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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 13:40

Il est, en maçonnerie comme ailleurs, des mots dont le destin est si compliqué que leur emploi même devient problématique. Ainsi du mot « martinisme » que l’on croit aisément saisir, pour le célébrer comme pour s’en distancier, mais qui pourtant, très souvent, trompe son monde en jouant sur les multiples sens qu’il renferme et mélange à loisir. En guise de préambule, rappelons-les brièvement. Au XVIIIème siècle et au début du XIXème, ce mot avant tout désigne deux groupes de personnes, deux milieux partiellement recouvrants mais pas exactement identiques, loin de là :

1. Le premier groupe rassemble les disciples de Martinès de Pasqually – quelques dizaines « d’émules », tout au plus –, qui entre Bordeaux et Lyon principalement, ont suivi leur maître – souvent avec difficulté – dans les tortueux méandres de sa pensées et de ses rituels, et cela pendant quelques années à peine, surtout entre 1767 et 1772. Les savantes distinctions lexicographiques que nous opérons de nos jours, en distinguant les « martinistes » et les « martinèsistes », n’avaient pas cours à cette époque et l’on parlait de « martinistes » pour qualifier les disciples d’un homme dont le nom connaissait du reste d’innombrables variantes, l’un d’entre elles, attestée au XVIIIème siècle, étant du reste « Martin Pascal » !

2. D’autre part, le principal de disciple de Martinès, je veux parler de Louis-Claude de Saint-Martin, avait forgé – à partir de 1775, c’est à dire après la disparition de son maître – une œuvre personnelle et s’était fait connaître et apprécier par un cercle de familiers – on n’ose encore parler de disciples – et, du fait d’une curieuse coïncidence homophonique, ces derniers prirent assez naturellement, ou on leur attribua, le nom de « martinistes », à eux aussi !

Cette première équivoque – nous verrons bientôt que le sujet nous en réserve d’autres – n’est pas a priori la plus fâcheuse, car elle est assez naturelle et traduit une réelle continuité spirituelle d’un homme à l’autre. Elle ne va cependant pas sans soulever d’emblée quelques problèmes dont il faut résumer ici l’essentiel. Mon propos n’est pas de reprendre en détail la doctrine et les enseignements de Martinès pour les confronter aux idées mystiques de Saint-Martin, mais de repérer ce que j’appellerais volontiers quelques « couples d’oppositions » qui, à travers des ruptures ponctuelles entre le maître et son élève, nous introduisent à une réelle dissemblance de leurs pensées respectives, ce que précisément l’unicité trompeuse du mot « martinisme », qui les rapproche pour parfois les confondre, ne nous permet plus toujours d’apercevoir. On pourrait démultiplier à loisir la liste de ces contrastes, tant le monde que nous abordons est complexe et déroutant – sans parler des questions de langage et de terminologie, les mots employés par l’un et par l’autre variant souvent de sens, ce qui rajoute un niveau de difficulté. Je me bornerai, pour la clarté des choses, à souligner trois oppositions qui éclaireront, je l'espère, les sources du RER, comme on le verra plus loin.

La première ligne de partage est celle qui sépare le maître spirituel du témoin. C’est celle que l’on souligne le moins souvent ; c’est pourtant celle qui me parait la plus lourdement chargée de sens. Martinès de Pasqually dont les sources sont à peu près inconnues – même si l’on peut avec quelque vraisemblance en soupçonner quelques unes –, et lui-même n’a jamais souhaité s’expliquer à ce sujet, se limitant à dire qu’il « transmettait ce qu’il avait reçu »…  Mais le ton qu’il emploie, en revanche, est très connoté. C’est comme un prophète qu’il s’exprime bien souvent, affirmant avec autorité, s’imposant avec véhémence, apparemment sûr de lui, comme conduit, guidé par quelque entité supérieure. On peut citer, dans un registre presque théâtral, cette crise de larmes qui le saisit lors d’une de ses toutes premières rencontres avec Willermoz, révélant à son nouvel émule, tout bouleversé par un tel spectacle, qu’on vient de lui signifier que grâce à lui certaine faute ancienne venait de lui être pardonnée. Vision fugitive de l’au-delà, communication angélique ou divine ? Nul ne le sait, et Martinès n’en dit rien, mais de telles aventures n’arrivent pas à n’importe qui. Martinès revendique sans le dire expressément, laisse soupçonner sans l’affirmer clairement, qu’il possède, si l’on peut dire, un « canal particulier » avec le Ciel ou avec des Esprits qui en proviennent directement. On ne s’étonnera guère que ses disciples, pourtant des hommes raisonnables et avisés – comme l’habile négociant que fut toujours Willermoz – aient presque tout accepté sans rien dire : les incartades du maître, ses jongleries financières, ses dérobades permanentes lorsqu’il s’agissait de livrer rituels et instructions promis depuis des mois, mille fois différés, jamais achevés. On comprend aussi que Willermoz, sans manifester le moindre doute, rapporte encore, bien des années après la mort de Martinès, que ce dernier, au jour et à l’heure présumés de son décès, à Saint Domingue, était apparu à Madame Pasqually restée à Bordeaux, son spectre traversant le salon où elle était à son ouvrage, en lui faisant un signe de la main : « fait qui a été confirmé et vérifié », ajoute Willermoz le plus sérieusement du monde. L’aurait-il simplement cru de son voisin ou même du pape ?  On pourrait certes sourire mais mon but n’est pas de faire sourire, ce qui est un peu trop facile dans le cas présent ; c’est plutôt de pointer ces anecdotes pour révéler la vraie nature de Martinès, ou du moins la relation spéciale qu’il entretint avec ses disciples les plus proches et les plus convaincus. Après la disparition de leur Maître, alors que l’Ordre s’achemine à grands pas vers sa fin, ces derniers réunissent à Lyon, entre 1774 et 1776, sous la houlette des plus brillants d’entre eux, pour y donner ce que l’on nomme aujourd’hui « Les Leçons de Lyon » : un cours d’exégèse des paroles de Martinès, un décryptage courageux d’un enseignement souvent impénétrable et jamais consigné de manière cohérente. Une seule chose manque pourtant à leur travail : une approche critique. Jamais, en effet, la légitimité de ce que l’on pourrait ici appeler les « logia » (c’est-à-dire des « saintes paroles ») du Maître ne sera remise en cause. Les trois professeurs de martinisme sont alors Du Roy d’Hauterive – un protestant passé au catholicisme sous l’influence de Martinès (le Ciel le lui pardonnera peut-être !) – Willermoz et bien sûr Saint-Martin qui en laissera une version personnelle, les Dix Instructions à un Homme de Désir. Comme les disciples de Jésus, incrédules devant sa fin inexplicable et cherchant dans les énigmes de ses paraboles la raison de son départ – et plus encore la promesse de son retour –, les émules de Lyon disaient entre eux : « Que voulait-il dire ? ». Tel fut pour eux Martinès : celui qui n’avait finalement rien livré mais qui aurait pu tout dire. On sait ce que Martinès a dit de lui-même, en revanche, prévenant d’avance toutes les critiques : « Quant à moi, je suis homme et je ne crois point avoir vers moi plus qu’un autre homme […] Je ne suis ni dieu, ni diable, ni sorcier, ni magicien. » Reste en tout cas pour l’historien une énigme que la documentation ne suffit pas à résoudre.

Or, combien Saint-Martin diffère de ce portrait ! Lui qui, docile mais déjà dubitatif devant les rituels incroyablement compliqués que lui prescrivait son Maître, l’interrogeait naïvement : « Faut-il donc tant de choses pour prier le Bon Dieu ? »… Martinès proclamait alors que Saint-Martin rendait témoignage, au sens même que revêt cette expression dans le célébrissime Prologue de l’Evangile de Jean dont un membre de phrase orne, dans le Rite Ecossais Rectifié, le triangle de l’Orient : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n'était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, lui par qui le monde s'était fait, mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu. »  

Tel était sans doute Saint-Martin. Prenons garde à ne pas l’oublier. Son « martinisme »  je reviendrai  sur l'incroyable flou sémantique de ce terme  n’est pas une doctrine, c’est avant tout une disposition de l’âme. Et comment ne pas reconnaître cet envoyé « qui était dans le monde » mais que « le monde n’a pas reconnu », dans l'ombre de celui qui se faisait précisément appeler le « Philosophe Inconnu » ?.

Le deuxième contraste que je voudrais envisageret qui précise celui que l’on vient d’évoquer, est celui qui oppose la théurgie à la mystique. Nous sommes ici sur un terrain plus affermi, et surtout dans une distinction plus classique. On pourrait aisément résumer en peu de mots cette différence : Martinès a écrit des rituels, prescrit des opérations ; Saint-Martin a écrit des prières et prêché la méditation solitaire et le contact personnel avec Dieu. Pourtant, les choses sont assurément plus complexes. Il existe, en Occident, depuis au moins la Renaissance, une tradition assez bien documentée de ce que l’on nomme la « magie cérémonielle ». Entendons par là, non pas les sombres et parfois douteuses procédures des magiciens et des sorcières de campagne, puisant dans les Clavicules de Salomon et le Grand Albert – célèbres classiques du genre depuis le Moyen Age – les moyens de ravir la fiancée d’un ennemi, de faire périr son troupeau, ou plus simplement de lui « nouer l’aiguillette »… Par magie cérémonielle, il faut entendre un genre nouveau, dans le sillage de Cornelius Agrippa, Giordano Bruno ou John Dee, des célébrations qui n’ont pas d’objet particulier, qui ne cherchent aucun effet concret dans le moindre matériel, pas de manifestation hors du commun, mais visent cependant à établir avec la Surnature, l’Au-delà du monde immédiat, un rapport d’un type particulier, à faire vibrer si l’on peut dire, en accord avec l’un des grands principes de l’ésotérisme occidental qui dit que « Tout est Vivant », les harmonies secrètes qui tissent le monde subtil qui nous entoure. Le but est en quelque sorte faire naître en nous, de faire naître en l’opérateur, le sentiment réel de son immersion dans un monde qui va bien plus loin que les apparences, briser la surface des choses. Le sommet de cette magie cérémonielle est la théurgie qui ne vise à rien de moins que de convoquer Dieu – si l’on peut ainsi s’exprimer – ou du moins de rendre palpable la présence de ses Esprits les plus élevés. Dans quel but ? Uniquement pour vérifier leur présence, sentir leur proximité et, du même coup, constater leur amitié. C’est à cela que vise Martinès avec ses rituels compliqués. Il n’a jamais cherché, comme tant de charlatans, à fabriquer des philtres d’amour ni à favoriser ses affaires par des procédés occultes – ses affaires furent du reste calamiteuses et ses finances catastrophiques tout au long de sa vie. Ce qu’il ambitionne, c’est de susciter la présence intime et vécue du Divin. Expérience au demeurant strictement personnelle et privée puisque les effets lumineux et sonores qui, selon lui, attestaient du succès des opérations, étaient exclusivement réservés à l’opérateur, les autres personnes présentes ne percevant rien. On voit que cette théurgie toute intérieure est bien éloignée de la magie vulgaire. Elle a presque la valeur d’une expérience mystique. Et c’est ici que Saint-Martin, si l’on veut bien y prendre garde, n’est pas si éloigné qu’on le croirait de son Maître Martinès. Voyons cela de plus près. De même qu’il existe en Occident une tradition de la magie vulgaire, je l’ai dit, il existe une tradition encore plus brillante de la mystique extatique, faite de transes et de convulsions, d’états seconds, de poings tordus et d’yeux révulsés – pour ne pas parler des troublants émois de Thérèse d’Avila, le cœur transpercé par le dard d’un petit ange et éprouvant alors une délicieuse torpeur où, disait-elle, « le corps lui-même a sa part », expérience dont la célèbre statue du Bernin, à Rome, a parfaitement saisi la nature… Mais la mystique de Saint-Martin ne se situe assurément pas dans ce registre là – de même que la magie de son Maître avait peu à voir avec celle de Harry Potter ! Si la théurgie de Martinès est une magie cérémonielle, on pourrait dire que la mystique de Saint-Martin est une méditation ritualisée. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on veut dire par là, mais cette idée me parait importante. Saint-Martin s’est incontestablement, après la mort de Martinès, éloigné de la théurgie et de ses rituels –même des simples rituels maçonniques rectifiés, puisqu’il n’a pratiquement plus participé à aucune loge ni à aucun autre niveau de l’Ordre rectifié à partir de cette époque. Mais, pour autant, il ne s’est pas réfugié dans une pure introspection. Ce serait une profonde erreur que de croire, influencé par le mot de Papus qualifiant cela de « voie cardiaque » – une terminologie anatomique qui trahit le médecin de formation – que Saint-Martin se serait livré à une sorte de délectation morose, de vague prière un peu larmoyante, comme son siècle en avait la spécialité. Saint-Martin, après Martinès, n’est pas resté longtemps orphelin. Il a trouvé un père de substitution, son deuxième maître. Il s’agit de Jacob Boehme. Et cette découvert est essentielle car c’est une clé pour comprendre Saint-Martin – et à travers lui, qui s’est qualifié de « coën » jusqu’à la fin de ses jours, pour saisir le sens nouveau qu’il a donné, en toute connaissance de cause, lui le disciple du premier rang, à la doctrine spirituelle de son premier maître. Avec Jacob Boehme, ce n’est de plus de théurgie qu’il faut parler, mais de théosophie : la nuance est d’importance mais surtout la mutation est révélatrice. Je ne crois pas, en l’occurrence, qu’il s’agisse d’un reniement. Je pense qu’il y a là comme un accomplissement. Boehme, à qui Saint-Martin consacrera les 15 dernières années de sa vie, quant il n’en avait donné qu’une demi-douzaine à son Maître ; Boehme dont il traduira le premier les œuvres en français après voir tout exprès appris l’allemand pour cette seule raison ; Boehme, enfin, dont Saint-Martin dira qu’il fallait non point l’opposer mais l’unir à Martinès, et chez qui il retrouvait non seulement toutes les doctrines de ce dernier mais dont il pensait qu’il l’avait dépassé en ampleur et en profondeur. Quel extraordinaire aveu ! Ce point, qui nécessiterait de longs développements, a encore été trop négligé dans les milieux rectifiés. Or, Saint-Martin le dit avec force et netteté : dans cette voie spirituelle particulière, la théosophie de Boehme est à la fois une source et un aboutissement. Et comme toute théosophie, elle se nourrit moins de rituels et d’invocations que d’images et de signes, visualisés, médités, intériorisés. C’est la voie des médiations et de l’imagination active dont Antoine Faivre nous a dit, dans sa fameuse typologie des invariants de l’ésotérisme, qu’elle en est précisément l’une des composantes essentielles. J'y reviendrai. (à suivre)

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/archive/2013/10/06/martinisme-et-franc-maconnerie-les-equivoques-spirituelles-5.html

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 11:22

William Wallace apparaît dans l'histoire en assassinant le shérif anglais de Lanark pour venger la mort de sa bien aimée (Marion Braidfute). En raison de ce crime, il est mis hors la loi et se réfugie dans les bois où il est bientôt rejoint par une trentaine de compagnons avec lesquels il massacre la garnison anglaise de Lanark(en mai 1297). C'est le signal de la rébellion. De grands seigneurs ne tardent pas à se joindre à lui, William Douglas, qui devient son lieutenant, Robert Wishart, évêque de Glasgow qui parvient à rallier James Stewart le Grand Sénéchal à la cause et bientôt Robert Bruce le Jeunerompant par là la réputation d'anglophilie de la famille Bruce. Et c'est avec une armée que Wallace met le siège devant Dundeeau mois d'août 1297. Le comte de Surrey et Hugh Cressingham, trésorier, réagissent et placent leur troupe à Stirling coupant ainsi Wallace de ses arrières.

William Wallace rompt alors le siège et se dirige vers Stirling. Mais lorsqu'il arrive, les Anglais sont déjà solidement positionnés et plus nombreux – 10 000 fantassins et 300 cavaliers contre 4 000 fantassins et 180 cavaliers écossais[réf. nécessaire]. La situation semble désespérée pour les Écossais qui parviennent cependant à profiter de la maladresse d'un chevalier anglais qui souhaitait engager le combat prématurément. Suite à ce renversement de situation, les Anglais perdent 3 000 hommes dont plus de 100 chevaliers. La victoire écossaiseest éclatante.

Quelques villes ne tardent pas à ouvrir leurs portes dont : Aberdeen, Dundee, Perth, Stirling, Édimbourg, Roxburgh, Berwick. Wallace dirige en octobre-novembre 1297des campagnes qui le mènent jusque dans le Cumberland et le Northumberland, tout en faisant régner l'ordre dans les territoires sous son pouvoir. Il est proclamé avant mars 1298 « gardien du royaume d'Écosse ». Édouard Ier doit intervenir en personne, abandonnant un temps le continent - où il appuyait les Flamands contre la France - pour reprendre le contrôle de l'Écosse. Il reprend Berwick en juillet 1298, puis Roxburgh. Il parvient à couper le chemin de Wallace à Falkirk. L'armée écossaise y est écrasée le 22 juillet 1298 - 2 000 morts. C'est la fin de l'épopée de Wallace.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Wallace

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 06:56

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 12:36

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 05:03

En préambule, je voudrais m’adresser à nos jeunes apprentis. Profitez de ce moment où lors de votre passage du monde profane au nouvel univers de la F M; vous découvrez que votre initiation à la connaissance du visible et de l’invisible restera l’un des moments les plus forts de votre existence et que ce réveil de la conscience restera indissoluble quelques seront vos futurs choix de vie. Le degré d’apprenti reste pour moi et je le pense pour tous les Francs-Maçons le degré le plus fort.
Alors commencez la taille de votre pierre harmonieusement et soyez attentifs à tous les symboles de votre grade car ils tailleront votre pierre d’une manière irréversible ; c’est sur cette taille initiale que vous vous appuierez pour polir votre pierre ultérieurement.
Ce que je vous invite à faire, à travers cette planche, c'est de réfléchir sur nos rituels, nos symboles et nos pratiques sans à priori en cherchant la voie ésotérique sur notre pavé mosaïque. Concernant la position d’ordre j’ai confronté sa pratique et son symbolisme et, force est de constater qu’elles sont différentes.
Dans la plupart des ateliers travaillant au R
EAA, que ce soit au GODF ou à la GLDF ou à la GLFF ou au DH, nous avons tous observés la même pratique que dans notre Respectable Loge telle qu’elle est décrite dans le rituel particulier de l’atelier en p. 3, à savoir : « il se fait le bras droit horizontal replié, paume de la main tournée vers le sol, pouce à l'équerre contre le cou.»
Pourtant, dans le rituel d’intégration particulier de notre Respectable Loge, reprenant Oswald Wirth, la position d’ordre y est décrite de manière différente, à savoir : « La main droite, placée en équerre sur la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s'agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile susceptible de compromettre la lucidité de l'esprit. L'Ordre de l'Apprenti signifie qu'il cherche à être en possession de lui-même et qu'il s'attache à juger avec impartialité.»
Convenons immédiatement que si l’explication symbolique est très explicite pour comprendre la position d’ordre, en revanche, le description de celle-ci en elle-même manque peut-être de précision. En effet, « la main droite placée en équerre sur la gorge » ne précise pas mais sous-entend seulement qu’elle est à plat (en effet, le sur la gorge sous-entend que c’est la main dans son entier et pas son bord qui est placé sur la gorge ; mais l’explication symbolique de la position d’ordre nous éclaire).
Voilà, concernant la même position d’ordre, 2 descriptions différentes ... S’il me semble évident qu’il faudrait les mettre en adéquation l’une avec l’autre, le but de ce tracé est de savoir lequel nous devrions changer. Devons-nous aligner notre rituel sur notre manuel d’instruction ou l’inverse ?

Pour mieux faciliter la compréhension des diverses pratiques, nous devons aussi souligner que le signe pénal qui succède au signe d’ordre, symbolise « que je préférerais avoir la gorge tranchée, plutôt que de révéler les secrets qui m'ont été confiés » et que nous y joignons le geste au symbolisme.

Mais n’anticipons pas trop vite, revenons à la position d’ordre. Que symbolise t’elle ? Comme il est si justement dit dans notre rituel d’instruction au 1er degré, elle symbolise notre maîtrise du bouillonnement de nos passions qui s’agitent dans la poitrine et préserve ainsi la tête de toute exaltation fébrile. A travers cette position d’ordre, nous cherchons à être en possession de nous-même. Il n’est pas encore question de quelque tranchement de gorge que ce soit à l’instant précis de la position d’ordre. Ca, c’est pour après, lors du signe pénal.

Alors la pratique observée dans les autres Loges et sur nos colonnes pouce à l’équerre contre le cou, paume de la main tournée vers le sol est-elle juste eu égard du symbolisme ?

Que dit le rituel de référence de la G
LDF sur la position d’ordre et sur le signe pénal ?   
«Le signe d’ordre :
Etant debout, pieds en équerre à angle droit, le gauche devant orienté ouest-est, talon contre talon, porter la main droite étendue (quatre doigts joints et pouce écarté formant une équerre) à plat sous la gorge posés sur le haut de la poitrine ; bras et avant-bras droits relevés horizontalement dans le prolongement de l’épaule, bras gauche allongé normalement le long du corps.
Lorsque l’on reste en cette position, on est à l’ordre.
On quitte cette position par le signe pénal.
Le signe pénal ou de reconnaissance :
Etant à l’ordre, retirer la main droite horizontalement vers l’épaule droite et la laisser retomber le long du corps, le bras allongé, décrivant ainsi une équerre.»

Remarquez que dans ce rituel, la G
LDF a fait le choix de préciser la description d’Oswald Wirth. Notre rite étant très attaché à la Tradition, je suis allé en quête d’anciens rituels. Que disent-ils ? Le rituel dit «Cerbu» :
«Placez la main droite au niveau de la gorge, le pouce en équerre, l'avant-bras droit horizontal ; cela s'appelle "se mettre à l'ordre".»
Le rituel de la G
LNF de 1802 (d’après rituels anciens) :
« la main droite placée en équerre sur la gorge, parait contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit.»

Et celui de la Grande Loge Générale Ecossaise de France de 1804 (ancêtre de la G
LDF) :
«Il (le signe d’ordre) se fait en portant la main droite étendue à la gorge, de manière que le Larynx se trouve entre l'index et le pouce, on élève le Coude à la hauteur de la main, ce qui forme une ligne horizontale, (...).»

Tous les rituels cités sont tous en accord entre eux et avec notre manuel d’instruction. En revanche, dans des rituels plus anciens, je n’ai pas trouvé de description précise de la position d’ordre qui se transmettait par voie orale.

Jules Boucher donne une description du signe d'ordre, dans « la symbolique maçonnique » que je partage en tous points, en p. 322 :
« Le signe d’apprenti comprend, comme tous les signes maçonniques, deux gestes distincts : le signe d’ordre et le signe proprement dit.
Se « mettre à l’ordre », c’est placer la main droite à plat sous la gorge, les quatre doigts serrés et le pouce écarté formant l’équerre. La main gauche reste pendante.
«Faire le signe», c’est redresser la main perpendiculairement à la gorge, la ramener à l’épaule droite et le faire retomber le long du flanc droit.»

«Ce signe porte généralement le nom de «guttural». On l’interprète d’une façon tout exotérique en lui attribuant cette signification : «Je préfèrerais avoir la gorge coupée, plutôt que de révéler les secrets qui m’ont été confiés.»

Wirth dit en p. 148 du Livre de l’Apprenti : «La main droite placée en Equerre sous la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute excitation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit. Le signe d’Apprenti signifie à ce point de vue : «je suis en possession de moi-même et je m’attache à juger de tout avec impartialité.»»
(...)
Il est exact que le Maçon, en accomplissant ce geste, se couvre de l’Equerre, signe de rectitude, et que d’autre part, suivant les catéchismes rituels, le Maçon vient en Loge « pour vaincre ses passions, soumettre sa volonté et faire de nouveaux progrès en maçonnerie ». Le geste est le signe extérieur de cette volition.
Chaque fois qu’un Frère prend la parole en Loge, il doit se «mettre à l’ordre». Nul n’est exempté de cette obligation. Indépendamment de la valeur réelle du signe, il faut remarquer que ce geste, si simple en apparence, empêche tout autre geste et par suite toute véhémence. Combien d’orateurs - profanes - parlent plus encore peut-être avec leurs mains qu’avec leur voix !
Il faut aussi se souvenir que l’Apprenti, durant son stage à ce degré, doit être «silencieux», et son signe, appuyant sur la gorge, indique son mutisme non pas par incapacité de parole, mais par sa propre volonté.»

Si l’on veut aller plus loin au niveau symbolisme, on pourra dire que dans la pratique, le bras droit décrit 2 équerres alors que dans le respect du symbolisme du rituel décrit par Jules Boucher et Oswald Wirth, nous décrivons une équerre de plus en relevant la main droite pour la rendre tranchante sur notre gorge. 3 équerres, nombre nettement plus symbolique que le chiffre 2 au grade d’apprenti, me semble t’il... Cette description, commune à tous les écrits est sans ambiguïté et recoupe en tous points notre manuel d’instruction mais pas les pratiques dans les différentes Loges travaillant au R
EAA.
Revenons sur le signe d’ordre d’apprenti et son symbolisme.
- Le signe d’ordre se fait d’abord les deux pieds en équerre qui assure notre stabilité et nous enracine dans la terre source de la matière originelle dont notre corps est issu.

- Le bras droit à l’horizontal montre à ce corps matériel qui est né et qui vit qu’il est appelé à mourir et à retourner à la terre laissant à la partie haute du corps la vision immatérielle de l’invisible, qui fait de nous autre chose qu’un simple corps. C’est cette partie haute qui fait que nous existons vraiment et qui nous permettra de laisser une trace improbable après notre mort physique.

- La main droite placée à plat sous la gorge, le pouce en équerre, retient notre volonté d’aller plus loin, de laisser nos passions nous submerger et de ne pas nous exprimer dans l’excessif, de rester autonome. Elle permet aussi de se libérer des idées préconçues (ce qui tombe à pic pour le travail de ce soir...).
- Le bras gauche immobile le long du corps nous donne le sens du centre de la matière et de la gravité qui ramène en permanence notre esprit vers la matière, ce qui nous oblige à un effort permanent pour que notre esprit s’éloigne de notre condition humaine.
Ce signe d’ordre est aussi, au grade d’apprenti, un signe commun à tous les membres de la Loge nivelant ainsi tous les grades dans l’égalité, donnant ainsi à sa structure une homogénéité parfaite. Nous nous élevons à l’ordre et dans l’ordre, maitre de nous-mêmes. C’est pour sauvegarder l’unicité et l’homogénéité de la Loge que j’ai adopté la position d’ordre pratiquée dans notre atelier, même si j’explique pourquoi je la conteste à travers cette planche.
Seul le silence semble donner à l’apprenti le sentiment de ne pas pouvoir participer, mais il saura plus tard que ce silence est en fait son plus grand avantage. Car c’est par ma position d’ordre que j'essaie de ne prendre la parole que pour apporter quelque chose de plus, de différent de ce que mes frères apportent à la construction de notre édifice et que j’ai compris que le devoir à la parole n'est pas incompatible avec le droit au silence.
Une évidence sans doute, mais qui me semble être importante, est que cette position évite le désordre, elle ordonne chacun d’entre-nous en nous mettant à l’ordre.

N’avez-vous pas observé que lorsque notre V
M prononce cette phrase « debout et à l’ordre mes FF», nous sommes envahis d’une plénitude infinie. Je l’associe personnellement à la puissance dégagée par cette position d’ordre. Elle procure une sérénité et une puissance de perception des choses. Il devient inutile de parler, il suffit de ressentir.
Quand je suis à l’ordre, les idées arrivent d’elles-mêmes, je ne retiens que l’essentiel à traduire en parole évitant le logos et je pense à la main droite posée à plat sur la poitrine, juste sous les clavicules, sur la partie supérieur de l’os Sternal appelé le Manubrium Sternal. L’image de cet os qu’on me donna est celle d’un glaive ! le Manubrium étant le manche et le corps du sternum la lame.

La main droite est donc ouverte sur le manche du glaive, elle met en relation le centre énergétique cardiaque et le centre énergétique laryngé. La position de la main pourrait donc être le moyen de mettre en relation le sentiment d’altruisme avec le verbe (ne dit-on pas parler avec son coeur) et ainsi permettre à l’homme de maîtriser sa pensée et d’apprendre à devenir un homme libre.

La main gauche, quant à elle, est collée le long de la cuisse, c’est la main du coeur. Comme lui, dans cette position, elle doit être calme, sans passion. Là aussi la pratique est souvent différente pour un observateur qui constate que chaque main gauche a un comportement différent. Même si le discours de l’intervenant paraît serein, le comportement de sa main gauche le trahit (qui de l’impatience, qui de la nervosité, qui de l’inconfort de la situation,...).

Mais dans tous les cas, la sérénité et la courtoisie des échanges d’idées est conservée et c’est probablement là l’essentiel ; c’est à la position d’ordre que nous le devons certainement en grande partie.

Et la position des pieds à l’équerre ouverts vers l’avant, la pointe en arrière et celle de la main droite ouverte à l’arrière la pointe vers l’avant sont disposés, en s’entrelaçant, à l’identique de l’équerre et du compas. Là où se trouve notre coeur, nous retrouvons le livre de la loi sacré.

Si on regarde un apprenti debout, de profil et à l’ordre : la main droite sur la poitrine symbolisant le compas, les pieds à angle droit symbolisant l’équerre, la main est à l’aplomb des pieds, le coeur se projette juste au centre en arrière de la main mais en avant des talons. La similitude est trop forte pour que je passe à côté ! Ne serions-nous pas nous-mêmes notre propre livre de la loi Sacré ?

Je pense que cette position d’ordre, parfaitement exécutée rituellement, permet d’être parfaitement centré et en équilibre.

Comme, de plus, la conscience est placée au niveau du coeur, on ressent, à n’en pas douter, toute la plénitude et la puissance de cette position.

Notre rituel induit la politesse qui est la première des vertus celle qui permet toutes les autres : «les bonnes manières précèdent les bonnes actions.» c'est en pratiquant la vertu que l'on devient vertueux et donc du bon rituel que l’on se rapproche de son symbolisme. Une loge, grâce à la position d’ordre, doit être un lieu où s’exprime réellement la fraternité entre ses membres, où, pour reprendre la formule de Pavese, il est possible de «montrer sa faiblesse sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force.»

La pratique ne me semble pas juste et elle déséquilibre gravement la position d’ordre telle qu’on peut la vivre grâce à son symbolisme. En effet, comment dominer ses passions et son logos autrement que paume de la main posée à plat sous la gorge ? Le bord tranchant de la main que nous présentons à notre gorge dans notre pratique ne peut pas servir à cela. Mais pourquoi la pratique est elle devenue différente du rituel ? A mon humble avis, par anticipation du signe pénal. Elle a perdu ainsi une partie de sa puissance rituelle et symbolique.

Alors certes, que je positionne ma main à plat sur la gorge ou à l’équerre de la gorge ne va pas me changer ma vie de maçon au R
EAA., c’est une évidence. Néanmoins, je dois souligner qu’à force de petites choses qui s’écartent du symbolisme du REAA, celui-ci a une certaine tendance à perdre de sa cohérence, ce que je regrette. Je pourrais citer mains exemples...
J’invite donc tous mes FF
à réfléchir pour adopter une pratique de la position d’ordre qui soit plus conforme au rituel et à son symbolisme et de prolonger cette réflexion sur d’autres aspects de notre rituel afin que celui-ci recouvre toute sa cohérence pour nous rapprocher toujours plus du REAA auquel nous tenons tant.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2013/08/la-position-dordre-au-reaa-pratiques-et-symbolisme.html

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 07:05

Voici le titre du travail que notre Vénérable Maître m’a confié ce soir et je suis très heureux de faire cette première planche de Maître sur un si beau sujet comme celui-ci. En effet, c’est un sujet d'espoir qui représente l’ouverture à un savoir symbolique universel et à l'acquisition d'une Connaissance. Je vous propose de décomposer cette planche en deux parties. Dans la première nous allons explorer la mort et dans la seconde le Deviens, par l’initiation. Au stade actuel de mon chemin maçonnique, j’ai identifié trois types de mort : Le premier : la mort profane Le deuxième : la mort symbolique Et le troisième : le passage à l’orient éternelAprès cette identification, je vous propose de débuter maintenant, un petit voyage dans la dualité du meurs/deviens, que je traduirais par le couple mort/initiation par deux citations. "Si les évènements majeurs de la vie d'un homme sont : la naissance, l'initiation et la mort, le plus important de tous est le second qui confère un sens au premier et dénie tout pouvoir destructeur au troisième" écrit  Louis-Vincent Thomas dans La mort africaine. Et pour Platon, «mourir, c’est être initié ». Donc, pour toute nouvelle naissance d’un nouveau F\, il y a la mort d’un profane ou devrais-je dire la mort à quelque chose. Nous pouvons dire qu’il s’agit en quelque sorte, de mourir symboliquement de son vivant, d’abandonner non sans un certain déchirement, nos préjugés et nos illusions. Mais pour cela, il faut vaincre la peur du changement et oser se rêver meilleur et plus authentique. Dans toutes les traditions du monde, les rites d'initiation sont des représentations symboliques de la mort et de la naissance, illustrant l'adage : vers une vie nouvelle par la mort. Nous avons là, deux dualités indissociables "naissance - mort" et "mort - naissance". Et cette dualité, nous la retrouvons également dans notre initiation maçonnique au REAA, par la séparation ou l’isolement du candidat (cabinet de réflexion), les épreuves proprement dites que nous verrons plus loin et enfin la reconnaissance du néophyte au nouveau statut de Frère. La racine latine d’initiation, nous vient de inire « entrer » et « commencement » d’où initium « commencement ». Alors, de même que la mort implique un changement d'état (le corps devient inerte et immobile, alors que "l'âme" devient plus dynamique), l’initiation implique également changement et commencement, passage d'un état de conscience à un autre. Pour qu'il y ait initiation, la conscience doit mourir à ce qui était, pour naître à un nouvel état. Et c’est ainsi que toute initiation représente une rupture. Les deux idées de mort et d'initiation impliquent également celle de voyage et de mutation. L'initié est celui qui a su mourir à quelque chose pour renaître au-delà. Le "vieil homme" meurt pour donner naissance à l’homme nouveau". Mais cette naissance n’est pas chose facile. En effet, mourir à l’EGO demeure certainement l'une des épreuves les plus difficiles du sentier et de la voie unitive. La voie unitive nous invite, à nous tourner vers le seul essentiel, à ouvrir notre coeur à l'unique Réalité, à cet 'Unique-Un'. Saint Paul évoqua cette Mort Mystique lorsqu'il dit que la graine devait mourir dans le sol avant de produire une vie nouvelle. La mort permet à la nouvelle vie de l'initié de jaillir. En alchimie, nous qualifions cette Mort Mystique de putréfaction. Néanmoins, nous faisons bien souvent preuve d'un véritable instinct de conservation à l'égard de nos anciens repères et croyances. C'est pourquoi tout changement réel implique nécessairement l'idée d’effort, d'abandon et de lâcher prise. Ce lâcher prise, c'est ce que nous pourrions appeler "la mort au quotidien". Abandonner des repères pour en acquérir d'autres, plus larges, plus essentiels, plus structurants. Abandonner des comportements égoïstes et routiniers pour en acquérir de nouveaux, plus généreux et qui intègrent la dynamique de la vie. Pour ce faire, il est indispensable de développer la foi en soi-même, afin de parvenir à une parfaite réalisation de sa nature. Il nous faut oser entrer et descendre en nous-mêmes, pour nous observer, apprendre à mieux nous connaître et à nous rectifier. Ce travail pour nos Frères Apprentis passe par une période de silence actif. Chaque Apprenti doit percevoir en lui-même la manière dans laquelle les mécanismes égotistes agissent. Plus nous taillons notre pierre brute, plus nous nous rapprochons de notre véritable identité, de notre être intérieur et de notre centre. L’invitation à la découverte de notre centre, de notre pierre philosophale est faite dès le cabinet de réflexion, à travers la formule alchimique V.I.T.R.I.O.L. « Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre caché. » Dans cette descente dans le Soi, le « Rectifiant » du V.I.T.R.I.O.L. prend toute son importance. Mais revenons à notre : Initiation, chemin de connaissance et chemin de nouvelle vie. Par l'initiation, on pénètre dans le "sacré", c'est-à-dire dans une autre dimension. II est de fait que l’initiation est un moment important, certainement le moment le plus important de notre vie maçonnique. En effet, on ne naît pas Franc-Maçon, mais on est fait « crée, constitué et reçu » Franc-Maçon lors de la cérémonie d’initiation. Aussi convient-il de s’interroger, sur l’initiation, sur sa finalité et sur la signification qu’elle peut revêtir pour nous. « On entend en général, par initiation, un ensemble de rites et d’enseignements oraux, qui poursuit la modification radicale du statut social et religieux de l’homme à initier », a écrit Mircéa Eliade. Le projet initiatique, est de provoquer une radicale et fondamentale évolution de notre pensée, de notre être et de notre manière de vivre. L'initiation doit rassembler en nous les éléments rendus épars, voire divergents, par notre vie profane. Il s’agit, « de passer des ténèbres à la lumière » et, par cette lumière qui nous illumine, de changer notre être et notre vie. En effet, la finalité de l’initiation n’est pas seulement « théorique », mais pratique. Il ne s’agit pas seulement d’aller vers la lumière et de se reposer dans une vaine et stérile contemplation, mais par cette lumière de nous entraîner à une action plus efficace et plus juste. Souvenons-nous que le « Logos » de Jean, ce n’est pas seulement l’Esprit qui nous illumine, mais c’est l’Esprit qui nous transforme. Autrement dit, l’initiation veut nous faire passer du vieil homme à l’homme nouveau. Elle veut susciter une nouvelle naissance et la rendre possible. Mais pour atteindre ce but, elle doit utiliser certains moyens, se soumettre à certaines conditions : La première condition de toute initiation aux « mystères de la Franc-maçonnerie », c’est que le candidat doit être un homme « libre et de bonnes mœurs ». Libre de toute contingence matérielle ; on ne vient pas pour un carnet d’adresses. La deuxième condition est la mort symbolique du candidat à initier mais cette étape nous l’avons déjà évoquée. Le profane qui aspire à la lumière doit d’abord, dans une première épreuve, se dépouiller de tout son passé, des préventions, des préjugés que la vie profane a pu accumuler en lui. Il doit faire son testament philosophique et mourir à ce qu’il était. Mais cette remise en question, cette sorte d’autocritique radicale, ne saurait se passer n’importe où et n’importe comment. Elles ne peuvent s’effectuer que dans un lieu séparé du monde et dans un temps autre que celui de tous les jours ; un espace et un temps séparés, c’est-à-dire dans un espace et un temps sacrés, sacralisés par le Rituel lui-même. Cette initiation ne saurait également s’effectuer n’importe comment. Elle comporte une série d’épreuves : de la terre, de l’air, de l’eau, et du feu, subies par le récipiendaire au cours de voyages symboliques qui sont le premier pas pour nous aider à passer du paraître à l’être. On voit par là que l’on ne saurait recevoir la Lumière, si d’abord on n’a pas su franchir certains obstacles, surmonter certaines épreuves, si ensuite on n’a pas suivi un itinéraire, ce qui implique l’idée du temps, de temps linéaire celui-ci étant une condition nécessaire à l’épanouissement, à l’accomplissement du profane à initier et à libérer. L'initiation présente donc un double aspect: elle est une cérémonie, un rituel, mais elle est aussi une expérience personnelle d'ordre spirituel. C'est ce deuxième aspect qui la rend «secrète» ou plus exactement incommunicable. Et là, nous touchons peut être à un des secrets de la F.M. En effet, nous avons tous vécu les mêmes épreuves mais chacun d’entre nous d’une façon totalement différente et très personnelle. Et c’est pour cela que cet itinéraire ne peut être accompli qu’à la première personne, nul autre que nous-même ne saurait l’accomplir à notre place. Néanmoins, la pierre brute que l'on taille afin de la dépouiller de ses aspérités et la rendre polie, ne peut rester isolée. Elle doit être ajustée à d'autres éléments. Par leur équilibre, leur beauté, nous constituons l’édifice. Nous fuyons le vice, et cela signifie que nous cherchons avant tout à éviter que notre Ego nous rattrape et à maintenir notre pierre imperméable à tout retour et déviance de notre vie profane. Et grâce à notre perfectionnement individuel, nous parviendrons à agir sur le monde pour bâtir le Temple extérieur dans un idéal de paix, d’amour et de fraternité. Mais seuls nous ne pouvons rien. Notre vie maçonnique tout entière est à la fois de nature individuelle et de nature collective. Sans les autres, nous ne sommes rien. En effet, n’oublions jamais qu’à la question: Etes-vous Franc-Maçon ? Notre rituel nous donne la réponse : Mes Frères me reconnaissent pour tel. L'âme de chacun se nourrit de l'amour AGAPE des autres F\ Il s’agit de nourrir la pensée de chacun avec la pensée exprimée des autres. Néanmoins, le savoir de l’autre ne doit jamais étouffer tel un amalgame la connaissance du cherchant. L’initiation maçonnique veut, délivrer, dégager en l’homme ce qui est esprit, mais elle ne peut le faire qu’en le confrontant à des obstacles selon un long et difficile chemin. Et si initier quelqu’un, c’est le mettre en chemin. Ce n’est pas le mettre dans « un » chemin, ni le mettre au début du « seul » chemin, ou encore de le mettre au début de « notre » chemin. Il s’agit de le placer au début de « son » propre chemin. Chemin, qu’il va créer, avec l’aide de ses frères, mais en restant libre de sa démarche. Comme nous le rappelle si bien notre Frère Robert : « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est chemin » (Sören Kierkegaard). Voilà mes Frères, j’ai essayé de vous démontrer que le verbe Initier a plusieurs significations, d'ailleurs complémentaires. C'est avant tout "mettre en chemin" et conduire à un nouveau départ. Autrement dit, nous dirons que le projet de l’initiation maçonnique est de permettre à tout homme de devenir un « autre homme », un homme véritable. C’est-à-dire de découvrir en lui ce qui est sagesse, force et beauté et de savoir découvrir une dimension « verticale ». Néanmoins, tels les angelots sur l’échelle de Jacob, si nous recherchons le divin, nous ne devons jamais oublier de redescendre vers le bas symbole de l’action. Faute de quoi, nous risquerions de passer à côté de notre travail premier. René Guénon distingue « l’initiation virtuelle » de « l’initiation réelle », expliquant que « entrer dans la voie, c’est l’initiation virtuelle », « et suivre la voie, c’est l’initiation réelle ». C’est à nous seuls qu’il appartient de « suivre la voie », à nous seuls qu’il appartient par notre effort et notre patience, notre intelligence et notre volonté, de passer de l’initiation « virtuelle » à l’initiation « réelle », de transformer une promesse en une réalité, une espérance en une certitude, un chemin de connaissance en un chemin de vie. lnitium novae vitae, "le commencement d'une vie nouvelle" afin de devenir un enfant Royal, l'Homme régénéré, ne devrait-on pas dire tout simplement l'Homme véritable, enfant de la Lumière. Avec pour seul but de rendre le souffle qui nous a été confié aussi pur et aussi beau qu’au début de notre histoire, à savoir notre naissance. Pour finir mes Frères, je vous propose une réflexion sur le Tikkun Olam : La réparation du monde est notre tâche, et même si l’on n’attend pas de nous que nous accomplissions cette tâche, nous ne sommes pas libres de nous dérober à cette tâche ».

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 07:44

Dans les trois pas au-dessus du cercueil d’Hiram qu’accomplit le compagnon lors de son élévation à la maîtrise est symbolisé le couronnement d’une Maîtrise affirmée. Mais quel sens donner à cela ?

La naissance : Nous donnons naissance, par l’initiation, à une création d’un nouveau nous même. Elle est l’occasion de sonder les profondeurs les plus intimes de soi dont saint Jean nous encourage à en rechercher tout l’Amour.

Entre la naissance, la vie et la mort. Trinité troublante à laquelle il faut se résoudre si l’on veut découvrir en maçon la raison d’être de notre Ordre en tant qu’œuvre créatrice universelle. Mais comment véritablement expliquer les trois pas du Maître ?

La naissance par l’Initiation, c’est le mystère de l’apprenti qui se découvre lui-même et qui le communiquera au Compagnon qu’il sera. Ce compagnon est identique. L’une de nos grandes Lumières, La Bible, le confirme, la vie nous est donnée car nous avons été engendré et non pas créé tout en étant de la même nature que le Père.

Il y a dans le secret de la vie le mystère qui appartient à l’essence de notre Ordre, désignant le temps de la parole. Il faut du temps à la parole pour venir, ce qu’elle dit est appris, dans une écoute du monde et d’autrui lors de notre période d’apprentissage, ce qu’elle dit doit trouver son chemin à l’intérieur de nous par le filtre que nous sommes devenu. C’est un peu de ces chemins que je vais tenter de parcourir.

La vie : En comprenant l’homme à partir de la Vie, de la seule et unique Vie qui existe et qui est celle que le GADLU. En donnant sa vie à chaque initié comme il l’a donnée à Hiram, a conféré à chacun de ses Fils de la Veuve une destination propre à chacun. Mais qui se complète et forme un tout quand nous formons la chaine d’union.

L’initié diffère d’Hiram en ceci qu’il ne s’est pas mis lui-même dans la condition qu’était celle d’Hiram et qui était de s’éprouver soi-même jusqu'à la mort. Et pour autant par la cérémonie cette transposition s’accomplisse et que l’initié par lui-même simule il deviendra le Fils dans le Fils. De cette incapacité de l’initié de vivre de lui-même et en soi cette mort, témoignent de la paralysie face à la mort qui marquent toute sa vie d’un trait indélébile et qu’il s’exprime par son second pas. C’est uniquement parce que cette épreuve s’accomplit hors du monde qu’elle peut être épreuve de soi. C’est seulement dans l’invisible que vivre est possible.

Selon St. Jean, Dieu est Vie. Invisible donc, comme tout ce qui, portant en soi cette Vie, se trouve ainsi être vivant. La première est qu’aucune vie n’est possible sans un autre être vivant, de même qu’aucun vivant n’est possible sans la Vie. Cette appartenance réciproque de la Vie et du vivant est immuable. Elle résulte de la façon dont la vie vient en soi dans le procès de son auto génération éternelle.

Le présent n’est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens et des étapes, le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre et nous aspirons toujours à être heureux, et il est inévitable que nous ne le soyons jamais compétemment.

Nous sommes toujours hors de nous dans la recherche de ce qui, au dehors, doit nous libérer de nous-mêmes, toujours en dehors du présent que nous ne pouvons supporter. Nous vivons sans le savoir aux abonnés absents.

La question concerne chacun dans la partie la plus intime de nous. Angoisse, impuissance et révolte minent irréductiblement les bases de nos vies, mais elles ne sont pas pour autant insensées. Elles balisent un chemin, un chemin de vérité sur soi-même dont les épreuves peuvent se révéler libératrices. Nous ne savons pas, en effet. Ce qu’à en tête le GADLU, quand notre image réfléchie dans le miroir du 1er et 2ème grade et que nos frères nous tendent pour progresser dans la recherche de la Vérité.

Le présent ne prend corps que sur fond d’un avenir possible. Il n’est pas assez riche en lui-même pour se tenir par lui-même. L’avenir impossible disqualifie le présent dans lequel nous sommes pourtant vivants et bien vivants. Le présent ne tient que par le futur. Il en va comme si nous étions séparés de cette source présente de la vie. Il faut à tout prix qu’elle trouve consistance à travers la représentation d’un avenir possible. Pourtant la vie est là et bien là, tant que nous vivons.

L’avenir, mais le passé aussi, perd sa signification, si nous nous sommes battus, si nous avons travaillé, souffert pour disparaître, à quoi bon ? La révolte gronde contre l’insensé. L’impuissance révoltante dans la quelle nous nous trouvons et qui accompagne la conscience de notre mort, ne se comprend que sur le fond d’une compréhension du temps et de soi. Il ne semble qu’il n’y ait pas d’autre alternative à la maîtrise de son avenir ou à la mort, symbolique ou réelle.

La mort: C’est l’étrangeté absolue. Que peut-on en penser ? La diversité contradictoire des réponses, comme la résurrection, réincarnation, etc., dévoile une résistance incontrôlée. Car on ne peut savoir ce qu’il y a après.

L’esprit s’y brise, impuissant et pressent sans se l’avouer l’inutilité des représentations dans ce fouillis de significations que l’on perçoit dans les diverses interprétations que s’en font les Sœurs et les Frères.

Le récit de la légende d’Hiram témoigne d’une nouvelle manière de vivre le présent. Le présent se suffit à lui-même. Le présent ne se justifie pas obligatoirement d’un avenir possible. Il se peut que se soit le présent qui structure l’avenir et le passé. Il est des expériences présentes qui donnent au passé et au futur leur consistance. Telle est l’expérience mystique, l’expérience amoureuse, la création artistique. Moments qui se suffisent par leur richesse pour irriguer subrepticement passé et futur de significations nouvelles. Le temps se mets en perspectives : le passé préparait le présent ; le présent oriente l’avenir.

Dans cette perspective, l’angoisse suscitée par la pensée de la mort manifeste le vide de notre présent. L’initié se projette d’autant plus dans le futur et le passé que son présent lui échappe. Les impasses que nous traversons obligent à remanier, malgré nous, notre temps vécu, goûter la richesse du présent. De notre rapport corporel et immédiat au monde. L’épreuve suscite ainsi une nouvelle manière d’être. C’est à ce prix qu’une épreuve peut être décisive. C’est là quelques réflexions qui, au cours de mon histoire personnelle, m’ont suggéré une certaine proximité, une certaine urgence de la mort. Le profit, s’il en est un, est de fournir à l’un ou l’autre, initié mortel lui aussi, l’occasion de se situer par rapport à sa mort, d’entendre en lui-même : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Et cela pour être initié, en est la vérité de sa condition.

La conscience de sa mortalité dans la vitalité contribue à sa place à un art de vivre authentiquement. Elle permet de dire non seulement « tous les hommes sont mortels », mais « je suis mortel ». Grâce à elle chacun réalise mieux dans le quotidien de ses jours sa limite.

La mort est ce qui caractérise celui qui ne peut plus répondre à l’appel de son nom. S’il y a une suite dans l’histoire d’un initié, comme dans celle de tout homme, il faut plutôt se la figurer tel un enchaînement imprévisible d’événements, qui déconcertent tour à tour ou émerveillent. Ce qui est sûr, c’est que l’initié ne peut échapper à sa transformation, à moins de ne plus rechercher la vérité. Aussi bien, on s’en doute, si la vérité ne s’arrête pas, comme l’initié à la mort car « la vérité demeure et Franc-maçonnerie traverse les temps et les générations ».

Le désir conduit l’initié plus loin que la mort parce que le désir chez lui s’est transformé en amour. Pourtant, l’initié n’a pas le privilège d’une telle transformation du désir en amour. Le non initié, lui aussi, en fait l’expérience. Alors nous consentons à ce que notre désir ne vive que de l’autre, et même de la volonté, éprouvée comme un bonheur, que présent ou absent, l’autre soit là. Car aimer autrui, au sens que nous venons de dire, ne peut être isolé de l’acte par lequel je m’aime moi-même. Mais l’initié traite ce vœu d’une façon qui n’est pas celle du non initié.

Pour le non initié, l’évitement de la mort qui tue se suffit à lui-même : il n’est à aucun titre un signe. Pour l’initié, au contraire, alors que pourtant la mort continue à régner sur l’existence des hommes, l’amour devient le signe mystérieux que la mort est défaite : la chaire quitte les os. C‘est donc une mission que le Maître reçoit et accepte avec d’autres et pour d’autres depuis le début de ces trois pas, vécus comme un exode intérieur, qui commence par le cabinet de réflexion et où je retourne régulièrement mentalement.

Le cabinet de réflexion est toujours là, au plus profond de moi, pour m’y replonger régulièrement dans le silence et où le Vitriol est celui du Corps d’Hiram et qu’il s’est donné dans sa mort et sa résurrection par l’acacia. Ainsi, la relation mystique s’élargit dans une dimension universelle, « je » est devenu « nous ».

« On ne voit bien qu’à deux, mais que Tu sois cet Autre Nous menant dans sa disparition jusque dans cette tombe improvisée (Hiram au corps éparpillé, recomposé par Isis, veuve dont nous sommes les fils) ».

C’est là que j’ai trouvé et vécu la véritable solidarité, celle faite des Sœurs et des Frères maçons, dans l’univers d’alliance, je peux espérer passer au delà du « je ».
Du côté des hommes aussi, car que sais-je de ma nuit ? Il y a peut-être en elle un « nous » enfoui... un nous recomposé dans l’Homme épars dont nous parlons en loge. Les trois pas du maître où la différence de la mort profane de celle rituelle.

Cessant d’être des objets à posséder, le Maître devient pour lui appel à reconnaître qu’il ne peut rien ramener à lui. Il n’est centre ni de l’univers, ni de la société, ni de son couple, ni même de sa propre existence. Sachant cela et cessant de se faire centre par son désir toujours frustré, il manifeste la conversion de sa liberté par la « distance » libératrice qu’il garde à l’égard de tout, de tous, et surtout de lui-même. C’est en ce sens qu’on peut parler de « mort à soi-même ».

Mais ce n’est pas la mort de soi-même ; c’est celle de L’égoïsme et des prétentions, c’est la condition de l’adhésion à la véritable vie. C’est le contraire d’un désengagement par rapport aux « choses de ce monde », car on ne meurt ainsi à soi-même qu’à travers ses relations au monde et aux autres.

L’amour de l’Autre n’est alors vécu que dans le refus de la possession et de la domination. Créant, libérant, utilisant la part de richesse et de savoir dont il se sait responsable, celui qui vit répond aux appels d’autrui reconnus comme appels de l’Autre. Il est certes submergé, mais c’est l’amour de l’Autre qui le submerge et il se sait « aimer », car l’amour est au bord du chemin mais il n’est pas vu et même souvent négligé.

J’aurais dû être plus compréhensif. Je sais bien, en effet, pour avoir à le vivre, qu’il faut de la patience et du temps pour défaire les nœuds qui nous maintiennent prisonniers. Pas seulement les nœuds de l’orgueil, de l’égoïsme ou des pulsions charnelles, mais les nœuds de l’esprit qui se nouent dans l’imagination de celui qui cherche.

Le maître par ses trois pas lents, refuse de s’embarquer trop vite sur des chemins dont il pressent les embûches. Peu désireux d’abandonner ce qu’il a cru déjà comprendre, il hésite à intégrer un nouvel élément qui le contraindrait à tout remodeler. Ce n’est pas nécessairement de la peur. C’est peut-être aussi de la prudence, car il est trop sérieux pour s’aventurer dans un désert sans boussole. Il lui faut du temps pour s’équiper avant de faire un pas décisif.

L’Amour est discret. « Il attend ». Et nous passons dans la vie sans deviner sa présence tellement nous sommes distraits et occupés de nous-mêmes. Sur le chemin qui mène vers sa découverte, la grande souffrance, qualifiée de nuit des sens et de l’esprit par l’initié, n’est pas un fantasme. Celui qui s’aventure sur ces chemins le sait quand les grandes eaux le submergent. Jusqu’à l’anéantissement parfois. C’est au fond de cet abîme que l’initié est le plus proche du non initié, en même temps que le plus éloigné, ayez une pensée mes Sœur et mes Frères pour ce prisonnier que je suis, abandonné de tous, à la veille de son exécution ?

Entre l’initié et le non initié, la différence n’est pas une différence de sentiments, car on peut vivre la maçonnerie au cœur du doute.

On ne prouve pas l’absence du GADLU. On ne prouve pas non plus sa présence. Mais on peut éprouver très réellement l’une et l’autre.

A partir de là, peut-être, votre sentiment de solitude qu’il serait abusif d’attribuer à une « exclusion » voulue, mais qui recouvre fatalement une souffrance. Vous êtes sûr d’être seul et, selon moi, il ne s’agit pas seulement de l’éloignement des Sœur et des Frères.

Vous êtes sans doute plus seul que vous ne croyez. Pour ma part, je suis sûr de n’être pas seul et ce n’est pas seulement grâce à mes Sœur et mes Frères. J’ai vécu seul dans mon esprit, dans les pires conditions. Mais je n’ai jamais été seul vraiment. A mes yeux, la différence est cependant réelle. Je ne suis maître de rien et surtout pas de moi-même. Je me sais libre et responsable, mais je ne détermine que peu ce dont je suis responsable. Les occasions, les rencontres, l’action des autres, les événements aussi hasardeux soient-ils, me commandent.

Alors, aujourd’hui, j’essaie de retrouver cette attitude d’acceptation positive en vivant pleinement le jour qui passe, en acceptant de ne pas savoir ce que sera mon lendemain, tout en le préparant de mon mieux, c’est ce que j’appelle l’espérance. J’essaie de vivre la fraternité pour aller à la rencontre de l’Amour absolu. Je suis conscient de ma fragilité, mais fragilité n’est pas impuissance. Le dépouillement n’est pas forcément signe de mort. Il peut être l’occasion d’une vie plus intériorisée.

C’est une difficulté qui peut être source d’un bien. J’ai là l’occasion de creuser mon sillon, d’approfondir ma quête initiatique. Le temps qui passe m’invite à réfléchir sur mon propre parcours. Si je le fais dans l’honnêteté de la lucidité, je deviendrai plus indulgent pour les autres ET surtout pour moi même. J’accéderai à la possibilité de me pardonner au lieu de réchauffer les vieux remords. Un vrai pardon, qui dit oui à la vie de toutes ses forces.

Le cercueil déposé au pied de l’Orient est une invitation à se mettre en route vers l’amour, plutôt qu’une réponse. Le sage, le vieux sage, est donc en route dans son propre chemin, qu’il débroussaille peu à peu en marchant vers sa mort, dans l’espérance que ce jour-là le GADLU aura du talent.

Mais, au regard de la Franc-maçonnerie, l’élan de croissance de ma condition humaine n’est pas brisée par la mort, non parce que je vais renaître une énième fois pour continuer à croître, mais parce que, à ce moment-là, je ne suis pas abandonné à moi-même. GADLU est présent, comme il l’a été tout au long de ma vie. Et c’est seulement dans le cadre de cette relation entre le GADLU et moi que je peux espérer réaliser la plénitude de mon potentiel, ce potentiel dépasse d’ailleurs largement tout ce qu’il peut imaginer, puisqu’il est créé à l’image de Dieu qui est Amour. Il est donc d’ordre relationnel, de l’ordre de l’amour. Et celui qui fait l’expérience d’être aimé dans cette vie sait bien qu’en un seul instant la vie tout entière peut basculer et être transformée par la grâce d’une rencontre de la mort.

En ce dernier moment, c’est donc l’amour de Dieu, dans son sens générique du terme, librement donné et librement accueilli, qui mène l’homme à la plénitude de la vie. Venir dans la condition de s’éprouver soi-même, c’est se révéler. L’action d’auto génération de la Vie est son action d’auto révélation.

La vie vient en soi, s’éprouve elle-même, et se révèle à elle-même. Ajoutons, sans pouvoir développer ici ce point essentiel, que la révélation d’Hiram étant la révélation du Maitre, de même que la révélation du Maitre est la révélation d’Hiram, cette révélation commune, cette gloire ou cet esprit commun, est l’âme. Celle-ci procède donc d’Hiram et du Maitre que l’on pourrait aussi transposer dans le monde profane, du Père et du Fils, elle est leur intériorité réciproque existante en soi et pour soi.

Très Vénérable Maitre, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 05:19

Un jour, le Père me dit :

« Il faut que tu aies confiance
Confiance pour frapper à la porte du temple.
Car ceux qui te recevront et te feront Frère,
Témoignent en toi une grande confiance… »

Nous sommes sortis d'une matière dense et en avons rejoint une autre, un peu plus éthérée.
Les Travaux sont ouverts,
Mes frères, nous ne sommes plus dans le monde profane.
Nous avons laisse nos métaux a la porte du Temple,
Elevons nos Coeurs en Fraternité,
Et que nos regards se tournent vers la Lumière !
De la lumière à la vie, car à la lumière qu'il a reçue du Vénérable Maître, l'apprenti devra donner la vie. Il pourrait appréhender cela par la conscience de l'endroit dans lequel il prête serment. A ce jour, je comprends l'apprenti comme symbolisant la prise de conscience, en quelque sorte l'ouverture à la Lumière, le compagnon lui, représente La Conscience de l'homme puis finalement la Maîtrise consacrée à l'ouverture sur l'Ame des choses et des êtres. Le Vénérable Maître donne, et aide à maintenir la vie.
Nous venons du monde de la subsistance, et entrons dans celui de la Connaissance. Pour ma part, j'ai pris conscience de cela quand j'étais dans le Temple, j'ai pris conscience de deux mondes. Le monde profane nous enseigne la maîtrise de notre corps physique et de la matière dense.
Le jeune initie apprend, avec l'aide de ses frères, à sentir le vrai du faux. Par cela, les ennemis de l'initié entrent avec lui dans le temple, se dévêtissent, se démunissent de leur corps physique et montrent leurs vrais visages au fur et à mesure du temps passe dans son temple intérieur. Il devient réceptif aux émotions, passions, et apprend à les connaître. Il comprend leur origine et leur fonctionnement. C'est, je crois la première étape, le début de son cheminement. Je crois avoir appris que la Maçonnerie n'est pas là pour apporter le pouvoir, mais pour faire jaillir le Coeur. Peut-être ce Coeur dont parlent encore tous ceux qui sont passés, avant nous, sur l'autre versant. Rien n'est plus illusoire que de vouloir dominer. Ce n'est, en tout cas, pas l'objectif que je me suis donné.
Je pense à celui qui, sincère et vrai dans son coeur, celui qui a frappé et à qui nous avons ouvert. J'ai envie de lui dire, qu'au travers de la vie, rien n'est plus important que d'avoir été initié.

A La Gloire Du Grand Architecte De l'Univers.

« Learning to fly ». Apprendre à voler et prendre de la hauteur.
Apprendre aussi à voler en évitant de se brûler les ailes. Le mythe d'Icare, voulant voler trop haut, espérant toucher le soleil, se brûle finalement les ailes et trouve la mort. Quoi que je pense que le soleil ne soit pas inatteignable, Icare peut être considéré comme une sentinelle à celui qui est à la recherche du pourquoi.
Je crois que, voyant le but à atteindre, le soleil, il en a oublié le comment. La lumière est aussi un Etre qui brûle. Pour ce qui est de notre cas, ce feu peut jaillir et grandir de jour en jour, de manière progressive, mais peut aussi nous consumer de l'intérieur. Nous pouvons y perdre la raison et notre âme. Cette lumière est un être impitoyable qui ne demande que de l'ouverture pour être reçu par des contenants de plus en plus nobles.
Cependant, ne confondons pas noblesse et austérité.
Le savoir, mais les mots ne sont pas une fin en soi, ils peuvent être un outil qui permet de conquérir cette part de nous même jusque là inconnue. Par cela, il donne un nouveau sens à la vie. Ce sens ne pouvant s'acquérir par les Mots, mais seulement parce que ceux-ci ont a faire Vivre. La solution n'est pas dans les livres mais dans ce que l'on vit. Un vrai maçon, pour moi, n'est pas l'érudit se suffisant de son savoir, mais celui qui doit sa Connaissance à ce qu'il a vécu et non le contraire. L'illusion serait de croire qu'il peut, mais il ne peut faire le contraire. Il ne peut réinventer les règles en fonction de ses imperfections, limites et surtout de ce qui le gène dans cette règle, tout ceci du au fait de son manque de compréhension.
Krishnamurti le disait bien : « Brûlez moi tous ces livres », dans le sens ou les livres ne sont rien, si ceux qui les lisent n'en font que des lettres mortes.
La seule façon de les faire mourir, c'est de les prendre pour la finalité alors qu'ils ne sont que les moyens. Mais alors, me direz-vous, qu'est ce que Vivre ? C'est peut-être faire mourir, ou ne plus donner prise a tous ce qui nous encombre.
C'est sûrement admettre que l'on ne maîtrise que peu de choses.
Que nous sommes les intermédiaires, les outils ou les mediums d'un être plus grand que nous, qui a besoin de nous, et dont nous faisons tous, initiés ou non, partie intégrante.
Que l'on ne peut pas grand-chose en restant seul, et que l'isolement psychologique et physique sont des ennemis de l'initié.
Que l'analyse et le savoir, s'ils n'apportent pas le bien-être deviennent un enfer, une prison des mots.    
Apprendre à voler, c'est je crois, redonner leur valeur réelle aux choses. La place des outils dans la société qui permettent ensuite une réelle amélioration de l'homme. Les mots ne sont que le véhicule de la pensée, et la pensée, celui de la Conscience. Cependant, nous pouvons avoir une grande érudition au sujet de vastes sujets, sans jamais en avoir conscience. La conscience, devenant, elle, le véhicule de ce que l'on peut appeler la Vérité, si tant est qu'elle existe. La conscience se vit de l'intérieur, passant par le ressenti, elle nous donne des « Flash » qui sont des lumières à jamais allumées dans notre Ame. Je crois que ces flashs sont comme un champ électrique produit par deux fréquences qui se rejoignent en certaines circonstances.
Le plus important pour moi, n'est pas la Loi ou le texte, mais bien son esprit. A mes yeux, l'auteur utilise les mots pour retranscrire un esprit, ou un état d'être. La difficulté, c'est que nous croyons retrouver ceux-la au travers du texte, c'est encore souvent mon erreur. En fait, Il faut peut-être se servir du texte pour pouvoir chercher à l'intérieur. La clarté de la Connaissance, la Connaissance étant là pour éclairer. Pour ce qui est de mon cas, j'ai bien évidemment lu des choses, et j'aime beaucoup ça. Mais je sais aujourd'hui que ces choses lues ne me sont d'aucune aide tant qu'elles ne sont pas claires dans ma tête. J'entrevois certains concepts, mais le savoir ne suffit pas, et c'est très bien qu'il ne doive pas suffire de savoir pour connaître. Le temps et la réflexion font que ce savoir passe au stade de ce que l'on peut appeler la Connaissance, par la prise de conscience des réalités que cachent ces concepts. Je crois que la chose la plus dure à accepter en tant que Franc-maçon, c'est que la Connaissance de Soi ne découle que de la Vie en Soi. « La Connaissance immédiate, qui est lumière Solaire, s'oppose à la lumière lunaire qui, étant réfléchie, figure la connaissance discursive et rationnelle. »
« Cette lumière, à laquelle se réfèrent tous les rites, n'est autre que la connaissance transfigurante, que les maçons ont pour devoir d'acquérir. » (Dictionnaire des symboles)
Nous savons tous cela, mais ce qui est aussi paradoxale, c'est que nous nous évertuons à chercher à l'extérieur ce qui ne peut se trouver qu'à l'intérieur. Héritage cultuel, peut-être. Ou tout simplement qu'au fur et à mesure que le temps passe, le profane entre doucement, sournoisement dans nos temples et permet ainsi une perte de conscience, puis l'oubli progressif de l'endroit dans le quel nous avons nos travaux. Cela engendre aussi parfois la perte et la séparation de membres de la grande famille à laquelle nous appartenons. Si je puis me permettre, l'on ressent le GADLU par la conscience et non par l'érudition, quoique l'érudition reste une base de données, pour reprendre un terme a la mode, incontournable. Car sans érudition, point de transmission du savoir et sans recherche de la connaissance apportant une certaine érudition, point d'éléments à transmettre.
Nous sommes dans un ordre initiatique traditionnel basé sur la Fraternité. Traditionnel, Fraternel. La tradition est une science qui s'apprend et se transmet. La Fraternité est un état d'être autant qu'une obligation envers nos Fr\ et nos S\, Hommes et Femmes, tant qu'il sont vertueux. Nous avons donc là un échange, une transmission.
Le Comp\ s'étant démuni du non essentiel peut maintenant mettre dans sa besace les connaissances qu'il aura acquises lors de ses rencontres et voyages autour du monde. Il s'enrichira de ce que lui enseigneront les M\ au travers de son périple. Mais dans quel but ?
La question peut se poser. Est-ce pour s'enrichir soi-même, pour soi-même ? Certes oui ! Mais c'est aussi et surtout dans l'esprit qui nous anime, dans le but de ramener au sein de la loge des connaissances accrues quant aux secrets du métier. De façon à embellir l'édifice et transmettre à son tour, une fois passé a la Maîtrise ces dits secrets.
Car le rôle et les devoirs du M\, restent bien de transmettre et d'entourer les Comp\ sur le chantier, afin que l'édifice continue à s'élever vers le haut, sans cesse et sans cesse depuis le commencement des temps jusqu'a la fin, si tente qu'il y ait une fin un jour.
Gloire à ceux qui persévèrent pour Connaître et voir…
L'édifice est un être fragile. Il faut beaucoup d'énergie pour l'élever et très peu pour ruiner sa santé, à nous d'être vigilants.
Comme tout enfant, l'initié aura ses joies émerveillées, ses caprices et ses colères. Dans deux ans, il aura l'age de raison. Demain, il sera grand, parce qu'il aura aussi écouté les héritiers des fondateurs qui les auront remplacés et par ceux qui sont venus les rejoindre.
Alors, demain nous serons adultes, dans la joie et la sérénité, travaillerons à la Gloire Du Grand Architecte De l'Univers.
Nous avons demande la Lumière, elle nous a été donnée.
A nous d'en faire bon usage.
« Demandez et vous recevrez, Frappez, et l'on vous ouvrira ».

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 06:19

Pourquoi ne pas débuter ce travail en citant André Malraux ? « Pour tout homme, il y a quelque chose de pire que la mort, c'est de mourir sans avoir découvert les richesses qu'ilportait en lui-même ». Pourquoi ne pas ajouter que la Fraternité se construit sur la révélation des richesses de chacun, celles de celui qui donne avec celles de celui qui reçoit ? Attention, si nous voulons connaître cette révélation autrement dit si nous voulons savoir ce qui nous est encore inconnu et ainsi consolider notre initiation, il nous faut mettre en oeuvre une des règles fondamentales de la vie réussie en Loge... La richesse de l'homme est qu'il constitue une synthèse déchirante entre la vie et l'infini. Le maçon est aussi une synthèse constante d'animalité et de spiritualité. Il n'existe pas d'obstacle à associer la vie avec l'animalité d'une part, l'infini avec la spiritualité d'autre part. Par contre, il est souhaitable qu'un maçon travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté se donne les moyens de minimiser ses instincts pour vivre et partager avec le monde une véritable spiritualité. Il est aussi souhaitable qu'un maçon ne connaisse plus les déchirements de la vie, il doit être capable et libre de vivre dans la sagesse... Cependant un constructeur ne peut réussir une œuvre harmonieuse sans une vue d'ensemble; vue d'ensemble à partir de laquelle il déterminera le style et les proportions des détails. Il trace ainsi le cadre nécessaire à toute véritable action. Loin d'entraver sa liberté de création, ce cadre en jalonne le champ d'action et marque les différentes étapes de la réalisation. De même la conscience des relations unissant l'homme, l'œuvre et le Principe créateur caractérise la démarche maçonnique dans laquelle les rituels et les symboles ne contraignent pas notre liberté mais bien au contraire nous offre les moyens de notre quête. Ce qui différencie l'animal de l'homme est l'échange. Echanger, ce n'est pas seulement parler, c'est aussi écouter. Aujourd'hui, la parole et l'écoute se perdent. Nous sommes en train de voir disparaître notre capacité d'échanger du «subjectif » entre nous. Le subjectif, c'est le sens que chacun d'entre nous attribue aux autres avec son imaginaire. Oui, le propre de l'homme, c'est de pouvoir parler, lire et écrire. C'est pourquoi les enfants doivent se construire dés leur plus jeune âge. C'est pourquoi les maçons, eux aussi, ont le devoir de se structurer dès leur initiation. Construire et structurer sont des mots qui ont la même origine latine « stuere » ; on en tire également les termes : détruire, instruire, obstruer... Tout un programme où curieusement les contraires peuvent s'obtenir en partant de la même racine. Alors pourquoi pouvons-nous parvenir à des résultats complètement opposés alors que le départ est le même ? Pourquoi certains jeunes vont-ils bien évoluer et d'autres rester plus ou moins analphabètes ? Même question en ce qui concerne les francs maçons ? L'expérience de la vie de tous les jours est-elle transposable aux loges que nous fréquentons? Que pouvons-nous observer dans notre environnement? L'individualisme ambiant, celui de notre plaisir, celui de nos intérêts, entraîne une perte d'échanges et la disparition de la solidarité. Or parler à l'autre quand «il est mal » n'est pas qu'une histoire de bons sentiments, c'est une nécessité vitale. L'homme a besoin de l'autre pour exister. Il a besoin de «dire ». Sinon, il serait bien capable d'en « venir aux mains » avec plus ou moins de violence dans le style de: « je veux, donc je vole » ou encore: « je désire, donc je viole » et parfois « je n'existe plus, donc je pars »... Cela peut commencer dés le plus jeune âge. L'insécurité où se trouvent certains enfants incapables de maîtriser le langage fait qu'ils ne s'expriment plus que par la violence. La vraie réponse à cette dérive est l'apprentissage de la parole pacifique. Il n'y a pas que cela bien sur, mais c'est essentiel. Pour en arriver là, l'enfant a besoin de ses parents. Ils sont là pour lui dire au moins une fois, ne serait-ce qu'une fois : « je ne t'ai pas compris ». L'enfant fera alors l'effort de mieux choisir ses mots, pas seulement pour faire plaisir, mais surtout pour être plus fort et s'affirmer en tant que personne à part entière, pour avoir plus de prise sur les autres, plus de prise sur le monde. Certains auront la chance de vivre cette expérience, d'autres pas. En prenant conscience de ce que parler veut dire, l'enfant passe du stade où il parle de ce qu'il voit en tendant la main vers l'objet qu'il désire au stade plus évolué où une pensée commence à vraiment s'élaborer. Seule cette capacité de penser et d'échanger du subjectif lui permettra ensuite de lire et d'écrire. Sinon, c'est le début de l'illettrisme et de la spirale infernale avec les conséquences de violence que nous observons trop souvent. Si vous le permettez, quelques mots sur ce phénomène actuel car j'en ai déjà trop dit, mais, en même temps, pas assez. Prenons l'exemple des élèves qui arrivent en classe en ne sachant parler que de ce qu'ils voient directement devant eux, ils ont un vocabulaire très faible et encore moins de structure grammaticale. Résultat : ils ne pourront pas entrer dans l'échange par la lecture et l'écriture, déjà trop subjectives pour eux... Ils resteront des petits déchiffreurs et ne comprennent pratiquement plus rien à ce qu'ils tentent de lire. Laissez ainsi ces élèves plusieurs années dans un monde scolaire dont ils ne pénètrent ni le sens, ni l'intérêt et vous obtiendrez un phénomène de rejet complet car les êtres humains, même tout jeunes, ne peuvent pas accepter l'idée de ne laisser aucune trace d'eux-mêmes. La trace la plus naturelle que l'on peut laisser, c'est d'abord par la parole qu'on le fait. Or, si on les prive de cette capacité, ils vont petit à petit rentrer dans la violence, unique moyen d'expression qui leur reste. A partir du moment où ils sont enfermés dans leur cercle étroit, ils vont développer entre eux des habitudes de paroles spécifiques au groupe. Vous savez, ces codes gestuels muets et ces charabias parfaitement incompréhensibles qui ressemblent plus à une suite d'onomatopées qu'à autre chose. Surtout ne me parlez pas de « nouvelle culture ». Une véritable culture se choisit et se travaille. Ces jeunes, eux, ne choisissent rien, ils subissent. Pour eux, l'échec devient un signe de reconnaissance, toute marque de progrès ou de réussite, devient aussitôt une forme de trahison. C'est une véritable tribalisation de l'échec ! Mais revenons au coeur du sujet et prenons un peu de recul. Le philosophe allemand Ernst CASSIRER (1874-1945) qui étudia les mythes et les religions a défini l'homme comme un animal symbolique. Je le cite : « Vivre pour l'homme, ne consiste pas à vivre de façon terre à terre, mais à vivre avec sens. Nous y parviendrons en donnant une portée symbolique à tout ce que nous entreprenons. Alors notre vie s'enrichira automatiquement » ; qui plus est quand nous sommes franc-maçon. Nous naissons à une nouvelle vie à chaque initiation. C'est une chance à ne pas gaspiller, donnons lui du sens surtout que nous disposons de trois outils d'une efficacité remarquable. Je veux parler des Règlements généraux, des rituels et du Volume de la Loi Sacrée. Oui, mes frères, inutile d'aller chercher bien loin ce qui est placé devant notre nez. Qui d'entre nous consulte régulièrement ces trois ouvrages ? Pourtant, ils sont bien l'alphabet nécessaire à tout voyage initiatique. Ils sont quelques uns des fondamentaux qui nous permettent de passer de l'animalité à la spiritualité. Les Règlements généraux devraient être parfaitement assimilés par chaque maçon. Ce ne sont pas des documents réservés à l'orateur. Ils permettent le fonctionnement fluide et cohérent de chaque tenue. Ils déterminent les «règles du jeu». Imaginez un joueur d'échecs qui ne connaitrait pas la manière de déplacer les pièces sur son échiquier. Alors que penser des tenues où tout à coup le travail maçonnique perd tout intérêt quand on se met à ergoter sur un point mal connu de nos modes de fonctionnement ? Ce sont des moments perdus, ce sont des occasions de travail et de progression gaspillées ! Les rituels du Rite Ecossais Ancien et Accepté devraient être nos livres de chevet. Ce sont de merveilleux outils. Ils nous offrent le moyen de nous structurer. Ils sont le mode d'emploi de notre vie de maçon. J'ai eu un surveillant qui rabâchait : « Le rituel, rien que le rituel, toujours le rituel. Tout y est ». Les rituels sont là pour nous donner des références, pour nous indiquer la progression de notre travail. Nous pourrions en parler longtemps. Ce sont les cailloux blancs que le petit poucet a bien voulu placer le long du chemin maçonnique pour éviter que nous nous perdions! Le Volume de la Loi sacrée... L'une des trois grandes lumières de la franc- maçonnerie. Là aussi, il y aurait tellement à dire, pourtant nous n'en parlons que trop rarement. Certains vont jusqu'à se chamailler pour savoir si il vaut mieux utiliser la Bible ou tout autre document, voir même, dans certaines loges, un livre dont les pages seraient blanches ! Les tenants d'une telle aberration n'ont pas conscience de l'absurdité de leur démarche. En évacuant Le Volume de la Loi Sacrée, en vidant le Rite de toute dimension spirituelle, ils sont en contradiction complète avec leur démarche puisqu'ils pratiqueraient alors une recherche strictement spéculative en rompant avec la régularité de l'institution originelle. Fidèle aux principes fondamentaux de la Maçonnerie traditionnelle, le Rite Ecossais Ancien et Accepté reconnaît l'existence d'un principe créateur sous l'appellation du Grand Architecte de l'Univers et déroule ses travaux en présence des trois grandes lumières. En fait les trois grandes lumières propagent la Lumière pour qui veut bien la rechercher et la recevoir activement. Non pas une lumière indéterminée jaillissant de trois petits luminaires qui seraient :

- un livre particulier à chacun, suivant ses propres aspirations religieuses ou profanes
- une équerre à sa dimension, permettant de choisir ses règles personnelles de comportement
- un compas sur mesure où chacun se contenterait de ses maigres objectifs.
Mais la Lumière idéale avec :
- le compas qui est la mesure commune permettant de situer le sens et la portée de nos actions.
- l'équerre, emblème de la loi morale, dépassant elle aussi tous les particularismes. Quel serait le sens d'une morale réduite aux aspirations de chaque homme ?
- le Livre de la Loi Sacrée, symbole de la Tradition. Devrait-il faire exception à de tels principes unitaires ?

En effet, pour notre Rite Ecossais Ancien et Accepté, la bible n'est pas le livre d'une religion révélée, mais un outil symbolisant le fini et l'infini, le contingent et le permanent, le matériel et le spirituel. Même si la bible n'est pas un livre historique au sens scientifique du terme, elle est, comme tous les livres sacrés des civilisations du monde, une chronique traitant de l'histoire et du devenir de l'humanité. Elle offre la synthèse de tout ce qui existe entre les deux pôles équilibrant l'initiation, symbolisés par l'équerre et le compas. En outre, elle proclame le devoir de fraternité, d'amour et d'harmonie en rappelant que l'humanité forme une famille unique dont chaque membre est l'égal des autres. L'usage qu'en fait le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne vise qu'un objectif symbolique figurant la voie initiatique, usage fondé sur la spiritualité. Nous ne devons voir dans ce volume qu'un outil spécifique au Rite, indépendant de toute prise de position religieuse ou politique. Si l'on prend le Volume de la Loi Sacrée dans ce sens, les frères ne peuvent éprouver la moindre réticence face à la bible, pas plus qu'ils ne peuvent en éprouver face aux rituels et face aux Règlements généraux. Les maçons se rattachent à un cadre spirituel qu'ils revendiquent et qu'ils ne cherchent pas à dissimuler ou à édulcorer. C'est le cadre de la régularité et de la Tradition. Le Volume de la Loi sacrée est notre outil spirituel, alors utilisons le pleinement et totalement! Bien entendu, le maçon est plus que tout autre attaché au sens spirituel de l'Ecriture, alors qu'il laisse à chacun le soin d'interpréter selon ses convictions le sens littéral. Ce sens spirituel se décompose traditionnellement en sens allégorique, en sens moral et en sens anagogique. Rappelons-nous que anagogie vient du grec «agôgos » signifiant : « qui conduit vers » et «ana » qui veut dire : « en haut ». C'est donc par l'interprétation des écritures que l'on s'élève du sens littéral au sens spirituel. Autrement dit nous pouvons résumer le sens spirituel du Volume de la Loi Sacrée en quatre points : - le sens littéral qui raconte les événements
- l'allégorie qui indique ce qu'il faut croire
- le sens moral qui donne la voie de ce qu'il faut faire
- l'anagogie qui montre vers quoi il faut tendre pour s'élever.
Le Volume de la Loi Sacrée nous livre des expériences, des références qui permettront à chacun - selon sa personnalité et sa culture - de vivre sa propre spiritualité pour réfléchir, penser et agir. La finalité en sera bien sur de se structurer pour pouvoir mieux construire sa vie d'homme et sa vie de maçon dans l'action. Comme notre jeune enfant, celui que nous avons croisé au début de cette planche, il nous faut d'abord parler, puis lire et enfin écrire pour prétendre être quelqu'un. Cela nécessite un vrai travail. Les outils sont à notre disposition. Les règlements généraux nous permettent de gravir la première marche du progrès par l'acquisition de la « parole pacifique » condition indispensable à l'échange. Les rituels nous ouvrent et déploient la pensée du Grand Architecte de l'Univers, ils nous emmènent plus loin avec la possibilité de comprendre par l'expérience le voyage initiatique. C'est la «lecture » de ce que doit être le parcours de notre vie. Le Volume de la Loi Sacrée nous conduit avec la spiritualité à la création par « l'Ecriture ». Agir devient enfin simple. Il est temps de dépasser le : « Te ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu'épeler ». Celui qui est capable de s'exprimer puis d'écrire est celui qui tracera et bâtira réellement ses vies maçonnique et profane. Il ne se contentera plus de suivre le troupeau des adeptes de la pensée unique... Vivre en Loge, c'est prendre la parole, c'est rédiger des planches, c'est utiliser les outils que le REAA nous propose, c'est aller chercher chez les frères et en soi ces parcelles de Lumière qui nous permettront de construire une véritable fraternité en n'abandonnant personne sur le chemin... Fraternité indispensable pour « Mieux travailler d construire une alliance universelle d'hommes éclairés, réunis pour oeuvrer en commun au perfectionnement spirituel, moral, matériel et intellectuel de l'humanité ». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Ce « Gloire au travail » que l'on trouve dans le rituel du REAA n'est-il pas le parfait résumé de ce que j'ai pu dénommer « un des fondamentaux de la vie réussie en Loge » ? Vénérable Maître et vous tous mes Frères, j'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 10:59

Bonjour

Je suis en train de travailler sur le thème des tabliers maçonniques, de leur histoire, symboles et matières.

Dans ce cadre je recherche tous les éléments possibles et imaginables :

-          Références bibliographiques

-          Illustrations (photo, gravure, film, dessin …)

-          Travaux sur ce thème

-          Modes de fabrication

Je vous tiendrai informé de l’avancée des travaux par ce blog.

Je vous remercie par avance pour le temps que vous voudrez bien consacrer à ce thème.

Jean.

Mon mail

les.farges@gmail.com

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