have". La traduction se trouve justifiée par le commentaire donné trois réponses plus loin.

(10) Ceci n'est pas souligné dans l'original. Il s'agit de la reprise, en deux parties, pour explication, de la formule incantatoire citée plus haut.

(11) Ici le style télégraphique règne en maître : " tradition that" dit le tuileur.

(12) "Marrow in this bone". Comment ne pas songer à une homophonie remarquable ?

(13) On comprend ici d'où le rite de la triple voix tire son origine.

(14) «So thus it contenued the will pass for the deed ». «Ainsi continuèrent les choses, la volonté soutenant l'action» («Oxford dictionnary »). Littéralement : « La volonté menant l'action au succès ».

D'après le "Random house", le sens archaïque de « to pass » est « to thrust » : pousser, imposer. On pourrait donc traduire fortement par "La volonté poussant à l'action".

(15) Le rite de la triple voix est ici nettement défini : trois personnes (en l'occurrence les deux princes et quelqu'un d'autre) doivent composer la triple voix.

(16) "They were seeking for what they did not want " .Le verbe "to want" possède un sens méconnu de beaucoup de lecteurs français: être privé de, manquer de. Le sens de la phrase est donc : "Les gens cherchaient ce dont ils n'étaient pas dépourvus". Soit ce qu'ils avaient déjà.

(17) La traduction donnée ici, pour la dernière proposition, est un peu risquée, mais le sens en est cohérent et conforme au reste de la phrase. Le texte anglais dit ceci : "... because his hands was gultie of blood wars being on every side". Mot à mot : « ... car ses mains étaient souillées par des guerres sanglantes étant de tous côtés" . Mais la phrase semble incomplète. La traduction finalement retenue est en accord avec les deux citations bibliques suivantes:

«David dit à Salomon . Mon fils, j'avais l'intention de bâtir une maison au nom de l'Etemel, mon Dieu. Mais la parole de l'Eternel m'a été ainsi adressée: tu as versé beaucoup de sang, et tu as fait de grandes guerres ; tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu as versé devant moi beaucoup de sang sur la terre" (1 Chroniques, 22-7, 8)

"Dieu m'a dit: tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu es un homme de guerre et tu as versé le sang ». (1 Chroniques, 28-3).

(18) ce passage est particulièrement facile à traduire: c'est la transcription d'un passage de la Bible (1 Rois, 7-13, 14).

(19) De nouveau une citation biblique. Peut-être le contenu de cette citation est-il à l'origine de l'usage consistant à laisser les métaux hors du temple.

(20) « A divine » : "Un théologien". Les orthodoxes appellent Saint Jean : Jean le Théologien. Il ne s'agit pas d'un théologien au sens actuel du terme, mais d'un homme ayant la connaissance divine, un inspiré.

(21) "Enquam Ebo". Ceci est certainement une formule latine déformée. Notre T. V. F. Shoolingin propose la traduction suivante : "Enquam Ebo" provient de "Inquam Ego", « dans laquelle je suis » (avec un solécisme). La phrase complète et cohérente devient alors: "Tho Graham étant Maître de Loges dont je fais partie".

 

commentaires

Le Dumfries

Publié le 22 Mai 2026 par T.D

LE DUMFRIES(extraits)

Manuscrit n° 4 datant de +/- 1710 (Archives de la loge Dumfries Kilwinning n° 53)

Que le Père tout-puissant avec la sagesse du glorieux Jésus et par la grâce du Saint-Esprit, qui sont trois Personnes en un seul Dieu que nous implorons, soit avec nous au commencement et nous donne la grâce de nous gouverner en cette existence afin que nous puissions parvenir à son Royaume qui n'aura pas de fin. Amen. Bons frères et compagnons, notre dessein est de vous faire connaître de quelle manière fut crée cette excellente science de la maçonnerie, quand et comment elle débuta, et aussi comment elle fut soutenue, favorisée et aimée par les plus fameux et braves héros de la terre tels que rois et princes, ainsi que toutes sortes de gens intelligents au plus haut degré ; de même que les obligations de tous les maçons vrais et reconnus, auxquelles on leur a enseigné de se conformer en toute loyauté et de bien prendre garde s'ils souhaitaient être récompensés. Les obligations que nous vous énumérons maintenant, ainsi que toutes les autres obligations et secrets se rapportant aux Francs-Maçons et à tous ceux, désireux de connaître, qui ont été reçus dans leur association, de même que les délibérations de cette loge, chambre ou salle de réunion. Vous ne devrez, contre aucun don, présent ou récompense, faveur ou affection, directement ou indirectement, ni pour aucune autre raison, les divulguer ni les dévoiler, que ce soit à père ou mère, ou frère ou enfants ou étranger ou toute autre personne.

Il y a sept sciences libérales.

La première est la théologie, qui enseigne les vertus logiques.

La seconde est la grammaire, jointe à la rhétorique, qui enseigne l'éloquence et comment parler en termes subtils.

La troisième est la philosophie, qui est l'amour de la sagesse, par laquelle les deux termes d'une contradiction sont conciliés, les choses courbes sont rendues droites, les noires deviennent blanches, grâce à une règle des contraires, etc.

La quatrième est la musique, qui enseigne le chant, la harpe et l'orgue ainsi que toutes autres sortes de musique vocale et instrumentale ; il faut savoir que cette science n'a ni milieu, ni fin.

La cinquième est la logique, qui découvre la vérité et l'erreur et est un guide pour les juges et les hommes de loi.

La sixième est la géométrie, qui enseigne à mesurer dans les cieux ainsi que toutes les dimensions de la terre et tout ce qui y est contenu.

La septième et dernière des sciences est l'astronomie, avec l'astrologie, qui enseigne à connaître le cours du soleil, de la lune et des étoiles qui ornent les cieux.

Les sept sciences proviennent toutes de la géométrie. Cette excellente science gère les autres ; c'est-à-dire qu'il n'est personne, dans aucun métier, qui ne travaille au moyen de mesure et ne dépende entièrement de la géométrie, car elle sert à peser et à mesurer toutes sortes de choses sur terre : spécialement pour les laboureurs et cultivateurs, le sol, graines et semences, vignes et fleurs, plantes et autres.

 Les Fils de Lamech et les deux colonnes.

 Avant le déluge de Noé, il y avait un homme appelé Lamech, qui avait deux femmes. L'une, Ada mit au monde deux fils, Jabel et Jubal, et de l'autre femme, il eut un fils appelé Tubalcaïn et une fille appelée Naama. Ces enfants inventèrent toutes les sciences et les métiers. Jabel était l'aîné et il inventa la géométrie ; il possédait des troupeaux de moutons et ils eurent aux champs des agneaux, pour qui il fabriqua des abris de pierre et de bois, ainsi que vous pouvez le trouver dans le 4ème chapitre de la Genèse. Son frère Jubal inventa l'art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère inventa le travail de la forge, tel que cuivre, acier et fer, et leur s¦ur inventa l'art du tissage. Ces enfants surent que Dieu voulait tirer vengeance du monde à cause de ses péchés, soit par le feu, soit par l'eau. Désirant porter profit à la postérité, ils gravèrent ces sciences qu'ils avaient inventées sur des colonnes de pierre de façon qu'elles puissent être retrouvées après le déluge : l'une était en marbre, qui ne peut brûler, l'autre était en briques, qui résiste l'eau. (En réalité, c'est le contraire).

 Hermorian - Nemrod.

 Après le déluge, le grand Hermorian fils de Cush et Cush était le fils de Cham, second fils de Noé fut appelé « le père de la sagesse », car il trouva ces colonnes après le déluge avec les sciences inscrites dessus : il les enseigna, lors de la construction de la Tour de Babylone, où il fut appelé Nemrod ou « puissant chasseur devant l'Éternel ». Nemrod pratiqua la maçonnerie à la demande du roi de Ninive son cousin. Il créa des maçons et les recommanda au seigneur du pays pour construire toutes sortes de constructions alors en vogue, et il leur enseigna des signes et des attouchements pour qu'ils puissent se reconnaître.  Les premières obligations.  Qu'ils s'aiment les uns les autres et qu'ils servent le Seigneur du ciel d'un c¦ur vrai et sincère pour éviter sa vengeance future ; Qu'ils soient honnêtes et droits et loyaux envers le seigneur leur patron, de façon que ledit Nemrod soit honoré de les lui avoir adressés ; Qu'il n'y ait ni manœuvres, menées, division, dissimulation ni mésintelligence parmi eux, sans quoi Dieu les rendrait muets comme précédemment lorsqu'il confondit leur langage à cause de leur présomption.

 Les obligations dictées par Euclide

 Abraham, avec Sarah, sa femme, vint en Égypte et y enseigna les sept sciences aux Égyptiens. Il eut en Égypte, un élève excellent, du nom d'Euclide. Ce jeune homme développa son talent au point qu'il surpassa tous les artistes, et il fit honneur à Abraham. C'était un grand expert et il prédisait les événements futurs. En ce temps là, les seigneurs et les grands de ce pays eurent beaucoup d'enfants, de leurs femmes de leurs concubines, car l'Égypte était alors propice pour procréer et il n'y avait pas suffisamment de quoi vivre pour ces enfants. C'est pourquoi les grands du pays se préoccupèrent de la manière de subvenir aux besoins des enfants. Le roi du pays convoqua une assemblée pour délibérer sur la façon dont on pourrait les approvisionner, mais ils ne trouvèrent pas d'autre solution que de faire proclamer par tout le pays que si quelqu'un pouvait faire savoir quelles dispositions prendre au sujet de leurs jeunes gens, il serait bien récompensé pour sa peine et son dérangement. Après cette proclamation, survint l'excellent docteur Euclide qui dit au roi et à ses seigneurs : « Donnez-moi vos enfants afin que je les gouverne et les enseigne comme il convient à des gentilshommes et faites-moi une dotation suffisante afin que je les puisse régir et enseigner conformément à leur qualité et leur donner l'instruction que la science requiert ». Le roi l'accorda et il scella cet accord par une charte. Euclide, l'excellent clerc, prit les enfants des seigneurs et leur enseigna la science de la géométrie, à œuvrer à toutes sortes d'excellents ouvrages de pierre, temples, églises, cloîtres, cités, châteaux, pyramides, tours et tous autres bâtiments. Il les organisa et leur enseigna à se reconnaître avec certitude.

Il confirma les coutumes de Nemrod :

Qu'ils s'aiment les uns les autres ;

Qu'ils gardent la loi de Dieu écrite en leurs cœurs

Qu'ils gardent les secrets de la loge et les secrets les uns des autres ;

Qu'ils s'appellent l'un l'autre « compagnon » et qu'ils s'abstiennent de toutes autres appellations ;

Qu'ils se comportent comme des hommes de l'art et non comme des rustres incultes

Qu'ils choisissent l'un des plus sages d'entre eux pour être le maître des autres et superviser l'ouvrage ;

Qu'ils ne trahissent pas, par amour ou envie de richesses, la confiance qu'on leur a accordée et qu'ils ne désignent personne qui manque d'intelligence comme maître d'œuvre afin que le métier ne puisse être cause de scandale ; Qu'ils appellent le gouverneur maître » durant le temps qu'ils travaillent avec lui. Et Euclide écrivit pour eux un livre des Constitutions et leur fit jurer par le plus grand serment usité en ce temps-là qu'ils observeraient fidèlement toutes les prescriptions contenues dans les Constitutions de la Maçonnerie. Il leur fit donner une paye suffisante pour qu'ils puissent vivre en hommes d'art et de science. Il décida aussi qu'ils s'assembleraient et se réuniraient pour tenir conseil sur les matières touchant au métier et à l'art de la géométrie, qu'ils ne devaient pas fréquenter celui qui n'est pas dûment qualifié et régulièrement créé dans une vraie loge ; et qu'ils se tiendraient à bonne distance de tout désordre, sans quoi Dieu mettrait parmi eux une seconde confusion qui se révélerait pire que la première. Après quoi, l'excellent clerc Euclide inventa maintes choses et accomplit des exploits merveilleux, car il n'y avait rien de trop dur pour lui dans le contenu des sept sciences libérales ; grâce à quoi il fit du peuple d'Égypte le plus sage de la terre.

 Les obligations dictées par David.

 Ultérieurement, les enfants d'Israël arrivèrent dans la Terre Promise, qui est maintenant appelée le pays de Jérusalem, où le roi David commença le Temple de Jérusalem qui, chez eux, est appelé le Temple de Diane . David aimait les maçons et les choya en leur donnant de bons gages.

Il leur donna comme obligation :

Qu'ils respectent fidèlement les dix Commandements qui avaient été écrits du doigt de Dieu sur la pierre ou Tables de marbre et remis à Moïse sur le saint mont Sinaï, dans une solennité céleste composée de myriades d'anges avec des chars de feu les escortant en cortège, ce qui prouve que la sculpture sur pierre est d'institution divine ainsi que maintes autres choses qu'il leur donna telles qu'il les avait reçues en Égypte du très fameux Euclide ; et encore d'autres obligations que vous entendrez plus tard.

 Salomon et Hiram.

 Après la mort de David, Salomon, son fils, réalisa le Temple que son père avait commencé. Divers maçons de plusieurs pays se rassemblèrent, il y en eut quatre-vingt mille, parmi lesquels trois cents qui étaient qualifiés et furent désignés comme surveillants de l'ouvrage. Il y avait à Tyr un roi nommé Hiram qui aimait beaucoup Salomon ; il lui donna du bois pour son ouvrage et lui envoya également un artiste du nom d'Hiram en qui était l'esprit de sagesse ; sa mère était de la tribu de Nephtali et son père un homme de Tyr. Le monde n'avait pas produit son égal jusqu'à ce jour. C'était un maître maçon d'un savoir et d'une générosité extrême. Il fut maître maçon de tous les bâtiments et bâtisseurs du Temple et de tous les ouvrages taillés et sculptés dans le Temple et alentour, ainsi qu'il est écrit au premier livre des Rois en ses 6e et 7e chapitres. Salomon confirma à la fois les obligations et les coutumes que David son père avait données aux maçons ; et l'excellent métier de la Maçonnerie fut confirmé dans le pays de Jérusalem, de la Palestine et en maints autres royaumes. Les gens du métier se répandirent au loin et apprirent davantage l'art ; certains furent qualifiés pour enseigner les autres et instruire les ignorants, en sorte que le Métier de développa dans le monde, particulièrement à Jérusalem et en Égypte.

 Minus Greenatus et Charles Martel.

 Vers cette époque, le maçon instruit Minus Greenatus , alias Green, qui avait aidé à bâtir le Temple de Salomon, vint dans le royaume de France, et il enseigna l'art de la maçonnerie aux adeptes de l'art en ce pays.

Charles Martel, prince royal en France, aima Minus Greenatus au-delà de toute expression, à cause de ses connaissances dans l'art de la maçonnerie. Il adopta les coutumes des maçons puis retourna dans son propre royaume car il semblerait qu'il ne fût pas français et il emmena chez lui beaucoup de braves maçons, et il leur alloua de bons gages. Il les organisa comme Greenatus lui avait enseigné, leur confirma une charte et leur ordonna de s'assembler fréquemment afin de maintenir le bon ordre au sein de leurs groupes. C'est ainsi que le Métier vint en France.

 Saint Alban.

 L'Angleterre durant toute cette période se trouva dépourvue de maçons, jusqu'au temps de saint Alban. En ce temps-là, le roi d'Angleterre était un païen ; et il bâtit la ville qu'on appela par la suite Saint-Albans. Du temps d'Alban, il y avait un excellent homme qui était intendant en chef du roi et qui était gouverneur du royaume. Il employa les maçons à bâtir les murailles de Saint-Albans. Il établit maçons ses principaux compagnons et il augmenta leur paye d'un tiers et il leur accorda trois heures chaque jour pour se reposer afin qu'ainsi leur emploi ne leur paraisse pas pénible et qu'ils vivent, non comme des esclaves, mais comme des gentilshommes d'art et de science. Et il prescrivit aussi qu'un certain jour, chaque année au mois de juin, une assemblée et une fête maintiendrait l'unité parmi eux, et que ce jour-là, celui de la saint Jean, ils hisseraient leur étendard royal avec les noms et titres de tous les rois et princes qui avaient été reçus dans leur association, de même que les armes des maçons avec les armes du Temple de Jérusalem et de tous les monuments fameux du monde. Ce noble homme les obtint toutes ces franchises du roi, et il leur fit accorder une charte pour les maintenir à jamais inchangées. De plus, ils reçurent comme devise, en lettres d'or posées sur champ de gueules avec sable et argent : Aucun chemin n'est inaccessible à la vertu.

 Athelstan et Hadrien.

 Par la suite, de grandes guerres survinrent en Angleterre et la règle de bonne conduite fut délaissée jusqu'au règne d'Athelstan, qui fut un bon roi d'Angleterre, pacifia le pays, et bâtit nombre d'excellents et somptueux bâtiments, tels qu'abbayes, églises, cloîtres, couvents, châteaux, tours, forteresses, remparts, ainsi que d'autres monuments. Il se comportait fraternellement avec tous les maçons qualifiés. Il avait un fils dont le nom était Hadrien (Edwin ?). Et cet Hadrien, aimait, quant à lui, les maçons au point de ne pouvoir manger et boire qu'en leur compagnie. Son esprit noble et généreux était rempli d'art et de pratique. Il préférait se réunir avec les maçons plutôt qu'avec les courtisans de la cour de son père et éprouvait plus de plaisir à s'entretenir avec les maçons. Il apprit leur art et il entra dans leur ordre. Il donna à l'ensemble des maîtres de la fraternité des équerres d'or et des compas d'argent à pointes d'or, de fils à plomb d'or pur, de truelles d'argent, et de même pour tous les autres instruments. Il leur fit en outre accorder par son père une charte et des pouvoirs pour tenir chaque année une assemblée où chaque maçon était obligé de rendre compte de sa capacité et de sa pratique. À ces réunions, il leur imposa de nouvelles méthodes de secret et il leur enseigna les bonnes coutumes conformément aux règles établies par Euclide, Hiram et autres notables fameux. Lorsqu'un délit était commis dans le Métier, il infligeait un juste châtiment au coupable. Il se consacra à l'anéantissement du vice et encouragea publiquement la vertu.

 L'assemblée d'York.

 Plus tard, il vint à York, et il y créa des maçons, leur donna leur obligation et leur enseigna les coutumes de la maçonnerie. Il écrivit un livre des Constitutions et il commanda que la règle soit maintenue éternellement. Il prit des ordonnances suivant lesquelles le métier serait réglé de règne en règne comme il fut alors spécifié et ordonné par les plus érudits de cette assemblée. De plus, il proclama que tous les maçons qui avaient des passeports ou attestations de leurs voyages, capacité et pratique devraient les présenter pour prouver leur art et leur comportement antérieurs. Il en fut apporté, certains en hébreu, d'autres en grec, latin, chaldéen, syriaque, français, allemand slave et anglais, ainsi que plusieurs autres langues, et la teneur en était identique. Hadrien leur remémora la confusion survenue à la construction de la Tour de Nemrod, et que s'ils désiraient être favorisés par Dieu et bénis dans leurs actions, ils ne devraient plus être tentés ou attirés par les idoles, mais honorer et adorer sincèrement le Grand Architecte du ciel et de la terre, unique protecteur de l'homme et des bêtes, qui régit et gouverne le soleil, la lune et les étoiles, fontaine et source de tout bien, qui l'édifia à partir du néant, en posa les fondements sur les eaux profondes, et ordonna à la mer d'aller jusque-là et pas plus loin. Il leur ordonna d'incarner sa Toute Puissance dans leur intelligence afin qu'ils aient d'autant plus horreur de l'offenser. Il leur mit en mémoire encore d'autres maximes divines. Il ordonna qu'un un livre raconte la façon dont le Métier fut inventé et qu'il soit lu chaque fois qu'on ferait un maçon de sorte que, si par la suite il s'égarait, il n'aurait vraiment aucune excuse pour échapper à son châtiment ; et qu'on lui donne son obligation conformément à ce livre. À partir de ce temps-là, les maçons maintinrent ces formes et ces dispositions, pour autant que les hommes purent en être maîtres. De plus, en des assemblées particulières, il y eut des obligations diverses ajoutées au fur et à mesure, sur le conseil des maîtres et compagnons, concernant leur comportement sur tous les points particuliers de la maçonnerie........

commentaires

Le Sloane

Publié le 22 Mai 2026 par T.D

 

LE SLOANE

Manuscrit n° 3329 datant de +/- 1700 (British Museum)

 Description du mot et des signes des Francs-Maçons.

 Ils se reconnaissent d'abord par des signes, puis ils vont s'entretenir à l'écart. L'un des signes consiste en un mouvement de la main droite en travers de la poitrine, de gauche à droite, le bout des doigts passant à trois ou quatre pouces au-dessous du menton ; un autre à retirer son chapeau de la main droite, avec les deux premiers doigts au-dessus du bord, le pouce et les autres doigts au-dessous, et à lui faire faire un mouvement de gauche à droite avant de le remettre sur la tête ; un autre encore consiste, en buvant, à faire avec son verre un mouvement transversal de gauche à droite sous le menton ; un autre à prendre son mouchoir par un coin avec la main droite, à le jeter par-dessus l'épaule gauche en le laissant prendre dans le dos, et à faire ainsi quelques pas ; si un maçon voit quelqu'un faire cela, il le suivra et lui serrera la main. Leur poignée de main, pour les compagnons, consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec l'ongle du pouce la troisième jointure de l'index ; leur poignée de main de maître, à se saisir mutuellement la main droite en appuyant fortement les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l'extrémité du poignet, tout en enfonçant l'ongle du pouce juste entre la seconde jointure du pouce et la troisième de l'index. Toutefois, certains disent que la poignée de main de maître se fait comme je viens de le dire, à ceci près que le médius doit aller un peu plus loin d'un pouce ou de la longueur de trois grains d'orge, de manière à toucher une veine qui vient du c¦ur.

Un autre signe consiste à placer le talon droit dans le creux du pied gauche de manière à former une équerre, et à faire quelques pas en arrière et en avant, en marquant un bref arrêt tous les trois pas et en plaçant les pieds en équerre comme précédemment. Si des maçons vous voient faire cela, ils viendront bientôt à vous.

Si vous arrivez quelque part où il y a des outils de maçon, disposez les en forme de croix ils ne tarderont pas à s'apercevoir qu'un de leurs frères en Franc-Maçonnerie est passé par-là ; on encore, si un frère arrive quelque part où il y a des Francs-maçons au travail, il peut prendre quelques-uns de leurs outils et les disposer en équerre : c'est un signe pour se faire connaître.

Il peut aussi prendre un de leurs outils ou son propre bâton de voyage, et frapper doucement sur le mur ou sur l'ouvrage en disant : « ceci est bose ou creux » ; s'il y a un frère présent sur le chantier il répondra : « c'est plein », et ces mots sont des signes pour se reconnaître mutuellement.

Quelques-uns uns font usage d'un autre signe qui est de plier le bras droit en équerre en plaçant la paume de la main gauche sur le c¦ur. Un autre consiste à regarder de côté vers l'est tout en tordant la bouche vers l'ouest ; un autre à plier le genou droit en tenant la main levée vers l'est et, de nuit ou dans l'obscurité, ils se racleront la gorge deux fois doucement et une fois plus fort comme s'ils essayaient d'expulser un os ou un morceau de nourriture de leur gosier, puis ils diront : « le jour sert à voir, la nuit à entendre » ; un autre signe consiste à vous envoyer une épingle pliée ou un morceau de papier découpé en forme d'équerre : quand vous le recevez, votre serment vous fait une obligation d'accourir aussitôt, en quelque lieu et en quelque compagnie que vous soyez ; s'ils vous font les signes du chapeau ou de la main précédemment décrits, vous devez accourir, deviez-vous descendre du haut d'un clocher, pour savoir ce qu'ils désirent et pour les aider.

Celui qui veut vous faire savoir qu'il a besoin d'argent vous présentera un bout de tuyau de pipe ou quelque chose d'approchant, en disant : « pouvez-vous me changer un penny ? » Si vous avez de l'argent, dites oui, si vous n'en avez pas, dites non. Quelques-uns uns manifesteront leur besoin d'argent en tirant leur couteau du fourreau et en le donnant à un frère, soit en présence d'autres personnes, soit seuls ; si le frère a de l'argent, il prend le couteau, le met dans son fourreau et le rend à l'autre, sinon il le rend tel qu'il l'a reçu, c'est ce que beaucoup font en dépit de leur serment, et il y a ainsi beaucoup de signes auxquels ils refusent de répondre quoiqu'ils y soient tenus par serment.

Un autre signe encore est de tirer son mouchoir de la main droite et de se moucher, puis, le tenant à bout de bras devant soi, de le secouer deux fois doucement et une fois plus fort. Un autre est de frapper à une porte deux petits coups et un fort. Ils ont encore un autre signe dont ils se servent à table, en buvant, lorsque le pot ne circule pas assez vite ils disent : « voyez le traître ! ».

Pour s'adresser à un maçon en France, en Espagne ou en Turquie (disent-ils), le signe consiste à s'agenouiller sur le genou gauche et à lever la main droite vers le soleil : alors le frère étranger ne tardera pas à venir vous relever. Mais, croyez-moi, celui qui se met à genoux en comptant là dessus risque fort d'y rester longtemps ; et ceux qui attendent que quelqu'un remarque leurs signes risquent d'attendre aussi longtemps que les Juifs espéreront leur Messie qui, selon leur croyance, doit venir de l'Orient.

Voici maintenant leur entretien secret par demandes et réponses.

 Q : Êtes vous maçon ?

R : Oui, je suis franc-maçon.

Q : Comment le saurai-je ?

R : Par la perfection de mes signes, gestes convenus, et les premiers points de mon entrée.

Q : Quel est le premier signe ou geste convenu &endash;- montrez-moi le premier et je vous montrerai le second.

R : Le premier est celer et cacher, et garder secret, sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la langue coupée dans la gorge.

Q : Où avez-vous été fait maçon ?

R : Dans une loge juste et parfaite ou juste et légitime.

Q : Qu'est-ce qu'une loge juste et parfaite ou juste et légitime ?

R : Une loge juste et parfaite, c'est deux apprentis entrés, deux compagnons du métier et deux maîtres ; on peut être plus ou moins ; plus on est, plus on rit, moins on est, meilleure est la chère ; mais en cas de nécessité cinq suffiront, c'est-à-dire deux apprentis entrés, deux compagnons du métier et un maître, sur la plus haute colline ou la vallée la plus profonde du monde, là où l'on n'entend ni un coq chanter ni un chien aboyer.

Q : De qui tirez-vous vos principes ?

R : D'un plus grand que vous.

Q : Qui sur terre peut être plus grand qu'un Franc-Maçon ?

R : Celui qui fut transporté au plus haut pinacle du temple de Jérusalem.

Q : Votre loge est-elle fermée ou ouverte. ?

R : Elle est fermée.

Q : Où se trouvent les clés de la porte de la loge ?

R : Dans une boîte close ou sous un pavage à trois coins, à environ un pied et demi de la porte de la loge.

Q : De quoi est faite la clé de la porte de votre loge ?

R : Elle n'est faite ni de bois, ni de pierre, ni de fer, ni d'acier, ni d'aucun métal ; c'est la langue du bon renom qui ne dit que du bien d'un frère dans son dos aussi bien que face à face.

Q : Combien de bijoux y a-t-il dans votre loge ?

R : Il y en a trois : le pavé d'équerre, l'étoile flamboyante et le fil à plomb.

Q : Quelle est la longueur du câble de votre loge ?

R : Autant qu'il y a du repli de mon foie à la racine de ma langue.

Q : Combien y a-t-il de lumières dans votre loge ?

R : Trois : le soleil, le maître, et l'équerre.

Q : Quelle est la hauteur de votre loge ?

R : Des pieds, des aunes et des pouces sans nombre : elle atteint le ciel.

Q : Comment se tenait votre loge ?

R : Est et ouest, comme tous les saints temples.

Q : Quelle est la place du maître dans la loge ?

R : A l'est, est la place du maître dans la loge, et le bijou repose en premier sur lui et il met les hommes au travail. Ce que les maîtres ont semé le matin les surveillants le moissonnent l'après-midi.

 

Dans certains endroits ils s'entretiennent comme suit :

 

Q : Où le mot a-t-il été donné pour la première fois ?

R : A la tour de Babylone.

Q : Où fut convoquée la première loge ?

R : Dans la chapelle de saint Jean.

Q : Comment se tenait votre loge ?

R : Comme ladite sainte chapelle et tous les autres saints temples, est et ouest.

Q : Combien y a-t-il de lumières dans votre loge ?

R : Deux, une pour y voir en entrant et une pour y voir en travaillant.

Q : Par quoi avez-vous prêté serment ?

R : Par Dieu et l'équerre.

Q : Par-dessus ou par-dessous les vêtements ?

R : Par-dessous.

Q : Sous quel bras ?

R : Sous le bras droit.

Q : Dieu soit favorable à tous les vénérables maîtres et compagnons de la vénérable loge d'où vous venez, et à vous, bon compagnon. Quel est votre nom ?

R : J ou B.

 

Puis, donnant la poignée de main, il dira « Frère Jean vous salue bien. »

R : Dieu vous salue bien, cher frère.

 Une autre salutation consiste à donner la poignée de main de maître ou de compagnon en disant : le très vénérable, les maîtres et compagnons de la vénérable loge d'où nous venons vous saluent, vous saluent, vous saluent bien ; alors, il répondra : Dieu vous salue bien, cher frère.

Ils ont un autre mot qu'ils appellent le mot de maître, et c'est Mahabyn, qu'ils divisent toujours en deux mots. Ils se tiennent debout l'un contre l'autre, poitrine contre poitrine, les chevilles droites se touchant par l'intérieur, en se serrant mutuellement la main droite par la poignée de main de maître, l'extrémité des doigts de la main gauche pressant fortement les vertèbres cervicales de l'autre ; ils restent dans cette position le temps de se murmurer à l'oreille l'un Maha et l'autre, en réponse, Byn.

 Le serment

Vous garderez secret le mot du maçon et tout ce qu'il recouvre.

Vous ne l'écrirez jamais, directement ni indirectement ; vous garderez tout ce que nous-mêmes ou vos instructeurs vous ordonnerons de garder secret, vis-à-vis de tout homme, femme ou enfant, et même vis-à-vis d'une souche ou d'une pierre, et vous ne le révélerez jamais sinon à un frère ou dans une loge de Francs-Maçons, et vous observerez fidèlement les devoirs définis dans la Constitution.

Tous ces points vous promettez et jurez de les garder et de les observer fidèlement sans aucune espèce d'équivoque ou de restriction mentale, directe ou indirecte.

 Ainsi que Dieu vous soit en aide par le contenu de ce livre.

 

commentaires

Le code de Mackey

Publié le 22 Mai 2026 par T.D

LE CODE DE MACKEY

La Grande Loge de Nouvelle Ecosse, tient à ce que les Frères élevés au 3eme degré, reçoivent un exemplaire du code  de Mackey sur les Land Marks de la Maçonnerie. Bien que la Grande Loge n’ait jamais défini ou énuméré les Anciens Land Marks de la Maçonnerie, elle reconnaît que, dans le code préparé par le Dr Mackey, on trouvera la jurisprudence des grands principes Maçonniques tels qu’ils sont généralement compris dans le monde Maçonnique. Le travail du Dr Mackey est remis à chaque nouveau Maître Macon pour le guider et l’informer et comme introduction a l’étude des lois maçonniques.

Les Land Marks ou lois non écrites de la Franc-Maçonnerie:

Les Land Marks de la Maçonnerie sont généralement restreints à ces anciennes et, par voie de conséquence, universelles Coutumes de l’Ordre, qui de l’origine et par l’usage sont progressivement entrées en vigueur comme règles de conduite, ou, si elles ont été entérinées par une autorité compétente, l’ont été à une époque si éloignée, qu’aucune trace de leur origine ne peut être retrouvée dans les archives de l’histoire. A la fois, ceux qui les ont entériné et l’époque à laquelle ce fut fait ont depuis longtemps disparu et les Land Marks sont en conséquence " plus anciens que la ou la mémoire de l’histoire peut remonter ".

La première condition, pour qu’une coutume ou une règle de conduite constitue un Landmark, est qu’elle doit avoir existé " depuis un tel temps que la mémoire de l’homme ne puisse trouver trace du contraire ". Une autre particularité des Land Marks de la Maçonnerie est qu’ils ne sont pas altérables.

Les Landmarks de l’Ordre, comme les lois de Midas avec les Perses, ne peuvent souffrir aucun changement. Tels qu’ils furent il y a des siècles, tels ils sont aujourd’hui, et devront rester ainsi jusqu’a ce que la Maçonnerie ait disparu.

Les Land Marks de la Maçonnerie, au nombre de  25  tels que reconnus par l’autorité générale de l’Ordre, sont les suivants :

LANDMARK 1:

LES MODES DE RECONNAISSANCE SONT, DE TOUS LES LAND MARKS, LES PLUS LEGITIMES ET NON DISCUTABLES.

LANDMARK 2:

LA DIVISION DE LA MACONNERIE SYMBOLIQUE EN TROIS DEGRES.

LANDMARK 3:

LA LEGENDE DU 3ème DEGRE.

LANDMARK 4:

LE GOUVERNEMENT DE LA FRATERNITE PAR UN OFFICER QUI PRESIDE, APPELE GRAND MAITRE, LEQUEL EST ELU PAR L’ENSEMBLE DES FRERES. 

L’élection du Grand Maître remonte à l’antiquité et n’est donc pas, en conséquence, une règle ou une loi issue du règlement de la Grande Loge.

LANDMARK 5:

LA PREROGATIVE DU GRAND MAITRE DE PRESIDER TOUTE ASSEMBLEE DE MACON QUELQUE SOIT LE LIEU OU LE MOMENT A LAQUELLE ELLE SE TIENT. 

C’est donc une loi qui dérive des anciens usages. Cette prérogative fait partie intrinsèque de la charge de Grand Maître.

LANDMARK 6:

LA PREROGATIVE DU GRAND MAITRE D’ACCORDER DES DISPENSES POUR CONFERER DES DEGRES EN DEHORS DES MOMENTS PREVUS.

LANDMARK 7:

LA PREROGATIVE POUR LE GRAND MAITRE DE DONNER DES DISPENSES POUR OUVRIR ET TENIR DES LOGES.

Ces loges sont connues sous le nom de " Loges sous Dispense

LANDMARK 8:

LA PREROGATIVE POUR LE GRAND MAITRE DE CREER UN MACON " A VUE " 

Pour ce faire, le Grand Maître convoque une Loge avec pas moins de 6 autres Maçons et confère le degré. Les Loges convoquées à ce propos sont appelées " Loges Occasionnelles

LANDMARK 9:

LA NECESSITE POUR LES MACONS DE S’ASSEMBLER EN LOGES. 

Ce land mark prescrit aux maçons de s’assembler pour des travaux opératifs ou spéculatifs, et que ces assemblées s’appelleront des Loges mais n’implique pas une organisation permanente de loges subordonnées tel que cela prévaut aujourd’hui.

LANDMARK 10:

LE GOUVERNEMENT DES FRERES, LORSQU ’ILS SONT RASSEMBLES EN LOGE, PAR UN MAITRE ET DEUX SURVEILLANTS.

LANDMARK 11:

LA NECESSITE QUE CHAQUE LOGE, LORSQU ’ELLE S’ASSEMBLE, DE SE METTRE A COUVERT.

La mise à couvert d’une Loge reprend une ancienne obligation liée au caractère ésotérique de la Maçonnerie. La fonction du Couvreur est totalement indépendante de toute contrainte de la Grande Loge ou des loges en général.

LANDMARK 12:

LE DROIT POUR CHAQUE MACON D’ETRE REPRESENTE DANS TOUTES LES ASSEMBLEES DE L’ORDRE ET DE DONNER DES DIRECTIVES A SES REPRESENTANTS. 

Dans l’ancien système chaque maçon avait le droit d’être présent ou de se faire représenter. Dans nos Grandes Loges, le Vénérable Maître et les Surveillants représentent les Frères de la Loge.

LANDMARK 13:

LE DROIT POUR CHAQUE MACON DE FAIRE APPEL DE LA DECISION DE SES FRERES EN LOGE AUPRES DE LA GRANDE LOGE OU D’UNE ASSEMBLEE GENERALE DE MACONS.

 

 

LANDMARK 14:

LE DROIT POUR CHAQUE MACON DE VISITER ET DE S’ASSEOIR DANS TOUTE LOGE  REGULIERE. 

Lorsque l’entrée est refusée à un Macon en règle qui frappe à la porte, on attend qu’un motif sérieux et suffisant soit donné pour cette violation du " droit de visite "

LANDMARK 15:

AUCUN VISITEUR NON CONNU DES FRERES PRESENTS, OU DE QUELQUES-UNS UNS D’ENTRE EUX, COMME MACON NE PEUT ENTRER SANS ETRE TUILE SELON LES ANCIENS USAGES. 

Un Macon reconnu, avec les connaissances suffisantes de la Maçonnerie, peut se porter garant du visiteur et lui éviter le tuilage.

LANDMARK 16:

AUCUNE LOGE NE PEUT INTERFERER DANS LES AFFAIRES D’UNE AUTRE LOGE, NI CONFERER DES DEGRES A DES FRERES MEMBRES D’UNE AUTRE LOGE. 

Cela n’interdit pas de conférer des degrés lorsque c’est à la demande expresse de la Loge Mère du Frère.

LANDMARK 17:

CHAQUE FRERE EST SOUMIS AU REGLES ET LOIS DE LA JURIDICTION MACONNIQUE DANS LAQUELLE IL RESIDE.

LANDMARK 18:

CERTAINS CRITERES DE QUALIFICATION POUR L’INITIATION DE CANDIDATS PROVIENNENT DE LANDMARK DE L’ORDRE TELS QUE : LE CANDIDAT DOIT ETRE UN HOMME, SANS INFIRMITE, NE LIBRE, ET AVOIR UN AGE MATURE.

Il était indispensable dans la Maçonnerie Opérative que les apprentis soient en état physique d’assurer les taches qu’on leur confierait. Cependant, cela n’est pas aussi nécessaire en Maçonnerie Spéculative. Une attention particulière est portée sur les candidats qui ont souffert de séquelles liées à la maladie, aux accidents ou à la guerre.

LANDMARK 19:

LA CROYANCE EN L’EXISTENCE DE DIEU COMME GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS.

LANDMARK 20:

EN COROLLAIRE A LA CROYANCE EN DIEU EST LA CROYANCE EN LA RESURRECTION A UNE FUTURE VIE.

LANDMARK 21:

UN " LIVRE DE LA LOI " CONSTITUERA UNE PARTIE INDISPENSABLE DES DECORS DE LA LOGE.

Le livre de la loi est le guide spirituel du Macon sans lequel il ne peut travailler. Quelque soit sa croyance, le volume qui représente sa foi dans Le Grand Architecte De L’Univers doit être son guide spirituel et sera devant lui pendant ses heures de travail spéculatif pour être la règle et le guide de sa conduite.

LANDMARK 22:

L’EGALITE DE TOUT MACON.

Ce Land Mark implique que, du petit-fils au grand-père, nous nous réunissons en loge au même niveau et ou le vrai mérite, la vertu et la connaissance prennent le pas sur la situation et la position dans le monde profane. Hors de la Loge, évidement, chacun reprendra son rang et la position sociale auxquels il est habitué.

LANDMARK 23:

LE SECRET DE L’INSTITUTION.

La Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète eu égard à son propos et ses objectifs ; elle travaille pour la civilisation et le perfectionnement de l’homme, l’amélioration de sa condition et la correction de ses défauts. Ses secrets sont limités aux modes de reconnaissance, l’interprétation de ses symbolismes, et d’autres sujets ésotériques qui appartiennent à l’apprentissage légendaire et traditionnel de l’Ordre. Seulement de cette façon, la maçonnerie peut être considérée comme une société secrète, et à ces points particuliers, est en grande partie attribuée la continuité de l’ordre qui a maintenu sa spécificité à travers les siècles.

LANDMARK 24:

LA FONDATION D’UNE SCIENCE SPECULATIVE BASEE SUR UN ART OPERATIF, ET L’USAGE SYMBOLIQUE ET L’EXPLICATION DES TERMES DE CET ART A DES FINS RELIGIEUSES OU D’ENSEIGNEMENT MORAL.

LANDMARK 25:

LE DERNIER LANDMARK QUI COURONNE LES PRECEDENTS EST QUE CES LANDMARKS NE PEUVENT EN AUCUN CAS ETRE CHANGES.

Rien ne peut leur être retiré ; rien ne peut leur être ajouté ; pas la moindre petite modification ne peut leur être apportée ; comme nous les avons reçus de nos prédécesseurs, nous sommes tenus par la plus solennelle obligation de notre devoir de les transmettre à nos successeurs.

 

commentaires
Publicité

Old Charges

Publié le 21 Mai 2026 par T.D

 

NOM DU Ms.          DATE                         LOCALISATION

Régius                       Circa 1390              British Museum

Cooke                       15è Siècle.              British Museum

Grand Lodge           1583                       United Grand Lodge of England

Wood                        1610                          Worcester

Thorp                        1629                          Leicester

Sloane No. 3848    1646                          British Museum

Sloane No. 3323    1659                          British Museum

Aitchison Haven     1666                          Grand Lodge of Scotland

Aberdeen                 1670                          Aberdeen Lodge No. 1 (ter)

Henery Heade        1675                          Inner Temple, London

Melrose No. 2         1675                          Melrose St. John Lodge No. 1 (bis)

Stanley                     1677                          West Yorkshire Library

Carson                      1677                          Cincinnati, Ohio

Plot                            1686                          Muséum His.Nat. Staffordshire

Clerke                       1686                       United Grand Lodge of England

Antiquity                  1686                          Lodge of Antiquity No. 2

William Watson     1687                          West Yorkshire Library

Beaumont                1690                          West Yorkshire Library

Waistell                    1693                          West Yorkshire Library

York No. 4                1693                          York Lodge No. 236

Foxcroft                    1699                          United Grand Lodge of England

Buchanan                 17è Siècle                 United Grand Lodge of England

Phillips No. 1           17è Siècle                Cheltenham

Phillips No. 2           17è Siècle                 Cheltenham

Kilwinning                17è Siècle                 Kilwinning Lodge No. 0

York No. 1                17è Siècle                 York Lodge No. 236

York No. 5                17è Siècle                 York Lodge No. 236

York No. 6                17è Siècle                 York Lodge No. 236

Lansdowne              17è Siècle                 British Museum

Harleian No. 1942 17è Siècle                 British Museum

Harleian No. 2054 17è Siècle                 British Museum

Grand Lodge No. 2 17è Siècle                 United Grand Lodge of England

Colne No. 1             17è Siècle                 Royal Lancashire Lodge No. 116, Colne

Harris No. 1             17è Siècle                 Bedford Lodge No. 157, London

Dumfries No. 1       17è Siècle                 Dumfries Kilwinning Lodge No. 53

Dumfries No. 2       17è Siècle                 Dumfries Kilwinning Lodge No. 53

Dumfries No. 3       17è Siècle                 Dumfries Kilwinning Lodge No. 53

Stirling                      17è Siècle                 Ancient Lodge No. 30, Stirling

Hope                         17è Siècle                Benevolent Lodge No. 303, Teignmouth

Bain                           17è Siècle                 London

Dring-Gale               17è Siècle                 London

Langdale                  17è Siècle                Rochdale

Clapham                   17è Siècle                 West Yorkshire Library

Dauntesey               17è Siècle                 Manchester

Taylor                        17è Siècle               West Yorkshire Library

Lechmere                 17è Siècle                 Worcester

Beswicke-Royde     17è Siècle                 Prov. G. L. East Lancashire

David Ramsay         17è Siècle                 Hamburg

Embleton                 17è Siècle                 West Yorkshire Library

Drinkwater No. 1   Circa 1700               Manchester Association

Drinkwater No. 2   Circa 1700               Manchester Association

Boyden                     Circa 1700               So. Jur. Scottish Rite, Washington, D.C.

Strachan                   Circa 1700               Quatuor Coronati Lodge No. 2076

Alnwick                     1701                          Newcastle

York No. 2                1704                          York Lodge No. 236

Heaton                     Circa 1705               United Grand Lodge of England

Scarborough           1705                         Grand Lodge of Canada

Talents                      1700-20                    United Grand Lodge of England

Brooks Hill               1700-20                    United Grand Lodge of England

Roberts                     1722                          Imprimé

Macnab                    1722                          West Yorkshire Library

Haddon                    1723                          United Grand Lodge of England

Briscoe                      1724                          Imprimé

Cama                         Circa 1705               Quatuor Coronati Lodge No. 2076

Inigo Jones              Circa 1705               Worcester

Spencer                    1726                          Grand Lodge of Massachusetts

Songhurst                Circa 1726               Quatuor Coronati Lodge No. 2076

Fisher                        Circa 1726               United Grand Lodge of England

Tho. Carmick           1727                         Grand Lodge of Pennsylvania

Supreme Council   1728                          London

Woodford                1728                          Quatuor Coronati Lodge No. 2076

Bolt-Coleraine        1728                          Inconnue

Cole                           1728-9                      Inclus dans “ Cole's Constitutions ”

Langley                     1738                          Imprimé

Dodd                         1739                          Imprimé

Levander-York        Circa 1740               Port Sunlight

Holywell                   1748                          Prov. Grand Lodge of Lancashire

Fortitude                  Circa 1750               Fortitude Lodge No. 281, Lancaster

Thistle                       1756                       Thistle Lodge No. 62, Dumfries

Melrose No. 3         1762                          Melrose St. John Lodge No. 1 (bis)

Tew                           18è Siècle.               West Yorkshire Library

Portland                   18è Siècle                 Wilbick Abbey

Hughan                     18è Siècle                West Yorkshire.Library

Papworth                 18è Siècle                London

Phillips No. 3           18è Siècle                Cheltenham

Newcastle College             18è Siècle    Newcastle

Probity                      18è Siècle                Probity Lodge No. 61, Halifax

Colne No. 2             18è Siècle                Royal Lancashire Lodge No. 116, Colne

Harris No. 2             18è Siècle                British Museum

Rawlinson                18è Siècle                Bodleian Library

Dumfries No. 4       18è Siècle                 Dumfries Kilwinning Lodge No. 53

Gateshead               18è Siècle                Lodge of Industry No. 48

Crane No. 1             18è Siècle                 Inconnue

Crane No. 2             18è Siècle                 Inconnue

Krause                      1806                          Imprimé

Dowland                  1815                          Imprimé

Hargrove                  1818                          Imprimé

Tunnah                     1828                          Quatuor Coronati Lodge No. 2076

Wren                         Circa 1852               Inconnue

 

D’autres manuscrits connus ou supposés avoir existés ont aujourd’hui disparus :

Melrose No. 1; Baker's; Morgan's; Dermott's; Wilson's; York No. 3; 

Masons Company; Newcastle Lodge; T. Lamb Smith; Anchor and Hope; 

Drake. 

commentaires

La Maçonnerie disséquée Pritchard

Publié le 21 Mai 2026 par T.D

La maçonnerie disséquée

(1730)

Samuel Prichard

Commentaire et traduction nouvelle par Gilles Pasquier

Troisième édition par Samuel PRICHARD  ancien membre d'une Loge constituée.

LONDRES: Imprimé pour J. Wilford aux Trois Fleurs de Lys* derrière la maison du chapitre près de Saint -Paul

1730

Prix : 6 pence

(SERMENT)

Samuel Prichard a fait le serment que le texte ci-annexé est un texte authentique et véridique dans tous les détails.

(A juré le 13e jour d'octobre 1730 Aérant moi R. Hopkins)

                                   SAM. PRICHARD

A la Très Vénérable et Honorable Fraternité des Maçons France et Acceptés.

Frères et compagnons,

Si les feuillets qui suivent, écrits avec impartialité, obtiennent l'approbation unanime d'une si illustre Société, je ne doute pas que leur caractère général ne soit diffusé et estimé parmi le reste de l'humanité cultivée, ce qui, je l'espère, donnera, entière satisfaction à tous les amis de la vérité, et je resterai, avec une très humble soumission, le plus obéissant et le plus humble serviteur de la Fraternité Ce « catéchisme » est assurément un grand classique du corpus des textes anciens de la maçonnerie, puisqu’on en connaît plus de trente éditions sans tenir compte des éditions pirates. La première parution est du 20 octobre 1730 et ce fut sans doute un succès de librairie, car un second tirage intervint le 23 octobre suivant et un troisième le 31 octobre. C’est sur cette troisième édition, dont un exemplaire est conservé au British Muséum et dont le texte est reproduit dans Tue Early Masonic Catechisms de Knoop, Joncs et Hamer que nous avons travaillé.

On disposait jusqu’à présent d’une traduction française de Masonry Dissected datée de 1743 (reproduite en 1976 par les éditions du Baucens). Cette dernière traduction était précieuse mais incomplète, voire erronée sur quelques points; il convenait donc d’en présenter une nouvelle aux curieux de la tradition maçonnique.

Les faux frères ou imposteurs

On se posera bien sûr la question de savoir si l’auteur était maçon. D’après Harry Carr (AQC, n° 94, p. 107) Samuel Prichard était en 1728 visiteur de la loge « Le Cygne et la Coupe» et membre de la loge « La Tête d’Henry VIII ».

Samuel Prichard se présente lui-même comme un ancien maçon, mais aussi comme un adversaire résolu de la maçonnerie. C’est du moins ce qui apparaît dans la justification qui suit le texte du catéchisme proprement dit. Pour S. Prichard, la maçonnerie est une escroquerie à laquelle il ne faut pas se laisser prendre. C’est d’ailleurs pour lever ce leurre et le rendre inopérant que S. Prichard dévoile du mieux qu’il peut les « secrets » de la maçonnerie.

Du mieux qu’il peut et c’est déjà très bien: cet adversaire de la maçonnerie est très informé sur le sujet, le contenu du pamphlet en fait foi. C’est justement au vu de cette richesse documentaire que la réaction de S. Prichard à l’égard de la maçonnerie nous étonne. La raison de cet étonnement, c’est que l’on sait qu’une position initiatique implique, pour être soutenue, certaines conditions, nécessaires mais non suffisantes il est vrai. Ces conditions font l’objet de la plus grande attention de la part des maçons du XXè siècle où règne la quantité: pureté des rituels et mise en pratique effective. Nous n’avons pas à dire ici quels effets portent les rituels qui remplissent ces conditions. Seulement, nous devons remarquer qu’en 1730 lesdites conditions étaient indubitablement respectées: le rituel était alors dans sa pureté d’origine et Masonry Dissected nous donne le reflet d’un rituel déjà très complet. Quant à la pratique, elle n’était à coup sûr pas remplacée par une simple lecture. Or, il semble que S. Prichard - s’il a été comme il l’affirme, maçon et donc impétrant dans un rite maçonnique - n’ait rien vécu: il ne lui est rien arrivé. Pour lui les secrets de la maçonnerie se réduisent aux mots, signes et attouchements qu’il dévoile et il a tout à fait l’air d’un profane avec tablier (alors que nous connaissons des maçons sans tablier).

Entrait-on facilement dans une loge en 1730 ? C’était sans doute difficile, mais faisable: les tavernes où se réunissaient les loges étaient des lieux publics. Dans la mesure où l’information sur les individus circulait plus lentement que de nos jours, un « voyageur » pouvait se faire passer pour « visiteur » après avoir prêté l’oreille au bon moment, ou même après avoir lu A Mason’s  Examination. Tout cet arrière-plan donne au maçon S. Prichard une responsabilité qui dut peser lourd dans la décision du député grand maître de proposer dès le 15 décembre 1730 (E.M.C., p. 17), que désormais l’entrée en loge ne soit plus accordée qu’à des visiteurs dont les membres de la loge pourraient se porter garants. Les minutes de la Grande Loge précisent bien que cette proposition faisait suite à la parution de Masonry Dissected. On comprend dès lors l’opinion défendue par B.E. Jones dans Freemason’s  Guide and Compendium, selon laquelle I interversion des mots de reconnaissance avait été rendue nécessaire par les publications de A Mason’s Examination et de Masonry Dissected. Il est vrai que, pas plus dans Masonry Dissected que dans A Mason’s  Examination, on ne discerne entre J. et B. quel mot est spécifique du premier ou du second grade: les deux textes attribuent à la fois J. et B. à l’apprenti. Mais outre qu’ils exposent des détails propres à chacun des deux grades, ces pamphlets permettaient à un patron de taverne de faire ce que l’on vit à l’époque: créer de faux maçons pour quelques shillings. L’interversion des mots allait s’ajouter à la précaution, déjà mentionnée, voulue par le député grand maître et contribuer à protéger les loges des "faux frères ou imposteurs"., selon son expression

Les cowans

Les imposteurs ont leurs pendants opératifs, les cowans, à propos desquels le catéchisme de 1730 se montre très sévère dès le grade d’apprenti: si un cowan était surpris pendant les tenues on le condamnait à rester sous la gouttière de la loge par temps de pluie! Le malheureux devait y être contraint, sauf bien sûr si cette peine était fictive comme celle de l’obligation. Mais le fait que le rôle de couvreur, chargé de tenir les cowans à l’écart, soit dévolu au plus jeune apprenti est significatif: même le débutant de la loge était supérieur aux cowans, qu’il apprenait très tôt à traiter en ennemis.

Qui étaient donc ces cowans?

En nous référant au regretté Harry Carr (The Free-Mason at Work, p. 86) et à Knoop et Jones (The Genesis of Freemasonry, p. 28) nous pouvons dresser le portrait de ces ouvriers. C’étaient des bâtisseurs non maçons qui, à l’origine, n’avaient le droit de construire que des murs en pierres sèches. En 1636, à Canongate, on autorise les cowans à utiliser de la glaise comme mortier, mais pas du mortier à la chaux. En 1623 à Glasgow, on autorise un cowan, un certain John Shedden, à construire des murs avec un mortier de glaise, mais sans chaux ni sable, et jusqu’à une hauteur d’une aune seulement. Dans ce dernier cas, le cowan était dûment enregistré dans la liste des ouvriers du chantier, mais il s’agit là d’une exception dans tous les autres cas il était interdit à un maçon de donner du travail à un cowan. Les Statuts Schaw de 1598 comportent cette interdiction. Il existe même un document de la célèbre loge « Mary’s Chapel » d’Édimbourg, document daté de 1599, qui rapporte qu’un maçon avait dû reconnaître et confesser avoir offensé le surveillant et les maîtres en donnant du travail à un cowan. Ce maçon dut faire une « humble soumission » et promettre de ne pas recommencer.

Harry Carr remarque encore qu’à Kilwinning, les maçons qui acceptaient des cowans étaient condamnés par la loge à des amendes assez lourdes. Et, à Edimbourg, les cowans n’étaient admis au chantier du château que les semaines où aucun maçon n’y travaillait. C’est l’occasion pour notre historien de constater que le terme de cowan est d’origine écossaise. 11 faut souligner à ce propos que les sources de l’Oxford English Dictionary, à l’article cowan, sont toutes écossaises; et que le Chambers Scots Dictionary, qui est un dictionnaire de langue écossais-anglais, comporte bien un article cowan. La présence de ce mot dans Masonry Dissected serait un signe certain de l’influence de l’Ecosse sur la maçonnerie anglaise.

Le rituel de la Première Grande Loge

On ne possède pas le rituel de la Grande Loge de Londres ou Première Grande Loge, fondée en 1717, mais c’est à ce rituel que se réfère Masonry Dissected comme on va le voir. Il va de soi que nous ne considérons pas que la Première Grande Loge avait unifié le rituel de ses loges en 1730. On sait qu’avant 1717 existaient des différences d’une loge à l’autre puisque les «catéchismes», dont notre revue publie les traductions, ne sont pas semblables les uns aux autres. Cela continua sans doute au sein de la Première Grande Loge. C’est d’ailleurs ce qu’explique B.E. Jones dans son récit sur la querelle des Anciens et des Modernes. Les grades mêmes n’étaient pas unifiés: en 1738 certaines loges de la Première Loge sont signalées comme ayant « aussi » un grade de maître (Constitutions d’Anderson, p. 184-190). Cela prouve au moins qu’en 1738 le système à trois grades n’était pas pratiqué par toutes les loges de l’obédience.

Néanmoins, on peut se faire une idée approximative de ce qu’était, en 1730, le rituel de la Première Grande Loge en lisant Masonry Dissected car c’est bien de cette maçonnerie-là que S. Prichard nous parle.

Les preuves de ce que nous avançons là sont dans le pamphlet même: il s’agit de la liste de loges qui fait suite à la justification de l’auteur. Cette liste est apparue dans la troisième édition de Masonry Dissected, édition faite par Prichard lui-même et non par un éditeur pirate. C’est la liste des loges « constituées » et il faut savoir que ce qu’on appelait « loges constituées » en Angleterre en 1730, c’étaient celles de la Grande Loge et non d’autres. On trouve ce terme de constituted dès 1723 dans les Constitutions d’Anderson (p. 71) où il est dit que les loges doivent être solen­nellement constituées par le grand maître ». L’usage de ce mot est d’ailleurs resté de nos jours pour désigner cette cérémonie spéciale au cours de laquelle le grand maître constitue une loge.

C’est donc bien la liste de loges de la Grande Loge de Londres, année 1730, que S. Prichard donne à la fin de son pamphlet. Au reste, si l’on avait quelque doute, il suffirait de comparer cette liste au tableau publié par Erich Lindner dans L’Art royal illustré (p. 257). Ce tableau donne une série de petites images. Ce sont les enseignes des tavernes où se réunissaient les loges de la Première Grande Loge en 1735, soit cinq ans seulement après la publication de S. Prichard. Les enseignes sont numérotées et accompagnées des noms des rues, des quartiers ou des villes où sont situées les tavernes. Les loges prenaient tout simplement, comme titre distinctif, le nom de la taverne où elles se réunissaient. Par exemple, l’enseigne numéro 23 nous montre un croissant de lune accompagné de la mention « Cheapside ». Cela veut dire qu’en 1735, la loge n°23 se réunissait dans la taverne de la Demi-Lune située dans le quartier lon­donien de Cheapside. Or, que trouvons-nous dans la liste donnée par S. Prichard? Qu’en 1730 une loge portant le numéro 23 s’appelait La Demi-Lune et se réunissait dans Cheapside les premier et troisième mar­dis de chaque mois.

Autre exemple: dans la liste de 1730 nous trouvons, au numéro 11, la loge de « la Tête de Reine » qui se réunissait dans Knaves-acre les premier et troisième mercredis de chaque mois. Et dans le tableau de 1735 on voit, au numéro 11, une enseigne constituée par un portrait de femme couronnée, accompagnée de cette mention de lieu: Knaves-acre ».

On retrouve en tout trente-cinq loges de la liste de 1730 dans le tableau de 1735. Certaines ont entre-temps changé de numéro, mais pas de nom ni de lieu de tenue, comme la loge du « Cerf blanc » qui se réunissait à Bishopsgate et portait les numéros 44 en 1730 et 45 en 1735. Cela ferait vraiment trop de coïncidences: c’est bien de la maçonnerie de la Première Grande Loge dont nous parle S. Prichard. Il faut d’ailleurs noter au passage qu’il y a, en plus des similitudes, des différences entre les deux listes. En 1730 la liste comporte soixante-sept loges alors que le tableau de 1735 en donne cent vingt-neuf, dont plusieurs d’ateliers supérieurs au grade de maître. Par ailleurs, sur les soixante-sept loges de 1730, trente-deux ont disparu (ou changé de nom?) en 1735. Tout cela donne l’impression d’un formidable bouillonnement et l’impression est encore plus forte si l’on continue les comparaisons en utilisant la liste publiée à la fin de l’édition de 1738 des Constitutions d’Anderson.

Hiram enfin

Avec le manuscrit Graham (1726) on assistait au premier redressement d’un corps, mais ce n’était pas encore du cadavre d’Hiram qu’il s’agissait. Depuis quand était-il question de cet assassinat dans la franc-maçonnerie? Dans Early masonic Pamphlets (p. 193), Knoop et Jones nous rapportent un texte qui constitue une sorte de prospectus destiné à un public de maçons; « La Maçonnerie antédiluvienne ». Ce document fait allusion au « fils d’une veuve, tué d’un coup de masse». En 1723, le pasteur Anderson mentionnait Hiram dans la première édition des Constitutions, mais ne soufflait mot de la destinée du maître et de sa position de référent dans le rituel d’élévation (11-12, note). Il est vrai qu’en 1723, la Première Grande Loge ne fonctionnait encore qu’avec un système à deux grades, ainsi qu’en témoigne l’article IV des Constitutions de 1723.

Comment la mise au point, ou pour mieux dire la mise en rite, de la légende d’Hiram avait-elle pu s’opérer? Nous devons bien admettre que le processus est encore très mal connu et nous espérons que des documents anciens restent à découvrir qui nous apprendront la vérité sur tout cela. Toutefois il est possible de résumer la situation de la maçonnerie en 1730 de la façon suivante:

La Grande Loge de Londres, ou Première Grande Loge, fondée en 1717, avait débuté avec un système à deux grades: l’apprenti et le compagnon ou maître; le maître en titre étant le maître de la loge, celui qui préside.

Par ailleurs, il existait un système à trois grades. Témoignent de l’existence de ce système les manuscrits Trinity College (1711) et Graham (1726). En témoigne également un document de la loge de Dumbarton Kilwinning, daté de 1726 et que nous rapporte Harry Carr (The Free Mason at Work, p. 274): ce texte dit que le compagnon Gabraël Portefield a été reçu maître « après avoir renouvelé son serment et payé son droit d’entrée».

Si l’on admet que le grade de maître est apparu au terme d’une évolution, on peut considérer que le manuscrit Graham (1726) nous donne un état primitif du grade: pas encore de meurtre, Noé tient la place d’Hiram, mais on relève bien un corps. Dans cette perspective et compte tenu du fait que les deux textes peuvent appartenir à deux «courants »différents, Masonry Dissected donne un état du rite très avancé dans l’évolution du grade. Très avancé, mais pas encore achevé: les trois grades ont encore entre eux des adhérences et la distinction de chaque grade par rapport aux autres n’est pas tout à fait réalisée. Par exemple, l’apprenti reçoit deux mots alors que, quelques années plus tard, un de ces deux mots sera attribué à l’apprenti, l’autre au compagnon. Autre exemple:

Harry Carr (The Free-Masons at Work, p. 104) souligne que d’après S. Prichard, c’est dans la Chambre du Milieu que se trouve la lettre G et que le compagnon reçoit son salaire. Enfin, on verra en lisant Masonry Dissected que les cinq points par lesquels on relève le maître, sont encore les cinq points du « compagnonnage».

Ces quelques réflexions nous rendent évident le fait que les maçons spéculatifs ont intérêt à savoir ce qu’est la maçonnerie opérative, la franc-maçonnerie ayant connu une mutation en passant de l’état opératif à l’état spéculatif. Ce changement de nature qui a pris en tout et pour tout une vingtaine d’années semble s’être accompagné de l’avènement du mythe d’Hiram dans le rituel du troisième grade.

Le judéo-christianisme de la maçonnerie

                                                                                         

On verra dans Masonry Dissected que le livre sur lequel se prête l’obligation du maçon est la Bible. La Bible est d’ailleurs la source de plusieurs éléments du catéchisme concernant le Temple de Salomon, sa construction et certaines de ses parties. Le passage de la Bible, dans lequel se trouvent les mots, est cité dès le grade d’apprenti et, bien sûr, le roi Salomon est cité dans le grade de maître. On trouve également au grade d’apprenti la précision suivante: la loge est située dans la vallée de Josaphat, et si elle est orientée c’est parce que toutes les églises et chapelles le sont. Au grade de compagnon la description des colonnes est empruntée à la Bible et accompagnée de la référence biblique. Enfin, toujours au grade de compagnon, il est expliqué que si les loges s’appellent loges de Saint Jean, c’est que celui-ci fut le prédécesseur du Sauveur et qu’il traça la première ligne parallèle à l’Evangile.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Tout cela donne à Masonry Disse cted un caractère nettement judéo-chrétien. Cela ne doit pas surprendre les maçons du XXè siècle, même s’ils ont acquis la conviction du contraire. Il nous semble  utile de faire ici la distinction entre ce qui est de l’ordre de la conviction ou de l’opinion, et ce qui est  de l’ordre de l’information. L’étude des textes anciens de la maçonnerie et des versions d’origine des différents rites encore pratiqués à notre époque montre à l’évidence que la franc-maçonnerie est une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne, indépendamment des différentes convictions  et opinions qui ont pu se former à ce sujet et dont chacun est libre.

Dans les rituels de langue française cela est vrai même pour le plus récent des rites encore actifs de nos jours, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, dont la plus ancienne version connue remonte au plus tôt à 1804.

Dans ce rite, c’est sur la Bible qu’est prêtée l’obligation d’apprenti (Guide, p. 22 et 31) de même que celles de compagnon et de maître (p. 62 et 89). L’hypothèse selon laquelle on pourrait remplacer la Bible, non plus pour un impétrant mais en permanence, par divers livres tels que le Coran ou le Zend Avesta est certes intéressante, mais ce serait sortir de son cadre propre le livre qui doit s’y trouver pour y insérer des livres appartenant à d’autres traditions. Bien sûr, il existe une initiation chinoise Ming dans laquelle l’impétrant pose le genou nu sur une équerre, mais cela ne prouve qu’une chose: que l’acte de construire prête partout à sacralisation. Le premier homme qui construisit, fût-ce une cabane, fit sortir l’humanité des cavernes. En cessant de vivre sous terre et dans les abris naturels, en accédant à la surface de l’ordre naturel et en le modifiant par des constructions l’homme savait, comme les alchimistes, qu’il aidait la nature et que la nature l’aidait. Construire c’était toucher à l’Œuvre de Dieu, mais aussi participer à celle-ci. Il est bien normal qu’il ait été saisi de crainte et d’adoration tout à la fois, d’une part, et que ce comportement fondamental n’ait pas été propre  au monde occidental ni à la maçonnerie, d’autre part.

Les maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté des origines n’utilisaient d’ailleurs pas la Bible sans savoir ce qu’ils faisaient. Des signes de cette conscience apparaissent dans le corps du rituel dès le grade d’apprenti: — Pourquoi votre loge est-elle située est et ouest?

— Parce que tous les temples le sont ainsi.

— Pourquoi cela?

— Parce que l’Evangile fut d’abord prêché dans l’est et s’étendit ensuite dans l’ouest. (Guide, p. 33.)

Il en va ainsi jusqu’au grade de maître. On demande au maître:

— Pourquoi étiez-vous sans souliers?

Et le maître de répondre

— Parce que le lieu où je fus reçu était une terre sainte, sur laquelle Dieu dit à Moïse: « Ote tes souliers, car le lieu où tu marches est une terre sainte. »

Ce n’est donc pas â l’étourdie que le Rite Écossais Ancien et Accepté avait un caractère judéo-chrétien: c’était témoigner de ses sources mêmes. C’est également évident pour le Rite Français et encore plus pour le Rite Ecossais Rectifié. 

Ce ne sont pas là des remarques ponctuelles. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté plonge ses racines dans la maçonnerie des « Anciens » et c’est même là ce qui lui valut son titre d’Ancien. Cette maçonnerie des « Anciens »a été elle aussi victime d’une divulgation: en 1760 un ouvrage intitulé Trois Coups distincts donnait une description complète de ce qu’était le rite des Anciens.

Cela nous permet de vérifier qu’en 1760, aux trois grades, on prêtait les obligations sur la Bible (Three Distinct Knocks, p. 19, 40 et 54) et que dès le grade d’apprenti, il était fait référence au roi Salomon et â la construction du Temple (ibid., p. 30). Entre autres preuves de l’ancrage judéo-chrétien de ce rite des «Anciens », on trouve, toujours au grade d’Apprenti, ces questions et réponses (p. 32):

— Pourquoi, mon frère, onze font-ils une loge?

—Parce qu’il y avait onze patriarches quand Joseph fut vendu en Egypte et qu’on le crut perdu.

— Quelle est la seconde raison mon frère?

— il n’y avait plus que onze apôtres après que Judas eût trahi le Christ.

Là encore si la maçonnerie décrite dans Trois Coups distincts ne doit rien au hasard quant à ses sources, c’est bien que la maçonnerie britannique de 1760 descendait de celle de 1730 que Prichard nous montre émerger dans un système à trois grades.

Ce qui n’était pas nouveau pour la maçonnerie de 1760 ne l’était pas davantage pour celle d’avant 1730. Il n’est pour le vérifier que de lire les textes anciens publiés en traduction dans ce cahier.

Il est clairement question de Noé, de Salomon et du Christ dans le manuscrit Graham de 1726. Cela n’est d’ailleurs pas spécifique des textes anglais. Dans le manuscrit Dumfries (1710), peut-être d’origine écossaise, les données extraites de l’Ancien et du Nouveau Testament abondent. Nous n’en rappellerons que trois tirées des questions et réponses de ce caté­chisme:

  1. David prescrivait que les fondations du Temple fussent posées sur une « aire à blé, comme vous pouvez le lire dans la Sainte Bible, où elle dénomma l’aire d’Oman le Jébuséen ».

    2)- Combien d’échelons y avait-il dans l’échelle de Jacob?

  • Trois.
  •  Lesquels?

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

3) Le Christ est le marbre blanc sans tache, la pierre que les bâtisseurs ont rejetée, mais que Dieu a choisie d’entre les autres pour que le Temple puisse être construit.

Il n’est pas jusqu’aux textes écossais de 1696 et 1700 qui ne précisent que c’est sur la Bible que l’on prête l’obligation du maçon. Ces deux manuscrits, Edimbourg (1696) et Chetwode Crawley (1700), donnent même, en dépit de leur brièveté et de leur dépouillement, deux références bibliques pour les mots J et B: I Rois, 7-21, et II Chroniques 3, dernier verset.

Nous ne citons même pas ici tous les textes anciens. Qu’on y aille voir: le manuscrit Sloane (1700) et le manuscrit du Trinity College (1710) n’infirment pas notre thèse, bien au contraire. A Mason’s  Confession (1727) ou le manuscrit Wilkinson (1727). Une telle constance de la part des maçons, de 1696 à 1804, n’a d’autre explication que celle que nous avancions au début de notre propos: la maçonnerie est une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne.

Ceci nous amène à une double réflexion.

          Bien des maçons pensent que puisqu’il est interdit par les Constitutions d’Anderson (1723) d’être un athée stupide, il suffit d’être un athée intelligent pour faire un maçon régulier. Nous n’avons pas la prétention d’être nous-mêmes un très fort angliciste mais enfin, il faut être vraiment très faible en langue anglaise pour donner dans le panneau. Relisons Anderson: « ... If lie rightly understands the Art, lie will never be a stupid Atheist, nor an irreligious Libertine. »Si d’après cette phrase il est possible, selon certains traducteurs d’Anderson, d’être un athée intelligent, il sera tout autant possible d’être un libertin religieux. Voilà ce qu’on gagne à philosopher prématurément: la position de l’adjectif devant le substantif ne doit pas faire illusion, en anglais c’est la règle - ça s’appelle de la syntaxe - et pour le pasteur Anderson et ses lecteurs anglophones, un athée est stupide tout comme un libertin est irréligieux. Par suite, ni l’un ni l’autre ne pouvaient être maçons en 1723. La seconde réflexion découle de la première. Il n’entre aucune part d’interprétation dans notre traduction de la phrase d’Anderson citée plus haut, en voici la preuve. On s’est beaucoup servi de cette phrase pour le plus grand profit des athées intelligents, mais aussi pour promouvoir une sorte de « religion maçonnique »: la religion naturelle ou déisme. Cette religion naturelle serait sans révélation, une religion d’avant les opinions particulières que sont par exemple le judaïsme et le christianisme. Ce dernier point est exact, et c’est bien à la religion de Noé que pensait Anderson; il le dit nettement dans ses Constitutions de 1738. Mais il faut être aussi ignorant de la Bible que les athées intelligents le sont de la syntaxe anglaise pour croire que le pasteur Anderson proposait une religion naturelle en 1723 et 1738 aux maçons de la Première Grande Loge. Il eût été étonnant en effet qu’un pasteur ne connaisse pas la Bible et en l’occurrence les passages desquels il ressort que Noé, tout au long de son histoire, a bénéficié de nombreuses révélations sur lesquelles il réglait ses actes. Noé ne marchait dans les voies du Seigneur que parce que celles-ci lui étaient tracées d’en haut. Voici trois citations parmi bien d’autres qui confirment ce que nous disons:                    

1)    Alors Dieu dit à Noé: la fin de toute chair est arrêtée par-devers moi; car ils ont rempli la terre de violence; voici, je vais les détruire avec la terre. Fais-toi une arche de bois de gopher; tu disposeras cette arche en cellules, et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors (Genèse, 6-13, 14).     2)   L’Eternel dit à Noé: entre dans l’arche, toi et toute ta maison; car je t’ai vu juste, devant moi parmi cette génération (Genèse, 7-1).                                               

   3)     Dieu parla encore à Noé et à ses fils avec lui, en disant: voici, j’établis mon alliance avec vous et avec votre postérité après vous (Genèse, 9-8, 9).   Ainsi Noé, après avoir été sauvé grâce à l’avertissement de Dieu, devint l’ouvrier de Dieu en servant à la création selon Ses directives. Si l’on admet que le pasteur Anderson avait lu la Bible, on admettra aussi que la religion noachide dont il parlait en 1738 n’était pas le déisme. Cela méritait d’être précisé avant que le lecteur n’entre, par la lecture de Samuel Prichard, dans les secrets et mystères de la Maçonnerie du pasteur Anderson.

 

 

 

 

 

 

 

 

commentaires

Ms WILKINSON

Publié le 21 Mai 2026 par T.D

LE MANUSCRIT WILKINSON

Commentaire et traduction par Gilles PASQUIER

 

INTRODUCTION

 

Ce remarquable manuscrit porte le nom de son « inventeur». Le Frère Wilkinson, membre de la Grande Loge Unie d'Angleterre a en effet trouvé le document en 1946 dans des papiers appartenant à sa famille.

Le manuscrit a été offert par le Frère Wilkinson à la bibliothèque maçonnique de Northampton, où l'on peut le consulter. La transcription sur laquelle nous avons travaillé est celle du recueil fameux de Knoop, Jones et Hamer : The Early Masonic Catechisms, mais dans la seconde édition de ce recueil, car le manuscrit a été découvert entre la première et la seconde. Cette transcription est accompagnée des photographies de toutes les pages du manuscrit, ce qui augmente encore l'intérêt de sa lecture. Les présentateurs se sont livrés à une étude paléographique détaillée au terme de laquelle ils concluent que le manuscrit a été rédigé soit entre 1730 et 1740, soit entre 1750 et 1790. Dans le premier cas le manuscrit servait d'aide-mémoire ; dans le second cas c'était une copie faite sur un document plus ancien par un Maçon soucieux de tradition. Dans les deux cas le texte du manuscrit reflète une activité maçonnique qui s'est déroulée en Angleterre entre 1724 et 1730.

La transcription publiée par Knoop, Jones et Hamer est disposée à gauche des pages de The Early Masonic Catechisms. Dans la partie droite des pages, en regard des répliques du Ms. Wilkinson, se trouvent les répliques correspondantes de Masonry Dissected.

Cette ingénieuse disposition permet de constater que la plupart des répliques du Ms. Wilkinson ont leur semblable dans le grade d'Apprenti de Masonry Dissected. Nos lecteurs pourront constater la chose en comparant la présente traduction du Ms. Wilkinson avec la traduction de l'ouvrage de Pritchard publiée dans le précédent numéro de la revue. Cette double lecture nous éclaire considérablement sur le sens de la Maçonnerie anglaise de la Première Grande Loge.

AVERTISSEMENT

On constatera à la lecture que nous avons mis certains mots entre crochets. C'est que l'équivalent anglais de ces mots manquait dans le texte original. On verra aussi à divers signes que le manuscrit a été rédigé de façon hâtive. Cela confirmerait l'opinion de Knoop, Jones et Hamer selon laquelle le Ms. Wilkinson a pu servir d'aide-mémoire.

 

LE MANUSCRIT WILKINSON (c. 1727)

Q : Etes-vous Maçon ?

R : Mes Frères et Compagnons me reçoivent comme tel.

Q : Comment saurai-je que vous êtes Maçon ?

R : Par les signes, attouchements et points parfaits de [mon] entrée.

Q : Que sont les signes ?

R : Toutes équerres, niveaux et perpendiculaires.

Q : Que sont les attouchements ?

R : Certaines griffes.

Q : Donnez-moi le premier (1) et je vous donnerai le second.

R : Je garde.

R : Je cache.

Q : Que cachez-vous ?

R : Tous les secrets ou mystères d'un Maçon ou de la Maçonnerie.

Q : Que sont les secrets ?

R : Des signes, des attouchements et de nombreux mots.

Q : Avez-vous quelque mot en tant que Maçon ?

R : J'en ai.

Q : Donnez-m'en un.

R : Je l'épellerai avec vous.

Ou : Donnez-moi la première, je vous donnerai la seconde.

1 __________B.

2 __________O.

3 __________A.

4 __________Z.

1 __________BO.

2 __________AZ.

 

Voir chapitre 3 du 2e Livre des Chroniques, verset 17, où vous trouverez que Boaz était le nom de la colonne de gauche devant le Temple, et Jachin celle de droite.

 Très respectable, le Maître et les Compagnons de la Sainte Loge de Saint Jean, d'où je viens vous saluent, vous saluent, vous saluent par trois fois mes Frères.

Q : Que vîtes-vous avant d'être admis en Loge ?

R : Le dernier Apprenti, l'épée nue à la main.

Q : Comment avez-vous été admis en Loge ?

R : Par trois grands coups.

Q : Qui vous introduisit dans la Loge ?

R : Le Second Surveillant.

Q : Comment vous fît-il entrer ?

R : Il me conduisit autour de la Loge d'Est en Ouest et me présenta au Premier Surveillant.

Q : Que fit-il de vous ?

R : Il me conduisit par trois grands pas vers le Maître.

Q : Que fit de vous le Maître ?

R : Il me reçut Maçon.

Q : Comment fûtes-vous reçu Maçon ?

R : Ni assis, ni debout, ni nu, ni vêtu, mais selon les formes requises.

Q : Que sont les formes requises ?

R : Avec le genou dénudé en terre dans les branches de l'équerre et ma main gauche sur la Bible, ma main droite étendue, avec le compas sur le sein gauche dénudé ; [dans cette disposition] je pris l'obligation solennelle du Maçon.

Q : Pouvez-vous la répéter ?

R : Je le peux.

Q : Répétez-la.

R : Moi, par ceci, je promets solennellement et déclare en présence de Dieu tout puissant, de garder et de cacher tous les secrets ou mystères d'un Maçon ou de la Maçonnerie qui m'ont été révélés jusqu'ici, vont l'être maintenant, ou le seront ultérieurement ; de ne les dire ou les révéler à personne sauf à un Frère ou Compagnon après un examen dans les formes ; de ne pas les écrire, ouvrager, marquer, représenter ou graver sur tout support mobile ou immobile ; sous une peine qui ne serait pas moindre que d'avoir la gorge tranchée, ma langue arrachée du fond de la bouche, le cœur arraché du sein gauche et enseveli dans les sables de la mer, à une encablure du rivage, là où la marée descend et monte deux fois en 24 heures, mon corps devant être réduit en cendres, et les cendres dispersées à la surface de la terre, de sorte qu'il n'y ait plus souvenance de moi. Ainsi que Dieu me soit en aide.

Il baise la Bible.

Q : Que vîtes-vous quand vous fûtes introduit dans la Loge ?

R : Trois grandes lumières.

Q : Que représentent-elles ?

R : Le Soleil, la Lune et le Maître Maçon.

Q : Pourquoi cela ?

R : Le Soleil pour présider au jour, la Lune à la nuit, et le Maître Maçon à la Loge.

Q : Où se tient le Maître ?

R : A l'Est.

Q : Pourquoi cela ?

R : Comme le Soleil se lève à l'Est pour ouvrir le jour, le Maître se tient à l'Est pour ouvrir la Loge et mettre les ouvriers au travail

Q : Où se tient le Surveillant ?

R : A l'Ouest.

Q : Pourquoi cela ?

R : Comme le Soleil se couche à l'Ouest pour clore le jour, il renvoie les ouvriers du travail (2).

Q : Où se tient le Compagnon du métier ?

R : Au Sud.

Q : Pourquoi cela ?

R : Pour garder et cacher ; et pour accueillir les Frères étrangers (3).

Q : Où se tient l'Apprenti entré ?

R : Au Nord.

Q : Pourquoi cela ?

R : Pour garder et cacher, recevoir des instructions et protéger la Loge.

Q : Comment votre Loge est-elle disposée ?

R : Exactement d'Est en Ouest (4), comme le sont ou devraient l'être tous les lieux sacrés.

Q : Où se tient-elle ?

R : Sur une terre sacrée, dans la Vallée de Josaphat ou ailleurs.

Q : Quelle est sa hauteur ?

R : Des pieds et des pouces innombrables.

Q : Quelle est la forme de votre Loge ?

R : Un carré long.

Q : Pourquoi cela ?

R : C'est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram.

Q : Qu'y a-t-il au centre de votre Loge ?

R : La lettre G.

Q : Que signifie-t-elle ?

R : Géométrie.

Q : Avez-vous des bijoux immobiles dans votre Loge ?

R : Nous en avons.

Q : Combien ?

R : Trois.

Q : Quels sont-ils ?

R : Le pavé mosaïque (5), le parpaing (6) et la pierre dégrossie.

Q : Quels est leur premier usage ?

R : Le pavé mosaïque (5) pour que le Maître y trace ses plans, le parpaing pour que les Compagnons du métier éprouvent leurs outils dessus et la pierre dégrossie pour que les Apprentis entrés apprennent à travailler dessus.

Q : Avez-vous des bijoux mobiles dans votre Loge ?

R : Nous en avons.

Q : Combien ?

R : Trois.

Q : Quels sont-ils ?

R : L'équerre le niveau et le [fil à] plomb.

Q : Quel est leur usage ?

R : L'équerre pour voir si les pierres d'angles sont posées d'équerre ; le niveau pour voir si elles sont posées de niveau et le [fil à] plomb pour élever des perpendiculaires.

Q : Quels sont les meubles (7) de la Loge ?

R : La Bible, le Compas et l'Equerre.

Q : Comment votre Loge est-elle soutenue ?

R : Par trois grands piliers.

Q : Que signifient-ils ?

R : La Sagesse pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner.

Q : Quel est le nom d'un Maçon ?

R : Giblin.

Q : Quel est le nom d'un fils de Maçon ?

R : Lewis (8).

Q : Où est sa place ?

R : Sous les gouttières de la Loge.

Q : Quel est son privilège ?

R : D'être reçu Maçon avant tous les autres.

Q : Combien composent une Loge ?

R : Cinq Maçons libres et acceptés réunis en un même lieu et selon les usages.

Q : Combien font une Loge juste et parfaite ?

R : Sept.

Q : Que sont-ils ?

R : Un Maître, deux Surveillants, deux Compagnons du métier et deux Apprentis entrés.

Q : Avez-vous vu votre Maître aujourd'hui ?

R : Oui.

Q : Comment était-il vêtu ?

R : D'une veste jaune et d'une culotte bleue.

Q : Où gardez-vous vos secrets en tant que Maçon ?

R : Dans une boîte d'os qui ne s'ouvre ni ne se ferme sans clé d'ivoire ; neuf pouces ou une boucle à ma bouche (9).

Q : Avez-vous des principes ?

R : Oui.

Q : Que [sont-ils] ?

R : Les définitions sont dans Euclide.

Un point est ce qui n'a pas d'étendue.

Une ligne est une longueur sans largeur.

Une surface a seulement une longueur et une largeur.

Un volume a une longueur, une largeur et une profondeur.

Q : Qu'est-ce qu'un Maçon ?

R : Un homme né d'une femme, Frère d'un Roi, Ami d'un Prince et Compagnon d'un Seigneur.

Q : Qu'avez-vous appris comme Maçon ?

R : Comme Maçon opératif à tailler la pierre et élever des perpendiculaires ; comme Gentilhomme Maçon, le secret, la moralité et la camaraderie.

Q : Comment êtes-vous devenu Maçon ?

R : Par mon propre désir et la recommandation d'un ami.

Q : D'où venez-vous ?

R : De la Sainte Loge de Saint Jean.

Q : Où avez-vous été reçu Maçon ?

R : Dans une Loge juste et parfaite.

Q : Comment souffle le vent ?

R : D'Est en Ouest.

Q : Quelle heure est-il ?

R : Minuit plein.

Q : A quoi sert la nuit ?

R : A entendre et le jour à voir.

Q : De quel métal est-elle faite ? (10).

R : Ni d'argent, ni d'or, ni d'étain, ni de bronze, de fer ou d'acier mais la langue de bonne réputation [est celle] qui parle de la même façon derrière un Frère et devant lui.

Q : Si un Maçon est perdu, où doit-il être retrouvé ?

R : Entre l'équerre et le compas.

Q : Pourquoi cela ?

R : Parce qu'un Maçon se révèle toujours sur l'équerre et se tient à l'intérieur du compas.

Quand une ou plusieurs personnes sont en société et que vous les connaissez comme non Maçons, les formules ordinaires sont : «Il pleut», ou «il goutte», ou «la maison n'est pas couverte», ou «couvrez la maison» etc.

Quand un Maçon vous donne quelque chose, et vous demande : «Qu'est-ce ça sent ?» ; la réponse est : «le Maçon».

Q : Quel est l'âge d'un Maçon ?

R : Trois fois sept.

Q : Quand on vous demande quel âge vous avez :

R : En tant qu'Apprenti, moins de sept ans.

Q : Compagnon, moins de quatorze ans.

R : Quand vous êtes Maître, trois fois sept.

 

NOTES

(1) En comparant avec Masonry Dissected on constate qu'il s'agit du premier point parfait de son entrée.

(2) Notons le caractère elliptique de cette réplique dont l'équivalent complet se trouvait dans Masonry Dissected.. Notons également qu'il n'est plus question ici que d'un surveillant alors que le texte mentionnait un second surveillant, ce qui implique l'existence du premier. De tels détails donnent l'impression de répliques jetées à la va-vite sur le papier en fonction de choses entendues en loge. Cela ne nuit pas à la véracité du texte, bien au contraire.

(3) Cette réplique est encore très elliptique.

(4) Cette réplique a son équivalent dans Masonry Dissected. Toutefois une faute de typographie s'était glissée dans cette traduction de Masonry Dissected; c'est bien «d'Est en Ouest» qu'il faut lire.

(5) Dans Masonry Dissected ce pavé Mosaïque était remplacé, aux répliques équivalentes par la planche à tracer. Nous pensons que ce rapprochement dans les documents de la planche à tracer et du pavé mosaïque n'est pas fortuit, si le pavé mosaïque représente un prolongement symbolique du pavement quadrillé, ce dernier servant à tracer des plans en vraie grandeur. Ces éléments ont pu se remplacer en raison de leurs fonctions analogues. Il faut d'ailleurs remarquer que le Ms Wilkinson et Masonry Dissected, en plus d'avoir de nombreuses répliques en commun sont contemporains l'un de l'autre.

(6) Dans Masonry Dissected ce parpaing était remplacé par la pierre cubique.

(7) Nous avons déjà souligné à propos de Masonry Dissected, l'intérêt du vocable «meuble». (V. de H., n° 8, note 2).

(8) «Lewis» en français la louve. C'est un outil qui, inséré dans une cavité creusée dans un bloc de pierre, permet d'accrocher celui-ci pour le soulever.

(9) Cette réplique contracte exagérément le contenu de plusieurs répliques identifiables dans Masonry Dissected. Le sens général est que la clé d'ivoire est pendue par un câble de neuf pouces ou une boucle et que ce câble ou boucle est la langue.

(10) Le texte semble bien avoir été rédigé très vite, le désordre des répliques confirme ce que nous en avons déjà dit. «De quel métal est-elle faite ?» concerne la langue dont il a déjà été question, la réplique correspondante de Masonry Dissected en fait foi.

 

commentaires

Ms d' Edimbourg

Publié le 21 Mai 2026 par T.D

 

LE MANUSCRIT DES ARCHIVES D'ÉDIMBOURG 1696

traduit et commenté par Edmond MAZET

 

INTRODUCTION

Le document dont nous donnons ici la traduction a été découvert aux Archives d'Edimbourg en 1930, par Charles T. Mclnnes. Il a été publié sous forme photographique dans A.Q.C., vol. 43 (1930) par J. Mason Allan, et plusieurs fois imprimé, la dernière édition imprimée étant dans Knoop, Jones et Hamer, Early Masonic Catechisms, 2e édition, Londres, 1975. Il a souvent été utilisé par des auteurs maçonniques de langue française, mais sans qu'aucune traduction française en ait été publiée.

On ignore par qui et dans quelles circonstances il a été rédigé. Mais il porte la suscription suivante: «Quelques questions à propos du mot du Maçon (Some Questions Anent the mason word) 1696.» Il date donc de la période de transition de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative. Naturellement, il est loin d'être le plus ancien texte maçonnique écossais connu; rappelons en particulier, avant lui, les Statuts Schaw de 1598 et de 1599, et plusieurs registres de Loges, comme ceux d'Aitcheson Haven (1598), d'Édimbourg (1599), de Kilwinning (1642) ; d'autre part, à partir de 1660 environ, des Loges d'Écosse ont eu en leur possession des textes de la famille des Old Charges, d'origine anglaise. Mais, si l'on accepte les formules de serment contenues dans quelques manuscrits des Old Charges, le manuscrit des Archives d'Edimbourg est à l'heure actuelle, en Ecosse et dans le monde, le plus ancien document connu de caractère rituel. C'est ce qui fait son intérêt exceptionnel.

Il est à rapprocher, à cet égard, de deux autres textes également publiés dans Knoop, Jones et Hamer : le manuscrit Chetwode Crawley, daté d'environ 1700, donc à peu près contemporain du manuscrit des Archives d'Édimbourg, et un texte un peu plus tardif, le manuscrit Kevan (vers 1714-1720). Ces trois textes sont très voisins les uns des autres et, tout en présentant des variantes notables, dérivent certainement d'une source commune. Sans nous livrer à une comparaison systématique des trois textes, nous avons indiqué en notes quelques-unes de ces variantes, qu'il nous a paru intéressant de relever.

Si l'on ne peut préciser exactement l'origine de notre manuscrit, on peut du moins dégrossir le problème. Tout d'abord, il a certainement été copié sur un manuscrit antérieur (cf. note 9), aujourd'hui perdu. La réponse à la question 8 («Quel est le nom de votre Loge ?  Kilwinning») met vaguement cette source en rapport avec la Loge de ce nom, ou du moins avec les Loges du Sud-Ouest de l'Écosse, sur lesquelles la Loge de Kilwinning exerçait une juridiction plus ou moins bien définie par les Statuts Schaw de 1599, mais il est difficile de préciser davantage ce rapport. En fait, il apparaît clairement à la lecture du texte que celui-ci et sa source n'ont pas été rédigés par des Maçons, mais bien plutôt par des profanes qui avaient réussi (tout au moins l'auteur du manuscrit primitif) à percer le secret des travaux maçonniques.

On peut d'ailleurs se demander à ce propos, jusqu'à quel point notre manuscrit et les deux textes apparentés reflètent fidèlement les travaux des loges du XVIIe siècle. Il est certain que, dans le détail, ils nous transmettent certains termes sous une forme corrompue (cf. notes 2 et 8) ; d'ailleurs, à ce niveau, il existait sans doute dès le XVIIe siècle des variations locales dans la pratique des Loges (cf. note 6). Cependant, la comparaison avec les Statuts Schaw, avec les Old Charges, et avec les registres de Loges d'Écosse du XVIIe siècle, ainsi que l'existence, attestée en Ecosse à partir de 1637, du «mot du Maçon», permettent d'être raisonnablement assuré que, dans l'ensemble, les textes nous donnent une image fidèle de la réalité.

Le manuscrit des Archives d'Édimbourg se compose de deux parties (qui se retrouvent, quoique dans l'ordre inverse, dans le Chetwode Crawley et dans le Kevan).

La première est une suite de questions et de réponses convenues qui permettaient aux maçons de se reconnaître. Ces «catéchismes», selon le terme de Knoop, Jones et Hamer, sont à l'origine de nos instructions actuelles par demandes et réponses. Il y a de ceux-là à celles-ci une tradition continue que l'on peut suivre tout au long du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne comme sur le continent: ces catéchismes ou instructions se sont développés et enrichis ; non sans glissements ou même oblitération de sens sur certains points, ils se sont diversifiés aussi selon les lieux et les rites, mais la filiation est incontestable.

La seconde partie se présente comme un rituel sommaire de réception. On a un système en deux grades. Le premier grade est celui d'apprenti entré («entered apprentice» : ce terme, qui reparaît dans les Constitutions d'Anderson, est toujours en usage dans la Maçonnerie de langue anglaise) ; la cérémonie de réception s'appelle l'entrée» (entrie). Cela est conforme aux Statuts Schaw qui, un siècle plus tôt, distinguaient déjà nettement deux stades dans l'apprentissage: tout d'abord l'apprenti était «reçu» (ce terme n'impliquant ici aucune cérémonie rituelle) par un maître qui le prenait à son service, le faisait enregistrer sur le livre de sa Loge, et commençait de lui enseigner le métier; quand l'apprenti était suffisamment instruit, il était «entré», et acquérait un minimum d'initiative professionnelle, sans cesser d'être un apprenti.

Le second et dernier grade est indifféremment appelé «compagnon du métier» (fellow craft), ou «maître maçon», ou seulement «maître» ou «maçon», et une fois «parfait maçon», tous ces termes étant équivalents. Cela encore est conforme aux Statuts Schaw, où l'expression master or fellow of craft» revient plusieurs fois.

A chacun de ces grades correspond une cérémonie. Ces cérémonies, très simples, comportent seulement le serment et la communication des secrets, c'est-à-dire ce qui formera toujours le noyau des cérémonies maçonniques plus élaborées, qui se développeront par la suite. Cependant, dans leur simplicité, elles s'accompagnaient de quelques formes tombées ensuite en désuétude, qui ne manquent pas d'intérêt, comme les « paroles de l'entrée », et l'usage émouvant et significatif de faire circuler le mot du plus jeune maçon jusqu'au maître de la Loge avant de le communiquer.

Parmi les secrets, le «mot du maçon» était apparemment considéré comme le plus important puisque la partie rituelle du texte est intitulée «la manière de donner le mot du maçon» (the forme of giveing the mason word). Comme nous l'avons déjà dit, I'existence du mot du maçon est attestée à partir de 1637 par diverses allusions qui y sont faites dans des sources profanes : il était l'objet parmi les gens simples, de craintes superstitieuses. Il ressort de notre texte que chaque grade avait son mot, et que ces mots étaient ceux qui sont encore en usage dans les deux premiers grades (cf. aussi note 11).

Nous n'avons pu donner, dans cette introduction et dans les notes, qu'un bref aperçu de ce que le manuscrit des Archives d'Édimbourg et les textes de la même famille apportent à notre connaissance de la tradition maçonnique. Le lecteur trouvera sans doute par lui même encore bien des remarques intéressantes à faire et bien des questions à se poser.

 

Le manuscrit d'Edimbourg (1696) Traduit et commenté par Edmond MAZET

 

Quelques questions que les maçons ont coutume de poser à ceux qui ont le mot, avant de les reconnaître.

Question 1 : Etes-vous maçon ?

Réponse : Oui.

Q. 2 : Comment le connaîtrai-je ?

R. : Vous le connaîtrez en temps et lieu convenables.

Remarques : la dernière réponse ne doit être faite qu'en présence de gens qui ne sont pas maçons. Mais en l'absence de telles gens vous devriez répondre : par signes, conventions (1) et autres points de mon entrée.

Q. 3 : Quel est le premier point ?

R. : Dites-moi le premier point, je vous dirai le second. Le premier est de celer (2) et cacher ; le second : «sous une peine qui ne saurait être moindre» (3), qui consiste alors à vous c....r la g...e, car vous devez faire ce signe quand vous dites cela.

Q. 4 : Où avez-vous été entré ?

R. : A l'honorable Loge.

Q. 5 : Qu'est-ce qui fait une Loge véritable et parfaite ?

R. : Sept maîtres, cinq apprentis entrés, à un jour de marche d'un bourg, là où on n'entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter (4).

Q. 6 : Ne peut-on pas former à moins une Loge véritable et parfaite ?

R. : Oui, cinq maçons et trois apprentis entrés, & c.

Q. 7 : Et à moins [encore] ?

R. : Plus on est, plus on rit, moins on est, meilleure est la chère.

Q. 8 : Quel est le nom de votre Loge ?

R. : Kilwinning.

Q. 9 : Comment se tient votre Loge ?

R. : Est et Ouest, comme le temple de Jérusalem.

Q. 10 : Où se tint la première Loge ?

R. : Dans le porche du temple de Salomon.

Q. 11 : Y a-t-il des lumières dans votre Loge ?

R. : Oui, trois (5) : le nord-est, le sud-ouest, et le passage de l'est (6). La première désigne le maître maçon, la seconde le surveillant, la troisième le compagnon poseur (7).

Q. 12 : Y a-t-il des bijoux dans votre Loge ?

R. : Oui, trois : [un] parpaing, un pavé d'équerre et un large ovale (8).

Q. 13 : Où trouverai-je la clé de votre Loge ?

R. : A trois pieds et demi de la porte de la Loge, sous un parpaing et une motte verte. Mais sous le repli de mon foie, là où gisent tous les secrets de mon coeur (9).

Q. 14 : Qu'est la clé de votre Loge ?

R. : Une langue bien pendue.

Q. 15 : Où se trouve la clé ?

R. : Dans la boîte d'os.

Après que les maçons vous ont examinés par toutes ces questions ou par quelques-unes d'entre elles, et que vous y avez répondu avec exactitude et fait les signes, ils vous reconnaîtront, non pas cependant pour un maître maçon ou compagnon du métier, mais seulement pour un apprenti, c'est pourquoi ils vous diront : je vois que vous avez été dans la cuisine, mais je ne sais pas si vous avez été dans la salle.

R. : J'ai été dans la salle aussi bien que dans la cuisine.

Q. 1 : Etes-vous compagnon du métier ?

R. : Oui.

Q. 2 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ?

R. : Cinq, à savoir : pied à pied, genou à genou, coeur à coeur, main à main et oreille à oreille. Faites alors le signe du compagnonnage (10), et serrez la main [de votre interrogateur], et vous serez reconnu pour un véritable maçon. Les mots sont dans le premier livre des Rois, ch. 7, v. 2l et dans le deuxième livre des Chroniques, ch. 3, dernier verset (11).

La manière de donner le mot du maçon.

Tout d'abord vous devez faire agenouiller la personne qui va recevoir le mot, et après force cérémonies destinées à l'effrayer, vous lui faites prendre la Bible et, plaçant sa main droite dessus, vous devez l'exhorter au secret, en le menaçant de ce que, s'il vient à violer son serment, le soleil dans le firmament et toute la compagnie témoigneront contre lui, ce qui sera cause de sa damnation, et qu'aussi bien les maçons ne manqueront pas de le tuer. Puis, après qu'il a promis le secret, ils lui font prêter serment comme suit : Par Dieu lui-même et vous aurez à répondre à Dieu quand vous vous tiendrez nu devant lui au jour suprême, vous ne révélerez aucune partie de ce que vous allez entendre ou voir à présent, ni oralement, ni par écrit ; vous ne le mettrez jamais par écrit, ni ne le tracerez avec la pointe d'une épée, ni avec aucun autre instrument, sur la neige ou le sable, et vous n'en parlerez pas, si ce n'est avec un maçon entré ; ainsi que Dieu vous soit en aide.

Après qu'il a prêté le serment, on l'emmène hors de la compagnie, avec le plus jeune maçon, et quand il est suffisamment effrayé par mille postures et grimaces ridicules. il doit apprendre dudit maçon la manière de se tenir à l'ordre, ce qui est le signe, et les postures et paroles de .son entrée, qui sont comme suit :

Quand il rentre dans la compagnie, il doit d'abord faire un salut ridicule, puis le signe, et dire : Dieu bénisse l'honorable compagnie. Puis, retirant son chapeau d'une manière très extravagante qui ne doit être exécutée que dans ces circonstances (comme le reste des signes), il dit les paroles de son entrée, qui sont comme suit : Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entré, qui viens de jurer par Dieu et saint Jean (12), par l'équerre, le compas et la jauge commune (13), d'être au service de mon maître à l'honorable loge, du lundi matin au samedi soir, et d'en garder les clés, sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la langue coupée sous le menton, et d'être enterré sous la limite des hautes marées, où nul ne saura [qu'est ma tombe]. Alors, il fait à nouveau le signe, en retirant la m..n sous le m....n devant la g...e, ce qui signifie qu'on l. l.. c...a au cas qu'il manque à sa parole.

Ensuite, tous les maçons présents se murmurent l'un à l'autre le mot, en commençant par le plus jeune, jusqu'à ce qu'il arrive au maître maçon, qui donne le mot à l'apprenti entré.

Maintenant, il faut remarquer que tous les signes et mots dont on a parlé jusqu'ici appartiennent à l'apprenti entré. Mais pour être un maître maçon ou compagnon du métier il y a plus à faire, et c'est ce qui suit.

Tout d'abord, tous les apprentis doivent être conduits hors de la compagnie, et il ne doit rester que des maîtres. Alors, on fait de nouveau agenouiller celui qui doit être reçu membre du compagnonnage, et il prête le serment qui lui est présenté de nouveau. Ensuite, il doit sortir de la compagnie avec le plus jeune maçon pour apprendre les postures et signes du compagnonnage, puis, en rentrant, il fait le signe des maîtres et dit les mêmes paroles d'entrée que l'apprenti, en omettant seulement la jauge commune. Alors, les maçons se murmurent l'un à l'autre le mot en commençant par le plus jeune comme précédemment, après quoi le nouveau maçon (14) doit avancer et prendre la posture dans laquelle il doit recevoir le mot, et il murmure au plus ancien maçon : les dignes maîtres et l'honorable compagnie vous saluent bien, vous saluent bien, vous saluent bien.

Alors le maître lui donne le mot et lui serre la main à la manière des maçons, et c'est tout ce qu'il y a à faire pour faire de lui un parfait maçon.

 

 

NOTES

Knoop, Jones et Hamer, Early Masonic Catechisms, 2e édition, Londres, 1975.

Il est à rapprocher, à cet égard, de deux autres textes également publiés dans Knoop, Jones et Hamer : le manuscrit Chetwode Crawley, daté d'environ 1700, donc à peu près contemporain du manuscrit des Archives d'Édimbourg, et un texte un peu plus tardif, le manuscrit Kevan (vers 1714-1720). Ces trois textes sont très voisins les uns des autres et, tout en présentant des variantes notables, dérivent certainement d'une source commune. Le manuscrit des Archives d'Édimbourg se compose de deux parties (qui se retrouvent, quoique dans l'ordre inverse, dans le Chetwode Crawley et dans le Kevan).

1. Le mot «token» a pris par la suite dans le langage maçonnique le sens précis d'attouchement ou poignée de main. Dans la fameuse divulgation de Pritchard : Masonry Dissected (1730), on lit : «Que sont les tokens ? Certaines poignées de main régulières et fraternelles» . Dans notre texte, non plus que dans le Chetwode Crawley et dans le Kevan, il n'est question d'aucune poignée de main pour l'apprenti, alors qu'il en existe indubitablement une pour le compagnon. Le mot «token» désigne probablement ici l'ensemble des postures et gestes convenus qui accompagnent le signe et le mot.

2. Nous traduisons ainsi le mot «heill» (orthographié dans d'autres textes «hail», «heal» ou «hele»), mot archaïque ayant le même sens que le verbe usuel «conceal» qui le suit.

3. Cette formule provient des paroles de l'entrée, que l'on trouvera dans la deuxième partie du texte.

4. Les statuts de 1670 de la loge d'Aberdeen prescrivent que les tenues aient lieu «au milieu des champs», et que les réceptions d'apprentis se fassent «dans l'ancienne loge des champs» sur une paroisse rurale des environs (A.l. Miller, Notes on the early history and records of the Lodge Aberdeen 1 ter ; cité par A.C.F. Jackson, AQC, vol. 91, p. 17).

5. Ces trois lumières sont certainement les trois chandeliers que l'on retrouve (dans des dispositions différentes suivant les rites) dans les loges spéculatives. Prichard (1730) précise : «N.B. Ces lumières sont trois grandes chandelles placées sur de hauts chandeliers».

6. L'interprétation de l'expression «passage de l'est» (eastern passage) peut prêter à discussion ; la plus naturelle relativement au contexte nous parait être : plein est. Les documents iconographiques (gravures et reproductions de tableaux de loge) relatifs à la Maçonnerie spéculative avant 1750, montrent le plus souvent une disposition qui paraît dériver de celle indiquée dans notre texte ; la lumière du «passage de l'est » est seulement venue au sud-est, formant avec les deux autres un rectangle dont, seul, le sommet nord-ouest reste vide. Cette disposition se conserve de nos jours dans le Rite Français. Mais il est probable que dès le XVIIe siècle, la disposition des trois chandeliers variait suivant les loges. Le manuscrit Dumfries n° 4, qui date d'environ 1710, mais dont le contenu remonte presque certainement plus haut, nous dit que les trois lumières se trouvent à l'est, à l'ouest, et « au milieu» (c'est sans doute de là que dérive la disposition que l'on observe dans la Maçonnerie anglo-saxonne actuelle).

7. Le «maître maçon» dont il est question ici est évidemment le maître qui préside la loge. Au lieu de «compagnon poseur» (setter craft) le Chetwode Crawley et le Kevan ont ici simplement «compagnon du métier» (fellow craft). Les maçons opératifs se divisaient en «hewers» (tailleurs de pierre) et «setters» (qui posaient les pierres pour monter les murs). La signification de ces trois lumières a évolué. A partir de Pritchard 1730, elle s'est fixée en «le Soleil, la Lune et le Maître maçon», ou «le Soleil, la Lune et le maître de la Loge». Ces trois lumières ne sont évidemment point à confondre avec les trois grandes lumières symboliques : le volume de la Loi Sacrée, I'équerre et le compas. La Maçonnerie anglaise les en distingue en les appelant «lumières mineures» (lesser lights) .

8. Le parpaing (dans le texte : «perpend esler», corruption de «perpend ashlar») est certainement à l'origine de la pierre brute de la Maçonnerie spéculative, ce qui est un glissement de sens considérable ; le pavé d'équerre (square pavement) est à l'origine du pavé mosaïque. Quant au «large ovale» (broad ovall), c'est probablement la corruption de «broked mall» (marteau bretté), que l'on lit dans le Chetwode Crawley au même endroit ; ce marteau bretté serait alors à l'origine de l'instrument semblable à une hache qui figure sur les tableaux de loge français du XVIIIe siècle, à côté de la pierre cubique à pointe ; ce pourrait être aussi, selon KJH la corruption de broached urnall» mot qui désignerait la pierre cubique à pointe elle-même .

9. Le manuscrit des Archives d'Edimbourg a ici contracté deux questions de sa source, qui sont restées distinctes dans le Chetwode Crawley et dans le Kevan. «Où trouverai-je la clé de votre loge ? A trois pieds et demi de la porte de la loge sous un parpaing et une motte verte.  Qu'entendez-vous par un parpaing et une motte verte ? J'entends non seulement sous un parpaing et une motte verte mais sous le repli de mon foie, là où gisent tous les secrets de mon coeur».

10. Le Chetwode Crawley et le Kevan ont ici : «Ce sont là les signes du compagnonnage».

11. Le Chetwode Crawley et le Kevan donnent les mots en toutes lettres.

12. On peut voir là une indication de ce que le serment était prêté sur l'Évangile de Saint Jean, comme l'usage en est nettement attesté par la suite dans la Maçonnerie française.

13. Gabarit fixant la dimension des pierres à tailler.

14. Le texte a ici : le plus jeune maçon (the youngest mason), mais c'est évidemment du récipiendaire qu'il s'agit.

 

commentaires
Publicité

Ms Le Régius 1390

Publié le 20 Mai 2026 par T.D

LE REGIUS 1390 (OLD CHARGES)

 

Ici commencent les statuts de l'art
De Géométrie selon Euclide.

Celui qui voudra lire et chercher
Pourra trouver écrite dans un vieux livre
L'histoire de grands seigneurs et grandes dames,
Qui, certes, avaient beaucoup d'enfants;
Mais n'avaient pas de revenus pour en prendre soin,
Ni en ville, ni à la campagne ou dans les bois;
Ils tinrent ensemble conseil pour eux,

Et décidèrent pour leur bien,
Comment ils pourraient mieux mener leur vie
Sans inconfort, ni souci ni lutte;
Et encore pour la multitude qui viendra

Ils envoyèrent chercher de grands clercs,
Pour leur enseigner alors de bons métiers;

Et nous les prions, pour l'amour de notre Seigneur,
Pour nos enfants de trouver un travail,
Pour qu'ils puisent ainsi gagner leur vie,
Tant bien qu'honnêtement en toute sécurité.
En ce temps-là, par la bonne géométrie,
Cet honnête métier qu'est la bonne maçonnerie
Fut constitué et crée ainsi,
Conçu par ces clercs ;
Sur la prière de ces seigneurs ils inventèrent la géométrie,

Et lui donnèrent le nom de maçonnerie,
A ce plus honnête de tous les métiers.
Les enfants de ces seigneurs s'appliquèrent,
A apprendre de lui le métier de géométrie,
Ce qu'il fit très soigneusement;

A la prière des pères et des mères aussi,
Il les mit à cet honnête métier.
Celui qui apprenait le mieux, et était honnête,
Et surpassait ses compagnons en attention,
Si dans ce métier il les dépassait,
Il devait être plus honoré que le dernier,
Le nom de ce grand clerc était Euclide,
Son nom se répandait fort loin.
Pourtant ce grand clerc ordonna
A celui qui était plus élevé dans ce degré,
Qu'il devait enseigner les plus simples d'esprit
Pour être parfait en cet honnête métier;
Et ainsi ils doivent s'instruire l'un l'autre,
Et s'aimer ensemble comme soeur et frère.

Il ordonna encore que,
Maître doit il être appelé;
Afin qu'il soit le plus honoré,
Alors il devait être nommé ainsi;
Mais jamais maçons ne doivent appeler un autre,

Au sein du métier parmi eux tous,
Ni sujet ni serviteur, mon cher frère,
Même s'il est moins parfait qu'un autre;
Chacun appellera les autres compagnons par amitié,
Car ils sont nés de nobles dames.

De cette manière, par la bonne science de géométrie,
Commença le métier de la maçonnerie;
Le clerc Euclide le fonda ainsi,

Ce métier de géométrie au pays d'Egypte.
En Egypte il l'enseigna tout autour,
Dans diverses pays de tous côtés;
Pendant de nombreuses années, je croix,
Avant que ce métier arrive dans ce pays.

Ce métier arriva en Angleterre, comme je vous dis,
Au temps du bon Roi Athelstane,
Il fit construire alors tant manoir que même bosquet,
Et de hauts temples de grand renom,
Pour s'y divertir le jour comme la nuit,
Ce bon seigneur aimait beaucoup ce métier,
Et voulut le consolider de toutes ses parties,
A cause de divers défauts qu'il trouva dans le métier;

Il envoya à travers le pays
Dire à tous les maçons du métier,
De venir vers lui sans délai,
Pour amender ces défauts tous
Par bon conseil, autant que possible.
Une assemblée alors il réunit
De divers seigneurs en leur rang,
Des ducs, comtes, et barons aussi,
Des chevaliers, écuyers et maintes autres,
Et les grands bourgeois de cette cité,
Ils étaient tous là chacun à son rang;
Ils étaient là tous ensemble,
Pour établir le statut de ces maçons,
Ils y cherchaient de tout leur esprit,
Comment ils pourraient le gouverner;

Quinze articles ils voulaient écrire,
Et quinze points ils y ont crées,

Article 1.

Le premier article de cette géométrie;-
Le maître maçon doit être digne de confiance
A la fois constant, loyal et vrai,
Il ne l'aura alors jamais à regretter;
Tu dois payer tes compagnons selon le cours,
Des victuailles, tu le sais bien;
Et paie les justement, et de bonne foi,
Ce qu'ils peuvent mériter;
Et évites soit par amour soit par crainte,
D'aucune des parties d'accepter des avantages;
Du seigneur ni du compagnon, qui que ce soit,
D'eux tu ne prends aucune sorte de paiement;
Et en juge tiens toi intègre,
Et alors aux deux tu rendra leur bon droit;
Et véritablement fais ceci où que tu ailles,
Ton honneur, ton profit, sera le meilleur.

Article 2.

Le second article de bonne maçonnerie,
Comme vous devez ici l'entendre particulièrement,
Que tout maître, qui est maçon,
Doit assister au rassemblement général,
Pour que précisément il lui soit dit
Le lieu où l'assemblée se tiendra.

Et à cette assemblée il doit se rendre,
Sauf s'il a une excuse raisonnable,
Ou qu'il soit désobéissant à ce métier
Ou s'abandonne au mensonge,
Ou qu'il soit atteint d'une maladie si grave,
Qu'il ne puisse venir parmi eux;
Cela est une excuse bonne et valable,
Pour cette assemblée, si elle est sincère.

Article 3.

Le troisième article est en vérité,
Que le maître ne prenne aucun Apprenti,
Sauf s'il peut lui assurer de le loger
sept ans chez lui, comme je vous dis,
Pour apprendre son métier, qui soit profitable;
En moins de temps il ne sera pas apte
Au profit du seigneur, ni le sien
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison.

Article 4.

Le quatrième article ceci doit être,
Que le maître doit bien veiller,
ne pas prendre un serf comme Apprenti,
Ni l'embaucher pour son propre profit,
Car le seigneur auquel il est lié,
Peut chercher le 'Apprentis où qu'il aille.
Si dans la loge il était pris,
Cela pourrait y faire beaucoup de désordre,
Et un pareil cas pourrait arriver,
Que cela pourrait chagriner certains, ou tous.

Car tous les maçons qui y seront
Se ensemble se tiendront réunis.
Si un tel dans le métier demeurait,
De diverses désordres vous pourrez parler:
Alors pour plus de paix, et honnêteté,
Prenez un Apprenti de meilleure condition.
Dans d'ancien écriture je trouve,
Que l' Apprenti doit être de naissance noble;
Et ainsi parfois, des fils de grands seigneurs
Ont adopté cette géométrie qui est très bonne.

Article 5.

Le cinquième article est très bon,
Que l' Apprenti soit de naissance légitime;
Le maître ne doit, sous aucun prétexte,
Prendre un Apprenti qui soit difforme;
Cela signifie, comme vous le verrez
Qu'il ait tous ses membres entiers ensemble;
Pour le métier cela serait grande honte,
De former un homme estropié ou un boiteux,
Car un homme imparfait de telle naissance
Ne serait que peu utile au métier.
Ainsi chacun de vous peut comprendre,
Le métier veut un homme puissant;
Un homme mutilé n'a pas de force,
Vous devez le savoir depuis longtemps.

Article 6.

Le sixième article vous ne devez pas manquer
Que le maître ne doit pas porter préjudice au seigneur,
En prenant au seigneur pour son Apprenti,
Autant que reçoivent ses compagnons, en tout,
Car dans ce métier ils se sont perfectionnés,
Ce que lui n'est pas, vous devez le comprendre.
Ainsi il serait contraire à bonne raison,
De prendre pour lui égal salaire à celui des compagnons.
Ce même article dans ce cas,
Ordonne que son Apprenti gagne moins
Que ses compagnons, qui sont parfaits.
Sur divers points, sachez en revanche,
Que le maître peut instruire son Apprenti tel,
Que son salaire puisse augmenter rapidement,
Et avant que son apprentissage soit terminé,
Son salaire pourrait s'améliorer de beaucoup.

Article 7.

Le septième article que maintenant voici,
Vous dira pleinement à tous ensemble,
Qu'aucun maître ni par faveur ni par crainte,
Ne doit vêtir ni nourrir aucun voleur.
Des voleurs il n'en hébergera jamais aucun,
Ni celui qui a tué un homme,
Ni celui qui a mauvaise réputation,
De crainte que cela fasse honte au métier.

Article 8.

Le huitième article vous montre ainsi,
Ce que le maître a bien le droit de faire.
S'il emploie un homme du métier,
Et qu'il ne soit pas aussi parfait qu'il devrait,
Il peut le remplacer sans délai,
Et prendre à sa place un homme plus parfait.
Un tel homme, par imprudence,
Pourrait faire déshonneur au métier.

Article 9.

Le neuvième article montre fort bien,
Que le maître doit être sage et fort;
Qu'il n'entreprenne aucun ouvrage,
Qu'il ne puisse achever et réaliser;
Et que ce soit aussi au profit des seigneurs,
Ainsi qu'à son métier, où qu'il aille,
Et que les fondations soient bien construites,
Pour qu'il y ait ni fêlure ni brèche.

Article 10.

Le dixième article sert à savoir,
Parmi tous dans le métier, grands ou modestes,
Qu'aucun maître ne doit supplanter un autre,
Mais être ensemble comme des frères,
Dans ce singulier métier, tous quels qu'ils soient,
Qui travaillent sous un maître maçon.
Ni doit il supplanter aucun homme,
Qui s'est chargé d'un travail,
La peine pour cela est tellement forte,
Qu'elle ne pèse pas moins de dix livres,
A moins qu'il soit prouvé coupable,
Celui qui avait d'abord pris le travail en main;
Car nul homme en maçonnerie
Ne doit supplanter un autre impunément,
Sauf s'il a construit de telle façon,
Que cela réduit l'ouvrage à néant;
Alors un maçon peut solliciter ce travail,
Pour le sauver au profit des seigneurs
Dans un tel cas, si cela arrivait,
Aucun maçon ne s'y opposera.
En vérité celui qui a commencé les fondations,
S'il est un maçon habile et solide,
A fermement dans l'esprit,
De mener l' oeuvre à entière bonne fin.

 

 

Article 11.

L'onzième article je te le dis,
est à la fois juste et franc;
Car il enseigne, avec force,
Qu'aucun maçon ne doit travailler de nuit,
A moins de s'exercer à l'étude,
Par laquelle il pourra s'améliorer

Article 12.

Le douzième article est de grande honnêteté
Pour tout maçon, où qu'il se trouve,
Il ne doit pas déprécier le travail de ses compagnons,
S'il veut sauvegarder son honneur;
Avec des paroles honnêtes il l'approuvera,
Grâce à l'esprit que Dieux t'a donné;
Mais en l'améliorant de tout ton pouvoir,
Entre vous deux sans hésitation.

Article 13.

Le treizième article, que Dieu me garde,
C'est, que si le maître a un Apprenti,
Il l'enseignera de manière complète,
Et qu'il puisse apprendre autant de points,
Pour qu'il connaisse bien le métier,
Où qu'il aille sous le soleil.

Article 14.

Le quatorzième article par bonne raison,
Montre au maître comment agir;
Il ne doit prendre Apprenti,
A moins d'avoir diverses tâches à faire,
Pour qu'il puisse pendant son stage,
Apprendre de lui diverses points.

Article 15.

Le quinzième article est le dernier,
Car pour le maître il est un ami;
Pour lui enseigner qu'envers aucun homme,
Il ne doit adopter un comportement faux,
Ni suivre ses compagnons dans leur erreur,
Quelque bien qu'il puisse y gagner;
Ni souffrir qu'ils fassent de faux serments,
Par souci de leurs âmes,
Sous peine d'attirer sur le métier la honte,
Et sur lui-même un blâme sévère.

Divers statuts.

Dans cette assemblée des points furent adoptés en plus,
Par de grands seigneurs et maîtres aussi.
Le premier point veut que celui qui voudrait connaître ce métier
et l'embrasser,
Doit bien aimer Dieu et la sainte église toujours,
Et son maître aussi avec qui il est,
Où qu'il aille par champs ou par bois,
Et aimes aussi tes compagnons,
Car c'est ce que ton métier veut que tu fasses.

Second point.

Le second point ,
Que le maçon travaille le jour ouvrables,
Aussi consciencieusement qu'il le pourra,
Afin de mériter son salaire pour le jour de repos,
Car celui qui a vraiment fait son travail,
Méritera bien d'avoir sa récompense.

Troisième point.

Le troisième point doit être sévère,
Avec l'apprentis, sachez le bien,
Le conseil de son maître il doit garder et cacher,
Et de ses compagnons de bon gré;
Des secrets de la chambre il ne parlera a nul homme,
Ni de la loge quoi qu'ils y fassent;
Quoi que tu entendes ou les vois faire,
Ne le dis à personne où que tu ailles;
Les propos dans la salle, et même au bosquet,
Gardes les bien pour ton grand honneur,
Sans quoi cela tournera pour toi au blâme,
Et apportera au métier grande honte.

Quatrième point.

Le quatrième point nous enseigne aussi,
Que nul homme à son métier sera infidèle;
Aucune erreur il n'entretiendra
Contre le métier, mais y renoncera;
Ni aucun préjudice il causera
A son maître, ni a son compagnon;
Et bien que l' Apprenti soit tenu au respect,
Il est toutefois soumis à la même loi.

Cinquième point.

Le cinquième point est sans nul doute,
Que lorsque le maçon prendra sa paie
Du maître, qui lui est attribué,
Humblement acceptée elle doit être;
Cependant il est juste que le maître,
L'avertisse dans les formes avant midi,
S'il n'a plus l'intention de l'employer,
Comme il le faisait auparavant;
Contre cet ordre il ne peut se débattre,
S'il réfléchit bien c'est dans son intérêt

Sixième point.

Le sixième point doit être bien connu,
De tous grands et modestes,
Car un tel cas pourrait arriver;
Qu'entre quelques maçons, sinon tous,
Par envie ou haine mortelle,
S'éclate une grande dispute.
Alors le maçon doit, s'il le peut,
Convoquer les deux parties un jour fixé;
Mais ce jour-là ils ne feront pas la paix,
Avant que la journée de travail soit bien finie,
Un jour de congé vous devez bien pouvoir trouver,
Assez de loisir pour placer la réconciliation,
De peur qu'en la plaçant un jour ouvré
La dispute ne les empêche de travailler;
Faites en sorte qu'ils en finissent.
De manière à ce qu'ils demeurent bien dans la loi de Dieu.

 

Septième point.

Le septième point pourrait bien dire,
Comment bien longue vie Dieu nous donne,
Ainsi il le reconnaît bien clairement,
Tu ne coucheras pas avec la femme de ton maître,
Ni de ton compagnon, en aucune manière,
Sous peine d'encourir le mépris du métier;
Ni avec la concubine de ton compagnon,
Pas plus que tu ne voudrais qu'il couche avec la tienne.
La peine pour cela qu'on le sache bien,
Est qu'il reste Apprenti sept années pleines,
Celui qui manque à une de ces prescriptions
Alors il doit être châtié;
Car un grand souci pourrait naître,
D'un aussi odieux péché mortel.

Huitième point.

Le huitième point est, assurément,
Si tu as reçu quelque charge,
A ton maître reste fidèlement soumis,
Car ce point jamais tu ne le regretteras;
Un fidèle médiateur tu dois être,
Entre ton maître et tes compagnons libres;
Fais loyalement tout ce que tu peux,
Envers les deux parties, et cela est bonne justice.

Neuvième point.

Le neuvième point s'adresse à celui,
Qui est l'intendant de notre salle,
Si vous vous trouvez en chambre ensemble,
Servez vous l'un l'autre avec calme gaieté;
Gentils compagnons, vous devez le savoir,
Vous devez être intendant chacun à votre tour,
Semaine après semaine sans aucun doute,
Tous doivent être intendant à leur tour,
Pour servir les uns et les autres aimablement,
Comme s'ils étaient soeur et frère;
Nul ne se permettra aux frais d'un autre
De se libérer pour son avantage,
Mais chaque homme aura la même liberté
Dans cette charge, comme il se doit;
Veille à bien payer tout homme toujours,
A qui tu as acheté des victuailles,
Afin qu'on ne te fasse aucune réclamation,
Ni à tes compagnons à aucun titre,
A tout homme ou femme, qui que ce soit,
Paies les bien et honnêtement, nous le voulons;
A ton compagnon tu en rendras compte exacte,
De ce bon paiement que tu as fait,
De peur de le mettre dans l'embarras,
Et de l'exposer à un grand blâme.
Toutefois bon comptes il doit tenir
De tous les biens qu'il aura acquis,
Des dépenses que tu auras fait sur le bien de tes compagnons,
Du lieu, des circonstances et de l'usage;
De tels comptes tu dois rendre,
Lorsque tes compagnons te les demandent.

Dixième point.

Le dixième point montre la bien bonne vie,
Comment vivre sans souci ni dispute;
Si le maçon mène une vie mauvaise,
Et dans son travail il est malhonnête,
Et se cherche une mauvaise excuse
Il pourra diffamer ses compagnons injustement,
Par de telles calomnies infâmes
Attirer le blâme sur le métier.
S'il déshonore ainsi le métier,
Vous ne devez alors lui faire aucune faveur,
Ni le maintenir dans sa mauvaise vie,
De peur que cela ne tourne en tracas et conflit;
Mais ne lui laissez aucun sursis,
Jusqu'à ce que vous l'ayez contraint,
A comparaître où bon vous semble,
Où vous voudrez, de gré ou de force,
A la prochaine assemblée vous le convoquerez,
A comparaître devant tout ses compagnons,
Et s'il refuse de paraître devant eux,
Il lui faudrait renoncer au métier;
Il sera alors puni selon la loi
Qui fut établie dans les temps anciens.

Onzième point.

Le onzième point est de bonne discrétion,
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison;
Un maçon qui connaît bien son métier,
Qui voit son compagnon tailler une pierre,
Et qu'il est sur le point d'abîmer cette pierre,
Reprends-la aussitôt si tu le peux,
Et montre-lui comment la corriger,
Pour que l' oeuvre du seigneur ne soit pas abîmé,
Et montre-lui avec douceur comment la corriger,
Avec de bonnes paroles, que Dieu te prête;
Pour l'amour de celui que siège là-haut,
Avec de douces paroles nourris son amitié.

Douzième point.

Le douzième point est d'une grande autorité,
Là où l'assemblée se teindra,
Il y aura des maîtres et des compagnons aussi,
Et d'autres grands seigneurs en grand nombre;
Il y aura le shérif de cette contrée,
Et aussi le maire de cette cité,
Il y aura des chevaliers et des écuyers,
Et aussi des échevins, comme vous le verrez;
Toutes les ordonnances qu'ils prendrons là,
Ils s'accorderont pour les faire respecter,
Contre tout homme, quel qu'il soit,
Qui appartient au métier beau et libre.
S'il fait quelque querelle contre eux,
Il sera arrêté et tenu sous garde.

Treizième point.

Le treizième point requiert toute notre volonté,
Il jurera de ne jamais voler,
Ni d'aider celui dans cette mauvaise profession,
Pour aucune part de son butin,
Et tu dois le savoir ou alors pécher,
Ni pour son bien, ni pour sa famille.

Quatorzième point.

Le quatorzième point est excellente loi
Pour celui qui sera sous la crainte;
Un bon et vrai serment il doit prêter là,
A son maître et ses compagnons qui sont là;
Il doit être constant et fidèle aussi
A toutes ces ordonnances, où qu'il aille,
Et a son seigneur lige le roi,
De lui être fidèle par-dessus tout
.
Et tous ces points ci-dessus
A eux tu dois être assermenté,
Et tous prêteront le même serment
Des maçons, de gré ou de force.
A tous ces points ci-dessus,
Ainsi que l'a établie une excellente tradition.
Et ils enquêteront sur chaque homme
S'il les met en pratique de son mieux,
Si un homme est reconnu coupable
Sur l'un de ces points en particulier;
Qu'on le recherche, quel qu'il soit,
Et qu'il soit amené devant l'assemblée.

Quinzième point.

Le quinzième point est excellente tradition,
Pour ceux qui auront là prêté serment,
Cette ordonnance qui fut arrêtée par l'assemblée
De grands seigneurs et maîtres dont on a parlé;
Pour ceux qui soient désobéissants, je sais,
A la présente constitution,
De ces articles qui y furent édictés,
Par de grands seigneurs et maçons ensemble,
Et si leurs fautes sont mises au jour
Devant cette assemblée, tantôt,
Et s'ils ne veulent pas s'en corriger,
Alors ils doivent abandonner le métier;
Et jurer de ne plus jamais l'exercer.
Sauf s'ils acceptent de s'amender,
Ils n'auront plus jamais part au métier;
Et s'ils refusaient de faire ainsi,
Le shérif se saisira d'eux sans délai,
Et les mettra dans un profond cachot,
A cause de leur transgression,
Il confisquera leurs biens et leur bétail
Au profit du roi, en totalité,
Et les y laissera aussi longtemps,
Qu'il plaira à notre lige le roi.

L'art des quatre couronnés.

Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère Marie radieuse,

Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points tous ensembles,
Comme le firent ces quatre saints martyres,
Qui dans ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient aussi bons maçons qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient aussi,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en grande estime;
Il désira qu'ils fassent une statue
Qu'on vénérera en son honneur;
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour détourner le peuple de la loi du Christ.

Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis;
Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement,
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce temps là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement dans la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas de fabriquer des idoles,
Quelque bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré sa colère;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire à sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter sans délai,
Et les mit dans un profond cachot;
Plus cruellement il les y punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,
Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui voudra, trouvera dans le livre
De la légende des saints,
Les noms des quatre couronnés.
Leur fête est bien connue, Le huitième jour après la Toussaint.

Ecoutez ce que j'ai lu,
Que beaucoup d'années après, à grand effroi
Le déluge de Noë eut déferlé,
La tour de Babel fut commencée,
Le plus gros ouvrage de chaux et de pierre,
Que jamais homme ait pu voir;
Si long et si large on l'entreprit,
Que sa hauteur jeta sept miles d'ombre,
Le Roi Nabuchodonosor le fit construire
Aussi puissant pour la défense des hommes,
Que si un tel déluge surviendrait,
Il ne pourrait submerger l'ouvrage;
Parce qu'ils avaient un orgueil si fier, avec grande vantardise
Tout ce travail fut ainsi perdu;
Un ange les frappa en diversifiant leurs langues,
Si bien qu'ils ne se comprenaient plus jamais
l'un l'autre.

Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Et il fit en ce temps-là aussi,
Divers métiers en grand nombre.
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences;

Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,

En vérité, la grammaire est la racine,
Chacun l'apprend par le livre;
Mais l'art dépasse ce niveau,
Comme le fruit de l'arbre vaut plus que la racine;
La Rhétorique mesure un langage soigné,
Et la Musique est un chant suave;
L'Astronomie dénombre, mon cher frère,
L'Arithmétique montre qu'une chose est égale à une autre,
La Géométrie est la septième science,
Qui distingue le vrai du faux, je sais
Que ce sont les sept sciences,
Celui qui s'en sert bien peut gagner le ciel.

Maintenant mes chers enfants, ayez bon esprit
Pour laisser de côté orgueil et convoitise,
Et appliquez vous à bien juger,
Et à bien vous conduire, où que vous allez.

Maintenant je vous prie d'être bien attentifs,
Car ceci vous devez savoir,
Mais vous devez en savoir bien plus encore,
Que ce que vous trouvez écrit ici.
Si l'intelligence te fait défaut pour cela,
Prie Dieu de te l'envoyer;
Car le Christ lui-même nous l'enseigne
Que la sainte église est la maison de Dieu,
Elle n'est faite pour rien d'autre
Que pour y prier, comme nous le dit l'Ecriture,
Là le peuple doit se rassembler,
Pour prier et pour pleurer leurs péchés.

Veille à ne pas arriver à l'église en retard,
Pour avoir tenu des propos paillards à la porte;
Alors quand tu es en route vers l'église,
Aie bien en tête à tout instant
De vénérer ton seigneur Dieu jour et nuit,
De tout ton esprit et de toute ta force.
En arrivant à la porte de l'église
Tu prendras un peu de cette eau bénite,
Car chaque goutte que tu toucheras,
Effacera un péché véniel, sois-en sûr.

Mais d'abord tu dois ôter ton capuchon,
Pour l'amour de celui qui est mort sur la croix.
Quand tu entreras dans l'église,
Elève ton coeur vers le Christ, aussitôt;
Lève alors les yeux vers la crois,
Et agenouille toi bien à deux genoux,
Puis prie-le alors de t'aider à oeuvrer,
Selon la loi de la sainte église,
A garder les dix commandements,
Que Dieu donna à tous les hommes;

Et prie-le d'une voix douce
De te garder des sept péchés,
Afin que tu puisse ici, dans cette vie,
Te garder loin des soucis et des querelles;
Et que de plus il t'accorde la grâce,
Pour trouver une place dans la béatitude du ciel.

Dans la sainte église abandonne les paroles frivoles
De langage lascive et plaisanteries obscènes,
Et mets de côté toute vanité,
Et dis ton pater noster et ton ave;
Veille aussi à ne pas faire de bruit,
Mais sois toujours dans tes prières;
Si tu ne veux pas prier toi-même,
Ne gêne aucun autre en aucune manière.
En ce lieu ne te tiens ni assis ni debout,
Mais agenouille toi bien sur le sol,
Et quand je lirai l'Evangile,
Lève toi bien droit sans t'appuyer au mur,
Et signe-toi si tu sais le faire,
Quand on étonne le gloria tibi;
Et quand l'évangile est fini,
A nouveau tu peux t'agenouiller,
Sur tes deux genoux tu tomberas,
Pour l'amour de celui qui nous a tous rachetés;

Et quand tu entends sonner la cloche
Qui annonce le saint sacrement,
Vous devez vous agenouiller tous jeunes et vieux,
Et lever vos deux mains au ciel,
Pour dire alors dans cette attitude,
A voix basse et sans faire de bruit;
"Seigneur Jésus sois le bienvenu,
En forme de pain comme je te vois,
Désormais Jésus par ton saint nom,
Protège-moi du péché et de la honte;
Accorde-moi l'absolution et la communion,
Avant que je m'en aille d'ici,
Et sincère repentir de mes péchés,
Afin, Seigneur, que je ne meure jamais dans cet état;
Et toi qui est né d'une vierge,
Ne souffre pas que je sois jamais perdu;
Mais quand je m'en irai de ce monde,
Accorde-moi la béatitude sans fin;
Amen! Amen! Ainsi soit-il!
A présent douce dame priez pour moi."

Voici ce que tu dois dire, ou une chose semblable,
Quand tu t'agenouille devant le sacrement.
Si tu cherches ton bien, n'épargne rien
Pour vénérer celui qui a tout crée;
Car c'est pour un homme un jour de joie,
Qui une fois ce jour-là a pu le voir;
C'est une chose si précieuse, en vérité,
Que nul ne peut en dire le prix;
Mais cette vision fait tant de bien,

Comme Saint Augustin le dit très justement,
Ce jour où tu vois le corps de Dieu,
Tu possédera ces choses en toute sécurité:-
A manger et à boire à suffisance,
Rien ce jour-là ne te manquera;
Les jurons et vaines paroles,
Dieu te les pardonnera aussi;
La mort subite ce même jour
Tu n'as nullement à la craindre;
Et aussi ce jour-là, je te le promets,
Tu ne perdras pas la vue;

Et chaque pas que tu fais alors,
Pour voir cette sainte vision,
Sera compté en ta faveur,
Quand tu en auras grand besoin;
Ce messager qu'est l'ange Gabriel,
Les conservera exactement.
Après cela je peux passer maintenant,
A parler à d'autres bienfaits de la messe;
Viens donc à l'église, si tu peux,
Et entends la messe chaque jour;

Si tu ne peux pas venir à l'église,
Où que tu travailles,
Quand tu entends sonner la messe,
Prie Dieu dans le silence de ton coeur,
De te donner part à ce service,
Que l'on célèbre dans l'église,

Je vous enseignerai de plus,
Et à vos compagnons, apprenez ceci,
Quand tu te présenteras devant un seigneur,
Dans un manoir, un bosquet, ou à table,
Capuchon ou bonnet tu dois ôter,
Avant d'être près de lui;
Deux ou trois fois, sans nul doute,
Devant ce seigneur tu dois t'incliner;
Tu fléchiras le genou droit,
Tu auras ainsi l'honneur sauf.

Ne remets pas ton bonnet ou capuchon,
Jusqu'à ce que tu en auras la permission.
Tout le temps que tu parleras avec lui,
Tiens le menton haut avec franchise et amabilité;
Ainsi, comme le livre te l'enseigne,
Regardes-le en face avec amabilité.
Tes pieds et mains tiens les tranquilles,
Sans te gratter ni trébucher, sois habile;
Evite aussi de cracher et de te moucher,
Attends pour cela d'être seul,
Et si tu veux être sage et discret,
Tu as grand besoin de bien te contrôler.

Lorsque tu entres dans la salle,
Parmi les gens bien nés, bons et courtois,
Ne présume pas trop de grandeur pour rien,
Ni de ta naissance, ni de ton savoir,
Ne t'assied pas et ne t'appuie pas,
C'est le signe d'une éducation bonne et propre.
Ne te laisse donc pas aller dans ta conduite,
En vérité la bonne éducation sauvera ta situation.
Père et mère, quels qu'ils soient,
Digne est l'enfant qui agit dignement,
En salle, en chambre, où que tu ailles;
Les bonnes manières font l'homme.

Fait attention au rang de ton prochain,
Pour leur rendre la révérence qui convient;
Evite de les saluer tous à la fois,
Sauf si tu les connais.
Quand tu es assis à table,
Mange avec grâce et bienséance;
Veille d'abord que tes mains soient propres,
Et que ton couteau soit tranchant et bien aiguisé,
Et ne coupe ton pain pour la viande,
Qu'autant que tu en mangeras,
Si tu es assis a côté d'un homme de rang supérieur, Au tient.

Laisse le se servir d'abord de la viande,
Avant d'y toucher toi-même.
Ne pique pas le meilleur morceau,
Même s'il te fait grande envie;
Garde tes mains nettes et propres,
Pour ne pas souiller ta serviette;
Ne t'en sers pas pour te moucher,
Et ne te cure pas les dents à table;
Ne plonge pas trop tes lèvres dans la coupe,
Même si tu as grande envie de boire,
Cela te ferait larmoyer.
Ce qui serait alors discourtois.

Veille à ne pas avoir la bouche pleine,
Quand tu te mets à boire ou à parler.
Si tu vois un homme qui boit,
Tout en écoutant tes propos,
Interromps aussitôt ton histoire,
Qu'il boive du vin ou de la bière,
Veille aussi à n'offenser aucun homme,
Si bien parti que tu le voies;
Et ne médis de personne,
Si tu veux sauver ton honneur;
Car de tels mots pourraient t'échapper,
Qui te mettraient dans une situation gênante.

Retiens ta main dans ton poing,
Pour ne pas avoir à dire "si j'avais su",
Dans un salon parmi de belles dames,
Tiens ta langue et sois tout yeux;
Ne ris pas aux grands éclats,
Ne chahute pas comme un ribaud.
Ne badine qu'avec tes pairs,
Et ne répète pas tous ce que tu entends;
Ne proclame pas tes propres actions;
Par plaisanterie ou par intérêt;
Par de beaux discours tu peux réaliser tes désirs,
Mais tu peux par là aussi te perdre.

Quand tu rencontres un homme de valeur,
Tu ne dois pas garder bonnet et capuchon;
A l'église, au marché, ou au portail,
Salue le selon son rang.
Si tu marches avec un homme d'un rang
Supérieur au tien,
Reste en retrait de lui d'une épaule,
Car cela est bonne éducation sans défaut;

Lorsqu'il parle, tiens-toi tranquille,
Quand il a fini, dis ce que tu veux,
Dans tes paroles sois discret,
Et à ce que tu dis fais bien attention;
Mais n'interrompe pas son histoire,
Qu'il en soit au vin ou à la bière.
Que le Christ alors par sa grâce céleste,
Vous donne et l'esprit et le temps,
Pour bien comprendre et lire ce livre,
Afin d'obtenir le ciel en récompense.

Amen! Amen! Ainsi soit-il!
Disons nous tous par charité.

 

 

commentaires
Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 40 50 60 70 80 90 > >>