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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:44

 

Il est là, dans ce siècle, dans cette ville et dans ce complexe sacral des maçonneries encore balbutiantes, comme un pivot ou comme le centre d'un ensemble. Jurassien, né à St-Claude en 1730, il est venu à Lyon en 1745 et a été initié dans la Maçonnerie en 1750. Il est l'un des introducteurs, à Lyon, de la Stricte Observance Templière allemande issue des Convents de Unwürde en 1754, Altenberg en 1764 et Kohlo en 1772. On relira à ce sujet l'ouvrage de Le Forestier (1) et l'excellente introduction que lui a consacrée Antoine Faivre, spécialiste à la Sorbonne de l'ésotérisme chrétien au XVIIIe siècle. Professeur à l'université de Bordeaux, A. Faivre est en effet directeur d'études à l'École pratique des hautes études, section sciences religieuses, pour l'histoire des courants ésotériques et mystiques dans l'Europe moderne et contemporaine.

Or c'est le 21 juillet 1774 que le baron Von Weiler, Chevalier de l'Épi d'Or, préside le premier chapitre de la Province d'Auvergne composée de 20 chevaliers et de chevaliers Profès qui recevront quatre jours plus tard leur nom d'Ordre. C'est ainsi, nous dit Jean Saunier dans un remarquable article de feu Le Symbolisme, que J.-B. Willermoz devint l'eques " Baptista ab Eremo " avec la devise " Vox in deserto " et les armes : " d'Azur à un ermite avec une lance sur l'épaule ".

Willermoz cependant n'est pas seul. II y a, à côté de lui, Martinez de Pasqually né à Grenoble en 1722, environ 170 ans après la mort de Cornélius Agrippa dans la capitale delphinale : ce personnage étrange rédige, trois ans avant l'installation du chapitre de la Stricte Observance à Lyon et sept ans avant l'ouverture du Convent des Gaules, son fameux Traité de la Réintégration .

Willermoz doit beaucoup à Martinez : initié au martinézisme en 1767, il est ordonné Réau-Croix en 1768, l'année même de la mort de Martinez. Ainsi l'on constate que le passé strictement maçonnique de Willermoz n'est antérieur que de quelques années seulement à son passé martinézien, lequel à son tour précède de fort peu sa découverte du Templarisme de la S.O. et de la maçonnerie qui lui est connexe.
Trois couches successives correspondant à trois aspects de l'ésotérisme maçonnique : celui des loges maçonnico-chrétiennes, celui de la Kabbale et celui de la maçonnerie chevalière et templière pour terminer.
Voilà les trois ingrédients dont va se servir l'habile cuisinier lyonnais - car on ne peut plus parler ici du " fabriquant d'étoffes de soye et d'argent et commissionnaire en soyeries " - pour confectionner cette admirable pièce rectifiée aux saveurs et aux épices de Myrelingue la Brumeuse !

Puis il y a aussi, dans les relations de Willermoz, le comte et ambassadeur Joseph de Maistre, catholique ultramontain, considérant avec à peine un peu de curiosité les enchevêtrements de la mystique martinézienne et tenant au bout d'une pincette le templarisme maçonnique. Ce défenseur du pape, s'il est un ancien élève des pères jésuites et un ancien affilié des Congrégations, est aussi un maçon selon le concept anglais de la Maçonnerie. Né à Chambéry en 1753, il appartient à la loge les " Trois Mortiers " de cette ville, loge rattachée à la Grande Loge d'Angleterre. Bientôt il sera membre de la " Sincérité Écossaise " relevant de la S.O.T. et deviendra C.B.C.S. et Grand Profès.
Avec notre Savoyard, l'Eques a Floribus, on comprend aisément que c'est l'influence catholique la plus orthodoxe qui s'exerce sur Willermoz et qui y trouve un écho d'autant plus favorable que, finalement, et malgré les différences de tempérament et de culture, les deux hommes sont très près l'un de l'autre, par la pensée, le sentiment, la religion et parce qu'ils fréquentent le même univers maçonnique et para-maçonnique.
Oh, bien sûr, le Savoyard rejette avec un certain mépris l'idée de la " filiation templière maçonnique", chère à la S.O.T., alors que le Lyonnais ne la refuse point, mais avec cette prudence de nos gens qui disent en patois " méfiat ! ", et qui leur fait découvrir la solution vraie ou non contradictoire.

Nous ne saurions achever le parcours de cette galerie de portraits rhodaniens sans jeter un coup d'œil sur Louis Claude de Saint-Martin qui, bien que né à Amboise en 1743, vient demeurer à Lyon chez Willermoz entre 1773 et 1774, c'est-à-dire précisément l'année d'implantation de la S.O.T. à Lyon. Le " Philosophe Inconnu " est déjà maçon, martinézien même et Réau-Croix depuis 1772, et c'est dans l'appartement de Willermoz qu'il rédige son premier ouvrage Des Erreurs et de le Vérité en 1774. Reçu C.B.C.S. il abandonnera la Maçonnerie pour se plonger dans la mystique, qu'il connaît à travers Böhme et grâce à Mme de Böcklin et à Salzmann, mais sa fréquentation de Willermoz n'est pas, à mon sens, sans lointaine conséquence pour le Rite Rectifié. N'oublions pas que la cuisson de ce que j'appelle avec effronterie le " gâteau rectifié ", va durer quelque vingt-deux ans ! et ce qu'ajoute Saint-Martin à la recette lyonnaise c'est peut-être, au cours du temps, une légère pincée de théosophie chrétienne, à peine perceptible il est vrai, tant est substantielle la pâte maçonnico-templière du Rite.
Voilà mes chers frères comment je voulais définir dans cette première partie de mon exposé, l'aire originelle du Convent des Gaules. Une combinaison qualitative de la Franche-Comté, du Lyonnais, de la Savoie et du Dauphiné. Je m'y suis peut-être attardé avec trop de complaisance car c'est également ma formule " chromosomique " familiale.
Voilà pourquoi j'ai voulu peindre les hommes qui assistèrent Willermoz dans sa vie locale quotidienne. Il y en eut d'autres, nous le verrons bientôt, qui formeront avec lui une réelle communauté de travail pour la mise au point de ce Rite et je songe aux Strasbourgeois, aux Turckheim, à Salzmann, etc.
Pardonnez-moi si j'ai trop insisté sur les références culinaires et sacrifié à la chronique de James de Coquet.
En réalité, croyez-moi, il y a une divine cuisine " l'ars spiritualis ", la cuisine des anges, et comment ne pas évoquer ici l'humble frère Jean Van Leuwen, le cuisinier de Ruysbröck l'admirable qui, nous rapporte l'histoire, était dans la composition de ses mets, gratifié de faveurs mystiques égalant celles du Bienheureux ?
Et puis, bien qu'il s'agisse du Convent des Gaules et d'un sujet sacré, comment ne pas tolérer quelques faiblesses allégeant l'austérité du propos dès lors que nous sommes aussi dans la capitale incontestée de la gastronomie ?

Nous voici en tout cas parvenus au seuil de la seconde partie d'une étude plus spécialement vouée à l'analyse des apports intellectuels qui présidèrent à la création du Rite et à leurs conséquences pour la Maçonnerie.

Comme j'ai eu l'occasion de le faire observer dans d'autres conférences, ce sont peut-être ces différents apports qui donneront au rite son identité, apports que nous allons résumer. Le rite retient en effet :

" de la Maçonnerie spéculative récemment apparue en Grande-Bretagne, les rituels, mots, signes et l'ésotérisme des constructeurs, l'initiation et les trois grades bien connus,
- de la " Stricte Observance Templière " et d'un Templarisme qui remonte peut-être au chapitre dit de Clermont quant à ses sources lointaines (mais qui prend corps à Unwürde en 1754 et aux Convents d'Altenberg en 1764, Kohlo en 1772, Brunswick en 1775 et Lyon en 1778), une ossature normative pour l'ensemble des grades et la référence chevaleresque et templière,
- de Martinez, une sève secrète, à résonance judéo-chrétienne et fond salomonien, présente dans l'enchaînement des maximes et des tableaux et qui, à l'époque de Willermoz, jaillit visiblement au niveau de la " Profession ", celle de Chevalier Profès et Grand Profès,
- de J. de Maistre, l'intégrité chrétienne et quasi confessionnelle, avec un pressentiment de l'Évangile éternel et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui la " Tradition Primordiale " dans la perspective de René Guénon,
- de St-Martin, une religiosité chrétienne très priante,
- du XVIIIe siècle français, certains concepts religieux de ce temps, infirmés de nos jours : ainsi la définition des " pharisiens ", la loi d'amour réservée au Nouveau Testament, l'abolition de l'Ancienne Loi, la notion de fraternité limitée aux seuls chrétiens en maçonnerie, l'immortalité de l'âme, qui n'appartient pas au Credo, originel mais est une conséquence de la Résurrection de la Chair - entendue au sens hébraïque du mot - et de la Vie éternelle ou Vie du " monde qui vient ".

Ajoutons que l'" immortalité de l'âme " - à ne pas confondre avec l'âme supérieure ou âme d'immortalité -, est une notion platonicienne. Enfin on retiendra, outre les concepts religieux du "Siècle des lumières" (?), le goût de l'enflure verbale parfois élégante et celui du discours patriotique et redondant...

Quant à la doctrine, il est patent qu'elle s'alimente à une source biblique et qu'elle suit l'économie et même la chronologie Testamentaire jusque dans la suite sérielle des Temples. Tout tient au fond dans la correspondance symbolique entre le Temple de l'Homme et celui de l'Univers avec une matrice : le Temple de Salomon, puis une projection spirituelle qui va de la Milice de Terre Sainte à la Jérusalem céleste, enfin et d'abord, un modèle divin et éternel dans le Christ. Car le rite est chrétien et tous les apports que j'ai cités ont en commun, même chez les élus-coen de Martinez, la confession chrétienne des participants ou des adeptes ; historiquement c'est indéniable.

Autre remarque, la doctrine en question est admirablement ventilée et étagée dans les strates graduelles du Rite sans contradiction chronologique, sans anachronisme ou syncrétisme. Donc il s'agit véritablement d'un " Ordre " (et non d'un fourre-tout), d'une " cohérence " qui ne lasse pas de surprendre le maçon ou l'érudit maçonnisant de notre temps.
Sans doute, ce désir d'unicité organique et de spécificité religieuse fait-il peu de place à l'universalité de l'initiation maçonnique et à l'universalité traditionnelle d'un Art, qui est d'autant moins catégoriel que l'ésotérisme est forcément Un ! Mais ceci, au fond, ne concerne plus la structure et les caractéristiques du Rite mais beaucoup plus les critères d'entendement et les motivations du siècle = l'ouverture des esprits. On peut en effet penser que le Christ est le Verbe divin incarné, qu'il est dans le Père et le Père en lui et que l'Esprit Saint est ce lien de l'un à l'autre... sans pour autant croire que l'Éternel n'est... que chrétien ! Et l'Esprit souffle où il veut !
Ces problèmes ne se posent d'ailleurs pas à l'époque, ce d'autant que le détail de tous les rituels n'est point encore consigné en 1778. Le Convent des Gaules charge seulement Jean de Turckheim de rédiger les rituels de l'Ordre Intérieur et il spécifie que la classe symbolique ne comporte que les quatre degrés des rituels bleus et verts révisés par Salzmann, Willermoz, Braun, Paganucci et Perisse du Luc. Lesdits rituels sont arrêtés dans leurs grandes lignes en 1778. Ultérieurement ils subiront les modifications que j'ai signalées dans mon message de la Saint-Hughes 1978.
À Lyon on met en tout cas noir sur blanc - " l'Instruction par demandes et réponses ", concernant le symbolisme de la loge, et l'on définit les principes de base de la future " Règle Maçonnique " présentée ultérieurement au Convent Général de Wilhelmsbad et dont les ouvrages sur la maçonnerie et les Revues, comme feu Le Symbolisme, ont donné le texte in extenso.
Quant à l'" ordre Intérieur ", calqué sur celui du " Très Saint Ordre " de la Stricte Observance, il fait l'objet d'une première révision sous la plume de Jean de Turckheim, mais sans aller trop loin, en raison d'une question fondamentale : la nature des rapports entre le Temple et la Maçonnerie, aussi le Convent des Gaules ne se prononce-t-il pas sur cette question, il s'en remet aux décisions du prochain Convent Général, donc celui de Wilhelmsbad.
Ceci mérite cependant que l'on s'y arrête longuement car c'est autour de cette question templière que se joue la vraie personnalité du futur Rite Écossais Rectifié. En effet, tous les régimes maçonniques sont " templiers " au sommet, mais avec des nuances d'importance quant aux conceptions, nuances qui commandent la vision que l'on peut avoir de la Maçonnerie et de son ésotérisme.

Examinons les diverses thèses en présence :
- La première ne voit aucun lien historique ou spirituel, entre Templiers et Maçons ; elle est alignée sur un intégrisme catholique, celui-là même de Joseph de Maistre.
- La seconde écarte l'idée d'une filiation historique ininterrompue entre les Templiers et les grades maçonniques templiers, mais entend toutefois maintenir la perpétuation du souvenir de l'Ordre. D'où l'existence précisément de ces superstructures templières qui se prêtent à une commémoration vivante et rituellement sacrale. Ce pourrait être la thèse avalisée par les Knights Templar britanniques.
- La troisième excipe des rapports historiques étroits entre Templiers et Maçons en Europe et en Terre Sainte et de la parenté ésotérique ou initiatique des deux organisations auxquelles ils se référaient. Elle admet la probabilité d'un refuge offert par les loges de maçons aux Templiers persécutés et, partant, la probabilité d'une mystérieuse symbiose entre les deux ordres d'où devait sortir quelques siècles plus tard, le Templarisme maçonnique. Telle est la conception de Willermoz et de son entourage.
- La quatrième thèse, voit dans la maçonnerie la fille directe des Templiers, cette dernière n'ayant donc servi qu'à permettre la perpétuation secrète de l'O. Templier destiné à renaître de ses cendres tel qu'il était lors de sa disparition visible au début du XIVe siècle. C'est ici la raison première de la " Stricte Observance Templière " qui, bien sûr, fait sienne ladite légende.

Tout ceci nous ramène donc au débat central du régime rectifié, débat commencé au Convent des Gaules en 1778 et achevé vers 1782 au moment de Wilhelmsbad.
On sait que le Régime instauré à Lyon par le baron von Weiler, ami du baron de Hund, consacrait l'existence des provinces de l'Ordre Templier en France avec les sièges de Strasbourg (5e Province), Bordeaux (3e Province), Lyon (2e Province) (1). Or ce n'était pas sur cette division territoriale que discutaient les animateurs de l'Assemblée lyonnaise mais sur l'opportunité de conserver ou plutôt de modifier les rituels de chevaliers de la S.O.T. comprenant cinq classes : les chevaliers ayant accès à la Profession, les frères servants d'armes, les valets d'armes, les compagnons d'armes et les " frères socii " du Temple. Ces rituels rédigés en latin comportaient un serment à Dieu, au Christ, à la Bienheureuse Vierge Marie, au Bienheureux Père St Bernard et à tous les Saints avec promesse de suivre la règle du Temple donnée aux chevaliers par St Bernard. Il s'agissait bien d'une reconstitution de l'Ordre dissous au XIVe siècle et dans l'état organique où il était avant sa disparition.
La modification des rituels préconisée par les Français visait non seulement à la simplification synthétique, déjà bien admise et quasi fixée, mais à redéfinir le contenu didactique des rituels, et c'est là que l'on butait sur les légendes templières et, par la même occasion, sur les finalités du Templarisme maçonnique.
La phalange willermozienne devait immédiatement affirmer son accord sur un certain nombre de points, ainsi :
La renonciation à une reconstitution artificielle de l'Ordre Templier et à ses prétentions à la puissance économico-politique, dont rêvait sans doute la S.O.T.
L'orientation de la chevalerie maçonnique rectifiée vers des buts strictement spirituels qui furent ceux de l'O. Templier à ses débuts, d'où le changement de nom et l'appellation de Chevalier de le Cité Sainte à vocation d'intériorisation doctrinale ou " mystique " (ou Chevalier maçon de la Cité Sainte).
La recherche d'un lien entre Templiers et Maçons qui ne puisse être contesté, et c'est là qu'intervenait le choix entre l'une des thèses énumérées précédemment.

Ainsi prend corps le système des C.B.C.S. tel que Willermoz l'a établi, avec l'aide des maçons alsaciens Friedrich Rudolf Salzmann, Jean et Bernard de Turckheim. Quant à l'intériorité doctrinale du Rite en entier, elle découle d'une propédeutique spirituelle, confortée par l'articulation des grades et elle tient dans cette identité, déjà signalée, des Temples de l'Homme, de l'Univers et de Salomon, des Temples terrestres et céleste, avec le " modèle christique " offert par le " divin Réparateur ", terme inspiré par le martinézisme. Antoine Faivre notera justement dans son analyse de l'ésotérisme chrétien du XVIe au XXe siècle (1), je cite : " Au fond Willermoz a obtenu que les cadres de la Stricte Observance Templière servissent à l'enseignement des Coens " et c'est bien pour cela, comme l'indique toujours Antoine Faivre, qu'à l'époque de Willermoz la classe secrète de la Profession qui n'avait point encore disparu contenait " l'essentiel de la pensée martinéziste ".

Nous allons maintenant aborder la troisième partie de notre conférence plus directement consacrée aux instructions templières.

Nous avons relevé le fait que la S.O. avait sans discussion considéré la Maçonnerie comme une " création " du Temple, établissant ainsi une filiation ou une succession entre Templiers et Maçons historiquement contestable.
Willermoz en était parfaitement conscient. En revanche il était réceptif à l'opinion qui voyait une continuation d'un certain type entre les deux Ordres, mais une continuation en " sens inverse " de celle admise par la S.O. = la Maçonnerie ne procédant pas du Temple et pour cause, ne serait-ce que du point de vue chronologique. Les loges de maçons auraient par contre abrité des Templiers pourchassés et la postérité spirituelle templière menacée de disparition. Willermoz reconnaissait enfin l'existence d'une consanguinité initiatique entre Francs-Maçons et Templiers et c'est là un point de grande signification.

En réformant ainsi les légendes templières de l'Ordre, Willermoz accomplissait un exploit. Il permettait au Rite de se réclamer ouvertement du Temple, sans pour autant :
- premièrement : s'exposer à la facile critique concernant les contre-vérités historiques,
- secondement : prendre d'initiative canoniquement répréhensible, quant à la reconstitution pure et simple des formes de l'Ordre dissous dans son état dernier,
- troisièmement : s'aligner sur le contenu du Mémoire adressé par le comte Joseph de Maistre à l'Eques a Victoria, le duc Ferdinand de Brunswick Lunebourg, et dont l'argumentation faisait litière de tout templarisme maçonnique.
Du même coup, l'O. Intérieur épousait les normes d'un Ordre de Chevalerie chrétien, analogue par ses formes à ceux dont relevaient nombre de dignitaires de la Maçonnerie rectifiée et de la S.O.T. de l'époque : Malte, St-Lazare, Teutonique, etc. Cependant, et à la différence des Ordres chevaleresques, cette chevalerie rectifiée restait liée à la Maçonnerie et à la maintenance spirituelle du Temple Salomonien et " Templier ".
Nul doute que Willermoz ait, de cette façon, rassemblé les prolégomènes nécessaires à la saine intelligence des rapports entre Templiers et Maçons.

Certes à Lyon en 1778, on s'est bien gardé de trancher mais les jeux sont faits et, trois ans après le Convent des Gaules, Willermoz pourra écrire au prince Charles de Hesse, sa lettre célèbre du 8 juillet 1781 ; il faut en rappeler ici les termes tant elle est importante pour la saisie des racines intellectuelles du Rite dont nous commémorons aujourd'hui la naissance rhodanienne ; je cite : " Je ne pense pas non plus que l'on parvienne à persuader que les chevaliers templiers aient été les instituteurs ni de la vraie Maçonnerie, ni même de la Symbolique, soit à l'époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur Ordre... Mais je ne répugne point à croire, sans cependant en être persuadé, que cette " institution " secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d'eux, qu'elle ait même servi si l'on veut de base à leur institution particulière : qu'ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne, la science dont elle était le voile et qu'ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayer par ce moyen de le réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison et pourrait être admis au besoin comme vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d'une grande loge nationale tenue à York, l'an 926. C'est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l'Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie. Elles assurent aussi qu'il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l'amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n'avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l'Ordre du Temple institué au commencement du XIIe siècle et dans le pays même qui est réputé pour avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d'hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain Convent Général est d'avis de conserver des rapports maçonniques avec l'ancien Ordre du Temple, je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mets j'en verrais beaucoup à le présenter comme instituteur parce que l'on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes "
Notre Lyonnais de conclure sur ce point avec l'habileté qui lui est coutumière : " Je crois que tout cela pourrait s'arranger convenablement si l'on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé et non comme certain.

"Dermenghem remarquera dans son ouvrage consacré à Joseph de Maistre mystique : " À vrai dire Willermoz semble plutôt croire que la Maçonnerie a été propagée par les Templiers mais non instituée par eux. " Chronologiquement et techniquement, c'est l'évidence même.
En fait et en creusant encore la question, on s'aperçoit que le groupe de Willermoz et de ses amis n'est peut-être pas loin de découvrir, même s'il ne l'exprime pas exactement dans les termes que nous lui donnerions de nos jours après la lecture de Guénon notamment, l'existence d'une Tradition première dont procéderaient Maçonnerie et Templarisme. Ainsi, d'une part, s'expliqueraient les analogies
secrètes entre les deux Ordres et, d'autre part, se justifierait l'intégration des Templiers chez les Maçons. On retrouvera d'ailleurs ces notions dans les instructions de l'Ordre Intérieur et je crois qu'il convient, sans violer aucun secret, de citer ici un passage très court, mais combien suggestif, de l'instruction authentique d'Écuyer Novice :
" Ne confondez pas l'Ordre sublime, secret, primitif et fondamental, avec l'Ordre des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte, ni avec l'Ordre des Chevaliers Templiers. Tous sont sortis de cet Ordre caché. La Maçonnerie lui doit son existence et nous nous trouvons placés entre l'initiation symbolique et l'initiation parfaite pour aider à remonter jusqu'à cet Ordre primitif ceux que la divine miséricorde y appelle."
L'Instruction en cause soutiendra en outre qu'il existe une initiation originelle perpétuée dans les loges qui, dit le rituel, " sont de toute ancienneté " et que cette initiation première aurait de plus donné naissance à la chevalerie " sacrale " dotée de liens inconnus aux profanes et qu'enfin, c'est avec le Temple que la Maçonnerie a le plus d'affinités et de liens historiques.
Voilà donc, mes frères, le point dont on n'a pas débattu ouvertement et officiellement en 1778 mais dont les coordonnées sont dans toutes les têtes dès le Convent des Gaules. C'est en effet à son propos que va s'opérer la mutation de la Stricte Observance en Rite Rectifié et l'on peut dire que, dès 1778, et même un peu avant, il est au principe de toute la " problématique " rectifiée.
C'est tellement vrai que pour la fête du centenaire du Rite, le 3 décembre 1882 à Genève, le F. Édouard Humbert, ancien député Maître de " l'Union des Cœurs " et membre de la loge " Les Amis Fidèles " - deux loges genevoises - déclarait, dans son discours sur les origines et l'esprit du Régime Écossais Rectifié, je cite : " C'est à l'Ordre du Temple que quelques-uns ont fait dès longtemps remonter l'origine de la Franc-Maçonnerie et plus récemment celle du Régime Écossais Rectifié. À considérer le seul Régime Ecossais Rectifié, il ne paraît pouvoir se rattacher aux traditions templières que par une série de transformations et d'intermédiaires. Il a pu en provenir par greffes successives réitérées et en passant par toutes sortes de métamorphoses mais il n'en est point né, en tous les cas, comme la branche sort de l'arbre."

Notre auteur helvétique notait alors que depuis 1817 il ne fut plus question, pour la maçonnerie rectifiée, de se déclarer l'unique héritière des Templiers parce qu'il manquait d'actes authentiques officiels pour constater et prouver la filiation des deux ordres et il ajoutait : " Toutefois comme il y avait entre eux des rapports impossibles à nier, rapports prouvés par une tradition constante, par des monuments, par les hiéroglyphes mêmes des Tapis, on décida que ces rapports seraient conservés et consignés dans une instruction historique. "
Et voilà mes chers frères, la concrétisation de la pensée willermozienne. Voilà le profil du Rite et de ses perspectives templières. Tout cela est inclus dans le Convent des Gaules. Ces perspectives ne sont point encore proclamées ouvertement, car Willermoz faisait peut-être sien le conseil de " l'Homme de Cour " : " Le temps et moi, nous en valons deux autres. " En 1778 tout ceci semble clair et normatif pour le rite au yeux de Willermoz et des Strasbourgeois même si, ultérieurement, les relations entre Jean de Turckheim et Willermoz se détériorent et même si les idées de Saltzman et de Bernard de Turckheim sont appelées à s'écarter de celles de Willermoz ; nous n'en sommes pas là en novembre 1778, et Willermoz est fort loin de se douter d'ailleurs que les rituels de son Rite ne seront en fait définitivement achevés que bien après les deux Convents : celui des Gaules et celui de Wilhelmsbad. De toute façon l'architecture du Rite, telle que l'a tracée Willermoz, triomphera de tous les obstacles, comme a triomphé sa perspective templière.
Cependant, nous avons vu au passage que la doctrine retenue par les fondateurs du Rite était allusive, à propos des Templiers et des Maçons, à l'existence d'une " initiation primitive " dont procéderaient les uns et les autres.
Cette réflexion, dont on n'a pas encore pressenti au XVIIIe siècle les conséquences pour le Rite, nous conduit à traiter maintenant des ouvertures " ésotériques " du Rite Rectifié. Nous pourrions dire du Rite Rectifié de la fin du cycle, ou " post-guénonien " selon l'expression de quelques défenseurs de la Tradition.

Nous touchons désormais à l'exégèse symbolique et nous ne nous plaçons plus dans le cadre des limites formelles ou " formalistes " d'un siècle précis, celui de Willermoz.
Considéré dans son essence, fût-elle chrétienne, le Rite nous situe au début de la tradition à laquelle il se rattache (le Christianisme et la Maçonnerie), en même temps qu'aux fins ultimes du déroulement cyclique de cette tradition. Or, il y a là, des " possibilités ", au sens " guénonien " du terme, qui sont encore insoupçonnées lors de la gestation du rite rectifié, sauf peut-être dans la vision quasi prophétique de certains, car il y a une sorte de " prophétisme ", au sens noble du terme, de la Maçonnerie rectifiée résultant de la conjonction des courants biblico-chrétiens et maçonnico-templiers ; un prophétisme découlant de l'ésotérisme du Rite.
Nous abordons maintenant un thème fort délicat. Qui dit " ésotérisme " dit nécessairement perspective centrale et transhistorique. En l'occurrence ce n'est donc plus le Rite Écossais Rectifié, figé dans une interprétation du XVIIIe siècle, qui polarisera notre attention, mais ce que ce Rite détient essentiellement et potentiellement par rapport aux conceptions initiatiques de la Maçonnerie et dans le cadre spécifique de l'ésotérisme chrétien. À cet égard donc, le Christ y est bien évidemment, et même de façon précellente, " le Christ ". Mais, à ce niveau le plus éminent de tous, c'est la triplicité du pouvoir prophétique, sacerdotal et royal du Verbe Éternel qui domine toute perception spirituelle liée à l'aspect strictement ecclésial. Aussi les possibilités incluses dans la fonction du " Verus prophetas ab initio mundi per saocula currens ", ou encore du " Christus aeternus et filius dei et archangelus maximus ", selon la théologie de la première église de Jérusalem (1) et appelées à se développer dans cette fin de cycle, doivent-elles être présentes à l'esprit du maçon rectifié ouvert à l'ésotérisme.
À ce degré de connaissance, le Messie-Rédempteur se révèle dans son ipséité première de " Centre de tous les Centres " selon le terme des litanies, ou de " Lieu des Possibles ", deux expressions exprimant la même notion métaphysique. Or, qui ne voit qu'illuminé par ce soleil de pure intellection divine, le Christianisme, propre au Rite Rectifié, acquiert un rôle eschatologique accordé à la vision prophétique ? et qu'il évite de se muer en secte religieuse concurrente des églises dans le domaine qui est le leur et où s'exerce leur magistère incontesté.
Je crois d'ailleurs que les promoteurs du Rite ont envisagé ce danger de " cléricalisation " du Rite et que certains ont même entrevu cette dimension d'un prophétisme extra-temporel. Il y a chez Joseph de Maistre par exemple, un sens du prophétisme qui n'avait pas échappé à l'analyse de R. Guénon, soit que l'Eques a Floribus réfère au Christianisme né avant tous les siècles et dès lors extra-ecclésial, et à la " vraie Religion qui a bien plus de 18 siècles et qui naquit le jour que naquirent les jours " (1), soit encore qu'il recommande de se tenir " prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons à une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs " et d'ajouter " des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés " (2). Le comte dépassait donc amplement les étroitesses exégétiques.
Quant à Willermoz sa lettre du 3 février 1873, extraite avec d'autres du fonds Bernard de Turckheim, publiée et commentée par Antoine Faivre dans une récente livraison de la revue Renaissance Traditionnelle de M. R. Désaguliers, cette lettre montre que le Lyonnais ne sous-estimait pas les périls " sectarisants " du Rite. On en connaît le motif : Willermoz répond aux objections de Salzmann et B. de Turckheim qui souhaitaient la disparition de l'Ordre Intérieur de style trop immédiatement catholique à leurs yeux, mais désiraient conserver la " Profession ".
L'argumentation willermozienne repose sur la nécessité de maintenir, au contraire, des paliers dans l'ascension rectifiée : ceux du 4e degré et de l'Ordre Intérieur et il écrit : " Et que ferez-vous de ceux qui ont été mal choisis sinon des ennemis de l'Ordre et de ses principes qui, tout louables qu'ils sont par leur connexion avec la religion n'en deviendront que plus suspects au clergé et au gouvernement ? Comme il arrive aujourd'hui à Turin où l'on reproche aux Grands Profès d'être les instituteurs et les fauteurs d'une nouvelle secte de religion... et du moment qu'on mêle la religion à la maçonnerie, dans l'Ordre symbolique, on opérera sa ruine... Pour faire fructifier notre régime, nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse... ce danger, mes amis, qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on pense... " Eh oui, mais les " fondamentalistes intégristes " l'ont vite oublié en confondant le respect des Rituels et de son esprit, avec l'adoration d'une Écriture Sainte et la vénération du pur littéralisme.
Sans doute ce que Willermoz entend défendre dans cette lettre, que le professeur Antoine Faivre qualifie justement de " capitale pour la compréhension du willermozisme ", c'est la séparation entre l'ordre symbolique (comprenant le grade de Maître Écossais) et la grande Profession, en étageant, par progression, les affirmations chrétiennes du Rite qui ne culmineront qu'au sommet et au terme d'une montée doctrinale sélective. Nous n'en retiendrons que cette notion du danger sectarisant que nous dénommerions plutôt, de nos jours, un danger " d'exotérisation " (et qui est lié à l'exclusivisme).
Willermoz a raison, il ne s'agit aucunement de chimères mais de périls sous-jacents tant à la spécification religieuse du Rite qu'à l'horizon mental de ses membres.
En fait cette sectarisation du Rite ne correspond pas à la perception ésotérique dont Guénon, par exemple, nous a fait connaître la nature cognitive.
Alors mes frères, il existe un autre mode d'interprétation du Rite qui échappe aux limites temporelles et mentales du milieu historique qui fut le sien, en ce siècle, d'ailleurs fort peu traditionnel, de la Révolution française. Ce mode interprétatif affirme tout aussi bien, sinon mieux que celui évoqué précédemment, le Nom et la doctrine du Rédempteur, la foi en lui, qui découle des rituels de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, mais il se trouve accordé aux données propres à l'ésotérisme et à l'Unité transcendante des diverses religions. Enfin il se garde de sécréter une église parallèle. D'aucuns qualifieraient cette modalité interprétative de " melkitsedeqienne " ou d'" abrahamique " en ce qu'elle s'étend aux sémites de chair, et aux sémites en esprit appelés à cette grâce par Celui que révère le Rite Rectifié et qui tire son sacerdoce du Roi-Prêtre Melkitsedeq.
Cette herméneutique du Rite et de sa substance rituelle, cette " sémiologie initiatique ", nous les découvrirons précisément dans les deux paliers du Rite : l'Écossais de St-André et la Chevalerie de l'Ordre Intérieur.


Voici le quatrième grade placé sous le patronage de St André, le saint qui nous vaut d'être réunis ce jour. Il achève le cycle maçonnique et ouvre le cycle chrétien et chevaleresque de l'ordre. Il unit le haut et le bas. Grade central, il synthétise les aspects qui auraient pu diverger de David, et par la Croix du premier Juif disciple de Jésus. Il unit aussi les deux Testaments, les deux peuples - le Juif et le Gentil.
Vous savez combien j'ai médité sur le rôle de notre Rite dans l'économie spirituelle du judéo-christianisme et dans les événements liés à une conjoncture cyclique très proche de nous peut-être... Eh bien l'herméneutique nous ouvre à la compréhension de " l'ésotérisme judéo-chrétien " propre à ce grade. Si le bijou unit les deux faces du Testament, comme la Bible unit les deux Alliances, ne serait-il pas allusif aux paroles de Paul dans Romains 11, 24 lorsqu'il s'adresse aux chrétiens de son temps en ces termes : " Si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison seront-ils entés - il s'agit des Juifs - selon leur propre nature, sur leur propre olivier.
" Certes l'Apôtre a en vue un événement qui touche au prophétisme, mais qui pourrait bien s'appliquer à une période où notre Rite aurait une place de choix, lors de la gloire de l'olive et qu'évoquent peut-être ces paroles de l'Ange à Zorobabel en Zaccharie 4, 11-14 = " Qui sont ces deux oliviers à la droite et à la gauche du chandelier ?... Qui sont ces deux grappes d'olivier qui se trouvent auprès des deux entonnoirs d'or, et d'où l'or découle ?... Il me dit : Ce sont les deux fils de l'onction qui se trouvent près du Seigneur de toute la Terre. " On sait que, dans la vision de Zaccharie, le Candélabre soutient sept lampes comme la Menorah, et que ce sont les sept yeux de l'Éternel qui parcourent toute la terre, alors que les deux fils de l'onction ou les deux oliviers sont Zorobabel et Jésus le Grand Prêtre.
N'est-il pas étrange de retrouver ainsi un symbole qui se rapproche manifestement de ceux décrits dans le degré de Maître Écossais de St-André ? Comment ne pas entrevoir alors dans ce Rite une propédeutique à la grande rencontre, à la grande symbiose des deux peuples : juifs et chrétiens ? Si je me trompe vous me pardonnerez de m'être laissé emporter un instant sur les ailes de l'Esprit et d'avoir fait fructifier le talent évangélique du Rite Rectifié dans une banque étrangère à celui-ci... mais en suivant pour ce faire le conseil du Christ lui-même !
Le second exemple nous est fourni par l'Ordre Intérieur. Nous avons vu comment le génie willermozien avait su dégager le templarisme rectifié de tous les apports artificiels qui en rendaient méconnaissables les traits d'authentique chevalerie spirituelle.
Le voici désormais situé parmi les milices chevaleresques sub regula et doté d'une fin religieuse et d'une éthique assez analogues à celles des autres Ordres de chevalerie. Lui aussi dispose d'un " code d'honneur " qui fait obligation au chevalier et selon les termes de l'ancienne tenure, de se mettre " au service de la veuve, de l'orphelin, de l'opprimé, de la justice et de la paix de Dieu d'abord " ; aussi ne faudra-t-il pas s'étonner de retrouver dans les rituels du Rite des formules identiques à celles des Ordres de chevalerie qui prirent leur essor dans le siècle précédant l'an mille et dans une large mesure sous l'influence de Cluny. C'est alors seulement que l'esprit du christianisme pénétra de plus en plus la caste des chevaliers, donnant naissance à la chevalerie organisée.

Là s'arrête pourtant la comparaison entre les Ordres de chevalerie et l'Ordre Intérieur Rectifié et là débute en revanche, l'aventure de la chevalerie initiatique. Pourquoi ? Précisément parce que Willermoz a su soucher l'Ordre Intérieur sur les quatre degrés maçonniques et maintenir le lien spirituel entre l'Ordre Intérieur et l'Ordre du Temple ou plutôt entre la chevalerie de la Cité Sainte et la Milice du Temple telle qu'elle était à l'origine de sa vocation et telle que la voulait sa fin célestielle, pour employer le langage de la Queste du Saint Graal. Dans cette perspective l'Ordre Intérieur, à l'instar de l'Ordre du Temple, doit être conscient de l'Unité d'être de toute la chevalerie d'Occident et d'Orient, chrétienne ou non. Or si l'adoubement liturgique eut pour but très louable et très saint " d'élargir ici-bas les frontières du Royaume de Dieu ", selon l'expression de Léon Gautier, il était en " mode religieux " la poursuite ininterrompue d'un rite pré-chrétien et de même extra-chrétien. Un rite d'initiation dont les Templiers, ces soldats du Christ, connaissaient le sens profond, ésotérique, celui-là même que nous revendiquons pour distinguer la chevalerie rectifiée de l'exotisme religieux.
Vous avez deviné que cette chevalerie initiatique, référée au Temple, est celle de la " Massenie du Saint Graal "à laquelle Guénon fait allusion dans son ouvrage l'Ésotérisme de Dante, ou qu'il rattache à la " Garde de la Terre Sainte ". Il mettra d'ailleurs les Templiers en rapport avec les " Gardiens de la Terre Sainte " lorsqu'il établira une relation entre le centre des Templiers, celui de Jérusalem et la mystérieuse Salem de Melkitsedeq.
Guénon accorde enfin aux Templiers le " don des langues ", conscience intérieure de la véritable unité doctrinale les rendant capables de communiquer avec les représentants des autres traditions (1). À propos de l'ésotérisme chevaleresque, il admet que les Templiers aient, je cite : " possédé un grand secret de réconciliation entre le Judaïsme, le Christianisme et l'Islamisme " et qu'ils " buvaient le même Vin que les Kabbalistes et les soufis. " C'est à cette occasion enfin qu'il conclut comme suit : " et Boccace leur héritier en tant que Fidèle d'Amour ne fait-il pas affirmer par Melkitsedeq que la vérité des trois religions est indiscutable parce qu'elles ne sont qu'une en leur essence profonde ".
Bref, nous voici parvenus, toujours en suivant le Rite Rectifié et ses étapes, et dans la ligne même de son ésotérisme judéo-chrétien, puis chrétien, puis chevaleresque, au point central où tout le monothéisme s'unifie, au centre à partir duquel l'universalisation noachite de la tradition d'Abraham devient visible, compréhensible et s'ouvre à toutes les Traditions initiatiques d'Orient et d'Occident :

- Avec l'Écossais de St-André, l'Ordre maçonnique se découvre chrétien... mais par la racine ésotérique de la Maçonnerie, les deux Alliances s'unissent là en un seul sceau, celui du Bouclier de David.
- Avec l'Ordre Intérieur, le Christianisme du Rite s'élève d'un degré en s'armant pour la défense du Christ, mais, par la racine ésotérique du Temple, les trois Traditions monothéistes se retrouvent là, dans la garde de la Terre Sainte et de son unique dépôt, au centre de tout l'Univers traditionnel d'Orient et d'Occident. Tel est le temple de la Cité Sainte typifié par la Chevalerie Templière d'Occident et que mon regretté filleul dans l'Ordre et ami très cher, Henry Corbin - auquel je rends aujourd'hui un ultime hommage -, a magnifiquement décrit dans l'introduction analytique aux Sept Traités des Compagnons Chevaliers de l'Islam iranien ; je le cite pour clore ce chapitre (2).

" Déjà entre les Templiers de St Bernard et les Templiers du Graal de Wolfram von Eschenbach et d'Albrecht von Scharfenberg il y a une progression dans un sens ésotérique qui n'est pas étranger à la gnose chevaleresque d'origine primordiale : la " fotowwat ". II y a plus. Jamais le souvenir du Temple et des Templiers n'a pu être déraciné en Occident. Il ne s'inscrit pas seulement dans la topographie où nous pouvons encore facilement en suivre les traces, mais aussi dans une aspiration secrète et continue des consciences. Aussi voyons-nous reparaître et revendiquer au XVIIIe siècle, avec la maçonnerie templière, l'héritage du Temple... Ce n'est point par des documents d'archives et des actes notariés que l'authenticité de cette descendance peut être garantie, bien que les traditions qui font état du rôle de l'Écosse pour sa transmission à travers les siècles obscurs, recèlent quelque chose qui n'est peut-être pas de l'histoire mais n'est pas non plus mythe ou pure légende. La résurgence de la chevalerie templière comme chevalerie mystique au cœur de l'ésotérisme en Occident au XVIIIe siècle est une illustration par excellence du passage de la chevalerie guerrière à la chevalerie mystique...
... "II est superflu de rappeler ici le passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie symbolique s'effectuant par le lien qui, au Moyen Age, unit les maçons constructeurs de cathédrales avec les Chevaliers du Temple. "
Ce lien... est celui de l'ésotérisme et d'un compagnonnage divin dont le traité iranien nous montre qu'il rassemble les hommes de désir ou les " Amis de Dieu " dans un ordre à vocation chevaleresque et prophétique dont Abraham le Père des croyants donne la personnification.
Une chevalerie transhistorique et finalement, par là même, transconfessionnelle, mais non point a-confessionnelle, une philoxénie spirituelle qui fait du chevalier et dans son for intérieur, un " errant " et un " étranger " sur terre, comme Dieu lui-même se qualifie dans un psaume. Un ami de tous les étrangers qu'il accueille à sa table et avec qui il rompt le pain, partage le sel et boit le vin comme le fit Abraham avec les trois entités angéliques. Une chevalerie qui n'a que faire des serments car, comme le dit une innovation heureuse de nos rituels, elle n'en peut rompre aucun si elle ne comprend dans son sein que des hommes aptes à saisir le sens caché des signes, que des hommes épurés et par là incapables de commettre vilenies et bassesses par la parole, l'acte, l'écrit, la manœuvre souterraine ou la dénonciation d'autrui, etc. Une chevalerie d'hommes, ni clercs ni pourtant laïcs, et qui habitent au sein du Temple johannite comme les " Gottes Freunde " de la mystique rhénane, d'hommes déjà morts à leur moi, même celui de leur justification religieuse, et qui ne " meurent " plus lors de la mort physique et de ce que l'Écriture nomme la " deuxième mort ".
Chevalerie précellente entre toutes, qui prend le sens de sodalité ésotérique et hiérarchique = un secret de condition divine, un secret de la double nature de l'Envoyé de Dieu !

J'en ai terminé avec cette évocation abrahamique et l'ésotérisme du Rite m'aura permis de joindre la mystique du Rhin à celle du Rhône, tout comme le Rite, né au Convent des Gaules, nouait la science et la foi des Strasbourgeois à celles des Lyonnais.
Sans doute, cette peinture ésotérique est-elle comme recouverte d'une brume qui sied à un tel type de description picturale. Vous ne me tiendrez pas rigueur car la même brume est celle de Lugdunum, énigmatique ; elle laisse à peine deviner les traits de tels de nos maçons rectifiés lyonnais, actuels, et ardents défenseurs du Rite de Jean-Baptiste Willermoz, dans cette ville secrète et mystérieuse où ils sont comme la postérité spirituelle des grands maçons dont j'ai évoqué la mémoire au cours de ce long exposé. C'est pour moi l'occasion de remercier particulièrement mon vieux compagnon de route Raymond Peillon, et bien sûr Michel-Henri Coste, Albert Girod, Paul Prudent et d'autres encore que je ne puis citer pour... éviter les oublis et qui me le pardonneront.

 

source : http://www.hermanubis.com.br/artigos/FR/artigoemfrances003WillermozetleRER.htm 

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Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:41

Exposons brièvement la doctrine de Martinez, du moins ce que nous croyons en avoir saisi dans son ouvrage "LE TRAITE DE LA REINTEGRATION DES ETRES" qui reste très obscur. L'idée force du Traité est aussi celle qui soutient les travaux théurgiques de l'Ordre des Elus Cohens et les développements philosophiques de L.C. de Saint- Martin, cette idée est la chute de l'homme hors du domaine spirituel dans la matière d'où il doit maintenant accomplir son retour vers l'esprit. Sa vision cosmogonique est comparable à celle de nos physiciens modernes avec la théorie d'extension et rétraction de l'Univers. Tout est parti de Dieu et tout doit y revenir. L'homme a donc subi une chute allant au-delà du plan prévu par Dieu pour l'incarnation de l'esprit dans la matière. S'étant séparé en conscience de son créateur, il fut rejeté de son Sein et s'est retrouvé emprisonné dans la matière.

Le monde matériel est lui-même un monde d'exil et de châtiment, créé tout spécialement pour servir de prison à ceux parmi les premiers êtres émanés de la Divinité qui, par leur propre volonté et sous l'impulsion de l'orgueil, ont voulu agir de façon séparative et autonome. C'est pourquoi la matière est comme le nomment les Hindous, "Maya", une illusion.

L'homme lui-même vient en second dans cette création, après la chute des anges devenus démons et que Martinez appelle Esprit Pervers. Ce sont eux qui ont commencé la chute. L'homme primordial collectif que la Kabbale nomme "Adam Kadmon", fut créé avec pour mission de régner sur le monde matériel, afin de le restaurer dans l'unité première. La "prévarication" de l'homme est une répétition de celle des esprits pervers. Adam, étant la dernière des créatures, régnait sur les anges et sa place était privilégiée dans la création. Il était créé dans une forme glorieuse, c'est là le véritable Paradis Terrestre, "Terre élevée au-dessus de tous sens", comme le dit Martinez. Or, appelé à être le Créateur d'une postérité de Dieu dans la forme glorieuse égale à lui-même, Adam voulut créer par sa propre volonté et donna, ainsi, naissance à une postérité impure précipitée dans la matière.


"Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de créateur. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération." (1)

Et telle fut la conséquence de son acte criminel :

"Mais, dira-t-on, à quel usage a donc servi à Adam cette forme de matière qu'il avait créée ? Elle lui a servi a faire naître de lui une postérité d'hommes en ce que le premier mineur Adam, par sa création de forme passive matérielle, a dégradé sa propre forme impassive, de laquelle devaient émaner des formes glorieuses comme la sienne pour servir de demeure aux mineurs spirituels que le Créateur y avait envoyés. Cette postérité de Dieu aurait été sans borne et sans fin si l'opération spirituelle du premier mineur avait été celle du Créateur, ces deux volontés de création n'auraient été qu'une en deux substances".

C'est alors que l'homme fut chassé de son corps glorieux pour habiter le monde matériel au milieu des animaux, car c'est de cette terre qu'il avait sorti l'objet de sa prévarication. Si Adam avait eu la mauvaise volonté d'agir contre le Créateur, par contre, la pensée lui avait été suggérée par les "Esprits Pervers". Il n'est donc pas responsable de cette pensée mauvaise. C'est la volonté qui soumet l'être, soit à la pensée mauvaise démoniaque, soit à la pensée bonne des créatures angéliques. Il y a donc un intellect mauvais et un intellect bon, le premier est conséquence de la chute et le second vient de Dieu. Ceci sera développé par L.C. de Saint-Martin pour qui l'intellect, s'il a séparé l'homme du divin, doit le réconcilier par la gnose.


La communication directe entre Dieu et l'humanité est coupée depuis la chute. L'intellect est dans une aberration qui l'enchaîne aux sens physiques et la conséquence en est l'idolâtrie du fait scientifique et la philosophie du siècle des Lumières. La gnose est une véritable "Charité Intellectuelle" que Martinez dans son traité, puis Saint-Martin dans ses ouvrages, offrent à l'humanité. De "pensant", par la chute , l'homme est devenu "pensif" et pour s'unir à nouveau à "Sophia", la Sagesse, l'homme doit faire appel aux intermédiaires. Ce sont les bons esprits que dans ses invocations théurgiques il demande à pouvoir commander par la grâce de Dieu. Il chasse les mauvais esprits toujours prêts à l'influencer négativement. Le "Philosophe inconnu" pour son compte, délaissera les pratiques rituelles théurgiques pour s'orienter vers une voie cardiaque interne, faisant appel à l'intercession du Christ.

Après cette chute et cette malédiction divine, Adam parvint à obtenir le pardon divin et sa création, quoique matérielle, fut à nouveau considérée. Il confessa son crime avec un sincère repentir et fut donc en partie réuni dans ses premières vertus et puissance, conformes aux lois de la réconciliation. Mais alors naquit Caïn (2), postérité maudite et déchue d'Adam. Deux autres enfants de même nature succédèrent à Caïn. Adam ne parvenant pas à obéir aux instructions de tempérance du Créateur allait dans un profond dégoût de lui-même. Enfin, Abel fut conçu dans l'harmonie divine et ainsi se fit une postérité glorieuse, car le culte qu'Abel rendait au Créateur était le type réel que le Créateur devait attendre de son premier mineur. C'est pourquoi Seth, puis Noé, représentent la lignée des Prophètes, des Elus possédant la connaissance et les vertus de rétablir les opérations divines. Cette filiation raciale, comme tout le récit, est à comprendre comme un mélange de fiction allégorique et de faits ésotériques d'où la difficulté d'interprétation. Caïn naquit de la passion, il y a donc dans cette version de la chute un deuxième stade tel que l'on imagine le péché originel dans la Bible, c'est-à-dire de nature sexuelle.

Après la première réconciliation, il fut ordonné à l'homme de croître et multiplier. "Adam et Eve exécutèrent cet ordre avec une si furieuse passion des sens de leur matière, que le premier homme retarda par là son entière réconciliation". On comprend qu'il y ait alors deux postérités et deux humanités. La seconde postérité d'Adam, qui est celle de Seth, s'est rendue susceptible de réconciliation. Celle de Caïn doit encore être réconciliée. "Elle paie encore le tribut à la justice du Créateur". Ceux qui composent l'Assemblée des élus qui seuls ont été réconciliés par la venue du Christ sont missionnés dans le plan du rachat divin et reçoivent l'inspiration intellectuelle, la gnose, SOPHIA, ce sont les "illuminés".

Dans cette perspective, Martinez lui-même mais aussi J. Boehme, Swedenborg et Saint-Martin sont des missionnés de Dieu éclairés par la lumière intellectuelle. Ce sont des "mineurs" d'après la terminologie de Martinez, le mot pourrait être rapproché de "Jiva". L'âme personnelle émanée du Tout des Hindous, ce sont des mineurs qui, bien que la postérité d'Adam, sont de purs pensants et non pensifs. D'autres mineurs furent émanés avant Adam par la seule volonté divine, ce sont les envoyés du Père dont parle Papus (3). Le plus grand d'entre eux étant le Christ, il y a aussi Enoch, Noé béni dans sa descendance, Sem, Cam et Japhet, Melchisedec et Abraham. On peut encore ici faire un parallèle avec la doctrine hindoue des Avatars ou fils de Dieu (4). Dans les milieux Martinistes du XIXème siècle, le grand thaumaturge dit "le Maître Philippe de Lyon" (5) sera tenu pour un tel être.

Mais revenons sur la notion de ces justes qui, bien qu'étant de notre humanité, ont gardé le contact avec la pensée divine et accomplissent les plans du Créateur, car c'est justement certains de ces êtres que Balzac a fait surgir dans sa Comédie Humaine, lui-même se considérant sans doute comme un illuminé dans le sens que nous avons donné à ce terme avec Martinez de Pasqually. Il nous faut citer le mage de Bordeaux : "Quoique ces êtres soient consolés dans leurs afflictions et assurés de leur réintégration, cela n'empêche pas que leurs tourments soient considérables de ne pouvoir jouir parfaitement de la vue de l'esprit consolateur qui leur parle. Ils sentent cependant que tout ce qu'ils éprouvent est juste, relativement à la prévarication du premier homme et un serment que le Créateur a fait que ni le premier homme, ni aucun de sa postérité ne soient réintégrés dans le cercle divin avant le grand combat qui doit se livrer par le vrai Adam ou Réaux entre la terre et les cieux, pour le plus grand avantage des mineurs". Si ces justes qui reposent dans la sphère saturnienne après leurs incarnations sont comparables à ce que l'hindouisme appelle les Vibhutis (6), la vision eschatologique de Martinez est aussi celle exprimée dans le Mahabarata et la Baghavad Gita d'un affrontement final entre les forces du bien et du mal.

Le Réaux est celui qui a retrouvé ses pouvoirs d'origines, c'est le Rose-Croix, le Réalisé, mais la réintégration complète ne pourra se faire que lorsque le dernier humain aura été réconcilié car chaque être humain est une cellule de l'Adam Kadmon, participe en tant que tel au grand corps de l'humanité et doit réintégrer le plan de conscience prescrit à l'origine pour les mineurs émanés. La doctrine de Martinez est d'une certaine complexité et reste d'une interprétation délicate, attendu qu'il est difficile de faire la part entre ce qui est symbolique, allégorique et ce qui se veut un exposé précis de l'aventure spirituelle de l'homme et du cosmos. Une bonne connaissance de base en numérologie, en kabbale et des écrits bibliques est d'un grand secours pour son exégèse.

L'Ordre des Elus Cohens offrait à ses membres une technique théurgique basée sur cette doctrine et transmettait aux disciples avancés une initiation visant à la régénération spirituelle de l'homme. Initiation qui, comme nous allons le voir, existe encore de nos jours. Après une propagande de 1758 à 1760, à Lyon et dans le midi de la France, Martinez de Pasqually s'installe à Bordeaux en 1762. Il quittera cette ville en 1772 pour Saint Domingue. L'ordre débute ses activités en 1762.

Louis Claude de Saint-Martin rencontre le Maître en 1768 et deviendra son secrétaire en 1771. L'Ordre se désagrège juste après la mort de Martinez en 1774, car ses deux plus proches disciples délaissent ce canal et diffusent l'enseignement à leur manière. Willermoz, riche marchand de Lyon, essaya d'infuser la doctrine de Martinez dans l'Ordre Maçonnique de la "Stricte Observance Templière" fondé par la baron Von Hund, ce qui donna le rite des "Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte". Quant à Saint-Martin, il s'était écarté assez tôt du courant maçonnique et il préféra diffuser l'enseignement en l'adaptant selon ses lumières personnelles par ses ouvrages et oralement à travers des cercles d'amis parmi lesquels quelques-uns reçurent l'initiation en provenance de Pasqually. Cette initiation encore véhiculée par certains Ordres Martinistes, semble être d'une grande importance et reste une énigme. Est-elle comparable au Consolamentum des Cathares et à la transmission apostolique des églises chrétiennes ? Peut-être s'agit-il de la transmission de l'Esprit, de l'Eglise intérieure, celle de Saint-Jean ; c'est de cette seule Eglise que se réclamait véritablement Honoré de Balzac.

Ni Pasqually, ni Willermoz, ni Saint-Martin n'ont jamais fondé l'Ordre Martiniste. Celui-ci fut créé par le grand occultiste Gérard Encausse (dit Papus) en 1891, et il l'anima jusqu'en 1916, date de sa mort. (lire la suite)

(1) Lire "Le Traité de la Réincarnation des Etres" de Martinez de Pasqually
(2) (2) Caïn, qui signifie "Enfant de ma douleur".
(3) Lire "La Réincarnation" de Papus
(4) Lire "La doctrine des Avatars" de Michel Coquet
(5) Lire "Le Maître Philippe de Lyon" de Philippe Encausse
(6) A propos de Vibhuti, voici la définition donnée par Sri Aurobindo : "Le Divin apparaît comme Avatar dans les grandes époques de transition et comme Vibhuti pour aider aux transitions moindres."

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:37

1. - La Grande Profession, en même temps que la Profession, des Collèges métropolitains a été instituée lorsque fut créé l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, au Convent national des Gaules tenu à Lyon en 1778.
Au Convent de Wilhelmsbad, elle cessa d'exister of ficiellement. Un demi-siècle suffit à I'abolir, en fait, à quelques exceptions près qui étaient individuelles.
Aussi, le 29 mai 1830, Joseph-Antoine Pont, Eques a Ponte alto, et dans ses propres termes. Visiteur général dépositaire de confiance de feu ab Eremo qui était dépositaire général et archiviste de la llè province, devenu depuis sa mort seul dépositaire légal du Collège métropolitain établi à Lyon ; constatant I'inaction et la suspension indéfinie des travaux dudit Collège métropolitain ; considérant qu'il se trouve etre le seul grand dignitaire de l'Ordre subsistant dudit Collège et qu'il est aussi important qu'urgent de pourvoir à l'érection d'un College >~; vu les articles 22, 23, 24 et 25 des Statuts et Règlements de l'Ordre des Grands Profes qui prévoient un tel cas et parent au danger d'extinction; accorde une charte pour la constitution du Collège et Chapitre Provincial des Grands Profès a Genève.
La Suisse, où le Régime Ecossais Rectifié et l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte continueront de s'abriter jusqu'à nos jours, devenait aussi le conservatoire de la Grande Profession.

2. - La Grande Profession ne peut être confondue avec le grade maçonnique ni avec un degré chevaleresque ( a ) et surtout pas avec ces grades et ces degrés qu'elle surplombe. Un but lui est assigné: veiller à l'intégrité et favoriser la culture du dépôt inhérent au Saint Ordre primitif, qui existe depuis toujours et que l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, issu d'une double tradition maçonnique et chevaleresque, incarne à présent. Car les quatre grades symboliques du Régime Ecossais Rectifié ( Apprenti, Compagnon, Mâître, Maître de Saint-André ) et les deux degrés de l'Ordre intérieur ( Ecuyer Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte ) visent à former et à employer des dépositaires de confiance, chacun selon le rang et l'ouverture dont il jouit. Le Grand Profès est un dépositaire de toute confiance.

3. - La Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié, classe suprême de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication finale des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. On n'entre point dans cette classe par quelque initiation cérémonielle ni par quelque nouvelle décoration. La simplicité vers quoi tend le système entier de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte y culmine dans la pure spiritualité. La Grande Profession enchâsse l'arcane de la Franc-Maçonnerie et y participe, quoi qu'elle ne soit pas d'essence maçonnique. Ses secrets sont inexprimables et c'est ainsi qu'elle forme, de soi, une classe secrète.

4. - Les Grands Profès, selon leurs lois, ne dissimulent pas davantage qu'ils n'exhibent leur qualité. Mais une classe ou d'ailleurs un Ordre, dont la spiritualité - mieux: I'esprit fait le fond, saurait-il se vulgariser sans déchoir et sans perdre son honneur avec son mode et sa raison d'être ?

Ainsi, par exemple, la ligne successorale des Grands Profès du Régime Ecossais Rectifié n'est ni identique, ni apparentée à la filiation initiatique d'aucune classe de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l'Univers, fondé par Martines de Pasqually. L'histoire, le droit et la coutume protestent contre toute confusion de ces deux descendances dont la seconde ne paraît d'ailleurs pas s'être perpétuée jusqu'à nos jours. Les Grands Profès refusent, statutairement, les candidatures, et ils se cooptent à l'unanimité obligatoire. Des Supérieurs Inconnus , au sens quasi mythologique du titre, I'incognito leur manque, puisqu'ils sont tous Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte connus.


5. - Des mêmes Supérieurs Inconnus , il manque encore aux Grands Profès le genre de supériorité que ce titre implique. Leurs statuts et règlements excluent l'intervention dans la machinerie de l'Ordre pyramidal dont ils sont la pierre à pointe, imperceptible par beaucoup.


6. - De droit et de devoir, et éminemment, imconbent aux Grands Profès les tâches que le soin de l'Ordre requiert avec modération de tous les Maçons Ecossais Rectifiés et de tous les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Veilleurs et Gardiens; ils spéculent aussi, poussant aux recherches et aux réflexions sur le dépôt dont ils encouragent les partisans. Cette action des Grands Profès, quelle variété dans ses aspects contingents ! Mais jamais le Grand Architecte de l'Univers ne l'a laissé s'interrompre. Et il n'est pas de cas où elle se soit exercée - comment l'aurait-elle pu ? comment le pourrait-elle sans se renier ? - d'autre façon qu'en esprit et en vérité, pour le meilleur du Régime Ecossais Rectifié et de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte; pour le bien de la Franc-Maçonnerie; à l'aide des hommes qui, partout, prient, souvent à leur propre insu, pour que luise le soleil de justice, source unique de lumière et de chaleur, où le Seigneur a dressé sa tente et dont souMe Son Esprit. Cet essentiel du texte révélateur dit l'essentiel sur la Grande Profession. Ajoutons quelques remarques en marge.


I. - Histoire.

a ) la Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont succédé au Chevalier Profès, grade suprême de la Stricte Observance Templière. La date d'apparition de ce grade dans la Stricte Observance Templière est discutée: entre 1763 et 1770, selon certains; à l'occasion, selon d'autres, du Convent de Kohlo ( 1772 ) et sous l'influence du Cléricat de Starck. Jean-Baptiste Willermoz et plusieurs de ses amis ( mais Saint-Martin fit défaut ) le reçurent à Lyon, les 11 et 13 août 1774, des mains de Weiler.

Ostabat a publié et remarquablement présenté, s'agissant de ce grade: le ~< cérémonial à observer quand un Frere fait sa dernière profession >); sept articles de la Règle en usage dans l'Ordre de la Stricte Observance Templière, et qui pour le principal n'est autre que celle de l'Ordre du Temple, un court extrait de 1' Instruction pour les habits, croix et armes qui concerne directement les Chevaliers Profes ( Cf Les Chevaliers Profès de la Stricte Observance Templière et du Régime Ecossais Rectifié , Le Symbolisme, avriljuin 1969, pp. 249-263; I'article entier occupe les pages 240-283.

b ) La Profession et la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié ont été composées sous leur forme définitive, par Willermoz, pour le Convent de Lyon ( 1778 ). Iors duquel elles furent conférées à leurs premiers titulaires. C'est ainsi que le premier Collège fut constitué le 3 décembre 1778 par Gaspard de Gasparon ( Président ), Willermoz lui-même ( dépositaire général ), Jean de Turkheim, F.-R. Salzmann~ Jc;ul Paganucci ( censeur ) et Jean-André Périsse Duluc ( substitut du dépositaire ). De même Willermoz veilla à ce que des membres éminents, étrangers à la Nation française , du Convent de Wilhelmsbad ( 1782 ), les reçussent à leur tour, après être devenus, eux aussi, Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ( ou plutôt Chevaliers Bienfaisants tout court ). Willermoz a rédigé les textes rituels, notamment les instructions. Mais il avertit: tout ce que j'y ai inseré concernant la partie scientifique [ sc. doctrinale ] n'est point du tout de mon invention.


II. - Editions de textes rituels.

Paul Vulliaud a édité l'Instruction secrète pour la réception des Profès, le Dialogue après la réceptioo d'un Frère Grand Profès entre le Chef initiateur et le nouveau reçu, l'Instruction préliminaire et le Résumé général de la doctrine ( Joseph de Maistre Franc-Maçon, E. Nourry, 1926, pp. 231-257 )

L'Initiation secrète des Grands Profès a été publiée pour la première fois, par autorisation, voire par Ordre, dans l'étude précitée d'Ostabat ( p. 264-278 ), avec une excellente présentation. En 1973, la fin du texte n'avait pas encore paru. Aussi faut-il signaler une édition complète, mais postérieure et très défectueuse, du texte ap. René Le Forestier, La FrancMaçonnerie templière et occultiste aux XVIIIè et XIXè siècle, Paris, Aubier-Montaigne, et Louvain, Nauwelaerts, 1970, ( pp. 1023-1049 ).

A plus d'une reprise, la procédure utilisée par Pont, afin de maintenir l'existence de la Grande Profession, a été appliquée entre 1830 et nos jours.
De la nature particulière de la Grande Profession, il appert qu'au cas d'une réception, toute distinction entre validité et licéité serait illégitime. Seul le Président d'un College régulièrement constitué, ou son délégué est capable de faire un Grand Profes, puisqu'il est seul habilité à le recevoir dans la classe que le Collège incarne. Il n'y pas de Grand Profès, ni de Collège, "irrégulier" ou "sauvage"; il peut y avoir des pseudo-Grands Profès et des pseudo-Collèges de pseudo-Grands Profès.


III. - Doctrine.

L'originalité de la Profession et de la Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié par rapport au Chevalier Profès de la Stricte Observance Templière est flagrante. Il ne s'agit plus de spiritualité chevaleresque, même particulièrement templière, mais de communiquer une doctrine qui remonte à la plus haute antiquité, un extrait fidèle de cette sainte doctrine parvenue d'âge en âge par l'initiation jusqu'à nous.
Or, cette doctrine, c'est, sous la forme où Willermoz l'a connue et même dans sa définition qu'il vient de réumer, le martinésisme.
Sous une réserve importante cependant: la Grande Profession n'est pas une ordination, de même que l'Ordre des C.B.C.S. n'est pas l'Ordre des Elus Cohen. Les Grands Profès ne pratiquent pas, ès qualités, la théurgie et même les textes rituels sont à dessein muets sur ce sujet.
Les points capitaux de l'initiation secrète des Grands Profès sont la nature de l'initiation et celle de la Franc-Maçonnerie; un précis de l'épopée martinésiste où s'articulent Dieu, les esprits émanés, le cosmos créé, I'humanité; une interprétation du symbolisme du Temple de Jérusalem à la lumière du martinésisme et en rapport avec la Franc-Maçonnerie.
Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier le lui avait enseigné, l'un des relais seulement; maintenir, quand sombrait l'Ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martines de Pasqually lui avait révélé comme l'archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration.

IV. - Maharba, au nom des siens, assure que la Grande Profession enchâsse I'arcane de la Franc-Maçonnerie . Ne vaudrait-il pas mieux écrire: I'arcane du Régime Ecossais Rectifié ? Mais le Régime Ecossais Rectifié se tient et se donne pour la perfection de la FrancMaçonnerie ( un peu comme les Elus Cohen jugeaient les autres Rites maçonniques <~ apocryphes ). Ainsi se dissipe l'apparente inexactitude. Maharba a-t-il raison au fond ? Le Régime Ecossais Rectifié a-t-il raison au fond ? C'est une autre affaire, hors le sujet; affaire d'opinion.

V. - Enfin, voici le texte de la lettre d'envoi aux Grands Profès de Genève. Moulinié, Peschier et Aubanel, reçus antérieurement par communication et constitués le même jour en Collège métropolitain, des documents qui les habilitaient, ( communication fraternelle de Maharba, à qui grand merci ). Document historique, document doctrinal d'un véritable ésotérisme.
Très chers Frères les Chevaliers et Grands Profès de Genève !
Nous cédons à vos voeux et à notre conviction en vous envoyant la légalisation et autorisation nécessaires à la régularité et à l'extension de vos travaux.
Une seule signature accompagne ici celle du Visiteur général, mais c'est celle du neveu chéri de feu ab Eremo, de celui qui a été l'objet de toute sa tendresse, de ses sollicitations les plus secrètes, ainsi que l'écrivain de la présente en a été l'intime confident. Il le rappelle ici pour votre douce satisfaction et pour que ce nom vénéré ne reparaisse au milieu de vous que couronné par le respect de la reconnaissance qui doivent toujours l'accompagner.
Mon frère aîné est absent, le plus jeune, digne aussi de tous nos suffrages, n'a pu participer aux derniers travaux d'une manière régulière... Tout le reste a disparu.
Du sein de cette sollicitude que tant de souvenirs animent, nos coeurs ont entendu votre voeu, ils l'ont accueilli en se pénétrant de la justice, de la convenance, de l'utilité, de l'autorisation demandée, ils se sont émus de joie et de reconnaissance: Oui ! TT $ CC $ FF $ .
ils vous remercient avec attendrissement et gratitude d'avoir sollicité de nous cet acte de justice~ de devoir et ils supplient le Dieu de toute miséricorde de vous le rendre profitable et d'écarter tout ce qui pourrait en résulter de nuisible en particulier comme en général.
Point d'empressement humain, chers amis et bien-aimés Frères ! Le zèle de l'homme est loin d'être celui de la maison de Dieu ! Soyez pleins de patience, de longanimité, et surtout, Aimez-vous les uns les autres ; adorateurs et enfants de l'unité, honorez-la et soyez un comme votre rédempteur, votre Créateur ( et leur amour qui sans cesse engendre, conserve, régénère ) sont un. Au nom de cette unité, qui triomphera de toutes les divisions du temps, aimez-vous, supportez-vous, secourez-vous les uns et les autres ! Voilà le vrai sens de toutes nos instructions ! En voilà tout l'esprit ! Puissions-nous le sentir, le comprendre et l'expérimenter ! Nous vous serrons dans nos bras et vous demandons la bonne part dans vos souvenirs fraternels, comme nous vous assurons que vous avez dans les nôtres celle que mesure notre devoir et notre sincère affection.
A tous et à chacun de vous nous offrons le vrai salut et baiser fraternels.
Vos affectionnés Frères.
[ Signé: ] Antoine Willermoz Joseph Antoine Pont in ordine a Ponte alto .
Lyon 29 mai 1830

IV. - Confidence du passé, exhortation pour l'avenir.

"Article premier. La Grande Profession de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est l'acte par lequel les Chevaliers et les Frères des classes inférieures du même Ordre qui en seront trouvés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques. " Cette définition est descriptive, d'après les statuts dont elle constitue l'article premier. ( Mais rien, dans la doctrine, n'interdirait qu'un Grand Profès, de même qu'un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, fût un profane, c'est-à-dire un non-Maçon ).
La Grande Profession conserve en son entier le dépôt de la doctrine de la réintégration, voilà qui la définit philosophiquement.
L'une et l'autre définitions se concilient, voire s'articulent, se complètent, pourvu que soient reconnus la vraie origine et le but véritable de la Franc-Maçonnerie, auxquels s'ordonnent et qu'enseignent peu à peu les grades successifs du Rite Ecossais Rectifié et que les Grands Profes cultivent, sous les espèces réelles de la réintégration.
L'essentiel du passé et du futur, Willermoz le déclare dans une lettre à Salzmann, du 3-12 mai 1812 ( inédite, fonds L.A.). Son propos demeure pour tous ceux qu'il peut concerner.
Vous devez vous rappeler, cher ami, que, dès l'origine de la formation à Lyon de la classe des Grands Profès annexée à l'Ordre intérieur et d'un Collège métropolitain, il fut convenu entre tous ceux qui y participèrent avec connaissance de cause, que l'auteur, ou pour mieux dire le principal rédacteur, des instructions secrètes de cette classe qui furent alors produites, ne serait jamais connu:

I ) Parce qu'elles ne furent livrees qu'à cette condition.

2 ) On reconnut que pour attrayer la plupart des hommes il faut jeter un voile de mystère sur l'origine des choses qu'on leur présente à méditer.

3 ) Parce que nul n'étant bon prophète dans son pays, il suffit souvent que l'auteur d'une bonne chose soit connu pour que la chose même perde tout son prix. La masse juge l'homme de son gré et non plus la chose. Il fut donc convenu que tous s'accorderaient à dire que ces instructions secrètes venaient du fond de l'Allemagne; que le Frère dépositaire par de secrètes correspondances en avait heureusement découvert les possesseurs formant une classe très secrète et ignorée dans l'Ordre intérieur et qu'il en avait obtenu un dépôt central pour Lyon à l'époque du Convent National, à la condition qu'ils resteraient ignorés et que le dépositaire général correspondrait seul avec eux pour la suite et le complément des dites instructions; enfin que d'après leur autorisation, quelques Frères membres du Convent National de Lyon en avaient fait une rédaction plus correcte en langue fraçaise qui avait reçu leur approbation. Voilà ce qui fut convenu, voilà le langage que j'ai constarnment tenu envers tous les autres sans exception, dont je ne me suis jamais écarté et dont je ne m'écarterai jamais quoiqu'il arrive ailleurs. J'avais tenu le même langage à mon ami a Ponte alto [ sc. Joseph-Antoine Pont ], et il en était persuadé lorsqu'il alla à Strasbourg ou je vous l'avais recommandé. Mais, à son retour, quel fut mon étonnement à la première occasion qui se présenta sur ce sujet de le voir informé par vous que j'étais l'auteur de ces instructions ! Je fus atterré de ce coup-là dont je sentis à l'instant toutes les conséquences présentes et futures. Je mentirais si je dissimulais que je fus extrêmement sensible à cet oubli qui, dans ce genre, était plus qu'une imprudence; d'autant plus que je dus conclure qu'elle n'était pas la première et qu'elle avait été commise vers d'autes et peut-être aussi par d'autres. Mais, ferme dans mes principes et dans mes résolutions, je lui niai le fait. Le F. ab Hedera [ sc. FR.- R. Salzmann ], lui disje, s'est trompé, ou bien vous l'avez mal compris. Les choses sont comme je vous les ai dites, tenez-vous-en à cela; je dois le savoir mieux que personne, puisque le dépôt est venu par mon entremise et qu'il est resté entre mes mains. Depuis lors, il a évité de m'en reparler, et moi de même. Si je m'étais cru permis de pouvoir faire une confidence à quelqu'un, certes, c'est à lui que mon coeur l'aurait faite. Mais pouvaisje, à cause d'une indiscrétion, me soustraire à un engagement commun, lorsque tous les autres y restaient assujettis ? J'ai pu sans blesser la vérité soutenir le plan qui a été convenu, parce que, si j'ai été le principal rédacteur de ces instructions, je n'ai pas créé la doctrine qu'elles renferment et n'en suis pas l'auteur. J'en ai déguisé la source pour un plus grand bien, et voilà tout. Cependant, par ce fâcheux et imprévu événement, je me vis arrêté tout court dans mes projets de développement de doctrine que j'avais jugés nécessaires et dont j'avais depuis quelques années commencé l'exécution et je pris dès lors la ferme résolution que j'ai suivie de me concentrer désormais en moi-même sur ces matières, ce qui vous explique pourquoi, depuis cette époque, je me suis mis beaucoup moins à découvert. [...]
Vous voyez en même temps que, depuis fort longtemps, j'étais allé au-devant de vos observations sur nos instructions des G.P. et que j'avais senti la nécessité de donner plus de développement à quelques parties pour les rendre plus intelligibles, plus attrayantes, plus profitables. Quand elles furent produites, on voulait bien dire beaucoup, mais on craignait encore plus d'en dire trop. On était de plus entouré de systèmes et de censeurs et il fallait user de beaucoup de ménagements pour ne heurter personne. Les temps sont changés, trente années et plus écoulées depuis lors ont élagué les systèmes et fait disparaître bien des censeurs; on peut donc prendre un peu plus de latitude, sans dévier néanmoins des bases sur lesquelles la doctrine des G.P. est établie; et surtout ne pas imiter les auteurs que vous me citez, qui, tous, ou presque tous, à côté des vérités les plus sublimes, ont glissé des idées systématiques et disparates qui déparent tous leurs écrits: unité et simplicité de doctrine doit être le caractère de l'initiation des G.P., comme son but distinctif doit être de faire sentir la nécessité de la religion chrétienne et de la faire aimer et pratiquer, puisqu'il est hautement avoué dès le 4è grade [ sc. Maître Ecossais de Saint-André ].
Je pense comme vous, cher Ami, que ces explications données sur les grades symboliques sont trop incomplètes et devraient être plus étendues. Lorsqu'elles furent produites, on trouvait tout trop long et il fallut trop abreger. On peut y obvier si tous ceux qui ont des idées sur ces objets veulent fournir des notes qui faciliteraient le travail. Fournissez les vôtres et promptement. De plus, les quatre rituels ont été fort embellis, surtout le quatrième, par les additions qui y ont été faites d'après les bases qui furent adoptées à Wilhelmsbad. Il faut donc aussi les expliquer. Je pense aussi avec vous qu'il faudrait y développer le but, les avantages et les rapports de l'Ordre intérieur dans l'assemblée, vu qu'il est aujourd'hui fixé sur des bases invariables. Fournissez donc vos notes et observations sur toutes les parties qui composent les instructions des G.P., pour pouvoir parvenir à les rendre plus utiles.
Relisez en critique toutes ces instructions; notez, dans quelle partie que ce soit, les lacunes, les obscurités, les besoins d'explications ou de développement qui vous frapperont; proposez vos idées sur le comment et le pourquoi. Ces choses peuvent être rendues plus claires, plus complètes, plus utiles. La réunion des idées qui viendront de vous et d'ailleurs pourra faire jaillir quelques nouveaux traits de lumière qui en prépareront le plus grand perfectionnement possible. [...]
En plusieurs lieux, dans les séances qui sont consacrées par les statuts des G.P. à l'étude et aux conférences sur leurs instructions secrètes, on y fait ces jours-là un travail mixte; on s'occupe de divers systèmes hypothétiques, souvent plus ou moins discordants; on y raisonne sur des peut-être. Je dis qu'au milieu de ces divagations scientifiques où la vérité reste encore obscure, la curiosité humaine se satisfait, mais la vraie foi n'y gagne rien. L'initiation des G.P. instruit le Maçon, éprouve l'Homme de Désir, de l'origine et formation de l'univers physique, de sa destination et de la cause occasionnelle de sa création, dans tel moment et non un autre; de l'émanation et l'émancipation de l'homme dans une forme glorieuse et de sa destination sublime au centre des choses créées; de sa prévarication, de sa chute, du bienfait et de la nécessité absolue de l'incarnation du Verbe même pour la rédemption, etc. etc. etc. Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d'amour et de confiance, de crainte et de respect et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont hé parfaitement connues des Chefs de l'Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Mais, depuis lors, elles se sont successivement perdues et effacées à un tel point qu'aujourd'hui, chez vous comme chez nous, les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. Puisque cette initiation a pour objet de rétablir, conserver et propager une doctrine si lumineuse et si utile, pourquoi ne s'occupe-t-on pas sans amalgame de ce soin dans la classe qui y est spécialement consacrée ?

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Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:32


I.- L'écossisme.


a ) Le grade de Maître Ecossais de Saint-André ( Rite Ecossais Rectifié ), sous ce nom et sous ceux d' Ecossais et de Maître Ecossais ) qui le désignent aussi, ainsi que le grade de Mâître Parfait de Saint-André qui le dédouble parfois et celui d'Ecossais Vert auquel il a succédé, appartiennent à la famille des grades dits écossais. Famille immense et turbulente, où les avortons, les mort-nés et les stériles abondent, mais dont plusieurs dizaines de membres ont survécu, avec des fortunes diverses, certains s'illustrant; tous issus, sur le continent. du Scotch Mason attesté à Londres en 1733 ( où il engendrera le Royal Arch ) et débarqué en France à la fin de 1743. ( Leur floraison anarchique ne commencera pas avant 1760. )

b ) La documentation se trouve principalement à la bibliothèque municipale de Lyon ( fonds Willermoz ); parmi les nombreux compléments qui nous sont parvenus, citons ceux que conserve la bibliothèque du Grand Orient à La Haye. Très généralement, Cf les bibliographies du Rite Ecossais Rectifié établies par Robert Amadou ( Bibliographie du Rite Ecossais Rectifié , hors commerce ) et Jean Saunier ( Eléments de bibliographie , Le Symbolisme, octobre-décembre 1968, pp. 56-68 ) et surtout la bibliographie à paraître que ces deux auteurs ont compilée er. collaboration. Dès maintenant, il faut signaler, d'un intérêt exceptionnel, par Jean Saunier, Introduction à l'hude du grade de Mâître Ecossais de SaintAndré )) ( J. Saunier et B. Guillermain, Rite Ecossais Rectifié..., [ Paris ]. Chancellerie de l'Ordre ~ 1971 ], pp. 9-55 ). La fervente étude de Charles Montchal, Loge de Saint-André... Origine, histoire, rituels, symboles, Genève, imp. d'Albert Kundig, 1913, tirée à 100 ex. h.c., procure maint renseignement et surtout mainte réflexion utile, mais la critique historique doit s y appliquer.

c ) Le thème général, commun à la plupart de ces grades et où des thèmes adventices furent rattachés avec plus ou moins d'adresse, est celui de la destruction du premier Temple et de sa reconstruction, de l'exil à Babylone et du retour sous Cyrus.

d ) Dans le labyrinthe signalons une fausse piste: I'Ecossais de Saint-André d'Ecosse composé par le baron de Tschoudy en 1765 appartient à la famille écossaise, mais il ne possède pas de rappon direct avec le grade en question.

e ) Autre erreur à dénoncer: les liens déclarés de l'Ecossais Vert et du Maître Ecossais de Saint-André avec l'Ordre de Saint-André du Chardon, où Robert Bruce, en Ecosse géographique cette fois, aurait admis des Templiers réfugiés et, particulièrement, avec la résurgence stuardiste de cet Ordre, peuvent revêtir un fort beau symbolisme, mais ils manquent de fondement historique.

2. - La Stricte ObservanceTempliere.

La Stricte Observance Templière possédait au moins deux grades écossais. L'un d'eux, I'Ecossais Vert, constituait le quatrième grade et ouvrait le deuxième degré des grades du système; il appartenait donc à l'Ordre intérieur, tandis que les trois premiers grades, constituant le premier degré , étaient les grades symboliques qu'on dirait anglais ( Un rituel de ce grade a été publié par Ostabat, Le Symbolisme , juillet-octobre 1971, pp. 226-244. )

La présence de grades écossais dans la Stricte Observance Templière répondrait, selon Alice Joly, à un compromis entre les usages des loges allemandes tels que les avait modifiés l'admission dans l'Ordre des Chevaliers Templiers de Starck et Raven, et ceux des Frères de Strasbourg, attachés à cultiver les Hauts Grades français .

3. - La réforme lyonnaise.

a ) En tout état de cause, la présence de l'Ecossais Vert, guère templariste en effet, étonna les Frères Iyonnais.
En août 1774, ils demandèrent à Weiler, qui venait les rectifer en leur apportant la Stricte Observance Templière, si l'Ecossais Vert relevait bien de l'Ordre intérieur. La réponse fut confirmative.

b ) Au mois de mars 1777, Lut7elbourg proposait que le grade fût ôté de l'Ordre intérieur pour venir couronner le premier degré . Le 28 mars 1777, le Chapitre de Lyon y fit droit; il pratiquera désormais quatre grades symboliques: Apprenti, Compagnon, Mâître et Ecossais Vert.
Le 25 avril de la même année, le Grand Directoire d'Auvergne déférant aux intentions du Sérénissime Frère Grand Supérieur de l'Ordre, notifiées par le Très Révérend Frère de l'Arc, Commissaire Général, le 4 avril et à l'invitation du Très Révérend ~rand Chapitre Provincial de Bourgogne d'adhérer à sa délibération du 18 mars dernier, et vue la cessation des motifs qui ont empêché jusqu'à présent les provinces de France de s'assimiler à celles d'Allemagne et autres de l'Ordre concernant le grade d'Ecossais Vert, a confirmé unanimement ses délibérations précédentes faites en Directoire Ecossais et notamment celle du 28 mars à ce sujet.

En conséquence, il a arrêté qu'à compter de ce jour le grade d'Ecossais Vert serait rendu ostensible dans toutes les loges réunies du district sous la simple dénomination d'Ecossais ainsi que le tablier, ruban et bijou affectés à ce grade; qu'il serait joint aux trois premiers grades et ferait le complément de la maçonnerie symbolique; que néanmoins il ne serait jamais conféré que par le Directoire ou avec sa permission par écrit aux Frères de son district, ou a~ec la permission par écrit de celui auquel ils appartiendront, en se corformant à la délibération et aux règlements qui y sont joints, détaillés dans le protocole de ce jour aux registres du Directoire Ecossais séant à Lyon, dont copie sera envoyée au T.R.F. de l'Arc ainsi que du tableau ostensible des membres du Directoire qui suit ladite délibération .( Registre des délibérations du Grand Directoire, B.M. Lyon mss 5 481, p. 8 ).

c ) Lors de la 8e séance du Convent des Gaules, le 5 décembre 1778, Willermoz ayant fait savoir combien le grade d'Ecossais Vert, moitié symbolique, moitié appartenant à l'Ordre intérieur, avait été juqu'ici peu satisfaisant, le Convent, en le détachant des Hauts Grades, le déclara quatrième grade symbolique et a approuvé le plan de réforme proposé par ce Frère, qui a été exhorté à le rédiger sur cet aperçu, et à présenter son travail, lors de la rectification des grades symboliques.

En conséquence de quoi, I'Ecossais ( Vert ) fut rebaptisé et, déplacé, son rituel fut modifié et le Code maçonnique des Loges réunies et rectifiées de France, de 1778, édicta au Chapitre X: La maçonnerie rectifiée ne reconnait que quatre grades, savoir: ceux d'Apprenti, de Compagnon, de Maître et de Maître Ecossais. Tous les autres grades, sous quelque dénomination qu'ils soient connus, principalement toute espèce d'élu, de chevalier KS [ sc. Kadosch ] et des grades qui leur ressemblent, sont expressément défendus dans toutes les loges réunies, sous les peines les plus graves, comme dangereux et contraires au but et à l'esprit de la FrancMaçonnerie.

4. - A Wilhelmsbad.

Ce point, comme tant d'autres, fut entériné au niveau du Régime par le Convent de Wilhelmsbad en 1782, dont le recès porte, chapitre IV: Et comme dans presque tous les Régimes, il se trouve une classe écossaise, dont les rituels contiennent le complément des symboles maçonniques, nous avons jugé utile [sur son exemplaire imprimé, conservé à la B.M. de Lyon, Willermoz a porté ici la correction manuscrite: ou nécessaire ] d'en conserver une dans la nôtre, intermédiaire entre l'Ordre symbolique et intérieur; avons approuvé les matériaux fournis par le comité des rituels et chargé le R $ F $ ab Eremo ( Willermoz ) . [ W. a d'abord ajouté après ce dernier mot: aîné, puis il a biffé son titre, son nom d'Ordre et son patronyme et écrit en place: I'un de ses membres ] d'en faire rédaction. ( Ex. imprimé, annoté à la main par Willermoz, B.M. Lyon, mss 5 458, pièce 2bis, p. 5 ).

Willermoz ne faillit point à la tâche.


II. - ORGANISATION.

1. - Ainsi le Maître Ecossais de Saint-André, qui s'appela d'abord Maître Ecossais sans autre, est, dans le Rite Ecossais Rectifié, et n'importe ses origines et ses apparentements historiques, un grade symbolique ( puisqu'il est maçonnique stricto sensu ); mais un grade vert et non pas bleu . Il complète, parfait le grade de Maître Maçon ( à l'instar du Royal Arch sur une branche collatérale du Scotch Mason ancestral ).

2. - Entre la Maîtrise et la réception du quatrième grade, un délai d'un an est requis. Le Maître Maçon qui souhaite, toutes conditions étant remplies d'ailleurs, accéder au dit grade, en fera la demande au Député-Maître de la Loge Ecossaise.

3. - Les marques distinctives des Maîtres Ecossais sont: ler un Tablier de peau blanche, coupé en carré, long en travers, ainsi que la bavette, qui sera doublée de taffetas vert, la bavette rebordée couleur de feu; 2è un cordon vert à gros grains moiré de la largeur de deux pouces et demi, avec une rebordure de trois lignes en couleur de feu, sur le bord extérieur seulement, avec une petite rosette aussi couleur de feu au bas; 3è le bijou du grade en vermeil, qui sera suspendu sur la poitrine par le cordon passé au col en sautoir, et qui y sera attaché par un petit ruban couleur de feu. Ce bijou sera une étoile flamboyante à six pointes, formant un double Triangle avec le lettre H au milieu entre le Compas et l'Equerre sur un fond en couleur de feu. Cette étoile sera entourée d'un cercle surmonté d'une couronne. ( Code ... de 1778, Article X. Sur son exemplaire imprimé, Willermoz avait note en marge: Ce bijou sera changé dans le nouveau rituel du quatrième grade. B.M. Lyon mss 5 458, pièce 2 ).

4. - La Loge Saint-André n'est point permanente ni délibérante; elle n'a point de caisse propre à elle, elle n'existe que temporairement et seulement pour des cas de réception, de scrutin et d'instruction de nouveaux reçus. Elle est placée sous la dépendance d'une Préfecture ( c'està-dire de l'Ordre intérieur ) ou d'une Commanderie désignée par le Directoire, ou sous la dépendance immédiate de celui-ci ( c'est-à-dire, d'une façon ou d'une autre, sous la dépendance de l'Ordre intérieur ).
Le Député-Mâître est un dignitaire inamovible de l'Ordre nommé par la Grande Loge Ecossaise dont il reçoit ses provisions et instructions.

5. - Au Rite Ecossais Rectifié, le conseil d'administration de la loge n'est pas constitué par le Collège des Officiers mais par le Comité Ecossais, c'est-à-dire l'ensemble des Maitres Ecossais de la loge, qu'ils en soient ou n'en soient pas officiers, siégeant sous la présidence du Vénérable Mâître, lequel doit obligatoirement être Maître Ecossais.


III. - RlTUELS.

1. - Au Convent des Gaules.

a ) En 1778, affirmera Willermoz, trois ans plus tard, ( lettre à Charles de Hesse-Cassel, du 12 octobre 1781 ), on jugea qu'il conviendrait de conserver dans le quatrieme grade les principaux traits caractéristiques des divers écossismes de la Maçonnerie française pour servir un jour de point de rapprochement avec elle. Et il est vrai que le thème commun aux grades écossais sous son aspect particulier d' exploration des ruines du Temple par les Croisés Ecossais portant l'épée d'une main et la truelle de l'autre ( Le Forestier ), ce thème ainsi particularisé s'y retrouve. La juxtaposition de la truelle et de l'épée correspond parfaitement à un grade qui annonce le passage de la Maçonnerie symbolique ( par définition ) à l'Ordre intérieur, à l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte proprement dit ( quoique la Maçonnerie symbolique, à quatre grades, et les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte constituent ensemble le Rite Ecossais Rectifié, la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée au sens large ).
Le mot sacré et le mot de passe restèrent ceux de l'Ecossais Vert. Ils le sont encore.

b ) - Le Convent des Gaules dans sa 17è séance, le 9 décembre 1778, approuva le rituel et les instructions des grades symboliques de Compagnon, de Maître et de Maître Ecossais, dont Willermoz avait fait lecture.

2. - Au Convent de Wilhelmsbad.

Au Convent de Wilhelmsbad, Willermoz présenta l'esquisse d'une autre version qui fut adoptée, le 26 août 1782, en même temps que le texte des trois premiers grades.

3. - Après Wilbelmsbad.

a ) Le reste de l'histoire a été racontée par Willermoz lui-même dans sa lettre du 10 septembre 1810 au prince Charles de Hesse-Cassel. L'affaire a été si embrouillée et elle importe tant, que mieux vaut en citer tout du long les fragments pertinents. ( Cette lettre a été publiée in extenso ap. Steel-Maret, ps. Bouchet et Boccard, Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie. Collège métropolitain de France à Lyon. IIè province dite d'Auvergne 1765-1852, Lyon, Librairie de la Préfecture, 1893, pp. 3-15; rééd. augmentée, par Amadou et Saunier, à paraitre ).

A Wilhelmsbad, les bases du 4è grade furent aussi arrêtées, et Votre Altesse me confia personnellement les instructions et l'esquisse du tableau figurant la nouvelle Jérusalem et la Montagne de Sion surmontée de l'Agneau triomphant, le tout écrit de sa propre main et adopté par le Convent pour me diriger dans cette partie du travail. Les rituels français de Novices et de Chevaliers furent aussi pris pour base de la révision de cette classe.
Cette Commission [ sc.Ia Commission spéciale pour la rédaction des rituels prise dans le sein de l'Assemblée parmi les Frères d'Auvergne et de Bourgogne ] divisée en deux sections à cent lieues de distance l'une de l'autre, reconnut dès la première année de 1783 que les communications par correspondance de chaque parcelle du travail prolongeraient son ensemble pour bien des années, on chercha donc les moyens de parer à cet inconvénient. Les Frères de Bourgogne pleins de confiance envers ceux d'Auvergne, qui offraient à Lyon un plus grand nombre d'hommes capables qu'à Strasbourg, engagèrent ceux-ci à se charger de l'ensemble de l'ouvrage; sauf la communication à leur donner de chaque partie avant qu'elle Mt définitivement arrêtée; c'est sur ce plan que tout le travail fut exécuté [...]
Quoi qu'il en soit, après la révision des trois premiers grades symboliques il paraissait convenable de faire du 4è, ce qui aurait complété cette classe et en aurait accéléré la publication.
Mais la Commission se rappelant que le Convent avait considéré ce 4è comme intermédiaire entre le symbolique et l'intérieur, comme le complément du premier et préparatoire au second, enfin comme le point de liaison des deux classes, crut devoir en suspendre la révision, et faire auparavent celles des deux rituels de noviciat et de chevalerie; ces derniers n'exigeant point un travail ni long, ni difficile et n'ayant plus besoin que d'être perfectionnés. Ceux-ci étant finis, la commission entreprit le travail du 4è dans les vues qui avaient été apportées de Wilhelmsbad, elle s'en occupa longtemps avec une grande attention, sentant toute l'importance du travail qui lui était confié. Il était très avancé et presque fini lorsque les états généraux de France furent convoqués. Plusieurs membres de cette commission jouissant d'une réputation distinguée, et appartenant aux trois Ordres politiques, furent élus pour se rendre à cette assemblée; leur départ faisant un grand vide dans la commission, fit suspendre le travail jusqu'à un temps plus favorable pour le reprendre et ce temps n'est plus revenu. Elle remit entre mes mains tout ce qu'elle avait fait ainsi que tous les renseignements, instructions et tableaux qui avaient été fournis par le Convent et par Votre Altesse, et j'en suis resté constamment dépositaire jusqu'à ce jour.
Les provinces informées que l'ouvrage était très avancé et qu'il laissait une grande lacune dans la rectification générale qui avait été annoncée, ne cessèrent de réclamer la confection et l'envoi de ce 4è, mais il ne fut pas possible de les satisfaire; car la divergence des opinions politiques ne tarda pas bien longtemps à diviser partout les esprits. Celui de discorde vint bientôt souffler son poison dans les loges comme partout ailleurs; celles du régime rectifié, plus fermes dans les principes, résistèrent plus longtemps que les autres, mais furent ensuite entrâînées par le torrent. Les Frères Grands Profès disséminés çà et là réunirent leurs forces, soutinrent courageusement les chocs et firent tête à l'orage le plus longtemps qu'il fut possible; mais à leur tour, ils furent accablés.[...]
J'ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini au 4è grade de Mâître Ecossais, avait été forcément suspendu en 1789; que la Commission qui en avait été chargée avait remis alors entre mes mains, en se séparant, tout ce qui était nécessaire pour l'achever, et que cette lacune dans la totalité de la révision générale avait donné lieu à beaucoup d'instances faites de tous côtés, que je n'avais pu satisfaire, n'osant prendre sur moi seul de compléter ce travail. Vingt années se sont écoulées en cet état; mais l'année dernière après la grande maladie que j'essuyai, me voyant rester seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le Régime Rectifié n'était pas remplie avant ma mort, j'osai entreprendre de le faire. Il ne restait qu'à lier les différentes parties du rituel et à mettre la dernière main aux explications des tableaux et aux instructions de ce grade. Ce rituel a été publié dans les loges réunies de France vers la fin de 1809; et il a été accueilli partout avec la plus grande satisfaction; je regrette seulement que le défaut de copistes ne m'ait pas permis de le communiquer encore à tous les établissements maçonniques qui le demandent.

b ) En outre, des versions provisoires furent mises en circulation, dès après le Convent de Wilhelmsbad et ainsi se rencontre un rituel de 1784-1785, dit de 1785.

c ) La liste des principaux rituels connus du Mâître Ecossais de Saint-André s'établit donc comme suit:

- Rituel du Convent des Gaules ( 1778 ); grade de Mâître Ecossais, trois tableaux seulement ( Saint-André est absent du titre comme du rituel où, postérieurement, il figurera sur un quatrième tableau ).

- Rituels postérieurs à Wilhelmsbad: I'un de 1785, I'autre, version révisée de celui-ci, de 1809-1810, tous deux ne comportant qu'un grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André ( je souligne ) et quatre tableaux ( Saint-André apparaît et apporte le baptême, la confirmation et l'homélie...).

- Rituel du Grand Orient de France ( 1911 ): encore un seul grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André; le quatrième tableau devient un tapis d'Ordre et après la christianisation, c'est la déchristianisation.

- Rituel de Genève ( 1893-1894 ): le 29 novembre 1893, il dédouble le grade de Mâître Ecossais de Saint-André et Mâître Parfait de Saint-André; quatre tableaux; le texte de l'instruction est altéré. Les deux grades se donnent en deux parties. Celles-ci constituèrent de 1894 à 1899 deux cérémonies distinctes. Depuis 1899, elles se succèdent au cours d'une seule cérémonie.

- Rituel de Zurich: comme les rituels d'Allemagne, il n'a qu'un seul grade, celui de Maître Ecossais de Saint-André, avec les quatres tableaux: c'est le rituel de Wilhelmsbad.

- Rituel du Grand Prieuré des Gaules, préparé sous la direction de Camille Savoire en 1935; comprend deux grades: Maître Ecossais et Maître de Saint-André, qui sont conférés au cours d'une seule cérémonie.

A quoi l'on joindra, pour mémoire, des rédactions intermédiaires.
On doit considérer comme définitif, ce semble, le rituel de 1809-1810 et de le désigner ainsi que "le rituel de Wilhelmsbad" ( un exemplaire en est conservé à la B.M. de Lyon, ms. 5 922.


IV. - DOCTRINE.

Le sens rituel est clair, il signifie le passage de l'ancienne loi à la nouvelle loi, de l'Ancien Testament au Nouveau, il prépare au passage des symboles à la réalité, de la Maçonnerie ( symbolique ) à l'Ordre intérieur qui est un Ordre équestre. Il est écossais et prétemplier, je veux dire précurseur du templarisme de l'Ecuyer Novice ( certain côté de l'écossisme coïncidant avec ce deuxième caractère ).
Aussi, pour commencer, le candidat, dans la chambre de préparation, est placé en face d'une Bible ouverte aux chaptires 40 et 41 d'Ezéchiel et des neuf maximes qui lui ont été données, trois par trois, lorsqu'il fut reçu aux grades d'Apprenti, de Compagnon et de Maûtre. Voici ces maximes:

1. L'homme est l'image immortelle de Dieu, mais qui pourra reconnaître la beauté de cette image, si l'homme la défigure lui-même ?

2. Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses Frères, est indigne de l'estime et de l'amitié des Maçons.

3. Le Maçon dont le coeur ne s'ouvre pas aux besoins et aux malheurs des autres est un monstre dans la société de ses Frères.

4. L'amour de l'argent, lorsqu'il s'empare de l'homme, dessèche son coeur et fait tarir en lui la source des plus nobles aspirations. La satisfaction de nos besoins et de nos appétits matériels serait-elle l'unique but de notre travail ici-bas ? L'insensé voyage toute sa vie sans savoir où il va et d'où il vient, ni ce qu'il doit faire. Mais le sage se rend compte de tous ses pas parce qu'il en connaît l'importance et le but.

5. L'homme est naturellement bon, juste et compatissant. Pourquoi est-il souvent en contradiction avec lui-même ? Cherchez sérieusement la cause. Elle est importante à discerner.

6. L'égoïsme est comme la rouille, elle détruit ce qu'il y a de plus beau et de plus pur dans le coeur de l'homme.

7. Celui qui voyage en terre étrangère n'est jamais plus près de s'égarer que lorsqu'il renvoie son guide, croyant savoir son chemin.

8. Heureux celui qui, s'étant bien étudié lui-meme,a pu connâître ses défauts, apercevoir son ignorance et sentir qu'il a besoin de secours, car il a déjà fait son premier pas vers la lumière.

9. Chercher avec un coeur droit, demander avec résignation et discernement, frapper avec confiance et persévérance, c'est la science du sage.

L'on avertit le condidat que le grade qu'il va recevoir lui apprendra, mais encore caché sous des symboles, le vrai but de l'Ordre.
Le rituel de la réception même retrace et met en action toutes les grandes époques survenues au Temple de Salomon, après qu'il eut été construit. Le personnage d'Hiram n'est jamais perdu de vue. Ces objets sont figurés par quatre tableaux dont le dernier, qui n'existait pas en 1778, représente le passage mentionné plus haut de la loi ancienne à la loi nouvelle; le grade a été christianisé afin de correspondre à sa situation et de s'accorder à la vocation du Rite Ecossais Rectifié tout entier.

L'ancienne instruction du grade ne laisse place à aucune ambiguïté:

"L'Ordre vous montre aujourd'hui, sans mystère, quoiqu'encore sous le voile léger d'une allégorie, qui s'explique bien facilement, le but et le terme général des ses travaux. Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos loges, a eu pour base unique l'Ancien Testament et pour type général le Temple célèbre de Salomon, à Jérusalem, qui fut et sera toujours un emblème universel. Mais, ici, vous voyez une enceinte de muraille percée de douze portes, telle que l'enceinte de la Nouvelle Jérusalem est décrite par saint Jean l'Evangéliste. Vous voyez au milieu de cette enceinte la montagne de la Nouvelle Sion et sur le sommet l'Agneau de Dieu triompha, avec l'étendard de la Toute-Puissance, qu'il a acquise par son immolation volontaire et réparatrice, Ce tableau figure pour les Maçons le passage de l'Ancienne Loi, qui a cessé, à la Nouvelle Loi, apportée aux hommes par le Christ et qu'il a volontairement scellée de Son Sang, pour la rendre à jamais ineffaçable et universelle.

La Croix de Saint-André, que vous voyez au bas du même tableau, figure aussi le passage maçonnique de l'Ancien au Nouveau Testament, confirmé par l'Apôtre Saint André qui, d'abord disciple de Saint Jean-Baptiste, né et prêchant sous l'ancienne Loi, pour préparer les coeurs à la Nouvelle, abandonna son premier mâître, pour suivre, sans partage, Jésus Christ, et scella ensuite de son sang son Amour et sa Foi pour son Vrai Mâître. C'est cette circonstance particulière qui a fait adopter, pour ce grade, dans l'intérieur de nos Loges, la dénomination de Maître Ecossais de Saint-André.

C'est pourquoi, depuis bien des siècles, depuis l'époque incertaine où les anciens initiés du Temple de Jérusalem, ayant été éclairés par la lumière de l'Evangile, purent avec son secours perfectionner leurs connaissances et leurs travaux, tous les engagements maçonniques~ dans toutes les parties du monde où l'Institution s'est successivement répandue, sont contractés sur l'Evangile et spécialement sur le premier chapitre de celui de Saint Jean, dans lequel le disciple bien-aimé a établi, avec tant de sublimité, la Divinié du Verbe Incarné. C'est sur ce Livre Saint que, depuis votre premier pas dans l'Ordre, vous avez contracté tous les vôtres.&nbsp;"&nbsp;

( Ap. Jean Saunier, ~ Le caractère chrétien de la Masonnerie Ecossaise Rectifiée au XVIIIè siècle )), Le Symbolisme, octobre-décembre 1968, pp. 27-28 ).

Le bijou du grade récapitule cette leçon.

La devise, sur quoi la cérémonie s'achève à peu près, confirme que bientôt, c'est-à-dire dans l'Ordre intérieur, se lèvera le voile des symboles; Meliora praesumo, ( Ce qui, en 1778, signifiait certainement aussi, dans l'esprit de Willermoz qu'il y avait mieux à trouver dans le Rite Ecossais Rectifié que le projet insensé de restaurer l'Ordre du Temple. )


V. - PROBLEMES.

1. - Le caractère chrétien.

Le caractère chrétien du grade, et de la Maçonnerie Rectifié en général, n'a pas été sans soulever des difficultés. On s'est interrogé sur la manière de concilier cette exigence avec la tolérance andersonienne.

a ) Le rituel de 1785 déclare: Oui, mon Frère, I'Ordre est chrétien; il est le point de ralliement de toutes les confessions chrétiennes; ses instructions découlent de celles du Christ, et il conduit à la foi en ce divin Maître.
1809 prend quelques précautions: Oui, I'Ordre est chrétien; il doit l'être, et il ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes bien disposés à le devenir de bonne foi, à profiter des conseils fraternels par lesquels il peut les conduire à ce terme.
Genève marque un retrait ( ou un progrès ? ) plus accusé: Oui, mon Frère, I'Ordre est chrétien, mais dans le sens le plus large et le plus élevé. Il regarde comme tels et cherche à rallier à ses travaux tous ceux, quelles que soient leur confession et leur croyance, qui travaillent sans arrière-pensée à la réalisation de la formule chrétienne: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre et bienveillance parmi les hommes.
Une autre version parle encore du plus pur esprit du christianisme primitif . C'est ambigu et moderne.
L'interprétation du caractère chrétien de l'Ordre templier ( selon une désignation officieuse du Rite Ecossais Rectifié ) va, comme on voit, de ce que j'oserais appeler la Stricte Observance ( Cf l'article de Jean Saunier, Le caractère chrétien de la Maçonnerie Ecossaise Rectifiée au XVIIIe siècle , art. cit. ), à une late ") Observance.

b ) Une déclaration solonnelle de 1970 sera citée ici car elle est exemplaire:

Le Grand Chapitre du Grand Prieuré des Gaules dit à nouveau sa fidélité aux traditions conjointes de l'Ordre maçonnique et aux principes propres au Rite Rectifié.
Considère que ce dernier possède dans son patrimoine un appel à la tradition chrétienne et à l'exploration de son ésotérisme qu'expriment entre autres le texte des prières et la prestation de serment sur l'Evangile de Saint Jean.
Déclare ces formes intangibles.
Dit que tous ceux qui, libres et de bonnes moeurs , voudraient appartenir au Rite doivent s'y soumettre. Nécessaires, elles sont suffisantes à constater les engagements. Les justifications d'un autre Ordre ayant trait à l'état civil ou à l'apport confessionnel ne sauraient leur être substituées.

c ) Mais il est absurde d'avoir en certains rituels corrigé le texte de la deuxième maxime au grade de Compagnon, reprise à celui de Mâître Ecossais de Saint-André: Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses Frères... en Celui qui rougit de la vertu de ses Frères... !
( Le problème soulevé par l'affirmation du caractère chrétien du R.E.R. se pose de même au niveau des trois premiers grades symboliques, dits bleus - le quatrième est un grade symbolique, dit vert. Cf. Jean Granger, "Le Rite Ecossais Rectifié", ap. La Formation des maçons, Cahier N 1, Grande Loge Nationale Française, province de Rouvray, avril 1976, pp. 1-20.)
2. - Administration.

Un problème d'Ordre administratif et non plus doctrinal, mais également lié à la nature particulière et, corollairement, à la structure particulière du Rite Ecossais Rectifié, tient à l'administration des Loges de Saint-André.

a ) D'une part le Régime Ecossais Rectifié en tant que tel n'existe plus. La structure très cohérente de l'Ordre a été brisée, à commencer par l'abolition de la Grande Maîtrise générale qui garantissait le caractère international de l'Ordre.

D'autre part, la Maçonnerie Rectifiée a refusé l'isolement, fut-il splendide. Des nécessités sociales non moins que la volonté de respecter ce Landmark de la Maçonnerie universelle, selon lequel les Loges symboliques doivent être autonomes et non point être soumises au gouvernement d'une institution maçonnique différente et réputée supérieure, mais aussi le désir de conserver au quatrième grade son originalité essentielle ont fait avancer plusieurs solutions propres à assurer l'organisation et la direction des Loges Ecossaises. Leur principe commun résulte d'un compromis: les loges écossaises ne relèvent pas de l'Ordre intérieur, mais elles ne dépendent pas non plus de la Grande Loge( où les Loges bleues du Rite Ecossais Rectifie se sont groupées afin de suivre le même Landmark ).

b ) D'où un Grand Collège Ecossais Rectifié, à la Grande Loge Nationale Française-Opéra, un Directoire des Loges Ecossaises autonomes des Gaules à la Loge Nationale Française, etc.
A la Grande Loge Nationale française et à la Grande Loge suisse Alpina aussi des solutions ont dû être ménagées que Jean Baylot parvient à résumer en ce peu de lignes: La Loge de Saint-André est, en droit règlementaire, la Loge de Saint-Jean siégeant en Maître de Saint-André. Pour des raisons touchant aux relations internationales, nous avons à nouveau inclus dans notre organisation priorale ces Loges de Saint-André qui furent pour un temps, plus directement rattachées à la Maçonnerie bleue, sous la conduite d'un Directoire specialisé. Une évolution séculaire, commandée par la recherche de l'unité des grades symboliques dans la Grande Loge Alpina et par les exigences de la vie en commun avec le Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté, avait conduit nos Frères suisses à l'intégration des Loges de Saint-André dans leur Prieuré. Nos relations sont plus aisées avec des structures comparables.

Voilà pourquoi, en 1965, par un nouveau traité daté du 21 octobre, conclu avec la Grande Loge Nationale Française, nous avons repris la direction complète des Loges de Saint-André. L'histoire et la tradition s'assurent parfois des revanches. Il s'est dessiné l'an dernier, dans la Préfecture de Neustrie, une tendance de certaines loges travaillant au Rite Rectifié à former une Loge de Saint-André sous le titre de la Loge de Saint-Jean, travaillant et recrutant dans cette dernière, suivant les dispositions du Code de Lyon de 1778. Il n'y avait aucune contradiction à souscrire à leur voeu d'où il sortit l'installation de trois nouvelles Loges de SaintAndré dans la Préfecture de Neustrie. Cette formulecombine les avantages des deux conceptions. ( J. Baylot et J. Granger, Le Rite Ecossais Rectifié..., Neuilly, Chancellerie de l'Ordre, [ 1968 ], pp. 18-19 ).

Que les loges du quatrième grade soient régies par une instance propre, et donc indépendantes de la Grande Loge comme de l'Ordre intérieur, ou bien que ce dernier les administre "les deux traits fondamentaux de la structure de 1778 [ maintenus, ajouterai-je, en 1782], la continuité et l'ambiguité sont aujourd'hui impossibles, dans la lettre maçonnique. Que celleci demeure donc anglo-saxonne. Mais il reste l'esprit [ ... ] "( Eques a Latomia universa. "La double structure administrative et hiérarchique du Régime Ecossais Rectifié en 1778", Renaissance traditionnelle, juillet 1977, N 31, pp. 188-196; Cf. p. 195.)

La Franc-Maçonnerie rectifiée s'est codifiée tout net comme composée de quatre grades. La Maçonnerie Universelle, reprenant la formule anglaise de l'acte d'union, en 1813, affirme ne consister qu'en "trois degrés et pas davantage". Mais c'est à savoir, poursuit le texte, "à savoir ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître, y compris l'Ordre suprême de la Sainte Arche royale". La contradiction entre les deux formules ne pourrait-elle être réduite, de même que la Grande Loge unie d'Angleterre a prévenu la contradiction dont menaçait la reconnaissance de l'Arche royale ?

3. - Equivalences.

Troisieme problème du quatrième grade, lié à la nature particulière du Rite Ecossais Rectifié; les rapports avec les autres rites.

a ) Le Code de 1778, à l'article XIX, prévoyait: Le grade de Maître Ecossais est exclusivement affecté au Régime Rectifié. C'est pour cette raison que lorsqu'on le confère ou qu'on tient loge d'instruction de ce grade on n'ose y faire assister aucun visiteur d'un autre régime, quelque grade qu'il ait. )"
Et l'on sait que la réception et l'instruction sont, avec le scrutin, les seules occasions où la Loge Ecossaise se réunit.

b ) Mais, afin de faciliter ses relations avec d'autres rites, et notamment avec le Rite Ecossais Ancien Accepté, des équivalences de grades ont éte calculées: Maître Ecossais de Saint-André et 18è degré du Rite Ecossais Ancien Accepté; Ecuyer Novice et Chevalerie Kadosch; Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte et 33è degré du Rite Ecossais Ancien Accepté. Ce système fut adopté en 1896 par le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie pour le Rite Ecossais Rectifié et le Suprême Conseil de Suisse pour le Rite Ecossais Ancien Accepté, et c'est en vertu de cet accord que trois Maçons français titulaires du plus haut grade Ecossais Ancien Accepté ( Ribaucourt, Savoire et Bastard ) furent, en 1910, armés Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte à Genève. Le réveil du Rite Ecossais Rectifié en France allait s'ensuivre.

c ) La question d'une équivalence entre le quatrième grade du R.E.R. et l'Arche royale du Rite Emulation est, de même, inéluctable

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:25


Je ne sais, Monsieur, ce que l'on a pu vous répéter. d'alarmant pour l'Ordre des Elus Coëns et particulièrement pour ma gloire - il est vrai, j'ai parlé de la science de Martines et de sa friponnerie, mais des secrets de l'Ordre je n'ai rien révélé, il s'en trouve beaucoup plus d'écrit dans l'Encyclopédie à l'article Rose-Croix que je n'en ai dit aux personnes à qui j'en ai parlé.
Je ne suis ni enthousiaste, ni parjure, j'ai été effrontément trompé par un fripon, insulté par d'honnêtes gens, sur la foi de ce même fripon, connu d'eux pour tel : j'ai voué mon indignation au premier, il l'a emportée au tombeau, et ma pitié aux derniers.
Il me reste un profond mépris. En outre, pour tout ce qui était illusoire dans ce qui m'a été montré quoique je conserve une pente à croire qu'en effet il existe quelque réalité dans la science dont ce coquin de Martines s'était établi professeur et cette entreprise ne rendait qu'à l'orgueil humain.
Quant aux serments qu'on a exigés de moi sans connaissance de cause, j'ai été forcé de les apprécier par le mépris que Martines en a fait lui-même par celui que vous et les autres R. + en avez fait.
Mais je n'ai point à me reprocher d'y avoir manqué. J'en ai cent fois moins dit que Martines en une seule conversation n'en a dit à des profanes, à des femmes, entre autres à Mme la Comtesse de Lusignan.
J'ai pu parler des invocations, mais n'ai prononcé ni aucun mot de puissance, ni aucun de nos formes. Je n'ai fait aucun usage de l'autorité qui m'a été confiée, que je conserve parce que nulle créature humaine peut me la ravir ; que des hommes aveugles et livrés à un instant d'inconséquences ont crû trop légèrement, que j'avais perdue. J'ai souffert sans aigreur et sans murmure les effets de leur faiblesse, mais je ne souffrirais pas de même que l'on me taxât de manquer à mes engagements. Ceci exige un long commentaire. Je ne réponds à votre lettre que sommairement, mais quand vous le voudrez, nous donnerons toute l'extension lit ma réponse dont elle est susceptible.
J'aime, je reconnais, et je respecte la franchise avec laquelle vous m'avez parlé, mais je plains l'aveuglement qui vous a rendu ainsi que les autres injuste envers moi.
Je vous embrasse mon cher Willermoz, de tout mon cœur.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 16:23


" Je remplirai tant ce que je pourrai ce que je vous ai offert pour faciliter l'intelligence du Traité, de la réintégration des Etres de Don Martines de Pasqualis, dont vous allez vous occuper.
Vous me demandez à son sujet s'il était Juif, comme on vous assure. Je réponds non, il ne l'était pas et ne l'a jamais été. Comme initié dans la haute science secrète de Moïse il était grand admirateur des vertus des premiers Patriarches Juifs, mais il ne parlait qu'avec mépris des chefs modernes de cette nation, qu'il ne considérait plus que comme plein de mauvaise foi.
Ses inconséquences verbales et ses imprudences lui ont suscité des reproches et beaucoup de désagréments, mais il était plein de cette foi vive qui les fait surmonter. Dans son Ministère il avait succédé à son père homme savant, distinct et plus prudent que son fils, ayant peu de fortune et résident en Espagne.
Il avait placé son fils Martines encore jeune dans les gardes Wallonnes où il eut une querelle qui provoqua un duel dans lequel il tua son adversaire ; il fallait s'enfuir promptement et le père se hâta de le consacrer son successeur avant son départ. Après une longue absence le père sentant approcher sa fin, fit, promptement revenir le fils et lui remit les dernières ordinations.
Je n'ai connu le fils qu'en 1767 à Paris longtemps après la mort du père. Il y était venu pour solliciter la croix de Saint Louis pour ses deux frères cadets domiciliés à Saint Domingue qu'il venait d'obtenir. Il prit pour moi beaucoup d'amitié et une grande confiance qui s'est soutenue jusqu'à sa mort. Il prolongea de quelques mois son séjour à Paris pour m'avancer plus rapidement dans les hauts grades et me mit, à la porte du dernier, réservé pour lui seul comme chef.
Veuf, sans enfants, il retourna à Bordeaux pour se remarier avec une femme vertueuse et se donner par elle un successeur. Il fit baptiser celui-ci solennellement par le curé de la paroisse. Au retour de l'Église, il s'enferma seul avec l'enfant et quatre de ses amis avancés en connaissances et là fit avec eux la première consécration de son fils ce qui fut remarqué et donna lieu à bien des propos contre lui. J'avais été prévenu par lui et invité avec plusieurs frères des hauts grades, quoique absents et éloignés, pour y assister. - Quelque temps après il partit pour St. Domingue où il est mort (en 1774) avancé en âge. Au moment de sa mort il fit à 1000 lieues de là un salut d'adieu à sa femme occupée d'un ouvrage de broderie, et traversant (la chambre ?) en ligne diagonale du levant au couchant d'une manière si frappante qu'elle s'écria devant plusieurs témoins : "Ah, mon Dieu, mon mari est mort !" Fait qui a été vérifié et confirmé.
La mère a donné pendant bien des années des soins maternels à l'éducation de son fils et s'est remariée à un capitaine de vaisseau marchand. La révolution survenue ne m'a pas permis de savoir ce qu'est devenu le fils, et j'ignore s'il est mort ou vivant. - J'ai appris depuis par une autre voie sûre (la somnambule) que Don Martines a expié dans l'autre monde par des souffrances pendant plusieurs années ses fautes et imprudences humaines et qu'il a ensuite été récompensé de sa grande foi et élevé à un haut degré de béatitude, où il a été vu en portant sur la bouche le signe respectable qui caractérise le sacerdoce et, l'épiscopat. Voilà, mon ami, ce que je puis dire de plus certain de ce prétendu Juif dont vous me parlez, de cet homme extraordinaire auquel je n'ai jamais connu de second. Vous connaîtrez bien par les lectures du Traité que souvent l'auteur était dicté et dirigé, par un agent invisible. "

Lettre de Willermoz à Türckheim du 12 août 1821

" Je reviens avec vous sur l'article de Pasqually et de son manuscrit sur lesquels on vous a fait tant d'Historiettes, comme sur l'ouvrage de Saint-Martin qui est, dit-on, tiré littéralement des Parthes, et qui en sort comme j'en suis sorti. J'ai connu très anciennement un Monsieur Kuhn, de Strasbourg : il était alors un curieux empressé auquel je n'avais pas grande confiance. Quelle que soit la prétendue origine chaldéenne, arabe, espagnole ou française que l'on veuille donner au Traité de la Réintégration de Pasqually, je puis dire que je l'ai vu commencer en France et en mauvais français par lui-même, et ce travail a été encore mieux vu et suivi par mes amis intimes, M. le chevalier de Grainville, lieutenant-colonel du régiment de Foix, et M. de Champolëon, alors capitaine des Grenadiers du même régiment, qui allaient passer tous leurs quartiers d'hiver auprès de lui, et se mettaient en pension chez lui pendant six mois pour travailler sous lui et corriger des défauts de style et d'orthographe sur chaque feuille à mesure qu'il les avait tracés. Ils prenaient ensuite la peine de copier pour moi de petits cahiers qu'ils m'envoyaient ensuite après qu'il les avait approuvés, car il les chicanait souvent sur certains mots qu'ils jugeaient plus français et il les rayait sous leurs yeux comme contraires au sens qu'il voulait exprimer. Voilà les faits dont je suis certain. Tirez-en les conséquences que vous jugerez convenables.
" M. de Saint-Martin, officier dans le même régiment où M. le duc de Choiseul, voisin de son père, l'avait placé, reçu dans les hauts grades de l'Ordre, très longtemps après ces deux Messieurs et deux ans après moi, a tenu habituellement la même marelle, et s'établissait pensionnaire de Pasqually pendant tout le temps d'hiver qu'il ne donnait pas à son père. Ayant quitté le service avec le blâme de son père et de M. de Choiseul, il vint à Lyon et vint d'amitié, loger chez moi qui demeurais alors aux Brottaux où il a composé son livre des Erreurs et de la Vérité. Il aurait voulu y dire beaucoup de choses importantes, mais lié comme moi et les autres par des engagements secrets, il ne le pouvait pas. Désespéré de ne pouvoir pas se rendre par cet ouvrage aussi utile qu'il le désirait, il le fit mixte et amusant par le ton de mystère qui y régnait. Je ne voulus y prendre aucune part. Deux de mes amis et principaux disciples littérateurs lui persuadèrent enfin de refaire son ouvrage. Il le refit avec eux sous mes yeux tel que vous le connaissez. Aux hautes connaissances qu'il avait acquises de Pasqually, il en joignit de spéculatives qui lui étaient personnelles. Voilà pourquoi tout n'y est pas élevé et qu'il s'y trouve quelques mélanges ; voilà aussi comment cet ouvrage est venu des Parthes ! Risum tenealis ! "
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Published by Thomas Dalet - dans Histoire du RER
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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 11:55


Depuis sa création, plus d' 1300000 pages ont été vues sur le blog "hauts grades maçonniques"

Tous ces documents ont été mis gratuitement à la disposition des cherchants sans restriction ni considération d'appartenance à telle ou telle obédience..

La Franc-Maçonnerie est universelle et la Connaissance maçonnique n'est pas la propriété d'un petit nombre qui voudraient en faire un moyen de pouvoir..

 

En espérant que ce nouveau blog atteigne les mêmes objectifs..

Frat

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 16:26


 Extrait des "Enseignements secrets de Martines de Pasqually (F von Baader)

 

..« lorsqu'en 1760 Martinès de Pasqually se présenta aux Loges de St Jean Réunies de Toulouse, sans autres références qu'une charte hiéroglyphique et quelques lettres, son titre d'Écuyer et ses fonctions d'Inspecteur général de la Loge des Stuwards excitèrent quelque soupçon. Une si haute fonction dans l'Art Royal et les marques d'estime et de reconnaissance que le prétendant Stuart semblait témoigner à Martinès parurent probablement peu en rapport avec la simplicité d'aspect de ce dernier. D'ailleurs depuis 1747, époque à laquelle les Fidèles Écossais de Toulouse avaient reçu leur constitution de sir Samuel Lockart, lieutenant de Charles Stuart, ces loges avaient eu à souffrir des manoeuvres de plusieurs aventuriers qui, successivement, s'étaient présentés comme envoyés du grand chapitre de Clermont, chargés de compléter l'instruction des frères de Toulouse, alors qu'ils ne visaient qu'à un trafic lucratif de chartes et de titres falsifiés.


Martinès fut donc accueilli avec une méfiance bien justifiée par les tromperies dont presque toutes les loges avaient déjà été plus ou moins victimes. Mais si, dans le but évident de prouver sa bonne foi, il crut devoir négliger les formes ordinaires pour exposer ouvertement sa mission et ses moyens devant un atelier symbolique, les résultats vinrent malheureusement prouver qu'il commit en cette circonstance une faute irréparable. C'est que, comme nous l'avons déjà écrit ailleurs, Martinès méconnut trop souvent le rôle des loges symboliques dites loges bleues. Il le regretta plus tard et, convaincu des grands embarras que son caractère ouvert joint à ce qu'il appelait sa « trop grande facilité » avaient suscités à son œuvre, il résolut alors de s'en remettre à son Tribunal Souverain de Paris pour les demandes d'admission ou de constitution qui lui étaient adressées. Donc, Martinès n'eut pas la prudence d'attendre l'occasion de réaliser ses pouvoirs, et, sans étudier préalablement l'organisation d'un chapitre, il s'ouvrit directement en loge bleue de ses divers projets. Il en résulta ce qui résultera toujours de semblables propositions. Les frères devant qui Martinès résuma, un peu à la manière de Ramsay, une sorte de plan parfait de la Franc-Maçonnerie, dans lequel il parlait successivement de la mystérieuse construction de l'ancien et du nouveau temple, des Chevaliers lévites, des Cohenim-Leviym et des Élus Coëns, ces frères, disons-nous, écoutèrent avec déférence les explications théoriques du Grand Inspecteur; mais lorsqu'il fut question de certaines démonstrations moins théoriques, tous désirèrent vivement recevoir ces nouvelles instructions. Martinès, de son côté, trop avancé pour reculer, était aussi trop désireux de prouver sa bonne foi pour ne pas se rendre aux sollicitations de l'assemblée; mais, ne pouvant contenter tous les assistants, il proposa d'exécuter quelques travaux avec le concours de trois maîtres que le sort désignerait.

Le résultat de tout ceci fut déplorable. Martinès en deux épreuves fut couvert de confusion, et les trois maîtres devant qui il avait opéré déposèrent en loge un rapport tel que, sur la proposition du frère Raymond, et, malgré les hésitations de quelques membres, l'expulsion immédiate de Martinès fut décidée.


Martinès quitta précipitamment Toulouse, en laissant d'ailleurs quelques dettes qui achevèrent de le perdre dans l'esprit des francs-maçons de cette ville.

Cette aventure un peu ridicule ne découragea pas Martinès, mais elle eut pour heureux résultat de lui faire apporter plus de prudence dans ses relations avec les loges relevant de son obédience. D'ailleurs il n'eut pas toujours semblable déconvenue. La loge de Josué, à l'orient de Foix, le reçut avec honneur et, après la fondation de son temple, prit le titre de Temple des Elus Écossais.

Ce fut par les membres de ce temple que Martinès commença à se faire connaître aux maçons de Bordeaux, ville dans laquelle il avait projeté d'établir le centre de ses opérations. Bordeaux était déjà en 1761 un centre très actif de Franc-Maçonnerie; on y comptait trois ou quatre loges dont deux particulièrement importantes, l'Anglaise et la Française. L'Anglaise, qui était la plus ancienne, était en discussions continuelles avec la Grande Loge de France, dont elle s'arrogeait les droits en dépit de la décision prise par lord Harnouester. C'est ainsi qu'elle créa un grand nombre de loges bâtardes, tant à Bordeaux que dans les pays environnants, qui ne furent définitivement réintégrées que vers 1775. Aussi, ce ne fut pas à elle que Martinès s'affilia, mais à la Française. Cette dernière loge, placée sous l'administration de la Grande Loge de France, se recommandait particulièrement par le choix de ses membres, dont plusieurs étaient des personnages éminents du Parlement de Bordeaux.


Martinès présenta donc, sous les auspices du comte Maillai d'Abzac, du marquis de Lescourt et de deux commissaires de la marine, la demande d'affiliation suivante :


« Le soussigné,

« Supplie très humblement la très respectable Loge de vouloir bien lui faire l'honneur de l'affilier, et il fera en reconnaissance des voeux au Grand Architecte de l'Univers pour la prospérité des maçons répandus sur la surface de la terre et de cette respectable Loge, »

Signé : Martinès, Écuyer.

Sa demande fut acceptée, et Martinès s'efforça dès lors de sélecter selon les formes ordinaires les membres de ses divers degrés d'instruction.

Tout allait pour le mieux et Martinès avait déjà instruit un certain nombre de frères, entre autres les deux frères d'Aubenton, Morin, de Case, Bobie, Lexcombart, de Jull Tafar, de Lescourt et d'Abzac, lorsque le 26 août 1762, la Française reçut une lettre des Loges de St Jean Réunies. Par cette lettre, les francs-maçons de Toulouse informaient la Française des infructueux essais de Martinès dans leur ville, et lui conseillaient de ne rien entreprendre et de n'édifier aucun temple sans un minutieux contrôle des titres de ce frère. Ils laissaient entendre que les titres du grand Inspecteur devaient être de son invention, parce que lui-même n'était qu'un simple ouvrier en voitures et que, si sa condition rendait déjà suspecte la possession de semblables titres, son échec démontrait d'ailleurs clairement que lui, Martinès, n'avait aucun des pouvoirs attachés à ces titres; parce qu'enfin la loge avait eu connaissance de plusieurs créances oubliées par Martinès lors de son départ de Toulouse, et que cela suffisait pour le signaler à l'attention de tous les membres de la confrérie.

La Française répondit immédiatement que les titres du P. M. Martinès étaient parfaitement réguliers; que, outre les témoignages de plusieurs frères de l'orient d'Avignon, le T. I11. frère Roubaux avait envoyé une attestation détaillée à ce sujet; qu'en ce qui concernait les pouvoirs du P. M. Martinès, la bonne foi de ce frère ne pouvait être suspectée, vu qu'il avait donné de ces pouvoirs des marques évidentes; qu'enfin, la Française elle-même avait acquitté depuis plus de six mois la dernière des créances dont il était question, ainsi qu'il était facile de s'en assurer, et que le retard apporté dans le règlement de ces dettes n'était pas imputable à une mauvaise volonté, mais au mauvais état des affaires temporelles du frère Martinès.

Bien que cette lettre eût détruit les inquiétudes des francs-maçons de Toulouse, avec lesquels, d'ailleurs, la Française resta en excellents termes, l'affaire ne laissa pas d'avoir de fâcheuses suites dans Bordeaux même. Le peu qui s'en ébruita au travers des mystères dont s'entourent les loges permit à quelques mécontents de se livrer à des suppositions désobligeantes pour la Française. Cependant cette loge ne fut pas inquiétée. Elle continua ses travaux jusqu'à la fin de 1764, époque à laquelle, son temple étant parachevé, elle prit le nom de Française élue Écossaise, nom sous lequel elle fut inscrite sur les tableaux de la Grande Loge de France, le 1er février 1765.


C'est à partir de cette année que de mauvais compagnons, que Martinès avait cru devoir expulser du temple des francs élus écossais, furieux de ne pas avoir été initiés dans les mystères que leur avait dévoilés la malencontreuse lettre des francs-maçons de Toulouse, s'efforcèrent de ruiner complètement le temple de la Française élue Écossaise. A cet effet, ils intriguèrent auprès des loges bâtardes de Bordeaux, où ils s'étaient fait affilier en dépit de tous les règlements maçonniques, et réussirent à produire contre Martinès une bulle dans laquelle ils s'appuyaient sur les anciennes plaintes des Loges St Jean Réunies et sur les prétendues injustices dont ils avaient été eux-mêmes victimes pour demander à la Grande Loge de France la fermeture de la Française élue Écossaise. Ils s'abusaient étrangement, car bien que la Française élue Écossaise travaillât en sa qualité d'atelier symbolique sous l'obédience de la Grande Loge de France, il était évident que cette Grande Loge n'accueillerait pas les plaintes de gens qui ne relevaient plus de son autorité. Leur pétition resta donc sans résultat. Cependant, l'année suivante, ils crurent avoir gain de cause : La Grande Loge de France désirait, en effet, depuis longtemps faire réviser les constitutions d'un grand nombre de loges dont les patentes, à la suite de la confusion des pouvoirs, avaient été délivrées par des chapitres ou des conseils. Le 15 août 1766, elle rendit donc un arrêt par lequel toutes Ies constitutions étaient suspendues avec défense d'en demander de nouvelles ailleurs qu'à la Grande Loge. Le temple de la Française élue Écossaise fut donc fermé; Martinès se rendit à Paris muni de ses divers titres, et ses ennemis exultèrent d'une suspension qu'ils croyaient devoir être définitive. Ils ne se réjouirent pas très longtemps.


Martinès ne resta que quelques mois à Paris pour ses différentes constitutions et aussi pour une affaire de mécanique qui ne voulait pas aboutir; mais il profita de ce court séjour pour recruter les éléments de son Tribunal Souverain et pour se créer de nombreuses relations dans les loges de province, grâce aux députés que ces loges avaient envoyés à Paris à la suite du décret du 14 août.

La Franc-Maçonnerie était en pleine effervescence; car les frères du parti Lacorne, qui étaient membres de chapitres, avaient violemment protesté contre le décret de la Grande Loge de France. Évincés aux élections de 1765, ils avaient publié un libelle contre les nouvelles élections et, sommés de se rétracter, les plus obstinés s'étaient vus bannir de la Grande Loge par les quatre décrets de 1765-1766, sans cesser cependant de faire usage de leurs constitutions. C'est à la suite de ces faits, d'où résultaient pour la Grande Loge de France les plus grandes difficultés administratives, que cette Grande Loge avait rendu le décret du 14 août 1766 et invité les loges à faire viser leurs constitutions.

Ces constitutions furent rapidement visées par les frères Chaillon de Jonville et De Lachaussée qui délivrèrent aussi les diplômes et les lettres de constitution et réglèrent tous les comptes que les envoyés des loges leur présentèrent.

Cependant Martinès s'était mis en rapport avec plusieurs éminents maçons : les frères Bacon de la Chevalerie, Willermoz, Fauger d'lgneaucourt, de Lusignan, de Loos, de Grainville, Rozé et quelques autres, auxquels il donna ses premières instructions et à l'aide desquels, à l'équinoxe de mars 1867, il posa les bases de son Tribunal Souverain de Paris. Il nomma substitut le frère Bacon de la Chevalerie, et partit de Paris peu. après, en promettant de revenir au mois de septembre. Il fit route vers Bordeaux en visitant successivement les diverses loges clandestines d'Amboise, de Blois, de Tours, de Poitiers, et s'arrêta à La Rochelle où il se présenta à la loge l'Union Parfaite, loge qui travaillait sous les auspices de la Grande Loge de France depuis le 9 mars 1752 et qui désirait vivement obtenir des constitutions pour les degrés de perfection. Martinès conféra quelques grades à quatre membres de cette loge et les adressa au Tribunal Souverain de Paris. Il se dirigea alors vers Bordeaux où il arriva au commencement de juin 1767, et où il rouvrit son temple à la grande surprise de ses ennemis.


Ces derniers d'ailleurs ne se tinrent pas pour battus. Ils trouvèrent un allié dans un certain Bonnichon, homme aussi orgueilleux et cupide qu'il était inconscient. Ce Bonnichon vivait surtout d'expédients; il avait fait la connaissance de Martinès en 1766 et avait été ordonné par lui Rose-Croix et membre du Tribunal Souverain de Paris. Avec une incroyable impunité il commit de nombreux abus de confiance : vendant des grades qu'il ne pouvait délivrer et intrigant à Paris, à Lyon et même à Bordeaux pour acquérir de l'importance et discréditer son Grand Souverain. C'est ainsi qu'il ordonna irrégulièrement plusieurs frères et qu'il leur remit des instructions de son invention. Après de nombreuses plaintes des frères de Bacon de la Chevalerie, Willermoz et De Lusignan, Martinès se décida enfin à chasser Bonnichon du temple de Bordeaux en le « laissant à la miséricorde du Grand Architecte de l'Univers ».

Bonnichon, furieux d'avoir été démasqué, s'entendit avec un sieur Blanchet et quelques autres pour calomnier Martinès devant les magistrats de Bordeaux. Ils l'accusèrent notamment « d'enseigner sous prétexte de Maçonnerie des doctrines contraires à la religion chrétienne ». Martinès répondit en accusant Bonnichon « d'escroquerie sous prétexte de Maçonnerie », en donnant les preuves de cette accusation; mais en refusant de porter plainte. Les magistrats suffisamment édifiés ordonnèrent alors à Bonnichon de quitter Bordeaux dans les vingt-quatre heures.


Cela eu lieu en janvier 1769. Deux mois après, à la suite d'une affaire scandaleuse, la police contraignit le sieur Blanchet à quitter également Bordeaux. Ces différents événements ne furent pas sans éclairer complètement un certain nombre de maçons restés jusque là hostiles à l'oeuvre de Martinès, et qui demandèrent alors à être affiliés à la Française élue Écossaise. C'est ainsi que furent affiliés au mois de novembre 1769 les frères Duroy d'Hauterive, de Calvimont, de Saignant-Deseru, de Montillac, de Pitrail-Puységur, Carraccioli, Isnard, etc. Plusieurs loges demandèrent aussi des constitutions que Martinès fut contraint de leur refuser, parce que sa propre bulle ne l'autorisait pas à fonder deux établissements dans la même ville. Ces loges, que le décret du 14 août 1766 avait si fort embarrassées, essayèrent alors d'obtenir des constitutions de Dublin, mais aussi vainement, parce que les concordats s'y opposaient. Il n'y eut pas jusqu'aux ennemis acharnés de Martinès qui ne vinrent lui faire des excuses et lui dire qu'ils avaient été indignement trompés par Ies misérables Bonnichon et Blanchet. Ils demandèrent à être réintégrés, mais Martinès resta inébranlable et ne fut plus inquiété.


Ainsi, dès le commencement de 1770, l'oeuvre maçonnique de Martinès n'eut plus à souffrir d'attaques extérieures. Elle avait à Bordeaux un grand nombre d'adhérents; des loges à Montpellier, à Avignon, à Foix, à Libourne, à La Rochelle, à Eu, à Paris, à Versailles, à Metz, etc., et il semblait devoir prospérer. Mais l'affaire Bonnichon avait été comme le signal d'une série de dissentiments intérieurs dont l'étude est de la plus grande importance pour l'histoire des Élus Coëns, puisque ces dissentiments devaient amener en moins de dix ans la décadence de l'oeuvre de Martinès.

Bien que l'affaire Bonnichon se fût heureusement terminée, les frères Bacon de la Chevalerie, de Lusignan et Willermoz avaient été peu satisfaits de la façon dont Martinès avait négligé leurs nombreux avis. Ils le firent voir au Grand Souverain à propos d'un règlement de dettes demandé par le frère de Grainville, comme condition de l'établissement définitif de Martinès à Paris. Martinès avait en effet à cette époque plus de deux mille livres de dettes dans Bordeaux. Par suite du mauvais état de ses affaires, il n'avait pu se rendre à Paris en septembre 1767 comme il l'avait promis à son Tribunal Souverain. Ce dernier l'avait sollicité à plusieurs reprises de venir compléter l'instruction des frères de Paris et de Versailles, et lui avait enfin demandé de quitter définitivement Bordeaux pour se fixer dans la capitale. Martinès l'eût fait volontiers, mais il ne voulait pas quitter Bordeaux en y laissant des dettes dont on n'eût pas manqué de rendre responsable la Française élue Écossaise, et qui eussent complètement compromis son oeuvre de réalisation. Le frère de Grainville qu'il entretint de ses perplexités crut bien faire en écrivant au Tribunal souverain pour lui demander d'avancer la somme nécessaire au règlement des dettes du Grand Souverain. II écrivit dans le même sens au frère Willermoz à Lyon.


Le 16 mars 1769 le P. M. Bacon de la Chevalerie, substitut, répondit en substance qu'il était prêt à contribuer pour sa part à tons les frais du déplacement du Grand Souverain; mais que le Tribunal Souverain attendait vainement depuis deux ans la réalisation des promesses de Martinès ; que les frères de l'orient se plaignaient, non sans raison, d'être négligés, et que quelques-uns d'entre eux avaient même manifesté des doutes peu bienveillants à l'égard du Grand Souverain ; que dans ces conditions, et bien que lui, de la Chevalerie, se fût porté maintes fois garant de la bonne foi de Martinès, il était prudent de ne pas continuer à mécontenter des frères à qui on ne pouvait reprocher qu'un excès de zèle et dont on attendait quelques sacrifices. De son côté Willermoz écrivit le 29 avril à Martinès une lettre dans laquelle il exposait le mécontentement de Bacon de la Chevalerie et de De Lusignan pour la trop grande indulgence du Grand Souverain à l'égard du sieur Bonnichon. Dans ce factum il traitait assez durement son Grand Souverain. Émettant des doutes sur sa clairvoyance et sur sa science, il se plaignait surtout de ne pas encore avoir, au bout de deux ans, une preuve des pouvoirs de Martinès; d'en être réduit à se contenter des. témoignages du P. M. Substitut, et de n'avoir encore pu, faute d'instruction, poser les bases d'un temple à Lyon, Martinès laissa passer le gros de l'orage et répondit qu'il était tout disposé à communiquer les cérémonies et instructions, tant générales que particulières ; mais qu'il redoutait qu'on ne les étudiât pas mieux que celles qu'il avait données précédemment, parce qu'il lui semblait que les frères étaient plus désireux d'être avancés dans l'ordre que déterminés à travailler à leur instruction. Cependant il expédia un certain nombre d'instructions.


Mais ce n'était pas ce que désiraient surtout Bacon de la Chevalerie et Willermoz, Le premier voulait attirer Martinès à Paris, auprès du Tribunal Souverain; et le second, tout en désirant recevoir personnellement des preuves des pouvoirs du Grand Souverain, aurait surtout voulu fonder un établissement à Lyon. Au commencement de 1770 ils firent donc de nouvelles propositions à Martinès qui répondit par une longue lettre, dans laquelle, tout en se plaignant du trop grand zèle du frère De Grainville, il refusait les offres pécuniaires du Tribunal Souverain. Il annonçait que sa dette était sur le point d'être acquittée et morigénait ses Rose-Croix de leur manque de confiance. Enfin il laissait entendre qu'il avait connaissance de certaines fautes, en se contentant de plaindre ceux qui manquaient aux devoirs de leur charge.

Ce dernier trait est important, car il nous montre que Bacon de la Chevalerie avait, déjà à cette époque, commis quelques irrégularités dans l'exercice de son ministère.

Bacon de la Chevalerie, dont Willermoz devait quelques années plus tard reprendre les projets, était, en effet, tout récemment entré en relations avec plusieurs émissaires de la Stricte Observance templière d'Allemagne. Ils projetaient de réaliser en France, dans un but politique assez nébuleux, une sorte de concentration maçonnique analogue à celle qui était tentée en Allemagne, depuis une dizaine d'années, par les templiers du baron de Hund dont nous avons déjà parlé. Bacon de la Chevalerie, maçon actif mais ambitieux, espérait que, les premières difficultés aplanies, Martinès ratifierait les traités de son substitut et favoriserait un mouvement que ce dernier avait été amené à considérer comme très important par les envoyés templiers Stelter et Draeseke. Il estimait surtout que les Elus Coëns trouveraient dans la Stricte Observance, dont on lui vantait les ressources et le crédit et qui comprenait effectivement beaucoup de personnages titrés et influents, un vaste champ de recrutement et un puissant levier.

Il n'y avait qu'un léger nuage sur toutes ces belles conceptions du substitut, nuage que Bacon de la Chevalerie ne connut pas ou auquel il n'attacha aucune importance : c'était que l'énorme système de la Stricte Observance ne reposait que sur le vide et les ténèbres, et ne se soutenait que de promesses et de tromperies, tout en étant étroitement gouverné par ses Supérieurs Inconnus.


Mais Martinès de Pasqually savait à quoi s'en tenir sur le régime des templiers allemands et sur ces fameux S. I. que l'on devait connaître quelques années plus tard, lorsque, après avoir vainement tenté de s'emparer du Grand Orient de France, ils furent successivement démasqués par leurs propres partisans.

Le Grand Souverain et son substitut ne pouvaient donc s'entendre. Peut-être y avait-il entre eux d'autres sujets de brouille, car il semble que le frère Bacon de la Chevalerie ne remplissait pas toujours les conditions exigées dans les travaux des Élus Coëns : « Un jour, a-t-il raconté, que je n'étais pas parfaitement pur, je combattais tout seul dans mon petit cercle, et je sentais que la force supérieure d'un de mes adversaires m'accablait, et que j'allais être terrassé. Un froid glacial, qui montait de mes pieds vers le coeur, m'étouffait, et prêt à être anéanti, je m'élançai dans le grand cercle poussé par une détermination obscure et irrésistible. Il me sembla en y entrant que je me plongeais dans un bain tiède délicieux, qui remit mes esprits et répara mes forces dans l'instant. J'en sortis victorieux, et, par une lettre de Pasqually, j'appris qu'il m'avait vu dans ma défaillance et que c'était lui qui m'avait inspiré la pensée de me jeter dans le grand cercle de la Puissance Suprême ».

Quoiqu'il en soit, Martinès de Pasqually et Bacon de la Chevalerie se séparèrent assez mécontents l'un de l'autre. Bacon de la Chevalerie cessa de faire des prosélytes à des doctrines qui, disait-il, l'avaient rendu fort malheureux, et il se confina désormais dans la pratique des degrés symboliques et philosophiques.


Mais, en 1771, les relations entre Martinès et son substitut n'étaient pas encore aussi tendues qu'elles le furent un an plus tard, lorsque Martinès, convaincu des intrigues fusionnistes de Bacon de la Chevalerie, résolut de le suspendre de ses fonctions et de le remplacer par T. P. M. Deserre. Aussi, au mois d'août 1771, se rendit-il, accompagné du frère De la Borie, auprès du Tribunal Souverain de Paris. Il compléta l'instruction des anciens et des nouveaux Rose Croix de cet orient, installa définitivement le temple de Versailles et repartit pour Bordeaux au mois d'octobre. Là, bien que toujours tourmenté par ses affaires temporelles, il continua ses divers travaux maçonniques. Notamment, le 17 avril 1772, il ordonna Rose Croix, le frère Deserre et le frère De Saint-Martin dont nous reparlerons longuement dans la suite de cette Notice.

Martinès de Pasqually devait quitter définitivement Bordeaux le 5 mai 1772 pour aller recueillir une succession à Port-au-Prince.

Nous avons écrit dans notre précédente Notice que « peu d'années après le départ de Martinès de Pasqually pour les Antilles, une scission se produisit dans l'Ordre qu'il avait si péniblement formé; certains disciples restant très attachés à tout ce que leur avait enseigné le maître, tandis que d'autres, entraînés par l'exemple de Saint-Martin, abandonnaient la pratique active pour suivre la voie incomplète et passive du mysticisme ». En effet, durant les cinq années qu'il passa à la loge de Bordeaux, Saint-Martin avait déjà manifesté quelque éloignement pour les travaux de Martinès de Pasqually, et tendait déjà à s'affranchir du dogmatisme rituélique des loges et à le rejeter comme inutile. Mais à la vérité il ne tenta rien avant la mort de Martinès, survenue en 1774; tandis qu'un autre frère, le R. C. Du Roy d'Hauterive, n'attendit pas cet événement pour manifester dès 1773 des tendances fâcheuses pour le rite des Elus Coëns.

Nous n'avons malheureusement pas la lettre qui mentionnait les agissements du T. P. M. Du Roy d'Hauterive et nous devons nous contenter de la réponse du Grand Souverain, réponse dont le passage suivant est d'ailleurs suffisamment explicite :


« Quant à l'égard de ce qu'aurait pu dire le T. P. M. Du Roy, je vous instruis du contraire. Il ne suffit pas de penser comme nous pour être un franc et légitime maçon et un parfait chevalier des temples particuliers et généraux, car alors serait élu ou G. A. qui voudrait s'il avait eu en mains les instructions et explications secrètes de ces grades, et l'Ordre serait à la merci complète de tous les défaillants, comme vous pouvez le comprendre. Aussi les propos du T. P. M. Du Roy m'étonnent de la part d'un frère instruit qui, quand il combattait nos établissements, me reprochait des vues semblables à celles qu'il aurait aujourd'hui. Cependant voyez et instruisez-moi de sa façon d'agir envers nos membres, et je vous exhorte à veiller à ce que tous nos postulants aient bien reçu leurs instructions dans le symbolique, ou qu'ils les reçoivent comme émules selon ce que j'ai mandé à mon T. S. de Paris. Pour le reste faites-en la collation selon mes propres instructions et avec le cérémonial que vous aurez du P. M. Substitut.

« Faute de quoi vous ferez des membres sans aucun des pouvoirs de leur grade et (qui) ne seront d'aucune utilité à l'Ordre encore qu'on les avance après de semblables profanations, et ainsi vous n'auriez pas nui à l'Ordre seul mais plus gravement aux sujets désireux de s'instruire et de progresser dans le bien. De plus vous ne devez pas prendre exemple sur ma bien trop grande facilité à récompenser le bon vouloir de quelques émules qui ne remplissaient pas les conditions; mais vous souvenir de tous les ennuis que m'a procurés cette facilité et cela lors de nos établissements de Bordeaux et dans la personne des sieurs Lardy, Duguers (Bonnichon) et autres, par suite de quoi je me suis résolu à abandonner au conseil de mes T. S. tout ce qui m'est adressé. C'est un pâtiment auquel je me résigne volontiers dans l'intérêt de l'Ordre. »

Votre affectionné frère et maître »

DON MARTINÈS DA PASQUALLY. G. S.


On voit d'après cet extrait que, déjà à la fin de 1773, le frère du Roy d'Hauterive semblait considérer le cérémonial des divers grades comme une chose fort accessoire, et cherchait très probablement à faire partager son opinion par quelques membres de l'Ordre. Ce qui est certain, c'est que d'Hauterive se sépara de l'Ordre quelques années plus tard; et l'on peut se demander s'il n'y a pas une relation entre les tendances manifestées par d'Hauterive en 1773 et la ligne de conduite que devait tenir Saint-Martin dans la suite.

Le fait est qu'un peu avant la mort de Martinès de Pasqually, Saint-Martin se rendit à Lyon où il fit avec d'Hauterive une série de conférences dans la loge de Willermoz, La Bienfaisance, et où il écrivit son premier livre intitulé des Erreurs et de la Vérité : « C'est à Lyon, dit-il, que j'ai écrit le livre intitulé des Erreurs et de la Vérité; je l'ai écrit par désoeuvrement et par colère contre les philosophes. J'écrivis d'abord une trentaine de pages, que je montrai au cercle que j'instruisais chez M. de Villermas (sic), et l'on m'engagea à continuer. Il a été composé vers la fin de 1773 et le commencement de 1774, en quatre mois de temps, et auprès du feu de la cuisine, n'ayant pas de chambre où je pusse me chauffer. Un jour même, le pot de la soupe se renversa sur mon pied et le brûla assez fortement. »

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 15:53


Extrait de " Le Philosophe Inconnu, réflexions sur les idées de Louis-Claude de Saint-Martin, théosophe."

Louis-Claude de Saint-Martin était né d’une famille noble, le 18 janvier 1743, à Amboise, en Touraine, à quelques lieues de la patrie de Descartes, qui n’a pas été sans influence sur lui, et non loin du berceau de Rabelais, qu’il semble vouloir rappeler dans le poème bizarre du Crocodile.

Quoiqu’il ait beaucoup parlé de lui ; on n’a presque aucun détail sur sa famille, sur les circonstances privées de son enfance et de sa jeunesse. C’est moins sa vie dans le temps et avec les hommes, que sa vie intérieure et avec lui-même, dont il aime à s’entretenir.

Il a écrit ces belles paroles :

« Le respect filial a été, dans mon enfance, un sentiment sacré pour moi. J’ai approfondi ce sentiment dans mon âge avancé, et il n’a fait que se fortifier par là: Aussi, je le dis hautement, quelque souffrance que nous éprouvions de la part de nos père et mère, songeons que sans eux nous n’aurions pas le pouvoir de les subir et de les souffrir, et alors nous verrons s’anéantir pour nous le droit de nous en plaindre ; songeons enfin que sans eux nous n’aurions pas le bonheur d’être admis à discerner le juste de l’injuste ; et, si nous avons occasion d’exercer à leur égard ce discernement, demeurons toujours dans le respect avec eux pour le beau présent que nous avons reçu par leur organe et qui nous a rendu leur juge. Si même nous savons que leur être essentiel est dans la disette et dans le danger, prions instamment le souverain Maître de leur donner la vie spirituelle en récompense de la vie temporelle qu’ils nous ont donnée »

Il gardait de sa belle-mère un tendre souvenir ; mais le témoignage qu’il lui rend, dicté par une vive reconnaissance, nous laisse entrevoir, sous le voile un peu mystique du langage, que cette affection n’était pas sans inquiétude et sans contrainte.

« J’ai une belle-mère, disait-il, à qui je dois peut-être tout mon bonheur, puisque c’est elle qui m’a donné les premiers éléments de cette éducation douce, attentive et pieuse, qui m’a fait aimer de Dieu et des hommes. Je me rappelle d’avoir senti en sa présence une grande circoncision intérieure qui m’a été fort instructive et fort salutaire. Ma pensée était libre auprès d’elle et l’eût toujours été, si nous n’avions eu que nous pour témoins ; mais il y en avait dont nous étions obligés de nous cacher comme si nous avions voulu faire du mal »

Au collège de Pont-Levoy, où il fut envoyé vers l’âge de dix ans, il lut le beau livre d’Abbadie : l’Art de se connaître soi-même, et cette lecture paraît avoir décidé de sa vocation pour les choses spirituelles. Cependant, ses études terminées, il lui fallut suivre un cours de droit, et, cédant au désir de son père, il se fit recevoir avocat du roi au siége présidial de Tours. Mais les fonctions assidues de la magistrature ne pouvaient retenir cette intelligence méditative et profonde, plus capable de remonter aux sources mêmes du droit que de s’astreindre à la lettre de la jurisprudence. Il renonça bientôt à la magistrature pour embrasser la profession des armes, et ce ne fut pas l’instinct [9] militaire qui lui fit prendre l’épée ; car « il abhorrait la guerre, » quoiqu’il « adorât la mort » mais il trouvait dans les loisirs d’une garnison cette espèce d’indépendance que le barreau ne laisse ordinairement ni à l’esprit ni aux habitudes.

Ce fut à Bordeaux que, affilié avec plusieurs officiers du régiment de Foix à l’une des sociétés fondées par Martinez Pasqualis, il suivit les leçons de ce maître, en qui il reconnaissait « des vertus très-actives, » mais dont il s’éloigna depuis pour se donner tout entier au fameux cordonnier de Gorlitz, Jacob Boehm, le prince des théosophes allemands. « Excepté mon premier éducateur Martinez Pasqualis, disait-il, et mon second éducateur Jacob Boehm, mort il y a cent cinquante ans, je nai vu sur la terre que des gens qui voulaient être maîtres et qui n’étaient pas même en état d’être disciples »

Martinez, selon le témoignage de Saint-Martin, avait la clef active des spéculations théosophiques de Boehm. Il professait l’erreur d’Origène sur la résipiscence de l’être pervers à laquelle le premier homme aurait été chargé de travailler. Cette idée paraît à Saint-Martin digne du plan universel, mais il prétend n’avoir à cet égard aucune démonstration positive, excepté par l’intelligence. « Quant à Sophie et au Roi du Monde, dit-il encore, Martinez Pasqualis ne nous a rien dévoilé sur cela, et nous a laissé dans les notions ordinaires de Marie et du démon. Mais je n’assurerai pas pour cela qu’il n’en eût pas la connaissance. » On voit reparaître dans ces obscurs et téméraires enseignements cette distinction entre la doctrine livrée au vulgaire et celle dont le sanctuaire ne s’ouvre que pour un petit nombre dinitiés, cette doctrine ésotérique qui n’est que le système des castes intellectuelles ; et dont le christianisme a horreur.

Martinez Pasqualis était venu à Paris en 1708 ; et pendant les dix années de son séjour en cette ville, il se fit de nombreux prosélytes ; qui ; vers 1775, formèrent une secte connue sous le nom de Martinistes, et très répandue dans lAllemagne et dans le Nord. Saint-Martin venait de publier à Lyon son livre des Erreurs et de la Vérité, et cet cette circonstance a pu concourir avec la similitude du nom à faire passer le disciple pour le fondateur de l’école. Après le départ de Martinez, mort en 1779 au Port-au-Prince, lécole se fondit à Paris dans la Société des Grands Profès et dans celle des Philalèthes. Invité en 1784 à cette dernière réunion, où il ne sagissait en apparence que de combiner les doctrines de Martinez et de Swedenborg, Saint-Martin refusa de s’y rendre. Il dédaignait la recherche du grand œuvre et les opérations de la franc-maçonnerie ou plutôt, selon toute probabilité, il refusait de s’associer à ces ténébreuses menées qui creusaient l’abîme où la religion, la monarchie, la société tout entière allaient périr.

Les manifestations sensibles lui révélaient, dans la doctrine de Martinez, une science des esprits, dans la doctrine de Swedenborg une science des âmesles phénomènes du magnétisme somnambulique appartenaient ; suivant lui, à un ordre inférieur, mais il y croyait. Cherchant dans une conférence avec Bailly à convaincre ce savant de l’existence d’un pouvoir magnétique où l’on ne pouvait soupçonner la complicité du malade, il signala plusieurs opérations faites sur des chevaux que l’on traitait à Charenton par le magnétisme. « Que savez-vous, dit l’illustre membre des trois académies, si les chevaux ne pensent pas ? — Monsieur, lui répondit Saint-Martin, vous êtes bien avancé pour votre âge.»

Dans cette même année 1781, il rédigea un mémoire sur cette question proposée par l’Académie de Berlin : « Quelle est la meilleure manière de rappeler à la raison les nations, tant sauvages que policées, qui sont livrées aux erreurs et aux superstitions de tout genre ? » L’intention de cette niaiserie philosophique est évidente. C’était le temps où les Nicolaïtes ou illuminants, Aufklärer, précurseurs immédiats de Weishaupt et des illuminés, comparaient hautement le divin Maître au célèbre Bouddha tartare, le Talé-lama [Dalaï-Lama]. Saint-Martin entreprit de démontrer que la solution demandée était impossible par les seuls moyens humains : ce n’était pas la réponse que voulait l’Académie, et la question ayant été remise au concours pour l’année suivante, un pasteur de l’Église française, nommé Avillon, obtint le prix en donnant au problème une solution platonicienne La thèse qu’il avait soutenue en face de l’Académie de Berlin, Saint-Martin la développa quatorze ans plus tard dans ses « Réflexions d’un observateur sur la question proposée par l’Institut (de France) : Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d’un peuple ? » (An VI, 1798.)

Je reviendrai sur ce sujet.

C’est à peu près vers cette époque de sa vie que, pendant un séjour qu’il fit à Strasbourg, il dut à l’une de ses amies, madame Boecklin, de connaître les écrits du célèbre Jacob Boehm. Il avait déjà dépassé les [13] dernières limites de la jeunesse, et cependant il se mit avec ardeur à l’étude de la langue allemande, afin d’entendre les ouvrages de ce théosophe qu’il regarda toujours depuis « comme la plus grande lumière humaine qui eût paru.» Cette admiration exaltée jusqu’au fanatisme lui inspirait ces paroles bizarres :

« Ce ne sont pas mes ouvrages qui me font le plus gémir sur cette insouciance générale ; ce sont ceux d’un homme dont je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers, mon chérissime Boehm. Il faut que l’homme soit entièrement devenu roc ou démon pour n’avoir pas profité plus qu’il n’a fait de ce trésor envoyé au monde il y a cent quatre-vingts ans »

Dans un voyage qu’il fit en Angleterre en 1787, il se lia avec l’ambassadeur Barthélemy et connut William Law, éditeur d’une version anglaise et d’un précis des livres de Jacob Boehm. Il y vit un vieillard nommé Best, qui avait la propriété de citer à chacun très à propos des passages de l’Écriture. « En me voyant (c’est Saint-Martin qui parle), il commença par dire de moi : Il a jeté le monde derrière lui. Ce qui me fit plaisir. Ensuite il me cita le troisième verset de Jérémie, chap. 33 : Clamor ad me et exaudiant te, et docebo te grandia et ferma quce nescis : Criez vers moi, et je vous enseignerai des choses grandes et sûres que vous ne savez pas. Cela me fit aussi beaucoup de plaisir ; mais ce qui m’en fit davantage, c’est que cela se vérifia dans la quinzaine " En 1788, il alla visiter Rome et l’Italie avec le prince Alexis Galitzin, qui disait à M. de Fortia d’Urban : [14] : « Je ne suis véritablement un homme que depuis que j’ai connu M. de Saint-Martin. » Il vit l’Allemagne et la Suisse: Il voyageait plutôt en sage qu’en artiste ou en poète. « Je n’ai jamais goûté bien longtemps, disait-il, les beautés que la terre offre à nos yeux ; le spectacle des champs, les paysages. Mon esprit s’élevait bientôt au modèle dont ces objets nous peignent les richesses ou les perfections. »

A son retour ; quoique retiré du service, il fut fait chevalier de Saint-Louis.

Ses recherches sur la science des nombres amenèrent entre Lalande et lui une liaison passagère. Le théosophe qui voyait Dieu partout pouvait-il s’accorder longtemps avec le géomètre qui éliminait Dieu de partout?

Le Maréchal de Richelieu voulait le mettre en rapport avec Voltaire qui mourut dans la quinzaine Il aurait eu plus d’agrément, il le croyait du moins et plus de succès auprès de Rousseau ; mais il ne le vit jamais.

« Rousseau ; dit-il ; était meilleur que moi… Il tendait au bien par le cœur ; j’y tendais par l’esprit, les lumières et les connaissances. Je laisse cependant hommes de l’intelligence à discerner ce que j’appelle les vraies lumières et les vraies connaissances ; et à ne pas les confondre avec les sciences humaines, qui ne font que des ignorants et des orgueilleux  »

[Les charmes de la bonne compagnie, suivant un de ses biographes ; lui faisaient imaginer ce que pouvait valoir une réunion plus parfaite dans ses rapports intimes avec son principe. C’est à cet ordre de pensées qu’il ramenait ses liaisons habituelles avec les personnes du rang le plus élevé ; telles que le duc d’Orléans, le maréchal de Richelieu, la duchesse de Bourbon, la marquise de Lusignan, etc. Ce fut en partie chez cette dernière, au Luxembourg, qu’il écrivit le Tableau naturel.

Il dicta l’Ecce Homo à l’intention d’une « amie de cœur, » la duchesse de Bourbon, princesse dont la destinée fut tant à plaindre ; femme séparée du dernier prince de Condé et mère du dernier duc d’Enghien, persécutée, chassée par la révolution qu’elle avait acceptée ; et dans les ennuis de l’exil réduite à demander au meurtrier de son fils la faveur de revoir la France

Revenue depuis de ses erreurs mystiques à la pratique simple de la religion, elle se laissait alors entraîner au merveilleux de l’ordre inférieur, comme le somnambulisme et les prophéties d’une visionnaire, Suzanne Labrousse, dont lex-chartreux dom Gerle et l’évêque constitutionnel Pontard étaient les ardents prosélytes.

« A moins que la Clef divine n’ouvre elle-même l’âme de l’homme, dit Saint-Martin dans cet ouvrage, dès l’instant qu’elle sera ouverte par une autre clef, elle va se trouver au milieu de quelques-unes de ces régions (d’illusion ou de lumière douteuse), et elle peut involontairement nous en transmettre le langage. Alors, quelque extraordinaire que nous paraisse ce langage, il se peut qu’il n’en soit pas moins un langage faux et trompeur ; bien plus, il peut être un langage vrai sans que ce soit la Vérité qui le prononce, et, par conséquent, sans que les fruits en soient véritablement profitables »

Saint-Martin pensait sans doute à son illustre amie, quand il laissait échapper de son cœur ces paroles touchantes :

« J’ai par le monde une amie comme il n’y en a point. Je ne connais qu’elle avec qui mon âme puisse s’épancher tout à son aise et s’entretenir sur les grands objets qui m’occupent... Nous sommes séparés par les circonstances. Mon Dieu, qui connaissez le besoin que j’ai d’elle, faites-lui parvenir mes pensées et faites-moi parvenir les siennes, et abrégez, s’il est possible, le temps de notre séparation »

Il disait encore

« Il y a eu deux êtres dans ce monde en présence desquels Dieu m’a aimé. Aussi, quoique l’un d’eux fut une femme (ma B.), j’ai pu les aimer tous deux aussi purement que j’aime Dieu, et, par conséquent, les aimer en présence de Dieu, et il n’y a que de cette manière que l’on doive s’aimer si l’on veut que les amitiés soient durables»

Le saint pénitent de Tagaste, s’accusant de la trop vive douleur qu’il a ressentie de la perte dun ami, s’écrie d’un accent plus pieux et plus sûr « Heureux qui vous aime, ô Dieu ! et son ami en vous, et son ennemi pour vous ! Celui- là seul ne perd aucun être cher, à qui tous sont chers en celui qui ne se perd jamais[ »

La révolution française survint. Saint-Martin fut du petit nombre des hommes éminents qui eurent l’intelligence de ce grand événement. Supérieur aux passions politiques, il l’accepta avec cette religieuse épouvante que répand dans les âmes recueillies la vue des justices divines. Il ne perdit pas son temps à maudire ce terrible passage de notre histoire ; le premier il le jugea. Vers le temps où il publia sa Lettre à un ami sur la révolution, publication antérieure aux célèbres Considérations du comte de Maistre, il écrivait ces paroles remarquables :

«La France a été visitée la première, et elle l’a été très sévèrement, parce qu’elle a été très coupable. Ceux des pays qui ne valent pas mieux qu’elle, ne seront pas épargnés quand le temps de leur visite sera arrivé. Je crois plus que jamais que Babel sera poursuivie et renversée progressivement dans tout le globe ; ce qui n’empêchera pas qu’elle ne pousse ensuite de nouveaux rejetons qui seront déracinés au jugement final »

Ma mémoire ne me rappelle rien dans ses écrits imprimés qui fasse une allusion précise aux mémorables événements de cette époque, si ce n’est peut-être cette pensée que je lis dans ses Œuvres posthumes :

« Une des choses qui m’a le plus frappé dans les récits qui m’ont été faits de la conduite de Louis XVI lors de son procès, a été de ce qu’il aurait été tenté, comme roi, de ne pas répondre à ses juges, qu’il ne reconnaissait pas pour tels, mais de ce qu’il oublia sa propre gloire, disant que l’on ne pourrait pas savoir ce que ses réponses pourraient produire et qu’il ne fallait pas refuser à son peuple la moindre des occasions qui pourraient l’empêcher de commettre un grand crime. J’ai trouvé beaucoup de vertu dans cette réponse»

Au moment même où « le torrent de la révolution roulait en flots de sang, à la lueur des incendies, au bruit de la guerre» Saint-Martin ; retiré à Amboise pour rendre à son vieux père les derniers soins et les derniers devoirs, entretenait une correspondance suivie sur les plus hautes questions de la métaphysique et de la théosophie avec le baron suisse Kirchberger de Liebisdorf, membre du conseil souverain de la république de Berne

Singulier contraste entre le bruit épouvantable que fait tout ce siècle qui croule et ce paisible dialogue sur les mystères de l’âme, sur les mystères des nombres ; sur toutes les questions relatives à l’infini et à l’ordre futur ! Ce contraste est surtout remarquable dans une lettre datée du 25 août 1792, où ; racontant en quelques mots la sanglante journée du 10 :

« Les rues, dit-il, qui bordent l’hôtel où je loge étaient un champ de bataille ; l’hôtel lui-même était un hôpital où l’on apportait les blessés ; et en outre il était menacé à tout moment d’invasion et de pillage [20] (l’hôtel de la duchesse de Bourbon). Au milieu de tout cela, il me fallait, au péril de ma vie, aller voir et soigner ma sœur à demi lieue de chez moi... »

Il ajoute presque aussitôt :

« Je suis dans une maison où madame Guyon est très en vogue. On vient de m’en faire lire quelque chose. J’ai éprouvé à cette lecture combien l’inspiration féminine est faible et vague en comparaison de l’inspiration masculine. Dans Boehm je trouve un aplomb d’une solidité inébranlable ; j’y trouve une profondeur, une élévation, une nourriture si pleine et si soutenue que je vous avoue que je croirais perdre mon temps que de chercher ailleurs ; aussi j’ai laissé là les autres lectures. »

Ces paroles étaient en même temps une petite leçon adressée à Kirchberger, qui, lui, cherchait ailleurs, qui cherchait partout, et dont la curiosité s’étendait à des objets dont Saint-Martin faisait fort peu de cas.

«La maçonnerie dont vous me parlez, lui écrivait-il en 1794, je ne la connais point et ne puis vous en rendre aucun compte. Vous savez mon goût pour les choses simples, et combien ce goût se fortifie en moi par mes lectures favorites. Ainsi tout ce qui tient encore à ce que je dois appeler la chapelle,s’éloigne chaque jour de ma pensée... Quant aux ouvrages de Swedenborg, mon opinion est imprimée dans l’Homme de désir... Je vous avoue qu’après de semblables richesses qui vous sont ouvertes (les œuvres de Jacob Boehm), et dont vous pouvez jouir à votre aise à cause de votre langue et de tous les avantages terrestres que la paix politique vous procure, je souffre quelquefois de vous voir me consulter sur des loges et sur d’autres bagatelles de ce genre, moi qui, dans les situations pénibles en tous sens où je me trouve, aurais besoin qu’on me portât sans cesse vers ce pays natal où tous mes désirs et mes besoins me rappellent, mais où mes forces rassemblées tout entières sont à peine suffisantes pour me fixer par intervalle, vu l’isolement absolu où je vis ici sur ces objets. Je me regarde comme le Robinson Crusoé de la spiritualité, et, quand je vous vois me faire des questions dans ces circonstances, il me semble voir un fermier général de notre ancien régime, bien gros et bien gras, allant consulter l’autre Robinson sur le chapitre des subsistances ; je dois vous dire ce qu’il lui répondrait : « Monsieur, vous êtes dans l’abondance et moi dans la misère ; faites-moi plutôt part de votre opulence. »

Le moment d’ailleurs n’était pas favorable aux idées mystiques. La théosophie même devenait suspecte. La prétendue conjuration de Catherine Théos, la mère de Dieu, et les folles prédications auxquelles l’ex-chartreux dom Gerle se livrait dans l’hôtel même de la duchesse de Bourbon, appelèrent l’attention du gouvernement révolutionnaire sur l’innocente correspondance du philosophe inconnu avec le baron de Liebisdorf. Dans la lettre que je viens de citer, Saint-Martin invoque à l’appui de ses réflexions des avertissements d’une autre nature.

« Dans ce moment-ci, ajoute-t-il, il est peu prudent de s’étendre sur ces matières. Les papiers publics auront pu vous instruire des extravagances spirituelles que des fous et des imbéciles viennent d’exposer aux yeux de notre justice révolutionnaire. Ces imprudentes ignorances gâtent le métier, et les hommes les plus posés dans cette affaire-ci doivent eux-mêmes s’attendre à tout ; c’est ce que je fais, parce que je ne doute pas que tout n’ait la même couleur pour ceux qui sont préposés pour juger de ces choses, et qui n’ont pas les notions essentielles pour en faire le départ. Mais en même temps que je prévois tout, je suis bien loin de me plaindre de rien. Le cercle de ma vie est tellement rempli et d’une manière si délicieuse, que, s’il plaisait à la Providence de le fermer dans ce moment, de quelque façon que ce fût, je n’aurais encore qu’à la remercier. Néanmoins, comme on est comptable de ses actions, faisons-en le moins que nous pourrons, et ne parlons de tout ceci dans nos lettres que succinctement»

Dès le 21 mai de l’année précédente, il écrivait à son ami :

« Celle de vos lettres qui a été accidentellement retardée est du 5 avril. Votre dernière, du 14 mai, a été aussi retenue au comité de sûreté générale à Paris, d’où elle m’a été renvoyée avec un cachet rouge par-dessus votre cachet noir. Vous voyez combien il est important de ne nous occuper que des choses qui ne sont pas de ce monde. »

Mais l’autre monde n’était plus même un asile sûr pour les méditations de la pensée suspecte. La police révolutionnaire ne comprenait pas que l’on pût se réfugier là de bonne foi et sans une arrière-pensée de contre-révolution. Saint-Martin avait cependant donné des preuves suffisantes de son désintéressement politique. Quoique noble, il n’avait pas émigré ; chevalier de Saint-Louis, il avait fait son service dans la milice bourgeoise et monté la garde au Temple, prison et tombeau de Louis XVII ; trois ans auparavant, son nom était inscrit sur la liste des candidats proposés par l’Assemblée nationale pour le choix d’un gouverneur de ce jeune prince. Ces gages de soumission donnés à la République ne purent le mettre à l’abri d’un mandat d’arrêt, sous la prévention de complicité dans l’affaire de Catherine Théos. Fort heureusement le 9 thermidor vint le soustraire au jugement du sanguinaire tribunal. Car il faut bien reconnaître à ce sauvage régime le mérite d’une activité rare ; il n’a laissé passer aucune tête éminente sans la persécuter, l’outrager ou l’abattre !

En méditant sur ces faits étranges et si pleins d’enseignements, Saint-Martin disait encore :

« Je crois voir l’Évangile se prêcher aujourd’hui par la force et l’autorité de l’esprit, puisque les hommes ne l’ont pas voulu écouter lorsqu’il le leur a prêché dans la douceur, et que les prêtres ne nous l’avaient prêché que dans leur hypocrisie. Or, si l’esprit prêche, il le fait dans la vérité, et ramènera, sans doute l’homme égaré à ce terme évangélique où nous ne sommes plus absolument rien et où Dieu est tout. Mais le passage de nos ignorances, de nos souillures et de nos impunités à ce terme ne peut être doux. Ainsi je tâche de me tenir prêt à tout. C’est ce que nous devrions faire, même quand les hommes nous laisseraient la paix ; à plus forte raison quand ils joignent leurs mouvements à ceux qui agitent naturellement tout l’univers depuis le crime de l’homme. Notre royaume n’est pas de ce monde ; voilà ce que nous devrions nous dire à tous les moments et exclusivement à toute autre chose sans exception, et voilà cependant ce que nous ne nous disons jamais, excepté du bout des lèvres. Or, la vérité qui a annoncé cette parole ne peut permettre que ce soit une parole vaine, et elle rompt elle-même les entraves qui nous lient de toutes parts à cette illusion apparente, afin de nous rendre à la liberté et au sentiment de notre vie réelle. Notre révolution actuelle que je considère sous ce rapport, me paraît un des sermons les plus expressifs qui aient été prêchés en ce monde. Prions pour que les hommes en profitent. Je ne prie point pour n’être pas compris au nombre de ceux qui doivent y servir de signe à la justice ; je prie, pour ne jamais oublier l’Évangile, tel que l’esprit veut le faire concevoir à nos cœurs, et, quelque part où je sois, je serai heureux, puisque j’y serai avec l’esprit de vérité.»

Vers la fin de l’année 1794, il dut revenir à Paris dont il était expulsé comme noble par le décret du 27 germinal an II. Voici quelles circonstances le rappelaient.

L’échafaud de Robespierre venait de rendre la liberté à la France. La terreur, fatiguée de crimes, commençait à défaillir. Mais sur ce sol si profondément remué tout n’était plus que sang et décombres. La dispersion du clergé, l’abolition des ordres religieux et des corporations enseignantes, enveloppés dans la ruine de l’ancien gouvernement, laissaient la France à ses profondes ténèbres. L’impiété elle-même en fut épouvantée : Impia æternam timuerunt secula noctem. Elle eut peur de la nuit qu’elle avait faite et de l’état sauvage dans lequel grandissaient les générations nouvelles. Il s’agissait donc de ranimer « le flambeau des sciences prêt à s’éteindre ; » il s’agissait de « garantir la génération suivante des funestes effets du vandalisme. » « A la vue des ruines sur lesquelles l’ignorance et la barbarie établissaient leur empire, » il fallait bien reconnaître que l’instruction était le premier mobile de la félicité publique Mais il ne s’agissait pas seulement de répandre l’instruction, il fallait former des instituteurs ; tel était le but des écoles normales.

« Dans ces écoles, disait le rapporteur du projet, Lakanal, ce n’est pas les sciences que l’on enseignera, mais l’art de les enseigner. Au sortir de ces écoles les disciples ne devront pas être seulement des hommes instruits, mais des hommes capables d’instruire. Pour la première fois sur la terre, la nature, la vérité, la raison et la philosophie vont donc avoir aussi un séminaire.»

Puis il ajoute :

« Aussitôt que seront termines, à Paris, ces cours de l’art d’enseigner les connaissances humaines, la jeunesse savante et philosophe qui aura reçu ces grandes leçons ira les répéter à son tour dans toutes les parties de la République d’où elle aura été appelée... Cette source de lumière si pure, si abondante, puisqu’elle partira des premiers hommes de la République en tout genre, épanchée de réservoir en réservoir, se répandra d’espace en espace dans toute la France, sans rien perdre de sa pureté dans son cours. Aux Pyrénées et aux Alpes l’art d’enseigner sera le même qu’à Paris, et cet art sera celui de la nature et du génie... La raison humaine, cultivée partout avec une industrie également éclairée, produira partout les mêmes résultats, et ces résultats seront la recréation de l’entendement humain chez un peuple qui va devenir l’exemple et le modèle du monde. »

Ainsi, pour que la nation française devînt incontinent l’exemple et le modèle du monde, il ne fallait rien moins que recréer lentendement humain.

Telle était donc la manie de ce siècle terrible ; détruire, que dis-je détruire ? anéantir les ruines mêmes, afin de créer ex nihilo, afin de créer comme Dieu, sans Dieu ! Aussi les hommes de ce temps n’ont-ils été puissants qu’à l’œuvre de destruction. Pour détruire ; l’homme suffit ; mais pour rétablir et fonder, Dieu ne. permet pas qu’on se passe de lui.

Saint-Martin fut choisi comme élève à l’École normale par le district d’Amboise, mais obligé de remplir certaines formalités, vu sa tache nobiliaire qui lui interdisait le séjour de Paris jusqu’à la paix. Voici comme il envisageait d’abord cette mission inattendue.

 

« Elle peut, disait-il, me contrarier sous certains rapports ; elle va me courber l’esprit sur les simples instructions du premier âge: Elle va aussi me jeter dans la parole externe ; moi qui n’en voudrais plus entendre ni proférer d’autre que la parole interne. Mais elle me présente aussi un aspect moins repoussant : c’est celui de croire que tout est lié dans notre grande révolution ; où je suis payé pour voir la main de la Providence. Alors ; il n’y a plus rien de petit pour moi, et ne serais-je quun grain de sable dans l’édifice que Dieu prépare aux nations je ne dois pas résister quand on m’appelle ; car je ne suis que passif dans tout cela... Le principal motif de mon acceptation est de penser qu’avec l’aide de Dieu je puis espérer ; par ma présence et mes prières, d’arrêter une partie des obstacles que l’ennemi de tout bien ne manquera pas de semer dans cette grande carrière qui va s’ouvrir et d’où peut dépendre le bonheur de tant de générations... Et, quand je ne détournerais qu’une goutte du poison que cet ennemi cherchera à jeter sur la racine même de cet arbre qui doit couvrir de son ombre tout mon pays, je me croirais coupable de reculer.

Il arriva à Paris dans les premiers jours de janvier 1795 ; mais l’ouverture des conférences fut retardée. Le projet n’était pas mûr ; il s’éloignait déjà du but simple de son institution.

« Je gèle ici faute de bois, écrivait-il à Kirchberger, au lieu que dans ma petite campagne je ne manquais de rien. Mais il ne faut pas regarder à ces choses-là ; faisons-nous esprit, il ne nous manquera rien ; car il n’y a point d’esprit sans parole, et point de parole sans puissance. »

Les conférences ne tardèrent pas à justifier toutes ses prévisions, et quelles difficultés les principes spiritualistes trouveraient à se faire entendre en présence de ces chaires et de cet auditoire incrédules.

« Quant à nos écoles normales, écrit-il encore, ce n’est encore que le spiritus mundi tout pur, et je vois bien qui est celui qui se cache sous ce manteau. Je ferai tout ce que les circonstances me permettront pour remplir le seul objet que j’aie eu en acceptant ; mais ces circonstances sont vaines et peu favorables. C’est beaucoup si, dans un mois, je puis parler cinq ou six minutes, et cela devant deux mille personnes à qui il faudrait auparavant refaire les oreilles »

Il trouva cependant une occasion éclatante de rompre en visière à l’esprit du siècle et de proclamer hardiment ses propres principes. « J’ai jeté une pierre [29] dans le front d’un des Goliath de notre École normale ; les rieurs n’ont pas été pour lui, tout professeur qu’il est. » Mais il n’eut pas le loisir de poursuivre à son gré cette piquante controverse avec le professeur Garat. Les écoles normales furent dissoutes le 30 floréal de cette même année, mesure qu’il regarda dès lors comme un événement heureux. Ces écoles n’avaient d’autre but que de continuer l’œuvre des philosophes et de perpétuer le système d’impiété qu’ils avaient, disait-il, « assez provigné en France depuis soixante ans. » Et il ajoutait :

« Je regarde comme un effet de la Providence que ces écoles-là soient détruites. Ne croyez pas que notre révolution française soit une chose indifférente sur la terre : je la regarde comme la révolution du genre humain... C’est une miniature du jugement dernier, mais qui doit en offrir toutes les traces, à cela près que les choses ne doivent s’y passer que successivement, au lieu qu’à la fin tout s’opérera instantanément»

De retour dans son département, Saint-Martin fut membre des premières réunions électorales ; mais sa vie publique devait se borner à son passage à l’École normale et à son démêlé avec le professeur d’analyse de l’entendement humain : il ne fit jamais partie d’aucune assemblée politique. Il poursuivit son active correspondance avec le baron de Liebisdorf. Les deux amis, qui ne devaient point se voir en ce monde, s’envoyèrent mutuellement leur portrait. Le discrédit [30] des assignats ayant réduit Saint-Martin à une extrême détresse, Kirchberger lui fit passer dix louis d’or. Le premier mouvement de Saint-Martin fut de les renvoyer sur-le-champ ; un second le retint. La fierté de Rousseau lui eût paru plus dans la mesure, si elle eût été fondée sur la haute foi évangélique qui donne et crée les moyens de ne connaître aucun besoin. « Mais., dit-il, quoique sa ferme philosophie me paraisse toujours très estimable sans s’élever à ce point, elle ne m’a pas paru assez conséquente ; car s’il prêche tant l’exercice des vertus et de la bienfaisance, il faut donc aussi leur laisser un libre cours quand elles se présentent.Saint-Martin reçut les dix louis, et, à son tour, il put offrir plus tard à Kirchberger) dont la maison de Morat fut pillée par les Français, plusieurs pièces d’argenterie:qui lui restaient.

Les dernières années de sa vie s’écoulèrent en silence dans des relations studieuses avec des amis. Il tenait un journal de ses liaisons, et regardait comme des acquisitions précieuses celle qu’il ajoutait aux précédentes :

« Il y a plusieurs probabilités, disait-il, que ma destinée a été de me faire des rentes en âmes, Si Dieu permet que cette destinée-là s’accomplisse, je ne me plaindrai pas de ma fortune, car cette richesse-là en vaut bien d’autres»

Il était homme de bien et charitable: On lit dans les Archives littéraires de l’année 1804 une conversation sur les spectacles entre M. de Gérando et le philosophe  inconnu: De Gérando lui demandait un jour pourquoi il n’allait plus au théâtre : était-ce rigidité de principes, ou défaut de loisir ? Après un peu d’hésitation ; Saint-Martin lui répondit :

« Rien n’est plus simple. Je suis souvent parti de chez moi pour aller au théâtre. Chemin faisant ; je doublais le pas ; j’éprouvais une vive agitation par une jouissance anticipée du plaisir que j’allais goûter: Bientôt, cependant ; je m’interrogeais moi-même sur la nature des impressions dont je me sentais si puissamment dominé: Je puis vous le dire :je ne trouvais en moi que l’attente de ce transport enivrant qui m’avait saisi autrefois lorsque les plus sublimes sentiments de la vertu, exprimés dans la langue de Corneille et de Racine, excitaient les applaudissements universels. Alors une réflexion me venait incontinent : Je vais payer, me disais-je, le plaisir d’admirer une simple image ou plutôt une ombre de la Vertu !.. Eh bien ! avec la même somme je puis atteindre à la réalité de cette image ; je peux faire une bonne action au lieu de la voir retracée dans une représentation fugitive. Je n’ai jamais résisté à cette idée ; je suis monté chez quelques malheureux que je connaissais ; j’y ai laissé la valeur de mon billet de parterre ; j’ai goûté tout ce que je me promettais au spectacle, bien plus encore, et je suis rentré chez moi sans regrets. »

D’une constitution frêle et n’ayant reçu de corps qu’un projetà peine sur le seuil de la vieillesse, il eut l’avertissement de l’ennemi physique qui avait enlevé son père. Il pressentit sa fin et la vit s’approcher avec une vive espérance. La mort, qui attriste la nature, n’était à ses yeux que le signal du départ ardemment désiré.

« La mort, disait-il, est-ce qu’il y en a encore ? Est-ce qu’elle n’a pas été détruite ?... La mort ! Est-ce la mort corporelle que le sage compterait pour quelque chose ? Cette mort n’est qu’un acte du temps. Quel rapport cet acte du temps pourrait-il avoir avec l’homme de l’éternité ? » -- Il disait encore : « L’espérance de la mort fait la consolation de mes jours ; aussi voudrais-je qu’on ne dît jamais l’autre vie, car il n’y en a qu’une.

Quelques mois avant de mourir il écrivait :

« Le 18 janvier 1803, qui complète ma soixantaine, m’a ouvert un nouveau monde ; mes expériences spirituelles ne vont qu’en saccroissant. J’avance, grâce à Dieu, vers les grandes jouissances qui me sont annoncées depuis longtemps et qui doivent mettre le comble aux joies dont mon existence a été constamment accompagnée dans ce monde.»

Dans l’été de 1803, il fit un dernier voyage à Amboise, visita quelques vieux amis, et revit encore une fois la maison où il était né.

Au commencement de l’automne de la même année, après un entretien avec un savant géomètre sur le sens mystérieux des nombres : « Je sens que je m’en vais, dit-il : la Providence peut m’appeler ; je suis prêt. Les germes que j’ai tâché de semer fructifieront. Je pars demain pour la campagne d’un de mes amis. Je rends grâces au ciel de m’avoir accordé la faveur que je demandais. »

Le lendemain, il se rendit à Aulnay, dans la maison de campagne du sénateur Lenoir-Laroche.Le soir, après un léger repas, il se retira dans sa chambre, et bientôt il se sentit frappé d’apoplexie. Il put cependant dire quelques mots à ses amis accourus auprès de lui les exhortant à mettre leur confiance dans la Providence et à vivre entre eux en frères « dans les sentiments évangéliques. » Puis il pria en silence et expira vers onze heures du soir, sans agonie et sans douleurs, le 13 octobre 1803 (22 vendémiaire an XII).

Je lis dans les Soirées de Saint-Pétersbourg qu’il mourut sans avoir voulu recevoir un prêtre. Aucune biographie ne fait mention de ce refus. Mais il est clair que Saint-Martin ne croyant ni à l’Église ni à la légitimité du sacerdoce catholique, le ministère du prêtre devait être indifférent à sa mort comme à sa vie. Ne disait-il pas : « Ma secte est la Providence ; mes prosélytes, c’est moi ; mon culte, c’est la justice ? » Et n’osait-il pas dire aussi : « Oui Dieu, j’espère que malgré mes fautes tu trouveras encore en moi de quoi te consoler ! » Quand on est parvenu dès ici-bas à cette intimité familière avec Dieu, il est évident que son Église et ses sacrements deviennent inutiles.

Tant de confiance étonne de la part d’un homme si éclairé sur les misères du cœur de l’homme et qui devait l’être sur les misères de son propre cœur ! Mais il est des temps malheureux où les intelligences, même les plus élevées, semblent chanceler dans leurs propres lumières. Détourné de la voie simple par l’influence de ces erreurs qu’il combattait chez les philosophes, sa religion et sa vertu mêmes lui sont devenues un piége, et il n’a pas su s’en préserver. Il a cru à la mission du Réparateur, mais il n’est pas entré dans le sens pratique de ses enseignements ; il a accueilli avec amour la parole de la Sagesse incarnée et le sacrifice du Calvaire, mais il n’a pas compris la perpétuité sur la terre de cette parole et de ce sacrifice ; il a cru en la divinité de Jésus-Christ, mais il n’est pas entré dans l’humilité de Jésus-Christ, et, après une vie de méditation, de prière et de culte intérieur, il a eu ce triste courage de mourir hors de la voie du salut ; il est mort en philosophe, à la manière de Porphyre ou de Plotin.

Il navait jamais été marié. Lui-même raconte ce arriva quand une occasion vint à s’offrir.

 « Je priai, dit-il ; un peu de suite pour cet objet, et il me fut dit intellectuellement, mais très clairement : Depuis que le Verbe s’est fait chair, nulle chair ne doit disposer d’elle-même sans qu’il en donne la permission. Ces paroles me pénétrèrent profondément, et, quoiqu’elles ne fussent pas une défense formelle, je me refusai à toute négociation ultérieure.»

Toujours communications intimes avec Dieu ! toujours cette illusion d’être l’objet de la prédilection divine ! On ne saurait après cela s’étonner de l’immense et naïf orgueil qui perce à chaque ligne des Pensées où il a voulu se peindre.

« J’ai été gai, dit-il, mais la gaieté n’a été quune nuance secondaire de mon caractère ; ma couleur réelle a été la douleur et la tristesse, à cause de l’énormité du mal »

Il s’applique la parole du prophète. Il semble gémir du mal qui se fait chaque jour sur la terre, comme si lui-même n’y avait aucune part : c’est la plainte de l’ange ou le gémissement de l’agneau qui porté lés péchés du monde !

Ne dit-il pas

« Je nai rien avec ceux qui n’ont rien ; j’ai quelque chose avec ceux qui ont quelque chose ; j’ai tout avec ceux qui ont tout. Voilà pourquoi j’ai été jugé si diversement dans le monde et la plupart du temps si désavantageusement ; car, dans le monde, où sont ceux qui ont tout ? où sont même ceux qui ont quelque chose ? »

Ne dit-il pas encore : « Dieu sait si je les aime, ces malheureux mortels ! »

Jamais un apôtre n’a parlé ainsi !

Dans la sphère restreinte et timide de son action il finit par se prendre sérieusement pour un voyant, pour un consolateur donné à la terre ; c’est partout le ton d’un être inspiré, d’un homme dépositaire de plus de vérités qu’il n’en saurait communiquer aux mortels, d’un homme supérieur à l’homme ! « Pour prouver que l’on est régénéré, dit-il, il faut régénérer tout ce qui est autour de nous» Cela est vrai ; mais quel mort spirituel Saint-Martin a-t-il donc ressuscité ? A-t-il jamais pu dire au fils de la veuve : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Son œuvre est loin de répondre à l’ambition de sa parole. Cependant il n’a pas été sans influence sur son temps, et, quoique ses livres soient généralement peu connus, un grand nombre de ses pensées ont été mises en circulation par des écrivains supérieurs, M. de Maistre, entre autres, qui l’avait lu attentivement, et qui l’appelait le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes.(entretiens de stpet). Malgré l’énormité de ses erreurs, cet homme a servi la cause de la vérité, et l’on ne saurait oublier que le premier il donna le signal de la réaction spiritualiste contre les doctrines sceptiques et athées du XVIIIè siècle. Il est peut-être le seul laïque qui ait osé dire alors une parole pieuse et touchante comme celle-ci « A force de répéter mon Père, espérons qu’à la fin nous entendrons dire mon fils. »


 

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 13:25

Cet homme bon et éminent avait pour coutume à midi plein, lorsque les ouvriers étaient appelés du travail au repos, de pénétrer dans le « Sanctum Sanctorum » ou Saint des Saints, inachevé du Temple du Roi Salomon pour offrir ses prières à la Divinité et tracer ses plans sur la planche à tracer. Cela, vous l’avez fait. Il sortait ensuite par la porte du Midi pour rejoindre les ouvriers, comme vous allez le faire maintenant. Le Premier Diacre prend le candidat par le bras droit et se dirige directement auprès du siège du Second Surveillant au Midi où il est abordé par Jubella qui met sa main droite sur l’épaule gauche du candidat.

JUBELLA: Grand Maître Hiram Abif, je suis heureux de te rencontrer seul à seul; c’est une occasion que je recherchais depuis longtemps. Tu m’avais promis que lorsque le Temple serait achevé, tu nous donnerais le mot secret de Maître Maçon pour que nous puissions obtenir le salaire de Maître quand nous voyagerions dans les pays étrangers. Regarde, le Temple va être achevé, et j’exige le mot secret de Maître Maçon. Ce n’est ni le moment ni le lieu pour donner le mot secret de Maître Maçon; attende que le Temple soit achevé et dédié, et alors, situ es jugé digne, tu le recevras, mais pas autrement.

JUBELLA: Pas autrement! Je ne veux pas entendre parler de moment ni de lieu! Donne ­moi le mot secret de Maître Maçon.

Je ne te le donnerai pas!

JUBELLA: Tu ne me le donneras pas? Donne-moi le mot secret de Maître Maçon à l’instant même, ou bien je t’ôte la vie!

Tu ne l’auras point!

JUBELLA: Alors meurs!

Il frappe le candidat au travers de la gorge avec la règle de 24 p. Le Premier Diacre et le candidat se rendent à l’Occident.

JUBELLO pose sa main gauche sur l’épaule droite du Candidat : Grand Maître Hiram Abif, j’exige le mot secret de Maître Maçon; la plupart des ouvriers attendent et beaucoup désirent ardemment recevoir les secrets de Maître Maçon.

Ouvrier, pourquoi cette violence? Je ne peux le donner, et il ne peut l’être qu’en présence de Salomon, Roi d’Israël, d’Hiram Roi de Tyr et de moi-même.

JUBELLO: Grand Maître Hiram Abif, ta vie est en danger, les avenues du Temple sont bien gardées, et toute fuite impossible! J’exige par conséquent de toi le mot secret de Maître Maçon!

Je ne te le donnerai pas!

JUBELLO: J’exige encore, pour la dernière fois, le mot secret de Maître Maçon, ou je t’ôte la vie!

Dispose de ma vie, mais de mon intégrité jamais !

JUBELLO: Alors, meurs !

Il frappe le candidat à la poitrine avec l’E....

Le Premier Diacre el le candidat se rendent à l’Orient.

JUBELLUM pose ses mains sur les épaules du candidat : Je t’ai entendu argumenter avec Jubella et Jubello. Tu as pu leur échapper, mais tu ne m’échapperas pas à moi! Je m’appelle Jubellum et ce que je me propose de faire, je le fais! J’ai à la main un instrument de mort; si tu m’opposes à présent un refus, gare à toi.

Donne moi donc le mot secret de Maître Maçon!

Je ne peux le donner.

JUBELLUM: J’exige de toi le mot secret de Maître Maçon!

Je ne te le donnerai pas!

JUBELLUM: Grand Maître Hiram Abif, pour la troisième fois, j’exige de toi le mot secret de Maître Maçon!

Ouvrier, tu exiges en vain; attends que le Temple soit achevé et alors je ferai de mon mieux pour te satisfaire.

JUBELLUM: Alors meurs!

Jubellum frappe alors le candidat au front avec un maillet pesant, on étend celui-ci au sol.

JUBELLA: Hélas, qu’avons-nous fait?

JUBELLO: Nous avons tué notre Grand Maître Hiram Abif, et nous n’avons pas obtenu le mot secret de Maître Maçon!

JUBELLUM: Ne discutez pas vainement à propos du mot secret de Maître Maçon, enterrons le corps dans les débris du chantier du Temple, et retrouvons-nous à minuit pour nous concerter.

JUBELLA: Entendu.

JUBELLO: Entendu.

Ils prennent le corps et le transportent à quelques mètres et le recouvrent. Ils se retirent du côté Ouest de la Loge.

Extinction des lumières. Pause.

On entend les douze coups de minuit. Ils reviennent auprès du candidat.

JUBELLUM: Est-ce toi Jubella?

JUBELLA: Oui.

JUBELLUM: Est-ce toi Jubello?

JUBELLO: Oui.

JUBELLA : C’est l’heure.

JUBELLO : C’est le lieu.

JUBELLUM: Et voici le corps; aidez-moi à le porter vers l’Occident jusqu’au sommet d’une colline où j’ai préparé une tombe pour l’ensevelir.

JUBELLA: Entendu.

JUBELLO: Entendu.

Ils disposent le corps entre l’Autel et l’Occident, la tête vers l’Occident; Ils le disposent par terre en trois lemps.

JUBELLUM: Je propose maintenant que nous plantions cette branche d’acacia au chevet de la tombe, comme repère, afin de le retrouver, si nécessaire, dans l’avenir.

JUBELLA: Entendu.

JUBELLO: Entendu.

JUBELLUM: Quittons maintenant le royaume.

Les Frères reprennent leur place, les lumières sont rallumées.

Tumulte.

Les Officiers changent de titre.

Roi SALOMON: O Frère Hiram Roi de Tyr.

HIRAM Roi de TYR: Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Quelle est la cause de ce tumulte et pourquoi les ouvriers ne poursuivent-ils pas leur travail comme à l’accoutumée ?

HRT. : Il n’y a pas de plans sur la planche à tracer qui permettent aux ouvriers de poursuivre leur travail et le Grand Maître Hiram Abif a disparu.

RS. : Le Grand Maître Hiram Abif a disparu? Il a de tout temps été ponctuel dans l’accomplissement de chacun de ses devoirs. Je crains que quelque accident ne lui soit arrive. Faites fouiller à fond l’intérieur et les abords de toutes les parties du Temple et voyez si l’on peut le retrouver.

HRT. : Ouvriers, rassemblez-vous!

Douze ouvriers portant le tablier de Maître Maçon et assis au Midi, se dirigent vers le Nord, puis font face à l’Ouest et font le Signe de Fidélité.

Fouillez à fond l’intérieur et les abords de toutes les parties du Temple et voyez si l’on peut retrouver le Grand Maître Hiram Abif.

Les ouvriers fouillent le Nord de la Loge et posent des questions auxquelles répondent les Frères ou ouvriers.

1° O. : Avez-vous vu notre Grand Maître Hiram Abif ?

2° O. : Pas depuis hier Midi.

2° O. : Avez-vous vu notre Grand Maître Hiram Abif ?

3° O. :  Pas depuis hier Midi.

3° O. : Avez-vous vu notre Grand Maître Hiram Abif?

4° O. : Pas depuis hier Midi.

1° O. à l’Occident : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Ouvrier.

1° O. : L’on a fouillé l’intérieur et les abords de toutes les parties du Temple sans pouvoir retrouver notre Grand Maître Hiram Abif. On ne l’a pas vu depuis hier Midi.

Les douze ouvriers sortent de la Loge

HRT. : Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : L’on a fouillé à l’intérieur et les abords de toutes les parties du Temple sans pouvoir retrouver notre Grand Maître Hiram Abif ; on ne l’a pas vu depuis hier Midi.

1° O. du dehors : *  *  *.

GI.: Frère Hiram Roi de Tyr, on frappe à la porte!

HRT. : Très Excellent Roi Salomon.

RS : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : On frappe à la porte!

RS. : Voyez qui frappe et quelle en est la cause!

GI., *, il ouvre la porte : Qui va là ?

1° O. : Douze Compagnons qui demandent audience au Roi Salomon; nous avons une communication importante.

GI., referme la porte : Frère Hiram Roi de Tyr, douze Compagnons demandent audience au Roi Salomon et disent qu’ils ont une communication importante.

HRT. : Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Douze Compagnons demandent audience et disent qu’ils ont une communication importante.

RS. au Garde Intérieur : Admettez-les.

Douze Compagnons, portant leur tablier comme tels, font leur entrée, six d’un côté de la loge et six de l’autre, et se dirigent vers l’Orient devant lequel ils forment un demi-cercle, s’agenouillent sur le genou droit et font le Signe d’Obligation de Compagnon. S’il n ‘y a que trois Compagnons, ils entrent à la suite l’un de l’autre et forment un demi-cercle à l’Est de l’Autel.

1° O. : Très excellent Roi Salomon.

RS. : Ouvrier.

1° O. : Les douze Compagnons que nous sommes ainsi que trois autres avons monte une conspiration pour arracher à notre Grand Maître Hiram Abif le mot secret de Maître Maçon ou lui ôter la vie. Ayant réfléchi à l’énormité du crime, nous y avons renoncé et nous nous présentons devant toi, vêtus de tabliers et de gants blancs, symbole de l’innocence et nous implorons humblement ton pardon. Nous craignons cependant que les autres n’aient été vils au point de mettre leur dessein meurtrier à exécution.

RS. : Relevez-vous, retournez à votre travail; de votre conduite future dépendra votre pardon.

Les douze Compagnons reculent de quelques pas, et reprennent, pour sortir de la loge, le même chemin que lorsqu’ils sont entrés, et se rendent dans les parvis. On laisse la porte ouverte.

Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Faites faire l’appel de toutes les équipes d’ouvriers et voyez qui, éventuellement, n’y répond pas.

HRT. : Frère Secrétaire.

SEC. : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Faites l’appel de toutes les équipes d’ouvriers et voyez qui, éventuellement, n’y répond pas.

Le Secrétaire se rend dans les parvis.

SEC. : Ouvriers! Rassemblez-vous pour l’appel!

Amos, Caleb, Esdras, - Jubella - Jubella - Jubella. Pas de réponse.

Josué, Ezéchias, Nathan, - Jubello - Jubello - Jubello. Pas de réponse.

Samuel, Isaïe, Oholiab, - Jubellum - Jubelluin - Jubelluin. Pas de réponse.

Gédéon, Aggée, Daniel.

Il referme la porte et se rend à l’Occident.

SEC. : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Frère Secrétaire.

SEC. : L’appel de toutes les équipes d’ouvriers a été fait et Jubella, Jubello, Jubellum, tous trois frères et originaires de Tyr, n’y ont pas répondu.

 Il regagne sa place.

HRT. : Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : L’appel de toutes les équipes d’ouvriers a été fait et Jubella., Jubello, Jubellum, tous trois frères et originaires de Tyr, n’y ont pas répondu.

RS. : Frère Hiram Roi de Tyr, douze Compagnons se sont présentés devant moi ce matin, vêtus de tabliers et de gants blancs, symboles de l’innocence, et ont avoué qu’ils avaient monté, ainsi que trois autres, une conspiration pour arracher à notre Grand Maître Hiram Abif le mot secret de Maître Maçon, ou lui ôter la vie. Ayant réfléchi à l’énormité du crime, ils y avaient renoncé et ont imploré mon pardon. Ils craignaient, cependant, que les autres n’aient été vils au point de mettre leur dessein meurtrier à exécution. Sortez des équipes d’ouvriers ces douze Compagnons, constituez les en groupes de trois et envoyez-les vers l’Orient, l’Occident, le Nord et le Midi, à la recherche des absents.

HRT. : Ouvriers, rassemblez-vous!

 Douze Compagnons se rassemblent et forment un demi-cercle face à l’Occident et font le Signe d’Obligation.

Vous qui vous êtes présentés devant le Roi Salomon ce matin et avez avoué, constituez-vous en groupes de trois et allez vers l’Orient, l’Occident, le Nord et le Midi, à la recherche des absents et ne revenez pas sans nouvelles.

PREMIER GROUPE: Dirigeons-nous vers l’Occident.

Ils se tournent vers l’Ouest.

DEUXIEME GROUPE: Dirigeons-nous vers l’Orient.

Ils se tournent vers l’Est.

TROISIEME GROUPE: Allons vers le Nord.

Ils se tournent vers le Nord.

QUATRIEME GROUPE: Et nous vers le Midi.

Ils se tournent vers le Sud.

Les quatre groupes partent dans les directions indiquées; les deuxième, troisième et quatrième groupes reprennent ensuite leur place.

1° O., près de la porte intérieure : Camarades, voici un marin; enquérons-nous auprès de lui.

2° O.: Entendu.

3° O.: Entendu.

1° O. : Hé l’homme As-tu vu des étrangers passer par ici?

MARIN: Oui, j’en ai vu trois hier.

1° O. : Peux-tu nous les décrire ?

MARIN: A leur air, j’ai pense qu’ils étaient des hommes de Tyr; comme il savaient un air de famille, qu’ils étaient frères; comme ils étaient vêtus de tabliers et de gants blancs, que c’étaient des ouvriers qui travaillaient sur le chantier du Temple.Ils cherchaient à s’embarquer pour l’Ethiopie, mais le Roi Salomon ayant promulgué un edit interdisant à quiconque de quitter le royaume sans un sauf-conduit signé de sa main, n’en ayant pas, ils ne purent s’embarquer et repartirent dans l’intérieur du pays.

1° O. : Voilà des nouvelles.

2° O. : Des nouvelles importantes.

3° O. : Partons les rapporter.

2° O. : Entendu.

3° O. : Entendu.

Ils prennent la direction de l’Est.

Les ouvriers se dirigent toujours vers l’Est en passant par le côté Nord de la Loge et reviennent toujours par le côté Sud.

1° O. : Nous rapportons des nouvelles. Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Quelles nouvelles?

1° O. : Nous qui avons voyage vers l’Occident, avons rencontré, en arrivant dans la cite de Jappé, un main à qui nous avons demandé s’il avait vu des étrangers passer par là. Il répondit qu’il en avait vu trois, le jour précédent, et qu’à leur air il pensait qu’ils étaient des hommes de Tyr, et comme ils avaient un air de famille, qu’ils étaient frères et qu’étant vêtus de tabliers et de gants blancs, c’étaient des ouvriers qui travaillaient sur le chantier du Temple. Ils cherchaient à s’embarquer pour l’Ethiopie, mais le Roi Salomon ayant promulgué un édit interdisant à quiconque de quitter le royaume sans un sauf-conduit signé de sa main, n’en ayant pas, us ne purent s’embarquer et repartirent dans l’intérieur du pays.

RS. : C’étaient sans aucun doute ces bandits; mais vous n’allez pas en rester là. Reprenez votre route en vous disant bien que si vous ne réussissez pas à remettre ces bandits entre les mains de la justice, c’est vous qui serez considérés comme les meurtriers du Grand Maître Hiram Abif punis en conséquence.

1° O. : Repartons vers l’Occident.

2° O. : Entendu.

3° O. : Entendu.

Ils partent tous vers l’Ouest.

1° O.: Je suis fatigue et je vais m’asseoir pour me reposer et me délasser.

2° O. continuant sa marche : Viens, nous avons un devoir important à accomplir.

1° O. : Holà, camarades! En essayant de me relever, j’ai par hasard saisi cette branche d’acacia qui a cédé si facilement que mon attention en a été attirée.

Les deuxième et troisième ouvriers reviennent vers lui.

2° O. : La terre semble avoir été fraîchement remuée.

3° O. : On dirait une tombe.

JUBELLA: Oh! Que n’ai-je eu la gorge tranchée, la langue arrachée et enfouie dans les sables de la mer, à la limite des basses ceux, là où la marée monte et descend deux fois en vingt quatre heures, plutôt que d’avoir été complice du meurtre de notre Grand Maître Hiram Abif.

1°. O. : C’est la voix de Jubella.

JUBELLO : Oh, Que n’ai-je eu le sein gauche ouvert, le coeur et les poumons arrachés et transportés dans la vallée de Josaphat pour y être laissés en pâture aux vautours des airs plutôt que d’avoir été complice du meurtre de notre Grand Maître Hiram Abif.

2° O. : C’est la voix de Jubello.

JUBELLUM: Oh! Que n’ai-je eu le corps coupe en deux, les entrailles arrachées et reduites en cendres, et ces cendres dispersées aux quatre vents du ciel plutôt que d’avoir tué notre Grand Maître Hiram Abif.

1° O. : C’est la voix de Jubellum. Précipitons-nous, emparons-nous d’eux, ligotons-les et amenons-les devant le Roi Salomon.

2° O. : Entendu.

3° O. : Entendu.

Les bandits sont amenés à l’Est en passant par le côté Nord de la Loge.

1° O. : Nous rapportons des nouvelles, Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Quelles nouvelles?

1° O. : Nous avons voyage selon tes instructions et, en arrivant au sommet d’une colline, me sentant fatigué, je me suis assis pour me reposer et me délasser. En essayant de me relever, je saisis par hasard une branche d’acacia qui céda si facilement que mon attention en fut attirée. Sur quoi je hélai sur le champ mes camarades et alors que nous commentions ce fait singulier, nous entendîmes distinctement des voix provenant des crevasses de rochers voisins et nous reconnûmes la première comme celle de Jubella qui s’écriait : « Oh! Que n’ai-je eu la gorge tranchée, la langue arrachée et enfouie dans les sables de la mer, à la limite des basses caux, là où la marée monte et descend deux fois en vingt quatre heures, plutôt que d’avoir été complice du meurtre de notre Grand Maître Hiram Abif. » La seconde était celle de Jubello qui s’écriait : » Oh! Que n’ai-je eu le sein gauche ouvert, le coeur et les poumons arrachés et transportés dans la vallée de Josaphat pour y être laissés en pâture aux vautours des airs, plutôt que d’avoir été complice du meurtre de notre Grand Maître Hiram Abif » et la troisième était celle de Jubellum qui s’écriait: « Oh! Que n’ai-je eu le corps coupe en deux, les entrailles arrachées et réduites en cendres, et ces cendres dispersées aux quatre vents du ciel plutôt que d’avoir tué notre Grand Maître Hiram Abif » Sur quoi nous nous précipitâmes, nous nous emparâmes d’eux, les ligotâmes et les avons amenés devant toi.

RS. : Jubella, tu es accusé de complicité dans le meurtre du Grand Maître Hiram Abif. Qu’as-tu à dire pour ta défense et plaides-tu coupable ou non coupable?

JUBELLA: Coupable.

RS. : Jubello, tu es accusé de complicité dans le meurtre du Grand Maître Hiram Abif. Qu’as-tu à dire pour ta défense et plaides-tu coupable ou non coupable?

JUBELLO: Coupable.

Roi SALOMON: Jubellum, tu es accusé du meurtre du Grand Maître Hiram Abif. Plaides-tu coupable ou non coupable?

JUBELLUM : Coupable.

RS. : Misérables, vils et impies, que vous êtes ! Songez à l’énormité de votre crime et à l’homme de coeur que vous avez tué.

Relevez la tête pour écouter la sentence vous serez conduits hors des murs de la cite et exécutés conformément aux malédictions que vous avez proférées. Hors d’ici!

Les bandits sont conduits hors de la Loge en passant par le côté Sud et la porte intérieure. Les ouvriers reviennent à l’Orient en passant par le côté Nord de la Loge.

1° O. : Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Ouvriers.

1° O. : Les bandits ont été exécutés conformément à tes ordres.

RS. : C’est bien. Partez maintenant à la recherche du corps du Grand Maître Hiram Abif, et si vous le retrouvez, recherchez avec diligence sur lui ou alentour, tout ce qui peut permettre de l’identifier clairement.

1° O. : Retournons au sommet de la colline où je me suis assis pour me reposer et me délasser.

2° O. : Entendu.

3° O. : Entendu.

Ils prennent la direction de l’Occident.

1° O. : Il semble que ce soit l’endroit.

2° O. : Oui, voici la branche d’acacia.

3° O. : On dirait une tombe.

1° O. : Enlevons la terre. Ils enlèvent le linceul.

Voici un corps, mais il est tellement mutilé et décomposé qu’il est impossible de poursuivre les recherches. Restons à l’écart jusqu’à ce que les effluves putrides aient disparu.

Reprenons maintenant les recherches. Ils le font.

Voici un bijou.

2° O. : Détachons-le, remontons et allons rendre compte.

1° O. : Entendu.

2° O. : Entendu.

Les ouvriers portent le bijou à l’Orient en passant par le Nord de la Loge.

1° O. : Nous rapportons des nouvelles, Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Quelles nouvelles?

1° O. : Nous sommes repartis selon tes instructions et, en arrivant au sommet de la colline où je m’étais arrête pour me reposer et me délasser, nous avons découvert ce qui semblait être une tombe. La terre enlevée, un corps apparut, mais tellement mutilé et décomposé que nous plaçâmes machinalement nos mains ainsi il fait le S. d’O de Maître Macon, pour protéger nos narines des effluves putrides. Après qu’ils se furent dissipés, nous fouillâmes le corps et la fosse sans rien trouver, sauf ce bijou.

RS. : Montrez-moi ce bijou.

Le Premier Ouvrier le lui montre.

A voix basse: Il ne peut y avoir de doute quant à la mort du Grand Maître Hiram Abif, car c’est le bijou qu’il portait.

Ouvriers, la grâce que vous implorez vous est entièrement accordée; retournez à votre travail.

Ils quittent la Loge en passant par le côté Sud.

RS. : Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Très Excellent Roi Salomon.

RS. : Ne peut plus y avoir de doute quant à la mort de notre Grand Maître Hiram Abif ni quant à l’identité du corps, car c’est le bijou qu’il portait. Hélas! Je crains que le mot de Maître Maçon ne soit perdu, car tu te souviens sûrement qu’il avait été convenu entre toi, moi et le Grand Maître Hiram Abif que le mot secret de Maître Maçon ne pourrait être donné que lorsque nous trois serions présents et en serions convenus. L’un de nous n’est plus. Je propose que tu rassembles les ouvriers et que vous m’accompagniez sur la tombe afin de relever le corps et de le ramener au Temple pour lui donner une sépulture plus décente. Je propose aussi que le premier signe que l’on fera en arrivant à la tombe, et que le premier mot que l’on dira après que le corps aura été relevé, soient respectivement le G.S.A.D. et le mot substitué à celui qui est perdu, à moins que la sagesse des générations futures découvre et ramène à la lumière le mot véritable.

HRT. : Entendu. Frère Maréchal.

MARECHAL: Frère Hiram Roi de Tyr.

HRT. : Rassemble les ouvriers.

MARECHAL: Ouvriers! Rassemblez-vous deux par deux, sur le côté Nord de la loge, face à l’Orient.

Les ouvriers se rassemblent, Maréchal en tête. Les Intendants avec leurs cannes. Le Roi Salomon ayant Hiram Roi de Tyr à sa gauche, suivis par les ouvriers par deux, le Chapelain fermant la marche. Le cortège fait trois fois le tour de la loge. Au troisième tour, à l’Ouest, le Maréchal lui fait former une seule file.

Une musique funèbre est jouée pendant que les Frères font le tour de la Loge.

En arrivant à la tombe, les intendants forment à son chevet un arc de leur canne au-dessus du Roi Salomon.

Le Maréchal prend place au Sud du Corps, Hiram Roi de Tyr au pied de la tombe, le Chapelain à l’Autel, les Frères se tiennent debout, faisant le S de F.

RS. fait une seule fois le G.SA.D. et dit: OSMDN’YATIPD’APLFDLV? il s’adresse aux ouvriers : Ici gisent les restes de votre Grand Maître Hiram Abif abattu dans l’accomplissement de son devoir, martyr de sa fidélité. Il fut porte en cet endroit solitaire par des mains impures, à minuit, dans l’espoir que l’oeil de l’homme ne le découvrirait jamais plus, ni que la main de la justice ne se poserait sur ceux qui l’avaient assassiné. Vain espoir! Ici gisent les restes de votre Grand Maître Hiram Abif. Son oeuvre n’était pas achevée, pourtant sa colonne est brisée, les honneurs qui lui revenaient à si juste titre ne lui ont pas été rendus, sa mort fut prématurée et ses frères sont dans le deuil. Son corps sera relevé, honoré, ramené au Temple pour y recevoir une sépulture plus décente, et un monument sera érigé pour commémorer ses travaux, sa fidélité et sa mort prématurée.

Frère Hiram Roi de Tyr, efforcez-vous de relever le corps par l’Attouchement d’Apprenti.

HRT. s’y efforce, mais en vain : En raison de l’état avancé de putréfaction, le corps ne peut être relevé ainsi, la peau se détache de la chair.

Frère Hiram Roi de Tyr, vous connaissez un Attouchement plus fort, l’Attouchement de Compagnon. Efforcez-vous de relever le corps par cet attouchement.

HRT obéit mais échoue dans sa tentative : Très Excellent Roi Salomon, pour la raison précédemment donnée, le corps ne peut être relevé ainsi. La chair quitte les os.

RS. se découvre : Mes Frères, prions!

Tous s’agenouillent sur le genou gauche au S.D.F.

CHAPELAIN: O Dieu, tu nous vois tomber et nous redresser, et tu pénètres nos pensées les plus intimes. Protège-nous et défends-nous contre les mauvaises intentions de nos ennemis,et soutiens-nous dans les moments d’épreuve et d’affliction qu’il est dans notre destinée de subir pendant que nous traversons cette vallée de larmes. Les jours sont comptés et pleins de malheurs à l’homme né de la femme. Il vient, tel une fleur, mais il est vite cueilli, et il disparaît de même, comme l’ombre fugitive. Il voit que ses jours sont comptés et que la durée de sa vie dépend de Toi. Tu lui as assigné des limites qu’il ne peut franchir, en lui laissant le temps du repos, jusqu’à ce qu’il ait achevé sa journée. Il y a, pour tout arbre abattu, l’espoir qu’il porte un bourgeon nouveau et que le rameau qui en jaillira n’aura pas de fin. Mais l’homme meurt et son corps part en poussière; oui, l’homme rend l’esprit et qu’advient-il de lui? De même que l’eau vient à manquer à la mer et le cours de tout fleuve à s’affaiblir et tarir, de même l’homme se couche-t-il pour ne plus se relever jusqu’à la fin des cieux. Pourtant, ô Dieu, aie pitié des enfants de Ta création, accorde leur le réconfort dans le malheur et le salut pour l’Eternité. Amen.

LES FRERES: Qu’il en soit ainsi.

RS. : Mes Frères, relevez-vous.

Ils se relèvent.

Frère Hiram Roi de Tyr, tu as été de bon conseil au moment opportun. Les Maçons doivent toujours se souvenir que lorsque la force et la sagesse de l’homme sont impuissantes, il en est au-dessus de nous une source inépuisable qui nous parvient grâce au pouvoir de la prière.

 Mon esprit y voit clair à présent et le corps sera relevé. Ouvriers, il y a plus de sept ans que vous travaillez à l’édification du Temple, peinant loyalement, encourages et soutenus par la promesse que lorsque celui-ci serait achevé, ceux d’entre vous qui auraient été fidèles recevraient les secrets de Maître Macon.

Le Mot de Maître est perdu par la mort de votre Grand Maître Hiram Abif, mais je vais lui substituer un Mot qui sera adopté pour la gouverne de toutes les loges de Maîtres Maçons, jusqu’à ce que la sagesse des générations futures découvre le Mot Véritable.

Le premier mot que je prononcerai lorsque le corps sera relevé de l’horizontale de la mort à la verticale de la vie sera ce Mot substitué. ..

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Published by Thomas Dalet - dans Rites et rituels
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