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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Histoire de l'IRA provisoire (1)

Publié le 15 Décembre 2012 par X dans Irlande

Voici le premier volet d’une extraordinaire synthèse politique, qui cherche à saisir dans toute sa complexité et en profondeur le parcours de la grande force historique qu’a été l’IRA provisoire. Le parcours est reconstitué étape par étape, avec un point de vue à la fois lucide et très avancé. Libération Irlande et tous les francophones remercient chaleureusement son auteur Liam O’Ruairc. C’est à l’année 1968 que remonte le début du conflit contemporain dans le Nord de l’Irlande. A cause du conflit, 18 personnes sont tuées en 1969, 28 en 1970, 180 en 1971 et 496 en 1972, l’année la plus meurtrière du conflit. Ce qui est central pour expliquer cette escalade est le conflit entre l’IRA (Provisoire) et l’Etat britannique. Le conflit entre l’IRA et l’armée britannique a été le plus intense dans la période entre 1971 et 1976. C’est durant cette période de cinq ans que l’IRA tue plus de 50% des personnes qu’elle est responsable d’avoir tuées au cours des quatre décennies de la période 1969-2009 (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, 379-380). Quand le conflit recommença, non seulement l’IRA était une partie insignifiante de l’échiquier politique, mais la partition de l’Irlande et la domination britannique n’étaient pas mises en question. Les catholiques nationalistes dans le Nord de l’Irlande se considéraient comme étant discriminés et demandaient les mêmes droits civiques que les autres citoyens. Ils exigeaient d’être des citoyens a part entière du Royaume-Uni, pas la réunification de l’Irlande. C’était une quête d’égalité dans le cadre de l’Etat britannique, pas des exigences pour la libération nationale.
C’est fin 1969 et début 1970 qu’apparaissent pour la première fois l’IRA et le Sinn Fein dits ‘Provisional’ (Provisoires). Il faut bien souligner qu’à l’époque c’étaient des groupuscules politiquement marginaux. En 1969 et pour beaucoup de 1970, ils jouèrent un rôle assez périphérique et ne faisaient pas partie des principaux acteurs politiques de l’époque. L’IRA Provisoire est issue d’une scission au sein de l’IRA qui eut lieu le 18 décembre 1969, le Provisional Sinn Fein d’une scission basée sur la même raison le 11 janvier 1970. Les Provisoires accusaient la direction du mouvement d’alors de manœuvres interdites par la constitution de l’organisation, et se proclamaient le mouvement républicain authentique car ils étaient les seuls à être fidèles et à maintenir la constitution du mouvement. Dans un communiqué les Provisoires avancent les raisons suivantes pour leur scission: « 1. La reconnaissance des parlements de Stormont, Westminster et Leinster House. 2. Un socialisme perverti menant à la bureaucratisation. 3. Les méthodes internes utilisées dans le mouvement. 4. L’incapacité d’organiser la défense de Belfast et des autres villes du Nord en août 1969. 5. Une stratégie politique menant objectivement à consolider le parlement de Stormont au lieu de le détruire. » (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, pp.10-11) Le facteur de loin le plus significatif dans la scission est le point 1 suivi du point 5. Pour l’IRA Provisoire il y a une contradiction fondamentale pour une organisation révolutionnaire de reconnaître et de participer aux institutions qu’elle est censée détruire. Cela ouvre la voie au réformisme, pas à la révolution. On entend fréquemment dire que la cause fondamentale de la scission de 1969-1970 était que l’IRA était incapable de défendre les catholiques lors de pogroms loyalistes en août 1969. IRA alors semblait synonyme de ‘I Ran Away’ [‘Je me suis enfui’] (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, 118). Cette explication est inexacte et confond deux événements distincts. Il ne faut pas confondre la fondation de l’IRA Provisoire fin 1969 avec le fait que le 22 septembre 1969 la Brigade de Belfast s’est désaffiliée de l’organisation parce qu’elle a été incapable de fournir des armes pour la défense des quartiers catholiques. Le fait que ce groupe a par la suite rejoint l’IRA Provisional ne doit pas faire oublier que la formation de l’IRA Provisional n’était pas primordialement due à l’incapacité de défendre les quartiers catholiques. Comme l’a expliqué des années plus tard Billy McKee (un des fondateurs du mouvement) même si les pogroms de 1969 n’avaient pas eu lieu et que la population catholique n’avait pas été attaquée, la scission aurait quand même eu lieu car la non-reconnaissance de la légitimité des parlements ennemis était un point de principe fondamental (Peter Taylor, The Provos: the IRA and Sinn Fein, London: Bloomsbury, 1998, p.66). Quand l’IRA Provisoire a été créée, l’élément nordiste n’était d’ailleurs pas dominant: sur les 20 membres de la direction; 18 venaient du sud de l’Irlande, de même que cinq des sept membres du Conseil de l’Armée (Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, 133). Cependant, il est juste de dire que les événements d’août 1969 expliquent pour beaucoup le fait que la population nationaliste catholique ait pu se tourner vers l’IRA Provisoire.
Ces événements furent un traumatisme pour les catholiques de Belfast. Le bilan d’un pogrom organisé par des Loyalistes le 14-15 août 1969 était de six morts, cinq d’entre eux Catholiques. 150 maisons furent incendiées, dont l’ensemble d’une rue (Bombay Street) et des centaines de personnes furent expulsées de leurs domiciles au cours des jours qui suivirent.
Une commission gouvernementale établit que sur les 1820 familles à Belfast qui furent expulsées de leur domicile au cours des mois de juillet, août et septembre 1969, 1505 d’entre elles (soit 82,7%) étaient catholiques. La même commission calcula que 5,3% des foyers catholiques a Belfast furent expulsés contre 0,4% des familles protestantes (Michael Farrell, Northern Ireland: The Orange State, London: Pluto Press, 262-263). Le 23 février 1974, une autre commission gouvernementale annonça que 60.000 personnes avaient reçu l’ordre de quitter leur domicile en Irlande du Nord entre 1969 et 1973, ce qui représentait le déplacement de population le plus important en Europe depuis la seconde guerre mondiale. (Roger Faligot, The Kitson Experiment: Britiain’s Military Strategy in Ireland, London: Zed Press, 1983, 120) La majorité d’entre elles était catholique, et il est clair que cela contribua beaucoup à chercher la protection de l’IRA pour que cela ne se reproduise plus. Un autre point important à souligner est que contrairement a aujourd’hui où le Sinn Fein essaie de créer une continuité entre la lutte pour les droits civiques et la lutte armée de l’IRA, l’IRA et le Sinn Fein provisoires avaient été formés explicitement parce qu’ils rejetaient la stratégie et le mouvement des droits civiques. Alors que le mouvement républicain ‘officiel’ définissait le problème dans le Nord comme étant la discrimination contre les catholiques et l’absence de droits civiques et la stratégie à suivre comme un mouvement de masses pour les droits civiques visant à réformer le parlement local de Stormont; le mouvement républicain ‘provisoire’ définissait le problème comme une lutte de libération nationale ne visant pas à abolir les discriminations contre les nationalistes mais à abolir la domination britannique et son parlement de Stormont (opposer par exemple Deasun Breathnach, ‘Why Stormont must go’, An Phoblacht , septembre 1970 à Anthony Coughlan, ‘Stormont: to abolish or not to abolish?’, United Irishman, mai 1970). Même s’ils avaient une rhétorique plus traditionaliste, les Provisoires avaient une position en pratique beaucoup plus radicale et militante. (Voir David George, These are the Provisionals, New Statesman, 19 novembre 1971 et Left or Right? éditorial de An Phoblacht du 11 janvier 1974) La priorité immédiate du mouvement républicain provisoire était de se préparer à la guerre. Ses trois objectifs fondamentaux étaient clairs: 1. Que le gouvernement britannique reconnaisse le droit du peuple d’Irlande à déterminer librement son propre futur, 2. Que le gouvernement britannique déclare son intention de se retirer dans un laps de temps déterminé, 3. Que le gouvernement britannique declare une amnistie générale. (Daithi O Conaill, Three basic war aims, Republican News, 5 août 1978, p.8)Au début 1970, le Conseil de l’Armée élabore ses priorités stratégiques. Dans une première phase, l’organisation allait donner la priorité à la défense des quartiers catholiques contre les loyalistes. Dans une seconde phase, la défense allait être combinée avec des actions de représailles contre l’armée britannique et la police si celles-ci maltraitent ou tuent des civils catholiques. Dans une troisième phase, l’organisation passera à une offensive générale. (Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, pp.145-146) C’était une stratégie très réaliste et cohérente basée sur l’inévitabilité des confrontations. Il était clair que lors de la prochaine saison des marches loyalistes, des confrontations seraient inévitables. Ces confrontations allaient offrir aux Provos l’opportunité de prouver qu’ils sont les ‘défenseurs’ de la population nationaliste. Il était également clair que tôt ou tard, l’armée britannique allait être utilisée par les Unionistes pour réprimer la population catholique, et que des civils seraient tués ou blessés par les militaires. Dans un contexte d’hostilité croissante contre l’armée britannique, une offensive générale pourrait donc être lancée. Les événements se passèrent comme les Provisoires l’avaient prévu. Le 27 juin 1970, lors d’émeutes à Ardoyne, l’IRA tue trois loyalistes. Le même jour, des loyalistes essayent d’attaquer le quartier catholique de Short Strand à Belfast. L’IRA défend le quartier et tue trois assaillants. Ces deux interventions de l’IRA établirent sa réputation de défenseur de la minorité catholique, IRA n’était plus synonyme de ‘Je me Suis Enfui’ comme en 1969. A cause de la colère de la classe politique unioniste face à ces incidents, l’armée britannique perquisitionne le quartier de Lower Falls à Belfast entre le 3 et 5 juillet 1970 à la recherche d’armes que la population nationaliste considérait comme nécessaire pour sa défense. Les perquisitions étaient souvent brutales, et l’armée britannique tua cinq civils et en blessa beaucoup d’autres. Jusqu’alors, aucune de ces armes n’avait été utilisée contre l’armée britannique. Ce genre d’expérience fit que très vite l’armée britannique devint impopulaire parmi la population nationaliste du Nord de l’Irlande. « L’expérience du gaz lacrymogène, des matraques et des mauvais traitements par l’armée était le meilleur argument de recrutement pour les Provisoires. » (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, 151). Gerry Adams indiqua des années plus tard que les perquisitions de Juillet 1970 « rendirent absolue l’opposition à l’armée britannique à Belfast… Après cela, le recrutement à l’IRA devint massif. » (Gerry Adams, The Politics of Irish Freedom, Dingle: Brandon, 1986, 55). D’après l’armée britannique, après juillet 1970, l’IRA à Belfast passa de 100 membres en mai-juin 1970 à plus de 800 en décembre de la même année. (Jack Holland, Hope Against History: The course of conflict in Northern Ireland, London: Hodder & Stoughton, 1999, p.59). S’il est certes vrai que l’IRA espérait une rupture entre la communauté nationaliste et l’armée britannique, néanmoins très peu de gens suggèrent que l’organisation ait orchestré les premiers affrontements. (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.99) L’organisation n’était pas encore prête à affronter l’armée britannique, ne fut-ce que par manque d’armes. L’IRA était trop occupée en 1970 à s’organiser, s’entraîner et s’armer et reste pour cette raison dans l’ombre la plus grande partie de l’année. Ce n’est que le 29 septembre 1970 que le mouvement annonce qu’il est pleinement organisé (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, p.20).
A partir d’avril 1970, les émeutes entre jeunes nationalistes et troupes britanniques deviennent de plus en plus fréquentes. L’armée britannique annonce qu’elle n’hésitera pas à abattre les émeutiers. L’IRA répond que si c’est le cas, elle mènera des opérations de représailles (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, p.15) L’IRA passe bientôt des actions de défense à des actions de représailles. Début 1971, le Conseil de l’Armée de l’IRA provisoire autorise des actions armées contre les soldats britanniques. Le 6 février 1971, l’IRA provisoire tue son premier soldat britannique. C’était le premier militaire anglais tué en Irlande depuis 1921 et le premier des 503 soldats britanniques à être tués dans le conflit dans le Nord de l’Irlande. A la mi-juillet 1971, dix soldats britanniques avaient été tués depuis février. Pour rétablir l’ordre, le gouvernement décrète le 9 août 1971 l’internement sans procès de gens soupçonnés d’être des républicains. Des centaines de nationalistes seront emprisonnés sans procès. Jusqu’à ce son abolition fin 1975, 2158 internements eurent lieu.
Beaucoup des internés furent victimes de tortures. En 1975, le ministre britannique de l’intérieur avoua que l’Etat avait dû payer des compensations à 473 personnes pour les sévices infligés par l’armée et la police, et le gouvernement britannique fut jugé coupable de traitements inhumains et dégradants par la cour européenne des droits de l’homme (Kevin Kelley, The Longest War: Northern Ireland and the IRA, London: Zed Books, 1982, p.155)
L’internement fut un désastre politique pour l’Etat britannique, ses effets politiques furent de radicaliser la communauté catholique et d’augmenter son soutien à l’IRA provisoire. Non seulement l’internement ne réussit pas à détruire l’IRA, mais la capacité opérationnelle de celle-ci ne cessait d’augmenter. En 1971 l’IRA provisoire fut responsable de la mort de 86 personnes, plus de quatre fois le nombre de personnes qu’elle avait tué au cours des deux années précédentes. Le nombre de personnes tuées par l’armée britannique quant à lui augmente par six et s’élève à 45 victimes. En 1971, 44 militaires britanniques seront tués, plus de deux tiers d’entre eux après le 9 août, et 23 activistes de l’IRA provisoire perdront la vie, tous après l’introduction de l’internement, sauf quatre (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, revised and updated edtion, 2007, p.103). Après l’internement, l’IRA passe des opérations de représailles à l’offensive totale. En 1971-1972 il y avait en moyenne 17 fusillades et 4 attaques à la bombe par jour en Irlande du Nord (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.100). Le 30 janvier 1972, durant une manifestation contre l’internement, l’armée britannique ouvre le feu et tue 14 manifestants. Cet incident connu sous le nom de ‘Dimanche Sanglant’ (Bloody Sunday) eut pour conséquence de donner à l’IRA provisoire la plus grosse vague de soutien de masses de son histoire (Richard English, Armed Struggle: A History of the IRA, London: Macmillan, 2003, p.148-154). Ce sont littéralement des milliers de personnes qui cherchaient à rejoindre ses rangs. De 1970 à 1972, le mouvement républicain provisoire réussit a se transformer d’une petite organisation d’influence limitée à un mouvement d’insurrection de masse. « En moins de trois ans, l’IRA Provisoire passa du groupe des 26 hommes ayant élu son Conseil de l’Armée en une guérilla comptant 1500-2000 combattants. » (Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, p.63).
En 1969 à Derry, l’IRA avait 20 membres. Dans la seule ville de Derry, on estime que plus de 1.000 personnes ont été emprisonnées pour activités liées à l’IRA, ce qui est un chiffre élevé pour une ville ne comptant que 50.000 catholiques. A Belfast en 1969, l’IRA avait moins de 50 membres. Fin 1971, l’organisation avait plus de 1.200 activistes dans la ville (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, revised and updated edtion, 2007, p.103 et 363). Pour avoir une idée de la taille du mouvement, il suffit de regarder le nombre de républicains qui ont été emprisonnés depuis 1969. Patrick Bishop et Eamon Mallie estiment qu’entre 8.000 et 10.000 activistes de l’IRA provisoire ont été emprisonnés jusqu’en 1987 (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.12). En 1995, une estimation était que 16.000 républicains avaient été ou étaient emprisonnés (Kevin Toolis, Rebel Hearts: Journeys within the IRA’s soul, London: Picador, 1995, p.151)
L’estimation la plus récente et la plus précise dit qu’il y a 18.000 ex-prisonniers républicains en Irlande, Grande-Bretagne, Europe et USA, dont 5000 vivent a Belfast-ouest (Jim Gibney, Ex-prisoners should enjoy same rights as others, The Irish News, 1er mai 2008).
Ces chiffres « suggèrent qu’une proportion très élevée des hommes de la classe ouvrière catholique nord-irlandaise après 1969 sont passé dans les rangs de l’IRA. »
(Brendan O’Leary, Mission Accomplished ? Looking Back at the IRA, Field Day Review, Numéro 1, 2005, p.234).
Le mouvement républicain n’était pas une affaire de ‘terrorisme individuel’ mais l’expression armée d’un mouvement de masse. L’IRA était responsable de 18 morts en 1970, 86 en 1971 et 234 en 1972. L’escalade de l’insurrection a eu un impact politique significatif. « En 1972, l’IRA réussit à avoir un impact et une influence sur la politique sans précédent au cours des 50 dernière années, une chose qui aurait été tout simplement inimaginable trois ans plus tôt. » (Patrick Bishop and Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.231) L’IRA baptise 1972 « l’année de la victoire ». L’IRA était à présent une partie centrale de l’échiquier politique. Comme l’explique le stratège britannique MLR Smith: « La stratégie de l’IRA jusqu’en 1972 eut un grand succès. L’IRA avait réussi à s’implanter dans la communauté catholique. De là, l’organisation réussit à lancer une campagne militaire qui métamorphose un besoin de protection et de protestation contre des griefs sociaux et économiques en une remise en question non seulement de la compétence du régime de Stormont, mais de la légitimité même de l’Etat d’Irlande du Nord. Cela représentait une victoire majeure pour les Provisoires. » (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.102). Ce n’étaient plus les droits civiques qui étaient au centre du débat politique, mais la fin de la domination britannique. Comme le dit Daithi O’Conaill, le principal stratège du mouvement: « Aujourd’hui, ce qui est central, c’est le conflit entre la liberté de l’Irlande et la détermination de l’Angleterre à maintenir sa domination. Tous les autres sujets sont subordonnés à cette question centrale. Il ne peut y avoir de compromis sur la question fondamentale de qui peut déterminer le futur de l’Irlande: le parlement britannique ou le peuple irlandais? (…)
Nous demandons à l’Angleterre de nous donner ce que les USA ont donné au Vietnam, la France à l’Algérie, et l’Angleterre à ses anciennes colonies de Palestine, Chypre et Aden. La Grande-Bretagne a grandi en prestige en se retirant de ces pays, et elle gagnera le respect universel en se retirant de sa première et dernière colonie. » (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973).
C’est l’incapacité de l’unionisme à se réformer et les erreurs et échecs du gouvernement britannique qui expliquent que les Provisoires ont pu se développer à ce point, plus que la popularité de l’idéologie républicaine. Ce sont les pogroms loyalistes, la brutalité de l’armée britannique en 1970, l’internement en 1971 et Bloody Sunday qui amenèrent bon nombre de nationalistes à soutenir l’IRA. Comme l’explique Gerry Adams: « Des milliers de personnes qui n’avaient jamais été républicains apportaient a présent leur soutien actif a l’IRA, et bon nombre d’autres qui rejetaient jusqu’a présent la lutte armée l’acceptaient désormais comme une nécessité pratique. » (Gerry Adams, Before the Dawn, Heineman, 1996, p.142). Si les pogroms d’août 1969 et les attaques loyalistes « sont importants pour expliquer pourquoi les Républicains Provisionals sont devenus, au contraire de la militance républicaine de 1956-1962, un mouvement de masse », ce sont surtout « les erreurs et excès de l’armée britannique entre 1970 et 1972 qui contribuèrent à la croissance des Provisoires, plutôt que les attaques loyalistes de 1969. » (Gerard Murray and Jonathan Tonge, Sinn Fein and the SDLP From Alienation to Participation, London: Hurst & Company, 2005, p.257). Pour prouver cela, il suffit de regarder l’intensité de la répression. Parmi les 500 premières victimes du conflit, autant avaient été tuées par l’armée que par des explosions.
Plus de 75.000 personnes furent arrêtées entre 1971 et 1986, ce qui veut dire que 3% de la population du Nord de l’Irlande a été arrêtée en quinze ans. Si on on examine ces chiffres en termes d’affiliation confessionnelle, un catholique nord-irlandais sur quatre entre l’âge de 16 et 44 ans a été arrêté au moins une fois.
Entre 1971 et 1986, il y a eu pas moins de 338.803 perquisitions à domicile, ce qui représente 75% des domiciles nord-irlandais!
En termes d’affiliation religieuse, chaque domicile catholique a été en moyenne perquisitionné et fouillé à au moins deux reprises durant cette période, mais certaines maisons de familles républicaines ont été perquisitionnées dix fois ou plus (Paddy Hillyard, Political and Social Dimensions of Emergency Law in Northern Ireland, in Anthony Jennings (ed), Justice Under Fire: The Abuse of Civil Liberties in Northern Ireland, London: Pluto Press, 1988, p.197). Toute cette répression a été la plus intense durant la période 1971-1976, où plus de 250.000 perquisitions à domicile ont eu lieu. 17.000 domiciles sont perquisitionnés en 1971, 36.000 en 1972, et 75.000 en 1973 et 1974.
Chaque jour, plus de 5000 véhicules sont arrêtés et fouillés, et entre le 1er avril 1973 et 1er avril 1974, le nombre de fois que des véhicules sont arrêtés et fouillés s’élève au chiffre astronomique de quatre millions, pour une population d’un million et demi d’habitants!
(John Newsinger, British Counterinsurgency: From Palestine to Northern Ireland, Basingstoke: Palgrave, 2002, p.168).
Comme l’admet un militaire britannique spécialiste de la contre-insurrection, toute cette répression « aliéna profondément » la population nationaliste. (Paul Dixon, Northern Ireland: The Politics of War and Peace, Palgrave, 2001, p.119). Ce qui est très important de souligner c’est que les catholiques ne devenaient pas idéologiquement républicains, mais réagissaient à la discrimination sociale et économique, à la violence loyaliste et à la brutalité de l’armée. Pour les gens à la base, la lutte était moins une lutte pour la libération nationale qu’une lutte pour les droits civiques par d’autres moyens [c’est ce que soulignait déjà l’anthropologue Frank Burton en 1978 dans son livre The Politics of Legitimacy: Struggles in a Belfast Community (London: Routledge and Kegan Paul, 1978) la meilleure étude jamais réalisée sur un quartier républicain et son fonctionnement]. Ils utilisaient le républicanisme comme moyen de continuer la lutte pour les droits civiques. Ils ne protestaient pas contre la présence britannique en Irlande en tant que telle, mais contre la politique du gouvernement britannique. Les républicains idéologiques étaient une minorité. C’est une contradiction fondamentale qui allait avoir avec le temps des conséquences politiques importantes. Apres le Dimanche Sanglant, l’IRA passe à l’escalade. Le fer de lance de la lutte armée de l’IRA était sa campagne d’attentats à la bombe. Jusqu’à ce que l’IRA déclare un cessez-le- feu en 1994, l’organisation était responsable de plus de 16.500 explosions et plus de 2.000 bombes incendiaires. L’organisation avait 18 ‘recettes’ pour fabriquer ses explosifs, 17 types de détonateurs, de même que 16 versions de mortiers et 15 types de grenades. Entre le dimanche sanglant et le moment ou l’IRA déclare une trêve unilatérale en mars 1972, l’organisation revendique plus de mille attaques. (Provisional IRA, Freedom Struggle, 1973, p.53). L’IRA déclare cette trêve unilatérale de trois jours pour montrer au gouvernement britannique que l’organisation était sous contrôle effectif et qu’une trêve était objectivement possible (Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, p.238). Le plus grand succès de l’IRA Provisoire fut que ses actions poussèrent le gouverment britannique à abolir le régime unioniste de Stormont le 24 Mars 1972, chose que même ses ennemis reconnaissent. (Voir Robert W. White, Provisional Irish Republicans: An Oral and Interpretive History, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1993, p.84). Selon MLR Smith, objectivement on peut dire que la campagne de l’IRA « renversa Stormont en soulignant son incapacité à gérer l’ordre et à se reformer ». (M.L.R Smith, Fighting For Ireland? The Military Strategy of the Irish Republican Movement, London and New York: Routledge, second edition, 1997, p.101). Si l’abolition de Stormont représente la victoire militaire et politique la plus importante de l’histoire de l’IRA Provisoire, la nouvelle situation allait créer de nouveaux problèmes. L’abolition de Stormont le 24 mars 1972 avait rectifié le grief le plus important de la population catholique dans le Nord et généra une division fondamentale qui allait s’accroître avec le temps. Comme l’explique Pat Walsh: « Une part substantielle du soutien de la population catholique à l’IRA était basée non sur l’opposition à l’Etat britannique en tant que tel, mais sur l’hostilité au gouvernement de Stormont comme centre du pouvoir protestant… Quand l’administration directe de Londres fut introduite et le parlement protestant suspendu, la campagne de l’IRA devait être menée sur une base purement anti-britannique. La communauté catholique était en faveur de négociations plutôt que de continuer la lutte armée. Elle commença à faire pression sur l’IRA pour que celle-ci déclare une trêve… L’abolition de Stormont causa même la confusion au sein des rangs républicains. Certains étaient en faveur d’une trêve. Dave O Connell (= Daithi O’ Conaill, principal stratège du mouvement) a dû nier des rumeurs publiques selon lesquelles l’organisation était au seuil d’une scission au sujet d’une trêve… Les Provisoires étaient évidemment face à un dilemme. S’ils mettaient fin a leur campagne à ce stade, tout ce qu’ils auraient gagné n’aurait été que l’abolition de la domination protestante. Dans les circonstances de l’administration directe de Londres, les catholiques dans le Nord étaient susceptibles de devenir moins nationalistes sur le long terme. » (Pat Walsh, Irish Republicanism and Socialism: The Politics of the Republican Movement 1905 to 1994, Belfast: Athol Books, 1994, p.124-126) .L’introduction par l’IRA au printemps 1972 de la voiture piégée et du fusil Armalite permit d’intensifier ses activités (Ed Moloney, A Secret History of the IRA, London: Allen Lane The Penguin Press, revised and updated edtion, 2007, p.114-116). En juin 1972, elle inflige plus de pertes à l’armée britannique qu’au cours des autres mois (Patrick Bishop et Eamon Mallie, The Provisional IRA, London: Corgi Books, 1988, p.220). C’est dans ce contexte que l’IRA déclare une trêve du 26 juin au 9 juillet 1972 et qu’une délégation de l’IRA comprenant son Chef d’Etat-Major Sean MacStiofain, son principal stratège Daithi O’Conaill, le commandant de la Brigade de Belfast Seamus Twomey et ses adjoints Ivor Bell et Gerry Adams, et le commandant de la Brigade de Derry Martin McGuiness se rendent à Londres pour des pourparlers avec des représentants du gouvernement britannique. L’importance symbolique de l’événement était énorme: c’était la première fois depuis 1921 qu’un gouvernement britannique parlait avec l’IRA. Les exigences de l’IRA étaient premièrement que le gouvernement britannique reconnaisse que c’est au peuple d’Irlande dans son ensemble de déterminer le futur de l’île, deuxièmement que le gouvernement britannique déclare son intention de se retirer, retrait devant être effectué en trois années, troisièmement que le gouvernement britannique déclare une amnistie pour les personnes emprisonnés à cause du conflit (Sean MacStiofain, Memoirs of Revolutionary, Edinburgh: Gordon Cremonesi, 1975, p.282). Mais le gouvernement britannique n’avait aucune intention de céder à ces trois exigences. L’Etat britannique utilisait la trêve pour évaluer la direction de l’IRA, pour identifier et renforcer les ‘modérés’ aux dépens de ceux qui avaient une ligne plus dure et essayer de pousser l’IRA dans un cessez-le-feu prolongé duquel il lui serait difficile de sortir. Ce qui est déjà clair à l’époque c’est que la stratégie britannique était d’encourager l’ascension d’une faction ‘modérée’ au sein du mouvement républicain avec laquelle le gouvernement pourrait passer un accord. Par exemple, le 20 juin 1972 Gerry Adams et Daithi O’Conaill rencontrent Frank Steele des services secrets britanniques MI6 et Philip Woodfield du Northern Ireland Office du gouvernment britannique. Dans son rapport au premier ministre (PRO, PREM 15/2009, Note of a Meeting with Representatives of the Provisional IRA, 21 June 1972), Woodfield souligne que: « il ne fait aucun doute que ces deux-là veulent un cessez-le-feu et une fin permanente de la violence », Adams « a l’air respectable et respectueux », ses réponses à chaque question « étaient raisonnables et modérées », son comportement et attitude « étaient sans rapport avec la campagne de bombes et fusillades indiscriminées dont ils sont des responsables importants. » On peut donc penser que Gerry Adams avait été identifié dès 1972 par le gouvernement britannique comme l’homme qu’il leur fallait, et qu’ils ont tout fait pour favoriser son ascension.
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Origine et filiation du catharisme (2)

Publié le 14 Décembre 2012 par Ruben de Labastide dans Gnose

Les Pauliciens :

Abordons maintenant la question des Pauliciens car on a dit beaucoup de choses inexactes à leur sujet. Seul les Travaux de Paul Lemerle et de son équipe spécialisée dans l’histoire byzantine ont permis de dégager les Pauliciens de bien des assertions faciles dont on les affublaient. Qui étaient donc ces fameux Pauliciens ?
Disons tout d’abord que nous ne les connaissons qu’à travers trois sources principales :

1.      L’Histoire de Pierre de Sicile. Source première sur les Pauliciens. Pierre de Sicile était un religieux orthodoxe qui fréquenta de près les Pauliciens à l’occasion d’une ambassade auprès d’eux.

2.      Le Précis de Pierre l’Higoumène, qui est le même personnage que le précédent. Ce Précis, contrairement à ce qu’indique son titre, est un simple résumé de ce qui est rapporté dans l’Histoire.

3.      Le Récit de Photius, qui puise largement dans l’Histoire de Pierre de Sicile.

Nous voyons donc que tout ce que nous savons sur les Pauliciens tient essentiellement aux informations données par un seul personnage. Ajoutons-y cependant quatre formulaires d’anathèmes qui concerne nommément les Pauliciens.
Situons maintenant les Pauliciens dans l’espace et dans le temps. L’Histoire de Pierre de Sicile narre des événements qui débutent au VIIe et terminent au IXe siècles. Ensuite, on retrouve quelques mentions des Pauliciens dans la chronique d’Anne Comnène qui se rapporte essentiellement au XIe siècle. Enfin, signalons que les Pauliciens apparaissent aussi dans une chronique latine de la première croisade
. On les mentionne comme alliés des Sarrasins à la bataille de Dorylée, en juillet 1097, où se distinguèrent entre autre les troupes du comte Raymond IV de Toulouse. Ces différentes sources signalent les Pauliciens en Asie mineure, Syrie, Arménie et Bulgarie.

Voyons à présent ce qu’étaient ces Pauliciens. Disons tout d’abord qu’ils ne se nommaient pas eux-mêmes ainsi. Photius nous le dit : « Aux véritables Chrétiens, ces triples misérables donnent le nom de Romains, et ils se réservent à eux-mêmes l’appellation de Chrétiens ». Nous ferons également la même constatation en ce qui concerne les Cathares.
Par ailleurs, Photius nous donne une autre information intéressante. Il nous dit qu’on les appelaient également « Paulo-johanniens »
, même s’il le justifie par le biais d’une généalogie fantaisiste. Pour nous, il est clair qu’il s’agit ici d’une appellation qui renvoie à leur filiation spirituelle, c’est-à-dire à l’apôtre Paul et à l’évangéliste Jean, comme le prouve l’évangéliaire paulicien qui comprenait l’évangile et les épîtres johanniques.
Enfin, pour terminer sur cette question des noms attribués aux Pauliciens, la plupart des informateurs les assimilent aux Manichéens, comme le furent également les Cathares et les Marcionites, mais cette association mille fois répétée est parfaitement infondée. Pierre de Sicile n’a pas été plus clairvoyant, victime des préjugés de son temps, il a associé les Pauliciens aux Manichéens. Pourtant, son propre témoignage de ce qu’il avait vu et entendu chez les Pauliciens dément cette assertion. Il écrit en effet que les Pauliciens niaient toute filiation avec Manés
4 et qu’ils rejetaient les livres manichéens. Il rapporte également que les Pauliciens se démarquaient de la licence dont jouissaient les Manichéens, autrement dit qu’ils observaient une règle bien à eux.
Pierre de Sicile dit aussi qu’ils lisaient seulement « l’Évangile et le saint livre de l’Apôtre », et qu’ils attribuaient uniquement leur foi au Christ et à l’apôtre Paul
. Enfin, il indique que les Pauliciens réprouvaient l’apôtre Pierre et qu’ils rejetaient ses épîtres. Bref, ces informations indiquent une forte parenté avec le marcionisme et même avec le catharisme, mais nous le verrons en détail plus tard, car il nous faut tout d’abord rendre compte de la foi paulicienne.

La théologie paulicienne

Pierre de Sicile nous rapporte ce qui distinguait les Pauliciens de tous les autres : « le premier signe auquel on les reconnaît consiste en ce qu’ils confessent deux principes : un Dieu mauvais et un Dieu Bon ; l’un, l’auteur et souverain de ce monde ; l’autre, du monde futur ». Propos que les anathèmes complètent bien, et ils méritent d’être intégralement cités :

§  « Anathème à qui croit ou pense ou dit qu’il existe deux dieux opposés, bon et mauvais, l’un Dieu Père, Fils et Saint Esprit, Dieu du monde à venir et un autre Dieu qui est l’auteur et créateur de ce siècle ou de ce monde ».

§  « Celui qui dit et croit qu’il y a deux principes, bon et mauvais, l’un auteur de la lumière et l’autre de la nuit, l’un auteur des hommes et l’autre des anges et des autres êtres vivants, qu’il soit anathème. À ceux qui énoncent cette absurdité, que le diable pervers est l’auteur et l’Archonte de la matière et de tout ce monde visible et de nos corps, anathème ».

§  « Anathème à ceux qui ne disent pas « Père tout puissant créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils contiennent de choses visibles et invisibles », mais seulement « Père céleste » qui a uniquement autorité sur le monde à venir, du fait que le siècle présent et tout l’univers n’ont pas été faits par lui, mais par son ennemi, le Maître mauvais du monde ».

§  « Si quelqu’un ne confesse pas que Dieu est l’auteur du ciel et de la terre et de toutes les créatures et le modeleur d’Adam et le démiurge d’Ève, mais dit que l’archonte adverse est l’auteur de l’univers et le modeleur de la nature humaine, qu’il soit anathème ».

§  « Anathème à ceux qui appellent « Satan » notre Dieu démiurge de toutes choses et enseignent que l’homme a été modelé par Satan et énoncent ce blasphème qu’il a reçu de lui son âme, introduite dans son corps par les narines, et profèrent futilement que par lui aussi elle est reprise ».

Pour éclairer mieux encore ces propos, il nous faut mettre en parallèle cet autre aspect de la foi paulicienne qui concerne l’Ancien Testament et ses personnages principaux, c’est-à-dire Moïse et les prophètes, mais aussi la Loi et l’apôtre Pierre. En effet, Pierre de Sicile nous dit qu’« ils ne reçoivent aucun des livres de l’Ancien Testament, et [...] traitent de menteurs et voleurs les prophètes ». Il nous dit également qu’« ils rejettent […] les autres saints,[...]maudissent et repoussent par-dessus tout saint Pierre, le grand et premier apôtre, et disent qu’aucun d’entre-eux ne se trouve du côté des élus ». Mais ce sont encore les articles d’anathèmes qui nous renseignement le mieux :

§  « Anathème à qui ne reçoit pas de cœur et de bouche la Loi transmise par Moïse comme donnée par l’unique vrai Dieu, et de même les saints prophètes, apôtres et martyrs, et tous les saints, comme la sainte Église catholique et apostolique l’enseigne ».

§  « À ceux qui dénigrent la loi mosaïque et disent que les prophètes ne procèdent pas du Bon, anathème ».

§  « Anathème à ceux qui ne révèrent, n’honorent, ne reçoivent ni n’accueillent les enseignements des saints apôtres et leurs traditions ».

Une autre caractéristique de la foi paulicienne qui choquait tout autant que les propos précédents, concerne la nature du Christ et de Marie. Pierre de Sicile nous dit que les Pauliciens enseignent que « le Christ n’est pas né de Marie mais qu’il a apporté son corps du ciel », et que l’enfantement du Christ « a eu lieu en apparence et non en réalité ». Photius, rapporte également que les Pauliciens expliquaient cette naissance apparente par le fait que le Christ était passé à travers Marie « comme dans un conduit ». Les anathèmes nous le confirment encore :

§  « Anathème à qui dit ou pense ou croit que c’est du ciel que le Seigneur à fait descendre son corps et qu’il s’est servi du ventre de la mère de Dieu comme d’une bourse » 

§  « Anathème à ceux qui confessent que notre Seigneur Jésus-Christ a souffert, mais professent qu’il n’est pas né vraiment de la sainte, toujours vierge et toute pure mère de Dieu, mais seulement en apparence ».

Par ailleurs, les orthodoxes étaient scandalisés d’entendre dire par les Pauliciens que Marie avait eu des enfants de Joseph, alors que c’est écrit en toutes lettres dans les textes évangéliques eux-mêmes. Enfin, notons aussi que ce n’était pas seulement le corps et la naissance du Christ qui furent apparents mais aussi sa passion et sa résurrection : Ils « présentent la croix et la mort du Christ et sa résurrection comme une apparence ». Autre point de convergence manifeste avec le marcionisme et le catharisme.

Un autre point qui choquait beaucoup, concerne le rejet de la croix. Pierre de Sicile nous dit que les Pauliciens « n’admettent pas l’image, l’action, ni la vertu de la précieuse et vivifiante croix, mais ils la couvrent de mille outrages ». Il rapporte aussi que les Pauliciens enseignent que « c’est le Christ qui est la croix, et qu’il ne faut pas vénérer le bois, car c’est un instrument maudit ». Même propos dans les anathèmes :

§  « Anathème à qui n’adore pas d’un cœur et d’une bouche sincère le bois vénérable de la précieuse et vivifiante croix à laquelle notre Seigneur Dieu a été cloué ».

§  « Si quelqu’un n’adore pas la croix de notre Seigneur Dieu et sauveur Jésus-Christ, non pas comme un instrument de tyrannie, mais comme devenue le salut et la gloire du monde […] qu’il soit anathème ».

Notons que cette critique de la croix et du rejet de la croix est aussi une caractéristique propre au marcionisme et au catharisme.

Pratiques rituelles et sacrements

Hormis ces quelques informations sur les points les plus choquants et les plus connus de la foi paulicienne, nous n’avons guère de renseignements sur ses rites et sacrements. Cette absence, n’est pas qu’un simple oubli parce que le christianisme des Pauliciens était sans messe et sans église. Ce qui ressort des différents textes, c’est que les Pauliciens rejetaient en bloc tout ce qui se faisait dans l’Église orthodoxe. Cependant, on peut relever cinq points précis : Le rejet du baptême d’eau, de l’eucharistie, du mariage et l’existence d’un jeûne alimentaire que tous les Pauliciens ne suivaient pas.

Sur le baptême, nous pouvons seulement savoir que la contestation portait sur l’eau. Autrement dit, les Pauliciens ne pratiquaient pas le baptême d’eau, mais un autre, de type spirituel, comme semble l’indiquer leur exégèse spirituelle de l’eau baptismale. C’est tout ce que nous pouvons savoir, hélas, à ce sujet. Notons en tous cas un point de convergence avec le catharisme.

Sur leur rejet de l’eucharistie, nous sommes mieux informés. Pierre de Sicile dit que les Pauliciens enseignent que « ce n’était pas du pain et du vin que le Seigneur a donnés à ses disciples à la cène, mais ce sont ses paroles qu’il leur a données symboliquement sous les mots de pain et de vin ». Autrement dit, les Pauliciens ne croyaient pas à la transsubstantiation du pain et du vin en vrai corps et sang du Christ. Ils ne célébraient pas le « saint sacrifice ». Pour eux, le pain et le vin demeuraient « un pain ordinaire et […] un breuvage commun » qui symbolisaient « l’Évangile et […] l’Apôtre ». C’était donc cette nourriture spirituelle, les paroles du Christ, qui étaient son véritable corps. C’était à ces paroles que les Pauliciens songeaient au moment du partage du pain et du vin. Ajoutons encore un autre point de concordance avec le catharisme.

Sur le mariage, il n’y a pas grand chose à dire, sauf que ce n’était pas du tout chez eux un sacrement, mais plutôt « une législation de démon » qui visait seulement l’accroissement et le prolongement de l’espèce humaine. De fait, on dénonce la licence sexuelle des Pauliciens ainsi que celle de leurs unions. Mais ici il faut faire attention, cette licence si exagérément décriée, dont on accusait également les Cathares, n’était pas celle de tous les Pauliciens. Il nous faut bien avoir à l’esprit que le vocable Paulicien désigne à la fois des laïcs et des religieux. Autrement dit, l’Église paulicienne n’encadrait ni ne sanctifiait les unions de leurs croyants, seuls les religieux pauliciens, faute d’autres noms plus appropriés, observaient sans doute l’abstinence sexuelle, puisqu’on les comparait à des prêtres. Encore une autre concordance sur ce point avec les cathares.

Enfin, sur le régime alimentaire des Pauliciens, nous ne disposons que d’un article d’anathème ambigu : « Anathème à ceux qui fuient tout jeûne chrétien et, au temps de ce qu’ils considèrent comme leur carême, se gavent de viande, de fromage et de lait ». Le propos doit être bien compris. On dénonce ici le fait que les Pauliciens ne suivaient pas les carêmes de l’Église orthodoxe et qu’ils ne suivaient pas non plus les carêmes de leur propre Église. Cela nous indique que l’Église paulicienne avait pour le moins des périodes de carêmes, mais que tous les Pauliciens ne les observaient pas. Ce propos apparemment contradictoire, ne le devient plus si nous faisons la même remarque au sujet de la prétendue licence sexuelle des Pauliciens. Autrement dit, ces jeûnes sans viande ni laitage étaient uniquement observés par les religieux pauliciens mais pas par leurs croyants. Nous pouvons être en effet certains que des Pauliciens, sans doute les religieux, observaient bien des jeûnes puisque Pierre de Sicile dénigrait « leurs jeûnes sinistres à l’eau de son ». Ce jeûne « à l’eau de son » désigne peut-être une bouillie à base de son, à moins qu’il ne s’agisse d’une tournure exagérée qui désignerait plutôt un jeûne au pain et à l’eau, mais quoi qu’il en soit, cela importe peu. Notons toutefois que nous pouvons encore constater une correspondance avec le catharisme.

Maintenant, pour ce qui concerne l’Église paulicienne, il nous faut remarquer qu’elle n’avait pas emboîté le pas à l’Église orthodoxe, laquelle s’était structurée de manière centralisée et autoritaire. L’Église paulicienne conservait apparemment la structure de l’Église primitive, c’est-à-dire des communautés autonomes circonscrites à un territoire sous l’autorité d’un évêque, et c’étaient ces communautés qui étaient des Églises au sens plénier du terme. Nous savons en effet que les Pauliciens étaient répartis en différentes Églises circonscrites à un territoire bien précis. On en connaît sept et on nous rapporte que chacune avait à sa tête un didascalos, terme spécifique à l’Église orthodoxe qui désigne un maître ou un enseignant en religion, c’est-à-dire un terme bien pratique pour refuser aux Pauliciens la dignité d’évêque. Il ne faut pas en douter, l’Église paulicienne devait avoir des évêques, des diacres et des anciens. Pierre de Sicile, nous le laisse entendre : « quant à leurs prêtres à eux, ils les nomment synekdèmes et notaires ; et ces personnages ne se distinguent en rien d’eux tous, ni par le vêtement, ni par les mœurs, ni par l’ensemble des conditions de vie ». Il nous faut tout d’abord constater que nous retrouvons ici ce que nous avons dit plus haut sur la distinction entre croyants et religieux, puisqu’il est bien question ici de « prêtres ». Mais faisons deux remarques. La première, c’est qu’il ne faut pas se laisser abuser par le mot prêtre, parce que les Pauliciens condamnaient sévèrement les prêtres et leurs offices. Il s’agit donc plutôt de religieux que de prêtres. La seconde, c’est que ces religieux pauliciens portaient un vêtement spécifique à leur état précisément de religieux et que celui-ci était lié à une règle de vie religieuse. Cette règle n’est pas décrite mais nous pouvons déduire au moins deux aspects probables, si nous nous basons sur ce que nous venons de dire sur les jeûnes alimentaires et la morale sexuelle.
Mais quoi qu’il en soit, le propos de Pierre de Sicile nous indique qu’il y avait deux sortes de « prêtres », les synekdèmes et les notaires, c’est-à-dire en grec « compagnons de route » et « administrateurs ». Autrement dit, les religieux pauliciens avaient chacun une fonction bien précise au sein de leur Église, sans que cette fonction soit pour autant un motif de distinction quelconque, par le vêtement ou la règle de vie. Il s’agit donc bien de fonctions administratives au sein de l’Église et non de grades hiérarchiques avec leurs marques et leurs prérogatives tels qu’on les retrouve dans l’Église orthodoxe.
Ainsi, parmi les religieux pauliciens, certains exerçaient un ministère au sein de l’Église, tandis que les autres étaient leurs compagnons de route ou plus exactement leurs compagnons de ministère. Même si ce n’est pas expressément spécifié, ces ministères ne font pas pas grand mystère ; il doit s’agir du ministère d’évêque, de diacre, d’ancien ou de prédicateur qu’on retrouve dans toutes les Églises. Il n’y a pas lieu d’en douter parce que leur structure ecclésiale apparaît conforme à celle de l’Église primitive. Par contre, il est étonnant de lire dans les récits de Pierre de Sicile ou de Photius, que c’était les fils des didascales pauliciens qui héritaient de cette fonction. Cet étonnement est d’autant plus renforcé quand il est question explicitement de deux fils. Aussi, nous ne pouvons pas nous empêcher d’y voir encore une distorsion, involontaire cette fois-ci, de Pierre de Sicile et de Photius. Ils n’ont peut-être pas compris ce que le mot fils pouvaient designer dans la bouche d’un Paulicien, si nous faisons un parallèle avec la fonction ecclésiastique de Fils dans l’Église cathare. Nous savons en effet que ce terme désignait, non pas un fils charnel, mais les deux coadjuteurs d’un évêque, et que c’était l’un des deux qui devenait évêque à la mort de ce dernier.

Source : http://www.catharisme.eu/histoire/catharisme-europe/origine-filiation5/

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Origine et filiation du catharisme : l’Eglise marcionite (1)

Publié le 14 Décembre 2012 par Ruben de Labastide dans Gnose

L’Église marcionite ne connut guère de répit. Après avoir beaucoup souffert des persécutions païennes, elle dut affronter la persécution judéo-chrétienne. Sous ses coups redoublés, l’Église marcionite dut fuir les villes et se réfugia dans les campagnes. Elle perdit dès lors toute visibilité, et survécut cachée « sous le manteau du christianisme »officiel. Par la force du glaive temporel, l’Église marcionite avait été vaincue et ce qu’il en restait ne représentait plus une quelconque menace pour l’Église d’État. Les Marcionites n’étaient plus que des proscrits. L’Église d’État n’eut alors d’autre souci que de légiférer sur des spéculations spécieuses concernant la Foi. Elle chercha toujours plus à définir par les croyances le contenu de la Foi. Toute son attention se tourna contre ses propres dissidents et contre les Manichéens qui prenaient un essor inquiétant aux confins des territoires de l’Empire. On finit par oublier les Marcionites, et sans grand discernement on les associa aux Manichéens.

C’est pourquoi l’Église marcionite disparaît des sources à ce moment là, alors qu’elle avait été jusque-là le principal adversaire à abattre. On aurait put même penser que les Marcionites avaient complètement disparu, s’ils n’apparaissaient pas encore dans quelques hérésiographies musulmanes. Ainsi, nous savons par le témoignage de l’évêque melkite d’Harran, que les Marcionites étaient toujours présents en Syrie au IXesiècle. Signalons au passage que selon al-Mas’udi, le père de Marcion aurait été l’évêque de cette localité d’Harran. La dernière mention en date des Marcionites est rapporté par Ibn Al-Nadim qui écrit vers 987. Il dit que les Marcionites sont implantés en Asie centrale et signale « qu’ils sont nombreux au Khurasan », c’est-à-dire dans une région qui se trouve aujourd’hui en Iran et qui se trouvait déjà en terre musulmane à cette époque. Cette information est intéressante, elle démontre l’exil des Marcionites en terre musulmane parce que leurs conditions d’existence devaient être moins menacées qu’en terre chrétienne. Enfin, signalons l’information d’un autre auteur musulman qui nous dit que les Marcionites « ont disserté sur l’amour ».
Voyons maintenant les grandes lignes de la théologie marcionite ou valentinienne, parce qu’elles révèlent l’unité de Foi qui unissait Marcion et Valentin, les plus grandes figures du paulinisme du II
esiècle. En effet, Valentin fut, comme Marcion, un disciple avoué de Paul et non un prétendu Gnostique sorti de je ne sais quel enseignement ésotérique. Clément d’Alexandrie le dit lui-même : « Valentin eut pour maître Theudas41, disciple de Paul ».
Disons tout d’abord, que ceux que l’on a affublé du nom de Marcionites ou de Valentiniens ne s’appelaient pas eux-mêmes ainsi, mais Chrétiens. Justin, leur contemporain, nous l’affirme « Tous ceux qui se réclament de ces gens-là (Marcion et Valentin) […] s’appellent chrétiens »
. Les travaux de Walter Bauer le démontre à travers un exemple bien précis. À Edesse, les premiers chrétiens étaient Marcionites, mais ils s’appelaient et on les appelaient Chrétiens. Ce n’est que par la suite, quand ils furent mis en minorités par les Orthodoxes, qu’on les appela Marcionites. Inversement, quand les Orthodoxes commencèrent à s’implanter à Edesse, tenue de longue date par les chrétiens marcionites, c’était eux que l’on ne désignait pas sous le nom de Chrétiens, mais sous le nom de Palûtiens, à cause de Palût, leur fondateur dans cette ville.
Ce que tous les auteurs judéo-chrétiens reprochaient en premier aux Marcionites et aux Valentiniens c’était leurs blasphèmes, pour reprendre leur propre mot, qui visait le Dieu de la Loi et le Créateur du monde. Comme les juifs, ils étaient complètement scandalisés d’entendre de tels propos sur le Dieu auquel ils croyaient, c’est pourquoi ils leur vouèrent une haine aussi ardente que féroce, que ni le temps, ni la raison ne parvinrent à apaiser. En leur temps, les cathares médiévaux en surent aussi quelque chose de cette haine inextinguible. Pourtant, un examen raisonnable pourrait inverser le camp du scandale. Pourquoi ne serait-il pas plutôt scandaleux de revendiquer et de défendre un Dieu violent, aux mains pleines de sang, au point même de le nier ? C’est bien ce que le sage Porphyre
reprochait déjà aux judéo-chrétiens en son temps : « Devant la méchanceté des Écritures juives, certains qui désiraient ne pas rompre avec elles, mais trouver une explication, se sont tournés vers des interprétations qui n’ont ni lien ni rapport avec le texte ». Inversement, Irénée reprochait aux « tenants d’opinions fausses », entendons Marcion et Valentin, d’avoir été tellement « impressionnés par la Loi de Moïse », qu’ils la considéraient comme « dissemblable de l’enseignement de l’Évangile, voire contraire à celui-ci ». Dialogue de sourd, de toute évidence.
Mais revenons à ces blasphèmes si décriés de la théologie marcionite et valentinienne, tel qu’Irénée nous le rapporte : « Les disciples de Marcion blasphèment d’entrée de jeu le Créateur, en disant qu’il est l’auteur du mal [...] car ils affirment qu’il existe deux Dieux par nature, séparés l’un de l’autre, dont l’un serait bon et l’autre mauvais. Les disciples de Valentin, de leur côté, usent de termes plus honorables, en proclamant le créateur Père, Seigneur et Dieu ; mais leur thèse se révèle en fin de compte plus blasphématoire encore que la précédente, puisque d’après eux, le Démiurge n’a pas même été émis par l’un des quelconque Éons du Plérôme, mais bien par un déchet qui fut expulsé du Plérôme », et Irénée ajoute plus loin : « les Valentiniens [...] confessent des lèvres un seul Père de qui viennent toutes choses, mais ils disent que Celui qui a fait toutes choses est le fruit d’une déchéance »
. Ainsi, le propos de la chute valentinienne est parfaitement clair, le Créateur du monde et des hommes, Celui qui est appelé Dieu et Seigneur dans la Torah, est la conséquence d’une chute, d’une dégradation, qui s’est produite à l’origine. Autrement dit, il n’y a pas, sur cette question là, de différence entre Valentiniens et Marcionites. Le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas Bon, ce n’est pas le bon Dieu ou le Dieu bon, mais chacun l’expliquait à sa manière. C’est pourquoi tant les Marcionites que les Valentiniens rejetaient en bloc les écritures de l’Ancien Testament. Le Marcionite Apelle disait d’ailleurs avec beaucoup de pertinence que la Loi et les prophètes était « une œuvre humaine et mensongère »49. Valentin disait aussi que « tous les prophètes et la Loi ont parlé sous l’inspiration du Démiurge, Dieu stupide »50. Ces critiques acerbes sur la Torah ne dépareillent pas de celles que faisait Paul sur la Loi et les observateurs de cette Loi, c’est-à-dire, en fin de compte, la Torah, ce que l’on appelle la Loi et les prophètes, c’est-à-dire l’Ancien Testament.
Remarquons encore que les Marcionites eurent eux-aussi l’idée d’une chute originelle, mais qui concernait les âmes seulement, car ils enseignaient qu’elles avaient chuté du royaume de Dieu dans le monde créé par Satan à cause « d’une erreur » (errore quodam)
, sans autre précision, et ce sont ces âmes que Satan introduisit dans les corps de chair. Marc, un disciple de Marcion, expliquait la chose autrement : « Quand le Créateur du monde forma l’homme et souffla sur lui, il n’était pas capable de l’emmener à son achèvement. Mais quand le Dieu bon vit d’en haut ce récipient recourbé et palpitant il lui donna une partie de son propre esprit et donna la vie à l’homme. Nous disons donc que l’esprit, qui est du Dieu bon, sauve ». Il est frappant de constater combien ces propos coïncident avec les récits de la chute des âmes que professaient les cathares. Mais l’on peut faire également le même rapprochement avec la chute valentinienne, car les cathares enseignaient également que Lucifer avait été expulsé du royaume de Dieu à cause du péché d’orgueil, et qu’il était devenu dès lors le diable créateur du monde. Les cathares ont visiblement hérités des deux thèses marcionite et valentinienne. Ces deux thèses se sont visiblement fusionnées au fil du temps, sans doute, après Origène. Eusèbe nous rapporte en effet que le génie exégétique d’Origène était fort apprécié, et il précise que « des milliers d’hérétiques [...] l’écoutaient avec ferveur »53. Autrement dit, on a eu la vue bien courte en attribuant à Origène les mythes cathares de la chute. On peut dire au contraire, que c’est Origène qui reprit l’idée de la chute fort en vogue dans le christianisme de son époque, mais pour l’arracher « aux hérétiques », en l’intégrant à la théologie judéo-chrétienne. On a mis la charrue avant les bœufs.
Nous pouvons faire encore une autre remarque, si l’on revient sur le texte d’Irénée, que nous avons cité au sujet du principal blasphème que l’on reprochait aux Marcionites et aux Valentiniens. Il apparaît très clairement que la théologie des deux Dieux de Marcion contenait l’idée de « deux principes »
, comme le dit Eusèbe, alors que celle de Valentin maintenait un seul principe en recourant à l’idée d’une chute primordiale, en ce qui concernait le Dieu créateur. Nous pouvons donc constater que ce n’est pas Manès qui a inventé ce trop fameux dualisme, mais Marcion dans sa distinction qu’il fit entre le Dieu juste et le Dieu bon, qui régnaient tous deux dans des mondes bien à eux. Mais attribuer à Marcion l’invention du dualisme serait encore abusif, car la tradition judéo-chrétienne rapporte que Marcion devait cette idée à un prédécesseur qui s’appelait Cerdon, dont on sait d’ailleurs très peu de choses. Voici ce qu’en disait Irénée : il « enseigna que le Dieu annoncé par la Loi et les prophètes n’est pas le père de notre Seigneur Jésus-Christ : car le premier a été connu et le second est inconnaissable, l’un est juste et l’autre est bon ». Autrement dit, contrairement à ce que l’on a voulu nous faire accroire, Marcion n’a rien inventé. Comme Paul, Marcion n’a fait que reprendre et développer une Foi déjà bien établie avant lui. Remarquons toutefois que par la suite, Apelle, un de ses disciples, prit le parti d’ « un seul principe », comme le rapporte Eusèbe, alors que Marc par exemple, un autre disciple de Marcion, maintenait le parti « des deux principes ».
C’est pourquoi Rhodon rapportait que « l’hérésie de Marcion […] était divisée en différentes sectes »
, c’est-à-dire en différentes écoles de pensée. Là aussi, le parallèle est frappant avec les Cathares. Eux-aussi se répartissaient entre tenants de deux principes ou d’un seul principe, répartitions que certains historiens ont d’ailleurs exagérément monté en épingle.
Enfin rapportons un autre trait fondamental de la théologie marcionite et valentinienne sur la nature du Christ. Pour Marcion, Christ n’était pas un être de chair et de sang ; son humanité, comme sa mort et sa résurrection furent seulement apparentes. On l’a vu homme mais il n’était pas homme.
Pour Valentin, le Christ se revêtit d’un corps à partir des éléments célestes qu’il rencontra au fur et à mesure de sa descente en ce monde. Idée que l’on retrouve dans la version bogomile de La vision d’Isaïe, quand il est écrit que le Fils, dans sa descente à travers les sept cieux, prit successivement la forme corporelle des anges de chacun des cieux. En tous cas, que ce soit les Marcionites, les Valentiniens ou les Cathares, le Christ ne s’était jamais incarné en Marie.
Restons en là pour le moment et reportons-nous sur les point de convergences concrets des Marcionites et des Valentiniens, c’est-à-dire sur leur règle de vie et pratique ecclésiale.
Le principal point qu’on leur reprochait était leur rejet commun du mariage, comme le rapporte Irénée : « des gens qui s’inspirent […] de Marcion et qu’on appellent Encratites ont proclamé le rejet du mariage, répudiant l’antique ouvrage modelé par Dieu et accusant de façon détournée Celui qui a fait l’homme et la femme en vue de la procréation », et il ajoute ensuite que Valentin, comme Marcion, « proclama que le mariage était une corruption et une débauche »
59. Notons, qu’il s’agit encore d’un point commun avec les cathares. Il n’est pas inintéressant de relever au passage que l’usage de rompre les liens du mariage en s’engageant en vie chrétienne était attribué à « Nicolas, un des diacres, compagnons d’Étienne »60. Il s’agit bien ici d’Étienne, celui qui fut lapidé après sa comparution devant le Sanhédrin. Cette indication relie donc très clairement cette exigence de vie chrétienne aux tout premiers membres de l’Église, ceux qui furent précisément persécutés après la lapidation d’Étienne.
L’ascèse des Marcionites est bien connue, ils menaient une vie humble et chaste, faite de jeûnes et de prières. Ils se nourrissaient uniquement de pain, de légumes, de fruits, et de poisson ; on mentionne aussi le lait et le miel, mais la viande était absolument proscrite. Irénée nous en a rapporte la raison : « ils ont introduit l’abstinence de ce qu’ils disent animé »
. Cette prétendue « introduction » ne différaient pas toutefois du régime alimentaire que l’on peut observer dans les évangiles au sujet de Jésus. On le voit bien se nourrir de pain et de poisson, mais jamais de viande. Quoi qu’il en soit, notons que cette abstinence alimentaire qui rejetait la mise à mort est encore un point de concordance avec les Cathares, tel qu’eux-mêmes l’expliquaient : « Ils ne tuent [...] ni homme ni quoi que ce soit qui ait un souffle de vie ».
Mais le point le plus incontestable avec le catharisme c’est Épiphane qui nous le donne, quand il rapporte que dans l’Église marcionite les femmes avaient le droit de baptiser
. C’est incontestable parce que c’est unique et propre au marcionisme seulement. Les Marcionites avaient mis en pratique l’Évangile transmis par l’apôtre Paul qui disait que Dieu ne faisait « point acception de personnes », et l’Église cathare n’a pas agi pas différemment. Les femmes avaient les mêmes droits que les hommes au sein de l’Église. Elles pouvaient prêcher, baptiser et consacrer le pain.
Enfin, il nous faut faire un dernier parallèle avec le catharisme au sujet du prétendu baptême des morts que l’on dénonçaient chez les marcionites. Voici ce que nous en dit Jean Chrysostome : « Un catéchumène chez eux vient de mourir ; que font-ils ? Sous le lit du mort, ils cachent un vivant ; cela fait, ils demandent au mort s’il veut recevoir le baptême. Le mort ne répond pas ; alors celui qui est caché en bas de son le lit, répond pour lui qu’il veut recevoir le baptême ; ils arrivent ainsi à baptiser le vivant pour celui qui est mort : c’est une comédie »
. Le comédien ici, c’est Jean Chrysostome, parce qu’il tourne à la facétie le baptême des cliniques, c’est-à-dire des mourants et non des morts, tel que les Cathares le pratiquaient encore. Le baptême des croyants se faisait effectivement in extremis sur leur lit de mort, comme l’attestent de multiples dépositions de l’Inquisition.
Nous arrêterons là sur ce sujet. Retenons que contrairement à l’idée reçue, les « hérésies » ne sont pas des altérations diverses d’une « orthodoxie » première, mais les premières formes du christianisme, d’un christianisme qui était dès l’origine pluriel. Jacques, Pierre et Paul furent les figures emblématiques des trois grands courants du christianisme premier. Après une période de coexistence ces trois courants entrèrent en rivalité et finirent par se séparer. Le courant de Jacques fortement ancré dans le judaïsme à Jérusalem même ne parvint pas à se développer. Cette communauté ne se releva pas de la mise à mort de Jacques en 62 et de la destruction de Jérusalem en 70. Au IV
esiècle, il ne restait que quelques communautés complètement marginalisées sous le nom d’Ebionites. Le courant de Pierre, beaucoup plus modéré en ce qui concerne les observances juives, fini rapidement par s’imposer, tant dans les milieux païens que dans les milieux juifs. Il s’implanta solidement à Rome et chercha à concurrencer les Églises fondées par Paul. Ces dernières, autonomes et indépendantes, ne constituaient pas un corps social. Elles n’étaient pas en lien les unes avec les autres. Ce n’est qu’avec Marcion, au IIesiècle, qu’elles prirent conscience de leur identité propre. Le divorce fut alors consommé entre le courant de Pierre et celui de Paul. Deux traditions apostoliques s’opposaient et c’est la tradition apostolique de Pierre qui triompha quand elle s’associa au pouvoir romain.
En conclusion, Marcion ne disait rien d’extravagant quand il opposait l’enseignement des disciples de Jésus à l’enseignement de Paul. En fait, il ne disait rien d’autre que la vérité. On a voulu faire passer Marcion pour un hérésiarque, c’est-à-dire l’inventeur et fondateur d’une hérésie nouvelle censée avoir perverti l’enseignement premier des apôtres. Au contraire, Marcion fut le plus fidèle continuateur d’un enseignement apostolique premier, celui de Paul. Marcion fut à son époque le plus éminent théologien du christianisme, et la rage avec laquelle on s’acharna à le réfuter, même bien longtemps après sa mort, le démontre. En réalité, Marcion n’a fait que consommer le schisme latent qui séparait deux traditions apostoliques incompatibles et irréconciliables, c’est-à-dire celle qui s’inscrivait dans la continuité de la Loi et celle qui rompait avec la Loi. Pour la tradition apostolique paulinienne, l’Amour et la Grâce était la négation de la Loi et du Jugement.

Source : http://www.catharisme.eu/histoire/catharisme-europe/origine-filiation4/

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Rites et enseignements Nazaréens : Abraham

Publié le 14 Décembre 2012 par X dans Gnose

Quelques générations plus tard, Abraham rechercha à obtenir la Prêtrise : « Je recherchais les bénédictions des pères et le droit auquel je devais être ordonné pour administrer celles-ci ; ayant moi-même été disciple de la justice, posséder une plus grande connaissance, être le père de nombreuses nations, un prince de la paix (grades maçonniques Adamique) et désirant recevoir des instructions et garder les commandements de Dieu, je devins héritier légitime, Grand Prêtre, détenant le droit qui appartenait aux pères. Il me fut conféré venant des pères depuis le commencement des temps, oui depuis le commencement, ou avant la fondation de la terre jusqu’à présent, le droit du premier-né, ou du premier homme, qui est : Adam, ou premier père, par l’intermédiaire des pères jusqu’à moi. Je recherchais ma désignation à la Prêtrise, selon le décret lancé par Dieu aux pères concernant la postérité ». (Livre d’Abraham, Perle de grand prix, Chap. 1 versets 1 à 4).

« Les annales des pères, des patriarches, concernant le droit à la Prêtrise, le Seigneur, mon Dieu, les conserva entre mes mains ; c’est pourquoi j’ai gardé jusqu’à ce jour la connaissance du commencement de la création et aussi des planètes et des étoiles, telles qu’elles furent révélées aux pères » (Livre d’Abraham, Perle de grand prix, Chap. 1 versets 31).

Au cous de son initiation, qu’il reçut en même temps que Lot, Abraham reçut la révélation du Nom de Dieu et de son sens ineffable : « Mais moi, Abraham, et Lot, le fils de mon frère, nous priâmes le Seigneur, et le Seigneur m’apparut et me dit : (…) Car je suis le Seigneur, ton Dieu, je demeure au ciel, la terre est mon marchepied ; j’étends la main au-dessus de la mer, et elle obéit à ma voix du vent ; et du feu j’ai fait mon char ; je dis aux montagnes : partez d’ici, et voici, elles sont enlevées par un tourbillon, en un instant, soudainement. Mon nom est Jéhovah, et je connais la fin dès le commencement ; c’est pourquoi, ma main sera sur toi…Je bénirai ta postérité par ton nom, car tous ceux qui recevront cet Evangile seront appelés de ton nom, seront considérés comme ta postérité et se lèveront et te béniront, toi, leur père. Lorsque le Seigneur se fut retiré après m’avoir parlé, et qu’il eut retiré sa face de devant moi, je dis en mon cœur : Ton serviteur t’a cherché avec ferveur ; maintenant je t’ai trouvé. L’éternité était donc notre abri, notre roc et notre salut, tandis que nous voyagions de Charan ». (Livre d’Abraham, Perle de grand prix, Chap. 1 versets 7, 8, 10,12 et 16)

Abraham reçut l’enseignement de l’étude spirituelle des astres et des planètes : « Et moi, Abraham, j’avais l’Urim et Thummim que le Seigneur, mon Dieu, m’avait donnés à Ur en Chaldée. Je vis les étoiles, je vis qu’elles étaient très grandes, et que l’une d’elles était tout près du trône de Dieu ; et il y en avait beaucoup de grandes qui en étaient proches.

Et le Seigneur me dit : Ce sont celles qui gouvernent, et le nom de la grande est Kolob ; parce qu’elle est près de moi, car je suis le Seigneur, ton Dieu : j’ai placé celle-là pour gouverner toutes celles qui appartiennent au même ordre que celle sur laquelle tu te tiens.

Et le Seigneur me dit, par l’Urim et le Thummim, que Kolob était à la manière du Seigneur, selon ses temps et ses saisons dans ses révolutions ; qu’une révolution était un jour pour le Seigneur, selon sa manière de compter, alors qu’elle était de mille ans selon le temps désigné pour l’astre sur lequel tu te tiens. C’est là le calcul du temps du Seigneur, selon le calcul de Kolob.

Et le Seigneur me dit : La planète qui est le plus petit luminaire, plus petite que celle qui domine sur le jour, c’est-à-dire celle qui domine sur la nuit est supérieure ou plus grande que celle sur laquelle tu te tiens, au point de vue calcul, car elle se meut dans un ordre plus lent ; cela est dans l’ordre, parce qu’elle se trouve au-dessus de la terre sur laquelle tu te tiens, c’est pourquoi le calcul de son temps n’est pas aussi élevé quant à son nombre de jours, de mois et d’années.

Et le Seigneur me dit : « Or, Abraham, ces deux faits existent ; voici, tes yeux les voient ; il t’est donné de connaître les temps qui servent à calculer, et le temps fixé de la terre sur laquelle tu te tiens, le temps fixé du grand luminaire qui est placé pour présider au jour, et le temps fixé du plus petit luminaire qui est placé pour présider à la nuit. Or donc, le temps fixé du plus petit luminaire est un temps plus long, quant à son calcul, que le calcul du temps de la terre sur laquelle tu te tiens.

Et là, où ces deux faits existent, il y aura un autre fait au-dessus d’eux, c’est-à-dire qu’il y aura une autre planète dont le calcul du temps sera plus long encore ; et ainsi, il y aura toujours une planète dont le calcul du temps sera supérieur à l’autre, jusqu’à ce que tu t’approches de Kolob, Kolob qui est selon le calcul du temps du Seigneur ; Kolob, qui est placée près du trône de Dieu pour gouverner toutes ces planètes qui appartiennent au même ordre que celle sur laquelle tu te tiens. Et il t’est donné de connaître le temps fixé de toutes les étoiles qui sont placées pour éclairer, jusqu’à ce que tu t’approches du trône de Dieu ».

C’est ainsi que moi, Abraham, je parlai avec le Seigneur, face à face, comme un homme parle à un autre ; et il me parla des œuvres que ses mains avaient faites ». (Livre d’Abraham, Perle de grand prix, Chap. 3 versets 1 à 11).

Le Seigneur apporta également des enseignements à Abraham concernant l’Homme et l’ordre qu’il revêt dans l’univers : « De même aussi, s’il y a deux esprits, et que l’un soit plus intelligent que l’autre, cependant ces deux esprits malgré que l’un soit plus intelligent que l’autre, n’ont pas de commencement ; ils ont existé avant, ils n’auront pas de fin, ils existeront après, car ils sont Olam, ou éternels…Ma sagesse les surpasse tous, car je règne dans les cieux en haut, et sur la terre en bas, en toute sagesse et en toute prudence, sur toutes les intelligences que tes yeux ont vues depuis le commencement ; je descendis au commencement, au milieu de toutes les intelligences que tu as vues. (Livre d’Abraham, Perle de grand prix, Chap. 3 versets 18 et 21).

« Chaque étoile a un être qui lui est préposé, qui est au-dessus d’elle et qui la représente selon son juste rang en accomplissant son service devant le Saint, béni soit-il. Toutes les étoiles du firmament agissent en gardiennes du monde et chaque objet au monde a une étoile qui lui est assignée et qui veille sur lui. Ce n’est pas sans raison que toutes les étoiles luisent et servent. Lorsque leur mission est accomplie, ces étoiles quittent ce monde et montent à la place qui leur est désignée en haut. Elles influencent aussi la formation des pierres précieuses et de l’or, naissant de la traîne lumineuse qui suit ces étoiles à travers le firmament.

Le Saint béni soit-il, a ordonné toutes choses pour que le monde soit parfait et empli de splendeurs. Les étoiles doivent « illuminer la terre » pour rayonner sur toutes les choses qui sont indispensables à la perfection du monde. (Le Zohar, Le livre de la splendeur, Les étoiles).

Abraham paya la dîme de tout à Melchisédech qui l’intronisa dans le Saint Ordre, il devint Grand-Prêtre ou Grand-Maître à partir de là : Melchisédech, Prince de Jérusalem et Roi de Salem (Grades Maçonniques Adamiques), était assis dans sa tente royale dans la vallée de Shavé, qui est connue comme la vallée du roi.

Alors qu’Abraham s’approchait de son tabernacle, Melchisédech se tenait à l’entrée, il tira son épée, fit mine d’asséner un coup de haut en bas vers Abraham, qui para le coup et s’agenouilla devant lui. Melchisédech demanda qui était l’étranger et en réponse, il lui fut répondu que la personne devant lui était son ami et son frère Abraham, qui dit : « Je te donne la dîme de tout. »

Alors, Melchisédech lui donna du pain de la pointe de son épée en disant : « Regarde comme il est bon et plaisant pour les frères de demeurer ensemble unis. Partage avec nous ce pain, que tu reçois à la pointe de mon épée, pour que tu te souvienne que tu dois toujours être prêt à partager ta dernière miche avec un compagnon Grand-Prêtre oint, et que tu devras toujours, si son besoin le réclame, fut-il un ennemi, le nourrir à la pointe de l’épée. ».

Tenant son épée en travers de sa poitrine, Melchisédech offrit alors à Abraham son gobelet du plat de sa lame en disant : « Prends, que le Seigneur te bénisse, qu’il vous bénisse tous, serviteurs du Seigneur, qui, la nuit, vous trouvez dans la maison du Seigneur. Levez vos mains dans le sanctuaire et bénissez le Seigneur. Le Seigneur, qui a créé le ciel et la terre, te bénit depuis Sion.

Bois avec nous ce vin, que tu reçois sur l’épée, pour que tu te rappelles que tu dois toujours partager les luxes comme les nécessités de la vie avec un compagnon Grand-Prêtre oint. S’il a faim, nourris-le ; s’il a soif, donne-lui à boire ; s’il est nu, vêts-le ; s’il est malade ou affligé, rends-lui visite et soigne-le ; compatis à sa douleur et réjouis-toi avec lui dans ses joies. Agis ainsi avec lui et ne l’abandonne jamais. »

Melchisédech ordonna à ses compagnons de former ensemble les côtés d’un triangle équilatéral. Il plaça Abraham au centre du triangle et se plaça lui-même au sommet, à l’orient. Ils s’agenouillèrent tous tandis qu’il se mettait à prier : « Que le Grand-Prêtre Suprême du Ciel et de la Terre accorde sa bénédiction à notre compagnon, pour qu’il puisse enseigner les lois et les commandements du Seigneur et exécuter les devoirs de son office avec ferveur, fidélité et zèle ».

Et il bénit Abraham en disant : « Le Seigneur te bénit et te garde. Le Seigneur tourne son visage vers toi pour qu’il rayonne sur toi et t’inonde de sa grâce. Le Seigneur lève son regard vers toi et te donne la paix ».

Et Melchisédech parla à Abraham qui demeurait à genoux au centre du triangle équilatéral en disant : « Je vais maintenant t’expliquer les secrets de cet Ordre Saint. L’onction d’huile est la principale cérémonie divine pour être intronisé dans chacun des trois offices de la communauté juive : Prophète, Prêtre et Roi. Elle est reçue comme symbole de sanctification et de consécration au service du Dieu Très Haut.

Quand moi, Melchisédech, roi de Salem, j’ai fait d’Abraham un Grand-Prêtre, je l’ai d’abord oint trois fois d’huile, puis trois fois de vin. Ces deux onctions sont une allusion au triangle, symbole de la divinité. Ainsi nous est-il rappelé que le vrai frère doit aussi se consacrer au service du Dieu Très Haut. »

Comme l’intangible clergé de Melchisédech est supérieur à celui d’Aaron, qui s’est éteint, nous aspirons, après l’achèvement de cette existence terrestre, à entrer dans ce Tabernacle, « qui ne fut pas créé par des mains et éternel dans les cieux ».

Souvenez-vous que les responsabilités de cet Ordre Saint ne reposent pas seulement sur les épaules des officiers, mais également sur tous les membres de l’Ordre. Parce que tu accordes de la valeur à ton honneur en tant qu’homme et frère ; parce que tu attaches du prix à la pureté et à la permanence de l’Ordre ; parce que tu crains de déplaire au Tout Puissant, dont tu as solennellement invoqué le Nom ; alors ne trahis aucun des serments que tu as prêtés et exécute fidèlement tous les devoirs auxquels tu t’es désormais lié.

Laisse le Lion de la Tribu de Juda être le symbole de ta force et de ta hardiesse au service de la vérité et de la justice.

Sois aussi patient que le Bœuf à l’égard des faiblesses et des erreurs de tes frères, et aussi vif que l’Aigle pour exécuter une bonne œuvre.

Donne à tes compagnons de l’Art royal l’exemple lumineux d’un homme droit et parfait et, particulièrement, d’un compagnon Grand-Prêtre oint.

Que la sainteté du Seigneur imprègne toutes tes pensées, tes paroles et tes actions. Finalement, au terme de cette vie douloureuse, puisse le Très Haut, qui siège entre les chérubins, t’admettre dans son sanctuaire glorieux et éternel pour que tu puisses là l’adorer à jamais. (Testament Maçonnique Chap. 5, v. 13 à 26)

Source : http://www.descendancedejesusetmariemadeleine.com

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Alexandrie

Publié le 14 Décembre 2012 par X dans Planches

Je voudrais commencer cette planche en vous lisant un poème.

Au-delà, le projet de ce travail est de vous présenter ALEXANDRIE, cette ville symbolique d'une rencontre entre différentes traditions ( juive, égyptienne, grecque, romaine, perse, gnostique, pythagoricienne, chrétienne, etc... ) qui, même si elles ne se sont pas toujours côtoyées sans heurts, les a faites se jauger, se mêler et s'enrichir mutuellement, faisant de cette ville un endroit exceptionnel dans la vie des hommes de l'occident et du moyen orient, comme peu d'autres si ce n'est, plus tard, peut-être ?, Cordoue.

Pour les FF\ de notre Triangle, l'utilisation de ce nom symbolise surtout une recherche sans exclusive de la Tradition initiale à travers les différents rameaux de celle-ci.

Voici donc ce poème :

" Quand vers minuit, soudain, tu entendraspasser un cortège invisibleavec de merveilleuses musiques et des éclats de voix,ne te lamente pas en vain sur ta Fortune qui chancelle,sur tes oeuvres qui ont échoué, sur les entreprises de ta viequi, toutes, se sont avérées illusoires.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,salue-la, cette Alexandrie qui s'éloigne.

Surtout, ne te leurre pas, ne dis pasque ce n'était qu'un rêve, que ton oreille t'a trompé,dédaigne ces futiles espoirs.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,comme tu te dois de l'être, toi qui méritas pareille ville,approche toi d'un pas ferme de la fenêtreet écoute avec émotion, mais non pasavec les plaintes et les supplications des lâches,comme une ultime jouissance, la rumeur,les ravissants accords du mystique cortègeet salue-la, cette Alexandrie que tu perds ".

Ce poème a été écrit pour illustrer la mort d'Antoine, en l'an 30 avant notre ère, après qu'il ait perdu une bataille à Alexandrie.

On situe à peu près à partir de cet évènement la fin de la religion égyptienne telle que nous la connaissons, confirmant les paroles d'Hermès Trismégiste, reprises dans un de nos Rituels :

" L'Égypte est devenue veuve et d'hommes et de dieux ".

Et ce que je voudrais ce soir, c'est donc vous présenter mon ALEXANDRIE, probablement d'une façon subjective et en tous cas pas exhaustive - mais y a t'il jamais une façon exhaustive de présenter les choses ? - avec mon coeur, de la façon dont je vois cette ville et avec la raison pour laquelle nous avons choisi son nom pour être celui de cet Atelier, ce nom lui-même donné - en y ajoutant d'Égypte - par notre Passé Grand Maître, Robert AMBELAIN, à un Atelier qu'il avait constitué, pendant l'Occupation, et qui était lui-même constitué de FF.·. de différents Rites.

Ce n'est pas mon habitude, mais je voudrais commencer cette planche par une longue citation tirée de l'éditorial d'une revue - Le MONDE COPTE - consacrée, justement, à ALEXANDRIE :

" Perle de la Méditerranée, Lumière du Monde Antique, Porte de l'Afrique, Ville aimée des Dieux, Trône Apostolique, les titres de gloire d'Alexandrie défilent comme litanie. Comment dire, en effet, par l'image, l'incommensurable importance de cette cité dans l'histoire de l'humanité ?

Mais voici que ce nom tout simple d'Alexandrie, lorsqu'on l'approche de trop près, éclate en mille facettes, comme une goutte d'eau à travers un prisme : loin de nous offrir une image unie, c'est donc par une multitude de petites touches que la réalité d'Alexandrie s'est progressivement livrée à nous.

Fruit d'une alliance sans confusion entre l'Égypte et la Grèce, Alexandrie fut le centre de la civilisation dite hellénistique, mais qu'il serait plus juste d'appeler " alexandrine : la médecine, les sciences, la philosophie s'y épanouirent de façon remarquable. Mais Alexandrie fut aussi la cité du Christianisme des origines, siège du Patriarcat apostolique d'Égypte, fondé par St Marc, à l'aube de l'ère chrétienne et son nom s'identifie à l'Église Copte.

Terre de martyrs et de théologiens, mère aussi de ces martyrs blancs - les moines - Alexandrie et sa région furent et demeurent un haut lieu de pèlerinage et de spiritualité.

Alexandrie, amante du beau, fut aussi une terre des arts : architecture, peinture, mosaïque, dans ce domaine aussi son rayonnement fut grand. "

A travers cette citation vous comprendrez combien est difficile, ce soir, ma tâche - moi qui ne suis absolument pas un historien ni un égyptologue amateur -, et que, à mon avis, à l'image de cette Ville qui fut un mélange réussi de cultures, de peuples et de croyances, il nous faudra longuement mêler nos travaux sur cette Cité et sur nos propres chemins spirituels pour commencer à dégager l'esprit d'Alexandrie, celui de la Cité comme celui de notre Loge.

Alors, évoquons d'abord son histoire, et la aussi je suis obligé de me reporter à ce qui a été écrit :

On l'a vu plus haut, Alexandrie, à l'origine s'appelait RAKOTÉ, et était une petite bourgade égyptienne.

Les relations entre ce qui deviendra la Grèce - ou plutôt les îles grecques - et l'Égypte sont très anciennes, et des documents attestent qu'elles furent formalisées dès l'Ancien Empire, c'est à dire à - 2300 avant notre ère. Elles connurent un nouvel essor avec ce que nous appelons le Nouvel Empire - 16 siècles avant notre ère - où le Roi Ahmosis, fondateur de la XVIII ème dynastie, le vainqueur des Hyksos et le créateur d'un Empire unifié s'étendant depuis la 2ème cataracte jusqu'à la Palestine, conclut des accords avec ces mêmes Îles.

La mère du Pharaon Ahmosis, la Reine Ahotep, fut du reste appelée la " Dame de Crète ".

N'oublions pas, à ce sujet, qu'à cette époque, ces îles étaient occupées par les Mycéniens, et ce ne sera qu'après la conquête de la péninsule par des peuples indo-européens que, longtemps après, vers 800 avant notre ère, apparaîtra ce que nous appelons la Grèce.

Ces relations connurent, toutefois, des moments difficiles avec des tentatives d'invasion, notamment par des peuples des îles du sud, les Philistins et les Shardanes.

Certaines furent repoussées, d'autres furent l'occasion de métissage avec les peuples autochtones. Au XII ème siècle avant notre ère, ces mêmes envahisseurs des îles du sud s'engagèrent dans les terres et se mêlèrent aux Hébreux, dans le pays de Canaan, qu'ils venaient justement d'atteindre.

Égyptiens, Hébreux, et peuples d'où allait émerger les Grecs, le mélange était déjà fait !

A partir du VII ème siècle avant notre ère, les Pharaons prirent l'habitude de recruter des mercenaires grecs pour leurs armées, et ceux-ci participèrent de façon souvent décisives aux nombreuses guerres contre les Assyriens, les Babyloniens et, bien sûr, les Perses.

Le Pharaon Psammétique 1er, de la XXVI ème dynastie, leur octroya même une ville, dans le delta du Nil, ville appelée à l'époque Naucratis ( aujourd'hui Kom-Djoef ).

Il est à noter que ces mercenaires grecs refusèrent de servir les Rois perses quand ceux-ci, ayant conquis l'Égypte, en devinrent les maîtres, après la XXX ème dynastie.

C'est bien évidemment Alexandre le Macédonien qui libéra l'Égypte de son occupant perse, après la bataille d'Issos, en - 332. Il y fut accueilli très naturellement en ami et se fit couronner sans problème Pharaon, fils d'Amon, reconnu par les Prêtres de Memphis comme : " Roi Épervier Prince de la Victoire, Bien Aimé d'Amon, Élu du Roi Soleil ".

Alexandre écrivit alors une lettre restée célèbre à sa mère, la reine Olympias :

" Après être demeuré quelques jours à Memphis, je me dirigeai en naviguant sur le Nil vers le port de Canope. Là se trouve une île désignée sous le nom de Pharos, bien située pour y établir une forteresse. Je décidai donc d'y bâtir une ville et de l'entourer de remparts. A l'architecte Dinocrate, que j'ai fait venir d'Ephèse, où il élevait un Temple à Diane, j'ai donné la consigne de construire une tour très haute, au sommet de laquelle les veilleurs entretiendront en permanence un feu très brillant pour servir de signal aux navigateurs croisant dans les parages. Cette ville, édifiée en l'honneur de ton fils, portera le nom d'Alexandrie ".

Une légende rapportée par Plutarque affirme qu'Alexandre aurait choisi ce site paradoxal du seul point de vue géographique car dépourvu de baies et de criques pour en faire un port, avec des sables mouvants, après un songe dans lequel Homère lui serait apparu et l'aurait alors guidé vers l'île de Pharos.

Et les conseils ont été judicieux puisque cette ville est devenue la capitale de l'Égypte - éclipsant Memphis, Thèbes et Tanis - dès la fin du IV ème siècle avant notre ère et le resta jusqu'à la fin du VII ème siècle de notre ère, soit pendant environ 1000 ans, mille années de rayonnement culturel et politique. Elle reste aujourd'hui encore, d'un point de vue économique un port très important de la Méditerranée orientale, et dans l'Égypte moderne, son rayonnement culturel n'est pas éteint.

Alexandre ne vit jamais la ville terminée - il mourut d'une maladie subite à l'âge de 33 ans ( tiens 33 ans !!! ) pendant une campagne militaire à Babylone -, mais son corps fut rapatrié à Alexandrie où l'historien Strabon dit avoir vu sa tombe.

C'est encore un mystère aujourd'hui puisque personne ne sait vraiment où est la tombe de ce conquérant.

Le village de RAKOTÉ était situé entre le lac Mariout et le bord de mer, face à l'île de Pharos. C'est là, en réalité, que fut construite la ville, l'île étant reliée au continent par un barrage construit alors, qui porta le nom de Heptastadion, soit 7 stadions, soit encore environ 1300 m, ce qui était sa longueur.

La construction de cette digue permit la création de 2 ports, de chaque côté de celle-ci, celui de l'ouest appelé Port d'Eunostos - le port des retours heureux - et celui de l'est, dit le Grand Port ou le Port Neuf, fermé aussi par une digue construite dans le prolongement de la presqu'île de Lochias, sur laquelle était érigé le Palais Royal.

Les navires trouvaient ainsi toujours un abri, dans l'un ou l 'autre de ces ports, le passage de l'un à l'autre pouvant se faire par 2 passages dans la digue, sous des pont-levis.

Au sud, le lac Mariout servait de port fluvial, et communiquait, soit avec le Nil, soit avec le Port occidental, par des canaux dont les ingénieurs accompagnant Bonaparte ont encore pu admirer les vestiges, ainsi que les aqueducs approvisionnant la ville en eau potable.

La ville fut bâtie sur un plan en damier, avec deux très larges avenues d'environ 30 mètres - un plèthre - et de quelques 7 kilomètres - 40 stades - de long, et d'autres avenues parallèles, toutes coupées, à angle droit, par des rues perpendiculaires. Ce tracé, dit hippodamien, du nom du célèbre Architecte Hippodame de Milet - permettait une circulation des vents marins qui assuraient une fraîcheur constante.

Diodore de Sicile a noté qu'Alexandrie offre un climat tempéré, source de santé.

Ce même Diodore, comme Strabon, ont fait remarquer que la ville représente une chlamyde - le court manteau macédonien - déployée et posée à plat.

Un poète latin, Achille Tatius, a pu écrire, au 2ème siècle de notre ère :

" Après une navigation de trois jours, nous arrivâmes à Alexandrie. Lorsque j'y entrai, par la porte dite du Soleil, j'eus immédiatement devant moi l'incomparable beauté de la ville, et mes yeux furent remplis de plaisir. Une rangée de colonnes, rectiligne, s'étend des deux côtés, de la porte du Soleil à celle de la Lune...car ces deux divinités ont la garde de la ville ".

Le Roi Ptolémée 1er, respectant le voeu d'Alexandre, commença à faire ériger la tour dans l'île Pharos, selon les plans de Sostrate de Cnide, et qui allait sous le nom de Phare devenir l'une des 7 merveilles du Monde. Elle fut construire en pierres calcaires et devait être, à l'époque, la plus grande tour construite - environ 120 m - et les travaux furent terminés sous le règne de Ptolémée II, et même encore après quelques retouches, sous Ptolémée III, soit après environ 60 ans.

Ce phare, constitué d'une base carrée, d'une colonne octogonale et d'un dernier étage cylindrique, pourrait avoir servi de modèle pour les minarets des mosquées.

A noter que ce nom de phare fut repris dans beaucoup de langues pour désigner les lumières guidant les navires.

Il fut détruit au XIII ème siècle, après une éruption volcanique.

Une mission internationale financée par l'UNESCO a entrepris des recherches pour en retrouver des morceaux, semble t'il avec succès.

Ce fut évidemment d'abord un grand port pour le commerce de l'époque et il est difficile de citer tous les produits et tous les peuples qui y abordèrent pour participer à cet immense marché.

Il est sûr qu'aussi bien les Indiens que les Arabes, les Arméniens et les Africains, les Ibères comme les autres peuples d'Europe et d'Asie Mineure ou du lointain Orient s'y retrouvèrent.

D'après Diodore de Sicile, en 60 avant notre ère, la ville comptait plus de 300000 habitants, dont environ 100000 Juifs, à qui le quartier nord-est, appelé le Delta, avait été attribué, mais pas sous la forme connue récemment de ghetto, puisque de nombreuses synagogues et comptoirs commerciaux étaient disséminés dans toute la ville.

Le reste de la population, au-delà des petites communautés de différents peuples orientaux, européens et africains, était surtout constitué de Grecs et d'Égyptiens.

Ce rapprochement entre Orient et Occident prit ici une forme particulière, concrète, qui constitua ce que nous avons appelé la civilisation hellénistique.

Il s'agit de l'enrichissement mutuel de 2 mondes, sans mélange ni confusion, dans le respect total de l'autre, de son génie, ce qui a permis un approfondissement sans retenue dans tous les domaines : scientifique, culturel, philosophique, spirituel.

Il semble qu'Alexandrie soit le seul exemple de ce type, même si d'autres villes d'Orient aient été imprégnées d'hellénisme, elles ne conservèrent pas le même caractère, et surtout, aussi longtemps.

Alexandrie fait partie de ces jalons de l'histoire des hommes et probablement que nous ne serions pas ce que nous sommes si cette ville n'avait pas existé.

Il faut, toutefois, ne pas se leurrer, la ville d'Alexandrie n'était pas un modèle de démocratie et seuls étaient Grecs celles et ceux qui pouvaient se prévaloir d'une double ascendance, c'est-à-dire de père et de mère grecs. En fait la plupart des Alexandrins n'en font pas partie et sont définis Hellènes, c'est-à-dire membres de la communauté gréco-macédonienne, parlant grec et participant à la culture grecque, en fait tous ceux issus des peuples conquis par Alexandre, en Europe comme en Asie, et les Juifs en faisaient également partie, eux qui représentaient plus d'un tiers de la population.

Tous ces Hellènes ne sont pas citoyens au sens politique du terme.

Parlons maintenant de la Bibliothèque d'Alexandrie :

La première bibliothèque fut créée par Démétrios de Phalère, à la demande de Ptolémée 1er Soter, général d'Alexandre, fondateur de la dynastie, dynastie lagide dont les membre se succédèrent sur le trône des 2 royaumes d'Égypte pendant plus de 300 ans, après la mort du conquérant macédonien ( en 323 avant J-C ).

Démétrios habitait l'un des quartiers latins d'Athènes et appartenait à l'Institut Syceum, établi par Aristote, et participait aux conférences et débats qui s'y déroulaient.

Au-delà de la seule bibliothèque, dont je vais reparler après, Démétrios créa aussi une Université, qui, avec la bibliothèque, s'appelaient Museion ou Maison de Sagesse.

Le corps professoral de cette Université fut, à la demande expresse de Démétrios, constitué des meilleurs savants, artistes, écrivains et philosophes de la région hellénique. Il résidait à Alexandrie et il est dit que ceux qui le constituèrent furent regroupés simultanément.

Cette bibliothèque, riche de plus de 500000 manuscrits ( on a même parlé de 700000 ) était la plus célèbre du monde antique avec celle de Pergame, sa rivale, Pergame en Asie Mineure, dont le nom a été à l'origine du mot parchemin.

La bibliothèque d'Alexandrie avait pour ambition d'accueillir tous les écrits du monde connu, ainsi que leur traduction en grec, et attirait un nombre considérable d'écrivains, de savants et de lettrés, souvent plutôt turbulents.

Cette bibliothèque et l'Université furent ainsi un lieu de rencontres où de grands penseurs et professeurs s'entretenaient avec les étudiants et les lecteurs, où les savants et philosophes s'échangeaient idées et découvertes.

C'était un creuset de la pensée humaine, et les Rois et Princes tenaient à y participer personnellement.

L'impulsion donnée à la civilisation en général fut fondamentale.

Pour citer quelques noms, à l'époque de sa création :

Eratosthène, l'inventeur de la philologie, y calcula la circonférence du globe terrestre et son diamètre, Zénodote d'Ephèse, Aritophane de Byzance et Aristarque de Samotrace y posèrent les fondements de la critique textuelle, Hipparque évalua très précisément le volume du soleil et de la lune, donna un nom à plus de 800 étoiles et mesura la durée du mois lunaire, Euclide et plusieurs mathématiciens pythagoriciens, Heron qui, même si son nom a été oublié, fut le premier à imaginer la machine à vapeur, Erasistrate et Hérophe, médecins qui les premiers présentèrent une image scientifique du système nerveux, Archimède, etc...

Eratosthène, le 3ème bibliothécaire d'Alexandrie, aujourd'hui oublié, reste, sans aucun jeu de mots, un phare de ce qui peut caractériser cette cité.

Mathématicien, astronome, philosophe, géographe, historien philologue, poète, éditeur, commentateur de livres, il s'illustre dans toutes les matières et peut être à juste titre considéré comme un esprit universel, fondateur de matières scientifiques modernes.

Des pages seraient nécessaires pour tenter de développer ce que l'on doit à cet esprit brillant, typiquement alexandrin, où il vécut au cours du 3 ème siècle avant notre ère, mais je voudrais insister sur son intérêt pour l'harmonie car, plusieurs siècles plus tard, toujours dans la même ville, des Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie et Athanase d'Alexandrie écrivent des textes dans lesquels on retrouve le thème de l'harmonie qui reste ainsi indéfectiblement attaché à cette ville et à la pensée alexandrine, quelle que soit la religion pratiquée.

Au point vue spirituel, Ptolémée 1er était convaincu que la paix régnerait sur l'Égypte quand les idées et les convictions religieuses égyptiennes et grecques seraient harmonisées.

Il croyait au succès de cette union parce qu'il était sûr qu'au fond de toutes ces différences philosophiques et théologiques se trouvait une seule Vérité.

Pour exécuter ce rapprochement Ptolémée avait choisi 2 grands théologiens : Manethon, le Grand Prêtre égyptien qui, par ailleurs, connaissait la langue grecque et sa philosophie, et Timothée, l'Athénien, le plus célèbre théologien grec de l'époque, Prêtre d'Eleusis.

Après de longues études en commun, ils purent jeter les bases d'une nouvelle religion du trio Sérapis, Isis et Harpocrate ( l'enfant Horus ).

C'est dans cet Institut théologique que commença la traduction en grec de la Bible, au moyen d'une assemblée constituée par 70 savants et théologiens juifs, traduction connue sous le nom de Septante.

Le support des ouvrages entreposés était le papyrus, un monopole des Égyptiens.

Du reste ALEXANDRIE exportait des papyrus vierges parallèlement à des copies des textes de la bibliothèque.

Par contre, aujourd'hui, il est impossible de donner des informations sur l'aspect architecturale de cet établissement, ni sur ce qu'il est réellement devenu.

STRABON, le géographe et historien grec que j'ai déjà cité, l'avait décrit comme proche des palais royaux, en bordure de mer.

Sa destruction est, en réalité, mythique. JULES CÉSAR ayant mis le feu à ALEXANDRIE, au cours de l'hiver -48/47 avant J-C, il est possible que la bibliothèque ait brûlé à cette occasion. Toutefois il est plus probable que ce soient des entrepôts de papyrus vierges qui aient brûlé.

En 270 après J-C, la ville est l'objet d'une guerre entre la Reine ZENOBIE de PALMYRE et l'Empereur romain AURELIEN. Le quartier des palais royaux ayant été alors anéanti, la bibliothèque a pu subir le même sort funeste.

Plus tard encore, en 391 après J-C, les Chrétiens devenus hégémoniques à ALEXANDRIE, incendient, sur l'ordre de l'Évêque THÉOPHILE, tous les monuments païens. Parmi ceux-ci le serapeum, où étaient conservés tous les doubles de la bibliothèque-mère. Celle-ci, si elle existait encore, a t'elle été détruite à cette occasion ?

En tous les cas cet acte me conforte dans mon idée tout à fait personnelle que le Christianisme a tenté sciemment de détruire toutes les traces de la Tradition.

Enfin, et cela n'enlève rien à mon commentaire précédent, en 642, le général arabe AMR IBN AL AS enlève ALEXANDRIE après un long siège. Ne sachant que faire du contenu d'une bibliothèque ( était-ce celle dont nous cherchons la trace ? ) téléphone, non, excusez-moi, écrit au Calife OMAR pour demander des ordres.

Ce dernier lui aurait répondu : " Si ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles et tut peux les détruire. s'ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux et tu dois les brûler. "

Et, en tout état de cause, ils auraient alors servi à alimenter le chauffage des bains publics pendant 6 mois !

Il faut noter que cette dernière version de la destruction de la bibliothèque d'ALEXANDRIE n'est donnée que par ALBURAFADJE, Évêque d'ALEP, mort en 1286, et qu'elle est plus que suspecte.

Je ne suis pas loin de croire à la destruction délibérée par les Chrétiens, soucieux de détruire tout ce qui avait trait à la Tradition transmise par les Anciens, d'où qu'ils venaient, et cela serait cohérent avec l'attitude que ces mêmes Chrétiens ont eu avec les Gnostiques, dénoncés comme hérétiques, poursuivis de la vindicte virulente des principaux Pères de l'Église.

Après cette première partie très didactique, pour laquelle je me suis beaucoup aidé d'ouvrages disponibles sur le sujet, ce qui m'a beaucoup appris, je voudrais aborder ce qui a fait, pour l'humanité tout entière, la richesse d'Alexandrie, c'est à dire son apport à la spiritualité.

Je voudrais donc arrêter mon regard sur plus particulièrement 3 écoles, très différentes même si, en tout état de cause, elles se sont fécondées et n'ont pas pu ne pas avoir d'incidences les unes sur les autres.

Comme je l'ai écrit plus tôt, je pense que c'est un de nos fils conducteurs, si non le seul pour nos réflexions, car à travers l'étude de ces différentes écoles nous appréhenderons mieux d'où vient notre propre parcours, dont l'origine reste pour moi inscrit dans la Tradition initiale.

Ces 3 écoles sont : les Thérapeutes, les Chrétiens et les Gnostiques.

Parlons d'abord des Thérapeutes :

C'est PHILON d'Alexandrie qui en parle dans son traité DE VITA CONTEMPLATIVA.

N'ayant laissé aucune trace, contrairement aux Esséniens, il est toutefois impossible de dire si cette Communauté a bel et bien existé, ou si elle n'est que l'oeuvre de l'imagination de Philon.

Mais quel que soit le cas, elle mérite d'être examinée car elle véhicule des principes qui restent d'actualité.

Elle a, par ailleurs, été assimilée à celle que décrit Luc dans son Évangile, 2/42-47 et 4/32-35.

Le nom de Thérapeutes vient du verbe terapeuein qui signifie à la fois guérir ( les passions ) et servir ( l'Être suprême ). Ce double sens indique le souci d'une thérapeutique de l'âme par la prière, d'une guérison spirituelle.

Cette communauté aurait été constituée d'hommes et de femmes - car il y a mixité - des milieux d'affaires, de gens aisés, las des soucis de la gestion, excédés des bruits de la cité, désireux de rompre avec un train de vie confortable mais corrompu, pris du désir de vie tranquille.

Face, donc, à une déjà société de consommation, un groupe prend ses distances par rapport à l'institution et trouve dans la vie simple et communautaire, dans la prière, le chant et la danse une hygiène de vie qui permet à ses membres d'accéder à un équilibre humain et spirituel.

Ensuite, on ne peut évoquer Alexandrie sans parler du Christianisme.

Vous connaissez, pour certains ici, ma propre intuition qui me fait regarder cette religion comme ayant été inventée de toutes pièces, justement en grande partie à Alexandrie.

Je ne reviendrai pas ici sur cette position personnelle qui en dérange beaucoup, mais je voudrais, par contre, examiner comment Alexandrie a participé, de façon décisive, au développement de cette religion.

Selon une tradition bien attestée, Marc l'Évangéliste s'est rendu à Alexandrie, il y prêcha l'Évangile, fonda le Siège épiscopal d'Alexandrie, et y mourut en martyre le 8 mai 68. ( mai 68 çà me rappelle de vieux souvenirs de jeunesse... )

Toutefois, au cours du 1 er siècle, et même pendant le 1ère moitié du 2ème, l'extension du Christianisme, à Alexandrie et en Égypte fut très limitée. Il avait même pris une forme plus ou moins syncrétique, permettant à Hadrien, dans une lettre d'évoquer " ces Chrétiens qui adoraient Sérapis " ou qui " se disaient évêques du Christ et se vouaient à Sérapis ".

Ensuite, dès le début du règne de Commode ( 180 de notre ère ), la religion chrétienne, tout à fait nettoyée des doctrines gnostiques et des réminiscences du paganisme, s'installe définitivement. A l'époque de Septime Sévère ( 193-211 ) il connaît un développement très rapide, et c'est la que se situe la création de l'École théologique d'Alexandrie, dont nous connaissons 3 de ses plus éminents professeurs : Pantène, Clément et Origène. cette école essaya d'établir des liens entre le Christianisme et le Néo-platonicisme qui se développait alors dans la ville.

C'est dans la région proche d'Alexandrie que se développa, ensuite, à partir du IV ème siècle, la vie monastique.

C'est dans cette École qui allait devenir le premier centre de sciences sacrées de l'histoire du Christianisme que fut formulé le premier système de théologie chrétienne et que fut établie la méthode allégorique d'exégèse biblique.

Pantène est à l'origine de la rencontre de l'hellénisme ( philosophique et littéraire ) et de l'exégèse biblique. C'est lui qui suscite l'ecclésiastisme, cette organisation si particulière du clergé chrétien. On ne sait du reste rien de l'organisation du clergé chrétien avant lui.

Si la personnalité historique reste cependant sujette à caution, et il n'y a aucun écrit de lui-même, Clément d'Alexandrie est, par contre, bien attesté, et on possède ses écrits.

La culture philosophique de Clément est immense. Mais il est d'abord égyptien et montre une très grande admiration pour l'écriture hiéroglyphique, et égyptien hellénisé puisque très fortement imprégné par son éducation, marquée par Platon, Isocrate et Aristote.

Il utilise sans retenue les philosophes grecs et est un grand dialecticien. Il se sert d'ailleurs avec aisance de cette science dans ses discussions avec les hétérodoxes, ou les hérétiques.

Dans son ouvrage le PROTREPTIQUE il applique au Christianisme l'exhortation à se convertir à la vie philosophique.

Un autre de ses ouvrages se rapporte à l'oeuvre du Logos divin pour la formation morale, pratique et théorique, en se limitant à l'enseignement exotérique.

Clément d'Alexandrie se caractérise aussi par l'éclectisme - eklektikon en grec - qu'il qualifie lui-même de choix, parmi les différentes philosophies de ce qu'il y a de meilleur.

Il dit ainsi : " Quand je parle de philosophie, je ne veux pas dire la philosophie stoïcienne, ni la philosophie platonicienne, ou épicurienne, ou aristotèlienne, mais tout ce qui a été dit de beau dans chacune de ces écoles, par l'enseignement de la justice accompagnée de science pieuse, c'est tout cet ensemble choisi - l'éclectisme - que j'appelle philosophie " .

N'est ce pas, sous un autre nom, un déjà syncrétisme ?

Et évidemment, Clément en vient à élaborer ce qu'il nomme une vraie philosophie, qui met en communion l'univers culturel grec, le christianisme, le judaïsme - à travers la nouvelle traduction en grec qui vient d'être disponible -, et probablement, bien qu'il s'en défende, la Gnose.

Clément est certain que la Philosophie a été donnée aux Grecs comme alliance, comme la Loi l'a été donnée aux Juifs.

Une dimension ésotérique très forte imprègne aussi Clément d'Alexandrie, dimension qu'il rattache à une tradition apostolique, tradition secrète remontant à Pierre, Jacques et Jean, et, à travers eux, à Jésus lui-même. De cette façon il peut rivaliser avec les gnostiques qui développent des théories semblables, mais à partir d'autres disciples non reconnus.

Beaucoup d'autres choses pourraient bien évidemment être dites concernant Clément d'Alexandrie et je pense que notre Atelier aura peut-être l'occasion de travailler sur ce théologien majeur.

Le troisième est Origène.

Il est né vers 185 à Alexandrie, dans une famille chrétienne, pourtant son nom signifie " Fils d'Horus ". C'est l'époque des persécutions contre les Chrétiens, et son père est arrêté, condamné et exécuté. Origène veut aller se présenter pour suivre l'exemple de son père mais sa mère le retient. Tombés dans la misère tous les deux, Origène est recueilli par une riche veuve chrétienne et peut ainsi terminer ses études.

Cependant c'est chez cette veuve qu'il découvre la Gnose " hétérodoxe ", et plus tard, il déclarera un dégoût pour cette " hérésie ".

Il ouvre une école de catéchèse et organise des réunions pour expliquer la Bible. Il se livre, parallèlement, à l'ascèse et va même jusqu'à s'émasculer, prenant ainsi à la lettre la parole de Matthieu sur les eunuques ( 19,12 ).

Un des ses auditeurs très riche l'entretient et lui permet d'écrire des ouvrages sur les différents Livres des Écritures, tout en débattant avec des Gnostiques. Même s'il est ordonné prêtre, il reste suspect de proximité avec les Gnostiques, ce qui l'amènera en prison, et il mourra peu après sa libération.

s'il est impossible d'affirmer qu'Origène ait suivi l'enseignement de Clément, même si les dates le permettent, par contre on est sûr qu'il a lu ses oeuvres, et elles ont eu pour lui une influence très importante.

Il est très marqué par l'ésotérisme juif, qu'il découvre auprès d'un maître, lui-même Juif converti. Sa méthode de réflexion est surtout basée sur l'analogie, mais il est maître dans l'art du commentaire.

Il a ainsi publié les HEXAPLES, le résultat d'un travail colossal de 30 années, dans lesquelles il compare, sur 6 colonnes parallèles le texte original de la Bible en hébreu, sa traduction en grec dite des Septante, et 4 autres traductions en grec, dont celles dites d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion.

Enfin on peut considérer Origène comme le père de la théologie avec la mise en place de tous les concepts et la problématique sur la Trinité, la résurrection et la préexistence des âmes.

Évidemment, je dois enfin parler, en dernier, du Gnosticisme, avec ses deux Maîtres alexandrins que j'ai choisis particulièrement, Basilide et Valentin, parmi beaucoup d'autres qui vécurent et surtout enseignèrent, prêchèrent dans cette Cité, Carpocrate, Simon le Magicien, Epiphane, Ptolémée, Héracléon, et bien d'autres moins connus ou dont l'histoire a perdu les noms :

Basilide, d'abord, Basilide, un des principaux docteurs gnostiques, ouvrit une école pythagoricienne à Alexandrie, dans la première moitié du 2ème siècle de notre ère, où, à l'exemple de Pythagore, ses disciples se voyaient d'abord imposer un silence de 5 années car, disait-il, le silence qui est premier, qui est un, nous aide à combattre l'illusion du monde terrestre.

Sa doctrine, que l'on connaît paradoxalement uniquement à travers les écrits de Clément et Origène qui l'ont combattu violemment, lui aurait été révélée par un disciple de Pierre, appelé Glaucias.

Selon celle-ci aux origines il y a Dieu, un Dieu non visible, inconcevable pour l'homme. Dieu est appelé RIEN, Celui qui n'est pas. 365 cieux séparent ce Dieu de l'homme, chacun peuplé d'entités, pures tout en haut, impures dans les derniers cieux. Dans le dernier ciel réside l'Archonte, le plus impur donc, et qui est aussi le chef des anges. C'est pour Basilide le Dieu des Juifs, le créateur de l'homme et du monde, oeuvre particulièrement imparfaite.

A l'opposé 3 entités pures ont été engendrées par Dieu, elles ont pour nom Le Fils de Dieu, la Pneuma, l'Esprit qui règne sur le huitième ciel, l'OGDOADE, et qui se confond avec Dieu.

Le Christ descend sur la Terre pour délivrer les croyants. Sa tâche accomplie, il remonte au Ciel. Il n'est pas un homme ordinaire et ne peut donc avoir souffert sur la croix.

Pour Basilide, c'est un autre condamné, Simon de Cyrène, qui a été crucifié à sa place.

Basilide est fondamentalement un pessimiste. Moralement il prône une existence paradoxalement à la fois ascétique et libérale, sexuellement parlant notamment dans ce dernier cas. Selon lui, l'homme est guidé par sa volonté de se perfectionner et cet appel à la vertu n'est pas étranger à son salut spirituel.

Valentin, maintenant, Valentin qui vécut aussi à Alexandrie vers le 2ème siècle, qui se disait Chrétien, qui faillit même devenir évêque, et dont la pensée était pourtant fortement influencé par les traditions grecques et perses.

En ce qui le concerne il se disait héritier de Théodas, disciple de Paul.

C'est lui qui a inventé le terme d'éon, à la fois désignant l'entité suprême et la succession des entités qui lui succèdent, toutes de moins en moins parfaites au fur et à mesure que l'on s'en éloigne et que l'on se rapproche de la Terre.

Au sommet du Plérôme on a donc un Dieu inconnu, nommé Propator. Il est accompagné d'un élément féminin, l'Ennoïa - la Pensée ou le Silence - et chaque éon se présente en fait en couple masculin/féminin et se succède par ce qui est appelé la Syzygie.

Ces entités sont au nombre de 30, les 8 premières, constituant l'OGDOADE, contiennent, entre autres Nous, l'Intelligence, Logos, la Parole, Zôé, la Vie, Ekklesia, l'Église.

Quant à la dernière, c'est Sophia, et Sophia voulut voir Dieu, en fut punie et qu'elle fut à l'origine de la création du monde, ce monde bien évidemment imparfait.

L'homme, cependant, conserve en lui une parcelle du Divin, ce qui lui donne cette soif de connaissance, de sagesse qui le caractérise.

Les humains sont classées en 3 groupes : les hyliques, qui sont attachés à la matière, et qui n'auront point de salut dans cette vie, les psychiques, malheureusement coupés de la Vérité, et les pneumatiques qui sont les élus gnostiques.

Les disciples de Valentin vivent en communauté, selon une hiérarchie avec des niveaux d'enseignement différents.

Chez tous les disciples de Valentin, l'attitude envers la vie est la même : pour accéder à la condition supérieure qui permet de retrouver immortalité et vérité, il faut consommer pleinement les plaisirs de la chair et les biens de ce monde.

Irénée, qui les combattit violemment, a pu ainsi écrire :

" Aussi les plus parfaits d'entre eux commettent ils sans honte ce qui est défendu. Ils mangent sans scrupule les nourritures destinées aux idoles. Ils assistent à toutes les fêtes païennes, beaucoup assistent même à des combats de bête et aux combats singuliers à mort d'homme. D autres s'adonnent sans réserve aux plaisirs de la chair, disant qu'il faut rendre la chair à la chair et l'esprit à l'esprit. D'autres encore déshonorent secrètement les femmes qu'ils veulent initier. D'autres enfin enlèvent ouvertement et sans scrupule à leur mari la femme dont ils sont tombés amoureux pour en faire leur compagne. D'autres, par ailleurs, qui faisaient semblant, au début, de vivre honorablement avec leur soeur, furent démasqués, leur soeur étant devenue enceinte de leurs oeuvres. Ils se proclament les Parfaits, les semences d'élection. Ils prétendent avoir reçu d'en haut une grâce particulière, par suite d'une union ineffable. Et c'est pourquoi ils se doivent de s'appliquer sans trêve au mystère de l'union sexuelle ".

On peut comprendre les réactions des Pères de l'Église, plutôt coincés, à ces descriptions, par contre il est paradoxal que les Cathares, plusieurs siècles plus tard, derniers rejetons du Gnosticisme, aient professé des thèses complètement opposés.

Mais l'étude du Gnosticisme montrerait que d'autres Écoles professaient déjà un refus de la vie, un refus de la fécondation.

Pour Valentin, de toutes façons, la fin de la matière, du monde corporel, de la terre, viendra un jour. L'âme du gnostique rejoindra alors le Plérôme, au côté du sauveur, où chacun s'unira à un ange jumeau. Une ère de repos s'ouvrira, un feu gigantesque consumera alors la matière, vidant le cosmos d'un mauvais souvenir.

Après ces très longs exposés - et pourtant trop brefs car il faudrait s'arrêter des heures, des jours, des années, sur ces différentes Écoles - je voudrais répéter ce qui a été l'origine de cette réflexion, c'est-à-dire l'ambition que nous redevenions, à notre échelle bien sûr, une sorte d'Alexandrie antique, un endroit où les femmes et les hommes de plusieurs cultures, de plusieurs religions viendraient, sans exclusive aucune, sans sectarisme, dans le seul objectif d'apprendre aux autres et d'apprendre soi-même, présenter ce qu'ils savent et les questions auxquelles ils souhaitent des réponses, et ainsi s'enrichir mutuellement.

Je crois que cette Cité a en effet été unique dans l'histoire des hommes pour cette tolérance, ce foisonnement culturel et spirituel - même si à leurs époques différentes, Bagdad d'une part, et Cordoue d'autre part,, je le disais dès le début de cette réflexion, ont pu connaître quelquechose d'approchant -, et je suis heureux qu'elle soit le nom de notre Atelier.

Ce travail, le premier en fait présenté dans cette Loge, avec toutes ses approximations et probablement ses erreurs, doit cependant montrer quelle voie doit être la notre, celle de la recherche de la Tradition, à travers les divers chemins qu'elle a pris, et donner l'envie à tous de compléter ces quelques premières lueurs que j'ai voulu allumer ce soir.

Et pour conclure enfin, je voudrais vous citer la définition de la GNOSE par Clément d'Alexandrie, ce Docteur de l'Église dont j'ai longuement parlé, et qui me semble aussi pouvoir refléter notre projet :

" La Connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu d'où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés, du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance".

j'ai dit

source : www.ledifice.net

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Erin go bragh !

Publié le 14 Décembre 2012 par Thomas Dalet dans Irlande

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les Cabalistes et les Gnosticiens (1842)

Publié le 14 Décembre 2012 par Fr.°. Reghellini de Shio dans Gnose

TOUTES les sectes juives - chrétiennes professaient quelque partie de la philosophie platonicienne ; c'est ce qui fit qu'Origène, t. i, ch. VI, contre Celse, reprocha au Fils de Marie d'avoir emprunté plusieurs dogmes de Platon, et voilà pourquoi St Augustin avoue, dans sesConfessions, lib. VII, ch. 9, 10, 20, que le commencement de l'Evangile de St Jean était dans les doctrines de Platon. La notion du Verbe ou de la PAROLE DIEU est venue du dogme chrétien de Platon. Ce fut après avoir mis ce mot à la torture de mille manières, qu'il s'éleva chez les Juifs une autre société dite de la Cabale, profanée de nos jours, quoique jadis de profonds Sages militassent sous ses drapeaux.

C'est à Simon Ben-Jochaï, qui vivait quelques années avant la ruine de Jérusalem, qu'on attribue l'institution de cette secte : il a laissé un écrit qui porte pour titre le Sockar, ou de la Splendeur; ce livre est tout rempli d'allégories et de métaphores. Avec de tels moyens, la Divinité est susceptible de plusieurs interprétations et modifications ; il faudrait bien du temps et du bon sens pour interpréter et comprendre plausiblement cette production: il faut dire néanmoins à sa gloire que ses allégories sont plus claires que celles de l'Apocalypse. Ce qu'il y a de curieux, c'est que ces deux écrits servirent au système maçonnique (115).

Ben - Jochaï peint Dieu sous l'emblème d'un grand visage de vieillard : « Sa tête est cachée dans un lieu supérieur, on ne la voit pas. Il porte sur sa tête mille millions de milliers ; sept mille cinq cents boucles de cheveux blancs de laine ; à chaque boucle il y a quatre cent dix cheveux, ce qui répond au nombre que donne la parole Kadosch. Toutes les parties du visage renferment des choses extraordinaires, admirables. Cette barbe est au-dessus de toute louange, elle est blanche comme la neige, elle descend jusqu'au nombril; c'est l'ornement des ornemens, la vérité des vérités. Il y a dans cette barbe treize parties qui renferment toutes de grands mystères ; mais il n'y a que les initiés qui les comprennent. »

Simon eut une infinité de Sectateurs. L'opinion favorable sur la Bible s'affaiblissait tous les jours, et celle des Cabalistes augmentait. Ces sectaires soutenaient, comme les Esséniens, que dans la Bible les mots étaient autant d'images des choses cachées, et qu'il fallait changer les livres sacrés et les préceptes de la sagesse juive en allégories; car la Bible, prise à la lettre, ne pouvait produire que des schismes.

La philosophie de la Cabale se propagea extraordinairement en Syrie, en Palestine et en Egypte, mais plus particulièrement dans cette dernière région où le système des allégories était en usage et où la Cabale même était pratiquée par les prêtres. Les emblèmes avaient une conformité étonnante avec ceux des Juifs dont nous avons déjà eu occasion de parler. La philosophie de la Cabale se conserva en Egypte jusqu'au temps des Croisés, et nous la verrons encore dans le 13e siècle, figurer dans le procès des Templiers, et postérieurement être en pleine vigueur à la moitié du 17e siècle. Par ce qui nous reste, les Cabalistes croyaient à un seul Dieu; ils enseignaient le dogme de son unité. Pour entrer dans leur confrérie, il fallait des épreuves avant l'initiation.

Le vulgaire a soupçonné les Cabalistes d'idolâtrie, parce qu'ils avaient cette image allégorique qui leur servait pour se donner une idée quelconque relative aux œuvres et à l'existence de Dieu. Les Cabalistes voulurent se représenter par cette image, que la création est éternellement continuée. Cette image leur servait aussi pour démontrer la perfection des choses divines qui tombent sous les sens. Comme les Cabalistes suivaient dans le fait les lois juives, et qu'ils ne devaient pas se créer des images, ils en ont imaginé une, telle que la raison leur assurait que le temps, que tout corrompt, ne s'aviserait pas de faire adorer le simulacre par eux adopté.

Il y a eu de tout temps des superstitieux et des prêtres qui, pour leur intérêt, entretenaient les hommes dans l'erreur : les idoles firent le tour du monde. Les Chrétiens de Rome, qui ont une confiance et une vénération aveugle dans de petites figures de bois ou de métal représentant des Saints, des Vierges, des Esprits, des Pères éternels avec barbe, ne sont ni les seuls, ni les premiers qui adoptèrent ces simulacres. Dans l'Antiquité, il y eut des sectaires et des peuples entiers qui portaient des Abraxas sur eux, auxquels ils attribuaient des propriétés miraculeuses. Ce qui arriva en fait de politique et de religion jadis, on le voit se succéder tous les jours : c'est la conséquence de l'instabilité et de la faiblesse humaines.

Avant les Gnosticiens, les Cabalistes, etc., etc., les prêtres égyptiens assuraient qu'ils avaient le pouvoir de communiquer aux statues quelque chose de la nature divine. Leveque, Excurs. sur le Schamanisme, trad. de Thucydide, in, p. 298.

Les Grecs et les Romains croyaient que les Dieux s'incorporaient aux statues par le moyen de la consécration, Van Dale, de Cong. in lib. de oracul. 477. Les défenseurs du Paganisme prétendirent que les Simulacres étaient pleins de la présence réelle des Dieux, Jamblic. apud Phot, bib. cod. 225. Arnob. adv. Gentes VI, 17.

Il y eut au 19.e siècle, à en croire certains journaux qui sont soudoyés par les apostoliques, des statues en bois, en pierre et autre matière qui firent des signes, pleurèrent et parlèrent.

Les Cabalistes sachant que nos idées nous viennent des sens , et admettant que Dieu n'était pas un être corporel, pensèrent qu'on ne pourrait jamais enseigner le dogme d'un Dieu sans en fixer l'idée par des signes plus ou moins imparfaits. Alors ils choisirent cette image spirituelle qu'on peut dire image de parole, afin de se donner l'idée la moins éloignée de la toute- puissance de l'Eternel. Outre les écrits de Ben-Jochaï, les Cabalistes en ont laissé d'énigmatiques dont l'interprétation a occupé plusieurs savans ; c'est une mine très-profonde et très-difficile à exploiter, et de laquelle on a tiré avec beaucoup de difficulté, au 16e siècle, quelque chose de bon; c'est d'elle qu'est sorti le rite dit de la Cabale. Leur doctrine était renfermée dans la Pl. n.° VI. Peut-être que si de sages critiques se saisissaient des rapports qu'ils peuvent avoir avec les mystères égyptiens, ils en trouveraient des notions utiles à l'érudition et à l'illustration de la Maçonnerie.

GNOSTICIENS.


Des Cabalistes sortirent les Gnosticiens, qui, lorsque le Christianisme se répandit en Europe, disparurent comme fondus dans les ténèbres de ces siècles ; néanmoins, par les annales de notre Europe, par une infinité d'ouvrages polémiques qui parurent jusqu'au temps des Croisés, on sait ce que leur théologie professait sur l'éternité des siècles et sur l'émanation des principes divins.

Ils disaient à leurs initiés : «Que celui qui adorait le Crucifié était l'être le plus bas dans l'échelle des êtres, et que celui, au contraire, qui, fourni de bon sens et assez éclairé pour être sûr que jamais un homme ne peut être le Dieu tout-puissant, qui n'a eu jamais de commencement, qui est éternel, que celui-là se trouvait déjà parvenu au point le plus élevé dans l'échelle des êtres, et enfin à l'état sublime d'homme, et qu'alors il avait acquis, en devenant Gnosticien, toute la science humaine. » Les Croisés apportèrent en Europe cette doctrine, et les Templiers furent accusés de la professer. Un Gnosticien a soutenu avec une repréhensible hardiesse que Jésus, adoré par ses Pontifes, n'était qu'un magicien.

Les Gnosticiens disaient que l'édifice emblématique de leur science était construit sur un carré dont les quatre angles avaient nom Sighé, Bathos, Nous, Alêteïa, qui sont expliqués par silence, profondeur, intelligence, vérité. Le Temple mystique de Salomon conserve ces attributs. On croira facilement que les Chrétiens grecs, du temps du Bas-Empire, qui ne connaissaient pas la doctrine des abstractions sublimes des Gnosticiens, toute en opposition à leur dogme, envisagèrent cette société secrète comme hérétique et payenne, et ne se contentant pas de l'accuser d'erreur, s'efforcérent de la taxer d'immoralité en renouvelant contre elle les calomnies inventées contre les Chrétiens, en Italie, du temps de Néron. Sacrifices humains, ablutions sanglantes, unions contre nature, il n'est point de crimes qu'on ne leur ait imputés dans leurs initiations et mystères. St Clément d'Alexandrie, leur rend plus de justice, quand il dit dans les Stromates, qu'il n'y a point de différence du vrai Gnostique au parfait Chrétien, quoiqu'il sût bien que la principale doctrine de cette société était la négation absolue de la divinité de Jésus : c'était la seule morale chrétienne que les Gnosticiens pratiquaient.

Les persécutions qu'où intenta à la suite de ces accusations aux croyans d'un seul Dieu, fit que les Gnosticiens se cachèrent de plus en plus ; ils rendirent leurs assemblées très-secrètes, couvrirent leur dogme d'allégories ; aussi leur doctrine ne passa-t-elle à la postérité qu'oralement. Le nom de Gnosticien vient du verbe grec connaître.

Gnôti seauton, « connais-toi toi-même » , est l'inscription du Temple du Soleil ; c'est d'après cette inscription et les emblèmes sacrés de cette société qu'on appela les Gnosticiens, Prêtres du Soleil.

Un des préceptes oraux qu'on conserve dans plusieurs rites maçonniques , est le nosce te ipsum qui nous est parvenu de ces Sages. Convenons, d'après un Maçon très-instruit , « que toutes les sciences ne sont que peu de chose vis-à-vis de celle qui, seule, peut nous faire deviner ce que nous sommes, d'où nous venons et où nous allons ; avec ce guide nous pouvons sans doute faillir encore et agir quelquefois contre nos intérêts; mais sans elle, il est impossible de faire dans tout le cours de la vie humaine une action de conséquence ».

La Gnose est la vraie science, et la lettre G qu'on trouve dans le compagnonnage et autres Ordres, paraît tirer son origine de la manifestation de la Gnose chez les Gnosticiens. C'est la première lettre de ce mot que nous conservons dans l'Etoile flamboyante.

L'Histoire Ecclésiastique dit que l'apparition de cette Société date de l'époque où le Christianisme commença à se propager ; elle la dit contemporaine de ce culte, comme si elle était la fleur, le fruit, le tronc du même arbre.

Lors de la destruction du Temple d'Eleusis par Alaric le Visigoth, l'an 896 de l'ère vulgaire, les prêtres qui purent échapper au glaive des barbares, se réfugièrent en Egypte et s'associèrent aux Gnosticiens avec les conservateurs des rites mosaïques chrétiens, ce qui augmenta leur nombre et leur science.

Il est dit dans Epiph. V, que les Gnosticiens se connaissaient entr'eux à leur manière de se prendre la main. Ces signes gnostiques sont arrivés jusqu'à nous ainsi que leurs allégories.

Ce voile, dont Achamot se couvrait, se trouve dans le voile du Temple maçonnique : les Gnosticiens en avaient fait une allégorie dans le récit d'Achomet. Le Baphomet des Gnosticiens devint en après celui des Templiers. On le voit, pour ainsi dire, enveloppé de la peau du Lion, que l'on sait être un des emblèmes du Soleil. La Nature était représentée par des symboles ainsi que l'Astronomie était rappelée par des figures : les Gnosticiens usèrent des signes du Soleil, des Etoiles et de ceux du Zodiaque; on les trouve dans les Abraxas; ils passèrent dans les emblèmes de la Maçonnerie comme l'Etoile flamboyante qui renferme le symbole de la Gnose. Ces emblèmes et doctrines passèrent en Occident, on en trouve une infinité dans les pierres sépulcrales de nos ancêtres, et plus particulièrement du temps de Domitien.

Les Ophites modelèrent leur système sur le dogme des Gnosticiens; ils ont existé aussi pendant les premiers siècles et à la naissance du Christianisme; à l'image barbue, ils avaient substitué pour emblème de la Divinité, comme une grande partie des initiés égyptiens, le Serpent de Sérapis; Tertullieu et les Saints-Pères s'imaginèrent qu'ils adoraient un Serpent matériel. Voilà assurément le comble de la déraison humaine.

Tertullien dit, de Prescrip. 47, que les Ophites avaient le Serpent en grand honneur, ils le regardaient comme leur Christ, leur Sauveur; ils le préféraient à Jésus, parce que , disaient-ils, il possédait « la science du bien et du mal ». Dans cette supposition, ils suivaient la Bible qui décrit le Serpent tentateur d'Eve, comme ayant en lui toute science, ou ils se référaient au Serpent de Moïse, qui guérissait de la peste et des maladies, tandis que, dans le fait, l'un et l'autre n'étaient que le Serpent égyptien Sérapis, que Moïse avait trouvé dans les emblèmes du culte du Soleil et qui dût être en vénération bien avant les Ptolomées.

Les Ophites confessaient un Dieu Père incréé : ils furent persécutés à outrance par les Chrétiens d'Orient ; ce qui les porta à maudire le Galiléen dans ses prêtres, persuadés que ses institutions les avaient rendus aussi intolérans. Un de leurs emblèmes était la Croix tronquée, le Phallus qui devint par la suite le maillet maçonnique, et qui représentait le bois de vie, et la clé de la science ; ils avaient aussi le Calice ou le vase cosmogonique, symbole commun aux Gnosticiens et qui se trouve dans le patére des Maçons. Ces emblèmes sont communs aussi aux croyans de Mithe ou Mythras , qui existent dans l'Indostan.

Les Ophites priaient devant la figure de Pentagone, qui était un des signes de leur institution, comme il était aussi celui des sept Sages de la Grèce.

Ces emblèmes passèrent en Europe avec leur doctrine, ils furent adoptés par les Croisés, par les Roses-Croix, par les Chevaliers Templiers, et parvinrent aux Maçons.

La plus grande partie des sectes qui se reproduisirent après les Esséniens, Gnosticiens, Cabalistes et autres, honoraient le Soleil comme la plus belle image de la puissance de l'Eternel. Toutes ses sectes admettaient l'Unité de Dieu, elles étaient par-là bien éloignées de croire à la divinité de Jésus-Christ, surtout les Gnosticiens qui se vantaient de l'avoir compté au nombre de leurs Frères.

Notes

(115) Bacon de Verulam était partisan du système de la Cabale; il établit dans son île de Bensalem les lois cabalistiques que Moïse avait données (pag. 54, édition de Louvain, 1648).

Les Basilidiens paraissent absolument sortir des Esséniens et être mélangés avec les Gnosticiens.

Basilide disait à ses adeptes : « Vous devez tout connaître, et personne ne vous connaîtra ».

Il nous reste de leur ancienneté, des monumens dans les Abraxas qui renferment des signes mystérieux et que nous rapporterons en son lieu. Le nom d'Abraxas, qui se trouve gravé sur une quantité de pierres des premier et second siècles de l'ère chrétienne, donne en lettres grecques la valeur de trois cent soixante-cinq , le même nombre des degrés du fameux cercle d'or du tombeau d'Orcmaudyas, toujours relatif au cours annuel du Soleil. La cuirasse de Pharaon-Amasi, consacrée à Minerve dans l'île de Rhodes, était remarquable par la trame, dont le fil était tordu en trois cent soixante-cinq autres, allusion à la durée de l'année ; preuve nouvelle que les religions anciennes doivent leur origine à l'Astronomie.

Les Basilidiens avaient deux images au lieu d'une seule, comme les Gnosticiens; l'une avait barbe, et l'autre sans barbe ; ces simulacres étaient allégoriquement honorés par eux.

St Irenée a cru que c'étaient les images de Jupiter et de Minerve, et s'en est prévalu pour les accuser d'idolâtrie. Basilide obligeait ses Disciples à se taire pendant cinq ans, comme jadis les Disciples de Pythagore. Il croyait ce temps nécessaire à la préparation de l'initiation et pour être à même de recevoir la Gnosin ou la science humaine. Un seul entre mille était admis au sanctuaire, à la connaissance de ce qui regarde la Divinité ; et sur dix mille initiés, deux seulement étaient agréés pour participer entièrement à la révélation entière de tous les secrets arrachés à la nature. Ces sectes étaient toutes des écoles de philosophie.

M. Ouvaroff croit que dans l'initiation supérieure, en parlant des mystères anciens, on devait se borner à démontrer l'unité de Dieu et l'immortalité de l'âme, par des argumens philosophiques ; ce qui paraît en opposition aux témoignages suivans.

Clément d'Alexandrie, Strom. V, 2, dit expressément, en parlant des grands mystères : « Ici finit tout enseignement, on voit la nature et les choses ».
Ce qu'on ne peut révoquer en doute, c'est que, lors de l'existence de ces premières sociétés, que nous appelerons toujours juives - chrétiennes , les notions de morale étaient très-répandues et connues du vulgaire; et si elles eussent fait l'essence des mystères, elles ne pouvaient aucunement mériter les magnifiques éloges des hommes, des savans de l'antiquité, qui ont cru que dans ces sociétés il existait la révélation des sublimes vérités, et que leur institution en était l'unique objet.

Après cette remarque, il est très-évident que ces sociétés et leurs mystères auraient cessé d'exister du moment où les vérités secrètes eussent été enseignées publiquement; et pour lors, Pindare, Platon, Cicéron, Epictète n'en auraient aucunement parlé avec tant d'admiration, si le Hiérophante s'était occupé de leur apprendre avec tant d'apprêts et avec tant de secret, ses opinions, ses doctrines et celles de son ordre et société, lorsqu'on eut pu trouver et apprendre tous ces enseignemens dans des livres et dans des écoles publiques. Observons qu'à ces époques , la morale et la philosophie avaient atteint un si haut degré d'élévation, qu'aucune notion sur la première ne pouvait rester inconnue et inaccessible; il paraît, pour lors, que, dans l'initiation de ces sociétés, on devait découvrir aux initiés de grandes vérités morales et philosophiques, cachées au vulgaire, conservées par des traditions orales qui remontaient au premier âge du monde. Ces connaissances, placées au milieu du polythéisme, formaient l'essence et la doctrine secrète des mystères.

Cette hypothèse concilie les contradictions apparentes du système religieux des Anciens sur la matière et sur l'âme, et s'accorde parfaitement avec les traditions orales des Croisés, et en particulier des Templiers, qu'on prétend être les instituteurs des Maçons. Il faut remarquer ici que plusieurs Sts-Pères de l'Eglise donnent des notions très-intéressantes sur les mystères, et en font tour-à-tour des éloges brillans ou des peintures odieuses.

St Clément d'Alexandrie, qui passait pour avoir été initié, et Eusèbe, Prepar. Evang. II, 2, tantôt leur prêtent le but le plus frivole et même le plus honteux, les transforment en école d'athéisme (cohort ad Gentes), tantôt ils prétendent que les vérités qu'on y enseignait avaient été dérobées par les philosophes à Moïse, à Salomon et aux Prophètes (Strom. V, page. 650); et même, selon ce dernier, ce sont les philosophes qui ont établi les mystères (Strom. V, page. 681). Tertullien, plus logicien, en attribue l'invention au Diable (de Preser, ad Hoeret. 40.) Arnobe, Athenagore et S. Justin en ont tous parlé de la même manière.

Leurs éloges et leurs blâmes peuvent être également vrais, sans en être moins désintéressés. Ici il faut distinguer deux époques. Il est certain que de grands abus s'étaient glissés dans les mystères. La corruption avait commencé à répandre quelques notions sur les cérémonies qui s'y pratiquaient, et l'indiscrétion des mystes avait divulgué des symboles ; tout tendait à profaner les mystères déjà déchus de leur dignité primitive. Mais si nous nous rapportons aux temps où les mystères fleurissaient, les témoignages en leur faveur sont unanimes; partout ils sont présentés comme l'origine des arts, des sciences, des lois. Il est bien naturel que ces mystères étant l'appui du polythéisme après la corruption sacerdotale, les Saints-Pères, qui suivaient une doctrine différente, les regardaient comme les foyers de l'erreur, et ne pouvaient dans leur intérêt mettre assez d'ardeur à les discréditer.

Après les divulgations et le discrédit par les ennemis de la science, il est facile d'en déduire que les emblèmes religieux égyptiens, grecs, juifs, chrétiens, gnosticiens, de la Cabale, romains et autres, n'étaient intelligibles qu'aux seuls initiés (En preuve que les emblèmes qui dérivaient de la religion égyptienne étaient mystérieux à tout autre qu'aux initiés, on lit dans Eusèbe , de Prep. Evang., lib. II, « qu'entre les prêtres égyptiens, il y avait une caste qui ne s'occupait, même au temps de Joseph l'historien, que de l'interprétation des hiéroglyphes. » Le Sacerdoce et l'initiation étant perdus, ont donné lieu à établir mille erreurs.) ; c'est ce qui amène le vulgaire à se former à cet égard des systèmes de théologie sur le polythéisme. Nous avons dit que les secrets des initiés étaient consignés oralement ; le temps, les révolutions, les guerres ont fait perdre une partie de ces doctrines ; il n'est resté dans les Temples que leurs enseignes. Le vulgaire, qui n'approfondit jamais rien, en établissant sa théologie, a cru voir dans ces emblèmes des signes d'idolâtrie, et en fit des religions monstrueuses. Il y a des critiques qui pensent que la religion de Rome n'en a pas été exempte.

Il résulte de ce qui précède, que des peuples entiers se sont formé un système à leur gré de la Divinité apparente ; ils établirent des légendes et des heureuses nouvelles, pour donner quelqu'ombre de raison à un culte qui n'était plus soutenu par la tradition orale des initiés anciens, qui se trouvait inconnu au vulgaire, et qui devint par-là absurde et monstrueux.

La généralité des Philosophes égyptiens, grecs, romains, comme aussi les Saints-Pères se firent un système à part, et les sentimens des uns détruisirent souvent ceux des autres.


DES MAGES


Une religion très-répandue dans l'Orient, et de laquelle plusieurs autres sont sorties, fut celle de Mythras dont les initiés s'appelaient Mages. Plusieurs savans ont même cru, peut-être trop légèrement, que la légende sacrée de Jésus n'était qu'une imitation de celle de Mythras, par la ressemblance des mystères de la naissance, des pérégrinations, des prédications, des travaux, de leur mort, de leur résurrection, et que ces deux religions n'étaient dans le fait que les divers aspects du Soleil relativement à notre terre. Suivant d'autres opinions, les mystères maçonniques en tiraient leur origine.

Les mystères de Mythras étaient représentés dans un antre sacré, l'époque en était fixée au vingt-cinq décembre, au moment où les prêtres voyaient paraître, à minuit, la constellation de la Vierge qui ouvrait à son déclin l'année en donnant la naissance au Soleil qui paraissait comme un enfant s'appuyant sur son sein maternel.

Plusieurs rites maçonniques ont conservé le grade de Mage, il figure pour l'avant-dernier échelon dans le système des Illuminés, et pour le dernier dans celui de la stricte obtervance, il se trouve dans différens autres systèmes en Allemagne plus qu'ailleurs; c'est ce qui a induit plusieurs écrivains à croire que la Maçonnerie n'était que la religion des Mages.

Le mot Mage dérive de Mog, qui, dans la langue ancienne des Persans, signifie adorateur ou prêtre consacré au Soleil.

L'objet apparent de cette religion était l'adoration de cet astre ; or, comme les religions conservent, malgré elles, leurs anciennes affinités et consanguinités, ainsi dans les Evangiles, ce sont des Mages qui arrivent à Bethléem adorer Jésus, ce qui fit croire à des critiques que Jésus ne pouvait être que l'allégorie du Soleil (L'allégorie du Soleil et son emblème, conservé dans tous Temples maçonniques, est conservé encore de nos jours par des corporations sacerdotales, comme par les Jésuites : la médaille (Planche II, n.° 15) frappée pour le Chapitre major de St Thomas-d'Acquin, en 1789, lors de l'exaltation au royaume d'Espagne de Charles IV, qui porte un Soleil rayonnant de lumière, emblème de son culte, est une preuve que le Sacerdoce chrétien ne l'a pas oublié.), car le culte de cet astre était aussi le seul apparent qui existât chez les Mages.

Le culte du Soleil, très-ancien en Orient, se perd dans l'antiquité, on ignore son origine et l'on doute même que Zoroastre en soit l'instituteur ou leréformateur; car ce nom même signifie l'ami du feu, de la lumière ; aussi des auteurs ont-ils cru que par l'explication de de ce même nom, on avait voulu désigner une société religieuse; ils pensent que Zoroastre n'a jamais existé, s'appuyant sur ce que son histoire est remplie de miracles, d'apparitions de la Divinité, d'Anges, de Démons; en second lieu, parce qu'elle est écrite en style tout-à- fait oriental ; ils prétendent encore que l'Histoire de la Création du Monde a quelques analogies avec celle de l'Israélite Moïse, de même que ses prières ressemblent un peu à celles du roi Psalmiste. Nous n'entrerons pas dans ces sublimes questions de suprématie qui partagent tant de savans, nous adopterons l'existence de cet homme, croyant qu'il peut avoir établi le culte du Soleil et même avoir écrit tout ce qu'on lui attribue.

Zoroastre néanmoins, comme Moïse, pour affermir son pouvoir par le culte, publia qu'il avait reçu son Code de Dieu en personne, ce que des faiseurs de religions imitèrent postérieurement.

Ce code, une fois reçu, fut enfermé dans le sanctuaire du Temple, la Bible, l'Alcoran le furent de même; le code de Zoroastre devenu sacré n'a pu plus être communiqué, ni aux profanes ni aux étrangers.

Ainsi que dans plusieurs cultes, les Mages devaient lire à toutes les fêtes quelque passage de cette Ecriture-Sainte aux fidèles, et Zoroastre l'écrivit avec les caractères de cette langue perse qui se perdit après Cyrus.

Ce code est connu sous le nom de Zend - Avesta ; il est divisé en deux parties , comme le Deutéronome et le Lévitique.

La première traite du devoir de tous les hommes en général, et en particulier des hommes religieux. La seconde traite de la liturgie et des cérémonies dans le culte.

Tous les écrits attribués à Zoroastre sont compris dans le Zend-Avesta. Jadis ils étaient au nombre de vingt-un, dont sept traitaient de la Création du Monde, sept de morale et de politique et sept de la physique et d'astronomie. Selon Bundari, les livres de Zoroastre remplissaient 12 000 peaux de bœuf. (Pastoret, Zor. Conf. Mahom.) Selon l'opinion la plus accréditée, son dogme et sa doctrine existaient en Assyrie et à Babylone longtemps avant la fondation de l'empire des Perses, ce qui prouve sa haute antiquité.

Les Mages, depuis que l'histoire en fait mention , firent une caste à part du peuple, comme les Lévites d'Israël : un Lévite, un Mage naquit toujours d'un Lévite et d'un Mage. Comme les anciens Patriarches juifs (D'après l'Hexaméron de St Eustache, Abraham avait épousé sa sœur. Les prêtres égyptiens épousaient même leur mère ; néanmoins la nature ne rétrograde qu'avec peine : l'on sait qu'à Athènes aussi on pouvait épouser sa sœur.), les Mages se mariaient avec leurs sœurs et leurs filles, les fils avec leurs mères, en cas de décès du père. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le Patriarche Loth épouse ses deux filles à la fois. Il paraît que les privilèges de ces castes et leur religion n'ont eu qu'un même berceau ; car comment expliquer l'analogie frappante qui existe dans leurs coutumes?

La caste des Mages, à son origine, comme celle des Lévites, était peu nombreuse ; par la suite, elle se multiplia extraordinairement ; au commencement, elle ne possédait que des bourgs. Peu après, elle obtint des villes ; arrivée par-là à un haut degré de force physique, les Mages et les Lévites, se fiant sur leur nombre, cherchèrent des révolutions, intriguèrent contre les gouvernements et les Rois.

Sozamène II, pag. 73, dit que la caste des Mages était anciennement divisée en trois classes : 1° les Erbids, prêtres apprentis; 2.° les Mobids, professes-maitres; 5."les Destours-Mobids, prêtres accomplis (Maîtres Parfaits).

Aujourd'hui, aux Indes orientales, ces classes se subdivisent ainsi :

1° Les Erbides, qu'on initie par la purification de l'eau et du feu , professent les études relatives aux initiations, étudient les cérémonies, et les jours de fête lisent au public l'Izechne et le Vendidal, qui traitent des devoirs des hommes. Lorsque, par l'exercice de ces premières fonctions sacerdotales, par leur zèle, par leur étude, ils se trouvent instruits, ils deviennent
2.° Mobids. C'est cette classe qui s'occupe de l'interprétation des autres livres de Zend-Avesta, écrits dans l'ancienne langue. Si, après un certain temps, le Mobids n'arrive pas à expliquer et comprendre ces livres , il entre dans les
3.° Destours. Cette classe se borne à l'étude de la loi du Zenda et du Pehlvi, c'est une classe stationnaire; le Mobid qui a pu expliquer et entendre les autres ouvrages du Zend-Avesta devient
4.° Destours Mobids. Il est à la tête des Mobids : de cette quatrième classe, les plus savans et les plus anciens deviennent
5.° Destours de Destours qui équivalent aux Grands-Prêtres juifs et aux Evêques chrétiens, ils décident des points difficiles et de la loi divine, qui, comme dans toutes les religions, est écrite aussi obscurément que possible. Les sages législateurs des cultes ont toujours écrit de manière que partout il faut des interprètes. Les Destours des Destours décident les cas de conscience, et en vertu de cette grâce spéciale que Dieu leur a accordé en personne, les croyans leur paient la dîme. Il paraît que partout où il y a des interprètes de la loi divine, on ne dispense pas gratuitement les dons célestes.

Un Apôtre de Jésus en a fait un devoir à ses frères, qui ne se sont guère mis en peine d'observer, en leur disant : Date gratis quod gratis accepistis.

Les préceptes du Zend-Avesta sont simples, ils sont ceux de la loi juive et chrétienne ; c'est Dieu même qui parle :

« Il y a moi, seul Dieu. Il y a deux principes, un bon, l'autre mauvais ; lumière et ténèbres. Ne changez ni le culte ni les formes de prières; ne vous emparez du bien des autres ; ne dites pas de mensonges ; ne souhaitez pas des choses impures ni de vengeance ; oubliez les injures; purifiez-vous de toute faute par l'ablution; n'approchez pas votre femme lorsqu'elle est impure, ni lors des grandes fêtes; ayez confiance dans la bonté de Dieu ; attendez le jour de ma manifestation et soyez toujours préparé ».

La morale prêchée par les Erbides est la charité ; l'honnêteté, l'oubli des injures, le mépris des voluptés corporelles, du faste, l'obligation de fuir le mal, d'embrasser le bien, d'aimer, honorer et servir Dieu. Ils conseillaient la méditation, la crainte de Dieu, enjoignaient de consulter la Providence dans toutes les actions, défendaient le vol, etc. On voit, d'après la morale des Mages, que l'amour de la vérité était la fin de leur système religieux et philosophique, et que la pratique de la vertu est la fin de leur système législatif, but que tous les législateurs religieux se proposèrent. Peu importe, pourvu que vous adoriez Dieu et que vous aimiez votre prochain, que vous soyez instruit dans vos devoirs par un Mage, par un Hiérophante, par un Patriarche , par un Muphti, par un Prêtre ou par un vénérable Maître en chaire.

Voilà comme le Dieu de Zoroastre prescrit les devoirs aux Mages :

«Ne vous souillez pas ; instruisez les ignorants ; bénissez les mariages ; fréquentez vos Temples : méditez avec respect le Zend-Avesta qui doit seul être votre loi ; que ceux qui voudraient l'adultérer soient punis étemellement par le Ciel ».

Les préceptes des Archi-Mages sont les suivans :

« Ne soyez ni ambitieux ni vains; relevez la dîme des peuples; soyez miséricordieux, c'est le plus bel emploi des richesses que le Ciel vous accorde ; lavez-vous souvent; ayez votre habitation prés du Temple pour y entrer sans être aperçu ; surpassez les autres Mages en vertu et en connaissances de la vraie science; ne craignez que moi, Dieu ; reprenez les méchans. de quel rang qu'ils soient, sans indulgence ; portez la vérité devant les Souverains; souvenez—vous de moi, Dieu, jusqu'à la consommation des siècles qui sera faite par le feu ( Le dogme du Jugement et de la Fin du Monde a été enseigné chez les Chrétiens bien après celui des Mages.). Ainsi soit-il ».

Nous croyons inutile de faire sortir des comparaisons de ces préceptes, avec ceux transmis oralement aux initiations égyptienne, juive et chrétienne.

Le temps , qui altère et change tout, malgré la simplicité de ce dogme, amena des hérésies, comme nous le verrons à l'article de Mânes. Dès-lors les Mages se divisèrent, s'anathématisérent réciproquement. Le sujet de la question était sur la priorité dans l'existence des deux principes, bon et mauvais, et sur celle de savoir si les deux principes étaient co-éternels avec l'Etre premier, Dieu. La philosophie du Zend-Avesta passa dans l'Asie occidentale et en Grèce, chez les Persans, chez les Arabes, chez les Juifs ; pour ce dernier peuple, composé de pasteurs paresseux et ignorans, il fallut, après la captivité de Babylone, qu'on lui traçât un code religieux, qui, émanant des susdits principes, lui offrît une histoire et des fastes. Ce livre, qui date de cette époque incertaine, fut dicté par l'emphase orientale, et orné de systèmes obscurs qu'il est impossible à la raison humaine de débrouiller, et dont l'interprétation devait se refuser aux recherches les plus obstinées de ses interprètes.

La philosophie religieuse du Zend-Avesta existe dans la Bible : elle arriva en Judée et dans l'Arabie après la captivité des Juifs en Babylone ; mais avec elle les visions et les fables orientales dépouillées, par la nature de ce peuple, de toute science, et en particulier de l'astronomie, qui ne fut conservée que secrètement dans les mystères d'Hiram et dans la loi orale ; pour lors, ce livre sacré ne fut rempli que de Démons, d'Anges, de visions, de miracles ; ce qui a défiguré entièrement l'ancien culte des Mages.

La Divinité apparente des anciens Mages perses, était Mythras, auquel on avait adjoint Orosraade et Orimane, le bon et le mauvais principe ; Mythras était par-là un et triple : c'est de là que Platon emprunta sa Trinité, et d'où différentes religions tirèrent la leur, à en croire de hardis critiques. M. Anquetil du Peron séjourna exprès aux Indes pour connaître la religion des Parsis, chez lesquels la religion de Mythras s'est réfugiée.
Il a même traduit le Zend-Avesta et autres ouvrages attribués à Zoroastre.

 

Extrait de « La Maçonnerie considérée comme le résultat des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne »

 

Source : http://graal.over-blog.com/article-7290959.html

commentaires

La franc-maçonnerie est-elle une morale ou un idéal ?

Publié le 13 Décembre 2012 par Solange Sudarskis dans Planches

La question posée suppose que la FM est soit une morale, soit un idéal, comme si une morale ne pouvait pas être un idéal. En prolégomènes il convient donc de s’entendre sur la dimension à donner à la morale en franc-maçonnerie.

La notion de morale est ambivalente.

Au plan spirituel, la morale désigne une éthique transcendantale. Cette morale c’est celle qui habite le saint ou le héros, personnages atteignant la perfection, nous dirions un idéal.

Au plan social, il existe une morale coutumière, adaptée à tel lieu et à tel temps, qui est la morale des honnêtes gens dans une société donnée. Elle traduit les bonnes mœurs qu’il est souhaitable de suivre pour l’harmonie de la collectivité ; elle est à la mesure de quiconque et ne réclame aucun élan intérieur ni vertu supérieure. C’est ce minimum de morale sociale qui est exigée pour entrer en franc-maçonnerie.

Aux exigences des bonnes mœurs citoyennes, la FM ajoute des exigences qui lui sont propres, et tout d’abord l’esprit du lien fraternel. Car comme l’écrit Chevillon dans « le vrai visage de la maçonnerie » L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin. De cet amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée. On le voit, à la morale coutumière, la FM associe une morale transcendantale, un idéal moral développé dans nos catéchismes devenus mémentos et dans nos rituels à travers questions et réponses.. Ainsi viendront, suivant les grades, des propositions d’élévation morale. C’est une aspiration vers un état de perfection, une façon idéaliste de concevoir un futur-être pour l’initié et l’humanité, avec ses kyrielles d’utopies sous-jacentes dont le temple idéal de l’humanité.

Ainsi la tradition a transmis parmi les maçons un grand nombre de préceptes relatifs aux devoirs, et dont l’ensemble forme un admirable code de morale pratique.

C’est, en effet, un trésor conservé dans le patrimoine de l’institution; mais ce n’est pas un corps de doctrine. En donnant la lumière la FM n’impose pas ce qu’elle permet de voir. En prescrivant à ses adeptes d’observer le plus strictement possible les devoirs, la franc-maçonnerie s’adresse à leur probité, à leur honneur, à leurs sentiments, certaine de ne pas contrarier leurs croyances religieuses ou philosophiques. Il s'agit ainsi de promouvoir des valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel sans limite, et à un idéal social. La franc­-maçonnerie se définit elle même comme un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles. La franc-maçonnerie est donc bien une morale et un idéal. Et c’est ce que nous allons montrer. La FM est une morale et un idéal avec sa spécificité quant à ses sources, sa finalité, son domaine et sa sanction.

Quant à ses sources : Dans le vertige de la documentation, nous en retiendrons 4 :

1. La source opérative ou corporative. Cet aspect professionnel s’exerçait à l’intérieur d’un idéal de fraternité et d’amour du prochain qui incluait des oeuvres d’assistance et de charité. Il s’épanouissait au sein de la pratique religieuse intégrale du catholicisme. Le métier fournissait le support de l’ordre initiatique dont les rites permettent d’intégrer tous les aspects de la vie professionnelle à l’entreprise de la réalisation spirituelle. La pratique du métier prenait alors la valeur d’une ascèse véritable. En ce sens, l’opératif incluait la dimension spéculative et surtout morale.

 2. La source religieuse ou plus exactement biblique.Les plus forts de nos symboles viennent de la Bible. La FM y puise même certaines de ses légendes fondatrices et donc sous-jacente une morale judéo-chrétienne. C’est, d’ailleurs, un pasteur calviniste écossais, James Anderson, qui transmit les fondements de la maçonnerie spéculative à la future Grande Loge de Londres rapidement devenue la source et le modèle de la Franc_ maçonnerie mondiale. L’invocation par laquelle commencent les manuscrits des Old Charges, en usage au 18ème atteste la pratique catholique : Que la puissance du père du ciel avec la sagesse du fils glorieux et la bonté du St Esprit, qui sont trois personnes en une Divinité, soit avec nous.La déchristianisation de la maçonnerie, sous l’influence de la philosophie des Lumières, s’entend seulement au sens de suppression des références spécifiquement chrétiennes et de l’abandon des célébrations religieusement les fêtes de l’Ordre. Mais à regarder de plus près, la maçonnerie en Angleterre, quant à elle, laïcise ses rituels, voire ses symboles, pour mieux accueillir de nombreux juifs et partager un minimum commun au centre de l’Union. La maçonnerie française, quant à elle, se laïcise par rassemblement des forces de « libre pensée » face au cléricalisme et aboutit en 1877 à l’abandon de toute exigence et de toute référence religieuse, si universelles soient-elles. Reste encore le courant mystique chrétien du Rite Ecossais Rectifié et son code des loges réunies et rectifié de 1778, qui règlemente ses 4 grades et qui déclare dans son chapitre X qu’ « aucun profane ne peut être reçu franc-maçon s’il ne professe la religion chrétienne. »De toute façon, la spiritualité du maçon, quelle que soit sa religion est un ésotérisme en ce qu’il se découvre dans sa propre intériorité.

3. La source chevaleresque a imprégné profondément la maçonnerie. Plus précisément, la FM est associée à la chevalerie des ordres religieux militaires. Le discours de Ramsay le rappelle et dès 1745 l’appellation « loge de st Jean de Jérusalem » enracine la FM dans cette tradition. Les hauts grades, qui ont fleuri au 18ème siècle, comportent encore de nombreux titres de chevalier. Le Régime Ecossais Rectifié est un véritable ordre de chevalerie. Le chevalier était principalement voué à deux devoirs : la bienfaisance et la défense de la religion chrétienne. En prononçant ses vœux, le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte s’engage et je cite : Ce n’est donc plus par l’épée que vous aurez à défendre la sainte religion chrétienne que vous professez ; c’est avec prudence et circonspection que le Chevalier Maçon de la Cité Sainte doit la défendre par ses discours... Il la fait aimer et respecter par une tolérance douce et éclairée, par de bonnes mœurs, par une conduite régulière et par ses bons exemples. Ce qui veut dire que de telles vertus chevaleresques sont des propositions de vie pouvant être réalisées aussi par des sœurs.

 4.La source mutuelle. En l’absence de toute sécurité sociale, au 17ème siècle, des loges se créent par association d’artisans, de petits commerçants, de boutiquiers qui vont constituer des petits groupes de solidarité surtout pour se prémunir contre les cas de détresse financière. Ils se réunissent dans des lieux hospitaliers comme les auberges, le plus souvent pour y recevoir les nouveaux membres de leur confrérie. Afin de bénéficier de l’entraide, on se communique des mots, gestes et attouchements de reconnaissance. On peut lire dans un texte de lois et statuts de 1670 de la loge écossaise d’Aberdeen : Nous soussignés promettons, conformément à tous les serments que nous avons prêtés lors de notre réception au bénéfice du Mot de maçon, de prendre en charge et de soutenir le tronc maçonnique de notre loge d’Aberdeen... Les fonds de réserve pécuniaires, leur potentialité à répondre à la misère accidentelle de leurs membres devenant insuffisants, ces loges vont se regrouper et constitueront la première Grande Loge en 1717, ce qui se fera à l’auberge « l’oie et le gril ». La franc-maçonnerie vient de naître aussi sur la nécessité de la solidarité.

Quant à sa finalité : L'idéal de la franc-maçonnerie est de parfaire l'être humain en développant sa conscience morale ou sa spiritualité et de travailler au progrès de l'humanité, L’idéal chevaleresque, c’est d’abord d’aspirer à la vertu, une vertu morale et avoir un comportement, qui soit un comportement d’amour, de tolérance, d’ouverture aux autres, etc.
C’est aussi le combat que nous devons mener pour le bien, comme le chevalier d’autrefois.

Ici s’exprime le sentiment d’humanisme. L’homme n’est pas, fondamentalement, solitaire, il est au contraire une relation. Comme le dit Heidegger, son être est un « être-ensemble »(Mitsein). Il y a en chacun de nous un originaire souci de l’autre, qui serait le Bien, qui fonde l’humain. La FMs’est ancrée sur cette notion de Bien et l’appelle fraternité.

Quant à son contenu : la franc-maçonnerie offre une voie spirituelle qui est une voie spécifique en dehors de tout dogme et de toute doctrine qui permet à chaque homme de poursuivre son chemin vers la Connaissance. La franc-maçonnerie propose un idéal de liberté, de tolérance et de fraternité dans le respect des opinions de chacun, laissant à l’homme une liberté de travail qui lui permet de poser son propre rythme et de reculer constamment ses limites sur le chemin de l’élévation spirituelle et morale n’acceptant aucune entrave dans sa recherche.

Les valeurs morales que véhicule la FM ne lui sont pas exclusives: connaissance de soi, amour du prochain, respect de l'autorité légalement constituée, devoir envers un Etre Suprême (pour les rites travaillant à la gloire du GADLU). Ce qui lui est particulier c’est le véhicule; c'est à dire, le rite initiatique. Ce dernier est en effet une allégorie élaborée de la vie qui engendre, chez l'initié, une profonde méditation, une perception et une action intérieure grâce auxquelles l'homme se révèle à lui-même, il dépasse ses propres limites, son soi.

La connaissance de la symbolique des outils atteste que la FMveut, par leur approfondissement, permettre d’accomplir une œuvre de perfectionnement de soi en favorisant l’ouverture de la conscience. Les outils remis aux 3 premiers grades donnent une cohérence au cheminement et à la progression morale.Quant au domaine : Le vrai travail du FM doit être totalement désintéressé, et accompli sous l’angle du Devoir. Le Franc-maçon, en effet, ne revendique pas ses droits personnels d’homme libre et franc, sinon pour accomplir ce devoir. Car il sait bien que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans bornes. Aussi, le Franc-maçon doit se considérer comme un apôtre, un missionné parmi les hommes, car il doit tendre à devenir, et il doit devenir, à la fois un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et aussi d’action (cf Ch. Chevillon)

Quant à la sanction : La Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne veut pas de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem. Comme pour Kant, la soumission au précepte moral est d’origine interne et procède de la seule voie de la conscience. La loi morale est obéie par respect pour l’impératif catégorique qui retentit en nous-mêmes.

Elle se manifeste par les vertus pratiquées. Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.

La maçonnerie, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer, grâce aux frères et sœurs, les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani (amour universel du genre humain) jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens.

Pour cela il lui faut des veilleurs et des éveilleurs. C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative la FM conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité.

En somme, la Maçonnerie est un syncrétisme des vertus cardinales héritées de la Grèce antique, des vertus théologales obvenues de la chrétienté et des apports moraux des Lumières du 18ème siècle, mâtinés de modernité.

Un rapport non moraliste à la morale. Un idéal de morale, voilà ce que propose la FM , nous dirions une philosophie humaniste.

Et pour cela le FM doit être libre sinon il n’aurait pas les moyens de comprendre le devoir.

"La Maçonnerie trouve dans ses traditions un idéal moral que nous croyons supérieur à celui des religions ; cependant, si les Maçons disaient qu'il y a parmi eux plus de vertu effective, c'est-à-dire moins de défaillances que dans un groupe quelconque d'honnêtes gens, nous serions les premiers à rire d'une si outrecuidante sottise". Pierre Tempels.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/article-20212581.html

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Le savoir et la connaissance

Publié le 13 Décembre 2012 par André M dans Planches

Introduction

Le savoir et la Connaissance ont de tout temps intéressé les francs-maçons, car ils interfèrent fondamentalement dans les domaines scientifiques, culturels et sociologique tout en interpellant la conscience, la philosophie et le sentiment religieux.

Par ailleurs, ils sont inclus d’une manière implicite dans les rituels maçonniques puisqu’ils structurent comme nous le verrons par la suite la démarche initiatique et façonnent le langage symbolique.

Il y a donc au moins deux bonnes raisons intellectuelles de s’intéresser à une telle étude. Mais au-delà du plaisir d’entreprendre cette recherche, il existe plus fondamentalement ce besoin impérieux de comprendre le sens de la vie en s’aventurant dans des espaces nouveaux, formateurs d’une exigence de vérité. Cette nécessité de lucidité et d’authenticité est la clé qui permettra de fortifier la volonté du cherchant. Ainsi armé, le franc-maçon sera plus fort pour entreprendre toutes les recherches nécessaires qui l’amènera à clarifier l'acquis de l’inné, le signifié du signifiant et le savoir de la connaissance

"Il y a qu’il y a"... .où "il est..." selon la traduction, tels sont les premiers mots d'une strophe du poème de Parménide qui entérine magistralement l'interrogation primordiale de l'homme face à son destin et qui du même coup qualifie cette force de volonté qui pourrait être le moteur de son évolution. Comprendre et rechercher l’origine de cette volonté, c’est vivre sa condition humaine. En chaque individu existe donc fondamentalement un besoin d'être et c’est en vertu de cette nécessité que les notions du savoir et de la connaissance sont l’objet de ce travail.

Définition

Selon le Larousse encyclopédique la définition du savoir est « un ensemble cohérent de connaissances acquises au contact de la réalité ou par l’étude » et toujours selon le même éditeur la définition de la connaissance est « l’ensemble des domaines où s’exerce l’activé d’apprendre ». Mais aussi : « le fait de comprendre, de connaître les propriétés, les caractéristiques, les traits spécifiques de quelque chose ».

La définition du savoir ne pose à priori pas trop de problèmes puisqu’elle est une acquisition de données.

Quant à celle de la connaissance il pourrait y avoir une source de confusion, en ce sens qu’elle est parfois prise comme une démarche pour acquérir la compréhension alors qu’elle ne représente qu’un domaine bien spécifique. Il faut donc chaque fois se référer au sens et au contexte général de la phrase dans le quel se trouve le mot connaissance pour choisir la bonne définition. Nous pouvons ajouter encore qu’il existe une connaissance subjective liée à l'acquisition de données qui inclut tout ce qui touche à la conscience y compris les démarches irrationnelles et une connaissance objective qui sont les données en elles-mêmes assimilable au savoir.

En résumé, nous retiendrons que le savoir est une démarche intellectuelle et horizontale, lié aux domaines analytiques et établit sur une réalité observable et mesurable; tandis que la Connaissance est une approche unitaire et fusionnelle de l’homme avec son environnement, sans limitations aucunes par la réalité et sans exclusion des lois régissant le domaine sensible.

Le savoir est donc l’intégration cohérente de toutes les connaissances acquises. Mais alors, où pouvons-nous situer celles qui ne sont pas apparentes, mais qui doivent exister quelque part, car rien ne peut se créer de rien ? Sont-elles dans l’inconscient sous une forme non formulées ou et, dans nos gênes prêt à nous entraîner, lorsque la situation est favorable, dans des aventures nouvelles, heureuses ou malheureuse ? Interfèrent-elles avec la conscience à notre insu en connivence avec une intelligence supérieure pour agir sur notre volonté ?

Avant de répondre à toutes ces interrogations, définissons les démarches exotériques et ésotériques afin d’enrichir les développements qui vont suivre.

Rappelons que l’exotérisme, analogiquement relié au savoir et à l’acquis s'intéresse d’une façon générale aux faits prouvés et reconnus par l'expérimentation scientifique et rejette évidemment tout ce qui est caché et du ressort de l’imagination tandis que l’ésotérisme, analogiquement relié à la Connaissance et à l’inné, prolonge l’étude dans d’autres dimensions grâce à l'utilisation d’un langage symbolique et analogique qui apporte au propos un éclairage nouveau et plus global.

La science et la vie en société

La science, les techniques et la recherche scientifique sont les principaux acteurs qui font référence à l’exotérisme, donc au savoir. Ils ont fait spectaculairement progresser ces cinquante dernières années les connaissances de la matière et de l’organisation de la vie. Cette accélération des connaissances sur nos origines a donné le sentiment que l’homme maîtrisait seul son destin..

Ainsi la cosmogonie a été dramatiquement transformée puisque la raison s’est substituée à l’intuition ce qui a eu pour conséquence de disqualifier la plupart des textes sacrés qui ont pourtant été pendant très longtemps la seule porte d'accès à la connaissance de notre univers et au divin. Parallèlement, les recherches appliquées d’une façon générale ont amélioré considérablement la qualité de l’activité humaine en déchargeant l’homme de tâches répétitives et souvent pénibles. Mais paradoxalement, le gain de temps obtenu n’a pas été utilisé pour une meilleure compréhension du sens de la vie. Il semble au contraire que l’augmentation de l’acquis et de la complexité qui en découlent pose plus de problèmes qu’elle en résout puisque l’homme reste toujours attachés à une vision matérialiste de son destin. Cette situation laisse le champ libre à toutes les fausses connaissances et surtout à l’apparition d’un populisme politique donneur de leçons qui discrédite les vérités ontologiques.

Dans un tel contexte nous remarquons logiquement que la découverte des connaissances matérielles sans association à l’inné, donc à l’ésotérisme, ne débouchent que sur des certitudes bloquant l’évolution spirituel et l’élévation du niveau de conscience de la société. Une telle situation a comme conséquence majeure de créer un hiatus entre le progrès matériel et le bonheur d’être par la permanence d’une insatisfaction individuelle généralisée créatrice de conflits sociaux. Les causes sont à rechercher dans le fait que les connaissances purement scientifiques ne représentent qu’une facette de la réalité et qu’elles masquent par leur puissance toutes les autres enfouies dans l’inconscient. Celles-ci, comme nous le savons en maçonnerie, ne peuvent surgir à la conscience que lors d’une initiation qui révèle alors le sens de la globalité et suggèrent de nouvelles possibilités d’investigation en élargissant le champ de conscience. l’Homme nouveau dans cette dimension devient une donnée essentielle de la résolution du problème. C’est l’ésotérisme qui prend le relais de l’exotérisme en intégrant l’homme comme une composante naturelle du macrocosme dans la réflexion analytique. La nouvelle connaissance révélée sera bien sûr fortement combattue par tous les adeptes de la méthode scientifique, car considérée comme non raisonnable ce qui contribuera à alimenter le conflit entre les partisans d’un développement matériel illimité et ceux qui ne veulent pas jouer aux apprentis sorciers.

Les instruments du savoir sont d’admirables moyens mis au service de la finalité de l'homme, mais une science , autrement dit une organisation de moyens séparée radicalement de la Connaissance « sagesse » , c’est à dire d'une méditation sur les fins, est vouée à l'échec puisque l’identification et la gestion des conflits resteront malheureusement insuffisants pour empêcher un désastre écologico-sociétal à l’échelle planétaire. Dans notre société libérale où l’économie est devenue une philosophie politique le temps est arrivé pour que la recherche scientifique travaille en collaboration continue avec des comités d’éthique indépendants des pouvoirs politiques, dont les membres auraient non seulement des valeurs scientifiques reconnues mais aussi des qualités spirituelles élevées, ne serait-ce pas trop demandé pour les générations futures?

Comme nous le constatons, le rationalisme scientifique ne peut pas être dissocié de l’inné et de la Connaissance sous peine de détruire les équilibres naturels. La force et la qualité de cette relation dépend du niveau de conscience de l’humanité. Elle est donc essentielle à la survie de l’homme sur cette terre.

Dans le cas où le progrès matériel resterait dissocié de l’inné, un abîme s'ouvrirait entre le monde moderne, qui a tendance à considérer l’esprit comme une auto-illusion du sujet pensant, et la Tradition dans lequel est inclus la Connaissance. La nécessite et le hasard resterait alors la seule voie de salut qui entraînera l’humanité dans les méandres de l’absurdité de la vie. L’homme devra alors se plier au règne de cette absurdité et l’humanité aura un problème sans mesure pour fonder une éthique sociétale qui ne débouche pas sur l'anéantissement de l’être, mais sur une nouvelle alliance de vie à redéfinir.

Connaissance objective, subjective et initiatique

La prise de conscience de la Connaissance, sous forme d’un ensemble d'informations, n’est donc rien d’autre qu’un état d’équilibre à l’interface du monde suggéré et du monde conscient. Le présent est une perception fugitive et permanente d’un équilibre nécessaire pour transmettre et faire communiquer entre elles objectivement les connaissances afin de construire un réseau de valeurs, étroitement lié au savoir. Nous mesurons ainsi combien sont importantes les notions d’objectivité et de subjectivité. L’une servant essentiellement à acquérir des connaissances, l’autre à entretenir le doute et à ouvrir ainsi la voie de la recherche.

Le Larousse ne parle que de la connaissance au contact de la réalité et de l'étude. Mais alors, que deviennent les connaissances initiatiques? Celles qui s'acquièrent en dehors de toute réalité raisonnable, c’est-à-dire celles qui surgissent avec force à la conscience de l'initié lors d’un drame symbolique qui lui apporte les émotions, puis les outils nécessaire à la compréhension d’une destinée qui semble pour certains bien difficile à accepter.

Est-ce à dire (toujours selon le Larousse) que seul l’usage de l’intellect est formateur de connaissances et nourrit le savoir? Que deviennent alors les connaissances issues de la Révélation, de la Rédemption, du Saint Esprit, de l'Amour et du G.’, A.’. D.’. L.’. U.’.

Dans l’optique de l’initié, la définition du Larousse est ambiguë. Elle ne fait aucunement référence aux transformations des connaissances par l’intuition. Ce processus spécifique modifie la connaissance étymologiquement objective et acquise par l’étude et la réalité, en une nouvelle connaissance subjective qui pourrait d’ailleurs retrouver une nouvelle objectivité dans le cas où la perception de l’un redeviendrait celle de tous, n’est-ce pas ainsi que naissent toute les religions.? La conscience du processus de la transformation des connaissances à travers l’homme est la clé qui permet de vivre une quête de connaissance pour s’approcher toujours plus d’un savoir irrationnellement intimiste et universel. Mais ne nous trompons pas, car selon le niveau de conscience de l’homme ou du groupe qui entreprend cette quête, la force peut s'orienter en Haut ou en Bas traduisant respectivement un bien ou une perte pour l’humanité,

Cette quête est indubitablement la force de l’initié. Elle est vécue dans la compréhension de ce qui existe en deçà et au-delà de la surface des eaux, dans une recherche aventureuse des intuitions naturellement cachées dans un milieu hostile, humide, obscure et fertile. Elles sont formatrices d’un savoir qu’il pressent juste et vrai. L’initié maintenant peut discerner dans la beauté du ciel azuré les myriades d’étoiles qui sont sa chair. Il est dorénavant cet Homme cosmique qui vit sa transcendance par l’acceptation de la dualité, il sait que le pavé mosaïque est le tremplin pour vivre la Lumière et rechercher un enseignement adapté à sa personnalité.

Le savoir, la société et les hommes

Pouvons-nous espérer que le savoir seul justifie des actes vraies, c’est-à-dire des constructions au service de ce qu’il y a de bon dans l’homme? En se référant à l’histoire, nous constatons que la plupart des découvertes scientifiques ont dans un premier temps été employées par les militaires dans le but de produire de nouvelles armes. Plus tard, ces techniques sont heureusement reprises dans la société civile afin de produire des biens de consommation qui contribuent à l’amélioration du bien être général des peuples. Mais, la distribution de cette richesse n’est malheureusement pas équitable, car les bien produits obéissent aux lois du marché. Ils iront donc en priorité chez les peuples qui peuvent les acheter.

Nous voyons donc que la découverte de connaissances matérielles d’une façon générale ne contribue pas nécessairement à promouvoir la coexistence pacifique, ni à développer une volonté nouvelle de vivre ensemble et ni de respecter les équilibres nécessaires à la survie de cette planète. Les connaissances scientifiques et les actes politiques qui en découlent ont entraîné et continuent d’apporter plus de malheur que de bonheur comme le montre notre histoire humaine.

Est-ce à dire que l’Homme éprouve de la difficulté à traduire le savoir en plus value pour l’humanité? Nous ne pouvons pas répondre à une telle question sans faire référence à la cyclologie des sociétés qui montre des comportements distincts sur le long et le court terme. Le court terme est le présent. Aujourd’hui, il est géré par un système économique libéral qui dicte l’organisation de la société humaine et qui organise le progrès, donc les connaissances en fonction des lois du marché. Le long terme obéit à des lois différentes qui n’ont rien à voir avec celles du court terme. Celles-ci sont émises en Haut pour le bien du Bas. Elles sont les gardiennes de la Vérité. Pour les comprendre, nous devons utiliser les lois de l’analogie. Ainsi, à l’instar de l’homme une civilisation naît, croît et meurt tout en subissant l’influence des cycles astrologiques. Nous sommes aujourd’hui à la fin de l’ère du poisson, bientôt nous serons dans l’ère du verseau. La fin d’un cycle est toujours difficile, car il provoque des transformations violentes afin de favoriser la venue de valeurs représentatives du cycle suivant en l’occurrence celui qui sera sous la maîtrise conjointe de Saturne et d’Uranus. Nous voyons ainsi déjà aujourd’hui apparaître une dimension spirituelle de l’homme, opposée à la conception fondamentale de la Révélation chrétienne. Cette tendance semble être la composante naturelle du sécularisme athée de ce vingtième siècle. Provoquera-t-elle la fin des religions traditionnelles?. Nous pouvons le supposer, et réfléchir sur ce constat afin de préparer les générations futures.

L’enseignement, la spiritualité et la politique

Par contre, il est indispensable de transformer l’enseignement, cet outil de la transmission des connaissances. Depuis toujours l’école ne cherche qu’à adapter les connaissances scientifiques au service de la société civile. Son but premier est l’intégration de tous les hommes dans le système économique dominant. Aujourd’hui, ce sont les notions entrepreneuriales, de compétitivité et de performances qui sont privilégiées. Elles ne sont pas l’apanage de la majorité de la population, d’où la naissance d’une forte discrimination qui crée une société à deux vitesses, Dans un tel enseignement, ce sont les valeurs horizontales, donc matérialistes qui dominent, Cela a pour conséquence que les actes sociaux sont souvent incompatibles avec le respect de la dignité humaine et posent des problèmes de conscience dramatiques pour les individus avec des niveaux de conscience élevés. Ce déficit des valeurs spirituelles a permit l’émergence d’un comportement proprement satanique caractérisé par le racisme, la purification ethnique ou même l’eugénisme, qui a eu ses lettres de noblesse sous le régime national-socialisme hitlérien ou le scientisme matérialiste qui a décimé des millions d’innocents dans les pays communistes. Cette dernière idéologie ne reconnaissait évidemment aucunes structures prônant le sentiment religieux et faisait même disparaître toute traces tangibles pouvant y faire référence. Dans ces deux derniers cas, le système politique a biaisé l’ordre naturel en privilégiant des valeurs incompatibles avec le respect de la diversité et de la dignité humaine, De telles idéologies sont évidemment nuisibles, mais comme elles font appel à l’ego et à sa glorification, elles peuvent facilement substituer l’ordre transcendantal naturel par une immanence humaine et devenir “bonne”. Dans ce contexte, c’est l’Homme qui devient Dieu ce qui a pour conséquence que l’Existence analogiquement liée au savoir se confond avec l’Essence analogiquement lié à la Connaissance. Le langage symbolique n’a plus court et il ne reste plus que la dualité au service d'un soi disant perfectionnement matériel continu et sans limite dont il est difficile de comprendre le sens par rapport à notre finitude exprimée naturellement dans la mort. Dans de telles sociétés, les rites funéraires sont minimisés à l’extrême, sauf pour les dignitaires du régime qui sont momifiés et entreposés dans des mausolées somptueux gardés par de jeunes éphèbes aux allures martiales. La mort dans ces régimes n’a plus de sens philosophique, elle n’est que l'expression naturelle du hasard sauf peut-être pour celui qui meurt, mais il ne peut plus témoigner.

L’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal

Pour continuer notre réflexion, nous allons utiliser le symbolisme de l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal afin de mieux comprendre ce qui relie l’homme au savoir et à la Connaissance

L’Existence de l’homme est analogiquement reliée à l’arbre de la connaissance du bien et du mal tandis que son Essence est en symbiose permanente avec l'arbre de vie symbolisé par le G.’. A.’. D.’. L.’. U.’.

L’arbre de vie plonge ses racines dans le cœur de tous les hommes et vivifie leur intelligence afin qu’ils puissent accepter leur condition humaine. Grâce à la connaissance de cette fertilité divine, nous pouvons imaginer combien l'immanentisme est une utopie dangereuse car elle peut faire croire aux hommes les plus puissants comme d’ailleurs aux plus faibles qu’ils peuvent atteindre le sommet de l’arbre de la connaissance du bien et du mal sans la reconnaissance de l’arbre de vie. L’illusion est parfaite, lorsque le sommet atteint, il pensent jouir du jardin d’Eden créé à leur insu par un ego hypertrophié. En vérité, il n’y a pas de lucidité ontologique sans reconnaissance réciproque des deux arbres. L’amour de soi-même et du genre humain est nourri naturellement par la sève vivifiante de l’arbre de vie qui irradie chaleureusement le cœur de tout homme de bonne volonté tandis que l’intellect tempéré par la raison reçoit parcimonieusement les vertus de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est dans cet harmonieux équilibre que grandit l’initié vers son destin glorieux. Mais si, pour une raison ou une autre l’arbre de vie est oublié, l’intellect occupera tout le terrain de la conscience et deviendra le valet de l’ego, d’où jailliront alors tout ce que le Franc maçon à rejeter dans ses nombreux voyages c’est à dire l’orgueil, la vanité, l’égoïsme, le goût du lucre, l’intolérance, la haine du genre humain et enfin le non respect des diversités,

Comme nous le voyons, l’enseignement est fondamental pour l’acquisition des connaissances. Chaque enfant qui naît est unique, il a un parcours à faire dans ce monde, Mais il a aussi une identité génétique et historique. Il fait partie d’une histoire et la façon dont celle-ci sera racontée va influer considérablement sur la qualité des connaissances qu’il va acquérir. Les traditions, les us et coutumes la famille, les idéologies vont influencer profondément son savoir, Le code maçonnique nous rappelle avec évidence cette réalité.

En naissant le nouveau né est l’expression pur de l’arbre de vie. Il est innocent et reflète la vraie Lumière dont l’intensité diminuera graduellement au contact de la réalité humaine, mais qui ne disparaîtra jamais. C’est vers elle que nous sommes naturellement attiré, c’est pourquoi nous devons toujours recherché l’enfant qui sommeille en nous comme l’a si bien rappelé Jésus en disant: « Laissez venir à moi les petits enfants » . Il ne fait qu’exprimer symboliquement le retour à l’innocence. Mais les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ont été consommés, le jugement, cet enfer, est devenu une réalité. Ainsi la naissance et la mort sont le cycle naturel de la vie manifestée. Mais au-delà des forces nécessaires à la survie, il existe donc dans l’homme un état permanent et sécurisant, garantissant la qualité de l'origine et qui apporte de l’espoir. C’est la Connaissance.

Aucun savoir ne peut être dissocié de la Connaissance, c’est à dire de l’arbre de vie qui éclaire avec force sans jamais aveugler. L’amour, la méditation, l’initiation permet à chaque période cruciale de l’évolution humaine d’apporter une transmutation des connaissances acquises. Car ce qui est important ce n’est point seulement l’acquisition du savoir mais surtout la manière de le transformer en concept. L’Homme est un créateur de concept par essence, mais faut-il encore prendre conscience que la conceptualisation sans cohérence ne nourrit que l’intellect? En fait nous voulons dire qu’un savoir brut relié à rien n’a pas d’intérêt à part celui de rigidifier la pensée. Pour qu’il exprime pleinement son contenu il doit passer à travers des états émotifs, un vécu pleinement ressenti, des prises de décision effectives, voir même des souffrances afin qu’il nourrisse et soit formateur d’un réseau créateur, révélateur en quelque sorte de la Connaissance. Plus les actes de vie sont liés à une dimension exprimant aussi bien ce qui est en haut et ce qui est en bas, plus ils illuminent la société humaine qui prend alors une toute autre dimension, l'Homme n’est plus écrasé, car il aperçoit l’horizon et devine au loin sa propre vérité qui l’entraînent dans une dimension rayonnante inspiratrice des valeurs de partage et d’amour. L’initié sait alors que la Vérité est Lumière. Il pourra donc privilégier la création pur, celle inspirée par l’arbre de vie et qui s’exprime par des actes sociaux parfaitement équilibrés comme le sont ou devraient l’être, par ailleurs toutes les volontés vécues dans une loge maçonnique. Il pourra aussi à travers les arts picturaux et musicaux transformer respectivement la matière colorée en œuvres d’art et les notes en pièces musicales.

Connaissance et quête initiatique

L’inspiration est nécessaire à la création. La reconnaissance de la Beauté de l'Oeuvre n’est pas toujours évidente, car elle dépend de notre propre perception de la Beauté qui n’est en définitive que la résultante de la transmutation du savoir dont le niveau dépend de la réalisation du ternaire apprendre, comprendre et vivre appliqué à tous les actes voulus.

Le franc-maçon connaît en quelque sorte ce mystère de la transmutation du savoir vu que son seul trésor, par ailleurs incommunicable par le verbe, est son vécu initiatique. Il représente ce que les profanes appellent le secret maçonnique et qu’ils tentent de définir dans des écrits qui caricaturent la démarche initiatique. Ce vécu initiatique est une référence générique qui permet de construire le temple universel. Il est la clé qui donne accès à la Connaissance formatrice d’un charisme maçonnique spécifique. Ce qui est donc important c’est la prise de conscience d’une réalité objective en l'occurrence la Tradition passée au crible des sentiments et exprimée par cette intelligence du cœur voulue par le rituel maçonnique. Cette démarche donne alors du sens aux connaissances qui sont les premières pierres sur lesquelles pourront travailler les outils du grade.

Cette façon de faire montre à l’évidence l’importance d’être constamment initié dans une réalité historique reflétant en puissance notre identité génétique et karmique. Les initiations maçonniques sont alors le bras évident de la construction d’un réseau créateur reflétant la Connaissance et de notre capacité à éclairer toujours plus justement nos valeurs gnostiques cachées dans l’arbre de la connaissance.

La Gnose, un chemin vers l’Unité

La Gnose, autrement dit la Voie de la Connaissance qui n’est que la formulation en langage humain de la tradition primordiale, est une composante essentielle sur lequel l'homme doit adosser ses comportements. C’est une façon de transformer toutes les données acquises en valeurs universelles. Ce passage obligé de l’acquis à la vérité de la tradition s’effectue lors d’une initiation et la finalité souhaitée du processus gnostique est un retour à l’Unité, par la perte des valeurs analytiques et multiples. C’est donc une méthode incluant une transcendance. Elle amène l’adepte naturellement dans un style de vie respectueux de la diversité et dans une cohérence holistique des valeurs humaines. Elle est la première pierre d’un ‘humanisme universel qui n’a pas de sens sans cette cohérence transcendantale. C’est pourquoi la franc-maçonnerie l’utilise comme symbole. Elle signifie que le savoir est inclus dans la Connaissance et qu’il faut faire confiance à son intuition afin de retrouver les chemins qui mènent à la Vérité. L’Homme qui suit son intuition sait qu’il butine dans cette béatitude cosmique subtilement devenue intime mais il en accepte aussi la finalité parce qu’il pourra se libérer des pesanteurs inutiles. Plus léger, il sera à même de comprendre l’inutilité des mauvaises connaissances qui créent le surhomme.

L’Homme lourd vivant en symbiose avec l’acquis ne veut pas frapper à la porte du temple, mais il a conscience d’être utile au Tout car il apporte les éléments nécessaire à la transformation des structures du monde sans en être réellement l’instigateur. En travaillant pour la fracture ou la reconstruction de la société, il assure la réalisation du cycle de la vie entretenu inéluctablement par la dualité. Il vit pleinement dans le blanc ou le noir du pavé mosaïque, mais jamais à son intersection. Le vrai initié travaille toujours sur cette ligne à la frontière de deux mondes gérés par le jugement. C’est un équilibriste qui doit s’élever afin de mieux maîtriser les pulsions duales. Il accepte naturellement une relation d'autorité entre la Connaissance et le savoir mais sans référence dogmatique afin de vivre un présent vrai, porteur d’espoir. Sa responsabilité concernant les connaissance acquises l’entraîne donc dans un nouvel espace où les mots ont toujours la même orthographe mais des sonorités différentes. Il écoute maintenant de la musique au lieu du bruit. Il connaît les notes de la partition mais son oreille recherche inlassablement les rythmes de son corps. Cette nouvelle liberté de conscience doit s’affirmer dans le partage, dans l’amour de ses F.: et du genre humain sans quoi l’initiation n’aura servit à rien. Comme Orphée, il ne peut plus se retourner, il doit continuer à marcher vers la Lumière.

La liberté, le travail et la mort

Aujourd’hui, Il est difficile de vivre et d’enseigner cette liberté initiatique, car elle suppose un gros effort sur soi-même, afin de contrer les forces du bas. En même temps, beaucoup de théories psychanalytiques aiment à découper à satiété les mécanismes de notre psychisme et font croire que tout est dans une rationalité bien sûr complexe mais parfaitement explicable. Trop de certitudes tuent le désir d’être. C’est pourquoi, l’homme rejette l’homme.

Il ne faut pas avoir peur de l’effort, comme nous le rappelle constamment la symbolique du tailleur de pierre car à chaque coup donné correspond une récompense. La force qui est à l’origine de ce travail est la même pour tous les animaux sur cette terre, c’est la survie de l'espèce. L’Homme qui est le dernier maillon de l’évolution a acquis la conscience d’être et paradoxalement le doute d’être. Cette confusion s’exprime avant tout par une mauvaise gestion de l'énergie créatrice manifestée par la sexualité. Comme tout ce qui appartient à la manifestation sensible, cette énergie obéit à la conscience individuelle mais aussi à une conscience collective qui lui est supérieure. Il existe donc une cohérence, une hiérarchie vibratoire à l’instar de celle que nous connaissons dans la physique ondulatoire.

C’est grâce à la liberté de conscience que l’homme se distingue dans le règne animal il peut donc par un choix délibéré transformer l’énergie sexuelle en actes sociaux véritables et vivre une vie relationnelle intense, véritable tremplin de la Créativité. Comprenons-nous bien, ce travail ne pourra pas se faire avec l’ego, ni par mimétisme. Il s’effectuera dans le cadre d'une initiation vécue de cette énergie. Les fruits obtenus lui permettront alors de devenir un homme encore plus libre, mais avec une responsabilité nouvelle liée à un niveau de conscience supérieur. Il sera alors celui qui vivra pleinement et avec amour les valeurs sociales du groupe, en particulier ceux de sa loge. C’est ainsi que nos anciens F.’. ont compris le sens de la fraternité et nous ont légués le REAA.

Au-delà des actes sociaux qui sont l’une des composantes de l’énergie créatrice, il existe encore une ultime initiation qui est celle de la mort physique. Le dernier acte créateur ici bas est celui de la libération dans la continuité du cycle. Sa qualité est étroitement liée à toutes les actions entreprises antérieurement. Trois niveaux énergétiques (sexuel, social et créateur) sont ainsi reconnus par l’homme dans une seule énergie constitutive pour vivre des actes vrais tout au long de son parcours terrestre. La mort, cet ultime création est la résultante de tout ce qui a été appris et compris ici bas, elle peut alors être vécue sereinement.

Dans cet état d’esprit, la cohérence structurelle exprimée par l’ordre maçonnique est la clé qui donne accès à la transcendance du sensible. L’initié peut alors paisiblement poursuivre sa quête de Vérité afin d’accéder à l’état de fils de la Lumière. A nouveau, nous constatons combien est importante la transformation de l’acquis vers une identité métaphysique inspirant notre conscience et combien la Connaissance et le savoir sont indissociablement liés aux valeurs initiatiques.

Pour l’homme initié, le monde n’a pas été créé à partir d’un Dieu plus ou moins anthropomorphisé, car il est l’émanation de la possibilité universelle jaillissant de son Non-Etre. De ce point de vue, la réalité du Cosmos est incluse dans l'Unité ce qui permet d’accepter un absolu dans notre identité humaine. Si nous considérons à nouveau l’arbre de vie comme le symbole de l’Unité et si celui-ci est vivant dans le cœur de tout homme sur cette terre, alors il ne faut plus qu’un seul acte d’allégeance pour clarifier son destin c’est celui d’embrasser son âme et celui de tous les êtres sur cette terre avec son cœur. De cette façon, nous rendrons un peu plus de sens à notre vie et surtout plus de justice dans nos actes sociaux.

Conclusion

Tout au long de ce travail, nous avons tenté modestement de comprendre les mécanismes relationnels entre les connaissances, la Connaissance et le savoir. Dans ce but, nous avons utilisé le symbolisme de l’arbre de vie et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Nous sommes ainsi restés fidèles à notre culture judéo-chrétienne, car naître dans une culture c’est avant tout en respecter son histoire; c’est aussi la comprendre et la vivre à travers ses mythes qui sont les témoins lointains de la conscience de nos ancêtres. Les initiations maçonniques du R.E.A.A. sont à cet égard remarquablement cohérentes et elles apportent aux esprits curieux et amoureux de la Gnose une vision lumineuse et pleine d’enseignements. Elles permettent pour le moins à tous d’apporter un certain éclairage sur ce propos de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien »

Source : http://www.fideliteprudence.ch/savoir.htm

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La Maçonnerie : Une Gnose ?

Publié le 13 Décembre 2012 par X dans Planches

Pour quiconque s'en va explorer une quelconque Terra incognita, il est toujours imprudent d'en dresser par avance les cartes et de la décrire. L'aventure de Christophe Colomb en est la preuve péremptoire . Il en est de même de ce que j’appelerai la « Gnose Maçonnique « .

La Franc-Maçonnerie possèderait-elle effectivement une Gnose ? Si oui, quelle est-elle ? Car nulle part, en aucun des documents les plus anciens, on nous précise qu'il s'agit de la Gnose classique …

Mais qu’est-ce donc que la Gnose ?
Le mot provient du grec ghosis , gnosis , connaissance … Elle est une connaissance par participation , par identification ; elle demande aux disciples de se modeler sur le maître pour découvrir à son tour le maître intérieur ; la tache est difficile et très rares sont ceux qui réalisent leur ultime réalité, ce qui fait que la gnose, malgré son universalité, reste l’apanage du petit nombre …

Et puis, définir le gnosticisme est pratiquement impossible , car ses frontières sont insaisissables ! Ce n’est pas une religion propre à un peuple ou qui ait donné naissance à une culture particulière ; elle n’est pas constituée par une église, avec une hierarchie ou une orthodoxie

En fait , il est clair que les gnostiques ne se sont jamais reconnus comme un seul et unique mouvement, car il existe plusieurs gnoses …

La caractéristique essentielle de la Gnose en est la diversité :

1 de par ses sources indirectes, dont on connaît l’existence notamment par
l’anti-gnosticisme d’Irénée de Lyon, véritable hérésiologue au IIe siècle
( je rappelle que cet évêque lyonnais fût un disciple de St Polycarpe,
lui-même disciple de Jean l’Evangéliste ), ou celui de Plotin ,

2 - et de par ses sources directes , par des écrits hermétiques, les Codex
d’Askevianus ( au British Museum ) , Brucianus ( Oxford ), Berolinensis
( contenant notamment l’Apocryphon de Jean ) la bibliothèque copte de Nag Hammadi . Bien sûr, on ne peut négliger ni que celles de Valentin, de Cérinthe, de Marcion, ou de Simon , ni celle de Mani ou plus récemment, de Princeton .

PUECH soulignait « avoir la Gnose , c’est connaître ce que nous sommes , d’où nous venons , où nous allons, ce par quoi nous sommes sauvés, quelle est notre naissance et quelle est notre renaissance « .

Qu’en est-il de la Maçonnerie ?

Vouloir faire dire à la Maçonnerie ce que telle ou telle religion enseigne est une erreur fondamentale. Car c'est dogmatiser, et a priori dans un Temple, ce serait est antimaçonnique au premier chef !

Nous devons abandonner nos « métaux » à la porte du Temple...Et ce fut l'erreur des réformateurs cléricaux du Couvent de Lyon, en 1778, puis de Wilhelmsbad en 1782, que d'affirmer : « notre Ordre est chrétien ».

La maçonnerie d'obédience anglo-saxonne, qui exige que la Bible, non seulement figure sur l'autel de toute Loge « régulière », mais encore soit considérée comme un Livre Révélé, se contredit d'ailleurs elle-même lorsque, pour étoffer ses Obédiences d'outre-mer, elle place un Coran, une Bhagabad-Gîta, ou un Canon Pâli, sur l'autel, en place de cette Bible, soit-disant irremplaçable.

En fait, la Maçonnerie n'est ni chrétienne ni anti-chrétienne, elle possède sa croyance propre, et n'a nul besoin d'emprunter aux religions du monde profane, lesquelles ne nous offrent qu'un ensemble de contradictions, à croire que Dieu change d'opinion en changeant de « prophète »

La « Gnose Maçonnique », celle qui lui est propre, encore une fois, ne saurait lui venir du Monde Profane, mais être extraite et explicitée en fonction de ses Symboles, de ses Rites eux-mêmes, et d'eux seuls : Colonnes «J» et «B», Colonnes «Sagesse», «Force», «Beauté», Carré Long, Cérémonie Rituelles et usages propres aux trois degrés «bleus»: Apprenti,Compagnon, Maître .

Nous ne devons en effet jamais perdre de vue que le laïc, ou le docteur de n'importe quelle religion, est et demeure pour nous un profane, tant qu'il n'a pas été reçu maçon. On peut en effet assimiler l'esprit maçonnique, en ses effets et ses répercussions dans le psychisme, à l'action de « l'Esprit-Saint » des Chrétiens sur le plan spirituel. Ceci ne saurait choquer personne ; un docteur en théologie ne l'est pas pour autant en médecine.

Pour comprendre la Maçonnerie, il faut devenir maçon soi-même !

Revenant à la Gnose Maçonnique, on constatera que toutes les gnoses antérieures actuellement à notre disposition, reposent toutes sur un « donné révélé » de bases judéo-chrétiennes. Or, pour la Franc-Maçonnerie, il n’existe pas de « donné révélé », et rien ne saurait être interdit à l'introspection de l'Homme.

Mais il ne s’agit pas d’une mystique , car celle-ci est le plus souvent présentée comme féminine et obscure , tandis que la voie gnostique est dite masculine et solaire . La nuit et le jour ne sauraient s’abstraire l’une de l’autre ; en se compétant , ils forment un tout .

Considérer d’ailleurs, avec nos Frères anglo-saxons ou d'obédience anglo-saxonne, que la Bible a été révélée par Dieu à Moïse, dans tous les textes antérieurs à la mort de celui-ci, c'est faire fi des découvertes modernes relatives aux vieux poèmes cosmogoniques babyloniens . C'est ignorer qu'aucun texte manuscrit n'existe d'avant la Captivité de Babylone et que c'est Esdras, « inspiré par l'Esprit-Saint », qui les reconstitua... à Babylone, et grâce, justement, à sa découverte de ces mêmes poèmes babyloniens .

Toutes ces Gnoses d'ailleurs, partent d'un postulat de départ, posant en principe que l'Ame humaine s'est dégradée, et qu'elle doit remonter vers son habitat ontologique premier. En fait , ces Gnoses classiques ont plusieurs caractéristiques en commun :

1 - Le dualisme, la plupart des termes signifiants peuvent se regrouper en deux pôles opposés mais interchangeables ; par exemple les 2 pôles , comme ici ( le monde empirique ) et là-bas ( le monde transcendantal ) . Ce dualisme n’est d’ailleurs pas radical , comme le dualisme iranien : ce monde-ci est une péripétie accidentelle qui demande une explication !

2 - L’origine du monde et de l’homme : si le monde et le mal ne sont pas des principes éternels, il doivent provenir d’une source unique, du Dieu qui lui est totalement étranger…

3 - Le salut sera la restauration de l’unité perdue ; sa face objective est la révélation et sa face subjective la Gnose, connaissance supérieure par laquelle les élus se connaissent comme étant issus du Plérome ( la Plénitude, le déploiement du divin ) . La gnose n’est pas matérialisée et son caractère secret ne résulte pas seulement de leur communication à un cercle restreint d’initiés, mais du fait que leur véritable sens est caché , ésotérique donc , comme dans l’Evangile selon Thomas : « Voici les paroles cachées qu’a dites Jésus le Vivant : celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort « .

4- Dans l’eschatologie gnostique , l’univers supérieur est immobile et le salut postule qu’il doit mettre un terme au temps et retourner à l’immobile .

5- Quant à l’éthique gnostique , elle stipule que le spirituel ne saurait faire dépendre son salut d’aucune morale , reprenant la formule de l’Evangile selon Philippe « La perle plongée dans la boue ou enduite de baume, garde la même valeur pour son proprétaire « : les gnostiques ne sont pourtant pas des » athées stupides « , ni des « libertins irreligieux « …

Bien que la Maçonnerie présente un certain caractère élitiste, elle ne nous enseigne pas cela ! Elle prend, dans le Monde Profane, un être qu'elle considère comme incomplet, endormi, non stabilisé, et elle l'éveille en lui transmettant la Lumière. Cette même lumière qui, en lui faisant apparaître les êtres et les choses, les rend réellement à l'existence.

Or, cet être incomplet, endormi, elle ne dit pas qu'elle lui restitue la Lumière, mais bien qu'elle la lui confère. Et selon sa formule propre, elle le crée, le reçoit, le constitue.

On peut donc admettre que la Gnose Maçonnique considère l'Homme Profane comme l'aboutissement d'un long cheminement ontologique, qu'il est alors parvenu devant un seuil, qu'il a buté contre une porte, et qu'il ne peut la franchir sans recevoir de ceux qui ont franchi bien avant lui cette même porte, la Clé nécessaire à son ouverture.

Il y a là un postulat maçonnique de départ conforme aux plus modernes conclusions scientifiques : d'où l'expression maçonnique rituelle lors de l'initiation d'un Apprenti : «Je vous crée, reçois, et constitue Apprenti-Maçon ... »
Or, le latin constituera signifie créer l'essence d'une chose. Créer vient du latin creare : produire, lequel (producere), signifie engendrer. Ce dernier mot signifie donner l'existence . Quant à recevoir, il vient du latin recipere accepter, admettre.

On le voit, il n'y a, dans la formule traditionnelle et sacramentelle de la Franc-Maçonnerie, aucune allusion à un quelconque péché originel, à une quelconque dégradation initiale, et à une restitution à un état antérieur. Bien au contraire, il y a l'idée de création.

Et dans les Symboles traditionnels mis sous les yeux de l'Impétrant dans le Cabinet de Réflexion, il n’y a pas davantage. Le Crâne y est l'image du Néant, de la Mort, du Non-Etre, si bien évoquée par la thèse maçonnique . Et le Coq (lorsqu'il y figure), y est l'image classique chez les anciens gnostiques, du dieu inférieur et imparfait qu'est le démiurge d'en-bas, aussi bien que,dans les grimoires magiques, du Principe du Mal.

Du Néant, de la Mort, du Non-Etre, la Maçonnerie extrait donc une « materia prima » qu'elle va évertuer par sa Rituélie, et, au terme de cette Cérémonie, en faire un être réellement vivant, libre, et pensant.

Mieux encore, en en faisant un Maçon, c'est-à-dire un constructeur, elle va le hausser au niveau de ces demiurges dont parle Empédocle d'Agrigente : «Le Démiurge et les demiurges unissent le Créé à l'Incréé.. »

L'Incréé... Peut-on mieux souligner cette différence avec le Monde Maçonnique, enfermé, abrité, réfugié, en ce Temple où seuls ont accès ceux qui, grâce à la Lumière, vivent réellement ?

Cette «création» pneumatologique, la Maçonnerie la réalise en conformité avec un Plan, qui lui a été justement confié par ce Principe Suprême qu'elle nomme le «Grand Architecte de l'Univers». Et elle exécute ce Plan par Amour, car la formule usuelle dit : «A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers... »

Elle l'exécute également par Obéissance ( la G\L\D\F\ est une obédience, certains semblent l’oublier ), car la même formule évoque un ordre reçu :
« Au nom de la F\M\ Universelle et sous les auspices de la G\L\D\F\... ».
Elle l'exécute légitimement : « En vertu des Pouvoirs qui m'ont été conférés... ».
Car derrière ces paroles sacramentelles du Vénérable Maître, c'est la Maçonnerie toute entière qui parle, puisque c'est d'elle, de sa Tradition, qu'il tient ces formules ainsi transmises, inchangées, depuis des siècles.

Ce que la Gnose Maçonnique a de commun avec les Gnoses classiques et connues, c'est cette notion de seuils intermédiaires, de portes à franchir,et que le Rituel affirme être « extrêmement basses » . Car seuils et portes sont traditionnellement gardés par des Arkontes, c'est-à-dire des Principes, et ces Principes, il faut les surmonter .

Telles sont ces phases improprement appelées baptêmes en nos Rituels. Car on ne voit guère comment un Elément (Eau, Air, Feu), dont on libère l'Impétrant, pourrait, de ce fait, le purifier. Autant dire d'un malade que l'art de médecine a tiré d'affaire, qu'il a été «purifié par la maladie ».

Une telle hypothèse équivaudrait d'ailleurs à soutenir qu'en passant par le «Cabinet de Réflexion», le Profane a été «purifié par la Terre « .Ce serait lui conférer d'ores et déjà, du fait de son séjour dans le dit « Cabinet de Réflexion», un caractère et une qualité qui en feraient, avant l'Initiation elle-même, un être différent des Profanes ordinaires.

Or, la Tradition Maçonnique ne soutient en rien cette hypothèse, et le texte des divers Rituels, (français, écossais, égyptien), la contredit, bien au contraire.

Une autre différence entre les Gnoses classiques et la Gnose Maçonnique, (outre la notion de Préexistence des Ames, qu'elle ignore délibérément, comme on vient de le constater), c'est l'absence de toute allusion, quant à la Vie Future du Maçon, avec ces hypothèses que sont la métempsychose ou la métensomatose (réincarnation).

Pour la Tradition Maçonnique, la mort charnelle conduit le Maçon à l'Orient Eternel. C'est tout.

Descendons donc sur le plan des Symboles, et voyons s'ils nous précisent quelque chose à cet égard. Dans le Temple, il est un lieu qui est nommé l'Orient, et qui, surélevé de trois marches ou «assises», s'oppose ainsi et domine l'Occident . Ce dernier étant le « seuil » du Monde Profane, c'est-à-dire du Non-Etre, de la Mort, et des Ténèbres, l'Orient sera, par opposition, le lieu de l'Etre (en sa plénitude, c'est donc l'image du « Plérôme » des gnostiques), de la Vie, (Véritable), et de la Lumière.

C'est pourquoi il est dominé par le symbole de la Cause Première, symbole très illuminé, et qui est le Delta Rayonnant .

Prendront place à l'Orient, tôt ou tard, et par le jeu des institutions maçonniques, tout les Frères qui l'auront mérité, par leur zèle, leur connaissance de la Maçonnerie, leur haute valeur morale.

S'ils en sont un jour chassés, ce sera pour franchir les Colonnes d'occident, et ainsi retourner, au Monde Profane, c’est-à-dire au Non-Etre, à la mort, aux Ténèbres. Pour un temps donné, ils seront dit « en sommeil », et rejetés à jamais, ils seront dits « oubliés » …

Peut-on mieux exprimer d'ailleurs ce retour aux Ténèbres, à la Nuit ?

On nous objectera l'usage, très récent d’ailleurs, qui veut qu’en certaines loge, le Vénérable d’un Atelier aille, à la fin de son mandat, au seuil du Temple, remplir l’office de Couvreur, soit de « Gardien du Seuil « , fonction qui n'est d’ailleurs pas définitive …Mais ce n'est nullement une disgrâce ( il n’y a pour cela qu’à prêter attention aux propos du V :.M :. lors de la cérémonie d’installation du Collège des Officiers ) bien au contraire, car bien avant le Vénérable, le Frère Couvreur est celui qui permet l'accès au Temple, c’est-à-dire à la Lumière, à la Vie, à l’Être .

Est-ce à dire que la Gnose Maçonnique ignore les notions de pluralité des formes vitales dans le Monde Profane ? En un mot, la Maçonnerie ignore-t-elle la métempsychose ou la métensomatose ? Il semble en cela qu'elle ait conservé la tradition pythagoricienne, tradition qui voulait que les Initiés reçoivent, pour premier bénéfice de leur initiation, le privilège d'échapper à la roue des vies. Seuls, les profanes y demeuraient assujettis.

Cette notion était celle de la Gnose chrétienne classique, le chrétien ayant reçu les baptêmes d'eau et de feu, échappait désormais au Prince de ce Monde, et ne relevait plus que du Christ.

Et déjà bien avant eux, Platon affirmait que «ceux qui ont approché les saintes initiations et ceux qui les ignorèrent, n'auront pas, dans le séjour des Ombres, une semblable destinée....»

Or, le Monde Profane, voué au Néant, au Non-Etre, aux Ténèbres, est symbolisé par le «Cabinet de Réflexion». Et que met-on, en ce réduit sinistre, sous les yeux du Récipiendaire quelque peu étonné ? Des emblèmes alchimiques, évoquant ipso facto les multiples transmutations qu'opère en ce Monde matériel, ce que nous nommons improprement la Vie. En effet, la soucoupe de sel, la soucoupe de soufre, la coupe où tremblote le mercure vulgaire, le crâne décharné, ne sont-ils pas des symboles du Scel, du Soulphre, du Mercure Philosophal, du Vitriol Philosophique ? Et transposé dans le plan humain, ces transmutations, ainsi dicrètement évoquées, ne rappellent-elles pas les vies successives défilant devant les Yeux du Profane ? Et en l'arrachant au «Cabinet de Réflexion» pour lui donner l'accès au Temple et à sa Lumière, la Maçonnerie ne lui fait-elle pas comprendre, à demi-mot, qu'elle entend le libérer de ces formes multiples, transitoires, et immuablement douloureuses, que sont les Vies successives ?

Telles sont les notions préliminaires d'une Gnose, exclusivement maçonnique, et que l' on peut dégager de nos Traditions et de nos Symboles.

Et s'il arrivait que des Frères, incomplètement pénétrés de l'esprit maçonnique, inconsciemment soumis à des disciplines confessionnelles étrangères à l'Ordre de lui-même, tentent de concilier leur soumission à ces disciplines, et leur désir de devenir ( et non de demeurer, de ce fait ... ), de bons et légitimes maçons, il leur resterait de méditer ce couplet, tiré des chants maçonniques du dix-huitième siècle, et connu depuis 1737

Pour le public, un Franc-Maçon
Sera toujours un vrai problème
Qu'il ne saurait résoudre à fond
Qu'en devenant Maçon lui-même

Mais V :.M :. Et vous tous mes FF :., pour adoucir quelque peu la dureté de ma planche de ce soir , permettez-moi d’emprunter à un F :. Passé à l’Or\ Etern\, la réponse qu’il aurait pu faire aux gnostiques , selon Puech :
Qui sommes-nous, d’où venons nous où allons-nous ? :
Je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne …

V\M\ et vous tous mes FF\, j’ai dit

Source : www.ledifice.net

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