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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 06:07

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 14:31

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 16:38

Certains Frères trouvant les images irlandaises qui sont sur mon blog très orientées, je précise que si je suis d’origine irlandaise, fière et républicaine, c’est de l’Irlande Michaël Collins qu’il s’agit et que celui-ci, « Irlandais, Républicain et Fier » a été abattu à l’âge de 31 ans par ses « Frères irlandais ». Michael Collins (1890-1922) fut un grand acteur de la lutte pour l’indépendance Irlandaise. Il fut l’instigateur d’une véritable guérilla menée à l’encontre du gouvernement britannique, et parvint à obtenir des négociations pour obtenir une République d’Irlande indépendante et autonome… à condition de laisser le Nord aux anglais.

Né à Woodfield dans le comté de Cork, le 12 octobre 1890, Michael Collins est le troisième garçon, et le dernier né parmi 8 enfants.

A l’époque où Collins grandit, sa famille vit de façon confortable. Son père, membre des Fenians, lui inculque très tôt des valeurs politiques révolutionnaires, en faveur du nationalisme irlandais. A l’âge de 7 ans, Collins perd malheureusement son père, et sa mère prend son éducation en main en l’inscrivant à l’examen d’entrée au Service des Postes Britanniques, examen qu’il réussit avec brio, et qui précipite son départ de la maison familiale pour Londres. De ses 15 à 25 ans, il vit à Londres, travaillant au sein du service financier de la Poste Britannique, puis change de nombreuse fois d’emplois. Collins décide alors d’intégrer l’IRB en 1909. Il a alors 19 ans. 1914 : la Première Guerre Mondiale ébranle l’Europe. Michael Collins est alors informé d’un projet : celui d’une insurrection généralisée. Il s’agit de l’Insurrection de Pâques, une révolte où l’Irlande entend profiter de l’affaiblissement de l’Angleterre en ces temps de guerre, afin de renverser les Britanniques, et ainsi déclarer une République d’Irlande officielle. Désirant apporter son aide, Michael Collins quitte alors Londres pour Dublin en 1916. Fin stratège, et doté d’une capacité d’analyse reconnue, il est alors nommé Conseiller Financier du Comte Plunkett et participe à l’organisation de la révolte. Lorsque celle-ci éclate, Collins se bat aux côtés de grands ledarers nationalistes tels que Patrick Pearse, avec qui il se charge de prendre d’assaut la la Poste Centrale. L’insurrection est un désastre militaire vite écrasée dans le sang par les anglais. Comme beaucoup d’insurgés Collins est arrêté et envoyé au camp d’internement de Frongosh au Pays de Galles. Au moment de la libération des insurgés, il était déjà devenu un des leaders du Sinn Féin. Dès octobre 1917 Collins devient membre de l’exécutif du parti et directeur de l’Organisation des Irish Volunteers. Collins apprend grâce à son propre réseau d’informateurs, que les britanniques projettent une arrestation massive des principaux députés du Sinn Féin. Il alerte donc les intéressés, mais Eamon De Valera ordonne aux leaders d’ignorer cette information, mettant en cause la fiabilité de cette nouvelle. La menace est pourtant bien réelle, et les députés sont finalement arrêtés : seul Collins parvient à échapper à l’arrestation. En avril 1919 Collins fait évader De Valera de la prison de Lincoln. Pendant l’été il est élu Président de l’IRB et décide de restructurer l’organisation pour en faire une armée véritable. En septembre, Collins est nommé Directeur des Services de renseignements de l’IRA. La Guerre d’Indépendance (1919-1921) démarre le jour de la première session du nouveau parlement irlandais par l’assassinat de deux policiers dans le Comté de Tipperary. En 1919, Collins est nommé Ministre des Finances par De Valera. Alors que la plupart des ministères n’ont qu’une existence toute théorique du fait des menaces d’arrestations voire d’assassinat provenant des La Royal Irish Constabulary ou RIC, des Black and Tans, des Auxiliaries ou de l’armée britannique, Collins se lance dans une grande organisation de son ministère. Il met en place une collecte massive de fonds financiers afin de financer les forces vives de la République d’Irlande, comme la création d’un groupe spécial d’assassins appelés les Douze apôtres chargés des basses œuvres de l’IRA. Ses actions font de lui un meneur, ainsi que le symbole d’une menace réelle qui dérange au plus haut point les autorités britanniques. Tant et si bien, que sa tête est alors mise à prix pour la somme de 10 000 livres sterling. Mais Collins ne dérange pas seulement les britanniques. Ses prises de positions se heurtent à celles de De Valera. Entre les 2 hommes naît alors une rivalité sans borne où De Valera tente d’isoler Collins afin de l’éloigner de l’Irlande… En vain. 

Le Scandale du Traité de Londres

Toujours désireux d’obtenir officiellement l’indépendance de l’Irlande et sa République, Collins est désigné par Eamon de Valera pour négocier un traité à Londres, en 1921. Il part alors avec son accolyte Arthur Griffith (1871-1922). Malheureusement pour Collins, la signature du Traité à Londres va provoquer une véritable Guerre Civile Irlandaise (1922/1924), où les pro-traités vont affronter les anti-traités durant plus de 2 ans.

Malgré le scandale, Collins est à la tête du gouvernement provisoire. Il seconde également Arthur Griffith (1871-1922), devenu Président en janvier 1922, à l’établissement de l’État libre.

Vers le milieu de l’année 1922, Michael Collins abandonne ses responsabilités au gouvernement et devient le commandant en chef de l’armée nationale. En avril 1922, Eamon de Valera ordonne à 200 hommes anti-traités d’envahir les Four Courts. Collins en réponse, se verra attribué la lourde tâche de bombarder le bâtiment. Après quelques mois de lutte, Collins est finalement contraint de se déplacer dans le comté de Cork. C’est à Béal na mBláth, que le convoi de Collins est prit dans une embuscade républicaine. Collins est alors abattu d’une balle dans la tête le 22 août 1922. Il était âgé de 31 ans.

source : http://www.guide-irlande.com

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 08:15

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 07:04

 

Je me lève aujourd’hui,
Par une force puissante,
L’invocation à la Trinité,
La croyance à la Trinité,
La confession de l’unité du Créateur du monde.
 

Je me lève aujourd’hui,
Par la force de la naissance du Christ et de Son Baptême,
La force de Sa Crucifixion et de Sa mise au tombeau,
La force de Sa Résurrection et de Son Ascension,
La force de Sa Venue au jour du jugement.
 

Je me lève aujourd’hui,
Par la force des ordres des Chérubins,
Dans l’obéissance des Anges,
Dans le service des Archanges,
Dans l’espoir de la Résurrection,
Dans les prières des Patriarches,
Dans les prédictions des Prophètes,
Dans les prédications des Apôtres,
Dans les fidélités des Confesseurs,
Dans l’innocence des Vierges saintes,
Dans les actions des Hommes justes.
 

Je me lève aujourd’hui,
Par la force du Ciel,
Lumière du Ciel,
Lumière du Soleil,
Éclat de la Lune,
Splendeur du Feu,
Vitesse de l’Eclair,
Rapidité du Vent,
Profondeur de la Mer,
Stabilité de la Terre,
Solidité de la Pierre.
 

Je me lève aujourd’hui,
Par la force de Dieu pour me guider,
Puissance de Dieu pour me soutenir,
Intelligence de Dieu pour me conduire,
Oeil de Dieu pour regarder devant moi,
Oreille de Dieu pour m’entendre,
Parole de Dieu pour parler pour moi,
Main de Dieu pour me garder,
Chemin de Dieu pour me précéder,
Bouclier de Dieu pour me protéger,
Armée de Dieu pour me sauver :
Des filets des démons,
Des séductions des vices,
Des inclinations de la nature,
De tous les hommes qui me désirent du mal,
De loin et de près,
Dans la solitude et dans une multitude.
 

J’appelle aujourd’hui toutes ces forces
Entre moi et le mal,
Contre toute force cruelle impitoyable
Qui attaque mon corps et mon âme,
Contre les incantations des faux prophètes,
Contre les lois noires du paganisme,
 

Contre les lois fausses des hérétiques,
Contre la puissance de l’idolâtrie,
Contre les charmes des sorciers,
Contre toute science qui souille le corps et l’âme de l’homme.
 

Que le Christ me protège aujourd’hui :
Contre le poison, contre le feu,
Contre la noyade, contre la blessure,
Pour qu’il me vienne une foule de récompenses.
 

Le Christ avec moi,
Le Christ devant moi,
Le Christ derrière moi,
Le Christ en moi,
Le Christ au-dessus de moi,
Le Christ au-dessous de moi,
Le Christ à ma droite,
Le Christ à ma gauche,
Le Christ en largeur,
Le Christ en longueur,
Le Christ en hauteur,
Le Christ dans le coeur de tout homme qui pense à moi,
Le Christ dans tout oeil qui me voit,
Le Christ dans toute oreille qui m’écoute.
Je me lève aujourd’hui,
Par une force puissante,
L’invocation à la Trinité,
La croyance à la Trinité,
La confession de l’unité du Créateur du monde.
 

Au Seigneur est le Salut,
Au Christ est le Salut,
Que Ton Salut Seigneur soit toujours avec nous.
 

Amen ! Amen ! Amen !  

 

Source : http://catholiquedu.free.fr/prieres/STPATRICK.htm

 

 

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 07:12

La langue gaélique, hélas moribonde aujourd’hui, est véritablement fascinante. Jadis langue vernaculaire de l’Irlande, mais aussi langue véhiculaire grâce au zèle d’ecclésiastiques érudits qui l’exportèrent jusqu’en Écosse, son rayonnement fut exceptionnel. L’Irlande peut également se targuer d’avoir fixé, avant d’autres, sa langue, d’où la création d’ouvrages littéraires qui sont les plus anciens d’Europe de l’Ouest en langue vernaculaire.

Malheureusement, la langue gaélique n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même en tant que langue «vivante», car le nombre de ses locuteurs est aujourd’hui très faible: à peine plus de 3% d’Irlandais parlant la langue quotidiennement, des locuteurs qui résident le plus souvent dans des régions côtières reculées à l’ouest de l’Irlande, comme on peut le voir sur cette carte.

Il est bien entendu très difficile d’établir des statistiques fiables sur le nombre de locuteurs réels de la langue, car nombreux sont ceux qui s’auto-proclament «locuteurs» par affection envers la langue de leurs ancêtres… ou tout simplement parce qu’ils surestiment pas mal leur connaissance de la langue, apprise en langue étrangère (pardon: «nationale»!) à l’école…

J’aurai l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises le gaélique et les polémiques qui font rage en Irlande du Nord à son sujet, tant cette langue est aujourd’hui devenue un enjeu politique et un marqueur communautaire dans ce bout d’Irlande troublé.

Aujourd’hui, je vais simplement évoquer la langue en elle-même. Bien qu’ayant étudié un peu le gaélique, je suis loin d’être un pro et je ne vais donc pas entamer une docte dissertation sur le sujet! Mais cette langue mérite quand même qu’on s’y attarde un peu.

Son orthographe, tout d’abord, est au premier abord extrêmement déroutante, car elle n’est en rien phonétique. Ainsi, Taoiseach (le titre officiel du Premier ministre irlandais) se prononce «tichoc», le prénom Siobhán se prononce «chivonne» etc. Paradoxalement, malgré une orthographe complexe, le nombre de lettres est pas mal réduit: point de j, k, q, v, w, x, y ou z (sauf dans le cas de certains mots empruntés à l’anglais).

Ceci dit, on finit par découvrir que l’orthographe est, somme toute, logique et donc plutôt prévisible… Ainsi, le «aoi» de «Taoiseach» se prononce toujours «i» (un «i» long), et le «s» se prononce toujours «ch» devant un «e» ou un «i», d’où les prénoms irlandais Seán («chane») ou Sinéad («chinéde»), par exemple. Et certaines combinaisons de consonnes permettent de pallier le manque de lettres utilisées: par exemple «mh» ou «bh» se prononcent comme un «v», d’où Siobhán qui se prononce «chivonne» ou Naoimh qui se prononce «nive»… Vous me suivez ? (Ça dort, dans le fond…)

Autre caractéristique troublante: la grammaire de la langue veut qu’on ajoute, dans certains cas, un «h» après la première consonne! Exemple: «cistin» (prononcé «kistchine») signifie «cuisine»; mais comme le mot est féminin, on est tenu d’ajouter un «h» si le nom est précédé de l’article «an» (signifiant «le» ou «la»), ce qui nous donne alors «an chistin» (prononcé «chistchine», avec le «ch» de «ich» en allemand).

Il arrive également, là encore pour des raisons de grammaire, que l’on doive «adoucir» la première consonne. Du coup, on peut se retrouver avec «gcistin», le «g» étant une consonne plus douce que le «c» de «cistin»…

Les pluriels ne sont pas tristes non plus: «garda» (le singulier de «policier» s’orthographie «gardaí» au pluriel (prononcé alors «gardi»). Mais il existe d’autres pluriels autrement plus étranges, comme le pluriel de «cistin» qui est «cisteacha», ou le pluriel de «feis» («festival») qui est «feiseanna»…

Plus bizarre encore: l’ordre des mots. On commence par le verbe, sachant qu’il y a deux verbes «être», comme en espagnol, et pas de verbe avoir! L’un des deux verbes «être» décrit un état permanent: «Is Éireannach mé» (littéralement: «Est irlandais moi», autrement dit «je suis Irlandais»); l’autre décrit un état passager: «Tá mé déanach» («Est moi en retard»… vous en aurez deviné le sens).

Mais le pire, c’est qu’il n’y a pas de mots pour dire «oui» ou «non»! On est censé reprendre ce qui a été dit à la forme positive ou négative (d'où de graves soucis si on faisait semblant d’écouter!), ce qui donne des dialogues à la sauce «Astérix chez les Bretons»: «Beau temps, n’est-il pas?» «Il est». Ceci dit, les locuteurs du Donegal (et sans doute d’ailleurs) ont de plus en plus tendance à imposer une formule passe-partout, contractée de surcroît, pour pouvoir dire «oui» ou «non» en toutes circonstances (et les tirant d'un mauvais pas lorsqu'ils n'écoutaient pas)!

Autant le reconnaître, donc, la langue gaélique n’est pas de la tarte, mais je vous jure qu’on finit par en comprendre sa logique! Ceci dit, il existe des manuels de langue irlandaise qui ne font rien pour en encourager l’apprentissage. Le tout premier manuel que j’avais acheté était particulièrement démotivant. Leçon 1: «Je suis satisfait. Es-tu satisfait? Je ne suis pas satisfait» etc. Traduisez: «Le prêtre est dans la maison», «le fermier est dans son champ»… Des exercices grotesques qui me rappelaient mes cours de latin: «La servante est dans l’atrium», «le maître parle à l’esclave»

Lassé, j’ai ensuite commandé un manuel scolaire pour collégien. Ce fut le jour et la nuit: j’avais enfin affaire à une langue vivante! Première leçon: «Salut! Comment ça va? Tu veux aller en ville avec moi?» Enfin de vrais dialogues et des situations sympa!

J’ai donc étudié le gaélique avec ce manuel, ainsi que le tome suivant, et fait les exercices qui allaient avec et c’est ce qui m’a donné les bases que j’ai aujourd’hui, même si j’ai pas mal perdu depuis. J’ai également effectué plusieurs stages (des vacances, en fait!) au collège irlandais «Oideas Gael», dans le magnifique village de Glencolmkille, au sud-ouest du Donegal. Je recommande vivement ce collège, même si l’intérêt des cours varie fortement d’un prof à l’autre… comme partout.

Le collège possède également un coin librairie où j’ai acheté mon dictionnaire anglais-gaélique de poche, le «Foclóir póca» («dictionnaire de poche»). Allez, je ne peux pas m’empêcher de polémiquer un peu… Mon édition (plutôt ancienne) propose, en fin d’ouvrage, une liste de pays et régions. Les îles britanniques y sont très représentées… Les îles «britanniques»? Non! Pour la communauté catholique indépendantiste, ces îles ne sont absolument pas britanniques! Et vous ne trouverez donc pas, dans cette liste de repères géographiques plutôt exhaustive, d’îles britanniques… Par contre vous y trouverez, sans problème, l’île de Man, les îles anglo-normandes ou les îles Shetland… Donc, si un Protestant unioniste d’Irlande du Nord, qui, pour le coup, considère l’Irlande et la Grande-Bretagne comme formant les «îles britanniques», souhaite traduire ce repère géographique, il n’a plus qu’à chercher dans un autre dictionnaire!

Au fait, le mot «Britannique» non plus ne figure pas dans mon édition du «Foclóir póca»… bizarre. Quant à «Irlande du Nord», ne cherchez pas non plus: vous ne trouverez pas. Il faut dire que les indépendandistes irlandais ne reconnaissent pas la partition entre Irlande du Nord et Éire et qu’ils préfèrent employer des euphémismes pour décrire l’Irlande du Nord, du style «le Nord», ou encore «les six comtés» (d’Irlande du Nord).

Vous trouverez bien «Irlande» sans problème, ou encore «Angleterre» (oui, il n’ont quand même pas osé supprimer ce terme), ou «Pays de Galles», ou «Écosse», mais d’«Irlande du Nord», point…

Vous pourriez être tenté de ruser et de consulter l’entrée en gaélique signifiant «Nord» ou «du Nord» («Tuaisceart»)... Mais même là, vous ne trouverez aucune allusion à l’Irlande du Nord! Et si vous consultez l’entrée pour l’équivalent anglais («Northern»), vous verrez que «Northern» n’est associé qu’à un seul exemple d’usage: «les villes du nord»!

Il est donc limpide que nous avons ici affaire à un dictionnaire conçu en fonction de la sensibilité politique de ses auteurs! Pourrait-on imaginer situation semblable dans le cas d’un dictionnaire français-anglais, par exemple? Comment s’étonner après cela que les Protestants d’Irlande du Nord se méfient tant du gaélique, qu’ils estiment instrumentalisé à des fins politiques…?

Bon, après la rubrique «polémique», sourions un peu quand même: un homme noir (de type africain) se dit «homme bleu» en gaélique irlandais! Quant aux Orangistes, on les taxe d’«hommes jaunes»! Et enfin, le clou: les Français sont des «rats» en gaélique… J'ai la pudeur de penser qu'il ne s'agit pas d'une insulte (?) mais que le «malentendu» a peut-être pour origine des marins français qui auraient débarqué en Irlande avec, à leur bord, certains «passagers clandestins» du genre rongeur!

Source : http://irlande.blogs.liberation.fr/ballyban/2010/09/le-ga%C3%A9lique-une-langue-%C3%A0-en-perdre-son-latin.html

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:43

Cette brève présentation de la musique irlandaise et de son histoire n’a aucune prétention exhaustive, voire ethnomusicologique. Nous ne sommes ni chercheurs, ni même spécialistes de ce domaine.
De très nombreuses études et documents couvrent ce sujet, principalement bien sûr, en langue anglaise.
Mais il nous a semblé intéressant de donner au profane francophone quelques clefs sur cette musique pour la replacer dans son environnement. Cette synthèse est illustrée par les vidéos qui nous ont semblé les plus représentatives; pour agrémenter le texte, certes, mais surtout parce que ces exemples sonores et visuels le rendent bien plus explicite.
Pour nous, musiciens amateurs  pratiquant une musique traditionnelle exotique, il est aussi important de connaître son origine, sa trajectoire, les contextes dans lesquels elle est créée et interprétée, d’apprécier sa place dans la société irlandaise et son avenir que de la jouer et de tirer plaisir de sa beauté mélodique et de ses rythmes frénétiques.
Le seul but de cette partie du site est donc de vous faire entrevoir que, derrière ces successions de notes, il y a un monde, il y a une histoire.
Que les spécialistes soient indulgents et rectifient nos propos, si besoin est.
Pour en savoir plus et consulter nos sources, vous trouverez largement à la fin de ce texte de quoi approfondir le sujet.

 

1 PRESENTATION ET BREF SURVOL HISTORIQUE

S’il vous fallait dire ce qu’est “ la musique française ”, comment vous y prendriez-vous ? Sans doute en expliquant qu’on ne peut pas parler d’une musique, mais de musiques, marquées par les époques, les régions, les styles, les répertoires... Vous pourriez peut-être établir de subtiles filiations avec des musiques d’ailleurs, d’au-delà les frontières, montrer l’influence des immigrations, faire un partage en musiques savantes et musiques populaires et d’autres distinctions encore.
Et bien pour l’Irlande, la difficulté est à peu près du même ordre. On entend déjà les protestations : « Mais non, l’Irlande c’est différent, c’est une musique populaire, traditionnelle, bien vivante, reconnaissable entre mille... C’est celle des pubs enfumés et chaleureux, c’est celle des sessions entre amis ou en famille... »
Mais quoi de commun entre les chants guerriers de la période celte, la musique teintée d’italianisme du harpiste Turlough O’Carolan au XVIIIème siècle et la fusion irlando-jazz du groupe Moving Hearts du début des années 1980 ? Et comment parler d’une Irlande qui serait tout à la fois la terre des premiers peuplements, celle des propagateurs du christianisme, celle des royaumes guerriers féodaux, celle de l’invasion anglaise, celle de la grande famine qui fit perdre au pays deux millions d’habitants ? Une Irlande qui resterait la même dans la résistance opiniâtre à l’occupation britannique ou dans l’intégration européenne, transformée en « tigre économique » à coup de législation du travail « souple » et de capitaux de toutes origines ? Oui vraiment, comment parler de la musique irlandaise ?
Sujet complexe, objet d’investissements affectifs variés, cette musique fait parler. La perception que l’on peut en avoir tient autant du rêve et des désirs que de la musicologie, ce qui vaut pour ses auditeurs, mais surtout pour ses acteurs.
Et pourtant, il est vrai aussi qu’on la reconnaît entre toutes, qu’elle garde par delà les siècles et les diversités régionales une capacité unique à émouvoir et à réjouir, à plonger dans la mélancolie brumeuse ou à déclencher une irrépressible envie de danser... Oui, finalement, elle doit bien exister ! Alors donnons-en quelques repères sans autre prétention que d’en faire un bref survol.

1.1 Une histoire singulière


L’histoire de la musique traditionnelle irlandaise, telle qu’elle nous apparaît en ce début de XXIème siècle, est assez étonnante.
Telle le phénix (ou la population irlandaise), elle a réussi, au prix d’évolutions, à traverser les siècles, alors qu’elle aurait pu disparaître.
Elle a survécu en traversant de nombreuses crises, portée plusieurs fois par le volontarisme de militants parfois plus intéressés pas ses aspects nationaux et identitaires que festifs ou sociaux. On se bornera ici à donner quelques jalons. Cette histoire est un peu comparable à un grand puzzle dont manqueraient de très nombreuses pièces. C’est particulièrement vrai pour ses lointaines origines dont on ne sait presque rien. Du Moyen-âge, à part la harpe « de Brian Boru » pieusement conservée au Trinity College, peu d’informations nous sont parvenues. Pour la période allant du XVIème au XVIIIème siècle, le puzzle se complète un peu, grâce aux textes écrits, aux récits de voyage. C’est à la fin de cette période que les ultimes représentants de l’ordre bardique disparaissent et que sont publiés les premiers recueils de leur musique. Des rassemblements musicaux sont même organisés afin de sauver ces mélodies de l’oubli. C’est aussi à cette époque que les maîtres de danse commencent à sillonner les campagnes en vivant de leur art et de leur enseignement, suscitant un engouement croissant des populations rurales. En 1845 survient le traumatisme majeur de l’histoire de l’Irlande : la grande famine, démultipliée par la rapacité du système colonial britannique.
En provoquant la mort d’un million de personnes, elle ébranlera la vieille société gaélique traditionnelle.
En entraînant l’émigration d’un autre million d’Irlandais, elle propagera la diaspora irlandaise à travers le monde. Avec leurs baluchons, les émigrants emporteront leur musique et leur nostalgie du pays natal.
A ce moment de son histoire, la musique traditionnelle, en Irlande, est engagée dans une lente décrépitude, qui est le sort de toutes ces musiques populaires traditionnelles quand se défait le tissu social qui les a vu naître et prospérer.
Le début du XXème siècle voit cette musique gagner une nouvelle popularité grâce à deux phénomènes indépendants et éloignés géographiquement.
En Irlande, alors en pleine effervescence nationaliste, et en route vers son indépendance, les militants décident que l’autonomie politique du pays doit aller de pair avec la renaissance d’une culture gaélique.
Ils lancent donc des programmes de réhabilitation et de repopularisation dans tous les domaines qui marquent la différence avec la culture de l’envahisseur : la langue, les sports, la littérature, le théâtre et bien sûr la musique et la danse.
Outre-Atlantique, dans les grandes métropoles où ils représentent d’importantes minorités, les Irlando-Américains, tout en soutenant financièrement les luttes d’indépendance de la mère patrie, cultivent la nostalgie de leur culture gaélique. C’est là que joueront les meilleurs musiciens, là que la communauté musicale sera particulièrement active. Et là aussi que, grâce à l’industrie phonographique naissante et à l’énorme demande des immigrés, vont être enregistrés les premiers témoignages sonores de l’irish music.
Les disques produits dès les années 1920, en traversant l’Atlantique, contribueront à revitaliser une pratique musicale moribonde en Irlande.
C’est aussi aux États-Unis, à Chicago, que sera réalisé l’ouvrage de collectage qui deviendra la bible de générations de musiciens : le « O’Neil », (du nom de son auteur), dont la première édition recense un millier de morceaux. La musique des Irlando-Américains des années vingt marquera profondément le genre. Et aujourd’hui encore, presque un siècle après, un immense musicien comme Frankie Gavin, considère que non seulement cette période est l’âge d’or de la musique irlandaise, mais aussi que la musique produite alors est le modèle et l’idéal musical vers lequel il faut tendre.
Pendant l’entre-deux guerres, et jusqu’au début des années soixante, alors que la situation politique se normalise, que l’Irlande s’urbanise lentement, et qu’elle quitte un peu plus la société rurale et isolée (et sans doute à cause de ces facteurs), l’intérêt pour ces musiques décline peu à peu.
Un demi-siècle après la grande période des luttes pour l’indépendance, une nouvelle vague de militants, culturels ceux-ci, va se lever. Collectages, études, ouverture d’ateliers : les ingrédients d’une seconde renaissance sont en place. Les écoles de musique fleurissent dans tout le pays, assurant la formation de milliers de musiciens qui vont porter la pratique musicale à un niveau jamais atteint, tant pour la qualité des interprètes que pour le nombre de pratiquants.
De ce creuset sortiront des groupes, qui feront connaître la musique traditionnelle aux quatre coins du monde, les sessions vont se créer et devenir une forme majeure de la pratique de la musique vivante ...et un argument commercial de poids pour les pubs!
Dans les années 1990, le corollaire de cette revitalisation massive sera la commercialisation du genre, via la world-music, les groupes folk-rock voire punk-folk, les grandes machines à tourner comme « Riverdanse » ou le « retour des Celtes » (Où étaient-ils donc partis ?). Mais tout en cette époque court le risque de devenir marchandise : pourquoi pas un bon produit comme la musique irlandaise ? Chacun est juge. Mais cette santé commerciale est aussi l’un des aiguillons de la vitalité d’une musique aux multiples facettes.
Puisse Saint Patrick lui prêter longue vie.

 

1.2 “ Au commencement était le chant... ”

Les auteurs qui ont étudié la musique irlandaise pensent que le chant a cappella peut être considéré comme le modèle de référence de toute exécution musicale traditionnelle. Le chant en gaélique plonge ses racines au plus profond de l’histoire du pays et malgré le recul de la vieille langue, la tradition s’est perpétuée à travers les grandes ballades en anglais. Le chant témoigne de toutes les époques, de tous les événements heureux ou malheureux marquant la vie des hommes. A coté des “ chants de Cour ” composés à la gloire des mécènes et des notables, on trouve des chants relatant le déchirement de l’immigration, le travail de forçats sur les bateaux au long cours, des chants de travail, des complaintes amoureuses, des chants patriotiques ... Aujourd’hui encore les chanteurs pratiquant le gaélique et les chanteurs anglophones -bien plus nombreux- sont l’objet d’une véritable ferveur populaire. Pour s’en convaincre, rien de pareil qu’une longue session de nuit dans la salle paroissiale d’un village : tant que les musiciens jouent, la vie sociale continue, on boit force thé, on partage les biscuits et les conversations vont bon train ; mais quand une chanteuse, jeune ou âgée, entame un air, tout se fige alors dans une écoute recueillie et complice, mélange de plongée en soi et d’attention aux moindres variations et subtilités de l’interprétation… Et les vivas qui saluent la performance sont à la hauteur du plaisir partagé.
Outre ces milliers de chanteurs anonymes et souvent talentueux, l’Irlande contemporaine compte avec Mairead Ni Mhaonaigh, Nollaig Casey, Triona O’Dhomhnaill, Tommie Fleming des interprètes inspirés du chant en gaélique, et Dolores Keane, Mary Black, Christie Moore, Andy Irvine et tant d’autres, font vibrer les foules par leurs compositions ou leurs interprétations du répertoire en anglais. Mais l’influence du chant va bien au-delà ; c’est un modèle d’interprétation pour bien des musiciens et un illustre piper (joueur de cornemuse) comme Willie Clancy répétait toujours que le secret de l’interprétation d’un slow air (mélodie lente) réside dans la reproduction avec l’instrument des subtilités de la voix humaine...

1.3 “ Et ils dansent ”

n 1913, le grand collecteur de musique traditionnelle Francis O’Neill écrit dans son livre Irish Minstrels and Musicians que “ L’amour de la danse apparaît comme étant inhérent aux Irlandais et constitue un des traits essentiels du caractère national ”. L’histoire de la danse en Irlande n’est pas aisée à reconstituer. Cette activité séculaire a bien failli disparaître au cours du XXème siècle après avoir connu une période de grande diffusion aux XVIIème et XVIIIème. De nombreux témoignages montrent que ce loisir se répand alors dans tout le pays et dans toutes les couches de la population. Son influence devient déterminante pour le style de musique en Irlande. Un répertoire varié, marqué selon les régions, va se constituer pour accompagner les danses exécutées en solo ou en groupe : les jigs, les reels, danses dérivées des quadrilles continentaux, les polkas importées d’Europe centrale, les hornpipes, les slides. Ces danses vont rester jusqu’aux premières décennies du XXème siècle la distraction la plus appréciée des Irlandais de tous âges. Mais les luttes pour l’indépendance, la position hostile de la hiérarchie catholique, l’émigration massive, l’évolution de la vie rurale vont contribuer pour leur part à réduire progressivement la pratique de la danse à des milieux très fermés. Il faudra attendre les années cinquante et la naissance du Comhaltas Ceoltóiri Eireann, l’association de promotion culturelle, pour que renaissent des réunions régulières de danseurs, qu’apparaisse une politique de collectage systématique ainsi qu’un enseignement visant à remplacer la transmission traditionnelle défaillante. Aujourd'hui, le renouveau est assuré. Si la danse solo reste pour l’essentiel cantonnée aux épreuves de concours, la danse de groupe, le set dancing, connaît un engouement grandissant, en Irlande et ailleurs. La danse a profité du renouveau culturel et notamment musical et elle donne à son tour du sens à cette musique renouvelée : celui de donner envie de danser.

1.4 “ Honneur aux groupes... ”

On ne saurait parler du renouveau de la musique d’Irlande sans évoquer l’apport décisif des groupes des années soixante-dix et quatre-vingt. Certains sont désormais de “ véritables mythes ” comme on dit à une époque où les mots perdent facilement leur poids. Il faut leur rendre cette justice : ces groupes ont fait beaucoup pour la musique irlandaise et pour la musique traditionnelle.
Citons d’abord le groupe vétéran, celui des ambassadeurs infatigables de la musique irlandaise depuis 1963 : The Chieftains (d’après le nom donné aux petits seigneurs de l’Irlande médiévale). Réunis autour de Paddy Moloney, les musiciens de ce groupe perpétuent un style mis à l’honneur par Sean O’Riada au milieu du siècle, mélange de tradition bien vivante et d’influence de la musique classique. Mais c’est aussi un groupe qui sait organiser régulièrement les associations les plus osées : musique de Chine, chanteurs stars du rock, etc. Leur discographie compte plus d’une quinzaine de volumes.
Citons ensuite LE groupe qui a marqué, celui par qui tout a changé, Planxty. Une association d’une rare élégance, et d’une inventivité renversante, entre Christy Moore, Andy Irvine, Lyam O’Flynn, Donald Lunny, Johnny Moynihan, Matt Molloy (les trois premiers en permanence, les autres à différentes époques). On écoutera avec plaisir les disques qui ont émaillé cette aventure entre 1972 et 1975 : Planxty, The well below the valley, The woman I loved so well...A peu près à la même époque éclatait un nouvel orage dans le ciel mouvementé de la musique irlandaise, le groupe The Bothy Band, composé pour l’essentiel de Micheal O’Dhomhnaill, de Triona Ni Dhomhnaill, de Kevin Burke, de Matt Molloy, de Donald Lunny et de Paddy Keenan. Jamais on n’avait joué aussi vite les morceaux que quand ceux-là montèrent sur scène ! Un nouveau style était né, qui fait encore beaucoup d’émules aujourd’hui, celui du gros son et du punch d’enfer sur fond de jigs et de reels à la cadence impeccable même à un tempo démoniaque... L’aventure tourna court, malheureusement, faute d’une gestion sérieuse des affaires du groupe, mais les disques Old hag you have killed me ou Out of the wind into the sun restent des morceaux d’anthologie.
Autre groupe phare, mais durable celui-ci, De Dannan, constitué autour du fiddler (violoniste) virtuose Frankie Gavin. Ce groupe existe depuis 1974 et continue à tourner régulièrement en Irlande, aux États-Unis et en Europe avec diverses formations. Les disques les plus représentatifs sont Star spangled Molly et The mist covered mountains of home. On pourrait encore citer The boys of the lough, Clannad, Altan, Danu, Dervish, Flook... La liste serait longue. Retenons que certains parmi ces groupes ont fait plus pour le renouveau de la musique en Irlande que bien des projets de développement culturel. Mais leur éclosion n’aurait pas été possible sans le travail acharné, les efforts inlassables de militants culturels et politiques qui maintinrent dans les années cinquante et soixante le flambeau de la culture populaire irlandaise. C’est en grande partie grâce à ces musiciens et ces danseurs qui surent faire vivre et revivre la tradition populaire d’Irlande et la faire connaître avec éclat dans le monde entier qu’aujourd’hui elle est plus vivante que jamais.

2 LA PRATIQUE CONTEMPORAINE - QUELQUES CLEFS

2.1 Bodhrán, feadog, uilleann pipes et autres bizarreries...

Comme toutes les musiques populaires, la musique irlandaise a intégré peu ou prou les instruments qui sont apparus au fil des siècles. Les musiciens et les facteurs d’instruments irlandais ont aussi créé des instruments caractéristiques. On trouve donc côte à côte des instruments bien connus comme la harpe, le violon, la flûte traversière, l’accordéon, la guitare, le piano... et d’autres plus locaux comme le tin whistle, le bodhrán (prononcez bowrann) et la cornemuse irlandaise connue sous le nom d'uilleann pipes.
On ne saurait traiter ce chapitre sans aborder en tout premier lieu la harpe irlandaise. L’Irlande en a fait un emblème national, son utilisation est attestée dans les temps les plus reculés de l’histoire de ce pays et c’est peut-être, avec la voix, le plus ancien instrument utilisé en Irlande. La harpe irlandaise est de taille plus petite que la harpe de concert que l’on connaît mieux. Elle est équipée de cordes métalliques et se joue avec les ongles ce qui lui donne un son caractéristique. Si un musicien mythique comme Turlough O’Carolan était harpiste et que sa mémoire reste attachée à l’instrument, la harpe a connu une désaffection importante à partir du XVIIIème siècle. De nos jours, cet instrument porteur de la tradition la plus ancienne n’a pas encore toute la place qu’il mérite, malgré le talent de musiciennes comme Kathleen Loughnane ou Katrien Delavier (hélas décédée). Cette dernière -française- enregistra deux excellents disques consacrés à l’instrument et participa au groupe Hempson spécialisé en musique ancienne d’Irlande.

Fiddle, c’est le nom donné au violon en musique irlandaise. Les Irlandais, mais aussi les Ecossais et les Anglais, distinguent nettement violin, pour le répertoire classique, et fiddle, qui désigne à la fois l’instrument et le style en musique traditionnelle. Et le fiddler joue du fiddle ! L’instrument lui-même ne diffère pas du violon classique, si ce n’est par l’utilisation de cordes métalliques. C’est l’instrument roi de la musique irlandaise. Des styles régionaux spécifiques se sont créés au fil des siècles et subsistent encore de nos jours malgré une tendance lourde à l’uniformisation sous l’influence de la musique enregistrée et des “ grands noms ”. Parmi ceux-ci on citera les anciens comme Johnny Doherty, Michael Coleman, James Morrison... Et les contemporains comme Sean Keane, Kevin Burke, Charlie Lennon, Paddy Glackin, Frankie Gavin...

La timber flute est la flûte traversière en ébène, qui se répandit chez les musiciens traditionnels quand la flûte métallique équipée du “ Système Boehm ” s’implanta chez les musiciens classiques ; les flûtes en bois, démodées, devinrent tout d’un coup financièrement accessibles. Les flûtistes se sont rapidement taillé une place de choix parmi les musiciens irlandais. Les styles des comtés de Sligo, de Galway et de Clare sont devenus célèbres. Les interprètes les plus réputés sont Michael Tubridy, Seamus Tansey, et plus près de nous Dessie Wilkinson et surtout Matt Molloy, l’un des flûtistes les plus inspirés que nous ayons eu l’occasion d’entendre.

Le feadog ou tin whistle est une flûte métallique ; en fait un simple tuyau de laiton percé de trous que l’on raccorde à un sifflet (whistle). Evidemment, tout est dans l’art de percer les trous, de fabriquer le bon sifflet et d’en jouer ! Instrument d’apprentissage, instrument de voyage, c’est aussi un instrument à la sonorité unique qui a ses virtuoses comme Mary Bergin, Miko Russel, Paddy Moloney, Winnie Kilduff...

Le low whistle, c’est le grand frère du tin. Accordé une octave plus bas, il donne un son grave et velouté qui se prête à merveille aux airs lents.

Le bodhrán est un tambour : une peau de chèvre tendue sur un bâti en bois de forme cylindrique. On connaît mal l’histoire de cet instrument. Traditionnellement, il était associé aux fêtes de la moisson et du battage. On en joue en le posant verticalement sur la cuisse et en frappant sa peau à main nue ou, le plus souvent, avec un stick, mailloche de bois à deux têtes permettant de produire des roulements et de nombreux effets. Le musicien module le son en faisant varier la pression sur la peau. Son utilisation dans les groupes date des années soixante.

La cornemuse irlandaise s’appelle uilleann pipes (du gaélique et de l’anglais : littéralement “ cornemuse de coude ”), ou organ pipes en référence aux riches sonorités produites par les drones (bourdons) et les “ régulateurs ”, ou encore union pipes en référence à l’accord entre le chanter (chalumeau) où se joue la mélodie et les régulateurs qui servent à l’accompagnement. Comme toute cornemuse, c’est d’abord un sac que l’on remplit d’air (à l’aide d’un soufflet en l’occurrence), air qui est ensuite distribué entre les différentes parties “ chantantes ” de l’instrument. L’affaire demande « un peu » d’habitude... Créé pour jouer à l’intérieur des édifices, l'uilleann pipes présente une sonorité assez douce, surtout pour les instruments accordés en do ou en si ; ceux accordés en ré sont plus brillants et mieux adaptés au jeu en groupe.
Cette cornemuse à bien failli disparaître dans les années 1950/1960 : les derniers artisans-facteurs étaient morts en emportant leur savoir-faire et seuls restaient “ jouables ” les instruments construits au XIXème siècle et ceux fabriqués dans les années trente par Léo Rowsome, célèbre musicien, pédagogue et génial constructeur de pipes. Il faudra attendre les années quatre-vingt pour retrouver puis dépasser la qualité de fabrication des grands maîtres du XIXème siècle grâce notamment à l’ingénieur français Alain Froment.
Les grands pipers sont nombreux, dans différents styles. On citera Patsy Touhey, Seamus Ennis, Felix et Johnny Doran, Willie Clancy -hélas disparus- ainsi que, pour notre plus grand plaisir : Lyam O’Flynn, Paddy Moloney, Paddy Keenan, Finbar Furey, Davy Spillane... et bien d’autres jeunes talents.

 

Avec l’accordéon et le concertina, nous revenons en terrain connu. Ces deux instruments, remontant à la première moitié du XIXème siècle, sont très proches l’un de l’autre : alimentation en air par un soufflet central, mélodie jouée sur des claviers à boutons, anches métalliques, mécanisme en bois ou en métal…. Ces deux instruments ont été adoptés au cours du siècle passé en Irlande. Les grands noms de l’accordéon sont Joe Burke, Joe Cooley, Bobby Casey par le passé et plus récemment Tony Mac Mahon, Seamus Beagley, Martin O’Connor, Jackie Daly, Sharon Shannon... Le concertina a été rendu célèbre par Elisabeth Crotty ou Mrs Dalton, c’est maintenant Mary Mac Namara et Noël Hill qui en sont les représentants les plus talentueux.

 

Depuis les trente dernières années, l’accompagnement aux cordes s’est répandu largement en musique irlandaise. Qu’il s’agisse de guitare, de bouzouki ou de mandoline. Ces instruments ont apporté une couleur nouvelle aux formations musicales traditionnelles et une “ pêche ” bien dans l’air du temps. On trouve dans ce domaine quelques grands noms de la musique irlandaise d’aujourd’hui : Donald Lunny, Johnny Moynihan, Andy Irvin, Arty Mac Glynn...L’accompagnement de la musique irlandaise au piano est venu assez tardivement et a surtout marqué le style irlando-américain. Il reste cependant assez rare même s’il a pu servir à une époque à donner quelques “ lettres de noblesse ” à la musique traditionnelle. On peut aussi rencontrer, plus ou moins fréquemment, quelques banjos, harmonicas et autres bones (os de bœuf ou de moutons utilisés comme percussions).


2.2 “ Reels, slides, hornpipes et slow airs... ” - Les genres musicaux


Divers rythmes (correspondant souvent à des pas de danses différents) composent la musique irlandaise le plus souvent jouée en mode majeur. Les voici présentés par ordre d’importance et de popularité décroissante.

 

Le reel
A tout seigneur, tout honneur : le reel. Il représente à lui tout seul les deux tiers du répertoire.
4/4 rapide, présentant un balancement entre le temps et le contretemps.

La jig
L’autre genre spécifique de la musique irlandaise.
Existe en trois variétés : 6/8 ; 9/8 (slip jig) et 12/8 (single jig)
Son nom vient probablement, au XVIème siècle, d’une danse italienne : la giga.

La polka
Mélodie binaire, en 2/4. Originaire d’Europe de l’Est, elle connut, vers la fin du XVIIIème siècle, un succès foudroyant et se répandit alors dans toute l’Europe.
En Irlande, on ne la trouve pratiquement que dans le Kerry et dans la région de Cork.

Le slide
En 12/8, très rapide. Encore une spécialité des zones Kerry/Cork.

Le hornpipe
Musique en 4/4, moins rapide que le reel, caractérisé par ses triplets (proche du triolet classique).
Le nom proviendrait d’un instrument de musique à anche double du XVIème siècle, construit a partir d’une corne d’animal.

Le Slow air
C’est une mélodie lente ou très lente, écrite pour un instrument en solo, et pour l’écoute seule.
Une variété en est le planxty : écrit pour la harpe, en l’honneur d’un noble ou d’un riche mécène.
Turlough O'Carolan (1670-1738), fut le compositeur quasi exclusif de ces planxties.

Marche
Genre présent dans toutes les traditions et même en musique classique. Peut être plus ou moins rapide.
Généralement en 4/4, parfois en 6/8. On trouve aussi, plus ou moins anecdotiques selon les régions et les époques des valses et des mazurkas d’origine continentale, ainsi que des barndances ou des Highland flings, d’origines écossaises.

2.3 Step, set, battering... : Les danses

Si l’on ne peut éviter de parler de danses dans une présentation de la musique irlandaise, c’est parce que la majorité des pièces instrumentales sont des musiques de danse. C’est cette fonction initiale de la musique, à l’origine des morceaux, qui explique leurs caractéristiques (métrique, longueur et …vitesse). Un répertoire musical varié, spécifique selon les régions, s’est constitué au fil du temps pour accompagner les danses exécutées en solo ou en groupes.
On n’a pas de description détaillée des danses avant la seconde moitié du XIXème siècle. Certains auteurs font remonter la tradition de danse à l’Irlande préchrétienne, influencée beaucoup plus tard par les danses continentales et particulièrement les quadrilles français. En littérature, presque toutes les références aux danses ne parlent que de “Round and Long dances” (danses de groupe en figures). Plus tard -vers la fin du XVIIIème- on commence à trouver des informations sur l’activité des maîtres de danse qui ont inventé et enseigné les steps. Ces danses compliquées seraient des variations savantes réalisées à partir des pas simples des danses de groupe et des figures importées des quadrilles français et écossais, adaptés pour la musique traditionnelle. Le grand public a récemment eu connaissance de la danse irlandaise grâce aux grands spectacles commerciaux tels que Riverdance ou Lord of the Dance. Mais ceux-ci ne sont qu’adaptation aux goûts et attentes de l’industrie du show-business, d’une forme de danse traditionnelle irlandaise, parmi toutes les autres.
On peut diviser les genres entre danses de spectacle (performance dance) et danses sociales (social dance).

Danses de spectacle

Stepdance
La danse de spectacle pratiquée en solo, nommée stepdance, est caractérisée par des pas très rapides et précis, exécutés le buste droit et les bras inertes. Il existe plusieurs formes de step dancing en Irlande, mais le style le plus connu est celui du Munster, codifié dans les années vingt par An Coimisiún le Rincí Gaelacha, « la Commission de danses irlandaises ». Ces danses, enseignées dans des écoles spécialisées dès la petite enfance, sont pratiquées exclusivement en compétitions ou en spectacles publics, par des danseurs habillés en costumes chatoyants particulièrement ornés et portant des chaussures spéciales.  On est bien loin du « Sunday Best » (le costume du dimanche) des champions des générations passées.  

Les danses socialessont pratiquées en bals appelés céilì (prononcer kéli), et sont une pratique bien vivante. Elles se répartissent en céilì et en set dancing. Elles sont dansées dans les bals appelés également céilì. Complication supplémentaire, le nom gaélique céilì signifie « réunion sociale avec danses et musiques irlandaises » et l’adjectif céilì spécifie un type de danse.

Céilì dance
Le céilì dancing - terme inventé à la fin du XIXème siècle par la Ligue Gaélique pour les distinguer des sets -danses basées sur des quadrilles, perçues par les patriotes comme danses d’importation- est pratiqué par un nombre plus ou moins important de couples de danseurs. C’est durant l’entre-deux-guerres que la pratique du céilì dancing a connu son apogée. Il s’agit de danses rapides et complexes dont les différentes figures sont annoncées par le calleur. Elles sont chorégraphiées et ont un auteur connu.


Céilì dance

Set dance
Les danses de set demandent une pratique régulière. Influencées par les quadrilles français, elles sont exécutées par une formation de quatre (plus rarement deux) couples et sont articulées en plusieurs figures composées de parties. Le pas de chaque figure peut varier selon la région et les participants du set. Un set nécessite donc au minimum huit personnes (ou un multiple de huit). Les genres musicaux -reel, jig, slide, polka et hornpipe- se mêlent souvent au sein d’un même set. Parfois le nom du set indique sa provenance (Kilfenora set, Clare lancers set). Aujourd’hui, il existe plus de cent sets différents, collectés un peu partout en Irlande, avec d’importantes variations régionales. Les sets de Cork et du Kerry utilisent surtout les jigs et les polkas; par contre ceux du Clare sont dansés sur des reels. certains sets, comme le Clare Lancers sont dansés avec un style doux, glissant, mais d’autres sets de la même région utilisent le battering (claquements des pieds sur le sol, fournissant une rythmique supplémentaire et provoquant une montée d’enthousiasme chez danseurs et musiciens). Le battering serait une réminiscence des pas des anciens maîtres de danse et de leurs step dancing.
Même si les danses sociales sont des danses de loisirs, dans l’esprit et dans leur pratique, l’association Comhaltas en organise tout de même des championnats.

Le set dancing est devenu relativement populaire et on peut le pratiquer un peu partout en Europe, aux États-Unis et en Australie.
Chaque semaine ou presque, aux quatre coins d’Irlande, sont organisés des ateliers et des bals de set dancing. On vient de loin souvent pour danser sur la musique de tel céilì band ou pour suivre les cours de tel maître de danse. Le moindre village peut devenir célèbre par le festival de danses qu’on y organise une fois l’an. Les sociétés de set dancing se multiplient. Des sites Internet se chargent de diffuser toutes les informations et les calendriers. On peut même participer à des croisières sur des paquebots où officient deux ou trois céilì bands pour assurer les bals de l’après-midi et du soir… Si le public de ces rencontres est souvent d’âge mûr (mais d’une forme éclatante), de nombreux jeunes sont là pour assurer la relève, avec brio.
Le renouveau de la danse a favorisé la multiplication des groupes musicaux spécialisés dans l’animation de ce genre de bals. Le céilì band est une formation qui apparaît au début du XXème siècle, dont la seule finalité est la danse : les rythmes sont très rapides, le nombre de musiciens sur scène est important (à l’origine pour développer la puissance sonore nécessaire pour quelques centaines de danseurs pas particulièrement silencieux). Véritable genre à part entière, si les marges d’interprétation individuelle y sont des plus réduites, l’ensemble forme une imposante « machine à danser » soulevant l’enthousiasme de salles entières. Il s’agit souvent de formations locales, familiales parfois, mais il en existe aussi de véritables (ou quasi) professionnelles qui sillonnent le pays à longueur d’année. Parmi les formations les plus célèbres citons : Abbey Céilì Band, Tulla Céilì Band, Kilfenora Céilì Band

2.4 Sessions partout

Si les céilì sont autant une activité sociale que chorégraphique, le renouveau de la pratique musicale en Irlande a suscité également l’apparition d’une façon originale de partager cette musique : la session. Avatar traditionnel des bœufs et autres jams, la session privilégie plutôt le côté relationnel que la stricte pratique musicale.
Se déroulant le plus souvent dans un lieu public, la session est un rassemblement informel, et plus ou moins organisé, de musiciens qui se retrouvent pour jouer ensemble. Contrairement au concert où les musiciens jouent pour le public, en session, les intervenants jouent d’abord pour leur plaisir, en se souciant peu de qui est autour à les écouter. La présence du public reste marginale et discrète, et en tout cas absolument pas nécessaire à la réussite d’une bonne séance.
Les applaudissements en fin de morceau, qui se généralisent de plus en plus, marquent toutefois la réintroduction d’une distanciation acteurs/spectateurs et la rupture du lien entre une communauté et ses musiciens. Reflet d’une époque dans laquelle même la fête et le plaisir se spécialisent et où la « participation » consiste à assister passif à un événement puis à agiter frénétiquement les mains toutes les trois minutes ?
Une session standard se déroule ainsi : un musicien commence à jouer un tune, et ceux qui le connaissent le reprennent. L’étiquette des bons «sessionants» prescrit de ne jouer que les morceaux que l’on maîtrise. Toute l’alchimie de la session réussie consiste donc à équilibrer les standards que tous les musiciens pourront jouer et les pièces plus rares qu’ils écouteront avec plaisir. Dans les open sessions tous ceux qui savent jouer de la musique irlandaise sont bienvenus. Souvent, on trouve un (ou des) leader plus où moins connu qui tire la session, mais parfois l’on s’en passe. De temps en temps, un musicien ou un chanteur présente un slow air ou un chant, exécuté en solo. Actuellement, ce sont surtout les sessions qui maintiennent vivante la tradition musicale, en favorisant la circulation et l’échange des morceaux, des styles, des interprétations.
L’image des pubs enfumés (avant l’interdiction !) avec les musiciens tassés autour de tables chargées de verres de Guinness est devenue un cliché. C’est cela que l’on cherche au cours des voyages en Irlande, c’est cela que l’on essaye de recréer un peu partout. Et c’est autour et pendant les sessions -comme pour toute activité sociale- que les participants se confrontent, que naissent les tendances, les comportements typiques, les nombreuses blagues et anecdotes, et que des groupes se forment. Cette pratique amateur est toutefois altérée par les exigences modernes : la spontanéité initiale des sessions est maintenant souvent remplacée par l’initiative des patrons de pubs qui invitent, en les payant, des musiciens. Et ceci, soit pour créer l’ambiance, soit pour attirer d’autres musiciens (et de la clientèle…).
Remarquons, pour clore ce paragraphe, l’imprévisible diffusion de cette pratique : outre bien sûr dans tout l’espace anglo-saxon (diaspora oblige) et en France (qui entretient depuis la Révolution un lien privilégié avec l’Irlande) on peut trouver des sessions un peu partout dans le monde, à Düsseldorf, Budapest ou Tokyo. Bon, en cherchant un peu parfois, mais ça le mérite bien, non ?

3 LA CELTIE ET LA MUSIQUE CELTIQUE

« Ah vous jouez de la musique irlandaise, c’est de la musique celtique, non ? » combien de fois les musiciens n’ont-ils pas entendu cette baliverne récurrente, et dont il semble prométhéen d’en débarrasser le profane!
Aux incompréhensions sur la musique irlandaise s’est ajouté le fait que la culture celtique est toujours perçue comme mystérieuse et mystique ; et cela a libéré l’imagination des gens. Même si la musique celtique a dû être entendue pour la dernière fois à l’époque de Jules César. Autant la Celtie (ou la zone celtique), peut être située historiquement (et même préhistoriquement), autant la notion de « musique celtique », laisse bon nombre de musiciens un peu… perplexes.
Si par « musique celtique » on entend « musique traditionnelle qui est jouée dans les anciennes zones celtiques » : oui, pourquoi pas !
Mais, selon un tel critère, on peut décréter qu’il existe une musique « méditerranéenne » qui englobera, pêle-mêle, la sardane catalane et le rébétiko grec, le raï algérien et le flamenco andalou. Curieuse famille, non ? S’il existe un cousinage réel et de très nombreux points communs entre musique irlandaise et écossaise, ces ressemblances commencent à se distendre avec la musique anglaise pour devenir inexistantes en passant le Channel. Sans même parler de la Galice (en attendant le Morvan, vieille terre celte si il en est, et bien avant la Bretagne et l’Irlande !). La « musique celtique » est une construction idéologique, une représentation des faits sans rapport avec la réalité. Et bien sûr, comme toute idéologie qui prospère, elle a sa raison d’être, sinon elle ne survivrait pas. Mais là, on s’écarte sensiblement des explications musicales.
Et raison d’être ou pas : elle tord le cou à la réalité : la « musique celtique », cela n’existe que comme vaste fourre-tout musicologique !

Source : http://unpeufrais.free.fr/hmi.html

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Published by X - dans Irlande
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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 07:03

Le républicanisme irlandais n'a ni bonne ni mauvaise presse. Hors d'Irlande, il semble même n'avoir qu'un sens imprécis. Le cinéma s'est chargé de combler ce vide. L'Europe continentale et les Etats-Unis se contentent de prendre des films comme Michael Collins ou Le Vent se lève pour la vérité. Ce film-là a eu le double honneur d'être réalisé par Ken Loach et de remporter la Palme d'or à Cannes, ce qui lui confère une aura intellectuelle au-dessus de tout soupçon. Que le festival de Cannes s'intéresse aux films historiques, politiques, ou même métaphysiques, très bien, mais cela ne fait pas du jury du festival un groupe d'historiens réputés. Qualité que n'a pas non plus Ken Loach. Quand bien même ce dernier s'est fait justicier cinématographique, il n'a pas toujours raison. On ne peut lui reprocher de tergiverser avec la cruauté du monde, c'est certain. Il a souvent filmé la marginalité et montré une misère qui dérange. Tout cela, pourtant, ne lui donne aucunement la qualité d'historien.
Les films sur l'Histoire de l'Irlande ne laissent personne indifférent. Ils sont soit décriés, soit perçus comme sincères et respectueux de la vérité historique. Ce sont des films qu'on aime ou qu'on déteste. En un mot, ils sont partisans, voire militants. Or, l'Irlande et les Irlandais jouissant d'une cote de sympathie très élevée, le public est plutôt spontanément favorable aux films glorifiant les luttes irlandaises. L'objectivité historique n'est pas prioritaire. Il y a là ce qu'on pourrait appeler un « paradoxe du manuel scolaire ». De même qu'en France, on estime trop vite que ce que l'on apprend en cours d'histoire est vérité, pour l'Irlande, on estime trop facilement que ce qui est raconté tient lieu d'Histoire. Or nous parlons précisément d'un pays où la vérité historique est un jeu de piste. Chaque habitant d'Irlande voudrait en détenir une part, et l'Histoire y est un droit que confère ou ne confère pas le sang.

Les mauvaises habitudes ont été prises tôt. Le dix-septième siècle a accouché des premiers violents mouvements sectaires de l'Histoire irlandaise, et avec eux, des rhétoriques les plus biaisées et les plus partisanes qui soient. Difficile pour les historiens de définir les mouvements politiques et religieux qui ont essaimé au cours des quatre derniers siècles. À voir la complexité de cette Histoire, on voudrait aller soi-même en Irlande vérifier qui est qui pour se faire sa propre idée.

Dès que j'ai mis le pied en Irlande, j'ai cherché à en savoir plus sur le républicanisme irlandais. J'étais dans l'Ouest de l'Irlande, là où l'on parle encore couramment le gaélique. Dans cette vaste région que les Irlandais appellent le Gaeltacht, je me suis arrêté dans deux comtés où les sympathies républicaines sont réputées vivaces. De ville en village, j'ai posé mes questions. Une fois au pub, accoudé au comptoir, j'entamais des conversations anodines pour finir par demander aux autochtones ce que, pour eux, signifiait le républicanisme.

Les réponses à cette question étaient invariablement compliquées, et même embrouillées. L'affaire n'était claire pour aucun de mes interlocuteurs. Un soir, alors que je discutais avec deux tenanciers, le plus jeune, qui ne devait pas avoir vingt ans, déclara en toute simplicité que le républicanisme irlandais, en fin de compte, n'était que ce que l'on en faisait. Il s'agissait, ni plus ni moins, que de composer son propre idéal politique, pour peu qu'il comprît un peu de république, un peu d'Histoire, un peu de tradition et un phantasme d'ordre nouveau. La revendication originale des Républicains irlandais, celle de construire une Irlande entièrement libérée du joug anglais, se dissolvait dans nos pintes et dans cet étonnant relativisme.

Je découvris même que l'IRA, au plus haut de son influence, donnait un sens presque poétique à son engagement. Dans les années 1950, le journal républicain An tOglagh arguait que « le nom ''républicain'', tel qu'utilisé entre les Républicains eux-mêmes, n'a pas de signification politique particulière. Il s'applique au patriote passionné, luttant ardemment pour la liberté de son pays 1 . » Les Républicains eux-mêmes éviteraient-ils de donner un contenu à leur lutte ?

Le républicanisme irlandais comme idée politique

Comme le souligne un dicton, « les Irlandais ne savent pas ce qu'ils veulent et sont prêts à se battre jusqu'à la mort pour l'obtenir ». La politique irlandaise en général, et ce depuis des siècles, est un magma d'idées et d'opinions toutes plus diverses les unes que les autres. Le républicanisme n'échappe pas à la règle. Bien qu'il ait stimulé la lutte pour l'indépendance de l'Irlande, il demeure largement ouvert à l'interprétation. En réalité, les Irlandais sont des opportunistes politiques. Aussitôt une idée apparue, aussitôt essayée. Si elle vacille ou s'effondre, le mouvement qui la défendait se vide de ses partisans et implose à son tour.

C'est précisément ce qui a fait le succès du républicanisme : une idée simple sous laquelle il est toujours possible de se regrouper. C'est parce que le républicanisme est une idée générale qu'il est demeuré populaire. Le principe en est simple : un gouvernement irlandais pour les Irlandais, sur un territoire irlandais uni de trente-deux comtés. L'ensemble de l'île doit être dégagé de toute occupation britannique. La Couronne ne peut avoir autorité politique ou religieuse sur aucun comté de l'île. En ce sens, le républicanisme est un mouvement qui ne s'est pas encore accompli, puisque l'Irlande est séparée en deux États.  

Le républicanisme est nationaliste. Le nationalisme, en revanche, n'est pas nécessairement républicain. N'oublions pas que les Protestants ont joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance aux dix-huit et dix-neuvième siècles. Ils n'étaient pas forcément tous de culture républicaine, certains ayant été élevés dans des familles de riches propriétaires terriens. Charles Stewart Parnell, « le Roi d'Irlande sans couronne », était anglican, cousin de l'aristocratie protestante irlandaise, et lié à la famille royale britannique ! Élu à Westminster, il fut cependant un anti-anglais constant et obstructionniste. Voilà bien la nuance : Charles Parnell était nationaliste, pas républicain. Il était protestant. Est-ce à dire que les républicains étaient catholiques ? Oui, parce qu'ils étaient de familles catholiques. Non, si l'on garde à l'esprit que certains républicains prônèrent un communisme agraire bien peu compatible avec les positions politiques de l'Église catholique irlandaise. Non, si l'on n'oublie pas que ceux qui versaient dans le terrorisme ou tuaient des civils se voyaient refuser la communion. Certains membres de l'IRA furent même excommuniés. Attention à la confusion, donc : les républicains ne revendiquent pas leur appartenance au catholicisme, même lorsqu'ils sont catholiques !

Au Nord, la confusion est fréquemment faite. On assimile les républicains aux catholiques et les unionistes aux Protestants. alors qu'ils se revendiquent plus volontiers de politique que de religion. Cela étant, si les Protestants se revendiquent parfois d'unir religion et cause politique, c'est parce que l'État britannique est un État protestant ! Les républicains du Nord, en revanche, sont des nationalistes avant d'être des catholiques.

Cette simplicité politique et ce manque volontaire de contenu ont assuré à l'idée républicaine de demeurer présente sur la scène politique, même au plus bas de sa force électorale. À l'heure actuelle en Eire, en république d'Irlande, le républicanisme militant est au plus bas. Le seul parti qui s'en revendique encore pleinement et entièrement, le Sinn Fein, n'est populaire qu'au Nord, en territoire britannique. Au Sud cependant, tous les partis politiques s'en revendiquent héritiers, même s'ils ne le placent pas au centre de leurs programmes. Le républicanisme ne dirige plus la pensée politique. Il plane au-dessus d'elle comme l'Esprit qui souffle. C'est un héritage politique nationaliste dont on ne saurait se débarrasser, quand bien même on ne le partagerait pas entièrement.
Clemenceau avait tort. Il n'y a pas, en politique, de mouvement historique ou d'idée qu'on doive accepter en bloc et sans nuance. Certaines idées politiques sont des forces invisibles, des courants océaniques qui régulent la vie. On ne peut faire sans, mais personne n'est tenu d'y adhérer en bloc. Il faut réapprendre les mouvements, dans leurs subtilités, pour s'approprier le destin d'un peuple. C'est seulement alors qu'apparaît un bien commun libéré des idéologies.

L'Histoire s'est chargée de donner un contenu au républicanisme irlandais  

L'Histoire irlandaise est si compliquée à comprendre que l'historien ne peut la décrire sans parti-pris politique. Comme le souligne Peter Taylor dans son excellent Provos, the IRA and Sinn Fein1 , choisir des bornes chronologiques revient déjà à prendre parti. « Où commencer ? Il faut bien que l'Histoire commence quelque part. […] Commence-t-elle en 1970 à la scission entre l'IRA Officielle et l'IRA Provisoire ? Ou en 1969 lorsque les troupes britanniques sont entrées dans Belfast et Londonderry 2  pour empêcher le massacre des nationalistes par les foules loyalistes ? Ou en 1968, lorsque les premières marches pour les droits civiques déstabilisèrent l'Etat d'Irlande du Nord ? Ou avec le traité de séparation du Nord et du Sud de l'Irlande en 1921 ? Ou la lutte héroïque de Patrick Pearse à la Poste Centrale de Dublin en 1916 ? Ou avec la colonisation de l'Ulster au dix-septième siècle, lorsque les Protestants vinrent s'établir au Nord-Est de l'Irlande ? Ou, si l'on veut vraiment revenir aux origines, à l'arrivée des troupes d'Henri II d'Angleterre au douzième siècle et au tout début d'un long processus de conquête et de soumission de l'Irlande ? »

L'évolution politique de l'Irlande s'est faite par à-coups. Des Fenians à l'IRA en passant par les Young Irelanders, nombre de mouvements ont défendu des idées similaires. Depuis quatre siècles, il n'a jamais manqué un mouvement, un groupe ou un parti pour promouvoir le Home Rule, c'est-à-dire le gouvernement de l'Irlande par les Irlandais. C'est là l'idée maîtresse des républicains irlandais. Elle porte conjointement les idées de république et de démocratie, qui sont pourtant deux choses bien différentes. En Irlande, de telles nuances sont secondaires. Historiquement, l'important était la résistance à l'occupant britannique.

Les républicains se sont toujours plus souciés de l'enthousiasme de leurs partisans que de la finesse politique de la cause. Pour eux, il fallait avant tout réagir à l'occupation. La brutalité des évènements leur donne raison. Aux dix-huit et dix-neuvième siècles en particulier, la Couronne britannique fut très dure à l'égard des Irlandais et plus particulièrement des catholiques. Les tentatives d'arrangements modérés avec la Couronne ne résultèrent qu'en déceptions, et plus le temps passa, plus la république s'installa dans les cœurs irlandais, quels qu'ils fussent. L'engagement militant était le seul moyen de lutter ; le républicanisme fut la forme qu'il prit naturellement.

Contrairement à d'autres pays, l'idée républicaine est donc apparue aux Irlandais comme la seule viable. Elle était la seule alternative. Elle était une nécessité plus qu'un choix. Le père des républicains irlandais, Wolfe Tone, était protestant. Néanmoins, étant patriote, il était fermement anti-anglais et tout aussi fermement républicain. Il était logique pour lui de l'être, puisqu'il luttait contre le pouvoir de la Couronne britannique. Ce furent des motivations identiques qui animèrent les différentes conjurations républicaines. Ainsi de la rébellion avortée de 1798 et de celle, réussie, de 1916.  

Le soulèvement de Pâques 1916 provoqua une lutte sanglante entre l'IRA et les autorités britanniques. L'objectif républicain d'une Irlande unie et libérée du joug anglais n'avait jamais semblé aussi proche. La lutte n'y aboutit pas. Michael Collins signa en 1921 un traité de partition de l'Irlande qui séparait le Sud, devenu une république catholique indépendante, du Nord, maintenu sous la double férule politique et religieuse de Westminster. Après avoir signé ce traité, Michael Collins déclara avoir vécu le pire jour de sa vie. Il avait l'intuition, disait-il, d'avoir sacrifié la cause républicaine. Dès lors, l'idée républicaine concrétisée perdit en romantisme et surtout, elle perdit cette nécessité qui faisait toute sa force.

Pourtant plus encore que l'Histoire, il lui restait la tradition.

Le Républicain irlandais, gardien des traditions

Appliqué à l'Irlande, le mot tradition évoque un folklore celtique un peu dilué. Passons sur les stéréotypes les plus courants pour rappeler que les Irlandais demeurent très attachés aux traditions qui participent de leur identité même : langue, musique, cultures agricoles, religion, poésie. Toutes choses qui furent interdites aux Irlandais à divers moments de leur histoire. Toutes choses auxquelles l'Irlande est restée attachée, quand bien même elle ne les pratiquerait plus aussi intensément que par le passé. Reste que tout cela constitue encore le fondement de l'identité irlandaise.

Le républicanisme s'est toujours voulu le défenseur d'un mode de vie irlandais, et pas seulement d'une cause nationaliste ou d'un gouvernement de l'Irlande par les Irlandais. L'attachement des Républicains au gaélique le montre bien ; malgré son programme franchement socialiste, sa tendance au communisme agraire, et la forte empreinte idéologique et rhétorique du marxisme, le républicanisme n'a jamais voulu transiger avec l'identité irlandaise, dont il a été l'un des principaux défenseurs. L'idéal républicain s'est fait le symbole d'un amour du peuple et de ses traditions tout en entretenant une grande aspiration au changement. N'est-ce pas là le principe énoncé par Lampedusa dans Le Guépard : « pour que tout change, il faut que rien ne change » ? Le Républicain irlandais serait-il ce héros garibaldien, soldat de façade et surtout grand cruciverbiste, féru de patrie et pétri de récits révolutionnaires ? Pour le discours, pour la parole, oui, peut-être. Mais le Républicain irlandais est plus souvent un silencieux qui œuvre à sa tâche sans déborder de gestes démonstratifs. Il tend à préférer le secret au bruit. Ses motivations profondes, premières, celles qui restent quand il ne reste plus rien, sont ailleurs.  

Et si le journal An tOglagh avait eu raison ? Et si le Républicain était bien ce « patriote passionné, luttant ardemment pour la liberté de son pays » ? Si excessive et lyrique que soit cette vision, il me semble que cette passion est proprement irlandaise. Elle fait partie du caractère même de ce pays. Oui, là-bas, on rencontre encore des Irlandais passionnés par l'Irlande. Même parmi les Irlandais qui émigrent, on trouve cet amour du pays. Malgré l'éloignement forcé, il demeure un esprit irlandais et républicain que l'on retrouve partout sur le globe. La diaspora est d'autant plus républicaine que le pays lui manque.

Toute tradition a ses gardiens. L'âme de l'Irlande est dans ses pubs, et c'est dans les pubs que l'on trouve les Républicains. Ils sont les gardiens nécessaires du décorum traditionnel. Face à l'orchestre qui s'improvise, entre les bodhrans suspendus aux murs, les pipes et les fiddles des arrière-salles, il y a toujours un homme debout, le verre bien droit, les bras croisés, qui regarde les jeunes filles danser et les vieux rire en silence. Tout le monde le connaît. Il est un symbole de l'ancien temps, droit et sûr de lui. On lui prête le sens de la justice et l'amour de son pays. C'est un Républicain.

Il ne récite plus de discours, ni vraiment de programme partisan. Il a le regard perdu dans le vague, vers l'avenir. Il attend l'Irlande unie. Entre deux éclats de rire bruyants au comptoir et des conversations animées, il sourit calmement. Son heure viendra.

Tiocfaidh ar la. Our time will come.

Source : http://www.lepoussin.org/2010/07/que-pouvons-nous-apprendre-des.html

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:58

« Prends le temps de travailler, c’est le prix du succès.
Prends le temps de penser, c’est la source de l’énergie.
Prends le temps de jouer, c’est le secret de la jeunesse éternelle.
Prends le temps de lire, c’est la fondation de la sagesse.
Prends le temps d’être bon, c’est le chemin du bonheur.
Prends le temps de rêver, c’est accrocher son char à une étoile.
Prends le temps d’aimer et d’être aimé, c’est le privilège des dieux.
Prends le temps de regarder autour, les jours sont trop courts pour être égoïste.
Prends le temps de rire, c’est la musique de l’âme. »

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:19

Une très ancienne tradition irlandaise fait de saint Patrick l’évangélisateur de l’Irlande dans le second tiers du Ve siècle. Amplifiées avec le temps, de nombreuses légendes courent autour de ce saint patron mais, faute de repères historiques précis, il est difficile à son sujet d’extraire la réalité du merveilleux. Les documents anciens attribués à Saint Patrick ou à ses disciples – deux écrits latins : la Confession et la Lettre aux soldatsde Coroticus – sont sujets à caution et les récits de ses premiers biographes, Muirchu et Tirechan, ne sont pas très fiables : rédigés au VIIe siècle, lors du conflit entre Rome et les chrétientés celtiques, ils épousent manifestement les thèses de la cause romaine. C’est donc avec une extrême prudence que Jean Guiffan, auteur d’une Histoire de l’Irlande (Hatier, 1995), a tenté de retracer la vie de saint Patrick.

La vie et la mission de saint Patrick

Issu d’une famille bretonne romanisée et christianisée – son père était décurion et diacre –, Patrick serait né vers 385-390 près de Dumbarton, au nord de l’Angleterre actuelle. Il aurait été enlevé à seize ans par des pirates scots – c’est-à-dire, à cette époque, irlandais – et emmené en Ulster, dans le comté d’Antrim, devenant pendant six ans l’esclave d’un druide. Obéissant à une vision divine, il se serait évadé, réussissant à rejoindre sa famille en Grande-Bretagne. Là, si l’on en croit la Confession, il aurait eu une autre vision dans laquelle les Irlandais l’imploraient pour qu’il revienne parmi eux.

Patrick va acquérir en Gaule la formation religieuse qui lui manque. Selon certaines sources, il aurait rendu visite à saint Martin de Tours – ce qui n’est chronologiquement pas possible. Une autre tradition tardive qui le fait séjourner à Lérins, fondation monastique du sud de la Gaule, semble également dépourvue de tout fondement. En revanche, il est possible qu’il se soit fixé à Auxerre, comme l’affirme La vie de Saint Patrick de Muirchu, et même qu’il ait été consacré des mains de saint Germain avant d’être envoyé en Irlande par le pape Célestin.

D’après les Annales d’Ulster, Patrick serait arrivé dans l’île en 432, débarquant à Saul, près de Downpatrick. Selon la tradition, c’est lui qui aurait converti l’île païenne au christianisme en défiant les druides dans des joutes singulières comme l’épreuve du feu et en expliquant le mystère de la Sainte Trinité par la feuille trilobée du trèfle qui deviendra, avec la harpe celtique, le symbole de l’Irlande. S’adressant de préférence aux rois et à leur famille pour convertir ensuite plus facilement le reste de la population, il aurait été pendant une trentaine d’années, avec quelques disciples, l’infatigable propagateur de l’Évangile en Irlande, baptisant des milliers de personnes, fondant de nombreuses églises et l’évêché d’Armagh. Si des incertitudes planent sur la date exacte de sa mort, sans doute vers 461, il n’en demeure pas moins qu’à la fin du Ve siècle, l’Irlande païenne était bien entièrement christianisée.

Aussi saint Patrick est-il l’objet d’une véritable vénération de la part des Irlandais. Sa fête, le 17 mars, est célébrée par toutes les communautés irlandaises du monde entier et c’est cette date qui a été choisie par le gouvernement irlandais comme jour de fête nationale. Tous les ans, le dernier dimanche de juillet, des milliers de pèlerins gravissent, parfois pieds nus et même à genoux, les 763 mètres de Croagh Patrick, la « montagne sacrée de l’Irlande » dans le comté de Mayo : saint Patrick s’y serait imposé en 441 quarante jours de retraite et de pénitence, précipitant dans une fissure profonde toutes les vermines monstrueuses et venimeuses de l’île, ce qui, selon la tradition, explique l’absence aujourd’hui encore de serpents en Irlande. Plus terrible encore que l’ascension de Croagh Patrick est le pèlerinage du « Purgatoire de Saint Patrick » sur l’îlot de Station Island dans le lough Derg (comté du Donegal) où, entre le 1er juin et le 15 août, les pèlerins passent trois jours en prière sans pratiquement dormir et en se soumettant à un jeûne strict. Malgré plusieurs mises en garde des autorités religieuses en raison du caractère excessif de ces rites séculaires, ce pèlerinage attire toujours beaucoup de pénitents.

La tradition face à l’histoire

Sans vouloir offenser la tradition irlandaise ni diminuer les mérites de saint Patrick, il est difficile de croire qu’il ait trouvé en 432 l’Irlande vierge de toute influence chrétienne alors que l’île voisine, la Grande-Bretagne, avait été touchée par la nouvelle religion au moins deux siècles plus tôt. Il est probable que le message chrétien avait en fait déjà été introduit dans l’île par des missionnaires venus de Grande-Bretagne, d’Aquitaine, d’Espagne ou même d’Orient dès la fin du IVe siècle ou les débuts du Ve siècle.

La chronique de Prosper d’Aquitaine, source généralement digne de confiance, nous apprend d’ailleurs qu’en 431 le pape Célestin avait envoyé en Irlande un certain Palladius comme évêque pour les Irlandais « croyant dans le Christ », in Christum credentes. Cela implique l’existence de communautés chrétiennes en Irlande avant l’arrivée de saint Patrick et souligne la volonté de Rome de les faire entrer dans l’obédience pontificale. On ne sait malheureusement rien de plus sur la mission de ce Palladius mais, comme le montre la création de l’évêché d’Armagh vers 445, c’est bien une Église épiscopale de type continental que Rome a cherché à implanter en Irlande.

Or c’est sous la forme du monachisme que le christianisme va se développer dans l’île aux VIe et VIIe siècles. Sans remettre en cause l’organisation diocésaine existante, l’Irlande se couvre alors de nombreux monastères indépendants les uns des autres qui deviennent les véritables centres de la vie religieuse. Leurs saints fondateurs ne se réfèrent jamais à Palladius ou à Patrick dont on semble même oublier le nom. Isolée de la papauté romaine par les invasions barbares, l’Irlande, comme les autres pays celtiques, va être pendant près de deux siècles le grand refuge du christianisme occidental face à un continent retombé en partie dans le paganisme, mais un foyer original que Rome ne tardera pas à reprendre en main.

Le monachisme irlandais et son influence en Europe

D’origine orientale, le monachisme s’est rapidement développé en Irlande où, dans un pays dépourvu de villes, des monastères ruraux s’adaptaient mieux qu’une organisation épiscopale urbaine aux structures sociales et politiques de la civilisation celtique. Ce sont souvent des clans entiers qui, à la suite de la conversion de leurs rois et de leurs druides, adhérèrent au christianisme, et les moines apparurent comme les nouveaux guides spirituels de ces communautés, les héritiers directs de la classe sacerdotale païenne. Il est significatif que bon nombre de fondateurs de monastères étaient de sang royal, ou filid – poètes –, ou fils de druides : c’est notamment le cas de saint Ciaran, fondateur de Clonmacnoise, de saint Kevin à Glendalough, de saint Comball à Bangor, de saint Colomba à Derry et Durrow…

Cette conversion « par le haut » de l’Irlande au christianisme et un certain respect de la nouvelle religion pour les croyances ancestrales expliquent sans doute que le message chrétien fut rapidement bien accueilli dans le pays : l’Église n’y compte aucun saint martyr. La grande fête celtique de Samain, le 1er novembre, est devenue la Toussaint et la fête des morts ; le site des premiers oratoires était souvent des îles ou des sources sacrées. Au monastère de Kildare, fondé par sainte Brigitte, bien vite assimilée à la grande déesse celtique Brigit, des nonnes issues de familles nobles entretinrent un feu sacré – pratique éminemment païenne – pendant tout le Moyen-Âge. En héritant du patrimoine culturel et scientifique des druides, les écoles monastiques firent de l’Irlande du VIe au IXe siècle « l’île des saints et des savants ».

Les moines irlandais excellèrent dans ce qui était alors les deux arts majeurs de l’Occident : l’enluminure et l’orfèvrerie. La décoration d’évangéliaires comme le livre de Durrow (milieu du VIIe siècle) ou le livre de Kells (fin du VIIIe siècle), la « broche de Tara » et le « calice d’Armagh » (œuvres du VIIIe siècle) comptent parmi les plus belles réalisations artistiques du haut Moyen-Âge chrétien.

L’Irlande entièrement christianisée, les moines allèrent exercer leur activité missionnaire à l’étranger, fondant des monastères dans une grande partie de l’Europe à l’instar de saint Colomban à qui l’on doit les fondations d’Annegray et de Luxeuil en Gaule, et de Bobbio en Italie. De nombreux érudits, tel Jean Scot Érigène, dont le nom signifie « originaire d’Erin », vinrent travailler sur le continent, et l’Irlande joua pendant plusieurs siècles un rôle important sur le destin culturel d’une Europe bouleversée par les invasions germaniques.

Mais la particularité de l’Église d’Irlande, comme celle des autres Églises celtiques, ne reposait pas seulement sur son organisation monastique. Elle se manifestait aussi au plan liturgique par une datation différente du jour de Pâques, des rites de baptême particuliers et une tonsure originale. Aussi, dès la fin du VIIe siècle, la papauté entreprit de reprendre en main les chrétientés celtiques : c’est alors que l’on commença à présenter saint Patrick comme fondateur de l’Église irlandaise. Tout en se soumettant à Rome au plan liturgique, l’Irlande réussit toutefois à garder son organisation monastique. Mais au XIIe siècle, l’implantation dans l’île des ordres monastiques continentaux – les bénédictins vers 1135 et les cisterciens en 1142 – puis la conquête anglo-normande sonnèrent le glas du monachisme irlandais traditionnel.


Jean Guiffan
Juillet 2002
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