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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

RITE FRANCAIS: DU PROCES VERBAL DE L'ASSEMBLEE DU 23 JUILLET 1789 DE LA LOGE "PARFAITE UNION" DE RENNES

Publié le 22 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du Rite Français


« L'heureuse révolution qui s'opère, en présageant l'union des esprits et des cœurs de tous les Français, est, pour le vrai Maçon, le plus digne sujet d'actions de grâces au Grand Architecte de l'Univers ; après le tribut d'hommages rendu à la sagesse suprême, il convient, pour l'édification des Frères répandus sur la surface du globe, et pour confondre les profanes assis dans les ténèbres, de manifester authentiquement la joie pure et sincère que le vrai Maçon ressent du rétablissement de l'ordre et du règne de la justice et de la charité : ces motifs sont dignes de l'attention des Frères, je les prie d'y prêter toute leur attention et de m'aider de leurs conseils. »

« Le triomphe de la liberté et du patriotisme est le triomphe le plus complet du vrai Maçon. C'est de nos Temples et de ceux élevés à la saine philosophie que sont parties les premières étincelles du feu sacré qui, s'étendant rapidement de l'Orient à l'Occident, du Midi au Septentrion de la France, a embrasé le cœur de tous ses citoyens.

« La magique révolution qui, sous nos yeux, opère en si peu de jours, doit être célébrée, par les disciples fidèles du véritable Maître, avec un saint enthousiasme dont les profanes ne peuvent partager les douceurs. Les cantiques que les vrais Enfants de la Veuve chantent maintenant sur la montagne sacrée, à l'ombre de l'acacia, retentissent au fond de nos cœurs et, les mains levées vers le Grand Architecte de l'Univers, nous devons tous conjurer notre Maître de porter à l'auteur de tout ce bien l'hommage de notre vive gratitude.

« Les principes d'égalité, de justice et d'humanité que, sous la sceptre de fer d'un prince, bourreau de ses sujets les plus fidèles et sous le gouvernement tyrannique de la Féodalité, les martyrs de notre Ordre développaient avec tant d'énergie à nos Pères dans l'Art royal, le roi de vingt-cinq millions d'hommes libres, Louis XVI enfin, vient de les consacrer à jamais dans son empire.

«Aucun de vous, mes Très Chers Frères, n'ignore que notre Respectable Grand Maître, le duc d'Orléans, a concouru plus que personne à l'heureuse révolution qui vient de s'opérer. Empressons-nous d'entrer dans ses vues, signalons notre joie et ne craignons pas de la faire éclater par des actes de bienfaisance aux yeux de tous nos concitoyens.

«Qu'il est beau, mes Très Chers Frères, le jour où un roi citoyen vient annoncer qu'il veut commander à un peuple libre et former de son superbe empire une vaste Loge dans laquelle tous les bons Français vont véritablement être Frères ! Qu'il soit gravé dans nos fastes, en caractères brûlants d'amour, cet événement aussi glorieux pour les Français que pour leur Roi, dont les annales du monde ne présentent aucun exemple. Que les soldats citoyens qui, par leur dévouement à la chose publique et leur noble marche sous les drapeaux de la liberté, ont sauvé la Patrie, reçoivent les hommages de notre admiration et de notre profonde reconnaissance.

« Dans les transports de joie qui nous animent, faisons retentir les voûtes du Temple de la Charité, de l'Egalité et de la Liberté, de nos cris éclatants et répétés de : Vive la Nation ! Vive le Roi ! Vive le Grand Maître des Maçons français, leur ange tutélaire et celui de tous les bons citoyens. »

SOURCE : LE BLOG DE MONTALEAU

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Petit Abrégé historique du Rite Ecossais Primitif (Robert Ambelain)

Publié le 21 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


La Franc‑Maçonnerie n'est pas née de la Grande Loge de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson, Dès le 26 mars 1688 (selon un Etat du Grand Orient pour l 779) nous avons la preuve de l'existence de loges militaires au sein des régiments écossais et irlandais ayant accompagné le roi Charles II d'Angleterre en son exil en France, Ces loges essaimèrent suffisamment pour grouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des Francs‑Maçons dans le Royaume de France, Puis, intérêt ou curiosité, de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des loges écossaises ou irlandaises civiles, bien que français. Et viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, et ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des loges exclusivement françaises parce que composées de maçons français.

Enfin, en 1755, ces loges se grouperont en une Grande Loge de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le Grand Orient de France que nous connaissons. Cette Grande Loge de France disparaîtra en 1769, laissant la place au Grand Orient de France, L'actuelle Grande Loge de France a été constituée en 1897, d'une Grande Loge Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes loges ayant fait dissidence antérieurement : elle est donc sans aucune filiation avec celle du XVIIIème siècle.

Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon en 1778 par un Convent organisé par J-B. Willermoz, ne fut que la rectification mêlée de Martinézisme du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish) pratiqué par ces anciennes loges militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Leurs rituels furent apportés en 1751 à Marseille par le stuardiste Georges de Wallnon, qui y fonda le 27 août, avec des pouvoirs venus d'Edimbourg, celle qui devait devenir la Mère Loge Ecossaise de Marseille sous le nom de Saint‑Jean d'Ecosse.

C'est de cette filiation qu'est né l'actuel Rite Ecossais Primitif. D'où sa devis "Primigenius more majorem", allusion à l'ancienneté de celui‑ci.

Robert Ambelain

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En ses Archives historiques de la Franc‑Maçonnerie, publié en 1981, l'éditeur Les Rouyat nous dit ceci :

"Ceux qui ont suivi Jacques III (Charles‑Edouard) en son exil, ont introduit en France la Maçonnerie jacobite catholique, opposée à la Maçonnerie orangiste protestante. L'activité des Ecossais en France, et notamment dans le Midi, est un des traits importants de cette période."

L'auteur n'a pas la minutie de contrôle des historiens et il a confondu Jacques III et Jacques II. Un magnifique ouvrage récent publié à l'occasion de l'exposition de Saint‑Germain‑en‑Laye de 1992 sur La Cour des Stuarts à Saint‑Germain‑en‑Laye nous dit finalement ceci page 233 :

"Cette religion universelle qui fit battre l'Europe au même rythme de ses loges et de ses maillets, fut importée sur le continent par des jacobites militants. En France elle fut introduite par Derwentwater et MacLean, par Wharton en Espagne, Patrick Gordon et James Keith en Russie, Lord Wintoun à Rome. On a même pu prétendre que la Franc‑Maçonnerie avait été une vaste entreprise de conspiration jacobite destinée à rétablir les Stuarts sur le trône. L'oeuvre maçonnique avait bien d'autres objectifs ; elle n'en a pas moins contribué à cimenter la solidarité des partisans. " (op. cil.)'

La présence de sommités des Archives de France et de la Bibliothèque Nationale en cette présentation écarte toute possibilité d'erreur grave. Par contre il en est une que divers auteurs spécialisés en la maçonnerie ont commise et qu'il convient de réfuter, soit l'affirmation que cette maçonnerie était catholique, alors qu'elle était simplement chrétienne, ce qui est fort différent. Il y a en effet des usages et des rites ésotériques qui parlent. C'est ainsi que le comte de Barnwall, qui fonda à Toulouse en 1747 la loge Les Ecossais Fidèles, nous montre dans le rituel le Rose‑Croix d'Hérédom de Kilwining arborant deux cordons, l'un vert, de gauche à droite, et l'autre rouge, de droite à gauche, Ce sont là les couleurs de deux branches différentes de la Maçonnerie stuardiste, car le vert est la couleur héraldique de la très catholique Irlande, et le rouge est celle de la très puritaine Ecosse. Ce qui nous a valu en un même degré deux dénominations différentes, le Maître Irlandais, frère jumeau du Maître Ecossais. C'est pourquoi Devaux d'Hugueville en 1779, accommodant le Rose‑Croix jacobite à sa façon, reconnaît que le ruban du Chevalier de Saint‑André est tantôt vert et tantôt rouge, selon les capitales,

La présentation de cette histoire de la Maçonnerie stuardiste en France va maintenant et nécessairement prendre l'aspect d'une chronologie.

1688 ‑ Le 26 mars 1688 la loge militaire du régiment de Dorrington (devenu ensuite régiment de Walsh) d'où son nom primitif Loge de Dorrington ouvre ses travaux à Saint‑Germain‑en Laye. En 1752 elle prendra le nom de La Parfaite Egalité et lors de son affiliation au Grand Orient de France, l'Etat de celui‑ci pour 1779 mentionnera la date de 1688 comme étant celle de sa fondation à Saint‑Germain‑en‑Laye. Cela à une époque où le Grand Orient est très sévère sur les dates avancées par les candidates à l'affiliation.

Il en sera de même pour celles du régiment de O'Gilwy (affiliée en 1747), du régimentd'Albany (l 747 également). La loge militaire des Gardes Irlandaises est repartie en Angleterre lors de la restauration de Charles II en 1660.

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1716 ‑ Selon Alain Merger en la revue La Provence Historique de janvier‑mars 1978, Avignon, capitale du Comtat‑Venaissin et domaine pontifical indépendant du roi de France, est depuis 1716 le lieu de ralliement de l'émigration jacobite sur le continent. Dans les années 1736 et 1737, la ville deviendra le premier centre maçonnique méditerranéen. Ce sont des Francs-Maçons jacobites qui y fonderont en août 1737 la loge du marquis de Calvière, officier des gardes du corps du Pape, initié en 1734 par le comte irlandais Balmerino, jacobite convaincu. Le marquis de Calvière initiera à son tour le duc d'Aumont qui fondera plus tard la loge Bussi-Aumont. Ceci nous relie à la duchesse de Portsmouth et à ce fils, bâtard de Charles Il qui le titra duc de Richmond. Cette loge d'Avignon reçoit d'ailleurs fréquemment des Frères visiteurs venant de cette loge de Bussi‑Aumont.

1725‑1735 ‑ Mais jusqu'à présent les loges sont indépendantes, elles ne relèvent que du roi d'Angleterre légitime à leur yeux, c'est‑à‑dire nécessairement un Stuart, d'où leur nom de logesroyales (en anglais R. L., d'où on a fait en France "Respectable Loge") puisque le roi est le Grand Maître de la Franc‑Maçonnerie opérative depuis des siècles Elles ont néanmoins un nom collectif : Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons dans le royaume deFrance. A cette époque et depuis plusieurs années, le Grand Maître est Sir James Hector MacLean. Il se dit "présent grand maître", ce qui sous‑entend évidemment qu'il n'est ni le premier ni le dernier. Les Constitutions de 1720 (infra page ???) nous montrent comment s'effectuait la succession des grands maîtres. Effectivement il a succédé à Georges, duc de Warton. Et en 1735, fin de cette séquence, eu égard à l'amplification du nombre de Maçons français de souche, le nom collectif va changer, il devient Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France.

C'est à l'influence de Marseille, de sa noblesse locale et surtout de sa culture, que l'on peut attribuer la création de la plupart des loges provençales. Selon M. Agulhou en son livre Pénitents et Francs‑Maçons de l'ancienne Provence: "Dans la région provençale la diffusion de la Franc‑Maçonnerie est J'adoption d'un fait social national, venu de Paris et de Versailles, et rayonnant du centre de la France vers la périphérie." Il faut plutôt lire Paris plutôt que Versailles.

1736 ‑ Le marquis de Calvière reçoit un haut grade du jacobite "mylord comte de Baltimore", qui se dit grand maître de toutes les loges d'Angleterre, loges stuardistes évidemment. A cette époque une Maçonnerie encore très insuffisamment structurée a peine à conserver une organisation indiscutés. A son tour Calvière transmettra ce haut grade au duc d'Aumont, qualifié de "premier grand maître de toutes les loges de France", et qui donnera à son tour au même marquis de Calvière tous pouvoirs pour établir la loge Saint Jean à Avignon. Il semble qu'il y ait là confusion entre Aumont, de la loge Bussi‑Aumont, et le duc d'Antin premier grand maître de nationalité française (de 1738 à 1744). On peut situer ainsi les faits

- 1736 : initiation de Calvière dans les milieux jacobites d'Avignon,

- 1737 : séjour de Calvière à Paris, contacts avec les milieux jacobites,

- 1737 : en août, Calvière est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvière continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

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1737 ‑ Le 28 septembre Mgr de Belzunce évêque de Marseille dénonce à l'Intendant de la province les activités maçonniques de sa ville et souligne l'importance de celles du marquis de Calvière. Aussi le 23 octobre 1737, celui‑ci (officier aux gardes du corps pontificaux du Comtat‑Venaissin) est dans l'obligation de cesser ses mêmes activités maçonniques à Marseille, se limitant à sa loge de Saint Jean à Avignon, mais demeurant fervent maçon néanmoins. En effet :

1738 ‑ Cette année là, Calvière appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nomméDépositaire de l'Ordre, évidemment ordre jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait pas d'autre en France. A tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'Etat était reçu Franc‑Maçon, En 1736, c'était le maréchal d'Estrée, et au début de 1737. ce seront six chevaliers de l'Ordre du Saint‑Esprit qui deviendront des frèresde tous les autres en la Maçonnerie française naissante.

1743 ‑ le 9 décembre 1743 le duc d'Antin meurt et lui succède le comte de Clermont, autre prince du sang,

1746 ‑ les Francs‑Maçons de Marseille savent depuis cette date que les loges maçonniques ne sont plus pratiquement inquiétées par la police en France, et ils s'efforcent alors, réaction normale, de monter le pouvoir civil contre les autorités religieuses, dont Mgr de Belzunce a été le plus brillant défenseur, n'hésitant pas à associer les Francs‑Maçons aux jansénistes

1747 ‑ Selon Gaston Martin et les archives départementales de la Haute‑Garonne, le comte irlandais John de Barnwall de Tromlestown fonde à Toulouse la loge Les Ecossais Fidèles. Louis XV le naturalisera français et lui confirmera son titre. Cette loge prendra par la suite le nom de Sagesse et Union, puis Sagesse, et enfin deviendra (on ne sait encore pourquoi) LaVieille Bru, ce qui sous‑entend qu'elle fut indirectement la "belle‑fille" d'une autre loge antérieure, peut‑ être une ancienne loge militaire des régiments irlandais.

1749 ‑ Des visites nombreuses de Francs‑Maçons jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, mais pas tous, venant de Marseille. En cette année il y a à Marseille les loges Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Elus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Voici maintenant un ancien document qui montre combien la Franc‑Maçonnerie jacobite était toujours active et puissante vers 1750‑1755. Il s'agit de J'affiliation (c'est‑à‑dire de la régularisation maçonnique) de la loge Saint Jean de Jérusalem de la Parfaite Union à 1'orient de St‑Pierre de la Martinique ; la pièce est datée du 2 août 1750.

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"Nous Vénérable Maître, Officiers et Membres de la Très Respectable Loge Saint‑Ferréol de Clermont de la ville de Marseille, constituée par le Grand Maître et les Grands Officiers du Très Ancien et Très Illustre Ordre des Francs‑Maçons dans le Royaume de France, le 1er octobre 1749, accordons aujourd'hui par ces présentes l'affiliation à nos chers et dignes Frères de la Respectable Loge Saint Jean de Jérusalem de la Parfaite Union, au bourg de St‑Pierre de la Martinique, situé sous le 14ème degré 30 minutes, en qualité de petite‑fille de Clermont (1), l'autorisant par le pouvoir qui nous a été donné à jouir de tous les privilèges d'une loge régulière et constituée, confirmant à cet effet notre cher Frère…… Maître (de Loge), notre cher Frère ...... 1er Surveillant, et notre cher Frère d'Oïanboure 2ème Surveillant.

Nous enjoignons par ces présentes à notre cher Frère…… et à ses successeurs d'observer et faire observer exactement les règles générales et particulières de la Maçonnerie, de ne recevoir aucun candidat au‑dessous de l'âge de vingt et un ans, ni aucun profane dont la probité n'est pas tout‑à‑fait reconnue, de ne recevoir Maître aucun Frère servant sans une permission expresse de la Respectable Loge Saint‑Ferréol, ordonnons aussi à la dite loge Saint Jean de nous faire informer de chaque mutation qu'elle jugera à propos de faire des Maîtres et des Surveillants, le tout sous peine de nullité de la présente affiliation. En foi de quoi nous lui donnons et avons fait expédier ces présentes, scellées du Sceau de l'architecture de la loge Saint Ferréol deClermont. A Marseille ce 2 août 1750."

Mais dès 1738 avait été fondé en 1'lle de la Martinique une loge nommée La Parfaite Union laquelle avait modifié son nom pour démontrer son appartenance à la Maçonnerie stuardiste en y ajoutant celui de la loge affiliatrice : Saint Ferréol de Clermont. En effet toujours à la Martinique, une loge avait été fondée le 24 mars 1750 sous le nom de La Parfaite d'Ecosse, par patente délivrée par une loge écossaise de Bordeaux. Mais comme tout porte à croire qu'elle relevait de la Grande Loge orangiste d'Angleterre, La Parfaite Union avait tenu à se faire régulariser comme loge stuardiste par une patente émanant d'une filiation incontestable.

1750 ‑ Cette même année les archives nous révèlent qu'à Marseille le Frère Capellu y est qualifié de "grand maître général des Chevaliers d'Orient". Ce grade est celui au sommet de la hiérarchie écossaise de l'époque. Or à Avignon en 1751 on ne pratiquait que les grades d'Elu et d'Ecossais. S'agit‑il là l'une des activités de Ramsay ? C'est fort possible, car le très jacobite Ramsay fut en relations étroites avec Avignon, notamment avec le mystérieux Balmerino qui initia clavière.

1750 ‑ Toujours à Marseille. L'évêque de la ville Mgr de Belzunce écrit à Versailles pour protester contre le fait que les Francs‑Maçons sont en cours d'achat d'une demeure pour y installer leur temple, Comme suite à cette demande d'assistance, l'Intendant pour la Provence reçoit en réponse la lettre ci‑après

"Mgr l'évêque de Marseille a fait informer le Roi que les Francs‑Maçons s'assemblent publiquement en cette ville, et qu'ils sont même en marché d'une maison où ils se proposent de tenir leur loge. Sa Majesté me charge de vous écrire à employer votre autorité pour faire cesser ces assemblées et pour ôter à ceux qui les tiennent tous les moyens de continuer."

(1) En cette patente deux noms ont été effacés. Il s'agit probablement de ratures amenées par l'obligation de faire disparaître deux imprudentes nominations, celle du Vénérable et celle du ler Surveillant. A Marseille, les responsables de la loge Saint Ferréol de Clermont avaient appris par la suite que leur confiance avait été dupée. A cette époque, "aux Isles", il y avait de tout…

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Cette lettre est signée du Comte de Saint‑Florentin, lequel est Franc‑Maçon depuis 1735 ! Quant à Louis XV il conseille à l'évêque de Marseille d'user de son autorité ! Mais celui‑ci n'en a aucune quant à la Police, et c'est là l'astuce du Roi. Celui‑ci sera lui‑même Franc‑Maçon, reçu en la logeLa Chambre du Roi groupant des officiers de celle‑ci, comme l'a démontré P. Chevalier; il autorisera l'Encyclopédie, anoblira Voltaire, sauvera le chevalier de la Barre d'une mort horrible suite à son sacrilège (il sera d'abord décapité), Enfin la bulle pontificale excommuniant les Francs‑Maçons ne sera pas publiée dans le royaume.

1751 ‑ Le 27 août de cette année le jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Edimbourg le 17 juin 175 1, constitue à Marseille la loge Saint‑Jean d'Ecosse.

1752 ‑ Le 17 mai de cette année Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de Vénérable et Maître de Loge à Alexandre Routier, et la Loge prend alors le nom de Mère‑Loge de Marseille, titre qui lui restera longtemps. Loge puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. On observera que dès 1751, date de sa fondation, les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. A la mort de Jacques Il à Saint‑Germain‑en‑Laye le 5 septembre 1701, Louis XIV inséra les régiments écossais et irlandais en ses armées, avec évidemment leurs loges militaires. C'est ainsi que le Royal Ecossais arborera sur son drapeau, avec la croix de Saint‑André (en place de la latine) et les armes de l'Ecosse (en place de celles de France), la cordelière aux "lacs d'amour" de la Franc‑Maçonnerie, soutenant la médaille de l'Ordre de Saint‑André. Ces régiments s'illustrèrent au "service de France" dans les batailles de l'époque, à Fontenoy notamment.

1794 ‑ A Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

1801 ‑ Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses loges‑filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie, témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines stuardistes est à peu près oublié.

N.B. ‑ En 1812, à l'Orient de La Ciotat, la loge Saint‑Charles d'Ecosse travaillant au "Rite d'Edimbourg" (sic) était encore en activité. Fondée sans doute en l'honneur de Charles-Edouard Stuart passant à Antibes en 1744.

Publié avec l'aimable autorisation du VM et de l'archiviste de la RL La Lumière Ecossaise, à l'Orient d'Ollioules (Var).

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Publié le 21 Novembre 2009 par Thomas Dalet

Vous pouvez  nous contacter directement àcette adresse : ghiblim2@orange.fr
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Nietzsche

Publié le 12 Novembre 2009 par Thomas Dalet



"Au fond, il n'y a qu'un seul chrétien, et il est mort sur la croix." (Nietzsche)

sans commentaire!!

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Le Livre Rouge de Louis-Claude de St Martin (extraits 2)

Publié le 9 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Martinisme



311. L'homme n'a été créé que pour faire des mondes.

312.- 5 fois 14 font 70, 5 fois 9 font 45. C'est là l'énigme des formes, leur fin et les bornes et la propriété du quinaire. Car il est naturel que le quinaire soit partie aliquote de tous ces produits, puisqu'il en est le facteur.

313. De même que le bien n'a point fait le mal, de même le mal n'a point fait le bien; de même que 1 n'a point produit 2, de même 2 fois 2 ne peuvent faire 4.

314. Lorsqu'il n'y a point de lumière aux extrémités du réceptacle, mais seulement au centre, cela montre la puissance en latitude et en longitude, mais non la figure de la quatrième essence: car alors on pourrait la regarder comme quinaire. Cette quatrième essence consiste en 3 pour l'inférieur et 1 pour le supérieur, {mais} 4 est comme 1. Ainsi cela fait 7. L'homme a tout cela sur lui.

315. Prends bien garde aux observations que tu feras sur la nature; n'aie dans tes recherches qu'un désir pur, sage et innocent; attache-toi aux choses les plus simples sans vouloir pénétrer d'un oeil curieux et avant ton temps, car la science des hommes est vaine pour cette raison.

316. Sur Moïse, on en prend 3, à cause de Moïse, Aaron et Or.

317. Sur Josué, on en prend 2, à cause de Josué et de Caleb.

318. Sur Abraham, on en prend 3, à cause d'Abraham, Isaac et Jacob.

319. Sur Caleb, on en prend qu'un, parce qu'il était tout seul.

320. Sur Jacob, on en prend qu'un, parce qu'il n'eut qu'une postérité dans la matière.

321. Les 6 voyages de l'homme dans ses 3 prisons: la première quinaire, la seconde neuvaire, {et} la troisième sénaire, tout cela donne la confusion.
322. Lumière de lumière, feu de feu, vie de vie.

323. La couleur blanche est le spirituel divin] le rouge est le spirituelt errestre et le noir est la destruction.

324. L'action planétaire est générale et universellement combinée; ainsi la distinction particulière des êtres, surtout dans les métaux, vient de leur loi personnelle et non de l'action particulière de la planète.

325. Toute forme est caractère, et l'être lui-même ou son action, et son opération est son hiéroglyphe

326. La 1re enveloppe des corps est huileuse, la 2e saline; la 3e mercurielle comme principe de forme, puis le soufre intérieur fait le centre quaternaire ou l'alpha et l'oméga.

327. Il y a 3 mois pour chaque é[quinoxe], ce qui fait 6 lunes.

329. Le vrai sabbath doit se compter du 14 de la lune de mars, mardi; ainsi le sabbath des Juifs est retardé de quatre jours; celui des chrétiens d'un jour de plus. D'ailleurs, les Juifs le commencent à la première étoile au lieu de minuit qui est la loi spirituelle.

330. Parle peu, car on prendrait ta science pour un système, comme toutes les autres.

334. Tout le malheur des hommes est de ne pouvoir se persuader qu'il y ait des sortes d'esprits auxquels la pensée soit refusée.

338. Veux-tu connaître le principe et l'ordre de toutes choses? Tu n'as qu'à regarder pêcheur à la ligne.

339. Nous ne décrivons jamais que des courbes en latitude, vers sud ou vers nord, et non point des lignes droites en longitudes.

345. Un temps, deux temps et la moitié d'un temps, c'est-à-dire 4, 4 et 2 - 10, ou bien 4, 4, 4, 2 qui vaudront 5.

350.- Les quatre nombres, 3, 6, 7 et 9 ont chacun l'unité pour rapport; ce qui prouve que l'unité première est quaternaire, et qu'elle est universelle.

353. Jusqu'à 7 ans, l'homme est dans la privation; à 7 ans, il est susceptible de souillure; à 15 ans, il est susceptible de crime.

354. La latitude est la base, la longitude est la perpendiculaire, ce qui montre la folie des hommes de la chercher sur la surface.

357. Je ne te demanderai pas de me dispenser de la peine attachée à mes fautes, ce serait une injustice et vouloir te tenter, mais je demande la grâce de n'en plus commettre.

360. Il est bon de connaître la mathématique, parce que cela met de la mesure dans la tête, et que, quand il y en a dans la tête, il y en a dans toute la personne.

361. Si tu veux connaître les autres, commence par te connaître toi-même, car chacun est un mirroir.

362. C'est l'homme qui est l'élément de la femme, c'est là ce que Moïse a voulu dire. Aussi la femme de l'homme meurt, parce que c'est son (DELTA), mais l'homme ne meurt point parce qu'il est , ainsi que la femme. Cela fait qu'elle ne meurt point non plus.

364. Oh! la jolie chose que de faire de la tapisserie! Mais c'est quand on a une planche pour métier et que la langue sert d'aiguille.

365.- La quadrature se trouve aisément en admettant le cercle, c'est-à-dire dans le nombre, mais est impossible en figure.

366. La femme ne cherche qu'à détruire celui qui construit, en cherchant à construire celui qui détruit; elle est presque toujours morte.

367. L'univers n'est qu'un{e} emplâtre.

368. Si l'homme est trop sage, dès lors il ne l'est plus, parce que ce serait lui qui agirait, et c'est là un bien grand mal.

369.- Des orages élémentaires, c'est le sang de la terre qui monte par-dessus sa tête.

371. Rien de plus aisé à sentir que c'est par le sang que commence l'action quinaire dans le mineur.

372. Le coeur de l'homme est un sanctuaire dans lequel rien de faux ni rien de faible ne devrait entrer.

373. Si l'homme veut être heureux, cela lui est bien aisé; il n'a qu'à parler.

374. Ne me laisse pas faire le mal que je veux, fais-moi faire le bien que je ne veux pas.

376. Toute la partie aquatique n'est composée que de globules parfaitement sphériques, et dont nous ne voyons jamais que la moitié.

377. Il est terrible de sentir combien un faux pas recule.

378. La vraie manière d'expier ses fautes, c'est de les réparer, et pour celles qui sont irréparables, de n'en être point découragé.

381.- La parole que l'on garde n'en devient que plus forte, car rien n'affermit l'homme comme le silence. Da capo!

381. La parole que l'on garde n'en devient que plus forte, car rien n'affermit l'homme comme le silence.

382. Si tu agis sans intelligence, tu perdras bientôt l'intelligence.

383. Ceux qui saluent les croix devraient toujours avoir le chapeau à la main, parce que tout en est rempli, et tout n'existe que par là.

383. Ceux qui saluent les + devraient avoir toujours le chapeau à la main, parce que tout en est rempli, et que tout n'existe que par là.

387. Les deux é[quinoxes] pour le bon, les deux s[olstices] pour le mauvais. Les deux premiers touchent à la végétation et à l'adoption, les deux seconds à la putréfaction et à la dissolution. C'est le pour et le contre.

388. Les bêtes et autres êtres physiques corporels ne sont que le petit monde temporel, l'homme est le monde universel par son intelligence.

390. Comme il y a le monde, il n'y en a qu'un.

391. Du divin au soleil: 7, du soleil à la terre: 7. Il y a douze cieux; si l'on y joint la Terre, on aura 4.

392. Si du temporel 5, 6, 7, 8 vous ôtez l'unité au quinténaire pour la remettre à la p[uissance] simple, et que vous additionniez le reste, vous avez 25, temps de l'expiation horrible; et après cette expiation, l'unité sera réunie au septénaire pour le parfait rétablissement.

393. C'est par l'est que vient le bon, tant en fait d'action intérieure qu'extérieure, comme vent, souffle, etc. C'est au contraire par l'ouest que vient le mauvais, et ceci pour l'élémentaire général comme pour l'animal particulier.

395.- Comme c'est 2 qui a fait 3, c'est 5 qui a fait 6.

396. Toute cette nature est un double emploi; on y voit partout le sensible et l'intellectuel, 8 et 10.

401. 7 : c'est là la femme.

404. Je crois que l'on pourrait faire son cercle avec du sel, et que cela n'en irait pas plus mal.

405. Cherche toujours les pays où tu pouras t'humilier, sans t'exposer au ridicule ou à la raillerie.

407.- Le temps de l'esprit est composé de 4 intervalles, celui de la matière n'en a que 2.

408. Ce qui compose est 2, ce qui est composé est 3.

409. Dieu n'est pas fait, mais c'est la main qui fait. Ainsi, les ouvrages de la main de Dieu ne sont pas la même chose que les ouvrages de Dieu.

411. Il n'y a de grand que celui qui prie.

413. Il faut faire 2 ou 9 opérations pour avoir un cube.

415. La Terre est comme une marmite.

416. La somme des angles au centre est toujours égale à celle des angles à la circonférence = 9 + 1.

417. Ne prie jamais tête nue.

419. C'est la pensée mauvaise qui a fait manifester la pensée bonne.

420. Tâche donc, homme, de toujours sentir qu'il y a quelque chose au-dessus de toi.

423. Il y a bien plus loin d'ici là que de là ici, voilà pourquoi nous ne voyons pas ceux qui nous voient.

424. Le veux-tu? Oui? Ne le veux-tu pas? Non? Tiens t'en là.

425.- Ce n'est qu'à la mort corporelle de l'homme que commencent les 42 campements des Israélites, attendu que 6 fois 7 font 42, et il faut passer par là avant d'arriver à 49, qui est le repos ou le sabbath.

426.- Il faut bien qu'il y ait un Suisse, ou une place frontière dans la création, et c'est 49 qui en sert.

427. Je ne vois rien de plus beau que la nature si ce n'est Celui qui l'a faite.

428. Réjouis-toi le matin, mais pleure le soir.

434. C'est par l'action que la piété se nourrit.

436. Il faut donner à chaque chose la nourriture qui lui convient. Le corps ne nourrit pas l'esprit, il l'abrutit; l'esprit ne nourrit pas le corps, il le brûle.

438. Il y a deux dimentions en surface, il n'y en a qu'une en élévation.

439. La largeur est quinaire dans l'arche, les deux autres dimensions sont ternaires.

440. Il n'y a que deux planètes qui éclairent, les autres sont pour l'entretien des formes et nullement pour leur lumière.

442. L'aspersion est faite avant la naissance, les 7 classes physiques spirituelles de la vie corporelle ne sont que les 7 propriétés de cette aspersion; elles suivent les progressions de la forme, parce que cette forme a besoin d'être préparée.

443. Soulève de temps en temps les talons, surtout dans le parfum: cela est bon.

444. N'aie pas peur de lui, car il est ton ami.

454. Dans le principe ce n'était qu'un point, l'explosion en a fait une circonférence, et c'est ainsi que toute la nature a été formée.

455. C'est celui qui pleure, qui est digne d'envie.

460. Tiens-toi toujours en garde contre le diamètre horizontal.

461. Veux-tu voir le serpent de la Genèse? Tu n'as qu'à compter jusqu'à dix; ensuite tu ôteras le premier chiffre, et il te restera un zéro ou un O.

461[2] Pour connaître la nature des formes et de la matière, il ne faut qu'observer la circonférence, et voir ce que vaut le caractère qu'elle représente.

462. Le point était avant la circonférence, il sera après.

463. La Terre est le receveur, l'abîme est le feu, le céleste est l'eau; la création entière peut se considérer comme le mercure entre 5 et 7.

464. Tous les hommes sont comme autant de seringues.

465. Nous ne ferions pas, mais on ferait pour nous, si nous avions le courage de demander.

466. Peut-il y avoir des peines ou des obstacles pour celui qui sait épurer tous ses motifs?

467. En n'agissant que sur le physique corporel, on n'a que des résultats et des notions corporelles.

468. Il y a bien plus loin d'ici là que de là ici, voilà pourquoi nous ne voyons pas ceux qui nous voient.

472. Il n'est pas bien difficile de deviner pourquoi l'homme est sur la Terre, c'est pour demander l'aumône.

472. Il n'est pas bien difficile de comprendre pourquoi l'homme est sur la Terre, c'est pour demander l'aumône.

473. Les dissonances mineures descendent, les majeures montent.

474. S[oleil], j[upiter], Ma[rs], M[ercure].

475. L'orgueil ne se trouve que dans l'éloignement du principe.

477. Tout homme peut avoir ses lettres franches de port.

478. La vraie manière de demander les choses en fait de prière, c'est d'aller courageusement les chercher.

480. Les hommes devraient être les satellites de la Terre, et ils en sont les persécuteurs.

483. La vraie preuve que nous ne pouvons recouvrer ici-bas notre quaternaire, c'est que nous ne pouvons voir le centre ou l'ê[tre].

486. Garde-toi d'être astronome, mais tu peux être astrologue, pourvu que ce ne soit pas astrologue judiciaire.

488.- Les amitiés qui ne sont pas triangulaires n'ont pas de consistance et, sans le lien, elles ne mènent qu'à la confusion.

489. Je ne puis rien jusqu'à ce que j'aie la liberté de mes actions spirituelles; c'est pourquoi j'irai en paix, et j'attendrai avec confiance.

490. L'homme particulier est la preuve de l'homme général, c'est-à-dire que le majeur comme le mineur était obligé de combattre les ennemis de la vérité.

496. C'est dans la privation que tu dois employer ta force, et si tu as la patience et le courage de soutenir toute l'amertume de cet état, tu peux être sûr que tu en seras récompensé.

499. Ne te décourage pas avant d'être sorti de dessus la Terre, parce que tant que tu y es, tu peux espérer de faire ta réconciliation.

507. Ne crois pas pouvoir rien faire avant d'être réconcilié.

510. Quand on en est près, on est humble; mais on peut en être loin, quoiqu'on en soit près, parce que l'être a une action libre à lui, et qui est que dans cette espèce il n'y a point d'espace ni d'étendue. C'est que nous n'avons pas toujours action sur lui, et qu'il a toujours action sur nous.

515. C'est au moment où la purification se fait que commencent les attaques; tant que l'ordre règne, il n'y a point de trouble.

519. La confiance donne la vie, en ce qu'elle préserve et éloigne de la mort.

522. La couleur verte est composée du bleu et du jaune à cause de la végétation.

526. C'est en vain que tu la presses, ta volonté n'y fera rien du tout.

529. Il n'y aura plus rien, car les paroles ont été rendues. E[li] L[ama] S[abac] T[hani].

530.- Le grand oeuvre est double: la molestation et la réintégration. Ceci produit la gloire, et les trois choses sont conduites par le centre ou le carré.

532. Il est bien clair que le septénaire est donné dans le temporel.

539. Les uns y vont par la férocité et la brusquerie, les autres par la douceur et la prudence.

541. C'est par leur division et leur rapport avec l'unité qu'il faut considérer les nombres, parce que c'est par là qu'on connaît leurs propriétés.

542.- Se purger, demander, recevoir, {et} agir: se sont les quatre temps.

545.- O douleur, tant que le quaternaire sera séparé de l'unité, c'est à cause de tous les maux et toute confusion.

548. Comment écrire quand la plume n'est pas fendue? 3.

549.- Il est bon de remarquer que la feuille de vigne est quinaire.

551. Ce n'est que dans le calme des sens de la matière qu'il se plaît, de même que ce n'est que dans le calme élémentaire que le supérieur agit.

552. Mets-toi de temps en temps les mains sur les hanches.

554. Il y a une proportion entre l'accroissement des forces spirituelles et l'homme et les combats auxquels il est exposé; s'il laisse affaiblir ses forces et que les attaques augmentent, il est vaincu; mais doit-il s'en plaindre?

555.- Laboure ton champs sans relâche de l'orient à l'occident, et du nord au sud, c'est le vrai moyen de le rendre fertile.

557. Il est bien aisé de le reconnaître, car il ne peut jamais cacher sa difformité physiquement.

559. Tenir bon, c'est la vraie prière en ce que c'est elle qui maintient en joie et santé.

563. Tout le désordre vient de ce que le premier a mal engendré, et le désordre se perpétue de même par une vicieuse génération.

564. S'il y avait égalité d'une figure avec son type, la figure ne serait pas nécessaire.

566. Le temple d'Abraham se tient entre l'est et l'ouest, parce qu'avec ses 318 serviteurs il était quaternaire, ou central.

571.- J'ai déjà fait entendre que le neuvaire était au moins neutre par rapport à la spiritualité. En effet, ou il est de forme, ou il est mauvais.

572.- Il est bien clair qu'il y a un grand rapport entre le troisième nombre et 7, puisque 7 est son attribut.

575. Ne te repose pas que tu ne sentes que tu es à peu près sûr de ton fait, et même ne te repose pas encore trop après.

576. Il y a une volonté qui ne dépend pas de nous, mais il y en a une qui dépend de nous et qui peut nous faire obtenir l'autre.

577. Ne demandons pas avant de savoir qu'en faire.

579. Si tu es bien brave, ta préparation pourra se faire partout.

581.- Le prêtre doit vivre de l'autel; il est bien sûr que celui qui approchera de l'autel vivra.

582.- Par le feu élémentaire vient la dissolution, car c'est par la gêne de ce même feu qu'est venue la construction.

584. En fait de formes, rien ne peut exister sans ses puissances, parce que les corps ne sont que cela.

585. Il y a deux croix pour les réintégrations, l'une pour la créature, et l'autre pour le spirituel.

586. On ne peut trouver dans la forme humaine aucune trace du chef septénaire, attendu qu'il n'est pas corporisé matériellement.

587. Le triangle et le centre font l'essence quaternaire, le réceptacle en montre l'action.

589. L'ordre des principes spirituels dans l'homme est le même que l'arrangement des principes élémentaires dans les corps.

590. Tant que subsistera le corporel, il y aura un surcéleste, ou un spirituel temporel quoique non corporel.

595. En regardant brûler son feu, on voit descendre le terrestre et monter le céleste, c'est la même chose dans la dissolution de l'homme.

596. On commence toujours par la forme, voilà pourquoi il y a deux testaments.

597. Sur toutes choses, point d'impatience.

600. Il n'y aura que ceux qui ne m'entendront point qui m'entendront.

601.- Ne parle qu'à ceux qui ont choisi la Sagesse, ceux qui ont cru pouvoir s'en passer n'y sont pas propres.

603. Il y a un binaire isolé qui est mauvais, mais il y en a un de liaison qui est bon.

605. 1 et 1 c'est 2, et 1 c'est 3, et 1 c'est 4, et 1 c'est 5, et 1 c'est 6, et 1 c'est 7, et 1 c'est 8, et 1 c'est 9, et 1 c'est 10. Partout, action et réaction.

612. Il faut quelque fois ne pas se presser au premier, parce qu'avec un peu de patience, il y a répétition.

614. Tant dans le céleste que dans le terrestre est fait uniquement pour l'avantage de l'homme sur ses ennemis.

617. Ne compte sur rien tant que tu y penseras.

620.- Le grand souverain est l'expression du quaternaire sur la longitude et la latitude.

623. L'excès de nourriture non seulement occupe le sang, mais le fatigue et lui ôte par là la force nécessaire pour soutenir l'oeuvre.

624. Songe beaucoup à mettre l'élément et l'élémentaire en état pendant que tu y es.

625. S'il n'y a rien sans union, tâchons d'en faire de bonnes.

627. Ce qu'il y a de plus affligeant dans l'oeuvre, c'est d'être obligé d'expier et de mouri

630. La passe se doit faire dans les angles, voilà pourquoi on y met des consignes.

633. Il y a une confiance de parole qui fait la mort, il y en a une du coeur et de l'action qui fait la vie.

634. La faute de l'homme a fait venir une vertu de plus; aussi le réconcilié est impeccable.

635. La graisse ne change point de lieu, c'est pourquoi elle est interdite.

636. En mathématique, on compte du nombre pair par 0 au lieu de 1. On ne voit pas que c'est 1 qui produit 0, et non pas 0 qui produit 1.

637.- S'il y avait d'autres mondes, l'homme en aurait connaissance.

638. Ce n'est pas grand-chose, lorsque cela voyage du même côté, il faut que ce soit fixe, ou que cela voyage partout.

641. Quiconque doute des forces infinies de la nature se fait un tort considérable.

643. Il y a un dénaire dans la forme, en joignant les intestins au quinaire et comptant ensuite les quatre parties nobles.

644. L'hiéroglyphe démontre la certitude et la nature du caractère, comme l'action démontre la nature de l'intention; c'est leur symbole.

645. Cela vient si cela veut.

646. Le jeu des quatre coins est le plus difficile de tous les jeux, voilà pourquoi il ne faut l'entreprendre qu'après avoir bien appris celui sur qui ils tombent.

649. On ferme 5, à cause de la violence.

650. Après la confession vient l'absolution; après l'absolution, la communion; après la communion, le commandement.

653. Le mal ne peut lire dans le bien, c'est là un des grands avantages que nous avons sur lui.

655. Les hommes ont tous le livre devant les yeux, il ne leur manque qu'une paire de lunettes, et une paire de lunettes, ce qui ferait deux paires de lunettes.

657. Ne te livre pas au goûts sensibles avant d'être assez grand pour les mépriser.

660. Comment serait-il étonnant que le Christ sût l'écriture par coeur? C'est lui qui l'a faite, ou qui l'avait fait faire.

661. S'il y avait 4 éléments dans les corps, le monde serait éternel.

662. C'est par b[esoin] que le monde corporel a pris naissance.

664.- Il n'y avait point d'air dans le matras, parce que l'air n'est que pour la réaction.

665. C'était les marchands ismaélites qui fournissaient la résine aux Egyptiens.

667. Quand cela est toujours la même chose, il y a bien à croire que ce n'est qu'élémentaire, car l'animal est infini et sans borne.

668. La couleur blanche des murs réfléchit la lumière, voilà pourquoi elle lui convient mieux que toute autre.

669. On voit le corporel par les yeux du corps seulement, et l'autre par les yeux de l'âme aussi bien que par ceux du corps, le tout physiquement.

672. Il n'y a d'autre péché que la lâcheté.

675. Se nettoyer, c'est prier, parce que c'est combattre.

676. La résurrection des corps et la résurrection de la chair ne sont pas la même chose.

677. Que l'homme marche avec respect, car il ne peut faire un pas sans mettre le pied sur l'autre.

678.- Les deux progressions des êtres corporels sont quaternaires, ceci est une vérité universelle.

679. Le nombre 4 est le seul qui ait la propriété de donner dans son carré un nombre qui soit justement quatre fois plus grand que lui; c'est pour cela qu'il n'y a qu'un carré comme il n'y a qu'une unité.

681.- La cause qui a fait donner naissance aux êtres accompagnera et soutiendra jusqu'à la fin leur existence, c'est pour cela que les prophètes ont tant pleuré.

682.- Rassembler ce qui est divisé, diviser ce qui est rassemblé: voilà toute la médecine.

685. Pour attirer dans la physique, mets un degré au-dessous; si tu mets un degré au-dessus, cela poussera.

687. Il n'y a que 2 postérités sous Adam, type des choses premières; il y en a 3 sous Noé, type des choses secondaires ou ternaires.

688.- D'un côté, il y a 1, 4, 7, 8, 10; de l'autre, 2, 3, 5, 6, 9. Tout est là pour le présent.

689. Je te conseille de te promener en longitude et en latitude à cause de la réaction.

690. Ismaël n'a point eu de manifestation chez lui, ce n'est qu'un type de matière.

691. On ne sait d'où cela vient, mais l'essentiel n'est pas de le savoir, mais de le sentir.

692. Pour avancer, attends toujours.

693.- Ce n'est pas l'humide grossier qui peut remplacer l'humide radical. Quand il est altéré, il n'y a que son principe qui puisse le faire.

694. Comme l'homme a pris son corps dans la terre, il y a pris aussi ses trois préservatifs, car son corps est un préservatif.

695.- Entre Dieu et l'homme, il n'y a que le temps de différence, car il y a même quelque similitude ou liaison dans le nombre.

696.- Le feu inférieur consume, le feu supérieur féconde, le feu intérieur crée, produit, engendre; d'où l'on voit que le feu inférieur fait une mauvaise fécondation.

697. Le binaire se fait connaître jusque dans les propriétés des mêmes espèces.

700. Fais que je ne me défie pas de ma parole.

703.- L'étymologie des vrais mots apprendrait tout.

707.- Il n'y a que trois sortes de corporel: le noir, le rouge et le bleu. Mais il y a quatre sortes de spirituel: le rouge, le bleu, le vert et le blanc; encore le blanc n'est-il pas temporel.

710. Cela n'est étonnant que pour ceux qui se croient quelque chose, car enfin si nous n'avons rien, il faut bien que cela nous vienne de quelque part.

711. Pythagore a eu raison de défendre les fèves à ses disciples, car c'est une terre sans eau.

713. Quelque part que tu ailles, en marchant par quatre tu seras toujours sûr d'aller bien.

714.- Ce ne fut qu'à deux sages-femmes que Pharaon ordonna de faire périr les enfants mâles des Hébreux.

715.- Les septénaires sont bien véritablement soumis à l'homme puisqu'ils sont la seule puissance de 4.

717.- Il faudra bien en venir au point de n'user qu'avec le doigt.

718. Tant que la matière règne, on est trop jeune.

721.- L'appartenance ternaire terrestre est la surface, l'actif est la perpendiculaire. On n'y peut aller que par une courbe lorsqu'on n'est pas au pied; or, cette courbe n'existe pas, il faut la faire, c'est là l'abomination.

722. Vas-y comme dans ton domaine et ton héritage.

724.- Il y a trois sens dans le pain azyme: l'affliction de la privation, la préparation de la purification et la mémoire de l'origine.

725. Comment les hommes peuvent-ils se dire savants? Leur vie se passe à faire des questions.

732.- La science est inutile à ceux qui ont la foi. Mais où sont-ils?... Et qu'est-ce que la science sans la foi? docteur!

732. La science est inutile à ceux qui ont la foi. Mais où sont-ils?...

734. Toute forme est temple, et tout temple est sacré, hors de l'élémentaire, excepté la Terre et l'homme.

738. Il n'y a pas d'autre chose à connaître que les trois lettres d'en-bas, et les 4 d'en-haut. Tout est fait par là.

739. Prend toujours ton orient à l'orient, et non jamais au sud.

740. Il se peut qu'il y ait des hommes comme le Mauvais, qui ne s'aperçoivent jamais de leur illusion, mais alors c'est ou un type ou une punition.

741. Il n'y a d'homme heureux que celui qu'on chatouille toujours.

742. Quelquefois il en peut venir aussi par le sang, et même c'est par là que cela commence, mais cela n'est rien.

745. L'eau est le produit du sel, le souffre est le produit du feu, la terre est le produit du mercure.

746.- La dissolution commence toujours par le sel, et c'est l'eau qui la procure, mais c'est le feu qui la procure [lapsus: probablement: 'produit' voir 745].

747. La régénération spirituelle et la réintégration corporelle universelle ont toutes deux le même berceau.

751.- Les principes élémentaires décomposés sont tous en eau, c'est ce qui trompe bien des gens sur la nature des choses composantes et composées.

753.- Après la première consommation, il y a encore 7 fois 7 pour l'accomplissement, 4 et 7.

754. Tant que tu ne verras pas les choses par elles-mêmes, c'est comme si tu ne savais rien.

755. C'est beaucoup avancer que de souffrir.

757. Des quatre quartiers de la Lune, le dernier est plus long que les trois premiers: il est huiténaire, les trois autres ne sont que septénaires.

762. Il y a un ordre qui met le désordre, c'est celui d'en bas, aussi prends-y garde, mais laisse à chacun suivre son chemin.

763. Etudie toujours la terre de l'homme, puisque c'est par elle que doivent te parvenir les végétations et les secours de tous les genres.

764.- L'intervalle des temps n'est pas un temps. C'est pour cela que cet intervalle est le temps de l'esprit, qu'il faut prendre entre 3 et 4, 6 et 7, 9 et 10, 12 et 1, etc.

765. Tiens-toi prêt à répondre lorsqu'on t'appellera, car rarement le fera-t-on deux fois.

767.- Nous avons tous un miroir uni, sans tâche, sans défaut et dans lequel nous pouvons nous regarder à toute heure.

768. L'enfant sort la tête la première, puis le buste, puis les os des îles, à l'image de l'explosion du chaos.

770.- De simples ternaires ne peuvent résister aux septénaires, c'est pourquoi Jacob fut renversé par l'ange, parce qu'il ne cherchait que la matière.

771. Ce n'est pas avant, c'est dans le moment même qu'il faut être brave et rappeler ses forces.

772. Nos sens corporels sont le canal du Mauvais, mais ils sont aussi le canal du Bon; c'est pour cela que c'est une grande grâce qu'on nous a faite de nous les donner.

773.- Le mercure est le corps le plus froid de la nature, parce qu'étant dans l'indifférence, il n'est pas actionné par les agents extérieurs comme les corps qui ont déjà leur forme.

774. S'il y a eu quelque chose pour l'incorporisation de l'homme dans la forme, il y aura quelque chose pour sa séparation.

775.- Tout est symbole dans la nature, c'est pourquoi le caractère naturel indique sensiblement l'hiéroglyphe.

776. Si les monstres engendraient, la convention éternelle serait muable.

777.- Le poids, ou le plein, est la matière, la mesure est l'horloge, le nombre est le feu.

779.- Sans le sel, les agents du dehors auraient trop de prise sur le corps; sans l'huile, le sel le corroderait; c'est pour cela que l'un et l'autre sont à l'enveloppe.

780. Si le supérieur surcéleste donne trop ou trop peu, les formes souffrent: c'est une loi générale pour le terrestre, etc.

782. Les lois criminelles de Moïse ne viennent pas de lui, puisque dans le désert, il n'y avait pas de juges pour les prononcer; ce sont les compilateurs qui ont tout transposé.

784. Le zéphir, ou zéphirah, qui veut dire "point du jour", vient toujours de la partie de l'Est.

785. Quand il n'y aura plus de Soleil ni de Lune, c'est alors que nous verrons plus clair.

786. C'est sur nous que doit se faire la première épreuve de ce que nous avons; et qui sera le maître chez soi le sera partout, puisque tout est à nous.

787. Je le répète, il n'y a pas d'autre science que de toujours faire tant par le rouge que par le blanc.

788. Tâche que pour tous tes ennemis il n'y ait rien de si respectable et par conséquent de si redoutable que ta présence, car tel est le privilège de l'homme, qu'il devrait n'avoir qu'à se montrer.

789. Comme nous nous égarons pour ainsi dire à tous nos pas, nous devons aussi avoir une absolution qui nous suive partout.

793. Le Mauvais séduit et enchante, le Bon laisse le temps de la réflexion.

794. Les trois temps sont et seront toujours universels, et ceci se peut connaître dans tous les genres et dans tous les cas, à l'infini.

795. Il ne faut pas demander pourquoi les choses ne sont pas mieux; le mieux est, mais nous n'y sommes pas.

799. Que ton âme se réjouisse en sentant que tu vis au milieu des verbes.

800. Si l'on te demande ce que c'est que la Sagesse, tu répondras en ne répondant point.


Conclusion

Ce livre n'est pas un livre, mais il contient de quoi en faire.

 

Louis-Claude de Saint-Martin

 

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Le Livre Rouge de Louis claude de St Martin (extraits 1)

Publié le 9 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Martinisme


 

"Le Livre Rouge, Carnet d'un jeune élu cohen", se situe dans la jeunesse de Saint-Martin. Il est le témoignage du chemin qu'il a parcouru par la "voie externe", selon ses propres termes. La doctrine exprimée ici est bien celle de Martinez de Pasqually, mais revue et adaptée au mysticisme de Saint-Martin. L'ouvrage consiste de schémas, d'esquisses, et de synthèses de nature théosophique, et préfigure déjà cette initiation suprême de la "voie interne", dont l'auteur éprouva le désir jusqu'à ne vouloir rien d'autre, et qu'il décrit comme l'ensemble d'une réalisation métaphysique et une union mystique.

 

1.- La science est la honte de l'homme, parce qu'elle lui fait sentir tout ce qu'il a perdu.

2. L'épée de l'homme, c'est sa parole.

3. Toutes les larmes de l'homme ne suffiraient pas à le laver.

4. Ma vie corporelle est ma pénitence.

5. Je te prierai pendant que je me porte bien, afin que tu ne m'oublies pas lorsque je serai malade.

6. Rien ne rend l'âme tiède comme la prospérité dans la matière.

7. Si tu fais le bien, tu auras toute la science.

8. Il faut que ce soit sa volonté qui se fasse, et non pas la mienne.

9.- Il est vrai que les femmes peuvent être vierges, et c'est là le supplice du chef quinaire.

10. Quand est-ce que l'homme a assez prié?

11. 3 est à 4 comme 7 est à 8. ::8::10::10:1::1:1, etc.

12.- Il est plus façile de nier son principe que de le suivre: c'est là ce qui fait tant d'impies.

13. Tous les hommes sont des prophètes sans le savoir.

14. Les conseils des hommes sont vains, parce qu'il n'y a point de président.

15. C'est bien mâcher à vide que de courrir derrière la matière.

16. C'est à cause des deux V que nous avons cinq doigts dans la main.

17. L'espérance de la mort fait la consolation de mes jours.

18. Il ne faut jamais dire: l'autre vie, car il n'y en a qu'une.

19. Ne te plains pas, ô homme, de ce que les voies de la Sagesse sont lentes, c'est là ta peine, et tu ne peux plus rien faire qu'avec le temps.

22. Il n'y a que 4 instruments de la mathématique, desquels il ne provient que trois figures.

23. Que les hommes sont bêtes de se croire en vie!

24. Parmi les choses créées, rien ne naît que par son contraire, et c'est là où l'on voit les preuves de l'apparence, où tout est copie.

25. Il ne veut absolument pas qu'on le connaisse, aussi laissons-le faire; c'est ce qu'il y a de plus sûr, et c'est ce qui lui plaît le mieux.

26. Commence par la Lune pour étudier ta leçon.

27. Si la production n'était qu'un développement, toutes les formes dans chaque espèce naîtraient égales.

29. Le ton mineur n'est pas dans la nature: c'est le fruit de cinq, une invention humaine.

30. Ce n'est que par la tendance vers notre ê[tre], que se fait la purification; tous ceux qui ne le sentent pas n'expient rien; ils ne font que se tâcher davantage.

33. Nous sommes tous veufs, notre tâche est de nous remarier.

34.- Le septénaire est un état de contrainte, et le repos n'est que dans le nombre 8.

37. Il n'y a pas de père qui n'ait trois enfants, ce qui montre la supériorité d'un sur trois.

38. Je ne connais rien de plus mauvais qu'une mauvaise prière.

39. La mort est une action, comment peut-elle donner l'idée du néant?

40. Ce qui est, est plus loin de nous que ce qui n'est pas.

43. Que l'homme veille sur les désirs de son âme, parce qu'ils sont puissants et que leur force peut faire obtenir.

44.- Les hommes font servir le vrai au culte de l'apparence, tandis que l'apparence leur avait été donnée pour le culte du vrai.

44. Les hommes font servir le vrai au culte de l'apparence, tandis que l'apparence leur a été donnée pour le culte du vrai.

45. Il faut être vertueux pour aimer, et il faut aimer pour prier.

46. Il ne faut pas le chercher, il faut l'attendre en paix, dans la soumission et dans la confiance.

47. C'est en vain que se dit heureux, celui qui suit toujours les jeux de son esprit.

49. L'intellect est la lunette de l'esprit.

51. Ce n'est pas par la lettre que l'on pourra justifier les Ecritures.

52. Le carré n'est que l'emblème des enfants du père, il ne tient que d'eux toutes ses propriétés.

53. Tâche, dans toutes les circonstances de ta vie, d'être plus grand que ce que tu fais.

54.- Dans la géométrie naturelle, le tout est plus petit que sa partie: 4 et 9 sont plus petits que 4.

55.- Les hommes font de leurs yeux la borne de leur esprit, tandis qu'ils n'en doivent être que le guide et l'indice.

56. Il est bienheureux pour les hommes que Dieu n'ait pas pu faire un monde éternel comme lui.

57. Ce n'est pas parmi les hommes que l'homme doit chercher son meilleur ami

58. Il n'y a pas de joie comme celle que donne la Sagesse.

61. Fais en sorte de ne jamais vivre que de la vie de ton âme spirituelle.

63. Les péchés que l'homme peut remettre sont plus que des capucinades.

65.- De même que la vie ne connaît point la mort, de même la mort ne connaît point la vie.

65. De même que la vie ne connaît point la mort, 59, de même la mort ne connaît point la vie,60.

66. S'il est encore irrésolu sur son peu de foi, sur sa p[uissance]!

67. Lorsque l'homme a une fois senti les douceurs qui sont faites pour lui, il ne veut plus goûter autre chose .

69. Pénètre si tu veux, dans l'intelligence de l'hiéroglyphe universel, il n'a été fait que pour être entendu.

70. Lorsque l'homme est de bonne foi dans la Sagesse, elle prend si bien soin de lui, qu'elle fait tourner à son profit jusqu'à ses vices, et c'est là la honte et la punition du 5.

72. Il n'y a pas une ligne droite dans la nature, parce que la nature est une prison, et que cette même nature ne donne que des prisons circulaires.

73. Le monde est formé par trois raisons doubles qui font six dans le moyen, et huit dans le fait et dans l'action.

74.- La première raison de toutes choses est double, ce qui fait que deux est la cause de toute génération.

75. Adam avait sûrement un nombril, puisque son cordon ombilical allait de la surface au centre.

76. Il n'y a que quatre consonances et deux dissonances dans l'harmonie. O vérité, comme tu es belle!

78. Tout consiste dans le préparatif.

79.- Le huiténaire ne peut pas encore être réintégré, puisque 9 le sépare du dénaire.

81. L'homme est un billet que Dieu met en loterie.

82.- Le feu est dessous, il voudrait être dessus, c'est ce qui tient en pâtiment toute la nature ainsi que les êtres qui y sont assujettis.

83. Il est impossible que l'orgueil tienne contre la piété.

84. Qui croirait que l'homme est un étui de mathématique?

85. Pleure, homme, tant que tu seras vierge.

86. La piété est le sel de la science.

87.- L'univers finira par une cadence.

89. Qu'est-ce qui peut et doit jamais empêcher l'homme de faire son travail?

91. L'homme n'a pas d'autre mystère que son être, car un mystère n'est pas une chose impénétrable, c'est une chose voilée.

92.- Après que l'univers aura enfanté ce qu'il y a dans son sein, il restera, comme dans les accouchements des corps particuliers, un arrière-faix qui est le demi-temps de Daniel.

93. Prends garde, ô homme, de faire la prière du lâche et de vouloir tout obtenir sans travail.

95. Oh! combien Dieu est bon, c'est lui qui fait le bien pour nous, et après cela, il nous récompense encore.

96. Adam avant son crime électrisait par communication; depuis il ne le pourrait que par friction. Mais,

104. Toute dissonance vient du nombre deux, l'harmonie le prouve assez sensiblement.

105. Les vers même ne mangent point ce qui est vivant.

106. Que dire tant qu'on n'a pas fait sa première communion?

107. Si tu fais du bien, tu auras toute la science.

108.- Dieu n'est pas 3 en 1, il est 1 en 3.

112. La tête de l'homme a mangé sa queue . Voilà pourquoi l'espèce humaine n'a point de queue, et réciproquement, si les animaux ont une queue, c'est qu'ils n'ont point de tête.

114. L'homme devrait être dans la main de dieu comme l'enfant qu'on tient par la lisière, il ne va point, on le mène partout.

115. La vraie science, c'est la force, la confiance et l'humilité.

116. L'homme souffre tant qu'il n'a point attrapé la bride de son cheval.

119. Ils ne veulent pas absolument distinguer la nature brute, d'avec la nature raisonnable.

120. Le progrès de la ligne courte est 3, celui de la ligne courbe est 4, comment peuvent-elles jamais se concilier?

121. Il n'y a de vrai savant que celui qui possède le carré, et d'après Dieu nul ne le connaît parfaitement.

123. Comment faire 2 sans faire 3?

124. Le quaternaire va toujours droit.

125. La première loi de l'homme est de ne pas prendre le nom de Dieu en vain, car il y est exposé à tous les moments de sa vie.

129. Le seul ouvrage de l'homme {c'}est la circoncision.

130. Quand est-ce que je saurai mon nom de baptême?

132. Chaque instant de notre vie corporelle était destiné à nous faire acquérir un degré de force et de vertu.

133. La mort corporelle de l'homme est sa seconde naissance.

134. Qu'il y a de gens qui passent leur vie sans manger !

135. Les hommes ont peur de croire aux 7. A quoi croient-ils donc? Aux trois...

138. La partie supérieure est le sec, la partie inférieure est l'humide. Les femmes communément aiment le vinaigre, les hommes aiment le vin.

141. Ne prie jamais pour tes désirs ou pour ta volonté, à moins que tu ne sois sûr du bien qui pourrait en résulter.

142.- Le nombre 13 est le nombre de la nature. Combien l'ignorance a fait de progrès!

144.- N'oublie jamais que la parole et l'action existent, et que rien ne se peut faire sans le huiténaire.

146. C'est une grande science que celle de ne pas se presser.

147. Oh! combien est grand l'homme qui est humble et simple!

149. La prévarication continuelle des hommes est de chercher sans cesse la quadrature du cercle, ou de vouloir concilier les ténèbres, 9, avec la lumière, 4.

150. Si je laisse échapper un seul globule d'air d'un ballon bien tendu, le ballon se vide en un instant. Voilà pourquoi, tant que l'univers subsistera, personne ne montera dans l'atmosphère divin. Parce qu'alors tout serait réintégré.

151. Il ne faut pas que rien de ce qui est dans la Sagesse surprenne l'homme, ce serait le moyen de devenir extrêmement fort et cependant d'être toujours humble.

152. Pour connaître l'origine des corps, il faut les avoir vu naître, et je l'ai vu.

155.- Quand tu auras passé 15 ans sur le ventre, alors tu auras la permission de parler.

157. Comme c'est qui a été le principe de la conception, il est aussi le nombre de son fruit, de même que de la durée et la vertu génératrice. Aussi les femmes la perdent environ à la fin du même nombre ou temps.

159. Si tu veux faire quelque chose, commence par te saigner au blanc.

162. J'ai dit pourquoi l'espèce humaine n'avait point de queue (112), cela fait voir aussi pourquoi les animaux en ont, c'est qu'ils n'ont point de tête.

165. Sans 3, il n'y aurait point d'équilibre.

167. Avant de rien faire, il faut bien attacher le crochet afin que cela tienne.

168. Oh! combien grand l'homme dont le corps est au-dessous de lui!

169. Je ne vois rien qui ne soit une répétition continuelle des types, soit dans le spirituel, soit dans l'élémentaire, soit dans le matériel.

170. L'homme ne prend pas garde qu'il est sans cesse dans une ville de guerre.

171. Purge ton corps, et ensuite présente-toi à la prière; le reste ira tout seul, c'est là tout le secret.

172.- Si l'on joint au nombre de la matière le nombre de son principe, on aura un nombre qui sera la moitié du vrai nombre; c'est pourquoi l'on voit le dépérissement universel. Le même nombre préside au principe de la matière et à sa destruction.

173. Il faut prier Dieu pour les maux qu'il nous envoie; quand à ceux que nous nous faisons, il faut les guérir nous-mêmes.

174. Dans {les tribunaux de} la justice civile, on fait lever la main, pour appuyer le serment. Oh! si le juge en connaissait la raison!! XX

175. Le mot coën porte 34, parce qu'il est l'incorporation du mineur dans l'élémentaire.

176. L'homme a oublié sa leçon dans un instant; il lui faut toute la durée du temps pour la rapprendre.

178. Quand ma montre est dérangée, je la porte de préférence à l'horloger qui l'a faite...

183. Les c[oëns] triplent {toutes} les lettres hébraïques à cause des trois mondes; et l'alphabeth est tout renversé parce que Moïse a voilé la science.

185. 8 fois 8 font 64. Quelle plus grande preuve de l'universalité de l'action et la double action?

187. Tiens-toi sur tes gardes le lendemain d'un jour heureux.

188. La science n'est que l'échafaud, la piété est l'édifice.

189. - Il n'y a que quatre intervalles, les trois premiers de trois marches chacun; c'est là tout ce qui compose l'escalier: 1, 3, 5, 7, 10. Le dernier est 4.

190. L'âme est dépositaire du mouvement. Comment pourrait-elle périr?

191. Le corps de l'homme est un vrai composé de toutes les choses créées, étant lui-même créature. Le corps est un composé de solides, fluides, de signes, poids, nombres, mesures, proportions, angles aigus, obtus, rectangles, triangles,simples, doubles, triples; cercles, carrés parfaits et longs; sons, paroles, actions, pensées, intentions et circonférences, jusqu'au nombre 3, 5, 6, 7, 9, 10 = 64.

193. Je ne puis trop répéter que le quaternaire est le médium, le lien, l'échelle universelle; il est le centre des figures; il tient le milieu entre le cercle et le triangle; il tient le milieu des 3 espèces d'angles. Etc...

194. Qu'est-ce qu'il y a autre chose que des 7 et le 7?

201.- Il y a plus d'eau que de terre, il y a plus de feu que d'eau, il y a plus de verbe que de feu.

202. Retiens-toi de parler, quand tu ne te sentiras pas gravité d'une pensée vive et que ta parole pourrait être vaine.

205. Il n'y a pas d'instant dans la vie où l'homme ne dût dire la messe, c'est-à-dire appeler.

206. Le soleil est à la nature corporelle ce que le Christ est à la nature spirituelle.

207. Le souffre est dessous, le sel est dessus, le mercure est le médiateur; il occupe l'espace du milieu, et par là est le lien universel des mixtes.

208. La postérité d'Abraham resta en servitude en Egypte pendant 430 ans, nombre qui exprime le pâtiment de l'âme et du corps pendant notre privation et dont la réunion donne le pâtiment de l'esprit.

209. Le nombre 9 à la suite d'un ou de plusieurs autres nombres ne change rien à leur valeur, parce que toutes les modifications possibles de la forme ne causent pas la moindre altération au principe.

211. Il n'y a que la prière du juste qui puisse quelque chose, commence donc par te justifier.

212. Les femmes n'étaient point faites pour avoir des enfants, il n'y a qu'elles qui aient des menstrues, et à qui l'approche du mâle ne soit pas de nécessité absolue.

213. Le plus savant des hommes est celui qui prie le mieux.

214. Quand vous laissez entrer le quinaire dans le quaternaire, il laisse tranquille le ternaire, mais quand vous le chassez du quaternaire, c'est sur le ternaire qui se replie.

217. La science est la récompense de la piété.

219.- L'univers n'est composé que de centres, et le centre n'est point matière. Que sont donc les corps?

220.- L'homme naît avec trois dons: la conservation du corporel, celle du spirituel, et le don d'invoquation. Ceux-ci bien cultivés font obtenir le quatrième qui est le commandement. C'est là l'unité quaternaire.

221. Dans quel pays que l'homme soit sur la terre, il faut qu'il passe le Jourdain pour aller à Jéricho. 2..............

222. Le matras de l'homme, c'est Dieu. Que peut-il donc s'il s'en sépare?

223. N'aie point de repos si tu n'aies fixé le mercure.

224. C'est un beau sacrifice qu'une hostie sans tache. 4

225. Dans l'assemblage comme dans la séparation, le sel est toujours autour et au-dessus du mercure. Dans l'assemblage, il est son préservateur. Dans la séparation il est la barrière et l'empêche de revenir en formes; il est aussi alors le préservateur du soufre pour l'empêcher d'être reconquis, au lieu que dans l'assemblage, il était la barrière de la barrière.

227.- Si tu veux savoir quelque chose, étudie le triangle, mais non à la manière des hommes, ils en font la mort de la science.

229. Songe toujours à ta vie.

231. La rouille du fer n'est pas venimeuse comme celle du cuivre, à cause de son sel.

232. Comment ne pas croire aux visions? La création universelle n'est que cela. Toute la différence, c'est qu'elle est plus longue et plus contrainte que les autres.

233. L'esprit nous veut tant de bien qu'il s'accomode même au mal que nous lui faisons.

234.- Le feu est le commencement et la fin de l'élément. L'eau est le commencement et la fin de la corporisation. La terre est le commencement et la fin de la forme.

237. Prie, et rougis de te trouver ici.

239. Balaie les rues, la veille des grandes fêtes. .

241. C'est le mercure qu'il faut prendre avant de toucher à l'extrait de Saturne, car Mercure fait la préparation.

242. Je n'aime qu'un seul homme au monde, mais aussi j'en suis bien aimé.

242. Je n'aime pas un seul homme au monde, mais aussi j'en suis bien aimé.

244. Quand le grand prêtre entre dans le temple, il le nettoie et se réjouit. L'usage des tapisseries, dans le{s} passage{s} des processions, fait l'un et l'autre emblèmes.

245. Tous les soins des hommes tendent à les dispenser de prier Dieu.

246. Le langage naturel des hommes ne leur est presque pas connu, nous parlons presque tous une langue étrangère.

247. Comment, homme, peux-tu avoir des peines, puisque tu as le pouvoir de prier ton Dieu?

249.- L'esprit nous est ôté, le coeur est tout ce qui nous reste, et c'est là le sacrifice que nous devons faire si nous voulons recouvrer la lumière.

252. Le cercle naturel se produit dans tous les sens, et ainsi il produit tout avec lui; le cercle artificiel au contraire commence par la fin, qui est le triangle.

255. Ce n'est pas la matière qu'il faut nettoyer, car elle est sale partout par rapport à l'esprit qui doit la percer, mais c'est le prisonnier qu'il faut tenir net, et alors la matière n'est plus un obstacle.

257. Le but de la panacée et de la géométrie humaine est de trouver un esprit qui soit matière, afin de pouvoir se passer de celui qui ne l'est pas; c'est aussi le but des hommes dans la justice qu'ils ont faite, de se passer de celle qui n'est point faite. Mais qu'on voie ce qu'ils trouvent, et s'il y a quelque chose après 1!

258. Le triangle produit trois autres triangles avec leur centre, dont le produit fait 3; et, en y joignant le feu, cela fait 7, d'où l'on voit que la vie est partout.

259. Après la mort, si tu as été sage, tu verras mieux qu'à présent ce qui se passe dans les deux mondes; si tu ne l'as pas été, tu ne feras que le sentir et tu ne verras rien.

261. C'est par la réunion de 4 à 5 que s'est fait le mal; c'est par la même réunion que le mal est détruit.

263. Les hommes ne peuvent faire que 3. La nature fait à la fois 10, 9, 7, 6, 4, 3 et 1, c'est-à-dire qu'elle fait un de plus que ce qui est aujourd'hui au pouvoir de l'homme.

264. Aie toujours présent à l'esprit que tu as un corps qui appartient à la terre.

265. 3 est la voiture, 4 est le cocher, 10 est le chemin.

266. C'est le milieu des principes des mixtes qui les tient en action et par conséquent en pâtiment. Il faut craindre ce milieu-là, mais il y en a un autre qu'il faut désirer: c'est celui de 53290.

267. Il y a trois sacrements qui ne tombent que sur la forme, et qui ne demandent point de préparation, parce qu'ils sont donnés gratuitement. Les quatre autres en demandent et ne sont que la récompense du travail de l'homme; aussi ne peuvent-ils s'accorder que lorsqu'il y a intelligence.

268. Autre chose est d'avoir l'intelligence de l'opération; autre chose est d'avoir celle de la raison de l'opération. Tous les êtres corporels n'ont que la première de ces intelligences; l'autre est données uniquement au 10, au 8 et au 4.

269. Si nous étions tout seuls, mais il y a lui, qui est la cause que nous ne pouvons former un en allant à l'autre lui.

271. En quelque lieu que l'homme aille, quelque isolé qu'il soit, ils sont toujours 3 ensemble.

272. Si l'homme commençait par s'instruire des principes des choses, il verrait combien la connaissance du reste lui paraîtrait simple et familière.

274. Y a-t-il rien de plus beau, de plus utile et de plus respectable qu'une roue? 10009.

275. L'homme a la vie en lui, et il craint quelque chose! C'est qu'il ne peut parvenir à se le persuader.

276. 10 est le premier fils du père et le père du fils que les hommes regardent comme le 1er; enfin 10 enfant en tout, et 4 contient tout parce qu'il donne sans cesse la main à 10 qui est le chef.

278.- Nous devrions tuer le temps, 5, mais c'est le temps qui nous tue.

279. C'est parce que l'homme fait trop de choses qu'il veut, qu'il ne peut plus faire celles que voudrait son guide; car ce guide étant souverainement bon, il faut que la volonté de l'homme soit nulle ou ne fasse qu'un avec la sienne, et c'est là l'écueil ou le chef-d'oeuvre de la Sagesse.

280. Si tu ne cherches pas la science, elle te viendra, mais pour cela il ne faut pas non plus chercher autre chose.

281. Je sens tous les jours que l'actif spirituel tue le passif animal, et l'homme n'est que pour cela sur la terre.

283. Les mensonges sensibles ne sont pas des mensonges; il n'y a de vrais mensonges que ceux qui sont contre l'insensible. Ainsi, pourvu que nous ne mentions pas contre lui, restons en paix, le désordre ne sera que dans le temple, et non pas dans le sanctuaire.

284. La corruption est le matras des êtres et surtout des insectes. Ainsi, tiens-toi propre si tu ne veux pas qu'ils te mangent.

285. C'est 2 qui fait 5.

286. La meilleure manière de demander à Dieu de nous élever au-dessus de nos sens, c'est de nous y élever nous-mêmes.

288. Heureux celui qui ne connaît que la soumission à son chef et à la prière.

292. Qui est-ce qui peut mieux conserver que celui qui a fait?

293. L'on ne peut rien voir sans qu'il y ait un chef, un agent, un sujet ou instrument, et enfin l'oeuvre; c'est là la marche de toutes les natures et de tout ce qui s'y produit et s'y fait.

294.- De même que l'âme peut vivre indépendamment du corps, de même bien des corps vivent indépendamment de leur âme.

295.- L'Est terrestre est donné à l'homme en attendant, et comme pour lui servir d'échelle.

296. 6 est son nombre, 4 sa propriété, et c'est là l'image. 7 est la nature, 10 est la seconde propriété, c'est ce 17.

297. Alerte, alerte, tant que tu seras au milieu des fils de la violence, car ils te persuaderont qu'ils sont quelque chose et ils ne sont rien.

298. Quand la voix se prolonge, elle est bonne; il n'y a que le son brusque et subit qui soit mauvais.

299. Le mercure est blanc parce qu'il est au centre; quand on l'en tire, il devient noir. Il est propre à l'action parce qu'il est pur. Il est immobile parce qu'il est dans l'indifférence.

300. Dans les êtres apparents, il ne peut rester aucune impression de l'action des êtres vrais, voilà pourquoi les ténèbres ne peuvent jamais comprendre la lumière.

301. C'est la réunion des essences qui produit l'élément, et c'est la réunion de l'élément qui produit les corps; voilà pourquoi les éléments sont neuvaires, ainsi que les formes.

302. Si tu veux n'avoir jamais d'orgueil, songe toujours à ce qu'il t'en coûte pour avoir quelque chose, et il y aura de quoi t'humilier.

303. La meilleure preuve qui se puisse donner qu'on aime la justice, c'est de se la faire à soi-même.

304. N'élevons jamais le quaternaire au-dessus de la 4e puissance; le reste est l'abomination. Car il ne peut y avoir que cela puisque 4, 8, 3 et 7 = 1.

307. Les élémentaires sont autant de prisonniers, qui gardent un prisonnier d'une autre nature.

308. La preuve que ce n'est pas Dieu qui a fait la nature, mais qu'il l'a fait faire, c'est que l'âme spirituelle de l'homme ne se joint à sa forme qu'après que le principe corporel l'a bâtie. Or l'homme est le petit monde.

309.- S'il n'y a que 1, comment {le} 3 qui n'est que 2{, comment} peut-il être quelque chose?

310. 4 n'est susceptible que de trois divisions: la 1re, la 2e et la 3e. C'est pour cela que, parmi les choses créées il ne peut y avoir ni ligne droite ni carré.

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RER: Jean Tourniac

Publié le 9 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER


MESSAGE DONNE À LA FÊTE DE LA SAINT-HUGHES, 1978 " POINTS D'HISTOIRE ET DE DOCTRINE "

J'ai eu l'occasion de signaler parfois le flou de nos connaissances en matière de formation et évolution de notre Rite et des rituels qu'il gère et ce, notamment, pour la période précédant son envoi et son extension en Europe.
Aujourd'hui je me propose donc de vous résumer très brièvement quelques aspects historiques touchant à ces différents sujets.
Les travaux de chercheurs tout à fait compétents dans ce domaine, comme René DÉSAGULIERS, directeur de la revue RENAISSANCE TRADITIONNELLE, Antoine FAIVRE, professeur d'Université et d'autres encore, nous permettent de mieux cerner les débuts de ce Rite. Les renseignements très précieux de notre bien cher ami René HANER, et T.R. Grand Chancelier adjoint à la Grande Chancellerie de l'Ordre des C.B.C.S. à Genève, sont en outre venus corroborer les conclusions que l'on pouvait formuler sur tel ou tel point doctrinal ; c'est donc l'instant de vous faire part desdites conclusions qui, bien entendu, seront ultérieurement corrigées en fonction d'éléments nouveaux qui pourraient nous être communiqués. L'exposé qui suit est, faut-il le préciser, dépourvu de toute perspective spirituelle personnelle et s'en tient aux faits.

I. Les rituels rectifiés

Je me bornerai à traiter des seuls rituels pour lesquels j'ai pu recevoir une documentation très sûre.
Une remarque préliminaire : il ne faut jamais oublier qu'historiquement le rite s'enracine dans le Régime de la Stricte Observance Templière Allemande. C'est la source première et de ce fait traditionnelle du Régime.
Sans doute WILLERMOZ et les F.F. de Strasbourg ont-ils modifié les rituels de la Stricte Observance en leur possession pour éliminer notamment l'idée d'une puissance Templière temporelle, socio-économique, et pour ne point faire descendre chronologiquement la Maçonnerie de l'Ordre du Temple tout en exaltant l'affinité des deux Ordres. Nous l'avons déjà signalé dans nos précédentes conférences.
Sans doute ces frères ont-ils tenu compte, dans ces modifications, de données extérieures à la Stricte Observance : rituels pratiqués en France et qui furent à la base du Régime Écossais Ancien et Accepté, rituels de Chevalerie Maçonnique, tel ce rituel de Chevalier d'une dizaine de pages datant de 1778 et que m'a cité René HANER. Sans doute ont-ils surtout voulu surimposer à la Maçonnerie de leur temps, ce qu'ils avaient cru devoir extraire du Système des ÉLUS-COENS. Il n'en demeure pas moins vrai que l'aube du Régime c'est la Stricte Observance Templière.
L'œuvre créatrice de WILLERMOZ s'est d'abord exercée à l'égard des rituels bleus et verts ; mais une seconde observation doit être faite : aucun Convent GÉNÉRAL n'eut à donner son agrément au dernier des rituels symboliques et au dernier des rituels du quatrième grade, puisque l'ultime CONVENT GÉNÉRAL de WILHELMSBAD se tint en 1782, soit trois ans avant la dernière élaboration willermozienne des rituels bleus, et vingt-six ans avant la dernière version du rituel "vert". Cependant, comme l'a noté René DÉSAGULIERS, les Frères d'Auvergne et J.-B. WILLERMOZ avaient reçu une sorte de mandat tacite du CONVENT de WILHELMSBAD et spécialement de leurs Frères d'Alsace pour mener à bien la création des rituels et pour les mettre au point.

Les Rituels Bleus

À partir des différentes sources auxquelles il avait accès, WILLERMOZ compose des versions successives du rituel bleu, échelonnées sur une dizaine d'années. On retiendra les trois étapes suivantes :
En 1778 WILLERMOZ présente au CONVENT NATIONAL des GAULES, un nouveau rituel. Notons que si celui de la Stricte Observance ne comprenait que quelques pages, le rituel composé par WILLERMOZ s'étend sur plusieurs dizaines de pages.
En 1782, pour le CONVENT GÉNÉRAL de WILHELMSBAD, WILLERMOZ confectionne une autre version des rituels bleus, d'un volume double de celle de 1778 ; elle atteint l'épaisseur de la version actuelle mais comprend la purification par les éléments, " Tubalcaïn ", etc.
En 1785, son dernier rituel, en raison de différentes influences parmi lesquelles celles de l'" Agent Inconnu ", introduit " Phaleg ", en même temps qu'il élimine " Tubalcain " et procède au " rejet des métaux ". C'est le texte final de WILLERMOZ que nous connaissons et qui est pratiqué tant en Helvétie qu'en France (1).

Les Rituels Verts

On sait que la Stricte Observance Templière comprenait un rituel d'Écossais vert et d'Écossais rouge. C'est à partir de cet "Écossais vert" que WILLERMOZ construit le 4e degré du Rite Écossais Rectifié, mais le rôle des Strasbourgeois n'est pas à sous-estimer dans cette affaire. Ce sont eux sans doute qui eurent l'idée d'en faire le grade terminal de la Maçonnerie Symbolique.
En 1776 donc, après avoir éliminé l'Écossais rouge, il fait de l'Écossais vert, remanié par lui, le dernier grade de la Maçonnerie symbolique. Etendu sur quelques pages seulement, ce rituel de Maître Écossais, nouveau style, ne contient aucune allusion à saint André et bien entendu pas de quatrième tableau. C'est, par l'ancienneté, la source traditionnelle de notre quatrième grade, rattaché de nos jours au GRAND PRIEURÉ.
En 1778, une autre version complètement refaite par WILLERMOZ, en accord général avec le CONVENT NATIONAL des GAULES de 1778/465 est employée. Elle est toujours aussi brève, dépourvue de saint André et de quatrième tableau. Du reste le bijou de Maître Écossais de WILLERMOZ conservé à la bibliothèque municipale de Lyon ne comporte pas de représentation de saint André, mais l'avers seulement du bijou.
Entre 1778 et 1782, plusieurs versions du quatrième grade sont utilisées conjointement et d'ailleurs l'Écossais vert de 1776 survivra bien longtemps puisqu'en 1814 encore et, alors que la version de 1809 dont nous parlerons bientôt est déjà en vigueur, un Haut Dignitaire du Rite Rectifié n'hésitera pas à venir à Strasbourg recevoir cette transmission de l'Écossais vert qu'il considérait sans doute comme traditionnellement importante malgré sa sobriété !
En 1809 donc, et après avoir homogénéisé plusieurs éléments composites, WILLERMOZ procède au "montage" du rituel, ultime pour son époque. C'est un "amalgame" harmonieux de l'Ancien Écossais vert et de perspectives tirées du système des ÉLUS-COENS de Martinez DE PASQUALLY, système sous-jacent d'ailleurs à toute l'architecture spirituelle et cohérente du Rite dans la facture willermozienne. On trouve aussi, dans ce rituel, des définitions qui par le style, le texte et la conception me semblent empruntées aux catéchismes du diocèse de la ville de Lyon, notamment pour tout ce qui concerne " l'abolition " de l'Ancienne Loi, la morale et l'histoire religieuse, et qui, en tout cas, reflètent bien les idées du temps sur ces points (1).
Enfin, dernière injection dans ce rituel : le "SAINT-ANDRÉ" introduit sans doute sous l'influence du baron TSCHOUDY. La lettre de WILLERMOZ à Charles DE HESSE CASSEL explique d'ailleurs l'origine de cette nouvelle appellation de Saint-André, très générale en Allemagne du Nord. Le revers du bijou du grade s'orne alors des symboles de St André.
Voilà donc la genèse de ce rituel du Quatrième Grade, particulièrement dense, qui n'a que peu de ressemblance avec ses premiers ascendants traditionnels et témoigne surtout du génie inventif, mais assimilateur et constructif de l'auteur, et de sa foi religieuse bien sûr.

Le Rituel de la Cène Mystique

Fort émouvant et de haute tonalité spirituelle, ce rituel ne date en fait que des débuts du XXe siècle, lorsque les accords d'intervisite entre le Suprême Conseil du R.E.A.A. en Helvétie et le Grand Prieuré d'Helvétie, entraînèrent la confection d'une Cène pour des loges de Maîtres Parfaits de Saint-André, à l'instar de celle en usage pour le 18e degré de Rose-Croix au R.E.A.A.
Aussi n'en trouve-t-on aucune trace dans un manuscrit de WILLERMOZ que possède notre ami René HANER. En revanche, on lit dans un rituel du quatrième grade la note suivante, inscrite au crayon par AMEZ-DROZ, je cite : " la Cène appartient de droit au Quatrième Degré ".
Cette Cène du quatrième degré est simple et belle. Elle précédera la Cène Mystique employée actuellement au 6e degré. De son côté, René DÉSAGULIERS m'a signalé avoir en sa possession le Rituel Général de la loge de Maître Écossais de Saint-André, revu le 29 novembre 1899 par le Directoire Ecossais d'Helvétie ; un rituel de la Cène rectifiée y est annexé avec la mention ci-après de Charles MONTCHAL, datée du 11 mars 1924, je cite : " Le récit de la Cène mystique ne se trouve pas dans les rituels de 1782 dont notre copie est tirée, nous pensons qu'elle était facultative et qu'elle doit se placer, si employée, avant la clôture de le loge des Maîtres Parfaits de Saint-André. "
Une dernière précision, la Cène mystique est pratiquée à notre époque, en Helvétie, dans les Préfectures de Zurich et Neuchâtel, mais pas dans celle de Genève en raison, sans doute, du désir des Chevaliers, Membres de la Congrégation des Pasteurs de Genève, de voir réserver la pratique de la Cène à l'Église réformée (1).

II. L'organisation primitive du rite

Après cette courte étude de certains rituels de l'Ordre, je voudrais dire quelques mots de l'organisation du Rite Rectifié à son origine.
Elle n'est pas comparable avec la nôtre, pour deux raisons fondamentales :
a) Le gouvernement de l'Ordre des C.B.C.S. n'est pas national au début, mais international et il se prolonge en fait, comme nous allons le voir, jusqu'au niveau des loges bleues par le truchement des Grandes Loges Écossaises et des Collèges Écossais de Députés Maîtres.
Il n'y a pas à ce moment-là, et pour le Rite Rectifié, de Grande Loge Nationale reconnue par la G.L. Unie d'Angleterre et gouvernant souverainement les grades symboliques et les rituels de plusieurs rites, dont le Rite Écossais Rectifié parmi d'autres ouverts ceux-là à tous les croyants.
Pour tous ces points je renverrai aux analyses de René DÉSAGULIERS et me bornerai à mentionner quelques particularités de l'organisation du Rite, telle qu'elle ressort du Code des Loges Réunies et Rectifiées et du Code des C.B.C.S.
Le Code des Loges R. et R. ne reconnaît que quatre grades : apprenti, compagnon, Maître et Maître-Écossais.
En fait la loge écossaise n'a guère d'autonomie, le Vénérable Maître n'est que l'adjoint du Député Maître inamovible et qui peut avoir plusieurs loges sous son autorité ; et le Vénérable Maître est toujours choisi parmi les Maîtres Écossais dans la Tradition du Rite.
On devine mieux ainsi l'articulation du Rite entre la Maçonnerie symbolique et l'Ordre Intérieur. En effet, le Code des C.B.C.S. stipule de son côté, je cite : " la Franc-Maçonnerie conservatrice de notre Saint Ordre en est la pépinière où l'on élève et prépare les sujets que l'on croit propres à y entrer. Elle doit donc être dans une liaison intime avec le gouvernement intérieur du Saint Ordre."
Précisément cette liaison est assurée à travers un homme : le "Député Maître - Commandeur" assisté par une institution dont il a la présidence : le COLLÈGE ÉCOSSAIS.
Sur un plan plus général, c'est la préfecture qui en Maçonnerie symbolique porte le nom de " GRANDE LOGE ÉCOSSAISE ", la Maçonnerie symbolique nationale étant dans sa totalité placée sous l'autorité du GRAND MAÎTRE NATIONAL assisté d'un GRAND DIRECTOIRE NATIONAL.
Une remarque faite par René DÉSAGULIERS : au " GRAND DIRECTOIRE NATIONAL " prévu par le Code des Loges R. et R., correspond le " CONVENT NATIONAL " indiqué dans le Code des C.B.C.S. La Nation n'est d'ailleurs pas entendue de la même façon dans les deux Codes. Pour les loges réunies et rectifiées il y a neuf Grands Prieurés, la Bourgogne comprenant alors deux Prieurés hors de France : les Pays-Bas et l'Helvétie.
Enfin, comme nous l'avons déjà indiqué, le Grand Maître National est placé lui-même sous l'autorité du Grand Maître Général, à souveraineté internationale ou supranationale.
On peut déduire de cette structure, ingénieuse mais complexe, que la Maçonnerie symbolique est nationale et l'Ordre Intérieur international.
Tout ceci m'amène à traiter d'un autre sujet de controverses liées à la méconnaissance des origines du Rite : la légende des C.B.C.S. non-maçons.

III. Les C.B.C.S. non-maçons
Il s'agit bien d'une légende à laquelle j'ai longtemps cru, me fiant à ce qu'en disaient certains de mes aînés.
Or cette fable ne repose sur aucun fondement légitime. Certes, il y eut dans la " Stricte Observance Templière " des " Chevaliers Socii ", BACON DE LA CHEVALERIE fut lui-même " Socius "... mais il était maçon. On consultera à ce propos Alice JOLY et LE FORESTIER.
Le manuscrit 5939-309 de la bibliothèque municipale de la ville de Lyon et intitulé Cérémonie pour la réception d'un Frère Socius du Temple est formel, je cite : " Après que le récipiendaire aura frappé à la porte en écossais. " Or, comment aurait-il pu le faire s'il n'avait été déjà maçon (1)?
Quant au Rite Écossais Rectifié, il n'a pas conservé cette classe de Socii, dont on a vu qu'elle était formée de maçons. De plus, tous les rituels d'origine de l'Ordre Intérieur contredisent nettement cette idée dangereuse et récente d'un armement de profanes. Le rituel de 1808 reprend d'ailleurs constamment le titre éloquent de "CHEVALIERS MAÇONS DE LA CITÉ SAINTE", titre qui se suffit à lui-même.
Cette fable, concernant l'armement de profanes nous aurait créé des difficultés avec d'autres Rites si elle avait reçu quelque crédit.
Avec cette réflexion, j'aborde le dernier point de mon exposé.

IV. Les relations avec les autres Rites.

Là encore, bon nombre d'assertions fantaisistes ont faussé les perspectives. On a par exemple affirmé que nul Chevalier Kaddosch ou " Élu " du R.E.A.A. ne pouvait être admis dans une loge bleue rectifiée !
Ce que l'on oublie, c'est qu'en vertu du Code des Loges Réunies et Rectifiées, les visiteurs étaient admis en loge bleue, revêtus des insignes des Grades Supérieurs en leur possession, un peu comme de nos jours le bijou de l'ARCHE-ROYALE peut être porté en Loge bleue de rite anglais.
Or en 1778, le Rite Écossais Ancien et Accepté, n'existait pas encore sous la forme ultérieure en 33 degrés mais, quand il fut structuré de la sorte, la visite des loges bleues rectifiées ne fut pas autorisée aux Frères de ce Rite portant ostensiblement sur eux, et en loge rectifiée, les insignes des grades dits de " vengeance ", cette notion étant étrangère au Rite Rectifié, Autrement dit, et contrairement aux idées répandues, on n'a jamais refusé en loge les visiteurs des Hauts Grades du R.E.A.A., mais on leur a demandé de ne point porter visiblement les insignes d'ÉLU ou de KADDOSCH (1). On consultera à ce sujet le chapitre XIV du Code des Loges Réunies et Rectifiées.
Par contre pour les Grades de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, il semble bien que n'étaient admis que les membres du Rite en possession de ces Grades. C'est ce qui découle d'un passage du Code des Loges Réunies et Rectifiées que je cite : " Le grade de Maître Écossais est exclusivement affecté au Régime Rectifié. C'est pour cette raison que lorsqu'on tient loge d'instruction à ce grade, on n'ose y faire assister aucun visiteur d'un autre régime, quelque grade qu'il ait. "
Voilà qui est net mais qui met l'accent sur le Régime plutôt que sur le Rite. De fait, on a quelque raison de penser que dès les origines les Frères de Lyon recevaient les membres de la Stricte Observance, Organisation Mère du Régime dont descend, tant le Rite Rectifié que le Frei Maurer Orden Allemand et, par un cousinage rituel, la Chevalerie et la Maçonnerie Suédoises (2). C'est dans la ligne de ces principes de reconnaissance que devaient se situer à notre époque les accords d'équivalence avec le Rite Suédois, le Rite Allemand travaillant dans un rite dérivé du suédois, et de la même façon les Prieurés des KNIGHTS TEMPLAR de langue anglaise. Il y avait en effet entre tous ces rites soit un régime primitif commun, avec des symboles et ventilations graduelles analogues, soit encore des perspectives christo-templières apparentées comme c'est le cas pour les KNIGHTS TEMPLAR.
Notons pour le Rite Suédois qu'il descend ainsi que le Rite Rectifié de la Stricte Observance mais qu'il subit une première mise en forme par Karl Frédérik ECKLEFF - lequel joue un peu pour ce rite le rôle de WILLERMOZ pour le Rectifié -, et qu'après avoir subi l'influence de ZINNENDORF, il fut définitivement constitué par le duc de SUDERMANIE, le futur CHARLES XIII.
En Norvège, le Rite Suédois ne fit son apparition qu'en 1818 prenant alors la place des deux rites successivement pratiqués dans la Loge d'Oslo entre 1749 et 1818 : le Rite Anglais et le Rite Rectifié.
Voilà donc pour les équivalences et reconnaissances. Cependant, très tôt devait se poser le problème des relations avec des Rites d'un autre type, ou d'un autre contenu symbolique et initiatique, comme le Rite Écossais Ancien et Accepté. Ce fut alors la " double appartenance " qui fut parfois pratiquée permettant une connaissance " par l'intérieur " des richesses et des concepts de chacune.
En France, cette double appartenance s'inscrivait dans l'évolution de la Maçonnerie Universelle et Traditionnelle, matrice de tous les Rites et de tous les Régimes.

ANNEXE

En ce qui concerne le rite suédois (ou scandinave) nous apporterons les précisions suivantes :
Il y a en Suède trois degrés de Saint-André par symétrie avec les trois degrés de Saint-Jean, répertorié VIe grade en Suède et qui correspond au Ve grade allemand.
En vertu des accords de reconnaissance et d'équivalence entre la Maçonnerie de rite scandinave (Pays scandinaves et Allemagne) et de rite rectifié (Helvétie, France, U.S.A.), les équivalences correspondent donc au Tableau suivant dressé par le T.R. Chevalier Jean HEINEMAN of Nordfors, et publié dans différentes revues de recherches.

 

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Homélie RER

Publié le 9 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER

 Homélie  du Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules prononcée en la crypte Saint‑Irénée de Lyon , le 3 novembre 2001 à l'occasion de la Fête du renouvellement de l'Ordre

 

La ville de Lyon qui nous accueille aujourd'hui pour toute une série d'événements dont l'importance ne vous échappe pas, et qui était au temps d'Auguste, c'est à dire au temps du Christ, une métropole civile et militaire de l'Empire romain, s'est trouvée devenir la première métropole de l'Église du Christ en Gaule, la première « métropole ecclésiastique » des Gaules. Ce fait historique a valu à l'Église de Lyon une primauté d'honneur et à son évêque, plus tard archevêque, le titre, qu'il porte toujours, de « primat des Gaules ». Ce fait, oui, assurément ; mais aussi, et je dirai même surtout, la gloire de saint Irénée, qui occupa ce siège épiscopal durant le dernier quart du Ile siècle.  

Et il n'est pas du tout indifférent, il n'est pas sans signification au regard de l'histoire providentielle, que ce soit ici, à Lyon, capitale chrétienne des Gaules, qu'a été conçu, fondé et constitué le Régime Écossais Rectifié, et que s'est tenue son Assemblée constituante à laquelle nos fondateurs ont donné, certes pas par hasard, vous le sentez bien, la dénomination de Convent des Gaules.

 

Ce sont ces deux points que je vais aborder successivement.

 

Selon la tradition, les premiers qui apportèrent sur le sol de Gaule la lumière de l' Evangile furent les amis les plus proches de Notre Seigneur, ses familiers, à savoir les saintes femmes que l'on vénère sous le nom des « Saintes Marie de la Mer » : sainte Marie Madeleine, sainte Marthe et leur servante sainte Sarah, ainsi que leur frère saint Lazare, le ressuscité de Béthanie ; on leur attribue d'avoir évangélisé la Provence, de Marseille à Tarascon jusqu'à la Sainte‑Baume.

Libre à chacun d'ajouter foi, ou non, à cette très antique tradition, que l'histoire ne confirme ni n'infirme ce qu'elle nous dit, c'est qu'il y a des traces de communautés chrétiennes (au pluriel) à Marseille dès le ,le siècle. Ce qu'il faut retenir de cela, c'est un caractère que le christianisme gaulois a toujours revendiqué : la familiarité avec la personne même du Christ jésus.  

Si maintenant on quitte le terrain de la tradition pour celui de l'histoire, elle nous montre à Lyon, en plein coeur du Ile siècle, non seulement une communauté chrétienne, mais une Église pleinement constituée, avec à sa tête un évêque, saint Pothin, martyrisé en 177 alors qu'il était nonagénaire, en même temps que ceux que l'on appelle les « martyrs de Lyon », parmi lesquels saint Eléazar, saint Minerve, saint Alexandre, saint Epipode, le diacre saint Sanctus et sainte Blandine, qui avait alors 15 ans.

Les épisodes de leur exécution sont connus de source sûre, ils ne relèvent pas de l'hagiographie imaginative, puisqu'ils firent l'objet d'un rapport officiel ‑ le deuxième connu dans l'histoire après celui sur le martyre de saint Polycarpe dont je reparlerai ‑ rapport adressé par l'Église de Lyon à toutes les autres Églises, dont celle de Rome.

Irénée, alors prêtre, n'avait pas été enveloppé dans cette persécution parce qu'il se trouvait justement en mission à Rome, porteur auprès de l'évêque de cette Eglise, la plus glorieuse d'Occident parce que fondée par les apôtres Pierre et Paul, d'un rapport exposant les sentiments de sa propre Eglise sur un mouvement en pleine expansion et qui devait plus tard dégénérer en hérésie, le montanisme ‑ qui était une sorte de prophétisme charismatique enseignant un ascétisme rigoriste hostile à la chair et refusant la hiérarchie ecclésiastique : comme tel, un ancêtre lointain du catharisme.

De retour de Rome, Irénée succéda à saint Pothin comme évêque de Lyon, en 177, et le demeura jusqu'à son propre martyre, dont le jour calendaire est certain : le 28 juin, mais dont l'année oscille entre 202 et 208.

 

Qui était Irénée ? Un Grec, originaire de Smyrne. Comme lui‑même le rapporte, il a été un disciple intime du grand évêque saint Polycarpe de Smyrne, auprès de qui il a passé son adolescence ‑ saint Polycarpe, illustre figure de l'épiscopat, par son action, par son enseignement (il a écrit de nombreuses épîtres dont la plupart sont, hélas, perdues) et aussi par son martyre, à l'âge de 86 ans, martyre qui est lui aussi connu de source sûre, puisque lui aussi a fait l'objet d'un rapport officiel, celui dont je vous parlais, le premier qui nous reste avant celui des martyrs de Lyon.

Or Polycarpe avait été lui‑même un disciple proche de saint Jean l'Évangéliste qui, comme vous le savez, finit sa longue vie à Ephèse. Ainsi donc, saint Irénée fut le fils spirituel de saint Polycarpe, lui‑même fils spirituel de saint jean ‑ raison pour laquelle, dans les litanies que nous chanterons tout à l'heure en son honneur, il est nommé « petit‑fils spirituel du disciple bien‑aimé ».

Nous touchons ici à une réalité ineffable mais tout à fait consistante, celle de la « filiation spirituelle ». De même qu'il y a, dans l'ordre matériel, des filiations par le sang qui transmettent un certain héritage qu'on appelle le patrimoine génétique, de même il y a, dans l'ordre immatériel, des filiations par l'esprit qui transmettent un héritage spirituel, un patrimoine génétique spirituel. C'est à ce phénomène mystérieux que fait allusion le Christ lorsqu'il dit de Jean Baptiste que « l'esprit d'Elle reposait sur lui. » Ce qui est à l'oeuvre là, c'est ce que saint Paul appelle l' « esprit d'adoption » et qui est un mode d'opération du Saint‑Esprit. Celui qui devient par l'esprit d'adoption fils d'un « ancien », reçoit par làmême une part, ou la totalité, de la capacité de compréhension intérieure, par l'esprit et par le coeur, de son père spirituel. Tout en demeurant lui‑même il devient en esprit ressemblant à son père.

 

Ce double mouvement de la paternité et de la filiation spirituelles est porteur de ce qu'on appelle dans l'Église la Tradition. Il n'y a pas d'autre moyen de transmettre la tradition vraie que la paternité et la filiation, parce que c'est le rapport que Dieu entretient avec son Fils, le Verbe‑Logos, de même qu'avec l'homme, créé à son image.

 

On peut donc dire d'Irénée que l'esprit de jean le Bien‑Aimé reposait sur lui, et en effet toute sa théologie est issue en droite ligne de celui que la tradition orthodoxe nomme « jean le Théologien » ‑ c'est‑à‑dire le théologien par excellence, parce que, selon la même tradition, en reposant à la Sainte Cène sur le coeur de son divin Maître, il a été initié, par transmission directe, par l'effet de la filiation spirituelle dont je viens de parler, à la connaissance des mystères les plus sublimes : la Divinité du Logos et son Incarnation, proclamées par lui dans le Prologue de son Evangile ‑ sur le fondement duquel reposent tous nos travaux ; et l'essence divine, ou plus exactement la manifestation de l'essence divine, également proclamée par lui dans ses épîtres, et qui est l'amour : « Dieu est amour ».

 

L' Eglise de Lyon que dirigea saint Irénée pendant un quart de siècle était donc, très expressément, johannite. Et il est bon de noter que cette caractéristique johannite, en même temps que celle que j'ai signalée au départ, à savoir la familiarité avec le Christ, se retrouvent toutes deux dans le rite ancien des Gaules, qui a été en vigueur dans presque tout l'Occident, de l'Espagne à la Germanie inférieure, jusqu'à la réforme carolingienne ‑et qui a été restauré dans l'Église dont je suis le ministre. Sa liturgie est extrêmement proche dans sa structure de la liturgie jérusalémite, en usage dans la première Église chrétienne, celle de Jérusalem, dont le premier évêque fut « Jacques, frère du Seigneur », c'est‑à‑dire son cousin. En outre, tous les textes de la liturgie des Gaules sont entièrement imprégnés de l'Apocalypse, ils sont tissés de motifs empruntés aux visions de l'Aigle de Patmos ; deux caractéristiques qui ne sont pas du tout partagés par les liturgies orientales : de saint jean Chrysostome, de saint Basile ou de saint Marc. Au demeurant, ces caractéristiques ne se sont jamais vraiment perdues en Occident ‑ indépendamment de la restauration dont Je parlais. En effet, lorsque Charlemagne qui, en tant que militaire, aimait ce qui est uniforme, imposa à tout son Empire le rite romain, en réalité ce qui fut mis en ceuvre, notamment grâce au grand Alcuin, fut un rite gallo‑romain où subsistaient une bonne part des richesses du rite ancien des Gaules, ainsi préservées jusqu'au concile de Vatican Il.

 

Revenons à saint Irénée. Deux choses font sa gloire : ses écrits, et d'avoir rétabli la paix dans l'Église. En effet, un dissentiment sérieux opposait les Eglises entre elles à propos de la date de Pâques. Les Eglises d'Asie mineure, interprétant à la lettre l'évangile de saint jean et s'appuyant en cela sur l'autorité de saint Polycarpe, célébraient la Pâque le 14 du mois hébreu de Nisan. Partout ailleurs, on la célébrait le dimanche suivant. (On sait que, depuis, les chrétiens ont fait beaucoup mieux en matière de désunion et que, si les dates de Pâques selon le calendrier occidental et selon le calendrier oriental peuvent parfois, mais rarement, coïncider, comme ce fut le cas en cette année 2001, l'écart entre elles peut atteindre jusqu'à cinq semaines !). Les papes successifs de Rome ayant échoué à établir par la persuasion l'unité de célébration, le pape Victor décida d'agir par voie d'autorité et menaça d'excommunication les Eglises d'Asie. Bien que saint Irénée fût lui‑même, comme je l'ai dit, originaire d'Asie et disciple de saint Polycarpe, l'Église de Lyon avait adopté l'usage général. Cependant, il se rendit à Rome pour dissuader le pape Victor de briser la paix de l'Église en agissant par la force, surtout contre des Églises aussi anciennes et aussi vénérables, qui avaient été fondées par d'aussi glorieux apôtres que saint jean et saint Paul. Il réussit pleinement. En cela, il se conforma à son nom, qui signifie « pacifique » ou « pacificateur », réalisant ainsi la cinquième béatitude Bienheureux les pacificateurs, car ils seront appelés fils de Dieu ».

 

Son autre titre de gloire, toujours actuel, ce sont ses écrits. Beaucoup sont perdus, mais peut‑être certains se retrouveront‑ils : c'est ce qui s'est produit avec la Démonstration de la prédication apostolique, découverte en 1904 seulement dans une traduction arménienne au fin fond des archives du patriarcat d'Arménie, à Erevan. Lisez cette Démonstration, c'est un exposé catéchétique simple et lumineux.

 

Mais lisez surtout le grand traité de saint Irénée en cinq volumes ‑ dont l'original grec ne subsiste qu'en partie mais qui est connu par une traduction latine très fidèle, traité intitulé en latin Contre les Hérésies et, plus explicitement en grec, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, de la fausse gnose. Ces deux ceuvres sont disponibles dans la collection des « Sources chrétiennes » ‑ dont le siège, et ce n'est pas un hasard, se trouve à Lyon.

Si vous lisez ‑ ou parcourez, car c'est assez fastidieux ‑ l'examen détaillé des diverses hérésies à l'oeuvre au temps de saint Irénée, et dont, souvent, nous ne connaissons plus l'économie exacte que par lui, ainsi que par son disciple saint Hippolyte de Rome, qui écrivit une vingtaine d'années plus tard, vous verrez que les mêmes sont toujours à l'oeuvre de nos jours, quoique masquées sous des noms nouveaux et s'exprimant en termes différents. Toutes ces hérésies sans exception reviennent à nier ou à vider de leur substance les trois dogmes de la foi chrétienne, dogmes dont le refus fait que la foi ne peut plus être dite chrétienne :

 

1) Dieu est à la fois Un et Trine. Comme il est confessé dans le Symbole dit de saint Athanase

 

« La foi catholique consiste à adorer un seul Dieu en trois Personnes et trois Personnes en un seul Dieu, sans confondre les Personnes ni séparer la Substance. Car autre est la Personne de Dieu, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint‑Esprit. Mais la divinité du Père, du Fils et du Saint‑Esprit est une, leur gloire égale, leur majesté coéternelle. »

 

2) Le Verbe, deuxième Personne de la Divine Trinité, est vrai Dieu et vrai homme. Toujours selon le même Symbole

 

« La pureté de la foi consiste à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus‑Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, étant engendré de la substance du Père avant tous les temps, et il est homme, étant né dans le temps de la substance de sa Mère. Dieu parfait et homme parfait, ayant une âme raisonnable et une chair humaine. Egal au Père selon la divinité, et moindre que le Père selon l'humanité. Et quoiqu' il soit Dieu et homme, Il n'est pas, néanmoins, deux personnes mais un seul Jésus‑Christ. Il est un, non que la divinité ait été changée en humanité, mais parce que Dieu a pris l'humanité et l'a unie à sa divinité. Un enfin, non par confusion de nature, mais par unité de Personne ».

 

3) Dieu est amour.

La caractéristique qui manifeste la vie divine ad intra et ad extra, c'est‑à‑dire les  rapports des Personnes divines entre elles et les rapports de Dieu avec sa création, c'est l'amour, l'amour  total, sans restriction ni réserve, qui est don et donation.

Les hérésies, toutes sans exception, reviennent à nier tout ou partie de ces dogmes, et tout  particulièrement la réalité de l'Incarnation du Verbe, car si le Verbe ne s'est pas incarné, il n'y a plus de i salut possible pour l'homme. Et l'ennemi du genre humain, ne pouvant empêcher que le salut de l'homme s'opère, qu'il s'est déjà opéré, s'efforce au moins ‑ et réussit souvent ‑ de faire que tel ou tel homme pris individuellement n'y croie pas, ce qui empêche en effet le salut de s'opérer pour lui.

Donc elles nient, ou la réalité de l'humanité du Christ, ou la réalité de sa divinité ‑ et donc dans les deux cas la réalité de sa double nature ; ou bien elles nient qu'il y ait un abîme absolu entre Dieu Créateur et sa créature, ce qui ferait par conséquent que cette dernière pourrait par ses propres efforts se diviniser elle‑  même ‑ ce qui est le processus orgueilleux de Babel ; ou bien au contraire elles affirment que cet abîme est infranchissable et que Dieu est un Dieu souverainement indifférent à sa création, un Dieu lointain dénué d'amour ; ce Dieu pouvant même être tellement lointain qu'il sombre dans le néant, qu'il est  totalement absent ‑ alors pourtant que cet abîme absolu a été franchi par Dieu qui nous aime et parce qu'Il nous aime.

Cherchez autour de vous, vous reconnaîtrez des silhouettes ô combien familières.

Saint Irénée ne se contente pas de démonter les mécanismes pervers de l'esprit de l'homme déréglé par les insinuations du Malin, il affirme en contrepartie l'axiome lumineux du christianisme, qui est: « Dieu s'est fait homme pour l'homme devienne Dieu ».

La doctrine de saint Irénée est résolument optimiste parce qu'il sait, par cette connaissance intérieure reçue, je l'ai dit, du disciple bien‑aimé, que Dieu est amour, qu'il est mû par ce que les Pères grecs appellent la philanthropie, c'est‑à‑dire l'amour pour l'homme, et qu'Il ne retire jamais ce qu'une fois il a donné.

 

Cette doctrine est celle‑ci. L'homme a été créé originellement dans un état glorieux, il jouissait de l'immortalité et de la joie parfaite de la familiarité avec la présence de Dieu. Il a donc été créé dans un état de perfection ‑ mais dans un état de perfection relative, car cet état était un état d'enfance ; et le programme prévu pour lui était de devenir adulte à la mesure parfaite de Dieu. En d'autres termes, il a été créé à l'image et selon la ressemblance de Dieu, c'est‑à‑dire qu'il lui fallait compléter la ressemblance de manière à la rendre complète, parfaite, jusqu'à l'identité. Ce qui était proposé à l'homme ‑ et ce qui lui reste toujours proposé ‑ c'est de devenir par grâce ce que Dieu est par nature : divin.

 

Ce pourquoi il était prévu de toute éternité que le Fils de Dieu s'incarnerait afin d'unir en Lui la divinité à l'humanité, pour qu'en retour l'homme unisse en lui l'humanité à la divinité : réversibilité totale !

I' Incarnation du Verbe n'a donc pas été nécessitée par la chute ; ce que la chute a en revanche rendu nécessaire, à cause de son amour totalement gratuit pour l'homme, c'est sa Passion et sa Mort sur la Croix qui devient du même coup l'instrument du triomphe sur la mort, et sur le maître de la mort Satan, puisqu'elle ouvre les portes de la Résurrection.

Ainsi, le plan divin, qui est la déification de l'homme et la transfiguration universelle, en d'autres termes l'avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, de la nouvelle Jérusalem venue d'en haut d'auprès du Père, ce plan s'accomplit‑il de nouveau. Et il s'accomplit au sein de l'Église « catholique » au sens propre, c'est‑à‑dire universelle ; car l'Église est le milieu, le creuset, l'athanor, dans lequel, par l'action du Christ et du Saint‑Esprit ‑ « ces deux mains du Père à l'oeuvre », comme les décrit saint Irénée ‑ l'univers entier est en marche vers la transfiguration et l'homme vers la déification. L' Eglise sera accomplie en plénitude lorsque la totalité de la nature créée sera réunie dans la Nouvelle Jérusalem par et dans l' Agneau Emmanuel, « Dieu‑avec‑nous ».

 

Autre point : ce qui, en l'homme, est porteur de la ressemblance divine, c'est son esprit, cependant que son corps et son âme participent de la nature matérielle créée. Ainsi donc il unit originellement en lui les cieux et la terre. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle annoncés par saint Jean dans son Apocalypse, ce sera l'Homme Nouveau à la mesure parfaite du Christ, le Premier Adam renouvelé, redevenu nouveau, par sa similitude et son union avec le Nouvel Adam, Jésus‑Christ.

Telle est la théologie fulgurante de saint Irénée ‑ et pourtant exposée avec une simplicité et une limpidité saisissantes, qui sont la marque de la vérité. La vérité est évidente

 

Vous aurez assurément reconnu au passage les thèmes fondamentaux de la doctrine du Régime Rectifié, telle que l'ont fixée nos instituteurs, au premier rang desquels Jean‑Baptiste Willermoz. J'emploie Ici le terme d'instituteur dans son acception plénière, celle dans laquelle lui‑même l'employait : l'instituteur, c'est à la fois celui qui institue, le fondateur, et celui qui instruit, l'enseignant. Jean‑Baptiste Willermoz a été les deux.

 

Ne croyez surtout pas qu'il a tout créé de son chef, lui‑même a toujours affirmé le contraire. Non, il a été le véhicule ‑ véhicule génial, inspiré ‑ d'une tradition. Et cette tradition, dans le domaine religieux, c'est celle qui remonte à saint Irénée. je suis absolument convaincu, car les choses seraient incompréhensibles autrement, qu'il a bénéficié de cette filiation spirituelle dont je parlais au début. Mais il n'en a pas bénéficié passivement. Car une chose que j 1 ai omis de dire, c'est que cette filiation, il faut la mériter : par son travail, par son vrai désir, par une attente, une foi, par ce que, faute de mieux, j'appellerai une « ouverture ». Willermoz a eu tout cela. Ainsi, par exemple, ses notes de lecture, conservées dans le fonds de la Part‑Dieu, prouvent une étude assidue des Pères de l'Église, dont les Pères grecs. Cela m'avait frappé il y a longtemps déjà : l'étonnante similitude entre la description qu'il donne de l'homme paradisiaque dans certaine de ses Instructions secrètes et la même description qu'en donne saint Grégoire de Nysse. La similitude est tellement grande qu'il est impossible qu'elle soit fortuite.

 

Donc, la doctrine rectifiée, que je m'attache depuis des années à mettre en valeur et à faire comprendre, est issue en droite ligne des Pères de l'Église, à commencer par saint Irénée, apôtre des Gaules, notre père dans la foi.

 

Quant à la vie de Willermoz, je dirai qu'elle a été tout entière action charitable. D'abord parce que transmettre et propager la vérité et la religion est en soi‑même action charitable. Mais aussi parce que son dévouement dans la vie civique et sociale a été sans bornes durant sa longue existence, se consacrant à l'hôtel‑dieu puis aux hospices civils de Lyon dont il fut l'administrateur bénévole pendant de nombreuses années, appliquant ses capacités d'administrateur à sa paroisse Saint‑Polycarpe (admirez la rencontre) dont il fut membre du conseil de fabrique ( l'ancien nom des conseils paroissiaux), s'occupant d'enseignement primaire, venant en aide aux indigents... bref exerçant tous les « devoirs particuliers » qui sont énoncés à un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. Vous savez ‑ J'ai développé cela à la SaintMichel ‑ le prix que Willermoz attachait à la bienfaisance, ce « bras armé de la charité », comme je l'ai dénommée. Il n'a cessé de la pratiquer.

 

Oui, Willermoz fut, pleinement, complètement, un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

 

Nous allons donc, dans la suite de cette célébration, rendre un double hommage. D'abord à Jean‑Baptiste Willermoz et à tous les siens, dont j'ai dressé une liste qui englobe tous ses frères et soeurs, sans oublier son épouse et ses trois enfants 2; parmi ses frères, nous aurons une mention spéciale pour Antoine, dont l'arrière ‑ arrière ‑ arrière‑petit‑fils Gabriel nous fait l'amitié et l'honneur de sa présence ici avec son épouse Marie‑Claude et leur fille Blandine. Pour eux tous, nous célébrerons l'office dit de « mémoire éternelle », par lequel nous demanderons à Dieu qu'il garde éternellement en sa mémoire ceux pour qui nous prions ‑autrement dit qu' il leur donne la vie éternelle.

Puis, à l'issue de la liturgie, nous nous rendrons au cimetière de Loyasse, où nous célébrerons pour eux l'office complet des défunts qui, dans la tradition orientale, s'appelle pannychie, parce qu'il durait toute la nuit (c'est le sens de ce terme).

 

Le second hommage ira à saint Irénée, qui est notre hôte puisque nous avons la joie de prier en présence de ses reliques, ce qui est une grande grâce ‑ raison pour laquelle )'ai choisi de célébrer la liturgie de sa fête, le 28 juin. Tout à l'heure, à la fin de la liturgie, nous chanterons les litanies en l'honneur de celui que ‑ vous le verrez ‑ nous nommons le « maître spirituel qui nous conduit vers le Royaume », le « maître incomparable de la déification du monde ».

 

A notre Dieu qui nous a aimé d'un tel amour qu'Il nous a donné son propre Fils pour nous communiquer et partager avec nous son amour, et qui nous a donné de tels apôtres pour nous réunir dans le lieu de son amour qui est l'Église, au Dieu Tri Unique, soient honneur, gloire et adoration aux siècles des siècles.

  

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Les Elus Coëns

Publié le 8 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Elus Coëns


Emission de Michel CAZENAVE, Les vivants et les dieux  (France Culture, le 4 mars 2000)

avec Robert AMADOU.


Michel Cazenave
: Lorsqu'on lit le grand œuvre de Léon Tolstoï, Guerre et paix, on s'aperçoit très vite que l'un de ses personnages principaux, Pierre, décide d'entrer dans la franc-maçonnerie et hésite entre une branche que l'on qualifierait assez facilement de branche normale de la franc-maçonnerie et puis une autre branche qui est une branche franchement mystique pour ne pas dire illuministe. Guerre et paix, on le sait, se passe sous le règne de Napoléon 1er, ce qui veut dire que très vite la franc-maçonnerie, aussitôt qu'elle est apparue, s'est divisée, si ce n'est d'une manière tout à fait officielle, tout à fait institutionnelle, mais s'est divisée en effet entre une franc-maçonnerie, je dirais, plus ou moins déiste, faisant référence, bien entendu, au Grand Architecte de l'univers, et puis, d'autre part, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'obédience écossaise, une branche qui, elle, est une branche effectivement mystique, illuministe, dont la pente principale de réflexion est une explicitation, et une méditation, en même temps, sur les grands textes fondateurs de la chrétienté et particulièrement sur le livre de la Genèse, où l'on voit se jouer le sort de l'humanité.

Dans cette maçonnerie et particulièrement en France, il y a un personnage tout à fait étonnant qui est Martines de Pasqually. Martines de Pasqually, parce que, effectivement, il met en route toute une nouvelle réflexion, tout un nouveau rapport, si l'on peut dire, aux textes sacrés, à la fois lus d'une manière ésotérique et hermétique et lus d'une manière tout à fait chrétienne, tout à fait catholique même, puisque Martines de Pasqually se réclamera toujours de l'Eglise, mais Martines de Pasqually qui est en même temps le maître de celui qui va devenir le grand philosophe illuministe de la fin du 18e siècle et qui va influencer tout le 19e siècle, c'est-à-dire Louis-Claude de Saint-Martin, celui qu'on appellera "le Philosophe inconnu", titre que d'ailleurs il réclamait lui-même par humilité intellectuelle, par humilité morale, par humilité spirituelle.

Or on vient de retrouver assez récemment un certain nombre de leçons données à l'intérieur de ce que l'on pourrait appeler un couvent maçonnique, dans la ville de Lyon, par trois des principaux élèves de Martines de Pasqually : Jean Baptiste Willermoz, et puis, précisément, Louis-Claude de Saint-Martin, et où l'on peut voir, à l'état naissant, la pensée de celui-ci, à travers la manière dont il donne ses cours, à travers les annotations qu'il met sur les cours des autres, à travers les réflexions qu'il se fait à lui-même et les objections qu'il s'oppose quant à sa propre manière de réfléchir ou, il vaudrait sans doute mieux dire, de méditer sur le texte de la Bible. C'est donc un document absolument incomparable sur la genèse de cette pensée et sur l'état de ce qu'était l'illuminisme au 18e siècle, dont on sait quelle a été l'immense importance culturelle, à tel point que son influence va jouer sur tout le siècle suivant, influant en grande partie sur la littérature française. On peut penser même à des auteurs chez lesquels, en principe, on ne s'attendrait pas à voir apparaître cette trame de pensée, je pense, en particulier, évidemment, à quelqu'un comme Honoré de Balzac qui à la fois se réclame de Swedenborg et à la fois se réclame de Louis-Claude de Saint-Martin. Pour nous accompagner dans ce parcours, dans cette découverte, en fait, d'un pan comme inconnu de l'histoire de nos idées en même temps que de nos histoires religieuses - en mettant le mot " religieux " entre guillemets - nous avons avec nous le grand spécialiste, Robert Amadou, dont on sait à quel point il a travaillé en profondeur dans tout ce qui est les courants illuministes et qui a été l'éditeur, celui qui a patiemment rassemblé ces manuscrits qui nous sont aujourd'hui offerts.


Robert Amadou
: L'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers apparaît au début des années 1760. Il est porté, annoncé, dirigé, par un personnage encore énigmatique qui s'appelle Martines de Pasqually. D'où vient-il ? On n'en sait rien. Selon la plus grande probabilité, du moins à mon avis, c'était un marrane d'origine espagnole, sa famille étant vraisemblablement originaire d'Alicante et venant peut-être de Majorque. Martines de Pasqually apparaît lui, à la fin des années 50, dans les milieux maçonniques français et ce n'est donc qu'au début des années 60 qu'il commence à monter ou à démasquer son Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers.

" Ordre ", est un terme français usuel que l'on applique à la haute maçonnerie, si l’on peut dire. "Chevalier" est également un terme très fréquent parmi les titres de hauts grades. "Maçon", il faut insister sur le fait qu'il s'agit bien d'un ordre maçonnique selon Martines. "Elu coën de l'univers", c'est cela finalement qui est intéressant : "élu" veut dire choisi ; "coën", veut dire prêtre, on peut dire les "élus cohanim" si l’on veut être pédant, mais l’on dit les élus coëns. Cet hébreu un peu vacillant est caractéristique de Martines.

"Elu coën de l'univers" : qu'est-ce que ça signifie ? Je crois qu'on peut, si vous le voulez bien, entrer dans le vif du sujet après ce petit préambule historique. Pour Martines de Pasqually, l'homme a une tâche à remplir dans ce monde, c'est de se réconcilier avec Dieu et de travailler à la réintégration universelle c'est-à-dire au retour de tous les êtres. Réintégration où ? En Dieu qui les a émanés ou qui les a créés. Afin d'opérer cette réconciliation, qui est une sorte de divinisation, comme dans la théurgie des anciens, en particulier des néoplatoniciens, et de franchir du même coup une étape, d'aider le monde à franchir une étape vers la réintégration finale qui correspond à peu près, à ce que des Pères grecs ont appelé l'apocatastase, c'est-à-dire le retour de tout dans l'Un pour faire bref, Martines de Pasqually prescrit des rites théurgiques.

Mais il ne s'agit pas, contrairement à la théurgie antique et même contrairement à la théurgie du moyen âge ou de la Renaissance, il ne s'agit pas ou il ne s'agit plus seulement d'une opération qui travaille avec les anges dans un but personnel ou au profit de quelqu'un d'autre, il s'agit d'accomplir le culte primitif, de célébrer le culte primitif. Et c'est là, je pense, le mot clé. Martines de Pasqually, dans son grand ouvrage, le Traité sur (ou de) la réintégration des êtres, n'emploie pas le mot théurgie. Il l'emploie un peu, de-ci de-là, ailleurs, et c'est vrai qu'il enseigne un culte théurgique, mais il enseigne d'abord un culte, un culte qui est le culte primitif, ce culte primitif qui remonte à Noé et, au delà ou en deçà de Noé, qui remonte à Adam. Ce culte primitif est donc destiné à accomplir la réconciliation individuelle. Mais cette réconciliation ne sera parfaite pour chaque homme que lorsque le monde entier sera réintégré, étant entendu que la matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c'est-à-dire qu'elle disparaîtra, sauf les formes transmuées.


Michel Cazenave
: Par rapport à ce que vous décrivez, Robert Amadou, il est évident, je dirais, qu'on voit bien l'aspect marrane, comme on dit, de Martines de Pasqually, c'est-à-dire à la fois une lecture extrêmement attentive non seulement du Nouveau mais de l'Ancien Testament et en même temps cet aspect chrétien auquel, au départ, avaient été forcés les marranes. Mais, du coup, se pose une question, justement, dans cette volonté ou dans cette appétence mystique qui est celle de Martines de Pasqually et de ceux qui vont le suivre :c'est un système quand même religieux, n'ayons pas peur du mot, donc quelles sont les relations avec l'Eglise ? L'on sait très bien que l'Eglise devant la maçonnerie, au 18e ce n'était pas encore ce que l'on a connu ensuite, mais quand même l'Eglise a toujours été plus ou moins réticente, alors que, là, on voit bien qu'il y a quand même une sorte d'adhésion, une adhésion complexe, subtile, dialectique, mais une adhésion à l'Eglise.


Robert Amadou
: Martines de Pasqually disait : "L'un n'empêche pas l'autre". Le culte primitif que j'enseigne, si je puis le paraphraser, n'empêche pas l'adhésion à l'Eglise catholique romaine, et non seulement, le culte primitif n'empêche pas mais encore il requiert cette adhésion. Martines de Pasqually exigeait non seulement que ses adeptes, ses disciples, fussent baptisés, mais encore qu'ils appartinssent à l'Eglise catholique romaine. Lorsqu'il y avait des candidats protestants, on les faisait abjurer ou l’on abjurait en leur nom. Evidemment, on est un peu embarrassé et je pense que Martines de Pasqually était le premier à être embarrassé, car si je ne vois aucune duplicité dans cette attitude, je suis bien obligé de constater que la théologie que l'on peut extraire du système de Martines de Pasqually est, à proprement parler, une théosophie.

Dans une théosophie, il y a une théologie, il y a des théologoumènes qu'on peut extraire. Ces théologoumènes ne coïncident pas avec le dogme de l'Eglise catholique romaine, du moins dans leur formulation. Il s'agit, dans le cas de Martines de Pasqually, d'un enseignement judéo-chrétien, judéo-chrétien, au sens de l'histoire des religions, au sens de l'histoire du christianisme. Martines semble l'héritier de ces communautés judéo-chrétiennes où des Juifs et parfois même des Gentils ou des païens, au sens très large, recevaient la messianité et quelquefois la divinité ou la déité de Jésus-Christ ; je veux dire qu’ils admettaient toujours que Jésus était le Christ, Jésus-Christ était le Messie, et certains admettaient aussi qu'il était Dieu, mais en quel sens ? tout en conservant les observances de la Torah ou une partie des observances de la Torah.

Il y a là une très grande variété et l'Ordre des élus coëns nous rappelle ces découvertes récentes et ces découvertes aussi qui sont en cours et nous apprennent que le judaïsme au début de notre ère était beaucoup plus varié qu'on ne l'avait supposé et que le christianisme était également extrêmement varié. Il n'y avait pas seulement un judéo-christianisme et un pagano-christianisme. Il vaudrait mieux dire: il y avait un judéo-pagano-christianisme aux formes extrêmement variées. Par exemple, on accordait, pour parler d'une des caractéristiques de ces communautés, on accordait une grande importance à la tradition prophétique. Martines de Pasqually est dans le même cas et, pour lui, le culte primitif a été célébré par une lignée de prophètes où l'on trouve Abraham, Moïse et où l'on trouve finalement comme une manifestation, mais une manifestation éminente, une manifestation suprême, seule complète du prophète récurrent, du prophète éternel, on trouve le Christ.


Michel Cazenave
: Dans les Leçons de Lyon aux élus coëns, Robert Amadou, nous nous trouvons, je dirais, devant l'enseignement qui était dispensé par trois adeptes, trois disciples de Martines de Pasqually, dans la ville de Lyon et, lorsqu'on voit les noms de ces trois personnes, c'est-à-dire Hauterive, Willermoz et Saint-Martin, on se dit que c'est assez extraordinaire, parce que, au moins à travers la connaissance que j'ai, Willermoz et Saint-Martin sont parmi les grands noms de ce qu'on appelle la théosophie ou l'ésotérisme mystique à la fin du 18e siècle.


Robert Amadou
: L'attirance de certains personnages par Martines de Pasqually est, en effet, très remarquable, et Willermoz et Saint-Martin en sont deux exemples tout à fait typiques bien qu'ils soient, ou peut-être surtout lorsqu'on considère qu'ils sont extrêmement différents l'un de l'autre. Jean-Baptiste Willermoz est un soyeux lyonnais, catholique romain de stricte observance, très attaché aux titres maçonniques, aux rites maçonniques, aux grades maçonniques. Saint-Martin, lui, est d'une petite noblesse tourangelle, c'est un homme discret, qui a été happé par l'Ordre des élus coëns lorsqu'il est arrivé au régiment de Foix, à Bordeaux, en 1765, et qui s'est donné de tout son cœur et de tout son esprit à cet ordre, qui a aussi aidé Martines de Pasqually, car il a été son secrétaire et c'est grâce à Saint-Martin que le Traité a pu être écrit.


Michel Cazenave
: Si vous voulez bien, Robert Amadou, on va essayer de regarder un certain nombre de points de cette doctrine qui est ainsi exposée. La première chose, moi, sur laquelle je m'interroge, et je m'interroge justement du fait que, en même temps, on appartient à l'Eglise romaine catholique, comme vous nous l'avez signalé, c'est déjà la doctrine de la création parce que là, on a l'impression qu'en réalité c'est, je dirais, assez divergent du dogme disons au moins du dogme admis d'une manière exotérique.


Robert Amadou
: Est-ce qu'il y a divergence ou est-ce qu'il y a explication, explicitation du dogme ? Je ne suis pas sûr qu'il y ait contradiction. Même, je ne le pense pas. Martines de Pasqually fournit une certaine version de la création qui est au moins en apparence différente de la vulgate et il donne des explications qui ne se trouvent pas, disons, dans le catéchisme. Joseph de Maistre, qui avait été à même de connaître la doctrine des élus coëns, puisque tel est leur nom, disait que cette doctrine était le catéchisme couvert de mots étranges. C'est vrai que les mots sont étranges et c'est vrai qu'il y a un catéchisme, le catéchisme catholique romain sous-jacent. C'est vrai aussi que ce n'est pas simplement une traduction dans une langue bizarre des vérités communes, mais qu'il y a effectivement un certain nombre de notions ésotériques, encore une fois, non pas nécessairement contradictoires, mais qui vont beaucoup plus loin.

La doctrine de la création ou de l'émanation : on a souvent voulu faire la différence. Martines lui-même la fait quelquefois, d'autres fois, il ne la fait pas. Il ne faut donc pas être trop pointilleux là-dessus. Au départ, Dieu émane des esprits. Il y a une révolte dans la cour divine et, afin de préserver l'intégrité de cette cour divine quand les esprits rebelles en auront été chassés, Dieu ordonne la création de la matière. La matière sera la prison des esprits mauvais. Cette prison va être à la fois un lieu d'expiation et un lieu de réhabilitation. Afin de garder cette prison et d'y jouer pour ainsi dire les éducateurs, Dieu affecte à cette prison un esprit " émancipé ", comme dit Martines de Pasqually, d'une classe particulière d'anges. Cet esprit, ce sera l’homme et ce sera Adam.

Adam ne répond pas à la confiance de l'Eternel et il passe à l'ennemi. Il se laisse séduire et, de même que l'on avait eu la création des anges et la révolte des anges, chez Martines de Pasqually comme dans le dogme ordinaire, de même la chute de l'homme correspond assez bien, et même correspond bien, à la chute originelle, telle que l'enseigne non seulement l'Eglise catholique romaine mais, en général, les Eglises et les communautés chrétiennes. L'homme va donc commettre un péché fatal, fatal, disons, jusqu'à la fin des temps, et il le commettra par deux fois, voire par trois fois. Il perd, de ce fait, certains attributs qu'il possédait et sa première punition sera d'être englouti dans la matière, d'où il ressortira avec un corps matériel. Son corps, le corps qu'il avait été nécessaire de donner à cet esprit pour en faire un homme émancipé, avec la fonction qui devait être la sienne vis-à-vis des esprits mauvais, ce corps, il le perd. Et ce corps, naguère corps glorieux, corps spirituel, est devenu un corps matériel.

Désormais, l'homme devra combattre les esprits mauvais qui se sont rebellés contre Dieu et qui ont séduit leur propre gardien, c'est-à-dire Adam lui-même, leur propre éducateur, c'est-à-dire Adam lui-même. L'homme devra les combattre, mais il aura toujours à tâche de les ramener, car la réintégration sera universelle et les esprits mauvais, Satan et les siens, si vous voulez, doivent être eux aussi compris dans cette apocatastase ultime.

Et comment l'homme travaillera-t-il désormais à sa réconciliation et à la réintégration de tous les êtres ? Par le moyen du culte primitif, qui comporte des convocations adressées aux esprits bons et des conjurations dirigées contre les esprits mauvais. Aux seuls réaux-croix, les plus élevés en grade de l'Ordre des élus coëns, - ils furent peut-être une douzaine, une quinzaine - d’accomplir le culte dans sa plénitude, et ce culte, puisque, encore une fois, il revêt une forme théurgique, consiste en paroles, en gestes, en attitudes ; il fait usage de parfums. L’attention est accordée aux signes qui pourront être fournis par ces esprits que l’opérant, ou l’opérateur, soit exorcise, expulse et éventuellement purifie, soit par ces esprits qu’il ordonne à son aide.

Une notion, une réalité, est capitale dans la pensée - pensée active- de Martines de Pasqually : la "Chose". Qu'est-ce que la Chose ? On pourrait croire qu'il s'agit du Christ et certains historiens ont pensé que le but dernier de l'Ordre des élus coëns était d'évoquer le Réparateur, comme ils disaient, c'est-à-dire Jésus-Christ lui-même, en personne. Je crois que c'est là tomber dans une confusion à laquelle peut inciter en effet l'articulation un peu bancale de l'appartenance à l'Eglise catholique romaine et de l'appartenance à l'Ordre des élus coëns. La Chose n'est pas la personne de Jésus-Christ, la Chose n'est pas un ange d'une classe si élevée soit-elle, et, de toute façon, l'homme ne peut pas convoquer les anges des classes les plus élevées. La Chose n'est pas Jésus-Christ, c'est la présence de Jésus-Christ. Vieille notion, présence réelle, que l'on retrouve dans la tradition hébraïque, la Chékhina, et qui, dans la tradition helléno-juive ou helléno-chrétienne, prend le nom de Sophia ou de Sophie, la Sagesse.

J’identifie la Chose - la Chose qui est la Cause - avec cette présence de Dieu, présence de Dieu en Jésus-Christ, qui devient sensible parce qu’avec Jésus-Christ va particulièrement la Sagesse ; la Sagesse de Dieu étant à la fois le Verbe lui-même, mais aussi comme la parèdre du Christ, le Verbe incarné, non pas sa moitié ni une quatrième personne, mais comme son double, mieux son enveloppe, tantôt seule, suffisante au besoin ou précurseur, tantôt concomitante. Cette Chose se manifeste par des signes spécifiques. Il n'est pas toujours facile de savoir… Il n'est pas toujours facile de savoir la présence ni non plus sa nature.

Je mentionnais l'angélologie, tout à l'heure ; sa place est essentielle et peut nous dérouter. Qu’est, pour Martines, je ne dirais pas la divinité, mais la déité du Christ ? Le dogme orthodoxe de la déité est très précis : :Jésus-Christ, vrai Dieu, Jésus-Christ vrai homme. Martines me semble affirmer la déité d'une manière conceptuelle pas toujours limpide : l’homme est un homme-Dieu et le Christ est l’homme-Dieu et divin. En même temps le rapport quasi ontologique de Jésus-Christ avec les prophètes antérieurs et avec les anges est tenu pour acquis.


Michel Cazenave
: Robert Amadou, vous avez prononcé le mot de gnose, vous avez largement fait allusion au thème de la Sophia, de la Sagesse de Dieu. Est-ce que, de ce point de vue là, on ne se trouve pas dans un véritable esprit gnostique, puisque la Sophia, on sait que c'est surtout du côté des gnostiques que cela a été exploité (évidemment si on met à part la théologie orthodoxe), et, d'autre part, parler d'une parèdre plus ou moins féminine du Christ comme vous l'avez fait, parler en même temps d'une sorte de combat qui se déroule à travers l'éternité finalement entre les chevaliers du bien et les puissances du mal, on voit bien comment, là aussi, on est dans un vieux fond, je dirais, remontant jusqu'à Zoroastre et qui, par exemple, a été repris par un certain type de gnoses islamiques. Donc, là, vraiment est-ce qu'il ne faut pas insister sur ce thème de gnose ?


Robert Amadou
: Là encore, le moyen le plus utile, le plus fécond de dégager l’idée de gnose telle qu'elle se présente chez les élus coëns, en particulier dans l’accès à la Chose, consiste à se référer au judéo-christianisme primitif. C'est là que l'on trouve une forme de gnose qui évoluera dans la kabbale et a existé bien plus tôt qu'on ne le croyait. Les travaux de Gershom Scholem que vous connaissez bien ont été corrigés sur ce point par Charles Mopsik et par Moshé Idel : cette gnose juive dont la gnose chrétienne a été l'héritière et qui s'est prolongée sous la forme judéo-chrétienne jusque dans l’Ordre des élus coëns, qui existe encore aujourd'hui, cette gnose n'est pas celle de certains gnosticismes plus ou moins aberrants, c'est une gnose qui n'abroge pas la foi mais, comme disait saint Clément d'Alexandrie, "la foi trouve son couronnement dans la gnose". C'est cette gnose-là qu'ont cultivée les élus coëns sous la conduite de Martines de Pasqually.

Louis-Claude de Saint-Martin, quand il aura pris sa distance avec l'Ordre des élus coëns conservera cette gnose. Il l'intériorisera, pour ainsi dire. Sa théurgie est, à terme, une théurgie du cœur, en entendant bien le cœur dans un sens où les vrais mystiques le prennent, c'est-à-dire un organe de volonté et de connaissance autant qu'un organe d'émotion et de sentiment. Saint-Martin enseignera, lui aussi, une gnose, mais cette gnose ne s'exprimera pas, d'une manière pratique, sous la forme théurgique. On pourrait comparer la position de Martines de Pasqually et celle de Saint-Martin aux positions respectives de Plotin et de Jamblique. Très naturellement le néo-platonisme, dans sa montée vers l'Un... - je ne veux pas dire du tout que la Chose, ni l'Eternel, de Martines et de Saint-Martin soit comparable à l'Un de Plotin, car l'amour de la Chose, l’amour de Dieu est réciproque, j'entends le génitif objectivement et subjectivement - Plotin, par excellence, a développé ce qu'on pourrait, avec beaucoup de précautions, appeler une mystique, disons une voie intérieure, alors que Jamblique a enseigné une théurgie cérémonielle. Martines, lui aussi, a enseigné une théurgie cérémonielle, Saint-Martin, lui aussi, a enseigné une voie intérieure, la doctrine étant fondamentalement, essentiellement, la même chez l’un et l’autre. Louis-Claude de Saint-Martin qui, encore pour citer Joseph de Maistre, était " le plus élégant, le plus instruit et le plus savant des théosophes modernes ", qui, certainement, est l'une des plus belles, et, pour moi, la plus belle figure de l'illuminisme au 18e siècle, Louis-Claude de Saint-Martin a conservé les éléments, les fondements, et même davantage, de la doctrine de la réintégration des êtres. Il l'a ensuite associée avec des éléments qu'il a tirés de Jacob Boehme, mais lui-même s'est, je crois, un peu mépris sur sa dette à l'égard de Boehme.

Louis-Claude de Saint-Martin est beaucoup plus marqué par Martines de Pasqually que par Boehme. C'était dans sa jeunesse, il a pratiqué le culte primitif pendant des années. Il a été très lié personnellement avec Martines de Pasqually. Sur plusieurs points, toutefois, celui de la Sophia, au premier chef, de la Sagesse divine, dont vous parliez, le Philosophe teutonique accrut ses lumières intellectuelles. Saint-Martin a toujours entretenu - c'est le fond de sa gnose - le désir de la Sagesse. Il en connut l'expérience dès avant Martines de Pasqually, puis il l’éprouva dans son appétence pour la Chose et dans son contact avec la Chose, durant son temps d'activité au sein de l’Ordre des élus coëns. Martines lui a enseigné la notion de Sagesse de manière implicite, sans la lettre, car il ne parlait jamais de Sophia. Le Philosophe inconnu fut très reconnaissant à l'Eternel de lui en révéler de nouveaux arcanes, et le nom, sous la plume de Jacob Boehme. Mais Saint-Martin, n'a jamais cessé d’être fidèle à celui dont il disait (c'est assez étonnant et Willermoz disait à peu près la même chose, mais de la part de Saint-Martin, il y a de quoi s'étonner et admirer), que Martines de Pasqually était le seul homme au monde dont il n'avait jamais fait le tour.

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L'Ordre Martiniste Traditionnel : des grades Cohens à la Voie cardiaque

Publié le 8 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Martinisme


Les grades Cohens

Chaque degré met en scène et fait vivre à l'Initié les divers épisodes de la vie de l'homme : son émanation dans l’Immensité divine, la mission primitive donnée à l’homme, la chute d’Adam dans le monde de la matière et sa remontée à travers les sphères célestes. Décrire cette hiérarchie n'est pas chose facile, car elle a évolué au fur et à mesure où Martinès structurait son rite. De plus, les différents grades portent plusieurs noms, ce qui complique la tâche. Les catéchismes propres à chaque degré ou encore les Statuts des Chevaliers Élus Coëns de l'Univers et le Cérémonial des initiations, ne proposent pas tous la même division.

René Leforestier, Papus, Gérard Van Rijnberk, Robert Ambelain et Robert Amadou n'ont pas tous retenu la même hiérarchie. Roger Dachez, dans le revue Renaissance Traditionnelle, a publié une étude concernant la genèse des grades Cohens à laquelle nous renvoyons le lecteur. Sans nous attarder sur les divers systèmes, nous proposons ici celui qui semble la plus réaliste.

La hiérarchie Cohen débute par les trois grades « bleus », Apprenti, Compagnon et Maître, le plus souvent donnés en une seule cérémonie. Suivent les degrés de Maître Parfait Elu (ou Grand Elu sous la bande noire), d'Apprenti Elu-Cohen (ou Fort marqué), de Compagnon Elu-Cohen (ou Double fort marqué), de Maître Elu-Cohen (ou Triple fort marqué, ou encore Maître écossais). Nous trouvons ensuite ceux de Grand Maître Cohen (ou Grand architecte), de Grand Elu de Zorobabel, (ou Chevalier d'Orient), et de Commandeur d'Orient (ou Apprenti Réau-Croix). La hiérarchie de l'Ordre est couronnée par un degré suprême, celui de Réau-Croix (ou R+). Les membres de ce dernier degré participent à un travail mystique basé essentiellement sur la théurgie.
La hiérarchie de l'Ordre conduit l’initié à une gradation de purifications du corps, de l'âme et de l'esprit propres à le rendre sensible aux bonnes influences spirituelles, plus particulièrement par l'intermédiaire de son guide, son esprit compagnon, son « ange gardien ». Lorsque le Cohen a réalisé cette jonction, son esprit compagnon lui ouvre les portes du monde surcéleste qui conduit au Monde divin, à l’Immensité Divine.
L'Ordre des Élus-Cohens est dirigé par un collège de direction, le Tribunal Souverain, composé de Réaux-Croix. Ses membres portent le titre de Souverains Juges et font suivre leur signature des lettres S.J. Au XVIIIe, le « I » et le « J » écrits en majuscules ont le même graphisme, et cette similitude a entraîné quelques historiens à confondre les « S.J. » de Martinès avec les « S.I. » du Baron Hund. Le titre de S.I. n'a jamais fait partie de la hiérarchie Cohen.

8 – La théurgie

Les Réaux-Croix pratiquent la théurgie. Quelle est donc cette mystérieuse science ? Selon l'étymologie, le mot théurgie vient du grec theos, Dieu, et ergon, ouvrage. La théurgie est donc « l'ouvrage de Dieu ». Au IIIe siècle, Jamblique l’a introduit dans la philosophie, comme adjuvant à la sagesse purement spéculative dont se contentait ses prédécesseurs. Il considérait la théurgie comme une magie supérieure, visant non pas à obtenir des bienfaits matériels, mais à réaliser progressivement l'union mystique avec la Divinité. La théurgie de Martinès a les mêmes objectifs : elle a pour but de mettre l'homme en relation avec le Divin en utilisant des intermédiaires devenus nécessaires depuis la chute de l'homme, les « anges », ou plutôt, pour coller au langage martiniste, aux esprits célestes et surcélestes. La théurgie de Martinès vise essentiellement à obtenir les bénédictions des esprits bons. Elle a aussi pour but d'exécrer, de conjurer les esprits mauvais, pour chasser leurs influences mauvaises qui tendent sans cesse à éloigner l'homme de sa mission.

Appeler les esprits bons, éloigner les mauvais, nécessite de connaître leurs noms, leurs jours d'influence et les heures propices pour les interpeller à l'aide du rite approprié. Pour ce faire, Martinès confiait à ses émules Réaux-Croix, un répertoire contenant les noms, les hiéroglyphes secrets de 2400 esprits, et de multiples recommandations sur les périodes favorables aux opérations, comme les équinoxes ou les phases lunaires les plus bénéfiques. Le rituel préconisé par Martinès est extrêmement complexe à mettre en œuvre ; il réclame un lieu spécialement aménagé. Sur le sol on dessine le tableau figuratif de l'opération, un pantacle composé de cercles concentriques, de triangles et de quarts de cercles reliés aux cercles principaux. L'adepte doit prendre grand soin de dessiner les hiéroglyphes des esprits avec lesquels il désire opérer. Sur ce pantacle on place, à des points précis, des bougies dont le nombre peut aller jusqu'à plusieurs dizaines. Avant d'opérer, le disciple doit prendre soin de se livrer aux jeûnes et purifications nécessaires à l'accomplissement du culte magique.
En dehors de ces éléments que l'on retrouve dans de nombreuses pratiques anciennes, il faut souligner le caractère mystique de la théurgie de Martinès. En effet, à la lecture de ses rituels, on est surpris de l'importance qu'y occupent les prosternations, les prières, souvent extraites des Psaumes. La théurgie de Martinès ne cherche pas à diriger des forces sur quelqu'un ou à obtenir des avantages. Ce n'est pas une « magie pratique » orientée vers les petits soucis du quotidien ; c'est une sainte magie dont l'objet est l'union mystique. Tout, dans la théurgie Cohen, conduit à cette rencontre entre le visible et l'invisible. Dans cette pratique l'invisible, la Chose, se manifeste par une influence spirituelle que les Cohens appellent intellect, une manifestation émanée de Dieu ou de Ses anges.

Cet intellect ne prend jamais une forme corporelle, il se manifeste soit par un son distinct qu'il occasionne dans l'air, soit par une voix lente que les Cohens nomment « la conversation secrète entre l'âme et l'intellect ». Le plus souvent, il exprime sa présence par un hiéroglyphe lumineux. Les Élus-Cohens appelaient ces diverses manifestations des « passes ». Les instruction secrètes, les rituels Cohens et les correspondances entre Martinès et ses disciples montrent la difficulté de telles opérations. A leur lecture, on peut se demander combien furent ceux qui purent rassembler les conditions préconisées par le Souverain Grand Maître des Élus-Cohens, conditions qu'ils seraient impossible de réunir à un homme vivant à l'époque moderne. A la lecture des textes de Martinès de Pasqually, on peut se demander aussi si ces travaux n’étaient pas finalement uniquement une préparation extérieure destinées à conduire le disciple vers une communion plus intérieur avec le Divin. En effet, pour Martinès le lieu privilégié de la rencontre avec le Divin reste le cœur de l’homme, car c'est dans ce tabernacle qu’il peut recevoir les plus grandes satisfactions ainsi que les plus grandes faveurs que le Créateur lui envoie.

9 – La prière

Les Cohens devaient être des chrétiens pratiquants et plusieurs disciples protestants se convertiront au catholicisme pour se conformer à la règle. Lors de son initiation au degré apprenti, le Cohen devait prendre plusieurs engagements : le premier était de garder secrets les mystères de l'Ordre, le second d'être fidèle à la sainte religion Catholique apostolique et romaine. Avant de pratiquer les rites théurgiques, les Élus-Cohens devaient assister à une messe. Ils devaient aussi s’adonner fréquemment à la prière, en particulier à la Prière des six heures, une pratique spirituelle effectuée toutes les six heures (six heures du matin, midi, dix-huit heures et minuit). Ces prières, composées en partie par Martinès, comprenaient des lectures des Psaumes, des invocations « du saint nom de Jésus », le Pater, l'Ave Maria, ainsi que des suppliques adressées à l'ange gardien. A ces prière quotidiennes s'ajoutait aussi la « Prière qu'il faut faire quand on est couché et prêt à s'endormir ».

Pour un Cohen, il était également nécessaire de dire les sept Psaumes de Pénitences au moins à chaque renouvellement de Lune, ou tous les jours suivant les périodes de travail, de dire l'Office du Saint Esprit tous les jeudis, de réciter le Misere, debout face à l'Orient, et le De Profundis, face contre terre. Plus le disciple avançait dans la hiérarchie, plus les obligations, prières, jeunes, abstinences augmentaient. Comme on peut le constater, la vie d'un Cohen était bien remplie et demandait une disponibilité totale. Elle n'avait rien à envier à celle d'un moine.

La magie de Martinès était une « sainte magie », ayant pour but de conduire le disciple à une vie spirituelle de plus en plus intense. L'abbé Pierre Fournier nous indique que les instructions journalières de Martinès « étaient de nous porter sans cesse vers Dieu, de croître de vertus en vertus, et de travailler pour le bien général ; elles ressemblaient exactement à celles qu'il paraît dans l'évangile que Jésus-Christ ». D’Hauterive, dans une lettre du Fonds Du Bourg, précise le travail d’un Cohen en ces termes : « La réjection continuelle de la pensée mauvaise, la prière et les bonnes œuvres : voilà les seul moyens d’avancer dans la découverte de toutes les vérités, et, ce qui est encore au-dessus, la pratique de toutes les vertus ». L'exigence de telles pratiques rebutera de nombreux disciples venus chercher le merveilleux et peu enclins à suivre des règles aussi contraignantes.

10 – L'entrée en sommeil

A son arrivée à Bordeaux, même s’il vit modestement, Martinès de Pasqually ne semble pourtant pas manquer d'argent. Cependant, ses affaires semblent empirer, et en 1769, il a 1200 livres de dettes. Le port de Bordeaux est spécialisé dans le commerce du sucre avec Haïti, et il est probable que le fondateur des Élus-Cohens avait lui-même des intérêts sur cette île. Ses beaux-frères s’y étaient installés. En 1772, il décide de partir pour Saint-Domingue pour le recouvrement d'une petite succession qu'il avait eu d'un de ses parents décédé là-bas. Il espérait qu'après ses affaires matérielles seraient plus prospères. Depuis Haïti, il continue d’envoyer ses instructions à ses disciples.
Hélas, le Maître ne rentra jamais de voyage, car il mourut le 24 septembre 1774 à Saint-Domingue. Quelque temps avant sa mort, il avait nommé Cagnet de Lestère, l'un de ses disciples d'Haïti, pour diriger l'Ordre des Élus-Cohen. Mais ce dernier mourut lui-même en décembre 1779. Son successeur, Sébastien de Las Casas, rentra en France en novembre 1780 et mit officiellement en sommeil un Ordre qui, depuis la mort de son fondateur, s'éteignait de lui-même. Martinès de Pasqually n’avait pas consigné par écrit le rituel d’initiation au degré suprême de l’Ordre, celui des Réaux-Croix, par conséquent, ses disciples étaient dans l’impossibilité d’assurer la pérennité de l’Ordre. Par ailleurs, beaucoup de ses membres s’étaient éloignés de pratiques théurgiques trop complexe pour s’enrôler dans mesmérisme, plus particulièrement depuis que le marquis de Puységur avait découvert en 1784 le somnambulisme, qui par l’intermédiaire d’un médium permettait d’enter en contact avec l’autre monde.

Inévitablement, tous ceux qui se sentaient portés vers les sciences de l'invisible, et au premier plan les Élus-Cohens, furent séduits par le somnambulisme. Jean-Baptiste Willermoz n'échappa pas à l'engouement général, et il est probable que cette pratique soit pour beaucoup dans la chute de l’Ordre des Élus-Cohens. En effet, avec le somnambulisme, plus besoin d’ascèse et de rites compliqués pour communiquer avec l’invisible : il suffit de plonger un patient dans le sommeil magnétique et de l’interroger. La pratique montrera hélas que les choses ne sont pas si simples, et Jean-Baptiste Willermoz, qui dans cette mouvance créa la Société des Initié (1785), en fera les frais entre avril 1785 et octobre 1788. Il se rangera ensuite parmi les Martinistes qui, comme Rodolphe Salzmann et Louis-Claude de Saint-Martin, pensaient qu’il est dangereux de vouloir soulever le voile de l’autre monde sans faire un travail de sanctification.

11 – Les disciples

L'Ordre des Élus-Cohen ne comporta jamais un grand nombre de membres. Il compta cependant, quelques femmes, chose rare pour un rite maçonnique à l’époque. Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) fut initié dans cet Ordre en 1765. Dès 1771, il quitta la carrière militaire pour se livrer totalement à ses activités spirituelles. Il devint ainsi le secrétaire personnel de Martinès de Pasqually. Le chef des Élus-Cohen reconnaissait en effet dans ce jeune homme brillant un disciple prometteur, capable de l'aider à organiser le travail déjà entrepris. La collaboration de Saint-Martin fut donc précieuse à Martinès de Pasqually, qui grâce à son aide, réussit à améliorer l'organisation de l'Ordre. Quelques années plus tard, en 1772, il parvint au plus haut degré, celui de Réaux-Croix.

Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), négociant en soieries à Lyon, fut un membre éminent de l’Ordre. Initié dans la Franc-Maçonnerie en 1750, alors qu’il n’a que vingt ans, il occupa rapidement une place importante dans la Franc-Maçonnerie lyonnaise. Il entra chez les Élus-Cohens et devint un disciple zélé. S’il fut séduit par les enseignements de Martinès de Pasqually, il fut quelque peu déçu par les capacités d’organisateur de ce dernier. En effet, l’Ordre des Élus-Cohens était encore en pleine gestation, et son fondateur n’en finissait pas d’écrire les rituels et les instructions destinés au fonctionnement des loges. Jean-Baptiste Willermoz pratiquera la théurgie avec assiduité pendant des années avant d’en retirer quelques fruits

12 – Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

Après la disparition de Martinès de Pasqually, les deux disciples que nous venons d’évoquer tentent, chacun à leur manière, de poursuivre le travail de leur Maître. Le premier, Jean-Baptiste Willermoz, intègre la doctrine de la Réintégration dans le rite maçonnique de la Stricte Observance Templière allemande du baron Carl Gotthelf von Hund (1722-1776), Ordre avec lequel il était en relation depuis quelques années. En 1778, lors d’un convent, cet Ordre se réorganise en adoptant cette doctrine et devient celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Jean-Baptiste Willermoz rédige pour les degrés supérieurs de cet Ordre, ceux de Profès et de Grand Profès, des instructions qui présentent, sans la nommer directement, la doctrine de Martinès. Cependant, Willermoz ne transmet pas les enseignements théurgiques de Martinès aux Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors du convent de Wilhemsbad, en 1782, la réforme est adoptée : c’est la naissance du Rite Écossais Rectifié.
Ce rite ne survivra guère à la Révolution française, et avant même la disparition de Jean-Baptiste Willermoz en 1824, il entre en sommeil en France. Il connaît cependant une survivance en Suisse qui permettra à Edouard de Ribaucourt et à Camille Savoire de le faire revivre en France la veille de la première Guerre mondiale.

13 – La voie cardiaque

La pensée de Martinès de Pasqually trouve aussi une continuité hors de la Franc-Maçonnerie à travers Louis-Claude de Saint-Martin. Il abandonne la théurgie, la voie externe, au profit d’une démarche plus intérieure. En effet, après des années de pratique, il juge la théurgie dangereuse, et peu sûre pour trouver le Divin. L'outil et le creuset de l’évolution spirituelle de l’homme doit être, selon Saint-Martin, le cœur de l'homme. Il veut « entrer dans le cœur du Divin et faire entrer le Divin dans son cœur ». C'est dans ce sens que l'on appelle la voie préconisée par Saint-Martin la voie cardiaque. L'évolution de l'attitude de Saint-Martin est due en partie à sa découverte de l'œuvre de Jacob Boehme, dont il s’attacha à traduire les œuvres en français pour les publier. Elle est aussi le résultat logique d’un penchant naturel pour l’introspection. Cependant, les enseignements de Pasqually eurent sur Louis-Claude de Saint-Martin une influence profonde, et il conserva toute sa vie un grand respect pour celui qu'il appelait « son premier instructeur ». Les livres qu’il écrivit sous le nom de Philosophe Inconnu, depuis Des Erreurs et de Vérité en 1775, Le Tableau Naturel en 1782, L’Homme de désir en 1790 ou Le Nouvel Homme en 1792… jusqu’à son dernier livre, Le Ministère de l’Homme-Esprit, publié en 1802, sont tous marqués de la doctrine de Martinès de Pasqually.

Louis-Claude de Saint-Martin aurait transmit une initiation à quelques disciples choisis mais ne créa pas d'organisation initiatique. De toute manière, avec la Révolution française la plupart des loges maçonniques étaient tombées en sommeil et l’époque n’était pas favorable à la création d’un mouvement initiatique. Autour de lui, se constitua un groupe informel, auquel certaines lettres de ses amis font allusion en 1795 sous le nom de « Cercle Intime », « Société des Intimes ». Balzac, dans Le Lys dans la Vallée, témoigne de l'existence de ce groupe de disciples : « amie intime de la Duchesse de Bourbon, Mme de Verneuil faisait partie d'une société sainte dont l'âme était M. Saint-Martin, né en Touraine, et surnommé le Philosophe Inconnu. Les disciples de ce philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l'illuminisme mystique ». L'initiation transmise par Louis-Claude de Saint-Martin se perpétua jusqu'au début du siècle par différentes filiations. A la fin du XIXe siècle, deux hommes sont dépositaires de cette initiation : le Docteur Gérard Encausse et Augustin Chaboseau, qui fondent l’Ordre Martiniste vers 1889, c'est la naissance du Martinisme de la Belle Époque.

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