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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 07:42

Le monde est aujourd’hui sans mystère : la conception rationnelle prétend tout éclairer et tout comprendre ; elle s’efforce de donner de toute chose une explication positive et logique, et elle étend son déterminisme fatal jusqu’au monde moral. Je ne sais si les déductions impératives de la raison scientifique réaliseront un jour cette prescience divine, qui a soulevé autrefois tant de discussions et que l’on n’a jamais réussi à concilier avec le sentiment non moins impératif de la liberté humaine. En tout cas, l’univers matériel entier est revendiqué par la science, et personne n’ose plus résister en face à cette revendication. La notion du miracle et du surnaturel s’est évanouie comme un vain mirage, un préjugé suranné. Il n’en a pas toujours été ainsi ; cette conception purement rationnelle n’est apparue qu’au temps des Grecs ; elle ne s’est généralisée que chez les peuples européens, et seulement depuis le XVIII° siècle. Même de nos jours bien des esprits éclairés demeurent engagés dans les liens du spiritisme et du magnétisme animal.

Aux débuts de la civilisation, toute connaissance affectait une forme religieuse et mystique. Toute action était attribuée aux dieux, identifiés avec les astres, avec les grands phénomènes célestes et terrestres, avec toutes les forces naturelles. Nul alors n’eût osé accomplir Une œuvre politique, militaire, médicale industrielle, sans recourir à la formule sacrée, destinée à concilier la bonne volonté des puissances mystérieuses qui gouvernaient l'univers. Les opérations réfléchies et rationnelles ne- venaient qu’ensuite, toujours étroitement subordonnées.

Cependant ceux qui accomplissaient l'œuvre elle-même ne tardèrent pas à s’apercevoir que celle-ci se réalisait surtout par le travail efficace de la raison et de l’activité humaine. La raison introduisit. à son tour, pour ainsi dire subrepticement, ses règles précises dans les recettes d’exécution pratique, en attendant le jour où elle arriverait à' tout dominer.

De là une période nouvelle, demi rationaliste et demi mystique, qui a précédé la naissance de la science pure. Alors fleurirent les sciences intermédiaires, s'il est permis de parler ainsi : l'astrologie, l'alchimie, la vieille médecine des vertus des pierres et des talismans, sciences qui nous semblent aujourd'hui chimériques et charlatanesques. Leur apparition a marqué cependant un progrès immense à un certain jour et fait époque dans l'histoire de l'esprit humain. Elles ont été une transition nécessaire entre l'ancien état des esprits, livrés à la magie et aux pratiques théurgiques, et l'esprit actuel, absolument positif, mais qui, même de nos jours, semble trop dur pour beaucoup de nos contemporains.

L'évolution qui s'est faite à cet égard, depuis les Orientaux jusqu'aux Grecs et jusqu'à nous, n'a pas été uniforme et parallèle dans tous les ordres. Si la science pure s'est dégagée bien vite dans les mathématiques, son règne a été plus retardé dans l'astronomie, où l'astrologie a subsisté parallèlement jusqu'aux temps modernes. Le progrès a été surtout plus lent en chimie, où l'alchimie, science mixte, a conservé ses espérances merveilleuses jusqu'à la fin du siècle dernier.

L'étude de ces sciences équivoques, intermédiaires entre la connaissance positive des choses et leur Interprétation mystique, offre une grande importance pour le philosophe. Elle intéresse également les sauvants désireux de comprendre l'origine et la filiation des idées et des mots qu'ils manient continuellement. Les artistes, qui cherchent à reproduire les œuvres de l'antiquité, les industriels, qui appliquent à la culture matérielle les principes théoriques, veulent aussi savoir quelles étaient les pratiques des anciens, par quels procédés ont été fabriqués ces métaux, ces étoffes, ces produits souvent admirables qu'ils nous ont laissés. L'étroite connexion qui existe entre la puissance intellectuelle et la puissance matérielle de l'homme se retrouve partout dans l'histoire : c'est le sentiment secret de cette connexion qui fait comprendre les rêves d'autrefois sur la toute-puissance de la science. Nous aussi, nous croyons à cette toute-puissance, quoique nous l'atteignions par d'autres méthodes.

 

 

LES SEPT METAUX ET  LES  SEPT  PLANETES

« Le monde est un animal unique, dont toutes les parties, quelle qu'en soit la distance, sont, liées entre elles d'une manière nécessaire. » Cette phrase de Jamblique le néoplatonicien ne serait pas désavouée par les astronomes et par les physiciens modernes, car elle exprime l'unité des lois de la nature et la connexion générale de l'univers. La première aperception de cette unité remonte au jour où les hommes reconnurent la régularité fatale des révolutions des astres; ils cherchèrent aussitôt à en étendre les conséquences à tous les phénomènes matériels et même moraux, par une généralisation mystique, qui surprend le philosophe, mais qu'il importe pourtant de connaître, si l'on veut comprendre le développement historique de l'esprit humain. C'était la chaîne d'or qui reliait tous les êtres, dans le langage des auteurs du moyen âge. Ainsi l'influence des astres parut s'étendre à toute chose, à la génération des métaux, des minéraux et des êtres vivants; aussi bien qu'à l'évolution des peuples et des individus. Il est certain que- le soleil règle, par le flux de sa lumière et de sa chaleur, les saisons de l'année et le développement de la vie végétale ; il est la source principale des énergies actuelles ou latentes à la surface de la terre. On attribuait autrefois le même rôle, quoique dans des ordres plus limités, aux divers astres, moins puissants que le soleil, mais dont la marche est assujettie à des lois aussi régulières. Tous les documents historiques prouvent que c'est à Babylone et en Chaldée que ces imaginations prirent naissance; elles ont. joué un rôle important dans le développement de l'astronomie, étroitement liée avec l'astrologie, dont elle semble sortie. L'alchimie s'y rattache également, au moins par l'assimilation établie entre les métaux et les planètes, assimilation tirée de leur éclat, de leur couleur et de leur nombre même.

Attachons-nous d'abord à ce dernier : c'est le nombre sept, chiffre sacré que l'on retrouve partout, dans les jours de la semaine, dans rémunération des planètes, dans celle des métaux, des couleurs, des tons musicaux.

L'origine de ce nombre paraît être astronomique et répondre aux phases de la lune, c'est-à-dire au nombre des jours qui représentent le quart de la révolution de cet astre. Le hasard fit que le nombre des astres errants (planètes), visibles à l'œil nu, qui circulent ou semblent circuler dans le ciel autour de la terre, s'élève précisément à sept : la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. A chaque jour de la semaine un astre fut attribué : les noms même des jours que nous prononçons maintenant continuent à traduire, à notre insu, cette consécration babylonienne.

Le nombre des couleurs fut pareillement fixé à sept ; cette classification arbitraire a été consacrée par Newton, et elle est venue jusqu'aux physiciens de notre temps. Elle remonte à une haute antiquité. Hérodote rapporte que la ville d'Ecbatane (Clio, 98) avait sept enceintes, peintes chacune d'une couleur différente. : la dernière était dorée; celle qui la précédait, argentée. C'est, je crois, la plus ancienne mention qui établisse une relation du nombre sept avec les couleurs et les métaux. La ville fabuleuse des Atlantes, dans le roman de Platon, est pareillement entourée par des murs concentriques, dont les derniers sont revêtus d'or et d'argent; maïs on n'y retrouve pas le mystique nombre sept.

Ce même nombre était aussi, nous l'avons dit, caractéristique des astres planétaires. D'après M. François Lenormant, les inscriptions cunéiformes mentionnent les sept pierres noires, adorées dans le principal temple d'Ouroukh en Chaldée, bétyles personnifiant les sept planètes. C'est au même symbolisme que se rapporte, sans doute, un passage du roman de Philostrate sur la vie d'Apollonius de Tyane (III, 41), passage dans lequel il est question de sept anneaux donnés à ce philosophe par le brahmane Iarchas.

Entre les métaux et les planètes le rapprochement résulte, non seulement de leur nombre, mais surtout de leur couleur. Les astres se manifestent à la vue avec des colorations sensiblement distinctes : Suus cuique color est,  dit Pline (II, xvi). La nature diverse de ces couleurs a fortifié le rapprochement des planètes et des métaux. C'est ainsi que l'on conçoit aisément l'assimilation de l'or, le plus éclatant et le roi des métaux, avec la lumière jaune du soleil, le dominateur du ciel. La plus ancienne indication que l'on possède à cet égard se trouve dans Pindare. La cinquième ode des Isthméennes débute par ces mots : « Mère du soleil, Thia, connue sous beaucoup de noms, c'est à toi que les hommes doivent la puissance prépondérante de l'or. »

Dans Hésiode, Thia est une divinité, mère du soleil et de la lune, c'est-à-dire génératrice des principes de la lumière (Théogonie, 371-374). Un vieux socialiste commente ces vers en disant : « De Thia et d'Hypérion vient le soleil, et du soleil l'or. A chaque astre une matière est assignée : au Soleil For, à la Lune l'argent, à Mars le fer, à Saturne le plomb, à Jupiter l'électrum, à Hermès l'étain, à Vénus le cuivre1 » Cette scolie remonte à l'époque alexandrine. Elle reposait, à l'origine, sur des assimilations toutes naturelles.

En effet, si la couleur jaune et brillante du soleil rappelle celle de l'or :

orbem Per duodena régit muadi sol aureus astra 2,

la blanche et douée lumière de la lune a été de tout temps assimilée à la teinte de l'argent. La lumière rougeâtre de la planète Mars, igneus d'après Pline, diaprés les alchimistes, a rappelé de bonne heure celle, du sang et celle du fer, consacrés à la divinité du même nom. C'est ainsi que Didyme, dans un extrait de son commentaire sur l'Iliade (I. V), commentaire un peu antérieur à Père chrétienne, parle de Mars, appelé l'astre du fer. L'éclat bleuâtre de Vénus, l'étoile du soir et du matin, rappelle pareillement la teinte des sels de cuivre, métal dont le nom même est tiré de celui de l'Ile de Chypre, consacrée à la déesse Cypris, nom grec de Vénus. De là le rapprochement fait par la plupart des auteurs. Entre la teinte blanche et sombre du plomb et celle de la planète Saturne, la parenté est plus étroite encore, et elle est constamment invoquée depuis l'époque alexandrine. Les couleurs et les métaux assignés à Mercure « l'étincelant » (, radians, d'après Pline) et à Jupiter « le resplendissant » () ont varié davantage, comme je le dirai tout à l'heure.

Toutes ces attributions sont liées étroitement à l'histoire de l'astrologie et de l'alchimie. En effet, dans l'esprit des auteurs de l'époque alexandrine, ce ne sont pas là de simples rapprochements ; mais il s'agit de la génération même des métaux, supposés produits sous l'influence des astres dans le sein de la terre.

Proclus, philosophe néoplatonicien du Ve siècle de notre ère, dans son commentaire sur le Timée de Platon, expose que « l'or naturel et l'argent et chacun des métaux, comme chacune des autres substances, sont engendrés dans la terre, sous l'influence des divinités célestes et de leurs effluves. Le Soleil produit l'or ; la Lune, l'argent ; Saturne, le plomb, et Mars, le fer. »

L'expression définitive de ces doctrines astrologico-chimiques et médicales se trouve dans l'auteur arabe Dimeschqî, cité par Chwolson (Sur les Sabéens, t. II, p. 380, 396, 411, 544). D'après cet écrivain, les sept métaux sont en relation avec les sept astres brillants, par leur couleur, leur nature et leurs propriétés : ils concourent à en former la substance. Notre auteur expose que, chez les Sabéens, héritiers des anciens Chaldéens, les sept planètes étaient adorées comme des divinités ; chacune avait son temple et, dans le temple, sa statue, faite avec le métal qui lui était dédié. Ainsi le Soleil avait une statue d'or ; la Lune, une statue d'argent; Mars, une statue de fer; Vénus, une statue de cuivre; Jupiter, une statue d'étain; Saturne, une statue de plomb. Quant à la

planète Mercure, sa statue était faite avec un assemblage de tous les métaux, et dans le creux ou versait une grande quantité de mercure. Ce sont là des contes arabes, qui rappellent les théories alchimiques sur les métaux et sur le mercure, regardé comme leur matière première. Mais ces contes reposent sur de vieilles traditions défigurées, relatives à l'adoration des planètes à Babylone et en Chaldée, et à leurs relations avec les métaux.

Il existe, en effet, une liste analogue dès le second siècle de notre ère : on la trouve dans un passage de Celse, cité par Origène (Opera, t. I, p. 646 ; Contra Celsum, I. VI, 22; édition de Paris, 1733). Celse expose la doctrine des Perses et les mystères mithriaques, et il nous apprend que ces mystères étaient exprimés par un certain symbole, représentant les révolutions célestes et le passage des âmes à travers les astres. C'était un escalier, muni de sept portes élevées, avec une huitième au sommet.

La première porte est de Plomb ; elle est assignée à Saturne, la lenteur de cet astre étant; exprimée par la pesanteur du métal3.

La seconde porte est d'étain ; elle est assignée à Vénus, dont la lumière rappelle l'éclat et la mollesse de ce corps.

La troisième porte est d'airain, assignée à Jupiter, à cause de la résistance du métal.

La quatrième porte est de fer, assignée à Hermès, parce que ce métal est utile au commerce, et se prête à toute espèce de travail.

La cinquième porte, assignée à Mars, est formée par un alliage de cuivre monétaire, inégal et mélangé.

La sixième porte est d'argent, consacrée à la Lune.

La septième porte est d'or, consacrée au Soleil ; ces deux métaux répondant aux couleurs des deux astres.

Les attributions des métaux aux planètes ne sont pas ici tout à fait les mêmes que chez les néoplatoniciens et les alchimistes. Ils semblent répondre à une tradition un peu différente et dont on retrouve ailleurs d'autres traces. En effet, d'après Lobeck (Aglaophamus, p. 936, 1829), dans certaines listes astrologiques, Jupiter est de même assigné à l'airain, et Mars au cuivre.

On rencontre la trace d'une diversité plus profonde et plus ancienne encore dans une vieille liste alchimique, reproduite à la fin de plusieurs manuscrits, et où le signe de chaque planète est suivi du nom du métal et des corps dérivés ou congénères.

La plupart des planètes répondent aux mêmes métaux que dans les énumérations ordinaires, à l'exception de la planète Hermès, à la suite du signe de laquelle se trouve le nom de l'émeraude. Or, chez les Egyptiens, d'après Lepsius, la liste des métaux comprenait, à côté de l'or, de l'argent, du cuivre et du plomb, les noms des pierres précieuses, telle que le mafek ou émeraude et le chesbet ou saphir, corps assimilés aux métaux, à cause de leur éclat et de leur valeur4. Il y a là le souvenir de rapprochements très différents des nôtres, mais que l'humanité a regardés autrefois comme naturels, et dont la connaissance est nécessaire pour bien concevoir les idées des anciens. Toutefois l'assimilation des pierres précieuses aux métaux a disparu de bonne heure, tandis que l'on a pendant longtemps continué à ranger dans une même classe les métaux purs, tels que l'or, l'argent, le cuivre et certains de leurs alliages, par exemple l'électrum et l'airain. De là des variations importantes dans les signes des métaux et des planètes.

Retraçons l'histoire de ces variations ; il est intéressant de la décrire pour l'intelligence des vieux textes.

Olympiodore, néoplatonicien du VIe siècle, attribue le plomb à Saturne; l'électrum, alliage d'or et d'argent, regardé comme un métal distinct, à Jupiter ; le fer à Mars, l'or au Soleil, l'airain ou cuivre à Vénus, l'étain à Hermès (planète Mercure), l'argent à la Lune. Ces attributions sont les mêmes que celles du scoliaste de Pindare cité plus haut; elles répondent exactement et point pour point à une liste initiale du manuscrit alchimique de Saint-Marc, écrit au xi° siècle, et qui renferme des documents très anciens.

Les symboles alchimiques consignes dans les manuscrits comprennent les métaux suivants, dont l'ordre et les attributions sont constants pour la plupart.

  L'or correspondait au. Soleil, relation que j'ai exposée plus haut. Le signe de l'or est presque toujours celui du soleil, et il est déjà exprimé ainsi, dans les papyrus de Leide.

  L'argent correspondait à la Lune et était exprimé toujours par le même signe planétaire.

  L'électrum, alliage d'or et d'argent, était réputé un métal particulier chez les Egyptiens, qui le désignaient sous le nom d'asem, nom qui s'est confondu plus tard avec le mot grec asemon, argent non marqué. Cet alliage fournit à volonté, suivant les traitements, de For ou de l'argent. 11 est décrit par Pline, et il fut regardé jusqu'au temps des Romains comme un métal distinct. Son signe était celui de Jupiter/attribution que nous trouvons déjà dans Zosime, auteur alchimique du m6 ou IVe siècle de notre ère.

Quand l'électrum disparut de la liste des métaux, son signe fut affecté à l'étain, qui jusque-là répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes alchimiques portent la trace de ce changement5. En effet, la liste du manuscrit de Venise porte (fol. 6) : « Jupiter, resplendissant électrum. » Et ces mots se retrouvent, toujours à côté du signe planétaire, dans le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris (fol. 17 recto, ligne -16), la première lettre du mot Zeus figurant sous deux formes différentes (majuscule et minuscule). Au contraire, un peu plus loin, dans une autre liste du dernier manuscrit (fol. 18 verso, ligne 5), le signe de Jupiter est assigné à l'étain.

4° Le plomb correspondait à Saturne : cette attribution n'a éprouvé aucun changement, quoique le plomb ait plusieurs signes distincts dans les listes.

Le plomb était regardé par les alchimistes égyptiens comme le générateur des autres métaux et la matière première de la transmutation. Ce qui s'explique par ses apparences, communes à divers autres corps.

En effet, ce nom s'appliquait, à l'origine, à tout métal ou alliage métallique blanc et fusible; il embrassait l'étain (plomb blanc et argentin, opposé au plomb noir ou plomb proprement dit, dans Pline) et les nombreux alliages qui dérivent de ces deux métaux, associés entre eux et avec l'antimoine, le zinc, le nickel, le bismuth, etc. Les idées que nous avons aujourd'hui sur les métaux simples ou élémentaires, opposés aux métaux composés ou alliages, ne se sont dégagées que peu à peu dans le cours des siècles. On conçoit d'ailleurs qu'il en ait été ainsi, car rien n'établit à première vue une distinction absolue entre ces deux groupes de corps. .

5° Le fer correspondait à Mars. Cette attribution est la plus ordinaire. Cependant dans la liste de Celse le fer répond à la planète Hermès.

Le signe même de la planète Mars se trouve parfois donné à l'étain dans quelques-unes des listes. Ceci rappelle encore la liste de Celse qui assigne à Mars l'alliage, monétaire. Mars et le fer ont deux signes distincts, quoique communs au métal et à la planète, savoir : une flèche avec sa pointe, et un , abréviation du mot , nom ancien de la planète Mars, parfois même avec adjonction d'un , abréviation de , « l'enflammé », autre nom ou épithète de Mars.

6° Le cuivre correspondait à Vénus, ou Cypris, déesse de l'île de Chypre, où l'on trouvait des mines de ce métal, déesse assimilée elle-même à Hathor,1a divinité égyptienne multicolore, dont les dérivés bleus, verts, jaunes et rouges du cuivre rappellent les colorations diverses.

Toutefois la liste de Celse attribue le cuivre à Jupiter et l'alliage monétaire à Mars. La confusion entre le fer et le cuivre, ou plutôt l'airain, aussi attribués à la planète Mars, a existé autrefois; elle est attestée par celle de leurs noms : le mot oes, qui exprime l'airain en latin, dérive du sanscrit ayas, qui signifie le fer6. C'était sans doute, dans une haute antiquité, le nom du métal des armes et des outils, celui du métal dur par excellence.

7° L'étain correspondait d'abord à la planète Hermès ou Mercure. Quand Jupiter eut changé de métal et fut affecté à l'étain, le signe de la planète primitive de ce métal passa au mercure.

La liste de Celse attribue l'étain à Venus, ce qui rappelle aussi l'antique confusion du cuivre et du bronze (airain, alliage d'étain).

8° Mercure. Le mercure, ignoré, ce semble, des anciens Egyptiens; mais connu à l'époque alexandrine, fut d'abord regardé comme une sorte de contre argent et représenté par le signe de la lune retourné. Il n'en est pas question dans la liste de Celse (IIe siècle). Entre le VIe siècle (liste Olympiodore le philosophe, citée plus haut) et le VIIe siècle de notre ère (liste de Stephanus d'Alexandrie, qui sera donnée tout à l'heure), le mercure prît le signe de la planète Hermès, devenu libre par suite des changements d'affectation relatifs à Pétain.

Ces attributions nouvelles et ces relations astrologico-chimiques sont exprimées dans le passage suivant de Stephanus : « Le démiurge plaça d'abord Saturne, et vis-à-vis le plomb, dans la région la plus élevée et la première; en second lieu, il plaça Jupiter vis-à-vis de l'étain, dans la seconde région; il plaça Mars le troisième, vis-à-vis le fer, dans la troisième région; il plaça le Soleil le quatrième, et vis-à-vis For, dans la quatrième région; il plaça Vénus la cinquième, et vis-à-vis le cuivre, dans la cinquième région ; il plaça Mercure le sixième, et vis-à-vis le vif-argent, dans la sixième région; il plaça la Lune la septième, et vis-à-vis l'argent, dans la septième et dernière région7. » Dans le manuscrit, au-dessus de chaque planète, ou de chaque métal, se trouve son symbole. Mais, circonstance caractéristique, le symbole de la pianote Mercure et celui du métal ne sont pas encore les mêmes, malgré le rapprochement établi entre eux, le métal étant toujours exprimé par un croissant retourné. Le mercure et l'étain ont donc chacun deux signes différents dans nos listes, suivant leur époque.

Voilà les signes fondamentaux des corps simples ou radicaux, comme nous dirions aujourd'hui.

Ces signes sont le point de départ de ceux d'un certain nombre de corps, dérivés de chaque métal et répondant aux différents traitements physiques ou chimiques qui peuvent en changer Fêtât ou l'apparence.

Tels sont : la limaille, la feuille, le corps calciné ou fondu, la soudure, le mélange, les alliages, le minerai, la rouille ou oxyde. Chacun de ces dérivés possède dans les listes des manuscrits un signe propre, qui se combine avec le signe du métal, exactement comme on le fait dans la nomenclature chimique de nos jours.

Les principes généraux de ces nomenclatures on donc moins changé qu'on ne serait porté à le croire, l'esprit humain procédant suivant des règles et des systèmes de signes qui demeurent à peu près les mêmes dans la suite des temps. Mais il convient d'observer que les analogies fondées sur la nature des choses, c'est-à-dire sur la composition chimique, démontrée par la génération réelle des corps et par leurs métamorphoses réalisées dans la nature ou dans les laboratoires, ces analogies, dis-je, subsistent et demeurent le fondement de nos notations scientifiques ; tandis que les analogies chimiques d'autrefois entre les planètes et les métaux, fondées sur des idées mystiques sans base expérimentale, sont tombées dans un juste discrédit. Cependant leur connaissance conserve encore de l'intérêt pour l'intelligence des vieux textes et pour F histoire de la science.

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Published by Berthelot - dans Alchimie
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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 07:36

Préface de l'auteur

La connaissance précieuse ne sera pas obtenue tant que l'âme n'aura pas assiégé, conquis et abattu le mal, ayant ainsi gagné la couronne de fleurs du Chevalier, que la Chasteté gracieuse et vierge pose sur le front du champion du Christ, après sa victoire. Alors la connaissance merveilleuse montera, mais sans la perfection.

Le premier point

Du Sang et de l'Eau de l'Ame

1. Tout ce qui est substance et tangible est dans ce monde. Etant donné que l'âme n'est ni une substance ni une entité en ce monde, ni son sang et ni son eau ne sont substance ou entité dans ce monde.

2. Il est certain que l'âme, avec son sang et son eau, réside dans le sang et dans l'eau extérieurs; mais sa substance est magique. Car l'âme est aussi un feu magique, et son image ou forme est créée dans la lumière (par la force de son propre feu et de sa propre lumière) émanant du feu magique; et pourtant celle-ci est une image véritable de chair et de sang, mais non pas dans son état original.

3. Comme la sagesse de Dieu a un être et cependant existe: la sagesse n'est pas un être. Ainsi l'âme avec son image possède une existence, et pourtant celle-ci, l'âme, n'est qu'un feu magique, mais sa subsistance prend sa source dans sa substance.

4. De même qu'un feu a besoin de substance pour brûler, ainsi le feu magique de l'âme a la chair, le sang, et l'eau. Il n'y aurait point de sang si la teinture du feu et de la lumière n'étaient point de l'eau. Cette teinture est l'entité ou la vie de la sagesse (qui a en elle toutes les formes de la Nature), et est l'autre feu magique.

5. Car elle donne toutes les couleurs; et de sa forme émane l'énergie divine de la nature douce de la lumière (c'est-à-dire: selon la propriété de la lumière qui est en elle); et selon la propriété du feu qui est en elle; elle est une subtilité de la transmutation. Elle peut mener toute chose à son degré le plus élevé; bien qu'elle ne soit pas un esprit vivant, mais l'entité suprême.

6. Ainsi, la teinture est la même entité dans l'eau, et elle introduit en cette dernière, les propriétés du feu et de la lumière, avec toutes les forces de la Nature par lesquelles elle transforme l'eau en sang; et ceci elle le fait dans l'eau extérieure et aussi bien que dans l'eau intérieure, de même qu'elle le fait au sang extérieur et intérieur.

7. Le sang intérieur de l'état de la substance divine est également magique; car c'est la Magie qui le transforme en substance. C'est le sang spirituel, que la nature extérieure ne peut atteindre (rügen), que par imagination. L'imagination intérieure introduit la volonté extérieure dans le sang intérieur, par ce processus, le sang et la chair de l'état de la substance divine sont corrompus, et la noble image de la ressemblance avec Dieu est éclipsée.

8. Le sang et la chair de l'âme résident dans le plus haut mystère, car ils sont l'état de la substance divine. Et lorsque le sang et la chair extérieurs meurent, ils tombent dans le mystère extérieur, et le mystère extérieur tombe dans le mystère intérieur.

9. Et chaque feu magique a son éclat et son obscurité en soi-même; ce qui cause la désignation d'un jour final de séparation: lorsque tous devront passer à travers un feu et seront éprouvés, ce qui déterminera ceux qui seront aptes, et ceux qui ne le seront pas. Alors toute chose retournera dans sa propre magie, et sera alors comme elle était depuis l'éternité.


Le deuxième point.

De l'élection de la grâce.
Du bien et du mal.

1.      Dieu seul, depuis l'éternité est tout. Son essence se divise en trois distinctions éternelles. La première est le monde-feu, la seconde est le monde des ténèbres, et la troisième est le monde-lumière. Et pourtant, il n'y a qu'une seule essence, l'une dans l'autre; mais l'une n'est pas l'autre.

2. Les trois distinctions sont pareillement éternelles et sans limites, ni ne sont restreintes ni dans le temps ni dans l'espace. Chaque distinction s'enferme en elle-même dans un être; et sa qualification est en accord avec sa propriété, et dans cette qualification réside aussi son désir, comme le centrum naturae (centre de la nature).

3. Et le désir est sa création, car le désir crée l'être où il n'y en avait point, et cela dans l'essence du désir, selon la propriété du désir. Et l'ensemble n'est qu'une Magia, ou la faim pour l'état d'être.

4. Chaque forme crée un être dans son désir; et chaque forme se remplit du miroir de sa propre clarté, et a sa vision dans son propre miroir. Sa vision est une ténèbre pour un autre mirroir, et sa forme est cachée pour un autre œil; mais dans la sensation, il y a une différence.

5. Car chaque forme dérive sa sensation de l'état originel des trois formes de la Nature, à savoir: l'aigre, l'amer et l'angoisse; et pourtant, dans ces trois formes, il n'y a aucune souffrance en soi, mais le feu y cause la douleur que la lumière transforme à nouveau en douceur.

6. La vraie vie est enracinée dans le feu; il y a un lien entre la lumière et les ténèbres. Ce lien est le désir avec tout ce dont il se remplit; c'est pour cela que le désir appartient au feu, et que sa lumière brille de ce feu. Cette lumière est la forme, pou la vue, de cette vie; et la substance introduite dans le désir est le bois à brûler dont le feu brûle, qu'il soit dur ou tendre; c'est aussi son royaume de paradis ou d'enfer.

7. La vie humaine est le lien entre la lumière et les ténèbres; elle brûlera dans celle à laquelle elle s'abandonnera. Si elle s'abandonne au désir de l'essence, elle brûlera dans l'angoisse, dans le feu des ténèbres.

8. Mais si elle s'abandonne à un néant, elle sera sans désir et tombera dans le feu de la lumière; et ainsi brûlera sans douleur; car elle n'apporte à son feu aucun combustible qui pourrait alimenter un feu. Comme il n'y a aucune douleur en elle, ni que la vie ne reçoit pas de souffrance, car elle (la vie) n'en contient aucune en elle-même; elle (la vie humaine) tombera dans la Magia première, qui est Dieu dans sa triade.


9. Lorsque naît la vie, celle-ci possède tous les trois mondes en elle. Elle sera contenue dans le monde auquel elle s'unira et c'est de ce feu qu'elle brûlera.

10. Car, lorsque la vie s'enflamme, elle est attirée par tous les trois mondes; et ils se meuvent dans l'essence, comme dans le premier feu qui s'enflamme. Quelle que soit l'essence que la vie, dans son désir, choisisse et reçoive; c'est de ce feu qu'elle brûlera.

11. Si la première essence dans laquelle la vie s'enflamme est bonne, alors le feu est aussi plaisant et bon. Mais si celle-ci est mauvaise et obscure, qu'il consiste d'une propriété de violente furie, alors le feu sera aussi un feu-furie, et il aura un désir correspondant, se conformant à la propriété de ce feu.

12. Chaque imagination désire seulement une essence pareille à elle-même et de la nature dont elle naquit originellement.

13. Actuellement, la vie de l'homme est pareille à une roue dont bientôt le point le phus bas deviendra le point le plus haut. Elle s'enflamme à chaque essence et se souille de chaque essence. Mais elle se baigne dans le mouvement du cœur de Dieu, une eau de gentillesse; et de cet endroit, elle est capable d'introduire un état de substance dans son feu-vie. L'élection de Dieu ne dépend pas de la première essence.

14. Car la première essence n'est que le Mysterium pour une vie; et la première vie ainsi que le feu dont elle s'enflamme, appartient au Mysterium dont elle a pris l'essence; que cette essence soit entièrement violente, ou une essence mixte, ou une essence de lumière en accord avec le monde-lumière.

15. La propriété dans laquelle la vie prend ascension est aussi celle dont brûlera sa lumière. Cette vie n'a pas d'élection et aucun jugement ne sera porté sur elle; car elle tient de sa propre condition primitive, et porte son jugement en elle-même. Elle se sépare de toute autre source (Qual); car elle ne brûle que de sa propre source, de son propre feu magique.

16. L'élection est en rapport avec ce qui est introduit, qui peut appartenir à la lumière, soit aux ténèbres. Car selon que ce qui est introduit appartienne à une propriété ou à une autre, ainsi sera aussi la volonté de sa vie. C'est ici que l'on peut savoir si elle est d'une nature de violente furie, ou d'une essence d'amour. Aussi longtemps qu'elle brûle d'un seul feu, elle est abandonnée par l'autre; et l'élection du feu dans lequel elle brûle se transmet à la vie, par ce même feu aussi longtemps qu'elle reste dans ce feu.

17. Mais si la volonté de ce feu (comme le punctum volant) plonge dans un autre feu et s'y enflamme, elle pourra allumer de ce feu la vie entière, et pourra rester dans ce feu.

18. Alors la vie renaît, soit au monde des ténèbres ou à celui de la lumière, (selon le monde dans lequel la volonté s'est enflammée), et alors surgit une autre élection. Et voila la raison pour laquelle Dieu tolère que l'homme enseigne, et il en est de même du diable. Chacun d'eux désire que la vie plonge dans son propre feu et s'y allume d'elle-même. Et ainsi l'un des mysterium saisit l'autre.


Le troisième point

Du péché.
De ce qu'est le péché et pourquoi c'est péché



1. Une chose qui est Une n'a ni commandement, ni loi. Mais si cette chose se mélange à une autre, il en résulte deux êtres distincts, existant comme un seul, mais aussi deux volontés, l'une opérant à l'encontre de l'autre. Voilà l'origine de l'opposition ou de l'inimitié.

2. Considérons l'opposition à Dieu. Dieu est Un et bon; sans aucune souffrance ou qualité limitée (Qual); et bien que toute source ou qualité (Qual) soit en Lui, Il n'est pas encore manifesté. Car le bien a absorbé le mal, le contraire de soi-même, et le garde enfermé dans le bien, tel un prisonnier; car le mal sera l'une des causes de la vie et de la lumière, mais non manifestée. Pourtant, le bien meurt dans le mal, afin de pouvoir se mouvoir dans le mal, sans souffrance ni sensation, en soi-même.

3. L'amour et l'inimitié sont une seule et même chose; mais chacune réside en soi-même, ce qui en fait deux choses distinctes. La mort est la ligne de démarcation entr'elles; et pourtant la mort n'existe pas, sauf que le bien meurt au mal, comme la lumière est morte à la morsure du feu et ne sent plus le feu.

4. Nous devons donc encore expliquer le péché dans la vie humaine. Voici: la vie est Une et bonne; mais s'il existe une autre qualité à l'intérieur d'elle-même, celle-ci devient une inimitié contre Dieu, car Dieu réside dans la vie la plus élevée de l'homme.

5. Cependant, aucune existence incommensurable ne peut résider dans une existence mesurable. Car dès que la vraie vie éveille la douleur en elle-même, celle-ci n'est plus identique au néant, dans lequel il n'y a pas de douleur. C'est pourquoi, l'une se sépare immédiatement de l'autre.

6. Car le bien - ou la lumière - est comme un néant; mais si quelque chose le pénètre, alors celui-ci devient autre chose que le néant, car la chose qui le pénètre réside en elle-même, en tourment (Qual); car là où il y a quelque chose, il doit aussi y avoir aussi une qualité (Qual) qui la crée et la maintienne.

7. Considérons maintenant l'amour et l'inimitié. L'amour ne possède qu'une seule qualité et une seule volonté; celui-ci ne désire que l'objet de son amour, et rien d'autre; car le bien est seulement l'Unité, et la qualité est multiple; et la volonté humaine, qui désire de multiple choses, apporte en elle-même et dans l'Unique (où réside Dieu), le tourment de la pluralité.

8. Car le multiple est ténèbre et assombrit la vie de la lumière; et l'Unique est la lumière, car Celui-ci s'aime Soi-même et ne possède aucun désir pour le multiple.

9. La volonté de la vie doit donc être dirigée vers l'Unique (comme vers le bien), et ainsi demeurer dans une qualité unique. Mais si celle-ci imagine une autre qualité, elle se rend elle-même enceinte de cette chose qu'elle désire.

10. Et si cette chose se trouve être sans fondation éternelle; elle aura une racine périssable et fragile. Alors la chose recherchera une racine pour assurer sa préservation, afin de subsister. Car chaque vie réside dans un feu magique, et chaque feu doit avoir une substance pour pouvoir brûler.

11. Cette même chose doit créer pour elle-même une substance selon son désir afin que son feu ait un combustible pour se nourrir. Aucun feu-source ne peut subsister dans le feu libre, car ce dernier ne peut l'atteindre, n'étant lui-même qu'une chose.

12. Tout ce qui subsiste en Dieu doit être libéré de sa volonté propre. Il ne peut y avoir aucun feu individuel brûlant à l'intérieur de soi-même, car le feu de Dieu doit être son feu. Sa volonté doit être unie à Dieu, afin que Dieu et la volonté et l'esprit de l'homme ne soient qu'une seule et même chose.

13. Car ce qui est Un ne peut pas être en désaccord ou en inimitié avec soi-même, puisque ne possédant qu'une volonté. Où qu'il aille, quoiqu'il fasse, il reste Un avec soi-même.

14. Une volonté unique ne peut avoir qu'une imagination unique, et l'imagination ne créer ou ne désire que ce qui s'assimile à elle-même. C'est de cette manière que nous devons comprendre la volonté contraire.

15. Dieu réside en toute chose; et rien ne Le contient, sauf si une telle chose est Une avec Lui. Mais si celle-ci sort de l'Unité, elle sort de Dieu et entre en elle-même, et devient alors différente de Dieu, en s'en séparant elle-même. Et voici que se manifeste la Loi qui veut que toute chose doive re-sortir de soi-même pour retourner dans l'Unité ou bien rester séparée de l'Unité.

16. Et voici comment on peut savoir ce qui est péché, et pourquoi c'est péché. Lorsqu'un être humain veut se séparer lui-même de Dieu, en une existence propre, il éveille son propre Soi et brûle de son propre feu, qui n'a pas la capacité du feu divin.

17. Car toute chose que la volonté pénétrera et dont elle prendra possession sera devenue étrangère à la volonté Une de Dieu. Car tout appartient à Dieu et rien n'appartient à la volonté de l'homme. Mais si celle-ci réside en Dieu, alors tout lui appartient aussi.

18. Donc, nous reconnaissons que le désir est péché. Car celui-ci est une attirance d'une séparation de l'Unité vers le multiple et l'introduction du multiple dans l'Unité. Il voudra posséder, et pourtant devrait être sans volonté. C'est par le désir que se cherche la substance, et c'est dans la substance que le désir allume un feu.

19. Chaque feu particulier brûle selon le caractère de son être propre; et voici comment naissent la séparation et l'inimitié. Car le Christ a dit: "Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi; et celui qui n'amasse point avec moi, dissipe au lieu d'amasser." (Luc XI,23) Car celui-ci amasse sans Christ; et tout ce qui n'est pas en Lui, est en-dehors de Dieu.

20. Nous voyons donc que l'avarice est péché; car il s'agit d'un désir extérieur à Dieu. Et nous comprenons aussi que l'orgueil est péché, car celui-ci tendra à devenir sa chose propre, en se séparant de soi-même de Dieu, comme de l'Unité.

21. Car tout ce qui réside en Dieu doit se mouvoir en Lui, dans Sa volonté. Nous voyons donc que nous sommes tous en Dieu, comme une unité répartie en de nombreux membres; il va donc à l'encontre de Dieu, celui qui se sépare des autres, en se faisant lui-même un seigneur, comme l'orgueil peut le faire. L'orgueil se fera un seigneur, et Dieu est le seul Seigneur. Il y aura donc deux seigneurs, l'un se séparant de l'autre.

22. C'est pour cela que tout ce qui désire posséder en propre est péché et une volonté contraire, même s'il s'agit du boire ou du manger. Si la volonté imagine dans cet état, elle s'en remplit et en allume le feu propre, et dès lors, un autre feu brûle dans le premier et devient une volonté contraire et une erreur.

23. C'est pourquoi nous devons cultiver, en-dehors de l'opposition, une volonté neuve, qui s'abandonnera de nouveau dans l'Unité simple; et l'opposition devra être brisée et tuée.

24. Considérons maintenant le Verbe de Dieu devenu humain. Si l'homme y place son désir, il sortira de la douleur (Qual), de son feu propre et sera un nouveau-né dans le Verbe. Et ainsi la volonté naissante résidera en Dieu; mais la volonté première restera avarice, matérialité et pluralité.

25. De même, la pluralité du corps doit être brisée, et celle-ci doit périr et se détacher de la volonté naissante, alors la volonté naissante connaîtra une nouvelle naissance. Car dans l'Unité, celle-ci réabsorbe tout en soi-même, non avec un propre désir, mais avec son propre amour - un amour qui est uni à Dieu -, afin que Dieu soit entièrement en tout, et que Sa Volonté soit la volonté de toute chose; car en Dieu n'existe qu'une seule volonté.

26. Ainsi nous découvrons que le mal doit être subordonné à la vie du bien, pour autant que la volonté se retire à nouveau du mal, de soi-même, dans le bien; car le feu de la vie est constitué de férocité.

27. Mais la vie de la volonté de la vie doit être retournée contre elle-même, en conflit; car elle doit fuir sa férocité et ne plus la vouloir. Elle ne doit plus vouloir désirer, et cependant la volonté de son feu (c'est à dire la vie de son feu) désire et doit posséder le désir. Voici donc la chose: renaître dans la volonté.

28. Chaque volonté-esprit qui reste dans le désir du feu de sa vie (comme dans l'ardeur du bois pour le feu), ou qui y pénètre et possède le terrestre, reste séparée de Dieu aussi longtemps qu'elle possède ce qui est étranger, c'est à dire le terrestre.

29. Donc nous reconnaissons comment la superfluité du boire et du manger engendre le péché. Car la volonté pure, qui se sépare du feu de la vie, est noyée dans le désir et emprisonnée, et ainsi se trouve trop faible dans le combat. Car la source du feu (ou du désir) la garde captive et la remplit d'ardent désir, de telle manière que cette même volonté dirige son imagination dans le désir.

30. De même, la volonté placée dans le désir du boire et du manger est terrestre et est séparée de Dieu. Mais la volonté qui s'échappe du feu terrestre, brûle dans le feu intérieur et est divine.

31. La volonté qui s'échappe du désir terrestre ne s'élève pas du feu terrestre. Non, elle est la volonté du feu de l'âme, qui a été capturée et cachée par le désir terrestre. Elle ne désire pas rester dans le désir terrestre, mais veut retourner dans son Unité, en Dieu, de laquelle elle trouva originellement sa source.

32. Mais si celle-ci est gardée prisonnière du désir terrestre, elle sera enfermée dans la mort et souffrira l'agonie. Voici comment comprendre le péché.


Le quatrième point.

Comment le Christ rendra le Royaume à Son Père.


1. Lors de la création du monde et de tout être, le Père se mit en mouvement selon Sa propriété, c'est-à-dire par le centre de la Nature, par le monde ténébreux et le monde-feu. Ceux-ci continuèrent leur mouvement et leur domination jusqu'au moment où le Père se déplaça selon son cœur (et le monde-lumière), et Dieu devint homme. Ensuite, l'amour régna, la lumière vainquit la propriété de violente furie du Père et guida le Père dans le Fils avec amour.

2.Puis le Fils eut domination sur ceux qui s'attachèrent à Dieu; le Saint-Esprit (qui provient du Père et du Fils) attira les hommes vers la lumière d'amour, à travers le Fils, vers Dieu le Père.

3. Mais à la fin des temps, le Saint-Esprit reviendra au Père et aussi dans la propriété du Fils et les deux propriétés deviendront actives à l'instant. L'esprit du Père se révélera dans le feu et la lumière, mais également dans la violente colère du monde des ténèbres. Alors le royaume retournera au Père. Car le Saint-Esprit doit gouverner éternellement et être un révélateur éternel dans le monde-lumière aussi bien que dans le monde des ténèbres.

4. Car les deux mondes resteront immobiles; et le Saint-Esprit, qui provient du Père et du Fils, a le droit de régner éternellement dans les deux mondes, selon la nature et la propriété de chacun de ces mondes.

5. Lui seul sera le révélateur des merveilles. Et la domination éternelle qu'Il exercera avec l'Esprit, sera rendue au Père (qui est tout), par le Fils.


Le cinquième point.

De la magie. De ce qu'est la magie.
De ce qu'est le fondement de la magie.


1. La Magie est la Mère de l'éternité, de l'être de tous les êtres; car elle se crée elle-même et son entendement réside dans le désir.

2.Elle n'est elle-même qu'une volonté et cette volonté est le grand mystère de tous les miracles et de tous les secrets; mais elle se manifeste elle-même par l'imagination de la faim du désir d'exister.

3. C'est l'état originel de la Nature. Son désir crée une image (Einbildung). Cette image ou figure est seulement la volonté du désir. Mais le désir crée dans la volonté un être semblable à ce que contient la volonté.

4. La magie véritable n'est pas un être, mais l'esprit du désir de cet être. C'est une matrice sans substance, mais qui se manifeste dans un être de substance.

5. La Magie est l'esprit, et l'être est son corps; et pourtant les deux ne font qu'un, comme l'âme et le corps ne font qu'une seule personne.

6. La Magie est le plus grand secret, car elle est supérieure à la nature et elle crée la nature selon la forme de sa volonté. Elle est le mystère du Ternaire; c'est-à-dire qu'elle réside dans le désir, dans la volonté d'aspirer vers le cœur de Dieu.

7. Elle est la puissance formatrice dans la Sagesse éternelle, étant un désir dans le Ternaire, dans lequel l'éternelle merveille du Ternaire désire se manifester en coopération avec la Nature. C'est le désir qui s'introduit dans la Nature ténébreuse, et par la Nature dans le feu, et par le feu, par la mort ou la violence, dans la lumière de la Majesté.

8. Elle n'est pas Majesté, mais le désir en Majesté. Elle est le désir du pouvoir divin, et non pas le pouvoir lui-même, mais elle est la faim ou le désir ardent du pouvoir. Elle n'est pas la Toute-Puissance de Dieu, mais l'élément directeur de la Puissance et du Pouvoir de Dieu. Le cœur de Dieu est le pouvoir, et le Saint-Esprit est la révélation du pouvoir.

9. Elle n'est néanmoins pas seulement le désir du pouvoir, mais aussi de l'esprit conducteur; car elle contient Fiat en elle-même. Ce que l'Esprit-Volonté révèle en elle, elle le manifeste comme un être par l'aigreur qui est Fiat; tout cela s'accomplit selon le modèle de la volonté. Comme la volonté forme un modèle dans la sagesse, c'est ainsi que le désir de la Magie le reçoit; car elle a l'imagination dans sa propriété comme un ardent désir.

10. L'imagination est douce et tendre, elle ressemble à l'eau. Mais le désir est dur et sec, comme la faim; il durcit ce qui est tendre et on le trouve dans toute chose, car il est le plus grand être (Wesen) dans la Déité. Il guide ce qui n'a pas de fondement vers sa fondation et ce qui n'est rien vers quelque chose.

11. C'est dans la magie que se trouvent toutes les formes d'Etre de tous les êtres. Elle est une mère dans chacun des trois mondes et crée chaque chose d'après le modèle et la volonté de cette chose. Elle n'est pas l'entendement, mais un élément de création selon l'entendement et elle se prête au bien aussi bien qu'au mal.

12. C'est tout cela que la volonté modèle dans la sagesse, pourvu que la volonté de l'entendement y pénètre également, c'est ce qui reçoit son être de la Magie. Elle sert ceux qui aiment Dieu dans Son Etre, car elle créé la substance divine dans l'entendement et la prend de l'imagination, aussi bien que de la douceur de la lumière.

13. C'est la Magie qui crée la chair divine; et l'entendement est né de la sagesse, car celui-ci distingue les couleurs, les pouvoirs et les vertus. L'entendement conduit l'esprit vrai et juste par la bride; car l'esprit s'envole et l'entendement est son feu.

14. L'esprit n'est pas rebelle, il ne devrait pas s'opposer à l'entendement; mais être la volonté de l'entendement. Mais les sens, dans l'entendement s'envolent et sont rebelles.

15. Car les sens sont l'éclair de l'esprit-feu, ils apportent avec eux, dans la lumière, les flammes de la Majesté; et dans les ténèbres ils apportent avec eux l'éclair de la terreur, semblable à un féroce éclair de feu.

16. Les sens sont d'un esprit si subtil, qu'ils entrent en chaque être et absorbent chaque être en eux-mêmes. Mais l'entendement éprouve tout dans son propre feu; il rejette le mal et ne retient que le bien. Alors la Magie, sa mère, le prend le bien et lui donne l'être.

17. La Magie est la mère dont provient la Nature, et l'entendement est la mère provenant de la Nature. La Magie guide le feu féroce, et l'entendement sort sa propre mère: la Magie, du le feu féroce jusqu'à son propre feu.

18. Car l'entendement est le feu du pouvoir, et la Magie est le feu ardent; et pourtant il ne faut pas la comprendre comme un feu, mais comme le pouvoir ou la mère du feu. Le feu est appelé principe, et la Magie est appelée désir.

19. Tout est accompli par la Magie, le bon ainsi que le mauvais. Sa propre œuvre est Nigromantia, mais elle est distribuée à travers toutes les propriétés. Dans ce qui est bien, elle est bonne, et dans ce qui est mal, elle est mauvaise. Elle est utile aux enfants du Royaume de Dieu, et aux sorciers du royaume du diable; car l'entendement peut en faire ce qu'il lui plaît. Elle ne possède pas l'entendement, et pourtant elle comprend tout; car elle est la compréhension de toutes choses.

20. Il est impossible d'en mesurer la profondeur, car elle est depuis l'éternité la base et le fondement de toutes choses. Elle est un maître de philosophie ainsi qu'une la mère de philosophie.

21. Mais la philosophie conduit la Magie, sa mère, comme il lui plaît. Comme le divin pouvoir, c'est-à-dire le Verbe (ou le cœur de Dieu), conduit le Père sévère vers la douceur; ainsi la philosophie (ou l'entendement) conduit sa mère vers une qualité douce et divine.

22. La Magie est le livre de tous les savants. Ceux qui veulent apprendre doivent d'abord apprendre la Magie, que leur art soit plus élevé ou plus bas. Même le paysan des champs doit aller à l'école magique, s'il veut cultiver son champs.

23. La Magie est la meilleure théologie, car en elle, la vraie foi a sa fondation et sa demeure. Et celui qui la bafoue est un fou; car il ne la connaît pas et il blasphème Dieu et lui-même, et il est plus un jongleur qu'un théologien possédant l'entendement.

24. Il est comme quelqu'un qui se bat devant un miroir et ne connaît pas la cause de la dispute, car il mène un combat superficiel, le théologien injuste regarde la Magie dans sa réflexion et ne comprend rien à son pouvoir. Car elle est à la ressemblance de Dieu, et lui n'est pas divin, oui, il est diabolique même, selon la propriété de chaque principe. En somme: La Magie est l'Activité de l'Esprit-Volonté.


Le sixième point.

Du Mystère.
De ce qu'est le Mystère.


1. Le mystère n'est rien d'autre que la volonté magique qui est encore emprisonnée dans le désir. Il peut se modeler à volonté dans le miroir de la sagesse. Et de la manière dont il se modèle dans la teinture, il sera fixé et formé en Magie, et enfin amené en un être.

2. Car le Mysterium Magnum n'est rien d'autre que la faculté qu'a la Déité de se cacher, en compagnie de l'Etre de tous les êtres, de ce mystère en procèdent d'autres, et chaque mystère est le miroir et le modèle du suivant. Et voici la grande merveille de l'éternité, dans laquelle tout est inclus, et qui, de toute éternité, a été vue dans le miroir de la sagesse. Et rien ne passe qui n'ait été, de toute éternité, connu dans le miroir de la Sagesse.


3. Mais vous devez comprendre ceci selon les propriétés du miroir, selon toutes les formes de la Nature, c'est-à-dire selon la lumière et l'ombre, selon la compréhension et l'incompréhension, selon l'amour et le courroux, ou selon le feu et la lumière, comme il a été démontré ailleurs.

4. Le Magicien a le pouvoir, dans ce Mystère, d'agir selon sa volonté, et il peut faire ce qui lui plaît.

5. Mais il doit être armé dans cet élément même, dans lequel il pourrait créer; sinon, il sera rejeté au-dehors comme un étranger, et livré au pouvoir des esprits de cet élément, qui pourront le traiter comme bon leur semble. Rien de plus ne peut être dit à ce sujet, à cause de la tourba.

Emprunté au site de l'Ordre Martiniste des Pays-Bas : http://kingsgarden.org
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Published by Jacob Boehme - dans Alchimie
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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 15:56

 

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Je vous avais parlé lors de mon bilan sur 2010 que j’introduirai cette année les créatures magiques et mystérieuses. On va commencer avec le petit peuple des elfes, fées et lutins, et plus particulièrement, le Leprechaun, ce lutin irlandais si connu, dont on retrouve bon nombre de représentations aux alentours de la St Patrick.

Le Leprechaun est un petit homme qui ne dépasse pas 90cm de haut, habitant en Irlande. On le trouve partout sur l’île d’Emeraude, mais il serait né sur le mont Ben Bulben, en Sligo, au Nord-Ouest de l’Irlande. Il construit des demeures confortables et propres à l’abri des haies, des pierres levées et des talus plantés d’arbres dont les racines lui servent de charpente.

C’est un gourmand, qui n’aime pas beaucoup la cuisine irlandaise, principalement composée de pommes de terre. Il adore par contre leur pain-soda, qu’il prépare à merveille en le parfumant aux herbes.

Farceur, mais bougon, c’est un cordonnier hors pair. Mais ne lui confiez pas vos chaussures abîmées : incapable de terminer le travail qu’on lui demande, il n’en réparera qu’une seule par paire !

C’est un gardien de trésors, et il sait toujours où l’or est enterré. On dit que c’est lui qui a la surveillance des trésors enfouis du Tuatha de Danann, des Sidhe (les elfes irlandais) et du Petit Peuple. On dit qu’il se sert des arcs-en-ciel pour indiquer aux hommes qui le méritent l’emplacement des chaudrons d’or qu’il a enterrés.

Si vous parvenez à le surprendre avant qu’il ne vous remarque, il se montrera serviable, acceptera de vous raconter une histoire ou de vous chanter une chanson. Son répertoire de contes et de chants est inépuisable ! Il sera même sans doute assez gentil pour vous montrer directement l’emplacement de l’un de ses trésors. Si par contre, c’est lui qui vous trouve, alors attention !

Farceur, moqueur, voire cruel, il n’hésitera pas à vous jouer un tour ! Pour s’attirer ses faveurs, rien de mieux qu’un peu de lait, du tabac à priser ou du bon whiskey (pas du whisky, qui est la version écossaise de cette boisson !). Il n’hésite pas à se moquer des avares et des voleurs, qu’il attire dans des pièges dont ils auront beaucoup de mal à en sortir.

Il est aussi un excellent violoniste, et il aurait initié les grands musiciens irlandais au maniement de l’archet de leur fiddle. Il est aussi un excellent joueur de hurling, le sport national irlandais, mais s’il triche, il vaut mieux éviter de le lui faire remarquer. Tout est affaire de tact et de politesse lorsqu’on a affaire à un Leprechaun !

De nombreux contes irlandais parlent du Leprechaun, et j’en ai choisi deux :

Une vieille légende irlandaise raconte qu’un jeune garçon était si pauvre qu’il en était presque réduit à mendier. Il gagnait sa vie en poussant les chariots de tourbe, qui était alors un combustible très répandu. Il était calme, introverti, et, disons-le, un peu laid. Mais il adorait lire, et s’adonnait à cette passion dès qu’il en avait l’occasion et les moyens. Au cours d’une de ces lectures, il découvrit l’existence des Leprechauns, et des trésors qu’ils gardent bien enfouis. Il se dit que c’était pour lui une chance de sortir de sa misère, et de pouvoir acheter tous les livres qu’il voudrait.

Alors, pendant qu’il poussait ses chariots de tourbe, il tendait l’oreille pour essayer d’entendre le bruit d’un martèlement en provenance des haies sur le bord du chemin, signe qu’un Leprechaun y réparait une chaussure. Après des semaines d’attente, il finit par entendre le bruit tant espéré. Un beau soir, au coucher du soleil, il vit un Leprechaun travaillant sous une grande feuille d’oseille.

Il se glissa silencieusement derrière lui, le prit brusquement par le col de son vêtement, et le menaça de ne pas le lâcher tant qu’il ne révélerait pas l’emplacement d’un de ses trésors. « Inutile d’employer la menace avec moi », répondit le Leprechaun, « car nous sommes du même sang, toi et moi ».

En effet, le jeune garçon avait du sang nain dans les veines, ce qui fait qu’il appartenait en partie au Petit Peuple, et qu’il avait donc le droit de réclamer le trésor. Il lâcha le Leprechaun, qui le conduisit jusqu’à un fort abandonné, comme il y en a tant en Irlande. Ils franchirent une porte au cœur d’une épaisse muraille. A l’intérieur, le sol était littéralement couvert d’or. « Prends tout ce que tu veux, mais fais vite, car lorsque la porte se fermera, ce sera pour toujours ! » lui dit le Leprechaun.

Le garçon se dépêcha, chargea ses bras et ses habits d’autant d’or qu’il put et sortit du vieux fort. La porte se referma alors dans un grand fracas. Lorsqu’il voulut remercier le Leprechaun, celui-ci avait déjà disparu.

Le garçon changea complètement de vie : il déposa son or dans une banque à Dublin, et le dépensa sagement. Il jouit de cette fortune toute sa vie durant, et devint fort cultivé. Ses descendants continuèrent à profiter de cette fortune jusqu’à nos jours.

Si cette histoire se termine bien, ce n’est pas le cas de toutes. En effet, je vous l’ai dit, les Leprechauns sont des êtres farceurs, qui jouent parfois de très mauvaises blagues.

Ainsi, un Leprechaun dévoila un jour à un paysan que sous une certaine touffe de séneçon se trouvant dans son champ, il trouverait un fabuleux trésor. Le paysan n’avait rien pour creuser sous la main, alors il rentra chez lui chercher un outil. Prévoyant, il pensa quand même à marquer d’abord le bon plan de séneçon en lui attachant un ruban rouge. Lorsqu’il revint avec ses outils, il vit que tous ses plans portaient un ruban rouge, et que le Leprechaun avait disparu.

Source : http://www.les-mondes-de-gwenn.fr/2011/01/05/le-leprechaun-symbole-irlandais/

Commentaire : Il y a unethéorie selon laquelle les irlandais auraient utilisé ce lutin familier pour en faire la caricature des envahisseurs anglais. 

 

 

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Published by X - dans Irlande
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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 13:09

"Puisse le chemin monter à ta rencontre,
Puisse le vent souffler dans ton dos,
Le soleil briller chaud sur ton visage,
La pluie tomber douce sur tes champs,
Et jusqu'à notre prochaine rencontre,
Que le Seigneur te tienne dans le creux de sa main !"

"Bhí sin ann agus is fada ó bhí..." "Il était une fois, et c'était il y a bien longtemps..." (formule traditionnelle irlandaise)

 

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Published by Thomas Dalet
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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:22

Le profane qui demande à être initié aux mystères de la  Franc-Maçonneriepeut-il imaginer ce qui l’attend et les épreuves que celui-ci devra surmonter afin de recevoir la lumière ? Non, mais son instinct lui laisse entrevoir un « changement », une « transmutation » qui se prépare au plus profond de lui. Le chemin qu’il vient de prendre c’est celui de l’Initiation, du latin Initiare qui veut dire commencer, car c’est bien une quête initiatique que celui-ci vient d’entreprendre. Pourquoi cherche-t-il à être Initié ? Peut-être que son inconscient, fil conducteur de la plupart de ses actions, au travers d’un imperceptible murmure, que seul celui qui écoute avec son cœur peut espérer entendre, lui a révélé le but ultime de l’ « Homme » : la PURIFICATION. En effet, l’Initiation c’est la purification, purification de l’ « Homme Cosmique » qui après le drame de la Chute édénique, entraînant sa propre destruction, cherche à se régénérer afin de réintégrer le paradis perdu.

La première épreuve que le profane vivra pour entrer en Franc-Maçonnerie sera celle du cabinet de réflexion, nom étrange qui cache une pratique bien plus ancienne que la Maçonnerie elle-même. Le cabinet de réflexion est à mon sens, une des épreuves les plus importantes sur le chemin de l’Initiation, car c’est en son sein qu’il faudra « procéder à une sorte de décrassement intellectuel et moral ayant pour but de débarrasser l’esprit de tout ce qui empêche la lumière de parvenir jusqu’à lui » [1] Le cabinet de réflexion utilise le langage universel de la symbolique, afin de faire vivre au profane sa première épreuve, qui est celle de la terre. Il est écrit quelque part dans la Bible « tu es sorti nu du ventre de ta mère et tu retourneras nu dans le ventre de la terre. Tu n’emporteras rien en mourant, tu n’emporteras pas tes richesses avec toi », et en effet, avant que le profane ne rentre dans le cabinet de réflexion, on lui demande de se défaire de son argent et de déposer tous ses objets métalliques. À l’intérieur du cabinet de réflexion, le profane découvrira plusieurs symboles évoquant la mort, puis le postulant est invité à rédiger son « testament philosophique » car à cet instant précis il va mourir à sa vie profane, mais avant de renaître et de vivre pleinement sa seconde naissance, il se doit de faire un bilan et de répondre par écrit à trois questions : Quels sont les devoirs de l’homme envers lui-même ? Quels sont les devoirs de l’homme envers Dieu ? Quels sont les devoirs de l’homme envers l’humanité ?

Dans cet étroit cabinet de réflexion, aux murs peints en noir, dont la seule source lumineuse se trouve être une simple bougie dont la flamme vacille lentement, le profane, une fois que le bandeau lui est retiré, se trouve rapidement confronté aux nombreux symboles et inscriptions qui l’entourent. Puis peu à peu, il découvre un autre symbole, dont aucun support matériel ne peut exprimer la présence et qui pourtant est le plus important des symboles : le SILENCE. Il est dit que « quand se taisent les bruyantes passions du monde, le cherchant peut enfin écouter », ainsi le profane est invité à faire le silence, afin qu’il puisse écouter au plus profond de lui-même les paroles de sagesse que lui inspire son cœur. Le cabinet de réflexion est comme une caverne alchimique où se déroule un rite de purification, une matrice dans laquelle notre être renaîtra purifié, c’est un lieu où, si nous y passions plusieurs jours, nous pourrions y atteindre l’illumination intérieure. Lorsque le profane aura fait le silence sur les passions du monde qui l’entoure, et que par un savant contrôle de sa respiration il aura atteint une tranquille méditation, alors il commencera à devenir sensible aux messages qui l’entourent.

Face à lui, une inscription énigmatique l’invite à un voyage au plus profond de lui-même, et sans même le savoir il s’y prêtera, guidé dans sa démarche par le rythme du silence. V.I.T.R.I.O.L, énigme indéchiffrable, dont le profane ne comprendra intellectuellement le sens que bien plus tard, mais à cet instant précis, lorsqu’il se trouve dans l’œuf primordial, caverne alchimique aux pouvoirs de transmutations infinis, son inconscient n’aura aucune peine à comprendre cette inscription dont la valeur alchimique ne fait plus aucun doute. Les sept initiales, V.I.T.R.I.O.L, sont la révélation de l’opération du Grand Œuvre, aide -mémoire indispensable au profane, comme à l’Initié, car il révèle le processus alchimique de la transmutation de l’être comme des métaux. V.I.T.R.I.O.L, septénaire mystérieux dont le sens dévoilé révèle une parfaite connaissance des processus qui mènent à l’éveil, « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem » : « Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Cette pierre que le profane doit trouver n’est autre que la pierre philosophale des alchimistes, et celle-ci se trouve au plus profond de chacun d’entre nous, elle ne se dévoile qu’à ceux qui par un travail intérieur sincère, sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : « Omnia ab uno, omnia ad unum », « Tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité ».

Le ternaire alchimique est également présent, car indispensable au processus alchimique de formation de la pierre philosophale. Le Sel, le Soufre, et le Mercure expriment ensemble le véritable équilibre, auquel le profane doit tendre afin de se régénérer. Le Soufre représente l’énergie expansive, principe actif masculin et le Mercure représente l’énergie attractive, principe passif féminin, tandis que le Sel qui résulte de l’action du Soufre sur le Mercure, est neutre, résulta des deux principes, il est donc l’agent équilibrant, comme l’exprime avec perfection son symbole, un cercle divisé en deux par une diagonale qui le traverse, image parfaite de l’équilibre.

Le sablier qui se trouve posé devant le profane, est un attribut de Saturne, il symbolise le temps, il représente sur le plan matériel, donc terrestre, le temps qui s’écoule et qu’on ne peut inexorablement pas arrêter, chaque grain de sable qui tombe nous rapprochant irréversiblement du jour de notre mort. Le sablier représente encore autre chose, qui pour le profane n’est peut-être pas tout de suite perceptible, ce qui n’enlève rien à sa force évocatoire, car le sablier qui a tout pouvoir sur le plan terrestre ( matériel ), n’en a aucun sur le plan astral ou cosmique. Ce qui signifie, qu’une fois l’homme libéré des chaînes matérielles du temps terrestre, il pourra enfin réintégrer le temps initial, c’est-à-dire celui du commencement, de la création, l’instant primordial d’avant la chute, là ou le péché et les servitudes n’existaient pas.

Pour que ce rite de vie et de mort puisse être efficace et aboutir à la purification du profane, il lui faut encore un puissant symbole, un « témoin » psychique permettant de relier les vivants aux morts, un lien puissant exprimant la chaîne ininterrompue entre les Maîtres passés à l’Orient Eternel et le profane qui aspire à reprendre le flambeau en devenant Franc-Maçon à son tour. Ce « témoin » psychique est un véritable crâne humain posé près du profane, et devant lui se trouve écrit ces mots : « J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! », des mots lourds de significations. Ce crâne, réceptacle des forces supérieures, transmettra alors un dernier message au profane, comme le faisaient autre fois les têtes de mort parlantes qui enseignaient aux vivants. Elle lui dira : »Ce que tu vas voir, je l’ai déjà vu ; ce que tu vas vivre, je l’ai déjà vécu ; ce que tu vas entendre, je l’ai déjà entendu, je suis « la réalité telle qu’elle apparaît dépouillée de son décor sensible ; la vérité brutale, privée du voile des illusions », (O. Wirth) alors courage et bonne route ! Mais dans cette demeure alchimique, le crâne possède encore un autre secret, qui n’apparaît qu’au moment délicat de la sublimation alchimique, c’est celui du Caput mortem, lorsqu’il faut couper la tête, Caput mortem, afin de voir apparaître le cygne blanc, thème alchimique de la putréfaction. Mourir pour renaître à nouveau, c’est une loi universelle : « En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jean 12 : 24). Puis le profane, qui peu à peu sortira de sa profonde méditation, lèvera les yeux vers le Coq, symbole solaire qui lui annoncera la fin de sa nuit éternelle, et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres.

Lausanne, le 05 juillet 2005 Par Marcos Drake. Article extrait d’un livre à paraître de Marcos Drake.

Source :  http://www.esoblogs.net/110/le-cabinet-de-reflexion-ou-la-caverne-alchimique/

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:19

PREFACE.

Dans leurs écrits les Philosophes se sont exprimés de bien des manières différentes, mais toujours énigmatiques. Ils nous ont légué une science noble entre toutes, mais voilée complètement pour nous par leur parole nuageuse, entièrement cachée sous un voile impénétrable. Et pourtant ils ont eu raison d'agir ainsi. Aussi, je vous conjure d'exercer avec persévérance votre esprit sur ces sept Chapitres, qui renferment l'art de transmuer les métaux, sans avoir à vous inquiéter des écrits des autres philosophes. Repassez souvent dans votre esprit leur commencement, leur milieu, leur fin, et vous y trouverez des inventions si subtiles que votre âme en sera remplie de joie.

 

CHAPITRE I

DÉFINITIONS DE L'ALCHIMIE.

Dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet art plusieurs définitions desquelles il importe que nous parlions ici. Hermès dit : " L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse. Un autre philosophe a dit : " l'Alchimie enseigne à transmuer toute espèce de métal en une autre, cela à l'aide d'une Médecine particulière, ainsi qu'on peut le voir par les nombreux écrits des Philosophes. " C'est pourquoi je dis : " l'Alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine Médecine ou élixir, laquelle étant projetée sur les métaux imparfaits, leur donne la perfection dans le moment même de la projection.

 

CHAPITRE II

DES PRINCIPES NATURELS ET DE LÀ GÉNÉRATION DES MÉTAUX.

Je vais parler ici des principes naturels et de la génération des métaux. Notez d'abord que les principes des métaux sont le Mercure et le Soufre. Ces deux principes ont donné naissance à tous les métaux et à tous les minéraux, dont il existe pourtant un grand nombre d'espèces différentes. Je dis de plus que la nature a toujours eu pour but et s'efforce sans cesse d'arriver à la perfection, à l'or. Mais par suite de divers accidents qui entravent sa marche, naissent les variétés métalliques, ainsi qu'il est clairement exposé dans plusieurs philosophes.

Selon la pureté ou l'impureté des deux principes composants, c'est-à-dire du Soufre et du Mercure, il se produit des métaux parfaits ou imparfaits, l'or, l'argent, l'étain, le plomb, le cuivre, le fer. Maintenant recueille pieusement ces enseignements sur la nature des métaux, sur leur pureté ou leur impureté, leur pauvreté ou leur richesse en principes.

Nature de l'Or : l'Or est un corps parfait composé d'un Mercure pur, fixe, brillant, rouge et d'un Soufre pur, fixe, rouge, non combustible. L'Or est parfait.

Nature de l'Argent : c'est un corps pur, presque parfait, composé d'un Mercure pur, presque fixe, brillant, blanc. Son Soufre a les mêmes qualités. Il ne manque à l'Argent qu'un peu plus de fixité, de couleur et de poids.

Nature de l'étain : c'est un corps pur, imparfait, composé d'un Mercure pur, fixe et volatil, brillant, blanc à l'extérieur, rouge à l'intérieur. Son Soufre a les mêmes qualités. Il manque seulement à l'étain d'être un peu plus cuit et digéré.

Nature du plomb : c'est un corps impur et imparfait, composé d'un Mercure impur, instable, terrestre, pulvérulent, légèrement blanc à l'extérieur, rouge à l'intérieur. Son Soufre est semblable et de plus combustible. Il manque au plomb, la pureté, la fixité, la couleur ; il n'est pas assez cuit.

Nature du cuivre : le cuivre est un métal impur et imparfait, composé d'un Mercure impur, instable, terrestre, combustible, rouge, sans éclat. De même pour son Soufre. Il manque au cuivre, la fixité, la pureté, le poids. Il contient trop de couleur impure et de parties terreuses incombustibles.

Nature du fer : le fer est un corps impur, imparfait, composé d'un Mercure impur, trop fixe, contenant des parties terreuses combustibles, blanc et rouge, mais sans éclat. Il lui manque la fusibilité, la pureté, le poids ; il contient trop de Soufre fixe impur et de parties terreuses combustibles. Tout alchimiste doit tenir compte de ce qui précède.

 

CHAPITRE III

D'OU L'OR DOIT RETIRER LA MATIÈRE PROCHAINE DE L'ÉLIXIR.

Dans ce qui précède on a suffisamment déterminé la genèse des métaux parfaits et imparfaits.

Maintenant nous allons travailler à rendre pure et parfaite la matière imparfaite. Il ressort des chapitres précédents que tous les métaux sont composés de Mercure et de Soufre, que l'impureté et l'imperfection des composants se retrouve dans le composé ; comme on ne peut ajouter aux métaux que des substances tirées d'eux-mêmes, il s'ensuit qu'aucune matière étrangère ne peut nous servir, mais que tout ce qui est composé des deux principes, suffit pour perfectionner, et même transmuer les métaux.

Il est très surprenant de voir des personnes, pourtant habiles, travailler sur les animaux, lesquels constituent une matière très éloignée, alors qu'elles ont sous la main une matière suffisamment prochaine dans les minéraux. Il n'est pas impossible qu'un Philosophe ait placé l'Œuvre dans ces matières éloignées, mais c'est par allégorie qu'il l'aura fait.

Deux principes composent tous les métaux et rien ne peut s'attacher, s'unir aux métaux ou les transformer, s'il n'est lui-même composé des deux principes. C'est ainsi que le raisonnement nous force à prendre pour Matière de notre Pierre, le Mercure et le Soufre.

Le Mercure seul, le Soufre seul ne peuvent engendrer les métaux, mais par leur union, ils donnent naissance aux divers métaux et à de nombreux minéraux. Donc il est évident que notre Pierre doit naître de ces deux principes.

Notre dernier secret est très précieux et très caché : sur quelle matière minérale, prochaine entre toutes, doit-on directement opérer ? Nous sommes obligé de choisir avec soin. Supposons d'abord que nous tirions notre matière des végétaux : herbes, arbres et tout ce qui naît de la terre. Il faudra en extraire le Mercure et le Soufre par une longue cuisson, opérations que nous repoussons, puisque la nature nous offre du Mercure et du Soufre tout faits.

Si nous avions élu les animaux, il nous faudrait travailler sur le sang humain, cheveux, urine, excréments, œufs de poule, enfin tout ce que l'on peut tirer des animaux. Il nous faudrait, là encore, extraire par la cuisson, le Mercure et le Soufre. Nous récusons ces opérations pour notre première raison. Si nous avions choisi les minéraux mixtes, telles que sont les diverses espèces de magnésies, marcassites, tuties, couperoses' ou vitriols, aluns, borax, sels, etc., il faudrait mêmement en extraire le Mercure et le Soufre par cuisson, ce que nous repoussons pour les mêmes raisons que ci-dessus. Si nous choisissions l'un des sept esprits comme le Mercure seul, ou le soufre seul, ou bien le Mercure et l'un des deux soufres, ou bien le soufre vif, ou l'orpiment ou l'arsenic jaune, ou l'arsenic rouge, nous ne pourrions les perfectionner; parce que la nature ne perfectionne que le mélange déterminé des deux principes. Nous ne pouvons faire mieux que la nature, et il nous faudrait extraire de cas corps le Soufre et le Mercure, ce que nous repoussons comme ci-dessus.

Finalement, si nous prenions les deux principes eux-mêmes, il nous faudrait les mêler selon une certaine proportion immuable, inconnue à l'esprit humain, et ensuite les cuire jusqu'à ce qu'ils soient coagulés en une masse solide.

C'est pourquoi nous écartons l'idée de prendre les deux principes séparés, c'est-à-dire le Soufre et le Mercure, parce que nous ignorons leur proportion et que nous trouverons des corps dans lesquels les deux principes sont unis dans de justes proportions, coagulés et conjoints selon les règles.

Cache bien ce secret: L'Or est un corps parfait et mâle sans superfluité ni pauvreté. S'il perfectionnait les métaux imparfaits fondus avec lui, ce serait l'élixir rouge. L'argent aussi est un corps presque parfait et femelle, et si par simple fusion, il rendait presque parfaits les métaux imparfaits, ce serait l'élixir blanc. Ce qui n'est pas et ce qui ne peut pas être, parce que ces corps sont parfaits à un seul degré. Si leur perfection était communicable aux métaux imparfaits, ces derniers ne se perfectionneraient pas et ce seraient les métaux parfaits qui seraient souillés par le contact des imparfaits. Mais s'ils étaient plus que parfaits, au double, au quadruple, au centuple, etc., ils pourraient alors perfectionner les imparfaits.

La nature opère toujours simplement, c'est pour cela que la perfection est simple en eux, indivisible et non transmissible. Ils ne pourraient entrer dans la composition de la Pierre, comme ferments, pour abréger l'œuvre ; ils se réduiraient en effet en leurs éléments, la somme de volatil dépassant la somme de fixe.

Et parce que l'or est un corps parfait composé d'un Mercure rouge, brillant, et d'un Soufre semblable, nous ne le prendrons pas comme matière de la Pierre pour l'élixir rouge ; car il est trop simplement parfait, sans perfection subtile, il est trop bien cuit et digéré naturellement et c'est à peine si nous pouvons le travailler avec notre feu artificiel ; de même pour l'argent.

Quand la nature perfectionne quelque chose, elle ne sait cependant pas le purifier, le parfaire intimement, parce qu'elle opère avec simplicité. Si nous choisissions l'or et l'argent, nous pourrions à grand peine trouver un feu capable d'agir sur eux. Quoique nous connaissions ce feu, nous ne pouvons cependant arriver à la purification parfaite à cause de la puissance de leurs liens et de leur harmonie naturelle ; aussi repoussons l'or pour l'élixir rouge, l'argent pour l'élixir blanc. Nous trouverons un certain corps, composé de Mercure et de Soufre suffisamment purs, sur lesquels la nature aura peu travaillé.

Nous nous flattons de perfectionner un tel corps avec notre feu artificiel et la connaissance de l'art. Nous le soumettrons à une cuisson convenable, le purifiant, le colorant et le fixant selon les règles de l'art. Il faut donc choisir une matière qui contienne un Mercure pur, clair, blanc et rouge, pas complètement parfait, mélangé également, dans les proportions voulues et selon les règles, avec un Soufre semblable à lui. Cette matière doit être coagulée en une masse solide et telle qua l'aide de notre science et de notre prudence, nous puissions parvenir à la purifier intimement, à la perfectionner par notre feu, et à la rendre telle qu'à la fin de l'Œuvre, elle soit des milliers de mille fois plus pure et plus parfaite que les corps ordinaires cuits par la chaleur naturelle.

Sois donc prudent ; car si tu as exercé la subtilité et l'acuité de ton esprit sur ces chapitres où je t'ai manifestement révélé la connaissance de la Matière, tu possèdes maintenant cette chose, ineffable et délectable, objet de tous les désirs des Philosophes.

 

CHAPITRE IV

DE LA MATIÈRE DE REGLER LE FEU ET DE LE MAINTENIR.

Si tu n'as pas la tête trop dure, si ton esprit n'est pas enveloppé complètement du voile de l'ignorance et de l'inintelligence, je puis croire que dans les précédents chapitres tu as trouvé la vraie Matière des Philosophes, matière de la Pierre bénite des sages, sur laquelle l'Alchimie va opérer dans le but de perfectionner les corps imparfaits à l'aide de corps plus que parfaits. La nature ne nous offrant que des corps parfaits ou imparfaits, il nous faut rendre indéfiniment parfaite par notre travail la Matière nommée ci-dessus.

Si nous ignorons la manière d'opérer, quelle en est la cause, sinon que nous n'observons pas comment la nature perfectionne chaque jour les métaux ? Ne voyons-nous pas que dans les mines, les éléments grossiers se cuisent tellement et s'épaississent si bien par la chaleur constante existant dans les montagnes, qu'avec: le temps elle se transforme en Mercure ? Que la même chaleur, la même cuisson transforme les parties grasses de la terre en Soufre ? Que cette chaleur appliquée longtemps à ces deux principes, engendre salon leur pureté ou leur impureté, tous les métaux ? Ne voyons-nous pas que la nature produit et perfectionne tous les métaux par la seule cuisson ? 0 folie infinie, qui donc, je vous le demande, qui donc vous oblige à vouloir faire la même chose à l'aide de régimes bizarres et fantastiques. C'est pourquoi un Philosophe a dit : " Malheur à vous qui voulez surpasser la nature et rendre les métaux plus que parfaits par un nouveau régime, fruit de votre entêtement insensé. Dieu a donné à la nature des lois immuables, c'est-à-dire, qu'elle doit agir par cuisson continue, et vous insensés, vous la méprisez ou vous ne savez pas l'imiter. " II dit de même : " Le feu et l'azoth doivent te suffire. " Et ailleurs : " La chaleur perfectionne tout. " Et ailleurs: " II faut cuire, cuire, recuire et ne pas s'en fatiguer. " Et en différents passages: " Que votre feu soit calme et doux ; qu'il se maintienne ainsi chaque jour, toujours uniforme, sans faiblir, sinon il s'ensuivra un grand dommage. — Sois patient et persévérant. — Broyé sept fois. Sache que tout notre magistère se fait d'une chose, la Pierre, d'une seule façon, en cuisant et dans un seul vase. — Le feu broyé — L'Œuvre est semblable à la création de l'homme. Dans l'enfance on le nourrit d'aliments légers, puis quand ses os se sont affermis, la nourriture devient plus fortifiante ; de même notre magistère est d'abord soumis à un feu léger avec lequel il faut toujours agir pendant la cuisson. Mais quoique nous parlions sans cesse de feu modéré, nous sous-entendons néanmoins que dans le régime de l'Œuvre il faut l'augmenter peu à peu et par degré jusqu'à la fin.

 

CHAPITRE V

DU VAISSEAU ET DU FOURNEAU.

Nous venons de déterminer la manière d'opérer, nous allons maintenant parler du vaisseau et du fourneau, dire comment et avec quoi ils doivent être faits. Lorsque la nature cuit les métaux dans les mines à l'aide du feu naturel, elle ne peut y parvenir qu'en employant un vaisseau propre à la cuisson. Nous nous proposons d'imiter la nature dans le régime du feu, imitons-la donc aussi pour le vaisseau. Examinons l'endroit où s'élaborent les métaux. Nous voyons d'abord manifestement dans une mine, que sous la montagne il y a du feu, produisant une chaleur égale, dont la nature est de monter sans cesse. En s'élevant elle dessèche et coagule l'eau épaisse et grossière, contenue dans les entrailles de la terre, et la transforme en Mercure. Les parties onctueuses minérales de la terre sont cuites, rassemblées dans les veines de la terre et coulant à travers la montagne, elles engendrent le Soufre. Comme on peut l'observer dans les filons des mines, le Soufre né des parties onctueuses de la terre rencontre le Mercure. Alors a lieu la coagulation de l'eau métallique. La chaleur continuant à agir dans la montagne, les différents métaux apparaissent après un temps très long. On observe dans les mines une température constante, nous pouvons en conclure que la montagne qui renferme des mines est parfaitement close de tous côtés par des rochers ; car, si la chaleur pouvait s'échapper, jamais les métaux ne naîtraient.

Si donc nous voulons imiter la nature, il faut absolument que nous ayons un fourneau semblable à une mine, non par sa grandeur, mais par une disposition particulière, telle que la feu placé dans le fond ne trouve par d'issue pour s'échapper quand il montera, en sorte que la chaleur soit réverbérée sur le vase, clos avec soin, qui renferme la matière de la Pierre. Le vaisseau doit être rond, avec un petit col. Il doit être en verre ou en une terre aussi résistante que le verre; on enfermera hermétiquement l'orifice avec un couvercle et du bitume. Dans les mines, le feu n'est pas en contact immédiat avec la matière du Soufre et du Mercure ; celle-ci en est séparée par la terre de la montagne. De même le feu ne doit pas être appliqué à nu au vaisseau qui contient la Matière, mais il faut placer ce vaisseau dans un autre vase fermé avec autant de soin que lui, de telle sorte qu'une chaleur égale agisse sur la Matière, en haut, en bas, partout où il sera nécessaire. C'est pourquoi Aristote dit dans la Lumière des lumières, que le Mercure doit être cuit dans un triple vaisseau en verre très dur, ou, ce qui vaut mieux, en terre possédant la dureté du verre.

 

CHAPITRE VI

DES COULEURS ACCIDENTELLES ET ESSENTIELLES QUI APPARAISSENT PENDANT L'OEUVRE.

Ayant élu la Matière de la Pierre, tu connais de plus la manière certaine d'opérer, tu sais à l'aide de quel régime on fait apparaître les diverses couleurs en cuisant la Pierre. Un Philosophe a dit " Autant de couleurs, autant de noms. Pour chaque couleur nouvelle apparaissant dans l'Œuvre, les Alchimistes ont inventé un nom différent. Ainsi à la première opération de notre Pierre, on a donné le nom de putréfaction, car notre Pierre est alors noire. "Lorsque tu auras trouvé la noirceur, dit un autre Philosophe, sache que dans cette noirceur se cache la blancheur, et il faut l'en extraire."

Après la putréfaction, la pierre rougit et on a dit là-dessus : " Souvent la pierre rougit, jaunit et se liquéfie, puis se coagule avant la véritable blancheur. Elle se dissout, se putréfie, se coagule, se mortifie, se vivifie, se noircît, se blanchit, s'orne de rouge et de blanc, tout cela par elle-même. "

Elle peut aussi verdir, car un philosophe a dit : " Cuis jusqu'à ce qu'un enfant vert apparaisse, c'est l'âme de la pierre. " Un autre a dit : " Sachez que c'est l'âme qui domine pendant la verdeur. "

II apparaît aussi avant la blancheur les couleurs du paon, un philosophe en parle en ces termes : " Sachez que toutes les couleurs qui existent dans l'Univers ou que l'on peut imaginer, apparaissent avant la blancheur, ensuite seulement vient la vraie blancheur. Le corps sera cuit jusqu'à ce qu'il devienne brillant comme les yeux des poissons et alors la pierre se coagulera à la circonférence. "

" Lorsque tu verras la blancheur apparaître à la surface dans le vaisseau, dit un sage, sois certain que sous cette blancheur se cache le rouge ; il te faut l'en extraire, cuis donc jusqu'à ce que tout soit rouge. " II y a enfin entre le rouge et le blanc une certaine couleur cendrée, de laquelle on a dit: " Après la blancheur, tu ne peux plus te tromper, car en augmentant le feu, tu arriveras à une couleur grisâtre. " " Ne méprise pas la cendre, dit un Philosophe, car avec l'aide de Dieu, elle se liquéfiera. " Enfin apparaît le Roi couronné du diadème rouge, si dieu le permet.

 

CHAPITRE VII

DE LA MANIÈRE DE PAIRE LA PROJECTION SUR LES MÉTAUX IMPARFAITS.

Comme je l'avais promis, j'ai traité jusqu'à la fin notre Grand Œuvre, Magistère béni, préparation des élixirs blanc et rouge. Maintenant nous allons parler de la manière de faire la projection, complément de l'Œuvre, attendu et désiré avec impatience. L'Elixir rouge, jaunit à l'infini et transforme en or pur tous les métaux. L'Elixir blanc blanchit à l'infini et donne aux métaux la blancheur parfaite. Mais il faut savoir qu'il y a des métaux plus éloignés que d'autres de la perfection et, inversement il y en a qui sont plus prochains. Quoique tous les métaux soient également amenés à la perfection par l'Elixir, ceux qui sont prochains, deviennent parfaits plus rapidement, plus complètement, plus intimement que les autres. Lorsque nous aurons trouvé le métal le plus prochain, nous écarterons tous les autres. J'ai déjà dit quels sont les métaux prochains et éloignés et lequel est le plus près de la perfection. Si tu es suffisamment sage et intelligent, tu le trouveras, dans un précédent chapitre, indiqué sans détour, déterminé avec certitude. Il est hors de doute que celui qui a exercé son esprit sur ce Miroir trouvera par son travail la vraie Matière, et saura sur quel corps il convient de faire la projection de l'Elixir pour arriver à la perfection.

Nos précurseurs qui ont tout trouvé dans cet art par leur seule philosophie, nous montrent suffisamment et sans allégorie, le droit chemin, quand ils disent : " Nature contient Nature, Nature se réjouit de Nature, Nature domine Nature et se transforme dans les autres Natures. " Le semblable se rapproche du semblable, car la similitude est une cause d'attraction ; il y a des philosophes qui nous ont transmis là-dessus un secret remarquable. Sache que la nature se répand rapidement dans son propre corps, alors qu'on ne peut l'unir à un corps étranger. Ainsi l'âme pénètre rapidement le corps qui lui appartient, mais c'est en vain que tu voudrais la faire entrer dans un autre corps.

La similitude est assez frappante ; les corps, dans l'Œuvre, deviennent spirituels et réciproquement les esprits deviennent corporels ; le corps fixe est donc devenu spirituel. Or, comme l'Elixir, rouge ou blanc, a été amené au delà de ce que sa nature comportait, il n'est donc pas étonnant qu'il ne soit pas miscible aux métaux en fusion, quand on se contente de l'y projeter. Il serait impossible ainsi de transmuer mille parties pour une. Aussi je vais vous livrer un grand et rare secret : il faut mêler une partie d'Elixir avec mille du métal le plus prochain, enfermer le tout dans un vaisseau propre à l'opération, sceller hermétiquement et mettre au fourneau à fixer. Chauffez d'abord lentement, augmentez graduellement le feu pendant trois jours jusqu'à union parfaite. C'est l'ouvrage de trois jours.

Tu peux recommencer alors à projeter une partie de ce produit sur mille de métal prochain, et il y aura transmutation. Il te suffira pour cela d'un jour, d'une heure, d'un moment. Louons donc notre Dieu, toujours admirable, dans l'Eternité.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:16

L'Art commence où la nature cesse d'agir ...


PRÉFACE

Beaucoup de Francs-Maçons rejettent l'Alchimie et la classent dans la catégorie des " fausses sciences " et des superstitions inhérentes à une époque d'obscurantisme. C'est que le terme d'Alchimie est assez rarement compris. Un Adepte récent : Fulcanelli, en son livre " Les Demeures Philosophales " s'est cependant longuement efforcé de faire comprendre tout ce qu'elle n'est pas, tout ce qu'elle ne saurait être. Etant entendu qu'on ne comprend vraiment ce qu'elle est qu'avec la Grâce de Dieu et l'aide d'un ami. Il est certain que l'Alchimie n'a jamais été un moyen artisanal de fabriquer de l'or, le soir au bout de sa table de cuisine. Il est certain aussi qu'elle n'est pas l'ancêtre de la moderne chimie, non plus que les premiers balbutiements de celle-ci. C'est la spagyrie, l'hyper-chimie qui assume ce rôle et il est certain que ceux qu'on appelait, non sans raillerie, les " souffleurs " ont obscurément contribué à créer ce que la science moderne nomme la chimie. Mais l'Alchimie, l'Alchimiste dont on représente ce dernier, le plus souvent sous les traits d'un vieux sage dont les yeux se sont usés dans les grimoires ; cet art et le Maître qui le professe sont sans rapport comme sans commune mesure avec ce à quoi s'intéresse la science et les scientifiques.


L'Alchimie c'est l'Art des transformations évolutives. L'évolution c'est la distance qui sépare l'Alpha de l'Oméga, l'Alpha c'est le Verbe Créateur, c'est la poussée initiale... L'Oméga c'est le terme. Louis Claude de Saint Martin dit : " L'origine se confond avec la fin des choses ". Mais ne nous limitons pas à ce qui a une vie apparente indiscutable. Tout ce qui existe vit et disons simplement que la vie se manifeste différemment dans chacun des règnes, que la conscience y est plus ou moins endormie et que chez l'homme ordinaire elle est le plus souvent à peine éveillée. Cette idée d'une conscience propre à tous les règnes y compris les minéraux, voire même d'une mémoire se trouve sous la plume d'un grand Maçon contemporain : J. Corneloup, en son livre : " D'Alpha à Oméga : la Vie ".

Dès lors si nous avons reconnu qu'une même loi assume l'évolution de tout ce qui existe quelque soit le règne envisagé ou l'ordre de grandeur circonscrit dans l'espace et le temps, si nous admettons que des processus invariables tendent à faire jaillir le maximum de perfection possible sur un être, ou une catégorie d'êtres donnée, toujours dans l'un quelconque des règnes. Si enfin nous jugeons concevable qu'il soit possible à l'homme de saisir cette loi en l'une des ses corrélations et de l'appliquer de telle façon qu'une évolution minérale qui réclamerait sans doute un nombre incalculable d'années, va se trouver réduite à un temps très court du fait que l'Art va supplanter la nature, alors nous concevons la somme de Sagesse qui se peut déduire d'une telle Opération. Cet Art, c'est l'Alchimie : l'ART ROYAL. Et nous voyons clairement que son but essentiel n'est pas de faire de l'or.

L'homme a tendance à rejeter tout ce qu'il ne comprend pas, ou tout du moins à le classer dans une catégorie qui lui est immédiatement accessible et le plus souvent il se contente de ces sortes de clichés. Pour l'ensemble des profanes, faute de pouvoir atteindre une compréhension raisonnable de la Franc-Maçonnerie, faute de pouvoir l'expliquer, ils échafaudent des invraisemblances, la ramenant au médiocre niveau de leur jugement. Pour les uns la F\ M\ est une organisation politique, clandestine puisque secrète, dont le but essentiel est de secouer dans l'ombre les fondements des Etats et des sociétés qui, d'aventure, se trouveraient contrecarrer des plans qui demeurent, en vérité obscurs... Pour d'autres il s'agit d'un mouvement anticlérical, ou d'une mafia dont les membres se distribuent, sous un manteau couleur de muraille, des places et des prébendes... Voire même une association de Mages malfaisants se livrant aux pires diableries. Que n'a-t-on dit, pas écrit ? Les débordements de Léo Taxil restent en filigrane dans les consciences profanes : le Franc-Maçon demeure un homme inquiétant ou un farfelu.

La Franc-Maçonnerie, dit-on, ne se comprend que vue de l'intérieur. Cela est vrai. Encore qu'il faudrait aussi comprendre que le Symbolisme est un langage universel et que s'il est écrit: " Frappez et l'on vous ouvrira... " il faut bien admettre que la porte qui s'ouvre est celle à laquelle on a frappé. L'objet de ce travail est l'Alchimie, c'est donc sous cet angle seulement que je traiterai de Maçonnerie. En précisant qu'il m'est arrivé de me demander ce que les colonnes J\ et B\ à l'entrée du Temple, le Soleil et la Lune à l'orient, les douze signes du Zodiaque entre autres, sans parler du cabinet de réflexion et de ce qui s'y trouve pouvaient bien représenter si on rejette à priori l'Alchimie. Mais un grand Maçon : Oswald Wirth, a assez abondamment traité de ces Symboles sous leur aspect Hermétique, aussi ne ferai-je que les signaler lorsqu'ils se présenteront.

Nous pouvons d'ores et déjà entrer dans ce qui fait l'objet de ce travail, car en tentant de définir ce qu'est la F\ M\ nous verrons qu'elle est en liens étroits avec l'Alchimie et que, bien mieux elle est une Alchimie.

- I - Entre l'ART ROYAL (l'Alchimie) et la VOIE ROYALE (la F\M\) nous allons dès lors essayer d'établir toutes les similitudes. Etant entendu que nous considérons comme analogue la " Minière des Sages " dans son gîte métallifère et le " profane initiable " dans le monde profane. Admettant d'autre part, ainsi que le précise René Guénon dans son livre " Aperçus sur l'initiation " que la Franc-Maçonnerie est une, sinon la grande voie de l'Initiation en Occident.

Tous les minerais, les Sages l'ont bien précisé, ne sont pas aptes à être employés dans l'Art d'Alchimie. Parmi les minerais il en est un seul qui convienne, et sa désignation par son nom profane est un des grands secrets de l'Art, mais tous les morceaux, toutes les parcelles de ce minerai recueillis dans la mine ne sont pas d'une égale qualité : ils sont plus ou moins purs ce qui rend la durée de l'Œuvre variable et les différentes Opérations plus ou moins délicates. De même tous les profanes ne sont pas initiables, il s'en faut. Et parmi ceux que le destin, le Karma a amené au bord de l'initiation, ou si l'on veut : parmi ceux que Dieu a appelé à " mûrir " plus vite, tous ne présentent pas les mêmes qualités, les mêmes possibilités. Car, ainsi que nous l'avons vu, c'est bien une maturation accélérée qui est le but de l'Alchimie et de l'Initiation, respectivement au minéral et à l'homme. Sans le concours de l'Art, la parcelle de " Minière des Sages ", comme l'homme resterait, l'une dans sa mine, l'autre dans le profane et l'évolution connaîtrait la lenteur et les échec de la nature.

Nous savons que c'est grâce à l'action du " Spiritus Mundi " que la " Pierre des Philosophes " va devenir la " Pierre Philosophale ". Au niveau du Minéral ce " Spiritus Mundi " est un Sel chimique, dont le nom profane est aussi un des grands arcanes de l'Art Alchimique. Au niveau de l'Initiation Maçonnique c'est un influx psychique, une action de la Loge en tant que vectrice des forces de l'Egrégore de l'Ordre. Je dirais bien qu'il s'agit là d'une corrélation du Saint-Esprit, aussi bien sur le plan de l'Initiation humaine que sur celui de l'Alchimie minérale, mais je sais que disant cela je vais m'attirer les véhémentes protestations aussi bien des Francs-Maçons que des Catholiques : Les premiers vont sans doute me suspecter de subordonner l'Initiation Maçonnique aux croyances particulières de l'Eglise Catholique ; les autres vont trouver blasphématoires de ramener le Saint-Esprit à l'action d'un sel chimique. Qu'importe, les Alchimistes me comprendront et ces lignes s'adressent à eux.

Le Grand'Œuvre Alchimique comporte ( en exceptant la pré-préparation) une première phase : la Préparation, comprenant elle-même deux opérations la mortification et la séparation. Par Mortification il faut entendre l'action de concasser, de broyer et de pulvériser la Materia Prima. Quant à la séparation c'est proprement la mort de cette Materia Prima puisque nous voyons l'Esprit et l'âme de l'être minéral quitter le corps, c'est à dire en termes Alchimiques : Le Sel et le Mercure séparés du Soufre.

Je précise encore que c'est l'aspect essentiellement initiatique de la F\M\que j'ai retenu, que c'est sous cet angle et sous cet angle seulement que je l'envisage. Donc au plan de l'homme, il y a bien quelque chose qui amène un être donné à solliciter l'Initiation Maçonnique. Là encore j'élimine les curieux, ceux que le goût du mystère ou tout autre motif encore moins avouable peuvent avoir conduit jusqu'au Parvis du Temple et ne retiens que ceux qui sont initiables ; c'est-à-dire ceux qui recevront avec fruit l'Initiation et s'engageront tout entier et sans restriction sur la Voie Royale. Il est plus que probable que ce quelque chose qui les aura amené à se poser des questions qui ne préoccupent habituellement pas leurs contemporains, des questions que ni les religions ni les philosophies ni aucune idéologies partielles et partiales du monde profane ne solutionnent pleinement, ce quelque chose, dis-je, sera une suite d'épreuves ayant rompu toutes les amarres qui maintiennent en place ( c'est-à-dire dans leurs illusions et leurs demi-vérités ) les profanes. Ces épreuves peuvent n'être pas physiques. Elles sont en tout cas le fait de la souffrance intérieure d'un homme qui se cherche : c'est la mortification... La Séparation c'est cette sensation éprouvée par l'Ame que LA VIE n'est pas cette vie ( je veux dire n'est pas que cette vie ) que nous ne sommes pas que cet ego à la recherche de ses puériles satisfactions, de ses bonheurs fugitifs et tronqués.
La Materia Prima est préparée. Le profane est à la porte du Temple. Le Grand'Œuvre va passer à la phase active.

1° INITIATION : Pour la Materia Prima c'est SOLVE. Il s'agit de rendre Eau, la Terre par le Feu. Les Matières vont mourir, tout va pourrir. L'entité minérale va cesser d'être en tant que telle et c'est au sein même de cette dissolution que va naître et croître le germe d'une vie nouvelle : La GRANULATION. C'est une loi universelle : Il faut qu 'un grain de blé soit mis en terre, qu'il y pourrisse, qu'il cesse d'être un grain de blé pour qu'un nouvel épi jaillisse du germe infime né de la pourriture même de ce grain.

Pour le profane, futur Maçon, c'est le premier degré de la Maçonnerie symbolique. Il est reçu Apprenti. Nous verrons plus en détail cette première Initiation qui est à elle seule, ainsi que l'a dit Oswald Wirth, toute la Maçonnerie . Contentons-nous, pour l'instant de constater l'étonnante similitude entre l'ascèse Maçonnique et le Grand'Œuvre. Toute la symbolique Maçonnique tourne évidemment autour de l'idée de construction. Le profane, c'est une pierre brute inutilisable comme telle dans la construction sacrée du Temple universel. L'Apprenti aura pour tâche de tailler cette pierre (cette pierre qui est lui-même) pour en faire une Pierre cubique propre à la construction envisagée. Pour mener à bien cette tâche deux outils seront à sa disposition, deux outils qui symboliseront son grade : Le maillet et le ciseau.

Le ciseau, passif, symbolise la pensée s'ouvrant à la Connaissance, les résolutions, aussi, prises par cette pensée enrichie de Lumière... Le maillet, actif, c'est la volonté qui va faire passer en acte, en réalité ce que l'esprit a perçu ou conçu. Dès lors, nous voyons que l'apprentissage consiste, en fait, à détruire, à dissoudre ( Solvere ) la personnalité profane. Non pas en lui superposant une autre personnalité. Je veux dire en lui apprenant une nouvelle science, une nouvelle morale, un nouveau " savoir-vivre ", mais au contraire en l'aidant à se réaliser, en le faisant être intégralement ce qu'il est. C'est-à-dire en faisant pourrir l'être fictif que les conditionnements naturels ont faits de lui et conjointement en faisant naître au sein de sa propre dissolution le germe de ce qu'il va être, de ce qu'il est, de ce qu'il devrait être. Car c'est bien de la mort du vieil homme que naît l'Initié. C'est bien durant la longue nuit dont parle Saint Jean de la Croix, qu'à leu le mariage de l'Ame avec son Divin Amant. Mais restons à la Maçonnerie : c'est bien de la destruction de la pierre brute, de son remodelage que naît la Pierre cubique.

Dans le Rituel " Ancien et Primitif de Menphis-Misraïm, le Grand-Expert s'adressant au candidat, avant que de frapper à la porte du Temple, lui dit : " S "initier, Monsieur, c'est apprendre à mourir ... ".
En fin de Solve l'Alchimiste coupe la " tête au Corbeau ", nous sommes alors en possession de la QUINTESSENCE. Le flacon sera ouvert pour permettre la Végétation. En Maçonnerie nous passons au Grade de Compagnon.

2° INITIATION : Alors que la caractéristique fondamentale de Solve était la putréfaction et la mort desquels naissait une vie nouvelle, la caractéristique de Coagula sera la construction et le perfectionnement de cette forme nouvellement née. Elle sera d'abord nourrie, tel un enfant, du " Lait Virginal ", c'est-à-dire du Sel philosophique qui a débuté Solve. Un axiome Alchimique nous dit en effet que " Toute chaleur activée dans un lieu humide donne la couleur Noire et que toute chaleur activée dans un milieu sec donne la couleur blanche, puis la couleur rouge ", car la Pierre au Blanc sera nourrie précisément de la QUINTESSCENCE.

Solve a vu la destruction de l'entité minérale en tant que Materia Prima. Du pourrissement et de la mort de cet être est né une Granulation germe d'un nouvel être plus pur et que les Maîtres ont appelé " l'Enfant-Roi ". C'est à porter ce germe à l'état adulte que va tendre Coagula. Et la Pierre rubifiée de la fin de Coagula est bien cet " Enfant " devenu adulte.

L'Apprenti Franc-Maçon, durant son apprentissage, et sous l'effet de ce que certains ont appelé le " travail de la Loge " a vu se dissoudre sa personnalité profane. Le ciseau de sa pensée s'est aiguisé sur l'universel et libre langage des Symboles. Et sans doute certains de ces Symboles ont commencé d'ouvrir pour lui leurs inépuisables trésors. Le Maillet de sa volonté a fait passer en acte, avec fermeté, dans sa vie ce que sa pensée a pu saisir de la mouvante Vérité ; et c'est ainsi que s'est formé en lui le fragile embryon du nouvel être, de l'Initié qu'il est en train de devenir. Tout autour de cet embryon c'est la nuit, car pour la première fois cet homme est libre. Il a rompu les amarres du profane : plus de morale toute faite. Plus de croyances acceptées globalement. Plus de vérités enseignées. Fini le confort de la vérité des autres, de la vérité pour tout le monde. Il ne reste qu'une expérience à vivre, qu'une lumière à découvrir dans l'obscurité de son incarnation, au fond de l'abîme d'un " moi " qui s'effiloche...
Dans la nuit ainsi que toute " génération " un Initié est né. Mais c'est un enfant si fragile... " J'ai trois ans, mon Frère " répond l'Apprenti-Maçon lorsqu'on lui demande son âge. Mais nous verrons plus tard pourquoi le Trois est le Nombre de l'Apprenti.

Toute l'Initiation, tout le travail du Compagnon aura pour objet de consolider ce germe naissant, d'élever cet enfant. La pierre est grossièrement taillée, il s'agit de la parfaire.

L'Apprenti a tué le profane, le Compagnon va développer en lui l'Initiation, il va s'affermir et devenir vraiment un Initié. Et nous verrons qu'en fin de compte un Franc-Maçon n'est jamais autre qu'un Compagnon. C'est-à-dire un de ceux qui partagent le même pain (Compagnon, du latin Cum : avec et panis : pain ) participe à la même construction sacrée : " Le Temple universel élevé A-la-Gloire-du-Grand Architecte-des-Mondes " 3°INITIATION : Nous arrivons à la dernière Opération Alchimique. En fin de Coagula, si l'Artiste a bien œuvré, il est en possession de la Pierre au Rouge. Mais nous savons que cette Pierre qui contient encore des impuretés est considérée par les Maîtres comme le " Faux-Prophète " de l'Apocalypse. Elle a atteint une certaine perfection intérieure, mais elle est inapte à opérer les transmutations des métaux vulgaires en or. Pour qu'elle soit à même d'opérer ces transmutations et de collaborer ainsi à la rédemption minérale, il lui faut être multipliée ,pour cela elle devra être à nouveau broyée, puis mourir comme durant Solve et repasser par toutes les Opérations jusqu'à ce qu'elle revienne au Rouge, alors en cet état elle pourra transmuter dix fois son poids. Et il sera possible de recommencer encore et toujours et à chaque fois elle multipliera sa puissance transmutatoire.
Au niveau du minéral, il y a des limites à cette Voie de Perfection, elles sont essentiellement définies par l'impossibilité pour l'Artiste d'opérer assez vite et pour les ballons de contenir une Chrysopée devenue liquide et radiante, etc.

Nous allons voir que la Maîtrise Maçonnique correspond très exactement à la Multiplication Alchimique. Le Franc-Maçon, à la fin de son temps de Compagnon est très exactement ( doit être très exactement ) en l'état de la Pierre fin Coagula. L'Initié, en lui a grandi, il a travaillé à l'œuvre commune de construction. Sa morale, il l'a construite lui-même dans son cœur. Ses croyances ne lui ont pas été apprises, elles sont le fruit d'une expérience et d'une méditation corollaire. L'Amour n'est pas pour lui une loi morale, c'est une Connaissance et il sait s'élever au-dessus de ma mêlée et trouver la Vérité là où elle se cache. Mais ce Temple, c'est un Temple intérieur, il l'a construit en lui, pour lui, il n'est pas encore capable de transformer ce qu'il touche, de régénérer ceux qui l'approchent ... Il n'est pas encore un Maître.

La Maîtrise c'est la Multiplication et nous verrons dans un instant que son appareil funèbre évoque parfaitement ce recommencement. Mais avant que d'aborder le détail des Initiations proprement dites, je voudrais préciser davantage ce que je n'ai fait qu'évoquer au sujet du Compagnon.
On considère d'ordinaire le deuxième Degré de Compagnon comme un Grade intermédiaire entre celui d'Apprenti et celui de Maître, et cela est vrai dans un certain sens. Mais en fait l'Apprentissage conduit à la Maçonnerie proprement dite. Car un Franc-Maçon n'est rien d'autre qu'un Compagnon et la Maîtrise est ce but jamais complètement atteint. Le F\M\ est donc un Compagnon sorti d'Apprentissage et en quête de Maîtrise. Car s'il y a une limite à la perfection des Multiplications Alchimiques, si la condition humaine implique elle aussi ces limites à la perfection Initiatique, la raison de l'homme sait que cet Absolu existe ( ou plutôt est ) bien que sans pouvoir le saisir parce qu'au-delà de toute raison humaine. Et la Voie Royale est cette Voie qui va indéfiniment vers la Maîtrise, vers l'Absolu. Le Franc-Maçon est ce Compagnon qui marche de tout son être, de toute sa volonté vers l'UNITE. C'est un " Pèlerin de l'Absolu ".

- II - Entrons plus avant dans le détail de la rituelie des trois Initiations Symboliques, et précisant que les Rituels sont innombrables dans leur forme et que je vais m'efforcer de glaner ça et là dans ce que j'ai vu et compris et qui a un indiscutable parallélisme Alchimique, étant entendu que toutes les autres interprétations qui ont pu être données ne sont pas fausses pour autant. Disons qu'elles sont à un autre niveau, qu'elles sont traitées autrement et qu'elles s'adressent à un autre entendement ? Le Symbole est universel.

La première phase de l'Initiation d'Apprenti c'est le " cabinet de réflexion ". C'est un local exigu, aménagé, en principe, dans une cave. Là, le récipiendaire séjourne un temps plus ou moins long. Il est assis sur un escabeau de bois devant un pupitre, afin d'y pouvoir rédiger son " testament philosophique ". Devant lui deux coupes : l'une contenant du sel, l'autre contenant du soufre. Puis une tête de mort. Ce réduit est le plus souvent éclairé par une chandelle. Au mur quelques inscriptions un peu grandiloquentes telles que : " Si la curiosité t'a conduit ici, va-t-en ... " ou : " Si tu es capable de dissimulation, tremble, on te pénétrera... " Mais insistons plutôt : " Si tu persévères, tu seras purifié par les Eléments, tu sortiras de l'abîme des ténèbres, tu verras la Lumière.... "

Enfin toujours au mur : un tableau sur fond noir sur lequel se détachent en blanc d'abord un coq, puis un sablier et une faulx, puis encore au-dessous, au centre, une tête de mort et de chaque côté les Symboles spagyriques du Soufre et du Sel, au milieu du tout, ces deux mots : " VIGILANCE - PERSEVERANCE ". Et pour finir, dans un autre coin du mur, l'inscription : VITRIOL.

Le symbolisme Alchimique me semble vraiment très visible. Le récipiendaire, dans cet " in space " souterrain c'est assurément la pierre des philosophes dans sa minière. Il en sera retiré par les offices du Frère Grand-Expert pour être conduit dans le Temple, tout comme le minerai pour être placé dans l'Athanor. La coupe de sel et la coupe de soufre, tout comme leurs symboles spagyriques peints sur le tableau se passe, je crois de commentaires. Le crâne humain et la tête de mort peints sur le tableau, c'est le " Caput mortuum " la Terre damnée des Philosophes ". Quand à la dernière sentence que j'ai citée, elle résume toute l'Alchimie : la première partie se rapporte indiscutablement à la phase Solve ( l'abîme des ténèbres ) et aux phases de Coagula qui lui font suite ( tu verras la Lumière ). Le coq symbolise l'élément volatil, souvent on lui oppose un quadrupède pour symboliser le " fixe ". La faulx et le sablier sont l'un et l'autre des Symboles propres à Saturne, planète qui régit l'Œuvre jusqu'à la fin du Corbeau où commence le régime de Jupiter. Enfin, s'il est deux mots qui peuvent parfaitement s'appliquer à l'Alchimie c'est assurément : Vigilance et Persévérance... Vitriol, c'est évidemment : " Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidum " soit : Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant ( par l'Art ) tu trouveras la Pierre cachée des Sages.

A un moment donné le F... Grand-Expert vient préparer le récipiendaire. Pour ce faire on lui retire son soulier gauche, on lui relève la jambe droite de son pantalon jusqu'au-dessus du genou, puis ne lui ayant laissé sur le buste que sa chemise, on lui dénude tout le côté gauche de la poitrine et on lui bande les yeux. C'est dans cet appareil qu'il sera conduit au Temple.

Nous n'insisterons pas sur le fait qu'il n'a qu'une chaussure. La similitude avec la légende de Jason est par trop évidente et nous savons que c'est la perte de cette chaussure qui décide de l'expédition des Argonautes et il est connu que cette légende, comme d'ailleurs toutes les légendes sont des récits Alchimiques. Par contre il y a lieu d'insister davantage sur le fait que cette " Préparation " du récipiendaire a pour objet de le mettre dans un état où il n'est " ni nu, ni vêtu ". Cette préparation ne serait-elle pas la Préparation Alchimique ? Opération qui, en fait a pour but d'épurer sommairement la Matière. Et ce candidat à l'Initiation Maçonnique " ni nu, ni vêtu " n'est-il pas la matière sommairement épurée ? De plus, si nous considérons l'Alchimie comme un éternel recommencement, l'abandon d'une partie des vêtements n'est-il pas la représentation de ce qui se passe durant Solve, lorsque lors de la " Mondification " toute une partie de soufre non amalgamable est abandonnée. il y a là, je pense une interprétation qui peut se faire en plusieurs " épaisseurs ", comme souvent en Alchimie. Le bandeau c'est, bien sûr, l'ignorance du profane et alchimiquement la pierre obscurcie par les terrestréités qu'elle contient.

Enfin le récipiendaire est introduit dans le Temple. Il doit presque ramper pour passer sous la porte " qui est très basse " disent les Rituels. C'est que, alchimiquement, le col du Ballon est très étroit. Le Temple c'est l'Athanor et dans le cas particulier de Solve c'est un Ballon soigneusement bouché, tout comme le Temple dont la porte est elle aussi soigneusement fermée. Le F\ Couvreur veille à ce que le Temple soit couvert...
L'initiation au Grade d'Apprenti se compose principalement de trois " voyages " qui sont chacun une purification par un Elément. On considère alors que le séjour dans le cabinet de réflexion, séjour souterrain, correspond à la purification par la Terre. Or au cours de la Préparation Alchimique, l'Agent Salin est bien utilisé sous son aspect de terre, et c'est bien comme Sel qu'il va permettre la Séparation. Nous sommes donc bien au début de Solve.

Le premier voyage dans le Temple sera la Purification par l'Eau. Parti de l'Occident sous la conduite de " l'Expert " il passe par le midi, l'Orient et revient par le Nord. Sa marche est semée d'embûches et de traquenards. Elle se déroule dans le bruit et le tumulte assourdissant des épées que les FF\ de la Loge frappent violemment sur le sol et des maillets que le Vénérable-Maître et les deux FF\ Surveillants heurtent à leurs plateaux respectifs. Revenu au Nord il est arrêté par le F\ 2ème Surveillant ( je laisse volontairement ce qui ne me paraît pas avoir un intérêt Alchimique très précis ). On plonge alors le bras du récipiendaire dans un seau d'eau. C'est la Purification symbolique par l'Eau.

Alchimiquement, il me semble tout à fait évident que nous sommes au début de Solve. Cette agitation de la Loge n'est-elle pas l'effervescence dans le Ballon, lorsque le Feu Salin excité par le 5ème Feu réveille les trois Feux de la Materia Prima et que s'affrontent les principes adverses. C'est dans cet affrontement que se fait la Conjonction, c'est bien au cours de cette Initiation que naît l'Initié. L'Eau, c'est le " Feu-Eau " qui ne mouille pas les mains et qui entraîne la liquéfaction propre à Solve. Ainsi le " mariage " dans les proportions de nature est symboliquement fait.

Le Deuxième Voyage : Purification par l'Air. Même itinéraire, mais ce n'est plus le grand bruit du premier voyage. Les épées effleurent légèrement le sol, comme un souffle. Il n'y a plus d'embûches, la voie est libre. Le candidat est conduit cette fois jusqu'au Midi où le F\ 1er Surveillant l'arrête. Le F\ Maître des Cérémonies souffle trois fois sur le front du néophyte. Le deuxième voyage est terminé. Ici une petite parenthèse : il y a inversion dans le " Rite Ecossais " de l'emplacement des Surveillants. J'ai suivi pour cette description le rituel de Menphis-Misraïm qui pour ce qui est de la place des Surveillants est semblable au Rituel du Grand-Orient. Ceci n'a du reste aucune importance dans ce travail consacré à l 'Alchimie. Je l'ai déjà précisé, les Rituels sont nombreux et cela prouve le caractère d'universalité de la Franc-Maçonnerie.

Alchimiquement ( seul aspect qui intéresse ce travail ), cette purification par l'Air me semble indiquer ce Feu énergétique ou 5ème Feu qui du début à la fin anime la Matière et permet d'en soumettre toutes les parcelles à l'action purificatrice et régénératrice de l'Agent Igné, qui permet aussi l'excitation de cet Agent. Enfin nous savons que ce Sel prend tour à tour l'aspect des quatre Eléments...

Le Troisième voyage : Purification par le Feu. Ici nul bruit, nulle embûche, mais arrivé à l'Orient, le récipiendaire se trouve environné par la flamme qui sort de la " pipe à lycopode ". Revenu à l'Occident, il entendra, comme lors des précédents voyages, le discours initiatique.
Ici, rien à préciser, l'Alchimie est la philosophie par le Feu . Ce voyage l'indique expressément. Il s'agit donc de l'Agent Igné. Je dirais même qu'il s'agit toujours de l'Agent igné, puisque celui-ci est le " Chaos des Sages " et qu'il contient en lui tous les Eléments. Il est donc tour à tour : Terre- Eau. Air, Feu, sans cesser d'être aussi et simultanément les trois autres Eléments.

Après ces trois voyages, le récipiendaire est conduit sur les Parvis, c'est-à-dire hors le Temple... Lorsqu'il y est réintroduit, tout est changé : Les Luminaires du Temple sont éteints, un Frère (Apprenti le plus souvent ) gît à l'Orient, les pieds sur le premier des trois degrés qui conduisent à la Chaire du Maître, un plastron rouge placé sur sa chemise simule le sang. Une torchère de chaque côté du " cadavre " donne la lumière à la Loge. Tous les FF... de l'Atelier ont chacun leur épée en main gauche et la tiennent brandie dans la direction du néophyte. On ôte le bandeau des yeux de ce dernier et le Vénérable lui dit que tel est le sort réservé au Maçon parjure. La scène peut être impressionnante étant donné le choc psychique qu'est pour le candidat sa première Initiation. J'avoue qu'elle le fut pour moi. Une initiation est une sorte de psychodrame comme une catharsis qui ne manque pas d'avoir ses répercussions profondes. Mais il faut bien avouer que si cette scène n'avait d'autre but que d'éveiller un sentiment de crainte chez le candidat et de faire passer en lui un salutaire frisson de frayeur, cela se réduirait à un enfantillage d'un goût, du reste assez douteux.
Restons donc à l'interprétation Alchimique du Rituel et constatons que l'obscurité règne dans le Temple et qu'à l'Orient, là où se lève la Lumière, gît un Apprenti la chemise ensanglantée. Nous sommes à la fin de Solve : l'obscurité c'est celle qui a été appelée " Corbeau ". Les épées pointées indiquent l'action incisive et pénétrante de l'Agent Salin. L'Apprenti gisant à l'Orient, c'est la Granulation. Le sang sur la chemise, c'est le " Sang du Dragon ", le " Sceau d'Hermès ". Solve est terminé, du moins dans sa phase de mort, il ne reste plus qu'à couper la " Tête au corbeau ".

Le candidat est alors reconduit dans les Parvis. Le Temple reprend son aspect accoutumé. Puis le récipiendaire y est amené, il boit alors le breuvage amer, puis il prête serment. Dans le Rituel de Menphis-Misraïm que j'ai sous les yeux, au début de l'initiation, le futur Apprenti boit le contenu d'une première coupe appelé liqueur de l'oubli. Cette liqueur a pour but " la dissolution de la personnalité profane ", or le breuvage amer est au contraire le breuvage de mémoire. C'est l' " Eau de Mnémosymée ".
" ... Quand vous l'aurez absorbée, votre possession sera totale. L'Ame occulte de la Franc-Maçonnerie toute entière sera passée en vous... " Je cite textuellement le Rituel.

Du point de vue Alchimique, la première coupe c'est le Sel Philosophique qui débute Solve et la coupe amère c'est le " Lait Virginal " qui débute Coagula ou le " Sang du Dragon " qui le termine. C'est, en tout cas ce qui permet le résurrection, l'accession à la Lumière. Tous les Symboles Maçonniques sont éclairés et le bandeau est arraché des yeux du néophyte. Ce bain de Lumière, c'est la Pierre au Blanc. Vêtu de sa blanche robe de lin, le ressuscité sort du sépulcre. L'homme ordinaire est mort, le glorieux renaît. La Franc-Maçonnerie compte un Frère de plus. L'Alchimiste sait qu'il arrive au terme de ses peines, encore un effort, et il sera en possession de la très précieuse Pierre Philosophale.

Ainsi se termine la première Initiation Maçonnique. Ainsi est vécue ce psychodrame qui met en jeu cet archétype fondamental de la mort et de la résurrection. mais ainsi que l'a précisé René Guénon (Aperçus sur l'Initiation ), le contenu Initiatique, de nos jours est virtuel. Il appartient donc à l'Initié de réaliser ce contenu virtuel et c'est à cette tâche que se livre l'Apprenti-Maçon. Il n'a, alchimiquement terminé son apprentissage que lorsque Solve est terminé en lui, c'est-à-dire lorsqu'il a dissous sa personnalité profane et que sur le cadavre de cette personnalité flotte la QUINTESSENCE ou cinquième essence surajoutée au quaternaire de sa forme et qui est le produit le plus pur de ce que contenait sa triple constitution.

Un dernier mot : si l'Apprenti a trois ans, c'est que le nombre 3 est son Nombre et ce Nombre trois est le sien parce que la Séparation lui a révélé la triple essence de son être et de toutes choses, car l'Unité n'est concevable qu'en sa triplicité.
.·. Trois était le Nombre de l'Apprenti. Cinq sera le nombre du Compagnon. Alchimiquement la " Tête au Corbeau a été coupée " et la QUINTESSENCE soigneusement rangée.

L'Apprenti-Maçon va donc recevoir son " augmentation de salaire ". Il va être reçu Compagnon. Il n'a plus les yeux bandés et il est directement introduit dans le Temple. Son Initiation va consister essentiellement en cinq voyages qu'il fera sous la conduite de F... Grand-Expert. Il portera chaque fois des outils différents. Je laisserai de côté ces manipulations d'outils de constructeurs dont la valeur symbolique est sans rapport, je crois, avec l'Alchimie. Chacun de ces voyages le conduira vers une " cartouche " dont il lira à voix haute les noms qui y sont inscrits.

1er voyage : Il est fait avec, en mains, le maillet et le ciseau, il conduit l'Apprenti vers une cartouche à l'ouest où il peut lire le nom des cinq sens.
2er voyage : L'Apprenti porte alors le niveau et la perpendiculaire, il rencontre au midi une cartouche portant les noms des ordres d'architecture.
3er voyage : Equerre et Compas en mains, l'Apprenti fait une troisième fois le tour de la loge. A l'Orient il peut lire les noms des Arts libéraux.
4er voyage : Muni du Compas et de la Règle, l'Apprenti trouve au nord les noms de cinq Philosophes antiques.
5er voyage : Cette fois c'est les mains libres que, toujours conduit par le F... Expert, l'Apprenti fait le tour de la Loge. Ce voyage c'est la " Glorification du Travail ". Seul le travail permet au Compagnon de développer en lui l'Initié nouveau-né.

Maçonniquement parlant, c'est la symbolique des outils qui est intéressante, mais il ne me semble pas qu'elle apporte rien de particulier à l'Alchimie.
Enfin après cette " Glorification du Travail ", le grand Symbole des Compagnons est révélé : c'est l'Etoile flamboyante et la lettre G .
Rien dans ce Rituel ne me paraît avoir de rapport direct avec l'Alchimie. Et pourtant cette Initiation qui a pour objet de consolider l'œuvre à peine ébauchée au grade d'Apprenti ma paraît assez semblable au Coagula de l'Alchimie. La " Glorification du Travail " va dans le même sens. La partie négative de la destruction du profane qui a été le propre de l'apprentissage est terminée. Il s'agit maintenant de construire l'Initié et ce qui me paraît intéressant du point de vue de l'Alchimie, c'est précisément cette insistance du Nombre cinq. Et le moment capital c'est assurément l'Etoile flamboyante et la lettre G.

Il est dit au Compagnon que cette lettre G veut dire Génie, Gravitation, Géométrie, Génération et Gnose. Pour ce qui est de l'Alchimie, les deux derniers termes me semblent particulièrement indiqués. En effet qui dit Alchimie dit GENERATION. Dieu seul a créé. L'homme ne peut que générer. Tel le semeur, qui par son geste, par son acte, va appeler une graine inerte à produire l'être végétal que, sans le savoir elle portait en elle. Mais pour cela la graine devra pourrir et mourir... On le voit, par ce mot de Génération, la lettre G est déjà toute l'Alchimie. Cela est encore complété par l'acceptation de Gnose. Car par Gnose, il faut certes entendre la connaissance des choses cachées, mais par Connaissance il faut comprendre, non la chose apprise par la bouche ou les écrits des autres, mais l'expérience vécue à l'intérieur de soi-même et ressentie comme une évidence. N'est-ce pas là toute la révélation de l'Alchimie ? Que dis-je ? sa raison d'être ...

Alchimiquement nous savons ce qu'est la Quintessence et le rôle qu'elle joue dans la dernière partie de Coagula. Maçonniquement c'est l'Etoile flamboyante, l'étoile à cinq branches qui symbolise la Quintessence. Durant son apprentissage, le Maçon, s'il a suffisamment médité et lutté a été constamment mis en présence des oppositions quaternaires et il a compris que ce n'est pas par hasard si sa Loge est un " carré long " qui s'étend dans les quatre directions des points cardinaux. Souvent il a dû se trouver au centre de cette croix des Eléments. (Crucis veut dire : creuset et croix). Or ce qui a jailli du fond de son être tel le sang de la crucifixion c'est la cinquième essence. C'est parce que s'est ajouté à lui cette Essence Spirituelle qu'il est devenu un Initié. Et il n'est Initié que dans la proportion où il s'est assimilé cette Quintessence ; car alors au quaternaire de la forme il a ajouté la Lumière de l'Esprit, ce qui fait de lui un Pentagrame. L'homme spirituel, l'homme régénéré s'inscrit dans un Pentagrame.
Au quaternaire des Eléments du " Chaos des Sages " s'est ajouté une cinquième essence. L'Alchimiste a en mains le " Mercure Philosophique ", il en nourrira plus tard sa Pierre.

C'est en lui que le Compagnon-Maçon va édifier sa première construction. Il va se construire lui-même pour pouvoir participer efficacement à l'œuvre de la Franc-Maçonnerie universelle : La construction du Temple. Car on ne reçoit que pour donner. N'oublions pas que l'apprentissage a dû dissoudre le " MOI ". C'est donc " NOUS " que dira le Compagnon en apportant sa modeste contribution à l'œuvre collective.
.·. La Pierre rubifiée de la fin de Coagula contient des impuretés. pour devenir la Pierre Philosophale il va falloir mourir et repasser par toutes les tribulations de Solve et de Coagula. C'est au prix de la mort que s'acquiert la vie éternelle.

La Loge a revêtu son funèbre appareil, elle est tendue de Noir. Les Maîtres se désolent de ne pouvoir poursuivre l'œuvre féconde de la Franc-Maçonnerie, car leur Maître, Hiram est mort. Trois Compagnons ont tenté successivement de s'emparer par la force du secret de la Maîtrise : Le premier était à la porte de l'Orient ; il a exigé ce secret, devant le refus d'Hiram de le lui livrer, il a asséné à ce dernier un coup de règle à la gorge. Le coup a dérapé et lui a frappé l'épaule lui paralysant le bras droit. Le deuxième attendait à la porte du Midi : même exigence, même refus d'Hiram, même violence. Mais cette fois c'est un coup d'équerre que reçoit le Maître, droit au cœur. Enfin un autre Compagnon l'attend à la porte d'Occident. Hiram refuse encore de livrer sous la menace le secret de la Maîtrise, il reçoit un furieux coup de maillet sur le front, il s'affaisse mort. Le forfait accompli, les Compagnons enterrent Hiram sous un amas de décombres au Nord du Temple... Tel est le drame symbolique.

Le Compagnon candidat à la Maîtrise va alors subir une épreuve : s'il se sent le cœur pur et la conscience tranquille, il devra enjamber le cadavre d'Hiram. Il le fait. Dès lors il va être identifié à Hiram et vivre personnellement ce drame.

Une mort volontaire avait permis au profane de renaître Initié, lors de sa réception au premier degré, et je pense l'avoir suffisamment démontré. Il s'agissait bien des Opérations de Solve et de la résurrection de la Pierre au blanc. Mais il faut une seconde mort à l'Initié pour atteindre à l'immortalité des Maîtres. Là, le Symbolisme est flagrant, il s'agit de la Multiplication.

Ainsi donc le Compagnon est assimilé à Hiram. Comme lui il sera frappé à l'épaule par la règle ( c'est-à-dire dans son corps ). Au cœur par l'Equerre ( c'est-à-dire dans son Ame ). Au front par le Maillet ( c'est-à-dire dans son esprit ). Alchimiquement : le Soufre, le Mercure et le Sel. Puis il sera étendu sous le drap mortuaire, son tablier sera rabattu sur son visage et un rameau d'acacia sera posé sur le drap. C'est le rameau d'acacia qui dans l'interprétation mythique du drame permettra de retrouver le " cadavre ".

Arrêtons - nous un instant : Nous sommes au stade de la Multiplication. Tout comme le Grand'Œuvre recommence. le drap mortuaire c'est évidemment le " Corbeau ". La Pierre au Rouge ( le Compagnon) a été traitée comme la Materia Prima (le profane) et atteinte dans sa triple constitution. Elle gît morte. Mais pourquoi donc ce rameau d'acacia sur le drap mortuaire ? Il est vrai que c'eût pu être une branche de chêne ou de fougère, car c'est bien là la " Fontaine occulte " d'où coule l' "Eau de Vie " (je remarque qu'en espagnol eau-de-vie se dit " aguardiente " littéralement : eau ardente). Voilà bien le " Feu-Eau qui ne mouille pas les mains " le grand arcane de l'Alchimie...

Examinons les détails rituéliques qui ne sont pas directement en rapport avec l'Alchimie ou qui obligeraient à des descriptions aussi longues qu'inutiles. les Maîtres vont alors essayer de rappeler à la vie leur maître Hiram dont le Compagnon-candidat-à-la-Maîtrise est la représentation. Pour cela le Deuxième Surveillant prononcera d'abord le nom d'une des colonnes du Temple placée à droite de l'entrée : JAKIN. Devant l'insuccès de ce mot à ressusciter le mort il se retirera en disant : " La chair quitte les os "... Le Premier-Surveillant prononce alors le nom de la deuxième colonne, celle de gauche : BOHAZ. C'est le même insuccès, il se retirera lui aussi en disant : " Tout se désunit ". Enfin au mot de MAK-BENAH ( Fils de putréfaction) Hiram, aidé par un Maître se lèvera de son tombeau.

JAKIN, c'est l'énergie créatrice masculine, c'est la force expansive qui part du centre de tout être : c'est le SOUFRE.
BOHAZ, c'est la réceptivité féminine, c'est l'énergie qui venant de l'extérieur pénètre toute chose : c'est le MERCURE.
MAK-BENAH, (fils de putréfaction) par son origine on reconnaît bien là le SEL et je crois qu'il n'y a rien d'autre à ajouter.

Le Compagnon a vécu la mort symboliquement tel le néophyte des antiques Mystères. En lui Hiram ressuscite et ainsi lui-même est-il ressuscité. Telle est l'ultime degré de la Maçonnerie symbolique : La Maîtrise. Comme la Pierre de fin Coagula, le Compagnon était souillé par des impuretés, comme elle il doit repasser par l'épreuve de la mort et de la pourriture.
" Car nul ne peut blanchir s'il n'a auparavant noirci... " Nul ne peut s'élever s'il ne s'est humilié... et nul ne peut atteindre la Vie éternelle s'il n'a connu la mort.

Le Grand Œuvre Alchimique est un éternel recommencement : La Pierre multipliée une fois peut être à nouveau soumise à une nouvelle mort, à une nouvelle résurrection, pour atteindre à plus de pouvoir rédempteur. Et puis encore ... jusqu'aux limites du possible qui sont les limites mêmes du présent cycle d'évolution minérale. Il reste toujours à la Pierre quelques parcelles d'impuretés, quelque infime souillure... Ce sont les restes de son ancienne nature de " minerai profane ".

Ainsi le Maître-Maçon sait qu'il n'est jamais au terme de la Maîtrise, car il lui reste toujours à détruire quelques parcelles de son " Moi " : de ce trompeur écran de la personnalité qui déforme le Nombre au point de n'en faire qu'un chiffre. Et, du reste s'il avait d'aventure conscience d'être parvenu à l'ultime point de quelque chose, une ligne infime, insaisissable, comme celle qui marque le Solstice, séparerait ce point final du commencement d'autre chose et tout serait à recommencer plus loin, plus haut selon ce processus invariable : SOLVE et COAGULA qui est la loi de l'Alchimie : La Chimie de AL.
\ " Etes-vous Maître-Maçon ? est-il demandé dans le catéchisme du grade de Maître.
Réponse : Eprouvez-moi, l'Acacia M'EST CONNU
Demande : Pourquoi répondez-vous ainsi ?
Réponse : Parce que l'Acacia est le symbole d'une vie indestructible dont les Mystères m'ont été dévoilés...

Ce texte est la copie conforme d'un texte écrit par Roger Caro dans son ouvrage : '' Rituel F.A.R.+C. et Deux Textes Alchimique Inédits ''

 Source : www.ledifice.net

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 16:51

 

Après la Gnose, les Cathares, les Mauvais Compagnons, mes recherches porteront sur l’Alchimie et la Kabbale.

Le but de ces recherches par thèmes est de fournir des documents( planches, études, articles...) pour les premières tenues de la RL Loge Dermott.

Entre ces textes, j’ai choisi de parler de mon pays d’origine, l’Irlande, qui est aussi celui de Laurence Dermott.

Bonnes fêtes de fin d’année.

Thomas Dalet

Http://hautsgrades.over-blog.com

 

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 08:09

C’est nous faire bien trop d’honneur que d’alléguer que 1798 fut « l’année des Français ». Les incursions françaises en Irlande furent des lamentables échecs que les Irlandais payèrent au prix fort tandis que l’Angleterre en était quitte pour la peur. Ce n’est pas pour rien, semble-t-il de prime abord, que Bonaparte avait tourné ailleurs ses regards. Les projets de descente en Angleterre ou en Irlande lui apparaissaient de nature à compromettre une gloire qu’il n’était pas dans ses intentions de flétrir dans des aventures sans espoir.

La flotte française n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été aux grandes heures de la monarchie. La préoccupation majeure des chefs d’escadres était d’échapper aux vigies anglaises afin d’éviter à tout prix des engagements qui ne pouvaient guère tourner qu’à leur désavantage. La situation des alliés n’était guère plus reluisante : les Espagnols avaient essuyé une défaite au Cap Saint-Vincent en février 1797 et les Hollandais s’étaient fait étriller à Camperdown en octobre de la même année. Quant aux rebelles irlandais, leurs derniers espoirs étaient partis en fumée à la bataille de Vinegar Hill le 21 juin 1798. Sans se laisser décourager le moins du monde par ces revers qui hypothéquaient les chances de succès d’une nouvelle descente en Irlande, le Directoire avait formé le dessein de mettre sur pied une nouvelle expédition analogue dans son principe à celle qui avait été confiée au général Hoche en 1796 et qui s’était si mal terminée en baie de Bantry.

Les instructions transmises aux généraux Hardy et Humbert révèlent les grandes lignes de ce nouveau projet. Investi du commandement provisoire d’un corps pompeusement baptisé « Armée d’Irlande », le général Hardy est informé que l’acheminement des troupes, des armes et des munitions se fera par des voies différentes mais simultanées. « Douze bâtiments légers », lui explique-t-on, « vont partir des ports de Dunkerque, Calais et Boulogne. Ils portent pièces de canon, fusils, de la poudre et quelques Irlandais qui vont rejoindre leurs compatriotes. À Rochefort, une division de trois frégates est prête à mettre à la voile. Enfin, le Directoire a fait armer à Brest une division composée d’un vaisseau et de six frégates, commandée par le chef de division Bompard, qui portera l’état-major de l’armée d’Irlande. » Au lieu d’appareiller simultanément, comme le leur enjoignaient les instructions du ministre, les trois flotilles quittent leurs ports respectifs l’une après l’autre, mettant ainsi en péril l’ensemble de l’expédition, si tant est qu’elle eût jamais la moindre chance de réussir. Et le commandement qui devait être confié au général Hardy échoit au général Amable Humbert qui est le premier en état de mettre à la voile.

Une lettre du 19 juillet 1798 confie à Humbert le commandement de la seconde division de bâtiments de guerre qui doit appareiller de Rochefort. Elle est composée de trois frégates : Concorde, Médée et Franchise. Doivent y embarquer : « Un bataillon d’infanterie, une demi-compagnie d’artillerie à pied, trois cannons de campagne, leurs trains, caissons et munitions, 3 000 fusils avec leurs baïonnettes, 3 000 gibernes, 400 sabres, 200 000 cartouches, 1 000 uniformes français. » La lettre du Directoire précise les atterrages dans l’ouest de l’île et dicte à Humbert la conduite qui devra être la sienne sitôt qu’il aura posé le pied en Irlande : « Si vous précédez le général Hardy », lui précise-t-on, « vous ne négligerez rien pour être instruit sans délai de son arrivée, et vous lui rendrez compte de ce que vous aurez fait en attendant ses instructions. (…) Dans tous les cas, vous dirigerez votre marche et l’emploi de vos troupes avec la plus grande prudence jusqu’à ce que vous ayez rallié le général Hardy ou un parti irlandais assez considérable pour tenter des opérations importantes. »

Sur ce que l’on qualifierait aujourd’hui de régime d’occupation les instructions qu’Humbert suivra au pied de la lettre sont on ne peut plus claires :

« Vous récompenserez tous ceux qui sont sous vos ordres, soit français, soit étrangers, lorsqu’ils se seront distingués par des talents ou des actions d’éclat ; vous établirez parmi vos soldats la plus stricte discipline de manière à ce qu’ils servent d’exemple aux troupes irlandaises. Dites souvent à vos compagnons d’armes qu’ils sont comme des citoyens du monde qui sont persécutés par un gouvernement féroce, ennemi de tous les hommes libres ; et que, combattant pour la même cause, ils doivent être unis par les mêmes liens et les mêmes sentiments. Il vous est expressément recommandé, citoyen général, de respecter et de faire respecter les mœurs, les usages et les pratiques religieuses des Irlandais, et de ne souffrir dans aucun cas qu’il soit porté atteinte aux personnes ou aux propriétés. Tout officier ou soldat qui s’écarterait des devoirs que l’hospitalité commande, devra être puni d’une manière exemplaire, et vous aurez soin de publier le nom du coupable et du jugement qu’il aura subi. »

Qui était ce Jean Joseph Amable Humbert qui se retrouve soudain en première ligne, héritier involontaire des desseins de Hoche, et général en chef par défaut de cette minuscule armée d’Irlande dont on attend qu’elle fasse des miracles contre tout espoir ? Il naît le 22 août 1767 à Remiremont dans la commune vosgienne de Saint-Nabord. Issu d’une famille paysanne modeste, il ne s’attarde point sur les bancs de l’école et pratique un peu tous les métiers : castreur de porcs, marchand de peaux de lapins, colporteur, maquignon. Lorsqu’éclate la Révolution, il rejoint la garde nationale et manifeste des sentiments patriotiques exaltés. La Convention ayant décrété la patrie en danger le 11 juillet 1792, il s’engage dans les rangs du 13e bataillon des Vosges. Sa fougue et son ascendant lui valent une promotion foudroyante : quatre jours après avoir été élu capitaine, il se retrouve lieutenant-colonel en second. Il sert sous Landau, dans l’armée Custine, puis dans Mayence, sous Kléber. On le retrouve général de brigade en Vendée aux côtés de Hoche. Une fois la victoire acquise, il est, comme ce dernier, partisan de la modération. N’hésitant pas à prendre des risques, il négocie avec les royalistes dont il parvient à gagner la confiance. Il se bat à Quiberon et y contracte une haine tenace pour l’Angleterre à qui il rêve de rendre la monnaie de sa pièce.

Volontaire pour prendre la tête d’une chouannerie dans les îles britanniques, il soumet un projet à Carnot. On songe tout naturellement à lui pour la descente en Irlande confiée au général Hoche. Il est de ceux qui pressent Grouchy de débarquer en baie de Bantry. Au retour, il fait montre d’une grande bravoure dans l’engagement fatal qui met aux prise Les Droits de l’Homme et deux frégates anglaises, lIndefatigable et lAmazon, le 13 janvier 1797. Pas étonnant donc qu’il soit de cette nouvelle tentative de descente en Irlande dont il va se trouver, involontairement, la figure de proue. Ayant mis la dernière main aux préparatifs, Humbert écrit à Bruix, le 6 août 1798 : « Nous appareillons, mon cher Ministre, et nous partons dans une minute. » Les trois frégates portant à leur bord 1 025 hommes font un long détour pour éviter l’escadre anglaise 1.

Moreau de Jonnès, maître-canonnier en second sur la frégate la Concorde, a gardé le souvenir d’une traversée qui fut tout sauf une partie de plaisir :  « Il faut avoir subi l’épreuve d’une pareille traversée pour savoir quel est le supplice qu’éprouvent quatre à cinq cents hommes renfermés, nuit et jour, sous le pont d’un bâtiment, sans air, sans lumière, sans pouvoir agir, se mouvoir, marcher, travailler ou seulement se distraire. On doit alors perdre toutes ses habitudes, réprimer tous ses besoins, se nourrir d’aliments nouveaux et repoussants, respirer un air vicié, être ballotté par le roulis et le tangage, et sentir tout son être défaillir par les étreintes violentes du mal de mer, comme si la vie allait se retirer du corps. Cette triste condition fut encore aggravée par une mauvaise idée du commandant de l’expédition, le capitaine Savary, qui, pour dérouter l’ennemi sur l’objet qu’il voulait atteindre, dépassa les latitudes de l’Irlande, et nous conduisit, à travers les rudes parages de l’Atlantique septentrionale, jusqu’aux atterages de l’Islande, ce qui prolongea notre navigation inutilement et la rendit plus pénible. »

Après seize jours de mer, les Français découvrent enfin la côte ouest de l’Irlande. Battant pavillon britannique pour tromper l’ennemi, un subterfuge de pratique courant à l’époque, les frégates françaises voient venir à elles un brick irlandais et plusieurs embarcations légères. Venus souhaiter la bienvenue aux bâtiments de Sa Gracieuse Majesté, les pilotes côtiers, les officiers de milice et les deux fils de l’évêque de Killala se retrouvent couchés en joue par des soldats français qu’ils n’eussent jamais pensé devoir rencontrer en ces parages désolés de la province du Connaught où Cromwell avait eu le dessein de parquer les Irlandais au milieu du XVIIe siècle. Le 22 août 1798, ayant choisi pour lieu de mouillage la pointe de Kilcummin, Humbert fait débarquer le peu d’hommes et de matériel dont il dispose et donne ordre à l’adjudant-général Sarrazin de s’emparer du bourg de Killala à la tête de trois compagnies de grenadiers. Prises au dépourvu, la Yeomanry locale, sorte de garde nationale à cheval levée parmi les petits propriétaires protestants, et les Fencibles, milices anglaises ou écossaises postées hors de leur pays d’origine, s’égaillent dans la nature après avoir esquissé une résistance purement symbolique.

La misère qui règne dans cette contrée frappe de stupeur les soldats d’Humbert : « Jamais pays n’a présenté une perspective plus malheureuse », note dans son journal le capitaine Jean Louis Jobit :  « Les hommes, les femmes, les enfants presque nus n’y ont d’autre asile qu’une étroite et mauvaise chaumière qui ne les met pas à couvert des rigueurs des saisons. Encore partagent-ils cette chétive habitation avec toute leur basse-cour. Leurs aliments journaliers sont des pommes de terre, du lait aigre, presque jamais de pain et rarement de la viande… Presque tous ces demi-sauvages sont catholiques et d’un fanatisme rebutant qui fait vraiment pitié. Quand nous passions devant leurs dégoûtantes chaumières, où nous n’entrions jamais que pour y jeter un coup d’œil, comme on le jette sur un objet répugnant, ils se précipitaient au-devant de nous, se prosternaient à nos pieds et la tête dans la boue, récitaient de longues prières pour nos succès. Tous, hommes et femmes, portent suspendus à leurs cous, de larges, sales et crasseux scapulaires, ainsi que des chapelets ou rosaires. Cette classe du peuple irlandais, qui est la plus nombreuse, offre un contraste révoltant avec la vie douce des protestants qui presque tous possèdent de grandes richesses. Chez ces derniers, on voit briller le luxe et l’abondance en toutes choses, pendant que les premiers sont asservis à la pauvreté dont je ne viens de présenter qu’un faible tableau. De là vient nécessairement la haine que le bas peuple porte au riche qui insulte à sa misère ; aussi ne doit-on pas s’étonner que cette grande différence dans les conditions, jointe au fantatisme religieux, ait produit la révolte qui trouble depuis si longtemps l’Irlande. »

Humbert installe son quartier général dans la vaste demeure de l’évêque protestant où, quelques heures plus tôt, la fête battait son plein. Parlant couramment français, l’évêque Joseph Stock supporte avec équanimité cette cohabitation difficile avec l’envahisseur, cachant sous des airs patelins et une politesse affectée un double jeu dangereux, faisant de lui le type même du collaborateur-résistant dont la figure ne date pas d’aujourd’hui 4. Il a laissé des souvenirs précieux qui complètent à merveille les journaux des officiers français. Voici en quels termes il décrit la force d’occupation dont il est devenu l’otage :  « Intelligence, activité, tempérance, endurance étaient les qualités qui se combinaient à un surprenant degré chez les soldats qui suivaient Humbert, ainsi que la plus stricte obéissance à la discipline. Et pourtant, mis à part les grenadiers, ils n’avaient rien qui put attirer l’attention. La plupart étaient petits, pâles et de chétive apparence, leurs vêtements étaient arrivés au dernier degré de l’usure. Un observateur superficiel les aurait cru incapables de supporter la moindre fatigue. C’étaient cependant des hommes qui savaient se contenter pour leur subsistance de pain, de pommes de terre et d’eau ; qui se faisaient un lit avec des pierres sur le chemin et qui dormaient tout habillé sans d’autre couverture que la voûte du ciel. Une partie avait servi en Italie sous Bonaparte, le reste venait de l’armée du Rhin, où ils avaient enduré des fatigues qui expliquaient bien leur maigreur et leur mauvaise mine. Quelques-uns déclaraient, avec les marques d’une parfaite sincérité, qu’au siège de Mayence, durant l’hiver précédent, ils avaient longtemps dormi par terre, dans des trous creusés sous quatre pieds de neige, et un officier, en montrant ses culottes de cuir, assurait l’évêque qu’il ne les avait pas quittées depuis un an. »

Le portrait d’Humbert ne dépareille pas celui des soldats qu’il commande :  « De belle taille, en bonne santé vigoureux autant qu’on peut l’être, prompt à décider, non moins prompt à agir, apparemment maître de son art, on le devinait bon officier bien que sa physionomie empêchât de l’aimer en tant qu’homme. L’œil petit et ensommeillé, sans doute parcequ’il était toujours aux aguets, dardait des regards de travers où brillait une étincelle de cruauté : c’était l’œil d’un chat qui s’apprête à bondir sur sa proie. Son éducation et ses manières étaient celles d’une personne issue des plus basses classes de la société, encore qu’il fût capable, à l’instar de la plupart de ses compatriotes, d’adopter, au gré des circonstances, le comportement d’un parfait gentilhomme. D’éducation, il en avait si peu qu’il était à peine capable de signer son nom. Ses passions étaient furieuses et toute sa conduite était empreinte de brutalité et de violence. À l’examen, on s’avisait cependant que cette brutalité était un procédé mis en œuvre dans le seul but d’obtenir par la terreur une prompte obéissance à ses ordres. »

Des bandes de paysans ralliées sont armées et habillées à la hâte. Quelques Irlandais unis s’emploient à les faire manœuvrer, non sans mal. Les officiers français pestent contre les révolutionnaires irlandais de Paris qui avaient promis de bonnes troupes disciplinées et aguerries, et non ces bandes clairsemées de paysans hagards et misérables. Au demeurant, que pouvaient-ils espérer avec si peu d’hommes. Lorsque George Blake, ancien officier de cavalerie gagné aux idées nouvelles, apprend l’arrivée des Français, il n’hésite pas une minute sur le parti à prendre mais il dissuade les Irlandais unis de Garracloon et de Cong d’en faire autant : « Inutile de rameuter davantage de volontaires, car aucun d’entre nous n’en réchappera. » Il ne croyait pas si bien dire !

Le 26 août 1798, les Français prennent la ville de Ballina au pas de charge, baïonnette au canon. La cavalerie et l’infanterie anglaises déguerpissent si promptement qu’un officier se fait cueillir au saut du lit avant même d’avoir compris ce qui se passait. « La personne de ce prisonnier », écrit l’évêque Stock, « se trouvant être particulièrement large et corpulente, le général Humbert se décida de l’exhiber en public, comme la dépouille opime de sa victoire. L’ayant fait monter en uniforme dans une voiture attelée de deux élégants chevaux empruntés à ce pauvre Mr. Fortescue, il caracola triomphalement à ses côtés de Ballina à Killala, sous les acclamations d’une foule de paysans ainsi que de son armée. L’indolent captif qui contemplait d’un œil placide cette bruyante cohue, n’était pas sans évoquer un phoque brutalement tiré du sommeil. » Les Irlandais s’abandonnent à la joie des victoires faciles : « Ce succès », écrit Sarrazin, « leur fournit l’occassion de boire du vin et de manger du pain, ce qui arrive très rarement aux paysans. L’eau est leur unique boisson et il ne mangent que des pommes de terre. Le 26 août au soir, tous nos nouveaux compagnons d’armes étaient hors d’état de marcher droit devant eux. Un de leurs chefs, que je grondai à ce sujet, me répondit, en avouant son tort, que tous les bons Irlandais étaient ivres de joie en voyant leurs libérateurs les Français. »

La partie de plaisir est terminée. Ce qui attend la minuscule armée d’Irlande est plus sérieux. On sait que le major-général Hutchinson qui commande les troupes du Connaught a massé à Castlebar, chef-lieu du compté, 5 000 cavaliers superbement montés et seize pièces d’artillerie . Lord Cornwallis, vice-roi d’Irlande, en a confié le commandement au général Lake, un militaire blanchi sous le harnais. En face, Humbert n’a que 900 Français, un millier d’Irlandais et trois canons à mettre en ligne. Cherchant l’effet de surprise, Humbert fait mine de marcher sur Castlebar par la route de Foxford, mais à trois kilomètres de Ballina, il bifurque à droite et attaque la montagne à l’effet de franchir la passe de Barnageeragh et prendre l’ennemi à revers. Ses hommes sont épuisés : ils n’ont pas fermé l’œil depuis trois jours et doivent tirer à bras leurs canons sous une pluie battante pendant seize heures d’affilée. La ruse du général français est éventée, un yeoman qui surveillait son bétail dans la montagne ayant repéré le mouvement de ses troupes a immédiatement alerté l’état-major anglais.

Au matin du 27 août 1798, le spectacle qui s’offre au général Humbert n’est pas des plus rassurants. L’armée royale occupe une hauteur en apparence inexpugnable : sa droite s’appuie à un lac, sa gauche est protégée par des marais impraticables. En première ligne, on reconnaît la milice de Kilkenny, quelques soldats réguliers et un détachement des Fencibles du prince de Galles. La deuxième ligne est constituée par les Fraser Fencibles et la yeomanry de Galway. À gauche et en retrait de la milice de Kilkenny, quatre compagnies de la milice de Longford se tiennent en réserve. Le gros de la cavalerie, une partie du 6e Dragonet le 1st Fencible, a pris position derrière la première ligne. L’artillerie est en tête du dispositif, les deux pièces du capitaine Shortall à droite de la route et les canons de la milice de Kilkenny en avant de la première ligne et à gauche de la route. Castlebar regorge de troupes ; un corps de réserve est en position sur ses arrières. À huit heures, Humbert déclenche l’offensive. Cinq cents insurgés armés de longues piques chargent en masse sous les ordres du colonel Dufour et du général Blake tandis que le général Sarrazin marche à l’aile droite avec 150 grenadiers, le colonel Hardouin couvrant l’aile gauche avec une troupe égale en nombre, l’adjudant-général Fontaine restant en réserve. À cent mètres des lignes ennemies, les Irlandais, mis en pièces par les canons anglais, se débandent. Chargeant à leur tour, Sarrazin et Hardouin doivent reculer sous le feu nourri de l’artillerie et se mettre à couvert afin de reformer les rangs.

Usant d’une vieille ruse de guerre, les Français poussent alors un troupeau vers les lignes anglaises et essaient de progresser derrière les bêtes à l’abri du feu ennemi. Mais le bétail affolé, ayant fait volte-face sous la mitraille, jette la confusion dans les rangs franco-irlandais. Une vigoureuse contre-attaque de Lake et Hutchinson aurait sans doute scellé, à cet instant, le sort de la bataille. Notant que ses adversaires se reposent sur l’artillerie et semblent réticents à engager la troupe, Humbert joue son va-tout et ordonne aux soldats de sa petite armée de se mettre en ligne, suffisamment éloignés les uns des autres, de manière à donner le moins de prise possible au feu des pièces ennemies. Ainsi déployés sur toute la longueur du front, les Français et les Irlandais montent à l’assaut au pas de charge. Le feu anglais, désormais aléatoire et imprécis, ne parvient pas à freiner leur élan. Constatant un flottement dans les unités de première ligne chargées de protéger les canons, Sarrazin lance ses grenadiers à l’assaut des pièces du capitaine Shortall, tandis que le général Blake et sa légion irlandaise culbutent les batteries centrales, semant une véritable panique dans les rangs anglais. Comme un barrage rompant ses digues, l’armée royale reflue dans le plus grand désordre, annihilant toute velléité de résistance. Les efforts des officiers, pour enrayer la déroute de cette troupe apeurée, s’avèrent inutiles. Miliciens, soldats et cavaliers ne ralentissent leur train qu’à Tuam, et soixante hommes battent tous les records en couvrant les cent kilomètres qui séparent Athlone de Castlebar en vingt-sept heures de marche haletante. Les Irlandais, qui n’aiment rien tant que les courses de chevaux ont immortalisé, cette débandade sous le nom des « races of Castlebar », les courses de Castlebar.

Pour expliquer cette conduite « aberrante et honteuse » on a incriminé l’impéritie des officiers et le manque d’expérience au feu des unités composant l’armée royale. En outre, certaines milices étaient peu sûres à en juger par le ralliement aux Français de celles de Longford et de Kilkenny qui n’auront pas lieu de se féliciter de leur choix puisqu’aucun milicien ne sortira de cette cuisante aventure. En tout état de cause, le précédent de Castlebar explique la prudence de Lord Cornwallis et sa résolution de ne livrer l’attaque décisive qu’en position de force absolue avec des troupes sûres et bien tenues en main par des officiers éprouvés. Les Français déplorent 186 tués et blessés dans leurs rangs ; on ne sait combien d’Irlandais sont tombés ; les pertes anglaises sont estimées quant à elles à 400 tués et blessés et 200 prisonniers . Ils laissent, en outre, aux mains de leurs vainqueurs cinq drapeaux, tout leur parc d’artillerie, 1 200 cents fusils, des chevaux et des magasins bien pourvus en vivres et équipements de toute sorte.

L’armée d’Irlande prend ses quartiers à Castlebar du 27 août au 4 septembre. On a reproché à Humbert de s’être trop attardé. Mais son ordre de mission ne lui enjoint-il pas d’attendre le général Hardy et les renforts d’Irlandais unis promis par les émissaires parisiens de la société révolutionnaire ? Dans la capitale du Mayo où se succèdent les banquets patriotiques, Humbert déploie une activité fébrile. En sa qualité de général en chef, il s’adjuge le droit, conformément à ses instructions, de donner du galon aux officiers qui se sont particulièrement distingués dans les combats : Sarrazin, déjà promu général de brigade ; d’autres officiers se voient récompensés avec la même générosité. Ces nominations ne seront pas ratifiées, ce qui ajoutera encore à l’amertume des intéressés. Humbert fait rapport au Directoire, s’efforce tant bien que mal d’enrégimenter les volontaires irlandais qui l’ont rejoint en petit nombre et jette les bases de l’organisation civile et militaire de la province, qui est pourtant loin d’être entièrement conquise.

La République du Connaught est proclamée. Le citoyen John Moore de Moorehall est nommé président d’un gouvernement de douze membres chargé d’assurer la subsistance de l’armée franco-irlandaise et de lever huit régiments d’infanterie, chacun de 1 200 hommes, et quatre régiments de cavalerie, chacun de 600 hommes. Mais le général en chef de l’armée d’Irlande doit se rendre à l’évidence : l’impitoyable répression anglaise a fait le vide autour de lui ; les rebelles encore en état de prendre les armes hésitent à se compromettre aux côtés d’alliés si peu nombreux ; tout ce que l’Irlande compte de soldats aguerris, sans compter les renforts acheminés d’Angleterre, font mouvement sur le Mayo pour lui couper la route, l’encercler et l’anéantir. Une gazette dresse un état des forces britanniques présentes dans l’île au 1er septembre : « Dix régiments de cavalerie régulière, quinze d’infanterie, deux de milices anglaises, six compagnies d’invalides et trente-sept régiments de milices irlandaises. En outre, près de deux cents corps de volontaires, cavalerie et infanterie. On attend tous les jours deux régiments de ligne d’Angleterre… »

Humbert comprend qu’il ne peut s’attarder davantage. Laissant quelques hommes à Killala, Ballina et Castlebar, il se met en route le 4 septembre 1798. Direction Sligo, où il espère toujours effectuer sa jonction avec le corps expéditionnaire du général Hardy. À défaut, il escompte qu’il lui sera peut-être permis de rallier les Irlandais unis d’Ulster qui tiennent encore dans les montagnes d’Erris et de Tirawley. D’escarmouche en escarmouche, il laisse derrière lui Foxford, Swinford et Bellahy. Le 5 septembre à Collooney, les Français et leurs alliés irlandais sont attaqués par un corps de 600 hommes de la garnison de Sligo aux ordres du colonel Vereker. La contre-attaque des Français bouscule les assaillants. Se voyant tout près d’être encerclé, le colonel Vereker fait sonner la retraite. Les pertes sont à peu près égales : 60 morts et blessés de part et d’autre ; mais les Anglais laissent derrière eux deux canons, une grande quantité de fusils et une centaine de prisonniers aussitôt désarmés et libérés sur parole comme tous ceux faits précédemment. Toutefois, Vereker a réussi à faire illusion. Humbert pense avoir eu affaire à l’avant-garde de l’armée du général Lake. Il est à cent lieues de se douter que Sligo est à sa merci, la garnison ayant détalé jusqu’à Ballyshannon.

L’étau se resserre autour des Français et de leurs alliés irlandais. Lord Cornwallis, le vaincu de Yorktown, a pris en main la direction des opérations. Prudent et avisé, il se garde bien d’agir dans la précipitation. Il sait qu’un nouveau Castlebar rallumerait l’insurrection aux quatre coins du royaume. Et, de fait, les comtés de Kildare, Westmeath et Longford sont réputés au bord de la rébellion ; le Roscommon n’est contenu que par le voisinage des troupes ; Dublin n’est pas épargné par les troubles et l’insurrection est fort loin d’être apaisée dans les comtés de Wicklow, Wexford et Carlow. Lord Cornwallis veut avoir tout son monde avec lui avant d’administrer le coup de grâce aux Français. Pour l’heure, et en attendant que le Connaught soit saturé de troupes, il déplace ses corps d’armée à bon escient. Le général Lake reçoit l’ordre de serrer la colonne Humbert au plus près. Le colonel Crawford est chargé de harceler son arrière-garde. Au général Nugent revient le soin de lui barrer la route de l’Ulster. Cornwallis, quant à lui, progresse en couvrant la route de Dublin.

Se doutant que l’ennemi ne le laissera pas atteindre l’Ulster et fera tout pour le réduire à l’ouest du Shannon, Humbert modifie son plan initial. Parvenu à Monorhamilton, il bifurque à droite, en direction de Dublin. Ayant fait halte en arrière de Drumkeeran, village situé au nord-ouest du lac Allen, les sentinelles signalent l’arrivée d’un parlementaire. N’ayant pas jugé bon de le recevoir, Humbert envoie Sarrazin aux avant-postes ennemis où le colonel Crawford, sous prétexte de lui remettre deux officiers de santé, l’adjure de convaincre son chef de mettre bas les armes : « Vous nous avez battus plusieurs fois », dit-il, « vous avez fait de grandes marches en présence de notre armée, vous avez fait assez pour votre gloire ; et Lord Cornwallis qui vous rend justice vous traitera avec tous les honneurs dus à des braves comme vous, si vous voulez vous en remettre à sa foi. »

Le général Sarrazin remercie le colonel anglais et lui répond : « Monsieur, dites à Lord Cornwallis que nous n’avons point encore rempli la tâche que notre gouvernement nous a imposée ; que nous sommes jaloux de continuer de mériter son estime et de fixer les regards de l’Europe sur notre entreprise, ainsi que nous ne pouvons sans nous déshonorer accepter ses offres. » 13 Le soir même, la petite armée d’Irlande se remet en route, longe les rives du lac Allen et passe le Shannon à Ballintra. Mais les Anglais la talonnent de si près qu’Humbert doit précipiter ses canons par-dessus le pont de Ballintra que son arrière-garde n’a pas le temps de faire sauter. Dans la nuit du 7 septembre, Humbert fait une halte de quelques heures à Cloone. Épuisés par cette fuite en avant, officiers et soldats dorment littéralement debout.

Il ne leur reste qu’un maigre espoir : rallier les insurgés de Granard et foncer sur Dublin. Le 4 septembre 1798, les Irlandais unis du comté de Longford et de certains districts du Westmeath avaient pris les armes et convergé sur Granard. À proximité d’Edgeworthstown, ils avaient neutralisé un détachement de la yeomanry de Mastrim. Ayant eu vent de cette mobilisation, le commandant de la garnison de Granard s’était fait envoyer des renforts. Fortement retranchés, disposant d’une puissance de feu supérieure, les soldats anglais étaient parvenus au bout de cinq heures d’un combat opiniâtre, à briser l’offensive des insurgés qui s’étaient dispersés après avoir perdu beaucoup de monde et la plupart de leurs chefs. Les Irlandais unis du Westmeath, forts d’un millier environ, s’étaient emparé du Wilson’s Hospital où ils avaient trouvé des armes. Lord Longford s’était porté à leur rencontre à la tête d’un fort détachement de Yeomen, de Fencibles d’Argyll et de Highlanders soutenus par plusieurs pièces d’artillerie. À proximité de Bunbrusna, les insurgés avaient été fauchés par la mitraille et sabrés par la cavalerie. Quelques rescapés de ces deux soulèvements avortés rejoignirent la petite armée d’Humbert à Cloone. Un de leurs chefs, à la tête d’une poignée de paysans armés de piques, fit une forte impression : « Ce chef », écrit Fontaine, « était armé de pied en cap, couvert d’armes offensives et défensives, et ressemblait parfaitement aux preux chevaliers du XIIIe siècle. Il ne parlait que de combattre pour la bienheureuse Vierge Marie, dont il s’était déclaré champion. C’était un fou, brave à l’excès, et excellent pour enflammer le pays. » Sauf que le pays, recru de violence et d’exactions, n’en pouvait plus et ne se faisait plus guère d’illusion sur l’issue de cette course-poursuite.

Cornwallis, qui vient de passer le Shannon à Carrick avec plus de 20 000 hommes, a décidé que le moment était venu d’en finir. Pour désespérée que leur apparaisse leur situation, les Français ont encore du mordant. Un caisson de cartouches que des Irlandais, faute de chevaux, traînaient à bras, ayant été abandonné à la suite d’une charge meurtrière de la cavalerie anglaise, Humbert fait faire halte à la colonne, se porte sur les lieux à la tête de quatre compagnies et reprend le caisson dont le contenu est aussitôt distribué aux soldats. Le 8 septembre 1798, c’est l’hallali. À huit heures, le colonel Crawford attaque vigoureusement l’arrière-garde française que commande Sarrazin. Les circonstances dans lesquelles ce dernier est conduit à se rendre demeurent obscures et controversées. Encerclés par 30 000 soldats, pressés par l’armée du général du général Lake, les soldats d’Humbert sont attaqués de toutes parts dans la plaine de Ballinamuck. Grenadiers et soldats se mettent en ordre de bataille et flanqués de tirailleurs, marchent à l’ennemi. Mais ce n’est rien d’autre qu’un baroud d’honneur. Au bout d’une demi-heure, tout est fini. Les Français déplorent trente tués ; les Anglais en déclarent trois à peine. Pour ce qui est des Irlandais, il en va autrement. Un grand nombre ont lâché pied, mais trois cents tiennent bon.

En vérité, ce sont les Irlandais qui se battent avec d’autant plus d’acharnement qu’ils n’ont aucune illusion à se faire sur le sort qui les attend. Les généraux MacDonnell et Blake, et les canonniers Magee et Casy repoussent plusieurs assauts anglais avant d’être submergés. The Sun, journal anglais peu suspect de sympathie pour la cause des Irlandais unis, écrit peu après la bataille : « Les Français jetèrent leurs armes presque immédiatement, mais le courage des rebelles fut prodigieux : ils résistèrent avec l’obstination du désespoir. » Après la reddition d’Humbert, le carnage commence : 500 insurgés sont massacrés, sabrés par la cavalerie ou mitraillés dans les tourbières ; un millier parvint à s’enfuir. Les soldats français, au nombre de 844, sont infiniment mieux traités. Chaque officier anglais voulant son prisonnier, il n’y en eut pas pour tout le monde.

Tandis qu’Humbert et ses hommes étaient conduits sous bonne escorte à Dublin avant d’être transférés en Angleterre pour être échangés contre des soldats et officiers anglais retenus prisonniers en France, la guerre continue dans l’ouest. Ce sont les Irlandais dont on brocardait la lâcheté au feu qui livrent les derniers combats avec la certitude de n’être pas épargnés, à l’inverse des Français. C’est peu dire qu’on ne leur a pas assez rendu justice. L’évêque Stock notait avec surprise que loin d’être abattus par la défaite de Ballinamuck, les insurgés semblaient y avoir puisé un surcroît d’énergie. Le 12 septembre 1798, un parti de rebelles commandés par le capitaine Henry O’Kane essaya en vain de reprendre Castlebar. Un autre n’hésita pas à attaquer Lord Portarlington qui descendait de Sligo à la tête d’un millier d’hommes pour participer à l’encerclement de Killala. À proximité de Scurmore, un autre engagement eut lieu entre les troupes de Lord Portarlington et un bataillon rebelle armé de piques aux ordres du capitaine Truc, du colonel Patrick Barrett et du capitaine Henry O’Kane qui avaient évacué Ballina. Le dimanche 23 septembre 1798, les quatre officiers français et les quelque 800 Irlandais qui s’étaient retranchés dans Killala opposèrent une vive résistance aux 3 000 hommes de troupe lancés à l’assaut de la bourgade par le général Trench. Lorsqu’elle fut prise, 300 rebelles furent massacrés sans autre forme de procès. Pendant une semaine, les cours martiales siègèrent sans désemparer, envoyant au gibet un grand nombre d’insurgés, tandis que les troupes ravageaient la campagne avoisinante, massacrant les paysans, détruisant les récoltes, brûlant les chaumières, rasant les hameaux avec une fureur destructrice qui n’avait rien à envier à celle des colonnes infernales de Turreau en Vendée.

Elles n’avaient même pas l’excuse d’user de rétorsion. Humbert avait suivi au pied de la lettre les instructions du Directoire lui enjoignant de veiller au respect de la propriété et de ne tolérer aucune vengeance ou représailles. La proclamation qu’il fit distribuer à Killala, sitôt débarqué, stipulait : « Nous vous garantissons le plus solennel respect pour vos propriétés, vos lois et votre religion. Soyez libres ; soyez les maîtres de votre pays. Nous ne cherchons pas d’autre conquête que celle de votre liberté, pas d’autre triomphe que le vôtre. » L’évêque Stock le crédite d’avoir protégé les biens et les personnes des loyalistes protestants pendant toute la durée de la campagne d’Irlande. Son récit est formel : « Ce serait un acte de grande injustice à l’égard de l’excellente discipline constamment observée par les envahisseurs tant qu’ils résidèrent dans notre ville, de ne pas remarquer que, malgré toutes les tentations de pillage que l’occasion et l’abondance des objets de valeur présentaient à leur convoitise, pas un seul de ces objets ne fut dérobé. » 16 Il signale néanmoins quelques exceptions à la règle communément observée : pillage de la maison du capitaine Kirkwood, magistrat de Killala, qui avait commis l’imprudence de s’enfuir alors qu’il avait été libéré sur parole ; sac de Deal Castle, manoir de Lord Tirawly, de Castlereagh, demeure de la famille Knox, ainsi que de Castle Lacken appartenant à Sir John Palmer . Ce furent des exceptions.

Les insurgés qui rallièrent les Français résistèrent pareillement à la tentation de se venger de leurs maîtres ou de s’approprier leurs biens. « C’est une circonstance digne d’être notés », écrit encore l’évêque de Killala, « que pendant tout le temps de cette commotion civile, les rebelles du Connaught ne firent pas couler une seule goutte de sang ailleurs que sur le champ de bataille. Il est vrai que l’exemple et l’influence des Français fut pour beaucoup dans la prévention de toute espèce d’excès sanguinaire. » On ne peut hélas en dire autant des loyalistes et de l’armée royale qui tuèrent et pillèrent bien après que tout danger eût été définitivement écarté. « Les soldats de Sa Majesté étaient incomparablement supérieurs aux traîtres irlandais en fait de dextérité à voler », note l’évêque Stock .Lord Cornwallis devait écrire quelques années plus tard : « En vérité il n’y a pas aujourd’hui un seul catholique de quelque notabilité dont l’existence ne soit pas en danger. » Cette justice sommaire et maladroite, note Maxwell, eut pour conséquence que les montagnes du Mayo se peuplèrent d’hommes désespérés qui vécurent en hors la loi pendant de longues années avant que le calme ne soit rétabli ;

Les renforts qu’Humbert attendait en vain arrivent trop tard. Le 17 septembre 1798, la corvette Anacréon rebrousse chemin en apprenant la défaite des Français. Le 11 octobre, la division Bompard est défaite par la Royal Navy dans la baie de Donegal. Le 27 octobre, le capitaine Savary, qui avait débarqué Humbert à la pointe de Kilcummin, se présente en baie de Killala avec trois frégates, une corvette et 2 000 hommes de troupe qu’il parvient à ramener en France tant bien que mal. C’en est fini des tentatives de descente française en Irlande. N’eût-il pas été préférable de concentrer des moyens sur ce théâtre d’opération au lieu d’aller s’enliser dans les sables d’Égypte ? Dans son Histoire de l’Armée britannique, Sir John Fortescue n’hésite pas à répondre par l’affirmative : « Un Français véritablement patriote n’aurait jamais dû détourner son regard de l’Irlande, où cinq milles hommes seulement, débarqués au moment opportun, auraient été infiniment plus dangereux pour l’Angleterre que trente mille en Egypte. »

Si l’on en croit Las Cases, le doute semble avoir effleuré Napoléon à Sainte-Hélène : « Si au lieu de l’expédition d’Egypte, j’eusse fait celle d’Irlande ; si de légers dérangements n’avaient mis obstacle à mon entreprise de Boulogne, que pourrait être l’Angleterre aujourd’hui ? Que serait le continent, le monde politique ? » Laissons au Commander Stuart Jones de la Royal Navy le soin de conclure : « L’aventure d’Humbert n’était pas aussi désespérée qu’il peut paraître de prime abord. Que Cornwallis nourrissait des craintes que l’ennemi put atteindre Dublin est attesté par une lettre qu’il écrivit à Castlereagh de French Park deux jours avant Ballinamuck… Le général Sarrazin rapporte qu’à Dublin, Castlereagh lui aurait dit que l’affaire de Castlebar avait fait trembler trois royaumes. En Angleterre, la défaite de Lake fut comparée à celle de Burgoyne à Saratoga. La prudence excessive de Cornwallis n’était-elle point dictée par le souci de ne pas essuyer un nouveau Yorktown ? Si Humbert avait été convenablement soutenu par Hardy et Kilmaine, qui sait ce qui aurait pu se passer ? Ce qu’a fait Humbert avec des forces minuscules dans un pays où cent mille hommes étaient disponibles contre lui est simplement stupéfiant et ne semble pas avoir reçu de la part de l’histoire l’appréciation flatteuse qui s’imposait. »

Source : http://rha.revues.org/index4463.html

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Published by Pierre Joannon - dans Irlande
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 07:36

 

Le 16 novembre 1688, Guillaume d’Orange débarquait à Torbay en Angleterre pour s’opposer à la politique pro-catholique et pro-française – ou supposée telle – de son oncle et beau-père, le « papiste » roi d’Angleterre Jacques II. Le 24 février 1689, sa femme Mary (née d’un premier mariage « protestant » de Jacques II) et lui-même se virent proposer conjointement – fait unique dans l’histoire d’Angleterre – la couronne des trois royaumes, Angleterre, Ecosse et Irlande. Entre-temps, Jacques II, son épouse Marie de Modène, leur fils Jacques- Edouard et leurs partisans, les « Jacobites », avaient cherché asile auprès de Louis XIV, qui leur offrit l’hospitalité du château de Saint- Germain-en-Laye. L’exil jacobite avait commencé, il allait s’avérer définitif. Cette « Glorieuse Révolution » est souvent considérée par les spécialistes de l’histoire politique britannique comme un simple « coup d’Etat de palais » et l’historiographie anglaise a mis l’accent sur son caractère « pacifique », en particulier en comparaison avec la première révolution d’Angleterre ou la Révolution française. C’est cependant oublier que Guillaume d’Orange dut avant tout sa montée sur le trône à des victoires militaires et que s’ensuivirent une mise au pas brutale de l’Ecosse et surtout une guerre sanglante en Irlande. Après la chute de Limerick fin 1691, l’Irlande fut perdue pour Jacques II qui se replia définitivement sur la France, suivi par les soldats irlandais qui avaient combattu à ses côtés et que la tradition a pris l’habitude de désigner comme les Wild Geese, les Oies sauvages .

Pour le Roi-Soleil, les troupes irlandaises constituaient un apport militaire non négligeable. Pour Jacques II, elles étaient un espoir constant de restauration. Pour les Irlandais eux-mêmes, le maintien des régiments sur le continent était le symbole de la poursuite de la lutte pour la cause jacobite et, d’une certaine manière, pour la cause irlandaise. Il offrait à des hommes, dont la plupart ne connaissait rien de la vie sur le continent, le caractère rassurant de structures proches de celles qu’ils avaient connues, avec les mêmes figures dominantes des propriétaires terriens devenus colonels des régiments qu’ils avaient eux-mêmes levés. Dans les premiers temps du moins, le bloc des régiments irlandais passés en France fut donc un petit morceau d’Irlande rapporté sur le continent.

L’organisation des régiments irlandais en France

L’apport des Irlandais aux forces de Louis XIV commença dès le début de la deuxième année de la campagne d’Irlande. A partir de mai 1690, la situation militaire de Jacques II et de ses alliés français en Irlande s’était détériorée avec le débarquement de Guillaume d’Orange accompagné du duc de Marlborough . Louis XIV accepta alors d’envoyer de nouvelles troupes sous le commandement du duc de Lauzun, un proche de la cour en exil, mais exigea en échange que cinq régiments d’infanterie irlandais passent à son service en France.

Les hommes du roi de France, en particulier son ambassadeur le comte d’Avaux, l’avaient mis en garde contre la piètre valeur de la plupart des troupes de Jacques II en Irlande, « levées par des gentilshommes qui n’ont jamais été à l’armée… Ce sont des tailleurs, des bouchers, des cordonniers qui ont formé les compagnies, qui les entretiennent à leurs dépens, et en sont les capitaines (5) ». Louis XIV, peu soucieux de s’affaiblir sur le champ de bataille européen en faveur d’un front secondaire en Irlande, posa ses conditions : « Sa Majesté demande que ces régiments soient remplis de noblesse… et qu’à la tête de chaque régiment il y ait, si possible, quatre ou cinq capitaines qui aient servi, que les colonels soient gens de qualité (6). » Noblesse et expérience – en général acquise dans les armées françaises sur le continent – assuraient la qualité des troupes choisies.

Les colonels des cinq régiments étaient le lieutenant général Justin MacCarty, Lord Viscount Mountcashel, l’Honorable colonel Daniel O’Brien, l’Honorable colonel Arthur Dillon, le colonel Richard Butler et le colonel Robert Fielding. En France, ces troupes furent regroupées en trois régiments, Mountcashel, O’Brien et Dillon, qui formèrent la Brigade Mountcashel. D’après Arthur Dillon la brigade comprenait à l’origine 5 371 officiers et soldats, soit un peu moins des 5 800 théoriques ; au moment de la réforme de 1697-1698, elle en comptait 6 039.

Chaque régiment se composait de deux bataillons comprenant en tout quinze compagnies de cent hommes et la compagnie propre du colonel, auxquelles venaient s’ajouter des cadets en nombre variable. Les officiers recevaient leur commission directement de Louis XIV. La solde des régiments, en tant que troupes étrangères, était supérieure d’un sol par jour à celle des troupes françaises. Les colonels, outre leur solde, recevaient un sol par livre payée aux soldats de leur régiment, Mountcashel étant gratifié de surcroît d’un sol par livre payée aux hommes des deux autres régiments.

Les régiments de la brigade Mountcashel furent rejoints après la défaite de Limerick par le gros des troupes de Jacques II demeurées sous le commandement de Patrick Sarsfield après le départ du roi pour la France. La légendaire énergie du géant irlandais lui permit de mobiliser les soldats et de résister une année supplémentaire, mais la chute de Limerick ne lui laissait plus d’autre choix que la négociation. Le 24 février 1692, Guillaume d’Orange ratifia en personne le traité définitif avec sa femme Mary. A cette date, les soldats irlandais avaient déjà pris le chemin de l’exil, accompagnés de leurs familles. Ce départ était volontaire car le traité de Limerick autorisait les anciennes troupes de Jacques II à demeurer en Irlande – ce dont Guillaume d’Orange chercha à les persuader – ou à choisir de passer en France avec les honneurs de la guerre et aux frais du prince d’Orange. Les conditions du traité semblaient clémentes mais, dans le même temps, une législation extrêmement sévère se mettait en place à l’encontre des catholiques, durement appliquée par l’administration anglaise et protestante installée par Guillaume d’Orange. D’autre part, la guerre sur le continent semblait offrir aux Irlandais le moyen le plus direct de lutter contre les ennemis de leur roi et de contribuer à sa restauration.

Dans un premier temps, les troupes irlandaises arrivées en France furent regroupées à Brest sous le commandement du maréchal de camp Dominick Sheldon. Jacques II fit le voyage de Bretagne avec son fils le duc de Berwick pour passer en revue les troupes puis de nouveau, après l’arrivée des derniers, avec Sarsfield. Jusqu’à la bataille de la Hougue le 24 mai 1692, tous attendaient l’ordre de rembarquer pour l’Irlande. La défaite décida du sort des régiments irlandais, qui furent dispersés entre les diverses armées de Louis XIV à travers l’Europe. Cependant tous les officiers tenaient leurs lettres de commission de Jacques II, contrairement à ceux de la brigade Mountcashel, et – au moins fictivement – les troupes étaient placées « under the command of James and of such general officers as he should appoint».

La réforme des régiments fut douloureuse. Jacques II dut réduire son armée à deux troupes de gardes à cheval, deux régiments de cavalerie, deux régiments de dragons à pied, huit régiments d’infanterie (soit quinze bataillons) et trois compagnies franches (9). Plusieurs régiments qui avaient combattu en Irlande furent supprimés et de nombreux officiers furent déclassés. En tant que soldats étrangers, ils auraient dû normalement recevoir une solde supérieure à celle des Français, mais ils acceptèrent d’être payés comme ces derniers, 50 000 livres/mois pour l’ensemble des troupes, Jacques II s’engageant à les dédommager et à rembourser la différence dès qu’il serait rétabli sur son trône . L’arrangement suscita néanmoins quelques grincements de dents.

Les deux régiments de gardes à cheval avaient été formés en 1689 par Jacques II à son arrivée en Irlande. Chacun comprenait deux cents cavaliers, tous gentilshommes, qui jouissaient d’ailleurs d’un rang supérieur à celui des officiers des autres unités. En France, la première troupe fut donnée à Berwick et la seconde à Sarsfield. En 1692, les officiers de chaque unité étaient au nombre de neuf : un capitaine, un premier et un second lieutenant, un premier et un second enseigne, quatre brigadiers et un Staff Sergeant . La solde des capitaines en campagne s’élevait à 9 livres, celle des lieutenants à 7 livres 4 sols et celle des enseignes à 6 livres 12 sols. Elle doublait pendant les quartiers d’hiver .

Les régiments de cavalerie du roi et de la reine furent composés des restes des neuf régiments de cavalerie irlandaise passés en France en 1691 . Chaque régiment comprenait deux escadrons de trois troupes de cinquante hommes, soit trois cents hommes par régiment. Il devait en outre compter dix-neuf officiers : un colonel, un lieutenant-colonel, un major, quatre capitaines, six lieutenants et six cornettes. Mais le phénomène, général chez les Irlandais, de surnombre des officiers entraîna un gonflement progressif des effectifs de 19 à 72. En 1697, les régiments regroupaient donc 744 hommes au total.

En 1692, l’organisation du régiment du roi comme de celui de la reine prévoyait six compagnies de cent hommes et cinq officiers (un capitaine, deux lieutenants, deux cornettes ou enseignes), soit 630 hommes. En fait, en 1695 le régiment comptait 558 hommes dont 108 officiers . Tous les régiments d’infanterie, à l’exception de celui de Clancarty, étaient composés de deux bataillons dont le nombre d’hommes variaient par rapport au schéma théorique selon les circonstances. Chaque bataillon comptait en principe huit compagnies de cent soldats et quatre officiers (un capitaine, deux lieutenants et un enseigne). Les officiers étaient presque systématiquement surreprésentés : le royal irlandais aurait dû comprendre 64 officiers et 1 600 hommes mais les documents d’époque font apparaître le chiffre de 1 342 hommes dont 1 100 hommes de troupe et 242 officiers . La paie des soldats était de 6 sols par jour .

Cette organisation subsista jusqu’à la paix de Ryswick en 1697. Outre l’échec politique ratifié par le traité, elle contraignit le roi de France à une réforme des troupes irlandaises qui eut de lourdes répercussions économiques sur les familles des soldats. Dès septembre 1697, les vingt-cinq bataillons durent réduire le nombre de leurs compagnies de seize à quatorze et chacune dût licencier la moitié de ses effectifs puis une refonte plus générale eut lieu en février 1698. Seuls les trois régiments de la brigade Mountcashel (Lee, Clare et Dillon) ainsi que le régiment de marine, désormais régiment d’Albemarle, y échappèrent. Les régiments de Limerick et Dublin furent supprimés, les autres intégrés dans cinq nouveaux régiments : Sheldon, Dorrington, Galmoy, Lutrell (puis Bourke) et Berwick. Les deux régiments de cavalerie furent réduits à un seul, de deux escadrons, confié à Dominick Sheldon par commission du 15 février 1698. Le régiment Dorrington qui existait avant 1698 servit de fondement au nouveau, toujours sous le commandement de William Dorrington. Le second régiment Galmoy, régiment d’infanterie (18), fut composé à partir des troupes des Dragons à pied de la reine et de Charlemont. Le régiment d’Athlone fut amalgamé aux dragons à pied du roi et aux trois compagnies franches pour former le régiment Berwick ; Walter Bourke devint dans un premier temps second colonel, ou colonel réformé, de ce régiment, puis colonel d’un autre régiment d’infanterie (d’abord confié à Henry Lutrell) composé des restes du régiment d’infanterie de la reine et de celui de Clancarty .

 

Source : http://www.air-defense.net/forum/index.php?topic=9486.0

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Published by Nathalie GENET-ROUFFIAC - dans Irlande
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