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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

L'Expert

Publié le 11 Mai 2013 par Laurent Remise dans Planches

Dans le monde profane, un expert est un spécialiste, une autorité reconnue dans le domaine particulier de compétences qui est le sien. Dans un atelier, la compétence de l'Expert s'étend du rituel au tuilage. Or, cet office n'existait pas à l'aube de la Franc-Maçonnerie.

L'office d'Expert n'est apparu en France que vers 5750 V L quand les loges ont ressenti la nécessité d'avoir un officier qui se déplace, dispose des outils dans le temple, tuile les frères, participe activement aux initiations et aux passages sous le bandeau. Alors, le frère Terrible est devenu l'Expert. Le F Terrible montre l'intransigeance des Experts du XVIIIème siècle pour les tuilages et les initiations ; c'étaient en fait, d'incorruptibles gardiens du rite. L'Expert est aussi l'héritier de cette Tradition.

L'Expert ne fait pas partie des cinq Lumières de la loge. Il est un des officiers qui, au rite écossais ancien et accepté, la rendent juste et parfaite. Mais cette position est récente : sur nos anciens rituels de 5962 VL, on observe que ce sont l'Hospitalier et le Trésorier qui rendent la loge juste et parfaite alors qu'aujourd'hui, ce sont le Couvreur et l'Expert. Pourquoi cette évolution du rituel ? Il me semble que le Couvreur et l'Expert ont un rôle plus actif, plus opératif aussi lors des rituels d'ouverture et de fermeture que ceux du Trésorier et de l'Hospitalier, même si ceux-ci sont indispensables à la vie d'une loge.

L'office demande une certaine pratique du rituel pour en avoir une bonne connaissance afin de pouvoir être son réel gardien dont a besoin une loge. Le rôle de l'Expert est important et difficile : il doit concilier la rectitude, l'application scrupuleuse du rituel avec la diplomatie envers les frères de son atelier et une interprétation personnelle dans les aspects non écrits du rituel.

En effet, notre rituel nous éclaire de nombreux points mais certains restent dans l’ombre. L'Expert se doit alors d'éclairer pour lui-même et pour la loge ces points ; seul l'esprit du rituel doit le guider et, dès lors, toute option sera bonne à partir du moment où il effectue son choix par rapport à l'ensemble de la symbolique du rituel. Dans ce cas, l'officier se sert principalement du compas pour tailler sa pierre.

Mais l'application du rituel doit être équerrée. Le rituel nous unit, nous projette dans un ordre cosmique différent, créé un espace-temps et sacralise notre temple. Nous devons être rigoureux avec lui, l'observer strictement car il doit être répété purement à chaque tenue, comme une litanie, pour être réellement efficace sur notre préparation mentale de maçon. Aussi, l'Expert jouant son rôle à coeur aura tendance à être le frère de la rigueur, le redresseur de torts, le gendarme. Ce doit être certainement pour cela que, dans les temps anciens, il était appelé le F\Terrible.

Pour ma part, je reste convaincu que le rituel doit être appliqué rigoureusement à la lettre. Certains m'objecteront qu'il faut suivre l'esprit et non la lettre du rituel.

Si certains Maître-Maçons ont suffisamment intériorisé le rituel pour pouvoir s'en écarter en toute liberté tout en en conservant l'esprit, dans nos tenues, beaucoup de maçons sont encore, comme moi-même, en formation. La connaissance du rituel donnée par l'ensemble de l'Atelier, doit être très fidèle et précise pour que chacun puisse bien s'en accaparer. L'esprit du rituel est dans sa lettre et dans sa mise en oeuvre.

Néanmoins, même s'il est Terrible, cet officier maçon est un frère et il doit aussi se comporter comme tel : ne pas vexer un frère en loge ; c'est à dire ne pas le reprendre en tenue sauf nécessité absolue et aller le trouver ensuite aux agapes pour lui faire fraternellement la remarque concernant le rituel. Comme tout maçon, il doit aider ses frères dans son domaine de compétences avec doigté et fraternité.

Avant tout il est là pour aider le Vénérable-Maître dans l'application du rituel. Il est d'ailleurs, le seul officier après les 2 surveillants qui puisse remplacer le Vénérable Maître, et le seul à pouvoir remplacer un des surveillants (art. 66 des Règlements généraux).

L'Expert et le Maître des Cérémonies sont les seuls offices opératifs. Ils n’ont pas de plateau. Ils forment un couple qui régit et rythme la tenue. Ils sont les seuls qui peuvent se déplacer en loge sans être à l'ordre d'apprenti et sans être précédés du Maître des Cérémonies. Ceci explique pourquoi, le Maître des Cérémonies doit aller quérir entre les colonnes les frères arrivés après l'ouverture des travaux. Ces 2 officiers ne sont pas remplacés lors de leurs déplacements, sauf pour plancher. Ils se séparent rarement de leur épée et canne respective. L'Expert garde les principes du rituel, le Maître des Cérémonies, son fonctionnement. Les deux offices sont complémentaires et indissociables. Dans le temps, il n'y avait qu'un office (un seul, l'Expert, est obligatoire pour ouvrir nos travaux) et certains rites mettent l'un ou l'autre en valeur.

Au rite écossais ancien et accepté, l'Expert est placé à l'est de la colonne du Nord, devant le F\ Hospitalier, à la disposition du Vénérable Maître. Il se trouve face au Maître des Cérémonies. L'Expert, placé sur la colonne B incarne l'idée de force intérieure et de puissance spirituelle et morale. Il est un clerc lettré, qui maintient et garde avec vigilance le rituel.

Le bijou de l'Expert, est composé de 3 symboles : l’œil, la règle à 24 divisions et son épée.

  • Son glaive est celui de Papus : c'est un glaive de combat. Sa lame est courte, large, plate et pointue dont le double fil est coupant. Le double fil signifie aussi le double combat, ésotérique et respectueux de la progression initiatique : combat de la Pierre Brute pour devenir cubique (connaissance de soi, clef du savoir intérieur, de la compétence des autres). Il signifie le combat de l'ange contre le démon, de la Lumière contre les Ténèbres, de l'éthique collective à atteindre contre les violences collectives trop souvent vécues. Le glaive doit être visible par tous les frères en permanence pour leur rappeler en permanence son symbolisme. C'est un symbole à la disposition de tous les frères pour que chacun l'utilise pour combattre ses imperfections intérieures et atteindre une paix durable entre les hommes. L'épée a une fonction très particulière chez l'Expert par rapport à tout autre utilisation en loge. Cet officier est le seul qui porte son épée en main droite et qui ne doit jamais s'en séparer. L'outil fait partie intégrante de l'office. Un Expert peut entrer sans son sautoir, pas sans son épée. Les autres officiers ayant une épée la tiennent en main gauche à certains moments seulement et ne sont pas dispensés ni de se mettre à l'ordre d'apprenti, ni de faire le signe pénal. L'Expert est lui, dispensé de cela.
  • La règle à 24 divisions symbolise la rectitude et la précision, le respect des règles (tel le rituel). Mais aussi, l'omniprésence de la maçonnerie dans nos cœurs aux 24 heures que comporte une journée. Nous devons employer utilement toutes les heures du jour. Un maçon se reconnaît surtout à son comportement en dehors du Temple. La règle est un symbole de la loi commune qui régit les phénomènes du monde réel (le jour) et ceux du monde spirituel (la nuit). C'est un outil bipolaire qui trace une ligne droite susceptible d'être prolongée à l'infini dans les deux sens. Il concourt à symboliser l'absolu et le relatif, à allier les oppositions des mondes réel et spirituel pour que l'initié choisisse une voie ésotérique en accédant au chiffre 3. Cette règle, est graduée symboliquement de 0 à 24, symbolisant les heures solaires. Elle adopte une progression solaire et ressemble, en fait, à notre montre. Elle sert aussi à établir, en tant qu'instrument précis, les plans de l'édifice et à vérifier sa construction. Elle aide à établir la conscience et à l'appliquer, à identifier ce qui est juste et à mieux mesurer les connaissances initiatiques de l’officier. La Règle à 24 divisions rappelle que nous ne devons pas agir comme des profanes. Elle apporte droiture, réflexion, sérénité, le devoir d'agir en tant que Franc-Maçon libre et de bonnes mœurs.
  • L’œil surplombe la croix de St André, formée par la règle et le glaive. Cela symbolise la lutte de l'Expert contre les manquements aux règles maçonniques lors des tenues car le croisement est bien symbole d'imbrication, d'accouplement.. L’œil est le symbole bien connu du delta rayonnant, du Grand-Architecte-De-L'Univers. Plus encore, il symbolise le Soleil visible d'où émane la Lumière qui donne la vie. C'est aussi le Verbe, le Logos, le Principe Créateur, notre conscience individuelle, celle qui guide nos actes. C'est à travers ce symbole que l'on atteint au spirituel. Mais il a un rôle spécifique chez l'Expert : il est aussi opératif. L'Expert doit avoir l’œil à tout et doit être aussi l’œil du Vénérable-Maître (avant, pendant et après la tenue). L'Expert est un homme de Lumière qui symbolise la progression initiatique de tous les maçons.

Le bijou représente sur la rigueur, la vigilance du rituel et de l'officier.

La position d'ordre, pour ces deux officiers est différente de tous les autres frères L'Expert est pieds à l'équerre, tenant son glaive en main droite, garde à hauteur du visage, bras gauche pendant le long du corps. Tous les autres officiers adoptent la position d'ordre du bras droit, portant leur éventuelle épée en main gauche.

L'Expert a un rôle important aussi pendant l'ouverture et la fermeture des travaux. C'est celui qui fait apparaître et disparaître les 3 Grandes Lumières puis trace et efface le tableau de loge. Ce n'est qu'ensuite que le Vénérable Maître se couvre ou se découvre. C'est à dire que les gestes de l'Expert déterminent le moment précis où la loge est ouverte ou fermée. Ce sont les symboles forts qui concluent la sacralisation et la désacralisation du Temple.

C'est le frère que rencontre le néophyte pour la première fois à la porte du temple lors du passage sous le bandeau. Il le retrouve aussi en premier le soir de l'initiation. C'est le visage dont on se souvient, au début ; c’est celui qui nous rassure, nous intimide, et pourtant... C'est l'officier qui va être à côté du néophyte toute la soirée, c'est celui qui lui fera subir les 4 épreuves, la coupe des libations... mais c'est aussi le premier frère qui reconnaîtra le nouveau frère comme tel après sa création, constitution et réception par le Vénérable Maître.

L'Expert est un guerrier juste, ayant une autodiscipline pour maîtriser ses émotions et participer ainsi à l'accomplissement individuel de chacun. Il doit manier son glaive avec d'infinies précautions et devient, grâce à celui-ci, une Lumière-Energie, une Lame-Foudre mobile.

C’est pourquoi, je pense que le rituel gagnerait en symbolisme si l'Expert allumait puis éteignait les 3 piliers puis l'Etoile des Surveillants et du Vénérable-Maître, à partir de la Lumière-source du Vénérable. Le symbolisme du glaive/lame-foudre serait renforcé puisque c'est lui qui allumerait les petites puis les grandes Lumières, symbolisant ainsi leur union. Le glaive recevrait la foudre de la voûte étoilée et serait ainsi en mesure d'allumer toute autre Lumière. Cette pratique du rituel présenterait particulièrement l'interpénétration du parcours initiatique avec le rôle de l'Expert. C’est pour cela que j’ai proposé à cet atelier cette pratique lors de nos tenues universelles.

A la Grande-Loge-De-France, le rituel a su évoluer en respectant la Tradition. La fonction d'Expert, inexistante au début de la Franc-Maçonnerie, est devenue de plus en plus importante, pour être aujourd'hui indispensable à toute ouverture de travaux. L'Expert demeure la perpétuation et l'incarnation de la Tradition initiatique dans toute sa rigueur.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2011/10/lexpert.html

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Le Second Surveillant

Publié le 10 Mai 2013 par P\ C\ dans Planches

Vénérable Maître, mes Biens Aimés frères, j'ai souhaité, et avec votre accord, de part la fonction que j'occupe au sein de cette loge, vous parlez du second Surveillant.

Le 2ème surveillant, est l'un des neuf officiers de la loge et en cette qualité, il fait partie des lumières de la Loge dont l'outil symbolique qu'il utilise en tenue lui donne également le nom de, troisième maillet. Avec le Vénérable Maître et le 1er surveillant, ils constituent le triangle sublime.

C'est un poste conséquent, qui demande parfois beaucoup d'implication et de disponibilité, car il prépare les nouveaux Frères au compagnonnage. Apprenti, nouveau né Franc Maçon , pour lequel ses futurs comportements de compagnon et de Maître, dépendrons dans une large mesure de la qualité, de l'instruction reçue au premier degré. Cette « éducation » maçonnique reprendra ce que l'on appelle le Thésarus maçonnique, c'est à dire un trésor de symbole, de mythe, de rituel initiatique et ceci dans la plus pure tradition du Rite Ecossais Rectifié, qui est le notre.

Une fois cet enseignement bien assimilé, il aura à son tour, lors de ses différents prestations de serment, à instruire lui-même et de son mieux les nouveaux Frères, qui viendront participer à la construction de l'édifice.

Qui est le 2ème Surveillant ?

Tout d'abord, un Frère de la loge, puis un officier parmi les officiers proposé par le Vénérable Maître et présenté à la loge, pour un vote en conseil de maitre, selon la forme accoutumée. Ils sont nommés exclusivement, parmi les Frères, membres actifs de la loge pour un an renouvelable, sans excéder 3 ans de file à un même poste.

L'existence des surveillants de loge est l'héritage de la maçonnerie. Jadis, sur les chantiers des constructions de cathédrales, il y avait des maîtres en charge de diriger, de superviser le travail des ouvriers apprentis et compagnons. Aujourd'hui, ces Maîtres, dans le monde profane, sont des cadres responsables qui peuvent être comparer à des conducteurs de travaux, chef d'équipe ect....

Le 2ème surveillant est tout cela à la fois, ou tout au moins devrait l'être.

Il est un élément moteur important de la vie de la loge. C'est de l'influence de son enseignement, et de son conseil fraternel qu'il pourra espérer, pour le bien de la loge, voir dans l'avenir, des apprentis devenir de véritable, parfait et authentique maîtres maçons.

Je conçois qu'il puisse y avoir une approche ésotérique entre les deux premiers apôtres, André et Pierre et les deux surveillants. André jouissait d'une capacité de jugement supérieure et possédait une vision claire et une pensée logique. Simon Pierre, nous savons qu'il fut la pierre sur laquelle le Christ établit son église. Du fait il est le support matériel de l'œuvre du Christ, la spiritualité s'exprime en lui à son niveau le plus inférieur, mails il est le socle, le piédestal qui soutient l'édifice et sans son apport extérieur, le progrès des fidèles vers la cime du Temple serait impossible. Pierre est la porte d'entrée du Christianisme ésotérique, et toutes les personnes qui travaillent à présent à un niveau plus élevé ont été tenu de franchir ce seuil, qui est le premier échelon du sentier.

Où est sa place dans la loge

A l'occident Vénérable Maître ! Pourquoi ?

Puisque il est midi , que le Vénérable maître est placé à l'orient et les surveillants à l'occident, avertissez les frères que je vais ouvrir la loge.

A la fermeture des travaux; « comme le soleil termine sa carrière à l'Occident, de même les surveillants s'y tiennent pour fermer la Loge, payer les ouvriers et les renvoyer contents. ». L'unité Divine se trouve à l'origine de toutes choses, à l'orient donc, la dualité est créée et se situe à l'Occident: là où se trouve la chute, la mort,(aboutissement de ce qui naît à l'Orient).

Dans l'ancienne Egypte, lorsque RÂ ouvre ses deux mains, bras étendus, il forme avec lui même, un triangle dont la base se trouve entre ses deux mains et le sommet, au cœur de RÂ. Cette création de la dualité est simultanée avec la création du Triangle fondamental, Triangle Sublime

La sagesse populaire ne dit elle pas, « jamais deux sans trois ». La sagesse populaire exprime souvent la Sagesse tout court.

Le 2ème Surveillant se situe donc à la colonne du Nord, colonne des apprentis sur laquelle la lettre J y figure.

Sa place dans la Loge se situe bien ici à l'Occident, tout naturellement, à la phrase suivante du rituel; « pour exécuter les ordres du Vénérable Maître et veiller sur tous les ouvriers afin qu'ils en retirent profit et joie.

C'est la raison pour laquelle, sous l'autorité du Vénérable Maître et par son ordre, il est le seul à pouvoir, à son coup de maillet, mettre les ouvriers au travail.

Outil, bijou et décor

C'est la présence d'un maillet, sur le plateau du 2ème surveillant, comme sur celui du 1er surveillant et du Vénérable Maître qui fait désigner ces Officiers respectivement sous les noms de 3ème maillet.

Dans sa main, cet instrument est le gage de l'autorité de la maîtrise initiatique et est utilisé en diverses occasions.
- Lors de l'ouverture des travaux
- Durant la tenue
- Lors de la fermeture des travaux

Comme tous les officiers de la Loge qui exercent une fonction, le 2ème surveillant porte sur lui un sautoir, qui est une pièce de tissu de couleur bleu (selon les rites), au bout duquel pend le bijou de la fonction. Ce bijou du 2ème surveillant est le fil à plomb, le moins que doit un Franc Maçon à lui même et aux autres, c'est d'être la rectitude. Cela suppose d'être un homme de bon sens, dans la réflexion de savoir à tout instant se remettre en cause, et qu'à lui tout seul, il ne dispose pas de la vérité.

Le fil à plomb, indique la perpendiculaire. Ce bijou indispensable, qui indique le centre de la terre, est symbolisé en maçonnerie par la formule hermétique V.I.T.R.I.O.L. . Dans la maçonnerie, pour faire de ces sept lettres une formule beaucoup plus noble, il est écrit Visita Intériora Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem, autrement dit (Visite l'intérieur de la Terre, en rectifiant, tu découvriras la Pierre cachée. En ce sens, cette formule magique propose au Franc Maçon de faire un retour sur lui même, afin d'épurer ses aspérités et rendre ainsi l'œuvre plus parfaite à sa destination. C'est pourquoi, ces initiales forment un mot initiatique, qui exprime la loi d'un processus de transformation, de transmutation, de changement qui peut se traduire simplement; « descend au plus profond de toi même et trouve le noyau, le plus intime, de la personne humaine, sur lequel tu pourras t'appuyer pour bâtir une autre personnalité, et en faire un homme nouveau.

Parallèlement au symbolisme, que représente l'emblème de ce bijou, il reste tout à fait d'actualité, et pour cause, puisqu'il persiste encore de nos jours à la construction d'édifice. Pour le Franc Maçon, ce symbole signifie de rechercher la vérité dans les profondeurs où elle se cache. Enfin il donne la direction du travail ésotérique que doit accomplir l'apprenti, dans son action volontaire, assidue, à dégrossir sa pierre brute. A ce propos un ouvrage précieux que je vous recommande de lire aussi souvent qu'il vous sera nécessaire « Le Grand Œuvre », méditation sur la voie de l'absolue.

Fonction du 2ème surveillant

Il y en a trois relativement importantes:

1°) -Sa participation aux activités de la Loge, sous la direction éclairée du Vénérable Maître.

La majorité sont exercée dans le temple et en tenue. Il assiste les actions du Vénérable Maître lors des différents Rituel, d'ouverture et fermeture des travaux, et pendant les travaux eux-mêmes.

Par son intermédiaire, Les FF de la colonne du Nord exclusivement, obtienne la prise de parole du Vénérable Maître, c'est la fameuse demande de parole triangulaire.

C'est aussi celui qui parlera au nom des apprentis comme par exemple, la lecture des travaux ou planches sur des questions spécifiques, qui auront été préalablement préparés sous son égide.

Son activité au sein de la loge comprend aussi la surveillance de sa colonne, celle du nord.

Il a comme principal devoir de maintenir une discipline, importante pour l'égrégore de la Loge.

2°) - Il est l'accompagnant des Apprentis aux manifestations de la vie maçonnique, hors loge et, il participe activement au collège des Officiers.


3°) - Enfin, très probablement la plus importante de sa fonction, la promotion des Apprentis au Compagnonnage.

Comme tout, instruction, formation ou enseignement, l'instruction maçonnique à pour seul et unique but d'élever le Franc Maçon, vers les hauts sommets de la connaissance. Et si l'Apprenti s'est bien préparé à cette élévation, il pourra prétendre à une augmentation de salaire à celui qui est présentement le sien.

On voit bien là, la grande responsabilité du 2ème surveillant, qui n'est pas un pédagogue, encore moins un Maître spirituel. Néanmoins son devoir, reste la vigilance du travail accompli, afin de permettre aux Apprentis de recevoir au moment opportun, le salaire qui lui est dû.

En acceptant cette charge, son rôle est d'être capable, en toute sérénité, et au plus profond de son âme, estimer ce moment. Malgré son poste d'Officier, il reste l'humaniste qui travaille sur sa pierre, fort heureusement bien loin d'être parfaite, mais il se doit tout de même dans la tâche de Surveillant qui est la sienne à veiller pour que plus tard, ce grain portera ces fruits.

Vénérable Maître, j'ai apporté succinctement les quelques rôles ou fonction de 2ème Surveillant, dont j'en occupe le poste, qui à mon sens ne paraît pas si simple, mais je suis dépourvue d'Apprenti sur la colonne et comme vous j'en suis triste. C'est un profond regret mais qu'importe, je fais partie intégrante de cette colonne et je suis rempli de bonheur et plus encore aujourd'hui, d'être Apprenti Franc Maçon à la Respectable Loge Saint Jean La Persévérance.

J'ai dit Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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Les Officiers de la Loge

Publié le 9 Mai 2013 par G\ C\ dans Planches

Une Loge Maçonnique est administrée par un Collège d'Officiers, qui assume le rôle d'un vrai Conseil d'Administration. Ce dernier, présidé par le Vénérable Maître en chaire, règle toutes les questions inhérentes au fonctionnement de l'association de Frères et Sœurs composants la Loge.

On peut ainsi comprendre qu'un Officier mal choisi ou négligent, met en difficulté l'association, il manque à son serment et abuse de la confiance de ses Frères et Sœurs.

Dans le monde profane, un Officier militaire peut mettre en danger la vie de ses soldats par ses décisions et son attitude erronées ; un mauvais Conseiller d'administration peut provoquer la faillite de sa société…mais dans le monde maçonnique on a tendance à penser que tout cela n'arrive pas et alors, puisque rien n'arrive en Loge, un Officier peut être négligent, absent, ignorant !

D'une part la fraternité et la tolérance régissant notre Initiation doivent nous faire dépasser ces fautes et nous amener à comprendre des Sœurs et des Frères incapables de tenir un engagement : c'est leur déterminisme, leur nature. D'autre part ce sera leur miroir individuel qui reflètera impitoyablement le ridicule dont ils se sont recouverts pour avoir voulu assumer une charge trop grande pour leurs capacités réelles. Il ne faut pas oublier que dans l'Initiation chacun est le juge de soi-même, mais que la Conscience ne rate jamais un jugement.

Si les Officiers semblent être aussi importants pour une Loge Maçonnique regardons de plus près leurs rôles, aussi bien administratifs et donc exotériques, qu'ésotériques.

Je traiterai ce sujet en me referant à la disposition « zodiacale » des Officier en Loge et aux rapports avec les planètes respectives, selon la théorie élaborée par le T\ Ill\ F\ Jacques BELLUROT.

La Loge est orientée selon les quatre points cardinaux et à chacun d'eux correspond un Officier. Nous pouvons, donc, affirmer que ces Officiers « orientent » la Loge. Il s'agit du Vénérable Maître, siégeant à l'Orient ; du Couvreur, dont la place est en face c'est-à-dire à l'Occident ; du 1 er Surveillant à la Colonne du Midi et du 2 nd Surveillant, siégeant à celle du Septentrion. Ces quatre Officiers définissent l'espace sacré d'un Temple Maçonnique, sacré parce qu'à son intérieur se déroulent toutes les cérémonies initiatiques maçonniques, mais aussi parce qu'ils sont, tous les quatre ensemble, responsables du principe de « simultanéité » initiatique, celui considérant qu'aucune action, profane ou initiatique, ne peut pas se matérialiser correctement sans le respect simultané de quatre absolus : Pouvoir, Savoir, Vouloir et Devoir. S'il s'agissait uniquement de réaliser ces principes de toute bonne gestion administrative, ce serait certainement plus simple que la réalité d'une Loge ne le montre...

Les choses deviennent plus complexes lorsqu'on rentre dans les considérations ésotériques et surtout au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, qui se refère explicitement à la philosophie spirituelle gnostique.

En effets les quatre Officiers délimitant l'espace matériel dans lequel l'initié doit évoluer lentement et avec persévérance, représentent les quatre éléments fondamentaux de la nature terrestre : la Terre, l'Eau, l'Air et le Feu. Ces éléments sont propres aux signes zodiacaux du Capricorne, du Cancer, de la Balance et du Bélier, dominés par les planètes Saturne, la Lune, Vénus et Mars. Ces signes sont dits Cardinaux comme Cardinales sont les Vertus qui s'y rattachent :

Le Feu à la Force...le Bélier à Mars...le Couvreur à la Connaissance
L'Air à la Justice...la Balance à Vénus...le Vénérable au Pouvoir
L'Eau à la Tempérance...le Cancer à la Lune...le 1 er Surveillant au Devoir
La Terre à la Prudence...le Capricorne à Saturne...le 2 nd Surveillant au Vouloir

Ces quatre Officiers, piliers de chaque Loge maçonnique nous indiquent donc l'ancienne règle templière celle du VSPD (vouloir, savoir, pouvoir et devoir) c'est-à-dire :

« Un initié devra vouloir prudemment, afin que l'avarice ne s'empare pas de son être. Car l'envie de possession, sans mesure et sans partage conduit l'homme à la prison de la matière. Cette prudence s'acquiert par une solide et progressive connaissance : la connaissance de la vie, de la pensée, des messages symboliques, de la sensibilité artistique et de tout ce que la tradition transmet comme valeur universelle. Un savoir qui est la force motrice de toute évolution humaine et le propulseur sur le difficile chemin de l'Initiation. Un savoir qui ne laisse pas agir sous l'impulsion des passions, mais qui confère la maîtrise à celui qui sait attendre. Un savoir qui s'oppose à la paresse, par le travail continu et profond qu'il exige. Un savoir, enfin, qui offre le pouvoir d'agir en équilibre avec soi-même et avec les autres, donc en pleine justice ; non pas la justice du juge, mais l'acte juste, mesuré, pondéré. Ce dernier opposé à la luxure, faite d'image éphémère et fugace, fruit de nos désirs morbides et incontrôlés. La conscience de l'équilibre, du juste moment pour la juste cause, permet à l'initié de prendre pleine conscience des devoirs auxquels il ne pourra plus se soustraire, car il a désormais aperçu la Lumière. La vision de la lumière ineffable, pour laquelle chaque Maçon travaille avec force et vigueur, apprend à l'initié le sens du relatif et de l'absolu. En d'autres termes il ne peut plus se considérer comme le centre d'un univers personnel et limité à sa matière ; pour cela il commence à tempérer son esprit et à repousser la gourmandise, la compagne de la boulimie, aussi bien intellectuelle que matérielle. Il découvrira qu'il y a un temps pour tout : un temps pour étudier, un temps pour intégrer, un temps pour parler, un temps pour diriger, un temps pour obéir, un temps pour réfléchir et un temps pour sourire, un temps pour transmettre.

Cela va de soi que ces quatre rôles constituent les gonds de la porte initiatique et que leur valeur ne peut pas être sous-estimée ou prise à la légère sans détruire à jamais le sens profond de l'Initiation.

A ces Officiers représentants la simultanéité statique de la Loge, la pierre de fondation du Temple Maçonnique, il faut en rajouter trois qui rappelleront le temps et donc le devenir du processus initiatique.

Mais le Temps est un mystère, personne ne connaît exactement sa nature profonde au de là du temps relatif (scientifique) qui est la répartition en parties égales d'une rotation terrestre autour du soleil. Le Temps, comme devenir, est lié au mouvement, c'est-à-dire au jeu savant des forces cosmiques et de leur attraction réciproque. Alors il nous suffit de retenir l'idée de Dante que : « l'Amour fait bouger le Soleil et les autres étoiles » et remettre la notion de Temps au domaine métaphysique et inconnaissable.

Par conséquent nous ne nous étonnerons pas de voir les relations entre les trois Officiers restants et les trois Vertus Théologales, car par ces principes nous engageons les discours sur le Logos, le Verbe ou le Divin.

Les Officiers qui rendent une Loge Juste et Parfaite sont : l'Orateur, le Secrétaire et le Maître des Cérémonies.

L'Orateur, principe solaire, élément masculin, est le garant de l'esprit de l'Initiation. Il agit pour la fidélité au logos, au verbe créateur, au principe métaphysique. Sa rigueur ne sera jamais du rigorisme ou de l'intolérance, mais de la compréhension et de la synthèse. C'est ainsi qu'il ne cédera pas à l'orgueil, personnel ou collectif.

Le Secrétaire, principe lunaire, élément sensible et féminin, est la mémoire et la forme permettant la structuration du message initiatique qui accroîtrera le patrimoine traditionnel. Dans ses mises en forme la sensibilité inspirera toute action maçonnique et il la transmutera en charité, offrande sublimée et non aumône, matérielle ou intellectuelle. Pour cela le Secrétaire sera toujours très rigoureux dans l'usage des formes, car dans ce domaine sensible on risque à tout moment de céder à la sensiblerie et le formes éveillent en nous les envies, c'est-à-dire les pulsions incontrôlées de l'Ego.

Le Maître des Cérémonie a le rôle difficile de donner une impulsion à ces éléments en équilibre, afin que par le mouvement toutes les forces présentes puissent accomplir leur fonction dans un ensemble harmonieux. C'est lui qui donne le rythme, qui constitue le guide accompagnant chacun et chaque cérémonie. Sa maîtrise du mouvement, sa courtoisie, son sens du temps, constituent aux yeux de l'Initié autant de manifestation de cette perfection qui est l'espérance maçonnique pour un monde meilleur.

Tout est calme et contrôlé chez le Maître des Cérémonies, car il doit éloigner la colère, calmer les esprits et préparer chacun à la réalisation de l'égrégore commun.

Il reste encore deux principes, ils concernent la sublimation de l'être, que les Anciens hermétistes appelaient Vertus Sublimales : la Sagesse et l'Intelligence. Elles sont le résultat de la sublimation de ces sept principes précédentes.

En Loge ils sont représentés par l'Expert et l'Hospitalier.

Le premier, par l'intégration des connaissances les plus profondes et hermétiques, acquiert la sagesse de l'esprit. Il connaît le grand dessein, ses symboles et les rituels magiques permettant aux initiés de s'y conformer.

Pour cela il constitue le garde-fou du Vénérable Maître et son patrimoine.

L'Hospitalier est le but de l'Initiation : l'Intelligence du cœur, celle qui seule sait nous guider à travers les épreuves de notre déterminisme.

Les autre Officiers sont des compléments nécessaires au fonctionnement d'une Loge Maçonnique, mais ce qu'il faut retenir est que chaque rôle revêt son importance et est indispensable par son double sens : un côté administratif et extérieur, un côté ésotérique et caché. L'un est impossible sans l'autre. On ne peut pas accomplir ce qu'on ne connaît pas ou qu'on ne veut pas connaître, par paresse ou par incrédulité stupide, tout comme un raccourci simpliste empêche la démarche initiatique réelle. Alors laissez-moi terminer par une réflexion personnelle : si un homme veut être pompier pour l'uniforme ou pour avoir un gyrophare sur sa voiture, il faut prier beaucoup pour qu'il n'y aie jamais d'incendies !

J'ai dit

Source : www.ledifice.net

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Les Officiers de la Loge

Publié le 8 Mai 2013 par G F dans Planches

Ma planche de ce soir est sur les officiers de la loge
Pour commencer voici la définition de l’officier : il est le titulaire d’un grade ou d’une charge ou office, le titre d’officier est également employé dans certains ordres en occurrence la franc maçonnerie c’est sur les officiers de la loge que je vais d’avantage m’étendre.

Une loge est présidée par un vénérable Maître, son trône se trouve à l’Orient.

Le vénérable maître : est le chef suprême de la loge, il est spécialement chargé de veiller au maintien des lois , de l’ordre, et à l’exécution des règlements ; il doit gouverner sa loge avec douceur et fermeté, y maintenir la subordination, y faire respecter l’ordre.
le vénérable maître, (Maître maçon) élu par ses frères,
Cette élection est reconductible chaque année pour une durée de trois ans maximum , ce qui est d'une grande sagesse , puisqu'il n'est pas possible de "s'installer" à ce poste , contrairement à certains mondes où le but est souvent de se faire réélire le plus longtemps possible.

Avec les deux surveillants ils forment les trois points à partir desquels le triangle de la vie peut être tracé et, complète la triade du roi Salomon, du roi Hiram de Tyr et d’Hiram Abif

Le vénérable Maître est secondé par un collège d’officiers tous maîtres, qui sont éligible tous les ans.
Le nombre de ceux-ci diffèrent selon les rites.

Cependant on trouve :
le premier surveillant : il est responsable de la colonne du midi colonne des compagnons pendant les travaux de l’atelier

Le second surveillant : il est responsable de la colonne nord colonne des apprentis surveille et commente les travaux des apprentis

Les surveillants doivent être en mesure de susciter et maintenir l’intêret de ses apprentis ou compagnons pour la science maçonnique, répondre aux diverses demandes en donnant toutes les explications dont ils ont besoins pour progresser.
Les surveillants sont élus et investis, mais non installés.
La règle maçonnique ne peut être fractionnaire, chacun des trois élus peut éventuellement se retrouver assis sur le trône du vénérable maître.
Lorsque les Frères élisent le vénérable maître, il élisent aussi à travers lui, les surveillants qui doivent être en harmonie avec lui, puisqu’ils prennent part aux responsabilités de sa fonction et de ces décisions.

Le secrétaire : la charge de secrétaire revêt une grande importance du fait de la multiplicité de ses fonctions il est la mémoire de la loge.
Durant les tenues, il écoute, résume, enregistre les décisions et résultats des votes , il gère tous les actes administratifs il consigne les évènements de la loge et dresse le procès verbal de la tenue.

L’orateur : il est le gardien de la loi et des règlements maçonniques. En cette qualité, il est chargé de rappeler les frères à l’ordre en cas de manquement aux principes, traditions et règlements de l’ordre ; sa fonction lui impose de prendre du recul,de rester lucide pour présenter la conclusion des travaux, ou procéder à des commentaires divers.

Le Maître des cérémonies : il est responsable du bon déroulement de la tenue il est très présent dans le temple, il le prépare en fonction du rituel, il veille au cérémonial de chaque assemblée et, il doit contrôler avant l’heure indiquée pour le travail si tout est disposé convenablement pour la cérémonie du jour. Il doit examiner les frères visiteurs.
En règle générale le Maître des cérémonies est chargé d’introduire guider conduire les frères dans la loge. Il intervient dans l’ouverture et la clôture des travaux il précède et conduit le vénérable maître dans ses déplacements.
Gardien du bon déroulement des cérémonies, il se déplace autant qu’il convient pour corriger ce qui manque ou semble incorrect.

Le trésorier : le trésorier de la loge est chargé de percevoir la quotité annuelle des frères, il acquittera sur l’ordre du vénérable maître les dépenses ordinaires.
Le travail de trésorier reste délicat sinon difficile car l’atelier doit faire face à des frais généraux.

L’hospitalier : dépositaire du tronc de la veuve ou de bienfaisance, la coutume lui attribue d’autres fonctions soulager les infortunes, l’assistance aux frères malades.
Le frère Hospitalier est avant tout le confident des membres de la loge qui peuvent rencontrer toutes sortes de difficultés, y compris celle d’ordre pécuniaire.
Ceux qui subissent une gène momentanée ou se trouvent dans l’impossibilité de payer leur cotisation pour cause de chômage ou de problème personnel exceptionnel et qui sont l’objet d’une détresse particulière doivent s’en ouvrir à l’hospitalier les confidences sont couvertes par le secret.
Le titulaire de cette charge n’est redevable d’explications qu’au vénérable maître de la loge.

Maitre des banquets : il est chargé de l’approvisionnement des choses de l’agape de la loge, toutes ces avances lui sont remboursées par le frère trésorier sur facture.
Outre cette activité le maître des banquets doit se charger des achats indispensables au travail (accessoires rituels et tous les éléments nécessaires à l’entretien du mobilier comme celui des locaux)

En conclusion je dirai les obligations que vous impose vos fonctions d’officiers, sont de protéger vos frères et soeurs par votre autorité, de les éclairer par vos connaissances, de les édifier par vos vertus, de les secourir dans leurs besoins, de sacrifier tout ressentiment personnel et de rechercher tout ce qui peut contribuer à la paix a la concorde et à l’union de la loge.

J’ai dit vénérable maître.
source :
www.ledifice.net

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Les Officiers de Loge

Publié le 6 Mai 2013 par X dans Planches

Le Vénérable Maître 

Le Vénérable Maître, ou Vénérable Maître en Chaire, est le président de là Loge, il est installé sur la Chaire du Roi Salomon. Les constitutions d'Anderson qui ne connaissent que deux degrés : Apprenti et Compagnon, parlent du "Maître" ou "Maître de Loge". Avec le développement du degré de Maître, la confusion devenant possible, l'usage s’est établi de distinguer le "Maître", titulaire des trois degrés et le "Maître de Loge", président de l'Atelier. Il appartient au Vénérable Maître en Chaire de convoquer la Loge, d'ouvrir les travaux, de procéder aux initiations et de conférer les grades,( à un niveau inférieur à son grade, au dessus seul le Conseil de l'Ordre peut les décerner, ) d'assurer le bon déroulement et l'ordre des tenues, au besoin en retirant la parole et en faisant couvrir le Temple à tout frère contrevenant à l'ordre des travaux ou des principes maçonniques. Il ne peut être repris en cours de séance par aucun assistant, sauf par l’Orateur , Il peut, si l'ordre est troublé et son autorité méconnue, suspendre et même lever la séance sans formalité, celle-ci ne pouvant être reprise sous la direction d'un autre membre de la Loge. Il dirige l’administration de la Loge et, à ce titre, contrôle le travail des autres officiers, signe les tracés, reçoit et règle la correspondance, ordonnance toutes les dépenses autorisées par la Loge. Il est de droit président de toute commission et chef de toute délégation de la Loge qu'il représente dans les cérémonies et pour les relations extérieures. Il signe les "planches officielles." Les pouvoirs du Vénérable sont aujourd'hui encore définis en ces termes. Ils sont analogues à celui du prince dans les sociétés profanes archaïques. Avec l'évolution des mentalités et le progrès de la conscience, ces pouvoirs ont été progressivement limités dans la durée. Il est aujourd’hui inconcevable que l'on puisse être Vénérable en Chaire ad vitam. Les pouvoirs du Vénérable sont limités aussi par l'Orateur, gardien de la Loi, qui peut et doit intervenir si la "Loi" est transgressée. Il est à l'Orient et fait face à l'Occident. Cette position, cosmique" signifie qu'il est symboliquement identifié au soleil levant. Il "conduit" la lumière en direction des régions obscures. Il éclaire de même, au plan du temps, il incarne le matin, le commencement, le renouveau. Dans tous les rites, le bijou du Vénérable est l'équerre. Notons que cette équerre forme avec le sautoir une "Croix de Saint André" qui marque le rayonnement qui doit caractériser cet officier. Le Vénérable doit représenter l'égrégore de la Loge. L'autorité dont il a été investi est tempérée par la bienveillance qui doit marquer tous ses actes. Aussi, son rôle est-il à la fois actif et passif, Il doit équilibrer. Il stimule, entraîne, génère l'énergie du groupe et l'entretient ; en même temps, il calme, adoucit, freine les élans d'un zèle pour qu'il ne soit pas maladroit. L'outil associé à cette fonction est la truelle. C'est l'outil qui intervient lorsque le gros œuvre" de l'édifice est terminé. Il sert à jeter et à étaler le mortier afin de couvrir les aspérités des pierres et les traces de leur séparation. Le Vénérable, grâce à son rayonnement, à son expérience et à sa bienveillance, couvre d'amour et de connaissance tout ce qui sépare les frères de la Loge et tout ce qui est inharmonique à l'intérieur de chacun d'eux. Il est l'alchimiste qui transmute les passions et les aspérités des âmes en amour fraternel. Cet amour ainsi généré stimule l'esprit et constitue l'atmosphère nécessaire à l'épanouissement de la connaissance. C'est pourquoi cette fonction est confié à un Maître expérimenté qui a pratiqué plusieurs offices, dont celui de Premier Surveillant. Néanmoins, aucun Maître ne peut prétendre être réellement à la hauteur de cette fonction. Il lui faudrait pour cela être un initié parfait ! Néanmoins, il n'est possible ni sage d'attendre de mériter ce rôle éminent pour le jouer. Ce n'est pas possible parce que, si l'on attendait un initié véritable pour occuper la Chaire du roi Salomon, il ne pourrait exister aucune Loge. Il n'est pas sage non plus d'attendre, car le Maître qui accepte cette fonction est appelé, grâce à elle, à faire des progrès dans l'Art. C'est en pratiquant des fonctions qui le dépassent que le Maître acquiert, peu à peu, la maîtrise. Aussi il ne faut pas se dérober à cette tâche, lorsque l'on est invité par ses frères à l'accomplir. Elle fait partie des épreuves à vaincre. Le Vénéralat, comme toutes les autres responsabilités, sont des étapes sur la voie Royale. Un Maître maçon attend cette fonction avec crainte et l'assume avec joie. Il l'assume avec joie et, après son temps laisse la place avec soulagement !...Ainsi se passent les choses, dans une Loge maçonnique. Tous les Maîtres qui ont accompli la fonction de Vénérable se sentent transformés et enrichis par cette expérience difficile et exaltante. Selon une tradition d'origine opérative, le Vénérable reçoit une transmission ésotérique particulière, au cours d'une cérémonie secrète dite d'installation". Les Vénérables et anciens Vénérables ayant vécu la cérémonie ésotérique de l'installation peuvent se réunir en "Conseils de Maîtres Installés" librement et en dehors de toute structure obédientielle. Ce rite se pratique systématiquement dans la maçonnerie anglaise. En France, il est demeuré longtemps en désuétude, mais il tend aujourd'hui à se généraliser. Le Rite Écossais Ancien Accepté le pratiquent systématiquement. Ces rites, en effet, se veulent traditionnels et "symbolistes" et de ce fait, sont sensibles à la "qualification" du Vénérable et à la nécessité d'un Enseignement réservé à cette fonction. En 1834, le terme de "Vénérable Maître d’honneur" est considéré comme une nouveauté, mais ne requiert aucun élément traditionnel. De nombreuses Loges françaises pratiquent cette solution qui est réglementaire mais non initiatique.

Le Couvreur 

Le Couvreur, par principe est l’ancien Vénérable Maître, qui par son expérience sera un excellent Tuileur avec l’Expert. Le participe adjectif " couvert" ou "à couvert" ou encore "clos et couvert" s'emploie pour préciser que les profanes sont éloignés et que l'on peut vaquer en sécurité aux Travaux Maçonniques. A l'inverse, on dit "il pleut" ou "il neige" pour signifier que l'endroit n'est pas couvert. Le verbe "Couvrir le Temple" signifie "sortir du Temple". L'officier chargé de s'assurer de la sécurité du Temple se nomme donc le "Frère Couvreur". Le couvreur est identifié parfois avec le Tuileur. Au rite Écossais Ancien Accepté, il n'existe que le couvreur intérieur. Le Couvreur s'installe à l’occident, à côté du Second Surveillant. Il s'assure que le Temple est bien couvert, en informe le Second Surveillant qui informe le premier, lequel informe le Vénérable. Le couvreur informe également de la présence, dans les parvis, de visiteurs. Le bijou du couvreur est un glaive vertical, poignée en bas, ou bien une épée "flamboyante" comme celles dont il est question dans la Bible, au chapitre de la Genèse qui raconte comment l'Eternel fait garder l'Arbre de l'immortalité par des chérubins armés ainsi. Dans l'arbre Séphirothique, le Couvreur est "Malkhuth", le Royaume. La fonction de Couvreur relève de la symbolique du Gardien du Seuil. En effet, le couvreur surveille le passage entre l'extérieur (profane),,..et l'intérieur (sacré). Il sépare et, en même temps, unit et réconcilie le profane et le sacré. Cela se fait lorsque l'arrivant est accueilli sur le seuil et introduit à l'intérieur. Le seuil, frontière du sacré, participe de la transcendance du centre et ses connotations symboliques sont semblables à celles de la porte.

L'Expert  

L'Expert est chargé particulièrement de tout l'aspect rituel des travaux. Il est le gardien du rituel et dirige les cérémonies. L'Expert, nommé parfois "Grand Expert", lorsqu'il est assisté par un deuxième expert, est l'héritier du "Frère Terrible" des Loges françaises d'autrefois. Il remplace le deuxième surveillant, le premier surveillant et même le Vénérable en leur absence. Il s'assure de la qualité maçonnique des visiteurs, les tuile et donne son avis au Vénérable sur leur introduction. Il fait préparer et dirige les épreuves. Il introduit et accompagne les initiés dans leurs voyages. Il recueille les boules et les bulletins de vote et assiste à leur dépouillement. C'est lui qui enseigne aux nouveaux initiés les signes et les attouchements. Ce rôle d'initiateur, il le joue pour les trois degrés. Sa place est sur la colonne du Midi, à proximité du Trésorier et de l'orateur. Le bijou de la fonction d'Expert est mal fixé. Le Rite Écossais Ancien Accepté à adopté un glaive croisé avec une règle et un œil, insignes de sa vigilance. L’Expert prépare et dirige les cérémonies. Non seulement, il est familier du rituel, mais il est capable de juger et d'expliquer la qualité, au plan de l'Enseignement, de chacun de ses éléments. Il veille à la conservation des outils, à leur remplacement et à leur acquisition. Pendant les cérémonies, il est le centre de la Loge. Les autres officiers le suivent ; c'est lui qui donne le ton et le mouvement. À cause de ses responsabilités qui l'obligent à avoir I' œil à tout, il n'est pas tenu, lorsqu'il circule dans le Temple, de respecter la circulation. Il se déplace comme il l'entend. Le symbolisme planétaire lui convient, comme nous l'avons vu précédemment pour ce qui concerne le secrétaire. Saturne, dans la pensée hermétique, c'est la couleur noire, celle de la matière dissoute et putréfiée, ou encore le cuivre commun, le premier des métaux. Toutes ces images indiquent une fonction séparatrice, à la fois une fin et un commencement, l'arrêt d'un cycle et le début d'un nouveau cycle. De même, l'Expert préside au changement. Il est le maître des phases transitoires qui font du profane un apprenti, de l'apprenti un compagnon et du compagnon, un maître actuel, le rite de Salomon a substitué Uranus à Saturne, c'est parce que cette planète, comme symbole du changement, est encore plus évidente. Si dans sa rédaction Or, n'ayant été découverte par William Herschel que le 13 Mars 1781, on n'en trouve évidemment aucune mention dans les anciens textes. Le symbolisme astrologique voit en Uranus la force cosmique qui provoque des changements et des bouleversements, des inventions et des créations originales. Selon cette perspective, le principe d'Uranus est le progrès. Son domicile est le Verseau, qu'il partage d'ailleurs avec Saturne. Si la planète a été découverte récemment. elle a été nommée Uranus parce que ce nom, dans la mythologie Gréco-latine, est associé à l'élévation. Or, que signifie ce terme, extrait du "Royaume des Mères" ? Le processus uranien de l'élévation se situe comme un moment de la colère, du chaos : c'est l'éveil du feu primordial. Face au dieu des océans (Poséidon Neptune). il y a le dieu du ciel (Ourson) dont l'ambition est de se dégager de l'indifférencié, de l'océanique et, par la suite, de monter, de s'élever, de se tendre en hauteur,- comme pour s'individualiser au maximum. Tout ce qui détache l'homme de la terre et l'élève dans le ciel qui est son empire mythologique, tout ce qui tend à la verticalité, se passe sous ses auspices. Ainsi l'Expert est celui qui. pendant les phases du changement, porte vers le haut le néophyte. Son bijou qui, aujourd'hui encore n'est pas définitivement fixé, pourrait être une verticale ou un triangle ascendant dont la base serait dans l'Océan et le sommet parmi les étoiles de la voûte céleste.

L'Hospitalier 

L'Hospitalier.Cette fonction existe dans tous les rites et à tous les degrés, l’Hospitalier est nommé parfois "aumônier" ou "élémosynaire". Il est chargé de recueillir et de distribuer les "aumônes", d'aller visiter les frères malades, de soutenir ceux qui sont dans la détresse, de s'assurer de la situation des veuves et des orphelins des frères, de s'informer des raisons d'absences non motivées, car elles peuvent avoir une signification qui relève de sa compétence. Il est le "cœur" de la Loge. L'existence de cet officier remonte à la vielle maçonnerie opérative. Il existe encore actuellement dans le compagnonnage. Comme le Trésorier, l'Hospitalier n'est pas l'un des sept officiers nécessaires pour que la Loge soit juste et parfaite" L'Hospitalier siège généralement au pied de l'Orient, près du Secrétaire et sur la colonne du nord. Au plan symbolique, il est "Chesed", la grâce, dans l'arbre des séphiroth et la terre "nourricière" dans le système cosmique. Le bijou de l'Hospitalier est une "aumônière portant un cœur au centre" ou bien une simple bourse. L’Hospitalier administre une caisse autonome que l'on nomme : le tronc de la Veuve. Les Francs-Maçons, par référence à Hiram l'architecte sont les "enfants de la veuve". Hiram naquit d'une veuve, comme il est indiqué dans les "Rois" et aussi dans les "chroniques" de l'Ancien Testament. Horus naquit aussi d'une veuve, Isis, selon la légende égyptienne d'Osiris. Il est intéressant d'analyser ces mythes dont les héros grandissent sans avoir à être confrontés avec l'image du père... L'Hospitalier effectue l'essentiel de son travail en dehors des réunions. Il faut donc qu'il soit très disponible. En outre, ses qualités essentielles sont l'amour et le dévouement. A ce propos, il convient d'insister sur des mots. Trop souvent, l'hospitalier se borne à gérer le tronc qui lui est confié en faisant des dons et des prêts, avec l'accord du Vénérable, à des associations, à des frères, à des veuves, cela est bien mais n'est pas suffisant. En outre, l'hospitalier se soucie des absences, excusées ou non, et prend contact avec les frères absents afin de savoir exactement ce qui se passe. Cela est bien et nécessaire, mais pas encore suffisant. La solidarité est un devoir et un droit pour chacun, mais pas seulement cela. Si on approche cette notion en termes de droit ou de devoir seulement, on ignore le cœur et on la vit d'une manière exclusivement cérébrale. Dans cette perspective, la solidarité s'organise comme un "service", au sens administratif du terme et se pratique dans un contexte de formalités réglementaires. La solidarité, sous l'éclairage d'une communauté initiatique, n'apparaît pas seulement sous l'aspect d'un droit et d'un devoir : elle apparaît comme toute naturelle. Cela veut dire que son essence est l’Amour, tout simplement. Dans cette perspective, l'administration et ses règles permettent une bonne gestion sans constituer un carcan. Autrement dit, la fonction de solidarité s’accomplit selon des règles nécessaires mais ne rejette pas un problème si celui-ci n'est pas prévu par le règlement. La solidarité, envisagée comme naturelle, prend en compte, de ce fait, le spirituel et le matériel : lorsque l'on reçoit du pain de la main d'un ami, on reçoit beaucoup plus que de la nourriture. Ce pain n'est pas seulement du pain. Il est également la manifestation d'une présence amie et il réchauffe le cœur autant qu'il sustente l'estomac. Le Franc-Maçon, familier de la pensée symbolique, sait bien cela et connaît les correspondances entre le "soma" et le "psyché". Ainsi, il est nécessaire de conférer à la fonction hospitalière une épaisseur d'ordre spirituel que les usages et les règlements tendent à diminuer. En écrivant ces lignes, je pense à certain malheur qui aurait pu être évité : il était une fois une Loge comme beaucoup d'autres, un frère de cette Loge ne venait plus et ne s'excusait pas. Après un certain nombre d'absences, la Chambre des Maîtres expédia à ce Frère une lettre recommandée lui enjoignant de se mettre à jour avec le trésor et d’assister régulièrement aux tenues, sous peine d'exclusion. Personne, avant d'envoyer cette lettre, n'avait été voir ce frère. Le Vénérable s'était contenté de demander en Loge si quelqu'un avait des nouvelles et, sur la réponse négative de tous, la lettre recommandée avait été envoyée, or ce frère était dépressif. A cause de nombreuses contrariétés de toute nature, il avait, selon une formule à la mode, "craqué" et il s'était recroquevillé dans sa coquille. Son absence était un appel de détresse et cela, personne ne l'avait compris. Son comportement était normal du point de vue psychologique, mais déviant et condamnable du point de vue réglementaire. Après la réception de cette lettre recommandée, ce frère se donna la mort. Il eut droit à une chaîne d'union autour de sa tombe, selon les usages. L'Hospitalier doit être en relation permanente avec le trésorier. Ce dernier doit informer l'hospitalier de ses problèmes de recouvrement. Dans une communauté d'êtres humains normaux, la rigueur des sanctions doit être réservée aux membres dont la mauvaise foi et l'indifférence ne font aucun doute pour personne. Dans une communauté qui se veut "initiatique" et fraternelle, où chacun se sent chargé du devoir de recevoir et de transmettre un enseignement dont le but est d'éveiller et de stimuler la conscience et d'améliorer l'espèce humaine, il faut aller aussi loin que possible et, en tous cas, plus loin qu'on ne le fait dans le monde profane, dans la voie de l'amour et de la compréhension. Aussi, il en est de l'hospitalier comme de chacun des officiers de la Loge : chacun est le plus important... Si l'on vit profondément cette affirmation aussi raisonnable qu'illogique, on a une chance de réussir le projet initiatique.

Le Maître des Cérémonies. 

Le Maître des Cérémonies. Dans tous les rites, "il conduit la marche". Il introduit les membres de la Loge et les visiteurs. Pendant les Tenues, il conduit les frères qui doivent se déplacer. A la fin de la tenue, il fait circuler le "sac aux propositions" en même temps que l'Hospitalier fait circuler le Tronc de la Veuve. L'insigne de sa fonction est une canne. Le bijou de son sautoir porte deux glaives entrecroisés et une canne. Sa place est à la tête de la Colonne du Nord, face à l'Expert et à côté de l'Hospitalier. Sur l'arbre Séphirothique, il incarne Tiphereth, la beauté et selon le symbolisme cosmique, il est Mercure, le messager. Mercure, c'est Hermès dont le principe est le mouvement. C'est le Dieu qui divise et unit ; il pose des bornes et aide à les franchir. Il conduit les voyageurs, les mène là où ils veulent ou bien les égare... Il préside à la circulation des choses, des êtres et des idées. La fonction du mouvement donne la vie au corps que constitue la Loge et le Maître des Cérémonies permet le mouvement. Par ailleurs, le symbolisme du mercure, selon l’alchimie. est stimulant. Il a le pouvoir de purifier et de fixer l'or. Il est symbole de délivrance et associé à l'immortalité. La "science du mercure" est l'expression d'une science de la régénération intérieure. La Loge, Athanor d'une alchimie spirituelle, parvient à son but qui est, symboliquement, la transmutation du vil métal en or pur, grâce au principe incarné par le maître des Cérémonies.

L'Orateur 

L'Orateur. Au Rite Écossais Ancien Accepté , l'Orateur est le quatrième officier de la Loge. Il siège à l'Orient, à la gauche du Vénérable, face au Secrétaire. Les fonctions sont doubles : il est le gardien de la Loi et d'autre part il prononce des discours à l'occasion des cérémonies et tire les conclusions des travaux, à la fin de chaque tenue. Les discours à prononcer lors des cérémonies, à l'occasion des "passages", font partie intégrante du rituel et l'Orateur ne fait que lire. Il lui est suivant les cas permis d'improviser, sa fonction de Gardien de la Loi lui donne de très grands pouvoirs. Il peut s'opposer à toute délibération qui serait contraire aux Constitutions ou au règlement général. Il est le seul officier qui peut faire des observations, pendant la, réunion, au Vénérable. Dans une discussion, il peut intervenir 'sans demander la parole, si cette intervention est "dans l'intérêt de la Loi". Après chaque discussion et avant de passer au vote, le Vénérable demande' les conclusions de l'Orateur et celui-ci les donne, sans avoir à les motiver. La Loge ne peut voter que sur les conclusions de l'Orateur. Le bijou d'Orateur comporte parfois un livre sur lequel est écrit "Loi", ou bien les tables de la loi. Selon le symbolisme Séphirothique, il est "Chochmah" la Sagesse. Au plan cosmique, il correspond au Soleil. Dans l’Étoile à six branches (le sceau de Salomon), il forme un des deux sommets du triangle " descendant "qui organise la Loge. Si l'on représente la Loge par un homme, il est, avec l'Hospitalier, le bras gauche. En sa qualité de Gardien de la Loi, l'Orateur doit connaître parfaitement les Constitutions et les Règlements de l'Obédience. Cela pose problème, dans la perspective de l'Enseignement initiatique. La Loge est la seule structure conforme à cet Enseignement. L'Obédience, elle, ne l'est pas. L'Obédience est une fédération de Loges et sa vocation est d'ordre administratif : gérer les locaux, gérer la circulation des informations nécessaires aux Loges, mettre à la disposition de celles-ci les services dont elle a besoin. Des Loges, fédérées ou non, sont toujours des Loges. Lorsqu'elles décident de se constituer en Obédiences, elles constituent des assemblées formées par des Maîtres désignés par elles et chargent ces assemblées de gérer les problèmes communs à toutes les Loges. Par ailleurs, le Rite est géré par un Conseil, indépendant de l'Obédience. Ces assemblées rédigent des Règlements soumis à l'approbation des Loges et qui, après vote favorable des délégués des Loges, ont force de loi. Il est utile de disposer de règlements de manière à assurer le bon fonctionnement des Loges et de manière à éviter tout désordre qui pourrait survenir si l'on ne disposait pas de références solides quant aux règles du Métier. On ne peut se passer de règles écrites et on doit codifier les usages qui ont fait leurs preuves. Néanmoins, il arrive que des règlements émanant de l'obédience soient en contradiction avec les règles du Métier lorsqu'ils restreignent la liberté de la Loge, pour ce qui concerne la nature de ses travaux, le choix des minables, aux trois degrés, la durée des mandats des officiers et d'autres choses de la sorte. Une Loge maçonnique est libre et souveraine. Elle détient une patente pour la pratique d'un Rite mais, en dehors de cela, n'a pas besoin d'autorisation pour se réunir et pour travailler comme elle l'entend. Elle peut accepter les visiteurs qui lui plaisent et refuser ceux qui lui déplaisent, en toute liberté. Elle peut initier qui lui convient et transmettre les trois premiers degrés comme elle l'entend. Malheureusement, depuis le XVIIe siècle, les Obédiences, d'abord simples émanations des Loges, sont devenues des "puissances", au sens profane du terme, qui confisquent à leur profit l'autorité et le pouvoir dans les domaines qui concernent l'esprit, les idées, l'enseignement lui-même. A mesure que les Obédiences pontifient en matière d'enseignement, les Loges se réduisent à la fonction de "cellules de base", ce qui n'est pas du tout conforme aux usages du Métier. La décadence, en matière de Franc-Maçonnerie, se mesure à la puissance de l'obédience qui est inversement proportionnelle à la qualité du travail en Loge. Que penser de la qualité de l'Enseignement d'une Loge dont le Vénérable demande aux "instances supérieures" de l'Obédience des autorisations à tout propos, remet servilement son maillet aux "Dignitaires" qui lui font l'honneur d'une visite, dont l'Orateur n'est que I' œil de l'obédience et le garant de la conformité de la pratique avec les règlements imposés, dont les visiteurs, au lieu d'être tuilés selon les règles du Métier, sont admis sur simple présentation d'une carte munie du tampon obligatoire ? Comment peut travailler une telle Loge : Si elle n'a pas confiance dans les outils dont elle dispose ? Si Elle a le fil à plomb et elle a besoin d'une autorité "supérieure" pour poser une verticale ? Si Elle a le niveau et elle n'est pas capable toute seule d'établir l'horizontale ? Si Elle a l'équerre et le compas et a besoin d'un concours extérieur pour tracer le triangle et l'étoile ? Si Elle dispose du livre de la Loi Sacrée et n'est pas capable de le lire et de l'interpréter elle-même ? Si Elle a tout ce qu'il faut pour progresser dans l'Art, pour construire, pour enseigner, pour juger et que cela ne lui suffit pas ? Heureusement, la tendance, de nos jours, s'inverse et les Loges apprennent à se servir des outils. Les Francs-Maçons sont de plus en plus exigeants à l'égard des anciens et à l'égard d’eux-mêmes. L'Obédience, peu à peu, redevient ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, un organisme administratif au service des Loges, rien de plus et rien de moins. Aussi, l'Orateur, s'il est à la hauteur de sa fonction, se perçoit comme Gardien de la Loi et ne se laisse pas réduire au rôle de serviteur inconditionnel d'un règlement. La Loi, c'est d'abord l'esprit et non la lettre. Un Maître pose le compas sur l'équerre, donc il "connaît" la primauté de l'esprit et il vit cette connaissance jusque dans ses profondeurs. L'Orateur est un Maître expérimenté. qui connaît l'Art, l'histoire du Métier, l'histoire de la Franc-Maçonnerie, la nature et la portée de l'initiation. Il sait juger un texte, le situer dans un contexte, il connaît les règles et les usages, bref, il est, comme le lui montre le symbolisme, la sagesse et le soleil. Pourquoi se réunit-on en Loge si ce n'est pour mettre en œuvre une pédagogie qui favorise l'émergence d'un niveau de conscience supérieur ? L'Orateur participe à ce travail. Il lui faut donc être, comme les autres Officiers et les autres Frères, un créateur, un incitateur. Le soleil rayonne, de lui viennent chaleur et lumière. Personne ne peut se 'prétendre qualifié pour tenir ce poste, mais chaque Maître doit accepter cet office s'il y est porté par ses frères et le seul fait de le tenir l'aide à progresser et à acquérir les qualités nécessaires ... s'il le désire vraiment.

Le Secrétaire 

Le Secrétaire, au Rite Écossais Ancien Accepté, siège à l'Orient, à la droite du Vénérable et face à l'orateur. Sa fonction tient entièrement dans cette formule : Il est la Mémoire de la Loge. Pendant les réunions, il prend l'esquisse des travaux et à partir de cette esquisse (brouillon), il dresse la planche dont il donne lecture à l'Atelier à la tenue suivante. Le procès-verbal est adopté par la Loge après avis de l'Orateur et est signé par le Vénérable, l'Orateur et le Secrétaire. Le Registre de ces délibérations donne le "Livre d'Architecture". Le Secrétaire tient également un registre matricule des membres de la Loge par ordre d'admission. Il est chargé également de la correspondance administrative avec l'obédience et de la distribution des convocations masculin et la lune, le principe féminin. Cela est faux par ce que ce commentaire est suscité par une coïncidence linguistique qui n'est pas universelle. Si, dans les langues latines, le soleil est masculin et la lune féminine, c'est le contraire qui est vrai en langue allemande et dans les langues germaniques. En hébreu et en égyptien ancien, les deux sont masculins. Par ailleurs, justifier une "idéologie" patriarcale avec un tel commentaire est malhonnête, car, d'une part, l'association des genres masculin et féminin aux choses n'est pas universelle et d'autre part, l'idéologie patriarcale est, elle aussi, contingente et ne repose sur aucune "valeur" fondamentale dont on pourrait dire qu'elle est éternelle et universelle. Par contre, ce qui est universel dans le symbolisme de la lune, c'est qu'elle est associée aux rythmes biologiques et au temps vivant qui passe. Nous ne nous sommes pas étendus sur le symbolisme du soleil, car celui-ci est beaucoup plus évident. Tous les hommes l'associent d'instinct à la chaleur, à la lumière, au rayonnement, à la fécondité. Pour ce qui concerne la lune, il faut chercher un peu plus et il se trouve qu'en cherchant, on découvre ce que doit être, du même coup, le rôle du secrétaire dans la Loge. La lune est l'astre qui croît, décroît, disparaît et réapparaît, chaque jour différemment. Son éternel retour à ses formes initiales, au cours d'une métamorphose incessante, en fait l'astre des rythmes de la vie. Mircea Eliade, dans son "Traité d'histoire des religions" constate que "les synthèses mentales rendues possibles par la révélation du rythme lunaire mettent en correspondance et unifient les réalités hétérogènes leurs symétries de structures et de leurs analogies de fonctionnement n'auraient pu être découvertes si l'homme primitif n'avait intuitivement perçu la loi de variation périodique. Par ailleurs, de nombreuses mythologies font de la lune le séjour réservé, après la mort, à des privilégiés : souverains, héros, magiciens, initiés. La lune est l'astre de la nuit.. Elle évoque la lumière dans les ténèbres et, de là, la connaissance indirecte. Elle est la transformation et évoque la croissance. De même les "tracés" du secrétaire sont inégaux en grosseur et en densité, selon la nature et le contenu des réunions. Ils sont à chaque fois différents et reviennent toujours à des formes initiales. Ils marquent le rythme et découpent le temps. Ils sont consultés en dehors des réunions, figurent dans des archives et dans des bibliothèques. Ils sont destinés à laisser des traces des travaux dans le monde profane et à ce titre, ils sont, comme la lune, la connaissance indirecte et la lumière dans les ténèbres. Le maître expérimenté qui remplit la fonction de secrétaire doit tenir compte du fait que ses tracés serviront aux historiens futurs et constituent par conséquent des documents. Lorsque nous voulons étudier la vie des Loges dans le passé, les "tracés" sont des documents précieux, voire les seuls. Selon le style, nous savons déjà si les Loges respectaient le rituel et étaient intéressées par les symboles ou non. Les premières phrases rituelles du tracé nous éclairent sur ce point. Puis viennent les compte - rendus des travaux : Là se pose le problème du résumé : La reproduction in extenso de la planche n'est pas une bonne chose parce que sa lecture alourdit trop la tenue suivante, au cours de laquelle le tracé doit être lu. Il appartient au Secrétaire de résumer les idées forces de la planche, en dix ou quinze lignes. Il est bon aussi, pour ceux qui liront plus tard, de noter scrupuleusement les interventions et les noms des intervenants, en les résumant en quelques mots. Ainsi, l'histoire de la Loge est vivante. Certains tracés, après le résumé d'une planche, indiquent : "Après, de nombreuses (ou après plusieurs) interventions, l'orateur conclut... Cela est mauvais car, en négligeant les interventions, non seulement on mutile l'histoire vivante, mais on déresponsabilise les intervenants. Les Frères réfléchissent plus et mieux lorsque, en demandant la parole, ils savent que ce qu'ils vont dire sera tracé et lu à la prochaine tenue. Bien sûr, il convient de mentionner aussi les vœux et salutations des visiteurs, mais sans citer in extenso, puis enfin, les conclusions de l'Orateur. La lecture du dernier tracé prend, selon les cas, de cinq à six minutes à un quart d'heure. Il est mauvais qu’il soit trop court et il est mauvais qu'il atteigne le quart d'heure. Le moment de la lecture du tracé des derniers travaux est utile : il permet le retour sur soi-même et participe, autant que le rituel, à une " mise en condition " profitable à la qualité de ce qui se passe ensuite. Par conséquent, le secrétaire ne doit pas effectuer un travail servile de consignation. Il doit être créatif, imaginatif, intelligent. Il a le sens de la synthèse. Il trouve le mot qui résume une pensée sans dénaturer celle-ci. Il pèse, il jauge, il mesure. Il est doué de l’Esprit de géométrie.

Les Surveillants 

Les Surveillants, dans la Loge, sont les deuxième et troisième Lumières de l'Atelier, immédiatement après le Vénérable en chaire. Cela signifie que dans le cas d'une absence du Vénérable, c'est le premier Surveillant qui le remplace, ou le second, si le premier est indisponible. L'origine des surveillants est opérative et très ancienne. Les "Trois Grandes Lumières de l'Atelier", dans plusieurs "Vieux Devoirs" bien antérieurs aux constitutions d'Anderson, sont : le Maître de Loge et des deux surveillants. La définition des trois grandes lumières comme étant la Bible, l'équerre et le compas ne semble pas être antérieure au XVIIe siècle. Les surveillants sont associés étroitement aux colonnes chacun d'entre eux siège "sur des colonnes du Temple et contrôle une des colonnes de l'Atelier. Le premier Surveillant ou Surveillant Ancien surveille la colonne des Compagnons et le Second Surveillant ou Surveillant Nouveau surveille la colonne des Apprentis. Là se pose le problème de la place exacte des surveillants en Loge. Le premier Surveillant siège à gauche, à côté de la colonne "B" et le second est à droite, à côté de la colonne "J ". La place des Surveillants est aussi en relation avec le symbolisme cosmique du Temple. Sur l'arbre Séphirothique, les surveillants correspondent à "Hod", la victoire et à "Netzah", la gloire. Le Premier Surveillant est "Mars" dont la rigueur et la force doivent être inflexibles et le Second est "Vénus". Mars et Vénus sont opposés et se complètent : le premier est la force masculine et le second la grâce féminine. Les deux Surveillants forment les deux angles de la base du triangle ascendant qui "dirige" la Loge. Si l'on figure l'homme couché dans le Temple, les Surveillants représentent les jambes. Au plan du symbolisme des métaux, le Premier Surveillant représente l'Acier et le Second le cuivre. Les bijoux des Surveillants sont le niveau pour le Premier et la perpendiculaire pour le Second. Le Vénérable ouvre et ferme les travaux avec l'aide des Surveillants. Ceux-ci, comme le Vénérable, tiennent le Maillet, outil de "commandement" en ce sens qu'il "marque" le temps et ponctue la durée au moyen de la percussion. Au Rite Écossais Ancien Accepté, ils passent le long des colonnes, armés de leur maillet, pour vérifier si tous les Frères présents sont Maçons réguliers, en les faisant se mettre à l'Ordre. Pendant les travaux, c'est aux Surveillants que les frères des colonnes demandent la parole. Les Surveillants. transmettent ces demandes au Vénérable qui accorde ou non la parole. Les frères ne prennent la parole que lorsque le Surveillant de leur colonne leur a fait part de la décision du Vénérable. Mais un Surveillant peut ne pas tenir compte d'une demande de prise de parole, s'il juge que cela est bien ainsi. Les Surveillants prennent en charge la formation des nouveaux adeptes. Le second surveillant forme les apprentis et le premier surveillant forme les compagnons. Les surveillants sont des initiateurs. Là réside l'essentiel de leur fonction. Le second surveillant prépare les apprentis au compagnonnage et le premier surveillant prépare les compagnons à la maîtrise. Dans une communauté fraternelle, le désir de progresser doit être nourri par les encouragements, les incitations et les enseignements procurés par des guides. Les "Initiateurs" que sont les Surveillants ne doivent pas se borner à donner une formation exclusivement rituelle et formelle : comment on se tient, comment on prend la parole, etc. Il leur appartient de faire comprendre aux apprentis et aux compagnons pourquoi et comment l'approfondissement des symboles élargit l'esprit, favorise l'introspection, libère des préjugés et des dogmes, permet de faire de l'ordre à l'intérieur de soi-même, construit la liberté intérieure et, de ce fait, permet et assure l'usage de la liberté. Il leur appartient de montrer toute la richesse du "Meurs et deviens". Ils pétrissent l'avenir de la Loge et de la Franc-Maçonnerie. S'ils ne sont pas à la hauteur de leur fonction, la Loge n'aura de maçonnique que le nom et ne ressemblera à rien d'autre qu'à un club et à une espèce de patronage pour adultes. Bien sûr, la Loge est un corps vivant et, tel un corps vivant, si certaines de ses facultés sont défaillantes, d'autres peuvent compenser en devenant plus aiguës. L’ouïe et l'odorat se développent lorsque les yeux s'éteignent. Des Officiers peuvent être défaillants et la Loge peut, quand même, fonctionner bien si d'autres officiers compensent. Pour ce qui concerne les Surveillants, il n'est souvent pas inutile que le Vénérable se mêle de près à la formation des apprentis et des compagnons. La structure traditionnelle de la Loge prévoit que tout doit être supervisé par le Vénérable. Néanmoins, si l'un des officiers ne fait pas convenablement son travail, la Loge est mutilée et cette mutilation est grave si les officiers défaillants sont les surveillants. Le second surveillant est le plus responsable car il préside aux premiers pas des néophytes dans l'Art Royal. Le Maître de la colonne du nord facilite ou, au contraire, rend difficile l'expansion de la lumière dans le Temple. Il est nécessaire qu'il ait de nombreux contacts avec les apprentis, en dehors des réunions d'obligation. Ces contacts ne seront pas toujours des séances de travail. Ce peut être des sorties ensemble, des soirées de détente, meublées de conversations informelles qui ne seront pas toujours axées sur la Franc-Maçonnerie, mais qui seront toujours maçonniques quant à l'esprit. Le second surveillant doit entretenir et favoriser les relations amicales et fraternelles avec les apprentis et entre les apprentis. Il doit être disponible, si les apprentis éprouvent l'envie de le consulter souvent, de le voir, de le questionner, de bavarder avec lui et même, tout simplement, de jouir de sa compagnie, alors cela est très bien et annonce, pour la Loge, un avenir merveilleux ! Les apprentis travaillent sur les symboles de leur degré et sur les symboles à leur degré, mais s'ils veulent fouiller au-delà, le second surveillant ne doit pas les empêcher. Dans de nombreuses Loges, on interdit à l'apprenti de développer un sujet s'il effleure un symbole ou un mythe qu'il est supposé devoir ignorer. Or, ce n'est pas en restreignant par des tabous le travail des néophytes que l'on pratique une véritable pédagogie de l'Eveil. Tous les profanes cultivés connaissent la légende d'Hiram. La Franc-Maçonnerie, son symbolisme et sa mythologie constituent une part du patrimoine culturel de tous et non un compartiment isolé, réservé et tabou. Il est ridicule de ne pouvoir en parler à l'intérieur d'un Temple maçonnique et après y avoir été admis, parce qu'on l'aime et qu'on en attend beaucoup, avec la même liberté que dans un cénacle profane. D'ailleurs, il y a, au niveau de la cérémonie d'initiation, au premier degré, un passage pendant lequel on soulève le bandeau et on permet au candidat de contempler une petite lumière, avant qu'il soit procédé aux voyages initiatiques. Cela veut dire que si l'on veut faire des progrès, dans n'importe quel domaine que ce soit, il est nécessaire d'avoir une idée de ce qui est au-delà de son niveau. On avance mieux sur une route en regardant au delà de ses pieds... Cela ne dispense nullement de faire un pas après l'autre bien au contraire, cela aide. Par ailleurs, la perception intellectuelle d'un symbolisme associé à un degré que l'on ne possède pas ne déflore nullement la qualité de l'émotion ressentie lors du passage. Le vécu demeure une expérience intransmissible par la parole. On peut parler longtemps et savamment d'un fruit, mais son goût ne se raconte pas. Par contre., il n'est pas inutile d'avoir de nombreuses notions sur le fruit que l'on se prépare à goûter. L'apprenti doit travailler sur les symboles de son degré, les outils, la pierre brute, etc. sur les outils des constructeurs et sur l'intérêt de ce symbolisme, sur l'identité : FAIRE = SE FAIRE et sur l'intérêt de cette identité, etc. Le second Surveillant doit le guider en lui montrant l'intérêt de cette démarche. Il doit lui fournir une documentation, lui procurer une bibliographie large, avec des auteurs et des points de vue différents. L'apprenti Franc-Maçon est un adulte généralement cultivé qui doit être orienté dans ses recherches par des conseils, des incitations et des suggestions et non par des ordres et des interdictions. Le second Surveillant fournit et commente la documentation aussi librement que l'apprenti l'explore. Tout commence par la compilation. Il faut savoir, lorsqu'on aborde un sujet, ce que d'autres en ont dit. Aussi, condamner la compilation est absurde. Par contre, le second Surveillant doit inviter l'apprenti à ne pas s'en contenter. Il faut que l'apprenti s'investisse personnellement dans son travail. Si des volumes ont été écrits sur la pierre brute, il y a toujours autre chose à en dire, autre chose et autrement. Avec les sept notes blanches de notre gamme et à l'intérieur d'une seule octave, on peut toujours composer de nouveaux airs, après avoir écouté les compositeurs plus anciens. La vie ne surgit pas "ex nihilo" et aucun être humain ne ressemble exactement à un autre. La compilation servile et l'imagination délirante sont les deux excès à éviter pour que le néophyte puisse avancer dans l'Art. Notre voie ne se nomme-t-elle pas aussi, la Voie du Milieu ? Le second Surveillant, de même que tout Maître digne de son tablier, doit répondre avec bienveillance à toutes les questions, oui, toutes les questions que lui posent les apprentis. Il doit encourager les apprentis à poser des questions. Et si ces questions sont embarrassantes et qu'il ne connaît pas la réponse, il doit répondre tout simplement : "je ne sais pas ". Personne ne se diminue en avouant son ignorance. Le plus éminent savant, celui qui possède une culture aussi vaste que l'on puisse imaginer, n'a jamais plus que des lacunes au sein d'une ignorance encyclopédique. Socrate, que nous honorons dans nos Temples pour ses paroles qui montrent la voie : "Connais toi toi même et tu connaîtras l'Univers et les Dieux" aurait prononcé également ces paroles : " La seule chose que je suis sûr de savoir, c'est que je ne sais rien ". Aussi, le Maître qui a peur d'avouer son ignorance à un apprenti n'a rien compris et l'apprenti qui est déçu du Maître, à cause de son ignorance sur un point ou un autre, n'a rien compris non plus. Dans la Loge, nous nous aidons, en nous appuyant sur nos références particulières et en nous servant de nos outils, pour avancer vers la lumière. Chacun porte un peu de lumière au milieu de son obscurité. Ces lumières, toutes modestes, doivent se réunir pour que le Temple soit éclairé. Mais il n'y a pas deux castes : celle des néophytes qui ne savent rien et celle des Maîtres qui savent tout. Le second surveillant doit encourager la curiosité et la recherche, doit susciter les questions, doit y répondre s’il le peut et doit le dire quand il ne le peut. En aucun cas, il ne doit tricher. Or, il n'y a pas de plus lamentable tricherie que de dire à un jeune Maçon qui pose une question : "Cela n'est pas de ton âge, attends, tu sauras plus tard": Un Maître qui tient un tel langage mériterait de se voir arracher son tablier sur-le-champ. Il disqualifie la maîtrise. Il n'est qu'un profane en tablier, c'est à cause de tels Maîtres que des Loges Maçonniques croupissent dans la médiocrité.

Le Trésorier 

Le Trésorier. Le Trésor d'une Loge est l'ensemble de ses ressources financières, en dehors du revenu du "Tronc de la Veuve" et des œuvres de solidarité. Il est le gestionnaire de cette somme. Il est chargé du recouvrement des cotisations, de la garde du Trésor et de l'acquittement des dépenses sur visa du Vénérable. Il tient une comptabilité dont il rend compte à la Loge, une fois l'an. Il appartient, dans une certaine mesure, au domaine du "profane" puisque ses fonctions, indispensables certes, n'ont rien d'initiatique. Il échappe donc au classement, effectué par Wirth, des relations entre Officiers et symbolisme cosmique, ainsi qu'à toute place sur le pentagramme ou l'hexagramme. En effet, une Loge peut travailler rituellement sans trésorier. Le trésorier ne prend pas place parmi les sept officiers indispensables au fonctionnement d'une Loge. Néanmoins, on l'associe à la séphira cabalistiques Geburah, la rigueur. Son bijou est deux clés croisées. Sa place est en tête de la colonne du Midi, au pied de l'Orient, à côté de l'Orateur. Son travail est ingrat. Il lui faut doser avec art, fermeté et compréhension, quand il s'agit de faire rentrer les cotisations des retardataires. Il doit posséder cette précieuse intelligence du cœur grâce à laquelle il accordera des délais dans la plus parfaite discrétion et, au besoin, alertera l'hospitalier. Comme il doit aussi acquitter les dépenses, son rôle est difficile quand les recettes sont insuffisantes, ce qui arrive parfois. Dans ce cas, il trouvera une solution, soit en faisant l'avance sur ses propres fonds s'il en a les moyens, ou en empruntant auprès d'un frère. Par contre, il doit s'abstenir de solliciter une avance de la part du Tronc de la Veuve. Il arrive que le Trésor soit pauvre et que le Tronc de la Veuve soit riche. En aucun cas, ces deux caisses ne doivent être confondues et en aucun cas, le Tronc de la Veuve ne doit soutenir le Trésor directement. La finalité du Tronc de la Veuve est l'entraide. Par conséquent, si le trésor est pauvre parce que des frères ne peuvent régler leurs cotisations, il appartient au Tronc de la Veuve d'aider ces frères, afin qu'ils puissent s'acquitter et non de compenser directement le "trou" du trésor. L'harmonie des fonctions est, de la sorte, protégée. Les problèmes du Trésor, de même que les problèmes du Tronc de la Veuve, reflètent les problèmes de la fraternité. Là où il est beaucoup question du Trésor, même pendant les Tenues, l'amour fraternel est faible et corollairement, la qualité des travaux aussi

Source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/Maconnieke%20Encyclopedie/RMAP~1/Russmixte/officiers.htm

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Musiques d'Irlande

Publié le 5 Mai 2013 par X dans Irlande

Cette brève présentation de la musique irlandaise et de son histoire n’a aucune prétention exhaustive, voire ethnomusicologique. Nous ne sommes ni chercheurs, ni même spécialistes de ce domaine.
De très nombreuses études et documents couvrent ce sujet, principalement bien sûr, en langue anglaise.
Mais il nous a semblé intéressant de donner au profane francophone quelques clefs sur cette musique pour la replacer dans son environnement. Cette synthèse est illustrée par les vidéos qui nous ont semblé les plus représentatives; pour agrémenter le texte, certes, mais surtout parce que ces exemples sonores et visuels le rendent bien plus explicite.
Pour nous, musiciens amateurs  pratiquant une musique traditionnelle exotique, il est aussi important de connaître son origine, sa trajectoire, les contextes dans lesquels elle est créée et interprétée, d’apprécier sa place dans la société irlandaise et son avenir que de la jouer et de tirer plaisir de sa beauté mélodique et de ses rythmes frénétiques.
Le seul but de cette partie du site est donc de vous faire entrevoir que, derrière ces successions de notes, il y a un monde, il y a une histoire.
Que les spécialistes soient indulgents et rectifient nos propos, si besoin est.
Pour en savoir plus et consulter nos sources, vous trouverez largement à la fin de ce texte de quoi approfondir le sujet.

 

1 PRESENTATION ET BREF SURVOL HISTORIQUE

S’il vous fallait dire ce qu’est “ la musique française ”, comment vous y prendriez-vous ? Sans doute en expliquant qu’on ne peut pas parler d’une musique, mais de musiques, marquées par les époques, les régions, les styles, les répertoires... Vous pourriez peut-être établir de subtiles filiations avec des musiques d’ailleurs, d’au-delà les frontières, montrer l’influence des immigrations, faire un partage en musiques savantes et musiques populaires et d’autres distinctions encore.
Et bien pour l’Irlande, la difficulté est à peu près du même ordre. On entend déjà les protestations : « Mais non, l’Irlande c’est différent, c’est une musique populaire, traditionnelle, bien vivante, reconnaissable entre mille... C’est celle des pubs enfumés et chaleureux, c’est celle des sessions entre amis ou en famille... »
Mais quoi de commun entre les chants guerriers de la période celte, la musique teintée d’italianisme du harpiste Turlough O’Carolan au XVIIIème siècle et la fusion irlando-jazz du groupe Moving Hearts du début des années 1980 ? Et comment parler d’une Irlande qui serait tout à la fois la terre des premiers peuplements, celle des propagateurs du christianisme, celle des royaumes guerriers féodaux, celle de l’invasion anglaise, celle de la grande famine qui fit perdre au pays deux millions d’habitants ? Une Irlande qui resterait la même dans la résistance opiniâtre à l’occupation britannique ou dans l’intégration européenne, transformée en « tigre économique » à coup de législation du travail « souple » et de capitaux de toutes origines ? Oui vraiment, comment parler de la musique irlandaise ?
Sujet complexe, objet d’investissements affectifs variés, cette musique fait parler. La perception que l’on peut en avoir tient autant du rêve et des désirs que de la musicologie, ce qui vaut pour ses auditeurs, mais surtout pour ses acteurs.
Et pourtant, il est vrai aussi qu’on la reconnaît entre toutes, qu’elle garde par delà les siècles et les diversités régionales une capacité unique à émouvoir et à réjouir, à plonger dans la mélancolie brumeuse ou à déclencher une irrépressible envie de danser... Oui, finalement, elle doit bien exister ! Alors donnons-en quelques repères sans autre prétention que d’en faire un bref survol.

1.1 Une histoire singulière


L’histoire de la musique traditionnelle irlandaise, telle qu’elle nous apparaît en ce début de XXIème siècle, est assez étonnante.
Telle le phénix (ou la population irlandaise), elle a réussi, au prix d’évolutions, à traverser les siècles, alors qu’elle aurait pu disparaître.
Elle a survécu en traversant de nombreuses crises, portée plusieurs fois par le volontarisme de militants parfois plus intéressés pas ses aspects nationaux et identitaires que festifs ou sociaux. On se bornera ici à donner quelques jalons. Cette histoire est un peu comparable à un grand puzzle dont manqueraient de très nombreuses pièces. C’est particulièrement vrai pour ses lointaines origines dont on ne sait presque rien. Du Moyen-âge, à part la harpe « de Brian Boru » pieusement conservée au Trinity College, peu d’informations nous sont parvenues. Pour la période allant du XVIème au XVIIIème siècle, le puzzle se complète un peu, grâce aux textes écrits, aux récits de voyage. C’est à la fin de cette période que les ultimes représentants de l’ordre bardique disparaissent et que sont publiés les premiers recueils de leur musique. Des rassemblements musicaux sont même organisés afin de sauver ces mélodies de l’oubli. C’est aussi à cette époque que les maîtres de danse commencent à sillonner les campagnes en vivant de leur art et de leur enseignement, suscitant un engouement croissant des populations rurales. En 1845 survient le traumatisme majeur de l’histoire de l’Irlande : la grande famine, démultipliée par la rapacité du système colonial britannique.
En provoquant la mort d’un million de personnes, elle ébranlera la vieille société gaélique traditionnelle.
En entraînant l’émigration d’un autre million d’Irlandais, elle propagera la diaspora irlandaise à travers le monde. Avec leurs baluchons, les émigrants emporteront leur musique et leur nostalgie du pays natal.
A ce moment de son histoire, la musique traditionnelle, en Irlande, est engagée dans une lente décrépitude, qui est le sort de toutes ces musiques populaires traditionnelles quand se défait le tissu social qui les a vu naître et prospérer.
Le début du XXème siècle voit cette musique gagner une nouvelle popularité grâce à deux phénomènes indépendants et éloignés géographiquement.
En Irlande, alors en pleine effervescence nationaliste, et en route vers son indépendance, les militants décident que l’autonomie politique du pays doit aller de pair avec la renaissance d’une culture gaélique.
Ils lancent donc des programmes de réhabilitation et de repopularisation dans tous les domaines qui marquent la différence avec la culture de l’envahisseur : la langue, les sports, la littérature, le théâtre et bien sûr la musique et la danse.
Outre-Atlantique, dans les grandes métropoles où ils représentent d’importantes minorités, les Irlando-Américains, tout en soutenant financièrement les luttes d’indépendance de la mère patrie, cultivent la nostalgie de leur culture gaélique. C’est là que joueront les meilleurs musiciens, là que la communauté musicale sera particulièrement active. Et là aussi que, grâce à l’industrie phonographique naissante et à l’énorme demande des immigrés, vont être enregistrés les premiers témoignages sonores de l’irish music.
Les disques produits dès les années 1920, en traversant l’Atlantique, contribueront à revitaliser une pratique musicale moribonde en Irlande.
C’est aussi aux États-Unis, à Chicago, que sera réalisé l’ouvrage de collectage qui deviendra la bible de générations de musiciens : le « O’Neil », (du nom de son auteur), dont la première édition recense un millier de morceaux. La musique des Irlando-Américains des années vingt marquera profondément le genre. Et aujourd’hui encore, presque un siècle après, un immense musicien comme Frankie Gavin, considère que non seulement cette période est l’âge d’or de la musique irlandaise, mais aussi que la musique produite alors est le modèle et l’idéal musical vers lequel il faut tendre.
Pendant l’entre-deux guerres, et jusqu’au début des années soixante, alors que la situation politique se normalise, que l’Irlande s’urbanise lentement, et qu’elle quitte un peu plus la société rurale et isolée (et sans doute à cause de ces facteurs), l’intérêt pour ces musiques décline peu à peu.
Un demi-siècle après la grande période des luttes pour l’indépendance, une nouvelle vague de militants, culturels ceux-ci, va se lever. Collectages, études, ouverture d’ateliers : les ingrédients d’une seconde renaissance sont en place. Les écoles de musique fleurissent dans tout le pays, assurant la formation de milliers de musiciens qui vont porter la pratique musicale à un niveau jamais atteint, tant pour la qualité des interprètes que pour le nombre de pratiquants.
De ce creuset sortiront des groupes, qui feront connaître la musique traditionnelle aux quatre coins du monde, les sessions vont se créer et devenir une forme majeure de la pratique de la musique vivante ...et un argument commercial de poids pour les pubs!
Dans les années 1990, le corollaire de cette revitalisation massive sera la commercialisation du genre, via la world-music, les groupes folk-rock voire punk-folk, les grandes machines à tourner comme « Riverdanse » ou le « retour des Celtes » (Où étaient-ils donc partis ?). Mais tout en cette époque court le risque de devenir marchandise : pourquoi pas un bon produit comme la musique irlandaise ? Chacun est juge. Mais cette santé commerciale est aussi l’un des aiguillons de la vitalité d’une musique aux multiples facettes.
Puisse Saint Patrick lui prêter longue vie.

 

1.2 “ Au commencement était le chant... ”

Les auteurs qui ont étudié la musique irlandaise pensent que le chant a cappella peut être considéré comme le modèle de référence de toute exécution musicale traditionnelle. Le chant en gaélique plonge ses racines au plus profond de l’histoire du pays et malgré le recul de la vieille langue, la tradition s’est perpétuée à travers les grandes ballades en anglais. Le chant témoigne de toutes les époques, de tous les événements heureux ou malheureux marquant la vie des hommes. A coté des “ chants de Cour ” composés à la gloire des mécènes et des notables, on trouve des chants relatant le déchirement de l’immigration, le travail de forçats sur les bateaux au long cours, des chants de travail, des complaintes amoureuses, des chants patriotiques ... Aujourd’hui encore les chanteurs pratiquant le gaélique et les chanteurs anglophones -bien plus nombreux- sont l’objet d’une véritable ferveur populaire. Pour s’en convaincre, rien de pareil qu’une longue session de nuit dans la salle paroissiale d’un village : tant que les musiciens jouent, la vie sociale continue, on boit force thé, on partage les biscuits et les conversations vont bon train ; mais quand une chanteuse, jeune ou âgée, entame un air, tout se fige alors dans une écoute recueillie et complice, mélange de plongée en soi et d’attention aux moindres variations et subtilités de l’interprétation… Et les vivas qui saluent la performance sont à la hauteur du plaisir partagé.
Outre ces milliers de chanteurs anonymes et souvent talentueux, l’Irlande contemporaine compte avec Mairead Ni Mhaonaigh, Nollaig Casey, Triona O’Dhomhnaill, Tommie Fleming des interprètes inspirés du chant en gaélique, et Dolores Keane, Mary Black, Christie Moore, Andy Irvine et tant d’autres, font vibrer les foules par leurs compositions ou leurs interprétations du répertoire en anglais. Mais l’influence du chant va bien au-delà ; c’est un modèle d’interprétation pour bien des musiciens et un illustre piper (joueur de cornemuse) comme Willie Clancy répétait toujours que le secret de l’interprétation d’un slow air (mélodie lente) réside dans la reproduction avec l’instrument des subtilités de la voix humaine...

1.3 “ Et ils dansent ”

n 1913, le grand collecteur de musique traditionnelle Francis O’Neill écrit dans son livre Irish Minstrels and Musicians que “ L’amour de la danse apparaît comme étant inhérent aux Irlandais et constitue un des traits essentiels du caractère national ”. L’histoire de la danse en Irlande n’est pas aisée à reconstituer. Cette activité séculaire a bien failli disparaître au cours du XXème siècle après avoir connu une période de grande diffusion aux XVIIème et XVIIIème. De nombreux témoignages montrent que ce loisir se répand alors dans tout le pays et dans toutes les couches de la population. Son influence devient déterminante pour le style de musique en Irlande. Un répertoire varié, marqué selon les régions, va se constituer pour accompagner les danses exécutées en solo ou en groupe : les jigs, les reels, danses dérivées des quadrilles continentaux, les polkas importées d’Europe centrale, les hornpipes, les slides. Ces danses vont rester jusqu’aux premières décennies du XXème siècle la distraction la plus appréciée des Irlandais de tous âges. Mais les luttes pour l’indépendance, la position hostile de la hiérarchie catholique, l’émigration massive, l’évolution de la vie rurale vont contribuer pour leur part à réduire progressivement la pratique de la danse à des milieux très fermés. Il faudra attendre les années cinquante et la naissance du Comhaltas Ceoltóiri Eireann, l’association de promotion culturelle, pour que renaissent des réunions régulières de danseurs, qu’apparaisse une politique de collectage systématique ainsi qu’un enseignement visant à remplacer la transmission traditionnelle défaillante. Aujourd'hui, le renouveau est assuré. Si la danse solo reste pour l’essentiel cantonnée aux épreuves de concours, la danse de groupe, le set dancing, connaît un engouement grandissant, en Irlande et ailleurs. La danse a profité du renouveau culturel et notamment musical et elle donne à son tour du sens à cette musique renouvelée : celui de donner envie de danser.

1.4 “ Honneur aux groupes... ”

On ne saurait parler du renouveau de la musique d’Irlande sans évoquer l’apport décisif des groupes des années soixante-dix et quatre-vingt. Certains sont désormais de “ véritables mythes ” comme on dit à une époque où les mots perdent facilement leur poids. Il faut leur rendre cette justice : ces groupes ont fait beaucoup pour la musique irlandaise et pour la musique traditionnelle.
Citons d’abord le groupe vétéran, celui des ambassadeurs infatigables de la musique irlandaise depuis 1963 : The Chieftains (d’après le nom donné aux petits seigneurs de l’Irlande médiévale). Réunis autour de Paddy Moloney, les musiciens de ce groupe perpétuent un style mis à l’honneur par Sean O’Riada au milieu du siècle, mélange de tradition bien vivante et d’influence de la musique classique. Mais c’est aussi un groupe qui sait organiser régulièrement les associations les plus osées : musique de Chine, chanteurs stars du rock, etc. Leur discographie compte plus d’une quinzaine de volumes.
Citons ensuite LE groupe qui a marqué, celui par qui tout a changé, Planxty. Une association d’une rare élégance, et d’une inventivité renversante, entre Christy Moore, Andy Irvine, Lyam O’Flynn, Donald Lunny, Johnny Moynihan, Matt Molloy (les trois premiers en permanence, les autres à différentes époques). On écoutera avec plaisir les disques qui ont émaillé cette aventure entre 1972 et 1975 : Planxty, The well below the valley, The woman I loved so well...A peu près à la même époque éclatait un nouvel orage dans le ciel mouvementé de la musique irlandaise, le groupe The Bothy Band, composé pour l’essentiel de Micheal O’Dhomhnaill, de Triona Ni Dhomhnaill, de Kevin Burke, de Matt Molloy, de Donald Lunny et de Paddy Keenan. Jamais on n’avait joué aussi vite les morceaux que quand ceux-là montèrent sur scène ! Un nouveau style était né, qui fait encore beaucoup d’émules aujourd’hui, celui du gros son et du punch d’enfer sur fond de jigs et de reels à la cadence impeccable même à un tempo démoniaque... L’aventure tourna court, malheureusement, faute d’une gestion sérieuse des affaires du groupe, mais les disques Old hag you have killed me ou Out of the wind into the sun restent des morceaux d’anthologie.
Autre groupe phare, mais durable celui-ci, De Dannan, constitué autour du fiddler (violoniste) virtuose Frankie Gavin. Ce groupe existe depuis 1974 et continue à tourner régulièrement en Irlande, aux États-Unis et en Europe avec diverses formations. Les disques les plus représentatifs sont Star spangled Molly et The mist covered mountains of home. On pourrait encore citer The boys of the lough, Clannad, Altan, Danu, Dervish, Flook... La liste serait longue. Retenons que certains parmi ces groupes ont fait plus pour le renouveau de la musique en Irlande que bien des projets de développement culturel. Mais leur éclosion n’aurait pas été possible sans le travail acharné, les efforts inlassables de militants culturels et politiques qui maintinrent dans les années cinquante et soixante le flambeau de la culture populaire irlandaise. C’est en grande partie grâce à ces musiciens et ces danseurs qui surent faire vivre et revivre la tradition populaire d’Irlande et la faire connaître avec éclat dans le monde entier qu’aujourd’hui elle est plus vivante que jamais.

2 LA PRATIQUE CONTEMPORAINE - QUELQUES CLEFS

2.1 Bodhrán, feadog, uilleann pipes et autres bizarreries...

Comme toutes les musiques populaires, la musique irlandaise a intégré peu ou prou les instruments qui sont apparus au fil des siècles. Les musiciens et les facteurs d’instruments irlandais ont aussi créé des instruments caractéristiques. On trouve donc côte à côte des instruments bien connus comme la harpe, le violon, la flûte traversière, l’accordéon, la guitare, le piano... et d’autres plus locaux comme le tin whistle, le bodhrán (prononcez bowrann) et la cornemuse irlandaise connue sous le nom d'uilleann pipes.
On ne saurait traiter ce chapitre sans aborder en tout premier lieu la harpe irlandaise. L’Irlande en a fait un emblème national, son utilisation est attestée dans les temps les plus reculés de l’histoire de ce pays et c’est peut-être, avec la voix, le plus ancien instrument utilisé en Irlande. La harpe irlandaise est de taille plus petite que la harpe de concert que l’on connaît mieux. Elle est équipée de cordes métalliques et se joue avec les ongles ce qui lui donne un son caractéristique. Si un musicien mythique comme Turlough O’Carolan était harpiste et que sa mémoire reste attachée à l’instrument, la harpe a connu une désaffection importante à partir du XVIIIème siècle. De nos jours, cet instrument porteur de la tradition la plus ancienne n’a pas encore toute la place qu’il mérite, malgré le talent de musiciennes comme Kathleen Loughnane ou Katrien Delavier (hélas décédée). Cette dernière -française- enregistra deux excellents disques consacrés à l’instrument et participa au groupe Hempson spécialisé en musique ancienne d’Irlande.

Fiddle, c’est le nom donné au violon en musique irlandaise. Les Irlandais, mais aussi les Ecossais et les Anglais, distinguent nettement violin, pour le répertoire classique, et fiddle, qui désigne à la fois l’instrument et le style en musique traditionnelle. Et le fiddler joue du fiddle ! L’instrument lui-même ne diffère pas du violon classique, si ce n’est par l’utilisation de cordes métalliques. C’est l’instrument roi de la musique irlandaise. Des styles régionaux spécifiques se sont créés au fil des siècles et subsistent encore de nos jours malgré une tendance lourde à l’uniformisation sous l’influence de la musique enregistrée et des “ grands noms ”. Parmi ceux-ci on citera les anciens comme Johnny Doherty, Michael Coleman, James Morrison... Et les contemporains comme Sean Keane, Kevin Burke, Charlie Lennon, Paddy Glackin, Frankie Gavin...

La timber flute est la flûte traversière en ébène, qui se répandit chez les musiciens traditionnels quand la flûte métallique équipée du “ Système Boehm ” s’implanta chez les musiciens classiques ; les flûtes en bois, démodées, devinrent tout d’un coup financièrement accessibles. Les flûtistes se sont rapidement taillé une place de choix parmi les musiciens irlandais. Les styles des comtés de Sligo, de Galway et de Clare sont devenus célèbres. Les interprètes les plus réputés sont Michael Tubridy, Seamus Tansey, et plus près de nous Dessie Wilkinson et surtout Matt Molloy, l’un des flûtistes les plus inspirés que nous ayons eu l’occasion d’entendre.

Le feadog ou tin whistle est une flûte métallique ; en fait un simple tuyau de laiton percé de trous que l’on raccorde à un sifflet (whistle). Evidemment, tout est dans l’art de percer les trous, de fabriquer le bon sifflet et d’en jouer ! Instrument d’apprentissage, instrument de voyage, c’est aussi un instrument à la sonorité unique qui a ses virtuoses comme Mary Bergin, Miko Russel, Paddy Moloney, Winnie Kilduff...

Le low whistle, c’est le grand frère du tin. Accordé une octave plus bas, il donne un son grave et velouté qui se prête à merveille aux airs lents.

Le bodhrán est un tambour : une peau de chèvre tendue sur un bâti en bois de forme cylindrique. On connaît mal l’histoire de cet instrument. Traditionnellement, il était associé aux fêtes de la moisson et du battage. On en joue en le posant verticalement sur la cuisse et en frappant sa peau à main nue ou, le plus souvent, avec un stick, mailloche de bois à deux têtes permettant de produire des roulements et de nombreux effets. Le musicien module le son en faisant varier la pression sur la peau. Son utilisation dans les groupes date des années soixante.

La cornemuse irlandaise s’appelle uilleann pipes (du gaélique et de l’anglais : littéralement “ cornemuse de coude ”), ou organ pipes en référence aux riches sonorités produites par les drones (bourdons) et les “ régulateurs ”, ou encore union pipes en référence à l’accord entre le chanter (chalumeau) où se joue la mélodie et les régulateurs qui servent à l’accompagnement. Comme toute cornemuse, c’est d’abord un sac que l’on remplit d’air (à l’aide d’un soufflet en l’occurrence), air qui est ensuite distribué entre les différentes parties “ chantantes ” de l’instrument. L’affaire demande « un peu » d’habitude... Créé pour jouer à l’intérieur des édifices, l'uilleann pipes présente une sonorité assez douce, surtout pour les instruments accordés en do ou en si ; ceux accordés en ré sont plus brillants et mieux adaptés au jeu en groupe.
Cette cornemuse à bien failli disparaître dans les années 1950/1960 : les derniers artisans-facteurs étaient morts en emportant leur savoir-faire et seuls restaient “ jouables ” les instruments construits au XIXème siècle et ceux fabriqués dans les années trente par Léo Rowsome, célèbre musicien, pédagogue et génial constructeur de pipes. Il faudra attendre les années quatre-vingt pour retrouver puis dépasser la qualité de fabrication des grands maîtres du XIXème siècle grâce notamment à l’ingénieur français Alain Froment.
Les grands pipers sont nombreux, dans différents styles. On citera Patsy Touhey, Seamus Ennis, Felix et Johnny Doran, Willie Clancy -hélas disparus- ainsi que, pour notre plus grand plaisir : Lyam O’Flynn, Paddy Moloney, Paddy Keenan, Finbar Furey, Davy Spillane... et bien d’autres jeunes talents.

 

Avec l’accordéon et le concertina, nous revenons en terrain connu. Ces deux instruments, remontant à la première moitié du XIXème siècle, sont très proches l’un de l’autre : alimentation en air par un soufflet central, mélodie jouée sur des claviers à boutons, anches métalliques, mécanisme en bois ou en métal…. Ces deux instruments ont été adoptés au cours du siècle passé en Irlande. Les grands noms de l’accordéon sont Joe Burke, Joe Cooley, Bobby Casey par le passé et plus récemment Tony Mac Mahon, Seamus Beagley, Martin O’Connor, Jackie Daly, Sharon Shannon... Le concertina a été rendu célèbre par Elisabeth Crotty ou Mrs Dalton, c’est maintenant Mary Mac Namara et Noël Hill qui en sont les représentants les plus talentueux.

 

Depuis les trente dernières années, l’accompagnement aux cordes s’est répandu largement en musique irlandaise. Qu’il s’agisse de guitare, de bouzouki ou de mandoline. Ces instruments ont apporté une couleur nouvelle aux formations musicales traditionnelles et une “ pêche ” bien dans l’air du temps. On trouve dans ce domaine quelques grands noms de la musique irlandaise d’aujourd’hui : Donald Lunny, Johnny Moynihan, Andy Irvin, Arty Mac Glynn...L’accompagnement de la musique irlandaise au piano est venu assez tardivement et a surtout marqué le style irlando-américain. Il reste cependant assez rare même s’il a pu servir à une époque à donner quelques “ lettres de noblesse ” à la musique traditionnelle. On peut aussi rencontrer, plus ou moins fréquemment, quelques banjos, harmonicas et autres bones (os de bœuf ou de moutons utilisés comme percussions).


2.2 “ Reels, slides, hornpipes et slow airs... ” - Les genres musicaux


Divers rythmes (correspondant souvent à des pas de danses différents) composent la musique irlandaise le plus souvent jouée en mode majeur. Les voici présentés par ordre d’importance et de popularité décroissante.

 

Le reel
A tout seigneur, tout honneur : le reel. Il représente à lui tout seul les deux tiers du répertoire.
4/4 rapide, présentant un balancement entre le temps et le contretemps.

La jig
L’autre genre spécifique de la musique irlandaise.
Existe en trois variétés : 6/8 ; 9/8 (slip jig) et 12/8 (single jig)
Son nom vient probablement, au XVIème siècle, d’une danse italienne : la giga.

La polka
Mélodie binaire, en 2/4. Originaire d’Europe de l’Est, elle connut, vers la fin du XVIIIème siècle, un succès foudroyant et se répandit alors dans toute l’Europe.
En Irlande, on ne la trouve pratiquement que dans le Kerry et dans la région de Cork.

Le slide
En 12/8, très rapide. Encore une spécialité des zones Kerry/Cork.

Le hornpipe
Musique en 4/4, moins rapide que le reel, caractérisé par ses triplets (proche du triolet classique).
Le nom proviendrait d’un instrument de musique à anche double du XVIème siècle, construit a partir d’une corne d’animal.

Le Slow air
C’est une mélodie lente ou très lente, écrite pour un instrument en solo, et pour l’écoute seule.
Une variété en est le planxty : écrit pour la harpe, en l’honneur d’un noble ou d’un riche mécène.
Turlough O'Carolan (1670-1738), fut le compositeur quasi exclusif de ces planxties.

Marche
Genre présent dans toutes les traditions et même en musique classique. Peut être plus ou moins rapide.
Généralement en 4/4, parfois en 6/8. On trouve aussi, plus ou moins anecdotiques selon les régions et les époques des valses et des mazurkas d’origine continentale, ainsi que des barndances ou des Highland flings, d’origines écossaises.

2.3 Step, set, battering... : Les danses

Si l’on ne peut éviter de parler de danses dans une présentation de la musique irlandaise, c’est parce que la majorité des pièces instrumentales sont des musiques de danse. C’est cette fonction initiale de la musique, à l’origine des morceaux, qui explique leurs caractéristiques (métrique, longueur et …vitesse). Un répertoire musical varié, spécifique selon les régions, s’est constitué au fil du temps pour accompagner les danses exécutées en solo ou en groupes.
On n’a pas de description détaillée des danses avant la seconde moitié du XIXème siècle. Certains auteurs font remonter la tradition de danse à l’Irlande préchrétienne, influencée beaucoup plus tard par les danses continentales et particulièrement les quadrilles français. En littérature, presque toutes les références aux danses ne parlent que de “Round and Long dances” (danses de groupe en figures). Plus tard -vers la fin du XVIIIème- on commence à trouver des informations sur l’activité des maîtres de danse qui ont inventé et enseigné les steps. Ces danses compliquées seraient des variations savantes réalisées à partir des pas simples des danses de groupe et des figures importées des quadrilles français et écossais, adaptés pour la musique traditionnelle. Le grand public a récemment eu connaissance de la danse irlandaise grâce aux grands spectacles commerciaux tels que Riverdance ou Lord of the Dance. Mais ceux-ci ne sont qu’adaptation aux goûts et attentes de l’industrie du show-business, d’une forme de danse traditionnelle irlandaise, parmi toutes les autres.
On peut diviser les genres entre danses de spectacle (performance dance) et danses sociales (social dance).

Danses de spectacle

Stepdance
La danse de spectacle pratiquée en solo, nommée stepdance, est caractérisée par des pas très rapides et précis, exécutés le buste droit et les bras inertes. Il existe plusieurs formes de step dancing en Irlande, mais le style le plus connu est celui du Munster, codifié dans les années vingt par An Coimisiún le Rincí Gaelacha, « la Commission de danses irlandaises ». Ces danses, enseignées dans des écoles spécialisées dès la petite enfance, sont pratiquées exclusivement en compétitions ou en spectacles publics, par des danseurs habillés en costumes chatoyants particulièrement ornés et portant des chaussures spéciales.  On est bien loin du « Sunday Best » (le costume du dimanche) des champions des générations passées.  

Les danses socialessont pratiquées en bals appelés céilì (prononcer kéli), et sont une pratique bien vivante. Elles se répartissent en céilì et en set dancing. Elles sont dansées dans les bals appelés également céilì. Complication supplémentaire, le nom gaélique céilì signifie « réunion sociale avec danses et musiques irlandaises » et l’adjectif céilì spécifie un type de danse.

Céilì dance
Le céilì dancing - terme inventé à la fin du XIXème siècle par la Ligue Gaélique pour les distinguer des sets -danses basées sur des quadrilles, perçues par les patriotes comme danses d’importation- est pratiqué par un nombre plus ou moins important de couples de danseurs. C’est durant l’entre-deux-guerres que la pratique du céilì dancing a connu son apogée. Il s’agit de danses rapides et complexes dont les différentes figures sont annoncées par le calleur. Elles sont chorégraphiées et ont un auteur connu.


Céilì dance

Set dance
Les danses de set demandent une pratique régulière. Influencées par les quadrilles français, elles sont exécutées par une formation de quatre (plus rarement deux) couples et sont articulées en plusieurs figures composées de parties. Le pas de chaque figure peut varier selon la région et les participants du set. Un set nécessite donc au minimum huit personnes (ou un multiple de huit). Les genres musicaux -reel, jig, slide, polka et hornpipe- se mêlent souvent au sein d’un même set. Parfois le nom du set indique sa provenance (Kilfenora set, Clare lancers set). Aujourd’hui, il existe plus de cent sets différents, collectés un peu partout en Irlande, avec d’importantes variations régionales. Les sets de Cork et du Kerry utilisent surtout les jigs et les polkas; par contre ceux du Clare sont dansés sur des reels. certains sets, comme le Clare Lancers sont dansés avec un style doux, glissant, mais d’autres sets de la même région utilisent le battering (claquements des pieds sur le sol, fournissant une rythmique supplémentaire et provoquant une montée d’enthousiasme chez danseurs et musiciens). Le battering serait une réminiscence des pas des anciens maîtres de danse et de leurs step dancing.
Même si les danses sociales sont des danses de loisirs, dans l’esprit et dans leur pratique, l’association Comhaltas en organise tout de même des championnats.

Le set dancing est devenu relativement populaire et on peut le pratiquer un peu partout en Europe, aux États-Unis et en Australie.
Chaque semaine ou presque, aux quatre coins d’Irlande, sont organisés des ateliers et des bals de set dancing. On vient de loin souvent pour danser sur la musique de tel céilì band ou pour suivre les cours de tel maître de danse. Le moindre village peut devenir célèbre par le festival de danses qu’on y organise une fois l’an. Les sociétés de set dancing se multiplient. Des sites Internet se chargent de diffuser toutes les informations et les calendriers. On peut même participer à des croisières sur des paquebots où officient deux ou trois céilì bands pour assurer les bals de l’après-midi et du soir… Si le public de ces rencontres est souvent d’âge mûr (mais d’une forme éclatante), de nombreux jeunes sont là pour assurer la relève, avec brio.
Le renouveau de la danse a favorisé la multiplication des groupes musicaux spécialisés dans l’animation de ce genre de bals. Le céilì band est une formation qui apparaît au début du XXème siècle, dont la seule finalité est la danse : les rythmes sont très rapides, le nombre de musiciens sur scène est important (à l’origine pour développer la puissance sonore nécessaire pour quelques centaines de danseurs pas particulièrement silencieux). Véritable genre à part entière, si les marges d’interprétation individuelle y sont des plus réduites, l’ensemble forme une imposante « machine à danser » soulevant l’enthousiasme de salles entières. Il s’agit souvent de formations locales, familiales parfois, mais il en existe aussi de véritables (ou quasi) professionnelles qui sillonnent le pays à longueur d’année. Parmi les formations les plus célèbres citons : Abbey Céilì Band, Tulla Céilì Band, Kilfenora Céilì Band

2.4 Sessions partout

Si les céilì sont autant une activité sociale que chorégraphique, le renouveau de la pratique musicale en Irlande a suscité également l’apparition d’une façon originale de partager cette musique : la session. Avatar traditionnel des bœufs et autres jams, la session privilégie plutôt le côté relationnel que la stricte pratique musicale.
Se déroulant le plus souvent dans un lieu public, la session est un rassemblement informel, et plus ou moins organisé, de musiciens qui se retrouvent pour jouer ensemble. Contrairement au concert où les musiciens jouent pour le public, en session, les intervenants jouent d’abord pour leur plaisir, en se souciant peu de qui est autour à les écouter. La présence du public reste marginale et discrète, et en tout cas absolument pas nécessaire à la réussite d’une bonne séance.
Les applaudissements en fin de morceau, qui se généralisent de plus en plus, marquent toutefois la réintroduction d’une distanciation acteurs/spectateurs et la rupture du lien entre une communauté et ses musiciens. Reflet d’une époque dans laquelle même la fête et le plaisir se spécialisent et où la « participation » consiste à assister passif à un événement puis à agiter frénétiquement les mains toutes les trois minutes ?
Une session standard se déroule ainsi : un musicien commence à jouer un tune, et ceux qui le connaissent le reprennent. L’étiquette des bons «sessionants» prescrit de ne jouer que les morceaux que l’on maîtrise. Toute l’alchimie de la session réussie consiste donc à équilibrer les standards que tous les musiciens pourront jouer et les pièces plus rares qu’ils écouteront avec plaisir. Dans les open sessions tous ceux qui savent jouer de la musique irlandaise sont bienvenus. Souvent, on trouve un (ou des) leader plus où moins connu qui tire la session, mais parfois l’on s’en passe. De temps en temps, un musicien ou un chanteur présente un slow air ou un chant, exécuté en solo. Actuellement, ce sont surtout les sessions qui maintiennent vivante la tradition musicale, en favorisant la circulation et l’échange des morceaux, des styles, des interprétations.
L’image des pubs enfumés (avant l’interdiction !) avec les musiciens tassés autour de tables chargées de verres de Guinness est devenue un cliché. C’est cela que l’on cherche au cours des voyages en Irlande, c’est cela que l’on essaye de recréer un peu partout. Et c’est autour et pendant les sessions -comme pour toute activité sociale- que les participants se confrontent, que naissent les tendances, les comportements typiques, les nombreuses blagues et anecdotes, et que des groupes se forment. Cette pratique amateur est toutefois altérée par les exigences modernes : la spontanéité initiale des sessions est maintenant souvent remplacée par l’initiative des patrons de pubs qui invitent, en les payant, des musiciens. Et ceci, soit pour créer l’ambiance, soit pour attirer d’autres musiciens (et de la clientèle…).
Remarquons, pour clore ce paragraphe, l’imprévisible diffusion de cette pratique : outre bien sûr dans tout l’espace anglo-saxon (diaspora oblige) et en France (qui entretient depuis la Révolution un lien privilégié avec l’Irlande) on peut trouver des sessions un peu partout dans le monde, à Düsseldorf, Budapest ou Tokyo. Bon, en cherchant un peu parfois, mais ça le mérite bien, non ?

3 LA CELTIE ET LA MUSIQUE CELTIQUE

« Ah vous jouez de la musique irlandaise, c’est de la musique celtique, non ? » combien de fois les musiciens n’ont-ils pas entendu cette baliverne récurrente, et dont il semble prométhéen d’en débarrasser le profane!
Aux incompréhensions sur la musique irlandaise s’est ajouté le fait que la culture celtique est toujours perçue comme mystérieuse et mystique ; et cela a libéré l’imagination des gens. Même si la musique celtique a dû être entendue pour la dernière fois à l’époque de Jules César. Autant la Celtie (ou la zone celtique), peut être située historiquement (et même préhistoriquement), autant la notion de « musique celtique », laisse bon nombre de musiciens un peu… perplexes.
Si par « musique celtique » on entend « musique traditionnelle qui est jouée dans les anciennes zones celtiques » : oui, pourquoi pas !
Mais, selon un tel critère, on peut décréter qu’il existe une musique « méditerranéenne » qui englobera, pêle-mêle, la sardane catalane et le rébétiko grec, le raï algérien et le flamenco andalou. Curieuse famille, non ? S’il existe un cousinage réel et de très nombreux points communs entre musique irlandaise et écossaise, ces ressemblances commencent à se distendre avec la musique anglaise pour devenir inexistantes en passant le Channel. Sans même parler de la Galice (en attendant le Morvan, vieille terre celte si il en est, et bien avant la Bretagne et l’Irlande !). La « musique celtique » est une construction idéologique, une représentation des faits sans rapport avec la réalité. Et bien sûr, comme toute idéologie qui prospère, elle a sa raison d’être, sinon elle ne survivrait pas. Mais là, on s’écarte sensiblement des explications musicales.
Et raison d’être ou pas : elle tord le cou à la réalité : la « musique celtique », cela n’existe que comme vaste fourre-tout musicologique !

Source : http://unpeufrais.free.fr/hmi.html

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Le rituel d'ouverture au premier degré

Publié le 4 Mai 2013 par J\P\ dans Planches

Vénérable maître et vous tous mes frères en vos degrés et qualités, ma planche s’intitule : le rituel d’ouverture au premier degré.

Dans le dictionnaire il est dit q’un rite est un ensemble de règles fixant le déroulement d’un cérémonial quelconque, c’est une action accomplie conformément à des règles. Un rituel est un texte qui codifie les règles à appliquer lors d’une cérémonie.

Le rituel est lu en loge à chaque fois que les frères se réunissent. Il sert en quelque sorte d’ouverture des travaux, de passage entre un état et un autre, une alchimie. La transmutation de l’homme ordinaire en initié, la transition du profane au sacré, préparer les frères à agir dans un espace-temps sacré, les préparer à un voyage dans la tradition et à l’intérieur d’eux-mêmes.
La loge se ferme au profane. Le rituel peut commencer. Le franc maçon traverse une frontière pour passer dans un autre monde, pour l’instant plongé dans les ténèbres. Seul l’endroit où siège le vénérable maître est éclairé. « Prenez place mes frères, nous allons procéder à l’ouverture de la loge » dit-il. Le silence qui règne est le signe de la concentration de chacun face au sacré qui va se mettre en place.

Le coup de maillet a retenti, le franc maçon se prépare à parcourir le chemin de la connaissance. Il s’agit de prendre une place physique, mais surtout une place intérieure en harmonie avec l’univers et la magie des symboles du rituel d’ouverture.
Le rituel va permettre de créer une ambiance et de procéder à des travaux.
Par l’ouverture de la loge nous allons recevoir des connaissances. Lorsque le vénérable maître annonce qu’il va procéder à l’ouverture de la loge, il nous invite à nous y intégrer mais aussi à nous ouvrir, à ouvrir une brèche en nous et à participer, ouvrir son esprit et son cœur et laisser la lumière y entrer.

Il y a un instant encore nous étions dans la vie ordinaire, dans un monde dit profane. Cet appel va ouvrir un espace différent, un espace sacré entre frères, entre hommes égaux face au cheminement que nous entreprenons pour aller vers le sommet.
Le vénérable maître sollicite l’aide des deux surveillants. C’est à eux qu’incombe une partie des devoirs de ce travail d’ouverture.

Ainsi, le second surveillant doit s’assurer que la loge est couverte, que l’espace est clos. Il demande au frère couvreur de le faire. Les ordres ne sont pas transmis directement mais du vénérable maître au frère couvreur en passant par le frère second surveillant. Le retour se fait de la même façon, du frère couvreur au vénérable maître en passant par le second surveillant.

Dans l’obscurité, des relais sont nécessaires.
La loge est dûment couverte, le frère couvreur l’affirme. Avant de répondre au second surveillant il a agit. Il regarde à l’intérieur de lui-même, il a écarté le profane. Il peut maintenant affirmer : la loge est dûment couverte. Le premier devoir est accompli. Les frères sont protégés des agitations du dehors. Cette protection est indispensable.
Aucun profane ne pourra désormais franchir le seuil. La loge est couverte, le frère couvreur en est le gardien. Cela n’est pas suffisant. Il faut maintenant reconnaître les qualités maçonniques des hommes présents. Cette charge est dévolue aux surveillants. Ils doivent s’assurer que tous les assistants sont apprentis francs maçons, à leur place et à leur office, et rendre compte au vénérable maître.
Brusquement, nous apprenons qu’il y a un ordre dans la loge. Si un homme est second, c’est qu’il y en a un premier. S’il est surveillant, c’est qu’il existe une nécessité à surveiller. Une loge est donc une organisation complexe. C’est au frère second surveillant que s’adresse pour commencer le vénérable maître. Probablement parce qu’il est plus accessible que le premier. Un apprenti peut-il comprendre, sentir cela ? Je dirai que à chaque niveau Sa compréhension.

Ne sommes-nous pas là aussi pour apprendre et pour comprendre ? L’harmonie de la loge n’est pas due au hasard mais procède donc d’un ordre. Le rituel précise qu’il y a un premier devoir. Cela sous entend qu’il y en a d’autres. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître l’importance du devoir même si le profane avance généralement en premier lieu ses droits.
La participation au rituel, nous montre quelle attitude prendre. Celui qui ne remplie pas ses devoirs n’a pas sa place ni dans le monde ni dans le temple.

Le vénérable maître pose ses questions aux surveillants qui ont une place précise, géographique mais aussi psychologique dans la composition de la loge.
Par l’ouverture d’un testament nous recevons l’héritage de nos parents, de notre famille. Ici, symboliquement par l’ouverture de la loge nous allons recevoir l’héritage des connaissances accumulées par notre famille de chercheurs spirituels. Ceux-ci tentent de nous transmettre la clé de la connaissance, du monde inconnu auquel nous appartenons sans savoir comment le rejoindre. Le vénérable maître nous invite à ouvrir notre temple intérieur. L’ouverture de la loge c’est aussi une invitation à s’y intégrer.
La déambulation des surveillants vise à reconnaître les hommes dans leur qualité d’apprentis maçons par la mise à l’ordre. Chacun est à sa place et à son office, c'est-à-dire là où il faut et prêt à faire ce qu’il faut. Ainsi, le deuxième devoir est accompli.
Chaque objet, chaque décor, a une place définie. Ce n’est pas un effet du hasard mais l’indication d’un ordre. Chacun est sa place, le surveillant, le secrétaire, le trésorier et cela n’est pas un honneur, mais une charge, avec des devoirs à accomplir.
L’apprenti, qui débute sa recherche, a aussi des devoirs, notamment de silence, de présence régulière, et de maniement du ciseau. La pierre qu’il taille est encore grossière et long est le chemin vers la pierre polie. Le déroulement du rituel nous montre l’action qui conduit à la connaissance.

Il en est de même à l’orient dit le vénérable Maintenant nous en sommes sûrs, tous les assistants sont apprentis francs maçons. Le profane vit dans son monde alors que l’apprenti perçoit déjà la présence d’une nouvelle vie organisée derrière le monde rationnel. S’il existe deux mondes, il existe deux manières de les appréhender. Réussir ces deux mondes est peut être possible à force de travail, de recherche de vérité pour les mettre en harmonie. Le passage du rituel du second au premier surveillant et enfin au vénérable maître semble long à l’apprenti car ils disent sensiblement la même chose mais celui-ci au fur et à mesure qu’il pratique concrètement le rituel s’aperçoit qu’il faut du temps pour instaurer, pour sentir les vibrations de la loge et de chaque maçon présent.

Puisque la loge est dûment couverte, entrons dans les voies qui nous sont tracées. Il doit donc exister des traces à suivre. Quand on demande à être initié, c’est aussi parce qu’on a conscience que la vie ordinaire ne répond pas à notre attente. Est-ce cette trace là qu’il faut suivre, sachant que ce n’est pas la plus facile. Je crois que c’est la voie du perfectionnement de la paix et de l’harmonie, même si elle est difficile et ardue.

C’est peut être ici que je vais trouver le chemin qui me correspond le plus.
Qu’avons-nous demandé lors de notre première entrée dans le temple ? Qu’avons-nous demandé alors que profane nous nous sommes tournés vers la franc-maçonnerie ?
Etre accepté, travailler dans un temple n’étant pas un but, qu’en espérions-nous ? On espère recevoir une connaissance, une solution, une réponse. La franc-maçonnerie nous réclame de donner, de servir, de respecter. Les frères nous réclament notre présence, notre savoir. Donc nous demandons aussi.

Nous demandons la connaissance, l’initiation.
La lumière vénérable, nous demandons la lumière dit le rituel. Un mot immense. Dans le dictionnaire on parle de rayonnement perçu par les yeux, de clarté, d’éclairage, mais aussi de ce qui éclaire l’esprit. L’apprenti se questionne. Quelle lumière est-il venu chercher, quel éclaircissement ? Il cherche l’élément qui fait comprendre la lumière de la raison, posséder des connaissances, un savoir, la lumière qui le sort des ténèbres. La lumière est aussi le soleil et ses couleurs étonnantes du levant ou du couchant que les vieux vénéraient parce qu’ils connaissaient les vertus et les bienfaits de sa chaleur. Pour les croyants, le Christ est la lumière du monde, Dieu est lumière. Que cette lumière nous éclaire. Le bandeau ôté, pour l’apprenti commence l’instruction initiatique. L’homme ordinaire se dirige vers la lumière. L’apprenti fait son chemin intérieur, il ne doit pas se laisser séduire par les fausses lumières. Sommes-nous en mesure de voir cette lueur innée en nous ? L’apprenti la perçoit à peine. La lumière du flambeau du vénérable à l’orient va, par l’intermédiaire du maître de cérémonie et des surveillants, éclairer la loge.

Frères surveillants et maître des cérémonies veuillez m’assister. Le maître des cérémonies respecte un ordre, il assiste le vénérable. Il frappe le sol de sa canne de pèlerin et va porter la lumière. Il entreprend un voyage, une marche qui guide les autres. Cette marche sera assistée plus tard par l’expert qui avec son épée l’aidera dans sa démarche initiatique.
Le vénérable maître invite les frères surveillants et maître de cérémonie à l’assister parce que aucun homme ne peut marcher seul sur le chemin de la vérité, de la lumière. Le rituel une fois de plus nous rappelle que pour avancer nous avons besoin d’être assistés, de nous unir aux autres frères.

Que la sagesse préside à la construction de notre édifice. Le vénérable en allumant le flambeau à trois branches illumine l’orient. Cette flamme permettra d’allumer d’autres flammes et de diffuser la lumière à toute la loge. A partir d’une petite flamme intérieure, nous pouvons nous embraser si nous savons chercher dans notre être. Le maître des cérémonies en allumant l’étoile du pilier Force et le flambeau du premier surveillant, illumine l’occident. Que la force soutienne notre édifice. Le maître des cérémonies continue son périple et allume l’étoile du pilier Beauté puis le flambeau du second surveillant. Le midi s’illumine. La pleine lumière règne dans le temple. La beauté orne l’édifice. Le rituel nous approche des trois piliers : La sagesse, la force et la beauté. Ces valeurs sont indispensables. Le vénérable qui possède la sagesse, la prudence, la réflexion, doit transmettre la flamme, la lumière pour aider ses frères. Il veillera au bon déroulement des travaux sacrés. La beauté orne le temple et permet au néophyte de s’engager sur le chemin, elle développe le goût de l’harmonie. La force est nécessaire pour lutter dans les ténèbres, pour passer de l’ombre à la lumière. Pour le franc-maçon elle est guidée par la beauté et la fraternité, sinon elle pourrait prendre des fausses voies. La force n’est pas violence. L’apprenti commence à comprendre pourquoi il se met à l’ordre avant de parler, il s’interroge sur sa vie intérieure, il en découvre des richesses. Ces lumières tout à coup lui ouvrent l’esprit, il commence à comprendre ce qu’il est venu chercher lors de sa première entrée dans le temple.

Le frère expert dispose les trois grandes lumières sur l’autel des serments puis trace le tableau d’apprenti sur le pavé mosaïque entre les trois piliers.

L’autel des serments est le lieu sacré, c’est la table qui reçoit les trois grandes lumières, les trois symboles majeurs que sont le volume de la loi sacrée, le compas et l’équerre. Le livre sacré qu’est la Bible représente-t-il la lumière religieuse ? Le reflet de la lumière intérieure sûrement. Le volume de la loi sacrée pourrait être la Thora en Israël, le Coran pour les musulmans. Ce qui est important est invisible, caché au fond de soi même.

L’équerre, l’emblème de la rectitude inspire la droiture dans les pensées et les actions des francs-maçons. C’est le symbole de la morale. Elle rappelle à l’apprenti qu’il est une pierre brute et que son objectif est de tailler puis de polir cette pierre, de sorte qu’elle puisse bien s’insérer parmi les autres pierres dans la construction de l’édifice.

Le compas est l’instrument de mesure, l’outil qui permet de tracer un cercle parfait sans perdre le centre. Il permet de tracer un rond comme la terre, comme la voûte céleste. L’apprenti est dans sa caverne, dans ses ténèbres, il recherche le centre, sa tâche est de le découvrir. Le frère expert déroule le tableau d’apprenti. Le vénérable lui demande de le tracer car autrefois les compagnons le traçaient à la craie. Sur le tableau figure le dessin de tous les symboles contenus dans le temple, un espèce de condensé sur une toile roulée.
Prenez place mes frères. Le vénérable donne un coup de maillet. Le rituel change de direction.
Nous sommes à couvert, orientés convenablement. Nous sommes prêts pour aller plus loin dans notre découverte de la spiritualité. L’action va pouvoir à nouveau s’engager. L’apprenti est jeune, il manque d’expérience dans le domaine ésotérique. Quel que soient ses actions et son savoir dans la vie profane, il doit être guidé par la loge.
« Frère second surveillant quel âge avez-vous ? »
« Trois ans vénérable maître ». Avec ses trois ans l’apprenti pénètre dans un autre monde, il entreprend un voyage dans le mystère sous le signe du chiffre trois. Quand il marche il fait trois pas, son âge est de trois ans, son élévation est de trois degrés possibles, il est dirigé par trois maillets, le vénérable et les deux surveillants, il salue trois fois, la batterie est de trois coups, le décor comprend trois colonnettes, le flambeau a trois branches.

Où est votre place dans la loge ? Nous observons qu’il est besoin de quatre phrases différentes pour évoquer un point. Le rituel questionne, répond et explicite la réponse. A cette question, il sera successivement répondu au midi, à l’occident et à l’orient. Puis, le rituel fournit une explication à la question « pourquoi êtes-vous placés ainsi ? » L’apprenti prend toujours place au Nord. Il rejoindra le second surveillant au midi lorsqu’il deviendra compagnon, quand il pourra sortir de la pénombre du septentrion. A quelle heure les apprentis ont-ils coutume d’ouvrir leurs travaux ? Les apprentis sont dans le temple pour travailler à l’édification, à la construction de l’homme, à l’éveil de leur être. Les travaux commencent à midi, dit le rituel. A midi il est l’heure de prendre en main son destin. Pour l’homme mature c’est le midi de sa vie, il devient responsable, c’est l’heure de la paix, de l’amour de la fraternité. C’est à midi que le soleil est le plus haut, la clarté la plus pure, la lumière la plus intense. C’est l’heure la plus propice à la découverte de l’être. Au midi de sa vie, l’homme est en pleine maturité, il est temps de faire le point.

Puisque nous avons l’âge et qu’il est l’heure, nous pouvons ouvrir les travaux. En annonçant aux quatre points cardinaux qu’une ouverture des travaux va avoir lieu, on conçoit que le rituel nous invite à une ouverture de conscience. Il est l’heure de basculer dans un autre monde. Le moment est venu, nous avons l’âge. Le vénérable a invité tous les frères de toutes les colonnes à se joindre à lui. L’annonce est faite.
«Debout et à l’ordre mes frères » dit le vénérable.
Trois coups de maillet retentissent successivement à l’orient, l’occident et au midi.
Adopter cette attitude c’est être prêt à s’orienter, à se tourner vers l’intérieur, vers son être intérieur. Le rituel conduit le franc-maçon vers ce monde intérieur, ce monde extraordinaire.

Le frère expert et le maître des cérémonies relèvent une équerre symbolique au dessus de l’autel des serments, constituée de la canne et de l’épée. La canne du pèlerin et l’épée de la noblesse et du courage, forment l’équerre de la rectitude, de la droiture.
A la gloire du grand architecte de l’univers. Ce n’est pas une manière d’appeler Dieu. Je crois que Celui-ci s’il existait vraiment serait plus grand que le grand architecte. Le franc-maçon a la possibilité de rester libre de croire ou de ne pas croire en Dieu. Il s’agit de prendre conscience d’un ordre universel, une loi de la création. Je déclare ouverte cette respectable loge. A moi mes frères par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise. Le vénérable ne s’adresse plus comme au début du rituel aux surveillants, à l’expert ou au maître des cérémonies, il s’adresse à toute la loge, au grand architecte de l’univers. C’est au nom de cet ordre que les actions vont désormais se dérouler. Le rituel nous dit maintenant qu’il faut changer de monde. Nous ne sommes plus dans le monde profane.
Nous avons laissé nos métaux à la porte du temple. Elevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la lumière. Nous ne sommes plus dans un monde où l’apprenti mal guidé risque de s’épuiser, se perdre. Nous nous sommes débarrassés à l’entrée du temple de tout ce qui brille d’un éclat trompeur, tout ce à quoi nous sommes attachés dans le monde matériel. Nous pouvons aller vers la lumière.

Prenez place mes frères. Frère secrétaire veuillez donner lecture de la planche tracée de nos derniers travaux.

Le rituel a conduit tous les assistants sur le chemin de la connaissance. Certains l’ont peut être atteinte mais peut on jamais dire que nous sommes arrivés au bout du chemin ? Il est l’heure de prendre place et d’œuvrer.

Lors d’une réunion maçonnique le début et la fin des travaux commence par un rituel écrit. On peut donc penser qu’il existe un rituel d’ouverture puis un rituel de fermeture. En fait je crois tout est rituel pendant une tenue dans un temple et s’il existe un espace intermédiaire entre le début et la fin, ce n’est pas dûment consigné. Cette partie varie en fonction de l’ordre du jour, mais la forme rituelle demeure.
La pratique du rituel maçonnique nous indique les attitudes à prendre et les étapes à franchir pour nous initier.

Vénérable maître, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Choix du nom Royal York

Publié le 3 Mai 2013 par T.D

Voici le document que j’ai envoyé à la GLNF en novembre 2005 pour expliquer mon choix :

« Le choix de ce nom pour notre loge fait directement référence au rôle et aux devoirs du Vénérable Maître qui est le représentant du Roi Salomon et qui guide les travaux de la loge.

Il est Roi et en possède les pouvoirs, mais il a avant tout des devoirs tant au niveau de la loge que vis-à –vis de la Grande Loge Nationale Française. Au Rite York cela est particulièrement vrai . En effet lors de la remise du chapeau au Vénérable Maître il est dit : « As King Solomon wore a crown, as an emblem of Royal Dignity ».. La symbolique de ce chapeau, est celle de la couronne, attribut par excellence du pouvoir Royal.

Au Pouvoir Royal est lié le Pouvoir Sacerdotal ; de tous temps les rois ont tiré leur légitimité de Dieu. Cette alliance du divin et de la royauté est très présente dans notre rite au travers des prières et des lectures de la Bible à l’Orient à côté du siège du Roi Salomon.

La loge qui pratique l’Art Royal sous la conduite de son Roi, le Vénérable Maître, le fait sous la protection des deux saint Jean, symboles de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance ce qui nous fait penser à un autre royaume, celui du Prêtre Jean, royaume de perfection et de vérité.

Au Rite York nous avons donc, lors de nos tenues, un Roi, le Vénérable Maître, « Prêtre-Roi » secondé dans sa mission sacerdotale par un chapelain et un royaume, la loge où se pratique l’Art Royal, sous la protection du Grand Architecte de l’Univers. Il nous est donc apparu que la dénomination « Royal York » était un symbole fort représentant la spiritualité et la tradition de notre rite venu d’Irlande et introduit aux Etats-Unis par les soldats irlandais pendant la guerre d’Indépendance. » D'où le blason qui est celui d'un régiment irlandais venu se battre en France en 1779 et qui porte la magnifique devise "In Hoc Signo Vinces".

La réponse de la GLNF étant positive, j’ai reçu la patente le 14 janvier 2006 signée par le Grand Maître de l’époque JC F…..

Cette Respectable Loge a travaillé régulièrement depuis sa consécration, sous l’impulsion de Frères motivés et travailleurs, elle a été jumelée avec la RL Washington 21 ennovembre 2008 de la Grande Loge de New-York.

Je pense que la jalousie devant ce jumelage, la qualité de nos travaux et l’importance de notre développement ont été à l’origine de nos surnoms locaux tel que « Loge de l’ISF »...

Moi-même chômeur puis dirigeant d’une TPE, j’ai été choqué de voir combien la « haine de la réussite » a pu donner à cette Loge des qualificatifs aussi peu fraternels.

Puis il y a eu l’affaire FS, l’explosion de la GLNF, le départ de beaucoup de loges bretonnes vers d’autres horizons (GL-AMF, GLTSO, GLDF, GLTF) et la scission de Royal York qui a suivie son leader naturel vers la GLTF.

L’article d’aujourd’hui ne montre pas la réalité de l’esprit qui règne dans cette nouvelle Loge Royal York de la GLTF. Les critiques venant majoritairement de membres de la GLNF ne doivent pas faire oublier que l’Esprit de la RL Royal York d’origine subsiste, que les travaux sont justes et parfaits et que les membres de cette Loge ne sont pas des « affairistes ».

Le meilleur exemple est le mien : créateur, fondateur, j’ai un Chiffre d’Affaires modeste et si je suivais le raisonnement des détracteurs de Royal York, mon CA aurait du exploser !

En voyant la Bannière de Royal York exposée au regard des profanes dans un article dont le titre est « Quand les réseaux s’entremêlent », je me dis que celui qui a laissé prendre cette photo est un faux frère indigne d’être un Franc-Maçon.

Je n’ai aucune inquiétude sur l’avenir de Royal York à la GLTF, j’aurais aimé que sa cousine Royal York N°1538 GLNF continue ses travaux dans la sérénité, C’est tout ! (au York, normalement on n’utilise pas l’expression « j’ai dit »)

et j'aimerais que sa cousine Royal York N°1538 GLNF continue ses travaux dans la sérénité, ce qui va sûrement arriver compte tenu de la qualité des membres qui la composent.

PS : l’article sur la maçonnerie rennaise est paru ce jour.

 

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Les rituels

Publié le 3 Mai 2013 par X dans Rites et rituels

Les rituels désignent les cahiers qui sont utilisés par les loges pour conduire les travaux des cérémonies maçonniques. Les rituels se distinguent du Rite, ou Régime, qui est lui, un ensemble de grades ainsi qu'une certaine manière de pratiquer le rituel. Lorsqu'il atteint ses objectifs, le rituel est l'outil fondamental de la méthode maçonnique. Le premier objectif du rituel est de délimiter l'activité maçonnique, en la distinguant du monde profane. Superficiellement, la délimitation est spatiale : c'est le temple, (qui n'est pas une église). En profondeur, la délimitation est temporelle (entre le début et la fin des travaux). La Loge désigne à la fois le lieu où se réunit rituellement le groupe ainsi que le groupe lui-même. Il suffit de "tracer" les symboles du grade sur le sol pour qu'une cérémonie puisse se tenir. Le lieu est donc transitoirement consacré dès lors que le groupe est réuni pour y travailler rituellement. Le second objectif du rituel est d'organiser le travail de la Loge en le rattachant aux valeurs de l'Ordre. Superficiellement, le rituel est contraignant. En profondeur, la règle acceptée par tous permet l'expression de la liberté et de l'égalité de chacun, condition de l'épanouissement de la fraternité. Le rituel nous rattache à la Tradition. Le troisième objectif du rituel est de donner vie au symbolisme maçonnique, en centrant le travail maçonnique sur l'Homme, préoccupation primordiale des francs-maçons. Superficiellement, le rituel gère la forme des travaux de la Loge de manière purement organisationnelle et opératoire. En profondeur, le rituel a un sens, une richesse fondamentale, car il est symbolique et invite chacun à découvrir et à méditer l'enseignement dont il est porteur. Le rituel est ainsi un élément constitutif de la vie de la Loge. Il faut donc respecter les rituels afin de pouvoir atteindre les objectifs qui viennent d'être définis et de donner de la substance au travail maçonnique, sans toutefois perdre de vue que les rituels sont un moyen et non une fin. Ainsi, le rituel est-il un élément nécessaire mais non suffisant pour le travail maçonnique et pour la vie harmonieuse de la Loge. Car nous ne sommes pas une secte et la franc-maçonnerie n'est pas un culte. Notre but est à la fois le travail spéculatif, (écoute, réflexion, discours) et l'action, vers l'idéal individuel de perfection vers lequel nous tendons et que nous sommes pourtant certains de ne jamais atteindre. Certains francs-maçons ont vis à vis du rituel une attitude étrange, en considérant, parfois même avec une certaine véhémence, que toute idée de modification des rituels serait proprement "sacrilège". Une telle attitude est porteuse d'une certaine intolérance et pourrait rappeler celle des fidèles d'une fraternité intégriste qui a investi une église de Paris où bat le cœur des dévots de la tradition et du latin, clercs en soutane et militants d'extrême droite. Or, l'étude de la franc-maçonnerie et particulièrement celle des rituels et des grades, nous apprend qu'ils constituent un jardin immense et touffu, riche des essences les plus exotiques et les plus étranges. On y découvre également que les rituels ont été rédigés par des hommes, certes sensibles aux modes intellectuelles, mais aussi parfois à la vanité. Et même si elle peut sembler difficile à entendre, il faut bien reconnaître cette évidence, "en restant toutefois indulgents pour tout ce qui vient au secours de la faiblesse humaine", comme le dit Albert Lantoine, (le plus grand historien de la franc-maçonnerie française). Les rituels maçonniques peuvent d'autant moins être considérés comme porteurs d'une vérité intangible, que La Vérité ne peut pas être écrite une fois pour toutes dans "UN LIVRE" (ou un rituel). Car la Vérité, pour les francs-maçons, est comme un horizon et sa quête est celle de l'inaccessible. C'est afin de ne pas mettre de limite à cette recherche que la référence obligatoire au Grand Architecte de l'Univers a été supprimée des rituels du Grand Orient de France depuis 1877. A cette époque, à la fin de la cérémonie de réception au premier degré, le Vénérable s'adressait alors au nouveau récipiendaire en ces termes : "Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants. On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c'est à dire par la terre, l'air, l'eau et le feu. Le récipiendaire était à moitié dévêtu. Parfois, il était introduit dans le temple, couché dans un cercueil; parfois, on le faisait passer au travers d'un diaphragme en papier, pour symboliser son passage à une vie nouvelle. Dans le temple, il entendait des clameurs sourdes, des chocs violents, des bruits imitant la grêle et le tonnerre, des cliquetis d'épées. Il rencontrait des obstacles sous ses pieds. Il était précipité d'un lieu élevé, mais retenu par des mains secourables. On lui trempait les mains dans l'eau, quelquefois le bras jusqu'au coude. On lui faisait vider un calice d'amertume. On le faisait passer au milieu des flammes. On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes. Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe". - Rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887. Cent vingt ans plus tard, on constate combien ce propos reste d'une étonnante actualité ... A l'origine, les fondateurs de la franc-maçonnerie ont choisi la Bible comme référence, car il était indispensable de donner à l'institution maçonnique des origines très anciennes. Ce qui permettait accessoirement de ne pas effaroucher les candidats et de se protéger contre les persécutions. Un siècle plus tard, le génie des fondateurs du Rite Ecossais Ancien Accepté fut de briser l'antagonisme millénaire entre le judaïsme et le christianisme, entre l'église et la synagogue, en consacrant, dans tout l'itinéraire qu'il propose, la complémentarité de l'ancien et du nouveau testament : Amour de la Vérité, pour les grades vétéro-testamentaires et Amour de l'Humanité pour les grades "dits" de Chevalerie. Une réflexion, qui proposerait aujourd'hui aux athées, aux agnostiques et aux musulmans, un symbolisme maçonnique dégagé des références catholico-hébraïsantes peut paraître sacrilège pour certains. Elle n'en serait pas moins innovante et prospective pour la grande famille des compagnons du Temple Invisible, voyageurs de l'absolu, qui est soudée par tout ce qu'elle a vécu, ce qu'elle vit, mais davantage encore parce qui lui reste à découvrir et à dire, même autrement ...

Source : http://www.troispoints.info/article-18131847.html

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Le Rite

Publié le 2 Mai 2013 par PVI dans Planches

Nous allons essayer ensemble de comprendre ce qu'est le rite, quelle est sa fonction et ce qu'il opère. Nous allons donc d'abord le définir, c'est-à-dire savoir ce qu'il est et ce qu'il n'est pas. Ensuite, nous allons l'illustrer. Nous allons illustrer des rites exotériques puis ésotériques. Cela veut dire que nous allons vivre, ou essayer de vivre, ensemble des rites exotériques (rites communs à tous, pratiqués chez tout le monde) et nous essaie­rons ensuite de comprendre, sans trahir le secret, ce que sont des rites ésotériques (rites réservés à certains membres d'une société initiatique comme la Franc-Maçonnerie).

Tout d'abord, et c'est là une chose très importante, posons- nous la question de savoir ce qu'est le rite et, par là même, ce qu'est le symbole ; car on ne peut pas dissocier rite et symbole ils constituent un couple inséparable. Quelle est la fonction de ce couple ? C'est de transmettre. De transmettre quoi ? De trans­mettre la tradition, une tradition initiatique. Arrêtons-nous un instant pour savoir ce qu'est une tradition. Une tradition n'est pas un usage ni une coutume : ne mérite le nom de tradition que ce qui se relie au principe du monde, à l'Architecte, aux principes qui gouvernent la vie. Ne mérite le nom de tradition initiatique que ce qui se relie à l'ordre du monde, aux lois de la vie, aux arché­types, aux lois de l'univers. C'est là une choses fondamentale qu'il nous Faut bien comprendre et nous ne comprendrons rien au rite si nous mélangeons tradition, d'une part, us et coutumes, de l'autre. La tradition, c'est ce qui relie au plan de la vie, à l'ordre du monde, aux lois de la vie parce que toutes les tradi­tions nous disent que le monde a un ordre, qu'il n'est pas le fait du hasard, que la vie a des lois, tout comme l'univers, que l'homme est soumis à des lois.

Ces lois nous sont transmises par la tradition initiatique, par les traditions initiatiques, et ce, au moyen des rites et des symboles. Il faut bien saisir que rites et symboles sont là pour transmettre ces lois, pour nous relier à l'archétecte, à l'archée. Ces lois sont identiques dans toutes les traditions initiatiques de l'humanité parce qu'il est une tradition fondamentale, primor­diale. Cette tradition va se manifester dans des temps différents et dans des lieux différents. Elle va prendre des formes diffé­rentes selon qu'elle se manifeste en Afrique ou en Asie, au XVII' siècle ou il y a trois mille ans, mais elle est fondamentalement une et je maintiens que finalement cette tradition est une science. Je sais bien ce que ce nom peut avoir de provoquant mais elle est une science. Si nous observons le monde avec nos moyens de connaissance, si nous sommes capables d'aller sur la lune, de fabriquer des machines et des voitures sans arrêt, ce n'est pas pour autant que nous avons l'exclusivité du savoir. D'autres hommes, il y a 3 000, 10 000, 100 000 ans, ont su le monde aussi bien que nous, différemment, mais aussi bien. Personne, aujour­d'hui, n'est capable de retrouver le pourquoi d'un méridien d'acupuncture et pourtant ils l'ont perçu... Cela veut dire que ces êtres ont su le monde différemment ; ils avaient des moyens d'approche différents, des outils de connaissance différents mais ils savaient le monde au moins aussi bien que nous. Ce savoir, cette science, cet autre regard, ces outils leur étaient transmis par une tradition initiatique, par la tradition initiatique.

Nous pouvons ainsi commencer à comprendre ce que sont les rites et les symboles : ce sont les outils, les moyens, les agents qui nous transmettent cet ordre du monde, ces lois de l'univers, cette science de la vie. Quelle différence y a-t-il entre symbole et rite ? Elle est simple. Les symboles nous disent ces lois et les rites nous les font vivre. Vous pouvez saisir maintenant ce qu'est un rite et ce qu'il n'est pas. Le rite n'est pas une pièce de théâtre ou un jeu, il n'est pas une cérémonie. Il nous fait vivre les lois de la vie, du cosmos, de l'homme. Chaque rite initiatique, quel qu'il soit (cela est à mon avis fondamental et c'est ce que nous allons essayer d'illustrer ensuite) nous fait vivre une loi particu­lière, la loi qui opère dans tel moment ou dans telle circonstance. Chaque rite permet de vivre la loi cosmique, l'archétype qui opère à un moment donné ou dans une circonstance donnée de notre vie. Ainsi, des rites font vivre les lois qui opèrent à la naissance, à la pberté et à la mort. Des rites font vivre les lois qui opèrent lors d'une initiation. Mais, toujours et partout, le rite a pour fonction de nous faire vivre la loi cosmique, archétypielle, qui opère dans un moment ou une circonstance donnée de la vie. En fait, il a pour fonction d'actualiser, de réaliser la fonction physio­logique qui est en jeu à ce moment. Le rite n'est donc pas une abstraction ; on a trop tendance à le comprendre comme un jeu sans support, sans réalité. Fondamentalement, il est en prise directe sur le réel. Il est ce qu'il y a de plus réel. Nous verrons tout à l'heure comment, plus que tout autre chose, il permet de rendre réel, d'actualiser des fonctions physiologiques archéty­pielles et capitales.

Nous allons maintenant illustrer cette fonction, successive­ment à travers des rites exotériques puis maçonniques. Pourquoi commencer par les rites exotériques ? D'abord, parce qu'ils me permettront de faire saisir la fonction du rite sans violer le secret maçonnique. Ensuite, parce que ces rites sont communs à tous, réservés à tous les hommes, sans distinction. Enfin, parce qu'ils nous concernent tous et qu'ils se réfèrent à des moments impor­tants de notre vie. Comment les rites exotériques au moment de la naissance, de la puberté, du mariage, de la mort, rendent-ils réelles en nous, actuelles en nous, certaines fonctions physiolo­giques fondamentales ? C'est à cette question qu'il nous faut répondre. Pour chaque rite, nous suivrons le plan suivant : je décris le rite, en général chinois ou africain, parce qu'il se trouve que ce sont les deux traditions que j'ai le mieux étudiées, ou plu­tôt le moins mal ; ensuite, nous l'analysons et, enfin, nous défi­nissons quelle est la loi que ce rite actualise.

Commençons par un rite de naissance, chinois : c'est le rite de présentation de l'enfant au père, au troisième mois de sa vie. Que se passe-t-il dès la naissance ? Il y a un certain nombre de rites d'approche. D'abord, l'enfant est posé au sol, tout nu, à l'abri des éléments, du froid et du vent mais posé au sol tout nu, pendant trois jours, sans être nourri. Au bout de trois jours, le vassal vient, il prend l'enfant, le pose sur un lit. Tout de suite après (ne souriez pas parce que vous verrez tout à l'heure pour­quoi), il tire des flèches dans toutes les directions de l'espace. Ensuite, l'enfant est baigné et remis au gynécée où il est nourri. Tout ceci se passe pendant les trois premiers jours. Au troisième mois, il est présenté au père qui ne l'a pas vu jusqu'alors. L'en­fant est amené par la mère. Le père et la mère ne se sont pas vus depuis six mois puisqu'ils ont interrompu tout contact (même visuel) à partir du sixième mois de la grossesse. Ils ont fait leurs ablutions, ont revêtu les habits de mariage et, tout à l'heure, ils prendront ensemble un repas de mariage. La mère arrive avec son enfant, face au père et la gouvernante (c'est elle qui parle et non pas la mère) lui dit : « Monsieur, Madame... vous présente votre enfant ». Que fait le père ? Il lui touche la paume de la main droite et lui donne dans l'oreille un nom, son nom..., le nom secret, le nom véritable que pratiquement personne ne saura jamais. Ce rite de présentation étant fini, l'enfant repart au gyné­cée dont il ne sortira qu'à l'âge de sept ans. Cependant, il verra son père tous les dix jours, une minute, le temps qu'il lui serre la main, c'est-à-dire qu'il lui touche la paume de la main droite.

Analysons ce rite. Je comprends que cela puisse vous paraître étrange. Ce qui est important, c'est d'essayer de comprendre ensemble comment, derrière ces gestes qui étonnent les . occi­dentaux d'aujourd'hui, ce rite réalise des fonctions physiolo­giques fondamentales qui nous manquent. Que s'est-il passé ? Voyons d'abord les rites d'approche qui nous révèlent trois fonc­tions essentielles : on vitalise cet enfant, on le purifie et on le nourrit. Comment le vitalise-t-on ? L'enfant qui arrive après un accouchement, après neuf mois de grossesse, a besoin d'énergie. Où trouver de l'énergie si ce n'est en terre ? On le pose sur la terre, pendant trois jours, sans le nourrir, pour le vitaliser. Il est, bien sûr, à l'abri des éléments. Au bout de ces trois jours, il faut le purifier. Que fait l'homme ? Que fait le vassal qui le sou­lève pour le purifier ? Pourquoi tire-t-il des flèches dans toutes les directions ? Parce qu'il disperse au loin toutes les souillures de la naissance. Ce n'est pas un geste artificiel, c'est un geste réel inhérent au rite. En tirant au loin des flèches dans toutes les directions, vraiment, réellement, il le purifie. Pour achever cette purification, on baigne l'enfant. Enfin, il est nourri. Il a donc été vitalisé, purifié et nourri au troisième jour. Pourquoi trois jours ? Trois, c'est la création, c'est le chiffre même de la création.

Voyons maintenant la présentation au père qui lui touche la paume de la main droite et qui lui donne son nom. Trois remar­ques s'imposent : la première concerne le père qui est dans une situation très particulière ; il est comme l'empereur, au centre du cercle. Il n'agit pas, il ne pense pas, il est transparent. En Chine l'empereur n'agit pas, il est celui qui, au centre de l'empire, au centre du monde, est transparent aux lois de l'univers, aux lois de la vie. C'est le médiateur entre le monde, la,terre, l'empire et le ciel, avec ses lois et son ordre. L'empereur a une position cen­trale qui est celle du prophète, des prophètes. Il est au milieu, immobile, pur, transparent. Le père, à ce moment-là, a cette posi­tion impériale, seigneuriale. Il ne décide pas mentalement, intel­lectuellement quel est le nom à donner à cet enfant. Cet homme en position d'empereur, transparent au monde et à ses lois, est inspiré et, à ce moment-là, il donne à son enfant le nom qui lui est prédestiné. Que fait-il avant ? Il touche la mère. Que signifie toucher la mère, toucher la paume de la main droite ? Etablir une alliance (nous avons oublié que serrer la main de quelqu'un c'était établir une alliance). Le père établit donc une alliance avec son fils. Il est à ce moment précis le représentant du ciel, de ses lois et de son ordre, il établit une alliance avec cet être. Après, il peut lui donner son nom, son nom secret, le « Min ». Il y a trois sortes de nom. Le premier est le nom secret qui correspond à votre destin, à votre fonction physiologique. Cela signifie que dans un monde sans hasard, nous sommes tous les éléments d'une mosaïque cosmique et, dans cette mosaïque, chacun a sa place et son rôle. Imaginez-vous avec vos cellules, vos organes, imaginez qu'à l'intérieur de vous vous avez les cellules du foie, du rein, du cerveau et que chaque cellule a sa fonction, chaque cellule a sa place, son rôle. Il en est de même au sein de l'univers. Chaque homme, chaque être a une fonction et un rôle possibles, même s'il ne le sait pas. Ce rôle est défini par le nom secret. Le deuxième nom sera donné au garçon à la majorité, à la fille lors de sa puberté. Celui-ci est le nom public, celui que tout le monde saura ; il définira son rôle social. Le troisième nom sera donné à certains êtres parvenus à un certain état d'initiation. Ce nom-là définira leur fonction, j'allais dire sacerdotale, leur fonction ini­tiatique. C'est Abram qui est devenu Abraham, c'est Saraï qui est devenu Sarah, c'est Jacob qui est devenu Israël. Il en est ainsi du troisième nom.

Pour ce qui est de notre rite, le père va lui donner, va lui dire son destin, sa fonction dans la mosaïque. Constatez l'impor­tance de cette attitude. Regardez le déroulement logique qui fait que cet enfant, après qu'il ait été dans le troisième jour vitalisé, purifié, nourri, est présenté au père, représentant du ciel, qui fait alliance avec lui. Imaginez ce que peut être une alliance avec le ciel et son ordre. Il lui dit son nom et, par là même, sa fonction dans la vie cosmique. Quelqu'un vous a-t-il jamais dit quelle serait votre fonction ? Lui le saura ! Nous, nous sommes perdus. Cet enfant, par ces deux gestes tout simples qui sont le symbole même du rite, a fait alliance avec le ciel et sait désormais quelle est sa fonction, sa situation et son rôle dans la mosaïque cosmi­que et dans l'univers. Allons plus loin. La deuxième étape impor­tante, c'est la puberté. Que se passe-t-il à la puberté ? Observons un rite africain que nous essaierons d'analyser et de comprendre.

A la puberté, l'enfant est séparé du gynécée, du groupe des femmes où il était jusqu'alors. Il est séparé durement. On l'enlève les femmes pleurent comme s'il était mort et on l'enferme dans une grotte. Puis, il est baigné. Ses vêtements sont détruits. On lui donne un autre nom : le nom public. Cela fait, on va l'emme­ner dans le bois sacré qui est un espace sacré comme peut l'être un temple. Là, on va l'instruire, on va lui dire les légendes, les mythes, les rites de la tribu. On lui apprendra les mystères de la vie, les lois de la vie, du monde. Puis, on le confirmera dans son sexe par la circoncision ou par l'excision (ne bondissez pas ! Nous nous expliquerons dans cinq minutes sur l'excision). Après tout cela, il est ramené au village. A ce moment, nous avons une situa­tion très particulière. Il a tout oublié, il ne sait plus marcher, il ne sait plus parler, il ne sait plus rire. Il marche courbé, il ne reconnaît plus personne, ni son père, ni sa mère. C'est étrange. Quelqu'un le reconnaît, qui le guide, l'amène chez lui où il est accueilli par des danses et par des chants, c'est-à-dire par l'amour. Que signifie tout cela ? On l'a enlevé violemment, ses parents pleuraient comme s'il était mort, ce qui veut dire que cet être est en train de mourir pour renaître à un autre état. Revenons un instant sur la confirmation du sexe. S'il est vrai que dans l'Afrique archaïque, traditionnelle, il fallait circoncire le garçon, il n'est pas vrai qu'il fallait exciser la fille et nous allons voir pourquoi.

Il est normal qu'à la puberté l'enfant soit confirmé dans son sexe ; il va devoir se marier, il va devoir s'unir à l'autre, procréer. Cet enfant, qui jusque là était androgyne, va devoir perdre cet androgynat pour le retrouver plus tard avec une autre conscience. Le problème est toujours le même : nous avons connu un état d'unité, nous le perdons et nous devons le retrouver avec une autre conscience. Par exemple, nous avons connu un état d'unité au moment où spermatozoïde et ovule se sont unis pendant une seconde, un éclair durant lequel nous avons été UN. Ensuite, la vie a repris son cours et nous avons vécu dans un état de multi­plicité. Nous avons perdu cette unité et nous avons à la retrou­ver. Avant la puberté, androgynat, après confirmation dans son sexe, il devient mâle ou femelle. Nous verrons, tout à l'heure, comment après la ménopause ou l'andropause il doit retrouver l'androgynat avec une autre conscience et c'est parce qu'on doit confirmer cet enfant dans son sexe qu'on enlève au garçon ce qui est le symbole du sexe féminin, c'est-à-dire le prépuce et qu'on enlève à la fille ce qui est le symbole du sexe masculin, c'est-à- dire le clitoris, mais, parce qu'il y a un « mais », alors que chez le garçon la circoncision, c'est-à-dire l'ablation du prépuce se fait matériellement comme il est dit dès les premiers chapitres de la genèse, chez la fille ce geste n'était que symbolique ! Cela veut dire que dans les temps archaïques de l'Afrique, l'initiateur enlevait symboliquement le clitoris pour confirmer cette fille dans son sexe.

Que s'est-il passé ? Il s'est passé que, sous l'influence du matérialisme que nous connaissons bien, un jour ils se sont dit : « Mais ce n'est pas possible, ce n'est pas un geste symbolique qui suffit, il n'est pas possible que je confirme cette enfant dans son sexe, que je lui fasse perdre son androgynat par un simple geste symbolique, sans aucun support matériel, ce n'est pas vrai ! ». Ils ont douté de l'opérativité du rite, ils ont cru que, parce que ce geste n'était pas matériel, qu'il n'était pas physique, il n'était pas opératif ; ils ont cru que, parce que ce geste ne comportait pas d'éléments anatomiques, il n'était pas opératif, et, de ce jour-là, ils ont commencé à enlever le clitoris et à faire des mutilées au lieu de faire des initiées.

Il est indispensable de comprendre, même pour nous, occi­dentaux, qu'à partir du moment où l'on doute de l'opérativité du rite, de ce geste symbolique, on fait un geste matériel. Non seule­ment nous n'avons plus l'opérativité d'un même geste rituel mais plus encore nous faisons des mutilés au lieu de faire des initiés. C'est essentiel pour nous, occidentaux, car nous verrons tout à l'heure comment, en l'absence de rites, nous aussi nous faisons des mutilés, mais des mutilés de l'esprit.

Revenons à l'enfant. C'est un nouveau-né. Il est mort, il revit. C'est ce que le rite nous dit, c'est ce qu'il opère et c'est ce qu'il nous faut comprendre. Il y a vraiment eu mort et renaissance. Qu'a réalisé ce rite fondamentalement ? Il a réalisé trois choses : mort d'un être, naissance d'un nouvel être, d'un être adulte et plus que cela, il lui a donné la connaissance des lois de l'univers. Imaginez ce gamin à sa puberté. On lui a donné la connaissance des lois cosmiques. Tout d'un coup, il est intégré dans le cosmos parce qu'il sait les lois de l'univers et puis, on lui a fait perdre son androgynat pour qu'il puisse encore assurer la survie de l'espèce et se marier. Imaginez bien que tous ces gestes symbo­liques ont une efficacité réelle ; un être est mort et un autre est né. Cet enfant devient un adulte vrai. Que n'avons nous pas perdu ! En l'absence de rites pubertaires, nous ne sommes plus, à cet âge difficile, en mesure de mourir et de renaître ; nous ne sommes plus intégrés dans le cosmos dont nous ne savons plus les lois puisque personne ne nous les a dites ; nous n'avons pas perdu notre androgynat. Je n'insisterai pas sur tous les problèmes sexuels évoqués par Freud et tous les psychanalistes de la terre. Dans cette période difficile, nous sommes restés identiques alors que nous avions à mourir et à renaître. Nous allons mettre des années et des années pour le faire parce que nous n'avons pas de rite. Alors que nous devions savoir les lois du cosmos qui auraient dû nous être dictées par un ancêtre, un initiateur, qui nous l'aurait enseigné à travers les rites, les légendes, les mythes (nous ne savons rien), nous allons mettre vingt ans, trente ans, quarante ou cinquante ans à les apprendre, ces lois. Alors que nous devions perdre notre androgynat, tout de suite, par un geste symbolique, nous ne l'avons pas perdu et, là aussi, nous allons perdre un temps considérable pour résoudre ces pro­blèmes. Le rite est opératif ; c'est tellement vrai que vous ne soupçonnez pas le nombre de mutilés de l'esprit que nous avons fait par l'absence de rites. Nous ne sommes pas responsables ; nous arrivons et nous n'avons plus de rites pubertaires ! Avons- nous conscience du nombre de garçons et de filles qui sont en hôpital psychiatrique parce qu'ils n'ont pas eu de rites puber­taires pour les faire renaître, pour les intégrer dans le cosmos et pour leur faire perdre leur androgynat ? Vous ne pouvez pas savoir le nombre de personnes, après la ménopause ou à l'andro­pause, qui sont complètement perdues parce qu'elles n'ont pas vécu ce rite de puberté avec son efficacité réelle.

Souvenons-nous de l'excision et à quoi mène la perte de la notion de l'opérativité. Les Maçons doivent comprendre que le rite est opératif même s'il n'est pas un geste matériel. Ne faisons pas comme ces prêtres africains qui, à un moment donné, ont douté. Ils se sont mis à exciser parce qu'ils étaient sûrs ainsi de réaliser un acte sans se rendre compte qu'ils perdaient du même coup l'efficacité du rite.

Nous allons maintenant repartir en Chine pour voir comment vit un couple. L'enfant est né, l'enfant a été initié à la puberté. Comment vit le couple ? Vous allez voir comment le mari et la femme, les deux éléments du couple, sont les deux moitiés d'un même corps mais séparées. Tous les rites vous disent cela et il en est ainsi jusqu'à la ménopause et l'andropause. Après, ils se réuniront. Souvenez-vous de ce que je vous disais tout à l'heure : à la puberté, nous perdons notre état d'unité et nous devons le retrouver après avec une autre conscience. Pour l'instant, nous sommes dans la dualité et mari et femme sont face à face, côte à côte, deux moitiés d'un corps vivant séparées. Comment cela se passe-t-il dans la vie quotidienne ? Il faut que le rite opère, qu'il rende cette loi efficace. Commençons par le repas. Chacun est assis sur sa natte, dans la même pièce. Observons. Deux moi­tiés d'un même corps ; ils prennent le même repas dans deux plats différents ; il s'agit de la même chose, le même repas avec deux plats différents, les deux moitiés. Ils ont accompli chacun séparément leurs ablutions et ils boivent dans deux coupes. Les deux coupes sont faites chacune avec la moitié d'une même cale­basse (les deux moitiés séparées d'un même corps...). Après le repas du soir, ils se saluent cérémonieusement, ils se déshabillent chacun dans leur pièce et ils dorment chacun sur sa natte mais dans la même pièce. Plus encore, ils ne s'appellent pas par leur nom secret ; ils ne se donnent rien de la main à la main ; ils évitent tout contact, même indirect ; il n'y a aucun contact entre leurs effets qui ne sont pas suspendus au même support et qui ne sont pas mis dans les mêmes corbeilles. Remarquez bien comment les choses sont séparées et combien c'est important de confirmer la perte de cet androgynat. Nous comprendrons l'im­portance de tout cela au moment où ils vont se retrouver. Bien entendu, ils ne se baignent pas ensemble. Dans la Chine tradi­tionnelle, il n'est pas question qu'un époux et une épouse se baignent ensemble. La seule union est sexuelle, réglementée par des rites. Les deux êtres sont unis puisqu'ils sont les deux élé­ments d'un même corps mais ils sont séparés pour bien perdre leur androgynat. A 49 ans (7 x 7), notez le symbolisme des nom­bres, pour elle, et à 64 ans (8 X 8), pour lui, tout se réunit, les interdits sont levés. Ces deux êtres qui étaient séparés au niveau des repas, du linge, qui ne pouvaient pas dire leur nom, se toucher la main, qui ne pouvaient pas avoir leurs effets dans la même corbeille, mettent tout en commun et cela, tout à coup. Imaginez ce que c'est ! Imaginons-nous à 50 ans avec l'être avec lequel nous vivons, réalisant brutalement cette vie commune. Mangez sur la même natte, dormir sur la même natte, boire dans la même coupe, manger dans le même plat, se toucher la main. Cela signi­fie réaliser cet androgynat à travers le couple et, par là même, en nous. Nous retrouvons l'unité primordiale. C'est cela que le rite opère. Désormais, ces deux vieux seront unis jusqu'à la mort.

Ils seront ensemble dans la même tombe et leurs tablettes funé­raires seront mises dans la même salle. Ainsi, ils deviendront, suprême honneur, un vrai couple d'ancêtres. Vous avez là ce que réalise un rite de ce type.

Je sais bien ce qu'on peut me dire en se plaçant sur un plan social ou psychologique, mais nous nous plaçons sur un plan métaphysique qui est finalement le seul vrai, celui des lois sur la vie, de la réalité de la vie. La vie est métaphysique, elle est archétypielle. C'est sur ce plan là que nous nous sommes séparés pour réaliser chacun la perte androgynale. Puis, tout d'un coup, à 49 et 64 ans, nous nous réunissons, nous mettons tout en com­mun. C'est la vraie fusion. D'ailleurs, la femme, dans la Chine ancienne, ne fait vraiment partie de la famille de son mari qu'à partir de cet âge là. Il faut bien comprendre que dans un premier temps nous avons vécu la dualité, la perte de l'androgynat, la survie de l'espèce (il fallait faire des enfants).

Dans un deuxième temps, nous retrouvons l'unité avec une autre conscience et nous allons vivre notre survie spirituelle. Nous allons vivre la vie de l'esprit. Cela doit se faire obligatoi­rement ; un jour ou l'autre, nous allons vivre cette vie de l'esprit mais, là encore, alors qu'en Occident (ne croyez pas que je cri­tique l'Occident, je constate, parce que je suis aussi occidental que vous et cela me manque autant qu'à vous), cela se fait dans l'anarchie, là, le rite nous aide, nous oblige à vivre cette dualité, à perdre cet androgynat, à être mari et femme assurant la survie de l'espèce. Le rite nous oblige ensuite à retrouver l'unité, la vie de l'esprit en nous préparant à la mort. Je crois que cela nous manque et que, si l'on parle tant du troisième âge, si on est obligé d'inventer une spécialité qui s'appelle la gérontologie, c'est peut- être parce que nous n'avons plus de rites. Nous ne savons plus quelle fonction nous avons à réaliser, quel rôle nous avons à jouer.

Pendant cette période, nous ne savons plus quoi faire, quelle vie mener.

Nous allons aborder maintenant le rite mortuaire qui est un rite africain. Cet homme ou cette femme vient de mourir. On va fixer un endroit au milieu d'un cours d'eau et on va détourner le cours d'eau un instant. On dresse une hutte puis on met le mort sur cette hutte mais pas n'importe comment : soit en position fœtale, c'est-à-dire recroquevillé, soit en triangle ; les jambes sont disposées de telle façon que cet homme fait face à un trian­gle. Ensuite, on le retourne, on le met à plat ventre et on refait prendre au cour d'eau sa direction originelle. Il passe ainsi sous la hutte pendant trois jours. Au bout de trois jours, on le prend et on l'enterre. Vous avez là les premières funérailles parce que, plus tard, quand il ne lui restera que les os, on prendra ses os, j'allais dire les os de l'ancêtre (nous verrons pourquoi tout à l'heure), et on les enterrera ailleurs, dans un endroit pur. Pour comprendre le rite, il nous faut comprendre ce qu'est la mort. Dans une civilisation traditionnelle, la mort n'est pas la fin, c'est un passage. Après la mort, tout n'est pas fini, nous passons d'un plan à un autre ; les chinois disent que nous passons d'une forme à une autre, d'un monde où nous avons cette forme dans un monde où nous avons une autre forme. C'est un double passage Nous changeons de plan et de monde. Comme il y a mort, il y a renaissance inévitablement. C'est la loi cosmique, ce sont les loi de la vie ; il n'y a pas de mort sans renaissance, cela n'existe pas. La vie n'est que mort et renaissance. Les Chinois disent que le monde, les hommes, les animaux se recréent à chaque seconde de la vie. A chaque seconde, vous mourez et vous renaissez diffé­rent. Les Chinois décrivent les mécanismes qui permettent d'assu­rer cette mort et cette renaissance perpétuelles. Nous avons tout cristallisé sur la mort comme si elle était la seule et nous verrons comment, plus tard, dans une société initiatique, dans un chemin initiatique, nous avons à mourir pour renaître. Ce n'est pas une illusion, c'est une réalité. Dans une société traditionnelle, nous passons du statut de mort au statut d'ancêtre. Après avoir été un homme mort avec tout ce que cela comporte, nous allons deve­nir un ancêtre.

Interrogeons-nous sur l'ancêtre. Dans toutes les sociétés tra­ditionnelles c'est le garant de l'ordre social parce qu'il est le médiateur avec l'ordre cosmique. L'ancêtre, c'est celui qui est présent, j’allais dire au ciel. C'est celui qui va garantir (ce qui n'est plus le cas) l'ordre social. L'ordre social de la tribu, du pays de l'empire est conforme à l'ordre cosmique. C'est le vrai rôle de l'ancêtre et c'est pour cela qu'il est important de passer du statut de mort au statut d'ancêtre, ce qui explique que vous avez deux funérailles. Vous serez enterré dans un endroit impur parce que vous avez à vous purifier. Quand vous serez purifié, que vos os auront blanchi, vous serez enterré dans un deuxième endroit où vous aurez votre statut d'ancêtre. Là, vous accomplirez votre rôle, j'allais dire céleste, mais il n'est pas au ciel, le ciel est sur terre. On a trop tendance en Occident à croire que le ciel est ailleurs. Le ciel est ici et maintenant, le ciel est sur terre. Cet ancêtre sera l'intermédiaire entre l'ordre cosmique et l'ordre de la terre, il sera le médiateur. Remarquez, nous pourrions presque dire ce jeu, entre cet homme qui est sous terre et son rôle qui est céleste et observez comment en même temps à la naissance, alors que l'en­fant s'offre à la vie, on enterre le placenta sous terre, au même endroit, comme s'il fallait toujours qu'il y ait quelque chose sur terre et quelque chose sous terre pour établir la liaison entre eux.

Le rite permet que ce mort renaisse, et ce n'est pas un arti­fice, un jeu ; vraiment, réellement, concrètement, complètement, en mettant cet être dans cette position foetale ou triangulaire, on lui permet de renaître après sa mort. Voyez ce qu'est un rite mor­tuaire. C'est un rite qui permettra à cet être qui vient de mourir de réaliser ce passage difficile, douloureux, pendant trois jours puisqu'il doit renaître et se recréer.

Remarquez bien l'opérativité du rite. En le retournant, on lui permet de quitter ce monde formel pour accéder à un autre monde. Réalisons ce qui se passe en ce moment. Qui les aide à passer ? Comment se fait ce passage qui est nécessairement diffi­cile et douloureux ? Comment change-t-on de monde alors que nous n'avons plus de rite. N'est-il pas urgent que nous retrouvions nos rites pour que, le jour venu, quelqu'un soit là, en conscience, pour nous aider par le rite à passer, à changer de monde et à renaître ?

Abordons le rite de l'homme malade. Je vais vous en conter un qui est un rite africain du Zaïre. La maladie fait partie de la vie comme l'orage et le tremblement de terre font partie de la vie.

Imaginez que dans ce temple entre un fou furieux. Quelle sera notre réaction ? Les plus courageux vont se jeter sur lui, on va lui mettre une camisole de force et puis, on va le bourrer de drogues de façon à ce qu'il soit anéanti, mourant.

Imaginez maintenant que nous soyons toujours dans un temple mais dans une tribu du Zaïre. Comment cela se passe-t-il ? Cet homme arrive fou furieux. Bien entendu, des hommes le maî­trisent pour ne pas qu'il nuise, mais ils n'emploient ni camisole de force, ni drogue, pas même une plante. Que se passe-t-il ? Tout le village arrive. Au centre de la place, il y a le prêtre, l'initié, qui s'installe comme l'empereur, en prière, en état de prière. Cet homme, tout d'un coup, est tout amour, tranparent au monde, transparent comme un cristal entre cette place, avec cet homme fou furieux, avec les gens de sa tribu, et cet univers avec ses lois et avec son ordre. Imaginez que ce fou entre et que l'un d'entre nous se mette au milieu, pur comme du cristal, transparent comme du cristal, tout amour (c'est la condition sine qua non) et que, par là même, il soit le médiateur, l'intermédiaire entre nous et le ciel et son ordre, le monde et son ordre, et la vie et son ordre. Qu'arrive-t-il dans la tribu maintenant que chacun est à sa place ? Tout à coup, vous avez dans un coin les tam-tams qui commencent, gentiment, calmement, régulièrement, j'allais dire de manière ordonnée, et alors que cet être est là, au centre, toute transparence et tout amour, les tam-tams commencent à s'agiter, à se désordonner, à s'accélérer. Vous voyez les tam-tams qui s'agi­tent, qui sont de plus en plus dans le désordre. Jusqu'où vont-ils comme cela ? Ils vont jusqu'au désordre de l'homme fou furieux et ils vont avec l'amour et la transparence du « cheikh » qui est au milieu, ils vont rejoindre cet être dans son désordre, sa folie, et quand ils l'auront rejoint grâce à cet amour et à cette transpa­rence, vous verrez les tam-tams qui redescendent peu à peu, len­tement, doucement, qui calment le désordre, qui s'agitent de moins en moins et qui, peu à peu, finissent à l'état de départ où tout était calme, ordonné.

Chose fantastique ! Au fur et à mesure que les tam-tams redescendent vous voyez cet être qui se calme tout seul. Quand ils sont redevenus paisibles et quand le silence est revenu sur la tribu avec cet être au centre, amour et transparence, cet homme n'est plus fou furieux, sa crise est vide. Voilà un rite ! Il faut être médecin pour imaginer ce qu'est un rite thérapeutique. Comparez un homme fou furieux à qui l'on met une camisole (ou à qui l'on administre des médicaments) et un autre fou furieux qui a devant lui un être au centre, tous les autres membres du village autour, avec les tam-tams qui vont le chercher dans son désordre et qui le ramènent doucement à l'ordre. Qu'ont-ils fait ? Ils ont réintégré cet être dans l'ordre cosmique, dans l'ordre du monde. Ils l'ont remis en relation avec l'ordre cosmique et, par là, ils ont réalisé en lui cet ordre. C'est fondamental de comprendre, pour abstrait que ce soit, que ce n'est pas une utopie, c'est définitif, c'est-à-dire, pour prendre un langage scientifique, c'est un fait expérimental reconductible.

Ils ont relié cet être à l'ordre du monde, aux lois de la vie, de l'univers et ils lui ont permis de rendre réel en lui cet ordre qui était perturbé : c'est cela la ligne de traitement de la maladie ! Vous noterez la solidarité du groupe. Cet homme n'a pas été rejeté. Nos fous, nous les rejetons, nous ne savons plus quoi en faire. Ce n'est pas de notre faute, personne ne nous a expliqué ce que nous devions faire alors, nous les parquons dans des asiles. Dans ce village, au contraire, le groupe s'est senti responsable. Il a été autour de cet être, au milieu, amour et transparence. Le groupe est allé le chercher et est revenu avec lui. Il faut dire que dans une société traditionnelle vraie, l'ordre social et l'ordre cosmique étaient plus près qu'aujourd'hui. Par ailleurs, vous observerez que ce n'est qu'un traitement : ramener l'homme dans son ordre en le reliant à l'ordre cosmique. C'est le seul traitement vrai de la maladie. Faire en sorte que l'homme qui est devant vous, ou la femme, revienne en ordre en étant relié à l'ordre idéal de la vie. Les chinois diraient à l'ordre du ciel.

Il ne faut pas oublier ce qui est, à mon avis, le plus impor­tant : tout l'amour et la transparence qu'il a fallu pour que le traitement puisse se faire. Il faut être tous les jours devant des malades, et pas seulement des malades, pour savoir combien c'est difficile d'aimer l'autre, quel qu'il soit. Aimer l'autre parce qu'au bout du compte il a toujours en lui un trésor caché, une étincelle divine. Ce rite thérapeutique nous rappelle qu'il n'y a pas de guérison vraie sans amour et transparence.

Nous venons de vivre quelques rites exotériques, communs à tous. Comprenons bien comment à la naissance nous devions avoir notre nom secret de prédestination et faire alliance avec le ciel ; comment à la puberté nous devions mourir et renaître, per­dre l'androgyne et comment nous devions être intégrés dans le cosmos.

Nous avons compris comment les rites, j'espère que nous avons compris, comment les rites, après la ménopause et l'andro­pause, nous permettent de retrouver cet androgynat, de retrouver cette voie de l'esprit, cette unité perdue, avec notre conscience.

Nous avons compris comment les rites nous permettaient de passer à un autre monde et de devenir un ancêtre.

Nous avons compris comment le rite permettait de guérir réellement un homme en le réintégrant dans l'ordre cosmique, en rendant réel en lui l'ordre de la vie par l'amour et par la trans­parence.

Abordons maintenant les rites ésotériques qui sont réservés à des membres d'une société initiatique qui sont censés avoir des capacités que d'autres n'ont pas (remarquez le conditionnel). Le but des rites ésotériques est le même que celui des rites exoté­riques. Il est de réaliser, de rendre réelles, actuelles, les lois qui vont être opératives pendant notre vie initiatique. Nous entrons en Franc-Maçonnerie dans un but. Nous allons avoir à subir des transformations, des mutations. Nous allons les subir de deux manières. D'abord, par l'influence spirituelle que transmet la Franc-Maçonnerie parce qu'il est vrai que la Franc-Maçonnerie transmet une influence spirituelle. Nous allons subir, accélérer, favoriser ces transformations et ces mutations par le rite. Nous avons un rite de constructeur : Franc-Maçon. Nous sommes dans un monde sans h Isard, cela veut dire que ce n'est pas par hasard que la Franc-Maçonnerie a un rite de constructeur. Si nous possé­dons la symbolique de constructeur, c'est que nous avons à bâtir, à construire. Nous sommes au début du chemin. Nous avons à construire un temple en nous, collectivement, et nous avons à construire un être chaque fois qu'il y en a un qui se présente à la porte du temple et qui a les qualifications requises. C'est pour cela que nous avons une symbolique de constructeur : nous avons une fonction de construction. Il nous faut édifier des êtres, des temples. Faire que cet être puisse arriver au terme qui est de mourir à lui-même pour naître au divin. Je sais que vous réa­gissez sur le mot « divin » mais vous savez qu'il y a une réalité physiologique et que les mots ne changent rien.

La réalité physiologique est que nous avons deux êtres en nous : un être spécifique, public, avec ses passions, ses buts, ses besoins, ses envies de posséder, ses désirs, ses problèmes psycho­logiques, son paraître et puis, nous en avons un autre, au fond, caché comme un trésor et qui demande à vivre. Entrer en Franc- Maçonnerie c'est, qu'on le sache ou non, fondamentalement, vou­loir que vive cet homme qui est caché au fond, que vive ce trésor, cet être que vous pouvez appeler spirituel, transcendant, embryon taoïste, être divin, être immanent, tous les noms de la terre, cela ne change rien à sa réalité : cet être est en nous et il demande à vivre. C'est pour cela que nous avons un rite de constructeur ; nous sommes, en tant que Franc-Maçon, au début du chemin. Nous devons édifier un mythe et nous allons le faire par le rite parce que le rite va le permettre, parce qu'il est opérant. Il y a des rites d'ouverture de Loge, de fermeture et d'initiation. Je ne vais pas vous les décrire mais je peux quand même vous dire ce que ça fait. Le rite d'initiation consiste à initier celui qui se pré­sente à la porte du temple, c'est-à-dire le profane qui demande à être admis en Franc-Maçonnerie. D'abord, nous ouvrons la Loge. Imaginez que nous soyons tous Francs-Maçons, nous avons un Vénérable, des Officiers, nous allons ouvrir la Loge. Qu'allons- nous faire ? Nous allons reproduire, revivre l'acte éternel de créa­tion. Nous avons à revivre à chaque ouverture les lois qui ont présidé à la construction du monde, les lois qui ont présidé à la création de toute vie, quelle qu'elle soit. Que faire ? Nous nous relions à l'Architecte. Nous nous donnons l'ordre de créer les hommes qui sont là juste pour mener à terme cette création. Il nous faut nous relier à la source de vie qui est la Lumière. Il nous faut donc installer l'espace puis le temple et alors, tout est prêt, nous pouvons donner vie à ce temple : ce temple qui est en nous et ce temple politique qu'est la Loge. Ce n'est pas important de savoir leur nom, l'important est de savoir ce qu'ils opèrent et de savoir qu'un rite d'ouverture de Loge nous fait revivre les lois qui président à la création de toute vie, que ce soit la vie de l'homme, de l'univers ou la vie de la plante, de l'animal ou du cristal. Les lois sont les mêmes et le rite vous les fait revivre.

Ainsi, à chaque ouverture de Loge, Tenue après Tenue, nous revivons ces lois qui, patiemment, nous permettent de créer le temple qui est en nous et le temple qu'est la Loge. Venons-en à la fermeture de la Loge. Qu'allons-nous faire ? Nous allons la des­tructurer, la renvoyer au chaos (le chaos n'est pas la pagaille, c'est l'indistinction parce que les forces ont changé de sens sou­vent, et à la fermeture de Loge, nous allons renvoyer cet univers au chaos).

Dans certaines occasions, nous avons des profanes qui se présentent et nous devons les initier. Il va falloir qu'ils meurent et qu'ils renaissent et ce, par un rite qui est, croyez-le bien, opé­ratif. Il est vrai. La construction de cet être sera réelle, aussi réelle que si nous avions construit cet édifice ou la cathédrale de Paris. Quand on dit que par le rituel d'initiation on construit un être ce n'est pas un jeu, on ne fait pas semblant, on n'a pas donné un coup de maillet en disant des formules et en jetant tout par terre ; ce n'est pas vrai ! Ce jour-là, si le rite est fait en conscience et ce qui me désespère c'est de le voir faire n'importe comment, si le rite est fait en conscience, un être commence à mourir et un autre commence à naître, réellement. C'est une trahison que de ne pas le faire en conscience parce que cet être est venu pour mourir et pour renaître et il est venu, qu'il le sache ou pas, sous tous les prétextes de la terre (et ceux qui sont en Maçonnerie depuis quinze ou vingt ans en ont vu suffisamment pour savoir que nous arrivons ici sous tous les prétextes de la terre). Fonda­mentalement, nous avons une demande qui est de faire vivre en nous cet être fantastique qui est caché au plus profond, ce tré­ sor auquel nous devons accéder.. C'est une trahison, une mutila­tion que de ne pas lui permettre de vivre en ne réalisant pas un rite comme il devrait l'être.

Alors, que se passe-t-il ? D'abord, il meurt en terre ; puis il va renaître à travers des épreuves, on va le reconstruire à travers quatre éléments parce que la vie est faite de quatre éléments. Il va renaître à travers sept épreuves que je ne vous décompose pas parce que sept sont toujours les moyens qui sont donnés pour, mener une création à son terme. N'oubliez pas que les nombres sont la vérité du monde. Rien ne se fait sans les nombres dans la vie. Le nombre est le secret du nom ; c'est pour cela que le nom est le secret de la vie. Nous avons oublié tout cela, pas tout ; nous avons oublié que la réalité de la vie était sous-tendue par le nombre et qu'elle était vie par le nombre. Ce n'est pas pour rien que l'on fait des choses à trois, à neuf ; ce n'est pas pour rien qu'il y a sept épreuves (s'il y avait six épreuves et non sept, il n'y aurait pas la même opérativité du rite). Sept, c'est le temps qu'il faut pour mener une création à son terme. Cet être va donc commencer à renaître parce que la Franc-Maçonnerie, avec son symbolisme de constructeur, est un début de chemin. Ensuite, on va lui donner, par l'instruction, les moyens de vivre. Voilà ce que l'on réalise dans un rituel d'initiation. Il meurt, on le recons­truit à travers les éléments et les voyages et on permet à quel­qu'un qui est en lui de commencer à renaître. A ce moment là, on l'instruit comme on instruisait cet adolescent dans le bois sacré ; on l'instruit à d'autres lois de la vie, plus archaïques, plus fonda­mentales.

Ce qu'il est important de retenir, surtout pour les Maçons, les Maçonnes qui sont ici, c'est que tous vos gestes rituels opèrent quelque chose et qu'il est vrai que nous construisons vraiment, réellement, un temple à chaque rituel d'ouverture et qu'il est vrai également que nous construisons vraiment, concrètement, un être à chaque rituel d'initiation. Tous les gestes rituels que l'on vous demande de faire sont là pour opérer en nous des transfor­mations et des mutations. Quand on nous dit : « Rentrez à l'ordre dans le temple » , remarquez ce mot « ordre » qui revient sans arrêt et qui se réfère à cet ordre de la vie, à cet ordre cosmique.

Ce qui est sûr, c'est que si vous entrez dans n'importe quel ordre et si vous vous mettez dans n'importe quel ordre, vous ne ferez pas en sorte que cette mutation se produise. Tous les gestes rituels doivent être faits conformément au rite parce qu'un rite opère en nous, à chaque instant où nous le faisons, une transfor­mation et une mutation nécessaires. Il faut dire à ceux qui ne sont pas Maçons que s'ils ont envie de le devenir un jour, ils doivent savoir en tout cas, dès leur entrée, que le rite ne sera pas un jeu, une cérémonie, une pièce de théâtre, un artifice, que ce sera un acte opérant, réel, authentique, efficace.

J'espère que nous avons compris ensemble quel était le rôle fondamental du rite qui est d'actualiser, de réaliser (réaliser c'est rendre réel) en nous des lois cosmiques, archétypielles, les lois de la vie. Car, finalement, la vie n'est que l'incarnation des archétypes, des lois qui nous gouvernent. Elle n'est que l'incar­nation des attributs divins que, dans le même temps, elle nous révèle et elle nous masque. La vie n'est que l'incarnation d'attri­buts et d'archétypes et le rite est le moyen qui nous est donné pour vivre ces archétypes et attributs, pour réaliser ces lois qui sont à vivre à un temps ou dans une circonstance donné de notre vie. S'il fallait ne retenir qu'une chose, ce serait celle-ci : le rite nous permet de vivre la loi de la vie, la loi cosmique, la loi fonda­mentale archaïque que nous devions vivre à un tel moment de notre vie (comme la puberté, la ménopause) ou dans telle circons­tance (par exemple lors d'un rituel d'initiation).

Pour cela, nous devons saisir que tout est archétypiel, que la vie est archétypielle, que tout est métaphysique, que la vie fonda­mentalement est métaphysique. Pour comprendre un rite, il ne faut surtout pas se placer sur un plan psychologique ou social, placez-vous sur un plan métaphysique, archétypiel. Quand vous aurez accédé au plan archétypiel ou métaphysique, vous compren­drez facilement quelle est la réalité sociale ou psychologique qui en découlait.

Regardez avec un œil neuf tous les gestes rituels ; si vous voyez une femme musulmane voilée dans la rue, plutôt que de crier psychologiquement ou socialement à l'inégalité des sexes, demandez-vous quelle est la raison profonde, archétypielle, méta­physique qui fait que cette femme est voilée ; quel secret doit-elle cacher ? Si on vous parle d'anthropophagie, en plus que de crier à l'inhumanité, et vous aurez raison, demandez-vous quelle dégé­nérescence il y a eu pour en arriver là. Quelle opérativité du rite a-t-on oubliée pour en arriver là ?

Comment partant du fait que le Maître, arrivé au terme de sa vie, donne ses attributs à son héritier, on est arrivé au fait qu'un homme en mange un autre pour s'attribuer certains pou­voirs illusoires ?

Ainsi, quand vous êtes devant un rite, devant un geste rituel, n'oubliez pas que le monde est métaphysique et la réalité arché­typielle.

Il nous faut bien comprendre aussi ce que nous faisons en Franc-Maçonnerie. La Franc-Maçonnerie est un chemin de réali­sation. Ce chemin, nous ne pouvons le faire que par le vécu de nos rites, par la répétition de nos rites, par le fait que Tenue après Tenue, nous avons nos rites qui réalisent en nous des transforma­tions et des mutations qui vont permettre, d'une part, au vieil homme de mourir et, d'autre part, à cet être caché et divin qui est en nous de vivre.

Sachez que tout Franc-Maçon, qu'il le sache ou non, fonda­mentalement, entre en Franc-Maçonnerie pour cela. Enfin, il nous faut comprendre que le grand problème du monde actuel n'est pas social, politique ou économique. Il est que nous vivons la fin d'un cycle, le « kali-yuga », la fin d'un cycle temporel. C'est pour cela que nous sommes dans l'anarchie. Nous sommes en effet coupés de l'archée, des lois, des archétypes. C'est aujourd'hui le problème fondamental : le monde tout entier (et pas seulement l'Occident) est en train de vivre la fin d'un cycle et, par là même, nous vivons le début d'un autre, immatériel, subtil, c'est encore un embryon, une cellule. Pour vivre le début de cet autre cycle, le rite est nécessaire parce que si, dans l'anarchie actuelle, nous voulons nous relier aux lois de la vie et du cosmos, il nous faut d'abord vivre la réalité et l'opérativité du rite. Seul le rite nous permettra de devenir conformes à cet ordre du monde, de ré­pondre à cet ordre idéal de la vie. Comprenons que seul le rite nous permettra de retrouver cette perfection qui, en même temps première et dernière, est en nous.

Jean-Marc Kespi

(*) Conférence prononcée par Jean-Marc Kespi, le 5 décembre 1981, dans le cadre des conférences organisées par le Cercle Condorcet- Brossolette.

Source : www.ledifice.net

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