Jeudi 26 novembre 2009 4 26 11 2009 11:58

Des traces de martinésisme existent dans le rituel du premier grade du Régime écossais rectifié. J'en ai établi ici une liste. Evidemment, chaque trace identifiée mériterait d'être développée notamment celle où le caractère martinésien ne coule pas de source et est le résultat d'un effort d'exégèse. De même, il serait judicieux de poursuivre cette enquête pour couvrir les trois autres grades de la classe maçonnique...En attendant, voici les premiers résultats...

 

Le Rectifié est-il martinésiste ?

 

Rôle de l'introducteur et du second survaillant

  • "[...] celui que j’ai envoyé pour vérifier vos titres nous a certifié qu’ils sont justes, et m’a demandé un guide pour diriger vos pas. Ce guide vous a été envoyé, Monsieur."
  • "[...] Mais ne vous découragez point, vous avez des guides qui méritent votre confiance, et qui vous garantiront de tout péril si vous vous laissez conduire avec docilité."
  • "[...] celui qui, étant dans les ténèbres, veut se diriger lui-même et marcher sans guide, s’égare et se perd. "
  • "Mais vous n’auriez pu les faire sans un guide sûr et fidèle pour diriger votre marche :
  • ce guide vous a été donné, il ne vous abandonnera jamais si vous ne le fuyez vous-même."
  • "le guide inconnu qui vous a été donné pour faire cette route vous figure ce rayon de lumière
  • qui est inné dans l’homme, par lequel seul il sent l’amour de la vérité et peut parvenir jusqu’à son Temple."

Martinésisme

  • L'anthropologie martinésienne insiste sur le fait que le mineur spirituel (l'homme) doit se fier aux pensées que lui inspire son esprit bon compagnon (ange gardien)
  • L'introducteur est ce guide, à moins que ce ne soit le second surveillant qui guide le candidat dans ses voyages ?

Voyages

 

Feu

  • Midi
  • Consume la corruption / Brule l'être corrompu
  • "L’homme est l’image immortelle de Dieu ; mais qui pourra la reconnaître, s’il la défigure lui-même ?"

Eau

  • Nord
  • Lave et purifie les choses impures / contient les principes de la putréfaction
  • "Celui qui rougit de la religion, de la vertu, et de ses frères, est indigne de l’estime et de l’amitié des maçons."

Terre

  • Occident
  • La vie / germe altéré accélère la putréfaction
  • "Le maçon dont le coeur ne s’ouvre point au besoin et aux malheurs des autres hommes, est un monstre dans la société des Frères."

Martinésisme

  • La théorie des éléments est centrale dans la cosmogonie et l'anthropologie martinésiennes
  • Lors de la prévarication des esprits rebelles, Dieu délégua la création de l'univers créé à des esprits ternaires demeurés fidèles
  • Les esprits ternaires créèrent la matière à partir des trois principes souffre, sel et mercure
  • Les trois principes mélangés selon un savant dosage donnèrent les éléments
  • Plus particulièrement le corps de l'homme est le résultat de l'assemblage de ces trois éléments : feu, eau et terre
  • Au-delà de cette théorie des éléments, notons le caractère central de l'image divine en l'homme
  • Cette théorie de l'image divine de l'homme n'est pas exclusivement martinésiste
  • Elle est essentiellement chrétienne et les Pères de l'Eglise s'en servent comme base de leur anthropologie
  • Martines y a également recourt, notamment dans certains rituels de son ordre (6 occurences dans les invocations de GA)

Justice et Clémence

Nulle trace

 

Sic transit

Nulle trace

 

Tablier blanc

  • "Recevez de mes mains l’habit de l’Ordre le plus ancien et le plus respectable qui fût jamais. Sa blancheur vous indique la pureté qui est le but de nos travaux, et que nous cherchons à recouvrer."
  • Cette lumière est le premier vêtement de l’âme, l’habit qu’on vous a donné n’en est que la figure et sa blancheur en désigne la pureté.

Martinésisme

  • La blancheur que nous cherchons à recouvrer est une référence à l'état premier de l'homme
  • C'est ce même état qui donne son titre au Traité de Martines puis qu'il s'agira de réintégrer les vertus, c'est à dire d'en retrouver l'usage
  • Parmi ses vertus citons le corps de gloire dont la blancheur du tablier est un rappel
  • Rappelons que le tablier est fait de peau, un peu comme cette tunique de peau qu'Adam portera au moment de la chute et qui n'est pas blanche elle

Nom de l'apprenti : p...g

Martinésisme

  • Dans les rites maçonnique l'apprenti prend un nom issu du travail du métal : T...n
  • Dans la maçonnerie rectifié T...n est remplacé par P...g
  • Il n'empêche que l'explication donné par Willermoz est que le travail du métal ne puet servir de référence à l'apprenti

Pierre brute

Batterie

  • "le seul moyen qui vous reste de découvrir la belle forme dont elle est susceptible"

Martinésisme

  • Encore une référence à ce binôme "image & ressemblance" cher aux Pères de l'Eglise et à Martines

Trois lois

Nulle trace

 

Chandelier à trois branches

  • L’orient maçonnique signifie la source et le principe de la lumière que cherche le Maçon. Elle vous a été représentée par le chandelier à trois branches qui brûlait sur l’autel d’orient comme étant l’emblème de la triple puissance du Grand Architecte de l’Univers.

Martinésisme

  • Triple puissance qui ordonne et gouverne le monde = Pensée / Volonté / Action
  • Pensée / Volonté / Action chez Martines = Père / Fils / Esprit-Saint chez Willermoz

Terrine garnie d'esprit de vin à l'Orient

Martinésisme

[Compléter]

 

Adhuc stat

Martinésisme

  • Tronquée mais ferme sur sa base, cette colonne représente l'image altérée et la ressemblance à recouvrer
  • Il s'agit encore une fois de la notion centrale de l'image divine dans l'homme qu'il s'agit de rétablir

Lumières d'ordre

Martinésisme

  • lumière à l’Orient qui sont Pensée / Volonté / Action
  • lumières des grands chandeliers qui sont l'univers créé
  • lumières des officiers qui sont ceux de la matière

Triangle d'Orient

Martinésisme

  • Le triangle pointe en bas chez Martines symbolise la lumière (cf le triangle implicite formée par les éléments)
  • Le triangle pointe en haut correspond à la matière sanctifiée, rétablie, le corps de gloire en somme

Nombre 3

Martinésisme

  • Le nombre 3 est le début des choses
  • Dans le grade d'apprenti, il s'agit du nombre de la corporisation (3 éléméents)
  • C'est là que commence l'histoire de l'apprenti, et elle ira jusqu'à la période actuelle (compagnon, la durée des choses) puis jusqu'à la période future (maître, la fin des choses)

Temps

Martinésisme

  • 4 temps rythment la tenue rectifiée : midi, midi plein, minuit et minuit plein
  • La journée des élus coens étaient rythmés par 4 temps de prières : 6h00 du matin, midi, 6h00 du soir et minuit

Prière de clôture

Martinésisme

  • "ô toi qui as toujours voulu et opéré pour le bonheur de l’homme"
  • Pensée / Volonté /Action-Opération

Remarquable étude faite par notre Frère CBCS  A VALLE SANCTA  et publiée sur son blog   http://blog.avallesancta.com/

Par Thomas Dalet - Publié dans : Histoire du RER
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 11 2009 11:23

« L'heureuse révolution qui s'opère, en présageant l'union des esprits et des cœurs de tous les Français, est, pour le vrai Maçon, le plus digne sujet d'actions de grâces au Grand Architecte de l'Univers ; après le tribut d'hommages rendu à la sagesse suprême, il convient, pour l'édification des Frères répandus sur la surface du globe, et pour confondre les profanes assis dans les ténèbres, de manifester authentiquement la joie pure et sincère que le vrai Maçon ressent du rétablissement de l'ordre et du règne de la justice et de la charité : ces motifs sont dignes de l'attention des Frères, je les prie d'y prêter toute leur attention et de m'aider de leurs conseils. »

« Le triomphe de la liberté et du patriotisme est le triomphe le plus complet du vrai Maçon. C'est de nos Temples et de ceux élevés à la saine philosophie que sont parties les premières étincelles du feu sacré qui, s'étendant rapidement de l'Orient à l'Occident, du Midi au Septentrion de la France, a embrasé le cœur de tous ses citoyens.

« La magique révolution qui, sous nos yeux, opère en si peu de jours, doit être célébrée, par les disciples fidèles du véritable Maître, avec un saint enthousiasme dont les profanes ne peuvent partager les douceurs. Les cantiques que les vrais Enfants de la Veuve chantent maintenant sur la montagne sacrée, à l'ombre de l'acacia, retentissent au fond de nos cœurs et, les mains levées vers le Grand Architecte de l'Univers, nous devons tous conjurer notre Maître de porter à l'auteur de tout ce bien l'hommage de notre vive gratitude.

« Les principes d'égalité, de justice et d'humanité que, sous la sceptre de fer d'un prince, bourreau de ses sujets les plus fidèles et sous le gouvernement tyrannique de la Féodalité, les martyrs de notre Ordre développaient avec tant d'énergie à nos Pères dans l'Art royal, le roi de vingt-cinq millions d'hommes libres, Louis XVI enfin, vient de les consacrer à jamais dans son empire.

«Aucun de vous, mes Très Chers Frères, n'ignore que notre Respectable Grand Maître, le duc d'Orléans, a concouru plus que personne à l'heureuse révolution qui vient de s'opérer. Empressons-nous d'entrer dans ses vues, signalons notre joie et ne craignons pas de la faire éclater par des actes de bienfaisance aux yeux de tous nos concitoyens.

«Qu'il est beau, mes Très Chers Frères, le jour où un roi citoyen vient annoncer qu'il veut commander à un peuple libre et former de son superbe empire une vaste Loge dans laquelle tous les bons Français vont véritablement être Frères ! Qu'il soit gravé dans nos fastes, en caractères brûlants d'amour, cet événement aussi glorieux pour les Français que pour leur Roi, dont les annales du monde ne présentent aucun exemple. Que les soldats citoyens qui, par leur dévouement à la chose publique et leur noble marche sous les drapeaux de la liberté, ont sauvé la Patrie, reçoivent les hommages de notre admiration et de notre profonde reconnaissance.

« Dans les transports de joie qui nous animent, faisons retentir les voûtes du Temple de la Charité, de l'Egalité et de la Liberté, de nos cris éclatants et répétés de : Vive la Nation ! Vive le Roi ! Vive le Grand Maître des Maçons français, leur ange tutélaire et celui de tous les bons citoyens. »

SOURCE : LE BLOG DE MONTALEAU

Par Thomas Dalet - Publié dans : Histoire du Rite Français
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Samedi 21 novembre 2009 6 21 11 2009 20:43

La Franc‑Maçonnerie n'est pas née de la Grande Loge de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson, Dès le 26 mars 1688 (selon un Etat du Grand Orient pour l 779) nous avons la preuve de l'existence de loges militaires au sein des régiments écossais et irlandais ayant accompagné le roi Charles II d'Angleterre en son exil en France, Ces loges essaimèrent suffisamment pour grouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des Francs‑Maçons dans le Royaume de France, Puis, intérêt ou curiosité, de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des loges écossaises ou irlandaises civiles, bien que français. Et viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, et ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des loges exclusivement françaises parce que composées de maçons français.

Enfin, en 1755, ces loges se grouperont en une Grande Loge de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le Grand Orient de France que nous connaissons. Cette Grande Loge de France disparaîtra en 1769, laissant la place au Grand Orient de France, L'actuelle Grande Loge de France a été constituée en 1897, d'une Grande Loge Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes loges ayant fait dissidence antérieurement : elle est donc sans aucune filiation avec celle du XVIIIème siècle.

Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon en 1778 par un Convent organisé par J-B. Willermoz, ne fut que la rectification mêlée de Martinézisme du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish) pratiqué par ces anciennes loges militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Leurs rituels furent apportés en 1751 à Marseille par le stuardiste Georges de Wallnon, qui y fonda le 27 août, avec des pouvoirs venus d'Edimbourg, celle qui devait devenir la Mère Loge Ecossaise de Marseille sous le nom de Saint‑Jean d'Ecosse.

C'est de cette filiation qu'est né l'actuel Rite Ecossais Primitif. D'où sa devis "Primigenius more majorem", allusion à l'ancienneté de celui‑ci.

Robert Ambelain

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En ses Archives historiques de la Franc‑Maçonnerie, publié en 1981, l'éditeur Les Rouyat nous dit ceci :

"Ceux qui ont suivi Jacques III (Charles‑Edouard) en son exil, ont introduit en France la Maçonnerie jacobite catholique, opposée à la Maçonnerie orangiste protestante. L'activité des Ecossais en France, et notamment dans le Midi, est un des traits importants de cette période."

L'auteur n'a pas la minutie de contrôle des historiens et il a confondu Jacques III et Jacques II. Un magnifique ouvrage récent publié à l'occasion de l'exposition de Saint‑Germain‑en‑Laye de 1992 sur La Cour des Stuarts à Saint‑Germain‑en‑Laye nous dit finalement ceci page 233 :

"Cette religion universelle qui fit battre l'Europe au même rythme de ses loges et de ses maillets, fut importée sur le continent par des jacobites militants. En France elle fut introduite par Derwentwater et MacLean, par Wharton en Espagne, Patrick Gordon et James Keith en Russie, Lord Wintoun à Rome. On a même pu prétendre que la Franc‑Maçonnerie avait été une vaste entreprise de conspiration jacobite destinée à rétablir les Stuarts sur le trône. L'oeuvre maçonnique avait bien d'autres objectifs ; elle n'en a pas moins contribué à cimenter la solidarité des partisans. " (op. cil.)'

La présence de sommités des Archives de France et de la Bibliothèque Nationale en cette présentation écarte toute possibilité d'erreur grave. Par contre il en est une que divers auteurs spécialisés en la maçonnerie ont commise et qu'il convient de réfuter, soit l'affirmation que cette maçonnerie était catholique, alors qu'elle était simplement chrétienne, ce qui est fort différent. Il y a en effet des usages et des rites ésotériques qui parlent. C'est ainsi que le comte de Barnwall, qui fonda à Toulouse en 1747 la loge Les Ecossais Fidèles, nous montre dans le rituel le Rose‑Croix d'Hérédom de Kilwining arborant deux cordons, l'un vert, de gauche à droite, et l'autre rouge, de droite à gauche, Ce sont là les couleurs de deux branches différentes de la Maçonnerie stuardiste, car le vert est la couleur héraldique de la très catholique Irlande, et le rouge est celle de la très puritaine Ecosse. Ce qui nous a valu en un même degré deux dénominations différentes, le Maître Irlandais, frère jumeau du Maître Ecossais. C'est pourquoi Devaux d'Hugueville en 1779, accommodant le Rose‑Croix jacobite à sa façon, reconnaît que le ruban du Chevalier de Saint‑André est tantôt vert et tantôt rouge, selon les capitales,

La présentation de cette histoire de la Maçonnerie stuardiste en France va maintenant et nécessairement prendre l'aspect d'une chronologie.

1688 ‑ Le 26 mars 1688 la loge militaire du régiment de Dorrington (devenu ensuite régiment de Walsh) d'où son nom primitif Loge de Dorrington ouvre ses travaux à Saint‑Germain‑en Laye. En 1752 elle prendra le nom de La Parfaite Egalité et lors de son affiliation au Grand Orient de France, l'Etat de celui‑ci pour 1779 mentionnera la date de 1688 comme étant celle de sa fondation à Saint‑Germain‑en‑Laye. Cela à une époque où le Grand Orient est très sévère sur les dates avancées par les candidates à l'affiliation.

Il en sera de même pour celles du régiment de O'Gilwy (affiliée en 1747), du régimentd'Albany (l 747 également). La loge militaire des Gardes Irlandaises est repartie en Angleterre lors de la restauration de Charles II en 1660.

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1716 ‑ Selon Alain Merger en la revue La Provence Historique de janvier‑mars 1978, Avignon, capitale du Comtat‑Venaissin et domaine pontifical indépendant du roi de France, est depuis 1716 le lieu de ralliement de l'émigration jacobite sur le continent. Dans les années 1736 et 1737, la ville deviendra le premier centre maçonnique méditerranéen. Ce sont des Francs-Maçons jacobites qui y fonderont en août 1737 la loge du marquis de Calvière, officier des gardes du corps du Pape, initié en 1734 par le comte irlandais Balmerino, jacobite convaincu. Le marquis de Calvière initiera à son tour le duc d'Aumont qui fondera plus tard la loge Bussi-Aumont. Ceci nous relie à la duchesse de Portsmouth et à ce fils, bâtard de Charles Il qui le titra duc de Richmond. Cette loge d'Avignon reçoit d'ailleurs fréquemment des Frères visiteurs venant de cette loge de Bussi‑Aumont.

1725‑1735 ‑ Mais jusqu'à présent les loges sont indépendantes, elles ne relèvent que du roi d'Angleterre légitime à leur yeux, c'est‑à‑dire nécessairement un Stuart, d'où leur nom de logesroyales (en anglais R. L., d'où on a fait en France "Respectable Loge") puisque le roi est le Grand Maître de la Franc‑Maçonnerie opérative depuis des siècles Elles ont néanmoins un nom collectif : Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons dans le royaume deFrance. A cette époque et depuis plusieurs années, le Grand Maître est Sir James Hector MacLean. Il se dit "présent grand maître", ce qui sous‑entend évidemment qu'il n'est ni le premier ni le dernier. Les Constitutions de 1720 (infra page ???) nous montrent comment s'effectuait la succession des grands maîtres. Effectivement il a succédé à Georges, duc de Warton. Et en 1735, fin de cette séquence, eu égard à l'amplification du nombre de Maçons français de souche, le nom collectif va changer, il devient Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France.

C'est à l'influence de Marseille, de sa noblesse locale et surtout de sa culture, que l'on peut attribuer la création de la plupart des loges provençales. Selon M. Agulhou en son livre Pénitents et Francs‑Maçons de l'ancienne Provence: "Dans la région provençale la diffusion de la Franc‑Maçonnerie est J'adoption d'un fait social national, venu de Paris et de Versailles, et rayonnant du centre de la France vers la périphérie." Il faut plutôt lire Paris plutôt que Versailles.

1736 ‑ Le marquis de Calvière reçoit un haut grade du jacobite "mylord comte de Baltimore", qui se dit grand maître de toutes les loges d'Angleterre, loges stuardistes évidemment. A cette époque une Maçonnerie encore très insuffisamment structurée a peine à conserver une organisation indiscutés. A son tour Calvière transmettra ce haut grade au duc d'Aumont, qualifié de "premier grand maître de toutes les loges de France", et qui donnera à son tour au même marquis de Calvière tous pouvoirs pour établir la loge Saint Jean à Avignon. Il semble qu'il y ait là confusion entre Aumont, de la loge Bussi‑Aumont, et le duc d'Antin premier grand maître de nationalité française (de 1738 à 1744). On peut situer ainsi les faits

- 1736 : initiation de Calvière dans les milieux jacobites d'Avignon,

- 1737 : séjour de Calvière à Paris, contacts avec les milieux jacobites,

- 1737 : en août, Calvière est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvière continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

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1737 ‑ Le 28 septembre Mgr de Belzunce évêque de Marseille dénonce à l'Intendant de la province les activités maçonniques de sa ville et souligne l'importance de celles du marquis de Calvière. Aussi le 23 octobre 1737, celui‑ci (officier aux gardes du corps pontificaux du Comtat‑Venaissin) est dans l'obligation de cesser ses mêmes activités maçonniques à Marseille, se limitant à sa loge de Saint Jean à Avignon, mais demeurant fervent maçon néanmoins. En effet :

1738 ‑ Cette année là, Calvière appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nomméDépositaire de l'Ordre, évidemment ordre jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait pas d'autre en France. A tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'Etat était reçu Franc‑Maçon, En 1736, c'était le maréchal d'Estrée, et au début de 1737. ce seront six chevaliers de l'Ordre du Saint‑Esprit qui deviendront des frèresde tous les autres en la Maçonnerie française naissante.

1743 ‑ le 9 décembre 1743 le duc d'Antin meurt et lui succède le comte de Clermont, autre prince du sang,

1746 ‑ les Francs‑Maçons de Marseille savent depuis cette date que les loges maçonniques ne sont plus pratiquement inquiétées par la police en France, et ils s'efforcent alors, réaction normale, de monter le pouvoir civil contre les autorités religieuses, dont Mgr de Belzunce a été le plus brillant défenseur, n'hésitant pas à associer les Francs‑Maçons aux jansénistes

1747 ‑ Selon Gaston Martin et les archives départementales de la Haute‑Garonne, le comte irlandais John de Barnwall de Tromlestown fonde à Toulouse la loge Les Ecossais Fidèles. Louis XV le naturalisera français et lui confirmera son titre. Cette loge prendra par la suite le nom de Sagesse et Union, puis Sagesse, et enfin deviendra (on ne sait encore pourquoi) LaVieille Bru, ce qui sous‑entend qu'elle fut indirectement la "belle‑fille" d'une autre loge antérieure, peut‑ être une ancienne loge militaire des régiments irlandais.

1749 ‑ Des visites nombreuses de Francs‑Maçons jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, mais pas tous, venant de Marseille. En cette année il y a à Marseille les loges Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Elus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Voici maintenant un ancien document qui montre combien la Franc‑Maçonnerie jacobite était toujours active et puissante vers 1750‑1755. Il s'agit de J'affiliation (c'est‑à‑dire de la régularisation maçonnique) de la loge Saint Jean de Jérusalem de la Parfaite Union à 1'orient de St‑Pierre de la Martinique ; la pièce est datée du 2 août 1750.

6

"Nous Vénérable Maître, Officiers et Membres de la Très Respectable Loge Saint‑Ferréol de Clermont de la ville de Marseille, constituée par le Grand Maître et les Grands Officiers du Très Ancien et Très Illustre Ordre des Francs‑Maçons dans le Royaume de France, le 1er octobre 1749, accordons aujourd'hui par ces présentes l'affiliation à nos chers et dignes Frères de la Respectable Loge Saint Jean de Jérusalem de la Parfaite Union, au bourg de St‑Pierre de la Martinique, situé sous le 14ème degré 30 minutes, en qualité de petite‑fille de Clermont (1), l'autorisant par le pouvoir qui nous a été donné à jouir de tous les privilèges d'une loge régulière et constituée, confirmant à cet effet notre cher Frère…… Maître (de Loge), notre cher Frère ...... 1er Surveillant, et notre cher Frère d'Oïanboure 2ème Surveillant.

Nous enjoignons par ces présentes à notre cher Frère…… et à ses successeurs d'observer et faire observer exactement les règles générales et particulières de la Maçonnerie, de ne recevoir aucun candidat au‑dessous de l'âge de vingt et un ans, ni aucun profane dont la probité n'est pas tout‑à‑fait reconnue, de ne recevoir Maître aucun Frère servant sans une permission expresse de la Respectable Loge Saint‑Ferréol, ordonnons aussi à la dite loge Saint Jean de nous faire informer de chaque mutation qu'elle jugera à propos de faire des Maîtres et des Surveillants, le tout sous peine de nullité de la présente affiliation. En foi de quoi nous lui donnons et avons fait expédier ces présentes, scellées du Sceau de l'architecture de la loge Saint Ferréol deClermont. A Marseille ce 2 août 1750."

Mais dès 1738 avait été fondé en 1'lle de la Martinique une loge nommée La Parfaite Union laquelle avait modifié son nom pour démontrer son appartenance à la Maçonnerie stuardiste en y ajoutant celui de la loge affiliatrice : Saint Ferréol de Clermont. En effet toujours à la Martinique, une loge avait été fondée le 24 mars 1750 sous le nom de La Parfaite d'Ecosse, par patente délivrée par une loge écossaise de Bordeaux. Mais comme tout porte à croire qu'elle relevait de la Grande Loge orangiste d'Angleterre, La Parfaite Union avait tenu à se faire régulariser comme loge stuardiste par une patente émanant d'une filiation incontestable.

1750 ‑ Cette même année les archives nous révèlent qu'à Marseille le Frère Capellu y est qualifié de "grand maître général des Chevaliers d'Orient". Ce grade est celui au sommet de la hiérarchie écossaise de l'époque. Or à Avignon en 1751 on ne pratiquait que les grades d'Elu et d'Ecossais. S'agit‑il là l'une des activités de Ramsay ? C'est fort possible, car le très jacobite Ramsay fut en relations étroites avec Avignon, notamment avec le mystérieux Balmerino qui initia clavière.

1750 ‑ Toujours à Marseille. L'évêque de la ville Mgr de Belzunce écrit à Versailles pour protester contre le fait que les Francs‑Maçons sont en cours d'achat d'une demeure pour y installer leur temple, Comme suite à cette demande d'assistance, l'Intendant pour la Provence reçoit en réponse la lettre ci‑après

"Mgr l'évêque de Marseille a fait informer le Roi que les Francs‑Maçons s'assemblent publiquement en cette ville, et qu'ils sont même en marché d'une maison où ils se proposent de tenir leur loge. Sa Majesté me charge de vous écrire à employer votre autorité pour faire cesser ces assemblées et pour ôter à ceux qui les tiennent tous les moyens de continuer."

(1) En cette patente deux noms ont été effacés. Il s'agit probablement de ratures amenées par l'obligation de faire disparaître deux imprudentes nominations, celle du Vénérable et celle du ler Surveillant. A Marseille, les responsables de la loge Saint Ferréol de Clermont avaient appris par la suite que leur confiance avait été dupée. A cette époque, "aux Isles", il y avait de tout…

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Cette lettre est signée du Comte de Saint‑Florentin, lequel est Franc‑Maçon depuis 1735 ! Quant à Louis XV il conseille à l'évêque de Marseille d'user de son autorité ! Mais celui‑ci n'en a aucune quant à la Police, et c'est là l'astuce du Roi. Celui‑ci sera lui‑même Franc‑Maçon, reçu en la logeLa Chambre du Roi groupant des officiers de celle‑ci, comme l'a démontré P. Chevalier; il autorisera l'Encyclopédie, anoblira Voltaire, sauvera le chevalier de la Barre d'une mort horrible suite à son sacrilège (il sera d'abord décapité), Enfin la bulle pontificale excommuniant les Francs‑Maçons ne sera pas publiée dans le royaume.

1751 ‑ Le 27 août de cette année le jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Edimbourg le 17 juin 175 1, constitue à Marseille la loge Saint‑Jean d'Ecosse.

1752 ‑ Le 17 mai de cette année Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de Vénérable et Maître de Loge à Alexandre Routier, et la Loge prend alors le nom de Mère‑Loge de Marseille, titre qui lui restera longtemps. Loge puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. On observera que dès 1751, date de sa fondation, les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. A la mort de Jacques Il à Saint‑Germain‑en‑Laye le 5 septembre 1701, Louis XIV inséra les régiments écossais et irlandais en ses armées, avec évidemment leurs loges militaires. C'est ainsi que le Royal Ecossais arborera sur son drapeau, avec la croix de Saint‑André (en place de la latine) et les armes de l'Ecosse (en place de celles de France), la cordelière aux "lacs d'amour" de la Franc‑Maçonnerie, soutenant la médaille de l'Ordre de Saint‑André. Ces régiments s'illustrèrent au "service de France" dans les batailles de l'époque, à Fontenoy notamment.

1794 ‑ A Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

1801 ‑ Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses loges‑filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie, témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines stuardistes est à peu près oublié.

N.B. ‑ En 1812, à l'Orient de La Ciotat, la loge Saint‑Charles d'Ecosse travaillant au "Rite d'Edimbourg" (sic) était encore en activité. Fondée sans doute en l'honneur de Charles-Edouard Stuart passant à Antibes en 1744.

Publié avec l'aimable autorisation du VM et de l'archiviste de la RL La Lumière Ecossaise, à l'Orient d'Ollioules (Var).

Par Thomas Dalet - Publié dans : Rites et rituels
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Samedi 21 novembre 2009 6 21 11 2009 08:12
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Par Thomas Dalet
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 11 2009 19:45


"Au fond, il n'y a qu'un seul chrétien, et il est mort sur la croix." (Nietzsche)

sans commentaire!!

Par Thomas Dalet
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