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Loge de Recherche Laurence Dermott

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La truelle en franc-maçonnerie : outil symbolique ou signe jacobite ?

Publié le 2 Septembre 2026 par T.D

Parmi les outils symboliques les plus connus de la franc-maçonnerie — l’Équerre, le Compas, le Niveau ou la Perpendiculaire — certains semblent aller de soi tant leur présence dans les rituels paraît naturelle. Pourtant, un outil fondamental pour les bâtisseurs apparaît étonnamment rarement : la truelle. Cette discrétion intrigue. Pourquoi, en franc-maçonnerie, la truelle est-elle presque absente des premiers rituels connus ? Comment expliquer l’apparition relativement tardive de la truelle en franc-maçonnerie, que l’on n’observe que dans quelques rituels du XVIIIe siècle ? Et surtout, faut-il voir dans la truelle en franc-maçonnerie un simple outil symbolique… ou l’empreinte d’un courant historique et peut-être politique aujourd’hui oublié ? 

1. La truelle en franc-maçonnerie : un outil presque absent des premiers rituels

Lorsqu’on examine les premiers documents connus de la franc-maçonnerie spéculative, la place de la truelle apparaît étonnamment marginale. Les plus anciens textes maçonniques conservés — principalement écossais et anglais — remontent à la toute fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. Or, dans ces documents, les outils symboliques mentionnés sont presque toujours les mêmes : l’Équerre, le Compas, le Niveau, la Perpendiculaire, le maillet maçonnique ou encore le Ciseau. La truelle, pourtant indispensable dans le travail réel des bâtisseurs, n’apparaît que dans un seul texte connu, publié en 1726.

Cette absence est d’autant plus remarquable que ces textes cherchent précisément à établir un lien entre la franc-maçonnerie spéculative naissante et l’héritage des anciens bâtisseurs. On pourrait donc s’attendre à ce que la truelle, outil courant sur tout chantier de maçonnerie, fasse naturellement partie du corpus symbolique primitif. Or ce n’est pas le cas.

Les divulgations maçonniques anglaises du début du XVIIIe siècle confirment ce constat. Dans le Masonry Dissected de Samuel Pritchard, publié en 1730, aucun rôle symbolique n’est attribué à la truelle. De même, la divulgation Three Distinct Knocks, parue en 1760 et décrivant en détail les usages d’une loge relevant de la tradition dite des Anciens, n’en fait aucune mention. Les outils évoqués sont toujours ceux liés à la mesure, à la rectitude et à l’ajustement des pierres.

Le seul document à mentionner la truelle est The Grand Mystery Laid Open, publié en 1726, que nous avons signalé plus haut. Ce document affirme que les francs-maçons utilisent deux outils principaux : le marteau pour séparer et la truelle pour joindre. Mais cette mention reste isolée et apparaît dans un texte souvent considéré comme une parodie ou une divulgation fantaisiste. Elle ne semble pas refléter les usages dominants de la franc-maçonnerie de l’époque.

La situation est comparable sur le continent européen. En France, comme dans l’aire germanique, les premiers rituels connus et les divulgations du premier XVIIIe siècle ignorent également la truelle. Les documents maçonniques antérieurs au milieu du siècle ne lui attribuent ni fonction rituelle ni valeur symbolique particulière.

Ainsi, au moment où la franc-maçonnerie se structure et fixe progressivement son vocabulaire symbolique, la truelle demeure presque totalement absente. Ce constat pose une question historique essentielle : si la truelle en franc-maçonnerie ne fait pas partie du noyau symbolique originel, comment expliquer son apparition progressive dans certains rituels du XVIIIe siècle ?

2. L’apparition de la truelle dans les divulgations françaises du XVIIIe siècle

La première apparition véritable de la truelle dans un texte maçonnique se trouve dans une divulgation française particulièrement singulière : Le Parfait Maçon, publié en 1744. Cet ouvrage prétend dévoiler les secrets des Apprentis, Compagnons, Maîtres et Maçons Écossais, mais il présente un rituel très différent de ceux que l’on connaît par ailleurs. Dans cette divulgation, le Vénérable porte à son sautoir une Équerre et une Truelle. Après la prestation du serment d’un nouvel Apprenti, il prend une truelle, feint de gâcher du mortier dans une auge, puis en passe symboliquement sur les lèvres du récipiendaire afin d’en sceller la parole. Cette scène rituelle, inhabituelle dans les grades symboliques, confère à la truelle une fonction très particulière : elle devient l’outil qui garantit le silence et le secret.

L’année suivante paraît une autre divulgation, Le Sceau Rompu, qui présente cette fois un rituel beaucoup plus conforme aux usages maçonniques de l’époque. La truelle y est mentionnée dans la description générale des symboles de la franc-maçonnerie, mais dans un contexte différent. Elle y apparaît associée à l’épée, combinaison qui renvoie clairement au grade de Chevalier d’Orient, apparu dans les années 1740. Dans ce grade l’épée,lt la truelle symbolisent l’attitude des bâtisseurs de Jérusalem qui, selon le récit biblique du livre de Néhémie, travaillaient à la reconstruction des murailles tout en restant prêts à se défendre.

Autour de la même période, le manuscrit Luquet — l’un des plus anciens rituels maçonniques français qui nous soient parvenus — renforce encore cette association. La truelle et l’épée y sont présentées comme les armoiries des francs-maçons, dans une perspective qui rappelle directement les idées exposées dans le célèbre discours de Ramsay en 1736. Ramsay faisait en effet remonter les origines de la franc-maçonnerie aux Croisades et aux chevaliers chrétiens établis en Terre sainte. Dans ce contexte symbolique, la truelle évoque l’acte de bâtir tandis que l’épée rappelle la dimension chevaleresque que certains milieux maçonniques du XVIIIe siècle cherchaient à mettre en avant.

Ces différents témoignages montrent qu’au milieu du XVIIIe siècle la truelle commence à apparaître dans certains textes maçonniques français, mais dans un contexte bien particulier. Elle n’est pas encore un outil symbolique universellement reconnu ; elle semble plutôt liée à l’émergence des hzutts grades du REAA et à l’imaginaire chevaleresque qui se développe alors dans une partie de la franc-maçonnerie européenne.

3. La truelle, symbole d’un courant maçonnique particulier ?

Les différents témoignages du milieu du XVIIIe siècle suggèrent que la truelle n’appartient pas au corpus symbolique le plus ancien de la franc-maçonnerie. Elle apparaît au contraire dans des milieux précis et dans des textes qui témoignent d’évolutions importantes de la culture maçonnique de l’époque.

Le fait qu’on la rencontre d’abord dans certaines divulgations françaises, puis dans des rituels liés aux hauts grades, laisse penser qu’elle n’est pas issue directement de la tradition primitive des loges symboliques. Elle semble plutôt liée à l’apparition de nouveaux systèmes symboliques qui se développent dans les années 1740 et 1750.

Ces systèmes introduisent des récits historiques, bibliques ou chevaleresques destinés à prolonger l’enseignement des trois grades. Dans ce contexte, la truelle peut facilement trouver sa place : elle évoque à la fois l’acte de bâtir et l’idée d’un travail collectif orienté vers une reconstruction symbolique.

Mais une question demeure. Si la truelle n’appartient pas au vocabulaire symbolique des premiers rituels et si son apparition semble liée à certains milieux particuliers du XVIIIe siècle, faut-il voir dans cet outil l’expression d’un courant maçonnique spécifique ?

4. La truelle, signe de ralliement jacobite ?

Certains historiens ont proposé une hypothèse plus audacieuse pour expliquer l’apparition de la truelle dans certains milieux maçonniques du XVIIIe siècle. Selon eux, cet outil pourrait être lié à un courant politique particulier : celui des jacobites.

Après la Glorieuse Révolution de 1688, le roi Jacques II Stuart est renversé et contraint à l’exil. Il trouve refuge en France, à Saint-Germain-en-Laye, où se constitue autour de lui une importante communauté d’exilés écossais, irlandais et anglais restés fidèles à la dynastie Stuart. Ces milieux jacobites jouent un rôle non négligeable dans la diffusion de la franc-maçonnerie sur le continent européen au début du XVIIIe siècle.

Plusieurs chercheurs, parmi lesquels l’historien Jan Snoek, ont suggéré que certains rituels inhabituels pourraient refléter les usages de ces cercles maçonniques proches du jacobitisme. Dans cette perspective, la divulgation Le Parfait Maçon de 1744, longtemps considérée comme une simple parodie, pourrait témoigner de pratiques réellement observées dans ces loges d’exilés.

Le symbolisme du grade de Chevalier d'Orient se prête d’ailleurs à une lecture politique possible. La légende du grade évoque Zorobabel, prince de lignée royale revenu d’exil pour reconstruire le Temple de Jérusalem avec l’autorisation du roi Cyrus. Cette figure d’un prince légitime en exil chargé de restaurer un ordre ancien pouvait aisément être interprétée, dans le contexte des années 1740, comme une allusion au prétendant Stuart et aux espoirs de restauration de sa dynastie, avec le soutien du roi de France.

Dans cette interprétation, l’image du bâtisseur travaillant la truelle d’une main et tenant l’épée de l’autre ne représenterait pas seulement la reconstruction du Temple biblique. Elle pourrait aussi symboliser l’idée d’une restauration politique menée à la fois par l’action et par la vigilance. La truelle ne serait donc pas seulement un outil de construction : elle deviendrait le signe discret d’un projet de reconstruction, à la fois symbolique et politique.

5. De l’hypothèse politique au symbole maçonnique

Quelle que soit la part de vérité que l’on accorde à cette interprétation, il est difficile d’affirmer avec certitude que la truelle ait été, à l’origine, un symbole jacobite. Les sources restent fragmentaires et les rituels du XVIIIe siècle témoignent souvent de pratiques diverses qui ne correspondent pas toujours à un système symbolique parfaitement cohérent.

Truelle maçonnique cérémonielle, Canada, 1872.

Ce qui apparaît plus clairement, en revanche, c’est que la truelle finit progressivement par trouver sa place dans le langage symbolique de la franc-maçonnerie. Dans certains rituels, elle devient l’outil qui sert à masquer les défauts des pierres, image que l’on retrouve déjà dans le manuscrit Luquet. L’allégorie est transparente : de même que le mortier comble les irrégularités d’un mur, la fraternité maçonnique doit apprendre à couvrir les imperfections humaines.

Peu à peu, la truelle cesse ainsi d’être liée à un contexte historique particulier pour devenir un symbole moral plus universel. Elle évoque le travail collectif, l’union des frères et l’effort commun nécessaire à l’édification du Temple symbolique.

Conclusion – La truelle en franc-maçonnerie : un symbole tardif et énigmatique

L’histoire de la truelle en franc-maçonnerie présente un paradoxe singulier. Outil pourtant essentiel dans le travail des bâtisseurs, elle ne figure presque pas dans les premiers rituels connus. Les textes du début du XVIIIe siècle l’ignorent presque totalement, alors même qu’ils cherchent à établir un lien symbolique avec l’héritage des anciens métiers de la construction.

Ce n’est qu’à partir du milieu du siècle que la truelle apparaît dans certains textes maçonniques, souvent dans des contextes particuliers : divulgations françaises inhabituelles, développement des hauts grades ou milieux marqués par un imaginaire chevaleresque et biblique. Dans ce cadre, l’hypothèse d’une influence jacobite, liée aux exilés Stuart et aux cercles maçonniques qui leur étaient proches, offre une piste d’interprétation possible, sans toutefois pouvoir être établie avec certitude.

Quelles que soient les circonstances exactes de son apparition, la truelle a fini par trouver sa place dans la symbolique maçonnique. D’abord outil discret et marginal, elle devient progressivement l’image d’un travail collectif : celui qui consiste à unir les pierres, à couvrir les défauts et à participer à l’édification d’un édifice commun.

Ainsi, derrière cet outil modeste se dessine une trajectoire symbolique étonnante. Peut-être née dans des contextes historiques particuliers du XVIIIe siècle, la truelle en franc-maçonnerie s’est peu à peu transformée en un signe plus universel : celui de l’union fraternelle et du travail partagé qui permettent de bâtir, pierre après pierre, le Temple de l’humanité.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

 

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Le jubilé maçonnique au REAA

Publié le 1 Septembre 2026 par T.D

Le jubilé maçonnique au REAA : en quoi consiste-t-il ? quelle est sa signification ? Voici une planche au 1er degré.

Un jubilé n’est autre qu’une célébration par la fête.

Ce n’est pas une commémoration, mais bien une fête maçonnique écossaise, écossaise à l’instar des 33 degrés de notre rite. C’est plus précisément la ponctuation d’une activité maçonnique ininterrompue pendant 33 années.

Par ce nombre trente-trois s’instille une analogie entre le degré et la durée, entre l’âge et le grade.

Mais une année n’est qu’un repère profane alors qu’un degré est un barreau de l’échelle initiatique.

33, dans nos référents communs, c’est bien sûr l’âge de la mort de Jésus de sa résurrection donc, après seulement trois ans de prédication pour trente années de maturation.

33, c’est aussi le nombre de vertèbres d’un humain.

Nous allons le voir, le jubilé écossais est avant tout une survivance de traditions hébraïques et chrétiennes, dont le fondement pose encore question aujourd’hui.

En premier lieu, le jubilé signe un accompagnement de l’histoire par la tradition. En second lieu, il est une marque vivante de la tradition dans le processus initiatique.

Voici une planche sur le jubilé maçonnique au REAA.

Voir aussi ce rituel de jubilé maçonnique

Histoire et tradition : des jubilés judéo-chrétiens au jubilé maçonnique

Les sources hébraïques

A l’origine, un jubilé est une solennité publique célébrée tous les 50 ans chez les Hébreux.

Cette solennité de la Loi mosaïque dans l’antiquité juive a constitué l’une des premières marques, l’un des premiers repères, d’une forme de degré dans l’échelle du temps infini auquel se confronte le temps fini de la vie humaine.

Avec l’instauration du jubilé, se développe en effet, la conscience du temps nouveau, différent de l’observation du temps cyclique de la nature.

Pourquoi 50 ans ? Ce chiffre est à mettre en relation avec 49, multiple de 7, chiffre de la sagesse et de la connaissance

8 – Vous compterez sept semaines d’années, c’est-à-dire sept fois sept ans, soit quarante-neuf ans.
9 – Le septième mois, le dix du mois, en la fête du Grand Pardon, vous sonnerez du cor pour l’ovation ; ce jour-là, dans tout votre pays, vous sonnerez du cor.
10 – Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé : chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan.
11 – Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire : vous ne ferez pas les semailles, vous ne moissonnerez pas le grain qui aura poussé tout seul, vous ne vendangerez pas la vigne non taillée.
12 – Le jubilé sera pour vous chose sainte, vous mangerez ce qui pousse dans les champs.

Lévitique, 25

Le jubilé juif n’est pas que la célébration cinquantenaire d’un sacerdoce, c’est surtout le moment des remises de peines et des dettes, coïncidant peu ou prou avec la fin de la vie d’homme.

Une sorte de libération ou de Tabula rasa. Or, faire table rase à échéance donnée, voilà une action qui interroge en franc-maçonnerie où la transmission est reine, bien que l’initiation soit fondée sur un éternel recommencement.

L’ambivalence est donc au coeur de l’agrégation du Jubilé par les rites maçonniques : le commémorer, est-ce laisser une trace du jubilaire par la fête, ou est-ce célébrer l’éternel recommençant qu’est le cherchant ?

L’apport de la chrétienté

L’histoire du jubilé va voir l’agrégation de pratiques chrétiennes, elles-mêmes nourries aux substrats judéo-païens.

Les papes de la chrétienté comprirent assez vite que si la remise des peines était possible, autant en raccourcir les délais pour en multiplier les occasions et augmenter les sources de profit : les jubilés ne sont alors pas si éloignés du trafic des indulgences et autres sources d’enrichissement, dont la contestation amènera le vent de la Réforme.

Quand en l’an 1300, le pape Boniface institua les jubilés chrétiens, il œuvra en homme d’affaires : ayant constaté à quel point les pèlerinages à Rome procuraient déjà aux pénitents des grâces particulières pour le Jugement dernier, et à Rome des subsides conséquentes, il établit des
jubilés, non de 50 mais de 25 ans, pour créer toujours plus de rassemblement considérables de pèlerins… et de fructueuses offrandes.

A côté du temple rôdent toujours les marchands …

On le voit, célébrer un jubilé c’est s’inspirer de la célébration du temps écoulé dans un office ou une fonction, comme s’inspirer d’un principe d’indulgence, de délivrance, de rémission.

Le jubilé maçonnique écossais, reflet d’une spiritualité initiatique sécularisée

Pour un franc-maçon écossais, le jubilé s’inscrit dans la tradition de constance et de fidélité.

L’anniversaire que l’on fête en ayant expurgé le versant exotérique hébraïque avec la remise des peines et des dettes, puis le versant exotérique catholique avec le négoce des indulgences, est devenu pour nous une célébration, celle de l’activité maçonnique continue dans notre rite depuis l’initiation.

Cette célébration est bien rituélique car elle est codée et parfaitement inscrite en tant que telle dans notre corpus symbolique de rituels.

Le jubilé écossais, récupération syncrétique des pratiques judéo-chrétiennes, reste une survivance de croyances, de réflexions et de rites païens qui scandent le temps fini de l’homme dans le temps infini du cosmos

Cette obsession de mesure de la vie et du temps parait consubstantielle à la nature humaine et le jubilé est un avatar de ces deux colonnes de l’évolution humaine que sont le calendrier et l’alphabet.

Si le temps n’existe pas, puisque c’est nous qui passons et non lui, le jubilé est comme toutes les fêtes, un repère pour nous situer dans notre temps de passage, dans le temps de l’homme plutôt que celui de Dieu, et pour nous dans le temps de l’initié.

Et qu’est-ce qu’un anniversaire si ce n’est une scarification virtuelle et sociale qui désigne à autrui le lieu de notre temps, notre durée ?

Le jubilé cinquantenaire hébraïque embrassait déjà, dans un même élan, les fêtes païennes des moissons avec la fête juive des semaines ou le Chavouot du don de la loi, avant que de se trouver un avatar dans l’effusion de l’Esprit de la Pentecôte (50 en grec).

50 ans ou 50 jours, la symbolique est permanente et signe l’invariant ésotérique. Et voilà que le REAA invente le Trente-trois !

Le jubilée en 33 ans

Pour d’aucuns, en glissant du 50 hébraïque au 33 christique, le REAA ne ferait pas qu’embrasser l’ancien et le nouveau.

Il accompagne un autre glissement, un mouvement de passage, des anciens âges de la vie mythique (par la guématrie) aux âges de la vie cyclique (par le solaire) jusqu’aux âges de la vie de l’homme (par ses gènes).

Ainsi l’âge de la mort de Mathusalem (969 ans) est fixé, à rebours, par une combinaison guématrique, l’âge de la mort d’Enoch (365 ans) en référence au cycle solaire et l’âge de la mort du Christ (33) est devenu celui d’une mort et renaissance d’un homme.

C’est pourquoi le jubilé écossais, par son 33, relie le temps de l’homme au temps des dieux, l’humanité mythique à l’humanité historique, l’esprit à la science, le sacré au profane et la mort à la renaissance.

En cela, il est totalement initiatique.

Le jubilé maçonnique

Au REEA, ce jubilé, ce moment de passage, c’est le rappel de l’engagement et de la constance dans l’œuvre maçonnique. C’est une ode à la vie initiatique.

Contrairement à ses deux sources originelles, le jubilé maçonnique écossais ne proclame pas une année sainte, mais un besoin personnel de joie et un besoin collectif de fête.

Alors que fête-t-ton dans cette joie ? Le respect, l’ancienneté, la constance, l’assiduité et cela seulement ? Non, car sinon on pourrait fêter le jubilé maçonnique à tout moment. C’est le serviteur du rite et l’ouvrier de la fraternité que l’on fête.

Les sens de la célébration, c’est ce qui nous anime, en gros depuis que nous donnons des sépultures à nos défunts. Mais par ce jubilé, c’est la Vie que nous fêtons. En honorant nos frères jubilaires, nous fêtons grâce à eux, le sens de la vie, le sens de notre vie d’initié, la conscience et l’amour de la vie.

Savourons cette célébration, c’est un témoignage rare, elle est un lien qui nous unit. Nous le savons bien :

Tout varie. Tout évolue. Tout se transforme. Tout est incertitude. Tout, et face à ce grand tout du chaos, la permanence initiatique cimente le socle de perfectionnement de l’homme et d’espérance du maçon.

Il n’y a jamais de dernier mot. Le temps persiste, l’espace continue et la nécessité de s’adapter à chaque circonstance nouvelle, c’est la vie.

C’est en ce sens que nos frères jubilaires sont les glorieux témoins de cette évidence, comme les pierres vibrantes de notre espérance

Nous ne voyons ici dans notre lumière que des êtres restés éveillés, les yeux grands ouverts sur la lumière du monde, vivant éternellement leur initiation comme au premier jour, enrichi des autres jours.

Conclusion

L’étymologie de « jubilé » nous renvoie quelque part à la musique :

  • soit par JOBEL, ce bélier avec la corne duquel on faisait un cor pour annoncer l’année sainte, en mémoire du bélier du sacrifice d’Abraham,
  • soit par JUBAL, qui aurait été le premier inventeur des instruments de musique.

La racine n’est pas la même que « jubilatoire », mais la tentation est grande et s’il faut entendre par le coeur, notre oreille est peut-être plus perspicace que notre esprit. Alors, jubilons ensemble …

En matière de jubilé, ainsi nous parle l’histoire des hommes et des maçons écossais.

Rituel de jubilé maçonnique

Voici un exemple de rituel de jubilé maçonnique, au Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Le  jubilé maçonniqueest une cérémonie qui fête les 33 ans de maçonnerie d’un membre. Il s’agit de mettre en lumière la persévérance, l’engagement et la fidélité d’un Frère ou d’une Sœur aux idéaux maçonniques : recherche de la vérité, amélioration de soi, fraternité. C’est donc la reconnaissance officielle et symbolique de l’engagement durable d’un franc-maçon.

Il existe de nombreux rituels de jubilé maçonnique… En voici un exemple.

Rituel de jubilé maçonnique au R.E.A.A.

La cérémonie s’ouvre normalement en présence du Grand Maître ou du Frère Inspecteur de la Loge.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Nous sommes réunis en ce jour pour honorer un de nos frères en raison de sa constance et de sa fidélité à notre idéal.

Trente-trois années durant, il s’est distingué par sa ferveur maçonnique, par ses chaleureux sentiments fraternels et son activité comme membre de notre Respectable Loge.

Le caractère exceptionnel de cet anniversaire et l’honneur qui s’y trouve attaché l’ont fait fixer dans nos usages sous le nom de jubilé maçonnique écossais.

Pause

Frère Maître des Cérémonies, veuillez quérir le Très Cher frère … récipiendaire de la médaille du jubilé Ecossais et le conduire au siège qui lui est réservé entre les colonnes.

Ceci est exécuté, le Maître des Cérémonies rejoint sa place

Prenez place, mon Très Cher Frère.

Mon Très Cher Frère, c’est avec la plus grande joie que nous vous rendons cet hommage solennel pour un tiers de siècle de Travail Maçonnique.

Par vos mérites, vous représentez dignement la cohorte glorieuse de tous les Frères qui se sont dévoués à l’idéal de la Franc-Maçonnerie et ont apporté à l’humanité entière un peu plus de Lumière et d’Amour.

Cette cérémonie est un témoignage de l’admiration fraternelle que nous éprouvons envers vous pour l’exemple que vous nous apportez.

Les racines de la Franc-Maçonnerie plongent dans un lointain passé, et les symboles qui inspirent nos réflexions étaient déjà l’objet de méditations pour les sages des temps anciens.

Adeptes de l’Art Royal, nous fondons notre travail sur la patience, la vigilance et la persévérance. C’est pourquoi nous sommes tout naturellement portés à apprécier la continuité dans l’action et la permanence de l’effort dans notre Grand Œuvre spirituel. Votre comportement dans la vie a toujours témoigné de ces vertus.

Au fil des siècles, les empires s’écroulent, les religions passent, les civilisations disparaissent. La Tradition, l’Esprit et l’Ordre demeurent, constamment revivifiés par ceux qui sont initiés aux mystères sacrés.

Les Francs-Maçons sont de ceux-là, et leurs efforts contribuent à la réalisation d’une longue chaîne d’esprit, de cœur et d’amour qui se prolonge dans l’espace et le temps.

Aussi, mon Très Cher Frère, il nous est particulièrement agréable de vous donner en exemple à tous ceux qui sont ici assemblés.

Pause

Mon Très Cher Frère Orateur, veuillez rappeler les services rendus par notre Très Cher Frère …  à notre Loge, à notre Ordre et à notre Idéal.

LE FRÈRE ORATEUR (ou le Frère désigné en la circonstance) produit son exposé.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mon Frère Orateur, nous vous remercions.

Pause

Debout et à l’ordre, mes Frères.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez accompagner notre Très Cher Frère … au pied de l’Orient.

Ceci est exécuté

Je donne maintenant la parole à notre Très Respectable Frère …, Inspecteur de la Loge.

LE TRÈS RESPECTABLE FRÈRE INSPECTEUR

Prononce son allocution pour la remise de médaille.

Mon Très Cher Frère …, vous avez œuvré pendant plus de trente-trois années à vous perfectionner en tant qu’homme et en tant que Franc-Maçon et vous avez coopéré efficacement dans le travail maçonnique avec vos Frères, au sein de cette Respectable Loge (et éventuellement, d’autres loges).

En même temps, votre comportement dans le monde profane a été conforme à nos principes et vous a fait gagner l’estime générale.

Permettez-moi de vous en féliciter et de vous donner un témoignage tangible de notre reconnaissance.

Frère Maître des Cérémonies, faites gravir à notre Très Cher Frère les marches de l’Orient.

Au nom de (obédience), que j’ai l’honneur de représenter ici, je vous remets, mon Très Cher Frère …, la médaille du Jubilé Maçonnique Ecossais, sur laquelle sont gravés votre nom et la date de votre initiation.

Le Très Respectable Frère Inspecteur le décore et lui donne l’accolade fraternelle.

Je vous remets en même temps le diplôme d’attribution de la médaille, signé par notre Très Respectable Grand Maître.

Frère Secrétaire, veuillez en donner lecture.

LE FRÈRE SECRÉTAIRE lit à haute voix le contenu du diplôme.

LE TRÈS RESPECTABLE FRÈRE INSPECTEUR

Votre parcours maçonnique n’est pourtant pas terminé. Nous comptons même qu’il se poursuivra longtemps encore, avec la même ferveur et la même efficacité.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mes Frères nous allons former la Chaîne d’Union longue.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez placer notre Très Cher Frère N … dans la Chaîne d’Union, entre les Colonnes.

La Chaîne d’Union longue est formée ; elle comprend les Frères qui se trouvent à l’Orient et qui demeureront à leurs places.

Mon Très Cher Frère …, je vous donne la parole au cas où vous désireriez nous adresser quelques mots.

Le Frère … exprimera sa gratitude au Très Respectable Frère Inspecteur et à tous les Frères de l’Atelier pour la récompense qui lui a été attribuée et pourra rappeler quelques souvenirs de sa vie maçonnique.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mes Frères, quittons la Chaîne ; regagnez vos places et remettez-vous à l’ordre.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez accompagner notre Très Cher Frère … à l’Orient et le placer à ma gauche.

Nous allons exprimer par une chaleureuse Batterie la joie que nous éprouvons de voir notre Très Cher Frère … décoré de la Médaille du Jubilé Ecossais.

A moi, mes Frères par :

  • Le Signe Pénal
  • La Batterie
  • L’Acclamation Ecossaise et la Devise.

Prenez place, mes Frères.

Pause

A ce moment de la cérémonie pourra être prévue une remise de témoignages personnels d’affection, tels que médailles, souvenirs ou cadeaux divers.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE

Mes Frères, à l’issue de cette cérémonie émouvante, méditons sur les propos qui ont été tenus aujourd’hui ; qu’ils nous soutiennent et nous inspirent, qu’ils nous donnent la foi et le courage de suivre le chemin tracé par notre Très Cher Frère …

Frère visiteurs, soyez remerciés de vous être associés à nous en cette occasion solennelle.

Les travaux de la Loge se poursuivent.

 

 

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« Le 32° est un degré initiatique. Que pensez-vous de cette affirmation ? »

Publié le 1 Septembre 2026 par T.D

INTRODUCTION :

Que signifie « initiation ? Le sens le plus élémentaire, c’est « commencer quelque chose de nouveau, apprendre, passage, ». Dans ce cas, il y a de nombreuses initiations profanes et maçonniques, comme par exemple, apprendre une langue, apprendre à conduire un véhicule, etc. Et dans ce cas, tous les grades maçonniques sont initiatiques. Cette planche sera centrée sur l’initiation maçonnique : c’est une problématique à la fois simple et complexe. Simple, parce que l’objectif du franc-maçon est de se connaître soi-même, et donc répondre à la question : « Qui suis-je ? ». Cela semble simple, parce que tout au cours de la vie, chaque jour, on utilise le « je », et aussi le « tu » et le « il ». Dans ces conditions il est tout à fait invraisemblable que chacun ne se connaisse pas lui-même. Et pourtant ce « je » repose sur de nombreux éléments : le corps, le mental, la conscience quotidienne, etc., et également ce « « je » remplit de nombreuses fonctions : père de famille, mari, rôle social, politique, etc. Et pourtant ! Quelle complexité : qui est le « JE » ? Et si ce n’était ni le corps, ni le mental, ni la conscience, etc., tous ces éléments auxquels « je m’identifie » ? Et si, derrière tous ces rôles, était voilé un Témoin, dont la démarche, à travers les divers degrés de la franc-maçonnerie, a pour but la découverte.

La vie est un pèlerinage. Elle a un sens et un but. De nombreuses voies prétendent mener à ce but. Outre la voie maçonnique, les religions, le yoga, etc. Les initiés sont ceux qui ont atteint ce but. Ce sont les Veilleurs et les Vivants. Les autres demeurent des morts (comme dit le Maître Jésus : « Laissez les morts enterrer les morts »). La Tradition est une montagne, avec de nombreux sentiers, et chaque sentier mène au sommet, la connaissance de « Je-Je ». La lumière vient à chacun sous deux conditions : d’abord il faut la demander, ensuite, il faut la mériter.

Le Sépher Yetsirah (Livre de la Création), qui serait l’œuvre orale d’Abraham, suite à son initiation par Melchisédech, présente les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse (voir Annexe 1). Ce livre commence ainsi : « Par les trente-deux voies de la sagesse, l’Architecte a gravé. » Ces voies sont les dix Séphirot ou nombres primordiaux et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. En conséquence, le 32° degré est un échelon de l’échelle des 33 grades du rite écossais ancien et accepté, qui mène à cet objectif.

Première partie : Les 33 grades du rite écossais ancien et accepté sont initiatiques...

Définition du 32° degré :

n      D’un point de vue maçonnique :

Le 32° grade est celui de « Sublime Prince du Royal Secret ». Le terme de prince indique qu’il ne s’agit pas encore du titre le plus élevé, qui est celui de roi. Le royal secret, c’est cette clef mystérieuse que chaque franc-maçon recherche depuis sa première initiation, cette Parole perdue à la mort d’Hiram, ce Verbe créateur. Depuis cette date, nous avons parcouru du chemin. Notamment, au 18° grade, nous avons appris que ce qui est perdu, c’est l’Amour. Et depuis cette date, par un long et minutieux travail, nous nous préparons à recevoir ce Royal Secret. L’adage dit : « Le Maître (ici le Maître intérieur, le Soi) apparaît lorsque le disciple est prêt ». L’initiation intervient au moment venu, à celui ou à celle qui est apte à la recevoir, dans le cadre d’une quête menée volontairement. Donc, après l’initiation ultime, celle du 33° degré, chacun peut s’élancer, s’il est élu, vers l’Infini, déjà vaguement entre aperçu au 13° degré. Etant alors libéré de l’emprise de l’ego, la franc-maçon peut laisser le Soi s’épanouir.

A partir du 4° grade, dans le Temple, tout respire la sérénité : nous sommes désormais dans le monde des morts, qui est aussi le monde des Vivants, le monde de ceux qui ont renoncé au profane et à ses valeurs matérielles, pour grimper l’échelle de tous les grades, qui nous mènent au SECRET ULTIME : le Sagesse, la Joie, l’Eveil intérieur. En tout cas, nous nous préparons intérieurement, pour être prêt à recevoir la Grande Lumière. Il convient de dénouer les différents nœuds qui lient la conscience et qui font que celle-ci s’identifie trop et à tord au corps et à l’ego. Autrement dit, il s’agit d’ouvrir et d’étendre notre conscience afin qu’elle puisse fusionner avec la conscience universelle, car qui se ressemble s’assemble.

Lors de l’initiation au 32° degré, il est prononcé la phrase mystérieuse renfermant le Royal Secret : « Que la Lumière qui est en nous, nous guide ».

La disposition du Camp des sublimes Princes du Royal Secret représente une synthèse des 33 grades, y compris le 33° degré en son centre. C’est, à titre individuel, la formidable armée que chaque franc-maçon a constitué au de décennies de maçonnerie. Cette armée intérieure est faite de tous les acquis obtenus, et de tous les grades maçonniques, dont les titres ronflants voilent et dissimulent autant de vérités intérieures. Il s’agit de mener une ultime croisade, le grand djihad, qui consiste à investir notre Lieu Saint, le Saint des Saints : il s’agit donc de détruire l’ego, cet usurpateur, pour que le Roi, le Soi puisse monter sur le trône laissé ainsi vacant.

n      Du point de vue de la Kabbale :

L’Arbre de la Vie est d’abord descendu, de Kéther (la conscience universelle) à Malkouth, en passant par Tiphéret (le cœur) ; puis la remontée en passant de Malkouth à Kéther en passant par Tiphéreth. On parcourt un 8 couché, celui de l’infini. Le cercle du haut est dans le monde spirituel. Le cercle du bas est dans le monde matériel. Tiphéret est à la fois, l’Amour, le buisson ardent et le sexe de la Mère. Les trente trois grades représentent les trente trois étapes de la remontée, ou réintégration.

Le 32° sentier se trouve entre deux séphiroth, entre Yessod et Malkouth. C’est donc un sentier qui est parcouru à la fin lors de la descente et au début lors de la montée. C’est le retour à l’Unité, à la dimension infinie et éternelle de l’univers.

La franc-maçonnerie est, non une voie de croyance, mais une voie de connaissance. Ce qui compte, c’est le processus d’élévation de la conscience, et non l’adhésion à des dogmes. Elle n’a de sens que si elle est mise en œuvre dans la vie quotidienne. Les trois premiers grades, qui donnent la plénitude de l’état maçonnique, donnent à l’initié une vision du monde qui repose sur l’humanisme et la spiritualité. Ensuite, les 30 degrés du REAA conduisent à connaître l’Amour, Universel, pour le mettre en œuvre dans sa vie personnelle et la vie sociale. L’Amour est la dimension éternelle et infinie de l’univers : car ce qui a été perdu, et qu’il convient de retrouver, c’est cet Amour. Le symbole de cet Amour est la Vie, et plus encore la Lumière. Le principal obstacle nous est indiqué dès le début : c’est l’hypertrophie du Moi, de l’Ego. C’est un cheminement que l’on doit parcourir soi-même pour soi-même, sans compter sur autrui, gourous de toutes sorte. Nos propres efforts nous mènent de Malkouth à Kéther. Puis il y a intervention de « Ein Sof », selon l’adage : « Le Maître vient lorsque le disciple est prêt ». Les qualités dont il faut faire preuve : humilité, simplicité, patience et persévérance.

Nous parcourons constamment de haut en bas (naissances) et de bas en haut (réintégrations) l’Arbre de Vie. Dans le premier cas, il s’agit de « jours » (les six puis sept jours de la Genèse), dans l’autre sens il s’agit de ciels (les dix cieux du livre d’Enoch). Ce cheminement se fait en spirale, avec des retours en arrière, et il est rythmé de morts et de renaissances (initiations). A un moment, nous parvenons à la onzième porte, celle qui est entrevue, notamment au treizième grade, celui de Royal Arch, au REAA. C’est la porte qui donne accès à l’infini et l’éternité, l’Ein Sof. Cette porte ne s’ouvre que par la grâce de notre Maître intérieur, le Soi, ou la Conscience Universelle. Comme le dit l’adage, « le Maître apparaît quand le disciple est prêt ». Les indices du « libéré vivant » qui est parvenu effectivement à ce terme, sont : le silence, la béatitude et la paix profonde.

On peut lire dans le Sepher Yetsirah : « … De l’esprit du Dieu Vivant a émané l’air ; de l’air, l’eau ; de l’eau, le feu ou l’éther ; de l’éther, la hauteur et la profondeur, l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud… ». Cette description se réfère aux caractéristiques du monde manifesté ; et donc au principe terre. Il s’agit de l’émanation des principes à partir d’une source unique : la dimension infinie et éternelle de l’univers. La réalité matérielle est la conséquence de la projection de l’une de ses vertus dans l’espace. Cette vertu initiale a donné naissance à une autre, jusqu’à un total de dix projections ou émanations. La dixième projection a pour nom « Malkuth », le Royaume, et représente symboliquement le monde terrestre, le plan matériel. Sans elle, les autres ne pourraient être parfaitement connues, car bien qu’étant la plus éloignée de la première (Kéter, la Couronne), elle entretient avec elle la plus grande affinité. C’est en maîtrisant Malkuth, que nous pouvons atteindre le 33° et dernier degré. La Kabbale nomme cette sephira « Royaume », et qui dit Royaume, dit également « roi ». Il nous appartient de devenir notre propre roi, afin de pouvoir un jour porter la couronne de la Royauté spirituelle, et réaliser notre régénération au sein de la totalité. La terre est mon laboratoire, et c’est en apprenant à maîtriser sa vie terrestre que je peux prendre conscience de ma perfection latente.

Seconde partie : …Mais cela implique des francs-maçons mûrs qui pratiquent effectivement les valeurs de la franc-maçonnerie.

Une telle affirmation suppose d’abord que l’on est parvenu à la maîtrise, notamment du mental. Il faut se poser, en tant que francs-maçons, les questions suivantes : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Que voulons-nous ? »Quand on maîtrise le mental, on maîtrise tout le reste. La recherche du Soi par le mental ressemble à celle du berger cherchant un agneau qu’il ne cesse cependant de porter sur ses épaules. La réalité de l’Etre, du Soi, évidente par elle-même, n’a « besoin » d’aucune preuve extérieure. Elle est antérieure à toutes nos pensées, présupposition nécessaire de toutes nos connaissances et actions ; fondement de notre existence, elle nous précède et nous constitue. Pourtant, on oublie cette évidence. Le remède à cette situation erronée est une sorte d’éveil, une « réintégration », un « retour à la source », et ceci justement ne peut se faire que par une expérience personnelle.

Selon l’adage : « Toute chose se fait connaître par ce qui lui est semblable ». On ne peut donc contempler le Soi universel que par le Soi qui est en nous. Que dois-je faire pour atteindre cet état ? Je dois nettoyer mon temple intérieur, afin que cet hôte, le Soi, puisse se révéler en lui. Je suis la flûte, et le Soi est le flûtiste, qui souffle amoureusement dans l’instrument. Sans flûtiste, il n’y a pas de musique, mais sans flûte rendue « perméable » au Soi, aucune mélodie ne peut se manifester. L’eau du Soi ne peut s’écouler dans le vase de notre conscience, si celui-ci est déjà plein. Aussi, pour que le Soi puisse descendre en nous, il faut se « désemplir ».

L’intention de la démarche maçonnique n’est donc pas de donner à l’homme l’acquisition d’une chose nouvelle, de lui révéler un fait inconnu, mais simplement de le rendre conscient de cette réalité fondamentale, obscurcie par l’existence empirique, mais impérissable. Son rôle se résume à détruire l’ignorance que l’on compare à un nuage noir qui cache le soleil brillant, et à éveiller l’homme à la vérité (à l’alétheia – le non-oubli) de sa nature authentique. C’est aussi comme le soleil caché par un nuage. Tout comme le soleil dissimulé par un nuage, le Soi, caché par l’ego, n’a jamais disparu. Le mental ne saurait appréhender le Soi, et ce n’est qu’une fois réduit au silence et qu’aucune de ses pensées-nuages ne se présente pour obscurcir la conscience, que l’Etre pur peut se révéler dans toute sa splendeur.

Il s’agit, non pas d’ajouter quelque chose, mais d’enlever quelque chose, non pas d’apprendre quelque chose, mais de désapprendre quelque chose ; il s’agit d’enlever le voile qui couvre la pierre brute pour faire apparaître la pierre cubique. Cela rappelle le « vitriol » du Cabinet de réflexion : C’est-à-dire plonger en soi. La méthode est bien d’aller au fond de soi, dans une forme de pèlerinage, pour découvrir, dévoiler le moi profond. C’est la recherche du trésor des trésors, dans la nuit et le silence. Ce trésor c’est le Royal Secret. La vérité, c’est le mensonge plus un surplus. Par notre travail, il est demandé de perdre ce surplus.

Le monde est seulement irréel en tant que monde, c’est-à-dire en tant que chose séparée, subsistant par soi-même, mais il est réel en tant que manifestation du Soi, tout comme les événements que l’on voit sur un écran de cinéma sont irréels en tant que vie véritable, mais réels en tant que spectacle d’ombre. Cela s’appelle aussi travailler la pierre brute (l’ego) pour faire émerger la pierre cubique, ou la pierre philosophale (le Soi). La souffrance et le bien-être continuent d’exister, le monde est bien là. Mais ce n’est plus l’essentiel.

Quelle est la méthode maçonnique ? Cela consiste en deux expressions, et une phrase : les deux expressions sont « pierre brute » et « pierre cubique » et la phrase est : « transformer la pierre brute en pierre cubique », ou bien encore : « revenir à la source ». La pierre brute est la surface, la périphérie, la conscience empirique, le reflet, l’apparence, le soi reflété, empirique et apparent, le « « je » inauthentique. C’est le faux « je », le persona, ou masque. La pierre cubique est le fond et le centre, la conscience universelle, le Connaisseur et Témoin, la conscience pure, le Soi réel et transcendantal, le « Je suis » authentique et réel. C’est le vrai et seul « Je suis », l’Etre réel et profond.

Le mental ne diffère pas de l’ego et de la conscience empirique. Il s’identifie avec le corps de façon erronée, et plus grave, il s’identifie avec le Soi témoin. Le mental s’identifie avec la pierre brute.

Le retour à la source signifie connaître le Soi tel qu’il est réellement, abandonner le faux soi (le « je » physique et le mental, la conscience empirique) tout comme un acteur abandonne son rôle et demeure lui-même, n’oublie jamais qui il est en réalité. La conscience d’être est antérieure à la pensée, à l’ignorance et l’erreur, à l’illusion, au bien et au mal. Le Soi précède, il est au-delà du déroulement de la conscience relative, celle du sujet-objet. Penser relève du mental. Changer de perspective et de centre de gravité, passer de la superficie à la profondeur, de la pierre brute à la pierre cubique, c’est la mort du vieil homme. De même qu’il y a une différence entre l’état de veille et l’état de rêve, parvenir à cela, c’est la même différence qu’entre l’état de veille et l’état de rêve.

Cela ne fait pas l’objet d’une connaissance intellectuelle, verbale, ou d’une analyse psychologique. C’est une expérience immédiate. Il n’y a pas non plus une expérience du monde de la dualité, suivie d’une expérience de l’absolu. Il n’y a pas un « avant » et un « après ». Le Soi est toujours présent et sa connaissance n’est pas l’objet d’une discipline. Cette connaissance est innée et personne ne l’a jamais perdu.

Si le travail est vraiment fait, c’est la meilleure aide qu’un maçon peut apporter au monde.

Coexistent donc diverses sortes de francs-maçons :

  • Ceux qui sont étrangers à la démarche maçonnique, et qui restent des mondains (le sexe et l’argent) : affairistes,…
  • Ceux qui sont en route vers le but
  • Ceux qui ont atteints le but.

A quoi reconnaît-on ces derniers ? La paix profonde, le silence. La Lumière, la Vie, l’Amour.

Les premiers ont un « moi vert ». Les derniers ont un « moi mûr ». Ils ont travaillé sur leurs ego. Celui-ci subsiste, et leur permet juste d’enseigner aux autres. Les premiers sont des bavards : ils font « blop, blop, blop » comme un vase qui se remplit d’eau. Les troisièmes sont silencieux, parce qu’ils sont bien pleins, et l’eau qu’ils contiennent ne fait plus qu’un avec l’eau de l’océan.

Loges bleues : Certaines loges sont composées de maçons virtuels, qui sont « restés en chemin », ou bien de Narcisse qui s’admirent. A quoi le reconnaît-on ? Plus on s’écarte de la Terre (Malkuth), et que l’on se rapproche de la Grande Lumière (Kéther), et plus l’ego (les rôles, rôle social, familial, et aussi maçonnique) se déconstruit et apparaît notre véritable nature (être, conscience, béatitude, joie). Plus on est proche de la Terre, et plus l’ego s’intensifie et s’hypertrophie. Or ces frères finissent par avoir un petit je surdimensionné.

Si l’on projette ces tendances au niveau de la grande Histoire, on constate :

  • Si, au XVIII° siècle, la franc-maçonnerie est un courant globalement progressif, c’est-à-dire allant dans le sens du développent d’une république bourgeoise, affirmant les principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, il a toujours coexisté un courant maçonnique faible et rétrograde (Philippe Egalité, les frères qui ont émigrés lors de la révolution française, La Fayette, etc.
  • Aujourd’hui, il convient d’être lucide sur ce que représente la franc-maçonnerie : plutôt la moyenne des classes privilégiées. Pour preuve, le climat intellectuel et moral des loges, ainsi que le coût des cotisations. Croire que la franc-maçonnerie représente le peuple français est un leurre, sinon où sont les représentants des ouvriers, des petits paysans et des employés, y compris les populations immigrées des banlieues et les chômeurs ?

Dans la loge du 18° degré, le Très Sage refuse d’exécuter la Cène, sous prétexte que cela lui rappelle de mauvais souvenirs d’expérience religieuse. Le rite, rien que le rite, mais tout le rite. La Cène renvoie à l’Arcane du Tarot, le Fou ou le Mat, qui succède à l’Arcane XXI, le Monde. Le Fou est à la fois le triomphe sur le monde extérieur et la libération, avec l’accès à l’immortalité. Le Fou est un personnage hagard, presque déculotté, emportant sur son épaule un infime baluchon, le reste du Monde, et s’en allant un bâton à la main, vers une destination inconnue. « Donner MAA », signifie dans l’Egypte antique, donner la tempe, derrière laquelle se trouve la zone cérébrale auditive. C’est l’union, la fusion avec ce qui est perçu, la réalisation de sa propre MAÂT(Vérité), la Maât universelle ou conscience universelle. Le monde existentiel devient relatif, et le monde intérieur occupe une place de plus en plus grande. Le Fou s’en va, abandonnant le monde extérieur, sans se retourner vers un passé dépassé, insensible à la morsure qui voudrait le retenir. Il ne s’inquiète pas non plus du crocodile qui le guette en avant dans un avenir improbable : il vit dans l’éternel présent. Il retourne vers l’invisible, pour rencontrer paix, sérénité, et harmonie, au-delà du vain tourbillon de l’agitation psychique qui enchaîne. La Cène est donc la Chaîne d’union, à un autre niveau, tout comme la trilogie « Foi, Espérance Charité » dépasse la trilogie « Liberté, Egalité, Fraternité ». C’est la Chaîne d’Union à un plan de conscience plus élevé. C’est un acte d’amour total, conduisant à tous les sacrifices. En cela, l’amour est folie, mais avant tout joie. C’est à cette joie que conduit la Cène, c’est-à-dire au cœur du Monde, là où règne la Conscience une et inconnaissable.

Dans la loge du 30° degré, celui du Chevalier Kadosch, un frère a fait une planche sur le thème du « retour opératif sur investissement (R.O.I.) » de la franc-maçonnerie ! C’est un peu un nouvel adage : « Fais ce que dois, et tu auras la récompense en retour » ! Quelle conception intéressée, étrangère à toutes nos valeurs de devoir et d’amour ! Cette façon de viser un résultat est une absence d’humilité et un orgueil certain indigne. Bien sûr, qu’il faut faire son Devoir, quoi qu’il en coûte, et l’adage inscrit à l’Orient est : « Fais ce que tu dois, advienne que pourra » !

Un exemple de planche au 32° degré : « Le temps a plus de temps que le marbre ou l’airain ». N’est-ce pas là s’enfermer dans le temps ? Bien sûr, on peu opposer le temps court (celui de la vie humaine) au temps long (celui des minéraux par exemple, qui se compte en millions d’années) : mais quelle différence ? Est-ce que le fait de prolonger la vie humaine, comme le prétend le transhumanisme, apportera une once de plus de bonheur ? Le rite REAA conduit chacun de nous à sortir du temps pour aller vers l’éternité. C’est ce qui est déjà pressent au 13° degré, quand l’initié descend au fond de la caverne, c’est-à-dire au plus profond de lui-même et rencontre une porte, celle de l’éternité. C’est la treizième porte, entre la Couronne et L’Aïn Sof. Plus tard, le maçon ne doit-il pas expérimenter cela ?

Ou bien faut-il croire que les maçons des hauts grades ont honte de leur rituel et ne le prennent pas au sérieux ? Dans ce cas, il ne faut pas s’attendre à ce que nos valeurs de fraternité et d’universalité rayonnent dans nos Temples et à l’extérieur des Temples. Comment combattre le terrorisme et le fanatisme si nous ne savons ni expérimenter, ni propager nos valeurs les plus hautes ?

CONCLUSION :

En conclusion, l'état à atteindre est la Béatitude, définie de la façon suivante par le philosophe André Comte-Sponville: "J'avais vécu un moment parfait - juste assez pour savoir ce qu'est la perfection. Un moment bienheureux - juste assez pour savoir ce qu'est la béatitude. Un moment de vérité - juste assez pour savoir, mais d'expérience, qu'elle est éternelle.  «Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels », écrit Spinoza dans l'Éthique - non que nous le serons, après la mort, mais que nous le sommes, ici et maintenant. Eh bien voilà : je l'avais senti et expérimenté, en effet, et cela fit en moi comme une révélation, mais sans Dieu. C'est le plus beau moment que j'aie vécu, le plus joyeux, le plus serein, et le plus évidemment spirituel. Comme les prières de mon enfance ou de mon adolescence, à côté, me semblent dérisoires ! Trop de mots. Trop d'ego. Trop de narcissisme. Ce que j'ai vécu, cette nuit-là, et ce qu'il m'est arrivé d'autres fois de vivre ou d'approcher, c'est plutôt le contraire comme une vérité sans mots, comme une conscience sans ego, comme un bonheur sans narcissisme. Intellectuellement, je n'y vois aucune preuve de quoi que ce soit ; mais je ne peux pas non plus faire comme si cela n'avait pas eu lieu. " Mais si pour André Comte-Sponville, cet état de Béatitude peut être atteint par hasard, et pour une durée déterminée, la méthode maçonnique, par un travail de connaissance de soi-même, permet d'atteindre cet état et d'y demeurer pour toujours. 

Comme les mauvais compagnons, l’Initié est impatient (de réussir, d’y arriver, de transmuter,…), mais chaque chose arrive en temps et heure : Entrer dans l’Eternité, avant l’ultime initiation, la passage à l’Orient Eternel. A la fin du parcours, l’initié arrive en Kéter, à la fois le bout du chemin et le sommet de la montagne : il est prêt à prendre son envol. Alors, il n’y a plus de Temple, plus de rituel, seulement le Souffle de l’Infini. Alors, seule la Grâce peut en faire un Elu. Puis, tel un nouveau Moïse, Jésus ou Mahomet, il pourra redescendre de la montagne, pour rejoindre ses sœurs et frères humains, au sein de Malkhut.

 Pierre Quader

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Chevalier Kadosh

Publié le 1 Septembre 2026 par T.D

Le Chevalier Kadosh, 30ᵉ degré du Rite Écossais Ancien Accepté, figure parmi les hauts grades les plus marquants – et sans doute les plus controversés – de la franc-maçonnerie. Héritier de légendes templières, auréolé de symboles de vengeance et de justice, le Chevalier Kadosh occupe une place singulière au cœur de l’échelle maçonnique. Son histoire, jalonnée de débats et de réticences, reflète les tensions entre mémoire, mythe et quête spirituelle. Longtemps perçu comme un grade dangereux, voire subversif, le Chevalier Kadosh a pourtant fini par s’imposer comme un moment essentiel du parcours initiatique. Mais que signifie réellement ce grade ? Pourquoi suscite-t-il encore interrogations et débats ? Et comment comprendre aujourd’hui son rôle dans l’édifice symbolique de la franc-maçonnerie ? 

Qu’est-ce que le Chevalier Kadosh en franc-maçonnerie ?

Le CK constitue aujourd’hui le 30ᵉ degré du Rite Écossais Ancien Accepté et figure au même rang dans le RAPMM. Il appartient au cercle restreint des degrés dits « majeurs », ceux qui ne se transmettent pas seulement par communication mais exigent une cérémonie de réception complète. Dans la hiérarchie maçonnique du Rite Écossais Ancien Accepté, le Kadosh est considéré comme le plus haut degré initiatique, les trois suivants étant qualifiés de grades administratifs.

Contrairement à d’autres grades moins connus et moins pratiqués, le Kadosh frappe par sa réputation et son imaginaire. Dès son apparition au XVIIIᵉ siècle, il a été perçu comme un grade « chevaleresque », reliant la franc-maçonnerie à l’héritage supposé des Templiers. Il ne se limite pas à une instruction morale : il propose une vision du franc-maçon en justicier, dépositaire d’une mémoire blessée et porteur d’une mission. En ce sens, le Chevalier Kadosh incarne à la fois une figure historique et un archétype initiatique : celui qui, face à l’oppression, se lève pour défendre l’idéal de justice.

Quand et comment est apparu le grade Kadosh ?

Le Chevalier Kadosh apparaît vraisemblablement en France au milieu du XVIIIᵉ siècle, à une époque où les hauts grades foisonnaient et où chaque système cherchait à affirmer son originalité. Les deux plus anciens manuscrits connus datent de 1750. On y trouve déjà les éléments essentiels qui feront l’identité du grade dans les décennies suivantes : la légende templière, l’évocation d’un ordre injustement persécuté, le lien revendiqué avec la franc-maçonnerie. On y rencontre aussi des symboles rituels précis : le cordon noir, le poignard, le mot hébreu Nekamah — qui signifie vengeance —, ou encore l’échelle à deux montants et sept échelons, portant des mots hébreux.

L’Échelle mystérieuse des Kadosh

Cet ensemble place le Kadosh dans une catégorie particulière : il ne s’agit pas seulement d’un grade d’érudition ou de méditation morale, mais d’un rituel dramatique qui met en scène une mémoire blessée et une mission à accomplir. À travers lui, certains maçons du XVIIIᵉ siècle projettent l’idée que la franc-maçonnerie est l’héritière, et peut-être même la continuatrice, de l’Ordre du Temple aboli en 1312.

La naissance du grade doit donc se comprendre dans le contexte intellectuel du siècle des Lumières, où l’on contestait de plus en plus l’autorité de l’Église et de la monarchie. En créant le Kadosh, certains ateliers franchissaient une étape décisive : ils ne se contentaient pas de raconter une légende templière, ils affirmaient que cette légende pouvait devenir un chemin initiatique vivant, et même un programme d’action, qui pouvait envisager de se passer de la caution ecclésiastique et royale.                                           

Pourquoi le Chevalier Kadosh est-il un grade controversé ?

Le caractère controversé du Chevalier Kadosh tient autant à son imaginaire qu’à son usage rituel. Dès son apparition, il se présenta comme un grade de vengeance. Le poignard brandi, le cordon noir passé de l’épaule gauche à la hanche droite et le mot Nekamah rappelaient que le récipiendaire se plaçait dans la lignée des Élus, les vengeurs d’Hiram. Mais cette fois, la cible n’était plus seulement les meurtriers du Maître légendaire : c’était l’oppression symbolisée par le trône et l’autel, incarnés par le roi Philippe le Bel et le pape Clément V, jugés responsables de la chute de l’Ordre du Temple.

Là réside l’origine des accusations portées contre ce grade. Dans certaines versions du XIXᵉ siècle, on allait jusqu’à demander au candidat de fouler au pied la couronne royale et la tiare pontificale. Ce geste n’était pas anodin : au plus fort des luttes anticléricales et républicaines, il traduisait la volonté de rompre avec les deux pouvoirs qui avaient longtemps dominé l’Europe. Pour les adversaires de la franc-maçonnerie, ce rituel devenait la preuve que les loges préparaient un complot contre l’Église et la monarchie.

De grade maçonnique, le Kadosh devint ainsi symbole d’insubordination. Pour certains, il incarna l’esprit de liberté et de justice. Pour d’autres, il représentait un danger politique et religieux. C’est cette ambivalence qui nourrit encore aujourd’hui son aura controversée, entre légende noire et idéal chevaleresque.

En quoi le Kadosh est-il lié à la légende des Templiers ?

Dès son origine, le grade de Chevalier Kadosh s’est appuyé sur la mémoire des Templiers. Ceux-ci, arrêtés en 1307 et condamnés en 1312, symbolisaient l’injustice d’une puissance conjointe du trône et de l’autel. En faisant du récipiendaire le vengeur de l’Ordre du Temple, les premiers rituels projetaient la franc-maçonnerie dans une filiation imaginaire : non pas la restauration effective des chevaliers au manteau blanc, mais la reprise de leur combat contre l’arbitraire.

Réception d’un Kadosh, illustration française du XIXe siècle 

Cette légende trouva un écho particulier au XVIIIᵉ siècle. Depuis la Renaissance déjà, certains érudits mettaient en doute les accusations portées contre les Templiers et soupçonnaient que Philippe le Bel avait surtout agi par cupidité. Mais personne, avant l’époque des Lumières, n’avait osé se réclamer directement de l’Ordre aboli. Dans un contexte de remise en cause des pouvoirs établis, cette audace devint possible.

Le Kadosh ne fut pas seul à revendiquer cet héritage. L’Ordre allemand de la SOT dont devait dériver le Régime Écossais Rectifié, affirmait détenir la succession directe des Templiers et visait même la restitution de leurs biens. Dans ces constructions, le Templier devenait à la fois le martyr de l’oppression et la figure d’un savoir caché : trésors, secrets alchimiques, initiation orientale.

Ainsi, le Chevalier Kadosh se présente comme une transfiguration maçonnique du Templier : non plus soldat du Christ, mais chevalier de justice, porteur d’une mémoire de persécution et d’une quête universelle.

Le Chevalier Kadosh : un grade d’Élu et de vengeance ?

Le Chevalier Kadosh s’inscrit dans la lignée des grades d’Élus. Daté de 1750, le manuscrit de Quimper (manuscrit 100 J 1623, Archives Départementales du Finistère) associe déjà dans une même trame la vengeance d’Hiram et celle des Templiers. Le message est clair : le Kadosh prolonge le geste de l’Élu des Neuf, mais il élargit le champ de la justice. Ce n’est plus seulement l’assassinat d’un Maître qui appelle réparation, c’est la condamnation d’un ordre tout entier, injustement frappé par le roi et par le pape.

Les symboles rituels traduisent cette continuité autant qu’ils la transforment. Le poignard n’est pas une arme d’apparat : il est remis au récipiendaire comme instrument d’action. Le cordon noir, porté en baudrier de l’épaule gauche à la hanche droite, évoque le deuil, mais aussi la mission. Par son orientation inversée, il se distingue du baudrier chevaleresque traditionnel, qui soutenait l’épée du combattant. Ici, le chevalier ne porte pas l’épée, mais le poignard : signe que son combat ne relève pas d’une guerre profane, mais d’une justice symbolique.

Le mot Nekamah, vengeance, souligne encore cette tension. Pris à la lettre, il pourrait conduire à l’excès d’une revanche sanglante. Mais les rituels ultérieurs invitent à dépasser ce sens premier pour y lire une exigence plus haute : réparer l’injustice universelle. L’échelle à sept échelons complète ce parcours : de degré en degré, le récipiendaire apprend que la véritable élévation n’est pas la haine, mais la fidélité à un idéal.

Comment les obédiences ont-elles accueilli le grade Kadosh ?

L’accueil réservé au grade de Chevalier Kadosh fut loin d’être unanime. Dans les années 1760, la Grande Loge de France — qui allait devenir le Grand Orient de France en 1773 — exprima une nette hostilité à son égard. Le caractère vengeur du rituel, ses allusions au trône et à l’autel, paraissaient difficilement compatibles avec une franc-maçonnerie soucieuse de respectabilité. Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Régime Écossais Rectifié, rejeta pour sa part le Kadosh avec horreur, comme il le fit pour les autres grades de vengeance. À ses yeux, un tel degré dénaturait l’esprit chrétien et spirituel qu’il voulait donner à l’Ordre.

La controverse ne resta pas cantonnée aux loges. À la Révolution, l’anticléricalisme et l’opposition à la monarchie donnèrent un nouveau relief au mythe templier. Mais cette légende devint vite une arme entre les mains des adversaires de la franc-maçonnerie. L’abbé Barruel, dans ses célèbres Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (1797), accusa les loges d’avoir fomenté la Révolution française comme une vengeance des Templiers, accomplissant le programme du Kadosh. L’argument connut une large diffusion dans les milieux catholiques conservateurs du XIXᵉ siècle.

Ainsi, dès son apparition, le Kadosh plaça les obédiences devant un dilemme : fallait-il l’assumer comme un degré fort et signifiant, ou le tenir à distance pour préserver la respectabilité de l’Ordre ? Cette hésitation allait marquer son histoire tout au long du XIXᵉ siècle.

Quelle évolution du grade Kadosh aux XIXᵉ et XXᵉ siècles ?

Au XIXᵉ siècle, la pratique du Kadosh resta longtemps incertaine. En 1806, le Suprême Conseil de France, fondé deux ans plus tôt pour administrer le Rite Écossais Ancien Accepté, décida que le 30ᵉ degré ne serait conféré que par communication, c’est-à-dire sans cérémonie de réception. Cette mesure traduisait une méfiance persistante à l’égard d’un grade jugé trop dangereux par ses allusions à la vengeance et à l’affrontement avec les pouvoirs établis.

Il fallut attendre 1830 pour que deux Aréopages se mettent à pratiquer effectivement le rituel complet du Kadosh, bientôt rejoints par deux autres sous la Monarchie de Juillet. Le Second Empire vit également la création de deux Aréopages supplémentaires. Mais l’extension du grade demeurait limitée, signe que les réticences n’étaient pas levées.

La IIIᵉ République, marquée par l’anticléricalisme et l’enracinement des idéaux républicains, offrit un contexte plus favorable. Huit Aréopages de Kadosh furent créés, mais tous ne survécurent pas : en 1890, il n’en subsistait que cinq sur l’ensemble du territoire français. Même à cette époque, le Kadosh restait donc un degré important mais minoritaire, plus symbolique qu’amplement pratiqué.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que le regard changea profondément. La persécution des francs-maçons aux côtés d’autres catégories de la population — Juifs, Tsiganes, résistants, opposants politiques — donna au grade un sens renouvelé. Le Kadosh fut alors interprété non plus comme un appel à la vengeance, mais comme l’expression de la lutte universelle contre l’injustice et l’oppression. C’est dans cette lumière qu’il s’imposa comme l’un des degrés majeurs du Rite Écossais Ancien Accepté.

Quelle est la signification initiatique du Chevalier Kadosh aujourd’hui ?

Au terme de son histoire, le grade de Chevalier Kadosh a connu une profonde transformation de sens. Là où les premiers rituels mettaient en avant la vengeance, les obédiences contemporaines privilégient une lecture initiatique centrée sur la justice. Le poignard, le cordon noir, le mot Nekamah, l’échelle aux sept échelons demeurent des symboles de mémoire et de combat, mais ils sont relus comme les signes d’une exigence intérieure. Le Kadosh n’appelle plus le franc-maçon à une revanche contre des ennemis désignés ; il lui demande de se reconnaître comme gardien de l’idéal de justice et défenseur des opprimés.

Dans les rituels actuels, le récipiendaire est invité à comprendre que son combat n’est pas celui de la haine, mais celui de la fidélité aux valeurs universelles de liberté et d’équité. Le Chevalier Kadosh est ainsi devenu une figure exemplaire : celle du maçon qui assume son engagement face à l’injustice, non par la violence, mais par la constance d’un idéal. 

Cette signification prend tout son relief lorsqu’on la compare au Chevalier Rose-Croix, au 18ᵉ degré du REAA. Lui aussi considéré comme un grade incontournable, le Rose-Croix conduit l’initié vers le pardon et la réconciliation, dans la lumière du Christ symbolique. Le Kadosh, plus tardif dans le parcours, l’appelle à prendre position face à l’oppression et à défendre activement la justice. Ces deux figures, loin de s’opposer, se complètent et dessinent ensemble le visage du maçon accompli.

Conclusion – La vocation du Chevalier Kadosh aujourd’hui

Le Chevalier Kadosh occupe une place singulière dans l’édifice maçonnique. Né au XVIIIᵉ siècle dans un climat d’effervescence rituelle et intellectuelle, il a porté dès l’origine une charge symbolique puissante, mêlant la mémoire d’Hiram et celle des Templiers. Controversé pour ses accents de vengeance, rejeté par certains, exalté par d’autres, il a longtemps divisé les obédiences et nourri les polémiques antimaçonniques. Mais l’histoire en a fait un degré incontournable du Rite Écossais Ancien Accepté.

Aujourd’hui, le Kadosh n’invite plus à fouler des couronnes ou des tiares. Il rappelle que le franc-maçon, dans sa progression initiatique, ne peut ignorer l’injustice. Le poignard qu’il reçoit n’est pas une arme de haine mais le signe d’un combat intérieur et universel : lutter contre l’oppression, affirmer la dignité de tout être humain, défendre sans trêve ni repos la liberté et la justice. Comme le dit l’instruction du 30ᵉ degré dans le Tuileur de Lausanne (1875), le Chevalier Kadosh est appelé à « combattre par tous les moyens et sans trêve ni repos toute injustice et toute oppression ».

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante

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Le Noachite ou Chevalier Prussien

Publié le 31 Août 2026 par T.D

Il n’y est pas fait référence ni au bois ni à la forêt dans ce grade. Toutefois il est très fréquemment associé à son parèdre au sein du Rite Ecossais Ancien Accepté, celui de Chevalier Royale Hache. Ce dernier en revanche est un vrai grade « forestier » comme chacun de nous, titulaire de ce grade, a pu le vivre et pourra le vérifier à chaque fois qu’il le voudra.

Ce Chevalier Royale échappe à la franc-maçonnerie de la pierre pour évoquer un autre aspect de la construction du Temple de Salomon : la part prise par les coupeurs de bois dans les forêts du Liban et leur acheminement par radeaux jusqu’au port de Jaffa en vue d’être ensuite livrés au chantier de Jérusalem. Le « Noachite » ou « Chevalier Prussien » est plus difficile à repérer dans les archives des documents maçonniques connus à ce jour. La trace la plus évidente se trouve dans le Rite d’Adoption qui évoque également Noé et la construction de l’Arche (voir l’ouvrage de Jan Snoek sur le sujet, Dervy 2012). 

On trouve cité dans la création du Rite d’Adoption en 1744, le fameux Charles François de Radet dit Chevalier de Beauchaine qui aurait créé  l’Ordre des Fendeurs en 1747, sur le modèle d’une confrérie du quinzième siècle (selon Ragon de Bettignies). C’est ce rite auquel fait référence Régis Blanchet quand il réactive le Rite Forestier des Modernes dans les années 80. C’est aussi en 1744 que l’Ordre de la Cognée implante son premier collège à Paris (cf. André Kervella, les rois Stuart et la FM, éditions Ivoire-Clair 2013).

 Malheureusement pour ces deux degrés, placés respectivement aux 21ème et 22ème degrés, pour une raison qui échappe encore à beaucoup, lesdits grades ne sont plus pratiqués depuis longtemps, l’ont-ils jamais été d’ailleurs ? Avant de tomber en désuétude, il est indéniable que les thèmes de Noé, de son Arche et de la Tour de Babel ont alimenté les préoccupations initiatiques des Maçons du XVIIIème siècle. Noé est un précurseur d’Hiram dans le manuscrit Graham de 1730. La particularité du « Chevalier Prussien » c’est qu’il est dit aussi « Noachite ».

C’est de par sa proximité avec Noé, héros du grade de Nautonier, que nous avons retenu de le pratiquer. On notera le distinguo entre les degrés dits « noachites » et ceux désignés comme « hiramites » opéré par les historiens de la franc-maçonnerie. Le mot de « prussien » dans le contexte du REAA, ne peut que faire penser au roi Frédéric II de Prusse qui y occupe une place prépondérante.

Sachant que la tradition maçonnique « prussienne » doit beaucoup à un personnage qui fréquenta assidûment la cour du roi à Berlin, il s’agit de Georges Keith (1693-1778), exilé jacobite, franc-maçon éminent. Georges Keith est « comte Marischal » fonction héréditaire en Ecosse depuis la bataille de Bannockburn, fondatrice de la dynastie royale avec Robert the Bruce. Hébergé par Frédéric II, il le nomma ambassadeur de Prusse à Paris, puis gouverneur de la cité des princes de Neuchâtel en Suisse alors terre d’Empire.

Georges Keith est identifié comme créateur des « Hauts Grades » dits « écossais » notamment à Berlin (où il finira ses jours) le 32ème degré, le Prince du Royal Secret. On notera dans ce degré la présence du loup. Si ces degrés ont une origine opérative, on ne peut que remarquer que certains compagnonnages sont nettement christianisés, celui de Maître Jacques par exemple, et qu’en revanche d’autres se disent « salomoniens » et par conséquent non chrétiens puisque leur référence se souche en amont de la révélation chrétienne.

C’est le cas des Compagnons Charpentiers qui se nomment entre eux « les Loups » ou « les Indiens ». Les loups sont ceux qui vivent en marge de la société, au contact de la forêt. On pourra signaler également que le métier de « tuileur » qui correspond à l’officier de loge placé à l’extérieur est un métier de la forêt et qu’Hiram est un bronzier, c'est-à-dire un forgeron en lien avec la forêt par les charbonniers. 

Je cite pour conclure un paragraphe tiré d’un article de Thomas Dalet du 16 juin 2012 :« Les métiers « salomoniens » ont tous un rapport avec le bois et leur réticence à adhérer au canevas social et éthique chrétien laisse supposer qu’ils protègent la conservation de rites préchrétiens.

La référence salomonienne ne veut en aucun cas dire qu’ils détiennent des rites remontant aux temps sémites de la construction du Temple de Salomon, mais serait plutôt une concession permettant à ces métiers de bois de s’intégrer aux grands chantiers médiévaux sans finir sur un bûcher. » 

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Le symbolisme du Grade de Chev R C : de V.I.T.R.I.O.L. à I.N.R.I.

Publié le 31 Août 2026 par T.D

Par anck131 

Le thème de cette planche va nous faire voyager, une fois encore. De
V.I.T.R.I.O.L. à I.N.R.I. ou de l’intérieur de la Terre à l’Esprit.
Le chemin que nous allons parcourir va nous faire prendre conscience que le passage d’un degré au suivant s’effectue sans qu’il existe une quelconque hiérarchie entre les deux mais bien un complément initiatique.
Chaque étape nous ramène vers le cabinet de réflexion pour en sortir grandi. Non pas au sens profane, mais comme allégé, débarrassé des métaux, purifié en quelque sorte. Ici tout est symbole.
Au jour de l’Initiation, le cabinet de réflexion en symbolisant la mort du profane en vue de sa naissance à la vie spirituelle représente l’épreuve de la Terre. Nous savons désormais que ce n’est pas une Terre brute puisque nombre de symboles y sont dévoilés. Il ne tient au « visiteur » que d’en comprendre le sens et, fort de son parcours antérieur, de rectifier et de se rapprocher de la Lumière.

Ainsi V.I.T.R.I.O.L. et sa signification « Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu découvriras la Pierre Cachée » passe d’une énigme initiale à une indication de nouveau chemin à découvrir, rappelée à chaque passage. Et les symboles alchimiques qui sont présents, sel et mercure entre-autres, nous annoncent que nous ne pouvons pas passer des Ténèbres à la Lumière, de la putréfaction à la pureté, du feu extérieur, purificateur reçu par l’initié, à I.N.R.I., Feu intérieur du Chevalier Rose Croix, sans les utiliser à juste proportion et équilibre.
Les purifications que nous avons reçues nous ont permis de comprendre notre placement dans un Tertre, notre passage par une caverne, notre descente dans un puits et notre participation à la sacralisation d’une voûte souterraine.

Au 3ème degré, la perte de la Parole entraîne la séparation entre la matière et l’Être. Dorénavant, la recherche de la Parole perdue permettra de réunir ce qui est épars et de répandre partout la Lumière.
La situation particulière du Maître lors de sa verticalisation et son relèvement par les cinq points parfaits de la maîtrise définit ses futurs objectifs : Spiritualiser la matière et incarner l’Esprit.
C’est avec cet enseignement que le Maïtre aborde la Loge de Perfection dont la mission est de lui permettre de spiritualiser la matière par une démarche intérieure symbolisée par le scellement des lèvres par le sceau du secret. Il y apprendra à garder le secret, à être obéissant et, par le Devoir, promouvoir la Justice.

Le 5ème degré de Maître Parfait clôturera les degrés de maîtrise en traçant le futur spirituel du maître : réaliser la quadrature du cercle c’est-à-dire mettre son coeur, symbole du centre, en conformité avec l’enseignement d’Hiram, l’homme juste, fidèle à son devoir jusqu’à la mort. Après la reconstitution du ternaire et la réorganisation du chantier, le rectificando reprend ses droits.

Le 9ème degré de Maître Élu des Neuf nous montre que la Justice n’est pas la vengeance. Le passage dans la caverne est essentiel car il nous indique d’aller au plus profond de nous pour être face à nous-mêmes dans le noir le plus complet. Plus exactement dans une noirceur éclairée par une lampe à huile donnant de la lumière. Cet éclairage nous rappelle à la fois l’allégorie de Platon mettant en scène les ombres vues par l’homme dans la caverne et le symbole du feu divin, la Lumière, nous dévoilant le chemin de la Connaissance.

Le 13ème degré de Chevalier de Royal Arch, par l’ouverture de la onzième porte et l’accès au Temple d’Hénoch, nous fait découvrir que la transcendance est au fond du puits. La conception suprême cachée sur la pierre cubique d’agate résonne comme l’occulta lapidem de V.I.T.R.I.O.L. Au centre de l’Idée, l’initié se trouve au centre de l’esprit humain, foyer de la connaissance qui projette la Lumière sur les choses de la nature et en réfléchit l’image ou l’idée. Si la spiritualisation de l’homme est accomplie, l’expérience de la 11ème porte
montre les limites de l’homme : l’absolu ne lui est pas encore accessible.

Le 14ème degré de Grand Élu de la Voûte Sacrée nous enseigne de se
rapprocher de la perfection. Le franchissement des cieux de l’Arbre de Vie et la découverte de l’Infini nous font passer d’une Voûte souterraine à une Voûte Sacrée. Il convient désormais de changer de plan et de travailler dans l’Esprit. La Parole est perdue. Les Chevaliers Rose-Croix se réunissent en Chapitre pour la retrouver avec le concours du Très Sage Athirsata. De même qu’Hiram meurt sans cesse, la parole est retrouvée et perdue aussitôt,
car elle n’est pas une fin en soi mais une incitation à ....

Au 18ème degré de Chevalier Rose Croix nous prenons connaissance du mot sacré I.N.R.I. : La Nature est Entièrement Renouvelée par le Feu.
Mais, de quelle nature et de quel feu s’agit-il ?
A mon sens, la nature symbolise l’Être humain et tout se qui le constitue. C’est à dire son évolution au regard de son histoire, son environnement, sa culture, et sa place dans la société.
Et le Feu ? Tout indique dans notre rituel que c’est l’Amour. L’Amour n’est-il pas la vertu essentielle du Chevalier Rose Croix ?
Et seul l’Amour peut entièrement renouveler ce qu’il entoure, ou encercle en référence au feu. Depuis le 1er degré, l’initié est familiarisé avec le Feu, mais que de chemin parcouru depuis le cabinet de réflexion.
Retrouvant la Parole I.N.R.I., le Chevalier Rose-Croix retrouve la Lumière.

A l’intersection de la matérialité de sa condition et de l’Esprit se trouve son unité, son centre, son coeur d’où éclot la rose, d’où jaillit le Feu.
Le Feu dévoile ses différents aspects : purificateur (il élimine les scories),
psychopompe (il assure le passage du profane au sacré) et créateur (il anime la matière inerte). Participant à la Lumière vivifiante, le Chevalier Rose-Croix devient un évocateur du Principe. Il ne s’appartient plus, par l’humilité dont il fait preuve et le don de soi, il devient le Pélican de son bijou qui se sacrifie pour ses frères et l’humanité toute entière. En se sacrifiant, il établit le sacré en lui. Par sacrifice de soi il faut entendre la remise en question de nos certitudes, de s’ouvrir vers le doute et de
nous ouvrir aux autres.

Il est le Temple et se rend prêt à recevoir la Lumière. Ainsi le Pélican se
transforme en Phénix, symbole de l’être parvenu à l’achèvement de l’oeuvre, soufre rouge des alchimistes. Le Phénix personnifie le Feu principiel. Le Feu du Chevalier Rose-Croix est la résultante de l’action de la Lumière sur sa matière purifiée, c’est parce qu’elle est  purifiée que le feu ne la détruit pas.
Désormais, Parole, Lumière, Vie et Feu, bien que distincts, sont indissociables. Immanence et transcendance s’unissent dans la Rose, point de passage entre l’Absolu et le relatif, entre le monde d’en haut et le monde d’en bas.

De V.I.T.R.I.O.L. à I.N.R.I., nous avons parcouru un long chemin fait de réflexions pour arriver à la Croix faite de quatre branches ou axes et un centre. Il appartient au Chevalier Rose Croix de transmettre la Lumière et l’Amour qu’il porte en lui (Centre de la Croix) par ses actions externes (axes de la Croix) . Plus besoin de mourir puis de renaître sur notre cheminement initiatique. Le don de soi pour et par l’amour de l’autre est « suffisant ».
Très Sage Athirsata, Très Illustres Frères et vous tous mes Frères Chevaliers
Rose-Croix,
J’ai dit.

 

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Les valeurs philosophiques fondamentales du Rite Écossais Ancien et Accepté

Publié le 30 Août 2026 par T.D

Les valeurs du REAA : Clé de voûte du chemin maçonnique

Lorsque l’on pousse la porte d’une loge maçonnique, une atmosphère singulière s’installe immédiatement, alliance d’ancienneté et de mystère à la lueur tamisée des chandeliers. Le frémissement du bois sous les pas, le souffle feutré des échanges, tout indique ici que l’on s’apprête à pénétrer un univers où l’on ne discute pas seulement de symboles abstraits, mais où s’incarnent les valeurs du REAA. Ces principes, patiemment distillés au fil des siècles, résonnent avec une force particulière aujourd’hui, dans un monde qui peine trop souvent à dépasser les clivages et cherche encore son Nord moral.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté propose à la fois un socle et un guide pour chaque initié qui entreprend d’en parcourir le sentier. Il s’agit de rituels précis, de gestes codés, mais plus encore d’une invitation à remettre en question l’évidence du quotidien. Chaque valeur, loin de n’être qu’un simple mot gravé dans le silence solennel de la loge, prend chair et vigueur au contact des vécus et des épreuves des frères et des sœurs. À l’image d’un pont suspendu au-dessus d’un gouffre, ces valeurs relient ce qui, ailleurs, demeure séparé. La tolérance ouvre l’espace à la différence ; la recherche de « l’absolu » s’ancre autant dans les livres sacrés que dans les doutes de l’âme moderne.

Quels chemins s’ouvrent donc derrière ces mots ? En quoi l’apprentissage de la fraternité maçonnique prépare-t-il à l’épreuve du dehors, là où règnent la compétition et l’isolement ? S’engager dans la voie du REAA, c’est parfois accepter d’être ébranlé, mis en face de ses propres contradictions, pour mieux s’élever. Car autrui, dans cette voie, n’est pas un rival mais un miroir, métaphore puissante d’un monde où chaque fragment de lumière révèle la grandeur de l’ensemble. Les valeurs du REAA, ici, font figure de clefs, précieuses, ouvrant sur un royaume intérieur plus vaste que tous les temples de pierre.

De l’histoire à l’idéal : le Rite Écossais dans la culture maçonnique

L’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté entremêle la trame de la grande Histoire européenne avec celle, plus discrète, mais tout aussi décisive, de la fraternité maçonnique. L’importance du XVIIIe siècle est reconnue : contexte de bouleversements, de révolutions silencieuses et d’émancipation des consciences. Au cœur de cette époque, la France devient un laboratoire d’idées où la franc-maçonnerie se structure et où le REAA verra le jour, synthétisant l’effervescence des Lumières, l’universalisme naissant et la volonté de réunir le genre humain.

Pour comprendre la portée de ce rite, il suffit d’observer comment il s’empare de la devise issue de la Révolution française : liberté, égalité, fraternité. Ici, chacun de ces mots, banalisés par l’usage courant, retrouve sa dignité originelle par la pratique d’une éthique exigeante, par l’observance quotidienne d’un idéal qui, tout en puisant dans la tradition, s’ajuste sans cesse aux transformations du monde.

La genèse du REAA ne fut pas chose aisée : débats entre courants, querelles d’autorité, recherche d’une parole commune au sein d’une Europe traversée par les conflits religieux et politiques. La franc-maçonnerie, tour à tour suspectée, persécutée et célébrée, dut se forger à travers ces épreuves une identité mouvante, apte à intégrer la diversité des opinions et la richesse des héritages. Le REAA n’est pas un vestige du passé mais la résultante d’un dialogue permanent entre mémoire et ouverture à l’avenir.

  • 1717 : Naissance à Londres de la première Grande Loge, actant l’entrée symbolique de la franc-maçonnerie moderne dans l’Histoire.
  • Mise en place, en France, des premiers ateliers travaillant selon la tradition écossaise, entre 1740 et 1760.
  • 1801 : Organisation du Suprême Conseil du REAA à Charleston, qui officialise l’autonomie du rite à l’échelle internationale.
  • Figures majeures : le duc de Sussex en Angleterre, le comte de Grasse-Tilly en France et aux Amériques, véritables fondateurs d’une vision universaliste et humaniste de la maçonnerie écossaise.
  • Introduction du REAA dans la culture républicaine et laïque, faisant du rite un pont entre spiritualité et engagement civique.

Chaque point de cette chronologie capture l’énergie d’une époque, la volonté de faire dialoguer les frontières et de jeter, à travers le REAA, une passerelle entre la méditation philosophique et l’action dans la cité.

Plongée dans le cœur du REAA : les principes et valeurs maçonniques

Quand on aborde les valeurs du REAA, il serait réducteur de les considérer comme une simple déclinaison morale. Elles formulent un horizon éthique, mais le REAA invite à un engagement intérieur plus profond : dire « tolérance » ne suffit pas, il s’agit de l’éprouver, au contact de l’autre, parfois dans la friction des différences. Cet accueil de l’altérité suppose un équilibre délicat, car la tolérance n’est pas l’effacement des convictions, mais l’apprentissage d’un dialogue authentique – à l’image d’un chantier collectif où chaque pierre garde sa couleur et sa singularité tout en contribuant à l’édifice commun.

  • Tolérance maçonnique : Oui, elle réclame l’ouverture. Mais imaginez un cercle où ne serait admis que l’identique : il n’en resterait rien, sinon l’ennui. Ici, le désaccord devient matière à croissance, comme le polissage de la pierre brute par la main patiente de l’artisan.
  • Recherche de vérité : Elle se fait, non pas dans la possession d’un « dogme », mais par la quête du Grand Architecte de l’Univers. Pourquoi ? Parce que la vérité change de visage selon le regard que l’on porte sur elle, et l’initiation apprend d’abord l’humilité devant le réel, tel un voyageur qui découvre, à chaque étape, un nouveau paysage.
  • Liberté, égalité, fraternité : Ces idéaux ne sont pas figés sur le fronton d’un temple. Ils se vivent ; ils se confrontent à l’épreuve du quotidien. La liberté s’éprouve dans la confrontation à ses propres chaînes ; l’égalité s’incarne dans l’effacement des titres et des privilèges, dès l’instant où l’on franchit le seuil de la loge ; la fraternité se vérifie devant l’adversité, à la manière dont la main se tend vers celui qui chancelle.
  • Dignité humaine et respect : L’esprit maçonnique exige que nul ne soit réduit à une fonction ou une apparence. Chaque frère, chaque sœur, est perçu dans sa dignité irréductible. Ce n’est pas un simple vœu pieux, mais le quotidien d’une éthique du regard et de la parole, où l’on s’applique à ne jamais trahir cette fraternité fondamentale qui précède même la parole.
  • Symbolisme maçonnique : À l’image d’une clef ouvrant sur des chambres secrètes, le symbolisme ne fige aucun dogme ; il invite à l’exploration. Rien n’est imposé : chaque outil, chaque geste, porte en lui plusieurs lectures, selon l’étape du chemin et la lumière intérieure de celui qui s’y confronte.

Pénétrer le cœur du REAA, c’est accepter la pluralité des significations, refuser la voie simplificatrice et entrer dans la dialectique du doute et de l’espérance.

Les mécanismes des valeurs du REAA : une pédagogie pour tous

Loin d’une approche théorique, le REAA déploie ses valeurs à travers une pédagogie matérielle, sensorielle, où chaque détail du rituel porte une charge symbolique. Dans la loge, la lumière se nuance selon la progression des travaux : tantôt éclat brut du midi, tantôt clarté douce du crépuscule, chaque nuance guide l’initié. Le parfum discret du bois ciré flotte entre les colonnes, rappelant l’ancienneté des gestes et la transmission silencieuse du savoir. Chaque moment prend sens car vécu dans la lenteur du rite, où l’on ressent le poids de l’histoire et la nécessité de l’attention.

  • Études en loge : Les échanges, protégés de l’agitation extérieure, sont régis par une discipline de la parole et de l’écoute. Chacun doit apprendre à ménager le silence, à ressentir l’intention derrière le mot, à accueillir l’inconnu. Cela demande courage et humilité, surtout lorsqu’une idée différente dérange. C’est dans cet espace que l’on découvre des horizons nouveaux et que l’intelligence collective se construit.
  • Symboles vivants : La truelle, la règle, l’équerre se transmettent de main en main : leur froid métal, leur poids dans la paume, rappellent que chaque geste façonne la personnalité du franc-maçon. Ces outils ne sont pas de simples accessoires : ils deviennent compagnons de route, témoignant d’un engagement qui s’inscrit dans la durée, jusque dans les usages du profane.
  • Rituels initiatiques : Moments fondateurs, jalons de passage, ils rythment le parcours de l’initié. Le changement de lumière, le secret du mot transmis à l’oreille, la pression solennelle de la main lors de l’accueil : tout concourt à imprimer dans le corps et l’esprit une expérience mémorable, qui guide et oriente, tel un parfum d’enfance ressurgissant au détour d’une journée banale.
  • Ouverture à la pluralité : Le REAA se distingue par son ouverture : y coexistent hommes et femmes de toutes origines, de toutes confessions ou convictions, dont le dialogue tisse chaque soir un fil d’universalité. Cet accueil n’est jamais neutre ; il oblige chacun à se situer, à enrichir sa perception du monde, à composer avec la pluralité en la respectant profondément.
  • Pratique de la tolérance : Le débat en loge n’est jamais un combat d’ego ; il se nourrit de la bienveillance et de la volonté de comprendre. Les tensions, s’il y en a, se dénouent dans le respect du rite et l’amour du progrès partagé. Cette pratique façonne, petit à petit, une autre manière de vivre ensemble hors les murs de la loge.

Le mécanisme principal du REAA réside donc dans sa capacité à éduquer par le sentir et le faire, non par le seul discours.

Pourquoi les valeurs du REAA résonnent encore aujourd’hui

Ce qui traverse les siècles et confère aux valeurs du REAA une actualité saisissante, c’est l’écho qu’elles trouvent dans l’expérience universelle de toute humanité. À l’heure où la société semble fragmentée, où l’individualisme crée des solitudes insoupçonnées, qui n’a jamais ressenti ce vertige de l’isolement, ce désir immense d’appartenir à un ensemble plus grand, plus fraternel, plus juste ? Le REAA, à travers ses pratiques et son éthique, offre un remède discret mais profond à la peur de n’être qu’un individu solitaire au sein d’un monde impersonnel.

En loge, chaque silence a le poids d’un serment : l’écoute y devient un refuge contre le vacarme de la société. Les gestes répétés, l’accueil du nouvel arrivant, rappellent qu’être reconnu par ses pairs, compris dans sa différence, constitue l’un des besoins fondamentaux de l’humain. Si tant de femmes et d’hommes se tournent encore aujourd’hui vers le chemin maçonnique, ce n’est pas par nostalgie, c’est par quête d’un sentiment d’appartenance authentique, d’un espace où l’on s’exerce à la fraternité au sens le plus large du terme.

Le parcours du REAA n’exclut pas les luttes intérieures : l’angoisse de l’échec, la crainte du regard de l’autre, la tentation parfois de renoncer à la quête de sens face à l’indifférence. C’est précisément parce qu’elles mettent en scène ces obstacles que les valeurs du REAA dialoguent avec la vie nue : elles convoquent l’espérance, forcent à la confiance renouvelée en l’humanité, et inventent, nuit après nuit, une réponse à ce grand besoin de lien. Ainsi, la maçonnerie, loin d’être un sanctuaire fermé, s’inscrit dans le mouvement du monde : à travers elle, chacun apprend à regarder le visage de l’autre comme le reflet unique et précieux de la diversité humaine.

 

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Le Rite Ecossais Ancien Accepté

Publié le 30 Août 2026 par T.D

Le Rite Ecossais Ancien Accepté débute en 1801, mais prend racine dans la franc-maçonnerie française qui a éclos et fructifié au 18ème siècle

Le Rite Ecossais Ancien Accepté a été institué en 1801 par la constitution du Suprême Conseil de Charleston (Pennsylvanie USA). Mais seulement les 3 derniers degrés sur les 33 degrés que compte le REAA, ont été ajoutés à ce moment au Rite de Perfection importé par les exilés français de Saint-Domingue. En effet le plus gros de la structure était constituée du rite apporté aux USA par Francken, qui a lui-même adopté le rite de perfection de la Saint-Domingue où Étienne Morin avait peaufiné la structuration en 25 degrés du rite de perfection (« l’Art Royal dans toute sa perfection » comme Étienne Morin l’a lui-même défini) qu’il avait exporté de France (Paris et Bordeaux). Il est même assez remarquable que la quasi-totalité des degrés du 4 au 30 ait été élaborée en France entre 1735 et 1761, et puis ait migré d’abord aux Antilles puis après sur la côte Est des États-Unis, à New York via Francken qui y a trouvé refuge, ou à Baltimore ou Charleston via les réfugiés de Saint-Domingue, dont Grasse de Tilly.
Au passage, notons l’incidence de la présence des juifs hollandais dans les Antilles, expulsés une première fois des terres portugaises et espagnoles, puis des îles Françaises pour se réfugier dans les îles anglaises puis aux États-Unis, à Baltimore, Charleston, Philadelphie et New York. A l’origine du développement de la culture de canne à sucre et surtout de l’industrie sucrière construite autour de moulins à vent, leur passage est intimement lié au développement de la maçonnerie écossaise venue de France. Etienne Morin était-il de religion juive ? Certains historiens ont soulevé la question. En tout cas, Francken l’était ouvertement.
Quel rituel était pratiqué pour les degrés symboliques (1 à 3) en France au 18ème siècle (avant la révolution), puis dans les Antilles, puis dans les loges américaines où travaillaient les maçons appartenant aux loges de perfection qui adhéreront au Suprême Conseil, en adoptant la structuration en 33 degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté au début du 19ème siècle ?
La plupart des historiens maçonniques (voir la bibliographie en annexe) s’accordent pour affirmer que les loges qu’elles soient clairement adhérentes à la Grande Loge de France puis au Grand Orient de France, ou qu’elles se revendiquent loges écossaises dépendant de loges mères qui n’ont pas adhéré aux Grandes Loges, pratiquent toutes pour les 3 premiers degrés un rituel très proche du rituel des moderns, correspondant à l’époque au rituel de la Grande Loge d’Angleterre, rituel qui a été formalisé par le Grand Orient de France en 1785 sous le nom de Rite Français. Ce rituel a été publié en 1801 dans le Régulateur du Maçon publié par le Grande Orient de France au sortir de la période révolutionnaire quand les loges rallumaient leurs feux.
La structuration de la maçonnerie, comme l’expose de façon détaillée Luis Trébuchet dans sa somme « De l’Écosse à l’écossisme », à partir de 4 filières de maçonnerie écossaise, (i) la filière parisienne et lyonnaise du Grand Écossais, (ii) la filière bordelaise Les élus Parfaits ou Grands Ecossais, (iii) la filière du comte de Clermont en usage à Paris, ou à Mirecourt et Metz, l’Écossais des trois JJJ, (iv) la filière des Écossais Trinitaires du Frère Pirlet apportée en 1756 par le frère Gantelme à Versailles et à Paris. Toutes ces loges écossaises sont surtout occupées à travailler au développement des degrés supérieurs (les hauts grades), les 3 premiers degrés étaient travaillés dans les loges dites symboliques, de façon clairement séparée des ateliers supérieurs dès 1743. Notons d’ailleurs au passage que l’interdiction aux maîtres (écossais) de faire état (décors, épée…) de leur appartenance aux degrés supérieurs lorsqu’ils sont en loge symbolique, correspond à l’interdiction faite aux loges de tenir leur réunion dans des cabarets et autres lieux publics. Cela mérite peut-être un approfondissement.
Tous les degrés écossais recrutent dans les loges symboliques des maîtres pour initier aux grades suivants. Les degrés supérieurs sont de fait, pratiqués dans des loges de maîtres, et plus précisément de maîtres dits « écossais », car elles ont été créées par les émigrés stuartistes, catholiques d’origine écossais, irlandaise et même anglaise.
Le mouvement de développement de la maçonnerie dite écossaise, qui est avant tout française, démarre en France pour migrer vers les Antilles puis la côte Est d’Amérique du Nord, d’un côté, et vers l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galle et l’Angleterre d’un autre côté. L’introduction du rituel des ancients pour les 3 premiers degrés ne concerne pas tout de suite les loges écossaises de France, mais seulement en 1790 avec la création du rite d’York à Saint-Domingue, lorsque la Révolution aura conduit la franc-maçonnerie française à se mettre en sommeil.
Ainsi la franc-maçonnerie écossaise qui deviendra le REAA s’est construite au 18ème siècle avec des maîtres qui travaillaient dans leurs loges symboliques au rite des moderns. Le manuscrit de Francken ne le précise pas puisqu’il ne concerne que les degrés de 4 à 25 du rite de perfection, qui faisaient suite sans doute à un rituel des 3 premiers degrés des moderns comme l’indique certains éléments du rituel. Citons notamment qu’au 4ème degré, le 1er surveillant se place au midi et le 2nd surveillant au septentrion, au pied des colonnes, tout comme dans le rituel des moderns.
En ce qui concerne le Suprême Conseil de France créé en 1804, la question se pose un peu différemment. Une première réalité à prendre en considération est le réveil des loges maçonniques après la Révolution, dans un contexte économique et social particulier qui est celui de la constitution de l’empire napoléonien. L’arrivée au pouvoir de Napoléon permet une réhabilitation de la noblesse qui peut revenir d’exil tout en consacrant l’accession au pouvoir des bourgeois, ou tout le moins des bourgeois éclairés et fortunés. Une deuxième réalité qui découle en fait de la première est le concordat avec l’Église catholique, mais aussi la réaffirmation du respect de la religion juive et du protestantisme. Une troisième réalité peut-être également éclairante est le reniement de l’abolition de l’esclavage et la lutte armée des colons blancs contre l’émancipation des esclaves en Haïti et Saint-Domingue.
Aussi lorsque le Suprême Conseil de France est créé en 1804 en ralliant les loges écossaises qui étaient en dissidence avec le Grand Orient de France, les maçons américains ont pu proposer aux loges écossaises en réveil elle aussi après la période révolutionnaire, le rituel d’York pour les 3 premiers degrés. Soulignons qu’en 1804, les exilés fraîchement revenus d’Amérique ont réanimé pas moins de 7 loges crées entre 1790 et 1800 à Saint-Domingue, supposées avoir travaillé au rite d’York. C’était pour ces maçons écossais une bonne occasion de se démarquer des loges ralliées au Grand Orient de France qui devaient adopter le Rite Français, selon les prescriptions du Régulateur imprimé en 1802.
Les loges écossaises réunies au sein du Rite Ecossais Ancien Accepté régi par le nouveau Suprême Conseil de France vont créer une (très) éphémère Grande Loge Générale Ecossaise (1804-1805) pour rallier, sous la pression du nouvel empereur Napoléon 1er, le Grand Orient de France. Il est vraisemblable que des loges écossaises, bien qu’affiliées au GODF, aient conservé peu ou prou le rituel des ancients pour les premiers degrés alors que l’essentiel des loges françaises continuait à pratiquer le rituel des moderns formalisé dans le Rite Français.
En 1829 avec la publication du Guide des Maçons Écossais par les loges écossaises encore dépendantes du GODF, le rituel du Rite Ecossais Ancien Accepté pour les 3 premiers degrés, inspiré des ancients, devient la norme pour les loges écossaises. C’est à ce moment que le Suprême Conseil de France s’arroge la gestion des grades bleus ce qui permet à ces loges écossaises de s’affranchir du GODF. Est-ce que les loges symboliques écossaises qui vont se rallier au Suprême Conseil de France, vont toutes adopter le rituel du Guide des maçons ? Cela n’est pas certain. Ce n’est pas parce que les maîtres pratiquent le REAA au sein des loges de perfection et autres ateliers des grades supérieurs, qu’ils arrivent à imposer à leurs loges symboliques d’adopter un nouveau rituel, surtout si celui-ci introduit des changements radicaux. Les maîtres écossais ne font pas la loi dans les loges symboliques, et surtout, n’oublions pas que les loges de perfection (degrés supérieurs du 4 au 14ème) doivent recruter large dans toutes les loges symboliques de leur territoire, quels que soient leurs rituels.
Autre phénomène très important pour la franc-maçonnerie française (non sans interaction avec les autres pays européens et américains du Nord et du Sud), le 19ème siècle est très bouleversé d’un point de vue social et politique avec l’alternance entre empire, royauté et république, ce qui impacte nécessairement la vie des grandes loges comme celle des loges. A cela s’ajoute le développement du positivisme et la remise en question de la religion, phénomène largement commencé à la Révolution, qui bien entendu affecte la vie des grandes loges et surtout celle des loges qui auront de plus en plus de mal à pratiquer le rituel des 3 premiers degrés dans sa dimension religieuse et par essence chrétienne. Le rituel français inspiré du rituel des moderns est remis en question, mais aussi de façon encore plus nette, le rituel écossais inspiré du rituel des ancients. L’apothéose de ce mouvement sera la décennie de 1870, avec comme éléments phares pour la France, la Commune de Paris, la mise en place de la 3ème république et, pour ce qui concerne la franc-maçonnerie, le Convent de Lausanne qui a réuni les Suprêmes Conseils du REAA de tous les pays à l’initiative du SCDF. La franc-maçonnerie française (mais aussi belge, allemande…) devient laïque, ce qui provoque la rupture avec la franc-maçonnerie anglo-saxonne qui n’a pas vécu les mêmes séismes sociopolitiques, et s’accroche à une franc-maçonnerie fondamentalement chrétienne.
Les premiers à affirmer la laïcisation de la franc-maçonnerie ont été les Belges dont le Grand Orient de Belgique supprime en 1854 l’article de ses règlements généraux qui interdit toute discussion en loge de sujets politiques ou religieux. Dix-huit ans plus tard, en 1872, après des discussions de plusieurs années, à l’instar du GDOF, le GOB modifie ses statuts et règlements généraux et supprime la référence au Grand Architecte de l’Univers et l’obligation d’invocation. Le GOB inscrit alors la lutte pour le progrès social au programme de l’obédience.
Cette évolution du travail en loge qui devient humaniste et non religieux, affecte aussi les loges en France. Cette laïcisation qui avait commencé en fait dès la période révolutionnaire, sera officialisée avec la publication par le Grand Orient de France en 1870 d’un nouveau rituel du Rite Français expurgé de toute référence religieuse.
Les loges symboliques écossaises relevant du Suprême Conseil de France ne sont pas épargnées. L’audience des « novateurs » partisans de supprimer l’invocation du Grand Architecte de l’Univers au nom de la liberté de conscience va croissante.
C’est dans ce contexte que seront réunis en Convent Universel à Lausanne du 6 au 22 septembre 1875, onze Suprêmes Conseils du REAA du monde entier. Une Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en 1875 qui concilie l’affirmation d’un Principe créateur et le respect de la liberté de conscience (i.e. le franc-maçon n’est pas obligé de croire en Dieu). Elle maintient la devise universelle des Suprêmes Conseils Deus Meumque Jus avec la possibilité d’y adjoindre une devise nationale de son choix (le SCDF choisira « Liberté-Egalité-Fraternité »). C’est le fondement du REAA pour les années à venir qui fait loi jusqu’à aujourd’hui.
C’est sur ces nouveaux principes d’une relative, mais certaine laïcisation du rite que les rituels des 3 premiers degrés seront remaniés et publiés par le SCDF en 1877. Lorsque sera créée la Grande Loge de France en 1895 avec comme objet de réunir toutes les loges symboliques jusqu’à présent régies par le SCDF, le rituel qui sera adopté sera sans modification substantielle le rituel de 1877.

8. Construction du REAA et marche de l’Histoire

Le rituel évolue et il s’est considérablement enrichi avec des temps forts de mutation. L’évolution du rituel correspond à l’évolution de la société et de la pensée philosophique qui anime la société. Cette évolution des rituels traduit à la fois un changement de la société, mais aussi un changement dans la pratique de la franc-maçonnerie, dans la progression initiatique des frères qui pratiquent les rituels.
On ne peut en aucun cas affirmer qu’il y a un rituel princeps à partir duquel il y aurait eu des ajouts plus ou moins malheureux, princeps qu’il faudrait retrouver dans sa pureté originelle pour préserver une spiritualité initiatique originelle.
C’est un non-sens, car la spiritualité initiatique de la franc-maçonnerie a évolué, s’est enrichie au fur et à mesure de son développement. Elle a pu intégrer dans son fondement l’universalisme qui permet, précisément, aux francs-maçons qui pratiquent le rituel, de progresser collectivement, en vérité et en harmonie dans le monde où ils vivent.
Le rituel princeps s’il en est un, ne peut être antérieur aux adaptations qui ont été faites pour intégrer l’universalisme du principe du Grand Architecte de l’Univers adopté par le Suprême Conseil de France en 1875 lors du Convent universel de Lausanne. Et pour la Grande Loge de France, un rituel princeps ne saurait être antérieur au rituel qui a été adopté à sa création en 1895, c’est-à-dire le rituel publié par le SCDF en 1877.
C’est ainsi qu’en 1878, Jean-Emile Daruty en avant-propos de son étude historique de la franc-maçonnerie, pourra définir la franc-maçonnerie, dans des termes que les francs-maçons du 21ème siècle ne renieraient pas, et même pourront reprendre à leur compte sans réserve :
« La franc-maçonnerie est une alliance humanitaire, philanthropique et progressive qui a pour bases et pour principes l’amour de la vérité et de la justice, la loi du progrès de l’humanité et les idées philosophiques de liberté, d’égalité, de fraternité, de respect et de solidarité. C’est une association volontaire qui unit, par les liens de la fraternité, des hommes libres dans leur vie matérielle comme dans leur vie intellectuelle, dans l’exercice de leur profession comme dans la direction de leur pensée. »

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Le Rite Ecossais Ancien et Accepté

Publié le 30 Août 2026 par T.D

Le Rite écossais ancien et accepté (REAA) est l'un des rites maçonniques les plus répandus dans le monde. Il fut fondé en 1801 à Charleston (USA) sous l'impulsion des Frères John Mitchell et Frederic Dalcho, sur la base des Grandes Constitutions de 1786, attribuées à Frédéric II de Prusse. C'est à l'origine un Rite destiné uniquement aux grades qui suivent le grade de Maitre et il n'acquière sa pleine pertinence qu'à partir du 4ème degré.

Bien qu'il soit composé de 33 grades, il est habituellement pratiqué dans le cadre de deux organismes complémentaires mais distincts:

  • Une obédience maçonnique qui fédère des loges des trois premiers grades de la franc-maçonnerie.
  • Une « juridiction » de hauts grades maçonniques, dirigée par un « Suprême Conseil », qui regroupe des ateliers du 4ème au 33ème degrés.


Premières références au degré de « Maître écossais »

On trouve dès 1733 la trace d'une loge de Temple Bar, à Londres, ayant conféré le degré de « Maître écossais » ("Scots Master" ou "Scotch Master"). Il fut également conféré dans une loge de Bath en 1735 et dans la loge « française » « St George de l'Observance n°49 » de Covent Garden, en 1736.

Le mythe de l'influence Jacobite

L'origine du mythe de l'influence Jacobite sur la naissance des hauts grades pourrait résider dans une remarque imprudente faite par John Noorthouk en 1784 dans le livre des Constitutions de la première Grande Loge de Londres. Il y était déclaré sans preuve que le roi Charles II (frère aîné et prédécesseur de James II) fut fait franc-maçon en Hollande durant son exil (1649-1660). Il est aujourd'hui clair qu'à cette époque, il n'existait pas encore de loges de francs-maçons sur le continent. Cette remarque visait certainement à flatter la fraternité par la revendication de l'appartenance d'un ancien monarque. Cette légende fut embellie par John Robison (1739–1805), professeur de philosophie à l'Université d'Edinbourg dans un ouvrage anti-maçonnique publié en 1797.

Au milieu du XIXe siècle, cette légende se développa encore. Le célèbre auteur maçonnique anglais George Oliver (1782-1867), dans son ouvrage « Historical landmarks » la relança et déclara même que le roi Charles II assistait régulièrement aux tenues. Cette histoire fut reprise par les auteurs maçonniques français Jean-Baptiste Ragon (1771-1862) et Emmanuel Rebold, ce dernier imaginant même de toutes pièces une création des hauts grades au sein de la loge Canongate Kilwinning d'Edimbourg.

Étienne Morin et son rite en 25 degrés

Un négociant français nommé Étienne Morin, qui avait été reçu dans la franc-maçonnerie des hauts-grades depuis 1744 fonda une « loge écossaise » au Cap Français, au nord de la colonie de Saint-Domingue. Le 27 août 1761, à Paris, Morin reçut une patente signée des officiers de la Grande Loge le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». Des copies plus tardives de cette patente, qui ne visait probablement à l'origine que les loges symboliques, semblent avoir été embellies, peut-être par Morin lui-même, afin de mieux assurer sa prééminence sur les loges de hauts grades des Antilles.

Morin pratiquait un rite nommé « Rite du Royal Secret » en 25 degrés dont le plus haut se nommait « Sublîme Prince du Royal Secret » et qui découlait peut-être lui-même du rite pratiqué à Paris par le « Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident ».

Morin retourna à Saint Domingue en 1762 ou 1763 et, grâce à sa patente, constitua progressivement des loges de tous grades à travers les Antilles et l'Amérique du Nord. Il créa en particulier en 1770 un « Grand Chapitre » de son rite à Kingston, Jamaïque, où il mourrut en 1771.

Henry Andrew Francken et ses manuscrits

L'homme qui aida le plus Morin à diffuser son rite dans le Nouveau Monde fut un hollandais naturalisé français nommé Henry Andrew Francken. Morin le nomma Député Grand Inspecteur Général dès son retour aux Antilles. Francken travailla en étroite collaboration avec lui et, en 1771, rédigea un manuscrit contenant les rituels du 15ème au 25ème degré. Il rédigea au moins deux autres manuscrits, le premier en 1783 et le second vers 1786, qui contenaient tous les degrés du 4ème au 25ème.

Une loge de « Parfaits d'Écosse » fut formée le 12 avril 1764 à la Nouvelle Orléans. Ce fut le premier atelier de hauts grades sur le continent nord américain. Son exsistence fut brève car le Traité de Paris avait cédé en 1763 la Nouvelle Orléans à l'Espagne catholique et hostile à la franc-maçonnerie: Toute activité maçonnique sembla cesser à la Nouvelle Orléans jusque dans les années 1790.

Francken s'installa à New York en 1767 où il reçut une patente, datée du 26 décembre 1767, pour la formation d'une loge de Perfection à Albany qui lui permit de conférer les degrés de perfection (du 4ème au 14ème) pour la première fois dans les treize colonies britanniques. Cette patente ainsi que les minutes des premiers travaux de cette loge sont actuellement dans les archives du Suprême Conseil de la Juridiction Nord des USA.

Pendant son séjour à New York, Francken communiqua aussi ces degrés à un homme d'affaires juif, Moses Michael Hays, qu'il nomma Inspecteur Général Adjoint (DIG: Deputy Inspector General). En 1781, Hays nomma à son tour 8 autres Inspecteurs Généraux Adjoints, dont quatre jouèrent plus tard un rôle notable dans la fondation du Rite écossais ancien et accepté en Caroline du Sud:

  • Isaac Da Costa Sr., D.I.G. for South Carolina
  • Abraham Forst, D.I.G. for Virginia
  • Joseph M. Myers, D.I.G. for Maryland
  • Barend M. Spitzer, D.I.G. for Georgia

Da Costa retourna à Charleston, Caroline du Sud et y établit une « Sublime Grande Loge de Perfection » en février 1783. À sa mort, en novembre 1783, Hays nomma Myers son successeur. Rejoint par Forst et Spitzer, Myers créa huit degrés supplémentaires à Charleston.

Naissance du Rite écossais ancien et accepté

Bien que les trente-trois degrés aient ainsi déjà été créés, le Rite écossais ancien et accepté ne fut constitué qu'avec la fondation du premier Suprême Conseil, le Suprême Conseil de la Juridiction Sud à Charleston, en mai 1801, sous l'impulsion de John Mitchell et Frederic Dalcho.

C'est avec des patentes de ce premier Suprême Conseil que furent progressivement constitués tous les autres Suprêmes Conseils du monde, comme:

  • le Suprême Conseil du 33e degré en France (nom extact de l'organisme à l'époque), en 1804
  • le Suprême Conseil de la Juridiction Nord des USA, en 1813.
  • le Suprême Conseil d'Angleterre et du Pays de Galles, en 1845.

Albert Pike et le REAA aux USA

Né à Boston, dans le Massachusetts, le 29 décembre 1809, Albert Pike est souvent considéré aux USA comme étant l'homme qui fit le plus pour le succès du REAA, le faisant passer du stade de rite maçonnique assez obscur au milieu du XIXe siècle à la fraternité internationale qu'il est devenu. Pike reçut tous les grades du 4ème au 32ème de l'historien maçonnique américain Albert Mackey en mars 1853 à Charleston, Caroline du Sud et la même année fut nommé Inspecteur adjoint (Deputy Inspector) pour l'Arkansas.

A cette époque, les degrés étaient encore dans une forme rudimentaire et le plus souvent ne contenaient qu'une brève légende accompagnée de quelques détails, mais le plus souvent sans véritable rituel d'initiation. En 1855, le Suprême Conseil de la Juridiction Sud nomma un comité chargé de préparer des rituels complets du 4ème au 32ème degré. Ce comité fut composé de Albert G. Mackey, John H. Honour, W. S. Rockwell, C. Samory et Albert Pike, mais c'est Albert Pike qui fit l'essentiel du travail.

En mars 1858, Pike fut élu membre du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des USA et devint son Grand Commandeur en janvier 1859. La Guerre de Sécession interrompit son travail sur les rituels du Rite écossais. Après la guerre, il partit pour Washington et en 1868 il termina son travail de révision des rituels.

Pike écrivit aussi de conférences pour tous les degrés qu'il publia en 1871 sous le titre Morales et Dogme du Rite écossais ancien et accepté.

Histoire du REAA en France

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté est apparu en France grâce au Frère Grasse-Tilly en 1804, alors qu'il revenait des « isles d'Amérique ». Il fonda le premier Suprême Conseil de France cette même année.

Un traité d'Union en Décembre 1804 se fit entre le Grand Orient de France et le Suprême Conseil du 33e degré en France. Il est dit que Le Grand Orient unit à lui le Suprême Conseil de France. L'accord fut dans les faits appliqué jusqu'en 1814. C'est grâce à ce traité que le Grand Orient de France s'appropria le Rite Ecossais Ancien et Accepté.

De 1805 à 1814 le Grand Orient de France administra les 18 premiers degrés du Rite, laissant au Suprême Conseil de France le soin d'administrer les 15 autres, du 19e au 33e. Peu à peu le Suprême Conseil perdit son activité et tomba en sommeil.

En 1815 la plupart des dirigeants du Suprême Conseil quittèrent l'obédience et fondèrent au Grand Orient de France le Suprême Conseil des Rites, apportant ainsi l'ensemble des degrés écossais au Grand Orient.

Le Suprême Conseil des Isles d'Amérique (fondé en 1802 par Grasse-Tilly, réveillé par Delahogue vers 1810) réveilla en 1821 le Suprême Conseil pour le 33e degré en France et ils fusionnèrent en une seule organisation : Le Suprême Conseil de France. Il s'érigea en puissance maçonnique indépendante et souveraine. Il créa des loges symboliques (celles qui sont composées des 3 premiers degrés et qui se fédèrent normalement au sein d'une Grande Loge ou d'un Grand Orient).

En 1894 le Suprême Conseil de France créa la Grande Loge de France; il lui accorda son autonomie administrative en 1908. Cette autonomie concerne exclusivement l'administration de l'obédience qui élit son Grand Maître. Le Suprême Conseil de France conserve une autorité dogmatique sur l'ensemble des 33 degrés du Rite (Il convient de constater que le Suprême Conseil de France organise sa tenue des Hauts Grades la veille du Convent de la Grande Loge de France)

En 1964 le Souverain Grand Commandeur Riandey ainsi que 800 des membres de la Juridiction du Suprême Conseil quitta le Suprême Conseil de France, rejoignit la Grande Loge Nationale Française et fonda le Suprême Conseil Pour la France grâce à l'aide de quelques Suprêmes Conseils étrangers.

Le Suprême Conseil Pour la France fut depuis reconnu comme seule autorité du Rite Ecossais pour la France par le premier Suprême Conseil du Monde : Le Suprême Conseil de la Juridiction Sud des États-Unis.

La France se trouve ainsi l'un des rares pays où coexistent 3 Suprêmes Conseils légitimes :

  • Le Suprême Conseil de France (Issu du Suprême Conseil de 1804 puis réveillé en 1821 par le Suprême Conseil dit des « Isles d'Amérique » fondé en 1802 à Saint Domingue), souché sur la Grande Loge de France.
  • Le Suprême Conseil pour le Rite Ecossais Ancien et Accepté en France (Issu du Suprême Conseil de 1804, constitué en 1815), souché sur le Grand Orient de France.
  • Le Suprême Conseil pour la France (1965), souché sur la Grande Loge Nationale Française.

Organisation 

Le Rite écossais ancien et accepté est dirigé dans chaque pays pas un Suprême Conseil (en théorie, il ne devrait y en avoir qu'un seul pas pays). Il n'existe pas de gouvernement mondial du REAA, chaque Suprême Conseil étant souverain dans sa juridiction.

Les 33 degrés du REAA [

Il n'existe pas en franc-maçonnerie de rang supérieur au troisième degré, celui de maître maçon. C'est un des principes fondamentaux de la « régularité maçonnique » que tous les maîtres maçons soient placés sur un pied d'égalité, sans considération de position sociale ou d'appartenance à d'autres degrés maçonniques. C'est pourquoi les degrés d'un numéro supérieur au troisième doivent être considérés comme des degrés d'instruction, ou de perfectionnement, et non pas comme des grades impliquant un pouvoir particulier et dont pourrait se prévaloir un maître maçon pour se prétendre supérieur aux autres.

Dans de nombreux pays, les trois premiers degrés peuvent être pratiqués à un autre rite que le REAA avant l'accès au autres grades de celui-ci.

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Génèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Publié le 29 Août 2026 par T.D

1 – Les premiers degrés Écossais 

Les historiens de la Franc-Maçonnerie ont des interprétations parfois différentes sur les origines de la Franc-Maçonnerie en France. Selon Paul Naudon, on ne peut exclure une influence originelle des milieux stuartistes réfugiés à Saint-Germain-en-Laye à la fin du XVIIème siècle ainsi que celle des nombreux Écossais installés en France, notamment dans l’entourage des Rois de France, depuis Jeanne d’Arc. Cette interprétation n’est pas partagée par Etienne Gout qui affirme après avoir procédé aux vérifications les plus approfondies, qu’il n’y a pas eu de loges de régiments ni en Irlande ni ailleurs avant 1732 : il n’y en avait donc point à Saint-Germain en 1691. Toujours selon Etienne Gout, la Freemasonry n’a pris son essor dans la noblesse catholique d’Irlande qu’à partir de 1723 ou 1724, époque où fut fondée à Dublin une Grande Loge à l’instar de celle de Londres établie en 1717, travaillant comme elle sous les libérales constitutions d’Anderson. Et ce sont quelques officiers Irlandais ayant reçu dans leur pays la lumière maçonnique, qui, venant servir dans des régiments Irlandais de France, ont fondé en 1726 à Paris, rue des Boucheries, près de Saint-Germain-des-Prés, à l’enseigne du Louis d’argent, la première loge non opérative attestée dans le Royaume de France. Celle-ci devait être officiellement constituée par la Grande Loge d’Angleterre le 3 avril 1732, puis participer à la création de la Grande Loge de France.

C’est bien en France, sous le gouvernement débonnaire de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, Grand Maître des Loges de France de 1743 à 1771, que vont éclore, partout en France, les sublimes degrés de l’Écossisme, qui tire son nom du premier en date d’entre eux, le Maître Écossais, cité dans le vingtième et dernier article des Ordonnances adoptées à l’occasion de l’installation du comte de Clermont à la Saint-Jean d’hiver 1743. Tout indique, selon le T.Ill.F. Etienne Gout que ce grade de Maître Écossais viendrait d’Angleterre et ne serait autre que le Scot Master ou Scotch Mason attesté dix ans plus tôt dans plusieurs loges travaillant toutes sous les auspices de la Grande Loge d’Angleterre. Les loges de Maître Écossais vont se développer dans toute la France ainsi que des Mères Loges Écossaises qui délivreront les patentes constitutives. Ainsi peut-on citer la Respectable Loge des Élus Parfaits fondée à Bordeaux en 1745 par Etienne Morin, première Mère Loge Écossaise ayant laissé dans l’histoire des traces incontestables et ayant pour premier Grand Maître Lamolère de Feuillas. 

Qu’est-ce qu’une Loge Écossaise dans la terminologie du milieu du XVIIIe siècle ? C’est tout simplement ce que nous appelons aujourd’hui une loge de perfection, ou un atelier supérieur. Ses membres doivent aussi faire partie d’une loge symbolique (dite anglaise par certains à l’époque, par référence à son origine) et y avoir tenu un des trois premiers offices. Ils relèvent de la Grande Loge de France pour les degrés symboliques et de la Mère Loge Écossaise pour les « sublimes degrés ». Les Loges Écossaises sont uniques dans chaque ville du Royaume de France. Les offices sont annuels. Puis de nouveaux grades de création française apparaissent en divers Orients du Royaume de France. On y développe les thèmes bibliques de la construction du Premier et du Second Temple. Ainsi naissent les thèmes des grades d’Élus, ou de vengeance, d’Architecte et d’Intendant des Bâtiments.

En 1750, à Paris, six degrés intermédiaires sont venus s’intercaler entre le Maître « ordinaire » et le Maître Écossais qui s’est transformé en Grand Écossais ou encore à Bordeaux  et aux Antilles en Grand Élu Parfait, ancien Maître Écossais. Dix degrés y sont pratiqués, probablement d’origine parisienne: Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Secret, Maître Parfait, Secrétaire ou Maître par curiosité, Prévôt et Juge ou Maître Irlandais, Intendant des Bâtiments ou Maître Anglais, Maître Elu, Maître Elu Parfait ou Grand Ecossais. Celle-ci va créer des Loges filles à Paris (1746), au Cap Français (Saint Domingue, 1749), à Marseille (1749), à Toulouse (1750), à Saint Pierre de la Martinique (1750), à Saint Marc (Saint Domingue, 1753), à La Nouvelle Orléans (1757).

Simultanément s’était répandue en France, depuis 1736-37 avec le Discours de Ramsay, l’idée d’une maçonnerie renouvelée par la Chevalerie. Les multiples éditions de « L’histoire des Francs-Maçons » du Frère de la Tierce contribuèrent largement à diffuser l’information. Elle allait inspirer la naissance de nouveaux grades chevaleresques, notamment celui de Chevalier d’Orient ou de l’Épée (1748-1750 ?). Avec lui, on quitte la maçonnerie de métier pour entrer dans un cycle chevaleresque. Autrement dit une « Maçonnerie renouvelée ». Le Chevalier d’Orient est Prince de la maçonnerie. Il ne se préoccupe pas des Loges bleues mais il gère les grades ultérieurs. Puis, suivant la même inspiration les grades d’élus s’enrichissent d’un Parfait et Illustre Chevalier Elu, voire même de grades dont le caractère chevaleresque n’est pas avéré comme le Chevalier du Soleil, et plus tard le Chevalier de l’Aigle, Rose-Croix ou Parfait Maçon.

A l’aube des années 1760, les dirigeants de la Grande Loge de France recherchent et apprécient les sublimes degrés écossais, sur lesquels cependant l’Obédience symbolique n’a aucun pouvoir. Le Grand Maître de Clermont a en effet structuré la Franc-maçonnerie française en trois chambres, disposant chacune de statuts modèles et d’une autonomie fonctionnelle : Symbolique, Maître Ecossais, Chevalier d’Orient. L’Écossisme français qui culmine au grade de Chevalier d’Orient paraît stabilisé et certains vont en profiter pour multiplier abusivement les grades. Parmi eux, vont apparaître ceux de Chevalier du Soleil, Chevalier Rose-Croix et Chevalier Kadosch dès son apparition en 1761 Ce foisonnement, réalisé en plein siècle des lumières, va contribuer à enrichir la maçonnerie et à intégrer au cœur de l’Écossisme les fondements de sa Tradition.

Au printemps 1761, Clermont désigne Antoine Chaillon de Jonville en qualité de Substitut général de l’Ordre. L’un des premiers actes de ce dernier est de délivrer le 27 août 1761 à Etienne Morin (1717-1771) la fameuse patente dont on ne connaît aujourd’hui que des copies tardives. Celle-ci l’autorisait notamment « à établir dans toutes les parties du Nouveau Monde la Parfaite et Sublime Maçonnerie », à « admettre et constituer » les frères qu’il en jugerait dignes « aux Sublimes Grades de la Haute Perfection qu’il lui était donné plein et entier pouvoir de multiplier », enfin à « créer des Inspecteurs en tous lieux où les Sublimes Grades ne sont pas établis ». Il ressort du texte, parfaitement cohérent, de la patente Morin, qu’elle lui était délivrée conjointement par la Grande Loge et par un Grand Conseil de hauts grades, présidé lui aussi par Chaillon de Jonville. Selon plusieurs historiens et en particulier Etienne Gout, ce Grand Conseil serait celui de Grand Inspecteur, Grand Élu, Chevalier Kadosch.

2 – Le Rite de Perfection

Etienne Morin quitte Paris à l’automne 1761. Après un voyage de quatorze mois, il rejoint Saint Domingue (Saint-Marc) le 20 janvier 1763 via Bordeaux, Londres et Kingston (île de la Jamaïque). Lors de ce voyage, il a été habilité par le Grand Maître d’Angleterre à propager les hauts grades dans les dépendances de la couronne, donc en particulier à la Jamaïque, colonie Anglaise depuis 1670. Là, il va, avec son secrétaire et collaborateur Henri Andrew Franken (1720-1795) composer et propager un système maçonnique en 25 degrés à partir de l’Ancienne Maîtrise et des autres rituels dont ils disposaient. Quand Franken se rend à New-York fin 1766, le Rite d’Etienne Morin n’est pas encore le Rite de Perfection Il ne comprend que les 14 degrés de l’ « Ancienne Maîtrise » et les 2 premiers degrés de la « Maçonnerie renouvelée », c’est-à-dire Chevalier d’Orient et Prince de Jérusalem. Il profite de son séjour à New-York pour implanter ce Rite en 16 degrés sur le sol américain. Les minutes de l’Ineffable et Sublime Grande Loge de Perfection d’Albany du 7 octobre 1767 en témoignent. Lorsqu’il rentre à Kingston, au début de l’année 1769, il va avec Etienne Morin exploiter les rituels d’origine française de ce dernier. Ils vont faire en sorte d’ouvrir aux Frères de religion juive le grade de Chevalier Rose-croix, par des modifications minimes. Ils vont également ordonner les autres grades d’origine française, Chevalier d’Orient et d’Occident, Sublime Maçon, Vénérable Grand Maître de toutes les Loges, Chevalier Prussien, Royal Hache, Chevalier du Soleil, et Chevalier Kadosch. Ils vont finalement ordonner tous ces grades dans un Rite, dit Rite de Perfection dont la clef de voûte est le nouveau grade de Prince du Royal Secret. Guérillot et Prinsen supposent qu’ils ont rédigé le cahier de ce dernier grade à ce moment là, compte tenu notamment de la condamnation en France du grade de Kadosch  suite à son évolution « Templière ».

Le Grand Chapitre de Prince du Royal Secret est constitué à Kingston, le 30 avril 1770. Il est présidé par l’Honorable Frère et Prince William Wynter. Le procès-verbal de constitution, rédigé en anglais, est signé « Stephen Morin, Grand Inspecteur Général, Souverain Prince de la Maçonnerie etc, etc, etc. ». Morin et Franken consacreront le reste de leur vie à diffuser ce « Rite de Perfection » et à nommer des « Députés Inspecteurs » ayant chacun une responsabilité territoriale. Ce rite est doté de Constitutions et règlements depuis le 22 septembre 1762, dont l’origine est loin d’être établie. Ils seront complétés, plus tard, par les Grandes Constitutions de 1786, signées par Frédéric II, Roi de Prusse, « dans l’objet d’assembler et de réunir en un seul corps de Maçonnerie tous les Rites du Régime écossais. »

3 – Du Rite de Perfection au Rite Écossais Ancien et Accepté (RÉAA)

Les premiers éléments du Rite de Perfection ont été introduits en Amérique du nord par Franken en 1767. Puis à partir de 1770, le Rite de Perfection en 25 degrés, dirigé depuis Kingston en territoire Anglais, va se diffuser rapidement par l’intermédiaire des Députés Inspecteurs dont le nombre va croître de manière excessive. La Déclaration d’indépendance, votée par le congrès à Philadelphie le 4 juillet 1776, conduit à une guerre qui durera sept ans, jusqu’en 1783. Les Frères de Charleston sont plutôt du côté des insurgés.

En 1789, Alexandre François Auguste de Grasse-Tilly (1765-1845), officier français, fils de l’amiral de Grasse, débarque au Cap-Français (Saint-Domingue) pour recueillir l’héritage de son père. Il rencontre puis fréquente les Frères de la Loge de Perfection Saint-Jean de Jérusalem Ecossaise, sur laquelle sont souchés les Conseils de Chevaliers d’Orient, de Princes de Jérusalem et semble-t-il de Princes du Royal Secret. Mais sur l’île, la colère gronde chez les esclaves, qui finissent par se révolter en août 1791. Grasse-Tilly est contraint avec sa jeune épouse, son fils nouveau né et son beau-père Jean-Baptiste Delahogue (1744-1822) à quitter l’île le 8 juillet 1793 pour Charleston ou ils arrivent le 14 août 1793 après s’être fait complètement dépouillés de leurs biens par des corsaires. Les Américains n’ont pas oublié l’Amiral de Grasse qui s’était illustré pendant la guerre d’indépendance et son fils Auguste de Grasse-Tilly ne pouvait qu’être bien accueilli à Charleston. Là, celui-ci consacre beaucoup de temps à la Franc-Maçonnerie. Il rencontre John Mitchell, Frédérick Dalcho, Isaac Auld, Barend Spitzer, Moses Cohen, Himann Isaac Long et bien d’autres. Tous ces frères pratiquent le Rite de Perfection. Ils décident en janvier 1797 de constituer un Consistoire des Princes du Royal Secret pour coiffer le Grand Conseil des Princes de Jérusalem installé depuis le 20 février 1788 sous l’autorité des Députés Inspecteurs Américains. Mais Kingston réagit violemment et finit par imposer son autorité.

C’est la fécondation du Rite de Perfection avec la tradition anglaise des Anciens et avec certains grades écossais pratiqués à l’époque en France et transmis en Amérique via les îles qui donnera naissance au Rite Écossais Ancien et Accepté (R.É.A.A.) en 33 degrés. C’est en Caroline du sud et tout spécialement à Charleston, vieux foyer maçonnique, que va en effet s’opérer entre 1798 et 1801 la métamorphose du Rite de Perfection en Rite Écossais Ancien et Accepté, par addition de huit degrés supplémentaires  Puis sera constitué le 31 mai 1801 par les Frères John Mitchell et Frédérick Dalcho qui élevèrent au 33e degré son troisième membre, le Suprême Conseil du 33e degré pour les Etats-Unis d’Amérique, premier Suprême Conseil du monde avec à sa tête John Mitchell, K.H. – P.R.S. – S.G.I.G. du 33e et Grand Commandeur des Etats-Unis d’Amérique.

S’agissant du Très Illustre Frère John Mitchell, 33e, une énigme n’a toujours pas été résolue : qui a l’a consacré au 33e degré ? La question a, certes, été souvent posée sans recevoir de réponse satisfaisante, à l’exception de celle qui est proposée dans l’excellente analyse de Jean-Pierre Lassalle, publiée dans Renaissance Traditionnelle. Dans cet article très complet, Jean-Pierre Lassalle examine tour à tour plusieurs hypothèses :

  • Origine américaine, ou la source Mitchell,
  • Grasse-Tilly, ou l’illusion rétrospective,
  • Origine germanique,
  • Origine scandinave, liée à la précédente,
  • Origine française.

Sa conclusion est claire : il retient l’hypothèse allemande, avec les réserves d’usage. Sa démonstration le pousse en effet à penser que l’origine des textes des rituels du 33e ainsi que le grade lui-même, étaient pour l’essentiel germanique. Ils véhiculent de manière assez brutale, bien qu’indirecte le mythe illusoire qui a amené la Stricte Observance Templière de recouvrer la matérialité des anciennes commanderies templières dévolues à l’Ordre de Saint Jean. Tout est lié affirme Jean-Pierre Lassalle : les Constitutions de 1786 et le 33e. Il y a bien ainsi un « bloc » de deux documents majeurs transmis à Mitchell par un Prussien ayant vécu au cœur de cette aventure qui n’eut, probablement, pas de lendemain durable en Prusse même.

A Charleston, c’est le 21 février 1802 que le nombre total des Souverains Grands Inspecteurs Généraux sera complété à neuf membres, comme le rapporte le Livre d’or de de Grasse-Tilly et conformément aux Grandes Constitutions. En effet le texte contient (pp.112-113), de la main de Dalcho, signé de lui-même et de John Mitchell, la liste des neuf premiers membres du Suprême Conseil des Etats-Unis. Parmi ceux-ci, Auguste de Grasse et Jean-Baptiste-Marie Delahogue. Voici la transcription d’une copie déposée à la BNF dans le cadre d’un volumineux manuscrit intitulé « Filiation des pouvoirs accordés à Stephen Morin » :

Souvereign Grand Inspectors General

Members of the Supreme Council of the 33rd Degree

In the United States of America

                                                           Colonel John Mitchell

                                                           Doctor Frederick Dalcho

                                                           Abraham Alexander

                                                           Emanuel De La Motta

                                                           Major Thomas B. Bowen

                                                           Israel De Lieben

                                                           Augustus De Grasse

                                                           Jean B. M. Delahogue

                                                                                         

Le comte Alexandre François Auguste de Grasse, marquis de Tilly, des comtes de Provence et des Princes d’Antibes (1765-1845) qui était déjà 33e, reçut une patente et fut nommé le même jour par le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique Grand Commandeur ad vitam des Iles Françaises des Indes Occidentales, avec Delahogue en qualité de Lieutenant Grand Commandeur.

De Grasse Tilly et Delahogue seront rapidement remplacés par Moses C. Levy et le Dr. James Moultrie par suite de leur départ au printemps 1802 vers Saint Domingue et avant leur retour en France. On se demande à cet égard pourquoi Albert Pike aurait occulté la présence de de Grasse et de Delahogue parmi les neuf premiers membres du Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique en page 191 de son ouvrage publié en 1872en les remplaçant d’emblée par Moses C. Levy et James Moultrie ?  Question d’interprétation probablement car dans le même ouvrage en page 132 on trouve l’explication suivante : « The Supreme Council at Charleston was opened, (Circular of Dec. 4, 1802) on the 31st of May, 1801, by the Bros\ John Mitchell and Frederick Dalcho ; and in the course of the year 1802 the whole number (nine) of Grand Inspectors General was completed. These were, Col. John Mitchell, Dr. Frederick Dalcho, Emanuel de la Motta, Abraham Alexander, Major Thos. Bartholomew Bowen, Israel de Lieben, Dr. Isaac Auld, Moses C. Levy and James Moultrie. The Bro\ Comte de Grasse was a member, before and on the 21st of February, 1802, on which day his patent was issued, certifying that fact, and that he was Grand Commender for life of the French West India Islands ; and ceased about that time to be a member, by removing from the United States to Santo Domingo. »

Le « registre Bideaud» précise la première composition du Suprême Conseil du 33e grade des Gds. Insprs. Généraux établi aux Isles françaises de l’Amérique du vent et sous le vent, le 21e jour du 2e mois de l’année maçonnique 1802 :

 

  • Aldre\ Fois\ Aug\ de Grasse          Très Puissant Souverain Grand Commandeur
  • Jn\ Bte\ Marie Delahogue             T\Ill\ Lt\ du Souvin\ Gd Commandeur
  •                              Bero                      T\Ill\ Trésorier du St\ Empire
  • Jn\ Louis Michel Dalet                     T\Ill\ Secrétaire du St\ Empire
  • Armand Caignet                                T\Ill\Gd\ Mtre\ des Cérémonies
  • …………………………                   T\Ill\Capne\ des Gardes
  • Pierre Gervais Nas\ Toutain             T\Ill\ Souvin\ Gd\ Ir\ Général
  • Antoine Bideaud                               T\Ill\ Souvin\ Gd\ Ir\ Général
  • …………………………                   T\Ill\ Souvin\ Gd\ Ir\ Général

Grasse-Tilly quitte Charleston pour revenir à Saint Domingue, est fait prisonnier dans un pays en situation de guerre, est libéré et rejoint sa famille à Charleston avant de rentrer en France où il débarque à Bordeaux le 29 juin 1804.

4 – De la Grande Loge de France au Grand Orient de France

4.1 – La Grande Loge de France sous la pression des hauts grades

Pendant que le Rite de Perfection, ou Rite du Royal Secret, se diffusait et se développait de l’autre côté de l’atlantique, dans les îles et sur la côte Est des Etats-Unis, la Grande Loge de France vivait des moments difficiles et devait faire face à un développement incontrôlé des Hauts Grades, notamment Écossais, que Gaston Martin a qualifié d’« inextricable fouillis écossais »: si la maçonnerie bleue demeure simple, malgré la scission en deux obédiences, dit-il, dès qu’on aborde l’Écossisme, c’est un fouillis, où l’historien doit avouer son impuissance. […] Parmi les obédiences que nous avons nommées dans la première partie, trois surtout méritent d’être retenues : la Grande Loge de Clermont, les Directoires écossais et la Loge de Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social, Mère-Loge écossaise de France. De son côté, près de 90 ans plus tôt, Clavel rapporte que vers le milieu du XVIIIème siècle, en France et particulièrement à Paris, différentes autorités maçonniques qui se prétendaient dépositaires de connaissances supérieures, s’attribuaient une suprématie sur la maçonnerie bleue. C’était le cas par exemple des Chapitres Irlandais, le Chapitre d’Arras, le Chapitre de Clermont, le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, la Mère Loge écossaise de Marseille, etc… Toutes ces autorités empiétaient sur les droits de la Grande Loge de France et entravaient ses travaux dans une période où les substituts du Grand Maître qu’il s’agisse du banquier Baure, puis du maître à danser Lacorne, faisaient preuve d’une incompétence reconnue qui entraîna des conflits au sein de l’organisation. La révocation de Lacorne au profit de Chaillon de Jonville, au printemps 1761, permit un rapprochement provisoire des deux factions en conflit au sein de la Grande Loge. Rapprochement insuffisant puisque les élections triennales du 22 juin 1765 aboutirent à un remplacement de tous les officiers de la faction Lacorne. Ils protestèrent puis se séparèrent de la Grande Loge, avant qu’un arrêté du 15 mai 1766 les expulse en les déclarants déchus de tous leurs droits maçonniques. En réaction, ils semèrent un tel désordre à la fête de l’ordre du 4 février 1767 que le lieutenant de police, instruit des incidents, interdit les réunions de la Grande Loge. Les dissidents profitèrent de cette situation inhabituelle pour tenir des assemblées clandestines dans un local du Faubourg Saint-Antoine, sous le titre usurpé de « Grande Loge de France », et délivrèrent des constitutions à des Loges de Paris et de province.

Cette situation dura jusqu’au 28 février 1770 qui vit une réunion de la « légitime » Grande Loge, malgré l’interdiction toujours confirmée de l’autorité policière. La participation fut très limitée, la majorité des Frères ayant refusé d’assister, et aucune délibération ne fut prise.

L’année suivante, suite à la mort du Grand Maître, le comte de Clermont, le 16 juin 1771, les mêmes dissidents de la Grande Loge profitèrent de la situation et sollicitèrent immédiatement l’intervention du duc de Luxembourg pour qu’il obtienne du duc de Chartres l’acceptation de la Grande maîtrise de la maçonnerie française. Le prince leur fit remettre son acceptation écrite et choisit le duc de Luxembourg en qualité de substitut. Une assemblée générale fut convoquée pour le 24 juin à laquelle furent conviés les Frères des deux Grandes Loges, la légitime et l’illégitime. Différents conflits furent réglés à cette occasion et les présidents des divers Chapitres de hauts grades, toujours en conflit avec la Grande Loge (légitime), demandèrent à être reconnus et offrirent de nommer le duc de Chartres, Grand Maître général des hauts grades « afin qu’il n’y ait plus qu’un seul chef pour la maçonnerie françaises ». Le duc de Luxembourg appuya cette demande.  L’assemblée décréta la reconnaissance des corps dissidents et proclama le duc de Chartres Souverain Grand Maître de tous Conseils, Chapitres et Loges écossaises de France.

4.2 – Le Grand Orient de France remplace la Grande Loge de France

Le 24 décembre 1771, une nouvelle assemblée déclara que l’ancienne Grande Loge de France avait cessé d’exister ; qu’elle était remplacée par une nouvelle Grande-Loge qui prendrait le titre de Grand Orient de France ; que ce Grand Orient serait formé par les grands-officiers et par les vénérables ou par les députés élus de toutes les Loges ; que ce corps ne reconnaitrait désormais pour vénérable que le maître élevé à cette dignité par le choix libre de ses Frères ; que tous les officiers des Loges, sans en excepter le vénérable, seraient renouvelés chaque année, au moyen d’une élection à laquelle prendraient part tous les membres, et qu’ils ne pourraient remplir les mêmes fonctions plus de trois ans consécutifs ; que le Grand-Orient serait divisé en trois chambres ; une chambre d’administration, une chambre de Paris, et une chambre des provinces ; et qu’une Loge de conseil connaitrait des appels des décisions de ces trois chambres. Les anciens vénérables « inamovibles » étaient, certes, mécontents, mais la nouvelle organisation était globalement considérée comme un progrès.

Jusqu’alors, le Grand-Orient n’avait rallié à lui qu’un petit nombre de Loges, la majorité étant restées attachée à la Grande Loge de France. Cette dernière qui n’avait toujours pas baissé les bras, se réunit le 17 juin 1773 et après une délibération mouvementée déclara le nouveau corps, sous le titre de Grand-Orient, « subreptice, schismatique et factieux ». Le Grand-Orient, insensible à ces qualificatifs poursuivit la préparation de son organisation en vue de son installation officielle qui eut lieu le 24 juin 1773.

Dès le début de son existence, le Grand Orient de France s’était appliqué à rallier à lui toutes les autorités maçonniques indépendantes qui s’étaient formées en France à diverses époques et y constituaient des Loges et des Chapitres de hauts grades.

A Paris, la Loge du Contrat Social, Mère-Loge Écossaise de France, qui s’était rangée sous l’autorité du Grand Orient lors de l’établissement de ce corps, demanda à ce dernier d’être reconnue comme Mère-Loge du Rite Écossais Philosophique, et face à son refus y renonça dans ses relations officielles avec le Grand Orient mais le conserva dans ses rapports avec les Loges de son régime.

S’agissant des anciens Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident et Conseil des Chevaliers d’Orient, ou de ce qui en restait, ils avaient contribué à former à Paris un Chapitre de hauts grades intitulé « Grand Chapitre Général de France ». Des négociations étaient ouvertes avec le Grand Orient de France en vue d’une union, mais la suprématie que s’attribuait ce Chapitre sur tous les ateliers des hauts grades en France fut immédiatement contestée par le Frère Gerbier, président d’un Chapitre de Rose-Croix qui lui aussi revendiquait cette suprématie. Le Grand-Orient, réunit à lui les deux Chapitres,  contribuant ainsi à affaiblir la Grande Loge de France, sa rivale, suite à la défection de celle-ci des membres du Grand Chapitre Général de France qui appartenaient tous à des Loges de sa constitution. Suite à cet événement et à ses conséquences pour la Grande Loge de France, « le découragement s’empara de cette dernière et elle se traîna languissante jusqu’à l’époque de la révolution française, où, comme le Grand Orient de France, elle fut obligée des suspendre ses travaux. »

C’est dans cette période de quasi sommeil que le Grand-Maitre du Grand-Orient démissionna de ses fonctions maçonniques : « Comme je ne connais pas la manière dont le Grand-Orient est composé et que d’ailleurs, je pense qu’il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une république, surtout au commencement de son établissement, je ne veux plus me mêler en rien du Grand-Orient, ni des assemblées des franc-maçons. »

C’est le Frère Roëttiers de Montaleau qui s’occupa de reconstituer la maçonnerie française. Le Grand-Orient reprit ses travaux, d’anciennes Loges se réveillèrent et des nouvelles Loges furent constituées. La grande–maitrise était vacante, le Frère Roëttiers de Montaleau la refusa et se contenta du titre de Grand-Vénérable, déclarant qu’il se démettrait de ses fonctions aussitôt qu’il serait possible de placer à la tête de l’Ordre un homme plus capable qu’il ne l’était de l’honorer et de le protéger. Suivant l’exemple du Grand-Orient, les autres autorités maçonniques reprirent également leurs travaux, y compris l’ancienne Grande Loge de France et les Chapitres de hauts grades écossais. Le Frère Roëttiers de Montaleau s’empressa d’ouvrir des négociations avec la Grande Loge dans le but d’opérer une fusion avec le Grand-Orient. La commission mise en place rédigea le 21 mai 1799 un traité d’union, dont la clause essentielle était l’abolition de l’inamovibilité des vénérables de Loges. La réunion des deux pouvoirs et du Grand Chapitre général fut scellée le 28 juin, dans une assemblée générale regroupant trois-cents maçons. Mais il demeurait toujours quelques puissances rivales telles que la Mère-Loge du Rite Écossais Philosophique, la Mère-Loge de Marseille, le Chapitre du Rite Primitif de Narbonne, la Loge provinciale de Hérédom de Kilwinning, et quelques Chapitre isolés, débris encore subsistant de l’ancien Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, qui n’avaient pas adhéré à la réunion du Grand-Chapitre général. Toutes ces autorités et les ateliers de leur ressort refusaient de se rallier au Grand-Orient et lui contestaient sa suprématie. En réaction, le Grand-Orient prit un arrêté en novembre 1802 qui déclarait ces associations irrégulières et défendait aux Loges de sa Juridiction de leur donner asile et de communiquer avec elles, sous peine d’être rayées des tableaux. Plusieurs Loges ne tinrent aucun compte de cet arrêté. L’une d’entre elles, la Réunion des étrangers, fut exclue, en 1803, de la correspondance du Grand-Orient, pour s’être fait constituer au Rite Écossais par la Mère-Loge de Marseille. Le désordre existant fut encore amplifié lorsque le Frère Hacquet rapporta d’Amérique le rite de perfection (Écossais) et le fit adopter par plusieurs Loges.

Le Grand-Orient, inquiet des progrès de l’Écossisme, le combattit par tous les moyens en son pouvoir et le chassa des locaux maçonniques parisiens. Alors, les Loges Écossaises louèrent un souterrain dépendant d’une maison autrefois occupée par le restaurateur Mauduit, boulevard Poissonnière, pour y tenir leurs assemblées. C’est à cette époque que le Comte Auguste de Grasse, Marquis de Tilly, arrive des Amériques avec le nouveau Rite Écossais Ancien et Accepté en 33 degrés.

 

 

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