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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

De l’équinoxe d’automne au solstice d’hiver

Publié le 3 Septembre 2013 par P\ C\ dans Planches

Vivre sur une planète animée d’un mouvement de toupie, et en bascule permanente sur son axe, imprime à la vie des hommes, depuis l’origine de la vie sur terre, un certain nombre de cycles qui se superposent, et qui conduisent l’homme à la réflexion. Le premier cycle connu est celui du jour et de la nuit, créé par la rotation du globe terrestre sur lui même en 24 heures. Le jour naît, atteint son apogée au méridien, décline et se couche. La vie de l’homme est aussi faite ainsi. Le second cycle est celui des saisons, provoqué par l’inclinaison de la terre sur le plan de l’écliptique, variable de 23 4 en plus ou en moins par rapport à l’équateur (c’est ce que l’on appelle l’obliquité sur l’écliptique). Quand l’angle d’inclinaison est nul, nous sommes aux deux solstices ; quand il est maximum vers le nord, nous sommes au solstice d’été, le 21 Juin, quand il est maximum vers le Sud, nous sommes le 21 Décembre, pour le solstice d’hiver. L’année commence au solstice d’hiver, dans la nuit, va vers la lumière du solstice d’été, décroît en passant par l’équinoxe d’automne et se termine au solstice d’hiver, « au cul de l’an » comme disent les paysans, c’est à dire à la Saint Jean d’Hiver. Le troisième cycle est beaucoup plus long, c’est celui de la grande année, l’année sidérale, qui s’explique par le lent mouvement de toupie de la terre, que l’on appelle la précession des équinoxes. Le point vernal, c’est-à-dire l’endroit où le soleil traverse l’équateur céleste à l’équinoxe de printemps, le 21 mars, recule dans le temps d’un degré tous les 71.6 ans, soit d’un tour entier en près de 26000 ans. Le soleil, à cet équinoxe, est donc successivement visible dans les 12 constellations du zodiaque en un cycle, la grande année de 26000 ans, ce que connaissaient parfaitement les…Égyptiens ! ! ! Là encore, les ères se succèdent, comme devant apporter les caractéristiques de l’emblème zodiacal à une ère de 2148 ans : après l’ère du Taureau, celles des Poissons se terminent actuellement, et nous entrerons bientôt dans l’ère du Verseau. Là encore, un cycle s’ouvre et se referme, par croissance et décroissance, le tout lié à la géographie particulière de notre planète, petit corps tournoyant régulièrement autour de son étoile moyenne.

L’homme de l’antiquité, comme celui du moyen âge, a toujours calqué les espérances de sa vie sur l’observation de ces cycles, et lié ces évènements cosmiques à l’action d’un dieu géomètre, mesurant et imprimant sa marque à la terre et à ses orbes. Le cycle diurne est le plus immédiat, celui qui permet de se déplacer à la surface de la terre, par exemple, vers l’ouest le couchant ou vers l’est, le levant. C’est vrai en règle générale, car le soleil ne se lève et ne se couche au plein est ou au plein ouest qu’à deux dates dans l’année : ce sont celles des deux équinoxes, lorsque la durée du jour et de la nuit s’équilibrent parfaitement. Le marin qui navigue sans repères terrestre a besoin, pour connaître sa position, de faire un point lorsqu’il est midi vrai, c’est à dire, lorsque le soleil est à son plus haut, c’est la méridienne. Il peut donc en déduire sa hauteur par rapport à l’équateur terrestre par différence d’angle : il connaît donc sa latitude. Sa longitude sera connue par différence avec un top horaire radio lui donnant midi à Greenwich, lorsque lui même sait quand il est midi local, par la hauteur du soleil sur l’horizon. La terre est ronde, et parcourt 360 en 24 heures : après c’est un jeu d’enfant ! On peut connaître le temps et l’heure avec un simple bâton planté verticalement en terre : à midi, l’ombre est la plus courte, mais ce plus court n’est le plus court que le 21 Juin, et le plus long le 21 Décembre. A l’équinoxe de printemps, l’ombre du bâton au lever du soleil est dans le prolongement de l’ombre de ce bâton le soir, à son couchant, quand les levers et couchers sont exactement symétriques par rapport au lieu. Bien entendu, nos ancêtres savaient tout cela, et les plus récents, les Celtes, l’utilisaient couramment. Ceux-ci y ont introduit une notion conduisant à décaler leurs grandes fêtes religieuses au milieu des grandes périodes, par leur observation de la marée, qu’ils connaissaient bien, et également de la marée de lumière, c’est-à-dire l’allongement de la durée du jour, par rapport à l’avancement dans la saison, du solstice d’hiver au solstice d’été. Tout mouvement circulaire engendre une sinusoïde de croissance et de décroissance, qui fait que l’amplitude maximum d’un mouvement se situe au milieu de la période. Ainsi, la puissance maximum du courant de marée montante se situe à la troisième et quatrième heure de montée, pour diminuer, selon le rythme : 123 321. Les celtes n’ont donc pas placé leurs fêtes aux solstices et aux équinoxes, mais au milieu des périodes allant des uns aux autres. Les Maçons fêtent la Saint Jean d’Hiver, et la Saint Jean d’Été, la première étant, compte tenu des cinq jours épagomènes, le début de l’année nouvelle. Les celtes commencent leur cycle annuel à la fête de SAMAIN, le 1er Novembre, soit 40 jours après l’équinoxe d’automne du 21 Septembre, et fêtent le début de l’été le 1er Mai julien, soit à la fête de BELTAIN. De fait, le 1er Mai, c’est le milieu de la période conduisant de l’équinoxe de printemps, le 21 Mars, au solstice d’Été, et c’est le moment où les jours rallongent le plus vite. De même et symétriquement, au premier novembre, les jours raccourcissent à la même vitesse. Les Celtes célèbrent donc des flux, et non des positions astronomiques. C’est la raison pour laquelle ils vouaient un culte aux arbres et aux forêts, qui montraient clairement l’existence de ces rythmes par la montée de la sève liée à l’accroissement de la lumière solaire. L’observation de ces divers rythmes a conduit ces civilisations à les extrapoler pour les appliquer à la vie de l’homme, sa vie sur terre, mais également à sa vie dans l’au-delà : puisque la vie de l’univers est composée de rythmes circulaires, allant de croissance à décroissance, c’est donc que l’Homme, dont le Microcosme est intimement lié à ce Macrocosme, doit subir les mêmes passages : naître, croître, décroître, mourir, …et renaître…

Un texte des Mabinogion nous dit ceci : « Il y a dans cette mer une île dont le sable est d’or, et il y a une autre mer que l’on voit monter de BELTAIN à SAMAIN, et descendre de SAMAIN à BELTAIN, c’est à dire une moitié de l’année à croître et une moitié de l’année à décroître… Les bêtes de cette mer et les baleines crient aussi longtemps qu’elle monte et se taisent aussi longtemps qu’elle descend… » Comme le jour renaît après la mort de la nuit, de même l’âme immortelle de l’Homme passe sur le même théâtre après une plongée dans l’au-delà. Comme le jour rallonge après la grande nuit de l’hiver, l’homme revient à la jeunesse du printemps après sa mort au cœur de son hiver. Après la mort la vie, après l’hiver le printemps… Puisque nous sommes presque à la fin de l’année celte, je voulais donc vous parler du chemin qui conduit de l’Équinoxe d'Automne, le 21 Septembre, au Solstice d’hiver le 21 Décembre, en passant par la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre, la Nuit de SAMAIN, nuit où tout est possible, puisque c’est celle ou les deux mondes peuvent communiquer, où les vivants ont accès au domaine des morts, et où les morts de l’année vont apprendre leur destination dans l’au-delà. A l’Équinoxe d’automne, les jours raccourcissent à toute allure, plus de 4 minutes par jour. La température moyenne diminue, les grandes perturbations atlantiques commencent à bousculer l’anticyclone des Açores, qui se retranche prudemment dans sa niche d’hiver. C’est l’époque des labours et des semailles, c’est le retour des troupeaux dans les étables après les pâturages d’été : le cycle des travaux des champs est terminé : les récoltes sont faites et engrangées pour la période froide. C’est l’époque où l’année agricole commence, avec les renouvellements des baux, à la Saint Michel, le 28 Septembre. Le plus fort de cette décroissance intervient le jour de la Toussaint, qui est aussi celui de la Fête de SAMAIN, nous y reviendrons. C’est le premier jour de l’année celtique. Enfin, nous arrivons, à la Saint Jean d’Hiver, le 21 Décembre, le Saint Jean Évangéliste, celui qui a écrit le Prologue, hymne à la Lumière, celle qui vient éclairer tout homme venant dans ce monde. Réfléchissons à ces mots, mes Frères : Tout Homme VENANT dans ce monde, venir au monde comme on irait ailleurs… C’est le jour le plus sombre, le plus noir, celui de l’Hadès des anciens, mais qui contient la graine de lumière, l’espérance de croissance, la certitude des jours clairs. C’est la véritable fête de l’Ordre Ecossais, celle qui devrait avoir le lustre le plus éclatant, car c’est le jour où l’on a l’assurance que tout ira mieux demain… Dans notre Ordre, il est d’ailleurs une autre cérémonie où après l’extinction par le mal, il est une résurrection par la Lumière. Ce sont des constantes en Maçonnerie. Ainsi donc, la Saint Jean d’Hiver, célébrée par les Maçons opératifs comme par nous, est similaire à la Fête de SAMAIN, celle des anciens celtes : c’est le début des deux cycles annuels de deux civilisations différentes quoique toutes deux fort religieuses, la civilisation des pierres Brutes, et la civilisation des pierres Taillées. Dans la nuit de SAMAIN, l’inter monde était ouvert, les morts pouvaient communiquer avec les vivants. Cette nuit leur était dédiée, et était une occasion de leur rendre hommage, car si ce n’était le cas, les défunts pourraient venir tourmenter les vivants. Un signe majeur vient ponctuer l’analogie des deux dates : dans la nuit de SAMAIN, chacun devait éteindre le feu dans sa hutte. Puis, un grand feu sacré était édifié, et chacun devait prendre une braise à ce foyer pour garder le feu toute l’année jusqu’à la SAMAIN suivante. Chacun devait garder soigneusement et entretenir ce feu sans le perdre, toute l’année. La Tradition Irlandaise parle du Grand Feu Sacré établi au Centre, et qui devait allumer tous les foyers du pays… Les Gaulois se grimaient et s’habillaient de vêtements curieux propres à effrayer et désorienter les défunts qu’ils rencontreraient cette nuit-là. On y sacrifiait deux taureaux blancs, après la cueillette du gui. « Au gui l’an neuf ! ! ! ». Pour mieux communiquer avec les trépassés, les Celtes buvaient force barriques de bière, de vin importé de méditerranée et d’hydromel. Il est sûr qu’ils devaient avoir des visions… C’est le pape Grégoire III, au VIIIème siècle après JC qui a placé la Toussaint le Jour de SAMAIN, pour christianiser cette fête, toujours en vigueur dans la France de Pépin le Bref… Enfin, c’est la nuit du Jugement pour les Morts de l’année : le Dieu des morts devait rassembler les âmes des décédés, et les informer du sort qui leur était réservé. Il pouvaient parcourir le SID, c’est-à-dire le séjour des héros et des fées, ou bien aller au Pays des Jeunes Gens, le TIR NA NOG ou terre de promesse, ou encore commencer leur séjour dans une rivière mystérieuse ou au fond d’un lac. Dans le cycle du Roi Arthur, c’est l’Ile d’Avallon, où Arthur mortellement blessé se retire en compagnie de la Fée Morgane, en attendant l’heure du retour. Mais les morts peuvent aussi être condamnés à errer sur la Mer, comme BRAN, ou bien au fond des forêts. Dans tous les cas, la bravoure au combat est gage d’un heureux séjour dans l’au-delà. Voilà mes Frères, le cycle est achevé, la boucle est bouclée. Nous sommes à la Toussaint - ou à SAMAIN, comme il vous plaira : c’est le moment de penser à ceux qui nous ont précédé sur ce manège, et qui ont accompli leur temps avant le nôtre. Pensons à ceux qui croissent, alors que nous diminuons, comme le jour qui raccourcit. Pour les Maçons spéculatifs, mais spiritualistes que nous sommes, nous nous situons dans cette tradition d’espérance qui nous indique le jour après la nuit, le printemps après l’hiver. SOLVE / COAGULA, est-il écrit dans nos cabinets de réflexion, dans lesquels, au cœur de la Terre, nous laissons pourrir le Vieil Homme. Il faut se dissoudre pour se reconstruire, chaque chantier nous apprend l’œuvre, car c’est ainsi que l’Humanité progresse… Demain sera un autre jour, car après minuit, il sera midi…

J’ai dit,

Très Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler

Publié le 2 Septembre 2013 par X\ G\ dans Planches

Au lendemain de nos deux dernières très belles tenues, j’ai souhaitais pouvoir travailler sur un thème qui me semblait naturellement découler de l’ensemble des propos, des éléments de vie qui avaient pu nous réunir. Et quel meilleur sujet de réflexion, selon moi à cet instant, que celui qui traverse tout apprenti, et au-delà : « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler ». Ce travail n’est et n’a pas la prétention d’être ce que certains d’entre vous nomme parfois, un « morceau d’architecture ». Mais je dirai que tel n’est pas mon ambition et en fin de compte cela n’a pour moi que peu d’importance, car l’essentiel n’est pas de briller mais bien d’être, pour une des rares fois, d’avoir la sensation de quitter la mort, quotidienne et relative, pour renaitre : je ressens enfin à nouveau. Il s’est agit tout simplement, humblement, de vous faire partager, à ce moment précis de nos existences ce que j’ai pu ressentir à vos côtés. Le fait d’être heureux. Tout simplement. Le bonheur est pour moi un idéal sans fin. C’est quelque chose de difficile à définir et un état vers lequel je tends inlassablement.

Il se trouve en chacun d’entre nous, dans les relations humaines, mais pas seulement car il suffit d’ouvrir les yeux, de changer de regard pour l’apercevoir dans tout ce qui nous entoure. On ne peut trouver le bonheur, selon moi, que s’il est partagé. C’est pour moi probablement ici un des seuls endroits où je peux tout simplement m’exprimer, au-delà de toute littérature ou citation, lâcher prise pourrait-on dire et en toute hypothèse laisser mon cœur voyager, car laisser sa vie dictée par la raison n’est-ce pas dès lors passer à côté de la vie. Il m’aura fallu presque tout ce temps pour le découvrir et je n’en suis qu’au principe mais je ne regrette aucun des pas qui m’ont mené aujourd’hui jusqu’à vous. Au dehors, les temps sont obscurs et les vents violents. J’entends les bruits d’épées qui s’entrechoquent et ces cris atroces tout comme lors de mon initiation. Ici tout est calme, quiétude et partage.

J’ai donc eu envie, disais-je, au fil de mes pensées de travailler sur le thème : « Je ne sais lire ni écrire, je ne sais qu’épeler ». Il faut dire que les dernières tenues que j’ai partagé à vos côtés, mes Frères, ont été pour moi une véritable source d’inspiration et je suis heureux de pouvoir dire aujourd’hui que vous contribuez, chacun à votre manière, à m’élever chaque fois un peu plus. Vous êtes ce fil conducteur, ce lien indéfectible qui guide chacun de mes pas et m’incite à aller de l’avant, à m’améliorer à chacune de nos rencontres et au-delà dans le monde profane car vos qualités tant humaine que surtout et avant tout de cœur, l’émotion qui me traverse à chacune de nos rencontres et qui se diffuse ensuite, rayonne en moi comme un exemple à suivre aujourd’hui mais bien au-delà de moi-même dans la vie de tous les jours et avec les autres. Je sais de manière étonnamment certaine que chacune de vos lumières, du haut de sa pierre, contribuera à me sortir de l’obscurité, de ces ombres qui m’entourent et auxquelles je souhaite échapper car je ne conçois pas ma position comme une fatalité.

L’homme à réussi à se redresser et aujourd’hui nous continuons à l’élever par nos paroles, nos actes, et de ces petites lumières qui se diffusent de chacun de nous, de ces mondes magnifiques qui nous entourent, je prends à bras le corps et bras le cœur cette chance, cette joie, ce bonheur d’être plus heureux, pour être à chaque jour, et un peu plus à chaque fois, moi-même, à essayer de me trouver, retrouver ou m’accomplir. Rien n’est jamais acquis et tout est souvent beaucoup trop éphémère ou relatif mais face à un tel bonheur, une telle chance de s’ouvrir devant chacun d’entre vous mes Frères, je souhaite m’abreuver de ce calice à chaque instant.

C’est ici pour moi que réside notre secret qui nous relie les uns aux autres, et qui représente ce lien indéfectible, intemporel qui me lie, me rattache au-delà de ce que je suis. Il existe entre nous quelque chose de magique, d’irrationnel, et tant mieux car il faut selon moi savoir et pouvoir être transporter par ce type d’émotions qui est, je le répète, une chance pour moi, car mon éducation, mon parcours scolaire, ce que j’étais et suis encore ne me prédisposé pas à cela, au vécu de telles émotions car le « cérébral » prenait le pas sur les sens, de mes ressentis, de ce que j’éprouvais au fond de mon cœur.

Le vécu de ces dernières tenues et le travail régulier sur le rituel au grade d’apprenti est donc l’occasion pour moi de me ressourcer, de me remettre en cause pour aller chaque fois un peu plus loin, et de revivre comme j’ai déjà pu vous l’exprimer tout ou partie de mon initiation. Il en est ainsi de cette planche qui l’illustre assurément.

En effet, lorsque l’on dit : « Je ne sais ni lire ni écrire » doit on pour autant en conclure que je suis ou serais un analphabète ou un illettré de manière littérale ? Bien que ces situations existent et soient à considérer, j’ai toutefois suivi des études et obtenu un statut social et professionnel. Savoir lire, écrire, compter sont des acquis indispensables à tout adulte qui veut communiquer avec les autres et agir sur le monde qui l’entoure. On ne peut donc me résumer à cette seule phrase qui ne saurait me qualifier car cet énoncé est en réalité la réponse faite d’un Frère à un autre Frère et dépasse de fait le monde profane.

Cette phrase se situe par conséquent sur le pan maçonnique, sur le plan de la recherche personnelle de la Vérité. Lorsque l’on pénètre dans le Temple, nous ne sommes plus véritablement nous-mêmes car nous laissons nos métaux à la porte du Temple. Les seules qualités qui me restent du monde profane sont que je suis « libre et de bonnes mœurs ». Je me souviens qu’il m’a été dit et répété par nombre d’entre vous mes Frères, que c’est pour mettre un frein salutaire à nos passions, pour nous élever au-dessus des intérêts mesquins qui tourmentent les profanes, que nous nous assemblons dans nos Temples. J’ai donc choisi de travailler avec chacun d’entre vous à mes côtés à mon perfectionnement intellectuel et moral. Les Francs-Maçons, m’a-t-il été précisé, travaillent sans relâche à leur amélioration, ils accoutument leur esprit à ne concevoir que des idées d’honneur et de vertu par l’ascèse initiatique.

La première de ces vertus est la modestie. « Je ne sais ni lire, ni écrire ». Modestie de l’artisan dans l’exercice de son art. On retrouve cette idée déjà au temps des Anciens, de l’art grec, pour qui cette modestie matérielle correspondait chez la plupart des artistes à une modestie morale. Chacun cherche à faire le mieux possible et désire éclipser ses rivaux, mais en même temps reste fidèle et respectueux de ses Maîtres. Ceux mêmes qui apportent à leur art quelque chose de tout à fait nouveau ne sont point révolutionnaires. Ils se recommandent du Maître qui les a formés et ne souhaitent point rompre avec la tradition mais se surpasser eux-mêmes. Peut-être faut-il attribuer cette modestie au fait que, pour une bonne part, l’art grec était d’intention religieuse, que c’était pour plaire aux dieux qu’on travaillait le mieux possible. Il est par conséquent important, selon moi, de ne pas oublier ces principes de vie et, dans notre quête de connaissance, de savoir rester à sa place, de ne pas oublier d’être humble dans ses paroles comme dans ses actes car ce que nous vivons ne relève pas forcément de la Vérité, qui est parfois à tout autre échelle. Notre temps, notre monde, pour le dire autrement, n’est pas celui de la Vérité.

La maçonnerie pour moi est cette voie qui permet à chacun de chercher la Vérité qui est en lui, sans expressions dogmatiques d’aucune sorte, par le travail et la méthode. L’Apprenti a besoin du Maître pour avancer dans la sagesse, d’un guide qui le met à l’occasion sur le chemin de la Vérité comme j’ai pu l’évoquer dès le début de cette planche. C’est parce qu’il demande que l’apprenti trouvera et c’est parce qu’il cherche que l’Apprenti entendra les messages.

Tout au long de son apprentissage celui-ci est privé de parole ce qui le rend plus disponible et mieux à même d’écouter car au détour d’une parole, d’une phrase prononcée, peut soudainement jaillir un trait de lumière qui vient extirper le jeune apprenti de son obscurité pour le conduire, peu à peu, vers ce chemin de lumière et lui permettre d’avancer, pas à pas et à son rythme. Le silence loin d’être une condamnation n’est en réalité que le commencement qui doit nous mener sur le chemin de sa Vérité. Les symboles utilisés dans le rituel sont autant de lettres données à déchiffrer. Cependant, la première lettre ne sera pas forcément donnée par la voix d’un Frère. Il existe dans le Temple, par le fait du travail commun, de la pratique du rituel, une communauté d’esprit, une unité vivante d’une conscience commune.

Cette force est dotée d’une personnalité différente de celle des individus qui la forme. Elle a le pouvoir elle aussi de donner une lettre et permettre ainsi de trouver la suivante. Cette force impalpable, certains diront magique, nous permet d’exprimer concrètement et de manière perceptible des idées transcendantes que notre seul langage aurait été incapable d’exprimer. Ce qui est intéressant de noter ici c’est que par le silence et/ou les symboles nous continuons à communiquer au-delà même du temps. Cette idée, loin de nous être propre, fut utilisée à de nombreuses époques de l’histoire. Ainsi en est-il des égyptiens grâce à leurs hiéroglyphes ou les inscriptions et sculptures des bâtisseurs de cathédrales. La Vérité n’est donc peut être pas aussi accessible que l’on voudrait le penser parfois car dans notre monde de communication, de globalisation ou internet permet d’accéder à tout et tout de suite, où nous sommes abreuvés jusqu’à l’écœurement d’écrits et de paroles, peut être doit on se détacher pour mieux écouter ce qui en vaut la peine, et ne pas croire que dans ce que nous vivons se trouve notre salut mais peut être qu’à l’exemple du passé, nous devons faire l’effort de chercher ailleurs, au-delà de ce qui est dit ou écrit, d’appréhender intelligemment ce qui est marqué et inscrit dans l’environnement, tout ce qui y est taillé, buriné, sculpté, gravé, y compris dans les hommes.

Enfin, on peut rapprocher ce sujet de réflexion de l’idée d’Aristote selon lequel les principes du mouvement sont au nombre de trois. Il faut d’abord selon lui poser deux contraires, qui sont le point de départ et le point d’arrivée du mouvement. Ce dernier principe est la forme, c’est-à-dire ce que la chose devient par génération. Le point de départ de l’avènement de la forme est la privation de cette forme : ainsi, ce n’est pas n’importe quoi qui devient lettré, mais seulement l’illettré. Mais il faut un troisième principe qui assure la continuité du mouvement et l’empêche d’être une succession discontinue de morts et de renaissances. Ce troisième principe est la matière, ce qui subsiste sous le changement. Ainsi, l’argile n’en demeure pas moins argile en cessant d’être informe pour recevoir la forme de la statue. Ainsi, l’enfant meurt en devenant adulte, l’illettré meurt pour devenir lettré.

« Je ne sais ni lire ni écrire » Je viens de mourir à ma vie de profane. Je viens de recevoir l’initiation, je viens de naître à une nouvelle vie. « Je ne sais qu’épeler » : par l’initiation j’ai reçu la lumière et je sais épeler. L’illettré a fait place à un futur lettré. Ce qui nous a été transmis est un contenant et non un contenu. Ce contenant est spécifié par un ensemble de symboles, de légendes et de mythes que la pratique des rituels rend actifs. L’initié s’appropriera progressivement ce contenant qui lui est communiqué explicitement. Il y trouvera les portes à des interprétations personnelles, parcelles de vérité qui rassemblées et convenablement agencées, le conduiront vers la Vérité.

J’ai dit Très Vénérable.

Source : www.ledifice.net

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Conscience Humilité

Publié le 29 Août 2013 par J\P\ T\ dans Planches

Le dictionnaire étymologique nous apprend que l’humilité est de la famille de « humus », terre (labourable), au même titre que l’homme.

Revenons à cette notion importante issue de l’étymologie: l’idée de rattacher l’homme et l’humilité à la terre et au monde souterrain.

La conscience est un processus cérébral qui se traduit par la faculté mentale et subjective d'apercevoir les phénomènes, sa propre existence ou ses états émotionnels. Si je suis triste, heureux et que je me rends compte que je suis triste ou heureux, par exemple, je prends conscience de mes états affectifs. Il ne faut pas confondre la conscience ainsi définie avec la conscience morale. La conscience psychologique est souvent évoquée comme une lumière, la conscience morale comme une voix : si la première nous « éclaire », la seconde nous « parle ». La conscience morale désigne en effet le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles d’autrui. Mais prendre conscience de soi, c'est passer d'une conscience immédiate des choses, à une conscience qui se réfléchit, qui se pense pensant les choses. Prendre conscience de soi signifie que l'on diminue la distance qui se trouve entre ce que l'on est, et ce que l'on a conscience d'être. On réduit ainsi la part d'inconnu en soi. Dès lors, la conscience de soi permettrait de mieux se connaître, de se maîtriser et donc de se réaliser.
La prise de conscience de soi implique une distance entre ce que l'on découvre être et ce que l'on croyait être.
Traiter de l'humilité, c'est toucher un point sensible de notre Ego. Elle nous oblige à sonder des profondeurs qui touchent à une intimité enfouie parfois même jusque dans notre subconscient. Comme toutes les profondeurs, on hésite avant d'y descendre, particulièrement lorsqu'il s'agit de celles de notre conscience; par peur d'avoir à se confronter avec notre inconscient. En loge, la conscience profane sera peu à peu remplacée par une nouvelle conscience, dont le fondement ne sera plus les interdits, mais la sagesse, la force et la beauté . Revenons à cette première notion importante issue de l’étymologie: l’idée de rattacher l’homme et l’humilité à la terre et au monde souterrain. Ce qui est intéressant c’est que l’idée de la terre nous montre que le chemin de l’humilité est dirigée non pas vers le ciel mais vers la terre, celle qui est à l’origine de la vie et de l’humanité. Je pense que comprendre le sens de l’humilité commence par la connaissance de soi et au sens que l’on donne à la vie. Une personne humble s’efforcera d’écouter et d’accepter les autres. Plus elle acceptera les autres, plus elle sera tenue en grande estime, et plus elle sera écoutée. Un mot prononcé avec humilité a plus de sens que mille autres. L’humilité rend les vertus discrètes. Elle implique une conscience lucide, exigeante, des limites de toute vertu. Non pas le mépris de soi, mais une reconnaissance toujours insatisfaite de tout ce qu’on n’est pas, par amour de la vérité. « Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi » La pierre d’achoppement réside dans la conscience des " je " et des " à moi ". Inévitablement, une telle conscience fait perdre ce qui est essentiel : les valeurs universelles qui donnent à la vie tout son sens. L’humilité efface l’identification, la possessivité et la vision étroite qui créent des frontières physiques, intellectuelles et émotionnelles. L’ego détruit l’estime de soi et dresse des murs d’arrogance et d’orgueil, qui tiennent les autres à distance. L’humilité comble les fissures pour permettre des avancées décisives. Equilibrer humilité et respect de soi est un gage de succès. L’initiation nous a fait pénétrer par la porte du temple, semblable au passage de notre naissance vers un monde nouveau. Le rituel nous fait comprendre que toute science vraie est fille de l’humilité ! De nombreux philosophes abondent dans ce sens ; Selon Kant il existe une véritable humilité, dont il dit quelle est : « la conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la loi » Loin d’attenter à la dignité du sujet, cette humilité la suppose il n’y aurait aucune raison de soumettre à la loi un individu qui ne serait pas capable d’une telle législation intérieure : L’humilité implique l’élévation et la confirme se soumettre à la loi est une exigence de la loi même : l’humilité est un devoir. Dans le contexte franc-maçonnique profond et universel, il nous semble, que seule la proposition qui puisse être retenue parce qu’elle émane de la « conscience du franc-maçon » et est théoriquement indépendante du monde profane. Bien sûr, on peut se demander : « Qu’est-ce que c’est que la conscience, d’où vient-elle et comment se forme-t-elle ? », « Est-elle d’origine profane ou non ? » Les spécialistes nous disent qu’elle se forme en partie dans la petite enfance par les interdits que l’enfant n’arrive pas à « rationaliser ». Ceci expliquerait que certaines personnes se sentent, par rapport aux mêmes faits, responsables et d’autres pas du tout. Lors de l’initiation franc-maçonnique, la purification par, l’eau et le feu ainsi que la terre fait partie du rite d’évacuation symbolique des acquis du monde profane. Plus tard, au fur et à mesure de la progression du franc-maçon et de son travail en loge. C’est le moment de préciser que l’humilité dons nous parlons plus haut n’a rien à voir avec le rabaissement. Il ne faut pas confondre l’humilité et la mauvaise conscience, l’humilité et le remords, l’humilité et la honte. L'humilité est très différente de la négation de soi. C'est la capacité à une grande qualité de présence dans laquelle rien n'est exagéré ou clinquant. C'est une attitude délicate et respectueuse dans laquelle on n'a pas besoin de prouver qu'on existe. Cela génère du confort pour l'entourage. L'activité mentale est devenue parfaitement équilibrée. Le mental recueille la forme de l'objet sur laquelle il se concentre dans la réalité pure. Les germes des impressions n'existent plus. La pensée est immédiate, pure de souvenirs, d'inférences, ayant éliminé préjugés, passions, opinions, préférences ou croyances. Au-delà de ces termes se situent des états complexes dans lesquels l'individualité prend conscience du Témoin intérieur, stable et immuable. Eclairé par ce reflet, il distingue la création au-delà du changement. Elle suppose aussi que chaque franc-maçon : développe sa formation personnelle prenne conscience de ses responsabilités civiques soit sensibilisé à la nécessité d'un engagement sur tous les plans de la cité, afin de participer plus efficacement à la formation des individus, condition première de leur liberté, et à la défense des libertés individuelles élargie à tous les aspects de l'aliénation sociale. Cette construction de soi se réalise par une prise de conscience de l’effet des rituels, par une appropriation des symboles agissant par eux-mêmes ou par notre propre volonté. La mort du profane simulée au début de l’initiation doit nous permettre de rebâtir un être nouveau, un homme à qui l’on donne une nouvelle chance de se construire à neuf tout en gardant la conscience des expériences du passé. Mieux, le rituel ouvre des voies pour éviter de retomber dans les pièges dans lesquels le profane tombe presque à coup sûr. Et pourquoi ne pas poser la séduisante hypothèse de rêve que la connexion de toutes les consciences individuelles permettrait à l’homme, à ce point parfait de connaissance, de dire un jour : « maintenant, dieu existe ! » Qui sait ? En tous cas, ce que chacun aura entendu, c’est que tout serait lié, que la vie de notre conscience ne se concevrait pas dans la solitude.
De fait, on n’est pas homme, ni immortel, ni Franc-maçon tout seul. Pour exister et évoluer, chacun a besoin des autres.
Cette merveilleuse chance que nous avons d’exister doit nous conduire à rayonner d’amour et de fraternité. Ce que nous avons à transmettre au futur, nous le nourrissons chaque jour en traquant les mauvais compagnons en nous. 
L'ego et la personnalité sont des sortes de tuteurs compensant notre fragilité. Même dans sa version brillante, l'ego n'est pas chaleureux, il est clinquant. La personnalité, c'est une stratégie inconsciente dans laquelle nous jouons un personnage à défaut d'être soi. Pour arriver à une affirmation de soi sans ego il est donc important de développer l'accueil de soi, c'est à dire une plus grande communication avec soi, seulement après ce travail il est possible de comprendre et tolérer l’autre, avec ses différences. Il s’agit de juger non ce qu’on a fait, mais ce qu’on est. Et nous sommes si peu La vertu de l’humilité relève de l’amour de la vérité, et s’y soumet. Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi. Alors seulement la véritable conscience apparaît et c'est le but de tout développement de la conscience qui au départ est fragmentée, voilée. Cela peut être l'illumination ou tout au moins un état de paix et de calme intérieur stable. La Vie, c’est l’évolution, et l’évolution, nous y participons. Vivre ne peut se dispenser d’aimer et de mourir, pour créer encore et encore, à notre image. Que serions-nous sans la Fraternité, sans les autres à qui notre esprit nous relie ? La maçonnerie est donc sans doute aussi la plus vieille école de développement personnel, même si elle n’a jamais revendiqué cette appellation jusqu’à ce jour. Et pour cela, nul besoin de gourou ou de séminaires dispendieux, seule la recherche de la vérité, de sa propre vérité. Seul, mais ensembles, en fraternité !

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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L’Humilité, Vertu Maçonnique

Publié le 28 Août 2013 dans Planches

Si j'ai tenu à vous parler d'humilité, c'est non seulement que j'en ai reçu des leçons ici même, mais aussi parce que je crains que tout M\soit potentiellement menacé du même syndrome d'élitisme: "je suis "initié", donc en dehors - voire "au dessus" - du commun des mortels"…
Et pourtant, être reçu dans l'Ordre, c'est d'abord être au silence, puis, quelque soit le grade que nos mérites éventuels nous valent, prendre conscience de notre chemin initiatique, de notre "statut définitif" de cherchant.
C'est, en L\, être pareillement vêtu, écouter les travaux de nos FF\ sans critique ni louange, ne prendre la parole qu'une fois, et jamais après le V\M\, être récompensé par le versement d'une obole; c'est le respect et la tolérance, la rigueur et la tempérance, en un mot la vraie fraternité. Comme nous le dit Pierre (3:8) "Enfin, soyez tous animés des mêmes pensées et des mêmes sentiments, pleins d’amour fraternel, de compassion, d’humilité."
C'est aussi, apparemment, l'inverse vertu de l'homme, qui, créature de Dieu, veut se faire Dieu: le génie bâtisseur de nos prédécesseurs passe du Roman, fait de matière construite autour de Dieu, au Gothique élevé haut autour du vide, jusqu’à nos tours contemporaines, temples de la richesse, la puissance et la gloire dévoyés de l'Épiphanie … Se rappelle-t-on encore de la Tour de Babel ? Et pourtant, nos modernes Babylones devraient se souvenir de cet écho dont résonnent les Proverbes (22:4) : "Le fruit de l’humilité, de la crainte de l’Eternel, C’est la richesse, la gloire et la vie"…
Comme le rappelle l'étymologie, avec cet "humus" dont l'homme fut pétri, la préhension de l’humilité ne peut elle-même être que modeste…
Principale qualité opposée à la vanité, antinomique de l’orgueil, « L’humilité a sa source, écrivait COLETTE, dans la conscience d’une indignité, parfois dans la conscience éblouie d’une sainteté. ».
En d'autres termes, "Domine, non sum dignus"…"Seigneur, je ne suis pas digne…mais dites seulement une parole…".
3000 ans avant, David disait (Psaume CXXI-1): « Adonaï, mon cœur ne s’enfle pas; mes yeux ne se haussent pas. Je ne m’insinue pas dans des grandeurs et des merveilles de trop pour moi... »
Preuve que vécue par tout homme de bonne volonté, l’humilité ne peut s’exprimer que par rapport à un même absolu. Cet absolu, pour nous Francs-Maçons du RER, est DIEU dans son immanence, Lui qui, au sein de notre Ordre, est la source de notre transmission d’influences spirituelles ainsi que la base, le fondement de notre Monde Sacré.
Dans son édifiante mémoire, la Genèse nous rappelle que l’ordre sortit du chaos et que la Création du monde eut comme apothéose celle de l’Homme issu de la glèbe, cet Homme qui, faute d’humilité, chuta au lieu de rester le joyau de l’univers naissant. Première chute, première punition: ( GEN III. 23-24) « Elohim renvoie le glébeux du jardin d’Eden pour servir la glèbe dont il fut pris. Il expulse le glébeux et fait demeurer au levant du jardin d’Eden les Keroubîm et la flamme de l’épée tournoyante pour garder la route de l’Arbre de Vie... »
Mais Elohim aime, il pardonne et, même le déluge futur n’efface pas toute vie, Il scelle avec Noë cet amour par son premier Pacte: ( GEN IX.11 ) « Nulle chair ne sera plus tranchée par les eaux du déluge... »
Le glébeux a-t-il compris alors l’humilité? Devient-il petit pour servir et prier Celui qui lui a donné la vie? Non, cette qualité n’est pas au rendez-vous de la Tour de Babel qu’il voulait construire pour qu’elle touche le ciel afin de lui éviter de se répandre sur toute la terre. Elohim punit à nouveau , puis, comme toujours, Il pardonne en prenant Pacte avec ABRAHAM, après avoir permis à Melkitsedeq, roi de Salem et symbole de la "Tradition Primordiale", de fournir « Le Pain et le Vin » du premier sacrifice des espèces matérielles du blé et de la vigne, premier pont symbolique et rituel entre Ciel et Terre.
L’Humilité d’ABRAHAM fut cette obéissance totale à la volonté de Dieu, dans la conscience douloureuse, mais librement acceptée, de son infériorité; elle lui valut d’être le Père transfiguré de la multitude des nations.
Cette vertu d’humilité obéissante ne sera pas celle de Sodome et Gomorrhe, lieux de luxe et de luxure, de mensonge et d’orgueil ! Dans ces cités riches et brillantes, pas un seul juste ! Elles vont donc périr par le souffre et le feu: à chaque chute sa punition car Dieu seul est JUSTICE, à chaque chute son pardon car Dieu seul est MISERICORDE.
Inlassablement Elohim aime: devant Babylone se dessine déjà Jérusalem quand le Miséricordieux donne à MOISE d’une part ses Commandements mais, d’autre part et surtout, son Nom, cette Parole ineffable dont la prononciation parfaite et le savoir total permettent la Connaissance transfigurante de sa Lumière.
Pourquoi MOISE ? Moïse était le plus humble de tous ( NOMBRES XII. 3 ) « Et l’homme Mosche était fort humble, plus que tout humain sur la surface de la glèbe. » , lui, Moïse le prince d’Egypte devenu esclave pour servir ses frères, Moïse qui, ayant reçu la LOI, l’ALLIANCE et la PAROLE, abattu le veau d’or et traversé la Mer Rouge, accepte, en homme obéissant et humble, de mourir à l’horizon de cette Terre Promise au Peuple Elu et, pour lui, son chef, cependant et pour toujours interdite. C’est lui « l’homme Saint de douleurs » d’ISAIE, c’est par « sa main que le désir d’Adonai triomphe », c’est lui qui a compris le plus profondément que: (PROVERBES 15:33 ) : « La crainte de l’Eternel enseigne la sagesse, Et l’humilité précède la gloire... »
Celui qui était le PROPHETE d’Israël et son premier GRAND-PRETRE ne fut ainsi jamais ROI, la Tiare était encore à venir avec l'Épiphanie. L’Humilité avec Moïse est sacrifice, abnégation et FIDELITE.
Puis, dans sa bonté, Dieu nous donne SALOMON, roi de Justice et bâtisseur du Temple. Temple bientôt détruit - nouvelle leçon: les pierres elles-mêmes vivent et meurent. Les Temples redeviennent pierres, les pierres redeviennent sable, le sable redevient silence.
Mais l’Humilité du sable est encore trop confortable pour JOB qui, du fond de sa solitude, de sa désolation, ose se lamenter ( JOB III. 3, III.11, X.1, XXIII. 8-9) : « Je veux parler dans l’amertume de mon âme. Mais si je vais à l’Orient, Il n’y est pas, et à l’Occident je ne Le discerne pas, vers le Nord je Le cherche et ne l’aperçois pas, je me tourne au Midi et ne Le vois pas... »
Cruauté apparemment aveugle de l’initiation de l’humain dans sa montée hésitante et inquiète aux frontières de l’espoir des arcanes célestes. Dans ses épreuves aux quatre points cardinaux de son Initiation au monde de l’Immanence, JOB s’instruit en APPRENTI, voyage en COMPAGNON et meurt à lui-même en MAITRE. Il devient pierre, puis sable, puis moins que le sable. De son « ego » aux plaisirs lointains, il fait un feu purifiant et régénérateur, il se consume. Sable brûlé, il élève son cri à la mélodie de l’Obéissance et de l’Humilité au point de chanter un hymne d’Espérance; à cette Lumière d’Espérance il ranime sa Foi, avec sa Foi raffermie il ouvre son coeur à la Charité. Avec JOB, l’humilité c’est accepter la misère absolue; c’est le courage de la Prière dans la souffrance, c’est devenir un objet de Dieu, le plus petit si tel est son dessein; c’est comprendre que l’unique destin que la spiritualité peut réserver à l’homme est de n'être qu’un vecteur de la Volonté de l’Eternel. Alors l’humble, dans l’unité de son destin, devient Contemplation pour tout ce qui procède et ne vit qu’avec, pour et dans la Parole. Et Dieu récompensa JOB selon les termes de la Prière de TOBIE : ( TOB XIII.2 ) : « Béni soit Dieu qui vit à jamais, Béni soit son règne, car Il flagelle et prend pitié. »
Et l’aventure des Ecritures continue: Dieu nous donne les prophètes messagers d’Apocalypses, les bêtes vaincues par l’Agneau, la Vie après la mort déifiée par le Pardon et non par le Talion, l’orgueil vaincu par l’Humilité, le triomphe de sa Vérité sur l’inversion terrestre des valeurs. Etre courageux, sans être intrépide, et cela dans le seul but d’être Fidèle et de servir son Seigneur et Maître: Dieu, Grand Architecte de L’Univers, crée l’Humilité.
Et après l’ère du Taureau, passée l’ère du Bélier, vint l’ère du Poisson, cet ICTUS symbole du Christ gravé dans la nuit des catacombes où la Religion Chrétienne vivait dans l’humilité des cachots, tout près de l’or et de la pourpre impériale. Il y avait eu le Temple de SALOMON, puis celui de ZOROBABEL et, enfin, le Troisième Temple, « non pas bâti seulement de main d’homme mais éternel dans les cieux », celui du Corps du CHRIST, le Fils de la Trinité Sacrée.
JEAN, le modeste Baptiste, annonçait ce troisième Temple. Il savait déjà conjuguer l’Humilité avec le respect marié à la joie. Lui qui se disait « indigne de délier les lacets d’Emmanuel » n’avait-t-il pas compris que, si le Prophète est éclairé, sa lumière n’est en rien humaine mais, seulement et totalement, une inspiration venant d’En haut ? Que lui n’était rien en face de son message? Que l’Humilité est la Porte unique et indispensable qu’il faut franchir dans la Quête de la Lumière ?
Après l’aube des hommes vint donc le Fils de Dieu, celui qu'annonçait déjà Zacharie (9:9) en ces termes :
« Sois transportée d’allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d’une ânesse..»
Celui qui vérifiait les prophètes vécut son baptême du Jourdain dans la fatalité du Golgotha. Lui dont toute la vie terrestre fut leçon absolue d'Humilité dans son propre absolu, connut le procès des hommes et, au terme de son supplice, tel JOB anéanti, Il cria: « Elohaî, Elohaî, lama sabaqtani ? » , « Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné? ». Dans cette humble supplique désespérée d’un Dieu totalement Homme et d’un Homme totalement Dieu, naissait, sur l’arbre mort de la Croix, LA VIE, cette vie qui, après trois jours de deuil ouvrait pour toujours le «MALKUTH», dernier séphirot kabbalistique, porte terrestre de la réintégration au «Kether», le premier cercle de la Vie Eternelle.
Cette vie de l’Humilité de l’Homme, dans l’obéissance au PERE, Souverain Maître, dans l’intelligence de l’ESPRIT, et grâce au martyr du FILS, devenait ainsi Alchimie du Verbe, racines dans l’humus de la terre et sommet dans la rosée du Ciel.
Le Maître de l’Humilité est le Maître de l’Amour, DIEU et, tout particulièrement pour nous Francs-Maçons du Régime Rectifié, l’Agneau, le Christ ressuscité et dès lors en Majesté, ce Frère qui nous ouvre et nous montre le chemin, son chemin, dans le respect et l’obéissance.
CLEMENT d’ALEXANDRIE, dans sa première Epître écrit: ( CLE XVI.1, XLVIII.5 ) : « Le Christ appartient aux humbles, non à ceux qui se dressent au-dessus de son troupeau... Quelqu’un apte à exposer la Connaissance... doit être d’autant plus humble qu’il paraît plus grand et chercher l’intérêt commun et non pas le sien en particulier... »
Si nous avons soif de cette Eau, nous comprenons mieux pourquoi le Christ est issu des Lévites, eux-mêmes issus de la lignée de JACOB, qui humblement quitta sa propre terre pour se rendre chez LABAN afin d’y recevoir les Douze Sceptres d’Israël. Nous partagerons aussi mieux avec Lui le Centre de la Croix, union des mondes horizontal et vertical, le Centre de toute Vie, extension ou concentration du Secret Divin. L’Humilité, au Centre du cosmos, comprend le sens du Verbe, tout comme l’Initié doit se rappeler l’adage: « SIC TRANSIT GLORIA MUNDI ».
Pour Saint AUGUSTIN, « Les hommes prévaricateurs seront rangés à gauche parce qu’ils n’auront pas cherché Dieu par la Porte de l’humilité que le Seigneur Jésus-Christ a montrée lui-même, et parce qu’ils auront vécu sans miséricorde dans l’orgueil ». Dans le même ouvrage, « Le Maître, le Libre Arbitre », il énonce ( I.13, 27-28 ) des qualités ordinales qui nous sont familières: Prudence, Tempérance et Justice.
A l’exemple du CHRIST, le plus éclairé des hommes est bien le plus humble, et le plus humble est bien celui le plus au service des autres, et le plus au service des autres est celui qui se fait serviteur, et d’autant plus serviteur que ses prérogatives, titres et responsabilités sont élevés dans l’échelle des vivants, à la Lumière et à la crainte de l'Échelle de Jacob.
Saint BENOIT dans sa Règle Monastique et en préambule à ses "Douze Degrés de l’Humilité", faisant référence à cette Échelle mystique, écrivait: « On descend par l’ élèvement, on monte par l’Humilité... ».
Et lorsque Saint BERNARD de CLAIRVAUX dit « Donnez-vous tout entier à votre charge. Repoussez toute timidité en considération de votre devoir. Agissez en Maître. Donnez tout puisque tout vous sera demandé, jusqu’à la dernière obole... L’HUMILITE est la Pierre Angulaire de toute vie mystique», on comprend mieux la fière devise de l’Ordre du Temple, dont il avait fixé la règle : « NON NOBIS, DOMINE, NON NOBIS SED NOMINI TUO DA GLORIAM » Non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais donne la gloire à ton nom…
Pour les Templiers, qui, au commencement, et bien qu'issus des plus hautes lignées, s'appelaient "Pauvres Chevaliers du Christ", l’Humilité vient donc bien d’EN HAUT: le Chevalier, le Moine, le Maître, Compagnon ou Apprenti, partageant le même Idéal d’Ordre, pourront entendre ensemble, dans une seule Fraternité agissante d’Hommes debout, ce conseil d’IGNACE d’ANTIOCHE (Lettre aux Ephésiens X.1-2): « Mais au moins qu’aux hommes votre exemple leur indique la Voie. A leur colère opposez votre douceur, à leur arrogance votre Humilité, à leurs blasphèmes vos prières, à leurs erreurs la fermeté de votre Foi, à leur violence votre sérénité... »
L’Humilité, c'est aussi l'effort dans la fuite des tranquilles certitudes, du dogme imposé par rapport au symbole librement accepté, et même du trop-plein d'humilité qui confine à l'orgueil, comme le dit -encore- Saint BERNARD: « une modestie qui empêche d’agir est sans mérite, une humilité contraire à la vérité est blâmable »
…C'est la tempérance face aux tentations, la prudence face à nous-mêmes, j'allais presque dire la force tranquille de qui connaît son ultime finalité…
Un moine demanda à son Maître
Suis-je en possession de la nature de BOUDDHA ?
Le Maître répondit :
Non, vous ne l’êtes pas.
Le moine questionna :
J’ai entendu que toutes choses sont en possession de la nature de BOUDDHA pourquoi pas moi ?
Le Maître répéta
Les insectes, les animaux, les plantes, les pierres, tous ont la nature de BOUDDHA, et vous, Non !
Alors le moine-disciple s’inquiète:
Pourquoi pas moi?
Et le Maître répondit:
Parce que vous me posez la question.
L’humilité doit donc répondre à des nécessites constantes quels que soient le temps et l’espace. Les éléments de ces devoirs proposés à notre libre arbitre étant cependant incomplets, et leur liste n’étant pas exhaustive:
*Ne rien demander pour soi: le Maître doit apparaître quand l’Elève est prêt.
*Se définir avec intelligence, objectivité et générosité par rapport à la Loi et l’accepter pour en vivre.
*Ne pas imposer aux autres les limites de ses propres insuffisances - ou de sa propre suffisance.
*Se donner une limite raisonnable de jugement et d’action entre culture et nature.
*Respecter l’adversité et surtout l’infériorité, quels qu’en soient les écueils.
*Rencontrer et accueillir l’autre sans le soumettre à ses propres manques, en comprenant, même à la limite de la légitime tolérance, qu’il est en fait le miroir de nos limites personnelles.
*Accepter, autant que la loi morale pourra objectivement le permettre, de perdre une probable victoire personnelle pour garantir simplement l’existence de son prochain.
*Admettre, sans trahir sa Foi, une idée Transcendantale différente et, éventuellement opposée, d’un adversaire, Frère éloigné sans doute mais, malgré tout, et à l’évidence, lui aussi créé par Dieu, donc Fils, même séparé, du même Père et Frère du seul Christ.
V\M\, mes Frères, toute chose, y compris la matière, est en possession de Dieu, mais il faut être un Homme pour le réaliser dans la Liberté de sa vie. Que l’Homme-Apprenti apprenne avec obéissance, que l’Homme-Compagnon ne frappe pas le Maître par ambition illégitime , que l’Homme-Maître soit l’Initié-Initiant dans la solitude de sa conscience, que l’Homme-Vénérable soit une Conscience dans la solitude de son Obligation de Vertu. Qu’lls soient, tous unis en Loge, dans le Temple et hors du Temple, dans le même chantier d’action du monde sacré, en devenant les TEMOINS VIVANTS de l’Obéissante Humilité.
Pour réaliser ce projet essentiel de l’Idéal de Perfection permettez-moi de croire que si l’Amour est l’incantation du Verbe sur terre, la Foi en est l’Hymne et l’Humilité la chanson.

Source : www.ledifice.net

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Humilité

Publié le 27 Août 2013 par G\ A\ dans Planches

L’Humilité, serait-elle une VERTU MACONNIQUE ?

Tout d’abord et avant même de parler de l’étymologie de ce mot « humilité », je vous propose de commencer par un raisonnement Cartésien et pour cela je citerai donc René Descartes : « Il est du propre de l’entendement fini, de ne pas comprendre une infinité de choses, et du propre d’un entendement créé d’être infini ». Ce qui nous procure une belle réflexion sur l’entendement ou pas d’un mot, d’un terme ou même d’une idée, fut-elle philosophique, scientifique voir métaphysique… (Extraits des méditations métaphysiques 1641). « Le terme « humilité » est à rapprocher du mot latin humus, signifiant « terre » qui en est la source étymologique, et qui à donné par ailleurs le terme « homme ». « L’humilité est une vertu humble : elle doute même d’être une vertu ! Qui se vanterait de la sienne montrerait-il pas simplement qu’il en manque » ? Pourtant, cela ne prouve rien : d’aucune vertu l’on ne doit se vanter, ni même être fier, et, c’est ce qu’enseigne l’humilité. Elle rend les vertus discrètes, comme inaperçues d’elles-mêmes, presque déniées. Est-ce l’Inconscience ? 
C’est plutôt une conscience extrême des limites de toute vertu, et de soi. 
Cette discrétion est la marque « elle-même discrète » d’une lucidité sans faille et d’une exigence sans faiblesse.
L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou alors, c’est un mépris sans méprise. Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de ce qu’on n’est pas. L’humilité est vertu lucide, toujours insatisfaite d’elle-même, mais qui le serait encore plus de ne pas l’être. 
C’est la vertu de l’homme qui sait n’être pas une Divinité. 
Cela nous pose une question, mes S\ S\ et mes F\ F\ :
 l’humilité est-elle la vertu des Saints ? PASCAL n’a pas tout à fait tort, quand il critique « la superbe » des philosophes ! C’est que certains, mes SS\ et FF\, se sont pris au sérieux de leur « divinité », de quoi les Saints ne sont pas dupes. « DIVIN ? MOI ? » Il faudrait ignorer Dieu, ou s’ignorer Soi. Comme le suggère Notre regretté F\ Léo FERRE : « Et si vraiment Dieu existait… Faudrait-il s’en débarrasser ? » L’humilité refuse au moins la seconde de ces deux ignorances, et c’est en quoi d’abord, elle est une vertu : elle révèle l’amour de la vérité, et s’y soumet. Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi. 
C’est en quoi aussi, toute pensée digne de ce nom suppose l’humilité : la pensée humble…s’oppose pour cela à la vanité, qui ne pense pas, mais qui se croit. 
On dira, que cette humilité ne dure guère…mais, la pensée…non plus. 
De là, mes SS\ et mes FF\, la porte est grande ouverte aux orgueilleux systèmes.
L’humilité, elle, penserait plutôt sans se croire.
Elle doute de tout, et plus spécialement, d’elle-même.
L’humilité est donc humaine, peut être trop humaine…
Qui sait, si elle n’est pas le masque d’un tres subtil orgueil ? Ces quelques phrases nous interpellent, et demanderaient à être plus pleinement commentées. Ce n’est certes pas le propos de cette planche. Aussi, je vais rajouter au « problème », les « idées » et concepts de quelques philosophes et « libres penseurs ». KANT, dans la « Doctrine de la vertu » oppose légitimement ce qu’il appelle la « fausse humilité » - la bassesse - au devoir de respecter en soi la dignité de l’homme comme sujet moral : pour lui « la bassesse » serait le contraire de l’honneur. KANT, nous dit aussi, qu’il existe une véritable humilité « humilitas moralis », et il nous en donne cette définition : « La conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la Loi, c’est l’humilité ». L’humilité implique l’élévation et la confirme, car se soumettre à la Loi est une exigence de la Loi même : L’Humilité est un devoir. 
Voyons du coté de NIETZCHE, qui à toujours raison de tout…et tort de tout. Il prend pour cela « l’image » du ver de terre :
« Le ver se recroqueville quand on marche dessus. Cela est plein de sagesse. Par là, il amoindrit la chance de se faire de nouveau marcher dessus ». L’humilité, vue ainsi, je trouve personnellement que c’est dur ! NIETZCHE, nous dit encore : « l’humilité est vertu d’esclave, les maîtres « altiers et fiers » n’en ont que faire toute humilité leur est méprisable » Bon, admettons. Mais, le mépris n’est-il pas plus méprisable que l’humilité ? Cela reste, mes SS\ et mes FF\, un autre débat ! Et pour en rajouter, toujours avec le même philosophe, cette phrase : « je me connais trop pour me glorifier de quoi que ce soit, objecterait l’homme humble : j’ai plutôt besoin de toute la miséricorde dont je suis capable, pour pouvoir me supporter… » Quant à René DESCARTES, je cite : « les plus généreux ont coutume d’être les plus humbles ». J’ai des doutes à croire que Descartes pouvait être « un ver de terre ». L’humilité égale vérité ? Cela est, à mon avis, bien plus vrai et plus humble que les considérations de Nietzche. « Là où est l’humilité, là aussi est la charité » écrit Saint AUGUSTIN. L’humanité fait une création tellement dérisoire : comment s’imaginer qu’un Dieu est voulu cela ? C’est ainsi que l’humilité, née de religion, peut mener à l’athéisme. Croire en dieu, ce serait un peche mortel ? 
A ce propos, je site mon Ami Georges CHELON : 
« Dieu a été créé par l’homme, c’est le contraire qui m’étonne ». Accordons à notre ami Georges Chelon, toute l’humilité du propos…
 Continuons dans le registre religieux et moraliste, car nous allons y découvrir insensiblement les éléments symboliques et allégoriques de notre F\ M\. Dans le « Traité de l’humilité et de l’orgueil » de Saint BERNARD, le premier chapitre s’intitule : L’humilité conduit à la vérité. Saint BERNARD, nous dis, en partant des mots de l’évangile : « Je suis la Vérité, je suis la Voie, je suis la Vie ». Pour lui, la connaissance de la Vérité est le fruit de l’humilité. A travers cette phrase du CHRIST : « Je te rends gloire », Père, Seigneur du Ciel et de la Terre, parce que tu as caché ces choses (évidemment, les secrets de la Vérité) aux savants et aux prudents (c’est à dire, aux orgueilleux) et que tu les as révélées aux petits (c’est à dire, aux humbles). Un peu plus loin dans mes recherches, je trouve cette définition, qui je dois vous dire, mes SS\ et mes FF\, possède une belle « résonance » maçonnique ! « L’humilité est une vertu par laquelle l’homme, dans une très vraie connaissance de soi même, devient vil à ses propres yeux. Elle est le fait de ceux qui disposent une ascension dans leur coeur, et montent de degré en degré, c’est à dire, de vertu en vertu, jusqu'à ce qu’ils arrivent au sommet de l’humilité ». Saint BENOIT, établit cette « ascension » en douze degrés (que je ne vais pas développer ici). Ces degrés, vous l’avez compris, ce sont ceux de l’échelle montrée à Jacob, comme étant l’image de référence biblique et religieuse de l’humilité. L’échelle est un symbole très fort dans certains rituels F\ M\. 
A ce propos, j’ai découvert dans mes recherches, un document, qui ne manque pas d’intérêt, il s’intitule : « ce ceindre d’humilité ». En Israël, tous portaient une écharpe de lin. 
Avant d’entamer un travail, on relevait ses vêtements, puis on se ceignait de l’écharpe de lin.
PIERRE, à écrit, donc à juste titre : « ceignez - vous d’humilité les uns envers les autres, parce que Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais aux humbles il donne la faveur imméritée ». Dans ce texte, le mot grec traduit par « se ceindre » vient d’un mot qui signifie « tablier d’esclave ». En effet, les Israelites, quand ils mangèrent la Pâque, ils le firent les hanches ceintes, les vêtements relevés, car ils étaient ainsi prêts pour partir, et ceci à n’importe quel moment. JESUS, traditionnellement, se ceignait de cette façon, de son « tablier ». Peut-être, faut-il y voir, mes SS\ et mes FF\, l’expression du tout premier Tablier Maçonnique ? Mais je crois que j’ai du confondre le mot humilité avec le mot humour…c’est vrai, qu’ils commencent tous les deux, par les « 3 » mêmes lettres (Hum, Hum). Mais voyons « entre les colonnes » comment nous autres F\ M\, pouvons nous appréhender cette « humilité ». 
• la Concorde grandit ce qui est petit. 
• La Discorde annihile ce qui est grand. 
• Anéantis-toi, mon Disciple, dans un abîme d’humilité et sois infime parmi les infimes. 
Nous sommes de plain-pied dans l’humilité maçonnique, car je viens de vous lire un extrait de texte tiré d’un Code Maçonnique d’un haut grade, à la gloire du Grand Architecte de l’Univers…Tout au long de ce tracé, je me suis appliqué et imposé trois mots : Recherche, découverte, et transmission. Parce que l’humilité vue ainsi, dans sa plus totale complexité et sa multiplicité au niveau de ces différents « aspects » humains et bien, il m’a semblé qu’il était nécessaire que je vous le communique. Le « profane » qui frappe à la Porte du Temple, le fait nécessairement avec humilité, et si ce n’était pas réellement le cas ! Je suis persuadé que les trois enquêtes auraient, à priori, rapidement fait de relever une possible supercherie. L’humilité, n’en doutez pas, mes SS\ et mes FF\, est partout présente dans le Temple et ceci à tous les Grades. Pendant la cérémonie d’Initiation, le bandeau peut être considéré comme un symbole d’humilité, comme le fait de « mettre un genou en terre » devant le Vénérable Maître. L’acceptation et l’obligation du silence, au grade d’A\, sont preuves, elles aussi, d’humilité. Quand le F\ M\ se tient à l’Ordre, ici aussi, nous pouvons y trouver une gestuelle symbolique se rapprochant de l’humilité. Nous trouverons, très facilement, dans les grades de nos rituels de multiples exemples. Car quel que soit son grade, et quel que soit le rite pratiqué ; le F\ M\, reste toute sa vie un chercheur, qui ne cesse d’être en quête du savoir ultime et de se présenter les mains vides, en toute humilité devant le Grand Architecte de l’Univers et surtout devant ses SS\ et ses FF\. Mais plus que toute chose, il se trouve un moment, dans la vie d’une Loge, ou l’humilité, en terme de « vertu maçonnique » s’exprime dans toute sa plénitude. Je m’en explique : Le « premier maillet », un jour ou l’autre devient le « Vénérable descendant de sa Charge », et de façon traditionnelle (mais, pas forcément systématique), lui est confié souvent la fonction de « Couvreur »…fonction, considérée comme étant la plus humble du collège des Officiers d’une Loge. Il passe ainsi de la lumière de l’Orient, à l’obscurité symbolique et allégorique de l’Occident, tout en prenant au passage une des plus belles leçons d’humilité et…de maturité maçonnique… Nous avons tous vécus ce moment, dans notre Atelier, pendant la Tenue d’Installation de notre V\ M\ et la mise en place, qui a suivi du nouveau collège des Officiers. Peut être, n’avons nous pas tous perçus, la symbolique puissante de ces instants ; étant tous, pendant cette Tenue, attentifs à la découverte de ce rituel, entièrement nouveau pour beaucoup d’entre nous. Nous sommes, dans cet instant de « vie » maçonnique dans une position d’interface très puissante, d’humilité complexe et d’humilité de simplicité. C’est vraiment ici, que l’humilité serait-elle une vertu maçonnique ? (Titre de cette Planche) prend toute sa dimension ! « Observation vigilante du Couvreur…observateur, échangeable en permanence avec son vis a vis, le V\M\, placé comme lui sur la «Colonne vertébrale » i ». Couvreur et Vénérable, ou plutôt Vénérable puis Couvreur, sont des Officiers d’interfaces, qui vont de l’accomplissement des taches les plus prestigieuses, ou certains verront le « Commandeur possessif », vers les taches les plus humbles, comme peut être le « fermer et ouvrir ». Le F\ Couvreur, dans sa nouvelle fonction supervise tout, il est le bras et l’assistant du V\ M\ dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit, plus il est censé être humble. Nous avons bien là, je vous le dis, mes SS\ et mes FF\, le témoignage et le critère objectif de « Maçonnité » de cette maturité et de cette compréhension propre à l’humilité et à la modestie humaine, favorisée par l’exercice réfléchi du rite et celui de l’Art Royal… Je peux, à présent, vous proposer une conclusion : « l’humilité confère la faculté de percevoir les situations, d’identifier les obstacles ainsi que leurs causes, et de rester silencieux ». Exprimer une opinion avec humilité, implique un esprit ouvert, qui reconnaît ses qualités, ses forces et sa sensibilité, ainsi que celle des autres. Un mot prononcé avec humilité à plus de sens que mille autres. « Folie, égarements et absence de repères conduisent l’Homme aux pires extrémités. On choisit la facilité plutôt que l’effort et le paraître plutôt que l’être, et ceci ne conduit pas à l’humilité ». Serais-je assez « humble » pour ne pas me citer moi-même ? Avant de conclure tout à fait, je vais vous parler « avec humilité » de bouddha… Bouddha, au travers de sa longue vie « initiatique » n’a eu de cesse de transmettre la philosophie du bien être humaniste. Son empathie fut grande envers tous et nous en avons encore aujourd’hui la possibilité d’intégrer à l’idée de cette transmission d’un savoir envers l’humain avec la compassion… Bouddha nous a laissé entre autre chose ceci : « La compassion est notre nature la plus profonde. Elle naît de notre interconnexion avec toute chose ». Cette compassion n’est elle pas une vertu d’humilité ? Autre observation du sens de l’humilité envers la « croyance » Bouddha nous indique un chemin de réflexion humaniste défini ainsi dans le Doctrine du non Soi : « Il y a deux idées », psychologiquement enracinées dans l’individu : 
• La protection de soi 
• La conservation de soi
  Pour la protection de soi, l’homme a créé un Dieu (ou des Dieux) duquel il dépend pour sa protection, sauvegarde et sécurité, de même qu’un enfant dépend de ses parents. Pour la conservation de soi, l’homme a conçu l’idée de l’âme immortelle qui vivra éternellement. Dans son ignorance, sa faiblesse, sa crainte et son désir, l’homme a besoin des ces deux choses pour se rassurer et se consoler ; c’est pourquoi il s’y cramponne parfois avec fanatisme et acharnement. N’est pas la aussi un leçon d’humilité sur ce que l’on crois ou nous faire croire ? Mes SS\ et mes FF\ sans humilité, il ne peut y avoir de société digne de se nom, ni de générosité au service de l’humanité. En toute logique, V\ M\, je devrais terminer ici, cette Planche par le traditionnel « j’ai dit ! » Oserais-je ? - Est-ce humble ? V\ M\, et vous tous mes SS\ et mes FF\, avec beaucoup d’humilité.  

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net  

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Publié le 26 Août 2013 par T.D

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L'Humilité

Publié le 26 Août 2013 par G\ Ax\ dans Planches

Nos premiers pas en maçonnerie commencent avec une invitation à l’humilité du Grand Expert envers l’aspirant apprenti maçon : « Courbez-vous cette porte est très basse ». C’est dire si cette qualité est indispensable dans l’évolution du maçon dans son cheminement. A moins que cette invitation de l’Expert symbolise le chemin du fœtus naissant à la vie, comme l’aspirant apprenti qui doit renaître en laissant derrière lui tous ses artifices, tous ses métaux. Cela aussi nécessite une grande humilité. Chemin faisant en maçonnerie, je pense avoir compris pourquoi j’attache à l’humilité une telle importance et pourquoi je considère qu’elle est le quatrième pilier de notre évolution initiatique vers notre vérité. Mais j’y reviendrai…

Commençons par le commencement, le mien tout au moins : Chaque individu a une personnalité. Cette personnalité, cet ego, est la composante de l’image qu’il se fait de lui-même et de l’image qu’il pense que les autres ont de lui. Ceci revient à dire finalement que notre ego, est une stratégie inconsciente dans laquelle nous portons un masque et, comme dans une pièce de théâtre, nous nous conformons à un personnage à défaut d’être nous-mêmes. Mais il existe aussi en nous des aspects inconscients, que nous avons refoulés parce qu’ils nous dérangent, parce qu’ils ne sont pas justement conformes à notre ego. Ces aspects, constituent avec l’ego, notre individualité. Ce côté obscur et inconscient de nous, forme un système autonome agissant contre notre ego, notre personnalité consciente et, étant située en dehors de la conscience, il est inaccessible au langage de la raison et de l’objectivité. Il se manifeste en conséquence par des préjugés tenaces, des comportements inexplicables ou des frustrations. C’est notre petite voie intérieure qui nous agace car elle nous chuchote autre chose que ce que nous fait dire notre conscience à travers notre manière de nous comporter et d’agir.

Un exemple assez simpliste me traverse l’esprit : Connaissez-vous la fameuse phrase de Georges Orwell dans « La ferme des animaux » : « tous les animaux sont égaux mais il y en a qui le sont plus que d’autres » et que Coluche a paraphrasé en changeant le mot animaux par hommes ? Eh bien, la première affirmation de cette phrase illustrerait assez fidèlement, je trouve, ce que l’ego conscient, d’un homme politique par exemple un peu raciste sur les bords, dirait lors d’une conférence devant un auditoire africain, alors qu’en même temps, la partie inconsciente et inavouable de sa personnalité lui susurrerait la deuxième partie de cette même phrase. On imagine facilement la colère (certainement démesurée !) de cet homme, si quelqu'un le traitait de raciste ! Cette colère traduit le fait que notre conscience, qui ne peut pas intégrer cette irruption brutale, cette contradiction de l’inconscient, se défend en projetant sur les autres les caractéristiques inacceptables de notre côté obscur. Par là, nous croyons voir chez les autres la cupidité, l’agressivité ou la jalousie, le racisme, le vice, le manque d’une qualité, l’envie, que nous ne pouvons reconnaître dans nos propres motivations. Et voilà en quoi l’humilité peut nous aider à progresser.Traiter de l'humilité, c'est toucher à un point sensible de notre ego.Elle nous oblige à sonder des profondeurs qui touchent à notre intimité enfouie et inconsciente. Par un travail tenace et suivi sur nous, rendre conscients des aspects inconnus de nous-mêmes. Laisser de côté ce ramassis, cet écheveau égoïste et ombrageux de nos souhaits personnels, nos ambitions, nos espoirs et nos appréhensions et nous mettre en accord avec nos tendances, souvent opposées, de notre inconscient. En prenant conscience de cette notre face cachée, de notre côté obscur, nous passons d’une conscience immédiate des choses à une conscience qui se réfléchit et réduisons ainsi notre part inconnue en nous. C’est la voie pour passer de l’ombre à la lumière. C’est exactement cela que nous enseigne notre démarche maçonnique !

Je suis tenté de citer Jung qui nous dit : « Plus la conscience se trouve influencée par des préjugés, des erreurs, des fantasmes et des désirs puérils, plus s’élargit le fossé (...) amenant une vie plus ou moins artificielle, très éloignée des instincts normaux, de la nature et de la vérité » et je compléterais en disant qu’ainsi, tout demeure figé dans les difficultés où la lumière ne peut pas pénétrer. Les trois compagnons sont précisément l’exemple symbolique du manque d’humilité. Ils ont cru posséder la connaissance et par leurs actions ils ont tué la connaissance. Hiram est tombé sous leurs coups. « Comptant sur la vanité de trois ambitieux, les compagnons persuadèrent ceux-ci qu’ils étaient trop instruits pour demeurer dans les rangs inférieurs ». Notre rituel résume ainsi parfaitement la tendance de notre personne de porter le masque du mensonge. Il ne faudrait pas oublier que dans cette quête de la vérité, la notre, l’étude des symboles est primordiale. La démarche maçonnique, symbolique par excellence, nous donne la clé de la réussite. L’interprétation des symboles n’est pas universelle. A chacun la sienne et c’est cela justement qui est intéressant. Notre inconscient, peuplé de personnages qui se révèlent au moyen du langage symbolique, nous montre le chemin pour nous accomplir par cette connaissance de notre vie inconsciente. « Faire en sorte que l’inconscient et la conscience apprennent à vivre en paix l’un avec l’autre et se compléter. Ceci est la condition du bonheur » nous apprend Jung, encore une fois. Assimiler notre inconscient nous amène à nous modifier au plus profond de nous-mêmes. Et l’humilité est, je répète, une condition indispensable pour accomplir ce travail et pour que nous acceptions de devenir par cette introspection ce que nous sommes réellement. Seulement après une telle démarche, il est possible de comprendre et de tolérer l’autre, avec ses différences d’avec nous et de nous épargner de la stupidité qui consiste à vouloir l’interpréter et croire qu’on le peut. À partir du moment où je me positionne de telle sorte, que j'accepte qu'il puisse exister quelqu’un de plus grand que moi, je me mets dans une position où je peux apprendre et me perfectionner. C'est par exemple l'attitude qui convient le mieux pour étudier. Conjuguée avec l'intérêt pour le sujet qui m'attire, j'espère pouvoir améliorer mes connaissances. Le piège consiste à croire que je sais et que je peux. Lorsque je crois savoir, j'estime ne plus rien avoir à apprendre et mon esprit se ferme. C’est là où écouter l’autre, c’est juste pour préparer nos réponses et nos arguments, pour le corriger. C’est ici que le fameux « connais-toi toi-même » prend toute sa signification voulant dire que nous devons en toute humilité, accepter nos limites, nos possibilités, notre condition. Dans les tragédies grecques, l’arrogance de celui qui prétendait dépasser sa condition - le péché d’hybris - était considéré comme un crime et sévèrement puni par les dieux.

Notre rituel ne nous invite-t-il pas à cette même humilité lors de la naissance du nouveau Maître ? : « Souvenons-nous que l’union fait la force et que sans le secours des uns pour les autres nous ne pouvons rien ». L’humilité c’est aménager, par exemple, dans sa vie des temps pour marcher tout seul au bord d’une plage. C’est aussi important que construire des projets ! Prendre conscience que des moments de faire peuvent être des moments de fuir. Que souvent nous nous lançons dans des actions non pour construire mais pour éviter d’éprouver. L'humilité n’est pas la négation de soi. C'est la capacité à une grande qualité de présence dans laquelle rien n'est exagéré ou clinquant. C'est une attitude délicate et respectueuse dans laquelle on n'a pas besoin de prouver qu'on existe. Il y a en effet ceux qui ont besoin d’une tribune pour exister, qui mélangent connaissances et expériences professionnelles. Ils nous en parlent, mais cela ne présente aucun intérêt sur le plan maçonnique. C’est se tromper et ne pas avoir compris que le rituel d’ouverture des travaux doit être la porte qui nous isole de notre vie profane pendant la durée d’une tenue. Je me suis posé la question pourquoi j’ai voulu traiter de l’humilité et surtout pourquoi j’ai eu de très grandes difficultés pour donner un corps acceptable pour moi à cette planche. « Il était humble comme une insignifiante pièce d’un sou et ceci est suffisant pour estimer quelqu'un » avait dit un jour mon père. Je devais avoir 6 peut-être 8 ans et avec le temps j’ai réalisé que cette phrase m’a profondément marqué ! Pour avoir l’estime (l’amour aussi ?) de quelqu'un il faut donc être humble. L’humilité est devenue alors une vitrine très importante pour moi, une composante essentielle de mon ego. Je me suis finalement rendu compte que mon cheminement maçonnique m’a aidé à réaliser que mon attachement à l’humilité était une sorte d’exorcisme afin d’accepter, sincèrement, que moi-même manque (j’allais dire manquait !) totalement d’humilité. Elle m’a aidé à réaliser et à accepter que très souvent l’humilité que j’affichais était feinte, fausse et manipulatrice afin, justement, de conformer mon image à ce que je pensais devoir être et à ce que je pensais que les autres me demandaient d’être et de réussir de concentrer ainsi leur estime sur moi. Mais ma partie invisible et inconsciente était tout autre chose, était raillerie pour tout ce qui n’était pas en accord avec mes valeurs. Mon humilité servait de paravent, de voile, pour cacher mon être profond, ma nature. Pour ce faire et pour être crédible, j’ai traité avec dédain ceux qui, par exemple, se vantaient d’avoir fait des grandes études et leur reprochais justement leur manque d’humilité, moi qui suis arrivé à un stade très avancé d’études et qui au fond, considérais que ce fait me plaçait au dessus de la mêlée. Mais ma conscience s’interdisait d’imaginer cela !   
Je me suis moqué des gens qui accordaient de l’importance aux statuts sociaux, moi qui considérais cela comme une valeur distinctive de l’être humain…et puis ceux qui attachaient de l’importance aux bonnes manières et aux règles de bienséance, à l’intelligence et que sais-je encore...
Cette humilité que je défendais avec fanatisme m’a permis de me sentir mieux dans mon monde virtuel et finalement illusoire. Je pense que c’est bien ici la clé de la fascination qu’exerce sur moi l’humilité, la clé pour mon progrès finalement. J’ai toujours été fasciné par ceux chez lesquels l’humilité était un mode de vie tout simplement naturel ! Ce ne fut pas chose facile que de m’avouer tout cela. En fait je pense que la partie intéressante de cette planche est justement cette dernière. Le reste c’est de la littérature mais, qui montre toutefois le cheminement de ma pensée pour aboutir à ces quelques considérations sur moi même. J’en sors victorieux je crois. Je commence à devenir et à accepter ce que je suis réellement, de faire en sorte que diminue la distance entre ma conscience et mon inconscient comme plus haut je l’ai évoqué. (Il n’est jamais trop tard pour bien faire n’est ce pas ?). Ceci m’apporte du confort à vivre et de la sérénité. Cette prise de conscience de mes particularités fait que je serai, du moins je l’espère, une pierre mieux appropriée et insérée dans l’édifice social et je contribuerai mieux à notre progrès mutuel. Je vais vous citer Khayyâm, ce poète Perse qui écrivait vers l’an 1100 de notre ère : « La plupart de nos savants échangent la vérité contre le mensonge ne dépassant pas les limites de la malice et de l’apparat. Ils emploient leur peu de connaissances pour des buts personnels, vénaux ; tout en se moquant et en méprisant toute personne sincèrement en quête de la vérité, qui se bat contre l’hypocrisie ». En guise de conclusion j’ai envie d’ajouter : « Si tu veux devenir ce que tu dois être, il faut cesser être ce que tu es ». Cette phrase n’est pas de moi, mais ce que moi je dis c’est que pour réussir cela, l’humilité est l’outil indispensable. L’arrogance nous fait perdre de vue que nous avons à nous incliner face à la mort, à la maladie, à la crise, à la perte de repères, à un tsunami, à une explosion nucléaire… L’humilité nous donne l’occasion d’un nouveau regard afin d’arrêter d’être aveuglés par l’illusion !

Source : www.ledifice.net

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Les Francs-Maçons sont-ils des philosophes ?

Publié le 23 Août 2013 par Loge La Parfaite Union dans Planches

La Franc-Maçonnerie que nous vivons est née d’un projet philosophique, mais quid des Francs-maçons ? La réponse vous l’avez. Le philosophe a toujours été un penseur. Philosopher aujourd’hui, c’est réfléchir aux êtres, aux causes, aux valeurs, aux principes. Le philosophe pense et tente d’expliquer par un discours l’homme, la nature, la société et l’univers, d’où nous venons, ce que nous sommes et où nous allons. La philosophie se caractérise dès lors par sa manifestation extérieure : le discours. La Maçonnerie est une invitation permanente à philosopher. Hervé Hasquin écrivait d’ailleurs que « la Franc-Maçonnerie est un laboratoire de pensée ». Il est vrai que la philosophie, et donc les philosophes, créent de l’intelligibilité et tentent de donner un sens aux êtres, à la pensée, à la vie. Cela ne métamorphose pas pour autant automatiquement les Maçons, fussent-ils de zélés laborantins, en philosophes au sens académique. Il n’y a pas de discours maçonnique, pas plus que les Francs-Maçons auraient vocation à répandre un point de vue particulier conférant tel sens à l’existence ou à l’essence. Pour ne citer qu’eux, Platon et Pythagore furent d’exceptionnels penseurs ; Bacon au Moyen-Âge et Machiavel à la Renaissance ont posé le problème de la place de l’homme dans la cité ; Copernic et Descartes ont distingué la philosophie de la science ; Kant, Leibniz et Spinoza ont posé les questions de la morale et de la liberté ; Hegel a imaginé une approche phénoménologique originale de l’histoire ; Nietzsche a planché à sa façon sur l’échappatoire aux servitudes de l’esprit, mais, sauf exception, les Francs-maçons n’ont rien inventé en cette qualité expresse au nom de la Franc-Maçonnerie. Ils n’ont pas revendiqué la paternité d’une pensée particulière, d’un système original ou analyse de l’univers qui révolutionnerait ou bouleverserait l’humanité, même si certains l’auraient aimé, et même si leur influence ne peut être niée dans l’avancée des valeurs humaines de la société, que ce soit sous l’angle législatif ou associatif. Les Francs-maçons réfléchissent. La pensée maçonnique est riche d’enseignement, profonde de sens, porteuse d’un état d’esprit et empreinte de perfectibilité humaine dans la fraternité. Si la sagesse, à laquelle se réfère la Franc-Maçonnerie, est la « sophia » des Grecs, c’est à dire, l’exercice d’un art complexe et difficile à maîtriser, à un tel point que Platon préféra parler, non pas des sages mais des amis de la sagesse, alors, il n’est pas exclu que les F\M\ soient les amis de cette sagesse. Comme on le sait, « philos » c’est l’ami, et « sophia », c’est la sagesse. L’ami de la sagesse est dès lors, étymologiquement en tous cas, « philosophe ». Quel est le contenu de cette notion de sagesse que nous aimons ? S’y plonger, même succinctement, convoque un voyage dans l’Histoire et la Tradition. La notion de sagesse est fort ancienne. Dans sa traçabilité connue, elle remonte à l’Egypte, sans exclure une antériorité plus lointaine encore. La philosophie comme nous l’entendons est née en Grèce antique, patrie de naissance de la philosophie naturelle qui céda le pas à la philosophie morale. Du « mythos » au « logos », de Thalès de Milet à Socrate, le discours sur la nature a évolué vers le discours donnant des raisons, des explications. Il n’empêche qu’entre entre les philosophes naturels ou moraux, toute maîtrise, même technique, était considérée comme une sagesse. Le médecin, le poète, le menuisier, le tailleur de pierre, le charpentier ou le musicien possédant leur science étaient des sages. Dans ce cadre, entendez ces quelques mots éloquents de Platon au sujet de la musique : « La musique donne une âme à l’univers, des ailes à l’esprit, l’envol à l’imagination, un charme à la tristesse, gaieté et vie à toutes choses. Elle suscite le Logos et participe à tout ce qui est beau, juste et bon. La musique est une philosophie. ». Quelque chose a changé en Grèce. Il ne suffisait plus de posséder un art pour être sage, il fallait aussi être capable d’entendre le Logos, le Verbe dont il sera question dans l’Ancien Testament, le Verbe de l’Evangile de Jean, d’y conformer sa conduite et de parler selon la Vérité. Sagesse, Vérité, Verbe, ce sont des mots connus des Francs-maçons. Le sens de la sagesse est passé, notamment avec Platon, de l’exercice d’un art, à un tentative d’être conforme à la notion de divin, à une recherche de cette Connaissance attribuée à la divinité. L’idée d’une sagesse parfaite transcendante était née. Encore fallait-il distinguer le savoir de la connaissance. La sagesse ne se conçoit pas sans la connaissance, et cette connaissance, c’est plus que le simple savoir qui n’en est que le tremplin. Pour d’aucuns, l’idée que la Connaissance est un attribut divin, est restée bien ancrée dans les esprits. Elle postule l’entendement du sacré et sa pénétration, alors que le savoir, aussi noble soit-il, est réducteur. Il n’implique que l’accumulation d’informations livresques ou autres de nature à accroître la bibliothèque de notre encéphale.
Le savoir permet de cheminer vers la connaissance, et la connaissance est divine. Pour le percevoir, il suffit de se remémorer la petite histoire du péché originel. La pomme croquée à la grande colère de l’Eternel, qui prononça de lourdes condamnations, fut volée sur un arbre dont les fruits lui étaient strictement réservés.
Il ne s’agissait pas de n’importe quel arbre, mais de l’arbre du Savoir, arbre produisant ces fruits susceptibles de placer l’humain sur le chemin de la Connaissance qui en quelque sorte le rapprocherait de l’Eternel.
Expurgée de toute connotation religieuse polluante, cette parabole plante le décor qui n’était pas neuf. Pour Platon déjà, avant l’Ancien Testament, le philosophe qui souhaite conquérir un tel bien, dont l’atteinte est rare et difficile, bref, le philosophe qui souhaite devenir sage, se crée une parenté avec le divin. L’idée d’une sagesse transcendantale recelait la notion d’élévation de l’esprit humain, mais manquait de concret. Le Moyen-Âge vit naître l’idée que la quête de la sagesse postulait un modèle, qui eut pu être Dieu, mais qui en ce cas eût été inatteignable par nature, de sorte que l’on dû trouver une personne de référence, un intermédiaire plus accessible aux amis de la sagesse, et ce fut tout naturellement que le choix se porta sur… un courtier en assurance paradisiaque, à savoir le Christ, alias Jésus. Certes critiquable sous d’autres aspects, Jésus présentait un profil riche par le don qu’il fit de lui à l’humanité. Il incarnait cette sagesse, et pas n’importe laquelle, la Sagesse du Père. Cela n’alla pas sans poser aux théologiens quelques menues difficultés puisque dans le christianisme médiéval, cette même Sagesse était incarnée par Marie, Mère de la Sagesse. Tel était le casse-tête dont il fallait s’affranchir. L’on s’ingénia donc à résoudre l’épineux souci en admettant que la « sophia » était l’élément féminin présent dans le Principe divin, beaucoup plus vaste. Selon les écrits bibliques ( Proverbes 8-22 ; 8-23), la Sagesse, partie intégrante de la matrice, préexistait d’ailleurs à la création. Le concept était limpide, résolvait la contradiction et plongeait ses racines dans un passé presque immémorial. Dans le même ordre d’idées, les Francs-maçons savent que c’est à la Sagesse que s’unit le Grand Architecte de l’Univers pour réaliser ce qui est ; elle en est l’épouse. Le concept est égyptien ; pour les anciens égyptiens, la Sagesse était une partie du Principe divin lorsqu’il créa le monde. Cette sagesse féminine n’a dès lors rien de neuf. Isis l’incarnait par rapport à Osiris, et Balkis, la reine de Saba ( Livre des Rois, X, 1-13 & 10-9 / Coran, sourate XXVIII, 15-45), l’incarnait par rapport à ses amants, le Roi Salomon et un certain Hiram de Tyr. Il apparaît donc qu’à travers le temps, la Sagesse a bien une relation étroite avec la perfection, ou plutôt, le perfectionnement, et, de façon plus profonde, avec l’Univers, à travers le savoir et la Création. Savoir, perfectionner sa connaissance, et par-là, s’approcher du Divin, de l’Absolu universel, du Grand Architecte de l’Univers, voilà un mouvement qui ne paraît pas étranger à la démarche maçonnique, aux objectifs des Francs-maçons sur le chemin initiatique.  
Le « Livre de la Sagesse », attribué au Roi Salomon, bien connu des Francs-maçons ( voir Ancien Testament – 6/12 – 15), énonce à propos de cette sagesse :
« le commencement de la sagesse, c’est le désir d’être instruit par elle. Vouloir être instruit, c’est l’aimer. L’aimer, c’est garder ses lois. Observer ses lois c’est être assuré de l’incorruptibilité, et l’incorruptibilité rend proche de Dieu. Ainsi le désir de la Sagesse élève jusqu’à la royauté » ( 6/16-20 ). Il s’agirait donc de s’élever vers la royauté, un Art Royal qu’est invité à pratiquer tout Franc-maçon ! Ce cheminement vers la Sagesse, les hommes l’ont toujours vu comme une élévation. Le Principe Divin auquel elle appartiendrait serait donc céleste, ce qui est fort fâcheux car nul n’ignore que les hommes ne peuvent atteindre les cieux ; ils ne sont pas des oiseaux et il faudrait donc qu’ils le deviennent. Serait-ce l’une des raisons pour lesquelles l’oiseau n’est pas absent des Hauts grades Maçonniques ? C’est un autre sujet. Dans le « Livre d’Hénoch », il est dit que : « la Sagesse est sortie pour habiter parmi les enfants des hommes, et elle n’a pas trouvé d’habitation ; la Sagesse est donc revenue de son séjour et s’est fixée parmi les Anges ». La signification de ce texte serait-elle que la vraie sagesse n’est pas du monde des hommes ici-bas ? Au XVIII ième siècle, sous la houlette d’un certain Isaac Newton, scientifique mais aussi passionné de sorcellerie, la Royal Society de Londres a ciselé une économie du cosmos ne brisant pas la notion ancienne de sagesse. L’ordre divin fut remplacé par la providence divine dans la liberté de conscience, et la sagesse demeura un objectif d’élévation de l’homme. Cela étant, si la sagesse est l’un des piliers de la Franc-Maçonnerie, les Francs-maçons modernes en chemin embrassent la sagesse pour elle-même et jamais nullement par souci de devenir divins. Si l’homme est le centre de l’univers, la connaissance de ce dernier lui est intérieure, et c’est donc en l’homme que se trouve la divinité. La Franc-Maçonnerie porte en elle le questionnement, pas les réponses. Elle relie les personnes de bonne volonté soucieuses de développer leur pensée dans la fraternité à travers des rites indicibles de passage. Le Franc-Maçon se remet en question, tente de s’améliorer et d’être contagieux, de rayonner dans la société profane les valeurs véhiculées par la Loge, mais s’il est invité à mieux se connaître, sa vie de Maçon ne nécessite pas son élévation dans le savoir ou la connaissance, et il en va de même de son cheminement, lequel ne donne que des clés. Encore faut-il ouvrir les portes, et pas enfoncer des portes ouvertes, inutiles et sclérosantes. S’il veut cheminer vers la Sagesse, tout Franc-maçon ne sera pas nécessairement philosophe, peut-être un homme de discours, mais en tous cas un homme désireux de connaître l’Universel dans sa diversité, d’approcher de la Perfection, et un éternel cherchant qui n’a pas de théorie à dispenser, pas de dogme à imposer. Si les Francs-maçons ne sont pas des philosophes, ils devraient néanmoins être reconnus comme comptant parmi les meilleurs amis de la Sagesse.

Source : www.ledifice.net

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Le Testament Philosophique

Publié le 22 Août 2013 par T.D dans Planches

Comme vous le savez, le temps est un concept purement humain, et par là tout relatif. Hier donc, on me fit pénétrer dans un réduit noir, éclairé s'une seule lumière flageolante, parce que je prétendais être digne de devenir M\. Aujourd'hui, on me re-pose les mêmes trois questions qui ont été mon premier contact avec ce que je savais pas encore être un Ordre -au sens chevaleresque du terme-, et auxquelles j'ai alors répondu de façon purement spontanée, ne serait-ce que parce, avant même d'être ni nu ni vêtu, il me fallait mettre à nu mon intimité. Et quelle question plus intime dans notre monde actuel que celle de sa foi ? Depuis, j'ai au moins appris au contact de mes FF à me débarrasser de ces fausses pudeurs : Tout ce que je dirai ce soir est personnel, subjectif, non livresque, même si ma gestation depuis ces premiers temps m'a amené à relire, mais d'un autre oeil, des textes sacrés depuis longtemps délaissés.
Rappelons ces 3 questions que nous avons tous méditées dans les mêmes conditions:
1) Quelle est votre croyance sur l'existence d'un Dieu créateur et principe unique de toute chose; sur la Providence et sur l'immortalité de l'âme humaine; et que pensez vous de la religion chrétienne?
2) Quelle idée vous êtes vous formée de la vertu considérée dans ses rapports avec Dieu et avec la religion, avec vous même et avec vos semblables?
3) Quelle est votre opinion sur les vrais besoins des hommes, et en quoi croyez vous que vous puissiez leur être le plus utile? Honnêtement, je n'ai aucune souvenance de mes 1ères réponses, faites dans l'émotion de l'instant. J'avais à l'époque la foi dite du charbonnier, héritée de mes parents, aveugle et sans question...
J'ai, depuis, et au travers de mon cheminement d'éternel apprenti, entrepris une démarche dont je ne sais où elle me mènera, mais dont j'ai l'intuition profonde qu'elle vise essentiellement à me faire recouvrer une dimension spirituelle oubliée sous le poids du monde profane.
A défaut de réponse définitive, cette lente maturation m'amène à des questions, et d'abord celle-ci: répondrais-je aujourd'hui de la même façon à ces 3 questions de la chambre de préparation?
J'aurais pu m'inspirer de notre Rituel d'Apprenti, qui contient toutes les réponses, mais, je vous l'ai dit, à question personnelle, réponse personnelle...Aussi me permettrez vous, V\M\, une première audace: ces 3 questions se résument pour moi en une seule -tout comme Dieu est unique dans la Trinité- tant je suis désormais convaincu qu'il ne peut y avoir de vraie foi sans vraie vertu et sans conscience active de la vraie nature de l'homme, donc de ses vrais besoins.
La réponse revient donc à une quête de la Vérité, et c'est peut-être là que se situe l'essence de la voie initiatique. Comme le résume si bien l'Article 1 de notre règle: "La F\M\ est une fraternité initiatique, qui a pour fondement traditionnel la foi en Dieu, G.A.D.L.U., et en Sa volonté révélée". Dès lors, tout s'enchaîne: la présence du Livre de la Loi sur l'autel du V\M\, que, nous dit notre catéchisme, "tout F\M\ doit méditer", et sur laquelle se fondent l'équerre, le compas et le pouvoir du V\M\, symbolisé par son épée posée; l'engagement du nouvel apprenti sur ce même Livre, qui matérialise, en tant que fidèle de la Tradition, son adhésion aux règles qu'Il prescrit; mais, plus encore, son adhésion aux enseignements, mythes, voire mots, qui, dans le Livre, superposent à l'usage fondamentalement religieux, un usage maçonnique qui, peut-être, le dépasse, sans pour autant le transcender. Le serment maçonnique est donc conscience de la religion exotérique, mais aussi pénétration ésotérique des significations du Livre.
Dans notre R.E.R., l'ouverture -l'"introït" - se fait au 1er verset de l'Evangile de St Jean, "patron" de l'église intérieure, qui, dès sa première parole, révolutionne la Genèse hébraïque et ouvre le cherchant sur l'Univers. Dès lors, nul étonnement devant l'ancienneté du serment sur St Jean, depuis les premiers temps du Christianisme tels que rapportés par St Augustin, en passant par le serment des empereurs germaniques ou par les alchimistes, pour qui, dès la "Légende dorée" du XIIIème siècle, "Jean a changé en or les branches d'arbres des forêts", l'or de ce Grand Oeuvre étant, bien entendu, d'ordre spirituel.
Mais si, on le sait, notre rituel est, de par ses origines, d'essence catholique; certains régimes adjoignent à la Bible d'autres volumes de la Sainte Loi, lorsqu'il y a en Loge des F.F. de confessions différentes, comme pour souligner, s'il en était besoin, la vertu maçonnique de tolérance dans la reconnaissance de toutes les traditions et de leur unité transcendante, pourvu qu'il n'y ait ni agnosticisme, ni indifférence. Seule en effet la compréhension de l' unité transcendante permet de concilier le respect des formes et des voies, l'acceptation de leurs différences et leur dépassement dans la non-dualité, donc la prétention, justifiée, de notre Ordre à l'universalité (sens étymologiques, d'ailleurs, de "catholique").
Dans la même voie des rappels historiques signifiants, la G\L\ des Anciens d'Angleterre, dont on connaît la rigueur chrétienne, notamment dans l'observance des fêtes de St Jean, ouvrait pourtant ses travaux à la 2ème épître de Pierre, que je résume: "Que la grâce soit multipliée par la connaissance de Dieu et de Jésus! Par elle nous possédons les plus grandes promesses, afin que vous deveniez participants de la nature divine. Faites donc tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, et à l'amour la charité". Outre un fascinant énoncé des vertus cardinales -ou maçonniques-, on y trouve une véritable promesse initiatique: participer à la nature divine, plus forte encore dans le texte original latin, où le mot "consortes" implique une véritable fusion. Comme le dit encore St Jean (10,34): "Vous êtes des dieux", ou St Anathase d'Alexandrie au IVème siècle:"Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne Dieu"...
Ainsi inspirés, nos "Pères fondateurs" ( Saint-Martin, Willermoz, Turckheim...) fixeront, dans la Règle des Loges Réunies et Rectifiées entérinée à Wilhemsbad, comme but à l'initiation maçonnique de recouvrer "la ressemblance divine" pour pénétrer "dans les régions supérieures qui sont l'héritage et la vraie patrie" du Maçon, afin "d'être réuni à jamais" à Dieu. C'est ce que la doctrine patristique nomme la "déification", qui est au cœur de la mystique orthodoxe; mais à l'usage religieux, la voie initiatique joint, pour atteindre ce but ultime, une pratique qui le dépasse, je l'ai déjà dit, sans le contredire.
Parmi les vertus qui sont -ou devraient être- partie intégrante de ce processus, il en est certaines qui dépassent aussi le cadre strictement religieux :
Ainsi du silence, prescrit non seulement aux apprentis, mais par le V\M\,"au nom de l'Ordre, à tous les ouvriers", comme condition de l'attention, au travail d'abord, mais aussi et surtout à la découverte progressive de Dieu en nous, dont, après le prophète Isaïe, après St Luc (17,21), pour qui il "est la condition de la découverte du royaume de Dieu", puis bien d'autres, les Trappistes ont fait leur règle...Cet "Ordre des Cisterciens Réformés de la Stricte Observance" va jusqu'à ne s'autoriser qu'une parole, mais quotidienne: "Frère, nous devons mourir". Car notre statut de mortel est la condition, la promesse ultime, de renaissance en Dieu, de rencontre avec notre âme immortelle; condition qui semble être le propre de tout rituel initiatique, rappel de toute étape sur la voie, comme le symbolise déjà notre propre rituel de réception, dès l'accès à la chambre de préparation.
Ainsi de l'Amour, qui situe l'homme-Dieu auprès du Christ, "intercesseur", comme le dit Martinez de Pasqually dans un titre qui en dit long ("Tableau Naturel des Rapports qui existent en Dieu, l'Homme et l'Univers", 1782), dans la réintégration de l'homme en son état originel d'"image immortelle de Dieu", mais qui le situe aussi auprès de ses semblables, dimension qu'apportent Willermoz et Turckheim, en assignant comme but actif à l'Ordre au Convent des Gaules (1778), à partir de l'égregor de forces individuelles qui le composent, de "former un dépôt de lumières et de bienfaits": les "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte" dispensent leurs lumières par la connaissance de soi, premier "bienfait", qui mène à la "contemplation auguste de la Vérité", et par la pratique de la charité, dans tous ses sens, matériels et spirituels. Comme le disait encore Willermoz à Wilhemsbad, "la 1ère classe a pour unique but l'étude et la pratique des vertus morales, sociales, religieuses et patriotiques, et d'une bienfaisance active qui la rende utile à l'Ordre et à l'humanité". Là encore, le fondement de la vertu se trouve dans les Saintes Ecritures: rapportée par St Luc (10,25-37), la parabole du bon Samaritain en est l'exemple type. A la parole de Jésus "Tu aimeras ton prochain comme toi même" répond la question "Qui est mon prochain?". La réponse de Jésus est, dans le contexte quasiment tribal de l'époque, scandaleuse, et pourtant imparable: c'est le Samaritain, ethnie honnie des Juifs pieux, mais "qui a fait preuve de bonté". Pour nous, Maçons, dont la fraternité a pour dimension l'universalité, le message est bien celui de l'amour, qui abat les frontières entre les hommes, pourvu qu'il s'identifie à l'amour de Dieu. Et si, dans le texte sacré original, aimer et connaître sont un seul et même verbe, travailler à la gloire du G.A.D.L.U., c'est à la fois le connaître, se connaître soi-même, l'aimer, et aimer son prochain comme soi-même. J'allais presque dire: et la boucle est bouclée...
Pour revenir à mon propos initial, c'est ainsi que je répondrais aujourd'hui, V\M\, à la question - que je pense avoir été scindée en trois pour des raisons symboliques - posée au candidat maçon dans la chambre de préparation, autre appellation symbolique puisque d'origine hermétiste, voire alchimique. C'est par cette méditation forcée que commence notre "grand oeuvre", quête longue et difficile, tout comme celle du Saint Graal ou plus encore, de la Jérusalem céleste chère à notre tradition chevaleresque et johannique. La réponse à cette question de Dieu, de Dieu fait homme, de Dieu en l'homme, indissociable de la vertu, est plus qu'un besoin: c'est la quête même du sens de notre existence, notre raison d'être en Maçonnerie, tant il est vrai que chercher Dieu, au travers du concept universel de G.A.D.L.U., c'est trouver l'homme.
Merci, V\M\, de m'avoir donné les outils de cherchant, désormais persévérant, avec un infime rayon de lumière. Vous avez ainsi répondu vous-même à la 3ème question.

J'ai dit, V\M\

source : www.ledifice.net

 

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La Voûte étoilée, une histoire de la matière

Publié le 20 Août 2013 par Jean S\ Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève dans Planches

Notre Temple dans sa limite supérieure représente, comme beaucoup d’églises et de cathédrales au Moyen Age la voûte céleste sous sa double apparence: diurne et nocturne; couleur bleue et étoilée sur deux bandes grises. Il reproduit ainsi l’espace dans lequel nous vivons tous, entre terre et ciel; les pieds sur terre, mère nourricière, la tête levée vers le ciel, père spirituel et origine de la lumière. Depuis que l’humanité a pris conscience d’elle-même, elle a toujours été fascinée, intriguée, saisie d’émotion admirative et de crainte, voir d’angoisse, devant les manifestations de la voûte céleste, sa grandeur et ses mystères insondables. Elle l’a sacralisée et en a fait l’habitation de ses divinités, et notamment de la divinité unique - Dieu, dans les religions monothéistes. Dieu, origine de toute chose et de la vie. Dieu, Roi omniscient, omniprésent de l’Univers qu’il a créé selon sa volonté. Libérateur de la lumière qu’il a séparée des ténèbres du chaos; créateur de l’Homme et des êtres vivants. Par l’évocation de la divinité, l’Homme exprimait la conscience d’une filiation mystérieuse avec l’Univers, le cosmos. Dès l’enfance, j’ai moi-même été fasciné et intrigué par le firmament, sa beauté tranquille et ses mystères apparemment insolubles. Même actuellement, alors que les mystères se dévoilent devant les sciences du cosmos, mes émotions et mes interrogations juvéniles sont restées vives. Quand j’étais garçonnet de sept ou huit ans, un soir, avec mon père, contemplant la voûte étoilée j'ai demandé “papa, j’aimerais savoir ce qu’il y a derrière les étoiles?” Et mon père m’a répondu « si on le savait n’aurait plus besoin de Dieu!” Ce sentiment d’une filiation avec le cosmos est-elle purement spirituelle ou a-t-elle aussi une dimension matérielle liée à la nature de l’Univers? Ce sera le propos de cette planche de tenter d’y répondre.

En tant que maçons nous considérons la voûte étoilée comme le symbole, l’expression d’un au-delà, d’une réalité difficilement accessible à l’Homme, mais qui pourrait nous éclairer sur les éternelles questions que l’humanité s’est toujours posées avec angoisse: - Pourquoi sommes-nous sur terre, d’où venons-nous, où allons-nous, quel est le sens de la vie, de notre destin; l’Univers a-t-il une fonction, un sens? Pendant des millénaires l’humanité n’a pu répondre que grâce à la religion, la Tradition, et la métaphysique philosophique, c’est à dire par un vécu personnel. Cette voie subjective a été la première et antique voie d’accès à la connaissance de la relation entre ciel et terre. La seconde voie apparaît lorsque la méthode et les observations scientifiques peuvent émerger dans le champ culturel et spirituel de l’humanité. La voie d’inspiration scientifique s'est toujours heurté en Occident à l’hostilité de l’Eglise. Pourtant je pense que les deux voies subjectives et objectives ne sont pas exclusives l’une de l’autre pour avancer sur le chemin que la lumière éclaire, tout en étant conscient que la voie scientifique diminue l'étendue du champ de la voie subjective. En tout cas, à la fin du vingtième siècle, ce serait faire preuve d’aveuglement grave que d'ignorer la voie scientifique dans la recherche de la connaissance et de la vérité. L’Ordre me parait justement devoir favoriser et correctement équilibrer les deux voies chez l’initié. C’est pourquoi j’ai privilégié la partie scientifique dans cette planche en sous-titrant: “la voûte étoilée, une histoire de la matière”. Mais dans une deuxième partie je rapporte une expérience subjective où l’émotion joue le premier rôle. Aujourd’hui, après quatre siècles de recherches et de découvertes scientifiques, que savons- nous du chef-d’oeuvre du G\A\D\L\U\ ? Que savons-nous en fin du vingtième siècle de cet espace terre et ciel et de notre sentiment d’une mystérieuse liaison avec le cosmos? Que savons-nous que nos ancêtres ne savaient pas?

Brève histoire des connaissances scientifiques et humaines

Jusqu’à la Renaissance (15ème et 16ème siècles) on pensait que l’Univers et ses créatures, créés par Dieu, étaient immuables de toute éternité; l’Univers n’avait pas d’histoire. La terre, plate et immobile, en était le centre autour duquel tournaient le soleil, les planètes, la lune et les étoiles fixes. Ce géocentrisme constituait le dogme professé par l’Eglise. Quelques penseurs isolés croyaient, à la suite du philosophe grec Aristote (4ème siècle avant notre ère), que la terre était ronde. Parmi ces isolés se trouvait le navigateur Christophe Colomb. c’est parce qu’il croyait à la rotondité de la terre qu’il entreprit, avec trois vaisseaux, d’ouvrir la route des Indes par l’ouest. En chemin il découvrit le continent américain (1492) ! A la Renaissance, malgré la violente et cruelle opposition de l’Eglise, le dogme du géocentrisme a été ruiné par les travaux scientifiques de trois grands savants de cette époque:

Copernic a montré que la terre et les planètes, sphériques, tournaient autour du soleil immobile. L‘héliocentrisme s’est substitué au géocentrisme.

Kepler a observé et calculé que les trajectoires (les révolutions) de la terre et des planètes autour du soleil n’étaient pas circulaires mais elliptiques, trajectoire réputée alors moins parfaite que le cercle, plus conforme à la perfection divine!

Galilée(qui a construit la première lunette astronomique) a apporté de nouveaux arguments en faveur de l’héliocentrisme. Il a en outre démontré que la terre tournait sur elle-même, ce qui expliquait l’alternance du jour et de la nuit. C’est pour ces affirmations "hérétiques” sur les mouvements de la terre, qu’à l’âge de 70 ans il a été traîné devant le Tribunal de l’Inquisition. Bien qu’il ait abjuré, il a été assigné à résidence jusqu’à la fin de ses jours, 9 ans plus tard. La tradition rapporte qu’au sortir du tribunal il a grommelé “ et pourtant elle tourne! “ : “ E pur si muove 1” Dès cette époque le carcan imposé par l’Eglise éclate et petit à petit la méthode scientifique peut se faire jour. Au 18ème siècle le savant anglais Newton découvre la gravité, suite, rapporte-t-on, aux réflexions provoquées par une pomme tombée du pommier sous lequel il se reposait. La gravité, ou force gravitationnelle, exprime que toutes les masses s’attirent entre elles. En formulant les lois de la gravitation ( de l’attraction ) universelle, Newton étend ses conclusions au cosmos entier. Il montre que c’est la conjonction de cette attraction et du mouvement, la vitesse imprimée aux masses, qui permet aux masses plus petites de tourner autour d’une masse plus grande et de ne pas tomber sur elle: ainsi la lune peut tourner autour de la terre, la terre et les planètes autour du soleil.

Ces lois ont permis les voyages interplanétaires réalisés depuis 40 ans. Au début du 20ème siècle, Einstein, le théoricien de la Relativité, établit l’équivalence entre masse et énergie, découverte féconde. Masse et énergie constituent un couple inséparable, comme les deux faces d’une médaille.

S’appuyant sur les conclusions tirées de la théorie des quantas de Planck , Einstein montre que l’énergie lumineuse, les photons, sont des grains de matière. Ainsi l’énergie est matière tout autant pue la masse! De leur côté les physiciens Rutherford et Bohr édifient le modèle de l’atome: un noyau de charge électrique positive autour duquel gravitent en orbites des électrons de charge électrique négative. Si ces constatations ne font plus de doute pour les physiciens, elles perturbent encore nombre d’esprits cultivés par leurs implications philosophiques et théologiques. Le physicien Hubble remarque que le cosmos est en expansion. Il se dilate (comme un ballon qu’on gonfle d’air) dans un espace qui se dilate avec lui. En fait l’Univers est l'espace en expansion. Quelle est donc l’origine de celle-ci? Les physiciens pensent qu’il y a 14 à 15 milliards d’années une énorme et fulgurante explosion, le Bing Bang, comme l’ont appelé les scientifiques anglo-saxons, explosion chauffée à des milliers de milliards de degrés a projeté dans l’espace la matière élémentaire: un flux primordial sans aucune organisation, sans aucune structure, un véritable chaos. Dans l’espace plus froid la température de ce flux s’abaisse d’abord brutalement, puis progressivement; les particules élémentaires du chaos pourront alors se rejoindre pour commencer une longue histoire d’organisation puis de structuration de la matière, selon des lois fondamentales et universelles. On appelle quarcks les particules de matière élémentaires qui s’aggloméreront en protons électriquement positifs et en neutrons électriquement neutres qui constituent ensemble le noyau atomique. C’est la première étape de l’organisation de la matière, au sortir du chaos. Les électrons sont des particules élémentaires électriquement négatives qui se placeront en orbites autour du noyau pour créer l’atome,première structure de la matière. Deuxième étape de son évolution. Les photons sont les particules de matière élémentaire qui expriment l’énergie lumineuse, ils sont celle-ci. La lumière, prise dans le flux chaotique,ne sera libérée que lorsque les atomes se seront constitués. Jusque là, l’espace était irrémédiablement enténébré, il n’y avait absolument rien à voir. Mais si la libération de la lumière éclaire l’espace, elle n’élimine pas pour autant les ténèbres, elle ne fait que les repousser. Le couple antinomique lumière-ténèbre est une dualité dialectique indissociable. J’y vois une source de réflexions maçonniques dans notre recherche de la Vérité et notre cheminement vers la lumière. Enfin, une autre particule de la matière primordiale, les neutrinos en abondance dans le cosmos, est encore mal connue. Conformément aux lois de la gravitation universelle, les atomes et les particules se rapprocheront et se structureront ci et là en nuages dans l’espace; ce sont les nébuleuses. Dans celles-ci naîtront les premières étoiles et les premières molécules. C’est la troisième étape de la structuration de la matière. A ce jour 70 à 80 espèces de molécules constituées d’au moins deux atomes ont été détectées dans les nuages interstellaires. Soumises aussi aux lois de la gravitation universelle, les étoiles nées dans les nébuleuses se rassembleront au cours du temps en amas d’étoiles: les galaxies. Notre galaxie se nomme la Voie Lactée. C’est une galaxie spirale, un disque ovale dont le centre est une excroissance hyperlumineuse d’où s’échappent en spirales des bras constitués de myriades d’étoiles et de gaz. Nous voyons un de ces bras dans le ciel sans lune sous forme d’une traînée laiteuse. C’est la quatrième étape d’organisation et de structuration de la matière. Les galaxies peuplent le cosmos par milliards aussi. Elles ont été et sont encore probablement, avec les nuages interstellaires, le creuset où se forgent les étoiles. Celles-ci ont une histoire: elles naissent, se développent, évoluent, déclinent et meurent en tant qu'étoiles. Ce sera aussi le sort du soleil. Les étoiles fabriquent les atomes du cosmos qu’elles ensemencent par projections dans l’espace. Nous connaissons toutes les espèces d’atomes du cosmos, une centaine, dont une bonne partie se retrouve dans la constitution de notre planète, et une fraction plus petite dans les créatures vivantes, y compris l’espèce humaine. Notre planète offre le terreau favorable où les atomes puis les molécules pourront s’associer en formations de plus en plus complexes et diversifiées jusqu’aux biomolécules propres à la vie: de la cellule au végétal, à l’animal et à l’espèce humaine. La vie: cinquième étape de l’histoire de l’organisation et de la structuration de la matière. Comme nous le voyons, l’Univers et ses constituants ont une histoire, une évolution. Ils n’ont été et ne sont ni immuables ni immobiles. Tout est mouvement , tout change, naît, se développe, décline. Il en est de même de la matière qui s’organise et se structure progressivement pour élaborer des molécules de plus en plus diversifiées et complexes, jusqu’aux biomolécules. On peut dire que l’histoire du cosmos, avec ses étoiles, ses planètes, ses galaxies, c’est l'histoire de la matière en formation et en évolution vers une complexité croissante qui aboutit à la vie, et à l’Homme. La voûte étoilée est l’expression dans le temps de cette histoire. Dans cette perspective, au plan de la matière, nous sommes phylogénétiquement de lointains descendants du soleil, notre étoile. L’idée d’une Histoire de l’Univers et de la matière, idée féconde du vingtième siècle, a été totalement étrangère à l’esprit humain jusqu’à notre époque. C’est ce qu’a exprimé Hegel, l’un des philosophes pourtant majeurs du 19ème siècle, en disant: “ il n’arrive jamais rien de nouveau dans la nature.”Plus proche de nous l’écrivain et poète belge Maeterlinck pense de même et écrit: “il est puéril de se demander où vont les choses et les mondes. Ils ne vont nulle part, ils sont arrivés. Dans cent milliards de siècles la situation sera la même qu’aujourd’hui, la même qu’elle était depuis un commencement qui d’ailleurs n’existe pas, et qu’elle sera jusqu’à une fin qui n’existe pas davantage”. (cité in H.Reeves:Patience dans l’Azur. L’Evolution Cosmique, p.18 Ed. Seuil). La fabuleuse moisson de connaissances rassemblées depuis un siècle démontre le contraire, ce contraire que j’ai exposé dans ses grandes lignes. A ce stade de notre planche on peut se poser la question suivante: Dans quelle mesure les connaissances modernes, “ce que nous savons que nos ancêtres ne savaient pas”, sont-elles susceptibles de remettre en question, en tout ou en partie, les croyances, conceptions, perspectives qui constituent le tissus spirituel de notre Ordre? En effet, l’Ordre s’est organisé et structuré, a développé sa pensée et sa spiritualité pendant des époques où nos ancêtres ne savaient pas ce que nous savons. Vaste question qui se pose à la F\ M\ ; nous en sommes tous conscient. Des FF\ se sont-ils déjà appliqués à y répondre, ont-ils publié des textes? Je ne le sais point. Je vais tenter de donner une réponse succincte, de fixer un premier cadre de pensées et de réflexions. La spiritualité de l’Ordre telle qu’elle s’exprime de nos jours nie parait avoir ses racines dans l’antique et lointaine Tradition d’une part, et d’autre part dans un humanisme grec, mais éclipsé pendant des siècles, pour renaître et se développer depuis la Renaissance jusqu’à nos jours.

Qu’est-ce que l’humanisme?

On peut le définir comme un ensemble de tendances intellectuelles et affectives, de vécu personnel, de théories philosophiques, sociales et politiques, qui ont tous pour objectif de favoriser le développement des qualités essentielles de l’humanité et de toutes les possibilités de l’Homme qui concourent à ce développement vers le Bien; en outre et en conformité, l’humanisme est le respect de la dignité de la personne humaine, moralement et matériellement. Or les connaissances nouvelles depuis la Renaissance, loin de se trouver en conflit avec l'humanisme, l’ont au contraire renforcé, approfondi et s’en sont inspirées en retour. La base humaniste de notre Ordre ne me parait donc pas du tout remise en question, ce dont je pense, vous pouvez en juger vous-mêmes en vous référant à la définition de l'humanisme. Notre spiritualité humaniste devrait, comme antérieurement, se trouver renforcée, approfondie et surtout activée par le progrès des connaissances humaines, de nos connaissances par conséquent. Mais plus et mieux nous “savons”, plus grande est notre responsabilité et notre devoir de réfléchir à l’application de l’humanisme de notre Ordre. Quant à l’antique Tradition, je pense que ses croyances primordiales sont affaiblies de la confrontation avec le progrès des connaissances. Par contre, sa richesse symbolique peut, avec souplesse, traverser les siècles.

Expériences et méditations personnelles

Si notre sentiment d’une filiation mystérieuse avec le cosmos peut être d’origine spirituelle, il m’apparaît qu’elle est aussi d’origine matérielle. Dans ce cas, ces deux origines ne s’opposent pas, mais concourent en tout cas à l'apparition et à l’approfondissement de ce sentiment de mon vécu.
C’est par la contemplation de la voûte céleste matérielle que commence ma méditation d'ouverture au cosmos.

Grandeur, force et beauté de la voûte céleste diurne.

Azur velouté, lumineux, aux intensités variées, profondes ou pâles, presque blanc quand les voiles ténus de la brume s’interposent. Ou, selon l’heure virant au jaune, au rose, au rouge; ou né de ces couleurs à l’aube à mesure que s’élève l’étoile flamboyante qu’il est impossible de regarder en face. Qui ne se sent pas stimulé, envahi de bonne humeur, quand au réveil matin il découvre le ciel azur et le soleil? Qui n’a pas alors un sourire heureux sur les lèvres?

Grandeur, force et beauté de la voûte céleste nocturne.

Noire, enténébrée, angoissante peut-être, mais aussi constellée de lumières vibrantes qui envoient dans l’espace des milliards de messages à d’autres lumières qui vibrent pour y répondre: autant de vibrations de vie pour repousser l’angoisse. Qui n’a pas alors senti une liaison mystérieuse avec l’infini, une promesse ineffable, un vertige comme vapeur d’alcool dans la tête? La contemplation du ciel a été et reste pour moi source de communication avec la vraie grandeur, la beauté et la force, la sérénité. En m’ouvrant sans crainte pour “absorber” le cosmos et “sentir” mes liens de filiation avec lui, je suis pénétré d’un subtil élixir qui m’apaise, me détend, me rééquilibre et me confère une nouvelle énergie. Parfois je ressens une jouissance semblable à celle que j’éprouve quand j’écoute de la musique en état de grâce. Je suis heureux. Je m’élève au-dessus des contingences souvent agaçantes et stressantes de la vie quotidienne; je me ressource. Cette méditation d’ouverture au cosmos n’est pas simplement voir ou regarder le ciel, mais s’ouvrir et établir une communication émotionnelle. Cette méditation m’a beaucoup aidé ces dernières années lorsque j’ai dû résister aux difficultés menaçantes que le destin m’avait réservées. Si vous me le permettez mes FF\, je vous recommande de vous exercer à “sentir”, “à faire corps”, avec le Cosmos, à vous ouvrir avec le coeur à sa grandeur, à sa beauté, à ses énergies. Pour y arriver l’effort initial est variable selon les tempéraments et les caractères. Vous en bénéficierez pour vous détendre, pour retrouver votre sérénité et l’irradier autour de vous, pour ouvrir une communication réciproque avec les autres dans un amour affectif Fraternel. Vous en éprouverez du plaisir. Je vous le souhaite. C’est aussi une façon gratifiante et reconnaissante de communiquer avec les oeuvres du G\A\D\L\U\

Source : www.ledifice.net

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