Publié le 21 Février 2014 par G\ J\ dans Planches
Après de nombreuses errances stériles et irrationnelles, je décidais de tout reprendre du début, le jour de mon passage au deuxième grade. Je fus, ce jour là, étonné par l’insistance du rituel quant à l’explication du tableau de L\. Je suppose que la lecture et la compréhension de la planche tracée doivent être indispensable pour progresser et pour ressentir ce qui me préoccupe maintenant, une présence presque anodine mais essentielle, une ancre de navire, un épi de blé auprès d’une chute d’eau.
A l’inverse de la planche tracée du premier grade, qui ne présente qu’un assemblage de symbole dont l’apprenti est seulement spectateur et c’est un a priori, la planche tracée du second grade m’indique une amplitude et une direction. Je me situe maintenant dans le temps, à midi, et dans l’espace, sur les parvis. Je vais du nord à l’est. Je me dirige vers ce lieu secret, la C\ du M\. Je suis sur les parvis du Temple, après les col\ J\ et B\. Je tourne le dos à l’extérieur, les yeux rivés au pied de l’escalier tournant. Je me dirige vers le sacré. Je vais donc effectuer une démarche rétrospective ou plutôt introspective quant à mon initiation et revenir sur mes pas, retourner au mouvement et au bruit dehors, hors du temple, près de l’épi, près de la chute d’eau. Je dois redescendre les trois marches entre J\ et B\ et retourner sur terre, fouettée par les vents profanes et faire face à mes désordres intérieurs, pour réaliser la présence de cet épi de blé auprès d’une chute d’eau. Qui est-il, que me dit-il ? Cet épi, en amarrage au pied du temple, au début de mon parcours, au nord, à l’entrée des Parvis.
Cet épi de blé, courbé mais vigoureux et cette chute d’eau violente, bruyante, désordonnée représenteraient la naissance, la création, la création frénétique, la soif de vie. C’est une démonstration de la nature, en force, en abondance. Le mot pour épi de blé ou pour chute d’eau, en Hébreux est le même. Je penserais donc que ce symbole est dédoublé pour renforcer l’idée de force et d’énergie. Ce sont deux éléments distincts qui ne forment plus qu’un pour un objectif commun, faire germer les graines. Il faut donc y voir un acte copulatoire, un symbole alchimique. Et là, le symbole est clair. Le principe féminin et le principe masculin sont représentés. La conception et la naissance sont suggérées par un épi de blé auprès d’une chute d’eau. Les deux principes se confondent dans ce symbole. La terre est matrice, mère nourricière. Elle reçoit la semence. Et l’épi apporte cette semence. Mais il est aussi le résultat, il donne de nouvelles graines. Et l’eau, symbole de vie, permet ce résultat. La chute d’eau apporte aussi, du haut vers le bas, un mouvement perpétuel. L’épi de blé suggère également un mouvement perpétuel, mais du bas vers le haut, la germination, l’élévation, la germination, l’élévation, etc. L’initié, est cette graine. Il a germé en terre, dans le cabinet de réflexion. A la lumière, il s’élèvera au second grade, plus tard le temps de la moisson viendra. Le salut au premier grade prend un sens supplémentaire. L’équerre, symbolisée par la main droite, est prête, comme une faux, à moissonner la tête de l’épi. De plus le verbe équarrir veut dire tailler une pierre avec des angles droits mais veut dire aussi traiter le cadavre des animaux, plus exactement en retirer la chair des os. Le salut au premier grade est donc une offrande encore aveugle pour une mort initiatique. Celui du second grade inclurait plus une notion de détermination personnel à son propre sacrifice. Tout d’un coup ce symbole n’est plus seulement le symbole de la conception et de la naissance mais également un symbole de sacrifice et de mort et, afin de poursuivre le cycle, un symbole de résurrection. Bref, cet épi de blé auprès d’une chute d’eau représente la jonction entre la naissance et la mort, le point de départ et d’arrivée qui va du profane au sacré.
De nombreux mythes et de nombreuses pratiques rituelles reviennent à mon esprit avec plus de clarté. Je ne peux qu’en faire mention et en aucun cas exposer chacune de ces légendes et de ces pratiques, qui m’éloignerais trop de mon sujet. Seulement ce symbole fait certainement référence aux légendes sur la castration d’Attis, sur la mort et la résurrection d’Osiris et à des rituels primitifs ou premiers comme la circoncision, l’excision , et d’autres. Je précise d’ailleurs que nombre de ces légendes voit en cet épi, plutôt un épi de maïs, qu’un épi de blé. Le rituel seul enseigne aux maçons la qualité de cet épi. Les premiers tableaux de Loges d’Harris, au rite émulation, ne contenaient pas d’épi, mais seulement un plan d’eau, plutôt lacustre d’ailleurs. C’est le rituel qui apportent les réponses et les compléments. Grâce à cet épi de blé auprès d’une chute d’eau, le rituel prend encore une dimension primordiale, il apporte le sens. Il donne également la raison du mot de passe, Shibb\. L’étymologie hébraïque fait une distinction caractéristique entre Sibb\ et Shibb\. Sans approfondir, Sibb\ est constitué du substantif sebel ou siblah, qui veut dire une charge, une peine, un fardeau, la douleur même. Le mot arabe zabbal, signifie ramasseur d’ordure. Il en ressort deux sens, l’un comme mot de passe, sumbollon en grec, l’autre comme repas pris en commun. Quant à Shibb\ associé donc avec le substantif shin veut dire tirer, étirer, croître, se frayer un chemin. Avec la connaissance de ce mot, sans la connaissance du rituel, tout pousserait à penser qu’il faut prononcer Sibb\ et non Shibb\. Un profane se trahirait comme l’ont été les gens d’Ephraïm.
L’App\ s’inscrit encore dans Sibb\, et, pour le clin d’œil, il doit accueillir ses tâches matérielles en salle humide avec joie car il commence déjà la sacralisation de son être par des actes anodins. Il se prépare à son insu, au déchargement de ses peines et de ces fardeaux, fait de rancœur et d’orgueil, pour croître et se frayer un chemin. Plus tard il sera C\ et, comme moi, découvrira le chuintement au dépens du sifflement. Doit-on y deviner l’anéantissement du serpent, son soi inférieur, ses passions et ses émotions humaines par le contrôle de ses sens ?
Le choix de ce mot de passe n’est pas simplement une allusion biblique, c’est une évidence. C’est encore moins pour le souvenir et la commémoration de l’ évènement sanglant du massacre de quarante deux milles gens d’Ephraïm, sous les ordres de Jephté. A moins bien-sûr, et c’est une parenthèse, que ce fut un massacre initiatique, un sacrifice collectif pour de nouveaux initiés. Jephté serait d’une dimension nouvelle. Il ne serait plus ce fils de catin, ce guerrier totalitaire et infanticide, mais deviendrait effectivement un juge, la lumière d’un groupe. Sa mère ne serait plus une simple prostituée dans le sens communément utilisé aujourd’hui, mais une initiée dont l’école péripatéticienne d’Aristote en serait la continuité. L’origine grecque du mot péripatéticien, péripatétein, signifie se promener. Je me plais à croire, pour rire, que mon périple dans les allées de mon labyrinthe est seulement une promenade à multiples directions sur les sentiers de la vérité. Je me trouve moins pressé pour recueillir tous les petits cailloux que j’ai semé au hasard de ma vie profane. Mais je referme ici la parenthèse, et je reviens à mon épi de blé auprès d’une chute d’eau.
J’ai constaté la mesure infime, microscopique, d’une planche tirée de l’arbre de la connaissance, quand mon intéret s’est posé plus précisément sur l’alphabet hébraique à propos de Shibb. En particulier la vingt et unième consonne de son alphabet, Shin, représenté sous la forme d’une dent... Elle est une des trois lettres mères et règne sur l’élément feu. Sa valeur numérique est de 300. Et le 3 représente l’équilibre. Elle correspond au chakra du troisième oeil. Dans la symbolique hébraïque cette lettre représente trois piliers de l’arbre des séphiroth et plus précisément le pilier droit de la grâce. L’analogie avec nos trois colonnes maçonniques fut naturelle et le mot de passe devint, dans mes réflexions, le mot de passage non pas au seconde grade mais pour bien au-delà, pour accéder à l’Orient, à la beauté. Si j’entrevoyais les raisons d’un temps et d’une situation initiatique inconfortable, je réalisais également que je n’avais pas les outils nécessaires pour poursuivre. Ce coup d’œil rapide sur l’alphabet hébreux, ses combinaisons et sa symbolique m’apporta finalement plus de questions que de réponses.
En revanche, la compréhension et la pertinence de ce mot de passe par rapport à la référence biblique m’apporta peu. Mais la prudence m’a été enseignée, et je suppose du bout des lèvres, que nombre d’éléments symboliques de cet épisode biblique sont encore restés invisibles à mes yeux. Mais, il est certain qu’ au travers du rituel, l’explication du meurtre des gens d’Ephraïm apporte du sang au symbole. La mort, une mort rôde irrésistiblement autour de Shibb\, représenté par cet épi de blé auprès d’une chute d’ « os ».
Pour conclure, ce symbole serait le début et la fin du parcours initiatique, la conception et la mort, le vivier et le charnier. Je comprends mieux maintenant le mal du C., ma souffrance. C’est Shibb\, mon épreuve de vérité. Je m’écorche à chaque pas, je me lacère à coup d’équerre. Je dois me sédentariser, me creuser, retourner à la terre. Mon esprit doit maîtriser mes sens et mes émotions. Il doit dominer mon corps. Mon idée de quitter les parvis en faisant marche arrière au début de ma planche était stupide. Au contraire, il me faut poursuivre en avant pour rejoindre cet épi de blé auprès d’une chute d’eau et m’y reconnaître. Je dois devenir semence et parcourir un cycle. Je pense à un poème de Goethe au titre évocateur « meurs et deviens ». Je dois renaître au sacré pour offrir mes services au grand géomètre de l’Univers, pour bâtir et pour me bâtir.
Il me faudra devenir cet épi de blé auprès du chute d’eau. Il me faudra devenir symbole, mais ceci est une autre histoire. Pour l’heure, encore nomade, je ne suis qu’une taupe nyctalope qui cherche à poser sa pierre, tombale.
J’ai dit\
Source : www.ledifice.net
Publié le 14 Février 2014 par G\ C\ dans Planches
Lors de l'Initiation au grade d'Apprenti, l'Expert offre au Néophyte une coupe remplie d'un breuvage au goût amer : le Breuvage de Mémoire, l'Eau de Mnémosymée.
A ce stade précis du Rituel d'Initiation le Vénérable Maître prononce les paroles suivantes :
« Monsieur (Madame), puisque telle est votre volonté, quoi qu'il arrive, de devenir Maçon. Et que c'est librement que vous acceptez les conséquences de toute cette rituelie ésotérique, sur vous-même et en vous-même , il vous appartient donc de continuer votre lente assimilation à l'Âme de notre Fraternité. Tout à l'heure vous avez bu le Breuvage de l'Oubli , destiné à vous dépersonnaliser, à vous enlever tout volonté propre. Voici une seconde Coupe, celle du Breuvage de Mémoire , l'Eau de Mnémosymée… Quand vous l'aurez absorbée, votre possession sera totale, absolue. L'Âme occulte de la Maçonnerie tout entière sera passée en vous. En n'importe quelle région du Monde, vous ne ferez plus qu'un avec tous vos Frères et Sœurs. Leurs amitiés, leurs répugnances seront les vôtres. Alors que l'Eau d'Oubli faisait de vous un corps sans vie, sans volonté propre, l'Eau de Mémoire, fera de vous le Maçon militant, le véritable Enfant de la Veuve. En trois fois, buvez, Monsieur (Madame). »
Ce rituel n'est pas anodin et sans grande valeur ; au contraire, ce moment revêt un rôle fondamental dans la quête initiatique et ce simple geste contient trois symboles parmi les plus importants qu'un maçon doit retenir, afin de donner une pleine lumière à sa démarche.
Ces symboles sont : la coupe, la boisson amère et la couleur verte.
En commençant le Rituel d'Initiation l'Expert fait boire au Néophyte le breuvage de l'Oubli, d'un goût insipide, afin qu'en oubliant ses penchants passés puisse se dépersonnaliser et mourir à sa vie passée. Il ne s'agit pas de détruire les particularités de son caractère ou de modifier son destin, mais de maîtriser ses penchants afin de saisir la quintessence de son être et de le faire vivre conformément à son déterminisme. Il s'agit donc bien de renaître à une autre vie, plus consciente. Dans la mythologie grecque lorsque l'âme se présentait aux Enfers elle était confrontée à cinq fleuves, mais elle n'en traversait qu'un. Ces fleuves étaient l'Achéron (douleur) ; le Phlégéton (brûler) ; le Cocyte (lamentations) ; le Styx (horrible) ; le Léthé (oubli). Si l'âme traversait le Léthé, c'est qu'il lui était donné de se réincarner dans une autre vie. Or si le fleuve peut avoir différents aspects, c'est qu'il représente l'existence même et ses diverses manières d'être vécue. Descendant des montagnes, sinuant à travers les vallées, se perdant dans les lacs ou les mers, le fleuve symbolise l'existence humaine et son écoulement avec la succession des désirs, des sentiments, des intentions, et la variété de leurs détours. Au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm nous ne faisons que reproduire cette tradition mythologique, consistant à marquer par ce geste le recommencement, auquel le néophyte est appelé.
Après les épreuves rituelles une autre coupe est offerte à l'impétrant et celle-ci avant de lui laisser prononcer le serment, c'est-à-dire avant qu'il devienne un Franc-maçon. Cette fois il s'agit d'un breuvage amer, celui de Mémoire : l'eau de Mnémosymée. Si le premier breuvage avait le goût insipide de la vie profane et matérielle dans laquelle l'Esprit n'est pas encore éveillé, le deuxième apporte l'amertume de la vie de l'Initié, de celui qui cherche, de celui qui est tourmenté par le désir de connaître, mais aussi par la profonde solitude qu'il devra accepter pour découvrir soi-même. Le choc de ce goût amer éveille en lui la mémoire d'un monde passé, d'une unité primordiale dont il ne reste que le souvenir dans les formes acquises par les vertus que l'Initiation lui propose de pratiquer. Cette pratique le fera renaître à une vie plus spirituelle, dans laquelle il sera amené à gravir une échelle de valeurs autres et bien plus solides que celles de la pure existence profane.
Un jour, lorsque l'initié pourra être considéré un Adepte, c'est-à-dire lorsqu'il sera parvenu à la sérénité, seulement alors il pourra goûter la douceur de l'Ambroisie.
Même si ces trois phases nous reconduisent aux trois degrés fondamentaux de l'Initiation, le symbole lié à cette boisson est contenu dans la coupe. La coupe qui nous est plus connue est certainement celle du Graal de la légende celtique. Cette Coupe creusée dans l'émeraude et contenant le sang du Christ, que Joseph d'Arimathie porta en Bretagne, afin que l'Initiation puisse survivre et se perpétrer dans la recherche de chacun des hommes à l'esprit éveillé.
A ce propos Fulcanelli disait : «Le Graal est le mystère le plus élevé de la chevalerie mystique et de la Maçonnerie qui en dégénère ; il est le voile du Feu Créateur , le Deus Absconditus dans le mot INRI, gravé au-dessus de la tête de Jésus en croix. Les Egyptiens possédaient aussi cet attribut : Sérapis est souvent figuré avec, sur sa tête, le même objet, nommé Gardal sur les bords du Nil. C'était dans ce Gardal que les prêtres conservaient le feu matériel, comme les prêtresses y conservaient le feu céleste de Phtah. Or, ce dieu Feu, ce dieu Amour s'incarne éternellement en chaque être, puisque tout, dans l'univers, a son étincelle vitale. C'est l'Agneau immolé depuis le commencement du monde, que l'Eglise catholique offre à ses fidèles sous les espèces de l'Eucharistie enclose dans le Ciboire, comme le Sacrement d'Amour. Le ciboire, aussi bien que le Graal et les cratères sacrés de toutes les religions, représente l'organe féminin de la génération, et correspond au vase cosmogonique de Platon, à la coupe d'Hermès et de Salomon, à l'urne des anciens mystères. Le Gardal des Egyptiens est donc la clef du Graal. C'est en somme le même mot. En effet, de déformation en déformation, Gardal est devenu Gradal , puis, avec une sorte d'aspiration, Graal . Le sang qui bouillonne dans le saint calice est la fermentation ignée de la vie ou de la mixtion génératrice. Nous ne pourrions que déplorer l'aveuglement de ceux qui s'obstineraient à ne voir dans ce symbole, dépouillé de ses voiles jusqu'à la nudité, qu'une profanation du divin. Le Pain et le Vin du Sacrifice mystique, c'est l'esprit ou le feu dans la matière, qui, par leur union, produisent la vie. »
Le rite de la Coupe est la dernière épreuve avant que le néophyte ne prononce le serment d'Initiation maçonnique et que la Lumière ne lui soit donnée. Ce moment est donc le plus important et son ésotérisme n'est pas assez étudié. La couleur verte est celle de l'émeraude et par conséquence celle du Graal. Elle est aussi celle du plan « astral », l'intermédiaire entre le plan physique et les plans supérieurs, spirituels. Dans la tradition orientale, du système énergétique régissant l'être humain, le vert est la couleur du 4 ème Chakra, celui du cœur. Ce dernier se situe entre le trois premières d'en bas et les trois d'en haut, il est le chakra de la fusion équilibrée entre la matière et l'esprit. Le vert est la couleur des corps en décomposition, mais aussi de la nature renaissante, d'ailleurs la disposition zodiacale du processus alchimique situe en Taureau le travail intérieur à la matière, juste avant la calcination . Nous savons que la planète Venus, à laquelle on attribue la couleur verte, est en domicile dans le signe du Taureau ; c'est alors que en ce signe de couleur verte le mouvement lent et constant commence à produire les prémices vitales. Le vert représente ainsi une phase transitoire de l'évolution ; la même transition est confiée à la Coupe d'amertume. Il est à noter que dans la liturgie catholique, le vert est employé pour les ornements sacerdotaux du deuxième au sixième dimanche après l'Epiphanie et à tous les dimanches après la Pentecôte ; c'est-à-dire dans l'attente, l'espérance des deux pivots du Catholicisme : Pâques et Noël.
Si, donc, la couleur verte représente le travail intérieur de la naissance et de la renaissance, comme transformation de la matière par l'esprit, c'est-à-dire par le feu créateur, il semble tout à fait logique et naturel, que la lumière centrale sur nos autel et sur le plateau du V\ M\ soit la flamme d'une bougie verte, symbolisant en même temps l'eau du fleuve de la vie, la naissance, la décomposition de la mort, et le plan intermédiaire de l'harmonie à laquelle tend l'Initié.
Source : www.ledidfice.net
Publié le 13 Février 2014 par C\ R\ dans Planches
L’eau est un des quatre éléments symboliques. Elle fait référence à trois notions : elle est à la fois source de vie, purification, régénérescence (mort du profane et naissance de l’initié).
L’eau, matrice originelle
L’eau c’est la vie, l’origine du monde : eau de pluie, eau de mer, eau tranquille des lacs, eau tumultueuse des torrents. L’eau est Mère et matrice, source de toutes choses. La notion d’eaux primordiales, d’océan des origines, est quasi universelle. L’eau est partout, même dans les déserts, sous forme d’oasis. L’eau est l’origine et le véhicule de toute vie, le fluide vital, le sang de nos veines, la sueur de nos efforts, les larmes de nos yeux.
Ainsi que l’a dit René Guénon dans son « aperçu sur l’initiation », l’eau a toujours été et est particulièrement le symbole de « la Substance universelle » qui, par la purification, ramène l’être humain à la materia prima, afin qu’il soit apte à recevoir la vibration du « Fiat Lux » initiatique, stade suprême de cette spiritualité toute particulière, que doit lui donner l’initiation maçonnique. L’épreuve de l’eau est donc subie au moment de l’initiation. Au cours de ce deuxième voyage, le récipiendaire entend moins de bruit et trouve moins d’obstacles que pendant le premier voyage. Cela signifie que l’homme qui persévère dans l’effort et dans la vertu peut aplanir peu à peu les difficultés rencontrées sur son chemin de vie. Cependant, la route est encore sinueuse et irrégulière, il n’est donc pas encore affranchi des combats qu’il lui faudra mener pour triompher de ses passions. L’épreuve de l’eau représente donc le milieu du gué, et montre que le chemin parcouru ne doit pas nous faire oublier la distance qu’il faut encore franchir.
S'immerger dans les eaux et en ré-émerger signifie passer par une phase de désintégration, de dissolution suivie d'une phase de ré-intégration et de ré-génération comme dans le baptême et les rites initiatiques. Il s'agit d'une mort dans un état, suivie d'une re-naissance dans un autre. Comme le feu, les eaux sont à la fois sources de mort et de vie, destructrices et créatrices. Le feu fait bouillir l’eau jusqu’à l’évaporer, mais l’eau peut calmer et éteindre le feu. Le feu est masculin et puissant. L’eau est féminine, sensuelle et maternelle.
L’eau est primordiale, c’est la mer originelle où tout a débuté, le liquide symbiotique où chacun de nous a baigné et où nous avons commencé à exister. C’est la source et le véhicule de toute vie.
Le cycle de l’eau
L'eau est fluide elle épouse toutes les formes qu'elle rencontre sans jamais les contrarier, l'eau suit son cours, elle semble faible alors qu'en réalité elle est la force. Des trois éléments terrestres, elle domine toujours. Que ce soit par la douceur lorsqu'elle érode les rochers au fil des siècles et dessine les côtes en forme de dentelles. Par ses colères, en torrent ou en pluie, elle soumet la terre à son courroux. Même le feu, qui possède lui aussi la vertu symbolique de purification, ne lui résiste pas. Si par hasard le feu devient vengeur, l'eau le ramène toujours à la raison.
L’eau est libre et sans attaches. Elle se laisse couler en suivant la pente du terrain ou en suivant le courant. L’eau s’abandonne. La force de l’eau est une force Yin, dite féminine. Elle a aussi ses côtés sombres. La force de l’eau, on peut la constater lors d’une inondation ou d’un tsunami. Elle s’insinue partout, elle va dans tous les sens. On peut arrêter un incendie, on ne peut contenir une inondation.
Les eaux descendent du flanc de la montagne dans la vallée et rejoignent la mer, où toutes se retrouvent pour retourner à un état indifférencié. De là, elles regagnent le ciel sous la forme de nuages. Poussées par le vent, elles terminent leur course en averses au-dessus des sommets et recommencent un nouveau cycle.
L’eau et les religions
De tout temps et partout, l’eau a été considérée comme un symbole de la propreté matérielle et morale, une source de vie, un centre de régénérescence.
C’est la raison pour laquelle l’eau est regardée aussi bien en maçonnerie que dans les religions comme un symbole de purification, qui lave l’être humain de ses souillures.
Cette notion est confirmée par toutes les traditions.
Dans toutes les religions, dans toutes les civilisations, dans tous les mythes, l’eau est source de vie, moyen de purification ou de régénérescence, promesse de développement. L’eau est aussi le symbole de la vie spirituelle : eaux du baptême, eaux de Pâques. Elle est un symbole universel de fécondité et de fertilité, de sagesse, de grâce et de vertu. La pluie et la rosée symbolisent une semence ou une bénédiction du ciel, qui fertilise la Terre.
Les religions du Livre (judaïsme, christianisme et islam) ont toutes pris naissance dans des zones désertiques, où l’eau est précieuse. C’est un “ don de Dieu ”.
L’eau, dans l’ancien Testament, apparaît comme « principe créateur, au travers des nuées et des brouillards ». C’est de l’eau et de la terre qu’a été façonné le premier homme.
L’épisode du déluge montre ensuite le caractère destructeur et purificateur de l’eau : les hommes qui ne respectent pas la loi divine sont noyés et seul Noé et son Arche survivront aux flots dévastateurs.
De nombreux travaux ont démontré l’existence d’un tel épisode dans les textes fondateurs des grandes civilisations, comme l’Amérique Latine, l’Egypte ou la civilisation mésopotamienne, où l’on retrouve des éléments de déluge liés à une notion de jugement et de sélection par les flots, à la fois dévastateurs et purificateurs.
L’eau, élément protecteur des bons et destructeur des méchants, se retrouve dans l’épisode du passage de la Mer Rouge par Moïse, lui même “sauvé des eaux” à sa naissance. Ce dernier fait également surgir une source en tapant sur un rocher avec son bâton : c’est cette eau, symbolisant la Loi, qui sera bue pour fonder la civilisation de Moïse. Il dut aussi laver son corps et ses vêtements pour recevoir la loi divine.
Le symbolisme de l’eau
Dans bien des pays, l’eau est une bénédiction. Dans la tradition asiatique, le coeur du sage est une maison où loge l’eau. On compare le coeur d’un sage à un puits, à une source, et la parole du sage à la puissance d’un torrent.
Le symbolisme de l'eau peut nous mener très loin, de la source à l'estuaire, puis de l’estuaire à la source. Le circuit de l'eau est riche de nombreux enseignements. C’est la fin qui engendre son commencement, car, par l’éternité de son cycle perpétuel, l’eau semble ne jamais finir ni commencer, et s’ouvre un passage vers l’infini.
Le Feu et l'Eau sont souvent associés dans les rites initiatiques de purification et de ré-génération. Ces éléments se complètent l'un l'autre, mais à différents niveaux. Si l'eau purifie l’âme jusqu’à la suprême spiritualité, le Feu rend la chose effective par la réalisation du plus haut degré de spiritualité : l'illumination. Avec l'Eau, l'être progresse lentement, tandis qu'il est complètement transformé avec le Feu.
Dans la nature, l’eau est partout. La sève des plantes, c’est de l’eau. Un arbre est un fleuve dressé vers le ciel : l'eau, par la sève, s'avance dans l'arbre à la rencontre de la lumière.
Les eaux douces reviennent dans de nombreuses histoires ou contes comme élixir de vie, de connaissance et de vérité. Les eaux calmes symbolisent la paix et l’ordre. L’eau fait partie de tous les rites initiatiques. Tout lieu de pèlerinage a son point d’eau, sa source sacrée ou sa fontaine de guérison.
Retourner à la source ou traverser la rivière d'une berge à l'autre signifie toujours surmonter un obstacle séparant deux états différents de l'être, passer d'un état inférieur à un état supérieur. Dans bien des mythes, il faut traverser un cours d’eau pour se purifier ou accéder à la connaissance. C’est l’origine du mot de passe du compagnon : SCHIBBOLETH, qui signifie « épi » ou « passage à gué », et qui provient d’un épisode de la Bible, dans le livre des Juges : les hommes d’Ephraïm, qui voulaient traverser le Jourdain pour sauver leurs vies, ne purent prononcer correctement ce mot, que leur demandaient les hommes de Galaad, et furent égorgés sur la rive.
Symboliquement, cet épisode signifie que ne pas savoir prononcer correctement SCHIBBOLETH, c’est ne pas avoir suffisamment dégrossi sa pierre, et donc ne pas pouvoir prétendre passer d’une rive à l’autre, d’un état inférieur à un état supérieur. L’apprenti qui peut donner le mot de passe est admis dans la chambre des compagnons, il est donc libre de franchir la rivière.
L’eau peut nous laver de tout. Un texte du poète indien Rigveda nous le rappelle :
« Vous les eaux, qui réconfortez,
Apportez- nous la force,
La grandeur, la joie, la vision !
Souveraines des merveilles,
Régentes des peuples,
Vous les eaux, donnez sa plénitude aux remèdes
Afin qu’ils soient une cuirasse pour mon corps,
Et qu’ainsi je vois longtemps le soleil !
Et vous les eaux, emportez tout ceci :
Ce péché quel qu’il soit, si je l’ai commis,
Ce tort, si à qui que ce soit, j’ai pu le causer
Et ce serment mensonger, si je l’ai prêté »
L’eau enfin, c’est le liquide amniotique, le début de la vie, le ventre de ma mère. J’y ai passé 9 mois dans un monde chaud, obscur et confortable. Puis je fus expulsé dans un monde froid, lumineux, vaste et métallique. J’ai vécu des années dans ce monde, qui petit à petit, m’a rendu aveugle de nouveau. L’obscurité m’enveloppait peu à peu et j’ai ressenti un besoin de lumière.
Puis un soir, un frère est venu me chercher dans le cabinet de réflexion, pour me déposer, le cœur nu et les yeux bandés, dans un nouveau ventre, une nouvelle matrice, chaude, chaleureuse et nourricière, dépourvue de métaux. J’ai donc vécu une seconde naissance, sans sage femme, mais avec des hommes sages, mes frères désormais.
Je ne retournerai jamais dans le ventre de ma mère, mais je retrouve, de semaine en semaine, ma loge mère, ce ventre bienveillant et accueillant. Puis je retourne dans le monde profane, froid, métallique, parfois cruel, mais moins effrayant, depuis que je sais que je peux, à la mesure de mes moyens, le réchauffer et l’adoucir.
source : www.ledifice.net
Publié le 7 Février 2014 par R\ B\ dans Planches
Dans le « Livret du Compagnon » rédigé à l’époque par notre F\ F\ U\, nous trouvons la phrase suivante : « Sch…- qui signifie : l’union fait la force. En hébreu, Sch…signifie épi ». Et plus loin, au même paragraphe : « Le nom et sa signification ne se prêtent guère à l’exégèse ».
Le terme : « Union fait la force » ne correspond pas au sens littéral du mot ; en revanche celle d’épi est tout à fait recevable. Et F\ U\ de ne pas mentionner que Schibboleth se traduit aussi par « cours d’eau », « rivière ». Michel de Saint Gall dans son « Dictionnaire des Hébraïsmes dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté » précise que Schibboleth a une double signification : « épi de blé » et aussi « courant d’une rivière ». De la même manière, le « Dictionnaire de la Bible » d’A\ M\. Gérard nous donne la traduction suivante : « fleuve ou épi ». On comprend alors facilement pourquoi l’iconographie maçonnique représente un épi de blé au bord d’un cours d’eau. L’exégèse devient possible au risque de contredire le Livret du Compagnon précité. Tout d’abord on interprétera ici la relation : « cours d’eau » en imaginant l’Élément Eau non dans un sens profane, mais dans une vision initiatique et alchimique, c'est-à-dire comme une entité indéfinie et subtile présente dans l’homme, trait d’union entre le monde matériel, visible et le monde spirituel, non visible. Le terme Eau, dans son sens ésotérique, se retrouve dans le nom de l’outil du grade, le niveau ou « niv-eau » (selon la kabbale phonétique chère à l’alchimiste Fulcanelli). L’eau a aussi été associée au mot sacré Boaz ou Booz en relation aussi avec la colonne de nuées ou d’eau. Elle s’oppose à la colonne Jakin, ou colonne de feu. Deux colonnes accompagnaient aussi les Juifs lors de la sortie d’Egypte. Avant d’aborder l’analyse du sens de Schibboleth, un constat : ce mot de passe, incontesté et unique au 2ème grade - alors que la confusion règne pour ceux des 1ers et 3èmes grades - semble le moins bien compris de tous, à tel point que l’on nie souvent toute exégèse possible à son sujet. Son sens peu évident rend-il de prime abord sa compréhension difficile d’accès ? Et l’on se contente de répéter en chœur la leçon du Livret de Compagnon : « Epi fait songer à la moisson et, de là, à l’œuvre du Compagnon qui doit se couronner d’une ample récolte ». Tout au plus évoque-t-on la lente transmutation du germe de blé en épi, le comparant à celle de l’Initié. Le terme Schibboleth (cette écriture a été choisie mais d’autres sont possibles en français : Siboleth, Chibboleth etc.) est présent dans le Livre des Juges XII - 6. Aucune analyse de ce mot n’est possible sans une étude préalable du contexte biblique. Relisons le texte : Jephté et le Jourdain. Jephté, originaire de Galaad (se souvenir des héros de la Table Ronde), est juge en Israël. C’est le fils d’une courtisane et d’un vaillant guerrier appelé Galaad (du même nom que la ville). Les demi-frères de Jephté, nés de la femme légitime de Galaad le chassent en disant : « tu n’auras pas de part à l’héritage de notre père, car tu es le fils d’une femme étrangère » (Juges XI - 2/3) [2]. Jephté s’enfuit dans le pays de Tob et rassemble une bande « de gens de rien » qui font des incursions avec lui, du brigandage en quelque sorte. Les chefs de Galaad ne trouvant pas d’autre général capable s’adressent à lui pour combattre les Ammonites : ils seront battus par Jephté. Quelque temps plus tard Jephté est à nouveau en guerre, cette fois contre les Ephraïmites. Après les avoir battus, il leur coupe la retraite dans le gué du Jourdain : « Puis Galaad s’empara des gués du Jourdain avant que ceux d’Ephraïm y fussent arrivés. Et quand un des fugitifs d’Ephraïm disait : - Laissez-moi passer- les gens de Galaad lui disaient : - Es-tu Ephraïmite ? -. Il répondait : - Non - alors ils lui disaient – Et bien, dis le mot Schibboleth ! - et il disait : « Sibboleth » sans parvenir à bien le prononcer. Alors on le saisissait et on l’égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm [3] ». (Bible de Jérusalem Juges XII - 6).
RÉALITÉ MAÇONNIQUE.
Numéro hors série de Masonica. Le fleuve diviseur, la rivière fatale. Schibboleth joue ici le rôle de mot de passe lors du « passage d’un cours d’eau » par les Ephraïmites en retraite et, comme par hasard, ce mot fatal, Schibboleth, signifie en hébreu justement : « cours d’eau ». Nous pourrions presque parler de pléonasme, mais la répétition du terme peut signifier qu’il y a un sens caché à découvrir, lié en particulier à la différence de prononciation. On ne peut maîtriser que ce que l’on est capable d’appréhender avec justesse, de nommer. Il y a un lien direct entre ce mot (ou sa prononciation) et le fait de « passer », de « pouvoir passer » un cours d’eau, en l’occurrence le Jourdain. Car, dans une perspective initiatique, hermétique ou alchimique, quelle est la signification du passage d’un fleuve ou d’une rivière ? On a quelque peu oublié dans nos temps modernes, où le génie civil fait merveille, le caractère infranchissable et dangereux des cours d’eau : leur tracé épousait et épouse toujours de nombreuses frontières. Le passage d’un cours d’eau est perçu comme une épreuve, en particulier celle de la mort, mais aussi de la Mort initiatique. D’autre part en alchimie la Matière première de toute chose est symbolisée souvent par l’eau, un « cours d’eau », une « eau permanente ». Chez les Grecs de l’Antiquité, la Terre émergée est entourée par un océan primordial, Okéanos, dont un fleuve donne naissance au Ciel et à la Terre. Passer le cours d’eau signifie en alchimie prendre possession de la Matière première, l’ouvrir afin d’en extraire les deux principes spirituels, le Soufre et le Mercure. Ce concept est aussi présent dans une légende chrétienne ; c’est l’image du géant St Christophe (le Mercure) portant sur ses épaules le Christ enfant (le Soufre) afin de l’aider à traverser une rivière. Le Mercure est appelé aussi Mercure double : il est à la fois celui qui transporte hors de l’Eau, hors de la rivière et l’Eau elle-même en tant que véhicule de l’Esprit. Les deux rives d’un fleuve représentent aussi les L'eau et l'épimondes matériel et spirituel. Ils sont séparés mais forment un tout. Le monde spirituel est dit séparé, car il n’est pas perçu par l’homme en général. L’homme profane n’est pas conscient de l’autre rive. Et pourtant ce monde est en nous. Passer la rivière, faire l’effort d’aller de l’autre côté, signifie dans le domaine initiatique accéder au monde spirituel au péril de sa vie. C’est l’épreuve de l’Eau qui peut dissoudre à jamais notre Etre. Les exemples sont nombreux dans la mythologie (le passage du Styx, la barque d’Amon, etc.) : il faut traverser un fleuve pour atteindre le royaume des Morts ou celui des Esprits. Goethe propose le même thème dans son conte « Le serpent vert ». En guise de dénouement, le serpent vert, symbolisant à la fois la Matière première et l’Initié lui-même, se transforme en un pont solide reliant définitivement les deux rives et jouant le rôle de pontife. L’Initié vivra alors dans les deux mondes à la fois, le matériel et le spirituel, et les réunira en un seul Etre. La traduction alchimique de ce « pont » est celle de la fixation ou solidification du Mercure, qui est le plus souvent symbolisé par un serpent. Il s’agit de la matérialisation de notre Esprit, jusque-là invisible et insaisissable. Ainsi le cours d’eau (qui peut serpenter) possède des affinités symboliques avec le serpent, car ce dernier est aussi l’agent de la séparation et de la division, tout en procurant la connaissance du Bien et du Mal. Jephté juge et libérateur de la pierre. Dans le récit biblique la traversée est interdite à ceux qui ne savent pas prononcer juste le mot de passe Schibboleth. Pourquoi ? Le sens des noms utilisés nous donne-t-il des indices ? Jephté signifie : « il ouvrira », « il libérera » ou « Dieu libère ». Galaad signifie « dur, rugueux » ; Ephraïmite vient d’Ephraim, « fécond ». Dans le récit biblique, Jephté délivre les Galaadites de leurs ennemis; dans une vision ésotérique, il est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce juste un mot, « Schibboleth ». En fait c’est davantage la connaissance de Schibboleth qui libère ; Jephté n’en est que le contrôleur, le passeur. On retrouve ici le symbolisme du gardien du seuil. Dans son acception alchimique, Galaad (dur, rugueux), fait allusion à la Pierre des Philosophes. Jephté de Galaad est le « libérateur de la Pierre », celui qui fait accéder à la Pierre, qui l’ouvre, l’Initié lui-même. Galaad est aussi le chevalier du cycle arthurien, celui qui a la vision du Graal, vase justement identifié à la Pierre philosophale. Par ailleurs, le rôle de la pierre dans l’oralité se trouve dans la mythologie : c’est l’ingestion par Saturne d’une pierre, qui épargne la vie à Jupiter. L’on dit en alchimie que Saturne est le père de la Pierre et qu’il doit la rejeter (la libérer) après l’avoir avalée. Il symbolise la Matière première brute de laquelle doivent être extraits les Eléments spirituels. Une prononciation qui tue ou qui sauve. La première lettre de Schibboleth est Schin. C’est elle qui sauve et fait passer. Schin c’est le Feu, le Feu salvateur, le Feu philosophique des alchimistes. Le Feu et l’Eau sont donc les Eléments primordiaux réunis dans le mot Schibboleth. Quel est leur lien? L’alchimie nous donne une réponse : la Matière première n’est qu’un Feu contenu dans l’Eau, un « Feu aqueux » (se souvenir de l’océan primordial Okéanos dont tout procède). Le Grand Œuvre s’accomplit grâce à ce Feu philosophique. Ignis sufficit ou bien Ignis et Azot tibi sufficiunt écrivaient les alchimistes du Moyen Age, sous-entendant : le Feu te suffit, ou encore le Feu et l’Eau mercurielle te suffisent (pour accomplir le Grand Œuvre). Si ce Feu est contenu dans l’Eau, le feu du Schin est aussi contenu dans Schibboleth qui, rappelons-le, signifie cours d’eau. Et c’est bien la prononciation de cette première lettre, Schin, qui fait toute la différence: celle qui permet de passer (Schibboleth) et celle qui tue (Siboleth). Or, en Alchimie, le Grand Œuvre n’est maîtrisé que par la connaissance et une juste utilisation du Feu philosophique. L’on peut affirmer que Schibboleth représente la Matière première et contient le secret du Grand Œuvre ! Les trois lettres mères de la Kabbale. Le Sefer Yetsirah ou Livre de la formation, un des livres clés de la kabbale séfirotique, décrit le rapport Schin - Feu. Schin est l'une des trois lettres mères de l’alphabet hébraïque. Les deux autres sont : Aleph, qui correspond à l’Air, et Mem, qui correspond à l’Eau (Sefer Yetsirah ch. 3-2 version GRA-ARI) : « Trois mères Aleph, Mem, Schin : un grand merveilleux secret, dissimulé, scellé par six anneaux (formes). D’elles émanent l’Air, l’Eau et le Feu... Plus loin : Il fabriqua la lettre Schin afin qu’elle règne sur le feu. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle, il forma le feu dans l’univers, le chaud dans l’année et la tête dans le mâle avec ShAM et la femelle avec ShMa. (Sefer Yetsirah ch. 3-9 v. GRA -ARI). Le Sefer Yetsirah confirme la relation Feu-Schin. Il fait aussi entrevoir les similitudes de la Kabbale et de l’Alchimie en évoquant les quatre Eléments, clés de l’Initiation au premier grade de la Franc-Maçonnerie ». Les quatre Eléments, l’alchimie et la kabbale du Sefer Yetsira. Les apports alchimiques sont essentiels pour comprendre cette cérémonie maçonnique : le Cabinet de réflexion et les symboles du Temple comme la coupe, les deux Lumières (Lune ou Argent, Soleil ou Or), les voyages et les quatre Eléments. Ceux-ci étaient déjà connus bien avant Aristote, notamment chez le présocratique Héraclite d’Ephèse. Comme en alchimie, la prééminence parmi les quatre Eléments, dans le Sefer Yetsirah, est donnée au Feu et à l’Eau, notamment dans le texte suivant : Trois mères (cf. supra) : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu et l’Eau. Les cieux sont créés à partir du Feu. La terre est créée à partir des Eaux et l’Air se place ainsi entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-4 v. GRA - ARI). Seuls le Feu et l’Eau sont créateurs. La similitude avec les textes alchimiques gréco alexandrins est troublante, mais on sait que la Kabbale a été influencée par le néoplatonisme égyptien. Le Sefer Yetsirah permet de faire correspondre les trois lettres mères aux trois Principes alchimiques Soufre, Mercure et Sel : Trois mères AMSh air, eau et feu. Le feu est au-dessus, l’eau est en dessous et le souffle de l’air légifère entre eux. Il y a un signe à cela, le feu soutient l’eau. Mem est bourdonnante, Schin est sifflant et Aleph est le souffle de l’air qui les départage (Sefer Yetsirah GRA ARI 6-2). L’Alchimie dispose de trois Principes ou Pères (à faire correspondre aux trois Mères du Sefer Yesirah). Le Soufre est au-dessus et c’est un Feu. Le Mercure est au-dessous et c’est une Eau ; le Sel les unit en les départageant. Il les maintient ainsi prisonniers. Il y a un signe à cela dit le Sefer Yetsirah. Ce signe est retrouvé dans l’Alchimie : le Feu (Soufre) soutient l’Eau (Mercure) ; il lui donne la Lumière qui vient d’en haut. Le Feu vient du haut et descend animer « notre » Eau. C’est le feu soutient l’eau du Sefer Yetsirah. Le Sel, comme l’Air du Sefer Yetsirah, unit et en même temps sépare le Soufre-Feu du Mercure-Eau. En s’unissant à eux il empêche leur réunion, comme le fleuve sépare deux rives. Si les deux Principes sont séparés du Sel, ils peuvent alors interagir et donner une union véritable. Le Soufre, Sel et Mercure sont des symboles de l’âme, du corps et de l’Esprit. Le Soufre et le Mercure, c'est-à-dire l’âme et l’Esprit, sont prisonniers du corps et doivent être libérés. Le Sefer Yetsirah traite aussi de la génération des quatre Eléments. Trois mères : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu, l’Eau. Les cieux sont créés du Feu. La terre est créée des Eaux et l’Air se place entre les deux. Le Feu et l’Eau, éléments générateurs, créent respectivement les cieux et la terre. L’Air ne crée rien et se place entre eux deux. C’est une ligne séparatrice. C’est ce qu’affirme l’alchimie à propos du Sel. Le Sel n’a pas d’existence propre. Il n’est qu’un assemblage, une précipitation, l’union terrestre des deux autres Principes qui apparaît sous la forme de Matière ou Corps visible. Un autre passage du Sefer Yetsirah est à mettre en rapport avec l’absence d’existence propre du Sel en tant « qu’illusion d’une réalité matérielle unique et absolue » : trois mères : Aleph, Mem, Schin ; dans l’année ce sont le Chaud, le Froid, le Tempéré. Le Chaud est créé à partir du Feu. Le Froid est créé à partir des Eaux et le Tempéré deL'eau et l'épi l’Air se place entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-5 v.GRA ARI) Le tempéré est à l’image du Sel : il n’existe que par assemblage de chaud (Feu) et de froid (Eau). La Terre n’a, en Alchimie et dans le Sefer Yetsirah, qu’une importance relative ; elle représente l’Elément le plus matériel des quatre, voué à la désintégration (ou au renversement pour utiliser un terme qui nous est familier !) Pourtant, elle est aussi le réceptacle d’éléments subtils qui ne pourraient sans elle s’incarner et agir. C’est dans les entrailles de la Terre que gisent les Eléments actifs du Grand Œuvre. C’est là qu’ils doivent d’abord être recherchés, dans le Cabinet de réflexion pour l’Initiation maçonnique. Et c’est là aussi le sens de l’épi de Schibboleth : le grain de blé va mourir dans la terre pour renaître sous forme d’épi, grâce au feu et à l’eau. Vu sous cet angle le mot Ephraïmite, qui signifie fécond, trouve un sens dans le récit. Les Ephraïmites tués symbolisent la Mort initiatique nécessaire pour que l’Initié se « féconde » et que germe l’homme nouveau. Le premier chapitre du Sepher Yetsirah décrit la formation proprement dite de l’univers : du « Souffle d’Elohim Vivant » est issu le Souffle. Les Eaux émanent ensuite du Souffle, puis le Feu émerge des Eaux. Cette vision de la « création » est superposable à celle des textes alchimiques. En alchimie il est fait référence au Souffle divin, descendu sur terre sous forme d’une Eau mais qui devra après être sorti de cette Eau, commencer son ascension sous forme de Feu. Le travail de l’Initié consiste à extraire le Feu de cette Eau ou Matière, extraire le Schin de Schibboleth. Le Schin, le yod et le serpent d’airain. Le Schin, comme Elément Feu enfoui dans la profondeur des eaux, que l’on doit extraire, est décrit par Annick de Souzenelle dans son ouvrage « La lettre, chemin de vie ». Elle y affirme que le Schin, notre pierre des profondeurs, contient grâce à sa forme le secret du Yod. Or le Yod est la première lettre du tétragramme YHWH. Par extension, le Schin est aussi détenteur du nom secret de chacun de nous, puisque l’Homme est fait à l’image de la divinité. Il est ainsi inséparable du « sem », le NOM. Il est le « sem » caché dans la profondeur des Eaux et du « non accompli »… [4] Dans un autre passage, Annick de Souzenelle commente le terme de « nahas », le serpent qui se termine par un Schin. Le serpent peut ainsi être perçu comme celui qui conduit au Schin. Il permet à l’Homme de conquérir son identité profonde, son noyau. La parenté symbolique du serpent et du cours d’eau a déjà été évoquée. Reprenons dès lors le texte de l’Exode. « Et Moïse fit un serpent d’airain et quiconque mordu par un serpent, regardait le serpent d’airain, vivait ». Lorsque les Hébreux sont mordus par les serpents et en meurent, Moïse supplie Dieu d’intervenir. Yahvé lui ordonne de faire un « séraphin ». Etymologiquement, un « Séraphin » est un « brûlant » (saraph, qui contient la lettre Shin signifie brûler). Le serpent est ici un « séraphin » (les deux mots français sont de même racine) une créature clé du monde angélique, proche de Dieu - celle qui « enveloppe, recouvre » (suph) le principe (Yod) et diffuse son influence sous forme d’Amour divin. On retrouve ici la fonction protectrice du Schin, mais, de manière symétrique, au plus haut des cieux. Le serpent d’airain est aussi celui qui « guérit » grâce au Schin. Le séraphin reçoit par ailleurs le feu divin, le transmet aux hiérarchies angéliques inférieures qui, à leur tour, le distribuent à l’Homme. Le séraphin est donc la version hautement bénéfique du serpent qui, s’il amène Dieu à mettre ses distances par rapport au reste de la Création, est un symbole de vie. Ce serpent qui guérit, ce seraphin qui « brûle » c’est le Feu philosophique, principal artisan du Grand Œuvre. L’ambivalence symbolique du serpent, perverti et séparateur dans la Génèse, salvateur avec Moïse, n’est qu’apparente. Le serpent, comme la rivière, est certes agent de séparation, de mort. Mais si on arrive à le vaincre (traverser la rivière-Schibboleth) c'est-à-dire extraire l’élément positif caché en lui (le Schin) on atteindra l’autre rive et la Vie éternelle. L’image du héros ou de Saint Georges tuant le dragon n’exprime en alchimie que l’action de l’Initié ouvrant la Matière première afin d’en extraire la Quintessence. Et souvent dans les légendes ce dragon cache et protège jalousement des trésors… Cette notion de serpent en tant que « barrière ou épreuve à dépasser » est signifiée par la lettre Tet de Satan. « Le serpent de la Genèse est satan, l’Adversaire ». Dans son nom le Tet est un bouclier symbolisé par un serpent qui se mord la queue… Le serpent forme un rempart, une entité fermée, compacte. Cette dernière barrière éprouvera l’Homme avant sa naissance au Yod, soigneusement caché dans la pierre des profondeurs. Ontologiquement, l’adversaire assume ici une fonction nécessaire. Le Schin Sauveur. La Pierre des profondeurs est donc bien une Eau primordiale, un Feu aqueux représenté parfois symboliquement par un serpent ou une rivière qui serpente. Annick de Souzenelle confirme ainsi les enseignements de l’Alchimie et du Sefer Yetsirah : le Schin est un Feu, caché dans la profondeur des eaux, qu’il faut extraire de notre Pierre. D’autres noms contenant un Schin sont significatifs. Le soleil se dit « Semes », mot qui contient le Nom (sem) du Schin. En effet il est formé de Schin, Mem, Schin. Le soleil n’est-il pas le feu par excellence ? « Es » est le feu. « Is » (le yod au cœur du feu) est l’époux. « Issah » est l’épouse. « Seh » est l’agneau. « Masiah » est l’oint, donc le Messie. Dans le passé, avant que la distillation de l’alcool soit connue, les parfums et huiles essentielles étaient extraites par et stockées dans l’huile. Or les huiles essentielles des plantes forment le Soufre du règne végétal. « Masiah » sans le Schin est « moah », la mœlle (voir le terme moahbon(e) du Maître Maçon). Enfin, le nom de Dieu : Jod He Vav He : Yahvé auquel on ajoute un Schin devient, selon Athanasius Kircher et d’autres auteurs, Yod He Schin Vav He soit Jehoshua : le Sauveur. Le Christ est ainsi le Feu philosophique, cosmique et spirituel, qui gît en nous tous tel un mort. Si nous savons le ressusciter, il pourra nous sauver. En conclusion, le Schin est notre pierre des profondeurs, dont les 3 branches verticales forment les 3 Principes de la Pierre : le Soufre, le Mercure et le Sel. Il est à la fois Pierre, Eau primordiale, Feu aqueux.
Le Schin et le Tarot d’Oswald Wirth. Dans le jeu des Tarots d’Oswald Wirth la lettre Schin est attribuée à la Lame du Fou. On notera la consonance de Fou et de Feu dans la kabbale phonétique. Le Fou est un voyageur ; la carte peut se placer n’importe où. Il est insaisissable. Il ne peut être détruit. Ce sont là des caractéristiques du feu vulgaire, de la flamme, mais aussi du Feu philosophique. Le Feu philosophique en alchimie agit à tous les niveaux du Grand Œuvre. Aussi la carte du Fou est-elle celle du Joker, celle qui n’a pas de numéro. Elle est le Principe omniprésent. Ceux qui le découvrent sont considérés comme fous par le monde profane, car leur comportement ne sera plus le même que celui de tout un chacun. Le sens caché de 42 mille. Le texte biblique où l’on voit apparaître Jephté, et auquel on se réfère au début, dit que 42'000 Ephraïmites furent tués. On doit s’interroger sur la signification du nombre 42 et sur sa relation avec l’alchimie et la Kabbale. On se souvient de la signification symbolique du nombre 40 : durée de purification, du processus de déstructuration qui précède une restructuration ou renaissance. Les exemples sont nombreux : la quarantaine médicale, la période de convalescence de notre corps, le temps de l’embaumement chez les Egyptiens ; le Carême ou période de purification et pénitence avant Pâques, les 40 jours du déluge, les 40 jours de jeune de Jésus dans le désert, les 40 ans de traversée du désert des hébreux avant d’atteindre la terre promise. En alchimie, l’œuvre au Noir ou Putréfaction dure 40 jours, symboliques bien entendu. Ainsi peut-on raisonnablement extrapoler le récit biblique et affirmer que les 42’000 Ephraïmites tués représentent une totalité de purification, hélas dans un bain de sang – à noter que l’alchimie connaît aussi le récit symbolique du massacre des innocents, relaté en particulier par Nicolas Flamel. 42 comme 40 représente ainsi la totalité des épreuves nécessaires avant d’être sauvé et atteindre l’autre rive qui symbolise le domaine spirituel, et ainsi achever le processus. 42 et l’Apocalypse. Comment différencier plus avant le nombre 42 de 40 (42’000 Ephraïmites tués) ? On retrouve à cet endroit la signification spécifique et particulière du nombre 42, qui se superpose au sens général du nombre 40. En Égypte, par exemple, avant de poursuivre leur chemin, les morts étaient jugés devant 42 juges à la tête desquels trônait Osiris. Dans l’Apocalypse de Jean, le nombre 42 est aussi lié à une durée d’action des éléments destructeurs et purificateurs. En effet, la Bête a une durée d’action de 42 mois. Or, cette durée est exprimée sous trois formes différentes : 1260 jours - 42 mois - un temps, des temps et la moitié d’un temps (trois ans et demi). Le sens y est donc le même que dans l’Ancien Testament, car les 42’000 Ephraïmites restent sur la rive « matérielle » et n’ont pas d’accès au monde spirituel représentant l’autre rive. Ils sont liés à jamais à ce qui est représenté dans l’Apocalypse par la Bête et aux épreuves qu’elle fait subir. L’Apocalypse est basée en partie sur le système septimal. Le chiffre 7, lié à l’Agneau, y représente l’homme qui accède au monde spirituel et à la perfection. Les trois ans et demi de durée d’action de la Bête n’en sont qu’une division (7 : 2), que l’on peut interpréter comme une division et une négation. L’utilisation du 42 est aussi en opposition au chiffre 7. 42 n’est pas seulement un nombre fragmentaire, il est aussi le produit de 6 x 7 ; si 7 est le chiffre parfait, 6 reste en deçà et leur produit marque l’imperfection, l’inachèvement et, pourquoi pas la pierre d’achoppement. L’on comprend pourquoi ces chiffres sont attribués à la Bête. L’on comprend dès lors aussi pourquoi le texte concernant le passage du Jourdain utilise le 42 pour signifier ceux qui n’ont pu passer. Un nom divin de 42 lettres. La tradition kabbalistique nous parle du nom divin en 72 lettres, mais aussi celui de 42 lettres. Il est formé par les 42 premières lettres de la Genèse, qui décrivent la création du Ciel et de la Terre. Ce dernier est associé à la rigueur. Par ailleurs, au début du Sefer Yetsirah figure une phrase : « Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s’établit : YAH YHWH TSEVAOTH DIEU D’ISRAEL, ELOHIM VIVANT ROI DE L’UNIVERS EL SHADDAI ». Or cette phrase, englobant la totalité de la divinité, est aussi constituée en hébreu de 42 lettres. Les lettres Schin et Samek. Quelques auteurs maçonniques ont étudié le sens de Schibboleth. Selon Patrick Négrier [5], Schibboleth provient de la racine schin, bet, lamed que nous retrouvons dans les mots shoval, shevoul ou shevil et shovel. Le mot shevoul (ou shevil) signifie « chemin, passage » (Psaumes 77, 20 et Jer. 18, 15). Cette interprétation confirme de manière explicite le sens de « passage » du Jourdain. La cérémonie du IIème grade est dite de Passage et le rituel dit parfois : « Passe Schibboleth ». Le texte biblique est traduit ainsi par Patrick Négrier [6] : « Ils lui disent : - prononce : Schibboleth ! - S’il dit : Sibolet, ils le saisissent et l’égorgent sur les passes du Jourdain » (Jug.12, 6.). Patrick Négrier écrit aussi « Or nous savons que la lettre schin joue un rôle symbolique majeur dans la Genèse, car cette lettre se trouve dans les mots homme (Ish) et femme (Ishah). De plus, nous constatons en Gen. 2,23 que c’est l’homme (Ish) qui donne son nom à la femme (Ishah). En donnant son nom (Ishah) à la Femme, l’Homme a donc prononcé la lettre Sh (schin) qui constitue presque l’essentiel de ce nom et de son propre nom. Nous en déduisons que l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le Sh (schin) signifie en somme leur incapacité à prononcer tant le nom de l’Homme (Ish) que celui de la Femme (Ishah). Il y a là certainement un fait symbolique à méditer. En effet, le couple formé par l’Homme et la Femme (Androgyne) se superpose symboliquement à l’ensemble du récit biblique de la Création du monde (Gen. 1,1-2,4a) : il a donc un caractère globalisant. Et l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le nom de l’Homme (Ish) et de la Femme (Ishah) revient en somme à ne pouvoir assimiler le processus rédempteur symbolisé par le récit de la Création du monde : d’où leur égorgement. Cette interprétation peut être confirmée par le fait qu’en disant Sibolet, les Ephraïmites prononcent un mot extrêmement parent du mot Sivlot qui commence effectivement par un samek (S), signifie « corvées » et apparaît précisément en Exode 1,11 ; 2,11 ; 5,4 ; 6,6. Or les « corvées » subies par les Hébreux en Egypte avant leur Exode symbolisent l’état qui précède toute Création, c’est-à-dire en somme toute Rédemption ». Samek et la bête de l’Apocalypse. Les Ephraïmites auraient, selon Patrick Négrier, prononcé la lettre Samek (Sibolet) à la place du Schin (Schibbolet), ce qui causa leur perte. L’auteur insiste aussi sur le rapport entre la lettre Samek de valeur 60 et la lettre grecque « Xi » de valeur 60. Cette lettre est représentée 3 fois dans le chiffre apocalyptique de 666, mis en relation avec la Bête. 666 est le « chiffre de la Bête », car le Samek hébraïque (S), modèle phonétique du Xi grec présent dans (666), ne rentre pas dans la composition du mot (Ish) désignant l’Homme. Elle constitue même une défiguration du schin (Sh) qui symbolise cet Homme (Ish). On pourrait même dire que le Samek (S) défigure le schin (Sh) comme la Bête (symbolisée par les lettres Samek et Xi) défigure l’Homme (symbolisé par la lettre schin). Patrick Négrier affirme donc que la différence de prononciation est due à l’utilisation de deux lettres différentes : Schibboleth commence par Schin et Sibolet par Samek. Cette affirmation est contredite par J\ Y\ Legouas qui précise qu’il ne s’agit pas de deux lettres différentes mais de la même lettre Schin prononcée de manière différente : « En fait, le Schin hébraïque possède les deux prononciations. Les sages ont inventé un système diacritique de vocalisation de l’hébreu, afin, est-il dit, d’en conserver la prononciation originelle, ou pour le moins celle de l’époque de l’invention desdits signes, par les Massorètes (jusqu’au Xème siècle, Saadya Gaon). Il existe, de fait, la possibilité de mettre un point sur la jambe droite ou gauche du Schin, le rendant par Sh ou S. Il semble bien que ce furent en fait les Galaadites, qui prononçaient différemment des tribus à l’Ouest du Jourdain, et non pas les Ephraïmites qui aient eu un défaut ». Samek et la Pierre brute. L’interprétation de Patrick Négrier est symboliquement séduisante. En effet, si l’on suit son raisonnement dans une perspective alchimique, on constate que Schin est le Feu philosophique (« divin et humain ») ; Samek est le serpent se mordant la queue, la Bête, Satan, Saturne, mais aussi la Matière première à l’état brut, la Pierre brute, la Matière qui emprisonne le Feu philosophique. Ainsi peut-on différencier le Schin du Samek. Ceci se traduit en alchimie par : « ceux qui n’ont pas su extraire le Feu de la Matière première brute ne seront pas sauvés », c'est-à-dire n’accompliront pas le Grand Œuvre. Les Ephraïmites prononcent Siboleth, et restent ainsi attachés à Samek ; ils ne savent pas retrouver le Feu philosophique - Schin dans leur Matière. L’impossibilité d’atteindre l’état d’Ish ou Ishah - l’Androgyne primordial exprimé par Patrick Négrier - se traduit de surcroît en alchimie par l’impossibilité d’atteindre l’état de Pierre Philosophale. En effet la Pierre philosophale consiste en la fusion du Corps et de l’Esprit en un seul Etre et elle est représentée souvent par un androgyne ou un homme à deux têtes. La lettre Samek est attribuée par Oswald Wirth à la XVème lame des Tarots « Le diable » (O.Wirth - Le Tarot des imagiers du Moyen age) ou Baphomet des Templiers. Annick de Souzenelle, de son côté, interprète le graphisme de Samek en hébreu archaïque comme un arbre à 3 branches horizontales (en opposition aux trois branches verticales de Schin N.d.r.). Samek vient de la même racine que « soutien », « appui ». « Si le vav ce clou de la Création est l’Homme, le samek est l’Arbre, image directe de l’Archétype, colonne vertébrale de la Création sur laquelle s’appuie l’œuvre divine tout entière ». Ainsi, d’après Annick de Souzenelle le Samek est soutien de l’homme, c’est l’arbre de la Tradition, le buisson ardent… Ces aspects positifs contrastent avec l’aspect négatif de la lettre Samek, que j’ai décrit auparavant. On comprend dès lors la signification duelle de Samek, comme celle du serpent. Transformé en Schin il sera bénéfique. Dans sa forme de « cercle vicieux », celui de « serpent se mordant la queue », il voilera le Schin, d’origine cosmique soit notre nature spirituelle. Dans son aspect positif il représente néanmoins le soutien matériel du spirituel, son véhicule (et non le spirituel lui-même). Comme tel, son importance est grande : il est le substrat matériel du spirituel, sans lequel aucune Opération n’est possible. Il est la clef de l’Œuvre. Ainsi dit le Zohar : « Lorsque le Samek quitta sa place pour se présenter devant le Saint béni soit-il et obtenir de commencer la création du monde, il fut prié de reprendre et de conserver sans défaillance la fonction qui lui était assignée de toute éternité. Le Seigneur soutient ceux qui chancellent-, lui rappelle le Saint, béni soit-il, en clamant le verset du psalmiste, qui commence en hébreu par le verbe « soutien » et donc par le samek. C’est précisément à cause de ta destination que tu dois rester là, car si je t’enlevais de ta place pour opérer la création du monde, qu’adviendrait-il de ceux qui sont près de tomber puisqu’ils s’appuient sur toi ? » La Matière laide et vulgaire n’est pas à rejeter, disent les alchimistes. C’est d’elle que sortira l’or le plus pur. Schibboleth-Samek contient le Schin. Le but de l’Œuvre est d’extraire le Schin de Samek, afin q’il renouvelle toute notre Nature.
Source : www.ledifice.net
Publié le 6 Février 2014 par Abraham Lincoln
"Vous ne pouvez pas créer la prospérité en décourageant l'épargne.
Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort.
Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l'employeur.
Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en
encourageant la lutte des classes.
Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche.
Vous ne pouvez pas éviter les ennuis en dépensant plus que vous gagnez.
Vous ne pouvez pas forcer le caractère et le courage en décourageant
l'initiative et l'indépendance.
Vous ne pouvez pas aider les hommes continuellement en faisant à leur
place ce qu'ils devraient faire eux-mêmes."
Publié le 30 Janvier 2014 par Anonyme dans Spiritualité
Personne n’osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élu domicile. Un » mahâtmâ » (épithète donnée aux hommes qui ont atteint la perfection morale ou spirituelle) ayant un jour suivi cette route, des enfants qui gardaient les troupeaux se précipitèrent pour l’avertir. « Je vous remercie, mes enfants, répondit le sage, mais je n’ai pas de crainte. D’ailleurs, je connais des mantras qui me protégeront contre toute attaque » . Et il continua d’avancer. Brusquement, le cobra se dressa contre lui. Mais en approchant du Saint Homme, il se sentit soudain pénétré de la douceur du «yogin » (celui qui pratique le yoga). Le Sage voyant le serpent, prononça une formule magique et le serpent s’écroula à ses pieds. Alors le Sage lui demanda : » mon ami, as-tu l’intention de me mordre ? » Le serpent stupéfait ne répondit rien. « Voyons dit le mahâtmâ, pourquoi fais-tu ainsi du mal à d’autres créatures? Je vais te donner une formule sacrée que tu répéteras constamment. Ainsi tu apprendras à aimer Dieu. Et en même temps tu perdras tout désir de faire le mal. » Et il lui murmura la formule à l’oreille. Le serpent s’inclina en signe d’assentiment, puis rentra dans son trou pour y vivre d’innocence et de pureté, sans avoir jamais plus le désir de blesser un être vivant. Au bout de quelques jours, les enfants du village voisin s’aperçurent de ce changement d’attitude et, pensant que le serpent avait perdu son venin, ils se mirent à le tourmenter, à lui jeter des pierres et à le traîner sur les cailloux. Le serpent grièvement blessé , se laissa faire et alla se cacher dans son trou.
A quelques temps de là, le sage repassa par ce chemin et chercha le serpent, mais en vain. Les enfants lui dirent que l’animal était mort, mais il ne put pas les croire. Il savait en effet que le nom de Dieu a une telle puissance qu’on ne saurait en aucun cas mourir avant d’avoir résolu le problème de la vie, c’est-à-dire avant d’avoir réalisé Dieu. Il continua donc d’appeler le cobra. Finalement celui-ci, qui était presque réduit à l’état de squelette, sortit de son trou et s’inclina devant son maître : » comment vas-tu, demanda le sage? Fort bien, Seigneur, merci : par la grâce de Dieu tout va bien. Mais pourquoi es-tu dans cet état? Conformément à tes instructions, je cherche à ne plus faire de mal, à aucune créature : je me nourris maintenant de feuilles. C’est pourquoi j’ai un peu maigri. Ce n’est pas le changement de régime qui a suffi à te mettre dans cet état : il doit y avoir autre chose. Réfléchis un peu ! - Ah oui je me souviens : les petits bergers ont été un peu durs pour moi, un jour. Ils m’ont pris par la queue et m’ont fait tournoyer, me frappant contre des pierres. Ces pauvres petits ne savaient pas que je ne les mordrais plus! Le Sage répondit en souriant : « Pauvre ami, je t’ai recommandé de ne mordre personne, mais je ne t’ai pas défendu de siffler pour éloigner les persécuteurs et les tenir en respect ! » De même vous qui vivez dans le monde, ne blessez personne, mais ne laissez non plus personne vous molester !
Source: Anonyme
Publié le 30 Janvier 2014 par X
Nous sommes un couple d'initiés que passionne" l'art royal ", la richesse de ses rites, la diversité de ses "outils". Mais, parce que la maçonnerie est une façon d'être, ce site ambitionne de décliner nos symboles sur les vêtements nécessaires au rituel, mais aussi, avec discrétion, sur ceux du quotidien.
Vous y trouverez donc :tout le "matériel rituel" et la possibilité d'y faire apposer sur commande les emblèmes de votre loge et les symboles de votre choix.
· une déclinaison de ces signes sur des objets utiles aux FM (boutons de manchette, porte décors...) ou encore purement profanes (sacoches, portefeuilles, chaussettes...).
· Nous sommes aussi en lien avec nombre de petits fournisseurs prêts à s'adapter à toutes vos demandes particulières dans les meilleurs délais.
Le fait pour tous les F ou S d'un atelier d'arborer sur leurs gants ou cordons l'emblème de leur loge renforce le sentiment d'appartenance et de cohésion. Ce même sentiment emplit ceux qui, discrètement, osent porter cet emblème dans la vie quotidienne . Aussi souhaitons nous être le partenaire de vos défis !!