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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 06:50

Transformer la nature, la purifier… un vieux rêve jamais éteint

Pour déterminer le véritable statut de l'alchimie dans la tradition juive il faut tout d'abord jeter un regard critique sur d'innombrables affirmations d'occultistes et de kabbalistes chrétiens qui identifièrent l'ésotérisme juif, antique et médiéval, à l'art de transformer les métaux et les éléments naturels. Des hommes comme Jean Pic de la Mirandole, Jean Reuchlin, Paracelse et Christian Knorr von Rosenroth assimilèrent la kabbale à l'alchimie. La “doctrine secrète des Hébreux”, comme on disait jadis, pouvait tout faire : puisqu'elle réussissait au gré de certains à mieux défendre les doctrines chrétiennes de l'incarnation et de la trinité, pour quelle raison ne pourrait-elle pas concourir à la transmutation des métaux ? Le but de l'alchimie est de parvenir à l'or, le métal le plus noble ; mais il pouvait bien s'agit d'un or spirituel : on verra infra que ces deux points de vue, celui de l'alchimie matérielle et celui d'un transformation des passions de l'homme, sont représentés au sein du judaïsme, même si l'assimilation entre alchimie et kabbale, évoquée ci-dessus, repose sur un sérieux malentendu.

Isaïe 1 ;25 met en rapport la purification de l'âme avec celle des métaux et Job 22 ;24-25 compare Dieu à de l'or fin. Mais ces deux références sont plutôt vagues et feraient appel à une alchimie de l'âme. On a voulu donner à cette science une origine juive : les prophètes, Moïse lui-même, le roi David et Salomon auraient été des maîtres réputés du grand' oeuvre. Mais il faut bien reconnaître que les sources juives anciennes sont muettes sur ce point. Certes, il y eut cette dénomination de l'alchimie en hébreu kimiyah où l'on a voulu retrouver la phrase suivante : ki mi yah = Car elle provient de Dieu… Cette étymologie trahit une source juive et un auteur sachant l'hébreu. Mais selon l'enquête de Scholem (De la création du monde à Varsovie, pp 99-168 il n'existe pas de manuscrit communiquant de recettes alchimiques avant 1500. Il existe certes, ça et là, comme nous le verrons, des auteurs juifs qui émettent des opinions tantôt favorables tantôt défavorables à l'alchimie ; mais ceci ne suffit pas à représenter une véritbale école de pensée. Il y eut même un kabbaliste juif du XVIè siècle, Jospeh Taïtazak, pour dire, bien avant les penseurs chrétiens, que l'alchimie était une théologie mystique et que les transmutations dont elle parlait affectaient les âmes et non les métaux…

Ce qui retint le plus l'attention de Scholem dans sa magistrale étude (citée supra) c'est le sort d'un curieux livret intitulé Esh métsaref (Feu puruficateur) dont on a perdu l'original hébraïque mais qui, depuis Knorr von Rosenroth, joue un grand rôle dans la littérature alchimique non-juive. J. C. Wolf fut le premier à avoir eu connaissance de ce livre dans sa Bibliotheca Hebraica (vol. II, Hambourg, 1721, p 1265). Mais ce fut Knorr von Rosenroth qui attira l'attention des lecteurs en annonçant dès la page de titre de sa Kabbala denudata (Sulzbach, 1677) que son ouvrage contenait “un compendium du livre kabbalistico-alchmiste Esh metsaref sur la pierre philosophale”. Selon Scholem, tant le style que le contenu du livre attestent bien que Knorr avait bien sous les yeux une source hébraïque. De quand pouvait dater l'édition originale du Esh métsaref ? L'auteur cite la pagination de l'édition du Zohar de Crémone (1560). Mais comme l'auteur dresse des tableaux de correspondance entre les sefirot et les métaux en y ajoutant aussi des amulettes -lesquelles firent leur apparition grâce à l'oeuvre d'Agrippa de Nettesheim (De philosophia occulta, Cologne, 1533)- on peut plus aisément situer la naissance de l'ouvrage ou du moins la date de sa mise en circulation. Le symbolisme planétaire d'Agrippa et celui de l'auteur du Esh métsaref correspondent, si l'on excepte toutefois le cadran du soleil, c'est-à-dire de l'or. Au lieu du nombre 111, le Esh métsaref porte 216 (valeur numérique d'Aryéh, lion, en hébreu) afin de mieux tenir compte du symbolisme kabbalistique :

Saturne 3 plomb hokhma
Jupiter 4 étain bina et nétsah
Mars 5 fer tif'érét
Soleil 6 or gebura et tif'érét
Vénus 7 cuivre hod
Mercure 8 vif-argent yesod
Lune 9 argent héséd
(cité par Scholem p 148)


La tradition non-juive a pris comme point de départ ce livre d'Agrippa de Nettesheim et a propagé jusqu'au beau milieu du XIXè siècle l'idée que la kabbale n'était rien d'autre que de l'alchimie…

Voyons à présent ce qui est historique dans cette affirmation et ce qui ne résiste pas à l'examen.Le grand bibliographe du judaïsme, Moritz Steinschneider (voir bibliographie) écrivait en 1878 « pour autant que je sache la kabbale n'a rien à voir avec l'alchimie bien que des disciplines superstitieuses se soient jointes à elles. » Et en 1894 (in MGWJ 38, p 42) il ajoutait : « Il y a une carence d'écrits alchimistes chez les juifs, ce qui pouvait être considéré comme une qualité. » Une telle déclaration n'est pas étonnante sous la plume d'un homme connu à la fois pour son immense érudition et aussi pour son hostilité déclarée à tout ésotérisme juif. Dès le XIIe siècle on trouve, non point des oeuvres d'alchimie proprement dits, mais des références à cette science occulte sous la plume de différents auteurs judéo-arabes : Juda Ha-Lévi récuse l'alchimie et dénonce (Kusari III, 23) “ceux qui se crurent assez forts pour mesurer le feu élémentaire sur les plateaux de leur balance afin de transformer les matières et créer tout ce qu'ils voulaient.” Mais dès le XIè siècle, le juif espagnol Moïse Sefaradi, devenu Petrus Alfonsi après son baptême, parlait d'un livre révélé à Séth, le fils d'Adam, par l'ange Raziel, et qui décrivait la transmutation des métaux. Bahyé ibn Paquda, l'auteur d'un célèbre ouvrage d'édification religieuse, les Hovot ha-Lébabot ( Les devoirs des coeurs) compare au début du chapitre IV l'établissement d'un équilibre de l'âme humaine aux efforts de l'alchimiste soucieux de parvenir au terme du grand' oeuvre. Joseph Albo, le compilateur de la dogmatique juive (Sefer Iqqarim) émet, pour sa part, les plus sérieuses réserves sur ce qu'il nomme mélékhét al-chimia. Au vu de ces quelques renvois les jugements de Steinschnedier apparaissent quelque peu péremptoires.

Scholem rappelle (artcile cité, p 105) que Nicolas Flamel fit en 1357 l'acquisition à Paris d'un manuscrit qu'il ne parvenait pas à déchiffrer ; ce fut un médecin juif converti qui lui en révéla le contenu en 1378 à Saint Jacques de Compostel : l'écrit se présentait comme l'oeuvre du “Juif Abraham”. Un tel nom suivi d'un titre assez long où le même Abraham “souhaitait au peuple juif exile parmi les Normands (sic) bonheur et prospérité” permet de douter d'une telle paternité. En revanche, nous avons connaissance de deux écrits traduits de l'arabe en hébreu au XIIe, peu avant la diffusion de la kabbale, et attribués à un certain Abu Aflah al-Sarqasti ; il s'agit du Livre du palmier qui traite de l'art d'attirer sur soi les influx supérieurs, et de La mère du roi (Em ha-mélékh), qui serait, selon l'auteur une désignation de la pierre philosophale. Ces deux livres circulaient en Provence peu après leur transposition en langue hébraïque. On peut donc conclure, au vu de ce qui précède, à une certaine propagation de l'alchimie dans quelques milieux juifs, notamment dans le sud de la France.

La meilleure preuve que l'assimilation entre l'alchimie et la kabbale était le fait d'esprits non-juifs et de surcroît ignorants du symbolisme kabbalistique est la suivante : dans la kabbale ce n'est pas l'or mais l'argent qui représente l'étape ultime. L'or est le symbole de la couleur rouge, de l'attribut du jugement, de la main gauche et de féminin ; l'argent, en revanche, représente le mâle, le lait et la couleur blanche ainsi que l'attribut de la miséricorde : depuis le Bahir (dont le § 35 donne, exceptionnellement, un symbolisme allant dans le sens de l'alchimie), la quasi-totalité des sources kabbalistiques est en accord sur ce point : ce n'est pas l'or mais l'argent qui représente par son symbolisme le niveau suprême. Et les Tiqquné Zohar (N° 21)(vers 1300) se firent un devoir de corriger l'interprétation du Bahir afin de respecter le schéma qui donnait la préséance à l'argent. Mais même dans le Zohar on perçoit des hésitations sur ce point : un passage (II, 73a) parle de sept sortes d'or qu'il met en relation avec le visage de David (or verdâtre, l'or du saphir, l'or de Saba, l'or de Parwayim, l'or sagur /fermé/suivant 1 Rois 6 ;20/, l'or fin et l'or de Tarshish). Tandis qu'un autre passage (III,206b) entreprend de donner une explication mystique à cette hiérarchie :

« On dit bien qu'il existe sept catégories d'or ? Et si tu es d'avis que l'or est la rigueur et l'argent l'amour, comment l'or peut-il se trouver en-dessous de l'argent ? En vérité, il n'en est pas ainsi. Car en réalité l'or est plus élevé que tout le reste mais il s'agit ici non pas de l'or habituel mais de l'or mystique. Et c'est l'or mystique supérieur qui est le septième des sept catégories d'or. Ceci est l'or qui brille et éblouit les yeux de sorte qu'une fois mis au jour, celui qui l'acquiert le cache en son sein et c'est de l'or mystique que dérivent les sept catégories d'or. Et quand donc appelle-t-on or ce qui est or à juste titre ? Lorsqu'il luit et effectue son ascension dans la magnificence de la région de la “crainte de Dieu”. C'est alors qu'il se trouve en état de joie mystique laquelle peut aussi créer la joie au sein des régions inférieures. Mais c'est lorsqu'il se trouve dans l'état de la rigueur, c'est-à-dire lorsqu'il abandonne cette couleur pour virer au bleu, au rouge et au noir, qu'il appartient à la joie et possède son lieu là où celle-ci s'élève et prend son envol.. Conformément au principe du bras droit l'argent se trouve en dessous, car la tête mystique suprême est bien en or ainsi qu'il est dit (Daniel 2 ;38) : Tu es la tête d'or… Sa poitrine et ses bras étaient d'argent… (Ibid. 2 ;32) renvoie à la région inférieure. Mais lorsque l'argent devient parfait il est contenu dans l'or. C'est là le mystère du verset (Prov. 25 ;11) : Des pommes d'or dans des treillis d'argent. Et c'est ainsi qu'après son acomplissement l'argent devient or et son lieu devient parfait. C'est pour cela qu'il existe sept catégories d'or. Le cuivre provient lui aussi de l'or qui se dégrade et cela est le bras gauche (dans la vision de Daniel) : Bleue est la cuisse gauche, et rouge pourpre la cuisse droite qui est contenue dans la gauche… Mais l'or mystique supérieur est un mystère caché que la Bible nomme (I Rois 6 ;20) “l'or fermé”, scellé et caché de tous ; il est fermé parce que l'or terrestre ne le perçoit pas alors qu'il perçoit l'or inférieur.. »

Ce symbolisme ne laisse pas d'étonner : pour redonner à l'or son emplacement en quelque sorte l'auteur de ce passage explique, en des termes proches de l'alchimie psychologique, que l'or qui est inférieur à l'argent n'est pas l'or mystique, celui qui donne naissance aux sept catégories d'or qui étaient mises en relation avec le visage de David.. Il est une autre notion qui revient parfois sous la plume de l'auteur et qui fait visiblement appel à des notions d'alchimie, c'est la scorie ou le résidu de l'or : Scholem a repéré une bonne douzaine de passages (I, 48a, 52a, 62b, 73a, 1O9b etc.. ; voir p 120, note 66 de son article) où il est question justement de sospita de dahaba ou de zohama de dehaba. Dans son commentaire du Zohar intitulé Kétém Paz (Livourne, 1795) Simon ibn Labi développait vers 1570 la même thèse que le passage zoharique pré-cité : il explique que l'or et l'argent ne sont pas essentiellement différents l'un de l'autre. Ce qui les sépare c'est la couleur ! Les minerais, dit-il, sont comme les fruits : exposés au soleil ils deviennent rouges alors que les parties restées à l'ombre ou à l'abri demeurent blanches. De tels développements constituent implicitement une acceptation de l'alchimie puisqu'on y parle de minerais et des métaux qui changent de couleur et se transforment. A peu près à la même époque qu'ibn Labi on assiste à un puissant regain d'intérêt pour l'alchimie en Italie. Le rabbin Léon de Modène qui nous a laissé une étonnante autobiographie, Hayyé Yehouda (La vie de Juda), où il parle précisément de l'engouement -fatal- de son cher fils pour l'alchimie ; unique dans la littérature hébraïque, ce passage, traduit de l'hébreu, mérite d'être cité ici :

« Il se mit à briller tant et tant dans cette discipline (l'alchimie) que même les maîtres qui lui avaient consacré le meilleur de leurs jours et de leurs veilles s'étonnèrent en voyant la science qu'un homme jeune en avait acquis. En mai 1615 il emménagea dans le vieux ghetto (de Venise) et procéda à toutes les installations nécessaires pour l'oeuvre ; il y répéta la tentative qu'il avait apprise et éprouvée dans la maison du prêtre catholique : obtenir dix onces d'argent pur à partir de neuf onces de plomb et de d'une seule once d'argent. J'ai moi-même assisté à l'expérience et vérifié comment il avait réalisé l'opération ; j'ai vendu l'or ainsi obtenu 6 livres et demi l'once et je sais que cet argent était authentique. C'est assurément un travail harassant et long qui nécessitait chaque fois deux mois et demi. En fin de compte on aurait bien pu en tirer chaque année environ deux mille ducats. Mais ce n'était pas tout, car j'ai moi aussi ruiné ma vie par l'étude de ces choses. Je n'aurais pas compris mon erreur si, en conséquence de ce péché, tant de sang n'avait coulé depuis sa tête dans sa bouche un jour de fêtes des cabanes de l'automne 1615. Depuis ce temps là, mon fils cessa de s'occuper d'alchimie car il semblait bien que les vapeurs et les fumées d'arsenic qui émanaient lors de ces opérations avaient porté préjudice à sa tête de sorte que, deux années durant et jusqu'à sa mort, il ne put accomplir que des tâches sans importance. » (p 34, Kiev, 1911)

Un tel récit rend crédible l'existence de cette source hébraïque alchimiste intitulée Esh metsaref dont il fut question au début de cette notice. Scholem a pu reconstituer la trame d'un tel traité en analysant de très près le résumé qu'en donna Knorr von Rosenroth dans sa Kabbala denudata ; les premiers chapitres de Esh métsaref devaient parler de l'or, de l'argent, du fer, de l'étain, du cuivre, du plomb, du vif-argent et du soufre. Le texte semble avoir eu une triple préoccupation : la première, purement kabbalistique, concernait les métaux et leur affiliation aux sefirot, la seconde cite des processus chimiques et la troisième enfin de nature astrologique. Voici un passage un peu long mais très instructif sur l'amalgame entre l'alchimie et la kabbale opéré par von Rosenroth (I, pp 116-118) :

« Sache que les mystères de cette sagesse chimique ne sont pas étrangers des plus grands mystères de la kabbale….Le lieu de la première sefira kéter est occupé par la radix metallica qui recèle profondément au fond d'elle-même sous de nombreuses ténèbres, la nature d'où proviennent les métaux. Le lieu de hokhma est tenu par le plomb car il émane directement de la radix metallica…Bina est le lieu de l'étain qui symbolise la dureté et la rigueur du jugement par ses cheveux grisonnants, semblables à ceux des vieillards. Tous les maîtres de la kabbale mettent l'argent en connexion avec héséd, en raison de la couleur et de l'emploi de ce métal. Suivent après ceci les métaux de couleur rouge. D'après les opinions des kabbalistes on localise l'or sous gebura car selon Job 37 ;22 ce métal est aussi rapporté au nord, non point tant en raison de sa couleur qu'eu égard à sa chaleur et à son soufre. A tif'érét est rapporté le fer qui se nomme zé'ir anpin (celui qui a le souffle court). Nétsah et hod sont le lieu du cuivre androgyne, de même que les deux colonnes du temple de Salomon qui étaient faites de cuivre… (I Rois 7 ;15) Yesod est le vif-argent ; cette sefira mérite le nom de Hayy, vivant….

On pourrait dire que les trois sefirot supérieures sont l'eau de source des choses métalliques… dont le nom apparaît en Genèse 36 ;39. »

A quoi réfère ce dernier verset ? A la fille d'un roi qui portait un nom assez inhabituel Mezahab qui signifie en hébreu : les eaux de l'or ! Une telle expression n'avait pas manqué d'attirer l'attention des alchimistes qui voulurent y voir une allusion à leur art. Ibn Ezra dont on parlait plus haut s'exprimait comme suit ad locum : Certains veulent trouver ici une allusion à ceux qui fabriquent de l'or à partir du cuivre ; mais ce ne sont que des bavardages ! Cette référence biblique servit aussi à un juif nommé Benjamin Mussafia qui écrivit à Hambourg vers 1640 une épître sur l'alchimie à laquelle il donna le titre suivant, Mezahaba epistola. Cet auteur cherchait à prouver que l'alchimie était une vieille tradition chez les juifs ; il fait même allusion d'un curieux midrash suivant lequel Moïse aurait fait fondre le veau d'or qu'il aurait ensuite fait boire dans de l'eau aux enfants d'Israël !

Après le Esh métsaref que personne d'autre que Knorr von Rosenroth n'a vu directement, on trouve d'autres traces d'alchimistes juifs, notamment à Londres, à la fin du XVIIIe siècle, où un certain Docteur falk mieux connu sous le nom de Baalshemtob de Londres faisait office d'alchimiste et de kabbaliste. Mais dans l'Allemagne du Nord, à la même époque, deux hommes qu'on retrouvera lorsqu'on parlera d'amulettes s'affrontèrent durement au sujet de l'alchimie : Jonathan Eibeschütz, le crypto-sabbataïste et son adversaire Jacob Emden (ob. 1776) dont les Mémoires (Megillat sefer) viennent de paraître en français : Emden y critique le fils de Jonathan, Wolf Eibeschütz dont les poches étaient toujours pleines de ducats grâce à sa compétence en matière d'alchimie…

Pour ce qui est de l'époque récente, on a trace de pratiques alchimistes chez certains juifs du Maroc, notamment dans la ville de Fez. Un certain Makhlouf Amsellem avait confié à Scholem en 1924 à Jérusalem qu'il avait été l'alchimiste du chérif du Maroc, Moulay Hassan. En fait, l'alchimie pouvait être assimilée à la kabbale pratique (kabbala ma'asit) qui s'apparentait généralement à de la magie.

Source : www.ledifice.net

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Published by X - dans Alchimie
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 20:32

Chapitre Quatrième

De l'Esprit ou Teinture de Mars

MARS & VENUS ont une Teinture toute de même comme l'OR & comme aussi tous les Métaux, en quelque petite quantité qu'elle puisse se trouver en eux.

Il est véritable & connu d'un chacun qu'il y a des hommes différents en leur humeur, & dont les opinions sont fort diverses ; lesquels néanmoins prennent leur origine & sont engendrés d'une même semence & matière. Cette diversité qui est en eux provient principalement de l'influence que les Astres impriment, tant en leurs Corps qu'en leurs Esprits & en tous leurs sens ; & comme ces Influences Célestes sont variables & changeantes, selon leurs différents aspects : ainsi les inclinations des hommes, prenant & empruntant leur force ou leur faiblesse de ces influences, sont, par conséquent, grandement différentes entre elles. Par exemple, un homme est enclin aux études des Mathématiques ; un autre affectionné à la Théologie ; un autre à la Jurisprudence ; un autre à la Médecine ; un autre à la Philosophie. Il y a plusieurs Esprits affectionnés aux Arts & métiers : Car l'un devient Peintre, l'autre Imprimeur ; celui-ci un Cordonnier, celui-là un Tailleur, & ainsi des autres. Tout ceci vient des Influences des Astres ; ensemble aussi de l'imagination particulière d'un chacun, confirmée surnaturellement par les vertus Célestes. Ainsi il se voit que tout ce que l'homme s'est une fois fortement proposé & imprimé dans son esprit, y demeure attaché de telle sorte qu'il est presque impossible de lui ôter hors de la fantaisie, si ce n'est par de fortes raisons & grande longueur de temps, ou par une puissante résolution de faire le contraire ; ou si ce n'est qu'en un instant la Mort survienne, qui met fin à toutes choses.

Ainsi en est-il des hommes qui s'adonnent sérieusement à la Noble & légitime curiosité de la vraie CHIMIE & à la recherche des plus profonds secrets de la Nature, lesquels pour l'ordinaire n'abandonnent point cet excellent exercice qu'ils ne l'aient pratiqué & fondé par toutes les voies qu'ils ont jugé raisonnables en leur esprit, quoi que cela ne se fasse pas trop aisément.

La même chose peut se dire des Métaux : Car selon que les Influences & imaginations des Astres influent sur les Minéraux & Métaux, leur différence se fait, & comme tous les hommes sont tous hommes, mais différents comme j'ai déjà dit, ainsi tous les Métaux sont appelés Métaux, comme aussi le sont-ils. Toutefois, quoiqu'ils soient tous engendrés d'une même semence & matière, ils ne laissent toutefois d'être divers en leur nature particulière : car l'un est chaud & sec, l'autre froid & humide; d'aucuns sont d'une complexion simple, les autres d'une qui est composée.

Mais pour revenir à parler particulièrement du MARS, vous saurez qu'il a en sa composition & degré un SEL plus grossier que les autres Métaux; d'où vient par conséquent que son Corps est plus dur grossier & solide, & moins malléable que tous ses compagnons - ce, par l'ordre de la Nature. En lui se trouve peu de Mercure, plus de soufre & beaucoup de SEL; de cette mixtion & addition des Eléments, est procréé son Etre naturel : il contient en soi un Esprit qui, en ses opérations & vertus est tout semblable aux autres : Mais si vous connaissez le véritable Esprit de Mars, je vous dis ingénument qu'un grain de cet Esprit ou QUINT-ESSENCE prise avec de l'Esprit de VIN fortifie le coeur de l'homme, de telle sorte qu'il n'a aucune peur de ses ennemis, excitant en lui un coeur magnanime de Lion, & même l'échauffant pour le rendre capable d'emporter une Victoire contre Venus. Ainsi, quand la conjonction de Mars & Venus se rencontre dans les constellations, alors ils ont fortune & victoire dans leur bon & malheur, & demeurent unanimement ensemble, même ayant pour ennemis tout le monde. Mais à cause que je suis Religieux dans un Monastère occupé au service de Dieu, je suivrai ses saints commandements, qui me prépareront le chemin dans le Ciel ; tâchant par une foi vivifiante & par une fervente invocation de son aide de me tenir ferme en la grâce de notre Médiateur & patron Jésus-Christ, & j'abandonnerai les affections déréglées & désirs impertinents de la chair & du monde dressant mes intentions purement a la gloire de mon Dieu & au soulagement de mon prochain, en faveur duquel je laisse au monde ces miens écrits en considération de la charité que je lui porte.

Donc, par cet Esprit de MARS sont admirablement bien guéries toutes maladies Martiales, comme la Dysenterie, les maladies des femmes appelées Menstrues, tous flux de ventre & plaies ouvertes internes & externes de tout le corps, causées par le Mars sanguinaire, qu'il serait trop long de citer par leurs noms, lesquelles sont connues des Médecins savants. Si l'Esprit de MARS est bien connu, on trouvera qu'il a une secrète affinité avec l'Esprit de VENUS & que ces deux Esprits étant convenablement réunis & faits une Matière d'une même substance, forme, essence & vertus, ils peuvent guérir les susdites maladies & transmuer les Métaux avec profit.

Mais on doit remarquer la propriété & vertu que MARS possède en sa forme corporelle & Corps terrestre utile a plusieurs choses : car il arrête le sang des plaies extérieures & ôte intérieurement les obstructions du Corps; il gradue & augmente la TEINTURE à la LUNE, & fait plusieurs autres beaux effets, quoique cela n'arrive pas toujours heureusement pour le Corps de l'homme, ni des Métaux, parce que par lui seul, selon son Corps grossier, on ne peut faire grand profit, si ce n'est qu'on sache les secrètes vertus que la Nature a mis en lui. Il faut que je dise encore ceci, que la Pierre d'Aimant & le vrai MARS ont de mêmes vertus dans les maladies du Corps humain & sont tous deux d'une même Nature. Mais en ce qui concerne l'intelligence céleste spirituelle & Elémentale entre le Corps son Ame & son Chaos dont l'Ame & l'Esprit sont sortis, je dis que le Corps s'est trouvé le dernier dans cette composition.

Mais que fera-t-on si les grossiers ne comprennent pas ceci, & si ceux à demi sages n'y prennent pas garde, ou si ceux qui sont extraordinairement sages examinent trop ce que j'ai ici écrit ? Je voudrais que ces derniers fussent portés d'affection envers mes écrits, & qu'ils les expliquassent simplement & sagement, car ils portent avec soi leur Sentence & conclusion si clairement que les intelligents ne manqueront jamais à les entendre d'eux-mêmes, & d'en tirer la résolution de ce qu'ils auront à pratiquer. Pour conclusion de ce chapitre, sachez que les gens mariés ne peuvent pas longtemps vivre d'accord en leur ménage si l'un tourne le chariot d'icelui vers l'Orient, & l'autre vers l'Occident, parce qu'ils sont différents en intentions & actions, ce qui cause entre eux de grands désordres : Mais s'ils veulent vivre paisiblement & longuement en amitié, il faut qu'ils soient d'un même Esprit, pensée, opinion & vertu pour accomplir ce que leur coeur désire, & ainsi l'Amour & la fidélité régneront parmi eux; aussi je dis que, si les trois Principes ne sont par une due proportion & purification philosophique, joints & unis ensemblement, ils ne produiront pas l'effet de la fin désirée, à cause du discord & de la disconvenance qui seraient parmi eux : Car le MERCURE est de soi trop craintif & manque de constance & fixité; le SOUFRE ne peut pas échauffer le Corps avec amour à cause de sa petite quantité de chaleur ; le SEL n'a pas aussi une qualité propre & naturelle à cause de sa grande abondance, faisant une coagulation trop forte & trop dure. Mais après qu'ils seront bien préparés & purifiés, ils donneront par leur triple union & digestion parfaite, une chose en UN, qui cause tant de merveilles.

Je crois que vous prendrez en bonne part cet exemple, puis que Syrach loue la fidélité & la malice d'une femme, mais en diverses façons, & ainsi je prends congé de MARS, ajoutant ceci : que personne ne peut juger la différence d'une ou plusieurs choses, s'il ne les a considérées auparavant, & appris, connu & bien fondé leur nature & leurs propriétés.

 

 

Chapitre Cinquième

De l'Esprit ou Teinture du Soleil

La lumière que j'ai reçue du Ciel m'oblige de révéler par écrit une chose qui est le vrai symbole du Courage & de la constance, parce que le SOLEIL est un FEU ardent & consumant, Chaud & sec, qui contient la plus grande force & vertu des choses naturelles : la vertu, dis-je, de ce SOLEIL cause les TROIS CHOSES plus considérables parmi les hommes : savoir, le bon entendement, la SANTE & les richesses. Je n'ai pas peu de peine en moi-même, & mon Esprit n'est qu'en crainte d'entreprendre le dessin de révéler des choses qui ont toujours été tenues dans le secret ; mais quand je rentre en moi-même & que je rappelle les pensées & motifs qui m'incitent à continuer ce dessein, il n'est pas en mon pouvoir de m'en distraire, & je trouve qu'il ne me reste qu'à user de discrétion & de quelques précautions dans ma façon d'écrire, afin que je ne sois cause d'aucun mal; mais plutôt qu'on aie sujet de me remercier de l'utilité qui en pourrait provenir, en quoi suivant l'occurrence, je me servirai de la même méthode que les autres Philosophes qui m'ont précédé. Observez donc en premier lieu qu'il faut bannir toutes choses étranges & qui ne sont utiles à la spéculation Philosophique, mais qui peuvent plutôt être cause que vous perdiez l'occasion de jouir de ce qu'il vous faut chercher ; or sachez que si vous êtes épris d'affection à posséder cet Aimant doré, vous devez premièrement adresser vos voeux & prières à DIEU avec zèle, contrition & humilité, afin que puissiez parvenir à la connaissance scientifique des TROIS divers MONDES qui sont à la raison humaine les curieux objets d'admiration.

Le premier est le MONDE céleste ou ARCHETYPIQUE, dans lequel l'AME immortelle doit avoir sa résidence, duquel vient son premier ETRE qui fut après la Création divine de l'Univers. Ce monde sur-céleste est, après DIEU, la première imperceptibilité mouvante ou la première AME mouvante imperceptible, par laquelle la VIE naturelle opère sur-naturellement, & cette AME ou Esprit est la première Racine & source de VIE de toutes les créatures, & ce que l'on peut véritablement appeler PRIMUM MOBILE, duquel les Sages & doctes ont tant écrit & disputé.

Le SECOND Monde est le CELESTE ou Ectypique, dont devez ensuite considérer les observations: Car c'est en lui qu'habitent & règnent les PLANETES & les ASTRES, & où ils ont leur cours, force & vertu, y accomplissant leur devoir, selon le décret de la Providence Divine, causant ainsi la génération des METAUX & MINERAUX par leurs spirituelles influences.

Le troisième est le MONDE Elémentaire ou Typique, dans lequel sont tous les Eléments & les créatures sublunaires, parmi lesquelles sont les METAUX & MINERAUX qui tirent leur origine des spirituelles influences de ces deux premiers Mondes, lesquels impriment incessamment leurs vertus dans ce Monde Elémentaire.

C'est du Monde SURCELESTE que la source de la VIE & de l'AME de toutes choses tire son origine ; & du Monde CELESTE provient la lumière de l'ESPRIT. Mais c'est du troisième, savoir du Monde ELEMENTAIRE que procède le FEU imperceptible, tout divin & invincible par lequel les choses palpables & de solidité corporelle sont décuites ; ces TROIS substances ou matières sont les véritables Principes de la Génération & forme des METAUX, entre lesquels l'OR est le plus excellent & de beaucoup préférable à tous les autres, parce que, par les opérations des Astres & des Eléments, le MERCURE de ce Métal a été décuit jusques à la perfection.

De même la vertu séminale des Animaux qui sont du sexe mâle, qui est l'Agent, se rencontrant dans les MATRICES de l'autre sexe, qui est le Patient, cette même semence se trouve être contiguë à la matière Menstruelle, qui est la Terre, & étant ainsi sortie de l'Agent & reçue par le Patient, elle est travaillée par les Astres & Eléments, afin que ces deux SEMENCES puissent être unies & nourries dans leur Terre MATRICE pour leur naissance & production.

Le même aussi doit-on observer de l'AME des Métaux, qui a été conçue par une composition imperceptible, invisible, incompréhensible, occulte & surnaturelle, & comme d'EAU & d'AIR, formée du Chaos, & ensuite décuite par le FEU & la lumière céleste ou Elémentale du SOLEIL supérieur, duquel les ASTRES reçoivent leurs forces, quand sa chaleur pénètre dans l'intérieur de la Terre comme dans sa MATRICE, & y porte la propriété opérative des ASTRES supérieurs qui fait que la Terre devient ouverte, afin que l'Esprit inclus en icelle puisse donner nourriture & produire les Métaux, Herbes, Arbres & Animaux, selon la semence multiplicative prolifique d'un chacun, comme j'ai déjà dit que les hommes sont spirituellement & divinement conçus, les facultés de leur AME & ESPRIT étant formellement perfectionnées par la nourriture de la Terre Matrice, leur Mère-nourrice. Ce que l'on peut observer pareillement en tous les Métaux & Minéraux, & ceci est le plus grand secret de l'OR, de montrer & faire entendre, par exemple & similitude où la NATURE a caché ce grand Mystère. Il y a moyen de prouver que la lumière céleste du SOLEIL est d'une propriété ignée que le Créateur du Ciel & de la terre a mis en elle, par le moyen d'un ESPRIT SULPHUREUX, Céleste, fixe & permanent, pour entretenir sa substance corporelle & sa forme, & cette créature céleste est enflammée par son cours perpétuel, si vite & si rapide, avec lequel elle se meut dans l'AIR, & qui continuera autant que son Cours sans diminution de ses forces, parce qu'il n'y a aucune matière combustible en elle par laquelle cette grande lumière puisse être contrainte de souffrir diminution.

Ainsi donc, l'OR est décuit par ces Principes d'en-haut & parvient à telle fixité & nature invincible, en sorte qu'aucune chose ne peut lui nuire, parce que les effets de l'Astronomie supérieure ont agi par leur commerce & relation harmonique avec l'inférieure, de telle sorte que ces Astres inférieurs étant fixés par les influences & vertus des Supérieurs auxquels ils symbolisent, ils ne cèdent à aucun examen, parce que ceux d'en-bas, par les influences & facultés de ceux d'en-haut, en ont obtenu une grande fixité & constance : observez & remarquez bien ceci sur la première Matière de l'OR.

Il faut que j'ajoute encore une autre similitude, selon la coutume des Philosophes, à savoir de cette grande LUMIERE du Ciel avec ce petit FEU que l'on voit journellement allumé sur la Terre, toujours brûlant devant nos yeux, & que je fasse voir quelle grande affinité, vertu magnétique, ou relation harmonique il y a de la grande lumière avec cette petite, & que par ce Médium Aérien, elles conservent leur ETRE & le perfectionnement. Car on voit que sitôt que l'AIR conçoit quelque corruption par les aquosités qui sont attirées en haut, comme brouillards & autres semblables amas qui forment des nuées, lesquelles empêchent que les rayons du SOLEIL agissent par leur réflexion & vertu pénétrante ainsi qu'auparavant, de même le petit FEU Terrestre ne brûle pas si bien dans un temps couvert & nébuleux comme quand l'AIR est pur, clair & serein. Cela vient de ce que leur Amour est étouffé par les aquosités accidentelles de l'AIR ; en telle façon que la Vertu attractive est empêchée de faire son opération à produire les effets de sa sympathie.

Tout ainsi que le SOLEIL qui est la grande lumière céleste, & la petite terrestre qui est le FEU élémentaire se trouvent avoir une forte & mutuelle inclination & affection à s'attirer l'une l'autre par vertu magnétique ; de même le SOLEIL & l'OR ont aussi une particulière correspondance & certaine vertu attractive mutuellement entre eux, parce que le SOLEIL a travaillé dans l'OR ayant servi comme d'un puissant médiateur pour unir & lier inséparablement ces trois principes : Ainsi l'OR a son origine de l'Aimant doré & céleste.

Voilà donc la plus grande sagesse de ce monde, la sagesse des sagesses; voire une sagesse qui surpasse la raison naturelle : car par cette sagesse on doit comprendre comment DIEU a créé l'ETRE céleste, les opérations du firmament, le dessein ou imagination spirituelle, & L'ETRE corporel de toutes les choses créées : elle comprend aussi en soi toutes les qualités & propriétés d'icelles, voire tout ce par quoi l'homme subsiste.

Dans cet Aimant doré est cachée la résolution de tous les Métaux & Minéraux, & leurs puissances & vertus, comme aussi la Première Matière de leur naissance & leur pouvoir sur la SANTE ; leur congélation & fixation, & l'opération de leurs vertus pour guérir les maladies.

Observez & remarquez bien cette CLEF, car elle est divine, astrale & élémentale, de laquelle toutes choses terrestres sont produites; elle est naturelle aussi bien que surnaturelle, & a sa naissance de l'Esprit de MERCURE, divinement, de l'Esprit de SOUFRE, spirituellement, de l'Esprit de SEL, corporellement. Ceci est toute la voie & toute la science, le commencement & la fin; car son CORPS est tellement lié avec l'ESPRIT par le moyen de l'AME qu'ils ne peuvent pas être désunis, mais engendrent un CORPS parfait auquel rien ne peut nuire. De cette substance spirituelle, & de cette Matière qui a formé un CORPS à l'OR, est fait le vrai OR POTABLE des anciens sages, lequel est plus parfait que l'OR même, qui doit être spiritualisé avant qu'on en puisse faire cette liqueur précieuse. Cet Esprit ou OR spirituel guérit les maladies vénériennes & la lèpre, étant une substance Mercurielle & très fixe; il guérit aussi toutes plaies rebelles; fortifie le COEUR & le CERVEAU, & donne une bonne mémoire, fait de bon SANG & incite à l'Amour. Si la QUINTESSENCE des Perles avec la TEINTURE des Coraux sont jointes en même poids avec cet OR spirituel, & si l'on en donne la pesanteur de deux grains à quelqu'un, il se pourra assurer de jouir d'une parfaite santé & d'être exempt de toute infirmité, parce que dans cet Esprit de l'OR réside par excellence la vertu de guérir toutes débilités, les ôter & rectifier la masse du CORPS de l'homme de telle sorte qu'il peut être tenu parfaitement exempt de toutes maladies : Car la QUINTESSENCE des Perles fortifie le COEUR & rectifie les fonctions des cinq sens, tandis que la TEINTURE des Coraux expulse tous les venins, & ainsi l'AME de l'OR étant en forme de liqueur unie avec l'ESSENCE des Perles & SOUFRE des Coraux joints ensemble, ils peuvent produire des effets quasi incroyables, & qui sembleraient excéder l'étendue des pouvoirs de la NATURE, si l'expérience n'en faisait voir la Vérité ; & particulièrement cette Vertu Cardiaque qui conforte extrêmement le coeur doit être, avec admiration considérée la plus excellente de toutes les autres, telles qu'elles puissent être.

Pour moi qui suis Religieux & soumis aux voeux de ma profession par un serment spirituel & divin que j'ai fait en l'ordre de Saint Benoît, dans lequel il a plu a Dieu que j'aie obtenu suivant les promesses de sa parole, par mes ferventes prières, une consolation en mon AME dans l'affliction de mes faiblesses & infirmités au moyen de cette Médecine universelle, je puis assurer que je ne trouve aucun confortatif meilleur pour mes frères & pour moi-même que cette composition mise au monde par la grâce & faveur divine, & faite de l'UNION de ces trois choses. Sa divine Providence veuille bénir & augmenter cette Vertu jusques a la fin du monde, & tant que tous les hommes jouiront de cette VIE mortelle : O dorée vertu de ton AME ! Ô dorée raison de ton ESPRIT ! Ô dorée opération de ton CORPS : DIEU le Créateur te conserve & donne à toutes Créatures terrestres qui l'aiment & l'honorent, avec la vraie intelligence de tous ses dons afin qu'on fasse sa volonté en TERRE & au CIEL, & que ceci suffise pour la Révélation de l'Esprit de l'OR, jusqu'à ce que Hélie revienne.

J'ajouterai ici une opération dont le procédé sera compendieux : Prenez l'Esprit de SEL et tirez avec lui le SOUFRE de l'OR ; séparez cet Esprit de SEL & rectifiez le SOUFRE de l'OR avec L'ESPRIT DE VIN, afin qu'il devienne agréable et sans corrosion. Prenez ensuite de la vraie huile de Vitriol, faite avec du Vitriol, vert-de-gris, & dissoudrez du MARS dans cette huile & en faites du Vitriol, lequel dissoudrez en Huile ou Esprit susdit pour le rectifier aussi avec L'ESPRIT DE VIN ; puis conjoignez toutes ces deux ensemble & en ôtez l'ESPRIT DE VIN, & dissoudrez la Matière qui sera demeurée sèche dans l'ESPRIT DE MERCURE, selon le poids requis; circulez le tout & quand tout sera fixe & devenu permanent, vous aurez une MEDECINE pour donner la SANTÉ & couleur vermeille aux Hommes & aux Métaux après qu'elle aura été fermentée avec de l'OR.

 

Chapitre Sixième

De l'Esprit ou Teinture de la Lune

La TEINTURE ou Esprit de la LUNE montre sa couleur d'un Bleu céleste, qui n'est qu'un ESPRIT Aqueux, froid & humide; il n'est pas si chaud en son degré que l'Esprit du SOLEIL, VENUS & MARS : c'est pourquoi la LUNE est plus flegmatique qu'ignée Mais quoique de substance Aqueuse elle n'a pas laissé d'être parvenue à congélation par le FEU.

Tout ainsi que nous voyons les METAUX avoir reçu leurs Esprits de TEINTURES & leur coagulation, de même aussi les PIERRES ont reçu leur fixation & TEINTURE d'une pareille influence; car dans le DIAMANT se trouve un MERCURE fixe & coagulé, c'est pourquoi il ne peut pas être rompu comme les autres pierres. Dans le RUBIS se trouve la Teinture du MARS ou soufre du Fer; dans l'EMERAUDE, le soufre de VENUS; dans le GRENAT, l'Ame du SATURNE; dans la TOPAZE la Teinture de JUPITER & le CRISTAL de roche se trouve symboliser au MERCURE vulgaire, comme aussi dans le SAPHIR se trouve la Teinture de la LUNE: bref, chacun selon son Espèce se trouve ainsi symboliser à quelque Métal, & si on ôte la couleur bleue au SAPHIR on lui ôte son habit, & son Corps demeurera blanc comme le DIAMANT. L'on doit aussi observer que si l'on sépare l'Ame de l'OR, son Corps devient pareillement blanc, lequel est appelé LUNE fixe par les disciples & curieux scrutateurs de l'Anatomie des MIXTES.

Vous devez apprendre ici que tout ce que j'ai dit du SAPHIR se doit pareillement entendre des METAUX : cet Esprit azuré de la LUNE que j'ai ci-dessus allégué, contient en soi le SOUFRE & L'AME dont l'Argent emprunte la VIE, tant aux mines dans la Terre, que par Art sur la Terre ; & la Teinture blanche de L'ARGENT, de laquelle il reçoit la blancheur, se trouve dans une même forme magnétique & premier être avec l'OR.

Ah ! vous autres qui possédez le Talent de l'Eloquence, où est votre voix pour exprimer les merveilles de ce SECRET ? & vous, naturalistes ! Où sont vos écrits ? & où sont les maximes de vos dispensaires, ô Médecins ! qui obligez d'aller chercher nombre de drogues par-delà les Mers, afin de tâcher de guérir l'Hydropisie & toutes maladies lunaires ? Vous direz sans doute que ceci vous est trop obscur; si cela est, allumez vos lampes à la lumière inférieure & terrestre, & pour chercher n'ayez aucune honte de contracter alliance avec le Vulcain ou Feu CHIMIQUE, & soyez persévérants dans la patience ; enfin, par permission divine de l'Eternel, vous trouverez que l'Esprit de L'ARGENT contient en soi la Vertu de guérir l'Hydropisie, tout de même que l'Esprit de l'OR & de MERCURE peut ôter les racines ou causes du vertige, de telle sorte que le centre de ces maladies ne s'y trouvera jamais.

Et pour le regard de ce que la LUNE n'a pas acquis dans les Veines de la Terre une qualité plus chaude en son degré, & qu'elle est ainsi demeurée d'une nature Aquatique, prenez-vous en la grande lumière du CIEL, laquelle à cause de ses influences aquatiques a opéré une telle propriété dans quelques créatures & Planètes de la Terre, comme dans l'ARGENT; & quoique cette LUNE Terrestre aie en soi un Mercure fixe dans lequel elle a radicalement pris naissance; toutefois le SOUFRE chaud manque en elle pour pouvoir dessécher le flegme : C'est pourquoi la LUNE n'a pas aussi un Corps si compact, si ce n'est par l'ART du Microcosme ou savant Artiste & Philosophe.

Et d'autant que ce Corps n'est pas compact à cause de sa substance aquatique, ses pores ne sont pas aussi resserrés & garnis pour avoir le poids & endurer le choc contre ses ennemis : ce qui, au contraire, se doit rencontrer dans l'OR, afin qu'il aie victoire sur ses ennemis & qu'il puisse subsister parmi eux.

Toutes choses sont difficiles au commencement; mais dès qu'on les a faites une fois avec industrie & patience elles deviennent bientôt faciles à être entendues : Si vous considérez & prenez bien garde à l'Esprit ou AME de la LUNE, vous comprendrez fort aisément le principal du travail & la fin de son utilité : c'est pourquoi je vous le proposerai par l'exemple & vous rendrai savants par la règle & façon de faire des paysans, afin qu'un jeu d'enfants vous donne occasion de considérer & chercher le profit d'une chose plus relevée.

Un Paysan sème sur un Champ bien préparé la Semence du LIN, laquelle après la Putréfaction sort & végète hors de la Terre, étant aidée par l'opération des Eléments, & nous présente une Matière ou herbe de LIN avec sa Semence, mais multipliée, laquelle on sépare du LIN après qu'il a été arraché de la Terre. Mais ce LIN ne saurait être utile s'il n'est Putréfié & purifié après avec de l'EAU, putréfaction par laquelle le Corps s'ouvre & en lui se trouve une Chose utile ; La putréfaction achevé, ce LIN est Séché par l'AIR & par le SOLEIL, & cette coagulation, souventes fois réitérée, il parvient à une autre forme dans laquelle, après plusieurs autres travaux, il devient plus parfait.

Ce LIN ainsi préparé est battu, Rompu, purifié & tiré par un certain outil de bois appelé par plusieurs Brisoir ou Mâchoire, afin que le Pur se sépare de l'Impur & les parties Grossières d'avec les Subtiles, ce qui ne pouvait se faire avant cette préparation : Après, ce même LIN est filé & les Filets sont bouillis dans l'EAU ou lessive afin qu'une nouvelle & légère Putréfaction s'y fasse, & que les impuretés restées s'en séparent; après cela ils sont Séchés & donnés à l'Artisan qui en fait de la Toile, & cette Toile, après quelques Humectations réitérées, est rendue belle & Blanche, puis coupée par Tailleur, Lingères ou autres pour l'utilité d'un Ménage, & quand cette Toile est usée & déchirée, alors on amasse les pièces ou Drapeaux & on les porte au Moulin, où il s'en fait de bon PAPIER dont on se sert après à Ecrire ou Imprimer les beaux LIVRES que nous voyons être les nobles dépositaires du Trésor des plus rares & plus doctes Traditions de tous les Arts & Sciences, & qui font l'ornement des Cabinets les plus curieux & plus précieux.

Ce PAPIER ainsi fait étant mis sur un Métal ou sur un verre & étant allumé & brûlé, le Mercure végétal de ce PAPIER s'en retourne dans l'Air & s'envole, laissant son SEL dans les Cendres avec un SOUFRE Brûlant : car tout ce qui ne se consume pas se résout en HUILE, laquelle est un bon liniment pour ceux qui ont mal aux yeux & qui ont la vue troublée. Cette HUILE ainsi faite a une Graisse excellente, que la Matière du PAPIER a retenue avec soi de la Semence du LIN, & ainsi la dernière Matière du LIN qui est le PAPIER se résout en Première Matière ; Savoir: en cette onctuosité Sulfureuse, avec séparation de son MERCURE & de son SEL, afin que, par la dernière, la première Matière se connaisse, & par cette première, ses opérations & vertus.

Quoique cet exemple semble Rustique & grossier, néanmoins vous devez prendre garde à sa Subtilité & à ce qui est caché en lui: Car il est nécessaire de faire entendre aux Simples & moins avisés les Choses subtiles par les Grossières, en sorte que de là ils puissent apprendre à se départir des sentiments Grossiers & s'adonner aux Subtils.

De ceci, je conclus & entends que la Première Matière doit être connue, observée & fondée par la Révélation & discernement de la Dernière Matière, laquelle Dernière Matière des METAUX parfaits doit être séparée d'eux, afin qu'elle apparaisse nue devant les hommes, & ainsi pourra-t-on apprendre par cette ANATOMIE, ce que la Première Matière a été dès son commencement, & de quoi cette Dernière a été semblablement faite. Vous devez vous contenter de cette Dernière déclaration concernant la LUNE, sur le sujet de laquelle j'aurais encore beaucoup de choses à dire, mais ce sera pour une autre fois. Je vous prie d'affection en vous exhortant que dans votre conscience vous observiez tout ce que je vous ai révélé selon les Syllabes comprises entre alpha & oméga, & de garder toutes mes paroles & avertissements, afin que ne puissiez pécher & endurer l'éternelle vengeance. Avant que de finir, je vous révélerai encore ceci :

Prenez le SOUFRE d'un Bleu Céleste tiré de l'ARGENT & le rectifiez avec l'ESPRIT DE VIN; dissolvez-le selon son poids dans l'ESPRIT BLANC du Vitriol, & dans l'Esprit bien odorant de MERCURE, puis les coagulez par la fixation du FEU de chaleur propre, et aurez la Teinture blanche en vos mains avec sa MEDECINE: mais si vous connaissez ce que l'on peut appeler PRIMUM MOBILE, cette Teinture ne vous est pas nécessaire; car vous pourrez accomplir l'oeuvre par lui seul.

 

Chapitre Septième

De l'Ame ou Teinture de Jupiter

Le bon JUPITER entre tous les Métaux, est quasi celui qui tient le Milieu dans son intérieur : Car il n'est ni trop Chaud, ni trop Froid, ni trop Sec, ni trop Humide. Il n'abonde pas en Mercure & il se trouve fort peu de SOUFRE en lui & celui qui s'y trouve est de couleur Blanche : L'un de ses Trois Principes pourtant surpasse l'autre en quantité, comme il se voit manifestement lorsqu'on fait ouverture & Dissection de sa vraie nature: Partant, il est né, fait & coagulé en forme de METAL, d'une telle composition & mélange des trois principes inégalement assemblés.

La planète de JUPITER supérieur est un ASTRE de paix & agent de bonté, dominateur & possesseur de la moyenne Région : Mais le terrestre au regard de sa condition, être, vertu & opération tient le milieu, & aucune maladie ne saurait arriver que ce JUPITER ne puisse guérir, si on se sert de sa MEDECINE avec médiocrité & dose judicieusement dispensée ; aussi n'est-il pas toujours à propos d'employer sa médecine à d'aucunes maladies où il n'en est pas besoin ; mais on doit user d'icelle lorsque le Corps & sa Maladie ont une particulière correspondance & relation de vertu & opération avec les Astres supérieurs, principalement dans leurs conjonctions, afin qu'il ne se trouve aucune contrariété dans leur opération en la Nature opérante.

L'Esprit de JUPITER est tel qu'il ne peut aucunement être absent dans la naissance des Métaux, non plus qu'aucun des autres : parce que lorsqu'un Métal doit être parfait, tant dans le Macrocosme que par transmutation dans le Microcosme, il faut nécessairement que tous les Esprits des METAUX y consentent, depuis ceux du degré le plus bas, jusques au plus haut; je veux dire que tous les degrés des plus imparfaits Métaux jusques aux plus parfaits soient suivis de degré en degré jusqu'à l'accomplissement d'iceux, avant que les Métaux puissent être parfaits: car tout Métal, depuis le SATURNE jusqu'à l'OR, doit accomplir son Cours pour parvenir à la constance spécifique de sa Teinture & de son Corps: encore que SATURNE tienne le premier lieu dans la Région supérieure où les Astres dominent & accomplissent leur Cours, il est néanmoins le plus bas dans la Terre.

La Naissance de l'ETAIN, en & sur la Terre se fait tout ainsi que la naissance de l'homme & des animaux qui, au commencement sont nourris du lait de leur mère, car il ne se trouve pas sur la terre aucune nourriture plus profitable à l'homme dans son enfance que celle du lait, vu que la plus considérable & meilleure partie du lait est un SOUFRE Animal qui donne la nourriture.

De même façon, l'ETAIN est nourri de son SOUFRE Métallique, qui lui est plus profitable, & parce qu'il attire plus de chaleur à soi que celui de SATURNE, il est plus décuit & son Corps est plus fixe & plus constant, à cause du degré de perfection de son SEL.

Le Jupiter est dit des Anciens, causer un bon gouvernement & entretien de SANTE, & ses jugements sont estimés équitables, en sorte qu'il octroie à un chacun ce qui est de Justice & bon droit: l'esprit de l'ETAIN remédie à toutes les inflammations & accidents par lesquels le FOIE pourrait être infecté, son Esprit a naturellement un goût de Miel ; son Mercure lorsqu'il est fait volatil devient une vénéneuse substance : Car il purge violemment & avec effort: C'est pourquoi il n'est pas toujours à propos qu'on se serve de son argent-vif étant ainsi ouvert; mais sitôt qu'il est corrigé, il peut être bon & utile pour s'en servir aux maladies qui dépendent immédiatement des influences des Astres; c'est-à-dire lorsqu'au CEDEKIEL est ôtée la volatilité vénéneuse, & qu'il est parvenu à une fixité contraire au venin.

Le Médecin du commun n'entendra pas ceci, parce qu'une telle science ne gît point aux paroles seulement, mais à l'expérience, vu, que ce Médecin du commun à bâti son fondement sur des paroles seulement, mais quant à la préparation de notre Médecine, quoique son commencement dépende des paroles, son fondement principal est l'épreuve appuyée de l'expérience : car l'expérience est soutenue d'un fondement aussi assuré que serait un lieu bâti sur un Rocher, mais les paroles des autres ne le sont que comme sur un sable mouvant. C'est pourquoi l'on estime plus ce qui est fait par l'expérience avec l'aide de la Nature, que ce qui provient seulement des paroles nues & d'unespéculation fantaisiste : Car l'oeuvre fait connaître l'Ouvrier.

Je ne me sers pas ici de la façon de parler des Poètes, ni d'un style pareil à celui qui est dans mon LIVRE de la Philosophie occulte, que j'ai déjà mis au jour, & qui traite de la naissance admirable des SEPT Planètes hermétiques, je ne m'exprime ici non plus en termes mystiques comme les Mages & Cabalistes ont fait, & je n'observe point la Méthode de ceux qui ont enseigné les sciences surnaturelles, comme l'Hydromancie, l'Aéromancie, Géomancie, Pyromancie, Nécromancie & plusieurs autres : Car mon intention est de révéler les secrets de la Nature, afin que les Philosophes & enfants de la science & Sapience puissent par la bénédiction divine, bien comprendre & observer ceci, & après une diligente observation y apprendre quelque chose d'utile concernant la double vertu Métallique dans le Macrocosme & Microcosme, comme aussi ce que contient la vraie MEDECINE en soi & dans l'intérieur des Métaux, ce qui se voit & manifeste quand par la division de leurs Principes, l'on voit sensiblement TROIS choses provenues de ce qui auparavant était UN, & alors la nature de cet UN est découverte & démontrée par la séparation & dépouille de son vêtement terrestre, & sont manifestées sa vertu son opération pour la SANTEdes corps humains Métalliques.

Sans doute mes persécuteurs & ceux qui sont Médecins ignorants me diront ce qu'on dit en proverbe : Tu me dis beaucoup de choses touchant les Oies & tu ne connais pas encore les Canards. Qui est-ce qui nous assurera que tout ce que tu nous as écrit est véritable ? Pour mon particulier je n'ai autre chose à leur répondre, sinon que je me tiens très content des choses que j'ai apprises par expérience, comme aussi, mes autres compagnons; sans craindre d'être trompé dans mes espérances, & ne suis dans le dessein de me donner aucune peine pour vouloir apprendre quelque chose de nouveau & d'incertain; celui qui est dans une autre opinion que la mienne, qu'il la garde si bon lui semble et s'amuse à la connaissance de ces Canards : Car il n'est pas digne des Oies rôties, ni d'apprendre les merveilles que la Nature cache en soi.

Mais je confesse en vérité & même j'ose dire sous la perte de ce précieux joyau & PIERRE, la plus riche de la Nature, & même de mon AME, que tout ce que j'ai écrit & tout ce que j'écris dans ce Livre-ci contient la pure VERITE, & un chacun trouvera que ce n'est autre chose que la VERITE : Mais si tous les doctes ou les hommes du Commun, & principalement ceux qui sont persécuteurs de cette secrète science n'entendent pas mes écrits, je n'y saurais que faire ; mais que ceux qui sont de vrais curieux prient Dieu pour sa grâce ; & vous, persécuteurs, priez-le qu'il vous pardonne, travaillez avec patience & persévérance, lisez avec raison & intelligence, & aucun SECRET ne vous sera caché : mais au contraire, vous y découvrirez de la clarté.

J'exhorte encore particulièrement celui qui aura trouvé ce SECRET qu'il en rende grâces a DIEU son Créateur, de tout son coeur, nuit & jour, sans cesse, avec révérence, humilité & due obéissance : Car aucune créature ne saurait assez remercier DIEU comme le mérite ce précieux DON. J'en fais ici mes remerciements & actions de grâces a DIEU & puis répondre devant ce souverain Créateur de l'Univers, & devant tout le monde, & être garant de la vérité de ces Merveilles de la Nature que plusieurs esprits présomptueux croient n'être pas possibles, parce qu'ils n'en peuvent comprendre la cause ni l'effet : Mais ce que mes yeux ont VU, ce que mes mains ont TOUCHE & que ma raison sans tromperie a compris, RIEN NE PEUT M'EMPECHER DE LE CROIRE & D'EN ADMETTRE LES EFFETS EN CETTE VIE, EXCEPTE LA MORT QUI SEPARE TOUTES CHOSES.

Cette mienne voix n'a pas été contrainte par un motif du siècle de déclarer ce que j'ai ici écrit; je ne l'ai pas fait aussi par arrogance, ni comme ayant égard aux honneurs mondains. Mais elle a été contrainte par le commandement de Jésus-Christ, mon Seigneur, afin que sa gloire & bonté dans les choses naturelles & temporelles, ne demeure pas inconnue aux hommes, mais qu'elles puissent être manifestées pour l'honneur, louange & gloire de son nom Eternel, & que, par la confirmation de ces miracles, sa Majesté & toute puissance soient honorées & reconnues de tous les vivants.

Après ces motifs de l'amour Divin, l'affection envers le prochain m'y a invité, pour témoigner que je lui veux autant de bien qu'à moi-même. Comme aussi a mes ennemis & persécuteurs médisants de cette Divine SCIENCE, afin que je puisse cueillir sur leurs têtes des charbons ardents.

En troisième lieu, que tous ces adversaires contradicteurs puissent connaître celui qui a le plus erré & qui a révélé le plus de secrets de la Nature, & si j'ai mérité d'être blâmé & les autres d'être loués, & aussi afin que ce Grand SECRET ne soit enseveli dans les ténèbres, ni noyé dans les grandes eaux du Torrent des années : mais qu'il puisse luire par les Rayons de la vraie lumière, hors du Naufrage & hors de la multitude des Idiots ; & que, par la publication d'une vraie & certaine Confession, il y ait beaucoup de témoignages & autorités irréprochables qui puissent prouver la vérité de mes écrits.

 

ENIGME

Dans ma domination me sont appropriés d'entre les douze Signes, le Sagittaire & le Poisson : Je suis né du Poisson parce que j'ai été EAU avant ma VIE ; mais le Sagittaire m'a mis la Sagette au coeur, par le moyen de laquelle j'ai perdu mon aquosité, étant devenu, par le moyen de la Chaleur, une Terre sèche ; & quoique ma Terre, par le moyen de l'EAU, soit devenue en une substance molle, néanmoins tu dois entendre que l'Eau a été séchée par l'Air chaud, & que cette Matière molle a été changée par la Chaleur en une Matière dure.

De ceci, vous qui êtes savants, ou vous autres qui voulez apprendre, vous devez diligemment observer & prendre garde que l'ETAIN est sujet aux quatre Eléments & aux autres Planètes, lesquels Eléments ont reçu en leur centre les vertus d'en haut & en sont engendrés.

Pour vous dire Adieu, je vous dis que quand vous tirerez de ce bon JUPITER le SEL & le SOUFRE, & que les joindrez au SATURNE pour les faire couler ensemble, vous verrez SATURNE prendre un Corps plus fixe, se purgeant & devenant plus Clair, & aurez une Transmutation véritable du SATURNE en JUPITER.

Source : http://le-miroir-alchimique.blogspot.be

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Published by Basile Valentin (1646) - dans Alchimie
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 20:29

Chapitre Premier

De l'Esprit ou Teinture de Mercure

Plusieurs pourront trouver étrange de ce que je traite et parle des Métaux avec un style particulier, mais je ne le fais pas sans cause, étant fondé sur Méthode ou pratique, de laquelle j'ai sujet de me contenter entièrement. Car elle est cachée dans ma science & appuyée dans la connaissance que j'ai de l'infaillible vérité. Me blâme qui voudra, c'est de quoi je ne me soucie point du tout, on fait toujours plus d'état de ce qu'on voit que de ce qu'on entend dire & on loue plus celui qui a mis un bon fondement que celui qui en a mis un mauvais.

C'est pourquoi je dis que toutes choses qui sont visibles et compréhensibles sont faites de l'Esprit du Mercure, lequel Esprit est plus précieux que toutes les choses de la Terre. Car c'est de lui qu'elles sont faites & qu'elles tirent leur origine ; c'est en lui que le Philosophe trouve tout ce qu'il cherche. Car cet Esprit est l'origine & le commencement des Métaux, étant réduit en un être spirituel, lequel ETRE n'est rien qu'un Air volant de ça & de là sans Ailes ; c'est un vent mouvant, lequel, après que Vulcain l'a chassé hors de son domicile, rentre dans son Chaos, puis se mêle et se dilate dans la plus pure partie ou Région de l'Elément de l'AIR d'où il était auparavant sorti, d'autant qu'il aime son semblable, y étant attiré par la force Magnétique des Astres.

Mais si cet ESPRIT DE MERCURE peut être pris et rendu corporel, alors vous avez une EAU claire, pure & transparente, qui est la vraie EAU spirituelle & première RACINE Mercuriale des Minéraux et des Métaux, qui est l'Eau permanente au FEU, entièrement dépouillée de toute aquosité terrestre & phlegmatique : C'est aussi cette EAU céleste, de laquelle tant d'Auteurs ont si amplement écrit.

Par cet ESPRIT DE MERCURE tous les métaux sont résous en leur première Matière, sans aucune corrosion, comme la glace en l'Eau chaude ; cet ESPRIT rajeunit l'Homme & tous les Animaux, & prolonge la VIE à la vieillesse, consume et détruit toutes choses excrémentaires. Cet ESPRIT est la clé de mes autres clés : C'est pourquoi je crierai : Venez ici vous tous qui êtes bénis de Dieu, & qu'on vous soigne avec cette HUILE DE SANTE, et qu'on embaume vos corps, de peur qu'ils ne se gâtent par corruption et pourriture ; soyez aussi rafraîchis de cette Eau toute céleste, car elle bannit les excessives et peccantes chaleurs : Mais sachez que cet esprit de Mercure contient en soi les trois principes. Il est Mercure, puisque c'est une Eau CÉLESTE qui est le commencement de toutes choses ; il est Soufre, car c'est une HUILE INCOMBUSTIBLE, qui a son origine d'un soufre spirituel, qui est ce moyen unissant de l'ESPRIT & du CORPS, car c'est leur AME ; enfin il est SEL, puisqu'il est un CORPS, quoique spirituel, & ce SEL doit être réuni avec son MERCURE par l'HUILE, comme vous verrez ci-après plus amplement.

Et pour mieux faire entendre de quel être, matière et forme est cet ESPRIT DE MERCURE, je dis que sa substance est animée, sa matière spirituelle & sa forme terrestre ; Ce qu'on doit entendre comme chose incompréhensible, ces paroles seront indubitablement rudes et étranges à plusieurs parce qu'elles font naître des pensées extraordinaires. Il est bien vrai que ces paroles sont extraordinaires, c'est pourquoi elles requièrent aussi des hommes d'extraordinaire Esprit pour les entendre. A la vérité, elles ne sont pas si aisées à comprendre que l'est au paysan la méthode de bien conduire la charrue, et ceux qui ne sont pas versés en cette science ne la comprendront pas, quoique, inconsidérément, ils s'imaginent le contraire. J'estime celui-là instruit en la vraie SCIENCE, qui, après la parole de DIEU & les Mystères du salut de son AME, a appris à bien connaître ; par de bons principes et fondements bien raisonnés la NATURE des choses sublunaires, qui renferment les Minéraux, Végétaux & Animaux : afin que la lumière d'une vraie et solide connaissance dissipe et fasse évanouir l'obscurité de l'ignorance & que nous puissions distinguer le bon d'avec le mauvais, ou le bien d'avec le mal.

Il n'est pas nécessaire de savoir la première origine ou source de cet ESPRIT DE MERCURE ; sachez toutefois en passant qu'elle est surnaturelle, sortant des Astres célestes & des Eléments de la première Création. Mais il suffit de considérer cet Esprit en qualité de Terrestre. C'est pourquoi, laissez les Astres & leurs influences, en les concevant seulement par la foi ou l'imagination, parce que leurs vertus & impressions sont invisibles & incompréhensibles ; ne vous arrêtez non plus à la spéculation des Eléments : Car ils ont déjà par leur concours engendré cet Esprit : Et il n'est pas au pouvoir de l'homme de rien faire d'iceux, vu que cela appartient seulement au souverain Créateur de l'Univers.

Qu'il vous suffise donc de connaître ce seul Esprit de Mercure, déjà fait et engendré, qui a forme, & s'il n'en a point, savoir qui soit parfaite, il est compréhensible & toutefois incompréhensible en divers égards, quoique néanmoins visiblement apparent à nos yeux. De sorte que, quand vous l'aurez, vous pouvez vous assurer que vous possédez la première MATIERE dont sont faits tous les Minéraux & Métaux; cette MATIERE qui se joint avec le SOUFRE, qui est décrit au chapitre de VENUS, et avec le SEL, dont fait mention le chapitre de MARS, lequel SEL les réduit à une coagulation parfaite, & en un corps qui est une souveraine & très puissante Médecine, non seulement pour guérir la lèpre des Métaux imparfaits ; mais aussi pour chasser toutes les maladies du corps de l'Homme & l'entretenir en parfaite Santé. Et vous ne devez pas vous étonner des grandes vertus de cet Esprit parce que DIEU l'a ainsi ordonné & que la NATURE les effectue sous le bon plaisir de sa divine Providence. Plusieurs les croiront impossibles & mépriseront ces grands Mystères, parce qu'ils ne les entendent pas, & ils demeureront dans leurs persuasions erronées, jusqu'à ce qu'ils soient illuminés par la volonté de DIEU, ce qui n'arrive que bien rarement. Mais tous ceux qui sont savants par le travail de leurs études ou expériences, confirmeront que tout ce que j'ai écrit en ce Traité est aussi véritable que le CIEL est ordonné pour la récompense des bons & l'ENFER pour la punition des méchants.

Je n'écris pas maintenant tout ceci autant avec la Main qu'avec le Coeur, & une grande affection qui me porte a décrire la Nature des corps Métalliques, selon leur intérieur & leur extérieur, & même selon les principes qui sont enfermés dans leur centre, quoique il y ait plusieurs hommes qui, poussés d'un esprit mondain ou fantasque haïssent et blâment la recherche des secrets admirables de la Nature : Cela n'empêchera pas pourtant, j'en suis assuré, que le temps viendra, lorsque la moelle de mes os sera desséchée, que plusieurs auront un très grand désir que je fusse encore en VIE pour les instruire de vive voix & si Dieu le permettait, ils me tireraient très volontiers hors du tombeau & des cachots de la Mort, ce que, sachant qu'ils ne pourront pas faire, je leur ai laissé des écrits, afin que soit confirmée par eux la croyance qu'ils doivent avoir de la vérité de ces hauts mystères et miracles de la Nature, & que cet écrit public confirme ma dernière volonté, qui a été de favoriser les pauvres & les Amateurs de cette secrète science. Et quoique je n'aie du tant écrire, j'ai toutefois voulu, autant que je l'ai pu sans porter offense ou préjudice au salut de mon AME, vous envoyer une lumière, comme au travers d'une petite Nuée, afin que l'obscurité de la Nuit étant chassée, la nouvelle clarté d'un jour serein vous éclaire & illumine.

Sachez donc à cette heure comment l'Archée opère en Terre par l'esprit de Mercure; aussitôt que cette semence spirituelle est imprégnée par l'impression des Astres & nourrie par les Eléments, elle se convertit en EAU-DE-VIE Mercuriale. Et qu'au commencement, quand le Macrocosme fut fait de rien & que l'Esprit de DIEU donna la VIE à cette créature terrestre, la Vertu divine opérait par les influences & opérations des luminaires célestes ; comme pareillement dans le Microcosme était la Vertu de DIEU, mais c'était par la Toute-puissante opération de son saint & sacré Souffle.

Ensuite, le Tout-puissant donna un moyen par lequel sa volonté puisse être accomplie par la Nature de chaque chose, afin que l'une fût capable d'agir en l'autre & de s'entraider : Et ainsi fut donnée à la Terre l'influence des lumières ou des Astres célestes pour engendrer, ainsi qu'une chaleur interne pour décuire & échauffer ce qui serait trop froid dans ses entrailles, à cause de son aquosité, chaque chose produisant par ce moyen selon son genre & son espèce : De même, le Ciel rempli d'ETOILES excite une qualité chaude & une vapeur sulfureuse, subtile, apure & clarifiée, qui se joint & s'unit avec la substance Mercuriale de la terre, qualité par laquelle l'humide est petit à petit desséché; et si, en même temps, l'AME, qui est le baume de la nourriture, se joint au CORPS, en opérant par l'influence céleste, alors s'engendrent les Métaux parfaits ou imparfaits, selon que les trois principes ont plus ou moins travaillé : Mais si cet esprit Mercurial venant d'en haut est spécifié sur l'Animal, il se fait ANIMAL, ou s'il est spécifié sur le Minéral, il se fait Minéral, toutefois avec distinction & selon qu'il a opéré. Car, quant aux Animaux, il opère par soi; au regard des végétaux, d'une autre façon par soi, comme aussi aux Métaux & Minéraux, chacun s'en nourrissant suivant son instinct particulier, dont j'aurais lieu, si je voulais, de composer de très amples discours.

On aurait sujet de me demander, avec raison, comment on pourrait avoir ou faire cet Esprit Mercurial ? De quelle façon il le faut préparer, en sorte qu'il puisse guérir les maladies & transmuer les Métaux imparfaits par leur propre semence ? Je m'assure qu'il y en a plusieurs qui attendent la Réponse avec un grand désir : C'est pourquoi Je ne cacherai rien, & dirai tout ce que la divine Providence me permettra de déclarer.

Prenez donc, au nom de Dieu, d'une Mine d'Argent vif rouge, & semblable au Cinabre, & de la meilleure Mine d'OR que vous pourrez trouver. Etant purifiées, broyez-les ensemble en poids égal, avant que de les exposer au Feu, & versez dessus de l'Huile Mercuriale, faite de l'Argent vif sublimé et purifié sans addition.

Mettez le tout à digérer au feu pendant un mois & aurez un extrait qui sera plus spirituel que corporel ; faites-le distiller tout doucement au Bain Marie, vous verrez sortir le phlegme ; l'huile demeurera au fond, bien pesante, qui tire à soi en un moment tous les Métaux. Versez sur cette huile trois fois autant d'esprit de VIN, faites circuler le tout dans un Pélican jusqu'à ce que l'esprit de VIN devienne en couleur de SANG & d'une grande douceur. Otez par inclinaison cet esprit de VIN coloré & en versez d'autre sur cette matière, le faisant circuler comme vous avez déjà fait : ce que recommencerez autant de fois que votre esprit de VIN ne puisse plus tirer de rougeur, ni de douceur. Après, prenez tout l'esprit de VIN qui sera coloré comme un rubis, versez-le sur du TARTRE blanc bien calciné, & distillez le tout à feu de cendres assez fort : l'esprit de VIN demeurera avec le TARTRE, mais l'Esprit de MERCURE passera.

Si vous mettez cet Esprit de MERCURE avec l'esprit sulfureux du SOLEIL & avec son SEL, et si vous les pouvez conjoindre ensemble par la distillation convenable, afin qu'ils ne se séparent jamais l'un de l'autre, vous aurez alors une Médecine singulièrement excellente : Mais si vous fermentez cette Médecine avec le corps du SOLEIL, selon le poids requis, & que vous conduisiez à perfection par décoction parfaite durant un certain temps, alors vous aurez un OR plus que parfait, qui sera une souveraine Médecine, tant pour les maladies que pour la pauvreté, & en aurez un grand contentement de Corps & de Biens.

Voilà la méthode pour avoir cet esprit de MERCURE, laquelle j'ai révélée, selon que j'en ai pu obtenir licence du Souverain Commandeur : Quant à mes opérations & Tours-de-Main, vous les considérerez & en userez sagement, afin que vous évitiez les peines d'Enfer, étant fidèlement admonestés par mes avertissements.

Au reste, la porte de ce Palais Royal ne peut être vraiment & philosophiquement ouverte que par une seule Clef, qui guérit toutes maladies, quelles qu'elles puissent être, comme hydropisie, paralysie, apoplexie, vertiges, goutte, pierre, épilepsie, lèpre; bref toutes en général. Ce MÉDIUM guérit aussi les maladies vénériennes et vieilles plaies, comme cancers, loups, fistules et toutes autres, ainsi que je vous ai déjà dit. Prenez bien garde à ceci et le retenez bien, savoir que toute science a son commencement de cet Esprit Mercurial, lequel est revivifié par le Soufre spirituel : De façon qu'il s'en fasse une essence toute Céleste, & si elle est jointe au Sel, il s'en fait un Corps doué de vertus innombrables. Mais le commencement de l'Esprit de l'Ame et du Corps demeure l'Aimant, comme il l'est aussi, & ne peut être connu pour autre.

Enfin tenez pour vérité que, sans cet Esprit de MERCURE, l'OR ne saurait être rendu potable, ni la Pierre des Philosophes accomplie : Contentez-vous de ceci & gardez le silence : Car, moi même, je me tairai, puisque le juge suprême veut que vous & moi nous nous taisions, & mettez vous-mêmes en pratique cette science, sans vous en attendre à un autre, de qui l'ignorance vous serait dommageable.


Chapitre Second

De l'Esprit ou Teinture de Saturne

SATURNE dans la partie supérieure du CIEL est par-dessus & le plus haut de toutes les autres planètes ; mais dans la partie inférieure du Monde, à savoir dans la Terre, il est le plus bas, le moins estimé & le plus vil de tous les autres Métaux : Et tout ainsi que le CIEL a permis que cette lumière supérieure de SATURNE se soit élevée au plus haut des autres, au contraire, la Nature a voulu que Saturne fût par Vulcain rendu le moins parfait de tous ses Compagnons : Car la lumière supérieure a causé & engendré Saturne de corps non fixe, ouvert de beaucoup de pores, afin que l'Air puisse pénétrer son Corps & le soulever: mais d'autant que ce Métal n'est pas fixe, ni très compact, le FEU peut facilement agir sur lui pour le fondre, ce que doit bien observer celui qui recherche les mystères de Nature en lui : car il y a grande différence entre corps fixes & non fixes, & entre les causes d'où proviennent leur permanence & leur volatilité. Et quoique les sens reconnaissent le Saturne pour plus pesant que quelques autres Métaux, notez pourtant que quand on le fond avec d'autres, nonobstant l'union que leur donne la fonte, les autres Métaux vont en bas, comme on voit dans l'ANTIMOINE quand il est fondu avec d'autres Métaux ; d'où on apprend que tous les autres sont de consistance plus compacte & resserrée que le BON SATURNE : Car il faut qu'il cède et donne place aux autres, & ne saurait gagner aucune victoire sur eux, étant consumé avec les volatils à cause que ses trois principes sont chargés d'impureté & parce que son SEL est plus fusible qu'aucun SEL des autres, son Corps aussi est plus fusible et moins fixe.

Mais afin que vous appreniez la Génération de SATURNE, sachez que comme l'EAU commune devient Glace par la coagulation que lui cause la froideur naturelle provenant de l'altération du Ciel supérieur, de même on peut dire que SATURNE est coagulé & fait corporel par la grande froideur qui se trouve dans son SEL ; &, comme la Glace se résout par la chaleur, ainsi SATURNE étant de même coagulé et fait Métal est rendu fusible par un feu pareil à celui du Mont Æthna ; il se trouve en lui grande quantité de Mercure, mais non permanent, volatil, & une fort petite quantité de SOUFRE, qui est la cause qu'il n'a pu être assez échauffé. Le SEL de même se trouve en petite quantité, mais pourtant fusible, quoique la subtilité du SATURNE ne provienne pas du SEL : car si le SEL donnait la fusibilité & malléabilité, il s'ensuivrait que le MARS serait plus fusible & malléable que le Saturne : mais d'autant qu'il y a des distinctions & différences ès Métaux, vous devez bien prendre garde comment il les faut distinguer & entendre.

Tous les Philosophes ont écrit avec moi que le SEL donne la Coagulation, & corporifie chaque Métal, & il est en vérité ainsi : mais je prouverai bien par un exemple comment on le doit entendre. On tient l'Alun de plume pour un SEL, comme il l'est véritablement & peut être comparé au SEL de Mars ; lequel SEL alumineux est d'une nature non fusible, ainsi que celui de Mars. Le Vitriol, au contraire, bien qu'il ait un SEL en soi en petite quantité, est toutefois fusible & ouvert, c'est pourquoi son SEL ne peut pas donner une si grande coagulation au Métal, auquel il symbolise, que les autres SELS ; & nonobstant que tous les SELS des Métaux proviennent d'une même racine et semence, toutefois il faut observer une différence de leurs trois premiers principes, tout ainsi qu'une herbe diffère de l'autre & un animal d'un autre animal, dont les qualités et propriétés ont beaucoup de dissemblance.

L'AME OU TEINTURE de SATURNE est d'une qualité plus douceâtre que celle de Jupiter & on ne trouve quasi rien de si doux, si on fait la séparation des parties pures d'avec les impures, afin qu'on en fasse des opérations bien plus parfaites. De plus, cet Esprit ou Teinture, appelée communément SEL de SATURNE, est de nature fort froide & sèche : c'est pourquoi je conseille aux personnes mariées de ne s'en pas beaucoup servir, car il refroidit trop la Nature humaine & empêche que leur semence ne puisse faire les opérations ordinaires : il n'est pas aussi utile pour la RATE & pour la Vessie, car il cause de soi beaucoup de phlegmes, ce qui engendre une grande mélancolie aux hommes : Car le SATURNE est un Gouverneur extrêmement mélancolique, vu qu'il augmente grandement l'humeur atra-bilaire en l'homme. Mais quand on se sert de son Esprit, alors un esprit mélancolique attire l'autre, & l'homme est guéri de l'influence de sa mélancolie. Le SEL ou AME de SATURNE guérit extérieurement toutes plaies, qu'elles soient vieilles ou nouvelles & arrivées par coupures, blessures ou autres accidents naturels, ce qu'aucun autre Métal ne saurait quasi faire. Il est aussi un grand réfrigératif pour les tumeurs chaudes des membres, & a cette propriété de manger la chair corrompue et pourrie : il sert d'un bon fondement pour guérir tous accidents et maladies intérieures, principalement d'origine chaude ou inflammatoire. Comme, au contraire, la noble VÉNUS fait des merveilles dans les autres maladies, parce qu'elle est de qualité chaude, au lieu que SATURNE se trouve froid : il y a aussi de différentes qualités entre le Soleil & la Lune, parce que la Lune est plus petite que le Soleil, & elle ne comprend dans la mesure de son Cercle que la huitième partie seulement de la grandeur du Soleil : Si la Lune avec sa qualité froide excédait en grandeur le Soleil comme celui-ci l'excède, alors tous les fruits de la Terre se gâteraient, car il serait toujours un temps d'hiver & ne se trouverait aucun temps d'Eté. Mais Dieu, le Créateur, a mis de certaines bornes et limites à ses créatures, en sorte que le Soleil puisse luire & échauffer de jour, & la Lune éclairer et rafraîchir de nuit, & rendre service de cette façon aux Créatures de la Terre.

Ceux qui sont nés sous l'influence de SATURNE sont d'ordinaire Mélancoliques, & si la raison ou l'instruction qu'on leur doit donner ne les modérait, ils seraient portés d'inclination à être rigoureux & toujours en inquiétude, &, croissant en âge, ils deviendraient avaricieux : ils s'adonnent ordinairement à des entreprises hautes & difficiles, sont fort laborieux et grandement pensifs, se réjouissent rarement en compagnie, & ne portent pas grand amour à la beauté naturelle du sexe féminin, mais aiment l'agréable divertissement de la MUSIQUE.

Enfin je vous dis que SATURNE a pris naissance de peu de SOUFRE, de peu de SEL, & de beaucoup de MERCURE grossier et peu mûr, lequel peut être comparé à l'écume surnageant sur l'Eau, en regard du Mercure de l'OR qui est d'un degré très chaud : Le MERCURE de SATURNE n'a pas une Vie aussi vigoureuse que celui de l'Or, parce qu'il se trouve une plus grande chaleur en celui-ci, qui est cause de cette vigueur, laquelle a été grandement augmentée par l'Archée dans ce monde inférieur & Soleil terrestre, de la Vie & esprit vif duquel se fait la transmutation & amélioration des Métaux.

Maintenant, voilà la description véritable des trois principes de SATURNE, au regard de leur Origine, qualité & complexion. Ainsi je vous donne avis qu'aucune transmutation de Métal ne se peut faire par le Saturne, à cause de sa grande froideur, excepté qu'il peut coaguler le Mercure vulgaire, d'autant que le Soufre froid de Saturne peut dominer sur l'esprit chaud du vif argent vulgaire, si on y procède bien : C'est pourquoi on doit observer une telle méthode, que la Théorie réponde à la Pratique.

Vous ne devez mépriser le SATURNE, parce que sa vertu & propriété est inconnue de beaucoup de monde : Car la Pierre des sages Philosophes tire le premier commencement & origine de sa Couleur Céleste & resplendissante procédant seulement de ce Métal, & moyennant l'influence des Planètes la Clé de fixité & permanence est donnée à Saturne par la putréfaction, parce que du Jaune ne peut venir aucun Rouge, s'il n'a été du Noir premièrement fait blanc.

Je pourrais encore décrire beaucoup de choses naturelles & surnaturelles, & raconter leurs vertus admirables, outre ce que j'ai dit auparavant et prétends dire en la suite des Chapitres du reste des sept métaux ; mais à cause qu'un autre travail m'en empêche, je conclurai le plus brièvement qu'il me sera possible ce Chapitre, me réservant de déclarer le reste de la secrète science des Métaux et Minéraux au Livre que je mettrai bientôt au jour, contenant un traité de l'ANTIMOINE, Vitriol, Soufre & Aimant des Philosophes, & des autres matières, qui, par préférence, tiennent enfermées dans leur intérieur la vraie Matière & substance de laquelle l'OR & l'ARGENT ont leur Commencement, milieu & Fin, avec leurs vraies transmutations particulières, quoique cette vertu en sa perfection soit dans une seule & unique Matière, dans laquelle la semence de tous les Métaux & Minéraux est invisiblement cachée, & cette Matière est visible aux yeux de tout le monde, mais parce que l'opération de sa vertu est profondément cachée & enfermée, & qu'elle est inconnue de plusieurs, c'est pourquoi cette digne Matière est estimée inutile & de nulle valeur & demeurera ainsi, si ce n'est qu'à l'exemple des disciples de notre Seigneur, qui allèrent en Emmaüs & reconnurent le Sauveur par la fraction du pain, les yeux soient quelque jour ouverts aux enfants de la Science, afin qu'ils voient la merveille de toutes les merveilles que le puissant Créateur de toutes choses a mis et enfermé dans une chétive Créature ou matière, dont le nom est Hermès, qui a dans ses Armes un Serpent volant & dont la femme est appelée Hermaphrodite, laquelle connaît tous les Coeurs des humains, & est pourtant une seule Matière, un seul Etre commun partout & connu de tous, & qu'un chacun manie; duquel même plusieurs se servent pour des choses basses & de peu d'importance. On fait grand cas d'une chose haute & élevée, & on néglige une chose basse, quoi qu'elle tienne enclose une autre chose de très haute considération, & qui n'est autre chose qu'une EAU & FEU desquels la Terre par le moyen de l'AIR est engendrée, conservée & parfaite.

Grâce soit à l'Eternel pour ses dons, & que ceci suffise pour la déclaration que je me suis proposé de manifester en ce Chapitre.

 

Chapitre Troisième

De l'Esprit ou Teinture de Venus

La planète de VENUS ne peut être calculée que très difficilement, comme me l'avoueront les Mathématiciens & Astronomes : Car son Cours se fait autrement que celui des six autres Planètes, c'est pourquoi sa naissance est aussi d'une autre sorte. Je dirai donc que la Naissance de VENUS possède le premier rang après Mercure, mais quoique Mercure ait cette propriété de pénétrer & de faire agir, il ne saurait rien faire néanmoins, si Venus ne l'incite & pousse en ses opérations particulières auxquelles elle participe avec plaisir & beauté tout ensemble. Je ne me vante point ici d'être Astronome, ni de pouvoir calculer le Cours des Astres, parce que je dois passer mon temps en prières dans la Maison de Dieu: mais afin qu'après mes dévotions je ne perde point inutilement le temps que j'ai de reste, je m'adonne a la connaissance des choses Naturelles, en la recherche desquelles j'ai connu qu'il est assez facile de savoir d'où Venus a pris son Origine & sa naissance ainsi que son accroissement : comme aussi ce qui peut être produit par sa grande & copieuse abondance, car elle est plus vêtue qu'elle n'en a besoin, & il lui manque seulement la fixité.

Sachez donc que Venus est vêtue d'un soufre Céleste qui est plus abondant en elle qu'au Soleil, duquel on en tire beaucoup moins que d'elle : mais afin que vous appreniez quelle est la Matière de ce soufre, qui domine abondamment en cette Venus & dont je fais si grand cas, sachez que c'est aussi un esprit chaud & volatil qui peut pénétrer et décuire, ce que l'ignorant ne croit pas, & s'il demande comment l'esprit de Venus peut perfectionner les Métaux imparfaits, vu qu'il est lui-même imparfait & non fixe, je lui réponds, comme j'ai déjà dit, qu'encore que cet Esprit ne possède pas dans le Venus un domicile fixe, et qu'aussitôt que ce domicile est brûlé par le Feu, celui qui y loge soit contraint de quitter avec regret l'Hôtellerie où il logeait comme passant: néanmoins, si ce même Esprit de Venus étant extrait est joint au Corps fixe du Soleil, il est protégé, & personne ne peut le chasser de la, si ce n'est qu'un certain Juge donne son consentement pour cet effet: car il est mis dans ce fort domicile comme dans sa Terre naturelle, où il est obstinément enraciné par ce Corps parfait & fixe.

Cet Esprit ou Teinture de Venus se trouve aussi dans le MARS & y est encore plus parfaite : Car Mars est le Mâle & Venus la femelle, dont j'ai fait mention en un autre lieu : Cette Teinture se trouve aussi dans la couperose & dans le Vitriol qui est un Minéral duquel je pourrais écrire un Livre entier ; & en ces choses se trouve un soufre qui brûle & un autre qui ne brûle point, ce qui est une chose merveilleuse ; l'un est blanc en son extraction, & l'autre est rouge, celui qui ne brûle point est le vrai & légitime soufre, & en lui est enfermé un pur Esprit, dont se fait une huile permanente au Feu, & c'est de ce même esprit qu'a été fait le soufre du Soleil, étant d'une même racine.

Je manifeste ici plusieurs secrets que je ne devrais pas déclarer : mais que ferai-je ? il n'est pas expédient de tout cacher; car la médiocrité est bonne en toutes choses, comme vous verrez dans ma protestation.

Ce soufre de VENUS peut bien être appelé & nommé le Soufre des Sages, car toute sagesse et bonheur se trouvent en lui, si une fois il est conjoint par une union spirituelle avec le Sel de Mars & l'esprit de Mercure, afin que de ces trois se fasse un par une même Opération. Et ce soufre spirituel vient d'en haut, ainsi que l'Esprit de Mercure: mais avec différence, car les Astres produisent diversement les choses fixes & non fixes, les colorées & non colorées.

La Teinture consiste en la vertu de l'Esprit de Venus, & principalement dans celui de Mars son mâle, & cet Esprit est une fumée puante & malodorante au commencement, laquelle doit être résoute en manière de liqueur; afin que l'huile puante & incombustible en puisse être faite, qui tire son origine de MARS ; cette huile s'unit facilement avec l'Esprit de Mercure & attire à soi tous les Corps des Métaux, quand ils sont auparavant bien préparés, selon la méthode de mes Clefs.

Je n'observe pas ici l'ordre des Planètes pour cause ; car je décris seulement le rang de leur naissance : Venus donc ayant beaucoup de soufre a été plutôt décuite avec Mars que les autres Métaux. Mais Mercure les a fort aidés; il n'a pu toutefois améliorer leurs Corps imparfaits, ni les fixer, faute d'un lieu propre, apte et convenable pour opérer en eux à cette fin.

Je vous révélerai ici ce secret, qui est que le Soleil, Venus & Mars ont une même Teinture de semblable substance & couleur, & la substance de cette Teinture est un Esprit & une fumée, comme j'ai déjà dit, qui pénètre tous Corps Métalliques : Si le pouvez rendre plus aigu par l'Esprit du SEL de Mars & le conjoindre avec l'Esprit de Mercure, selon le poids nécessaire, les purifiant de toutes impuretés afin qu'il s'en fasse un corps doux sans corrosion, vous aurez une Médecine, laquelle ne peut être comparée a aucune du monde : Mais si vous la fermentez avec le SOLEIL resplendissant, vous posséderez tout à fait le secret pour transmuer les Métaux.

O Sapience éternelle ! Comment vous rendra-t-on assez de grâces pour un secret que le monde ne considère point & que la plupart néglige de connaître ? Il est caché dans la Nature, tout le monde le voit devant ses yeux & ne le connaît point ; chacun l'a dans ses mains & ne le comprend pas; on le manie souvent sans y prendre garde & sans savoir ce que l'on touche; cet aveuglement ne tient qu'à ce que son intérieur leur est caché.

En vérité, je vous révélerai encore pour l'Amour de Dieu un grand Mystère, savoir que la Racine du soufre des Philosophes, qui est un Esprit Céleste, comme aussi la Racine ou Origine de cet Esprit spirituel & surnaturel de Mercure, & ,même le commencement ou source du Sel spirituel, est en une seule chose, & se trouve en une seule & même Matière de laquelle se fait la Pierre des Philosophes & non en plusieurs choses, quoique les Philosophes allèguent le MERCURE par soi, le SOUFRE par soi, & le SEL par soi : mais je dis que par cela ils entendent les impuretés qui se trouvent en chacun d'eux. On peut toutefois faire par plusieurs voies une Médecine particulière pour une transmutation médiocre & limitée des Métaux.

Mais cette Médecine ou Transmutation Universelle, qui est le grand Trésor de la Sapience terrestre, faite des trois Principes, se trouve & se tire seulement d'une seule & unique Matière, qui réduit tous les Métaux à un Principe & première Matière, & est le vrai esprit de Mercure, l'Ame du Soufre, & le Corps spirituel du Sel, unis & enfermés corporellement & spirituellement ensemble dans une Matrice Céleste & de même nature qu'eux, & est le Dragon & l'Aigle ; le Roi & le Lion ; l'Esprit & le Corps ; laquelle Médecine teint le Corps du Soleil d'une Teinture si exubérante & d'une puissance si abondante, qu'il a une vertu présente : celle de teindre & fixer ses compagnons parfaitement.

O Benoîte Médecinedonnée de Dieu le Créateur ! O Aimant Céleste, dont la force a des attraits de douceur & d'Amour ! O substance dorée des Métaux ! Combien grande est ta force ? Combien est incompréhensible ta vertu ? & combien courageuse est ta constance ? Bienheureux est celui sur terre qui connaît ta lumière par vérité : car il ne sentira aucune pauvreté ni maladie & aucun mal ne l'incommodera jusqu'à sa MORT, déterminée par l'arrêt de son Roi céleste. Il est impossible que toutes les langues des hommes puissent déclarer la Sagesse qui est cachée dans ce trésor, & tous les éloquents seront contraints de se taire & s'étonner & admirer avec un grand ravissement d'esprit lorsqu'ils verront cette gloire surnaturelle. Mais j'appréhende d'en avoir trop déclaré ; J'espère toutefois prier Dieu, afin qu'il ne m'impute pas cela à péché puisque j'ai commencé cette oeuvre en sa crainte & l'ai révélée pour sa gloire. O sainte & éternelle Trinité ! Je te loue & honore de coeur & de bouche, de ce que tu m'as révélé la grande sagesse de ce monde terrestre, comme aussi ta divine Parole, dont je connais la toute puissante vertu & les merveilles surnaturelles qu'elle a produites, lesquelles l'homme ne veut pas reconnaître. Je te supplie d'affection, donne-moi dorénavant raison & sagesse, afin que je puisse jouir de ce TRESOR de merveilles avec action de grâces pour l'utilité de mon prochain & pour le salut spirituel de mon AME & la santé de mon Corps ; & que ton nom en soit glorifié & honoré par toutes créatures au Ciel & en la Terre, & que mes ennemis puissent connaître que tu es un Seigneur plein d'infinies merveilles, & qu'à la fin ils viennent à repentance de leurs crimes & se convertissent à toi pour éviter la punition qui est préparée aux méchants dans les ténèbres inférieures : C'est pourquoi aide-nous par ta divine grâce, O Père, Fils & Saint-Esprit, Mon Dieu qui es élevé sur toutes choses dans ton Trône de gloire & de puissance, duquel la sagesse n'a point de commencement ni de fin ; devant qui il faut que toutes les créatures célestes, terrestres & infernales TREMBLENT AVEC RESPECT, & que tu sois loué des siècles des siècles, ainsi soit-il.

O Chérubin ! O Séraphin ! O Combien sont grandes les merveilles de mon Seigneur & Dieu ! Priez-le qu'il lui plaise me regarder comme étant chétive créature & serviteur très abject, & d'apaiser son courroux envers moi de ce que je donne & publie cette présente Révélation des mystères les plus cachés de la Nature.

Après, il faut que le lecteur sache & observe la naissance de Venus, à savoir que Vénus est engendrée de beaucoup de Soufre, que son Mercure & Soufre sont en même poids, parce qu'on n'y trouve pas plus de l'un que de l'autre : mais d'autant que le Soufre surpasse en abondance de Teinture le Mercure & le Sel, il en sort une grande Rougeur teingente, laquelle a pris possession de ce Métal & a empêché le Mercure d'achever la fixité.

Sachez donc que le Corps de Venus est justement comme un arbre qui a beaucoup de résine ainsi qu'est le sapin ou autre semblable, laquelle Résine est le Soufre de l'arbre résineux qui jette par son côté la Résine en abondance. Un tel Arbre ainsi abondant en Teinture & soufre de Nature, & décuit par les Eléments, brûle facilement & n'est pas aussi durable ni pesant que le Chêne & autres semblables, qui sont denses & compacts, n'ayant pas leurs pores aussi ouverts que les Bois légers es quels le soufre domine abondamment. C'est pourquoi les autres ont plus de Mercure & de bien meilleur SEL que le Sapin & ils ne surnagent pas aussi sur l'Eau aussi aisément que lui, car leurs pores sont si étroitement resserres que l'Air ne pouvant pas y entrer pour les supporter, ils demeurent ainsi pesants. C'est ici la vraie pensée de ce qu'il faut croire des Métaux & principalement de l'OR, qui a acquis un Corps invincible, fort fixe, & resserré par l'abondance de son Mercure fixe & bien cuit, auquel ne peuvent nuire aucunement le feu, ni l'eau, ni la terre, ni l'air, ni aucune putréfaction, parce que ses pores sont étroitement clos & serrés, afin que la nuisance & destructive puissance des Eléments ne lui puisse faire aucun tort, laquelle compacité & fixité donnent un témoignage assuré de la pesanteur que l'OR doit à bon droit avoir plus que les autres Métaux; ce qui se vérifie facilement dans des balances & aussi par le moyen du vif-argent, sur cent livres duquel, si vous mettez un scrupule d'OR, il ira incontinent au fond par sa pesanteur, comme aussi les autres Métaux étant plus légers surnagent au-dessus, parce que leurs pores sont plus ouverts, & l'Air & le vent les pénètrent davantage.

Vous devez encore observer que l'Esprit de Venus fait de grands effets en la Médecine : car on sait par expérience que sa vertu est très utile, non seulement celle qui vient de cet Esprit, tiré de son premier être ou origine ; mais aussi la vertu qui se trouve en ce même Esprit, tiré & extrait de sa dernière matière.

Enfin cet Esprit de Venus est un Médicament & remède fort louable, car il guérit la suffocation de matrice, l'épilepsie, l'hydropisie, le noli me tangere, les vieilles plaies, les apostèmes, tant internes qu'externes ; il préserve le sang de putréfaction, excite la digestion, rompt la pierre, de quelque façon qu'elle soit & fait de merveilleux effets, tant au-dedans qu'au-dehors du Corps humain. Vous devez encore observer ceci de l'Esprit de Venus, que c'est un Esprit chaud, & pénétrant, cherchant & consumant toute la mauvaise humidité & phlegme superflu, tant es hommes qu'aux Métaux, qui peut avec raison être mis au rang des plus excellents remèdes. Il est igné & aigu, & toutefois incombustible, spirituel & sans forme: c'est pourquoi il peut aussi comme un Esprit sans forme donner ignéité, cuire & mûrir, & si vous êtes un vrai naturaliste, ayez-le en recommandation, car il ne vous délaissera point sans la santé, ni sans les richesses, moyennant que vous le connaissiez & sachiez bien vous en servir.

J'espère que mes écrits, joints à ma bonne volonté, auront quelque crédit envers ceux qui sont observateurs de la Nature, & qui sondent & pratiquent ses secrets. C'est pourquoi ils aiguiseront leurs sens & ouvriront leurs yeux & leurs oreilles, afin qu'ils puissent apprendre de moi ce qu'on n'a jamais observé ni appris : à savoir ce qui se trouve dans cet Esprit sulfureux de VENUS, mais celui qui n'observe & n'entend mes écrits ne fera ici aucun profit. Personne donc ne saura user utilement de cet esprit s'il ne fouille & cherche dans le Venus par son exacte Anatomie, les secrètes & intérieures, vertus qui sont en lui, ainsi que j'ai fait : Si quelqu'un peut m'en apprendre quelque chose que je ne sache pas encore, je le prie avec affection de ne m'en être pas ingrat ; il en sera récompensé par mille remerciements avec usure, & ainsi je vous recommande au très haut Créateur.

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Published by Basile Valentin (1646) - dans Alchimie
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:42

 ... Parmi l'ensemble des textes qui furent attribués à Hermès, le plus fondamental, sur le plan purement alchimique, demeure incontestablement la célèbre "Tabula Smaragdima" ou "Table dÉmeraude", dont la légende exigea qu'elle fût découverte par Alexandre le Grand lui-même, soit par Galienus Alfachim, soit encore par une femme portant le nom de Zara, qui l'aurait découverte, peu de temps après le Déluge, au sein d'une caverne, à proximité d'Hébron cette fois. Plus tard, il vint s'y adjoindre une autre légende concernant le célèbre théurge pythagoricien Appolonius de Thyane (ou Appolonios de Thyane). Celui-ci relata, en effet, un curieux songe au cours duquel il se vit pénétrer dans une crypte dont l'entrée se trouvait placée sous une statue d'Hermès. Là, se tenait un vieillard assis sur un trône, portant dans les mains une table d'émeraude sur laquelle on pouvait lire:

"C'est ici la formation de la Nature",

et devant lui était placé un livre sur lequel était écrit:

"C'est ici le Secret de la Création des êtres et la Science de la cause de toutes choses."

Dès lors, Appolonius put prendre connaissance du texte de la "Table d'Émeraude" attribué à Hermès:

"Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable: Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour perpétuer les miracles d'une seule chose. Et comme toutes choses ont été par Un et sont venues d'Un par médiation, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique par adaptation.

Le Soleil en est le père, et la Lune la mère, le vent l'a portée dans son ventre et la terre est sa nourrice et son réceptacle. Le père de tout le Thélesme est ici. Et sa force et sa puissance est entière si elle est tournée en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel et derechef descend en terre et reçoit la force des choses supérieures et la force des choses inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde et per se, toute obscurité s'enfuira de toi. C'est la force forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De cela seront et sortiront d'admirables adaptations desquelles le moyen est ici donné.

C'est à cette occasion que j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle. Ce que j'ai dit de I'OEuvre solaire est complet."

Ce texte philosophique, bien qu'apparemment spéculafif et purement allégorique, n'en revêt pas moins un caractère opérafif indéniable qu'il conviendrait d'apprécier en étudiant soigneusement chaque sentence réduite au sens proprement alchimique, envisageant ici certaines opérations de laboratoire (Cf. P. Rivière : "Alchimie et Spagyrie : du Grand OEuvre à la Médecine de Paracelse"; "Alchimie : Science et Mystique".) Envisageons d'en dégager seulement quelques principaux traits relevant des lois alchimiques de base :

- Le principe de l'unité de la matière et du monde universel est affirmé d'entrée, ainsi que l'allégorie hermétique du serpent Ouroboros qui se mord la queue l'illustrera parfaitement. A l'intérieur du cercle ainsi formé peut-on d'ailleurs lire en grec: En To Pan (Un, Le Tout). /Cf. in Berthelot: "Les Origines de l'Alchimié", manuscrit grec de St Marc, Dialogue de Cléopâtre et de Comarios, feuillet intitulé "Fabrication de l'or"./

- Le Grand OEuvre exalte, par ailleurs, les vertus du Soleil, à l'origine de la vie sur la Terre et dont la Lune, tel un miroir, ne nous transmet qu'un faible rayonnement qui n'est cependant pas sans intérêt pour la confection de la Pierre, tant en ce qui concerne la désignation de la phase idoine des opérations à mener : en Lune croissante précisément, qu'en ce qui s'applique à la réalisation du support salin d'un des deux constituants du Feu secret : le Vulcain Lunatique (Cf. "Le Triomphe Hermétique" d'A.-T. Limoj on de St Disdier). Nonobstant, l'ensemble du Grand OEuvre est solaire, ainsi que ne cesse de le clamer Hermès : "Le soleil accomplit tout (... ) Expose au soleil (…) Dilue la vapeur à la lumière du soleil (Zosime)."

- Le germe de la Pierre Philosophale ou Or astral se trouve ici associé aux montées et descentes du Mercure (argent vif) en cohobafion. Cette opérafion chimique désigne plus subfilement, sur le plan allégorique, la captation, après qu'il soit descendu des nues, puis l'évolution même du Spiritus Mundi (Esprit du Monde) ou énergie cosmique vitale dans la matière, jusqu'à la réalisation de la Pierre. Là se situe, pour les alchimistes, la force forte de toute force; cette vertu séminale influençant, selon eux, les qualités de la rosée matinale et ce principalement, bien sûr, au printemps, lorsque le Ciel féconde la Terre.

- Le qualificatif de Trismégiste (Trismegisto), appliqué ici à Hermès et désignant le Trois Fois Grand, évoque indubitablement les trois phases du processus opératif déployé lors de l'élaboration du Grand OEuvre dans le dessein de la réalisation de la Pierre, mais révèle certes aussi l'existence des trois grands Principes hermétiques: Tria Prima, à savoir : le Mercure, le Soufre, le Sel présents dans toute substance d'origine végétale, minérale ou animale...

Cette division ternaire fut associée, sur le plan mythique, à la triade des Dieux Osiris, Isis et Horus, de même que sur le plan proprement chrétien l'analogie fut soutenue avec l'esprit, l'âme et le corps. Platon n'avait-il pas d'ailleurs écrit dans le "Timée":

"Mais que deux termes forment seuls une belle composition, cela n'est pas possible, sans un troisième. Car il faut qu'entre eux il y ait un lien qui les rapproche tous les deux."

Ce thème sera constamment développé plus tard dans l'abondante littérature hermétique, notamment chez le médecin-alchimiste de la Renaissance: Paracelse qui, étendant considérablement l'étude de ces trois essences ou humeurs fondamentales en l'être, constituera un véritable Corpus médical (iatrochimique) (Cf. P. Rivière : "La Médecine de Paracelse", Éditions Traditionnelles, Paris - 1988).

Déjà, au IVème siècle, Zosime le Panopolitain écrivait, au sujet de cette division trinitaire rattachée directement à l'enseignement d'Hermès:

"Constituée connue une monade, se transformant en triade, elle (cette composition chimique) constitue un continuum; mais, en revanche, organisée en une triade de trois éléments séparés, elle constitue le monde, de par la providence du premier Auteur, Cause et Démiurge de la Création, qui est désormais appelé Trismégiste parce qu'il a considéré en fonction d'un schème ternaire ce qu'il produisait et ce qui le produisait."

Ce texte ne laisse pas, en outre, d'évoquer l'aspect démiurgique s'attachant à l'Alchimie puisqu'en effet, l'alchimiste se livre à une véritable re-Création au sein de l'oeuvre microcosmique à laquelle il s'adonne au coeur de l'Athanor.

Cette division ternaire ne doit pas, cependant, nous oublier le principe de la tétrasomie si cher aux Anciens. En effet, les Grecs considéraient que les bases de toutes substances se réduisaient à quatre Éléments primordiaux : le Feu, l'Air, l'eau et la Terre. La Création ne s'étant pas exercée ex-nihilo, il fallut que la Divinité ou le Démiurge opérât sur un chaos originel indifférencié d'où devait se dégager ultérieurement les quatre Éléments.

Empédocle (Vème s. av. J.-C.) avait déjà légué une théode unifiée des Éléments dans le cadre de l'étude de la Physis, associée à la notion de Sphaïros (la Sphère), la Nature conçue comme Être chez Parménide. La médecine s'emparera de cette théorie des 4 Éléments et en déduira celle des 4 Humeurs, telle que celle-ci apparut unanimement dans l'École médicale de Cos. Hippocrate, Celse et Galien la feront leur et Nemesios pourra ainsi écrire : "Tout corps est formé de quatre Éléments et en est le produit." Selon l'"Epître d'Alexandre", tout ce qui est de qualité chaude a été qualifié par les Anciens de feu; tout ce qui était sec et solide, de terre; tout ce qui était humide et fluide, d'eau et tout ce qui était froid et subtil, d'air. Autrement dit, le chaud et le sec passaient pour engendrer le feu ; le chaud et le fluide, l'air; le froid et le fluide, l'eau; le froid et le sec, la terre.

Dans la Nature, ces quatre Éléments interagissent constamment. Néanmoins, ils peuvent être divisés et convertis l'un en l'autre au laboratoire de manière plus complète et plus rapide grâce à l'intervention d'un opérateur avisé, et c'est ce dont s'aperçurent les alchimistes. Selon ce que l'on devra qualifier plus tard de Cycle de Plotin, la conversion des Éléments s'effectue ainsi : l'élément primordial, le Feu, se condense en Air; l'Air se change en Eau; l'Eau, en se solidifiant, devient Terre et la Terre, sous certaines conditions, redevient Feu.

- La sentence Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas... ne cesse d'évoquer, quant à elle, la loi des Signatures astrales présentes dans la Nature. Les 7 astres : les deux luminaires, le Soleil et la Lune et les cinq planètes, Mercure, Mars, Vénus, Jupiter, Saturne imprègnent, de leurs influences respectives, toutes substances en ce monde dont l'alchimiste se doit de percevoir la signature. Proclus fit d'ailleurs allusion à ces correspondances analogiques, notamment dans le règne minéral, en ces termes :

"L'Or, l'argent et chaque métal, comme les autres substances, se développent sur terre, sous l'influence des dieux célestes et de leurs émanations. L'or est attribué au Soleil, l'argent à la Lune, le plomb à Kronos (Saturne), le fer à Arès. Ces métaux trouvent leur origine dans les cieux, mais ils existent sur la terre et non sur les planètes émettrices des émanations. Car aucune matière n'a droit de cité au ciel. Et bien que toute substance provienne de tous les dieux, dans chacune d'elle existe une prédominance spécifique: certaines appartiennent à Kronos, d'autres au Soleil..."

Proclus "Commentaires sur le Timée"

Dès lors est-on fondé à mieux comprendre, ainsi, comment le texte de "La Table d'émeraude" apparaissait comme constituant la synthèse par excellence des principes fondamentaux de I'OEuvre alchimique. En outre, l'Opus Alchymicum se divisait en plusieurs phases associées à la couleur revêtue par la matière. Héraclite mentionnait déjà les principales étapes : Mélanosis (passage au noir), Leukosis (passage au blanc), Xanthosis (passage au jaune) et Iosis (passage au rouge). Plus tard, le nombre en fut réduit à trois et délaissa le passage à la couleur jaune (xanthosis, citronitas), parce que moins fondamental que les étapes du noir (nigredo), du blanc (albedo) et du rouge (rubedo) qui s'avéraient, en effet, essentielles lors de l'élaboration de la matière pour parvenir au Grand OEuvre, c'est-à-dire à l'obtention de la Pierre transmutatoire, capable de transmuer les métaux vils - de préférence le plomb ou le mercure - en or (Chrysopoeïa) et en argent (Argyropoeia) ainsi que l'Élixir de Longue Vie ou Panacée capable de prolonger la vie humaine sur Terre, tout en procurant la communion avec l'Anima Mundi et la Divinité, développant progressivement le corps d'immatérialité et d'immortalité. Les opérations alchimiques permettant d'y parvenir pouvaient s'énoncer ainsi: calcinatio (calcination), solutio (dissolution), separatio (séparation), conjunctio (conjonction), putrefactio (putréfaction), coagulatio (coagulation), cibatio (cibation), sublimatio (sublimation), fermentatio (fermentation), exaltatio (exaltation), augmentatio (accroissement, multiplication), proiectio (projection). Toutes ces multiples opérations nécessitaient un matériel de laboratoire dont disposait bien évidemment l'Égypte hellénistique, tel qu'en rendit compte Marcelin Berthelot (op. déjà cité) dans un recensement aussi complet que possible des appareils utilisés : fours, alambics, kérotakis (vase clos à reflux) et bains-marie (attribués à Marie la juive), cucurbites à becs, creusets, pilons, broyeurs, récipients de toutes sortes. Ces ustensiles servaient donc à pratiquer indifféremment la Voie Humide faisant intervenir une instrumentation de verre ou de terre vernissée et la Voie Sèche nécessitant des creusets en terre réfractaire supportant de très hautes températures de fusions.

Déjà, au IIème siècle avant notre ère, Bolos de Mendès (souvent appelé Démocrite), si l'on en croit Pline et Sénèque, passait pour avoir "découvert la manière de ramollir l'ivoire et de le transformer (converteretur) en émeraude en faisant bouillir un cristal de roche ... Était-ce en vertu d'un pouvoir plus magique qu'alchimique qu'une telle puissance lui fut accordée, car ne disait-on pas de lui qu'il avait été initié par le Mage Ostanés ? Quoi qu'il en soit, ceci manifestait, sans conteste, la fusion des données perses et gréco-égypfiennes chez l'auteur de "Physica" et "Mystica", deux traités alchimiques aux préoccupations incontestablement spirituelles. À propos toutefois du caractère proprement opératif revêtu par l'Alchimie, on lui prêta ces termes:

"Celui qui n'a pas expérimenté, sait peu. Celui qui a expérimenté a crû en sagesse. Laisse le sage s'instruire encore."

Ajoutons encore que, dans son "Physica", il digressa largement des transmutations en or et en argent. Marie, dite la juive, lui succéda peu de temps après, très probablement. On lui attribue l'origine de certains ustensiles de laboratoire, tels le bain-marie (qui porta depuis son nom), le kérotakis et le tribikos ou alambic à trois becs. De plus, Marie sembla faire école puisqu'une certaine Cléopâtre parut s'y rattacher. On dispose, à son propos, d'un feuillet intitulé : "Fabrication de l'Or", rempli de symboles et d'un Dialogue révélant indéniablement ses préoccupations d'ordre opérafif :

" (...) Quand l'âme et l'esprit sont unifiés et ne font plus qu'un, projetez sur le corps d'argent et vous obtiendrez de l'or tel que les trésors des rois n'en contiennent pas."

Manusc. Trad. de Taylor

D'ailleurs, Olympiodore écrira plus tard (au Vème s. ap. J.-C.) :

"Tout le royaume d'Égypte, ô femme, est soutenu par trois arts : l'art des choses opportunes ; l'art de la nature et l'art de traiter les minerais. C'est l'art appelé divin, c'est-à-dire l'art dogmatique pour tous ceux qui s'occupent de manipulations et de ces arts honorables que l'on appelle les quatre (arts) chimiques (cet art divin) enseignant ce qu'il faut faire, a été révélé aux prêtres seuls... lorsqu'un prêtre ou ce que l'on appelait un sage, expliquait les choses qu'il avait reçues en héritage des anciens, ou de ses ancêtres, lors même qu'il en possédât la connaissance, il ne la communiquait pas sans réserve... De même aussi... les artisans préposés aux opérations faites par la voie du feu, ainsi que ceux qui avaient la connaissance du lavage du minerai et de la suite des opérations, ne travaillaient pas pour eux-mêmes, mais étaient chargés d'accroître les trésors royaux. (…) C'était une loi chez les Égyptiens que personne ne divulguât ces choses par écrit."

Berthelot "Collection, III"

On constate que l'Alchimie, en tant qu'Art Sacerdotal, ainsi que le travail des métaux, étaient placés, à Alexandrie, sous l'égide des prêtres, authentiques sages hermétistes. Les métallurgistes maîtrisaient parfaitement tous les rouages de leur art. Ils connaissaient l'électrum ou asèm : alliage d'or et d'argent, et savaient extraire le mercure par distillation de son minerai: le cinabre. La diversité de ses amalgames ne leur avait pas échappé. Ils possédaient, en outre, la connaissance de nombreuses teintures métalliques, telles qu'elles furent exposées dans les Papyrus de Leyde (IIIème s. ap. J.-C.) et de Stockholm.

Devant cet état de faits, Dioclétien, craignant que"les hommes ne s'enrichissent par cet art et n'en tirent une source d'opulence, ce qui leur aurait permis de se révolter contre les Romains", aurait décidé, selon jean d'Antioche, de soumettre tous "les livres anciens de Chemia" à l'autodafé!

Il faut dire, à sa décharge, que la tentation, en effet, était grande de contrefaire l'or et l'argent, ainsi que certaines recettes l'indiquent sans ambages : " [...] Il devient alors de l'argent de première qualité qui abusera même les ouvriers les plus qualifiés qui ne supposeront jamais qu'il puisse être ainsi obtenu" ("Papyrus de Stockholm", n°3), ou bien encore: "[...]Mettre l'or dans un fourneau, et quand il devient brillant, ajoutez les autres ingrédients. Retirer puis laisser refroidir lorsque la quantité d'or a doublé" ("Papyrus de Leyde". recette n° 17).

"…nombreux sont les adversaires et les inventeurs des espèces falsifiées, qui prennent les apparences de la vérité. Les vrais sages sont vite reconnus, s'ils sont examinés corporellement et spirituellement."écrivit en son VIIIème Livre (n°28) Zosime dit le Panopolitain, car originaire de la ville de Panopolis, bien qu'il résidât à Alexandrie (au IVème siècle de notre ère), où il s'affirma comme le plus célèbre, parce que prolifique dans ses oeuvres littéraires quoiqu'opératif également, des alchimistes grecs. On le surnomma d'ailleurs la couronne des philosophes, considérant qu'il en constituait le souverain. On lui prête la paternité d'une trentaine d'ouvrages (vingt-huit exacte.ment), réalisant en cela une véritable Encyclopédie alchimique intitulée: "Cheïrokméta". Il ne manqua pas, toutefois, d'insister sur le caractère secret revêtu par l'OEuvre :

"Ne révèle rien à quiconque et garde ces choses pour toi. Le silence enseigne la vertu. Il est très subtil de comprendre la transmutation des quatre Métaux : le plomb, le cuivre, l'étain et l'argent, et de savoir comment ils deviennent de l'Or parfait."

Si l'on ne peut réellement le considérer comme un auteur authentiquement chrétien, force est de constater que son propos est adapté à la nouvelle Religion, telle qu'en rend compter sa lettre à Théosébie :

"Hermès, disant que l'homme spirituel... a pour seul objet de se chercher lui-même, de connaître Dieu, et de dominer la triade innommable..." " (... ) Si tu comprends, et si tu te conduis convenablement, tu contempleras le fils de Dieu, devenu tout en faveur des âmes saintes. Pour tirer ton âme de la région régie par la destinée, vers l'incorporelle, vois comme il est devenu tout : Dieu, ange et homme sujet à la souffrance."

Ceci s'incluait dans le droit fil déjà tracé par tous les auteurs emplis de respect envers la pensée hermétique, tel l'apologiste chrétien Lactance, qui affirmait sans ambages (au IIIème siècle de notre ère) :

"Hermès a découvert, je ne sais comment, presque toute la vérité…"

Les textes alchimiques commencèrent, dès lors, à subir une influence de plus en plus marquée du Christianisme naissant. Ainsi, en dehors des nombreux ouvrages de Zosime consacrés à l'Alchimie mystique et pratique - comme son "Traité des Instruments et des Fours" l'atteste - influencés par les gnoses existantes incorporés dans un système relativement cohérent, pouvait-on trouver des auteurs chrétiens tels julius Africanus, originaire de Syrie et qui vécut à Emmaüs, puis, plus tard, à la fin du IVème siècle, Pélage, Dioscore et Synésius (Synésios), évêque à Ptolémais en Cyrénaïque. Ce dernier, né vers 370 de notre ère, rédigea plusieurs oeuvres à connotation alchimique. Ami de la néo-platonicienne Hypathie (fille de Théon) qui mourut martyre en 45 à Alexandrie où la Bibliothèque fut saccagée, il était féru de gnose et d'hermétisme. Ainsi rapprocha-t- il, dans son oeuvre intitulée "Dion", Hermès, Zoroastre et des ermites chrétiens : Antonios et Amous, en tant que représentant de la plus grande Sagesse qui soit. Ensuite, vint Olympiodore (au début du Vème sîècle), auquel fut attribué un "Commentaire sur le Livre de l'Energie de Zosime et sur les Dires dHermès et des Philosophes". Il y affirma que:

"Le feu est le premier agent, celui de l'art entier. C'est le premier des quatre éléments. En vérité, le langage énigmatique des anciens relatif aux quatre éléments se réfère à l'art."

Il insista également sur l'importance de l'Archè ou Principe fondamental, symbolisé par le serpent Ouroboros qui se mord la queue !

On vit ensuite survenir, au début du VIème siècle, un auteur anonyme surnommé Le Chrétien, sans doute un moine byzanfin affichant dans ses propos une orientation théologique, mais non moins gnostique et alchimique. Son disciple, à qui il dédia son oeuvre, fut vraisemblablement Serge Resainensis d'Alexandrie, qui traduisit en syrien bon nombre d'oeuvres grecques. D'ailleurs, l'Alchimie s'était déjà répandue en Syrie dans le courant du Vème siècle, sous l'impulsion des chrétiens nestoriens et monophysites. Il convient de noter, à cet égard, que les Mystères chrétiens n'étaient pas sans relation avec la gnose alexandrine entachée d'hermétisme, tout au moins dans l'esprit de certains apologistes ou Pères de l'Église, tels St Clément d'Alexandrie et Origène qui déclarait péremptoirement à Celse: "Alors, et alors seulement, nous les invitons à nos mystères (télétaï), car nous parlons de sagesse entre parfaits (téléioï, initiés)".

La Messe allait d'ailleurs fournir, dans sa liturgie naissante, tout le processus de l'Opus Alchymicum, jalonné de toutes les étapes conduisant à la Pierre Philosophale (Lapis Philosophorum) comme à l'Élixir de Longue Vie (Elixir Vitae). En effet, l'Eucharistie (Eucharistia : la bonne Grâce) faisait participer le chrétien au monde divin par la seule communion aux espèces végétales transsubstanciées, voire transmuées par la Grâce et les paroles consécratoires prononcées par le Prêtre. St Ignace n'avait d'ailleurs pas hésité à écrire : "La distribution du pain, qui est le remède de l'immortalité, l'antidote de la mort". La célébration eucharistique, commémorant la Cène, devenait ainsi semblable à une sorte de remède sublime, de concept analogue à un Pharmakon menant à l'illuminafion et à la vie divine.

Ainsi, l'Alchimie allait-elle être empreinte d'un symbolisme proprement chrétien. La mission rédemptrice du Christ ayant pour finalité l'Apocatastase (le Salut cosmique), elle s'associait donc parfaitement au pouvoir transmutatoire présumé de la Pierre Philosophale, d'où l'équation suivante : Lapis=Christus. D'ailleurs, le Mystère chrétien de la Résurrection n'était pas sans évoquer l'oiseau fabuleux d'Héliopolis : Bennu, le Phénix renaissant de ses cendres, ou bien la résurrection d'Osiris ou celle de Dionysos (Zagreus) !

L'Or s'identifiait ainsi parfaitement au Corps Glorieux (Aurez Gloriae, selon St Paul) ou Corps de Résurrection christique, par une véritable transmutation, manifestant le but de l'Ars Regia, l'Ars Magna. Par conséquent, l'Alchimie était investie d'un symbolisme hautement spirituel puisqu'elle l'était en essence, et la couverture empruntée par les allégories hermétiques chrétiennes était ainsi en mesure de voiler l'Opus Alchymicum qui aboutit, en tant que Voie initiatique authentique, à une transformation de l'être et de sa matière, à une véritable transmutation interne où l'Homme, grâce à la Pierre, atteint irrémédiablement le Plan Divin...

Source : www.ledifice.net

 

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Published by Patrick Rivière. Ed Ramuel - dans Alchimie
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 18:50

L’OEUVRE DES SAGES

 

Opérations. - Couleurs. - Oiseaux hermétiques. L'Union du Soufre et du Mercure. - L'Etoile des Mages. La Rose-Croix.

 

La Pierre philosophale est un Sel purifié, qui coagule le Mercure , pour le fixer en un Soufre éminemment actif.

L'Oeuvre comprend donc trois phases :

La purification du Sel,

La coagulation du Mercure,

Et la fixation du Soufre.

Mais au préalable, il faut se procurer la Matière philosophique. Cela n'entraîne pas à de grandes dépenses, car elle est fort commune et se rencontre "partout".

Cependant, elle demande à être discernée. Tout bois n'est pas bon pour faire un Mercure. La nature nous offre des matériaux qu'on ne saurait faire entrer dans la construction du temple de la Sagesse. Il est des vices rédhibitoires qui font écarter le profane avant même qu'il soit soumis aux épreuves.

Supposons néanmoins l'artiste en possession d'une « matière » convenable à ses projets. Il s'empressera aussitôt de la nettoyer, afin de la débarrasser de tout corps étranger qui pourrait adhérer accidentellement à sa surface.

Cette précaution étant prise, le sujet est enfermé dans l'Œuf philosophique hermétiquement luté.

Il est ainsi soustrait à toute influence venant de l'extérieur: la stimulation mercurielle lui fait défaut ; son feu vital dès lors baisse, languit et finit par s'éteindre.

Ce langage serait assez déconcertant si, pour le comprendre, on ne se reportait à la traduction que la Franc-Maçonnerie en offre dans ses usages. Le rituel prescrit de dépouiller le Récipiendaire des métaux qu'il porte sur lui, puis de l'emprisonner dans la Chambre des Réflexions, où il se trouve en présence d'emblèmes funèbres, qui l'invitent à se préparer à la mort. Isolé, réduit à ses propres ressources, l'individu cesse de participer à la vie générale : il meurt et sa personnalité se dédouble. La partie éthérée se dégage et abandonne un résidu désormais « informe et vide » comme la terre antérieurement à son imprégnation par le souffle divin (Genèse I, 2).

Ainsi apparaît le chaos philosophique dont la couleur noir, est figurée par le Corbeau de Saturne. On peut voir dans cet oiseau l'image des ténèbres qui étaient sur la face de l'abîme ; on lui oppose la Colombe, le symbole de l'Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux. Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique est alors dissoute, et les Eléments se confondent dans un tohu-bohu désordonné. Mais la masse putréfiée renferme un germe, dont la dissolution favorise le développement. Ce foyer d'une nouvelle coordination commence par s’échauffer, en raison des énergies qui s’y trouvent emmagasinées. La chaleur dégagée repousse l’humidité et s’enveloppe d’un manteau de sécheresse. Ainsi se reconstitue l’écorce terrestre qui sert de matrice au Feu, qu’elle sépare de l’Eau.

Cette séparation des Eléments rétablit la circulation vitale, qui a pour effet de soumettre la Terre impure à un lavage progressif. L’Eau alternativement extériorisée puis résorbée, fait passer le résidu chaotique du noir au gris, puis au blanc, en passant par les couleurs variées de l'arc-en-ciel, représentées par la queue de paon.

Or, la blancheur a pour symbole le Cygne dont Jupiter prit l'aspect pour s'unir à Léda. Le maître des dieux représente en cela l'Esprit qui féconde ; la Matière purifiée par des ablutions successives. C'est le souffle aérien qui pénètre la Terre, pour en faire surgir l'Enfant philosophique. Tandis que l'embryon se développe dans le sein maternel, la Terre se recouvre d'une luxuriante végétation, grâce à l'humidité aérienne dont elle est imprégnée ; c'est l'apparition de la couleur verte, celle de Vénus, dont la Colombe est l'oiseau favori.

Désormais il n'y a plus à obtenir que la couleur rouge, celle qui marque l'achèvement de l'oeuvre simple ou Médecine du premier Ordre. Elle annonce la parfaite purification du Sel, laquelle rend possible l'accord rigoureux entre l'agent interne et sa source extérieure d'action .

Le Feu individuel en vient alors à brûler d'une ardeur toute divine, et manifeste le pur Soufre philosophique, dont l'image est le Phénix.

Cet oiseau merveilleux était consacré au Soleil et on lui supposait un plumage écarlate. Il représente ce principe de fixité qui réside dans le foyer de notre Feu central, où il semble se consumer sans cesse, pour renaître continuellement de ses cendres.

Pour conquérir cette , immuabilité l'initiative particulière ne doit plus s'exercer que sous l'impulsion directe du Centre moteur universel ; c'est la communion de l'Homme avec Dieu, ou l'harmonie pleinement réalisée entre le Microcosme et le Macrocosme.

Parvenu à cet état, le Sujet prend le nom de Rebis, de res bina, la chose double. On le représente par un androgyne unissant l'énergie virile à la sensibilité féminine. Il est indispensable, en effet, de réunir les deux natures, si l'on veut réaliser la coagulation du Mercure, autrement dit attirer le Feu du Ciel et se l'assimiler. L'adepte vainqueur des attractions élémentaires possède la vraie liberté, car l'esprit domine en lui sur la matière : il s'est rendu pleinement Homme en surmontant l'animalité. De même que la tête, commande aux quatre membres, un cinquième principe doit subjuguer les Eléments ; c'est la Quintessence, qui est l'essence même de la personnalité ou, si l'on préfère, l'entéléchie assurant 1a persistance de l'être.

Cette mystérieuse entité a pour symbole le Pentagramme, ou l'Etoile du Microscome qui, sous le nom d'Etoile Flamboyante, est bien connue des Francs-Maçons. Ils en ont fait l'emblème caractéristique de leur deuxième grade, auquel on ne peut prétendre qu'après avoir été successivement purifié par la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu. Les épreuves initiatiques sont calquées en cela sur les opérations du Grand Œuvre ; les quatre purifications se rapportent à la putréfaction (Terre), à la sublimation de la partie volatile du Sel (Air), à l'ablution de la Matière (Eau) et à la spiritualisation du Sujet (Feu). La dernière épreuve fait allusion à l'embrasement qui remplit l'être d'une ardeur toute divine, dès que son foyer d'initiative s'exalte à la chaleur du Feu-Principe animateur de toutes choses.

La Quintessence est parfois représentée par une rose à cinq pétales.

Dans l'une de ses figures, Nicolas Flamel nous montre ainsi la Rose hermétique sortant de la pierre mercurielle sous l'influence de l'Esprit universel. D'autre part, les mystiques rosicruciens combinaient la rose avec la croix et y voyaient l'image de l'Homme-Dieu que nous portons en nous. Le Sauveur était à leurs yeux la Lumière divine qui resplendit au sein de l'âme épurée. Ce n'est d'abord qu'une étincelle, un frêle enfant né de la Vierge céleste, autrement dit de cette essence psychique transcendante, immaculée, universelle, qui est destinée à nous envahir. Cet envahissement refoule ce qui est inférieur en nous : ainsi la Femme apocalyptique écrase la tête du Serpent, séducteur de notre vitalité terrestre, tandis que le Rédempteur grandit pour nous diviniser en nous illuminant.

 

 

LE MAGISTERE DU SOLEIL

 

L'Illumination. - La Maîtrise. - La Réintégration dans l'Unité. - L'or philosophique. - La Sagesse. - Le Pélican. - L'Etoile de Salomon.

 

Selon les rites initiatiques, le bandeau de l'ignorance profane tombe des yeux du Récipiendaire dès que celui-ci a été purifié par les Eléments. Cette quadruple purification a pour effet de rendre l'écorce terrestre perméable et transparente ; aussi désormais la lumière extérieure peut être aperçue du dedans. Mais il ne suffit pas à l'Initié de voir la Lumière il lui incombe de l'attirer, pour la concentrer sur le foyer radical de sa personnalité. C'est ce qui s'appelle coaguler le Mercure.

En vue de cette opération le Feu intérieur doit tout d'abord être exalté. L'ardeur centrale extériorise ainsi l'humidité animique, qui transforme l'atmosphère individuelle en un milieu réfringent,

propre à recueillir et à condenser la clarté diffuse de l'Azoth. Grâce à cette réfraction, la personnalité finit par s'imprégner intégralement de Lumière coagulée.

Il importe alors de rendre permanent l'état qui a. su être atteint. On ne peut y parvenir qu'en induisant une circulation vitale nouvelle et plus transcendante que celle qui s'effectue dans le domaine ordinaire des Eléments. Mais la conquête d'une vie plus élevée suppose toujours une mort préalable. Or, ce n'est plus cette fois le Profane qui périt au sein des ténèbres pour renaître à la Lumière, c'est l'Initié qui meurt élevé au-dessus de terre et cloué sur la croix, en vue d'accomplir le Grand Oeuvre.

Cette mort représente le sacrifice total de soi-même. Elle exige le renoncement à tout désir personnel. C'est l'extinction de l'égoïsme radical, et par suite l'effacement du péché originel. Le moi étroit disparaît, absorbé dans le soi de la Divinité.

Une semblable absorption investit l'Homme de la souveraine puissance. L'être qui n'est plus esclave de rien devient par ce seul fait maître de tout. Sa volonté ne formule que les intentions même de Dieu et à ce titre elle s'impose irrésistiblement.

Mais, en réalisant l'idéal chrétien le sage parfait ne saurait plus s'adonner à aucune entreprise arbitraire. Sa mission de rédempteur le détache de toute mesquinerie. Il ne peut être question pour lui de fabriquer de l'or vulgaire, susceptible de tenter les avares. Lorsque la pierre philosophale est projetée sur les métaux en fusion, c'est en or philosophique qu'elle les transmue, c'est-à-dire en un trésor inaliénable, dont la valeur est absolue et non de simple convention.

Cet or se rapporte à la plus haute somme de perfection dont un être soit susceptible du triple point de vue intellectuel, moral et physique. C'est ainsi que la pierre philosophale devient la suprême médecine à la fois de l'esprit, de l'âme et du corps. Elle procure la santé parfaite et rétablit la créature déchue dans les droits primitifs de sa création.

Mais, pour rendre autrui parfait il faudrait être parfait soi-même. Or, qui oserait prétendre à la perfection ? N'est-elle pas un modèle que l'on peut suivre, mais qu'on n'atteint jamais ? Il en est ainsi lorsque l'on parle de la perfection absolue. Mais ce n'est pas à elle que fait allusion l'or philosophique, qui ne représente que le degré de perfection compatible avec la nature de chaque être. Dès que l'on a soi-même atteint ce degré on peut efficacement remplir le rôle de sauveur. La plus modeste lumière contribue à dissiper les ténèbres, et pour guérir les autres il suffit d'être sain.

Une étincelle divine brille d'ailleurs en tout homme. Elle étouffe le plus souvent sous l'épaisseur de la matière. L'initiation allège celle-ci et avive la flamme sacrée. Dans l'être humain elle développe l'Homme-Principe en faisant éclore le germe des potentialités latentes que nous portons en nous. On ne saurait rien demander de plus; car toute construction est parfaite dès qu'elle est conforme au plan conçu par l'architecte. Or, il ,s'agit ici de l'Architecte souverain ordonnateur de toutes choses.

D'un autre côté, l'homme n'est rien par lui-même : tout lui vient du dehors ; c'est ce qui lui permet de participer à la toute-puissance dans la mesure où il se rapproche de sa source. Or, pour se rapprocher de Dieu, il suffit de faire sa volonté et de l'aimer.

Faire la volonté de Dieu, c'est travailler à la réalisation du plan divin et, comme une tâche déterminée est assignée à chaque être, tout le devoir consiste à la remplir fidèlement. Le mérite ne réside pas dans les oeuvres grandioses, mais dans celles qui répondent aux exigences de (harmonie générale. Dans le concert universel, les exécutants doivent s'appliquer non pas à faire beaucoup de bruit, mais à fournir strictement la note qui leur est demandée. Remplir rigoureusement sa destinée, telle est donc toute l’ambition du sage. Gloire, honneurs, richesses, plaisir et satisfactions, rien à ses yeux ne peut avoir du prix. Il ne voit dans le monde qu'un théâtre où les personnalités se donnent en spectacle. Les acteurs paraissent sur scène affublés d'accoutrements d'emprunt, et ils jouent leur rôle avec conviction, oubliant qu'à la chute du rideau, ils dépouilleront leurs y oripeaux pour redevenir eux-mêmes.

Dans ces conditions, le personnage que l'on incarne importe assez peu. Prince ou mendiant, héros ou traître, l'essentiel est de bien jouer, en répondant exactement aux intentions de l'auteur.

Cependant, si la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, la simple docilité n'en est pas la fin. La soumission et l'obéissance sont indispensables, mais, à elles seules, elles ne suffisent pas pour élever vers Dieu : notre élévation se proportionne au degré d'Amour dont nous sommes capables.

Le Pélican est, de ce point de vue, l'emblème de cette charité sans laquelle on ne saurait être qu'un airain qui résonne ou une cymbale retentissante. Cet oiseau blanc alimente ses petits de son propre sang. Il est l'image de l'âme qui se dévoue sans réserve. C'est dans le sentiment qui unit l'individu à tous les êtres que réside la suprême vertu, la « force forte » de toute force.

L'adepte qui brûle de cet amour infini obtient le Sceau de Salomon. Ce signe de la puissance magique par excellence, se compose de deux triangles entrelacés, qui sont les symboles alchimiques du Feu et de l'Eau . Ils représentent plus particulièrement ici la nature humaine unie à la nature divine.

L'Hexagramme ou l'Etoile du Macrocosme est ainsi l'emblème de la théurgie, qui s'appuie sur l'alliance de la Volonté et du Sentiment, alors que la Magie simple se base sur la seule Volonté de l'adepte portée à sa plus haute puissance. Son pantacle est en cela le Pentagramme ou l'Etoile du Microcosme. Le mage développe son individualité, il exalte son Soufre et devient un centre puissant d'initiative personnelle. Il se rattache à l'initiation masculine ou dorienne, à l'encontre du mystique, qui se conforme aux principes de l'initiation féminine ou ionienne lorsqu'il s'efface devant une puissance extérieure à lui-même (Mercure). Quant au théurge, sa supériorité consiste à concilier l'activité du mage et la passivité du mystique. C'est un chaînon de la suprême hiérarchie : il commande et il obéit, il transmet l'ordre reçu d'en haut à ce qui est placé sous lui, maître dirigeant le travail d'autrui il assure la réalisation du plan de l'éternel Architecte.

Source : http://le-miroir-alchimique.blogspot.be

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Published by O.Wirth - dans Alchimie
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 18:49

1. - Tout ce qu’on peut accomplir par une méthode simple ne doit pas être essayé par une méthode compliquée.
Il n’y a qu’une seule Vérité dont l’existence n’a pas besoin de preuve, parce qu’elle est elle-même sa propre preuve pour ceux qui sont à même de la percevoir. Pourquoi se servir de la complexité pour chercher ce qui est simple ? Les sages disent : “Ignis et Azoth tibi sufficiunt”. Le corps est déjà en votre possession. Tout ce qu’il vous faut, c’est le Feu et l’Air.

2. - Nulle substance ne peut être rendue parfaite sans une longue souffrance.
Grande est l’erreur de ceux qui s’imaginent que la pierre des philosophes peut être durcie sans avoir été préalablement dissoute ; leur temps et leur travail sont perdus.

3. - La nature doit être aidée par l’art toutes les fois qu’elle manque de force.
L’art peut servir la nature, mais non la supplanter. L’art sans la nature est toujours anti-naturel. La nature sans l’art n’est pas toujours parfaite.

4. - La nature ne peut être améliorée qu’en elle-même.
La nature d’un arbre ne peut pas être changée par l’arrangement des branches, ni par l’addition d’ornements ; il ne peut être amélioré qu’en perfectionnant le sol sur lequel il croît, ou par la greffe.

5. - La nature use de la nature, la comprend et la vainc.
Il n’y a point d’autre connaissance que la connaissance de soi-même. Tout être ne peut réaliser vraiment que sa propre existence, mais non celle d’un élément qui lui est totalement étranger.

6. - Celui qui ne connaît pas le mouvement ne connaît pas la nature.
La nature est le produit du mouvement. Au moment où le mouvement éternel cesserait, la nature entière cesserait d’exister. Celui qui ne connaît pas les mouvements qui se produisent dans son corps est un étranger dans sa propre maison.

7. - Tout ce qui produit un effet pareil à celui produit par un élément composé est également un composé.
L’Un est plus grand que tous les autres nombres, car il a produit l’infinie variété des grandeurs mathématiques ; mais nul changement n’est possible sans la présence de l’Un qui pénètre toutes choses, et dont les facultés sont présentes dans ses manifestations.

8. - Rien ne peut passer d’un extrême à l’autre sauf à l’aide d’un moyen.
Un animal ne peut pas arriver au céleste avant d’avoir passé par l’homme. Ce qui est antinaturel doit devenir naturel avant que sa nature puisse devenir spirituelle.

9. - Les métaux ne peuvent pas se changer en d’autres métaux avant d’avoir été réduits à la prima materia.
La volonté propre, opposée à la volonté divine, doit cesser d’être pour que la volonté divine puisse envahir le cœur. Nous devons nous dépouiller de toute sophistication, devenir semblables à des enfants, pour que la parole de sagesse puisse retentir dans notre esprit.

10. - Ce qui n’est pas mûr doit être aidé par ce qui est parvenu à maturité.
Ainsi commencera la fermentation. La loi de l’induction régit toutes les régions de la nature.

11. - Dans la calcination, le corps ne se réduit pas, mais il augmente de quantité.
Le véritable ascétisme consiste à abandonner ce dont on n’a pas besoin, lorsqu’on a reçu quelque chose de meilleur.

12. - Dans l’alchimie, rien ne porte de fruit sans avoir été préalablement mortifié.
La lumière ne peut pas luire à travers la matière, si la matière n’est pas devenue assez subtile pour laisser passer les rayons.
13. - Ce qui tue produit la vie ; ce qui cause la mort amène la résurrection ; ce qui détruit crée.
Rien ne sort de rien. La création d’une forme nouvelle à pour condition la transformation de l’ancienne.

14. - Tout ce qui renferme une semence peut être augmenté, mais point sans l’aide de la nature.
Ce n’est qu’au moyen de la graine que le fruit portant des graines plus nombreuses vient à la vie.

15. Toute chose se multiplie et s’augmente au moyen d’un principe masculin et d’un principe féminin.
La matière ne produit rien si elle n’est pénétrée par la force. La nature ne crée rien si elle n’est imprégnée par l’esprit. La pensée reste improductive si elle n’est rendue active par la volonté.

16. - La faculté de tout germe est de s’unir à tout ce qui fait partie de son royaume.
Tout être dans la nature est attiré par sa propre nature représentée dans d’autres êtres. Les couleurs et les sons de nature semblable forment des accords harmonieux ; les substances qui ont des rapports les unes avec les autres peuvent se combiner ; les animaux de la même espèce s’associent entre eux, et les puissances spirituelles s’unissent aux germes avec lesquels elles ont de l’affinité.

17. - Une matrice pure donne naissance à un fruit pur.
Ce n’est que dans le sanctuaire le plus intime de l’âme que se révèlera le mystère de l’esprit.

18. - Le feu et la chaleur ne peuvent être produits que par le mouvement.
La stagnation, c’est la mort. La pierre jetée dans l’eau forme des cercles excentriques progressifs, qui sont produits par le mouvement. L’âme qui ne s’émeut pas ne peut point s’élever et se pétrifie.

19. - Toute la méthode commence et finit par une seule méthode : la cuisson.
Voici le grand arcane : c’est un esprit céleste descendant du soleil, de la lune et des étoiles, et qui est rendu parfait dans l’objet saturnien par une cuisson continuelle, jusqu’à ce qu’il ait atteint l’état de sublimation et la puissance nécessaires pour transformer les métaux vils en or. Cette opération s’accomplit par le Feu Hermétique. La séparation du subtil d’avec l’épais doit se faire avec soin, en ajoutant continuellement de l’eau ; car plus les matériaux sont terrestres, plus ils doivent être dilués et rendus mobiles. Continue cette méthode jusqu’à ce que l’âme séparée soit réunie au corps.

20. - L’œuvre entière s’accomplit en employant uniquement de l’eau.
C’est la même eau que celle sur laquelle se mouvait l’Esprit de Dieu dans le principe, lorsque les ténèbres étaient sur la face de l’abîme.

21. - Toute chose doit retourner à ce qui l’a produite.
Ce qui est terrestre vient de la terre ; ce qui appartient aux astres provient des astres ; ce qui est spirituel procède de l’Esprit et retourne à Dieu.

22. - Où les vrais principes manquent, les résultats sont imparfaits.
Les imitations ne sauraient donner des résultats purs. L’amour purement imaginaire, la sagesse comme la force purement imaginaires ne peuvent avoir d’effet que dans le royaume des illusions.

23. - L’art commence où la nature cesse d’agir.
L’art accomplit au moyen de la nature ce que la nature est incapable d’accomplir sans l’aide de l’art.

24. - L’art hermétique ne s’atteint pas par une grande variété de méthodes. La Pierre est une.
II n’y a qu’une seule vérité éternelle, immuable. Elle peut apparaître sous maints différents aspects : mais, dans ce cas, ce n’est pas la vérité qui change, c’est nous qui changeons notre mode de conception.


25. - La substance qui sert à préparer l’Arcanum doit être pure, indestructible et incombustible.
Elle doit être pure d’éléments matériels grossiers, inattaquable au doute et à l’épreuve du feu des passions.

26. - Ne cherche pas le germe de la pierre des philosophes dans les éléments.
C’est seulement au centre du fruit qu’on peut trouver le germe.

27. - La substance de la pierre des philosophes est Mercurielle.
Le sage la cherche dans le Mercure ; le fou cherche à la créer dans la vacuité de son propre cerveau.

28. - Le germe des métaux se trouve dans les métaux, et les métaux naissent d’eux-mêmes.
La croissance des métaux est très lente ; mais on peut la hâter en y ajoutant la Patience.

29. - N’emploie que des métaux parfaits.
Le Mercure imparfait, tel qu’on le trouve ordinairement dans certaines contrées de l’Europe, est tout à fait inutile pour cette œuvre. La sagesse du monde est folie aux yeux du Seigneur.

30. - Ce qui est grossier et épais doit être rendu subtil et fin par calcination.
Ceci est une opération très pénible et très lente, parce qu’elle est nécessaire pour arracher la racine même du mal ; elle fait saigner le cœur et gémir la nature torturée.

31. - Le fondement de cet art consiste à réduire les Corpora en Argentum Vivum.
C’est la Solutio Sulphuris Sapientium in Mercurio.Une science dépourvue de vie est une science morte ; une intelligence dépourvue de spiritualité n’est qu’une lumière fausse et empruntée.

32. - Dans la Solution, le Dissolvant et la Dissolution doivent rester ensemble.
Le Feu et l’Eau doivent être rendus aptes à se combiner. L’intelligence et l’amour doivent rester à jamais unis.

33. - Si la semence n’est pas traitée par la chaleur et l’humidité, elle devient inutile.
La froidure contracte le cœur et la sécheresse l’endurcit, mais le Feu de l’Amour Divin le dilate, et l’Eau de l’Intelligence dissout le résidu.

34. - La terre ne produit nul fruit sans une humidité continue.
Nulle révélation n’a lieu dans les ténèbres si ce n’est au moyen de la lumière.

35. - L’Humectation a lieu par l’Eau, avec laquelle elle a beaucoup d’affinité.
Le corps lui-même est un produit de la pensée, et a pour cette raison la plus grande affinité avec l’intelligence

36. - Toute chose sèche tend naturellement à attirer l’humidité dont elle a besoin pour devenir complète en sa constitution.
L’Un, de qui sont sorties toutes choses, est parfait ; et c’est pourquoi celles-ci renferment en elles-mêmes la tendance à la perfection et la possibilité d’y atteindre.

37. - Une semence est inutile et impuissante, si elle n’est mise dans une Matrice appropriée.
Une âme ne peut pas se développer et progresser sans un corps approprié, parce que c’est le corps physique qui fournit la matière nécessaire à son développement.

38. - La chaleur active produit la couleur Noire dans ce qui est humide ; dans tout ce qui est sec, la couleur Blanche ; et, dans tout ce qui est blanc, la couleur Jaune.
D’abord vient la Mortification, puis la Calcination, et ensuite l’éclat doré produit par la lumière du Feu Sacré qui illumine l’âme purifiée.

39. - Le Feu doit être modéré, ininterrompu, lent, égal, humide, chaud, blanc, léger, embrassant toutes choses, renfermé, pénétrant, vivant, intarissable, et le seul employé par la nature.
C’est le Feu qui descend des cieux pour bénir toute l’humanité.

40. - Toutes les opérations doivent être faites dans un seul Vaisseau et sans le retirer du Feu.
La substance employée pour la préparation de la Pierre des Philosophes doit être rassemblée en un seul lieu et ne doit pas être dispersée en plusieurs lieux. Quand une fois l’or a perdu son éclat, il est difficile de le lui rendre

41. - Le Vaisseau doit être bien clos, en sorte que l’eau ne s’en échappe pas ; il doit être scellé hermétiquement, parce que, si l’esprit trouvait une fissure pour s’échapper, la force serait perdue : et en outre il doit être bien clos, afin que rien d’étranger et d’impur ne puisse s’introduire et s’y mélanger.
II doit toujours y avoir à la porte du laboratoire une sentinelle armée d’un glaive flamboyant pour examiner tous les visiteurs, et renvoyer ceux qui ne sont pas dignes d’être admis.

42. - N’ouvrez pas le Vaisseau avant que l’Humectation soit achevée.
Si le Vaisseau est ouvert prématurément, la plus grande partie du travail est perdue.

43. - Plus la Pierre est alimentée et nourrie, plus la volonté s’accroîtra.
La sagesse divine est inépuisable ; seule est limitée la faculté de réceptivité de la forme.

 

Source : http://www.collegium-rosae-crucis.com/

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Published by Henricus MADATHANUS - dans Alchimie
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:21

V.I.T.R.I.O.L.

Initiales d'une formule célèbre parmi les alchimistes et qui condense leur doctrine: Visita interiorem terrae rectificando invenies operae lapidem, soit, selon une traduction de Jean Servier, Descends dans les entrailles de la terre, en distillant tu trouveras la pierre de l'oeuvre.

Ces initiales ont formé un mot initiatique, qui exprime la loi d'un processus de transformation, concernant le retour de l'être au noyau le plus intime de la personne humaine... ce qui revient à dire: Descends au plus profond de toi-même et trouve le noyau insécable, sur lequel tu pourras bâtir une autre personnalité, un homme nouveau.

Kurt Seligman donne au texte et une tradition quelque peu différents: Visita interiora terrae rectificando invenies occultum lapidem, soit explore l'intérieur de la terre. En rectifiant, tu découvriras la pierre cachée. C'est la synthèse exprimée des opérations alchimiques, aux divers niveaux de transformation considérés, que ce soit celui des métaux ou que ce soit celui de l'être humain. Dans ce dernier cas, le symbole va évidemment plus profond: il s'agit de se reconstruire soi-même, à partir des divers degrès d'inconscience, d'ignorance et de préjugés, sur l'irréfragable conscience de l'être, par quoi l'homme peut découvrir la présence immanente et transformante de Dieu en lui. Quels que soient donc les meilleurs de ces deux textes et traductions, leur symbolisme revient au même.

Le vitriol, qui est à l'heure actuelle un terme générique désignant les sulfates solubles des métaux lourds (tels que le cuivre, le fer et le zinc entre autres), est en revanche, en alchimie, le symbole qui sert à désigner l'union du haut et du bas. Il est formé à partir des initiales de la phrase latine: Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem: Explore l'intérieur de la terre et en rectifiant ti trouveras la pierre cachée (la pierre philosophale). On peut aussi trouver des variantes de cette phrase dans les écrits alchimiques, avec la fin suivante: invenietis occultum lapidem, veram medicinam (et vous trouverez la piere caché, la vraie médecine).Il faut bien entendu comprendre la phrase dans son sens alllégorique, car elle indique un processus de purification à la fois humain et cosmique au cours duquel le bas et l'intérieur doivent s'élever vers les régions de l'esprit. Dans cette fonction « décapante », le vitriol est aussi appelé le « lion vert » qui intervient généralement après la phase de nigredo, l'oeuvre noir. Il est à ce titre l'une des manifestation de la matière mercurielle et se trouve être l'une des clefs fondamantales de la transmutation alchimique. Considéré de ce fait comme « catholique » au sens originel de ce terme, c'est-à-dire comme universel, on lui donne aussi le nom, comme facteur de but à atteindre, d'« émeraude des Sages » ou « Mercure des Philosophes ».

VERT: Entre le bleu et le jaune, le vert résulte de leurs interférences chromatiques. Mais il entre avec le rouge dans un jeu symbolique d'alternances. La rose fleurit entre des feuilles vertes. Equidistant du bleu céleste et du rouge infernal, tous deux absolus et inacessibles, le vert, valeur moyenne, médiatrice entre le chaud et le froid, le haut et le bas, est une couleur rassurante, rafraïchissante, humaine.

Les Alchimistes, dans leur recherche de la résolution des contrairesn sont allés plus loin que ne va aujourd'hui notre imagination. Ils définissent leur feu secret, esprit vivant et lumineux, comme un cristal translucide, vert, fusible comme la cire; c'est de lui, disaient-ils, que la nature se sert souterrainement, pour toutes choses que l'Art travaille, car l'Art doit se borner à imiter la nature. Ce feu est bien celui qui résout les contraires: on en dit qu'il est aride, mais faisant pleuvoir, humide, mais qui toujours dessèche. Et finalement, dans tous les ésotérismes, le principe vital lui-même, secret des secrets, apparaît comme un sang profond, que contient un récipient vert. C'est, pour les alchimistes occidentaux, le sang du Lion Vert qui est l'or, non du vulgaire mais des philosophes. (Sang du Dragon, Sang du Christ dans le Graal, coupe d'émeraude)

Dans l'alchimie européenne, le dragon ou le lion verts symobolisent un dissolvant puissant comme par exemple l'« eau royale » (Aqua regia), et il est désigné par un triangle féminin pointé vers le bas auquel est associé un R. On dit de lui qu'il « ouvre et ferme les scept sceaux indissolubles des sept esprits métalliques et (qu'il) tourmente les corps jusqu'à ce qu'il les ait entièrement perfectionnés ». Il s'agit en fait du Vitriol, considéré aussi comme « le seul corps immonde, mais qui permet de joindre les teintures entre le soleil et le lune ». Ce corps apparaît au début du travail de l'Oeuvre, juste après l'oeuvre au noir, sans qu'il soit toujours cité. On notera à ce propos qu'une grande partie du travail alchimique de Newton a précisément consisté dans « la chasse au lion vert ». En raison du caractère disparate de la symbolique des couleurs, le dragon vert peut cependant représenter le mercure dans certains textes, comme c'est parfois le cas en Chine, contrairement à l'usage courant.

LA ROSEE: Le symbolisme de la rosée est généralement proche de celui de la pluie, mais son influence est d'ordre plus subtil. L'eau qui jaillit du coeur remplit l'homme intérieur tout entier de la rosée divine (Calliste II Xanthopoulos). La rosée de perle de la noble divinité, dont parle Angelus Silesius, évoque le sang rédempteur du Christ. Or le sang qui, dans l'iconographie médiévale, tombe goutte à goutte de la lance du centurion - et dont chaque goutte fait parfois éclore une fleur de rose- est aussi la rosée céleste (ros caelestis), symbole de Rédemption et de revivification qu'on retrouve dans l'Hermétisme, et aussi dans la Kabbale juive, où elle émane de l'Arbre de Vie.

L'importance de la rosée dans d'innombrables rituels et préparations magiques vient de ce qu'elle résout l'opposition des eaux d'en haut et d'en bas, des eaux terrestres et céleste.

Dans l'iconographie alchimique, la rosée céleste est également un symbole de germination au cours du processus qui mène à la pierre philosophale: « Donc notre matière, notre rosée est grasse, vaporeuse et lourde, on peut la trouver aussi au-dessus de la terre... un autre sujet fait de rosée provenant directement d'un minerai végétal céleste et indirectement des animaux et des plantes... il est céleste et terrestre, fluide et solide, blanc et rouge, léger et lourd, daux at amer... ». C'est ainsi que l'on désigne la materia prima, la substance primordiale, dans son état de matière asqueuse qui deviendra « tangible » après fixation.

Source : http://lion.vert.pagesperso-orange.fr/Symbolisme_Alchimique.html

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Published by x - dans Alchimie
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:18

La présence du Spiritus Mundi (esprit du monde) se manifeste toujours par la couleur verte, comme en témoignent les récits sacrés et les mythologies de tous les peuples. Elle est celle de l’émeraude, et devient, de ce fait, celle du saint Graal dont j’ai donné une description précise dans mon livre « Hermestine, Renne le Château. »

La totalité des spiritualistes donnent au Graal une valeur uniquement spirituelle. Certes, je ne renie pas cette analyse, mais j’affirme qu’elle est incomplète. Comme je le montre dans « Hermestine » j’ai de pertinentes raisons de croire que ce vase existe très réellement sur terre.

Le spiritus mundi féconde le sel des sages qui devient vert et végétatif.

En parlant de cela, les alchimistes disent que la racine de toutes choses est une herbe minérale sans racine. Que voulaient-il dire ?

Je dois rappeler d’abord que mon explication reste sur le plan concret, directement issue de l’observation in vitro. De grâce, épargnez-moi la sempiternelle répétition de redire pour la nième fois que ce que je raconte est observable !

La couleur verte n’est généralement pas signalée par les alchimistes car c’est une couleur qu’ils appellent intermédiaire, tout comme le jaune. Le vert se trouve exactement à la charnière entre solve, ou partie du Grand Œuvre qui travaille sur la matière en solution, et coagula, qui va, comme son nom l’indique « coaguler » ce liquide pour en faire la pierre philosophale. Difficile d’être plus clair n’est-ce pas ? À ce moment crucial la surface de nigrido est exposée à l’air et ne tarde pas à prendre la couleur verte, qui est bien minérale et sans racines (c’est une sorte de moisissure).

L’alchimiste Eugène Canseliet confirma ce que je vous dit en ces termes : « Chacune des phases du Grand Œuvre physique, qu’elle soit principale ou intermédiaire, possède ses limites bien marquées…En ces instants, l’alchimiste affermit son accession ; il est entré dans le domaine transcendant, dont nul ne prend souci à l’ordinaire. Non seulement il sait désormais que l’esprit du cosmos est de couleur verte, mais encore il a vérifié que l’insaisissable agent de la vie se montre néanmoins pondérable et, conséquemment, de matérielle gravité. » (L’alchimie expliquée sur ses textes classiques, p 200. 1972)

C’est cela qui a fait la fortune du vert-de-gris dont les symbolistes se sont emparés pour dire des choses étonnantes.

Si le vert est devenue la couleur de l’espérance, c’est qu’il indique que l’alchimiste est sur la bonne voie, et qu’il ne lui reste qu’à croiser les doigts (ou creuset) pour aboutir à la couleur blanche. C’est lui qui a donné son nom à la langue verte, laquelle parle en vérité au-delà des idiomes. C’est cette langue verte, qui par son utilisation intensive et intelligente va permettre une approche de la Parole Cachée ou VERBUM DIMISSUM, c’est-à-dire la Parole Perdue des Francs-Maçons médiévaux.

Source : http://hermetisme.over-blog.com/article-19739067.html

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:29

II faut savoir comment la Pierre des Philosophes, que nous appelons Baume perpétuel et parfait, se prépare et comment son action se manifeste. Prenons un exemple commun, le feu, et disons comment il nous apparaît et comment sa chaleur se manifeste : le feu est excité par la silice ; mais, ce feu ne se manifeste s'il n'est mis en contact avec une matière amie, bois, résine, huile ou autre corps facilement inflammable. Et plus on lui fournira de matière inflammable plus il sera violent. De même, la Pierre des Philosophes ou Baume perpétuel ne manifeste sa puissance que lorsqu'elle est en contact avec le corps humain. Si cette Pierre est préparée avec la matière voulue et conformément aux principes de la Philosophie, elle renouvelle et restaure les organes de la vie, comme le bois qu'on apporte réveille le feu qui se meurt.

 

Il est clair que la matière de ce Baume qui guérit le corps humain de tous les accidents est complexe. Aussi, avant de trouver la vraie matière, faut-il longuement travailler, et, lorsqu'on l'a trouvée, faut-il la manier soigneusement et s'en servir avec prudence et modération. Dans ces conditions seulement cette Médecine purgera le sang de ses diverses impuretés et rendra la santé.

 

Le médecin probe doit posséder la vraie science et ne pas être ambitieux.; il ne doit pas aimer la pompe et les discussions, se fier à l'apothicaire, il doit connaître les maladies et les indispositions. Or, vous, médecins ineptes, vous soignez vos malades à l'aide seul de votre orgueil et de votre ignorance ! Un tel péché ne devrait pas rester impuni. C'est un crime prémédité et, commis dans le but de voler d& l'argent. Ces médecins qui se disent savants ne connaissent pas les remèdes qu'ils prescrivent et ne savent pas comment l'apothicaire doit les préparer. Et l'apothicaire les connaît encore bien moins.

 

A la vérité. Docteurs et Apothicaires ne s'occupent point de la santé de leurs clients, ils ne pensent qu'à emplir leur bourse. Lorsque eux-mêmes sont malades, ils ne prennent  pas les remèdes qu'ils prescrivent aux autres. Aussi, importe-t-il de dénoncer ces crimes. Mais, je crains bien que ces chiens enragés ne se laissent pas mater facilement.

 

Pour revenir à mon sujet (dont m'a écarté l'intérêt que je porte aux pauvres malades) je vais dire comment il faut préparer la Pierre des Philosophes et comment s'en servir. Sachez donc que beaucoup d'anciens ont décrit la matière de la Pierre en paroles allégoriques dans le but d'abuser les hommes inintelligents. Ensuite, Galien remplaça ces histoires par ses folies. Et ces folies sont si bien ancrées dans les pauvres cerveaux qu'elles subsistent encore. Or, dis-moi, médecin de l'école de Galien, d'où vient ta doctrine? As-tu déjà guéri la lèpre, l'hydropisie ? Tu te tais, tu ne sais que répondre, tu es forcé de reconnaître Théophraste pour maître. Si tu veux vraiment t'instruire, lis ce que j'écris, et tu comprendras que le corps humain n'a point besoin de tes herbes.

 

Quant à tes pilules, elles n'agiront sur le corps que lorsque tu l'auras purgé de ses impuretés. Sinon, elles feront autant de mal que de bien. Il est donc préférable de ne pas s'en servir. Tes sirops ne servent à rien non plus, leur goût amer et répugnant amène des nausées, ils aggravent le mal, causent des douleurs, opèrent par des moyens contraires à la nature. Je ne parle môme pas de tes autres médicaments absurdes et idiots.

 

Si nous voulons imiter la Nature et employer une médecine naturelle, cherchons ce qu'il y a de meilleur pour conserver la santé. Les métaux ont une grande affinité avec le corps humain, ils peuvent agir efficacement sur lui. Car, comme l nomme, ils sont formés de Soufre, de Mercure et de Se] occultes. Appliquer le Semblable au Semblable voilà le grand secret de la médecine, voilà l'Arcane.

 

J'ai déjà dit, dans mes autres livres, comment le Soufre, le Mercure et le Sel forment les métaux. Je ne parlerai donc ici que de la Pierre des Philosophes.

 

Sache donc que de la plus petite chose on peut tirer une autre chose. Chaque chose est formée, engendrée, multipliée et détruite selon sa nature, on peut voir ce qu'elle a été et ce qu'elle sera, et les accidents qui lui arriveront ne seront dus qu'à ses imperfections originelles. La nature seule peut guérir le mal causé par ces accidents ; le feu ne le pourrait. Pourtant, la Pierre des Philosophes le peut aussi. Si tu veux employer la vraie matière dans la confection de la Pierre, il faut chasser de cette matière les impuretés, et foi mer de cette matière et de sa correspondante une troisième matière. La matière de la Pierre est naturellement imparfaite ; et, imparfaite, elle ne peut faire ce qu'elle fera, une fois parfaite ; pas préparée, elle ne donne qu'un ouvrage à moitié achevé ; elle a besoin pour le parachever de sa correspondante. Le microcosme nous fournit un exemple, le principe vital de l'homme qui ne peut parachever son œuvre tant qu'il n'a été mis en contact avec sa matière correspondante, c'est-à-dire avec le principe féminin.

 

Il faut d'abord réduire là Pierre en sa matière première, il faut que sa partie interne devienne sa partie externe et vice versa. Ainsi dégagée, cette semence pourra se réunir à l'autre dans le vase voulu ; le feu les y rendra pins parfaites et leur donnera la faculté de restaurer le corps humain ou purifier les métaux. C'est le Mystère de la nature, et tout médecin devrait le connaître. Pour parler pins clairement de la matière et de la préparation de cette précieuse médecine, je dirai aux fils de la doctrine aimant la vérité qu'ils doivent savoir ceci : La Nature a engendré une certaine chose dans laquelle sont mystérieusement cachés 1, 2, 3, dont la vertu conserve ta santé, chasse les imperfections, protège la vieillesse.

 

An sujet de la préparation de cette médecine, Galien, Rasés et leurs successeurs ne savent rien. Cette préparation, en effet, n'est pas la même que celle des pilules, et les vaches suisses ne peuvent

la comprendre. Et puis, les opérations de cette préparation sont presque célestes. Cette médecine purifie et restaure les métaux, ainsi que je l'ai dit dans mes Archidoxes. Que celui qui a des oreilles entende, qu'il cherche si Théophraste dit la vérité ou des mensonges, s'il parle en démon ainsi que toi, sophiste idiot.

 

Préparation de la Matière de la Pierre.

 

Prends de l'électre en limaille, mets-le dans son sperme afin de le laver de ses impuretés, purge le par l'antimoine selon la méthode alchimique. Ensuite, résous dans l'estomac d'une autruche rendue plus forte par l'âcreté d'un aigle. Lorsque l'électre sera consommé, tu n'oublieras pas de le ramener à son essence spirituelle qui est transparente et semblable à l'ambre. Puis, ajoute d'électre la moitié de ce que tu avais mis dans l'aigle étendu ; sors le fréquemment de l'estomac d'autruche : tu obtiendras ainsi l'électre spirituel.

 

Quand l'estomac d'autruche sera fatigué, il faudra lui redonner des forces. Quand il aura perdu son âcreté, tu ajouteras do la quintessence de tartre en quantité suffisante pour que sa partie rouge forme un dépôt de l'épaisseur de quatre doigts. Répète l'opération jusqu'à ce qu'il devienne blanc. Cela fait, sublime: ainsi, l'électre atteint la blancheur de l'aigle exalté et est transmuté.

 

Voilà la préparation de notre médecine. Cette médecine servira dans toutes les maladies où la médecine ordinaire ne peut servir. Selon l'usage que tu en voudras faire, tu la transformeras en eau, en huile ou en poussière rouge.

 

En vérité, je te le dis : le meilleur fondement de la médecine est dans l'électre. Sans doute, dans les autres minéraux il y a aussi de grands arcanes, mais, outre le long travail que ces arcanes exigent pour en être tirés, ils sont souvent plus dangereux qu'utiles. Le médecin doit savoir tout cela.

 

Les médecins de l'école de. Galien, qui consultent, non l'expérience, mais leur seule sottise, disent que l'électre est un poison. Je concède que, pendant sa préparation, il est an poison. Mais, il n'est point démontré qu'après sa préparation il le demeure : car la nature (bien que certaines têtes de gazelle ne veulent pas le comprendre) incline toujours vers la perfection ; à plus forte raison inclinera-t-elle vers la perfection si on lui adjoint l'art. Bien plus, je concède qu'après la préparation l'électre est encore un poison, et poison plus violent qu'avant la préparation : eh bien, étant donné que le semblable cherche son semblable, ce poison va s'attacher aux maladies incurables, non pour leur permettre de suivre leur cours et de nuire, mais pour s'emparer de son semblable, l'absorber jusqu'à la racine et le nettoyer comme le savon nettoie l'étoffé. Aussi, ce venin, comme tu l'appelles, est-il plus efficace que ton axonge dont se servent les médecins de l'école de Galien. L'arcane qui se cache dans notre médicament renferme une Essence qui ne peut être comparée à aucun poison et diffère de l'argent vif dont tu as coutume de te servir, autant que le ciel diffère de la terre. C'est pourquoi cette médecine est appelée médecine bénite de Dieu et n'est pas révélée à tous.

 

Je ne suis pas né pour le repos ni pour la paresse. Ce n'est pas dans un vase de nuit, c'est en me promenant, en vagabondant, comme tu dis dédaigneusement, et grâce à un long travail que j'ai trouvé ce secret. Toi, tu tiens ta science des grimoires poussiéreux de nigromantie.

 

Suite et fin de la préparation.

 

Ton électre détruit comme il a été dit, si tu veux continuer et arriver au but, prends d'électre détruit et rendu volatil la quantité que tu désires parfaire, mets-la dans l'Œuf philosophique, scelle-le de façon à ce que rien ne s'évapore, laisse l'Œuf dans l'Athanor jusqu'à ce que, de lui-même, sans aucune addition, l'électre commence à se résoudre, comme l'île qui au milieu de la mer se désagrège chaque jour, et devienne finalement noir. Cette couleur noire est l'oiseau qui, la nuit, yole sans ailes et auquel la première rosée céleste donne, par coction, ascension et descension, la couleur noire de la tête du corbeau ; la tête du corbeau est remplacée par la queue du paon, puis, par les plumes du cygne : enfin, arrive la couleur rouge qui est la marque de la nature du feu, lequel feu chasse toutes les maladies du corps et ranime les membres froids.

 

Selon l'opinion de tous les Philosophes, cette préparation ne demande qu'un vase, qu'un fourneau, qu'un feu.

 

Ainsi, cette médecine est parfaite et presque céleste ; elle restaure le corps humain et débarrasse les métaux de toutes leurs impuretés ; personne ne peut atteindre et comprendre un tel arcane sans l'aide de Dieu.

 

Mais, sache que cet électre n'aura point d'effet s'il n'a parcouru 3 fois le cercle des 7 au nombre 21. Aussi, dois-tu, lorsque tu détruis ton électre et le rends spirituel, te servir de l'arcane du tartre pour enlever les impuretés. Cet arcane ne demeurera pas, mais il aura aidé à atteindre le nombre voulu. C'est ainsi que, de lui-même, dans l'œuf philosophique, le feu se transforme en eau philosophique, que les Philosophes appellent eau visqueuse. Il m'est défendu d'écrire certaines choses touchant ce mystère. Cet art est, en effet, un don de Dieu. Ainsi soit-il.

 

Usage de la Pierre.

 

Je dois dire, maintenant, comment il faut employer cette médecine. Sache donc qu'il faut la prendre à très petite dose, et dans du vin ou autres liquides semblables.

 

Il me reste encore à donner la raison de l'obscurité que beaucoup relèveront dans mes écrit». Cette raison c'est qu'il ne faut pas donner des perles aux cochons ni une longue queue aux chèvres. La nature ne leur en a pas donné. Dieu a révélé le secret à assez de gens. Moi, j'écris pour l'initié.

 

Si tu suis ma recette, ta médecine sera semblable à l'air qui pénètre tout et est partout, elle chassera les maladies et apportera la santé. C'est la source du véritable or potable. Ce livre doit toujours être consulté par le fils de la Doctrine. Qu'il soit rendu grâce à Dieu. Ainsi soit-il.

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 17:13

Moi, Jean Pontanus, qui suis allé en plusieurs régions et royaumes afin de connaître certainement ce que c'est que la Pierre des Philosophes-, après avoir parcouru tous les côtés du monde, je n'ai trouvé que des faux Philosophes et des trompeurs. Néanmoins, étudiant toujours dans les livres des Sages, et mes doutes s'augmentant, j'ai trouvé la vérité ; mais nonobstant que j'eusse la connaissance de la matière, j'ai erré deux cents fois avant que de trouver l'opération et pratique de cette vraie matière.

Premièrement, j'ai commencé mes opérations par les putréfactions du Corps de cette matière, pendant neuf mois, et je n'ai rien trouvé. Je l'ai mise au bain-marie pendant quelques temps, et j'ai semblablement erré. Je l'ai tenue et posée dans un feu de calcination pendant trois mois, et j'ai mal opéré. Tous les genres et manières de distillations et sublimations, comme disent ou semblent dire les Philosophes - tel Geber, Archélaüs et presque tous les autres - je les ai tentés et essayés, et n'ai pareillement rien trouvé. Enfin, j'ai tâché de parvenir et parfaire le sujet de tout l'Art d'Alchimie, de toutes les manières imaginables, qui se font par le fumier, le bain, les cendres, et par mille autres genres de feux, dont les Philosophes font mention dans leurs livres ; mais je n'ai rien découvert de bon.

C'est pourquoi, je me mis pendant trois ans continuels à étudier les livres des Philosophes, entre autres le seul Hermès, les brèves paroles duquel comprennent tout le magistère de la Pierre ; quoiqu'il parle assez obscurément des choses supérieures et inférieures, du Ciel et de la Terre.

Toute notre application et notre soin, donc, ne doit être qu'à la connaissance de la vraie pratique, dans le premier, le second, et le troisième oeuvre. Ce n'est point le feu de bain, de fumier, ni de cendres, ni aucun de tous les autres feux que nous chantent les Philosophes, et nous décrivent dans leurs livres.

Qu'est-ce donc que ce feu qui parfait et achève tout l'oeuvre, depuis le commencement jusqu'à la fin ? Certainement tous les Philosophes l'ont caché ; mais, pour moi, touché d'un mouvement de pitié, je le veux déclarer avec l'entier accomplissement de tout l'oeuvre.

La Pierre des Philosophes est unique, et une, mais cachée et enveloppée en la multiplicité de différents noms, et avant que tu la puisses connaître tu te donneras bien de la peine ; difficilement la trouveras-tu de ton propre génie. Elle est aqueuse, aérienne, ignée, terrestre, flegmatique, colérique, sanguineuse et mélancolique. Elle est un soufre et pareillement Argent vif.

Elle a plusieurs superfluités, qui, je t'assure par Dieu vivant, se convertissent en vraie et unique Essence, moyennant notre feu. Et celui qui sépare quelque chose du sujet - croyant cela nécessaire-, ne connaît assurément rien à la Philosophie. Car le superflu, le sale, l'immonde, le vilain, le bourbeux, et, généralement toute la substance du sujet, se parfait en corps spirituel fixe, par le moyen de notre feu. Ce que les Sages n'ont jamais révélé, et, fait que peu de gens parviennent à cet Art ; s'imaginant que quelque chose de sale et de vilain doit être séparé.

Maintenant il faut faire paraître, et tirer dehors les propriétés de notre feu ; s'il convient à notre matière selon la manière dont j'ai parlé, c'est-à-dire s'il est transmué avec la matière. Ce feu ne brûle point la matière, il ne sépare rien de la matière, ne divise ni n'écarte les parties pures des impures, ainsi que disent tous les Philosophes, mais convertit tout le sujet en pureté. Il ne sublime pas comme Geber fait les sublimations, et Arnaud pareillement, et tous les autres qui ont parlé des sublimations et distillations. Il se fait et parfait en peu de temps.

Ce feu est minéral, égal et continuel, il ne s'évapore point, si ce n'est qu'il soit trop excité ; il participe du soufre, il est pris et provient d'ailleurs que de la matière. Il rompt, dissout, et congèle toutes choses, et semblablement congèle et calcine ; il est difficile à trouver par l'industrie et par l'Art. Ce feu est l'abrégé et le raccourci de tout l'oeuvre, sans prendre autre chose, du moins peu, et ce même feu s'introduit et est de médiocre ignition ; parce qu'avec ce petit feu tout l'oeuvre est parfait, et sont faites, ensemble, toutes les requises et dues sublimations.

Ceux qui liront Geber et tous les autres Philosophes, quand ils vivraient cent millions d'années, ne le sauront comprendre ; car ce feu ne se peut découvrir que par la seule et profonde méditation de la pensée, ensuite on le comprendra dans les livres, et non autrement. L'erreur en cet Art, ne consiste qu'en l'acquisition de ce feu, qui convertit la matière en la Pierre des Philosophes.

Etudies-toi donc à ce feu, parce que si moi-même je l'eus premièrement trouvé, je n'eus pas erré deux cents fois sur la propre matière. A cause de quoi je ne m'étonne plus si tant de gens ne peuvent parvenir à l'accomplissement de l'oeuvre.

Ils errent, ont erré et erreront toujours, en ce que les Philosophes n'ont mis leur propre agent qu'en une chose, qu'Artéphius a nommée, mais il n'a parlé que pour lui. Si ce n'est que j'ai lu Artéphius, que je l'ai entendu et compris, jamais je ne serais parvenu à l'accomplissement de l'oeuvre.

Voici quelle est cette pratique : il faut prendre la matière avec toute diligence, la broyer physiquement et la mettre dans le feu, c'est-à-dire dans le fourneau ; mais il faut aussi connaître le degré et la proportion du feu. A savoir, il faut que le feu externe excite tant seulement la matière ; et, en peu de temps ce feu, sans y mettre les mains en aucune manière, accomplira assurément tout l'oeuvre. Parce qu'il putréfie, corrompt, engendre et parfera tout l'ouvrage, faisant paraître les trois principales couleurs, la noire, la blanche, la rouge. Et moyennant notre feu la médecine se multipliera si elle est conjointe à la matière crue, non seulement en quantité mais aussi en vertu.

Recherches donc de toutes les forces de ton esprit ce feu, et tu parviendras au but que tu t'es proposé ; car c'est lui qui fait tout l'oeuvre, et il est la clef de tous les Philosophes, laquelle ils n'ont jamais révélée dans leurs livres. Si tu penses bien profondément aux propriétés du feu ci-dessus, tu la connaîtras, mais non autrement.

Donc, touché d'un mouvement de pitié, j'ai écrit ceci ; mais, et afin que je me satisfasse, le feu n'est point transmué avec la matière, comme je l'ai dit ci-dessus. J'ai bien voulu le dire et en avertir les prudents de ces choses, pour qu'ils ne dépensent pas inutilement leur argent, mais qu'ils sachent auparavant ce qu'ils doivent chercher, et, par ce moyen, parviendront à la vérité de l'Art ; non pas autrement.

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