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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:31
Un blog très bien documenté pour tous ceux qui s'intéressent au Rite Français :

http ://montaleau.over-blog.com

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:30

Il faut bien prendre conscience que le Rite Français ne s'appelle comme ça que depuis très peu de temps. Tout d'abord, l'expression Rite Français apparaît très rarement dans les documents, des vingt dernières années du 18ème siècle, et elle commence vraiment à apparaître au début du I9eme siècle. Alors pourquoi ?

 

Eh bien tout simplement parce que jusqu'à cette époque là, en France, il n'y a qu'une seule maçonnerie. Pourquoi est-ce qu'on éprouve le besoin, au début du 19ème, ou tout à fait à la fin du I8ème de dire qu'il y a le Rite Français? Tout simplement parce qu'à côté, on trouve autre chose, par exemple le Rite Ecossais Rectifié, par exemple le Rite Ecossais philosophique, par exemple au début du 19ème, le Rite de Misraïm et plus tard le rite de Memphis. C'est donc pour se distinguer des nouveaux rites, et je ne parle pas du Rite Ecossais Ancien et Acepté très tardivement arrivé, en 1804, en France en tous cas, que le Rite Français a pris son nom.

Donc ça c'est la première notion qu'il faut avoir présente à l'esprit. Le Rite Français, c'est la tradition indivise de la maçonnerie française dans tout le 18ème siècle. Les Frères au 18ème siècle ne se préoccupaient pas de savoir à quel rite on travaille dans sa loge. C'était la Maçonnerie. Et la maçonnerie, c'est ce qu'on appelle depuis la fin du 18ème siècle le Rite Français. C'est la première chose. Mais ensuite ça va encore plus loin. On va voir dans quelques instants comment on peut historiquement le définir. En réalité il résulte,  de la greffe en terre française de la Maçonnerie d'origine anglaise. La Maçonnerie spéculative est née en Angleterre, uniquement en Angleterre, rien qu'en Angleterre, nulle-part ailleurs.

Donc que se passe-t-il vers 1725 quand la Maçonnerie apparaît en France ? Ce sont des britanniques, je dis volontairement des britanniques parce qu'il y a des anglais, des écossais et même des irlandais qui viennent installer la maçonnerie en France. Leur motivation n'est pas l'envie de transmettre la maçonnerie à la France. Ils sont plutôt obligés de fuir l'Angleterre en raison d'un conflit dynastique et religieux. C'est parce que la plupart d'entre eux sont Jacobites, d'autres Hanovriens. Pendant environ une quarantaine d'années ils ne vont pas arrêter de faire l'aller et retour de part et d'autre de ce que nous appelons la Manche et que les anglais appellent le British Channel.

Et alors que font-ils à Paris ? Ils font leur maçonnerie à eux La maçonnerie qu'ils connaissent, la maçonnerie anglaise. Et d'ailleurs les français n'étaient pas les bienvenus puisque l'un des premiers à avoir exercé les fonctions de Grand Maître, le comte de Derwentwater dit : « Ecoutez, nous sommes à Paris, nous ne l'avons pas choisi, mais alors surtout, n'admettons jamais les français. Parce que si on admet les français dans la maçonnerie, ça sera la fin de tout. » Finalement on a admis les français, et ça n'a pas été la fin de tout, mais ça a été le début des ennuis, quand même. On s'aperçoit, quand on regarde les textes de cette époque jusqu'en 1751, d'une chose très simple et qu'il faut rappeler. Jusqu'en 1751, il n'existe rigoureusement aucune différence entre le rituel maçonnique anglais et le rituel maçonnique français. C'est le même. Quand on nous dit alors qu'il y a la tradition maçonnique anglaise, moi je dis, à l'instar de l'expression d'un archevêque, à la fin du l9ème siècle, disant que la France est la fille ainée de l'Eglise, la France c'est aussi la fille ainée de la maçonnerie. C'est-à-dire que la tradition maçonnique initiale de la maçonnerie spéculative s'est forgée dans les cinquante premières années du I8eme siècle à partir d'un ensemble de rituels qui étaient uniques, commun à l'Angleterre et à la France. Or le problème en Angleterre, et c'est là que ça devient très intéressant, c'est qu'en 1751 apparaît un événement fondamental dans l'histoire de maçonnique anglaise ; l'apparition d'une deuxième Grande Loge. Une deuxième grande loge rivale de la première, et qui va s'appeler la Grande Loge des Anciens. Pendant soixante ans, les deux vont être en conflit. En 1813, ces deux Grandes Loges vont fusionner pour donner l'actuelle Grande Loge dite Unie, à cause de l'union des deux Grandes Loges d'Angleterre. Elles vont alors mettre au point un rituel dit de l'union. Or pour des raisons complexes qu'on ne va pas examiner aujourd'hui, quand elles ont mis au point le rituel de l'union, c'est le rituel des anciens qui, sur l'essentiel, l'a emporté. Sur beaucoup de points, pas sur tous. De sorte que la tradition maçonnique anglaise initiale, à partir de ce moment là, est présente où? Elle n'est plus présente en Angleterre, elle n'est plus présente que dans le Rite Français qui en est l'héritier direct.

 C'est ça qu'il faut bien comprendre. C'est que la tradition du Rite Français, c'est l'héritage de la première maçonnerie spéculative franco-anglaise qui n'existe plus en Angleterre. Elle a trouvé sa filiation et son refuge dans le Rite Français. C'est donc une responsabilité énorme que celle du Rite Français puisqu'à travers ce rite, on véhicule les traditions les plus anciennes de la Franc-maçonnerie spéculative.

Pour poursuivre sur ce point des origines historiques et traditionnelles, je voudrais insister sur deux aspects :

Le premier, c'est qu'il n'existe pas de rituel de référence du Rite Français au 18ème siècle. Parce qu'il n'existe pas au I8ème siècle de rituel de référence d'aucun rite. A cette époque-là, le rituel maçonnique n'est pas du tout fixé comme nous, nous l'entendons, un texte dactylographié, et puis on suit ligne par ligne, et tout est écrit. Le rituel dont dispose un vénérable de l'époque est court il ne faut pas que ce soit trop long, parce qu'il n'y a pas de photocopieuse ni de machine à écrire et encore moins d'ordinateur, et qu'il faut tout copier à la main. Donc le souci que l'on a c'est que ça soit le plus court possible. Qu'est ce qu'un vénérable de 1750 a sous les yeux ? Nous en avons des exemplaires. Ce sont des petits livrets généralement. Le rituel dit, par exemple pour ouvrir la loge, « en loge mes Frères ». Ensuite le vénérable fera quelques demandes et réponses du catéchisme. Donc on choisit dans les instructions, quelques demandes et réponses, puis le vénérable dira, « mes Frères la loge est ouverte ». C'est tout. Rituel d'ouverture de 1745. On pourrait multiplier les exemples. Ce que l'on voit, c'est que, au fur et à mesure que le temps passe, il y a une tendance à écrire de plus en plus précisément les textes. Il y a donc une tendance à les faire de plus en plus longs. Le premier rituel qu'on connaisse décrivant une initiation, au grade d'apprentif-compagnon, comme il était dit puisqu'on recevait dans le même mouvement, le même soir, en même temps apprenti et compagnon, c'est la fameuse divulgation du lieutenant de police René Hérault, la « réception d'un franc-maçon » en 1737.

 Nous nous sommes amusés un jour à le mettre en scène en chronométrant. On s'aperçoit alors que l'ouverture et la fermeture de la loge et la réception d'apprentif-compagnon, tout compris, à Paris en 1737, ça demande environ vingt minutes si on ne se presse pas trop. On ajoute simplement qu'on a laissé le candidat livré à ses réflexions pendant une heure. Si on compte cette heure dans la cérémonie, mais à mon avis ce n'était pas une heure, plus vingt minutes pour ouvrir, pour fermer et pour faire la cérémonie d'apprentif-compagnon c'était court. Mais il faut préciser qu'après se déroulaient des agapes qui, elles, duraient trois à quatre heures. Elles sont manifestement la part la plus importante de la cérémonie à cette époque. Je crois donc que ça c'est très important de le rappeler. Le Rite Français hérite des traditions maçonniques les plus anciennes le la maçonnerie spéculative franco-anglaise du début du 18ème siècle, et c'est un rite qui n'est pas fixé Verbatim. Même si pour des raisons administratives, on va de plus en plus l'écrire.  

La seule chose qu'on puisse dire, c'est qu'il existe un moyen d'identifier le Rite Français. Le moyen d'identifier le Rite Français, c'est de regarder les points communs, le nucleus constant de tous les rituels qu'on connaît avant 1750. Quand on fait ce travail-là, vous savez, c'est comme si on mettait des transparents les uns sur les autres. On finit par voir tout ce qui se superpose. Tout ce qui se superpose, c'est la structure de base. Je pense que pour définir le Rite Français, il vaut mieux raisonner comme ça, en structure symbolique fondamentale. Et là, il y a des choses qui sont absolument claires. On peut les énumérer rapidement. Il y a un vénérable à l'orient deux surveillants à l'occident. Ça c'est la première structure fondamentale de la première Grande Loge de Londres. Trois chandeliers disposés comme ils sont là, bien entendu. L'autre disposition des chandeliers, dite disposition écossaise, n'apparaît en France que vers 1760 ou 1770 au plus tôt, et a une tout autre signification, même si on dit qu'en 1751, à la mère loge écossaise de Marseille ça existait. Mais comme on n'a pas les rituels d'origine, on ne peut pas l'affirmer. Enfin le tableau au centre de la loge, et puis bien entendu l'ordre J et B des mots sacrés.

Avec ces éléments là, on a déjà le décor du rituel, les fondamentaux du Rite Français. Ensuite, pour les cérémonies, ça commence à devenir un peu plus compliqué parce qu'au départ elles sont très simples. Je vous rappelle l'initiation d'apprentif-compagnon du lieutenant de police René Hérault : le candidat a les yeux bandé, il frappe trois fois à la porte de la loge. On le reçoit, on lui fait faire trois fois le tour de la loge, sans rien lui dire, sans lui faire de leçon, sans lui poser de question. Pendant ce temps les Frères font du bruit et jettent de la poix-résine sur les chandelles pour faire des étincelles, des crépitements et effrayer le candidat. Puis ensuite, il vient à l'orient, il prête son obligation d'apprentif. On lui fait taire de nouveau trois tours, et il devient compagnon.

Ça, c'est la structure du Rite Français. Vous voyez qu'à partir de là, tout le reste est en quelque sorte une espèce d'explicitation d'un contenu fondamental très implicite. Il faut simplement que cette explicitation soit conforme aux traditions fondatrices du Rite Français, c'est-à-dire qu'on se situe dans une perspective chrétienne ouverte et œcuménique. N'oublions pas que les origines sont anglaises. C'est-à-dire dans un pays protestant qui, dès la fin du 17° siècle, a établi une paix civile sur la base d'une tolérance de toutes les confessions chrétiennes. Par conséquent c'est un christianisme qui est ouvert et on peut dire non confessionnel. 

On se réfère à une époque de l'histoire maçonnique où la vie maçonnique n'était pas réglée par des textes administratifs visés par une autorité centrale. Ça n'existait pas. D'ailleurs. Louis de Clermont, Grand Maître de 1743 à 1771 ne s'est jamais appelé Grand Maître de la Grande loge de France. L'obédience s'appelait Grande Loge de France, Louis de Clermont était appelé Grand Maître de toutes les loges régulières du royaume, ce qui n'a absolument pas la même signification. La seule chose qu'on demandait à la Grande Loge c'était d'envoyer un diplôme pour dire : vous avez le droit de travailler. Et ils se fichaient complètement de savoir ce que les loges pouvaient faire.

Donc c'est aussi à l'image de la France de l'ancien régime, encore une fois l'histoire d'une institution singulière comme la maçonnerie, ne doit jamais être séparée de l'histoire générale, et ça c'est un péché de certains historiens de la maçonnerie de considérer que la maçonnerie est dans une bulle. Elle est dans une vie sociale, une histoire sociale. Et l'histoire de l'ancien régime, c'est quoi ? C'est la décentralisation jusqu'à ratomisation, personne n'est responsable de rien et tout le monde est responsable de tout. Le pouvoir central n'existe quasiment pas. Eh bien la maçonnerie se constitue à cette image. Bien entendu, cette façon de faire est pleine d'inconvénients.

 Mais ce qui est intéressant dans le Rite Français, c'est que justement il y a cette dimension de liberté. Elle se réfère à un moment de la maçonnerie où quand on change une virgule du rituel, la voûte étoilée ne va pas s'effondrer, mais où il y avait une structure fondamentale. Et autour de cette structure fondamentale, il y a une marge de variation qui dépend d'une tradition locale, d'une vision à un moment donné de ce que peut être la maçonnerie. C'est justement dans cette possibilité de variation autour d'une structure que réside à mon sens la richesse, le dynamisme, la vie du Rite Français.

J'en termine là-dessus. Il est très important de conserver cette idée-là parce que, ne l'oublions pas, nous sommes à travers le Rite Français les derniers détenteurs de la plus ancienne tradition de la maçonnerie spéculative.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:23

27 Décembre 1773: Le Grand Orient

« La rédaction des grades maçonniques exigeant de grandes lumières et beaucoup de zèle la part des Frères qui voudraient s'en occuper , le Grand Orient, a établi une commission spécialement chargée de ce travail et il a nommé les Très Respectables Frères Bacon de la Chevallerie, Comte Stroganoff  et Baron Toussainct Commissaires pour préparer ce grand ouvrage. Tous les Frères qui ont des connaissances maçonniques sont invités à les confier à l'un ou l'autre de ces Frères, qui pourront à leur tour adjoindre à leurs travaux tels Frères instruits qu'ils jugeront à propos pour, après la rédaction, en être rendu compte au Grand Orient et en obtenir la sanction. »


24 Mars 1776
: Le Grand Orient

« Il a été mis en délibération si la commission nommée pour rédiger les grades sera augmentée. Après qu'il avait été fait lecture des avis des trois chambres, vu le Frère Orateur et ses conclusions, le Grand Orient a arrêté, à l'unanimité des voix, que la commission sera augmentée et a nommé pour nouveaux commissaires, outre les trois anciens, les Grands Officiers, les Officiers d'honneur et les Frères marquis d'Arcombal, de la Chaussée, de Lalande, Morin, Targe, Gouillard, Guillotin, Pingré et Savalette de Lange. »


26 Janvier 1781
: La Grande Loge du Conseil


« Le but de l'assemblée était de s'occuper de la rédaction des grades. En conséquence il a été fait lecture du travail du Vénérable Frère Salivet sur cet objet, travail présenté aux trois Chambres, et pour lequel elle avait demandé une Grande Loge de Conseil.

Il a été mis en délibération si la Grande Loge du Conseil croit avantageux de faire des réceptions dans le Grand Orient ou d'employer tout autre moyen pour rédiger les Grades. Les Frères ayant fait leurs observations, le Vénérable Frère Orateur a donné ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait des réceptions dans le Grand Orient. Le scrutin délivré et recueilli, la Grande Loge de Conseil a été d'avis, à la pluralité de vingt et une voix contre trois, qu'il doit être fait des réceptions dans le Grand Orient.

Quelques Frères, ont ensuite offert des protocoles de réceptions et d'autres ont observé qu'il faudrait, avant  de rien statuer sur ces protocoles les communiquer à neuf Vénérables des Loges de Paris que l'on prierait de les examiner. En conséquence il a été mis en délibération si un protocole donné sera présenté immédiatement à la Grande Loge du Conseil ou s'il sera communiqué avant à neuf Vénérables des Loges de Paris. Le Vénérable Frère Orateur a conclu à ce que les protocoles soient portés immédiatement à la Grande Loge du Conseil et les conclusions ont été adoptées à la pluralité de vingt une voix contre six ;

Il a ensuite été observé que le travail qui sera fait pour les réceptions ne pouvant être qu'un travail préparatoire dont la Grande Loge du Conseil n'a pas été chargée et pour lequel même il a été nommé une commission, ce travail ne pouvait être fait dans la Grande Loge du Conseil, mais que les trois Chambres pouvaient  se réunir et s'occuper de ce travail qu'elles présenteront ensuite au Grand Orient qui l'approuvera s'il le juge convenable.

En conséquence il a été proposé d'arrêter que les trois ateliers se rassembleront le vendredi  neuf de mois prochain sous la dénomination des trois ateliers à l'effet d'entendre des projets relatifs à la réception d'apprentis, ce qui, sur les conclusions du Vénérable Frère Orateur, a été arrêté à la pluralité des voix ».

Les trois chambres réunies, vont consacrer dix huit assemblées à l'étude et à la rédaction des trois Grades Symboliques ;


12 Avril 1782 
: Les Trois Chambres Réunies


«  Les Chambres sont revenues sur leur travail de la dernière assemblée, et il a été proposé de donner en communication à la Chambre des grades tout ce que l'atelier a fait sur les trois grades symboliques, et la prier d'examiner ce travail et de donner son avis.

La proposition a été mise en délibération, et le Vénérable Frère Orateur a conclu à ce qu'elle fut adoptée. Le scrutin a été délivré et recueilli et les trois chambres ont arrêté à la pluralité de dix voix contre quatre, que leur travail sur les grades symboliques sera communiqué à la quatrième chambre, laquelle sera priée de l'examiner et de donner son avis.

Les trois chambres ont ensuite arrêté qu'elles suspendraient leurs assemblées jusqu'au jour ou la quatrième chambre aura remis au secrétariat le travail des trois grades symboliques, avec son avis, et que dès cet instant les trois chambres seront convoquées pour le vendredi suivant ».

La chambres des grades, va consacrer seize assemblées à l'étude et à la rédaction des trois Grades Symboliques ;


10 Février 1784
: La Chambre des Grades


« Après cette lecture la chambre a arrêté que les trois grades symboliques et les observations qu'elle a faites sur chacun d'eux seraient renvoyés aux trois chambres réunies, et que la chambre d'administration serait priée d'en ordonner la convocation ».

Les trois chambres réunies vont encore consacrer six assemblées à l'étude et à la rédaction des trois grades symboliques;


8 Juin 1784
: Les Trois Chambres Réunies


"Les Trois Chambres ont aussi arrêté que les rédactions et les instructions des trois grades symboliques seraient présentées à la première assemblée du Grand Orient".
 

24 Juin 1784 : Le Grand Orient


« Les Vénérables Frères Orateurs ont présentés la rédaction des trois premiers grades faite par les trois chambres.

Mis en délibération s'il sera nommé ou non des commissaires pour examiner cette rédaction. Conclusion du Vénérable Frère Peyrilhe qu'il soit nommé des commissaires, conclusions adoptées.

Le Grand Orient à prié les neufs loges ci-après nommées : la Bienfaisance, les Amis réunis, la Fidélité, les Cœurs Simples de l'Etoile Polaire, la Réunion des Etrangers, la Triple Lumière, Saint Nicolas de la Parfaite Egalité, l'Amitié et le Contrat Social, de nommer chacune un député pour examiner la rédaction des grades et faire leurs observations sur des feuilles séparées sans toucher au manuscrit et ce par tiers. En conséquence, les Députés des trois premières loges feront leur travail et remettront le manuscrit, les trois autres députés ensuite etc. Il sera écrit à ces neufs loges de choisir un député dans les neuf jours ».


11 Janvier 1785
 : La Chambre des Grades


« Quelques frères ayant représenté qu'il était important de terminer le travail des grades symboliques, la question a été mise en délibération et la chambre a arrêté que les autres chambres seraient invitées de se joindre à elle pour prier le Grand Orient de fixer un délai pendant lequel les commissaires chargés de l'examen de la Rédaction des trois grades symboliques seraient tenus de la terminer ; et attendu qu'ils ont été nommés le 24 Juin dernier, la chambre prie le Grand Orient de statuer qu'ils termineront leur travail dans l'espace de trois mois, après quoi ils le remettront au Grand Orient dans l'état ou il se trouvera ».


24 Juin 1785
 : Le Grand Orient


«  Il a été représenté par le vénérable Frère Roettiers de Montaleau qu'un grand nombre de loges se plaignent que depuis longtemps on leur  promet les règlements ainsi que les grades symboliques, que le travail des commissaires chargés de rédiger devrait être entièrement achevé, et que les termes qui leur ont été donnés pour le mettre à sa perfection sont expirés et au-delà. Le Vénérable Frère Roettiers de Montaleau a prié le Grand Orient de prendre un parti pour donner aux loges de la correspondance la satisfaction qu'elles demandent à cet égard et qu'elles attendent avec une juste impatience ».


15 Juillet 1785
 : Le Grand Orient

« Le Grand Orient s'est occupé de l'affaire pour laquelle il s'est assemblé extraordinairement concernant l »examen définitif de la rédaction des trois premiers grades ».

Les Rituels sont votés:

          Le Grade d'Apprenti le 15 Juillet 1785

          Le Grade de Compagnon le 29 Juillet 1785

          Le Grade de Maitre le 12 Août 1785


  26 Aout 1785 : Le Grand Orient


« Après avoir donné tous ses soins et toute son attention à l'examen définitif des trois  grades symboliques dans les différentes séances qu'elle a tenues pour cet effet, l'assemblée s'est occupée des moyens de les faire parvenir aux loges de la correspondance et des précautions qu'il conviendrait de prendre tant pour en empêcher la publicité que pour  diminuer les frais qu'ils occasionneront.

Un Frère ayant observé que la manière de promulguer les grades était un objet assez intéressant  pour prendre toutes les précautions que la prudence pourrait suggérer, en conséquence qu'il estimait que les Chambres devaient être consultées et que c'était même un des cas où leur avis paraissait le plus nécessaire.

Les Frères s'étant réunis à cette observation, il a été arrêté que les Chambres seraient consultées sur la manière la plus sure de promulguer les grades et de les faire parvenir aux loges.

L'avis de la Chambre d'Administration sera donné le 7 Novembre 1785, celui de la Chambre de Paris le 11 Janvier 1786 et celui de la Chambre des Provinces le 23 Mars 1786.


7 Avril 1786
 : Le Grand Orient


« La communication de ces différents avis donnée, le Vénérable Frère Oudet secrétaire général a fait lecture de son travail sur la même question, en conséquence duquel la Chambre d'Administration s'est déterminée à donner son avis.

Le Vénérable Frère Dauptain a aussi fait lecture de son rapport à la Chambre de Paris sur le même objet.

L'assemblée se trouvant suffisamment éclairée par le travail lumineux de ces deux Frères, la matière a été mise en délibération et les Vénérables Frères ont été priés de faire leurs observations, ensuite de quoi le Vénérable Frère Suë orateur de la Chambre d'Administration a donné se conclusions tendantes à ce que les grades soient envoyés manuscrits aux Loges.

Le scrutin délivré et recueilli les conclusions ont été adoptées à la pluralité de vingt deux voix contre treize.

Le Grand Orient a ensuite arrêté que la Chambre d'Administration serait chargée de surveiller et de diriger ce travail ».

10 Juillet 1786: Circulaire du Grand Orient adressée aux Loges

"L'uniformité dans les travaux des ateliers qui suivent notre Rite, a toujours été l'un des principaux objets qui ont excité notre attention; mais pour parvenir à établir cette uniformité, il était indispensable de faire une nouvelle rédaction des Grades, qui sont la base et les premiers éléments de l'Art Royal.

Quoique souvent distrait, malgré lui, de ce travail, par les soins multipliés et sans cesse renaissants de son administration, le Grand Orient vient enfin d'y mettre la dernière main...

La totalité des grades ne sera jamais envoyée à la fois; il en sera fait deux paquets, qui partiront à des jours différents".


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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:19

1. Honore le Grand Architecte de l'Univers.

2. Aime ton prochain. Ne fais point le mal. Fais le bien.

3. Laisse parler les hommes.

4. Le vrai culte du Grand Architecte consiste dans les bonnes mœurs. Fais donc le bien pour l'amour du bien lui-même. Tiens toujours ton âme dans un état pur.

5. Pour paraître dignement devant le Grand Architecte de l'Univers, aime les bons, fuis les méchants, plains les faibles, mais ne hais personne.

6. Parle sobrement avec les grands, prudemment avec tes égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement avec les pauvres.

7. Ne flatte point ton frère : c'est une trahison. Si ton frère te flatte, crains qu'il ne te corrompe.

8. Ecoute toujours la voix de ta conscience.

9. Sois le père des pauvres ; chaque soupir que ta dureté leur arrachera augmentera le nombre de malédictions qui tomberont sur ta tête.

10. Respecte l'étranger voyageur ; aide-le, sa personne est sacrée pour toi.

11. Evite les querelles ; préviens les insultes.

12. Mets toujours la raison de ton côté.

13. Respecte les femmes ; n'abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.

14. Si le Grand Architecte te donne un fils, remercie-le, mais tremble sur le dépôt qu'il te confie.

15. Sois pour cet enfant l'image de la divinité.

16. Fais que jusqu'à dix ans il te craigne, que jusqu'à vingt il t'aime, que jusqu'à ta mort il te respecte.

17. Jusqu'à dix ans, sois son maître ; jusqu'à vingt ans, son père, jusqu'à la mort, son ami.

18. Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières ; qu'il te doive une droiture éclairée et non une frivole élégance.

19. Fais-le honnête homme plutôt qu'habile homme.

20. Si tu rougis de ton état, c'est orgueil ; songe que ce n'est pas la place qui t'honore ou te dégrade, mais la façon dont tu l'exerces.

21. Lis et profite ; vois et imite ; réfléchis et travaille.

22. Rapporter tout à l'utilité de tes frères, c'est travailler pour toi-même.

23. Sois content partout, de tout et avec tout.

24. Réjouis-toi de la justice.

25. Courrouce-toi contre l'iniquité ; souffre sans te plaindre.

26. Ne juge pas légèrement les actions des hommes.

27. Ne blâme point et loue encore moins.

28. C'est au Grand Architecte de l'Univers qui sonde les cœurs à apprécier son ouvrage.

29. La Concorde grandit ce qui est petit.

30. La Discorde annihile ce qui est grand.

31. Voici l'épreuve des épreuves, celle où t'attendent, ricanantes et blêmes, les influences mauvaises, dans l'espoir de te voir trébucher et retomber dans les ténèbres extérieures.

32. Si tu y résistes, le Phœnix, succédant à l'Alcyon va éclore pour toi.

33. Le monde n'a pas conscience des supériorités naissantes. Prends donc la sainte habitude de souffrir le mépris de ceux qui valent moins que toi.

34. Pénètre-toi de cette vérité qu'il ne te sera jamais rendu justice, sinon lors de ton avènement dans la Lumière.

35. Il faut que tu deviennes complètement indifférent à l'opinion des hommes, ce qui est plus facile à exprimer qu'à réaliser.

36. Que t'importe de passer dans la foule pour une vague unité, lorsque tu as conscience de ta Royauté intellectuelle ?

37. Œuvre selon ta conscience, sans te soucier du résultat.

38. Accepte la gloire comme un fardeau, et ne la désire pas, sinon la gloire éternelle, celle des Philosophes : l'Absolu.

39. Si tu recherches l'assentiment humain, tu marches vers les ténèbres, tu es hors de la Voie.

40. Si tu désires être un Saint pour que l'on te reconnaisse comme tel, il est certain que tu ne le deviendras jamais.

41. Anéantis-toi, mon Disciple, dans un abîme d'humilité. Sois infime parmi les infimes.

42. Abaisse-toi et tu te transfigureras un jour, et tu te réveilleras brillant et radieux, dans l'embrassement du Roi de Gloire, du Roi oriental séant sur son trône, comme disent les vieux maîtres, et tu entreras dans la Mer pourprée qui est le Magistère des Philosophes.

43. Mais tu n'es encore que le mercure lépreux qui a fait mourir le Soleil de justice sur l'effigie du quaternaire, souviens-t'en.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:06

En France, où rien n'est jamais simple, la situation de la maçonnerie, à l'aube du XIX° siècle, était particulièrement complexe.


Après la mort du comte de Clermont (16 juin 1771), cinquième Grand Maître de la "Grande Loge de Paris, dite de France", un schisme divisa la franc-maçonnerie française.


Le Grand-Orient de France avait été fondé en 1773 par une assemblée de députés des loges de Paris et des provinces réunis en "Grande Loge Nationale" sous la direction énergique du duc de Montmorency-Luxembourg. Après l'adoption, le 26 juin de cette année-là, de nouveaux statuts qui prévoyaient, entre autres, l'amovibilité des maîtres de loge, le duc de Chartres, cousin du Roi, fut installé le 22 octobre. Mais la Grande Loge Nationale n'avait pu rallier à ses vues tous les maîtres de loges parisiens dont certains étaient, on peut les comprendre, très attachés à l'inamovibilité de leur fonction, privilège que voulait supprimer la jeune obédience. Les rebelles se constituèrent donc en "Très Respectable Grande Loge de France", ou plutôt affirmèrent continuer la Grande Loge, laquelle souvent se qualifia de "Grand-Orient de Clermont", voire "seul grand et unique Grand-Orient de France». Le 10 septembre 1773, elle annonça la liste de ses Grands Officiers, ne reconnaissant pour Grand Maître que le défunt comte de Clermont et pour administrateur-général le duc de Montmorency-Luxembourg, lequel ne put que protester contre l'abus fait de son nom.

Schisme donc, lequel dura jusqu'en 1799, sans cependant que diffèrent les rituels et les grades pratiqués. Cette maçonnerie-là était bien "française", c'est à dire "moderne", dans la droite ligne de l'héritage britannique quoique accommodée à l'imagination latine, et ce depuis les premières divulgations parisiennes. Prenons garde d'y voir l'équivalent du schisme anglais, anciens contre modernes, qui faisait rage de l'autre côté de la Manche, moins encore de cette fracture toujours béante qui sépare aujourd'hui maçonneries "libérale" et, si l'on veut, "dogmatique". La différence était surtout sociologique : la Grande Loge était parisienne, roturière et bourgeoise, le Grand-Orient national, aristocratique et de bon ton, dans ses cercles dirigeants tout au moins.

Les deux obédiences firent preuve d'un grand libéralisme en matière de rituels, qu'ils fussent pratiqués dans les loges bleues ou les chapitres. Le Grand-Orient passa un traité d'alliance avec les directoires du Rite Ecossais Rectifié en 1776, leur laissant le contrôle de leurs loges, et, en 1781, avec la loge parisienne de Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social, Mère-Loge pour la France du Rite Ecossais Philosophique, à qui il laissa faculté d'affilier à ses hauts-grades les loges qui le désireraient.

Le Grand-Orient n'en constitua pas moins, le 18 janvier 1782, une "Chambre des Grades" qui, en un louable effort, élabora un Rite « du Grand-Orient », plus tard dénommé Rite Français, qui fut adopté en Assemblée Générale au début de l'année 1786. Les trois grades bleus furent alors codifiés, mais ils ne seront édités collectivement qu'en 1801, en un recueil de trois cahiers, pour le vénérable et les deux surveillants, intitulé « Le Régulateur du Maçon ».

L'avant-propos du rituel de 1786 souligne la volonté de la chambre des grades de codifier un ensemble rituel unique à l'usage des loges de l'obédience :


Un autre point non moins important est l'uniformité depuis longtemps désirée, dans la manière de procéder à l'initiation. Animé de ces principes, le G\O\
de France, s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la maçonnerie à ces usages anciens que quelque novateurs ont essaÿé d'altérer, et d'établir ces premières et importantes initiations dans leur authentique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent donc s'y conformer de point en point...

En outre, le Grand-Orient reconnaissait cinq "Ordres" supérieurs, gérés par un Grand Chapitre Général de France que le Grand-Orient s'incorpora en 1786 ou 1787. Les quatre premiers "Ordres", Elu, Ecossais, Chevalier d'Orient et Rose-Croix, reprenaient les degrés supérieurs apparus dans les années 1740-1760 à la fécondité sans pareille. Le cinquième, de même, "comprenait tous les grades physiques et métaphysiques de tous les systèmes particulièrement ceux adoptés par des associations maçonniques en vigueur". En clair tous les grades supérieurs au Rose-Croix étaient réunis dans ce 5e Ordre, le Kadosch excepté qui avait été reconnu "faux, fanatique et détestable" en 1766.

Le Grand-Orient, soit en son Grand Chapitre soit par ses traités d'alliance avec les directoires Ecossais Rectifiés et la loge-mère du Contrat Social, se voulait donc le dépositaire et le gardien de tous les grades "Ecossais" pratiqués à Paris et en province. Le cinquième Ordre devait se réunir le premier mardi de chaque mois mais on ne sait s'il le fit jamais. Certains le croient et pensent qu'il travaillait au grade de Chevalier du Soleil.

La révolution passa par-là, qui donna aux frères d'autres préoccupations que de maçonner à l'unisson. Après la tourmente terroriste, le Grand-Orient reprit ses travaux en 1796 sous l'impulsion d'Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1808) qui refusa la succession du duc d'Orléans, lequel avait renié l'ordre dès février 1793 et fut guillotiné le 3 novembre de la même année. Devenu "Grand Vénérable", Roëttiers eut à cœur, non seulement la résurrection du Grand-Orient, mais aussi la réunion des deux grands corps maçonniques d'avant la révolution. Il y réussit par le concordat d'union, signé par des commissaires des deux obédiences le 21 mai 1799, puis sanctionné par le Grand-Orient le 23 mai et par la Grande Loge dans une assemblée extraordinaire le 9 juin. La réunion des deux G.O. de France fut consommée dans l'allégresse le 22 juin 1799.


1.1 La résistance écossaise

Quelques loges « Ecossaises » ne partageaient pas ce bel enthousiasme.

La résistance s'incarna en un homme, Antoine-Firmin Abraham (1753-1818), « chevalier de tous les Ordres maçonniques ». Né à Montreuil-sur-mer le 3 septembre 1753, premier commis de la marine et secrétaire de La Fidèle Union à Morlaix, créateur de la loge Les Elèves de Minerve le 1er février 1802, « il fut le premier qui eut le courage en France d'arborer l'étendard de l'Ecossisme ».

De 1800 à 1802, il fit paraître le « Miroir de la Vérité, dédié à tous les Maçons », en quatre volumes dont le contenu est énuméré dans la bibliographie de Fesch. Le 3ème volume contient la plupart de ses écrits sur l'écossisme : Première circulaire à tous les Maç\ Ecoss\ en France - Circulaire de la R\ L\ de la Parfaite Union, O\ de Douay et sa profession de foi sur l'Ecoss\- Motifs du traité d'union entre le G\ O\ de France et les directoires français - Réflexions sur l'existence du soi-disant G\ Chap\ Général de France...

Abraham ne mâchait pas ses mots : sa condamnation du Rite Français était sans appel. Dans sa « Circulaire aux Maçons Ecossais » (juin 1802), il écrivait notamment :


Les hauts-grade, en France, ne ressemblent en rien à ceux reconnus dans l'Allemagne, la Russie, la Prusse, la Suède, le Danemark, les Etats-Unis d'Amérique, l'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosses ; le Rhin et les mers sont devenus, pour les Francs-Maçons, ce que le Styx fut pour les anciens, la séparation des vivants et des morts... Je vous invite vivement à notifier au Grand-Orient de France, de concert avec les maçons Ecossais, votre ferme et inébranlable résolution de conserver, dans votre atelier, ce Rit précieux en ce qui concerne les hauts-grades » (Miroir de la Vérité, Tome III : 64-67, cité par Lantoine, II, 135).

La diatribe mérite qu'on s'y arrête. En effet, que dit-elle sinon que les hauts-grades du GODF n'étaient pas ceux pratiqués dans les pays étrangers, contrairement aux hauts-grades « Ecossais ». Or, les degrés additionnels anglo-saxons, Royal Arch, Mark ou Knight Templar pour ne parler que d'eux, répandus en Angleterre et aux Etats-Unis, n'étaient pas les hauts-grades « Ecossais » de France !

L'Ecosse connaissait certes l'Ordre d'Hérédom de Kilwinning, implanté en France à Rouen et Paris avant la révolution, mais elle ignorait tout des innovations « Ecossaises ». Les pays germaniques avaient vu l'essor des Ordres templiers issus de la Stricte Observance, revus par Eckleff en Suède, Zinnendorf en Prusse et Willermoz à Lyon. Certains grades « Ecossais », le Rose-Croix notamment, étaient connus outre-manche mais ils ne différaient guère de leur homologue du Grand-Orient. Bref, Abraham se trompait de cible.

La question se pose, légitime : qu'étaient ces loges « Ecossaises » sinon des loges conférant des hauts-grades ? Connaissaient-elles une forme particulière de grades bleus, c'est à dire une méthode spécifique d'amener les impétrants à la maîtrise qui les différencie des loges classiques du temps ? Certes, dans les pays de langue anglaise cohabitaient, plutôt mal, deux traditions, celle de la Grande Loge de 1717, dite des « Modernes », et celle de la Grande Loge « selon les anciennes constitutions », fondée en 1751 à Londres par des maçons irlandais. Si on peut, par analogie, parler à leur sujet de « Rite ancien » et de « Rite moderne », ce serait une faute d'extrapoler cette situation au continent. « Ecossais » et « ancien » n'étaient pas synonymes, pas plus d'ailleurs que « Français » et « moderne » ! Cela dit, l'influence « ancienne » était inexistante en France et tous les rituels continentaux du XVIII° siècle, qu'ils se disent « Ecossais » ou non, se rattachaient peu ou prou à la tradition « moderne », sans cependant la copier servilement.


1.2 Rite Moderne et Rite Ancien

Pendant plusieurs décennies, la « première » Grande Loge fondée à Londres en 1717 fit la loi en Angleterre. C'est à elle que l'on doit la tripartition des grades et l'introduction de la légende d'Hiram, véritables landmarks sans laquelle il ne peut y avoir de franc-maçonnerie. Ses rituels ne sont connus que par des divulgations, dont la plus essentielle reste le « Masonry dissected » de Samuel Prichard (1730). Lorsque la maçonnerie fut introduite en France, les premiers adeptes de ce qui devait devenir la Grande Loge de France en adoptèrent tout naturellement les usages avant de les adapter et de les développer selon leur sensibilité propre. Ils en gardèrent l'essentiel, qui reste aujourd'hui la base même du Rite Français :

Les deux surveillants sont placés à l'ouest de la loge

Le ternaire Soleil-Lune-Vénérable sont les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, représentées par les trois chandeliers d'angle placés autour du tableau de la loge.

La loge est supportée par trois colonnes (Sagesse-Force-Beauté)

Les « mots » J ... et B... sont ceux respectivement des 1er et 2ème grades

Au 3ème grade, « l'ancien mot de maître », Jéhovah, n'est pas « perdu » mais seulement remplacé par un mot de circonstance, M... B... La clef du grade est l'expérience mystique que connaît le néophyte lorsqu'il est couché dans la tombe qui porte le nom du Très-Haut.

En 1751 fut instituée, à Londres toujours, la « Très Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Accepté », dont les membres étaient pour la plupart d'origine irlandaise. Cette innovation vint rompre la belle unité britannique, d'autant que les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse la reconnurent bientôt la jeune obédience comme seule régulière, car seule fidèle aux « anciens usages ». De fait, leur bouillant Grand Secrétaire, Laurence Dermott, n'eut de cesse qu'il n'ait dénoncé les « déviations » de la première Grande Loge, leur reprochant pêle-mêle d'avoir simplifié et déchristianisé les rituels, omis les prières, inversé les mots sacrés des premier et deuxième grades, abandonné la cérémonie « secrète » d'installation d'un vénérable et, surtout, rejeté le grade de Royal Arch. Sans trop de vergogne, il qualifia de « Modern » les tenants de la plus ancienne Grande Loge, ce qui permit de nommer « Antient », ou Ancienne, sa toute récente obédience.

En 1760, une autre divulgation, les « Three Distinct Knocks... », révéla la teneur des rituels « anciens dont les différences essentielles avec le Rite moderne méritent d'être soulignées :

Le premier et le second surveillants ont chacun en main une colonne de 20 pouces, qui représentent les deux colonnes du Temple de Salomon.

Le second surveillant est placé au milieu de la colonne du midi, tandis que le premier surveillant se tient à l'ouest (ils sont en fait postés devant les portes du temple)).

Ils sont assistés par deux diacres, fonction d'origine irlandaise, l'un situé à la droite du vénérable, l'autre à la droite du premier surveillant.

Les chandeliers, toujours associés au ternaire soleil-lune-maître de la loge mais dénommés « petites lumières « (lesser Lights ), sont placés à la droite du vénérable et des surveillants.

La bible, l'équerre et le compas, placés sur l'autel devant le vénérable, sont appelés « Grandes Lumières de (ou plutôt « dans ») la Maçonnerie ».

Les mots sacrés sont B... au 1er grade et J... au 2ème.

L'ancien mot de maître est perdu par la mort d'Hiram car il faut être trois pour le prononcer (c'est la fameuse « règle de trois » déjà évoquée dans les premiers catéchismes britanniques). Salomon et le roi de Tyr ne peuvent donc plus le communiquer aux nouveaux maîtres qui doivent se contenter d'un mot de substitution.

La France, à l'époque, ne connut rien de ces développements et continua, comme par le passé, à ne pratiquer que le Rite moderne, embelli, augmenté, enrichi certes, mais fondamentalement identique à lui-même. L'écossisme que prônait Abraham n'était finalement rien d'autre, pour les grades bleus, qu'un avatar du Rite moderne de Prichard.


 

Rite moderne

Rite ancien

Mots de passe

Communiqués durant la cérémonie, avec les autres « secrets ».

Communiqués au candidat avant l'entrée dans la loge.

Disposition des colonnes

J au nord-ouest, B au sud-ouest

B au sud-ouest, J au nord-ouest

Mots sacrés

J au 1er grade, B au 2ème grade

B au 1er grade, J au 2ème grade

Disposition des surveillants

Tous deux à l'ouest, le 1er au sud, le 2ème au nord

Le 1er à l'ouest, le 2ème au sud

Diacres

Absents

Présents

Grandes Lumières

Soleil, lune, maître de la loge

Bible, équerre, compas

« Ancien » mot du maître

Substitué mais connu

Substitué car perdu (règle de trois)


1.3 L'anathème du Grand-Orient

Abraham ne manquait pas de partisans. Outre sa loge, les Elèves de Minerve , et celle de La Parfaite Union de Douai, il pouvait compter sur l'appui de la Mère-Loge Ecossaise de Marseille qui n'avait jamais reconnu l'autorité du GODF, du chapitre provincial d'Hérédom de Kilwinning, fondé à Rouen en 1786, et de quelques loges, telle La Réunion des Etrangers à Paris, fondée en 1784 par un maçon danois. Le mouvement prit suffisamment d'ampleur pour que le GODF décide, le 12 novembre 1802, de formuler un arrêté déclarant irrégulières les loges professant des Rites étrangers à ceux reconnus par lui et défendant aux loges de sa juridiction de leur donner asile et de communiquer avec elles sous peine d'être rayées de ses tableaux. Cet arrêté appela la protestation de la Parfaite Union de Douai (18 décembre 1802) et celle (21 février 1803) de la Réunion des Etrangers qui se déclara choquée d'avoir été taxée d'irrégularité « sur sa persévérance à conserver le titre de Loge Ecossaise ».

Elle l'avait pris dès 1788 et repris lors de son réveil.... Les principaux officiers du G.O y étaient accueillis avec tous les honneurs consacrés par l'usage, et jamais ils n'ont témoigné la moindre peine de voir le Vivat de leurs remercîments couvert par le Houzay Ecossais. La R\ L\, persuadée que l'humeur ou le caprice de quelques officiers du G\ O\ ne peut changer la nature et l'essence des choses ; que l'Ecossisme est le seul Rit qui ait conservé dans toute leur pureté les principes et les Statuts qui nous ont été transmis de la Montagne Sainte qui est indubitablement le berceau de notre Ordre ; que les autres Rits n'en sont que des déviations plus ou moins éloignées... a pris le parti qui lui convenoit, et qu'elle a dû prendre, celui de se procurer le droit incontestable de rester L\ Ecossaise » (Gout, 1985 : 31).

Mais cela ne nous apprend pas en quoi cette maçonnerie « Ecossaise » différait de celle du Grand-Orient. Il ne suffit pas de fulminer un anathème. Encore faut-il qu'il repose sur des faits précis. Force est de constater que nous restons sur notre faim car aucun des protagonistes de l'époque n'apporte d'éléments substantiels au débat. Constater que le Houzay remplaçait dans les loges Ecossaises le Vivat français peut paraître insuffisant et l'évocation de la montagne (imaginaire) d'Hérédom, « berceau indubitable de l'Ordre », ne peut raisonnablement être considéré comme un véritable casus belli. En-dehors de toutes considérations proprement rituelles, les différences essentielles résidaient dans le refus d'utiliser les rituels rédigés par le GODF et dans les prérogatives accordées aux détenteurs des hauts-grades Ecossais. L'usage ne datait pas d'hier et les « Règlements généraux » établis en 1743 « pour servir de règle à toutes les loges du royaume » évoquaient déjà, pour les réfuter d'ailleurs, les prétentions et prérogatives des Maîtres Ecossais. L'usage s'en était cependant largement répandu. Ce qui permit à Gout d'écrire :

Une loge Ecossaise, c'était en effet une loge bleue restée fidèle aux rituels des degrés symboliques antérieurs à l'instauration du Rite Français, uns loge au sein de laquelle les Frères revêtus des hauts-grades recevaient des honneurs particuliers ; et qui, en général, croyaient observer les usages de l'ancienne maçonnerie d'Ecosse.

On pourrait ajouter à cette description la conviction, déjà affirmée dans le discours du chevalier Ramsay (1686-1743) et reprise par la plupart des systèmes de hauts-grades continentaux, que l'origine de la Franc-maçonnerie devait se chercher au temps des croisades et non chez les opératifs des siècles passés.


1.4 Le Rite Ecossais Philosophique

Les adversaires du Rite Français ne constituaient pas un corps homogène et rien ne permet d'affirmer que leurs loges pratiquaient un rituel uniforme. Il suffit d'ailleurs de constater que certains des composants de cette mouvance, l'Ordre d'Heredom de Kilwinning notamment, étaient eux-mêmes des organismes de hauts-grades, sans rituel bleu défini. Le Rite Ecossais Philosophique (REP), pratiqué par certains, était probablement ce qui ressemblait le plus à un Rite aux contours reconnaissables.

D'origine avignonnaise, voire marseillaise, apparu vers 1774, ce Rite était celui de la loge parisienne de Saint Jean du Contrat Social créée en 1770 et travaillant selon les rituels d'Avignon depuis 1776. Elle avait, en 1781, négocié avec le GODF un concordat qui lui accordait le droit de créer des ateliers supérieurs de son Rite en France et des loges bleues à l'étranger. Bien que la loge soit tombée en sommeil durant la révolution, son Rite s'était maintenu dans quelques loges de France et notamment dans la Parfaite Union de Douai qui le pratiquait depuis 1784.

Les rituels du REP sont connus. La bibliothèque du Suprême Conseil pour la Belgique en conserve plusieurs exemplaires, identiques à ceux publiés il y a 20 ans par R.Désaguliers, provenant de la loge d'Avignon, Saint Jean de la Vertu persécutée.

Leur lecture montre que ces rituels ne différaient guère de ceux en usage dans les loges françaises du temps. Les « instructions » d'Avignon et du Régulateur ne diffèrent que par la présentation et l'ordre des questions-réponses.

J'en reprendrai les éléments principaux

Les officiers sont disposés selon l'usage « moderne » : le vénérable à l'Orient, le 1er surveillant au Sud-Ouest devant la colonne B, le 2ème surveillant au Nord-Ouest devant la colonne J.

Les mots sacrés sont « J... » au 1er grade, « B... » au 2ème grade et « M... »  au 3ème grade. L'inversion des mots décidée par la Grande Loge des Modernes en 1730 (ou 1739) était respectée, comme elle le sera dans toutes les loges françaises au XVIII° siècle, y compris dans les loges « écossaises ».

Les trois grandes lumières sont le soleil, la lune et le maître de la loge.

Les mots de passe, communiqués pendant la cérémonie, sont « Tub... » au 1er grade, « Schi ... » au 2ème grades et « Gib... » au 3ème grade.

Les voyages du candidat au 1er grade sont marqués par les purifications par l'eau et le feu.

La lettre G, dévoilée au 2ème grade, signifie « Gloire à Dieu, Grandeur au Vén\ et Géométrie à tous les Maçons ». Elle désigne le Grand Architecte de l'Univers.

Point essentiel, la version de la légende d'Hiram est celle qui était en usage en France depuis l'introduction du grade de maître : l'ancien Mot de Maître, Jehova, n'est pas perdu lors de la disparition de l'architecte. Il est seulement remplacé par un mot de substitution M...B ... Ceci est un élément fondamental car le Rite des « Anciens » affirmait au contraire que seuls trois le connaissaient. La mort d'Hiram empêchait qu'il fût encore communiqué et le choix d'un mot de substitution devenait ainsi bien plus qu'une marque de prudence.

Si Rite Ecossais et Rite Français étaient foncièrement identiques, il nous faut cependant souligner une différence conséquente : la disposition des grands chandeliers autour du tapis de la loge, décrite par les Règlements généraux de la Respectable mère Loge Saint Jean d'Ecosse de la Vertu persécutée, à l'Orient d'Avignon », datés de 1774, cités par René Désaguliers dans son article essentiel de 1983.

Au milieu du Temple et sur le pavé, séra tracé avec de la craïe, le tableau connu de tout Maçon. Il y aura trois grands chandelliers portant chacun un flambeau : placés, l'un au coin du tableau, entre l'Orient et le midi ; les deux autres à l'Occident, l'un entre le midi & l'Oüest, l'autre entre l'Oüest & le Nord.

Or cette disposition, SE-SO-NO, qui nous paraît familière puisque c'est celle du Rite Moderne Belge, n'était pas celle des premières loges françaises. Les « tableaux » illustrant les premières divulgations et les gravures célèbres de Lebas montrent invariablement les chandeliers aux angles NE-SE-SO. Dans la confession de John Coustos aux inquisiteurs portugais, en 1743, nous lisons que le vénérable maître, siégeant à l'Est, était flanqué de deux bougies tandis qu'une troisième brillait à l'Ouest auprès de deux surveillants, disposition confirmée par les divulgations françaises, à condition de bien les lire :

Dans les Loges régulières & bien achalandées, ces Chandeliers hauts comme des Chandeliers d'Autel, sont communément de forme triangulaire & décorés des attributs de la Maçonnerie. Les quatre points Cardinaux marqués sur le Dessein règlent la place des trois Cierges, du Grand Maître & des deux surveillants. On met une de ces lumières à l'Orient, l'autre au Midi, & la troisième à l'Occident. Le Grand-Maître se place à l'Orient, entre la lumière d'Orient & celle du Midi.

Les loges du GODF avaient conservé cette disposition comme le montrent les illustrations du « Régulateur du Maçon » (1801) : la loge d'apprenti y est éclairée par trois bougies portées par trois grands chandeliers triangulaires placés aux angles N.E., S.E. et S.O. Il s'agit là d'un autre exemple de la fidélité du « Rite Français » aux traditions de la Grande Loge anglaise dite des Modernes puisque cette disposition était celle des « nouvelles loges selon les instructions de Désaguliers », selon un texte fondamental anglais du début du siècle précédent. Les loges françaises suivaient ainsi la coutume de la maçonnerie dite plus tard « moderne », celle de la Grande Loge de 1717.

La signification de ces lumières était donnée par Prichard qui, dans son « Masonry dissected » de 1730, écrivait :

Q. Have you any Lights in your Lodge ? A. Yes, Three.
Q. What do they represent ? A. Sun, Moon and Master-Mason.
N.B. These Lights are three large Candles placed on high Candlesticks (my italics).
Q. Why so ? A. Sun to rule the Day, Moon the Night, and Master-Mason his Lodge.

Les rituels français avaient fait un pas de plus en les dénommant « Grandes Lumières »

Que vîtes-vous lorsque vous fûtes reçu maçon ?
Trois Grandes Lumières disposées en équerre, l'une à l'Orient, l'autre à l'Occident et la troisième au Midi.
Que signifient ces trois Grandes Lumières ?
Le soleil, la lune et le maître de la loge.

Si la loge anglaise était éclairée par trois lumières, elle était supportée par trois « piliers », Sagesse, Force et Beauté, représentées par le vénérable maître et les deux surveillants. Les deux Grandes Loges « Moderne » et « Ancienne » étaient, pour une fois, d'accord sur ce point. Les divulgations des années 1760 (The Three distinct Knocks Or the Door of the most Antient Free-Masonry [...]) et de 1762 ( Jachin and Boaz or an authentic key to the door of Free-Masonry [....]) rapportaient le même dialogue :

Mas. What supports your Lodge ?
Ans. Three great Pillars.
Mas. What are their Names ?
Ans. Wisdom, Strength and Beauty.
Mas. Who doth the Pillar of Wisdom represent ?
Ans. The Master in the East.
Mas. Who doth the Pillar of Strength represent ?
Ans. The Senior Warden [in the West].
Mas. Who doth the Pillar of Beauty represent ?
Ans. The Junior Warden [in the South].

Les premières divulgations françaises allaient plus loin et affirmaient l'assimilation de ces « piliers » aux colonnes J et B du temple de Salomon (« pillar » se traduit indifféremment par colonne ou pilier, alors qu'en français, colonne désigne un support de forme circulaire, pilier désignant un support de forme quelconque). Lorsqu'il décrit le tableau de la loge, le « Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons » (p.41) est très explicite :

Au dessous [de la fenêtre d'Orient], où ils supposent  un troisième Pilier, Beauté. Sur l'une des deux Colonnes réelles, Force & un grand J. qui veut dire JaKhin, & sur l'autre Sagesse & un grand B. qui veut dire Booz, & dans le centre de l'Etoile Flamboyante paroit un grand G.

 

Oublions la disposition variable, et parfois fantaisiste, de Sagesse, Force et Beauté. L'important est l'assimilation des « supports » de la loge aux deux colonnes J et B du temple de Salomon et leur association très forte aux deux surveillants. Le rituel de compagnon (1767) de la loge du marquis de Gages, La Vraie et Parfaite Harmonie à l'orient de Mons ne disait rien d'autre :

La colonne des apprentis porte les lettres J-F pour Jakin et Force ; la colonne des compagnons les lettres B-B pour Boaz et Beauté.

D'où le schéma suivant :

 

 

Fig. 2 : Disposition de la loge française

 

En résumé, la loge française:

est supportée par trois colonnes, Sagesse-Force-Beauté, dont deux ne sont autres que les colonnes, J et B, du temple de Salomon, auxquelles sont associées les Surveillants, la troisième, imaginaire, l'étant au Maître de la loge ;
elle est éclairée par trois lumières disposées en équerre aux angles de la loge : le soleil, la lune et le Maître de la loge.

Le déplacement des lumières dans la loge avignonnaise modifiait radicalement la géographie de la loge et les associations symboliques qu'elle recelait. En effet, l'article suivant des Règlements généraux stipulait:

Toute assemblée de Maçons sera appelée Loge et sera présidée par un frère qu'on nommera Vénérable, et par deux autres frères qu'on appellera Surveillants qui représentent les Trois Lumières ou les Trois Colonnes de la Loge, laquelle aura encore pour Officiers un Orateur, un Secrétaire, un trésorier, un garde des Timbres et Sceaux, deux Maîtres des Cérémonies, un Maître Ordonnateur des Banquets et deux Infirmiers et Aumôniers (souligné par moi).

Alors que les colonnes et les lumières constituent deux ternaires distincts dans la loge Française, ils sont ici fondus en un ensemble unique réunissant les trois officiers principaux, les chandeliers et les supports de la loge, ensemble illustré par la disposition nouvelle des chandeliers d'angle. Tout naturellement, les colonnes J et B en perdront leur fonction de support de la loge.

L'instruction du grade d'apprenti du Rite Ecossais Philosophique contient en germe l'annonce de cette fusion :

D : Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière ?
R : Trois grandes lumières ; le Soleil, la Lune & le Vén\ ...
D : N'avez-vous point vu d'autres Lumières ?
R : Trois grands flambeaux qui représentent le Vén\ et les Surv\

Ceci permit à R. Désaguliers d'écrire en 1983 :

C'est à mon sens, cette disposition des chandeliers-colonnes autour du tapis-carré long et leur association étroite avec le Vénérable et les deux Surveillants qui fonda le « Rite Ecossais » pour les trois premiers grades.

Concluons rapidement :

Dans une loge Ecossaise,
 le Vénérable Maître et les deux Surveillants sont à la fois lumières (les grands chandeliers) et colonnes (Sagesse-Force-Beauté, supports de la loge),
 les trois grands chandeliers, par un glissement sémantique bien compréhensible, deviennent donc aussi les trois piliers-supports de la loge,
 les deux colonnes J et B perdent leur signification originelle pour n'être plus que les colonnes des apprentis et des compagnons,
 le ternaire traditionnel, Soleil-Lune-Vénérable Maître, est maintenu mais son association aux chandeliers a disparu.

 

 Le tout peut être résumé par une grille assez simple :

 

Rite Français

Rite Ecossais

Disposition des colonnes

J au NO, B au SO

J au NO, B au SO

Disposition des surveillants

J au NO, B au SO

J au NO, B au SO

Disposition des lumières (flambeaux d'angle)

NE, SE, SO

SE, SO, NO

Acclamation

Vivat, Vivat, Vivat

Houzey, Houzey, Houzey

Grandes lumières

Soleil, lune, maître de la loge

Soleil, lune, maître de la loge

 

La seule différence significative est la fusion, au Rite Ecossais, des colonnes et des lumières, fusion induite par leur déplacement aux mêmes angles que les colonnes.

Rien dans tout cela ne justifie la condamnation d'Abraham. La maçonnerie « Ecossaise » différait peut être de la maçonnerie française classique, mais pas d'une façon aussi radicale que le prétendait le chantre de l'écossisme. Toutes deux relevaient de l'influence du « Rite Moderne » introduit en France avec l'Ordre maçonnique mais adapté aux sensibilités locales. Le point de rupture ne se trouvait pas dans les rituels des grades bleus mais bien dans le désir de conférer, comme par le passé, les hauts-grades dans les loges et le refus de l'autorité « dogmatique » du Grand-Orient. Il n'est pas exagéré, me semble-t-il, d'avancer que la résistance des loges Ecossaises fut provoquée par la volonté centralisatrice du GODF et non par l'abandon d'une certaine tradition initiatique imaginaire.

Quoiqu'il en soit l'ostracisme du Grand-Orient prépara le terreau qui permit l'éclosion, en France, d'un Rite jusque là inédit, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, car, sans l'appui inconditionnel des "Ecossais" condamnés par le Grand-Orient, les protagonistes de 1804 n'auraient pu mener leur entreprise à bien.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 17:40

Régime Ecossais Rectifié :

 

« Grand Architecte de l’Univers, Etre éternel et infini, qui es la bonté, la justice et la vérité même, ô toi qui par ta parole toute puissance et invincible as donné l’être à tout ce qui existe, reçois l’hommage que les Frères réunis ici en ta présence, t’ offrent pour eux-mêmes et pour tous les autres hommes. Bénis et dirige-toi même les travaux de l’Ordre, et les nôtres en particulier.

Daigne accorder à notre zèle un succès heureux, afin que le temple que nous avons entrepris d’élever pour ta gloire, étant fondé sur la sagesse, décoré par la beauté et soutenu par la force, qui viennent de toi, soit un séjour de paix et d’ union fraternelle, un asile pour la vertu, un rempart impénétrable au vice, et le sanctuaire de la vérité ; enfin pour que nous puissions tous y trouver le vrai bonheur, dont tu es l’unique source, comme tu en es le terme à jamais.

Ainsi soit-il. »

 

« Dieu Tout-Puissant et Eternel, source du bien, de la paix et de la lumière, regarde avec clémence tes serviteurs assemblés dans ce temple de notre saint Ordre, et voués à la

gloire de ton saint Nom et au bonheur de la famille humaine ; fais, nous T'en supplions, Seigneur, qu'avec ton aide nous remplissions religieusement nos devoirs, pour notre utilité mutuelle et éternelle, et pour être un exemple éclatant aux yeux des autres hommes ; fais que, décorés de toutes les vertus, nous parvenions à la vie éternelle ; par Notre Seigneur Jésus-Christ.  Ainsi soit-il. »

 

« Grand Architecte de l'Univers, Etre Eternel et Infini, qui es la Justice, la Bonté et la Vérité mêmes ! Ô Toi qui, par Ta Parole Toute‑ Puissante et invincible, as donné l'Etre à tout ce qui existe ; reçois l'hommage que les Frères réunis ici en Ta Présence, T'offrent pour eux‑ mêmes et pour tous les autres hommes.

Bénis et dirige Toi‑ même les travaux de l'Ordre et les nôtres en particulier ; daigne accorder à notre zèle un succès heureux, afin que le Temple que nous avons entrepris de reconstruire pour Ta Gloire, étant fondé sur la Sagesse, décoré par la Beauté et soutenu par la Force, qui viennent de Toi, soit un séjour de Paix et d'union fraternelle, un asile pour la Vertu, un rempart impénétrable au vice et le Sanctuaire de la Vérité ; enfin pour que nous puissions tous y trouver le Vrai Bonheur, dont Tu es l’Unique source, comme Tu en es le terme, à jamais. Ainsi soit‑il. »

 

« Dieu éternel et tout-puissant, Père céleste, source ineffable de tous biens et unique dispensateur de la divine vérité, jette un regard favorable sur cette  famille de l'Ordre de la Cité Sainte qui T'adore d'un cœur pur et qui s'est vouée à la défense et à

la propagation de la foi chrétienne pour l'amour et la gloire de ton Saint Nom ; sois propice à nos vœux, afin qu'ils nous conduisent au salut. Seigneur notre Dieu, Sauveur du monde, ô Toi qui es la voie, la vie et la vérité, protège-nous dans Ta bonté, donne-nous la

lumière, l'intelligence de la vérité et l'amour constant du bien, embrase nos cœurs du feu sacré de la charité chrétienne, répands dans nos âmes cette douce paix que Tu as apportée

au monde ; bénis nos désirs en faveur de ceux qui Te méconnaissent, et nos efforts pour le soulagement des pauvres et des malheureux, afin que nos cœurs goûtent les fruits d'une

sainte joie, et daigne nous conduire Toi-même par ta divine miséricorde à la vie éternelle. »

« Dieu éternel et tout-puissant, créateur, sanctificateur et dispensateur de toutes choses, écoute nos prières, daigne bénir et sanctifier tous ces honorables vêtements de notre Ordre destinés pour ton serviteur notre Frère afin qu'en ayant été revêtu pour s'en servir parmi nous pour la gloire de ton Saint Nom, il ne néglige rien de ce qui Te sera agréable pendant tout le cours de sa vie temporelle ; bénis, nous T'en prions, toutes ces choses, afin que, lorsqu'il sera dégagé des choses terrestres, ayant mené une vie sans tache, qui lui est représentée par la blancheur de ces vêtements, il puisse paraître en ta divine présence décoré des vertus dont ils lui sont l'emblème, et recevoir les biens que ton infinie miséricorde nous fait espérer ; par notre Seigneur Jésus-Christ, notre Sauveur. » Amen

 

Prière pour la Croix

 

« Seigneur Dieu tout-puissant, qui as voulu sauver le monde et délivrer le genre humain de l'esclavage de l'ancien ennemi de ta gloire et de son bonheur, par la vénérable croix sur laquelle ton Fils notre divin Seigneur Jésus-Christ a répandu son précieux sang pour notre salut ; nous Te prions d'attacher les vertus de ta sainte bénédiction sur cette croix, qui est destinée pour ton serviteur notre Frère afin qu'elle lui soit un signe de

ta divine protection contre les attaques du démon, un aiguillon pour sa foi, un salutaire ressouvenir des fruits de la rédemption, et par là un moyen de force et de consolation

dans tous les dangers de sa vie temporelle ; par notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. » Amen

 

Prière pour l’épée

 

« Seigneur Dieu tout-puissant, Dieu de justice et de clémence, Toi qui ordonnes et disposes seul de toutes choses ; qui as permis sur la terre l'usage du glaive pour réprimer la malice des méchants et pour faire régner la justice ; qui as armé Toi même du glaive tes serviteurs que tu as élus pour les faire triompher des ennemis de ta gloire ; exauce nos prières et daigne bénir cette épée dont ton serviteur, notre Frère …… désire d'être armé pour s'en servir au besoin pour la défense de la foi chrétienne, de sa patrie, et de ses Frères dans l'Ordre,  et pour la protection des faibles et des opprimés ; bénis-la, Seigneur, pour qu'elle lui soit principalement un signe de la vertu puissante de l'homme que Tu as confirmé dans la foi, contre ses ennemis visibles et invisibles et ceux de Ton Saint Nom. Nous Te prions aussi, Seigneur, de répandre tes saintes bénédictions sur ton serviteur notre Frère, qui va bientôt être ceint de ce signe de la noblesse chrétienne, qu'il a

acquise par ses vertus, et qu'elles demeurent éternellement sur lui ; par notre Seigneur Jésus-Christ. » Amen

 

« Architecte suprême de l’Univers, source unique de tout bien et de toute perfection, ô toi qui as toujours voulu et opéré pour le bonheur de l’homme et de toutes tes créatures, nous te rendons grâce de tes bienfaits paternels, et nous te conjurons tous ensemble de nous les accorder suivant tes desseins sur nous et selon nos propres besoins. Répands sur nous et sur tous nos Frères ta céleste lumière ; fortifie dans nos cœurs l’amour de nos devoirs, afin que nous les observions fidèlement. Puissent nos assemblées être toujours affermies dans leur union par le désir de te plaire et de nous rendre utile à nos semblables. Qu’elles soient à jamais le séjour de la paix et de la vertu, et que la chaîne d’une amitié parfaite et fraternelle soit désormais si forte entre nous que rien ne puisse jamais l’altérer  Ainsi soit-il. »

 

Rite Standard d’Ecosse :

 

« Dieu Eternel et Tout-Puissant, Architecte et Gouverneur de l’Univers, dont les paroles créatrices firent que toutes choses furent, nous, frêles créatures de Ta Providence, t'implorons humblement de faire descendre sur cette assemblée convoquée en Ton Saint Nom les bienfaits de Ta Bénédiction. Nous te demandons spécialement d'accorder Ta grâce à ton serviteur agenouillé, qui désire partager avec nous les secrets mystérieux de Maître Maçon. Dote-le d'assez d'énergie pour qu'il ne défaille point à l'heure du jugement, mais que, ayant traversé  indemne la vallée des ombres de la mort grâce à ta protection, il s'élève enfin au dessus du tombeau des transgressions pour briller, tel une étoile, au firmament de la Franc-Maçonnerie. »

 

« Dieu Tout Puissant, qui voit nos abandons et nos regains d'espoir, et qui perçoit nos pensées du fonds de nous-mêmes, protège-nous et défend-nous contre les intentions maléfiques de nos ennemis, et aide-nous dans les épreuves et les afflictions qu'il est de notre destin d'endurer en traversant cette vallée de larmes.

L'homme qui est né d'une femme n'est que pour un temps et s'emplit de tourments; il vint comme une fleur et fut coupé; il a survolé sa propre vie comme une ombre et cessa de vivre, voyant ses jours comptés et sa vie destiné à Toi. Tu as déterminé les limites qu'il n'aurait su dépasser, mais aussi fait en sorte qu'il ne trouve le repos avant d'être arrivé au jour dit. Il y a l'espoir qu'un arbre coupé pousse encore, et que la branche souple ne cède pas, mais quand l'homme est mort et inerte, alors, s'il a abandonné son esprit, où est-il ?

 

Quand la mer manquerait d'eau, et la marée refluerait pour ne plus remonter, l'homme faillirait et ne se relèverait pas tant que les cieux eux-mêmes ne seraient plus.

 

Alors Seigneur, aie de la compassion pour les enfants de Ta création, donne-leur du réconfort dans leurs afflictions, et quand leurs peines terrestres prendront fin, puissions-nous nous hisser au firmament d'une lumière sans tache et gagner l'immortalité, dans ce royaume où foi et espérance perdront leur sens, car seuls la joie et l'amour y régneront pour l'éternité des siècles. Amen . Et Toi, ô Dieu, soit en Gloire pour l'éternité ! »

 

« Toi Dieu Eternel et Omnipotent, qui apparut à ton serviteur Moïse dans un éclair de feu au milieu d’un buisson, nous te supplions d’embraser nos cœurs d’une divine dévotion, de l’amour pour nos Frères et de la charité envers tout le genre humain. Conforte-nous et tout ton peuple de ta divine grâce, guide-nous et aide-nous à construire un Second Temple a Ton Saint Service. Accorde-nous

l’entrée dans le Saint des Saints quand se déchirera pour nous le voile du Saint Tabernacle où tu règnes pour les Siècles des Siècles. Amen. »

 

« Dieu Tout-Puissant, Grand et Glorieux Contremaître de l’Univers, nous implorons humblement Ta bénédiction sur cette assemblée dédiée à Ton Nom. Bénis spécialement ceux qui sont à genoux devant Toi. Fais que leur vie quotidienne soit si bien réglée que, quand leur travail sur terre sera achevé et qu’ils se présenteront devant Toi, ils soient dignes de recevoir la Marque de Ton approbation, et deviennent des pierres parfaites dans ce Temple immortel et éternel dans les cieux qui ne fut pas fait de mains d’hommes. »

 

« Soyons animés par la Sagesse du Suprême Grand Prêtre et Roi des Rois ! Puissions nous être affermis par sa Force ! Que la Beauté de ses vertus nous incitent à toujours respecter les obligations que nous avons prises envers lui, de garder inviolés les mystères dévoilés ici devant nous, de cultiver la Vérité, de préserver la Concorde parmi les Frères et les Compagnons, et de demeurer dans la Paix avec tous les hommes,  de pratiquer invariablement ces devoirs au dehors de ce Chapitre de Maçons de l’Arche Royale, devoirs qui nous furent inculqués par Lui ! »

 

« Que l’éclat de Ta Majesté, O Seigneur notre Dieu, rayonne sur nous. Rends fécond le travail issu de nos mains, oui ! fais prospérer notre ouvrage, et que tout ce que nous faisons le soit en l’honneur et pour la Gloire de Ton Très Saint Nom ! Amen ! »

 

« Dieu Tout-Puissant, Architecte des fondations de l’Univers, toi qui commandes au monde que tu fis émerger du chaos, et créas toutes choses à sa naissance, regarde comme nous prions en ce moment même d’une manière toute particulière pour que Tes serviteurs agenouillés soient couronnés de toute ta bénédiction infinie ; mais accorde leur d’abord la grâce de soutenir leur quête de ce soir, aide-les à ne pas l’entamer avec légèreté, ni à se déshonorer en l’abandonnant, mais arme-les de fermeté afin qu’ils se souviennent toujours que leur but n’est autre que l’acquisition de la compréhension et de la sagesse véritables, par l’accomplissement de ton grand œuvre, en répandant ta majesté et ta gloire au bénéfice de toute la création, et pour leur propre bien. »


Rite York 
:

 

« Très Saint et très glorieux Seigneur Dieu, Grand Architecte de l’Univers, dispensateur de tous bienfaits et de toutes grâces, tu as promis que « Lorsque deux ou trois se rassembleront en ton nom, tu seras au milieu d’eux pour les bénir ». C’est en ton nom que nous nous sommes assemblés et c’est en ton nom que nous désirons agir dans tout ce que nous entreprenons. Fais que les sublimes principes de la Franc-maçonnerie soumettent toute passion discordante en nous, harmonisent et enrichissent nos cœurs de ton propre amour et de ta propre bonté afin que cette Loge, en cet instant, reflète humblement cet ordre et cette beauté qui règnent à jamais devant ton trône. Amen. »

 

« Suprême Grand-Prêtre des Cieux et de la terre, nous Te prions humblement d'accorder Ta bénédiction aux buts de notre présente assemblée. Accorde-nous la sagesse pour entreprendre, la force d'âme pour soutenir et la beauté de l'harmonie pour administrer les affaires de ce Chapitre afin que, tous nos actes soient agréables à Ta face. Amen. »

 

« Ô Toi, Éternel, Omniprésent J.H.V.H., le glorieux et éternel "JE SUIS", permets à Tes créatures frêles, subordonnées et nécessiteuses, d'approcher Ta Divine Majesté. Nous adorons humblement et rendons grâce à Tes perfections ineffables, à Ta bonté et à Ta bienveillance sans limites. Nous T'adorons pour que, au milieu des peines et des calamités de ce monde, nous soient accordés bien des moyens de repos pendant que nous parcourons les sentiers tortueux de la vie. Ô Toi qui, il y a bien longtemps, apparut à Ton serviteur Moïse, dans les flammes du feu qui jaillit d'un buisson, allume, nous T'en supplions, au coeur de chacun d'entre nous, la flamme de la dévotion à Ton Nom, de l'amour entre nous et de la charité envers tout le genre humain. Puisse la solennité des cérémonies de notre institution se graver dans notre esprit et avoir un effet heureux et durable sur notre vie. Enfin, Ô Père miséricordieux, fais que lorsque nous aurons passé les voiles extérieurs de ces parvis terrestres, nous puissions gagner le Saint des Saints, En‑ Haut pour y être admis à l'audience du Grand Conseil Céleste, où le Grand‑ Prêtre Suprême préside et règne à tout jamais ». Amen.

 

« De ma voix je crie à l'Éternel. De ma voix j'implore l'Éternel. Je répands ma plainte devant Lui. Quand mon esprit est abattu au-dedans de moi, Toi, Tu connais mon sentier. Je jette les yeux à droite, et regarde ! Personne ne me reconnaît. Tout refuge est perdu pour moi. Nul ne prend souci de mon âme. Éternel ! c'est à Toi que je crie. Je dis: Tu es mon refuge, mon partage sur la terre des vivants. Sois attentif à mes cris !, Car je suis bien malheureux. Délivre-moi de ceux qui me poursuivent, Car ils sont plus forts que moi. Tire mon âme de sa prison, afin que je célèbre Ton Nom !". Amen. »

 

"Éternel, écoute ma prière, prête l'oreille à mes supplications ! Exauce moi dans Ta fidélité, dans Ta justice ! N'entre pas en jugement avec Ton serviteur ! Car aucun vivant n'est juste devant Toi. Ô Éternel ! Ne me cache pas Ta face ! Je serais semblable à ceux qui descendent dans la fosse. Fais-moi dès le matin entendre Ta bonté ! Car je me confie à Toi. Enseigne-moi à faire Ta volonté ! Car Tu es mon Dieu. Retire mon âme de la détresse ! Dans Ta bonté, réduis au silence mes ennemis, car je suis Ton serviteur". Amen.

 

"A l'Éternel, la terre et ce qu'elle renferme, le monde et ceux qui l'habitent ! Car Il l'a fondée sur les mers, et affermie sur les fleuves. Qui pourra monter à la montagne de l'Éternel ? Qui s'élèvera jusqu'à son Lieu Saint ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur; celui qui ne livre pas son âme au mensonge et qui ne jure pas pour tromper. I1 obtiendra la bénédiction de l'Éternel, la miséricorde du Dieu de son salut. Voilà le partage de la génération qui L'invoque, de ceux qui cherchent Ta face, O Dieu de Jacob ! Portes, élevez vos linteaux; élevez-vous portes éternelles !Que le Roi de Gloire fasse son entrée ! Qui est le Roi de Gloire ? l'Éternel fort et puissant; l'Éternel puissant dans les combats. Portes, élevez vos linteaux, élevez les, portes éternelles ! Que le Roi de Gloire fasse son entrée! Qui est donc ce Roi de Gloire ? l'Éternel des Armées, voilà le Roi de Gloire !".

 

"Puissions-nous être guidés par la Sagesse du Suprême Grand Prêtre, soutenus par Sa Force et incités par la beauté de la vertu à remplir les obligations qui nous sont enjointes ici, de garder inviolés les mystères qui nous y sont dévoilés et, sans faillir, de pratiquer, hors de ce Chapitre, tous les devoirs qui y sont enseignés." Amen.

 

Rite Ecossais Ancien et Accepté :

 

« O toi, Grand et Eternel Dieu, Père de la Lumière, de la vie et des mondes, Suprême Architecte qui, de ton trône de pureté céleste vois tous les peuples de la terre, entends et reçois les prières et les pétitions de tes indignes serviteurs maintenant prosternés devant toi; grave dans nos coeurs la connaissance de ton éternelle parole et permets que le but de notre institution puisse être gouverné par les principes de la vertu et de la justice ; défends nous ô Dieu, des pièges des méchants et contre les mauvais desseins de nos ennemis ; donne nous la force de vaincre ceux qui sont armés contre nous, et l'honneur en sera attribué à ton saint et puissant Nom, maintenant et à jamais. Tous les FF\ Ainsi soit-il.  

 

Daignes ô Grand Architecte de l’Univers, Daignes je t'en conjure protéger les ouvriers de paix ici rassemblés. Échauffe leur zèle, fortifie leurs âmes dans la lutte fatigante des passions mauvaises. Enflamme leurs cœurs de l'amour de la vertu et décide leurs succès, ainsi que ceux de cet aspirant qui désire participer à nos augustes mystères, prête-lui ton assistance et soutiens-le de ton bras puissant au milieu des épreuves qu'il va subir. Amen !

 

Prions, O toi, Grand et Eternel Dieu, Père de la Lumière et de la Vie, très miséricordieux et suprême régulateur du Ciel et de la Terre, guide nous dans les sentiers de la vertu et de la justice; enseigne nous les grands principes fondamentaux de la vraie religion qui ont rapport aux adorations que nous te rendons et à nos devoirs des uns envers les autres, pour que nous puissions mériter de devenir membres du Suprême Conseil céleste. 

 

Au commencement était le Verbe,
et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu.
2. Il était au commencement avec Dieu.
3. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui.
4. Dans lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5. Et la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise.
6. Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean.
7. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
8. Il n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à celui qui était la lumière.
9. Celui-là est la vraie lumière, qui illumine tout homme venant en ce monde.
10. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu.
11. Il est venu chez soi, et les siens ne l’ont point reçu.
12. Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir f’être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom.
13. Qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même.
14. Et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous ; et nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité.
15. Jean rend témoignage de lui, et il crie, en disant : Voici celui dont je vous disais : Celui qui doit venir après moi a été préféré à moi, parce qu’il était avant moi.

Rites Emulation et anglo-saxons :

 

« Mes Frères, invoquons la bénédiction du Grand Surintendant de l'Univers.  Puisse‑t‑Il daigner nous aider dans toutes nos entreprises, nous accorder la grâce de graver dans nos cœurs Ses saints commandements, et de Le glorifier par nos travaux afin que nous puissions mériter notre récompense quand viendra le jour du jugement. »

 

« O souverain et Tout-Puissant ordonnateur de toutes choses, nous T’implorons, en unité de pensée, de nous accorder la Foi pour reconstruire Ton Saint Temple et le Zèle pour animer nos travaux »

 

« O Dieu, dans Ton Infinie Bonté, abaisse sur ce Prieuré un regard de tendre compassion et soumets nos coeurs à Ta Sainte Volonté dans toutes nos actions, par Jésus Christ Notre Seigneur. Amen »

 

« Invoquons la protection du Grand Architecte de l’Univers dans toutes nos entreprises.

Puissent nos travaux, ouverts ainsi dans l’ordre, se poursuivre dans la paix et se clore dans l’harmonie. » Ainsi soit-il!

 

« Gloire soit  au Père, au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles . Amen »

 

« Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de Sabaoth. Les cieux et la terre sont remplis de Ta gloire. La fraternité sainte, libre et acceptée du monde entier Te reconnaît comme le Père d’une infinie Majesté et Vénère Ton Fils Unique, Vrai et Honorable, ainsi que le Saint Esprit qui réconforte. »

 

« Glorieux Commandeur des Cieux et de la Terre, Toi qui parla et Tout s’accomplit, Toi qui ordonna et tout s’arrêta, nous, les frêles créatures de Ta Providence, sollicitons humblement l’accomplissement de Ta promesse selon laquelle, lorsque deux ou trois seront rassemblés en Ton Nom, tu seras au milieu d’eux pour les bénir. En Ton Nom, nous nous réunissons pour élever un Frère dans notre Ancienne et Honorable Fraternité, afin qu’il puisse avec nous continuer à commémorer la prodigieuse sauvegarde de Noé et de sa famille, lors du Déluge. Accorde qu’il devienne un vrai Frère, capable de pénétrer les mystères de la Fraternité de l’Arche. Puisse-t-il sincèrement aimer ses Frères, certain que l’Amour est l’accomplissement de la Loi. Puissions-nous, de même, nous conduire dans cette arche afin que, lorsque nous serons rappelés par Ton ordre, nous puissions trouver un refuge, dans les demeures du repos éternel. »

 

« Puisse le Suprême Grand Maître, condescendre à présider nos travaux à nos décisions et nous diriger dans tous ce qu’Il lui plaira d’approuver et bénir. Puisse notre engagement de maçon être la règle de notre conduite d’homme. Puisse notre retraite secrète toujours être le recours du juste et du miséricordieux, le siège de toutes les vertus morales et le séjour des élus »

 

« Dieu Très Miséricordieux, nous Te supplions de nous accorder d'être les exemples vivants des leçons enseignées par la Naissance, la Vie, la Mort, la Résurrection et l'Avènement de Ton Fils Jésus-Christ notre Sauveur, que nous puissions, enfin, paraître dignes â Ta vue, de séjourner parmi Tes élus. Amen. »

 

« O Grand Emmanuel, notre Capitaine céleste. Abaisse Ton regard, nous T'en supplions, sur cette Préceptorie, et accorde Ta Sainte Grâce à ce Candidat, maintenant

devant Toi, afin qu'il se conduise en bon et fidèle soldat de la Croix et puisse, désormais, éviter toute occasion de T'offenser pour devenir, ainsi, à Tes yeux, digne du

Salut que Seul, Tu peux lui accorder Amen . »

 

« Armez-vous de force dans le Seigneur, Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir, face aux manœuvres du diable. Car ce n'est pas à des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter mais contre les Principautés, contres Puissances, contre

les Dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du mal qui habitent les espaces célestes. Endossez donc l'armure de Dieu afin qu'aux jours mauvais vous puissiez résister et demeurer debout. ayant tout mis en oeuvre. Debout donc! A la taille, ayez la Vérité pour Ceinturon et la Justice pour cuirasse, et à vos pieds, l'élan du zèle à propager l'Evangile de la Paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du Salut, et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la Verbe de Dieu. »

 

« Mystérieuse et éternelle Trinité, daigne bénir le travail accompli de nos mains et accorde –nous la Foi et le Zèle qui inspirèrent notre Royal fondateur. Rends-nous capable de porter la Croix et de suivre les pas de l’Agneau, enseigne-nous à appliquer dans notre vie quotidienne les divins principes de la Charité et de la Vérité, et admets nous enfin dans ce Temple immortel , qui n’est point fait de main d’homme, éternel dans les cieux. Amen »

 

« Puisse le Grand Surintendant de l'Univers répandre sur cette assemblée la rosée bienfaisante de Sa bénédiction. Puisse‑ t‑ Il se trouver au milieu de nous, Ses fidèles ouvriers, que nous soyons dans les plaines de Cerédata ou dans les forêts du Liban, employés à travailler la pierre brute ou à poser la clef d’une voûte mystique ; et lorsque nous serons appelés à cesser nos travaux sur cette terre, puissions‑ nous être jugés dignes du salaire promis à ceux qui ont été assidus à leur tâche dans Son Saint Temple. »

 

« Oh ! Dieu Omnipotent, Omniscient, et Omniprésent, pour qui tous les coeurs sont à découvert, tous les désirs connus et pour qui nul secret n’est caché, purifie les pensées de nos coeurs par l’inspiration de Ton Esprit Saint pour que nous puissions T’aimer parfaitement et glorifier dignement Ton Saint Nom. »

 

« O très glorieuse Trinité dans l’Unité, accorde, nous t’en supplions, à notre Frère ici présent qui, ayant pris la Croix est sur le point d’être admis dans notre Ordre, de demeurer à jamais dans la lumière de la Maçonnerie et de répondre avec docilité à la Voix du Verbe de Vérité. Accorde lui la Sagesse et la faculté de comprendre, afin que dans la Foi, l’Unité et le Zèle, il soit capable de reconstruire en son cœur, son Temple mystique et puisse être jugé digne de prendre place dans ton Royaume maintenant et dans les siècles sans fin. Amen »

 

« Rédempteur miséricordieux de l'humanité mortelle, Tu as promis que Tu serais au milieu de tous ceux qui s'assemblent en Ton Saint Nom, Abaisse sur nous, Tes humbles serviteurs, un regard de tendre compassion, et dirige-nous sur la voie que Tu as tracée pour que nos travaux soient toujours commencés, poursuivis et achevés pour l'amour de

Toi, l'affection de nos compagnons, la protection des affligés et l'obéissance à notre Ordre. Amen.

 

« O Seigneur, notre Père Céleste, Très Haut et Très Puissant, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, unique Gouverneur des Princes, Qui de Ton trône observe tous

les habitants de la terre, nous Te supplions de tout notre cœur d'assurer le soutien de Ta faveur spéciale à notre Très Bienveillant Souverain, Sa Majesté le Roi Juan

Carlos, et de l'emplir de la grâce de Ton Esprit Saint pour qu'il se soumette toujours à Ta volonté et suive Ta voie. Dispense lui l'abondance des dons célestes, accorde

lui la santé et la richesse pour qu'il vive longtemps, la force pour qu'il triomphe et soumette ses ennemis et, enfin, après cette vie, qu'il puisse parvenir à la joie et à la félicité éternelles, par Jésus Christ Notre Seigneur.Amen. »

 

« O Jésus de Nazareth, Dieu sans tache et immortel, assiste-nous dans l’immense travail que nous avons entrepris. Aide-nous à faire de ce monde un temple d’amour et de paix qui convienne à Ta seconde venue, quand tous les mystères seront révélés et que chaque cœur sera mis à nu devant Toi et devant l’Esprit qui habite les cieux. Nous te supplions d’accorder à notre Frère ici présent, de se montrer digne de notre Ordre ; arme son âme de la  foi en Toi, pour qu’enfin, par ta Grâce, il atteigne le royaume de la béatitude et de la gloire éternelle . Amen »

 

« Souverain éternel, de l’Univers, Roi des Rois et Seigneur des seigneurs, nous nous prosternons humblement devant Ta majesté Omnipotente . Daigne, nous t’en supplions, bénir ce Conclave, assemblé en Ton Très Saint Nom et accorder à Ton serviteur , ici présent , qui a été choisi tel Ton Bienheureux apôtre Matthias, pour gouverner l’assemblée des fidèles, d’être empli de sagesse pour brandir dignement le glaive de l’Esprit. Eclaire-le de la vraie Connaissance et inspire-lui le Zèle de Constantin, notre grand et glorieux fondateur, afin qu’il puisse , avec dignité et fidélité, représenter cet Ordre chrétien et que, lorsque sa tâche ici-bas sera achevée, il soit admis à la lumière de Ton royaume, par Jésus-Christ, notre Sauveur Amen»

 

Rite Ecossais Primitif :

 

« Très-Saint et Très-Glorieux Seigneur Dieu, Suprême Architecte du Ciel et de la Terre, Dispensateur de toutes les grâces ici-bas, nous Te supplions de bénir nos travaux et d'illuminer nos esprits d'Intelligence et de Sagesse, afin que nous puissions être à même de Te connaître et de Te Servir droitement, toutes nos actions ne tendant qu'à Ta Gloire, et au retour de nos Ames en Ta Lumière. Amen."

 

Nous Te supplions, Seigneur Dieu, de bénir notre présente entreprise que voici, en accordant à notre Frère N.... qu'il puisse continuer à dédier sa vie à Ton service en demeurant un véritable Frère parmi nous. Daigne Seigneur continuer à la gratifier de Ta Divine Sagesse afin qu'il puisse toujours être capable d'éclaircir, au moyen des secrets de la Maçonnerie les mystères de Ta Connaissance. Amen."

Très Saint et Très Glorieux Seigneur Dieu, Grand Architecte du Ciel et de la Terre, dispensateur de tous les biens d'ici-bas et de toutes les grâces spirituelles, Toi qui as promis que là où deux ou trois seraient réunis en Ton Nom Tu seras au milieu d'eux, en Ton Nom nous nous assemblons et nous réunissons, Te suppliant très humblement de nous bénir en nos entreprises, de nous donner l'influx de Ton esprit, d'illuminer nos âmes de Sagesse et d'Intelligence, afin que nous puissions Te connaître et Te servir droitement, et que toutes nos actions tendent à Ta Gloire et au salut de nos âmes. C'est pourquoi nous Te supplions, Dieu Tout-Puissant, de bénir notre présente entreprise que voici, à savoir la fondation de la Loge ".......". Daigne accorder, Seigneur, à tous les Frères qui la dirigeront, qu'ils puissent dédier leur vie à Ton service, et demeurant de véritables Frères. Amen.

« O toi qui, par Ta Parole Toute-Puissante, as donné l'être à cet Univers Physique, qui le soutiens par Ton Action Vivifiante durant les Temps que Tu as prescrits à sa durée pour l'accomplissement de Tes Décrets. O Toi dont la Divine Providence veille sur le moindre des Etres de cette Nature Sensible, abandonneras-Tu à ses erreurs l'Homme que Tu avais établi pour être leur Dominateur?  Non, certes, ô Dieu Eternel, Tout Puissant. Tu prendras pitié de son ignorance lorsqu'il aura recours à Toi pour obtenir la connaissance de Tes Lois, Tu éclaireras son intelligence pour lui faire connaître et abjurer ses égarements. Pleins de confiance en Toi, ô Source Unique de toute Lumière, nous nous réunissons donc en Ta présence pour Te demander d'être dirigés par Toi-même en la recherche et la pratique de la Vérité. Epure donc, Seigneur et fortifie le désir que Tu as fait naître en nos Ames, et conduis-nous au terme de nos espérances, que nous confessons ne pouvoir trouver qu'en Toi seul. Par le Christ Notre-Seigneur, ainsi soit-il. »

 

Stricte Observance :

 

Prions, Seigneur Jésus, Christ saint, Père éternel et Dieu tout-puissant, sage Créateur, Dispensateur bienveillant et Ami révéré, humble et pieux Rédempteur, Sauveur clément et miséricordieux, nous Te prions humblement et Te requérons de nous éclairer, de nous délivrer des embûches du diable rugissant et de nous protéger, avec tous les Frères du Temple et tout Ton peuple chrétien qui est dans la confusion et dans l’angoisse de l’avenir.

Accorde-nous, Seigneur, en qui sont et de qui proviennent toutes vertus, bienfaits, dons et grâces du Saint-Esprit, accorde-nous de connaître la vérité et la justice, la faiblesse et l’infirmité de notre chair, d’accepter la véritable humilité, afin que nous puissions mépriser ce triste monde et ses souillures, les vains plaisirs, l’orgueil et toutes les misères, de n’aspirer qu’aux biens célestes, de travailler humblement au maintien de nos vœux et de Tes commandements.

Toi qui vis et règnes, étant Dieu, par tous les siècles des siècles.

Amen.

 

Le Supérieur: -” Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit”

Les assistants: -” Amen.”

Le Supérieur: -” Au nom du Grand Précepteur, du Grand Prieur et du Supérieur de cette maison, je tiens audience conformément à nos lois.”

Les assistants: -” Conformément à nos lois.”

Le Supérieur: -” Seigneur, viens à mon aide.”

Les assistants: -” Seigneur, hâte-toi de me secourir.”

Le Supérieur: -” Gloire au Père et au Fils.”

Les assistants: -” Et au Saint-Esprit.”

Le Supérieur: -” Comme il en était au commencement et maintenant et à jamais.”

Les assistants: -” Et dans les siècles des siècles. Amen.”

 

Rite de Misraim 

O ! Suprême Architecte des Mondes ! La Pyramide que les Grands Hiérophantes ont construite restait inachevée.

 

Elle attendait la Pierre Angulaire et ils ne la mirent pas à son sommet. Depuis, l’Egypte tomba à ces jours. Mais comme toutes les choses ont en elles vie sur Terre si elles sont bâties dans le Ciel, si des Hiérophantes mettent un jour sur la Grande Pyramide, la Pierre Angulaire comme l’achèvement cosmique spirituel et physique du Temple parfait de la Terre, alors l’Egypte, la Terre des Initiés, sera encore visitée par les Dieux et Toi, Suprême Architecte des Mondes !

 

Les Eaux engloutirent les Terres de l’Atlantide, mais l’Egypte en émergea.

Les Eaux tenteront encore de recouvrir les Temples et Tes Perfections chantées dans la pierre, mais si un seul ancien Prêtre reconnaît la Pierre Angulaire, l’Egypte sera sauvée, car la Pierre Angulaire sauve de la Vallée de l’Oubli !

 

O ! Suprême Architecte des Mondes !

Seigneur des Deux Horizons, dans Tes Manifestations et tes Epiphanies, nous reconnaissons la Pierre Angulaire !

Nous vénérons cette Pierre que les véritables Initiés, les Bâtisseurs Sacrés, les Prêtres et les Hiérophantes de l’Egypte éternelle ne rejettent pas, mais appellent de tous leurs Vœux et reconnaissent que, sans Elle, le Temple, tout Temple d’Homme ou d’Ange, doit s’écrouler à terre !

Conduis donc dans la Vérité de nos Travaux d’Edification et révèle-nous en toutes choses, les Plans Parfaits de la Sagesse ! Amen !

 

Maître Souverain des Mondes, Source du Mouvement de la Lumière et de la Fertilité, Régulateur Sacré de l’Harmonie Universelle, tu remplis le Temple !

L’Espace et les Eléments obéissent à ta voix et suivent la route que tu leur traces !

Malgré l’inconstance et la dissemblance de leur nature, c’est par Toi que tout vit et que rien ne meurt !

Régénérateur Eternel de la nature physique, permet aux Ouvriers de ce Temple de régénérer en eux la nature morale ; daigne sourire à leurs travaux et les bénir de ta Protection toute puissante ! 

Accepte le culte simple et sincère qu’ils te rendent ; bénis les matériaux de leur Temple et fait que leur Ouvrage soit impérissable comme Toi ! Amen !  Amen ! Amen !

 

Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraim

 

Joignez vous à moi, mes Frères, pour une Prière au Dieu Omnipotent : Auteur de toutes choses, Source de toute Clémence, dispense Ta Bénédiction sur nos Travaux, fortifie nous avec les liens de Ta fraternelle affection. Nous nous prosternons devant les lois éternelles de Ta Sagesse, nous invoquons Ton Nom, nous qui sommes Tes Enfants. Dissipe l’obscurité de nos âmes, continue à étendre sur nous Ta main protectrice, et guide nous sans cesse dans la direction de la Bonté, dont la perfection réside exclusivement en Toi. 

Gloire à Toi, ô Seigneur ! Gloire à Ton Nom, gloire à Ton Œuvre !

 

O Sublime Architecte Des Mondes. Nous avons invoqué Ton Nom et nous avons demandé Ton effusion. Nous avons appelé à nous, Tes Forces qui se présentent à notre entendement et a nos yeux sous le symbole de l’image d’Isis. Nous ayant crée à Ton Image, nous avons de Toi, pouvoir de créer.

Selon notre cœur, en Vérité-Justice, équité et rectitude, nous avons créé une œuvre et nous allons en compléter une autre.

Nous voulons ouvrir le Temple de Vérité-Justice en astral avec les Forces qui émanent de Toi, avec Tes présences, avec Tes Noms, avec Tes Puissances et bâtir ici bas le Temple de la Sagesse qui, par les Portes Occultes et Sacrées sera en communication avec le Temple Premier.

Mais Toi seul possède la Vérité. Veuille donc agréer notre Œuvre et la couronner de succès. C’est Toi qui nous a conduit et qui nous a initié, consacré et livré entre nos mains ces Très Saints Mystères, non pas pour les tenir en sommeil, mais pour les projeter dans le Monde et bâtir ce que Tu nous inspires et nous ordonne.

Répands sur nous Tes Forces Sublime Architecte Des Mondes et laisse nous entrevoir Ta Sagesse. ..

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Published by Thomas Dalet - dans Rites et rituels
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:52

La Rencontre " a pour but de vous faire découvrire, les vies, les doctrines et les relations de trois des plus importants personnages de la Franc-Maçonnerie.
Ils nous ont légué un héritage fondamental, sous forme d'écrits et de rituels.
Martines de Pasqually à été le créateur de l'Ordre des Elus Coëns, Willermoz du Régime Ecossais Rectifié et Saint Martin inspira le système qui devait porter son nom, le Martinisme.
Ils ont vécu tous les trois pendant les " années décisives " de la maçonnerie, le 18ème siècle où tous les systèmes de hauts grades actuels se sont mis en place.
La Providence les a fait se rencontrer en 1766 pour Pasqually et Willermoz et en 1768 pour Pasqually et Saint Martin.
De 1768 à 1772, date du départ de Martines à St Domingue, leurs vies se sont croisées, l'un visitant l'autre, le troisième travaillant pour le premier..
De cette rencontre, mes Frères, il est sorti des doctrines et des systèmes, à la fois complexes et organisés.
Nous avons décidé de vous présenter Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin en imaginant un débat post-mortem, où ils se présenteraient puis exposeraient leurs doctrines et enfin, sous forme d'interview croisées, ils évoqueraient leurs relations, parfois conflictuelles, mais surtout respectueuses et admiratives.

JOURNALISTE : Mes frères Joachim Martines de Pasqually, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint Martin je vais tout d'abord vous demander de vous présentez.
Dom Martines à vous l'honneur

MP : Merci. Mes Bien Aimés frères, je m'appelle Joachim Martines de Pasqually, je suis né en 1710 à Grenoble. Mon père était d'origine espagnole et ma mère française.
On dit ne savoir que peu de choses de ma vie. Et pourtant de culture classique, j'ai embrassé la carrière des armes en 1737. J'ai servi en Espagne en Corse et en Italie avec le grade de lieutenant.
En 1754, j'ai quitté l'armée pour me consacrer entièrement à ma vie spirituelle.
Cela n'a pas été chose facile, même si l'époque s'y prêtait.
Pour terminer avec ma vie profane, j'ai épousé en 1767 Marguerite- Angélique de Colas de Saint Michel qui m'a donné deux fils dont l'un est malheureusement mort en bas âge.
Je suis parti en 1772 pour St Domingue, pour le recouvrement de la succession d'un de mes lointains parents. J'y décéderait deux plus tard avec le sentiment d'avoir accompli l'œuvre de ma vie.

JOURNALISTE : Dom Martines, parlez nous de votre engagement maçonnique.

MP : en 1754, je suis arrivé à Montpellier avec une mission que je définirait ainsi : je ne suis qu'un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de Maçon, afin de leur faire voire véritablement qu'ils sont réellement hommes-Dieux, étant créés à l'image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant.
Mon père, Franc Maçon, avait reçu de Charles Edouard Stuart, en 1738, une patente qu'il était autorisé à me transmettre. Après avoir longuement étudié la religion de mes ancêtres, la Bible et surtout l'Ancien Testament, mais aussi le Talmud et la mystique juive, j'ai décidé de créer mon Ordre maçonnique.
Pendant 20 ans, jusqu'à ma mort, je me suis entièrement consacré à la formation et au développement de cet Ordre en ouvrant des temples à Montpellier, Avignon, Marseille, Toulouse , Lyon et à Paris où je suis venu en 1767 et où j'ai initié les Frères Willermoz et Saint Martin.

JOURNALISTE : merci Dom Martines pour cette présentation qui nous permet de mieux vous connaître, je passe la parole à Jean-Baptiste Willermoz.

JBW : la première chose que je voudrai faire avant de vous parler de moi est de remercier le Grand Architecte pour m'avoir fait rencontrer mon Maître Martines ici présent et pour m'avoir accordé une très longue vie..94 ans dont 74 consacrés à la Franc-Maçonnerie, j'ai eu tout le temps pour créér mon Régime et je le dois à la bienveillance de Notre Père à Tous.
Je suis né à Lyon en 1730 ;
Ma vie profane et mon activité de marchand de soieries à été tout entière au service de la Franc-Maçonnerie.
J'ai été initié à 20 ans. Deux ans après, je suis devenu Vénérable de ma Loge..A l'époque et pour peu que vous soyez dévoué et motivé, l'Ordre n'imposait pas les délais qu'ils vous impose aujourd'hui.. Et c'est heureux car je n'imaginais pas alors, l'ampleur de ma mission.
Jusqu'en 1772 je me consacre tout entier à la pratique des nombreux grades en vigueur à cette époque. Je fonde la Loge " La Parfaite Amitié " en 1753 et m'implique dans la Grande loge des Maîtres Réguliers de Lyon.
En 1767, j'ai la chance de rencontrer Dom Martines et d'être admis dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers.
J'ai trouvé ce que je cherchais, un enseignement profond reposant sur des bases fondamentales et des pratiques rituelliques de haut niveau.
Je me souviens avoir écrit à cette époque " Quelques heureuses circonstances me procurèrent dans un de mes voyages d'être admis dans une société bien composée et peu nombreuse dont le but, qui me fut développé hors des règles ordinaires et me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger de ceux que je ne connaissais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C'est le seul où j'ai trouvé cette paix intérieure de l'âme, le plus précieux avantage de l'humanité relativement à son être et à son principe. "
Cependant et mon Maître me pardonnera mais déjà à cette époque, je constate qu'il manque une organisation solide et efficace pour transmettre ces savoirs.
Louis Claude de St Martin, après le départ de notre Maître pour St Domingue, me fait la joie et l'honneur de venir s'installer chez moi à Lyon. Nous y avons de fructueux échanges sur nos doctrines et notre vision de la Franc-Maçonnerie.
Après le départ de Dom Martines, le Grand Architecte de l'Univers m'a permis d'entendre parler d'un système intéressant et bien organisé et de contacter son fondateur Karl von Hund.

INTERRUPTION

JOURNALISTE : Je crois que notre frère Karl von Hund est dans notre atelier..Mon Frère pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre Rite ?

KVH (l'invité surprise)
Mes frères résumer en quelques mots l'œuvre de toute ma vie.. Pas facile.
J'ai bâti mon système maçonnique en Allemagne entre 1751 et 1755, sur les fondations de l'Ordre du Temple ; Notre but, poursuivre l'œuvre d'Hugues de Payns et de ses chevaliers. L'Ordre du Temple n'est pas mort avec Jacques de Molay..Certes il a été dissout par la papauté, mais à resurgit au travers de la Franc-Maçonnerie.
Mon grand regret est de ne pas avoir été suivi par mes frères allemands qui après m'avoir fait confiance, se sont ralliés aux idées du Frère Eques Ab Eremo ,ici présent, au Convent de Wilhelmsbad, 6 ans après ma mort en 1782. Penser que qu'il n'y a qu'une filiation spirituelle entre l'Ordre du Temple et la Franc-Maçonnerie est pour moi une hérésie.
Puisque vous me donnez la parole mon Frère, j'ajouterai que j'ai le sentiment d'avoir été utilisé par notre Frère Willermoz qui s'est servi de l'organisation de mon Système pour développer le Régime Ecossais Rectifié et j'avoue trouver cette attitude peu fraternelle.

JOURNALISTE : mon Frère Jean-Baptiste, vous avez la parole

JBW : je tiens à remercier mon Frère Karl von Hund. Sans lui, sans ses enseignements, sans son aide et l'appui de son envoyé, le Baron von Weiler, je n'aurai jamais pu créer les base du Régime Ecossais Rectifié.
Notre Frère Karl a su créer un système solide, complet avec des protecteurs puissants et c'est grâce à son intermédiaire que j'ai pu rentrer en contact avec eux et imposer ultérieurement mes idées à Wilhelmsbad.. Cependant sa doctrine était sa faiblesse. Penser qu'un Ordre officiellement dissout pouvait revendiquer ses richesses et ses terres était non seulement dangereux politiquement, mais sans fondement historique.
La Franc-Maçonnerie est l'héritière spirituelle de l'Ordre du temple et c'est cet héritage qui est transmis dans les rituels du Régime Ecossais Rectifié, cet héritage avec la puissance de la doctrine de Dom Martines.. Mais j'en reparlerai ultérieurement ;

JOURNALISTE : revenons à votre parcours maçonnique.

JBW : après Wilhelmsbad je me suis consacré à la rédaction et à la mise en place des rituels du RER, à son organisation et à son développement. En 1809 j'ai pu terminer la rédaction du 4ème Grade, le Maître Ecossais de St André.
A la fin de ma vie, j'ai découvert le magnétisme et le mesmérisme, en obtenant des cahiers d'instructions de l'agent inconnu. Expérience passionnante qui n'a pas été sans me rappeler les opérations théurgiques effectuées avec Dom Martines , mon Maître trop tôt disparu.
J'ai quand même réussi à me remarier à l'automne de ma vie avec une très jeune femme de et je vous l'avoue mes frères cela a été une bénédiction du Grand Architecte !

JOURNALISTE : quelle vie !

LCSM : ça va être difficile d'en dire autant! Mon Frère Jean-Baptiste à eu la chance de se marier à un âge avancé avec une jeune et fraîche donzelle, j'ai toujours refusé ce lien même si l'on m'a demandé deux fois en mariage..Homme libre j'étais et homme libre je suis resté !!

JBW : je reconnais là l'esprit parfois caustique de mon Frère Louis Claude !

LCSM : à moi donc ! Je suis né à Amboise en 1743 dans un e famille dite de petite noblesse.
Après des études de droit je devins avocat ce qui ne me passionna guère.
A 22 ans, en 1765, je suis sous-lieutenant au Régiment de Foix. La carrière des armes me laisse beaucoup de temps libre et j'en profite pour parfaire mes recherches ésotériques.. Et oui, comme Dom Martines et Jean-Baptiste, je me suis senti très tôt attiré par la spiritualité.
La même année un de mes amis officier me fait admettre dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers, fondé par Dom Martines.
En 1768 je rencontre enfin Dom Martines et deviens son secrétaire 3 ans plus tard.
Malheureusement Dom Martines part en 1772 et je retrouve bien seul. Jean-Baptiste me propose de le rejoindre à Lyon, et j'y reste deux ans. Cette période me permet de faire le point sur ma quête spirituelle et je rédige mon premier livre " Des erreurs de la Vérité ".
Je remercie mon Frère Jean-Baptiste pour son amitié et son soutient, sans lui cet ouvrage n'aurait jamais pu être écrit ! Il faut dire qu'à cette époque je n'avais plus un sou, me retrouvant sans travail.
Malgré tout je me suis éloigné des maçons lyonnais. Le travail collectif, les complications des assemblées cérémonielles et le rigorisme des rites maçonniques auxquels Jean-Baptiste restait profondément attaché me paraissaient loin de l'initiation authentique, celle du cœur.
En 1775 , à Paris, tout en restant fidèle aux enseignements de Dom Martines, je comprends que la véritable spiritualité est interne et qu'elle n'a pas besoins des opérations théurgiques pour se manifester.
Entre 1782 et 1802, j'ai beaucoup écrit et ma modestie m'empêche ici de vous donner la liste de tous mes ouvrages. Les plus connus sont cependant : Le ministère de l'Homme Esprit, l'Homme de Désir et le Tableau naturel des rapports qui unissent Dieu , l'Homme et l'Univers.
Je me flatte à titre purement profane, d'avoir été reçu par les plus grands et d'avoir eu les faveurs de nombreuses dames de la Cour. Il paraîtrait même qu'on m'y surnomma le Philosophe Inconnu.. Allusion aux Supérieurs Inconnus ?! La maçonnerie à cessé de m'intéresser et en 1795 je demandais à être officiellement rayé de toutes les listes de l'Ordre.
Après cette époque je me rapprochait de Jacob Boehme dont la spiritualité me paraissait être un complément important aux enseignements de Dom Martines.
En 1803, je décède à 60 ans d'une vie trop courte, mais qui m'a apporté beaucoup.

JOURNALISTE : merci mes Frères pour ces présentations..
Je voudrais maintenant que vous nous parliez de vos rites et doctrines.. Je sais l'exercice est difficile car on ne résume pas en quelques mots l'œuvre de toute une vie, mais nos Frères ici présents aimeraient en savoir un peu plus sur vos quêtes maçonniques et spirituelles.

LCSM : pour ce qui est de la Franc-Maçonnerie même si elle a été à l'origine de ma quête, je m'en suis séparé car elle ne répondait pas suffisamment à mes exigences spirituelles.

JOURNALISTE : parlez nous de celles -ci

LCSM : L'idée essentielle qui se dégage de ma pensée est celle de la réintégration finale de l'homme au sein de la divinité.
Eloignons donc de nous les idées criminelles et insensées de ce néant, auquel des hommes aveugles enseignent que nous devons notre origine. N'avilissons pas notre être : il est fait pour une distinction sublime, mais elle ne peut l'être plus que son Principe ; puisque selon les simples lois physiques, les êtres ne peuvent s'élever qu'au degré d'où ils sont descendus. Et cependant ces lois cesseraient d'être vraies et universelles, si le principe de l'homme était le néant. Mais tout nous annonce assez nos rapports avec le centre même, producteur de l'universalité immatérielle, et de l'universalité corporelle, puisque tous nos efforts tendent continuellement à nous les approprier l'une et l'autre, et à en attacher toutes les vertus autour de nous. Observons encore que cette doctrine, sur l'émanation de l'être intellectuel de l'homme, s'accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que ces deux doctrines se soutiennent mutuellement : car si nous sommes émanés d'une source universelle de la vérité, aucune vérité ne doit nous paraître nouvelle ; et, réciproquement, si aucune vérité ne nous paraît nouvelle, mais que nous n'y apercevions que le souvenir ou la représentation de ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris connaissance dans la source universelle de vérité... " On peut dire d'avance que tous les êtres créés et émanés dans la région temporelle, et l'homme par conséquent, travaillent à la même ouvre, qui est de recouvrer leur ressemblance avec leur principe, c'est-à-dire de croître sans cesse jusqu'à ce qu'ils viennent au point de produire leurs fruits, comme il a produit les siens en eux. Voilà pourquoi l'homme, ayant la réminiscence de la lumière et de la vérité, prouve qu'il est descendu du séjour de la lumière et de la vérité..."
Je dois aussi vous évoquer ce qu'est pour moi" l'homme de désir ".
D'un côté la magnificence de la destinée naturelle de l'homme est de ne pouvoir réellement et radicalement appéter par son désir que la seule chose qui puisse réellement et radicalement tout produire. Cette seule chose est le désir de Dieu ; toutes les autres choses qui entraînent l'homme, l'homme ne les appète point, il en est l'esclave ou le jouet. D'un autre côté, la magnificence de son ministère est de ne pouvoir réellement et radicalement agir que d'après l'ordre positif à lui prononcé à tout instant, comme par un maître à son serviteur, et cela par la seule autorité qui soit équitable, bonne, conséquente, efficace, et conforme à l'éternel désir.
Pour moi le seul véritable Temple de l'Homme est son esprit. L'homme, découvrant la science de sa propre grandeur, apprend qu'en s'appuyant sur une base universelle, son Etre intellectuel devient le véritable Temple, que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l'environnent et le suivent partout ; que le Sacrificateur, c'est sa confiance dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre et de la vie ; c'est cette persuasion brillante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c'est sa prière, c'est son désir et son zèle pour le règne de l'exclusive. Unité ; que l'autel, c'est cette convention éternelle fondée sur sa propre émanation, et à laquelle Dieu et l'Homme viennent se rendre, pour y trouver l'un sa gloire et l'autre son bonheur ; en un mot que le feu destiné à la consommation des holocaustes, ce feu qui ne devait jamais s'éteindre, c'est celui de cette étincelle divine qui anime l'homme et qui, s'il eut été fidèle à sa loi primitive, l'aurait rendu à jamais comme une lampe brillante placée dans le sentier du Trône de l'Eternel, afin d'éclairer les pas de ceux qui s'en étaient éloignés ; parce qu'enfin l'homme ne doit plus douter qu'il n'avait reçu l'existence que pour être le témoignage vivant de la Lumière et de la Divinité.
Mon Maître Martines de Pasqually m'a montré le chemin vers la Vérité . Sans lui je n'aurais pas pu comprendre ce but noble et magnifique de l'Homme qui doit retourner vers la Lumière, mais je ne pense pas que cette réintégration passe doivent obligatoirement avoir le concours des gardiens invisibles. Elle se fait à mon sens, plus par le travail que l'Homme accomplit en interne sur lui-même et c'est pour cela que l'initiation et la quête maçonnique m'ont à une époque donné le moyen de travailler à ma réintégration, même si son côté collectif et réglementé m'ont convaincu de la démarche individuelle.
Je n'ai d'ailleurs de mon vivant créé aucun système maçonnique. Après ma mort, et à l'écoute de ma spiritualité l'Ordre dit Martiniste a été construit sur 4 grades à l'instar des rites maçonniques mais en privilégiant l'initiation et la transmission individuelles.
Mes Frères, la vraie quête est individuelle. Vous seuls pouvez ouvrir vos cœurs et prier pour atteindre le but suprême : redevenir l'Image de Dieu. .....
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:49

I. - Sens et Origine.


1. - Le sens du titre est ambigu, son origine a été ennuagée.

Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte connote évidemment l'idée de charité, qui est le devoir essentiel du dit Chevalier; I'organisation chevaleresque, bien sûr, et particulièrement l'Ordre du Temple. Car la Cité Sainte est Jérusalem. Mais cette manière de dire Templier , qui semblerait embarrasser, a un objet precis: de déclarer que les C.B.C.S. sont des Templiers sans en être tout en étant. Ou, si l'on préfère, que le rapport de la Maçonnerie, et singulierement du Rite Ecossais Rectifié, à l'Ordre du Temple n'est pas au juste celui que croit la Stricte Observance Templière. ( Le Convent des Gaules réservera la question de la filiation templière, alors que Wilhelmsbad la tranchera dans le sens de la renonciation, sauf au plan spirituel ).

Que cette intention ait été celle de Willermoz et de ses amis ne semble pas douteux. Mais d'autres facteurs ont-ils contribué à forger l'expression ?

2. - La Loge Rectifiée de Willermoz à Lyon se nommait La Bienfaisance. Mais le mot et l'adjectif correspondants sont communs dans le vocabulaire maçonnique. Puis on a signalé un grade de Chevalier Bienfaisant qui aurait été pratiqué à Metz et aussi l'influence éventuelle du grade dit Ecossais de Saint-Martin, dont le titre aurait pu se traduire, par allusion à l'état du légionnaire romain et à son geste proverbial, Chevalier Bienfaisant ( Cf Amadou, Louis-Claude de Saint-Martin et la Franc-Maçonnerie , Le Symbolisme, juillet-septembre 1970, pp.285-307 et janvier-février 1971, pp. 43-73 ). Mais c'est vouloir expliquer obscurum per obscurius.

C'est cependant l'opinion de R. Le Forestier qui écrit dans son livre sur la FrancMaçonnerie templière et occultiste aux XVIIIè et XIX siècles ( Paris, Aubier-Montaigne, Louvain, Nauwelaerts, pp.433-434 ): <~ Le titre de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, que prit le rite mystique sorti de la Réforme de Lyon avait eté déjà usité dans un Système de Hauts Grades cultivé depuis 1770 par un Chapitre souché sur la Loge Saint-Théodore de Metz . Le degré suprême de ce Système régional s'appelait Ecossais Rectifié de Saint-Martin; il avait pour héros éponyme l'illustre évêque de Tours, le chevalier romain qui avait partagé son manteau avec un pauvre, acte de charité rappelé par de nombreux tableaux et statues exposés dans les églises de France. La Cité Sainte dont les membres du Chapitre Saint-Theodore se proclamaient les Chevaliers était donc Rome. Leur plus haut grade localisait en France le thème fondamental d'un haut grade plus ancien, I'Hospitalier de Palestine, qui faisait allusion à la charité active pratiquée par les moines guerriers appartenant à l'Ordre religieux qu'avait fondé, pour la protection des pèlerins en Terre sainte, Saint Jean évêque de Jérusalem. Autant de phrases, autant d'erreurs.

3. - Au demeurant, je ne pense pas que ni Chevalier ( qui d'ailleurs était le titre du dernier grade de la Stricte Observance ) ni Bienfaisant ( si conforme à la vocation des Maçons Chevaliers ) requièrent des explications compliquées. Celles-ci, en toute hypothèse, n'exprimeraient, il me semble, que des raisons supplémentaires.

Quant à la Cité Sainte , outre la référence prétendue discrète à l'Ordre du Temple, à cette ville où Salomon avait construit le sanctuaire qui est le type essentiel de la Maçonnerie, point n'est besoin d'aller chercher loin les raisons, d'ailleurs liées à la raison majeure, pourquoi les Chevaliers Maçons aimaient à la mentionner.

II. - Fondation des C.B.C.S.


Le chapitre provincial d'Auvergne, à la date du 28 août 1778, reconnaît comme il a reconnu depuis longtemps la nécessité indispensable de réformer la dénomination du SaintOrdre; le Code des règlements généraux des provinces, des instructions particulières des officiers, le précis historique de l'Ordre, le rituel de vestition et cérémonies et les règles; de purger les unes et les autres des additions arbitraires qui y ont été faites par les différents frères a Spica aurea et ab Ense [ sc. Weiler et Hund respectivement ], ainsi que des cérémonies et règles trop monacales pour pouvoir convenir dans un Ordre tel que le nôtre dans un siècle tel que celui où nous vivons. )> ( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon Ms. 5 481, p. 70, Cf déjà à la date du 25 avril 1777, ibid., p. 8 ).

La question du titre C.B.C.S. , qui donnerait son nom à l'Ordre entier de la Stricte Observance métamorphosée au plan national, fut mise sur le tapis au cours de la premiere séance du Convent des Gaules, le 25 novembre 1778:

Les respectables Frères Chanceliers requirent que la dénomination de l'Ordre fut le premier objet à arrêter, que tous les membres de l'Ordre désiraient voir abolir l'ancien nom. Ils représentent que l'Ordre avait porté pendant quelques années celui de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte dans un temps où ils n'avaient aucune possession; que son nom n'était point connu, qu'il pourrait remplir le but qu'on se propose en désignant l'Ordre sous une dénomination qui ne serait aperçue que par les membres qui le composent, et que sans cesser d'appartenir au même Ordre, on annonce, en reprenant l'ancien nom, une renonciation absolue aux possessions qu'ils ont eues depuis un autre nom.>)

Donc, I'on traitera l'affaire au cours de la deuxième séance.

Le 27 novembre, deuxième séance, I'objet de la dénomination de notre Saint Ordre ayant été mis en délibération, il fut arrêté unanimement qu'il serait désigné dorénavant sous la qualification de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors de la sixième séance, le 3 décembre 1778, Willermoz lit la partie historique de l'instruction du grade, rédigée par ses soins. Le Convent statue que cette instruction serait jointe aux actes officiels du Convent, mais non enregistrée, qu'elle serait ensuite confiée aux représentants des Préfectures charges des réceptions et instructions des Chevaliers pour être déposée dans chacune entre les mains des Frères à qui il croira devoir les adresser. Le 5 décembre 1778, au cours de la huitième séance, on a fixé les signes, mots et attouchements des Novices et le nouveau signe des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

III. - Documents.


Les documents relatifs au C.B.C.S. sont nombreux. Citons, principalement, les dépôts de la Bibliothèque Municipale de Lyon ( fonds Willermoz ) et du Grand Orient a La Haye ( fonds Kloss ). Le Code général des règlements de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte arrêté au Convent des Gaules tenu en novembre 1778 a été commodément repris ap. Jean Tourniac, Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifie et de sa Chevalerie templière ( Dervy-Livres, 1969, pp. 305-350 ). Un rituel de réception a été publié par Jean Kostka ( alias Jules Doinel, Lucifer démasqué, Paris-Lyon, Delhomme et Briguet, s.d. [ 1895 ], pp. 274-296 ).


IV. - Le grade.


l. - Le grade de C.B.C.S. n'est pas un grade maçonnique, car l'Ordre des C.B.C.S. est un Ordre équestre souché sur une base maçonnique en quatre degrés symboliques. Cependant, la terminologie est assez flottante ( par analogie avec le ballottement où est soumise au sein du Rite Ecossais Rectifié la question des rapports entre la Maçonnerie et le Temple mediéval ). Aussi bien le C.B.C.S. est-il armé , et la Franc-Maçonnerie est-elle considérée comme la pépinière du Saint-Ordre.

Chaque Chevalier, au moment de son armement, reçoit, comme dans la Stricte Observance, un nom d'Ordre ( nomen in ordine; p. ex. Jean-Baptiste Willermoz était Eques ob Eremo, Joseph de Maistre, Eques a Floribus, etc ), une devise en latin tirée des psaumes et des armes.

2. - Pour le regroupement de l'Ordre intérieur en Commanderies, Préfecture, Grands Prieurés Cf ECUYER NOVICE. Le Code fournit toutes indications sur ce système. Retenons que la Maçonnerie symbolique est sous le contrôle de l'Ordre intérieur et que le Grand Maître Général gouverne les six grades du Rite Ecossais Rectifié.

3. - Le rituel d'armement prescrit, avant la réception proprement dite, que le Commandeur s'adresse à l'Ecuyer novice en ces termes qui annoncent le sens du grade, le sens de l'Ordre:

Le dépôt de la science primitive de l'homme, conservé dans les anciens mystères, brille de tout son éclat dans le Temple célèbre que Salomon avait élevé dans la Cité Sainte à la gloire de l'Eternel qui daigna l'habiter. Vous voyez l'image, tracée devant vous, de son Saint Sépulcre. Ce Temple fut détruit, les sages se retirèrent dans les déserts et y préférèrent d'abord la vérité aux honneurs du siècle. Bientôt, sentant le besoin d'une activité utile et pénible, ils rentrèrent dans le monde où, apprenant la persécution de beaucoup de leurs Frères, ils déchirèrent leur sein, tranquilles de leur innocence et qu'aucun remords ne troublait leur coeur, et que rien en eux ne donnait de moyens d'observer leur fortune. Le sanctuaire du Temple redevint l'asile de l'éternelle et auguste vérité, son parvis, celui du malheur; on y consolait la veuve, I'orphelin y trouvait un père, les voyageurs un défenseur, le malade et le pauvre des secours généreux, telle est l'origine de l'Ordre des Templiers, des Frères vertueux dont nous tirons la nôtre, et aux vertus desquels vous êtes appelé à succéder.

La science, cachée auparavant dans des réduits écartés où elle mettait au-dessus des besoins ceux qui la professaient, fut alors consacrée au bonheur de l'humanité; mais le Temple s'écroula, et les Maçons propageant l'existence et les fruits d'un Ordre célèbre, le réédifièrent, adapté par une réforme sage aux besoins et à la situation actuelle de l'Europe. Il a repris dans ce siècle, le dix-huitième, son nom de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte pour l'allégorie du Saint Sépulcre de Jérusalem en Palestine, et sera, pour le reste de votre vie, une école de bienfaisance, un foyer de lumière et l'asile de l'amitié la plus douce.

Par le pouvoir qui m'a été conféré, je vais vous recevoir dans le Saint Ordre.

4. - Dans le discours d'instruction qui suit la réception proprement dite, I'Ordre du Temple est d'emblée mis en cause: sa fondation en 1125, ses malheurs que la jalousie de sa richesse causa. <~ Nous dit le Commandeur, qui sommes leurs descendants avons une tradition bien certaine des malheurs qui ont occasionné la destruction de notre Ordre.
Mais trois Templiers s'échappèrent et trouvèrent refuge en Ecosse, dans des cavernes près d'Heredom. Ils s'associèrent avec les Chevaliers de Saint-André du Chardon d'Ecosse, d'où le quatrième grade.
A Heredom, en 1340, fut fondé l'Ordre des Francs-Maçons par les Templiers. Ils avaient prévu, et il demeure, que les trois premiers grades sont des épreuves imposées aux candidats à l'intérieur. L'Ecuyer novice comprend alors le sens de son passage par la Maçonnerie. Deux emblèmes sont chers à l'Ordre des C.B.C.S. Le phénix fut choisi par les illustres fugitifs qui continuèrent le Saint Ordre pour remplacer l'ancien sceau du Temple, où figuraient deux cavaliers sur un cheval. Le pélican, d'autre part, signifie les secours que l'Ordre ancien fournissait aux commanderies de son ressort et la bienfaisance qui, depuis la réforme de l'Ordre, caractérise le Chevalier.


V. - Altérations et déviations.


1. - Au cours des ans, le rituel a subi des altérations. Donnons-en deux exemples. En Suisse, la dénonciation de l'infamie du pape Clément V s'accompagne de propos très généralement antipapistes, où les institutions de l'Eglise au Moyen Age sont dénoncées, à la seule exception... de l'Ordre du Temple. Curieuse rencontre, en milieu écossais rectifié, du laïcisme maçonnique et de l'atavisme protestant.
Deuxième exemple: la plupart des rituels modernes, depuis une date que je n'ai pu encore fixer mais qui se situe au XIXè siècle, comportent, à la fin de la cérémonie, une scène pendant laquelle les Chevaliers présents, Grand Prieur ou son délégué en tête, délient leur nouveau confrère de ses serments maçonniques. L'idée, clairement expliquée, est belle, plus étrangère à la tradition des C.B.C.S. dans la forme que dans le fond. Mais c'est une innovation.

2. - La position médiane de l'Ordre des C.B.C.S. est difficile à tenir; elle prête aux déviations vers la gauche ou vers la droite.

a ) Vers la gauche, en quelque sorte, dévièrent les Frères de Francfort, Darmstadt et Wetzlar surtout, qui sous la conduite du Baron de Dittfurth résistèrent aux décisions du Convent de Wilhelmsbad. Fatigués des Hauts Grades, des Ordres intérieurs et autres superstructures, ils n'en voulurent plus rien savoir. L'Union éclectique naquit de leur lassitude et de leur maçonnisme éclairé plus qu'illuminé.

b ) A droite, en revanche, il faut situer la singulière histoire du Chapitre des C.B.C.S. de Francfort, au commencement du XIXè siècle. Félix Kretschmar, érudit francfortois des années 1920, en a recueilli les éléments dans un lot d'archives à lui venu de son compatriote et parent Johann Friedrich von Meyer ( 1772-1849 ). Une correspondance, étayée par plusieurs documents, et conservée dans un fonds privé d'archives dites archives S.O. >), me permet, avec l'autorisation de son dépositaire, de résumer ainsi l'affaire que je me propose d'analyser ailleurs.

Un certain nombre de C.B.C.S. de Darmstadt et de Francfort, auxquels vinrent se joindre quelques C.B.C.S. de Strasbourg, les uns et les autres membres en outre de la Grande Profession, et fervents de théosophie, gardèrent, dans une Allemagne peu favorable, leur fidélité au Rite Ecossais Rectifié - mieux vaudrait dire ici à l'Ordre des C.B.C.S. Car s'ils innovèrent eux aussi, ce fut pour détacher l'Ordre intérieur, dont ils constatèrent crûment le caractère non maçonnique, des quatre premiers grades du Rite Ecossais Rectifié . Dans leur néo-Ordre des C.B.C.S., ils admirent des profanes , se contentant de leur communiquer, avant de les recevoir Ecuyers Novices, non pas les grades, mais les cahiers des grades symboliques. Johann Friedrich von Meyer, hermétiste très chrétien ( son nom d'Ordre était Eques a Cruce ), ami et protégé de Christian de Hesse-Darmstadt, substitut du Grand Maître Charles de Hesse-Cassel, fut l'un d'eux. On lui laissa même le soin de rédiger un Projektierte Statute des Rittertums der heiligen Stadt, nouvelle manière. ( Les papiers de Kretschmar en comprennent une copie ). Vers 1830, selon Kretschmar, le Chapitre cessa ses travaux.

Deux documents conservés dans le fonds Kloss du Grand Orient des Pays Bas apportenl une information précieuse et complémentaire sur le Chapitre des C.B.C.S. de Francfort qui s'y manifeste davantage, semble-t-il, comme un collège de Gands Profès. En particulier, leur activité paraît s'être poursuivie jusqu'en 1835, puisque l'une des deux pièces est constituée par le livre des travaux du collège de 1827 à cette date

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Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:44

 

Il est là, dans ce siècle, dans cette ville et dans ce complexe sacral des maçonneries encore balbutiantes, comme un pivot ou comme le centre d'un ensemble. Jurassien, né à St-Claude en 1730, il est venu à Lyon en 1745 et a été initié dans la Maçonnerie en 1750. Il est l'un des introducteurs, à Lyon, de la Stricte Observance Templière allemande issue des Convents de Unwürde en 1754, Altenberg en 1764 et Kohlo en 1772. On relira à ce sujet l'ouvrage de Le Forestier (1) et l'excellente introduction que lui a consacrée Antoine Faivre, spécialiste à la Sorbonne de l'ésotérisme chrétien au XVIIIe siècle. Professeur à l'université de Bordeaux, A. Faivre est en effet directeur d'études à l'École pratique des hautes études, section sciences religieuses, pour l'histoire des courants ésotériques et mystiques dans l'Europe moderne et contemporaine.

Or c'est le 21 juillet 1774 que le baron Von Weiler, Chevalier de l'Épi d'Or, préside le premier chapitre de la Province d'Auvergne composée de 20 chevaliers et de chevaliers Profès qui recevront quatre jours plus tard leur nom d'Ordre. C'est ainsi, nous dit Jean Saunier dans un remarquable article de feu Le Symbolisme, que J.-B. Willermoz devint l'eques " Baptista ab Eremo " avec la devise " Vox in deserto " et les armes : " d'Azur à un ermite avec une lance sur l'épaule ".

Willermoz cependant n'est pas seul. II y a, à côté de lui, Martinez de Pasqually né à Grenoble en 1722, environ 170 ans après la mort de Cornélius Agrippa dans la capitale delphinale : ce personnage étrange rédige, trois ans avant l'installation du chapitre de la Stricte Observance à Lyon et sept ans avant l'ouverture du Convent des Gaules, son fameux Traité de la Réintégration .

Willermoz doit beaucoup à Martinez : initié au martinézisme en 1767, il est ordonné Réau-Croix en 1768, l'année même de la mort de Martinez. Ainsi l'on constate que le passé strictement maçonnique de Willermoz n'est antérieur que de quelques années seulement à son passé martinézien, lequel à son tour précède de fort peu sa découverte du Templarisme de la S.O. et de la maçonnerie qui lui est connexe.
Trois couches successives correspondant à trois aspects de l'ésotérisme maçonnique : celui des loges maçonnico-chrétiennes, celui de la Kabbale et celui de la maçonnerie chevalière et templière pour terminer.
Voilà les trois ingrédients dont va se servir l'habile cuisinier lyonnais - car on ne peut plus parler ici du " fabriquant d'étoffes de soye et d'argent et commissionnaire en soyeries " - pour confectionner cette admirable pièce rectifiée aux saveurs et aux épices de Myrelingue la Brumeuse !

Puis il y a aussi, dans les relations de Willermoz, le comte et ambassadeur Joseph de Maistre, catholique ultramontain, considérant avec à peine un peu de curiosité les enchevêtrements de la mystique martinézienne et tenant au bout d'une pincette le templarisme maçonnique. Ce défenseur du pape, s'il est un ancien élève des pères jésuites et un ancien affilié des Congrégations, est aussi un maçon selon le concept anglais de la Maçonnerie. Né à Chambéry en 1753, il appartient à la loge les " Trois Mortiers " de cette ville, loge rattachée à la Grande Loge d'Angleterre. Bientôt il sera membre de la " Sincérité Écossaise " relevant de la S.O.T. et deviendra C.B.C.S. et Grand Profès.
Avec notre Savoyard, l'Eques a Floribus, on comprend aisément que c'est l'influence catholique la plus orthodoxe qui s'exerce sur Willermoz et qui y trouve un écho d'autant plus favorable que, finalement, et malgré les différences de tempérament et de culture, les deux hommes sont très près l'un de l'autre, par la pensée, le sentiment, la religion et parce qu'ils fréquentent le même univers maçonnique et para-maçonnique.
Oh, bien sûr, le Savoyard rejette avec un certain mépris l'idée de la " filiation templière maçonnique", chère à la S.O.T., alors que le Lyonnais ne la refuse point, mais avec cette prudence de nos gens qui disent en patois " méfiat ! ", et qui leur fait découvrir la solution vraie ou non contradictoire.

Nous ne saurions achever le parcours de cette galerie de portraits rhodaniens sans jeter un coup d'œil sur Louis Claude de Saint-Martin qui, bien que né à Amboise en 1743, vient demeurer à Lyon chez Willermoz entre 1773 et 1774, c'est-à-dire précisément l'année d'implantation de la S.O.T. à Lyon. Le " Philosophe Inconnu " est déjà maçon, martinézien même et Réau-Croix depuis 1772, et c'est dans l'appartement de Willermoz qu'il rédige son premier ouvrage Des Erreurs et de le Vérité en 1774. Reçu C.B.C.S. il abandonnera la Maçonnerie pour se plonger dans la mystique, qu'il connaît à travers Böhme et grâce à Mme de Böcklin et à Salzmann, mais sa fréquentation de Willermoz n'est pas, à mon sens, sans lointaine conséquence pour le Rite Rectifié. N'oublions pas que la cuisson de ce que j'appelle avec effronterie le " gâteau rectifié ", va durer quelque vingt-deux ans ! et ce qu'ajoute Saint-Martin à la recette lyonnaise c'est peut-être, au cours du temps, une légère pincée de théosophie chrétienne, à peine perceptible il est vrai, tant est substantielle la pâte maçonnico-templière du Rite.
Voilà mes chers frères comment je voulais définir dans cette première partie de mon exposé, l'aire originelle du Convent des Gaules. Une combinaison qualitative de la Franche-Comté, du Lyonnais, de la Savoie et du Dauphiné. Je m'y suis peut-être attardé avec trop de complaisance car c'est également ma formule " chromosomique " familiale.
Voilà pourquoi j'ai voulu peindre les hommes qui assistèrent Willermoz dans sa vie locale quotidienne. Il y en eut d'autres, nous le verrons bientôt, qui formeront avec lui une réelle communauté de travail pour la mise au point de ce Rite et je songe aux Strasbourgeois, aux Turckheim, à Salzmann, etc.
Pardonnez-moi si j'ai trop insisté sur les références culinaires et sacrifié à la chronique de James de Coquet.
En réalité, croyez-moi, il y a une divine cuisine " l'ars spiritualis ", la cuisine des anges, et comment ne pas évoquer ici l'humble frère Jean Van Leuwen, le cuisinier de Ruysbröck l'admirable qui, nous rapporte l'histoire, était dans la composition de ses mets, gratifié de faveurs mystiques égalant celles du Bienheureux ?
Et puis, bien qu'il s'agisse du Convent des Gaules et d'un sujet sacré, comment ne pas tolérer quelques faiblesses allégeant l'austérité du propos dès lors que nous sommes aussi dans la capitale incontestée de la gastronomie ?

Nous voici en tout cas parvenus au seuil de la seconde partie d'une étude plus spécialement vouée à l'analyse des apports intellectuels qui présidèrent à la création du Rite et à leurs conséquences pour la Maçonnerie.

Comme j'ai eu l'occasion de le faire observer dans d'autres conférences, ce sont peut-être ces différents apports qui donneront au rite son identité, apports que nous allons résumer. Le rite retient en effet :

" de la Maçonnerie spéculative récemment apparue en Grande-Bretagne, les rituels, mots, signes et l'ésotérisme des constructeurs, l'initiation et les trois grades bien connus,
- de la " Stricte Observance Templière " et d'un Templarisme qui remonte peut-être au chapitre dit de Clermont quant à ses sources lointaines (mais qui prend corps à Unwürde en 1754 et aux Convents d'Altenberg en 1764, Kohlo en 1772, Brunswick en 1775 et Lyon en 1778), une ossature normative pour l'ensemble des grades et la référence chevaleresque et templière,
- de Martinez, une sève secrète, à résonance judéo-chrétienne et fond salomonien, présente dans l'enchaînement des maximes et des tableaux et qui, à l'époque de Willermoz, jaillit visiblement au niveau de la " Profession ", celle de Chevalier Profès et Grand Profès,
- de J. de Maistre, l'intégrité chrétienne et quasi confessionnelle, avec un pressentiment de l'Évangile éternel et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui la " Tradition Primordiale " dans la perspective de René Guénon,
- de St-Martin, une religiosité chrétienne très priante,
- du XVIIIe siècle français, certains concepts religieux de ce temps, infirmés de nos jours : ainsi la définition des " pharisiens ", la loi d'amour réservée au Nouveau Testament, l'abolition de l'Ancienne Loi, la notion de fraternité limitée aux seuls chrétiens en maçonnerie, l'immortalité de l'âme, qui n'appartient pas au Credo, originel mais est une conséquence de la Résurrection de la Chair - entendue au sens hébraïque du mot - et de la Vie éternelle ou Vie du " monde qui vient ".

Ajoutons que l'" immortalité de l'âme " - à ne pas confondre avec l'âme supérieure ou âme d'immortalité -, est une notion platonicienne. Enfin on retiendra, outre les concepts religieux du "Siècle des lumières" (?), le goût de l'enflure verbale parfois élégante et celui du discours patriotique et redondant...

Quant à la doctrine, il est patent qu'elle s'alimente à une source biblique et qu'elle suit l'économie et même la chronologie Testamentaire jusque dans la suite sérielle des Temples. Tout tient au fond dans la correspondance symbolique entre le Temple de l'Homme et celui de l'Univers avec une matrice : le Temple de Salomon, puis une projection spirituelle qui va de la Milice de Terre Sainte à la Jérusalem céleste, enfin et d'abord, un modèle divin et éternel dans le Christ. Car le rite est chrétien et tous les apports que j'ai cités ont en commun, même chez les élus-coen de Martinez, la confession chrétienne des participants ou des adeptes ; historiquement c'est indéniable.

Autre remarque, la doctrine en question est admirablement ventilée et étagée dans les strates graduelles du Rite sans contradiction chronologique, sans anachronisme ou syncrétisme. Donc il s'agit véritablement d'un " Ordre " (et non d'un fourre-tout), d'une " cohérence " qui ne lasse pas de surprendre le maçon ou l'érudit maçonnisant de notre temps.
Sans doute, ce désir d'unicité organique et de spécificité religieuse fait-il peu de place à l'universalité de l'initiation maçonnique et à l'universalité traditionnelle d'un Art, qui est d'autant moins catégoriel que l'ésotérisme est forcément Un ! Mais ceci, au fond, ne concerne plus la structure et les caractéristiques du Rite mais beaucoup plus les critères d'entendement et les motivations du siècle = l'ouverture des esprits. On peut en effet penser que le Christ est le Verbe divin incarné, qu'il est dans le Père et le Père en lui et que l'Esprit Saint est ce lien de l'un à l'autre... sans pour autant croire que l'Éternel n'est... que chrétien ! Et l'Esprit souffle où il veut !
Ces problèmes ne se posent d'ailleurs pas à l'époque, ce d'autant que le détail de tous les rituels n'est point encore consigné en 1778. Le Convent des Gaules charge seulement Jean de Turckheim de rédiger les rituels de l'Ordre Intérieur et il spécifie que la classe symbolique ne comporte que les quatre degrés des rituels bleus et verts révisés par Salzmann, Willermoz, Braun, Paganucci et Perisse du Luc. Lesdits rituels sont arrêtés dans leurs grandes lignes en 1778. Ultérieurement ils subiront les modifications que j'ai signalées dans mon message de la Saint-Hughes 1978.
À Lyon on met en tout cas noir sur blanc - " l'Instruction par demandes et réponses ", concernant le symbolisme de la loge, et l'on définit les principes de base de la future " Règle Maçonnique " présentée ultérieurement au Convent Général de Wilhelmsbad et dont les ouvrages sur la maçonnerie et les Revues, comme feu Le Symbolisme, ont donné le texte in extenso.
Quant à l'" ordre Intérieur ", calqué sur celui du " Très Saint Ordre " de la Stricte Observance, il fait l'objet d'une première révision sous la plume de Jean de Turckheim, mais sans aller trop loin, en raison d'une question fondamentale : la nature des rapports entre le Temple et la Maçonnerie, aussi le Convent des Gaules ne se prononce-t-il pas sur cette question, il s'en remet aux décisions du prochain Convent Général, donc celui de Wilhelmsbad.
Ceci mérite cependant que l'on s'y arrête longuement car c'est autour de cette question templière que se joue la vraie personnalité du futur Rite Écossais Rectifié. En effet, tous les régimes maçonniques sont " templiers " au sommet, mais avec des nuances d'importance quant aux conceptions, nuances qui commandent la vision que l'on peut avoir de la Maçonnerie et de son ésotérisme.

Examinons les diverses thèses en présence :
- La première ne voit aucun lien historique ou spirituel, entre Templiers et Maçons ; elle est alignée sur un intégrisme catholique, celui-là même de Joseph de Maistre.
- La seconde écarte l'idée d'une filiation historique ininterrompue entre les Templiers et les grades maçonniques templiers, mais entend toutefois maintenir la perpétuation du souvenir de l'Ordre. D'où l'existence précisément de ces superstructures templières qui se prêtent à une commémoration vivante et rituellement sacrale. Ce pourrait être la thèse avalisée par les Knights Templar britanniques.
- La troisième excipe des rapports historiques étroits entre Templiers et Maçons en Europe et en Terre Sainte et de la parenté ésotérique ou initiatique des deux organisations auxquelles ils se référaient. Elle admet la probabilité d'un refuge offert par les loges de maçons aux Templiers persécutés et, partant, la probabilité d'une mystérieuse symbiose entre les deux ordres d'où devait sortir quelques siècles plus tard, le Templarisme maçonnique. Telle est la conception de Willermoz et de son entourage.
- La quatrième thèse, voit dans la maçonnerie la fille directe des Templiers, cette dernière n'ayant donc servi qu'à permettre la perpétuation secrète de l'O. Templier destiné à renaître de ses cendres tel qu'il était lors de sa disparition visible au début du XIVe siècle. C'est ici la raison première de la " Stricte Observance Templière " qui, bien sûr, fait sienne ladite légende.

Tout ceci nous ramène donc au débat central du régime rectifié, débat commencé au Convent des Gaules en 1778 et achevé vers 1782 au moment de Wilhelmsbad.
On sait que le Régime instauré à Lyon par le baron von Weiler, ami du baron de Hund, consacrait l'existence des provinces de l'Ordre Templier en France avec les sièges de Strasbourg (5e Province), Bordeaux (3e Province), Lyon (2e Province) (1). Or ce n'était pas sur cette division territoriale que discutaient les animateurs de l'Assemblée lyonnaise mais sur l'opportunité de conserver ou plutôt de modifier les rituels de chevaliers de la S.O.T. comprenant cinq classes : les chevaliers ayant accès à la Profession, les frères servants d'armes, les valets d'armes, les compagnons d'armes et les " frères socii " du Temple. Ces rituels rédigés en latin comportaient un serment à Dieu, au Christ, à la Bienheureuse Vierge Marie, au Bienheureux Père St Bernard et à tous les Saints avec promesse de suivre la règle du Temple donnée aux chevaliers par St Bernard. Il s'agissait bien d'une reconstitution de l'Ordre dissous au XIVe siècle et dans l'état organique où il était avant sa disparition.
La modification des rituels préconisée par les Français visait non seulement à la simplification synthétique, déjà bien admise et quasi fixée, mais à redéfinir le contenu didactique des rituels, et c'est là que l'on butait sur les légendes templières et, par la même occasion, sur les finalités du Templarisme maçonnique.
La phalange willermozienne devait immédiatement affirmer son accord sur un certain nombre de points, ainsi :
La renonciation à une reconstitution artificielle de l'Ordre Templier et à ses prétentions à la puissance économico-politique, dont rêvait sans doute la S.O.T.
L'orientation de la chevalerie maçonnique rectifiée vers des buts strictement spirituels qui furent ceux de l'O. Templier à ses débuts, d'où le changement de nom et l'appellation de Chevalier de le Cité Sainte à vocation d'intériorisation doctrinale ou " mystique " (ou Chevalier maçon de la Cité Sainte).
La recherche d'un lien entre Templiers et Maçons qui ne puisse être contesté, et c'est là qu'intervenait le choix entre l'une des thèses énumérées précédemment.

Ainsi prend corps le système des C.B.C.S. tel que Willermoz l'a établi, avec l'aide des maçons alsaciens Friedrich Rudolf Salzmann, Jean et Bernard de Turckheim. Quant à l'intériorité doctrinale du Rite en entier, elle découle d'une propédeutique spirituelle, confortée par l'articulation des grades et elle tient dans cette identité, déjà signalée, des Temples de l'Homme, de l'Univers et de Salomon, des Temples terrestres et céleste, avec le " modèle christique " offert par le " divin Réparateur ", terme inspiré par le martinézisme. Antoine Faivre notera justement dans son analyse de l'ésotérisme chrétien du XVIe au XXe siècle (1), je cite : " Au fond Willermoz a obtenu que les cadres de la Stricte Observance Templière servissent à l'enseignement des Coens " et c'est bien pour cela, comme l'indique toujours Antoine Faivre, qu'à l'époque de Willermoz la classe secrète de la Profession qui n'avait point encore disparu contenait " l'essentiel de la pensée martinéziste ".

Nous allons maintenant aborder la troisième partie de notre conférence plus directement consacrée aux instructions templières.

Nous avons relevé le fait que la S.O. avait sans discussion considéré la Maçonnerie comme une " création " du Temple, établissant ainsi une filiation ou une succession entre Templiers et Maçons historiquement contestable.
Willermoz en était parfaitement conscient. En revanche il était réceptif à l'opinion qui voyait une continuation d'un certain type entre les deux Ordres, mais une continuation en " sens inverse " de celle admise par la S.O. = la Maçonnerie ne procédant pas du Temple et pour cause, ne serait-ce que du point de vue chronologique. Les loges de maçons auraient par contre abrité des Templiers pourchassés et la postérité spirituelle templière menacée de disparition. Willermoz reconnaissait enfin l'existence d'une consanguinité initiatique entre Francs-Maçons et Templiers et c'est là un point de grande signification.

En réformant ainsi les légendes templières de l'Ordre, Willermoz accomplissait un exploit. Il permettait au Rite de se réclamer ouvertement du Temple, sans pour autant :
- premièrement : s'exposer à la facile critique concernant les contre-vérités historiques,
- secondement : prendre d'initiative canoniquement répréhensible, quant à la reconstitution pure et simple des formes de l'Ordre dissous dans son état dernier,
- troisièmement : s'aligner sur le contenu du Mémoire adressé par le comte Joseph de Maistre à l'Eques a Victoria, le duc Ferdinand de Brunswick Lunebourg, et dont l'argumentation faisait litière de tout templarisme maçonnique.
Du même coup, l'O. Intérieur épousait les normes d'un Ordre de Chevalerie chrétien, analogue par ses formes à ceux dont relevaient nombre de dignitaires de la Maçonnerie rectifiée et de la S.O.T. de l'époque : Malte, St-Lazare, Teutonique, etc. Cependant, et à la différence des Ordres chevaleresques, cette chevalerie rectifiée restait liée à la Maçonnerie et à la maintenance spirituelle du Temple Salomonien et " Templier ".
Nul doute que Willermoz ait, de cette façon, rassemblé les prolégomènes nécessaires à la saine intelligence des rapports entre Templiers et Maçons.

Certes à Lyon en 1778, on s'est bien gardé de trancher mais les jeux sont faits et, trois ans après le Convent des Gaules, Willermoz pourra écrire au prince Charles de Hesse, sa lettre célèbre du 8 juillet 1781 ; il faut en rappeler ici les termes tant elle est importante pour la saisie des racines intellectuelles du Rite dont nous commémorons aujourd'hui la naissance rhodanienne ; je cite : " Je ne pense pas non plus que l'on parvienne à persuader que les chevaliers templiers aient été les instituteurs ni de la vraie Maçonnerie, ni même de la Symbolique, soit à l'époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur Ordre... Mais je ne répugne point à croire, sans cependant en être persuadé, que cette " institution " secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d'eux, qu'elle ait même servi si l'on veut de base à leur institution particulière : qu'ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne, la science dont elle était le voile et qu'ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayer par ce moyen de le réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison et pourrait être admis au besoin comme vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d'une grande loge nationale tenue à York, l'an 926. C'est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l'Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie. Elles assurent aussi qu'il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l'amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n'avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l'Ordre du Temple institué au commencement du XIIe siècle et dans le pays même qui est réputé pour avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d'hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain Convent Général est d'avis de conserver des rapports maçonniques avec l'ancien Ordre du Temple, je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mets j'en verrais beaucoup à le présenter comme instituteur parce que l'on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes "
Notre Lyonnais de conclure sur ce point avec l'habileté qui lui est coutumière : " Je crois que tout cela pourrait s'arranger convenablement si l'on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé et non comme certain.

"Dermenghem remarquera dans son ouvrage consacré à Joseph de Maistre mystique : " À vrai dire Willermoz semble plutôt croire que la Maçonnerie a été propagée par les Templiers mais non instituée par eux. " Chronologiquement et techniquement, c'est l'évidence même.
En fait et en creusant encore la question, on s'aperçoit que le groupe de Willermoz et de ses amis n'est peut-être pas loin de découvrir, même s'il ne l'exprime pas exactement dans les termes que nous lui donnerions de nos jours après la lecture de Guénon notamment, l'existence d'une Tradition première dont procéderaient Maçonnerie et Templarisme. Ainsi, d'une part, s'expliqueraient les analogies
secrètes entre les deux Ordres et, d'autre part, se justifierait l'intégration des Templiers chez les Maçons. On retrouvera d'ailleurs ces notions dans les instructions de l'Ordre Intérieur et je crois qu'il convient, sans violer aucun secret, de citer ici un passage très court, mais combien suggestif, de l'instruction authentique d'Écuyer Novice :
" Ne confondez pas l'Ordre sublime, secret, primitif et fondamental, avec l'Ordre des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte, ni avec l'Ordre des Chevaliers Templiers. Tous sont sortis de cet Ordre caché. La Maçonnerie lui doit son existence et nous nous trouvons placés entre l'initiation symbolique et l'initiation parfaite pour aider à remonter jusqu'à cet Ordre primitif ceux que la divine miséricorde y appelle."
L'Instruction en cause soutiendra en outre qu'il existe une initiation originelle perpétuée dans les loges qui, dit le rituel, " sont de toute ancienneté " et que cette initiation première aurait de plus donné naissance à la chevalerie " sacrale " dotée de liens inconnus aux profanes et qu'enfin, c'est avec le Temple que la Maçonnerie a le plus d'affinités et de liens historiques.
Voilà donc, mes frères, le point dont on n'a pas débattu ouvertement et officiellement en 1778 mais dont les coordonnées sont dans toutes les têtes dès le Convent des Gaules. C'est en effet à son propos que va s'opérer la mutation de la Stricte Observance en Rite Rectifié et l'on peut dire que, dès 1778, et même un peu avant, il est au principe de toute la " problématique " rectifiée.
C'est tellement vrai que pour la fête du centenaire du Rite, le 3 décembre 1882 à Genève, le F. Édouard Humbert, ancien député Maître de " l'Union des Cœurs " et membre de la loge " Les Amis Fidèles " - deux loges genevoises - déclarait, dans son discours sur les origines et l'esprit du Régime Écossais Rectifié, je cite : " C'est à l'Ordre du Temple que quelques-uns ont fait dès longtemps remonter l'origine de la Franc-Maçonnerie et plus récemment celle du Régime Écossais Rectifié. À considérer le seul Régime Ecossais Rectifié, il ne paraît pouvoir se rattacher aux traditions templières que par une série de transformations et d'intermédiaires. Il a pu en provenir par greffes successives réitérées et en passant par toutes sortes de métamorphoses mais il n'en est point né, en tous les cas, comme la branche sort de l'arbre."

Notre auteur helvétique notait alors que depuis 1817 il ne fut plus question, pour la maçonnerie rectifiée, de se déclarer l'unique héritière des Templiers parce qu'il manquait d'actes authentiques officiels pour constater et prouver la filiation des deux ordres et il ajoutait : " Toutefois comme il y avait entre eux des rapports impossibles à nier, rapports prouvés par une tradition constante, par des monuments, par les hiéroglyphes mêmes des Tapis, on décida que ces rapports seraient conservés et consignés dans une instruction historique. "
Et voilà mes chers frères, la concrétisation de la pensée willermozienne. Voilà le profil du Rite et de ses perspectives templières. Tout cela est inclus dans le Convent des Gaules. Ces perspectives ne sont point encore proclamées ouvertement, car Willermoz faisait peut-être sien le conseil de " l'Homme de Cour " : " Le temps et moi, nous en valons deux autres. " En 1778 tout ceci semble clair et normatif pour le rite au yeux de Willermoz et des Strasbourgeois même si, ultérieurement, les relations entre Jean de Turckheim et Willermoz se détériorent et même si les idées de Saltzman et de Bernard de Turckheim sont appelées à s'écarter de celles de Willermoz ; nous n'en sommes pas là en novembre 1778, et Willermoz est fort loin de se douter d'ailleurs que les rituels de son Rite ne seront en fait définitivement achevés que bien après les deux Convents : celui des Gaules et celui de Wilhelmsbad. De toute façon l'architecture du Rite, telle que l'a tracée Willermoz, triomphera de tous les obstacles, comme a triomphé sa perspective templière.
Cependant, nous avons vu au passage que la doctrine retenue par les fondateurs du Rite était allusive, à propos des Templiers et des Maçons, à l'existence d'une " initiation primitive " dont procéderaient les uns et les autres.
Cette réflexion, dont on n'a pas encore pressenti au XVIIIe siècle les conséquences pour le Rite, nous conduit à traiter maintenant des ouvertures " ésotériques " du Rite Rectifié. Nous pourrions dire du Rite Rectifié de la fin du cycle, ou " post-guénonien " selon l'expression de quelques défenseurs de la Tradition.

Nous touchons désormais à l'exégèse symbolique et nous ne nous plaçons plus dans le cadre des limites formelles ou " formalistes " d'un siècle précis, celui de Willermoz.
Considéré dans son essence, fût-elle chrétienne, le Rite nous situe au début de la tradition à laquelle il se rattache (le Christianisme et la Maçonnerie), en même temps qu'aux fins ultimes du déroulement cyclique de cette tradition. Or, il y a là, des " possibilités ", au sens " guénonien " du terme, qui sont encore insoupçonnées lors de la gestation du rite rectifié, sauf peut-être dans la vision quasi prophétique de certains, car il y a une sorte de " prophétisme ", au sens noble du terme, de la Maçonnerie rectifiée résultant de la conjonction des courants biblico-chrétiens et maçonnico-templiers ; un prophétisme découlant de l'ésotérisme du Rite.
Nous abordons maintenant un thème fort délicat. Qui dit " ésotérisme " dit nécessairement perspective centrale et transhistorique. En l'occurrence ce n'est donc plus le Rite Écossais Rectifié, figé dans une interprétation du XVIIIe siècle, qui polarisera notre attention, mais ce que ce Rite détient essentiellement et potentiellement par rapport aux conceptions initiatiques de la Maçonnerie et dans le cadre spécifique de l'ésotérisme chrétien. À cet égard donc, le Christ y est bien évidemment, et même de façon précellente, " le Christ ". Mais, à ce niveau le plus éminent de tous, c'est la triplicité du pouvoir prophétique, sacerdotal et royal du Verbe Éternel qui domine toute perception spirituelle liée à l'aspect strictement ecclésial. Aussi les possibilités incluses dans la fonction du " Verus prophetas ab initio mundi per saocula currens ", ou encore du " Christus aeternus et filius dei et archangelus maximus ", selon la théologie de la première église de Jérusalem (1) et appelées à se développer dans cette fin de cycle, doivent-elles être présentes à l'esprit du maçon rectifié ouvert à l'ésotérisme.
À ce degré de connaissance, le Messie-Rédempteur se révèle dans son ipséité première de " Centre de tous les Centres " selon le terme des litanies, ou de " Lieu des Possibles ", deux expressions exprimant la même notion métaphysique. Or, qui ne voit qu'illuminé par ce soleil de pure intellection divine, le Christianisme, propre au Rite Rectifié, acquiert un rôle eschatologique accordé à la vision prophétique ? et qu'il évite de se muer en secte religieuse concurrente des églises dans le domaine qui est le leur et où s'exerce leur magistère incontesté.
Je crois d'ailleurs que les promoteurs du Rite ont envisagé ce danger de " cléricalisation " du Rite et que certains ont même entrevu cette dimension d'un prophétisme extra-temporel. Il y a chez Joseph de Maistre par exemple, un sens du prophétisme qui n'avait pas échappé à l'analyse de R. Guénon, soit que l'Eques a Floribus réfère au Christianisme né avant tous les siècles et dès lors extra-ecclésial, et à la " vraie Religion qui a bien plus de 18 siècles et qui naquit le jour que naquirent les jours " (1), soit encore qu'il recommande de se tenir " prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons à une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs " et d'ajouter " des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés " (2). Le comte dépassait donc amplement les étroitesses exégétiques.
Quant à Willermoz sa lettre du 3 février 1873, extraite avec d'autres du fonds Bernard de Turckheim, publiée et commentée par Antoine Faivre dans une récente livraison de la revue Renaissance Traditionnelle de M. R. Désaguliers, cette lettre montre que le Lyonnais ne sous-estimait pas les périls " sectarisants " du Rite. On en connaît le motif : Willermoz répond aux objections de Salzmann et B. de Turckheim qui souhaitaient la disparition de l'Ordre Intérieur de style trop immédiatement catholique à leurs yeux, mais désiraient conserver la " Profession ".
L'argumentation willermozienne repose sur la nécessité de maintenir, au contraire, des paliers dans l'ascension rectifiée : ceux du 4e degré et de l'Ordre Intérieur et il écrit : " Et que ferez-vous de ceux qui ont été mal choisis sinon des ennemis de l'Ordre et de ses principes qui, tout louables qu'ils sont par leur connexion avec la religion n'en deviendront que plus suspects au clergé et au gouvernement ? Comme il arrive aujourd'hui à Turin où l'on reproche aux Grands Profès d'être les instituteurs et les fauteurs d'une nouvelle secte de religion... et du moment qu'on mêle la religion à la maçonnerie, dans l'Ordre symbolique, on opérera sa ruine... Pour faire fructifier notre régime, nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse... ce danger, mes amis, qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on pense... " Eh oui, mais les " fondamentalistes intégristes " l'ont vite oublié en confondant le respect des Rituels et de son esprit, avec l'adoration d'une Écriture Sainte et la vénération du pur littéralisme.
Sans doute ce que Willermoz entend défendre dans cette lettre, que le professeur Antoine Faivre qualifie justement de " capitale pour la compréhension du willermozisme ", c'est la séparation entre l'ordre symbolique (comprenant le grade de Maître Écossais) et la grande Profession, en étageant, par progression, les affirmations chrétiennes du Rite qui ne culmineront qu'au sommet et au terme d'une montée doctrinale sélective. Nous n'en retiendrons que cette notion du danger sectarisant que nous dénommerions plutôt, de nos jours, un danger " d'exotérisation " (et qui est lié à l'exclusivisme).
Willermoz a raison, il ne s'agit aucunement de chimères mais de périls sous-jacents tant à la spécification religieuse du Rite qu'à l'horizon mental de ses membres.
En fait cette sectarisation du Rite ne correspond pas à la perception ésotérique dont Guénon, par exemple, nous a fait connaître la nature cognitive.
Alors mes frères, il existe un autre mode d'interprétation du Rite qui échappe aux limites temporelles et mentales du milieu historique qui fut le sien, en ce siècle, d'ailleurs fort peu traditionnel, de la Révolution française. Ce mode interprétatif affirme tout aussi bien, sinon mieux que celui évoqué précédemment, le Nom et la doctrine du Rédempteur, la foi en lui, qui découle des rituels de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, mais il se trouve accordé aux données propres à l'ésotérisme et à l'Unité transcendante des diverses religions. Enfin il se garde de sécréter une église parallèle. D'aucuns qualifieraient cette modalité interprétative de " melkitsedeqienne " ou d'" abrahamique " en ce qu'elle s'étend aux sémites de chair, et aux sémites en esprit appelés à cette grâce par Celui que révère le Rite Rectifié et qui tire son sacerdoce du Roi-Prêtre Melkitsedeq.
Cette herméneutique du Rite et de sa substance rituelle, cette " sémiologie initiatique ", nous les découvrirons précisément dans les deux paliers du Rite : l'Écossais de St-André et la Chevalerie de l'Ordre Intérieur.


Voici le quatrième grade placé sous le patronage de St André, le saint qui nous vaut d'être réunis ce jour. Il achève le cycle maçonnique et ouvre le cycle chrétien et chevaleresque de l'ordre. Il unit le haut et le bas. Grade central, il synthétise les aspects qui auraient pu diverger de David, et par la Croix du premier Juif disciple de Jésus. Il unit aussi les deux Testaments, les deux peuples - le Juif et le Gentil.
Vous savez combien j'ai médité sur le rôle de notre Rite dans l'économie spirituelle du judéo-christianisme et dans les événements liés à une conjoncture cyclique très proche de nous peut-être... Eh bien l'herméneutique nous ouvre à la compréhension de " l'ésotérisme judéo-chrétien " propre à ce grade. Si le bijou unit les deux faces du Testament, comme la Bible unit les deux Alliances, ne serait-il pas allusif aux paroles de Paul dans Romains 11, 24 lorsqu'il s'adresse aux chrétiens de son temps en ces termes : " Si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison seront-ils entés - il s'agit des Juifs - selon leur propre nature, sur leur propre olivier.
" Certes l'Apôtre a en vue un événement qui touche au prophétisme, mais qui pourrait bien s'appliquer à une période où notre Rite aurait une place de choix, lors de la gloire de l'olive et qu'évoquent peut-être ces paroles de l'Ange à Zorobabel en Zaccharie 4, 11-14 = " Qui sont ces deux oliviers à la droite et à la gauche du chandelier ?... Qui sont ces deux grappes d'olivier qui se trouvent auprès des deux entonnoirs d'or, et d'où l'or découle ?... Il me dit : Ce sont les deux fils de l'onction qui se trouvent près du Seigneur de toute la Terre. " On sait que, dans la vision de Zaccharie, le Candélabre soutient sept lampes comme la Menorah, et que ce sont les sept yeux de l'Éternel qui parcourent toute la terre, alors que les deux fils de l'onction ou les deux oliviers sont Zorobabel et Jésus le Grand Prêtre.
N'est-il pas étrange de retrouver ainsi un symbole qui se rapproche manifestement de ceux décrits dans le degré de Maître Écossais de St-André ? Comment ne pas entrevoir alors dans ce Rite une propédeutique à la grande rencontre, à la grande symbiose des deux peuples : juifs et chrétiens ? Si je me trompe vous me pardonnerez de m'être laissé emporter un instant sur les ailes de l'Esprit et d'avoir fait fructifier le talent évangélique du Rite Rectifié dans une banque étrangère à celui-ci... mais en suivant pour ce faire le conseil du Christ lui-même !
Le second exemple nous est fourni par l'Ordre Intérieur. Nous avons vu comment le génie willermozien avait su dégager le templarisme rectifié de tous les apports artificiels qui en rendaient méconnaissables les traits d'authentique chevalerie spirituelle.
Le voici désormais situé parmi les milices chevaleresques sub regula et doté d'une fin religieuse et d'une éthique assez analogues à celles des autres Ordres de chevalerie. Lui aussi dispose d'un " code d'honneur " qui fait obligation au chevalier et selon les termes de l'ancienne tenure, de se mettre " au service de la veuve, de l'orphelin, de l'opprimé, de la justice et de la paix de Dieu d'abord " ; aussi ne faudra-t-il pas s'étonner de retrouver dans les rituels du Rite des formules identiques à celles des Ordres de chevalerie qui prirent leur essor dans le siècle précédant l'an mille et dans une large mesure sous l'influence de Cluny. C'est alors seulement que l'esprit du christianisme pénétra de plus en plus la caste des chevaliers, donnant naissance à la chevalerie organisée.

Là s'arrête pourtant la comparaison entre les Ordres de chevalerie et l'Ordre Intérieur Rectifié et là débute en revanche, l'aventure de la chevalerie initiatique. Pourquoi ? Précisément parce que Willermoz a su soucher l'Ordre Intérieur sur les quatre degrés maçonniques et maintenir le lien spirituel entre l'Ordre Intérieur et l'Ordre du Temple ou plutôt entre la chevalerie de la Cité Sainte et la Milice du Temple telle qu'elle était à l'origine de sa vocation et telle que la voulait sa fin célestielle, pour employer le langage de la Queste du Saint Graal. Dans cette perspective l'Ordre Intérieur, à l'instar de l'Ordre du Temple, doit être conscient de l'Unité d'être de toute la chevalerie d'Occident et d'Orient, chrétienne ou non. Or si l'adoubement liturgique eut pour but très louable et très saint " d'élargir ici-bas les frontières du Royaume de Dieu ", selon l'expression de Léon Gautier, il était en " mode religieux " la poursuite ininterrompue d'un rite pré-chrétien et de même extra-chrétien. Un rite d'initiation dont les Templiers, ces soldats du Christ, connaissaient le sens profond, ésotérique, celui-là même que nous revendiquons pour distinguer la chevalerie rectifiée de l'exotisme religieux.
Vous avez deviné que cette chevalerie initiatique, référée au Temple, est celle de la " Massenie du Saint Graal "à laquelle Guénon fait allusion dans son ouvrage l'Ésotérisme de Dante, ou qu'il rattache à la " Garde de la Terre Sainte ". Il mettra d'ailleurs les Templiers en rapport avec les " Gardiens de la Terre Sainte " lorsqu'il établira une relation entre le centre des Templiers, celui de Jérusalem et la mystérieuse Salem de Melkitsedeq.
Guénon accorde enfin aux Templiers le " don des langues ", conscience intérieure de la véritable unité doctrinale les rendant capables de communiquer avec les représentants des autres traditions (1). À propos de l'ésotérisme chevaleresque, il admet que les Templiers aient, je cite : " possédé un grand secret de réconciliation entre le Judaïsme, le Christianisme et l'Islamisme " et qu'ils " buvaient le même Vin que les Kabbalistes et les soufis. " C'est à cette occasion enfin qu'il conclut comme suit : " et Boccace leur héritier en tant que Fidèle d'Amour ne fait-il pas affirmer par Melkitsedeq que la vérité des trois religions est indiscutable parce qu'elles ne sont qu'une en leur essence profonde ".
Bref, nous voici parvenus, toujours en suivant le Rite Rectifié et ses étapes, et dans la ligne même de son ésotérisme judéo-chrétien, puis chrétien, puis chevaleresque, au point central où tout le monothéisme s'unifie, au centre à partir duquel l'universalisation noachite de la tradition d'Abraham devient visible, compréhensible et s'ouvre à toutes les Traditions initiatiques d'Orient et d'Occident :

- Avec l'Écossais de St-André, l'Ordre maçonnique se découvre chrétien... mais par la racine ésotérique de la Maçonnerie, les deux Alliances s'unissent là en un seul sceau, celui du Bouclier de David.
- Avec l'Ordre Intérieur, le Christianisme du Rite s'élève d'un degré en s'armant pour la défense du Christ, mais, par la racine ésotérique du Temple, les trois Traditions monothéistes se retrouvent là, dans la garde de la Terre Sainte et de son unique dépôt, au centre de tout l'Univers traditionnel d'Orient et d'Occident. Tel est le temple de la Cité Sainte typifié par la Chevalerie Templière d'Occident et que mon regretté filleul dans l'Ordre et ami très cher, Henry Corbin - auquel je rends aujourd'hui un ultime hommage -, a magnifiquement décrit dans l'introduction analytique aux Sept Traités des Compagnons Chevaliers de l'Islam iranien ; je le cite pour clore ce chapitre (2).

" Déjà entre les Templiers de St Bernard et les Templiers du Graal de Wolfram von Eschenbach et d'Albrecht von Scharfenberg il y a une progression dans un sens ésotérique qui n'est pas étranger à la gnose chevaleresque d'origine primordiale : la " fotowwat ". II y a plus. Jamais le souvenir du Temple et des Templiers n'a pu être déraciné en Occident. Il ne s'inscrit pas seulement dans la topographie où nous pouvons encore facilement en suivre les traces, mais aussi dans une aspiration secrète et continue des consciences. Aussi voyons-nous reparaître et revendiquer au XVIIIe siècle, avec la maçonnerie templière, l'héritage du Temple... Ce n'est point par des documents d'archives et des actes notariés que l'authenticité de cette descendance peut être garantie, bien que les traditions qui font état du rôle de l'Écosse pour sa transmission à travers les siècles obscurs, recèlent quelque chose qui n'est peut-être pas de l'histoire mais n'est pas non plus mythe ou pure légende. La résurgence de la chevalerie templière comme chevalerie mystique au cœur de l'ésotérisme en Occident au XVIIIe siècle est une illustration par excellence du passage de la chevalerie guerrière à la chevalerie mystique...
... "II est superflu de rappeler ici le passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie symbolique s'effectuant par le lien qui, au Moyen Age, unit les maçons constructeurs de cathédrales avec les Chevaliers du Temple. "
Ce lien... est celui de l'ésotérisme et d'un compagnonnage divin dont le traité iranien nous montre qu'il rassemble les hommes de désir ou les " Amis de Dieu " dans un ordre à vocation chevaleresque et prophétique dont Abraham le Père des croyants donne la personnification.
Une chevalerie transhistorique et finalement, par là même, transconfessionnelle, mais non point a-confessionnelle, une philoxénie spirituelle qui fait du chevalier et dans son for intérieur, un " errant " et un " étranger " sur terre, comme Dieu lui-même se qualifie dans un psaume. Un ami de tous les étrangers qu'il accueille à sa table et avec qui il rompt le pain, partage le sel et boit le vin comme le fit Abraham avec les trois entités angéliques. Une chevalerie qui n'a que faire des serments car, comme le dit une innovation heureuse de nos rituels, elle n'en peut rompre aucun si elle ne comprend dans son sein que des hommes aptes à saisir le sens caché des signes, que des hommes épurés et par là incapables de commettre vilenies et bassesses par la parole, l'acte, l'écrit, la manœuvre souterraine ou la dénonciation d'autrui, etc. Une chevalerie d'hommes, ni clercs ni pourtant laïcs, et qui habitent au sein du Temple johannite comme les " Gottes Freunde " de la mystique rhénane, d'hommes déjà morts à leur moi, même celui de leur justification religieuse, et qui ne " meurent " plus lors de la mort physique et de ce que l'Écriture nomme la " deuxième mort ".
Chevalerie précellente entre toutes, qui prend le sens de sodalité ésotérique et hiérarchique = un secret de condition divine, un secret de la double nature de l'Envoyé de Dieu !

J'en ai terminé avec cette évocation abrahamique et l'ésotérisme du Rite m'aura permis de joindre la mystique du Rhin à celle du Rhône, tout comme le Rite, né au Convent des Gaules, nouait la science et la foi des Strasbourgeois à celles des Lyonnais.
Sans doute, cette peinture ésotérique est-elle comme recouverte d'une brume qui sied à un tel type de description picturale. Vous ne me tiendrez pas rigueur car la même brume est celle de Lugdunum, énigmatique ; elle laisse à peine deviner les traits de tels de nos maçons rectifiés lyonnais, actuels, et ardents défenseurs du Rite de Jean-Baptiste Willermoz, dans cette ville secrète et mystérieuse où ils sont comme la postérité spirituelle des grands maçons dont j'ai évoqué la mémoire au cours de ce long exposé. C'est pour moi l'occasion de remercier particulièrement mon vieux compagnon de route Raymond Peillon, et bien sûr Michel-Henri Coste, Albert Girod, Paul Prudent et d'autres encore que je ne puis citer pour... éviter les oublis et qui me le pardonneront.

 

source : http://www.hermanubis.com.br/artigos/FR/artigoemfrances003WillermozetleRER.htm 

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Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:41

Exposons brièvement la doctrine de Martinez, du moins ce que nous croyons en avoir saisi dans son ouvrage "LE TRAITE DE LA REINTEGRATION DES ETRES" qui reste très obscur. L'idée force du Traité est aussi celle qui soutient les travaux théurgiques de l'Ordre des Elus Cohens et les développements philosophiques de L.C. de Saint- Martin, cette idée est la chute de l'homme hors du domaine spirituel dans la matière d'où il doit maintenant accomplir son retour vers l'esprit. Sa vision cosmogonique est comparable à celle de nos physiciens modernes avec la théorie d'extension et rétraction de l'Univers. Tout est parti de Dieu et tout doit y revenir. L'homme a donc subi une chute allant au-delà du plan prévu par Dieu pour l'incarnation de l'esprit dans la matière. S'étant séparé en conscience de son créateur, il fut rejeté de son Sein et s'est retrouvé emprisonné dans la matière.

Le monde matériel est lui-même un monde d'exil et de châtiment, créé tout spécialement pour servir de prison à ceux parmi les premiers êtres émanés de la Divinité qui, par leur propre volonté et sous l'impulsion de l'orgueil, ont voulu agir de façon séparative et autonome. C'est pourquoi la matière est comme le nomment les Hindous, "Maya", une illusion.

L'homme lui-même vient en second dans cette création, après la chute des anges devenus démons et que Martinez appelle Esprit Pervers. Ce sont eux qui ont commencé la chute. L'homme primordial collectif que la Kabbale nomme "Adam Kadmon", fut créé avec pour mission de régner sur le monde matériel, afin de le restaurer dans l'unité première. La "prévarication" de l'homme est une répétition de celle des esprits pervers. Adam, étant la dernière des créatures, régnait sur les anges et sa place était privilégiée dans la création. Il était créé dans une forme glorieuse, c'est là le véritable Paradis Terrestre, "Terre élevée au-dessus de tous sens", comme le dit Martinez. Or, appelé à être le Créateur d'une postérité de Dieu dans la forme glorieuse égale à lui-même, Adam voulut créer par sa propre volonté et donna, ainsi, naissance à une postérité impure précipitée dans la matière.


"Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de créateur. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération." (1)

Et telle fut la conséquence de son acte criminel :

"Mais, dira-t-on, à quel usage a donc servi à Adam cette forme de matière qu'il avait créée ? Elle lui a servi a faire naître de lui une postérité d'hommes en ce que le premier mineur Adam, par sa création de forme passive matérielle, a dégradé sa propre forme impassive, de laquelle devaient émaner des formes glorieuses comme la sienne pour servir de demeure aux mineurs spirituels que le Créateur y avait envoyés. Cette postérité de Dieu aurait été sans borne et sans fin si l'opération spirituelle du premier mineur avait été celle du Créateur, ces deux volontés de création n'auraient été qu'une en deux substances".

C'est alors que l'homme fut chassé de son corps glorieux pour habiter le monde matériel au milieu des animaux, car c'est de cette terre qu'il avait sorti l'objet de sa prévarication. Si Adam avait eu la mauvaise volonté d'agir contre le Créateur, par contre, la pensée lui avait été suggérée par les "Esprits Pervers". Il n'est donc pas responsable de cette pensée mauvaise. C'est la volonté qui soumet l'être, soit à la pensée mauvaise démoniaque, soit à la pensée bonne des créatures angéliques. Il y a donc un intellect mauvais et un intellect bon, le premier est conséquence de la chute et le second vient de Dieu. Ceci sera développé par L.C. de Saint-Martin pour qui l'intellect, s'il a séparé l'homme du divin, doit le réconcilier par la gnose.


La communication directe entre Dieu et l'humanité est coupée depuis la chute. L'intellect est dans une aberration qui l'enchaîne aux sens physiques et la conséquence en est l'idolâtrie du fait scientifique et la philosophie du siècle des Lumières. La gnose est une véritable "Charité Intellectuelle" que Martinez dans son traité, puis Saint-Martin dans ses ouvrages, offrent à l'humanité. De "pensant", par la chute , l'homme est devenu "pensif" et pour s'unir à nouveau à "Sophia", la Sagesse, l'homme doit faire appel aux intermédiaires. Ce sont les bons esprits que dans ses invocations théurgiques il demande à pouvoir commander par la grâce de Dieu. Il chasse les mauvais esprits toujours prêts à l'influencer négativement. Le "Philosophe inconnu" pour son compte, délaissera les pratiques rituelles théurgiques pour s'orienter vers une voie cardiaque interne, faisant appel à l'intercession du Christ.

Après cette chute et cette malédiction divine, Adam parvint à obtenir le pardon divin et sa création, quoique matérielle, fut à nouveau considérée. Il confessa son crime avec un sincère repentir et fut donc en partie réuni dans ses premières vertus et puissance, conformes aux lois de la réconciliation. Mais alors naquit Caïn (2), postérité maudite et déchue d'Adam. Deux autres enfants de même nature succédèrent à Caïn. Adam ne parvenant pas à obéir aux instructions de tempérance du Créateur allait dans un profond dégoût de lui-même. Enfin, Abel fut conçu dans l'harmonie divine et ainsi se fit une postérité glorieuse, car le culte qu'Abel rendait au Créateur était le type réel que le Créateur devait attendre de son premier mineur. C'est pourquoi Seth, puis Noé, représentent la lignée des Prophètes, des Elus possédant la connaissance et les vertus de rétablir les opérations divines. Cette filiation raciale, comme tout le récit, est à comprendre comme un mélange de fiction allégorique et de faits ésotériques d'où la difficulté d'interprétation. Caïn naquit de la passion, il y a donc dans cette version de la chute un deuxième stade tel que l'on imagine le péché originel dans la Bible, c'est-à-dire de nature sexuelle.

Après la première réconciliation, il fut ordonné à l'homme de croître et multiplier. "Adam et Eve exécutèrent cet ordre avec une si furieuse passion des sens de leur matière, que le premier homme retarda par là son entière réconciliation". On comprend qu'il y ait alors deux postérités et deux humanités. La seconde postérité d'Adam, qui est celle de Seth, s'est rendue susceptible de réconciliation. Celle de Caïn doit encore être réconciliée. "Elle paie encore le tribut à la justice du Créateur". Ceux qui composent l'Assemblée des élus qui seuls ont été réconciliés par la venue du Christ sont missionnés dans le plan du rachat divin et reçoivent l'inspiration intellectuelle, la gnose, SOPHIA, ce sont les "illuminés".

Dans cette perspective, Martinez lui-même mais aussi J. Boehme, Swedenborg et Saint-Martin sont des missionnés de Dieu éclairés par la lumière intellectuelle. Ce sont des "mineurs" d'après la terminologie de Martinez, le mot pourrait être rapproché de "Jiva". L'âme personnelle émanée du Tout des Hindous, ce sont des mineurs qui, bien que la postérité d'Adam, sont de purs pensants et non pensifs. D'autres mineurs furent émanés avant Adam par la seule volonté divine, ce sont les envoyés du Père dont parle Papus (3). Le plus grand d'entre eux étant le Christ, il y a aussi Enoch, Noé béni dans sa descendance, Sem, Cam et Japhet, Melchisedec et Abraham. On peut encore ici faire un parallèle avec la doctrine hindoue des Avatars ou fils de Dieu (4). Dans les milieux Martinistes du XIXème siècle, le grand thaumaturge dit "le Maître Philippe de Lyon" (5) sera tenu pour un tel être.

Mais revenons sur la notion de ces justes qui, bien qu'étant de notre humanité, ont gardé le contact avec la pensée divine et accomplissent les plans du Créateur, car c'est justement certains de ces êtres que Balzac a fait surgir dans sa Comédie Humaine, lui-même se considérant sans doute comme un illuminé dans le sens que nous avons donné à ce terme avec Martinez de Pasqually. Il nous faut citer le mage de Bordeaux : "Quoique ces êtres soient consolés dans leurs afflictions et assurés de leur réintégration, cela n'empêche pas que leurs tourments soient considérables de ne pouvoir jouir parfaitement de la vue de l'esprit consolateur qui leur parle. Ils sentent cependant que tout ce qu'ils éprouvent est juste, relativement à la prévarication du premier homme et un serment que le Créateur a fait que ni le premier homme, ni aucun de sa postérité ne soient réintégrés dans le cercle divin avant le grand combat qui doit se livrer par le vrai Adam ou Réaux entre la terre et les cieux, pour le plus grand avantage des mineurs". Si ces justes qui reposent dans la sphère saturnienne après leurs incarnations sont comparables à ce que l'hindouisme appelle les Vibhutis (6), la vision eschatologique de Martinez est aussi celle exprimée dans le Mahabarata et la Baghavad Gita d'un affrontement final entre les forces du bien et du mal.

Le Réaux est celui qui a retrouvé ses pouvoirs d'origines, c'est le Rose-Croix, le Réalisé, mais la réintégration complète ne pourra se faire que lorsque le dernier humain aura été réconcilié car chaque être humain est une cellule de l'Adam Kadmon, participe en tant que tel au grand corps de l'humanité et doit réintégrer le plan de conscience prescrit à l'origine pour les mineurs émanés. La doctrine de Martinez est d'une certaine complexité et reste d'une interprétation délicate, attendu qu'il est difficile de faire la part entre ce qui est symbolique, allégorique et ce qui se veut un exposé précis de l'aventure spirituelle de l'homme et du cosmos. Une bonne connaissance de base en numérologie, en kabbale et des écrits bibliques est d'un grand secours pour son exégèse.

L'Ordre des Elus Cohens offrait à ses membres une technique théurgique basée sur cette doctrine et transmettait aux disciples avancés une initiation visant à la régénération spirituelle de l'homme. Initiation qui, comme nous allons le voir, existe encore de nos jours. Après une propagande de 1758 à 1760, à Lyon et dans le midi de la France, Martinez de Pasqually s'installe à Bordeaux en 1762. Il quittera cette ville en 1772 pour Saint Domingue. L'ordre débute ses activités en 1762.

Louis Claude de Saint-Martin rencontre le Maître en 1768 et deviendra son secrétaire en 1771. L'Ordre se désagrège juste après la mort de Martinez en 1774, car ses deux plus proches disciples délaissent ce canal et diffusent l'enseignement à leur manière. Willermoz, riche marchand de Lyon, essaya d'infuser la doctrine de Martinez dans l'Ordre Maçonnique de la "Stricte Observance Templière" fondé par la baron Von Hund, ce qui donna le rite des "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte". Quant à Saint-Martin, il s'était écarté assez tôt du courant maçonnique et il préféra diffuser l'enseignement en l'adaptant selon ses lumières personnelles par ses ouvrages et oralement à travers des cercles d'amis parmi lesquels quelques-uns reçurent l'initiation en provenance de Pasqually. Cette initiation encore véhiculée par certains Ordres Martinistes, semble être d'une grande importance et reste une énigme. Est-elle comparable au Consolamentum des Cathares et à la transmission apostolique des églises chrétiennes ? Peut-être s'agit-il de la transmission de l'Esprit, de l'Eglise intérieure, celle de Saint-Jean ; c'est de cette seule Eglise que se réclamait véritablement Honoré de Balzac.

Ni Pasqually, ni Willermoz, ni Saint-Martin n'ont jamais fondé l'Ordre Martiniste. Celui-ci fut créé par le grand occultiste Gérard Encausse (dit Papus) en 1891, et il l'anima jusqu'en 1916, date de sa mort. (lire la suite)

(1) Lire "Le Traité de la Réincarnation des Etres" de Martinez de Pasqually
(2) (2) Caïn, qui signifie "Enfant de ma douleur".
(3) Lire "La Réincarnation" de Papus
(4) Lire "La doctrine des Avatars" de Michel Coquet
(5) Lire "Le Maître Philippe de Lyon" de Philippe Encausse
(6) A propos de Vibhuti, voici la définition donnée par Sri Aurobindo : "Le Divin apparaît comme Avatar dans les grandes époques de transition et comme Vibhuti pour aider aux transitions moindres."

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