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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

REAA 13

Publié le 5 Juin 2026 par T.D

 

            Légende des trois Mages qui ont visité la Grande Voûte et découvert le Centre de l'Idée.

        Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon et de tous leurs contemporains, après que les ar­mées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité ceux qui avaient sur­vécu au massacre des populations ; alors que la montagne de Sion n'était plus qu'un désert aride ou paissaient quelques maigres chèvres gardées par des bédouins faméliques et pillards, un matin trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs cha­meaux.

        Ces trois voyageurs étaient des Mages, des Initiés de Babylone, membres du Sacerdoce Universel, qui venaient en pèlerinage et en exploration aux ruines de l'ancien Sanctuaire.

        Après un frugal repas, les pèlerins parcoururent l'enceinte ravagée.

        Les vestiges des murs et les fûts des colonnes leur permirent de déterminer les limites du Temple Ils se mirent ensuite à examiner les chapiteaux gisant à terre, à ramasser les pierres pour y découvrir des inscriptions ou des symboles.

        Pendant qu'ils procédaient à cette exploration, ils découvrirent une excavation sous un pan de mur renversé au milieu des ronces.

        C'était un puits situé à l'angle Sud-Est du Temple, ils s'employèrent à en déblayer l'orifice, après quoi l'un d'eux, le plus âgé, celui qui paraissait le chef, se couchant à plat ventre sur le bord, regarda à l'intérieur.

        On était au milieu du jour, le Soleil brillait au zénith et ses rayons plongeaient presque verticalement dans le puits.

        Un objet brillant frappa les yeux du Mage. Il appela ses compagnons, qui se placèrent dans la même position et regardèrent. Évidemment, il y avait là un objet digne d'attention : sans doute un bijou sacré. Les trois pèlerins résolurent de s'en emparer. Ils dénouèrent les ceintures qu'ils avaient autour des reins, les attachèrent bout à bout et en jetèrent une extrémité dans le puits.

Alors, deux d'entre eux, s'arc-boutant, se mirent en devoir de soutenir le poids de celui qui descendrait. Celui-ci, le chef, empoignant la corde, disparut par l'orifice.

        Pendant qu'il effectue sa descente, nous allons vous dire quel était l'objet qui avait attiré l'attention des pèlerins. Pour cela, nous devons remonter à plusieurs siècles en arrière, jusqu'à la scène du meurtre d'Hiram.

Quand le Maître eut, devant la porte de l'Orient, reçu le coup de pince du deuxième mauvais compagnon, il s'enfuit, ainsi que cela vous a été dit lors de votre réception au Grade de Maître, pour gagner la porte du Sud ; mais, tout en se précipitant, il craignit soit d'être poursuivi, soit de rencontrer un troisième mauvais compagnon, ainsi que cela devait arriver.

Il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de 77 anneaux, et le jeta dans le puits qui s'ouvrait dans le Temple au coin des côtés Est et Sud.

        Ce bijou était un Delta d'une palme de côté fait du plus pur métal, sur lequel Hiram, qui était un initié complet, avait gravé le nom ineffable et qu'il portait sur lui, la face en dedans, le revers, seul exposé aux regards, ne montrant qu'une surface unie.

venons à nos trois voyageurs. S'aidant des mains et des pieds, le Mage descendait dans la profondeur du puits, il constata que la paroi de celui-ci était divisée en zones ou anneaux faits en pierres de couleurs différentes, chacun d'eux d'une coudée environ de largeur.

            Quand il fut en bas, il compta ces zones et trouva qu'elles étaient au nombre de dix. Il baissa alors ses regards vers le sol, vit le bijou d'Hiram, le ramassa, le regarda, et constata avec émotion qu'il portait le mot ineffable qu'il con­naissait lui-même, car il était, lui aussi, un initié complet. Pour que ses compagnons, qui n'avaient pas comme lui, reçu tous les grades, ne pussent le lire, il suspendit le bijou à son col par la chaînette, mettant la face en dedans, ainsi qu'avait fait le Maître.

        Il regarda ensuite autour de lui et constata l'existence, dans la muraille, d'une ouverture par laquelle un homme pouvait pénétrer. Il y entra, marchant à tâtons dans l'obscurité. Ses mains rencontrèrent une surface, qu'au contact il jugea être du bronze. Il recula alors, regagna le fond du puits, avertit ses compagnons pour qu'ils tinssent ferme la corde, et remonta.

        En voyant le bijou qui ornait maintenant la poitrine de leur chef, les deux Mages s'inclinèrent devant lui; ils devinèrent qu'il venait de subir une nouvelle consécration. Il leur dit ce qu'il avait vu leur parla de la porte de bronze. Ils pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère;ils délibérèrent et résolurent d'aller ensemble à la découverte.

        Ils placèrent une extrémité de la corde faite des trois ceintures sur une pierre plate existant près du puits, et sur laquelle on lisait encore le mot " Jakin ". Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l'on voyait le mot " Bohaz ", puis s'assurèrent qu'ainsi tenue la corde pouvait supporter le poids d'un homme.

        Deux d'entre eux firent ensuite du feu sacré à l'aide d'un bâtonnet de bois dur roulé entre les mains et tournant dans un trou fait en un morceau de bois tendre. Quand le bois tendre fut allumé, ils soufflèrent pour provoquer la flamme. Pendant ce temps, le troisième était allé prendre, dans les paquetages attachés en croupe des chameaux, trois torches de résine qu'ils avaient apportées pour écarter les animaux sauvages de leurs campements nocturnes. Les torches furent successivement approchées du bois enflammé et s'enflammèrent elles-mêmes de feu sacré. Chaque Mage, tenant sa torche d'une main, se laissa glisser le long de la corde jusqu'au fond du puits.

        Une fois là, ils s'enfoncèrent, sous la conduite de leur chef, dans le couloir menant à la porte de bronze. Arrivés devant celle-ci, le vieux Mage l'examina attentivement à la lueur de sa torche. Il constata, dans le milieu, l'existence d'un ornement en relief ayant la forme d'une couronne royale entourée d'un cercle composé de points, au nombre de 22.

        Le Mage s'absorba dans une méditation profonde, puis il prononça le mot " Malkuth " et soudain la porte s'ouvrit.

        Les explorateurs se trouvèrent alors devant un escalier qui s'enfonçait dans le sol; ils s'y engagèrent, toujours la torche en main, en comptant les marches, quand ils en eurent descendu trois, ils rencontrèrent un palier triangulaire sur le côté gauche duquel commençait un nouvel escalier, ils s'engagèrent dans celui-ci et après cinq marches trouvèrent un nouveau palier de mêmes forme et dimension. Cette fois l'escalier continuait du côté droit et se composait de sept marches.

        Ayant franchi un troisième palier, ils descendirent neuf marches et se trouvèrent devant une deuxième porte de bronze.

        Le vieux Mage l'examina comme la précédente et constata l'existence d'un autre ornement en relief représentant une pierre d'angle, entourée aussi d'un cercle de 22 points. Il prononça le mot " Iesod " et cette porte s'ouvrit à son tour.

        Les Mages entrèrent dans une vaste salle voûtée et circulaire, dont la paroi était ornée de neuf fortes nervures partant du sol et se retrouvant au point central du sommet.

        Ils l'examinèrent à la lueur de leurs torches, en firent le tour pour voir s'il n'y avait pas d'autre issue que celle par laquelle ils étaient entrés. Ils n'en trouvèrent point et songèrent à se retirer; mais leur chef revint sur ses pas, examina les nervures les unes après les autres, chercha un point de repère, Compta les nervures et, soudain, il appela, dans un coin obscur, il avait découvert une nouvelle porte de bronze. Celle-là portait comme symbole un soleil rayon­nant, toujours inscrit dans un cercle de 22 points. Le chef des Mages ayant prononcé le mot "Hod", elle s'ouvrit encore et donna accès à une deuxième salle.

ssivement les explorateurs franchirent cinq autres portes également dissimulées et passèrent dans de nouvelles cryptes.

        Sur l'une de ces portes, il y avait une tête de lion ; sur la suivante, une lune resplendissante ; puis ce furent: une règle, une courbe molle et gracieuse, un oeil, un rouleau de la Loi, et, enfin, une couronne royale.

        Les mots prononcés furent : Netsah, Tiphereth, Khesed, Din, Binah, C'hochmah et Kether.

        Quand ils entrèrent dans la neuvième Voûte, les Mages s'arrêtèrent surpris, éblouis, effrayés. Celle-là n'était point plongée dans l'obscurité; elle était, au contraire, brillamment éclairée. Dans le milieu étaient placés trois lampadaires d'une hauteur de onze coudées, ayant trois bran­ches, sur chacune desquelles étaient trois lampes. Ces lampes qui brûlaient depuis des siècles, dont la destruction du royaume de Juda, le rasement de Jérusalem et l'écroulement du Temple n'avaient pas amené l'extinction, brillaient d'un vif éclat, illuminant d'une lumière à la fois douce et intense tous les recoins, tous les détails de la merveilleuse architecture de cette Voûte sans pareille, taillée dans le roc vif.

        Les pèlerins éteignirent leurs torches dont ils n'avaient plus besoin, les déposèrent près de la porte, ôtèrent leurs chaussures et rajustèrent leur coiffure comme en un lieu saint, puis ils s'avancèrent en s'inclinant neuf fois vers les gigantesques lampadaires.

À la base du triangle formé par ceux-ci était dressé un autel de marbre blanc cubique de deux coudées de côté. Sur la face regardant le sommet du triangle étaient représentés, en or, les outils de la Maçonnerie, la règle, le compas, l'équerre, le niveau, la truelle, le maillet. Sur la face latérale gauche, on voyait les figures géométriques, le triangle, le carré, l'étoile à cinq branches, le cube. Sur la face latérale droite, on lisait les nombres 27, 48, 343, 729, 1332, 2197. Enfin, sur 1a face de derrière, était représenté l'acacia symbolique. Sur cet autel était posée une pierre Agathe de trois palmes de côté; dessus, on lisait, écrit en lettres d'or, le mot "Adonaï".

        Les deux Mages disciples s'inclinèrent, adorèrent le nom de Dieu; mais leur chef, relevant au contraire la tête, leur dit : " Il est temps pour vous de recevoir le dernier enseignement qui fera de vous des Initiés complets. Ce nom n'est qu'un vain symbole qui n'exprime pas réellement l'idée de la Conception Suprême. "

        Il prit alors à deux mains la pierre Agathe, se retourna vers ses disciples en leur disant : " Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au centre de l'Idée ! "

        Les disciples épelèrent les lettres Iod, He, Vau, He, et ouvrirent la bouche pour prononcer le Mot, mais il leur cria : " Silence " c'est le mot ineffable qui ne doit sortir d'aucune lèvre  ! "

        Il reposa ensuite la pierre Agate sur l'autel, prit sur sa poitrine le bijou du Maître Hiram et leur montra que les mêmes signes s'y trouvaient gravés.

        "Apprenez maintenant, continua-t-il, que ce n'est pas Salomon qui fit creuser cette Voûte hy­pogée, ni construire les huit qui la précèdent, pas plus qu'il n'y cacha la pierre Agathe. La pierre fut placée par Hénoch, le premier de tous les Initiés, l'Initié initiant, qui ne mourut point, et qui survit dans tous ses fils spirituels Hénoch vécut longtemps avant Salomon, avant même le Déluge. On ne sait à quelle époque furent bâties les huit premières Voûtes et celle-ci creusée dans le roc vif."

        Cependant les nouveaux Grands Initiés détour­nèrent leur attention de l'autel et de la pierre Agathe, regardèrent le ciel de la salle qui se perdait à une hauteur prodigieuse, parcoururent la vaste nef où leurs voix éveillaient des échos ré­pétés. Ils arrivèrent ainsi devant une onzième porte, soigneusement dissimulée et sur laquelle le symbole était un vase brisé. Ils appelèrent leur Maître et lui dirent : "Ouvre-nous encore cette porte, il doit y avoir un nouveau mystère der­rière". "Non, leur répondit-il, il ne faut point ouvrir cette porte. Oui, il y a un mystère der­rière, mais c'est un mystère terrible, un mystère de mort ! ". "Oh ! tu veux nous cacher quelque chose, le réserver pour toi ; mais nous voulons tout savoir, nous l'ouvrirons nous-mêmes, cette porte ". Ils se mirent alors à prononcer tous les mots qu'ils avaient entendus de la bouche de leur Maître ; puis, comme les mots ne produisaient aucun effet, ils dirent tous ceux qui leur passèrent par l'esprit. Ils allaient renoncer, quand l'un d'eux prononça: "Nous ne pouvons pas cependant continuer à l'infini (En Soph) ". Sur ce mot, la porte s'ouvrit avec violence, les deux imprudents furent renversés sur le sol, un vent furieux souffla dans la Voûte; les lampes magiques en furent éteintes.

        Le Maître se précipita sur 1a porte, s'y arc-bouta, appela ses disciples à l'aide; ils accoururent à sa voix, s'arc-boutèrent avec lui;et leurs efforts réunis parvinrent à refermer 1a porte.

        Mais les lumières ne se rallumèrent point; les Mages furent plongés dans les ténèbres les plus profondes. Ils se rallièrent à 1a voix de leur Maître. Celui-ci leur dit : "Hélas ! cet évènement terrible était à prévoir. Il était écrit que vous commettriez cette imprudence. Nous voici en grand danger de périr dans ces lieux souterrains ignorés des hommes. Essayons cependant d'en sortir, de traverser les huit Voûtes et d'arriver au puits par lequel nous sommes descendus. Nous allons nous prendre par 1a main, nous marcherons jusqu'à ce que nous trouvions une muraille; nous suivrons ensuite celle-ci jusqu'à ce que nous rencontrions la porte de sortie. Nous recommencerons dans toutes les salles jusqu'à ce que nous soyons arrivé au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

Espérons que nous y parviendrons ".

        Ainsi firent-ils. Ils passèrent des heures d'angoisse, mais ne désespérèrent point. Ils arrivèrent au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

        Ils le gravirent en comptant 9, 7, 5, 3, et se retrouvèrent au fond du puits. Il était minuit; les étoiles du Nadir brillaient au firmament; la corde des ceintures pendait encore.

        Avant de laisser remonter ses compagnons, le Maître leur montra le cercle découpé dans le ciel par l'ouverture du puits et leur dit : " Les dix cercles que nous avons vus en descendant symbolisent les neuf Voûtes ou arches et l'escalier.  La dernière correspond au nombre onze, celle d'où a soufflé le vent du désastre c'est le ciel infini avec les luminaires hors de notre portée qui le peuplent . "

                 Les trois Initiés regagnèrent l'enceinte du Temple en ruines; ils roulèrent de nouveau le fût de colonne, sans y voir le mot "Boaz" ; ils détachèrent leurs ceintures, s'en enveloppèrent, se mirent en selle, puis sans échanger de paroles, plongés dans une profonde méditation, sous le ciel étoilé, au milieu du silence de la nuit, ils s'éloignèrent, dans la direction de Babylone, au pas lent de leurs chameaux.

 

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Maçonnerie spéculative et Kabbale.

Publié le 5 Juin 2026 par T.D

 

Notre TCF Gérard Lefèvre nous invite à une réflexion sur les racines possibles de la spiritualité maçonnique. Il écrit :

Il ne serait pas inutile de fixer quelque peu nos idées sur la nature psychologique du mysticisme (recherche de l'absolu ou de Dieu à travers la contemplation ou l'extase), sur son caractère, en quelque sorte, prédominant chez les Hébreux, avant de tenter d’aborder ce vaste sujet, la Kabbale, « du côté maçonnique cela va de soi ».

Globalement, le mysticisme dans son acception profonde nous apparaît comme un mode de haute spiritualité, très fréquent dans les hommes de génie, ou même chez un groupe d’hommes spécifiquement religieux.

Bien que leurs premiers ouvrages connus datent de notre ère, les kabbalistes considèrent que le savoir ésotérique qu’ils véhiculent ne provient pas d’interprétations tardives de la Bible, mais remonte à Moïse.

En effet, celui-ci aurait reçu, en même temps que la loi écrite de la Torah qui s’adresse à tout le peuple juif, la transmission orale d’une Torah ésotérique destinée aux initiés.

Les rituels et bien des éléments du Temple maçonnique se réfèrent au Temple de Salomon, sans que cela implique que la Kabbale ait influencé la Franc-maçonnerie. Il semble difficile d’affirmer que la Kabbale telle quelle est ait une influence directe sur la Franc-maçonnerie.

Ce ne sont pas les Juifs qui ont créé la franc-maçonnerie ; ce sont les protestants, en 1721, sous la Grande maîtrise du Comte de Montagu. C’est un autre pasteur calviniste, James Anderson, qui fut chargé de la rédaction des nouvelles Constitutions maçonniques. L’ouvrage fut présenté par Montagu, sous le nom de Constitutions des Francs-maçons à son successeur le Duc de Wharton ; mais elles restent connues, dans l’historiographie maçonnique, comme les Constitutions d’Anderson. La pensée de Desaguliers inspire fortement ce texte qui paraît d’ailleurs avec sa dédicace. C’est cet écrit que la Grande Loge de Londres adoptera pour règle en 1723, fondant ainsi la Franc-maçonnerie moderne. Le protestantisme, qu’il le veuille ou non, est bien lié à la Franc-maçonnerie.

Pendant longtemps, la qualité d’israélite a été un obstacle à l’initiation. C’est seulement au convent de Wilhelmsbad (juillet 1782) qu’il fut décidé qu’une loge n’aurait pas le droit de refuser d’initier un Juif pour le seul motif de son origine juive. D’abord parce que les Juifs ne furent admis dans les loges que tardivement et en tout cas après la formation de la F.M. spéculative, laquelle hérita d’un corpus spirituel et philosophique déjà formé, ensuite pour cette raison que nul ne peut pénétrer la Kabbale sérieusement sans un bagage religieux et linguistique adéquat hors ce n’était pas le cas de la majorité des maçons du XVIIIe siècle, ni la mienne...à ce jour.

Alors comment les maçons sont-ils entrés en contact avec la Kabbale ?

Par la Kabbale chrétienne (parfois nommée Kabbale de la Renaissance, ou Kabbale philosophique, est un courant philosophique chrétien inauguré par Pic de la Mirandole au XVe siècle et qui consiste à adapter les techniques d'interprétation kabbalistique au christianisme en général et au Nouveau Testament en particulier.)

Bien entendu, des chrétiens, des humanistes de la Renaissance ont importé la Kabbale que l’on a revisitée à partir du XVe siècle, les Italiens Jean Pic de la Mirandole, Paul Ricci un Juif converti, le français Guillaume Postel traducteur du Zohar (Le Sepher ha-Zohar — Livre de la Splendeur —. Aussi appelé Zohar זֹהַר), cet ouvrage est l'œuvre maîtresse de la Kabbale, rédigée en araméen. Les humanistes de la Renaissance s’en servent à des fins apologétiques pour tenter de prouver la véracité de la seule religion chrétienne et partant pour convaincre les Juifs de la nécessité de se convertir.

Ainsi tentent-ils de prouver par le jeu des valeurs numériques des lettres hébraïques que le Christ est bien le Messie. On se trouve manifestement ici devant des lectures de la Kabbale qui tiennent davantage d’une tentative de récupération que d’une exégèse authentique.

De nombreuses exploitations de la Kabbale par des traditions qui lui sont étrangères vont se faire jour. Dès le Siècle des Lumières, elle commence à sentir le souffre, le XIXe siècle la tient pour un vestige de l’obscurantisme, certains ésotéristes s’en emparent sous sa forme chrétienne principalement pour l’intégrer dans leur construction hasardeuse d’un occultisme de bazar ou se mêlent, magie, tarot, spiritisme et divination.

C’est ainsi que le 13 mai 1868 se tient sans doute la première réunion maçonnique à Jérusalem, dans la grotte de Sédécias (Roi de Juda) située près de la porte de Damas et dont l’entrée ne fut découverte qu’en 1852. Cette caverne - située à l’emplacement des fondations du Temple -, on la connaît sous le nom des « Carrières du Roi Salomon »... La première loge maçonnique implantée sur le territoire d’Israël est donc celle du Roi Salomon, reconnue en 1873 par la Grande Loge du Canada.

A l’époque du roi Salomon, il y avait beaucoup de temples disséminés dans les royaumes du Proche-Orient. Ils sont tous tombés dans l’oubli, sauf le Temple de Salomon.

Ce qui le différencie des autres ne consiste pas que dans la consécration du Dieu unique, mais aussi dans la présence de ce Dieu à l’intérieur du Temple. C’est ce qu’on appelle la Shekinah (est un mot féminin hébraïque signifiant Présence divine, utilisé pour désigner la présence de Dieu parmi son peuple, le peuple d'Israël ou l'immanence divine dans le monde, particulièrement dans le Temple de Jérusalem). Cela ne signifie pas que Dieu est absent du reste du monde.

Il est présent partout à des degrés divers, une conception à distinguer de celle de Spinoza selon lequel Dieu et la nature se confondent. Il est donc « un peu plus » présent à l’intérieur du Temple, dans le Saint des Saints qui contient l’Arche d’alliance. La destruction du Temple et la perte de l’Arche ont été une grande catastrophe. Le Temple de Dieu a disparu et avec lui sa présence de plus grande intensité.

Le Temple maçonnique représente-t-il une tentative de le faire revenir
 

Il y a plusieurs différences entre le Temple de Salomon et le temple maçonnique. Le premier est un temple unique qui est fermé au public. Après la dévastation de Jérusalem par les armées de Titus, en 70 ap. J.C., les Hébreux priaient dans les synagogues, devenus lieux à la fois, cultuels et culrturels. Les temples maçonniques sont multiples et servent à accomplir des rites en présence des Frères. Aucune trace d’Arche d’alliance dans ces temples. Ils ne sont pas le Temple de Dieu, mais les Temples de l’Homme.

Le monde subsiste et le Franc-maçon est en première ligne pour tenter de regagner le bon chemin en vue d’obtenir le retour de la Shekinah.

A cette fin, il utilise les outils des bâtisseurs comme symboles de la remontée et il se met « hors du temps », car au bout du compte, notre nature divine se découvre à l’intérieur de nous-mêmes, elle est tout simplement là et il suffit de la chercher. Elle dévoile l’unité du monde dans le moment présent et la compréhension d’être Un avec le Grand Architecte de l’Univers lui-même, « lequel est plus grand que tous les mondes ensemble ». Le temple maçonnique est sacré par le fait qu’il devient le lieu de rencontre entre l’homme et la divinité.

Pour le Franc-maçon, le Temple c’est lui-même. Il est dans le temple physique pour construire son propre temple spirituel. Du point de vue kabbalistique, le Temple contient les dix émanations de Dieu qui ont surgi au moment de la création, et que l’on appelle Sephiroth (en hébreu ספירות sont dix puissances créatrices énumérées par la Kabbale dans son approche mystique du mystère de la Création).

Ces émanations figurent l’Homme Primordial, et leur complétude confirme que le Temple représente l’Homme. Chacune d’entre elles correspond à une qualité essentielle : couronne (Lumière), sagesse, intelligence, amour (Grâce), rigueur (Justice), beauté, victoire, gloire, fondation, royaume (Terre).

En général, les Sephiroth sont dessinées sous forme de sphères parcourant trois colonnes, car elles se rapportent à ce qui est appelé l’Arbre de vie. Les deux colonnes latérales se rapportent aux colonnes J et B du Temple maçonnique. Yakin signifie « il établira » et Boaz « en lui la force ». Comment comprendre ces épigrammes ? En s’inspirant d’indications bibliques : « En Lui (Dieu) est la puissance dont le roi se réjouit » (Ps 21, 3). Les colonnes sont à l’intérieur du Temple, car c’est à l’Homme, qui se situe entre elles, de réaliser l’harmonie entre rigueur et amour.

Selon certains auteurs, elles symbolisent la dualité. Afin de trancher cette question, penchons-nous sur la présentation des colonnes du Temple de Salomon : A l’origine, elles ont été érigées selon un ancien procédé d’observation pour déterminer les temps importants de l’année. Les colonnes avaient donc pour fonction l’observation astronomique, tout en intégrant la signification traditionnelle de ce qui deviendra les Saint-Jean dans nos rituels.

Sur le plan ésotérique, nous avons affaire à une présentation ternaire et non pas dualiste. La ligne du milieu traverse le Temple, le pavé mosaïque, l’autel sur lequel se trouve les trois Lumières, mais aussi, du point de vue kabbalistique, Daath (Sagesse (Hokhmah – חָכְמָה), Intelligence (Binah – בוּנָה) et Connaissance (Da’ath – דַעַת) sont les trois concepts majeurs de la pensée kabbalistique) qui, sans faire partie des Sephiroth, prend une place sur leur arbre et désigne la Connaissance. En poussant la ligne jusqu’au bout, nous rencontrons le Vénérable en Chaire pour finir avec le Delta lumineux.

Si la Pierre Brute qu’on a affecté à l’apprenti n’est guère facile à tailler, il va s’atteler à la tâche avec ardeur, croyant qu’en la travaillant il va atteindre le but suprême ; et même en s’améliorant, il n’aboutira qu’à une grande autosatisfaction vis-à-vis de lui-même, et il aura construit un monument à son « ego ». Cette pierre est la Schetiyah, la Pierre Fondamentale, celle qui fut posée lors de la fondation du Monde, la pierre assurant le lien de père en fils.

L’Apprenti est cette pierre prélevée du monde profane pour le faire monter vers la clef de voûte. Elle n’a rien à voir avec le « moi », ou la personnalité égotique et psychologique de l’individu, elle est le « Soi », par lequel on dépasse tout égocentrisme pour s’unir aux autres.

L’Apprenti Franc-maçon doit monter de la Terre à la Voûte étoilée pour devenir lui-même, ce dernier se joint alors, aux chandelles des trois piliers, Sagesse, Force, Beauté, de l’union de la mèche masculine active ; et de la cire féminine passive nait cette flamme qui, en se résorbant dans l’invisible, fait naître l’esprit qui remonte vers la Lumière des hauteurs, la Yekhidah.

« La Yekhidah ou Yehidah est une autre âme, la cinquième. D'abord on incarne les trois âmes Nephesh, Rouach et Neshamah. Mais les deux autres âmes, Chaiah et Yehidah, ne s'incarnent pas en nous, au lieu de cela, elles nous avalent. Et c'est pourquoi la plupart des rituels des temps anciens disaient que le Seigneur ne mange pas d'ordures, cela signifie que nous devons nous purifier et être dignes d'être avalés par Dieu, c'est-à-dire d'être emmenés comme Hénoch au ciel

L’absence de dogme ou l’adogmatisme.

La Franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme ! La Franc-maçonnerie, outre le Rite Écossais Rectifié qui est fondé sur une doctrine proche de la vision kabbaliste, n’a pas de doctrines, elle n’est qu’une méthode d’appréhension de soi et du monde. Elle n’est en rien théologique. Elle se contente de favoriser le cheminement et la réflexion personnels, au départ de l’initiation. Elle veut faire de l’initié un nouvel homme, même si elle n’y parvient pas toujours... Le judaïsme n’a pas plus de dogmes. La Torah n’est pas un traité théologique, elle relate seulement des expériences religieuses. C’est encore Alexandre Safran ( grand-rabbin de Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale) qui écrit : « Le judaïsme ne saurait avoir de dogmes; il se propose de connaître la volonté de Dieu, et non sa nature; il n’impose donc pas aux croyants de vérité ni de foi toute faite; il encourage la recherche personnelle de la foi. »

Le grand kabbaliste A.D. Grad écrivait que « la Voie maçonnique se trouve fondée en Kabbale » puisque son symbolisme emprunte d'abord et essentiellement à celle-ci.

Ainsi, le Temple de Salomon régit toute la Maçonnerie bleue (celle des trois premiers grades), où les mots sacrés, sont en hébreu. Ensuite, dans les degrés supérieurs, le chemin de l'initié, du premier au quatrième degré, est jalonné de mots hébreux qui se présentent sous forme d'énigmes à décrypter, se superposant aux symboles présents dans la loge. C'est pourquoi, en 1830, Vuillaume, lorsqu'il écrivit son Tuileur (celui qui vérifie que le Maçon qui veut entrer dans la loge connaît les mots du grade), prit soin de faire précéder les mots hébreux correspondant à chaque degré d'un alphabet hébraïque.

Comment envisager l’apport hébraïque aux rituels maçonniques ? Sous deux aspects qui méritent sans aucun doute d’être étudiés par tous les « hommes de désir » qui peuplent les loges.

Le premier est celui de la déambulation dans l’univers biblique à laquelle nous invitent nombre de grades maçonniques. En ce sens, c’est une sorte d’histoire sainte que le Maçon est invité à revivre, mais une histoire enrichie de légendes nouvelles et purement maçonniques.

L’abord pertinent de ces rituels suppose une bonne culture biblique, et singulièrement une connaissance suffisante des textes de l’Ancien Testament, de leurs sources, des courants mythiques et religieux auxquels ils ont puisé et qui les éclairent. En dernière analyse, cette culture religieuse de l’Orient ancien et particulièrement de la tradition des Hébreux forme un bagage essentiel pour l’élucidation des grades en question.

En second lieu, il faut revenir à l’une des sources majeures de la pensée maçonnique : le courant hermético-kabbalistique de la Renaissance qui, dans une audacieuse et périlleuse synthèse, a tenté de concilier la méthode kabbalistique et le message chrétien, tout en les reliant à une tradition supposée remonter aux origines du monde et trouvant ses racines dans les récits bibliques. La Kabbale chrétienne, la philosophie alchimique, la théosophie chrétienne, de Pic de la Mirandole à Bohème, s’inscrivent dans cette mouvance.

La Franc-maçonnerie, en constituant son corpus iconographique autant que philosophique, y a largement puisé.

Cette source, riche et foisonnante, ne doit pas être négligée car elle renferme, elle aussi, des clés utiles à la compréhension de nombreux aspects des rituels et du symbolisme général de la Franc-maçonnerie.

Ce n’est hélas qu’un bref état des lieux, ce n’en est pas moins aussi un programme de travail et de recherche.
 

GL, 06/2022.

 


 

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La kabbale(aperçu)

Publié le 4 Juin 2026 par T.D

 

Comment définir la Kabbale ? En tant que tradition orale (enseignement transmis de génération à génération sous forme de récits, de légendes, ...), la kabbale est probablement aussi lointaine que la date de rédaction du Pentateuque (recueil des cinq premiers livres de la Bible). Si l'on considère que les textes ayant inspiré les volumes les plus anciens du Pentateuque (la Genèse en particulier) ont été rédigés au IXème ou Xème siècle avant Jésus-Christ, la kabbale orale aurait donc 3000 ans. En tant que tradition écrite, la kabbale voit le jour en plein Moyen-âge. Le Bahir (sefer ha bahir - "Livre de la Clarté") est considéré comme le tout premier écrit appartenant à la littérature de la kabbale. Cet ouvrage apparaît en France au XIIème siècle après Jésus-Christ, la date précise de parution ainsi que son auteur sont inconnus. Le fleuron de la kabbale écrite reste le Zohar (sefer ha zohar, "Livre de la Splendeur") attribué à l'espagnol Moïse de Leon (XIIIème siècle)

Si l’on s’en tient à WP, Le mot « kabbale » (Qabalah en hébreu) signifie « réception » au sens le plus général, le terme est parfois interprété comme « tradition ». Le Kabbaliste est donc celui qui a reçu (de l'hébreu קיבל Qibel) la tradition (l’initiation).

Le mot Kabbale ne désigne pas un dogme, mais un courant à l'intérieur du judaïsme et un état d'esprit. Plus qu'une simple origine étymologique, "recevoir" est une clé de compréhension du processus de restauration.

C’est aussi un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l'homme et l'univers, qui prend racine dans les traditions ésotériques juives.

Cette définition très académique ne rend pas bien compte de l'universalité de la Kabbale et de la richesse de l’ensemble des thèmes qu'elle aborde.

La kabbale est un outil d'aide à la compréhension du monde dans le sens qu'elle nous incite à en modifier notre perception que nous appelons "la réalité" malgré la subjectivité de notre perception. Pour ce faire, la Kabbale met à notre disposition un diagramme synthétique : l'Arbre des Sephiroth, des clés de lecture pour de multiples ouvrages et un foisonnement de concepts (degrés de significations, contractions, etc...).

La kabbale est un véritable traité ésotérique sur l’origine, la nature et les destinées du monde, qui suit mais aussi prolonge et interprète à sa façon la Bible.

La kabbale propose en outre des réponses aux questions essentielles concernant l'origine de l'univers, le devenir de l'homme et son rôle. C'est à la fois un extraordinaire outil de travail sur soi et un moyen puissant d'appréhender les autres systèmes de pensée. Cela peut rappeler certaines réflexions que nous avons eues dans le cabinet du même nom lors de notre initiation maçonnique.

Dans Morals And Dogma, Albert Pike(Américain, Elu Grand Commandeur en 1859 du rite Ecossais ancien et accepté et qui le resta pendant trente-deux ans, jusqu'à la fin de sa vie) déclare que la franc-maçonnerie est un produit de la kabbale de par ses origines ésotériques. Notamment le 32eme degré du rite écossais. Jusqu’en 1964, aux Etats- Unis la kabbale était remise au maçon qui arrivait au 14eme degré.

Morals and Dogma ou la Morale et le dogme a été décrit comme "une collection de trente-deux essais qui fournissent une justification philosophique pour les degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il fournit une toile de fond pour les différents degrés du rite en donnant des leçons de religion comparée à l'histoire et la philosophie"

Le thème du kabbalisme a été en outre repris par nombre de nouveaux mouvements religieux, dont le « Centre de la Kabbale » qui connaît depuis les années 1980 une certaine notoriété auprès des personnalités du show-business, dont la très emblématique chanteuse Madonna. Toutefois ce mouvement est dénoncé comme imposture par les rabbins traditionalistes.

La Kabbale propose des réponses aux problèmes fondamentaux sans les éluder. Ainsi elle considère que le Néant et le Mal font partie intégrante de la création. Aucun sujet n'est vil à ses yeux : le doute, la souffrance, l'égoïsme, le sexe, le plaisir, nourrissent ses débats. La Kabbale contribue à briser les carcans de la pensée et de la morale (bien sûr pour cela elle construit d'autres carcans qu'elle incitera à détruire : la certitude est vue comme une erreur consentie- on parle alors de vérité relative - qu'il faudra piétiner comme on piétine les marches d'un escalier afin de s'élever).

La Kabbale accorde les contraires apparents en dévoilant les paradoxes et en proposant de les résoudre. Des notions aussi éloignées que celles de forme et de force, de raison et de foi, d'inertie et de mouvement s'interpénètrent et prennent leur sens dans leur complémentarité, dans leur interchangeabilité, et non dans leur stricte opposition.

Cette notion s'illustre parfaitement dans l'Arbre des Sephiroth (l’arbre de vie) où des ensembles de symboles très divers sont reliés entre eux. La kabbale ne montre pas seulement l'aspect illusoire de la dualité mais lui accorde un rôle crucial : la dualité est le moteur de l'expansion de notre conscience, un puissant facteur de progrès. L'homme ne marche que parce que les forces de frottement s'opposent à sa marche, sans ces obstacles sous les semelles, il glisserait sur place.

Après ces généralités nous allons rentrer dans le vif du sujet par l’approche de l’arbre séphirotique ou l’arbre des Sephiroth (sans s car c’est un nom pluriel)

Les Sephiroth (en hébreu ספירות) sont les 10 puissances créatrices listées par la Kabbale dans son approche mystique du mystère de la Création. Chaque Sephira est l'émanation d'une énergie du Dieu Créateur. Ces puissances divines manifestent dans la création du monde fini le Pouvoir Suprême de l'Infini. Les traités de Kabbale présentent souvent les Sephiroth sous la forme d'un Arbre de Vie.

Les sephiroth, littéralement "émanations", "numérations" ou encore "nombres", sont les étapes, les épreuves, les champs de conscience, les forces en action dans la réalité perçue.

L'Arbre en comporte 10, schématisées par des cercles. La figure ci-dessus montre la disposition usuelle des sephiroth ce sont les nœuds d’intersection des ‘sentiers’.

Il faut noter que l'apparente verticalité de l'Arbre ne préjuge pas de la supériorité de telle ou telle séphire. (En hébreu, "sephiroth" est un pluriel du genre féminin. Au singulier, on emploiera le mot "sephirah" ou "séphire").

Après les sephiroth nous voyons les ‘sentiers’ qui relient les sephitroth entre eux et qui représentent leurs différentes interactions.

Ils peuvent être perçus soit comme des combinaisons de forces, soit comme des zones de transition ou encore des canaux ou des chemins.

Voici quelque chose qui va nous rappeler quelque chose : nous avons 3 piliers sur notre arbre de vie :

  • La colonne de droite (en hébreu, kav yamin) est dominée par Chokhmah. C'est Yakhin ou Jakin la blanche, le pilier de la force, des tendances masculines. Les Sephiroth de ce pilier (Chokhmah, Chesed, Netzach) correspondent à des états actifs. Ce pilier est dominé par les principes actifs, de construction, de kinétique.
  • La colonne de gauche (en hébreu, kav smol) est dominée par Binah. C'est Boaz la noire, le pilier de la forme, des aspects féminins. Les Sephiroth de ce pilier (Binah, Geburah, Hod) correspondent à des états de structure passifs. Ce pilier est dominé par les symboliques passives de statique, de destruction.
  • La colonne centrale est dominée par Kether, et est appelée le pilier de l'équilibre, ou de la conscience. Les Sephiroth de ce pilier (Kether, Tipheret, Yesod et Malkuth) traduisent un équilibre entre force et forme, mâle et femelle, action et structure : ils correspondent à des états de conscience équilibrée.

Il n'y a aucune discontinuité entre les chemins qui sillonnent l'Arbre. Ainsi les Sephiroth elles-mêmes font partie du parcours initiatique de l'Arbre. En ce sens, la Kabbale considère qu'il existe 32 sentiers : les 10 Sephiroth plus les 22 voies qui les relient.

Il est préférable de représenter les sentiers par des canaux et non pas par de simples lignes ténues. Cela permet d'introduire dans l'Arbre la notion d'écoulement, de flux alimentant notre réalité.

La numérotation des éléments de l'Arbre n'est pas arbitraire. Elle correspond à une succession de forces qui s'équilibrent jusqu'à la 10ème et ultime séphirah. L'ordre des sephiroth montre que l'Arbre est en fait inversé : la première sephirah, associée à la racine de l'Arbre, est située en haut tandis que la dixième sephirah, liée au sommet, se trouve en bas. La numération des sentiers correspond aux étapes de construction de l'Arbre. Elle schématise les ajustements et les équilibrages nécessaires au déploiement complet de l'Arbre.

Nous voyons sur les images précédentes la numérotation non arbitraire des sephiroth ainsi que des sentiers. Sur la représentation à droite nous avons les noms sephiroth

Sans même connaître les attributs des sephiroth, il est déjà possible de les relier entre elles, en suivant l'ordre des chiffres qui leur sont associés.

Cette opération fait apparaître une figure connue sous le nom d'éclair fulgurant. Elle symbolise l'étincelle divine engendrant l'univers. Une analogie intéressante peut être celle du précipité : dans une solution chimique, l'adjonction d'une certaine substance ou l'effet d'un influx électrique fait apparaître une matière dense (la dixième séphire).

Il y a trois lignes qui apparaissent derrière la première séphirah et qui représentent les trois voiles du non-manifesté. Cet éclair pourrait nous faire penser à l’épée flamboyante présente sur le plateau du vénérable. En effet dans « flamboyante » le nom indique un rapport avec la foudre ou l’éclair. Le rôle dévolu au Vénérable Maître est de créer un espace sacré où pourra se vivre l’initiation, ainsi que de pouvoir préserver cet espace. À cet effet, le Vénérable Maître dispose de l’Épée Flamboyante pour transmettre l’énergie créatrice de l’Orient éternel. Le mot qui, traduit de l’Hébreu, qualifie la lame de « l’épée flamboyante » est le verbe « se tourner, changer ». Il s’agit donc d’une épée qui tourne, qui s’agite, d’où son caractère dit flamboyant. En effet, cette racine hébraïque montre que l’épée flamboie parce qu’elle est le feu elle-même et parce qu’elle réfléchit la lumière solaire d’où elle se charge. Le double tranchant de la lame a entre autre cette fonction : celle de porter le feu de la création pour donner vie à l’initié. Il y a bien entendu d’autres fonctions de cette épée mais nous ne traiterons pas de cela aujourd’hui : ce n’est pas notre propos.

Revenons donc à notre arbre dont j’ai reporté plus haut les différents noms des séphiroth. Je vais vous donner la signification synthétique de chaque sephirah. Toutefois la multiplicité des significations des sephiroth, suivant le plan sur lequel on se situe (macrocosmique ou microcosmique), se reflète dans la diversité des noms et des symboles associés à chaque sephirah. C’est donc une signification vraiment synthétique que je vous livre :

  • Kether qui signifie Couronne, symbolise le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l’homme primordial.
  • Chokmah qui signifie Sagesse, symbolise le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement.
  • Binah : qui signifie Compréhension, la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer
  • Chesed : la Miséricorde bienveillance, amour, majesté
  • Geburah : la Sévérité La justice, la force, la rigueur
  • Tiphereth : la Beauté l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme
  • Netza'h : la Victoire fermeté, puissance, synthèse
  • Hod : la Gloire
  • Yesod : le Fondement,la fondation, le trésor des images
  • Malkuth : le Royaume, Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge…

Voici dans ces vraiment très grandes lignes la base théorique de la Kabbale. Je voudrais juste préciser un point :

pour différencier le MACROCOSME (l'univers) du MICROCOSME (l'homme), l'Arbre pivote sur son axe : ainsi Chokmah échange sa place avec Binah, Chesed avec Geburah, Netza'h avec Hod, les quatre autres sephiroth eux ne bougent pas. Ce basculement de l'arbre sur son axe est une illustration du principe d'inversion. C’est un effet miroir puisque la bascule n’est pas horizontale mais verticale.

Vous aurez également noté que dans l’arbre sephirotique nous retrouvons les noms de nos 3 colonnettes : Sagesse, Beauté et Force

Robert Ambelain dans son ouvrage la Kabbale Pratique, avait découpé son étude en 2 parties : Les éléments doctrinaux et les éléments opératifs. Dans les 1ers il décrivait l’origine, la genèse, les éléments métaphysiques et les « existences » divines notamment les séphirots dans les cinq mondes.

Dans la 2eme partie il rentrait dans la partie pratique de la mise en œuvre de la Kabbale. Il indiquait tout ce qui devait être fait et su pour œuvrer opérativement.

Bien que Robert Ambelain fut passionné d’ésotérisme, pour autant peut on dire que la kabbale a une influence directe sur la Franc-Maçonnerie ? Si l’on s’en tient à certains auteurs, rien n’est moins sûr. Tout d’abord pour la bonne et simple raison que les juifs ne furent admis dans les loges que bien tardivement. Le corps spirituel de la Franc Maçonnerie était déjà établi et qu’en plus on ne peut pénétrer la kabbale sans un bagage religieux adéquat ce qui était loin d’être le cas pour la plupart des frères au 18eme.

Quels peuvent être alors les similitudes entre la Kabbale ou le judaisme et la FM ?

Certains auteurs ont trouvé au contraire bien des points communs :

Tout d’abord la valeur du travail, on sait que le maçon est invité à travailler sur lui-même, à polir continuellement sa pierre, à se perfectionner lui-même avant de chercher à améliorer le monde. La symbolique maçonnique, avec les outils du constructeur et le tablier, témoigne de cette orientation primordiale. Le judaïsme connaît lui aussi cette valorisation du travail, qui prend évidemment sa source dans la Torah. Avant même d’être chassé du jardin d’Eden et de devoir travailler à la sueur de son front, Adam devait déjà entretenir le jardin.

Il en découle une foi commune en la perfectibilité de l’homme. La franc-maçonnerie constitue de ce fait une utopie de la modernité, elle pense ou espère que l’homme peut s’améliorer et améliorer le monde. Elle y tend mais l’Homme (j’ai mis une majuscule pour l’homme en général) peut-il vraiment aller uniquement vers le bien ? Il doit y avoir beaucoup de facteurs convergents pour que l’Homme tende vers le bien et s’y tienne.

Un point à rapprocher entre la FM et le judaisme serait l’absence de Dogme. La franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme !! On est dans le cas « il est interdit d’interdire ». N’ayant pas de doctrine la FM est donc une méthode d’appréhension de soi et du monde.

Par contre quelque chose de plus intéressant permet de faire un lien entre les deux disciplines : La kabbale associe à chaque lettre une valeur numérique donc chaque mot à sa propre valeur numérique qui correspond à la somme des valeurs numériques de chaque lettre. Cette vraie valeur des mots est à l’origine de l’importance de l’épellation dans le rite maçonnique. Cela ne nous rappelle t-il pas quelque chose ?

Pour conclure j’avoue que le parallèle qu’il peut y avoir entre la Kabbale et la Franc Maçonnerie est difficile à cerner pour plusieurs raisons, si l’on s’en tient à certains auteurs que je cite plus haut, la kabbale ne peut être à l’origine ou avoir participé à la création de la FM. Pourtant après avoir lu ce j’ai lu sur le sujet, rien n’est moins sûr ! Il y a vraiment beaucoup de similitudes, d’autant que certains prétendent que la Kabbale serait d’origine Egyptienne et serait même à l’origine des templiers et des Rosi-Cruciens. Donc est-ce au 18eme et 19eme que la FM a puisé dans la Kabbale ou est-ce bien antérieurement que le rapprochement a été fait ? Peut être nous pouvons y voir un cheminement commun aux traditions authentiques. Pour se faire la meilleure idée, il est bon de lire ou relire la kabbale en ayant en arrière pensée notre rituel et là, la lumière jaillit. En ce qui me concerne j’ai l’intime conviction que la Kabbale et la Franc-maçonnerie sont intiment liées du fait de leur caractère authentiquement traditionnel.

Au terme de cette approche, nous avons plus de questions posées que de réponses. apportées.

Nous voyons sur les images précédentes la numérotation non arbitraire des sephiroth ainsi que des sentiers. Sur la représentation à droite nous avons les noms sephiroth

Sans même connaître les attributs des sephiroth, il est déjà possible de les relier entre elles, en suivant l'ordre des chiffres qui leur sont associés.

Cette opération fait apparaître une figure connue sous le nom d'éclair fulgurant. Elle symbolise l'étincelle divine engendrant l'univers. Une analogie intéressante peut être celle du précipité : dans une solution chimique, l'adjonction d'une certaine substance ou l'effet d'un influx électrique fait apparaître une matière dense (la dixième séphire).

Il y a trois lignes qui apparaissent derrière la première séphirah et qui représentent les trois voiles du non-manifesté. Cet éclair pourrait nous faire penser à l’épée flamboyante présente sur le plateau du vénérable. En effet dans « flamboyante » le nom indique un rapport avec la foudre ou l’éclair. Le rôle dévolu au Vénérable Maître est de créer un espace sacré où pourra se vivre l’initiation, ainsi que de pouvoir préserver cet espace. À cet effet, le Vénérable Maître dispose de l’Épée Flamboyante pour transmettre l’énergie créatrice de l’Orient éternel. Le mot qui, traduit de l’Hébreu, qualifie la lame de « l’épée flamboyante » est le verbe « se tourner, changer ». Il s’agit donc d’une épée qui tourne, qui s’agite, d’où son caractère dit flamboyant. En effet, cette racine hébraïque montre que l’épée flamboie parce qu’elle est le feu elle-même et parce qu’elle réfléchit la lumière solaire d’où elle se charge. Le double tranchant de la lame a entre autre cette fonction : celle de porter le feu de la création pour donner vie à l’initié. Il y a bien entendu d’autres fonctions de cette épée mais nous ne traiterons pas de cela aujourd’hui : ce n’est pas notre propos.

Revenons donc à notre arbre dont j’ai reporté plus haut les différents noms des séphiroth. Je vais vous donner la signification synthétique de chaque sephirah. Toutefois la multiplicité des significations des sephiroth, suivant le plan sur lequel on se situe (macrocosmique ou microcosmique), se reflète dans la diversité des noms et des symboles associés à chaque sephirah. C’est donc une signification vraiment synthétique que je vous livre :

  • Kether qui signifie Couronne, symbolise le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l’homme primordial.
  • Chokmah qui signifie Sagesse, symbolise le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement.
  • Binah : qui signifie Compréhension, la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer
  • Chesed : la Miséricorde bienveillance, amour, majesté
  • Geburah : la Sévérité La justice, la force, la rigueur
  • Tiphereth : la Beauté l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme
  • Netza'h : la Victoire fermeté, puissance, synthèse
  • Hod : la Gloire
  • Yesod : le Fondement,la fondation, le trésor des images
  • Malkuth : le Royaume, Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge…

Voici dans ces vraiment très grandes lignes la base théorique de la Kabbale. Je voudrais juste préciser un point :

pour différencier le MACROCOSME (l'univers) du MICROCOSME (l'homme), l'Arbre pivote sur son axe : ainsi Chokmah échange sa place avec Binah, Chesed avec Geburah, Netza'h avec Hod, les quatre autres sephiroth eux ne bougent pas. Ce basculement de l'arbre sur son axe est une illustration du principe d'inversion. C’est un effet miroir puisque la bascule n’est pas horizontale mais verticale.

Vous aurez également noté que dans l’arbre sephirotique nous retrouvons les noms de nos 3 colonnettes : Sagesse, Beauté et Force

Robert Ambelain dans son ouvrage la Kabbale Pratique, avait découpé son étude en 2 parties : Les éléments doctrinaux et les éléments opératifs. Dans les 1ers il décrivait l’origine, la genèse, les éléments métaphysiques et les « existences » divines notamment les séphirots dans les cinq mondes.

Dans la 2eme partie il rentrait dans la partie pratique de la mise en œuvre de la Kabbale. Il indiquait tout ce qui devait être fait et su pour œuvrer opérativement.

Bien que Robert Ambelain fut passionné d’ésotérisme, pour autant peut on dire que la kabbale a une influence directe sur la Franc-Maçonnerie ? Si l’on s’en tient à certains auteurs, rien n’est moins sûr. Tout d’abord pour la bonne et simple raison que les juifs ne furent admis dans les loges que bien tardivement. Le corps spirituel de la Franc Maçonnerie était déjà établi et qu’en plus on ne peut pénétrer la kabbale sans un bagage religieux adéquat ce qui était loin d’être le cas pour la plupart des frères au 18eme.

Quels peuvent être alors les similitudes entre la Kabbale ou le judaisme et la FM ?

Certains auteurs ont trouvé au contraire bien des points communs :

Tout d’abord la valeur du travail, on sait que le maçon est invité à travailler sur lui-même, à polir continuellement sa pierre, à se perfectionner lui-même avant de chercher à améliorer le monde. La symbolique maçonnique, avec les outils du constructeur et le tablier, témoigne de cette orientation primordiale. Le judaïsme connaît lui aussi cette valorisation du travail, qui prend évidemment sa source dans la Torah. Avant même d’être chassé du jardin d’Eden et de devoir travailler à la sueur de son front, Adam devait déjà entretenir le jardin.

Il en découle une foi commune en la perfectibilité de l’homme. La franc-maçonnerie constitue de ce fait une utopie de la modernité, elle pense ou espère que l’homme peut s’améliorer et améliorer le monde. Elle y tend mais l’Homme (j’ai mis une majuscule pour l’homme en général) peut-il vraiment aller uniquement vers le bien ? Il doit y avoir beaucoup de facteurs convergents pour que l’Homme tende vers le bien et s’y tienne.

Un point à rapprocher entre la FM et le judaisme est l’absence de Dogme. La franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme !! On est dans le cas « il est interdit d’interdire ». N’ayant pas de doctrine la FM est donc une méthode d’appréhension de soi et du monde.

Par contre quelque chose de plus intéressant permet de faire un lien entre les deux discipline : La kabbale associe à chaque lettre une valeur numérique donc chaque mot à sa propre valeur numérique qui correspond à la somme des valeurs numériques de chaque lettre. Cette vraie valeur des mots est à l’origine de l’importance de l’épellation dans le rite maçonnique. Cela ne nous rappelle t-il pas quelque chose ?

Pour conclure j’avoue que le parallèle qu’il peut y avoir entre la Kabbale et la Franc Maçonnerie est difficile à cerner pour plusieurs raisons, si l’on s’en tient à certains auteurs que je cite plus haut, la kabbale ne peut être à l’origine ou avoir participé à la création de la FM. Pourtant après avoir lu ce j’ai lu sur le sujet, rien n’est moins sûr ! Il y a vraiment beaucoup de similitudes, d’autant que certains prétendent que la Kabbale serait d’origine Egyptienne et serait même à l’origine des templiers et des Rosi-Cruciens. Donc est-ce au 18eme et 19eme que la FM a puisé dans la Kabbale ou est-ce bien antérieurement que le rapprochement a été fait ? Peut être nous pouvons y voir un cheminement commun. Pour se faire la meilleure idée, il est bon de comprendre la kabbale en ayant en arrière pensée notre rituel et là, la lumière jaillit. En ce qui me concerne j’ai l’intime conviction que la Kabbale et la Franc-maçonnerie sont intiment liées. (...)

Chris.°. Mart.°.  RL "Les Ecossais de Saint Jean" à l'O.°. de HYERES.

 

commentaires

UNE APPROCHE DE LA KABBALE

Publié le 4 Juin 2026 par T.D

 

Ce n’est qu’avec un regard de franc-maçon que je vous transmets ce qui m’en est paru essentiel pour aborder avec vous cette voie de la Connaissance.

Cela étant dit, cette planche n’a pour moi que le but d’éveiller en vous, une envie d’aller plus loin par vous-même et surtout d’y prendre plaisir. Cette planche ne fera ni de vous, ni de moi des kabbalistes et je vais essayer de faire que cela ne soit pas trop complexe…

Si je devais vous résumer très succinctement ce qu’est la Kabbale, je vous dirai qu’elle est la tradition mystique du judaïsme qui se présente comme un commentaire codé des textes bibliques.  C’est un ensemble de techniques de lecture et de déchiffrage des textes, pour en dévoiler et en communiquer les secrets. Pour les croyants c’est une capacité de recevoir la lumière de l’infini. C’est un ensemble de pratiques, rites et méditations qui permettent à l’homme de s’élever intellectuellement et spirituellement.

La kabbale trouve son origine dans la spiritualité juive ancienne, au début du IIsiècle de notre ère en Palestine (nom donné par Hadrien en 135 à la Judée-Samarie) et en Babylone par  le rabbi Siméon Bar Yo’Hai, auteur présumé du Sepher ha-Zohar (Le Livre de la Splendeur).

Du 3ème au 5ème siècle apparaissent des textes divers qui ont en commun de décrire les demeures célestes comme autant de palais, ils sont marqués par la symbolique des nombres et l’on peut extraire de ceux-ci un traité important : » Le Livre de la Création (Sefer Yetsiraoù il est question des fameuses sefirots (nombre en hébreux) sur lesquels les kabbalistes des siècles à venir spéculeront à l’envi : le dieu créateur exprime sa volonté au moyen de trente-deux mystérieux sentiers de sagesse, que sont les dix sefirots et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. Ces sephirots sont partout à l’œuvre ; on les retrouve dans la création du monde, dans les dix commandements et jusque dans le corps de l’homme :

Animé par la volonté, l’intelligence et la pensée : la tête,

La grâce et la victoire : le bras et la jambe droite,

La rigueur et la soumission : le bras et la jambe gauche,

Et enfin l’harmonie, le fondement et la royauté : le cœur et le sexe.

Les sources qui permettent de relier cette première kabbale à l’éclosion au 12ème siècle, véritable âge d’or de ces textes dans le midi de la France et le nord de l’Espagne font défaut.

Ce ne sera qu’un millénaire plus tard que se développera dans le Midi de la France le mouvement kabbalistique, c’est de là que nous vient le Sefer Ha Bahir « le livre de la clarté » , dans lequel on trouve l’élaboration de la technique de la guématria (transcription du mot grec gématria d’où vient le mot géométrie), à chaque lettre est attribué une valeur numérique, en sorte que l’on peut évaluer la valeur d’un mot hébreu à partir des lettres qui le composent et donc de part, le fait le renvoyer à un autre sens éventuel. Ce livre par ailleurs aborde également les thèmes de la réincarnation, celui du messie, le monde des anges, la loi des correspondances (caractéristique de toute les traditions ésotériques) : il y aurait correspondance entre l’humain (microcosme) et l’univers (macrocosme)

 En Espagne, c’est en Catalogne, à Gérone et à Barcelone ainsi qu’en Castille à Burgos que l’on trouve une grande effervescence autour des cercles d’études kabbalistiques. Un nom important est celui de Moise ben Nahman dit « Nahmadide »lequel donnera à la Kabbale une unité doctrinale et une dimension éthique.

Mais l’apparition vers 1270 d’un fameux livre sera l’évènement le plus important dans l’histoire de la kabbale et va devenir la bible des kabbalistes. Ce livre c’est le ZOHAR (Le Livre des Splendeurs) attribué à Moise de Léon lequel est écrit en araméen et sous forme romancée d’un commentaire du Pentateuque, du Cantique des Cantiques et du livre de Ruth.

Son agencement symbolique fait de lui un maillon important dans la chaine de la tradition juive et plus largement dans l’histoire de la symbolique. Il aura une influence sur toute la tradition ésotérique occidentale et ceci jusqu’à nos jours.

C’est sous cette influence qu’apparait le nom de Kabbale, en remplacement de son nom précédent Hokmah Nistarah, «la connaissance cachée» ; il atteint son apogée à Safed (Galilée) au XVIe avec Cordovero et Louria.

La kabbale est essentiellement hébraïque. Son cadre de référence est la communauté d’Israël et la Loi orale révélée à Moïse. Les grands maîtres sont juifs. Les spéculations exégétiques portent sur l’Ancien Testament. La cosmogonie est celle de la Genèse.

Et c’est aux alentours du 15ème siècle que des humanistes, des chrétiens importent la kabbale et commencent à la revisiter.

Les italiens comme Jean Pic de la MirandoleGilles de ViterbePaul Rici, l’allemand Jean Reuchlin, le français Guillaume Postel, traducteur du Zohar, s’en servent  pour tenter de prouver la véracité de la seule religion chrétienne et 

pour convaincre les juifs de la nécessité de se convertir. Pour autant, certains de ces auteurs chercheront une vraie communion et un dépassement des clivages religieux mais l’Eglise et Rome les persécuteront ou les feront passer pour des fous.

Après ce petit historique que nous dit la kabbale

Dieu est un être parfait et infini qui s’est contracté en lui-même pour engendrer le monde,

La Kabbale est une manière de regarder le monde, de se regarder voir le monde. 

La kabbale constitue dans l’histoire du judaïsme le courant profond et secret qui complète l’initiation biblique et talmudique.

Les kabbalistes admettent généralement que la sagesse fut révélée à Moïse sur le mont Sinaï, en marge de la Loi écrite, le Pentateuque (Torah).

Chez les Juifs, la kabbale faisait partie de ce que toutes les Universités métropolitaines appelaient la Sagesse, c’est-à-dire la synthèse des sciences et des arts ramenés à leur principe commun. Ce principe était la Parole ou le Verbe.

La kabbale développe des concepts théogoniques et cosmogoniques basés sur les 32 chemins de la sagesse à savoir : les 22 lettres de l’alphabet kabbalistique associées aux 10 sefirots

Née à Alexandrie dans un milieu lévitique hellénisant (par exemple avec Philon d’Alexandrie), elle est restée fidèle au monisme originel, arguant que le Divin et l’humain, le monde céleste et le monde terrestre, etc … n’étaient que deux manifestations de la même Unité impersonnelle nommée Eïn-Sof : le «Sans-Limite » dont YHWH n’était qu’un des Élohim, une des Puissances, celle du Pacte et de la Loi (Marc Halévy, Kabbale et Franc-maçonnerie).

La kabbale remonte à l’origine gnostique de Dieu et des choses : c’est la science de l’Être par excellence. En désignant l’ésotérisme juif, elle va au-delà du Texte, elle cherche la symbolique de tous les éléments bibliques, ainsi que des mots et des lettres, dans leur rapport avec Dieu. Elle prend en charge des questions qu’on peut dire de type philosophique. Ainsi à propos – propos central en l’occurrence – de Dieu, du néant et de la création. L’arrière-fond thématique est ici néo-platonicien : une série d’émanations dérivées, à partir de l’Un, intermédiaires entre Dieu et le néant, et où se tient le monde. La kabbale reprend et approfondit cette donne, en dépassant le dualisme Être et Néant pour considérer en Dieu tout ce qui tient le monde (les dix sefirots) ainsi que le néant lui-même. Ce qui conduit à faire du néant autre chose que du simple non-être et, partant, à lui attribuer une consistance ou une qualité ontologique (Pierre Gisel, Gershom Scholem, d’une redécouverte de la kabbale et de ses enjeux.)

Cette science est basée sur la parole. 

Remettons les choses à leurs places et essayons de redonner au mot sa véritable signification. Le mot kabbale, qabalah  est dérivé du verbe construit sur Q-B-L (kabbel) qui signifie recevoir, accueillir, transmettre (la lettre Qof ק, qui descend vers le bas, symbolise les profondeurs du moi ; le Beith ב est la maison qui désigne l’être ; le  Laméd  ל  montre, par sa forme, ce qui s’élève mais aussi ce qui descend par le  Limoud, l’étude, la lettre Hé  ה représente le Souffle qui donne la vie. Ce que l’on reçoit, c’est la Sagesse d’En Haut.

Réception et transmission forment la trame de toute tradition dont la nôtre à nous F :.M :.et j’aime cette idée de réception car il implique le libre choix de celui qui accepte ce don.

La réception c’est le fruit. Ce qui est porté par la transmission, c’est le gout du fruit. Il est incommunicable, autrement que par l’expérience.

Ce qui est nommé acquiert existence.

En hébreu, parole se dit davar, ce qui signifie chose, parole, affaire ou ordre. C’est pourquoi, la chose n’a d’existence que si elle porte un nom. Par conséquent, la connaissance du nom implique la connaissance de la chose elle-même ; connaître les noms de Dieu reviendrait à connaître Dieu lui-même.

La Kabbalah  est le 4ème niveau de lecture de la Torah, du PARDES, ce mot qui veut littéralement dire «réception», désigne la transmission orale du Maitre à élève des secrets de la Torah.

Mais, dans cette Transmission traditionnelle, jusque-là réservée uniquement aux initiés, un «Mystère sans nom» a été véhiculé de génération en génération ; «chaque lettre hébraïque est aussi un Nombre et à partir du Nombre,  se fait le calcul de l’énergie perpétuellement et infiniment  créatrice ; cette règle millénaire,  est la 29ème  des 32 règles de la Loi orale  donnée à Moïse sur le Mont Sinaï.

La kabbale se différencie de la métaphysique par le fait qu’elle ne se préoccupe pas de savoir si la chose existe. Il suffit que la chose soit.

Le kabbaliste ne cherche pas la vérité, il participe à la vérité par ses actes. La kabbale est donc une démarche de vie et un mode de vie spirituelle ; comme le dit Guénon, «elle est une exaltation spirituelle qui imprègne l’être».

La kabbale offre la particularité d’opérer sur des nombres. 

Elle est d’abord une tentative d’interprétation et d’approfondissement de la Torah (Le Pentateuque) considérée comme inspirée et dictée par Dieu et porteuse, par-delà son sens littéral, d’un sens profond caché et codé à l’aide des 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Le Livre peut être déchiffré par la triple méthode des équivalences numériques, des interpositions dans les acrostiches et des permutations de lettres

Papus dit de la kabbale qu’elle est : «les mathématiques de la pensée humaine. C’est l’algèbre de la foi. Elle résout tous les problèmes de l’âme comme des 

équations, en dégageant les inconnues». Il rajoute : « la kabbale apporte paix profonde par la tranquillité de l’esprit et la paix du cœur.»

Beaucoup de philosophes et mathématiciens grecs seront séduits par les révélations dévoilées par le Calcul sacré. Certains mêmes iront jusqu’à se convertir ; citons parmi eux Pythagore dont le nom est la réduction de l’expression «Pitouï Chel Guer» “la séduction du converti”. 

Le kabbaliste décrypte des textes sacrés composés de mots ; l’hébreu offre la particularité que chaque lettre a une valeur numérique, ce qui permet d’établir des ponts de significations pour les mots ayant même valeur numérique. La kabbale est d’abord une dynamique de l’interrogation, une quête du sens qui, jamais, ne s’enferme dans la certitude du dit, de la réponse et, toujours, s’échappe vers l’horizon de la pensée en chemin, à l’image même du peuple voyageur qui s’en est fait le messager (le mot «hébreux», selon son origine ivri עברי, peut se traduire par «ceux qui passent»).

Pour les cabalistes, les 22 lettres de l’alphabet hébreu sont les instruments de la Création. En effet, d’après la Tradition, les lettres sont des éléments constitutifs des vibrations de l’univers.

La kabbale est un des grands chemins de la Connaissance. Le Midrash Kabbalistique (l’interprétation ésotérique), transcende par sa réflexion le récit biblique, son seul et unique objectif reste l’amélioration de l’être.

Il existe d’autres Kabbales :

Une Kabbale, sur base d’Isaïe et de Daniel, par Isaac Louria: c’est la Kabbale messianique qui veut décrypter dans le message biblique, le moment et les circonstances de la fin des temps de souffrances, une fois que les temps messianiques  auront repris le monde en main.

Une autre Kabbale est celle d’Abraham Aboulafia, : Kabbale yoguique qui pratique la récitation de  mantras  bibliques, des exercices de respiration en prononçant ou en épelant des versets ou des mots, des travaux de posture du corps, et surtout des pratiques de méditation sur les lettres hébraïques ou sur des textes au moyen de techniques appelées, génériquement, le Tsérouf.

Tous les mystères de la kabbale résident donc dans la bible mais il faut les décrypter.

Pour mériter ces révélations, les kabbalistes pratiquent une morale et une ascétique proche de celle des Parfaits Albigeois (les âmes doivent réintégrer la perfection des origines après avoir accompli, comme chez les Cathares, les voyages purificateurs des réincarnations).

Les postulats sur lesquels repose l’enseignement kabbalistique sont les suivants :

1-    La langue hébraïque est la matière du monde,

2-    Etudier le texte biblique c’est étudier les lois de la nature,

3-    La réalité est portée par le mot. La vibration de la voix porte l’univers  et les mots qui la modulent.

Dieu dit : « Que la lumière soit » et la Lumière fut.

Au commencement était le Verbe ?

Pas tout à fait, car le commencement est silencieux. Le silence est associé au vide et la parole au plein ! De l’espace vide et silencieux du commencement surgit l’univers. Comment ?

C’est la question qui intéresse le Kabbaliste.

Il pense que le surgissement de l’univers provient d’une éclipse, de la rétractation du divin et qu’elle permet la naissance du monde sous la forme initiale des 22 lettres de l’alphabet.

Pour comprendre (et ce n’est pas évident, j’en conviens) il faut un savoir car tout élément du texte, chaque lettre, chaque forme de la lettre, les espaces entre les mots, tout doit être compris et décrypté, car il n’y a pas de hasard et chacun à sa place dans l’ensemble. C’est le pourquoi de la guématria !

Pour l’essentiel voici quelques questions que se posent les Kabbalistes :

1/ le sens du texte biblique est-il le sens tout court ?

2/ n’est-il pas plutôt, l’ensemble d’un sens qui doit être décrypté ?

3/ Si cela est vrai, pourquoi le vrai sens est-il caché ?

4 / La vérité est-elle si terrible ? Faut-il être préparé pour l’entendre ?

5/ Quels sont les rapports entre le sens littéral et le sens caché ?

6/ etc…

Voilà, comme vous l’avez peut être remarqué, il y a beaucoup de mots, de sources, de concepts qui ne nous sont pas étrangers à nous francs-maçons.

Par exemple les deux Colonnes à l’entrée du Temple, l’accent sur l’initiation et la transmission de la connaissance, l’éveil spirituel par la compréhension de l’univers et la construction de notre temple intérieur ainsi que notre développement personnel.

Il y a dans nos rituels beaucoup d’allusions, de références à la kabbale puisque le REAA puise ses sources dans toutes les grandes traditions et que les trois grandes influences de notre rite sont la chevalerie, le compagnonnage et la bible d’où sont tirés nos mots de passe et nos mots sacrés, notre décorum et sa symbolique, une certaine symbolique des nombres, des personnages mythiques et leurs représentations symboliques et ceci du 1er au 33ème degré. Mais l’influence de la Kabbale sur la Franc-maçonnerie n’est pas évidente pour la bonne et simple raison que les juifs ne furent admis que tardivement dans les loges.

 Il est dit au REAA :

  « Le volume de la loi sacrée n’est jamais perçu comme l’exposé de la volonté d’un dieu révélé mais comme le récit mythique des origines du monde, de la création légendaire de l’homme et comme la chronique d’une histoire de l’humanité mêlant des éléments fabuleux à des faits historiques avérés ».

C’est à partir du XVIIIe siècle qu’apparaissent les mots hébreux dans la Tradition maçonnique avec Fabre d’Olivet, ouvrant la voie ésotérique de la kabbale aux francs-maçons (Marc Halevy). Pour Mackey, la kabbale est intimement liée à la science symbolique de la Franc-maçonnerie, elle peut être définie comme un système de philosophie qui englobe certaines interprétations mystiques de l’Écriture et des êtres métaphysiques et spirituels.

La kabbale est l’alchimie du langage. Les mots sont substance, en déchiffrant les combinaisons des lettres de l’alphabet comme on étudie le lien chimique entre les substances, la kabbale permet de remonter jusqu’au verbe initial, celui qui est à l’origine du monde le logos.

Il faut quand même savoir que la kabbale a toujours mauvaise presse dans le judaïsme car l'expérience des initiés, incommunicable, les a toujours rendus suspect aux rabbins qui ont toujours cherché à "contrôler" le peuple via la loi.

La kabbale, l'initiation, sont des expériences intimes, qui par définition échappent au contrôle des autorités rabbiniques. (Ce rajout m’a été rapporté par notre F :.  D :. C :.)

La loi est collective, l'initiation est individuelle. Quelle similitude avec nous !

La F :. M :. est un sport d’équipe qui se joue individuellement

J’ai souvent parlé des sefirots dans ce travail mais vous trouverez mes frères à travers vos lectures et vos recherches des tentatives de faire correspondre avec ses émanations divines décrites dans la bible, par exemple notre loge, sa disposition, ses officiers, son agencement. Il est donc important d’en parler deux minutes (pas plus Vénérable Maitre, promis).

D’une façon très succincte comme je vous l’ai déjà dit, l’infini en hébreux Ein-sof or est associé à la notion de néant et de vide, l’infini c’est le divin,

Pour la Kabbale, dieu, au moyen des sefirots, sort de son secret et de l’inexprimable. En franc-maçonnerie on retrouve cette conception développée dans Hermès Trimégiste de manière récurrente.

L’arbre de vie kabbalistique, ou arbre de vie séfirotique (Etz Hayim), est une représentation du cosmos selon la Kabbale.

C’est Azriel de Gérone, célèbre kabbaliste juif du 13ème siècle qui a systématisé l’usage d’un diagramme synthétique pour comprendre le monde et approcher la réalité. Le nom d’arbre de vie est donné à cette représentation, en référence au récit de la Genèse.

L’arbre de vie est donc une voie d’accès à la Connaissance, c’est-à-dire à la compréhension du monde, de Dieu et de soi-même. 

Plus précisément, l’arbre de vie décrit le processus de création émanant de Dieu, ainsi que les énergies à l’œuvre.

La philosophie de l’arbre de vie séfirotique est fondée sur l’idée que l’univers est constitué de différents niveaux, chacun correspondant à une réalité différente.

Etudier l’arbre de vie, c’est tenter de modifier sa perception des choses afin d’accéder à de nouveaux niveaux de conscience. Pour accéder à la réalité et approcher le mystère divin, il faut donc renoncer à ses illusions, et aussi à l’idée que Dieu est une entité distincte, séparée du monde physique.

En effet, la mystique juive kabbalistique considère Dieu, non seulement comme un être transcendant, mais aussi comme un principe immanent, c’est-à-dire présent en toute chose : tout est Dieu.

Par conséquent, l’homme porte lui aussi une part de divin. Il est dans la création. Il peut même être défini comme le point de jonction entre le Ciel et la Terre : il participe pleinement au processus cosmique perpétuel.

Plutôt que de respecter aveuglément les commandements de Dieu, l’homme doit apprendre le mécanisme qui est à l’œuvre. L’arbre de vie est un outil qui pourra l’y aider.

Il se compose de 10 Sephirot : les « stades de l’émanation », chaque Sephira étant associée à un chiffre de 1 à 10 et voici leur nom et description :

KHETER, c’est la couronne, c’est à partir d’elle que s’opère la descente de la grâce ou présence divine. C’est la1ère séphira, les exégètes maçonniques l’associent au Vénérable Maitre. Première étape sous le delta lumineux de la présence du GADLU.

HOCHMAH, symbolise la sagesse, l’intelligence nécessaire à la compréhension sensible des choses. En loge elle est associée à l’Orateur.

BINAH, symbolise l’intelligence analytique, celle qui permet de construire, elle est associée au Secrétaire. Avec les deux premièreselle constitue ce premier niveau qui correspond à l’esprit et à la compréhension des choses.

HESED, symbolise la clémence, la mansuétude, la miséricorde. C’est le siège de notre mémoire qui va du présent au passé. On l’associe au Trésorier.

GEBOURAH, c’est la rigueur, la volonté, elle implique l’action, la volonté d’agir. C’est la volonté d’être, de se dépasser dans les moments cruciaux. C’est la lutte de Jacob et de l’ange, des luttes contre soi-même. On l’associe à l’Hospitalier., avec la précédente, elle constitue l’affectivité et la façon d’agir.

TIPHERETH, c’est la beauté, l’harmonie. Elle est centrale, avec la mémoire et la volonté. Les trois puissances de l’âme sensible. En hébreu, cette triade est appelée Rouah, le souffle. Elle est associée au Maitre des Cérémonies.

NETZAH, c’est la permanence, l’espoir et la gloire, on l’associe au 2ème Surveillant.

HOD, c’est la réverbération, la splendeur et la  majesté, on l’associe au 1er Surveillant.

Et avec la précédente, elle constitue et suggère la vitalité dans l’émanation et la transmission.

YESOD, c’est le fondement, c’est la manifestation physique dont elle serait en quelque sorte le moule. Elle est le secret de la stabilité de l’édifice. Elle est associée à l’Expert.

MALKHOUT, c’est le royaume, le bas a été créé à l’image du haut, elle est la copie du royaume céleste, de KHETER, cette copie a chuté puis s’est dégradée mais la vois est ouverte à chacun pour remonter l’arbre à la recherche du royaume perdu, en une ou plusieurs générations. On l’associe au Couvreur.

J’arrive au terme de cette planche avec la description de cet arbre de vie et de ces éventuelles correspondances dont je vous laisse seuls juges de la pertinence des rapprochements faits par les exégèses maçonniques concernant nos loges, nos officiers. Mais je pense que l’on pourrait intervertir les uns avec les autres et je me dis que tout ceci est en finalité la recherche de la connaissance de soi, à travers trois objectifs essentiels :

Comprendre ce qu’est l’humain, améliorer ce milieu dans lequel nous vivons et aimer notre prochain comme soi-même.

MALKHOUT est en KHETER et inversement nous dit la Kabbale. Notre vie se joue autour de deux verbes :

AVOIR et ETRE

Les Sephirot décomposent les étapes du flux divin descendant qui s’épanche sur l’homme qui cherche à comprendre.

Les Sephirot sont des sphères ; elles représentent, dans la mystique juive, le potentiel de lien entre deux éléments. Les différents canaux établissent ces liens.

L’arbre de vie séfirotique peut être subdivisé en 3 piliers ou colonnes :

-         la colonne de droite est le pilier de la miséricorde. Il représente la force active dans le sens de puissance énergétique, le blanc, le masculin,

-          la colonne de gauche est le pilier de la sévérité ou de la rigueur. Il représente la forme (qui contraint la force pure), le passif, le noir, le féminin. C’est donc là que prennent forme toutes les idées et pensées,

-         la colonne du centre est celle de l’initié lui-même, elle représente la conscience, l’équilibre.

A noter que les deux piliers extérieurs correspondent aux deux colonnes J :. et B :., placées à l’entrée du Temple de Salomon.

L’arbre de vie se lit et se comprend dans deux sens :

-      dans le sens descendant, c’est Dieu qui répand son énergie dans la création,

-      dans le sens montant, c’est l’homme qui choisit la voie de Dieu, pour s’unir à lui.

Mais l’arbre de vie n’est pas Dieu lui-même. En effet, Dieu réside au-delà de la sephira la plus élevée : c’est l’éternel inconnaissable. L’arbre de vie peut s’appréhender comme un arbre inversé, dont les racines seraient en haut. La source est en effet Dieu, décrit comme le Principe ou l’Ayn Sof (l’infini, l’illimité).

Il est important de remarquer l’unité de l’ensemble : tous les éléments qui composent l’arbre de vie kabbalistique sont interdépendants.

L’arbre de vie se compose de :

10 sephirots, ou centres énergétiques, 3 piliers, 4 mondes, 3 voiles et 22 sentiers possibles (les lettres de l’alphabet hébraïque) qui sont autant de nuances dans la circulation de l’énergie.

Le chemin ascendant peut être appelé « chemin de l’éveil ». Il représente le voyage spirituel qui commence par l’immersion dans le monde physique et se poursuit à la fois vers le haut et vers l’intérieur de l’être, dans un objectif d’unité.

A chaque étape, le but est de s’affranchir des limites que sont les formes du corps, de l’âme et du « moi ».

Enfin, par sa colonne centrale, l’arbre de vie kabbalistique décrit l’ascension de l’âme : de l’ego au cœur , avant de rejoindre l’âme de l’homme primordial.

Notons que dans la vision kabbalistique, l’être essentiel présent en tout humain est, tout simplement, Dieu.

J’arrive au terme de cette planche après la description de cet arbre de vie et de ces éventuelles correspondances dont je vous laisse seuls juges de la pertinence des rapprochements faits par les exégèses maçonniques concernant nos loges, nos officiers. Mais je pense que l’on pourrait intervertir les uns avec les autres et je me dis que tout ceci est en finalité la recherche de la connaissance de soi, à travers trois objectifs essentiels :

Comprendre ce qu’est l’humain, améliorer ce milieu dans lequel nous vivons et aimer notre prochain comme soi-même.

Voilà, pour conclure je dirai qu’étudier la Kabbale peut nous permettre de nous élever en conscience. Soyons persévérants et nous découvrirons, peut-être la compréhension de qui nous sommes. L’étude des Sefirots peut nous apprendre à mieux vivre notre quotidien et apprendre le chemin de l’harmonie. Nos objectifs sont le Bien et le Beau.

Entrer dans la Kabbale c’est essayer de reconquérir sa vrai nature, celle de l’équilibre et de l’harmonie au centre du cercle.

Voilà ce que j’ai cru comprendre et que j’ai essayé de vous faire partager en lisant, en faisant des recherches en essayant de simplifier avec mes mots et avec l’espoir que nous puissions comprendre vous et moi un peu plus ce qu’est la kabbale (et n’en montez pas une contre moi d’avoir été un peu long…)

Au commencement était…

J :. P :. G :.

12 mars 6025

 

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Le Rite Ecossais Philosophique et la Kabbale

Publié le 3 Juin 2026 par T.D

par Jacques LITVINE

Le mystère des origines du Rite Écossais Philosophique peut être découvert avant même Ashmole dans la transmission kabbalistique des quatre mondes et de l'arbre séphirotique par le Zohar ou le Sepher Bahir.

 La tradition orale ancienne en Avignon et dans le Sud-Est de la France, depuis le XIII° siècle, pourrait expliquer des similitudes avec ce Rite Philosophique et ésotérique , cet arbre mystique de l'homme supérieur.

Bien des auteurs font référence aux cabalistes et à la Kabbale dans leur approche de l'ésotérisme maçonnique. Au XVIII 0 siècle tout particulièrement, les allusions aux notions cabalistes sont fréquentes bien que peu ou mal définies. A cette époque, la kabbale a été citée très souvent dans un concept fort vague incluant la sorcellerie, les allégories fantastiques, la communication avec les esprits, la fabrication de l'or, la fantasmagorie ... Ce mélange de tradition s'intitulait Kabbale Chrétienne !

Montfaucon de Villars avec ses écrits du Comte de Gabbalis, les Lettres juives du Frère Boyer d' Argens en sont des exemples. Les soi-disant cabalistes chrétiens étaient nombreux et le concept cabaliste semble mal défini dans des esprits enfiévrés par les idées nouvelles du XVIIIe siècle. 189 Le terme Kabbale, qui englobait tout ce que nous venons de décrire, revêtait une aura de mystère, ce qui permettait à de nombreux escrocs, dont le plus détestable fut Cagliostro, de gruger une clientèle de naïfs ou de " gogos ", bien que dans l'ensemble, les écrits cités plus haut mélangeaient des notions de kabbale avec la théosophie et des notions généreuses d'huma nisme.

blier que la Kabbale, expression de l'ésotérisme juif, est née dans le Sud de la France et nombre d'authentiques théologiens, particulièrement en Avignon, bravaient les interdits de l'église catholique et en avaient une connaissance sinon approfondie - laissons cela aux rabbins - du moins en possédaient une approche réelle. Il n'en est pas moins également vrai que la topographie d'une Loge dans l'esprit Modems, et notamment le troisième degré, montre des rapports avec la structure cabalistique assez troublants. En Avignon, où le Rite Philosophique prit un essor remarquable, régnait une atmosphère spiritualiste et, parmi ce que l'on peut appeler l'inte lligentsia, on comptait des philosophes, des " hermétistes " dont les écrits comme ceux de l'Académie des Sages, du moins ceux qui nous sont connus, prouvent que la Kabbale était approchée non pas superficiellement mais dans un concept réel de recherche philosophique, de théologie mais aussi théosophie et d'histoire.

Ceci montre que la Maçonnerie locale, écossaise en presque totalité, s'imprégnait profondément de cette morale ou philosophie judéo-chrétienne. Ce petit essai sur la Kabbale tente de sms1r les origines ésotériques de cette Maçonnerie écossaise philosophique qui présente des caractéristiques marquantes, la rendant différente des autres rites, quoique tout à fait orthodoxe sur le plan général de l'idéal maçonnique.

 Par contre, il n'entre en aucune façon de faire montre d'une science que je ne possède pas, dans une tradition qui n'est pas la mienne, mais de tenter de comprendre 190 et refaire la démarche intellectuelle que des lettrés chrétiens du XVIII' siècle ont pu effectuer en leur temps. Le terme Kabbale ou Cabale concerne la partie orale de l' ensei gnement traditionnel israélite. Science secrète au départ, elle fut mise par écrit aux xne et XIII' siècles, mais est toujours discutée, commentée et en éternel renouveau.

Pour bien la comprendre, il faut un guide spirituel et être un initié. N'étant pas un initié mais seulement un curieux, je présente au lecteur qui le serait toutes mes excuses pour le caractère superficiel de cette approche. Une école cabalistique, dans les années 1200, fleurit en Espagne, Occitanie et Provence, dont le Sefer Bahir ou Livre de la Clarté fut l'œuvre majeure.

C'est dans le Sefer que l'on trouve les premières descriptions des séphiroths, ce qui peut se traduire par âme ou émanation ou encore " vie intérieure du dieu caché ". De cette époque, date le Zohar ou Livre de la splendeur. Ce dernier traité, gnose entremêlée de néoplatonisme, référence de la mystique israélite, donne une description de la vie de la divinité par le biais des séphiroths que d'aucuns décrivent comme " l'arbre mystique de l'homme supérieur ".

Pour le Zohar, quatre mondes forment la création Le premier monde est au delà de toute conception humaine, il est infini mais est également émanation baignant la création par le biais des séphiroths. Ce monde séfirotique ou monde d'émanation, influe le monde de création ou deuxième monde, qui crée à son tour un monde de formation et enfin le monde de l'action.

Cet Arbre de vie a pour origine un monde de pure volonté pouvant se satisfaire en lui-même. Ce monde serait resté immobile pour l'éternité si Dieu, n'avait décidé le commencement des jours. 191 Dieu est Dieu et rien ne peut être comparé à Dieu ! La Kabbale présente donc plusieurs mondes en dehors du monde de l'inconcevable. Le premier monde est celui de celui dont on dit : " Je suis ce que je suis. " Extrait de Kabbalah de Zev Shimon Halevy

Ce monde suivi de trois mondes, le monde de création ou Beriah, celui de la formation puis celui de l'accomplissement et les séphiroths, éléments de communication, forment trois colonnes de rayonnement vers le monde où nous nous mouvons, la colonne de la grâce, celle de droite et enfin celle du milieu, colonne de la connaissance (voir planches, p. 196), nous y reviendrons en détail. Le monde incognissible est celui du dieu de transcendance qui se nomme Ayin, c'est-à-dire le néant, car Dieu est au-delà de l'existence. Mais il n'est pas davantage en-deçà ou au-delà de celle-ci, il n'est pas davantage mouvement ou immobilité, il n'est nulle part, il est le grand néant. Il est l'inconcevable.

Ayin-Sof, signifie l'Éternel. Celui-ci est le nom du dieu, de celui qui est partout. Ayin-Sof est le Un, si Ayin est le zéro. Il est l'ensemble de ce qui est et de ce qui n'est pas, il est l'immanent, le tout absolu, mais dans un concept moins immatériel qu'Ayin. Il n'a pas d'attributs, car ceux-ci ne peuvent se manifester que dans une existence, or une existence est finie et le domaine de Ayin-sof est infini.

La tradition orale de la Kabbale dit qu'il y avait une non-existence préalable et Dieu enleva le néant absolu d'un endroit, afin de permettre à un néant d'apparaître et ainsi à un miroir d'existence de se manifester. Cet acte zimzum ou contraction est défini dans la parole rabbinique : " La place de Dieu est le monde, mais le monde n'est pas la place de Dieu. " 192 De Ayin-Sofor, c'est-à-dire la lumière infinie qui entoure le néant, émane un rai de lumière qui permet la communication des expressions réciproques ; il communique le plus fréquemment de la périphérie vers le centre.

Ce rai ou rayon est appelé kav ou rayon de la volonté divine et se manifeste en dix étages d'expression, ce qui est rappelé également dans la parole rabbinique : " Le monde fut appelé à être par dix commandements divins.

" Au XII1° siècle, ces commandements furent appelés sephiroths, expression des attributs divins qui resteront éternellement dans un canevas traditionnel jusqu'à ce que Dieu les fasse évanouir avec le néant dans l'abîme du néant absolu. Cette définition est à méditer car elle explicite toute la finalité du monde suivant la religion hébraïque. Avec l'aide du Zohar essayons de comprendre ces Séphiroths.

Ils furent désignés comme dix nombres dans le Livre de la formation (Sefer Yetsira); Le Zohar décrit les séphiroths comme des signes immergés dans les profondeurs de Kéter, la première Séfira. La Séfira peut être l'ensemble des dix termes essentiels de la pensée cabaliste, mais aussi Kéter l'inaccessible, nous verrons cela plus loin.

Les arbres séphirotiques, bien que relevant d'un même schéma, peuvent présenter diverses applications représentées par différentes interprétations de l'arbre, mais nous n'aborderons pas ce problème qui reste décidément du domaine rabbinique. Les séphiroths sont éventuellement substances ou émanation de la divinité et la divinité est déployée en elles :

 " Elles sont la force sans limites dans la limite. " Ce sont des entités vivantes mais sans aucun statut philosophique, elles nomment la vie divine et travaillent dans l'incommensurable à donner des limites à son excès, bref à canaliser le débordement 193 de l'incommensurable sans jamais l'empêcher.

Les Séphiroths sont ordinairement dix : - Kéter : la couronne co-extensive au En-Sof, est décrite comme l'air qui environne. Elle désigne l'ouverture, le par delà de toute mesure ; Kéter est la première Séfira. Elle est source des sources, tête blanche située au sommet de l'arbre des Séphiroths et totalement inaccessible. Kéter coexiste avec En-Sof, mais n'est pas une émanation de celui-ci. Si nous nous référons à la représentation séfirotique, Kéter est assimilable par analogie au G, mais non pas au Vénérable Maître comme d'aucuns l'ont décrit. Au centre de l'étoile flamboyante, Kéter coextensif de la divinité est omniprésent en Loge. - Hokhma, la sagesse : issue de la précédente, mais y étant incluse sous d'infimes traces, c'est Hokhma qui est au commencement des Séphiroths et au commencement des influx qui nourriront les hommes.

 Et là est la représentation du Vénérable Maître, qui donne la lumière aux travaux de la Loge. Cette séfira, appelée Père, émet une source de lumière et se nomme également pensée ou volonté. - Bina, ou discernement ou toute intime, ou la voix qui unie à Hokhma est souvent appelée mère et est la dernière des trois Séphiroths de tête coiffant les sept autres comme le toit d'une maison. Hokhma au sud et Bina au nord sont en résonance mais émettent deux lignes de force. La ligne de droite provenant de Hokmah parviendra à Malkhout en passant par Hessed et Netsah. La ligne de gauche part de Bina en passant par Guevoura et Hod, mais il existe une ligne centrale qui ira de Kéter à Tiffereth en étant relayée par Daat (la connaissance), autre ligne de mise en tension entre Hokhma et Bina.

L'interaction, la mise en tension est évidente et les points d'origine sont les deux piliers principaux, nord et sud, 194 procédant de l'immatériel (Bina) et de la sagesse (Hokhma). La signification ésotérique en est donnée par la planche 3 et par les explications suivantes. Bina donne ainsi la première, l'accès au connaître, mais étant l'intelligence immatérielle ne peut être représentée en Loge et forme le quatrième pilier absent. - Hessed ou Sud, chaleur, couleur blanche, est le bras droit de l'arbre séfirotique, elle est générosité, don et récompense. - Guevourah, ou rigueur, est le bras gauche de la divinité appelée Nord. De couleur rouge, c'est d'elle que vient la punition, la justice qui châtie.

Ne peut-on ainsi assimiler la colonne nord, celle de gauche, procédant de Binah, à la colonne que dirige le second Surveillant, chargé de l'instruction des Apprentis et seul juge des récompenses accordées à ceux-ci. Elle est la colonne de l'étude silencieuse et introspective, et la colonne Sud, couronnée par Hessed au midi, celle du premier Surveillant qui accorde en force, la gloire de la maîtrise. - Tif.feret, peut se traduire par beauté, magnificence. C'est l'aspect masculin de la divinité, parfois nommée soleil ou degré de Jacob. Réunie par la voie centrale à Kéter, voie centrale appelée corps, elle résume et intègre les six Séfiroths inférieures. Tifferet aboutira à Yessod. - Netsah, triomphe, caractérisée comme jambe droite des Sefiroths, elle se rencontre cependant parfois à gauche c9) dans certaines variantes interprétatives. - Hod, retentissement ou huitième Séfira, forme le triangle inférieur avec Hessed ou Yessod (la base). - Yessod ou fondement, récolte l'ensemble des influx provenant des Séphiroths et les introduit dans le Malkhout. Son synonyme le plus fréquent est le juste. 195 - Malkhout ou règne, est le conducteur et souverain du monde, aspect féminin de la divinité elle agit par le biais de Yessod. Le thème du Zohar est l'union de Tiffereth et Malkhout ou l'union du ciel et de la terre, thème cher au grade de Maître en Franc-Maçonnerie.

Non seulement la position des Séphiroths est remarquable, mais aussi " le fait de la division trinitaire qui imprime un caractère particulier à leur essence métaphysique. " Ce mouvement est une conséquence de la loi des contraires, constituée par deux extrêmes et un moyen, c'est-à-dire deux opposés et un médiateur.

Comme nous l'avons déjà dit, à l'origine les Séphiroths étaient trois : la couronne, la sagesse et la base, ou la couronne, la pensée et le fondement, le fondement étant ce par quoi les Séphiroths agissent sur l'univers. L'arbre Séphirotique a été traduit de tous temps par les kabbalistes en visions plus ou moins anthropomorphiques et, par exemple, dans le Livre de la Splendeur qui date du XII1° siècle, une approche très anthropomorphique influença les kabbalistes notamment du XVIIe et XVIIIe siècle.

La description en est inversée et débute par le monde (Malkhout); l'arbre est donc à l'envers des descriptions usuelles. Ceci donne la représentation suivante. 196 Kether l '"' Séphire Com111e11ceme11t des tourbillons union avec Dieu Binah 3' Séphire Satume (Al'Aql) visùm de douleur Guebourah 5' Séphire Mars (A.l Walun) vision de puissance Hod 8' Séphfre Mercure (Al Fikr) vision de splendeur Yesod 9' Sépldre La Lune (An Nafs) vision du mécanisme de l'Univers Malkouth J(l Séphire Splzère des éléme,its, la Terre Expérience spirituelle connaissance et conversation du saint Ange gardien H'omah 2• Séphire Le zodiaque (Ar Ruh') vision de Dieu H'esed 4' Séphire Jupiter (Al Himmah) vision d'amour Netzah' 7' Séphire vision de beauté triomphrmte 197

 Ainsi nous devinons que la conception des Séphiroths est multiple, sujette à d'interminables discussions assez stériles, mais qui peuvent se résumer à deux conceptions principales dont la plus fréquente, extensive et traitant de l'arbre des quatre mondes, les deux mondes centraux faisant trait d'union entre l'éternel et le temporel, entre le divin et l'univers, semble bien répondre à toutes les questions quant à l'origine des piliers, candélabres, position des officiers dignitaires 

L'ensemble des Séphiroths peut être considéré comme un véhicule vivant qui a évolué pendant des millions d'années et est basé sur des principes qui, bien qu'en relation avec les conditions terrestres, prennent leurs racines dans les archétypes qui gouvernent notre existence. Pour la Kabbale, le monde peut être décrit comme quadruple : émanation, création, formation et action.

Le premier Monde (Exodus 26) est blanc, et sa radiance revêt les différentes formes d'Ayin ou Ehyeh qui, par les Elohims, est relié à Kéter, première manifestation du monde bleu.

Le second monde, le ciel (Beriah) lequel à son tour donne naissance à une colonne du nord où siègent l'intellect passif, l'émotion passive, tandis qu'au sud, se lient l'intellect actif, l'émotion active, et que par le centre s'écoule une filiation de connaissance, de personnalité (ego) formant le troisième monde rouge de sang et de terre (Asiyayh), union du ciel et de la terre, pour en arriver au quatrième monde, celui de l'Occident, union réalisée et représentant la matérialité du corps.

L'homme possède ces quatre mondes en lui-même dans les degrés correspondant à la divinité, l'esprit, le psyché et le corps. Ce microcosme contenant l'image de la divine présence gît en nous-mêmes par cette hiérarchie des quatre mondes et l'échelle de Jacob est le symbole de la quasi inaccessibilité à la perfection.

198 Comme nous le disions au début, Avignon, et peut-être Marseille, abritaient des écoles kabbalistes et il est dit notamment par Thory et Gould que les écoles de philosophie imprégnaient fortement les travaux des Loges écossaises philosophiques.

 Nous n'iront pas jusqu'à dire comme Thory que le rite " a toujours été mystérieux quant à ses origines" et de faire remonter celui-ci à Ashmole (1622), quoiqu'il soit évident que la Kabbale, comme l'alchimie spéculative jouèrent un rôle important dans le dessin, la conception et les travaux tant de ce rite, que de tous les rites. A nous de méditer et étudier cette éventualité rayonnante.

En aucune manière, je ne puis affirmer que cette théorie sur une des origines du rite soit exacte. Je trouve simplement que les similitudes sont assez frappantes pour qu'un lettré, autrement qualifié que le touche-à-tout que je suis, se penche un jour sérieusement sur ce concept.

 De toute façon, il n'est pas inutile pour un jeune Maître Maçon de posséder des rudiments d'une science sacrée pour des millions d'hommes. 199 BIBLIOGRAPHIE - GOLD, History of Freemasonry, vol. 5. - THORY (C.E.), Histoire de la fondation du Grand Orient de France, Paris, 1812. - Sefer Bahir, collection les 10 paroles, éd. Verdier, 1989. - Zohar, éd. Verdier, Paris, 1989. - SHIMON HALEVI (Zev Ben), Kabbalah, pp. 5-7, Theanes and hudson, London, 1979. - Zohar, vol. 2, pp. 23-27, éd. Verdier, Paris. - Zohar, vol. 2, pp. 23-29, éd. Verdier, Paris. - Rite Écossais Philosophique, Catéchisme d'Apprenti, Marseille, Avignon, Bruxelles. - Zohar, vol. 1, p. 122, éd. Verdier, Paris. - SEROUYA (Henri), La Kabbale, p. 252, éd. Grasset, 194

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Rite Ecossais Philosophique Souverain prince Rose-Croix

Publié le 3 Juin 2026 par T.D

Le rituel de l'ordre du Chevalier de l'Aigle noir ou Souverain prince Rose-Croix débute par un aperçu historique qui mérite d'être intégralement reproduit :

« Tout bon maçon instruit des mystères de l'Ordre, possédant les hauts grades, doit s'être imaginé que la maçonnerie a un but qui doit encore exister, que le travail ne portait pas seulement à élever des édifices au vrai Dieu, qu'il ne se bornait pas non plus aux seules vertus morales ; quelque autre motif avait donné naissance à un ordre aussi sublime ; oui, mes TT. CC. FF., la vraie philosophie connue et mise en pratique par le roi Salomon, c'est la base sur laquelle la maçonnerie est bâtie ; cet homme doué de sapience et le plus sage des rois de son temps, ne pouvant travailler seul, choisit dans ses États un nombre de sujets selon son coeur; il se les attacha par les bienfaits en les regardant comme ses ff et les initia dans les secrets les plus cachés de l'art kabbalistique ; qu'il serait à souhaiter, mes TT. CC. FF que cet art nous fût parvenu dans toute sa clarté; mais nos anciens maçons, soit par prudence ou par d'autres raisons, nous ont caché les points les plus importants de cet art divin sous des types qui ne présentent que des énigmes ; heureux celui d'entre nous qui sera assez laborieux pour faire, par ses recherches et son travail, la découverte de ces sublimes vérités, il pourra être assuré d'avoir trouvé la vraie félicité à laquelle un mortel puisse aspirer, car sa santé sera conservée, ses jours prolongés et ses moeurs exemptes d'être corrompues par les vices où l'indigence et l'infirmité ne conduisent que trop l'espèce humaine.

 Réfléchissons, mes TT. CC. FF sur tous les objets qui vous auront affectés dans les différents grades par où vous aurez passé, et vous verrez que c'étaient autant de signes et de mystères dont vous deviez un jour avoir la clef, c'est-à-dire apprendre au vrai à quoi ils devaient s'appliquer.

« Cet éminent grade les renferme tous, il en fait l'analyse, il vous présente du travail à entreprendre; c'est à vous, TT. CC. FF à entrer dans sa carrière munis de l'amour de la vérité et de la persévérance. Ce grade, qui compte un ordre de parfaits maçons, a été mis en lumière par le F Qui l'a tiré du trésor kabbalistique du Docteur et Rabbin Néamuth, chef de la synagogue de Leyde en Hollande, qui en avait conservé les précieux secrets et le costume ainsi qu'on va voir les uns et les autres dans le même ordre qu'il les a mis dans son Talmud mystérieux. »

Plus loin on explique que si les Chevaliers de l'Aigle noir sont appelés Rose-Croix ,c'est parce que « Raymond Lulle grand maçon et philosophe hermétique, ayant trouvé par la science kabbalistique le vrai salut de vie par le mariage des six métaux, il en composa un parfait appelé or ; il le présenta au roi d'Angleterre qui en fit fabriquer de la monnaie, où d'un côté était une croix symbole des quatre éléments, et de l'autre une rose, symbole du triomphe du Travail et le prix des sages, l'épine n'appartenant qu'aux vrais trompeurs et aux sots.

Raymond Lulle fut fait chevalier et, depuis lui, tous ceux qui travaillent à la science kabbalistique ou art royal sont appelés chevaliers Rose-Croix.

« Ce sublime grade est en vénération dans toutes les cours du Nord et en Prusse, où le souverain en est le protecteur et le GM C'est pour cela qu'il lui a même donné le nom d'Aigle noir comme roi des oiseaux et le seul fait pour voler au devant du soleil et en fixer la lumière.

« Le but de ce grade est la science sublime des connaissances de la nature et d'en tirer un travail utile au genre humain, soit dans la purification des métaux imparfaits pour les transmuer en or, seule production parfaite de la nature et comme telle l'emblème de la divinité qui n'a en soi ni impuretés, ni commencement, ni fin ; aussi l'or se trouve-t-il toujours en même poids et valeur dans tel feu que vous puissiez le mettre ; c'est aussi le fond du mystère de la salamandre qui vit dans le feu et du phénix qui renaît de ses cendres. Il n'est point ici compris parmi les six autres impurs parce que physiquement il est tout esprit et par ce moyen est incorruptible.

 De ce métal pur et rendu potable vous en tirez magnétiquement la médecine universelle, dont l'existence ne peut se nier, attendu tout ce qui est dit dans l'Écriture sacrée et dans tous les philosophes hermétiques et notamment (Le diadème des sages, 1782), par le premier but de l'association des chanoines de Paris et autres officiers ecclésiastiques qui sont venus après les druides ou prêtres des anciens Gaulois, desquels ils tenaient cette science par tradition, ce qui se trouve aisément dans les annales de Paris.

« Ces ecclésiastiques qui, suivant les anciens apôtres, étaient médecins des corps et des âmes, soignaient les malades et les traitaient avec beaucoup d'humanité et de charité. Ce qui était admirable, c'est qu'ils guérissaient toutes les maladies et infirmités (si Dieu n'en ordonnait autrement) par des remèdes naturels, dont ils avaient la connaissance philosophique acquise par l'usage et l'étude de la sage nature qui les fournit en profusion à ceux qui sont ses scrutateurs, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des secours étrangers, impuissants et destructeurs.

C'est pourquoi ils avaient leur école de médecine près de leur église, rue de la Bûcherie, laquelle existe encore aujourd'hui. Et comme l'amour de Dieu et du prochain faisait tout leur devoir et leur mérite, en ces temps de sagesse et de simplicité, ils obtinrent de faire construire près d'eux un hôtel de charité, où l'on apportait, recevait et traitait les infirmes et malades avec tous les soins et secours dont par esprit d'institution et d'état ils étaient capables, et s'en faisaient un point essentiel de religion.

 Ils opéraient des cures et guérisons miraculeuses et si surprenantes que cet hôpital d'infirmerie fut alors appelé Hôtel de Dieu et par corruption Hôtel Dieu, ainsi qu'on peut le voir dans Nicolas Flamel ».

Nous sommes entrés dans tous les détails qui accompagnaient les initiations et nous avons choisi la plus curieuse d'entre elles ; nous avons également donné in extenso le type d'un balustre tel qu'il était d'usage d'en prononcer, afin que le lecteur puisse se rendre compte de la phraséologie amphigourique alors en usage, et enfin qu'il soit un exemple des formules employées pour faire allusion au mystère de la création.

 Nous en avons assez dit précédemment pour qu'il soit inutile d'insister sur l'étoile flamboyante et la parole perdue.

Nous allons voir maintenant comment on ouvrait un chapitre et comment se faisait la réception d'un aspirant Rose-Croix.

 

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MESA

Publié le 2 Juin 2026 par T.D

Le rituel que nous présentons ici est tiré du manuscrit 5922/2 de la Bibliothèque de la ville de Lyon. Ce manuscrit est l'unique témoin connu du quatrième grade tel qu'il fut rédigé après le Convent de Wilhelmsbad de 1782, selon les directives arrêtées par le Convent.

Auparavant était en usage en France le rituel approuvé par le Convent des Gaules de 1778. Ce rituel correspondait en gros à tout ce qui, dans le présent texte, se trouve avant le quatrième tableau de la Nouvelle Jérusalem. Y manquaient donc ce dernier tableau, avec la figure de Saint André, et les explications qui les accompagnent, ainsi que l'instruction finale qui récapitule l'ensemble de la Maçonnerie Symbolique. Ce sont là, essentiellement, les éléments qui furent ajoutés à la suite de Wilhelmsbad.

Il est bien connu que le Convent n'avait approuvé ‑ pour tous les grades d'ailleurs ‑ que des esquisses des rituels qui devaient être rédigés ultérieurement. Les phases succes­sives de cette rédaction ont été retracées par Jean‑Baptiste Willermoz dans une lettre à Charles de Hesse du 10 Septembre 1810, lettre qui a été publiée par Emile Dermenghem dans les Sommeils[1], et dont il est intéressant de citer ici les principaux passages relatifs au quatrième grade. Willermoz écrit :

“ Votre Altesse se rappelle sans doute que le temps que les députés au Convent Général pouvaient accorder pour la durée de cette assemblée étant insuffisant pour perfection­ner la multitude des travaux projetés, on s'occupa d'abord des plus importants ; on se borna ensuite à esquisser la réforme des grades symboliques et des deux de l'Ordre Intérieur. ( ... ) Les bases du quatrième grade furent aussi arrêtées[2], et Votre Altesse me confia personnellement les instructions et l'esquisse du tableau figurant la Nouvelle Jérusalem et la montagne de Sion surmontée de l'Agneau triomphant, le tout écrit de sa propre main et adopté par le Convent pour me diriger dans cette partie du travail. ”

Willermoz expose que la rédaction définitive des rituels avait été confiée à “ une commission spéciale prise dans le sein de l'assemblée parmi les frères d'Auvergne et de Bourgogne connus pour les plus instruits (…) avec la faculté de s'adjoindre, à Lyon et à Strasbourg, les frères qu'ils jugeraient les plus capables de leur aider à perfec­tionner ce grand et important travail ”. Mais “ cette commission, divisée en deux sections à cent lieues de distance l'une de l'autre, reconnut dès la première année de 1783 que les communications par correspondance de chaque parcelle du travail prolongeraient son ensemble pour bien des années ; on chercha donc les moyens de parer à cet inconvénient. Les frères de Bourgogne, pleins de confiance envers ceux d'Auvergne, qui offraient à Lyon un plus grand nombre d'hommes capables qu'à Strasbourg, engagèrent ceux‑ci à se charger de l'ensemble de l'ouvrage, sauf la communication à leur donner de chaque partie avant qu'elle fût définitive­ment arrêtée ; c'est sur ce plan que tout le travail fut exécuté ”. C'est donc sur les frères lyonnais autour de Willermoz lui‑même que reposa à peu près entièrement le travail de rédaction.

Le rôle de charnière que joue le quatrième grade entre la Maçonnerie Symbolique et l'Ordre Intérieur amènera les commissaires, après avoir rédigé les trois premiers grades, à achever d'abord les deux de l'Ordre Intérieur, et à réserver pour la fin la rédaction du quatrième, comme Willermoz l'explique très clairement :

“ Après la révision des trois premiers grades symboliques, il paraissait convenable de faire celle du quatrième, ce qui aurait complété cette classe et en aurait accéléré la publication. Mais la commission, se rappelant que le Convent avait considéré ce quatrième [grade] comme intermédiaire entre le Symbolique et 1’Intérieur, comme le complément du premier et préparatoire au second, enfin comme le point de liaison des deux classes, crut devoir en suspendre la révision, et faire auparavant celles des deux rituels de Noviciat et de Chevalerie ; ces dernières n'exigeant point un travail ni long, ni difficile, et n'ayant plus besoin que d'être perfec­tionnées. Ceux‑ci étant finis, la commission entreprit le travail du quatrième dans les vues qui avaient été apportées de Wilhelmsbad, elle s'en occupa longtemps avec une grande attention, sentant toute l'importance du travail qui lui était confié. Il était très avancé et presque fini lorsque les Etats Généraux de France furent convoqués ”.

Les événements révolutionnaires allaient empêcher l'achèvement du travail. Willermoz poursuit :

“ Plusieurs membres de cette commission, jouissant d'une réputation distinguée, et appartenant aux trois ordres politiques, furent élus pour se rendre à cette assemblée[3]; leur départ, faisant un grand vide dans la commission, fit suspendre le travail jusqu'à un temps plus favorable pour le reprendre, et ce temps n’est pas revenu. Elle remit entre mes mains tout ce qu'elle avait fait, ainsi que tous les renseignements, instructions et tableaux qui avaient été fournis par le Convent et par Votre Altesse, et j'en suis resté constamment dépositaire jusqu'à ce jour. ”

Willermoz raconte ensuite dans quelles circonstances il a été amené à achever le travail interrompu :

“ J’ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini du quatrième grade de Maître Ecossais, avait été forcément suspendu en 1789 ; que la commission qui en avait été chargée avait remis entre mes mains, en se séparant, tout ce qui était nécessaire pour l'achever, et que cette lacune dans la totalité de la révision générale avait donné lieu à beaucoup d'instances faites de tout côté, que je n'avais pu satisfaire, n'osant pas prendre sur moi seul de compléter ce travail. Vingt années se sont écoulées en cet état ; mais, l’année dernière, après la grande maladie que j'essuyai, me voyant resté seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le Régime Rectifié n'était pas remplie avant ma mort, j'osai entreprendre de la faire. Ce rituel a été publié dans les loges réunies de France vers la fin de 1809. ”

On voit donc que, selon Willermoz, c'est seulement en cette année 1809 que la rédaction définitive du grade a été achevée. On peut alors se demander si le texte du manuscrit 5922/2 nous fournit cette rédaction définitive, ou seulement une rédaction partielle antérieure. A cette question on peut répondre avec assurance que nous sommes bien en présence de la rédaction définitive. Outre qu'on ne voit guère quels compléments pourrait encore appeler le texte tel qu'il est, une autre lettre de Willermoz dissipe tous les doutes que nous pourrions avoir à ce sujet. Cette lettre a été publiée par Pierre Chevallier[4]. La première page en étant perdue, elle ne peut pas être datée avec certitude, mais Pierre Chevallier a montré qu'elle ne pouvait être antérieure, justement, à l'année 1809. Willermoz y décrit le quatrième grade dans les termes suivants :

“ Nous n'avons chez nous qu'un seul grade supérieur et intermédiaire entre les trois grades bleus et l'Ordre Intérieur, dénommé comme je l'ai déjà dit Maître Ecossais de Saint André.(…) Notre Maître Ecossais retrace et met en action dans sa réception toutes les grandes époques histo­riques survenues au Temple de Salomon et à la nation élue : la destruction, la réédification et la deuxième dédicace de l'un, la captivité, le retour et les combats de l'autre ; car nous ne perdons jamais de vue les révolutions de ce Temple unique, ni le grand emblème du Maître Hiram ; tous ces objets sont mis en scène sous les yeux du candidat par divers tableaux, dont le dernier figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle par Saint André qui quitta son premier maître Jean‑Baptiste pour suivre invariablement Jésus‑Christ ; ici finissent les symboles ”. On pourra juger de la conformité de cette description au texte du rituel donné ci‑après.

Il est difficile de préciser avec certitude ce qui, dans la rédaction finale, remonte aux travaux de la commission d'avant la Révolution, et ce qui doit être attribué au travail ultérieur de Willermoz. Nous inclinons à penser que la plus grande partie du texte actuel était rédigée en 1789, comme Willermoz lui‑même nous y invite en écrivant à Charles de Hesse que le travail était alors “ presque fini ”. Il est même très possible que Willermoz n'ait rédigé en 1809 que l'instruction finale. En 1804, il expédiait à la loge marseillaise de la Triple Union un rituel (malheu­reusement perdu) du quatrième grade, en précisant que ce rituel “ n'a point d'instruction particulière parce que le grade même est rempli de discours explicatifs et instructifs ”[5]. Il ne saurait s'agir ici du rituel de 1778, car alors il y aurait manqué bien plus qu'une instruction particulière pour être conforme aux “ bases ” adoptées à Wilhelmsbad ; il ne peut donc guère s'agir que de la rédaction restée entre les mains de Willermoz en 1789, qu'il n'aura eu qu'à reprendre et à compléter.

A cette instruction finale rédigée par lui en 1809, Willermoz attachait, comme le montre sa lettre à Charles de Hesse, une très grande importance, et nous devons dire que nous partageons son opinion à ce sujet. Privé de la récapi­tulation magistrale des grades symboliques qu'elle comporte, privé d'autre part de ce rappel particulièrement précis et solennel du caractère chrétien du Rite Ecossais Rectifié, en même temps que de son œcuménisme, le quatrième grade ne jouerait pas pleinement son rôle de sommet de la Maçonnerie Symbolique et de préparation à l'Ordre Intérieur, si fortement souligné par Willermoz dans ses lettres. C'est pourquoi il nous paraît absolument essentiel de la faire connaître aux nouveaux Maîtres Ecossais de Saint André.

Nous ne nous sommes pas proposés de donner une édition scientifique du texte, mais de procurer aux Loges Ecossaises un outil de travail aussi commodément utilisable que possible. Dans ce but divers aménagements ont été apportés. En particulier, là où le texte se borne à indiquer que les surveillants répètent une annonce du Député‑Maître, ces répétitions ont été systématiquement explicitées en style direct. Quelques indications pratiques ont été ajoutées là où cela a paru pouvoir faciliter le travail des officiers ou aider au bon déroulement des travaux. Un léger remaniement de la procédure de préparation du candidat, propre à alléger la cérémonie sans en rien ôter d'essentiel a été conseillé, sans qu'on puisse d'ailleurs l'imposer. Enfin l'ordre des chapitres a été quelque peu modifié par rapport au texte original, afin de correspondre au mieux à l'ordre chronologique du déroulement des travaux[6]. C'est dans le même esprit que nous proposons les planches situées à la fin de ce cahier, à titre de modèles de ce que peuvent être les tableaux du grade. Le manuscrit ne donne aucun dessin des tableaux ; nos planches ont été dessinées en suivant aussi rigoureusement que possible les descriptions du texte.

Eques a Corona Caduca

(Eques a Corona Delapsa, pour certains commentaires, notes et propositions de découpage de discours, avec l’accord du DNLERF, pour en faciliter la lecture et l’écoute)


[1] Retranscrite dans le Cahier Vert n° 8 (1986), p. 84-99.

[2] Un “projet d’ébauche pour servir de base au rituel du 4e grade” adopté au Convent de Wilhelmsbad le 28 août 1782 a été publié par J.F. Var dans le même Cahier Vert, p. 56-59.

[3] En particulier Périsse‑Duluc et Millanois, qui étaient à cette époque les plus proches collaborateurs de Willermoz. (Cf. Le Forestier, La Franc Maçonnerie occultiste et templière au XVIIIème siècle, p. 825‑826).

[4] Pierre Chevallier : ‘‘Louis Mathias de Barral, ancien évêque de Troyes, franc‑maçon du Rite Ecossais Rectifié, et un document inédit sur le Rite Ecossais Rectifié (lettre de Jean‑Baptiste Willermoz)’’, Mémoires de la Société Académique de l'Aube, t. 104 (1964‑1966), p. 195‑213.

[5] Lettre de Willermoz à Achard, vénérable de la Triple Union, du 12‑18 prairial an XII, Bibliothèque de la Ville de Lyon, manuscrit 5456.

[6] Cela concerne d'une part la chapitre relatif à la prépa­ration du récipiendaire et, d'autre part, l'instruction finale et l'instruction par demandes et réponses qui se trouvent à la fin du texte original et qui ici ont été placées là où elles doivent être lues.

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Maitre Ecossais de St André(MESA)

Publié le 2 Juin 2026 par T.D

 

1. - L'écossisme.

a ) Le grade de Maître Ecossais de Saint-André ( Rite Ecossais Rectifié ), sous ce nom et sous ceux d' Ecossais et de Maître Ecossais ) qui le désignent aussi, ainsi que le grade de Mâître Parfait de Saint-André qui le dédouble parfois et celui d'Ecossais Vert auquel il a succédé, appartiennent à la famille des grades dits écossais. Famille immense et turbulente, où les avortons, les mort-nés et les stériles abondent, mais dont plusieurs dizaines de membres ont survécu, avec des fortunes diverses, certains s'illustrant; tous issus, sur le continent. du Scotch Mason attesté à Londres en 1733 ( où il engendrera le Royal Arch ) et débarqué en France à la fin de 1743. ( Leur floraison anarchique ne commencera pas avant 1760. )

b ) La documentation se trouve principalement à la bibliothèque municipale de Lyon ( fonds Willermoz ); parmi les nombreux compléments qui nous sont parvenus, citons ceux que conserve la bibliothèque du Grand Orient à La Haye. Très généralement, Cf les bibliographies du Rite Ecossais Rectifié établies par Robert Amadou ( Bibliographie du Rite Ecossais Rectifié , hors commerce ) et Jean Saunier ( Eléments de bibliographie , Le Symbolisme, octobre-décembre 1968, pp. 56-68 ) et surtout la bibliographie à paraître que ces deux auteurs ont compilée er. collaboration. Dès maintenant, il faut signaler, d'un intérêt exceptionnel, par Jean Saunier, Introduction à l'hude du grade de Mâître Ecossais de SaintAndré )) ( J. Saunier et B. Guillermain, Rite Ecossais Rectifié..., [ Paris ]. Chancellerie de l'Ordre ~ 1971 ], pp. 9-55 ). La fervente étude de Charles Montchal, Loge de Saint-André... Origine, histoire, rituels, symboles, Genève, imp. d'Albert Kundig, 1913, tirée à 100 ex. h.c., procure maint renseignement et surtout mainte réflexion utile, mais la critique historique doit s y appliquer.

c ) Le thème général, commun à la plupart de ces grades et où des thèmes adventices furent rattachés avec plus ou moins d'adresse, est celui de la destruction du premier Temple et de sa reconstruction, de l'exil à Babylone et du retour sous Cyrus.

d ) Dans le labyrinthe signalons une fausse piste: I'Ecossais de Saint-André d'Ecosse composé par le baron de Tschoudy en 1765 appartient à la famille écossaise, mais il ne possède pas de rappon direct avec le grade en question.

e ) Autre erreur à dénoncer: les liens déclarés de l'Ecossais Vert et du Maître Ecossais de Saint-André avec l'Ordre de Saint-André du Chardon, où Robert Bruce, en Ecosse géographique cette fois, aurait admis des Templiers réfugiés et, particulièrement, avec la résurgence stuardiste de cet Ordre, peuvent revêtir un fort beau symbolisme, mais ils manquent de fondement historique.

2. - La Stricte ObservanceTempliere.

La Stricte Observance Templière possédait au moins deux grades écossais. L'un d'eux, I'Ecossais Vert, constituait le quatrième grade et ouvrait le deuxième degré des grades du système; il appartenait donc à l'Ordre intérieur, tandis que les trois premiers grades, constituant le premier degré , étaient les grades symboliques qu'on dirait anglais ( Un rituel de ce grade a été publié par Ostabat, Le Symbolisme , juillet-octobre 1971, pp. 226-244. )

La présence de grades écossais dans la Stricte Observance Templière répondrait, selon Alice Joly, à un compromis entre les usages des loges allemandes tels que les avait modifiés l'admission dans l'Ordre des Chevaliers Templiers de Starck et Raven, et ceux des Frères de Strasbourg, attachés à cultiver les Hauts Grades français .

3. - La réforme lyonnaise.

a ) En tout état de cause, la présence de l'Ecossais Vert, guère templariste en effet, étonna les Frères Iyonnais.
En août 1774, ils demandèrent à Weiler, qui venait les rectifer en leur apportant la Stricte Observance Templière, si l'Ecossais Vert relevait bien de l'Ordre intérieur. La réponse fut confirmative.

b ) Au mois de mars 1777, Lut7elbourg proposait que le grade fût ôté de l'Ordre intérieur pour venir couronner le premier degré . Le 28 mars 1777, le Chapitre de Lyon y fit droit; il pratiquera désormais quatre grades symboliques: Apprenti, Compagnon, Mâître et Ecossais Vert.
Le 25 avril de la même année, le Grand Directoire d'Auvergne déférant aux intentions du Sérénissime Frère Grand Supérieur de l'Ordre, notifiées par le Très Révérend Frère de l'Arc, Commissaire Général, le 4 avril et à l'invitation du Très Révérend ~rand Chapitre Provincial de Bourgogne d'adhérer à sa délibération du 18 mars dernier, et vue la cessation des motifs qui ont empêché jusqu'à présent les provinces de France de s'assimiler à celles d'Allemagne et autres de l'Ordre concernant le grade d'Ecossais Vert, a confirmé unanimement ses délibérations précédentes faites en Directoire Ecossais et notamment celle du 28 mars à ce sujet.

En conséquence, il a arrêté qu'à compter de ce jour le grade d'Ecossais Vert serait rendu ostensible dans toutes les loges réunies du district sous la simple dénomination d'Ecossais ainsi que le tablier, ruban et bijou affectés à ce grade; qu'il serait joint aux trois premiers grades et ferait le complément de la maçonnerie symbolique; que néanmoins il ne serait jamais conféré que par le Directoire ou avec sa permission par écrit aux Frères de son district, ou a~ec la permission par écrit de celui auquel ils appartiendront, en se corformant à la délibération et aux règlements qui y sont joints, détaillés dans le protocole de ce jour aux registres du Directoire Ecossais séant à Lyon, dont copie sera envoyée au T.R.F. de l'Arc ainsi que du tableau ostensible des membres du Directoire qui suit ladite délibération .( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon mss 5 481, p. 8 ).

c ) Lors de la 8e séance du Convent des Gaules, le 5 décembre 1778, Willermoz ayant fait savoir combien le grade d'Ecossais Vert, moitié symbolique, moitié appartenant à l'Ordre intérieur, avait été juqu'ici peu satisfaisant, le Convent, en le détachant des Hauts Grades, le déclara quatrième grade symbolique et a approuvé le plan de réforme proposé par ce Frère, qui a été exhorté à le rédiger sur cet aperçu, et à présenter son travail, lors de la rectification des grades symboliques.

En conséquence de quoi, I'Ecossais ( Vert ) fut rebaptisé et, déplacé, son rituel fut modifié et le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées de France, de 1778, édicta au Chapitre X: La maçonnerie rectifiée ne reconnait que quatre grades, savoir: ceux d'Apprenti, de Compagnon, de Maître et de Maître Ecossais. Tous les autres grades, sous quelque dénomination qu'ils soient connus, principalement toute espèce d'élu, de chevalier KS [ sc. Kadosch ] et des grades qui leur ressemblent, sont expressément défendus dans toutes les loges réunies, sous les peines les plus graves, comme dangereux et contraires au but et à l'esprit de la FrancMaçonnerie.

4. - A Wilhelmsbad.

Ce point, comme tant d'autres, fut entériné au niveau du Régime par le Convent de Wilhelmsbad en 1782, dont le recès porte, chapitre IV: Et comme dans presque tous les Régimes, il se trouve une classe écossaise, dont les rituels contiennent le complément des symboles maçonniques, nous avons jugé utile [sur son exemplaire imprimé, conservé à la B.M. de Lyon, Willermoz a porté ici la correction manuscrite: ou nécessaire ] d'en conserver une dans la nôtre, intermédiaire entre l'Ordre symbolique et intérieur; avons approuvé les matériaux fournis par le comité des rituels et chargé le R $ F $ ab Eremo ( Willermoz ) . [ W. a d'abord ajouté après ce dernier mot: aîné, puis il a biffé son titre, son nom d'Ordre et son patronyme et écrit en place: I'un de ses membres ] d'en faire rédaction. ( Ex. imprimé, annoté à la main par Willermoz, B.M. Lyon, mss 5 458, pièce 2bis, p. 5 ).

Willermoz ne faillit point à la tâche.

II. - ORGANISATION.

1. - Ainsi le Maître Ecossais de Saint-André, qui s'appela d'abord Maître Ecossais sans autre, est, dans le Rite Ecossais Rectifié, et n'importe ses origines et ses apparentements historiques, un grade symbolique ( puisqu'il est maçonnique stricto sensu ); mais un grade vert et non pas bleu . Il complète, parfait le grade de Maître Maçon ( à l'instar du Royal Arch sur une branche collatérale du Scotch Mason ancestral ).

2. - Entre la Maîtrise et la réception du quatrième grade, un délai d'un an est requis. Le Maître Maçon qui souhaite, toutes conditions étant remplies d'ailleurs, accéder au dit grade, en fera la demande au Député-Maître de la Loge Ecossaise.

3. - Les marques distinctives des Maîtres Ecossais sont: ler un Tablier de peau blanche, coupé en carré, long en travers, ainsi que la bavette, qui sera doublée de taffetas vert, la bavette rebordée couleur de feu; 2è un cordon vert à gros grains moiré de la largeur de deux pouces et demi, avec une rebordure de trois lignes en couleur de feu, sur le bord extérieur seulement, avec une petite rosette aussi couleur de feu au bas; 3è le bijou du grade en vermeil, qui sera suspendu sur la poitrine par le cordon passé au col en sautoir, et qui y sera attaché par un petit ruban couleur de feu. Ce bijou sera une étoile flamboyante à six pointes, formant un double Triangle avec le lettre H au milieu entre le Compas et l'Equerre sur un fond en couleur de feu. Cette étoile sera entourée d'un cercle surmonté d'une couronne. ( Code ... de 1778, Article X. Sur son exemplaire imprimé, Willermoz avait note en marge: Ce bijou sera changé dans le nouveau rituel du quatrième grade. B.M. Lyon mss 5 458, pièce 2 ).


4. - La Loge Saint-André n'est point permanente ni délibérante; elle n'a point de caisse propre à elle, elle n'existe que temporairement et seulement pour des cas de réception, de scrutin et d'instruction de nouveaux reçus. Elle est placée sous la dépendance d'une Préfecture ( c'està-dire de l'Ordre intérieur ) ou d'une Commanderie désignée par le Directoire, ou sous la dépendance immédiate de celui-ci ( c'est-à-dire, d'une façon ou d'une autre, sous la dépendance de l'Ordre intérieur ).
Le Député-Mâître est un dignitaire inamovible de l'Ordre nommé par la Grande Loge Ecossaise dont il reçoit ses provisions et instructions.

5. - Au Rite Ecossais Rectifié, le conseil d'administration de la loge n'est pas constitué par le Collège des Officiers mais par le Comité Ecossais, c'est-à-dire l'ensemble des Maitres Ecossais de la loge, qu'ils en soient ou n'en soient pas officiers, siégeant sous la présidence du Vénérable Mâître, lequel doit obligatoirement être Maître Ecossais.


III. - RlTUELS.


1. - Au Convent des Gaules.

a ) En 1778, affirmera Willermoz, trois ans plus tard, ( lettre à Charles de Hesse-Cassel, du 12 octobre 1781 ), on jugea qu'il conviendrait de conserver dans le quatrieme grade les principaux traits caractéristiques des divers écossismes de la Maçonnerie française pour servir un jour de point de rapprochement avec elle. Et il est vrai que le thème commun aux grades écossais sous son aspect particulier d' exploration des ruines du Temple par les Croisés Ecossais portant l'épée d'une main et la truelle de l'autre ( Le Forestier ), ce thème ainsi particularisé s'y retrouve. La juxtaposition de la truelle et de l'épée correspond parfaitement à un grade qui annonce le passage de la Maçonnerie symbolique ( par définition ) à l'Ordre intérieur, à l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte proprement dit ( quoique la Maçonnerie symbolique, à quatre grades, et les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte constituent ensemble le Rite Ecossais Rectifié, la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée au sens large ).
Le mot sacré et le mot de passe restèrent ceux de l'Ecossais Vert. Ils le sont encore.

b ) - Le Convent des Gaules dans sa 17è séance, le 9 décembre 1778, approuva le rituel et les instructions des grades symboliques de Compagnon, de Maître et de Maître Ecossais, dont Willermoz avait fait lecture.

2. - Au Convent de Wilhelmsbad.

Au Convent de Wilhelmsbad, Willermoz présenta l'esquisse d'une autre version qui fut adoptée, le 26 août 1782, en même temps que le texte des trois premiers grades.

3. - Après Wilbelmsbad.

a ) Le reste de l'histoire a été racontée par Willermoz lui-même dans sa lettre du 10 septembre 1810 au prince Charles de Hesse-Cassel. L'affaire a été si embrouillée et elle importe tant, que mieux vaut en citer tout du long les fragments pertinents. ( Cette lettre a été publiée in extenso ap. Steel-Maret, ps. Bouchet et Boccard, Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie. Collège métropolitain de France à Lyon. IIè province dite d'Auvergne 1765-1852, Lyon, Librairie de la Préfecture, 1893, pp. 3-15; rééd. augmentée, par Amadou et Saunier, à paraitre ).

A Wilhelmsbad, les bases du 4è grade furent aussi arrêtées, et Votre Altesse me confia personnellement les instructions et l'esquisse du tableau figurant la nouvelle Jérusalem et la Montagne de Sion surmontée de l'Agneau triomphant, le tout écrit de sa propre main et adopté par le Convent pour me diriger dans cette partie du travail. Les rituels français de Novices et de Chevaliers furent aussi pris pour base de la révision de cette classe.
Cette Commission [ sc.Ia Commission spéciale pour la rédaction des rituels prise dans le sein de l'Assemblée parmi les Frères d'Auvergne et de Bourgogne ] divisée en deux sections à cent lieues de distance l'une de l'autre, reconnut dès la première année de 1783 que les communications par correspondance de chaque parcelle du travail prolongeraient son ensemble pour bien des années, on chercha donc les moyens de parer à cet inconvénient. Les Frères de Bourgogne pleins de confiance envers ceux d'Auvergne, qui offraient à Lyon un plus grand nombre d'hommes capables qu'à Strasbourg, engagèrent ceux-ci à se charger de l'ensemble de l'ouvrage; sauf la communication à leur donner de chaque partie avant qu'elle Mt définitivement arrêtée; c'est sur ce plan que tout le travail fut exécuté [...]
Quoi qu'il en soit, après la révision des trois premiers grades symboliques il paraissait convenable de faire du 4è, ce qui aurait complété cette classe et en aurait accéléré la publication.
Mais la Commission se rappelant que le Convent avait considéré ce 4è comme intermédiaire entre le symbolique et l'intérieur, comme le complément du premier et préparatoire au second, enfin comme le point de liaison des deux classes, crut devoir en suspendre la révision, et faire auparavent celles des deux rituels de noviciat et de chevalerie; ces derniers n'exigeant point un travail ni long, ni difficile et n'ayant plus besoin que d'être perfectionnés. Ceux-ci étant finis, la commission entreprit le travail du 4è dans les vues qui avaient été apportées de Wilhelmsbad, elle s'en occupa longtemps avec une grande attention, sentant toute l'importance du travail qui lui était confié. Il était très avancé et presque fini lorsque les états généraux de France furent convoqués. Plusieurs membres de cette commission jouissant d'une réputation distinguée, et appartenant aux trois Ordres politiques, furent élus pour se rendre à cette assemblée; leur départ faisant un grand vide dans la commission, fit suspendre le travail jusqu'à un temps plus favorable pour le reprendre et ce temps n'est plus revenu. Elle remit entre mes mains tout ce qu'elle avait fait ainsi que tous les renseignements, instructions et tableaux qui avaient été fournis par le Convent et par Votre Altesse, et j'en suis resté constamment dépositaire jusqu'à ce jour.
Les provinces informées que l'ouvrage était très avancé et qu'il laissait une grande lacune dans la rectification générale qui avait été annoncée, ne cessèrent de réclamer la confection et l'envoi de ce 4è, mais il ne fut pas possible de les satisfaire; car la divergence des opinions politiques ne tarda pas bien longtemps à diviser partout les esprits. Celui de discorde vint bientôt souffler son poison dans les loges comme partout ailleurs; celles du régime rectifié, plus fermes dans les principes, résistèrent plus longtemps que les autres, mais furent ensuite entrâînées par le torrent. Les Frères Grands Profès disséminés çà et là réunirent leurs forces, soutinrent courageusement les chocs et firent tête à l'orage le plus longtemps qu'il fut possible; mais à leur tour, ils furent accablés.[...]
J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini au 4è grade de Mâître Ecossais, avait été forcément suspendu en 1789; que la Commission qui en avait été chargée avait remis alors entre mes mains, en se séparant, tout ce qui était nécessaire pour l'achever, et que cette lacune dans la totalité de la révision générale avait donné lieu à beaucoup d'instances faites de tous côtés, que je n'avais pu satisfaire, n'osant prendre sur moi seul de compléter ce travail. Vingt années se sont écoulées en cet état; mais l'année dernière après la grande maladie que j'essuyai, me voyant rester seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le Régime Rectifié n'était pas remplie avant ma mort, j'osai entreprendre de le faire. Il ne restait qu'à lier les différentes parties du rituel et à mettre la dernière main aux explications des tableaux et aux instructions de ce grade. Ce rituel a été publié dans les loges réunies de France vers la fin de 1809; et il a été accueilli partout avec la plus grande satisfaction; je regrette seulement que le défaut de copistes ne m'ait pas permis de le communiquer encore à tous les établissements maçonniques qui le demandent.

b ) En outre, des versions provisoires furent mises en circulation, dès après le Convent de Wilhelmsbad et ainsi se rencontre un rituel de 1784-1785, dit de 1785.

c ) La liste des principaux rituels connus du Mâître Ecossais de Saint-André s'établit donc comme suit:

- Rituel du Convent des Gaules ( 1778 ); grade de Mâître Ecossais, trois tableaux seulement ( Saint-André est absent du titre comme du rituel où, postérieurement, il figurera sur un quatrième tableau ).

- Rituels postérieurs à Wilhelmsbad: I'un de 1785, I'autre, version révisée de celui-ci, de 1809-1810, tous deux ne comportant qu'un grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André ( je souligne ) et quatre tableaux ( Saint-André apparaît et apporte le baptême, la confirmation et l'homélie...).

- Rituel du Grand Orient de France ( 1911 ): encore un seul grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André; le quatrième tableau devient un tapis d'Ordre et après la christianisation, c'est la déchristianisation.

- Rituel de Genève ( 1893-1894 ): le 29 novembre 1893, il dédouble le grade de Mâître Ecossais de Saint-André et Mâître Parfait de Saint-André; quatre tableaux; le texte de l'instruction est altéré. Les deux grades se donnent en deux parties. Celles-ci constituèrent de 1894 à 1899 deux cérémonies distinctes. Depuis 1899, elles se succèdent au cours d'une seule cérémonie.

- Rituel de Zurich: comme les rituels d'Allemagne, il n'a qu'un seul grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André, avec les quatres tableaux: c'est le rituel de Wilhelmsbad.

- Rituel du Grand Prieuré des Gaules, préparé sous la direction de Camille Savoire en 1935; comprend deux grades: Maître Ecossais et Maître de Saint-André, qui sont conférés au cours d'une seule cérémonie.

A quoi l'on joindra, pour mémoire, des rédactions intermédiaires.
On doit considérer comme définitif, ce semble, le rituel de 1809-1810 et de le désigner ainsi que "le rituel de Wilhelmsbad" ( un exemplaire en est conservé à la B.M. de Lyon, ms. 5 922.

IV. - DOCTRINE.

Le sens rituel est clair, il signifie le passage de l'ancienne loi à la nouvelle loi, de l'Ancien Testament au Nouveau, il prépare au passage des symboles à la réalité, de la Maçonnerie ( symbolique ) à l'Ordre intérieur qui est un Ordre équestre. Il est écossais et prétemplier, je veux dire précurseur du templarisme de l'Ecuyer Novice ( certain côté de l'écossisme coïncidant avec ce deuxième caractère ).
Aussi, pour commencer, le candidat, dans la chambre de préparation, est placé en face d'une Bible ouverte aux chaptires 40 et 41 d'Ezéchiel et des neuf maximes qui lui ont été données, trois par trois, lorsqu'il fut reçu aux grades d'Apprenti, de Compagnon et de Maûtre. Voici ces maximes:

1. L'homme est l'image immortelle de Dieu, mais qui pourra reconnaître la beauté de cette image, si l'homme la défigure lui-même ?

2. Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses Frères, est indigne de l'estime et de l'amitié des Maçons.

3. Le Maçon dont le coeur ne s'ouvre pas aux besoins et aux malheurs des autres est un monstre dans la société de ses Frères.

4. L'amour de l'argent, lorsqu'il s'empare de l'homme, dessèche son coeur et fait tarir en lui la source des plus nobles aspirations. La satisfaction de nos besoins et de nos appétits matériels serait-elle l'unique but de notre travail ici-bas ? L'insensé voyage toute sa vie sans savoir où il va et d'où il vient, ni ce qu'il doit faire. Mais le sage se rend compte de tous ses pas parce qu'il en connaît l'importance et le but.

5. L'homme est naturellement bon, juste et compatissant. Pourquoi est-il souvent en contradiction avec lui-même ? Cherchez sérieusement la cause. Elle est importante à discerner.

6. L'égoïsme est comme la rouille, elle détruit ce qu'il y a de plus beau et de plus pur dans le coeur de l'homme.

7. Celui qui voyage en terre étrangère n'est jamais plus près de s'égarer que lorsqu'il renvoie son guide, croyant savoir son chemin.

8. Heureux celui qui, s'étant bien étudié lui-meme,a pu connâître ses défauts, apercevoir son ignorance et sentir qu'il a besoin de secours, car il a déjà fait son premier pas vers la lumière.

9. Chercher avec un coeur droit, demander avec résignation et discernement, frapper avec confiance et persévérance, c'est la science du sage.

L'on avertit le condidat que le grade qu'il va recevoir lui apprendra, mais encore caché sous des symboles, le vrai but de l'Ordre.
Le rituel de la réception même retrace et met en action toutes les grandes époques survenues au Temple de Salomon, après qu'il eut été construit. Le personnage d'Hiram n'est jamais perdu de vue. Ces objets sont figurés par quatre tableaux dont le dernier, qui n'existait pas en 1778, représente le passage mentionné plus haut de la loi ancienne à la loi nouvelle; le grade a été christianisé afin de correspondre à sa situation et de s'accorder à la vocation du Rite Ecossais Rectifié tout entier.

L'ancienne instruction du grade ne laisse place à aucune ambiguïté:

"L'Ordre vous montre aujourd'hui, sans mystère, quoiqu'encore sous le voile léger d'une allégorie, qui s'explique bien facilement, le but et le terme général des ses travaux. Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos loges, a eu pour base unique l'Ancien Testament et pour type général le Temple célèbre de Salomon, à Jérusalem, qui fut et sera toujours un emblème universel. Mais, ici, vous voyez une enceinte de muraille percée de douze portes, telle que l'enceinte de la Nouvelle Jérusalem est décrite par saint Jean l'Evangéliste. Vous voyez au milieu de cette enceinte la montagne de la Nouvelle Sion et sur le sommet l'Agneau de Dieu triompha, avec l'étendard de la Toute-Puissance, qu'il a acquise par son immolation volontaire et réparatrice, Ce tableau figure pour les Maçons le passage de l'Ancienne Loi, qui a cessé, à la Nouvelle Loi, apportée aux hommes par le Christ et qu'il a volontairement scellée de Son Sang, pour la rendre à jamais ineffaçable et universelle.

La Croix de Saint-André, que vous voyez au bas du même tableau, figure aussi le passage maçonnique de l'Ancien au Nouveau Testament, confirmé par l'Apôtre Saint André qui, d'abord disciple de Saint Jean-Baptiste, né et prêchant sous l'ancienne Loi, pour préparer les coeurs à la Nouvelle, abandonna son premier mâître, pour suivre, sans partage, Jésus Christ, et scella ensuite de son sang son Amour et sa Foi pour son Vrai Mâître. C'est cette circonstance particulière qui a fait adopter, pour ce grade, dans l'intérieur de nos Loges, la dénomination de Maître Ecossais de Saint-André.

C'est pourquoi, depuis bien des siècles, depuis l'époque incertaine où les anciens initiés du Temple de Jérusalem, ayant été éclairés par la lumière de l'Evangile, purent avec son secours perfectionner leurs connaissances et leurs travaux, tous les engagements maçonniques~ dans toutes les parties du monde où l'Institution s'est successivement répandue, sont contractés sur l'Evangile et spécialement sur le premier chapitre de celui de Saint Jean, dans lequel le disciple bien-aimé a établi, avec tant de sublimité, la Divinié du Verbe Incarné. C'est sur ce Livre Saint que, depuis votre premier pas dans l'Ordre, vous avez contracté tous les vôtres. " 

( Ap. Jean Saunier, ~ Le caractère chrétien de la Masonnerie Ecossaise Rectifiée au XVIIIè siècle )), Le Symbolisme, octobre-décembre 1968, pp. 27-28 ).

Le bijou du grade récapitule cette leçon.

La devise, sur quoi la cérémonie s'achève à peu près, confirme que bientôt, c'est-à-dire dans l'Ordre intérieur, se lèvera le voile des symboles; Meliora praesumo, ( Ce qui, en 1778, signifiait certainement aussi, dans l'esprit de Willermoz qu'il y avait mieux à trouver dans le Rite Ecossais Rectifié que le projet insensé de restaurer l'Ordre du Temple. )

V. - PROBLEMES.

1. - Le caractère chrétien.

Le caractère chrétien du grade, et de la Maçonnerie Rectifié en général, n'a pas été sans soulever des difficultés. On s'est interrogé sur la manière de concilier cette exigence avec la tolérance andersonienne.

a ) Le rituel de 1785 déclare: Oui, mon Frère, I'Ordre est chrétien; il est le point de ralliement de toutes les confessions chrétiennes; ses instructions découlent de celles du Christ, et il conduit à la foi en ce divin Maître.
1809 prend quelques précautions: Oui, I'Ordre est chrétien; il doit l'être, et il ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes bien disposés à le devenir de bonne foi, à profiter des conseils fraternels par lesquels il peut les conduire à ce terme.
Genève marque un retrait ( ou un progrès ? ) plus accusé: Oui, mon Frère, I'Ordre est chrétien, mais dans le sens le plus large et le plus élevé. Il regarde comme tels et cherche à rallier à ses travaux tous ceux, quelles que soient leur confession et leur croyance, qui travaillent sans arrière-pensée à la réalisation de la formule chrétienne: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre et bienveillance parmi les hommes.
Une autre version parle encore du plus pur esprit du christianisme primitif . C'est ambigu et moderne.
L'interprétation du caractère chrétien de l'Ordre templier ( selon une désignation officieuse du Rite Ecossais Rectifié ) va, comme on voit, de ce que j'oserais appeler la Stricte Observance ( Cf l'article de Jean Saunier, Le caractère chrétien de la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée au XVIIIe siècle , art. cit. ), à une late ") Observance.

b ) Une déclaration solonnelle de 1970 sera citée ici car elle est exemplaire:

Le Grand Chapitre du Grand Prieuré des Gaules dit à nouveau sa fidélité aux traditions conjointes de l'Ordre maçonnique et aux principes propres au Rite Rectifié.
Considère que ce dernier possède dans son patrimoine un appel à la tradition chrétienne et à l'exploration de son ésotérisme qu'expriment entre autres le texte des prières et la prestation de serment sur l'Evangile de Saint Jean.
Déclare ces formes intangibles.
Dit que tous ceux qui, libres et de bonnes moeurs , voudraient appartenir au Rite doivent s'y soumettre. Nécessaires, elles sont suffisantes à constater les engagements. Les justifications d'un autre Ordre ayant trait à l'état civil ou à l'apport confessionnel ne sauraient leur être substituées.

c ) Mais il est absurde d'avoir en certains rituels corrigé le texte de la deuxième maxime au grade de Compagnon, reprise à celui de Mâître Ecossais de Saint-André: Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses Frères... en Celui qui rougit de la vertu de ses Frères... !
( Le problème soulevé par l'affirmation du caractère chrétien du R.E.R. se pose de même au niveau des trois premiers grades symboliques, dits bleus - le quatrième est un grade symbolique, dit vert. Cf. Jean Granger, "Le Rite Ecossais Rectifié", ap. La Formation des maçons, Cahier N 1, Grande Loge Nationale Française, province de Rouvray, avril 1976, pp. 1-20.)
2. - Administration.

Un problème d'Ordre administratif et non plus doctrinal, mais également lié à la nature particulière et, corollairement, à la structure particulière du Rite Ecossais Rectifié, tient à l'administration des Loges de Saint-André.

a ) D'une part le Régime Ecossais Rectifié en tant que tel n'existe plus. La structure très cohérente de l'Ordre a été brisée, à commencer par l'abolition de la Grande Maîtrise générale qui garantissait le caractère international de l'Ordre.

D'autre part, la Maçonnerie Rectifiée a refusé l'isolement, fut-il splendide. Des nécessités sociales non moins que la volonté de respecter ce Landmark de la Maçonnerie universelle, selon lequel les Loges symboliques doivent être autonomes et non point être soumises au gouvernement d'une institution maçonnique différente et réputée supérieure, mais aussi le désir de conserver au quatrième grade son originalité essentielle ont fait avancer plusieurs solutions propres à assurer l'organisation et la direction des Loges Ecossaises. Leur principe commun résulte d'un compromis: les loges écossaises ne relèvent pas de l'Ordre intérieur, mais elles ne dépendent pas non plus de la Grande Loge( où les Loges bleues du Rite Ecossais Rectifie se sont groupées afin de suivre le même Landmark ).

b ) D'où un Grand Collège Ecossais Rectifié, à la Grande Loge Nationale Française-Opéra, un Directoire des Loges Ecossaises autonomes des Gaules à la Loge Nationale Française, etc.
A la Grande Loge Nationale française et à la Grande Loge suisse Alpina aussi des solutions ont dû être ménagées que Jean Baylot parvient à résumer en ce peu de lignes: La Loge de Saint-André est, en droit règlementaire, la Loge de Saint-Jean siégeant en Maître de Saint-André. Pour des raisons touchant aux relations internationales, nous avons à nouveau inclus dans notre organisation priorale ces Loges de Saint-André qui furent pour un temps, plus directement rattachées à la Maçonnerie bleue, sous la conduite d'un Directoire specialisé. Une évolution séculaire, commandée par la recherche de l'unité des grades symboliques dans la Grande Loge Alpina et par les exigences de la vie en commun avec le Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté, avait conduit nos Frères suisses à l'intégration des Loges de Saint-André dans leur Prieuré. Nos relations sont plus aisées avec des structures comparables.

Voilà pourquoi, en 1965, par un nouveau traité daté du 21 octobre, conclu avec la Grande Loge Nationale Française, nous avons repris la direction complète des Loges de Saint-André. L'histoire et la tradition s'assurent parfois des revanches. Il s'est dessiné l'an dernier, dans la Préfecture de Neustrie, une tendance de certaines loges travaillant au Rite Rectifié à former une Loge de Saint-André sous le titre de la Loge de Saint-Jean, travaillant et recrutant dans cette dernière, suivant les dispositions du Code de Lyon de 1778. Il n'y avait aucune contradiction à souscrire à leur voeu d'où il sortit l'installation de trois nouvelles Loges de SaintAndré dans la Préfecture de Neustrie. Cette formulecombine les avantages des deux conceptions. ( J. Baylot et J. Granger, Le Rite Ecossais Rectifié..., Neuilly, Chancellerie de l'Ordre, [ 1968 ], pp. 18-19 ).

Que les loges du quatrième grade soient régies par une instance propre, et donc indépendantes de la Grande Loge comme de l'Ordre intérieur, ou bien que ce dernier les administre "les deux traits fondamentaux de la structure de 1778 [ maintenus, ajouterai-je, en 1782], la continuité et l'ambiguité sont aujourd'hui impossibles, dans la lettre maçonnique. Que celleci demeure donc anglo-saxonne. Mais il reste l'esprit [ ... ] "( Eques a Latomia universa. "La double structure administrative et hiérarchique du Régime Ecossais Rectifié en 1778", Renaissance traditionnelle, juillet 1977, N 31, pp. 188-196; Cf. p. 195.)

La Franc-Maçonnerie rectifiée s'est codifiée tout net comme composée de quatre grades. La Maçonnerie Universelle, reprenant la formule anglaise de l'acte d'union, en 1813, affirme ne consister qu'en "trois degrés et pas davantage". Mais c'est à savoir, poursuit le texte, "à savoir ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître, y compris l'Ordre suprême de la Sainte Arche royale". La contradiction entre les deux formules ne pourrait-elle être réduite, de même que la Grande Loge unie d'Angleterre a prévenu la contradiction dont menaçait la reconnaissance de l'Arche royale ?

3. - Equivalences.

Troisieme problème du quatrième grade, lié à la nature particulière du Rite Ecossais Rectifié; les rapports avec les autres rites.

a ) Le Code de 1778, à l'article XIX, prévoyait: Le grade de Maître Ecossais est exclusivement affecté au Régime Rectifié. C'est pour cette raison que lorsqu'on le confère ou qu'on tient loge d'instruction de ce grade on n'ose y faire assister aucun visiteur d'un autre régime, quelque grade qu'il ait. )"
Et l'on sait que la réception et l'instruction sont, avec le scrutin, les seules occasions où la Loge Ecossaise se réunit.

b ) Mais, afin de faciliter ses relations avec d'autres rites, et notamment avec le Rite Ecossais Ancien Accepté, des équivalences de grades ont éte calculées: Maître Ecossais de Saint-André et 18è degré du Rite Ecossais Ancien Accepté; Ecuyer Novice et Chevalerie Kadosch; Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte et 33è degré du Rite Ecossais Ancien Accepté. Ce système fut adopté en 1896 par le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie pour le Rite Ecossais Rectifié et le Suprême Conseil de Suisse pour le Rite Ecossais Ancien Accepté, et c'est en vertu de cet accord que trois Maçons français titulaires du plus haut grade Ecossais Ancien Accepté ( Ribaucourt, Savoire et Bastard ) furent, en 1910, armés Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte à Genève. Le réveil du Rite Ecossais Rectifié en France allait s'ensuivre.

c ) La question d'une équivalence entre le quatrième grade du R.E.R. et l'Arche royale du Rite Emulation est, de même, inéluctabl

 

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Les différents visages de l’Arche Royale anglo-saxonne

Publié le 1 Juin 2026 par T.D

Les différents visages de l’Arche Royale anglo-saxonne

La franc-maçonnerie de l’Arche Royale est une spécificité des francs-maçonneries anglo-saxonnes, et elle pratiquée de manière un peu différente en Angleterre, en Écosse, en Irlande et en Amérique. L’Arche Royale est beaucoup moins répandue en Europe continentale, où elle surtout pratiquée en marge des Obédiences régulières, c’est-à-dire reconnues par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Dans les pays européens, et particulièrement dans la franc-maçonnerie francophone, on connaît surtout le Chevalier de Royal Arche (anglicisme malheureux qu’il serait plus correct de remplacer par Chevalier de l’Arche Royale), 13e degré du Rite Écossais Ancien Accepté. Même si ce degré remonte probablement aux mêmes origines, il n’en est pas moins bien différent de l’Arche Royale au sens où l’entend la franc-maçonnerie anglo-saxonne. Un autre malentendu doit être levé en Français : il existe un autre Side Degree anglo-saxon nommé en français "Nautonier de l’Arche Royale", mais son nom anglais est "Royal Ark Mariner". Il ne s’agit pas de la même "Arche" : dans le cas du Nautonier, il s’agit de l’Arche de Noé, alors que dans l’Arche Royale, on parle d’une voûte souterraine située sous le Temple de Jérusalem.

Origines de l’Arche Royale et développement en Angleterre 

Les origines de l’Arche Royale sont assez difficiles à déterminer. Il pourrait venir des usages de la Loge d’York, mais les premières traces tangibles apparaissent en Irlande dans les années 1740. Et c’est d’Irlande qu’il va (re)venir en Angleterre, sans doute avec les immigrés irlandais de la famine de 1744-1745. Pour certains auteurs, l’Arche Royale aurait de lointaines origines françaises et remonterait, comme le Chevalier d’Orient, au Discours du Chevalier de Ramsay (1736), et serait passé ensuite en Irlande puis en Angleterre

En Angleterre, l’Arche Royale fut pratiquée dès 1752 par les "Anciens", qui comptaient de nombreux Irlandais dans leurs rangs. Les "Modernes" commencèrent par s’y opposer, car ils n’acceptaient aucun degré supérieur au Maître. Ils se mirent progressivement à la pratiquer, mais dans une structure extérieure à la Grande Loge de Londres, alors que les "Anciens" le faisaient au sein de leur propre Grande Loge.
Rpprochement des deux Grandes Loges anglaises, qui devait aboutir à la formation de la Grand Loge Unie d’Angleterre en 1813, il fallut régler le statut de l’Arche Royale au sein de la nouvelle organisation. On trouva alors une formule de consensus au pragmatisme très britannique, mais paradoxale dans son énoncé : "La Maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés et non davantage, à savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon et de Maître, Y COMPRIS l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale" (Acte d’Union, article 2; c’est nous qui soulignons). Ce "y compris" fait de l’Arche Royale un simple complément du grade de Maître et non un degré en soi, et pourtant il est administré par un Grand Chapitre distinct de la Grande Loge, mais lié à elle.

Ceci concerne l’Angleterre, où ce degré est appelé Arche Royale Domatique, mais l’Arche Royale est pratiquée un peu différemment en Écosse, en Irlande et en Amérique

Les différentes formes de l’Arche Royale

Le principal point commun des différents rituels de l’Arche Royale réside en son thème central, qui est la découverte d’une voûte souterraine sous le Temple de Jérusalem au sein de laquelle le récipiendaire de ce grade maçonnique découvre le Tétragramme divin (יהוה), ainsi qu’un autre nom mystérieux.

Ce grade est très biblique, comme le sont généralement les Side Degrees anglo-saxons, et fait intervenir la symbolique des Douze Tribus d’Israël. En Angleterre, en Écosse et en Amérique, l’histoire se déroule lors de la reconstruction du Temple détruit par les Babyloniens, et les trois "Principaux" qui président le Chapitre sont le Prince Zorobabel, le Prophète Aggée et le Grand Prêtre Josué, et le prophète Néhémie et le scribe Esdras sont aussi présents dans le collège des Officiers. Le rituel fait ainsi écho aux livres bibliques d’Esdras et de Néhémie, qui rapportent le retour d’exil, et la reconstruction de Jérusalem et du Temple. 

L’Arche Royale Irlandaise se situe elle dans un contexte biblique antérieur, celui de la restauration du Temple ordonnée par le roi Josias, rapportée au 22e chapitre du Second Livre des Rois : les Trois Principaux y sont donc le Roi Josias, le Grand-Prêtre Hilkiyah et le Scribe Shaphân.

L’Arche Royale Écossaise 

L’Arche Royale Écossaise est très proche de son homologue anglaise et utilise presque les mêmes décors maçonniques, la seul différence étant la nuance de couleur des triangles rouge qui alternent avec les bleus sur les écharpes et les bordures de tablier maçonnique : rouge en Angleterre, cramoisie en Écosse. 

Dans ces deux variantes de l’Arche Royale, le Premier Principal est Zorobabel, le Deuxième le Prophète Aggée et le Troisième le Grand-Prêtre Josué. Mais dans les deux cas, l’Arche Royale est un unique grade, conféré aux Maîtres et non plus aux anciens Vénérables, comme c’était le cas jusqu’en 1823. Mais en Écosse, on requiert en plus du récipiendaire qu’il soit détenteur du degré de Maître de la Marque qui, dans ce pays, est le plus souvent conféré au sein de la Loge symbolique, comme un complément au grade de Compagnon.

L’Arche Royale Irlandaise 

En Irlande, nous l’avons vu, les Trois Principaux sont différents, car le récit se passe à une autre époque de l’histoire biblique : le Premier Principal représente le Roi Josias, le Deuxième le Grand-Prêtre Hilkiyah et le Troisième le Scribe Shaphân. Les décors maçonniques sont très différents des versions anglaise et écossaise, puisque les sautoirs et écharpes sont rouges, de même que la bordure des tabliers. Mais là encore il s’agit d’un grade unique qui, comme en Écosse, requiert que le récipiendaire soit préalablement reçu Maître de la Marque.

L’Arche Royale Américaine (Rite d’York)

L’Arche Royale américaine est plus complexe, puisqu’elle est intégrée au système de hauts grades du REAA du Rite d’York. Il ne s’agit plus d’un grade isolé, mais il fait partie d’une série, dont il est le sommet : à l’intérieur du Rite d’York, le Chapitre de l’Arche Royale représente la deuxième série, après la Loge bleue, et administre les degrés de Maître de la Marque, Passé Maître Virtuel, Très Excellent Maître et Maçon de l’Arche Royale. 

Le rituel américain il se distingue des autres versions sur plusieurs points : comme l’Arche Royale anglaise et écossaise, la légende raconte la reconstruction du Temple et met en scène Zorobabel, mais cette fois-ci il n’est que le Deuxième Principal, le Premier étant le Grand-Prêtre Josué, le Troisième restant la Prophète Aggée. Quant aux décors maçonniques, ils sont de couleur rouge, et rappellent ceux de l’Arche Royale irlandaise.

L’Arche Royale, un degré aux multiples facettes

L’Arche Royale anglo-saxonne semble donc suivre deux traditions, voire trois. La plus ancienne semble être l’irlandaise, qui n’a pas encore joint la légende à celle de la reconstruction du Temple, et qui utilise des décors plus simples et "archaïques". Le rouge est en effet la couleur la plus utilisée par les anciens hauts grades, notamment d’origine française, au point que plusieurs rituels du XVIIIe siècle la décrivent comme "la véritable couleur écossaise".

La deuxième tradition est la forme que l’Arche Royale prit en Angleterre puis en Écosse, où le récit s’est enrichi de la thématique de la reconstruction du Temple. Les décors maçonniques sont très inhabituels, ornés de triangles bleus et rouges, qu’on ne retrouve dans aucun autre degré maçonnique.

Enfin, l’Arche Royale américaine semble être une sorte de synthèse des deux autres traditions, ce qui n’est pas étonnant quand on sait que la franc-maçonnerie a été diffusée en Amérique autant par les Anglais que par les Irlandais et les Écossais. Les décors maçonniques sont rouges et restent très proches de la tradition irlandaise, mais la légende est celle de la reconstruction du Temple par Zorobabel. Cependant, la répartition des Trois Principaux diffère de celle du modèle anglais et écossais et peut laisser supposer l’existence d’une source différente, qui ne nous serait pas parvenue.

24 janvier, 2024

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Arche Royale anglo-saxonne

Publié le 1 Juin 2026 par T.D

Malgré la diversité de ses formes, l’Arche Royale anglo-saxonne repose sur un noyau symbolique remarquablement stable. Au cœur du grade se trouve la découverte d’une voûte souterraine, dissimulée sous le Temple de Jérusalem, au sein de laquelle est révélé un Nom sacré, porteur d’une signification particulière pour le récipiendaire.

Ce motif de la découverte ne relève pas d’une révélation soudaine, mais d’une redécouverte. Il s’inscrit dans une temporalité longue, marquée par la perte, l’oubli et la restauration. L’Arche Royale anglo-saxonne ne propose pas une connaissance nouvelle, mais la mise au jour de ce qui était enfoui, conservé, mais inaccessible.

Dans les formes anglaise, écossaise et américaine, ce récit s’inscrit dans le contexte de la reconstruction du Temple après l’exil à Babylone. Les figures de Zorobabel, du Grand Prêtre Josué et du prophète Aggée incarnent cette phase de retour et de réédification, à laquelle s’ajoutent d’autres personnages issus des livres d’Esdras et de Néhémie. L’Arche Royale anglo-saxonne établit ainsi un lien direct entre l’acte de reconstruire et celui de retrouver.

La tradition irlandaise, en revanche, situe l’action dans un moment antérieur de l’histoire biblique, lors de la restauration du Temple sous le règne du roi Josias. Ce déplacement du cadre narratif ne modifie pas la structure fondamentale du grade, mais en infléchit la lecture : il ne s’agit plus de reconstruire après une destruction, mais de restaurer un ordre déjà établi, mais altéré.

À travers ces variations, l’Arche Royale anglo-saxonne conserve une cohérence profonde. Le lieu caché, la descente, la découverte et la transmission constituent autant d’éléments constants, dont les différentes traditions proposent des mises en forme distinctes sans en altérer la portée.

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