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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 15:41

ll était une fois, sur une montagne,
trois arbres qui partageaient leurs rêves et leurs espoirs.

Le premier dit: « Je voudrais être un coffre au trésor, richement décoré,
rempli d’or et de pierres précieuses. Ainsi tout le monde verrait ma beauté ».

Le deuxième arbre s’écria: « Un jour, je serai un bateau solide et puissant,
et je transporterai les reines et les rois à l’autre bout du monde.
Tout le monde se sentira en sécurité à mon bord ».

Le troisième arbre dit: « Je veux devenir le plus grand
et le plus fort des arbres de la forêt. Les gens me verront au sommet de la colline,
ils penseront au ciel et à Dieu, et à ma proximité avec eux;
je serai le plus grand arbre de tous les temps, et les gens ne m’oublieront jamais ».

Les trois arbres prièrent pendant plusieurs années
pour que leurs rêves se réalisent. Et un jour, survinrent trois bûcherons.
L’un d’eux s’approcha du premier arbre et dit: « Cet arbre m’a l’air solide,
je pourrais le vendre à un charpentier ». Et il lui donna un premier coup de hache.
L’arbre était content, parce qu’il était sûr que le charpentier le transformerait
en coffre au trésor.

Le second bûcheron dit en voyant le second arbre: « Cet arbre m’a l’air solide et fort,
je devrais pouvoir le vendre au constructeur de bateaux ».
Le second arbre se réjouissait de pouvoir bientôt commencer sa carrière
sur les océans.

Lorsque les bûcherons s’approchèrent du troisième arbre,
celui-ci fut effrayé, car il savait que si on le coupait,
ses rêves de grandeur seraient réduits à néant.
L’un des bûcherons s’écria alors: « Je n’ai pas besoin d’un arbre spécial,
alors, je vais prendre celui-là ». Et le troisième arbre tomba.

Lorsque le premier arbre arriva chez le charpentier,
il fut transformé en une simple mangeoire pour les animaux.
On l’installa dans une étable et on le remplit de foin.
Ce n’était pas du tout la réponse à sa prière.

Le second arbre qui rêvait de transporter des rois sur les océans,
fut transformé en barque de pêche. Ses rêves de puissance s’évanouirent.

Le troisième arbre fut débité en larges pièces de bois,
et abandonné dans un coin.

Les années passèrent et les arbres oublièrent leurs rêves passés.

Puis un jour, un homme et une femme arrivèrent à l’étable.
La jeune femme donna naissance à un bébé et le couple l’installa dans la mangeoire
qui avait été fabriquée avec le premier arbre.
L’homme aurait voulu offrir un berceau pour le bébé, mais cette mangeoire ferait l’affaire.
L’arbre comprit alors l’importance de l’événement qu’il était en train de vivre,
et sut qu’il contenait le trésor le plus précieux de tous les temps.

Des années plus tard, un groupe d’hommes monta dans la barque fabriquée
avec le bois du second arbre; l’un d’eux était fatigué et s’endormit.
Une tempête terrible se leva, et l’arbre craignit de ne pas être assez fort
pour garder tout son équipage en sécurité.
Les hommes réveillèrent alors celui qui s’était endormi;
il se leva et dit : « Paix! » Et la tempête s’arrêta.
A ce moment , l’arbre sut qu’il avait transporté le Roi des rois.

Enfin, quelqu’un alla chercher le troisième arbre oublié dans un coin;
il fut transporté à travers les rues,
et l’homme qui le portait se faisait insulter par la foule.
Cet homme fut cloué sur les pièces de bois élevées en croix ,
et mourut au sommet de la colline.
Lorsque le dimanche arriva,l’arbre réalisa qu’il avait été assez fort
pour se tenir au sommet de la colline et être aussi proche de Dieu que possible,
car Jésus avait été crucifié à son bois.

Chacun des trois arbres a eu ce dont il rêvait,
mais d’une manière différente, de ce qu’ils imaginaient.

Nous ne savons pas toujours quels sont les plans de Dieu pour nous.

Nous savons simplement que ses voies ne sont pas les nôtre,
mais qu’elles sont toujours meilleures si nous lui faisons confiance.

Un conte folklorique raconté par Angela Elwel Hunt.

Source : http://www.gadlu.info/il-etait-une-fois-trois-arbres.html

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Published by Angela Elwel Hunt - dans Spiritualité
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 16:17

Personne n’osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élu domicile. Un » mahâtmâ » (épithète donnée aux hommes qui ont atteint la perfection morale ou spirituelle) ayant un jour suivi cette route, des enfants qui gardaient les troupeaux se précipitèrent pour l’avertir. « Je vous remercie, mes enfants, répondit le sage, mais je n’ai pas de crainte. D’ailleurs, je connais des mantras qui me protégeront contre toute attaque »  . Et il continua d’avancer. Brusquement, le cobra se dressa contre lui. Mais en approchant du Saint Homme, il se sentit soudain pénétré de la douceur du «yogin » (celui qui pratique le yoga). Le Sage voyant le serpent, prononça une formule magique et le serpent s’écroula à ses pieds. Alors le Sage lui demanda : » mon ami, as-tu l’intention de me mordre ? » Le serpent stupéfait ne répondit rien. « Voyons dit le mahâtmâ, pourquoi fais-tu ainsi du mal à d’autres créatures? Je vais te donner une formule sacrée que tu répéteras constamment. Ainsi tu apprendras à aimer Dieu. Et en même temps tu perdras tout désir de faire le mal. » Et il lui murmura la formule à l’oreille. Le serpent s’inclina en signe d’assentiment, puis rentra dans son trou pour y vivre d’innocence et de pureté, sans avoir jamais plus le désir de blesser un être vivant. Au bout de quelques jours, les enfants du village voisin s’aperçurent de ce changement d’attitude et, pensant que le serpent avait perdu son venin, ils se mirent à le tourmenter, à lui jeter des pierres et à le traîner sur les cailloux. Le serpent grièvement blessé , se laissa faire et alla se cacher dans son trou.

 A quelques temps de là, le sage repassa par ce chemin et chercha le serpent, mais en vain. Les enfants lui dirent que l’animal était mort, mais il ne put pas les croire. Il savait en effet que le nom de Dieu a une telle puissance qu’on ne saurait en aucun cas mourir avant d’avoir résolu le problème de la vie, c’est-à-dire avant d’avoir réalisé Dieu. Il continua donc d’appeler le cobra. Finalement celui-ci, qui était presque réduit à l’état de squelette, sortit de son trou et s’inclina devant son maître : » comment vas-tu, demanda le sage? Fort bien, Seigneur, merci : par la grâce de Dieu tout va bien. Mais pourquoi es-tu dans cet état? Conformément à tes instructions, je cherche à ne plus faire de mal, à aucune créature : je me nourris maintenant de feuilles. C’est pourquoi j’ai un peu maigri. Ce n’est pas le changement de régime qui a suffi à te mettre dans cet état : il doit y avoir autre chose. Réfléchis un peu ! - Ah oui je me souviens : les petits bergers ont été un peu durs pour moi, un jour. Ils m’ont pris par la queue et m’ont fait tournoyer, me frappant contre des pierres. Ces pauvres petits ne savaient pas que je ne les mordrais plus! Le Sage répondit en souriant : « Pauvre ami, je t’ai recommandé de ne mordre personne, mais je ne t’ai pas défendu de siffler pour éloigner les persécuteurs et les tenir en respect ! » De même vous qui vivez dans le monde, ne blessez personne, mais ne laissez non plus personne vous molester !

Source: Anonyme

http://www.gadlu.info/

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 06:57

Au rituel du 4e Grade, désigné à cette époque sous le nom de « Maître Ecossais », approuvé par le Convent des Gaules de 1778, manquait le dernier tableau, avec la figure de saint André, ainsi que l’ultime instruction qui résume tous les points essentiels de la Maçonnerie symbolique rectifiée, éléments qui furent rajoutés bien après le Convent de Wilhelmsbad (1782). Dans une lettre, Willermoz expliquait le sens du 4e Grade du Régime rectifié de la manière suivante : « Nous n’avons chez nous qu’un seul grade supérieur et intermédiaire entre les trois gra­des bleus et l’Ordre Intérieur, dénommé, comme je l’ai déjà dit, Maître Ecossais de Saint-André. (…) Notre Maître Ecossais retrace et met en action dans sa réception tou­tes les grandes époques historiques survenues au Temple de Salomon et à la nation élue : la destruction, la réédification et la deuxième dédicace de l’un, la captivité, le re­tour et les combats de l’autre ; car nous ne perdons jamais de vue les révolutions de ce Temple unique, ni le grand emblème du Maître Hiram ; tous ces objets sont mis en scène sous les yeux du candidat par divers tableaux, dont le dernier figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle par Saint-André qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ ; ici finissent les symboles. » [1]

Pourtant, malgré sa place importante dans le Régime rectifié, peu de Frères connaissent qui fut réellement saint André. Il semble donc intéressant d’éclairer la figure de ce grand saint et Apôtre qui occupe une place charnière au sein du système fondé par Jean-Baptise Willermoz.

Saint André (+ 62), frère de saint Pierre, est le premier des Apôtres qui ait connu Jésus-Christ, aussitôt après Son Baptême sur les bords du Jourdain. Toutefois son appel définitif ne date que du moment où Jésus le rencontra avec son frère Simon, jetant les filets pour pêcher, dans le lac de Tibériade, et leur dit à tous deux : « Suivez-Moi, Je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Après la Pentecôte, André prêcha dans Jérusalem, la Judée, la Galilée, puis alla évangéliser les Scythes, les Éthiopiens, les Galates et divers autres peuples jusqu’au Pont-Euxin. Les prêtres de l’Achaïe prirent soin d’envoyer aux églises du monde entier la relation de son martyre, dont ils avaient été les témoins oculaires. Menacé du supplice de la croix : « Si je craignais ce supplice, dit-il, je ne prêcherais point la grandeur de la Croix. » Le peuple accourt en foule, de tous les coins de la province, à la défense de son Apôtre et menace de mort le proconsul. Mais André se montre, calme la foule de chrétiens ameutés, les encourage à la résignation et leur recommande d’être prêts eux-mêmes au combat. Le lendemain, menacé de nouveau : « Ce supplice, dit-il au juge, est l’objet de mes désirs ; mes souffrances dureront peu, les vôtres dureront éternellement, si vous ne croyez en Jésus-Christ. » Le juge irrité le fit conduire au lieu du supplice. Chemin faisant, l’Apôtre consolait les fidèles, apaisait leur colère et leur faisait part de son bonheur. D’aussi loin qu’il aperçut la Croix, il s’écria d’une voix forte : »Je vous salue, ô Croix consacrée par le sacrifice du Sauveur ; vos perles précieuses sont les gouttes de Son sang. Je viens à vous avec joie, recevez le disciple du Crucifié. O bonne Croix, si longtemps désirée, si ardemment aimée, rendez-moi à mon divin Maître. Que par vous je sois admis à la gloire de Celui qui par vous m’a sauvé. » Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, les distribua aux bourreaux, puis fut lié à une croix d’une forme particulière, appelée depuis croix de Saint-André. Le Saint, du haut de sa Croix, exhortait les fidèles, prêchait les païens, attendris eux-mêmes. Une demi-heure avant son dernier soupir, son corps fut inondé d’une lumière toute céleste, qui disparut au moment où il rendit l’âme.

Ainsi, comme le souligne Willermoz, Saint André « figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ », il nous rappelle que la Nouvelle Alliance est rattachée et unie aux alliances antérieures qu’elle réincorpore et « accomplit », mais que l’Incarnation de Jésus-Christ a ceci de particulier qu’elle manifeste non seulement la continuité des promesses qu’elle situe sur un plan céleste et divin, mais surtout fonde pour toujours « l’Alliance éternelle » (Hébreux 13, 20), l’Alliance parfaite, bien supérieure à l’ancienne, l’Alliance nouvelle qui libère la race d’Adam par l’effet de la loi nouvelle de grâce.

Note.

1. Pierre Chevallier, Louis Mathias de Barral, ancien évêque de Troyes, franc-maçon du Rite Ecossais Rectifié, et un document inédit sur le Rite Ecossais Rectifié (lettre de Jean-Baptiste Willermoz) ; Mémoires de la Société Académique de l’Aube, t. 104 (1964‑1966), pp. 195‑213.

Source : http://semperrectificando.wordpress.com/category/christianisme/

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 06:03

I

Stéphanus et les anciens qui sont avec lui, Dabnus, Eubulus, Théophile et Xinon, et Paul notre frère, évangéliste et fidèle docteur en Jésus-Christ, salut. Deux hommes sont venus à Corinthe, Simon et Cléobius, qui ébranlent fortement la foi de quelques-uns, les séduisant par d’abominables doctrines dont il faut que tu sois informé; car nous n’en avons jamais entendu de semblables, ni de toi, ni des autres apôtres, et nous savons que ce que nous avons entendu de toi et de ceux-ci, nous le gardons fidèlement. Mais en ceci le Seigneur nous a témoigné sa grande miséricorde, que nous pouvons de nouveau recevoir tes enseignements pendant que tu es encore en chair au milieu de nous. Ecris-nous donc maintenant, ou hâte-toi de venir toi-même chez nous, car nous avons cette confiance dans le Seigneur qu’il t’a délivré des mains de l’impie, comme cela a été révélé à Théonas. Voici les doctrines d’erreur que ces impurs annoncent et enseignent : Il ne faut pas, disent-ils, recevoir les prophètes; Dieu n’est pas tout-puissant; Il n’y a pas de résurrection de la chair; L’homme n’a été nullement créé par Dieu; Jésus-Christ n’est pas né en chair de la vierge Marie. Ils ne regardent point ce monde comme ayant été créé par Dieu, mais par un certain ange. Maintenant, frère, prends la peine de venir jusqu’à nous, pour qu’il n’y ait pas de scandale dans la ville de Corinthe, et que la folie de ces hommes, confondue devant tous par une répréhension publique, soit répudiée. Au nom du Seigneur, salut.

II

Les diacres Théreptus et Tychus prirent cette lettre et la portèrent dans la ville de Philippes. Lorsque Paul la reçut, bien qu’il fût lui-même dans les chaînes à cause de Statonice, femme d’Apollophane, comme s’il eût oublié ses liens, il fut désolé des choses qu’il apprenait, et dit en pleurant: « Comme il vaudrait mieux pour moi être mort et être avec le Seigneur, qu’ici dans ce corps, entendant de telles choses, » et apprenant les calamités d’une fausse doctrine ! Une tristesse en effet vient s’ajouter à une autre tristesse. Et comme surcroît à de telles douleurs, être dans les chaînes, voir ces calamités, ces angoisses, Satan s’efforçant de faire du mal à ceux vers lesquels il est accouru avec ses machinations! » C’est ainsi, au milieu de nombreuses souffrances, que Paul répondit à la lettre des Corinthiens:

III

Paul, prisonnier pour Jésus-Christ, aux frères de Corinthe, du milieu de mes nombreuses tribulations, salut. Je ne suis nullement étonné de ce que les séductions du malin se répandent si vite; mais le Seigneur Jésus va hâter sa venue, parce que l’on change et méprise ses commandements. Pour moi, dès le commencement, je vous ai enseigné ce que j’ai reçu moi-même des premiers apôtres, qui ont vécu tout le temps avec notre Seigneur Jésus-Christ. Maintenant encore je vous dis que le Seigneur Jésus- Christ est né de la vierge Marie, qui était de la race de David, selon les promesses de l’Esprit saint envoyé du ciel en elle par le Père, afin que Jésus entrât dans ce monde pour délivrer toute chair par sa chair et nous ressusciter des morts, comme il nous en a donné l’exemple en sa personne. Pour qu’il devint évident que l’homme a été créé par le Père, il n’a point été abandonné dans la perdition, mais il a été recherché pour être vivifié par l’adoption. Car Dieu, le maître de toutes choses, le père de notre Seigneur Jésus-Christ, celui qui a créé le ciel et la terre, a d’abord envoyé les prophètes aux Juifs pour les arracher à leurs péchés et les amener à sa justice. Voulant sauver la maison d’Israël, il a envoyé une part de l’Esprit sur les prophètes, pour qu’ils annonçassent pendant bien longtemps la vraie religion et la naissance du Christ. Mais le prince d’iniquité, voulant s’égaler à Dieu, mettait la main sur eux et enchaînait tous les hommes par le péché. Comme le jugement du monde approchait, le Dieu tout-puissant, voulant justifier et non pas rejeter ses créatures, et les voyant tourmentées, eut pitié d’elles et, à la fin des temps, il envoya le Saint-Esprit dans la vierge prévue par les prophètes, laquelle, ayant cru de tout son cœur, devint digne de concevoir et d’enfanter notre Seigneur Jésus-Christ; afin que, par cette même chair dont se glorifiait orgueilleusement le Malin, il fût repris lui-même et convaincu de n’être pas Dieu. Car c’est en sa chair que Jésus-Christ a appelé et sauvé la chair périssable et l’a amenée à la vie éternelle par la foi, afin de préparer pour les temps futurs un saint temple de justice en son corps, par la foi auquel nous aussi avons été délivrés. Sachez encore que ces hommes ne sont pas des enfants de justice, mais des enfants de colère, car ils éloignent d’eux-mêmes la miséricorde de Dieu en disant que le ciel, la terre et toutes les créatures ne sont point l’œuvre du Père de toutes choses. Ces maudits professent la doctrine du serpent. Mais vous, avec l’aide de Dieu, repoussez-les loin de vous, et rejetez loin de vous leur doctrine perverse; car vous n’êtes pas des fils de la désobéissance, mais des enfants de l’Eglise bien-aimée: c’est pourquoi le temps de la résurrection est annoncé à tous. Ceux qui disent: « Il n’y a point de résurrection de la chair, » ceux-là ne ressusciteront point pour la vie éternelle, mais pour la condamnation; car les incrédules ressusciteront en chair pour le jugement. Car pour ceux qui disent de la chair: « Il n’y a point de résurrection, pour ceux-là il n’y aura pas de résurrection, parce qu’ils ont ainsi renié la résurrection. Vous savez bien, hommes de Corinthe, au sujet de la semence du blé et des autres semences, qu’un grain nu tombe seul en terre et que ce grain, une fois dans le sol, commence par mourir; puis il ressuscite, par la volonté du Seigneur, revêtant le même corps qu’il avait auparavant; et ce n’est point un seul corps qui ressuscite, mais beaucoup d’autres de même espèce lèvent avec lui et prospèrent, Ce n’est point seulement des semences que nous devons tirer des exemples, mais aussi des corps plus nobles, de l’homme. Vous savez que Jonas, fils d’Amathi, parce qu’il refusait de prêcher aux Ninivites, fut jeté dans le ventre du poisson et y resta trois jours et trois nuits. Au bout de trois jours, Dieu exauça ses prières et le tira du fond de l’abîme, ans que son corps eût en rien souffert, sans qu’un de ses cils eût été courbé, ni qu’un de ses cheveux eût été arraché. A combien plus forte raison, vous, gens de petite foi, si vous croyez au Seigneur Jésus-Christ, vous ressuscitera-t-il comme il est lui-même ressuscité. Et si les ossements du prophète Elisée, tombant sur un mort, ont ressuscité ce mort, à combien plus forte raison vous, qui trouvez un appui dans la chair, le sang et l’esprit du Christ, ressusciterez-vous en ce jour avec votre corps intact. Le prophète Elie, en embrassant le fils de la veuve, l’a ressuscité des morts. A combien plus forte raison Jésus-Christ vous ressuscitera-t-il, vous aussi, en ce jour-là, comme il est lui-même ressuscité des morts aven son corps intact. Si vous recevez inconsidérément quelque autre doctrine, que personne désormais ne vienne plus me fatiguer. Car je porte sur moi ces chaînes afin de gagner Christ, et j’endure en mon corps les tourments pour mériter la résurrection des morts. Et vous qui avez tous reçu la loi par les bienheureux prophètes et le saint Evangile, tenez ferme; vous recevrez la récompense à la résurrection des morts, vous hériterez la vie éternelle. Mais s’il se trouve quelque homme de petite foi qui transgresse ces enseignements, il prépare sa propre condamnation et sera châtié avec ceux qui soutiennent les desseins de ces hommes d’erreur; car ceux-ci sont une race de vipères, une engeance de serpents et de basilics. Repoussez-les, séparez-vous d’eux avec l’aide de notre Seigneur Jésus-Christ; et que soient avec vous la paix et la grâce du bien aimé premier-né. Amen.

 Source : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/paul.htm

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 06:06

« Écoute, Ô Éternel, car je suis
ton serviteur, ton serviteur, fils
de ta servante ».
(Psaume 115, 16).

I

Il est écrit dans le livre de Job, que « servir c'est la vie de l'homme sur la terre » (VII, 1). L'obéissance, en effet, est devenue la loi de l'homme depuis que, trompé par « l'antique Serpent », Adam s'est détourné de la volonté de Dieu pour se faire l'esclave du péché. « Ne savez-vous pas, écrit saint Paul aux Romains, que, si vous vous livrez à quelqu'un comme serviteur pour lui obéir, vous êtes les serviteurs de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l'obéissance pour la justice ? Or grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été serviteurs du péché, vous avez obéi de coeur à la doctrine qui vous a été donnée pour règle ! Étant donc affranchis du péché, vous êtes devenus les serviteurs de la justice. Ainsi, de même que vous avez mis vos membres au service de l'impureté et de l'iniquité, pour commettre l'iniquité, de même, maintenant, mettez vos membres au service de la justice pour votre sanctification. En effet, lorsque vous étiez serviteurs du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice. Quels fruits portiez-vous donc alors ? des fruits dont maintenant vous avez honte. Car la fin de ces choses-là, c'est la mort. Mais, maintenant, affranchis du péché et devenus serviteurs de Dieu, vous avez pour fruit la sanctification. et pour fin la vie éternelle. » (Rom., VI, 16-23).

« Nul, en effet, dit Jésus, ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il. s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Matth., VI, 24 ; Luc, XVI, -13). Ne pas servir Dieu, c'est s'asservir à ce que saint Paul appelle, les « rudiments du monde » (Galat., IV, 3) car c'est préférer la créature au Créateur, « ne pas donner à Dieu la gloire qui appartient à Dieu, remplacer la Gloire de Dieu incorruptible par des images qui représentent l'homme corruptible, changer la vérité de Dieu en mensonge » ; et, « parce qu'ils ne se sont pas souciés de conserver la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à un esprit pervers, de sorte qu'ils ont commis des actions indignes ; et ils sont remplis de toute espèce d'injustice et de méchanceté » (Rom., 1, 18, 29). « Ces gens-là, dit encore l'Apôtre, ne servent pas le Christ, Notre Seigneur, mais leur ventre » (Rom., XVI, 18). Mais n'est-il pas écrit : « tu craindras l'Éternel, ton Dieu, et tu le serviras »?.(Deut., VI, 13). Tous les bien de la terre ne sont-ils pas promis à ceux qui obéissent fidèlement aux commandements de Dieu ? « Si vous aimez l'Éternel, votre Dieu, si vous le servez de tout votre coeur et de toute votre âme, je donnerai en son temps la pluie à votre pays, la pluie de la première et celle de la dernière saison et tu y récolteras ton. blé, ton vin nouveau et ton huile. je ferai croître aussi dans tes champs de l'herbe pour ton bétail ; tu mangeras et tu seras rassasié » (Deut., XI, 13,15). Ne disons donc pas avec ceux qui ne craignent pas Dieu : « c'est en vain qu'on sert Dieu ; qu'avons-nous gagné à observer ses préceptes ? » (Malachie, III, 14). «Toutes choses sont à vous », écrit saint Paul aux Corinthiens, mais à la condition « que vous soyez au Christ comme le Christ.. est à Dieu » (I, Cor., III, 22). Au Diable qui lui découvre « tous les royaumes du monde et leur gloire » et lui dit : « je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant devant moi, tu m'adores », le Christ répond par la parole sainte de l'Écriture . « tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne rendras le service qu'à lui seul » (Matth., IV, 10). Dieu doit être servi, simplement parce qu'il est Dieu : « Nous servirons l'Éternel, parce qu'il est notre Dieu » (Josué, XXIV, 18). Et servir Dieu, c'est faire sa volonté, selon la justice et la vérité : « mettez vos membres, dit saint Paul, au service de la justice pour votre sanctification » (Rom., VI, 19). Le Père, aussi, sanctifie dans la vérité » (Jean, XVII, 17) ceux « qui pratiquent la vérité » (Jean,III, 21), parce qu'ils sont venus à la lumière et que leurs oeuvres sont faites en Dieu.

II

Servir Dieu selon sa volonté, c'est d'abord le servir avec fidélité, « dans la crainte et le respect, dans la simplicité du coeur », non point « pour être vu de lui » et en recevoir notre récompense, non, point même pour chercher seulement à lui plaire, mais bien plutôt pour faire de bon coeur sa volonté », « avec affection », par « attachement aux choses d'en haut » (Ephès., VI, 6 ; Coloss., III, 22), parce qu'il est le Seigneur et qu'il, ne peut rien ordonner qui ne soit pour notre bien. « Nous savons, dit l'Apôtre, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom., VIII, 28). Et celui qui aime Dieu pourrait-il ne pas servir son Maître avec le zèle du soldat à qui l'on dit : « Va » et il va : « viens », et il vient ; « fais cela », et il le fait ? (Matth., VIII, 9). Peut-être a-t-il attendu la sixième, ou la neuvième, ou même la onzième heure pour se rendre à la vigne du Père de famille ; il recevra néanmoins, comme les autres ouvriers de la vigne, un denier, parce qu'il a entendu la voix de Celui qui a dit : « Allez, vous aussi, à la vigne » et qu'il a obéi sur-le-champ et pris sa part de fatigue et de labeur (Matth., XX, 1, 16). Peut-être même a-t-il répliqué au père de famille : « je ne veux pas » ; mais « plus tard, s'étant repenti, il y est allé », tandis que celui qui avait dit : « oui Seigneur ! » n'y est point allé : « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? » demande Jésus et les disciples de répondre : celui qui est allé travailler à la vigne. (Matth., XII, 28-31).

C'est donc, avant tout, la bonne volonté, non seulement dans l'intention, mais encore dans l'action, qui fait le bon serviteur, celui qui sert avec patience, avec ferveur, avec joie : « Ne vous relâchez point dans votre zèle, écrit saint Paul aux Romains ; soyez fervents d'esprits ! Servez le Seigneur, joyeux dans l'espérance, patients dans l'affliction, persévérants dans la prière » (Rom., XII, 4). « Ton serviteur, dit le Psalmiste, sera comblé de joie », (Psaume 108, 8) ; « réjouis l'âme de ton serviteur, car c'est vers toi, Seigneur, que j'élève mon âme ; car tu es bon et clément, Seigneur ! » (Psaume 85, 4). La bonne volonté, qui déjà s'accompagne de joie, ne va pas sans le désir de connaître la pensée du Maître, afin de lui obéir avec intelligence : « je suis ton serviteur, dit encore le Psalmiste, donne-moi. l'intelligence, afin que je puisse comprendre tes ordonnances » (Psaume 118, 125). Elle ne va pas, non plus, sans le désir de faire porter du fruit aux biens que le Maître a confiés à son serviteur : «Seigneur, tu m'avais remis cinq talents, en voici cinquante que j'ai gagnés ». « Cela va bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup ; viens, prends ta part à la joie de ton Seigneur » (Matth., XXV, 20). Elle ne va pas surtout sans le désir d'assurer le service de la maison durant l'absence du Maître, afin que celui-ci, à son retour, la trouve entretenue selon sa volonté : « quel est le serviteur fidèle et prudent que le Maître a établi sur ses serviteurs pour leur donner la nourriture en temps convenable ? Heureux sera le serviteur que le Maître, à son arrivée, trouvera agissant ainsi. En vérité, je vous le déclare, il l'établira sur tous ses biens » (Matth.,. XXIV, 45-47).

Le bon serviteur en prendra-t-il de l'orgueil ? « Qui de vous, demande Jésus, ayant un serviteur employé à labourer ou à faire paître les troupeaux, lui dira, à son retour des champs : viens tout de suite te mettre à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire : prépare-moi à souper, ceins-toi pour me servir, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu ; et, après, cela, tu mangeras et tu boiras ? Saura-t-il gré à ce serviteur d'avoir fait ce qu'il lui avait commandé
Vous aussi, de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles. Ce que nous avons fait, nous devions le faire »(Luc., XVII, 7, 10). C'est qu'en effet, le serviteur n'est pas plus grand que le Maître : « le disciple n'est pas au-dessus de son Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur » (Matth., X, 24). C'est à deux reprises que, selon l'Évangile de saint Jean, le Christ rappelle à ses Apôtres que « l'envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'envoie » : après leur avoir lavé les pieds, « lui, le Seigneur et le Maître », il insiste sur l'exemple qu'il leur a donné, afin qu'à leur tour ils fassent comme il a fait « en vérité, je vous Je dis, le serviteur n'est pas plus grand que son Maître » (Jean, XIII, 14, 16). Et au moment où il leur fait ses suprêmes recommandations, il leur annonce que, si le monde les haïra, il l'a haï, lui avant eux « souvenez-vous de la parole que je vous ai dite le serviteur n'est pas plus grand que son Maître » (Jean, XV, 20). Lui-même ne s'est-il pas fait obéissant, « obéissant jusqu'à la mort même, jusqu'à la mort de la croix ? (Phil., II, 8). Le Fils de l'homme n'est-il pas venu dans le monde, « non pour être servi, mais pour servir » ? (Marc, X, 45). C'est la vocation! du chrétien de suivre son Maître, s'il le faut, jusqu'au Calvaire et d'y boire le calice qu'il a bu. Tout au moins ne doit-il jamais oublier que « celui qui voudra être grand parmi ses frères sera leur serviteur, celui qui voudra être le premier sera l'esclave de tous » (Marc, X, 64).

On comprend bien que le service qui s'impose de la sorte au chrétien est ce que saint Paul appelle « le service en esprit » (Rom., I, 9) ; car, dit-il, « étant morts à la loi qui nous tenait captifs, nous en sommes maintenant affranchis pour servir Dieu sous le régime nouveau de l'Esprit et non sous le régime vieilli de la lettre » (Rom., VII, 6). Dieu, en effet, « est Esprit et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en Esprit et en vérité »(Jean, IV, 24). Dès son premier discours aux juifs, Pierre rappelle cette prédiction de Joël : « il arrivera pendant les derniers jours - c'est Dieu lui-même qui parle - que je répandrai de mon esprit sur toute créature : vos fils, et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des songes. Oui, en ce jours-là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes » (Actes, II, 17-18). Si l'effusion de l'Esprit fut si grande parmi les fidèles au premier siècle de l'Église que saint Paul dut intervenir auprès des Corinthiens pour le maintien du bon ordre dans les assemblées (I, Cor., XIV, 26-39), il reste que c'est avec les armes de l'Esprit que le serviteur du Christ doit « combattre le bon combat » (I, Tim., I, 18), « ayant revêtu la cuirasse de la foi et de la charité et pris pour casque l'espérance du salut » (I, Thess., V, 9). En effet, dit saint Paul, « ce n'est pas contre la chair et le sang que nous avons à combattre, mais contre les Dominations, contre les Puissances, contre les Princes de ce monde de ténèbres, contre les Esprits mauvais qui sont dans des régions célestes. C'est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu afin que vous puissiez résister dans les mauvais jours et qu'ayant tout surmonté, vous demeuriez fermes. Oui, tenez ferme, ayant la vérité pour ceinture de vos reins, étant revêtus de la cuirasse de la justice, ayant pour chaussures les bonnes dispositions que donne l'Évangile de paix. Prenez par dessus tout le bouclier de la foi, au moyen duquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu » (Ephès., VI, 11, 18). Le serviteur du Christ est un « soldat » (II, Tim., 11, 3), qui doit travailler pour la vérité contre le mensonge, pour la lumière contre les ténèbres, pour la justice contre l'iniquité, pour la liberté contre la servitude, pour la paix et la joie contre celui qui « tient l'empire de la mort ».

III

Celui qui a été jusqu'à la fin le « bon soldat de Jésus-Christ », à la fois « fidèle et prudent », n'a pas travaillé en vain ; il a mérité d'entendre et de prendre pour lui l'émouvante et profonde parole du Divin Maître : « je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père » (Jean, XV, 15). Dieu, en effet, « a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, lequel crie « Abba », c'est-à-dire Père !... Ainsi, tu n'es plus serviteur, mais fils, et, si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu » (Galat., IV, 5, 7). Et, parce que le Christ nous a ainsi obtenu de Dieu, par le sacrifice de son sang, l'« adoption filiale », devenus ses « frères »(Rom., VIII, 29), nous pourrons désormais prétendre à demeurer là où il demeure : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m'as donnés y soient aussi avec moi, afin qu'ils contemplent ma gloire, la gloire que tu m'as donnée avant la création du monde » (Jean, XVII, 24). Sans doute, « il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père » ; mais le Christ n'a-t-il pas déclaré qu'il nous y « préparerait une place » pour nous y prendre avec lui, « afin que là où il est, nous y soyons aussi » ? (Jean, XIV, 2-4).

Le Voyant de Patmos nous a présenté, de cette demeure où nous devons passer notre éternité, une image saisissante : c'est la Cité sainte, la Jérusalem céleste, qui descend du Ciel parée comme une épouse pour son époux, le Tabernacle de Dieu au milieu des hommes... je n'y vois pas de temple, car le Seigneur Dieu tout-puissant en est le temple ainsi que l'Agneau... La ville n'a besoin ni de soleil, ni de lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'éclaire et l'Agneau est son flambeau... Le trône de Dieu et de l'Agneau sera dans la ville, ses serviteurs le serviront., ils verront sa Face et son Nom sera sur leurs fronts... et ils régneront aux siècles des siècles » (Apoc., XI-XX).

 « N'entre pas, Seigneur, en jugement avec ton
« serviteur ; mais traite-le selon ta miséricorde !
« N'as-tu pas racheté de ton sang les âmes de tes
« serviteurs ? Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.
« Fais resplendir sur lui ta Face et renvoie le en
« paix, afin que, prosterné avec les Anges et les
« Saints dans l'adoration, il puisse s'écrier jour et
« nuit : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu, le
«Tout-Puissant, qui était, qui est et qui sera ! »

Source : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/servir.html

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 10:13

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux ; Un temps pour naître, et un temps pour mourir : un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ; un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; … un temps pour se taire, et un temps pour parler ; un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. »(L’Ecclésiaste III, 1-8)

Commentaire : tout est dit !

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 19:26
A) JONATHAN N'EST PAS LE FILS UNIQUE DU GRAND GOELAND
 
Pour les chrétiens, Jésus Christ est le Fils Unique du Père. Ici, Jésus est un initié parmi d'autres et comme les autres. L'homme de Nazareth n'est qu'un modèle de la libération à laquelle peut prétendre tout homme quand il devient "réalisé" en unissant l'étincelle divine qu'il porte au Divin cosmique englobant. Jésus n'est donc pas unique dans sa divinité. Nous sommes tous divins. Simplement, lui, aurait évolué plus rapidement que nous.
 
La vie de Jésus est ainsi entendue comme le résumé de la démarche initiatique qui consiste à s'arracher à la roue de la réincarnation, à se libérer du karma, pour se fondre dans l'océan cosmique. Certes, il faut bien reconnaître que son parcours est brillant; Jonathan-Jésus est en effet un Initié brillant, un esprit particulièrement doué :
 
"je n'ai jamais, sur un million d'oiseaux, rencontré un seul semblable à toi. Pour la plupart nous progressons si lentement! Nous passons d'un monde dans un autre qui lui est presque identique, oubliant sur le champ d'où nous venons, peu soucieux de comprendre vers quoi nous sommes conduits, ne vivant que pour l'instant présent... Mais toi, Jon, tu en as tant appris en une seule vie que tu n'as pas eu à voyager au travers de mille vies avant d'atteindre celle-ci”(JG50).
 
Jésus par son incarnation-crucifixion-ascension a accompli tout le parcours!
 
Pour lui... alors qu'aux yeux des chrétiens, Il est mort et ressuscité... pour nous !
 
Sa vie en fait est anhistorique :
 
La "sacralisation d'un lieu sur la planète et d'un temps de l'histoire m'est alors apparue comme un danger majeur pour l'humanité, comme un détournement au profit d'un peuple, d'une institution, d'une religion, d'une présence métaphysique de Dieu à tout être qui existe" (BB188).
 
Pas de sauveur, pas d'histoire du salut. L'énergie christique n’est-elle pas à la disposition de l'homme depuis toujours ?
 
"cette façon de voler a toujours été là, à la portée de tous, prête à être apprise par quiconque la voulait découvrir; cela n'a rien à voir avec notre temps. Tout au plus sommes-nous peut-être en avance sur une mode, en avance sur la façon de voler de la plupart des goélands” (JG13).
 
Dans la pensée gnostique, Christ et Jésus ne sont pas la même personne. Christ est en fait une énergie - l'énergie christique. Elle a habité Jésus de Nazareth comme elle habite ceux qui ont la connaissance.
 
Simplement, Jésus, de par son degré d'avancement, est devenu un maître, parmi d'autres.
 
En effet, sur le chemin d'éveil, il faut quand même une initiation ou un révélateur.
 
Mais, s’empresse-t-on de préciser, il y a connaturalité entre ce guide et l'initié, qui à son tour deviendra initiateur :
 
"Les deux goélands qui apparurent à toucher ses ailes étaient purs comme la lumière des étoiles et l'aura qui émanait d'eux, dans l'air de la nuit profonde, était douce et amicale... Nous sommes les tiens, Jonathan, nous sommes tes frères... Nous sommes venus te chercher pour te mener plus haut encore, pour te guider vers ta patrie” (JG35).
 
Avec ces initiés devenant maîtres provisoires, on retrouve certes la belle notion bouddhiste du bodhisattva, c’est-à-dire de ces êtres très évolués dans la voie de l’Eveil parfait, et capables par pure compassion de renoncer à leur but, la fusion, pour venir au secours de leurs semblables, tant qu'il en restera un à initier en vue de la libération.
 
Mais ce bodhisattva n'est surtout pas un sauveur. Jonathan met bien les points sur les i à ce sujet. Le jeune disciple Fletcher, exprime son admiration à l'égard de son maître Jonathan :
 
"Vous êtes un voilier exceptionnel, comblé de tous les dons et d'essence divine, bien au-dessus de tous les autres oiseaux” (JG78).
 
"Jonathan! ...également connu en tant que Fils du Grand Goéland, répondit son maître avec un humour froid... (JG83) Regardez Fletcher, et Lowell, et Charles-Roland, et Judy-Lee! Sont-ils aussi des voiliers exceptionnels comblés de tous les dons et d'essence divine ? Pas plus que vous ne l'êtes, pas plus que je ne le suis. La seule différence avec vous autres, la seule et unique différence est qu'ils ont commencé à comprendre ce qu'ils sont vraiment et qu'ils ont commencé à mettre en oeuvre les moyens que la nature leur a accordés... (JG78)
 
“Mais, Jon, je ne suis q'un goéland quelconque alors que vous êtes... - ...le Fils Unique du Grand Goéland, je suppose ? soupira Jonathan en contemplant la mer. Tu n'as plus besoin de moi. Ce qu'il te faut désormais c'est continuer de découvrir par toi-même, chaque jour un peu plus, le véritable et illimité Fletcher le Goéland qui est en toi. C'est lui qui est ton maître. Il te faut le comprendre et l'exercer... Ne les laisse pas répandre sur mon compte des bruits absurdes ou faire de moi un dieu. D'accord, Fletcher ? Tu sais, je ne suis qu'un goéland qui aime voler, pas plus...” (JG85-86).
 
Le message est clair : Jésus n'est pas Dieu au sens où la foi chrétienne l'entend, Jonathan-Jésus n'est pas le Fils Unique de Dieu ! Jonathan-Jésus n'est pas Dieu, ce n'est qu'un homme plus avancé que les autres ! Voir en lui le Fils du Grand Goéland, le Fils de Dieu, c'est continuer de vivre dans le monde de l'illusion, le monde des religions, du christianisme principalement.
 
Ecoutons ce qu'en dit Bernard Besret !
 
“Ce n'était que le dimanche que Dom Alexis se sentait dans l'obligation de nous commenter le passage d'Evangile de la messe du jour. Encore se contentait-il souvent de le paraphraser en prenant une voix de tête qui indiquait clairement qu'il quittait le domaine de son véritable intérêt. Nous étions des moines avant tout. Nous étions faits, comme il le rappelait sans cesse, "pour connaître, aimer et servir Dieu". Un point c'est tout. De Jésus ou du Christ, il n'était guère question” (BB81).
 
On peut remarquer au passage que le nom de Jésus ou Christ apparaît pour la première fois seulement à la page 82... pour être nié.
 
“Ma manière de considérer Jésus, ma conception de l'Incarnation, me mettaient en porte à faux à l'égard de mes compagnons de voyage : ils partageaient tous largement la conviction que Dieu en personne avait, il y a deux mille ans, visité les lieux que nous foulions de nos pas, entrant ainsi de façon définitive dans l'histoire des hommes... Je continue de le considérer comme un des éclaireurs les plus éclairés de l'humanité...” (BB187).
 
“Si Jésus parle bien à Dieu comme à son père, il ne revendique là aucun privilège exclusif mais nous encourage au contraire à l'imiter et à nous adresser nous aussi à Dieu comme à notre Père” (BB140).
 
“Mais les chrétiens, eux,... ont surimposé la conviction, et en ont même fait un dogme, qu'en Jésus, qu'ils appellent Christ, s'est manifestée au monde la plénitude de Dieu, au point que l'on devrait affirmer, selon eux, que cet homme historique est purement et simplement Dieu lui-même.
 
Un seul Dieu en trois personnes, tel est le dogme de la Trinité. Deux natures, la divine et l'humaine, en une seule personne, tel est le dogme de l'Incarnation. Tels sont les deux dogmes fondateurs du christianisme, qui a consacré ses quatre premiers siècles à les définir de concile en concile, à travers des luttes qui étaient loin de n'être que théologiques.
 
Entre moi d'une part, fils de Dieu au sens où je l’ai exprimé..., et Jésus d'autre part, Fils de Dieu tel que le définit le dogme des Eglises, il n'y a pas seulement différence de stature (ce qu'il est très facile d'admettre) mais différence radicale de statut ontologique. Dans l'histoire de l'humanité, une telle Incarnation, par définition, ne peut être qu'unique. Et, en toute logique, elle est même unique dans l'histoire des humanités qui peuplent éventuellement d'autres planètes, dans d'autres systèmes solaires au sein des myriades de galaxies qui constituent notre univers.
 
Par rapport à l'extraordinaire prétention de ce dogme qui déconsidère tous les autres sages, les autres prophètes, les autres messagers, les autres avatars de Dieu dans l'histoire, prétention qui, il est bon de le rappeler, est affaire des chrétiens et non de Jésus lui-même, je me sens doublement hérétique...
 
Je ne nie nullement que Jésus ait été inspiré par le Verbe de Dieu, mais je ne vois pas pourquoi je serais obligé de professer en lui une unité ontologique qui entraîne avec elle son lit incontournable d'exclusions. Je me sens donc autant nestorien avec Nestorius qu'alexandrin avec la grande tradition d'Alexandrie. C'est à la synthèse littérale des deux, imposée par les conciles, que je me sens incapable d'adhérer. Que je sois donc doublement anathème !
 
Pourquoi, dans l'histoire de l'humanité, privilégier à ce point la figure de Jésus ? Il est certes l'une des grandes figures spirituelles de ces derniers millénaires, mais pourquoi lui conférer un statut ontologique que l'on refuse aux autres grands inspirés qu'a connus l'humanité ? Pourquoi Jésus plutôt que Lao Tseu ? Pourquoi Jésus plutôt que Siddhârta Gautama, dit le Bouddha ? L'un et l'autre ont été divinisés au cours des siècles lorsque les courants spirituels qu'ils avaient suscités sont devenus des religions...
 
Nous pouvons analyser et comprendre les processus qui ont conduit à la formulation du dogme de l'Incarnation, mais avons-nous encore des raisons majeures de nous sentir liés par elle aujourd'hui ? N'est-ce pas faire preuve d'un provincialisme intellectuel qui n'est plus de mise, alors que nous avons désormais un large accès à la connaissance des autres traditions ? N'est-ce pas la marque d'un ethnocentrisme un peu primaire de penser que sa propre tradition est nécessairement la seule à avoir le monopole de la vérité ?
 
Ce point précis fait surgir une objection d'un autre ordre : toute religion qui se fonde sur la conviction d'être directement branchée sur la source même de la Vérité, à savoir sur Dieu, toute religion donc qui se fonde sur la conviction d'être révélée porte en elle le germe d'un totalitarisme de nature intellectuelle qui se transforme très vite en totalitarisme de nature politique et institutionnelle. Il n'est pas besoin pour cela qu'il y ait complot ou mauvaise foi. Au contraire, le processus est d'autant plus efficace que la conviction fondatrice est plus sincère et authentique !... (BB119sq).
 
le dogme de l'Incarnation, qui définit une porte étroite, un passage obligé, un pont incontournable (avec évidemment un souverain pont-ife qui en tient le péage), me paraît source d'aliénation pour l'homme” (BB125).
 
Et Arnaud Desjardins de dire autrement la même chose :
 
"Quelle est cette croyance qui, pour les chrétiens, constitue l'essence de la religion et, à leurs yeux, les autorise à proclamer la supériorité intrinsèque de leur foi ? C'est que «Dieu a tant aimé le monde - je cite l'Évangile de Jean - qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais qu'il ait la Vie éternelle.» Et ce Fils unique a affirmé : «Nul ne vient au Père que par moi. Celui qui n'est pas avec moi est contre moi.» Par ailleurs, toujours dans l'optique chrétienne, c'est le seul être au monde qui ait jamais ressuscité trois jours après sa mort, prouvant par là qu'il est bien le Fils de Dieu et le rédempteur attendu. Donc, comme l'a dit saint Paul, ou bien le Christ n'est pas ressuscité et nous sommes les plus malheureux de tous les hommes, car nous sommes les dupes d'une immense mystification ; ou bien le Christ est ressuscité, il est bien le Fils unique de Dieu, et il n'y a aucune possibilité d'établir un parallèle entre le christianisme d'une part et d'autre part l'hindouisme, le bouddhisme, l'islam, religions auxquelles manque le fait central de l'aventure spirituelle de l'humanité...
 
Je retrouvais l'espérance avec le point de vue ésotérique qui affirme l'unité transcendante de toutes les différentes formes - du moins les formes traditionnelles, je ne parle pas des inventions modernes - ou en me nourrissant des paroles de Ramakrishna : «J'ai été musulman avec les musulmans et pendant des jours entiers j'ai invoqué Allah. J'ai été chrétien avec les chrétiens et je me suis centré entièrement sur Jésus. J'ai été hindou avec les hindous. Partout, j'ai toujours découvert la même Réalité, le même Dieu unique.»
 
Ceux qui ne possèdent pas de formation chrétienne ne rencontrent aucune difficulté. Ils se contentent de récuser le postulat chrétien qui présente le christianisme comme la seule vérité, pour ne retenir que l'attitude tolérante affirmant qu'à chaque époque, à chaque milieu culturel a correspondu une religion appropriée. Et en effet, quelle que soit la voie, l'essentiel demeure la transformation de chaque être humain et la découverte, au coeur de lui-même, d'une Réalité d'un autre ordre. Que vous l'appeliez royaume des cieux, que vous l'appeliez nature-de-Bouddha, que vous l'appeliez atman, le fruit de l'expérience est le même. Sur ce, le théologien catholique ou protestant publie un nouveau livre pour dénoncer ce syncrétisme inadmissible et réaffirmer l'irréductible supériorité du christianisme. Ces livres ne vont plus jusqu'à dire que les hindous sacrifient des enfants à Kali et se prosternent devant des vaches sacrées, ils admettent même que Ramana Maharshi a atteint une certaine sagesse, que le Védanta et les Upanishads contiennent des paroles profondes ; mais c'est pour mieux affirmer qu'il manque encore à l'Inde la découverte ultime du Christ seul Sauveur, unique incarnation de Dieu donnant son sens à l'histoire et accomplissant le plan du salut de l'homme voulu par Dieu” (AD20-21).
 
Et Arnaud Desjardins conclut en parlant de "la vérité qui existe aussi en plénitude dans le bouddhisme, le soufisme et l'hindouisme" (AD22)...
 
B) JESUS EST UN INITIE PARMI D’AUTRES
 
* Parmi les maîtres "éveilleurs", on a donc Jésus qui parlait en paraboles pour le gros de la troupe, mais expliquait tout à ses disciples en particulier. Son enseignement était “exprimé de deux manières différentes, exotérique et ésotérique" (AD166).
 
* Mais l'Eglise a occulté son vrai message : "Si vous voulez que le christianisme retrouve pour vous sa dimension d'éveil et qu'il cesse d'être à vos yeux un ensemble de platitudes que personne ne met et ne peut mettre en pratique, il faut que vous distinguiez très nettement les paroles prononcées par le Christ de son vivant et les ajouts postérieurs des commentateurs" (AD158).
 
Il “y aurait ainsi une certaine Église de Pierre et une Église plus intérieure qui serait l'Église de Jean” (AD81) : "Il existerait, à côté de l'Église extérieure de Pierre, une Église de Jean, intérieure ou mystique qui, elle, subsistera même quand l'Église de Pierre sera atteinte par la grande dégradation spirituelle du monde prévue aussi bien dans les textes hindous, bouddhistes que musulmans" (AD32).
 
"Comme le souligne Evagre le Pontique : «Le propre de la justice est de distribuer la parole selon la dignité de chacun, énonçant certaines choses obscurément, en exprimant d'autres par énigmes et en formulant certaines clairement pour le profit des simples» (Gnostique). Quand l'enseignement est divulgué sous forme de paraboles, ceux qui ne peuvent pas s'ouvrir aux réalités supérieures s'en tiennent au sens littéral qui ne leur fera pas de tort - bien que toute parole de vérité puisse perturber si elle est interprétée de travers - et ceux qui en ont l'aptitude accèdent peu à peu au sens intérieur de l'enseignement, qu'il s'agisse des miracles du Christ, de ses paroles ou des événements de sa vie. Ils dépassent l'apparence sensible ordinaire visible par tous...” (AD110).
 
“Saint Pierre, comme je l'ai déjà expliqué, représente d'abord et avant tout cette première compréhension de l'enseignement enfermée dans nos schémas ordinaires de pensée. Dans les Évangiles, on voit plusieurs fois l'apôtre Pierre rivé à une intelligence limitée des paroles du Christ, incapable d'en saisir le sens véritable. Pierre est le symbole de l'enseignement exotérique, nécessaire mais insuffisant. C'est le commencement. Mais s'il n'y a que la pierre, l'enseignement ne peut pas fructifier. Tel ou tel d'entre nous est semblable à la graine semée sur un terrain intérieur comparable à la pierre : il entend bien les enseignements mais il ne comprend pas vraiment de quoi il s'agit, il les interprète en fonction de sa mentalité dualiste habituelle. La graine semée sur la pierre ne peut pas prendre racine, elle ne peut pas croître et l'homme mourra comme il est né, même s'il est riche en érudition comme un mullah ou un docteur de la Loi. Bien sûr, il est possible de dépasser ce premier stade et de faire jaillir l'eau de la pierre. "La lettre tue et l'esprit vivifie...” (AD112).
 
C’est cette Eglise de Pierre ou mieux de Paul (selon Arnaud Desjardins), qui a "inventé" entre autres la mort et la résurrection du Christ :
 
"Pour en revenir plus précisément au christianisme, je vous propose de le considérer comme une religion authentique dont le message a été déformé au fur et à mesure que l'on s'éloignait, avec le temps, de l'impulsion originelle donnée par le Christ. Le christianisme en tant que religion codifiée s'est en effet édifié peu à peu au cours des premiers siècles à travers les conciles. Ces conciles élaboraient le dogme chrétien à la majorité qui déclarait «orthodoxes»certaines conceptions et en écartaient d'autres soutenues par une minorité, laquelle était déclarée hérétique ou anathème. Les hérétiques étaient presque tous de grands mystiques. De même, c'est à la majorité qu'un pape est élu et il est convenu que l'Esprit-Saint a inspiré les cardinaux dans leur choix. Comment se fait-il, en ce cas, qu'il y ait eu des papes corrompus et intrigants comme nous en avons connu à la grande époque de la Renaissance ? L'Esprit-Saint a-t-il vraiment toujours inspiré les théologiens qui ont édifié l'ensemble de la doctrine catholique ou protestante ? Si une décision votée par le plus grand nombre constituait une preuve qu'elle émane du Saint-Esprit, il faudrait en conclure que les sages - qui ont toujours représenté une minorité - sont moins éclairés par le Saint-Esprit que les foules ignorantes amplement majoritaires. Qu'est-ce qu'un concile, sinon une assemblée d'hommes qui ne sont ni des saints ni des mystiques mais des penseurs ? La plupart des dogmes chrétiens ont été formulés plusieurs siècles après la mort du Christ...” (AD32-33).
 
“Nous ne pouvons pas être certains que les Évangiles rapportent tout ce que le Christ a dit (pourquoi de nombreuses paroles se trouvent-elles dans l'Évangile de Thomas et pas dans les canoniques ?) ni que les Évangiles rapportent uniquement ce que le Christ a dit : on lui a peut-être prêté plusieurs propos qu'il n'a jamais tenus tels quels.
 
On ne peut pas nier que, dès l'origine, le christianisme a eu aussi une réalité humaine, une insertion dans l'histoire, a été vécu par des hommes dont les Évangiles nous montrent bien qu'ils avaient leurs limites et leurs imperfections - et on peut se représenter les différences d'interprétation et même les désaccords entre les disciples sitôt après la mort du maître. Si l'on considère Jésus comme un maître spirituel, ce sur quoi selon moi tous les chercheurs spirituels peuvent être d'accord, on comprendra mieux comment se sont élaborés les Évangiles et comment est né le christianisme en regardant ce qui se passe à la mort des plus grands maîtres” (AD35).
 
“Enfin, presque toujours, j'ai pu l'observer, une personnalité brillante mais qui n'a jamais approché le maître et n'a donc reçu de lui aucun enseignement direct se donne pour mission d'authentifier la doctrine, comme ce fut le cas de Paul. Le Christ a certainement enseigné la vérité, reste à savoir comment celle-ci a ensuite été adaptée et parfois subtilement déformée. Qu'est-ce que le Christ a dit exactement ?” (AD36).
 
“Doté d'une brillante intelligence, saint Paul était le seul apôtre réellement instruit - à la différence des autres dont la plupart étaient de simples pêcheurs comme Pierre - et, suivi de Luc qui lui servait de secrétaire, il a pu imposer sa foi personnelle. La théologie de saint Paul fondée principalement sur la mort et la résurrection du Christ s'est ainsi propagée au détriment des directives concrètes de Jésus de Nazareth telles qu'on les entrevoit dans les quatre Évangiles et dans l'Évangile de Thomas” (AD38).
 
Mais “Afin qu'ils puissent demeurer fidèles à l'enseignement de Jésus de Nazareth, le Saint-Esprit les guiderait à travers les gourous vivants des religions orientales qui n'ont pas encore subi l'appauvrissement que connaît le christianisme" (AD41).
 
Heureusement, nous explique-t-on, nous avons les apocryphes issus des cercles gnostiques du premier siècle, notamment l'Evangile de Thomas appelé le "cinquième évangile", véritable et précieuse clef pour comprendre la vie symbolique de Jésus et son message. Bernard Besret et Arnaud Desjardins se réfèrent beaucoup à cet apocryphe.
 
* Et heureusement, soutiennent encore les néo-gnostiques, nous entrons dans l'ère astrologique du Verseau (et nous quittons donc l’ère du Poisson, “Ichtus” !),qui verra la disparition du christianisme et l’avènement de la religion universelle.
 
"La lutte pour l'avenir du XXIè siècle, à mon avis, ne se jouera pas comme on pourrait le croire entre les religieux d'un côté et les rationalistes de l'autre. Il se jouera plutôt entre les religieux d'une part et les spirituels de l'autre. Entre les croyants prêts à admettre sans discussion ce que les religions leur disent de croire, et les hommes qui assumeront avec intelligence la rigueur d'une démarche de foi. Entre ceux qui accepteront de s'aliéner à une structure institutionnalisée et hiérarchisée, et ceux qui mèneront jusqu'au bout la démarche personnelle et libératrice de l'affrontement au réel et de la sagesse qui en découle... la voie qu'il nous faut aujourd'hui frayer ne passe plus par ce type d'appartenance, par ce type d'institution" (BB209).
 
"Si l'on s'en tient uniquement aux dogmes et aux croyances, les points de vue sont, en effet, irréconciliables. Mais plus nous approfondissons notre compréhension et plus les différences entre le point de vue dualiste dit religieux et le point de vue non dualiste s'estompent et disparaissent. Et les grandes divergences qu'une pensée superficielle fait aisément ressortir entre le bouddhisme, l'hindouisme, le christianisme, l'islam, le taoïsme vont s'atténuer au profit des rapprochement, des similitudes et même des identités..." (AD133).
 
CONCLUSION
 
Dans une première partie, nous avons vu que l’homme, tout homme, est un être métaphysique, c’est-à-dire un quêteur du sens et un pèlerin de la source. Mais comment connaître l’Inconnaissable, si celui-ci ne se fait pas connaître lui-même ? ou alors, il n’est point inconnaissable et nous ressemble étrangement : dieux faits de mains d’hommes ! L’histoire de l’humanité est donc l’histoire d’une Alliance : l’Inconnaissable se donne à connaître, ou plus exactement Il donne à l’homme la liberté de “naître-avec-Lui”, de naître ainsi d’en haut, de devenir fils par, avec et dans le Fils unique. Bien entendu, ce projet se développe dans le temps et l’espace de la création, dans notre histoire.
 
Dans la seconde partie, nous avons mis l’accent sur l’interprétation “new-age” de cette quête. Bien entendu, le courant nouvel-âge lui-même s’enracine dans certaines approches spirituelles : la pensée gnostique, les religions orientales. Or, le concile Vatican II a invité les chrétiens à être attentifs aux pierres d’attentes et aux semences du Verbe qui se trouvent dans toute recherche.
 
Cependant, il convient de souligner un incontournable dans le discernement et l’accueil des diverses voies :
 
-1-
 
Jésus de Nazareth est le Fils Unique de Dieu, Verbe fait chair pour nous faire connaître Dieu le Père et nous introduire dans la communion trinitaire. “Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés”.
 
Certes, pour les autres religions, tel n’est pas le message, même si la personne de Jésus peut y être remarquée et d’une certaine manière vénérée. Cela est tout à fait compréhensible : le mahatma Gandhi était ainsi très proche des chrétiens et il puisait sa force dans le message évangélique.
 
Simplement, la différence entre les grandes religions et les syncrétismes comme le Nouvel Age s’appelle la tolérance. Il est quand même curieux que ce courant new age se déclare hospitalier à tous mouvements religieux, sauf à la foi chrétienne !
 
-2-
 
L’autre critère de discernement est le regard porté sur les autres. Y a-t-il plusieurs catégories d’êtres humains face au salut ? Ce dernier est-il réservé à une élite ? ou bien, la bonne nouvelle est-elle vraiment pour tous ?
 
Et cette considération des autres a une incidence dans le comportement quotidien. L’amour fraternel, pour tous, devient “le” critère retenu : “quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire... ‘En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait’”.
 
Nous pouvons terminer maintenant en priant cette hymne de l’office :
 
Dieu, au-delà de tout créé, Nous ne pouvions que t’appeler l’Inconnaissable ! Béni sois-tu pour l’autre voix Qui sait ton Nom, qui vient de toi Et donne à notre humanité De rendre grâce !
 
Toi que nul homme n’a pu voir, Nous te voyons prendre ta part de nos souffrances. Béni sois-tu d’avoir montré Sur le Visage bien-aimé Du Christ offert à nos regards Ta gloire immense !
 
Toi que nul homme n’entendit, Nous t’écoutons Parole enfouie là où nous sommes ! Béni sois-tu d’avoir semé Dans l’univers à consacrer Des mots qui parlent aujourd’hui Et nous façonnent !
 
Toi que nul homme n’a touché, Nous t’avons pris : l’Arbre est dressé en pleine terre ! Béni sois-tu d’avoir remis Entre les mains des plus petits Ce Corps où rien ne peut cacher Ton coeur de Père !
 
 
 
 
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Published by Gamaliel21 - dans Spiritualité
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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 19:22
 
POUR VOUS, QUI SUIS-JE ?
“Jésus posa à ses disciples cette question : “Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?” Ils dirent : “Pour les uns, Jean le Baptiste; pour d’autres, Elie; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes.” - “Mais, pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?” Simon-Pierre répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” En réponse, Jésus lui dit : “Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux”.
On parle beaucoup de Jésus. Mais duquel s’agit-il ? Les chrétiens, et Matthieu le souligne bien, confessent sa filiation divine, et ce par la grâce de la foi. Pour d’autres, il s’agit seulement d’un prophète, d’un avatar, c’est-à-dire une des multiples incarnations de Visnu (divinité hindoue) ou de l’esprit christique ou de l’énergie cosmique...
C’est la question que nous posons maintenant au Nouvel Age.
1- REMONTER L’ECHELLE GNOSTIQUE
Dans la pensée gnostique, l’homme est considéré comme un dieu tombé du ciel, ou d’un paradis primitif.
Or, pour la foi chrétienne, il n’y a pas de paradis perdu : il y a le paradis annoncé, la Terre promise. Il y a le premier Adam, créature appelée dès le commencement à devenir filiale dans le Fils éternel. Nous sommes créés “vers” la réalisation du dessein de Dieu, et le salut fondamental est l’accomplissement de cette vocation. Notre regard de chrétiens est donc eschatologique, tourné vers Omega.
Le mouvement du courant gnostique lui est exactement à l’opposé de cette trajectoire révélée par Jésus Christ. Sa visée est un retour à une perfection primitive perdue, elle est “protologique”, c’est-à-dire uniquement fixée sur un passé perdu.
A) L’INCARNATION EST UNE DEGENERESCENCE
* Pour la pensée gnostique, ou plus exactement nouvel-âge, il n'y a qu'une seule Réalité, un seul Réel, une seule substance fondamentale, qu'on appelle "principe spirituel unique qui relie tout", ou bien Energie, ou encore Conscience universelle, ou Conscience cosmique ou divine, voire christique..., bref, le grand Tout.
Ainsi, à l'origine, tout est Un, tout est divin, tout est spirituel. Tout l'univers est un seul être divin. L'homme est donc divin, et par conséquent, illimité.
Arnaud Desjardins aime à parler de "notre nature divine" (AD185), en précisant :
"Les enseignements spirituels ou mystiques peuvent être classés en deux grandes catégories : dualistes et non dualistes, chaque catégorie comportant bien sûr des nuances. Les doctrines dualistes différencient nettement un Créateur et une création et les voies non dualistes affirment au contraire une réalité essentielle qui est à la fois réalité de l'homme et celle de Dieu et qui se situe donc au-delà de la distinction entre le Créateur et la créature".
* Cette Réalité primordiale, cette conscience divine, cette Energie émane dans le multiple que nous pouvons observer et que nous prenons pour le réel.
* Or, cette émanation est en fait une dégradation qui va de l'énergie pure à la matière pure.
Souvent, on décrit 7 degrés d'émanation, ou 7 degrés de conscience.
L'esprit chute ainsi dans la matière.
Cela s'appelle l'involution ou l'incarnation. L’incarnation est par conséquent une dégradation, une dégénérescence.
Rappelons-nous que dans la pensée gnostique, le corps, élément de la matière, est comme un cachot étroit où l’âme se cogne et suffoque. Quant à l’univers, pour le gnosticisme, sa création en était attribuée à un démiurge, c’est-à-dire à un dieu secondaire et néfaste, assimilé chez les tenants de cette doctrine au dieu de l’ancien testament.
* Ce multiple, cette matière que nous voyons est par conséquent une tromperie, une illusion, (maya, en vocabulaire oriental).
"Votre corps, d'une extrémité d'aile à l'autre, disait parfois Jonathan, n'existe que dans votre pensée qui lui donne une forme palpable. Brisez les chaînes de vos pensées et vous briserez aussi les chaînes qui retiennent votre corps prisonnier”.
Ces propos font penser à la récupération que fait le Nouvel Age de la technique holographique. L'objet que l'on voit, en trois dimensions, n'est en fait qu'une image-laser; il n'existe pas. Le monde serait ainsi : une construction de notre cerveau; c'est donc une illusion. Le “corps n'est rien d'autre qu'un effet de la pensée !” (JG83). D’où cette technique prônée par le nouvel âge qu’est la visualisation : vous pensez à quelque chose que vous désirez et par concentration de l’esprit, vous faites advenir la chose en question.
* Les individus eux-mêmes sont une manifestation du multiple.
Derrière ces “moi” multiples, il s'agit de discerner le seul réel, l'unique, le transpersonnel. Ce n'est pas l'individu, ce n’est pas la personne particulière qui compte, mais le Soi présent en chaque être, qui forme comme un ensemble dépassant les éléments distinctifs :
"toute la formation passa lentement sur le dos, par la droite, comme un seul et unique oiseau" (JG71).
* De la même façon, le temps et l’histoire n’ont aux yeux du gnostique aucune valeur. Seul compte ce passé lointain où la vraie connaissance faisait vivre les hommes dans une sorte de paradis perdu depuis. Et c'est par le moyen de la mémoire, mise en oeuvre par des techniques de “méditation”, qu'il faut remonter à la conscience et échapper à la roue du temps. Le seul but est par conséquent de sortir de cette impasse qu’est la création, de “briser l’histoire en morceaux et la révéler comme une imposture”. On mesure ici l’écart qui sépare la pensée gnostique de la pensée chrétienne : pour cette dernière, l’histoire, voulue par Dieu dans un monde créé par lui, prépare l’avènement du Christ et mûrit le salut de l’homme.
B) LA REMONTEE GNOSTIQUE
* Pour se sortir de cette déchéance, il faut, nous dit-on, remonter les degrés de l'échelle afin de retrouver l'état primordial fusionnel. Il faut retourner à la nature divine originelle.
Cette montée est appelée évolution ou ascension.
* Or, l'homme se situe entre involution et évolution. En lui se fait la rencontre de la matière et de l'esprit. L'esprit en lui est cloué sur la matière. C'est la crucifixion.
Plus précisément, l'homme serait en vérité un pur esprit par nature, mais en l’état actuel, cet esprit est fixé au corps, cette enveloppe dont on change au fil de l'évolution, au fil des réincarnations. Le corps ne fait donc pas partie de la nature humaine. L'homme est un "dieu tombé du ciel".
* Cependant, par un travail sur soi, l'être humain peut évoluer le long de l'échelle et remonter jusqu'à la fusion dans la conscience universelle. Par ses propres efforts, il peut arriver, grâce à des techniques appropriées, à se dégager de cette matière qui le retient et à remonter les marches jusqu'au degré ultime. Chacun est ainsi le principal agent de sa libération.
* Bien entendu, une seule vie ne suffit pas pour cette prise de conscience et le développement de toutes les potentialités de l'être, c'est-à-dire le retour à l’état divin primordial : "l'état en deçà de la dualité, avant la chute", selon l’expression d’Arnaud Desjardins.
Le film de Jonathan le Goéland est en fait un grand hymne à la réincarnation :
"Jonathan comprit qu'il y avait encore autant à apprendre sur le vol en ces lieux que dans l'existence dont il avait pris congé... As-tu idée du nombre de vies qu'il nous aura fallu vivre avant que de soupçonner qu'il puisse y avoir mieux à faire dans l'existence que manger, ou se battre, ou bien conquérir le pouvoir aux dépens de la Communauté ? Mille vies, Jon, dix mille! et cent autres vies ensuite avant que nous ne commencions à comprendre qu'il existe une chose qui se nomme perfection, et cent autres encore pour admettre que notre seule raison de vivre est de dégager cette perfection et de la proclamer" (AD49 & 50).
Plusieurs réincarnations sont donc nécessaires à l’esprit qui a chuté dans la matière et qui doit remonter l’échelle en parcourant tous les degrés de cette ascension. Il doit commencer par prendre conscience de son identité véritable : l’étincelle divine prisonnière en son corps, puis s’extirper de cette gangue jusqu'au degré suprême : la perfection.
"Et pourtant, le jeune Jonathan le Goéland, qui avait vécu derrière ses yeux dorés, était toujours présent car seule son enveloppe extérieure changeait. Il se sentait toujours un vrai goéland, mais déjà il volait beaucoup mieux que son ancien corps n'avait jamais volé" (JG47).
Ainsi, de corps en corps, de réincarnation en réincarnation, le goéland évolue inéluctablement vers la Perfection, le Vol absolu, sans limite aucune.
Arnaud Desjardins, au sujet du Christ ressuscité, parle d'un corps supérieur au corps physique :
"La résurrection du Christ ne doit pas être entendue au sens littéral grossier...” (AD164) - “Ne faut-il pas en conclure que le Christ est apparu non plus sous son corps physique mais sous son corps subtil comme le laisse entendre l'Évangile de Marc : “Il se manifesta sous un autre aspect à deux d'entre eux qui faisaient route pour se rendre à la campagne” (AD163).
* D'où l'intérêt des cheminements initiatiques, pour nous faire retrouver le savoir primordial et rendre notre potentiel de moins en moins limité, c’est-à-dire tout simplement pour "se libérer des limites de l'espace et du temps".
La libération gnostique, nous l'avons vu, réside dans la connaissance de notre soit-disant véritable identité : l'homme par nature est divin, il est le Christ cosmique, et donc il est par nature illimité comme Dieu :
"Chacun de nous, en vérité, est une idée du Grand Goéland, une image illimitée de la liberté... Le vol de précision n'est qu'un pas de plus franchi dans l'expression de notre vraie nature. Tout ce qui nous limite, nous devons l'éliminer. C'est le pourquoi de tout cet entraînement aux vols à haute vitesse et aux acrobaties aériennes...” (JG70).
Nous avons remarqué au passage l’expression : “tout ce qui nous limite, nous devons l’éliminer”...
* Cette connaissance est ésotérique. Cela signifie que le commun des mortels vit dans l’ignorance. Mais des maîtres, plus avancés que nous dans l'initiation et l'éveil à la conscience, nous font entrer dans le secret et nous permettent d’atteindre le noyau réservé aux seuls initiés.
"L'essence du christianisme se rattache à ce tronc central dont sont issues toutes les grandes religions" (AD105).
* Cette connaissance - la gnose - est le propre des esprits éveillés, de l'élite spirituelle, capable, seule, de pénétrer le secret et d'atteindre la gnose, c’est-à-dire la Connaissance, cette unité transcendante des religions, la religion universelle.
"La relation à Dieu... est, par essence, accessible à tous. Elle n'est pas pour autant le fait de tous. Toute conscience n'est pas éveillée à la perception de ce qui la fonde, mais dans chaque peuple et à chaque génération, des hommes et des femmes parviennent à des niveaux supérieurs de conscience. Ils accèdent à l'éveil, à la gnose, à la sagesse, à la perception intuitive du Réel..." (BB125).
C'est ainsi que Jonathan se plaint du "si petit nombre" de goélands qui “savent”. Déçu, il préfère rejoindre sur d'autres planètes des goélands qui partagent sa façon de pensée, "tous très intelligents et prompts à assimiler" l'enseignement des maîtres.
* Le troupeau ordinaire, lui, incapable de comprendre, se contente de l'enseignement parabolique et superficiel des religions, il se contente de la foi des Eglises. C'est l'exotérisme (l'extérieur, la surface des choses), bon pour les "membres du Clan" qui croupissent "misérablement au sol", pour reprendre l'expression de Jonathan. La masse a oublié ses origines célestes et vit par conséquent dans l’ignorance : aveuglée par la matière, l’âme ne connaît plus que les limites étroites de son cachot.
Rappelons que dans la pensée néognostique, chaque nation comme chaque ère zodiacale a sa religion : le christianisme pour l'Occident, l'islam au Proche-Orient, l'hindouisme ou le bouddhisme en Orient,... le judaïsme à l'ère du Bélier, le christianisme à l'ère des Poissons, etc... Mais, nous disent les gnostiques de tous les temps, au fond de toutes ces religions, il faut chercher le noyau secret et commun à toutes : la tradition primordiale que les hommes détenaient à l'origine sur un continent disparu, tradition que l'humanité a perdue et qui est cachée précisément sous la superficie des diverses religions. Des hommes ont su de siècles en siècles atteindre ce noyau : ils étaient initiés, mais ils étaient peu nombreux. L'ère du Verseau dans laquelle nous entrons, doit faire apparaître au grand jour ce fonds commun désormais accessible à tous les hommes. Ce sera enfin la religion universelle !
"Le fait qu'il s'agissait d'une abbaye chrétienne ne me préoccupait guère. J'aurais trouvé dans mon entourage un ashram hindou ou un dojo zen, ma réaction aurait sans doute été la même. Je n'étais pas en quête d'une religion avec ses dogmes et ses rites, mais en quête d'un art de vivre centré sur Dieu, et c'était ce que Boquen m'offrait. Le fait qu'il s'agissait d'un monastère chrétien n'était pour moi qu'un accident. Le christianisme n'y était, à tout prendre, qu'une modalité. Il n'était donné que par surcroît" (BB72). "J'étais entré à Boquen par soif de Dieu et résonance intérieure avec ce que me proposait la vie monastique. Le christianisme et a fortiori le catholicisme n'avaient joué aucun rôle essentiel dans l'histoire" (BB102).
En conséquence, l’humanité se partage en deux catégories :
- les "initiés", les "éveillés" qui eux, “savent”, et se veulent des "spirituels", des "mystiques", c’est l'élite qui sait;
- et la masse "religieuse" qui, elle, se contente des déchets distribués par nos religions, les "religieux", c’est-à-dire ceux qui se satisfont de croyance.
Cette idée est fortement symbolisée par le troupeau de goélands cherchant sa nourriture sur les tas d'ordures d'une décharge ou se battant pour manger les restes de poissons rejetés par les navires de pêche, tandis que Jonathan vole dans les hauteurs oxygénées :
"La plupart des goélands ne se soucient d'apprendre, en fait de technique de vol, que les rudiments, c'est-à-dire le moyen de quitter le rivage pour quêter leur pâture, puis de revenir s'y poser. Pour la majorité des goélands, ce n'est pas voler mais manger qui importe. Pour ce goéland-là cependant, l'important n'est pas de manger, mais de voler. Jonathan Livingston le Goéland aimait à voler par-dessus tout. Cette façon d'envisager les choses - il ne devait pas tarder à s'en apercevoir à ses dépens - n'est pas la bonne pour être populaire parmi les autres oiseaux du Clan" (JG13).
".... j'ai ainsi senti à un certain moment de ma propre recherche que je ne pouvais pas approfondir les Évangiles si je ne possédais pas les clés de leur langage et si je ne pouvais pas me référer au grec... J'ai vu notamment que les traductions des Évangiles en français trahissent une grande part de ce qui est le plus intéressant ou le plus important, même quand ces traductions sont annotées en bas de page, comme dans la Bible oecuménique” (AD68).
C) LE SALUT GNOSTIQUE EST UNE AUTOREDEMPTION
Dans la pensée gnostique, "rien en dehors de vous ne peut vous sauver, rien en dehors de vous ne peut vous donner la paix". Le salut gnostique est en fait une auto-rédemption.
Aussi, en termes “nouvel âge”, on parle de connaissance et non de foi, de perfection et non d’amour, de fusion et non de communion.
a- La connaissance et non la foi
"Oublie la Foi ! lui répétait Chiang [le vieux Maître de Jonathan] sans cesse. Tu n'avais nul besoin d'avoir la foi pour voler, tout ce qu'il te fallait, c'était comprendre le vol, ce qui d'ailleurs signifie exactement la même chose" (JG55).
Arnaud Desjardins, lui, prône les "connaissances ésotériques", "des connaissances réelles et non des croyances et de la bigoterie" :
"Vous ne pouvez vous fier à cent pour cent qu'à ce dont vous avez l'expérience, à ce que vous avez vérifié par vous-mêmes" (AD103).
"Si vous cherchez pistis dans un dictionnaire grec-français, vous trouverez connaissance puis vous trouverez foi parmi les différentes traductions possibles. Le mot epistemen en grec, qui a la même origine que pistis, a donné épistémologie qui signifie le plus couramment science" (AD137).
"Si vous admettez des vérités qui vous paraissent séduisantes mais dont vous n'avez pas la preuve physique, subtile ou métaphysique irréfutable, vous êtes vite en dehors du chemin de la vérité. Ne tenez pour vrai que ce dont vous êtes sûrs à cent pour cent. Même si on vous donne une très belle explication symbolique de la résurrection du Christ, vous ne pouvez pas avoir la certitude qu'elle soit vraie, elle ne peut donc vous être d'aucune utilité...
Il n'est tout de même pas possible que le christianisme soit à ce point inférieur à l'hindouisme qui, avec le védanta, représente l'un des sommets de la pensée métaphysique, ou au bouddhisme qui possède un tel ensemble de connaissances, ou au soufisme qui produit de tels maîtres ; le christianisme ne peut pas être uniquement cette religion boiteuse, tâtonnante et incomplète que l'on m'a inculquée depuis mon enfance...
J'ai ainsi pu vérifier que le christianisme contient lui aussi la plénitude de la science sacrée et des connaissance ésotériques...
Certes, retrouver l'authenticité du christianisme n'est pas toujours une tâche aisée. Les déviations sont nombreuses, l'absence de foi que dénonçait le Christ s'est généralisée; il ne subsiste souvent que la croyance ; la certitude et la vision ont disparu; il n'y a plus guère de chrétiens qui possèdent la foi, au plein sens du terme.
Le désarroi s'est immiscé partout dès le moment où l'on a affirmé que la connaissance et la religion étaient deux domaines absolument distincts et qu'un chercheur scientifique n'avait pas à mêler ses croyances religieuses à sa recherche... Mais la religion ne se ramène pas à une série de croyances naïves ou de dogmes arbitraires. C'est une connaissance et, osons dire le mot entre tous maudit pour tant de théologiens, une gnose.
Qu'il y ait des formes religieuses accessibles à la totalité de la population, surtout pour ceux qui ne sont pas portés à chercher par eux-mêmes la vérité, c'est non seulement naturel mais utile. Qu'il y ait une part de croyance dans la religion destinée aux fidèles qui ne sont pas appelés à vérifier ce qu'on leur enseigne, oui, mais la possibilité de vérifier, elle, doit toujours être offerte" (AD15).
"Or quelle connaissance de soi gagnez-vous en répétant : Je crois en Dieu le Père éternel et tout-puissant créateur du ciel et de la terre. Je crois en son fils Jésus-Christ né de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilate. Il est descendu aux enfers, il est ressuscité le troisième jour, il reviendra pour juger les vivants et les morts...» Réciter un credo n'augmente pas votre connaissance de vous-mêmes, donc n'augmente pas votre maîtrise de vous-mêmes...” (AD213).
Par conséquent, Arnaud Desjardins préfère rechercher dans les enseignements initiatiques et ésotériques une abondance de connaissances qu'on ne trouve pas dans la puérilité de ces petits manuels de vie intérieure” (AD231).
Ainsi, chaque religion est-elle dépassée pour atteindre le noyau commun à toutes croyances : au coeur du judaïsme, on trouve la kabbale, pour le christianisme la gnose proprement dite, pour l’islam le soufisme, etc.
C'est par des pratiques de modification du niveau de conscience, par les techniques et expériences d'éveil (d’où le succès actuel des stages), que l’on peut se sauver, c’est-à-dire se dégager peu à peu de son karma, ce fruit négatif produit par nos actes.
Pour Arnaud Desjardins, la résurrection elle-même s'obtient par ces techniques :
"Ayant consacré leur existence à mettre en oeuvre certaines techniques, ils ont, au sens ordinaire du mot, ressuscité” (AD163).
"Pour vivre le christianisme - pas le christianisme des hommes mais celui de Jésus-Christ tel qu'on le découvre à travers les quatre Évangiles plus celui de Thomas - il devient indispensable de faire appel à des techniques extérieures qui ont jadis existé en Occident mais qui ont été perdues" (AD37).
Pour Bernard Besret, l’élévation du niveau de conscience dépend de ces pratiques :
"C'est pourquoi les grandes traditions orientales accordent une telle importance aux techniques respiratoires. Elles conditionnent l'accès à un niveau de conscience plus élevé" (BB90).
Quant à Jonathan le Goéland, d'exercice en exercice, il développe ses pouvoirs. Cela s'appelle en langage “”nouvel âge”, les “techniques d'expansion de la conscience” :
".. heure par heure, chaque jour, ils s'exerçaient en vol aux techniques aériennes les plus avancées." "Par quelle magie avons-nous été transportés ici? ...question d'entraînement” (JG84).
Il suffit de visualiser un objectif, et la concentration l'atteint :
"Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, dit-il, il te faut commencer par être convaincu que tu es déjà arrivé à destination... (JG54) alors Jonathan se concentra en pensée sur l'image des grands rassemblements de goélands survolant les rivages d'antan et avec l'assurance que donne l'habitude, il connut une fois encore qu'il n'était pas plume et os mais liberté et espace que rien au monde ne pouvait plus limiter” (JG59).
Cette concentration permet de "transcender" ses limites. De tels exercices sont appelés méditation !
Rien n'est alors impossible à l'initié :
"Tu dois pouvoir te rendre en tout endroit existant à tout moment où tu souhaites y aller, répondit l'Ancien. J'ai voyagé vers tous les pays et en toutes les époques auxquels j'étais capable de penser... (JG54) un beau jour, posé sur le rivage,Jonathan fermant les yeux et se concentrant, eut la révélation subite de ce que Chiang voulait dire: "Mais oui, c'est vrai! Je suis un goéland parfait et sans limites!... Quand Jonathan ouvrit les yeux, il se retrouva seul avec l'Ancien sur un rivage différent... (JG55) Nous sommes, de toute évidence, sur quelque planète dont le ciel est vert et à laquelle une étoile double tient lieu de soleil” (JG56).
Rien n'est impossible, ni l'autoguérison, ni l'autorésurrection.
Pour cela, Jonathan demande à un goéland paralysé d’avoir la foi en lui-même et en lui seulement.
Dans un autre passage, le goéland Fletcher Lynd rate un exercice et s'écrase contre une falaise :
"Pour lui, ce fut comme si ce roc était la porte massive et solide s'ouvrant brutalement sur un autre monde. Un sursaut d'effroi, le choc et le noir au moment de l'impact, puis il se retrouva dérivant dans un étrange ciel, sans mémoire, se ressouvenant, puis oubliant à nouveau, angoissé, triste et aussi navré, terriblement navré... (JG82) Fletcher, au pied du rocher, remua la tête, déploya ses ailes et ouvrit les yeux” (JG84).
Dans leur ignorance, les membres du clan estiment que Fletcher est mort. Et toujours par ignorance, ils crient qu’il est ressuscité... par Jonathan :
"Il vit! Lui qui était mort est maintenant vivant! Le Fils du grand Goéland! Il l'a touché du bout des ailes! Il l'a ressuscité!” (JG84).
Or, la mort n'existe pas, nous rappelle le conte. Ce n'est qu'un changement de niveau de connaissance ! Et Jonathan n’est pour rien dans l’histoire !
Ainsi donc le Paradis est-il au bout d'exercices de plus en plus pointus... "Quand finalement nous aurons transcendé l'espace et le temps...” (JG59); "le Paradis, c'est simplement d'être soi-même parfait... Sois persuadé, Jonathan, que tu commenceras à toucher au Paradis à l'instant même où tu accéderas à la vitesse absolue. Et cela ne veut pas dire au moment où tu voleras à quinze cents kilomètres à l'heure ou à quinze cents mille kilomètres à l'heure, ou même à la vitesse de la lumière. Car tout nombre nous limite et la perfection n'a pas de bornes. La vitesse absolue, mon enfant, c'est l'omniprésence...” (JG51);
"Il n'y a pas de limites” (JG87).
Il n’y a pas besoin non plus de la grâce, puisque tout est en nous et que le salut est affaire de connaissance et de techniques. Il s'agit seulement de se dégager de la gangue de la matière !
De même, puisque l'homme est divin, puisqu'il est illimité, il ne peut y avoir de transgression. Il n'y a pas de limites à franchir, il n'y a donc pas de péché. Il n'y a ni bien ni mal. Car est bien simplement ce qui me fait du bien. Le mal n'est qu'un blocage de la réalisation de soi, une ignorance, un inachèvement, un retard dans l'évolution vers l'absolu. Et ce mal est transitoire, l’évolution étant inéluctable :
"Souvenez-vous, péché a un sens technique précis : erreur, faux pas, manquer la cible... (AD148) J'ai accompli cette action. Tel que j'étais situé extérieurement, intérieurement, je ne pouvais pas ne pas l'accomplir" (AD147). Personne n'a jamais fait le mal, chacun n'a jamais fait que le bien tel qu'il le comprend... (AD252). C'est une manière de se situer à chaque instant : pour moi, tel que je suis, qu'est-ce qui est juste même si cela ne correspond pas à la morale officielle ? Peut-être dans cinq ans l'action juste pour vous sera-t-elle de faire le contraire de ce que vous faites aujourd'hui... (AD273).
Pour nous rapprocher de la compréhension, remplaçons provisoirement la notion de bien et de mal, avec tout son prestige, par celle de bon et de mauvais..” (AD253).
Pas de péché, pas de pardon... Il est vrai que les notions de péché et de pardon relèvent d'une vie relationnelle, et qui plus est d'une relation d'amour. Plus on aime, plus on a conscience de mal aimer, et plus on est sensible à la moindre offense faite à l'aimé. Or, on n'aime pas une énergie, on n'aime pas un Soi océanique, sans "Je" ni "Tu".
* La fusion et non la communion
C'est bien la raison pour laquelle, dans cette pensée gnostique, on parle de fusion et non de communion. L'individualité illusoire, parvenue enfin à la connaissance, se fond dans le grand Tout et y disparaît. Qu’on se souvienne des dernières image du film “Le grand bleu” où l’être humain devient peu à peu un petit point disparaissant au fond de l’océan.
Cette conception permet de comprendre la manière dont Bernard Besret parle de la prière :
"dans notre relation à Dieu, la prière, sous quelque forme que ce soit, silencieuse ou parlée, solitaire ou collective, est totalement superflue. Dieu n'en a aucun besoin. Nous communiquons avec lui par cela même que nous sommes. C'est infiniment plus exigeant que l'observation d'un rite ou la récitation d'une litanie. Cela ne tolère aucun échappatoire. En ce sens très profond, on peut dire, à la manière des manuels de dévotion, mais nullement dans leur perspective, que "notre vie tout entière est une prière". Mais en l'occurrence, il s'agit d'une prière qui se passe de tout mot et de toute formule... Ce n'est donc pas dans notre relation à Dieu qu'il faut chercher la raison que nous avons, malgré tout, de prier... (BB167).
(une citation de Marcel Légaut, commentée) : "Parler à Dieu, c'est se parler à soi-même avec des paroles vraies. Entendre Dieu, c'est s'entendre soi-même dire des paroles vraies”. On ne peut être plus clair sur le fait qu'il s'agit avant tout d'une affaire de l'homme avec lui-même, dans un effort de lucidité personnelle qui le met à nu devant lui-même. Dieu n'en est le partenaire qu'au second degré.
Dans cette logique, sa prière ne s'adresse pas à un Tu divin, encore que ce subterfuge psychologique n'est nullement à exclure, s'il est pédagogiquement efficace. Elle est plutôt une sorte de soliloque dans lequel l'homme se parle à lui-même, activant ainsi sa conscience du lien fondateur qui le relie à Dieu... L'adressant à moi-même dans le recueillement je me tiens devant Dieu - L'adressant à Dieu dans l'adoration j'entre en ma présence...
Notre dialogue avec Dieu n'est donc, sur le plan des phénomènes observables, qu'un monologue. C'est dans l'ordre même des choses qu'il en soit ainsi" (BB170 -172).
Même langage chez Arnaud Desjardins :
"Une forme plus raffinée du christianisme, qui n'est certes pas la plus généralisée, enseigne qu'il ne faut prier pour rien d'autre que la communion avec Dieu lui-même. Il ne faut demander à Dieu ni la santé ni la guérison si l'on est malade, ni même un métier si l'on est chômeur puisque Dieu sait mieux que nous ce qui nous convient, mais seulement la fusion avec lui” (AD122).
La prière, qui n'est plus ici une relation, c’est-à-dire ce parler "face à face, comme un homme parle à son ami" 48, ne saurait être "de chair", c'est-à-dire située de notre côté dans le temps et dans l'espace.
Le réalisme des psaumes par exemple choque le gnostique, qui fait la moue devant trop d'incarnation :
"Le chant des Psaumes, dont certains sont d'une grande beauté sapientielle, mais dont beaucoup d'autres sont d'inspiration guerrière, n'était tolérable à longueur de nuit dans nos monastères que parce qu'ils étaient chantés en latin et que, la musique répétitive de la psalmodie aidant, il était possible de faire totalement abstraction de leur contenu” (BB 191).
De la même façon, le “caritatif” qui authentifie notre foi, n’intéresse guère le courant gnostique. Le double commandement de l’amour éclairé par Jésus qui nous fait prier Dieu en disant “notre” Père, donc comme des frères, ne saurait se concrétiser en solidarité :
"Les auteurs de la traduction oecuménique de la Bible traduisent «parmi vous» au lieu de «en vous», avec ce commentaire que je cite parce qu'il est représentatif d'une certaine approche du christianisme donnant la primauté à l'insertion sociale sur la vie mystique : «On traduit parfois : en vous, mais cette traduction a l'inconvénient de faire du Règne de Dieu une réalité intime.» Non seulement les contemplatifs mais la très grande majorité des théologiens ont opté pour la traduction «au-dedans de nous», faisant du Royaume une réalité d'être et de conscience. Vouloir à tout prix démarquer le christianisme des mystiques hindoues ou bouddhistes centrées sur l'expérience intérieure a conduit de nombreux Occidentaux à se détourner de celui-ci pour boire aux sources orientales" (AD108).
Pour la foi chrétienne, l’Esprit Saint a mission de “poursuivre son oeuvre dans le monde et d’achever toute sanctification”, autrement dit d’actualiser au fil du temps la victoire du Christ par notre incorporation en Lui, laquelle nous fait devenir de plus en plus ce que nous sommes. Dans la pensée gnostique, au contraire, le temps n’est rien : "La différence majeure entre les deux traditions [Evangiles & apocryphes] tient à la place que l'une et l'autre attribuent à l'histoire dans l'accomplissement du salut de l'homme. Le christianisme officiel attend le salut d'événements à venir, du retour de Jésus parmi les hommes, et d'une résurrection des corps dans un futur difficile à pronostiquer. Pour Thomas, au contraire, le salut est donné ici et maintenant à celui qui veut bien s'ouvrir au Royaume qui l'habite déjà. La résurrection n'est pas à attendre dans un futur hypothétique, elle est déjà donnée à celui qui est éveillé..." (BB 206).
Certes... mais le salut de l’homme est-il une aventure solitaire ?
De même, gérer la création au service de l'humanité ne présente pas plus d'intérêt, puisque la création, nous l’avons vu, est une dégradation : "Dans notre société, les sciences sont devenues indépendantes et se sont de plus en plus morcelées au fur et à mesure qu'elles se spécialisaient... ces exploits n'intéressaient pas les autres civilisations donnant la primauté à l'expérience intérieure et beaucoup trop respectueuses de la vie et des forces de la nature pour songer à conquérir la planète ou l'espace” (BB30).
2] L’ECHELLE GNOSTIQUE N’EST PAS L’ECHELLE DE JACOB
Au chapitre 3 de l’évangile selon st Jean, Jésus avertit Nicodème qui lui confie sa quête intérieure : “nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme”.
De même, nous comprenons que l’élévation du Fils de l’homme réalise le songe de Jacob : “En vérité, en vérité, je vous le dis; vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme”.
Le Christ est “pontife” : il est venu pour nous faire passer de ce monde au Père : “Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. A présent je quitte le monde et je vais au Père” et “quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi”. C’est le va-et-vient du bon Pasteur...
Certes, ce personnage de Jésus, au moins en nos pays de civilisation chrétienne, est incontournable. Les nouveaux mouvements religieux se l'approprient, mais en en donnant une nouvelle version selon leurs propres conceptions.
 
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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 19:17
INTRODUCTION
Au chapitre 17 du livre des Actes des Apôtres, nous lisons :
“Invité à s’expliquer devant l’Aréopage, Paul, debout au milieu d’eux, fit ce discours : “Citoyens d’Athènes, je constate que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription : ‘Au dieu inconnu’. Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer.
Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas les temples construits par l’homme, et ne se fait pas servir par la main des hommes. Il n’a besoin de rien, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le reste.
A partir d’un seul homme, il a fait tous les peuples pour qu’ils habitent sur toute la surface de la terre, fixant la durée de leur histoire et les limites de leur habitat; il les a faits pour qu’ils cherchent Dieu et qu’ils essayent d’entrer en contact avec lui et de le trouver, lui qui, en vérité, n’est pas loin de chacun de nous. En effet, c’est en lui qu’il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d’exister; c’est bien ce que disent certains de vos poètes : ‘Oui, nous sommes de sa race’.
Si donc nous sommes de la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité ressemble à l’or, à l’argent ou à la pierre travaillés dans l’art et l’imagination de l’homme. Et voici que Dieu, sans tenir compte des temps où les hommes l’ont ignoré, leur annonce maintenant qu’ils ont tous, partout, à se convertir. En effet, il a fixé le jour où il va juger l’univers avec justice, par un homme qu’il a désigné; il en a donné la garantie à tous en ressuscitant cet homme d’entre les morts.”
Ce discours de Paul nous introduit au cœur même de notre sujet. En effet, l’être humain, avec sa bonne volonté et sa raison, est un quêteur de sens. Habité par les questions fondamentales de la vie, il tente d’y répondre et sa pensée élabore diverses conceptions du divin, ce dieu inconnu avec lequel il tente d’entrer en relation.
Chrétiens, nous sommes dans la situation de Paul : nous avons fait une expérience religieuse, dont nous essayons déjà de vivre nous-mêmes. Et en même temps, parce que nous sommes heureux d’avoir, comme André, “trouvé le Messie”, nous devenons témoins de cette révélation, nous la partageons, nous la proposons à nos contemporains qui d’une manière ou d’une autre, explicitement ou implicitement, sont en recherche. Nous nous présentons ainsi comme les disciples de Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur.
Sur la route du témoignage, nous rencontrons entre autres des adeptes du Nouvel Age, cette nouvelle gnose, qui parlent aussi de Jésus ou plutôt du Christ, mais différemment. Jésus y demeure objet de référence - Occident oblige -, mais seulement comme l’un des multiples avatars du divin cosmique.
- I -
TU NOUS AS FAITS POUR TOI, SEIGNEUR, ET NOTRE COEUR EST SANS REPOS TANT QU’IL NE DEMEURE EN TOI
Le parcours de saint Augustin, résumé dans ce titre, illustre bien notre sujet. En relisant ses Confessions, comment ne pas être frappé par l’actualité de son cheminement ? Dans sa quête, le jeune Augustin commence en effet par chercher sa nourriture dans les multiples voies païennes, gnostiques, manichéennes plus précisément. Jusqu’au jour où il découvre au plus profond de lui-même cette Présence plus intérieure à lui-même que lui-même.
L’être humain est un quêteur du sens des choses et de son existence, il est un pèlerin de l’absolu, que Jésus accompagne sur le chemin d’Emmaüs.
1- L’ETRE HUMAIN, UN QUÊTEUR DE SENS
A) LES ÊTRES HUMAINS, DES ETRES METAPHYSIQUES
L’être humain, et c’est son originalité dans la création, est un être “métaphysique”. Normalement, il ne se contente pas de vivre la “physique” de sa situation ni d’évoluer dans son cadre de vie; mais il réfléchit sur son état et s’interroge sur sa condition.
“Un simple regard sur l’histoire ancienne montre d’ailleurs clairement qu’en diverses parties de la terre, marquées par des cultures différentes, naissent en même temps les questions de fond qui caractérisent le parcours de l’existence humaine : Qui suis-je ? D’où viens-je et où vais-je ? Pourquoi la présence du mal ? Qu’y aura-t-il après cette vie ?... Ces questions ont une source commune : la quête de sens qui depuis toujours est présente dans le coeur de l’homme, car de la réponse à ces questions dépend l’orientation à donner à l’existence”.
Chaque âge, chaque groupe a ainsi esquissé ses réponses et ses dieux. Un culte s’est amorcé à partir des instincts de vie : l’homme, petit et fragile devant les forces de la nature, a commencé par chercher à se les concilier en divinisant le tonnerre ou les astres par exemple. Inéluctablement fauché par la mort, il a magnifié la fécondité et imaginé l’au-delà.
Ainsi, la route humaine se tisse-t-elle au gré de cette longue quête de connaissance et de sens. Le fruit des réflexions nous donne ces innombrables et complémentaires idéologies, théories et conceptions, doctrines, systèmes et religions qui jalonnent le long périple des terriens.
“Sous des modes et des formes différentes, [la philosophie] montre que le désir de vérité fait partie de la nature même de l’homme. C’est une propriété innée de sa raison que de s’interroger sur le pourquoi des choses, même si les réponses données peu à peu s’inscrivent dans une perspective qui met en évidence la complémentarité des différentes cultures dans lesquelles vit l’homme”.
B) UN PARCOURS DEJA GUIDE PAR L’ESPRIT CREATEUR
Cette interrogation de l’homme fait partie du plan de Dieu. Celui-ci ne lui a-t-il pas donné une intelligence ?
Au verset 20 du chapitre premier de la lettre aux Romains, nous lisons : “Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les oeuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité”.
La constitution dogmatique “Dei Verbum” du concile Vatican II souligne à son tour cette première étape de l’aventure spirituelle qu’est la connaissance naturelle de “Dieu”, c’est-à-dire par la raison : “Le saint Concile reconnaît que ‘Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées’”.
Le cœur de l’homme est alors rempli de cet “émerveillement suscité en lui par la contemplation de la création” 4. Il se prend à s’émerveiller devant la beauté d’un lever de soleil, un chant d’amour jaillit de son coeur à la vue de sa compagne, une action de grâce monte en lui devant son enfant blotti dans ses bras.
Premiers pas d’un chemin intérieur, balbutiements d’une religion, c’est-à-dire d’un au-delà de soi et du magma cosmique, amorces d’une ouverture à autre chose que soi. Premières poussées de cet Esprit qui planait sur les eaux matricielles du commencement.
Premiers regards bientôt vers une transcendance à l’oeuvre derrière tant de beauté et de grandeur : “Adam connut sa femme; elle enfanta un fils et lui donna le nom de Seth. Un fils naquit à Seth aussi, et il lui donna le nom d’Enosh. Celui-ci fut le premier à invoquer le nom de Yahvé”.
Premiers essais de relation à l’Etre, ce “Je-Suis” inconnu et mystérieux, au-dessus de soi et de tout. Premières intuitions et expériences du divin absolu.
Ainsi, au fil du temps et de la vie, sur toute la terre, la raison droite et la bonne volonté s’efforcent d’aller, de façons diverses et de plus en plus approfondies, au-devant de l’inquiétude du coeur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés : “Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le coeur humain : Qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quels sont l’origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ? Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ? Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore du Père. Cette sensibilité et cette connaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux. Quant aux religions liées au progrès de la culture, elles s’efforcent de répondre aux mêmes questions par des notions plus affinées et par un langage plus élaboré”.
Il est même “possible de reconnaître, malgré les changements au cours des temps et les progrès du savoir, un noyau de notions philosophique dont la présence est constante dans l’histoire de la pensée... on peut reconnaître une sorte de patrimoine spirituel de l’humanité où sont formulés les principes premiers et universels de l’être” d’où découlent des conclusions cohérentes d’ordre moral.
Aussi, le concile Vatican II nous invite à discerner dans les religions ce qui est vrai et saint, c’est-à-dire ce qui est tout simplement suscité par l’Esprit qui anime l’unique race humaine. Car ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines, “apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes”. Ce sont là en fait des “pierres d’attente de l’Evangile”.
Bien entendu, les accidents de parcours et les perversions ne manquent pas. Et le risque de l’intolérance n’est jamais loin. “La capacité spéculative, qui est propre à l’intelligence humaine, conduit à élaborer, par l’activité philosophique, une forme de pensée rigoureuse et à construire ainsi, avec la cohérence logique des affirmations et le caractère organique du contenu, un savoir systématique. Grâce à ce processus, on a atteint, dans des contextes culturels différents et à des époques diverses, des résultats qui ont conduit à l’élaboration de vrais systèmes de pensée. Historiquement, cela a souvent exposé à la tentation de considérer un seul courant comme la totalité de la pensée philosophique. Il est cependant évident qu’entre en jeu, dans ces cas, une certaine “superbe philosophique” qui prétend ériger sa propre perspective imparfaite en lecture universelle”.
“Il en est résulté diverses formes d’agnosticisme et de relativisme qui ont conduit la recherche philosophique à s’égarer dans les sables mouvants d’un scepticisme général. Puis, récemment, ont pris de l’importance certaines doctrines qui tendent à dévaloriser même les vérités que l’homme était certain d’avoir atteintes”.
Ainsi, l’homme créé cherche à tâtons sa Source. Une raison droite implique qu’il demeure, quelle que soit d’ailleurs sa religion, un être de désir et veille à ne jamais boucler sur lui-même et ses découvertes. Qu’il demeure un pèlerin de la Source qu’on ne saurait capturer, et qui nous emmène toujours plus loin. Que le quêteur de sens reste toujours ouvert à l’Autre.
2] LA PEDAGOGIE DE DIEU
L’Esprit créateur plane sur cette quête. Mais Dieu est un pédagogue. Qu’est-ce à dire ? La pédagogie est signe du souci vrai de l’autre : souci de sa différence lorsqu’on veut communiquer avec lui, souci de son cheminement qui implique la prise en compte de ses rythmes et capacités. On a quelque chose à partager, mais il s’agit d’un partage avec une personne déterminée qui doit être en mesure d’accueillir ce partage. Parents et éducateurs pratiquent cela au quotidien.
Le cheminement spirituel de l’humanité est comparable à la maturation d’un enfant. Il y faut du temps, il y faut de la patience.
C’est même une aventure, avec tous les risques inhérents à une croissance, avec le risque de la liberté et donc des ruptures.
Nous touchons là au mystère de l’Amour créateur. Les hommes ne sont pas des petits robots ou des marionnettes perfectionnées, objets d’un caprice divin. Ils sont de vrais partenaires de l’Alliance voulue par Dieu.
A) DIEU EST EXTASE D’AMOUR
Dieu est Amour. Or, l’amour ne saurait être solitaire. La révélation ultime de Dieu nous laisse précisément entrevoir qu’il est communion trinitaire : l’Inengendré n’est que don à cet Autre, ce Fils de même nature que lui, cet Engendré qui reçoit tout du Père et lui donne une plénière réponse d’amour, et ce, dans le Souffle éternel qui les unit.
Mais cette communion du Père, du Fils et de l’Esprit ne boucle pas sur elle-même. Si nous contemplons l’icône de la Trinité peinte par Andreï Roublev, nous remarquons bien cette ouverture, comme une porte d’entrée au sein même de l’intimité divine.
B) FAISONS L’HOMME
L’amour n’est que source jaillissante. D’où la création, ce don de la vie à une humanité différente de son auteur et existant réellement à part entière. Dieu veut que l’homme soit autre que lui.
Avec un unique projet : que nous devenions participants de la nature divine, participants de la communion trinitaire.
C’est la raison pour laquelle Yahvé entre en alliance avec l’humanité, dans le respect de ses différences et de sa finitude, avec tout ce que cela peut comporter aussi de risque.
“Dieu dit : ‘Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance’”. Et “Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol” 11. Le Père esquissa l’homme en regardant son Fils Unique. Le Père Varillon a cette expression : “Le Christ est la matrice de l’humanité”.
“Qu’il soit béni, le Dieu et Père de notre Seigneur, Jésus, le Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant que le monde fût créé, pour être saints et sans péchés devant sa face grâce à son amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ... Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous a faite dans le Fils bien-aimé... Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre”.
Dieu a mis l’humanité en route comme des parents “mettent en route” un enfant. Il a placé l’homme et la femme dans un contexte favorable à leur croissance : “Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé...; Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la...” 14. Encore une fois, Dieu a fait de ses créatures des partenaires à part entière.
Lui qui est Tout, sans commencement et sans fin, sans la moindre limite, a voulu l’homme libre dans sa réponse, et pour cela, comme la mer se retire pour laisser place à la terre, il s’est comme retiré de la création, c’est-à-dire qu’il s’est comme interdit de manière générale de tout interventionnisme : à la créature de jouer sa partie, à elle de mûrir son fiat comme Marie au jour de l’annonciation.
C) LE TEMPS DE LA MATURATION
Pour donner cette réponse d’homme libre - dans la conscience et la volonté - il faut du temps, il faut des étapes de maturation. C’est l’histoire de l’humanité. “En Orient comme en Occident, on peut discerner un parcours qui, au long des siècles, a amené l’humanité à s’approcher progressivement de la vérité et à s’y confronter”.
L’unique projet de Dieu, l’Alliance avec une humanité totalement partenaire, se réalise donc au fil d’étapes, au fil d’alliances successives, elles-mêmes adaptées au rythme de cet homme situé dans l’espace et le temps, avec des moyens pédagogiques ajustés aux limites non seulement de sa capacité naturelle mais encore à celles engendrées par son péché et sa misère.
En effet, la route n’est pas forcément une ligne droite; peu importe, Dieu écrit droit avec des lignes courbes. Les hommes ne sont pas à l’abri des embûches du voyage : il arrive même qu’ayant connu Dieu, nous explique la lettre aux Romains 16, ils perdent “le sens dans leurs raisonnements” et que leur coeur inintelligent s’enténèbrent : “dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible contre une représentation, simple image d’hommes corruptibles...” Ayant troqué la vérité entrevue de Dieu contre le mensonge, n’ayant pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, ils se retrouvent alors livrés à leur esprit sans jugement avec les fruits de mort et de malheur que cela peut produire. La liberté de l’homme n’est décidément pas une illusion.
Mais Dieu est infiniment patient et sans repentance, il sera toujours le Fidèle de l’Alliance.
Ainsi, au milieu des innombrables autels dressés au dieu inconnu, parmi les multiples temples faits de main d’hommes, plus loin même que l’émerveillement de la raison naturelle, Dieu façonne un Peuple de croyants. C’est la longue généalogie du Messie qui commence 17 : “Voici la table des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham”, ce croyant qui reçoit le don de la promesse et de l’Alliance. C’est le berceau du Fils de l’homme qui est expressément façonné sur environ 1850 ans.
“Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées”, dit la lettre aux Hébreux 18. Dieu vient au secours de notre finitude, désormais il guide explicitement les pas de l’homme. Comment en effet pourrions-nous connaître l’Au-delà de tout créé par nos seules forces ? et qui plus est, par des forces blessées par le péché ? C’est toute la supplication de l’Ancien testament : “viens, Seigneur... !” Dieu éduque son peuple pour que puisse monter sur les lèvres de celui-ci la réponse d’un amour éclairé et libre.
A travers ces pionniers, l’humanité franchit alors l’étape de la foi, qui n’est point relégation de la raison, mais qui va plus loin tout en étant en cohérence avec elle.
Notre finitude atteint alors une étape dans sa relation au mystère infini de Dieu :“outre les vérités que la raison naturelle peut atteindre, nous sont proposés à croire les mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont divinement révélés”. La foi, qui est fondée sur le témoignage de Dieu et bénéficie de l’aide surnaturelle de la grâce, est effectivement d’un ordre différent de celui de la connaissance philosophique. Celle-ci, en effet, s’appuie sur la perception des sens, sur l’expérience, et elle se développe à la lumière de la seule intelligence. La philosophie et les sciences évoluent dans l’ordre de la raison naturelle, tandis que la foi, éclairée et guidée par l’Esprit, reconnaît dans le message du salut la “plénitude de grâce et de vérité” que Dieu a voulu révéler dans l’histoire et de manière définitive par son Fils Jésus Christ.
3] A LA PLENITUDE DES TEMPS
Respectueuse de notre rythme et de notre capacité, “La révélation de Dieu s’inscrit donc dans le temps et dans l’histoire” 21. C’est comme un fruit, une attente qui mûrit. Et
“Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils; il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi juive pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi et pour faire de nous des fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : envoyé de Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos coeurs, et il crie vers le Père en l’appelant “Abba !”. Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu”.
L’Eglise est consciente d’être dépositaire d’un message qui a son origine en Dieu même. La connaissance qu’elle propose à l’homme ne lui vient pas de sa propre spéculation, fût-ce la plus élevée, mais du fait d’avoir accueilli la Parole de Dieu dans la foi.
“Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté 24, par lequel les hommes ont accès auprès du Père par le Christ, Verbe fait chair, dans l’Esprit Saint, et sont rendus participants de la nature divine”.
C’est là une initiative pleinement gratuite, qui part de Dieu pour rejoindre l’humanité et la sauver. En tant que source d’amour, Dieu désire se faire connaître, et la connaissance que l’homme a de lui porte à son accomplissement toute autre vraie connaissance que son esprit est en mesure d’atteindre sur le sens de son existence.
Le don de Dieu, après avoir été désiré, peut enfin être accueilli. Et en fait, le fruit de l’arbre de la connaissance révélée est double. Dieu le Tout-Autre, Dieu l’Inconnaissable se donne à connaître. Mais en même temps qu’il nous révèle son intimité, il nous donne d’y pénétrer.
A) CONNAITRE DIEU
La quête spirituelle de l’humanité, guidée par les prophètes, débouche sur Jésus de Nazareth, considéré lui-même par beaucoup de ses contemporains comme un prophète puissant en paroles et en actes. Certains se demandent s’il n’est pas “le” Prophète ultime. Ainsi, les apôtres eux-mêmes, chercheurs assoiffés de Dieu, se sont mis à sa suite. Mais on sent bien le décalage qui existe encore entre l’offre et la demande. Philippe dit à Jésus 26 : “Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit”. Autrement dit, fais-nous connaître le vrai Dieu et on aura atteint le but.
Jésus en effet est venu pour faire connaître les profondeurs de Dieu. Mais précisément, au point culminant de la révélation, Il ne nous parle pas de Dieu, mais du Père. Or, comment connaître quelqu’un comme un père sans parler d’un fils, comment découvrir Dieu-le-Père en dehors de sa relation avec son Fils ? “Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père.” Seul le Fils peut être témoin du Père.
“Pour vous, qui suis-je ?” Jésus n’est pas un prophète, un de plus, sur la route qui conduit à Dieu, mais “dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il (Dieu) nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de son être, ce Fils qui porte toutes choses par sa parole puissante...”.
Ainsi, “après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître”.
Celui que l’on appelle “Dieu”, peut enfin être nommé véritablement : “Père”, “Abba”, parce que le Fils l’a pleinement dévoilé.
B) NAITRE AVEC DIEU
Mais la lettre aux Hébreux poursuit avec cette expression : “au moment d’introduire le Premier-Né dans le monde à venir”. Non seulement Jésus est le Fils unique du Père, mais il en est le Premier-Né. Il y a donc des frères; il y a donc des fils ! Car “le créateur et maître de tout voulait avoir une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire”.
Connaître Dieu en effet nous conduit nous-mêmes à renaître d’en haut selon l’expression johannique. Connaître Dieu est bien une quête de sens, mais pas seulement une recherche théorique. La connaissance de Dieu nous fait devenir ce que nous sommes en vérité : des créatures appelées depuis le commencement à devenir les fils et les filles de Dieu, des créatures ayant pour vocation la divinisation, c’est-à-dire la participation, par don, de la nature divine, de la vie même de Dieu. Ce qu’est Jésus de toute éternité et par nature, nous avons à le devenir par grâce.
Telle est la vraie connaissance, celle qui fait naître avec. Nous sommes comme le nageur qui a pénétré dans l’Océan et qui s’avance au large. Plus il nage, plus il communie et donc plus il connaît.
La vraie connaissance est toujours liée à l’amour.
4] JE SUIS L’ALPHA ET L’OMEGA
Toute la pédagogie divine, toute la recherche de l’humanité avec ses tâtonnements, tout conduisait à cette naissance, il y a deux mille ans à Bethléem, d’un homme - vrai homme -, qui en même temps est le Fils unique de Dieu - vrai Dieu -, Dieu-fait-homme pour toujours, “ce Fils qui... après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine au plus haut des cieux” comme dit la lettre aux Hébreux.
On comprend l’émotion du pape Jean-Paul II au cours de son pèlerinage jubilaire en Terre Sainte : "Là, je contemplerai les lieux où le Christ a donné sa vie et l'a ensuite reprise dans la résurrection, nous faisant don de son Esprit. Là, je voudrai crier encore une fois la grande et consolante certitude que "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle... O lieu de la Terre, lieu de la Terre sainte... tu es un lieu de rencontre".
Là, il y a deux mille ans, “Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu”... En Jésus de Nazareth, enfin, “Voici l’Homme”, voici Adam tel que le Père l’avait projeté. En lui, “tout est accompli”...
“Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair, afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent tous les désirs de l’histoire et la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les coeurs et la plénitude de leurs aspirations. C’est lui que le Père a ressuscité d’entre les morts, a exalté et fait siéger à sa droite, le constituant juge des vivants et des morts”.
A) LE VERBE DE DIEU EN NOTRE LANGAGE HUMAIN
Au premier chapitre de l’Apocalypse, (ou Révélation) de Jésus-Christ, ce dernier proclame : “Je suis l’alpha et l’oméga”. En effet, il est “le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé... Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui”. Il est aussi “le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté. Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total”.
Celui qui est l’Alpha et l’Oméga, en faisant route avec nous, nous a fait connaître le dessein de Dieu. Et “la révélation de Jésus Christ est définitive et complète. On doit en effet croire fermement que la révélation de la plénitude de la vérité divine est réalisée dans le mystère de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné, qui est “le chemin, la vérité et la vie” (Jn 14,6) : “Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler” (Mt 11, 27); “Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique-engendré, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître (Jn 1, 18); “En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa plénitude (Co 2, 9-10)”.
Aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de Jésus Christ à la fin du temps.
B) LA REPONSE FILIALE INCARNEE
Jésus de Nazareth est non seulement ce Verbe venu nous faire connaître le Père, mais il est encore le Fils qui a délivré en notre chair la réponse filiale.
Seul le Fils de Dieu et Fils de l’Homme pouvait aimer jusque-là; seul celui qui est un avec le Père, pouvait ainsi, pour nous et à notre tête, “aller au Père”.
Non seulement il nous a dévoilé notre vocation, mais il l’a accomplie... pour nous. Il est “à la fois le médiateur et la plénitude de toute la révélation”.
Jésus “achève la Révélation en l’accomplissant”. Il est le lieu même de notre salut. Il est le salut en personne. Par Jésus-Christ, avec lui et en lui, nous sommes devenus des fils. Aussi, à la suite des Apôtres, pouvons-nous proclamer qu’ “il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés”.
Jésus est le Seigneur de tous : “on peut et on doit dire que Jésus-Christ a une fonction unique et singulière pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue. Jésus est en effet le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous”.
Dès lors, pour nous, le salut ne pourra être que participation et incorporation.
Et c’est là tout le rôle du second Paraclet, l’Esprit Saint, qui poursuit son oeuvre sans le monde et achève toute sanctification. Le Fils s’est consacré lui-même dans notre chair pour que nous soyons nous-mêmes consacrés et l’Esprit du Fils actualise en nous cette consécration, il nous filialise.
“Le lien entre le mystère salvifique du Verbe fait chair et celui de l’Esprit est donc clair, qui en fin de compte introduit la vertu salvifique du Fils incarné dans la vie de tous les hommes, appelés par Dieu à une même fin, qu’ils aient précédé historiquement le Verbe fait homme ou qu’ils vivent après sa venue dans l’histoire : l’Esprit du Père, que le Fils [glorifié] donne sans mesure les anime tous”.
5] LES TEMOINS DE “JE-SUIS-LA-VERITE”
Les disciples de Jésus, ainsi éclairés, sont établis témoins de la Révélation. L’Eglise a pour mission en quelque sorte d’être la visibilité du salut opéré par, avec et en Jésus-Christ. En elle, “nous vivons et nous anticipons dès maintenant ce qui sera l’accomplissement du temps”.
Cependant, elle n’est pas le seul lieu du salut, elle n’est pas une arche de Noé exclusive. Elle est encore une fois la visibilité du salut, le sacrement du salut, c’est-à-dire le signe et le laboratoire du salut. Mais l’action salvifique de Jésus Christ, avec et par son Esprit, s’étend à toute l’humanité, au-delà des frontières visibles de l’Eglise. Traitant du mystère pascal, où le Christ associe déjà maintenant le croyant à sa vie dans l’Esprit et lui donne l’espérance de la résurrection, le Concile affirme : “Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le coeur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal... Tous ceux et toutes celles qui sont sauvés, participent, bien que différemment, au même mystère de salut en Jésus Christ par son Esprit”.
En effet, “Le concours de médiations de types et d’ordres divers n’est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent être considérées comme parallèles ou complémentaires”.
Quant à l’Eglise, elle est elle-même en route. Gardant dans son coeur tous ces événements et pénétrant toujours plus profondément dans le mystère, “tandis que les siècles s’écoulent, [elle] tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu” 39. Elle sait que “toute vérité atteinte n’est jamais qu’une étape vers la pleine vérité qui se manifestera dans la révélation ultime de Dieu : “Nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d’une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu” (1 Co 13, 12)”.
L’Eglise doit demeurer en tenue de service pour remplir au milieu des hommes, ses frères, une “diaconie de la vérité” 41, en gardant dans son coeur, comme la Vierge Marie, tous ces événements, en scrutant les Ecritures et les signes des temps.
L’Esprit et l’Epouse disent : “Viens !”. Celui qui entend, qu’il dise aussi : “Viens !” Celui qui a soif, qu’il approche. Celui qui le désire, qu’il boive l’eau de la vie, gratuitement... “Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous les hommes”
.
TRANSITION
Ainsi, pour être sauvés, il ne s’agit pas forcément d’être chrétiens. La “bonne volonté”, la droiture de conscience, sont en elles-mêmes, parce qu’en adéquation au Créateur et Père de tous, qui agit en tous et par tous, des terres d’accueil du salut opéré par Jésus Christ, même si cela n’est pas explicite.
Ceci dit, il convient maintenant d’analyser le message énoncé par le courant du Nouvel Age, la version actuelle de cette gnose vieille de deux mille ans.
Auparavant, relisons cette invitation du P. Jean Vernette dans son livre “Le Nouvel Age” :
"La montée en puissance des mouvements du Nouvel Age est l'une des expressions du retour du religieux sous sa forme de néo-paganisme et de gnose.
Elargissons donc en finale notre propos au surgissement de la nouvelle religiosité contemporaine. Il représente en effet l'un des défis majeurs pour l'évangélisation à l'approche de l'an 2000. Avons-nous les moyens de cette nouvelle mission ? C'est une question.
L'Eglise en nos pays a dû en effet s'équiper pastoralement au lendemain de la guerre, et avec une rare capacité d'invention missionnaire, pour l'évangélisation d'un homme incroyant et sécularisé dont on avait toutes raisons de penser qu'il serait le modèle dominant en Occident. Et cette perspective a mobilisé l'essentiel des forces apostoliques. Or, voici que surgit un homme "religieux" et païen que l'on n'attendait guère. Et c'est à lui qu'il faut annoncer l'Evangile. Dans sa propre langue.
Car si "l'Esprit-Saint nous parle par l'incroyance", comme le disait Paul VI, il nous parle aussi par le paganisme, la gnose et la nouvelle religiosité. Par les mouvements du Nouvel Age. Il n'est pas interdit d'y déceler même parfois des "pierres d'attente de l'Evangile". A condition de savoir discerner fermement. Il s'agit donc : de prendre en compte le religieux après l'avoir exorcisé, de répondre à l'intérieur du christianisme aux attentes qu'il exprime, de l'évangéliser en ce qu'il a d'évangélisable.
Tout d'abord, il importe de savoir répondre à certains appels de l'homme contemporain. Besoin d'une vision unifiée des choses, désir de convivialité et de chaleur humaine, aspirations à la "vraie vie" par-delà la "vie vraie", recherche d'une aventure spirituelle par un retour à la Source originelle: ces attentes sont à prendre au sérieux.
Dans ses aspects mystiques par exemple, le Nouvel Age propose une forme de religiosité qui rejoint le sentiment religieux contemporain en certains de ses déplacements. Nous avons alors à en tenir compte avec discernement lorsque nous proposons la foi chrétienne.
Déplacement premier : de l'adhésion à la recherche, du "discours" (sur la doctrine) au "parcours" (aujourd'hui on est toujours "en recherche"...). Il n'y a certes pas à avaliser cette quête errante de spirituel, car la foi est assurance en la Parole "sûre" du Verbe de Dieu. Mais à éviter de présenter le christianisme comme un système rigide et clos où tous les aiguillages seraient faits d'avance. Car Dieu est Quelqu'un que l'on cherche avant d'être un énoncé notionnel uniquement clos dans une définition : c'est la leçon de tous les mystiques.
Déplacement de la religion à la Sagesse. Beaucoup sont davantage en quête de paix intérieure et de spiritualité que de dogmes et d'institutions religieuses. Il y a alors à discerner, car le refus du dogme est souvent une autre forme du subjectivisme et du relativisme doctrinal. Mais aussi à remettre en valeur le christianisme comme Sagesse : sagesse du corps, paix du coeur, harmonie avec la création; celles de François de Sales, de Bernard de Clairvaux, de François d'Assise. Le christianisme comme Voie -"la Voie", disent les premiers chrétiens-; une Voie qui vaut toutes les voies orientales. Comme initiation qui vaut toutes les gnoses initiatiques. Et ce, en retournant à notre patrimoine spirituel, aux catéchèses mystagogiques du baptême, à la symbolique des Pères de l'Eglise, au sain ésotérisme du langage de la pierre chez les bâtisseurs de cathédrales, à la vision biblique de la nature comme livre de Dieu.
Déplacement enfin du notionnel à l'émotionnel. Les enfants du Verseau veulent expérimenter Dieu "en direct", dans une sorte d'appétit sauvage qui pousse vers les groupes chauds où l'on chante, où l'on danse, où l'on est bien ensemble. Sans confondre spirituel et irrationnel, il y a donc à retrouver le sens du corps dans la prière, de la fête dans la liturgie, des symboles "charnels" qui parlent au coeur et aux sens : eau et lumière, flamme et encens, gestuelle et icônes. A nous interroger sur le climat froid et compassé de certaines de nos célébrations.
Alors on pourra évangéliser le religieux. Après l'avoir au préalable exorcisé, car il n'est pas toujours saint ni sain. On avait voulu chasser la religion de nos sociétés occidentales en la déclarant aliénante. Mais "chassez la religion, elle revient au galop!". Et voici qu'elle revient, à l'approche de l'ère nouvelle, sous des formes bien confuses où l'ivraie est inextricablement mêlée au bon grain. Aussi faut-il procéder à une sérieuse dépollution des formes maladives de ce maquis qui peut devenir empoisonné. C'est un premier travail d'écologie spirituelle préalable nécessaire à toute évangélisation du religieux. Car le christianisme est la conversion à Jésus-Christ d'une dimension religieuse constitutive de l'homme, mais qui est païenne à l'origine.
Les dieux du paganisme sont respectables certes, comme l'expression tâtonnante de la Voie et de la Vérité. Ils ne sont pas le vrai Dieu, révélé par Jésus qui est seul la Voie et la Vérité.
Le désir qui met en route certains vers les contrées mystiques du Verseau et les égare dans les opiums de Katmandou et les rêveries de l'étrange, est cependant parfois en germe le désir de Dieu. Tout comme le désir de l'eau chez la Samaritaine, cette soif très banale et à ras de terre, était en germe le désir de l'eau vive. Encore fallait-il que quelqu'un lui révèle et son désir et l'eau qui le comblerait. Cette révélation, c'est l'évangélisation.
Elle consistera alors:
- à identifier ce qui est christianisable : la défense de la nature, la redécouverte de l'intériorité, la recherche de paix et d'unité. Et ce qui ne l'est pas : le culte du moi, le syncrétisme négateur de toute révélation, les multiples caricatures de l'authentique spirituel;
- à redécouvrir les propres richesses de notre Credo. Si nous ne parlons plus de la communion des saints, les gens iront chercher dans le channelling spirite la réponse à leurs questions sur la communication avec leurs morts. Si nous ne parlons plus de la résurrection de la chair, des fins dernières, de la vie éternelle, ils rejoindront les 23% d'Européens qui croient déjà à la réincarnation;
- à réapprendre à dire en direct l'Evangile, au milieu du vacarme des mille bateleurs vantant chacun leur marchandise au grand cirque de la nouvelle religiosité. C'est le kérygme pour la seconde évangélisation de l'Occident, chère à Jean-Paul II.
Nous accueillons dans l'Eglise, et avec coeur grand ouvert, des gens qui sont demandeurs de quelque chose. Sans doute avons-nous aussi à nous déplacer parfois pour aller à ceux qui ne sont demandeurs de rien, mais chercheurs de quelque chose : de Quelqu'un ? C'est-à-dire à rejoindre les hommes dans les régions où ils posent leurs questions et tracent leurs itinéraires de recherche. Même si leurs moeurs, leur vocabulaire, leurs centres d'intérêts nous déconcertent grandement. Comme Paul de Tarse entendant en songe l'appel du Macédonien à apporter l'Evangile sur des terres nouvelles, ne s'agirait-il pas pour nous aussi d'aller aux croyants hors frontières ? A l'approche de l'an 2000 et de l'ère du Verseau...
Dans sa réponse à l’appel du Macédonien, Paul a fait une double expérience. Il a touché du doigt l’incompatibilité d’une pensée philosophique gnostique avec la révélation de Jésus Christ : “Quand ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns riaient, et les autres déclarèrent : ‘Sur cette question nous t’écouterons une autre fois’”. “Cependant quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants”...
En fait, l’ivraie est mêlée au bon grain. Les vrais quêteurs existent, honnêtes et disponibles. Bien entendu, les intentions de certains prophètes actuels sont plus mercantiles, superficielles, voire expressément hostiles à la foi chrétienne. Pour naviguer dans cette nouvelle culture, il convient d’en connaître les tenants et les aboutissants, un peu comme les chrétiens des communautés johanniques affrontés aux gnostiques primitifs, lesquels parlaient eux aussi du Logos mais ne mettaient pas le même sens sous le même vocable.
Trois exemples pris dans la littérature de ce courant actuel nous aideront à en saisir les attentes et les dangers. Il s’agit de :
1- Jonathan Livingston le Goéland. Sans doute connaît-on plus le film que le livre. “Jonathan Livingston le Goéland" est un conte initiatique; c'est l'histoire d'un jeune goéland qui échappe au sort de son clan en expérimentant des techniques audacieuses de vol. Cette oeuvre a servi parfois de fil conducteur à des retraites de profession de foi; des parents ont choisi, à cause d’elle, de donner à leur enfant le prénom de Jonathan. Il est vrai que les images par elles-mêmes ont pu séduire : un goéland entre ciel et mer. Dans une première lecture, on peut être sensible au courage et à la persévérance de Jonathan qui refuse la routine de ses congénères pour bâtir lui-même sa vie, dans l'épanouissement de toutes ses virtualités : s'il a des ailes, c'est qu'il est fait pour voler ! C'est "un goéland luttant pour échapper à la servitude, entrevoyant lui aussi dans le vol autre chose qu'un moyen de locomotion permettant d'aller ramasser un croûton de pain jeté d'une barque". Nous ne sommes pas des êtres réduits à "métro-boulot-dodo"! Les efforts de Jonathan le conduisent à la sagesse et à l'idée même que la mort n'existe pas. Cette invitation au dépassement d’une vie matérialiste et à la réalisation de son potentiel est positive.
Simplement, le message de ce conte n’est sans doute pas celui que l’on croit. Une étude plus approfondie permettra de le comprendre. En effet, un second regard nous révèle que le récit est issu d'une toute autre inspiration. En fait, tous les thèmes gnostiques s'égrainent au long des péripéties et des aventures de notre jeune goéland. Par exemple : le refus de la condition de la masse ignorante, l'entreprise de libération appuyée uniquement sur les forces de l'individu, les conditions de la future vie tissées à même ce qui a été appris au cours de la précédente, les pouvoirs illimités, la réincarnation, la fusion finale dans la pensée du Grand Goéland, etc...
2- Un livre écrit par Arnaud Desjardins, auteur dont la spiritualité a séduit et continue de séduire certains de nos contemporains, même chrétiens, en recherche. Il s’agit de “En relisant les Evangiles...”
3- Une autobiographie de Bernard Besret, ancien prieur de Boquen, cette communauté monastique en vogue dans les années 1960 : “Confiteor”.
Ces trois expressions vont alimenter notre interrogation sur le Christ version nouvel age.
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Published by Gamaliel21 - dans Spiritualité
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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 10:37
Publié sur le blog de A Valle Sancta


Martines de Pasqually dans son Traité (§ 161) fait la liaison entre le culte qu'il promeut dans son Ordre et le culte institué par le Christ pour son Eglise :
"Le Christ n'a-t-il pas opéré un culte infiniment plus grand que tous les autres (...) ? C'est ce dernier qui nous prouve clairement que tous les cultes passés n'étaient que des figures de ce qu'il a fait. En effet, le Christ a laissé, par son institution spirituelle divine, à ses disciples la prière et l'invocation journalière de six heures en six heures qui complètent le jour ordinaire de 24 heures. Ces mêmes disciples, qui composent l'Eglise chrétienne, font encore aujourd'hui leur prière et leur invocation quatre fois par jour. Voilà qui rappelle le premier ordre spirituel du cuite divin établi chez les premières nations noéchites par les sages enfants de Noé. Secondement, le Christ a fixé à ses disciples le temps où ils exerceraient les quatre grands cuites divins et l'Eglise chrétienne observe fidèlement cette institution par ses quatre grandes fêtes annuelles, dont deux doivent se faire aux deux solstices et les deux autres aux deux équinoxes ; c'est là ce qui rappelle le second ordre spirituel du culte divin établi chez les premières nations dont nous avons assez longtemps parlé. Je n'entrerai point dans d'autres détails à ce sujet, vous en ayant assez dit pour vous convaincre que le cérémonial, ainsi que les temps convenables aux opérations du culte divin, ont été dès le commencement fixés et réglés parmi les hommes, que toutes ces choses ont été transmises par l'esprit divin et qu'elles ne proviennent point de convention humaine. "
Cela mériterait plus ample analyse pour voir dans quelle mesure Martines ne chercherait pas une inclusion dans l'Eglise de son Ordre ou peut être même, une folie, l'annexion de l'Eglise ! ...
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Published by Thomas Dalet - dans Spiritualité
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