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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

La Charbonnerie française du début du 19ème siècle

Publié le 24 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

 

de Régis Blanchet

La Charbonnerie française n’est pas à confondre avec ce que furent les rites forestiers français du XVIIIe siècle même si, à travers le carbonarisme italien, elle s’y rattache rituéliquement. En effet, il s’agit plus d’une francisation, à partir de 1815, du carbonarisme italien que d’une continuité directe de la tradition française. Les filiations font un va-et-vient qui, partant de la France à la charnière du XIXe siècle (Briot, 1800-1804) en tant que rite traditionnel et philosophique, se politise hardiment en Italie sous la forme du carbonarisme, puis revient en France dès 1815 sous la forme de la Charbonnerie dont l’activité anti-Bourbons se fera sentir particulièrement entre 1821 et 1823. Ils n’eurent d’autre succès que de maintenir un esprit libéral engagé hostile à l’abandon des valeurs progressistes issues de la Révolution française et fidèle parfois, paradoxalement, à celles de l’Empire, surtout dans les régiments de l’ancienne « Grande Armée ».

Nous allons évoquer rapidement cet événement sortant du cadre de l’ouvrage présenté uniquement parce que Briot, en 1821, semble vouloir jouer un rôle de diffusion en France des buts républicains de la Carboneria italienne, aidant en cela la mise en place de la Charbonnerie française alors en pleine activité.

La Charbonnerie française, dans sa tendance bonapartiste, trouva les premières bases logistiques de son établissement en France dans les régiments de l’ancienne « Grande Armée » où l’image de Napoléon n’était pas oubliée. Ainsi, les régiments de Belfort, de Strasbourg, de Colmar eurent rapidement des ventes de Charbonniers en leur sein et dont les membres ne dépassaient jamais le grade de lieutenant. La Charbonnerie peut être décrite comme essentiellement militaire et rurale en ses débuts avant que d’autres mouvements régionalistes, comme les « chevaliers de la Liberté » en Bretagne et des adhérents citadins ne viennent les rejoindre.

Comme pour la Carboneria, sa structure était très cloisonnée et, mis à part deux responsables par vente, personne ne connaissait l’identité des autorités supérieures.

Les options politiques de la Charbonnerie française sont confuses et diverses, mais tous se rejoignaient dans le refus d’un rétablissement des Bourbons en France.

Les différentes campagnes qu’ils menèrent sur le terrain furent des échecs dus à un manque d’organisation d’une part, mais aussi au maillage très serré que la police maintenait sur tout le territoire dès le début de la Restauration, encourageant délations et trahisons contre monnaie sonnante et trébuchante. Ce fut efficace, et pas une fois les Charbonniers en marche ne purent profiter d’un effet de surprise. Plusieurs soulèvements eurent lieu, dans l’Est, dans les pays de Loire, dans le Sud-Est, en Bretagne, mais la répression fut terrible, les procès rapides, les condamnations à mort exemplaires.
L’échec de la Révolution de 1830 semble marquer la fin du mouvement charbonnier en France.

Cependant, même si la Charbonnerie manqua d’organisation et ne fit aucune proposition politique cohérente - y compris républicaine - nombreux furent ses membres qui tinrent ensuite un rôle important dans la gestion du pays, particulièrement après 1830. Le 26 août 1822, les dernières condamnations à mort contre la Charbonnerie eurent lieu à Poitiers; le général Berton cria sur l’échafaud « Vive la liberté » alors que Saugé cria « Vive la république ».

 La Charbonnerie française fut estimée à 60 000 membres et, même s’ils avaient été le double, cela était de toute manière insuffisant pour oser espérer vaincre en tout lieu les armées gouvernementales beaucoup plus nombreuses, mieux entraînées et mieux dotées matériellement. Cependant, il semble qu’elle ait encore plus fait peur que la Carboneria italienne, à cause de la réputation que les Français engagés avaient encore de savoir faire une révolution; elle fut surveillée et infiltrée par toutes les polices d’Europe qui craignaient de ne voir que la partie émergée de l’iceberg dans ce foisonnement de cloisons et d’opinions diverses .

Comme nous le disions, l’esprit de la Charbonnerie - en réalité fort difficile à synthétiser dans un projet unique - commence de se dissoudre à partir de la révolution de 1830 où les fractions libertaires deviendront plus franchement unitaristes et républicaines en sortant progressivement de la clandestinité. Mais si l’esprit n’est plus là, peut-être le souvenir s’est-il maintenu?

Cela expliquerait en partie la franche opposition des républicains à l’encontre de Napoléon III à partir de 1852, alors qu’il venait de restaurer un empire en s’éloignant des idéaux républicains de 1848. Ne venait-il pas de décevoir son aile libérale au même titre que Napoléon Bonaparte lors de son coup d’État du 18 brumaire?

Cela expliquerait peut-être aussi l’opposition tout aussi franche des républicains du Grand Orient de France à l’encontre du prince Lucien, Napoléon, Charles Murat (1803-1878) - le fils de Joachim et petit-fils du maréchal d’empire - qui prit la Grande Maîtrise aussi en 1851. En 1859, il affronta la majorité de l’obédience à propos de l’unité italienne (encore elle!) et fut contraint à la démission .

Les républicains français de la seconde moitié du XIXe siècle, bien que totalement différents, semblent avoir des pans entiers de mémoire en commun avec les Carbonari et les membres de la Charbonnerie française. Après 1830, nombreux furent ceux qui se retrouvèrent dans le saint-simonisme.

Le socle maçonnique et républicain de la Charbonnerie française
La loge des Amis de la Vérité

Au-delà des liens déjà mis en évidence entre les Carbonari italiens avec le rite de Misraïm, liens qui s’étendirent naturellement en France après la chute de l’empire, il est impossible de ne pas évoquer le rôle insurrectionnel et républicain que joua la loge des Amis de la Vérité de Paris. Cette loge fut en fait la base logistique de départ de la Charbonnerie française et c’est bien là que le projet en fut formé par Bazard, Flottard et Duguied en 1821.

Cette loge doit être considérée comme une exception tant au niveau de ses effectifs - on parle de mille membres en 1821 - que dans sa manière de prendre des distances vis à vis du formalisme des rituels maçonniques. On y initiait parfois trente profanes d’un seul coup!

Alors que dans les rangs des régiments adhérant au mouvement charbonnier, nous trouvons une majorité d’anti-Bourbons bonapartistes, dans le mouvement maçonnique des Amis de la Vérité, nous identifions une jeunesse universitaire fortement attachée aux valeurs progressistes sociales et républicaines, et tout aussi radicalement opposée au rétablissement des Bourbons ou des Orléans.

En matière de sociétés secrètes, rien ne venant de nulle part, il est nécessaire d’aborder l’Union de Jean Rey (1816-1820) pour comprendre la naissance des Amis de la Vérité. Entre le conspiration de Babeuf (1796) et la période des Cent-Jours (1815), aucun mouvement insurrectionnel ne put s’exprimer.

La Charte constitutionnelle de Louis XVIII du 4 juin 1814 faisait un compromis entre certaines valeurs de l’Ancien Régime et d’autres issues de la Révolution. Sa tiédeur provoqua tout autant l’opposition des ultra que des libéraux, personne n’étant content. Après la période des Cent-Jours, les ultra firent pression et une réaction eut lieu qui aboutit, le 31 octobre 1815, à une loi de sûreté générale suspendant la liberté individuelle. Les bonapartistes sont pourchassés, l’opposition libérale est désorganisée et ne retrouvera un certain équilibre qu’en 1817 où sera créé le « parti des indépendants », futur parti libéral. C’est ainsi que nous comprenons mieux comment les nostalgiques de l’empire et les libéraux, sans avoir pour autant les mêmes vues politiques, loin s’en faut, firent cause commune dans les mouvements à venir. Lafayette, Manuel et Benjamin Constant prirent le tête de ce mouvement dès 1818.

L’Union de Jean Rey apparaît en 1816 comme une tentative de rassembler cette élite libérale et nombreux furent ses membres qui complotèrent hardiment, et sans succès, jusqu’en 1820. François Gros, le peintre Simon Triolle, Champollion le jeune, Charles Teste, l’avocat Duplan, Victor Cousin, Corcelle père, le « héros des deux mondes » Lafayette, Voyer d’Argenson, Dupont de l’Eure, le général Tarayre, des hommes de presse comme Chatelain, Comte, Dunoyer, Marcelin Desloges, des magistrats comme Mérilhou, Odilon, Barrot, et bien d’autres, firent partie de l’Union de Jean Rey. Le critère d’admission était en premier lieu une vision républicaine de l’avenir et un ardent activisme politique pouvant aller jusqu’à l’insurrection.
Le 14 février, le duc de Berry est assassiné par Louvel. Le ministre de la Police, Decazes, jugé trop laxiste, est remplacé par le duc de Richelieu qui s’empresse, de mars à juin, d’émettre les lois de la réaction:


- le 28 mars, loi sur la liberté individuelle
- le 31 mars, loi limitant la liberté de la presse
- le 12 juin, loi dite du « double vote » qui redonnait une majorité écrasante aux ultras.


La loge des Amis de la Vérité est créée en juin 1820 et le 19 août 1820, la conspiration devant soulever les régiments de province et prendre le château de Vincennes échoua. Elle avait été montée par Lafayette, Voyer d’Argenson, Manuel, Jean Rey, parmi d’autres, tous des membres de l’Union. Nous pouvons considérer cette suite d’événements comme les bases et le début de la Charbonnerie française non encore déclarée.


L’Union de Jean Rey alors se dissout et ne reste que la loge des Amis de la Vérité créée sous l’égide du Grand Orient de France. La maçonnerie française, prise dans son ensemble dans les vingt premières années du XIXe siècle, avait été très légitimiste, bonapartiste, puis royaliste. Les Amis de la Vérité, eux, plongèrent dans le libéralisme en fédérant les demi-soldes de l’empire et les républicains. Leur noyau « dur » fut composé par les étudiants sous l’impulsion de Bazard, Duguied, Flottard et Buchez.

Prenant très vite de grandes distances avec le formalisme rituel maçonnique, elle devient immédiatement ce qu’il est convenable d’appeler un « séminaire patriotique ». Tous les anciens membres de l’Union s’y retrouvent et y assument souvent le rôle d’un encadrement politique, du moins ceux qui ne sont pas en exil comme Jean Rey (Londres) après l’affaire du 19 août.
Deux autres avaient fui à Naples où il s’engagèrent dans l’insurrection, grâce à quoi ils furent admis dans la Carboneria napolitaine; il s’agissait de Pierre Duguied et de Nicolas Joubert. Après la répression autrichienne, ils revinrent discrètement en France en février 1821 avec leurs grades carbonari et les statuts de la société secrète. Il convinrent rapidement avec l’avocat Rouen aîné, les étudiants Limpérani, Guinard, Sautelet, Cariol, Sigaud, Bazard et Flottard, de franciser la Carboneria italienne et de l’implanter secrètement en France en tant que mouvement insurrectionnel. Nous venons de retrouver ici les fondateurs des Amis de la Vérité.

Les politiques vinrent très vite les rejoindre dans la Charbonnerie: Lafayette père et fils, Dupont de l’Eure, Voyer d’Argenson, Manuel, Beauséjour, Corcelle père, Mérilhou, le colonel Fabvier, Rouen aîné, Cauchois-Lemaire, Arnold Scheffer, le général Berton, etc.

Notons pour mémoire qu’une loge maçonnique de l’Ouest, les Amis de l’Armorique, joua un rôle analogue et se fédéra au mouvement des Charbonniers. Il y eut aussi les Chevaliers de la Liberté à Saumur, anti-aristocrates acharnés en opposition avec les ultras réactionnaires Chevaliers de la Foi, qui vinrent aussi se fédérer très vite aux actions de la Charbonnerie sur le terrain dans les pays de Loire.

L’insurrection militaire des Carbonari entre 1821 et 1823

La stratégie insurrectionnelle que la Charbonnerie française, paradoxalement, ne fut jamais élaborée comme un soulèvement populaire. Elle semble l’avoir espérer, mais il n’eut jamais lieu. D’entrée, la Charbonnerie ne reposa que sur une manipulation des régiments en garnison dans les provinces en pénétrant les éléments subalternes desdits régiments. Dans leur grande majorité, ces derniers étaient tous des nostalgiques de la « grande armée » napoléonienne et avaient tous de bonnes raisons pour s’opposer au rétablissement des Bourbons en France. La purge que les ultras firent après l’aventure des Cent-Jours les confirmèrent dans ce malaise. Si la direction du mouvement était bien libérale et républicaine, les forces en jeu sur le terrain furent plutôt bonapartistes. Il s’agissait de soulever des régiments en province et de les faire marcher contre certaines places fortes afin de les investir, puis de les défendre contre la réaction.

Après le complot avorté du 19 août 1820, qui tenta de prendre le château de Vincennes, des actions analogues furent lancées sur tout le territoire français:


- l’affaire de l’école de cavalerie de Saumur en décembre 1821
- la Conspiration de Belfort en janvier 1822
- le soulèvement de Toulon, avec l’affaire du capitaine Vallé en janvier 1822
- le soulèvement de Nantes en février 1822
- la campagne de Thouars et de Saumur avec l’aide des Chevaliers de la Liberté en février 1822
- l’affaire des « quatre sergents » de La Rochelle en mars 1822
- le soulèvement de Strasbourg en avril 1822
- l’affaire de Colmar en juillet 1822.

Toutes ces actions, militairement, échouèrent pour les raisons que nous avons déjà évoquées: mauvaise préparation, indécision sur le terrain, pénétration de la police dans les milieux de la Charbonnerie, délations. Elles eurent néanmoins un impact politique de première grandeur.
Au début de 1823, les Carbonari français savent que leur insurrection a échoué. Alors, comme dans un dernier soubresaut, elle s’opposa presque symboliquement à l’expédition française contre le gouvernement constitutionnel espagnol de l’époque. Jean Rey en dit quelques mots dans ses mémoires: « Il s’agissait de former, pour le compte de l’Espagne constitutionnelle, quelques corps auxiliaires composés principalement des membres les plus dévoués de la Charbonnerie française, de ceux-là surtout qui avaient déjà figuré dans des conspirations, réunis à des proscrits libéraux d’autres pays ».

Les troupes françaises étaient déjà massées à la frontière espagnole. La Charbonnerie tenta vainement d’en soulever quelques régiments. Seul, le colonel Fabvier, réfugié en Espagne où il avait entraîné au combat une petite troupe, passant la frontière, tenta une attaque surprise qui, elle aussi échoua.

Cette campagne d’Espagne apporta au gouvernement français l’assurance d’une meilleure emprise sur ses régiments et, de ce fait, réduisit d’autant les capacités insurrectionnelles de la Charbonnerie française qui, à partir de ce moment, semblaient avoir été réduites à néant. Ce fut le dernier acte à caractère militaire de la Charbonnerie française.

L’éclatement et la transformation de la Charbonnerie française

L’éclatement de Charbonnerie française vient bien sûr des échecs militaires successifs sur le terrain dans l’année 1822. Les divergences politiques jusque-là fédérées - bonapartisme et républicanisme - s’affrontèrent devant l’adversité.

D’un côté nous trouvions Lafayette à la tête d’un projet de fédéralisme républicain à « l’américaine », d’un autre côté une totale démotivation des bonapartistes qui baissaient les bras. L’effondrement le la Charbonnerie telle qu’elle fut constituée en 1821 fut immédiat et les tendances politiques jusque-là fédérées partirent rejoindre d’autres groupes constitués par ailleurs sur leurs seules spécificités.

Un peu avant 1832, il y eut bien une tentative de restauration d’une Charbonnerie réformée, mais sans succès. Il faut attendre 1833 pour voir apparaître la Charbonnerie démocratique universelle sous l’impulsion de Charles Teste et de Buonarotti. Bien qu’opérant un franc retour aux méthodes et au symbolisme traditionnels maçonniques, elle fera partie des nombreux mouvements d’opposition entre 1833 et 1840 (Société gauloise, Société d’Action, Légions révolutionnaires, Phalanges démocratiques, les Familles et les Saisons de Blanqui et de Barbès, etc.) et aura avec eux de nombreuses affinités en hommes et en idées.

Citons longuement, pour finir, l’Histoire de dix ans de Louis Blanc dans laquelle ce dernier s’exprime positivement sur la Charbonnerie française et donne de bien intéressants détails au moment même de la parution de l’ouvrage de Saint-Edme ici présenté:

« Le 1er mai 1821, trois jeunes gens, messieurs Bazard, Flottard et Buchez, se trouvaient assis devant une table ronde, rue Copeau. Ce fut des méditations de ces trois hommes inconnus, et dans ce quartier, l’un des plus pauvres de la capitale, que naquit cette Charbonnerie qui, quelques mois après, embrasait la France.

« Les troubles de juin 1820 avaient eu pour aboutissement la conspiration militaire du 19 août, conspiration étouffée la veille même du combat. Le coup frappé sur les conspirateurs avait retenti dans la loge des Amis de la Vérité dont les principaux membres se dispersèrent. Messieurs Joubert et Duguied partirent pour l’Italie. Naples était en pleine révolution. Les deux jeunes Français offrirent leurs services et ne durent qu’à la protection de cinq membres du gouvernement napolitain l’honneur de jouer leur tête dans cette entreprise. On sait de quelle sorte avorta cette révolution, et avec quelle triste rapidité l’armée autrichienne démentit les brillantes prédictions du général Foy. Duguied revint à Paris, portant sous son habit le ruban tricolore, insigne du grade qu’il avait reçu dans la Charbonnerie italienne. Monsieur Flottard apprit de son ami les détails de cette initiation à des pratiques jusqu’alors ignorées en France. Il en parla au conseil maçonnique des Amis de la Vérité, et les sept membres dont le conseil se composait résolurent de fonder la Charbonnerie française, après s’être juré l’un à l’autre de garder inviolablement ce redoutable secret.

« Messieurs Limpérani et Duguied furent chargés de traduire les règlements que ce dernier avait rapportés de son voyage [ouvrage présent de Saint-Edme-Briot, ndr]. Ils étaient merveilleusement appropriés au caractère italien, mais peu propres à devenir en France un code à l’usage des conspirateurs. La pensée qu’ils exprimaient était essentiellement religieuse, mystique même. Les carbonari n’y étaient considérés que comme la partie militante de la Franc-Maçonnerie, que comme une armée dévouée au Christ, le patriote par excellence. On dut songer à des modifications; et messieurs Buchez, Bazard et Flottard furent choisis pour préparer les bases d’une organisation plus savante.

« La pensée dominante de l’association n’avait rien de précis, de déterminé: les considérants, tels que messieurs Buchez, Bazard et Flottard les rédigèrent, se réduisaient à ceci: Attendu que force n’est pas droit, et que les Bourbons ont été ramenés par l’étranger, les Charbonniers s’associent pour rendre à la nation française le libre exercice du droit qu’elle a de choisir le gouvernement qui lui convient. C’était décréter la souveraineté nationale sans la définir. Mais plus la formule était vague, mieux elle répondait à la diversité de la haine et des ressentiments. On allait donc conspirer sur une échelle immense, avec une immense ardeur, et cela sans idée d’avenir, sans études préalables, au gré de toutes les passions capricieuses.
« Il fut convenu qu’autour d’une association « mère », appelée la Haute Vente, on formerait sous le nom de Ventes centrales, d’autres associations, au-dessous desquelles agiraient des Ventes particulières. On fixa le nombre des membres à vingt par association, pour échapper au code pénal. La Haute Vente fut originairement composée des sept fondateurs de la Charbonnerie: Bazard, Flottard, Buchez, Duguied, Carriol, Joubert et Limpérani. Elle se recrutait elle-même.


« Pour former les Ventes centrales, on adopta le mode suivant: deux membres de la Haute Vente s’adjoignaient un tiers sans lui faire confidence de leur qualité et ils le nommaient président de la Vente future, en y prenant eux-mêmes, l’un le titre de député, l’autre celui de censeur. La mission du député était de correspondre avec l’association supérieure, et celle du censeur de contrôler la marche de l’association secondaire. La Haute Vente devenait par ce moyen, comme le cerveau de chacune des Ventes qu’elle créait, tout en restant, vis-à-vis d’elles, maîtresse de son secret et de ses actes.
« Les Ventes particulières n’étaient qu’une subdivision administrative, ayant pour but d’éviter la complication que les progrès de la Charbonnerie pourraient amener dans les rapports entre la Haute Vente et les députés des Ventes centrales. Du reste, de même que celles-ci procédaient de la société mère, de même les sociétés inférieures procédaient des sociétés secondaires. Il y avait dans ces combinaisons une admirable élasticité. Bientôt les Ventes se multiplièrent à l’infini.

« On avait bien prévu l’impossibilité de déjouer complètement les efforts de la police: pour en diminuer l’importance, on convint que les Ventes agiraient en commun, sans cependant se connaître les unes les autres, et de manière à ce que la police ne pût, en pénétrant dans la Haute Vente, saisir tout l’ensemble de l’organisation. Il fut conséquemment interdit à tout Charbonnier appartenant à une Vente de chercher à s’introduire dans une autre. Cette interdiction était sanctionnée par la peine de mort.


« Les fondateurs de la Charbonnerie avaient compté sur l’appui des troupes. De là l’organisation double donnée à la Charbonnerie. Chaque Vente fut soumise à une hiérarchie militaire, parallèle à la hiérarchie civile. À côté de la Charbonnerie de la Haute Vente, des Ventes centrales, des Ventes particulières, il y eut la légion, les cohortes, les centuries, les manipules. Quand la Charbonnerie agissait civilement, la hiérarchie militaire était comme non avenue; quand elle agissait militairement, la hiérarchie civile disparaissait. Indépendamment de la force qui résultait du jeu de ces deux pouvoirs et de leur gouvernement alternatif, il y avait, dans les dénominations qu’ils nécessitaient, un moyen de faire perdre à la police les traces de la conspiration.


« Les devoirs des Charbonniers étaient d’avoir un fusil et cinquante cartouches, d’être prêt à se dévouer, d’obéir aveuglément aux ordres des chefs inconnus.


« Ainsi constituée, la Charbonnerie s’étendit en fort peu de temps dans tous les quartiers de la capitale. Elle envahit toutes les écoles. Je ne sais quel feu pénétrant circula dans les veines de la jeunesse. Les membres de chaque Vente se reconnaissaient à des signes particuliers, et l’on passait des revues mystérieuses. Des inspecteurs furent chargés dans plusieurs Ventes de veiller à ce que nul ne se dispensât d’avoir des cartouches et un fusil. Les affiliés s’exerçaient dans leur demeure au maniement des armes; plus d’une fois l’on fit l’exercice sur un parquet recouvert de paille. Et pendant que cette singulière conspiration s’étendait, protégée par une discrétion sans exemple, et nouant autour de la société mille insensibles liens, le gouvernement s’endormait dans l’ombre!


« Les fondateurs de la Charbonnerie, on l’a vu, étaient des jeunes gens obscurs, sans position officielle, sans influence reconnue. Quand il fut question pour eux d’agrandir leur oeuvre et de jeter sur la France entière le réseau dont ils avaient enveloppé tout Paris, ils se recueillirent et se défièrent d’eux-mêmes. Il existait alors un comité parlementaire dont monsieur de Lafayette faisait partie. Lié intimement avec le général, Bazard demanda un jour à ses amis l’autorisation de lui confier le secret de leurs efforts. Les objections ne pouvaient manquer: pourquoi cette confidence que le caractère facile de Lafayette rendait pleine d’inconvénients et de périls? S’il consentait à entrer dans la Charbonnerie, et à y porter, ainsi que tous, sa tête comme enjeu, à la bonne heure! Lafayette, averti, n’hésita pas; il entra dans la Haute Vente, et parmi ses collègues de la Chambre, les plus hardis le suivirent. Les directeurs de la Charbonnerie se trompaient s’ils jugeaient cette adjonction indispensable. Les Charbonniers, ayant toujours ignoré de quelle main partait l’impulsion qui leur était donnée, n’avaient jamais cru qu’obéir qu’à ces mêmes notabilités libérales, tardivement appelées au partage d’un ténébreux pouvoir. La présence effective de ces hauts personnages dans la Haute Vente n’ajoutait rien à l’effet moral qu’avait jusqu’alors produit leur présence supposée. Quand à la portée de ce qu’ils pourraient ou oseraient, c’était le secret de l’avenir.

« Quoi qu’il en soit, leur intervention fut d’abord utile aux progrès de la Charbonnerie par les rapports qu’ils entretinrent avec les provinces. Munis de lettres de recommandation, plusieurs jeunes gens allèrent dans les départements organiser la Charbonnerie. Monsieur Flottard fut envoyé dans l’Ouest, monsieur Duguied partit pour la Bourgogne, monsieur Rouen aîné pour la Bretagne, monsieur Joubert pour l’Alsace. Considérée dans ses relations avec les départements, la Haute Vente de Paris reçut le nom de Vente Suprême; et la Charbonnerie fut organisée partout comme elle l’était dans la capitale. L’entraînement fut général, irrésistible; sur presque toute la surface de la France, il y eut des complots et des conspirateurs.
« Les choses en vinrent au point que, dans les derniers jours de l’année 1821, tout était prêt pour un soulèvement, à La Rochelle, à Poitiers, à Niort, à Colmar, à Neuf-Brisach, à Nantes, à Belfort, à Bordeaux, à Toulouse. Des Ventes avaient été créées dans un grand nombre de régiments, et les changements même de garnison étaient, pour la Charbonnerie, un moyen rapide de propagande. Le président de la Vente militaire, forcé de quitter une ville, recevait la moitié d’une pièce de métal dont l’autre moitié était envoyée dans la ville où se rendait le régiment, à un membre de la Haute Vente, ou de Vente centrale. Grâce à ce mode de communication et de reconnaissance, insaisissable pour la police, les soldats, admis dans la Charbonnerie, en devenaient les commis voyageurs, et emportaient, pour ainsi dire, la conspiration dans leurs gibernes.


« Cependant l’heure d’éclater était venue: on le pensait du moins. Le personnel de la Vente Suprême s’étant accru plus qu’il ne convenait, on y créa un comité d’action spécialement chargé de tous les préparatifs du combat, mais auquel il fut interdit de prendre, sans l’assentiment de la Vente Suprême, une résolution définitive. Ce comité déploya une activité extraordinaire. Trente-six jeunes reçurent l’ordre de partir pour Belfort, où devait être donné le signal de l’insurrection. Ils partirent sans hésitation, quoique convaincus qu’ils marchaient à la mort. »

Ainsi, cette longue introduction aurait atteint son but si elle avait pu mettre en évidence que les locataires des traditions du « bois », depuis le XVIe siècle jusqu’à notre modernité, ont travaillé plus que d’autres à l’établissement des valeurs progressistes de notre monde occidental: droits des peuples, droits des individus, liberté de conscience, principes démocratiques, solidarité sociale et pluralité politique.


L’intérêt de ce sujet est d’en identifier le fond; les formes qu’il prit et les méthodes employées furent le plus souvent le reflet des répressions qu’ils eurent à affronter.

Charbonniers et Carbonari n’ont fait rien d’autre que de travailler à la mise en place de gouvernements constitutionnels ou républicains et, à ce titre, il serait bon que notre modernité européenne se souvienne de ces fondateurs qui n’ont pas hésité une seconde à donner leur vie pourvu que les anciens régimes ne reprennent pas les territoires politiques conquis. Ils le firent courageusement et sans salaire au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité.

R. B.

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La maçonnerie de Prince Hall aux Etats-Unis

Publié le 24 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire de la Franc-Maçonnerie


Roger Dachez 1992

 

Préambule: Cet article, écrit en 1992, fait état de la situation des Loges de Prince Hall jusqu'à cette date. Les choses ont sensiblement évolué depuis, notamment en ce qui concerne la "reconnaissance" des Loges de Prince Hall par les Grandes Loges blanches anglo-saxonnes. Dans la plupart des états Américains, une "inter-reconnaissnce" mutuelle Grande Loge "blanche" / Grande Loge Prince Hall "noire" est désormais établie. Certaines Grande Loges "blanches" des états du sud continuent malgré tout à refuser de "reconnaître" les Grande Loges de Prince Hall "noires". La Grande Loge Unie d'Angleterre, après une période de flottement, a suivi le mouvement en reconnaissant à son tour les Grandes Loges de Prince Hall au fur et à mesure ou elles en faisaient la demande. La Grande Loge Unie d'Angleterre a donc été obligée de contrevenir à sa règle "d'une seule Grand Loge par état". Un événement pour le moins intéressant qui souligne à nouveau, de facto, qu'une Grande Loge peut être "régulière"  sans être "reconnue" ...

1) Présentation générale.

Il existe aux Etats-Unis une maçonnerie extrêmement développée qui s'appelle "Prince Hall Masonry". C'est une maçonnerie qui ne reçoit que des noirs, par opposition à ce qu'il est convenu d'appeler "les G.L. caucasiennes" c'est à dire les G.L. blanches. Depuis les origines aux Etats-Unis, et sauf exception, les noirs et les blancs sont reçus dans des loges séparées. (* Les choses sont souvent plus complexes qu'il n'y paraît: la G.L. d'Afrique du Sud reçoit depuis de très nombreuses années les noirs à égalité avec les blancs bien que l'on y trouve depuis toujours l'"establishment" politique du pays).

Ces grandes Loges de Prince Hall sont organisées de la même façon que la maçonnerie blanche. Il y des G.L. dans chaque état, des organisations pour l'Arc Royal, pour le rite d'York, les Knights Templars. Il y a aussi des organisations para-maçonniques comme les "Shrines". C'est vraiment un décalque parfait de la maçonnerie blanche et il n'y a aucune divergence de caractère doctrinal ou idéologique entre les deux. Ce sont deux maçonneries côte à côte.

Cela crée un certain nombre de problèmes. On peut porter contre les G.L. américaines l'accusation de racisme. Sans être totalement dépourvue de fondements, nous allons voir que la séparation de ces deux maçonneries a aussi d'autres causes. C'est ainsi que la G.L.U.A. (qui se présente comme puissance régulatrice de la tradition maçonnique mondiale ou plus exactement de la régularité, ce qui est différent) ne reconnaît pas les G.L. de Prince Hall pour une raison totalement distincte de toute considération raciale. Du reste, dans toutes les loges qui dépendent de la G.L.U.A., aucun critère racial n'est jamais opposé à qui que ce soit.

Mais si ce refus de reconnaissance a des fondements historiques, il a aussi des répercussions actuelles et cela pose finalement un problème fondamental relatif à la tradition maçonnique.

2) Histoire de Prince Hall .

Elle commence à Boston en 1767. Boston est une ville importante dans l'histoire américaine puisque c'est là qu'a eu lieu la fameuse "Tea Party" (* En 1773, pour aider la Compagnie des Indes orientales, le gouvernement anglais avantagea le thé qu'elle vendait. Contre cette concurrence déloyale, la Nouvelle-Angleterre s'unit aux autres grands ports. A Boston, un groupe déguisé en Indiens se glissa la nuit sur les bateaux chargés de thé et jetèrent à la mer la précieuse cargaison. La réaction de Londres fut très violente). La "Tea Party" a été un des moments essentiels de la rébellion et de l'indépendance américaine. Boston rassemblait 15000 habitants, ce qui était beaucoup pour l'époque, dont 750 noirs. Il y avait des loges maçonniques. C'est en 1733 qu'avait été fondée la première loge américaine à Boston et la maçonnerie y prospérait. En 1772, on avait créé une G.L. provinciale de Boston dans le futur Massachusetts. Elle dépendait de la G.L. des Modernes. Il y avait déjà des organismes de l'Arc Royal, des Knights Templar qui fonctionnaient.

C'est dans ce contexte qu'apparaît Prince Hall, énigmatique personnage fondateur de la maçonnerie noire aux Etats-Unis. On ne sait pas exactement quand et où il est né. La légende que ses proches ont propagée dit qu'il serait né en 1735 ou en 1738 ou en 1748 à Bridgetown <Barbade> (* c'est une île des Antilles). Son père était un Anglais exerçant le métier de tanneur et sa mère une métisse d'origine française. C'était donc un noir peu coloré, un "quarteron". Mais cette légende semble tout à fait fausse. Aujourd'hui on pense que Prince Hall était un esclave au service d'un tanneur qui possédait un entreprise relativement importante et prospère; celui-ci était un maître débonnaire et libéral qui, après un certain nombre d'années, l'a affranchi. Cet esclave s'appelait Prince.(* On aimait donner aux esclaves des noms de héros de l'Antiquité, César, Caton, mais aussi Prince, King, Count. Les esclaves n'avaient pas de nom de famille ni d'état civil). Le propriétaire de cet esclave s'appelait William Hall. L'esclave, une fois affranchi, a pris le nom de son ancien maître, qui d'ailleurs est resté son patron car Prince Hall a continué à travailler dans la tannerie avant de passer à son propre compte. Il meurt en décembre 1807, artisan relativement prospère, citoyen respecté jouissant d'une aisance matérielle certaine. Il représente une partie de ces noirs affranchis qui avait déjà atteint une certaine évolution sociale au début du XIXème siècle dans quelques états (* mais bien sûr, pas ceux du Sud).

3) La maçonnerie de Prince Hall.

Indépendamment des questions purement sociales, il n'y avait pas à cette époque de noirs dans les loges américaines parce que l'une des prescriptions fondamentales de la maçonnerie pour y entrer est qu'il faut être né libre. La grande majorité des noirs étaient des esclaves mais même les affranchis avaient des difficultés à être admis. Il finit cependant par y avoir quelques exceptions.

La légende voudrait que Prince Hall et 14 autres noirs aient été initiés en mars 1775 par une loge militaire britannique, peut-être irlandaise, qui stationnait près de Boston. C'était le début de la Guerre d'Indépendance. Il y avait des régiments britanniques et des loges militaires qui, là comme ailleurs, étaient un puissant moyen de répandre la maçonnerie. Prince Hall et ses compagnons auraient été reçus aux 3 grades de 1775 à 1778. On ne sait si le V.M. agissait régulièrement avec une autorisation de sa loge ou de son propre chef et on ne connaît pas non plus les circonstances exactes de ces réceptions. Toujours est-il que dès septembre 1778, les maçons de race noire de Boston se constituent en une loge appelée "African Lodge n°1" qui était indépendante de l'autorité de la G.L. provinciale du Massachusetts.

En septembre 1783 le traité de Versailles reconnaît officiellement l'indépendance des Etats-Unis. A l'indépendance politique va correspondre l'indépendance maçonnique. Jusque là les loges américaines dépendaient soit de la G.L. des Anciens soit des Modernes c'est à dire de l'Angleterre. Bien que ce soit maintenant des G.L. indépendantes qui se constituent, la G.L. des Anciens va continuer pendant quelques années à créer des loges aux Etats-Unis.

En juin 1784, Prince Hall et ses amis adressent à Londres une demande de patente à la G.L. des Modernes qui répond favorablement en leur décernant une patente officielle et le numéro 459 sur leur registre. Pour des raisons inconnues, les droits afférant à cette patente n'ont été acquittés à Londres qu'en 1787 et c'est en avril 1787 que la patente a été reçue à Boston et que l'"African lodge n°459" a été officiellement installée.

En 1791, mais cette date a été allèguée beaucoup plus tard, l'"African lodge" aurait pris son indépendance en constituant une prétendue G.L. des maçons noirs indépendants. Aucun document ne confirme cette affirmation. On touche ici un point essentiel: on ne connaît actuellement aucune minute, aucun procès-verbal de l'"African Lodge" de 1787 à 1807, date de la mort de Prince Hall.

4) Position de la maçonnerie de Prince Hall.

En 1792 se produit un événement très important dans le Massachusetts. Les loges américaines dépendantes des deux grandes loges rivales anglaises font leur unité considérant que les querelles anglaises ne les concernaient pas. (* l'unité maçonnique anglaise ne date que de 1813).

C'est alors que le drame se noue. En effet, la G.L. des Modernes avait pour habitude, tout au long du XVIIIème siècle de renuméroter régulièrement ces loges. Au fil du temps des loges cessaient leurs activités. On éliminait alors toutes celles qui n'existaient plus et on remontait les numéros. Les loges changeaient ainsi de numéro. En 1792, la G.L. des Modernes procède à un renumérotage et l'"African lodge n°459" devient n°370. Mais bien que figurant toujours sur le registre de la G.L. des Modernes, il faut supposer que les relations avec Londres étaient interrompues puisque les FF. de l'"African Lodge" n'en ont apparemment jamais rien su. En 1807 ils se qualifiaient encore d' "African Lodge n°459". Le problème se pose une dernière fois lors de l'union de 1813 où l'on procède à un renumérotage définitif. On en profite pour se délester des loges qui ne donnaient plus de leurs nouvelles. A cette époque, il y avait 641 loges sur le registre des Modernes et 359 sur celui des Anciens (en tout 1000). On n'en a conservé que 636 (385 pour les Modernes et 251 pour les Anciens). Ainsi ce sont 400 loges environ qui ont été éliminées et parmi celles-ci, l'"African Lodge": non seulement elle n'avait plus de relations directes avec Londres (bien qu'elle devait probablement continuer d'exister) mais surtout elle n'avait plus payé de droits depuis 1797! C'est ainsi que l'"African Lodge n°370" n'a pas figuré dans le registre de la G.L.U.A. en 1813. Et c'est pour cette seule raison que depuis lors les Anglais se refusent à reconnaître la maçonnerie de Prince Hall, arguant qu'elle n'était plus régulièrement en activité en 1813.

Or en 1827, les maçons de Prince Hall se réveillent et adressent une nouvelle demande de patente à Londres en leur rappelant qu'ils avaient déjà été constitués par eux en 1787 et en leur expliquant leurs difficultés depuis lors. Mais les Anglais ont répondu que c'était impossible, que depuis 1792 il existe dans le Massachusetts une G.L. d'état, que cette G.L. est reconnue par eux-mêmes et que par conséquent ils ne peuvent pas reconnaître une autre puissance maçonnique en vertu du principe de juridiction territoriale exclusive. C'est un des grands principes sur lequel la maçonnerie anglaise fonde aujourd'hui encore toute sa politique internationale, jusqu'à devenir un des critères de ce que l'on appelle la régularité d'une obédience.

5) Le principe de Juridiction territoriale exclusive.

En réalité, ce principe, qui permet aux Anglais de se libérer d'un problème délicat en ayant une raison administrative parfaitement honorable, et de repousser ainsi toute accusation de racisme, n'a jamais existé en Angleterre. C'est une invention américaine.

Rappelons d'abord que les Etats-Unis, reconnus officiellement en 1783, ne sont pas un état unitaire mais une fédération d'états autonomes. L'organisation de la maçonnerie américaine s'est calquée sur l'organisation politique du pays. C'est dire qu'il n'y a pas de G.L. américaine mais une G.L. par état (* d'autant que les états se sont agrégés successivement).

En 1783, une G.L. avait été instituée dans l'état de New-York à partir de loges issues des Modernes. Or cette G.L. connut très vite des difficultés, parce qu'à la différence de ce qui se passait dans le Massachusetts, les relations avec les Anciens étaient très mauvaises. Pour essayer d'asseoir son autorité d'abord vis-à-vis des Anciens puis sur l'ensemble de l'état de New-York dont les frontières n'étaient pas encore bien établies, la G.L. a édicté un texte proclamant qu' "aucune loge ne pourra exister dans cet état si ce n'est sous la juridiction de la G.L." C'est le principe de la Juridiction territoriale exclusive.

Ainsi, édicté en 1787 pour régler un problème particulier, ce principe jugé commode et pratique a été repris par les autres G.L. d'états américains puisqu'il leur permettait de délimiter leur domaine d'action et de se protéger des G.L. des états voisins et il s'est progressivement répandu dans les dernières années du XVIIIème siècle aux Etats-Unis.

6) Principe de reconnaissance des G.L.

A cette époque, il n' avait jamais été question de ce principe en Angleterre. D'ailleurs il y a eu jusqu'à 6 G.L. au XVIIIème siècle dont les deux principales s'entre-déchiraient! Pourtant lorsque la G.L.U.A. se constitue en 1813 et qu'il lui a fallu définir ces relations avec les autres obédiences, elle a pris conscience de tout l'intérêt pratique du principe de juridiction territoriale exclusive et elle a fini par l'adopter comme une loi maçonnique. Mais du point de vue traditionnel et même historique ceci est totalement indéfendable. Progressivement, la G.L.U.A. s'est donc mise à appliquer ce principe pour ne reconnaître dans chaque pays qu'un seule obédience. Et c'est en 1929 seulement qu'elle l'a officiellement intégré dans une déclaration intitulée: "Principes de reconnaissance des G.L." Bien qu'elle l'appliquât depuis de nombreuses années, cela représentait tout de même une sorte de pétrification, de rigidité, de raideur qui est finalement à l'origine de grands malheurs en substituant à la notion de régularité traditionnelle et initiatique la notion de régularité administrative et territoriale, alors que ce sont évidemment deux problèmes complètement distincts.

7) Actualité du problème.

Aujourd'hui, l'Angleterre est victime de sa propre rigueur. La G.L.U.A avait adopté une attitude tout à fait différente à l'égard de la France au XIXème siècle. De 1877 à 1913, lorsqu' un maçon français voulait visiter une loge en Angleterre, il n'était pas rejeté sous prétexte qu'il appartenait au G.O.D.F., au Suprême Conseil ou à la G.L.D.F. On lui demandait simplement des preuves de régularité personnelle, c'est à dire qu'on lui exposait les principes sur lesquels repose la Franc-Maçonnerie anglaise et on lui demandait d'affirmer solennellement et librement qu'il y adhérait. En cas de réponse positive on le laissait entrer. Ce n'est qu'à partir de 1913, lorsque la G.L.U.A a reconnu la Grande Loge Indépendante et Régulière pour la France et les colonies Françaises (la future G.L.N.F.) que, prise à son propre piège, elle s'est interdite d'avoir des relations avec les autres obédiences en France comme dans d'autres pays.

En Suisse, quand la G.L. Alpina a décidé officiellement de régler sa politique comme elle l'entendait avec les autres obédiences, la G.L.U.A. a essayé de retirer sa reconnaissance mais comme cela posait beaucoup de problèmes (Genève est une place financière importante pour la cité de Londres...) on a redonné rapidement la reconnaissance sans qu'Alpina ait modifié en quoi que ce soit ses positions.

Plus récemment, une affaire du même genre s'est produite en Allemagne; son règlement semble avoir été plus favorable aux Anglais.

Mais c'est surtout depuis quelques mois que la situation relative à la question de Prince Hall évolue considérablement aux Etats-Unis . En effet, un très grand nombre de maçons américains contestent absolument la position de la G.L.U.A. Dans la revue d'érudition maçonnique américaine " Les Philalèthes " en août 1991, le F. Allan Roberts écrit:

" C'est le moment d'être soucieux. Aujourd'hui sept Grandes Loges: Connecticut, Wisconsin, Washington, Nebraska, Colorado, North Dakota et Minnesota, ont reconnu la Maçonnerie de Prince Hall comme une égale. Chacun poursuit son existence de son côté, mais est libre de se rencontrer et de travailler avec l'autre. Alors pourquoi être soucieux? La Grande Loge Unie d'Angleterre interdit à ses membres de visiter les Loges des Grandes Loges qui ont reconnu la Maçonnerie de Prince Hall. Les menaces ne serviront de rien. Elles ne seront jamais prises en considération. Il faut que les idéaux et les principes de la Franc-Maçonnerie nous rapprochent. Même si cela doit mettre longtemps à se réaliser."

Sous la plume d'un maçon américain autorisé et respecté, ce sont des propos véritablement révolutionnaires. En octobre 1991 dans la même revue il revient sur ce sujet:

"Le samedi 8 juin 1991, presque un siècle après qu'il ait persuadé sa Grande Loge de reconnaître la Maçonnerie de Prince Hall, une stèle funéraire, ornée de symboles maçonniques, a été placée sur la tombe de William Upton. Plus de 400 maçons, noirs et blancs, étaient présents au cimetière Montainview à Walla Walla, Washington, pour cette circonstance historique. Ils rendaient hommage à la volonté de William Upton sur son lit de mort. En 1898, il avait convaincu la grande Loge de Washington de reconnaître la régularité de la Maçonnerie de Prince Hall. L'année suivante, sa Grande Loge revint sur sa décision pour calmer l'indignation qui s'était élevée dans tout le pays. Upton demanda qu'aucune stèle ne soit placée sur sa tombe tant que ses Frères, de quelque couleur qu'ils soient, ne pourraient marcher côte à côte.

En 1990, la Grande Loge de Washington et la Grande Loge de Prince Hall conclurent un accord de reconnaissance fraternelle. De cette "Demeure qui n'a pas été faite de mains humaines", Upton dut sourire de plaisir. Comme le dit la Sainte Bible, "qu'il est bon et agréable pour des frères de vivre ensemble dans l'union".

Mais les choses vont encore plus loin.

Dans une lettre au Grand Secrétaire de la Grande Loge Unie d'Angleterre, Kenneth W. Aldridge, Grand Secrétaire de la Grande Loge du Québec, met en cause la sagesse de la décision de la G.L.U.A interdisant à ses membres de visiter les Grandes Loges qui reconnaissent la Maçonnerie de Prince Hall comme régulière. Il souligne:

"Il n'y aucune règle unique de reconnaissance maçonnique dans le monde et même il n'y a pas une seule Grande Loge en Amérique du Nord dont on puisse dire qu'elle reconnaît toutes les Grandes Loges reconnues par une autre Grande Loge et avec laquelle elle est en relation fraternelle.

Pour être correct, votre comité aurait dû étendre sa décision à toutes les Grandes Loges d'Amérique du Nord parce que toutes reconnaissent beaucoup de Grandes Loges qui ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Cette décision de la G.L.U.A ne peut invoquer le partage d'un territoire parce que votre Grande Loge a des Loges en beaucoup de parties du monde où existe déjà une puissance maçonnique reconnue. Le Québec est l'un de ses territoires.

De toutes façons la notion de territorialité exclusive est une doctrine américaine qui ne devrait avoir aucune influence sur une décision de la G.L.U.A."

Aldridge termine sa lettre, qui a été envoyée à toutes les Grandes Loges canadiennes, et à un certain nombre d'autres, par cette vérité qui devrait demeurer sous les yeux de tous les gens qui essaient de penser correctement:

"Les Maçons doivent faire ce qui est juste parce que cela est juste et ne pas se laisser influencer par ceux qui ont de moins nobles programmes."

En octobre 1991, Kenneth W. Aldridge n'avait encore reçu aucune réponse de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

(Cf R.T . n°87-88 "A propos de la Maçonnerie de Prince Hall" par René Désaguliers)

8) Conclusion.

C'est en arguant du principe de juridiction territoriale exclusive que la G.L.U.A refuse de reconnaître la Maçonnerie de Prince Hall. Ce principe, d'origine américaine, a été étendu à l'ensemble des puissances maçonniques mondiales mais par un curieux retour des choses il est aujourd'hui contesté à l'endroit même où il a pris naissance. La G.L.U.A, de son côté, est prise à son propre piège car elle est amenée parfois à entretenir des relations avec des obédiences avec lesquelles elle n'est guère en sympathie.

Aujourd'hui les Maçons américains et d'autres en Europe notamment, pensent qu'il faut substituer à la notion de reconnaissance territoriale et administrative la notion de régularité traditionnelle et initiatique, c'est à dire limiter le problème de la reconnaissance à des questions purement maçonniques. Autrement dit ces Maçons ne voient pas pourquoi il n'y aurait pas plusieurs organisations maçonniques régulières et reconnues dans un certain nombre de pays.

Il faut remarquer que, jusqu'à un passé récent, ce problème de la régularité était totalement bloqué et qu'il y a donc là de la part des Maçons américains, et même s'ils ont de très bonne relations avec Londres, une volonté de régler un passé historique difficile en posant un problème traditionnel fondamental.

9) Discussion.

- Est-ce que la Maçonnerie américaine a des contacts avec les obédiences maçonniques qui ne dépendent pas de Londres?

- Le V.M.: Les Américains ont de bonnes relations avec les Anglais mais ils ont toujours voulu entretenir aussi de bonnes relations avec des Maçonneries continentales dites non reconnues en particulier la G.L.D.F. et d'autres obédiences européennes. Cela provoque à chaque fois des remous en Angleterre, ce dont les Américains ne se sont guère émus. Il ne faut pas oublier que les Américains se veulent indépendants vis-à-vis des Anglais et qu'ils souhaitent entretenir des relations avec des Maçonneries sérieuses c'est à dire des Maçonneries qui partagent leurs conceptions sans tenir compte de l'étiquette administrative. L'affaire de Prince Hall montre qu'ils peuvent s'affranchir de l'autorisation anglaise. On peut même se demander si cette affaire n'aurait pas été réglée depuis longtemps par les Américains si l'Angleterre ne s'y était opposée de tout son poids.

- Charles J.: Certaines Grandes Loges d'Etat américaines, toutes reconnues par Londres, entretiennent des relations directes avec des Grandes Loges d'Amérique du Sud non reconnues. C'est le cas au Brésil notamment.

La Grande Loge de France, qui a des relations au sein de la conférence maçonnique inter-américaine, constate que les G.L. des états américains établissent leurs relations maçonniques comme elles l'entendent et Londres a de plus en plus de difficultés à faire admettre sa volonté.

Au Canada la situation est un peu différente. L'influence anglaise semble s'établir plus fermement au niveau des hiérarchies. Notre F. l'a constaté lui même à l'occasion de visites qu'il a pu faire ou ne pas faire en fonction des situations locales.

- Le V.M.: Il faudra encore beaucoup de temps et de prudence pour que tous les Maçons qui le souhaitent puissent avoir de bonnes relations entre eux, sans que cela crée trop de problèmes.

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Les Loges Indépendantes (portail des Loges libres)

Publié le 22 Août 2009 par Thomas Dalet


"L'indépendance des Loges et la souveraineté des Maîtres s'affirment dès la fondation de l'atelier. Celui-ci se constitue de par la volonté des Maîtres qui se sont unis en vue de la création d'un nouveau foyer de vie maçonnique. Ces Maîtres exercent en cela un droit imprescriptible de la Maîtrise et ce sont eux qui légitiment la Loge qu'ils fondent, sans qu'ils aient d'autorisation à solliciter de personne."
(O. Wirth, Le Livre du Maître)

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Les grades maçonniques (Grande Loge Française du Rite Ecossais Primitif)

Publié le 20 Août 2009 par Thomas Dalet dans Histoire de la Franc-Maçonnerie


Toute société, animale ou humaine, naturelle ou volontaire, doit se hierarchiser pour survivre et progresser. Il est donc logique que la Franc-Maçonnerie - considérée sous l'angle de sa représentation sociale ou, si l'on préfère, de son corpus institutionnel - ait développé une, puis des hierarchies, articulées autour de systèmes de degrés ou grades plus ou moins complexes.

Ces degrés ou grades n'ont pourtant qu'un rapport lointain et ténu avec ceux du monde profane.

En effet, et cela semble parfois oublié, les grades maçonniques correspondent - ou devraient correspondre - moins à des pouvoirs allant en s'élargissant au fur et à mesure qu'est gravie l'échelle hierarchique qu'à une succession de portes, qui s'entrouvrent au cours du parcours initiatique.

Les grades maçonniques correspondent - ou devraient correspondre - moins à des prérogatives qu'à des devoirs. Et si des droits particuliers sont légitimement attachés à chaque grade, ces mêmes droits n'ont de valeur que pour autant qu'ils permettent l'exercice des charges correspondantes.

Les grades maçonniques peuvent donc se définir comme symboliques et obligataires.

Ajoutons qu'ils sont nécessairement transmissibles - faute de quoi la structure maçonnique elle-même ne pourrait perdurer - et règlementés - faute de quoi ils perdraient toute signification : on dirait aujourd'hui toute lisibilité ou visibilité.

Cette nécessaire règlementation des grades maçonniques a subi des évolutions plus ou moins heureuses, évolutions liées tant à la sociabilité du moment ou de l'époque qu'à l'enracinement géographique des Rites et des Obédiences.

(...) Il y a plusieurs siècle, les systèmes dits des "hauts grades" en Europe continentale - ou des "grades collatéraux" (side degrees) dans les îles britanniques - n'existaient pas. Et même les premiers grades différaient de ceux que nous connaissons aujourd'hui.

Au XIII° siècle, le seul grade connu de la maçonnerie opérative était celui de Compagnon, en anglais Fellow Craft, et il fallut attendre plus d'un siècle pour voir apparaître en Écosse celui d'Apprenti, en anglais Entered Apprentice. Les Compagnons n'étaient cependant pas nécessairement du même "rang", pourrait-on dire, et l'on pouvait distinguer les Compagnons installés à leur compte de ceux qui gardaient le statut de salariés. C'est dans la première catégorie que l'on choisira le Maître de Loge, mais ici le Maître n'est point un grade : il désigne une fonction de direction qui deviendra plus tard celle du Vénéralat.

À noter qu'au sein de la Loge, les deux classes de Compagnons ne faisaient l'objet d'aucune distinction sociale. Il convient donc de se garder de toute confusion entre grade et fonction, du moins jusqu'à la fin du XVII° siècle. Le Maître de Loge était un Compagnon choisi parmi ses pairs installés à leur compte. Ces derniers prendront progressivement l'appellation maçonnique de "Compagnons Confirmés" ou de "Compagnons Finis".

Se dessinera alors un système articulé autour de deux grades dont le deuxième est à son tour subdivisé en deux, et d'une fonction :

- Apprenti
- Compagnon et Compagnon Confirmé

et Maître de Loge.

Au début du XVIII° siècle, le Maître de Loge n'est toujours pas un grade au sens propre du terme, et la Grande Loge des Moderns confirma en 1717 la seule existence des grades d'Apprenti et de Compagnon. Il est cependant vrai qu'un manuscrit du Trinity College de Dublin semblerait indiquer comme date de naissance du troisième grade l'année 1711. C'est du moins ce que rappelle Jean Ferré dans son "Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-Maçonnerie" (...).

Si l'apparition de la Maîtrise comme troisième degré hierarchique ne parait pas pouvoir être datée avec précision, il est généralement admis qu'elle se situerait entre 1718 (peut-être 1711) et 1729. En 1726, la célèbre Loge Dumbarton Kilwining, décrit son installation en mentionnant la qualité des Frères présents, à savoir : le Grand-Maître (Maître de Loge), sept Maîtres, six Compagnons et trois Apprentis. Mais la présence de ces sept Maîtres ne constitue cependant pas la preuve définitive de l'existence du troisième grade à cette date car, comme le souligne opportunément Christian Guigue "il reste très probable que les sept Maîtres évoqués soient en fait sept dirigeants de loges venus en visiteurs". (in "La Formation Maçonnique", page 179).

Les premières "Constitutions" dites d'Anderson (1723) ne font pas mention du grade de Maître en tant que tel mais, remarque Jean-François Blondeau "d'un système en de degrés comprenant un grade d'Apprenti Entré et un de Compagnon ou Maître", les deux derniers termes correspondant à un seul et même grade. (in "Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie", page 534).

Ce n'est qu'avec la deuxième édition des mêmes "Constitutions", publiées en 1738, que la maîtrise sera enfin formellement intégrée dans le système hierarchique maçonnique.

Vers 1745 apparaît un quatrième grade, le plus souvent connu comme celui de "Maître Parfait" ou selon les Rites, comme celui de "Maître Secret". La Maçonnerie spéculative a pris le pas sur la Maçonnerie opérative et, dès lors, des systèmes de plus en plus complexes vont se développer en particulier sur le continent européen, tant au sein de ce qu'il est convenu de désigner par "l'Écossisme" qu'au sein de Rites plus "périphériques".

Des "Hauts grades" viennent compléter une hiérarchie déjà passée de deux à trois puis à quatre degrés. Ce développement n'est pas homogène, tant s'en faut. Chaque Rite, Obédience ou Grande Loge revendique le droit souverain d'établir ou de corriger l'ordonnancement de sa propre hiérarchie. Seule semble échapper à cette effervescence la Maçonnerie jacobite introduite en France dès 1688 à Saint-Germain-en-Laye par les Loges militaires des régiments écossais et irlandais ayant suivi le Roi Jacques II Stuart en exil, Maçonnerie demeurée peu ou prou fidèle à ce qui sera désigné par Early Grand Scottish Rite ou Rite Écossais Primitif.

En 1778, une tentative de remise en ordre intervient avec l'adoption du "Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées" dit "Code de Lyon". Ce Code, qui régira depuis lors le Rite Écossais Rectifié, ne reconnaît que quatre grades symboliques : ceux d'Apprenti, de Compagnon, et de Maître pour les loges bleues et celui et de Maître Écossais pour les loges vertes. Mais à ces quatre grades symboliques s'ajoutent les degrés chevaleresques de l'Ordre Intérieur qui utilise l'ancien Ordre du Temple comme "moyen de transcendance", pour reprendre l'expression de Hugues d'Aumont (in "Templiers et Chevalerie spirituelle des Hauts Grades maçonniques" page 16): Ecuyer-Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. On est donc ici en présence d'un système à six degrés auxquels s'ajoutent encore les deux degrés d'une classe secrète, dite de "Profession" : Profès et Grand-Profès.

Le Code de Lyon décrit avec précision les intervalles devant être respectées pour les passage de grade : "cinq mois d'assistance régulière aux travaux du grade d'Apprenti à celui de Compagnon; sept mois de présence régulière de celui-ci au grade de Maître; une année de présence régulière du grade de Maître à celui de Maître Écossais". En deux ans on pouvait donc atteindre le quatrième grade, étant entendu que le même Code précise que ces intervalles peuvent être abrégés sur dispense particulière. En réalité, ainsi que le note Christian Guigue, "on était souvent Maître-Maçon dès le jour de sa réception" (in "Rite Écossais Rectifié - Manuel pour le Travail en Loge de Compagnon" page 153).

En 1786, Frédéric II est supposé avoir édicté à son tour de "Grandes Constitutions" qui serviront de "charte historique" au Rite Écossais Ancien et Accepté lequel comprend (...) 33 degrés se répartissant comme suit : du 1er au 3ème pour les loges bleues, du 4° au 18° pour les Loges de Perfection, du 19° au 30° pour le Chapitre, le 31° pour le Tribunal, le 32° pour le Consistoire et le 33° pour le Conseil Suprême.

Cette hierarchie en trente-trois grades ne tardera pas à servir de référence mondiale et la plupart des Rites tenteront de fixer des équivalences entre leurs propres systèmes et celui du Rite Écossais Ancien et Accepté. Exercice parfois périlleux et discutable, car tendant à être oublieux des spécificités propres à chaque parcours initiatique.

Toujours est-il que l'usage veut que le 4° du R.E.R. corresponde au 18° du R.E.A.A., l'Écuyer Novice au 30° et le CBCS au 33°. On notera que la correspondance entre les derniers grades de CBCS et 33° semble d'autant plus artificielle que le premier est un grade à caractère chevaleresque alors que le second est un grade administratif.

Les intervalles pour les passages du grade d'Apprenti à celui de Compagnon et de Compagnon à Maître sont identiques à celles du R.E.R. soit respectivement cinq et sept mois mais l'Art 343 des "Les Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise" adoptés en 1880 confirment en outre que ces intervalles peuvent s'exprimer également en nombre de Tenues. La Maîtrise est ainsi accessible à l'Apprenti qui aura participé à quinze Tenues. Nous sommes fort loin des pratiques contemporaines, est-il besoin de le souligner. (voir "Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise pour la France et ses Dépendances" Éd. Lacour, 1993).

(...) Quant au Rite Écossais Primitif. Il semblerait qu'il connut des destinées diverses selon son enracinement géographique. En Écosse, il apparaît que le Early Grand Scottish Rite ne résista pas au mouvement général qui marqua la Maçonnerie des XVIII° et XIX° Siècles. Un témoignage intéressant nous est donné par A.E. Waite dans son Journal, à la date du 8 février 1903. En effet, Waite raconte les conditions dans lesquelles il fut reçu au 44ème degré du Early Grand Scottish Rite qui aurait compris 47 degrés au total (cité par R.A. Gilbert: "Ars Quatuor Coronatorum", volume 99 Pour l'année 1986).

En France, tout porte à croire que le Rite Écossais Primitif, peut-être parce que peu pratiqué, demeura plus proche de ses origines et qu'il parvint à maintenir assez longtemps une hierarchie de grades rappelant celle du XVII° siècle. Mais c'est avec notre ancien Grand-Maître Robert Ambelain et les recherches qu'il effectua, que la situation allait se clarifier pour aboutir à la mise en ordre que nous connaissons aujourd'hui.

(...) Schématiquement, et sans rentrer dans le détail, on peut distinguer deux temps ou deux périodes dont 1991 sera l'année charnière.

Dans un premier temps, et après quelques variations probablement consécutives à l'avancée de ses recherches, Robert Ambelain arrête la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif à son cinquième grade, celui de Maître Écossais et/ou Chevalier de Saint-André. L'échelle hierarchique du R.: E.: P.: comprend alors les grades de :

I. Apprenti
II. Compagnon
III. Maître (ou "Compagnon Confirmé")
IV. Maître Installé (ou encore Maître de Saint Jean ou Maître de Loge)
V. Maître Écossais et/ou Chevalier de Saint-André du Chardon

Ce schéma ressort assez clairement de deux documents ou courriers par lesquels notre ancien Grand-Maître explique que Le Rite Écossais Primitif arrête sa hierarchie au 18ème degré de l'Écossisme et du Rite de Perfection et donc à son grade de Chevalier de St-André (...) et que le quatrième grade est celui de Maître Installé < I>(...). Pour les Frères qui désireraient poursuivre leur avancée hiérarchique au delà du grade de Chevalier de Saint-André, Robert Ambelain offre la possibilité de les acquérir au sein d'un autre Rite dont il détient une patente : le Rite de Cernau, similaire au Rite Écossais Ancien et Accepté et comportant donc 33 degrés.

Quelques mois plus tard, notre Grand-Maître décide d'enrichir la hiérarchie du R.: E.: P.: en lui adjoignant les grades d'Ecuyer Novice du Temple et de Chevalier du Temple, semblables à ceux du Rite Écossais Rectifié. Dès lors il n'est plus nécessaire de faire appel à ce que l'on pourrait appeler la "filière Cerneau", le Rite Écossais Primitif se trouvant doté d'un système complet en sept degrés. (...)

À première vue, la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif ne semble pas présenter de particularités notables, si ce n'est le rappel d'anciennes dénominations antérieures aux XVIII° siècle et une certaine similitude avec celle du R.: E.: R.:

Pourtant, deux grades méritent d'être quelque peu explicités, sans divulguer le moindre secret bien sûr, ceux de Maître Installé et de Chevalier de Saint-André.

Dans le système propre au Rite Écossais Primitif, le degré de Maître Installé est non seulement une "qualité" comme dans d'autres Rites mais bien un grade au sens strict du terme. Grade particulier car, bien que placé en quatrième position il ne peut être conféré que si l'on possède le cinquième degré, celui de Chevalier de Saint-André. Les raisons de ce particularisme - que l'on retrouve pour partie au Rite Écossais Rectifié - sont données par Robert Ambelain dans son introduction au "Rituel des Maîtres de Loge".

Autre particularités du grade, celui-ci est conféré au sein d'une "Loge de Maîtres Installés" ou, à défaut, dans tout Temple mis à la disposition des trois Installateurs. Il n'y a aucun lien direct avec "l'allumage des feux" d'une nouvelle Loge et le grade qui est donné ad vitam. Il permet à son titulaire de disposer de l'outil nécessaire pour créer une Loge, puis la diriger, mais l'Installation elle-même constitue une cérémonie per se.

Pas plus que pour les autres grades, aucune intervalle minimale n'est fixée pour le passage au quatrième degré. De même, aucun délai n'est fixé entre l'Installation et la prise en charge d'une Loge. Est éligible au grade, écrit Robert Ambelain, "un Compagnon Confirmé, ancienne dénomination de Maître Maçon, susceptible de diriger une Loge et d'y transmettre les trois degrés de l'initiation maçonnique : Apprenti, Compagnon et Compagnon Confirmé". (R. Ambelain :"Rituel des Maîtres de Loge" page 5).

Il ne semble pas que, dans l'esprit de Robert Ambelain, la réception au degré de Maître Installé ou de Maître de Loge ou encore de Maître de Saint-Jean constituât une étape obligatoire pour accéder aux plus Hauts Grades du Rite et, dès lors, rien n'empêche fondamentalement un Chevalier de Saint-André de passer aux degrés d'Ecuyer-Novice puis de Chevalier du Temple sans être pour autant titulaire du quatrième grade.

En revanche, un Chevalier du Temple qui serait appelé à diriger une Loge devrait obtenir préalablement le grade de Maître Installé. On pourrait donc qualifier ce dernier de grade "fonctionnel".

Le grade de Chevalier de Saint-André mérite également une mention spéciale car il résulte d'un "syncrétisme" original entre degré purement maçonnique et filiation chevaleresque traditionnelle. Le sujet est extrêmement vaste et il m'est naturellement impossible de le développer ici sous tous ses aspects.

Quelques extraits d'une fort intéressante note de Robert Ambelain intitulée Les Maîtres Écossais peuvent donner quelques indications essentielles. Il faut savoir que le degré de Maître Écossais de Saint-André est demeuré longtemps secret.

"Le 24 juin 1314, explique Robert Ambelain, Robert Bruce, Roi d'Écosse, constitua l'Ordre de Saint-André du Chardon. (...) En 1593, Jacques VI d'Écosse constitue la Rose-Croix Royale avec trente-deux chevaliers de Saint-André du Chardon. Il est alors Grand-Maître des Maçons opératifs d'Écosse. Tombé dans l'oubli, faute de recrutement valable, ou raréfié dans le secret, l'Ordre de Saint-André du Chardon est rouvert en 1687, avant son exil en France, par le Roi Jacques II. Et là on voit apparaître au grand jour cet ordre maçonnique (...) qui a pour nom "Ordre des Maîtres Écossais de Saint-André", nom qu'il ne quittera plus. Le Rituel, à double sens, évoque (...) le retour en Grande-Bretagne, après l'exil en France, avec la restauration des Stuarts." (Robert Ambelain : "Les Maîtres Écossais" ).

D'autres sources donnent l'an 810 comme date de fondation de l'Ordre de Saint-André du Chardon (...) (Pierre Girard-Augry : "Rituels secrets de la Franc-Maçonnerie templière et chevaleresque" page 27). (...). En tout état de cause, le cinquième grade du Rite Écossais Primitif est d'une exceptionnelle richesse et ne saurait être comparé aux grades - peut-être similaires dans l'apparence - d'autres Rites qui se parent de titres à connotation chevaleresque dans une perspective exclusivement symbolique et sans lien avec l'Ordre de chevalerie, subsistant ou éteint, dont il empruntent la dénomination (Chevaliers de la Toison d'Or, Chevaliers de Malte, etc).

(...) Un dernier mot sur la question de la validité des grades et titres maçonniques.

Assez curieusement, c'est un aspect du sujet qui est très rarement sinon jamais traité dans les Constitutions, Règlements et autres textes maçonniques. Ou alors de manière indirecte.

(...) Une précaution liminaire s'impose : la validité d'un grade ou d'un titre maçonnique ne saurait être jugée avec des critères juridiques purement profanes. Cela n'aurait pas de sens et conduirait inévitablement à considérer nombre de grades maçonniques comme illicites ou usurpés : exemple des dénomination chevaleresques évoquées plus haut.

La validité d'un grade maçonnique ne peut se déterminer qu'à travers la "culture" maçonnique elle-même : ses règles et son esprit. Ainsi, on pourra sans doute affirmer qu'un grade maçonnique sera réputé règulièrement reçu - et donc incontestablement valide - si trois conditions minimales sont réunies :

a) Régularité de l'Initiation maçonnique de l'Impétrant (on ne saurait donner d'autre grade à un Profane que celui d'Apprenti) et de ses élévations successives;

b) Pouvoir de celui ou de ceux qui confèrent le grade : ce pouvoir doit s'analyser par référence au grade détenu par ceux-ci et, le cas échéant par référence à la fonction règlementaire qu'ils assument au moment où le grade est conféré;

c) Stricte observance des Rituels de Réception tels qu'approuvés et en vigueur dans le cadre du Rite au sein duquel le grade est conféré.

Dans certains cas extrèmes ou d'urgence (...) les critères de validité - en particulier les critères de forme - pourront être assouplis pour tenir compte du contexte particulier.

Enfin, il ne faut pas confondre validité et reconnaissance du grade : la validité repose sur des critères objectifs alors que la reconnaissance ne relève que de celui de l'opportunité, critère subjectif s'il en est, ou d'accords inter-obédientiels, révisables à tout moment.

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Grade de Maître de Loge

Publié le 20 Août 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


La Loge qui représente l’appartement où se tient la Cour de Cyrus, roi des Assyriens régnant à Babylone, doit être tendue de vert et éclairée par tel nombre de bougies que l’on juge à propos. A l’orient doit être un trône élevé sur 7 degrés sur lequel s’assoit le Maître qui représente Cyrus sous le titre de Souverain.

Le Premier Surveillant se nomme: Nabuzardin,

le Second : Mithridate,

le Secrétaire : Chancelier,

le Maître des Cérémonies : Grand Maître,

les Frères : Grands Architectes

et Ie récipiendaire : Zorobabel.

 

Le Maître et les Officiers portent au col un grand cordon vert moiré tombant en pointe sur l’estomac, au bas duquel pend le bijou de l’Ordre qui sont deux épées en sautoir nouées par la lame.

 

Ce bijou doit être d’or.

 

Le Maître a un sceptre, et les Frères l’épée à la main; ils ont un large cordon vert moiré passé en bandoulière de gauche à droite au bas duquel pend le bijou ci-dessus. Ils ont de plus un tablier et une paire de gants de peau blanche doublés et bordés de taffetas vert.

 

Le tableau de la Loge doit représenter l’enceinte ou espace du terrain dans lequel le second temple a été bâti; il doit y reparaître avec toute la splendeur. Le tout ainsi préparé, I’on ouvre la Loge comme il suit ci-après.

 

Avant que d’ouvrir la Loge, on fait d’abord dire une messe du Saint Esprit à laquelle le Maître et tous les Frères assistent, ainsi que le récipiendaire. Cette messe finie, I’on introduit le candidat dans la Chambre de préparation. Pendant ce temps le Maître et tous les Frères entrent en Loge, puis chacun ayant pris sa place, le Souverain ouvre la Loge comme il suit.

Le Souverain s’étant fait assurer des portes ainsi que de tous les Frères pour savoir si ils sont Vénérables de Loge, frappe 7 coups de son maillet sur l’autel de ceffe façon :

 

00000...00..

 

ce qui sert de signal aux Frères pour se tenir debout et à l’ordre. Les Surveillants les ayant répétés sur le maillet l’un de l’autre, le Souverain après avoir fait quelques demandes du catéchisme au Premier Surveillant, prend la parole et dit à toute l’assemblée:

 

LE SOUVERAIN

 

Mes Vénérables Frères, la Loge de Vénérables maîtres de Loge est ouverte. Faisons notre devoir.

 

Les Surveillants ayant répété tour à tour la même chose, tous ensemble, on fait le signe, on applaudit ensuite par chacun sept coups dans ses mains, puis chacun ayant pris sa place, l’on procède à la réception de même et ainsi qu’il suit.

 

 

 

 

La Loge étant ouverte, le Frère Expert ou Préparateur, par ordre du Souverain, sort et va trouver le candidat dans la Chambre de préparation. Y étant entré, il lui fait différentes questions sur le dernier grade qu’il a passé, puis l’ayant fait décorer des attributs du dit grade, il le prend par la main et le conduit la vue libre et l’épée au côté, à la porte de la Loge où étant il frappe 7 coups comme cy devant, auxquels on répond en dedans par 7 autres; puis après les cérémonies usitées pour annoncer et ouvrir, I’on introduit le candidat a l’occident de la Loge où étant le Premier Surveillant en prévient le Souverain, qui ordonne au Second Surveillant de le faire voyager 3 fois autour de la Loge; ce qu’il fait.

 

De retour à l’occident le Souverain ordonne au Second Surveillant de la faire parvenir jusqu’à lui.

 

Arrivé au pied du trône ainsi qu’il est ordonné, le Souverain le fait meffre a genoux, ensuite il fait avec son sceptre un signe de croix sur le candidat en disant :

 

D... Que demandez-vous, mon Frère ?

 

R... Vénérable Grand Maître, que vous me fassiez la faveur de me recevoir Maître de Loge.

 

D... Vous me demandez une grâce qui ne doit être accordée qu’à ceux dont le mérite les en rend dignes et qui sont disposés à pratiquer les œuvres de miséricorde envers les pauvres maçons, ainsi qu’à verser leur sang pour la défense de la religion chrétienne et le service du Roi.

Consentez-vous à toutes ces choses ?

 

R... Oui, Vénérable Grand Maître.

 

Sur cette réponse, le Souverain lui dit:

 

Mon Frère, comme nous avons appris par des preuves certaines et convictives que les conditions nécessaires à la grâce que vous nous demandez sont en vous, cela nous a déterminés à vous l’accorder; mais auparavant que de vous l’accorder nous voulons savoir de vous si vous êtes disposé de vous servir de votre épée pour la défense de la Maçonnerie, le service de votre Souverain et l’honneur de l’Ordre, et la protection des misérables Frères.

 

Sur sa réponse, il lui dit:

 

Je vais vous recevoir Maître de Loge, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

 

En prononçant ces paroles, il fait avec son sceptre un signe de croix sur le récipiendaire, ensuite il se lève de son fauteuil, tire l’épée du fourreau du récipiendaire et lui donne deux petits coups, savoir un sur l’épaule droite et l’autre sur l’épaule gauche, en disant :

 

Par notre Très Vénérable Grand Maître, le duc de Chartres, je vous fais Vénérable Maître.

 

Le Souverain s’assoit ensuite dans son fauteuil puis présente l’épée au candidat, en lui disant:

 

Servez-vous de votre épée selon l’esprit de la Religion et non selon le mouvement de vos passions; souvenez-vous que vous n’en devez jamais frapper personne injustement; prenez-la et soyez désormais vigilant au service de la Maçonnerie et de votre Souverain, soumis à leurs ordres et particulièrement à leur correction. Sachez que les lois de l’Ordre Royal de la maçonnerie de laquelle vous êtes Maître vous obligent à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes et morales, et à les porter à un plus haut point de perfection que le commun des Maçons.

 

Le Souverain descend ensuite de son trône et y fait monter le candidat un instant ; y étant assis ,l’on pose au dessus de sa tête deux épées mises en sautoir et un réchaud plein de feu au-dessous des pieds. Le candidat ainsi purifié, le Souverain le fait descendre de son trône et reprend sa place; il fait ensuite mettre le candidat à genoux au pied de l’autel, sa main droite sur le saint Évangile, puis en cette attitude, il lui fait prononcer à haute voix l’obligation suivante:

 

Moi, N.N..., je promets et je jure au Dieu tout Puissant, d’observer toute ma vie les saints Commandements, de les suivre d’un grand zèle pour la défense de la foi, lors toutefois que cela me sera commandé par mes supérieurs. Je promets ainsi d’exercer la charité et les œuvres de miséricorde envers les pauvres Maçons et selon mon pouvoir. Comme aussi de garder à mon Souverain une inviolable fidélité, ainsi qu’à Monseigneur le Grand Maître et de leur rendre une parfaite obéissance. Je promets en outre de garder un secret inviolable sur nos mystères, ainsi que sur tous les autres grades de l’Ordre royal; ainsi que Dieu, très bon et très puissant me soit en aide et ce Saint Évangile par moi touché.

 

Il baise le Saint Évangile, ensuite de quoi, le Souverain le fait relever, et lui dit :

 

Mon Frère, venez promptement que je vous embrasse, et que je vous reconnaisse comme Maître de Loge, et, mon Frère, en cette qualité comme défenseur de la foi, protecteur des Maçons, et comme sujet soumis à nos règlements.

 

Le candidat arrivé à la droite du Souverain, celui-ci le décore des gants, tablier, cordons et bijou dont on a fait la description ci-devant; ensuite de quoi il l’embrasse, puis il lui donne le signe, mots et attouchement comme il suit.

 

Le signe se fait en mettant l’un et l’autre l’épée à la main et se les passer réciproquement par dessus la tête les lames croisées.

 

Le mot sacré est “… ” qui veut dire “je le suis”, il sert aussi de mot de passe.

 

L’attouchement se donne en s’empoignant l’un et l’autre la main droite, et la glissant réciproquement jusqu’au bout des doigts.

 

Le Souverain ayant donné au candidat le signe, mot et attouchement, il l’envoie se faire reconnaître comme Vénérable Maître à toute la Loge. Ce qu’il fait; de retour auprès de lui il lui fait prendre place parmi les Vénérables Maîtres, puis toutes les réceptions étant finies, il procède à l’instruction comme et ainsi qu’il suit.

 

D... Etes-vous Vénérable de Loge ?

R... Oui Souverain, je le suis.

 

D... Comment vous appelez-vous ?

R... Comme récipiendaire Zorobabel et comme Vénérable Cyrus.

 

D... Pourquoi ?

R... Parce que ce fut de Cyrus que Zorobabel reçut directement l’ordre de rétablir le temple du vrai Dieu.

 

D... Comment avez-vous été reçu ?

R... Entre le fer et le feu.

 

D... Pourquoi par le fer ?

R... Parce qu’on me l’a mis en main pour punir les traîtres à la Maçonnerie, et faire exécuter de point en point dans ma Loge les statuts qui m’ont été donnés et confiés par celui qui m’a constitué.

 

D... Pourquoi par le feu ?

R... Pour faire voir que j’ai été purifié de la tête au pieds par le fer et le feu.

 

D... Comment vous faites-vous reconnaître comme Vénérable Maître de Loge ?

R... Par signe, mot et attouchement.

 

D... Donnez-les moi.

 

On les donne.

 

D... Quelle heure est-il ?

R... Minuit sonné, Souverain.

 

Après cette réponse, le Souverain frappe 7 coups comme ci-devant de son maillet sur l’autel, lesquels servent de signal à tous les Frères pour se tenir debout et à l’ordre, c’est-à-dire l’épée nue à la main. Les Surveillants les ayant répétés tour à tour sur le maillet l’un de l’autre, le Souverain prend la parole et dit à toute l’assemblée :

 

Mes Frères, la Loge des Vénérables Maîtres de Loge est fermée. Faisons notre devoir.

 

Les Surveillants ayant répétés la même chose sur chacune de leur colonne, tous ensemble on fait le signe; on applaudit ensuite par chacun 7 coups dans ses mains.

 

Cela fait l’on se donne le baiser de paix, puis la quête pour les pauvres étant faite, chacun après le banquet usité se retire en paix.

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Rituel RER (?) de la St Jean d'été

Publié le 20 Août 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


A la fin du repas, les Officiers de l’Atelier prennent épée, cordons, gants blancs, les autres FF\ leurs chapeaux et leurs gants. Tous ont une épée et une torche. Aucun Frère ne porte de tablier.

Ils se placent sur deux colonnes face à face, à l'Occident de l'aire prévue pour le feu, le V\ M\ et les deux Surveil­lants le plus loin du feu.

Le M\ des C\ amène les profanes et les fait passer entre les haies formées par les FF puis les dispose en cercle autour du feu. Il va alors chercher les FF\ et SS\ visiteurs à qui on a donné aussi une torche allumée, eux ne portent que leurs gants (et leurs chapeaux si leur Rite le leur permet).

Par le même chemin que les profanes, les M\ des C\ les répartit autour du feu.

Il retourne alors se placer à l'Occident et il y reste.

Une colonne passant par le Nord l'autre par le Midi, les FF\ de l'Atelier vont prendre place autour du feu, les places ayant été marquées préalablement.

Le VM. étant arrivé à I'Orient , les deux Surveillants se croisent devant le V\M\ et, retournent à l'Occident, cha­cun par sa colonne.

 

Le 2nd Surveillant lit alors une première invocation à l’Occident Nord.

“A Saint Jean‑le‑Baptiste annonciateur­ de la Lumière qui, par l'eau appela le Feu du jour, et proclama le règne du Juste.

A celui dont la voix établit la Puissance de la Parole.

Au premier maillon de la Chaîne d'Amour qui allait transfigurer le monde.

HOMMAGE ET PROSPERITE !”

 

Légère pause.

 

Deuxième invocation par le 1er Surveillant à l'Occident Midi.

“Et au Souverain Maître de toutes choses visibles et invisibles. Au principe Créateur, Suprême réalité de l'Esprit. Loi et Grand Architecte de l'Univers. GLOIRE ET FIDELITE !”

 

Pause.

 

Troisième invocation par le V\ M\ à l’0rient\

“Mes FF et vous tous amis réunis.

Voici que la carrière du jour le plus long se termine,

Et que nous allumons déjà les feux de l'hiver.

Souvenons‑nous, en cet instant, de la Promesse qu'ils contiennent :

JE SUIS LA VIE!”

 

Le M\ des C\ va alors par le Nord chercher le V\M\. et le conduit au feu, où celui‑ci jette sa torche. Ce qui allume le feu préalablement arrosé d'essence afin qu'il s'enflamme facilement (prévoir des gobelets en papier contenant de l'essence que l'on placera à l'in­térieur du tas de bois).

Le M\ des C\ ramène le V\M\ à l'O après lui avoir fait faire le tour du feu.

Il agit de même avec les deux Surveillants, les deux ensemble.

 

Le M. des C. fait alors le tour du feu par le Nord, à chaque fois qu'il passera devant un F\ ou une S\ celui‑ci ou celle‑ci s'approche du feu pour y jeter sa torche et retourne à sa place qu'il aura marqué en fichant son épée en terre.

 

Le VM.

“Mes SS., mes FF, et vous tous mes amis, donnons‑nous la main”

 

Après une pause, pendant laquelle tout le monde se donne la main, il ajoute :

 “L'heure de nous séparer est proche. Promettons‑nous de nous retrouver tous l'an prochain”

 

Il invite alors l'assemblée à entonner le chant maçonnique “Ce nest qu'un au revoir”

A la fin du chant, il conclut :

 “N'oubliez pas que nous avons toujours besoin de lumière, de chaleur et d'amitie. Alors quand l'heure viendra de repartir, que chacun d'entre nous se munisse jusqu'à l'an prochain d'un Brandon de ce feu afin qu'il puisse sauter l'année.”

FF\ Surveillants, accompagnez‑nous !

Mes Amis, le feu est à vous!

 

Les FF\ de l'Atelier repartent comme ils sont venus ;

Les deux Surveillants font leur tour du feu, jusqu'à l'Orient où ils se croisent. A partir de là, à chaque fois qu'ils passent devant un Frère de l'Atelier, celui‑ci lui emboite le pas.

Les Frères ne reforment pas les haies et s'en vont directement se changer.

Ils reviennent ensuite tous chercher les profanes et leur brandon.

Par la suite, tout le monde ayant regagné la salle des Agapes, on terminera la soirée ou la nuit comme il sied à chacun. Pendant tout le temps de la cérémonie, une musique douce de préférence maçonnique rythmera les déplacements. On aura besoin de placer un potentiomètre à portée de l'un des Frères afin qu'il puisse baisser le ton à chaque fois qu'un F\ prendra la parole.

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Rituel Martiniste de St Jean Baptiste

Publié le 20 Août 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


Les travaux sont ouverts selon les rituels de l'ordre.

 

F Initiateur

Mes adelphes, vous êtes réunis pour fêter le solstice, la saint Jean d'été.

 

F Orateur

Nous fêtons une plénitude, et un déclin.

Nous célébrons deux fonctions traditionnelles symbolisées par

l'effacement de Jean le Baptiste et l'apparition de Jean l'Evangéliste.

Nous fêtons l'épi d'or et la graine qui sera posée au sein de la terre.

 

F Initiateur

F. Secrétaire pourquoi les Martinistes fêtent-ils Jean l’Evangéliste ?

 

F Secrétaire

C'est un appel à la mémoire. Les hommes oublient celui qui est venu

indiquer le chemin, et ceux qui nous ont précédé pour aplanir notre chemin.

Jean a réuni des ouvriers dispersés, il les a mis au travail sur le

chantier du grand architecte.

 

F Initiateur

F. Secrétaire., qui fut Jean le Baptiste ?

 

F Secrétaire

F Initiateur Le Baptiste naquit selon la tradition au solstice d'été.

L'Evangile de Jean dit :

Jean 3.30 "Il faut qu'il grandisse et que moi, je diminue."

 

F Initiateur

F. Orateur., où est votre place dans notre temple ?

 

 F Orateur

 Au midi.

 

F Initiateur

Pourquoi mon F. ?

 

F Orateur

Je marque la position du soleil à son zénith. C'est l'heure où l'ombre

est la plus courte sur notre terre.

 

F Initiateur

F. Orateur, quelle porte ouvre le pantacle à l’orient ?

 

F Orateur

La porte des Dieux ! Je l'ai passée pour venir aider les hommes, mes

adelphes. Celui qui l'ouvre et qui la ferme est Jean l'Evangéliste dont

nous célébrons la fête au solstice d'hiver, quand le soleil est au plus

haut dans sa course vers le Nord, au plus bas dans sa course vers le Sud.

 

F Initiateur

F. Orateur. Qui est ce Jean l’Evangéliste ?

 

F Orateur

Jean 21.20

Pierre s'étant retourné vit derrière lui le disciple que Jésus aimait,

celui qui, au cours du repas, s'était penché vers sa poitrine et qui

avait dit : «Seigneur, qui est celui qui va te livrer» ?

Jean 21.21

Quand il le vit, Pierre dit à Jésus : «Et lui, Seigneur, que lui

arrivera-t-il» ?

Jean 21.22

Jésus lui répondit : «Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne,

que t'importe? Toi, suis-moi».

 

F Initiateur

F. Secrétaire, où est votre place dans le temple ?

 

F.Secrétaire

Au Nord, F Initiateur

J'observe ainsi les allées et venues par la porte d'Occident. Les

Adelphes la franchissent pour aller étudier le monde.

 

F Initiateur

F. Secrétaire, qui les guide dans ce voyage ?

 

F Secrétaire

Ils quittent le temple sous le signe de celui dont nous célébrons la

fête en ce solstice d'été : Jean le Baptiste ou le Précurseur, celui qui

aplanit le chemin. Ils vont vers le Grand Inconnu.

Jean vint rendre témoignage de la Lumière.

Ainsi, dans le monde profane, sommes-nous destinés à être les témoins de

la Lumière. Jean le précurseur est fêté au moment où le soleil est au plus haut dans

sa course vers le sud, au plus bas dans sa course vers le nord.

 

F Initiateur

F. Secrétaire, qui nous soutient dans ce long et périlleux voyage ?

 

F. Secrétaire

Le Martiniste est ouvert au ciel, à la Terre, aux hommes, à lui-même. Il

brûle du désir de comprendre le comment du fardeau de l'homme et accepte

les petits bonheurs qui sont offerts sur le chemin de la vie.

 

F Initiateur

F. Secrétaire, que cherchons-nous ?

 

F. Secrétaire

Trois étoiles, F Initiateur

Je cherche l'étoile de la fraternité.

 

F Initiateur

Quelle est cette Etoile ? Où brille t-elle dans le ciel ?

 

 

F. Secrétaire

Rouge, l'Etoile brille à l'Occident. C'est l'étoile du matin.

C'est aussi l'Etoile du soir, sa couleur est bleue au déclin du jour.

Elle est le Hé qui figure deux fois à l’Orient.

A chaque crépuscule, elle se rapproche du Nord. Elle est la Reine de la

Nuit, Dame du Ciel, Régente de la Terre.

 

F Orateur

Je cherche l'étoile de l'égalité ; l'étoile polaire est le centre à

partir duquel tout se coordonne. Selon une tradition, le caractère qui figure au centre de l'étoile signifie Unitas, l'unité.

La marche à l'étoile est le retour vers l'unité, vers le principe.

A l’orient, figure la lettre yod.  

Elle se prononce parfois IAH.

 

F Initiateur

Je cherche l'étoile de la liberté. Je la trouve quand Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les

bons. Le shin symbolise le siège tangible du soleil mystique, centre de l'univers.

 

Orateur

Jean 1.5

et la lumière brille dans les ténèbres,

 

F Secrétaire

et les ténèbres ne l'ont point comprise.

 

F Initiateur

Nous sommes les enfants de la lumière.

 

F Initiateur

Où est la place du F Initiateur ?

 

F Orateur

A l'Orient, mon F Initiateur

entre celui qui est venu (Moïse ; le maître passé)

et celui qui doit venir (Elie ; le maître inconnu).

Jean aux 2 visages se tient dans l'instant insaisissable du présent,

entre le passé qui n'est plus et le futur qui n'est pas encore.

Il est le maître de la voie ascendante et de la voie descendante.

 

F Initiateur

Mes Adelphes, avant de nous séparer, je vous demande de penser à nos

Adelphes qui sont éloignés, aux malades, aux malheureux, à ceux qui se

sont égarés dans les ténèbres, à ceux qui, dispersés, travaillent chaque

jour à multiplier les bienfaits dont le Martinisme est le dispensateur.

 

Silence Méditation ou prière du cœur ou concentration sur la lettre Vav

 

F Initiateur

Mes adelphes la leçon des solstices est telle que si le monde est

l'effet du Verbe, la nature est le symbole de la réalité.

Le miroir nous apprend que le monde de la manifestation est le reflet

d'un autre.

L'image de la main gauche est une main droite, car ce qui est en haut

n'est pas ce qui est en bas, mais comme ce qui est en bas.

Le Verbe est parole à l'extérieur, pensée à l'intérieur.

Le Verbe est témoin de la Lumière de l'Esprit et de la *flamme* au coeur

du Martiniste. Mes adelphes, debout et à l'ordre.

 

Le F Initiateur

allume des flambeaux au flambeau des maîtres passés et les

transmets aux adelphes présents.*//

 

F Initiateur

Remettant, en premier, la flamme au trésorier Hospitalier

3 Jean 0.5

Cher Frère, tu agis selon ta foi dans les soins que tu prends pour les

Sœurs et les Frères.

3 Jean 0.6

Ils ont rendu témoignage à ta charité. Tu agiras bien en pourvoyant à

leur mission d'une manière digne de Dieu.

3 Jean 0.7

Car c'est pour le Nom qu'ils se mettront en route…

Mon frère Hospitalier, en quittant le temple, tu laisseras la flamme sur

ton siège, nos adelphes pourront se souvenir de ce symbole, et se

tourner vers toi en cas de besoin matériel.

L’hospitalier acquiesce par le signe du silence

Ensuite :

 

F Initiateur

Que chacun reçoive le symbole du grand architecte, et qu'il l'utilise

selon les besoins de l'ordre, du groupe, de ses adelphes sans jamais

s'oublier lui-même. Vous emporterez avec vous ce symbole, puisque vous

avez encore à travailler pour connaître et servir la charitas !

 

CLOTURE selon les rituels de l'ordre.

 

L’hospitalier reste silencieux.

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Rituel Martiniste de St Jean l'Apôtre

Publié le 20 Août 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels

 

Les travaux sont ouverts selon le rituel de l'ordre

 

INITIATEUR

 

Mes SS et mes FF, je vous appelle pour célébrer la saint Jean d'hiver,

fête de l'Evangéliste.

 

F. Orateur, quels sont les sentiments qui vous animent à l’heure du

Temple d'Apollonius ?

 

Orateur Mon T C F Initiateur, la nature, sous nos latitudes, a connu les

prémices du printemps, l'épanouissement de l'été, la mélancolie de

l'automne. Avec l'hiver, nous pouvons imaginer que tout va mourir !

Chaque jour, le soleil paraît avoir diminué sa course; chaque midi, il

semble remonter moins haut sur l'horizon, s'éloignant à chaque lever de

l'Orient et à chaque coucher de l'Occident.

La vie des hommes de nos latitudes semble suivre le même cycle.

Que reste t-il de la sueur d'un homme ?

Dès qu'il applique son coeur à rechercher la sagesse, l'homme de désir

découvre la souffrance et la compassion. Il voit que tout est vanité.

Il reçoit une leçon des ténèbres.

L'homme de désir comme l'homme de bonne volonté ont frappé à la porte du

Temple des hommes. Devant la porte du solstice d'hiver, ils méditent la parole de saint

Jean le Baptiste que nous avons fêté en juin :

Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout.

Celui qui est de la terre est terrestre et parle de façon terrestre

 

Silence méditation

 

INITIATEUR F Trésorier comment avez-vous reçu la Lumière?

 

Trésorier Après avoir frappé maladroitement à la porte du Temple, j'y
fus introduit puisque j'avais accepté la main d'un guide. Cette main a ôté le bandeau qui couvrait mes yeux.

 

INITIATEUR Qu'avez-vous vu dans la lumière des hommes ?

 

Trésorier La bible ouverte à l'Evangile de saint Jean l'évangéliste, le masque et le manteau du philosophe.

 

INITIATEUR Mon F., le livre témoigne de la lumière comme de la folie des

hommes. Qu'y avez-vous lu?

 

Trésorier j'ai épelé ma première lettre : Yod.

 

INITIATEUR C'est la première lettre d'un mot sacré, elle vous indique le

chemin qui vous permettrait de répondre à un appel, si vous consentez à

le parcourir.  Selon une tradition, le solstice d'hiver ouvre la voie des Dieux.

 

Silence méditation

 

Maître Initié mon t c f Initiateur les membres de l'ordre vont quitter le Temple pour oeuvrer dans le monde profane. Que pouvons-nous leur confier ? Sur le chemin, l'Etoile guide leurs pas. Ils connaissent la lettre et le mot. Est-ce suffisant ?

 

INITIATEUR Mes soeurs et mes frères, vous avez reçu la Lumière des hommes.

 

Les riches et les puissants savent-ils jouir de leurs richesses ou de leur puissance avec compassion et mesure.

Les malades et les malheureux ont besoin de la santé et du bonheur.

Les ténèbres règnent dans le monde profane. Souvenons-nous :

nos Adelphes, viennent de tout quitter pour subir l'initiation que les profanes nomment la mort. Dans ce salut fraternel aux défunts du groupe, parfois d'un membre de la famille d'un martiniste, il est possible d'ajouter un mot pour préciser aux nouveaux qui furent tel ou tel frère ou sœur passé à l'orient éternel, quelle fut leur action

 

Silence méditation

 

Avec qui allons-nous partager le pain, le sel et le vin ou leurs équivalents après la fermeture de nos travaux ?

 

Pause

 

INITIATEUR F Maître Initié, connaissez-vous le nom sacré ?

 

Maître Initié mon t c f Initiateur, nous le prononçons rituellement pendant la fermeture de nos travaux

 

INITIATEUR Est-il nécessaire d'espérer pour nous mettre en chemin ?

 

Maître Initié Le signe mystique brille sur notre poitrine. Il a la forme d'une croix d'or ; il est frappé de lettres et de points.

 

INITIATEUR Maître Initié, pouvez-vous prononcer le nom sacré ?

 

Maître Initié mon t c f Initiateur, notre tradition y lit les lettres

Yod, Hé, shin, Vav, Hé.

 

INITIATEUR Maître Initié, comment prononcez-vous ce mot ?

 

Maître Initié Ma sœur, mon frère, debout et à l'ordre :

 

 «Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu,

et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a

été fait par Elle et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans Elle. 

Elle était la Vie et la Vie était la Lumière des hommes. La Lumière

brille dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont point comprise».

 

INITIATEUR : cette parole nous ramène à nos origines !

 

Orateur la Tradition écrite rapporte que, une fois l'an, au jour le plus

saint, le grand prêtre pénétrait dans le Saint des Saints du Temple de

Jérusalem pour y prononcer un Nom à voix haute.

Après la destruction du second Temple, la dignité de grand prêtre

disparut. Nul ne peut plus désormais prononcer le nom. Chacun est-il devenu grand prêtre ?

Un collège d'hommes peut-il remplir cette fonction ?

Une tradition orale de l'ordre rapporte que la parole est détenue par

les officiers du Temple. Par 6+1, nous retrouvons le chemin secret de la lumière intérieure.

Quelle est la valeur d'une tradition qui attendrait tout du ciel et rien du travail des hommes de désir ?

 

INITIATEUR Que faire lorsque l'un de nous s'égare ?

 

Secrétaire Restons disponibles ! L'ordre offre à ses adhérents les éléments qui permettent d'avancer dans la sérénité.

 

Portier : Lorsque nous avons frappé à la porte du Temple en profane,

nous cherchions. La porte s'est ouverte, nous avons reçu ce que l'Ordre transmet à ses initiés.

Nous affrontons la mort comme nous avons affronté la vie.

Le fils de l'homme est venu, peut-il revenir par chacun de Nous ?

 

INITIATEUR Mes Adelphes, vous avez appris à ne pas désespérer de la

condition humaine. Elle porte en elle le germe de sa libération, car il

est dit dans le livre : «La Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise».

Que la paix, la joie et la fraternité vous accueillent en ce temple.

Vous avez apporté avec vous l'étoile d'espérance le jour où vous avez

frappé à la porte du Temple des hommes. La mélancolie nous a quittés.

C'est dans le plus jeune parmi nous que nous fêtons le soleil nouveau

qui, arrivé au plus bas de sa course apparente, repart vers le zénith.

 

Secrétaire. Ecoutez et méditez:

 

livre de Baruch, fils de Nérias, fils de Maaséas, fils de Sédécias,

fils de Hasadias, fils de Helkias, écrivit à Babylone, A 3.37

« Il a découvert tout le chemin qui mène à la science et l'a indiqué

à son serviteur, Jacob ! »

 

Signe silence

 

INITIATEUR Cherchez ! Vous trouverez !

 

Demandez ! Vous recevrez ! Frappez et l'on vous ouvrira

Acceptez ce présent symbolique. Il est possible d'offrir un peu de buis, un rameau vert…

L'Initiateur remet un rameau de buis ou un rameau vert à chacun.

 

INITIATEUR . F\ (ou S) Maître Initié, où est la place d'un Initiateur ?

 

M I A l'Orient, sous le symbole du verbe, entre le passé et le futur.

Là, mes adelphes, vous trouverez par la voie cardiaque cette lumière qui

fera entrer la divinité en vous !

Ps 39.10

"J'ai fermé la bouche, je ne l'ouvrirai plus, car c'est toi qui agis."

 

Signe Silence

 

INITIATEUR F portier, où est votre place dans le temple ?

 

F Portier A l'occident, près de la porte qui s'ouvre sur le monde des

ténèbres.

 

Jean 18,17

La servante qui gardait la porte lui dit:  «N'étais-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme»?

Pierre répondit : «Je n'en suis pas»!

 

Signe Silence

 

INITIATEUR F, Maître Initié, qui fut Jean l'apôtre ?

 

Maître Initié Il est témoin de la Lumière dans le monde.

 

INITIATEUR F. Maître Initié, quelle est la couleur de la lumière suprême, selon Jean ?

 

Maître Initié : Le vert, mon t c f Initiateur

 Apocalypse 4,3

Celui qui siégeait avait l'aspect d'une pierre de jaspe et de sardoine.* 

Une gloire nimbait le trône de reflets d'émeraude»

 Dans notre tradition, le vert émeraude est la couleur de l'Espérance,

de la Force, de la longévité. C'est aussi la couleur de l'immortalité que symbolise dans toutes les

traditions le rameau vert qui vous fut remis

 

INITIATEUR quelle leçon devons-nous tirer de cette journée ?

 

Orateur Ainsi la Lumière est venue du monde informe et vide pour

éclairer les hommes. Au coeur de l'homme règne la mélancolie du centre,

nous gardons l'espérance de la mystérieuse Lumière incréée qui fut et

sera d'éternité et à laquelle toute chose doit retourner.

Ainsi la réconciliation est le signe de la réintégration future. Nous

pouvons retourner d'où nous venons. C'est la grande leçon conservée par

la tradition de notre ordre et que se transmettent les gardiens du Temple.

 

Fermeture avec le rituel de l'ordre.

commentaires

Societas Rosicruciana in Anglia : Zelator

Publié le 19 Août 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


Première partie

 

L’Aspirant, qui se trouve dans la salle de réception, est en habit de ville, mais découvert. Sur la tête et le visage, il porte un voile léger de couleur écarlate. Le Conducteur des Novices porte une robe noire avec un capuchon sur la tête, et après avoir saisi l’Aspirant par le bras gauche se rend près du portail qui mène du porche vers le temple sacré ; à cet instant les deux Hérauts se tiennent de chaque côté de l’entrée.

 

Conducteur des Novices : Je désire aller vers l’Autel de Dieu.

Le Premier Héraut, qui attend à l’entrée, dit : Vers Dieu qui apporte la joie à nos cœurs.

 

L’entrée de l’Aspirant dans le temple sacré se fait selon l’ordre suivant :

 

Premier Héraut                                  Deuxième Héraut

 

Conducteur des Novices                     Aspirant

 

Porte-Flambeau

 

Cinq tours sont faits dans le temple sacré, dans le sens de la course du soleil, tandis que les fraters et les officiers sont debout et que l’hymne suivant est chanté :

Ode

« Avant que Dieu fut commença l’Univers, toute la matière reposait en un amas informe Et était envahie par un grand désordre, aucun rayon n’émanait de la lumière, Et l’obscurité régnait parmi cette confusion totale ; Puis Dieu apparut, ses éclairs déchirèrent le ciel, et il fit se dresser les éléments, Dans l’Air il accrocha en suspension le Monde et il étendit par-dessus les cieux azurés ; Des Etoiles dans le ciel assurèrent le mouvement, et au centre fut fixé le Soleil. Puis il constitua l’homme à partir de la poussière, lui donna une âme vivante, Soumit toutes choses à sa volonté, le fit maître de tout, Et pourtant l’homme se montra ingrat envers les cieux, et fut chassé de l’Eden. De là vinrent tous nos maux, et l’humanité ne put trouver la paix, Jusqu’à ce que les Rosicruciens paraissent et forment ici un nouvel Eden : Où la joie règne à jamais et l’innocence première règne à nouveau. Ici coulent des sources de cristal, ici rien de vil ne peut pénétrer, L’Arbre de la Connaissance pousse en ce lieu, nous en goûtons les fruits, ignorant le péché, Pendant qu’une douce amitié prévaut, et que les Anges gardiens nous protègent alentour. » 

A la fin de l’ode, la procession s’arrête devant le Suffragant à l’Ouest :

 

Suffragant : Mon frère Conducteur des Novices, que souhaite cet Aspirant ?

 

Conducteur des Novices : Il désire aller de l’obscurité vers la pure lumière de la connaissance, afin d’apprendre les secrets et la Doctrine de la Nature, et apprendre à connaître les merveilleux principes par lesquels l’Univers est gouverné.

 

Suffragant : Mon frère, ton désir est louable, mais nous sommes des mortels comme toi ; pourquoi venir ici ?

 

Conducteur des Novices : L’Aspirant considère en effet que beaucoup de grandes vertus sont pratiquées dans l’Ordre, et que les siècles ont enrichi l’héritage de vos connaissances. Il désire être admis.

 

Suffragant : Nous reconnaissons ta foi, mais devons te rappeler que le chemin vers la connaissance est long, et que la vie de l’homme est courte ; également, rappelle-toi bien que ce que le cœur souhaite ne s’accomplit pas toujours. Ne place pas trop d’espoir dans notre Ordre. Notre but est la vérité, notre désir d’être humble, notre étude d’être sage. Le Rose-Croix laisse au monde la richesse, les honneurs et le pouvoir, ainsi que le plaisir et la paresse à la brute. Nous nous consacrons seulement à ce qui pur et vertueux, et nous incitons chacun à chercher la sagesse. Nos objectifs sont l’entraide fraternelle et l’encouragement à résoudre le grand problème de la vie, l’a avancement des sciences, la propagation de la vérité et la diffusion de cette glorieuse affirmation « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté » (cette affirmation peut être psalmodiée). Mon frère, nous avons la preuve de ta foi, mais je demande que la preuve de ton zèle soit maintenant établie.

 

Conducteur des novices : L’Aspirant me demande de dire en son nom qu’il est vraiment ignorant de Dieu, de la Nature et de lui-même ; qu’il est entouré par les ténèbres et que son esprit est dans le doute ; que sa quête est juste et sincère. Il est de son désir ardent d’être admis.

 

Suffragant : Tu as parlé sagement. Un cœur courageux peut chercher tout ce qui est le plus pur. Le  zèle vers un but élevé est des plus louables, et grâce à cela la foi peut soulever des montagnes. Prépare-toi à subir les premières épreuves requises par notre Ordre.

Que l’Aspirant soit conduit vers le Portail de la Vie pour y subir les premières épreuves relatives aux secrets fondamentaux de la Nature et de la Vérité.

 

L’Aspirant, avec les assistants, se dirige vers le Nord, puis en direction du Sud vers le Premier Ancien, qui place une petite quantité de terre propre sur ses lèvres.

 

Premier Ancien : Et la voix du Premier Ancien se fit entendre qui disait « Ecoute bien, Aspirant. La Mort est le Portail de la Vie, n’aie pas peur de le franchir, car dans la poussière se trouve la semence d’Immortalité. »

Je te révèle le mot de passe, Immortalité.

 

Il est demandé à l’Aspirant de placer la main droite sur son cœur. Celui-ci est ensuite conduit vers le Sud, puis à nouveau par le Nord en face du Deuxième Ancien, qui agite deux ou trois fois un éventail afin que l’Aspirant puisse sentir le mouvement de l’air.

 

Deuxième Ancien : Et la voix du Deuxième Ancien se fit entendre qui disait « Regarde, l’Air que nous respirons est rempli de mystères ; mais l’amour de Dieu surpasse toutes choses, visibles ou invisibles, tandis que l’Espoir constitue l’héritage de l’homme sur la Terre. »

Je te révèle le mot de passe, Espoir.

 

Il est demandé à l’Aspirant de placer la main droite comme précédemment. Celui-ci est ensuite conduit vers le Nord et, en tournant, vers le Sud devant le Troisième Ancien, qui l’asperge d’eau pure.

 

Troisième Ancien : Et la voix du Troisième Ancien se fit entendre qui disait « Approchons de la Maison de la sanctification avec des mains propres et un cœur pur, car notre Force réside dans la Toute-puissante Divinité. »

Je te révèle le mot de passe, Force.

 

Il est demandé à l’Aspirant de placer la main droite comme précédemment. Celui-ci est ensuite conduit vers le Nord et en tournant, vers le Sud, devant le Quatrième Ancien, qui fait ressentir à l’Aspirant la chaleur d’une flamme.

 

Quatrième Ancien : Et la voix du Quatrième Ancien se fit entendre qui disait « Entrons dans le Temple de la Perfection et ne reculons pas devant l’épreuve du Feu, car la colère de Celui qui est Saint ne consume que l’impie et l’impénitent. »

Je te révèle le mot de passe, Vertu.

Ces quatre mots de passe des Anciens forment l’aphorisme L’Immortel Espoir Force la Vertu, les initiales étant I\E\F\V\.

 

L’Aspirant place la main sur son cœur lorsqu’est prononcé le mot Vertu ; il s’incline quand il entend l’aphorisme I\E\F\V\, qu’il est prié de répéter.

L’Aspirant continue vers le Nord avec ses compagnons, et toujours en tournant vers le Sud jusqu’à ce qu’il se trouve face à l’Officiant, mais du côté Ouest de l’autel.

 

Officiant : Mon frère, les épreuves par lesquelles tu es passé avec succès sont les premières, mais en elles se trouvent beaucoup de secrets, qui te seront transmis par la suite. Dans les temps anciens, la connaissance des choses les plus élevées n’était révélée qu’après une préparation spécifique de l’Aspirant, consistant en la purification par la Terre, l’Air, l’Eau et le Feu, et après que l’Aspirant ait montré des signes évidents de moralité, de vertu, prudence et zèle. Ayant progressé au mieux jusqu’ici, es-tu prêt à nous assurer de ta bonne foi par un  Serment de FidélitE, puisque des vœux ne sont pas exigés des membres de ce Degré.

 

Aspirant : Je suis prêt.

 

Officiant : Place ta main sur ton cœur. Affirmes-tu sur l’honneur que tu ne révéleras jamais le cérémonial Secret de notre Cercle Mystique à moins que le Mage Suprême ne t’y autorise, et même dans ce cas seulement en stricte conformité avec nos Règles et Ordonnances ?

 

Aspirant : Je l’affirme.

 

Officiant : Affirmes-tu sur l’honneur ne jamais t’intéresser ou entrer en relation avec un autre Collège Rosicrucien, si ce n’est celui dans lequel tu es maintenant admis, sans obtenir au préalable l’accord du Mage Suprême ?

 

Aspirant : Je l’affirme.

Officiant :  Affirmes-tu sur l’honneur vouer spontanément obéissance à tes Officiers supérieurs en ce qui concerne les affaires en relation avec l’Ordre, et être prêt à assister et défendre tes frères de la Rose-Croix lorsque cela s’avérera nécessaire ?

 

Aspirant :  Je l’affirme.

 

Officiant : Mes frères, acceptez-vous que l’Aspirant continue ?

 

Les frères croisent les bras sur la poitrine en signe d’approbation.

 

Officiant : Que l’Aspirant s’agenouille devant l’Autel. Mes frères, en tant que véritables rosicruciens, veuillez vous agenouiller devant Celui qui nous a donné naissance. Agenouillons-nous pour cette PriEre.

 

Nous implorons Ta bénédiction et Tes gracieux conseils, O Seigneur Dieu, Père Tout-Puissant, Créateur de la Lumière et de la Vérité, au nom de Ton serviteur, qui aspire à mieux Te connaître, ainsi que Tes œuvres merveilleuses, afin que Ta Gloire puisse être magnifiée. Promet de l’illuminer de la Lumière de Ta Sagesse ; purifie-le et sanctifie-le afin que, rendu digne de ce lieu où nous nous efforçons de Te comprendre et Te glorifier, il puisse être capable de partager un véritable Espoir, de justes conseils et profiter de Ta Sainte Doctrine. Amen.

 

Les frères forment maintenant, sans bruit, le Cercle Mystique autour de l’Autel et de l’Aspirant, qui est toujours agenouillé, pendant que le Suffragant lit ce qui suit :

 

Suffragant : « Au commencement était le Monde, et le Monde était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

Il en était ainsi au commencement avec Dieu.

Toutes choses furent faites par Lui ; et sans Lui rien n’aurait été fait de ce qui fut fait.

En lui résidait la Vie, et la Vie constituait la Lumière pour les hommes.

Et la Lumière brillait dans l’obscurité et l’obscurité ne le comprenait pas. »

 

Le rideau à l’Est est tiré, dévoilant l’Adepte Principal devant une table couverte de blanc, sur laquelle brûlent 33 bougies ; devant se trouve un Autel (petit) avec de l’encens qui brûle ; et par-dessus est suspendue une Etoile à 5 branches (avec une pointe en haut). L’Aspirant est prié de se lever devant l’Autel sur lequel se trouve une Rose-Croix, avec les lettres I.N.R.I. au-dessus de la Rose, au moment où l’Officiant le lui indique, comme suit :

 

Officiant : Lève-toi, mon frère, et reçois la Lumière de notre Cercle Mystique.

 

Le Conducteur enlève le voile recouvrant l’Aspirant, tandis que les frères tapent trois fois des bras sur leur poitrine.

 

Adepte Principal : Que la Lumière du Seigneur soit avec toi !

 

Officiant : Et avec ton Esprit.

Vénéré frère, ayant retrouvé une vue plus parfaite, tu découvres devant toi l’Autel sur lequel se trouve la Rose posée sur la Croix, qui nous rappelle la vie sans tâches de Celui qui fut, comme nous le pensons, la Gloire Manifestée de Dieu. Regarde les initiales du Nom et du Titre Sacrés qui furent tracés en lettres de feu sur la Croix du Rédempteur. Conserve précieusement dans ton cœur le souvenir du Mot I.N.R.I., Jesus Nazarenus Rex Judaeorum. N’oublie pas que pendant 33 années il a travaillé sur terre dans la docilité et l’humilité, une période qui est représentée par les 33 luminaires à l’Est. La Rose, mon frère, se rapporte à la beauté et à la grandeur de Sa Résurrection des morts, et représente la gloire éternelle de la Rose de Sharon, Ego sum Rosae Sharonus, et Lilium Convallium. L’Etoile à 5 branches au-dessus de l’Est, symbolisée par les 5 périples que tu viens de faire autour de ce Lieu Secret, nous rappelle les 5 points de félicité qui sont : (1) accompagner nos frères, (2) intercéder pour eux, (3) les aimer, (4) les assister, et (5) prier  pour eux, de telle façon à leur être unis par le cœur et l’esprit. L’Encens, qui s’élève en volutes vers l’Etoile lumineuse, est un symbole de la prière qui conduit vers le Trône de Dieu. Ton passage devant les 4 Anciens lors d’une course serpentine comporte une allusion mystique, car tu étais à la recherche de la Sagesse. Puisses-tu être aussi sage qu’un Serpent. Dans ton apprentissage de la Sagesse, cherche à obéir à la Loi, car tous ses chemins apportent la paix.

 

Le Conducteur du Novice fait revêtir à l’Aspirant une robe cramoisie, pendant que l’Officiant dit :

 

Officiant : Reçois et revêt cette robe cramoisie en témoignage de ton courage, de ton zèle et du dévouement que tu as promis à l’Ordre Rosicrucien. Que l’Aspirant soit placé dans le Cercle Mystique et se joigne à nous pour répéter les initiales du Mot Mystique I.N.R.I.

 

Le Cercle Mystique est formé, auquel se joint l’Aspirant.

 

Officiant : Chers frères et fraters, je déclare le Cercle Mystique parfait et la Chaine d’Union terminée.

 

Les frères croisent les bras en se battant la poitrine. L’Aspirant est conduit à l’intérieur du Cercle et s’agenouille, tandis que l’Officiant, le Suffragant et les 4 Anciens posent leurs mains sur la tête de Aspirant ; l’Adepte Principal dit alors :

 

Adepte Principal : Nous t’acceptons, mon frère, en tant que Zélateur et un des « huit ». Tu peux te retirer du Porche de Réflexion, et quand tu souhaiteras y revenir, il te faudra placer ton nom sur un morceau de papier blanc sous forme de triangle, en y ajoutant les Initiales Mystiques qui se trouvent sur l’Autel, et le produire à l’Acolyte qui se tient à l’entrée.

 

L’Aspirant est mené vers l’entrée, et tous retournent à leur station sauf le Conducteur des Novices. Le Conducteur, dans la Chambre de préparation, indique à l’Aspirant que le fait, pour lui, de préparer le papier qui lui a été demandé, démontre une réflexion suffisante de sa part, et son désir véritable de recevoir une plus grande lumière.

 

Deuxième partie

 

Le temple est arrangé comme précédemment, sauf que 3 luminaires sont allumés sur la table à l’Est, et que la Rose-Croix a été déplacée de l’autel vers le centre de cette table. Le Conducteur est en noir, le Zelator en cramoisi. L’Aspirant et le Conducteur s’approchent de l’Acolyte près du porche, et montrent le papier triangulaire, d’où suit une batterie de 4 coups.       Le Gardien des Cavernes ouvre la porte en vue de recevoir le papier et, se tournant vers le Suffragant, dit :

 

Gardien : Très Vénérable Suffragant, l’Elu désire être admis à nouveau dans le Cercle Mystique.

 

Suffragant : Demande-lui d’avancer selon la forme prescrite et de montrer le Signe Mystique.

 

Gardien : Avance vers moi selon la forme prescrite et montre le Geste Mystique d’admission.

 

L’Aspirant, comme cela lui a été prescrit à l’avance par le Conducteur, avance de 4 pas, mettant à chaque fois la main sur le cœur, et se courbe au dernier pas ; puis il remet au Gardien le document mystique. La porte est fermée et le Gardien poursuit :

 

Gardien : Très Vénérable Suffragant, j’ai reçu l’Aspirant selon le signe. Il a médité sur les préceptes préliminaires de notre Ordre, et implore humblement d’être réadmis.

 

Suffragant : Que désire-t-il ?

 

Gardien : Etre instruit.

 

Suffragant : Il l’a déjà été ; que cherche-t-il encore ?

 

Gardien : Une plus grande connaissance.

 

Suffragant : Fais-le entrer jusqu’au centre de ce Temple Sacré selon les 4 pas de Sagesse.

 

L’Aspirant fait les 4 pas lorsqu’il est près du centre du temple, plaçant à chaque fois la main sur le cœur et finalement en s’inclinant.

 

Officiant : Mon frère, d’où viens-tu ?

 

Conducteur : D’une terre de pénombre, où les bénédictions de la connaissance pénètrent rarement.

 

Officiant : Où te tiens-tu en ce moment ?

 

Conducteur : Dans les profondeurs de la Terre, les bras étendus vers le Nord et vers le Sud (L’Aspirant se tient tel un crucifié, ainsi qu’il lui a été demandé).  Et mon désir est d’approcher l’Est radieux et de me réjouir dans la Lumière parfaite.

 

Officiant : Tu as reçu une bonne inspiration, mon frère. J’approuve ton zèle et t’en félicite, mais ton progrès vers le but de la Vérité doit être lent et progressif car les mystères de la Nature ne peuvent être dévoilés à tous ceux qui recherchent son Sanctuaire, mais uniquement à ceux qui ont une véritable foi et aux humbles, bien que zélés en esprit.

Je vais maintenant te révéler les modes de reconnaissance concernant ce degré de Zelator.

 

Signe - L’Ancien signe du Rosicrucien consiste de la façon suivante : main droite sur le cœur, et main gauche sur celle-ci se croisant à hauteur des poignets. Le signe de Croix correspond au mot LVX (lux) car il reproduit en même temps les 3 lettres dont LVX est composé.

 

Geste et mot de Passe - Bras droit sur la poitrine. L’antagoniste forme une croix avec son bras gauche. Le mot …(qui signifie « Lumière ») n’est pas murmuré, mais tracé avec les doigts.

 

Mot Sacré -  ….représente le Soleil Eternel, la véritable Lumière du Monde, et la Gloire du Père.

 

Batterie - Cinq

 

Tu vas maintenant te rendre vers le Suffragant à l’Ouest, et écouter attentivement le récit historique de notre Ordre. Puis tu reviendras vers moi pour l’instruction finale.

 

L’Aspirant est mené vers le Suffragant qui le fait asseoir.

 

Suffragant : En t’instruisant dans notre présent système d’Ethique et de Métaphysique générale, nous adhérons pleinement aux anciens Mythes et Légendes concernant la Société Rosicrucienne, et par conséquent nous t’introduisons aux règles, usages et façons de vivre de ces Philosophes, ainsi qu’à la disposition de leur Lieu de Vie, car ceci est essentiel en ce moment pour que tu puisses pleinement apprécier ce dont il s’agit. Ecoute !

 

Récit historique

 

« Enfouies dans les profondeurs de la solitude, éloignées de la vue et du bruit de l’agitation humaine, faites à la fois de blocs taillés et de pierres brutes, le tout précisément et soigneusement ajusté, se trouvaient ainsi trois Salles proches et communicantes, pourtant d’égale dimension ; si habilement et sérieusement faites, et inertes dans leur structure et leurs abords, que le monde extérieur ne pouvait connaître leur existence ; seul le roulement du tonnerre, ou les cris des Myriades pouvaient trouver un écho en ces lieux souterrains. Une Salle abritait un Laboratoire général avec une section à part pour les fonctions domestiques, muni d’un ingénieux système semblable à celui des hottes filtrantes pour masquer l’évacuation des fumées et des gaz vers le monde extérieur. Ce Logement était longiligne et de grande taille ; tandis que le Second, également de forme rectangulaire, était séparé du reste, ne contenant que des couches dures, ainsi que de simples tables pour de frugaux repas. A l’opposé, de l’autre côté du Laboratoire Principal et s’ouvrant sur lui, mais avec des marches vers le bas, se trouvait la troisième Salle la plus grande, avec un toit de structure brute s’élevant en pointe, utilisé comme cellule de retraite et comme Chapelle. Au centre se trouvaient, à intervalles réguliers, 4 tables de forme cubique utilisées pour le travail, avec des sièges en pierre, et très haut au centre du toit était suspendue une lampe merveilleuse dont la flamme radieuse était pareille à la lumière rosée d’un coucher de soleil estival, intensément dorée, illuminant tout l’espace, ne nécessitant aucun entretien et inépuisable. Bien au-dessus, dans les arêtes de la voûte, se trouvait une Croix noire et blanche, mais massive, adroitement sculptée dans le marbre. En ces lieux silencieux et sacrés, personne n’était autorisé à entrer si ce n’est les Adeptes, le Magister Templi et le Magus, uniquement lors de la prière quotidienne du matin et du soir, au moment du rassemblement pour l’adoration silencieuse, ou bien à l’occasion de la réception des Aspirants, ou pendant l’Assemblée Annuelle. Ces Salles isolées constituaient la résidence des 36 de la Fraternité Rosicrucienne – ni plus, ni moins – qui seuls pouvaient occuper ces Salles construites dans le rocher ; tous les autres étaient astreints à suivre l’enseignement et devaient s’occuper du service. Une fois le bref séjour de ceux-ci terminé, le Magus choisissait à nouveau parmi ce nombre ceux qui allaient partir servir l’humanité, et les 36 qui resteraient. Ainsi s’écoulaient les années dans ces mystérieuses Cavernes avec le pilon, le mortier, l’alambic, le creuset et la forge ; le nitre, la résine, la roselite et divers sulfates d’étrange composition ; des instruments et des tables astronomiques. Tout cela en vue de l’étude abstruse d’analyses et de synthèses servant à permettre la conquête de tout ce qui est possible ; la réduction ou l’annihilation de la souffrance et des manquements dans l’organisme ; la régénération de l’homme, et l’obtention du solvant universel, ou Menstrum Universale, servant à enlever toute trace de maladie dans l’organisme humain, renouvelant ainsi la vie, la transmutation des métaux basiques en métaux supérieurs, ou l’élévation du Divin en l’Homme.

Deux fois la cloche au battant en fer avait retenti à travers les rochers, enlevant les moines à leurs songes et leurs devoirs, proclamant la trouvaille de quelque secret potentiel. Une fois cela concernait la résolution du Mystère de la transmutation de métaux de base ou d’alliages en Argent, et puis ensuite en Or précieux, mais sans qu’il soit possible que ceux-ci soit utilisés pour le confort et le luxe.

Cependant le plus grand secret restait caché, la prolongation, la régénération de la vie animale. La mort attendait celui qui sonnerait le tocsin, à l’exception de celui dont l’habileté avait permis de résoudre un des quatre problèmes : Premièrement, la régénération de la lampe éternelle ; Deuxièmement, la transmutation en Argent ; Troisièmement, la transmutation en Or ; et quatrièmement, la découverte de l’Elixir Vitae.

Concernant ce dernier, le Signor Gualdi, un Magister Templi, avait longuement recherché chaque jour la solution finale ; il ne doutait pas qu’il y arriverait bientôt, et son assurance avait pénétré l’esprit de ses compagnons. Il aspirait à faire retentir la cloche et faire tressaillir son âme. En lettres de feu, il avait écrit cet aphorisme, Igne Nitrum Roris Invenitur, « par le Feu le Nitre de la Rosée est extrait »  et cela devait être sa solution.

Toute la nature dormait, les moines fatigués – à l’exception d’un seul – étaient partis se reposer, même les feux de la forge sommeillaient, lorsqu’à l’heure fatidique, l’entreprenant Gualdi quitta son siège de pierre dans la chapelle brillante du rocher, et en criant Eureka, fit résonner la cloche d’un son non-terrestre, dont l’écho traversa la roche. Cela cessa soudainement dès lors qu’un moine puis l’autre se rendirent vers la Pièce Sacrée sans voir ni rien rencontrer, si ce n’est l’écho de la cloche qui continuait encore de se perpétuer.

Sur la table-autel au centre étaient ouverts les livres de Gualdi, avec à côté un vaisseau contenant le nitre et un creuset partiellement rempli d’or en solution. Un peu plus loin on découvrit un Gualdi transi sur le sol, tenant encore le battant de la cloche. »

 

Dirige-toi maintenant vers l’Officiant.

 

L’Aspirant est conduit vers l’Officiant par le Nord.

Officiant : Ici, à présent, il faut nous reposer, mais nous ne pouvons quitter ce sujet sans que tu aies la possibilité d’enlever de ton esprit de fausses notions éventuelles quant aux Rosicruciens.

La Société ou Fraternité Rosicrucienne a souvent été mal représentée et beaucoup d’étudiants en ont subi le préjudice. L’intelligence devrait toujours prévaloir, mais l’ignorance pernicieuse s’est perpétuée sans qu’aucun ne recherche vraiment la vérité. L’ignorance, les préjugés, l’envie et la vanité se sont emparés de l’esprit des critiques et des historiens ; pourtant les doctrines uniques et attractives sur la Rose ont intéressé dès le XVIIe siècle, même si la Société avait déjà vu le jour à la fin du XVe siècle.

La vie des Rosicruciens eut souvent un caractère fort dramatique. La branche pratique de la Société était en charge des Alchimistes et des Hermétistes, qui tout en affirmant avec raison leur capacité à transmuer les métaux en Or et en Argent s’intéressaient également aux pouvoirs de l’âme et de l’esprit, et non pas aux richesses, comme cela est le but de tous les vrais philosophes. Le vrai philosophe ne recherche pas la pompe, l’éclat, la splendeur ou le luxe, car il a été éduqué dans une sphère plus élevée et il est conscient de la nature transitoire des choses. Il considère les biens, l’honneur, la situation et l’argent comme insignifiants ; il pousse son âme en quête du Surnaturel à travailler dans une lumière aimante et à propager de saintes pensées en tant que biens célestes les plus précieux.

La grandeur du monde s’effondre devant l’élévation de l’intelligence ; le monde physique perd de l’importance et le vrai philosophe se sent plus proche des hôtes angéliques. Il s’intéresse aux royaumes invisibles et à ce qu’il a pu entrevoir des gloires immortelles lors de ses rêves magiques. Il vit dans une atmosphère de musique céleste, son âme demeurant en harmonie avec les désirs de son esprit.

Le souhait le plus cher des Rosicruciens était de traverser ce monde sans être remarqué ni contesté, mais ils ont toujours été prêts à agir au mieux quand ils le pouvaient le faire, sans révéler leur identité. Maintenant, frater Zelator, que tu as passé les cérémonies prescrites par notre Cérémonial, et après que tu te sois agenouillé devant l’Autel de Lumière, il est permis de te joindre aux travaux mystiques de ce degré. Ce privilège n’est conféré qu’à ceux qui sont suffisamment discrets et dignes pour recevoir en toute confiance les révélations de la Théosophie et de la Science Hermétique. Lors de notre cérémonie, il est possible que tu aies remarqué une similitude avec un certain rite pratiqué lors des Anciens Mystères. C’est ainsi que nous espérons mener l’Aspirant sincère vers les royaumes élevés de la Vérité intellectuelle et à la connaissance de l’Eternité. L’origine de notre philosophie remonte au plus lointain passé, elle a été soutenue par des Sages et des Mages en une grande procession spirituelle d’instructeurs venus éclairer le chemin vers la Sagesse. Ces hommes dignes et sages furent les hérauts de nos principes, ils allumèrent leurs lampes à ce même Feu Sacré qui nous réjouit aujourd'hui. Ne sois pas effrayé parce que le chemin semble long et si l’âme se fatigue, mais travaille pour avancer vers les plus hauts plans de Sagesse. La vie elle-même est représentée dans cette cérémonie d’ouverture, et le serpent dans sa course, en vérité divinement dirigée, est celle des Hommes Sages en quête de Vérité. Des difficultés et des dangers peuvent troubler la vision mentale, et même si des obstacles se présentent dans les affaires de ce monde, rappelons-nous toujours, cependant, que la Connaissance est Pouvoir et que la source de toute Sagesse nous guidera dans nos pas peu assurés au cours de ce voyage qui mène à la Vie Eternelle.

 

Batterie de trois afin que tous se lèvent.

 

Sois prêt à dire, comme les martyrs d’autrefois, Ab Ben veRouah haCodesh, « Père, Fils, Saint-Esprit » - A Toi toute la Gloire.

 

Le Porte-Flambeau se dirige vers l’Aspirant et, après avoir placé une bougie allumée dans sa main, lui demande de l’éteindre dans un récipient de sel (près de l’Est), en disant :

 

Porte-Flambeau : Comme la lumière de cette bougie, ainsi ta flamme viendra à s’éteindre si tu venais à manquer au serment que tu as fait envers nous.  En disant cela, il place le papier triangulaire mystique avec le nom de l’Aspirant et les Initiales Sacrées dans les flammes du

               

Luminaire central à l’Est, puis conduit l’Aspirant vers l’extérieur.

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Grade de l'Initié dans les profonds mystères (1780)

Publié le 19 Août 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels


 

Objet de ce grade

 

Le Grade de l'Initié dans les profonds mystères a pour objet de faire connaître, aux vrais maçon parfaitement affermis dans les principes de

la maçon ce qu'il y a de bon ou de vicieux dans tous les autres grades dont on y fait la critique ; c'est pourquoi pour pouvoir juger sainement si les grades qu'on y approuve ou désapprouve donnent réellement lieu au jugement que l'on en porte, il est essentiel d'avoir reçu tous ces grades, ou du moins de les connaître.

Ces grades sont principalement les trois de la maçonnerie Bleue, celui de Maître Parfait ; celui d'Elu ; l'Élu de l'inconnu ; celui des Quinze ; celui d'Écossais ; celui de Souverain Cons? du Temple ; celui d'Élu suprême, celui de Chevalier d'Orient ; celui de Chevalier d'Occident ; celui de Sublime Philosophe ; celui de Chevalier du Soleil ; celui de Chevalier du Phénix ; celui de Chevalier de l'Aigle Noir, ou Rose Croix de Marseille.

 

 

Discours de l'Orateur.

 

Après que l'instruction est finie, le Frère Orateur lit le discours suivant, dans lequel se trouve expliqué parfaitement tout l'objet de ce grade :

Vous avez passé par tous les grades, on vous a fait parcourir jusqu'à aujourd'hui, les uns après les autres, tous les mystères redoutables au vulgaire, parce qu'il ne les connaît pas et que le sage voit pour la plupart d'un oeil méprisant et dédaigneux.

Nous savons rendre justice à la vertu et à la vérité, elles nous sont chères. Ce que vous allez entendre vous en convaincra de plus en plus.

L'analyse de ces grades va vous être dévoilée, vous allez en pénétrer les replis les plus cachés.

En vous découvrant les moindres circonstances, vous en reconnaîtrez les explications et vous sentirez enfin ce qu'ils méritaient de votre approbation et de votre mépris.

Les connaissances que vous avez dû acquérir après avoir été reçu Apprenti, Compagnon et Maître dans les grades de l'Elu Ecossais, Parfait Maître  Anglais, Elu suprême, Souverain Commandeur, Chevalier d'Orient et d'Occident, Prince de Rose Croix; Grand Elu, Chevalier de l'Aigle Noir, Chevalier du Soleil et des adeptes, Sublime Philosophe et Chevalier du Phénix sont les seuls sur lesquels nous nous étendrons. Les autres, qui sont en quantité et qui ne sont que des répétitions sèches et stériles de ceux dont il vient d'être fait mention, resteront dans l'oubli et ne nous laisseront d'autres impressions que le dédain le plus parfait pour ceux qui ont pu employer leur temps à des ouvrages aussi futiles, de peur d'être obligé de les haïr comme des gens infâmes, que la cupidité seule a conduits dans un travail aussi pitoyable.

 

APPRENTI ET COMPAGNON. - Les deux premiers grades nous apprennent l'entreprise que fit Salomon de bâtir un Temple à l'Éternel ; les précautions qu'il prit pour le rendre magnifique ; la demande qu'il fit d'Hiram Abif à Hiram, roi de Tyr, pour lui confier en chef la conduite de cette sainte entreprise ; le partage que fit Hiram Abif des ouvriers en trois classes ; les signes, mots et attouchement dont il convint avec eux pour les reconnaître les uns d'avec les autres ; les proportions du Temple et des deux fameuses colonnes.

Jusqu'ici il n'y a rien de mystérieux ; ouvrez la Bible, vous y trouverez les mêmes choses expliquées peut-être plus clairement. Mais n'importe, reconnaissons la prévoyance de notre instituteur.

Pour parvenir à son but, qui était de rendre les hommes égaux et de les faire vivre ensemble dans l'union la plus étroite et la plus intime, il sut s'accommoder à leurs moeurs et de plus à la faiblesse de leur âme. Il reconnaissait combien le merveilleux a de pouvoir sur le coeur humain. Il descendit à des considérations, rendit l'entrée de l'ordre difficile, imagina de rendre les réceptions terribles et formidables et sut les rendre respectables par l’appareil mystérieux qu'il répandit sur tout ce qui nous environnait.

l sentit d'ailleurs la dure nécessité de ces formalités ; il vit qu'en trompant le vulgaire, il éprouverait l'âme de ceux qu'il voulait admettre, qu'il sondait par là leur coeur et leur façon de penser, et qu'il pourrait par ce moyen distinguer la bonté du caractère et de l'esprit de candeur.

D'ailleurs l'établissement de notre M? est louable; il tendait par son application à faire vivre les hommes dans l'égalité et à n'admettre entre eux de prééminence que celle que donne la vertu.

Maîtrise. - Si nous avançons, la M? nous offre le massacre d'Hiram par 3 malheureux conspirateurs jaloux de la gloire et de la faveur qu'il recevait en vivant familièrement avec le roi Salomon, l'assemblée que tinrent les maîtres pour délibérer sur ce qu'ils avaient à faire, afin de prouver leur innocence à Salomon, la recherche du corps du R? M? Hir? qu'ils retrouvèrent et l'exhumation qu'ils en firent.

Déjà dans ce grade le crime se glisse parmi les constructeurs du Temple, mais on su le tourner à profit pour en montrer l'horreur et le faire détester de ceux qui étaient membres de l'ordre naissant.

 Elu. - Dans l'élu, la vengeance tirée des meurtriers est une leçon qui nous prouve que le crime ne reste jamais impuni, que l'auteur de la nature est infiniment bon, juste et implacable pour les méchants.

On découvre dans ce grade Abiram, un des auteurs de ce meurtre ; mais d'où vient qu'on fit des recherches contre Cebal et Méphiboseth ? pourquoi multiplier les êtres  Ne pouvons-nous pas dire que déjà le vice se glissait dans la Maçonnerie et que cette multiplication était un présage des désordres qui allaient s'ensuivre ? Le crime puni et le corps retrouvé, il fallut inhumer notre Respectable Maître avec la pompe qu'exigeait le service qu'il avait rendu, et il aurait sans doute mérité une autre récompense.

C'est le sujet de l'Ecossisme, où l'on glisse des cérémonies judaïques qui ne peuvent faire qu'un très mauvais effet, surtout dans un temps où les personnes qui sont à la tête des LL? sont souvent peu instruites et ont d'ailleurs des dépenses à faire, pour les rendre avec dignité, motifs qui peuvent les faire regarder comme contraires aux règles de l'ordre, par celui qui possède au fond du coeur les vrais principes de la nature qui est de saisir les occasions de se rendre utile à l'humanité souffrante.

 

Parfait Maître Anglais

 De là on passe à la Maîtrise du Parfait Maître Anglais qui est une répétition générale de ce qu'on a vu et qui aurait dû être le seul grade, si notre législateur n'eût eu crainte de communiquer trop vite l'intelligence de notre ordre, et de donner lieu à l'indiscrétion en communiquant tout d'un coup ce qu'il y avait de mystérieux à un homme nouvellement reçu.

Voilà ce qui a fait longtemps le secret de notre ordre respectable.

 

Elu de l'inconnu et des quinze.

Tout était bon jusqu'alors. Rien, excepté les élus de l'inconnu et des quinze, n'était de trop. Tout tendait au bien et au maintien de l'ordre ; mais il n'est rien de stable. Les hommes aussi changeants que I'ombre et aussi légers que le vent pouvaient-ils rester longtemps dans l'état heureux où notre législateur s'était efforcé de les mettre  Pleurons leurs faiblesses et leur aveuglement, mais sachons réparer leurs torts et donner un nouveau centre à l'Art Royal en rétablissant les premières Loges en rendant un culte pur à l'Étre suprême, en déchirant impitoyablement le bandeau qui nous a privés jusqu'à ce jour de la vraie lumière.

 

Ecossais.

On fit ensuite du Parfait Maitre Anglais, le grade d'Écossais, qui renferme la cérémonie de la dédicace du Temple. Il était, suivant les apparences, naturel de terminer l’histoire.

 Souverain  Commandeur du Temple.

 Mais où cela nous conduit-il ? Au Souverain Commandeur du Temple, grade où l'indécence la plus outrée et l'insolence la plus criante sont permises à celui qui en est décoré, par la seule raison qu'il sait que c'était au commandeur. qui en gardait la clef et qui avait l'honneur d'être admis à la cour du roi Salomon.

 

Elu suprême.

On sentit ensuite qu'on pourrait ajouter à celui qui vient d'être dit la chute du roi Salomon, son impiété et les sacrifices abominables qu'il faisait aux faux dieux, dans ce même temps qu'il avait fait construire pour le seul et véritable Maître de la nature et le comble de la folie en faisant substituer à l'arche d'alliance les simulacres des divinités que lui apportaient ses femmes et ses concubines. On imagina donc l'Elu Suprême où l'on jure une haine implacable à cet ennemi déclaré de celui qui l'avait comblé de ses bienfaits.

 

Chevalier d'Orient.

Il fallut aller plus loin ; le rétablissement du Temple de Dieu sous Cyrus fut le sujet du Chevalier d'Orient. Vous y apprenez la manière dont Zorobabel va se présenter devant Cyrus. Il pousse dans son antichambre des soupirs qui sont entendus des gardes. On va voir quel est l’homme revêtu d'un voile, couvert de cendres, qui pousse ces gémissements. On le fait prosterner aux pieds du roi qui gracieusement lui laisse voir son visage et qui ordonne à son ministre de lui donner des instructions qui consistent à lui dire qu'il faut avoir un mot de passe pour se reconnaître dans un besoin et qu'il faut être bien unis. On l'arme ensuite en Chevalier d'Orient en lui mettant une écharpe sur laquelle est représentée un pont traversant une rivière, parsemée de têtes de mort et d'ossements. On y apprend le fameux combat du fleuve Starburzanaï ; la victoire que remporte Zorobabel sur les sujets du roi Cyrus qui l'avaient attaqué malgré le passeport qu'ils voulurent lui faire avoir, signé de leur roi.

Les noms des ouvriers du nouveau Temple le nombre des hommes qui y furent employés, la résolution qu'ils prirent de travailler, mais avec l'épée au côté, le nombre d'années qu'ils furent à le construire qui fut de 40 ans : toute cette histoire se trouve encore dans la Bible, sauf la réception du Chevalier par Cyrus dont il n'est fait aucune mention et qui d'ailleurs est par elle-même fort peu nécessaire.

 

Chevalier d'Occident.

On trouve dans l'Apocalypse le sujet du Chevalier d'Occident où vous êtes ensuite transporté. La Loge représente le ciel tel qu'il est décrit par saint Jean. Le Maître de la Loge représente l'Alpha et l'Omega ; il tient un livre fermé, sept sceaux qui s'ouvrent et dont il sort des traits ; une balance, une épée, emblèmes que l'on explique et qu'on fait rapporter à la Maîtrise

Comme l'Apocalypse est indéchiffrable, ce grade l'est tout autant et ne peut être regardé comme admirable que par ceux auxquels les choses auxquelles ils ne comprennent rien paraissent des mystères et des merveilles ; absurdité moins criminelle que celles dont on vient de parler, mais encore plus folle.

 

Sublime Philosophe.

 L'or, ce métal source de tant de crimes et d'horreurs et dont nous devrions pouvoir nous passer, est l'idole que nous cherchons avec le plus grand empressement.

Le Sublime Philosophe.titre sublime et qui ne convient qu'à celui qui l'est et non point à un homme dont l'occupation est absolument contraire ; titre qui ne doit être accordé tout au plus qu'à celui qui a la vertu pour principe, qui la pratique et qui par son moyen sait se rendre heureux, le Sublime Philosophe, disons-nous, fait son unique étude de la richesse de ce fantôme, et prétend par ses découvertes égaler la science du créateur et de l'auteur de tout être.

 

Chevaliers du Soleil et du Phénix.

Ces grades sont un mélange de religion, de mercure, de soufre et d’autres ingrédients qui entrent dans la composition de ce précieux métal qu'Hiram ainsi que Salomon possédaient, mais qui a été perdu et qui ne se trouve plus que chez quelques-uns des descendants de ces fameux alchimistes ou de leurs élèves. L'on cherchera dans ce grade la vertu et le repos après le travail immense qu'exige ce grand oeuvre dont le secret n'est pas encore trouvé et ne se trouvera pas de sitôt. Ce grade donne des relâchements au moyen desquels on se flatte de pouvoir le trouver.

On pardonnerait à des hommes fous ou insensés de s'y appliquer. Mais que, sans la moindre notion de chimie et sans la moindre teinture physique des autres sciences nécessaires à un travail de cette espèce, on s'y adonne et l'on s'y livre dans ces grades où il en est question, il faut être absolument dépourvu de bon sens, et c'est se mettre dans le cas d'être enfermé aux petites maisons.

 

Souverain Prince Rose-Croix.

Comme l'Ancien Testament a fait place au Nouveau dont il n'était que la figure, et que la loi de grâce a fait disparaître la loi judaïque, on a cru devoir consacrer cette heureuse révolution dans la Maîtrise par un grade particulier. Ce grade est celui de Souverain Prince Rose-Croix.  Autrement dit le Chevalier de l'Aigle ou du Pélican qui a pris sa naissance à Hérodom. Il a pour objet les mystères de la mort et de la résurrection du Sauveur du monde. L'objet de ce grade est sublime, puisqu'il nous rappelle le mystère de notre rédemption opéré par l'incarnation du Souverain Maître de la nature qui pour l'amour de nous a fait le sacrifice volontaire de sa vie, sacrifice dont la mort d'Hiram, qui fait l'objet des premiers grades, n'est qu'une bien faible image, et le triomphe de la religion chrétienne par la résurrection du Verbe. Mais les honneurs et les privilèges extraordinaires qu'on attribue à ceux qui sont revêtus de ce grade sont entièrement contraires à l'esprit d'humilité qu'on enseigne et aux maximes de l'Evangile. C'est la Cène qu'on y fait. A cela près, ce grade est réellement respectable.

Chevalier de I'Aigle Noir

Le désir de se singulariser a fait imaginer à Marseille un grade qui n'a de commun avec celui-ci que le nom de Rose- Croix qu'on lui a donné fort mal à propos. Ce grade, appelé autrement Chevalier de l'Aigle Noir, n'a pour objet essentiel que le Grand Œuvre, comme tous les autres grades prétendus philosophiques dont il a été parlé ci-dessus, par conséquent il n'est ni moins extravagant ni moins ridicule que ces autres grades. La réception est contraire aux lois de la nature et fait horreur à toute âme délicate ; elle est plus propre à former un fanatique qu'un parfait maçon.

 

Grand Elu.

Le grade de Grand Élu est un mélange de l'Elu du Chevalier Kadosch et des grades philosophiques On ne voit pas qu'il ait d'autre objet que l'orgueil et l'esprit de domination dans les Loges vices qui sont également proscrits par les lois de la Maçonnerie; ce qui seul suffit pour prouver l'inutilité et l'indécence de ce grade qu'on devrait totalement anéantir.

 

Voilà les principaux grades analysés. Réfléchissons sur les derniers, qui ont pour objet le Grand Œuvre, et voyons quel bien il pourrait en résulter quand même le moyen de faire de l'or serait découvert.

L'homme qui le posséderait en serait-il plus sage et plus vertueux ? Pourrait-il faire le bonheur de l'humanité et de ses semblables ? Point du tout.

Au contraire, avec la facilité de satisfaire tous ses désirs, il s'abandonnerait beaucoup plus librement aux grands excès, et l'or devenant plus commun rendrait la subsistance et tous les besoins de la vie beaucoup plus chers et ferait périr de misère ceux qui n'auraient pas le bonheur d'en posséder.

Dégageons-nous tous, mes frères de la tyrannie de ces prétendus connaisseurs, et entrons pour n'en sortir jamais dans le vrai sentier du bonheur. Plus de préjugés : ne soyons plus les enfants d'Hiram constructeurs du Temple ni du prince de Juda qui reconstruisit le Temple de l'Eternel, ni de saint Jean l'Apocalypse transporté dans l'île de Pathmos, ni enfin les descendants de personne.

Soyons vertueux, adorons l'Etre suprême parce qu'il est notre bienfaiteur. Chérissons les mortels aveugles parce qu'ils sont nos frères; aidons-les dans leurs besoins, parce que c'est soulager l'humanité. Donnons des conseils parce que par là nous pourrons tirer du joug de l'erreur. Aimons nous parce que l'Éternel nous fit pour nous rendre heureux. Rendons-nous la vie douce par une conduite agréable et honnête. Sachons enfin passer dans le bonheur le peu de temps que nous avons à demeurer sur terre et restons vertueux au milieu des crimes et des désordres où l'univers est plongé. Amen.

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