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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Le Jardin d’Eden : L’Harmonie Primordiale

Publié le 17 Octobre 2013 par J\D\ F\ dans Planches

Le Paradis dans de nombreuses religions et de tout temps a été décrit sous la forme d'un jardin luxuriant, où la vie paisible suivait le cours de l'éternité, une vie sans déséquilibre, une vie en parfaite harmonie.

Les anciens quelles que soient leurs croyances ont toujours situé le paradis comme le centre, le cœur du Monde, où une source jaillissait vers les cieux, personnifiant ainsi l'endroit idéal de la relation avec Dieu, l'être suprême, le Principe, le Grand Architecte.

Quand la genèse situe le Jardin d'Eden, en tenant compte de la disposition des quatre fleuves qui partent de la source centrale, à un point situé aux alentours de Babylone, il est surprenant de regarder une carte lorsque les continents n'en formaient qu'un seul, et découvrir que le centre de cette terre immergée pourrait bien être Eden, tel qu'il fut décrit dans la genèse.

Afin de travailler dans le sens de notre démarche maçonnique, il est important de dépasser le texte biblique, d'ailleurs le descriptif du paradis terrestre est souvent très semblable, qu'il soit chrétien, musulman, sanscrit, chaldéen ou encore égyptien. Tous décrivent un jardin, avec souvent en son centre cette source jaillissante symbole de la vie, et de ce que nous appelons la verticalité.

Depuis la nuit des temps, toutes les grandes civilisations, ont tenté de reproduire le Paradis à l'échelle humaine, et ce fut souvent un jardin. Ces jardiniers d'exception au-delà de la recherche de notoriété, avait sûrement un besoin inconscient de retrouver l'éternité, en dominant la nature qui était à leur disposition. Certains les ont façonnés d'après un rêve, souvent d'après les textes sacrés. Mais le sens de dominer est ici bien différent de l'étymologie première. La domination de la nature dans ce cas est plus proche de la recherche de la maîtrise, trouver le point d'équilibre, dans le respect de toute vie. Comme l'exprime la définition de l'harmonie : « L'accord parfait entre les parties d'un tout ».

Il n'est pas rare lorsque l'on se promène, dans un jardin clos, d'être envahi par un sentiment de paix immense. La plupart des monastères ont souvent un jardin où les moines viennent y chercher une communication plus directe, exempte de tout artifice humain, une relation plus franche avec ce qui est en haut. Même si les jardins ont été façonnés par la main de l'homme, les plus harmonieux, sont souvent ceux qui ont été cultivés sans que l'on aperçoive, les marques de leur créateur.

Lors de notre initiation, lorsque nous entrons dans le cabinet de réflexion, il est inscrit cette suite de lettres : V.I.T.R.I.O.L, sa traduction littérale nous propose de visiter l'intérieur de la terre afin de nous rectifier et de revenir ainsi à la vie, dépouillé de tout ce qui pourrait freiner notre quête. Comme Adam poussière tirée du sol, à qui Dieu insuffle une haleine de vie, nous entamons notre démarche maçonnique par un retour à l'origine. Nous faisons table rase, nous revenons symboliquement à l'instant « T » où il n'y avait rien, l'instant immédiat avant que la création ne se mette en mouvement, nous revenons à l'origine de la vie, simple poussière tirée du sol.

Récemment des astronomes anglais ont pu démontrer que la vie avait de grandes chances d'avoir son origine aux confins de l'Univers. En effet ils ont pu observer après avoir recréé l'espace intersidéral en laboratoire, que les acides aminés, vecteurs indispensables de la matière inerte à la matière vivante, naissaient en présence de la lumière au cœur de la nébuleuse d'Orion, origine de l'observation. La confrontation d'un grain de poussière cosmique, soumis au bombardement de molécules d'hydrogène, d'azote et d'oxygène, enveloppé dans la lumière étincelante, et vous passez de l'inerte au vivant. La vie pourrait donc provenir du fin fond de l'univers, et grâce aux météorites qui ont bombardé la surface de la terre, puis grâce aux conditions climatiques idéales de notre planète, ces acides aminés ont permis de développer des êtres cellulaires de plus en plus complexes.

Pour résumer, la Vie se forme avec un peu de lumière, un peu de terre, et un peu d'air, comme se fut le cas pour la naissance du premier homme. Rappelez-vous mes frères les épreuves que vous avez subies lors de votre initiation : La terre, Le feu, L'eau.

Jardin d'Eden et Loge maçonnique

Comme l'est le temple pour nous francs-maçons, le jardin est le lieu sacré, la transposition à l'échelle humaine de l'univers et notre rituel d'ouverture la chronologie de la création.

Comme à l'origine, le V.M. demande au M. des C., de nous apporter la lumière et le mot, Et les versets de St Jean lus lors de l'ouverture des travaux ne fait que confirmer cette similitude : « Au commencement était le Verbe et le verbe était Dieu...de tout son être il était la vie et la vie est la lumière des hommes ».

La disposition de notre temple est très proche de la création. La voûte céleste au-dessus de nous qui fut créée au deuxième jour. Les deux grands luminaires apparus le quatrième jour. L'arbre de la connaissance du Bien et du Mal, se trouve symbolisé au centre de notre loge par le pavé mosaïque. Les indications de mesure de notre loge sont à l'image de l'univers sans limites, soutenues par trois grands piliers que nous nommons Sagesse Force et Beauté, qui devraient être également les trois principes qui régissent notre quête, et qui ont été les trois grandes lumières fondatrices de la création de l'Univers.

Franc-maçonnerie : Chemin vers l'Harmonie primordiale Avant d'aller plus loin posons-nous quelques questions sur le concept d'harmonie.

A quoi reconnais t-on quelque chose d'harmonieux ? L'harmonie est-elle un état abouti ou peut-il y avoir à la fois évolution et harmonie ? L'harmonie peut-elle être vécue individuellement ou doit-elle être absolument collective ? Quel est le rôle de l'homme dans la création, est-il le gardien, le successeur ou seulement l'ouvrier ? L'harmonie est-elle la conséquence de la création, une étape, un point d'équilibre entre deux désordres ou l'objectif final de celle-ci ? Pourquoi avons-nous été symboliquement chassés du paradis ?

Je n'ai pas la prétention de répondre à toutes ces questions, mais savoir pourquoi nous avons été chassés du paradis est peut-être déjà un premier pas vers cette harmonie primordiale.

Adam mangea du fruit de l’arbre de la connaissance, et par cette action il fut chassé du Paradis. Symboliquement ce passage de la genèse, m’interpelle car elle rejoint admirablement notre quête maçonnique.

Il existe un concept qui nous empêche de travailler en paix : Le Temps qui passe, Au Paradis nous avions l'éternité, dans notre temple nous travaillons en dehors de l'espace et du temps, et pourtant c'est un des concepts les plus difficiles à maîtriser. Bien que le temps soit une conception totalement humaine, elle est un frein à notre progression.

Parce que nous voulons connaître avant d'apprendre que nous avons été chassés du Paradis. Parce que nous pensons que nous sommes capables de gérer la Connaissance, sans passer par l'apprentissage, nous ne goûterons plus aux fruits du Jardin d'Eden. Manger de l'arbre de la Connaissance, c'est s'affranchir de la tutelle de son créateur, pour se fier à son propre jugement, au point de se prendre pour Dieu.

Depuis des millénaires, des milliers d'hommes, ont consacré leur vie à la recherche de l'Harmonie Perdue. Parce que nous avons perdu l'éternité, cette recherche a toujours un goût d'inachevé, et le temps consacré à l'étude nous fait oublier de conserver du temps pour transmettre, et souvent la génération suivante, doit refaire les mêmes pas que la précédente. Cet état de fait accentue l'empressement.
Au sein de notre ordre, et plus particulièrement dans notre atelier, la première chose que nous devons comprendre, est de savoir que nous sommes dans notre ensemble réuni dans une même recherche spirituelle, la méthode est personnelle, le travail souvent individuel, mais tous ces travaux vont dans le même sens, tenter de comprendre l'Univers, et retrouver l'harmonie.

Comme nous le rappelait notre F. Conseiller Fédéral, ce qui nous lie tous ici plus que la fraternité, c'est l'initiation, la fraternité n'étant que la conséquence de l'initiation. L'initiation est le moment le plus fort de notre démarche maçonnique, c'est l'instant ou nous avons décidé d'ouvrir les yeux, c'est le premier pas qui nous ramène vers l'Harmonie primordiale, qui jusqu'à ce que nous rejoignions l'Orient éternel, nous aidera à ne pas flancher devant l'immensité du travail que nous avons décidé d'entreprendre.

L'initiation, si elle est vécue avec sincérité et émotion, déclenche en nous un processus irréversible, plus que tout maintenant nous avons le désir de retrouver la parole perdue, mais notre démarche individuelle ne peut devenir efficace que si elle est vécue collectivement. La fraternité et l'amour véritable, n'apparaît que parce que nous avons reconnu en nous, frères ce même désir ardent, la similitude de notre quête.

Les outils qui mènent vers l'harmonie.

Pour nous aider à travailler tous dans une même direction, nos anciens nous ont légué un langage lisible pour ceux qui le désirent, le symbolisme. A première vue ce que nous voyons posé au centre de notre temple, les signes dessinés sur cette peau, sont inertes. Mais comme les prémisses de la Vie, dont je vous parlais précédemment, sous l'action de la Lumière, ils prennent vie et nous aident à comprendre progressivement la création.

Malheureusement, nous voyons certains de nos F. brûler les étapes. Parce qu'ils ont vu, ils croient connaître. Comme le premier homme Adam, ils pensent être suffisamment érudits pour prétendre à être élevés au grade supérieur.

Ma jeune expérience, quatre années, quatre petites années m'ont permis tout juste d'étudier les symboles du 1er degré, puis de survoler le grade de compagnon, et me voilà déjà maître.

A ceux de mes frères qui brûlent d'impatience de connaître les secrets du degré supérieur, je leur demande le plus objectivement possible, avez vous bien eu le temps de faire le tour de votre grade, avez vous étudié chacun des symboles peints sur ce parchemin.

Dans un deuxième temps demandez-vous pourquoi certains de nos frères qui travaillent dans les ateliers supérieurs, viennent toujours avec le même plaisir, avec cette même ferveur dans nos tenues. On pourrait penser que cela doit les ennuyer d'écouter pour la Xème fois, une planche sur la pierre brute, et pourtant ils sont là dans nos rangs et écoutent avec respect et attention.

Atteindre le grade supérieur, dans notre ordre n'est pas un aboutissement, ce n'est qu'un repère dans le temps terrestre, qui permet de se situer dans la recherche que nous entreprenons. Nous avons été chassés du Paradis, parce que nous voulions tout comprendre, dans un laps de temps infime. Le péché originel ce n'est pas d'avoir mangé le fruit défendu, mais plutôt notre impatience démesurée, la peur de mourir sans tout avoir connu et compris.

Maintenant que nous avons perdu l'Eternité, cette impatience reste ancrée en nous et nous empêche de travailler dans l'harmonie. Le premier travail à faire en entrant dans notre ordre c'est de maîtriser notre impatience. Rester dans le silence pendant les deux premières années d'apprentissage est une excellente méthode, pour y parvenir.

Ne tentez pas de tout connaître restez attentifs à l'essentiel qui se trouve dans notre rituel. L'Homme a perdu l'éternité, mais elle existe encore au sein de notre ordre au travers de la chaîne d'union, seul lien qui permet de traverser le temps terrestre, sans perdre de vue notre objectif primordial la redécouverte de l'Harmonie primordiale.

Désordre et Harmonie.

Quand j'entends les gens clamer « Dieu nous a abandonnés », quand on voit le désordre et le mal prendre possession de cette planète, je leur réponds non. Parce que la pensée annonciatrice de l'action, a été engendrée dans le déséquilibre, dans un moment ou l'émotion prédomine, elle tend vers le chaos.

Notre temple est soutenu par trois grands piliers, les fondations de notre univers : Sagesse, Force et Beauté. Il doit être de même dans notre recherche et notre quête. La Sagesse conçoit, La Force l'achève, La Beauté l'orne. C'est quand l'action suit ces trois principes, qu'elle devient harmonieuse.

Quand je posais la question si l'Harmonie est une fin en soi ou seulement une étape dans évolution de l'univers. Je crois Plutôt qu'à l'égal de l'équerre, elle représente à un moment donné, un signe qui nous permet de mesurer si la voie que nous avons entamée, respecte les trois principes cités précédemment.

Le désordre, comme l'harmonie sont des concepts impalpables au niveau de l’univers. On peut juger si quelque chose est harmonieux, seulement si les règles ont été préétablies auparavant, ce qui au niveau de la création de l'univers dépasse notre entendement.

La seule harmonie à ce jour que nous sommes capables de ressentir, est émotionnelle et encore est-elle imparfaite parce que totalement personnelle et ses fondements sont ceux de la vie profane.

Pourtant au sein de ce temple, il nous arrive de ressentir l'harmonie primordiale. C'est un moment fugace, où tous les esprits libres assemblés dans ce temple se rejoignent, et au lieu de suivre le rituel, le vivent avec sincérité comme ce le fut pour la création du Monde. Nous appelons ça l'Egrégore.

Le chemin est long et sans gloire, mais à portée de celui qui est sincère avec soi même, celui qui déjà, est en harmonie avec lui-même. « Connais-toi, toi-même et tu connaîtras l'Univers » disait Platon. Il sait qu'il ne travaille pas pour lui, mais pour une future génération, peut-être pas la suivante, peut-être pas celle qui suit.

Chaque frère qui s'engage dans cette voie, prend une responsabilité immense, il permettra par le fruit de son travail et de ses recherches à faire progresser cette quête de l'harmonie perdue. Comme le disait un de nos frères lors d'une tenue précédente, la valeur d'une loge se mesure au maillon le plus faible de la chaîne.

J’ai dit V\ M\

Questions posées par mes F\ lors de la tenue où j'ai présenté mon travail

1. Dans l'harmonie y a-t-il une place pour le G\ A\D\L\U\ ?
Je crois que notre F. voulait me demander si nous arrivions à l'harmonie ou si nous la possédions quelle serait la place du Principe, dans cette harmonie.

2. Qu’est-ce que c’est la 4ème colonne et est-elle indispensable pour l'harmonie de notre œuvre ?
Il faut déjà se poser la question : Parlons d'une œuvre collective qui rassemble tous les maçons présents ou parle t’on de notre propre œuvre. La 4ème colonne est sûrement l'homme harmonieux, celui que nous tentons de façonner, celui qui traverse le temps et qui de générations tend vers la perfection à l'image de l'univers. Mais l'univers est-il parfait du premier coup ou lui aussi tend-il vers la perfection au travers de l'éternité, alors dans ce cas y aura-t-il un aboutissement ?

3. Que représente l'harmonie pour nous francs-maçons ?
Question de Rémi à laquelle je n'ai pas encore répondu car très large et qui englobe le programme de cette année et à laquelle je tâcherai de répondre dans les semaines à venir. Pour répondre à cette question il est important de savoir ce que nous cherchons en entrant dans le temple. Puis d'une façon générale l'harmonie est-elle l'aboutissement de notre recherche.

4. Pourquoi avons-nous besoin d'harmonie ?
Cela dépend de chacun, la perception de l'harmonie est très personnelle, mais notre existence étant toujours en déséquilibre affectif, spirituel, je crois que oui nous avons besoin d'harmonie, car l'atteindre à un certain moment, permet au corps et à l'esprit d'être en paix jusqu'à la prochaine question, jusqu'au prochain doute. Le profane se crée son harmonie afin de vivre heureux le plus rapidement possible, alors que nous notre bonheur, c'est de savoir qu'il existe quelque chose de plus grand et même si nous mourions l'esprit empli de questions, de doutes, d'incertitudes, notre paix intérieure existe car nous savons que notre recherche n'est pas vaine. Ou peut-être convainquons-nous que cela n'est pas vain.

5. L'harmonie si elle existe dans la création, est-elle en devenir ou a-t-elle existé puis disparue ?
L'harmonie est en fonction du mouvement de l'univers, elle ne peut s'apprécier que si la création devenait immobile. A ce moment nous pourrions juger si oui ou non elle existe. Tant qu'il existe un mouvement, nous ne pouvons savoir si l'action actuelle n’est pas la base d'une harmonie future. Le concept de temps me gêne beaucoup pour évaluer l'existence de l'harmonie.

6. Le libre arbitre de l'homme n’est-il pas venu prématurément, après le texte de la Genèse ?
Oui sûrement comme je l'exprime dans mon travail, l'empressement de l'homme a engendré sa chute. Nous avançons dans la vie sans savoir notre rôle dans l'univers, c'est pourquoi nous avons tant de mal à atteindre la perfection ou l'harmonie. Aucun homme à ce jour ne connaît l'aboutissement de la création, s'il en existe un évidemment. Nous utilisons notre libre arbitre les yeux bandés sans savoir où nous allons, nous tâtonnons.

Source : www.ledifice.com

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Templier

Publié le 15 Octobre 2013 par x dans Facebook

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"Blog à part"... Parlons sérieusement

Publié le 15 Octobre 2013 par Roger Dachez dans Histoire de la Franc-Maçonnerie

En créant mon propre blog, il y a quelques semaines à peine, je ne présumais pas dans quelle aventure j’allais m’engager ! Je croyais naïvement qu’il me suffirait de placer un « post » de temps en temps, au gré de mes recherches et de mes réflexions, pour les partager simplement. J’ignorais que des messages me parviendraient, nombreux, commentant mes posts, le plus souvent de manière sympathique, et surtout me demandant d’aborder d’autres sujets, de préciser des points, de répondre à des questions : c’est désormais un travail quotidien… L’arrivée de ce blog a été saluée par Jiri Pragman comme « un nouveau blog d’auteur ». Je suppose qu’il voulait dire qu’à la différence de quelques autres, sur lesquels on publie des informations ou des documents d’intérêt général pour les francs-maçons, on n’y trouverait pas ces discussions effrayantes au cours desquelles, à l’abri des pseudos changeants – mais souvent transparents –, des maçons (?) s’invectivent, dénoncent et, disons-le clairement, insultent et injurient en tout impunité qui ils veulent, prêtant à qui leur déplait les plus sombres intentions et les plus noirs desseins. Je n’ai pas échappé à ce sort et l’actualité agitée de la franc-maçonnerie française, depuis quelques semaines, y a évidemment beaucoup contribué. Je veux simplement dire que ce n’est pas ce qui m’intéresse dans la franc-maçonnerie, laquelle occupe une bonne partie de ma vie depuis plus de trente ans. Je persiste à y voir, sans obliger quiconque à partager mon point de vue, une voie exclusivement initiatique, spirituelle, traditionnelle, d’amélioration de soi-même, de travail en commun avec des Frères et Sœurs unis, au-delà de leurs différences, par un véritable amour fraternel. Ces querelles violentes, ces discours haineux, ces messages vengeurs m’affligent profondément et je n’emprunterai évidemment jamais la même voie. C’est pourquoi j’ai, dès l’origine coupé les commentaires sur ce blog – car les pollueurs, qui sont très mobiles, s’y seraient évidemment rués – et c’est aussi ce qui explique que les messages que je reçois – parce qu’ils ne sont pas publics ! – (bouton « Me contacter ») sont pacifiques, intéressants et utiles. Toutefois, avant de retourner à mes « chères études », celles dont je propose le résultat provisoire à mes lecteurs dans les colonnes de ce blog, je voudrais lever quelques équivoques que les Torquemada du web ont récemment suscitées. Je ne dis pas que cela soit très passionnant, mais il m’a paru nécessaire de préciser quelques détails pour ne plus en reparler.

Suis-je un ennemi de la Confédération ?

Je suis avant tout favorable à ce que chacun, en maçonnerie comme ailleurs, puisse faire librement ses choix et suivre la voie qui lui plait. Si une ou plusieurs Obédiences veulent se confédérer, je ne vois pas, dans l’absolu, au nom de quoi on les critiquerait. Cela n’appelle même aucun commentaire. Toutefois, le cas de l’Appel de Bâle est bien différent… Alors que la Confédération – que l’Appel de Bâle ne prévoyait nullement – est aujourd’hui en cale sèche et peine à sortir du néant, on cherche à faire croire que son objet n’est pas (ou plus ?) d’obtenir la reconnaissance par Londres. Je veux simplement rappeler que c’est pourtant le seul objet de l’Appel de Bâle qui y fait expressément référence et n’assigne à son initiative que cet unique but ! Lorsque, dans un élan impressionnant, le Convent de la GLDF a adopté le principe de répondre positivement à cet Appel (97%), j’ai même entendu un certain nombre de Frères me dire, absolument ravis : « Alors ça y est, nous sommes reconnus ! »… Puis il a fallu se réveiller. La GLDF a groupé autour d’elles quelques Obédiences qui pouvaient accepter les Basic Principles anglais (clairement évoqués dans l’Appel de Bâle) afin de se joindre à elle. Je sais de quoi je parle – à la différence de certains commentateurs –, car j’étais du nombre ! Je puis donc certifier que les rencontres avec des représentants qualifiés du groupe de l’Appel de Bâle portaient clairement sur le calendrier de cette reconnaissance : en quelques mois, la Confédération bouclée, reconnaissance par les cinq Grandes Loges européennes puis, dans la foulée, dès la fin 2013 (!), présentation par ces dernières du dossier de reconnaissance de la Confédération par la GLUA, à l’horizon 2014 ! La GLUA, non impliquée dans la négociation, était elle-même régulièrement tenue informée de l’avancement des choses – ce que son Grand Chancelier, dans une déclaration récente, a fini par reconnaitre. Nul ne peut sérieusement et honnêtement dire le contraire. Sauf qu’il y a eu des obstacles. En particulier, et la LNF l’a vu immédiatement, la question des intervisites : on nous avait dit – et personnellement je n’y croyais pas vraiment –, que nous pourrions être reconnus « en restant comme nous étions » : en clair, en conservant nos relations extérieures (GODF, DH, GLFF, etc.). Il a fallu rapidement déchanter, et cela ne m’a pas du tout surpris. Un entretien avec un représentant de haut rang de la Grande Loge régulière de Belgique m’a permis de vérifier que la rupture totale avec les autres Obédiences – du reste explicitement indiquée dans l’Appel de Bâle – était une condition non négociable… Certes, si la LNF a quitté la table, c’est aussi parce que, par un hasard malheureux, au moment où elle s’apprêtait à annoncer son retrait pour les raisons que je viens d’indiquer, un incident s’est produit à propos d’une question historique : j’ai publié un article dans une revue de vulgarisation (Historia), stipulant notamment que la Grande Loge de France n’avait pas été créée en 1728 ou 1738, que l’actuelle n’en dérivait pas, et que la première – celle du XVIIIème siècle – avait finalement fusionné en 1799 avec le GODF. Je le maintiens, car c’est une vérité d’évidence que connaissent tous les historiens. Le Conseil Fédéral de la GLDF et son Grand Maître en ont pris ombrage et ont porté la censure contre moi…en oubliant que j’étais aussi l’un des négociateurs de la Confédération ! J’ai donc aussitôt proposé à la LNF de me démettre de cette fonction. La LNF, unanime, a préféré partir. Mais, une fois encore, les motifs de fond étaient plus sérieux. Il n’est pas difficile, en lisant les blogs, de constater que depuis un an, cette affaire confédérale empoisonne les relations maçonniques françaises. Pourquoi ? Simplement parce que cela dure trop longtemps et ne se déroule pas selon le plan prévu. Tout devait être bouclé avant la fin 2013 : on en est loin, très loin… Que s’est-il passé ? Les deux protagonistes, la GLDF et la GL-AMF, ne sont tout simplement pas d’accord entre eux : la seconde a toujours affirmé que son but était de redevenir régulière (au sens anglais), la première « découvre » que le prix à payer – notamment en matière de relations interobédientelles – est peut-être trop élevé. Je crois que le Grand Maître de la GLDF, en refusant publiquement à plusieurs reprises l’idée d’une rupture – ce qui est évidemment en totale contradiction avec l’Appel de Bâle – exprime son souhait de préserver l’unité de la Grande Loge, et c’est parfaitement normal. Sauf que cette situation ne peut perdurer et que l’irritation qui gagne les esprits, et les conduit à des réactions agressives et à des discours publics parfois stupéfiants, est le symptôme d’un réel malaise. Mon tort aurait-il été de le souligner et d’en dire clairement les raisons ? Pourtant, ne gagnerions-nous pas tous à dire haut et fort la vérité toute simple ?...

Y a-t-il une stratégie derrière Les promesses de l’aube ?

Le petit livre que j’ai co-signé avec Alain Bauer et Michel Barat, proposait une analyse historiquement fondée de la situation actuelle. Il ne suffit pas de s’offusquer devant l’expression « Guerre des obédiences », c’est pourtant bien la réalité actuelle. Car, en rencontrant la difficulté que j’ai évoquée plus haut, on a subtilement tenté de changer le propos de la Confédération : ce serait désormais une simple réunion d’Obédiences spiritualistes… Soit, mais faut-il nécessairement se fédérer et fermer ses portes aux autres pour cultiver sa spécificité ? La LNF par exemple, depuis près de 50 ans, pratique une maçonnerie qu’elle qualifie elle-même, dans sa Charte, de « nature religieuse » – oui, vous avez bien lu ! Elle ne s’intéresse ni au « sociétal », ni aux questions politiques ou économiques. Mais elle a toujours accueilli dans ses loges, et accueillera toujours, tous les membres des Obédiences qui lui font l’amitié de venir la visiter, sans rien leur demander, sans leur faire signer ni même lire quoi que ce soit, simplement pour partager avec eux, le temps d’une tenue et sans engagement de leur part, une vision de la maçonnerie qui n’est peut-être pas la leur. Je pourrais également citer le cas de la GLTSO qui me parait dans un état d’esprit à peu près identique, sans parler du Grand Prieuré des Gaules et de quelques autres de taille plus modeste. Toujours est-il que si la reconnaissance anglaise s’éloigne, reste alors pour la Confédération le seul destin d’un club d’Obédiences qui ne parlent pas aux autres. Beau résultat…mais, après tout, pourquoi pas ? Alain Bauer, qui est mon ami, instrumentalise-t-il tout cela, comme un petit diable ? Libre à chacun de le croire, mais le sens de notre écriture commune – sur certains sujets, et pas sur tous ! – est pourtant très différent. Nous n’avons pas, lui et moi, les mêmes conceptions maçonniques, loin s’en faut, mais nous essayons simplement de montrer que, comme le recommandait Anderson dans le Titre Premier des Constitutions de 1723, des « personnes qui n’auraient pu que demeurer perpétuellement étrangères » peuvent aussi travailler ensemble et constituer ainsi le « centre de l’union ». Est-ce donc si étonnant et si scandaleux ?

La GL-AMF a-t-elle été rejetée du Salon maçonnique du livre de Paris ?

Juste un mot sur l’un des ultimes éclats de cette situation électrique, transformé en déflagration majeure par la vertu d’un célèbre blog… Le Salon maçonnique du livre, organisé par l’IMF dans les locaux de la GLDF depuis dix ans, fut en 2003 une initiative de La Maçonnerie Française, depuis lors disparue corps et biens : elle reposait sur l’idée que des Obédiences différentes peuvent travailler ensemble sans se quereller ni s’enfermer. Une idée idiote, en effet… Depuis l’origine, la GLNF n’ayant pas fait partie de ce mouvement, n’a jamais participé en tant que telle à ce Salon. Toutefois, par esprit d’ouverture, nous avons admis une revue, Villard de Honnecourt – qui se trouve appartenir à la GLNF. Par hasard, le représentant de cette revue est devenu, entre deux salons, membre de la GL-AMF qu’il a naturellement et honnêtement pensé pouvoir représenter. Mais la GL-AMF – que personnellement je respecte pour sa cohérence et sa clarté – est, si je puis dire, dans la même catégorie que la GLNF : elle ne reçoit que les « réguliers » – ce qui n’est pas (encore) le cas de la GLDF, d’ailleurs. Le Comité d’organisation, en mon absence du reste, a donc appliqué la même règle qu’à la GLNF. J’ajoute que cette année, évidemment, Villard de Honnecourt est absent, ce dont personne ne semble s’émouvoir ! Je pense que l’on peut discuter de tout et qu’il ne faut pas insulter l’avenir. J’ai exposé cette situation au Grand Maître de la GL-AMF, un homme affable et raisonnable avec qui j’entretiens des relations courtoises et confiantes, et il l’a bien compris. Lorsque les esprits seront apaisés – si les incendiaires patentés du web cessent leurs méfaits – nous pourrons trouver, j’en suis en tout cas partisan, une solution honorable, équitable et décente. Point final sur cette « tempête dans un dé à coudre »…

Et maintenant ?

Je voudrais conclure ce « Blog à part » sur deux sujets :

1. Je me permets de dire qu’il me parait nécessaire, pour le bien commun de la franc-maçonnerie, que les équivoques de la Confédération soient rapidement levées, afin que le calme revienne dans les esprits. De quel droit ? Simplement du droit que possède tout franc-maçon sincère de souhaiter que la franc-maçonnerie soit sereine… Il serait simple de demander aux Députés du Convent de la GLDF de trancher : rupture ou pas rupture. J’ai mentionné dans un post la fourchette de 70 à 90% de votes éventuellement favorables. On m’a reproché cette mention, voire cette affabulation. Pourtant je la tiens, je le répète, de sources internes sérieuses et recoupées. Mais je l’ai présentée au conditionnel, en précisant qu’on ne savait plus très bien qui disait vrai à la GLDF, tant les discours y sont contradictoires. Et cette fourchette ne concernerait que les Députés (qui ont bien voté successivement à 97% et 90% pour l’Appel de Bâle, qui prévoit explicitement la rupture des relations interobédientielles « irrégulières », et pour la Confédération !) mais cela n’engage pas les Frères des Loges : la proportion serait-elle la même parmi eux ? Je l’ignore évidemment. La GLDF, comme l’ont envisagé froidement certains, ne devrait-elle pas passer par une scission ? Cela n’expliquerait-il pas, et c’est tout à son honneur, la prudence de loup de son Grand Maître actuel ? Il est clair que 2014 sera l’année de tous les dangers pour la GLDF – car la GL-AMF, quant à elle, est apparemment toujours droit dans ses bottes, sur sa ligne fondatrice – mais nous devons tous souhaiter que des Frères, souverainement, fassent leur choix, prennent le chemin qui leur convient, afin que la paix revienne, car la GLDF pèse toujours d’un grand poids dans le concert maçonnique français. Mais, quoi qu’il arrive, elle n’échappera pas au choix cornélien que nous avons détaillé dans Les Promesses…

2. Quant à moi, je permettrai de ne plus reparler de ces questions. J’ai mieux à faire, je crois. J’ignore si l’IMF survivra à la crise actuelle du paysage maçonnique français – nous l'avons écrit, dans notre livre, beaucoup de choses nées en 2003 ont été méthodiquement détruites, et ce sera peut-être la dernière – mais il se trouve que je ne vis certainement pas pour être « Président » de l’IMF, ce serait même tout à fait dérisoire. Si cela survient, je me contenterai de dire clairement qui a voulu cette destruction et j’en exposerai les raisons – pour l’histoire… Ce qui me passionne avant tout, ce qui me fait avancer dans ma vie, c’est seulement la recherche, le travail, la quête spirituelle que je partage avec mes Frères et mes Sœurs, sur ce blog et dans les loges, les miennes et les leurs. Et je n’ai pas l’intention de dévier de cette voie que je parcours avec bonheur – malgré tout ! – depuis plus de 30 ans.

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/archive/2013/10/09/blog-a-part-parlons-serieusement-5192626.html

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Irish blessing

Publié le 13 Octobre 2013 par X dans Irlande

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L'image du jour

Publié le 12 Octobre 2013 par x

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Martinisme" et franc-maçonnerie : les équivoques spirituelles du Régime Ecossais Rectifié

Publié le 10 Octobre 2013 par X dans Histoire du RER

Il est, en maçonnerie comme ailleurs, des mots dont le destin est si compliqué que leur emploi même devient problématique. Ainsi du mot « martinisme » que l’on croit aisément saisir, pour le célébrer comme pour s’en distancier, mais qui pourtant, très souvent, trompe son monde en jouant sur les multiples sens qu’il renferme et mélange à loisir. En guise de préambule, rappelons-les brièvement. Au XVIIIème siècle et au début du XIXème, ce mot avant tout désigne deux groupes de personnes, deux milieux partiellement recouvrants mais pas exactement identiques, loin de là :

1. Le premier groupe rassemble les disciples de Martinès de Pasqually – quelques dizaines « d’émules », tout au plus –, qui entre Bordeaux et Lyon principalement, ont suivi leur maître – souvent avec difficulté – dans les tortueux méandres de sa pensées et de ses rituels, et cela pendant quelques années à peine, surtout entre 1767 et 1772. Les savantes distinctions lexicographiques que nous opérons de nos jours, en distinguant les « martinistes » et les « martinèsistes », n’avaient pas cours à cette époque et l’on parlait de « martinistes » pour qualifier les disciples d’un homme dont le nom connaissait du reste d’innombrables variantes, l’un d’entre elles, attestée au XVIIIème siècle, étant du reste « Martin Pascal » !

2. D’autre part, le principal de disciple de Martinès, je veux parler de Louis-Claude de Saint-Martin, avait forgé – à partir de 1775, c’est à dire après la disparition de son maître – une œuvre personnelle et s’était fait connaître et apprécier par un cercle de familiers – on n’ose encore parler de disciples – et, du fait d’une curieuse coïncidence homophonique, ces derniers prirent assez naturellement, ou on leur attribua, le nom de « martinistes », à eux aussi !

Cette première équivoque – nous verrons bientôt que le sujet nous en réserve d’autres – n’est pas a priori la plus fâcheuse, car elle est assez naturelle et traduit une réelle continuité spirituelle d’un homme à l’autre. Elle ne va cependant pas sans soulever d’emblée quelques problèmes dont il faut résumer ici l’essentiel. Mon propos n’est pas de reprendre en détail la doctrine et les enseignements de Martinès pour les confronter aux idées mystiques de Saint-Martin, mais de repérer ce que j’appellerais volontiers quelques « couples d’oppositions » qui, à travers des ruptures ponctuelles entre le maître et son élève, nous introduisent à une réelle dissemblance de leurs pensées respectives, ce que précisément l’unicité trompeuse du mot « martinisme », qui les rapproche pour parfois les confondre, ne nous permet plus toujours d’apercevoir. On pourrait démultiplier à loisir la liste de ces contrastes, tant le monde que nous abordons est complexe et déroutant – sans parler des questions de langage et de terminologie, les mots employés par l’un et par l’autre variant souvent de sens, ce qui rajoute un niveau de difficulté. Je me bornerai, pour la clarté des choses, à souligner trois oppositions qui éclaireront, je l'espère, les sources du RER, comme on le verra plus loin.

La première ligne de partage est celle qui sépare le maître spirituel du témoin. C’est celle que l’on souligne le moins souvent ; c’est pourtant celle qui me parait la plus lourdement chargée de sens. Martinès de Pasqually dont les sources sont à peu près inconnues – même si l’on peut avec quelque vraisemblance en soupçonner quelques unes –, et lui-même n’a jamais souhaité s’expliquer à ce sujet, se limitant à dire qu’il « transmettait ce qu’il avait reçu »…  Mais le ton qu’il emploie, en revanche, est très connoté. C’est comme un prophète qu’il s’exprime bien souvent, affirmant avec autorité, s’imposant avec véhémence, apparemment sûr de lui, comme conduit, guidé par quelque entité supérieure. On peut citer, dans un registre presque théâtral, cette crise de larmes qui le saisit lors d’une de ses toutes premières rencontres avec Willermoz, révélant à son nouvel émule, tout bouleversé par un tel spectacle, qu’on vient de lui signifier que grâce à lui certaine faute ancienne venait de lui être pardonnée. Vision fugitive de l’au-delà, communication angélique ou divine ? Nul ne le sait, et Martinès n’en dit rien, mais de telles aventures n’arrivent pas à n’importe qui. Martinès revendique sans le dire expressément, laisse soupçonner sans l’affirmer clairement, qu’il possède, si l’on peut dire, un « canal particulier » avec le Ciel ou avec des Esprits qui en proviennent directement. On ne s’étonnera guère que ses disciples, pourtant des hommes raisonnables et avisés – comme l’habile négociant que fut toujours Willermoz – aient presque tout accepté sans rien dire : les incartades du maître, ses jongleries financières, ses dérobades permanentes lorsqu’il s’agissait de livrer rituels et instructions promis depuis des mois, mille fois différés, jamais achevés. On comprend aussi que Willermoz, sans manifester le moindre doute, rapporte encore, bien des années après la mort de Martinès, que ce dernier, au jour et à l’heure présumés de son décès, à Saint Domingue, était apparu à Madame Pasqually restée à Bordeaux, son spectre traversant le salon où elle était à son ouvrage, en lui faisant un signe de la main : « fait qui a été confirmé et vérifié », ajoute Willermoz le plus sérieusement du monde. L’aurait-il simplement cru de son voisin ou même du pape ?  On pourrait certes sourire mais mon but n’est pas de faire sourire, ce qui est un peu trop facile dans le cas présent ; c’est plutôt de pointer ces anecdotes pour révéler la vraie nature de Martinès, ou du moins la relation spéciale qu’il entretint avec ses disciples les plus proches et les plus convaincus. Après la disparition de leur Maître, alors que l’Ordre s’achemine à grands pas vers sa fin, ces derniers réunissent à Lyon, entre 1774 et 1776, sous la houlette des plus brillants d’entre eux, pour y donner ce que l’on nomme aujourd’hui « Les Leçons de Lyon » : un cours d’exégèse des paroles de Martinès, un décryptage courageux d’un enseignement souvent impénétrable et jamais consigné de manière cohérente. Une seule chose manque pourtant à leur travail : une approche critique. Jamais, en effet, la légitimité de ce que l’on pourrait ici appeler les « logia » (c’est-à-dire des « saintes paroles ») du Maître ne sera remise en cause. Les trois professeurs de martinisme sont alors Du Roy d’Hauterive – un protestant passé au catholicisme sous l’influence de Martinès (le Ciel le lui pardonnera peut-être !) – Willermoz et bien sûr Saint-Martin qui en laissera une version personnelle, les Dix Instructions à un Homme de Désir. Comme les disciples de Jésus, incrédules devant sa fin inexplicable et cherchant dans les énigmes de ses paraboles la raison de son départ – et plus encore la promesse de son retour –, les émules de Lyon disaient entre eux : « Que voulait-il dire ? ». Tel fut pour eux Martinès : celui qui n’avait finalement rien livré mais qui aurait pu tout dire. On sait ce que Martinès a dit de lui-même, en revanche, prévenant d’avance toutes les critiques : « Quant à moi, je suis homme et je ne crois point avoir vers moi plus qu’un autre homme […] Je ne suis ni dieu, ni diable, ni sorcier, ni magicien. » Reste en tout cas pour l’historien une énigme que la documentation ne suffit pas à résoudre.

Or, combien Saint-Martin diffère de ce portrait ! Lui qui, docile mais déjà dubitatif devant les rituels incroyablement compliqués que lui prescrivait son Maître, l’interrogeait naïvement : « Faut-il donc tant de choses pour prier le Bon Dieu ? »… Martinès proclamait alors que Saint-Martin rendait témoignage, au sens même que revêt cette expression dans le célébrissime Prologue de l’Evangile de Jean dont un membre de phrase orne, dans le Rite Ecossais Rectifié, le triangle de l’Orient : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n'était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, lui par qui le monde s'était fait, mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu. »  

Tel était sans doute Saint-Martin. Prenons garde à ne pas l’oublier. Son « martinisme » – je reviendrai  sur l'incroyable flou sémantique de ce terme – n’est pas une doctrine, c’est avant tout une disposition de l’âme. Et comment ne pas reconnaître cet envoyé « qui était dans le monde » mais que « le monde n’a pas reconnu », dans l'ombre de celui qui se faisait précisément appeler le « Philosophe Inconnu » ?.

Le deuxième contraste que je voudrais envisager, et qui précise celui que l’on vient d’évoquer, est celui qui oppose la théurgie à la mystique. Nous sommes ici sur un terrain plus affermi, et surtout dans une distinction plus classique. On pourrait aisément résumer en peu de mots cette différence : Martinès a écrit des rituels, prescrit des opérations ; Saint-Martin a écrit des prières et prêché la méditation solitaire et le contact personnel avec Dieu. Pourtant, les choses sont assurément plus complexes. Il existe, en Occident, depuis au moins la Renaissance, une tradition assez bien documentée de ce que l’on nomme la « magie cérémonielle ». Entendons par là, non pas les sombres et parfois douteuses procédures des magiciens et des sorcières de campagne, puisant dans les Clavicules de Salomon et le Grand Albert – célèbres classiques du genre depuis le Moyen Age – les moyens de ravir la fiancée d’un ennemi, de faire périr son troupeau, ou plus simplement de lui « nouer l’aiguillette »… Par magie cérémonielle, il faut entendre un genre nouveau, dans le sillage de Cornelius Agrippa, Giordano Bruno ou John Dee, des célébrations qui n’ont pas d’objet particulier, qui ne cherchent aucun effet concret dans le moindre matériel, pas de manifestation hors du commun, mais visent cependant à établir avec la Surnature, l’Au-delà du monde immédiat, un rapport d’un type particulier, à faire vibrer si l’on peut dire, en accord avec l’un des grands principes de l’ésotérisme occidental qui dit que « Tout est Vivant », les harmonies secrètes qui tissent le monde subtil qui nous entoure. Le but est en quelque sorte faire naître en nous, de faire naître en l’opérateur, le sentiment réel de son immersion dans un monde qui va bien plus loin que les apparences, briser la surface des choses. Le sommet de cette magie cérémonielle est la théurgie qui ne vise à rien de moins que de convoquer Dieu – si l’on peut ainsi s’exprimer – ou du moins de rendre palpable la présence de ses Esprits les plus élevés. Dans quel but ? Uniquement pour vérifier leur présence, sentir leur proximité et, du même coup, constater leur amitié. C’est à cela que vise Martinès avec ses rituels compliqués. Il n’a jamais cherché, comme tant de charlatans, à fabriquer des philtres d’amour ni à favoriser ses affaires par des procédés occultes – ses affaires furent du reste calamiteuses et ses finances catastrophiques tout au long de sa vie. Ce qu’il ambitionne, c’est de susciter la présence intime et vécue du Divin. Expérience au demeurant strictement personnelle et privée puisque les effets lumineux et sonores qui, selon lui, attestaient du succès des opérations, étaient exclusivement réservés à l’opérateur, les autres personnes présentes ne percevant rien. On voit que cette théurgie toute intérieure est bien éloignée de la magie vulgaire. Elle a presque la valeur d’une expérience mystique. Et c’est ici que Saint-Martin, si l’on veut bien y prendre garde, n’est pas si éloigné qu’on le croirait de son Maître Martinès. Voyons cela de plus près. De même qu’il existe en Occident une tradition de la magie vulgaire, je l’ai dit, il existe une tradition encore plus brillante de la mystique extatique, faite de transes et de convulsions, d’états seconds, de poings tordus et d’yeux révulsés – pour ne pas parler des troublants émois de Thérèse d’Avila, le cœur transpercé par le dard d’un petit ange et éprouvant alors une délicieuse torpeur où, disait-elle, « le corps lui-même a sa part », expérience dont la célèbre statue du Bernin, à Rome, a parfaitement saisi la nature… Mais la mystique de Saint-Martin ne se situe assurément pas dans ce registre là – de même que la magie de son Maître avait peu à voir avec celle de Harry Potter ! Si la théurgie de Martinès est une magie cérémonielle, on pourrait dire que la mystique de Saint-Martin est une méditation ritualisée. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on veut dire par là, mais cette idée me parait importante. Saint-Martin s’est incontestablement, après la mort de Martinès, éloigné de la théurgie et de ses rituels –même des simples rituels maçonniques rectifiés, puisqu’il n’a pratiquement plus participé à aucune loge ni à aucun autre niveau de l’Ordre rectifié à partir de cette époque. Mais, pour autant, il ne s’est pas réfugié dans une pure introspection. Ce serait une profonde erreur que de croire, influencé par le mot de Papus qualifiant cela de « voie cardiaque » – une terminologie anatomique qui trahit le médecin de formation – que Saint-Martin se serait livré à une sorte de délectation morose, de vague prière un peu larmoyante, comme son siècle en avait la spécialité. Saint-Martin, après Martinès, n’est pas resté longtemps orphelin. Il a trouvé un père de substitution, son deuxième maître. Il s’agit de Jacob Boehme. Et cette découvert est essentielle car c’est une clé pour comprendre Saint-Martin – et à travers lui, qui s’est qualifié de « coën » jusqu’à la fin de ses jours, pour saisir le sens nouveau qu’il a donné, en toute connaissance de cause, lui le disciple du premier rang, à la doctrine spirituelle de son premier maître. Avec Jacob Boehme, ce n’est de plus de théurgie qu’il faut parler, mais de théosophie : la nuance est d’importance mais surtout la mutation est révélatrice. Je ne crois pas, en l’occurrence, qu’il s’agisse d’un reniement. Je pense qu’il y a là comme un accomplissement. Boehme, à qui Saint-Martin consacrera les 15 dernières années de sa vie, quant il n’en avait donné qu’une demi-douzaine à son Maître ; Boehme dont il traduira le premier les œuvres en français après voir tout exprès appris l’allemand pour cette seule raison ; Boehme, enfin, dont Saint-Martin dira qu’il fallait non point l’opposer mais l’unir à Martinès, et chez qui il retrouvait non seulement toutes les doctrines de ce dernier mais dont il pensait qu’il l’avait dépassé en ampleur et en profondeur. Quel extraordinaire aveu ! Ce point, qui nécessiterait de longs développements, a encore été trop négligé dans les milieux rectifiés. Or, Saint-Martin le dit avec force et netteté : dans cette voie spirituelle particulière, la théosophie de Boehme est à la fois une source et un aboutissement. Et comme toute théosophie, elle se nourrit moins de rituels et d’invocations que d’images et de signes, visualisés, médités, intériorisés. C’est la voie des médiations et de l’imagination active dont Antoine Faivre nous a dit, dans sa fameuse typologie des invariants de l’ésotérisme, qu’elle en est précisément l’une des composantes essentielles. J'y reviendrai. (à suivre)

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/archive/2013/10/06/martinisme-et-franc-maconnerie-les-equivoques-spirituelles-5.html

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L'épopée de William Wallace (1297-1298)

Publié le 5 Octobre 2013 par X dans Chevalerie

William Wallace apparaît dans l'histoire en assassinant le shérif anglais de Lanark pour venger la mort de sa bien aimée (Marion Braidfute). En raison de ce crime, il est mis hors la loi et se réfugie dans les bois où il est bientôt rejoint par une trentaine de compagnons avec lesquels il massacre la garnison anglaise de Lanark(en mai 1297). C'est le signal de la rébellion. De grands seigneurs ne tardent pas à se joindre à lui, William Douglas, qui devient son lieutenant, Robert Wishart, évêque de Glasgow qui parvient à rallier James Stewart le Grand Sénéchal à la cause et bientôt Robert Bruce le Jeunerompant par là la réputation d'anglophilie de la famille Bruce. Et c'est avec une armée que Wallace met le siège devant Dundeeau mois d'août 1297. Le comte de Surrey et Hugh Cressingham, trésorier, réagissent et placent leur troupe à Stirling coupant ainsi Wallace de ses arrières.

William Wallace rompt alors le siège et se dirige vers Stirling. Mais lorsqu'il arrive, les Anglais sont déjà solidement positionnés et plus nombreux – 10 000 fantassins et 300 cavaliers contre 4 000 fantassins et 180 cavaliers écossais[réf. nécessaire]. La situation semble désespérée pour les Écossais qui parviennent cependant à profiter de la maladresse d'un chevalier anglais qui souhaitait engager le combat prématurément. Suite à ce renversement de situation, les Anglais perdent 3 000 hommes dont plus de 100 chevaliers. La victoire écossaiseest éclatante.

Quelques villes ne tardent pas à ouvrir leurs portes dont : Aberdeen, Dundee, Perth, Stirling, Édimbourg, Roxburgh, Berwick. Wallace dirige en octobre-novembre 1297des campagnes qui le mènent jusque dans le Cumberland et le Northumberland, tout en faisant régner l'ordre dans les territoires sous son pouvoir. Il est proclamé avant mars 1298 « gardien du royaume d'Écosse ». Édouard Ier doit intervenir en personne, abandonnant un temps le continent - où il appuyait les Flamands contre la France - pour reprendre le contrôle de l'Écosse. Il reprend Berwick en juillet 1298, puis Roxburgh. Il parvient à couper le chemin de Wallace à Falkirk. L'armée écossaise y est écrasée le 22 juillet 1298 - 2 000 morts. C'est la fin de l'épopée de Wallace.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Wallace

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Forget me not

Publié le 3 Octobre 2013 par X dans Facebook

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William Wallace

Publié le 2 Octobre 2013 par T.D

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La position d'Ordre au REAA : pratique et symbolisme

Publié le 2 Octobre 2013 par Laurent Remise dans Planches

En préambule, je voudrais m’adresser à nos jeunes apprentis. Profitez de ce moment où lors de votre passage du monde profane au nouvel univers de la F∴ M∴; vous découvrez que votre initiation à la connaissance du visible et de l’invisible restera l’un des moments les plus forts de votre existence et que ce réveil de la conscience restera indissoluble quelques seront vos futurs choix de vie. Le degré d’apprenti reste pour moi et je le pense pour tous les Francs-Maçons le degré le plus fort.
Alors commencez la taille de votre pierre harmonieusement et soyez attentifs à tous les symboles de votre grade car ils tailleront votre pierre d’une manière irréversible ; c’est sur cette taille initiale que vous vous appuierez pour polir votre pierre ultérieurement.
Ce que je vous invite à faire, à travers cette planche, c'est de réfléchir sur nos rituels, nos symboles et nos pratiques sans à priori en cherchant la voie ésotérique sur notre pavé mosaïque. Concernant la position d’ordre j’ai confronté sa pratique et son symbolisme et, force est de constater qu’elles sont différentes.
Dans la plupart des ateliers travaillant au R
∴E∴A∴A∴, que ce soit au G∴O∴D∴F∴ ou à la G∴L∴D∴F∴ ou à la G∴L∴F∴F∴ ou au D∴H∴, nous avons tous observés la même pratique que dans notre Respectable Loge telle qu’elle est décrite dans le rituel particulier de l’atelier en p. 3, à savoir : « il se fait le bras droit horizontal replié, paume de la main tournée vers le sol, pouce à l'équerre contre le cou.»
Pourtant, dans le rituel d’intégration particulier de notre Respectable Loge, reprenant Oswald Wirth, la position d’ordre y est décrite de manière différente, à savoir : « La main droite, placée en équerre sur la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s'agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile susceptible de compromettre la lucidité de l'esprit. L'Ordre de l'Apprenti signifie qu'il cherche à être en possession de lui-même et qu'il s'attache à juger avec impartialité.»
Convenons immédiatement que si l’explication symbolique est très explicite pour comprendre la position d’ordre, en revanche, le description de celle-ci en elle-même manque peut-être de précision. En effet, « la main droite placée en équerre sur la gorge » ne précise pas mais sous-entend seulement qu’elle est à plat (en effet, le sur la gorge sous-entend que c’est la main dans son entier et pas son bord qui est placé sur la gorge ; mais l’explication symbolique de la position d’ordre nous éclaire).
Voilà, concernant la même position d’ordre, 2 descriptions différentes ... S’il me semble évident qu’il faudrait les mettre en adéquation l’une avec l’autre, le but de ce tracé est de savoir lequel nous devrions changer. Devons-nous aligner notre rituel sur notre manuel d’instruction ou l’inverse ?

Pour mieux faciliter la compréhension des diverses pratiques, nous devons aussi souligner que le signe pénal qui succède au signe d’ordre, symbolise « que je préférerais avoir la gorge tranchée, plutôt que de révéler les secrets qui m'ont été confiés » et que nous y joignons le geste au symbolisme.

Mais n’anticipons pas trop vite, revenons à la position d’ordre. Que symbolise t’elle ? Comme il est si justement dit dans notre rituel d’instruction au 1er degré, elle symbolise notre maîtrise du bouillonnement de nos passions qui s’agitent dans la poitrine et préserve ainsi la tête de toute exaltation fébrile. A travers cette position d’ordre, nous cherchons à être en possession de nous-même. Il n’est pas encore question de quelque tranchement de gorge que ce soit à l’instant précis de la position d’ordre. Ca, c’est pour après, lors du signe pénal.

Alors la pratique observée dans les autres Loges et sur nos colonnes pouce à l’équerre contre le cou, paume de la main tournée vers le sol est-elle juste eu égard du symbolisme ?

Que dit le rituel de référence de la G
∴L∴D∴F∴ sur la position d’ordre et sur le signe pénal ?   
«Le signe d’ordre :
Etant debout, pieds en équerre à angle droit, le gauche devant orienté ouest-est, talon contre talon, porter la main droite étendue (quatre doigts joints et pouce écarté formant une équerre) à plat sous la gorge posés sur le haut de la poitrine ; bras et avant-bras droits relevés horizontalement dans le prolongement de l’épaule, bras gauche allongé normalement le long du corps.
Lorsque l’on reste en cette position, on est à l’ordre.
On quitte cette position par le signe pénal.
Le signe pénal ou de reconnaissance :
Etant à l’ordre, retirer la main droite horizontalement vers l’épaule droite et la laisser retomber le long du corps, le bras allongé, décrivant ainsi une équerre.»

Remarquez que dans ce rituel, la G
∴L∴D∴F∴ a fait le choix de préciser la description d’Oswald Wirth. Notre rite étant très attaché à la Tradition, je suis allé en quête d’anciens rituels. Que disent-ils ? Le rituel dit «Cerbu» :
«Placez la main droite au niveau de la gorge, le pouce en équerre, l'avant-bras droit horizontal ; cela s'appelle "se mettre à l'ordre".»
Le rituel de la G
∴L∴N∴F∴ de 1802 (d’après rituels anciens) :
« la main droite placée en équerre sur la gorge, parait contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit.»

Et celui de la Grande Loge Générale Ecossaise de France de 1804 (ancêtre de la G
∴L∴D∴F∴) :
«Il (le signe d’ordre) se fait en portant la main droite étendue à la gorge, de manière que le Larynx se trouve entre l'index et le pouce, on élève le Coude à la hauteur de la main, ce qui forme une ligne horizontale, (...).»

Tous les rituels cités sont tous en accord entre eux et avec notre manuel d’instruction. En revanche, dans des rituels plus anciens, je n’ai pas trouvé de description précise de la position d’ordre qui se transmettait par voie orale.

Jules Boucher donne une description du signe d'ordre, dans « la symbolique maçonnique » que je partage en tous points, en p. 322 :
« Le signe d’apprenti comprend, comme tous les signes maçonniques, deux gestes distincts : le signe d’ordre et le signe proprement dit.
Se « mettre à l’ordre », c’est placer la main droite à plat sous la gorge, les quatre doigts serrés et le pouce écarté formant l’équerre. La main gauche reste pendante.
«Faire le signe», c’est redresser la main perpendiculairement à la gorge, la ramener à l’épaule droite et le faire retomber le long du flanc droit.»

«Ce signe porte généralement le nom de «guttural». On l’interprète d’une façon tout exotérique en lui attribuant cette signification : «Je préfèrerais avoir la gorge coupée, plutôt que de révéler les secrets qui m’ont été confiés.»

Wirth dit en p. 148 du Livre de l’Apprenti : «La main droite placée en Equerre sous la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute excitation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit. Le signe d’Apprenti signifie à ce point de vue : «je suis en possession de moi-même et je m’attache à juger de tout avec impartialité.»»
(...)
Il est exact que le Maçon, en accomplissant ce geste, se couvre de l’Equerre, signe de rectitude, et que d’autre part, suivant les catéchismes rituels, le Maçon vient en Loge « pour vaincre ses passions, soumettre sa volonté et faire de nouveaux progrès en maçonnerie ». Le geste est le signe extérieur de cette volition.
Chaque fois qu’un Frère prend la parole en Loge, il doit se «mettre à l’ordre». Nul n’est exempté de cette obligation. Indépendamment de la valeur réelle du signe, il faut remarquer que ce geste, si simple en apparence, empêche tout autre geste et par suite toute véhémence. Combien d’orateurs - profanes - parlent plus encore peut-être avec leurs mains qu’avec leur voix !
Il faut aussi se souvenir que l’Apprenti, durant son stage à ce degré, doit être «silencieux», et son signe, appuyant sur la gorge, indique son mutisme non pas par incapacité de parole, mais par sa propre volonté.»

Si l’on veut aller plus loin au niveau symbolisme, on pourra dire que dans la pratique, le bras droit décrit 2 équerres alors que dans le respect du symbolisme du rituel décrit par Jules Boucher et Oswald Wirth, nous décrivons une équerre de plus en relevant la main droite pour la rendre tranchante sur notre gorge. 3 équerres, nombre nettement plus symbolique que le chiffre 2 au grade d’apprenti, me semble t’il... Cette description, commune à tous les écrits est sans ambiguïté et recoupe en tous points notre manuel d’instruction mais pas les pratiques dans les différentes Loges travaillant au R
∴E∴A∴A∴.
Revenons sur le signe d’ordre d’apprenti et son symbolisme.
- Le signe d’ordre se fait d’abord les deux pieds en équerre qui assure notre stabilité et nous enracine dans la terre source de la matière originelle dont notre corps est issu.

- Le bras droit à l’horizontal montre à ce corps matériel qui est né et qui vit qu’il est appelé à mourir et à retourner à la terre laissant à la partie haute du corps la vision immatérielle de l’invisible, qui fait de nous autre chose qu’un simple corps. C’est cette partie haute qui fait que nous existons vraiment et qui nous permettra de laisser une trace improbable après notre mort physique.

- La main droite placée à plat sous la gorge, le pouce en équerre, retient notre volonté d’aller plus loin, de laisser nos passions nous submerger et de ne pas nous exprimer dans l’excessif, de rester autonome. Elle permet aussi de se libérer des idées préconçues (ce qui tombe à pic pour le travail de ce soir...).
- Le bras gauche immobile le long du corps nous donne le sens du centre de la matière et de la gravité qui ramène en permanence notre esprit vers la matière, ce qui nous oblige à un effort permanent pour que notre esprit s’éloigne de notre condition humaine.
Ce signe d’ordre est aussi, au grade d’apprenti, un signe commun à tous les membres de la Loge nivelant ainsi tous les grades dans l’égalité, donnant ainsi à sa structure une homogénéité parfaite. Nous nous élevons à l’ordre et dans l’ordre, maitre de nous-mêmes. C’est pour sauvegarder l’unicité et l’homogénéité de la Loge que j’ai adopté la position d’ordre pratiquée dans notre atelier, même si j’explique pourquoi je la conteste à travers cette planche.
Seul le silence semble donner à l’apprenti le sentiment de ne pas pouvoir participer, mais il saura plus tard que ce silence est en fait son plus grand avantage. Car c’est par ma position d’ordre que j'essaie de ne prendre la parole que pour apporter quelque chose de plus, de différent de ce que mes frères apportent à la construction de notre édifice et que j’ai compris que le devoir à la parole n'est pas incompatible avec le droit au silence.
Une évidence sans doute, mais qui me semble être importante, est que cette position évite le désordre, elle ordonne chacun d’entre-nous en nous mettant à l’ordre.

N’avez-vous pas observé que lorsque notre V
∴M∴ prononce cette phrase « debout et à l’ordre mes FF∴», nous sommes envahis d’une plénitude infinie. Je l’associe personnellement à la puissance dégagée par cette position d’ordre. Elle procure une sérénité et une puissance de perception des choses. Il devient inutile de parler, il suffit de ressentir.
Quand je suis à l’ordre, les idées arrivent d’elles-mêmes, je ne retiens que l’essentiel à traduire en parole évitant le logos et je pense à la main droite posée à plat sur la poitrine, juste sous les clavicules, sur la partie supérieur de l’os Sternal appelé le Manubrium Sternal. L’image de cet os qu’on me donna est celle d’un glaive ! le Manubrium étant le manche et le corps du sternum la lame.

La main droite est donc ouverte sur le manche du glaive, elle met en relation le centre énergétique cardiaque et le centre énergétique laryngé. La position de la main pourrait donc être le moyen de mettre en relation le sentiment d’altruisme avec le verbe (ne dit-on pas parler avec son coeur) et ainsi permettre à l’homme de maîtriser sa pensée et d’apprendre à devenir un homme libre.

La main gauche, quant à elle, est collée le long de la cuisse, c’est la main du coeur. Comme lui, dans cette position, elle doit être calme, sans passion. Là aussi la pratique est souvent différente pour un observateur qui constate que chaque main gauche a un comportement différent. Même si le discours de l’intervenant paraît serein, le comportement de sa main gauche le trahit (qui de l’impatience, qui de la nervosité, qui de l’inconfort de la situation,...).

Mais dans tous les cas, la sérénité et la courtoisie des échanges d’idées est conservée et c’est probablement là l’essentiel ; c’est à la position d’ordre que nous le devons certainement en grande partie.

Et la position des pieds à l’équerre ouverts vers l’avant, la pointe en arrière et celle de la main droite ouverte à l’arrière la pointe vers l’avant sont disposés, en s’entrelaçant, à l’identique de l’équerre et du compas. Là où se trouve notre coeur, nous retrouvons le livre de la loi sacré.

Si on regarde un apprenti debout, de profil et à l’ordre : la main droite sur la poitrine symbolisant le compas, les pieds à angle droit symbolisant l’équerre, la main est à l’aplomb des pieds, le coeur se projette juste au centre en arrière de la main mais en avant des talons. La similitude est trop forte pour que je passe à côté ! Ne serions-nous pas nous-mêmes notre propre livre de la loi Sacré ?

Je pense que cette position d’ordre, parfaitement exécutée rituellement, permet d’être parfaitement centré et en équilibre.

Comme, de plus, la conscience est placée au niveau du coeur, on ressent, à n’en pas douter, toute la plénitude et la puissance de cette position.

Notre rituel induit la politesse qui est la première des vertus celle qui permet toutes les autres : «les bonnes manières précèdent les bonnes actions.» c'est en pratiquant la vertu que l'on devient vertueux et donc du bon rituel que l’on se rapproche de son symbolisme. Une loge, grâce à la position d’ordre, doit être un lieu où s’exprime réellement la fraternité entre ses membres, où, pour reprendre la formule de Pavese, il est possible de «montrer sa faiblesse sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force.»

La pratique ne me semble pas juste et elle déséquilibre gravement la position d’ordre telle qu’on peut la vivre grâce à son symbolisme. En effet, comment dominer ses passions et son logos autrement que paume de la main posée à plat sous la gorge ? Le bord tranchant de la main que nous présentons à notre gorge dans notre pratique ne peut pas servir à cela. Mais pourquoi la pratique est elle devenue différente du rituel ? A mon humble avis, par anticipation du signe pénal. Elle a perdu ainsi une partie de sa puissance rituelle et symbolique.

Alors certes, que je positionne ma main à plat sur la gorge ou à l’équerre de la gorge ne va pas me changer ma vie de maçon au R
∴E∴A∴A∴., c’est une évidence. Néanmoins, je dois souligner qu’à force de petites choses qui s’écartent du symbolisme du R∴E∴A∴A∴, celui-ci a une certaine tendance à perdre de sa cohérence, ce que je regrette. Je pourrais citer mains exemples...
J’invite donc tous mes FF
∴ à réfléchir pour adopter une pratique de la position d’ordre qui soit plus conforme au rituel et à son symbolisme et de prolonger cette réflexion sur d’autres aspects de notre rituel afin que celui-ci recouvre toute sa cohérence pour nous rapprocher toujours plus du R∴E∴A∴A∴ auquel nous tenons tant.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2013/08/la-position-dordre-au-reaa-pratiques-et-symbolisme.html

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