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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Contre les valentiniens

Publié le 11 Décembre 2012 par TERTULLIEN dans Gnose

I. Les Valentiniens, secte nombreuse parmi les hérétiques, parce qu'elle se recrute des apostats de la vérité, penche volontiers pour les fables, et n'a rien d'effrayant dans sa discipline; les Valentiniens n'ont d'autre souci que de cacher ce qu'ils prêchent, si toutefois c'est prêcher que de cacher sa doctrine. Les ténèbres dont ils s'enveloppent sont une précaution qui les accuse. Ils affichent leur ignominie en affirmant leur religion. En effet, le silence qui recouvre les mystères d'Eleusis, espèce d'hérésie dans la superstition grecque, en est la honte. Voilà pourquoi ils imposent de rudes épreuves, réclament une longue initiation, mettent un sceau sur la langue, et fixent à cinq ans la durée du noviciat, afin d'accroître l'estime en ajournant la connaissance et de relever la majesté des mystères en allumant le désir. Puis vient le devoir du silence. On garde avec attention ce qu'on a découvert si tard. D'ailleurs cette divinité qui réside dans le sanctuaire, ces soupirs des candidats, ce sceau apposé sur la langue, à quoi tout cela vient-il aboutir? A la révélation de l'emblème de la virilité humaine. Une interprétation allégorique, prétextant le nom vénérable de la nature, voile le sacrilège sous le patronage d'une figure forcée, et se justifie du reproche de fausseté par le simulacre qu'on adore. Il en est de même des hérétiques auxquels nous nous attaquons. Recouvrant |104  leurs vaines et honteuses inventions des noms, des litres et des arguments sacrés de la religion, profitant d'ailleurs de la pluralité des personnes divines, parce qu'il semble assez plausible que le nombre engendre le nombre, les Valentiniens ont aussi leurs mystères d'Eleusis, qu'ils persuadent à la piété crédule, mystères sacrés par un inviolable silence, et qui n'ont de céleste que l'obligation de se taire. Interrogez-les avec candeur, ils vous répondent avec un visage austère et un front sourcilleux: O profondeur! Poussez-les de question en question, ils affirment par des subtilités et des équivoques la foi qui nous est commune. Prouvez-leur indirectement que vous les avez pénétrés, ils nient tout ce qu'ils s'aperçoivent que vous savez. Combattez-les par des raisonnements serrés, ils désarment la simplicité crédule en faisant bon marché d'eux-mêmes. Ils ne livrent aucun de leurs secrets à leurs propres disciples avant d'être sûrs qu'ils sont à eux. Ils ont un moyen de persuader avant d'enseigner. Or la vérité persuade en enseignant, elle n'enseigne pas en persuadant.

II. Voilà pourquoi ils nous accusent de simplicité, comme si nous n'étions que simples sans être sages également, et que la sagesse fût contrainte de renoncer à la simplicité, quand le Seigneur les associe l'une à l'autre: « Ayez la prudence du serpent et la simplicité de la colombe, dit-il. » Ou bien, si nous semmes des insensés parce que nous sommes simples, n'est-il pas vrai de dire que nos adversaires n'ont pas la simplicité parce qu'ils sont sages? Tous ceux qui ne sont pas simples sont des pervers, de même que ceux qui ne sont pas sages sont des insensés. Et cependant, s'il fallait choisir, je préférerais le vice qui est le moindre, puisqu'il est plus avantageux d'ignorer que de trop savoir, de se tromper que de tromper. Or, « l'œil de Dieu regarde ceux qui le cherchent dans la simplicité du cœur, » comme l'enseigne la Sagesse elle-même, non pas celle de Valentin, mais de Salomon. En second lieu, les enfants ont offert à Jésus-Christ le |105  témoignage du sang. Appellerai-je enfants ceux qui crient: Crucifiez-le? Crucifiez-le! Non, ils n'étaient ni enfants, ni muets, c'est-à-dire qu'ils n'étaient pas simples. L'Apôtre aussi nous ordonne de redevenir enfants selon Dieu, quand il dit: « Soyez comme les enfants sans malice » par la simplicité, « mais ayez la prudence des hommes faits. » J'ai montré que la sagesse bien réglée découle de la simplicité. En un mot, la colombe sert ordinairement à figurer Jésus-Christ; le serpent n'arrive que pour le tenter. L'une est depuis le commencement le héraut de la paix divine; l'autre est depuis le commencement le spoliateur de l'image divine. Ainsi la simplicité pourra plutôt à elle seule reconnaître et montrer Dieu; à elle seule la prudence le poursuivra et le trahira.

III. Que le serpent se cache donc autant qu'il peut, qu'il tourmente sa prudence dans les détours de ses retraites ténébreuses; qu'il habite dans les lieux souterrains; qu'il se plonge dans les sombres refuges; qu'il déroule la chaîne de ses anneaux en mille sinuosités; qu'il s'avance obliquement, sans se montrer jamais tout entier, bête ennemie du jour et de la clarté. Notre colombe à nous habile dans le sanctuaire de la simplicité, toujours sur un lieu élevé, à découvert et au grand jour. La figure de l'Esprit saint aime les clartés de l'Orient, qui est la figure du Christ. La vérité ne rougit de rien, sinon de n'être pas découverte. Qui rougirait, en effet, d'écouter et de reconnaître pour Dieu celui que la nature lui a déjà révélé, dont elle sent tous les jours la présence dans ses œuvres, qu'elle commence seulement à ignorer lorsqu'elle ne le regarde pas comme unique, lorsqu'elle le fait multiple, lorsqu'elle l'adore dans ses créatures? Mais renoncer à cette multitude de dieux pour en introduire une autre multitude; faire passer les fidèles d'une autorité domestique à une autorité inconnue, d'un maître visible à un maître caché, c'est tourner les lumières naturelles contre la loi. Que si tu interroges le fond de toutes ces fables, |106  ne te semble-t-il pas que ta nourrice t'ait raconté autrefois dans ton enfance, et parmi les difficultés du sommeil, l'histoire des tours de la Lamie et des peignes du Soleil? Mais quiconque se présentera avec la connaissance de la foi, aussitôt qu'il rencontrera tous ces noms d'Eons, tous ces mariages, toutes ces générations, toutes ces morts, tous ces avènements, tous ces bonheurs, toutes ces infortunes d'une divinité, ainsi dispersée et mise en lambeaux, hésitera-t-il à reconnaître ces fables et « ces généalogies sans fin, » que l'Esprit de l'Apôtre condamna d'avance, lorsque ces semences hérétiques commençaient dès-lors à pulluler? C'est donc avec justice qu'ils répudient la simplicité pour ne s'accorder que la prudence, ces hommes qui, outre qu'ils enfantent difficilement de pareilles chimères, et les défendent obliquement, ne les livrent pas tout entières à leurs disciples; astucieux, parce que leurs doctrines sont honteuses, barbares d'ailleurs, si elles sont louables. Nous, cependant, tout simples que nous sommes, nous savons tout. En un mot, voilà quelle est la première arme par laquelle, en ouvrant la lice, nous démasquons leur conscience et préludons à la victoire, puisque produire au grand jour ce que l'on cache avec tant d'effort, c'est l'anéantir.

IV. Oui, nous connaissons, je le répète, leur origine; nous savons pourquoi nous leur donnons le nom de Valentiniens, quoiqu'ils le désavouent. Il est bien vrai qu'ils se sont éloignés de leur fondateur; mais ils n'ont point anéanti par là leur origine, et si par hasard ils ont changé, leur changement lui-même témoigne contre eux. Valentin avait espéré l'épiscopat, parce qu'il avait du talent et de l'éloquence. Indigné qu'un autre, par le privilège de son martyre, eût obtenu cette dignité, il rompit violemment avec l'Eglise qui professe la foi véritable; et, fidèle à l'exemple de ces ames qui, en aspirant aux honneurs, brûlent du désir de la vengeance, il s'appliqua tout entier à ruiner la vérité. Trouvant le germe d'une ancienne opinion, il fraya |107  le chemin à Colarbase. Vint ensuite Ptolémée, qui distingua les noms et le nombre des Eons en substances personnelles, mais déterminées hors de Dieu, tandis que Valentin les avait renfermées dans l'essence de la divinité, sous le titre de sentiments, d'affections et de mouvements. Héracléon, Secondus, et le Magicien Marc, firent faire à la doctrine quelques pas. Quant à Théotime, il s'occupa surtout des images de la loi. Ainsi, de Valentin, il n'en est plus question aujourd'hui; et cependant ces hérétiques s'appellent Valentiniens, parce qu'ils ont commencé avec Valentin. Axionique, jusqu'à ce jour, est le seul qui, dans Antioche, console la mémoire de Valentin par une fidélité rigoureuse à l'institution primordiale. D'ailleurs cette hérésie s'est émancipée jusqu'à se transformer autant de fois que l'impure courtisane a l'habitude de travestir ses traits et ses vêtements. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Ils trouvent dans chacun d'eux leur semence spirituelle. Ont-ils inventé quelque nouveauté, sur-le-champ ils appellent révélation, ce qui n'est que conjecture, don sacré, ce qui n'est qu'invention humaine, diversité, ce qui est unité. Voilà pourquoi nous remarquons, sans parler de leur dissimulation ordinaire, que la plupart d'entre eux sont divisés. Sur certains points, il vous diront même avec sincérité: « Cela n'est point ainsi; j'entends cela autrement; cela, je ne le reconnais pas. » En effet, c'est par la diversité que l'on innove dans la règle: elle a même les couleurs de l'ignorance.

V. J'engagerai la discussion avec les dogmes fondamentaux des maîtres primitifs et non avec les chefs hypocrites de ces disciples qui vont où on les mène. On ne nous accusera pas non plus, comme on le fait, d'avoir inventé à plaisir ces matières que des personnages, remarquables par leur sainteté et leurs lumières, non-seulement nos devanciers, mais contemporains des hérésiarques eux-mêmes, ont exposées et réfutées dans de lumineux traités: témoin Justin, philosophe et martyr; témoin Miltiade, le champion |108  des églises; témoin Irénée, savant investigateur de toutes ces doctrines; témoin notre Proculus, vierge jusque dans sa vieillesse et honneur de l'éloquence chrétienne. Fasse le ciel que je les égale dans toutes les œuvres de la foi de même que dans celle-ci! Ou bien, si ces hérésies n'existent en aucune manière, de sorte qu'il faille les imputer à ceux qui les combattent, le mensonge retombera sur l'Apôtre qui les a signalées. Mais non; si elles existent, elles n'existent pas différentes de ce qu'elles sont représentées. Quelle est la plume assez désœuvrée pour imaginer des chimères quand elle a les matériaux?

VI. De peur que tant de noms étrangers, bizarres, rassemblés à plaisir, équivoques, ne jettent des ténèbres dans l'esprit, je dois commencer par déclarer dans ce traité, où j'ai promis seulement l'exposition de ce mystérieux arcane, comment j'en userai à l'égard de ces noms. Quelques-uns, venus du grec, n'ont pas d'équivalent qui les rende dans une autre langue; d'autres sont d'un genre différent; d'autres enfin sont d'un usage plus fréquent en grec. La plupart du temps, nous emploierons donc les mots grecs: ils porteront à la marge leur signification; les termes grecs ne manqueront pas non plus aux mots latins; mais ils seront marqués dans le cours du récit au-dessus des lignes, afin qu'ils deviennent le signe des noms de personne pour lever l'équivoque de ceux qui admettent aussi une autre signification. Quoique je remette à un autre moment la lutte sérieuse, pour me contenter aujourd'hui d'un simple exposé, cependant partout où l'extravagance de la doctrine méritera la flétrissure, une attaque superficielle et rapide sera nécessaire. Imagine-toi, lecteur, que tu assistes à l'escarmouche avant le combat. J'indiquerai, mais n'enfoncerai pas les coups. Si le rire s'élève en quelque endroit, ce sera rendre justice à de pareilles matières: il en est beaucoup qui ne demandent que cette réfutation, de peur qu'une réponse sérieuse ne semble en accroître l'importance. Le ridicule va naturellement à de vaines |109  conceptions. Il convient aussi à la vérité de rire, parce qu'elle est joyeuse, et de se jouer de ses ennemis, parce qu'elle est confiante dans sa force. Seulement il faut éviter que son rire n'excite à son tour la raillerie, s'il était déplacé. Mais d'ailleurs partout où le rire est convenable, il remplit un devoir. Enfin, je commencerai ainsi.

VII. Le poète romain Ennius s'était contenté de dire le premier de tous que « les cénacles du ciel étaient immenses, » soit à cause de la grandeur du lieu, soit qu'il eût lu dans Homère les festins que Jupiter y donnait. Mais c'est chose merveilleuse de voir combien d'élévations sur élévations, de sublimités sur sublimités les hérétiques ont suspendues, entassées, étendues pour former l'habitation de chacun de leur dieu. Ces cénacles, qu'Ennius donne à notre Créateur, ont été disposés dans la forme de petits appartements, surmontés de balcons d'étage en étage, et distribués à chaque dieu par autant d'escaliers qu'il y a eu d'hérésies. Le monde est devenu un véritable comptoir. Vous diriez l'île fortunée, à voir ces mille et mille degrés du ciel. Où sont-ils? Je l'ignore. C'est là qu'habile le dieu des Valentiniens, tout-à-fait sous les tuiles. Considéré dans sa substance, ils l'appellent l'Eon parfait, dans sa personne, Proarchê, Archê, ou Bythos, mot qui ne convenait nullement à qui habile dans les hauteurs. Ils le proclament sans commencement, immense, infini, invisible, éternel, comme si le définir tel que nous savons qu'il doit être, c'était prouver qu'il l'est véritablement, pour avoir droit de dire que tel il a été et qu'il a précédé toutes choses. Mais je le somme de me prouver son existence: et ici je remarque surtout que ces dieux, qu'on me présente comme antérieurs à toutes choses, arrivent après toutes choses, et encore après des choses qui ne sont pas à eux. Eh bien! d'accord! Ce Bythos a sommeillé autrefois, pendant une infinité de siècles, dans le calme et le repos inaltérable d'une pacifique, ou pour mieux dire, |110  d'une stupide divinité, tel enfin que le lui ordonna Epicure. Et cependant à ce Dieu qu'ils nous représentent, comme unique, ils lui donnent, dans lui-même et avec lui-même une seconde personne qu'ils nomment Charis ou Sigê. Autre inconséquence. Ils l'arrachent à ces bienheureux loisirs pour qu'il ait à tirer de lui-même le principe de toutes choses. Ce principe, il le dépose dans le sein de sa Sigê, qui le recueille et conçoit. Voilà donc Sigê qui enfante clandestinement. Celui qu'elle enfante s'appelle Noûs, exactement semblable à son père, égal à lui en toutes choses. En un mot, seul il suffit à contenir cette immense et incompréhensible grandeur du père. Aussi est-il nommé Père, commencement de toutes choses, et, à proprement parler, Monogène, ou plutôt terme sans propriété, puisqu'il n'est pas fils unique. En effet, une femme naît après lui. Elle s'appelle Vérité. Le nom de Protogène ne conviendrait-il pas beaucoup mieux à ce Monogène, puisqu'il est venu au monde le premier? Bythos et Sigê, Noûs et Vérité, premier quadrige auquel s'attèle la secte de Valentin, sont donc le principe et l'origine de tous les autres. Car ce même Noûs, aussitôt qu'il eut reçu la faculté d'engendrer, produit le Verbe et la Vie, qui, si elle n'existait pas auparavant, n'existait pas non plus par conséquent dans Bythos. Mais comment supposer que la vie n'était pas dans Dieu! Ce couple nouveau, mis au monde pour commencer l'universalité et le Plérôme parfait, engendre à son tour: il procrée l'Homme et l'Eglise. Tu as l'Ogdoade, double Tétrade, par l'accouplement des mâles et des femelles, grenier des Eons primordiaux, pour ainsi dire, hymens fraternels des dieux Valentiniens, origine de toute la sainteté et de toute la majesté de cette hérésie, multitude de crimes ou de dieux, je l'ignore; mais à coup sûr, principe de toute la fécondité ultérieure.

VIII. Voilà donc que la seconde Tétrade, le Verbe et la Vie, l'Homme et l'Eglise, a germé en l'honneur du père. Alors, désireux d'offrir au père de leur propre fonds |111  quelque chose de pareil à leur nombre, ils produisent d'autres fruits, par l'union de leur double nature, et en vertu de leur alliance par conséquent. D'un côté, le Verbe et la Vie mettent au monde une dixaine d'Eons à la fois; de l'autre l'Homme et l'Eglise en produisent deux de plus, pour atteindre le nombre des auteurs de leurs jours, parce que ces deux êtres, réunis aux dix autres, forment un nombre égal à celui qu'ils ont procréé. J'écris les noms de la décade: Bythos et Myxis, Agératos et Hènoxys; Autophyès et Hédonê; Acynétos et Syncrasis; Monogène et Macaria. Voici, d'autre part, ceux du nombre duodénaire: Paraclet et Pistis; Patricos et Elpis; Métricos et Agapê; Aïnus et Synésis; Ecclésiastique et Marcariote; Thélétus et Sophia. Je suis forcé d'expliquer ici, par un exemple semblable, ce qui manque à ces noms. Il y eut dans les écoles de Carthage un froid rhéteur latin du nom de Phosphore. Un jour qu'il contrefaisait le brave: O mes concitoyens! dit-il, j'arrive devant vous du champ de bataille, avec ma victoire, avec votre félicité, accru, glorieux, fortuné, très-illustre, triomphateur. Ses disciples aussitôt de s'écrier: O famille de Phosphore (1)! Tu sais maintenant ce que c'est que Fortunata, Hédonê, Acinète, et Thélétus. Ecrie-toi aussi: O famille de Ptolémée! Voilà ce Plérôme mystérieux qui se compose de la plénitude d'une divinité répartie entre trente. Nous verrons quels sont les privilèges des nombres quaternaire, octonaire et duodénaire. Remarquons en attendant que cette fécondité tout entière s'arrête au nombre trente; l'énergie, la faculté et la puissance prolifique des Eons sont épuisées, comme s'il n'y avait pas de nombres au-delà ni d'autres noms qu'un pédagogue pût leur enseigner! Pourquoi, en effet, ne pas aller jusqu'à cinquante, jusqu'à cent procréations? Pourquoi oublier |112  les nourrices de tous ces dieux et leurs compagnons?

IX. Il y a plus; voici une acception de personnes. Noûs est le seul qui entre tous jouisse de la connaissance du Père incommensurable, joyeux et plein d'allégresse, par conséquent, tandis que les autres s'attristent. Il est bien vrai que Noûs, autant qu'il était en lui, avait eu la volonté, et même avait essayé de communiquer aux autres ce qu'il connaissait de la grandeur et de l'incompréhensibilité du Père. Mais Sigê (2), sa mère, s'y opposa, cette même Sigê, qui prescrit le silence aux hérétiques ses adeptes, quoiqu'ils mettent cette obligation sur le compte de leur père, qui, à les entendre, veut, par ce moyen, aiguillonner le désir. Ainsi, tandis qu'ils sont torturés au fond d'eux-mêmes, landis qu'ils sont brûlés d'une secrète ardeur de connaître le père, le crime faillit se consommer. De ces douze Eons que l'homme et l'Eglise avaient procréés, la dernière Eon, du côté de l'âge, (qu'importe le solécisme, car Sophia est son nom), ne pouvant plus se contenir, s'élance à la recherche du Père, sans la société de son époux Philète, et recueille un vice qui avait déjà commencé dans tous les autres à l'occasion de Noûs, mais qui était passé dans cet Eon, c'est-à-dire dans Sophia, de même que des maladies nées avec le corps soufflent ordinairement leur contagion sur un autre membre. Toutefois, sous prétexte d'amour pour le Père, elle nourrissait une ardente rivalité contre Noûs, admis seul à jouir du Père. Mais aussitôt que Sophia, qui aspirait à l'impossible, eut été trompée dans ses vœux, vaincue par les difficultés, et croissant toujours en affection, peu s'en fallut que la violence de l'amour et de l'investigation ne la consumât entièrement, et ne l'anéantît dans le reste de sa substance. A vrai dire, elle n'eût interrompu ses recherches qu'en périssant, si elle n'eût, heureusement pour elle, rencontré Horus, qui possède aussi quelque vertu en tant que |113  fondement et gardien extérieur du Plérôme parfait, et s'appelle encore Croix, Lytrote et Carpiste. Ainsi donc Sophia, délivrée de ce péril et se laissant persuader, quoique tard, trouva le repos en renonçant à la recherche du père, puis exposa comme un fruit avorté Enthymésis tout entière, en d'autres termes le désir, avec la Passion qui était survenue.

X. Mais quelques-uns ont rêvé autrement l'infortune et le rétablissement de Sophia. Après ses vains efforts et le renversement de ses espérances, elle était, j'imagine, défigurée par la pâleur, l'amaigrissement et le peu de soin qu'elle avait pris de sa beauté, comme il convenait à celle qui pleurait un père refusé à sa tendresse, avec des larmes aussi amères que si elle l'eût perdu réellement. Puis dans sa douleur, par elle-même, sans aucune intervention conjugale, elle conçoit et procrée une femme. Vous vous étonnez de cette merveille! Mais la poule n'a-t-elle pas la vertu de produire par elle-même? Il n'y a, dit-on, que des femelles parmi les vautours: elles deviennent mères cependant sans le concours du mâle. D'abord elle s'attriste de l'imperfection de son fruit; enfin elle a peur que la mort n'approche: elle ne sait que penser de la cause de cet événement; elle cache soigneusement sa grossesse. De remèdes, il n'en est nulle part. En effet, où étaient alors les tragédies et les comédies, pour leur emprunter la manière d'exposer un fruit qui était né contre les lois de la pudeur? Tandis qu'elle est en mal d'enfant, elle lève les yeux et se tourne vers son père. Vains efforts! ses forces l'abandonnent; elle tombe à genoux pour prier. Toute sa parenté adresse des supplications pour elle, Noûs avec plus d'ardeur que les autres. Et pourquoi pas? N'était-il pas la cause de tout le mal? Toutefois aucune des infortunes de Sophia ne fut inutile; chacun de ses labeurs est fécond. En effet, ses tribulations donnent naissance à la Matière; son ignorance, ses frayeurs, ses tristesses deviennent autant de substances. Alors son père, touché enfin de compassion, procrée, par l'intermédiaire |114  de Noûs-Monogène, ces substances dans la femme mâle, son image, parce que les Valentiniens ne s'accordent pas sur le sexe du Père. Ils y ajoutent encore Horus, qu'ils appellent Métagogès, c'est-à-dire qui conduit tout autour, et Horothétès. C'est par lui, disent-ils, que Sophia fut détournée de ses voies illicites, délivrée de ses maux, fortifiée, rendue à l'hymen, et qu'enfin elle demeura dans le sein du Plérôme. Quant à sa fille Enthymésis, et à la Passion sa compagne, elle fut bannie par Horus, crucifiée et chassée du nombre des Eons. On l'appelle le Mal, substance spirituelle toutefois, puisqu'il est l'émanation naturelle d'un Eon, mais substance informe et hideuse, puisque sa mère n'avait saisi que le vide, fruit débile par conséquent, et déclaré féminin.

XI. Ainsi, après qu'Enthymésis eut été repoussée, et Sophia sa mère rendue à son époux, ce Monogène, ce Noûs, délivré de tout soin par rapport à son père, pour consolider les choses, fortifier le Plérôme et en fixer à jamais le nombre, de peur qu'à l'avenir quelque révolution semblable ne le troublât, clôt cette série par une nouvelle procréation, le Christ et l'Esprit saint: accouplement hideux de deux mâles; ou bien, selon d'autres, l'Esprit saint sera femelle, et le mâle est fécondé par la femelle. Ces deux êtres n'ont qu'une seule et même divinité, qui consiste à compléter l'harmonie des Eons. De cette fonction commune à l'un et à l'autre naissent deux écoles, deux chaires, et comme le principe de la division dans la doctrine de Valentin. Il appartient au Christ d'inculquer aux Eons la nature de leurs alliances (lu vois quelle entreprise il avait sur les bras), de leur donner l'idée de l'inné, de les rendre capables d'engendrer en eux la connaissance du Père, parce qu'il est impossible de le saisir, de le comprendre, de le voir et de l'entendre autrement que par Monogène. Qu'ils apprennent ainsi à connaître le père, d'accord, pourvu qu'ils le connaissent seulement par le fils! Mais ce que je veux flétrir, c'est la perversité de cette |115  doctrine par laquelle on leur enseignait que l'incompréhensibilité du père était la cause de leur perpétuité, et sa compréhensibilité le motif de leur génération et de leur formation. En effet, on insinue par cette proposition, si je ne me trompe, qu'il est avantageux que Dieu ne soit pas compris, puisque ce qu'il y a d'insaisissable chez lui est cause de la perpétuité, et que ce qu'il a de saisissable amène non plus la perpétuité, mais la naissance et l'accident, qui sont dépourvus de perpétuité. Le fils seul, disent-ils, est capable de comprendre le père. Mais de quelle manière est-il compris? Le Christ qu'il a engendré l'a enseigné. Quant à l'Esprit saint, voici ses fonctions spéciales. Il veille à ce que tous, égaux par l'amour de la doctrine, soient à même de poursuivre l'action de grâces et d'entrer dans le repos véritable.

XII. Tous les Eons sont donc égaux en forme et en sagesse, devenus universellement ce qu'est chacun, sans différence entre eux, parce que tous sont réciproquement semblables. Chaque être mâle se confond dans les Noûs, dans les Verbes, dans les hommes, dans les Philètes; de même que les femelles dans les Sigê, les Eglises, les Fortunées, si bien qu'Ovide eût effacé toutes ses métamorphoses, s'il avait connu des métamorphoses bien plus merveilleuses de nos jours. Les voilà réunis, consolidés, et rétablis dans le repos par la vérité: alors, au milieu des transports de l'allégresse, ils célèbrent le père par des hymnes. Le père lui-même est inondé de joie, en entendant les chants joyeux de ses fils et de ses petits-fils. Et pourquoi ne serait-il pas transporté de bonheur, quand le Plérôme n'a plus rien à craindre? Quel pilote ne pousse la joie même jusqu'à l'indécence? Nous voyons tous les jours les joies immodérées des marins. As-tu jamais vu les nautoniers trépignant de plaisir autour du repas auquel chacun d'eux a contribué? Il se passe quelque chose de semblable parmi les Eons. Confondus tous ensemble par la forme, à plus forte raison par le sentiment, et voyant se |116  réunir à eux les nouveaux frères et les nouveaux maîtres, tels que le Christ et l'Esprit saint, ils apportent en commun ce que chacun d'eux avait de meilleur et de plus beau. Ou plutôt, je me trompe: puisqu'ils sont tous une seule et même chose, en vertu de l'égalité dont j'ai parlé plus haut, j'ai eu tort de les comparer au repas appelé symbola, dont le mérite principal consiste dans la variété. Tous apportent en commun le même et unique bien qui les constitue tous.

Il serait bon peut-être de discuter le mode ou la forme de celte égalité générale. De cet argent fourni par plusieurs (3), comme parlent les inscriptions, ils forment donc, en l'honneur et à la gloire du Père, l'astre brillant du Plérôme, et pour fruit parfait, Jésus. Ils le surnomment du nom patronymique de Soter, de Christ et de Verbe; Geai d'Esope, Pandore d'Hésiode, Plat précieux d'Accius, Panacée de Nestor, Miscellanée de Ptolémée. Qu'il eût été plus facile à ces frivoles inventeurs de noms de l'appeler, à l'exemple des Athéniens dans certains spectacles, Pancarpos! Mais, afin d'orner aussi d'une pompe extérieure leur magnifique idole, ils lui donnent pour satellites des anges. S'ils sont ses égaux, d'accord. Mais s'ils sont consubstantiels à Soter, car on ne s'explique pas clairement là-dessus, comment pourra-t-il s'élever au-dessus de ses égaux?

XIII. Cette première série contient donc la première émanation des Eons, qui naissent, s'épousent et engendrent également; les périlleuses vicissitudes de Sophia, qui brûle de connaître son père; le secours d'Horus, qui lui vient fort à propos en aide; l'expiation d'Enthymésis et de la Passion, sa compagne; l'enseignement du Christ et de l'Esprit saint; la réformation tulélaire des Eons; les ornements de Soter, variés comme la plume du paon, et |117  enfin les anges qui font sentinelle devant lui, quoique ses égaux.

---- Mais le reste? me diras-tu.

---- Portez-vous bien et battez des mains (4); ou plutôt, écoutez ce qui me reste à dire, et couvrez-le de vos mépris. D'ailleurs, tout cela se passa, dit-on, dans le cercle même du Plérôme; c'est la première scène de la tragédie. La seconde partie s'accomplit par delà la toile qui sépare ]a scène, je veux dire en dehors du Plérôme, s'il est vrai toutefois qu'agir dans le sein du Père et dans les limites de la surveillance d'Horus, c'était se mouvoir librement en dehors de Dieu et là où il n'était pas.

XIV. Enthymésis, en effet, ou bien Achamoth, selon le nom qui lui est donné et dont l'interprétation est obscure, après avoir été confiné avec la Passion, sa compagne inséparable, dans les lieux étrangers à la lumière, qui sont le domaine du Plérôme et rappellent le vide d'Epicure, Enthymésis souffre par le lieu même où elle est reléguée. Toujours est-il qu'elle n'a ni forme, ni apparence, procréation défectueuse et avortée. Pendant qu'il en est ainsi, le Christ, fléchi par les Eons supérieurs, est conduit sur la terre par Horus, pour compléter par sa propre vertu celte production incomplète, toutefois en lui donnant la forme de la substance uniquement, mais non celle de la science. Il lui en arriva quelque émanation cependant; car elle garda un parfum d'incorruptibilité par lequel, avertie de son infortune, elle aspire à des dons plus excellents. Le Christ, après avoir rempli cette mission de miséricorde dans la société de l'Esprit saint, rentre dans le Plérôme. L'usage applique aux choses des noms qui rappellent le donateur. Enthymésis a pour origine le désir lui-même. D'où vient Achamoth? on le cherche encore. Sophia émane du Père, l'Esprit saint de l'ange qui était |118  dans le Christ, et loin duquel Enthymésis abandonnée avait éprouvé le désir. Aussi s'élança-t-elle à la recherche de sa lumière. Si elle ne le connaissait nullement, puisque son opération avait été invisible, comment recherchait-elle une lumière qui lui était aussi inconnue que son auteur? Elle l'essaya toutefois; peut-être même eût-elle réussi à la découvrir, si ce même Horus, qui s'était si heureusement présenté à la mère, ne se fût jeté si malencontreusement à la traverse de la fille, en lui criant, Iao, comme qui dirait: « Arrière, Romains (5)! ou bien: J'en jure par César. » De là cet Iao que l'on trouve dans les Ecritures. Ainsi arrêtée dans ses investigations et ne pouvant atteindre jusqu'à la Croix, c'est-à-dire jusqu'à Horus, parce qu'elle n'avait jamais joué le Lauréolus de Catulle (6), et livrée enfin à la Passion, sa compagne, elle commença d'en ressentir toutes les perplexités et les aiguillons; le chagrin, parce qu'elle avait échoué dans son entreprise; la crainte, de peur que la vie ne lui échappât comme lui avait échappé la lumière; puis la consternation; puis encore l'ignorance. Il n'en était pas d'elle comme de sa mère. Celle-ci était un Eon; mais sa condition à elle rendait son sort encore plus déplorable, puisqu'elle avait à lutter contre une autre sollicitude, je veux dire sa conversion au Christ, par lequel elle avait été appelée à la vie et formée pour cette conversion elle-même.

XV. Eh bien! Pythagoriciens, Stoïciens, et toi aussi, Platon, apprenez tous d'où la matière, que vous faites innée, a pris son origine et sa substance dans ce vaste assemblage de l'univers, mystère que Mercure-Trismégiste lui-même, maître de tous les physiciens, n'a pu |119  pénétrer. Tu viens d'entendre nommer la Conversion, autre espèce de Passion: c'est d'elle, assure-t-on, qu'a été formée l'ame de ce monde, l'ame elle-même du Démiurgue, c'est-à-dire l'ame de notre Dieu. Tu connais le Chagrin et la Crainte: ce sont eux qui ont donné naissance à toutes les autres créatures; car la masse des eaux est venue des larmes d'Achamoth. Il est facile d'apprécier l'étendue de sa calamité par la multiplicité des eaux qui jaillirent d'elle. Elle en eut de salées, elle en eut d'amères, de douces, de chaudes, de froides, de bitumineuses, de ferrugineuses, de sulphureuses, d'empoisonnées; de sorte que la source de Nonacris qui tua Alexandre, lui emprunta son venin, ainsi que celle de Lynceste, qui produit l'ivresse, et celle de Salmacis, qui amollit le courage. C'est Achamoth qui a versé les pluies du ciel en poussant des cris; ce sont des douleurs et des larmes étrangères que nous prenons soin de conserver dans nos citernes. De même les éléments corporels ont été tirés de sa consternation et de sa frayeur. Toutefois, au milieu de son immense solitude, dans la vaste étendue de son abandon, elle riait de temps en temps, au souvenir qu'elle avait vu le Christ: de la joie de son sourire rayonna la lumière. Pourquoi ce bienfait de la Providence qui la forçait à sourire? Etait-ce pour que l'homme ne vécût pas toujours ici-bas dans les ténèbres? Ne t'étonne pas que de sa joie ait jailli pour le monde un élément si lumineux, puisque de sa tristesse est émané pour le monde un agent si nécessaire. O rire qui illumine! ô larme qui arrose! Achamoth cependant avait là un remède à l'horreur de sa retraite. Toutes les fois qu'elle voulait en dissiper l'obscurité, elle n'avait qu'à sourire, ne fût-ce même que pour ne pas invoquer ceux qui l'avaient abandonnée.

XVI. Voilà en effet que, fidèle aux exemples maternels, elle recourt à la prière. Mais le Christ, auquel il répugnait de sortir une seconde fois du Plérôme, chargea le Paraclet de le remplacer. Il lui envoie donc Soter, ou |120  Jésus, auquel le Père avait donné toute puissance sur chacun des Eons, avec la vertu pour les soumettre à ses lois, afin que « tout fût renouvelé en lui, » selon l'Apôtre; il le lui envoie avec le ministère et le cortège des anges nés en même temps que lui. Ne dirais-tu pas qu'il s'avance avec les douze faisceaux? Achamoth, épouvantée de la pompe qui l'environne, se couvre aussitôt d'un voile, obéissant d'abord aux sentiments de vénération et de modestie; puis elle le contemple, lui et sa splendeur salutaire. Elle s'avance au-devant de lui par les forces mêmes qu'elle en avait reçues, et lui adresse ces mots: Salut au Seigneur! Alors, j'imagine, celui-ci l'accueille, la fortifie, ajoute à sa première forme celle de la connaissance, la délivre de tous les outrages de la Passion, qu'il expulse avec plus d'attention qu'il n'avait fait pour les infortunes de sa mère. En effet, il réunit ensemble tous ces vices invétérés et fortifiés par le temps, et, après en avoir formé une masse solide, il les sépara pour qu'elles eussent à former la matière corporelle, disposant la Passion incorporelle inhérente à Achamoth à pénétrer aussitôt dans les substances contraires des corps par son aptitude et son essence, de sorte qu'il sortit de là deux espèces de substances; les mauvaises qui naquirent des vices; les substances exposées aux passions qui provinrent de la conversion. Telle est l'origine de la matière qui nous a mis les armes à la main contre Hermogène et tous ceux qui soutiennent que Dieu créa le monde à l'aide de la matière, au lieu de l'avoir formé de rien.

XVII. Achamoth, une fois délivrée de tous ses maux, marche de progrès en progrès, et porte des fruits plus merveilleux. Echauffée dans tout son être par la joie d'avoir échappé à son infortune, et entrant dans une sorte de fermentation par la contemplation des lumières angéliques, j'ai honte d'un pareil langage, mais il m'est impossible de m'exprimer autrement, elle se prend d'amour au fond d'elle-même pour les anges, et sent grossir son |121  sein par une conception spirituelle, devant cette image, que la violence de ses transports et la joie d'une excitation voluptueuse avaient introduite et comme imprimée dans son cœur. Elle enfanta donc. Dès-lors il y eut trois substances qui provenaient de trois causes. La première était matérielle, elle avait son origine dans la passion; la seconde était animale, elle était fille de la conversion; la troisième enfin était spirituelle, elle émanait de l'imagination.

XVIII. Plus propre à l'action par l'autorité de ses trois enfants, elle entreprend de perfectionner chacune de ces espèces. Mais elle ne put atteindre la substance spirituelle, parce qu'elle est elle-même spirituelle. Car la ressemblance de nature ne permet point à des êtres égaux et consubstantiels d'agir réciproquement l'un sur l'antre. Dans celle intention, elle borne ses efforts à la substance animale, après avoir produit les lois de Soter. Et d'abord, ô blasphème qu'on ne peut ni prononcer, ni lire, ni entendre sans horreur! elle produit notre Dieu, le Dieu de tous les hommes, excepté des hérétiques (7), le Père, le Créateur, le Roi de tous les êtres qui sont postérieurs. Tous, en effet, viennent de lui, si toutefois ils viennent de lui et non pas plutôt de celle Achamoth par laquelle, à son propre insu, secrètement et semblable à l'automate qui obéit à l'impulsion extérieure, il était mû dans chacune de ses opérations. En un mot, c'est à cause de cette ambiguïté de personnes dans les œuvres, qu'ils lui ont imposé le nom combiné de Métropator, tandis que toutes ses autres appellations sont distinctes conformément à la nature et à la condition de ses actes, de sorte que pour les substances animées, qu'ils rangent à la droite, ils l'appellent Père, mais que pour les substances matérielles qu'ils relèguent à la gauche, ils le nomment Démiurgue; et Roi, lorsqu'il s'agit du gouvernement de l'ensemble. |122 

XIX. Mais la propriété des noms ne s'accorde pas même avec la propriété des œuvres d'où émanent tous les noms, puisque toutes ces œuvres auraient dû porter le nom de celle qui les créait, si ce n'est toutefois qu'elles n'ont pas même été produites par elle. En effet, quand ils disent que leur Achamoth, pour faire honneur aux Eons, grava dans son esprit leurs images, ils la dépouillent de cette gloire pour la reporter à son premier auteur, à Soter, dont elle ne fut que l'instrument; de sorte que c'est Soter qui lui suggéra l'image du Père invisible et inconnu, image inconnue et invisible au Démiurgue; Soter qui lui donna l'idée du Noûs Démiurgue, son fils, tandis que les Archanges, œuvre du Démiurgue, représentaient tous les autres Eons. Quand je vois sortir tant d'images de trois êtres, je te le demande, comment ne rirais-je pas des images de leur peintre extravagant? Quoi ï la femelle Achamoth sera l'image du Père! Quoi! le Démiurgue ne connaîtra pas sa mère et à plus forte raison son père! Quoi! l'image de Noûs qui ignore son père! Quoi! enfin, les anges, qui ne sont que des serviteurs, devenus les représentants de leurs maîtres! Voilà ce que j'appelle décrire un mulet d'après un âne, et faire le portrait de Ptolémée sur celui de Valentin.

XX. Le Démiurgue, placé hors des limites du Plérôme, et plongé dans la honteuse solitude de son éternel exil, créa un nouvel empire, le monde présent, qu'il forma du mélange des êtres animés et matériels, après en avoir banni la confusion et avoir distingué la diversité de cette double substance. En dehors des substances incorporelles, il édifie des corps lourds, légers, qui s'élèvent et qui descendent, célestes et terrestres: puis il couronne par son propre trône les sept étages du ciel; de là vient qu'il a été appelé Sabbat, à cause du septénaire de son domicile; de là vient encore que sa mère Achamoth se nomme l'Ogdoade, à cause de l'Ogdoade primogénitale. Quant aux deux, ils leur assignent l'intelligence; quelquefois aussi |123  ils les font anges, ainsi que le Démiurgue lui-même; le Paradis, c'est leur quatrième archange, puisqu'ils le placent au-dessus du troisième ciel. Adam garda quelque chose de sa vertu après y avoir séjourné au milieu des nuages et des arbrisseaux. Ptolémée n'avait pas oublié les fables que l'on raconte aux enfants, et où l'on rencontre des fruits dans la mer, des poissons sur les arbres. Voilà pourquoi il plaça des vergers dans les hauteurs du ciel. Le Démiurgue opère aveuglément: aussi ne sait-il pas sans doute que les arbres ne peuvent pousser que sur la terre. La mère le savait parfaitement. Que ne le lui suggérait-elle, puisqu'elle exécutait ses conceptions? Mais, en élevant pour son fils un si vaste empire par ces œuvres qui le proclamaient père, dieu et roi, long-temps avant les rêveries des Valentiniens, pourquoi n'a-t-il pas voulu que ces œuvres lui fussent connues? Je l'examinerai plus tard.

XXI. En attendant, il faut savoir que Sophia est aussi surnommée Terre et Mère, comme qui dirait Terre-Mère, et, chose plus ridicule encore, Esprit saint. Ils ont accordé à cet être femelle tous les honneurs, la barbe aussi sans doute, pour ne rien dire de plus. Mais d'ailleurs le Démiurgue, grâce à sa faiblesse originelle, puisqu'il n'était qu'un des animaux, savait si peu s'élever par la connaissance jusqu'aux choses spirituelles, que, s'imaginant être seul, il se parla ainsi à lui-même: « Je suis le Dieu, et d'autre que moi, il n'y en a pas. » Toutefois, il savait bien qu'il n'avait pas existé autrefois. Il comprenait donc qu'il avait été créé, et qu'un être créé suppose toujours un créateur quel qu'il soit? Par quel hasard lui semblait-il donc qu'il était seul, si, sans avoir même celte certitude, il soupçonnait au moins qu'il y avait quelque créateur?

XXII. Je leur pardonnerais plus volontiers leurs absurdités honteuses sur le diable, ne fût-ce que par la raison que la souillure de son origine s'y prête davantage. Ils le |124  font naître de la malignité du chagrin que ressentit Achamoth. Ils donnent la même origine aux anges, aux démons, et à toutes les générations des puissances spirituelles du mal. Ils ne laissent pas d'affirmer cependant que le diable est l'œuvre du Démiurgue; ils l'appellent souverain du monde, et ils tiennent qu'en vertu de sa nature spirituelle, il connaît plus les Eons supérieurs que le Démiurgue, qui est tout animal. Le père de toutes les hérésies mérite bien la prééminence qu'ils lui accordent.

XXIII. Voici dans quelles limites ils placent comme la citadelle de chacune de ces puissances. Dans les hauteurs les plus élevées siège le Plérôme en trente personnes, dont Horus garde la ligne la plus reculée. Au-dessous de lui, Achamolh occupe l'espace intermédiaire, foulant aux pieds son fils. Car au-dessous d'elle réside dans son septénaire le Démiurgue, ou plutôt le diable, habitant de ce monde qui lui est commun avec nous, et dont chaque élément, chaque corps, ainsi que nous l'avons dit plus haut, est formé des fécondes infortunes de Sophia; de sorte que l'Esprit n'aurait jamais eu un espace pour aspirer et expirer l'air, ce vêtement léger de tous les corps, ce révélateur de toutes les couleurs, cet instrument qui mesure les temps, si la tristesse de Sophia n'en avait produit les légères molécules, de même que sa frayeur a créé les animaux, et sa conversion, le Démiurgue lui-même. A tous ces éléments, à tous ces corps fut soufflé le feu. Comme ils n'ont pas encore expliqué la passion originelle de leur Sophia, je penche à croire jusque là que le feu jaillit de ses mouvements fébriles. Car, qu'elle ait eu la fièvre dans ces violentes tortures, on le croira volontiers.

XXIV. Après avoir rêvé de pareilles chimères sur Dieu, ou sur les dieux, à quelles chimères ne faut-il pas s'attendre quand il s'agira de l'homme? En effet, le Démiurgue, après avoir produit le monde, se met à l'œuvre pour créer l'homme. Il choisit pour sa substance, non pas, disent-ils, quelque parcelle de celte aride, que nous |125  reconnaissons nous autres comme terre unique (comme si, lors même qu'elle n'eût pas été aride dans la suite, elle n'aurait pu l'être alors dans le limon qui restait après la séparation des eaux), mais il emprunte au corps invisible de cette matière philosophique, ce qu'elle avait de fluide et de fusible. D'où venaient ce fluide et ce fusible? Il m'est impossible de l'imaginer, puisqu'il n'existe nulle part. Si en effet ce sont là deux propriétés du liquide, et que tout liquide soit né des larmes de Sophia, nous devons en conclure que ce limon se forma de la pituite et de l'humeur visqueuse de Sophia, parce que celles-ci sont la lie des larmes, de même que ce qui se précipite est le limon des eaux. C'est ainsi que le Démiurgue façonne l'homme et l'anime de son souffle. Par là il sera terrestre, animal, fait à l'image et à la ressemblance du Démiurgue. Etre quadruple! En tant qu'image, il est réputé terrestre, c'est-à-dire matériel, quoique le Démiurgue ne soit pas matériel; comme ressemblance, il est animal, car cette propriété appartient au Démiurgue. Tu as déjà deux de ses formes. Ils veulent ensuite qu'un vêlement charnel ait recouvert cette organisation terrestre, et ce vêlement, c'est la tunique de peau qui tombe sous les sens.

XXV. Achamoth avait gardé de la substance de Sophia sa mère, une portion de semence spirituelle, de même qu'Achamoth elle-même en avait communiqué quelques parce'les à son fils le Démiurgue, mais à l'insu de ce dernier. Pourquoi cette précaution clandestine? Tu vas le connaître. Elle avait déposé et caché cette semence, afin qu'au moment où le Démiurgue transmettrait son ame à Adam par la vertu de son souffle, cette semence spirituelle coulât par le même canal jusque sur l'homme terrestre, et que déposée dans ce corps matériel comme dans une matrice où elle pût s'élaborer et grandir, elle fût trouvée capable de recevoir un jour le Verbe parfait. Ainsi, lorsque le Démiurgue fit passer dans Adam l'effusion de son ame, l'homme spirituel se glissa secrètement avec ce, |126  souffle et fut introduit dans ce corps, parce que le Démiurgue ne connaissait pas plus la semence de sa mère que sa mère elle-même. Cette semence, ils l'appellent l'Eglise, image de l'Eglise d'en haut, et berceau de l'homme: ils le font donc des cendres d'Achamoth, de même qu'ils tirent l'animal du Démiurgue, le terrestre de la substance primordiale, et la chair de la matière. Nouveau, c'est-à-dire quadruple Géryon, qui se dresse devant toi.

XXVI. Voici la fin qu'ils assignent à chacun d'eux: à la substance matérielle, c'est-à-dire charnelle, qu'ils appellent aussi la gauche, une mort infaillible; à l'animale, qu'ils nomment par opposition la droite, une vie douteuse, parce que flottant entre la matérielle et la spirituelle, elle doit tomber là où. elle aura le plus penché. Mais d'ailleurs ils affirment que la substance spirituelle entre dans la formation de l'animale, afin que celle-ci puisse s'instruire avec sa compagne, et se former en conversant avec elle. L'animal, en effet, manquait de la connaissance des choses sensibles; voilà pourquoi furent créés les phénomènes de ce monde; voilà pourquoi Soter prit dans le monde la forme animale, c'est-à-dire pour sauver la substance animale. Par un autre mélange monstrueux, ils veulent qu'il ait revêtu quelque chose des trois substances à l'universalité desquelles il apportait le salut, de sorte qu'il reçut d'Achamoth la substance spirituelle, et du Démiurgue le Christ animal qu'il revêtit bientôt après. D'ailleurs corporel, puisqu'il provenait de la substance animale, mais formé avec un art merveilleux et inénarrable, dans l'œuvre qu'il avait à remplir, il fallut la force pour qu'il s'exposât malgré lui à être abordé, vu et touché par les hommes, aussi bien qu'à mourir. Mais il n'y eut en lui rien de matériel, parce que la matière est exclue du salut, comme s'il avait été nécessaire à d'autres qu'à ceux qui avaient perdu le salut. Et pourquoi ces chimères? Afin que les Valentiniens, en refusant notre chair au Christ, la déshéritent aussi de l'espérance du salut. |127 

XXVII. Maintenant j'achève ce qui concerne leur Christ. Quelques-uns greffent sur lui Jésus, avec autant de licence qu'ils introduisent la semence spirituelle dans la substance animale, lorsqu'ils la fortifient par le souffle divin, amas d'extravagances qu'ils débitent sur les hommes et leurs dieux. Ils veulent, en effet, que le Démiurgue ait aussi son Christ, fils qu'il a engendré de sa substance. Il l'a créé animal, disent-ils; c'est le même qui a été proclamé par les prophètes; son existence est une question de préposition, c'est-à-dire qu'il est né par une vierge et non d'une vierge; parce que, descendu dans une vierge, il la traversa plutôt qu'il n'en sortit selon les lois de la génération, passant par son canal plutôt que prenant naissance en elle, et au lieu de l'avoir pour mère, ne s'en servant que comme d'un chemin. Soter, sous la forme d'une colombe, descendit donc alors sur ce Christ dans le sacrement du baptême. Or, il y eut aussi dans ce Christ un assaisonnement de la semence spirituelle d'Achamoth, sans doute pour prévenir la corruption de tout le mélange. En effet, ils lui donnent pour renfort quatre substances, à l'exemple de la Tétrade souveraine: la substance d'Achamoth, ou la spirituelle; celle du Démiurgue, ou l'animale; la corporelle ou inénarrable; et enfin celle de Soter, c'est-à-dire celle de la colombe. Quant à Soter, il demeura jusqu'à la fin dans le Christ, impassible, insaisissable, inaccessible aux outrages. En un mot, aussitôt qu'on en vint aux actes de violence, il se retira de lui pendant l'instruction dirigée par Pilate, Conséquemment la semence de la mère ne fut point en butte aux outrages, parce qu'elle est incapable d'être atteinte par eux, ignorée du Démiurgue lui-même. Celui qui souffre, c'est le Christ animal, le Christ charnel, à l'imitation de ce Christ supérieur qui, pour produire Achamoth, avait été étendu sur la Croix, c'est-à-dire sur Horus, sous une forme substantielle, mais non sensible. Voilà comme ils défigurent nos dogmes, Chrétiens imaginaires eux-mêmes. |128 

XXVIII. Cependant le Démiurgue, dans l'ignorance universelle où il était, quoi qu'il doive un jour annoncer lui-même quelque chose par ses prophètes, mais sans avoir même l'intelligence de cette œuvre (car ils attribuent l'autorité prophétique en partie à Achamoth, en partie à la semence, en partie au Démiurgue), le Démiurgue n'a pas plutôt appris l'arrivée de Soter, qu'il s'avance à la hâte et triomphalement au-devant de Soter, avec toutes ses forces, véritable centurion de l'Evangile. Eclairé par lui sur tous les points, il apprend aussi de sa bouche l'espérance qu'il est destiné à remplacer sa mère. Depuis ce jour, rassuré sur son existence, il poursuit le gouvernement de ce monde, aussi longtemps qu'il le faudra, ne fût-ce que pour protéger l'Eglise.

XXIX. Je recueillerai ça et là, en terminant, ce qu'ils débitent sur la formation du genre humain. Après avoir déclaré qu'originairement la nature était triple, et pourtant réunie dans Adam, ils finissent par la diviser ensuite en trois espèces, avec leurs propriétés particulières, prenant occasion de cette distinction dans la postérité d'Adam lui-même, qui se divisait aussi en trois par ses différences morales. Caïn, Abel et Seth, source du genre humain en quelque façon, deviennent pour eux comme autant de ruisseaux de nature et d'essence particulières. Ils appliquent à Caïn la substance terrestre, déshéritée du saint; Abel représente la substance animale, destinée à des espérances douteuses; enfin ils enferment dans Seth la semence spirituelle qu'attend un salut infaillible. Aussi distinguent-ils les ames, d'après leur double propriété; en bonnes et mauvaises, suivant qu'elles tirent leur essence, terrestre de Caïn, animale d'Abel, spirituelle de Seth. Par-dessus tout cela, ils introduisent accidentellement, non pas à titre de nature, mais de simple bienveillance, cette rosée que verse du haut des cieux Achamoth sur les ames qui sont bonnes, c'est-à-dire rangées dans la catégorie animale; car, quant à l'espèce terrestre, en d'autres termes, quant |129  aux ames mauvaises, le salut leur est absolument interdit. Ils ont déclaré, en effet, que la nature n'admet ni changement ni réforme. Cette graine de la semence spirituelle est petite et faible quand elle tombe, mais à mesure qu'elle se développe, la foi grandit avec elle, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Elle est le principe de la supériorité de ces ames sur les autres ames, si bien que le Démiurgue, même aux jours de son ignorance, en fit le plus grand cas. C'est dans leur registre qu'il avait coutume de choisir les rois et les pontifes. Si ces ames parviennent à saisir la connaissance pleine et parfaite de ces inepties, identifiées désormais à ces propriétés par la fraternité de la semence spirituelle, elles obtiendront un salut certain, que dis-je? un salut qui leur est dû de toute manière.

XXX. Voilà pourquoi ils regardent les œuvres comme leur étant inutiles, et se dispensent de l'accomplissement de tout devoir, se dérobant même à la nécessité du martyre, sur je ne sais quelle frivole interprétation. Ils veulent, en effet, que cette règle ne soit imposée qu'à la semence animale, afin que nous conquérions par le mérite de l'acte le salut que nous ne possédons pas par le privilège de notre nature. C'est nous qui formons la catégorie de cette semence, essence imparfaite que nous sommes, parce que nous provenons des amours de Philète, et de l'avortement par conséquent, à peu près comme leur mère. Mais aussi, malheur à nous, si nous secouons sur quelque point le joug de la discipline, si nous nous engourdissons dans l'exercice de la sainteté et de la justice, si nous désirons de rendre témoignage ailleurs, je ne sais où, et non en face des puissances de ce monde et devant les tribunaux des proconsuls. Quant à eux, qu'ils s'arrogent la noblesse de l'extraction par la licence de leur vie et l'amour du dérèglement; Achamoth doit protéger les siens, puisque ses dérèglements lui ont si bien profité. On dit en effet que chez eux, pour honorer les mariages célestes, il faut méditer et célébrer toujours le sacrement, en s'attachant à la |130  compagne, c'est-à-dire à la femme. Mais d'ailleurs, quiconque vit dans ce monde sans aimer la femme et s'unir à elle, ils le tiennent pour un homme dégénéré et bâtard de la vérité. Que feront donc les eunuques que nous voyons parmi eux?

XXXI. Il reste à parler de la consommation dernière et de la dispensation des récompenses. Achamoth n'aura pas plutôt pressé la moisson de toute sa postérité, qu'elle se mettra dès-lors en devoir de la rassembler dans ses greniers; ou bien, lorsque cette semence, portée au moulin et réduite en farine, aura été enfermée par elle dans le coffre où elle sera pétrie et mêlée à l'eau, jusqu'à ce que toute cette masse soit entrée en fermentation, alors arrivera la consommation universelle. Dès ce moment, Achamoth quittera la région du milieu et le second étage du ciel, pour être transportée dans

le ciel le plus élevé et rendue au Plérôme. Aussitôt ce Soter, formé de tous les Eons, l'accueille et devient son époux: nouvel hymen! nouveau couple! Voilà l'époux et l'épouse, ainsi que le Plérôme nuptial des Ecritures. Ne dirait-on pas en effet que la loi Julia (8), ainsi que celle de Caïus (9), suit les Eons à mesure qu'ils voyagent d'un lieu dans un autre? Le Démiurgue lui-même, abandonnant son septénaire souscéleste pour monter dans l'étage supérieur, s'établira dans le cénacle vide de sa mère, la connaissant dès-lors, mais ne la voyant pas. S'il en était ainsi, il eût préféré une éternelle ignorance.

XXXII. Quant à l'espèce humaine, voici sa destinée. A tout ce qui porte la marque terrestre et matérielle, destruction absolue, parce que « toute chair est semblable à l'herbe des champs, » et que l'ame meurt dans leur |131  système, à l'exception de celles qui ont trouvé le salut par la foi. Les ames des justes, c'est-à-dire les nôtres, seront transférées auprès du Démiurgue, dans les tabernacles du milieu. Grâces soient rendues à l'hérésie! Nous nous contentons d'habiter avec notre Dieu, où il nous est permis de monter. Aucune substance animale n'est admise dans le palais du Plérôme, à l'exception de l'essaim spirituel de Valenfin. Là donc les hommes eux-mêmes, c'est-à-dire les hommes intérieurs, commencent par se dépouiller. Se dépouiller, c'est déposer les ames dont ils paraissaient revêtus, et ils rendront à leur Démiurgue celles qu'ils avaient tenues éloignées de lui. Alors ils deviendront des esprits purement intellectuels, impalpables, invisibles, et dans cet état, ils seront introduits invisiblement dans le Plérôme; clandestinement, si les choses se passent ainsi. ----Et après? ---- Ils seront distribués aux anges satellites de Soter. ---- A titre de fils peut-être? ---- Point du tout.----Pour leur servir d'appariteurs? ---- Pas davantage. ---- Mais ce sera donc pour être leurs images? ---- Plût au ciel qu'ils eussent même cette espérance! ---- Mais à quelle fin, s'il est permis de le dire? ---- Pour leur servir d'épouses. Alors les anges s'applaudiront dans les douceurs du mariage de l'enlèvement et de la répartition de ces Sabines.

Voilà quelle sera la récompense des hommes spirituels; voilà quel sera le salaire de leur foi. Tel est donc le mérite de ces fables. Grâce à elles, un Marc, un Caïus, un Sévère (10), reprenant cette chair avec tous ses organes, qu'il soit mari, père, aïeul, bisaïeul, peu importe, pourvu qu'il soit homme, entrera dans le palais nuptial du Plérôme, afin d'engendrer avec l'ange, je le dis en rougissant, quelque Eon onésime (11). Une fois que ces hymens, |132  légitimement contractés à la lueur des flambeaux et sous le voile de pourpre, auront eu leur cours, le feu secret s'élancera, j'imagine, dévorera toute substance, et après avoir réduit en cendres et anéanti ce qui existe, il finira lui-même. Dès ce moment, plus de fables! Mais que fais-je, téméraire que je suis, qui, non content de révéler un si grand sacrement, y ajoute la raillerie. Je dois craindre qu'Achamot, qui n'a pas voulu se faire connaître même à son fils, n'en perde la tête. Philète va s'en irriter; la Fortune en aura le cœur gros. Et. cependant, je suis la créature du Démiurgue; je dois retourner là où, après la mort, il n'y a plus de mariage; où, au lieu d'être dépouillé, « je dois revêtir par-dessus ce corps un vêtement d'immortalité; » où, quoique dépouillé de mon sexe, je serai assimilé aux anges; où il n'y a ni ange mâle ni ange femelle; où personne enfin ne me profanera dans un corps qui retrouverait alors sa mâle énergie.

XXXIII. Après cette comédie merveilleuse, je produirai, en forme de symphonie dernière, quelques points que j'ai préféré ajourner jusqu'à ce moment, de peur de troubler l'ordre du récit ou de dissiper l'attention du lecteur par l'introduction de ces détails, sur lesquels d'ailleurs ne s'accordent pas les réformateurs de Ptolémée. En effet, il est sorti de son école « des disciples qui ont été plus que le maître; » ils ont assigné à Bythos deux épouses, la Pensée et la Volonté. La Pensée ne lui suffisait pas réellement, parce qu'il n'aurait rien pu produire avec elle seule, tandis qu'avec deux la procréation était des plus faciles. Le premier fruit de cet accouplement fut Monogène et la Vérité; la Vérité, être femelle à l'image de la Pensée; Monogène, être mâle à l'image de la Volonté. La Volonté, en effet, en vertu de sa force qui réalise les conceptions de la Pensée, est mise en possession du sexe masculin. |133 

XXXIV. Quelques-uns, plus respectueux, et se souvenant de l'honneur dû à Dieu, afin de lui épargner la honte même d'un seul hymen, aimèrent mieux n'assigner aucun sexe à Bythos: peut-être même le regardent-ils comme quelque chose de neutre. D'autres, au contraire, font plus. Ils affirment que leur Dieu est mâle et femelle, afin sans doute que Fénestella, le commentateur des Annales, ne s'imagine plus qu'il n'y a d'hermaphrodite qu'à Luna (12).

XXXV. Il en est qui n'accordent pas le premier rang, mais seulement le second à Bythos: ils placent l'Ogdoade avant toutes choses, et la dérivent elle-même de la Tétrade, mais sous d'autres noms. En première ligne vient Proarchê; puis Anennoêtos; puis Arrhêtos; et enfin Aoratos. De Proarchê, procédèrent au premier et au cinquième rang, Arche; d'Anennoêtos, au second et au sixième rang, Acataleptos; d'Arrhêtos, au troisième et septième rang, Anonomastos; de l'Invisible, au quatrième et huitième rang, Agennêtos. En vertu de quelle raison chacun des ces Eons naît-il en deux lieux différents et si distants l'un de l'autre? J'aime mieux l'ignorer que de l'apprendre. Quelle sagesse y a-t-il dans ces monstrueuses productions?

XXXVI. Qu'ils sont plus raisonnables ceux qui, repoussant cette déplorable perversité, n'ont pas voulu qu'un Eon servît de degré à l'autre, véritable échelle des Gémonies, mais qui, aussitôt qu'a été jetée la serviette, comme le dit le proverbe, font éclore d'un seul coup cette Ogdoade sous l'aile du Père et de son Ennœa, c'est-à-dire de sa Pensée. En un mot, chacun des noms répond à chacun de ses mouvements. Lorsque, disent-ils, il a pensé à produire, il a été appelé Père pour cette raison. Lorsqu'il a produit, comme il a produit des choses véritables, il en a reçu le nom de Vérité. Lorsqu'il a voulu se manifester lui-même? |134  il a été nommé Homme. Ceux qu'il a produits après que sa Pensée eut médité d'avance leur formation, ont été appelés dès ce moment l'Eglise. L'Homme a fait entendre son Verbe, voilà le Fils premier-né. Au Verbe s'est ajoutée lu Vie, et la première Ogdoade a été complète. Mais tout cela n'est que dégoût profond.

XXXVII. Ecoute les autres découvertes de ce sot personnage, flétri d'avance par Ennius (13), de ce maître le plus renommé des sectaires, et qui, en vertu de son autorité pontificale, a rendu cet oracle: « Avant toutes choses existe Proarchê, l'inimaginable, l'inénarrable, et pour lequel la langue humaine ne trouve pas de nom. Moi je l'appelle Monotès; avec lui résidait une autre Vertu que j'appelle Hénotès. Monotès et Hénotès, c'est-à-dire Solitude et Unité, n'étant qu'une seule et même chose, produisirent sans produire le principe intellectuel et inné de toutes choses, que la langue grecque appela Monade. » Celle-ci renferme en elle une vertu consubstantielle qu'il appelle Union. Ces quatre vertus, Solitude, Singularité, Unité, Union, donnèrent naissance au reste des Eons. Merveilleuse distinction! Change Union et Unité, Solitude et Singularité: de quelque nom que tu les désignes, c'est toujours la même chose.

XXXVIII. Secondus fut un peu plus humain, en étant plus court; il partage l'Ogdoade en deux Tétrades, la droite et la gauche, la lumière et les ténèbres: seulement il ne veut pas que la vertu incomplète et avortée sorte de quelqu'un des trente Eons, mais des fruits qui proviennent de leur substance. |135 

XXXIX. Quelle diversité entre eux sur notre Seigneur Jésus! Ceux-ci le forment d'une émanation de tous les Eons; ceux-là soutiennent qu'il est produit seulement par les dix qu'engendrèrent le Verbe et la Vie: de là vient que les yeux du Verbe et de la Vie s'arrêtèrent sur lui. Les uns le font naître préférablement des douze Eons, qu'enfantèrent l'homme et l'Eglise; voilà pourquoi, ajoutent-ils, il a été nommé Fils de l'homme. Les autres disent qu'il a été formé par le Christ et l'Esprit saint, qui ont pour fonction de veiller au maintien de l'universalité, et qu'il hérite, en vertu de ses droits, du nom que porte son Père. Il en est qui se sont imaginé d'assigner une origine différente au Fils de l'homme, quoiqu'ils aient osé, à cause de la grandeur du sacrement de son nom, appeler le Père lui-même du nom d'homme. O insensé, que peux-tu désormais espérer d'un Dieu que tu fais ton égal!

D'où germent chez eux de pareilles inventions! De l'impure semence de leur mère. C'est ainsi que les doctrines des Valentiniens vont se perdre en grandissant dans les obscurités des Gnostiques.

Source : http://www.tertullian.org/french/g3_04_adversus_valentinianos.htm

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Les ébionites selon Tertullien et Origène

Publié le 11 Décembre 2012 par Jean-Pierre Lémonon dans Gnose

Tertullien, mort vers 220, et Hippolyte sont contemporains. Le premier a étudié à Rome, l’autre y a vécu et y a joui d’une certaine notoriété. Or, ces deux écrivains présentent Ébion comme un personnage historique qui aurait donné son nom à une hérésie (De la Prescription 33, 3-5.11). Sans doute cette historicisation du nom est-elle née dans les milieux romains ; plus tard, et dans une autre région, Épiphane la connaîtra également. Cependant l’interprétation du nom donnée par Origène, et reprise par Eusèbe, semble plus vraisemblable.



Sur l’origine du nom


Dans le “Contre Celse”, écrit apologétique, Origène réfute l’ouvrage d’un philosophe païen, Celse, le “Discours véritable”, attaque raisonnée du christianisme publiée vers 178. Concernant les ébionites, Origène prend un malin plaisir à insister sur l’harmonie entre le nom et la réalité quand il rappelle le sens du terme ébion en hébreu : '' [Celse] n’a pas remarqué que ceux des Juifs qui croient en Jésus n’ont pas abandonné la Loi de leurs pères. Car ils vivent en conformité avec elle et doivent leur appellation à la pauvreté d’interprétation de la Loi. “Ébion” est en effet le nom du pauvre chez les Juifs et “ébionites” l’appellation que se donnent ceux des Juifs qui ont reçu Jésus comme Christ '' (“Contre Celse” 2,1).

Dans son “Traité des principes” 4,3,8, il revient sur la pauvreté des ébionites quant à l’interprétation des paroles et des gestes de Jésus. À la suite d’Origène, Eusèbe jouera avec la racine hébraïque sous-jacente : '' dès le début, on appela à juste titre ces hommes ébionites, parce qu’ils avaient sur le Christ des pensées pauvres et misérables '' (H.E. 3,27,1).

Les ébionites appuient leur attachement aux coutumes juives, en particulier à la circoncision, en interprétant littéralement les textes de la Genèse sur la circoncision d’Abraham. Origène, pour sa part, propose une interprétation allégorique de ces textes : '' Ce ne sont pas seulement les Juifs charnels qu’il nous faut confondre sur la circoncision, mais aussi quelques-uns de ceux qui ont apparemment reçu le nom du Christ et qui s’imaginent pourtant qu’il leur faut adopter la circoncision de la chair, comme les ébionites et ceux qui, par une semblable pauvreté d’esprit, se fourvoient avec eux '' (“Homélies sur la Genèse” 3,5). En effet, tout comme les Juifs, les ébionites n’ont pas compris le sens spirituel de l’Écriture : '' Et [le Seigneur] appela la foule et il leur dit : “Écoutez et comprenez… et la suite”. Ces mots nous transmettent l’enseignement du Sauveur, ce qui a trait aux aliments purs et impurs, au sujet desquels nous sommes accusés de violer la Loi par les Juifs “selon la chair” et les ébionites, à peine différents de ces derniers, ne croyons pas que l’Écriture vise le sens matériel de ces prescriptions '' (“Commentaire sur Matthieu” 9,12).

À l’origine, comme ce fut le cas pour les pharisiens ou pour les chrétiens (Ac 11, 26), '' ébionites '' fut, en fait, quoi qu’en dise Origène, un sobriquet donné par leurs adversaires à un groupe de croyants. Les intéressés ont repris cette dénomination non sans fierté : ce qualificatif ne les plaçait-il pas dans la ligne des '' pauvres d’Israël '' ? De plus, cela pouvait les rattacher aux '' pauvres '' de Jérusalem dont Paul et Barnabé doivent se souvenir à la suite de la reconnaissance de la grâce faite à Paul pour l’évangélisation des nations (Ga 2, 10).

 


Les ébionites, témoins d’une continuité ?


Selon Origène, Celse a mis en scène un Juif qui s’adresse à l’ensemble des '' croyants issus du judaïsme '' en leur reprochant de s’être laissé berner, car ils ont changé de nom et se sont détournés de leur genre de vie en abandonnant la Loi de leurs pères. Pour réfuter une telle accusation Origène note : '' Il faut donc examiner ce que [Celse] dit contre les croyants venus du judaïsme. Il affirme qu’ “abandonnant la Loi de leurs pères, à cause de la séduction exercée par Jésus, ils ont été bernés de la plus ridicule façon et ont déserté, changeant de nom et de genre de vie”. Il n’a pas remarqué que ceux des Juifs qui croient en Jésus n’ont pas abandonné la Loi de leurs pères. Car ils vivent en conformité avec elle, et doivent leur appellation [d’ébionites] à la pauvreté d’interprétation de la Loi. […] De plus, Pierre paraît avoir gardé longtemps les coutumes juives prescrites par la Loi de Moïse, comme s’il n’avait pas encore appris de Jésus à s’élever du sens littéral de la Loi à son sens spirituel. Nous l’apprenons des Actes des Apôtres. '' (“Contre Celse” 2,1).

À l’appui de son affirmation Origène cite l’épisode de Corneille, en particulier le passage des Actes où Pierre exprime ses vives résistances face à des nourritures impures (Ac 10, 9-15). Il fait également référence à l’incident d’Antioche où Céphas, Barnabé et bien d’autres se tinrent à l’écart des Gentils. Dans sa volonté de réfuter Celse qui présente Jésus comme un séducteur du peuple, détournant celui-ci de ses coutumes, Origène rappelle que Paul lui-même n’hésitait point à se faire '' Juif avec les Juifs '' (1 Co 9, 20). Cette attitude fut d’ailleurs celle de tous les proclamateurs de l’Évangile qui s’adressèrent aux circoncis.

Par ce rappel de l’existence des ébionites, Origène réfute les propos médisants de Celse. Certes, il n’approuve pas leur interprétation de l’Écriture, mais, en faisant ainsi appel à eux, il leur donne une certaine place dans la communauté chrétienne, tout en affirmant qu’ils font partie de ces gens qui ne se sont pas encore élevés du sens littéral de la Loi à son sens spirituel, or le vrai chrétien est celui qui a réussi ce passage. Cet appel relativement serein aux ébionites laisse pressentir que ces derniers sont plus divers que ne le laisse entendre Origène dans ses premières œuvres. À travers les textes néo-testamentaires qu’il met en avant, on pressent l’appui que les ébionites recherchent pour justifier leur attachement aux coutumes juives ; ils continuent les pratiques et les manières d’être de Jésus et de ses disciples.

 


Sur la christologie des ébionites


Origène réfléchit sur le Christ établi comme un signe de contradiction selon la prophétie de Syméon et souligne que la virginité de sa mère ne fait pas l’objet d’une interprétation unanime. '' Une vierge est mère, voici un signe de contradiction ; les marcionites s’opposent à ce signe et affirment avec insistance que le Christ n’est pas né d’une femme ; les ébionites s’opposent à ce signe et disent qu’il est né d’un homme et d’une femme, comme c’est le cas pour notre naissance à nous '' (“Homélies sur saint Luc” 17,4). Ce reproche est classique à l’adresse des ébionites, mais il doit être nuancé.

En effet, vers 250, dans le “Contre Celse”, œuvre relativement tardive, Origène reconnaît la diversité du monde ébionite, car il existe en effet au moins deux types d’ébionites. Les deux groupes acceptent Jésus, mais en plus de leur fierté d’être disciples, ils désirent vivre selon la Loi des Juifs tout comme leurs coreligionnaires. Sur ce fonds commun apparaissent cependant des divergences, car quelques-uns confessent '' que Jésus naquit d’une vierge comme nous le faisons et [il en est d’autres] qui nient ceci et affirment qu’il naquit comme les autres gens '' (“Contre Celse” 5,61). Donc, dès le milieu du IIIe s., les tenants de la '' grande Église '' sont bien obligés de reconnaître que les ébionites qu’ils n’aiment pas et qu’ils critiquent violemment ne forment pas un groupe monolithique.

 


Sur Paul, l’ennemi


Comme Irénée l’avait déjà exprimé avec clarté, Paul est la bête noire des ébionites qui se sentent tout à fait en harmonie avec les adversaires de l’Apôtre.

Refus de l’enseignement de l’Apôtre.

[…] Eusèbe de Césarée confirme le propos d’Origène : '' il [leur] fallait complètement rejeter les épîtres de l’apôtre Paul, qu’ils appelaient un apostat de la Loi, ils se servaient uniquement de l’Évangile dit selon les Hébreux et tenaient peu compte des autres '' (H.E. 3,27,4). […]

Une conviction judaïsante.

Un peu avant Origène, Tertullien n’était pas étonné par l’opposition des ébionites à Paul. Pour lui, l’“Épître aux Galates” réfute merveilleusement les ébionites : '' quand [Paul] écrit aux Galates, il s’élève contre ceux qui pratiquent ou défendent la circoncision et la Loi : c’est l’hérésie d’Ébion '' (“De la Prescription” 33,5). L’apologiste met ainsi un lien entre les judaïsants de Galatie et les ébionites ; Paul ne visait pas cette hérésie, mais l’“Épître aux Galates” contient tout ce qui est utile à sa réfutation.

Eusèbe de Césarée confirme l’intuition de Tertullien. Certes les ébionites sont divisés au moins en deux groupes, car tous n’ont pas la même confession christologique, mais ils sont profondément unis par leur attachement à la loi de Moïse, sans que tous confèrent la même signification à cet attachement. Pour les uns, la seule foi au Christ ne suffit pas au salut, pour les autres, la Loi qu’ils observent soigneusement n’est pas indispensable au salut.

Nous avons là la raison de l’opposition radicale des Pères face aux disciples de Jésus qui sont attachés aux coutumes juives et qui accordent une valeur salvatrice à la Loi. Quand ils ne leur sont pas hostiles, ils pressentent un danger toujours possible. En effet, une telle pensée ruine la foi à sa racine même. Certains ébionites se situent tout à fait dans la ligne des judaïsants dénoncés par Paul dans l’“Épître aux Galates”. On ne sera donc pas étonné que des gens, qui accordent une valeur salvifique à la Loi de Moïse, rejettent les épîtres de l’Apôtre, et que certains dénoncent avec vigueur la trahison de ce dernier.

Jean-Pierre Lémonon

Source : http://www.bible-service.net/site/677.html

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Les Nicolaïtes

Publié le 11 Décembre 2012 par X dans Gnose

Introduction

Les doctrines des Nicolaïtes sont condamnées par le Messie dans l'Apocalypse dans son message aux Églises. Nous voyons que l'Église condamnait ces doctrines au temps des Éphésiens, mais à partir de la période de Pergame, elles avaient infiltré l'Église.Apocalypse 2:1-7 Écris à l'ange de l'Église d'Éphèse : Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, celui qui marche au milieu des sept chandeliers d'or 2 Je connais tes œuvres, ton travail, et ta persévérance. Je sais que tu ne peux supporter les méchants ; que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs ; 3 que tu as de la persévérance, que tu as souffert à cause de mon nom, et que tu ne t'es point lassé. 4 Mais ce que j'ai contre toi, c'est que tu as abandonné ton premier amour. 5 Souviens-toi donc d'où tu es tombé, repens-toi, et pratique tes premières œuvres ; sinon, je viendrai à toi, et j'ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes. 6 Tu as pourtant ceci, c'est que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, œuvres que je hais aussi. 7 Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises : À celui qui vaincra je donnerai à manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu.

L'Arbre de Vie a une signification en rapport aux doctrines Gnostiques et aux cultes des Mystères.

Ici, l'Église est félicitée pour avoir résisté, jusqu'à la haine, aux doctrines des Nicolaïtes. Ainsi, elles doivent avoir été présentes assez tôt dans l'histoire de l'Église. Elles semblent prendre de l'ampleur et pénétrer l'Église à partir de Pergame. Apocalypse 2:12-17 Écris à l'ange de l'Église de Pergame : Voici ce que dit celui qui a l'épée aiguë, à deux tranchants : 13 Je sais où tu demeures, je sais que là est le trône de Satan. Tu retiens mon nom, et tu n'as pas renié ma foi, même aux jours d'Antipas, mon témoin fidèle, qui a été mis à mort chez vous, là où Satan a sa demeure. 14 Mais j'ai quelque chose contre toi, c'est que tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam, qui enseignait à Balak à mettre une pierre d'achoppement devant les fils d'Israël, pour qu'ils mangeassent des viandes sacrifiées aux idoles et qu'ils se livrassent à l'impudicité. 15 De même, toi aussi, tu as des gens attachés pareillement à la doctrine des Nicolaïtes. 16 Repens-toi donc ; sinon, je viendrai à toi bientôt, et je les combattrai avec l'épée de ma bouche. 17 Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises : À celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée, et je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n'est celui qui le reçoit.

Les Nicolaïtes sont une secte énigmatique mentionnée seulement dans ce texte. Qui étaient-ils ? Qu'enseignaient-ils qui soit condamné si fermement ? La réponse se trouve dans le labyrinthe de l'histoire.

Les traces historiques ayant traits aux Nicolaïtes

Les premières mentions que nous avons d'eux par les autorités traditionnelles sont dans les écrits d'Ignace. Il est accrédité en tant que disciple de Jean avec Polycarpe. Il est censé avoir vécu de 30 à 107 EC (ère courante) et, par conséquent, n'étant encore qu'un enfant, il est censé avoir vu Christ, d'après des légendes plus tardives. Il fût évêque de l'Église à partir de la mort de Jean. Il mourut martyr, et légua son esprit à Polycarpe qui assuma la direction de l'Église. Il était aussi appelé Théophore, ce qui montre par ses écrits à quel point les premiers Chrétiens sentaient la présence de l'Esprit Saint (2Cor. 6:16). Dans la lettre d'Ignace aux Tralliens (Ch. XI, voir ANF, Vol. I, p. 71), nous lisons que Simon est condamné en tant que le fils premier né de Satan, avec Menander et Basilide. Ils étaient des gnostiques et cette épître fut écrite à la fin de la vie d'Ignace avant que Basilide aille en Alexandrie où il prospéra sous le règne des empereurs Adrien et Antoninus Pius, vers 120-140 EC. Epiphanius dit qu'il était originaire d'Antioche et un disciple de Menander, mais Eusèbe et Theodoret affirment qu'il était natif d’Alexandrie. Ignace montre ainsi qu'il était actif en tant que disciple de Menander et donc, Simon Magus à Antioche, de là Epiphanius est correct (ibid. ; cf. J.P. Arendzen, Cath. Encyc., art. ‘Basilide,’ Vol. II, p. 326. Arendzen tira probablement sa conclusion dans le but de rejeter la longue épître d'Ignace qui n'est pas trinitaire et en désaccord avec ses positions).

Ainsi, l'époque où nous pouvons situer les Nicolaïtes est au moins antécédente à 107 EC des premiers temps du Gnosticisme.

Ignace, dans la longue épître dit : Fuyez également les Nicolaïtes, ainsi faussement appelés, qui sont des amants du plaisir et se livrent à des discours calomniateurs (ANF, ibid.).

Nous déduisons trois choses de cet énoncé. D'abord, les Nicolaïtes étaient incorrectement nommés. Les déductions faites ou leur étant attribuées en tant que disciples de Nicolas, diacre de l'Église, sont fausses. Nous examinerons ceci plus loin.

Deuxièmement, les Nicolaïtes étaient des amants du plaisir, et troisièmement, ils se livraient à la calomnie dans leurs discours. En d’autres mots, ils accusaient et dénigraient leur opposition. Ainsi, les écrits d’œuvres accusatoires sont classés comme étant des actes de Nicolaïtes.

Ignace les mentionne encore dans son épître aux Philadelphiens. Ignace y déclare que le Nicolaïte (ainsi faussement appelé) voit le plaisir comme seule finalité et les unions illégales comme une bonne chose. Ainsi, la finalité de l'action est le plaisir (comme le verrait un hédoniste). Nous pouvons déduire à partir des commentaires d'Ignace que les unions illégales peuvent avoir dépassé la simple fornication, et, en effet, comme nous le verrons, l'adultère était sans conséquence pour eux. Les commentaires du Chapitre VI de cette épître indiquent aussi un problème dans leur vue de l'incarnation. Ignace nie la doctrine que Dieu la Parole a demeuré dans un corps humain y étant à l'intérieur en tant que la Parole et non en tant qu'une âme humaine. Il semble affirmer qu'il y était en tant qu'une âme humaine. Ainsi, d'après ce texte, les Nicolaïtes sont les précurseurs des Trinitaires. Ceci explique probablement pourquoi cette épître fut abrégée puis réécrite un peu plus tard.

De ce tout premier aperçu des Nicolaïtes, nous allons à Irenaeus (Irénée) qui était la lignée suivante de succession, étant enseigné par Polycarpe et par conséquent, séparé par une génération d'Ignace, né probablement entre 120 et 140 CE.

Irenaeus, disciple de Polycarpe, qui fut lui-même disciple de Jean, a écrit à propos des Nicolaïtes dans son œuvre Contre les hérésies, Ch. XXVI (ANF, Vol. I, pp. 351-352).

Après avoir condamné les Ebionites, il procède à la condamnation des Nicolaïtes mais semble ignorer le commentaire d'Ignace et accepter l'origine de la secte avec Nicolas. Ceci est probablement une assomption. Il dit : Les Nicolaïtes sont les disciples de ce Nicolas qui était un des sept premiers ordonnés au diaconat par les apôtres [la note 1 de ANF affirme que ce fait est contesté par d'autres anciennes autorités]. Ils mènent des vies d'indulgence sans restriction. Le caractère de ces hommes est clairement dénoncé dans l'Apocalypse de Jean [lorsqu'ils sont présentés], comme enseignant que l'adultère et la consommation de viandes sacrifiées aux idoles sont des questions sans importance. Par conséquent, la Parole a parlé d'eux de cette manière : "Tu as pourtant ceci, c'est que tu hais les œuvres des Nicolaïtes, œuvres que je hais aussi."

Irenaeus, dans le Chapitre XXII, identifie la source de l'hérésie comme venant des Gnostiques et provenant de Simon et de Menander – comme le fait Ignace. Pourtant contrairement à Ignace, il semble accepter que Nicolas soit à l'origine des Nicolaïtes. La vérité est probablement qu'une certaine vue de clémence a été portée à l'extrême et que la branche de l'Église sous Nicolas dans laquelle elle est initialement apparue, est devenue corrompue et s'est retirée. C'est le sens que nous lisons dans les lettres de Jean. Dans 1Jean 2, nous voyons la division dans l'Église qui découle de cette doctrine concernant la Divinité et la transgression de la Loi. Il est possible que Jean écrivait pour corriger les doctrines qui cherchaient à affirmer que l'humanité et la divinité de Christ étaient séparées et également que la loi était réduite, comme nous le voyons dans les doctrines des Gnostiques orientaux à partir de Simon jusqu’à Menander et les Nicolaïtes. Ce texte frappait au cœur de la structure trinitaire et c'est pourquoi ils devaient altérer la doctrine de l'Antéchrist trouvée dans 1Jean 4:1-2. Les Trinitaires ont altéré le texte pour lire comme suit : 1Jean 4:1-3 Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. 2 Reconnaissez à ceci l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu ; 3 et tout esprit qui ne confesse pas que Jésus Christ est venu en chair n'est pas de Dieu, c'est celui de Antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde.

Le texte original toutefois apparaît dans Irenaeus et est écrit ainsi : Reconnaissez à ceci l'esprit de Dieu : Chaque esprit qui confesse que Jésus Christ est venu dans la chair est de Dieu ; et chaque esprit qui sépare Jésus Christ n'est pas de Dieu mais de l'Antéchrist.

Socrate, l'historien dit (VII, 32, p. 381) que le passage a été altéré par ceux qui souhaitaient séparer l'humanité de Jésus Christ de sa divinité.

Il semble donc que nous avons affaire aux Nicolaïtes ou à une de leur branche qui a introduit deux vues hérétiques spécifiques. L'une concernait la Divinité et l'autre concernait l'introduction de l'antinomisme, touchant aussi le concept de l'amour. Tandis que la doctrine a été éventuellement changée de sorte que les éléments du péché les plus grossiers et les plus antisociaux étaient raffinés, les principes de base de l'élévation et de la séparation de l'humanité et de la divinité du Christ ont été maintenus. La doctrine a finalement été absorbée dans la Trinité, et elle devenue plus aberrante en tant qu'antinomisme dans les sectes mais étant établie comme la grâce éliminant l'argument de la Loi, ce qui est une des fonctions du Christianisme courant moderne. Il y a d'autres aspects des doctrines que nous examinerons également.

Nous savons des écrits de Clément d'Alexandrie que les Carpocratiens ont aussi adopté l'opinion que les Nicolaïtes avaient abusé du nom et des paroles du diacre Nicolas (voir ANF, Vol. II, p. 385 ; aussi Élucidation, IV, p. 404).

Dans le Stromata ou Miscellanies Tome III (le seul qui n'a pas été traduit en anglais) au Chapitre IV, nous lisons Clément traiter des Carpocratiens et du détournement des enseignements de Nicolas par les Nicolaïtes. Dans la première partie, il traite des commentaires de Christ allégués à Philippe faits dans Mathieu 8:22 et Luc 9:60.

Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts.[Quod si usurpent vocem Domini, qui dicit Phillipo "Sine mortuos sepelire mortuos suos, tu autem sequere me".]

L'argument ayant trait à la corruption du corps semble être déduit de cette forme. L'argument à l'encontre des Nicolaïtes est réduit à ce sens, citant Mathieu 6:24 et Luc 16:13 "convenientir Domini Praecepto, ‘duobus dominis servire’, voluptati et Deo". Que l'on peut traduire comme ceci : "Tu ne peux servir deux maîtres, la volupté et Dieu".

Dans ce texte, Clément réduit les hérétiques en deux classes. La première classe dans laquelle il place les Nicolaïtes vise ceux qui adoptent un mode de vie incontrôlé et la seconde classe représente ceux qui affectent avec impiété la continence ou le célibat. C'est la raison principale pour laquelle cette œuvre demeure en latin et n'a pas été traduite. Les compilateurs de Ante-Nicene Fathers l'ont fait délibérément comme nous pouvons le voir de la note 1 page 381 : Après beaucoup de réflexions, les Éditeurs ont jugé hautement préférable de publier l'ensemble de ce livre en latin. [Dans le livre précédent, Clément a montré, non sans un penchant prononcé en faveur de la chasteté du célibat, que le mariage est un statut saint, et conforme avec l'homme parfait en Christ. Il entre maintenant dans la réfutation des faux gnostiques et de leurs principes licencieux. Professant de commencer avec des règles plus strictes, et méprisant les ordonnances du Créateur, leur résultat a été en pratique la pire des immoralités. Les conséquences mélancoliques d'un célibat imposé sont ici toutes prévues et démontrées ; et ce livre, quoique nécessairement offensif à l'égard de nos préférences chrétiennes, est un commentaire des plus utiles sur l'histoire du monasticisme et du célibat des prêtres dans les Églises occidentales. La résolution des éditeurs d'Edhinburg de donner ce livre seulement aux érudits, en latin, est probablement sage. Je joins [ci- dessous] une analyse des élucidations.] (ANF, Vol. II, p. 381).

Ce texte fut laissé en latin pour apparemment protéger les grands pécheurs de leur propre ignorance, ou plus probablement, le célibat clérical des condamnations que son aberration non biblique méritait grandement.

Clément condamne les arguments gnostiques concernant le célibat aussi bien que les actes licencieux et note que Pierre était marié, que le diacre Philippe avait donné en mariage ses filles et suppose que Paul était également marié. (voir Elucidations, VII, p. 405).

Il n'y a aucun doute que Clément considérait que les Nicolaïtes abusaient des enseignements du diacre Nicolas et qu'ils sont classés parmi la honteuse secte des hérétiques. Il refuse à ces deux classes le titre de Gnostique, car Clément lui-même en était quasiment un et considérait le titre comme un honneur, lié à la connaissance de la foi proche de l'ésotérisme.

La fois suivante où nous entrons en contact avec la doctrine des Nicolaïtes est dans les écrits attribués à Tertullien (voir la traduction de S. Thelwell de l'appendice Against All Heresies, ANF, Vol. III, p. 649). Thelwell relègue ce texte comme un faux traité attribué à Tertullien mais écrit [selon Oehler] par Victorinus Petavionensis, i.e. Victor, évêque de Poetovio sur la Drave, en Styrie autrichienne. Jérôme déclare explicitement que Victorinus a écrit adversus omnes Haeresies. Allix est incertain de son auteur. Si Victorinus l'a écrit, il demeure ante-Nicéen car celui-ci est mort en martyr pendant la persécution de Dioclétien aux alentours de 303 EC.

Qu'il soit de Tertullien ou de Victorinus, après avoir énuméré l'histoire et les points de vue des écoles à partir de Simon Magus jusqu'à Basilide, en passant par Menander, le texte affirme : Un autre hérétique surgit ; c’est Nicolas. Il était compté parmi les sept diacres qui furent choisis dans les Actes des Apôtres [Actes 6:1-6]. Il soutint que les Ténèbres convoitèrent la Lumière d’une manière honteuse. Je rougirais de rapporter tout ce qui est sorti d’immonde de cette union obscène. En effet, il parle de certains Éons impudiques, tels que les embrassements, les unions exécrables et hideuses [voir n. 7 à la p. 650], et d’autres choses plus révoltantes encore. Il crée ensuite sept esprits, dieux et démons, et invente mille extravagances aussi sacrilèges qu’infâmes. Passons-les sous silence, puisque la pudeur nous défend de nous y arrêter. Il nous suffit que l’Apocalypse du Seigneur condamne par la vénérable autorité de sa sentence toute cette hérésie des Nicolaïtes, en disant : « Tu as cela pour toi, que tu hais les actions des Nicolaïtes, comme moi-même je les hais. » [http://www.intratext.com/IXT/FRA0307/_P2.HTM]

Le texte continue ensuite sur la description des Ophites, qui vénéraient le serpent parce que c'est le serpent qui donna à l'homme la connaissance du bien et du mal.

De tout cela, nous voyons que cette doctrine est un développement du Gnosticisme antinomien ou licencieux. Originellement attribué à un développement de Nicolas, un des diacres originaux, une assertion démentie par les disciples les plus anciens, il a été accepté comme un enseignement venant de lui.

Cela semble former la base de l'hérésie que Jean devait combattre dans son épître aux Parthes. Elle n'était pas seulement un comportement licencieux, mais était également liée à une vue particulière de la Divinité, cherchant à placer l'humanité et la divinité de Christ à des niveaux tels que Dieu la Parole entra dans le corps et que, de quelque manière, l’humanité de Christ en fut altérée. Ceci bien sûr résulta dans la structure trinitaire qui altéra la compréhension de la structure de l'humanité et de la divinité de l'incarnation. Pour cette raison, les commentaires en 1Jean 4:1-3 ont été altérés afin d'obscurcir le texte.

Augustin affirme que l'épître de Jean fut écrite aux Parthes (voir Nicene and Post Nicene Fathers (NPNF), Séries 1, Vol. VII, p. 459). Nous examinerons ailleurs la signification de ceci, mais la portée de l'hérésie Gnostique était ainsi répandue comme l'Église a été démontrée comme se trouvant au milieu des Parthes.

Hippolyte mentionne également les Nicolaïtes (dans The Refutation of all Heresies, Book VII, Ch. XXIV, ANF, Vol. V, p. 115) dans la section sur les Melchisédekiens. Il dit de Nicolas : Mais Nicolas a été une des causes de la grande propagation de ces hommes vils. Lui, étant un des sept (choisis) pour le diaconat [le septième, voir Acte 6:5], fut ordonné par les Apôtres. (Mais Nicolas) s'éloigna de la bonne doctrine, et avait l'habitude de prêcher l'indifférence en matière de vie et de nourriture. Et lorsque les disciples (de Nicolas) ont continué d'insulter l'Esprit Saint, Jean les a réprimandés dans l'Apocalypse en tant que fornicateurs et mangeurs de viandes sacrifiées aux idoles. [Apoc. 2:6].

Les détails sont amenés progressivement, à partir d'Irenaeus, I, 26 ; Tertullien Praescript., cxiv; Epiphanius Haer., cxxv ; Eusèbe Hist. Eccles., iii, 29 ; Theodoret Haer. Fab, I, 15 ; et ensuite Augustin Haer., cv.

Nous constatons une distorsion progressive des arguments à partir de la fausse attribution à Nicolas et la distorsion de la doctrine concernant la Divinité et la loi, pour aboutir à l'indulgence dans le péché et la promiscuité, sans aucune mention de la Divinité et de la loi qui étaient une question centrale lorsque discutée initialement.

Nous en avons pourtant une idée, en examinant la section concernant les Nicolaïtes de Clément d'Alexandrie, quand il dit (dans Stromata or Miscellanies Volume II, Ch. XIX, ANF, Vol. II, p. 373) : Tels aussi sont ceux qui suivent Nicolas, citant une de ses phrases qu'il distord, disant que la chair doit être maltraitée. Mais cet homme digne avait montré qu'il était nécessaire de limiter les plaisirs et les convoitises, et par un tel entraînement de se dégager des impulsions et propensions de la chair. Mais ils s'abandonnèrent au plaisir comme des chèvres, comme s'ils insultaient leurs corps, vivant des vies de laisser aller extrême ; ignorant que la chair est perdue, étant de nature sujette à la dissolution, alors que leur âme est enterrée [par] le piège du vice, suivant l'enseignement du plaisir lui-même, non pas de l'homme apostolique. Nous voyons ici que les enseignements du diacre Nicolas, pour vaincre les convoitises de la chair ont été tordus par les gnostiques infiltrés dans l'Église. Ces Nicolaïtes, comme ils s'appelaient eux-mêmes, ont attaqué la nature de Dieu et la Loi, et ont ainsi régressé au péché. La raison pour laquelle ces arguments n'ont jamais été exprimés par les théologiens est extrêmement simple. Clément en montre l'intention dans la prochaine séquence en ces mots : ... D'où il m'apparaît que la loi divine menace nécessairement, avec la crainte que, à force de prudence et d’attention, le philosophe puisse acquérir et conserver l'absence d'anxiété, continuant sans chute et sans péché en toutes choses. Car la paix et la liberté ne sont pas autrement gagnées que par une lutte incessante et intransigeante contre nos convoitises. Car ces adversaires fermes et olympiques sont plus piquants que des guêpes, pour ainsi dire. Et particulièrement le Plaisir qui, non seulement de jour, mais aussi de nuit, est dans les rêves, piégeant, complotant et mordant avec sorcellerie. Comment donc les grecs peuvent-ils encore être justes en piétinant la loi, quand ils enseignent eux-mêmes que le Plaisir est l'esclave de la peur ? ...

Nous voyons ici que le centre de l'argument est la loi et sa réduction dans l'antinomisme. Ainsi la Divinité devait être réduite et le Christ surélevé dans le but d'éliminer les lois de l'Ancien Testament et de Dieu. Cette doctrine n'a pas été exposée adéquatement parce qu'elle est le centre des arguments loi/grâce du Christianisme trinitaire dominant. Ils ne peuvent pas l'exposer sans s'exposer eux-mêmes, donc peu est écrit à ce sujet.

C'est la raison pour laquelle Jean écrit sur la nature du péché et la doctrine de l'Antéchrist, le combinant dans la même épître avec la doctrine de l'amour. Ces trois éléments furent combinés dans l'hérésie qui attaqua l'Église, et ne peut qu'être un développement de l'hérésie gnostique qui engendra l'église chrétienne dominante. En examinant l'histoire de cette doctrine, il semble extrêmement probable que nous étudions ici la réfutation des doctrines gnostiques, appelées plus tard Nicolaïtes dans la première épître de Jean et que cette hérésie divisa rapidement l'Église. Cela engendra plus tard la fondation du système plus modéré du Christianisme dominant qui adopta la dualité des systèmes ascétique et libéral, les combinant à l'intérieur de l'église dans les distinctions prêtre/laïque que nous observons aussi dans le dualisme et le montanisme manichéens

Cette vue nous amène ensuite vers un autre aspect important incorporé dans le Christianisme trinitaire ou dominant qui dépend ou peut être tiré de la signification du nom. Les Nicolaïtes avaient la vue de la loi et de la grâce, qui fut modifiée, à l'instar de tous les aspects du système syncrétique de Babylone de la prostituée.

Le nom est allégué être dérivé de Nicolas mais il est approprié d'examiner la structure du texte grecque original.

Toutefois avant d'examiner la structure du nom, un autre aspect à considérer d'eux est ce que Fleury dit d'eux : ciel. Ils en ont nommé un calaucauch, abusant d’un passage d’Ésaïe, où se lisent ces mots hébreux : cau-la-cau, cau-la-cau, pour représenter l’insolence avec laquelle les impies se moquaient du prophète, en répétant plusieurs fois quelques-unes de ses paroles (ANF, Vol. V, p. 154).

Ce texte est lié à la réfutation des doctrines des Naassènes par Hippolyte (Réfutation de Toutes les Hérésies, ANF, Livre V, Ch. II, p. 52).

Les trois termes étaient Caulacau, Saulasau et Zeesar, signifiant respectivement espoir, tribulation et espoir dans un sens amoindri (voir note p. 52 et à Irenaeus, ANF, p. 350). Les commentaires se réfèrent à Ésaïe 28:10. Ce texte est dirigé contre Juda qui est semblable à la Samarie dans son hédonisme effréné et cela est la base de la réaction qu'il engendre chez les gnostiques licencieux comme les Nicolaïtes. La connaissance est reçue précepte sur précepte, règle sur règle – d’où la répétition de Saulasau et Caulacau. Précepte ici est SHD 6673 tsav, comme une injonction, signifiant un commandement et donc une loi ou un précepte. Les antinomiens s'attaquaient à la loi et l'appelaient tribulation. Règle sur règle est SHD 6957 kav ou kawv ainsi cela devient kawv-la-kawv. C'est une corde utilisée pour mesurer et aussi une corde musicale, d'ou accord. C'est en ce sens une ligne. Par la loi, tout était mesuré, et c'est le sens du texte d'Ésaïe et par conséquent, ridiculisé par les Naassènes et contenu dans la cosmologie des Nicolaïtes. Les Gnostiques, et ici, également les Nicolaïtes étaient à l'origine du principe de la grâce mais pas la loi des Trinitaires antinomiens modernes qui sont leur descendants logiques.

L'histoire des Nicolaïtes est aussi mentionnée par Eusèbe (Church History, NPNF, Series 2, Vol. 1, p. 161). Après avoir traité de Cérinthe, il écrit : À cette époque, la secte ainsi nommée des Nicolaïtes fit son apparition et ne dura que peu de temps. Il en est fait mention dans l'Apocalypse de Jean. Ils se targuaient du fait que Nicolas était leur fondateur, un des diacres qui, avec Étienne, furent ordonnés par les apôtres pour s'occuper du ministère des pauvres. Clément d'Alexandrie dans son troisième livre de ses Stromata, relate les événements suivants le concernant [voir Stromata III. 4]. Ils disaient qu'il avait une très belle femme et qu'après l'ascension du sauveur, ayant été accusé de jalousie par les apôtres, il l'amena parmi eux et donna la permission à quiconque le voulait de l'épouser. Car ils affirmaient que cela était en accord avec ses paroles quand il déclarait que l'on devait abuser de la chair. Et ceux qui ont suivi son hérésie, imitant aveuglement et follement, ce qui avait été dit et fait, commettent la fornication sans aucune honte. Mais je comprends que Nicolas n'eût aucune relation avec une autre femme que la sienne, et qu'en ce qui concerne ses enfants, ses filles restèrent vierges tardivement, et que son fils ne fut pas corrompu. Si c'est ainsi, quand il amena sa femme, qu'il aimait jalousement, au milieu des apôtres, c'était de toute évidence pour renoncer à sa passion. Et quand il utilisait l'expression ‘abuser de la chair’, il s'inculquait l’autocontrôle en face des plaisirs qui sont ardemment poursuivis. Car je suppose qu'en accord avec le commandement du sauveur, il ne voulait pas servir deux maîtres, le plaisir et le Seigneur.

Ce discours est une référence à Matthieu 6:24 comme nous le voyons également ci-dessus dans la référence des Stromata de Clément. Eusèbe dit également que Matthias enseignait les mêmes voies, ce qui est noté dans les NPNF note 5 page 161 qui se reportent à l'évangile de Matthias, mentionné par Eusèbe au chapitre XXV. C'est également mentionné par Origène (Hom in Lucam I), par Jérôme (Paef in Matt), et par d'autres auteurs plus tardifs. Cet évangile ne se trouve plus. Clément en préserve quelques fragments dans Stromata II.9, III.4, VII.13. Cet évangile souligne l'ascétisme. On en connaît peu à son propos, mais Lipsius affirme qu'il est identique au [paradoseis Marthion], respecté dans les cercles gnostiques, particulièrement chez les Basilidiens (voir Lipsius Dict. de Christ. Biog., II, p. 716 ; cf. NPNF, ibid., p. 157 n. 30).

On remarquera facilement qu'Eusèbe de Césarée, écrivant à plusieurs siècles de distance, les considérait encore sous l'influence gnostique et qu’ils appartenaient justement aux catégories de Gnostiques qui sont sortis de Syrie et des Samaritains Simon Magus et de son disciple Menander de Caparattea (NPNF, ibid., p. 158). Elles sont passées ensuite à Basilide et aux Nicolaïtes qui étaient plutôt des gnostiques syriens libéraux qui prirent le nom de Nicolaïtes probablement par désir d'envahir et diviser l'Église comme on le voit dans l'épître de Jean, mais qui en furent rejetés. Eusèbe semble penser qu'ils ne durèrent pas longtemps car à l'époque où il écrit, le système avait été adapté et remplacé par une forme syncrétique de Gnosticisme qui combinait des vues libérales et des vues ascétiques en deux niveaux de développement.

Mosheim (Ecclesiastical History, Pt. II, Ch. V, quatrième édition, William Tegg, London, 1865, p. 49) est d’avis que les Nicolaïtes peuvent avoir été initialement un autre groupe que la secte mentionnée par les écrivains du deuxième siècle, Irénée, Tertullien et Clément d'Alexandrie, mais il ne prend pas en compte Ignace. Il est fort probable que Mosheim soit correct de les relier avec les doctrines gnostiques développées comme nous avons vu et qu'ils ne sont pas sortis de Nicolas le diacre. L’opinion de Mosheim concernant le reproche de Christ qui ne les charge d’aucune erreur en matière de foi est insupportable et ne tient pas compte de la prophétie dans l'Apocalypse. Ses commentaires sur les Nicolaïtes sont considérés superficiels. Il considère également Menander comme un fou plutôt qu'un hérétique et semble ne voir qu'une faible connexion entre Simon Magus et Menander contrairement aux écrivains plus anciens.

Selon un écrivain plus récent, pseudo-Dorotheus, il y a eu un Nicolas, évêque de Samarie qui tomba en hérésie et dans des voies mauvaises sous l'influence de Simon Magus et qui, pense-t-on, aurait donné son nom à la secte. Mais il est considéré comme un témoin tardif et sans valeur (ERE, art. ‘Nicolaitans’, Vol. 9, p. 364). Il est dit la même chose du pseudo-Abdias (Acta Apost. Apoc.) qui introduisit un autre Nicolas converti par l'apôtre André après une vie d'auto indulgence (ibid.). L'ERE est d'avis que nous avons affaire à une secte gnostique libertine (ibid., p. 363). Ils sont condamnés pour la consommation de nourritures sacrifiées aux idoles et pour une grande immoralité (ibid., cf. Apoc. 2:14,20). Moss (ERE, ibid., p. 365) croit que la secte gnostique des Nicolaïtes au début du troisième siècle en Asie mineure (Epiphanius Haer., XXV ; cf. pseudo-Tert. adv. omn. Haer., 1 et Hipp. Haer., VII, 24) n'était pas reliée. Leur culte visait la Déesse Mère et la Déesse du Ciel et sa prostitution. Une telle proposition ignore complètement la continuité de l'histoire.

Dans les disputes doctrinales ultérieures, les prêtres mariés ont été attaqués comme immoraux par les promoteurs du célibat. L'argument fut utilisé par le cardinal Humbert (Contra Nicetam 25) qui a décrit l'hérésie Nicolaïte comme la justification du mariage des prêtres.

Cette opinion d'Humbert fut officiellement reconnue au Concile de Plaisance (mars 1095).

Ce que nous constatons est l'émergence du système prêtres/laïques des Nicolaïtes dans le Christianisme dominant, dédié au système de la Déesse Mère en tant que Mariolâtrie, dérivé de sources gnostiques.

Concernant le mariage et les doctrines de l'Église originale

Eusèbe, dans son histoire, se réfère à Clément et confirme que Pierre et Philippe étaient non seulement mariés, mais avaient également des enfants. Il affirme que : Paul n'hésite pas à saluer sa femme dans une de ses épîtres, qu'il n'a pas amenée avec lui, afin de ne pas être incommodé dans son ministère.

Il relate aussi la note de Clément que la femme de Pierre fut tuée en martyre sous ses yeux et il lui cria son encouragement. On lui attribue la paternité de Petronilla, mais peut-être injustement, d'après la tombe de Aurelia Petronilla filia dulcissima, enterrée au cimetière chrétien de Flavia Domitilla. Cette attribution se fonde sur l'idée incorrecte que Petronilla serait un diminutif de Petrus. Les noms de ses enfants ne sont pas connus avec certitude.

Les auteurs des NPNF supposent que Philippe l'apôtre est confondu avec Philippe l'évangéliste qui a quatre filles vierges d'après Acte 21:9. Clément nous déclare qu'elles se sont mariées plus tard s'il parle bien du même Philippe. Mais Polycrate affirme que deux au moins sont restées célibataires (voir NPNF, ibid., p. 162 n. 3,4). Nous pourrions donc parler de deux Philippe différents, l'apôtre et l'évangéliste.

En ce qui concerne Paul, la réponse probable est qu'il considérait le mariage au moment où l'épître aux Corinthiens fut écrite et que les références par Eusèbe et Clément visent une autre épître dans lequel sa femme est nommée. Cela pourrait être celle aux Romains écrite à peu près deux ans après celle aux Corinthiens. Si c'est bien le cas, le chapitre 16 se réfère à sa femme. Rufus et sa mère pourrait ainsi être son beau-frère et sa belle-mère, et la femme bien-aimée serait sa femme. Il pourrait aussi avoir été veuf. Quel que soit le cas, l'histoire réfute le célibat chez les apôtres et les anciens qui étaient tous des maris et des pères fidèles. De même, l’histoire nous apprend que les Nicolaïtes n'étaient pas issus de Nicolas, mais des Gnostiques antinomiens.

Il a été compris par Clément ainsi que par Eusèbe que Paul était marié et les NPNF attribuent cette idée à 1Corinthiens 9:5 mais affirment que 1Corinthiens 7:8 semble dire le contraire. La solution pourrait se trouver dans la structure du texte. Nous apprenons avec certitude dans 1Corinthiens 9:5 que Pierre et les frères du Seigneur étaient tous mariés et Paul demande le droit qu'ils puissent être accompagnés de leurs épouses comme ceux-ci et les autres apôtres le sont.

Il a donc été pensé pendant plusieurs siècles que tous les apôtres, Paul y compris, étaient mariés. Aussi, Judas, le frère du Christ, était marié et avait des fils. Les frères du Christ sont Jacques, Joseph, Simon et Jude (Matt. 13:55). Clopas, l'oncle de Christ, était marié à Marie mère de Jacques le Mineur et Joseph. On le dit aussi père de Siméon, second évêque de Jérusalem. Ce sont ces similarités des noms qui permirent aux Catholiques d'affirmer que les frères du Christ étaient en réalité ses cousins. Pourtant, le frère du Christ était appelé Jacques le Juste et non Jacques le Mineur comme son cousin. Eusèbe lui même, un unitaire subordinationiste, allègue qu'Hegesippius écrit que Clopas était le frère de Joseph (Eusèbe, ibid., Ch. XI, p. 146 ; cf. Livre IV, Ch. 22).

Jean 19:25 déclare clairement que Marie la femme de Clopas était la sœur de Marie la mère du Messie. Donc, soit, nous avons deux frères épousant deux sœurs, soit l'écrit d'Hegepius est mal interprété pour montrer que Clopas est le frère de Joseph.

Jacques le Juste et Siméon, le cousin du Christ moururent en martyrs (voir aussi Eusèbe, ibid., Livre IV, XXII, p. 199). C'est à ce moment que les fils de Jude, frère de Christ, prirent la tête de chaque Église en tant que témoins et parents de Jésus Christ, et ce, depuis le règne de Domitien au moins jusqu'au règne de Trajan, quand Siméon meurt en martyr devant Atticus, gouverneur de l'époque (voir Eusèbe, ibid., p. 164). Eusèbe confirme également qu'Ignace est évêque d'Antioche et second dans la succession de Pierre (succédant Enodius) (voir NPNF, ibid., p. 166 et n. 4).

Ces parents du Christ étaient appelés les desposyni, ce qui signifie littéralement en grec : Appartenant au Seigneur. Ce terme était exclusivement réservé aux parents du Christ et était hautement estimé et respecté jusqu'à la moitié du second siècle. L'ancienne Église juive chrétienne fut toujours entièrement dirigée par ses propres desposyni, chacun portant un des noms traditionnels dans la famille de Jésus : Zacharie, Joseph, Jean, Jacques, Joseph, Siméon, Matthias et ainsi de suite, mais aucun ne fut jamais appelé Jésus ou Yehoshua, i.e. Joshua. Il y avait trois lignées réputées et authentiques de descendants de la famille de Jésus. L'historien catholique romain Malachie Martin essaye de confiner ces lignées de desposyni comme suit. Celles-ci étaient : une de Joachim et Anna, les grands parents maternels de Jésus. Une d'Elizabeth, cousine de Marie, la mère de Jésus, et de son mari Zacharie. Et une de Clophas et de sa femme, également une cousine de Marie. (M. Martin Decline and Fall of the Roman Church, Secker and Warburg, London, 1981, p. 42).

Il acquiesce qu'il y a de nombreux descendants de Joseph (p.43), mais comme tous les Catholiques romains, il essaye de dénier tout lien direct avec Marie, alors même qu'il atteste qu'ils furent attachés à l'Église durant les premières années.

Martin écrit que les descendants, en tant que chefs de l'Église, tinrent conseil avec Sylvestre, évêque de Rome, à propos de la nature entière de l'Église en l'année 318 EC (ibid). L'empereur suppléa le transport maritime jusqu'à Ostie pour huit d'entre eux et ils allèrent ensuite montés sur des ânes jusqu’à Rome, puis à Latran, où Sylvestre vivait maintenant dans la splendeur. Ils portaient de rudes habits de laine avec des bonnets et bottes en cuir. La conversation eu lieu en grec, car ils parlaient araméen mais pas latin, et que Sylvestre ne parlait pas araméen. Martin considère que Joseph, le plus ancien des juifs chrétiens, parlait probablement en leur nom.

Martin affirme que la première division eu lieu en 49 EC à propos de la circoncision, alors que Pierre et Paul s'étaient séparés d'eux en disant être liés par la Torah. C'est bien entendu une assertion erronée basée sur des préjugés catholiques mais cela démontre le problème que nous voyons se développer de ces intrusions gnostiques qui aboutirent finalement en 318 CE par l'éclatante discordance entre la façon dont l'Église était gérée par les descendants juifs du Christ et la soi-disant Église catholique orthodoxe. Depuis la conquête d'Hadrien en 135 EC, tous les Juifs et par extension tous les juifs chrétiens, étaient interdits d'entrer à Jérusalem. Ainsi, la position doctrinale du système original était exclue de Jérusalem pourtant considérée comme centrale à la foi. Les Juifs chrétiens étaient la seule Église chrétienne à Jérusalem jusqu'en 135 EC. Ils l'avaient quittée seulement une fois, avant sa conquête par Titus en 70 EC, lorsqu’ils fuirent vers Pella sous l'autorité de Siméon, selon Martin (ibid.). En 72 EC, ils retournèrent à Jérusalem jusqu'à ce qu’Hadrien les bannisse en 135 EC. Ils installèrent des églises chrétiennes dans toute l'étendue de la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie, mais ils entrèrent en conflit avec les églises chrétiennes grecques à cause de l'observance de la loi ou Torah. C’est la raison selon le Catholicisme moderne pour laquelle Pierre et Paul avaient mis en place un système différent avec les Grecs, mais c’est inexact.

Leur système de gouvernement, basé sur celui de la congrégation était aussi en question. En 318 EC, ils demandèrent à Sylvestre qui était maintenant sous le patronage romain, de révoquer sa confirmation de l’autorité des évêques chrétiens grecs à Jérusalem, Antioche, Éphèse et Alexandrie, et de nommer des évêques desposyni à leur place. De plus, ils demandèrent que la pratique d'envoyer de l'argent à Jérusalem en tant qu'église mère soit reprise. Cette pratique est facilement identifiée comme le système de la dîme de la dîme, en application dans l'Église jusqu'à son bannissement par Hadrien en 135 EC.

Sylvestre rejeta leurs revendications, déclara qu'à partir de ce moment l'église mère se trouvait à Rome et les pressa d'accepter les évêques grecs pour les diriger.

Cela a été le dernier dialogue connu avec l'église orientale observant le Sabbat, dirigée par des disciples descendants de la lignée directe du Messie. Selon les mots de Martin : Par cette adaptation, Sylvestre, soutenu par Constantin, avait décidé que le message de Jésus devait être répandu en des termes occidentaux par des esprits occidentaux sur un modèle impérial (ibid. p.44).

Martin écrit que depuis ce temps, ils n'eurent plus de place dans une telle structure d’église. Ils réussirent à survivre jusqu'aux premières décades du 5ème siècle, mais un par un, ils disparurent. Certains se réconcilièrent avec l'église romaine mais seulement en tant qu'individus. Certains passèrent sous l'anonymat des rites orientaux. Le reste fut chassé comme étant hors la loi. Mais la plupart moururent par l'épée, chassés par les garnisons romaines, ou moururent de famine, dépourvus de leurs petites fermes et furent déportés dans les villes afin d'être contrôlés et réduits à néant par un taux de naissance nul.

Depuis 318 EC, les Nicolaïtes émergèrent victorieux contre les descendants directs de la famille du Messie.

Leurs héritiers furent forcés à se cacher en tant que Pauliciens et en Europe où ils furent persécutés sous le nom de Vaudois

La victoire de Nike et des Mystères

Un nouveau système de gouvernement fut infligé à l'église qui a sa place dans les systèmes des Mystères phrygiens et gnostiques.

Les Phrygiens ont développé les cultes des Mystères qui firent leur entrée à Rome avec des pirates capturés par Pompée vers 64 AEC (avant l’ère courante). Ceci a introduit le système de Mithra et les cultes du soleil à Rome et plus tard dans le Christianisme. Les cultes des Phrygiens appelaient leurs chefs papa ou père et c'est pourquoi Christ interdit à quiconque d’être appelé père sur terre (Matt. 23:9). Père devint un rang dans le système mithriaque (avec Lion et Corbeau, etc.) emprunté des Phrygiens (qui ont aussi développé l'augure par le vol des oiseaux ; ANF, vol II, p 65) et entra dans le Catholicisme comme une modification de ce système païen.

La Mère phrygienne était Cybèle (ANF, Vol. VI, p. 462). C'est un point central dans les Mystères (ibid., Vol. VI, p. 497). Les Phrygiens ont eu leur influence sur le Christianisme à travers le Gnosticisme et également par Tertullien et les Montanistes (voir Vol. II, ibid., p. 62).

Le dieu Attis était aimé par la Mère des Dieux. L'abstinence de vin dans les cultes ascétiques vient de la légende qu'Attis révéla les secrets d'Acdestis sous l'influence du vin. Par conséquent, il est interdit à ceux qui boivent d’entrer dans son sanctuaire. Cet élément des Mystères venu des Phrygiens concernant l'adoration du dieu Attis et de la Grande Mère (qui finalement est identifiée avec Marie) et la décoration du sapin sacré avec des fleurs etc. (i.e. le sapin de Noël) ont pénétré le Christianisme à travers l'ascétisme gnostique (consulter aussi les études Selon Asteius Urbanus, l'hérésie montaniste vit le jour en Phrygie et ceci n'est pas une surprise après ce que nous avons vu jusqu'ici et la nature gnostique de l'hérésie. L'épître de Jean aux Parthes est importante pour cette question.

C'est également à partir de ce moment, avec la montée des Montanistes qu'apparaît initialement la pratique de parler en langues en expressions étranges, contrairement à la tradition prophétique de l’Église dans cette affaire (ANF, Vol. VII, pp. 335 ff.).

Les Phrygiens et les Naassènes maintenaient des doctrines similaires quant à la résurrection, et nous avons vu que l'Église primitive liait les doctrines des Nicolaïtes et des Naassènes. Hippolyte est de cet avis et expose l'hérésie des Phrygiens et des Naassènes concernant la résurrection vers un homme parfait. Ils affirment que le titre Papa s'appliquait à l'homme parfait qui devait entrer par la vraie porte. Ils voyaient Jésus comme cette porte. En entrant par elle, on est né de nouveau.

Ainsi, le terme Papa est appliqué à l'homme parfait et appartient simultanément à toute créature céleste, terrestre et infernale. Les Phrygiens affirmaient qu'à sa mort, chaque homme entre par cette porte dans le ciel et devient un dieu. (ANF, Vol. V, p.54).

Ainsi, nous avons affaire avec le système gnostique d’entrée au ciel après la mort et la dénégation de la résurrection physique. Ces séries célestes des Aeons ont également été trouvées parmi chacun de ces groupes. Les doctrines phrygiennes concernant la relation entre males et femelles, comme celle du système de la chèvre aipolis étaient liées au concept de ne pas donner aux chiens (ou aux porcs) ce qui est saint (voir ANF, ibid., p.55).

D'une même manière, les Naassènes voient l'homme parfait pour un épi de blé vert récolté (ibid.). À partir de ce système, nous voyons donc que les systèmes gnostiques d’Asie mineure voyaient dans le Christianisme un reflet des systèmes des Mystères et remplacèrent Attis par le Christ. De la même manière, les Athéniens, comme les Phrygiens, initièrent les gens aux Mystères d’Éleusis. L'épi de blé récolté était l'initiation aux plus hauts niveaux de ces Mystères (ibid.). Ainsi, la Gerbe agitée fut remplacée et finalement les Pâques/Easter remplacèrent le système de la Pâque. C'est ainsi que les systèmes des Mystères, desquels les Nicolaïtes n'étaient qu'une des manifestations d’un élément ayant des doctrines communes à tous, entrèrent dans le Christianisme. Les Nicolaïtes étaient probablement l’élément qui exprimait ouvertement les éléments de la sensualité que nous voyons dans les Mystères probablement autour d'Aphrodite (cf. ANF, ibid., p.55).

Hippolyte maintient que les Mystères des Phrygiens ont un même objet d'adoration avec les Naassènes. Il affirme que les Naassènes allégorisent le récit biblique concernant le Jardin d'Éden et appliquent ensuite l'allégorie à la vie de Jésus (ibid., Ch. IV, p.56).

Le système entier considère le préexistant Amygdalus comme père de l'univers et reçoit de lui un système de progression. La théorie que les anges sont d’un ordre inférieur aux élohim ou theoi en tant que fils de Dieu est une croyance des Gnostiques provenant des Mystères phrygiens appelés Mystères de la Grande Mère, portant parmi eux les noms des déités associées depuis Attis jusqu'à Apollon, Adonis, Jupiter, Osiris et Papa ou pape, corps et dieux ou épi de blé vert, (cf. ibid., pp.56-57).

Ce n'est qu'un seul et unique système avec des manifestations de différentes phases des Mystères qui ressortent, de sorte que l’ensemble complet n'est pas compris par l'observateur non initié. Les Nicolaïtes n'ont pas disparu ils ont simplement fusionné avec les autres éléments gnostiques et se sont cachés avec les aspects les plus antisociaux de leur comportement. Avec le temps, le système entier fut absorbé.

Ceci nous amène à un autre aspect de la signification du nom Nicolaïte. Il y a une raison pour laquelle ils choisirent ce nom et essayèrent de dériver l’origine du centre des élus.

Le nom des Nicolaïtes est dérivé de deux mots : Nike signifiant conquête, ou plus particulièrement victoire personnifiée (voir ERE, indexes ; I 328a ; IX 794 ; XII 695 [ailes VII 136 ; XII 741]) et qui est elle-même une déité, et laos qui signifie peuple.

Le nom Nicolas est censé être dérivé du concept de victoire sur le peuple, mais c'est bien plus que cela. Par exemple, Nike est un nom utilisé pour définir le concept d'une déité qui est elle-même dérivée des divinités élémentaires dont les natures sont identiques. Ainsi, Nike et Zelos sont identifiés avec Phobos, Deimos, Kydoimos et avec Uranus, Gaia, Déméter et Chaos. Toutes sont des figures qui s'unissent dans l’évolution ultérieure aux divinités élémentaires (voir ERE, Vol. I, art. ‘Allegory’, p. 328).

Nike n'a quasiment aucune part dans les mythes et quand elle est adorée, c'est généralement comme une forme particulière d'une autre divinité, souvent Athéna, Artémis ou Aphrodite (voir ERE, art. Personnification (Roman), Vol. IX, p. 794). Ainsi Nike est liée ici au système mystique des Phrygiens. Cela est le concept fondamental qui explique le choix de ce nom dans le Christianisme gnostique.

Nike est normalement vue comme une autre épithète d'Athéna, déesse de la guerre, alors que Nike est déesse de la victoire. Athéna-Nike avait un autel et un sanctuaire sur le bastion au sud de l'entrée de l'Acropole. Ils furent érigés au temps de Perikles pour commémorer la victoire des Grecs sur les Perses. Nike est vue comme le messager plutôt que celle qui donne la victoire. Donc l’association avec la fonction du Logos est logiquement adoptée (cf. ERE, Vol. XII, p. 695).

Archemos de Chios est considéré comme le premier sculpteur grec à représenter Nike avec des ailes et elle symbolise les victoires. Elle a été placée sur la main droite tendue de la statue géante d'or et d'ivoire de Zeus et Athéna à l'Olympe et Athènes par Phidias. Iris en tant que messagère des dieux est difficilement distinguée de Nike, exceptée en ce qui concerne l'arc en ciel (ERE, Vol. XII, p. 741). Nous y voyons encore une association avec les fonctions du Logos.

SGD 2992 laos signifie un peuple en général plutôt que le peuple de quelqu'un.

Le nom est donc une combinaison de deux mots qui porte le concept de victoire sur le peuple.

Donc, le nom fut probablement choisi pour ses associations allégoriques mystiques. Le concept de la division en deux classes à l'intérieur du système avec la prêtrise qui adopta les doctrines classiques des cultes ascétiques des Mystères et assuma même les titres de Papa ou père avec les ascétiques plutôt que les aspects licencieux des Nicolaïtes est un développement de l'association des deux aspects des systèmes des Mystères.

Ce processus se développa dans une des divisons du corps en catégories discrètes et les termes ministère et laïcs ont été adoptés pour décrire ou régulariser une situation qui a été dérivée de ces systèmes.

Les églises qui observent le Sabbat du temps du Christ et sa famille immédiate dans l’Église n'ont pas accepté un tel système.

La doctrine des Nicolaïtes est donc bien plus présente et plus persistante que nous avons pu l'imaginer.

Les desposyni ont pu être détruits aussi en tant que système car eux aussi ils ont été corrompus. Ce concept est le vrai sens derrière l'affirmation de Christ que sa famille se trouve dans ceux qui font la volonté de son Père. (Matt. 12:46-50).

Cette doctrine a été couplée avec celle de Balaam que le Christ condamna également, mais ce ne sont pas les mêmes doctrines et elles seront traitées séparément.

Source : http://www.ccg.org/french/s/p202.html

 

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Les Gnostiques Helléniens

Publié le 9 Décembre 2012 par X dans Gnose

Les Helléniens étaient des Gnostiques issus de la Samarie. Ils ignoraient Jésus et la plupart de leurs maîtres prétendaient être des incarnation du Dieu suprême. Au début ils pratiquaient le baptème, comme Jésus, et les Esséniens de Jean Baptiste.

Simon le magicien et les Helléniens Simoniens :

Simon le magicien (moer en 64 ?) fait partie des plus anciens Gnostique dont on ait conservé le souvenir. Il était né à Gitta en Samarie..

C'est dans les "Actes des Apôtres, VIII.9-24", qu'il est parlé de lui pour la 1ère fois :

"... Or, avant cela, il y avait dans la ville un homme nommé Simon, qui exerçait la magie et étonnait le peuple de la Samarie, se disant être quelque grand personnage ; auquel tous s’attachaient, depuis le petit jusqu’au grand, disant : 'Celui-ci est la puissance de Dieu appelée la grande'. Et ils s’attachaient à lui, parce que depuis longtemps il les étonnait par sa magie. Mais quand ils eurent cru Philippe qui leur annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ, tant les hommes que les femmes furent baptisés.
Et Simon crut aussi lui-même ; et après avoir été baptisé, il se tenait toujours auprès de Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement. Or les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus, prièrent pour eux, pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint : car il n’était encore tombé sur aucun d’eux, mais seulement ils avaient été baptisés pour le nom du seigneur Jésus. Puis ils leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint.
Or Simon, voyant que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, leur offrit de l’argent, disant : Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. Mais Pierre lui dit : 'Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu. Tu n’as ni part ni portion dans cette affaire ; car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité'.
Et Simon, répondant, dit : Vous, supplierez le Seigneur pour moi, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé."


Saint Augustin, dans "Des hérésies", dit ceci à propos de Simon :

"Les Simoniens étaient attachés au parti de Simon le Magicien, dont il est parlé aux Actes des Apôtres. Ce personnage reçut le baptême de la main de saint- Philippe, et quand il vit que les Apôtres donnaient le Saint-Esprit par l'imposition des mains, il leur offrit de l'argent pour obtenir d'eux le même pouvoir. Ses magies lui avaient servi à tromper un grand nombre de personnes; et il enseignait l'abominable communauté des femmes. Selon lui, Dieu n'a pas créé le monde : les corps ne doivent pas ressusciter. Il assurait qu'il était le Christ, et se faisait passer pour Jupiter : Minerve était personnifiée par lui en une personne de mauvaise vie, nommée Hélène, dont il avait fait la complice de ses crimes; il donnait à ses disciples son portrait et celui de cette concubine, comme des objets dignes d'adoration, et à Rome il les avait fait placer, par autorité publique , parmi les images des dieux. Ce fut dans cette ville que saint Pierre mit fin à ses magies, en le faisant mourir, parla vertu toute-puissante de Dieu"..

Pseudo-Tertullien, dans "Adversus omnes haereses", en dit ceci :

"Il osa se proclamer la Vertu Souveraine, c’est-à-dire le Dieu suprême. Il ajoutait que le monde avait été créé par ses anges ; que, grâce à un démon qui errait autour de lui, et qui était la sagesse, il était descendu chez les Juifs pour se faire reconnaître par ce peuple ; qu’il n’avait pas souffert sous le fantôme de Dieu, mais qu’il avait comme souffert."

Et Irénée, dans "Contre les Hérésies, Livre 1 chap. 23; 1-3", ajoute cela :

"Il s'agit en effet de Simon de Samarie, ce magicien dont Luc, disciple et compagnon des apôtres, dit: 'Il se trouvait déjà auparavant dans la ville un homme du nom de Simon, qui exerçait la magie et émerveillait les gens de Samarie (.....)
Dans son désir de rivaliser avec les apôtres et de devenir célèbre lui aussi, il s'appliqua davantage encore à toutes les pratiques magiques, au point de rendre muets d'admiration une foule d'hommes. Il vivait au temps de l'empereur Claude, qui, dit-on, alla jusqu'à l'honorer d'une statue pour sa magie. C'est ainsi qu'il fut glorifié par un grand nombre à l'égal de Dieu. C'était lui-même, enseignait-il, qui s'était manifesté parmi les juifs comme Fils, qui était descendu en Samarie comme Père et qui était venu parmi les autres nations comme Esprit Saint: il était la suprême Puissance, c'est-à-dire le Père qui est au-dessus de toutes choses, et il consentait à être appelé de tous les noms dont l'appelaient les hommes.
Simon de Samarie, de qui dérivèrent toutes les hérésies, édifia sa secte sur le système que voici.
Ayant acheté à Tyr, en Phénicie, une certaine Hélène, qui y exerçait le métier de prostituée, il se mit à parcourir le pays avec elle, disant qu'elle était Ennoîa (sa Pensée première), la Mère de toutes choses, celle par laquelle, à l'origine, il avait eu l'idée de faire les Anges et les Archanges. Cette Pensée avait bondi hors de lui: sachant ce que voulait son Père, elle était descendue vers les lieux inférieurs et avait enfanté les Anges et les Puissances, par lesquels fut ensuite fait ce monde.
Mais, après qu'elle les eut enfantés, elle avait été retenue prisonnière par eux par malveillance, parce qu'ils ne voulaient pas passer pour être la progéniture de qui que ce fût. Lui-même, en effet, fut totalement ignoré d'eux: quant à sa Pensée, elle fut retenue prisonnière par les Puissances et les Anges qu'elle avait émis: pour qu'elle ne pût remonter vers son Père, elle fut accablée par eux de toute espèce d'outrages, jusqu'à être enfermée dans un corps humain et à être comme transvasée, au cours des siècles, dans différents corps de femme.
Elle fut, entre autres, en cette Hélène qui causa la guerre de Troie, et ainsi s'explique que Stésichore, pour l'avoir outragée dans ses poèmes, devint aveugle, tandis que, après s'être repenti et l'avoir célébrée dans ses 'palinodies', il recouvra la vue. Tout en passant ainsi de corps en corps et en ne cessant de subir des outrages, pour finir elle vécut même dans un lieu de prostitution: c'était la 'brebis perdue'..
C'est pourquoi il vint en personne, afin de la recouvrer la première et de la délivrer de ses liens, afin aussi de procurer le salut aux hommes par la 'connaissance' ('gnose') de lui-même. Car, comme les Anges gouvernaient mal le monde, du fait que chacun d'eux convoitait le commandement, il vint pour redresser cette situation. Il descendit, en se métamorphosant et en se rendant semblable aux Principautés, aux Puissances et aux Anges: c'est ainsi qu'il se montra également parmi les hommes comme un homme, quoique n'étant pas homme, et qu'il parut souffrir en Judée, sans souffrir réellement. Quant aux prophètes, c'est sous l'inspiration des Anges auteurs du monde qu'ils avaient débité leurs prophéties. Aussi les fidèles de Simon et d'Hélène ne devaient-ils plus se soucier d'eux.".
..

Simon le magicien aurait aussi écrit un livre appelé "Apophasis mégalè" ( Grande révélation / Grande déclaration) dont il ne reste que ce passage :

"Ces six racines, Noûs (Intelligence), Phoné (Voix), Logitmos (Raison), Epinoïa (Réflexion), Onoma (Nom), et Enthymésis (Pensée), sont aussi appelés les six grandes puissances. Mélée avec eux était la grande puissance, la puissance sans limites. Hestos (Celui qui se tient debout) fut la septième puissance, correspondant au septième jour après les six jours de la création. Cette septième puissance existait avant le monde, c'est l'Esprit de Dieu qui planait sur la face des eaux".

On peut penser que ces six entités avaient été émanées par Hestos et qu'elles s'organisaient par couples, comme ceci :
- Phoné (Voix) et Onoma (Nom).
- Logitmos (Raison) et Enthymésis (Pensée).
- Noûs (Intelligence) et Epinoïa (Réflexion) / Ennoîa / Séléné / Hélène.

Dosithée (Dositheos) et les Helléniens Dosithéens :

Il est difficile de savoir si Dosithée était le disciple ou le maître de Simon le magicien car les documents se contredisent sur ce point. Ces deux hommes semblent bien s'être disputés la direction de la secte des Gnostiques Helléniens.

Dans les "Constitutions apostoliques" il est prétendu ceci :

"Cléobius et Simon le Magicien étaient disciples de Dosithée; mais ils le chassèrent, et lui ôtèrent le premier rang qu'il s'était voulu donner parmi eux."

Mais dans les "Homélies clémentines II, 23", il est affirmé cette version :

"... Conformément à la loi de la parité, Jésus avait douze apôtres, ce qui correspond au nombre des douze mois solaires, alors qu'il (Simon) avait trente disciples, ce qui correspond au nombre de jours de la lunaison. Un de ces trente disciples était une femme nommée Hélène, c'était le premier et le plus apprécié de Simon. Mais après la mort de Jean (Baptiste), il est parti en voyage en Egypte pour apprendre la pratique de la magie, et Dosithée, en répandant une fausse rumeur sur la mort de Simon, a réussi à prendre la tête de la secte.
Simon, en revenant, a pensé qu'il valait mieux dissimuler, et, sous prétexte d'amitié pour Dosithée, a accepté la deuxième place. Bientôt, cependant, il a commencé à faire allusion, devant les trente, que Dosithée ne connaissait pas aussi bien que lui les doctrines de l'école."

Le Pseudo-Tertullien, dans "Adversus Omnes haereses" (Contre tous les hérétiques) dit ceci :

"Je laisse de côté les hérétiques du judaïsme, le Samaritain Dosithée, par exemple, qui le premier osa répudier les prophètes comme n’étant pas inspirés par l’Esprit saint".

Et la chronique samaritaine raconce ceci :

"Dousis (Dosithée) fit différentes altérations à la loi de Moïse. Le grand-prêtre des Samaritains envoya différentes personnes pour se saisir de ce Dousis et de sa copie corrompue du Pentateuque."

Photius raconte ceci à propos de Dosithée

"Après l'entretien que Jésus-Christ eut avec la Samaritaine auprès du puits de Sichem, il s'éleva dans Samarie deux partis considérables, dont l'un soutenait que Jésus-Christ était le vrai Messie prédit par Moïse, en disant : 'Dieu vous suscitera un prophète semblable à moi'. L'autre soutenait que Dosithée, né à Samarie, et contemporain de Simon le Magicien, était le véritable Messie."

(Origene affirme également que Dosithée voulait persuader les apôtres qu’il était le Messie prédit par Moïse.)

Certains pensent que Dosithée aurait été le maître de Sadoc, le fondateur des Saducéens. Mais ce Sadoc vivait plusieurs siècles avant Dosithée. En fait Dosithée était un Samaritain, et comme tous les Samaritains il rejetait les livres les plus récents de l'Ancien Testament ... ce qui le rapprochait des Juifs Saducéens qui faisaient de même.

Ménandre et les Ménandriens :

Le Gnostique Ménandre est né à Capparétée en Samarie et a enseigné vers 98-117 ap.Jc à Antioche.
Il disait qu'Ennoïa, la Pensée de Dieu, avait créé tous les univers par voie d'émanations successives d'entités de moins en moins pures à mesure qu'elles s'éloignaient de l'Être absolu. Il pratiquait également le baptème (par l'eau et le feu) pour rendre les gens immortels.

Irénée, dans "Contre les Hérésies, Livre 1;23; 5", dit ceci sur lui :

"Il (Simon) eut pour successeur Ménandre, originaire de Samarie, qui atteignit, lui aussi, au faîte de la magie. La première Puissance, disait-il, était inconnue de tous; quant à lui, il était le Sauveur envoyé des lieux invisibles pour le salut des hommes. Le monde avait été fait par des Anges, lesquels, affirmait-il à l'instar de Simon, avaient été émis par Ennoia (la Pensée)."

Saint Augustin, dans "Des hérésies", raconte ceci :

"Le chef des Ménandriens fut Ménandre, magicien lui-même comme Simon, son maître : il attribuait la création du monde, non à Dieu, mais aux anges."

Satornil / Saturninus et les Saturniens :

Satornil (52-120) était un Gnostiques qui enseignait à Antioche. Il fut le premier à introduire le personnage de jésus dans ses mythes. Par contre, dans les mythes, il abandonne l'entité féminine Ennoîa, la créatrice des anges;.
Il croyait qu'il existait un dieu mauvais, régnant sur la matière, et un dieu bon qui avait émané sept anges (correspondant aux sept planètes). Ces derniers avaient formé les hommes. Le dieu bon avait, à leur insu, placé une âme dans le corps de ces hommes afin de les élever au-dessus des animaux. Le dieu mauvais, par jalousie, en fit autant et mis une âme mauvaise dans le corps de certains hommes. L'un des sept anges (le dieu des Juifs) se mis au service du dieu mauvais, aussi le dieu bon envoya-t-il Jésus sur terre pour enseigner le bien aux hommes.

Saint Justin martyr fait des Saturniens des descendants des Ménandriens. Il raconte :

" il se trouve des ménandriens à Antioche, tel Saturnin (Satornil)".

Saint Augustin, dans "Des hérésies", dit ceci sur Satornil :

"Les Saturniens reçurent leur nom de Saturnin, qui établit en Syrie l'hérésie de Simon. Suivant eux encore, sept anges ont seuls formé le monde à l'insu de Dieu le Père.".

Pseudo-Tertullien, dans "Adversus Omnes haereses" (Contre les hérésies) ajoute cela :

"A l’entendre, il (Satornil) était aussi la vertu incréée, c’est-à-dire Dieu. Il résidait dans les régions supérieures et infinies, au plus haut des cieux. Les anges, placés à une distance prodigieuse de lui, avaient créé ce monde inférieur ; et comme quelques rayons de la lumière éternelle étaient tombés dans les régions inférieures, les anges s’avisèrent de créer l’homme d’après cette ressemblance, et sur le modèle des anges qui habitaient dans cette lumière. L’homme rampait sur la terre comme un vermisseau. Saturnin, qui était la vertu incréée, voulut dans sa miséricorde sauver cette étincelle, sans quoi l’homme tout entier périssait. Le Christ, selon lui, n’avait pas vécu dans une chair réelle. Fantôme véritable, il n’avait eu que les apparences de la douleur. Quant à la résurrection de la chair, elle n’aurait pas lieu."

Basilide et les Basilidiens :

Basilide ((vers 85-145) était un ancien disciple de Ménandre. Il a enseigné en Syrie puis à Alexandrie et a beaucoups modifié, amplifié et compliqué la pensée de son maître (peut-être sous l'influence des autres courants gnostiques).

Le Pseudo-Tertullien, dans "Adversus Omnes haereses" (Contre toutes les hérésies) dit ceci sur sa doctrine :

"Il prétend qu’il existe un Dieu souverain, nommé Abraxas, duquel émana l’Esprit, qu’en grec on appelle Noos (Noûs). Ensuite naquit Logos (le Verbe) ; de Logos naquit Phronésis (Providence) ; de Phronésis naquit Dynamis (Vertu) et Sophia (Sagesse). Ceux-ci engendrèrent par la suite les Principautés, les Puissances, les anges, et une multitude infinie d’anges. Ce sont ces mêmes anges qui créèrent les trois cent soixante-cinq cieux, et le monde en l’honneur d’Abraxas, dont celui-ci portait en lui-même le nom numérique.."

L'utilisation du nom "Sophia" par Basilide est suspecte car il était normalement employé par les Gnostiques d'un tout autre courant (les Ophites). Cependant il existe une autre version du système de Basilide qu'on peut résumer ainsi :
Le "Dieu qui n'est pas" a créé trois Fils; Le premier a rapidement réintégré son Père est devenu l'Esprit universel. le second, plus lourd, est resté sous son Père: C'est le Pneuma (Saint-Esprit). Le troisième, encore plus lourd, est descendu vers le monde de la matière . Ce dernier a créé le grand Archonte Abraxas et son fils, les deux maîtres de l'Ogdoade (la sphère des étoiles fixes). Puis est apparu un 2ème archonte inférieur : Ialdabaoth (et son fils Sabaoth), le dieu des Juifs) qui a régné sur l'Hebdomade (la sphère des 7 planètes) en se croyant le dieu unique..


Le Pseudo-Tertullien, dans "Adversus Omnes haereses" (Contre toutes les hérésies) ajoute ceci :

."... Parmi les derniers anges qui avaient formé le monde, il place comme le plus récent de tous le Dieu des Juifs, c’est-à-dire le Dieu de la Loi et des Prophètes, qui n’est pas dieu, dit-il, et qui n’est qu’un ange. La postérité d’Abraham lui échut en partage ; voilà pourquoi il tira de la terre d’Égypte les enfants d’Israël pour les transporter dans la terre de Canaan. Il est le plus turbulent de tous les anges ; de là vient que, non content de susciter des séditions et des guerres fréquentes, il verse le sang humain. Alors le Christ (appelé "Caulacau") descendit sous une forme fantastique, envoyé non par celui qui avait créé ce monde, mais par le grand Abraxas. La chair ne fut pas réelle chez lui. Ce n’est pas lui que les Juifs ont mis à mort ; Simon a été crucifié à sa place. Par conséquent, il ne faut pas croire à celui qui a été crucifié ; sans quoi ce serait avouer que l’on croit en Simon. Du reste, Basilide supprime le martyre. Il s’élève fortement contre la résurrection de la chair, en niant que le salut ait été promis aux corps."

Saint Augustin, dans "Des hérésies", explique ceci :

"La doctrine des Basilidiens, disciples de Basilide, différait de celle des Simoniens, en ce qu'ils comptaient autant de cieux qu'il y a de jours dans l'année, trois cent soixante-cinq. Aussi regardaient-ils comme saint le mot Abrasax, dont les lettres, suivant la manière de compter des Grecs, forment un pareil nombre. Il y en a sept : a, b, r, a, s, a, x, ; c'est-à-dire, un, deux, cent, un, deux cent, un, soixante : ce qui fait, en tout, trois cent soixante-cinq."

Et Saint Jérome ajoute cela :

 " Basilide appelle le Dieu tout puissant du nom monstrueux d’Abraxas et il prétend que, selon la valeur des lettres grecques et le nombre des jours du cours du soleil, Abraxas se trouve enfermé dans son cercle. Le même, selon la valeur d’autres lettres est appelé Mithras par les Gentils."
Par la suite, les Basilidiens donneront naissance au courant Docétien qui croyait lui aussi que Jésus n'était qu'un être immatériel n'ayant été crucifié qu'en apparence;

Source : http://atil.ovh.org/noosphere/helleniens.php

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L'Irlande de L.Dermott : l'Irlande coloniale du 18ème siècle

Publié le 9 Décembre 2012 par X dans Irlande

Le XVIIIe siècle s’avère moins tumultueux que la période précédente. Il marque le triomphe de la nouvelle classe coloniale protestante, l’Ascendancy, dont les succès économiques ne font que renforcer la position. Dublin devient d’ailleurs le symbole de cette réussite. Ses privilèges reposent sur des piliers que rien ne semble pouvoir entamer : les protestants, maîtres des terres, ne laissent que 3 % du territoire aux catholiques qui continuent pourtant de représenter plus de 75 % de la population. Ils détiennent le monopole du pouvoir politique : l’inéligibilité des catholiques, la pratique des « bourgs pourris », la vénalité rendent complètement dérisoire la représentativité du Parlement, dont l’Église établie, anglicane ou presbytérienne, se fait le relais intransigeant. L’Irlande catholique, condamnée au servage et au silence par le démantèlement systématique du traité de Limerick, se voit obligée de se transformer en une société secrète, souterraine, contrainte à l’occultation.
Mais les lois pénales et le marasme économique entretenu par le mercantilisme de l’Angleterre finissent par mécontenter la classe minoritaire protestante elle-même. La question d’Irlande au XVIIIe siècle n’est donc plus seulement religieuse, elle est également politique et économique. Pour les mêmes raisons qui ont conduit les colons américains à s’insurger, les protestants irlandais, qu’ils soient anglicans ou presbytériens, grands propriétaires ou industriels, seront les premiers à dénoncer les abus du gouvernement anglais : la loi Poynings, l’acte déclaratoire de 1720, l’exécutif du Château et son chef, le lord-lieutenant, qui ne rend aucun compte aux autorités locales… Ce nationalisme colonial sonne le glas du jacobitisme qui avait jusque-là incarné les timides velléités d’indépendance des partisans vaincus d’une dynastie ingrate. Mais il faut attendre la tourmente des années révolutionnaires pour que certains, comme Wolfe Tone, aillent jusqu’à réclamer l’indépendance et non plus seulement un simple droit de regard sur les actions du gouvernement.

1692 : Nul ne peut siéger au Parlement ni remplir aucune charge civile, militaire ou ecclésiastique, sans avoir prêté le serment d’allégeance et de suprématie et souscrit une déclaration contre la transsubstantiation. Les catholiques sont donc inéligibles au Parlement de Dublin. Ils ne seront même plus électeurs après 1727.

1693 : Sarsfield, combattant dans les armées de Louis XIV, est mortellement blessé à la bataille de Landen. Ses derniers mots sont : « Si seulement c’était pour l’Irlande ! »

1695-1727 : Les lois pénales créent un arsenal de mesures discriminatoires réglant la vie des catholiques du berceau à la tombe, visant à exclure l’immense majorité de la population de toute position de force et de responsabilité. Quand un propriétaire catholique meurt, ses biens sont partagés entre tous ses enfants au lieu d’être transmis à l’aîné, à moins que l’un d’eux ne se convertisse au protestantisme. Il leur est interdit de posséder un cheval de plus de cinq livres, d’envoyer leurs enfants étudier à l’étranger pour y recevoir un enseignement catholique… Les prêtres non assermentés en sont réduits à célébrer la messe dans les granges et à dispenser l’instruction dans les hedge schools (« écoles des buissons »).

1697 : Loi de bannissement de tous les papistes, moines, jésuites… Seul le bas clergé irlandais est toléré.

1698 : Le roi promet de faire tout son possible pour décourager les manufactures de laine d’Irlande. William Molyneux, un whig anglais né à Dublin, voit son livre La cause de l’Irlande brûlé par le bourreau : il s’y faisait le porte-parole de bon nombre d’Anglo-Irlandais en prônant l’indépendance du Parlement de Dublin.

1700 : Le huguenot français Louis Crommelin, originaire de Saint-Quentin, est autorisé à faire venir de France et de Hollande familles, matériel et rouets pour développer l’industrie du lin. À sa mort en 1727, la valeur des exportations, dynamisées par la création en 1711 de la Chambre du Lin, était passée de 6 000 à 200 000 livres.

1704 : Le Conseil privé d’Angleterre rajoute une clause au « projet de loi destiné à prévenir le développement futur du papisme » : toute personne occupant un emploi public doit recevoir le sacrement de la communion selon le rite anglican. Cette mesure touche donc aussi les presbytériens, même s’il est vrai que la discrimination à l’encontre des protestants dissidents restera largement lettre morte.

1704 : Parution du Conte du tonneau de Jonathan Swift. Né à Dublin en 1667, Swift a suivi des études de théologie à Trinity College avant de partir pour l’Angleterre pour devenir, en 1689, le secrétaire du grand diplomate anglais sir William Temple. Sa carrière dans le clergé anglican est très vite bloquée en raison de ses origines insulaires, mais également en raison de la verve satirique qui imprègne ses écrits. Dans le Conte du tonneau, qui déplut fortement à la reine Anne, il n’hésite pas à attaquer tour à tour le pape, Luther et Calvin.

1707 : Union anglo-écossaise. De nombreux députés adjurent la reine Anne de hâter la conclusion d’un arrangement similaire pour l’île, pensant que l’Irlande aurait tout à gagner à un tel rapprochement.

1709 : Tous les prêtres enregistrés doivent prêter serment d’abjuration ou s’exiler. L’Église catholique entre dans la semi-clandestinité, sans qu’aucun effort d’évangélisation ne soit entrepris par ailleurs par l’Église établie. Le combat pour la terre se confond vraiment maintenant avec le combat pour la liberté religieuse.

1711 - 1713 : Dans le Connaught, destructions systématiques du bétail par les Houghers, un groupe secret défendant les droits traditionnels des paysans, pour protester contre l’extension des pâtures.

1713 : Swift devient doyen de Saint-Patrick à Dublin. Il comprend rapidement qu’il ne pourra pas monter plus haut dans la hiérarchie ecclésiastique et renonce l’année suivante à sa carrière politique pour mettre ses talents de polémiste au service de l’Irlande, dont il dénonce avec ardeur l’exploitation économique.

1714 : À la mort de la reine Anne, son frère Jacques III Stuart est écarté du trône parce que catholique : la couronne d’Angleterre échoit à George Ier, l’électeur de Hanovre.

1718 - 1720 : Le cardinal Alberoni tente de faire débarquer une troupe de jacobites préalablement regroupés en Espagne. Mais l’Irlande, consciente de l’impuissance du prétendant, ne bouge pas.

1719 : Le pays est toujours gouverné dans un esprit d’intolérance. En effet, le vice-roi, haut fonctionnaire anglais, ne réside pas en Irlande et le gouvernement effectif revient donc à un lord-justicier, généralement l’archevêque anglican d’Armagh, primat d’Irlande. Un Acte de tolérance est néanmoins accordé aux dissenters.

1720 : Un Acte déclaratoire renforce encore la dépendance du royaume d’Irlande et sa soumission à la couronne de Grande-Bretagne : la juridiction d’appel est transférée à la Chambre des lords d’Angleterre.

Années 1720 : Swift publie une série d’ouvrages contre l’exploitation économique de l’Irlande. En 1720, dans l’Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais, il propose de « brûler tout ce qui vient de l’Angleterre, sauf le charbon ».

1724 - 1725 : Lettres du drapier de Swift, suite à l’affaire Wood. Ce dernier, un brasseur d’affaires, avait obtenu en 1722 du roi d’Angleterre une patente l’autorisant à frapper une monnaie de cuivre de mauvais aloi en Irlande. En dépit des critiques soulevées par ses pratiques douteuses, Wood se faisait fort « d’enfoncer ses pièces dans la gorge des Irlandais ». La polémique déclenchée par Swift, sur le terrain économique d’abord, puis moral et politique, permit de mettre fin au privilège de Wood.

1726 : Voyages de Gulliver de Swift, violente satire de la société anglaise. Elle est suivie trois ans plus tard de sa Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d’être à charge à leurs parents ou à leur pays, qui suggère, sur le mode de l’ironie cruelle, de faire de ces enfants des mets délicats pour les riches.

1740 - 1741 : La famine fait quatre cent mille morts. Des bandes armées, comme les White boys ou encore les Oakboys multiplient les actions terroristes dans le nord et le Munster.

19 octobre 1745 : Mort de Swift. S’il était irlandais, il appartenait avant tout à la minorité dirigeante, de langue anglaise et de religion anglicane qui n’avait que du mépris pour la plèbe catholique. Mais il a souffert à son tour de la condescendance des Anglais aux yeux desquels tous les habitants de l’île voisine restaient des barbares. S’il a été longtemps sévère envers sa patrie d’origine (« D’elle rien ne naît qui ne soit malfaisant… les hommes n’y sont que des rats ou des fouines… »), l’échec de sa carrière anglaise en fit le champion de la cause irlandaise, comme en témoigne sa troisième Lettre du Drapier : « Le peuple d’Irlande n’est-il pas né aussi libre que celui d’Angleterre ?… Suis-je un homme libre en Angleterre pour me transformer en esclave, au bout de six heures, en traversant le canal Saint-George ? » À la fin de sa vie, s’exprimant plus en patriote qu’en défenseur de la minorité dirigeante, il a largement contribué à développer l’esprit national irlandais.

1759 : Entrée au parlement d’Henry Flood, qui devient rapidement le chef de l’opposition nationale. Anglican convaincu, il ne pense encore, comme Swift, qu’à une nation protestante, mais pleinement indépendante. Fondation de la brasserie Guinness.

1760 : Un poète écossais, Macpherson, publie une quinzaine de poèmes prétendument traduits du gaélique. Ce sont des faux, mais les aventures d’Ossian ou de Fingan, le roi des Fianna, enchantent un public déjà sensible au charme du préromantisme.

1766 : Exécution de Nicolas Sheehy qui a dénoncé le paiement des rentes et de la dîme.

1767 : Le nouveau vice-roi, lord Townshend, reçoit l’ordre de résider à Dublin. Le roi George III fait là un geste pour l’Irlande qui s’est montrée fidèle pendant la guerre de Sept Ans.

1768 : Henry Flood fait voter l’Octennial Act qui limite à huit ans la durée du mandat parlementaire qui était jusque-là pratiquement viager. Le nouveau Parlement ose même rejeter un projet de loi de ressources financières. D’une façon plus générale, les années 1760 voient le renforcement du nationalisme colonial, fruit de la rancœur de l’Ascendancy contre l’exploitation économique et politique de la colonie et de son humiliation face au mépris de l’aristocratie anglaise.

1775 : Henry Grattan est élu député au Parlement. Cet avocat protestant y demande l’adoucissement des mesures anticatholiques, puis l’abrogation des lois pénales. Le sentiment national prend de plus en plus le pas sur les querelles religieuses, que le scepticisme caractéristique des Lumières rend moins vives.

1776 - 1779 : Arthur Young donne un tableau détaillé de l’Irlande, où il stigmatise les lois pénales décourageant les catholiques de travailler, le poids de la dîme, l’absentéisme des landlords…

1778 : La loi Gardiner autorise les catholiques à prendre des baux de durée indéfinie et à hériter.

Avril 1778 : L’aventurier américain d’origine écossaise John Paul Jones fait un raid sur Belfast qui sème la panique, à un moment où tous redoutent la perspective d’un débarquement franco-espagnol. Londres, qui avait dégarni l’Irlande pour envoyer des troupes en Amérique, accepte alors la formation d’une armée de « Volontaires irlandais » pour assurer la défense du pays. Dès l’année suivante, ces Irish Volunteers, dirigés par le duc de Leinster, comptent bientôt 40 000 membres. On y admet bientôt des catholiques. Mais une fois passé le danger d’invasion, ces hommes restent mobilisés pour réclamer la liberté du commerce (« Free Trade or else »).

1779 - 1780 : La liberté d’exportation de la laine et du négoce avec les colonies est accordée. Il faut dire que les Volontaires n’hésitent pas à défiler dans les rues et à boycotter les produits britanniques pour dénoncer les mesures restrictives contre l’économie irlandaise. Ils sont soutenus à la Chambre des communes par Edmond Burke, irlandais d’origine, qui n’hésite pas à dénoncer les lois pénales comme « une machine d’oppression et de dégradation d’un peuple et d’avilissement de la nature humaine elle-même, comme jamais il n’en était né de l’ingéniosité perverse de la nature humaine ».

1780 : L’armée des Volontaires rassemble désormais plus de 80 000 hommes placés sous les ordres du comte de Charlemont, un ami de Flood et de Grattan.

1782 : Les Volontaires, enhardis par leurs premiers succès dans le domaine de l’économie, passent désormais aux revendications politiques. Sous la houlette de Grattan, ils se rassemblent en convention nationale à Dungannon pour condamner la loi Poynings et l’interférence du Conseil privé et du Parlement anglais dans les affaires d’Irlande.

1782 : La « Constitution de 1782 » accorde l’indépendance législative à l’Irlande, en abrogeant partiellement la loi Poynings : le Parlement de Dublin n’est plus tenu de solliciter l’approbation du Conseil privé anglais avant de voter un bill. Les restrictions commerciales sont également abrogées. Grattan s’écrie : « L’Irlande est maintenant une nation ! » Au Parlement, toujours aussi peu représentatif, le chef de file du bloc anglais, Lord Fitzgibbon, espère que les progrès économiques auront à terme raison des chimères de l’indépendance constitutionnelle. En face, le parti patriote se divise. Flood estime l’indépendance législative incomplète sans réforme parlementaire. Par ailleurs, il ne conçoit qu’une nation protestante tandis que Grattan semble prêt à accorder l’égalité des droits civiques aux catholiques. La même année, une seconde loi Gardiner accorde sans restriction le droit de propriété aux catholiques. Le culte romain peut être célébré « sans pompe ni éclat ».

Novembre 1783 : Réunis en convention nationale à Dublin, les Volontaires ne suivent pas Grattan dans sa volonté d’émancipation des catholiques. C’est donc privée du soutien populaire que la Convention doit faire face à l’hostilité du gouvernement qu’elle conteste et du Parlement qu’elle menace. Sa dissolution est bientôt prononcée par lord Charlemont. C’est la fin de la dissidence coloniale.

1783 : Création de la banque d’Irlande. 10 % de son capital sont souscrits par des marchands catholiques. La célèbre verrerie de Waterford rouvre ses portes, du fait de l’abrogation des lois pénales relatives à l’économie.

1784 : La Foster’s Corn Law interdit pratiquement l’importation de blés étrangers, obligeant les Irlandais à augmenter leurs emblavures. Mais cela n’améliore pas la condition paysanne, la population ne cessant de s’accroître.

1784 : Fondation en Ulster d’une société secrète, les Peep of day boys, qui deviendra en 1795 un mouvement politico-religieux fortement structuré plus connu sous le nom d’ordre d’Orange. Pour y entrer, on prêtait ce serment : « Au nom de Dieu tout-puissant, je jure solennellement de soutenir le roi et le gouvernement, et de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour exterminer tous les catholiques d’Irlande. »

1789 : Fitzgibbon devient lord-chancelier.

1789 : Les débuts de la Révolution française rencontrent un écho favorable auprès des dissenters et des catholiques, politiquement et socialement asservis, qui constituent des clubs à Dublin et à Belfast. Le radicalisme protestant trouve bientôt son porte-parole en la personne de Théobald Wolfe Tone, un jeune avocat épiscopalien du barreau de Dublin à qui le légalisme d’un Grattan semble dépassé.

1791 : Durant l’automne, Wolfe Tone participe avec James Napper Tandy à la fondation de la société des Irlandais unis de Belfast : influencée par les idéaux français et la franc-maçonnerie, l’association se donne pour mission d’obtenir une réforme complète de la législation fondée sur le principe de la liberté civile, politique et religieuse. Elle prend pour emblème la harpe et pour devise « Recordée, elle va se faire entendre ».

1791 : Naissance des chantiers navals de Belfast.

1792 : Wolfe Tone devient secrétaire du Comité catholique qui s’est radicalisé et s’est réorganisé. Un tel rapprochement entre les confessions inquiète les autorités qui décident d’accorder davantage de droits aux catholiques, sans toutefois leur octroyer le droit de vote.

14 février 1793 : Un nouveau Relief bill confère le droit de vote aux tenanciers catholiques d’un freehold de 40 shillings. Le vote n’est pas secret et les catholiques restent toujours inéligibles. Par ailleurs, une série de textes répressifs conduisent à la dissolution de la société des Irlandais unis.

1795 : Ouverture du séminaire de Maynooth. À l’heure où la révolution ferme les collèges irlandais de France, il sera très marqué par les idées contre-révolutionnaires.

4 janvier 1795 : Arrivée d’un nouveau vice-roi, le libéral lord Fitzwilliam. Connu pour ses sympathies catholiques, il prévoit de confier le gouvernement à Grattan. Le chancelier Fitzgibbon et les orangistes organisent alors une violente réaction conduisant à son rappel à Londres, le 19 février, et à son remplacement par lord Camden.

Juin 1795 : Wolfe Tone s’embarque pour les États-Unis avant de rejoindre la France l’année suivante, « avec 100 guinées en poche, inconnu et sans recommandations, afin de renverser le gouvernement anglais de l’Irlande » (Wellington). Grâce au soutien de Carnot et de Hoche, il finit par gagner le Directoire à son projet d’invasion libératrice de l’Irlande.

Décembre 1796 : Une expédition commandée par Hoche quitte Brest. Mais seuls quinze bâtiments atteignent la baie de Bantry le 23 décembre et une tempête ne tarde pas à les disperser. Pas un seul coup de canon n’a été tiré, alors qu’une milice protestante, la Yeomanry, fait régner la terreur dans le pays.

1797 : Création de la Bourse de Dublin.

1798 : L’organisation révolutionnaire des Irlandais unis, devenue clandestine, est décapitée par l’arrestation de meneurs comme Arthur O’Connor ou encore Edward Fitzgerald.

23 ou 24 mai 1798 : Début de la « Grande Rébellion ». Déjouée à Dublin, peu suivie dans le nord épuisé par la dictature militaire du général Lake, l’insurrection se propage comme une traînée de poudre dans le sud-est où, comme en Vendée, des milices paysannes se constituent sous la direction de prêtres comme John Murphy. Le 30 mai 1798, les insurgés prennent Wexford. Les deux camps rivalisent d’atrocités.

21 juin 1798 : Le camp rebelle de Vinegar Hill, près d’Enniscorthy, est écrasé par le général Lake. Les insurgés se réfugient dans les monts Wicklow où les autorités entreprennent de construire une route militaire pour les débusquer.

22 août 1798 : Une nouvelle escadre française, commandée par le général Humbert cette fois, débarque en Irlande et doit capituler au début du mois de septembre, dans des conditions honorables. Mais les alliés irlandais des Français sont tous exécutés.

15 octobre 1798 : Une petite escadre commandée par l’amiral Bompard arrive dans le Donegal. Wolfe Tone qui sert à bord du navire amiral est reconnu, arrêté et traîné à Dublin.

19 novembre 1798 : Mort de Wolfe Tone, à qui les juges ont refusé la grâce d’être fusillé. Pour éviter la potence, le jeune homme s’est tranché la gorge. Considéré par beaucoup comme l’initiateur du nationalisme républicain, il a défendu avec ardeur l’idée d’une Irlande unie, militante et fraternelle, transcendant les clivages religieux et économiques, qui allait s’ajouter ou se joindre au rêve d’une Irlande gaélique miraculeusement libérée de la domination anglaise. Les masses sont néanmoins restées hermétiques à son discours trop aligné sur les idéaux révolutionnaires condamnés par l’Église, comme elles l’avaient finalement été à celui de Grattan. Mais elles ont été sensibles à la fin tragique de celui qui a inauguré la tradition républicaine des martyrs de la cause nationaliste et le mythe romantique de l’Irlande éternelle.

1799 : Un premier projet d’union à la Grande-Bretagne est repoussé au Parlement de Dublin.

7 juin 1800 : À force de corruption et d’intimidation, le Parlement irlandais vote par 153 voix contre 88 les actes d’union déjà votés par Westminster qui créent le Royaume-Uni. Dans l’esprit de Pitt et du vice-roi Cornwallis, seule cette union peut permettre de pacifier l’île, à condition néanmoins de s’accompagner de l’émancipation des catholiques (une innovation moins dangereuse à l’échelle d’un royaume désormais à majorité protestante).

Ier janvier 1801 : Le nouveau régime constitutionnel entre en vigueur. Le Parlement de Dublin est supprimé, l’Irlande étant désormais directement représentée à Londres par cent députés et trente-deux lords, tous protestants. Le poste de vice-roi et le Conseil privé sont maintenus. Le rouage essentiel du gouvernement devient le secrétariat en chef pour l’Irlande.
 Source : http://www.clio.fr/
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Les Gnostiques

Publié le 9 Décembre 2012 par Serge Hutin dans Gnose

 

Au début de son livre volumineux contre les hérésies, Saint Épiphane (mort en 403) transcrit une liste impressionnante et, cependant, incomplète, comme il le précise lui-même, des sectes redoutables qui menacent l'unité de l'Église : les simoniens, les ménandriens, les saturniens, les basiliens, les nicolaïtes, les stratiotiques, les phibionites, les zaquéens, les borborites, les barbeliotes, les carpocratiens, les cérinthiens, les nazaréens, les valentiniens, les ptolémaïques, les marcosiens, les ophites, les caïnites, les séthiens, les archonticiens, les cerdoniens, les marcionites, les apellites, les encratites, les adamites, les melchisédéciens.... (et nous ne reproduisons pas totalement cette énumération interminable). Chez tous les Pères de l'Église qui ont combattu les gnostiques (gnostikói), de faux chrétiens qui prétendaient posséder une connaissance (gnose) merveilleuse, nous trouvons le même tableau : celui de mouvements hérétiques, qui se sont diversifiés, se ramifiant à l'infini comme des champignons vénéneux, dans des sectes innombrables et des sous-sectes. Saint Irénée (évêque de Lyon à partir de 177) observe même, en se référant aux valentiniens qu’il est: « impossible d’en trouver deux ou trois qui disent la même chose, à propos du même sujet ; ils se contredisent d'une manière absolue, autant en ce qui concerne les mots, qu’en ce qui concerne les choses».

Beaucoup d'historiens considèrent aussi le gnosticisme comme un monument de fantaisies extravagantes, d'incohérences, de mythes étranges, de fantasmagories dépourvues de tout intérêt philosophique, et qu’en définitive, il ne constitue rien de plus qu'une branche particulièrement dégénérée de l’inquiétant syncrétisme religieux des premier et deuxième siècles de notre ère.

Bien que le point de vue des Pères de l'Église se trouve encore très répandu, le gnosticisme acquiert un caractère complètement distinct chez les "occultistes" et les "théosophes" contemporains : au lieu d’hérétiques pervers et délirants, nous trouvons des hommes possesseurs d’initiations prestigieuses, des initiés dans les mystères orientaux, des maîtres de connaissances occultes ignorées par le commun des mortels et transmises secrètement à un nombre limité de "maîtres", la gnose est la connaissance totale, infiniment supérieure à la foi et à la raison. Le gnosticisme sera uni, alors, à la sagesse primordiale originale, source de diverses religions particulières.

L'historien des religions se tient prudemment éloigné des suppositions dogmatiques ou rationnelles : son ambition n'est pas de réfuter ou d'approuver le gnosticisme, mais d'étudier l'origine et le développement des diverses formes historiques de la gnose.

L’extrême diversité des spéculations gnostiques est indéniable : "Il serait plus exact de parler de gnosticismes que du gnosticisme". La même diversité existe dans le domaine du culte et des rites, où les tendances les plus ascétiques s'opposent aux pratiques les plus innombrables : dans les "mystères" et les initiations des gnostiques, on trouve à nouveau les deux pôles extrêmes du mysticisme.

Il est facile de découvrir, toutefois, un indéniable "air de famille", parmi les divers gnosticismes, malgré les multiples divergences et oppositions qu'ils manifestent.

Quel que soit le degré de morcellement des sectes et écoles (moins démesuré, par ailleurs, que ce qu'affirment les hérésiologues, qui semblent avoir séparé, artificiellement, les branches d'un même groupe, et jusqu’à des degrés successifs d'initiation), et toujours en considérant, que dans la majorité des cas, « l’épithète gnostikói» n'est pas utilisé par les hérétiques eux-mêmes, il n’est en aucune façon arbitraire de qualifier de gnostiques les idées ou les systèmes qui présentent les mêmes tendances caractéristiques. Les historiens modernes, en allant plus loin que les hérésiologues, n'ont pas hésité à généraliser le concept de gnose, hors du cadre du christianisme.

L'étude scientifique du Gnosticisme Chrétien, a eu ses pionniers : Chieslet au XVIIème siècle, Beausobre et Mosheim au XVIIIème siècle. Mais ce fut au début du siècle passé, qu'elle se développa (travaux de Horn, Neander, Lewald, Baur, etc.). L'importante "Histoire critique du gnosticisme" de Jacques Matter, (Paris 1828, rééditée à Strasbourg en 1843), constitua, pendant longtemps, une œuvre classique. L'auteur définit la gnose comme "l'introduction au sein du christianisme de toutes les spéculations cosmologiques et théosophiques qui avaient formé la partie la plus considérable des anciennes religions d'Orient et que les nouveaux platoniciens avaient aussi adopté en Occident". D’innombrables historiens des religions se sont ensuite efforcés à lier les origines du gnosticisme chrétien, (cet ensemble de doctrines et de rites qui se nourrissent d'un fond commun de théories, d’images et de mythes) avec une source antérieure au christianisme. Et c’est ainsi que la gnose a été liée avec l'Égypte, avec Babylone, avec l'Iran, avec les religions de mystères du monde contemporain, avec la philosophie grecque, avec l'ésotérisme judaïque et même avec l'Inde. Loin d'être le résultat d'une réflexion bâtarde de certains esprits sur des aspects du christianisme, le gnosticisme apparaîtra finalement, aux yeux de l'orientaliste, comme un phénomène de "syncrétisme", plus ou moins fortuit, entre le christianisme et d'autres croyances profondément étrangères à ce dernier. Les travaux des spécialistes allemands (Kessler, W. Brandt, Anz, Reitzenstein, Bousset) ont ainsi été libérés de la perspective hérésiologique dans l'étude des gnoses chrétiennes : "En Parlant avec rigueur, ce ne sont pas des hérésies immanentes au christianisme, mais les résultats d'une rencontre et d'une union entre la nouvelle religion et un courant d'idées et de sentiments qui existait avant elle, ou qui étaient primitivement étrangers et qui le sera encore dans son essence".

Depuis environ trois décennies, on tend à donner le nom de "gnostiques" à d'autres courants distincts postérieurs (manichéisme, catharisme) : des gnosticismes extérieurs au christianisme (comme le mandéisme et l'hermétisme stricto sensu) ; l'alchimie ; la Cabbale juive ; l'ismaélisme et les hérésies musulmanes dérivées : quelques doctrines "ésotériques" modernes.

En réagissant contre le "comparativisme" , sans cesser de mettre à profit leurs découvertes, divers spécialistes dans la science des religions (Hans Jonas, Karl Kerényi, Simone Pétrement, Henri-Charles Puech, G. Quispel…) ont abordé l'étude du gnosticisme en se servant de la méthode phénoménologique : au lieu d'insister sur le détail des doctrines, des mythes et des rites, il s'agit de mettre en relief l'attitude spécifique, les orientations spirituelles caractéristiques qui les conditionnent, et il s’en détache des grands thèmes (exprimés ou implicites) qui dans une dernière analyse, se trouvent derrière les idées, les images et les symboles gnostiques. Bien que les gnosticismes soient très divers, le gnosticisme est une attitude existentielle complètement caractéristique, un type spécial de religiosité. Il n'est pas arbitraire de formuler un concept général de gnose, "une connaissance" salvatrice, qui se traduit dans des réactions humaines déterminées et toujours les mêmes. Si le gnosticisme n'était rien de plus qu'une série d'aberrations doctrinales propres à certains hérétiques chrétiens des trois premiers siècles, son intérêt serait purement archéologique. Mais il est beaucoup plus que ça : l'attitude gnostique réapparaîtra spontanément, au-delà de toute transmission directe. Ce type spécial de religiosité présente même des affinités troublantes avec quelques aspirations complètement "modernes". Le "gnosticisme" des hérésiologues, constitue l'exemple caractéristique d'une idéologie religieuse, qui tend à réapparaître sans cesse en Europe et dans le monde méditerranéen, à des époques de grandes crises politiques et sociales.

L'unité de la gnose supposée par les "phénoménologues" contemporains n'est, en aucune façon, l'unité que soutiennent les adeptes de la théosophie et de l'ésotérisme : dans cette perspective spéciale, la gnose serait la source de toutes les religions et de son dernier fondement. Pour le grand "traditionaliste" français André René Guénon (1886-1951) et ses disciples, dans toutes les religions se trouve l'idée d'une libération métaphysique de l'homme au moyen de la gnose, ou bien, au moyen de la connaissance intégrale ; il existe une universalité étonnante de certains symboles et de certains mythes : de là, la supposition logique d'une origine commune des différents ésotérismes religieux, qui s'expriment nécessairement à travers les grandes religions "exotériques", dont ils constituent le noyau. Du point de vue de l'historien des religions, la théorie de Guénon ne peut pas, évidemment, être prouvée (ni d'autre part, invalidée). Il est certain que les doctrines ésotériques se ressemblent ; mais pour expliquer ces convergences, il n’est pas nécessaire d’imaginer une tradition primordiale intemporelle conservée par un ou plusieurs "centres" d'initiation. Il suffit de rappeler cette loi redécouverte par les "phénoménologues" : comme l'esprit humain réagit de la même manière dans des conditions semblables, il n'est pas étrange de trouver dans différents milieux, les mêmes aspirations. Il ne faut pas non plus oublier les filiations historiques, parfois inattendues.

"…On possède la gnose, connaissance béatifiante, nous dit Paul Masson-Oursel, quand on distingue l’absolu, dans ses profondeurs, de ce qui le relativise". Cette définition, qui coïncide avec celle des "traditionalistes", est trop générale : le salut par la connaissance est une aspiration qui caractérise de nombreux mouvements religieux (par exemple, le bouddhisme) qui ne sont pas, habituellement, inclus dans le gnosticisme. Ce dernier, est un type très spécial de religiosité qui effectue, quelque chose comme la synthèse d'aspirations "orientales" et "occidentales". Il est courant, qu’on établisse une opposition, qui est souvent, bien loin, de correspondre à la vérité, entre l'Orient "métaphysique", qui aspire à la libération et à l'Occident "religieux" qui aspire au salut ; le gnosticisme établit précisément, une espèce de lien, de pont entre les religions de type "sentimental" et personnel, et les religions impersonnelles appelées "métaphysiques". Le gnostique part (et c'est ce que mettent en évidence, les importantes recherches de Henri-Charles Puech, membre de l'Institut, professeur du Collège de France) d'une expérience totalement subjective, pour s'élever à travers elle, à la rencontre d'une illumination salvatrice.

La première partie de ce livre déterminera, précisément, les caractéristiques générales d'une telle attitude (ou plutôt de toute une série d'attitudes) : au moyen de nombreuses citations (empruntées surtout au gnosticisme chrétien, mais complétées par d'autres "témoignages"), nous soulignerons des tendances, des aspirations et des doctrines complètement caractéristiques. Dans la seconde partie, nous étudierons l'histoire des aspirations gnostiques, depuis ses origines lointaines pré-christianiques jusqu'à leurs étonnantes "réapparitions" contemporaines.

L'extension modeste de cette œuvre nous empêche de traiter certains problèmes particuliers ; mais nous croyons avoir montré tout l'intérêt historique et philosophique des recherches relatives à un domaine que quelques auteurs considèrent encore comme des extravagances pittoresques. Bien que beaucoup de gnostiques parlent un langage déconcertant pour l'homme contemporain, et paraissent constituer, au moins à première vue, un ensemble hétérogène de groupes innombrables, son attitude est, dans le fonds, très moderne : on nous les présente, comme des hommes angoissés par leur condition d'êtres chassés du monde, et qui, dans leur fuite du monde, croient avoir trouvé la manière de vaincre cette angoisse insupportable.

Nous devons préciser que, dans toute la première partie de cette étude, nous avons suivi les lignes les plus essentielles de la pensée gnostique, mises en évidence par H.-C-Puech.

Source : http://www.vopus.org/fr/gnose/gnose-et-gnosticisme/les-gnostiques.html

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La querelle des « anciens » et des « modernes »

Publié le 9 Décembre 2012 par Roger Dachez dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

Nouvelles lumières sur un conflit fondamental de la Maçonnerie anglaise .

Au fur et à mesure de l'avancement des recherches, l'histoire des premiers temps de la Maçonnerie anglaise apparaît plus complexe qu'on ne l'a dit ou imaginé jusqu'à présent. C'est le cas de ce conflit fondamental qui secoua la franc-maçonnerie d'outre-Manche pendant près de 60 ans : la querelle des « Anciens » et des « Modernes » (1751/1753-1813).

Surtout étudiée comme une affaire interne à l'Angleterre, il semble aujourd'hui, si l'on veut renouveler et approfondir la question qu'il faille tenir compte de l'environnement britannique, surtout irlandais, voire de la Maçonnerie continentale et principalement française.

C'est ainsi que depuis 1928, Philipp Crossle, grand historien de la Maçonnerie irlandaise, a attiré l'attention sur les spécificités de cette Maçonnerie et notamment l'existence d'un système en 3 grades ou étapes, antérieur au système révélé par Samuel Prichard en 1730, doté d'un contenu différent comprenant l'Arc Royal. Ce faisant, Crossle posait implicitement la question de l'apparition et de l'influence des hauts grades dans l'histoire générale de la Maçonnerie.

Par ailleurs, si, comme l'a montré Alain Bernheim, les Maçonneries anglaises et françaises ont été, pour les grades bleus, sensiblement identiques jusque vers 1750 (jusqu'à l'apparition des « Anciens »), il est certain que la floraison des hauts grades en France dès les années 1740 aura une incidence sur la Maçonnerie anglaise à partir du tournant du siècle.

C'est dire que la manière habituelle d'envisager ce conflit, comme une querelle entre un système anglais parfaitement défini et inamovible représenté par la GL de 1717 et appelé, par dérision, les « Modernes » et un système importé d'Irlande par les « Anciens » est sans doute à renouveler.

Pour s'en tenir au seul problème de l'Arc Royal, réputé avoir été importé d'Irlande en Angleterre par les « Anciens », comment rendre compte du fait que la légende de ce grade qui sera bientôt connue en Angleterre est différente de celle développée dans la version irlandaise, mais par contre très proche de la légende qui figure dans les rituels français dit de « Royale arche » ?

Il est clair que l'histoire de la Maçonnerie anglaise ne se résume pas à l'histoire de la Maçonnerie en Angleterre stricto sensu . C'est, en réalité, l'histoire d'une Maçonnerie qui subit toutes sortes d'influences, internes et anglaises bien sûr, mais aussi externes, irlandaises et françaises. Dans le deuxième tiers du XVIIIe siècle, il s'est donc constitué, en Angleterre, un système maçonnique qui est le produit de toutes ces influences et qui, évidemment, a également eu des influences, à son tour, sur d'autres Maçonneries et notamment en France. Apparaît ainsi une histoire franco-britannique qui tente de cerner toutes ces influences et de relire un certain nombre de problèmes relatifs aux origines de la Maçonnerie : l'installation du Maître de la Loge, l'Arc royal, etc.

La querelle des « Moderns » et des « Ancients » est une querelle fondamentale de la Maçonnerie anglaise. Classiquement, elle s'énonce ainsi : Jusqu'en 1750, la Maçonnerie anglaise est unie et uniforme. En 1751, apparaît une nouvelle organisation maçonnique qui va s'appeler « GL des FM selon les anciennes institutions » ou plus sommairement « GL des Anciens ». La GL de 1717 s'appellera, par dérision la « GL des Modernes » (et aujourd'hui « Première Grand Loge »). Cette GL des Anciens est principalement fondée par des Maçons Irlandais vivant à Londres mais refusant les usages de la GL de 1717 qui, en 1750, était déjà largement répandue dans toute l'Angleterre.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la théorie selon laquelle la GL des « Anciens » était une scission ou un schisme de la GL des Modernes était communément admise. Suivant cette thèse, un certain de nombres de Loges aurait quitté la GL de Londres et créé une nouvelle obédience par refus d'innovations qui auraient été apportées dans le Métier par ladite GL. Ces innovations, parmi lesquelles la fameuse histoire de l'inversion des Mots sacrés (J-B ou B-J) 1, seraient apparues dans les années 1730, puis elles seraient devenues si nombreuses (au point de devenir inacceptables) que certaines Loges auraient décidé, dans les années 1750, de revenir aux anciens usages et de quitter la GL de 1717. Cette thèse était évidemment défendue par les « Ancients » eux-mêmes et dès 1756 avec la publication du livre des Constitutions Ahiman Rezon de Laurence Dermott. Henri Sadler ( in Masonic Facts and Fictions ) a définitivement démontré, en 1887, que la fondation de 1751 n'est pas le fruit d'un schisme mais qu'elle s'est constituée de novo et qu'elle a, par conséquent, une origine différente de celle de la GL de 1717.

En réalité, c'est un Grand Comité qui apparaît en 1751 et qui prend le titre de GL à partir de 1753 lorsqu'elle eût un frère de noble naissance pour la présider en qualité de Grand Maître 2. Les premiers membres étaient des Irlandais émigrés en Angleterre. Ceux-ci auraient probablement eu des difficultés à se faire recevoir dans des Loges anglaises. De plus ces Loges pratiquaient une Maçonnerie trop différente de la leur ce qui rendait quasi impossible une intégration dans la GL de 1717. Ils auraient alors fondé leur propre GL où ils pouvaient pratiquer les usages qu'ils auraient apportés d'Irlande et dont ils auraient proclamé l'ancienneté par rapport à la Maçonnerie anglaise.

La qualification d'« ancients » attribuée à une GL qui a 30 ans de moins que son aînée peut sembler curieuse, polémique et injuste. Certes, mais au delà de cette querelle de mots, on ne doit pas oublier les questions fondamentales :

1. Quelles sont les différences réelles entre les deux GG LL ?

2. Parmi les différents usages, quels étaient ceux véritablement les plus anciens, et, dans cette perspective, quand, où, comment, pourquoi ce serait fait le passage des usages anciens aux usages modernes ?

Ces deux questions n'ont guère reçu, encore aujourd'hui, de réponses satisfaisantes.

Il semble que l'on peut renouveler cette problématique en étudiant la Maçonnerie en Irlande.

La connaissance de la Maçonnerie irlandaise passe nécessairement par l'étude d'un ouvrage fondamental de John Herron Lepper et Philipp Crossle, Histoire de la GL des Maçons Anciens et Acceptés d'Irlande , Dublin, 1925, réédité en 1987 .

Dans cet ouvrage, les auteurs montrent qu'il existent des preuves documentaires de l'existence d'une maçonnerie spéculative en Irlande avant qu'on en ait la certitude, elle aussi documentaire, en Angleterre. Ainsi, dans les archives du Trinity College de Dublin, un document mentionne l'existence d'une Loge de francs-maçons (rassemblant essentiellement des étudiants) en 1688. Un autre manuscrit du Trinity College 4, qui porte la date de 1711, décrit un système en 3 étapes 5. En 1725, le récit d'une procession publique atteste l'existence d'une GL en Irlande. En 1730 enfin, sont publiées les Constitutions dites de Pennel, proches du texte d'Anderson, à cette différence importante qu'elle mentionne le grade de Maître ce qui n'est pas le cas dans le texte anglais de 1723 6.

Ainsi, on constate que toutes les manifestations connues de la première Maçonnerie irlandaise sont remarquables soit par leur date soit par leur contenu. Au vu de ces documents, il apparaît que la Maçonnerie Irlandaise est ancienne et différente de la première Maçonnerie anglaise.

Sur l'origine sociologique de cette Maçonnerie irlandaise, on peut émettre deux hypothèses. Ce serait une Maçonnerie purement irlandaise ou celte ou alors (l'Irlande étant de facto occupée par l'Angleterre) une Maçonnerie de colons anglais installés en Irlande (les anglo-irlandais). Ces derniers composant l'aristocratie du pays sont essentiellement regroupés autour de Dublin. Cette hypothèse semble la plus crédible et la première Maçonnerie irlandaise apparaît de plus en plus comme une Maçonnerie anglo-irlandaise. Cependant, tous les colons ne font pas partie de l'aristocratie loin s'en faut. Il se constitue ainsi une immigration anglo-irlandaise pauvre, très proche de la population irlandaise autochtone, de sorte que l'émigration irlandaise vers l'Angleterre cette fois au XVIIIe siècle est surtout une émigration d'anglo-irlandais. On peut alors imaginer, car aucun document ne le confirme à l'heure actuelle, que ces anglo-irlandais, émigrés, de petite extraction, avec leur Maçonnerie propre ont reçu un accueil peu enthousiaste dans les Loges anglaises d'autant qu'ils possédaient un grade -- et c'est dans cette perspective que l'on peut réexaminer la question de l'Arc Royal -- supérieur au grade de Maître et inconnu des anglais 7, qu'ils considéraient, ainsi que l'écrivit Laurence Dermott dans les Constitutions des Ancients , comme « la racine, le coeur, la moelle de la Maçonnerie » et qu'ils réussiront d'ailleurs à imposer définitivement dans la pratique maçonnique anglaise.

En 1778, dans une édition des Constitutions, Laurence Dermott dresse une liste de griefs que les « Anciens » lancent contre les « Modernes ». Seul celui de l'abandon ou de l'ignorance de l'Installation secrète des VV MM, installation capitale puisque, dans le système des « Anciens », elle ouvre la voie à l'Arc royal, est crédible. De fait, l'installation est inconnue en Angleterre -- du moins n'en existe-t-il aucune attestation documentaire -- avant 1760 et la divulgation des « Trois coups distincts ». Mais en dehors de cette accusation, les autres griefs manquent singulièrement de fondements documentaires et sont mêmes contraires à tous les documents connus. Il est ainsi de :

1. l'abandon des prières pendant les cérémonies maçonniques.

2. l'abandon de la célébration des fêtes de Saint-Jean.

3. l'inversion de l'ordre des Mots Sacrés.

En somme, si l'on s'en tient à ce qui est attesté, deux données majeures peuvent définir l'originalité réelle des « Anciens » par rapport aux « Modernes ».

1. Leur ancienneté.

2. L'apport de l'Installation secrète et de l'Arc Royal.

Phillip Crossle, dans un article fameux, The Irish Rite 8, propose une subtile interprétation de la hiérarchie des grades en Irlande jusque vers 1730. Dans les Constitutions de Pennel, il y a 3 étapes, Apprenti, Compagnon, Maître mais elles ne correspondraient pas aux trois grades homonymes de la Maçonnerie anglaise tels qu'ils sont définis dans la divulgation de Prichard (1730). Selon la théorie de Crossle, on peut établir le tableau suivant :

Irlande

 

Angleterre

 

Apprenti

Apprenti et Compagnon

Compagnon

Maître

Maître =
Installation et Arc Royal

 

--

 

En étudiant cet article, nous essayerons de relire la querelle des « Modernes » et des « Anciens » et de nous poser les questions relatives aux origines et ancienneté vraisemblable de la Maçonnerie des Ancients ainsi qu'aux sources de cette Maçonnerie.

Discussion :

1. L'aspect sociologique des Maçonneries anglaise et irlandaise.

S'il semble bien que les « Anciens » soient plutôt des petites gens pratiquant une « technique rituelle » plus stricte que celle des « Modernes », l'uniformisation des deux Grandes Loges allaient se faire assez vite et était déjà très avancée au début du XIXe siècle jusque et y compris au niveau de la Grande Maîtrise, ce qui explique l'Union de 1813. A cette époque, l'origine irlandaise des « Anciens » avait quasiment disparu.

2. Les rapports entre l'Irlande et l'Ecosse.

Ils sont anciens. La peuplade primitive de l'Irlande, ce sont les « Scots ». Par ailleurs, à l'époque des 2 GG LL rivales anglaises, la GL d'Ecosse entretiendra des relations d'amitié avec les « Anciens ». Et l'Arc Royal s'implantera facilement et très rapidement en Ecosse.

3. Laurence Dermott.

Dans La querelle des Anciens et des Modernes , Edimaf, 1999, Marie Cécile Révauger se fait l'écho d'une thèse retenue aussi par Patrick Geay selon laquelle Laurent Dermott serait catholique. Force est de constater que, jusqu'à ce jour, on a pas exhibé la moindre preuve attestant cette affirmation.

4. Aujourd'hui la GL d'Irlande entretient d'excellentes relations avec la GLUA. Les 2 GG LL adoptent des positions communes sur les questions internationales. Mais la GL d'Irlande, qui a autorité sur l'ensemble de l'île, reste principalement composée de Protestants et d'Anglicans dans ce pays très profondément catholique.

Nous avons vu que l'intelligence de la querelle des « Ancients » et des « Moderns » (1751-3/1813) nécessite de prendre en compte l'histoire de la Maçonnerie irlandaise. Deux auteurs importants, Heron Lepper et Crossle 9, nous y aident. C'est ainsi que nous avons pu déterminer que, de tous les griefs reprochés aux Modernes par les Anciens, deux sont vraiment à examiner : l'ancienneté réelle des usages de ces deux GGLL et la question de l'installation secrète et de l'Arc Royal, ce dernier point posant implicitement la question des grades maçonniques. En effet s'il existe en 1730, en Angleterre comme en Irlande, des systèmes maçonniques en 3 grades, il semble que ces systèmes n'aient pas la même ancienneté et ne recouvrent pas la même réalité. Comment donc, en Irlande, le système des grades s'est constitué ? c'est ce que nous allons étudier à travers un remarquable article de Philipp Crossle, The Irish Rite 10.

Rappelons d'abord que « les îles britanniques » sont composées de 3 pays très différents et souvent opposés : l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande. De même il y a lieu d'opérer une distinction entre les Maçonneries de ces pays. L'histoire de la Maçonnerie irlandaise est tout à fait différente de la Maçonnerie anglaise. Philipp Crossle s'attache à faire apparaître la profonde originalité du système maçonnique irlandais avant 1750.

Les origines de la Maçonnerie en Irlande sont très obscures. Elle pourrait être importée d'Angleterre (à la fin du XVII e siècle, dans les années 1680 ?), l'Irlande étant à ce moment-là une colonie anglaise. Cette Maçonnerie irlandaise serait donc celle d'anglo-irlandais, qui auraient formés une sorte d'aristocratie dominant l'Irlande ? Cette aristocratie est séparée du reste du pays non seulement sur le plan économique et social mais aussi sur le plan religieux : elle est anglicane alors que les Irlandais autochtones sont catholiques.Au début du XVIII e siècle, la maçonnerie obédientielle apparaît en Angleterre vers 1717-23 puis en Irlande en 1725, mais, apparemment, de façon tout à fait distincte. On remarquera en effet que cette maçonnerie irlandaise, quoique probablement d'origine anglaise, est attestée depuis 1688 et, depuis de près de 40 années, elle a évolué pour son propre compte, indépendamment de l'Angleterre. Dans les années 1720, il est donc très probable que les Maçonneries anglaise et irlandaise sont très différentes quoique d'une ancienneté égale, et on pourrait même formuler l'hypothèse que les Irlandais aient conservé des usages que les Anglais eux-mêmes auraient altéré ou perdu, ce qui aurait constitué de fait une sorte d'ancienne maçonnerie anglaise (devenue irlandaise). C'est ici que l'on pourrait ancrer la revendication d'ancienneté toujours proclamée par la GL de 1751-3.

En 1730, la GL d'Irlande publie son livre des Constitutions dites de Pennell. Il y est décrit, pour la première fois de manière officielle , un système en 3 grades : apprenti, compagnon et maître. Rappelons que les Constitutions de 1723, à Londres, avait défini une Maçonnerie en 2 grades, que c'est en 1730 qu'est attesté, par une divulgation et pour la première fois en Angleterre, le grade de Maître, que cette divulgation sera condamnée par la GL de Londres, et que c'est seulement en 1738 que le grade de maître sera officialisé, dans la 2e édition des Constitutions anglaises.

Philipp Crossle constate donc que le texte de Pennell décrit explicitement 3 grades. De plus, il est dit qu'un diacre, un surveillant, un maître élu, un député GM qui auraient déjà été « compagnon » pourront se voir conférer le grade de « maître » après son installation. Pour expliquer ces bizarreries, et c'est toute la thèse de Philipp Crossle, il faut comprendre que les mots « apprenti », « compagnon » et « maître » n'ont pas, à cette époque, le même sens et ne désignent pas la même chose en Irlande et en Angleterre. Crossle nous explique qu'on ne peut mettre sur un même plan le texte officiel des Constitutions de Pennell et la divulgation de Prichard non reconnue en son temps par la GL de Londres. En Irlande, en 1730, le grade d'apprenti correspondrait au contenu des grades d'apprenti et de compagnon en Angleterre , le grade de compagnon correspondrait à un contenu proche (mais peut-être sans légende) de ce que sera le futur grade de maître en Angleterre et le grade de maître, toujours en Irlande, décrit l'essentiel de ce qui sera connu plus tard sous le nom d'« Arc Royal ». Ceci justifierait le principal grief que les Anciens (irlandais) reprochaient aux Modernes (anglais), à savoir que ces derniers ignoraient l'Arc Royal, et expliquerait aussi que l'introduction de l'Arc Royal en Angleterre soit apparue comme un 4e grade.

La thèse de Crossle s'inscrit donc parfaitement dans ce que nous savons sur l'origine des grades (à la fin du XVIIe siècle, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, le contenu des grades d'apprenti et de compagnon - des années 1730 - était rassemblé dans le seul grade d'apprenti tandis que le grade de compagnon renfermait l'essentiel de ce qui deviendra le grade de maître) tout en y ajoutant un élément nouveau : le grade de maître en Irlande ou Arc Royal.

Quant à Laurence Dermott, figure emblématique des Anciens, personnage peu connu dont certains pensent qu'il aurait été catholique , il est déjà maçon lorsqu'il arrive en Angleterre. Il est probable que son accueil dans les loges anglaises fut, en tant qu'irlandais, difficile d'autant que les usages et le contenu des grades étaient très différents ou répartis différemment par rapport à ce qu'il avait connu et reçu en Irlande. Et puis surtout il y manquait l'Arc Royal. Ce grade sera donc introduit en Angleterre mais dans le système préexistant, et il deviendra une sorte de 4 e grade anglais. Cela posera problème - la querelle des Anciens et des Modernes en témoigne - car l'Arc Royal n'est pas, pour les Anciens, un haut grade  mais fait bel et bien partie des grades du Métier. Il est même, selon la célèbre formule de Dermott, « la racine, le coeur et la moelle de la Maçonnerie ». L'hypothèse de Crossle va dans ce sens : le premier système maçonnique en 3 grades est irlandais et contient l'Arc Royal. Ainsi, à la lumière de l'histoire maçonnique irlandaise, les affirmations des Anciens prennent plus de poids : leur maçonnerie était peut-être véritablement « ancienne » et l'Arc Royal fait bien partie du Métier. La querelle des Anciens et des Modernes apparaît, au delà des problèmes de personnes comme le choc de deux cultures et de deux conceptions différentes de la maçonnerie.

Discussion :

1. Si l'histoire, avec l'union de 1813, semble avoir donné raison aux Anciens -- même si elle fut le résultat d'un compromis élaboré petit à petit et dès 1760 -- il semble que ces derniers avaient tout de même adopté le système anglais et accepté de mettre l'Arc Royal dans une position un peu à part. Et ce fut le cas aussi en Irlande. De leur côté, très intéressés par l'Arc Royal, les Modernes ont fini par adopter ce grade et l'inclure dans le Métier. Et le fameux article II de l'union, qui définit la vraie maçonnerie en 3 grades seulement y compris l'Arc Royal, prend toute sa signification historique et traditionnelle si l'on se réfère au système maçonnique irlandais des années 1730.

2.L'origine de l'arc Royal reste mystérieuse. Est-il d'origine anglaise ? Fut-il importé en Irlande à la fin du XVII e siècle puis « oublié » par les Anglais ? Au contraire, est-il d'origine purement irlandaise ? L'absence de documents ne permet pas de trancher cette question même si la deuxième hypothèse semble la plus probable.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'il existe, aujourd'hui, deux types d'Arc Royal avec des légendes différentes. Il y a un grade avec la légende « Zorobabel » et un autre avec la légende « Josias ». L'Arc Royal irlandais d'aujourd'hui est fondé sur cette deuxième légende tout à fait différente de celle pratiquée dans l'Arc Royal anglais. Cela renvoie à une époque où il y aurait eu deux légendes alternatives en Irlande. L'une se serait imposée en Angleterre et l'autre en Irlande. Ceci est encore un mystère supplémentaire. Crossle formule l'hypothèse de l'existence d'une structure archaïque, d'un nucleus, de l'Arc Royal, sans légende. C'est seulement dans un deuxième temps qu'on aurait plaqué à ce noyau une légende, à l'instar de ce qui s'est passé pour le grade de Maître, et il aurait pu y avoir plusieurs légendes différentes (empruntées à la Bible) destinées à expliquer la structure du grade, comme une sorte de commentaire. Ceci pourrait s'appliquer d'ailleurs à l'ensemble des grades maçonniques. En effet, quel que soit le grade considéré, il est, à son origine, très simple dans sa formulation puis, dans un deuxième temps, se diversifie et se complique. Cet enrichissement consiste essentiellement en discours et légende supposés expliciter le contenu originel du grade et éclairer sa signification, même si, en réalité, ils contribuent souvent à le rendre plus obscur... et enfin, il y a la phase de normalisation et de codification. L'exemple du rite français est à cet égard significatif. Ce qui est certain, c'est que l'Arc royal était un grade profondément chrétien. C'est en 1835 seulement qu'on en a fait, après un toilettage laborieux, un grade vétéro-testamentaire, ceci dans la suite de ce qui avait été effectué pour les 3 premiers grades entre 1813 et 1816 dans la Loge de Réconciliation avec la grande entreprise de déchristianisation de la maçonnerie anglaise.

3. Les relations Irlande-Ecosse.

Très anciennes, ces relations privilégiées le sont aussi en Maçonnerie. A partir de 1753, c'est avec la GL des Anciens que la GL d'Ecosse établira des relations, de même cette dernière donne-t-elle tout son statut à l'Arc Royal, comme un 4e grade, auquel on ne peut accéder qu'après avoir été Maître installé.

 

1 Dans Les deux grandes colonnes de la Franc-Maçonnerie de René Désaguliers, 3 e édition augmentée et entièrement refondue par Roger Dachez et Pierre Mollier, Dervy, 1997, on conteste fortement la réalité de cette inversion. Il n'en reste pas moins que cette histoire - dont l'origine remonte à William Preston en 1775 - prendra une importance extraordinaire au point de monopoliser l'attention de la Loge de Promulgation, initiée par les « Modernes » de 1809 à 1811 et préparatrice à l'Union des deux GG LL rivales en 1813, qui reconnaîtra que son propre usage (J-B) est un ordre inversé par rapport à l'ordre véritable et ancien B-J. C'est dire que les « Modernes » eux-mêmes s'étaient persuadés qu'ils avaient inversé les Mots sacrés !

2 Durant ces 3 années, les tenues de GL furent présidées à tour de rôle par le Vénérable de la Loge qui organisait l'assemblée annuelle.

3 History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland , vol. I, Lodge of Research, CC.

4 Publié en français, in La franc-maçonnerie : documents fondateurs , L'Herne, Paris, 1992, pp. 231-233, l'auteur de ce manuscrit est un érudit anglais en relations épistolaires avec Robert Plott - qui lui-même fait mention de l'existence de la FM en Angleterre dans l' Histoire naturelle du Staffordshire (1686) - Sir Thomas Molyneux.

5 Cf. Roger Dachez « Les origines du grade de Maître » in RT , n° 96, octobre 1993, pp. 229-231.

6 Il faudra attendre l'édition de 1738.

7 L'Arc Royal actuel a été profondément modifié vers 1835.

8Transactions of the Lodge of research CC , Dublin, 1928, pp. 155-275. La traduction française est à paraître dans Renaissance Traditionnelle.

9 History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland , vol. I, Lodge of research, CC, Dublin, 1925, réédité en 1987.

10 Transaction of the Lodge of research ,CC, Dublin, 1928. A paraître en français dans RT .

11 Cf . l'article de Lionel Vibert, conférence prestonienne de 1925, The Development of Trigradal System ( The Collected Prestonian Lectures , vol. 1, 1925-1960, London, Lewis-Masonic, 1984), qui expliquait le passage, en Angleterre, du système en 2 grades à celui du système en 3 grades. Le grade de compagnon de 1723 s'est vu adjoindre une légende pour donner le grade de Maître et le grade d'apprenti de 1723 a été coupé en deux pour donner les grades d'apprenti et de compagnon postérieurs. L'hypothèse de Crossle expliquerait donc que le grade d'apprenti en Irlande en 1730 était bien le même que celui du début du XVIIIe siècle en Angleterre... Rappelons qu'il existait à la même époque, en Ecosse, un système tout à fait similaire, en 2 grades, Apprenti Entré et Compagnon du Métier ou Maître.

12 Nous entrons ici dans la difficile question des origines du grade de Maître. Il y a eu plusieurs grades de Maîtres qui ne comprenaient pas la légende de l'actuel grade de Maître. 3 légendes différentes au moins ont été identifiées, de même qu'il a existé un grade de Maître fondé sur les 5 points du Compagnonnage. L'actuelle légende est d'origine anglaise mais, avant 1730, il a pu exister, en Angleterre, un grade de maître sans cette légende et même sans légende du tout, grade auquel le contenu du grade de compagnon en Irlande aurait correspondu. Cf . Roger Dachez, « Les origines du grade de Maître » in RT .

13 L'Irlande est un pays profondément catholique. Rome avait condamné la franc-maçonnerie dès 1738. Dermott fut initié en 1740, et la GL d'Irlande était et est composée en majorité d'Anglicans. Sur Dermott, voir Ahiman Rezon , traduction par Georges Lamoine, édition SNES, 1997, pp. III à V, et Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie , Paris, 2000.

14 Comprenons bien que les Irlandais n'étaient pas opposés aux Hauts grades, comme en témoigne cette liste de grades des années 1760/80 : apprenti, compagnon, maître, maître de l'arche, compagnon de la marque, maître de la marque, maçon du lien ou de la lutte, passage de Babylone ou de la Croix rouge, passage du Jourdain, ordre royal ou Bleu de Prusse.

source : http://www.logenationalefrancaise.fr/

 

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L. Dermott (Dublin, 1720 Londres, 1791)

Publié le 9 Décembre 2012 par M.-C. R. dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

Les historiens de la maçonnerie anglaise n'ont guère accorde d' importance à Laurence Dermott, bien qu'il ait joue un rôle clef dans l'expansion de la Grande Loge des Anciens. C'est Henry Sadler qui lui rendit enfin justice en 1887 dans Masonic Facts and Fiction, et nous devons à Georges Lamoine d'avoir publie la première édition bilingue de l'oeuvre de Dermott qui servit de constitutions aux Anciens (Ahiman Rezon, Éd. S. N .E S., 1997), permettant ainsi aux lecteurs français de la découvrir

Laurence Dermott avait des origines modestes qu'il se fit un point d'honneur à évoquer dans la troisième édition de son Ahiman Rezon pour répondre aux attaques que les «Modernes» multipliaient alors contre lui. L'ostracisme social, teinte de racisme anti-irlandais, semble avoir été pour beaucoup dans ce silence. Dermott disait lui-même: «Les Modernes varient en matière de calomnie car, pendant que certains m'accusent de faux, d'autres disent que je suis illettré au point de ne savoir écrire mon nom. Mais le plus étrange est que d'aucuns veulent absolument que je n'aie ni pere ni mère, et que j'aie spontanément poussé dans un carre de pommes de terre d'un potager d'Irlande.»

Les siLences de l'historiographie et les calomnies dont fut victime Dermott nécessitent donc de faire le point sur La figure de proue des Anciens. Laurence Dermott est initie à la loge n° 26 de la capitale irlandaise en 1740, des l'âge de 20 ans. I1 devient vénérable de cette loge six ans plus tard. En bon Irlandais, il est catholique. I1 émigre en Angleterre peu après 1746 et est admis dans une loge «Moderne», mais, lorsque se créé la Grande Loge des Anciens, il rejoint les loges «Anciennes». Il est tour à tour ouvrier peintre, journeyman painter (employé à la journée), puis marchand de vin et courtier entre le continent et les acheteurs anglais Son statut professionnel assez précaire attire le mépris de l'aristocratique Grande Loge des Modernes pour un homme qui, malgré ce handicap certain, aspire à de très hautes responsabilités maçonniques. Laurence Dermott est élu Grand Secrétaire en 1752 de la Grande Loge des Anciens; il exerce cette fonction jusqu'en 1771, date à laquelle il devient Grand Maître Adjoint (Députe Grand Master). C'est un poste essentiel puisque le Grand Maître, presque toujours un aristocrate, n'a qu'un rôle honorifique. Il occupe cet office jusqu'en 1777, puis de nouveau de 1783 à 1787, assurant ainsi la continuité du pouvoir au sein de la Grande Loge.

Ahiman Rezon sert véritablement de constitutions aux Anciens, au même titre que l'ouvrage d'Anderson pour les Modernes. L'ouvrage, qui connaît de nombreuses rééditions jusqu'en 1813, se compose d'une introduction, d'une profession de foi sur les objectifs de La franc-maçonnerie, rédigée à la fois à l'intention des profanes et des inities, et des « anciennes obligations» et des règlements généraux de l'Ordre. Ces deux dernières parties s'inspirent très fortement du texte d'Anderson. Cependant les références à la franc-maçonnerie ,«opérative» sont plus appuyées chez Dermott que chez Anderson. Contrairement aux Modernes, les Anciens pourront d'ailleurs revendiquer une loge opérative» au XVIIIe siècle: la Domatic Lodge de Londres. Dermott ridiculise les prétentions historiques d'Anderson qui avait date la franc-maçonnerie du Paradis terrestre. Dermott traite ensuite du fonctionnement de la nouvelle Grande Loge, qui est réglemente de façon plus précise et plus démocratique que celui des Modernes. Ainsi, le choix du Grand Maître doit être approuvé à l'unanimité par les membres de la Grande Loge, les officiers de la Grande Loge sont élus et non nommés par le Grand Maître comme chez les Modernes; le déroulement des assemblées de loge est lui aussi réglementé: aucun membre n'est autorise à prendre la parole plus d'une fois sur un même sujet, cela afin de garantir la liberté d'expression de tous et d'éviter à quelques-uns de monopoliser la parole. Il introduit l' obligation de réciter une prière au moment de l'ouverture et de la clôture des travaux, il fait alors preuve d'un certain éclectisme religieux, puisqu'il propose à la fois des prières chrétiennes et des prières juives. Une prière spécifique sera récitée au 4° celui de Royal Arch, dont il n'a sans doute pas eu la paternité comme cela à pu être affirme. Dermott accorde beaucoup d' importance au comité de bienfaisance -Committee of Charity-, tout en décourageant l'entrée en franc-maçonnerie de personnes indigentes.

La personnalité de Dermott à souvent été critiquée surtout par les Modernes. Il est certain que l'auteur d'Ahiman Rezon ne pécha pas par modestie, mais cela s'explique en grande partie par la nécessite de faire face au mépris social dont firent preuve ses adversaires à son égard. Laurence Dermott fut la figure de proue des Anciens, il sut faire preuve d'offensive quand il le fallut. Sans son acharnement il est vraisemblable que la Grande Loge des Anciens n'aurait jamais connu cet essor. Dermott arrêta de déterminer la politique des Anciens en 1787 pour des raisons de santé. Il mourut en 1791.

source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/Maconnieke%20Encyclopedie/Franc-M/fra-d-02.htm

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Le Gnosticisme (2)

Publié le 9 Décembre 2012 par Jean-Paul Coudeyrette dans Gnose

Évangile de Judas :

Traduction en français de l'évangile de Judas par Eric - Infologisme.com
Traduction libre de tous droits pour un usage privé.
Droits de traduction réservés, propriété intégrale de son auteur.
Reproduction interdite de cette traduction sur tous médias sans autorisation :
"Introduction : Incipit
Le récit secret de la révélation de la conversation de Jésus avec Judas Iscariot durant trois jour pendant la semaines avant qu’il ait célébré la pâque.
Le ministère terrestre de Jésus
Quand Jésus est apparu sur terre, il a réalisé des miracles et de grandes merveilles pour le salut de l’humanité. Et depuis a [marché] dans la droiture de manière certaine alors que d’autres marchaient dans leurs transgressions, les douze disciples se sont appelés.
Il a commencé à parler avec eux au sujet des mystères du monde de l’au delà et ce qui aurait lieu à l’extrémité. Souvent il n’est pas apparu à ses disciples en tant que Jésus, mais se trouvait parmi eux comme un enfant.
Scène I : Dialogues de Jésus avec ses disciples : La prière d’action de grâce ou de l’eucharistie
Un jour il était avec ses disciples en Judée, Jésus les découvrit recueillis ensemble et assis, dans l’observance pieuse. Quand il [approcha] ses disciples, [34] recueillis ensemble et assis, alors qu’ils offraient une prière d’action de grâce au-dessus du pain, [il] rie.
Les disciples [lui] ont dit, « Maître, pourquoi te moques-tu [de notre] prière d’action de grâce ? Nous avons fait ce qui est exact. »
Il a répondu et leur a dit, « Je ne ris pas de toi. Vous ne faites pas ceci en raison de votre propre volonté, mais parce que c’est par ceci que votre dieu [sera] félicité. »
Ils ont dit, « Maître, tu es […] le fils de notre dieu. »
Jésus leur dit, « Comment me connaissez-vous ? Vraiment [je] vous dit, aucune génération du peuple qui sont parmi vous me connaîtra. »
Les disciples deviennent fâchés
Quand ses disciples entendirent ceci, ils ont commencé à sentir leur colère grandir de plus en plus et ont commencé à blasphémer contre lui dans leurs cœurs.
Quand Jésus a observé leur manque de [compréhension, il leur a dit], « Pourquoi cette agitation vous a-t-elle mené à la colère ? Votre dieu qui est chez vous et […] [35] vous a provoqué pour irriter [l’intérieur] de vos âmes. [Laisser] n’importe quel d’entre vous, qui est [assez fort] parmi les êtres humains, mettre en évidence la perfection de l’humain devant moi. »
Ils dirent tous, « Nous avons la force. »
Mais leurs esprits n’ont pas osé se tenir devant [lui], excepté celui de Judas Iscariot. Il pouvait se tenir devant lui, mais il ne pourrait pas le regarder dans les yeux, et il a détourné le regard de son visage.
Judas lui [dit], « Je sais de qui tu es et d’où tu es venus. Tu es du royaume immortel de Barbélo. Et je ne suis pas digne pour prononcer le nom de celui qui t’a envoyé. »
Jésus parle à Judas en privé
Sachant que Judas reflétait un esprit très exalté, Jésus lui dit en particulier, « Étape loin des autres et je te dirai les mystères du royaume. Il est possible que tu l’atteignes, mais tu t’affligeras beaucoup. [36] Pour quelqu’un d’autre tu remplaceras, pour que les douze [les disciples] puissent encore venir à l’accomplissement avec leur dieu. »
Judas lui dit, « Quand me diras-tu ces choses, et [quand] le jour splendide de l’aube légère pour l'humanité ? »
Mais quand il dit ceci, Jésus l’a laissé.
Scène II : Jésus apparaît aux disciples encore
Le matin suivant, après que ceci se soit produit, Jésus [apparu] à ses disciples encore.
Ils ont lui dit, « Maître, où tu es allé et ce que tu as fait quand tu nous as laissés ? »
Jésus leur à dit, « Je suis allé à une autre grande et sainte génération. »
Ses disciples lui ont dit, « Seigneur, ce qui est la grande génération qui est supérieure à nous et plus sainte que nous, qui n’est pas maintenant dans ces royaumes ? »
Quand Jésus a entendu ceci, il a ri et leur a dit, « Pourquoi pensez-vous à vos cœurs à la génération forte et sainte ? [37] Vraiment [je] te le dis, personne supérieure [de] ce temps infini ne verra cela la [génération], et aucun de la génération de mortelle qui tient le premier rôle ne régnera du royaume des anges, et aucune personne de naissance mortelle peut lui être associée, parce que cette génération ne vient pas de […] ce qui est devenu […]. La génération des personnes parmi [vous] est de la génération de l’humanité […] puissance, qui […] d’autres puissances […] par ce [que] te règnes. »
Quand [ses] disciples ont entendu ceci, ils se sont sentis chacun préoccupés dans leur l’esprit. Ils ne pouvaient plus dire un mot.
Un autre jour Jésus a été soulevé [ils]. Ils [lui] ont dit, « Maître, nous t’avons vu dans la [vision], parce que nous avons eu les grands [rêves…] nuit […]. »
[Il a dit], « Pourquoi avoir [vous… quand] ils sont entrés à l'intérieur se cacher ? » [38]
Les disciples voient le temple et en discutent
Ils ont [dit, « Nous avons vu] une grande [maison avec un grand] autel [dans lui, et] douze homme sont-ils les prêtres, nous dirions et un nom ; et une foule de personne attende à cet autel, [jusqu’à] ce que les prêtres [… et reçoit] les offrandes. [Mais] nous avons continué à attendre. »
[Jésus dit], « À quoi ressemblent [les prêtres] ? »
Ils ont [dit, « Certains…] deux semaines ; certains sacrifient leurs propres enfants, d’autres leurs épouses, dans l’éloge [et] l’humilité les uns avec les autres ; certains dorment avec les hommes ; certains sont impliqués dans [l’abattage] ; certains commettent une multitude de péchés et de contrats d’anarchie. Et les hommes qui se tiennent [avant] que l’autel appellent votre [nom], [39] et dans tous contrats de leur insuffisance, les sacrifices sont apportés à l’accomplissement […]. »
Après qu’il aient dit ceci, ils restaient immobiles, parce qu’ils étaient préoccupés.
Jésus offre une interprétation allégorique de la vision du temple
Jésus leur a dit, « Pourquoi êtes-vous préoccupés ? Vraiment je te dis, tous les prêtres qui se tiennent devant cet autel appellent mon nom. Encore je te le dis, mon nom a été écrit sur ceci […] des générations d'étoiles par les générations humaines. [Et ils] ont planté des arbres sans fruit, en mon nom, d’une façon honteuse. »
Jésus leur à dit, « Ceux que vous avez vus que recevant les offrandes à l’autel qui –c’est qui vous êtes. C’est le dieu que vous servez, et vous êtes ces douze hommes vous avez vus. Le bétail que vous avez vu apporter pour le sacrifice sont les nombreuses personnes que vous déroutez [40] devant cet autel. […] tiendra et se servira de mon nom de cette façon, et les générations de la volonté pieuse lui demeurent fidèles. Après que salut un autre homme se tenant parmi [les fornicateurs], et des autres se tiendront parmi les tueurs d’enfants, et un autre de ceux qui dorment avec les hommes, et ceux qui s’abstiennent, et le reste des personnes plein de souillure et l’anarchie et l’erreur, et de ceux qui disent, « nous sommes comme des anges » ; ils sont les étoiles qui apportent tout à sa conclusion. Pour les générations humaines on a dit, regarde, « Dieu a reçu votre sacrifice des mains d’un prêtre » qui est un faux ministre. Mais c’est le seigneur, le seigneur de l’univers, qui commande, le dernier jour où ils seront mis à la honte. » [41]
Jésus [leur] a dit, le « Cesser de [sacrifier…] ce que vous avez […] au-dessus de l’autel, puisqu’ils sont mortels vos étoiles et vos anges et sont déjà arrivé à leur fin. Les laisser ainsi soit [attrapé] avant toi, et les laisser vont [-environ 15 lignes manquant] des générations […]. Un boulanger ne peut pas alimenter toute la création [42] dessous [ciel]. Et […] à eux […] et […] à nous et […].
Jésus leur a dit, « Arrêtez de lutter avec moi. Chacun de vous fait tenir sa propre étoile, et chaque corps [-environ 17 lignes manquant] [43] dans […] qui est venu [… ressort] pour l’arbre […] de ce temps infini […] pendant un certain temps […] mais il est venu pour arroser le paradis de Dieu, et la [génération] qui dure, parce que [il] ne défilera pas le [secteur de] la cette génération, mais […] pour toute l’éternité. »
Judas interroge Jésus au sujet de cette génération et de générations d’humain
Judas lui a dit, « [Rabbin], quel genre de fruit fait ce produit de génération ? »
Jésus a dit, « Les âmes de chaque génération humaine mourront. Quand ces personnes, cependant, ont fini la période du royaume et l’esprit les laissent, leurs corps mourront mais leurs âmes seront vivantes, et ils sont pris. »
Judas a dit, « Et ce que veulent faire le reste des générations humaines ? »
Jésus a dit, « Il est impossible [44] de semer la graine dessus d’une [roche] et de moissonner son fruit. [Ceci] est également la manière […] la génération [défilée] […] et Sophia est corruptible […] la main qui a créé les personnes mortelles, de sorte que leurs âmes aillent jusqu’aux royaumes éternels des cieux. [Vraiment] je te dis, […] ange […] la puissance pourra voir cela […] ceux-ci à qui […] générations saintes […]. »
Après que Jésus eut dit ceci, il partit.
Scène III : Judas raconte une vision et Jésus répond
Judas a dit, « Maître, comme tu as écouté tous les autres, écoute-moi maintenant également. Pour moi j’ai eu une grande vision. »
Quand Jésus a entendu ceci, il a ri et lui à dit, « Toi le treizième esprit, pourquoi es-tu éprouvé si durement ? Mais parle en confiance, et je te soutiendrai. »
Judas lui a dit, « Dans la vision où je me suis vu pendant que les douze disciples me lapidaient et [45] me persécutaient [sévèrement]. Et je suis également venu à l’endroit où […] après toi. J’ai vu [une maison…], et mes yeux ne pouvaient pas [comprendre] sa taille. Les grandes personnes lui étaient environnantes, et cette maison avec un toit de verdure, et au milieu de la maison était [–deux lignes manquant entièrement], le maître a dit, de me prendre dedans avec ces personnes. »
[Jésus] répondu et dit, « Judas, Ton étoile t’as conduit dans l’égarement. » Il a continué, « Aucune personne de naissance mortelle n’est digne pour entrer dans la maison que tu as vu, parce que cet endroit est réservé pour le saint. Ni le soleil ni la lune ne régnera là, ni le jour, mais la volonté sainte demeurent là toujours, dans le royaume éternel avec les anges saints. Regarde, je t’ai expliqué les mystères du royaume [46] et je t’ai enseigné qu’au sujet de l’erreur des étoiles ; et […] l’envoyer […] les douze éternités. »
Judas s’enquiert de son propre destin
Judas a dit, « Maître, se pourraient-il être que ce que je sème est commandé par des règles ? »
Jésus lui répondu et dit, « Vient, qu’il [-deux lignes manquant], mais que tu t’affligeras beaucoup quand tu verras le royaume et toute sa génération. »
Quand il a entendu ceci, Judas lui a dit, « Quel bonheur est-il que je sois reçu ? Pour toi une place particulière pour cette génération. »
Jésus répondu et dit, « Tu deviendras le treizième, et tu seras maudit par l’autre génération et tu viendras pour régner au royaume des cieux. En le derniers jours ils maudiront ta montée [47] à la [génération] sainte. »
Jésus enseigne Judas au sujet de la cosmologie : l’esprit et l’origine interne
Jésus a dit, « [Vient], que je puisse t’enseigner au sujet [des secrets] d’aucune personne n’[a] jamais vue. Pour l’existence d’un grand et illimité royaume, dont l’ampleur qu’aucune génération des anges n’a vue, [dans lequel] il y [a] de grand invisible [esprit], qu’aucun oeil d’un ange n’a jamais vu, aucune pensée du cœur n'a jamais compris, et il ne s’est jamais appelé par n’importe quel nom.
« Et un nuage lumineux est apparu là. Il a dit, laisser un ange se produire en tant que mon serviteur. » Un grand ange, produit par le divin éclairé, émergé du nuage. En raison de lui, quatre autres anges se sont produits d’un autre nuage, et ils sont allés à bien des personnes servir pour le Créateur d’ange. Le Créateur dit, [48] Laissé […] produit […], et il s’est produit […]. Et il a [créé] la première lumière pour régner au royaume des cieux. Il a dit, Laisser les anges se produire pour [le] servir, et les myriades indénombrables se sont produites. Il a dit, [Laisser] l'éternité éclairé la création, et la création fut. Il a créé la deuxième lumière pour régner sur le royaume des cieux, ainsi que d’innombrables myriades d’anges, pour offrir de le servir. C’est comment il a créé le reste des temps infinis éclairés. Il leur a fait le royaume des cieux, et il a créé pour eux d’innombrables myriades d’anges, pour l’aider. »
Adamas et les lumières
« Adamas était dans le premier nuage lumineux qu’aucun ange n’a jamais vu parmi ceux qui l’appelaient “Dieu”. Il [49] […] cela […] l’image […] et après la similarité de [cet] ange. Il a fait apparaître la [génération] incorruptible de Seth […] les douze […] le vingt-quatre […]. Il a fait soixante-douze lumières apparaître dans la génération incorruptible, selon la volonté de l’esprit. Les soixante-douze lumières elles-mêmes faites trois cents soixante lumières apparaissent dans la génération incorruptible, selon la volonté de l’esprit, que leur nombre devrait être de cinq pour chacun. »
« Les douze temps infinis des douze lumières constituent leur père, avec six cieux pour chaque temps infini, de sorte qu’il y ait soixante-douze cieux pour les soixante-douze lumières, et pour chaque [50] [d’entre eux cinq] firmament, pour un total de trois cents soixante [firmament…]. »
« Ils ont été donnés l’autorité et une [grande] foule [innombrables] d’anges, pour la gloire et l’adoration, [et ensuite celle également] des spirituels vierges, pour la gloire et l’adoration de toute l’éternité des cieux et de leurs firmaments. »
Le Cosmos, Chaos, et les Enfers
La multitude de ces immortels s’appelle la perdition du cosmos c’est-à-dire, par le père et les soixante-douze lumières qui sont avec la création et ses soixante-douze éternités. Dans lui le premier humain est apparu avec ses puissances incorruptibles. Et l’éternité qui est apparu avec sa création, le nuage de la connaissance et l’ange qui sont l’éternité, s’appelle [51] El. […] l’éternité […] ensuite cela […] dit, Laisser douze anges s’employer [à] régler des cieux la fin du chaos et [des enfers]. Et regarde, de ce nuage là est apparu un ange dont le visage a l’incandescence et scintillement du feu et dont l’aspect paraissait maculé de sang. Son nom était Nebro, qui signifie le rebelle ; d’autres l’appellent Yaldabaoth. Un autre ange, Saklas, est également venu du nuage. Ainsi Nebro a créé six anges - aussi bien que Saklas - pour être des aides, et ceux-ci ont produit douze anges dans les cieux, chacun recevant avec une partie dans les cieux. »
Les règles et les anges
« Les douze règles ont parlé avec les douze anges : Laisser chacun de toi [52] […] et les laisser […] anges de génération [- une ligne perdue] :
Le premier est [S]eth, qui s’appelle le Christ.
[En second lieu] est Harmathoth, qui est […].
Le [troisième] est Galila.
Le quatrième est Yobel.
Le cinquième [est] Adonaios.
Ce sont les cinq qui ont régné au-dessus des enfers, et d’abord partout du chaos... »
La création de l’Humanité
« Alors Saklas a indiqué à ses anges, de nous laisser créé un être humain d’après la similarité et d’après l’image. Ils modelèrent Adam et son épouse Eve, qui s’appelle, dans le nuage, Zoe. Pour que l’humanité appelle l’homme par ce nom, et chacun d’eux appellent la femme par ce nom. Maintenant, Sakla [53] n’a pas com[mandé …] excepté […] les générations… ceci […]. Et le [souverain] dit à Adam, vous vivra longtemps, avec vos enfants. »
Judas s’enquiert du destin d’Adam et de l’Humanité
Judas dit à Jésus, « [Quel] est la plus longue durée du temps que l’être d’humain vivra ? »
Jésus a dit, « Pourquoi es-tu interrogatif sur ceci, qu’Adam, avec sa génération, a vécu son espérance de vie à l’endroit où il a reçu son royaume, avec la règle de sa longévité ? »
Judas dit à Jésus, « L’esprit humain meurt-il ? »
Jésus a dit, « C’est pourquoi Dieu a commandé Michael de leur donner comme prêt le spirituel des personnes, de sorte qu’ils pourraient offrir le service, mais le Dieu a commandé Gabriel d’accorder du spirituels à la grande génération sans la règle de plus c’est-à-dire, l’esprit et l’âme. Par conséquent, [repos] des âmes [54] [-une ligne manquant].
Jésus discute de la destruction du mauvais avec Judas et d’autres
« […] allumer [-presque deux lignes manquant] autour de […] laisser […] esprit [qui est à dire] chez toi angle de saturation en cette [chair] parmi les générations des anges. Mais Dieu a fait que la connaissance soit [donné] à Adam et à ceux qui sont avec lui, de sorte que les rois du chaos et des enfers ne pourraient pas régner en seigneur sur eux. »
Judas a dit à Jésus, « Ainsi ces générations que feront-elles ? »
Jésus a dit, « Vraiment je dis à toi, parce que toutes les étoiles apportent des sujets à l’accomplissement. Quand Saklas pendant le temps qui lui était alloué accomplit, leurs premières étoiles apparaîtront avec les générations, et elles finiront ce qu’elles ont annoncé de faire. Puis ils forniqueront en mon nom et massacreront leurs enfants [55] et eux la volonté […] et [-environ six et demie manquant] mon nom, et lui volonté […] votre étoile excédant la [treiz]ième éternité.
Ensuite Jésus à [ri].
[Judas dit], « Maître, [pourquoi te moques-tu de nous] ? »
[Jésus] répondu [et dit], « Je ne ris pas [de toi] mais de l’erreur de l’étoile, parce que ces six étoiles accompagnées de ces cinq combattants, et ils seront tous détruits avec leurs créatures. »
Jésus parle des baptisés et de la trahison de Judas
Judas dit à Jésus, « Regardent, que feront ou deviendront ceux qui ont été baptisés en ton nom ? »
Jésus a dit, « Vraiment je [te] dis , ce baptême [56] […] mon nom [-environ neuf lignes manquant] à moi. Vraiment [je] te dis, Judas, [ceux qui] les sacrifient offre à Saklas […] Dieu [-trois lignes manquant] tout qui est mauvais. »
Mais tu les excéderas tous. Pour toi tu sacrifieras l’homme qui me vêt.
« Ta conscience a été réveillé,
ta colère a grandi,
ton étoile a rayonné,
et ton cœur a […]. [57] »
« Vraiment […] votre dernier […] devenu [-environ deux et demie manquant], s’affliger [-environ deux lignes manquant] la règle, puisqu’il sera détruit. Et alors l’image de la grande génération d’Adam sera exaltée, pour avant le ciel, la terre, et les anges, pour que la génération, qui est des royaumes éternels, existe. Regarder, tout vous à été dits. Soulever vers le haut vos yeux et regarder le nuage et la lumière de l’étoile et qui l’entoure. L’étoile qui te guide est l’étoile qui est la tienne. »
Judas a soulevé vers le haut ses yeux et a vu le nuage lumineux, et l’a pénétré. Ceux se tenant sur la terre ont entendu une voix venir du nuage, l’énonciation, [58] […] grande génération […] … image […] [-environ cinq lignes manquant].
Conclusion : Judas trahit Jésus
[…] Leurs hauts prêtres ont murmuré parce qu’[il] était entré dans la salle d’invité pour sa prière. Mais quelques scribes observaient là soigneusement afin de l’arrêter pendant la prière, parce que ils avaient peur du peuple, puisqu’il a été considéré par tous comme un prophète.
Ils ont approché Judas et lui ont dit, « Que faites-vous ici ? Vous êtes disciple de Jésus. »
Judas leur a répondu comme ils ont souhaité. Et il a reçu une certaine somme d’argent et le tout remis d’eux.
Évangile de Judas."

Plusieurs sectes antérieures au caïnisme avaient expliqué l'origine du bien et du mal en supposant une intelligence bienfaisante, qui tirait de son sein des esprits heureux, innocents, et une intelligence malfaisante, qui emprisonnait ces esprits dans des organes matériels.
Mais d'où venait la différence qui existe entre les esprits et les caractères ? Ces deux principes avaient produit Adam et Eve, puis chacun d'eux ayant revêtu un corps, avait eu commerce avec Eve ; de cette union étaient sortis des enfants qui avaient le caractère de la puissance à laquelle ils devaient la vie. Par ce moyen on comprenait la différence du caractère de Caïn et d'Abel et de tous les hommes.
Comme Abel s'était montré très soumis au Dieu créateur de la terre, il était regardé comme l'ouvrage d'un Dieu qu'ils appelaient Histère. Au contraire, Caïn, le meurtrier d'Abel, était l'ouvrage de la sagesse et du principe supérieur ; il devait être vénéré comme le premier des sages.
Les partisans de cette doctrine, conséquents avec eux-mêmes, honoraient tous ceux que l'Ancien Testament avait condamnés : Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites; ils les regardaient comme des enfants de la sagesse et des ennemis du principe créateur.
Ils prétendaient que la perfection consistait à commettre le plus d'infamies possibles.
D’après Théodoret (+ vers 453/458), ils affirmaient que chacune des actions infâmes avait un ange tutélaire qu’ils invoquaient en la commettant.
L'Evangile de Judas et le récit de l'Ascension de saint Paul (où sont décrits toutes les merveilles et tous les secrets que l'apôtre Paul a vus et appris, lorsqu'il fut ravi au 3ème ciel) font partie des livres saints des caïnites.
Une femme de cette secte, nommée Quintille, étant venue en Afrique du temps de Tertullien (155-225), s'y fit beaucoup d'adeptes qui prirent le nom de quintiliens ou quintillianistes.
Tertullien indique que Quintille avait trompé beaucoup de fidèles en luttant contre le baptême, notamment en rejetant l'emploi de l'eau (traité Du Baptême).
Philostrius fait une secte particulière des caïnites qui honorent Judas.

- Les séthiens ou séthianiens

Les séthiens ou séthianiens honoraient en Seth le fils de la divine Sagesse, représentant l'esprit, en opposition à Abel qui représentait l'âme et à Caïn qui représentait la chair.
"...le Messie, qui viendra un jour sauver les hommes, et qui est l’envoyé du Père, se nomme Seth. A la fin des temps, les élus, qui sont appelés les « Fils de la Lumière », ou encore les « allogènes », retourneront auprès du Dieu inexprimable et s’assoiront aux côtés de quatre entités célestes : Oroisel, Hermozel, Daveithe et Eleleth." 9
Contrairement aux caïnites, les séthiens judaïsaient.

- Les pérates

Les pérates (traversiers) entendaient passer du monde sensuel dans celui de la vie éternelle. Le logos (raison), intermédiaire entre le principe de l'idée pure et la matière, était représenté comme le serpent universel établissant une sorte de va-et-vient entre le monde et Dieu.

- Les phibionites ou phibioniens

"Lors du début des fêtes phibionites, les hommes serraient la main des femmes en leur chatouillant le creux de la paume. Lorsque chacun était assis avec nourriture et boisson, les couples mariés se séparaient pour engager des rapports sexuels avec un autre membre de la communauté. L’homme devait se retirer avant l’orgasme pour que le couple avale le sperme en s’écriant : ceci est le corps du Christ. Lorsque c’est possible, le couple consomme le sang menstruel en prononçant : ceci est le sang du Christ. Selon l'évêque Epiphane (Épiphane de Salamine ou Épiphane de Chypre, vers 315-403, dans son Panarion ou Adversus Haereses - Contre les hérésies - , ndlr) si la femme tombe enceinte, on laisse le fœtus se développer, puis on pratique l’avortement. Par la suite ce fœtus est démembré, enrobé de miel et d’épices, et dévoré par le groupe comme une sorte d’Eucharistie. Parvenus à un certain état de perfection certains adeptes n’ont plus besoin de femmes et pratique l’homosexualité. D’autres pratiqueront la masturbation sacrée. En apparence orgiaques, ces cérémonies sont en rapport avec la vision que les phibionites ont du cosmos, et la façon de s’en libérer. Outre le fait de satisfaire aux exigences des archontes résidents dans les 365 ciels, ces « mœurs » répondent au besoin de réunir la semence divine implantée dans le monde et actuellement dispersée dans la semence masculine et le sang féminin. En les réunissant et les consommant on ne procède pas seulement à la réunification nécessaire , mais on évite surtout la procréation qui contribue à nous maintenir prisonniers du monde." 10
"Comment n’aurait-on pas eu les premiers chrétiens en horreur quand saint Épiphane lui-même les charge des plus exécrables imputations ? Il assure que les chrétiens phibionites offraient à trois cent soixante et cinq anges la semence qu’ils répandaient sur les filles et sur les garçons, et qu’après être parvenus sept cent trente fois à cette turpitude, ils s’écriaient : « Je suis le Christ. » Selon lui, ces mêmes phibionites, les gnostiques et les stratiotistes hommes et femmes, répandant leur semence dans les mains les uns des autres, l’offraient à Dieu dans leurs mystères, en lui disant: « Nous vous offrons le corps de Jésus-Christ. » Ils l’avalaient ensuite, et disaient : « C’est le corps de Christ, c’est la pâque. » Les femmes qui avaient leurs ordinaires en remplissaient aussi leurs mains, et disaient : « C’est le sang du Christ. » 11

- Citations

« XVII. Les ophites. Leur nom vient du mot serpent (…) Ils prétendaient que le serpent n'était autre que le Christ, et ils avaient un serpent apprivoisé qui venait se rouler sur leurs pains, et leur consacrer une sorte d'eucharistie. Certains auteurs les font descendre des Nicolaïtes ou des Gnostiques : c'est dans les fabuleuses fictions de ces sectaires qu'ils auraient puisé l'idée d'adorer le serpent. XVIII. Les Caïnites, ainsi nommés parce qu'ils honoraient Caïn, lui reconnaissaient un courage éminent. A leur avis, le traître Judas était presque un Dieu, et son crime un bienfait il n'avait livré Jésus-Christ aux Juifs que parce qu'il avait prévu le bien immense qui devait résulter de sa mort pour les hommes : de plus, ils rendaient un culte aux Sodomites et même à ces malheureux engloutis sous terre pour avoir fait schisme chez le premier peuple de Dieu (Nombres XVI, 31-33). La Loi et Dieu, auteur de la Loi, n'étaient d'ailleurs pour eux que des objets de blasphème, et la résurrection, une fable dérisoire. XIX. Les Séthiens étaient ainsi appelés du fils d'Adam qui portait le nom de Seth : ils l'honoraient, mais à leur culte se joignaient des fables et des erreurs, fruits de leur vanité. A les entendre, le patriarche Seth fut engendré par une mère céleste, qui, disaient-ils, avait eu un commerce avec un père également céleste, et ainsi se forma une nouvelle race divine, celle des enfants de Dieu. Du reste, nul ne saurait dire les rêveries qu'ils ont imaginées par rapport aux principautés et aux puissances. Quelques auteurs disent qu'à leurs yeux, Sem, fils de Noé, était le Christ. » (Augustin, Des Hérésies, traduction de M. l'abbé Aubert)
« Si quelqu’un dit qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de rendre ses voies mauvaises, mais que c’est Dieu qui opère les mauvaises œuvres, aussi bien que les bonnes, non seulement en tant qu'il les permet, mais si proprement, et si véritablement par lui-même, que la trahison de Judas n'est pas moins son propre ouvrage, que la vocation de Saint Paul : qu’il soit anathème. » (Concile de Trente, 1545-1563, Canon VI).  

CARPOCRATIENS ET EPIPHANIENS

C’est en Égypte que se déploya l’activité de l’alexandrin Carpocrate et de son fils Épiphane.
On ne connaît pratiquement rien de Carpocrate, fondateur de la secte gnostique des carpocratiens.
Les documents anciens rapportent qu’il avait pour femme une certaine Alexandrie, de qui il eut un fils, Épiphane, mort à 17 ans après avoir composé un traité, Sur la justice, où il professe le communisme des biens et des femmes, et dont un long passage a été cité par Clément d’Alexandrie.
Une disciple de Carpocrate, Marcellina, vint à Rome sous le pontificat de Anicet(157-166).
Le monde, selon les carpocratiens, est l’œuvre d’anges inférieurs au Père inengendré. Les hommes sont, dans ce monde, assujettis aux lois de ces créateurs et doivent remonter vers le Père.
Jésus, fils de Joseph, est pour ces gnostiques non pas un Sauveur, mais l’idéal de l’homme juste, qui a gardé vivant en lui le souvenir du Père inengendré et qui est remonté vers lui par le mépris des créateurs du monde et le dédain de leurs lois.
Les carpocratiens mettaient ce Jésus aux côtés de Pythagore, de Platon et d’Aristote, dont ils honoraient les images.
Les gnostiques sont appelés à remonter vers le Père et doivent, pour cela, marquer leur mépris pour les créateurs du monde en accomplissant tous les actes réprouvés par les lois injustes de ce monde.
Epiphane mettait l’accent sur le détournement du désir humain opéré par les lois injustes des créateurs du monde qui ont introduit l’appropriation et la séparation là où la Loi fondamentale de Dieu exigeait la communauté des biens et des femmes. Il s’agissait moins d’une incitation au libertinage que d’une véritable ascèse systématique visant à nier la puissance contraignante des lois. Cette exigence est telle que l’âme qui ne parvient pas à tout accomplir dans une seule vie devra se réincarner (doctrine de la transmigration des âmes).
Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société, qu'elle regardait comme un déshonneur pour le genre humain.
Les carpocratiens présentaient une certaine analogie avec les simoniens, à la fois par le culte rendu au fondateur de la secte et par la pratique de la magie.
Les épiphaniens voulaient mettre en pratique l'enseignement de Platon dans sa République sur la communauté des biens et celle des femmes.
Une subdivision de la secte des épiphaniens, les antitactes, prêchait la destruction totale de la société.  

ADAMITES OU ADAMIENS OU PRODICIENS

Les termes « adamites » ou « adamiens » désignent divers hérétiques. Ce fut d’abord le surnom des prodiciens de la secte fondée par Prodicus (Prodique), disciple de Carpocrate (IIe s.).
Soucieux d’imiter Adam avant la chute et convaincus que les vêtements dont l'homme s'affuble détruisent en lui l'état de nature, les adamites allaient complètement nus et c’est dans cet état qu’ils priaient et célébraient.
Une des particularités des prodiciens était la communauté des femmes. Certains adeptes se glorifiaient de vivre dans la virginité prenant le titre de continents. Les adamites rejetaient le mariage car il n’eut jamais existé si Adam n’avait pas péché. Ils refusaient la prière, le martyr, et semblaient pratiquer la magie selon les rites de Zoroastre. 10
Ils sont mentionnés par Épiphane, Clément d’Alexandrie, Augustin et Théodoret.
Le même mot, adamites, désigna plus tard, aux XIIe et XIIIe siècles, des hérétiques du Dauphiné et de la Savoie, puis, au XVIe siècle, les Pikarti ou Picards de Bohême (mouvement hussite).  

CERDON

Ce fut sous le pontificat de Hygin (v. 136-142) que Cerdon, philosophe et hérésiarque, né au début du IIe siècle, vint à Rome prêcher sa doctrine et ouvrir une école.
Epiphane traite Cerdon comme le dernier des hommes : il nous le représente comme un vil imposteur qui serait allé à Rome en mendiant, et se serait fait chasser de la communion chrétienne pour sa honteuse conduite.
Irénée, son contemporain, qui, par conséquent, devait être mieux informé qu'Epiphane, en parle tout autrement : il en fait un philosophe qui, en embrassant le christianisme, ne renonça pas entièrement aux traditions de la théogonie orientale et s'en servit même pour résoudre des problèmes auxquels les Évangiles ne donnaient pas de solution, l'origine du mal, par exemple.
Irénée nous dit que Cerdon établissait une différence entre l'Ancien et le Nouveau Testament : le premier était l'œuvre du Dieu juste et inconnu, et le second l'œuvre du Dieu bon et connu. Il existait deux principes des choses, l'un avec l'attribut de la justice, et l'autre avec l'attribut de la bonté.
Selon Épiphane, Cerdon adopta d'abord le système philosophique de Simon et de Saturnin. Comme la plupart des gnostiques, il supposait au sommet de l'être un Dieu suprême, produisant par voie d'émanation les esprits d'abord, et ensuite les corps et le monde matériel. Mais, ne pouvant concilier l'existence du mal avec l'idée d'une substance unique donnée pour cause à l'univers, il renonça au système des émanations qui attribuait tout, bien et mal, à l'Être suprême, et supposa l'existence d'un mauvais principe, égal en puissance au bon, et qui aurait contribué de moitié à l'œuvre de la création. Il faisait remonter au bon principe tout ce qui lui paraissait bon, et au mauvais principe tout ce qui lui semblait mauvais : du premier émanait le monde spirituel tout entier, et du second descendait la matière, cause des maux qui affligent la terre.
La loi judaïque, qui est un ensemble de pratiques grossières, superstitieuses et cruelles, ne peut procéder que d'un être méchant qui ordonne aux Israélites de déclarer la guerre aux nations de la Palestine et de les exterminer.
Le Nouveau Testament, au contraire, émane du bon principe, car on n'y trouve ni les pratiques, ni les maximes, ni les atrocités dont l'Ancien Testament fait l'éloge: tout y respire la bienfaisance, la douceur, la miséricorde. C'est pourquoi Cerdon regardait le Christ comme un ministre du bon principe, un éon chargé de le révéler aux hommes. Jésus était venu dans le monde sous l'apparence humaine, mais non en chair, car, pour Cerdon, la chair ne pouvait ressusciter.
Augustin d'Hippone a vu en lui un précurseur des manichéens.  

MARCION

Marcion du Pont ou de Sinope, fils de l'évêque de Sinope, commença par embrasser la vie monastique. Son savoir, ses vertus et sa continence le firent élever au sacerdoce.
Plus tard, accusé d'avoir séduit une vierge (c'est-à-dire une jeune chrétienne vouée au célibat), Marcion fut excommunié par son père et chassé de Sinope.
Réfugié à Rome en 140, il parvint à rentrer dans l'Église, mais il en fut exclu de nouveau pour hérésie. Marcion, chassé de la ville en 144, fonda alors sa propre communauté.
Marcion (+ vers 160), philosophe stoïcien autant que gnostique (influencé par Cerdon), rejetait l'Ancien Testament et presque tout le Nouveau Testament, y compris la Nativité et la Résurrection, et se fondait entièrement sur les Épîtres de Paul et sur une version modifiée de l'Evangile selon Luc.
Il croyait à l'éternité de la matière et défendit la doctrine gnostique des deux principes, en affirmant l'existence de 2 dieux : le Dieu de la Loi, Dieu tyrannique et jaloux, le Démiurge, le Créateur évoqué dans l'Ancien Testament, et le Dieu Etranger, Dieu du Salut, Dieu de l'évangile, bon et infiniment supérieur, révélé par Jésus-Christ.
L'origine du mal a toujours fait le désespoir des Pères : les marcionites l'expliquaient comme tous les gnostiques par la matière éternelle et par son chef, le mal, de même qu'ils expliquaient la facilité de l'homme à pécher par son imperfection résultant de celle de son créateur : le Démiurge.
Marcion objectait : « Si Dieu est bon et s'il sait tout, s'il est en outre tout-puissant, comment se fait-il qu'il ait souffert que l'homme, son image et sa ressemblance, se soit laissé séduire par le diable et ait mérité la mort en transgressant sa loi ? S'il est bon, il a dû vouloir l'en empêcher ; s'il connaît l'avenir, il n'a pu ignorer que cela arriverait ; s'il est tout-puissant, il a pu l’arrêter à temps. Comment est-il donc arrivé ce qui ne pouvait arriver si Dieu est tout bon, omniscient et tout-puissant ? »
Marcion eut pour adversaires Tertullien, Origène et Basile. Tertullien, qui a beaucoup écrit contre Marcion et les marcionites, affirme qu’ils étaient les plus dangereux des gnostiques.
Les marcionites se distinguaient par leur célibat et leurs pratiques ascétiques. Ils laissaient dans les rangs des catéchumènes ceux qui ne se sentaient pas en état de garder la plus rigoureuse continence. Ils célébraient les sacrements du baptême et de l'eucharistie, toutefois sans utiliser de vin pour ce dernier. Ils rejetaient les mystères et permettaient aux femmes de baptiser.
Marcion, doué d'une grande éloquence, eut de son vivant une école nombreuse.
Les églises d'obédience marcionite fleurirent rapidement et vinrent à concurrencer en nombre celles de l'Église établie. Les marcionites adoptèrent une hiérarchie épiscopale.
Le marcionisme eut beaucoup d'adeptes en Occident jusqu'au IVe siècle ; il se fondit alors probablement dans le manichéisme, mais il subsista en Orient jusqu'au Moyen Age.  

TATIEN ET L’ENCRATISME

Tatien ou Tatianos (+ vers 173), disciple de saint Justin (qui fut d’abord un philosophe stoïcien et platonicien) et apologiste syrien, fusionna les quatre Évangiles dans le Diatessaron.
Il est à l’origine de l’encratisme qui fut proscrit par de nombreux décrets de Théodose I, à la fin du IVe siècle, et de Théodose II, en 428.
Au dire d'Epiphane, les Encratites s'étaient schismatiquement séparés des Tatianistes.
Les encratites, « les continents » (du grec enkratès), prônaient un rigorisme moral radical (interdiction du mariage, abstention de viande et de vin) fondé sur une condamnation de la matière et du corps considérés comme les œuvres d’un démiurge distinct du Dieu suprême.
Les fondements doctrinaux de la secte consistaient dans le rejet de certaines parties des Écritures, en particulier de l’Ancien Testament.
Certaines positions doctrinales et liturgiques découlaient généralement de la conception encratiste de la création et de la matière : négation du salut d’Adam (Tatien), négation de la résurrection de la chair, docétisme en christologie, utilisation d’eau à la place du vin pour célébrer l’eucharistie.
La ligne de démarcation entre l’encratisme et le gnosticisme est difficile à tracer.
L'encratisme s’est confondu avec le manichéisme et a trouvé des prolongements chez les bogomiles et les messaliens.  

LES MESSALIENS OU MASSALIENS

La secte des messaliens (ou massaliens) apparut en Asie Mineure vers le milieu du IVe siècle.
On les appelait aussi euchites ou euthites (du mot grec correspondant au mot syriaque : « celui qui prie ») ou eustathiens, adelphiens, marcianites ou marciens d’après les noms de leurs porte-parole les plus connus : Adelphius, Eustathe et Marcien. Ils se nommaient eux-mêmes : les « spirituels ».
Leur mythologie est très proche de celle de beaucoup d’autres sectes gnostiques. Satan, qui était le fils aîné de Dieu, s’est, dans son orgueil, révolté contre son père. Expulsé du ciel, il a créé le monde matériel, qui est donc nécessairement mauvais. Ce mythe cosmogonique a probablement influencé les doctrines bogomiles.
Les messaliens priaient sans cesse (seule oraison : le Notre Père) pour expulser le mauvais démon qui, selon eux, réside dans l’âme de chacun et qui doit sortir par les liquides de la bouche et du nez. Une fois libérés du démon, ils se regardaient comme unis avec le Saint-Esprit et incapables de commettre des péchés.
Ils rejetaient l’Ancien Testament comme la plupart des sectes dualistes, ne vénéraient pas la Vierge, se refusaient à honorer la Croix (moyen de supplice du Christ et non pas symbole de la Rédemption) et ne croyaient pas à l’efficacité des sacrements.
Les messaliens furent persécutés et condamnés comme hérétiques dès leur apparition.  

REFUTATION DES THESES GNOSTIQUES

Irénée de Lyon écrivit sa Réfutation des systèmes gnostiques en 180.
Plotin (+ 270) reprochait aux gnostiques de ne jamais parler de la vertu : « Or, dit, sans la vertu, Dieu n’est qu’un nom ». Il ajoutait : « Les gnostiques admettent, dans l’intelligible, des générations et des corruptions de toute sorte, ils blâment l’univers sensible ; ils traitent de faute l’union de l’âme et du corps ; ils critiquent celui qui gouverne notre univers ; ils identifient le Démiurge à l’âme et lui attribuent les mêmes passions qu’aux âmes particulières ».
En 428/429, à la demande du diacre Quodvultdeus, Augustind'Hippone dressa la liste des hérétiques dans De Haeresibus (Des Hérésies).
A partir du IIIe siècle, le gnosticisme commença à succomber à l'opposition et aux persécutions des chrétiens orthodoxes. En partie en réaction à l'hérésie gnostique, l'Église renforça son organisation en centralisant l'autorité entre les mains des évêques, ce qui permit de se débarrasser plus efficacement des gnostiques, qui étaient peu organisés.  

SURVIVANCE DE CERTAINS ASPECTS DE LA VISION GNOSTIQUE

Si les anciennes sectes ne survécurent pas, des aspects de la vision gnostique du monde sont périodiquement réapparus sous de nombreuses formes :

- Le manichéisme
L’ancienne religion dualiste appelée manichéisme et les hérésies médiévales apparentées, notamment les bogomiles, les pauliciens et les albigeois.

- La Kabbale
La philosophie mystique juive du Moyen Age appelée « Kabbale » ou « Cabale » [du mot hébreu qabbalah (tradition, réception)].

- L’ismaélisme
L'ismaélisme qui adopta d'abord dans sa doctrine des éléments du gnosticisme puis, ultérieurement, du néoplatonisme ; il s'est ensuite orienté vers un système émanationniste, qui considère que le monde est une émanation de la divinité.

- L’alchimie
Les spéculations métaphysiques autour de l'alchimie de la Renaissance.

- La théosophie
La théosophie (du grec theos : dieu et sophia : sagesse) dont le nom est donné à différents systèmes philosophiques et religieux fondés sur la volonté de leurs disciples de connaître la divinité et de recevoir l'illumination intérieure par l'étude symbolique et spirituelle, est une mystique préconisant une ascèse et une élévation progressive de l’esprit humain jusqu'à l’illumination de Dieu (illuminisme) en utilisant les sciences ésotériques et la gnose.
Les théosophes les plus illustres furent Paracelse, Jacob Boehme, V. Weigel, Swedenborg, Schuré, Saint-Martin, Baader.
En Allemagne, au XIXe siècle, Herman Emmanuel Fichte (fils du grand philosophe J.-G. Fichte) fonda une école de « théosophie spéculative » dont le but était de réaliser l’identification avec Dieu grâce à l’exercice de la réflexion philosophique.
Selon la théosophie enseignée par madame Blavatsky, l'homme possède 3 corps : un corps astral aux fonctions spirituelles et universelles, un corps mental aux fonctions intellectuelles et un corps physique aux fonctions sensuelles.
Cette théosophie est un syncrétisme reliant les différentes religions, de l'antiquité au christianisme, par les réincarnations de grands initiés qui instruisent les hommes.
L'essence du gnosticisme a résisté à l'épreuve du temps, à savoir que l'âme intérieure de l'humanité doit se libérer d'un monde qui est fondamentalement trompeur, oppressif et mauvais.

CITATIONS

Il est meilleur et plus utile d’être ignorant et de peu de savoir, mais de s’approcher de Dieu par l’amour, que de se croire savant et habile au point de se trouver blasphémateur à l’égard de son Seigneur pour avoir imaginé un autre Dieu et Père que Lui. (Irénée + 202, Contre les hérésies II, 26)
Il n'y a que le gnostique qui ait une véritable religion. (Clément d'Alexandrie 150-220)
Le prestige des noms hébreux ou supposés tels était un des moyens de séduction qu'employaient les gnostiques auprès des gens simples. (Renan 1823-1892)  

Notes :
1 http://missel.free.fr/Sanctoral/06/28.php
2 Nicéphore Calliste, Historia Eccles., lib. II, cap. XXVII, Hegesippus, De excidio Hierosolymitano, lib. III, cap. II.
3 Mgr Mislin, Les Saints Lieux, 1876
4 Bernard Marillier, Essai sur la Symbolique Templière, Editions Prades
5 Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle
6 H.C. Puech, En quête de la Gnose, page 90
7 Adversus Haereses
8 http://www.bethel-fr.com/afficher_info.php?id=17173.3
9 H.C.Puech, En quête de la Gnose, page 92
10 http://avatarpage.net/#gnos
11 http://www.voltaire-integral.com/Html/19/initiation.htm

Source : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/gnosticisme.htm

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Le Gnosticisme (1)

Publié le 9 Décembre 2012 par Jean-Paul Coudeyrette dans Gnose

LA PENSEE GNOSTIQUE

Ce mouvement religieux ésotérique, peut-être influencé par l’hermétisme hellénistique, se développa au cours des IIe et IIIe siècles après J.-C. et constitua un défi majeur pour le christianisme orthodoxe.
"La gnose (du grec gnosis : connaissance révélée) est une doctrine ésotérique, proposant à ses initiés une voie vers le salut par la connaissance de certaines vérités cachées sur Dieu, le monde et l'homme. Dans ces théories, l’homme est un être divin, qui par suite d'un événement tragique, est tombé sur terre d'où il peut se relever pour retourner à son état premier par la Révélation. Dès les temps apostoliques, l’Eglise s'opposa à la gnose pour les raisons suivantes : bien que reconnaissant le Christ comme porteur de la Révélation, elle en niait la réalité historique (docétisme) ; elle niait la création comme œuvre de Dieu lui-même et refusait l'Ancien Testament ; elle évacuait l'attente chrétienne de l'accomplissement eschatologique." 1
Le gnosticisme se caractérise principalement par la croyance que les hommes sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais (le démiurge).
A ses adeptes, le gnosticisme promettait une connaissance secrète du royaume divin. Des étincelles ou graines de l'Être divin (éons) tombaient de ce royaume transcendant dans l'univers matériel, qui est tout entier la proie du mal, et étaient emprisonnées dans les corps humains. Réveillé par la connaissance, l'élément divin de l'humanité peut retourner vers ce qui est sa place normale, le royaume céleste transcendant.
La mythologie gnostique pourrait tirer son origine de spéculations de sectes juives basées en Syrie et en Palestine à la fin du Ier siècle après J.-C., qui auraient elles-mêmes été influencées par des religions dualistes perses, notamment le
mazdéisme.
Les gnostiques expliquaient l'origine de l'univers matériel par la chute de l’esprit dans la matière. A partir du Dieu originel inconnaissable, une série de divinités inférieures fut générée par émanation. La dernière de ces divinités, Sophia (Sagesse), conçut le désir de connaître l'Être suprême inconnaissable. Ce désir illégitime donna le jour à un dieu mauvais et difforme, le démiurge, qui créa l'univers. Les étincelles divines qui habitent l'humanité tombèrent dans cet univers. Le Dieu suprême envoya un émissaire (
Christ-Jésus) révéler aux parcelles divines leur vraie nature et les aider à retrouver leur unité perdue pour qu’elles pussent s’extraire du monde corrupteur.
Les gnostiques assimilaient le dieu du Mal au Dieu de l'Ancien Testament qu'ils interprétaient comme le récit des efforts de ce dieu pour maintenir l'humanité dans l'ignorance et le monde matériel et pour punir leurs tentatives d'appropriation de la connaissance. C'est ainsi qu'ils comprenaient l'expulsion d'Adam et Eve hors du
paradis, le Déluge et la destruction de Sodome et de Gomorrhe.
Les gnostiques chrétiens refusaient d'identifier le Dieu du Nouveau Testament, père de Jésus, et le Dieu de l'Ancien Testament, et ils élaborèrent une interprétation non orthodoxe du ministère de Jésus.
Ils écrivirent des évangiles apocryphes (comme l'Evangile de Thomas, l'Evangile de Marie-Madeleine, l'Evangile de Vérité, l'Evangile de Philippe, l'Evangile de Judas) pour étayer leur thèse selon laquelle Jésus ressuscité révéla à ses disciples l'interprétation juste, gnostique, de ses enseignements : le Christ, esprit divin, habitait le corps de l'homme Jésus et ne mourut pas sur la croix mais retourna dans le royaume divin d'où il venait.
Les gnostiques rejetaient donc les souffrances et la mort expiatrices du Christ, ainsi que la résurrection du corps. Ils rejetaient aussi d'autres interprétations littérales et traditionnelles des Évangiles.
Des rites visaient à faciliter l'ascension de l'élément divin de l'âme humaine vers le royaume spirituel, le plérôme (pleroma), composé d'une succession d'éons (en grec « émanations ») procédant d'un être divin primordial.
Des hymnes et des formules magiques étaient récités pour tenter d'obtenir une vision de Dieu ; d'autres formules étaient récitées au moment de la mort pour chasser les démons, de crainte qu'ils ne capturent l'esprit pendant son ascension et ne l'emprisonnent à nouveau dans un corps.
La doctrine selon laquelle le corps et le monde matériel sont mauvais amena certaines sectes à renoncer au mariage et à la procréation. D'autres gnostiques prétendaient que du fait que leur âme était totalement aliénée à ce monde, peu importait ce qu'ils faisaient.
Les gnostiques rejetaient généralement les commandements moraux de l'Ancien Testament qu’ils considéraient comme faisant partie de la stratégie du mauvais dieu pour prendre l'humanité au piège.
Certaines sectes gnostiques refusaient tous les sacrements, tandis que d'autres observaient le
baptême et l'eucharistie, qu'elles interprétaient comme les signes de l'éveil de la gnose.
Les barboniens et les phibioniens (ou
phibionites), faisaient consister leur philosophie dans une débauche effrayante.
Les barbélognostiques, donnait une place importante à une figure mythique, Barbélo, la mère du mauvais Créateur de ce monde.
 

SIMON LE MAGICIEN

La littérature pseudo-clémentine, attribuée au pape
Clément I (fin du 1er siècle), résume la doctrine que Simon le mage prétendait démontrer par les Écritures : le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; il est inconnu et ineffable et il pourrait être appelé le Dieu des dieux.
Irénée et
Hippolyte font de Simon le magicien ou Simon de Samarie le père du gnosticisme et le fondateur d’une secte gnostique, mais on peut se demander s’il s’agit du même personnage.
Simon le Mage ou le Magicien, né en Samarie, était contemporain de
Jésus. Son maître intellectuel était Philon d'Alexandrie, mais il ajouta à sa doctrine des pratiques de théurgie qui devaient exercer plus de prestige que des idées sur l'esprit grossier des Samaritains, auprès desquels il acquit une grande influence. Ils se faisaient appeler « la Vertu de Dieu » ou « la Grande Vertu ».
Cependant, le bruit des miracles accomplis par les apôtres intrigua le philosophe samaritain. Il se dit que ces gens devaient être plus habiles que lui et possédaient sans doute des secrets qu'ils pourraient lui transmettre. Converti par la prédication de Philippe, il reçut le baptême.
Les apôtres étant venus à Samarie, Simon se rendit auprès d'eux, et ne comprenant pas comment ils faisaient descendre le Saint-Esprit sur les convertis en leur imposant les mains, il leur offrit une somme d'argent pour le savoir.
Pierre lui lança : « Périsse ton argent et toi avec lui ! » ; puis, il lui demanda de se repentir (Actes 8, 9-24). Depuis, le terme « simonie » désigne l'achat de charges ecclésiastiques et le trafic de biens spirituels ou d’objets sacrés.
Simon, qui ne s'était fait chrétien que dans l'intérêt de son art, reprit son ancien état de magicien et se mit, comme les apôtres, à faire des prosélytes.
Il alla s'établir à Tyr, où il acheta, dit Tertullien, une courtisane avec le même argent qu'il avait voulu consacrer à l'achat du Saint-Esprit. Cette femme, instrument de ses désordres, continue Tertullien, était un apôtre sui generis, qui réussit à recruter un grand nombre de néophytes. Elle s'appelait Hélène et Simon la présentait comme une nouvelle incarnation de l'épouse de Ménélas, celle qui causa la ruine de Troie. Il la faisait aussi passer pour Minerve ou pour la mère du Saint-Esprit.
Selon Justin (1ère Apol., 26; 56), Simon se rendit à Rome, au temps de Claude (41), et il y obtint un succès inouï. Les plus grands personnages du temps furent éblouis par ses prestiges. S'il faut en croire plusieurs Pères de l'Église, on leur éleva, à lui et à sa courtisane Hélène, des statues dans l'île du Tibre.
On prétend que Simon mourut en l'an 64, d'une chute faite en voulant s'élever dans les airs sur un char de feu, afin de contrefaire l'ascension de Jésus-Christ. Arnobe dit seulement qu'il se cassa la jambe, mais que de honte il se tua en se jetant par la fenêtre de la maison qu'il habitait.
Les Actes de Pierre (apocryphe du IIe siècle) racontent qu’après le départ de Paul de Rome pour l’Espagne, Simon le Magicien arriva à Rome et troubla les chrétiens par ses miracles. À Jérusalem, le Christ apparut à Pierre et lui apprit que la communauté romaine avait succombé au charme de Simon. Pierre se rendit en toute hâte à Rome.
Il reconquit les fidèles par un grand concours de miracles où Simon et lui rivalisèrent d’originalité. La lutte suprême eut lieu sur le Forum d’où Simon s’envola vers le ciel ; mais il en retomba et mourut. Ce fut le triomphe pour Pierre : beaucoup de païens vinrent à lui. Ce fut aussi sa perte, car le préfet de Rome le fit mettre à mort.
Si, pour les Actes de Pierre et pour Épiphane, Simon mourut en tombant du haut des airs, à Rome (scène figurée sur l’un des plus beaux chapiteaux de la cathédrale d’Autun), pour Hippolyte, il se fit enterrer, ailleurs qu’à Rome, dans une fosse, en prétendant ressusciter le troisième jour: ce qui n’arriva pas…
Voici, d'après Nicéphore Calliste (+ vers 1350), quels étaient les prodiges opérés par Simon : « Simon le Magicien, avec l'aide des démons, faisait un grand nombre de choses surprenantes. Car il faisait en sorte que les statues se mouvaient d'elles-mêmes, et dans les appartements les vases et différents objets se transportaient d'un lieu dans un autre, et lui-même, entouré de flammes, ne brûlait pas. Il volait dans l'air. En trompant les hommes, il faisait des pains avec des pierres. Il prenait la forme d'un dragon et de plusieurs espèces d'animaux. On le voyait, avec deux visages ; quelquefois il se transformait tout en or. D'un mot il ouvrait les portes bien fermées et munies de serrures et de verrous. Il brisait des chaînes en fer. Dans les festins, il faisait paraître des simulacres de différentes formes. II se faisait précéder par plusieurs ombres qu'il disait être les âmes de personnes mortes depuis longtemps. Non seulement il se transformait lui-même comme il voulait, mais il changeait aussi les autres en différentes formes d'animaux. Quelques-uns de ceux qui le prenaient pour un bouffon ayant voulu le tromper, sous le prétexte d'une fausse amitié, il les invita à un banquet et les livra à des démons cruels, et leur infligea toutes sortes de maladies incurables. » 2
« Ce récit est d'autant plus remarquable, que nous trouvons les mêmes faits rapportés dans les lettres de plusieurs missionnaires, qui assurent que ces prodiges s'opèrent encore aujourd'hui dans les pays infidèles, notamment à Siam, en Chine et en Amérique... Le phénomène des Tables tournantes et parlantes est venu nous prouver qu'en fait de superstitions nous pouvons être comparés à ces peuples. Ce sont, du reste, les mêmes pratiques que Tertullien reprochait aux païens de son temps ; car les Romains évoquaient les morts par des prestiges rotatoires et ils prédisaient l'avenir par le moyen des chèvres et des tables (Tertullien mit en garde ceux qui pratiquaient la
nécromancie car les démons les trompaient en se faisant passer pour les esprits des morts invoqués). Simon menait avec lui une femme nommée Hélène, qu'il avait achetée à Tyr, et qu'il disait être la célèbre Hélène qui avait été la cause de la guerre de Troie, et qui était passée successivement dans le corps de plusieurs femmes : cette femme l'aidait sans doute aussi à opérer ses prodiges, comme cela arrive chez plusieurs de nos prestidigitateurs. Simon, tout mauvais qu'il était, était chrétien. Il est digne de remarque que les païens qui faisaient mourir les chrétiens, adorèrent Simon comme un dieu et lui élevèrent une statue dans l'Ile du Tibre : ils adoraient Simon, sous la forme de Jupiter, et son Hélène, sous celle de Minerve. » 3
Simon est l'auteur de quelques écrits, entre autres de plusieurs discours qu'il intitula Contradictoires, parce qu'il y contredisait l'évangile.
Simon, pour le fond de sa doctrine, était
platonicien ; il joignait à ce fond les pratiques de la théurgie asiatique la plus extravagante.
« C'est, disait-il, par ma grâce (il se disait Dieu) et non par leur mérite que les hommes sont sauvés. Pour l'être, il suffit de croire en moi et en Hélène ; c'est pourquoi je ne veux pas que mes disciples répandent leur sang pour propager ma doctrine. »
Il y a si peu d'accord entre les actions et les idées philosophiques de Simon le Magicien que plusieurs chercheurs ont pensé qu'il y a eu deux personnages nommés Simon : l'un magicien et apostat dont les Actes des apôtres font mention, l'autre hérétique gnostique, fondateur d'une secte qui se perpétua jusqu'au IVe siècle.
Irénée (vers 180) et Hippolyte (vers 200) font de Simon le père du gnosticisme.
Les Homélies et les Recognitions, apocryphes faussement attribués au pape Clément I, contiennent des instructions aux chrétiens, l'apologie de certaines vertus, et des polémiques contre des thèses gnostiques ou païennes.
Les Homélies sont une source d'informations intéressantes sur certaines hérésies des premiers siècles de l'Église. Elles résument la doctrine de Simon le Mage : il prétendait démontrer par les Écritures que le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre; qu’il est inconnu et ineffable et pourrait être appelé le Dieu des dieux.
Le portrait de Simon le Mage, qu'on trouve dans les Recognitions, constituera le modèle à partir duquel le mythe de Faust sera élaboré.
 

MENANDRE

Ménandre, comme Simon dont il était le disciple, comme plus tard Apollonius de Tyane, voulut jouer au messie. Il ne reconnaissait pas, bien entendu, Jésus-Christ pour tel.
Simon le Magicien se faisait appeler « la Grande Vertu » ; Ménandre soutint que la Grande Vertu était encore inconnue, et que lui, Ménandre, était seul chargé de la révéler aux hommes.
Les ménandriens étaient les sectateurs des doctrines de Ménandre.
Ils croyaient que l'Intelligence supérieure (Ennoïa) forma tout le monde intelligible et tout le monde sensible par voie d'émanations successives de génies de moins en moins purs à mesure qu'ils s'éloignaient de l'Être absolu. Ce sont ces génies que Valentin et les autres gnostiques appelèrent plus tard des éons.
Un assez grand nombre de Samaritains et de gens des pays voisins acceptèrent cette croyance. Ces doctrines furent amalgamées plus tard au christianisme par les gnostiques.
Ménandre administrait le baptême en son propre nom ; il le qualifiait de résurrection et lui attribuait la propriété de donner une jeunesse perpétuelle et l’immortalité.
Comme plusieurs sectes gnostiques, comme les derniers néoplatoniciens, les ménandriens se livraient à la magie, et pensaient, comme nos spirites, pouvoir converser avec les esprits.
Justin, martyr au milieu du IIe siècle, se plaint qu'il se trouve des ménandriens à Antioche, tel Saturnin (ou Sartornil).
 

SATURNIN

Saturnin (Sartornil) était moins éloigné que Simon le Mage du christianisme traditionnel.
Il paraît néanmoins s'être également inspiré de la cabale judaïque et des principes de
Zoroastre.
Dieu était pour lui le père inconnu. Les ministres de Dieu n'étaient, d'ailleurs, que des puissances pures ou, si l'on veut, des facultés ; ces puissances s'affaiblissaient à mesure qu'elles s'éloignaient de leur principe.
Il admettait l'existence du monde pur ou spirituel et celle du monde des ténèbres ou matériel.
Au seuil du monde pur, 7 puissances (peut-être les Élohim de la Genèse) avaient créé notre univers et s'en étaient partagé le gouvernement. L'homme était leur œuvre ; mais après avoir fait le corps, ils n'avaient pu en créer l'âme, et il fallut que le Dieu suprême envoyât, en qualité d'âme, dans le corps de l'homme, une étincelle émanée de la Lumière éternelle.
L'âme devait un jour retourner à son principe ; en attendant, elle s'était souillée au contact du corps au point d'être incapable désormais de se délivrer elle-même ; d'où la nécessité d'un sauveur. Le Père inconnu envoya sa puissance suprême: Jésus-Christ. Celui-ci enseigna aux hommes comment ils devaient vivre pour que leur âme retournât un jour à son principe.
 

BARDESANE

Bardesane (Bar-Daïsan) d'Edesse, émule de Saturnin, lui succéda dans son enseignement. Il avait été d'abord un chrétien d'une orthodoxie sévère, et ennemi de Saturnin et de Marcion. Il connaissait à fond les mythes de la Grèce et de l'Orient comme la philosophie de Platon. Il possédait un talent littéraire remarquable. Plusieurs églises d'Asie étaient fières de lui et admirent longtemps ses hymnes dans leur liturgie. Il fut amené peu à peu, et par une sorte de travail intérieur, à professer les doctrines de ses anciens adversaires. Son école date du commencement du règne de Marc-Aurèle (vers 162). Il avait conservé le respect de la lettre dans les écrits bibliques.
Ce fut lui qui découvrit dans le Zend-Avesta, le père inconnu à côté duquel il plaça la matière éternelle ingouvernable et mauvaise d'où était né
Satan. Le Père inconnu enfanta de sa compagne, c'est-à-dire de sa pensée, un fils qui fut Jésus-Christ, qui eut à son tour une compagne, qui est le Saint-Esprit. Du Christ et du Saint-Esprit naquirent 2 paires d'éons, la terre et l'eau, le feu et l'air. Les éons, de concert avec le Christ et sa compagne, créèrent de nouveau 3 paires d'éons ou syzygies, ce qui fait 7 paires d'éons. Une nouvelle série de 7 paires d'éons pourvut au gouvernement du soleil, de la lune et des 5 planètes alors connues. Puis 12 génies, préposés aux 12 constellations dont se compose le zodiaque, et 36 esprits sidéraux ou doyens chargés de gouverner les autres constellations, complétèrent la hiérarchie imaginée par le fécond auteur.
La compagne du Christ (« Pneuma » ou « Sophia achamoth ») avait conçu pour la matière un autour déshonnête et s'était abandonnée à une débauche sans frein (toute symbolique). Enfin elle reconnut ses fautes et rentra dans le « plérome », c'est-à-dire au sein de la perfection céleste. Par erreurs de la compagne du Christ, Bardesane veut parler des égarements sans nombre auxquels entraîne la pensée libre.
 

BASILIDE

À Alexandrie, entre 120 et 145, Basilide professa une doctrine qui comportait des éléments philosophiques très importants et très curieux. Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu'après de longues épreuves.
Clément d’Alexandrie reprocha aux partisans de Basilide de croire que nous sommes tirés comme des marionnettes par des forces naturelles, en sorte qu’il n’y a plus ni volontaire ni involontaire (Stromates, II, III, 12, 1).
Selon le même Clément (Stromates, IV, 12), Basilide aurait dit : « Tout ce qu'on voudra plutôt que de mettre le mal sur le compte de la Providence ». En effet, Basilide n'a jamais admis un second principe, celui du mal : il resta foncièrement moniste à la différence des autres gnostiques.
Basilide était natif de Syrie, et avait, sans doute, été élevé dans les idées gnostiques de cette contrée. Il alla étudier à Alexandrie, où l'attrait des grandes études dont cette ville, était la métropole le fixa définitivement (131).
Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu'après de longues épreuves. Basilide l'avait résumé dans un ouvrage en 24 livres intitulé Exégétique.
Les traditions sur lesquelles il se fonda pour dogmatiser étaient réunies dans un livre qu'on ne possède plus, ayant pour titre : Prophéties de Cham et de Barchir, dont on le supposa l'auteur.
II s'autorisait aussi d'une Épître de
Pierre(apocryphe) et d'une tradition secrète que Pierre aurait transmise par voie orale.
Basilide n'aimait pas Paul, dont il rejetait presque toutes les doctrines.
Selon lui, le père inconnu du gnosticisme syriaque s'était manifesté dans 52 déploiements d'attributs ; chaque déploiement se composait de 7 éons, ce qui a fait croire à plusieurs que sa hiérarchie était fondée sur la division de l'année en 52 semaines de 7 jours comprenant une série de 364 éons, nombre des jours de l'année.
La secte des basilidiens, dirigée, après lui, par son fils, Isidore, connut une large diffusion puis s’éteignit au Ve siècle.

Abrasax :

Abrasax
, appelé aussi « Abracax » ou encore « Abraxas », du nom duquel on a tiré la célèbre formule « abracadabra », est mentionné dans la liste des principaux démons établie par l'Église lors du concile de Braga (561-563).
Les basilidiens voyaient en lui leur divinité suprême « IAO », écrit IAW (iota, alpha, omega), qui, selon certains, est une déformation du nom de Yahvé, le dieu de l’Ancien testament. Trouvant que la somme des 7 lettres grecques d’Abraxas donnait le nombre 365, qui est celui des jours de l'année, ils plaçaient sous ses ordres plusieurs génies qui présidaient aux 365 cieux, et auxquels ils attribuaient 365 vertus, une pour chaque jour.
Son nom était généralement gravé en caractère grec sur des pierres fines, dites basilidiennes, dont certaines sectes gnostiques se servaient en guise d'amulettes.
Abrasax est représenté sur ces amulettes avec une tête de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. Il apparaît aussi en roi (il porte une couronne) anguipède.
La formule abracadabra viendrait de l’hébreu abreg ad hâbra (envoie ta foudre jusqu’à la mort).
Elle était disposée en triangle renversé, le nom s’écrivant en diminuant d’une lettre à chaque ligne, selon Serenus Samonicus, médecin du IIe siècle.
Au Moyen Age, ce pantacle, porté autour du cou, était censé guérir les maladies, notamment la fièvre, protéger des sorts et éloigner le mauvais oeil. La formule aurait aussi servi de mot de passe pour rencontrer le diable…
Gerbert d’Aurillac (pape en 999 sous le nom de
Sylvestre II), Avicenne (980-1037), Albert le Grand (1200-1280) et Thomas d'Aquin(1225-1274) s’intéressèrent aux gemmes gnostiques…
Les alchimistes trouvèrent des rapports entre les
gemmes, les métaux et les planètes.
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de
Mithra dont la somme des lettres, en grec, donne aussi 365.
L’ordre du Temple utilisa les Abraxas : ils portaient l’inscription « SECRETUM TEMPLI ». L'emploi de l'Abraxas n’était nullement l'apanage des seuls
Templiers : son utilisation fut constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse. 4
« Les pierres d'abraxas (ou pierres abraxoïdes) se nomment aussi pierres basilidiennes, parce que la secte gnostique des basilidiens parait surtout en avoir fait usage. On a donné du mot abraxas plusieurs explications ; on le fit venir du persan, de l'hébreu, du grec, du cophte. Des auteurs n'y ont vu qu'une réunion de lettres numériques donnant le nombre 365, nombre sacré. Pour les gnostiques, auxquels il rappelait l'ensemble des manifestations émanées du Dieu suprême, les pierres d'abraxas portent, outre le mot « abraxas », diverses figures fantastiques, têtes de lion, de coq, d'éléphant, de serpent, etc. Quelques-unes présentent les deux lettres a et o, ou le mot « iao », qui désigne la divinité de la religion panthéiste d'Alexandrie. Les pierres d'abraxas sont nombreuses dans les cabinets d'antiques en Europe ; elles proviennent, dit-on, de la Syrie, de l'Egypte et de l'Espagne. Il est probable qu'un grand nombre de ces pierres furent fabriquées au moyen âge pour servir de talismans ou pour être employées dans les opérations, de magie et d'alchimie. » 5
« Spon (Jacob, ndlr) décrit une espèce d'abraxas au revers duquel on voit les sept voyelles combinées de sept façons différentes (…) Sur plusieurs abraxas se trouvent des figures égyptiennes. » (Barthélemy)
« Il est infiniment probable que les abraxas ont servi d'amulettes ou de talismans comme les cylindres persépolitains. » (A. Maury)
 

VALENTIN

Valentin (Valentinius), le fondateur de la seconde école égyptienne du gnosticisme, est qualifié de
platonicien par Tertullien. On ignore s'il avait été élevé dans le sein du christianisme ou de l'ancien culte polythéiste. On le voit succéder à Basilide dès l'an 136, comme représentant des mêmes idées. Ses livres, notamment ses Homélies, ses Épîtres, un Traité de la sagesse, le firent accepter pour chef par les gnostiques d'Alexandrie.
Il est le premier des philosophes de la secte qui ait admis comme inspirés par le même Dieu l'Ancien et le Nouveau Testament ; mais, au fond, il n'admettait les écrits traditionnels du judaïsme et du christianisme qu'extérieurement. En métaphysique, il reprit les théories de Bardesane, négligées par Basilide, son prédécesseur, en les modifiant néanmoins. D'après lui, l'Être suprême était demeuré durant une longue série de siècles dans un repos absolu. Le premier signe de son activité, ou son premier déploiement est la manifestation de sa pensée. Ce déploiement est suivi de plusieurs autres. Un rite mortuaire spécial, appelé chambre nuptiale, célébrait la réunion de l'esprit égaré et de son double céleste.
Valentin avait étudié à Alexandrie, brigué sans succès l'épiscopat et, irrité de son échec, entreprit de former une nouvelle secte. Mêlant la doctrine des idées de Platon et celle des nombres de Pythagore à la théogonie d'Hésiode et à l'Evangile de Jean, le seul qu'il considérait comme authentique, il forma un système qui se rapprochait de celui des gnostiques. Valentin prétendait avoir reçu ses doctrines d’un disciple de Paul. Il eut bientôt en Égypte un grand nombre de partisans.
Vers 140, Valentin décida de venir s'établir à Rome où la liberté de penser était beaucoup moins grande qu'en Égypte, et où d'ailleurs l'orthodoxie chrétienne, qui était en force, s'opposa énergiquement à ses efforts : il fut excommunié deux ans plus tard. Pendant son absence, ses disciples d'Alexandrie se divisèrent en un grand nombre de sectes. Celle des marcosiens s'adressait particulièrement aux femmes et prit en Égypte, un ascendant qui dura plusieurs siècles.
Quand Valentin mourut en 161, après avoir quitté Rome, sa doctrine comptait des adhérents dans la plupart des provinces de l'Orient.
 

LES MARCOSIENS

Le système des marcosiens n'est autre que celui de Valentin, revu et augmenté par son disciple Marc.
Tandis que les valentiniens expliquaient la création par l'émanation de couples (ou syzygies) d'éons procédant successivement du principe premier, les marcosiens, se basant sur ce que la Bible dit que Dieu a créé le monde par sa parole, attribuèrent à la parole même de Dieu, aux mots dont il s'était servi, une faculté créatrice.
Irénée de Lyon nous expose longuement ce système dans son livre Contre les hérétiques. Il nous apprend que les marcosiens, voyant la traduction grecque de la Genèse commencer par les mots « En archê » (au commencement), concluaient que ces mots étaient le principe premier de toutes choses ; et comme les 24 lettres de l'alphabet étaient aussi les signes des nombres, ils établissaient, sur la combinaison des lettres de chaque mot et des nombres qu'elles désignaient, le système de leurs éons et des opérations de ces éons.
Irénée prétend qu'ils admettaient 30 éons ; mais il est plus rationnel de croire d'autres écrivains qui ne leur attribuent que la fabrication de 24 éons, en raison des 24 lettres de l'alphabet grec. Les marcosiens tiraient la confirmation de leur croyance du livre de l'Apocalypse où Jésus est représenté disant : « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin », et sur quelques autres passages qu'ils travestissaient à plaisir.
De ce pouvoir merveilleux attribué à certains mots, les marcosiens déduisaient la possibilité d'entrer, par la connaissance de ces mots, en communication avec les esprits, de diriger leurs opérations, de partager leur puissance et de faire des miracles avec leur aide.
Le gnosticisme s'alliait donc chez eux, comme chez les derniers néoplatoniciens, à la magie basée sur des rêveries arithmétiques analogues à celles autrefois forgées par les pythagoriciens.
A la théorie, les marcosiens durent joindre la pratique ; il leur fallut des miracles, ils en firent. Marc, par exemple, aurait changé le vin de la communion en sang.
Les Pères de l'Église, fort injustes envers leurs adversaires, font des hérétiques marcosiens le plus hideux portrait, les accusant notamment de pratiquer la magie. Quant aux orgies que Irénée reproche aux marcosiens, elles paraissent d'autant plus invraisemblables que les gnostiques ont constamment affiché une austérité de mœurs excessive et une abstinence farouche.
Les marcosiens avaient certains livres religieux particuliers ; ils admettaient tout l'Ancien Testament et quelques parties du Nouveau. Ils donnaient le baptême avec de l'eau mêlée d'huile et de baume.
Irénée nous dit que cette secte était très répandue en Gaule, surtout sur les bords du Rhône.
 

LES OPHITES OU NAASSENES

L'école des ophites est une dérivation de celle de
Valentin.

Les ophites ou naassènes, étaient les sectateurs du « Serpent » (ophis en grec, naas en hébreu) : il s’agit du serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal, contre le Créateur mauvais, et du serpent d’airain (Nombres, XXI) identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix.
Pour les ophites, le dieu des Juifs est le démiurge Yaltabaoth, cause du mal par sa création désastreuse qui mêla la matière à l'étincelle divine ; ce que les livres sacrés des Hébreux appellent la chute est pour eux le moment de la transition de l'ignorance à la connaissance, le passage de l'état d'innocence à une conscience supérieure : voilà pourquoi ils rendaient un culte au serpent, cause de ce progrès, comme à la sagesse incarnée, comme à la source de la gnose.
Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, vit un diagramme, dessiné par les ophites et représentant la structure de l’Univers sous la forme de cercles concentriques parmi lesquels le monde des âmes : Léviathan.
Des serpents apprivoisés figuraient dans les cérémonies des cultes : ils circulaient sur les tables dressées pour l'eucharistie.
"Le serpent est d’une part lié à la connaissance – c’est lui qui initie Adam et Eve -, d’autre part au plaisir – les ophites, à l’instar d’autres sectes vénérant le même animal, restent persuadés que le serpent a défloré Adam et Eve -, et d’autre part à la révolte contre le mauvais dieu de la Genèse, qui l’a empêché de mener à bien son entreprise de révélation des mystères divins auprès du premier homme et de la première femme. Le mythe du serpent n’est pas nouveau : il existe dans la tradition hébraïque. Il est associé à Jésus par les ophites, qui voient en lui le salut, et un salut possible par le biais de l’orgasme. C’est ainsi qu’une partie de la secte des ophites opte pour la licence, tandis qu’une autre lui préfère l’ascétisme (…) Le serpent symbolise aussi le devenir de l’univers : enroulé sur lui-même, il se mord la queue : l’Un va au Tout qui va à l’Un en un cycle éternel (…)" 6
Hippolyte (+235) lutta contre l’hérésie des ophites.

En 428/429, à la demande du diacre Quodvultdeus,
Augustin dressa la liste des hérétiques dans De Haeresibus (Des Hérésies) dans laquelle il fit mention des ophites, caïnites, séthianiens ou séthiens, archontices ou archonticiens, qui tirent leur nom des principautés ou archontes, anges auxquels ils attribuent la création de l'univers.

Les ophites se divisèrent en plusieurs communautés, les plus connues étant celles des caïnites, des séthiens (ou séthianiens), des pérates et des phibionites :

- Les Caïnites ou Caïnistes

Les caïnites ou caïnistes apparus vers l'an 159, vénéraient Caïn et les Sodomites, et possédaient un Evangile de Judas dans lequel ce dernier était présenté comme un initié ayant trahi Jésus, à sa demande, pour assurer la rédemption de l'humanité.
Le 2ème évêque de Lyon, Irénée (+ 208) dénonça cet évangile comme hérétique : « Ils (les caïnites) déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé « l'évangile de Judas » 7.
Epiphane de Salamine (+ 402/403) combattit également cet écrit hérétique.
Une copie de la version plus ancienne rédigée en grec, a été découverte par un paysan près d’El Minya dans le désert égyptien en 1978. Elle fait partie d'un papyrus d'une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé Codex de Tchacos, qui contient également 2 autres textes apocryphes : l'Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques.
L’Evangile de Judas, écrit en copte dialectal (sahidique), restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l'université de Genève, et publié à Washington le 5 avril 2006 par la revue américaine The National Geographic, a été authentifié comme datant du IIIe siècle ou du début du IVe.
Les caïnites avaient pour Judas ["celui qui volait dans la bourse" (Jean 12,6) et "dans lequel Satan entra" (Jean 13,21-27)] une vénération particulière et le louaient comme un homme admirable : le plus illustre des fils de Caïn.
Ils désiraient réhabiliter Caïn, si maltraité dans le Pentateuque, et donnaient la législation judaïque pour l'œuvre du Dieu du mal, ce Yahvé, rempli d'ignorance et d'orgueil, qui avait crée le ciel et la Terre.
Selon les conceptions gnostiques, le créateur, le démiurge, est un dieu mauvais, le malin, responsable de toutes les imperfections du monde.
Pour les caïnites, Judas seul savait le mystère de la création des hommes et c'est pour cela qu'il avait livré le Christ à ses ennemis. Par là il avait rendu un grand service à l'humanité, car le Christ voulait réconcilier les hommes avec le Dieu créateur, alors qu'il fallait, au contraire, envenimer la haine des hommes contre celui-ci. La mort de Jésus devant procurer de grands biens au monde, Judas avait fait une bonne action en la précipitant.
Ce qui vient en premier dans cet évangile, c'est la critique de « l'action de grâces au dessus du pain », telle que les disciples la pratiquent. Ensuite, Judas dit à Jésus : « Je sais qui tu es et d'où tu viens : du Royaume immortel de Barbélo. Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t'a envoyé » (Barbélo, dans la tradition gnostique, est l'aspect féminin de la Divinité et serait à l'origine du malheur dans ce monde parce qu’ayant créé le dieu mauvais ; Barbélo se serait repenti, après quoi Dieu aurait envoyé le Christ sur Terre pour sauver l'humanité). Puis, Jésus dit à Judas : « Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit ». Il lui annonce qu'il sera le treizième disciple, qu'il sera maudit à travers les générations et qu'il viendra régner sur elles. Alors, « Les grands prêtres s'approchèrent de Judas et lui demandèrent : « Que fais-tu ici, toi, le disciple de Jésus ? Judas leur donna la réponse qu'ils souhaitaient. Et il reçut de l'argent et il leur livra. ». A la fin, le titre apparaît : Évangile de Judas. 8

Source : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/gnosticisme.htm

 

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