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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Homélie RER

Publié le 9 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER

 Homélie  du Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules prononcée en la crypte Saint‑Irénée de Lyon , le 3 novembre 2001 à l'occasion de la Fête du renouvellement de l'Ordre

 

La ville de Lyon qui nous accueille aujourd'hui pour toute une série d'événements dont l'importance ne vous échappe pas, et qui était au temps d'Auguste, c'est à dire au temps du Christ, une métropole civile et militaire de l'Empire romain, s'est trouvée devenir la première métropole de l'Église du Christ en Gaule, la première « métropole ecclésiastique » des Gaules. Ce fait historique a valu à l'Église de Lyon une primauté d'honneur et à son évêque, plus tard archevêque, le titre, qu'il porte toujours, de « primat des Gaules ». Ce fait, oui, assurément ; mais aussi, et je dirai même surtout, la gloire de saint Irénée, qui occupa ce siège épiscopal durant le dernier quart du Ile siècle.  

Et il n'est pas du tout indifférent, il n'est pas sans signification au regard de l'histoire providentielle, que ce soit ici, à Lyon, capitale chrétienne des Gaules, qu'a été conçu, fondé et constitué le Régime Écossais Rectifié, et que s'est tenue son Assemblée constituante à laquelle nos fondateurs ont donné, certes pas par hasard, vous le sentez bien, la dénomination de Convent des Gaules.

 

Ce sont ces deux points que je vais aborder successivement.

 

Selon la tradition, les premiers qui apportèrent sur le sol de Gaule la lumière de l' Evangile furent les amis les plus proches de Notre Seigneur, ses familiers, à savoir les saintes femmes que l'on vénère sous le nom des « Saintes Marie de la Mer » : sainte Marie Madeleine, sainte Marthe et leur servante sainte Sarah, ainsi que leur frère saint Lazare, le ressuscité de Béthanie ; on leur attribue d'avoir évangélisé la Provence, de Marseille à Tarascon jusqu'à la Sainte‑Baume.

Libre à chacun d'ajouter foi, ou non, à cette très antique tradition, que l'histoire ne confirme ni n'infirme ce qu'elle nous dit, c'est qu'il y a des traces de communautés chrétiennes (au pluriel) à Marseille dès le ,le siècle. Ce qu'il faut retenir de cela, c'est un caractère que le christianisme gaulois a toujours revendiqué : la familiarité avec la personne même du Christ jésus.  

Si maintenant on quitte le terrain de la tradition pour celui de l'histoire, elle nous montre à Lyon, en plein coeur du Ile siècle, non seulement une communauté chrétienne, mais une Église pleinement constituée, avec à sa tête un évêque, saint Pothin, martyrisé en 177 alors qu'il était nonagénaire, en même temps que ceux que l'on appelle les « martyrs de Lyon », parmi lesquels saint Eléazar, saint Minerve, saint Alexandre, saint Epipode, le diacre saint Sanctus et sainte Blandine, qui avait alors 15 ans.

Les épisodes de leur exécution sont connus de source sûre, ils ne relèvent pas de l'hagiographie imaginative, puisqu'ils firent l'objet d'un rapport officiel ‑ le deuxième connu dans l'histoire après celui sur le martyre de saint Polycarpe dont je reparlerai ‑ rapport adressé par l'Église de Lyon à toutes les autres Églises, dont celle de Rome.

Irénée, alors prêtre, n'avait pas été enveloppé dans cette persécution parce qu'il se trouvait justement en mission à Rome, porteur auprès de l'évêque de cette Eglise, la plus glorieuse d'Occident parce que fondée par les apôtres Pierre et Paul, d'un rapport exposant les sentiments de sa propre Eglise sur un mouvement en pleine expansion et qui devait plus tard dégénérer en hérésie, le montanisme ‑ qui était une sorte de prophétisme charismatique enseignant un ascétisme rigoriste hostile à la chair et refusant la hiérarchie ecclésiastique : comme tel, un ancêtre lointain du catharisme.

De retour de Rome, Irénée succéda à saint Pothin comme évêque de Lyon, en 177, et le demeura jusqu'à son propre martyre, dont le jour calendaire est certain : le 28 juin, mais dont l'année oscille entre 202 et 208.

 

Qui était Irénée ? Un Grec, originaire de Smyrne. Comme lui‑même le rapporte, il a été un disciple intime du grand évêque saint Polycarpe de Smyrne, auprès de qui il a passé son adolescence ‑ saint Polycarpe, illustre figure de l'épiscopat, par son action, par son enseignement (il a écrit de nombreuses épîtres dont la plupart sont, hélas, perdues) et aussi par son martyre, à l'âge de 86 ans, martyre qui est lui aussi connu de source sûre, puisque lui aussi a fait l'objet d'un rapport officiel, celui dont je vous parlais, le premier qui nous reste avant celui des martyrs de Lyon.

Or Polycarpe avait été lui‑même un disciple proche de saint Jean l'Évangéliste qui, comme vous le savez, finit sa longue vie à Ephèse. Ainsi donc, saint Irénée fut le fils spirituel de saint Polycarpe, lui‑même fils spirituel de saint jean ‑ raison pour laquelle, dans les litanies que nous chanterons tout à l'heure en son honneur, il est nommé « petit‑fils spirituel du disciple bien‑aimé ».

Nous touchons ici à une réalité ineffable mais tout à fait consistante, celle de la « filiation spirituelle ». De même qu'il y a, dans l'ordre matériel, des filiations par le sang qui transmettent un certain héritage qu'on appelle le patrimoine génétique, de même il y a, dans l'ordre immatériel, des filiations par l'esprit qui transmettent un héritage spirituel, un patrimoine génétique spirituel. C'est à ce phénomène mystérieux que fait allusion le Christ lorsqu'il dit de Jean Baptiste que « l'esprit d'Elle reposait sur lui. » Ce qui est à l'oeuvre là, c'est ce que saint Paul appelle l' « esprit d'adoption » et qui est un mode d'opération du Saint‑Esprit. Celui qui devient par l'esprit d'adoption fils d'un « ancien », reçoit par làmême une part, ou la totalité, de la capacité de compréhension intérieure, par l'esprit et par le coeur, de son père spirituel. Tout en demeurant lui‑même il devient en esprit ressemblant à son père.

 

Ce double mouvement de la paternité et de la filiation spirituelles est porteur de ce qu'on appelle dans l'Église la Tradition. Il n'y a pas d'autre moyen de transmettre la tradition vraie que la paternité et la filiation, parce que c'est le rapport que Dieu entretient avec son Fils, le Verbe‑Logos, de même qu'avec l'homme, créé à son image.

 

On peut donc dire d'Irénée que l'esprit de jean le Bien‑Aimé reposait sur lui, et en effet toute sa théologie est issue en droite ligne de celui que la tradition orthodoxe nomme « jean le Théologien » ‑ c'est‑à‑dire le théologien par excellence, parce que, selon la même tradition, en reposant à la Sainte Cène sur le coeur de son divin Maître, il a été initié, par transmission directe, par l'effet de la filiation spirituelle dont je viens de parler, à la connaissance des mystères les plus sublimes : la Divinité du Logos et son Incarnation, proclamées par lui dans le Prologue de son Evangile ‑ sur le fondement duquel reposent tous nos travaux ; et l'essence divine, ou plus exactement la manifestation de l'essence divine, également proclamée par lui dans ses épîtres, et qui est l'amour : « Dieu est amour ».

 

L' Eglise de Lyon que dirigea saint Irénée pendant un quart de siècle était donc, très expressément, johannite. Et il est bon de noter que cette caractéristique johannite, en même temps que celle que j'ai signalée au départ, à savoir la familiarité avec le Christ, se retrouvent toutes deux dans le rite ancien des Gaules, qui a été en vigueur dans presque tout l'Occident, de l'Espagne à la Germanie inférieure, jusqu'à la réforme carolingienne ‑et qui a été restauré dans l'Église dont je suis le ministre. Sa liturgie est extrêmement proche dans sa structure de la liturgie jérusalémite, en usage dans la première Église chrétienne, celle de Jérusalem, dont le premier évêque fut « Jacques, frère du Seigneur », c'est‑à‑dire son cousin. En outre, tous les textes de la liturgie des Gaules sont entièrement imprégnés de l'Apocalypse, ils sont tissés de motifs empruntés aux visions de l'Aigle de Patmos ; deux caractéristiques qui ne sont pas du tout partagés par les liturgies orientales : de saint jean Chrysostome, de saint Basile ou de saint Marc. Au demeurant, ces caractéristiques ne se sont jamais vraiment perdues en Occident ‑ indépendamment de la restauration dont Je parlais. En effet, lorsque Charlemagne qui, en tant que militaire, aimait ce qui est uniforme, imposa à tout son Empire le rite romain, en réalité ce qui fut mis en ceuvre, notamment grâce au grand Alcuin, fut un rite gallo‑romain où subsistaient une bonne part des richesses du rite ancien des Gaules, ainsi préservées jusqu'au concile de Vatican Il.

 

Revenons à saint Irénée. Deux choses font sa gloire : ses écrits, et d'avoir rétabli la paix dans l'Église. En effet, un dissentiment sérieux opposait les Eglises entre elles à propos de la date de Pâques. Les Eglises d'Asie mineure, interprétant à la lettre l'évangile de saint jean et s'appuyant en cela sur l'autorité de saint Polycarpe, célébraient la Pâque le 14 du mois hébreu de Nisan. Partout ailleurs, on la célébrait le dimanche suivant. (On sait que, depuis, les chrétiens ont fait beaucoup mieux en matière de désunion et que, si les dates de Pâques selon le calendrier occidental et selon le calendrier oriental peuvent parfois, mais rarement, coïncider, comme ce fut le cas en cette année 2001, l'écart entre elles peut atteindre jusqu'à cinq semaines !). Les papes successifs de Rome ayant échoué à établir par la persuasion l'unité de célébration, le pape Victor décida d'agir par voie d'autorité et menaça d'excommunication les Eglises d'Asie. Bien que saint Irénée fût lui‑même, comme je l'ai dit, originaire d'Asie et disciple de saint Polycarpe, l'Église de Lyon avait adopté l'usage général. Cependant, il se rendit à Rome pour dissuader le pape Victor de briser la paix de l'Église en agissant par la force, surtout contre des Églises aussi anciennes et aussi vénérables, qui avaient été fondées par d'aussi glorieux apôtres que saint jean et saint Paul. Il réussit pleinement. En cela, il se conforma à son nom, qui signifie « pacifique » ou « pacificateur », réalisant ainsi la cinquième béatitude Bienheureux les pacificateurs, car ils seront appelés fils de Dieu ».

 

Son autre titre de gloire, toujours actuel, ce sont ses écrits. Beaucoup sont perdus, mais peut‑être certains se retrouveront‑ils : c'est ce qui s'est produit avec la Démonstration de la prédication apostolique, découverte en 1904 seulement dans une traduction arménienne au fin fond des archives du patriarcat d'Arménie, à Erevan. Lisez cette Démonstration, c'est un exposé catéchétique simple et lumineux.

 

Mais lisez surtout le grand traité de saint Irénée en cinq volumes ‑ dont l'original grec ne subsiste qu'en partie mais qui est connu par une traduction latine très fidèle, traité intitulé en latin Contre les Hérésies et, plus explicitement en grec, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, de la fausse gnose. Ces deux ceuvres sont disponibles dans la collection des « Sources chrétiennes » ‑ dont le siège, et ce n'est pas un hasard, se trouve à Lyon.

Si vous lisez ‑ ou parcourez, car c'est assez fastidieux ‑ l'examen détaillé des diverses hérésies à l'oeuvre au temps de saint Irénée, et dont, souvent, nous ne connaissons plus l'économie exacte que par lui, ainsi que par son disciple saint Hippolyte de Rome, qui écrivit une vingtaine d'années plus tard, vous verrez que les mêmes sont toujours à l'oeuvre de nos jours, quoique masquées sous des noms nouveaux et s'exprimant en termes différents. Toutes ces hérésies sans exception reviennent à nier ou à vider de leur substance les trois dogmes de la foi chrétienne, dogmes dont le refus fait que la foi ne peut plus être dite chrétienne :

 

1) Dieu est à la fois Un et Trine. Comme il est confessé dans le Symbole dit de saint Athanase

 

« La foi catholique consiste à adorer un seul Dieu en trois Personnes et trois Personnes en un seul Dieu, sans confondre les Personnes ni séparer la Substance. Car autre est la Personne de Dieu, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint‑Esprit. Mais la divinité du Père, du Fils et du Saint‑Esprit est une, leur gloire égale, leur majesté coéternelle. »

 

2) Le Verbe, deuxième Personne de la Divine Trinité, est vrai Dieu et vrai homme. Toujours selon le même Symbole

 

« La pureté de la foi consiste à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus‑Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, étant engendré de la substance du Père avant tous les temps, et il est homme, étant né dans le temps de la substance de sa Mère. Dieu parfait et homme parfait, ayant une âme raisonnable et une chair humaine. Egal au Père selon la divinité, et moindre que le Père selon l'humanité. Et quoiqu' il soit Dieu et homme, Il n'est pas, néanmoins, deux personnes mais un seul Jésus‑Christ. Il est un, non que la divinité ait été changée en humanité, mais parce que Dieu a pris l'humanité et l'a unie à sa divinité. Un enfin, non par confusion de nature, mais par unité de Personne ».

 

3) Dieu est amour.

La caractéristique qui manifeste la vie divine ad intra et ad extra, c'est‑à‑dire les  rapports des Personnes divines entre elles et les rapports de Dieu avec sa création, c'est l'amour, l'amour  total, sans restriction ni réserve, qui est don et donation.

Les hérésies, toutes sans exception, reviennent à nier tout ou partie de ces dogmes, et tout  particulièrement la réalité de l'Incarnation du Verbe, car si le Verbe ne s'est pas incarné, il n'y a plus de i salut possible pour l'homme. Et l'ennemi du genre humain, ne pouvant empêcher que le salut de l'homme s'opère, qu'il s'est déjà opéré, s'efforce au moins ‑ et réussit souvent ‑ de faire que tel ou tel homme pris individuellement n'y croie pas, ce qui empêche en effet le salut de s'opérer pour lui.

Donc elles nient, ou la réalité de l'humanité du Christ, ou la réalité de sa divinité ‑ et donc dans les deux cas la réalité de sa double nature ; ou bien elles nient qu'il y ait un abîme absolu entre Dieu Créateur et sa créature, ce qui ferait par conséquent que cette dernière pourrait par ses propres efforts se diviniser elle‑  même ‑ ce qui est le processus orgueilleux de Babel ; ou bien au contraire elles affirment que cet abîme est infranchissable et que Dieu est un Dieu souverainement indifférent à sa création, un Dieu lointain dénué d'amour ; ce Dieu pouvant même être tellement lointain qu'il sombre dans le néant, qu'il est  totalement absent ‑ alors pourtant que cet abîme absolu a été franchi par Dieu qui nous aime et parce qu'Il nous aime.

Cherchez autour de vous, vous reconnaîtrez des silhouettes ô combien familières.

Saint Irénée ne se contente pas de démonter les mécanismes pervers de l'esprit de l'homme déréglé par les insinuations du Malin, il affirme en contrepartie l'axiome lumineux du christianisme, qui est: « Dieu s'est fait homme pour l'homme devienne Dieu ».

La doctrine de saint Irénée est résolument optimiste parce qu'il sait, par cette connaissance intérieure reçue, je l'ai dit, du disciple bien‑aimé, que Dieu est amour, qu'il est mû par ce que les Pères grecs appellent la philanthropie, c'est‑à‑dire l'amour pour l'homme, et qu'Il ne retire jamais ce qu'une fois il a donné.

 

Cette doctrine est celle‑ci. L'homme a été créé originellement dans un état glorieux, il jouissait de l'immortalité et de la joie parfaite de la familiarité avec la présence de Dieu. Il a donc été créé dans un état de perfection ‑ mais dans un état de perfection relative, car cet état était un état d'enfance ; et le programme prévu pour lui était de devenir adulte à la mesure parfaite de Dieu. En d'autres termes, il a été créé à l'image et selon la ressemblance de Dieu, c'est‑à‑dire qu'il lui fallait compléter la ressemblance de manière à la rendre complète, parfaite, jusqu'à l'identité. Ce qui était proposé à l'homme ‑ et ce qui lui reste toujours proposé ‑ c'est de devenir par grâce ce que Dieu est par nature : divin.

 

Ce pourquoi il était prévu de toute éternité que le Fils de Dieu s'incarnerait afin d'unir en Lui la divinité à l'humanité, pour qu'en retour l'homme unisse en lui l'humanité à la divinité : réversibilité totale !

I' Incarnation du Verbe n'a donc pas été nécessitée par la chute ; ce que la chute a en revanche rendu nécessaire, à cause de son amour totalement gratuit pour l'homme, c'est sa Passion et sa Mort sur la Croix qui devient du même coup l'instrument du triomphe sur la mort, et sur le maître de la mort Satan, puisqu'elle ouvre les portes de la Résurrection.

Ainsi, le plan divin, qui est la déification de l'homme et la transfiguration universelle, en d'autres termes l'avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, de la nouvelle Jérusalem venue d'en haut d'auprès du Père, ce plan s'accomplit‑il de nouveau. Et il s'accomplit au sein de l'Église « catholique » au sens propre, c'est‑à‑dire universelle ; car l'Église est le milieu, le creuset, l'athanor, dans lequel, par l'action du Christ et du Saint‑Esprit ‑ « ces deux mains du Père à l'oeuvre », comme les décrit saint Irénée ‑ l'univers entier est en marche vers la transfiguration et l'homme vers la déification. L' Eglise sera accomplie en plénitude lorsque la totalité de la nature créée sera réunie dans la Nouvelle Jérusalem par et dans l' Agneau Emmanuel, « Dieu‑avec‑nous ».

 

Autre point : ce qui, en l'homme, est porteur de la ressemblance divine, c'est son esprit, cependant que son corps et son âme participent de la nature matérielle créée. Ainsi donc il unit originellement en lui les cieux et la terre. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle annoncés par saint Jean dans son Apocalypse, ce sera l'Homme Nouveau à la mesure parfaite du Christ, le Premier Adam renouvelé, redevenu nouveau, par sa similitude et son union avec le Nouvel Adam, Jésus‑Christ.

Telle est la théologie fulgurante de saint Irénée ‑ et pourtant exposée avec une simplicité et une limpidité saisissantes, qui sont la marque de la vérité. La vérité est évidente

 

Vous aurez assurément reconnu au passage les thèmes fondamentaux de la doctrine du Régime Rectifié, telle que l'ont fixée nos instituteurs, au premier rang desquels Jean‑Baptiste Willermoz. J'emploie Ici le terme d'instituteur dans son acception plénière, celle dans laquelle lui‑même l'employait : l'instituteur, c'est à la fois celui qui institue, le fondateur, et celui qui instruit, l'enseignant. Jean‑Baptiste Willermoz a été les deux.

 

Ne croyez surtout pas qu'il a tout créé de son chef, lui‑même a toujours affirmé le contraire. Non, il a été le véhicule ‑ véhicule génial, inspiré ‑ d'une tradition. Et cette tradition, dans le domaine religieux, c'est celle qui remonte à saint Irénée. je suis absolument convaincu, car les choses seraient incompréhensibles autrement, qu'il a bénéficié de cette filiation spirituelle dont je parlais au début. Mais il n'en a pas bénéficié passivement. Car une chose que j 1 ai omis de dire, c'est que cette filiation, il faut la mériter : par son travail, par son vrai désir, par une attente, une foi, par ce que, faute de mieux, j'appellerai une « ouverture ». Willermoz a eu tout cela. Ainsi, par exemple, ses notes de lecture, conservées dans le fonds de la Part‑Dieu, prouvent une étude assidue des Pères de l'Église, dont les Pères grecs. Cela m'avait frappé il y a longtemps déjà : l'étonnante similitude entre la description qu'il donne de l'homme paradisiaque dans certaine de ses Instructions secrètes et la même description qu'en donne saint Grégoire de Nysse. La similitude est tellement grande qu'il est impossible qu'elle soit fortuite.

 

Donc, la doctrine rectifiée, que je m'attache depuis des années à mettre en valeur et à faire comprendre, est issue en droite ligne des Pères de l'Église, à commencer par saint Irénée, apôtre des Gaules, notre père dans la foi.

 

Quant à la vie de Willermoz, je dirai qu'elle a été tout entière action charitable. D'abord parce que transmettre et propager la vérité et la religion est en soi‑même action charitable. Mais aussi parce que son dévouement dans la vie civique et sociale a été sans bornes durant sa longue existence, se consacrant à l'hôtel‑dieu puis aux hospices civils de Lyon dont il fut l'administrateur bénévole pendant de nombreuses années, appliquant ses capacités d'administrateur à sa paroisse Saint‑Polycarpe (admirez la rencontre) dont il fut membre du conseil de fabrique ( l'ancien nom des conseils paroissiaux), s'occupant d'enseignement primaire, venant en aide aux indigents... bref exerçant tous les « devoirs particuliers » qui sont énoncés à un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. Vous savez ‑ J'ai développé cela à la SaintMichel ‑ le prix que Willermoz attachait à la bienfaisance, ce « bras armé de la charité », comme je l'ai dénommée. Il n'a cessé de la pratiquer.

 

Oui, Willermoz fut, pleinement, complètement, un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

 

Nous allons donc, dans la suite de cette célébration, rendre un double hommage. D'abord à Jean‑Baptiste Willermoz et à tous les siens, dont j'ai dressé une liste qui englobe tous ses frères et soeurs, sans oublier son épouse et ses trois enfants 2; parmi ses frères, nous aurons une mention spéciale pour Antoine, dont l'arrière ‑ arrière ‑ arrière‑petit‑fils Gabriel nous fait l'amitié et l'honneur de sa présence ici avec son épouse Marie‑Claude et leur fille Blandine. Pour eux tous, nous célébrerons l'office dit de « mémoire éternelle », par lequel nous demanderons à Dieu qu'il garde éternellement en sa mémoire ceux pour qui nous prions ‑autrement dit qu' il leur donne la vie éternelle.

Puis, à l'issue de la liturgie, nous nous rendrons au cimetière de Loyasse, où nous célébrerons pour eux l'office complet des défunts qui, dans la tradition orientale, s'appelle pannychie, parce qu'il durait toute la nuit (c'est le sens de ce terme).

 

Le second hommage ira à saint Irénée, qui est notre hôte puisque nous avons la joie de prier en présence de ses reliques, ce qui est une grande grâce ‑ raison pour laquelle )'ai choisi de célébrer la liturgie de sa fête, le 28 juin. Tout à l'heure, à la fin de la liturgie, nous chanterons les litanies en l'honneur de celui que ‑ vous le verrez ‑ nous nommons le « maître spirituel qui nous conduit vers le Royaume », le « maître incomparable de la déification du monde ».

 

A notre Dieu qui nous a aimé d'un tel amour qu'Il nous a donné son propre Fils pour nous communiquer et partager avec nous son amour, et qui nous a donné de tels apôtres pour nous réunir dans le lieu de son amour qui est l'Église, au Dieu Tri Unique, soient honneur, gloire et adoration aux siècles des siècles.

  

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Les Elus Coëns

Publié le 8 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Elus Coëns


Emission de Michel CAZENAVE, Les vivants et les dieux  (France Culture, le 4 mars 2000)

avec Robert AMADOU.


Michel Cazenave
: Lorsqu'on lit le grand œuvre de Léon Tolstoï, Guerre et paix, on s'aperçoit très vite que l'un de ses personnages principaux, Pierre, décide d'entrer dans la franc-maçonnerie et hésite entre une branche que l'on qualifierait assez facilement de branche normale de la franc-maçonnerie et puis une autre branche qui est une branche franchement mystique pour ne pas dire illuministe. Guerre et paix, on le sait, se passe sous le règne de Napoléon 1er, ce qui veut dire que très vite la franc-maçonnerie, aussitôt qu'elle est apparue, s'est divisée, si ce n'est d'une manière tout à fait officielle, tout à fait institutionnelle, mais s'est divisée en effet entre une franc-maçonnerie, je dirais, plus ou moins déiste, faisant référence, bien entendu, au Grand Architecte de l'univers, et puis, d'autre part, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'obédience écossaise, une branche qui, elle, est une branche effectivement mystique, illuministe, dont la pente principale de réflexion est une explicitation, et une méditation, en même temps, sur les grands textes fondateurs de la chrétienté et particulièrement sur le livre de la Genèse, où l'on voit se jouer le sort de l'humanité.

Dans cette maçonnerie et particulièrement en France, il y a un personnage tout à fait étonnant qui est Martines de Pasqually. Martines de Pasqually, parce que, effectivement, il met en route toute une nouvelle réflexion, tout un nouveau rapport, si l'on peut dire, aux textes sacrés, à la fois lus d'une manière ésotérique et hermétique et lus d'une manière tout à fait chrétienne, tout à fait catholique même, puisque Martines de Pasqually se réclamera toujours de l'Eglise, mais Martines de Pasqually qui est en même temps le maître de celui qui va devenir le grand philosophe illuministe de la fin du 18e siècle et qui va influencer tout le 19e siècle, c'est-à-dire Louis-Claude de Saint-Martin, celui qu'on appellera "le Philosophe inconnu", titre que d'ailleurs il réclamait lui-même par humilité intellectuelle, par humilité morale, par humilité spirituelle.

Or on vient de retrouver assez récemment un certain nombre de leçons données à l'intérieur de ce que l'on pourrait appeler un couvent maçonnique, dans la ville de Lyon, par trois des principaux élèves de Martines de Pasqually : Jean Baptiste Willermoz, et puis, précisément, Louis-Claude de Saint-Martin, et où l'on peut voir, à l'état naissant, la pensée de celui-ci, à travers la manière dont il donne ses cours, à travers les annotations qu'il met sur les cours des autres, à travers les réflexions qu'il se fait à lui-même et les objections qu'il s'oppose quant à sa propre manière de réfléchir ou, il vaudrait sans doute mieux dire, de méditer sur le texte de la Bible. C'est donc un document absolument incomparable sur la genèse de cette pensée et sur l'état de ce qu'était l'illuminisme au 18e siècle, dont on sait quelle a été l'immense importance culturelle, à tel point que son influence va jouer sur tout le siècle suivant, influant en grande partie sur la littérature française. On peut penser même à des auteurs chez lesquels, en principe, on ne s'attendrait pas à voir apparaître cette trame de pensée, je pense, en particulier, évidemment, à quelqu'un comme Honoré de Balzac qui à la fois se réclame de Swedenborg et à la fois se réclame de Louis-Claude de Saint-Martin. Pour nous accompagner dans ce parcours, dans cette découverte, en fait, d'un pan comme inconnu de l'histoire de nos idées en même temps que de nos histoires religieuses - en mettant le mot " religieux " entre guillemets - nous avons avec nous le grand spécialiste, Robert Amadou, dont on sait à quel point il a travaillé en profondeur dans tout ce qui est les courants illuministes et qui a été l'éditeur, celui qui a patiemment rassemblé ces manuscrits qui nous sont aujourd'hui offerts.


Robert Amadou
: L'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers apparaît au début des années 1760. Il est porté, annoncé, dirigé, par un personnage encore énigmatique qui s'appelle Martines de Pasqually. D'où vient-il ? On n'en sait rien. Selon la plus grande probabilité, du moins à mon avis, c'était un marrane d'origine espagnole, sa famille étant vraisemblablement originaire d'Alicante et venant peut-être de Majorque. Martines de Pasqually apparaît lui, à la fin des années 50, dans les milieux maçonniques français et ce n'est donc qu'au début des années 60 qu'il commence à monter ou à démasquer son Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers.

" Ordre ", est un terme français usuel que l'on applique à la haute maçonnerie, si l’on peut dire. "Chevalier" est également un terme très fréquent parmi les titres de hauts grades. "Maçon", il faut insister sur le fait qu'il s'agit bien d'un ordre maçonnique selon Martines. "Elu coën de l'univers", c'est cela finalement qui est intéressant : "élu" veut dire choisi ; "coën", veut dire prêtre, on peut dire les "élus cohanim" si l’on veut être pédant, mais l’on dit les élus coëns. Cet hébreu un peu vacillant est caractéristique de Martines.

"Elu coën de l'univers" : qu'est-ce que ça signifie ? Je crois qu'on peut, si vous le voulez bien, entrer dans le vif du sujet après ce petit préambule historique. Pour Martines de Pasqually, l'homme a une tâche à remplir dans ce monde, c'est de se réconcilier avec Dieu et de travailler à la réintégration universelle c'est-à-dire au retour de tous les êtres. Réintégration où ? En Dieu qui les a émanés ou qui les a créés. Afin d'opérer cette réconciliation, qui est une sorte de divinisation, comme dans la théurgie des anciens, en particulier des néoplatoniciens, et de franchir du même coup une étape, d'aider le monde à franchir une étape vers la réintégration finale qui correspond à peu près, à ce que des Pères grecs ont appelé l'apocatastase, c'est-à-dire le retour de tout dans l'Un pour faire bref, Martines de Pasqually prescrit des rites théurgiques.

Mais il ne s'agit pas, contrairement à la théurgie antique et même contrairement à la théurgie du moyen âge ou de la Renaissance, il ne s'agit pas ou il ne s'agit plus seulement d'une opération qui travaille avec les anges dans un but personnel ou au profit de quelqu'un d'autre, il s'agit d'accomplir le culte primitif, de célébrer le culte primitif. Et c'est là, je pense, le mot clé. Martines de Pasqually, dans son grand ouvrage, le Traité sur (ou de) la réintégration des êtres, n'emploie pas le mot théurgie. Il l'emploie un peu, de-ci de-là, ailleurs, et c'est vrai qu'il enseigne un culte théurgique, mais il enseigne d'abord un culte, un culte qui est le culte primitif, ce culte primitif qui remonte à Noé et, au delà ou en deçà de Noé, qui remonte à Adam. Ce culte primitif est donc destiné à accomplir la réconciliation individuelle. Mais cette réconciliation ne sera parfaite pour chaque homme que lorsque le monde entier sera réintégré, étant entendu que la matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c'est-à-dire qu'elle disparaîtra, sauf les formes transmuées.


Michel Cazenave
: Par rapport à ce que vous décrivez, Robert Amadou, il est évident, je dirais, qu'on voit bien l'aspect marrane, comme on dit, de Martines de Pasqually, c'est-à-dire à la fois une lecture extrêmement attentive non seulement du Nouveau mais de l'Ancien Testament et en même temps cet aspect chrétien auquel, au départ, avaient été forcés les marranes. Mais, du coup, se pose une question, justement, dans cette volonté ou dans cette appétence mystique qui est celle de Martines de Pasqually et de ceux qui vont le suivre :c'est un système quand même religieux, n'ayons pas peur du mot, donc quelles sont les relations avec l'Eglise ? L'on sait très bien que l'Eglise devant la maçonnerie, au 18e ce n'était pas encore ce que l'on a connu ensuite, mais quand même l'Eglise a toujours été plus ou moins réticente, alors que, là, on voit bien qu'il y a quand même une sorte d'adhésion, une adhésion complexe, subtile, dialectique, mais une adhésion à l'Eglise.


Robert Amadou
: Martines de Pasqually disait : "L'un n'empêche pas l'autre". Le culte primitif que j'enseigne, si je puis le paraphraser, n'empêche pas l'adhésion à l'Eglise catholique romaine, et non seulement, le culte primitif n'empêche pas mais encore il requiert cette adhésion. Martines de Pasqually exigeait non seulement que ses adeptes, ses disciples, fussent baptisés, mais encore qu'ils appartinssent à l'Eglise catholique romaine. Lorsqu'il y avait des candidats protestants, on les faisait abjurer ou l’on abjurait en leur nom. Evidemment, on est un peu embarrassé et je pense que Martines de Pasqually était le premier à être embarrassé, car si je ne vois aucune duplicité dans cette attitude, je suis bien obligé de constater que la théologie que l'on peut extraire du système de Martines de Pasqually est, à proprement parler, une théosophie.

Dans une théosophie, il y a une théologie, il y a des théologoumènes qu'on peut extraire. Ces théologoumènes ne coïncident pas avec le dogme de l'Eglise catholique romaine, du moins dans leur formulation. Il s'agit, dans le cas de Martines de Pasqually, d'un enseignement judéo-chrétien, judéo-chrétien, au sens de l'histoire des religions, au sens de l'histoire du christianisme. Martines semble l'héritier de ces communautés judéo-chrétiennes où des Juifs et parfois même des Gentils ou des païens, au sens très large, recevaient la messianité et quelquefois la divinité ou la déité de Jésus-Christ ; je veux dire qu’ils admettaient toujours que Jésus était le Christ, Jésus-Christ était le Messie, et certains admettaient aussi qu'il était Dieu, mais en quel sens ? tout en conservant les observances de la Torah ou une partie des observances de la Torah.

Il y a là une très grande variété et l'Ordre des élus coëns nous rappelle ces découvertes récentes et ces découvertes aussi qui sont en cours et nous apprennent que le judaïsme au début de notre ère était beaucoup plus varié qu'on ne l'avait supposé et que le christianisme était également extrêmement varié. Il n'y avait pas seulement un judéo-christianisme et un pagano-christianisme. Il vaudrait mieux dire: il y avait un judéo-pagano-christianisme aux formes extrêmement variées. Par exemple, on accordait, pour parler d'une des caractéristiques de ces communautés, on accordait une grande importance à la tradition prophétique. Martines de Pasqually est dans le même cas et, pour lui, le culte primitif a été célébré par une lignée de prophètes où l'on trouve Abraham, Moïse et où l'on trouve finalement comme une manifestation, mais une manifestation éminente, une manifestation suprême, seule complète du prophète récurrent, du prophète éternel, on trouve le Christ.


Michel Cazenave
: Dans les Leçons de Lyon aux élus coëns, Robert Amadou, nous nous trouvons, je dirais, devant l'enseignement qui était dispensé par trois adeptes, trois disciples de Martines de Pasqually, dans la ville de Lyon et, lorsqu'on voit les noms de ces trois personnes, c'est-à-dire Hauterive, Willermoz et Saint-Martin, on se dit que c'est assez extraordinaire, parce que, au moins à travers la connaissance que j'ai, Willermoz et Saint-Martin sont parmi les grands noms de ce qu'on appelle la théosophie ou l'ésotérisme mystique à la fin du 18e siècle.


Robert Amadou
: L'attirance de certains personnages par Martines de Pasqually est, en effet, très remarquable, et Willermoz et Saint-Martin en sont deux exemples tout à fait typiques bien qu'ils soient, ou peut-être surtout lorsqu'on considère qu'ils sont extrêmement différents l'un de l'autre. Jean-Baptiste Willermoz est un soyeux lyonnais, catholique romain de stricte observance, très attaché aux titres maçonniques, aux rites maçonniques, aux grades maçonniques. Saint-Martin, lui, est d'une petite noblesse tourangelle, c'est un homme discret, qui a été happé par l'Ordre des élus coëns lorsqu'il est arrivé au régiment de Foix, à Bordeaux, en 1765, et qui s'est donné de tout son cœur et de tout son esprit à cet ordre, qui a aussi aidé Martines de Pasqually, car il a été son secrétaire et c'est grâce à Saint-Martin que le Traité a pu être écrit.


Michel Cazenave
: Si vous voulez bien, Robert Amadou, on va essayer de regarder un certain nombre de points de cette doctrine qui est ainsi exposée. La première chose, moi, sur laquelle je m'interroge, et je m'interroge justement du fait que, en même temps, on appartient à l'Eglise romaine catholique, comme vous nous l'avez signalé, c'est déjà la doctrine de la création parce que là, on a l'impression qu'en réalité c'est, je dirais, assez divergent du dogme disons au moins du dogme admis d'une manière exotérique.


Robert Amadou
: Est-ce qu'il y a divergence ou est-ce qu'il y a explication, explicitation du dogme ? Je ne suis pas sûr qu'il y ait contradiction. Même, je ne le pense pas. Martines de Pasqually fournit une certaine version de la création qui est au moins en apparence différente de la vulgate et il donne des explications qui ne se trouvent pas, disons, dans le catéchisme. Joseph de Maistre, qui avait été à même de connaître la doctrine des élus coëns, puisque tel est leur nom, disait que cette doctrine était le catéchisme couvert de mots étranges. C'est vrai que les mots sont étranges et c'est vrai qu'il y a un catéchisme, le catéchisme catholique romain sous-jacent. C'est vrai aussi que ce n'est pas simplement une traduction dans une langue bizarre des vérités communes, mais qu'il y a effectivement un certain nombre de notions ésotériques, encore une fois, non pas nécessairement contradictoires, mais qui vont beaucoup plus loin.

La doctrine de la création ou de l'émanation : on a souvent voulu faire la différence. Martines lui-même la fait quelquefois, d'autres fois, il ne la fait pas. Il ne faut donc pas être trop pointilleux là-dessus. Au départ, Dieu émane des esprits. Il y a une révolte dans la cour divine et, afin de préserver l'intégrité de cette cour divine quand les esprits rebelles en auront été chassés, Dieu ordonne la création de la matière. La matière sera la prison des esprits mauvais. Cette prison va être à la fois un lieu d'expiation et un lieu de réhabilitation. Afin de garder cette prison et d'y jouer pour ainsi dire les éducateurs, Dieu affecte à cette prison un esprit " émancipé ", comme dit Martines de Pasqually, d'une classe particulière d'anges. Cet esprit, ce sera l’homme et ce sera Adam.

Adam ne répond pas à la confiance de l'Eternel et il passe à l'ennemi. Il se laisse séduire et, de même que l'on avait eu la création des anges et la révolte des anges, chez Martines de Pasqually comme dans le dogme ordinaire, de même la chute de l'homme correspond assez bien, et même correspond bien, à la chute originelle, telle que l'enseigne non seulement l'Eglise catholique romaine mais, en général, les Eglises et les communautés chrétiennes. L'homme va donc commettre un péché fatal, fatal, disons, jusqu'à la fin des temps, et il le commettra par deux fois, voire par trois fois. Il perd, de ce fait, certains attributs qu'il possédait et sa première punition sera d'être englouti dans la matière, d'où il ressortira avec un corps matériel. Son corps, le corps qu'il avait été nécessaire de donner à cet esprit pour en faire un homme émancipé, avec la fonction qui devait être la sienne vis-à-vis des esprits mauvais, ce corps, il le perd. Et ce corps, naguère corps glorieux, corps spirituel, est devenu un corps matériel.

Désormais, l'homme devra combattre les esprits mauvais qui se sont rebellés contre Dieu et qui ont séduit leur propre gardien, c'est-à-dire Adam lui-même, leur propre éducateur, c'est-à-dire Adam lui-même. L'homme devra les combattre, mais il aura toujours à tâche de les ramener, car la réintégration sera universelle et les esprits mauvais, Satan et les siens, si vous voulez, doivent être eux aussi compris dans cette apocatastase ultime.

Et comment l'homme travaillera-t-il désormais à sa réconciliation et à la réintégration de tous les êtres ? Par le moyen du culte primitif, qui comporte des convocations adressées aux esprits bons et des conjurations dirigées contre les esprits mauvais. Aux seuls réaux-croix, les plus élevés en grade de l'Ordre des élus coëns, - ils furent peut-être une douzaine, une quinzaine - d’accomplir le culte dans sa plénitude, et ce culte, puisque, encore une fois, il revêt une forme théurgique, consiste en paroles, en gestes, en attitudes ; il fait usage de parfums. L’attention est accordée aux signes qui pourront être fournis par ces esprits que l’opérant, ou l’opérateur, soit exorcise, expulse et éventuellement purifie, soit par ces esprits qu’il ordonne à son aide.

Une notion, une réalité, est capitale dans la pensée - pensée active- de Martines de Pasqually : la "Chose". Qu'est-ce que la Chose ? On pourrait croire qu'il s'agit du Christ et certains historiens ont pensé que le but dernier de l'Ordre des élus coëns était d'évoquer le Réparateur, comme ils disaient, c'est-à-dire Jésus-Christ lui-même, en personne. Je crois que c'est là tomber dans une confusion à laquelle peut inciter en effet l'articulation un peu bancale de l'appartenance à l'Eglise catholique romaine et de l'appartenance à l'Ordre des élus coëns. La Chose n'est pas la personne de Jésus-Christ, la Chose n'est pas un ange d'une classe si élevée soit-elle, et, de toute façon, l'homme ne peut pas convoquer les anges des classes les plus élevées. La Chose n'est pas Jésus-Christ, c'est la présence de Jésus-Christ. Vieille notion, présence réelle, que l'on retrouve dans la tradition hébraïque, la Chékhina, et qui, dans la tradition helléno-juive ou helléno-chrétienne, prend le nom de Sophia ou de Sophie, la Sagesse.

J’identifie la Chose - la Chose qui est la Cause - avec cette présence de Dieu, présence de Dieu en Jésus-Christ, qui devient sensible parce qu’avec Jésus-Christ va particulièrement la Sagesse ; la Sagesse de Dieu étant à la fois le Verbe lui-même, mais aussi comme la parèdre du Christ, le Verbe incarné, non pas sa moitié ni une quatrième personne, mais comme son double, mieux son enveloppe, tantôt seule, suffisante au besoin ou précurseur, tantôt concomitante. Cette Chose se manifeste par des signes spécifiques. Il n'est pas toujours facile de savoir… Il n'est pas toujours facile de savoir la présence ni non plus sa nature.

Je mentionnais l'angélologie, tout à l'heure ; sa place est essentielle et peut nous dérouter. Qu’est, pour Martines, je ne dirais pas la divinité, mais la déité du Christ ? Le dogme orthodoxe de la déité est très précis : :Jésus-Christ, vrai Dieu, Jésus-Christ vrai homme. Martines me semble affirmer la déité d'une manière conceptuelle pas toujours limpide : l’homme est un homme-Dieu et le Christ est l’homme-Dieu et divin. En même temps le rapport quasi ontologique de Jésus-Christ avec les prophètes antérieurs et avec les anges est tenu pour acquis.


Michel Cazenave
: Robert Amadou, vous avez prononcé le mot de gnose, vous avez largement fait allusion au thème de la Sophia, de la Sagesse de Dieu. Est-ce que, de ce point de vue là, on ne se trouve pas dans un véritable esprit gnostique, puisque la Sophia, on sait que c'est surtout du côté des gnostiques que cela a été exploité (évidemment si on met à part la théologie orthodoxe), et, d'autre part, parler d'une parèdre plus ou moins féminine du Christ comme vous l'avez fait, parler en même temps d'une sorte de combat qui se déroule à travers l'éternité finalement entre les chevaliers du bien et les puissances du mal, on voit bien comment, là aussi, on est dans un vieux fond, je dirais, remontant jusqu'à Zoroastre et qui, par exemple, a été repris par un certain type de gnoses islamiques. Donc, là, vraiment est-ce qu'il ne faut pas insister sur ce thème de gnose ?


Robert Amadou
: Là encore, le moyen le plus utile, le plus fécond de dégager l’idée de gnose telle qu'elle se présente chez les élus coëns, en particulier dans l’accès à la Chose, consiste à se référer au judéo-christianisme primitif. C'est là que l'on trouve une forme de gnose qui évoluera dans la kabbale et a existé bien plus tôt qu'on ne le croyait. Les travaux de Gershom Scholem que vous connaissez bien ont été corrigés sur ce point par Charles Mopsik et par Moshé Idel : cette gnose juive dont la gnose chrétienne a été l'héritière et qui s'est prolongée sous la forme judéo-chrétienne jusque dans l’Ordre des élus coëns, qui existe encore aujourd'hui, cette gnose n'est pas celle de certains gnosticismes plus ou moins aberrants, c'est une gnose qui n'abroge pas la foi mais, comme disait saint Clément d'Alexandrie, "la foi trouve son couronnement dans la gnose". C'est cette gnose-là qu'ont cultivée les élus coëns sous la conduite de Martines de Pasqually.

Louis-Claude de Saint-Martin, quand il aura pris sa distance avec l'Ordre des élus coëns conservera cette gnose. Il l'intériorisera, pour ainsi dire. Sa théurgie est, à terme, une théurgie du cœur, en entendant bien le cœur dans un sens où les vrais mystiques le prennent, c'est-à-dire un organe de volonté et de connaissance autant qu'un organe d'émotion et de sentiment. Saint-Martin enseignera, lui aussi, une gnose, mais cette gnose ne s'exprimera pas, d'une manière pratique, sous la forme théurgique. On pourrait comparer la position de Martines de Pasqually et celle de Saint-Martin aux positions respectives de Plotin et de Jamblique. Très naturellement le néo-platonisme, dans sa montée vers l'Un... - je ne veux pas dire du tout que la Chose, ni l'Eternel, de Martines et de Saint-Martin soit comparable à l'Un de Plotin, car l'amour de la Chose, l’amour de Dieu est réciproque, j'entends le génitif objectivement et subjectivement - Plotin, par excellence, a développé ce qu'on pourrait, avec beaucoup de précautions, appeler une mystique, disons une voie intérieure, alors que Jamblique a enseigné une théurgie cérémonielle. Martines, lui aussi, a enseigné une théurgie cérémonielle, Saint-Martin, lui aussi, a enseigné une voie intérieure, la doctrine étant fondamentalement, essentiellement, la même chez l’un et l’autre. Louis-Claude de Saint-Martin qui, encore pour citer Joseph de Maistre, était " le plus élégant, le plus instruit et le plus savant des théosophes modernes ", qui, certainement, est l'une des plus belles, et, pour moi, la plus belle figure de l'illuminisme au 18e siècle, Louis-Claude de Saint-Martin a conservé les éléments, les fondements, et même davantage, de la doctrine de la réintégration des êtres. Il l'a ensuite associée avec des éléments qu'il a tirés de Jacob Boehme, mais lui-même s'est, je crois, un peu mépris sur sa dette à l'égard de Boehme.

Louis-Claude de Saint-Martin est beaucoup plus marqué par Martines de Pasqually que par Boehme. C'était dans sa jeunesse, il a pratiqué le culte primitif pendant des années. Il a été très lié personnellement avec Martines de Pasqually. Sur plusieurs points, toutefois, celui de la Sophia, au premier chef, de la Sagesse divine, dont vous parliez, le Philosophe teutonique accrut ses lumières intellectuelles. Saint-Martin a toujours entretenu - c'est le fond de sa gnose - le désir de la Sagesse. Il en connut l'expérience dès avant Martines de Pasqually, puis il l’éprouva dans son appétence pour la Chose et dans son contact avec la Chose, durant son temps d'activité au sein de l’Ordre des élus coëns. Martines lui a enseigné la notion de Sagesse de manière implicite, sans la lettre, car il ne parlait jamais de Sophia. Le Philosophe inconnu fut très reconnaissant à l'Eternel de lui en révéler de nouveaux arcanes, et le nom, sous la plume de Jacob Boehme. Mais Saint-Martin, n'a jamais cessé d’être fidèle à celui dont il disait (c'est assez étonnant et Willermoz disait à peu près la même chose, mais de la part de Saint-Martin, il y a de quoi s'étonner et admirer), que Martines de Pasqually était le seul homme au monde dont il n'avait jamais fait le tour.

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L'Ordre Martiniste Traditionnel : des grades Cohens à la Voie cardiaque

Publié le 8 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Martinisme


Les grades Cohens

Chaque degré met en scène et fait vivre à l'Initié les divers épisodes de la vie de l'homme : son émanation dans l’Immensité divine, la mission primitive donnée à l’homme, la chute d’Adam dans le monde de la matière et sa remontée à travers les sphères célestes. Décrire cette hiérarchie n'est pas chose facile, car elle a évolué au fur et à mesure où Martinès structurait son rite. De plus, les différents grades portent plusieurs noms, ce qui complique la tâche. Les catéchismes propres à chaque degré ou encore les Statuts des Chevaliers Élus Coëns de l'Univers et le Cérémonial des initiations, ne proposent pas tous la même division.

René Leforestier, Papus, Gérard Van Rijnberk, Robert Ambelain et Robert Amadou n'ont pas tous retenu la même hiérarchie. Roger Dachez, dans le revue Renaissance Traditionnelle, a publié une étude concernant la genèse des grades Cohens à laquelle nous renvoyons le lecteur. Sans nous attarder sur les divers systèmes, nous proposons ici celui qui semble la plus réaliste.

La hiérarchie Cohen débute par les trois grades « bleus », Apprenti, Compagnon et Maître, le plus souvent donnés en une seule cérémonie. Suivent les degrés de Maître Parfait Elu (ou Grand Elu sous la bande noire), d'Apprenti Elu-Cohen (ou Fort marqué), de Compagnon Elu-Cohen (ou Double fort marqué), de Maître Elu-Cohen (ou Triple fort marqué, ou encore Maître écossais). Nous trouvons ensuite ceux de Grand Maître Cohen (ou Grand architecte), de Grand Elu de Zorobabel, (ou Chevalier d'Orient), et de Commandeur d'Orient (ou Apprenti Réau-Croix). La hiérarchie de l'Ordre est couronnée par un degré suprême, celui de Réau-Croix (ou R+). Les membres de ce dernier degré participent à un travail mystique basé essentiellement sur la théurgie.
La hiérarchie de l'Ordre conduit l’initié à une gradation de purifications du corps, de l'âme et de l'esprit propres à le rendre sensible aux bonnes influences spirituelles, plus particulièrement par l'intermédiaire de son guide, son esprit compagnon, son « ange gardien ». Lorsque le Cohen a réalisé cette jonction, son esprit compagnon lui ouvre les portes du monde surcéleste qui conduit au Monde divin, à l’Immensité Divine.
L'Ordre des Élus-Cohens est dirigé par un collège de direction, le Tribunal Souverain, composé de Réaux-Croix. Ses membres portent le titre de Souverains Juges et font suivre leur signature des lettres S.J. Au XVIIIe, le « I » et le « J » écrits en majuscules ont le même graphisme, et cette similitude a entraîné quelques historiens à confondre les « S.J. » de Martinès avec les « S.I. » du Baron Hund. Le titre de S.I. n'a jamais fait partie de la hiérarchie Cohen.

8 – La théurgie

Les Réaux-Croix pratiquent la théurgie. Quelle est donc cette mystérieuse science ? Selon l'étymologie, le mot théurgie vient du grec theos, Dieu, et ergon, ouvrage. La théurgie est donc « l'ouvrage de Dieu ». Au IIIe siècle, Jamblique l’a introduit dans la philosophie, comme adjuvant à la sagesse purement spéculative dont se contentait ses prédécesseurs. Il considérait la théurgie comme une magie supérieure, visant non pas à obtenir des bienfaits matériels, mais à réaliser progressivement l'union mystique avec la Divinité. La théurgie de Martinès a les mêmes objectifs : elle a pour but de mettre l'homme en relation avec le Divin en utilisant des intermédiaires devenus nécessaires depuis la chute de l'homme, les « anges », ou plutôt, pour coller au langage martiniste, aux esprits célestes et surcélestes. La théurgie de Martinès vise essentiellement à obtenir les bénédictions des esprits bons. Elle a aussi pour but d'exécrer, de conjurer les esprits mauvais, pour chasser leurs influences mauvaises qui tendent sans cesse à éloigner l'homme de sa mission.

Appeler les esprits bons, éloigner les mauvais, nécessite de connaître leurs noms, leurs jours d'influence et les heures propices pour les interpeller à l'aide du rite approprié. Pour ce faire, Martinès confiait à ses émules Réaux-Croix, un répertoire contenant les noms, les hiéroglyphes secrets de 2400 esprits, et de multiples recommandations sur les périodes favorables aux opérations, comme les équinoxes ou les phases lunaires les plus bénéfiques. Le rituel préconisé par Martinès est extrêmement complexe à mettre en œuvre ; il réclame un lieu spécialement aménagé. Sur le sol on dessine le tableau figuratif de l'opération, un pantacle composé de cercles concentriques, de triangles et de quarts de cercles reliés aux cercles principaux. L'adepte doit prendre grand soin de dessiner les hiéroglyphes des esprits avec lesquels il désire opérer. Sur ce pantacle on place, à des points précis, des bougies dont le nombre peut aller jusqu'à plusieurs dizaines. Avant d'opérer, le disciple doit prendre soin de se livrer aux jeûnes et purifications nécessaires à l'accomplissement du culte magique.
En dehors de ces éléments que l'on retrouve dans de nombreuses pratiques anciennes, il faut souligner le caractère mystique de la théurgie de Martinès. En effet, à la lecture de ses rituels, on est surpris de l'importance qu'y occupent les prosternations, les prières, souvent extraites des Psaumes. La théurgie de Martinès ne cherche pas à diriger des forces sur quelqu'un ou à obtenir des avantages. Ce n'est pas une « magie pratique » orientée vers les petits soucis du quotidien ; c'est une sainte magie dont l'objet est l'union mystique. Tout, dans la théurgie Cohen, conduit à cette rencontre entre le visible et l'invisible. Dans cette pratique l'invisible, la Chose, se manifeste par une influence spirituelle que les Cohens appellent intellect, une manifestation émanée de Dieu ou de Ses anges.

Cet intellect ne prend jamais une forme corporelle, il se manifeste soit par un son distinct qu'il occasionne dans l'air, soit par une voix lente que les Cohens nomment « la conversation secrète entre l'âme et l'intellect ». Le plus souvent, il exprime sa présence par un hiéroglyphe lumineux. Les Élus-Cohens appelaient ces diverses manifestations des « passes ». Les instruction secrètes, les rituels Cohens et les correspondances entre Martinès et ses disciples montrent la difficulté de telles opérations. A leur lecture, on peut se demander combien furent ceux qui purent rassembler les conditions préconisées par le Souverain Grand Maître des Élus-Cohens, conditions qu'ils seraient impossible de réunir à un homme vivant à l'époque moderne. A la lecture des textes de Martinès de Pasqually, on peut se demander aussi si ces travaux n’étaient pas finalement uniquement une préparation extérieure destinées à conduire le disciple vers une communion plus intérieur avec le Divin. En effet, pour Martinès le lieu privilégié de la rencontre avec le Divin reste le cœur de l’homme, car c'est dans ce tabernacle qu’il peut recevoir les plus grandes satisfactions ainsi que les plus grandes faveurs que le Créateur lui envoie.

9 – La prière

Les Cohens devaient être des chrétiens pratiquants et plusieurs disciples protestants se convertiront au catholicisme pour se conformer à la règle. Lors de son initiation au degré apprenti, le Cohen devait prendre plusieurs engagements : le premier était de garder secrets les mystères de l'Ordre, le second d'être fidèle à la sainte religion Catholique apostolique et romaine. Avant de pratiquer les rites théurgiques, les Élus-Cohens devaient assister à une messe. Ils devaient aussi s’adonner fréquemment à la prière, en particulier à la Prière des six heures, une pratique spirituelle effectuée toutes les six heures (six heures du matin, midi, dix-huit heures et minuit). Ces prières, composées en partie par Martinès, comprenaient des lectures des Psaumes, des invocations « du saint nom de Jésus », le Pater, l'Ave Maria, ainsi que des suppliques adressées à l'ange gardien. A ces prière quotidiennes s'ajoutait aussi la « Prière qu'il faut faire quand on est couché et prêt à s'endormir ».

Pour un Cohen, il était également nécessaire de dire les sept Psaumes de Pénitences au moins à chaque renouvellement de Lune, ou tous les jours suivant les périodes de travail, de dire l'Office du Saint Esprit tous les jeudis, de réciter le Misere, debout face à l'Orient, et le De Profundis, face contre terre. Plus le disciple avançait dans la hiérarchie, plus les obligations, prières, jeunes, abstinences augmentaient. Comme on peut le constater, la vie d'un Cohen était bien remplie et demandait une disponibilité totale. Elle n'avait rien à envier à celle d'un moine.

La magie de Martinès était une « sainte magie », ayant pour but de conduire le disciple à une vie spirituelle de plus en plus intense. L'abbé Pierre Fournier nous indique que les instructions journalières de Martinès « étaient de nous porter sans cesse vers Dieu, de croître de vertus en vertus, et de travailler pour le bien général ; elles ressemblaient exactement à celles qu'il paraît dans l'évangile que Jésus-Christ ». D’Hauterive, dans une lettre du Fonds Du Bourg, précise le travail d’un Cohen en ces termes : « La réjection continuelle de la pensée mauvaise, la prière et les bonnes œuvres : voilà les seul moyens d’avancer dans la découverte de toutes les vérités, et, ce qui est encore au-dessus, la pratique de toutes les vertus ». L'exigence de telles pratiques rebutera de nombreux disciples venus chercher le merveilleux et peu enclins à suivre des règles aussi contraignantes.

10 – L'entrée en sommeil

A son arrivée à Bordeaux, même s’il vit modestement, Martinès de Pasqually ne semble pourtant pas manquer d'argent. Cependant, ses affaires semblent empirer, et en 1769, il a 1200 livres de dettes. Le port de Bordeaux est spécialisé dans le commerce du sucre avec Haïti, et il est probable que le fondateur des Élus-Cohens avait lui-même des intérêts sur cette île. Ses beaux-frères s’y étaient installés. En 1772, il décide de partir pour Saint-Domingue pour le recouvrement d'une petite succession qu'il avait eu d'un de ses parents décédé là-bas. Il espérait qu'après ses affaires matérielles seraient plus prospères. Depuis Haïti, il continue d’envoyer ses instructions à ses disciples.
Hélas, le Maître ne rentra jamais de voyage, car il mourut le 24 septembre 1774 à Saint-Domingue. Quelque temps avant sa mort, il avait nommé Cagnet de Lestère, l'un de ses disciples d'Haïti, pour diriger l'Ordre des Élus-Cohen. Mais ce dernier mourut lui-même en décembre 1779. Son successeur, Sébastien de Las Casas, rentra en France en novembre 1780 et mit officiellement en sommeil un Ordre qui, depuis la mort de son fondateur, s'éteignait de lui-même. Martinès de Pasqually n’avait pas consigné par écrit le rituel d’initiation au degré suprême de l’Ordre, celui des Réaux-Croix, par conséquent, ses disciples étaient dans l’impossibilité d’assurer la pérennité de l’Ordre. Par ailleurs, beaucoup de ses membres s’étaient éloignés de pratiques théurgiques trop complexe pour s’enrôler dans mesmérisme, plus particulièrement depuis que le marquis de Puységur avait découvert en 1784 le somnambulisme, qui par l’intermédiaire d’un médium permettait d’enter en contact avec l’autre monde.

Inévitablement, tous ceux qui se sentaient portés vers les sciences de l'invisible, et au premier plan les Élus-Cohens, furent séduits par le somnambulisme. Jean-Baptiste Willermoz n'échappa pas à l'engouement général, et il est probable que cette pratique soit pour beaucoup dans la chute de l’Ordre des Élus-Cohens. En effet, avec le somnambulisme, plus besoin d’ascèse et de rites compliqués pour communiquer avec l’invisible : il suffit de plonger un patient dans le sommeil magnétique et de l’interroger. La pratique montrera hélas que les choses ne sont pas si simples, et Jean-Baptiste Willermoz, qui dans cette mouvance créa la Société des Initié (1785), en fera les frais entre avril 1785 et octobre 1788. Il se rangera ensuite parmi les Martinistes qui, comme Rodolphe Salzmann et Louis-Claude de Saint-Martin, pensaient qu’il est dangereux de vouloir soulever le voile de l’autre monde sans faire un travail de sanctification.

11 – Les disciples

L'Ordre des Élus-Cohen ne comporta jamais un grand nombre de membres. Il compta cependant, quelques femmes, chose rare pour un rite maçonnique à l’époque. Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) fut initié dans cet Ordre en 1765. Dès 1771, il quitta la carrière militaire pour se livrer totalement à ses activités spirituelles. Il devint ainsi le secrétaire personnel de Martinès de Pasqually. Le chef des Élus-Cohen reconnaissait en effet dans ce jeune homme brillant un disciple prometteur, capable de l'aider à organiser le travail déjà entrepris. La collaboration de Saint-Martin fut donc précieuse à Martinès de Pasqually, qui grâce à son aide, réussit à améliorer l'organisation de l'Ordre. Quelques années plus tard, en 1772, il parvint au plus haut degré, celui de Réaux-Croix.

Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), négociant en soieries à Lyon, fut un membre éminent de l’Ordre. Initié dans la Franc-Maçonnerie en 1750, alors qu’il n’a que vingt ans, il occupa rapidement une place importante dans la Franc-Maçonnerie lyonnaise. Il entra chez les Élus-Cohens et devint un disciple zélé. S’il fut séduit par les enseignements de Martinès de Pasqually, il fut quelque peu déçu par les capacités d’organisateur de ce dernier. En effet, l’Ordre des Élus-Cohens était encore en pleine gestation, et son fondateur n’en finissait pas d’écrire les rituels et les instructions destinés au fonctionnement des loges. Jean-Baptiste Willermoz pratiquera la théurgie avec assiduité pendant des années avant d’en retirer quelques fruits

12 – Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

Après la disparition de Martinès de Pasqually, les deux disciples que nous venons d’évoquer tentent, chacun à leur manière, de poursuivre le travail de leur Maître. Le premier, Jean-Baptiste Willermoz, intègre la doctrine de la Réintégration dans le rite maçonnique de la Stricte Observance Templière allemande du baron Carl Gotthelf von Hund (1722-1776), Ordre avec lequel il était en relation depuis quelques années. En 1778, lors d’un convent, cet Ordre se réorganise en adoptant cette doctrine et devient celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Jean-Baptiste Willermoz rédige pour les degrés supérieurs de cet Ordre, ceux de Profès et de Grand Profès, des instructions qui présentent, sans la nommer directement, la doctrine de Martinès. Cependant, Willermoz ne transmet pas les enseignements théurgiques de Martinès aux Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors du convent de Wilhemsbad, en 1782, la réforme est adoptée : c’est la naissance du Rite Écossais Rectifié.
Ce rite ne survivra guère à la Révolution française, et avant même la disparition de Jean-Baptiste Willermoz en 1824, il entre en sommeil en France. Il connaît cependant une survivance en Suisse qui permettra à Edouard de Ribaucourt et à Camille Savoire de le faire revivre en France la veille de la première Guerre mondiale.

13 – La voie cardiaque

La pensée de Martinès de Pasqually trouve aussi une continuité hors de la Franc-Maçonnerie à travers Louis-Claude de Saint-Martin. Il abandonne la théurgie, la voie externe, au profit d’une démarche plus intérieure. En effet, après des années de pratique, il juge la théurgie dangereuse, et peu sûre pour trouver le Divin. L'outil et le creuset de l’évolution spirituelle de l’homme doit être, selon Saint-Martin, le cœur de l'homme. Il veut « entrer dans le cœur du Divin et faire entrer le Divin dans son cœur ». C'est dans ce sens que l'on appelle la voie préconisée par Saint-Martin la voie cardiaque. L'évolution de l'attitude de Saint-Martin est due en partie à sa découverte de l'œuvre de Jacob Boehme, dont il s’attacha à traduire les œuvres en français pour les publier. Elle est aussi le résultat logique d’un penchant naturel pour l’introspection. Cependant, les enseignements de Pasqually eurent sur Louis-Claude de Saint-Martin une influence profonde, et il conserva toute sa vie un grand respect pour celui qu'il appelait « son premier instructeur ». Les livres qu’il écrivit sous le nom de Philosophe Inconnu, depuis Des Erreurs et de Vérité en 1775, Le Tableau Naturel en 1782, L’Homme de désir en 1790 ou Le Nouvel Homme en 1792… jusqu’à son dernier livre, Le Ministère de l’Homme-Esprit, publié en 1802, sont tous marqués de la doctrine de Martinès de Pasqually.

Louis-Claude de Saint-Martin aurait transmit une initiation à quelques disciples choisis mais ne créa pas d'organisation initiatique. De toute manière, avec la Révolution française la plupart des loges maçonniques étaient tombées en sommeil et l’époque n’était pas favorable à la création d’un mouvement initiatique. Autour de lui, se constitua un groupe informel, auquel certaines lettres de ses amis font allusion en 1795 sous le nom de « Cercle Intime », « Société des Intimes ». Balzac, dans Le Lys dans la Vallée, témoigne de l'existence de ce groupe de disciples : « amie intime de la Duchesse de Bourbon, Mme de Verneuil faisait partie d'une société sainte dont l'âme était M. Saint-Martin, né en Touraine, et surnommé le Philosophe Inconnu. Les disciples de ce philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l'illuminisme mystique ». L'initiation transmise par Louis-Claude de Saint-Martin se perpétua jusqu'au début du siècle par différentes filiations. A la fin du XIXe siècle, deux hommes sont dépositaires de cette initiation : le Docteur Gérard Encausse et Augustin Chaboseau, qui fondent l’Ordre Martiniste vers 1889, c'est la naissance du Martinisme de la Belle Époque.

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La Grande Loge des Maîtres de Paris, dite de France

Publié le 8 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire de la Franc-Maçonnerie


Pierre Noël

La  Grande Maîtrise inexistante du comte de Clermont.

 

La première Grande Loge de France, qui n’a rien à voir  avec l’actuelle quoi qu’en disent certains, eut dès son avènement deux tares indélébiles dont elle ne put se débarrasser et qui furent cause de sa perte : la prééminence absolue de la capitale dont seuls les Maîtres de Loge constituaient l’assemblée de Grande Loge, la lutte entre Maçonnerie symbolique et organismes de hauts grades pour le contrôle de l’assemblée.

 

 1° Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de toutes les loges régulières de France

 

-          11 décembre 1743, élection du comte de Clermont comme « Grand Maître de toutes les loges régulières de France » (titre à lui accordé par les Statuts de 1745) par « douze maîtres » (Thory), vingt pour Naudon, contre Maurice de Saxe et le prince de Conti. L’omnipotence de fait des loges de Paris posait déjà problème ! 

Que sait-on du comte de Clermont ?

Qu’il est né le 15 juin 1709, à Versailles, qu’il fut porté sur les fonds baptismaux le 15 novembre 1717 par Louis XV en personne, qu’il fut tonsuré le même jour et nommé abbé de l’Abbaye de Bec-Hellouin, avant  d’en recevoir d’autres et d’être enfin désigné abbé de Saint-Germain en 1737, ce qui ne l’empêcha ni de manifester précocement son goût pour les lettres  ni d’accumuler les aventures féminines.

Autorisé par dispense pontificale à porter les armes, Louis guerroya en Allemagne et devint Maréchal de Camp puis Lieutenant-Général.  C’est donc ce Grand Seigneur, Prince du Sang et amant d’une Mlle Leduc de grande beauté, résidant au château de Berny[1] depuis 1738, que les Francs-Maçons parisiens élirent à la Grande Maîtrise le jour de la Saint-Jean  d’hiver 1743 en remplacement de son petit-neveu décédé prématurément, le duc d’Antin. Il le restera vingt-huit ans.

A peine élu, le GM aurait désiré réformer l’ordre, en 1744 (dit Naudon !), seule tâche qu’il pouvait envisager, un commandement lui étant refusé (témoignage d’un secrétaire du lieutenant de police, Morabin, le 15 mars 1744). Il obtint cependant son commandement et durant les trois années suivantes se couvrit de gloire à Furnes, Ypres, Menin, Namur et Rocour.

Ayant quitté l’armée,  il se retira dans son château de Berny avec Mlle Leduc et s’y consacra à l’art, au théâtre …. En 1754, il fut élu à l’académie française.

Cela ne l’empêcha pas de rejoindre, en 1758, l’armée empêtrée dans la guerre de sept ans, et là, ce fut le désastre, Minden puis Crefeld où il fut vaincu (23 juin 1758) par une armée allemande inférieure en nombre,  commandée par le duc Ferdinand de Brunswick, futur Grand Maître de la Stricte Observance. Désavoué, relégué à Berny, moqué, chansonné, Clermont épousa Mlle Leduc et vécut dans l’isolement d’une vieillesse relativement désargentée. Il connut enfin la disgrâce  royale, ayant pris fait et cause pour la révolte du Parlement.

Il décéda le 16 juin 1771.

Ce Grand Seigneur s’est-il intéressé à l’ordre dont il était le Grand Maître nominal ?

On ignore où il fut initié. On sait qu’il ne mit pas les pieds en Grande Loge et la laissa se déchirer.

Le seul indice de son intérêt sont quatre lettres, publiées par A.Cordier (Histoire de l’Ordre maçonnique en Belgique, 1854), témoignant d’un souci de Clermont pour la maçonnerie.

Adressées au marquis de Gages, elles  datent du 1er j. du 6° M 1766 (1er août 1766), du 1er J. du 8° M 1766 (1er octobre 1766), du 6° J. du 1e M 1766  (6 mars 1766) et du  1er J . du 12° M 1766 (1er février 1767). 

Dans la lettre du 6 mars, il affirme être Rose-Croix, tout comme le marquis, et nous apprend qu’il a toujours limité le don de ce grade, « sa nation étant par trop inconstante ». Dans celle du 1er février, il parle d’un ouvrage à venir révélant tout le Sublime de la maçonnerie en 15 grades.  C’est bien peu.

Sous  sa GM, le nombre de loges alla croissant pourtant, de 20 en 1743 à plusieurs centaines à sa mort, ce qui ne signifie pas qu’il prit part à cette croissance ni s’en préoccupa.

Eut-il une loge privée où il cultivait les hauts-grades ? Sa signature au bas des statuts de la RL St-Jean de Jérusalem le rend possible. De même la délibération du 21 septembre 1766 du Conseil des Chevaliers d’Orient condamnant le grade de Kadosch pourrait avoir eu son aval,  du moins d’après Naudon[2].   

La seule trace de son élection est dans l’article IX des règlements généraux du 11 décembre 1743 :

C’est pourquoi après que le Grand Maître sera installé on requerra solennellement l’avis des Frères ; c’est ainsi qu’on en a usé à l’égard des présens règlemens qui ont été proposés par la Grande Loge tenue le 11 Xbre 1743

 

-          Reglemens généraux extraits des anciens registres des loges à l’usage de celles de France avec les changemens faits à la grande loge assemblée tenüe le onzième décembre 1743 pour servir de Règles à toutes les loges du dit royaume.

-          Règlements en 20 articles qui indiquent aussi l’apparition des Ecossais ! A l’article 20. Ce sont les Statuts d’une Grande Loge opposée aux grades supérieurs.

                                                                                              

Ces statuts nous paraissent étonnement précis[3], quasi prêts à l’emploi.

La grande loge est composée des maîtres et surveillants de toutes les loges particulières. Elle se réunit en  communication de quartier déterminée par le Grand Maître. Celui-ci a à sa gauche son Député et en face de lui ses Grands Surveillants. Ne sont régulières que les loges érigées  par la GL. Les affaires en GL se règlent à la pluralité des voies.

Ne portent les bijoux en or suspendus à un collier bleu que le GM, son Député, les GS, les anciens GS, le Secrétaire et le Trésorier. (art. 1)

Les listes des membres de chaque loge doivent être communiqués à la GL. Le Grand Secrétaire porte deux plumes en sautoir et le trésorier une  clef d’or  (art. 2)  

Les grands officiers ne peuvent être officiers d’une loge privée (art. 6). Le GM ou son Député ou ses GS visiteront une fois l’an toutes les loges de la ville et des environs (art. 8).

Chaque (assemblée de) Grande Loge peut faire des règlements (art. 9).Chaque loge particulière peut faire des lois particulières (art.12). Aucun frère/profane ne peut être admis sans le consentement unanime des frères (art. 15) et seulement 15 jours après être annoncé  (art. 14)

Aucune loge n’est régulière si elle n’est fondée avec la permission du Grand Maître et aucun maçon n’est régulier s’il n’est membre d’une loge régulière (art. 16).

 

Enfin l’art 20 condamne les « Ecossois » :

 

Comme on apprend que depuis peu quelques frères s’annoncent sous le nom de Maîtres Ecossois et  forment dans les loges  particulières des prétentions et exigent des prérogatives dont on ne trouve aucune trace   dans les anciennes archives et coutumes des loges répandues sur la surface de la terre ; la GL a déterminé affin de conserver l’union et la bonne harmonie qui doit régner entre les FM qu’à  moins que ces maîtres Ecossois ne soyent officiers de la GL, ou de quelque Loge particulière, ils ne seront considérés  par les frères que comme les autres apprentifs et compagnons, dont ils doivent porter l’habillement sans aucune marque de distinction quelconque.  

Ces statuts sont signés par La Cour D.G.M.

 

-          27 décembre : installation  de Clermont (Thory. Etait-il présent ?)

-          1744 : Pouvoir confié aux « Députés », Christophe Jean Baur[4] puis de Mussel. Vu leur inactivité, les M de L délivrent des lettres de Constitution. Transformation du vénéralat annuel en une possession vénale.

-          8  juin 1745 : perquisition à l’hôtel de Soissons, rue des deux écus. C’est la dernière marque d’opposition du pouvoir, « la dernière profanation du temple », écrit Chevallier, avant 1940. Clermont joua-t-il un rôle dans cet arrêt des poursuites ? Aucune preuve.

 

2° Les partis en présence.


-          24 juin  1745 : Statuts dressés par la RL St Jean de Jérusalem dressés par notre N. t.e.f . Louis de Bourbon-Grand Maître de toutes les  L. Régulières de France en 48 articles.

 

Comme on va le voir, ces statuts sont très différents de ceux de 1743. Ils s’adressent cette fois à une loge de hauts-grades. Il n’y est pas question d’organisation d’une obédience quelconque.

  

Article XXXX : les maîtres ordinaires s’assemblent avec les maîtres les parfaits et irlandais trois mois après la St Jean, les maîtres Elus six mois après, les  Ecossais  neuf mois après, et ceux pourvus de grades supérieurs quand ils le jugeront apropos

C’est probablement la première vraie hiérarchie de hauts-grades connue : Parfait, Irlandais, Elu, Ecossais[5].

 

-          En 1750 existe à Paris un Conseil de Chevaliers d’Orient. Il faut pour y parvenir être Parfait (c’est à dire Ecossais) et être passé par les neuf degrés de la maçonnerie. (lettre de De Boulard à ses  frères de Bordeaux). Cette lettre nous éclaire sur deux conceptions opposées de l’Ecossisme  (l’une étant « l’ancienne maîtrise » axée sur l’Ancien Testament à Bordeaux, l’autre chrétienne à Paris).  De  lui, descendrait une Grande Loge  de Grands Maîtres Ecossais  dont De Valois est responsable en 1748.

 

-          Statuts dressés par la RL loge St Jean de Jérusalem de l’orient de Paris gouverné s parle très  haut et très puissant seigneur Louis de Bourbon, comte de Clermont, Prince du Sang, Grand Maître de toutes les Loges Régulières de France , pour servir de Règlemens à toutes les loges du royaume. Le  4 juillet 1755, signé sur l’original par le comte de Clermont. 48 articles. C’est là aussi une loge écossaise ! Le GM jouait donc sur les deux tableaux.

 

-          1758 : création du Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, Grande et Souveraine Loge de Saint Jean de Jérusalem, par Pirlet, liégeois d’origine et tailleur d’habits de son état.

 

-          1760 Lacorne, maître à danser, se ( ?) donne le titre de Substitut particulier et réunit des M de L en « Grand Orient »,  donc une GL personnelle.  Une deuxième Grande Loge se forme, composée de gens « de bas étage » (Pény)

-          Mort de Lacorne au printemps 1762. Service funèbre le 5  avril 1762.

-          24 juin 1762. Après  sa mort, les deux « Grands Orients » Lacorne et Pény se réunissent en une Grande Loge de France, composée des seuls M de L parisiens, sous la direction de Augustin Jean François Chaillon de Jonville[6] (1733-1807), grâce aux soins de Le Boucher de Lenoncourt[7]. Le nom de Chaillon apparaît comme « Substitut du GM » le  6 septembre 1762 dans le Registre de la GL.

-          22 juillet 1762 : création du Conseil de Chevaliers d’Orient, d’après Thory

-          14 décembre 1762 : sept commissaires sont désignés pour effectuer la fusion des deux Grandes Loges. ils établissent des règlements acceptés par les LL de province[8].

-          Sont nommés Grands Officiers de la GL de France, Moët, président ; Le Roy, secrétaire général ; Brest de La Chaussée[9], garde des sceaux ; plus tard, Zambault devient secrétaire général.

-          Le F. de Valois, garde des archives de l’ancien conseil des Chevaliers d’orient (dont étaient membres Moët, Le  Roy, la Chaussée et Le Boucher de Lenoncourt) annonce qu’il ne se réunit plus. 

-          La GL ne pratique que trois premiers degrés tandis que « Le Conseil des empereurs d’Orient et d’Occident, Sublime mère Loge  Ecossaise »[10] (SMLE), organisme de hauts-grades, ne prend jusque là aucune part aux opérations de la GL.

-          Deux groupes en présence, Conseil des Chev d’Orient[11] et Sublime Mère Loge Ecossaise, qui vont se disputer le contrôle de la Grande Loge.

 

Les personnalités appartenant à ces deux organismes semblent indiquer la différence sociologique entre elles, le Conseil des Chevaliers d’Orient était plus aristocratique (Moët, la Chaussée, Chaillon …), le Conseil des Empereurs nettement plébéien (Pirlet, Pény, …).

 

3°  Les élections de 1765.

 

-          En 1763 et 64, La  Chaussée ne se présente que rarement en GL. Il se contente de signer les documents.

-          En janvier 1764 (le 22), la GL reconnaît l’autorité de la SMLE pour les grades supérieurs à l’occasion d’une querelle  de prééminence survenue à Lyon.

-          La SMLE s’en sert contre la Mère Loge  Ecossaise du Contrat Social, issue de Saint Lazare.

-          GL dirigée par triumvirat Moët, Le Roy, La Chaussée, du Conseil des Chev. d’Orient, instruits par Morin ( ?).

-          27 décembre 1765. Elections et remplacement des offices pourvus depuis 1762.  Elections manipulées par le triumvirat qui se réserve les places éminentes. Distribution de bulletins préinscrits  …. Le Boucher propose d’attribuer d’office les fonctions à des grands seigneurs, les Comte de Choiseul, marquis de Seignelay, prince de Nassau et le duc de la  Trémoille. Proposés dans un conventicule chez Zambault, ils furent nommés aux élections malgré l’opposition de Moët, président de la GL et Chef  du conseil des Chev.  d’orient. Ces grands seigneurs refusent l’élection et sont remplacés par des Chev.  d’orient.

-          Révolte des mécontents devant cette mise en main. Propos injurieux rapportés par Zambault dès février1766.

 

4° Protestation contre les élections de 1765.

 

-          21 mars 1766 : Communication de quartier. Protestation contre les  élections signées de 18 M de L. Moët refuse de la lire car « injurieuse ». (49 présents en GL dont Labady et Pirlet). Election de deux SS et de plusieurs experts.

 

o        5 avril 1766 : lecture d’un mémoire « scandaleux » dirigé par les Chev. d’Orient contre les protestataires (en fait réponse au libelle) et lecture par Moët  du libelle des protestataires. 21 présents  dont Tschoudy et Labady. Neuf des 18 signataires de la protestation sont exclus de « toutes les loges », Perrault, Pény, Hardy, Guillot, Daubertin, Ponsard,  Maurin, Pethe & Lacan (Daubertin et Lacan n’avaient pas signé le libelle). Cette condamnation fut votée par Moët, Le Roy (orateur), la Chaussée, Ledin (trésorier), Zambault (secrétaire) (impliqués dans le libelle) ; Martin, Thierrat, le Lorrain, Lafin et Joubert de la Bourdinière (tous Chev  d’Orient et officiers) ; Baquet, Guainard, Lettre et Labady (officiers) ; Magnier et Tschoudy[12], membres.

 

-          Entre le 5 avril et le 14  mai, sept FF se rétractent, ne restent que onze  exclus. Les décrets de prescription sont envoyés en province par Zambault..

 

5° Le rôle de François Le Boucher de Lenoncourt.

 

-          Signataire du libelle, se rétracte dès le 5 avril 1766.

-          3 juin 1766 : Les Chev. d’Orient proposent la proscription de Boucher.

-          17 juillet 1766 :  on n’en parle plus !

 

 

Mais la Chaussée aurait obtenu la suspension des travaux de la GL en 1767, d’après Le Précis ! Or, le Boucher  de Lenoncourt est accusé par la Chaussée, dans son mémoire, d’avoir obtenu, en février 1767,  du gouvernement la cessation d’activités de la GL.

 

 

Donc deux affirmations opposées ! Difficile de faire la part des choses.

Quoi qu’il en soit, la Chaussée profitera de la suspension pour déclarer faussement que le Boucher est exclu de la GL. L’hostilité à Le Boucher semble provenir d’éléments privés et  de sous-entendus malveillants.

 

6° La suppression des Mères-Loges de province le 14 août 1766.

 

Le 3 juin 1765, la GL avait créé des Mères-loges à Strasbourg et Lyon mais, suite  à des plaintes nombreuses, les supprima par décret le 14 août 1766.

Le décret était rédigé par les chev. d’Orient et portait les sceaux et timbres de la GL et du Conseil des chev  d’Orient !

 

7° Proposition d’union de la GL et de la S.M.L.E.

 

La SMLE avait pris le titre de Souverain Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, Sublime Mère Loge Ecossaise du Grand Globe  de France. Son  président était Pirlet 

 

-          2 octobre 1766 : Gaillard, orateur de la SMLE, proposa  de confondre les deux autorités[13], GL et SMLE[14]. Mais Moët s’y opposa de façon assez théâtrale et obtint gain de cause. L’affaire  fut remise à la  prochaine assemblée. Mais Gaillard fit imprimer son discours et le distribua aux M de L qui devaient voter.. 

-          16 octobre, une cabale se monte contre Vincent Labady, accusé d’être le promoteur de ce projet d’union. Jean-Lazare de Salla, trésorier peu honnête de la loge de Labady, membre  des chev. d’Orient, écrivit un mémoire infamant sur Labady et demanda à être entendu par la GL. Labady demanda que Moët et Le Roy, ses ennemis, fussent commissaires. Ils s’adjoignent Guainard, secrétaire général de la SMLE.

-          Un familier des Chev. d’Orient, Thierriat, porta plainte contre Gaillard pour la distribution de son mémoire mais elle n’eut pas de suite mais elle fut actée, ce qui était déjà une victoire pour les chev. Les VM présents refusèrent de signer le registre qui ne fut signé que par Zambault, La Chaussée  et Joubert de la Bourdinière.

-          Entre le 16 octobre et le 15 novembre, Moët et Le Roy tentèrent une médiation entre Labady et son accusateur, médiation que Labady refusa. Moët[15], furieux, annonça que cette affaire ne serait pas « jugée par des maçons ».

-          Labady est arrêté le 1er décembre et exilé à Blois le 28 du même mois. Ordre de Moët  ou du gouvernement ?

 

8° Emprisonnement de Labady au  For-L’Evêque.

 

-          1er décembre 1766. Arrestation de Labady et confiscation de ses papiers maçonniques. C’est Salla qui indiqua l’habitation de Labady.

-          Mis  au secret jusqu’au 16 décembre puis interrogé par le commissaire  Durocher. On lui demande de trier les papiers relatifs à la SMLE et d’ouvrir un paquet cacheté indiqué par Salla. Puis Durocher se fait reconnaître comme F. (de Toulouse) et propose à Labady de porter plainte, lequel refuse. Il déclare que son arrestation est due aux changements qu’il  voulait faire dans l’ordre pour son bien  et son honneur. Tout est ouvert  et, en fin , 33 pièces , Statuts, lettres, missives et discours sont cotées et signées par Labady, toutes ayant trait  aux changements projetés. Elles sont remises au lieutenant de police.

-          Labady est remis au secret jusqu’au 28 décembre, relégué à Blois (mais y alla-t-il ?) et libéré  le 11 janvier 1767.

-          Il assiste aux funérailles du F. Zambault, décédé le 21 janvier 1767, et est présent en GL le 4 février.

 

9° Assemblée du 4 février 1767.

 

-          Moët démissionne de la présidence, on se demande pourquoi.

-          Lors de l’assemblée, on enlève la présidence aux chev. d’Orient, Le Boucher devient 2° Grand Surveillant, Bacquet[16] devient président,  Bourgeois[17] devient secrétaire, Paris[18]  devient Premier Grand Surveillant.

 

La suspension des travaux suivit cette assemblée ! On n’échappe pas à l’impression que les Chevaliers d’orient ont obtenu cette suspension pour éviter leur défaite totale ! Or comme ils étaient plus proches du pouvoir… !

 

10° L’assemblée du 21 février  1767 et les « ordres du  gouvernement ».

 

Assemblé extraordinaire et non prévue par les statuts de 1763 !

Au préalable, outrés de voir leur échapper la présidence et le secrétariat, les Chev. d’Orient, par la voix du F. Ledin, apostrophent Labady et l’injurient en  GL pour sa détention récente. Labady porte plainte puis se désiste.

La suspension fut annoncée par une note  de La Chaussée :

 

Avons délibéré en vertu des ordres du Gouvernement qui nous ont été communiqués par kos  TCD de la Chaussée, Grand garde des Archives & Ledin, trésorier, que la TRGL de France suspendrait ses travaux jusqu’à des temps plus heureux

 

La Chaussée et Ledin ont-ils agi seuls ? La Chaussée exhiba des lettres de convocation émises par le magistrat de la capitale[19], ils persuadèrent les ff.  qu’ils avaient reçu des ordres précis  pour cesser les travaux maçonniques, ce que tous acceptèrent.

En fait, on n’a pas trouvé d’ordre écrit. Sartine a-t-il donné un ordre verbal ?

Ce n’est que trois ans plus tard, le 30 octobre 1769, que La Chaussée et le Roi envoient une circulaire annonçant cette suspension en ajoutant que cette suspension était due à un ordre du Substitut Général, Chaillon de Jonville.

A vrai dire, dans une lettre du même 30 octobre, La Chaussée dit que les travaux ont été suspendus pour des raisons indispensables et que c’est sur ordre de Jonville qu’il en a averti les ff., ce qui n’est pas la même chose.

 

11° Situation anarchique de la maçonnerie durant la suspension.

 

Les Chev. d’Orient ne veulent pas briser les sceaux que conserve La Chaussée. Il veut aussi le registre des délibérations mais celui-ci est confié au secrétaire.

La Chaussée prétend cependant qu’il recevait  toute la correspondance, étant le seul connu.

La suspension de la GL ne signifie pas la suppression de l’ordre. Les loges continuent à se réunir comme à l’ordinaire, reçoivent diplômes, Constitutions, brevets , grades …. signés par La Chaussée. Mais des FF présents à l’assemblée du 21 février et qui usurpent les fonctions de la GL, prétendant même qu’elle a repris des travaux.  Ce sont Pény, qui prétend avoir reçu ses pouvoirs de Jonville, Duret, l’Eveillé,  vice –présidents,  et Poupart[20], Secrétaire Général.

Le 8  octobre 1769, Jonville envoie une circulaire certifiant  que la GL n’avait pas repris ses travaux, qu’il n’avait donné aucun pouvoir à Pény, Duret, l’Eveillé et y joignit le nom des ff. bannis  en 1766 et qu’il avait fait choix de FF fidèles pour servir de dépositaires de confiance

C’était Moët, Le Roy, La Chaussée ! Les documents signés par eux étaient les seuls valables.

Jonville se déchargeait  de toute fonction et  donnait à la Chaussée le dépôt de la maçonnerie en France.

La Chaussée pouvait notamment  autoriser des FF à former une loge malgré la suspension  des travaux de la GL.

L’interdiction ne visait que la Grande Loge des Maîtres de Paris, dite de France , elle ne portait pas sur les corps rivaux !

 

Il y en eut quatre,

-          la GL elle-même faite des maîtres de loge,

-          la GL Pény, Duret, L’Eveillé ;

-          une autre menée par Pirlet, fondateur du Conseil des Empereurs (avec plusieurs des bannis de 1766);

-          enfin Jonville, La Chaussée, Moët, Le Roy qui étaient inactifs mais possédaient les sceaux, registres  et timbres.

 

 

12° Tentative de reprise des travaux.

 

En 1769, Pény et Duret demandèrent audience à Chaillon, raison pour laquelle  la Chaussée et le Roy établirent la circulaire du 30 octobre 1769 et donnèrent de la publicité aux décrets de 1766.  Cette audience visait à faire reconnaître  leur GL. Elle n’eut pas lieu.

C’est à cette époque que la Chaussée déclara exclus le Boucher, 2° Grand Surveillant de la GL, qu’il poursuivait de sa haine depuis 1766.

 

-          Labady, membre des empereurs, fait une tentative d’union lors d’une réunion de quelques FF désireux de reprendre les travaux, en 1770.

-          Quelques  FF demandent au lieutenant de police de lever l’interdiction. En vain.

-          Requête de 29 FF, dont certains des Empereurs, envoient une délégation à Chaillon : Bourgeois, Lafin, Martin et Graillard. Labady parmi les signataires.

-          20 mars 1770 : Poupart confesse avoir assisté à une assemblée  de FF exclus. Le même jour, les bannis de 1766  demandaient une révision de la peine.

-          Assemblée probable de la GL en février-mars 1770.

-          16 juin 1771 : décès du comte de Clermont.

-          21 juin 1771 : La GL de France reprend ses travaux.



[1] Château appartenant à l’Abbaye de Saint-Germain, situé dans la municipalité de Fresnes..

[2] Naudon ne donne aucune preuve de son affirmation.

[3] Deux lacunes cependant Il n’est pas écrit que seules sont représentées les loges de Paris et il n’est question nulle part d’un Maître des Cérémonies qui n’existait sans doute pas encore.

[4] Banquier, né à Genève, aurait prêté de l’argent à Mlle Leduc. Ce serait sous son mandat que la Grande Loge décida qu’elle ne pouvait être constituée que de VM de Paris ou de leurs représentants. Décédé en 1770.

[5] On reconnaît les actuels 5°, 6°,  9° et 14° degrés du REAA.

[6] Ancien avocat au Parlement de Paris, Doyen des Maîtres de Requêtes.

[7] Employé au service de santé de l’armée, vénérable de L’Ecossaise de La Vertu Militaire,  revêtu de tous les haut-grades. Lorrain, séjourne à Paris de 1765 à 1767.

[8] Ce sont ces statuts, adoptés en 1763, qui seraient, d’après Bernheim, à la base des Constitutions « de Bordeaux » de 1762.

[9] La Chaussée, ancien directeur de la Loterie, commis pour l’examen des comptes de la marine, secrétaire interprète de la Reine. 

[10] Créé en 1758 d’après Thory, présidé par Pirlet.

[11] Créé en 1765 d’après le  Précis..

[12] Tschoudy, décédé le 28 mai 1769 à  Paris, âgé de 40 ans.

[13] Cette union fut réalisée en 1772.

[14] Il proposa la création  de trois chambres, l’une pour le symbolique, l’autre pour l’écossisme, la troisième pour les grades supérieurs.

[15] Jean-Pierre Moët, Véné de la loge St Jean du Secret, était secrétaire du comte de Saint-Florentin, maçon depuis 1735  et Secrétaire d’Etat de la Maison du Roi en charge de Paris. Le lieutenant de police était sous ses ordres.

[16] Coutelier de son état,  véné de St Fidèle

[17] greffier au parlement, véné de Socrate  de la Parfaite Union et membre du Conseil des Empereurs.

[18] Véné de la Paix Immortelle et membre du Conseil des Empereurs

[19] le lieutenant de police, M. de Sartine.

[20] Pény, plumassier ; Duret, hôtelier ; Poupart, tabletier ; l’Eveillé, menuisier.

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Rite Français : du caractère religieux du Grand Orient de France en 1848

Publié le 8 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du Rite Français


Le 14 janvier 1848, le Grand Orient examinait un rapport que lui adressait la Commission permanente, sur cette question:

Comment rendre à la Maçonnerie le caractère religieux qui lui est propre ?

Le Frère Blanchet, Rapporteur de la Commission, commence par parler du caractère religieux des initiations de l'antiquité, du déisme des Juifs, de la régénération et de la rédemption de l'homme par la mission du Christ. Il fait planer ensuite sur toutes les religions les dogmes de fraternité et de tolérance enseignés par la Maçonnerie, qu'il rattache aux trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité ; et c'est dans la Charité surtout qu'il fait consister le caractère religieux de la Maçonnerie.

  C'est la Charité qui réalise parmi les hommes la bienfaisance divine...

Bien souvent on vous a dit que le devoir de la Maçonnerie était de se mettre à la tête du progrès, et de prendre l'initiative du mouvement social; on vous a dit souvent que, si votre Institution menaçait ruine, c'était pour avoir manqué à cette mission, et pour s'être laissé distancer dans la course du monde profane.

Reproche irréfléchi ! Prétention ambitieuse, dont le succès même nous deviendrait funeste ! Pour se mettre à la tête du mouvement social, il faudrait avoir la puissance de le diriger vers le but moral ; et cette puissance, nous ne la possédons pas ; et le mouvement actuel nous pousserait vers un but diamétralement contraire à celui que nous nous proposons.

 Sans doute, la Maçonnerie eût été digne d'admiration, si elle eût pris l'initiative d'établissements véritablement utiles; si, la première, elle eût fondé des hospices, des crèches, des salles d'asile. C'est encore, il faut l'avouer, un rôle assez beau pour elle que l'imitation des exemples qu'on lui reproche de n'avoir pas donnés. Votons-lui des remercîments pour la fondation de la Maison de Secours. Sachons-lui gré des efforts qu'elle tente pour l'établissement de crèches et de salles d'asile. Mais gardons-nous d'excéder nos forces; gardons-nous surtout d'appeler le monde profane au secours de nos œuvres de bienfaisance. Nous constaterions notre impuissance. Au lieu de marcher en tête d'un mouvement généreux, nous nous mettrions à sa remorque.

Comprenons mieux la mission que nous impose notre religion maçonnique. C'est dans la retraite de nos Temples, loin du tumulte des passions profanes, à l'abri de leurs tristes entraînements, que nous devons nous livrer entre nous au mutuel enseignement de la morale. Eclairés par les lumières que la sagesse suprême départit à chacun de nous à des degrés divers, réciproquement corrigés de nos imperfections par de fraternelles leçons, nous apporterons ensuite dans le monde des sentiments épurés au saint foyer. Heureux, en offrant de bons exemples aux profanes, de leur inspirer le désir de s'associer aux travaux d'amélioration et de perfectionnement qui constituent la charité morale; c'est dans nos Temples que doivent s'exercer aussi, nos œuvres de charité. C'est à nos Frères d'en être les auteurs, les dispensateurs, les ministres.

La charité n'est possible qu'à la condition de posséder les trésors qu'elle doit répandre. Comment composer ce trésor, si ce n'est par la contribution imposée à chacun des membres de l'association, dans la limite de ses facultés comparées aux besoins généraux de l'Ordre ?

Pour réformer les abus qui menacent de détruire notre belle et utile Institution, il faut à l'égard des néophytes se montrer scrupuleux sur les conditions de moralité, et non moins exigeant sur les conditions pécuniaires. A l'égard des initiés, il faut tenir sévèrement la main à l'exécution des engagements contractés.

Par là seulement, nous obtiendrons les moyens de répandre, en même temps, les bienfaits de la charité morale et de la charité matérielle; et en exerçant envers nos Frères malheureux cette délégation de la bienfaisance suprême, nous rendrons à la Divinité le culte le plus digne d'elle, et à la Maçonnerie le caractère religieux qui lui est propre.

Le Grand 0rient : Considérant que le caractère de la Maçonnerie est essentiellement religieux, en ce sens que la charité, commandée par toutes les religions, est le but principal de la Maçonnerie ;

Considérant que si, depuis quelque temps, ce caractère religieux a paru s'affaiblir, cela tient sans doute à l'invasion des passions profanes, et par suite à l'oubli des prescriptions réglementaires;

 Considérant que la première condition de l'initiation est de posséder les qualités qui permettent aux récipiendaires d'exercer dignement la bienfaisance;

Considérant qu'il importe de ne pas laisser la mendicité pénétrer dans le Temple sous forme d'initiation ;

— Arrête : —

Art. 1er. A partir du prochain, aucune réception aux différents grades ne pourra avoir lieu qu'à la charge, par les récipiendaires, dont les qualités morales auront été, au préalable, sérieusement examinées, de payer une somme supérieure au prix actuel des initiations, et qui pourrait être….etc. »

Un Frère pensa que ce n'était pas assez de le baser sur la charité, et qu'il fallait proclamer les deux principes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme.

Un autre émit l'avis que, si le Grand-Orient pouvait épurer la Maçonnerie, en s'assurant par lui-même des qualités morales et de la position sociale des candidats, tous les hommes de bien voudraient devenir Maçons, et qu'alors apparaîtrait le caractère religieux de l'Institution.

La Constitution du Grand Orient de France du 10 Aout 1849, précise:

Dans son article premier :

La Franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique,  philosophique et progressive, a pour base l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ; elle a pour objet l’exercice de la bienfaisance, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et la pratique de toutes les vertus. Sa devise a été de tous temps : Liberté, Egalité, Fraternité.

Dans son article quatre :

La Franc-maçonnerie, ne demande compte à aucun de ses membres de ses convictions à l’égard des différentes religions existant sur la surface du globe. Elle interdit formellement dans les réunions Maçonniques, toute discussion en matière religieuse qui aurait pour objet soit la controverse entre les différentes religions, soit le prosélytisme en faveur d’un culte quelconque.

Publié par le blog de Montaleau

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Apocalypse de St Jean et Jérusalem Céleste

Publié le 3 Novembre 2009 par Thomas Dalet dans Esotérisme Chrétien

Pour tous ceux qui se passionnent par l'ésotèrisme chrétien un travail très intéressant  et très profond de notre Frère de Rennes Christian Degny est au sommaire des Cahiers Verts du GPDG.
Si un Frère possède ce texte sous format word ou pdf, je demanderai au TRF Christian Degny, l'autorisation de le publier.

 

Toutes celles et tous ceux qui ont écrit des planches traitant de l'ésotèrisme chrétien sont les bienvenus.

J'ouvre une nouvelle rubrique sur ce sujet

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RITE FRANCAIS: DES DEBUTS DE LA FRANC-MACONNERIE FRANCAISE PAR A.DORE

Publié le 26 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du Rite Français


Il semble bien que la France fut le premier pays à bénéficier de la nouvelle mode, la Franc- Maçonnerie. Ce fut d'abord par les soins de stuardistes, des Ecossais en exil.

Selon le mémoire de, de Lalande, longtemps suspect mais réhabilité par Pierre Chevallier à la suite de recherches récentes, quatre maçons anglais, partisans de Charles-Edouard Stuart, connus et bien identifiés constituèrent une Loge à Paris, soit en 1725, soit en 1726, sous le nom de Saint-Thomas, en souvenir de Thomas Beckett. Charles Radclyffe, futur comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître des Loges françaises par la suite en fut l'animateur et probablement le Maître de Loge.

 On n'a jamais su où il avait été reçu maçon, ni même s'il l'avait été. On a laissé entendre que Ramsay lui aurait donné cette qualité. Or celui-ci a été admis en mars 1731 à la Loge Horn de Londres, et Radclyffe né en 1693 avait quitté l'Angleterre en 1716. Quant à Maclean, également Grand Maître après le duc de Wharton (1728 à 1731) - et avant Derwentwater qui le fut en 1736, il était né à Calais, séjourna à Edimbourg jusqu'à 1721, puis à Paris de 1721 à 1726, retourna en Ecosse de 1726 à 1728, rentra en France où il servit dans l'armée française. On ne sait où il a été reçu maçon.

Quelle maçonnerie apportaient donc en juin 1726 Charles J Radclyffe et ses amis ? Rien d'autre que ce qui existait à l'époque et décrit soit par le Registre de la Grande Loge d'Edimbourg, soit par les Constitutions d'Anderson en 1723. Une maçonnerie à deux degrés à la symbolique à peine ébauchée, mais déjà pourvue d'une finalité très vague il est vrai, « Etre le Centre de l'Union », un système administratif relativement structuré, mais limité aux critères de régularité, éventuellement une légende historique glorieuse qui lui conférait sa noblesse, le tout assorti d'un secret mystérieux sur la nature duquel tout le monde se perdait y compris ceux qui le possédaient.

L'implantation de la Maçonnerie se fit lentement au cours des années qui suivirent la création de la Loge Saint-Thomas. Elle reste toujours très confuse. Si l'on s'en tient aux seuls documents authentiques, deux nouvelles loges naquirent, l'une en 1729, les Arts Sainte-Marguerite, l'autre en 1730. Selon le Registre de la Grande Loge d'Angleterre du 17 mars 1731 et constituée régulièrement le 3 avril 1732, sous le numéro 90 et le nom de « The King's Head » butcher Row at Paris ce que l'on peut traduire par « à l'enseigne du Roi » rue de la Boucherie. On voit en elle la Loge Saint-Thomas au Louis d'Argent, ou Saint-Thomas n° 2, car elle provenait d'un essaimage de la première Loge du même nom, ou encore « Au Louis d'Argent », du fait que King's Head et Louis d'Argent doivent tirer leur identité de la pièce de monnaie en argent en cours à l'époque, qui portait gravée l'effigie du Roi de France. Puis viennent la Loge du Duc de Richmond dont on sait qu'elle travaillait en 1734, soit à Paris, soit à Aubigny-sur-Nère dans le Berri chez Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth où elle reçut Desaguliers, Montesquieu et quelques autres, en 1735 la Loge de Bussy-Aumont, en 1736 la Loge Constos-Villeroy du nom de ses deux vénérables successifs.

Quant à la province, nous trouvons Bordeaux 1732, Valenciennes 1733 Metz 1735, etc. Selon le Tableau des Loges du Royaume de France établi le 6 novembre 1744, il y avait eu à cette date et depuis 1726 20 Loges à Paris, 19 en province et, assez surprenant, 5 Loges militaires, soit 44 au total. Et c'est à partir de cet instant que ce qui devait devenir l'Ordre Maçonnique en France, prit son essor.

On ne peut dire quand fut constituée la première Grande Loge de France. Le plus ancien document connu daté de 1735 ne la mentionne pas : son titre : « Règles et devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France. » dans lequel Mac Lean est qualifié de « présent Grand Maître de la Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » et son prédécesseur, le duc de Wharton « Grand Maître des Loges du Royaume de France ». Et si le texte qui donne pouvoir au Baron Scheffer de constituer des Loges en Suède indique « ... qu'elles seront subordonnées à la Grande toge de France », il y a lieu de rappeler que lorsqu'elles s'assemblaient « en Grande Loge », ce n'était que la réunion des officiers maîtres et surveillants de tout ou partie des Loges de Paris sous la présidence du Grand Maître. Or, ni les règlements de 1743, ni les constitutions accordées à la Loge de Lodève en 1744, ni les statuts de 1745 dressés par la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Paris, non plus que ceux de 1755 ne mentionnent une Grande Loge de France en tant qu'autorité directrice suprême. Les Loges, dans leur presque totalité, et surtout celles de province, se plaçaient d'elles-mêmes sous l'obédience du Grand Maître dont elles sollicitaient la protection et plus encore la garantie de régularité, critère majeur à l'époque. Cette tendance se généralisa à partir de 1743, après que le comte de Clermont eût accédé à la Grande Maîtrise. Est-ce à son instigation que fut établi « ... le deuxième jour de la première semaine du troisième mois de l'an de la Lumière 5747 et de l'ère vulgaire 1747 » ce document qui voulait consacrer l'hégémonie d'un organisme central directeur de l'ensemble des Loges du Royaume de France, et qui paraît avoir échappé à la sagacité des chercheurs ?

« Règlements de la Très Respectable Grande Loge de France, dressés pour toutes les Loges régulières du Royaume, sous les auspices du Très Sérénissime Frère, Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de l'Ordre en France ». C'est un manuscrit de 15 pages foliotées 36 à 50, comportant 121 articles numérotés de 1 à 121, qui se termine par les mentions suivantes :

« Délibéré statué et arrêté à la T.R.G. Loge de France assemblée régulièrement le deuxième jour.

Copie collationné par nous secrétaire général sur l'original, par mandement signé, Labadie.

Extrait sur la copie envoyée à la Loge de la Douce Egalité de lorient davignon ».

On ne sait rien de la Loge La Douce Egalité, cependant attestée par deux autres documents - Labadie (ou Labbady, ou Labady) maître de la Loge l'Ecossaise de Salomon, personnage connu et remuant, était substitut pour la province du secrétaire général de la Grande Loge de France Zambault en 1765. On ne saurait, avec ces simples renseignements, fixer une date précise à cette copie. Le texte de 1747 est important en ce sens qu'il détermine pour la première fois une procédure destinée à recenser l'ensemble des Loges du Royaume et de leurs membres, à leur donner « ... des constitutions et des règlements généraux pour établir l'uniformité du Travail » à charge pour elle, Grande Loge, de répercuter le Tableau général de l'Obédience à ses composantes. Plus, une série de mesures fixant minutieusement le fonctionnement des Loges, les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles, ainsi qu'avec la Grande Loge, les conditions de leur régularité et de celle elle des maçons. Au travers des articles un embryon de secrétariat administratif avec six inspecteurs circulant dans toute la France, et défrayés de leurs dépenses, trésorier, secrétaire etc.

Le texte de 1747 n'a rien de commun dans sa rédaction avec ceux de 1755 et 1760, ni d'ailleurs dans ses principales dispositions, et ces deux derniers statuts semblent ignorer qu'il y ait une Grande Loge de France. Il faudra attendre le 19 mai 1763 pour que soit créé le premier sceau en même temps que l'arrêt de nouveaux statuts qui institutionnalisera la Grande Loge de France. Ce qui n'empêchera pas que, jusqu'au moment où le Grand Orient, qui lui succèdera, s'installera le 12 août 1774 en location dans les locaux du Noviciat des Jésuites, elle ne possédera pas de secrétariat permanent ni un quelconque endroit pour ses archives. Les réunions se faisaient au domicile de celui de ses membres qui voulait bien lui donner asile.

Bien qu'elle soit venue d'Angleterre, à aucun moment la maçonnerie française ne connut une Grande Loge anglais de France, c'est-à-dire une Grande Loge Provinciale de France sous la dépendance de la Grande Loge d'Angleterre, ce dont cette dernière ne manqua pas de se plaindre.

Publié par l'excellent blog de Montaleau

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Rituel d'Ecossais Vert (SOT)

Publié le 13 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Rites et rituels

RITUEL de la S.O.T. (suite)

Le texte ci-après provient du Manuscrit 5939 de la Bibliothèque de la Ville de Lyon (Fonds Willermoz).

Avec le degré d'Écossais Vert, on abandonne la Maçonnerie symbolique et on veut commémorer la résurrection de « Notre Maître Hiram » « L'écorce des symboles est rompue…. », et on peut vraiment le regretter devant la pauvreté symbolique de ce degré qui n'a plus les références légendaires des degrés bleus sans avoir encore la majesté des degrés chevaleresques.

Le texte des manuscrits a été établi par M. Jean Saunier.

 

ÉCOSSAIS VERT

 

La Chambre est tendue de vert, la chaire, les chaises et les tables sont couvertes des tapis de la même couleur. La loge n'est éclairée que de quatre bougies rangées de façon qu'elles forment un quarré. N'y est pas comprise la table du secrétaire qui en a une à part ; les habits sont un peu plus petits que ceux de maître et doublés de taffetas vert.

La Loge s'ouvre par quatre coups : trois de suite et le quatrième détache très fort

Le Maitre fait le signe et tous les frères après lui. Il demande à un des surveillants

V.M. : Quel est le premier devoir de tout maçon en loge ?

R. : De voir si elle est bien couverte.

V.M. : Faites votre devoir.

Cela fait, le Maitre en chaire dit :

V.M. : Mes Frères, nous sommes assemblés aujourd'hui, s'il s'agit d'une réception: pour travailler à la pierre polie et à augmenter le nombre de nos travailleurs par l'admission de ou des maîtres N…… N……en lui conférant le grade d'Ecossais Vert. S'il n'y a que conférence : à délibérer sur tel ou tel point ».

V.M. : Quelle heure est-il ?

R. :  Le Soleil se lève.

V.M. : Mettons donc la main à l'œuvre.

V.M. : Y a-t-il parmi vous quelqu'un qui ait encore quelque chose à dire contre la réception de N…… N…...?

V.M. : Votre silence me dit que non, Frère maître des cérémonies, désarmez le maître qui est dans le vestibule, examinez-le sur les trois grades d'Apprenti, Compagnon et maître ; portez-moi son épée et son chapeau, et puis retournez à le mettre en état de comparaitre devant nous.

On lui lie une corde autour du corps, dont le bout reste en mains dudit maître des cérémonies, par lequel il le conduit en frappant en maître bleu. Le premier surveillant en ouvrant la porte lui met la pointe de l'épée sur le cœur et tous deux le présentent à grands pas au Vénérable.

Tous se lèvent et font le signe.

Note de Weiler : et tirent l'épée),

Le Vénérable fait le signe, comme pour s'en saisir en lui disant :

V.M. : Je devrais selon les accusations que l'on a fait contre vous me servir du pouvoir que celle vénérable loge m'a donné et vous punir de votre indiscrétion.

V.M. : Qu'avez-vous à dire ?

Récipiendaire : ………

V.M. : Que voulez-vous ?

Récipiendaire : ………

Le Maitre des Cérémonies lui suggère de dire qu'il ne se sent coupable de rien et que sa conduite le fera voir clairement pourvu que l'on lui fasse la grâce de l'admettre.

Les Frères prient pour lui.

Le Maître des Cérémonies lui parle avec douceur disant : qu'en considération des frères on veut bien lui pardonner ou ne pas croire fondées ces accusations. Il ajoute à la fin :

M.d.C. : Puis-je me livrer, Frère, à ce doux sentiment? Quel gage m'en donnez-vous ?  

Le Récipiendaire : Ma parole d'honneur 

En lui donnant sa main Le Maître des Cérémonies :  C'est bien, êtes-vous prêt vous engager plus étroitement avec nous ?

Le Récipiendaire : Oui, très vénérable.

Le Maître des Cérémonies : Prononcez après moi.

En se mettant à genoux

FORMULE DE L'ENGAGEMENT

«En renouvelant les premières obligations de la maçonnerie dans toute leur étendue, je promets une obéissance spéciale au Directoire Écossais et ses chefs, dont je ne révélerai les secrets à qui que ce soit ni même à mes autres frères qui n'ont pas reçu ce grade, et qui en pourraient avoir que l'on répute supérieurs à celui-ci ».

Cela fait, le Vénérable le relève, lui fait ôter la corde en lui disant :

V.M. : Je vous délivre du joug de la maçonnerie symbolique, désormais vous verrez à chaque pas disparaître les hiéroglyphes et naitre la simplicité pure et nette dans votre esprit. Par le pouvoir donc qui m'en a été conféré, je vous crée Maître Écossais Vert au nom de notre Chef universel.

(Il lui donne un coup d'épée sur l'épaule droite),

V.M. : Au nom des Chefs du Directoire Écossais

(Un autre coup sur l'épaule gauche, au nom de tous les membres qui le composent.)

V.M. : (Un troisième coup sur la tête et le baise an front).

On lui ôte l'habit bleu, et le Maitre lui dit en lui mettant le vert

V.M : Voilà la couleur de l'espérance. Vous pouvez tout espérer, votre zèle hâtera l'accomplissement.

En lui attachant le bijou, il dit :

V.M. : Voici l'emblème de l'espérance, je vous confirme ce que je vous ai dit tantôt.

Il lui donne le signe, l'attouchement, et le double mot, le fait conduire au premier surveillant qui lui explique le tableau.

EXPLICATION DU TABLEAU

1er S : Nous voilà, mon Frère, à la pierre polie de brute qu'elle était. L'écorce des symboles est rompue, le noyau apparait, voilà votre maître Hiram qui tend les bras pour sortir du tombeau où il n'est plus qu'à demi. Aidons-le. Il n'y a qu'un seul effort dont notre zèle aidé du vôtre viendra aisément à bout. Imitez les vertus de ces quatre animaux et gardez vous de leurs vices dont la plupart des hommes et même quelques faux frères ne sont que trop remplis. Soyez valeureux et généreux comme le lion mais sans cruauté, adroit comme le singe imitateurs de vos anciens sans ridiculité et pétulance, clairvoyant comme l'épervier mais non persécuteur, rusé enfin comme le renard sans être fourbe ni faux.

CATÉCHISME

D. Êtes-vous Maître Ecossais ?

R. Je connais les quatre animaux et leur signification ainsi que la pierre polie.

D. Quel âge avez-vous ?

R. Seize ans.

D. Comment êtes-vous parvenu à ce grade ?

R. En travaillant avec zèle et ayant gagné par là la bienveillance de mes supérieurs.

D. Comment fûtes-vous introduit dans la loge écossaise ?

R. La corde autour du corps et la pointe de l'épée sur le cœur.

D. Pourquoi la corde autour du corps ?

R. Pour dénoter que j'étais encore sous le joug des symboles, que par les grades que je recevais je devais commencer à secouer ?

D. Pourquoi la pointe de l'épée sur le cœur ?

R. Parce que le Très Vénérable en Chaire avait eu des accusations très graves coutre moi et pour lesquelles il me menaçait d'une punition proportionnée.

D. Comment vous a donc reçu le Très Vénérable ?

R. D'abord très sévèrement, niais la fermeté avec laquelle j'ai soutenu mon innocence l'a apaisé et il m'a accordé sa protection et sa bienveillance.

Ce sont les principales demandes à peu près du catéchisme, l'on en forme aussi du tableau plus ou moins selon les circonstances.

D. Quelle heure est-il ?

R. Le Soleil se couche.

D. Avertissez donc chacun sa colonne que je veux fermer la loge d'Écossais Vert.

R. Il frappe quatre fois.

 Ce que les surveillants répètent et la loge se ferme.

D.E.a S.

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Rituel complet de la Loge Laurence Dermott

Publié le 7 Octobre 2009 par Thomas Dalet

Merci au BAF D. E. a S auteur de ce rituel


AVANT PROPOS

Pourquoi un nouveau Rituel ?

Je vais tenter de répondre à cette question, question que de nombreux Frères se poseront lors de la communication de ce « Nouveau Rituel ».Mes objectifs primordiaux étaient triples:

1° De proposer un Rituel  qui puisse réunir tout les Frères Maîtres Maçons de Rites ou d’Obédiences différentes aux seins d’une Loge de Recherche.

2° De ne pas imposer de doctrines ou préceptes d’une pratique de la Franc-Maçonnerie qui auraient pu heurter certains Frères.

3° Accorder à ceux qui désirent progresser et de faire progresser leurs Frères dans la Franc-Maçonnerie la liberté de s’exprimer sans contrainte structurelle ou dogmatique dans le plus pur esprit de la Maçonnerie.

 Le Rituel que vous trouverez ci-après, je l’ai élaboré d’après plusieurs Rituels notamment ceux de Jean-Baptiste WILLERMOZ.

 

 

DÉCORS DE LA LOGE

 

Sur l'autel, à l'entrée du V.M., on place un chandelier d'or à trois branches (Avant l'ouverture des Travaux, ce chandelier doit en fait être placé dans la pièce où le Vénérable Maître et les dignitaires s'habillent.), la Bible, ouverte au premier chapitre de l'Evangile de Saint Jean, tournée vers les Frères, le Compas et l'Équerre entrelacés (Le compas et l'équerre entrelacés ne doivent pas se trouver sur l'Évangile.), la Truelle, le Maillet et le Rituel du grade.

Si le chandelier se trouve encore à l'Orient, le Maître des Cérémonies va le chercher et l'apporte au Vénérable Maître.

Tout étant convenablement disposé pour commencer le travail, les deux Surveillants, qui sont entrés avec tous les membres de la Loge, se rendent, précédés du Frère Maître des Cérémonies, auprès du Vénérable Maître, tenant chacun l’épée à la main, vêtus et décorés maçonniquement; ils se font accompagner d'un Frère qui portera le chandelier à trois branches.

Le Maître des Cérémonies, annonce au Vénérable Maître que la Loge est assemblée, qu’elle attend sa présence et que tout est disposé pour commencer le travail.

Aussitôt, le Vénérable Maître en exercice et les Grands Officiers se mettent en marche pour entrer en Loge, selon leur rang respectif, ceux de rang inférieur marchant les premiers.

Ils sont précédés par le Maître des Cérémonies et les deux Surveillants; le Vénérable Maître termine la marche ayant, ainsi que tous les Frères qui se rendent avec lui, y compris le Frère Maître des Cérémonies, l’épée au côté et le chapeau sur la tête.

Le Vénérable Maître est précédé immédiatement du Frère portant le chandelier à trois branches, tout allumé. Lorsqu’ils entrent en Loge, tous les Frères sans exception sont debout à leur place, la tête découverte.

Les deux Surveillants prennent leur poste en entrant, le Maître des Cérémonies conduit les Dignitaires aux sièges qui leurs sont destinés et accompagne ensuite le Vénérable Maître jusqu’a l’Autel d’Orient, sur lequel le Frère préposé pose aussitôt le chandelier à trois branches ; tout cela doit se faire sans rapidité ni lenteur, mais avec ordre.

 

N.B.Le Tapis de Loge : aucun tapis n’est prévu dans ce rituel ! Il reste cependant à la discrétion de la R.L. ou à son V.M. de faire disposer, avant l’ouverture des travaux entre les colonnes un tapis

« OBLIGATOIREMENT AU GRADE DE MAÎTRE ».


OUVERTURE DE LA LOGE

 

 


V.M. frappe un coup de maillet  :
 Frère Maître des Cérémonies, tous ceux qui doivent m'aider à Ouvrir cette Loge sont ils placés et décorés des signes de leur pouvoir ?

S'il se trouve des places d'Officiers vacantes par l'absence des titulaires et des adjoints, le Maître des Cérémonies dira :

 

M.d.C.  Vénérable Maître, la place de …… n'est pas remplie.

Alors le Vénérable Maître nomme un Frère pour en remplir les fonctions car les Travaux ne doivent être ouverts que lorsque les neuf places d'Officiers sont occupées. Le Frère désigné va prendre la place et les bijoux de l'Officier auquel il va suppléer ; et toutes les places étant ainsi remplies, le Maître des Cérémonies dit :

 

M.d.C. :  Vénérable Maître, tous les Frères sont prêts pour l'ouverture des Travaux, ils attendent vos ordres.

Si les places des neuf Officiers sont remplies, soit par eux-mêmes, soit par leurs adjoints, le Maître des Cérémonies répond comme ci-dessus.

 

V.M. : frappe un coup de maillet Mes Frères, unissez-vous à moi pour ouvrir cette Loge.

Les Frères se mettent tous à l’ordre du grade de maitre.

 

V.M. : Frère Maître des Cérémonies, quelle est votre place dans la Loge ?

 

M.d.C. : À l’entrée de la Loge, V.M.

 

V.M. : Frère Maître des Cérémonies, quel est votre devoir ?

 

M.d.C. : Annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.


V.M. :
Frère Maître des Cérémonies, les trouvez-vous ainsi correctement rangés ?

 

M.d.C. : Je le crois, V.M.

 

V.M . : Frère Maître des Cérémonies, où est placé le 2ème Surveillant ?

 

M.d.C. : Au Midi, V.M.

 

V.M. : Frère 2ème Surveillant, qui représentez-vous ?

 

2ème S. : Booz, Prince du peuple sur le Mont Thabor.

 

V.M. :  Frère 2ème Surveillant, où est placé le 1er Surveillant ?

 

2ème S. : À l’Occident, V.M.

 

V.M. : Frère 1er Surveillant, qui représentez-vous ?

 

 1er S. : Jakin, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.

 

V.M. : 1er Surveillant, où est placé le Frère Orateur ?

 

1er S. : À la gauche du V.M.

 

V.M. : Frère Orateur, qui représentez-vous ?

 

F. Orateur : Hiram Abif , le Prince des Architectes.

 

V.M. : Frère Orateur, quel est votre devoir ?

   

F. Orateur : Établir les plans, tracer les dessins et aider le V.M. dans l’accomplissement de l’ouvrage.

 

V.M. : Frère Orateur, où se place le V.M . ?

 

F. Orateur : À l’Orient.

 

V.M . : Frère Orateur, qui représente-t-il ?

 

 F. Orateur : Le Roi Salomon.

 

V.M. : Avant de déclarer les Travaux ouverts, invoquons la protection du Grand Architecte de l’Univers sur toutes nos entreprises. Puissent nos Travaux ouverts ainsi dans l’ordre, se continuer dans la paix et se fermer dans la concorde. Qu’il en soit ainsi.

 

V.M. : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge régulièrement ouverte.

 

V.M. : frappe un coup de maillet

 

 

 

V.M. : Prenez séance mes Frères, et je prescris au nom de l'Ordre le plus profond silence à tous les ouvriers

Tous les Frères cessent le Signe et prennent séance.

Le M.d.C. se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éclairer les Chandeliers. Avant de regagner sa place.

 

V.M. :  Frère Secrétaire, veuillez nous donner lecture de l'ordre du jour.

 

F. Secrétaire : L’Ordre du jour appelle le F. N ………. à nous proposer son travail sur le thème de …………… 

 

M.d.C. : Veuillez conduire le F. N……….. Entre les colonnes.

(Le lutrin doit se tenir à l’ordre au grade de Maître. Et ne doit commencer la lecture de sa planche que sur ordre du Vénérable Maître qui peut éventuellement l’autoriser à quitter cette position pour la lecture.)

À l’issue de la lecture de sont travail, le Vénérable Maître peut remercier le lutrin et commenter la planche proposée, et en suite autoriser la circulation de la parole sur les colonnes.


V.M. :
La parole circule sur les colonnes.

 

1er Surv. :  Vénérable Maître, le Bien-Aimé Frère N ……… de la colonne du Midi demande la permission de parler.       

 

2ème Surv. : Vénérable Maître, le Bien-Aimé Frère N ……… de la colonne du Nord demande la permission de parler.       

Les Dignitaires et les Officiers de l’Orient qui demandent la parole s’adressent directement au Vénérable Maître, sans aucune intervention intermédiaire.

 

V.M. :  Mon Frère, vous avez la parole.

 (Tout les Frères ne doivent s’adresser qu’au Vénérable Maître, et en aucun cas au lutrin.) Après la circulation de la parole, le Vénérable Maitre dit :

 

V.M. :  Frère Maître des Cérémonies, veuillez raccompagner le lutrin à sa place.

 

V.M. :  Prenez séance mon Frère.

 

V.M. : Un autre Frère à-t-il un travail à proposer sur ce thème ?

Si un Frère se propose pour présenter une planche, le V.M. demandera au M.d.C. de le conduire entre les colonnes. Dans le cas contraire, le V.M. :

 

V.M. : L’ordre du jour appelle à la fermeture des travaux


FERMETURE DE LA LOGE

 

V.M.: frappe un coup de maillet Mes Frères, unissez-vous à moi pour fermer cette Loge. Frère Maître des Cérémonies, quelle est votre place dans la Loge ?

Les Frères se mettent tous à l’ordre du grade de maitre.

 

M.d.C. : À l’entrée de la Loge, V.M.

 

V.M.: Frère Maître des Cérémonies, quel est votre devoir?

 

M.d.C.: C’est d’annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.

 

V.M.: Frère Maître des Cérémonies, les trouvez-vous ainsi correctement rangés?

 

M.d.C.: Je le crois, V.M.

 

V.M.: Frère Maître des Cérémonies, où est placé le 2ème Surveillant?

 

M.d.C.: Au Midi, V.M.

 

V.M.: Frère 2ème Surveillant, qui représentez-vous?


2ème S.:
Booz, Prince du peuple sur le Mont Thabor.

 

V.M.: Frère 2ème Surveillant, où est placé le 1er Surveillant ?

 

2ème S.:À l’Occident, V.M.

 

V.M.: Frère 1er Surveillant, qui représentez-vous?

 

1er S.: Jakin, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.

 

V.M.: Frère 1er Surveillant,  où est placé le Frère Orateur?

 

1er S.: À la gauche du V.M.

 

V.M.: Frère Orateur, qui représentez-vous?

 

F.Ora : Hiram Abif, le Prince des Architectes.

 

V.M. : Frère Orateur, quel est votre devoir?

 

F.Ora : Établir les plans, tracer les dessins et aider le V.M. dans l’accomplissement de l’ouvrage.

 

 

V.M: Frère Orateur, où se place le V.M .?

 

F.Ora : À l’Orient.

 

V.M.:

Frère Orateur, qui représente-t-il?

 

F.Ora :

Le Roi Salomon.

 

V.M.: frappe un coup de maillet  À l’ordre, mes Frères.

Les Frères se mettent tous à l’ordre du grade de maitre. Puis, le V.M. s’adressant à tous…

 

V.M. : Mes Frères, avant de fermer cette Loge, formons la chaîne      d'Union Fraternelle et, tous ensemble, rendons hommage au     Grand Architecte de l’Univers l’humble et respectueuse reconnaissance que nous Lui devons pour les faveurs dont Il nous a déjà comblés Puisse-t-Il continuer de protéger notre Ordre en le cimentant et en le fortifiant de toutes les vertus morales et civiques. Qu’il en soit ainsi.

 

Le Vénérable Maître, découvert et déganté, descend et va se placer entre l'Autel et le tapis de la Loge ; dans le même temps les deux Surveillants vont aussi se placer vers le tapis, l'un auprès de l'autre à l'Occident, en face du Vénérable Maître ; alors, tous les Frères de l'Atelier viennent se ranger autour du tapis, également découverts et dégantés,

Le V.M. peut éventuellement dédier cette chaine d’union et après un moment de recueillement la chaîne est rompue par le V.M. sans secousses, et tous les Frères retournent à leurs places, dans le même ordre qu'ils les ont quittées. Ils se coiffent et se gantent.

  

V.M. : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge fermée.

 

V.M. : frappe un coup de maillet

                  

  Tous les Frères cessent le signe.

 

Le M.d.C. se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éteindre les Chandeliers.

Puis il revient à l’Orient pour dissocier les Trois Grandes Lumières.

 

V.M. : Je vous invite à un banquet frugal et fraternel venez y goûter, dans une société de Frères, les charmes de l'égalité.

 

Alors, le Vénérable Maître donne le salut à tous les Frères, qui le lui rendent par une profonde inclination. Le M.d.C. prépare ensuite son cortège pour la sortie du V.M.  L’on procède à une sortie protocolaire reproduisant l'introduction en sens inverse.

 

 

D.  E .a S.

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Les remaniements d'après Wilhelmsbad

Publié le 3 Octobre 2009 par Thomas Dalet dans Histoire du RER

Pierre NOEL

1.Le demi-mensonge de Willermoz.


Le Convent, loin d'être le succès espéré, sonna le glas de la Stricte Observance. Les  loges allemandes rechignèrent à accepter la réforme de Lyon et, pour la plupart, soit  en revinrent à la maçonnerie anglaise soit se tournèrent vers d'autres horizons.

Là  n'est pas notre propos.

Les Français, par contre, voulurent achever le travail entamé. Dans la lettre célèbre  qu'il adressa à Charles de Hesse le 10 octobre 1810, Willermoz s'en explique en des  termes soigneusement choisis qui ne révélaient que ce qu'il voulait bien dire à son  lointain correspondant :  "Votre Altesse se rappelle sans doute que le temps que les députés au Convent  général pouvaient accorder pour la durée de cette assemblée étant insuffisant pour  perfectionner la multitude des travaux projetés, on s'occupa d'abord des plus  importantes ; on se borna ensuite à esquisser la réforme des grades symboliques et  des deux de l'Ordre Intérieur. L'esquisse des trois premiers considérés comme  suffisante pour satisfaire la première impatience des loges et des chapitres et leur  faire connaître le véritable esprit qui avait dirigé ce travail fut imprimé et distribué aux  députés. Une commission spéciale prise dans le sein de l'assemblée parmi les frères  d'Auvergne et de Bourgogne, connus pour les plus instruits, fut chargée d'en faire  plus à loisir la révision et la rédaction définitive avec la faculté de s'adjoindre à Lyon  et à Strasbourg les frères qu'ils jugeraient les plus capables de leur (sic) aider à  perfectionner ce grand et important travail. La rédaction définitive adoptée par les  trois provinces françaises et celle d'Italie fut présentée à l'Eminent Grand Maître  Général qui l'approuva en 1787. Dès lors, ils furent publiés dans les chapitres de  France". (in Steel-Maret, 1893, p.6).

Ce n'était là que demi-vérité. Selon le Recès, les grades bleus avaient été bel et bien  achevés à Wilhelmsbad, seuls restaient incomplets le quatrième et ceux de l'Ordre  Intérieur. Les chevaliers d'Auvergne et de Bourgogne n'avaient nulle part été  constitués en commission des rituels et Willermoz avait outrepassé le mandat reçu  en remaniant encore les grades bleus. Certes Brunswick avait entériné, en 1787, la  version que le lyonnais lui proposait mais jamais il n'eut connaissance de la rédaction  finale des degrés, achevée l'année suivante seulement.

La version officialisée par l'accord a posteriori du Grand Maître Général est déposée  aux archives municipales de Lyon. Intitulée "Rituel pour le régime de la francmaçonnerie  rectifiée adoptée au Convent général de l'Ordre à Wilhelmsbad en 1782"  (toutes les versions postérieures au Convent portent la mention "adoptée au Convent  général" !), elle porte en première page la précision suivante : "Originaux des grades  maçonniques pour les Archives du Directoire Général de Lyon en juillet  1784...utilisés de 1783 à 1788", mais 1788 est biffé et remplacé par 1785, date qui  est celle d'une révision dont nous reparlerons. Certifiés par Millanois, ils furent sans  doute utilisés jusqu'à cette date (Ms 5922, bibliothèque de la ville de Lyon).

Publiés récemment par l'I.M.R.E.T.(1987), ils ne s'éloignent guère de ceux adoptés à  Wilhelmsbad. Comme de juste, ils prévoient l'ajout de la religion chrétienne dans la  première question d'Ordre. Pour le reste la seule modification notable est le  déplacement du S.E. au N.E. du triple flambeau d'Orient au troisième grade.

Le 5 mai 1785, le Directoire d'Auvergne décida que le nom de l'apprenti serait  dorénavant Phaleg, suite aux révélations de l'"Agent Inconnu" [11]. Tubalcaïn étant  un ouvrier en métaux, son initiation ne pouvait être qu'"impure", l'apprenti devant être  dépouillé de ses métaux. Phaleg, descendant de Sem, béni par Noé, était "le  véritable instituteur de la maçonnerie et le premier qui ait tenu loge".


2. La dernière révision (1787-1788).


La rédaction finale fut achevée par Willermoz de novembre 1787 à avril 1788,  époque qui vit le séjour à Lyon de Louis -Claude de Saint-Martin. Est-ce le  "philosophe inconnu" qui lui inspira cette ultime révision? C'est possible, sinon  probable (je n'affirme rien). L'ancien secrétaire du "Grand Souverain" s'était toujours  tenu à l'écart de la maçonnerie templière, malgré une adhésion tardive et de principe,  et ses ouvrages montrent qu'il était resté très proche des enseignements de son  maître disparu. A-t'il réveillé chez son ami une flamme quelque peu négligée? Des  notes de Willermoz le suggèrent (Dachez et Désaguliers, 1990, pp.16-20). En tout  cas la dernière version des rituels bleus, envoyée en 1802 au vénérable maître  Achard de la loge de Marseille "la Triple Union" (Ms FM 418, B.N. Paris), témoigne  d'une imprégnation Coen jamais atteinte jusque là. Elle ne fut jamais, à ma  connaissance, soumise à l'approbation des supérieurs allemands de l'Ordre. Ces  rituels , utilisés de nos jours par les loges rectifiées de la Grande Loge Nationale  française, ne peuvent, en tout état de cause, être présentés comme conformes aux  décision de Wilhelmsbad. Ils s'en éloignent par trop d'innovations qui auraient bien  surpris les délégués au Convent.

Les instruments (équerre, niveau, perpendiculaire) complètent le tableau du premier  grade.

L'Introducteur accompagne le candidat durant ses voyages, avec le second  surveillant.

Le candidat rencontre au cours de ceux-ci les "éléments" (mieux vaudrait dire les  "essences spiritueuses") : le feu au Midi, l'eau au Nord, la terre à l'Occident.

Cette  péripétie, que ne connaissent ni le Rite Ecossais Philosophique ni le Rite français (  les épreuves-purifications y furent introduits à la même époque mais leur signification  y est toute différente), relève de la cosmologie de Martinez. Le caractère ternaire de  la Création est le reflet de la "Triple Puissance" qui gouverne le monde : la Pensée,  la Volonté et l'Action divine, représentées dans la loge par le triple chandelier  d'Orient. D'après Martinez, l'Univers a la forme d'un triangle dont la pointe regarde  l'occident, chaque angle étant occupé par un des trois éléments fondamentaux de la  matière :  Nord Sud  eau feu  Occident  terre  Au grade d'Apprenti de l'Ordre des Elu-Coens, les trois éléments sont ainsi disposés  autour du candidat, couché à même le sol, les pieds vers l'Orient, et enveloppé dans  trois tapis, noir, rouge et blanc, emblématiques desdits éléments (C.A. Thory, 1812,  pp. 246-247). Le rituel rectifié rappelle cette disposition et souligne que le candidat  parcourt les trois régions en lesquelles le monde est divisé.

Les emblèmes de la Justice (à l'Orient) et de la Clémence (à l'Occident), allusions à  la chute du premier homme et à la condition de sa "réintégration" en son état  primordial, son successivement présentés au récipiendaire lorsqu'il reçoit "le premier  rayon de lumière".

Au grade de compagnon furent introduits la "vertu" du grade (tempérance) et le rejet  de pièces de métal (fer, airain, argent) qui ponctue les trois voyages du récipiendaire,  usage sans précédent dans la franc-maçonnerie du XVIII° siècle. L'Instruction ajoute  qu'elles devraient être cinq, en conformité avec le nombre théorique de voyages dont  les deux derniers sont épargnés à l'impétrant.


« D :Qu'avez-vousappris dans les trois voyages que vous avez faits?  R : J'ai éprouvé les vices des métaux mais docile aux avis de mon guide, je les ai  jetés à mes pieds, hors de l 'enceinte du temple et j'ai obtenu des maximes  salutaires.

D : Quels étaient ces métaux?  R : Dans mon premier voyage, j'ai trouvé l'argent au Nord ; dans mon deuxième,  l'airain au Midi et, dans le troisième, le fer à l'Occident.

D : Pourquoi ne vous a-t'on pas fait éprouver l'or qui est le premier des métaux?  R : Parce que l'or étant à l'Orient, les apprentis et les compagnons ne pourraient le  découvrir.

D : Pourquoi ne vous a-t'on pas fait connaître les deux autres métaux?  R : Je ne sais, ayant été dispensé des deux derniers voyages."  Cette péripétie nouvelle était empruntée au grade de Maître élu, quatrième grade de  la hiérarchie coen qui en contenait onze (R.Dachez, 1981, pp. 189-191).


L'épreuve la  plus remarquable du rituel est un ensemble de cinq serments que doit prêter le  récipiendaire, aux quatre points cardinaux puis au centre du temple. Chacun se  termine par la formule "Abrenuncio" et le rejet d'une pièce de métal : de plomb à  l'Occident, de fer au Septentrion, de cuivre au Midi, d'or à l'Orient et d'argent au  centre. L'ordre des métaux diffère mais l'inspiration est bien reconnaissable.

Le troisième grade, inchangé dans l'ensemble, voit l'introduction de la vertu de  prudence qui complète l'énumération des vertus cardinales.


3. Le grade de maître écossais de Saint André.


Il ne fut achevé qu'en 1809 par Willermoz alors âgé se 79 ans et devenu bien seul :  "J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini du 4°  grade avait été forcément suspendu en 1789...Vingt années se sont écoulés en cet  état, mais l'année dernière après la grande maladie que j'essuyai me voyant rester  seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je  venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en  résulteraient si cette lacune dans le régime rectifié n'était pas rempli avant ma mort,  j'osai entreprendre de le faire" (in Steel-Maret, 1893, pp. 12-13)  Dans cette lettre adressée en 1810 à Charles de Hesse, le patriarche lyonnais  rappelait que le Convent n'avait arrêté que les bases du quatrième grade, avec le  tableau de la Nouvelle Jérusalem et la montagne de Sion surmontée de l'agneau  triomphant. Par contre, il s'abstint soigneusement d'ajouter que les "discours" et  l'"Instruction finale", entièrement de sa main, constituaient une introduction très  complète à la doctrine de Martinez et un excellent prélude aux enseignements de la  (Grande) Profession, que n'avaient jamais, et pour cause, prévus les députés au  Convent.. De fait ces textes étaient l'occasion d'expliciter enfin la filiation spirituelle  de l'ensemble de l'oeuvre.

Le grade lui-même ne s'écarte guère de l'ébauche de Wilhelmsbad. Le quatrième  tableau et son évocation de l'Apocalypse, la référence à saint André paraissent bien  appropriés à un grade de transition qui "figure le passage de l'Ancien au Nouveau  Testament". Rien là de bien neuf. Au-delà même de l'ébauche du Convent,  Willermoz n'avait qu'à puiser dans ses souvenirs : le dernier grade du chapitre des  chevaliers de l'aigle noir n'était-il pas, en 1761, la "chevalier de Saint André" (A.Joly,  1938, p.9). Quant à la Nouvelle Jérusalem, elle apparaissait au grade de "Sublime  Ecossais" (source probable du 19° degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté) qui  avait pour thème "une haute montagne où il y a une ville carrée qui a douze portes"  (lettre de Meunier de Précourt, 1761, in Steel-Maret, 1893, p.75). Ces  développements permettaient à Willermoz d'affirmer "L'Ordre est chrétien, il doit l'être  et ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes libres disposés  à le devenir de bonne foi".

L'instruction était aussi l'occasion de définitions dont le style et la conception  semblent empruntées aux catéchismes en usage dans le diocèse de Lyon à l'époque  (J.Granger, 1978, in "La Franc-maçonnerie chrétienne et templière des Prieurés  Ecossais Rectifiés", 1982). Ainsi en va-t-il des Juifs exclus "religieusement" du Rite,  de la fraternité limitée aux seuls maçons chrétiens, de l'Ancienne Loi considérée  comme "abolie". Toutes, notons-le, furent introduites tardivement (les rédactions  antérieures les ignoraient) alors que s'affirmait le messagemartinéziste. .Le patronage de Saint André permit aussi l'achèvement de la médaille du grade.Jusque là, elle n'avait qu'une face avec le double triangle et l'initiale du nom d'Hiram,  comme le montre la médaille de maître écossais de Willermoz conservée à la  bibliothèque municipale de Lyon. Depuis la révision finale, elle présente à son revers  le martyre de l'apôtre sur la croix "en sautoir" qui porte son nom.

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