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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Le discours de Ramsay - Universalité chevaleresque

Publié le 21 Août 2026 par T.D

        Si le premier discours offrait une place prééminente à l’histoire du peuple juif lié à la première maçonnerie, jusqu'à la deuxième destruction du temple en 70. Le public concerné par ce premier discours était à l’évidence composé de maçons Jacobites. Le second prend l’universalisme encyclopédique comme pierre d’angle du monument. Les deux sensibilités semblent être respectées, les Jacobites d’un coté et les orangistes de l’autre, par la mise en œuvre de tous les savoirs, au-delà des divisions.

Le deuxième discours devait être lu devant une assemblée de franc maçon en mars 1737. On peut en détacher deux parties.

La première partie campe l’esprit de l’ordre et ses buts. On commence par définir les qualités requises, puis on développe l’amour de l’humanité, la saine morale, le secret et le goût des sciences et des arts libéraux.

Dans la deuxième partie, il est question des origines et de l’histoire. On reprend la légende, l’influence des croisés dans leur quête, le retour de la terre sainte en Europe, la dégénérescence et la réforme.

Enfin, en guise de conclusion, on évoque la régénération et l’avenir de l’ordre. À n'en pas douter l’écossisme naît de ces deux discours s’appuyant sur la grandeur de la France.

La doctrine de l’influence templière est confirmée au point de donner l’impression que la doctrine devient mythe et le mythe devient l’histoire. Robert Ambelain à qui je dois une grande partie de mon parcours maçonnique disait, s’agissant des faits historiques et des mythes, qu’ils contribuaient tous deux à l’édification ésotérique de l’individu dans un vaste ensemble qui le dépasse, que la légende est en marche et que rien ni personne ne peut l’arrêter.

Nous commentons ce deuxième discours par des insertions entre parenthèses.

LES QUALITÉS REQUISES POUR DEVENIR FRANC-MAÇON

« La noble ardeur que vous montrez, Messieurs, pour entrer dans le très noble et très illustre Ordre des francs-maçons, est une preuve certaine que vous possédez déjà toutes les qualités nécessaires pour en devenir les membres, c'est-à-dire : L’humanité, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux arts. (Ramsay semble ici fixer ici la base intellectuelle et morale de l’admissibilité en loge d’un candidat, on méditera la notion de morale pure.)

L’ AMOUR DE L'HUMANITÉ

Lycurgue, Solon, Numa et tous les législateurs politiques n'ont pu rendre leur établissement durable, quelques sages qu'étaient leurs Lois, elles n'ont pu s'étendre dans tous les pays et dans tous les siècles. Comme elles n'avaient en vues que les victoires et les conquêtes, la violence militaire et l'élévation d'un Peuple au-dessus d'un autre, elles n'ont pu devenir universelles, ni convenir au goût, au génie et aux intérêts de toutes les Nations.   La philanthropie n'était pas leur base. L'Amour de la Patrie, mal entendu et poussé à l'excès détruisait souvent, dans ces républiques guerrières, l'amour et l'Humanité en général. (L’amour de son prochain est ici la pierre angulaire, d’essence chrétienne, sur laquelle se fonde l’ordre et c’est le non-respect de ce principe qui a fait défaillir les nations)

Les Hommes ne sont distincts essentiellement par la différence des langues qu'ils parlent, des habits qu'ils portent, des pays qu'ils occupent, ni des dignités dont ils sont revêtus.

Le Monde entier n'est qu'une République dont chaque Nation est une famille et chaque particulier un enfant. C'est pour faire revivre et répandre ces essentielles maximes, prises dans la nature de l'Homme que notre Société fut d'abord établie. (C’est ici la marque de Fénelon.)

Nous voulons réunir tous les Hommes d'un esprit éclairé de mœurs douces et d'une humeur agréable, non seulement par l'amour des Beaux-Arts, mais encore plus par les grands principes de vertu, de science et de religion, où l'intérêt de la Confraternité devient celui du genre humain tout entier, où toutes les Nations peuvent puiser des connaissances solides et où les sujets de tous les Royaumes peuvent apprendre à se chérir mutuellement, sans renoncer à leur Patrie. (Unis dans la diversité des langages et des nations, c’est reconnaître les bienfaits de la construction d’une tour de Babel construite sous l’égide de l’universalité. Pour la commodité Ramsay se garde bien de rappeler que les premières loges implantées sur le territoire de France étaient Jacobites et brillaient plus pour leur aptitude à la conspiration en vue du retour des Stuarts au trône, plutôt qu’à cet œcuménisme novateur. Rappelons qu’il a pu participer aux différents complots en tant que Stuartiste convaincu Cette période semble révolue et à l’instar de la Grande Loge de Londres, le discours se veut universel.)

NOS ANCETRES LES CROISES

Nos ancêtres, les Croisés, rassemblés de toutes les parties de la Chrétienté dans la Terre Sainte voulurent réunir ainsi dans une seule Confraternité les particuliers de toutes les Nations. (Les précurseurs de la Franc-maçonnerie ne seraient pas seulement des tailleurs de pierre, des architectes ou artisans, mais des chevaliers, fils cadets avec titres et  sans terres, des guerriers suivant le prêche de Saint Bernard ! Or il existe une initiation guerrière, comme l’initiation artisanale ou sacerdotale. L'Ordre serait, par ses origines conquérantes et libératrices, souché dans la noblesse d’épée et la chevalerie française. Ramsay donne des origines une explication opposée à celle des Constitutions d'Anderson qui sont, pourtant, la charte de la Maçonnerie anglaise. Or, Ramsay ne fut jamais désavoué par les dirigeants de la Mother Loge qui ne méconnaissaient pas l’antériorité historique de leurs devanciers Stuartistes sur le continent.)

Quelle obligation n'a-t-on pas à ces Hommes Supérieurs qui, sans intérêt grossier, sans même écouter l'envie naturelle de dominer, ont imaginé un établissement dont l'unique but est la réunion des esprits et des cœurs pour les rendre meilleurs et former dans la suite des temps, une Nation toute spirituelle, où sans déroger aux divers devoirs que la différence des Etats exige, on créera un Peuple nouveau, qui, étant composé de plusieurs Nations, les cimentera toutes en quelque sorte par le lien de la Vertu et de la Science.

(L’idée d’un universalisme structuré sur une base fédérale et réunissant les nations autour de l’idée de progrès, c’est mettre l’Homme au centre de cette nouvelle société, et non plus le Roi. Pour la forme on remarquera une réelle tendance dans ce discours à une croyance dans le progrès par la science qui annonce une forme précoce de positivisme. Certains y trouverons l’expression d’Utopia, d’autres les prémisses de l’illuminisme.)

LA SAINE MORALE

La saine morale est la seconde disposition requise dans notre Société.

Les Ordres religieux furent établis, pour rendre les hommes Chrétiens parfaits; les Ordres militaires, pour inspirer l'amour de la vraie gloire, et l'Ordre des Francs-Maçons pour former des Hommes et des Hommes aimables, de bons citoyens, de bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles adorateurs du Dieu de l'Amitié, plus amateurs de la Vertu que des récompenses.

        Polliciti servare fidem, sanctumque vereri,

        Numen amicitiae, mores, non numera amare

Ce n'est pas cependant que nous nous bornions aux vertus purement civiles.

Nous avons parmi nous trois espèces de Confrères : des Novices ou des Apprentis, des Compagnons ou des Profès, des Maîtres ou des Parfaits. (C’est ici la conception graduelle classique, de la progression initiatique qui est sous-tendue). On explique aux premiers les vertus morales, aux seconds les vertus héroïques, et aux derniers les vertus Chrétiennes, de sorte que notre Institut réforme toute la philosophie des sentiments et toute la Théologie du Cœur. C'est pourquoi un de nos vénérables Confrères dit dans une Ode pleine d'enthousiasme:

        Free-Maçons, Illustre Grand Maître

        Recevez nos premiers transports

        Dans mon cœur l'Ordre les fait naître

        Heureux ! Si de nobles efforts

        Me font mériter votre estime

        Et m'élèvent au vrai sublime

        À la première vérité

        À l'essence pure et divine

        de l'âme céleste origine

        Source de vie et de clarté.

(On devine les grands thèmes maçonniques toujours travaillés dans les loges symboliques et traditionnelles. Le plus important est cette intelligence du cœur qui prévaut lorsqu’il est question de transport ésotérique. On relève aussi le thème du mérite et du travail glorifiant l’homme dans son progrès sur lui-même pour l’élever, jusqu'à entrevoir la Lumière.)

Comme une philosophie sévère, triste et misanthrope dégoûte les hommes de la vertu, nos ancêtres les Croisés voulurent la rendre agréable, d'une joie pure et d'une gaieté raisonnable. (Les soldats de Dieu consacrent le maintien et le respect des valeurs chrétiennes qui sont le socle de la franche maçonnerie de tradition. La bonne chère en partage lors des agapes ritualisées, pour éviter tout excès, contribue à la confortation du groupe.)

Nos sentiments ne sont pas ce que le monde profane et l'ignorant vulgaire s'imaginent. Tous les vices du cœur et de l'esprit en sont bannis et on a proscrit l'irréligion et le libertinage, l'incrédulité et la débauche.

(Des rapports de police de l’époque indiquent que nombre de loges se réunissent pour travailler moins d’une heure et s’en suivent des agapes bien arrosées, qui dérivent rapidement en lieu de débauche. Ramsay entend rompre avec cette tendance. Il faut se souvenir qu’il dû fermer le club de l’entresol qui déplaisait tant au Régent pour des motifs politiques.)

C'est dans cet esprit qu'un de nos Poètes dit:

Nous suivons aujourd'hui des sentiers peu battus,
Nous cherchons à bâtir, et tous nos édifices
Sont ou des cachots pour les vices,
Ou des temples pour les vertus.

(Bâtir des cachots pour les vices et élever des temples à la vertu sont les deux objectifs de l’apprenti entrant en Franc-maçonnerie.)

Nos repas ressemblent à ces vertueux soupers d'Horace, où l'on pouvait s'entretenir de tout ce qui pouvait éclairer l'esprit, perfectionner le cœur et inspirer le goût du vrai, du bon et du beau.

        0 noctes coenoeque Deum

        Sermo oritur, non de regnis domisbusve aliens

        Sed quod magis ad nos

        Pertinet et nescire matum est agitamus utrume

        Divitits homines an sint virtuti beati;

        Quitue ad amicitas usus rectumve trehat nos

        Et quoe sit natura boni, summumque quid ejus

Ici l'amour de tous les désirs se fortifie. Nous bannissons de nos Loges toute dispute, qui pourrait altérer la tranquillité de l'esprit, la douceur des mœurs, les sentiments de l'amitié, et cette harmonie parfaite qui ne se trouve que dans le retranchement de tous les excès indécents, et de toutes les passions discordantes. 

(Seul le respect mutuel procure dans ces premières assemblées cette harmonie. Nous savons aujourd’hui que les premières loges s’agrégeaient autour du sentiment de reconquête du pouvoir dans les loges Stuartistes. Les Loges Orangistes prenaient naturellement le contre-pied. Ramsay tente habilement d’imposer cette harmonie œcuménique, en la francisant autour de l’esprit chevaleresque qui sied si bien au peuple français.)

Ainsi, les obligations que l'ordre vous impose sont de protéger vos Confrères par votre autorité, de les éclairer par vos lumières, de les édifier par vos vertus, de les secourir dans leurs besoins, de sacrifier tout ressentiment personnel et de rechercher tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l'union de la Société.

LE GOUT DU SECRET

Nous avons des secrets, ce sont des signes figuratifs et des paroles sacrées, qui composent un langage tantôt muet, tantôt très éloquent pour le communiquer à la plus grande distance et pour reconnaître nos Confrères de quelque langue qu'ils soient.

(Il est fait mention ici des signes et mots de reconnaissance qui permettent aux maçons de se reconnaître, c’est du mot de maçon dont il s’agit dans toutes ses ramifications.)

C'étaient des mots de guerre que les Croisés se donnaient les uns aux autres pour se garantir des surprises des Sarrasins qui se glissaient souvent déguisés parmi eux pour les égorger. (Ramsay exclut l’origine opérative de l’ordre, c’est le maniement de l’épée et de la truelle qui prévaut sur le maillet et le ciseau. Les loges opératives n’étaient que des supports d’une tradition d’origine templière. Ce point de vue éminemment critiquable fait apparaître la mission réelle de Ramsay qui est la promesse qu’il fit, de raviver la flamme Templiere et l’ordre du chardon. Le mot de maçon devient le mot du templier.)

Ces signes et ces paroles rappellent le souvenir ou de quelque partie de notre science, ou de quelque vertu morale ou de quelque mystère de la foi. Il est arrivé chez nous ce qui n'est guère arrivé dans aucune autre Société. Nos Loges ont été établies et sont répandues dans toutes les Nations policées et cependant parmi une si nombreuse multitude d'hommes, jamais aucun Confrère n'a trahi nos secrets. Les esprits les plus légers, les plus indiscrets, les moins instruits à se taire, apprennent à se taire, apprennent cette grande Science en entrant dans notre Société, tant l'idée de l'union fraternelle a d'empire sur les esprits.

Ce secret inviolable contribue puissamment à lier les sujets de toutes les Nations, et à rendre la communication des bienfaits facile et mutuelle entre eux.   Nous en avons plusieurs exemples dans les annales de notre Ordre.   Nos Confrères qui voyageaient en divers pays de l’Europe, s’étant trouvés dans le besoin, se sont fait connaître à nos Loges, et aussitôt ils ont été comblés de tous les secours nécessaires. Dans le même temps que des guerres les plus sanglantes d'illustres prisonniers ont trouvé des Frères où ils ne croyaient trouver que des ennemis. (La fraternité transcende les frontières, faisant fi de la souveraineté nationale. Le secours entre soldats de camps opposés, quand tout est perdu, en témoigne ; le signe de détresse enseigné au 3ème degré également. Cette fraternité transfrontalière est de nature à remettre en cause le pouvoir absolu du Roi ou du Régent et ce goût du secret trouvant ses origines dans l’initiation n’est pas pour satisfaire le contrôle par le pouvoir.)

Si quelqu'un manquait aux promesses solennelles qui nous lient, vous savez, Messieurs, que les peines que nous lui imposons sont les remords de sa conscience, la honte de sa perfidie et l'exclusion de notre Société, selon ces belles paroles d'Horace:

        Est et fideli tuta silentia

        Merces, vestabo qui cereris sacrum

        Vulgaris arcanum sub lisdem

        Sit trabibus, fragilemque mecum

        Salvat phaselum...

Oui, Messieurs, les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis, d'Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d'Uranie chez les Phéniciens et de Diane en Scytie avaient quelques rapports avec les nôtres. On y célébrait des mystères où se trouvaient plusieurs vestiges de l'ancienne Religion de Noé et des Patriaches.

(La version des origines de la franc-maçonnerie nichée dans Noé et dans les plus anciennes sociétés initiatiques à mystères, appelle naturellement le Noachisme comme valeur religieuse universelle vétérotestamentaire, valeur en discussion dans l’entourage d’Anderson et Desaguliers. Ramsay concrétise ainsi l’œcuménisme du Noachisme, bien avant la publication des Constitutions de 1738. On peut affirmer que l’esprit noachite français s’affirme nettement avant, ou du moins, concomitamment à celui d’Anderson.)

Elles finissaient par des repas et des libations et on n'y connaissait ni l'intempérance ni les excès où les Païens tombèrent peu à peu. La source de ces infamies fut l'admission des personnes de l'un et l'autre sexe aux Assemblées nocturnes contre la primitive institution. C'est pour prévenir de tels abus que les femmes sont exclues de notre Ordre.

(La masculinité traditionnelle de l’Ordre est ici posée dans des termes plus prosaïques qu’initiatiques !)

Ce n’est pas que nous soyons assez injustes pour regarder le sexe comme incapable du secret, mais sa présence pourrait altérer insensiblement la pureté de nos maximes et de nos mœurs.

Si le sexe est banni, qu'il n'en ait point d'alarmes
Ce n'est point un outrage à sa fidélité;
Mais on craint que l'amour entrant avec ses charmes,
Ne produise l'oubli de la fraternité.
Noms de frère et d'ami seraient de faibles armes
Pour garantir les cœurs de la rivalité.

(C’est ici un pavé dans la marre des tenants d’une mixité initiatique.)

LE GOUT DES SCIENCES ET DES ARTS LIBÉRAUX

La quatrième qualité requise dans notre Ordre est le goût des sciences utiles et des Arts Libéraux.

(Le retour à la base initiatique des Anciens Devoirs est ici posé. Les arts libéraux et la géométrie s’associent à la conception de la caverne socratique et de la vision de la Lumière. L’ascension graduelle des arts libéraux permettait de voir le visage de Dieu.)

Ainsi l'Ordre exige de chacun de vous de contribuer par sa protection, par sa libéralité ou par son travail, à un vaste Ouvrage auquel nulle Académie, et nulle Université ne peuvent suffire, parce que toutes ces Sociétés particulières étant composées d'un très petit nombre d'hommes leur travail ne peut embrasser un objet aussi étendu.

Tous les Grands Maîtres en Allemagne, en Angleterre, en Italie et par toute l’Europe, exhortent tous les Savants et tous les Artistes de la Confraternité de s'unir pour fournir les matériaux d'un Dictionnaire Universel des Arts Libéraux et des Sciences utiles, la Théologie et la Politique seules exceptées.

(Le lien avec les anciens devoirs est encore établi, mais cette fois-ci dans le sens descendant et pédagogique. On ne gravit plus l’échelle des sept arts, mais on les répertorie dans le but de transmettre.)  

 On a déjà commencé l'ouvrage à Londres, mais par la réunion de nos Confrères, on pourra le porter à sa perfection dans peu d'années.

(Le travail, l’œuvre à accomplir dans l’harmonie, à l’imitation de la Grande Loge de Londres, tel est le canevas des loges françaises.)  

On y explique non seulement le mot technique et son étymologie, mais on donnera encore l'histoire de la science et de l’Art ses grands principes et la manière d'y travailler.

Par là, on réunira les lumières de toutes les Nations dans un seul ouvrage qui sera comme un magasin général, et une Bibliothèque universelle de tout ce qu'il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d'utile dans toutes les sciences naturelles tous les arts nobles. Cet ouvrage augmentera chaque siècle, selon l'augmentation des lumières ; c’est ainsi qu’on répandra partout une noble l'émulation et le goût des Belles-Lettres des beaux Arts dans toutes l’Europe.

(Réunir ce qui est épars. La doctrine encyclopédique produit ici ses effets. L’influence anglo-saxonne et cette tendance à récupérer en un ouvrage tous les savoirs et documents historiques, pour mieux les faire fructifier, sont typiques des intellectuels de son temps. La Royal Society, émanation de l’invisible collège et des sociétés d’antiquaires à l’anglaise, a infusé par ses membres la doctrine de la première Grande Loge spéculative. )

 - ORIGINE ET HISTOIRE DE L'ORDRE

 (Pour le chevalier Ramsay, le terme de franc-maçon ne doit donc pas être pris dans un sens littéral, grossier et matériel. Ils étaient d'habiles architectes qui voulaient consacrer leurs talents et leurs biens à la construction des temples extérieurs. Attachés aux principes religieux et guerriers, ils voulurent éclairer, édifier et protéger les temples vivants du Très-Haut; c'est ce que veut démontrer Ramsay en développant l'histoire ou plutôt le renouvellement de l'ordre. La question des origines non opératives est encore abordée. Ici l’architecte n’est pas un ancien tailleur de pierre. Le renouvellement dont il est question suppose la présence de maçons acceptés dans les loges opératives. Pour conserver une forme de cohérence au récit, on imagine bien volontiers que les premiers acceptés étaient des templiers réfugiés dans l’ordre opératif qu’ils avaient contribué à développer.)

Chaque famille, chaque République, et chaque Empire dont l'origine est perdue dans une antiquité obscure, a sa fable et a sa vérité, sa légende et son histoire, sa fiction et sa réalité.(Ramsay admet par principe le mythe comme source traditionnelle    et     communautaire.)
Quelques-uns font remonter notre institution jusqu'au temps de Salomon, de Moïse, des Patriarches, de Noë même. Quelques autres prétendent que notre fondateur fut Enoch, le petit-fils du Protoplaste, qui bâtit la première ville et l'appela de son nom. Je passe rapidement sur cette origine fabuleuse, pour venir à notre véritable histoire. Voici donc ce que j'ai pu recueillir dans les très anciennes Annales de l'Histoire de la Grande-Bretagne, dans les actes du Parlement d'Angleterre, qui parlent souvent de nos privilèges, et dans la tradition vivante de la Nation Britannique, qui a été le centre et le siège de notre Confraternité depuis le onzième siècle.

INSTITUTION DE L'ORDRE PAR LES CROISÉS

Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs Princes, Seigneurs et Citoyens entrèrent en Société, firent voeu de rétablir les temples des Chrétiens dans la Terre Sainte, et s'engagèrent par serment à employer leurs talents et leurs biens pour ramener l'Architecture à primitive institution. Ils convinrent de plusieurs signes anciens, de mots symboliques tirés du fond de la religion, pour se distinguer des Infidèles, et se reconnaître d'avec les Sarrasins. On ne communiquait ces signes et ces paroles qu'à ceux qui promettaient solennellement et souvent même aux pieds des Autels de ne jamais les révéler. Cette promesse n'était donc plus un serment exécrable, comme on le débite, mais un lien respectable pour unir les hommes de toutes les Nations dans une même confraternité. Quelques temps après, notre Ordre s'unit intimement avec les Chevaliers de S. Jean de Jérusalem. Dès lors et depuis nos Loges portèrent le nom de Loges de S. Jean dans tous les pays.

(C’est ici le point principal de la différence identitaire des loges dites Écossaises qui en France se réfèrent expressément aux deux Saints Jean et ouvrent leurs travaux avec la Bible ouverte à l'Évangile de Saint-Jean. Il est ici clairement annoncé que la Bible se lit dans son sens Esotérique, sens qui n’est accessible qu’aux initiés. Que dire du lien entre les Templiers et l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, Ordre hospitalier dont l’origine remonte à 1050. De leurs implantations ils rapportèrent une connaissance initiatique transmise par les Johannites, secte des disciples de Saint-Jean et les Cohanim continuateurs du culte du Temple de Salomon. Ils eurent selon toute vraisemblance, des contacts avec la secte des assassins et la tradition hellénique d’origine Byzantine. Ils furent chassés successivement de Jérusalem puis d’Acre, de Chypre, de Rhodes pour finir à Malte où ils prirent le nom d' Ordre des Chevaliers de Malte. Ici il n’est pas fait allusion directement aux templiers et à leur Ordre, sans doute dans un but diplomatique, le point de vue papal n’étant pas neutre.)

 Cette union se fit en imitation des Israélites, lorsqu'ils rebâtirent le second Temple, pendant qu'ils maniaient d'une main la truelle et le mortier, ils portaient de l'autre l'Epée et le Bouclier.

 (L’allusion à la double initiation qui va constituer la racine de l’écossisme en France est exprimée de manière péremptoire. Ramsay envisage l’initiation de métier constituée par la transformation de la matière comme une base qui se complète par l’initiation guerrière. On rejoint par le sommet, les deux versants d’une même montagne. Il ne reste plus que l’initiation sacerdotale qui sera mise en partition par la légende d’Hiram et sa parole perdue.)

Notre Ordre par conséquent, ne doit pas être regardé comme un renouvellement de bacchanales, et une source de folle dissipation de libertinage effréné, et d'intempérance scandaleuse, mais comme un ordre moral, institué par nos Ancêtres dans la Terre sainte pour rappeler le souvenir des vérités les plus sublimes, au milieu des innocents plaisirs de la Société.

DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE

 Les Rois, les Princes et les Seigneurs, en revenant de la Palestine dans leurs pays, y établirent des Loges différentes. Du temps des dernières Croisades on voit déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de là en Écosse, à cause de l'intime alliance qu'il y eut alors entre ces deux Nations.

(La loge est donc le produit croisé de la tradition orientale des bâtisseurs et de la chevalerie plongée dans la croisade. La maçonnerie opérative ne serait que l’émanation des croisades. Orient et occident par la croisade qui est une communion des sangs partagent une même tradition.

Plus bas, Ramsay rappelle l’Ancienne Alliance qui unie la France et l’Ecosse. On y voit le poids d’une culture Stuartiste avec la justification de ses racines.) 

Jacques Lord Steward d'Écosse fut Grand Maître d'une Loge établie à Kilwining dans l'Ouest d'Écosse en l'an 1286, peu de temps après la mort d'Alexandre III Roi d'Écosse, et un an avant que Jean Baliol montât sur le Trône. Ce Seigneur Écossais reçut Free-Maçons dans sa Loge les Comtes de Glocester et d'Ulster, Seigneurs Anglais et Irlandais.

Peu à peu nos Loges, nos fêtes et nos solennités furent négligées dans la plupart des pays où elles avoient été établies. De-là vient le silence des Historiens de presque tous les Royaumes sur notre Ordre, hors ceux de la Grande-Bretagne. Elles se conservèrent néanmoins dans toute leur splendeur parmi les Écossais, à qui nos Rois confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leur sacrée personne.

 (La garde écossaise du Roi et l’Ancienne Alliance entre l'Écosse et la France sont ici mis en avant pour créer le fameux lien « Écossais » qui va permettre l’incroyable foisonnement de « l’écossisme » en France. C’est par l'Écosse que nous revient une tradition oubliée. Il est dit ici que l'Écosse fut un centre reconnu pour la Franc-maçonnerie.)

DES CROISADES A LA RÉFORME - DÉGÉNÉRESCENCE DE L'ORDRE

Après les déplorables traverses des Croisades, le dépérissement des Armées Chrétiennes et le triomphe de Bendocdar Soudan d'Egypte, pendant la huitième et dernière Croisade, le Fils d'Henry III Roi d'Angleterre, le grand prince Édouard voyant qu'il n'avait plus de sûreté pour ses confrères dans la Terre sainte, quand les troupes Chrétiennes s'en retiraient, les ramena tous, et cette Colonie de frères s'établit ainsi en Angleterre. Comme ce Prince était doué de toutes les qualités du coeur et de l'esprit qui forment les Héros, il aima les beaux Arts, se déclara protecteur de notre Ordre, lui accorda plusieurs privilèges et franchises, et dès lors les membres de cette Confraternité prirent le nom de francs-maçons. Depuis ce temps la Grande-Bretagne devint le siège de notre science, conservatrice de nos lois, et la dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embrasèrent et déchirèrent l'Europe dans le seizième siècle, firent dégénérer notre ordre de la grandeur et de la noblesse de son origine (ce sont les rivalités religieuses instrumentées par la noblesse aux commandes de la grande politique qui à fait la faillite de la tradition maçonnique et la grande mémoire, provoquant la discorde entre les hommes). On changea, on déguisa, on supprima plusieurs de nos rites et usages, qui étaient contraires aux préjugés du temps.

RETOUR EN FRANCE, RÉGÉNÉRATION

C'est ainsi que plusieurs de nos confrères oublièrent l'esprit de nos lois, et n'en conservèrent que la lettre et l'écorce. Notre grand maître, dont les qualités respectables surpassent encore la naissance distinguée, veut que l'on rappelle tout à sa première institution, dans un Pays où la religion et l'État ne peuvent que favoriser nos Lois.

Des Isles Britanniques, l'antique science commence à repasser dans la France sous le règne du plus aimable des Rois, dont l'humanité fait l'âme de toutes les vertus, sous le ministère d'un Mentor qui a réalisé tout ce qu'on avait imaginé de plus fabuleux.

Dans ces temps heureux où l'amour de la Paix est devenu la vertu des Héros, la nation la plus spirituelle de l'Europe deviendra le centre de l'Ordre; elle répandra sur nos Ouvrages, nos Statuts et nos mœurs, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un Ordre, dont la base est la sagesse, la force et la beauté du génie.

(Le rappel des trois lumières d’ordre signe l’appartenance maçonnique de son auteur.)

C'est dans nos Loges à l'avenir, comme dans des Écoles publiques, que les François verront, sans voyager, les caractères de toutes les Nations, et c'est dans ces mêmes Loges que les Étrangers apprendront par expériences, que la France est la vraie Patrie de tous les Peuples:

 "PATRIA GENTIS HUMANAE"

(L’universalité d’un peuple se juge à l’aune de son rayonnement et la Franc-maçonnerie est un excellent support pour y parvenir. Voilà un dernier argument que l’auditeur politique, censé soutenir la démarche maçonnique en la protégeant, doit prendre en compte.)

    Note de synthèse N°2- Etudes sur la chevalerie maçonnique- E.°.R.°.- RL ecossais de saint Jean-

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Le mystérieux Chevalier de Ramsay

Publié le 20 Août 2026 par T.D

Quel franc-maçon n’a entendu le nom du Chevalier Michel de Ramsay ne serait-ce qu’une fois ? Le Chevalier de Ramsay et son fameux discours (en fait ses deux discours) est un incontournable de la mythologie maçonnique. L’a-t-on lu ? Pas forcément. Mais on en fait le principal inspirateur des hauts grades du REAA chevaleresques qui vont se développer dans la franc-maçonnerie française dès les années 1740. Les francs-maçons savent-ils cependant qui était le Chevalier de Ramsay, quelle fut sa vie et qu’elle était sa pensée ? Partons à la découverte de l’intriguant personnage que fut le Chevalier de Ramsay.

Histoire d’Andrew Michael Ramsay

L’origine d’Andrew Michael Ramsay, connu surtout en France comme Michel de Ramsay, ou le Chevalier de Ramsay, est controversée. On a longtemps affirmé qu’il était né à Ayr (sud-ouest de l’Écosse) en 1686 et que son père était boulanger. Une lettre de Ramsay, publiée seulement en 2018, tendrait à prouver qu’il était né en 1693 à Abbotshall (sud-est de l’Écosse), et que son père était pasteur. Son père était-il vraiment issu des Ramsay de Dalhousie et sa mère des Erskine de Mar, deux grandes familles de la noblesse écossaise ? Cela restera sans doute un mystère, mais c’est bien ce qui sera inscrit sur la patente que lui accorda en 1723 le Prétendant Jacques François Stuart ("The Old Pretender", le fils du roi déchu Jacques II, 1688-1766).

Si Ramsay était bien fils de pasteur, cela explique mieux pourquoi il suivit des études de théologie à l’Université d’Edimbourg, dont il sortit Maître ès Arts en 1707. Mais cette date nous amène à remettre en question sa naissance en 1693, comme le prétend la lettre mentionnée ci-dessus : est-il vraisemblable que Ramsay ait terminé ses études universitaires à l’âge de 14 ans ? Bien des mystères entourent ce personnage…

Ramsay fut le tuteur des enfants du comte de Wermyss jusqu’en 1709 et se rendit alors aux Pays-Bas pour rencontrer le pasteur et théologien calviniste Pierre Poiret (1646-1719), avec qui il correspondait. Puis on le retrouve en 1710 à Cambray, auprès de Fénélon (1651-1715), alors archevêque de la ville. Alors qu’il était jusque-là plutôt déiste, Ramsay se convertit au catholicisme. Fénelon lui fit rencontrer Mme Guyon (1648-1717), alors à Blois, l’inspiratrice du Quiétisme français, un courant mystique mettant l’accent sur l’expérience spirituelle intérieure plutôt que sur la pratique extérieure de la religion. En 1714, Ramsay devint le secrétaire de Mme Guyon.

En 1715, Ramsay retourna en Écosse pour s’engager dans un régiment jacobite (c’est-à-dire fidèle à la dynastie des Stuart, détrônée en 1688), qui fut battu lors de la bataille de Preston en novembre de la même année. Il fut déporté aux Caraïbes, mais le bateau qui l’y emmenait avec d’autres condamnés fit l’objet d’une mutinerie et finit par accoster en France en septembre 1716. En 1717, il était à Blois pour la mort de Mme Guyon. Il entra alors au service d’une famille noble de l’entourage de la grande mystique, au titre de précepteur de leur fils cadet, poste qu’il occupa jusqu’en 1722.

Il s’installa alors à Paris et devint très actif dans les cercles jacobites. Pour récompenser son zèle et son dévouement, Jacques François Stuart ("The Old Pretender", le fils du roi déchu Jacques II, 1688-1766) le recommanda au Régent du Royaume de France, Philippe d’Orléans (1674-1723), pour qu’il soit fait Chevalier de St-Lazare. La cérémonie d’adoubement eut lieu le 20 mai 1723, et le Régent lui accorda une rente annuelle de 2000 livres (environ 17’000 €). L’Ordre de St-Lazare, qui remonte aux Croisades, était devenu en France un ordre honorifique permettant à la couronne de récompenser ses plus fidèles serviteurs, et il fallait présenter huit quartiers de noblesse pour être admis Chevalier de Justice, le rang le plus commun. Par dérogation, ceux qui ne pouvaient pas prouver huit quartiers pouvaient être reçus Chevalier de Grâce, pour services rendus.

Or Ramsay fut reçu Chevalier de Justice, sans pouvoir prouver le moindre quartier de noblesse, ce qui est pour le moins étrange. Mais le 23 mai 1723, soit trois jours après la cérémonie d’adoubement, Jacques Stuart délivra à Ramsay une patente le reconnaissant descendant des Ramsay de Dalhousie et des Erskine de Mar. Nous ne saurons jamais si c’était vrai, ou s’il s’agissait d’une simple faveur accordée à un fidèle partisan…

Les honneurs s’enchaînèrent alors pour Ramsay, que Jacques Stuart  nomma en 1724 tuteur de son fils Charles Édouard ("The Young Pretender", ou affectueusement "Bonnie Prince Charlie", 1720-1788) alors âgé de trois ans et demi, et lui ordonna de se rendre à Rome, où demeurait l’enfant. Des conflits au sein de la communauté jacobite en exil à Rome l’amenèrent à retourner en France.

De 1729 à 1730, Ramsay séjourna en Angleterre pour y diffuser ses écrits et fut nommé à la prestigieuse Royal Society, en même temps que Montesquieu. De retour en France, il tenta sans succès d’entrer à l’Académie Française.

En juin 1735, il se maria avec Mary Nairne, fille du Sous-Secrétaire de Jacques Stuart, et eut deux enfants. Son fils mourut malheureusement en bas âge et sa fille à l’âge de 19 ans. Trois mois avant le mariage, il avait reçu le titre héréditaire de Baronet d’Écosse.

Ramsay mourut en 1743, probablement d’une attaque cérébrale, et fut enterré dans l’église de St-Germain-en-Layes, au cœur du fief Jacobite en France

Qui était vraiment Ramsay ?

L’histoire de Ramsay est assez rocambolesque quand on connaît l’incertitude qui plane autour de son origine familiale. Et l’on peut à bon droit se demander comment cet homme, dont l’origine noble (si elle est avérée) ne fut reconnue qu’en 1723, parvint à recevoir tant d’honneurs de la part des grands de ce monde, au point de devenir la coqueluche des Jacobites et le protégé du Cardinal de Fleury (1653-1743), qui sera l’homme fort de la France à partir de 1724 ? Dans tous les cas, le contexte historique fut certainement déterminant : quelle que soit leur naissance, Jacques François Stuart avait besoin de tous les hommes de qualité qui pouvaient le servir, et par ricochet, les Français soutenaient tout ce qui pouvait aider les Jacobites et nuire l’Angleterre hanovrienne.

Mais il faut aussi relever que Ramsay eut l’intelligence de mener l’essentiel de sa carrière en France et non en Écosse ou en Angleterre, où il lui aurait été beaucoup plus difficile de se prétendre noble s’il ne l’était pas. Les exilés jacobites étaient certainement plus à même que les Français de se prononcer sur l’extraction sociale de Ramsay, mais la reconnaissance de son ascendance par Jacques Stuart en 1723 reste mystérieuse. Pourquoi ne la délivrer que trois jours après sa réception comme Chevalier de St-Lazare ?

Le mystère s’épaissit encore quand l’on apprend que l’on ne connaît aucun portrait de Ramsay. C’est très étonnant pour un aristocrate, même de noblesse récemment acquise. En 1921, Arthur Waite, dans sa "New Encycopaedia of Freemasonry", présenta comme portrait de Ramsay le dessin d’un Chevalier de St-Lazare inspiré de celui qui figure dans la monumentale histoire des Ordres religieux du Père Hélyot, publiée entre 1714 et 1748. C’est cette image que vous pouvez contempler ci-dessus. Les traits du personnage ne sont pas les mêmes que sur le dessin de l’ouvrage d’Hélyot, mais sont-ils ceux de Ramsay ? Un mystère de plus.

Ramsay franc-maçon 

Officiellement, Ramsay fut initié à la Loge Tavern Horn de Westminster en 1730, lors de son séjour anglais de 1729-1730. Mais cette date semble fort tardive, tant étaient nombreux les francs-maçons dans les rangs jacobites. Il est beaucoup plus probable qu’il avait déjà été reçu franc-maçon dans une Loge jacobite en France, peut-être dès 1715. Dans ce cas, sa réception à Londres en 1730 n’aurait servi qu’à le régulariser aux yeux de la franc-maçonnerie "officielle" anglaise, qui ne reconnaissait pas les loges jacobites. Là encore, le mystère règne.

On sait par ailleurs assez peu de choses de la carrière maçonnique de Ramsay, mais on constate qu’il était en 1736 Grand Orateur de la première Grande Loge de France, sous la Grande Maîtrise de Charles Radcliffe Lord Derwentwater (1693-1748), qui sera d’ailleurs l’un des signataires de son acte de décès et assistera à ses funérailles en 1743.

Le fameux discours de 1736 fut prononcé par Ramsay devant la Loge St Thomas n°1 à Paris, composée surtout de Frères anglais. Il devait prononcer une version modifiée de ce discours l’année suivante devant la Grande Loge, mais il souhaita d’abord demander l’avis et la bénédiction du Cardinal de Fleury, son protecteur. Le Cardinal lui intima l’ordre de ne pas le prononcer, et après ce désaveu, il semble que Ramsay ait cessé toute activité maçonnique.

La pensée de Ramsay et les deux discours 

Si l’histoire de Ramsay est pleine de mystère, sa vie intérieure et intellectuelle est elle aussi l’expression d’une personnalité complexe, en quête de paix spirituelle. Il semble qu’il était déiste quand il débarqua en Europe en 1709, ce qui n’est pas étonnant, car cette position était très fréquente dans les facultés de théologie protestante au XVIIIe. Mais il était manifestement en recherche spirituelle, comme l’atteste sa correspondance avec Pierre Poiret, pasteur et théologien calviniste de tendance mystique. C’est lui qu’il rencontra en premier sur le continent. Puis, probablement sur les conseils du pasteur Poiret, il se rendit auprès de Fénélon, chez qui il se convertit au catholicisme, et de Mme Guyon.

Ces trois personnes que Ramsay rencontra sont au centre d’une constellation dominée par la figure de Mme Guyon. Il s’agit du quiétisme, qui enseignait le pur abandon à l’amour de Dieu, dans une attitude de simple réceptivité, sans aucune pratique extérieure. Ce mouvement fut condamné par l’Église Catholique, qui y voyait une forme de contestation des sacrements et de la discipline ecclésiastique, et ne survécut que dans la protestantisme, notamment grâce au pasteur Poiret, et influença fortement les Quakers, les Méthodistes de John Wesley et le piétisme allemand.

L’influence du Quiétisme fut majeure dans la pensée de Ramsay. Il lui doit sa conception d’un Christianisme universaliste, pour lequel les différences confessionnelles n’ont aucune importance. En cela, la sensibilité quiétiste rejoignait le volonté clairement exprimée dans les Constitutions d’Anderson, qui entendaient faire de la franc-maçonnerie le lieu de réunion d’hommes de confessions différentes, pourvu qu’ils fussent hommes de bien.

Discours de Ramsay

C’est cela qu’exprime Ramsay dans son discours, aussi bien dans la version de 1736 que dans celle de 1737. Et son universalisme spirituel le fait largement dépasser les limites du christianisme. Sa pensée est enracinée dans un ésotérisme d’abord biblique et Salomonien qui embrasse ensuite les initiations antiques, notamment grecques et égyptiennes. Ramsay était un vrai Noachites, convaincu de l’existence d’une forme de spiritualité universelle qui remonterait symboliquement à Noé et transcenderait les religions apparues plus tard parmi les humains. Il convient de préciser que l’allusion au noachisme du discours de 1736 précède de deux ans l’introduction de cette notion dans les Constitutions d’Anderson, dans son édition de 1738. Anderson a-t-il sur ce point été influencé par Ramsay ? Si tel est le cas, le discours de Ramsay serait un texte fondateur de la franc-maçonnerie universelle et non seulement de la franc-maçonnerie française.

On retient généralement du discours de Ramsay qu’il fut le premier à établir un lien entre la franc-maçonnerie et les Croisades, ouvrant ainsi la voie au développement des hauts grades chevaleresques et templiers C’est surtout la seconde version, celle de 1737, qui développa ce thème. Ce discours ne fut jamais prononcé, mais fut probablement diffusé par écrit. Il était adressé à un auditoire surtout français, alors que le premier avait été adressé à une Loge à majorité anglaise. Si le contenu central est le même, le premier discours de 1736 restait plus proche de l’esprit des Constitutions d’Anderson de 1723, insistant avantage sur la symbolique Salomonienne de l’art gothique, les Arts Libéraux et les thèmes bibliques. Les Croisades n’y sont qu’un épisode, à la fin du discours, expliquant le nom de Loge de St Jean par l’alliance avec les Hospitaliers de St Jean de Jérusalem. Dans le second discours de 1737, ce thème est amplifié et placé en deux endroits du texte. 

On a le sentiment que Ramsay comprenait que les francs-maçons français seraient moins attirés par la symbolique biblique et opérative de la franc-maçonnerie de métier que leurs homologues anglais, et seraient plus séduits par une origine chevaleresque. La suite de l’histoire allait lui donner raison.

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Discours de Ramsay 1737

Publié le 20 Août 2026 par T.D

PREMIÈRE PARTIE
DES QUALITÉS REQUISES POUR DEVENIR FRANC-MAÇON ET DES BUTS QUE SE PROPOSE L’ORDRE.

La noble ardeur que vous montrez, Messieurs, pour entrer dans le très ancien et très illustre ordre des Francsmaçons, est une preuve certaine que vous possédez déjà toutes les qualités requises pour en devenir les membres. Ces qualités sont la Philanthropie sage, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux arts.

LA PHILANTHROPIE, OU AMOUR DE L’HUMANITÉ EN GÉNÉRAL

Lycurge, Solon, Numa, et tous les autres Législateurs politiques n’ont pû rendre leurs établissements durables ; quelques sages qu’aient été leurs lois, elles n’ont pû s’étendre dans tous les pays ni convenir au goût, au génie, aux intérêts de toutes les Nations. La Philanthropie n’étoit pas leur base. L’amour de la patrie mal entendu et poussé à l’excès, détruisoit souvent dans ces Républiques guerrières l’amour de l’humanité en général. Les hommes ne sont pas distingués essentiellement par la différence des langues qu’ils parlent, des habits qu’ils portent, des pays qu’ils occupent, ni des dignités dont ils sont revêtus. LE MONDE ENTIER N’EST QU’UNE GRANDE REPUBLIQUE, DONT CHAQUE NATION EST UNE FAMILLE, ET CHAQUE PARTICULIER UN ENFANT. C’est pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes prises dans la nature de l’homme, que notre Société fut établie. Nous voulons réunir des hommes d’un esprit éclairé et d’une humeur agréable, non seulement par l’amour des beaux-arts, mais encore plus par les grands principes de vertu, où l’intérêt de la confraternité devient celui du genre humain entier, où toutes les Nations peuvent puiser des connoissances solides, et où tous les sujets des différens Royaumes peuvent conspirer sans jalousie, vivre sans discorde, et se chérir mutuellement sans renoncer à leur Patrie. Nos Ancêtres, les Croisés, rassemblés de toutes les parties de la Chrétienté dans la Terre Sainte, voulurent réunir ainsi dans une seule confraternité les sujets de toutes les Nations. Quelle obligation n’a-t-on pas à ces Hommes supérieurs qui, sans intérêt grossier, sans écouter l’envie naturelle de dominer, ont imaginé un établissement dont le but unique est la réunion des esprits et des cœurs, pour les rendre meilleurs, et former dans la suite des temps une nation spirituelle où, sans déroger aux devoirs que la différence des états exige, on créera un peuple nouveau qui, en tenant de plusieurs nations, les cimentera toutes en quelque sorte par les liens de la vertu et de la science.

LA SAINE MORALE

La saine Morale est la seconde disposition requise dans notre société. Les ordres Religieux furent établis pour rendre les hommes chrétiens parfaits ; les ordres militaires, pour inspirer l’amour de la belle gloire ; l’Ordre des Free-Maçons fut institué pour former des hommes et des hommes aimables, des bons citoyens et des bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles adorateurs du Dieu de l’Amitié, plus amateurs de la vertu que des récompenses.

Polliciti servare fidem, sanctumque vereri

Numen amicitiae, mores, non munera amarare.

Ce n’est pas que nous nous bornions aux vertus purement civiles. Nous avons parmi nous trois espèces de confrères, des Novices ou des Apprentis, des Compagnons ou des Profès, des Maîtres ou des Parfaits. Nous expliquons aux premiers les vertus morales et philanthropes, aux seconds, les vertus héroïques ; aux derniers les vertus surhumaines et divines. De sorte que notre institut renferme toute la Filosophie des sentiments, et toute la théologie du cœur. C’est pourquoi un de nos vénérables Confrères dit dans une Ode pleine d’enthousiasme :

Free-Maçons, Illustre grand Maître,

Recevez mes premiers transports,

Dans mon cœur l’ordre les fait naître ;

Heureux ! si de nobles efforts

Me font mériter votre estime,

M’élèvent à ce vrai sublime,

A la première vérité,

A l’essence pure et divine,

De l’âme céleste origine,

Source de vie et de clarté.

Comme une Filosophie sévère, sauvage, triste et misanthrope dégoûte les hommes de la vertu, nos Ancêtres, les Croisés, voulurent la rendre aimable par l’attrait des plaisirs innocens, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable. Nos sentiments ne sont pas ce que le monde profane et l’ignorant vulgaire s’imagine. Tous les vices du cœur et de l’esprit en sont bannis, et l’irréligion et le libertinage, l’incrédulité et la débauche. C’est dans cet esprit qu’un de nos Poètes dit :

Nous suivons aujourd’hui des sentiers peu battus,

Nous cherchons à bâtir, et tous nos édifices

Sont ou des cachots pour les vices,

Ou des temples pour les vertus.

Nos repas ressemblent à ces vertueux soupers d’Horace, où l’on s’entretenoit de tout ce qui pouvoit éclairer l’esprit, perfectionner le cœur, et inspirer le goût du vrai, du bon et du beau :

O ! noctes, coenaeque Deum…

Sermo oritur non de regnis domibusque alienis ;

…sed quod magis ad nos

Pertinet, et nescire malum est, agitamus ; utrumne

Divitis homines, an sint virtute beati ;

Quidve ad amicitias usus rectumve trahat nos,

Et quae sit natura boni, summumque quid ejus.

Ici l’amour de tous les désirs se fortifie. Nous bannissons de nos Loges toute dispute, qui pourrait altérer la tranquilité de l’esprit, la douceur des mœurs, les sentimes de l’amitié, et cette harmonie parfaite qui ne se trouve que dans le retranchement de tous les excès indécens, et de toutes les passions discordantes.

Les obligations que l’ordre vous impose, sont de protéger vos Confrères par votre autorité, de les éclairer par vos lumières, de les édifier par vos vertus, de les secourir dans leurs besoins, de sacrifier tout ressentiment personnel, et de rechercher tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l’union de la Société.

LE SECRET

Nous avons des secrets ; ce sont des signes figuratifs et des paroles sacrées, qui composent un langage tantôt muet et tantôt très éloquent, pour le communiquer à la plus grande distance, et pour reconnaître nos Confrères de quelque langue ou quelque pays qu’ils soient. C’étoit, selon les apparences, des mots de guerre que les croisés se donnoient les uns aux autres, pour se garantir des surprises des Sarasins, qui se glissoient souvent déguisés parmi eux pour les trahir et les assassiner. Ces signes et ces paroles rappellent le souvenir ou de quelque partie de notre science ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la foi. Il est arrivé chez nous, ce qui n’est guère arrivé dans aucune autre société. Nos loges sont établies et se répandent aujourd’hui dans toutes les nations policées, et cependant dans une si nombreuse multitude d’hommes, jamais aucun Confrère n’a trahi nos secrets. Les esprits les plus légers, les plus indiscrets et les moins instruits à se taire, apprennent cette grande science dès qu’ils entrent dans notre société. Tant l’idée de l’Union fraternelle a d’empire sur les esprits. Ce secret inviolable contribue puissamment à lier les sujets de toutes les Nations, et à rendre la communication des bienfaits facile et mutuelle entre eux. Nous en avons plusieurs exemples dans les annales de notre Ordre, nos Confrères qui voyageoient dans les différens pays de l’Europe, s’étant trouvés dans le besoin, se sont fait connoître à nos loges, et aussitôt ils ont été comblés de tous les secours nécessaires. Dans le temps même des guerres les plus sanglantes, des illustres prisonniers ont trouvé des frères où ils ne croyoient trouver que des ennemis. Si quelqu’un manquoit aux promesses solemnelles qui nous lient, vous sçavez, Messieurs, que les plus grandes peines sont les remords de sa conscience, la honte de sa perfidie, et l’exclusion de notre Société, selon ces belles paroles d’Horace :

Est et fideli tuta silentio

Merces ; vetabo qui Cereris sacrum

Vulgarit arcanae, sub isdem

Sit tragibus, fragilemque mecum

Solvat phaselum ;…

Oui, Messieurs, les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis dont parle Horace aussi bien que celles d’Isis en Égypte, de Minerve à Athènes, d’Uranie chez les Phéniciens, et de Diane en Scythie avoient quelque rapport à nos solemnités. On y célébroit les mystères où se trouvoient plusieurs vestiges de l’ancienne religion de Noë et des patriarches ; ensuite on finissoit par les repas et les libations, mais, sans les excès, les débauches et l’intempérance où les Païens tombèrent peu à peu. La source de toutes ces infamies fut l’admission des personnes de l’un et de l’autre sexe aux assemblées nocturnes contre la primitive institution. C’est pour prévenir de semblables abus que les femmes sont exclues de notre Ordre. Ce n’est pas que nous soyons assés injustes pour regarder le sexe comme incapable de secret, mais c’est, parce que sa présence pourroit altérer insensiblement la pureté de nos maximes et de nos mœurs :

Si le sexe est banni, qu’il n’en ait point d’alarmes,

Ce n’est point un outrage à sa fidélité ;

Mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes,

Ne produise l’oubli de la fraternité.

Noms de frère et d’ami seroient de faibles armes

Pour garantir les cœurs de la rivalité.

LE GOUT DES SCIENCES ET DES ARTS LIBÉRAUX

La quatrième qualité requise pour entrer dans notre Ordre est le goût des sciences utiles, et des arts libéraux de toutes les espèces ; ainsi l’ordre exige de chacun de vous, de contribuer par sa protection, par sa libéralité, ou par son travail à un vaste Ouvrage auquel nulle Académie, et nulle Université ne peuvent suffire, parce que toutes les Sociétés particulières étant composées d’un très petit nombre d’hommes, leur travail ne peut embrasser un objet aussi immense.

Tous les Grands Maîtres en Allemagne, en Angleterre, en Italie et par toute l’Europe, exhortent tous les savants et tous les Artistes de la Confraternité, de s’unir pour fournir les matériaux d’un Dictionnaire universel de tous les Arts Libéraux et de toutes les sciences utiles, la Théologie et la Politique seules exceptées. On a déjà commencé l’ouvrage à Londres ; mais par la réunion de nos confrères on pourra le porter à sa perfection en peu d’années. On y expliquera non seulement le mot technique et son étimologie, mais on donnera encore l’histoire de la science et de l’Art, ses grands principes et la manière d’y travailler. De cette façon on réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme un magasin général, et une Bibliothèque universelle de tout ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences naturelle et dans tous les arts nobles. Cet ouvrage augmentera chaque siècle, selon l’augmentation des lumières ; c’est ainsi qu’on répandra une noble émulation avec le goût des Belles-Lettres et des beaux Arts dans toute l’Europe.

SECONDE PARTIE
ORIGINE ET HISTOIRE DE L’ORDRE

LA LÉGENDE ET L’HISTOIRE

Chaque famille, chaque République, et chaque Empire dont l’origine est perdue dans une antiquité obscure, a sa fable et a sa vérité, sa légende et son histoire, sa fiction et sa réalité. Quelques-uns font remonter notre institution jusqu’au temps de Salomon, de Moïse, des Patriarches, de Noë même. Quelques autres prétendent que notre fondateur fut Enoch, le petit-fils du Protoplaste, qui bâtit la première ville et l’appela de son nom. Je passe rapidement sur cette origine fabuleuse, pour venir à notre véritable histoire. Voici donc ce que j’ai pû recueillir dans les très anciennes Annales de l’Histoire de la Grande-Bretagne, dans les actes du Parlement d’Angleterre, qui parlent souvent de nos privilèges, et dans la tradition vivante de la Nation Britannique, qui a été le centre et le siège de notre Confraternité depuis l’onzième siècle.

INSTITUTION DE L’ORDRE PAR LES CROISÉS

Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs Princes, Seigneurs et Citoyens entrèrent en Société, firent vœu de rétablir les temples des Chrétiens dans la Terre Sainte, et s’engagèrent par serment à employer leurs talens et leurs biens pour ramener l’Architecture à primitive institution. Ils convinrent de plusieurs signes anciens, de mots symboliques tirés du fond de la religion, pour se distinguer des Infidèles, et se reconnoître d’avec les Sarasins. On ne communiquoit ces signes et ces paroles qu’à ceux qui promettoient solemnellement et souvent même au pieds des Autels de ne jamais les révéler. Cette promesse n’étoit donc plus un serment exécrable, comme on le débite, mais un lien respectable pour unir les hommes de toutes les Nations dans une même confraternité. Quelques temps après, notre Ordre s’unit intimement avec les Chevaliers de S. Jean de Jérusalem. Dès lors et depuis nos Loges portèrent le nom de Loges de S. Jean dans tous les pays. Cette union se fit en imitation des Israélites, lorsqu’ils rebâtirent le second Temple, pendant qu’ils manioinent d’une main la truelle et le mortier, ils portoient de l’autre l’Epée et le Bouclier.

Notre Ordre par conséquent, ne doit pas être regardé comme un renouvellement de baccanales, et une source de folle dissipation de libertinage effréné, et d’intempérance scandaleuse, mais comme un ordre moral, institué par nos Ancêtres dans la Terre sainte pour rappeler le souvenir des vérités les plus sublimes, au milieu des innocens plaisirs de la Société.

PASSAGE DE L’ORDRE DE LA TERRE SAINTE EN EUROPE

Les Rois, les Princes et les Seigneurs, en revenant de la Palestine dans leurs pays, y établirent des Loges différentes. Du temps des dernières Croisades on voit déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de là en Ecosse, à cause de l’intime alliance qu’il y eut alors entre ces deux Nations.

Jacques Lord Steward d’Ecosse fut Grand Maître d’une Loge établie à Kilwinnen dans l’Ouest d’Ecosse en l’an 1286, peu de temps après la mort d’Alexandre III Roi d’Ecosse, et un an avant que Jean Baliol montât sur le Trône. Ce Seigneur Ecossois reçut Free-Maçons dans sa Loge les Comtes de Glocester et d’Ulster, Seigneurs Anglois et Irlandois.

Peu à peu nos Loges, nos fêtes et nos solemnités furent négligées dans la plupart des pays où elles avoient été établies. De-là vient le silence des Historiens de presque tous les Royaumes sur notre Ordre, hors ceux de la Grande-Bretagne. Elles se conservèrent néanmoins dans toute leur splendeur parmi les Ecossois, à qui nos Rois confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leur sacrée personne.

DES CROISADES A LA RÉFORME. DÉGÉNÉRESCENCE DE L’ORDRE.

Après les déplorables traverses des Croisades, le dépérissement des Armées Chrétiennes et le triomphe de Bendocdar Soudan d’Égypte, pendant la huitième et dernière Croisade, le Fils d’Henry III Roi d’Angleterre, le grand prince Edouard voyant qu’il n’avoit plus de sureté pour ses confrères dans la Terre sainte, quand les troupes Chrétiennes s’en retiroient, les ramena tous, et cette Colonie de frères s’établit ainsi en Angleterre. Comme ce Prince était doué de toutes les qualités du cœur et de l’esprit qui forment les Héros, il aima les beaux Arts, se déclara protecteur de notre Ordre, lui accorda plusieurs privilèges et franchises, et dès lors les membres de cette Confraternité prirent le nom de Francs-Maçons. Depuis ce temps la Grande-Bretagne devint le siège de notre science, conservatrice de nos lois, et la dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embrasèrent et déchirèrent l’Europe dans le seizième siècle, firent dégénérer notre ordre de la grandeur et de la noblesse de son origine. On changea, on déguisa, ou l’on retrancha plusieurs de nos rits et usages qui étoient contraires aux préjugés du temps.

CONCLUSION
RETOUR, RÉGÉNÉRATION ET AVENIR DE L’ORDRE EN FRANCE

C’est ainsi que plusieurs de nos confrères oublièrent l’esprit de nos loix, et n’en conservèrent que la lettre et l’écorce. Notre grand maître, dont les qualités respectables surpassent encore la naissance distinguée, veut que l’on rappelle tout à sa première institution, dans un Pays où la religion et l’État ne peuvent que favoriser nos Loix.

Des Isles Britanniques, l’antique science commence à repasser dans la France sous le règne du plus aimable des Rois, dont l’humanité fait l’âme de toutes les vertus, sous le ministère d’un Mentor qui a réalisé tout ce qu’on avait imaginé de plus fabuleux.

Dans ces temps heureux où l’amour de la Paix est devenu la vertu des Héros, la nation la plus spirituelle de l’Europe deviendra le centre de l’Ordre ; elle répandra sur nos Ouvrages, nos Statuts et nos mœurs, les graces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un Ordre, dont la base est la sagesse, la force et la beauté du génie. C’est dans nos Loges à l’avenir, comme dans des Écoles publiques, que les François verront, sans voyager, les caractères de toutes les Nations, et c’est dans ces mêmes Loges que les Etrangers apprendront par expériences, que la France est la vraie Patrie de tous les Peuples. Patria gentis humanae.

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Apparition de l'Ecossisme

Publié le 20 Août 2026 par T.D

L’Écossisme est à l’origine un mouvement qui se caractérise par une multiplication des grades, au-delà de celui de Maître Maçon.

Ramsay et son Discours donne à penser que la maçonnerie spéculative sort du pré carré de l’institution des bâtisseurs, pour s’ouvrir à d’autres horizons dont la valeur initiatique est incontestable. Il constate plus qu’il ne révèle, que les francs-maçons ont d’autres sources et d’autres développements à faire valoir.

C’est ainsi que s’est inscrite dans le patrimoine maçonnique l’idée d’un Ecossisme dont on voit à la fois les origines politiques liées notamment aux Stuarts et à leur errance politique, mais aussi un glissement progressif d’un esprit politique vers un esprit philosophique de la franc-maçonnerie.

L’Ecossisme est par sa dénomination et ses origines, liée à l'Écosse qui fit du suivisme lorsque la Grande Loge d’Écosse est fondée en 1736. Une génération de retard pour affirmer son existence dénote une forme d’attentisme suspect pour ceux qui sont censés défendre une idée. L’imitation du modèle anglais est alors à l’ordre du jour. Le mot « écossais » avait échappé à l’Écosse pour devenir, en quelque sorte, un qualificatif maçonnique, péjoratif, forgé en Angleterre pour désigner voir dénigrer, une maçonnerie « d’élite », associée au Maître Écossais.

Le terme Écossais échappe aux Écossais eux-mêmes pour revenir dans leur giron. Le prestige du terme est lié à l’histoire mythique et à la personnalité même de Ramsay qui à la suite d’Anderson lui-même pasteur Ecossais fait la promotion du terme à son insu et de manière purement générique, au point que l’idée franchie le Chanel pour se retrouver entre les mains des LL\ Jacobites et Stuartistes. Cependant l’histoire des rites écossais, dont le Rite Écossais Primitif est précurseur, est l’aboutissement du mouvement dit Écossais qui apparut en Angleterre entre 1733 et 1735. Quelques écrits attestent de l’existence de "Scotch Masons" (Maçons Écossais) dès cette période . Accepter cette antériorité revenait à reconnaître l’origine opérative et spirituelle de l'Écosse. Sur l’aspect opératif, il ne reste que deux éléments et non des moindres : la truelle et la reconstruction du temple. La chevalerie y rajoute l’épée qui pour le coup est une croix.

Les premiers Maîtres Écossais apparaissent à la Grande Loge en 1743 en France. En 1744, l’Abbé Pérau relève qu’ils « ont leurs cérémonies et leurs secrets à part » et « se présentent sous le titre de maître écossais », « et revendiquent droits et privilèges »

« L’Ecossisme est écossais par son père, le baronnet Ramsay, né à AYR en Écosse en 1686 » . Cette citation marque l’intérêt des fameux discours pour les contemporains qui en mal de justifications historiques, vont alimenter une controverse qui aboutira à la multiplication des hauts grades. Abordant la fondation légendaire de l’Ordre en Terre sainte, lors des Croisades et leurs croisés suivant la parole de Saint Bernard. On est ici très loin des bâtisseurs de cathédrales, des Rose-Croix et même des Templiers. Il ne peut être question directement des Templiers pour des raisons d’opportunité politique. Ramsay chantre de L'Écossisme sans le savoir, est surtout le premier à évoquer les glorieux ancêtres de la maçonnerie « tenant une truelle d'une main et de l'autre une épée. » Ramsay apparaît comme le créateur des hauts grades. « La truelle et l’épée » sont tirées de la Bible et qui devait former la trame essentielle du 6em grade de la Loge mère Écossaise de Marseille en 1751 : Chevalier de l’Epée , surnommé de l’Orient ou de l’Aigle, qui se réuni deux fois l’an aux équinoxes de Mars et Septembre. L’affaire biblique est reprise et dupliquée en autant de grades que de prétentions. La bible est et demeure le voile de fond de toute légendaire maçonnique, c’est L'Écossisme qui vient s’y abreuver.

L’Ecossisme vient souligner par son contact originel avec l’Orient la résurgence d’une tradition commune et ancestrale qui lie Orient et Occident . Il nous semble que les hauts grades qui sont la suite de la légende d’Hiram font le part belle à l’ésotérisme chrétien, ravivé par l’esprit chevaleresque. Le grade de maître, et de maître écossais passe sur ce pont qui relie l’ancien et le Nouveau Testament. Ainsi, la légende d’Hiram trouve différents développements. Le secret de la parole perdue, prononciation du nom du divin que l’on trouve sous la voûte secrète du temple de Salomon en est un exemple. De même, les 4 grades dit supérieurs de la Loge mère de Marseille de 1751, ainsi que les grades supérieurs du REAA, où la vengeance d’un crime utile, la reconstruction du Temple et enfin le pardon dans la réalisation supérieure, caractérisent un l’état graduel et ascensionnel d’accomplissement et de sagesse.

À ce titre L'Écossisme est autre chose que l’évocation d’un pays mythique où naissent dans les brumes de la lande, légendes et nobles aspirations. Dans la suite des légendes du Grall du moyen âge, et sous l’influence résiduelle d’une série de mouvements initiatiques parcellaires, comme les Fidèles d’amour ou les Rose-Croix. L'Écossisme est telle une colonne de marbre, marquant le centre occidental de la Pensée initiatique. Les grades ainsi élaborés sont à étudier avec le plus grand sérieux. L’aspect pittoresque et théâtral d’une lecture légère éloigne l’importun.

Le sens initiatique reste entier.

E.:R.:

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Le silence

Publié le 19 Août 2026 par T.D

Introduction

« La tradition initiatique remonte à une époque où les livres étaient inconnus. Qui voulait s’instruire devait alors observer, méditer, deviner et se taire. Le silence s’imposait car aucun langage philosophique ne s’était encore formé, si bien que pour exprimer des conceptions d’ordre élevé, les mots faisaient défaut. La pensée n’avait pas non plus la précision que devaient lui donner les Grecs : elle restait nuageuse et flottante, propre à être évoquée par des symboles, plutôt que de se laisser figer en formules verbales fournissant matière à discussion ».

Comme vous pouvez sans doute le percevoir dans cette citation d’Oswald Wirth, il y a bien longtemps, le silence revêtait déjà une grande importance mais sa nécessité semblait probablement plus évidente que de nos jours pour un néophyte.

Je vais tenter, ce Midi, d’approcher le concept de silence en évoquant tout d’abord brièvement les quelques allusions au silence présentes dans nos rituels. J’analyserai ensuite les sortes de silence. Après avoir dégagé ses raisons et ses avantages, j’essaierai enfin de mettre en évidence l’importance du silence dans chacun de nos trois premiers degrés de la Maçonnerie contemporaine.

Quelques allusions au silence dans notre rituel

Le concept de silence est présent dans le rituel de nos Tenues au grade d’Apprenti.

Quelques expressions doivent retenir notre attention :

  • La première que je retiendrai se trouve dans le serment que nous avons tous prononcé :

" Je promets et je jure de ne jamais révéler aucun des secrets de la Franc-maçonnerie ".

  • Je retiendrai aussi une des expressions que formule le Vénérable Maître lors de la Fermeture des Travaux :

" Retirons-nous sous la Loi du silence ".

  • ainsi que celle que prononce le Premier Surveillant lorsque les Frères n’ont plus rien à exprimer :

" Le silence règne sur l’une et l’autre Colonne ".

Il s’agit d’une expression qui désigne le moment, en cours de Tenue maçonnique, où l’on parvient au passage d’un point de l’ordre du jour à un autre. Lorsqu'un sujet a été abordé et qu’il ne reste plus rien à en dire, le Premier Surveillant prononce ces mots rituels sans lesquels il n’est pas possible de passer à la suite. Selon le Rite pratiqué, l’expression peut varier. Parfois le Premier Surveillant dira « Les deux Colonnes sont muettes » ou « Le silence règne sur l’une et l’autre Colonne » ou encore « Les Colonnes méditent en silence ».

  • Faut-il rappeler qu’en posant sa main sur la gorge en formant l'Équerre, chacun d’entre nous se rappelle qu’il préférerait avoir la gorge tranchée plutôt que de révéler nos mystères ?
  • Quant au Mot sacré, il ne peut jamais être prononcé : il ne peut que s’épeler.

Trois aspects du silence

Alors que, lors d’un tuilage individuel, les Mots devraient idéalement être chuchotés à l’oreille du Couvreur, le silence va plus loin puisqu'il établit le calme acoustique. Notre Ordre nous impose deux formes de silence : le secret et le mutisme des Apprentis.

Le secret

Le secret, appelé « Loi du Silence », exige de tout Maçon qu’il ne révèle rien de ce qui se dit et se fait dans les locaux maçonniques, non seulement vis-à-vis du monde profane mais vis-à-vis du Frère absent à une Tenue qui demande à un Frère présent ce qui s’y est passé. Seul le Vénérable Maître a le pouvoir de renseigner un Frère absent. La Loi du Silence est un symbole de discrétion verbale absolue des Francs-maçons sur leurs activités.

Un Maçon doit s’abstenir de toute divulgation susceptible de porter préjudice à la Franc-maçonnerie ou à ses membres. L’ésotérisme n’est pas susceptible de divulgation !

La discipline du silence portait autrefois les anciens Maçons à laisser sans réplique les calomnies dont ils étaient l’objet. Ils attendaient stoïquement que la vérité se fit jour. Elle triomphe nécessairement !

La pensée, au surplus, est elle-même une force qui agit au dehors d’une manière mystérieuse. Elle peut influencer la volonté d’autrui sans pour autant être exprimée par la parole ou par l’écriture. C’est ce que révèle l’étude des lois occultes de la pensée. Instruit de ces lois, l’Initié s’applique à se taire. Il se concentre, afin d’imprimer à ses idées une plus haute tension. Il dispose du plus puissant de tous les moyens d’action : la pensée dirigée en pleine connaissance de cause. Mais il convient en ces matières de joindre l’exemple au précepte et de ne pas enfreindre la « Loi du Silence » plus qu’il n’est permis.

Le mutisme des Apprentis

La règle du silence ne s’applique qu’aux Apprentis quand ils sont en Loge.

Le mutisme des Apprentis contient un symbolisme diversement interprété dans le corpus maçonnique. Ce silence est chargé d’une signification ésotérique qui a sa juste place dans le contexte initiatique. Il s’agit d’une règle, parfois confondue avec la loi parce que le secret commande à ceux qui le détiennent un devoir de réserve «vocal».

Les néophytes auraient tort d’envisager leur silence sous l’angle de la brimade ou de la frustration. Ce sentiment provient peut-être des interprétations habituelles du symbole.

Cependant la règle du Silence admet des exceptions :

  • c’est le cas lorsque l’Apprenti est invité à donner à chaud, pendant les agapes qui suivent la Tenue de réception, ses premières impressions à propos de son Initiation ;
  • c’est aussi le cas lorsque l’Apprenti monte à l’Orient pour y tracer sa planche d’augmentation de salaire ;
  • enfin c’est encore le cas lorsque l’Apprenti est autorisé à parler, soit à la demande du Vénérable Maître, seul Officier habilité à l’exempter de la règle, soit à la demande d’un Maître près duquel il se trouve et auquel il a donné par écrit une raison valable de dire un mot, par exemple pour donner des informations sur l’état de santé d’un Frère absent.

Après les Tenues, la règle n’est plus applicable : l’Apprenti peut parler librement.

Évoquons à présent la discrétion maçonnique.

La discrétion maçonnique

Le jeune Maçon doit donc, d’une manière générale, se montrer très réservé. Tout prosélytisme intempestif lui est interdit. Il n’est pire erreur que la vérité mal comprise. Parler pour se faire mal comprendre est à la fois dangereux et nuisible.

En conséquence, écoutons chacun avec bienveillance, sans faire parade de notre manière de voir. Nous avons à former notre opinion et, dans ce but, nous avons tout avantage à entendre les avocats des causes les plus contradictoires. Apprenons à juger sans le moindre parti pris. C’est ainsi que nous deviendrons des penseurs indépendants ou des libre-penseurs, dans le vrai sens du mot.

Je voudrais à présent m’étendre un peu plus longuement sur le thème de la « Loi du Silence ».

La Loi du Silence

Qu’entend-on par « loi du silence » ?

La « Loi du Silence » présente trois aspects :

  1. C’est tout d’abord l’obligation pour un Maçon de garder le secret sur ce qui a été dit et fait en Loge. L’objet de nos travaux ne peut en effet pas être divulgué. « La loi du Silence » veut qu’à la fin de chaque Tenue maçonnique, nous réaffirmions, par la voix du Vénérable Maître, notre serment de ne pas divulguer les travaux maçonniques auxquels nous avons participé, cela aussi bien au monde profane qu’aux Frères qui ont été absents à nos Travaux.
  1. Mais la « Loi du Silence » concerne aussi le secret d’appartenance. Cette consigne s’applique, pour soi et pour les autres, au fait de révéler l’appartenance à la Franc-maçonnerie, au Rite pratiqué et aux rituels en vigueur dans les ateliers. Ainsi, il est interdit de dévoiler à un Maçon, encore moins à un profane, l’appartenance à l’Ordre, de telle ou telle personne. Tout Maçon n’est ainsi connu que des membres de son Atelier. Libre à lui de se dévoiler ou non.
  1. Enfin, de même, ce qui se passe au sein de chaque degré ne peut être révélé. Dans le même esprit qui conduit à ne pas divulguer ce à quoi on a été initié, la «Loi du Silence» est aussi d’application de manière interne et sert de garde-fou entre les différents degrés. En effet, chaque Maçon doit vivre l’Initiation et son évolution maçonnique à son propre niveau, de l’intérieur, et non pas en étant informé par un quelconque récit extérieur.

Le silence chez les Apprentis

Tout Apprenti se trouve assujetti, durant toute la période d’apprentissage, à cette «règle» du silence. Pendant cette période, il devra apprendre à se taire, à se contrôler, à dominer ses élans naturels. En observant ce qui se passe autour de lui, il découvrira peu à peu les particularités du rite comme la spécificité et la gestuelle inhérentes au travail maçonnique.

Se concrétisant de fait par une mise en retrait du monde, le silence le rend plus disponible.

Il favorise l’observation et procède à la mise en branle d’énergies subtiles. Celui qui veut comprendre le monde doit passer par l’univers du silence pour méditer objectivement, parvenir à l’entendement des choses secrètes et faire s’exprimer la simplicité naturelle et l’élan du cœur. Bien évidemment, ce mouvement en soi va donner un sens tout particulier à son inscription dans l’axe de la perpendiculaire car «le silence favorise l’ascension pour parvenir à la contemplation de Dieu».

A l’instar de tout apprenti entrant dans la carrière, le métier ou sur le chantier d’œuvre, l’Apprenti Maçon va devoir écouter le Maitre parvenu au sommet de la technique et observer attentivement l’outillage pour discerner son art particulier et la façon de s’en servir. Ce n’est qu’en agissant ainsi qu’il pourra tenter d’obtenir un résultat particulier en s’essayant au maniement du Maillet et du Ciseau avant de procéder à la taille sur la pierre.

Jadis, parmi les tailleurs de pierre du Moyen Age, l’apprenti se soumettait à l’autorité paternelle d’un maître qu’il s’engageait à servir pendant sept ans. Il était admis aux réunions corporatives mais uniquement à titre d’auditeur muet. Il était là pour s’instruire en silence et n’avait à prendre aucune part aux débats ou aux votes.

Au fur et à mesure que l’apprenti s’instruisait, il devenait plus apte à se faire un jugement sur les matières en discussion mais, faute de compétences suffisantes, il n’était pas appelé à donner son avis. Toujours attentif, mais renfermé en lui-même, il devait patiemment mûrir ses opinions, jusqu'au jour où il lui serait permis de les manifester.

La permission nécessaire à cet effet ne lui était accordée que lors de son admission définitive dans la corporation lorsque le stage des sept années réglementaires était achevé.

De nos jours, les Apprentis participent à nos Tenues en observant le silence le plus complet. Lorsque la parole est donnée aux Colonnes, nos jeunes Frères doivent être dûment couverts par le Second Surveillant.

Le « silence de l’Apprenti » s’applique aux nouveaux Initiés à qui il est ouvertement recommandé « d’écouter et de se taire » afin de s’imprégner pleinement des us et coutumes maçonniques – jusqu'à ce qu’ils parviennent au degré de Compagnon.

Le Profane qui vient d’être reçu Maçon selon les formes traditionnelles, n’a point acquis, par ce seul fait, les qualités qui distinguent le penseur éclairé de l’homme inintelligent et grossier. Le cérémonial de Réception n’a de valeur qu’en tant que mise en scène d’un programme qu’il importe au Néophyte de suivre pour entrer en pleine possession de toutes ses facultés.

L’Apprenti Maçon a donc pour premier devoir de méditer les enseignements du rituel, afin d’y conformer sa conduite. C’est là son devoir par excellence, son seul devoir qui comprend tous les autres qui sont contenus dans l’obligation qu’il a prêtée avant de recevoir la Lumière :

  • Se taire devant les profanes
  • Chercher la Vérité
  • Vouloir la justice
  • Aimer ses Frères
  • Se soumettre à la Loi.

Les raisons du silence

Pour l’aider dans sa démarche, le silence règne sur la Colonne du Septentrion. Pourquoi ce silence ? Tout simplement pour lui apprendre à contrôler ses pulsions naturelles ou instinctives, à développer en lui le germe d’une future maîtrise du comportement physique, intellectuel et moral, pour qu’il s’astreigne à voir, écouter, observer ce qui se passe autour de lui.

Essayer de comprendre, s’efforcer de discerner, c’est commencer à s’ouvrir sur les hommes, sur le monde, au lieu de concentrer sur soi égoïsme et égocentrisme.

Par l’observation, l’Apprenti va découvrir les bases du Travail en Loge et l’importance du rituel. Les Compagnons et les Maîtres, soumis à une rigueur identique à la sienne, indiquent déjà la route que tous doivent suivre.

Les fruits du silence

Les fruits du silence au premier degré me paraissent importants. Ce mutisme temporaire habitue très tôt le néophyte à améliorer son écoute des Compagnons et des Maîtres, plus avancés en principe sur la voie initiatique. Il lui permet de bien observer l’exécution des rituels, la décoration du temple, les déplacements du Maître des Cérémonies, l’emplacement des officiers, la circulation de la parole, etc.

Le silence apprend à l’Apprenti à s’intégrer peu à peu, discrètement, au sein d’une communauté nouvelle qu’il n’appréhendera complètement que bien plus tard. Il le fait réfléchir sur la façon dont il s’exprimera quand il y aura droit, sans bavardage, sans pédantisme, sans intolérance mais avec conviction et fermeté.

Au plan symbolique le plus profond, le Silence de l’Apprenti est l’aspect exotérique du silence mental, première étape obligée de l’initié à la conquête de la maîtrise de son moi.

Dans la pratique et dans le respect du silence, je vois au moins trois avantages.

  1. Le silence mental est en fait une concentration intense de la fonction pensante sur un seul et unique objet concret ou abstrait.
  2. Plus cette pratique est fréquente, plus nous perdons l’habitude de nous disperser en pensées vagabondes d’inégales valeurs et nous rassemblons ce qui est épars dans notre moi.
  3. L’épaisseur et l’obscurité de ce moi diminuent au profit d’une transparence progressive qui libère petit à petit la Lumière spirituelle que nous avons demandée lors de la cérémonie d’Initiation.

S’interdire de parler pour s’astreindre à écouter est une excellente discipline intellectuelle lorsqu'on veut apprendre à penser. Les idées mûrissent par la méditation silencieuse qui est une conversation avec soi-même. Les opinions raisonnées résultent de débats intimes qui s’engagent dans le secret de la pensée. Le sage pense beaucoup et parle peu.

Quels que soient leurs degrés et qualités, les Francs-maçons aimant à répéter qu’ils sont toujours des Apprentis, le Silence des Apprentis est le symbole-clé de la véritable initiation maçonnique et de toute voie authentiquement initiatique.

Quant au secret maçonnique, il me parait nécessaire d’en comprendre le sens exact et d’être en mesure de le vivre par la pratique du Silence.

Symboliquement, le Silence est le prélude d’ouverture à la révélation agissant comme un passage. Il me semble que le silence peut être comparable à la brève rétention du souffle entre inspiration et expiration. De même que cette rétention, le véritable Silence coïncide avec toute absence de tumulte.

En prenant conscience de nos contradictions, nous voilà en mesure de pénétrer dans cette zone de silence enfouie au plus profond de nous-mêmes.

Il existe dans chaque individu un lieu, une zone de silence. Pourtant peu de Maçons l’atteignent tant est grand l’éventail des distractions qui nous attirent et des soucis qui nous hantent.

Sans le recours à la pratique du Silence, il est vain de prétendre se connaitre et donc d’être en mesure de connaitre autrui et de tendre à l’approche de l’Absolu.

Pour terminer cet important chapitre consacré au silence de l’Apprenti, prêtons encore un instant attention à des propos de Guy Boisdenghien :

«Ainsi, tout ce qui est éprouvé profondément requiert le Silence car l’indicible, tel le concept d’Amour auquel se réfère la Maçonnerie, ne saurait s’exprimer totalement par l’extériorisation. Le Silence est créateur car il assure la fécondité dans l’anonymat. L’individu s’efface laissant au silence toute son ampleur. Une des clés de la progression initiatique peut s’exprimer en ce que mon silence rejoigne le Silence».

Nos jeunes Frères pourraient alors se demander si le silence du Compagnon est le même que celui de l’Apprenti.

Le silence du Compagnon

Il est vrai que le Compagnon a le droit de prendre la parole en Tenue mais il ne doit rien révéler de ce qu’il a appris ni aux profanes ni aux Apprentis. L’Apprenti a dû prendre l’engagement de se taire devant les profanes, de se soumettre aux lois de la Franc-maçonnerie et d’aimer ses Frères. Le Compagnon ne se contente pas de renouveler sur ces divers points sa première obligation car on est en droit de demander à un Maçon instruit ce qu’on ne pouvait exiger d’un débutant.

C’est ainsi que le Compagnon devra redoubler de discrétion et se garder, en particulier, de chercher à expliquer aux Apprentis ce qu’ils ne sauraient comprendre. Il faut en effet laisser évoluer chaque esprit, sans prétendre faire brûler aux intelligences les étapes de compréhension qui leur sont nécessaires. N’imposons donc jamais notre manière de voir et sachons nous mettre à la portée de ceux qui sont moins avancés que nous.

La discipline du silence doit surtout engager l’Apprenti à ne point gaspiller ses forces mentales en bavardages prématurés. On ne devient un penseur qu’en rentrant en soi-même et en s’exerçant à concentrer son énergie intellectuelle. Par le fait que l’on garde scrupuleusement un secret, on s’assure, en outre, les avantages de la fidélité envers ceux qui vous l’ont confié.

Le Maçon qui manque à la discrétion promise, se détache de l’Ordre par le fait même et renonce à tous les bénéfices intellectuels et moraux de la fraternité initiatique. Or, toute la force du Compagnon réside en sa participation à l’âme de la Franc-maçonnerie. Le silence prend donc pour lui une importance capitale, d’autant plus qu’il est appelé à agir initiatiquement, c’est-à-dire en véritable conspirateur de la pensée et du vouloir.

Si la nécessité de la pratique du silence a déjà bien été démontrée pour la progression au degré d’Apprenti, le Compagnon acquiert la faculté de prendre la parole mais il est conscient qu’il y a un temps pour parler et un temps pour se taire.

Le Compagnon se doit surtout d’intégrer en lui que le Bien est le principe vers lequel convergent toutes les notions évoquées, perçues et étudiées en Loge.

Le droit de parler n’est pas contradictoire avec le devoir de se taire. Le silence du Compagnon n’est donc pas celui de l’Apprenti !

Jadis, les Compagnons étaient initiés aux mystères : un tour de main, une astuce de métier, une connaissance professionnelle. Ces savoirs empiriques, utiles et indispensables, remontent parfois à la nuit des temps et, souvent, ils permettent à leurs possesseurs de se distinguer des travailleurs de leur profession par la qualité de leur travail, par la richesse de leurs réussites.

Dans la construction, les connaissances pratiques et les tours de main ont dû conférer des privilèges à leurs possesseurs. Citons l’exemple de Léonard de Vinci qui, dans la rédaction de ses observations, écrivait à l’envers afin d’écarter les indiscrets. Les corporations de métiers avaient, elles aussi, leurs secrets. Il est normal que l’ouvrier qui exécutait perçoive de ces secrets l’essentiel. Mais, pour autant, il n’était pas habilité à les livrer. D'abord parce qu’il était lié par la loyauté professionnelle, mais également parce que sa connaissance était limitée aux nécessités de sa participation à la construction en cours. Il ne connaissait généralement qu’une partie de ce qu’il fallait savoir pour conduire l’œuvre entière à bonnes fins.

Aujourd’hui, le silence du Compagnon est également une nécessité pour assurer la confiance que l’on peut avoir en lui. Trop parler nuit, mais surtout lorsqu'on parle à des ignorants ou à des malveillants.

En se taisant le Compagnon prend conscience de l’importance des connaissances dont il a surpris l’usage et, sans doute, ce silence permet-il de peser le privilège qui lui est accordé de participer à une entreprise constructive. Il découvre qu’il n’y a plus là un jeu ou, plus exactement, que l’enjeu est la survie de l’Ordre et, finalement, il comprend que le silence est l’arme des forts. On ne dure que par le secret !

Le silence du Maître

Le Maître, lui, n’a pas à faire preuve d’une intelligence supérieure, géniale, transcendante. Par sa manière de vivre, et pas seulement par ses discours, il doit prouver qu’il est animé d’une intelligence bien équilibrée, que son entendement est complet dans le cadre de ses possibilités et que, pour lui, la Tolérance et la Fraternité ne sont pas que de vaines formules. Voilà ce qu’implique la «Loi du Silence» à laquelle les Maîtres sont soumis.

La Vérité ne s’enseigne pas : elle se découvre. Ceux qui croient l’avoir découverte peuvent dégager pour les autres les voies qui, d’après eux, y mènent. Mais il convient qu’ils s’arrêtent là. En soumettant ses symboles aux méditations du Néophyte, c’est ce que fait la Maçonnerie. C’est aussi ce que doit faire le Maître Maçon car, s’il est bon qu’il rende la méthode intelligible et montre l’usage que l’on peut en faire, il serait néfaste qu’il s’égare en imposant ses vues personnelles pour en faire des dogmes. Nos travaux peuvent être collectifs mais nos conclusions doivent rester personnelles. La « Loi du Silence » est notre seule sauvegarde. Elle est aussi la plus féconde de nos disciplines.

L’observation du silence est le seul moyen efficace que nous ayons pour nous livrer avec fruits à ce travail d’introspection qui doit mener chacun d’entre nous à la connaissance de soi.

Celui qui ne se connait pas ne peut être un vrai Maçon car, non éclairé sur la nature, les causes et le mécanisme de ses propres faiblesses, erreurs et pensées, il doit inéluctablement être inapte à comprendre, supporter et excuser celles des autres. La Sagesse qui, en somme, ne consiste qu’en cette faculté supérieure de ramener les choses disparates à l’unité et les choses contradictoires à l’équilibre, ne lui est donc pas accessible.

Comment celui qui ne se connait pas, pourrait-il, dans ces conditions, pratiquer la tolérance ?

Prédicateur verbeux, il personnifiera l’intolérance et souvent, n’aura même pas sa sincérité pour excuse. L’ignorance, l’impuissance intellectuelle, voire la vanité, seront ses inspirations favorites. Il parlera sans arrêt, haut et fort, pour le plaisir de s’entendre et de recueillir les applaudissements d’un public sensible aux charmes de l’éloquence. Il vivra dans l’ivresse des paroles redondantes. Sa présence dans nos loges est à la fois déplacée et corruptrice.

Non, mes Frères, le Sage est avare de discours et insensible aux acclamations. Sachons respecter la « Loi du Silence » et gardons-nous de l’avilir en la ramenant aux limites de la discrétion qui s’imposent quant aux choses maçonniques vis-à-vis du monde profane, encore que de nos jours la Maçonnerie soit devenue moins une société secrète qu’une société fermée et discrète.

En réalité, elle n’est pas plus secrète que la vie privée d’un honnête homme mais ce n’est pas une raison pour livrer à la curiosité des autres les détails d’une intimité familiale que nous respectons.

La Fraternité que nous pratiquons ne se prête pas aux promiscuités de la place publique. L’œuvre que nous poursuivons n’est viable que si nous y travaillons dans le calme, la confiance et le recueillement.

Pour conclure, du moins provisoirement…

Certes, mes très chers Frères, tout n’aura pas été dit ce Midi à propos du silence. Je n’ai en tout cas pas la prétention d’avoir atteint un tel objectif.

Et, plutôt que de parler pour ne rien dire, je vais me contenter de conclure très provisoirement cette réflexion en vous livrant quatre brèves citations que je laisse à vos méditations :

  • La parole n’est utile que lorsqu'elle est indispensable.
  • Le silence n’est jamais ruineux, le bavardage l’est toujours.
  • Apprendre à parler, apprendre à se taire, c’est déjà apprendre à vivre en société.

Et comme l’a très bien dit, me semble-t-il, Edouard Plantagenet : « Savoir se taire est une force ; c’est aussi une vertu ! »   

R:. F:. A. B.

 

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LE SILENCE DE L’APPRENTI

Publié le 19 Août 2026 par T.D

A l'heure où certains FF:. s'interrogent sur la règle du silence qui s'impose aux Apprentis en Loge, notre F:. Alain avec sa longue expérience du Rite et son érudition, nous apporte les éclaircissements et les précisions nécessaires à la bonne compréhension de cette règle.

Qu'il en soit ici chaleureusement remercié.

Très Vénérable,

mes Biens Aimés Frères,

Je dois d’abord vous avouer, avoir songé à laisser quelques minutes de silence, ponctuées d’un « J’ai dit Très Vénérable » ce moment de Silence aurait peut-être permis à nous tous de se remettre dans la peau de l’Apprenti qu’ils ont été et qu’ils sont peut-être encore aujourd’hui, au fond d’eux-mêmes.

J’avoue aussi que le thème du silence est si vaste, avec de multiples variantes tant positives que négatives, qu’il m’est aussi plus facile de le restreindre à celui de mon propos de ce soir.

Le Silence, du latin silencium, signifie « absence de bruit » comme par ex,(le silence de la nuit), le fait de se taire, (donc garder le silence), passer sous silence, (ne pas parler de, omettre volontairement), silence radio (absence de nouvelles, d’informations, etc...) il y a aussi des silences techniques, liés à la loi, à la justice, la minute de silence, pour nous souvenir d’êtres chers, l’omerta ou le silence du milieu, mafieux ou terroriste, briser le silence, en finir avec le secret, etc.….il a donc des significations multiples, différentes et contraires, en étant, à la fois, approbateur, réprobateur, inquisiteur, hypocrite, etc.….

Plus symboliquement le silence représente aussi le repos de l’âme, la paix, la sérénité, il occupe une place privilégiée dans tous les courants spirituels, comme facteur concomitant de l’élévation de l’âme par la pratique de la prière, situation de solitude silencieuse censée rapprocher du divin, comme les pratiques de l’ermitage ou de la retraite monastique, « reste dans ta cellule et ta cellule t’apprendra tout » disait St Benoît.

Il est très souvent plus profond que la parole, supérieur à elle, car en permettant l’écoute, il permet de se nourrir de la parole des autres, pour parler de façon plus pertinente.

Dans la tradition occidentale, le silence est l’outil de l’apprentissage. Faire silence, c’est écouter, c’est se rendre disponible à la parole de l’autre. C’est aussi se rendre sensible à ce qui se passe au-delà du langage, par ex l’élève est silencieux parce qu’il doit apprendre. Vécu de manière individuelle et d’une manière plus commune, le silence en soi est vecteur de disponibilité.

L’apprentissage traditionnel est initiation, imitation pour le perfectionnement. Le passage du seuil est possible parce que la personnalité profane est reléguée au second plan. Elle se tait pour faire place à un nouveau mode d’insertion au monde, celui de l’accès au sacré, mais aussi l’accès au secret.

Je vais donc aborder, le Silence du grade d’Apprenti : comment le définir

Tout d’abord, il faut distinguer le silence extérieur (l’absence de bruit) du silence intérieur (le contrôle des pensées spontanées). La règle imposé à l’Apprenti consiste bien sûr en une interdiction de parole, mais vise aussi à lui montrer le chemin du silence intérieur. Tout ébloui encore par ce qu’il vient de vivre et d’éprouver, le nouvel Apprenti ignore, que de surcroît, il a reçu un don précieux : celui de la loi du silence.

Tout d’un coup, dans ce nouvel univers qu’est sa Loge, notre nouveau Frère se trouve confronté à la réalité du silence. Il aurait cependant tellement à dire, à exprimer, à témoigner, peut-être ! Il ne le pourra désormais qu’à de rares moment précis et sous certaines conditions, notamment lors de l’appel des membres de la Loge et quand le Vénérable s’adressera directement à lui.

Très rapidement on lui enseignera les racines profondes de cette loi : la tradition initiatique remonte à une époque où les livres étaient inconnus. Qui voulait s’instruire, devait alors observer, méditer, deviner et se taire. Jadis parmi les tailleurs de pierres du moyen-âge, l’Apprenti se soumettait à l’autorité paternelle d’un Maître, qu’il s’engageait à servir pendant 7 ans. Il était admis aux réunions corporatives, mais uniquement à titre d’auditeur muet et passif. Il était là pour s’instruire en silence et n’avait pas droit aux débats et aux votes. Et puis un jour il devenait Compagnon et dès lors n’était plus soumis à la loi du silence. La Franc-Maçonnerie actuelle, procède de même.

Qu’est-ce que le Silence Intérieur

Ce sont les pensées qui s’apaisent, un individu moyen, voit en effet des milliers d’idées se former chaque jour dans son cerveau. Il s’agit souvent de situations vécues, de problèmes à résoudre, de choses à faire ou à ne pas oublier, de regrets, d’angoisses, d’appréhensions ou de croyances auto-entretenues.

Notre activité mentale prolifique est difficile à maitriser. Elle nous maintient dans un monde illusoire, limite notre réflexion et au final, nous éloigne de nous-même et de la Lumière.

L’homme est un être de langage, il ne cesse de penser, de réfléchir, de cogiter, de parler, de théoriser. Toutefois si la parole est le propre de l’homme, elle est souvent jugée moins noble que le silence. La parole risque de mener à la confusion à l’erreur ou au conflit, alors que le silence permet d’écouter, d’observer, de sentir, de ressentir. Le silence serait ainsi un point d’appui pour accéder à d’autres niveaux de « compréhension ».

La pensée et le raisonnement permettent le maniement des sciences : c’est l’accès au savoir.

Le silence permet quand à lui d’entrer dans une dimension supérieure : celle de la Connaissance.

Vécu de manière individuelle et d’une manière plus prosaïque, le silence en soi est vecteur de disponibilité.

Le Silence : un symbole au cœur de l’Initiation.

La cérémonie d’Initiation est marquée par le silence, à l’exception des deux premiers voyages, qu’effectue le candidat.

Dans la chambre des réflexions, le néophyte doit rester silencieux. Il est amené à une réflexion lente, posée, presque méditative. On lui demande de s’abandonner à lui-même pour rédiger son testament. Face à lui, des écrits et des objets évoquent le silence et la mort, tels une nature morte.

Il accomplit ensuite ses voyages initiatiques dans une atmosphère bruyante, mais qui va en s’apaisant. Le dernier voyage se faisant sans bruit. Ainsi le bruit symbolise les passions qui agitent l’homme, le silence est au contraire un espace de recueillement et de sérénité, il représente le potentiel de Lumière que le nouvel initié porte en lui. 

Au cours des tenues, ce silence va devenir pour l’Apprenti celui de la méditation et de la réflexion, celui de l’observation et de l’écoute qui vont l’accompagner dans le cadre de son apprentissage, avec humilité et dans le respect inhérent à toute hiérarchie opérative.

 Le silence lui permet de suivre sa voie à son rythme, d’intégrer et de comprendre le rituel, d’observer les symboles qui l’entourent, de suivre les déambulations des Frères, de participer au cérémonial qui donne vie à la Loge, dans un confort qui le libère de toute intervention et de tout sermon. 

                                                            

Être Apprenti, c’est accepter d’être silencieux, d’être à l’écoute de l’autre, je ne sais ni lire, ni écrire, je ne peux qu’épeler.  

A ce sujet le manuscrit GRAHAM nous apprend :  (* voir en fin d'article)

« Dans leurs rapports les uns avec les autres, la plupart des hommes se règlent sur le comportement et sur les paroles des autres hommes…...C’est pourquoi, il est recommandé aux Apprentis de se taire. C’est seulement lorsque l’Apprenti aura assimilé en silence, les diverses données de la connaissance et de la tradition et qu’il sera parvenu en silence à incorporer suffisamment de vertus, qu’ayant terminé son apprentissage, il pourra alors proférer une parole agissante et utile, un verbe salutaire »

Première leçon d’humilité et de patience que nous rappelle le précepte selon lequel « il ne faut parler que si notre parole est plus belle que le silence » et qui prend toute sa dimension, tant dans la vie maçonnique que dans le milieu profane et que certains d’entre nous ont sûrement déjà pratiqué.

A ce titre le silence de l’Apprenti l’invite à prendre du recul et à multiplier les angles de vue. Cette posture conduit directement à la fraternité et à la paix aussi bien extérieure, qu’intérieure.

Le silence, élément essentiel du rituel et de nos valeurs, il y est omni présent, total à certains moments, relatif le reste du temps, quand seul le Vénérable ou celui à qui il a accordé la parole, s’exprime. Il s’agit alors d’une marque de respect et d’attention, envers notre rituel, envers celui qui s’exprime.

Le silence n’est donc pas un objectif, mais un moyen pour mieux se trouver, se retrouver, avoir conscience de sa place dans l’univers et du fait que l’on fait partie d’un tout. Le silence est un moyen pour parvenir à la connaissance, à la Lumière.  

Le silence est un chemin vers soit même qui favorise l’écoute de l’autre et qui favorise la descente en soi. Il est surtout un chemin intime, une voie de libération.

De manière plus générale, le silence permet de se concentrer sur la parole de l’autre, au lieu de se focaliser sur l’expression de sa propre pensée. Cette écoute favorise l’ouverture et l’enrichissement mutuel.

Il s’agit donc de prendre conscience des influences qui font ce que nous sommes à un moment donné : c’est la connaissance de soi.

C’est alors que l’Apprenti pourra commencer à tailler sa pierre brute, à retirer les éléments qui font obstacle. Il purifiera son ego, clarifiera ses pensées, rectifiera ses opinions.

Le silence qui nous est imposé, lors de notre apprentissage, est l’un des outils les plus précieux qui soient mis à notre disposition lors de notre entrée en Franc-Maçonnerie.

Dégrossir sa pierre brute, se taire en maitrisant ses passions, écouter en réinvestissant par la réflexion les connaissances acquises, tels sont les objectifs assignés à l’Apprenti.

Avant de conclure, je vous livre ces deux citations parmi tant d’autres sur le Silence.

« Le silence n’a jamais trahi personne » Blaise Pascal

« Nos décors n’étaient pas riches et notre Temple, vieux et dénudé,

Mais nous connaissions les anciens Landmarks et les observions à la lettre,

L’un après l’autre, les Frères prenaient la parole et aucun ne s’agitait,

Comme je voudrais me retrouver en bon Maçon, dans ma Loge d’antan »

Extrait du poème de Rudyard Kipling « La Loge-Mère »

Et maintenant pour conclure, et comme le dit si bien le 1er Surveillant.

« Très Vénérable, les colonnes sont muettes ».

  J’ai dit Très Vénérable.

TIF Alain J.

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Le silence initiatique

Publié le 19 Août 2026 par T.D

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Selon la définition du Larousse, ‘’le silence est l’absence de bruit dans un lieu calme’’, alors que le silence est absent d’un endroit bruyant ou agité, que seule une injonction orale peut rétablir intimant un ordre aux présents, celui de faire silence, ou aux passants par l’écriture du mot ‘’Silence’’ sur un panneau qui s’impose par exemple aux abords d’une zone hospitalière.

……..Il est également des cas où le silence se manifeste grâce à l’interruption brutale et forcée d’un vacarme, d’un chahut débordant, d’un bavardage incommodant, ou encore d’une interdiction de nuisances sonores réglementées dans l’espace public (salles d’études, d’examens et files d’attente, musée, bibliothèque, lieux de culte, ….). Il peut prendre par surprise et traduire une brutale hostilité par la réponse suggestive d’un profond silence, dit glacial. En revanche, une volonté acharnée à ne point répondre aux appels à répétition auprès d’un proche, un ami, une relation, peut susciter un tourment persistant chez celui qui s’interroge, autant que songer à un manque de courage à affronter une question laissée sans réponse. Ou bien ‘’rester sans voix’’, non par humilité mais par discrétion ou dans la réserve ; ne serait-ce pas un renoncement à toutes répliques susceptibles de générer une polémique dans un débat sans fin ? Une autre définition nous est proposée, selon laquelle ‘’le silence est absence de sons’’, affirmation à nuancer si l’on considère que le silence n’est pas abstraction totale de sons, mais perception d’UN son, contrairement aux bruits qui ne peuvent échapper à personne surtout s’ils sont désordonnés et discordants.

         En effet, silence et bruit naissent de leur dualité ; ils sont antagonismes qui s’attirent et chacun renferme un terreau de l’autre. Ainsi, nous pouvons saisir chez l’enfant, qui hurle plus ou moins fort, une souffrance ou un chagrin difficile à opprimer, mais aussi un cri de joie ; chez les plus grands un appel au secours, d’autant que la violente secousse d’un bruit annonce bien souvent un accident ou un danger, telle la sirène d’une ambulance ou celle des pompiers. Nous ne pouvons rester insensibles aux bruits quand ils dénoncent la peur, la souffrance, ou traduisent la douleur d’un deuil, mais aussi l’allégresse tant manifestée lors d’une réunion familiale ou amicale, les vœux de Bonne Année, les klaxons des voitures qui accompagnent les mariés le jour de leurs noces, les applaudissements, etc.  Si certains silences pèsent, angoissent, inquiètent et effraient, ils sont oppressants et empêchent tous mots pour dire l’innommable, pendant que d’autres sont le miroir d’une expression artistique qui a pour objet d’extérioriser, sans parole, la pensée et de la communiquer au travers de peintures, fresques, vitraux, sculptures et taille de la pierre, etc.  Ainsi donc le silence est une absence de sonorité, qui se manifeste dans les ‘’voix du silence’’ d’un grand nombre de chefs d’œuvre, titre d’un imposant ouvrage d’André Malraux, que j’ai emprunté pour l’intitulé de ce Travail. Après tout, la surdité qui prive les personnes de perception des sons, tels Beethoven et Gabriel Fauré, ne les a pas empêchés de composer la musique qu’ils entendaient intérieurement ; comme dans la composition des œuvres musicales, on relève de brefs silences marqués par une pause avant que l’orchestre n’enchaine dans une reprise à la sonorité retentissante.

         Dans l’hindouisme, le Maître n’enseigne pas seulement au moyen de paroles. Ramana Maharshi (1879-1950), l’un des grands Maîtres spirituels de l’Inde contemporaine, disait que ‘’le langage muet de cœur à cœur vaut tous les langages.  Toute conversation doit finir par le silence’’ et ‘’l’instruction spirituelle la plus éclatante, la Vérité, est exposée dans le silence’’. Dans la tradition juive, l’expérience de l’invisibilité de Dieu, constatée par Moïse au mont Sinaï, est fondatrice. Le silence est la forme la plus éloquente de la Révélation. Il a été rapporté à propos du Rabbin Nahman de Bratslav (Ukraine, 1772-1810), fondateur de la dynastie hassidique de Bratslav, mouvement religieux juif au XVIIIe siècle, que son silence au milieu d’une foule s’entendait d’un bout du monde à l’autre. Les moines chrétiens n’ont cessé d’attester la suprême valeur du silence et les mystiques de souligner qu’il était la voie royale pour approcher Dieu.  Isaac de Ninive ou Isaac le Syrien, ascète mystique et théologien, évêque de l’Eglise d’Orient (VIIe siècle), disait que le silence est le mystère du monde à venir et la parole est l’organe du monde présent.

……….Pour tous les participants aux Travaux en Loge et y compris pour les Apprentis particulièrement soumis au silence complet, celui-ci leur procure une perception lumineuse et respectueuse. Il est source de pensée et de symbolisme, sans offrir la possibilité d’une prise de parole spontanée, qui pourrait être délivrée à tort ou à travers, dès lors qu’il n’est pas de mise de surcharger le silence de propos inconsidérés. Si le silence est porteur de réflexion et de conception en toute liberté, toute prise de parole formulée dans une critique négative serait nuisible à la créativité ou seulement à une parcelle de réalité suggestive.  Ainsi, dans le Temple le renoncement à la parole ouvre notre conscience aux voix du silence. Nombreuses et riches de découvertes jusqu’alors voilées, celles-ci sont la substance de notre esprit, où les pensées se projettent dans ce qui était inexprimable et latent, mais tues par manque de confiance en soi ou par crainte de se prononcer sur un sujet non maitrisé. Au plus profond des voix intérieures, le silence est la condition de notre propre présence dans le Temple parmi ceux qui nous entourent. Sans que nous paraissions défaillants, nous sommes non pas muets mais simplement silencieux, parce que le silence signe notre présence effective. Comblé au-delà de tout langage par les Officiers et les Membres sur les Colonnes ou marqué par l’absence de propos pour d’autres, tous se placent  néanmoins dans une écoute attentive du silence,  lequel symbolise la pleine communion entre tous.

………Chez le cherchant, persévérant et souffrant, l’esprit a soif de silence, parce que le bruit est impuissant à le rassasier. Le bruit sert tout au plus une dispersion éphémère et une évasion qui nuisent à sa progression dans la compréhension du contenu des Rituels, jusqu’à l’empêcher de retenir bien des messages, qui lui donneront accès aux Mystères de la Franc-Maçonnerie.  Pour illustrer mon propos, je me réfère à Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), théologien allemand, dans sa définition du silence comme suit : ‘’Le Silence contient une admirable puissance de clarification, de purification et de compréhension de l’essentiel’’.  Par ailleurs, ne dit-on pas ‘’le Silence est d’or, la Parole est d’argent’’ ?  De ce vieil adage, découle le fond d’une pensée dissimulée ou imparfaitement révélée, parce que le silence peut être plus éloquent que la parole. L’Apprenti muet serait-il à associer à l’un des trois singes qui ont pour noms :  Mizaru (celui qui ne voit pas), Kikazaru (celui qui n’entend pas) et Iwazaru (celui qui ne parle pas). Ceux-ci ne font-ils pas silence en restant sans réplique, et sans intervenir en toutes circonstances dont ils sont les témoins ? ; comme l’Apprenti s’expose seulement en un homme silencieux dans le Temple, et les Maçons en général pas plus bavards face aux Profanes, et en ce cas tous sont contraints au respect d’une autre règle, celle du Secret des Loges.

………Pour les Francs-Maçons invités ou convoqués à une Tenue, ils se réunissent en un lieu paisible et secret à l’abri du tumulte du monde profane. Si l’Apprenti se soumet au Silence durant les Travaux rituels, il n’est pas seul à observer le Silence.  En effet, tous les Membres de la Loge pénètrent dans le Temple, sous la conduite du Maître des Cérémonies qui les mène à leur place dans le silence, malgré leur entrée souvent ponctuée d’un morceau de musique, non perturbateur mais propice à la méditation. En effet, le Rite Ecossais Primitif, né au sein des Régiments Ecossais et Irlandais, cultive l’écoute de la Marche de Robert Bruce jouée dans les Armées lors de la revue des Troupes pour affirmer leur prestige.  C’était une tradition en vigueur sous les règnes de Louis XIV et de ses successeurs autant qu’en Ecosse et en Irlande, maintenue durant les deux guerres mondiales et aujourd’hui encore dans les hymnes nationaux et diverses commémorations. A cet égard Robert Ambelain précise que cette Marche de la Garde royale des Stuart ne doit jamais être interrompue, comme on ne coupe pas la parole à quelqu’un qui l’a prise.

Au plus profond de chacun des Membres, règne un silence intérieur où sont perçus les sons au fur et à mesure que se suivent les actes rituels dans le silence absolu, parce que c’est dans le silence que l’écho des résonances produit une vibration commune à tous les participants. Les Rites maçonniques, dont le REP, contiennent des sons qui reflètent des sensations (liesse, allégresse, détresse, …)  proches ou éloignés des bruits envahissants et familiers de la vie profane évoqués ci-avant.  Durant les Travaux rituels, dirigés par le Vénérable, la prise de parole est donc réglementée par le Rituel proprement dit, où certaines interventions sont calées sur un son ou une parole, par lesquels tous se reconnaissent en tant que tel, notamment les coups de Maillet et les coups frappés à la Porte du Temple. Quand circule la Parole et que plus personne ne la demande, le Premier Surveillant annonce au Maître de Loge que le silence règne entre les Colonnes.

Avec la Colonne d’Harmonie et les coups précités, d’autres éléments sonores rattachés au symbolisme numérique rythment certains actes rituels, tels que :

  • la Batterie simple aux trois Grades symboliques,
  • la Batterie d’Allégresse dite ‘’triple’’,
  • L’acclamation écossaise qui suit les Batteries aux deux premiers Grades,
  • la Batterie de deuil (sans Acclamation),
  • le Signe de détresse suivi d’un cri. 

Le silence dans la Loge

………Le Cérémonial initiatique, à quelque Grade que ce soit, est purement une invitation du Vénérable faite dès l’ouverture de la Loge. Par cette déclaration prononcée dans le Silence, il fait un appel à l’aide et sollicite l’attention des participants pour une parfaite audition, ‘’Debout mes Frères, aidez-moi à ouvrir la Loge…’’ ou encore ‘’Mes Frères, aidez-moi à créer un nouveau Maçon’’, à la suite de quoi les Surveillants reprennent comme suit ‘’Frères de la Colonne du Sud et du Nord, assistez-nous’’.   Joindre le silence au Rituel, c’est tout simplement apprendre à se laisser guider durant les Travaux. Que ce soit debout ou assis, la parole ne nous appartient pas, autant qu’une réponse choisie, mais de suivre rigoureusement le Rituel à partir des paroles du Maître de Loge puis de celles des Surveillants. Nous pouvons considérer que le Rituel nous ouvre les voix du silence.  

…….Apprendre le silence, c’est faisable par une présence corporelle et une mobilisation de l’esprit sollicité à participer activement aux actes rituéliques.  

…….Respecter le silence durant lequel nous apprenons l’obéissance et la discipline, qui nous ouvrent la voie de l’écoute attentive et celle de la juste mesure de la parole, parce que la première fonction du Rituel est de prêter attention. VIVRE LE RITUEL permet de saisir son sens et son essence pour nous ouvrir alors d’autres portes, qui nous introduisent dans la Sagesse et la Connaissance, dans l’éveil de l’intelligence de tous qui font l’égrégore de la Fraternité.  Ecouter le Silence nous libère de la force d’attraction qu’exerce sans cesse l’égo pour le réduire si ce n’est le détruire, afin d’éclairer dans la clarté la Sagesse que nous venons chercher en Loge, la sagacité, et le respect de l’autre. Il ne suffit pas de faire silence durant les Travaux en Loge, mais de vivre le Silence sans le subir, le supporter, ni même l’accepter, mais le vouloir, le connaître et sauvegarder le vécu en Loge. Prenons toutefois le soin de ne pas confondre silence et mutisme. Le silence est le seul moyen qui stimule la faculté d’écoute, tandis que le mutisme est une fermeture. Il est une pause, telle que pratiquée en solfège.

………Le Rituel est à la source du déploiement de la Fraternité, faisant abstraction de soi-même. Tous reçoivent sans distinction de Grades, le même enseignement et les mêmes instructions, hors de tout encombrement de bruitage, de propos illusoires qui pourraient obstruer et empêcher toute compréhension. Dans une atmosphère sereine et paisible, qui est le propre du Temple maçonnique comme celui d’un lieu de culte où les fidèles se retrouvent dans le silence et la paix, il est donné à chacun, au moins le temps d’une Tenue, la possibilité de se soustraire aux futilités et à la matière, de se réfugier dans une attitude d’apaisement et de recueillement, si ce n’est de recul pour se recentrer sur soi-même mais avec tous les participants ; parce que tous sont responsables de leurs paroles et de leurs actes. Il peut très bien s’agir de la nudité du cœur et de l’esprit, parce que le silence dépouille, pour se focaliser sur le Rituel qui éclaire de l’intérieur, et surtout parce que le silence est pur.

Le silence des Apprentis

……….Le Silence est à respecter par tous et à tous les Grades. Toutefois pour celui qui est en phase d’apprentissage, il est soumis à un scrupuleux silence qui lui interdit toutes interventions, et notamment la prise de parole. C’est pourquoi, et selon le Règlement Intérieur de la Loge, lors de l’appel des Membres par le Secrétaire, l’Apprenti se lève et c’est le Second Surveillant qui répond à sa place ‘’présent en Loge’’. Bien que privé de la parole, il s’attache aux facultés de l’intelligence qui lui octroie le pouvoir de comprendre et de retenir ce qu’il est appelé à découvrir ; et pour ce faire il met en éveil les sens de la vue, de l’ouïe, y compris celui de l’odorat (myrrhe et encens). La force du silence est à considérer par l’Apprenti telle une règle d’écoute qui lui permet de pénétrer le Rituel et de le respecter. Le silence, qui tait tout bruit, anéantit toute légèreté sujette à la culture insipide du monde profane sans Sagesse.

…….Le silence cohabite entre l’esprit et le cœur du Maçon silencieux qui aspire ardemment à approcher la Connaissance. Le silence génère la lutte contre les paroles vaines et les mauvaises pensées ; mais aussi contre les a priori pour s’emparer de la voix intérieure, qui refoule les écarts de langage. Par le silence et l’écoute, le Maçon est en mesure de dompter le Rituel et d’approcher les symboles qu’il contient. Il trouvera toujours un appui auprès des plus anciens et de la Chaîne fraternelle. Il ne manquera pas de se ressourcer dans les conseils et orientations du second Surveillant pour s’assurer de sa bonne compréhension du Rituel. Et lorsque deux Apprentis sont initiés ensemble, ils sont jumeaux et s’entraident l’un l’autre, comme auprès des Compagnons et des Maîtres qui seront témoins de leur Réception. C’est ainsi que la fermeture des Travaux est annoncée à l’Assemblée en ces termes : ‘’Que notre Loge prospère et soit une véritable Union de Maçons. Retirons-nous à présent sous la Loi du Silence (ou dans le Secret de la Loge).’’

(Travail déposé sur le site en mai 2016)

 

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Le silence en franc-maçonnerie : parole absente, présence habitée

Publié le 18 Août 2026 par T.D

Le silence précède tout. Avant la lumière, avant la parole, avant même le regard échangé entre deux Frères, il y a le silence. En franc-maçonnerie, ce silence n’est jamais vide : il est matière, seuil, présence. Il enveloppe le profane au moment de son passage, puis il l’accompagne longtemps encore, comme une exigence intérieure. Le silence est moins une absence de bruit qu’une invitation à l’écoute – une écoute profonde, désarmée, sans objet. Il n’est ni décoratif, ni passager. Il est fondateur. Et peut-être est-ce là la première vérité maçonnique : rien ne commence sans le silence.

Le silence imposé : première épreuve de l’Apprenti

Le silence ne se choisit pas, il se reçoit. C’est ainsi que l’Apprenti en fait l’expérience : non comme une discipline volontaire, mais comme une contrainte initiale, obscure et déroutante. Rien ne lui est expliqué, rien ne lui est transmis en mots. On lui demande d’écouter, mais rien ne semble parler. On lui enjoint d’apprendre, mais sans maître apparent. Il entre dans une pédagogie inversée, où le sens ne vient pas de ce qui est dit, mais de ce qui est retenu.

Ce silence, d’abord subi, devient peu à peu un miroir. Il ôte les parades, les justifications, les postures. Il oblige à faire face, à plonger sans béquilles dans ce que l’on est, sans plus pouvoir se dissimuler derrière le langage. Et ce dévoilement-là, bien plus que les épreuves spectaculaires, constitue l’une des premières secousses de l’initiation.

Le silence, un miroir intérieur

Car le silence agit — sans bruit, sans geste, sans parole. Il travaille en profondeur, il ronge les certitudes, il dénude l’ego. Il fait tomber les masques, non par violence, mais par abandon. Ce que l’Apprenti apprend, ce n’est pas à parler un nouveau langage, mais à désapprendre l’ancien. Il découvre que la parole n’est pas le début du savoir, mais ce qui en résulte, lorsque le silence a suffisamment décanté ce qui devait s’effacer.

Ainsi, le silence n’est pas le vide, mais la matrice. Non pas une absence à combler, mais une présence à consentir. Il ne précède pas l’initiation comme une simple condition extérieure, mais il en constitue déjà la première forme intérieure — silencieuse, mais agissante.

Le silence du Temple : une architecture intérieure

Le silence de la Loge ne ressemble à aucun autre. Il ne se contente pas d’être absence de bruit : il est une qualité de l’espace, une façon qu’a le lieu d’être habité. Il ne renvoie pas seulement au recueillement ou à la solennité, mais à une transformation de la perception elle-même. On entre dans ce silence comme on entre dans un autre temps, dans une respiration plus lente, plus dense.

Ce silence-là ne naît pas de lui-même. Il surgit dès que les colonnes sont dressées, que les éléments rituels sont ordonnés selon le Rite, et que la Lumière paraît pour les Frères et les Sœurs. Alors, sans qu’aucune consigne ne soit donnée, quelque chose se suspend. Le monde extérieur cesse de s’imposer. L’espace se referme sur lui-même, mais sans exclusion : il se recueille. Et dans cette concentration, un silence particulier s’installe — non pas imposé, mais accueilli.

Le silence, porte du secret 

Ce silence structure l’espace autant qu’il en émane. Il donne au Temple sa cohérence invisible. Il enveloppe les gestes, rythme les déplacements, souligne les regards. Il n’interdit pas la parole, mais la fonde : il devient son contrepoint nécessaire, sa préparation intérieure. Ce n’est plus un simple rituel : c’est une condition de présence.

Il relie les Frères et les Sœurs sans mots, mais sans équivoque. Il rend possible un type de lien qui n’a pas besoin d’explication, ni d’adhésion verbale. Dans ce silence, chacun se découvre à soi-même, tout en étant relié à l’ensemble. Il ouvre un espace intérieur que le monde profane ne sollicite jamais, un lieu nu, fragile, mais profondément vivant.

Il n’est pas seulement respect ou recueillement : il devient respiration commune, manière d’être ensemble autrement. Dans le silence du Temple, tout s’accorde sans se confondre, et ce qui nous lie n’est plus de l’ordre du discours, mais d’une présence partagée, discrète, vibrante. C’est là, peut-être, que commence le véritable langage maçonnique — un langage sans mots, tissé d’écoute, de retenue, et de disponibilité.

Le silence comme matrice de la parole maçonnique

Il faut avoir longtemps traversé le silence pour qu’une parole mérite d’être entendue. Dans le Temple, la parole ne jaillit jamais à la légère. Elle ne répond pas à une injonction de dire, encore moins à une volonté de convaincre. Elle émerge lentement, à partir d’un silence habité, traversé, mûri. Ce silence n’est pas une simple attente — il est un temps de fermentation. Il ne précède pas la parole comme un moment préparatoire, mais en constitue la substance intérieure. La parole véritable, celle qui touche, ne vient pas en plus du silence : elle vient du silence.

Parler en Loge, c’est toujours courir le risque de la parole juste. Et ce risque n’est pas technique, ni rhétorique : il est existentiel. Il engage celui qui parle dans la totalité de ce qu’il est. Il exige d’avoir entendu, non pas seulement les autres, mais ce qui, en soi, fait résistance ou consentement. Dans le silence, les paroles inutiles tombent d’elles-mêmes. Elles n’ont plus de prise. Ne subsiste que ce qui, au-delà des idées ou des opinions, mérite d’être offert à l’Assemblée comme un acte.

Le silence ne se contente pas de précéder la parole : il la borde, il l’enveloppe, il lui donne sa forme et sa limite. Il empêche le bavardage, il protège l’essentiel. Dans ce rapport précis au silence, la parole maçonnique devient autre chose qu’un discours : elle devient dépôt, offrande, engagement. Elle se retire autant qu’elle s’avance.

Et lorsque la parole surgit ainsi du silence — non pour remplir un vide, mais pour prolonger une écoute — elle ne cherche plus à s’imposer. Elle ne se justifie pas. Elle ne convainc pas. Elle invite. Elle propose. Elle laisse une trace parce qu’elle a été déposée dans un espace devenu réceptif.

Et c’est sans doute cela, au fond, qui distingue la parole maçonnique : elle ne prétend pas clore, mais ouvrir. Et ce qu’elle ouvre, c’est encore du silence.

Silence profane, silence initiatique : un écart révélateur

Il existe d’autres silences, hors du Temple. Mais ceux-là n’ouvrent pas, ils referment. Ils ne recueillent pas, ils figent. Il y a le silence pesant des non-dits familiaux, celui de la honte ou de la peur. Il y a le silence des foules, qui n’écoute rien, qui passe sans mémoire. Il y a aussi celui, plus insidieux, des discours creux, où le bruit des mots dissimule une absence de sens, une fatigue de vivre. Ces silences-là sont saturés, non par la parole, mais par l’impossibilité de dire.

Et pourtant, ils nous sont familiers. Le monde profane est plein de silences — mais ce sont des silences sans élan, sans direction. Des silences clos, souvent contraints, parfois résignés. Des silences que l’on subit faute de pouvoir parler, ou que l’on impose pour éviter d’entendre. À force d’habitude, ils deviennent presque confortables. On finit par s’y lover, comme dans une forme de paix. Mais cette paix-là est stérile, car elle ne fait advenir rien d’autre qu’elle-même.

Le silence initiatique est d’un tout autre ordre. Il n’est pas l’ombre portée de la parole absente, mais l’espace préparé pour qu’une parole vraie puisse advenir. Il n’est pas le retrait, mais la mise en disponibilité. Il ne découle pas de la peur, ni de la soumission, mais d’une exigence intérieure. Il est creux fertile, creuset, athanor même, et non enfermement.

L’initié apprend à discerner entre ces silences. Il les reconnaît à leur poids, à leur rythme, à leur tension intérieure. Il sait que certains silences rendent sourd, quand d’autres affinent l’écoute. Il découvre que se taire ne suffit pas à être dans le silence, pas plus que parler ne suffit à en sortir. Et c’est peut-être là l’un des premiers fruits du chemin initiatique : ne plus confondre le silence avec le mutisme, ni la parole avec le bruit.

Le silence à travers les degrés : de l’épreuve à la maîtrise

Le silence de l’Apprenti est imposé. Il fait partie des règles, mais aussi du choc. L’Apprenti, soudain privé de parole, découvre que l’on peut être là sans intervenir, regarder sans commenter, écouter sans répondre. Il entre dans le monde de la retenue, de l’observation, du décentrement. Ce silence n’est pas simple absence de bruit, mais soustraction de soi. Il désarme. Il désoriente. Il suspend les automatismes et dégage un espace de vacance où quelque chose de plus profond peut émerger. Il est l’épreuve de la non-maîtrise, le début de l’effacement.

Mais ce silence n’est pas statique. Il évolue. Au grade de Compagnon, il se transforme. Ce n’est plus un silence subi, mais un silence qui devient langage implicite. Le Compagnon, s’initiant à l’art de bâtir, découvre que le monde ne parle pas en phrases, mais en formes, en proportions, en rapports. Le silence devient alors intervalle, rythme, mesure. Il apprend que ce qui fait la solidité d’un arc, ce n’est pas seulement la pierre, mais l’espace entre les pierres. Il comprend que le trait juste ne supporte pas le bavardage, et que chaque mot, comme chaque ligne, doit avoir sa nécessité.

Dans ce silence-là, la parole prend un autre poids. Elle s’accorde à la géométrie. Elle s’allège de toute démonstration inutile. Elle devient trace, non discours. Et le silence, devenu comme une trame invisible de l’harmonie, permet de pressentir qu’il existe une parole qui ne s’impose pas, mais qui s’inscrit — avec justesse — dans la structure du monde.

Quant au Maître, il revient du silence de la tombe. Il a goûté à l’ombre. Il a chuté dans l’inconnu, touché à la déréliction. Ce silence n’est plus seulement pédagogie, il devient épreuve de vérité. Il n’enseigne rien : il dépouille. Le Maître ne parle pas davantage parce qu’il sait que certaines choses ne peuvent plus se dire. Il sait que la parole peut trahir, trop vite, trop tôt. Il sait aussi que le silence, désormais, est l’un des noms possibles de la présence.

C’est un silence dense, mais hospitalier. Un silence qui ne pèse plus sur lui, mais qui le soutient. Il n’a plus à le craindre ni à le supporter : il s’y tient. Il y respire. Le silence du Maître n’est plus un passage, mais une demeure.

Le silence institué : du réceptacle au dépôt

Ce silence intérieur, exploré dès l’initiation, n’est pas seulement un climat de l’âme. Dans les degrés suivants, il prend forme, s’institue, se charge d’une valeur rituelle explicite. Le 4e degré du Rite Écossais Ancien Accepté, celui de Maître Secret, en est une expression emblématique : le silence y devient devoir, protection, serment. Le sceptre du Très Puissant Maître — le Sceau du Secret — en est le rappel visible. On n’y apprend pas à se taire : on y devient responsable de ce qui ne peut être transmis autrement que par la fidélité au non-dit.

Le Sceau du Secret au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA)

Il ne s’agit donc plus seulement d’un silence d’écoute, mais d’un silence gardien. Le silence comme réceptacle devient alors silence comme dépôt.

Le silence, encore

Le silence ne s’explique pas. Il se traverse, il s’éprouve. Il résiste aux définitions, comme tout ce qui touche à l’essentiel. Le silence maçonnique n’est pas d’abord une absence, ni une interdiction, ni un refus, ni un retrait. Il est d’abord une modalité de la présence. Il ne fait pas taire pour contraindre, mais pour permettre. Il ouvre un intervalle où quelque chose d’autre peut advenir — une parole juste, une écoute entière, une rencontre réelle.

Ce silence ne disparaît pas lorsque les travaux se ferment. Il poursuit son œuvre, discrètement, dans les replis du quotidien. Il accompagne le regard, allège les gestes, densifie les silences que l’on croyait vides. Il s’invite parfois au détour d’un souvenir, d’un doute, d’une parole retenue. Il fait irruption au cœur du profane, comme un rappel. Il nous redit, sans bruit, qu’il existe un autre rythme possible.

Le silence ne se possède pas. Il ne s’enseigne pas. Il s’apprivoise, et parfois, il nous échappe. Il ne laisse pas de trace visible, mais il transforme tout ce qu’il traverse. Il modifie notre manière d’être au monde, d’écouter les autres, de nous écouter nous-mêmes.

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Philosophie du Silence

Publié le 18 Août 2026 par T.D

Si nous avons choisi aujourd’hui de vous proposer une approche plus philosophique du « silence », c’est tout simplement pour que ce travail nous donne à réfléchir, à nous interroger, qu’il nous incite à questionner ce silence, non pas pour le démasquer mais pour écouter ce qu’il a, à nous dire, ce que nous avons à nous dire.

Mais comment, tout d’abord, pouvons-nous donner un sens au silence ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour donner un sens au silence, il nous faudra le faire parler, l’habiller de mots, lui donner un sens que l’on soupçonne, transformer l’interrogation qu’il présente en tentatives rhétoriques.

Mais qu’est-ce donc que le silence ?

Dans son sens originel, le silence est l'état de la personne qui s'abstient de parler ; dans son sens le plus courant, c'est l’absence de bruits, de sons indésirables, de tout ce qui est audible.

Il peut être également valorisé (comme étant parfois la meilleure réponse). « la parole est d'argent mais le silence est d'or » « parce que c’est aussi une forme de discrétion » ; il existe beaucoup d'expressions ou citations sur le silence.

Dans la vie profane, la société valorise la communication : le silence y est alors considéré par opposition comme nocif ( « on doit briser la loi du silence » .. une attitude silencieuse inquiète, intrigue ses interlocuteurs).

Mais encore !

Soulignons en premier lieu, le caractère décalé presque inaccessible du silence dans notre quotidien à travers nos comportements sociaux. Dans nos villes où nous sommes assaillis par la prolifération des bruits de toutes sortes, médias, sonneries de téléphones portables, klaxons, musique d’ambiance, le silence en devient presque inquiétant, étrange ou plutôt étranger à l’homme. Il fait figure d’exception dans notre quotidien et il est de plus en plus rare dans nos vies actives, il occupe de moins en moins de place.

Dans toutes les activités de l’homme, ne cherche-t-il pas justement à se projeter en dehors de lui-même, de façon à fuir ce silence intérieur qu’il sait présent mais oh combien inquiétant ? Quel est donc ce silence que l’homme cherche à fuir ?

Le silence semble être vécu comme un vide angoissant, un non être, comme si en faisant silence, on perdait la véritable notion des choses et l’on s’aventurait dans un monde inconnu, qui nous est fondamentalement étranger.

Il n’est effectivement pas facile d’appréhender le véritable silence, ce silence intérieur dont Pascal disait : « c’est dans le divertissement que l’homme se perd et dans le silence qu’il se trouve ». Au silence reviendrait donc, une épaisseur d’être, une valeur ontologique, une réalité qui serait constitutive de l’être spirituel que nous sommes.

Pourquoi devons-nous rechercher le silence ?

La première leçon du Boudha est « fais silence en toi et écoute ».

Comme il vient d’être dit, dans la vie profane, tout bouillonne : nos vies quotidiennes, les rythmes de travail (chronophages) , les idées , les ressentis , les projets , les déceptions…...aussi il est nécessaire de temps en temps de faire silence …..afin de percevoir ce qui se passe vraiment en nous, au delà de tout ce brouhaha ambiant …..faire silence pour se dégager de ces choses futiles et bien souvent superficielles qui nous envahissent au quotidien.

Aussi, lorsque reçue A. : il m'a été imposé le silence , je ne l'ai pas vécu comme une brimade , bien au contraire !!

Médusée par tout ce que je voyais et entendais lors des premières tenues, le silence m’est rapidement apparu comme un refuge salvateur, une manière de me mettre en capacité d'appréhender peu à peu mes premiers pas d'A.°. En toute sérénité, au calme... il me permettrait de m’imprégner de mon rite et de m'isoler mais pas dans la solitude.

Peu à peu, je comprenais que le silence allait me permettre d'accéder à une plus grande conscience, qu'il était une invitation à prendre le temps , non seulement d'écouter mais surtout d'entendre ce que mes F. : et S. : , l'Autre , avait à nous dire .

Puis le silence s’imposât comme un outil supplémentaire dans mon chemin maçonnique, outil qui allait m’être fort utile par la suite et encore aujourd’hui ..tel une mise en pratique du célèbre « connais-toi toi-même de Socrate ».

Mais quelle réalité exprime-t-il ? Peut-on seulement la nommer ?

Revenons un instant dans les couloirs du temps.

Le silence est immatériel, il est le temps du recueillement, de la réalisation morale de l’action, du constat de l’instant.

Dans la Genèse, Dieu crée le monde en six jours en le nommant « Aux premiers temps était le Verbe et le Verbe était Dieu ». Le Silence du 7ème jour correspond donc à une période de repos, un temps consacré à la contemplation de la réalisation.

Tout instant de silence semble donc bien donner au Temps sa pleine densité ainsi que son envergure temporelle. La minute de silence lors d’une cérémonie de commémoration ne semble-t-elle pas longue, ne perçoit-on pas comme une espèce de soulagement dans l’assemblée lorsqu’elle se termine ?

Le Silence nous fait il peur ?

Assurément oui je pense, car chacun redoute qu'avec lui, l'armure puisse se fendre, face au miroir , face à nous même ...

On le redoute car on craint qu'il ne nous renvoie à notre propre solitude et c'est une erreur car selon moi, le silence est un véritable compagnon de route maçonnique :

En faisant l'effort de chercher pourquoi il est imposé aux A. : on en comprend mieux la valeur et les enseignements.

Que nous apporte-t-il en réalité ?

Savoir se taire, ce sont les premiers pas vers la sagesse ; on apprend le silence et notre esprit se transforme petit à petit.

Parler pour parler demande peu d'efforts mais écouter l'autre demande une grande attention (voire de gros efforts pour certains ou certaines); aussi le silence devient un nouvel outil permettant de se construire et pour apprendre à écouter.

Au grade d'A.°., il est donc primordial car l'apprentissage se fait essentiellement par l'observation et l'écoute .

Il y a donc bien un temps pour se taire et un autre temps pour parler.

A l’intérieur du Temple, le silence du Rituel permet l’extension de la temporalité, il ne tient aucunement compte de l’écoulement du temps profane car le maçon travaille de midi à minuit. Le silence prend ainsi toute sa signification, toute sa place dans cet espace où règne l’intemporalité.

Pour le Maçon, le Silence revêt plusieurs niveaux de sens.

Il constitue, en premier lieu, le creuset du rapport à lui-même à travers la symbolique qui lui est proposée lors de son séjour dans le cabinet de réflexion. Le silence qui y règne est propice à l’interprétation des symboles présents. Le silence prend ici, ses racines dans une tradition initiatique qui remonte à une époque où les livres étaient rares, voire inexistants. Qui voulait s’instruire devait, avant tout, observer, méditer et se taire. L’usage de la parole se voulait révérencieuse. La seule attitude de l’apprenti, du néophyte ou de l’apprenant, était la pratique du silence, pour pouvoir entendre l’enseignement du Maître.

« S’interdire de parler pour s’astreindre à écouter est une excellent discipline intellectuelle lorsque l’on veut apprendre à penser ».

Le Silence pourrait donc se définir comme outil de maîtrise de l’impulsivité verbale.

Il n’est pas nécessaire d’user de la parole pour travailler et mériter salaire : voilà un des enseignements ce que j’ai retiré après deux ans passés sur la Colonne du Nord.

Pour l’A. : (comme pour encore le C.°. ) le silence doit lui permettre de freiner ses impulsions , sa bouillonnante et première envie d’intervenir et de prendre la parole en Loge .

Il bride son égo.

Loin de nous priver de nos autres sens, le silence bien au contraire les renforce, pour une meilleure réflexion .

le Silence est une véritable discipline spirituelle : « se taire et écouter « puis « écouter et se taire « :

Voilà deux étapes successives que j’ai appréhendé au cours de mon apprentissage : dans un 1er temps, on se tait pour pouvoir écouter au mieux ; dans un 2nd temps, on a bien entendu mais on se tait, on n’intervient pas, car ce n’est pas encore le moment.

Le silence réduit l’impulsivité verbale parce qu’au-delà de la tranquillité et de la concentration nécessaire à la compréhension de ce qui se passe en tenue, il permet de se contrôler, de faire preuve d’humilité et de tempérance.

Il permet, comme le professait SENEQUE, d’imposer le silence à ses passions……et pas seulement lorsque l’on est apprenti.

Pendant tout le cheminement initiatique du franc-Maçon, ce rapport au silence sera la condition de sa maturation de sa pensée. Toute parole qui prend son sens au sein du rituel porte en elle ce souffle du silence que l’on perçoit à travers le temps que l’on prend pour le dire.

Pour le Franc-Maçon, faire silence n’est pas une invitation mais son devoir, cela devient le silence de l’écoute et de l’humilité. Le silence est également celui du Frère ou de la Sœur qui n’interrompt pas celui qui après l’avoir demandé, a obtenu la parole. Dans le Temple, l’on demande la parole alors que l’on garde le silence. Le silence reste donc la règle, le recours à la parole, l’exception.

Le Silence est donc l’outil de maîtrise de l’impulsivité verbale avant de devenir celui qui permettra l’éveil de l’Initié.

le Silence de l’Eveil :

Le Silence crée les conditions propices à une transformation intérieure et ce, dès le Cabinet de Réflexion ..

Le Rituel et ses silences ouvrent la voie au calme intérieur :

Ainsi, avant d’entrer dans le Temple ,le Maitre des Cérémonies nous appelle au silence sur les parvis. puis le VM. Le silence nous aide à faire le vide et à chasser de nos esprits les 1000 et une choses qui bouillonnaient quelques minutes encore avant que nous n’entrions …

De même, le silence prend une forme physique en ce que nos gestes sont mesurés, la déambulation rythmée , la parole contrôlée .. tout y contribue.

Puis arrive le silence que je qualifierai de mental : le corps au repos à l’écoute de ses F et S.°. , les capacités d’analyse se mettent en éveil .

Accéder au silence, c’est aller au plus profond de soi, un long travail d’alchimiste ; il permet d’atteindre des profondeurs insoupçonnées de l’être et nous conditionne pour devenir partie de l’Egrégore de la Loge.

Mais de quelle façon ?

Le principe même de l’égrégore maçonnique se manifeste par ce silence durant la chaîne d’union, chaîne qui rassemble les esprits et les cœurs. Il unit, bien plus que tout discours, l’intime adhésion de chacun et fait vivre intensément les préceptes de Solidarité et de Fraternité. C’est dans ce silence qui magnifie la symbolique des mains jointes que se révèle la communion des cœurs et des esprits.

En pénétrant dans le temple, c’est bien dans un espace-temps différent que nous entrons, un espace dans lequel le silence, la renonciation au langage donnent au rituel et à la symbolique toute sa force.

Il existe, nous l’avons compris des « temps de silence » comme il existe des « lieux de silence.

Les lieux de culte, quels qu’ils soient, imposent le silence. Dans ces enceintes sacrées, le silence exprime à la fois le rapport au Divin ainsi que « ce qui ne peut pas se dire » devant ce qui nous dépasse. En s’imposant ce silence, nous reconnaissons notre petitesse, face à ce qui nous dépasse, que nous soyons croyants ou non.

Dans un musée, le silence est celui du rapport esthétique à l’œuvre. En faisant silence, nous nous laissons envahir par sa présence, nous en comprenons le sens, le message. Il n’y a que le silence qui nous permet de ressentir l’intégralité du message. La parole est alors hors de propos, incongrue, seul le silence révèle la subjugation des sens devant la beauté.

C’est le lieu, la situation, qui donne pour une grande part le sens à ce que les paroles ne peuvent exprimer. Le silence dévoilé recouvre alors et tait aux yeux du monde, ce que l’âme crie en secret.

Outre le rapport au temps et à l’espace, le silence établit également un rapport à autrui. Il devient alors ce miroir que l’on tend à l’autre afin qu’il contemple lui-même sa colère ou son injustice.

Le silence bénéficie de cette force, de cette particularité qui lui permet, comme une onde, d’absorber et d’annihiler le coup porté. Il n’y a, dans le langage, aucune force brute qui ne se dilue dans le silence de l’interlocuteur.

Mais garder le silence, rester sans voix devant la personne aimée, révèle l’intensité des sentiments portés à la personne. C’est lorsque l’on est éperdument amoureux que l’on perd ses moyens, que l’on ne trouve plus ses mots.

Enfin, par-delà le rapport au temps, à l’espace et à autrui, le silence est ce qui permet la rencontre avec soi-même.

L’absence de mots ébranle notre forteresse intérieure, bouscule nos certitudes et montre la voie pour poursuivre cette quête de ce silence qui nous apaise.

C’est d’ailleurs dans cette « rencontre intérieure » qu’est le silence du méditant qu’apparaît pleinement notre condition d’éternel cherchant. La difficulté « à rester dans le silence » est toujours renouvelée et les enseignements que cela nous apporte toujours différents.

Dans ce silence intérieur, nous écoutons non ce que nous disons, mais ce qui SE dit.

Le silence fait donc partie intégrante du parcours du FM. :

Le silence maçonnique n’est pas seulement imposé à l’intérieur du temple mais aussi à l’extérieur ;

Il y a le silence intérieur auquel nous appelle le VM. : mais aussi le silence qui règne sur les colonnes lors de la fermeture des travaux ; on le retrouve encore pendant la chaine d’union lorsque nos pensées s’unissent pour un F.°. ou une S.°. ou encore un proche qui sont dans la douleur, confrontés à la maladie ( c’est un peu la « minute de silence citoyenne « )

La position à l’ordre est un rappel de l’interdiction de trahir les secrets qui nous été révélés : le silence est donc bien en étroite relation avec le secret, nous ne devons rien révéler de nos travaux, une fois à l’extérieur.

Enfin tout maçon a un devoir de silence et de discrétion concernant la qualité maçonnique d’une S. : ou d’un F. :

Je ne résiste pas à l’envie de vous citer cette phrase de LAO TSEU ( issue du Tao te King ) , qui donne une haute valeur au silence et à sa portée :

« ceux qui connaissent ne parlent pas, ceux qui parlent ne connaissent pas » .

Terminons si vous le voulez bien mes TTCCFF, mes TTCCSS, par une leçon d’humilité. Le paradoxe que nous avions posé au début de ces travaux, nous le retrouvons à la fin de cette planche : pour dire le Silence, il faut l’habiller de mots. Nous sommes donc condamnés à préjuger plus qu’à exposer ce que le silence nous invite à découvrir.

Car il est lieu d’expérience, expérience personnelle s’il en est et indicible par principe, tel est notre secret.

Ainsi, « si le langage est le propre de l’homme », c’est le silence qui figure le lieu de sa plus grande humanité, puisque c’est celui de sa spiritualité.

Le Silence ne se dit pas.

Il est un lieu de découverte et de rencontre de nul autre que soi-même.

Ne plus dire : « Je Pense donc je Suis », mais,

« Je ne suis vraiment ce que je suis que lorsque le « JE » se tait enfin ».

R.°.L.°. Lune et Soleil d’Écosse

O.°. d’Aix En Provence

LS&ML

 

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Les Francs-Jardiniers : Un Héritage Vivant entre Nature et Symbolisme

Publié le 18 Août 2026 par T.D

 

Voici quelques lignes tirées de la présentation de notre TCF Dominique Freymond lors de sa conférence du 11 novembre passée. Vous retrouverez la présentation complète ici-bas !

L’Ordre des Francs-Jardiniers, fondé au XVIIe siècle en Écosse, est bien plus qu’une simple société fraternelle. Porté par une passion pour l’art des jardins, cet ordre mêle symbolisme, rituels ésotériques et préoccupations actuelles comme l’écologie et le développement durable. Retour sur son histoire fascinante et ses traditions uniques.

L’Origine : Une Alliance entre Nature et Communauté

Né dans une Écosse tumultueuse du XVIIe siècle, l’Ordre avait pour but initial de rassembler les jardiniers amateurs et professionnels. Ces loges, comme celles d’Haddington (1676) et de Dunfermline (1715), servaient à transmettre des savoirs pratiques, tout en promouvant des valeurs d’entraide et de solidarité.

À cette époque, le jardinage symbolisait non seulement la culture de la terre, mais aussi celle de l’esprit. Les membres voyaient dans leur art un moyen de se rapprocher de la nature, de la société et, dans une vision plus spirituelle, de Dieu.

Les Rituels et Symboles : Une Connexion avec l’Éden

Les rituels des Francs-Jardiniers s’appuient sur des symboles universels tirés de l’Ancien Testament, notamment le Jardin d’Éden. Le parcours initiatique d’un membre reflète la quête spirituelle d’Adam après sa chute. À travers des outils comme la bêche ou le râteau, le jardinage devient une métaphore de la transformation intérieure : cultiver ses vertus, tailler ses défauts, et semer les graines d’un monde meilleur.

Parmi les éléments distinctifs, les « quatre joyaux » (l’autel, l’arche, l’arc-en-ciel et la colombe) incarnent des idéaux tels que la foi, la paix et la gratitude.

Une Évolution marquée par le Temps

L’Ordre a connu son apogée au XIXe siècle, avec plus de 10 000 membres en Écosse. Cependant, les guerres mondiales et l’évolution des systèmes sociaux ont fragilisé les loges. La modernisation de l’horticulture et la disparition des loges historiques, comme celle d’Haddington en 1953, ont marqué un déclin.

Aujourd’hui, l’Ordre connaît un renouveau. Des loges modernes, telles que «Zum Goldenen lOlivenzweig   » en Suisse ou « Acacia Lodge » en Australie, perpétuent ses traditions, adaptées à des préoccupations contemporaines comme l’écologie et la spiritualité centrée sur la nature.

Similitudes avec la Franc-Maçonnerie

Comme la Franc-Maçonnerie, l’Ordre des Francs-Jardiniers repose sur des mythes, des légendes et un système de rites initiatiques. Toutefois, leur approche se distingue par un lien direct avec la nature et une symbolique fortement ancrée dans le jardin.

Conclusion : Cultiver l’Héritage et l’Avenir

L’Ordre des Francs-Jardiniers allie tradition et modernité. Ses valeurs de fraternité, de solidarité et de respect pour la nature résonnent plus que jamais dans un monde en quête de durabilité et d’harmonie.

Cet ordre nous invite à voir le jardin non seulement comme un espace de beauté, mais comme une école de vie où chaque geste, qu’il s’agisse de semer ou de récolter, est porteur de sens.

 

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