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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

Les Trois Mauvais Compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par R\ D\ dans Planches

Pour trouver un sens profond au mythe des trois mauvais compagnons, il me semble indispensable de remonter aux sources.

On ne peut espérer comprendre la signification symbolique des trois mauvais compagnons que si l’on a compris les raisons et motifs de l’assassinat d’Hiram.

Dans le mythe fondateur du Grade de Maître, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons.

Qui était Hiram ?
Qui étaient les trois mauvais compagnons ?

Hiram était l’architecte, pas seulement le concepteur de l’ouvrage, mais aussi le chef des travaux.
C’est lui qui présidait à la rémunération des employés.
Le mythe laisse aussi entendre que c’était un homme pourvu de toutes les qualités, connaissance, sagesse, etc.

Quant aux mauvais compagnons, on ne connaît pas grand-chose d’eux.
On sait néanmoins qu’ils étaient des compagnons, pas des apprentis ni des profanes.
C’était des hommes dont une haute compétence de constructeur avait déjà été reconnue. Ce n’était pas n’importe qui.

On sait aussi qu’ils étaient trois et qu’ils ont pris part à l’assassinat, chacun avec un outil particulier:

le premier avec un fil a plomb, symbole de la verticale,
le deuxième avec un niveau, symbole du contrôle éclairé (des CC),
le troisième avec un maillet, symbole de la volonté (et autorité fraternelle du VM).

On ne peut comprendre le mythe de l’assassinat d’Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons.

Le récipiendaire peut en rester à la troisième personne du singulier (il) : chacun des acteurs est une personne qui lui est étrangère et il se contente de réfléchir sur un récit, certes plausible, mais qui ne le concerne pas directement.
Bien entendu, cette réflexion ne mène pas loin.

La réflexion devient plus intéressante si le récipiendaire passe aux deux premières personnes du singulier (tu et je), en s’identifiant symboliquement à l’un des acteurs (Hiram ou l’un des mauvais compagnons) et en analysant ses relations avec les autres acteurs.

Encore plus intéressant : il peut identifier chacun des acteurs à une partie de lui-même : sa personnalité, ses pulsions profondes.
Aussi intéressant, en particulier dans les réflexions sociologiques et politiques, il peut identifier chacun (ou seulement certains) des acteurs à un groupe humain (loge, certes, mais aussi famille, entreprise, état ou autre collectivité territoriale, n’importe quel groupe humain).

Ainsi, si l’on ne se contente pas de considérer les acteurs comme des personnes physiques mais aussi des infra-personnes (c’est-à-dire des pulsions psychologiques) ou des supra-personnes (c’est-à-dire des aspirations sociologiques), les assassins d’Hiram ne sont plus seulement des malfaiteurs, mais aussi des « maléfices », psychologiques ou sociologiques.

De ce point de vue « venger Hiram » n’est plus vraiment tuer une personne physique mais surtout éliminer une ou plusieurs causes de malheur de l’Humanité.

À l’appui de cette interprétation, on peut aussi remarquer que les mythes rappellent les outils dont se sont servis les agresseurs d’Hiram: le fil a plomb, le niveau et le maillet.

Frapper quelqu’un a l’aide d’un outil, révèle le double aspect de nos symboles : chaque instrument de travail peut conduire a la perdition, tout dépend de notre intention.

C’est comparable a l’épée a double tranchant du Vénérable : destructive et créative à la fois.

Or une interprétation symbolique courante de l’agression consiste à dire que les trois mauvais compagnons ont agi en « abusant » de leurs outils :
- Du fil a plomb, symbole de la rectitude, par dogmatisme qui paralyse.
- Du niveau, symbole de l’égalité, par intolérance qui étourdit.
- Du maillet, symbole de la volonté, de l’autorité, par ambition qui tue.
et que les causes du dogmatisme, de l’intolérance et de l’ambition sont respectivement l’ignorance, la faiblesse et l’orgueil.

Nous les désignerons symboliquement comme étant
l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition.

L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.

Le second surveillant a été choisi pour incarner l’ignorance,
Les mal initiés méconnaissent la valeur de la quête personnelle et l’expérience commune en loge, ils vivent dans un demi conscient.
La plupart des gens croient que la vie matérielle et l’existence psychique constituent leur seule réalité, la force, l’intelligence et la science ne suffisent pas pour renaître.

L’ignorance frappe aussi notre propre milieu.
En l’occurrence, tous ceux qui chipotent aux rituels sans avoir fait une sérieuse étude préalable.
Ils remplacent des choses essentielles par des phrases creuses.

Le Fanatisme : que représente le second mauvais compagnon ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.

Le premier surveillant a été choisi pour incarner le fanatisme,

Le fanatisme (ou le mensonge) dogmatique entrave la réalisation initiatique.
Les maçons fanatiques se croient infaillibles.
Ils veillent sur la « régularité » et sur la juste exégèse du haut de leurs propres étroitesses d’esprit.
Ils veulent forcer une interprétation particulière des symboles.

Il nous faut, nous Francs Maçons convaincus, personnellement ou collectivement avoir le courage de dire haut et fort que le mensonge triomphant qui passe, qu'il soit idéologique, politique, religieux ou économique doit être combattu chaque jours de notre vie…

Dire non aux responsables politico religieux quels qu'ils soient et quelle que soit leur obédience, qui voudraient amalgamer les lois de leurs dieux et les droits de leurs états et asservir ainsi un peu plus leurs concitoyens grâce à des diktats archaïques où la liberté d'expression ne serait plus qu'une facilité accordée ou refusée en fonction des circonstances.

Dire non à des prises de position pseudo scientifique qui utilisent la crédulité des hommes et des femmes pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes et bourrer le crâne des enfants de notions fausses et contraires à l'avancée des sciences

Dire non à ceux, qui, refusant de voir la réalité du terrain particulièrement dans les pays les plus défavorisés, se réfèrent à des dogmes criminels pour exprimer et imposer leur conception de la naissance, de la vie et de la mort.

Dire non enfin à ces irresponsables affairistes confondant science économique et financière avec casino et jeux vidéo virtuels, en utilisant l'épargne d'une vie de travail de leurs clients pour se tricoter eux-mêmes des parachutes dorés.

Dire non aujourd'hui, c'est quelque part s'exprimer en Franc Maçon, refuser le confort douillet des dogmes et des certitudes philosophiques, politiques ou sociologiques.

L’Ambition : que représente le troisième mauvais compagnon sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et les plus insidieuses.

Le Vénérable Maître incarne l’ambition

Une de ces formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se
rencontre assez couramment en Franc-Maçonnerie et se nomme la CORDONITE.

On n’ambitionne une fonction en loge que lorsqu’on y est apte


Les ambitieux essayent d’utiliser la FM pour leur carrière profane où cherchent dans l’organisation maçonnique une compensation pour le ratage de celle-ci.


Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.

Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.

Les trois « défauts », d’un point de vue moral, sont à considérer comme un petit échantillon de l’arsenal incommensurable des vices humains.

Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre.
Ils lui sont tout aussi indispensables.

Ghandi jugeait les conflits sur leurs mérites constructifs.
Les conflits peuvent nous rendre conscients des besoins et des aspirations de la communauté.
Notre civilisation dépend de son aptitude à circonscrire les forces destructrices, mais surtout de sa capacité a les transformer en forces constructives.
De plus il faut savoir qu’une part de vérité se trouve toujours chez l’adversaire.

Pour édifier notre savoir, je renvoie au mythe de Prométhée dérobant le feu divin des forges d'Héphaïstos pour le mettre au service des humains et ainsi faire allusion à ce feu de la Connaissance qui brûle les scories de l'ignorance et qui exige à celui qui veut s'en servir, des purifications de plus en plus subtiles du mental et de l'esprit, car nul ne peut approcher le feu de la Connaissance s'il n'a pas dominé les défauts symbolisés par les mauvais compagnons.

Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francs-maçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul.


Pour les Francs-Maçons, la légende d'Hiram a une double signification.

Tout d'abord, Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine.

Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état: envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance.

Hiram est le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche.
Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide.

Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux.

La vérité, quels que soient les barrières qu'on lui appose, finit toujours par triompher; et celui que l'on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.

Que ce retour de la justice tarde à se produire, d'autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l'idéal méconnu; car la force de l'idée est indestructible.

L'idée est immortelle, sa vie se poursuit à travers les générations humaines et les siècles, alors même que les hommes qui l'ont formulée pour la première fois, qui ont lutté et sont morts pour elle, ont été oubliés.

Personnellement, car la société change, j’aurais aimé rajouter a ce mythe un quatrième mauvais compagnon représentant l’égoïsme.

Par égoïsme, nous jetons nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous possédons 2 ou 3 trois voitures, nous vidons les mines, nous achetons nos fruits et légumes au bout monde, nous voyageons en tous sens,

Par égoïsme nous éclairons les nuits, nous arrosons les déserts, acidifions la pluie, nous fabriquons même des baskets qui clignotent quand on marche, etc, etc.

Par égoïsme nous avons fait fondre la banquise, couper les arbres, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruit un tiers des espèces vivantes, exploser l’atome, enfuit des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

(Evidemment c’était plus marrant de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.)

Apres la révolution néolithique et la révolution industrielle, nous arrivons a la troisième révolution et il y a du boulot.

Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, limiter l'usage de sa voiture, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, fermer les robinets, veiller à la paix, contenir l'avidité, cultiver les fruits de proximité et de saison, relancer la marine à voile, replanter les forets, laisser le charbon là où il est, récupérer le crottin pour en faire du compost,
S'efforcer, réfléchir même.

Et, sans vouloir offenser, avec un terme tombé en désuétude, « être solidaire ».

Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde dont une grande partie est sous alimentée, pendant que nous déversons le lait a l’égout pour conserver nos quotas et fabriquons du carburant avec des céréales.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la troisième révolution.

Enfin et pour terminer, je soumets à votre méditation les propos de notre très illustre frère Alain Pozarnick, qui lors de conférences a dit :
« Le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance »

La chanson d’Alain Souchon que j’ai choisie est : « Et si en plus y a personne », c’est sa seule chanson engagée contre les extrémismes de toutes sortes.

J’ai dit Vénérable Maître

Source : www.ledifice.net

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Les trois mauvais compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par R\ L\ dans Planches

L’esprit est un moteur, il invente les rêves, les civilisations, les religions, les mythes….
Ce moteur cette belle machine à besoin continuellement de redémarrer, d’avoir de nouveaux horizons, de ce remettre en question, l’évolution des hommes, de certain hommes passe inexorablement par la recherche de nouvelles quêtes.
Je fus initié un soir de l’année six mille un, hasard ? Non simplement mon destin.

Pourquoi je me suis intéressé à ces mauvais compagnons ?
Pour plusieurs raisons, une remise en question intérieures un soir.

Ensuite pour assouvir ce besoin de symbolisme qui est chez moi pareil à une drogue.
Ces personnages – symboles, ces trois mauvais compagnons font partie d’un mythe fondateur.

Celui-là même qui a donné sa spécificité à notre Rituel d’Initiation au Troisième Degré dont l’intensité culmine avec la mort d’HIRAM et sa résurrection.

Notre processus initiatique commence par la mort du vieil homme.

Cette mort est féconde parce qu’elle est suivie d’une résurrection symbolique par le mode d’une substitution.
Un drame extrêmement remarquable, tout y est admirablement étudié pour intensifier l’impression générale que l’on cherche à donner.
C’est dans ces conditions que le Maitre Maçon nouvellement promu entend pour la première fois le récit traditionnel qui, en Franc Maçonnerie, a tant d’importance.

En effet, le Compagnon qui subit une telle initiation, oui je pense que ce soir la il y a vraiment une nouvelle initiation, le Compagnon doit mourir à lui –même et, par identification de notre grand Maître HIRAM, va pouvoir prendre alors la fonction de Maître.

Trois mauvais Compagnons, troisième degré, pourquoi toujours trois ?
En réponse je vous lirais la définition d’ARISTOTE *:
Il n’y a pas de grandeur autre que celles-là, parce que trois renferme toutes dimensions possibles.
En effet ainsi que le disent les pythagoriciens, l’Univers entier et toutes les choses dont il est composé sont déterminées par ce nombre Trois.
La fin, le milieu et le commencement forment le Nombre de la triade.

Je vais ce soir avec beaucoup d’humilité, avec mes mots, mes pensées d’éveiller l’intérêt sur mon approfondissement de la légende de ces trois mauvais Compagnon du mythe d’HIRAM, épine dorsale de la Franc Maçonnerie, que le Maître Maçon n’a que peu l’occasion d’évoquer tant les réunions en Chambre du milieu sont espacées et rares.

Le récipiendaire est reçu Maître parce qu’HIRAM revit en lui.

Le bien a triomphé du mal, un homme nouveau est né : l’initié.
Il n’est pas sur que le ou les auteurs de la légende aient eu conscience des développements multiples qu’elle pouvait susciter à travers nos différents Rites, mais par une intuition de génie, ils ont créé une œuvre de valeur universelle, je pense avec certitude que les Franc Maçons d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, en ont parfaitement conscience.

Je vais essayer de vous résumez assez rapidement pour ne pas alourdir mon travail, cette tragique mais si fructueuse histoire.
Pour permettre a tous de s’imprégner émotionnellement.

La Lumière qui nous éclairait a disparu. Le meilleur de nos Frères est tombé sous les coups d'infâmes meurtriers et nous sommes, hélas ! Certains que les ouvriers qui ont commis ce crime appartiennent à la classe des Compagnons.
Le Maçon que nous pleurons est celui qui nous éclairait dans nos Travaux nous consolait dans nos afflictions, et qui, dans nos difficultés, soutenait notre courage,
Il a péri, victime du crime le plus détestable.

*Aristote. Traité du ciel

Les trois complices se placèrent chacun à une porte, afin que, si le Maître échappait à l'un, il ne pût éviter les autres.

Ainsi périt l'homme juste, fidèle au Devoir jusqu'à la mort.

Notre très Vénérable a été assassiné pour ne pas donner le mot des Maitres.
Le prétexte me semble bien mince.

En effet, Maitre HIRAM aurait pu, certes sans mentir, car le mensonge est particulièrement odieux dans ces civilisations plus orale qu’écrite et parfaitement inconcevable pour un homme honnête mais il aurait pu les travestir ou les altérer légèrement.
Le lendemain, à la première syllabe, les auteurs de la forfaiture auraient été découvert et traités comme ils le méritaient (pensez y mes Frères, la prochaine fois que vous maltraiterez les mots de semestre qui doivent retourner justes et parfaits).

Quelle valeur représentaient donc ces mots pour qu’il faille mourir pour eux ?
Présent est le respect de la parole donnée, du serment que tous Maçons à contractés.
Notre Rituel nous le rappelle à chacune de nos Tenues.

Je conçois alors à quel point il est indispensable de préserver ces mots, non pas de langage mais de pouvoir créateur.

Et l’on comprend mieux notre prudence à manier les mots substitués, il est plus sage de nous contenter de les épeler aux deux premiers degrés pour ne pas en abuser au degré suivant.

Ainsi les trois premiers degrés, pratiqués lors de nos tenues ont pour objet de donner à l’initié que nous somme tous, les outils qui nous amènent à penser autrement.
Grace à nos outils, nous sommes libérés du carcan des modes de pensées profanes.
Oui mes Frères connaître nos outils, notre Rituel, c’est se confondre avec les choses, avec l’être intérieur.

Sans les trois mauvais Compagnons, point de Maçonnerie, il me semble évident qu’HIRAM les a choisis avec soin saluant d’avance leur hardiesse.
Car pour que le mythe naisse lui sait qu’il faut qu’il meure.

Pourquoi vivre ?, pourquoi la vie ?, question sans réponses utiles, sinon que nous devons nous donner à nous mêmes la réponse que nous requérons.

Savoir, est ce le moyen de justifier la vie à nos propres yeux ?
Pourquoi l’homme veut à tout prix la justifier ?
Pour ce soir je n’ai point de réponses.
Yen a-t-il une ?
Mes frères ce soir je vous demande de m’ouvrir des portes afin que je puisse apporter une réponse qui me sera encore très personnelle.

C’est au troisième degré, celui de Maitre, que débute vraiment pour moi la prise de conscience que je dois aboutir...
Car de la mort de l’homme ordinaire, à la consécration de l’homme initié il y a un très long chemin, je pense que peu d’entre nous arriverons au bout du voyage si vraiment il ya une fin, car tous les hommes ne sont pas initiable faute de temps, de réceptivité ou tout simplement de ne pas pensez, de ne pas ce laisser transporter par nos différentes initiations.

Je pense qu’il y aura toujours ceux qui acceptent humblement, ceux qui refusent catégoriquement, ceux qui ne comprennent pas, mais je suis certain que moi-même, que tous nous puiseront selon notre désir, notre capacité, la récompense d’une compréhension de cœur et de l’esprit.
L’initiation nous invite à voyager en nous-mêmes.
Le travail effectué en Loge est poursuivi par le Franc Maçon au plus profond de son égo.
Le Rituel, voie préparatoire à l’initiation, contient dans sa structure la clé permettant à l’affamé que je suis de décoder le chemin, même si les parcours ne se passent pas facilement en raison des obstacles dont nous sommes porteurs à l’image de Jubelas, de jubelos, et enfin jubelum.

En effet ils affranchissent HIRAM du plan matériel, du plan psychique, du plan mental ; ces trois plans étant ceux du monde profane.
HIRAM ressuscite sur le plan symbolique moment que nous tous avons vécu avec émotion et appréhension.

C’est bien par la mort à la vie profane que le futur Maçon commence son initiation dans le cabinet de réflexion, c’est par une seconde mort symbolique, la mort d’HIRAM, que l’initié parvient à l’Adeptat

Adeptat : Personne qui soutient (une doctrine, un mouvement, une technique sans être bien sur un soutient inconditionnel notre démarche étant sans dogme.)

Les trois Compagnons assassins étant censé représenter l’Ignorance, le Fanatisme et l’Envie, leurs contrastes sont, trois résurrecteurs qui ne pouvaient manquer d’être qualifiés par antinomie :
Savoir, Tolérance, Détachement.
Car ne l’oublions pas tout est symboles.
Cela je l’ai découvert en menant plus avant mes recherches toujours par soif de découverte.

La symbolique de ce passage du Mythe me fait découvrir un nouveau secret intérieur qui m’est propre.
Un nouveau chemin qu’il me faut découvrir, un nouveau moi en devenir.

Je dois redoubler d’effort pour m’instruire encore et toujours, afin de me mettre en état d’éclairer même faiblement les autres, je me dois constamment d’être debout pour combattre l’ignorance, le fanatisme, l’envie de certains hommes avec mes humbles moyens, et surtout enfin à contrôler, dominer les trois compagnons qui sont tapis au plus profond de moi et qui attende la moindre de mes faiblesses pour ressurgir et imposer leurs dominations.

A force de Rite, de Tenue, de Travail je pense que tout les Maitres Maçons ont été véritablement transformés, ils sont devenus de nouveaux hommes.
Je me rends compte que mon apprentissage sera long et méthodique avant de pouvoir espérer me ranger parmi les plus sages constructeurs.

Aujourd’hui je sais apprécier les vraies valeurs, que je pense pouvoir essayer de communiquer aux autres.

En tant que Maitre je me dois, nous nous devons de montrer l’exemple, soyons des instructeurs humbles et toujours présents pour les futurs Maitres, à l’instar de notre modèle HIRAM soyons les bâtisseurs d’une, je l’espère, meilleure humanité.

Les trois mauvais Compagnons sont les acteurs principaux en dehors d’HIRAM bien sur. Le drame, je l’ai vécu dans notre Temple qui est le symbole du Véritable Temple qu’est l’homme.

Maintenant je comprends que chaque Frère, chaque homme, à une partition unique à jouer durant sa vie.
Chacun est responsable de ses motivations, de ses actions et de la qualité de ses influences.
Pour cela nous devons maitriser nos trois mauvais Compagnons, comment ? se diront certains et bien en ayant fait corps avec nos symboles qui sont l’équerre et le compas, le ciseau et le maillet, la perpendiculaire et le niveau, la règle, le levier... et bien d’autre encore, qui mesurent la réalité du moi, qui nous exercent à résister à nos prétentions et visent à maintenir un comportement ou l’humilité est reine.

Apres mure réflexion je comprends enfin que je possède les germes de ma destruction, je peux être le propre assassin de mon hygiène de vie, par mes pensées négatives.

Symboliquement je ne sors victorieux de ce combat qu’après être mort à ma chair, c’est le premier coup porté à Hiram, sur le coté droit.

A mes sentiments, deuxième coup porté à gauche.

A mes idées troisième coup porté au front.

Je n’atteins la Maitrise symbolique qu’au moment de la résurrection.
La réside la nécessité des mauvais Compagnons.

Assassiné par nos outils, mais ressuscité par le contact humain.
La aussi la symbolique est immense.
Le jeune Maitre que je suis est passé de l’équerre au compas, ce même compas qui représente l’élargissement de l’esprit car dans l’ésotérisme rien n’est figé rien n’est définitif dans nos interprétations.
Ces Compagnons on assassiné HIRAM avec des outils bien précis chacun représentant un grade qu’il croyait acquis, qu’il croyait détenir, la ! Étaient leurs erreurs, la ! Pourrait être notre erreur.
A nous de prendre conscience de notre devoir, de notre savoir, de notre expérience et de ne surtout pas survoler furtivement notre Rite qu’est le REAA

Le message des trois mauvais Compagnons, c’est la revendication de mon imperfection présente dans mon intérieur profond, ainsi qu’à l’extérieur, dans notre société.
Je ne peux, nous ne pouvons la combattre si nous l’ignorons.
Le mythe d’HIRAM, des trois Compagnons ma mis sur le chemin d’une évidence fondamentale : leurs messages sont une leçon d’humilité.

C’est aussi l’intelligence que le Travail sans aucun mérite, sans aucune envies, sans cette gloire au travail, rien n’est jamais vraiment acquis.

Un soir un mot, un nouveau mot pour moi m’à été épelé par un frère dont l’expérience est pour moi précieuse, ce mot : l’existentialisme.
L’’existentialisme consiste pour le Maitre à placer l’existence dans la vie spirituelle, dans la conscience, c'est-à-dire la connaissance de sa vie intérieure, de ses intentions de désirs, de ses actes, de sa destiner du moment présent car tout évolues surtout nos pensées nos sentiment

C’est l’épanouissement des acquis que le Franc Maçon à reçut de ses prédécéceurs, de ses Frères Maitre qui ont su le mettre sur la voie, qui ont su épeler les bons mots les bonnes phrases.

Je finirai mon tracé de ce soir, par un passage de DESCARTE qui a écrit : à propos des passions humaines :
" Et maintenant que nous les connaissons, nous avons beaucoup moins de sujet à les craindre, nous voyons qu’elles sont toutes bonnes de leurs natures et que nous n’avons rien à éviter que leur mauvais usage ou leur excès. "

Mes frères le compas ce soir nous démontre bien que nos Symboles se situent par delà le bien et le mal.

J'ai dit V\M\

Source : www.ledifice.net

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L’éthique maçonnique. Le Franc-Maçon entre le doute et la certitude

Publié le 20 Décembre 2012 par Grand Orient de Luxembourg dans Planches

Ce titre et ce sous-titre résument parfaitement le chemin initiatique d’un Franc-Maçon. Ce chemin commence dans le doute, puis se transforme pas à pas en certitudes, qui à leur tour deviennent de l’éthique.

Commençons par le doute.

Quand un profane frappe à la porte d u Temple, cela se passe parfois et peut-être plus souvent qu’on ne le pense, comme ceci.

Avant de poser sa candidature à l’initiation, le profane veut en savoir un peu plus sur la Franc-Maçonnerie. Il commence par lire quelques livres et ensuite essaie d’avoir quelques conversations avec un Franc-Maçon, qui fini souvent par devenir son parrain. La première idée qu’il se fait de la Franc-Maçonnerie est franchement optimiste, car il est persuadé d’avoir à faire avec des personnes irréprochables formant un groupe dans lequel certains problèmes que nous rencontrons régulièrement dans le monde profane, n’existent pas.

Après son initiation, il ne met pas longtemps avant de découvrir qu’en Franc-Maçonnerie tout n’est pas irréprochable et parfait. Les Francs-Maçons sont et restent des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités.

Il est incontestable que le Franc-Maçon aussi peut connaître le doute. Il est certain qu’en Franc-Maçonnerie il y a beaucoup de moments de bonheur, de grandes joies, mais il y a aussi, qu’on le veuille ou non, des moments de déception. Alors, le doute s’installe.

Ai-je fait le bon choix ?

Le doute vu sous cet angle nous ramène immédiatement et tout d’abord vers le « connais-toi toi-même » de Socrate. Il pousse à méditer, à faire une introspection pour tenter d’accéder à une parcelle de vérité après avoir connu des tiraillements internes et des déceptions. La première chose à faire pour surmonter une déception qui engendre le doute, c’est de l’analyser et de chercher les moyens qui permettront de la surmonter. Il suffit souvent d’aller à la recherche des « bons » Maçons : ceux qui cherchent, ceux qui veulent rencontrer les Frères et les Sœurs pour partager la fraternité dans leur différence, ceux qui savent qu’ils sont devenus question pour eux-mêmes. Ils savent qu’ils chercheront sans cesse, jusqu’à la fin. Ils savent que leur seul juge est la voix de leur conscience.

Si nous nous posons cette question, nous devons continuer notre recherche de la vérité. Nous devons continuer à nous efforcer de trouver des réponses à nos questions, à nos problèmes, à nos incertitudes, à nos doutes. Cela ne peut se faire qu’en parlant et en écoutant les autres. Cela ne peut se faire qu’en admettant que personne n’a « la » vérité et que tout le monde a « sa » vérité. Cela ne peut se faire qu’en admettant que tout le monde peut se tromper.

La solution de notre mieux-être se trouve aussi dans la compréhension des rituels, répétés sans cesse au cours de nos tenues ordinaires et de passage de grade. Le fait de revivre ces cérémonies avec plus d’attention, d’en discuter avec des frères plus avertis pour mieux comprendre les messages maçonniques inclus dans ces textes, aide indiscutablement dans la recherche de sa propre vérité.

L’initiation au premier grade est bouleversante, mais elle dégage immédiatement le sentiment que la Franc-Maçonnerie est à la recherche de la perfection. Nous sentons sans très bien comprendre pourquoi, que le doute qui nous envahie, est indéfinissable à ce moment. Nous nous sentons mal dans notre peau.

C’est plus tard que nous comprenons que c’était parce que nous étions passifs vis-à-vis de notre doute. Nous subissions les épreuves de l’initiation. Par la suite, petit à petit, nous avons moins ressenti le doute dont il vient d’être question, car les FF( et les SS( nous ont donné les moyens de croire en l’ordre maçonnique, un de ces moyens étant le TRAVAIL.

C’est plus tard que les phrases suivantes de notre rituel d’initiation au premier grade ont pris tout leur sens :

Désormais, vos efforts doivent se joindre aux nôtres pour accomplir l’œuvre de vérité, de justice, de bonté et de solidarité universelle qui est l’idéal de la Maçonnerie tout entière.

Dorénavant tous les Francs-Maçons vous reconnaîtront comme F( (ou S() constituant un des maillons de leur Chaîne d’Union Universelle. Quant à votre devoir, il est à la fois simple et complexe, clair et exigeant : TRAVAILLER.

Travailler d’abord sur vous-même en vous inspirant du système symbolique de la Maçonnerie. Ensuite, devenir apte à collaborer utilement au Grand Œuvre de l’Ordre Maçonnique.

Venons en à la certitude.

Comme je l’ai déjà dit, il est certain qu’en Franc-Maçonnerie il y a aussi beaucoup de moments de bonheur. C’est là que le doute se transforme en certitude. C’est là que nous nous rendons compte que la Franc-Maçonnerie vaut la peine d’être vécue. C’est là que nous disons : non, je ne me suis pas trompé, j’ai fait le bon choix.

Ces moments de bonheur sont multiples. Souvent cela arrive à l’initiation de profanes, quand deux personnes, qui pour des raisons professionnelles ou des disputes familiales ne se parlaient plus depuis des années, se retrouvent en Franc-Maçonnerie et se réconcilient. Il y a aussi les moments où la solidarité entre FF( et SS( jouent parfaitement pour aider des Maçons, qui sont temporairement en difficulté, que ce soit pour des raisons professionnelles, à cause de maladie ou pour d’autres raisons justifiées. Citons aussi l’organisation de conférences-débats, ouvertes aux profanes, qui se soldent par un franc succès. Ces conférences-débats ont principalement pour thème des problèmes de société ou d’éthique et parfois aussi des questions politiques (par exemple : la montée de l’extrême droite).

Nous pouvons dire aussi avec certitude, que les Loges ont souvent été les laboratoires du progrès social. Des théories forgées dans nos ateliers sont souvent utilisées par nos FF(ou SS(,qui jouent un rôle sur la scène politique, pour préparer des projets de loi, qui sont ou ne sont parfois pas adoptés ou qui subissent nombre d’adaptations. Mais peu importe, les sphères de réflexion et d’activité sont nombreux.

Comme autre certitude, parlons aussi des initiatives ou réalisations du passé imputables, en tout ou en partie, à des Francs-Maçons. Nous pouvons citer :

Pour la Belgique :

- la lutte pour l’enseignement primaire obligatoire et gratuit ;
- la création, en 1834, de l’Université Libre de Belgique ;
- la lutte pour l’émancipation de la femme ;
- la mise sur pied des Centres de Planning Familial ;
- la lutte pour la dépénalisation de l’avortement.

Pour la France :

- la séparation de l’Eglise et de l’Etat ;
- l’école laïque ;
- la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Pour l’Amérique du Nord :

Des Francs-Maçons ont été les acteurs principaux de l’indépendance américaine : Marie-Joseph de la Fayette, Benjamin Franklin et George Washington.

Pour l’Amérique Latine :

- pour l’Argentine : Don José de San Martin (initié en Espagne).
- pour le Brésil : Eusebio de Queiroz, qui est à l’origine de l’abolition de l’esclavage.
- pour le Chili : Bernardo O’Higgins.
- pour la Colombie : Simon Bolivar.
- pour le Mexique : Don Benito Juarez.

Autre certitude, comme le dit le 2ème Surv(à la fin de chaque tenue :

Les êtres passent et disparaissent, la Vérité demeure et la Franc-Maçonnerie traverse les temps et les générations.

En effet, il faut reconnaître que l’histoire de la Franc-Maçonnerie montre que cette institution a traversé les siècles sans perdre son caractère initiatique et fraternel. La pratique maçonnique mène incontestablement vers la pratique de l’humanisme et de l’altruisme. Au sein de nos sociétés où règne souvent le repli sur soi et qui sont à la recherche d’une éthique nouvelle, la Franc-Maçonnerie apparaît comme un sérieux antidote à l’individualisme, au désespoir et à l’immobilisme.

Si nous continuons notre travail en suivant ces principes, nous pouvons être certains que la Franc-Maçonnerie continuera à traverser les temps et les générations.

La Franc-Maçonnerie ne nous a jamais déçus et ne nous décevra jamais. Il n’y a que des Francs-Maçons qui parfois nous déçoivent.

Et nous en arrivons à l’éthique.

C’est par la méditation, la discussion avec les autres, la réflexion que le doute se transforme lentement en certitude et que la certitude devient vérité, devient éthique. Comme Jacques Monod, je dirai donc que l’éthique, c’est la quête incessante de la vérité.

Le terme « éthique » est utilisé à tout bout de champ : il y a l’éthique professionnelle, l’éthique de l’environnement, l’éthique militaire, l’éthique de l’information, la bio-éthique, l’éthique sociale, l’éthique commerciale, l’éthique de l’économie, l’éthique maçonnique etc. Ce terme est sans cesse confondu avec ceux de loi, de règlement, de principe, d’interdit fixant des droits et des devoirs.

Il nous faut donc retourner à la source de toute éthique dans la pensée humaine ; la philosophie.

L’éthique implique une réflexion critique sue les comportements. L’éthique est la partie de la philosophie qui étudie les fondements de la morale.

En pratique, la morale ou les morales concernent des valeurs, des principes, des règles, des normes régissant nos comportements.

L’éthique appliquée est ce qu’il convient de faire pour tendre vers le bien dans un champ d’application particulier. Il s’agit d’une démarche individuelle ou de groupe tenant compte et influencée par notre culture, notre religion, les obligations légales, les pratiques sociales de notre communauté et les pratiques institutionnelles, nos règles déontologiques.

Citons « Ethique et valeurs » de Suzanne RAMEIX : l’éthique n’est ni une science, ni une technique, ni un système de règles institutionnelles comme le droit ou la déontologie. Pourtant elle est bien l’objet d’un travail rationnel sur les valeurs. (Fin de citation).

Partons rapidement à la recherche de quelques-unes de nos valeurs de notre horizon normatif commun dans notre civilisation.

Citons pour cela quelques extraits de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, sans distinction aucune notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique, etc. Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants. Chacun à la droit à la reconnaissance en tout lieu de sa personnalité juridique. Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ni d’atteinte à son honneur et à sa réputation. Toute personne à droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. »

Aborder l’éthique, aborder les fondements de la morale :

C’est interroger nos connaissances des choses et des hommes en utilisant nos facultés de jugement et de discernement, faire la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est bien et ce qui est mal.
C’est entrer dans le monde de l’action et s’interroger sur ce que nous pouvons faire ou ne pas faire.
C’est entrer dans un espace intérieur, dans notre propre exigence de vérité qui nous fait tâtonner, chercher à comparer et à comprendre.
L’éthique est donc à la croisée de trois domaines :
Notre besoin de comprendre une situation ;
Notre pouvoir d’agir sur cette situation ;
Et notre propre exigence de vérité.

La dimension éthique ou morale est une des spécificités de l’espèce humaine. Les religions ainsi que les philosophies ne s’y sont pas trompées. Etrangement le mot ”éthique” est aujourd’hui accepté dans le discours, alors que le terme ”moral” est souvent rejeté au nom d’une connotation vaguement religieuse ou bien pensante. Ce sont pourtant deux termes qui étymologiquement sont dérivés de la même idée.

"Ethique" vient du grec "ethos" et "morale" vient du latin "mores" qui tous deux signifient ce qui a rapport aux mœurs, aux comportements humains, à la façon de vivre.

Cela ne nous explique pas la différence entre morale et éthique. Quelle est cette différence ?

La morale se fonde sur la notion de bien et de mal ”en soi”, c’est à dire : est bien ce qui a été reconnu comme étant bien par la collectivité.
L’éthique se rapporte d’avantage à ce qui peut être bon ou mauvais ”pour soi”. Ici la priorité est donné à ce que la personne considère comme étant bon ou mauvais pour elle même.

La morale nous aide à répondre à la question ”que dois-je faire”.
L’éthique cherche la réponse à ”comment dois-je vivre”.

La morale tend à promouvoir la vertu. L’éthique tend à favoriser le bonheur. La morale tient pour idéal le bien-être.
L’éthique tient pour but ultime la sagesse.

Pour en finir, je dirai ceci :

L’éthique est universelle. Elle s’énonce donc au singulier. Elle a une visée réflexive et propose un comportement personnel selon la conscience de chacun. L’éthique est cohérente. Elle prend en compte des éléments apparemment sans lien, des paradoxes, pour une cohérence plus élevée que celle envisagée à première vue, par exemple : souhaiter la mort de quelqu’un qu’on aime parce qu’il souffre atrocement. L’éthique réhabilite les fonctions cordiales et symboliques entre les personnes.

Et que dire de l’éthique maçonnique ? Sommes-nous concernés ?

Dessinons un triangle avec la base vers le haut et la pointe vers le bas. En haut, à gauche, nous inscrivons ”JE” et à droite, nous inscrivons ”TU”. En dessous de la pointe en bas, nous inscrivons ”IL”.

JE : c’est moi et je suis dans ma propre espace de liberté.
TU : il ne peut y avoir de liberté pour JE sans le TU. Je dois admettre que ma liberté s’arrête là où commence la liberté de l’autre.
IL : la confrontation de ces deux libertés ne peut être féconde et durable, que si un tiers scelle et légitime la reconnaissance de l’autre. Ce tiers fait référence aux idées, aux valeurs, à la spiritualité.
JE, c’est moi. TU, c’est le frère ou la sœur en face de moi. IL, c’est le vénérable maître, c’est l’engagement maçonnique.

Dans un rituel du Grand Orient de Luxembourg, écrit à l’occasion de l’Assemblée Générale du CLIPSAS qui a eu lieu à Luxembourg le 28 mai 1995, le Vénérable Maître demande au Frère Orateur :

”Frère Orateur, veuillez énoncer les sept piliers de la Sagesse, tels qu’ils furent énoncés le 4 mai 1986 au Palais de l’Europe à Strasbourg et qui constituent les fondements de l’éthique maçonnique libérale.”

Réponse du Frère Orateur :

”Les principes fondamentaux sont :
La tolérance.
Le respect des autres.
L’attachement à la liberté.
Le sens de la liberté.
Le désir du progrès humain.
La pratique de la fraternité.

Le principe démocratique.

Rappelons que le 4 mai 1986 au Palais de l’Europe à Strasbourg a eu lieu l’Assemblée Générale du CLIPSAS, célébrant son 25èmé anniversaire. En réponse aux exclusives de Londres dans ses landmarks, le CLIPSAS donnait ainsi les landmarks de la Maçonnerie libérale.

La liberté, nous venons d’en parler.
La tolérance n’est pas inconditionnelle. Qu’est-ce qui est tolérable pour moi ? Et pour les autres ?
C’est mon éthique qui va me proposer mon comportement après réflexion.
La fraternité entraîne automatiquement la complaisance. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?
Encore une question d’éthique.

Voici deux citations.

La première est une phrase prononcer par un Frère lors d’une émission radiophonique sur France Culture ayant pour thème la définition d’une Loge. Ce Frère disait : « Une Loge est l’endroit où l’on se forge son éthique ».

La deuxième est de Mathieu RICARD : « Les fondements de l’éthique sont très simples. Il n’y a pas de bien et de mal en soi. Il n’y a de bien et de mal qu’en termes de bonheur et de souffrance à autrui et à soi même ».

Le Franc-Maçon doit rester cohérent avec lui-même. Il doit rechercher les bases naturelles de l’éthique, délivrée de toute considération métaphysique. Selon Jean-Pierre Changeux, « ce n’est somme toute, que réactualiser la démarche des Lumières ».

A la fin de notre rituel au 1er grade, le V\M\ dit ceci:

Mes SS\ et mes FF\, n’oublions pas que notre travail maçonnique ne s’achève pas au moment où se ferment nos tenues. Il se continue, se perfectionne, se développe dans la constante amitié de nos SS\ et nos FF\, ainsi que par notre exemple, notre action et notre enthousiasme dans le monde profane.

Il ne s’agit donc pas de gérer le quotidien. Gérer le quotidien, c’est le rôle des parties politiques.

Notre travail, c’est de réfléchir sur l’avenir et le développement de la société. C’est pour cette raison que les obédiences maçonniques ont consacré une grande partie de leur temps à la réflexion sur des projets de société tels que l’accouchement sans douleur, la contraception, le droit de cité de la sexualité, le droit à l’avortement, les dons d’organes et plus récemment le droit de mourir dignement à son heure. Il s’agit donc de conduire au mieux-être des hommes et pourquoi pas, au bonheur.

Les droits de l’homme et du citoyen ont été élaboré en Loge. Ils ont été rédigés dans le but de protéger l’homme contre les abus de pouvoir. Les philosophes du siècle des Lumières ont mûri lentement ces droits, faisant ainsi évoluer la société civile. De la même façon les Francs-Maçons, en demandant à leurs amis politiques de s’inspirer de leurs réflexions dans le monde profane, ont fait que l’éthique se substitue à la souveraineté de la Monarchie d’abord et à l’Eglise ensuite.

La Franc-Maçonnerie à travailler en sorte pour que le respect de la vie et des droits de l’homme apparaisse comme un grand moment de l’histoire universelle.

Une nation qui se détournerait de l’universel, renoncerait « à travailler à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité » comme cela est dit dans notre rituel.

Source : www.ledifice.net

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Vie de Sainte Brigitte

Publié le 20 Décembre 2012 par X dans Irlande

Prologue

Frères, vous m’avez obligé d'abord à raconter les miracles et les œuvres de la sainte et pure Brigitte, de mémoire bénie. Je dois tenir compte de l'exemple des hommes de science et consulter des documents écrits ainsi que la mémoire des gens.

Cette tâche que vous m’avez imposée implique un sujet difficile et délicat, et j’y suis mal préparé, à cause de mon faible valeur, de mon ignorance et de mon manque de compétence à m'exprimer. Cependant, Dieu a le pouvoir de faire beaucoup avec peu, comme quand il remplissait la maison d’une pauvre veuve d'une goutte d’huile et d’une poignée de farine.

Je dois donc être satisfait de faire ce qu'on m'a dit, car j’entreprends cela à votre requête. Aussi, pour éviter la faute de la désobéissance, je me propose de tenter de sauver de l'obscurité et de l'ambiguïté une petite partie de cette vaste tradition transmise par des personnes plus importantes et plus savantes que moi.

De cette façon, tous les yeux verront clairement les grandes qualités de cette vierge, qui a fleuri dans la vertu. Bien que ma mémoire, mon pauvre talent et mon style rustique d'écrire ne soient pas appropriés pour l'accomplissement d'une si grande tâche, votre foi joyeuse et votre prière continuelle peuvent contribuer à réparer les faiblesses de son auteur.

La femme dont je parle, alors, grandit remarquablement en vertu, et la renommée de ses bonnes actions attira d'innombrables personnes des deux sexes venues de tous les régions de l'Irlande pour se rassembler autour d’elle, désireuses de lui faire leurs offrandes. Pour cette raison, elle fonda un monastère[1]  sur la base solide de la foi dans les grands espaces des plaines de Liffe. C’est la tête de presque toutes les églises irlandaises qui occupe la première place, dépassant tous les monastères d'Irlande. Son influence s'étend sur toute la terre d'Irlande d'une mer à l’autre.

Son intérêt était de fournir dans tous les domaines un guide des âmes selon la règle, et elle fut préoccupée par les églises désireuses de lui être attachées dans de nombreuses régions. Réfléchissant, elle décida qu'elle ne pourrait pas y arriver, sans un prêtre illustre qui consacrerait des églises et conférerait des ordres au clergé. Elle fit appel à un célèbre ermite, remarquable en tous points, un homme pour lequel Dieu manifesta beaucoup de bonté, en lui faisant quitter son ermitage et sa vie solitaire, pour venir la rejoindre dans cet endroit, afin qu'il puisse diriger l'Eglise avec elle dans la dignité épiscopale, et ainsi s'assurer que rien de la fonction sacerdotale ne ferait défaut dans ses églises.

Et après, ce principe sacré de tous les évêques, et Brigitte, la tête la plus bénie de toutes les femmes, construisirent leur église en partenariat heureux, guidés par la vertu. Leur siège épiscopal et féminin, comme une vigne fertile se répandant partout par ses branches croissantes, s’étendit dans toute l'île d'Irlande.

Elle dirige toujours (grâce à une succession heureuse et un cérémonial continu) vénérée par l'archevêque des Irlandais et par l'abbesse, ainsi que par toutes les abbesses irlandaises. En conclusion, donc (contraint par mes frères, comme je l'ai dit) je vais essayer de parler de cette vierge Brigitte; à la fois de ce qu'elle accomplît avant d’en arriver à sa prééminence et quelles furent ses merveilleuses réalisations au-delà. Je ferais l’effort d’être succinct, même si ma brièveté peut entraîner une certaine confusion dans l'ordre où je vais raconter ses œuvres merveilleuses.

VIE DE STE BRIGITTE

Sainte Brigitte, que Dieu connaissait d'avance et qu'Il avait prédestiné à être conçue à son image, naquit en Irlande de nobles parents chrétiens, issus de l’honorable tribu d’Etech, l’une des plus accomplies d’Irlande. Son père se nommait Dubtach, et sa mère Broicsech. Dès son enfance, elle se consacra à la bonté. Elue par Dieu, la jeune fille, modeste et pudique, eut des mœurs sobres, améliorant constamment sa façon de vivre.

Qui pourrait relater totalement les œuvres qu’elle fit à un âge précoce? Je choisirai quelques-uns des innombrables faits et les fournirait à titre d'exemple.

Au cours du temps, quand elle entra dans un âge raisonnable, sa mère l'envoya à la laiterie, pour baratter et faire du beurre à partir du lait de vache, afin qu'elle serve aussi, tout comme les femmes qui faisaient habituellement ce travail. Pendant un temps, les autres femmes et elle ne furent livrées qu’à elles-mêmes. À la fin de cette période, elles devaient avoir produit un rendement abondant en lait et lait caillé, et des mesures de beurre de baratte. Mais cette belle jeune fille, par sa nature généreuse, choisit d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Elle donna du lait aux pauvres et aux voyageurs, leur remettant aussi le beurre. A la fin de cette période, le temps vint de rendre leur production laitière, et arriva alors son tour. Ses camarades pouvaient montrer qu'elles avaient rempli leur part. La vierge bénie Brigitte demanda si elle pourrait aussi présenter le résultat de son labeur. Elle n'avait rien à montrer, après avoir tout donné aux pauvres. On ne lui accorda aucun temps supplémentaire, et elle tremblait de peur à cause de sa mère. Brûlant du feu de sa foi inextinguible, elle se tourna vers Dieu en priant. Le Seigneur entendit la voix de la jeune fille en prière et répondit sans retard. Grâce à la générosité de la volonté divine, Celui qui est notre secours dans l'adversité, répondit à sa foi en Lui en fournissant un abondant approvisionnement en beurre. Quelle belle merveille ! au moment même de la prière de la jeune fille, non seulement on vit sa part remplie, mais sa production fut jugée beaucoup plus importante que celle de ses camarades de travail.

Et ces dernières, découvrant de leurs propres yeux un miracle aussi grandiose, louèrent le Seigneur qui avait fait cela, et s’émerveillèrent qu’une telle foi eût pris son envol dans le cœur virginal de Brigitte.

Peu de temps après, ses parents, comme c’est la coutume chez tout le monde, souhaitèrent la marier à un homme. Mais le ciel l’incita à en décider autrement : se présenter vierge et pure devant Dieu. Elle chercha le très saint évêque Mac Caille, de mémoire bénie. Il fut impressionné par ses désirs célestes, sa modestie et son amour virginal de la chasteté, et il recouvrit sa tête sainte d’un voile blanc. Elle s’agenouilla en présence de Dieu et de l'évêque, et elle toucha le socle de bois qui soutenait l'autel. A ce jour le bois a conservé le merveilleux effet de ce geste très ancien: il est aussi vert comme si la sève coulait encore à partir des racines d'un arbre florissant, et comme si l'arbre n'avait pas été depuis longtemps abattu et dépouillé de son écorce. Même aujourd'hui, il guérit les infirmités et les maladies des fidèles. Il semble juste de ne pas omettre une autre merveille sur laquelle on dit que cette remarquable servante du Seigneur a travaillé.

Une fois, alors qu'elle faisait cuire du porc dans une marmite en ébullition, un chien flatteur et mendiant survint, et elle lui donna à manger par pitié. Mais quand le porc fut retiré de la marmite et partagé entre les hôtes (comme si la quantité n'avait pas été réduite), on s’aperçut que le montant de la marmite n’avait pas diminué. Ceux qui virent cela s’émerveillèrent sur la jeune fille, si pleine de mérite, si remarquable dans sa dévotion pour la foi, et à juste titre, ils répandirent partout l'éloge de ses œuvres merveilleuses.

Un jour où elle rassemblait moissonneurs et d’autres travailleurs afin de glaner ses récoltes, une pluie d'orage tomba sur celles-ci quand ils se réunissaient. La pluie tomba à flots sur tout le territoire environnant, et des ruisseaux d'eau jaillirent des ravins et des fossés. Seules ses récoltes restèrent sèches, pluie ou tempête ne les ayant en rien changées. Alors que tous les faucheurs de la région environnante furent incapables de travailler, en raison du déluge de la journée, ses moissonneurs, que les nuages ou l'ombre de la pluie ne dérangèrent pas, effectuèrent leur travail, de l'aube au crépuscule, grâce à la puissance de Dieu. Parmi ses autres accomplissements, celui-ci semble une cause d'émerveillement.

Il se trouva que certains évêques devaient être ses invités, mais qu’elle n'avait pas les ressources pour les nourrir. Mais la grâce multiforme de Dieu lui apporta une aide abondante quand elle en eut besoin. Elle put traire une vache trois fois en une journée, contrairement à ce qui est normal. Et la quantité de lait qu'elle aurait obtenue normalement de trois des meilleures vaches, elle la récupéra à cette occasion extraordinaire de cette vache-là.

Je détaille ici un autre épisode qui prouve sa sainteté; épisode dans lequel ce que sa main fit, correspondait à la qualité de son esprit virginal pur. Elle faisait paître ses moutons sur une pelouse herbeuse de la plaine, quand elle fut inondée par une pluie torrentielle ; elle rentra chez elle avec des vêtements mouillés. Le soleil brillant au travers d’une ouverture dans le bâtiment, jeta un faisceau à l'intérieur qui, lors d’un coup d'œil distrait, lui sembla être une solive en bois massif, installée en travers de la maison. Elle posa son manteau humide dessus comme si elle était bien solide, et le manteau fut suspendu en toute sécurité au rayon de soleil immatériel. Lorsque les habitants de la maison furent frappés par ce grand miracle parmi les voisins, ils exaltèrent l’incomparable Brigitte de dignes louanges. Et l’œuvre suivant ne doit pas être passé sous silence.

Sainte Brigitte était dans les champs avec des moutons en pâturage, occupée par ses travaux champêtres, quand un certain jeune méchant, qui connaissait sa réputation de donner ses biens aux pauvres, vola habilement et sournoisement puis emporta sept moutons durant une journée, et les dissimula. Mais vers le soir, quand le troupeau fut reconduit comme d'habitude à la bergerie, on les compta avec le plus grand soin trois ou quatre fois, et merveille à raconter, le nombre fut estimé exact et complet, sans pertes. Ceux qui savaient, furent submergés par la bonté de Dieu rendue évidente pour la jeune fille, et ils rendirent les sept moutons au troupeau. Mais le nombre de bêtes du troupeau n’augmenta ni ne diminua, il retrouva exactement sa quantité d'origine.

La servante la plus renommée de Dieu fut célèbre, sans surprise, dans le monde entier pour ces merveilles-ci et d'autres innombrables : on la considéra comme digne des plus grands éloges.

A une autre occasion extraordinaire, certains lépreux demandèrent de la bière à la vénérable Brigitte, mais elle n'en avait pas. Elle observa que de l'eau avait été préparée pour les bains. Elle la bénit, avec la bonté de sa foi inébranlable, et la transforma en la meilleure bière, qu’elle donna abondamment aux assoiffés. Ce fut en vérité Lui Qui changea l'eau en vin à Cana en Galilée, Qui transforma l'eau en bière ici, par la foi de cette femme la plus bénie. Lorsque, cependant, ce miracle est raconté, il fournit un merveilleux exemple.

Une certaine femme qui avait fait vœu de chasteté faillit, à cause du désir de plaisir de la jeunesse, et son ventre enfla à cause d'un enfant. Brigitte, exerçant la force la plus puissante de sa foi ineffable, la bénit, faisant disparaître le fœtus, sans naissance, et sans douleur. Elle rendit fidèlement la femme en bonne santé et en pénitence.

Et après, comme tout est possible pour les croyants, même des choses qui sont en dehors du domaine ordinaire quotidien, elle accomplit des miracles sans nombre.

Un jour, une certaine personne vint lui demander du sel, tout comme d'autres innombrables personnes pauvres et démunies avaient l'habitude de venir chercher ce dont elles avaient besoin ; la très sainte Brigitte fournit une vaste quantité. Elle la fit à partir d'un rocher, qu’elle bénit à ce moment pour être en mesure de donner l'aumône. Et le suppliant rentra chez lui en liesse, transportant le sel.

Et il me semble que cet autre admirable ouvrage de sa part, plus divin, doive être ajouté à la liste. Car, en imitant l'exemple du Sauveur, elle œuvra au nom de Dieu une merveille des plus grandes.

Suivant l'exemple du Seigneur, elle ouvrit les yeux d'une personne née aveugle. Le Seigneur donna généreusement à Ses disciples la permission d'imiter ses œuvres puisqu’il a dit : « Je suis la lumière du monde ». Il a également dit à Ses apôtres: « Vous êtes la lumière du monde », et, S'adressant à eux, Il a également affirmé: « Les œuvres que je ferai, ils pourront aussi les faire, et ils feront des œuvres bien plus grands que ceux-ci. »

La foi de Brigitte, comme le grain de sénevé, travailla sur un être né aveugle et, tout comme le Seigneur, elle fit un grand miracle sur ses yeux, lui rendant une vue normale. Par ces œuvres remarquables, par l'humilité de son cœur et la pureté de son esprit, par ses manières tempérées et sa grâce spirituelle, elle acquit la grande autorité qui vint à elle, et la renommée qui exalta son nom au-delà des vierges de son époque.

Et, un autre jour, une femme en dehors de la communauté lui rendit visite, amenant sa fille de douze ans, muette de naissance. Avec la grande déférence et le respect que tous avaient coutume de montrer envers Brigitte, la femme se prosterna et courba le cou pour le baiser de paix de Brigitte. Cette dernière, amicale et chaleureuse, lui parla en termes de salut, fondés sur la bonté divine. Et, suivant l'exemple du Sauveur qui avait ordonné de laisser venir à lui les petits enfants, elle prit la main de la fille dans les siennes et, sans savoir que l'enfant était muette, elle commença à lui demander ses intentions: si elle voulait prendre le voile et rester vierge ou si elle préférait se marier. La mère intervint pour rappeler qu'il n'y aurait pas de réponse, ce à quoi Brigitte répliqua qu'elle ne lâcherait la main de la fille que lorsque celle-ci aurait répondu. Et quand elle posa cette question à la jeune fille pour la deuxième fois, la jeune fille répondit en lui disant: « Je ne veux rien faire si ce n’est ce que vous désirez. » Et, après que sa bouche eut été libérée de l'obstacle à son propos, la jeune fille fut délivrée de sa chaîne de mutisme, et parla tout à fait normalement. Et ces siennes actions, dont chacun a entendu parler: qui peut y rester entièrement insensible?

Une fois, quand elle entra en transe, comme c'était son habitude, son âme méditant vers le ciel, envoyant ses pensées de la terre au ciel, elle laissa près d’un chien, non pas un petit tas, mais une grande quantité de lard. Après un mois, la viande fut recherchée et trouvée intacte à l'endroit où se trouvait le chien. Non seulement le chien n’avait pas osé manger ce que la sainte vierge avait laissé par terre, mais, en tant que gardien docile du lard, il avait été dompté par la puissance divine et agit contre sa nature.

Le nombre de ses miracles augmenta quotidiennement, de sorte qu'il est presque impossible de les compter, tant elle se consacra au devoir de pitié et à gérer le besoin d'aumônes des pauvres gens, qui demandait cela convenablement ou mal à propos.

Par exemple, quand une certaine personne indigente lui demanda quelque chose de l'approvisionnement alimentaire mis de côté pour les pauvres, elle se hâta vers ceux qui cuisaient la viande pour obtenir quelque chose pour l'aumône. Un serviteur grossier, cuisant les viandes, renversa dans les plis de son vêtement blanc des viandes crues. Elle porta la viande au pauvre homme et lui donna, mais son manteau ne fut ni froissé ni décoloré. Parmi ses actes saints, il faut admirer celui-là.

Parmi les pauvres et les étrangers qui se pressaient vers elle de toutes parts, attirés par la réputation de ses grandes actions et l'excès de sa générosité, vint un certain lépreux malheureux, qui demanda que la meilleure vache du troupeau, et les meilleurs de tous les veaux, lui fussent donnés. Loin de repousser cette demande, elle ne tarda pas à donner volontairement à cette malheureuse personne importune la meilleure vache possible du troupeau, avec le veau d’une autre vache choisi comme le meilleur. De pitié, elle envoya son chariot avec lui, afin que, durant son long voyage harassant à travers la vaste plaine, il n’eut pas de souci à se faire au sujet de la vache. Elle ordonna que le veau fût placé à côté de lui dans le chariot. Et ainsi la vache suivit, léchant le veau de sa langue, comme s'il était le sien, et s'occupant de lui, sans aucun bouvier, jusqu'à ce qu'ils atteignent leur destination. Voyez, mes très chers frères, comment les bêtes sauvages lui obéirent, même contrairement à leur instinct.

Après qu’un certain temps eut passé, certains méchants voleurs, qui ne s’occupaient ni de Dieu ni des hommes, vinrent faire une expédition de vol d'un certain endroit. Ils traversèrent le large lit d'un ruisseau à pied, et ils volèrent sa vache. Mais, en repartant par le chemin de leur venue, une crue soudaine créa un grand fleuve, dont le déferlement les accabla. Ce fleuve, cependant, s'éleva comme un mur, et permit à la vache de la bienheureuse Brigitte de repasser au-dessus, mais il se rua sur les voleurs et les emporta dans ses flots, libérant d'autres bovins volés en leur possession. Ils retournèrent à leurs pâturages appropriés avec les lanières pendant de leurs cornes. Voyez comment la puissance de Dieu se manifeste.

Un jour, un certain travail requit la présence de la très sainte Brigitte à une assemblée du peuple. Elle était assise dans son chariot, tirée par deux chevaux. Selon son habitude, elle méditait dans son véhicule, pratiquant sur terre le chemin de la vie du ciel, et elle pria le Seigneur. Un des chevaux trébucha, et l'autre, alarmé comme une bête, sauta hors du chariot et, se dégageant du harnais et du joug, s’enfuit de peur à travers la plaine. Mais la main de Dieu maintint le joug et le garda suspendu sans qu’il tombe. Brigitte priait, assise dans le véhicule tiré par un cheval, et arriva en toute sécurité dans l'assemblée à la vue de la foule, qui suivait après la manifestation de la puissance divine. Et quand elle adressa à la foule réunie des paroles de salut, son enseignement fut renforcé par ces merveilles et par les signes de la protection divine encourue.

Et il me paraît particulièrement utile d'examiner ce sien ouvrage. Une fois un sauvage sanglier solitaire qui était traqué, quitta la forêt, et dans sa fuite éperdue se trouva soudainement au milieu du troupeau de porcs de la très bénie Brigitte. Elle remarqua son arrivée parmi ses porcs et le bénit. Là-dessus, sa crainte disparut et il s'installa parmi le troupeau. Voyez, mes frères, comment les bêtes sauvages et les animaux ne purent satisfaire ni leur désir, ni leur instinct, mais la servaient docilement et gentiment. Parmi les nombreuses personnes qui lui offrirent des cadeaux, se trouva un homme qui vint une fois d'un territoire lointain. Il dit qu'il lui donnerait des porcs gras, mais demanda qu'elle envoie avec lui certains de ses gens pour retourner à sa ferme rassembler les porcs. La ferme était lointaine, située à une distance de trois ou quatre jours. Elle envoya avec lui certains de ses travailleurs comme compagnons de voyage, mais ils n’avaient en fait voyagé qu’à peine une journée (aussi loin que la montagne connue sous le nom de Grabor, qui forme une frontière territoriale) lorsqu’ils virent ses cochons, qu’ils avaient cru être dans des régions lointaines, venir vers eux sur la route, conduits par des loups qui les avait amenés. Dès qu'il réalisa ce qui s'était passé, l'homme les reconnut comme ses cochons. En vérité, les loups sauvages, à cause de leur immense vénération envers la bienheureuse Brigitte, avaient quitté les grandes forêts et les vastes plaines pour travailler à l'élevage et à la protection des porcs. Maintenant, les gens envoyés arrivés, furent étonnés de voir de tels loups-porchers, qui laissèrent les porcs et abandonnèrent leur activité contre nature. Le lendemain, ceux qui avaient été envoyés rassembler les porcs, donnèrent un compte rendu de l'événement merveilleux et regagnèrent leurs foyers. Il me semble que celui-là devrait être le dernier de ses actes miraculeux devant être oublié.

Un autre jour, une certaine personne, ne connaissant pas le contexte, vit le renard du roi gambader dans le palais royal, et par ignorance crut que c’était un animal sauvage. Il ne savait pas que c'était un animal de compagnie, familier de la cour du roi, qui divertissait le souverain et ses compagnons par plusieurs astuces apprises, nécessitant tant l'intelligence que l'agilité du corps. Il tua le renard aux yeux d'une foule nombreuse. Immédiatement, il fut saisi par les personnes qui avaient vu cela. Il fut accusé et traduit devant le roi. Quand le roi apprit l'histoire, il se mit en colère. Il ordonna que si l'homme ne pouvait lui fournir un renard connaissant tous les trucs que le sien possédait, lui et sa femme et ses fils seraient exécutés et toute sa maisonnée réduite à la servitude.

Lorsque la vénérable Brigitte entendit cette histoire, elle fut bouleversée par une telle pitié et tendresse qu'elle ordonna que son chariot fut attelé. Se lamentant au plus profond de son cœur pour le malheureux qui avait été si injustement jugé, et offrant ses prières au Seigneur, elle voyagea à travers la plaine et prit la route qui menait au palais royal. Et le Seigneur, instantanément, entendit ses prières incessantes. Il ordonna à l'un de ses renards sauvages d’aller la voir. Il fit immédiatement diligence, et quand il arriva au chariot de la très sainte Brigitte, il sauta dessus et s'assit tranquillement à côté d’elle sous son manteau.

Dès son arrivée en présence du roi, elle commença à supplier que cet homme malheureux, qui n'avait pas compris la situation et était retenu prisonnier comme victime de sa propre ignorance, fusse mis en liberté et libéré de ses chaînes. Mais le roi ne voulut pas consentir à ses prières. Il affirma qu'il ne relâcherait pas l'homme à moins qu'il ne puisse produire un autre renard doté des mêmes astuces que celui qui avait été tué. Au milieu de tous, elle présenta son renard. Et, en présence du roi et de la foule, il machina toutes les ruses que l’autre renard avait faites, et amusa la foule exactement de la même manière. Le roi fut apaisé. Ses nobles, et la grande foule applaudissant démesurément s’étonnèrent de cette merveille ainsi achevée. Le roi ordonna que l'homme condamné à mort fût mis en liberté. Peu de temps après que sainte Brigitte ait fait libérer l'homme et fut rentrée chez elle, le même renard, importuné par la foule, se ménagea habilement une fuite sûre. Il fut poursuivi par un grand nombre de cavaliers et de chiens, mais se moqua d'eux, s'enfuit à travers les plaines puis entra dans des terrains vagues et boisés et donc dans sa tanière.

Et tous vénérèrent sainte Brigitte, qui excellait de plus en plus dans ses grandes œuvres. Ils s'émerveillèrent de ce qui avait été réalisé par l'excellence de sa vertu et par le privilège de tant de dons de la grâce.

Un autre jour, la bienheureuse Brigitte éprouva de la tendresse pour certains canards qu'elle vit nager sur l'eau et, parfois, prendre leur envol. Elle leur ordonna de venir à elle. Et, comme des humains obéissants, un grand vol d'entre eux arriva vers elle, sans aucune crainte. Après les avoir touchés de la main et caressés, elle les laissa partir et s'envoler dans les airs. Elle loua hautement le Créateur de toutes choses, à qui, comme on l’a dit, toute vie est soumise et mise à son service.

Et de par ces exemples, il est clair que tout l'ordre des bêtes, des troupeaux et des hardes furent soumis à sa domination. Maintenant, un sien miracle, qui devra être célébré dans tous les siècles, doit être raconté à l'oreille des fidèles.

Une fois, comme à son habitude, alors qu’elle répandait à l'étranger parmi tous, le germe de la parole du Seigneur, elle observa neuf hommes appartenant à un certain culte particulièrement vain et diabolique. Ils étaient trompés et corrompus dans leur esprit et dans leur âme, et à l'instigation de l'ancien Ennemi qui régnait parmi eux, ils s'étaient engagés, car assoiffés de sang, et résolus par des vœux et de mauvais serments à commettre un meurtre avant le début du mois de juillet prochain. La très vénérée et aimable Brigitte les prêcha avec de nombreuses phrases douces, les exhortant à abandonner leurs erreurs mortelles, à humilier leur cœur et par la vraie pénitence à renoncer à leurs péchés. Mais ils avaient l'esprit profane, ils ne s'étaient pas acquittés de leur vœu malsain, et ils continuèrent leur chemin, résistant à son appel, et en dépit des prières abondantes que la vierge versa à Dieu selon son désir (suivant son Seigneur) que tous devaient être sauvés et connaître la vérité.

Les criminels se mirent en route, et rencontrèrent celui qu'ils croyaient être l'homme qu'ils devaient tuer. Ils le percèrent de leurs lances et le décapitèrent avec leurs épées, et un grand nombre les virent revenir avec des armes sanglantes, comme si elles avaient détruit leur adversaire. Là se produisit le miracle: ils n’avaient tué personne, bien qu'il leur semblât s'être acquittés de leurs vœux. Lorsque, toutefois, nul ne manquât dans ce territoire sur lequel ils pensaient avoir triomphé, la plénitude de la faveur divine accordée par la très sainte Brigitte devint connue de tous. Et ceux qui avaient jadis été des meurtriers se tournèrent alors vers Dieu en pénitence.

Les mots ne peuvent décrire correctement la dévotion de sainte Brigitte envers Dieu ; la puissance divine de la sainte religion est démontrée dans les œuvres suivants. Il y avait un certain homme appelé Luguidam, homme fort pour sûr, et l’un des plus braves. Quand il était en forme, il faisait seul le travail de douze hommes en un seul jour. En même temps, il mangeait assez de nourriture pour douze hommes (puisqu’il pouvait faire le travail seul, il pouvait consommer les rations). Il implora Brigitte de prier Dieu tout-puissant pour modérer son appétit, qui lui faisait manger dans un tel excès, mais il demanda à ne pas perdre son ancienne force avec son appétit. Brigitte le bénit, et pria Dieu pour lui. Ensuite, il se contenta de la subsistance d'un seul homme, mais, comme auparavant, quand il travaillait, il put travailler comme douze. Il avait toute sa force originelle. Parmi toutes ses œuvres célèbres que nous devrions raconter à tous, l’une d’elles est extraordinaire et a été bien vérifiée.

Un arbre énorme et magnifique, utilisé à certaines fins, fut coupé et élagué avec des haches par des artisans habiles. Sa grande taille créa tant de difficultés à le manœuvrer qu'un rassemblement d'hommes forts fut convoqué pour son transport avec ses branches craquantes dans les endroits difficiles. Aidé par l’équipement des artisans, ils proposèrent de le transporter avec de nombreux bœufs à l'endroit où l’on devait le traiter. Mais en dépit du grand nombre d'hommes, de la force des bœufs, et de l'habileté des artisans, ils furent incapables de bouger l'arbre, de sorte qu'ils l’abandonnèrent. Mais le Maître enseigne par l'intermédiaire de l'Evangile céleste que la foi peut déplacer des montagnes, et, par la foi déterminée de Brigitte (comme le grain de sénevé), ils transportèrent ce plus lourd des arbres sans la moindre difficulté, grâce au divin mystère de la puissance de l'Evangile et sans aucune aide humaine, à l'endroit désigné par sainte Brigitte. Cette démonstration de l'excellence de la puissance de Dieu fut connue dans toutes les régions. Et il vient à l'esprit qu'il ne faut pas omettre la manifestation suivante, qui, parmi d'innombrables autres miracles, fut l’œuvre la vénérable Brigitte.

Il y avait un homme de noble naissance, doté de la fourberie d'un homme du monde, qui désirait une femme en particulier. Il exerça sa ruse sur les moyens de la séduire. Il confia une broche en argent dans son coffre, puis la déroba sournoisement à son insu et la jeta dans la mer. Cela entraîna que lorsqu’elle fut incapable de la montrer sur demande, elle lui resta acquise comme son esclave, et fut donc obligée de se soumettre à ses étreintes comme il le souhaitait. Il réussit cette machination dans l’unique but d'être en mesure d'exiger cette rançon. Si la broche d'argent n'était pas retrouvée, la femme elle-même devrait se donner à lui en esclavage, à cause de sa culpabilité, et être soumise à sa concupiscence. Cette femme chaste s’enfuit craintive vers sainte Brigitte, car elle alla à la ville offrant le refuge le plus sûr. Lorsque Brigitte apprit le comment et le pourquoi de ce qui s'était passé, presqu’avant d'avoir tout entendu de l'histoire, elle appela une certaine personne qui avait pris des poissons dans la rivière. Les ventres des poissons furent coupés et ouverts, et là au milieu de l'un d'eux, on trouva la broche en argent que cet homme cruel avait jeté à la mer.

Alors, l’esprit livre, elle prit avec elle la broche en argent et partit avec cet homme infâme à l'assemblée du peuple pour que sa cause soit entendue. Elle montra la broche à l'assemblée, et de nombreux témoins témoignèrent, des personnes qui furent capables d'identifier la broche comme celle-là même dont on parlait dans l’accusation. Brigitte prit la femme chaste en sa compagnie, et la libéra des griffes de ce tyran cruel. En effet, après cela, il avoua sa faute à sainte Brigitte et se prosterna humblement devant elle. Tout le monde l'admira pour ce grand miracle, et elle en remercia Dieu (pour la gloire duquel elle avait tout fait) puis rentra chez elle. En racontant ces merveilles, on peut comparer à son hospitalité celle d'une autre femme.

Car sainte Brigitte revint chez elle après un voyage pour les affaires de Dieu, au travers la vaste plaine de Brega. Elle arriva en soirée quand le jour déclinait, et elle passa la nuit avec cette femme, qui la reçut avec joie, les mains tendues et rendit grâces à Dieu de l'heureuse venue de la très vénérée Brigitte, vierge du Christ. La femme était trop pauvre pour avoir sous la main les moyens de recevoir de tels invités, mais elle brisa le métier à tisser sur lequel elle travaillait, pour en faire du bois de chauffe. Puis elle tua son veau, le plaça sur le tas de bois et, avec bonne volonté, alluma le feu. On mangea le dîner, et la nuit passa avec les veilles usuelles. L'hôtesse (qui avait pris le veau à sa vache, afin que rien ne manquât à la réception et au plaisir de sainte Brigitte) se leva tôt. La vache découvrit un autre veau, exactement identique à celui qu'elle avait choyé. Et on vit un métier à tisser, exactement de même forme et taille que l’autre.

Ainsi, après avoir accompli ce prodige, et avoir dit adieu aux gens de la maison, sainte Brigitte poursuivit sa route pontificale et continua gaiement son voyage. Parmi ses grands miracles, on admire tout particulièrement celui-ci.

Trois lépreux vinrent, demandant n’importe quelles aumônes, et elle leur donna un plat d'argent. Afin de ne pas semer la discorde et la querelle entre eux quand ils viendraient à le partager, elle parla à une certaine personne experte dans le pesage de l'or et l'argent, et lui demanda de le diviser entre eux à poids égal. Quand il commença à s'excuser, remarquant qu'il n'avait aucun moyen pour pouvoir le diviser afin que les trois parties pèsent exactement la même chose, la Très sainte Brigitte prit le plat d'argent qu’elle heurta contre une pierre, le cassant en trois parties comme elle l'avait souhaité. Merveille à dire ! quand les trois parties furent testées sur la balance, aucune partie n’apparut plus lourde ou plus légère d’un souffle ou de quoi que ce soit. Ainsi, les trois pauvres hères s’en allèrent avec leur cadeau et il n'y avait aucune raison d'envie ou de contrecœur entre eux.

Elle suivit l'exemple du bienheureux Job et ne permit jamais à une personne pauvre de la quitter les mains vides. En effet, elle donnait aux pauvres les vêtements étrangers et exotiques de l'illustre évêque Conlaeth, des vêtements qu'il portait pendant la liturgie du Seigneur et des veilles apostoliques. Lorsqu’au bon moment survint l’époque de ces solennités, le grand prêtre du peuple voulut changer de vêtements. C’était au Christ, sous la forme d'une pauvre personne, que sainte Brigitte avait donné les vêtements de l'évêque. Alors, elle remit à l'évêque un autre ensemble de vêtements, semblable en tous points en texture et couleur, reçu du Christ à l’instant même, qu’elle avait revêtu, tel un mendiant (en les apportant sur un chariot à deux roues). Elle avait donné librement les autres vêtements aux pauvres. Or, au bon moment, elle reçut ceux-là en échange. Car, comme elle représentait l'instrument vivant et le plus béni du sublime, elle avait le pouvoir de faire ce qu'elle voulait.

Après cela, un homme, se trouvant un besoin particulier, vint à elle pour lui demander un sixième d'une mesure de miel. Son esprit fut bouleversé car elle n'avait pas de miel prêt à donner à celui qui en demandait, quand on entendit le bourdonnement des abeilles sous le dallage du bâtiment où elle se trouvait. Et quand l’endroit d’où venait le bourdonnement entendu des abeilles, fut fouillé et examiné, on découvrit une quantité suffisante pour répondre aux besoins de cet homme. Et lui, recevant un don de miel suffisant pour ses besoins, revint en liesse dans son village. Dans l'épisode suivant aussi, elle accomplit un miracle. Le roi de son pays (dans la région où elle vivait) publia un décret pour toutes les tribus et lieux sous sa coupe. Toutes les personnes de son territoire devaient venir ensemble pour construire une route large. On devait la consolider dans les fondations avec des branches d'arbres et des pierres ; elle devrait avoir des remblais très solides et des fossés profonds infranchissables, et elle devrait courir sur un sol détrempé et au travers d’un marécage dans lequel coulait une rivière. Lors de sa construction on devrait être en mesure d’amener des véhicules à quatre roues, des cavaliers, des chars, des charrettes à roues, et la circulation des gens ainsi que celle de forces devant attaquer les ennemis de tous côtés.

Quand les gens se furent rassemblés de toutes parts, ils se partagèrent la route qu'ils devaient construire en sections, entre clans et familles, de sorte que chaque clan ou famille construirait la section qui lui aurait été assignée. La section la plus difficile et la plus pénible, fut celle où passait la rivière, et elle fut assignée à un certain clan. Ces gens décidèrent d'éviter les travaux lourds, aussi utilisèrent-ils leur force pour contraindre un clan plus faible (celui auquel appartenait St Brigitte) au travail sur la section ardue. Choisissant pour eux-mêmes une section plus facile, ce clan cruel put faire sa construction, sans le danger de la rivière.

Les gens qui avaient des liens du sang avec sainte Brigitte vinrent se prosterner à ses pieds. On rapporte de façon certaine ce qu’elle leur a dit: « Allez ! Dieu a la volonté et le pouvoir de déplacer la rivière depuis l'endroit où vous êtes opprimés par ce travail pénible vers la section qu'ils ont choisi. »

Et, quand à l'aube de ce jour, les gens se levèrent pour aller travailler, on trouva que la rivière incriminée avait quitté son ancienne vallée et les deux rives entre lesquelles elle s’écoulait. Elle fut transportée de la section sur laquelle la tribu de sainte Brigitte avaient été contrainte de travailler à la section de ce peuple puissant et fier qui avait injustement contraint le clan des petits et des plus faibles à y travailler. Pour preuve du miracle, les traces de la rivière transférée à un endroit différent, et le canal vide dans lequel elle coulait auparavant; peuvent encore être vus, asséchés et sans aucun filet d'eau.

De nombreux miracles furent faits au cours de sa vie, avant qu'elle dépose le fardeau de sa chair; beaucoup plus tard. La générosité du don de Dieu ne cessa jamais de faire des merveilles dans son monastère, où son corps vénérable repose. Nous avons pas uniquement entendu parler de ces merveilles; mais les avons vues de nos propres yeux.

Par exemple, le prieur du grand et célèbre monastère de sainte Brigitte (mentionné brièvement au début dans ce petit ouvrage) envoya des maçons et des tailleurs de pierre chercher dans des endroits appropriés un rocher adapté pour faire une meule de moulin. Ils ne prirent aucune disposition pour le transport, mais gravirent une route escarpée et difficile, atteignirent le sommet d'une montagne rocheuse et choisirent une grosse pierre au sommet du plus haut point. Et ils taillèrent le tout dans une forme ronde et la perforèrent pour en faire une meule. Lorsque le prieur arriva, en réponse à leur message, avec une équipe de bœufs, il fut incapable de conduire les bœufs pour tirer la pierre, il fut à peine capable de gravir le pic très difficile avec quelques-uns d'entre eux qui le suivirent. Lui et tous ses travailleurs réfléchirent au problème: par quels moyens pourraient-ils retirer la meule de la plus haute crête de la montagne où il n'y avait aucun moyen par lequel les bœufs pouvaient être attelés et chargés dans ce haut lieu abrupt? Ils en vinrent à la conclusion désespérée (certains d'entre eux, même abandonnant et descendant de la montagne) qu'ils devraient laisser la pierre et la considérer comme un travail gâché qu'ils avaient fait en la façonnant. Le prieur, cependant, pensant de façon avisée et prenant conseil de ses ouvriers, dit avec confiance: « En aucun cas il ne doit en être ainsi ; mais soulevez courageusement cette meule et jetez-la du haut sommet de la montagne, et en faisant appel au nom et à la puissance de la très vénérée sainte Brigitte. Car nous n'avons ni l’équipement, ni la force pour déplacer la meule de cet endroit rocheux, à moins que Brigitte, à qui rien n'est impossible (tout est possible pour le croyant), la transporte à un endroit où les bœufs pourront la tirer. » Donc, avec une foi raffermie, ils la portèrent d'abord progressivement au sommet de la montagne, puis la jetèrent dans la vallée. Quand ils la jetèrent en la renversant, elle trouva son chemin, tantôt en évitant les rochers, tantôt en sautant par-dessus eux, roulant à travers les hauts sentiers humides sur la montagne où ni hommes ni bovins ne pouvaient se tenir, et, avec un bruit merveilleux, elle arriva tout à fait intacte à l’endroit où se trouvaient les bœufs. De là, elle fut tirée par les bœufs jusqu’au moulin, où elle fut habilement jumelée à l'autre pierre.

Il existe un autre miracle, non raconté auparavant, mais tout à fait remarquable (maintenant connu de tous), devant être ajouté à cette histoire de la meule qui fut déplacée au nom de sainte Brigitte. Un païen, vivant près le moulin, envoya un peu de grain de sa maison au moulin ; il employait un homme simple et ignorant de sorte que le meunier qui faisait le travail, ne savait pas que le grain lui appartenait. Et quand le grain fut réparti entre les meules, rien ne put les bouger, ni la puissance de l'eau, ni un exercice de force ou d'habileté. Quand les gens observant cela en cherchèrent la cause, ils furent assez perplexes. Puis, quand ils apprirent que le grain appartenait à un druide, ils ne doutèrent plus que la meule, sur laquelle sainte Brigitte avait accompli le miracle divin, avait refusé de moudre en farine le grain du païen. Et ils ôtèrent immédiatement les grains du païen et placèrent leur propre grain du monastère sous la meule. Immédiatement, la mécanique de la meule reprit son cours normal sans aucun blocage.

Et après un certain intervalle de temps, il arriva que ce moulin prenne feu. Ce ne fut pas un petit miracle car, lorsque le feu consuma tout le bâtiment, y compris l'autre pierre appariée à la meule de sainte Brigitte, les flammes n'osèrent pas toucher ou brûler sa pierre. Elle ne fut pas détériorée par le feu dans l'incendie qui détruisit le moulin.

Et après, quand on eut pris note de ce miracle, la pierre fut emportée à l'abbaye et placée près de la porte, à l'intérieur du château qui entoure l'église où sont nombreux, ceux qui viennent vénérer sainte Brigitte. La pierre reçut une place d'honneur dans cette porte, et elle guérit les maladies des fidèles qui la touchent.

Personne ne doit taire le miracle de la reconstruction de l'église dans laquelle les corps glorieux de ce couple, l'évêque Conlaeth et la pure sainte Brigitte, se trouvent à droite et à gauche de l'autel orné, placés dans des tombeaux décorés avec un panaché d'or, d’argent, de gemmes et pierres précieuses, avec des couronnes d'or et d'argent suspendues au-dessus.

En fait, pour accueillir le nombre croissant des fidèles des deux sexes, l'église est spacieuse dans sa surface au sol, et elle monte à une hauteur imposante. Elle est ornée de panneaux peints et possède à l'intérieur trois vastes chapelles, le tout sous le toit du grand bâtiment et séparées par des cloisons en bois. Une partie, décorée d’images peintes et recouverte de tentures, s'étend transversalement dans la partie orientale de l'église d'un mur à l'autre et a deux entrées, une à chaque extrémité. Par une entrée, placée dans la partie externe, le souverain pontife pénètre dans le sanctuaire et s'approche de l'autel avec son cortège de moines. A ces ministres consacrés, on confie les vases sacrés pour l'utilisation du dimanche et l'offrande du sacrifice. Et par l'autre entrée, placée sur le côté gauche de la partie transversale mentionnée ci-dessus, l'abbesse, avec ses religieuses et les veuves, entrent également pour profiter du banquet du corps et du sang de Jésus-Christ.

Et une autre partie, divisant le sol de l'église en deux parties égales, s'étend de l'est en longueur jusqu’au mur transversal. L'église a de nombreuses fenêtres et une porte décorée sur le côté droit par lequel les prêtres et les fidèles de sexe masculin entrent dans le bâtiment. Il existe une autre porte sur la gauche par laquelle les vierges et la congrégation des femmes fidèles ont l'habitude d'entrer. Et ainsi, dans une grande basilique, un grand nombre de personnes, rangé par position et par sexe, en division ordonnée séparé par des cloisons, offre des prières dans un esprit unique au Seigneur Tout-Puissant.

Lorsque l'ancienne porte de l'entrée gauche, par laquelle sainte Brigitte avait coutume d’entrer dans l'église, fut mise sur ses gonds par les artisans, elle ne boucha pas la nouvelle entrée de l'église reconstruite. En fait, un quart de l'ouverture fut laissée inachevée et à jour. Si on ajoutait une quatrième partie, de la bonne taille, la porte pourrait alors être rétablie pour s'adapter à l'ouverture. Les artisans délibérèrent et discutèrent pour savoir s’ils devaient faire une porte complètement neuve, et plus large, qui comblerait l'ouverture, ou s’ils devaient rajouter un morceau de bois à la vieille porte, pour la mettre à la taille requise.

Le talentueux maître, qui fut dans toutes ces provinces le principal artisan de l'Irlande, donna de sages conseils. « Nous devons, dit-il, pendant la nuit à venir, prier fidèlement le Seigneur aux côtés de sainte Brigitte afin qu'elle puisse nous indiquer au matin ce que nous devrions faire. » Et il passa toute la nuit en prière devant le sanctuaire de sainte Brigitte.

Et, avoir effectué sa prière, il se leva le matin et amena la vieille porte et la plaça sur ses gonds. Elle ferma complètement l'ouverture. Il n'y avait ni espace, ni chevauchement. Et ainsi sainte Brigitte allongea la hauteur de la porte afin qu'elle bouche l'ouverture, et on ne vit aucun espace, sauf quand la porte était repoussée pour permettre l'entrée de l'église. Et ce miracle de la puissance du Seigneur est clair aux yeux de tous ceux qui voient cette entrée et cette porte.

Mais qui pourrait exprimer en mots la beauté suprême de son église et les innombrables merveilles de sa cité, dont nous voulons parler? « Cité » est le mot juste: tant de gens y vivent que cette désignation se justifie. Il s'agit d'une grande métropole, dans les faubourgs de laquelle, identifiés par sainte Brigitte et clairement délimités, ni adversaire terrestre ni incursion ennemie n’est à redouter. Car la cité est le lieu de refuge le plus sûr parmi toutes les cités de toute la terre d'Irlande, pour tous ses fugitifs. C’est un lieu où les trésors des rois sont surveillés, et l’on y reconnaît la suprématie de leur grandeur.

Et qui pourrait compter les diverses foules et les innombrables personnes qui viennent de toutes les provinces? Certains le font pour l'abondance des fêtes, d'autres viennent pour regarder la foule passer, d'autres viennent avec de grands présents pour la célébration de la naissance au ciel de sainte Brigitte qui, le premier jour de février, s'endormit, reposa en paix le fardeau de sa chair et suivit l'Agneau de Dieu dans les demeures célestes.

Je demande l'indulgence des frères et des lecteurs de ces épisodes, car sans aucune prétention à la connaissance, j’ai été contraint, par obéissance, à voguer sur la grande mer de l’œuvre immense de sainte Brigitte, quelque chose que les plus courageux doivent craindre, et d’offrir en langage rustique ces quelques récits des plus grands miracles.

Priez pour moi, Cogitosus, parent blâmable, et que vos prières me recommandent au bon Dieu, et que Lui puisse vous accorder la paix de l'Evangile. Ici se termine la vie de sainte Brigitte la pure.

Source : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/cogitosus/brigitte.htm

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Sainte Brigitte de Kildare, thaumaturge et illuminatrice d'Irlande ( 436-523)

Publié le 20 Décembre 2012 par X dans Irlande

Il n'appartient qu'à Dieu, dit Job, de faire des vases purs d'une matière impure. C'est lui seul qui peut faire, quand il lui plaît, que les épines produisent des raisins et que les chardons portent des figues. Sainte Brigitte, dont Notre Seigneur a su conserver la virginité toute pure, quoiqu'elle fût née dans les infamies et les impuretés d'un adultère de son père avec une esclave. Cette infidélité de Duptace (c'est ainsi qu'on appelait ce seigneur irlandais) toucha si sensiblement le coeur de sa légitime épouse, qu'imitant l'ancienne Sara, la mère de tous les Croyants, elle ne donna point de repos à son mari qu'il n'eût mis dehors cette servante, quoique deux Saints Prélats l'eussent assuré qu'elle enfermait une Sainte dans son sein.

En effet, l'esclave bannie mit au monde une fille qui fut nommée Brigitte au Baptême, que son père prit soin de lui faire donner pour la rendre fille adoptive de Jésus-Christ. Elle fut confiée à une femme chrétienne qui eut soin de l'élever dans la crainte de Dieu et l'amour de la virginité. Quelque temps après, Duptace voyant que sa fille avançait en âge et en sagesse, la fit venir en sa maison, où elle se rendit très aimable par les rares vertus dont son âme était remplie et qu'elle faisait paraître au dehors. Elle était humble, paisible et obéissante; et surtout il semblait que la compassion pour les pauvres fut sortie avec elle du sein de sa mère, parce qu'elle usait de toutes sortes d'inventions pour leur faire du bien.

Ces admirables vertus étaient relevées par une beauté parfaitement régulière qui ravissait aisément les coeurs de tous ceux qui la regardaient; c'est pourquoi elle fut recherchée par divers partis. Mais Brigitte, qui s'était déjà consacrée par voeu à Jésus-Christ, l'Epoux des vierges, s'apercevant que cet empressement qu'on témoignait pour l'épouser ne procédait d'ailleurs que d'elle-même et de cette rare beauté qui éclatait sur son visage, pria Notre-Seigneur de la rendre si laide qu'on ne pensât plus à elle. Sa prière fut exaucée, et, par la perte d'un oeil, la Sainte fille demeura si difforme qu'il ne se trouva plus personne qui parla de l'épouser: ce qui obligea son père de lui permettre de se faire Moniale comme elle en avait le désir.

Son entrée en religion fut rendue remarquable par trois insignes faveurs qu'elle y reçut du Ciel: l'Evêque Malchille, ou Mel, ancien disciple de Saint Patrick, Apôtre d'Irlande, qui lui donna le voile, aperçut sur sa tête une colonne de feu; quand Brigitte pencha la tête pour baiser le marche-pied de l'autel, le bois, quoique sec et déjà vieux, reverdit par son attouchement; enfin, au même instant, son oeil se trouva guéri, et son visage reprit sa première beauté, à laquelle Notre-Seigneur ajouta encore un nouvel éclat, ne voulant pas que celle qui avait désiré pour son amour perdre la beauté de son corps, afin de conserver la pureté de son âme, demeurât avec la moindre difformité corporelle.

Trois jeunes filles, de ses amies, avaient suivi Brigitte dans la retraite. Elles se construisirent dans un gros chêne des cellules qui furent appelées, depuis "Kill-Dara" ou "Cellules du Chêne", à huit lieues de Dublin, et adoptèrent un costume différent de celui des autres religieuses du pays. Ce fut comme une pépinière sainte qui donna naissance à un grand nombre de monastères en Irlande, lesquels reconnaissent tous Sainte Brigitte pour leur mère et leur fondatrice. La réputation de sa sainteté et de ses miracles rendit Kildare si célèbre et si fréquenté, que le grand nombre des édifices qu'on bâtit, de son vivant, même, autour du monastère, y forma une ville qui devint assez considérable dans la suite pour qu'on y ait transféré le siège métropolitain de la province.

La surveillance qu'elle devait exercer sur un grand nombre de maisons monastiques, l'obligea à de fréquents voyages qui occupèrent une grande partie de sa vie et qui furent toujours d'une si grande utilité qu'on peut dire que chacun de ses pas a été marqué par la fondation de quelque nouveau monastère.

Cette pieuse Vierge avait reçu de Dieu le don des miracles dans un haut degré, et elle en a fait un si grand nombre, que le papiste Baronius écrit avoir lu au Monastère de Sainte-Cécile, au-delà du Tibre, à Rome, un vieux manuscrit qui en contenait vingt-quatre chapitres. Nous en rapporterons seulement deux ou trois qui feront juger des autres.

Deux lépreux s'adressèrent à la Sainte pour être guéris. Elle pria Dieu pour eux, et, faisant le signe de la Croix sur un peu d'eau, elle leur commanda de s'en laver l'un l'autre: le premier, après avoir été lavé, se sentant guéri, fut si ravi de sa santé, que, de crainte de la perdre, il ne voulut jamais rendre le même service à son compagnon. Mais, en punition de son ingratitude, il se vit aussitôt recouvert de la même lèpre, et son compagnon fut parfaitement guéri par la seule prière de Sainte Brigitte, qui semblait tenir en ses mains les clefs de la santé et de la maladie.

Une fille aveugle, nommée Darie, pria la Sainte de faire une bénédiction sur ses yeux, et par ce moyen elle recouvra la vue; mais étant ensuite éclairée d'une plus haute lumière, et reconnaissant que tout ce qui se voit des yeux du corps n'est qu'un embarras pour l'âme, elle s'en retourna vers sa bienfaitrice pour la prier de lui rendre sa première cécité; et à l'instant ses yeux, qui avaient été ouverts à la supplication de Sainte Brigitte, se refermèrent à sa prière.

Une autre fille, âgée de douze ans, qui était muette de naissance, fut amenée par sa mère à Sainte Brigitte. La Sainte la prit par la main et lui demanda si elle ne voulait pas bien, pour l'amour de Jésus-Christ, garder la virginité perpétuelle : et comme la mère lui représenta l'impuissance de sa fille pour parler, la Sainte lui répliqua : "Cependant, je ne la laisserai point aller qu'elle ne m'ait répondu". Alors la muette, déliant sa langue, lui promit de demeurer vierge toute sa vie avec la grâce de Dieu; et, depuis, l'usage de la parole lui demeura toujours libre.

Une méchante femme, ayant mis au monde un garçon, disait hautement pour excuser son crime qu'elle l'avait eu de l'Evêque appelé Broon, lequel était un Saint homme, aussi disciple de Saint Patrick. Cette calomnie fut rapportée à Sainte Brigitte, et la misérable soutint effrontément son mensonge en sa présence et celle du même Saint Patrick ; mais la Sainte faisant le signe de la Croix sur la bouche de cette infâme, lui fit enfler la langue de telle sorte qu'elle ne pouvait parler; et, faisant de même sur la langue de l'enfant, elle la délia, et il dit distinctement, après que Sainte Brigitte le lui eut commandé, que l'Evêque n'était pas son père, mais bien un pauvre homme du commun. Ainsi la vérité fui découverte, l'honneur de l'Evêque conservé, et la gloire rendue à Dieu, protecteur de l'innocence.

Elle a fait encore quantité de prodiges par le signe de la Croix. C'est par ce moyen qu'elle chassait les démons des corps humains, et qu'elle retenait les personnes qu'elle voyait en danger de se perdre. On raconte à ce sujet une chose surprenante : la fille d'un gentilhomme s'étant dérobée secrètement de la maison de son père le jour même de ses noces, pour se sauver dans le monastère de Brigitte, ce père monta à cheval, suivi d'une bonne escorte, pour enlever sa fille de force; mais la Sainte l'ayant aperçu fit le signe de la Croix en terre, et à l'instant les hommes et les chevaux devinrent immobiles comme des statues, jusqu'à ce que le père, reconnaissant sa faute, permît à sa fille d'exécuter son voeu et de demeurer en religion.

Ce peu que nous venons de lire suffit, pour faire voir évidemment quels sont les mérites de cette grande Sainte. Le temps de sa récompense étant arrivé, après avoir heureusement achevé sa course, elle eut révélation du jour de son décès, dont elle donna avis à une bonne fille qu'elle avait élevée en la crainte et en l'amour de Dieu, lui marquant le jour qu'elle partirait de cette vie, pour aller jouir des chastes embrassements de son Epoux dans le Ciel.

Elle rendit son âme à Dieu, suivant l'opinion la plus probable, dans son premier monastère d'Irlande, un mercredi, 1er février 523.

Les auteurs ne conviennent pas du lieu où elle naquit au Ciel : les uns disent que c'est à Glastonbury, en Angleterre; d'autres, à Kildare, en Irlande. Il est marqué au Martyrologe romain que ce fut en Ecosse. Mais il est bon de savoir que les Scots, qui ont donné leur nom à la partie septentrionale de la Grande-Bretagne, habitaient l'Irlande au cinquième siècle; l'Irlande s'appelait indifférement Scottie et Hiberniae. Elle décéda le 1er février, l'an de Notre-Seigneur 518, selon Sigebert, et 521 selon Marien, Ecossais, sous l'empire de Justin l'aîné, ou enfin 523 plus probablement selon d'autres, étant âgée de soixante-dix ans.

Son corps fut enterré à Kildare où les Moniales, pour honorer sa mémoire, instituèrent un feu sacré perpétuel appelé le feu de Sainte Brigitte : ce qui fit donner au monastère le nom de Maison du Feu. Elles l'y entretinrent jusqu'en 1220, époque à laquelle l'archevêque papiste de Dublin le fit éteindre. Le corps de la Sainte en avait été enlevé dès le neuvième siècle, à cause des incursions des Danois, et transporté à Down Patrick.

On ne perdit pas le souvenir de Sainte Brigitte à Kildare, quoiqu'en moins d'un siècle, de 835 à 924, la ville et le monastère eussent été saccagés cinq fois; mais à Down on l'oublia. Il fallut attendre 1186 pour qu'on retrouvât le corps de Sainte Brigitte. Il fut découvert déposé avec ceux de Saint Patrick et de Saint Colomb dans une triple voûte, d'où on le transféra dans la cathédrale de la même ville. L'impie Grey, sous Henri VIII, détruisit l'église qui renfermait ces Reliques et les jeta au vent. Le chef de Sainte Brigitte se trouvait à Neustadt, en Autriche, et put échapper à la profanation. Elle y fut conservée dans la chapelle du château impérial, jusqu'à l'année 1587 où Rodolphe II en fit présent à l'ambassadeur d'Espagne, Jean de Borgia : celui-ci à son tour en enrichit l'église des Jésuites de Lisbonne. La ville de Cologne, qui a une paroisse placée sous la protection de cette Sainte, se vante d'avoir aussi de ses Reliques.

La fête de Sainte Brigitte a toujours été célébrée le 1er février, jour de son entrée au Ciel. On croit communément que c'était un mercredi, ce qui ne peut convenir pour le commencement du sixième siècle qu'aux années 506, 517, 523 et 534. Le culte de Sainte Brigitte était autrefois très répandu, non seulement en Irlande où elle tient le premier rang des Saintes après la Mère de Dieu, mais en Flandre, en Allemagne et dans une partie de la France. Sa fête était reçue dans tout l'Occident au neuvième siècle. L'Irlande la regarde comme sa protectrice, de même que Saint Patrick est son protecteur.

"Partout où les Moines irlandais ont pénétré, à Cologne comme à Séville, des églises se sont élevées en son honneur, et partout où de nos jours encore se répand l'émigration britannique, le nom de Brigitte signale la femme de race irlandaise. Dix-huit paroisses en Irlande portent encore le nom de Sainte Brigitte. Privés par la persécution et la misère de construire des monuments en pierre, ils témoignent de leur inébranlable dévotion à cette chère mémoire en donnant son nom à leurs filles. Noble et touchant hommage d'une race toujours infortunée et toujours fidèle, qui fut comme elle esclave et comme elle chrétienne".

Il n'existe pas de vestiges du passage de Sainte Brigitte sur la terre, excepté une tour ronde et des ruines d'une église qu'on dit dater du sixième siècle. La congrégation des soeurs ou Moniales qu'elle a fondée a disparu. Toutes ses reliques sont probablement perdues. Dans son office imprimé par les papistes à Paris en 1620, l'hymne des premières Vpres dit: "Pour témoigner de sa vertu calomniée, le bois sec de l'autel reverdit tout à coup, au contact de sa main virginale." On ajoute qu'il en sortit un petit rameau. On la représente donc portant la main à l'autel ou à genoux sur le marchepied. Dans l’iconographie, on la peint aussi à genoux et tenant un vase à large ouverture; près d'elle une vache. Cet attribut fait allusion à plusieurs traits de sa vie.

Nous choisirons toutefois une seule circonstance, et nous renverrons à Surius, au 1er février, pour les autres où la vache joue un rôle quelconque. Sainte Brigitte étant devenue célèbre par ses vertus, reçut un jour la visite de plusieurs Evêques, mais elle n'avait pas de quoi les traiter. Elle se recommande à Dieu et imagine de traire trois fois dans la même journée la seule vache qu'elle eût : sa Foi fut récompensée, elle tira autant de lait qu'auraient pu en donner trois bonnes laitières.

Encore de nos jours, dans la paroisse papiste d'Hamay, entre Huy et Liège, en Belgique, on fait, des pèlerinages, en l'honneur de Sainte Brigitte, pour les vaches. Près de Fosses-la-Ville, dans le diocèse papiste de Namur, les paysannes font bénir, le premier février, des baguettes avec lesquelles on touche les vaches malades pour les guérir.

Source : http://orthodoxie-libre.actifforum.com/t448-sainte-brigitte-de-kildare-10-23-juin

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Derrière la Chandeleur, Imbolc-Brigantia-Birgit

Publié le 20 Décembre 2012 par Arnaud dans Irlande

Comme de nombreuses fêtes du calendrier moderne, nous célébrons la Chandeleur sans véritablement savoir ce que représente cette fête, ni qu’elle était déjà observée bien avant le christianisme dans le monde celtique, et notamment en Bretagne et en Irlande.

Il n’est pas lieu ici par manque de place de faire un exposé sur le calendrier celtique ancien. Contentons-nous de dire ou de rappeler qu’il s’agissait d’un calendrier fondamentalement lunaire (comme le calendrier juif par exemple) articulé autour du calendrier solaire. Ainsi l’ancienne année celte comptait 12 mois lunaire de 28 jours et introduisait régulièrement (tous les cinq ans environ) des mois intercalaires pour s’accorder avec le calendrier solaire.

De ce fait, autour des deux solstices aisément remarquables – et remarqués par l’archéologie plus que par la littérature –, la tradition mythique celtique et notamment irlandaise mentionne quatre grandes fêtes celtiques – remarquées, elles, davantage par la littérature que par l’archéologie – à savoir (en donnant plusieurs de leurs appellations) : Samhain-Samonios (1er-2 novembre), Imbolc-Brigantia (1er-2 février), Beltaine-Beltan (1er-2 mai), Lugnasad-Lammas (1er-2 août).

Remarquons plusieurs choses : 1. Elles durent deux jours comme la plupart des fêtes traditionnelles anciennes (sans oublier que les journées de quasiment toutes les anciennes sociétés du monde commençaient au crépuscule de la veille : ainsi la fête de Samhain commençait au crépuscule du 31 octobre, devenu la fête d’Halloween, littéralement en français la « vigile de Toussaint » et le 2 novembre est devenu la fête des morts). 2. Elles reviennent régulièrement tous les 3 mois. 3. En revanche, les dates données ci-dessus se réfèrent à un calendrier solaire moderne. Anciennement, avec un calendrier lunaire, elles n’étaient pas fixes, mais tombaient à la pleine lune la plus proche. 4. Ces quatre fêtes seraient liées à la célébration de l’année agricole.

 

Pour en revenir spécifiquement à la fête de début février, on la connaît sous différents noms : Imbolc ou Oimelc, Brigantia, Birgit… Autant de terminologies qui, finalement, confine aux mêmes idées.

Imbolc était la contraction d’imb-folc, évoquant une idée de lustration ou de purification.[1](Oimelc, l’une des appelations irlandaises, n’est ostensiblement qu’une déformation d’Imbolc). A travers cette étymologie, on en a fait une fête de célébration de la lactation des brebis, ce qui participe de cette même idée de purification, à travers l’aspect blanc, immaculé, du lait (en pensant qu’en celtique ancien, les mots pour « blanc » veulent aussi dire « sacré ». Voir gwen en breton.) Et cette idée de blancheur ou de pureté, nous renvoient à l’autre nom de la fête Birgit ou Brigantia qui n’est autre que celui de la grande déesse cosmique celtique qui signifiait « la très brillante » ou la « très noble ».

Comme le soulignait Miranda Green (Les mythes celtiques, Le Seuil, Coll. Points Sagesse, 1995), « cette fête se rattachait au culte de Brigite [autre nom de Birgit/Brigantia] déesse aux fonctions multiples, qui protégeait les femmes en couches, présidait à la récolte des céréales servant à faire la bière et était également associée à la poésie et à la prophétie. » Elle était aussi la détentrice de la coupe de souveraineté et de connaissance – une des origines du mythe du Graal –, la gardienne du feu (purificateur), donc du foyer. Et c’est là que cette fête est particulièrement intéressante par rapport à Kildare, puisque cette grande déesse tutélaire de l’Irlande Birgit/Brigitte est devenue, avec la christianisation, sainte Brigitte, patronne de l’Irlande (avec saint Patrick), toujours célébrée le 1er février (mais nous allons y revenir).

 

Imbolc était l’équivalent pour le monde celtique des lustrations romaines (autre fête de purification comme leur nom l’indique), des Lupercales et autres fêtes de Proserpine célébrées à la même période). Pour remplacer dans l’esprit des fidèles ces fêtes païennes romaines importantes – où, précisément on portait des cierges et des torches –, le pape Gélase Ier instaura la Chandeleur, la « fête des chandelles » célébrant la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple. Le célèbre moine catholique érudit Bède de Jarrow, dit Bède le Vénérable (VIIème-VIIIème siècle en Angleterre), dit lui-même que la Chandeleur n’a fait que remplacer les fêtes païennes. Cette fête était très importante jadis (au Moyen-âge) puisqu’elle faisait partie des fêtes chômées.

 

Pour en rester pour l’instant sur le symbolisme d’Imbolc, cette fête était donc notamment dédiée à la grande déesse Mère, la Vierge céleste Birgit, et à son fils Oengus, le jeune Soleil (réapparaissant particulièrement en cette période de début de l’hiver où les jours rallongent visiblement. La galette ou la crêpe que l’on prépare pour cette fête sont une évocation solaire). Il  n’est pas étonnant par conséquent que la chandeleur soit devenue la fête de la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple.

 

Comme le notait Raymonde Reznikov dans Les Celtes et le druidisme : racines de la tradition occidentale, Dangles, St Jean de Braye, 1994, « Imbolc fut certainement la plus désagréable des fêtes du calendrier celtique pour les moines irlandais qui s’employèrent à en occulter totalement le sens. »

 

Alors, reparlons justement de Brigitte et de Kildare. Cette fête d’Imbolc est importante pour la ville irlandaise qui est chère à notre comité. Brigitte, la déesse comme la sainte, est intimement liée à cette ville (au demeurant, signalons que la vraie sainte Brigitte au regard de l’église post-Vatican II est la Brigitte suédoise bien ultérieure : 1303-1373 ; Vatican II ayant supprimé quantité de saints anciens de sa liste, saints bien souvent très populaires, tels que saint Georges, saint Hubert ou saint Nicolas, sous prétexte qu’il n’était pas attesté et n’étaient que des réminiscences de dieux païens. Dans les faits, assez subtilement, ils ont été rangés dans les personnages à « mémoire facultative », car il n’était naturellement pas possible de supprimer immédiatement des personnages aussi populaires auprès des fidèles qui n’auraient pas compris, mais il ne devenait plus officiel dans l’Église comme le sont les saints faisant l’objet, selon leur rang d’importance, de « fête » [les apôtres ou Etienne] ou « mémoire obligatoire » [p. ex. Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux ou Vincent de Paul]).

Le site de Kildare fut, anciennement, celui du culte de la grande déesse cosmique liée au chêne (arbre cosmico-céleste s’il en est).

A Kildare, se trouvait le couvent de la mythique sainte Brigitte (patronne de l’Irlande, morte théoriquement en 525) Elle se serait retirée en ermitage à l’intérieur d’un chêne creux (le chêne étant dédié chez les Celtes d’Irlande à la triple déesse mère), en somme dans la « cellule du chêne », en irlandais ancien, Kill-dara (qui donna son nom au monastère et à la ville qui se développèrent autour). Dans ce couvent brûlait un feu éternel[2], comme dans le temple de la déesse romaine Vesta (Vesta, la pure, la vierge, d’où l’idée de purification renforcée par la puissance purificatrice du feu), feu que fit éteindre l’archevêque Harry de Dublin sous prétexte qu’il était (à juste titre) une pratique païenne. Il fut ensuite rallumé et ne s’éteignit définitivement que sous le règne de Henry VIII d’Angleterre.

Il y aurait beaucoup à dire naturellement sur Imbolc, Birgit et tous les mythes fabuleux qui y sont associés. Mais ayant été déjà suffisamment long, permettez-moi de conclure par cette vieille invocation d’Imbolc, issue du fond des âges et rapportée par le semi-légendaire Colum Cill (devenu saint Colomba en transcription moderne) où le nom de Brigitte – la sainte – a remplacé celui de Birgit – la déesse :

« Que Brigide, la vierge et la bonne,

Brigide notre flambeau et notre soleil

Brigide, la rayonnante et l’invisible,

Nous conduise au royaume éternel. »

 

Arnaud



 

 

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S/LT Alain de Kérillis : un véritable héros breton

Publié le 20 Décembre 2012 par Thomas Dalet

Lors de la création de la Loge de Recherche Villard de Honnecourt de Bretagne, j'avais voulu honorer un authentique héros breton, le Sous Lieutenant Alain de Kérillis, SAS français, membre du Maquis de St Marcel et mort pour la France.

 

"... Le 12 juillet au matin, le S/Lt Alain Calloc'h de Kerillis "Skinner" avait donc quitté avec son stick la

 

roche de Millegourdis et s'était joint aux sticks des lieutenants Tisné et Fleuriot. Le soir même, ils partaient tous ensemble, n'ayant guère plus de dix kilo­mètres à parcourir. Avant d'arriver au village de Trédion qu'un paysan leur avait assuré calme et « sans vermine »,ils s'embusquèrent, par précaution, près du café du « Bois-Sabot ». Mais un Allemand les attendait au coin de la route... La rafale tua le lieutenant Tisné et un lieutenant polonais, Jaciensky; une balle traversa le bras du lieutenant Skinner. Ils firent volte-face et partirent à travers champs. Soudain, le lieutenant Fleuriot disparut derrière une haie, n'ayant pas vu un profond chemin creux dans lequel il s'as­somma sur des pierres. .Skinner se précipita pour le relever; il semblait atrocement souffrir et dit d'une voix étrange : «Ce n'est rien : les cloches de Cambridge. » Ils s'arrêtèrent un moment. On n'entendait pas d'autres bruits que ceux de la campagne. Le bras de Skinner était bien abîmé et il se fit faire un pansement sommaire. Puis Fleuriot, ayant demandé ses lunettes et sa carabine, les assura qu'il pouvait repartir. Un peu plus loin, épuisé, il retomba. Skinner, avec toute sa science de médecin, l'examina avec soin. Son visage resta impassible mais il craignit un éclatement du foie. Il encouragea son ami, et une fois encore Fleuriot repartit en s'appuyant sur les épaules de deux d'entre eux. Pour s'écrou­ler un peu plus loin, les suppliant : « Allez et laissez-moi. » A la ferme de Beauvais, très proche, le fermier accepta de s'occuper de lui. On l'étendit dans un champ de blé noir et le jeune radio Perrin resta à ses côtés pendant que les autres continuaient vers la ferme de Kerlando près de laquelle se cachaient les blessés. ..."

 

En juillet 1944, de nombreux maquisards et parachutistes SAS sont détenus et torturés par les Allemands à la prison de Pontivy. Le 19 juillet 1944, les prisonniers sont conduits en direction de Bieuzy-les-Eaux pour être exécutés. A proximité des ruines du château de Rimaison, les hommes doivent descendre un chemin encaissée puis ils sont fusillés au bord d'un petit ruisseau.

14 corps sont découverts dans cette fosse dont ceux des parachutistes SAS: S/Lt Jean Pessis "Gray", le Sgt/C André Cauvin, le Sgt/C Louis Claustre, le S/Lt Alain Calloc'h de Kerillis et le S/Lt Jean Fleuriot. Un mémorial a été érigé sur les lieux. "

"D'après l'instituteur qui a procédé à l'enlèvement des victimes le 30 juillet, les corps étaient entassés les uns sur les autres. Ce qui signifie qu'ils ont été fusillés les uns après les autres. Il déclare également qu'ils avaient été fusillés dans le dos, car on voyait très bien l'entrée des balles dans les vêtements et la nuque. Il a remarqué également que certains des patriotes avaient reçu une balle dans la tempe."

 

http://www.francaislibres.net

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Loge de Recherche Alain de Kérillis N° 1648 GLNF

Publié le 19 Décembre 2012 par Thomas Dalet

La Loge de Recherche Alain de Kérillis N° 1648 de la GLNF avait été créé pour être la Loge Villard de Honnecourt de Bretagne.

Depuis 2 ans elle a été mise en sommeil suite aux évènements de la GLNF.

On me demande aujourd’hui, en tant que VM fondateur de la relancer.

Son programme, son Rite, ses fonctions de formation et de recherche, ses travaux seront les mêmes que la RL Laurence Dermott qui elle est indépendante.

La question qui se pose est donc simple : affiliation à la GLNF(Kérillis), indépendance ou affiliation à une autre obédience (GLTSO ou autres)(Dermott) ?

Vos réponses seront les bienvenues.

Frat

Thomas Dalet

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Cathares

Publié le 19 Décembre 2012 par P\ G\ dans Planches

INTRODUCTION

Il m’a été demandé de plancher sur les cathares, pas sur le catharisme
Comment aborder l’évocation de ces hommes et de ces femmes disparus depuis huit siècles ?
Comment distinguer les faits historiques des mythes en sachant que l’histoire n’est pas une science exacte et que les sédiments que l’on peut fouiller sont érodés par le temps.

Mon ouvrage comporte une première partie de recherche se référant à quatre contextes :

Le contexte géographique : qu’entend t on par pays cathare, quels étaient ses habitants
Le contexte historique, l’identité cathare est celle d’une adhésion particulière à une hérésie : quand et par qui ?
Le contexte ethnologique, ces hommes et ces femmes avaient des habitats, des modes alimentaires, des rites, des hiérarchies : comment vivaient t ils ?
Le contexte mythologique, la place des cathares dans l’histoire et dans la société dépend beaucoup des narrateurs et le regain d’intérêt pour ce thème est somme toute récent.

Pourquoi une réflexion sur les cathares concernerait elle la maçonnerie ?

Ces hommes avaient pris une certaine liberté par rapport aux dogmes et aux pouvoirs et cette attitude trouve une résonance particulière pour un franc maçon.
Les écrits antimaçonniques, dans leur tradition d’amalgame, ont souvent évoqué la maçonnerie comme une forme d’hérésie ou de religion de substitution. Bien que tous les fondamentalistes ne soient pas de farouches adversaires de la franc-maçonnerie, beaucoup d'entre eux y sont opposés en considérant que les principes, les symboles et les rites de la foi chrétienne et ceux de la franc-maçonnerie sont radicalement divergents et donc inconciliables. Adhérer à la franc-maçonnerie constitue, par voie de conséquence, une faute grave pour le fondamentalisme. Pour légitimer leur combat contre la franc-maçonnerie, les antimaçons fondamentalistes mêlent arguments religieux, philosophiques et politiques, auxquels s'ajoutent un grand nombre de préjugés ainsi que des attaques injustifiées.
Anagogie :
Toutes les expériences humaines nous sont profitables et le fait que par dérision on surnommait ces hommes des cathares, c'est-à-dire des purs, que eux même distinguaient entre eux des « parfaits » et que leur idéal était un idéal de perfection peut nous stimuler sur le chemin maçonnique.

GEOGRAPHIQUEMENT

Pour les Français, Le Pays Cathare et le catharisme recouvrent une vaste région française de la Méditerranée à Toulouse et de l'Aveyron à la Catalogne. Apparu au XIe siècle en Italie du Nord, le catharisme occitan s’organise au concile de Saint Félix de Caraman en 1167. Au cours de ce concile, présidé par l’évêque bogomile Nicétas de Constantinople, le catharisme s’organise en une véritable Eglise avec quatre évêchés (Albi, Agen, Carcassonne et Toulouse).
Les origines du catharisme se perdent dans un labyrinthe d'influences orientales complexes et lointaines, qui se propagèrent aux XIe et XIIe et s'installèrent solidement en Languedoc en 1160. Si le catharisme a autant de secrets on le doit aux parfaits qui formaient le "clergé cathare" et protégeaient avec soin leurs documents. On constate plusieurs variantes de ce mouvement, en Bulgarie, en Grèce, en Italie en Catalogne mais aussi en Rhénanie où il ne dépasse pas le stade de l'implantation. C'est donc au sein du monde occidental et surtout autour des rivages méditerranéens que cette religion a connu une certaine vitalité. Pourchassés en Europe, éliminés méthodiquement, ils trouvent dans le Sud de la France un foyer de relative tranquillité. Ils sont reçus et encouragés par de nombreux petits seigneurs. De grands princes sont soupçonnés de leur être favorable ou de ne rien faire pour les empêcher de prêcher sur leurs terres.
Ce qui a laissé le souvenir de l’épopée cathare est une empreinte de feu et de sang qui a marqué à jamais ce pays d’oc .Béziers qui avait adopté une attitude bienveillante à l'égard des cathares et des vaudois fut la première victime de l'armée des croisés qui le 22 juillet 1209, la mit à sac, détruisant par le feu la Madeleine et la cathédrale Saint Nazaire qui s'effondra ainsi que les habitants qui s'étaient réfugiés dans la cathédrale .L'épisode est resté dans la mémoire collective sous le nom de grand mazel," la grande boucherie. Lavaur est prise par Simon de Montfort le 3 mai 1211 ; les chevaliers occitans sont pendus, la seigneuresse, dame Guiraude, jetée dans un puits ; un bûcher collectif brûle 400 Parfaits. Simon de Montfort s’empare ensuite du castrum des Cassès, près de Saint Félix dans lequel s’étaient réfugiés de nombreux cathares, entre 60 et 80. Le château est pris et les Parfaits brûlés. La brutalité de Simon frappe de terreur les populations.Les atrocités de Bram, au printemps 1210, sont bien connues ; conduits par la comtesse Alix de Montfort, des renforts importants sont parvenus aux Croisés qui occupent à nouveau Alzonne qui s’était soulevé, puis se présentent devant Bram. Situé en plaine, le castrum circulaire ne bénéficie d’aucune protection naturelle, d’où sa faiblesse et la brièveté des combats ; le premier assaut Croisé emporte la place. Parmi les prisonniers il y avait un clerc français qui, à Montréal, avait trahi la cause des Croisés en livrant la ville au seigneur occitan légitime, mais dépossédé (faidit), Aimery. Simon lui fit payer cher sa trahison en le trainant dans la ville attaché à la queue d’un cheval, puis on le pendit.
Simon voulut encore venger la mort atroce de deux chevaliers français qui avaient été faits prisonniers à Puisserguierpar Guiraud de Pépieux ; les deux hommes avaient été atrocement torturés à Minerve en leur crevant les yeux, coupé les oreilles, le nez, la lèvre supérieure et en les renvoyant nus à Carcassonne ; Guiraud sera pendu par les soldats du roi en 1240, à Buc. Simon n’a pas oublié cet acte horrible et il prend une centaine de prisonniers occitans de Bram auxquels on creva les yeux et coupa le nez ; l’un d’entre eux conserve un oeil pour guider ses malheureux compagnons mutilés jusqu’à Cabaret, vers les trois châteaux de Lastours qui refusaient toujours de se rendre à la Croisade. Simon de Montfort s’enferme dans le château de Castelnaudary, situé au sommet de la colline du Présidial ; il compte sur l’arrivée de renforts croisés avec lesquels il affrontera les Occitans en rase campagne ; il les écrasera en utilisant la force redoutable et invincible des Croisés : la cavalerie lourde. Les Occitans remporteront une victoire unique, à Baziège en 1219. Enumérer tous les lieux porteurs de cicatrices : Minerve, Montségur, Carcassonne, Toulouse, Albi, Queribus, Peyrepertuse entrerai dans le cadre de l’évocation touristique. Le bilan géographique de cette période de troubles nous fait constater de multiples fractures au sein de la communauté occitane et sa colonisation par les barons du nord. Lors de la croisade contre le catharisme, Durban choisira la bannière de Simon de Montfort le pays cathare n’était pas le pays des cathares, c’était le pays où l’on pourchassa les cathares, on les brûla on les pilla mais comme Carthage, brûlée et rasée, comme les wisigoths écrasés par les francs ils ont laissé une trace indélébile dans l’histoire.

HISTORIQUEMENT


Après le déclin de l'Empire romain, la Gaule fut successivement envahie par diverses peuplades venues de l'Europe centrale ou de l'Est ainsi que d'Asie. Les Wisigoths arrivés en Occident au IVe siècle, après avoir pris l'Italie et Rome, ils s'installèrent à Toulouse en 413. Battus par Clovis en 507 à Vouillé, ils ne conserveront que l'ancienne province romaine de Narbonne et l'Espagne.
Les Wisigoths en furent chassés par les Sarrasins au début du VIIIè siècle. Ces derniers repassèrent les Pyrénées une vingtaine d'années après Poitiers (732), battus par Charles Martel puis par Pépin le Bref. Charlemagne, leur successeur, reprit le flambeau et rebâtit un vaste empire d'Occident réunissant la Germanie et la France du Nord au Sud. A sa mort, ce vaste territoire se morcela. L'autorité royale déclina constamment en France. Les vassaux devenaient plus puissants que le Roi. Parmi eux, les Comtes de Toulouse. A la fin du XIème siècle, un grand mouvement ébranle toutes les couches sociales de la société médiévale à savoir les Croisades (1ère en 1095) qui visaient en principe à délivrer les Lieux saints de la domination musulmane. Au XIIème siècle, le Comté de Toulouse est une région où le commerce et l'agriculture se redressent. Les croisades et la navigation commerciale vont ramener des terres étrangères des idées nouvelles. Si l'Eglise a pu susciter l'élan des Chrétiens partant guerroyer en Palestine, elle s'est également installée comme pouvoir temporel possédant terres, abbayes et droits de taxation. En Languedoc, la culture, née d'une certaine richesse, et une forme de tolérance fleurissent. Les troubadours sont prisés. Ils sont à côté des clercs, les intellectuels du Languedoc .
Leurs textes subliment l'amour courtois tout en faisant preuve d'impertinence, par exemple vis-à-vis des prêtres En Languedoc les partisans d'une hérésie dualiste ne sont guère inquiétés. L'esprit méridional plus tolérant et les restes de la domination des Wisigoths, dualistes, en sont des éléments partiels d'explication tout autant qu'une noblesse assez anticléricale. Dès le début du XIIème s., les idées hérétiques qualifiées de cathares s'implantent plus largement dans les populations languedociennes qui sont séduites par une religion qui ne perçoit pas la dîme ecclésiastique, qui parle la langue du peuple plutôt que le latin et veut montrer l'exemple d'une vie religieuse plus proche de la lettre des Textes sacrés. Ces idées ont peut être été ramenées par des Croisés au retour d'Orient. En 1177, le Comte Raimond V constate que "l'hérésie a pénétré partout. Elle a jeté la discorde dans toutes les familles ... des prêtres eux-mêmes cèdent à la tentation. Les églises sont désertes et tombent en ruine ".L'Eglise de Rome tente des campagnes de reconversion mais sans grand succès. Ses incitations à mener le combat contre l'hérésie ne recueille alors guère d'écho. En 1179, lors d'un Concile de LATRAN, le pape Alexandre III aurait déjà engagé, en vain, le peuple chrétien à prendre les armes contre les hérétiques.
La tragédie cathare sera le résultat de tous ces éléments, mêlés dans le Languedoc, tel un mélange explosif dont l'aspect religieux ne sera manifestement qu'un des éléments. L’histoire ne se répète pas mais souvent elle bégaie. Quand Clovis vainquit Alaric II, Roi des Wisigoths, à Vouillé en 507 il tuait là un autre chrétien, arianiste. L’arianisme d’Arius considère que Jésus est un homme dans lequel s'incarne la Parole de Dieu, suivant le prologue de l'évangile selon Jean. la contestation entre Trinitaires et Ariens évolue vite vers le domaine politique. Il domine l'histoire de l'Église institutionnelle au IVe siècle. L'empereur Constantin Ier, qui souhaitait éviter les désordres religieux, aida à la tenue du Concile de Nicée I en 325 pour que l'Église unifie sa position. Il favorisa ensuite le parti d'Athanase qui avait procédé à l'excommunication d'Arius (c'est à l'occasion de ce concile que le mot hérésie trouva un sens péjoratif). Le terreau de la terre wisigothe arianiste semblait idéal pour l’accueil du catharisme. La théologie cathare provient d'un travail de recherche scripturaire, centré sur l'Évangile selon Jean, c'est une interprétation très différente des évangiles de celle de l'église catholique. Pour cette dernière, la doctrine cathare est plus pernicieuse que celle des infidèles (juifs et musulmans) : tout en étant chrétiens, les cathares interprètent différemment certains articles de foi et contestent la doctrine des sept sacrements que les théologiens catholiques ont fixé dès le début du XIIe siècle. Quelques points sont communs à l'ensemble des croyances cathares : Dieu a créé uniquement le monde invisible et éternel, ainsi que les créatures qui le peuplent, les anges. Parmi eux, l'un pèche par orgueil en se révoltant contre le Père afin d'égaler sa puissance : c'est le diable. Cet ange déchu est alors expulsé du ciel, entraînant dans sa chute ceux qui l'avaient suivi dans sa révolte. Introduits dans des corps charnels fabriqués par le diable, ces anges deviennent les âmes des hommes et des femmes.

ETHNOLOGIQUEMENT

Le contexte ethnologique, ces hommes et ces femmes avaient des habitats, des modes alimentaires, des rites, des hiérarchies : comment vivaient t ils ?
Dans son ouvrage Montaillou village occitan, L’historien Leroy Ladurie nous décrit un village du XI eme siècle on peut y lire la vie quotidienne, l’habitat, les habitudes alimentaires de l’époque. Les cathares se devaient de vivre une règle particulière quand il décidaient de s’engager comme « parfaits ».Étant ordonnés, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siècle. Ils sont en effet astreints au travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considérable pour leur prédication, en les maintenant au contact de la population qu'ils vont chercher à convertir. Cela leur rapportera également, tout simplement, l'argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se déplacer et, avec les dons et les legs, de créer les conditions de l'existence d'une hiérarchie. Par contre la pauvreté personnelle était prescrite.
Les cathares vivaient dans des « maisons de parfait(e)s », intégrées aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prêcher, et leur servaient d'atelier. Des jeunes y étaient envoyés par leurs parents simples fidèles ou déjà ordonnés, pour leur formation en vue de leur propre ordination.
Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses épouses nobles et leur progéniture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n'étant pas reconnu, elles se séparaient simplement de leur mari, généralement lui-même simple croyant.
Le consolament des mourants pouvait être conféré dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolé était transporté et y mourait.
Lorsque vint le temps des persécutions, les parfaits durent se cacher chez des fidèles, mais ils y payèrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prêche et l'enseignement.
Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Ils étaient astreints à la chasteté, et devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cette prédication au coin du feu de deux personnes de même sexe conduira à l'accusation de bougrerie (homosexualité) fréquemment enregistrée dans les registres de l'Inquisition.
Ils ne devaient pas mentir, s'abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inévitablement à l'édification des chrétiens, bien que le catharisme toucha essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la dernière période. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, mais cela s'appliquait également aux animaux.
Ils devaient également ne pas mentir, ce qui en conduisit plus d'un au bûcher. En effet, les inquisiteurs apprirent à utiliser cette règle, ainsi que l'interdiction de jurer.
Dernière obligation faite surtout aux hommes : la prédication. Les parfaits devaient prêcher le salut par l'ordination du consolament et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également étant invités par des fidèles ou sur la place publique.
Finalement, trois carêmes annuels étaient pratiqués
Sur le modèle de l'Eglise primitive, les Eglises cathares étaient administrées par une hiérarchie d'évêques et de diacres. Les évêques revendiquent en droite ligne des Apôtres le droit d'ordonner. Chaque évêque est assisté par deux coadjuteurs : ses fils majeur et mineur qui lui succèdent à sa mort. Le territoire de l'évêché est réparti en un certain nombre de diacres qui servent de relais entre les fidèles et l'évêque.
Les prêtres cathares (ou " Parfaits ") qui ont reçu le consolament se qualifient eux-mêmes de " bons chrétiens " ou de " bons hommes ". Ils ont le pouvoir de baptiser et de transmettre la doctrine cathare aux fidèles (" les croyants "). Lorsqu'un croyant rencontre un Bon Homme ou une Bonne Femme, il les salue d'une triple demande de bénédiction en s'inclinant trois fois devant eux : c'est le melhorier (amélioration). Les fidèles appartiennent au peuple chrétien de base. Ils ne renient en rien leurs engagements catholiques antérieurs mais ont le sentiment d'accéder à un meilleur état de chrétien grâce au sacerdoce des Bons Chrétiens.

MYTHES CATHARES


Certains pensent que des Parfaits ont relancé la pratique cathare
Après l'éradication des hérétiques par l'Inquisition, à la fin du XIIIè siècle, des Parfaits originaires d'Italie ont prêché de nouveau. Avant de connaître le même destin que leurs frères dans la foi : le bûcher. Les derniers Parfaits dissimulèrent leur foi derrière la façade du christianisme. Belibaste, l'ultime Parfait, fut brûlé en 1321 à Villerouge-Termenes, suite à la trahison dont il a été l'objet lors de sa fuite en Catalogne.
Les Cathares ne menaient pas tous une vie d'ascètes
L'ascèse était réservée aux Parfaits, l'élite cathare, appelés également "les élus" ou "les purs".
Pour se libérer du monde, ils pratiquaient le jeûne, l'abstinence sexuelle, et ne mangeaient pas de chair animale. Même les évêques, élus par les Parfaits et administrateurs des diocèses, n'étaient pas soumis à une telle rigueur. Les autres adeptes, eux, étaient autorisés à la plus grande liberté dans leur comportement.
Les défenseurs cathares face aux croisés ne furent pas les Templiers, les Templiers vivaient à la même époque que les Cathares mais pas du tout au même endroit. Créés en 1118, ils avaient pour mission d'assurer la protection des pèlerins en Terre sainte. Ils devinrent vite riches et puissants, au point de gêner Philippe le Bel. Ce dernier les fit arrêter et leur grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé en 1307. Certains passionnés d'ésotérisme supposent que quelques-uns auraient pu s'enfuir avec leur trésor, le Saint Graal, qu'ils auraient dissimulé ... en pays cathare.
Si des mythes ont magnifier le souvenir des cathares, d’autre mythes eux les ont dénigré et même contesté leur existence.
Comme tous les événements de l'histoire, le catharisme n'est pas figé dans sa compréhension. L'étude des multiples manières d'appréhender un sujet historique s'appelle l'historiographie, l'histoire de l'histoire. Celle du catharisme est particulièrement importante pour bien comprendre la diversité des points de vue auxquels on peut se raccrocher quant à la définition même du catharisme.
"Les groupes humains produisent des représentations d'eux-mêmes qui ne reflètent pas un donné objectif mais ressortissent au champs de l'imaginaire social.... Il existe également une légende du catharisme intégrant constamment le passé dans le présent où elle se déploie."
Charles Schmidt a le mérite d'avoir écrit et publié en 1849, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois . Le catharisme était alors considéré comme une secte dualiste, fort éloignée du christianisme. C'est d'ailleurs de cette vision que s'inspirent encore de nombreux dictionnaires...
Napoléon Peyrat, avec ses trois volumes de l'Histoire des Albigeois a d'orienté les nouvelles visions du catharisme, dans un courant plus romantique. C'est lui qui donne un rôle clé à Montségur, qui n'avait pas d'importance particulière auparavant. C'est également lui qui "invente" Esclarmonde, fille du comte de Foix, qui aurait pris une forme de colombe lors de son trépas. Des ossements de la nécropole préhistorique de Lombrives, il fait les restes des derniers faydits, murés dans la grotte sur l'ordre du sénéchal de Carcassonne. Aujourd'hui, notre vision analytique nous oblige à ranger les ouvrages dans des catégories et celui-ci se voit donc tout naturellement dirigé vers celle de l'imaginaire romantique. Peu avant 1900, Joséphin Péladan ressuscite l'ordre de la Rose + Croix et intègre le catharisme à l'occultisme. Il greffe sur Montségur la légende du Graal et identifie la montagne sainte de l'Ariège et le Montsalvat de Lohengrin et de Parzifal. La spécificité cathare a nourri la revendication occitane comme la spécificité « bogomile » les revendications bosniaques
« Dans l’histoire serbe il y a peu de problèmes qui seraient sortis du cadre scientifique dans la même mesure que l’invention des soi-disant «bogomile » ou «patarins» dans la Bosnie médiévale ou Hum. Il semble incroyable que, sur base de si peu d’éléments initiaux, on a construit un système grandiose des non- et semivérités, qui était jusqu’à ces derniers temps une vérité «scientifique» officielle et intangible, répétée à la perroquet depuis l’école élémentaire jusqu’ à l’université. »
La prudence doit nous inciter à se méfier des jugements sommaires.


CATHARES ET FRANC MACON


Un extrait d’une Lettre pastorale et mandement de Monseigneur l’Evêque de Carcassonne relative à la Franc-Maçonnerie ,signée Félix Arsène Billard et datée de 1884 pose le problème.
Il s’agit d’un avertissement adressé aux paroissiens du diocèse de Carcassonne afin de les mettre en garde contre cette relativement nouvelle société humaniste qu’est la Franc-Maçonnerie.
Mgr Billard identifie la Franc-maconnerie comme l’héritière du catharisme et, de fait, elle doit être
combattue comme l’a été cette religion au XIIe siècle: « Pourquoi les Francs-Maçons qui descendent en ligne directe de l’hérésie Albigeoise et qui ne sauraient renier leur filiation, ne seraient-ils pas aussi désarmés, vaincus, ou plutôt convertis ?
Les cathares théorisaient l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan. L'homme n'est qu'un esprit enfermé dans la matière par la ruse du Malin. Les cathares veulent libérer l'homme de la matière et lui rendre sa pureté divine. Avec le "consolament", les cathares sont ramenés à la lumière.
Le catharisme prétend être l’authentique christianisme. Ses livres saints sont la bible (Nouveau Testament, uniquement) et les évangiles, principalement celui de Saint Jean.
Le catharisme pose comme principe de base que Dieu, infiniment bon, créateur de l’univers, ne peut être à l’origine du mal. Celui-ci est l’œuvre d’un ange déchu, le démon, qui aurait entraîné dans sa chute d’autres anges et le tiers des âmes créées par Dieu (cf. Apocalypse de Saint Jean). Les cathares pensent que ces âmes, tombées à terre, s’incarnent dans le corps des hommes. Elles ne pourront retrouver leur place au ciel qu’après s’être purifiées. Cette théorie dualiste s’oppose au dogme de l’Eglise officielle, où Dieu est seul créateur du monde. Pour un cathare, l’homme ne peut échapper à l’emprise du mal et accéder au spirituel qu’en se détachant du monde et de la chair. La mort représente l’anéantissement du mal.
L’exercice de la liberté est une revendication maçonnique , l’appellation franc maçon en anglais est sans équivoque : free masson : maçon libre. Chacun a pu entendre cette affirmation :Un maçon libre dans une loge libre.
Parmi les diverses façons de concevoir la liberté, on peut en distinguer quatre, auxquelles, croyons-nous, toutes les autres se ramènent: le libre arbitre, tel que le conçoit Fénelon en s'inspirant des thèses scolastiques; la liberté de perfection; la liberté comme attribut fondamental de l'esprit; et enfin la liberté comme faculté de choix transcendantal.
Il apparaît que c’est cette dernière qui guidait les parfaits.
«Par-dessus l'infinité de l'espace et du temps, l'amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir. Il vient à son heure. Nous avons le pouvoir de consentir à l'accueillir ou de refuser. Si nous restons sourds il revient et revient encore comme un mendiant, mais aussi comme un mendiant, un jour il ne revient plus.»
On peut convenir que la conception de la liberté est une adhésion individuelle et que le libre arbitre est celle qui est le plus souvent revendiquée dans les loges.
Pour les maçons du rite écossais rectifié de la GLTSO, la liberté comme faculté de choix transcendantal semble possible mais n’apparaît que chez quelques frères qui nous semblent « parfaits ».
N’ayant pas de loges de « perfection » nous avons le devoir de porter parmi les hommes les vertus dont nous avons promis de donner l’exemple, chose plus facile à dire qu’a faire.
Peut être quelques lignes lues dans les pages précédentes ont elles provoqué chez certain un phénomène d’écho comme : Le catharisme prétend être l’authentique christianisme. Ses livres saints sont la bible (Nouveau Testament, uniquement) et les évangiles, principalement celui de Saint Jean.
Que l’on trouve ouvert sur le plateau du vénérable
Le catharisme pose comme principe de base que Dieu, infiniment bon, créateur de l’univers, ne peut être à l’origine du mal. Celui-ci est l’œuvre d’un ange déchu, le démon, qui aurait entraîné dans sa chute d’autres anges et le tiers des âmes créées par Dieu (cf. Apocalypse de Saint Jean).
Thèse que l’on rencontre dans le traité de la réintégration de Martinez de Pasqualy
Les cathares théorisaient l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan
Ce que l’on peut illustrer par un pavé Mosaïque.

Anagogie
Le désir de perfection
Parfait et parfaite


Etaient parfaits ou parfaites ceux qui avaient reçu le Consolamentum. Les parfaits ne mangeaient pas de viande ou dérivés sauf le poisson. Selon eux, le fait de manger de la viande animale revitalisait ses instincts brutaux. Ils ne devaient pas influencer la justice humaine (par exemple siéger dans les tribunaux, à la différence du clergé catholique, très impliqué dans les affaires temporelles).
Sorte de pasteur de l'Eglise cathare, les parfaits et parfaites ne se sont jamais appelés de cette manière mais se présentaient comme des Bons-Hommes et Bonnes-Femmes, ou Bons chrétiens et Bonnes chrétiennes.
Les parfaits se devaient de respecter scrupuleusement un mode de vie d'ascète :
. ne pas avoir de liaison charnelle
. ne pas consommer d'aliments carnés (ils se nourrissaient exclusivement de poissons et de légumes et faisaient de nombreux jeûnes)
. ne pas pratiquer l'homicide y compris des animaux (considéré comme le péché le plus grave)
. ne pas succomber à la lâcheté devant la souffrance et la mort
. ne pas mentir ni jurer
. et surtout consacrer leur vie au spirituel (nombreuses prières, aider les autres, ...).

Et puis chercher toujours Sans regret ni remord pour l’or d’un mot d’amour


VM J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Le rituel de Dublin

Publié le 19 Décembre 2012 par Éric de Carcassonne dans Cathares

Introduction

Ce rituel, publié au début des années soixante par Théo Venckeleer dans la Revue Belge de Philologie et d’Histoire, est un fragment de texte occitan inclu dans un document plus volumineux.
Ce manuscrit, portant la côte « 269 », faisait partie d’un fond de documents vaudois rassemblés au XVIIe siècle. il ne fut reconnu comme d’origine cathare qu’au siècle dernier. Il est daté de la seconde moitié du XIVe siècle, ce qui est tardif pour un ouvrage cathare.
Déodat Roché en attribuait la rédaction à un auteur cathare influencé par les positions des garatistes de l’église de Concorezzo. La traduction du chercheur belge comportant quelques erreurs, c’est à partir du document original que Anne Brenon effectua une nouvelle traduction qui fut ajoutée à l’ouvrage de René Nelli « Écritures cathares » à l’occasion d’une révision qu’elle fit de l’ouvrage.

Qualités et défauts

L’intérêt majeur de ce texte est qu’il offre une approche détaillée — bien plus que ne le font les deux autres rituels disponibles — de la catéchèse cathare.
Malheureusement, ce texte pose plusieurs problèmes, certains liés à la personne qui en a effectué la retranscription initiale, d’autres liés à son contenu même.
En effet, « la Glose du Pater » montre une qualité de copie nettement inférieure à celle du traité de « l’Église de Dieu ». Cela est à attribuer au copiste initial dont la graphie et la qualité sont sans rapport d’un texte à l’autre d’après Anne Brenon.
Mais, essayons de voir les choses d’un peu plus près.

« L’Église de Dieu »

Cette partie constitue un véritable traité, à l’image de celui du « Livre des deux Principes » de Jean de Lugio. Comme ce dernier, il s’agit clairement d’un texte à usage interne à l’église cathare et non d’un ouvrage de prédication à destination des croyants. On y retrouve tous les fondamentaux de la doctrine cathare.
Ce qui est marquant et typiquement cathare est la mise en avant de prééminence du sens intelligible d’un texte sur son sens littéral. Cette particularité marquera clairement la différence entre le catharisme et le catholicisme.

« La Glose du Pater »

Ce texte correspond à l’enseignement précédant la transmission de la Sainte Oraison qui faisait d’un sympathisant, un vrai croyant autorisé à réciter le Pater en compagnie des Bons Chrétiens.
Ce qui frappe au premier abord, c’est l’abondance de références prises dans l’Ancien Testament quand les deux autres rituels en appellent eux au Nouveau Testament, même si c’est plus sensible dans le « Rituel occitan de Lyon » que dans le « Rituel latin de Florence » quoique ce dernier soit infiniment plus avare de telles citations que l’ouvrage de Dublin.
Les explications verbeuses cherchant à présenter la création divine selon une hiérarchisation en sept niveaux fut considéré par Déodat Roché comme une influence d’Origène. En effet, la tentative de rapprochement qu’opère ce texte avec les positions de l’église romaine sont manifestes.
C’est sur cette base que Anne Brenon proposa d’attribuer ce document à Didier de Concorezzo, garatiste et fils majeur de l’évêque Nazaire. Cet adversaire acharné de Jean de Lugio aurait, par ce texte, tenté d’infléchir encore plus la position — déjà très mitigée du monisme de son église — pour la rapprocher encore de la position de l’église catholique romaine.
On retrouve également dans ce texte l’énoncé de la théorie traducianiste qui permettait aux monistes d’intégrer le péché originel dans une doctrine cathare, là où les dyarchiens le rejetaient formellement.
Si Didier de Concorezzo est validé comme auteur vraisemblable de ce texte, il faut rappeler qu’il était considéré comme favorable à la notion de jugement dernier et de punition divine, se basant pour cela sur l’« Interrogatio Johannis », apocryphe chrétien du IIe siècle donné aux monistes italiens par une église bogomile.
Enfin, cette partie semble s’éloigner fortement des écrits cathares en ce sens que sa compréhension des Écritures est trop souvent littérale ce qui est l’opposé de la méthode cathare que nous avons vu précédemment.

Conclusion

Que faut-il retenir de ce rituel ?
Je pense qu’il faut savoir lui reconnaître sa qualité de traité cathare exposant clairement et méthodiquement les fondamentaux de la doctrine cathare.
Cependant, je n’y vois pas un ouvrage supérieur aux autres textes cathares, bien au contraire, en raison de ce que je viens d’expliquer dans le chapitre précédent.
Sans compter que l’on peut craindre légitimement que les vaudois qui l’ont conservé aient pu, le modifier ou ne garder que les fragments correspondant à leurs vues.
À l’instar de Déodat Roché — et l’on ne peut que rendre hommage à l’intégrité intellectuelle de ce farouche partisan d’une mystique cathare — on doit se garder de tout débordement mystique à la lecture de ce document, comme on pu le faire certains.
Au total, je le trouve intéressant, surtout pour ce qui est du traité de « L’Église de Dieu », mais sans rapport avec la qualité du traité de Jean de Lugio.

Source : http://www.catharisme.eu/religion/doctrine-chretienne-cathare/rituel-dublin/

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