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Loge de Recherche Laurence Dermott

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René Guénon et l'initiation maçonnique(extrait)

Publié le 2 Juillet 2026 par T.D

 

          Nous voudrions présenter ici, et cela dans le prolongement de notre article « René Guénon et l’initiation » paru dans le livre du tricentenaire de la Franc-Maçonnerie, l’enseignement de Guénon sur l’initiation maçonnique. L’apport de cet enseignement est considérable et il ne sera pas question d’un exposé complet ; nous nous contenterons d’aperçus sur les quelques points qui nous ont paru devoir retenir l’attention.

              Si l’on s’en tient aux apparences, la « carrière maçonnique » de René Guénon peut troubler. En effet, tout d’abord en 1906, alors qu’il n’a pas encore 20 ans, René Guénon s’inscrit, par l’intermédiaire d’un ami, à l’École Hermétique créée par Papus. Cette école qui singeait les études secondaires profanes, servait d’antichambre à tous les groupements occultistes, fatras des forgeries du même Papus, tout particulièrement son Ordre martiniste, lequel n’avait évidemment aucune filiation avec Louis-Claude de Saint-Martin. D’ailleurs Saint-Martin n’a jamais fondé le moindre groupement initiatique. Mais c’était le lieu idéal pour le jeune Guénon de pénétrer toutes ces organisations. Nous nous limiterons dans le cadre de cet article aux seules organisations maçonniques.

            Il est reçu Apprenti dans la Loge symbolique Humanidad n° 240, le 27 octobre 1907. Cette Loge, dont Charles Détré (Téder) était le Vénérable, appartenait à la Maçonnerie « irrégulière » du Rite National Espagnol, rite apparenté aux rites de Memphis et Misraïm. Le 10 avril 1908, il est élevé au grade de Maître et le mois suivant il entre au Chapitre et Temple INRI du « Rite Primitif et Originel swedenborgien », introduit en France par Papus grâce à une patente octroyée par John Yarker qui en était l’auteur. Ce rite n’était donc ni « primitif » ni « originel » ni d’ailleurs swedenborgien !

           En 1908, en avril semble-t-il, René Guénon reçut de Theodor Reuss, Grand Maître du Grand Orient et du Souverain Sanctuaire du Rite ancien et primitif de l’Empire d’Allemagne, le cordon de Kadosch, 30ème degré du rite ancien et primitif. Theodor Reuss était le représentant de Yarker en Allemagne dont il avait reçu une patente en 1902.

               En cette même année, début juin, Papus organisa à Paris avec l’aide de Téder, le congrès spiritualiste et maçonnique dont l’objectif était de rassembler toutes les organisations à prétentions initiatiques de l’époque ainsi que toutes les obédiences irrégulières afin de s’opposer à la maçonnerie « matérialiste et politique », selon les propres dires de Papus, du G.·. O.·. et de la G.·. L.·. D.·. F.·.. Yarker d’ailleurs, quoiqu’absent, en était le président d’honneur et était représenté par Theodor Reuss. Au cours de ce congrès, ce dernier communiqua les grades 30-90 du rite ancien et primitif à René Guénon. Alors que Guénon se trouvait à la tribune, il la quitta abruptement, montrant ainsi son désaccord et sa rupture avec les organisations papusiennes. Ce furent les derniers grades irréguliers et occultistes qu’il reçut. Il avait suffisamment fait le tour de la question pour savoir à quoi s’en tenir sur la valeur de ce que véhiculaient ces organisations occultistes.

           Cependant, il n’avait pas encore effectué toutes ses investigations dans le monde maçonnique ; il se fit recevoir au grade de M.·. le 21 mars 1912 dans la L.·. Thébah sous les auspices de la G.·. L.·. D.·. F.·.. Cette L.·. travaillait au REAA et possédait un rituel qui, selon René Guénon, avait conservé beaucoup d’éléments provenant de l’ancienne maçonnerie « opérative », l’office des Diacres entre autres.

                Il assista aux Tenues de cette loge jusqu’en 1913 ou 1914. Il y présenta une Pl.·. « L’enseignement initiatique » à la fin de l’année 1912 qui sera publiée en 1913 dans la revue d’Oswald Wirth, Le Symbolisme. Mais après la Grande Guerre, et peut-être même avant, il ne fréquenta plus aucune loge. Thébah apparaît ainsi comme l’ultime vérification de la nature traditionnelle et initiatique de la F.·. M.·.. Il avait désormais effectué son enquête sur la Franc-Maçonnerie et les organisations occultistes ; c’est ainsi qu’il pourra écrire plus tard cette déclaration devenue célèbre :

          « Des investigations que nous avons dû faire à ce sujet, en un temps déjà lointain, nous ont conduit à une conclusion formelle et indubitable que nous devons exprimer ici nettement, sans nous préoccuper des fureurs qu’elle peut risquer de susciter de divers côtés : si l’on met à part le cas de la survivance possible de quelques rares groupements d’hermétisme chrétien du moyen âge, d’ailleurs extrêmement restreints en tout état de cause, c’est un fait que, de toutes les organisations à prétentions initiatiques qui se sont répandues actuellement dans le monde occidental, il n’en est que deux qui, si déchues qu’elles soient l’une et l’autre par suite de l’ignorance et de l’incompréhension de l’immense majorité de leurs membres, peuvent revendiquer une origine traditionnelle authentique et une transmission initiatique réelle ; ces deux organisations, qui d’ailleurs, à vrai dire, n’en furent primitivement qu’une seule, bien qu’à branches multiples, sont le Compagnonnage et la Maçonnerie. Tout le reste n’est que fantaisie ou charlatanisme, même quand il ne sert pas à dissimuler quelque chose de pire ; et, dans cet ordre d’idées, il n’est pas d’invention si absurde ou si extravagante qu’elle n’ait à notre époque quelque chance de réussir et d’être prise au sérieux, depuis les rêveries occultistes sur les “initiations en astral” jusqu’au système américain, d’intentions surtout “commerciales”, des prétendues “initiations par correspondance” ! » (1)

           On le voit, cette affirmation n’est pas sans importance. De la part de celui qui condamna le plus sévèrement la civilisation occidentale moderne, la déclaration que nous venons de citer montre que, malgré tout, une organisation véritablement traditionnelle et initiatique subsiste en Occident et ce n’est pas rien. Certes, il s’agit d’une organisation amoindrie, déchue même, mais non intrinsèquement amoindrie et déchue. Elle l’est uniquement « par suite de l’ignorance et de l’incompréhension de l’immense majorité de [ses] membres ». (2) Cette déchéance est certes grave, mais non irrémédiable. Il suffit, si nous pouvons dire, que l’« immense majorité de ses membres », c’est-à-dire les Maç.·. des structures obédientielles d’après 1717, recouvre l’intelligence de ce vénérable et digne métier. Toute l’œuvre de Guénon, même lorsqu’elle n’aborde pas directement ce sujet, devait dès lors s’employer à nous restituer cette intelligence.

L’autorité doctrinale de René Guénon

               On pourrait nous objecter que sa carrière maçonnique, entendre sa présence en Loge, apparait bien courte – à peine deux ans ! – et bien insuffisante pour lui permettre cette entreprise de restauration de la Maç.·.. C’est que la connaissance de Guénon n’est pas la résultante de son initiation maçonnique. Son initiation est antérieure, elle remonte au moins à 1904 et relève d’une transmission de la Tradition hindoue, selon le témoignage de son ami Frans Vreede au colloque de Cerisy-La-Salle : « Il [Guénon] fut initié par une personnalité hindoue, affiliée à une branche régulière d’un ordre initiatique remontant à Shankarâchârya ». Ce rattachement est certain, même si nous ne connaissons pas le guru de Guénon. En effet, nous savons que celui-ci possédait un tableau représentant l’épouse d’un brahmane que Guénon déclara à son entourage être celui de la femme de son guru. Nous savons aussi qu’il portait une bague ou chevalière à la main droite gravée du monosyllabe sacré Om.

                Ce n’est pas là son seul rattachement initiatique. René Guénon a aussi été rattaché au Taoïsme et à l’Islam. Nous ne connaissons pas non plus par qui le rattachement au Taoïsme a pu avoir lieu ; celui-ci aussi est pourtant certain : André Préau, un lecteur de René Guénon, devenu collaborateur des Études Traditionnelles, avait écrit dans un article publié en Inde que c’était à l’enseignement oral d’Orientaux que Guénon devait sa connaissance des doctrines de l’Inde et de l’ésotérisme islamique. À cet article, que Clavelle avait soumis pour relecture à Guénon, celui-ci ajouta « et du Taoïsme ». Nous connaissons bien, en revanche, comment Guénon reçut en 1910 l’influence spirituelle véhiculée par la tarîqa shâdhilite, transmise par Abdul-Hâdi, moqaddem du Sheikh Elîsh el-Kebîr.

                Cependant, nous pensons pouvoir affirmer que ces rattachements initiatiques aux trois grandes Traditions orientales, n’expliquent pas, à eux seuls, l’autorité doctrinale de René Guénon. Dans un article intitulé « Sagesse innée et sagesse acquise », Guénon explique qu’il existe des êtres qui n’ont pas besoin de l’effort du travail personnel de réalisation spirituelle pour parvenir à l’initiation effective, parce que la connaissance effective d’un être étant acquise une fois pour toute, si celle-ci a été acquise dans un état d’être précédent logiquement (et non pas temporellement) la naissance humaine, cette connaissance y apparaîtra comme innée. C’était le cas des hommes nés pendant le premier âge du monde, l’Âge d’or ou le Satya Yuga, mais pour les hommes d’aujourd’hui, nés durant le Kali Yuga ou l’Âge de fer, la réalisation spirituelle est conditionnée par l’initiation virtuelle qui s’impose à tous, même aux êtres à la sagesse innée. À leur sujet Guénon écrit : « en effet, non seulement l’initiation, au lieu de n’être tout d’abord que virtuelle comme elle l’est habituellement sera pour lui immédiatement effective, mais encore il “reconnaîtra” ces degrés, si l’on peut s’exprimer ainsi, comme les ayant déjà en lui […]. Ce cas est comparable aussi à ce que serait, dans l’ordre de la connaissance théorique, celui de quelqu’un qui possède déjà intérieurement la conscience de certaines vérités doctrinales, mais qui est incapable de les exprimer parce qu’il n’a pas à sa disposition les termes appropriés, et qui, dès qu’il les entend énoncer, les reconnaît aussitôt et en pénètre entièrement le sens sans avoir aucun travail à faire pour se les assimiler. Il peut même se faire que, lorsqu’il se trouve en présence des rites et des symboles initiatiques, ceux-ci lui apparaissent comme s’il les avait toujours connus, d’une façon en quelque sorte “intemporelle”, parce qu’il a effectivement en lui tout ce qui, au delà et indépendamment des formes particulières, en constitue l’essence même ». (3) Il est clair que cela s’applique à Guénon lui-même. Dans la citation que nous venons de faire, dans « mais qui est incapable de les exprimer parce qu’il n’a pas à sa disposition les termes appropriés », on reconnaîtra facilement l’allusion à la remarquable élaboration du vocabulaire doctrinal de Guénon dans une langue profane, et dans « en présence des rites et des symboles initiatiques », sa maîtrise du symbolisme et des rites, en particulier les symboles et rites maçonniques qui nous préoccupent aujourd’hui.

                 Nous pensons avoir montré, s’il en était besoin, le degré d’autorité de Guénon en ce qui concerne la Maçonnerie et la légitimité à prendre appui sur son œuvre pour permettre à celle-ci de redevenir une voie de réalisation métaphysique effective.

L’amoindrissement et la déchéance de 1717

           Le premier point à considérer pour cette entreprise de restauration d’une Maçonnerie opérative est la compréhension de la nature de « l’amoindrissement et de la déchéance » qu’il a dénoncés. Pour Guénon, c’est la création de la Grande Loge de Londres puis d’Angleterre qui est la cause de cet amoindrissement, parce qu’elle a consacré la rupture avec le métier ; il l’a écrit à de nombreuses reprises en particulier dans cet extrait qui est une note à la deuxième édition du Théosophisme :

            « Christopher Wren, dernier Grand-Maître de l’ancienne Maçonnerie anglaise, mourut en 1702 ; les quinze années qui s’écoulèrent entre cette date et la fondation de la nouvelle Grande Loge d’Angleterre (1717) furent mises à profit par les Protestants pour opérer un travail de déformation qui aboutit à la rédaction des Constitutions publiées en 1723 ; les Rév. Anderson et Desaguliers, auteurs de ces Constitutions, firent disparaître tous les anciens documents (Old Charges) sur lesquels ils purent mettre la main, afin qu’on ne s’aperçût pas des innovations qu’ils introduisaient, et aussi parce que ces documents contenaient des formules qu’ils estimaient fort gênantes, comme l’obligation de fidélité “à Dieu, à la Sainte Église et au Roi”, marque incontestable de l’origine catholique de la Maçonnerie. » (4)

          En 1926 dans la revue Regnabit, René Guénon publia un article intitulé « À propos des signes corporatifs et de leur sens originel » dans lequel il affirme les mêmes explications sur l’origine de la déviation de 1717 ; il y ajoute une note qui précise : « Il y a eu ultérieurement une autre déviation dans les pays latins, celle-ci dans un sens antireligieux, mais c’est sur la “protestantisation” de la Maçonnerie anglo-saxonne qu’il convient d’insister en premier lieu. » (5)

         La condamnation par Guénon de la Maçonnerie obédientielle de 1717 est nettement plus forte que celle de la suppression en 1877 par le G.·. O.·. de l’obligation en la croyance en Dieu, et 10 ans plus tard la non-obligation d’ouvrir les Trav.·. à la G.·. D.·. G.·. A.·. D.·. L.·. U.·.. La raison en est que la création de la G.·. L.·. D.·. A.·. fut une rupture avec la Maçonnerie opérative alors que la crise de 1877, en France d’abord, puis dans les pays latins, n’en est qu’une conséquence ; cette rupture ayant permis la pénétration des idées profanes au sein de la Maçonnerie. Pour Guénon, cette déviation fut réalisée par des Maçons acceptés, c’est-à-dire des gentlemen qui n’exerçaient pas le métier de Maçon, mais qui appartenaient de plein droit à la Maçonnerie opérative sans toutefois y avoir reçu la plénitude de l’initiation. D’après lui, Anderson n’était que Compagnon accepté, reçu en tant que chapelain de sa loge dans une loge destinée à cet effet, la Loge de Jakin. Toute loge opérative se devait d’avoir pour membres acceptés, un chapelain et un médecin. N’étant que Compagnons, ces Maçons acceptés ignoraient les grades supérieurs de la Maçonnerie opérative et lorsque qu’en secret ils créèrent la Maçonnerie spéculative moderne, leur science maçonnique étant incomplète, cette Maçonnerie ne comporta que deux grades ; c’est ainsi que Guénon explique l’absence du grade de Maître dans les débuts de la Maçonnerie andersonnienne. Mais, selon lui, il existait encore au début du XVIIIème siècle des loges opératives dont les membres, surtout des Irlandais, ou bien des Anglais membres de loges restées indépendantes de la G.·. L.·. D.·. A.·., n’avaient pas accès aux nouvelles loges de cette nouvelle obédience. Ce sont eux qui sont à l’origine de la Grande Loge des Antients. René Guénon y attachait de l’importance parce que cette nouvelle obédience avait conservé davantage d’usages de la Maçonnerie opérative : le rituel de grade de Maître avec son mot de Maître substitué, plus proche de son origine hébraïque que celui de la Maçonnerie andersonnienne, l’office des Diacres (Deacon) et surtout le Holy and Royal Arch, l’Arche Royale, comme il est d’usage de la nommer en français.

Maçonnerie « opérative » et Maçonnerie « spéculative »

                Si Guénon attache autant d’importance à la Maçonnerie opérative, c’est parce qu’il ne donne pas le même sens à « opératif » que celui que les historiens de la Maçonnerie lui attribuent. De plus, il accorde une valeur infiniment plus grande aux opératifs qu’aux spéculatifs, à rebours de ce que l’on considère ordinairement : « le passage de l’“opératif” au “spéculatif”, bien loin de constituer un “progrès” comme le voudraient les modernes qui n’en comprennent pas la signification, est exactement tout le contraire au point de vue initiatique ; il implique, non pas forcément une déviation à proprement parler, mais du moins une dégénérescence au sens d’un amoindrissement ; et […] cet amoindrissement consiste dans la négligence et l’oubli de tout ce qui est “réalisation”, car c’est là ce qui est véritablement “opératif”, pour ne plus laisser subsister qu’une vue purement théorique de l’initiation. » (6) La Maçonnerie spéculative moderne, ne faisant plus usage que de la raison discursive, ne dépasse pas le domaine individuel. On peut même dire qu’elle enferme dans le domaine individuel. Comme son nom l’indique, la connaissance spéculative est une connaissance par reflet alors que la connaissance initiatique effective est une connaissance directe, qui opère l’identification de l’être connaissant et du sujet connu, ce qu’est exactement la réalisation spirituelle.

Initiation de métiers et les trois voies

            Parce que l’initiation maçonnique est une initiation de métier, Guénon la considère comme une initiation relevant du Karma mârga, la voie des œuvres de l’Hindouisme, la troisième des trois voies, les deux autres étant le Jnâna mârga, la voie de la connaissance et le Bhakti mârga, la voie de la dévotion. Comme telle, et contrairement à la première des voies – le jnâna mârga, la voie de la connaissance pure – la voie des œuvres fait appel à des éléments proprement individuels, afin de réaliser l’individualité intégrale par l’actualisation harmonieuse et équilibrée de la totalité des possibilités de l’individualité de l’initié, ce que Guénon appelle la réalisation des « petits mystères ».

            S’il existe trois grandes catégories de voies initiatiques, c’est qu’elles s’adressent à des êtres dont les dispositions individuelles sont différentes. La première, la voie de la connaissance pure, concerne des êtres de nature contemplative, dont la réalisation « doit tendre aussi directement que possible à la possession des états supérieurs de l’être », les deux autres sont destinées à des êtres qui occupent une position plus périphérique dans le domaine humain, et qui doivent d’abord passer par une phase préparatoire dans laquelle la réalisation s’appuie principalement sur les facultés individuelles, psychiques et corporelles, avec une accentuation plus grande sur les facultés corporelles dans l’initiation de métier. Pour Guénon, les Occidentaux étant essentiellement tournés vers l’action, par suite de la dégénérescence cyclique, il ne reste plus guère que des êtres qualifiés pour la troisième voie, ceux qualifiés pour les voies de dévotion et de connaissance étant en infime minorité ; c’est la raison pour laquelle seuls la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage ont perduré en Occident.

La Maçonnerie « refuge » des initiations disparues

                  En Occident ne subsistent plus guère que des initiations de métier, et parmi celles-ci, il ne reste plus que le Compagnonnage qui a gardé un lien effectif avec le métier. Il n’y a jamais eu en Occident d’initiation relevant uniquement du Jnâna mârga ; celles qui ont pu exister au sein ou en lien avec des ordres monastiques comportaient toutes un élément « bhaktique » plus ou moins accentué. En revanche au Bhakti mârga correspond en Occident l’initiation chevaleresque qui a perduré même au-delà du moyen âge. Initiation chevaleresque et initiation de métier, en tant qu’initiations prenant pour point de départ les facultés individuelles, ont toujours entretenu des relations de proximité ; et lorsque l’initiation chevaleresque, par suite de la dégénérescence cyclique, ne fut plus capable de se perpétuer, elle a pris refuge dans les organisations initiatiques de métier moyennant une adaptation de ces dernières : « Signalons incidemment que ceci peut obliger ceux qui sont encore qualifiés pour cette voie à “se réfugier”, s’il est permis de s’exprimer ainsi, dans des organisations pratiquant d’autres formes initiatiques qui primitivement n’étaient pas faites pour eux, inconvénient qui peut d’ailleurs être atténué par une certaine “adaptation” effectuée à l’intérieur de ces organisations mêmes. » (7)

             Ainsi s’explique pour Guénon ce que les historiens appellent la « légende templière », mais qui, pour lui, est un héritage spirituel au sens d’une influence spirituelle effective transmise à la Franc-Maçonnerie. De-là aussi la présence de hauts grades chevaleresques dans les différents rites maçonniques, et même la présence d’un ordre équestre initiatique souché sur la Maçonnerie comme au Rite Écossais Rectifié. L’origine de l’expression « Art royal » témoigne de cette ancienne proximité et de cet héritage initiatique chevaleresque, car pour Guénon le terme « Art » désigne le domaine des connaissances, les rites et symboles ainsi que les applications de la voie initiatique concernée. Le domaine des connaissances relevant de l’Art Royal est le domaine des sciences traditionnelles cosmologiques – la métaphysique pure relevant quant à elle de l’Art sacerdotal. La science cosmologique par excellence en Occident est l’Hermétisme dont l’application est l’alchimie qui pour Guénon doit s’entendre au sens intérieur et non au sens matériel des transmutations métalliques. C’est un fait que beaucoup de symboles hermétiques sont présents en Maçonnerie particulièrement celle du REAA, et la science héraldique, qui est aussi une science hermétique, est constitutive de l’ordre intérieur du R.E.R. ; un grade entier de l’ordre intérieur, le grade d’Écuyer Novice, repose sur cette science traditionnelle puisque le travail de ce grade consiste pour l’Écuyer Novice en l’élaboration de son blason.

Initiation de métier et ritualisation de la vie

                  Puisque les initiations de métier relèvent de la voie des œuvres, du Karma mârga, Guénon, connaissant trop bien la mentalité dominant en Occident, explicite la nature de l’action dans cette voie : « le terme de Karma, quand il s’applique à une voie ou à une forme initiatique, doit être entendu avant tout dans son sens technique d’“action rituelle” », mais, ajoute-t-il, toute action dans une société intégralement traditionnelle est ritualisée ; c’est une société où le point de vue profane a disparu. Même sans vivre dans une société traditionnelle, et notre société occidentale moderne n’en est certes pas une !, le Maçon, en tant qu’initié, doit, au moins pour son propre compte, se défaire du point de vue profane et faire de toute action ordinaire, une action ritualisée, « tout au moins pour toute action qui est en rapport avec l’initiation, et il en est notamment ainsi pour tout ce qui concerne la pratique du métier dans le cas des initiations artisanales ». (8) C’est là la supériorité d’une initiation qui a encore conservé un lien avec le métier. De ce point de vue, pour Guénon, le Compagnonnage est supérieur à la Maçonnerie car l’exercice du métier offre une plus grande facilité de restauration opérative.

Art Royal et Art sacerdotal

            Bien que la désignation d’« art sacerdotal » ait entièrement disparu dans la Maçonnerie moderne, cependant, elle convenait évidemment à l’art des constructeurs des cathédrales du moyen âge. La disparition de l’Art sacerdotal s’est produite vers la Renaissance nous dit Guénon, avec l’empiètement progressif du temporel sur le spirituel, et la perte au moins partielle de la tradition qui en est résulté. Guénon ajoute en note : « Certains fixent avec précision au milieu du XVe siècle la date de cette perte de l’ancienne tradition, qui entraîna la réorganisation, en 1459, des confréries de constructeurs sur une nouvelle base, désormais incomplète. Il est à remarquer que c’est à partir de cette époque que les églises cessèrent d’être orientées régulièrement » (9) L’art sacerdotal étant lié au pouvoir des clés, celui de lier et de délier les influences spirituelles, d’assurer la communication entre l’état humain et les états supérieurs de l’être, et la connaissance de la géographie sacrée qui permet de déterminer le lieu et l’orientation des édifices sacrés, l’art des constructeurs lui est nécessairement associé. Il est légitime dès lors de s’interroger sur l’éventuel refuge, à l’instar de l’initiation royale, de l’initiation sacerdotale au sein de la Maçonnerie ne serait-ce qu’à l’état de vestiges.

             À cette interrogation, René Guénon apporte une réponse positive en se référant à l’Arche Royale dont il souligne que son appellation véritable est Holy and Royal Arch. En effet, dans une note en bas de page de son article « Le symbolisme du dôme » (É. T. oct. 1938), il écrit : « Dans l’initiation maçonnique, le passage from square to arch représente proprement un passage “de la Terre au Ciel” (d’où le terme d’exaltation pour désigner l’admission au grade de Royal Arch), c’est-à-dire du domaine des “petits mystères” à celui des “grands mystères”, avec, pour ceux-ci, le double aspect “sacerdotal” et “royal”, car le titre complet correspondant est Holy (and) Royal Arch […]. – Les formes circulaire et carrée sont aussi rappelées par le compas et l’équerre, qui servent à les tracer respectivement, et qui s’associent comme symboles de deux principes complémentaires, tels que le sont effectivement le Ciel et la Terre. »

             Cette note nous ramène à la Maçonnerie opérative car Guénon considérait que l’Arche Royale provenait directement de la Maçonnerie opérative via la Maçonnerie des « anciens ». Il a d’ailleurs développé certains aspects du symbolisme de ce grade qui sont de toute première importance pour une restauration « opérative » de la Maçonnerie, nous pensons en particulier au symbolisme de la keystone – la clé de voûte – la transmission du mot sacré du grade et aux signes. René Guénon regrettait que ce grade fût inconnu en France, du moins à son époque, et qu’il fût donc difficile de le recevoir et le pratiquer.

Les Hauts Grades

               Ces considérations sur l’Arche Royale permettent d’évoquer sa position sur les Hauts Grades. On sait que Jean Reyor n’accordait de valeur qu’aux trois grades symboliques ; telle n’était pas du tout la position de René Guénon. C’est encore une fois dans l’article « Parole perdue et mots substitués » que nous puiserons l’énoncé de sa position :

          « La raison d’être de ces derniers grades, si on ne les considère pas comme n’ayant qu’un intérêt simplement “archéologique” (ce qui serait évidemment une justification tout à fait insuffisante au point de vue initiatique), est en somme la conservation de ce qui peut encore être maintenu des initiations dont il s’agit, de la seule façon qui soit restée possible après leur disparition en tant que formes indépendantes ; il y aurait certainement beaucoup à dire sur ce rôle de “conservateur” de la Maçonnerie et sur la possibilité qu’il lui donne de suppléer dans une certaine mesure à l’absence d’initiations d’un autre ordre dans le monde occidental actuel ».

                Les « initiations d’un autre ordre » dont il s’agit sont les initiations royales et sacerdotales ; nous avons déjà noté ce rôle de suppléance, autant que possible, aux organisations initiatiques disparues. Cet article avait retenu l’attention de lecteurs maçons de René Guénon, en particulier Marcel Maugy qui demanda des précisions dans sa lettre du 30 juin 1949 à René Guénon :

           « J’ai souvent pensé que la raison de la conservation des gr.·. additionnels est la faculté de réalisation qu’ils peuvent offrir à certains individus dont les tendances peuvent être en “sympathie” avec les formes que ces gr.·. perpétuent ; d’où l’intérêt de “prendre” ces gr.·.. Ai-je raison ? »

        

Pierre Notuma

 

         

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René Guénon et la Lettre G(extrait )

Publié le 2 Juillet 2026 par T.D

    Le texte de Denys Roman dont nous présentons aujourd’hui l’essentiel a été publié pour la première fois en 1967 dans les numéros 401 et 402-403 des « Études Traditionnelles » ; remanié par l’auteur, il est devenu le chapitre VII de son ouvrage posthume Réflexions d’un chrétien sur la Franc-Maçonnerie — l’Arche vivante des Symboles, paru en 1995 aux Éditions Traditionnelles.

    Ce sont les écrits de M. Jean-Pierre Berger publiés dans la revue « Le Symbolisme », et notamment son article de janvier-mars 1967 intitulé « Ce G, qui désigne-t-il ? », qui servirent de point de départ aux réflexions que propose ici D. Roman. M. Berger en effet, après avoir traduit et commenté certains manuscrits appelés Old Charges (Anciens Devoirs), avait entrepris de développer quelques aspects du symbolisme véhiculé par différents  rituels maçonniques, cela en rapport avec ce que René Guénon en avait dit, mais arrivait à s’en démarquer sur plusieurs points, rejetant par exemple l’équivalence symbolique entre le iod et la lettre G affirmée par R. Guénon, et reprochant en particulier à ce dernier d’avoir pris pour « source » la correspondance de Clément Stretton. Sur ce point, si Stretton s’est parfois laissé aller à « enjoliver » certaines choses bien repérables, cela n’invalide pas pour autant l’essentiel de ses communications, essentiel connu par ailleurs des Anciens ; ne s’agit-il pas là, comme en toute circonstance, de séparer « le bon grain de l’ivraie » ? D’ailleurs il va de soi que, dans la perspective initiatique traditionnelle qui était invariablement celle de R. Guénon, il est tout à fait dérisoire d’assimiler ses affirmations à des « opinions » ; mais, dans leur obsession du « document écrit », les tenants de ce point de vue purement profane veulent ignorer la transmission orale et refusent d’admettre la nature supra-individuelle de ses véritables « sources ».

    Ce furent donc ces « critiques » qui retinrent en particulier l’attention de D. Roman, d’autant que M. Berger partageait certaines des thèses de Jean Reyor, lequel prenait des distances de plus en plus marquées avec l’auteur des Aperçus sur l’Initiation, tout en laissant croire qu’il en était le représentant le plus autorisé, ce qui devait d’ailleurs générer de graves conséquences. Dès lors, D. Roman souhaitait rétablir une perspective en accord avec les considérations de Guénon et, dans ce but, réfuter également une des thèses les plus extravagantes de J. Reyor, admise par M. Berger, concernant les conditions « pratiques » d’un « aboutissement » de l’œuvre de Guénon en milieu chrétien et plus précisément catholique : en l’occurrence cette vision purement subjective qui prétend que l’hébreu est la « langue sacrée du christianisme » et… de la Maçonnerie…

    Il convient ici de noter que certains des écrits de J.-P. Berger de cette époque seront rassemblés en 2001 sous le nom de Jacques Thomas dans l’ouvrage qui porte le titre modifié de l’article qu’examine ici Denys Roman : Ce G, que désigne-t-il ? et l’on constate, à cette occasion, que l’auteur rectifie certaines de ses critiques originelles et se range au point de vue de Guénon, ce qui mérite d’être signalé ; néanmoins, il eût été souhaitable de voir mentionnés deux textes de D. Roman que connaît très bien M. Berger : celui que nous présentons ici même et un autre intitulé « Euclide, élève d’Abraham », publié primitivement dans le numéro 32 d’octobre 1977 de la revue « Renaissance Traditionnelle », et devenu le chapitre XII du premier ouvrage de Denys Roman, René Guénon et les Destins de la Franc- Maçonnerie. Ce texte traite de l’énigmatique récit légendaire présentant Euclide comme l’élève d’Abraham, ce qui accorde à ce dernier une antériorité et même une « paternité » dans l’Art de bâtir, et confère, par là même, à l’Ordre maçonnique une position privilégiée dans le cadre de la Construction universelle. 

    Notons également qu’en 1989 M. Jean-Pierre Berger signera de son nom la présentation de l’ouvrage de Jean Reyor : Sur la route des Maîtres Maçons, et que, dans l’une des autres présentations de livres de ce même auteur parus à la même période -entre 1988 et 1991- sous le titre commun Pour un aboutissement de l’œuvre de René Guénon, il est affirmé, sous le nom de J. Thomas que, « puisque la Franc-Maçonnerie est en réalité une initiation intégrée dans le Catholicisme Romain, elle ne peut avoir pour membres que des catholiques pratiquants » : admettre ce postulat des plus problématiques, impose par voie de conséquence le rejet de certains héritages et non des moindres — comme l’hermétisme et le templarisme — dont le dépôt symbolique est venu se greffer au cours des âges sur le tronc maçonnique ; R. Guénon a souligné l’importance de cette « élection » en rapport avec la nature universelle de l’Ordre, ce qui conduisit D. Roman, dans une perspective eschatologique, à qualifier la Maçonnerie d’ « Arche vivante des Symboles ».

    Dans le présent article, Denys Roman aborde et développe nombre de sujets susceptibles de démontrer l’importance que les « Maçons des anciens jours » attribuaient au symbolisme véhiculé par le Métier de bâtisseur dans la perspective de la restauration de l’être dans son état originel. A cet égard, il faut néanmoins retenir que la constitution et le contenu symbolique de certains rituels et leur pratique « opérative » nous autorisent à envisager un prolongement au-delà de cet état, c’est-à-dire une communication effective avec les états supérieurs de l’être, communication toujours possible — en principe — pour l’être en pérégrination qui se place en conformité avec l’ordre des principes.

    Ce sont donc certaines des significations et destinations multiples données à la lettre G qui sont abordées dans le présent texte : ainsi, dans deux des degrés symboliques, la présence de cette lettre au centre de l’Étoile flamboyante confirme son alliance avec le pentagramme, ce témoin « vivant » de la filiation pythagoricienne signalée par R. Guénon dans son Ésotérisme de Dante. On notera par ailleurs la prééminence que revêt le iod hébraïque en tant que représentant l’Unité et la Primordialité. Ensuite, ce sont le God de la Maçonnerie anglaise et le G — initiale de Géométrie — de la Maçonnerie latine qui devaient s’identifier au iod ; il faut donc voir dans ces dernières attributions une substitution qui en « couvre » le sens profond : celui de l’Unité et du Centre dans certains de ses aspects.

    Ensuite, on remarquera quelques réflexions de l’auteur sur la portée, somme toute assez limitée, de la christianisation de la Maçonnerie lorsqu’elle se trouvait dans une société elle-même chrétienne ; à l’évidence, les monuments religieux qu’édifièrent les Maçons de cette époque sont inspirés de l’esprit chrétien ; mais ne néglige-t-on pas trop souvent les marques bien présentes de l’héritage « païen » qui ne disparaîtront que dans les périodes où se manifestera la mentalité moderne ?

    D. Roman aborde avec sa sensibilité chrétienne un aspect du rituel qui touche à la primordialité à laquelle est associée la Maîtrise maçonnique ; il relève à cet effet la nature « polaire » de la lettre G, celle-ci parfois assimilée symboliquement au « Pinacle du Temple ». Et il nous propose une interprétation des tentations du Christ rapportées par les Évangiles, parmi lesquelles particulièrement la tentation pernicieuse du « pouvoir », occasion d’égarement et de « chute » pour l’initié ; ainsi, « Le tentateur le transporta [le Christ] sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : Je te donnerai toutes ces choses si tu te prosternes et m’adores » (Matthieu, IV, 1-11). Dans la Chambre du Milieu, la Maçonnerie comporte une communication spéciale d’ordre rituel qui opère une transposition assurant la réhabilitation en mode initiatique de cette tentation : ainsi, la « Possessio orbi » se trouve affranchie de la marque d’une fatale transgression par sa restauration dans sa nature et sa signification originelles.

    En examinant, par exemple, le propos de M. Berger sur la position de Nemrod — le grand Hermorian de la légende maçonnique —, on perçoit l’exigence de cette restauration en mode initiatique ; insister particulièrement sur la « Force » qui émane du « héros » babylonien et le caractérise ne saurait, malgré l’assimilation de Nemrod à l’Art Royal, satisfaire à la démarche maçonnique dans son développement « Juste et Parfait ». Si l’Attribut de Force est un des « Trois Piliers qui soutiennent la Loge », il lui est trop souvent accordé un rôle exclusif et excessif qui entraîne à des égarements. Cette « Vertu » ne peut donc prévaloir malgré l’importance qu’elle revêt dans l’Art de bâtir, et elle sera remise à sa juste place par Denys Roman. En réalité, c’est la Sagesse — expression primordiale du Verbe — qui, à l’exemple du Roi Salomon et dans la « mémoire » du Patriarche Abraham, « Ami de Dieu » et « Père de la multitude », constitue l’essence même du Métier de bâtisseur et la Promesse de « l’achèvement du Temple ».

André Bachelet

 

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L’Enseignement Initiatique

Publié le 1 Juillet 2026 par T.D

 

Conférence faite à la R∴ L∴ THÉBAH, n° 347

Il semble que, d’une façon assez générale, on ne se rende pas un compte très exact de ce qu’est, ou de ce que doit être, l’enseignement initiatique, de ce qui le caractérise essentiellement, en le différenciant profondément de l’enseignement profane.

Beaucoup, en pareille matière, envisagent les choses d’une façon trop superficielle, s’arrêtent aux apparences et aux formes extérieures, et ainsi ne voient rien de plus, comme particularité digne de remarque, que l’emploi du symbolisme, dont ils ne comprennent nullement la raison d’être, on peut même dire la nécessité, et que, dans ces conditions, ils ne peuvent assurément trouver qu’étrange et pour le moins inutile.

Cela mis à part, ils supposent que la doctrine initiatique n’est guère, au fond, qu’une philosophie comme les autres, un peu différente peut-être par sa méthode, mais en tout cas rien de plus, car leur mentalité est ainsi faite qu’ils sont incapables de concevoir autre chose.

Et ceux qui consentiront tout de même à reconnaître à l’enseignement d’une telle doctrine quelque valeur à un point de vue ou à un autre, et pour des motifs quelconques, qui n’ont habituellement rien d’initiatique, ceux-là même ne pourront jamais arriver qu’à en faire tout au plus une sorte de prolongement de l’enseignement profane, de complément de l’éducation ordinaire, à l’usage d’une élite relative.

Or, mieux vaut peut-être encore nier totalement sa valeur, ce qui équivaut en somme à l’ignorer purement et simplement, que de le rabaisser ainsi et, trop souvent, de présenter en son nom et à sa place l’expression de vues particulières, plus ou moins coordonnées, sur toutes sortes de choses qui, en réalité, ne sont initiatiques ni en elles-mêmes, ni par la façon dont elles sont traitées.

Et, si cette manière pour le moins défectueuse d’envisager l’enseignement initiatique n’est due, après tout, qu’à l’incompréhension de sa vraie nature, il en est une autre qui l’est à peu près autant, bien qu’apparemment toute contraire à celle-là. C’est celle qui consiste à vouloir à toute force l’opposer à l’enseignement profane, tout en lui attribuant d’ailleurs pour objet une certaine science spéciale, plus ou moins vaguement définie, à chaque instant mise en contradiction et en conflit avec les autres sciences, et toujours déclarée supérieure à celles-ci sans qu’on sache trop pourquoi, puisqu’elle n’est ni moins systématique dans son exposé, ni moins dogmatique dans ses conclusions.

Les partisans d’un enseignement de ce genre, soi-disant initiatique, affirment bien, il est vrai, qu’il est d’une tout autre nature que l’enseignement ordinaire, qu’il soit scientifique, philosophique ou religieux ; mais de cela ils ne donnent aucune preuve et, malheureusement, ils ne s’arrêtent pas là en fait d’affirmations gratuites ou hypothétiques.

Bien plus, se groupant en écoles multiples et sous des dénominations diverses, ils ne se contredisent pas moins entre eux qu’ils ne contredisent, souvent de parti-pris, les représentants des différentes branches de l’enseignement profane, ce qui n’empêche pas chacun d’eux de prétendre à être cru sur parole et considéré comme plus ou moins infaillible.

Mais, si l’enseignement initiatique n’est ni le prolongement de l’enseignement profane, comme le voudraient les uns, ni son antithèse, comme le soutiennent les autres, s’il n’est ni un système philosophique ni une science spécialisée, on peut se demander ce qu’il est, car il ne suffit pas d’avoir dit ce qu’il n’est pas, il faut encore, sinon en donner une définition à proprement parler, ce qui est peut-être impossible, du moins essayer de faire comprendre en quoi consiste sa nature.

Et faire comprendre sa nature, du moins dans la mesure où cela peut être fait, c’est expliquer en même temps, et par là même, pourquoi il n’est pas possible de le définir sans le déformer, et aussi pourquoi on s’est si généralement, et en quelque sorte nécessairement, mépris sur son véritable caractère.

Cela, l’emploi constant du symbolisme dans la transmission de cet enseignement, dont il forme comme la base, pourrait cependant, pour quiconque réfléchit un peu, suffire à le faire déjà entrevoir, dès lors qu’on admet, comme il est simplement logique de le faire sans même aller jusqu’au fond des choses, qu’un mode d’expression tout différent du langage ordinaire doit avoir été créé pour exprimer, au moins à son origine, des idées également autres que celles qu’exprime ce dernier, et des conceptions qui ne se laissent pas traduire intégralement par des mots, pour lesquelles il faut un langage moins borné, plus universel, parce qu’elles sont elles-mêmes d’un ordre plus universel.

Mais, si les conceptions initiatiques sont autres que les conceptions profanes, c’est qu’elles procèdent avant tout d’une autre mentalité que celles-ci, dont elles diffèrent moins encore par leur objet que par le point de vue sous lequel elles envisagent cet objet. Or, si telle est la distinction essentielle qui existe entre ces deux ordres de conceptions, il est facile d’admettre que, d’une part, tout ce qui peut être considéré du point de vue profane peut l’être aussi, mais alors d’une tout autre façon et avec une autre compréhension, du point de vue initiatique, tandis que, d’autre part, il y a des choses qui échappent complètement au domaine profane et qui sont propres au domaine initiatique, puisque celui-ci n’est pas soumis aux mêmes limitations que celui-là.

Que le symbolisme, qui est comme la forme sensible de tout enseignement initiatique, soit en effet, réellement, un langage plus universel que les langages vulgaires, il n’est pas permis d’en douter un seul instant, si l’on considère seulement que tout symbole est susceptible d’interprétations multiples, non point en contradiction entre elles, mais au contraire se complétant les unes les autres, et toutes également vraies quoique procédant de points de vue différents ; et, s’il en est ainsi, c’est que ce symbole est la représentation synthétique et schématique de tout un ensemble d’idées et de conceptions que chacun pourra saisir selon ses aptitudes mentales propres et dans la mesure où il est préparé à leur intelligence.

Et ainsi le symbole, pour qui parviendra à pénétrer sa signification profonde, pourra faire concevoir bien plus que tout ce qu’il est possible d’exprimer par les mots ; et ceci montre la nécessité du symbolisme : c’est qu’il est le seul moyen de transmettre tout cet inexprimable qui constitue le domaine propre de l’initiation, ou plutôt de déposer les conceptions de cet ordre en germe dans l’intellect de l’initié, qui devra ensuite les faire passer de la puissance à l’acte, les développer et les élaborer par son travail personnel, car on ne peut rien faire de plus que de l’y préparer en lui traçant, par des formules appropriées, le plan qu’il aura par la suite à réaliser en lui-même pour parvenir à la possession effective de l’initiation qu’il n’a reçue de l’extérieur que symboliquement.

Mais, si l’initiation symbolique, qui n’est que la base ou le support de l’initiation véritable et effective, est la seule qui puisse être donnée extérieurement, du moins peut-elle être conservée et transmise même par ceux qui n’en comprennent ni le sens ni la portée.

Il suffit que les symboles soient maintenus intacts pour qu’ils soient toujours susceptibles d’éveiller, en celui qui en est capable, toutes les conceptions dont ils figurent la synthèse. Et c’est en cela que réside le vrai secret initiatique, qui est inviolable de sa nature et qui se défend de lui-même contre la curiosité des profanes, et dont le secret relatif de certains signes extérieurs n’est qu’une figuration symbolique.

Il n’y a pas d’autre mystère que l’inexprimable, qui est évidemment incommunicable par là même ; chacun pourra le pénétrer plus ou moins selon l’étendue de son horizon intellectuel ; mais, alors même qu’il l’aurait pénétré intégralement, il ne pourra jamais communiquer à un autre ce qu’il en aura compris lui-même ; tout au plus pourra-t-il aider à parvenir à cette compréhension ceux-là seuls qui y sont actuellement aptes.

Ainsi, le secret initiatique est quelque chose qui réside bien au-delà de tous les rituels et de toutes les formes sensibles en usage pour la transmission de l’initiation extérieure et symbolique, ce qui n’empêche pas que ces formes aient pourtant, surtout dans les premiers stades de préparation initiatique, leur rôle nécessaire et leur valeur propre, provenant de ce qu’elles ne font en somme que traduire les symboles fondamentaux en gestes, en prenant ce mot dans son sens le plus étendu, et que, de cette façon, elles font en quelque sorte vivre à l’initié l’enseignement qu’on lui présente, ce qui est la manière la plus adéquate et la plus généralement applicable de lui en préparer l’assimilation, puisque toutes les manifestations de l’individualité humaine se traduisent, dans ses conditions actuelles d’existence, en des modes divers de l’activité vitale.

Mais on aurait tort d’aller plus loin et de prétendre faire de la vie, comme beaucoup le voudraient, une sorte de principe absolu ; l’expression d’une idée en mode vital n’est après tout qu’un symbole comme les autres, aussi bien que l’est, par exemple, sa traduction en mode spatial, qui constitue un symbole géométrique ou un idéogramme. Et, si tout processus d’initiation présente en ses différentes phases une correspondance, soit avec la vie humaine individuelle, soit même avec l’ensemble de la vie terrestre, c’est que l’on peut considérer l’évolution vitale elle-même, particulière ou générale, comme le développement d’un plan analogue à celui que l’initié doit réaliser pour se réaliser lui-même dans la complète expansion de toutes les puissances de son être. Ce sont toujours et partout des plans correspondant à une même conception synthétique, de sorte qu’ils sont identiques en principe, et, bien que tous différents et indéfiniment variés dans leur réalisation, ils procèdent d’un Archétype idéal unique, plan universel tracé par une Force ou Volonté cosmique que, sans rien préjuger d’ailleurs sur sa nature, nous pouvons appeler le Grand Architecte de l’Univers.

Donc tout être, individuel ou collectif, tend, consciemment ou non, à réaliser en lui-même, par les moyens appropriés à sa nature particulière, le plan du Grand Architecte de l’Univers, et à concourir par-là, selon la fonction qui lui appartient dans l’ensemble cosmique, à la réalisation totale de ce même plan, laquelle n’est, en somme, que l’universalisation de sa propre réalisation personnelle. C’est au point précis de son évolution où un être prend effectivement conscience de cette finalité que l’initiation véritable commence pour lui ; et, lorsqu’il a pris conscience de lui-même, elle doit le conduire, selon sa voie personnelle, à cette réalisation intégrale qui s’accomplit, non dans le développement isolé de certaines facultés spéciales et plus ou moins extraordinaires, mais dans le développement complet, harmonique et hiérarchique, de toutes les possibilités impliquées virtuellement dans l’essence de cet être. Et, puisque la fin est nécessairement la même pour tout ce qui a même principe, c’est dans les moyens employés pour y parvenir que réside exclusivement ce qui fait la valeur propre d’un être quelconque, considéré dans les limites de la fonction spéciale qui est déterminée pour lui par sa nature individuelle, ou par certains éléments de celle-ci ; cette valeur de l’être est d’ailleurs relative et n’existe que par rapport à sa fonction, car il n’y a aucune comparaison d’infériorité ou de supériorité à établir entre des fonctions différentes, qui correspondent à autant d’ordres particuliers également différents, bien que tous également compris dans l’Ordre universel, dont ils sont, tous au même titre, des éléments nécessaires.

Ainsi, l’instruction initiatique, envisagée dans son universalité, doit comprendre, comme autant d’applications, en variété indéfinie, d’un même principe transcendant et abstrait, toutes les voies de réalisation particulières, non seulement à chaque catégorie d’êtres, mais aussi à chaque être individuel ; et, les comprenant toutes ainsi, elle les totalise et les synthétise dans l’unité absolue de la Voie universelle.

Donc, si les principes de l’initiation sont immuables, leur représentation symbolique peut et doit cependant varier de façon à s’adapter aux conditions multiples et relatives de l’existence, conditions dont la diversité fait que, mathématiquement, il ne peut pas y avoir deux choses identiques dans tout l’univers, parce que, si elles étaient vraiment identiques en tout, ou, en d’autres termes, si elles étaient en parfaite coïncidence dans toute l’étendue de leur compréhension, elles ne seraient évidemment pas deux choses distinctes, mais bien une seule et même chose.

On peut donc dire, en particulier, qu’il est impossible qu’il y ait, pour deux individus différents, deux initiations absolument semblables, même au point de vue extérieur et rituélique, et, à fortiori, au point de vue du travail intérieur de l’initié.

L’unité et l’immutabilité du principe n’exigent nullement l’uniformité et l’immobilité, d’ailleurs irréalisables, des formes extérieures, et ceci permet, dans l’application pratique qui doit en être faite à l’expression et à la transmission de l’enseignement initiatique, de concilier les deux notions, si souvent opposées à tort, de la tradition et du progrès, mais en ne reconnaissant toutefois à ce dernier qu’un caractère purement relatif.

Il n’y a que la traduction extérieure de l’instruction initiatique et son assimilation par telle ou telle individualité qui soient susceptibles de modifications, et non cette instruction envisagée en elle-même ; en effet, dans la mesure où une telle traduction est possible, elle doit forcément tenir compte des relativités, tandis que ce qu’elle exprime en est indépendant dans l’universalité idéale de son essence, et il ne peut évidemment être question de progrès à un point de vue qui comprend toutes les possibilités dans la simultanéité d’une synthèse unique.

L’enseignement initiatique, extérieur et transmissible dans des formes, n’est en réalité et ne peut être qu’une préparation de l’individu à recevoir la véritable instruction initiatique par l’effet de son travail personnel. On peut ainsi lui indiquer la voie à suivre, le plan à réaliser, et le disposer à acquérir l’aptitude mentale et intellectuelle nécessaire à l’intelligence des conceptions initiatiques ; on peut encore l’assister et le guider en contrôlant son travail d’une façon constante, mais c’est tout, car nul autre, fût-il un Maître dans l’acception la plus complète du mot, ne peut faire ce travail pour lui.

Ce que l’initié doit forcément acquérir par lui-même, parce que personne ni rien d’extérieur à lui ne peut le lui communiquer, c’est précisément ce qui échappe par sa nature même à toute curiosité profane, c’est-à-dire la possession effective du secret initiatique proprement dit.

Mais, pour qu’il puisse arriver à réaliser cette possession dans toute son étendue et avec tout ce qu’elle implique, il faut que l’enseignement qui sert en quelque sorte de base et de support à son travail personnel s’ouvre sur des possibilités illimitées, et lui permette ainsi d’étendre indéfiniment ses conceptions, au lieu de les enfermer dans les limites plus ou moins étroites d’une théorie systématique ou d’une formule dogmatique quelconque. 

Maintenant, ceci étant établi, jusqu’où peut aller cet enseignement quand il s’étend au-delà des premières phases de préparation initiatique avec les formes extérieures qui y sont plus spécialement attachées ?

Dans quelles conditions peut-il exister tel qu’il doit être pour remplir le rôle qui lui est dévolu et aider effectivement dans leur travail ceux qui y participent, pourvu seulement qu’ils soient par eux-mêmes capables d’en recueillir les fruits ?

Comment ces conditions sont-elles réalisées par les différentes organisations revêtues d’un caractère initiatique ?

Enfin, à quoi correspondent d’une façon précise, dans l’initiation réelle, les hiérarchies que comportent de telles organisations ?

Ce sont là autant de questions qu’il n’est guère possible de traiter en peu de mots, et qui toutes mériteraient au contraire d’être amplement développées, sans d’ailleurs qu’il soit jamais possible, en le faisant, de fournir autre chose qu’un thème à réflexion et à méditation, et sans avoir la vaine prétention d’épuiser un sujet qui s’étend et s’approfondit de plus en plus à mesure qu’on avance dans son étude, précisément parce que, à qui l’étudie avec les dispositions d’esprit requises, il ouvre des horizons conceptuels réellement illimités.

R. Guénon.

commentaires

Ordre du Rite Ecossais Primitif

Publié le 1 Juillet 2026 par T.D

Grande Loge Française travaillant au Rite Ecossais Primitif

 

Avertissement

     Nous devons à Fabrice O’Driscoll, Passé Grand Maître de la Grande Loge Française du Rite Ecossais Primitif, le Morceau d’Architecture ci-après, qu’il avait introduit dès le mois de juin 2001 sur le site de la Grande Loge..

     Eu égard à l’intérêt manifeste de son contenu, repris dans quelques ‘’blog’’ (dont celui de M. Thomas Dalet), il nous a paru nécessaire de l’intégrer dans notre site pour rendre un hommage bien légitime à son auteur, dont le nom semble trop souvent effacé au profit d’un autre signataire que notre passé Grand Maître, ou encore par un auteur ayant appartenu ou rattaché à une autre Grande Loge que la nôtre.

     Notre Bien-aimé Frère Fabrice O’Driscoll avait exposé ce magistral exposé durant les Travaux en Loge au sein de la Respectable Loge La Toison d’Or Royale d’Ecosse n° 12 à l’Orient de Toulon, dont il était le Vénérable.

 

Historique de l’échelle des Grades du Rite Ecossais Primitif

Toute société, animale ou humaine, naturelle ou volontaire, doit se hiérarchiser pour survivre et progresser. Il est donc logique que la Franc-maçonnerie – considérée sous l’angle de sa représentation sociale ou, si l’on préfère de son corpus institutionnel – ait développé une, puis des hiérarchies, articulées autour de systèmes de degrés ou grades plus ou moins complexes. Ces degrés ou grades n’ont pourtant qu’un rapport lointain et ténu avec ceux du monde profane.

En effet, et cela semble parfois oublié, les grades maçonniques correspondent – ou devraient correspondre – moins à des pouvoirs allant en s’élargissant au fur et à mesure qu’est gravie l’échelle hiérarchique qu’à une succession de portes, qui s’entrouvrent au cours du parcours initiatique.

Les grades maçonniques correspondent ou devraient correspondre moins à des prérogatives qu’à des devoirs. Et si des droits particuliers sont légitimement attachés à chaque grade, ces mêmes droits n’ont de valeur que pour autant qu’ils permettent l’exercice des charges correspondantes. Les grades maçonniques peuvent donc se définir comme symboliques et obligataires.

Ajoutons qu’ils sont nécessairement transmissibles  – faute de quoi la structure maçonnique elle-même ne pourrait durer – et réglementés, à défaut ils perdraient toute signification ; on dirait aujourd’hui toute lisibilité ou visibilité. Cette nécessaire règlementation des grades maçonniques a subi des évolutions plus ou moins heureuses, évolutions liées tant à la sociabilité du moment ou de l’époque qu’à l’enracinement géographique des Rites et des Obédiences. […] Il y a plusieurs siècles, les systèmes dits des Hauts-Grades en Europe continentale – ou des « grades collatéraux » (side degrees) dans les îles britanniques – n’existaient pas.

Et même les premiers grades différaient de ceux que nous connaissons aujourd’hui. Au XIIIe siècle, le seul grade connu de la maçonnerie opérative était celui de Compagnon, en anglais Fellow Craft, et il fallut attendre plus d’un siècle pour voir apparaître en Écosse celui d’Apprenti, en anglais Entered Apprentice. Les Compagnons n’étaient cependant pas nécessairement du même « rang », pourrait-on dire, et l’on pouvait distinguer les Compagnons installés à leur compte de ceux qui gardaient le statut de salarié. C’est dans la première catégorie que l’on choisira le Maître de Loge, mais ici le Maître n’est point un grade : il désigne une fonction de direction qui deviendra plus tard celle du Vénéralat.

À noter qu’au sein de la Loge, les deux classes de Compagnons ne faisaient l’objet d’aucune distinction sociale.

Il convient donc de se garder de toute confusion entre grade et fonction, du moins jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Le Maître de Loge était un Compagnon choisi parmi ses pairs installés à leur compte. Ces derniers prendront progressivement l’appellation maçonnique de Compagnons Confirmés ou de Compagnons finis.

Se dessinera alors un système articulé autour de deux grades dont le deuxième est à son tour subdivisé en deux, et d’une fonction :

  • Apprenti
  • Compagnon et Compagnon confirmé
  • et Maître de Loge.

Au début du XVIIIe siècle, le Maître de Loge n’est toujours pas un grade au sens propre du terme, et la Grande Loge des Moderns confirma en 1717 la seule existence des grades d’Apprenti et de Compagnon.

Il est cependant vrai qu’un manuscrit du Trinity College de Dublin semblerait indiquer comme date de naissance du troisième grade l’année 1711.  C’est du moins ce que rappelle Jean Ferré dans son Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie […].

Si l’apparition de la Maîtrise comme troisième degré hiérarchique ne parait pas pouvoir être datée avec précision, il est généralement admis qu’elle se situerait entre 1718 (peut-être 1711) et 1729. En 1726, la célèbre Loge Dumbarton Kilwinning, décrit son installation en mentionnant la qualité des Frères présents, à savoir : le Grand Maître (Maître de Loge), sept Maîtres, six Compagnons et trois Apprentis.

Mais la présence de ces sept Maîtres ne constitue cependant pas la preuve définitive de l’existence du troisième grade à cette date car, comme le souligne opportunément Christian Guigue « il reste très probable que les sept Maîtres évoqués soient en fait sept dirigeants de Loges venus en visiteurs ». (in « La Formation Maçonnique », page 179).

Les premières Constitutions dites d’Anderson (1723) ne font pas mention du grade de Maître en tant que tel mais, remarque Jean-François Blondeau « d’un système en degrés comprenant un grade d’Apprenti Entré et un de Compagnon ou Maître », les deux derniers termes correspondant à un seul et même grade. (in « Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie », page 534).

Ce n’est qu’avec la deuxième édition des mêmes Constitutions, publiées en 1738, que la maîtrise sera enfin formellement intégrée dans le système hiérarchique maçonnique. Vers 1745 apparaît un quatrième grade, le plus souvent connu comme celui de Maître Parfait ou selon les Rites, comme celui de Maître Secret. La Maçonnerie spéculative a pris le pas sur la Maçonnerie opérative et, dès lors, des systèmes de plus en plus complexes se développèrent en particulier sur le continent européen, tant au sein de ce qu’il est convenu de désigner par l’Écossisme qu’au sein de Rites plus « périphériques ».

Des Hauts-Grades viennent compléter une hiérarchie déjà passée de deux à trois puis à quatre degrés. Ce développement n’est pas homogène, tant s’en faut. Chaque Rite, Obédience ou Grande Loge revendique le droit souverain d’établir ou de corriger l’ordonnancement de sa propre hiérarchie.

Seule semble échapper à cette effervescence la Maçonnerie jacobite introduite en France dès 1688 et surtout après 1689 à Saint-Germain-en-Laye par les Loges militaires des Régiments écossais et irlandais ayant suivi le roi Jacques II Stuart en exil, Maçonnerie demeurée peu ou prou fidèle à ce qui sera désigné par Early Grand Scottish Rite ou Rite Écossais Primitif.

En 1778, une tentative de remise en ordre intervient avec l’adoption du Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées dit Code de Lyon. Ce Code, qui régira depuis lors le Rite Écossais Rectifié, ne reconnaît que quatre grades symboliques : ceux d’Apprenti, de Compagnon, et de Maître pour les loges bleues et celui de Maître Écossais pour les loges vertes. Mais à ces quatre grades symboliques, s’ajoutent les degrés chevaleresques de l’Ordre Intérieur qui utilise l’ancien Ordre du Temple comme « moyen de transcendance », pour reprendre l’expression de Hugues d’Aumont (in « Templiers et Chevalerie spirituelle des Hauts Grades maçonniques » page 16), Novice et Chevalier du Très Saint Sépulcre de Notre Seigneur Jésus-Christ. On est donc ici en présence d’un système à six degrés, auxquels s’ajoutent encore les deux degrés d’une classe secrète, dite de Profession : Profès et Grand Profès.

Le Code de Lyon décrit avec précision les intervalles devant être respectés pour les passages de grades :

  • cinq mois d’assistance régulière aux travaux du grade d’Apprenti à celui de Compagnon ;
  • sept mois de présence régulière de celui-ci au grade de Maître Maçon ;
  • une année de présence régulière du Grade de Maître à celui-ci de Maitre Parfait Ecossais Chevalier de Saint André.

En deux ans, on pouvait donc atteindre le cinquième grade, étant entendu que le même Code précise que ces intervalles peuvent être abrégés sur dispense particulière. En réalité, ainsi que le note Christian Guigue, « on était souvent Maître-Maçon dès le jour de sa réception » (in « Rite Écossais Rectifié – Manuel pour le Travail en Loge de Compagnon » page 153).

En 1786, Frédéric II est supposé avoir édicté à son tour de Grandes Constitutions qui serviront de charte historique au Rite Écossais Ancien et Accepté, lequel comprend […] 33 degrés se répartissant comme suit :

–    du 1er au 3ème                            pour les Loges bleues,

–    du 4ème au 18ème                      pour les Loges de Perfection,

–    du 19ème au 30ème                    pour le Chapitre,

–    le 31ème                                         pour le Tribunal,

–    le 32ème                                       pour le Consistoire,

–    et le 33ème                                     pour le Conseil Suprême.

Cette hiérarchie en trente-trois degrés ne tardera pas à servir de référence mondiale et la plupart des Rites tenteront de fixer des équivalences entre leurs propres systèmes et celui du Rite Écossais Ancien et Accepté. Exercice parfois périlleux et discutable, car tendant à être oublieux des spécificités propres à chaque parcours initiatique.

Toujours est-il que l’usage veut que le 4° du RER corresponde au 18° du REAA, le Novice au 30° et le Chevalier au 33°.  On notera que la correspondance, entre les derniers degrés de Chevalier du Temple et 33°, semble d’autant plus artificielle que le premier est un degré à caractère chevaleresque alors que le second est un degré administratif.

Les intervalles pour les passages du grade d’Apprenti à celui de Compagnon et de Compagnon à Maître sont identiques à ceux du Rite Ecossais Rectifié, soit respectivement cinq et sept mois, mais l’Article 343 des Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise, adoptés en 1880, confirme en outre que ces intervalles peuvent s’exprimer également en nombre de Tenues. La Maîtrise est ainsi accessible à l’Apprenti qui aura participé à quinze Tenues. Nous sommes fort loin des pratiques contemporaines, est-il besoin de le souligner. (voir « Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise pour la France et ses Dépendances » Éd. Lacour, 1993).

[…] Quant au Rite Écossais Primitif, il semblerait qu’il connut des destinées diverses selon son enracinement géographique.

En Écosse, il apparaît que le Early Grand Scottish Rite ne résista pas au mouvement général qui marqua la Maçonnerie des XVIIIe et XIXe siècles. Un témoignage intéressant nous est donné par A.E. Waite dans son Journal, à la date du 8 février 1903. En effet, Waite raconte les conditions dans lesquelles il fut reçu au 44° degré du Early Grand Scottish Rite qui aurait compris 47 degrés au total (cité par R.A. Gilbert « Ars Quatuor Coronatorum« , volume 99 pour l’année 1986).

En France, tout porte à croire que le Rite Écossais Primitif, peut-être parce que peu pratiqué, demeura plus proche de ses origines et qu’il parvint à maintenir assez longtemps une hiérarchie de grades rappelant celle du XVII° siècle.

Mais c’est avec notre ancien Grand Maître, Robert Ambelain, et les recherches qu’il effectua, que la situation allait se clarifier pour aboutir à la mise en ordre que nous connaissons aujourd’hui. […] Schématiquement, et sans entrer dans le détail, on peut distinguer deux temps ou deux périodes, dont 1991 sera l’année charnière.

Dans un premier temps, et après quelques variations probablement consécutives à l’avancée de ses recherches, Robert Ambelain arrête la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif à son cinquième grade, celui de Maître Écossais et Chevalier de Saint André.

L’échelle hiérarchique du Rite Ecossais Primitif comprend alors les grades :

I     Apprenti

II    Compagnon

III   Maître (ou « Compagnon confirmé »)

IV   Maître Installé (ou Maître de Saint Jean ou encore Maître de Loge)

V    Maître Écossais et / Chevalier de Saint André du Chardon.

Ce schéma ressort assez clairement de deux documents ou courriers par lesquels notre ancien Grand Maître explique que le Rite Écossais Primitif arrête sa hiérarchie au 18° degré de l’Écossisme et du Rite de Perfection et donc à son grade de Chevalier de Saint André […] et que le quatrième grade est celui de Maître Installé […].

Pour les Frères qui désirent poursuivre leur avancée hiérarchique au-delà du grade de Chevalier de Saint André, Robert Ambelain offre la possibilité de les acquérir au sein d’un autre Rite dont il détient une patente : le Rite de Cerneau, similaire au Rite Écossais Ancien et Accepté et comportant donc 33 degrés.

Quelques mois plus tard, notre Grand Maître décide d’enrichir la hiérarchie du R:.E:.P:. en lui adjoignant les grades de Novice et de Chevalier du Temple Prince Rose+, semblables à ceux du Rite Écossais Rectifié. Dès lors, il n’est plus nécessaire de faire appel à ce que l’on pourrait appeler la filière Cerneau, le Rite Écossais Primitif se trouvant doté d’un système complet en sept grades. […]

À première vue, la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif ne semble pas présenter de particularités notables, si ce n’est le rappel d’anciennes dénominations antérieures au XVIII° siècle et une certaine similitude avec celle du Rite Ecossais Rectifié.

Pourtant, deux grades méritent d’être quelque peu explicités, sans divulguer le moindre secret bien sûr, ceux de Maître Installé et de Chevalier de Saint André.

Dans le système propre au Rite Écossais Primitif, le grade de Maître Installé est non seulement une « qualité » comme dans d’autres Rites mais bien un grade au sens strict du terme.

Grade particulier car, bien que placé en quatrième position, il ne peut être conféré que si l’on possède le cinquième grade, celui de Maître Parfait Ecossais Chevalier de Saint André. Les raisons de ce particularisme – que l’on retrouve pour partie au Rite Écossais Rectifié – sont données par Robert Ambelain dans son introduction au « Rituel des Maîtres de Loge« .

Autre particularité du grade, celui-ci est conféré au sein d’une Loge de Maîtres Installés ou, à défaut, dans tout Temple mis à la disposition des trois Installateurs. Il n’y a aucun lien direct avec l’allumage des feux d’une nouvelle Loge et le grade qui est donné l’est ad vitam. Il permet à son titulaire de disposer de l’outil nécessaire pour créer une Loge, puis la diriger, mais l’Installation elle-même constitue une cérémonie per se.

Pas plus que pour les autres grades, aucun intervalle minimal n’est fixé pour le passage au quatrième grade. De même, aucun délai n’est fixé entre l’Installation et la prise en charge d’une Loge.

Est éligible au grade, écrit Robert Ambelain, « un Compagnon confirmé, ancienne dénomination de Maître Maçon, susceptible de diriger une Loge et d’y transmettre les trois grades de l’Initiation maçonnique : Apprenti, Compagnon et Compagnon confirmé ». (R. Ambelain : Rituel des Maîtres de Loge).

Il ne semble pas que, dans l’esprit de Robert Ambelain, la Réception au grade de Maître Installé ou de Maître de Loge ou encore de Maître de Saint Jean constituât une étape obligatoire pour accéder aux plus Hauts-Grades du Rite et, dès lors, rien n’empêche fondamentalement un Maître Parfait Ecossais Chevalier de Saint André de passer aux grades de Novice puis de Chevalier du Temple Prince Rose+ sans être pour autant titulaire du quatrième grade.

En revanche, un Maître Parfait Ecossais Chevalier de Saint André qui serait appelé à diriger une Loge devait obtenir préalablement le grade de Maître Installé. On pourrait donc qualifier ce dernier de grade « fonctionnel ».

Le grade de Maître Parfait Ecossais Chevalier de Saint André mérite également une mention spéciale car il résulte d’un « syncrétisme » original entre degrés purement maçonniques et filiation chevaleresque traditionnelle.

Le sujet est extrêmement vaste et il est naturellement impossible de le développer ici sous tous ses aspects.

Quelques extraits d’une fort intéressante note de Robert Ambelain, intitulée Les Maîtres Écossais, peuvent donner quelques indications essentielles. Il faut savoir que le grade de Maître Parfait Écossais de Chevalier de Saint André est demeuré longtemps secret.

« Le 24 juin 1314, explique Robert Ambelain, Robert Bruce, roi d’Écosse, constitua l’Ordre de Saint André du Chardon. […]. En 1593, Jacques VI d’Écosse constitue la Rose-Croix Royale avec trente-deux chevaliers de Saint André du Chardon. Il est alors Grand Maître des Maçons opératifs d’Écosse. Tombé dans l’oubli, faute de recrutement valable, ou raréfié dans le secret, l’Ordre de Saint André du Chardon est rouvert en 1687, avant son exil en France, par le roi Jacques II. Et là on voit apparaître au grand jour cet ordre maçonnique […] qui a pour nom « Ordre des Maîtres Écossais de Saint André« , nom qu’il ne quittera plus.  Le Rituel, à double sens, évoque […] le retour en Grande-Bretagne, après l’exil en France, avec la restauration des Stuarts. » (Robert Ambelain : « Les Maîtres Écossais »).

D’autres sources donnent l’an 810 comme date de fondation de l’Ordre de Saint André du Chardon […] (Pierre Girard-Augry : « Rituels secrets de la Franc-Maçonnerie templière et chevaleresque » page 27) […]. En tout état de cause, le cinquième grade du Rite Écossais Primitif est d’une exceptionnelle richesse et ne saurait être comparé aux grades – peut-être similaires dans l’apparence – d’autres Rites qui se parent de titres à connotation chevaleresque dans une perspective exclusivement symbolique et sans lien avec l’Ordre de Chevalerie, subsistant ou éteint, dont ils empruntent la dénomination (Chevaliers de la Toison d’Or, Chevaliers de Malte, etc). […]

Un dernier mot sur la question de la validité des grades et titres maçonniques.

Assez curieusement, c’est un aspect du sujet qui est très rarement sinon jamais traité dans les Constitutions, Règlements et autres textes maçonniques. Ou alors de manière indirecte.

[…] Une précaution liminaire s’impose : la validité d’un grade ou d’un titre maçonnique ne saurait être jugée avec des critères juridiques purement profanes. Cela n’aurait pas de sens et conduirait inévitablement à considérer nombre de grades maçonniques comme illicites ou usurpés à l’exemple des dénominations chevaleresques évoquées plus haut.

La validité d’un grade maçonnique ne peut se déterminer qu’à travers la culture maçonnique elle-même : ses règles et son esprit. Ainsi, on pourra sans doute affirmer qu’un grade maçonnique sera réputé régulièrement reçu  – et donc incontestablement valide –  si trois conditions minimales sont réunies :

  1. Régularité de l’Initiation maçonnique de l’Impétrant (on ne saurait donner d’autre grade à un Profane que celui d’Apprenti) et de ses élévations successives ;
  2. Pouvoir de celui ou de ceux qui confèrent le grade : ce pouvoir doit s’analyser par référence au grade détenu par ceux-ci et, le cas échéant, par référence à la fonction règlementaire qu’ils assument au moment où le grade est conféré ;
  3. Stricte observance des Rituels de Réception tels qu’approuvés et en vigueur dans le cadre du Rite au sein duquel le grade est conféré.

Dans certains cas extrêmes ou d’urgence […], les critères de validité – en particulier les critères de forme –  pourront être assouplis pour tenir compte du contexte particulier.

Enfin, il ne faut pas confondre validité et reconnaissance du grade : la validité repose sur des critères objectifs alors que la reconnaissance ne relève que de celui de l’opportunité, critère subjectif s’il en est, ou d’accords inter-obédientiels révisables à tout moment.

Fabrice O’Driscoll, à l’Orient de Toulon – 2000 èv

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Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique(part3)

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Ces rituels ont donc subi des adaptations plus ou moins judicieuses, mais le REP a su conserver une fraîcheur, refusant un syncrétisme généralisé ou une direction trop marquée dans un sens doctrinaire.

Le paysage qu’il offre à l’historien des rites maçonniques, à l’avantage d’une grande limpidité qui vient de son exercice militaire d’origine et d’une importation, aussi massive que subite, du rite pratiqué outre-Manche. Pour la clarté de notre exposé, nous ne prétendons pas à l’unicité monolithique du Early Grand Scottish. Nous reconnaissons à celui-ci une plasticité propre à son histoire et à son transport continental qui à défaut de moyen de contrôle d’éventuelles Grandes Loges, a pu cheminer sur différents terrains en pratiquant des adaptations nécessaires.

Les LL\ militaires ont fait souche aux endroits ou elles se sont installées et notamment à Saint-Germain-en-Laye. C’est ainsi qu’en 16 mars 1688 est enregistrée par le G\ O\ de France selon son état de 1778 la L\ militaire des gardes irlandaises « Parfaite Égalité »,

ex L\dite de « Dorrington » du nom de son colonel depuis 1651. Notons au passage que cette loge prendra encore le nom de « Walsh » par la suite. Pour finalement en 1752 prendre le nom de « Parfaite égalité » reconnue pour son antériorité.

Gustave Bord remarque que la sécularisation des LL\après la disparition des effectifs militaires s’explique notamment du fait que de nombreuses familles et non des moindres qui suivaient les rois en exil, firent souche, sans doute plus par nécessité que par goût, qu’elles continuèrent à pratiquer les rites initiatiques tout en ouvrant à la vie civile leur recrutement.

Dans une note, Robert Ambelain rappelle que André Michel Ramsay, chevalier baronnet d’Écosse, Stuartiste convaincu, fut enterré à Saint-Germain-en-Laye et que sur son acte de décès figurent les signatures de la fine fleur de la noblesse Stuartiste en exil et établie au Royaume de France. Son apport fut immense et révèle la jonction existant entre la franc-maçonnerie et la chevalerie, mariant la truelle et l’épée. Il est à lui seul le témoin de l’existence d’une Franc-Maçonnerie spéculative avec une tradition préexistante à la création de la G\L\de Londres en 1717.

Ce souchage français des LL\ militaires porta ses fruits, mais il ne fut pas le seul. Quoi qu'il en soit, le Early Grand Scottish est souvent traduit par « Rite Ecossais Jacobite », ce qui atteste s’il en était besoin de ses origines.

Malgré l’exil et le décès de Jacques II Stuart, l’esprit Jacobite ne s’éteint pas. Il est entretenu par les rivalités qui se font constamment jour dans le but de reprendre le pouvoir, et par le troisième personnage qui prétend à la couronne d’Angleterre d’Écosse et d’Irlande, il s’agit de Charles III Stuart.

Il faut comprendre que les LL\maçonniques étaient par le secret rituelique qui les animait un prodigieux instrument de manipulation et de lutte d’influence. C’était tout autant un lieu de dialogue et de complot. Elles réunissaient des gens qui étaient déjà convaincus par le sentiment d’appartenance, il suffisait d’orienter le groupe pour l’acquérir à la cause. Ainsi des partisans ont pu se liguer ou se rencontrer dans un dialogue qu’on imagine fraternel.

L’épopée Stuartiste marque pour l’avenir la méfiance du pouvoir en place face à des LL\qui nuitamment se réunissent sous le sceau du secret. Les LL\ Jacobites ont en quelque sorte par les luttes d’influence des conjurés dont elles furent le creuset, inaugurés la fonction politique et donc sociétale d’une L\, en mettant le caractère initiatique entre parenthèses. D’une évolution à l’autre, l’histoire des rites maçonniques est riche de sens pour qui veut l’entendre, l’exemple le plus approprié dans notre cas fut la rectification de 1778 : Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon lors d'un Convent organisé par J.B. Willermoz, ne fut que le remaniement associé à l’influence du Martinézisme sur les Rites Ecossais Primitifs pratiqué par ces anciennes LL\militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Sans vouloir blesser quiconque nous pouvons avancer que le REP eut deux surgeons le SOT et le RER.

Il faut dire que le Rite primitif avait déjà été adapté par la mouvance de la Stricte Observance Templiere et qu’il avait déjà sa pratique assurée avec des adaptations diverses dans les autres LL\écossaises. L’apport principal du convent fut de densifier l’apport des élus Cohen sur les bases Ecossaises, sans oublier la fondation Templiere de la stricte observance. Cet exercice de style était rendu nécessaire, la trop grande diversité dans l’application d’un rituel dont on avait oublié les origines cent dix ans plus tard, créa un besoin de rationalité que l’ancien système L\ Mère, L\Fille n’arrivait plus à juguler.

Ainsi Robert Ambelain faisant ici œuvre d’historien ira jusqu’a affirmer (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p.148) : « Il est absolument certain qu’il n’y avait pas en 1771, dix LL\ tenant régulièrement leurs pouvoirs (et leur filiation surtout) de la G\L\ d’Angleterre, et il n’y avait, de Rite Ecossais, au sens propre du mot, qu’en France et en Allemagne, où il avait été introduit et adapté par le Baron de Hund. Ce rite Ecossais n’était rien d’autre que celui que nous connaissons sous le nom de Early Grand Scottish Rite, c'est-à-dire une adaptation du rituel verbal des maçons opératifs aux aspirations des maçons acceptés" (et autres partisans du Roi, ndlr). » On notera que nombres de maçons « acceptés » furent de culture « rose croix » ou alchimistes, ou hébraïsants et marquèrent de leurs influences le rite Stuart.

Leurs rituels furent diffusés partout sur le continent et dans les iles. En 1751 le 27 Aout à Marseille le Stuartiste Georges de Wallnon, fonda (avec des pouvoirs venus d'Edinburgh), ce qui devait devenir la Mère L\Ecossaise de Marseille sous le nom de "Saint‑Jean d'Écosse". Le REP est donc bien le rite de base dans sa forme générique, découlant des rites en cours dans les loges militaires et de partisans du XVIIe siècle et s’adaptant à la vie civile, par le truchement de FF\ implantés dans la société civile et restants acquis à la cause Stuartiste jusqu’en 1750. C’est une des raisons pour laquelle la devise du Rite est « Primigenius more majorem » qui veut affirmer l’ancienneté et l’antériorité historico-mythique de ce rite à tous les autres. (Notons qu'il est souvent revendiqué par les rites d'être les plus anciens, moins pour des raisons historiques difficiles à démontrer que par une volonté de soucher l'origine de l'initiation dans une antériorité "mythique"!)

Développement civil et évolution des Loges Jacobites en France

Le mouvement Jacobite a permis le développement de la Franc-Maçonnerie tout en donnant à cette dernière un rôle politique. Dans la période de l'exil, les trois premiers Grands Maitres sont des Jacobites : le duc de Wharton, James Hector MacLean, Charles Radcliffe, conte de Derwentwater. 

En période plus calme, ce phénomène partisan s’apaise pour laisser la place au travail du maçon dans un tissus social, qui se fonde sur un entre-soi bourgeois fait d'intérêts communs, mais aussi par une dimension initiatique qui ressort des rituels. Un rite une fois élaboré et implanté géographiquement peut soit végéter, soit s’éteindre, soit se développer. Nous pensons que Saint-Germain-en-Laye ne fut pas la seule implantation en France. Quand on parle de rite Ecossais Primitif il ne faut pas uniquement se focaliser sur les LL\militaires qui furent des précurseurs, mais aussi sur les civils qui en même temps créèrent des LL\ avec les rituels dont ils disposaient en partant d’Angleterre et d’Écosse et qui étaient aussi différents et variés du fait de leurs origines géographiques, donc l’appellation REP serait un terme générique faisant allusion plus à son ancienneté, n’excluant pas sa diversité ni l’ajout d’influences « modernes ».

La diaspora va grandissante et s’installe partout où il est bon de commercer et partout ou existe déjà une implantation Jacobite, et ceci jusqu'à Rome.

Il est intéressant de noter que l’apport catholique n’est plus le seul, les événements sont tels que les exilés sont tout autant anglicans, protestants et presbytériens. Ainsi lesdites LL\oublieront rapidement les motivations politiques de leurs aînés, pour en vivre uniquement le souvenir, la légende et le mythe. De l’exil et de l’éternel retour ils feront ce que toute société initiatique s’attache à créer : une source intarissable, fécondant le processus initiatique.

Dans cet afflux régulier de réfugiés, quelques-uns ouvrent des LL\dûment patentées. D’autres constituent des LL\ qui pour le coup sont purement spéculatives et sans filiations directes. On retiendra à titre d’exemple l’intervention de trois personnages fondateurs de LL\Jacobites : Charles Radcliffe, le Marquis de Calvières et Georges de Wallnon.

Charles Radcliffe: 

On citera le premier et finalement le plus remarquable, Charles Radcliffe, lord Derwentwater en 1726 qui allume les feux de la L\Jacobite « Saint Thomas 1er ». Homme remarquable, ayant participé aux tentatives de reconquêtes Jacobites, fait prisonnier puis évadé. Il fut initié par Ramsay et il ouvre l’une des premières LL\ civiles. Il fut nommé premier grand Maître de l’Ordre à la Saint-Jean d’hiver 1736. Il transmet son maillet au Duc d’Antin en 1738, et pris part à l’expédition manquée de 1744. À nouveau prisonnier, détenu à la tour de Londres il fut décapité le 9 décembre 1746. Son parcours est l’illustration du caractère Jacobite de la Franc-Maçonnerie française de cette époque.

Le Marquis de Clavière:

- 1736 : initiation du Marquis de Calvières dans les milieux Jacobites d'Avignon dans la L\ dite de « Saint Jean ».

- 1737 : séjour de Calvières à Paris, contacts avec les milieux Jacobites

- 1737 : en août, Calvières est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvières continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

‑ 1738 : cette année là, Calvières appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nommé Dépositaire de l'Ordre, évidemment ordre Jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie Jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait peu d'autres en France. À tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'État était reçu franc-maçon.

‑ 1749 Des visites nombreuses de francs-maçons Jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, venant de Marseille. Oeuvraient à Marseille les LL\ Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Élus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Notons entre-temps l’allumage des feux de La R\L\ de Saint Jean de Toulouse par Jean de Barnwall de Tremlestown, Irlandais et Stuartistes, et l’installation de la « G\L\Ecossaise de Rouen » en 1746.

Georges de Wallnon:

Dans cet apport successif et varié des loges dites Jacobites, il y en a une qui semble la plus à même de représenter le REP c’est celle de Marseille. Née 27 août 1751 par la volonté du Jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Édimbourg le 17 juin 1751, constitue à Marseille la L\ Saint‑Jean d'Écosse. Le 17 mai de 1762 Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de V\et M\de L\à Alexandre Routier, et la L\prend alors le nom de « Mère‑L\de Marseille », titre qui lui restera longtemps. L\puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. Sa volonté d’essaimage, son caractère mercantile, accéléra son rayonnement au point de concurrencer le G\O\dont le dirigisme et le régime dit Français étaient mal compris.

Le développement se fit aussi bien dans les colonies qu’en Provence. On allume les feux des LL\filles à Draguignan, Salon, Arles, Tarascon, Saint Pierre de la Martinique, Saint-Domingue, Smyrne et Constantinople. On observera dès 1751, date de sa fondation, que les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. Le rituel tel qu’il fut pratiqué dans le temps se chargea des influences que la maçonnerie dans son ensemble a bien voulu accepter.

‑ 1794 à Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

‑ 1801 Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses LL\filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines Stuartistes est à peu près oublié, elle réunit commerçants banquiers et négociants.

L'apport de Robert Ambelain:

Robert Ambelain donne quelques précisions sur les rituels de la Mère L\Ecossaise de Marseille, dans une note (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p. 79):

« En réalité nous possédons de ce rituel que la version manuscrite de 1812, comprenant également quatre grades supérieurs. Mais il est à peu près certain que les rituels du premier et du deuxième degré (App\ et Comp\) sont Jacobites, ayant été communiqués à l’origine par le maçon écossais Georges de Wallnon, leur simplicité en témoigne. Par contre, le rituel du troisième degré (M\) vient de la G\L\de Londres, car la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye ne connaissait que le M\de L\, et ignorait le rite de la mort d’Hiram. » Plus loin, (p. 133), il rappelle qu’il tient ses pouvoirs de transmission en matière initiatique et en matière de rituel, de son rattachement aux anciens devoirs es qualité Compagnon du tour de France des devoirs unis à l’Union compagnonnique ou il fut reçu « compagnon ymagier » et à la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye dont il possédait l’attestation, et le manuscrit rituel de l’époque. Cependant loin de feindre d’ignorer ces influences dont nous pouvons aujourd’hui nous féliciter, le Rite Ecossais Primitif a été protégé et expurgé de tout ce qui pouvait représenter une contre initiation potentielle.

C’est ainsi que fidèle à cette purification, le rituel du troisième grade n’entraîne pas le Comp\ en deçà des limites inférieures de l’être, l’expurgeant de détails qui n’apparaissent pas dans les rituels d’origine. Ainsi le Comp\ n’a pas à connaître la putréfaction pour lui-même en étant étendu sous un drap mortuaire taché de sang. C’est une situation trop risquée, sur un plan contre initiatique, pour être entreprise dans nos LL\. Les évolutions historiques furent si importantes que le REP fut additionné, refondu dans des généalogies aussi diverses que le Rite Ecossais Rectifié dont il est incontestablement le précurseur et le Rite Ecossais Philosophique notamment. Il en découle que les traces du rite se retrouvent conservées et à l’abri aux Etats-Unis, terre d’immigration par excellence et écrin de conservation des rites tels qu’ils sont au moment où ils arrivent. C’est donc des Etats-Unis par le Suprême Conseil des Rites confédérés qui émanait lui-même du Grand Conseil des Rites Unis que nous revient le REP, patente étant donnée le 30 septembre 1919 de ré-instaurer le REP en France à Jean Bricaud. Cette patente est citée par Albert Lantoine dans son ouvrage « La Franc-Maçonnerie chez elle » p. 298 éd. Slatkine, Genève,1981, 2ème édition et par Albert Cools dans « Histoire du rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm en France » publié en 1971.

Ladite patente sera transmise par Bricaud à Constant Chevillon en 1934 qui la transmettra à son tour à Charles Henri Dupont en 1944 avant d’être arrêté par la milice. Durant cet épisode les archives et les patentes furent confisquées par la milice. C’est Robert Ambelain qui succéda en patente à Charles Henri Dupont et réveilla effectivement ledit rite dès 1985 dans la L\de réveil « Saint André d’Écosse », le 20 mars 1985 à Paris. Enfin il crée la G\L\travaillant au rite. Le 20 décembre 1991, Désiré Arnéodo devient V\M\ de la « Lumière Ecossaise » en vertu d’une patente signée de Robert Ambelain. En 1993, nomination de Désiré Arnéodo au poste de G\M\ régional pour le sud et l’outremer. Remise en mains propres des patentes, rituels et notes historiques le 20 décembre 1993. Sa nomination en qualité de G M de la GLS en 1994 précède sa démission d’une structure devenue sans effectifs.

Par les essaimages successifs de la Loge mère toujours détentrice de la pratique ininterrompue et conforme du rite depuis 1991, il fut décidé de recréer une Grande Loge Symbolique travaillant au Rite Ecossais Primitif en 2011 en conformité avec les principes de la loi 1901 et garantissant le liberté de conscience. La GLSREP sera confirmée dans sa filiation légitime et directe par patente de rite accordée par le successeur désigné de Robert Ambelain, Patrick Leterme.

Grades pratiqués aujourd’hui et leurs équivalences

Le « Rite Ecossais Primitif » comptait à l'origine 7 grades, puis il en a connu 47 dans la profusion des hauts grades des 18e et 19e siècle, RA Gilbert cite dans Ars Quatuor Coronatum en 1986, que AE Waite dans son journal fait mention de sa réception au 44e degré du Early Grand Scottish. Constatons simplement qu’en 1751 la Mère L\de Marseille comprenait 7 grades. Soit les deux premiers App\ et Comp\, typiquement primitifs et qui ont toujours cour en nos tenues, celui de M\ d’importation récente, et enfin s’agissant des grades dits supérieurs, au 4e un grade dit de vengeance : M\ élu des neufs, au 5e : M\ parfait Ecossais d’Écosse réunis en chapitre et travaillant sur la parole sacrée et sa prononciation, un 6e : Chevalier de l’épée, surnommé chevalier de l’Orient ou de l’aigle, se réunissant aux deux Equinoxes, mars et septembre. Grade chevaleresque traitant de l’exil et du retour, avec Cyrus et Zorobabel. Enfin le 7e : Emané d’Heredon, grade donné en Chapitre R+C et de Saint André, au milieu du temple dévasté il s’agit de retrouver la parole perdue dans l’attitude du bon pasteur. D’une manière générale on constate que les grades de vengeance sont peu compatibles avec l’ésotérisme chrétien. Seuls les grades d’exils et de Saint André ou R+C sont de mise dans les développements du REP. C’est dans un souci de cohérence que Robert Ambelain a voulu restituer au rite son caractère épuré et traditionnel avec les 7 grades d'origine, dont un grade fonctionnel fort important quant à l’ancienne tradition des M\de L\ les deux premiers grades seraient historiquement ceux du Rite Ecossais Primitif :

I. App\, II. Comp\, III. M\(anciennement «Compagnon Confirmé»).

Grades dits supérieurs et fonctionnels :

Chambre écossaise : IV. M\Installé

(ou encore M\de Saint-Jean ou M\de L\)

il constitue un grade fonctionnel pour exercer le Vénéralat. Il ne peut être accordé sans être déjà M\ écossais.

V. M\ Écossais et Chevalier de Saint-André (équi. 18e) grade avec un versant Ecossais(14èm) et un versant Chevalier qui trouve ses origines légendaires dans la création par Robert Bruce de l’Ordre de Saint André du Chardon en date du 24 juin 1314, ce rituel n’est pas sans rappeler le retour des Stuarts sur le trône après l’exil, de plus on remarque que cet ordre fut réactivé en 1687 par Jacques II en plein effort de stabilisation au pouvoir.

Ordre intérieur :

À compter de 1991 pas de commentaire particulier si ce n’est que ces deux grades sont similaires à ceux du RER dans une forme simplifiée cependant.

VI. Écuyer Novice du Temple (équi. 30e)

VII. Chevalier du Temple (équi. 33e)

Robert Ambelain s'est efforcé de redonner toute sa profondeur au « Rite Ecossais Primitif » en revenant à la Tradition d'origine qui donne au REP son style propre et si particulier de Franc-Maçonnerie chevaleresque, dans une simplicité restaurée.

Notons que Robert Ambelain après avoir apporté ce Rite en dépôts au suprême conseil des rites confédérés (Franc-Maçonnerie oubliée, p.62), en a repris la maîtrise totale, possédant seul la faculté de transmettre par lui-même, et assisté d’une G\L\ qu’il constitua. La G\L\, organe non initiatique, car purement administratif, devenue sans objet par défaut de LL\ adhérentes, les seules qui continuèrent l’exercice ininterrompu du rite sont en droit de transmettre ce dernier suivant l’ancien système L\ Mère à L\Fille puis, lorsque le nombre de LL\ est suffisant, il fut envisagé la reconstitution d’une G\L\légitime, en droite ligne de la transmission. Est-il besoin de rappeler 2 principes de base en matière initiatique : c’est l’Homme qui transmet l’influence spirituelle et donc l’initiation, une « organisation » n’y est apte que par le biais de celui qui a reçu la transmission et peut en justifier. Il s'agit donc d'un passage de témoin supposant une pratique effective. Cette transmission pour être régulière dans sa forme doit respecter scrupuleusement un rituel adapté.

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Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique(part2)

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Le développement se fit aussi bien dans les colonies qu’en Provence. On allume les feux des LL\filles à Draguignan, Salon, Arles, Tarascon, Saint Pierre de la Martinique, Saint-Domingue, Smyrne et Constantinople. On observera dès 1751, date de sa fondation, que les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. Le rituel tel qu’il fut pratiqué dans le temps se chargea des influences que la maçonnerie dans son ensemble a bien voulu accepter.

‑ 1794 à Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

‑ 1801 Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses LL\filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines Stuartistes est à peu près oublié, elle réunit commerçants banquiers et négociants.

L'apport de Robert Ambelain:

Robert Ambelain donne quelques précisions sur les rituels de la Mère L\Ecossaise de Marseille, dans une note (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p. 79):

« En réalité nous possédons de ce rituel que la version manuscrite de 1812, comprenant également quatre grades supérieurs. Mais il est à peu près certain que les rituels du premier et du deuxième degré (App\ et Comp\) sont Jacobites, ayant été communiqués à l’origine par le maçon écossais Georges de Wallnon, leur simplicité en témoigne. Par contre, le rituel du troisième degré (M\) vient de la G\L\de Londres, car la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye ne connaissait que le M\de L\, et ignorait le rite de la mort d’Hiram. » Plus loin, (p. 133), il rappelle qu’il tient ses pouvoirs de transmission en matière initiatique et en matière de rituel, de son rattachement aux anciens devoirs es qualité Compagnon du tour de France des devoirs unis à l’Union compagnonnique ou il fut reçu « compagnon ymagier » et à la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye dont il possédait l’attestation, et le manuscrit rituel de l’époque. Cependant loin de feindre d’ignorer ces influences dont nous pouvons aujourd’hui nous féliciter, le Rite Ecossais Primitif a été protégé et expurgé de tout ce qui pouvait représenter une contre initiation potentielle.

C’est ainsi que fidèle à cette purification, le rituel du troisième grade n’entraîne pas le Comp\ en deçà des limites inférieures de l’être, l’expurgeant de détails qui n’apparaissent pas dans les rituels d’origine. Ainsi le Comp\ n’a pas à connaître la putréfaction pour lui-même en étant étendu sous un drap mortuaire taché de sang. C’est une situation trop risquée, sur un plan contre initiatique, pour être entreprise dans nos LL\. Les évolutions historiques furent si importantes que le REP fut additionné, refondu dans des généalogies aussi diverses que le Rite Ecossais Rectifié dont il est incontestablement le précurseur et le Rite Ecossais Philosophique notamment. Il en découle que les traces du rite se retrouvent conservées et à l’abri aux Etats-Unis, terre d’immigration par excellence et écrin de conservation des rites tels qu’ils sont au moment où ils arrivent. C’est donc des Etats-Unis par le Suprême Conseil des Rites confédérés qui émanait lui-même du Grand Conseil des Rites Unis que nous revient le REP, patente étant donnée le 30 septembre 1919 de ré-instaurer le REP en France à Jean Bricaud. Cette patente est citée par Albert Lantoine dans son ouvrage « La Franc-Maçonnerie chez elle » p. 298 éd. Slatkine, Genève,1981, 2ème édition et par Albert Cools dans « Histoire du rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm en France » publié en 1971.

Ladite patente sera transmise par Bricaud à Constant Chevillon en 1934 qui la transmettra à son tour à Charles Henri Dupont en 1944 avant d’être arrêté par la milice. Durant cet épisode les archives et les patentes furent confisquées par la milice. C’est Robert Ambelain qui succéda en patente à Charles Henri Dupont et réveilla effectivement ledit rite dès 1985 dans la L\de réveil « Saint André d’Écosse », le 20 mars 1985 à Paris. Enfin il crée la G\L\travaillant au rite. Le 20 décembre 1991, Désiré Arnéodo devient V\M\ de la « Lumière Ecossaise » en vertu d’une patente signée de Robert Ambelain. En 1993, nomination de Désiré Arnéodo au poste de G\M\ régional pour le sud et l’outremer. Remise en mains propres des patentes, rituels et notes historiques le 20 décembre 1993. Sa nomination en qualité de G M de la GLS en 1994 précède sa démission d’une structure devenue sans effectifs.

Par les essaimages successifs de la Loge mère toujours détentrice de la pratique ininterrompue et conforme du rite depuis 1991, il fut décidé de recréer une Grande Loge Symbolique travaillant au Rite Ecossais Primitif en 2011 en conformité avec les principes de la loi 1901 et garantissant le liberté de conscience. La GLSREP sera confirmée dans sa filiation légitime et directe par patente de rite accordée par le successeur désigné de Robert Ambelain, Patrick Leterme.

Grades pratiqués aujourd’hui et leurs équivalences

Le « Rite Ecossais Primitif » comptait à l'origine 7 grades, puis il en a connu 47 dans la profusion des hauts grades des 18e et 19e siècle, RA Gilbert cite dans Ars Quatuor Coronatum en 1986, que AE Waite dans son journal fait mention de sa réception au 44e degré du Early Grand Scottish. Constatons simplement qu’en 1751 la Mère L\de Marseille comprenait 7 grades. Soit les deux premiers App\ et Comp\, typiquement primitifs et qui ont toujours cour en nos tenues, celui de M\ d’importation récente, et enfin s’agissant des grades dits supérieurs, au 4e un grade dit de vengeance : M\ élu des neufs, au 5e : M\ parfait Ecossais d’Écosse réunis en chapitre et travaillant sur la parole sacrée et sa prononciation, un 6e : Chevalier de l’épée, surnommé chevalier de l’Orient ou de l’aigle, se réunissant aux deux Equinoxes, mars et septembre. Grade chevaleresque traitant de l’exil et du retour, avec Cyrus et Zorobabel. Enfin le 7e : Emané d’Heredon, grade donné en Chapitre R+C et de Saint André, au milieu du temple dévasté il s’agit de retrouver la parole perdue dans l’attitude du bon pasteur. D’une manière générale on constate que les grades de vengeance sont peu compatibles avec l’ésotérisme chrétien. Seuls les grades d’exils et de Saint André ou R+C sont de mise dans les développements du REP. C’est dans un souci de cohérence que Robert Ambelain a voulu restituer au rite son caractère épuré et traditionnel avec les 7 grades d'origine, dont un grade fonctionnel fort important quant à l’ancienne tradition des M\de L\ les deux premiers grades seraient historiquement ceux du Rite Ecossais Primitif :

I. App\, II. Comp\, III. M\(anciennement «Compagnon Confirmé»).

Grades dits supérieurs et fonctionnels :

Chambre écossaise : IV. M\Installé

(ou encore M\de Saint-Jean ou M\de L\)

il constitue un grade fonctionnel pour exercer le Vénéralat. Il ne peut être accordé sans être déjà M\ écossais.

V. M\ Écossais et Chevalier de Saint-André (équi. 18e) grade avec un versant Ecossais(14èm) et un versant Chevalier qui trouve ses origines légendaires dans la création par Robert Bruce de l’Ordre de Saint André du Chardon en date du 24 juin 1314, ce rituel n’est pas sans rappeler le retour des Stuarts sur le trône après l’exil, de plus on remarque que cet ordre fut réactivé en 1687 par Jacques II en plein effort de stabilisation au pouvoir.

Ordre intérieur :

À compter de 1991 pas de commentaire particulier si ce n’est que ces deux grades sont similaires à ceux du RER dans une forme simplifiée cependant.

VI. Écuyer Novice du Temple (équi. 30e)

VII. Chevalier du Temple (équi. 33e)

Robert Ambelain s'est efforcé de redonner toute sa profondeur au « Rite Ecossais Primitif » en revenant à la Tradition d'origine qui donne au REP son style propre et si particulier de Franc-Maçonnerie chevaleresque, dans une simplicité restaurée.

Notons que Robert Ambelain après avoir apporté ce Rite en dépôts au suprême conseil des rites confédérés (Franc-Maçonnerie oubliée, p.62), en a repris la maîtrise totale, possédant seul la faculté de transmettre par lui-même, et assisté d’une G\L\ qu’il constitua. La G\L\, organe non initiatique, car purement administratif, devenue sans objet par défaut de LL\ adhérentes, les seules qui continuèrent l’exercice ininterrompu du rite sont en droit de transmettre ce dernier suivant l’ancien système L\ Mère à L\Fille puis, lorsque le nombre de LL\ est suffisant, il fut envisagé la reconstitution d’une G\L\légitime, en droite ligne de la transmission. Est-il besoin de rappeler 2 principes de base en matière initiatique : c’est l’Homme qui transmet l’influence spirituelle et donc l’initiation, une « organisation » n’y est apte que par le biais de celui qui a reçu la transmission et peut en justifier. Il s'agit donc d'un passage de témoin supposant une pratique effective. Cette transmission pour être régulière dans sa forme doit respecter scrupuleusement un rituel adapté.

Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique

Le « Rite Ecossais Primitif » se veut l’un des plus ancien Rite maçonnique symbolique et traditionnel encore pratiqué de nos jours : il pourrait être considéré comme l'ancêtre de certains Rites. Il souche en lui, l’ensemble des germes qui vont prospérer à compter de la deuxième partie du XVIIIe siècle. L’initiative du réveil du Rite revient à Robert Ambelain, détenteur des patentes et des éléments transmis par ses glorieux aînés, qui malgré les années noires de la seconde guerre mondiale, a su remettre en forme et en ordre la quasi-totalité du Rite.

C’est un véritable travail de chartiste que l’intéressé a effectué, un travail de vérification et de recherches dont l’objectif avoué consistait à rendre au Rite Ecossais Primitifs ses ors et son sens primordial. Il a dû prudemment tenir compte des évolutions tectoniques de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Ce parcours de vérification, d’une masse documentaire digne des plus grands encyclopédistes, fut mené dans l’après-guerre, jusqu’en 1985. Il s’agissait d’accorder ladite documentation, dont il était pour partie dépositaire via patentes et rituels, avec les sources historiques des premières implantations de LL\ maçonnique en France. Ces travaux de recherche s’effectuant sur un plan historique, avec une tradition essentiellement orale, mena l’intéressé vers un travail de recoupement et de synthèse, dont nous profitons aujourd’hui. L’écueil des excès de transformation des rites n’a affecté le REP qu’à la marge. Ainsi, les décors originaux du rite non francisés, lui ont été restitués en fonction de la tradition des loges régimentaires.

La légende d’Hiram dont l’apparition serait postérieure à 1730 est expurgée, suivant les termes du S\G\M\« de son caractère contre initiatique et antichrétien ». Pour l’essentiel, il s’agissait de rétablir l'esprit des rituels d’origine, tout en acceptant une partie des adaptations historiques, consistant au grade de M\ et de sa légende,  en une lumière incarnée aussi indispensable qu’originelle.

Contrairement à une idée répandue, à l’initiative de certains intellectuels soucieux de monopoliser et de contrôler les sources historiques, la Franc-Maçonnerie spéculative des origines, n'est pas née uniquement de la G\L\de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson. Bien que cet événement cristallise en lui certaines influences et sera le modèle futur de développement de la franc-maçonnerie continentale, la Franc-Maçonnerie française descend naturellement des premières LL\ installées par les immigrés de la Grande île et ceci dès le 26 mars 1688.

Cette date deviendra le point de départ d’une recherche historique démontrant l'existence de LL\militaires Stuartistes, composées d’officiers et de bas-officiers, au sein des régiments écossais et irlandais ayant fidèlement escorté le roi Charles II d'Angleterre dans son exil français. D’après Robert Ambelain « ce sont ces loges militaires qui introduiront en France la maçonnerie avec l’arrivée de Jacques II d’Angleterre en exil à Saint-Germain-en-Laye, et les régiments fidèles qui l’on suivi, composés d’Écossais et d’Irlandais, catholiques, protestants ou anglicans, mais liés par leur serment de fidélité au souverain ( Franc-Maçonnerie oubliée, p. 35). Cette incursion au royaume de France pris racine et se ramifia dans un mouvement plus large pour constituer les LL\ Stuartistes ou Jacobites. 1688, constitue la base de nos recherches sur le Rite Ecossais Primitif. À ce stade, il convient d’aborder l’étendue de la recherche autour du terme « Early Grand Scottish » dans des textes ou témoignages antérieurs. On trouve mention du « Rite Ecossais Primitif » dans un des plus anciens documents maçonniques existants. Nous reprenons les recherches de la R.°.L.°.« La Lumière Ecossaise » à l’Orient d' Ollioules, (une des deux dernières LL\ régulières en lignage direct d'avec Robert Ambelain) : « Ce document datant du 16e siècle (1590), est d'importance, car il est écrit de la main d'un « F\ Visit\» assistant à la réception d'un App\ lors d'une tenue de maçonnerie spéculative au « Early Scottish Rite » et qui relate sa visite. C'est l'un des tous premiers documents faisant état de l'existence d'une maçonnerie spéculative ».

C’est ici une contribution d’importance qui, sans constituer une preuve en soi, nous oblige à faire état des évolutions des rites en Écosse et en Angleterre. Jusqu’en 1630, les anciens devoirs qui dominent les rituels maçonniques opératifs sont de nature gothique et directement sous influence catholique.

Cette influence, ainsi que les dorures du gothique tendent à diminuer, notamment au profit de l’anglicanisme. L’arrivée des calvinistes va remettre en cause l’ancien style et l’ancienne tradition des cathédrales, au profit d’une démarche stylistique plus épurée, tout en maintenant un devoir de mémoire imposé par les Statuts de William Schaw de 1598 et 1599. Il y met au point, pour toute l'Écosse, une réglementation en langue écossaise, de la profession de maçon "opératif", distincte des guildes de métier ainsi qu’une réglementation fonctionnelle et hiérarchique des LL\ maçonniques à trois niveaux: Apprentis-entrés, Compagnons et Surveillant de la L\ (« interit prenteiss, fallow of craft, warden »). Le terme de maître maçon (master massoun) y est également employé, mais il désignerait un état d'artisan et non pas une fonction dans la L\.

William Schaw imposa aux LL\ opératives le « devoir de mémoire » et la présence d’un secrétaire.

C’est dans ce cadre que va s’élaborer le « Masson Word ». Ce nouveau rituel s’établit dans la région de Kilwinning en Écosse vers 1630. C’est la conjonction des deux séries de rituels, catholiques « Anciens devoirs » ou « gothiques » et Calvinistes du « Masson word », qui probablement donnera naissance au « Early Grand Scottish ».

L'histoire apportera son lot d’inflexions, pour en arriver à une période dite de transition où l’on verra des tiers, non maçons, être « acceptés » dans ces confréries opératives, ou dans des loges des Anciens devoirs, amenant leurs connaissances, leurs finances et leurs relationnels. Trois apports qui semblaient indispensables à la survie et la revitalisation de ces structures en perte de vitesse depuis l’arrêt des grands chantiers. Mais la transition n'est pas la seule évolution. Dans le sillage des rois écossais se développent des "loges" ou assemblées discrètes de partisans, qui partagent et défendent une légitimité de droit divin, considérants leur souverain comme un Salomon bâtisseur. En regard de l'adversité politique et religieuse, ces partisans se réunissent sous le sceau du secret avec mot et signes de reconnaissance. 

À la suite de Robert Ambelain, nous pouvons affirmer que ce rituel trouve son fondement légendaire et probablement historique dans ce centre Traditionnel de l'écossisme des origines, soit à Kilwinning en Écosse, et plus précisément sur le mont Hérédom. À ce stade il est bon de rappeler que légendes et mythes, ici vétéro, néotestamentaires et celtiques, ont toujours tissé la toile de fond des rites opératifs et spéculatifs. Ils garantissent la plasticité initiatique de la Franc-Maçonnerie de tradition.

Le REP se prévaut d’avoir la même tradition originelle que l'ordre fondé par Robert Bruce le 24 juin 1314 pour célébrer la victoire écossaise de Bannockburn avec l’appui de templiers réfugiés. La dénomination de l’Ordre de Saint André du Chardon sera relevée par Charles II en 1658 à Londres dans le but de décorer le général Monck et ses partisans vainqueurs. Cet ordre historique et légendaire, s'appuiera sur un ensemble d’hommes aguerris, conquis à la cause Stuartiste et aboutira à une duplication maçonnique de l’ordre sous le titre de M\ Écossais, Chevalier de Saint André du Chardon. Précisons que cet ordre trouve ses origines dans le Temple du fait de sa légende fondatrice. Ce grade, aujourd’hui pratiqué au REP est « bicéphale », en ce sens qu’il s’attache au grade de maître écossais qui autrefois avait barre sur les LL\car il alimentait la charge de M\de L\, et qui au surplus constituait le développement naturel du grade de Maître, vers un exaucement chevaleresque sur lequel nous reviendrons.

Ce seront de très fidèles maçons qui animeront les LL\françaises durant l’exil et apporterons aux grades supérieurs de l’écossisme une double lecture du grade. La première sera liée à la bible et à la connaissance symbolique de Esdras I et II, avec toute la charge mythique de l’exil et du retour, mais aussi et de manière plus prosaïque, le retour conquérant vers la Grande île et la reconquête du trône. Il y a donc une pensée symbolique de haute volée, assimilant l'exil à une traversée du désert, et sa duplication politique de circonstance.

Une prudence sémantique s’impose cependant lorsqu’il s’agit de rechercher l’origine d’une expression qui, par sa nature même, peut être considérée comme générique. Peut-on en effet soutenir durablement que la préexistence d’un rite ne tienne qu’à sa provenance et sa dénomination ? Certainement pas. Il semble utile de comparer les rites et rituels pour admettre une filiation « Early Grand Scottish ».

Il est possible de déterminer, avec la variable imposée par le temps et les adaptations aussi nombreuses que circonstancielles, à quelle souche peut être raccordé tel ou tel rite pratiqué. Pour le REP l'exil et le retour sembles incontournables ainsi que la notion de lumière en soi.

Quoiqu’il en soi, on retrouve mention de ce rite dans « Rituels et Degrés du Early Grand Scottish Rite » publié en 1890 par Mattew Mc Blain.  Ce dernier, malgré les réserves que l’on peut faire sur son parcours, y précise que ce rite est le plus ancien des anciens rites : « The primitive Early Grand Scottich Rite is the oldest practised by the Grand Council ».

Ceux-ci se comprennent comme le système qui précède et inspirera les rites dits « écossais » comme le RER le Rite Zinnendorf, le Rite Suédois, la Stricte Observance Templière, d’une part, et d’autre part, le REAA.

Il est important de préciser que le terme de Rite dit « Écossais Primitif » recouvre une multitude de rites anciens qui d’un même souchage ont produit des variantes aussi nombreuses que les villes ou ils furent pratiqués. C’est ainsi que certains hauts dignitaires de la maçonnerie du XVVIIIème siècle détenaient un collection très importante de rites. (Voir à ce sujet les apports des Chefdebien aux Chapitres et Orients auxquels ils participèrent, corpus de rites recueillis ultérieurement par le Grand Orient.)

La destinée Stuartiste et naissance du mouvement Jacobite

Il convient de donner quelques précisions sur le contexte historique. Rite Ecossais Primitif a dès son implantation en France, parti lié avec la famille royale Stuart, dans une longue lignée de cousinage. Il est nécessaire de rappeler les liens particuliers qui existent depuis la guerre de Cent Ans entre la France et l’Écosse, marquée par le mariage de Louis XI et de Marguerite d’Écosse fille de Jacques Ier en 1436. Louis XIII devient beau frère de Charles Ier. Louis XIV sera cousin germain de Charles II et de Jacques II, Louis XV cousin de Jacques III, Louis XVI de Charles III, et Louis XVIII celui de Charles X.

Robert Ambelain dans ses différents courriers et communications verbales, nous a décrit de manière suffisamment précise l’arrivée du rite transporté dans les bagages des officiers et bas officiers des régiments irlandais et écossais.

 

Cette arrivée sur notre sol s’explique par les problèmes politiques et religieux qui sévissent chez nos voisins anglais, écossais et irlandais. La révolution est en marche de l’autre côté de la Manche. La fraction catholique Stuartiste menée par Charles II d’Angleterre est en difficulté face à la maison de Hanovre. Il obtient l’asile pour lui-même et quelques régiments constitutifs de sa garde, embryon de corps expéditionnaire en vue d’une reconquête ultérieure.

Cette arrivée des régiments fit l’objet d’un morceau d’architecture lue par Robert Ambelain, en L\féminine de Memphis Misraïm R\L\Le Delta au zénith de Neuilly sur Seine, le mardi 8 octobre 1991.

Il est précisé dans ces travaux, le rôle de protecteur de la famille Stuart sur l’Ordre maçonnique au travers de ses différents rois : Charles 1er, Charles II, Jacques II, Charles III. Protecteurs de la Franc-Maçonnerie, ces rois favorisent la diffusion des cet ordre initiatique parmi d’autres à l’époque, donnant ainsi ses lettres de noblesse à cette maçonnerie écossaise qualifiée plus tard de Jacobite.

On relève dans ce sens Charles Ier favorisant la publication des textes mystiques tels que ceux de Jacob Böhme. Charles II en 1672 promulgue l’édit de la liberté de conscience. Jacques II emboîtera le pas de ses aînés.

Au plan international le Royaume de France voit d’un bon œil tout ce qui est de nature à lutter contre les puissances maritimes protestantes. Ces régiments repartent à la conquête de leur île d’origine. Le Roi Charles II sera enfin couronné en 1661.

Son frère cadet prend la succession de Charles II décédé en 1685. Jacques II est le troisième fils du roi Charles Ier, décapité lors de la révolution de 1649, et de la reine, née Henriette de France, fille d'Henri IV de France. Il est aussi le cousin germain du roi de France Louis XIV, et l'une de ses sœurs, Henriette d'Angleterre, épouse Philippe de France, duc d'Orléans, frère dudit Louis XIV. Preuve de la confiance et du soutien de son frère aîné, le 27 janvier 1644, il est fait duc d'York, titre traditionnellement conféré au second fils survivant des souverains anglais. Les liens de parenté vont prévaloir dans tous les aspects y compris dans la liberté et l’usage qui va précéder l’implantation des premières loges en France, du moins dans les trois premières décennies.

Louis XIV apporta son soutien à Jacques lors de son exil. Il l'avait déjà fait duc de Normandie peu après la restauration de Charles II.

L’évènement majeur qui va causer sa perte est sa conversion au catholicisme de manière secrète.

Le témoignage de son ouverture d’esprit est essentiellement marqué après son avènement, par les faveurs accordées aux Églises minoritaires (dont l'Église catholique), et par l'accueil d'un nonce apostolique à Londres. La réaction à cet évènement fut violent.

Face au risque de dynastie catholique, la naissance d'un héritier mâle en 1688 inquiète la grande majorité de ses sujets. La noblesse tente un rapprochement avec sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, chef des armées hollandaises dans le but de renverser le roi. Ceux-ci débarquent en 1688, à Torbay, entraînant la fuite de Jacques II sans combat le 11 décembre 1688, il finit par déposer le pouvoir le mois suivant. Il trouve refuge auprès de son cousin germain, Louis XIV comme nombre de ses partisans (d’où l’appellation Jacobites). Pour aider sont cousin le catholique Jacques II d'Angleterre, à retrouver son trône, Louis XIV lui propose une flotte et des hommes mis sous l'autorité de Tourville.

L'embarquement est prévu en Cotentin avec vingt mille hommes et soixante-dix vaisseaux pour débarquer près de l'île de Portland. L'opération tourne à l'échec au cours de la bataille de la Hougue. Il réside au Château de Quinéville durant ces événements et assiste au désastre depuis le clocher du village. Ces évènements sont connus sous le nom de « Glorieuse Révolution ». Pour contrer la Ligue d'Augsbourg (Angleterre, Provinces-Unies, Autriche, États d'Allemagne, Espagne), Louis XIV tente de replacer Jacques II sur le trône et ainsi de déplacer la guerre en Angleterre. Jacques II subi une succession de défaites suite au débarquement en Irlande, au siège d’Athlone, à la bataille d'Aughrim et au siège de Limerick. Ces défaites lui ôtent tout espoir de retrouver son trône.

Jacques II meurt le 16 septembre 1701 au château de Saint-Germain-en-Laye sans avoir pu reconquérir le trône. Son corps est inhumé en l’église paroissiale.

On remarquera que de nombreuses familles exilées ont fait souche sur le continent et à Saint Germain notamment, on y trouve trace de leur implantation au cimetière de la ville.

Les exilés Stuartistes auraient contribué à fonder plusieurs loges maçonniques en Europe, à la suite des LL\ militaires irlandaises et écossaises.

Les Stuarts dans la FM.

Ce rapide survol événementiel met en avant trois points fondamentaux :

- Les Stuarts ont toujours été un soutien indéfectible à la Franc-Maçonnerie en général, le Roi est un Salomon bâtisseur ;

- Les liens d’amitié et la filiation historique entre la France et l’Écosse sortent renforcés par ces évènements et vont contribuer au bon accueil des exilés avec leurs usages maçonniques ;

- La reconquête du pouvoir est une constante politique qui va hanter les relations internationales, relayée par l’activité conspiratrice des LL\dites Jacobites.

En trois ans de règne seulement, Jacques II a fait preuve d’un sens de l’État mêlé à ses convictions personnelles. À l’égal de ses devanciers, on prétend qu’il fut G\M\ de la Franc-Maçonnerie. Il est certain que son empathie était totale. Il appuie par ses actes une forme de liberté de conscience.

La déclaration dite d’indulgence de 1687 et l’édit de Tolérance de 1693 ont joué un rôle majeur dans l'histoire politique anglaise avant d'être rejetés massivement lors de la Glorieuse Révolution de 1688, au cours de laquelle les intellectuels whigs décident d'appeler à l'aide les Néerlandais et les réfugiés huguenots français des Provinces-Unies pour se débarrasser du dernier représentant de la dynastie catholique Stuart. Cette politique transfrontalière est fondée sur l’ostracisme religieux qui régnait sur la Grande île qui fût la base de son rejet, les considérations de politique internationale vont rejoindre cette opposition entre catholiques et protestants.

Cousin et ami proche de Louis XVI, Jacques II trouve asile en France, avec une importante colonie de soldats Jacobites (le nom vient du sien), installés à Nantes, d’où ils préparent les tentatives de reconquête de 1692, 1707, 1711 et 1746. Nous y reviendrons.

Ses fidèles amis de la dynastie marchande des Irlandais de Nantes, menée par Anthony Walsh, père et fils, prirent le relais et jouèrent un rôle central dans l'expansion coloniale du XVIIIe siècle aux Antilles.

Au plan sociologique, on notera l’afflux vertigineux pour l’époque de quarante mille réfugiés sur le territoire du royaume de France ; composés pour l’essentiel de militaires et pour 40% d’aristocrates, qui feront souche apportant outre l’esprit Jacobite, les usages rituelique des LL\dites écossaises et irlandaises. Ce fait induit naturellement une diversité des rituels appliqués en royaume de France en fonction de la provenance des maçons. Il faut comprendre que le rite écossais primitif d’Edinburgh ne pouvait être identique à celui qui avait cours à Dublin ou à Londres.

Saint-Germain-en-Laye en 1688 devient le centre de la résistance Jacobite en exil. Les réfugiés sont hébergés au château.

Loges écossaises et jacobitisme en France

Nous abordons ici un versant plus prosaïque du développement des LL\écossaises dans le royaume de France sous couvert de l'exil. Le « jacobitisme » historique était un mouvement politique, fondé entre 1688 et 1807, composé d’individus qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts. Ils considéraient comme usurpateurs tous les Rois et Reines britanniques ayant régné pendant cette période. Ce mouvement, plus qu’une tendance politique correspond à un état d’esprit très proche de l’esprit français de l’époque, recherchant un point d’appui anti Hanovrien.

Le « jacobitisme » moderne est un petit mouvement composé de ceux qui considèrent toujours comme illégitimes les rois et les reines régnants sur les pays de l'Empire britannique et du Commonwealth depuis 1688 jusqu'à aujourd'hui. Les Jacobites modernes considèrent de fait que la reine Elisabeth II (née en 1926, reine depuis 1952) n'est que "la princesse Philippe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg".

Jacques II et VII fut contraint d’abandonner le pouvoir à cause de l'invasion de l'Angleterre par les troupes hollandaises de son neveu et gendre Guillaume III, prince d'Orange. Guillaume a été invité à renverser son oncle par certains hommes politiques appelés les Whigs.

En 1689, Guillaume et sa femme la princesse Marie sont conjointement proclamés « Roi et Reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse ».

Guillaume III et Marie II par le truchement des parlements d’Angleterre et d’Écosse s'arrogent le droit d'exclure du trône le Roi Jacques II et son fils Jacques, le prince de Galles. Le parlement d’Irlande n'a jamais été consulté (depuis 1494, le parlement anglais avait le droit de faire des lois pour l'Irlande sans consulter le parlement irlandais). La Reine Marie II meurt en 1694; le Roi Guillaume III continue de régner seul jusqu'à sa propre mort en 1702.

En 1701 le parlement anglais déclare qu'aucun catholique (ou personne avec un conjoint catholique) ne pourra hériter des trônes britannique et irlandais. Les parlements écossais et irlandais refusent de promulguer la même loi d'interdiction. Le roi Guillaume succède sur les trois trônes, et sa belle-sœur Anne est couronnée Reine Anne Ire de Grande-Bretagne. Pendant son règne le parlement écossais est aboli, le parlement anglais absorbant les députés et les pairs écossais.

Ce parlement a changé son propre nom et le parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne a définitivement remplacé les parlements d'Angleterre et d'Écosse. Ainsi les lois anglaises sur la succession sont devenues des lois britanniques. Le successeur de la Reine Anne est la personne protestante la plus proche du trône. Il s'agit de Georges Ier, Électeur de Hanovre (1660-1727) un descendant d'une sœur du roi Charles Ier. Georges Ier n’était que 56e en ligne de succession, mais il prime tous les autres, (55 avant lui) qui étaient des catholiques. Il a réussi, selon la nouvelle loi sur la « Succession protestante ». Les Jacobites n'ont jamais reconnu ce deuxième coup d'État non plus. De 1688 jusqu’à la mort de la Reine Anne, les partisans de ces "coups d’État" ont été appelés les Orangistes (d'après Guillaume d’Orange).

Par la suite, avec l'accession au trône de George Ier en 1714, ces mêmes partisans ont été qualifiés d'Hanovriens.

C'est pour défendre les droits du roi Jacques II et VII et – après sa mort en 1701 - de son fils Jacques François Stuart (proclamé «Jacques III et VIII») que de nombreux Britanniques et Irlandais, devenus les Jacobites, se sont révoltés à plusieurs reprises entre 1689 et 1746. En Irlande, le roi Jacques II et VII fut battu par Guillaume III en personne à la bataille de la Boyne le 12 juillet 1690 et à la bataille d'Aughrim. De nos jours la bataille de la Boyne est célébrée par un jour férié et de grands défilés par les protestants "Orangistes" en Irlande du Nord. L'insurrection continua jusqu'en 1692 quand les derniers Jacobites irlandais furent contraints de fuir le port de Limerick au sud-ouest de l'île et d’aller vivre en exil en France. Ils sont connus dans l'histoire irlandaise comme les « oies sauvages ». L'Écosse, où les Jacobites furent pourtant moins nombreux qu'en Irlande, a fait l'objet de cinq tentatives de reconquête Jacobites en 54 ans, toutes lancées à partir de la France, avortées lors de la bataille de la Hougue en 1692, puis plus menaçantes en 1708, 1715, 1719 et surtout 1746.           

C'est en Écosse, berceau de la dynastie des Stuarts, que Jacques François Stuart ("Jacques VIII" pour les Jacobites écossais et "Jacques III" pour les Jacobites hors d'Écosse, "le Vieux Prétendant" pour les Whigs) tenta de débarquer en 1708, lança une insurrection en 1715, et encore une fois tenta de débarquer en 1719.

C'est aussi en Écosse et en son nom que son fils Charles Édouard Stuart, lança la toute dernière insurrection en 1745, battit les Anglais en Écosse à la bataille de Prestonpans le 21 septembre 1745, et pénétra jusqu'à 250 kilomètres en Angleterre où il gagna la ville de Derby (à 192 kilomètres de Londres) avant qu'il ne soit obligé par ses conseillers militaires de se retirer.

Il subit une défaite écrasante devant le prince Guillaume Auguste, Duc de Cumberland (1721-1765), fils du roi Georges II, (1683-1760, régnant depuis 1727) à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. La répression sur les rescapés de la bataille, et les civils vivant aux alentours fut féroce. La cause Jacobite était ruinée en Écosse. Près d'un millier de prisonniers furent réduits en esclavage et déportés aux États-Unis où ils travailleront dans des plantations.

On perçoit dès lors une farouche détermination dans cette reconquête et on comprend mieux l’intérêt à développer en France les LL\maçonniques qui servaient de lieux d’échange et de regroupement.

 

Souchage militaire et francisation

 

C’est donc l’épopée Stuartiste qui permit l’implantation des premières LL\en France. Ces LL\ essaimèrent suffisamment pour se regrouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des francs-maçons dans le Royaume de France. C’est ici la première tentative de structuration. La Franc-Maçonnerie de cette époque est essentiellement Écossaise et Jacobite.

Le caractère militaire va marquer le pas face à l’intérêt ou la curiosité de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des LL\ Écossaises ou Irlandaises civiles. Viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des LL\ exclusivement françaises, parce que composées de maçons français, faisant évoluer l’honorable en respectable.

Enfin, en 1755, ces LL\ se grouperont en une G\L\de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le G\ O\de France que nous connaissons. Cette G\L\ de France disparaîtra en 1769, laissant donc la place au G\O\ de France, L'actuelle G\L\ de France a été constituée en 1897, d'une G\L\Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes LL\ayant fait dissidence antérieurement.

Parallèlement à ces évènements politiques, les régiments tenaient leurs LL\ dites régimentaires en leurs différents lieux d’affectation. Le rituel tel qu’il était donné à cette époque différait de celui que nous connaissons aujourd’hui. Outre la référence au roi, le principe de base de la plupart des rituels était encore sous l’ancienne influence des anciens devoirs opératifs, mais depuis cinquante ans, les rituels dit « gothiques » et catholiques par leurs origines, se trouvent influencés voir modifiés par les rituels d’origine calviniste, souchés près la loge Kilwinning en Écosse connue sous l’appellation du « mot de maçon ».

Ce mot de maçon (Masson Word) est en réalité un mot de reconnaissance entre maçons du même grade. Les introductions concernent bien évidemment le serment sur la bible qui ne pouvait exister dans les anciens devoirs catholiques, la lecture du rituel sur le mode de la triple voix, l’instruction rythmée sur le mode question-réponse et enfin bien plus tard l’apparition d’un troisième grade celui de maître avec un rituel adéquat. Il est donc illusoire de vouloir faire coïncider les rituels d’origine militaire de l’époque avec ceux que nous pratiquons actuellement.

Tout juste arriverions-nous à établir une filiation distincte de la souche anglaise.

 

 

 

           

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Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique(part1)

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Le « Rite Ecossais Primitif » se veut l’un des plus ancien Rite maçonnique symbolique et traditionnel encore pratiqué de nos jours : il pourrait être considéré comme l'ancêtre de certains Rites. Il souche en lui, l’ensemble des germes qui vont prospérer à compter de la deuxième partie du XVIIIe siècle. L’initiative du réveil du Rite revient à Robert Ambelain, détenteur des patentes et des éléments transmis par ses glorieux aînés, qui malgré les années noires de la seconde guerre mondiale, a su remettre en forme et en ordre la quasi-totalité du Rite.

C’est un véritable travail de chartiste que l’intéressé a effectué, un travail de vérification et de recherches dont l’objectif avoué consistait à rendre au Rite Ecossais Primitifs ses ors et son sens primordial. Il a dû prudemment tenir compte des évolutions tectoniques de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Ce parcours de vérification, d’une masse documentaire digne des plus grands encyclopédistes, fut mené dans l’après-guerre, jusqu’en 1985. Il s’agissait d’accorder ladite documentation, dont il était pour partie dépositaire via patentes et rituels, avec les sources historiques des premières implantations de LL\ maçonnique en France. Ces travaux de recherche s’effectuant sur un plan historique, avec une tradition essentiellement orale, mena l’intéressé vers un travail de recoupement et de synthèse, dont nous profitons aujourd’hui. L’écueil des excès de transformation des rites n’a affecté le REP qu’à la marge. Ainsi, les décors originaux du rite non francisés, lui ont été restitués en fonction de la tradition des loges régimentaires.

La légende d’Hiram dont l’apparition serait postérieure à 1730 est expurgée, suivant les termes du S\G\M\« de son caractère contre initiatique et antichrétien ». Pour l’essentiel, il s’agissait de rétablir l'esprit des rituels d’origine, tout en acceptant une partie des adaptations historiques, consistant au grade de M\ et de sa légende,  en une lumière incarnée aussi indispensable qu’originelle.

Contrairement à une idée répandue, à l’initiative de certains intellectuels soucieux de monopoliser et de contrôler les sources historiques, la Franc-Maçonnerie spéculative des origines, n'est pas née uniquement de la G\L\de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson. Bien que cet événement cristallise en lui certaines influences et sera le modèle futur de développement de la franc-maçonnerie continentale, la Franc-Maçonnerie française descend naturellement des premières LL\ installées par les immigrés de la Grande île et ceci dès le 26 mars 1688.

Cette date deviendra le point de départ d’une recherche historique démontrant l'existence de LL\militaires Stuartistes, composées d’officiers et de bas-officiers, au sein des régiments écossais et irlandais ayant fidèlement escorté le roi Charles II d'Angleterre dans son exil français. D’après Robert Ambelain « ce sont ces loges militaires qui introduiront en France la maçonnerie avec l’arrivée de Jacques II d’Angleterre en exil à Saint-Germain-en-Laye, et les régiments fidèles qui l’on suivi, composés d’Écossais et d’Irlandais, catholiques, protestants ou anglicans, mais liés par leur serment de fidélité au souverain ( Franc-Maçonnerie oubliée, p. 35). Cette incursion au royaume de France pris racine et se ramifia dans un mouvement plus large pour constituer les LL\ Stuartistes ou Jacobites. 1688, constitue la base de nos recherches sur le Rite Ecossais Primitif. À ce stade, il convient d’aborder l’étendue de la recherche autour du terme « Early Grand Scottish » dans des textes ou témoignages antérieurs. On trouve mention du « Rite Ecossais Primitif » dans un des plus anciens documents maçonniques existants. Nous reprenons les recherches de la R.°.L.°.« La Lumière Ecossaise » à l’Orient d' Ollioules, (une des deux dernières LL\ régulières en lignage direct d'avec Robert Ambelain) : « Ce document datant du 16e siècle (1590), est d'importance, car il est écrit de la main d'un « F\ Visit\» assistant à la réception d'un App\ lors d'une tenue de maçonnerie spéculative au « Early Scottish Rite » et qui relate sa visite. C'est l'un des tous premiers documents faisant état de l'existence d'une maçonnerie spéculative ».

C’est ici une contribution d’importance qui, sans constituer une preuve en soi, nous oblige à faire état des évolutions des rites en Écosse et en Angleterre. Jusqu’en 1630, les anciens devoirs qui dominent les rituels maçonniques opératifs sont de nature gothique et directement sous influence catholique.

Cette influence, ainsi que les dorures du gothique tendent à diminuer, notamment au profit de l’anglicanisme. L’arrivée des calvinistes va remettre en cause l’ancien style et l’ancienne tradition des cathédrales, au profit d’une démarche stylistique plus épurée, tout en maintenant un devoir de mémoire imposé par les Statuts de William Schaw de 1598 et 1599. Il y met au point, pour toute l'Écosse, une réglementation en langue écossaise, de la profession de maçon "opératif", distincte des guildes de métier ainsi qu’une réglementation fonctionnelle et hiérarchique des LL\ maçonniques à trois niveaux: Apprentis-entrés, Compagnons et Surveillant de la L\ (« interit prenteiss, fallow of craft, warden »). Le terme de maître maçon (master massoun) y est également employé, mais il désignerait un état d'artisan et non pas une fonction dans la L\.

William Schaw imposa aux LL\ opératives le « devoir de mémoire » et la présence d’un secrétaire.

C’est dans ce cadre que va s’élaborer le « Masson Word ». Ce nouveau rituel s’établit dans la région de Kilwinning en Écosse vers 1630. C’est la conjonction des deux séries de rituels, catholiques « Anciens devoirs » ou « gothiques » et Calvinistes du « Masson word », qui probablement donnera naissance au « Early Grand Scottish ».

L'histoire apportera son lot d’inflexions, pour en arriver à une période dite de transition où l’on verra des tiers, non maçons, être « acceptés » dans ces confréries opératives, ou dans des loges des Anciens devoirs, amenant leurs connaissances, leurs finances et leurs relationnels. Trois apports qui semblaient indispensables à la survie et la revitalisation de ces structures en perte de vitesse depuis l’arrêt des grands chantiers. Mais la transition n'est pas la seule évolution. Dans le sillage des rois écossais se développent des "loges" ou assemblées discrètes de partisans, qui partagent et défendent une légitimité de droit divin, considérants leur souverain comme un Salomon bâtisseur. En regard de l'adversité politique et religieuse, ces partisans se réunissent sous le sceau du secret avec mot et signes de reconnaissance. 

À la suite de Robert Ambelain, nous pouvons affirmer que ce rituel trouve son fondement légendaire et probablement historique dans ce centre Traditionnel de l'écossisme des origines, soit à Kilwinning en Écosse, et plus précisément sur le mont Hérédom. À ce stade il est bon de rappeler que légendes et mythes, ici vétéro, néotestamentaires et celtiques, ont toujours tissé la toile de fond des rites opératifs et spéculatifs. Ils garantissent la plasticité initiatique de la Franc-Maçonnerie de tradition.

Le REP se prévaut d’avoir la même tradition originelle que l'ordre fondé par Robert Bruce le 24 juin 1314 pour célébrer la victoire écossaise de Bannockburn avec l’appui de templiers réfugiés. La dénomination de l’Ordre de Saint André du Chardon sera relevée par Charles II en 1658 à Londres dans le but de décorer le général Monck et ses partisans vainqueurs. Cet ordre historique et légendaire, s'appuiera sur un ensemble d’hommes aguerris, conquis à la cause Stuartiste et aboutira à une duplication maçonnique de l’ordre sous le titre de M\ Écossais, Chevalier de Saint André du Chardon. Précisons que cet ordre trouve ses origines dans le Temple du fait de sa légende fondatrice. Ce grade, aujourd’hui pratiqué au REP est « bicéphale », en ce sens qu’il s’attache au grade de maître écossais qui autrefois avait barre sur les LL\car il alimentait la charge de M\de L\, et qui au surplus constituait le développement naturel du grade de Maître, vers un exaucement chevaleresque sur lequel nous reviendrons.

Ce seront de très fidèles maçons qui animeront les LL\françaises durant l’exil et apporterons aux grades supérieurs de l’écossisme une double lecture du grade. La première sera liée à la bible et à la connaissance symbolique de Esdras I et II, avec toute la charge mythique de l’exil et du retour, mais aussi et de manière plus prosaïque, le retour conquérant vers la Grande île et la reconquête du trône. Il y a donc une pensée symbolique de haute volée, assimilant l'exil à une traversée du désert, et sa duplication politique de circonstance.

Une prudence sémantique s’impose cependant lorsqu’il s’agit de rechercher l’origine d’une expression qui, par sa nature même, peut être considérée comme générique. Peut-on en effet soutenir durablement que la préexistence d’un rite ne tienne qu’à sa provenance et sa dénomination ? Certainement pas. Il semble utile de comparer les rites et rituels pour admettre une filiation « Early Grand Scottish ».

Il est possible de déterminer, avec la variable imposée par le temps et les adaptations aussi nombreuses que circonstancielles, à quelle souche peut être raccordé tel ou tel rite pratiqué. Pour le REP l'exil et le retour sembles incontournables ainsi que la notion de lumière en soi.

Quoiqu’il en soi, on retrouve mention de ce rite dans « Rituels et Degrés du Early Grand Scottish Rite » publié en 1890 par Mattew Mc Blain.  Ce dernier, malgré les réserves que l’on peut faire sur son parcours, y précise que ce rite est le plus ancien des anciens rites : « The primitive Early Grand Scottich Rite is the oldest practised by the Grand Council ».

Ceux-ci se comprennent comme le système qui précède et inspirera les rites dits « écossais » comme le RER le Rite Zinnendorf, le Rite Suédois, la Stricte Observance Templière, d’une part, et d’autre part, le REAA.

Il est important de préciser que le terme de Rite dit « Écossais Primitif » recouvre une multitude de rites anciens qui d’un même souchage ont produit des variantes aussi nombreuses que les villes ou ils furent pratiqués. C’est ainsi que certains hauts dignitaires de la maçonnerie du XVVIIIème siècle détenaient un collection très importante de rites. (Voir à ce sujet les apports des Chefdebien aux Chapitres et Orients auxquels ils participèrent, corpus de rites recueillis ultérieurement par le Grand Orient.)

 

La destinée Stuartiste et naissance du mouvement Jacobite

 

Il convient de donner quelques précisions sur le contexte historique. Rite Ecossais Primitif a dès son implantation en France, parti lié avec la famille royale Stuart, dans une longue lignée de cousinage. Il est nécessaire de rappeler les liens particuliers qui existent depuis la guerre de Cent Ans entre la France et l’Écosse, marquée par le mariage de Louis XI et de Marguerite d’Écosse fille de Jacques Ier en 1436. Louis XIII devient beau frère de Charles Ier. Louis XIV sera cousin germain de Charles II et de Jacques II, Louis XV cousin de Jacques III, Louis XVI de Charles III, et Louis XVIII celui de Charles X.

Robert Ambelain dans ses différents courriers et communications verbales, nous a décrit de manière suffisamment précise l’arrivée du rite transporté dans les bagages des officiers et bas officiers des régiments irlandais et écossais.

 

Cette arrivée sur notre sol s’explique par les problèmes politiques et religieux qui sévissent chez nos voisins anglais, écossais et irlandais. La révolution est en marche de l’autre côté de la Manche. La fraction catholique Stuartiste menée par Charles II d’Angleterre est en difficulté face à la maison de Hanovre. Il obtient l’asile pour lui-même et quelques régiments constitutifs de sa garde, embryon de corps expéditionnaire en vue d’une reconquête ultérieure.

Cette arrivée des régiments fit l’objet d’un morceau d’architecture lue par Robert Ambelain, en L\féminine de Memphis Misraïm R\L\Le Delta au zénith de Neuilly sur Seine, le mardi 8 octobre 1991.

Il est précisé dans ces travaux, le rôle de protecteur de la famille Stuart sur l’Ordre maçonnique au travers de ses différents rois : Charles 1er, Charles II, Jacques II, Charles III. Protecteurs de la Franc-Maçonnerie, ces rois favorisent la diffusion des cet ordre initiatique parmi d’autres à l’époque, donnant ainsi ses lettres de noblesse à cette maçonnerie écossaise qualifiée plus tard de Jacobite.

On relève dans ce sens Charles Ier favorisant la publication des textes mystiques tels que ceux de Jacob Böhme. Charles II en 1672 promulgue l’édit de la liberté de conscience. Jacques II emboîtera le pas de ses aînés.

 

Au plan international le Royaume de France voit d’un bon œil tout ce qui est de nature à lutter contre les puissances maritimes protestantes. Ces régiments repartent à la conquête de leur île d’origine. Le Roi Charles II sera enfin couronné en 1661.

Son frère cadet prend la succession de Charles II décédé en 1685. Jacques II est le troisième fils du roi Charles Ier, décapité lors de la révolution de 1649, et de la reine, née Henriette de France, fille d'Henri IV de France. Il est aussi le cousin germain du roi de France Louis XIV, et l'une de ses sœurs, Henriette d'Angleterre, épouse Philippe de France, duc d'Orléans, frère dudit Louis XIV. Preuve de la confiance et du soutien de son frère aîné, le 27 janvier 1644, il est fait duc d'York, titre traditionnellement conféré au second fils survivant des souverains anglais. Les liens de parenté vont prévaloir dans tous les aspects y compris dans la liberté et l’usage qui va précéder l’implantation des premières loges en France, du moins dans les trois premières décennies.

Louis XIV apporta son soutien à Jacques lors de son exil. Il l'avait déjà fait duc de Normandie peu après la restauration de Charles II.

L’évènement majeur qui va causer sa perte est sa conversion au catholicisme de manière secrète.

Le témoignage de son ouverture d’esprit est essentiellement marqué après son avènement, par les faveurs accordées aux Églises minoritaires (dont l'Église catholique), et par l'accueil d'un nonce apostolique à Londres. La réaction à cet évènement fut violent.

Face au risque de dynastie catholique, la naissance d'un héritier mâle en 1688 inquiète la grande majorité de ses sujets. La noblesse tente un rapprochement avec sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, chef des armées hollandaises dans le but de renverser le roi. Ceux-ci débarquent en 1688, à Torbay, entraînant la fuite de Jacques II sans combat le 11 décembre 1688, il finit par déposer le pouvoir le mois suivant. Il trouve refuge auprès de son cousin germain, Louis XIV comme nombre de ses partisans (d’où l’appellation Jacobites). Pour aider sont cousin le catholique Jacques II d'Angleterre, à retrouver son trône, Louis XIV lui propose une flotte et des hommes mis sous l'autorité de Tourville.

L'embarquement est prévu en Cotentin avec vingt mille hommes et soixante-dix vaisseaux pour débarquer près de l'île de Portland. L'opération tourne à l'échec au cours de la bataille de la Hougue. Il réside au Château de Quinéville durant ces événements et assiste au désastre depuis le clocher du village. Ces évènements sont connus sous le nom de « Glorieuse Révolution ». Pour contrer la Ligue d'Augsbourg (Angleterre, Provinces-Unies, Autriche, États d'Allemagne, Espagne), Louis XIV tente de replacer Jacques II sur le trône et ainsi de déplacer la guerre en Angleterre. Jacques II subi une succession de défaites suite au débarquement en Irlande, au siège d’Athlone, à la bataille d'Aughrim et au siège de Limerick. Ces défaites lui ôtent tout espoir de retrouver son trône.

Jacques II meurt le 16 septembre 1701 au château de Saint-Germain-en-Laye sans avoir pu reconquérir le trône. Son corps est inhumé en l’église paroissiale.

On remarquera que de nombreuses familles exilées ont fait souche sur le continent et à Saint Germain notamment, on y trouve trace de leur implantation au cimetière de la ville.

Les exilés Stuartistes auraient contribué à fonder plusieurs loges maçonniques en Europe, à la suite des LL\ militaires irlandaises et écossaises.

Les Stuarts dans la FM.

Ce rapide survol événementiel met en avant trois points fondamentaux :

- Les Stuarts ont toujours été un soutien indéfectible à la Franc-Maçonnerie en général, le Roi est un Salomon bâtisseur ;

- Les liens d’amitié et la filiation historique entre la France et l’Écosse sortent renforcés par ces évènements et vont contribuer au bon accueil des exilés avec leurs usages maçonniques ;

- La reconquête du pouvoir est une constante politique qui va hanter les relations internationales, relayée par l’activité conspiratrice des LL\dites Jacobites.

En trois ans de règne seulement, Jacques II a fait preuve d’un sens de l’État mêlé à ses convictions personnelles. À l’égal de ses devanciers, on prétend qu’il fut G\M\ de la Franc-Maçonnerie. Il est certain que son empathie était totale. Il appuie par ses actes une forme de liberté de conscience.

La déclaration dite d’indulgence de 1687 et l’édit de Tolérance de 1693 ont joué un rôle majeur dans l'histoire politique anglaise avant d'être rejetés massivement lors de la Glorieuse Révolution de 1688, au cours de laquelle les intellectuels whigs décident d'appeler à l'aide les Néerlandais et les réfugiés huguenots français des Provinces-Unies pour se débarrasser du dernier représentant de la dynastie catholique Stuart. Cette politique transfrontalière est fondée sur l’ostracisme religieux qui régnait sur la Grande île qui fût la base de son rejet, les considérations de politique internationale vont rejoindre cette opposition entre catholiques et protestants.

Cousin et ami proche de Louis XVI, Jacques II trouve asile en France, avec une importante colonie de soldats Jacobites (le nom vient du sien), installés à Nantes, d’où ils préparent les tentatives de reconquête de 1692, 1707, 1711 et 1746. Nous y reviendrons.

Ses fidèles amis de la dynastie marchande des Irlandais de Nantes, menée par Anthony Walsh, père et fils, prirent le relais et jouèrent un rôle central dans l'expansion coloniale du XVIIIe siècle aux Antilles.

Au plan sociologique, on notera l’afflux vertigineux pour l’époque de quarante mille réfugiés sur le territoire du royaume de France ; composés pour l’essentiel de militaires et pour 40% d’aristocrates, qui feront souche apportant outre l’esprit Jacobite, les usages rituelique des LL\dites écossaises et irlandaises. Ce fait induit naturellement une diversité des rituels appliqués en royaume de France en fonction de la provenance des maçons. Il faut comprendre que le rite écossais primitif d’Edinburgh ne pouvait être identique à celui qui avait cours à Dublin ou à Londres.

Saint-Germain-en-Laye en 1688 devient le centre de la résistance Jacobite en exil. Les réfugiés sont hébergés au château.

 

Loges écossaises et jacobitisme en France

 

Nous abordons ici un versant plus prosaïque du développement des LL\écossaises dans le royaume de France sous couvert de l'exil. Le « jacobitisme » historique était un mouvement politique, fondé entre 1688 et 1807, composé d’individus qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts. Ils considéraient comme usurpateurs tous les Rois et Reines britanniques ayant régné pendant cette période. Ce mouvement, plus qu’une tendance politique correspond à un état d’esprit très proche de l’esprit français de l’époque, recherchant un point d’appui anti Hanovrien.

Le « jacobitisme » moderne est un petit mouvement composé de ceux qui considèrent toujours comme illégitimes les rois et les reines régnants sur les pays de l'Empire britannique et du Commonwealth depuis 1688 jusqu'à aujourd'hui. Les Jacobites modernes considèrent de fait que la reine Elisabeth II (née en 1926, reine depuis 1952) n'est que "la princesse Philippe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg".

Jacques II et VII fut contraint d’abandonner le pouvoir à cause de l'invasion de l'Angleterre par les troupes hollandaises de son neveu et gendre Guillaume III, prince d'Orange. Guillaume a été invité à renverser son oncle par certains hommes politiques appelés les Whigs.

En 1689, Guillaume et sa femme la princesse Marie sont conjointement proclamés « Roi et Reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse ».

Guillaume III et Marie II par le truchement des parlements d’Angleterre et d’Écosse s'arrogent le droit d'exclure du trône le Roi Jacques II et son fils Jacques, le prince de Galles. Le parlement d’Irlande n'a jamais été consulté (depuis 1494, le parlement anglais avait le droit de faire des lois pour l'Irlande sans consulter le parlement irlandais). La Reine Marie II meurt en 1694; le Roi Guillaume III continue de régner seul jusqu'à sa propre mort en 1702.

En 1701 le parlement anglais déclare qu'aucun catholique (ou personne avec un conjoint catholique) ne pourra hériter des trônes britannique et irlandais. Les parlements écossais et irlandais refusent de promulguer la même loi d'interdiction. Le roi Guillaume succède sur les trois trônes, et sa belle-sœur Anne est couronnée Reine Anne Ire de Grande-Bretagne. Pendant son règne le parlement écossais est aboli, le parlement anglais absorbant les députés et les pairs écossais.

Ce parlement a changé son propre nom et le parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne a définitivement remplacé les parlements d'Angleterre et d'Écosse. Ainsi les lois anglaises sur la succession sont devenues des lois britanniques. Le successeur de la Reine Anne est la personne protestante la plus proche du trône. Il s'agit de Georges Ier, Électeur de Hanovre (1660-1727) un descendant d'une sœur du roi Charles Ier. Georges Ier n’était que 56e en ligne de succession, mais il prime tous les autres, (55 avant lui) qui étaient des catholiques. Il a réussi, selon la nouvelle loi sur la « Succession protestante ». Les Jacobites n'ont jamais reconnu ce deuxième coup d'État non plus. De 1688 jusqu’à la mort de la Reine Anne, les partisans de ces "coups d’État" ont été appelés les Orangistes (d'après Guillaume d’Orange).

Par la suite, avec l'accession au trône de George Ier en 1714, ces mêmes partisans ont été qualifiés d'Hanovriens.

C'est pour défendre les droits du roi Jacques II et VII et – après sa mort en 1701 - de son fils Jacques François Stuart (proclamé «Jacques III et VIII») que de nombreux Britanniques et Irlandais, devenus les Jacobites, se sont révoltés à plusieurs reprises entre 1689 et 1746. En Irlande, le roi Jacques II et VII fut battu par Guillaume III en personne à la bataille de la Boyne le 12 juillet 1690 et à la bataille d'Aughrim. De nos jours la bataille de la Boyne est célébrée par un jour férié et de grands défilés par les protestants "Orangistes" en Irlande du Nord. L'insurrection continua jusqu'en 1692 quand les derniers Jacobites irlandais furent contraints de fuir le port de Limerick au sud-ouest de l'île et d’aller vivre en exil en France. Ils sont connus dans l'histoire irlandaise comme les « oies sauvages ». L'Écosse, où les Jacobites furent pourtant moins nombreux qu'en Irlande, a fait l'objet de cinq tentatives de reconquête Jacobites en 54 ans, toutes lancées à partir de la France, avortées lors de la bataille de la Hougue en 1692, puis plus menaçantes en 1708, 1715, 1719 et surtout 1746.

 

               

C'est en Écosse, berceau de la dynastie des Stuarts, que Jacques François Stuart ("Jacques VIII" pour les Jacobites écossais et "Jacques III" pour les Jacobites hors d'Écosse, "le Vieux Prétendant" pour les Whigs) tenta de débarquer en 1708, lança une insurrection en 1715, et encore une fois tenta de débarquer en 1719.

C'est aussi en Écosse et en son nom que son fils Charles Édouard Stuart, lança la toute dernière insurrection en 1745, battit les Anglais en Écosse à la bataille de Prestonpans le 21 septembre 1745, et pénétra jusqu'à 250 kilomètres en Angleterre où il gagna la ville de Derby (à 192 kilomètres de Londres) avant qu'il ne soit obligé par ses conseillers militaires de se retirer.

Il subit une défaite écrasante devant le prince Guillaume Auguste, Duc de Cumberland (1721-1765), fils du roi Georges II, (1683-1760, régnant depuis 1727) à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. La répression sur les rescapés de la bataille, et les civils vivant aux alentours fut féroce. La cause Jacobite était ruinée en Écosse. Près d'un millier de prisonniers furent réduits en esclavage et déportés aux États-Unis où ils travailleront dans des plantations.

On perçoit dès lors une farouche détermination dans cette reconquête et on comprend mieux l’intérêt à développer en France les LL\maçonniques qui servaient de lieux d’échange et de regroupement.

 

Souchage militaire et francisation

 

C’est donc l’épopée Stuartiste qui permit l’implantation des premières LL\en France. Ces LL\ essaimèrent suffisamment pour se regrouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des francs-maçons dans le Royaume de France. C’est ici la première tentative de structuration. La Franc-Maçonnerie de cette époque est essentiellement Écossaise et Jacobite.

Le caractère militaire va marquer le pas face à l’intérêt ou la curiosité de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des LL\ Écossaises ou Irlandaises civiles. Viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des LL\ exclusivement françaises, parce que composées de maçons français, faisant évoluer l’honorable en respectable.

Enfin, en 1755, ces LL\ se grouperont en une G\L\de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le G\ O\de France que nous connaissons. Cette G\L\ de France disparaîtra en 1769, laissant donc la place au G\O\ de France, L'actuelle G\L\ de France a été constituée en 1897, d'une G\L\Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes LL\ayant fait dissidence antérieurement.

Parallèlement à ces évènements politiques, les régiments tenaient leurs LL\ dites régimentaires en leurs différents lieux d’affectation. Le rituel tel qu’il était donné à cette époque différait de celui que nous connaissons aujourd’hui. Outre la référence au roi, le principe de base de la plupart des rituels était encore sous l’ancienne influence des anciens devoirs opératifs, mais depuis cinquante ans, les rituels dit « gothiques » et catholiques par leurs origines, se trouvent influencés voir modifiés par les rituels d’origine calviniste, souchés près la loge Kilwinning en Écosse connue sous l’appellation du « mot de maçon ».

Ce mot de maçon (Masson Word) est en réalité un mot de reconnaissance entre maçons du même grade. Les introductions concernent bien évidemment le serment sur la bible qui ne pouvait exister dans les anciens devoirs catholiques, la lecture du rituel sur le mode de la triple voix, l’instruction rythmée sur le mode question-réponse et enfin bien plus tard l’apparition d’un troisième grade celui de maître avec un rituel adéquat. Il est donc illusoire de vouloir faire coïncider les rituels d’origine militaire de l’époque avec ceux que nous pratiquons actuellement.

Tout juste arriverions-nous à établir une filiation distincte de la souche anglaise.

Ces rituels ont donc subi des adaptations plus ou moins judicieuses, mais le REP a su conserver une fraîcheur, refusant un syncrétisme généralisé ou une direction trop marquée dans un sens doctrinaire.

Le paysage qu’il offre à l’historien des rites maçonniques, à l’avantage d’une grande limpidité qui vient de son exercice militaire d’origine et d’une importation, aussi massive que subite, du rite pratiqué outre-Manche. Pour la clarté de notre exposé, nous ne prétendons pas à l’unicité monolithique du Early Grand Scottish. Nous reconnaissons à celui-ci une plasticité propre à son histoire et à son transport continental qui à défaut de moyen de contrôle d’éventuelles Grandes Loges, a pu cheminer sur différents terrains en pratiquant des adaptations nécessaires.

Les LL\ militaires ont fait souche aux endroits ou elles se sont installées et notamment à Saint-Germain-en-Laye. C’est ainsi qu’en 16 mars 1688 est enregistrée par le G\ O\ de France selon son état de 1778 la L\ militaire des gardes irlandaises « Parfaite Égalité »,

ex L\dite de « Dorrington » du nom de son colonel depuis 1651. Notons au passage que cette loge prendra encore le nom de « Walsh » par la suite. Pour finalement en 1752 prendre le nom de « Parfaite égalité » reconnue pour son antériorité.

Gustave Bord remarque que la sécularisation des LL\après la disparition des effectifs militaires s’explique notamment du fait que de nombreuses familles et non des moindres qui suivaient les rois en exil, firent souche, sans doute plus par nécessité que par goût, qu’elles continuèrent à pratiquer les rites initiatiques tout en ouvrant à la vie civile leur recrutement.

Dans une note, Robert Ambelain rappelle que André Michel Ramsay, chevalier baronnet d’Écosse, Stuartiste convaincu, fut enterré à Saint-Germain-en-Laye et que sur son acte de décès figurent les signatures de la fine fleur de la noblesse Stuartiste en exil et établie au Royaume de France. Son apport fut immense et révèle la jonction existant entre la franc-maçonnerie et la chevalerie, mariant la truelle et l’épée. Il est à lui seul le témoin de l’existence d’une Franc-Maçonnerie spéculative avec une tradition préexistante à la création de la G\L\de Londres en 1717.

Ce souchage français des LL\ militaires porta ses fruits, mais il ne fut pas le seul. Quoi qu'il en soit, le Early Grand Scottish est souvent traduit par « Rite Ecossais Jacobite », ce qui atteste s’il en était besoin de ses origines.

Malgré l’exil et le décès de Jacques II Stuart, l’esprit Jacobite ne s’éteint pas. Il est entretenu par les rivalités qui se font constamment jour dans le but de reprendre le pouvoir, et par le troisième personnage qui prétend à la couronne d’Angleterre d’Écosse et d’Irlande, il s’agit de Charles III Stuart.

Il faut comprendre que les LL\maçonniques étaient par le secret rituelique qui les animait un prodigieux instrument de manipulation et de lutte d’influence. C’était tout autant un lieu de dialogue et de complot. Elles réunissaient des gens qui étaient déjà convaincus par le sentiment d’appartenance, il suffisait d’orienter le groupe pour l’acquérir à la cause. Ainsi des partisans ont pu se liguer ou se rencontrer dans un dialogue qu’on imagine fraternel.

L’épopée Stuartiste marque pour l’avenir la méfiance du pouvoir en place face à des LL\qui nuitamment se réunissent sous le sceau du secret. Les LL\ Jacobites ont en quelque sorte par les luttes d’influence des conjurés dont elles furent le creuset, inaugurés la fonction politique et donc sociétale d’une L\, en mettant le caractère initiatique entre parenthèses. D’une évolution à l’autre, l’histoire des rites maçonniques est riche de sens pour qui veut l’entendre, l’exemple le plus approprié dans notre cas fut la rectification de 1778 : Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon lors d'un Convent organisé par J.B. Willermoz, ne fut que le remaniement associé à l’influence du Martinézisme sur les Rites Ecossais Primitifs pratiqué par ces anciennes LL\militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Sans vouloir blesser quiconque nous pouvons avancer que le REP eut deux surgeons le SOT et le RER.

Il faut dire que le Rite primitif avait déjà été adapté par la mouvance de la Stricte Observance Templiere et qu’il avait déjà sa pratique assurée avec des adaptations diverses dans les autres LL\écossaises. L’apport principal du convent fut de densifier l’apport des élus Cohen sur les bases Ecossaises, sans oublier la fondation Templiere de la stricte observance. Cet exercice de style était rendu nécessaire, la trop grande diversité dans l’application d’un rituel dont on avait oublié les origines cent dix ans plus tard, créa un besoin de rationalité que l’ancien système L\ Mère, L\Fille n’arrivait plus à juguler.

Ainsi Robert Ambelain faisant ici œuvre d’historien ira jusqu’a affirmer (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p.148) : « Il est absolument certain qu’il n’y avait pas en 1771, dix LL\ tenant régulièrement leurs pouvoirs (et leur filiation surtout) de la G\L\ d’Angleterre, et il n’y avait, de Rite Ecossais, au sens propre du mot, qu’en France et en Allemagne, où il avait été introduit et adapté par le Baron de Hund. Ce rite Ecossais n’était rien d’autre que celui que nous connaissons sous le nom de Early Grand Scottish Rite, c'est-à-dire une adaptation du rituel verbal des maçons opératifs aux aspirations des maçons acceptés" (et autres partisans du Roi, ndlr). » On notera que nombres de maçons « acceptés » furent de culture « rose croix » ou alchimistes, ou hébraïsants et marquèrent de leurs influences le rite Stuart.

Leurs rituels furent diffusés partout sur le continent et dans les iles. En 1751 le 27 Aout à Marseille le Stuartiste Georges de Wallnon, fonda (avec des pouvoirs venus d'Edinburgh), ce qui devait devenir la Mère L\Ecossaise de Marseille sous le nom de "Saint‑Jean d'Écosse". Le REP est donc bien le rite de base dans sa forme générique, découlant des rites en cours dans les loges militaires et de partisans du XVIIe siècle et s’adaptant à la vie civile, par le truchement de FF\ implantés dans la société civile et restants acquis à la cause Stuartiste jusqu’en 1750. C’est une des raisons pour laquelle la devise du Rite est « Primigenius more majorem » qui veut affirmer l’ancienneté et l’antériorité historico-mythique de ce rite à tous les autres. (Notons qu'il est souvent revendiqué par les rites d'être les plus anciens, moins pour des raisons historiques difficiles à démontrer que par une volonté de soucher l'origine de l'initiation dans une antériorité "mythique"!)

 

Développement civil et évolution des Loges Jacobites en France

 

Le mouvement Jacobite a permis le développement de la Franc-Maçonnerie tout en donnant à cette dernière un rôle politique. Dans la période de l'exil, les trois premiers Grands Maitres sont des Jacobites: le duc de Wharton, James Hector MacLean, Charles Radcliffe, conte de Derwentwater. 

En période plus calme, ce phénomène partisan s’apaise pour laisser la place au travail du maçon dans un tissus social, qui se fonde sur un entre-soi bourgeois fait d'intérêts communs, mais aussi par une dimension initiatique qui ressort des rituels. Un rite une fois élaboré et implanté géographiquement peut soit végéter, soit s’éteindre, soit se développer. Nous pensons que Saint-Germain-en-Laye ne fut pas la seule implantation en France. Quand on parle de rite Ecossais Primitif il ne faut pas uniquement se focaliser sur les LL\militaires qui furent des précurseurs, mais aussi sur les civils qui en même temps créèrent des LL\ avec les rituels dont ils disposaient en partant d’Angleterre et d’Écosse et qui étaient aussi différents et variés du fait de leurs origines géographiques, donc l’appellation REP serait un terme générique faisant allusion plus à son ancienneté, n’excluant pas sa diversité ni l’ajout d’influences « modernes ».

La diaspora va grandissante et s’installe partout où il est bon de commercer et partout ou existe déjà une implantation Jacobite, et ceci jusqu'à Rome.

Il est intéressant de noter que l’apport catholique n’est plus le seul, les événements sont tels que les exilés sont tout autant anglicans, protestants et presbytériens. Ainsi lesdites LL\oublieront rapidement les motivations politiques de leurs aînés, pour en vivre uniquement le souvenir, la légende et le mythe. De l’exil et de l’éternel retour ils feront ce que toute société initiatique s’attache à créer : une source intarissable, fécondant le processus initiatique.

Dans cet afflux régulier de réfugiés, quelques-uns ouvrent des LL\dûment patentées. D’autres constituent des LL\ qui pour le coup sont purement spéculatives et sans filiations directes. On retiendra à titre d’exemple l’intervention de trois personnages fondateurs de LL\Jacobites : Charles Radcliffe, le Marquis de Calvières et Georges de Wallnon.

Charles Radcliffe: 

On citera le premier et finalement le plus remarquable, Charles Radcliffe, lord Derwentwater en 1726 qui allume les feux de la L\Jacobite « Saint Thomas 1er ». Homme remarquable, ayant participé aux tentatives de reconquêtes Jacobites, fait prisonnier puis évadé. Il fut initié par Ramsay et il ouvre l’une des premières LL\ civiles. Il fut nommé premier grand Maître de l’Ordre à la Saint-Jean d’hiver 1736. Il transmet son maillet au Duc d’Antin en 1738, et pris part à l’expédition manquée de 1744. À nouveau prisonnier, détenu à la tour de Londres il fut décapité le 9 décembre 1746. Son parcours est l’illustration du caractère Jacobite de la Franc-Maçonnerie française de cette époque.

Le Marquis de Clavière:

- 1736 : initiation du Marquis de Calvières dans les milieux Jacobites d'Avignon dans la L\ dite de « Saint Jean ».

- 1737 : séjour de Calvières à Paris, contacts avec les milieux Jacobites

- 1737 : en août, Calvières est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvières continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

‑ 1738 : cette année là, Calvières appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nommé Dépositaire de l'Ordre, évidemment ordre Jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie Jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait peu d'autres en France. À tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'État était reçu franc-maçon.

‑ 1749 Des visites nombreuses de francs-maçons Jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, venant de Marseille. Oeuvraient à Marseille les LL\ Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Élus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Notons entre-temps l’allumage des feux de La R\L\ de Saint Jean de Toulouse par Jean de Barnwall de Tremlestown, Irlandais et Stuartistes, et l’installation de la « G\L\Ecossaise de Rouen » en 1746.

Georges de Wallnon:

Dans cet apport successif et varié des loges dites Jacobites, il y en a une qui semble la plus à même de représenter le REP c’est celle de Marseille. Née 27 août 1751 par la volonté du Jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Édimbourg le 17 juin 1751, constitue à Marseille la L\ Saint‑Jean d'Écosse. Le 17 mai de 1762 Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de V\et M\de L\à Alexandre Routier, et la L\prend alors le nom de « Mère‑L\de Marseille », titre qui lui restera longtemps. L\puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. Sa volonté d’essaimage, son caractère mercantile, accéléra son rayonnement au point de concurrencer le G\O\dont le dirigisme et le régime dit Français étaient mal compris.

 

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La Jérusalem céleste : Apocalypse 21 - 22

Publié le 30 Juin 2026 par T.D

Apocalypse 21, 1.

Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.

Le chapitre 21 est à la fois l’épilogue et le sommet de l’Apocalypse de Jean. Si, dans les chapitres précédents, il était question de la chute de l’homme, des châtiments, des catastrophes, du courage et de la patience des saints, de la croissance simultanée du royaume de l’antéchrist et du royaume du Christ, de la domination sur la terre de la Bête et du faux prophète puis du règne de mille ans du Christ, il s’agit ici au contraire de ce qui sera au-delà de l’histoire, de l’autre côté du cheminement terrestre de l’humanité. Le chapitre 21 évoque le but de toute l’œuvre du salut : la transfiguration de ce monde. Ce que les Pères grecs, les Pères de l’Église appellent la théosis: la déification du monde.

Les icônes, rappelons-le, ne sont pas peintes selon l’imagination des iconographes. Elle le sont moins en fonction de leur illumination ou de leur vision intérieure que conformément à un canon fixé depuis très longtemps. Même d’aussi grand peintres d’icônes que saint André Roublev ont suivi scrupuleusement les règles élaborées dès le début de la période byzantine. Les couleurs, les lignes, la position des mains, l’inclinaison des têtes, ont un sens bien précis ; il s’agit d’un langage spécifique. Ainsi, les mains élevées figurent la prière, le fond pourpre (celui de certaines icônes de Novgorod) un certain état d’âme, etc. On a peint la Trinité avant Roublev, et d’une manière semblable à celle qu’il a représentée. Cela veut-il dire que Roublev, à l’instar des autres iconographes géniaux, n’était qu’un simple copiste ? Certainement pas ! L’observateur superficiel peut le penser, mais, à y regarder de plus près, nous verrons que les maîtres – en suivant le canon – utilisaient certes un langage traditionnel, mais y introduisaient un esprit radicalement nouveau. Cet exemple permet d’expliquer les versets introductifs du chapitre 21 de l’Apocalypse.

21, 1. Voici représentés le ciel nouveau et la terre nouvelle. On peut faire une analogie avec ce que nous venons de dire de l’iconographie, parce que la plupart des mots de ce passage ont déjà été écrits antérieurement. Presque tout est emprunté à l’Ancien Testament ; l’ensemble du texte est une mosaïque de citations vétérotestamentaires. Une édition complète de la Bible nous donnera en marge les parallèles et renvois ; on verra combien l’évangéliste s’est efforcé de décrire sa vision en termes exclusivement bibliques. Suivant scrupuleusement le canon, il a donné un tableau grandiose des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Le ciel et la terre, dans le langage biblique, désignent l’univers. C’est une expression très ancienne. Les Sumériens déjà appelaient le ciel et la terre an-ki (di-unité), synonyme de l’univers.

 De mer, il n’y en a plus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus d’eau dans ce monde nouveau, mais que l’univers est transfiguré ; les forces de ténèbres et de chaos disparaissent, qui menaient le monde à l’opposé du dessein de Dieu. Nous sommes en présence d’un monde où la volonté du Créateur n’est pas enfreinte.

Apocalypse 21, 2-6.

Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône " Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. " Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : " Voici, je fais l’univers nouveau. " Puis il ajouta : " Écris : Ces paroles sont certaines et vraies. " " C’en est fait, me dit-il encore, je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement. "

21, 2-4. Le tableau suivant représente la nouvelle Jérusalem qui a toujours été le symbole du royaume de Dieu ; la voix venue du ciel, qui parle dans les huit premiers versets, transmet précisément le sens de cette cité nouvelle : Voici la demeure de Dieu avec les hommes... C’est la tente dans laquelle Dieu demeure au centre du camp, au centre de l’humanité comme aux origines, dans l’ancien Israël. C’est de là qu’est venu le mot araméen Shekinah, qui signifie la gloire de Dieu, l’image de Dieu qui demeure dans l’humanité. Ici, c’est le mot grec skinè, qui désigne la tente. Est donc réalisée la proximité la plus totale entre Dieu et les hommes : ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux.

21, 5-6. Le ciel nouveau et la terre nouvelle sont-ils une transfiguration ou une création nouvelle ? Les théologiens en discutent souvent. Le texte, apparemment, ne nous donne pas le droit de considérer l’une ou l’autre des réponses comme absolument juste, bien qu’il cite les paroles du Créateur. Pour la première fois dans l’Apocalypse, le Créateur parle lui-même, alors qu’ailleurs c’est le Christ, un ange ou un apôtre qui s’exprime.

 Celui qui siège sur le trône déclara : " Voici, je fais l’univers nouveau. " Ce sont aussi des paroles du prophète Isaïe (Is 65, 17).

 " C’en est fait, me dit-il encore : je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin. " " Je fais " peut signifier " je crée " ou forme " ; il est difficile de trancher ici.

La création est absolue ou relative. Les théologiens considèrent généralement que lorsque l’Ancien Testament emploie le verbe bara (créer) – comme dans les premiers versets de la Genèse : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre – , cela désigne la création " absolue ", ex nihilo, à partir de rien, du néant à l’être. Pour désigner la création " relative ", à partir d’une chose déjà existante, on emploie un autre verbe. Ici cependant, dans le texte grec de l’Apocalypse, nous ne savons pas de quoi il s’agit ; la question reste donc ouverte. Le père Serge Boulgakov suggère que la création précédente est conservée, mais transfigurée. Cette pensée est proche de notre conscience orthodoxe. Toutefois, bien des biblistes contemporains – suivant la lettre du texte – considèrent que la vieille création est totalement annihilée et qu’on assiste à l’émergence d’une création nouvelle. L’important pour nous est que ce même principe de l’être, cette Sagesse qui a été introduite dans l’univers, l’immortalité de l’âme, Adam comme résumé de l’homme tout entier, que tout cela n’est pas créé de nouveau mais transfiguré ; en ce sens, nous pouvons dire que l’essentiel dans la création n’a pas péri.

Apocalypse 21, 7-14.

Telle sera la part du vainqueur ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils. Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre : c’est la seconde mort. Alors, l’un des sept Anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux s’en vint me dire : " Viens, que je te montre la Fiancée, l’Épouse de l’Agneau. " Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu. Elle resplendit telle une pierre très précieuse, comme une pierre de jaspe cristallin. Elle est munie d’un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël ; à l’orient, trois portes ; au nord, trois portes ; au midi, trois portes ; à l’occident, trois portes. Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau.

21, 7-8. Si la terre et le ciel précédents fuyaient devant la face de Celui qui siège sur le trône, parce qu’ils n’avaient pas de place (voir Ap 20, 11), le ciel nouveau et la terre nouvelle se tiennent désormais devant Lui ; et là, nous sommes tous présents, toute l’humanité. L’apôtre nous dit que tous les renégats (les lâches, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres) périront dans l’étang brûlant de feu et de soufre.

Selon le père Serge Boulgakov, ce ne sont pas seulement les personnalités qui seront expulsées de la Cité et anéanties, mais tous passeront par un feu purificateur. Le mal qui se trouve dans chaque personne sera chassé ; il le sera dans tous les êtres, démoniaques et humains. Tous seront soumis à l’épreuve de ce feu et le mal sera exterminé, parce qu’il n’a pas de substance en tant que tel ; il n’est pas un antidieu qui vivrait d’une existence autonome. Le mal se consumera dans ce feu. Mais pour ceux qui sont tout entiers imprégnés de ce mal, cette deuxième mort pourra se révéler tragique, parce qu’il ne restera presque rien d’eux. En d’autres termes, si Satan est tout entier repu de mal, quand celui-ci brûlera, il brûlera lui aussi.

Le lien entre Dieu et l’homme constitue le cœur de la religion ; il unit ce qui est déchiré et séparé. Le mal, en revanche, n’a pas de lien ; il n’a rien. Dieu est présent dans le monde. Et le monde se lève du tréfonds de l’univers, passe par toutes les péripéties de la cosmogénèse et de l’histoire sainte pour arriver, finalement, à son triomphe. Dieu s’acquiert l’humanité, la créature qui reflète sa toute-puissance et son amour, l’homme qui, comme le fils prodigue, est revenu vers Lui.

21, 9-14. Du ciel descend la nouvelle Jérusalem. Elle bâtie en pierres précieuses. Une étape est franchie : à la place Babylone, nous voyons la ville sainte de Dieu, dans laquelle resplendit la gloire du Seigneur (voir Éz 48, 30-35).

Apocalypse 21, 15-27.

Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et son rempart ; cette ville dessine un carré : sa longueur égale sa largeur. Il la mesura donc à l’aide du roseau, soit douze mille stades ; longueur, largeur et hauteur y sont égales. Puis il en mesura le rempart, soit cent quarante. quatre coudées. – L’Ange mesura d’après une mesure humaine. – Ce rempart est construit en jaspe, et la ville est de l’or pur, comme du cristal bien pur. Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toute sorte : la première assise est de jaspe, la deuxième de saphir, la troisième de calcédoine, la quatrième d’émeraude , la cinquième de sardoine, la sixième de cornaline, la septième de chrysolite, la huitième de béryl, la neuvième de topaze, la dixième de chrysoprase, la onzième d’hyacinthe, la douzième d’améthyste. Et les douze portes sont douze perles, chaque porte formée d’une seule perle ; et la place de la ville est de l’or pur, transparente comme du cristal. De temple, je n’en vis point en elle ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître-de-tout, est son temple, ainsi que l’Agneau. La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors. Ses portes resteront ouvertes le jour – car il n’y aura pas de nuit – et l’on viendra lui porter les trésors et le faste des nations. Rien de souillé n’y pourra pénétrer, ni ceux qui commettent l’abomination et le mal, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau.

21, 15-17. La ville sera mesurée – c’est un emprunt au prophète Ézéchiel. Selon le mesurage, la ville n’aura rien de si surnaturel que l’homme ne puisse se la représenter. Elle sera donc réelle et mesurable. Il y a effectivement une mesure de la création non seulement de l’homme, mais aussi des anges, comme le texte le souligne, de la créature à son plus haut niveau. La ville représentée est carrée, avec un plan cruciforme orienté vers les quatre points cardinaux, ce qui symbolise l’univers (Éz 40, 47).

21, 18-20-21. Les douze pierres différentes, comme d’ailleurs les douze portes, désignent les douze tribus d’Israël. C’est la préfiguration de l’Église, laquelle est bien la nouvelle Jérusalem ; sa beauté immortelle est symbolisée par les pierres précieuses – dans l’Antiquité, il n’y avait pas de matériau plus solide et plus beau.

 L’herbe se dessèche, la fleur fane, dit le prophète. Autrement dit, toute la beauté du monde passe, mais les pierres précieuses vivent des millénaires ; c’est pourquoi on en mettait dans les tombeaux. Il n’y a pas de symbole plus expressif.

21, 22-27. Auparavant, le soleil éclairait la terre le jour, et la lune la nuit, mais cela disparaîtra. Auparavant, l’Église était la fiancée ; maintenant, elle devient l’épouse et le mariage est célébré. Le banquet solennel s’oppose à celui de la prostituée de Babylone il est le banquet de l’Église, auquel sont conviés tous les croyants à la fin des siècles. Il signifie le triomphe de toute l’humanité. Tout ce qui est beau y entre, tout ce qui rebute est écarté.

Apocalypse 22, 1-4.

Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place, de part et d’autre du fleuve, il y a des arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens. De malédiction, il n’y en aura plus ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville, et les serviteurs de Dieu l’adoreront, ils verront sa face et son nom sera sur leurs fronts.

Le chapitre 22 est, comme le précédent, une sorte d’icône. Une vision des choses à venir, du monde transfiguré, de l’humanité et du cosmos tout entier. Cette vision est, elle aussi, peinte avec les couleurs des anciennes prophéties ; elle est effectivement proche d’une icône magnifique, avec de joyeux arcs-en-ciel de couleurs ; tout en elle recèle un sens très profond.

22, 1-3. Dans les premiers chapitres de la Genèse, nous voyons l’arbre de Vie comme symbole du dialogue avec Dieu. Cet arbre unique, situé au centre du paradis, s’est mué en des rangées d’arbres qui poussent le long d’un extraordinaire fleuve de Vie (voir Éz 47, 7). L’arbre de Vie représente l’immortalité. Le récit de la Genèse, premier livre de la Bible, nous montre comment l’homme s’est privé de l’immortalité spirituelle et physique. Ici, dans le dernier chapitre du dernier livre de la même Bible, il retrouve à la fois l’arbre de Vie et le fleuve de Vie. Et rien ne sera maudit – le texte grec contient le mot " anathème ", héren en hébreu, ce qui signifie rejeté, séparé, mis à l’écart ". Il n’y aura plus rien de tel.

On peut s’interroger sur ce qu’il adviendra de ceux qui entrent dans ce mode d’existence, de ceux en qui, selon l’expression heureuse du père Serge Boulgakov, " vivent des brebis et des boucs intérieurs ". La ligne de partage passe à l’intérieur de chaque homme. Le jugement est une épée à double tranchant, qui tranche dans le vif du cœur pour en éliminer toutes les impuretés. Rien de ce qui a été voué à l’anathème, rien d’impur ne doit entrer dans la Cité. Plus il restera en l’homme d’authenticité et de pureté, plus il aura part à l’arbre de Vie ; à l’inverse, plus il y aura en lui d’impuretés et plus sa personnalité sera abîmée au moment de la séparation.

22, 4. Comme il est dit dans le livre de Job, Dieu se révèle dans le mystère. Job hésitait, souffrait, criait, clamait, jusqu’au moment où il vit la face de Dieu. Tel est bien le rêve de l’homme. On voit clairement ici la division entre le concept de jugement dernier et celui de la parousie – le mot grec parousia désigne la venue du Seigneur. Pour ceux qui attendent le Christ, la parousie est un événement joyeux, mais elle peut se transformer en un événement terrible parce qu’ils verront sa face, comme disent les prophètes : " Prépare-toi à voir Dieu que tu as courroucé. " 

Apocalypse 22, 5.

De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles.

22, 5. Il est dit clairement que le côté ténébreux de la vie disparaîtra. Certes, Woland – dans le roman de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite – se demande comment il peut y avoir de la lumière sans ténèbres, sans contraste ? Ce genre de considération appartient à ce côté-ci de la vie. Dans notre mode d’existence, il n’y a en effet pas de lumière sans ténèbres. Mais ceux qui raisonnent comme Woland sont semblables aux sadducéens qui présentaient au Christ le paradoxe de cette femme qui avait épousé l’un après l’autre les six frères de son mari défunt (Mc 12, 19-23). Il n’en va pas ainsi dans l’autre monde. Dans l’autre mode d’existence, tout est bâti sur d’autres fondements ; le contraste naît différemment. Mais comme nous ne pouvons pas penser autrement, les conjectures n’ont pas de sens. 

Apocalypse 22, 6-10.

 

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L'Apocalypse de Jean : le dévoilement et la cité de lumière

Publié le 29 Juin 2026 par T.D

Le mot « apocalypse » ne signifie pas catastrophe, mais dévoilement. Dernier livre de la Bible, la Révélation de Jean est un texte de lumière, de mesure et de construction — un langage que le maçon reconnaît.

Dans le respect de toutes les traditions qui caractérise la franc-maçonnerie régulière, arrêtons-nous sur un texte d'une richesse symbolique inouïe : l'Apocalypse de Jean. Loin des clichés de fin du monde, c'est un livre de symboles que le maçon lit avec une attention particulière.

Apocalypse : le dévoilement

Le terme grec apokalupsis signifie littéralement « dévoilement », « révélation ». Rédigé à la fin du Ier siècle et attribué à Jean, dans l'île de Patmos, le livre n'annonce pas d'abord une destruction, mais un dévoilement : ce qui était caché apparaît. Or l'initiation n'est rien d'autre : lever un voile, faire passer de l'obscurité à la lumière.

La Jérusalem céleste, cité mesurée

Au terme du livre, Jean contemple la Jérusalem céleste descendant du ciel. Image saisissante pour qui travaille à la gloire du Grand Architecte : la cité parfaite est mesurée. Un ange la mesure « avec un roseau d'or » ; sa forme est celle d'un cube parfait, longueur, largeur et hauteur égales. La mesure, l'équerre, la symétrie : ce vocabulaire de bâtisseur est aussi celui de la loge.

À noter

« La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune, car la gloire de Dieu l'éclaire. » La cité idéale est une cité de lumière : l'image même vers laquelle tend le travail intérieur.

Une cité de lumière

Dans cette Jérusalem nouvelle, il n'y a plus de temple, car la présence divine en tient lieu ; il n'y a plus de nuit, car la lumière y est perpétuelle. Le franc-maçon, qui travaille à passer des ténèbres à la clarté et à bâtir en lui-même un temple intérieur, ne peut rester insensible à cette image d'une humanité réconciliée dans la lumière.

« Il me transporta… et me montra la cité sainte, ayant la gloire de Dieu ; son éclat était celui d'une pierre très précieuse. »Apocalypse 21

Comme l'Évangile de Thomas ou l'allégorie de la Caverne, l'Apocalypse parle un langage que les siècles n'ont pas usé : celui du voile qui se lève et de la lumière qui se révèle. C'est pourquoi la loge, sans en faire sienne la lettre, en médite l'esprit.

 

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À la découverte de la Jérusalem Céleste

Publié le 29 Juin 2026 par T.D

À mesure que le Chevalier Rose-Croix progresse sur la Voie, il découvre que l’obstacle principal ne se dresse pas à l’extérieur, mais au centre même de sa propre demeure intérieure. Là réside encore le vieil Homme, non comme une faute, mais comme une forme ancienne, façonnée par l’habitude, la peur de la perte et le désir de se maintenir. Ce vieil Homme s’est bâti une demeure faite de récits, de justifications et de masques, et il règne tant qu’on s’identifie à cette construction.

Même lorsque la Lumière de l’Intellect a révélé la fragilité de cette demeure, ses murs continuent quelque temps de projeter leur ombre. Le vieil Homme ne disparaît pas sous le coup d’un décret ; il se retire lorsque ses fondations cessent d’être entretenues. À chaque fois que le Chevalier Rose-Croix renonce à défendre une image, une pierre se détache de l’édifice ancien. Ainsi s’opère, lentement et sûrement, la mort initiatique du vieil Homme.

Parfois, au cours de notre existence, certaines figures rencontrées  prennent intérieurement la forme d’un gardien du seuil. Leur regard, leur parole ou leur attitude se sont imprimés en nous et semblent se placer à l’entrée du passage intérieur. Peu à peu, ces gardiens paraissent détenir l’autorité d’ouvrir ou de fermer la porte, comme s’ils était les juges de notre droit à avancer. Ainsi naissent les faux maîtres, non pas à l’extérieur, mais dans l’âme même du Chevalier Rose-Croix, lorsque celui-ci abandonne sa propre souveraineté intérieure.

Pourtant, ces gardiens ne veillent pas sur le chemin nouveau ; il demeure posté devant l’ancienne porte, celle du vieil Homme et de ses anciennes dépendances. Lorsqu’ils sont reconnus pour ce qu’ils sont— des images intérieures héritées du passé — leur pouvoir se dissout naturellement. Le Chevalier Rose-Croix se libère alors de toute autorité usurpée et reprend la maîtrise de son propre Temple. Le seuil se franchit sans résistance ni combat, et cette libération intérieure ouvre la voie à une liberté véritable, fondée sur la droiture, la responsabilité et les bonnes mœurs, non imposées de l’extérieur, mais nées d’un Centre enfin reconnu.

La Tradition enseigne que le Chevalier Rose-Croix doit apprendre à distinguer la pierre brute de l’image, l’image de l’attachement, et l’attachement de l’Être. L’événement appartient au monde mouvant ; l’image appartient au miroir de l’âme ; l’identification appartient au vieux Roi qui refuse d’abdiquer. Lorsque ce Roi cesse d’être servi, le Royaume change de souveraineté.

À mesure que le vieil Homme se défait, la croix cesse d’être un fardeau et devient un axe. Les forces dispersées de l’être s’ordonnent autour de ce centre retrouvé. Les paroles se font plus justes, non par calcul, mais par accord. Les gestes s’accomplissent sans volonté de paraître. La marche devient droite, car elle n’est plus entravée par le poids des anciennes armures.

C’est alors que la Jérusalem céleste commence à apparaître. Elle ne se dévoile pas comme une cité lointaine, mais comme un ordre intérieur retrouvé. Ses murailles sont faites de clarté, ses portes de discernement, ses fondations de silence. Elle se manifeste chaque fois que le Chevalier Rose-Croix cesse de se diviser entre ce qu’il montre et ce qu’il est. Là, la Rose peut enfin s’ouvrir au centre de la Croix, sans être étouffée par les ronces de l’ego ancien.

Les symboles transmis par la Tradition accompagnent ce passage. Ils sont des cartes pour le voyage, non des demeures définitives. Le Chevalier Rose-Croix les honore tant qu’ils guident ses pas, puis les laisse derrière lui lorsque le chemin devient évident. À ce stade, la forme se résorbe dans la lumière qu’elle indiquait, et le signe s’efface devant la chose signifiée.

Ainsi, la mort du vieil Homme et l’accès à la Jérusalem céleste ne constituent pas deux temps séparés. Chaque pierre retirée de l’ancien édifice révèle une pierre vivante de la Cité nouvelle. Chaque abandon d’une illusion ouvre une porte de la Jérusalem intérieure. Le Chevalier comprend alors que la Voie ne conduit pas ailleurs : elle révèle ce qui était voilé.

Lorsque le vieil Homme se tait, le Temple devient silencieux.
Lorsque le Temple est silencieux, la Présence s’y établit.
Et lorsque la Présence demeure, la Rose et la Croix cessent d’être deux symboles distincts.

La Croix, alors, n’est plus le signe de l’épreuve ni du poids porté, mais l’axe vivant autour duquel tout s’ordonne. Elle unit le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible. Elle devient la mesure juste, la verticale intérieure par laquelle le Chevalier Rose-Croix se tient droit, sans rigidité et sans dispersion. À son point central, là où les lignes se rencontrent, aucune volonté personnelle ne commande plus ; seule la Loi intérieure rayonne.

La Rose, quant à elle, n’est plus cherchée ni protégée. Elle s’ouvre d’elle-même, car rien ne la contraint plus. Nourrie par le silence du Temple et par la stabilité de la Croix, elle exhale son parfum sans effort. Elle n’attire plus le regard, elle ne réclame plus d’admiration ; elle témoigne simplement de la vie reconciliée avec son Centre. Là où le vieil Homme entretenait des ronces et des défenses, la Rose trouve désormais un sol dégagé.

Ainsi s’accomplit l’union véritable : la Croix soutient, la Rose éclaire.
La Croix fixe, la Rose vivifie.
L’une sans l’autre demeurerait incomplète.

Dans cet état, le Chevalier Rose-Croix n’avance plus vers la Jérusalem céleste comme vers un but éloigné. Il découvre que la Cité s’élève à mesure que le Temple intérieur est purifié. Chaque mur abattu de l’ancien édifice devient une muraille de lumière. Chaque silence consenti devient une pierre vivante. Chaque abandon d’un masque ouvre une porte orientée vers l’Orient intérieur.

La Jérusalem céleste se révèle alors comme un ordre stable où rien n’est retranché et rien n’est ajouté. Les puissances de l’être y sont accordées, les oppositions y sont réconciliées, les mouvements y trouvent leur juste place. Le Chevalier Rose-Croix n’y règne pas ; il y sert. Il n’y affirme plus une identité ; il y demeure en présence.

À ce degré, la Voie cesse d’être un chemin parcouru dans le temps. Elle devient une manière d’habiter chaque instant. Le Chevalier Rose-Croix agit, parle et se tait depuis le Centre. Il ne cherche plus à se maintenir, car rien en lui ne menace de s’effondrer. Il ne cherche plus à être reconnu, car la Présence suffit.

Alors s’accomplit le mystère transmis par la Tradition :
la mort du vieil Homme révèle l’Homme nouveau,
et l’Homme nouveau ne cherche plus la Cité,
car il en est devenu une pierre vivante.

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