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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rassembler ce qui est épars, rechercher par thème.

Etudes dans l'Apocalypse de St Jean (2)

Publié le 9 Mars 2013 par Traduction Chantal Duros dans St Jean

Partie III

Lettre de L'Ange à L'Eglise de Thyatire

Dans le dernier chapitre, nous avons non seulement traité de la véritable nature su Poids, de la Mesure, et du Nombre, mais aussi de leur "chute" en connexion avec les missions temporelles et les messages éternels des culture de l'Inde Ancienne, de la Perse Ancienne, et la culture Egypto-Chaldéenne. Du point de vue de la nature humaine, ces trois grands principes contiennent la signification de la nécessité pour l'homme d'accorder dans sa vie le corps [vital], le corps sensible [désir], et l'âme sensible [émotionnel] avec les trois axiomes de la destinée humaine : travail, souffrance et mort. Car ces trois "malédictions du Père", qui ont suspendu la destinée de l'homme depuis sa chute dans le péché, lui demandent un combat spirituel et moral dans son corps de vie, son corps sensible, et son âme sensible. Et en effet, la conscience humaine est obligée de provoquer une force sacrificielle dans le corps afin de descendre dans la sphère du monde actif de l'existence physique. Le "Poids" en tant que bonne volonté pour l'incarnation dans le corps physique, ne doit pas être trouvé dans la sphère physique elle-même, mais dans dans l'éthérique dont le physique est extrait et modelé. Ce qui est expérimenté dans le physique en tant que "travail" de l'activité terrestre peut être expérimenté dans l'éthérique en tant qu'amour pour la mission de la Terre, en tant que "Poids" véritable. De façon similaire, dans le corps sensible, l'homme est en mesure de rencontrer consciemment la "souffrance" qu'il expérimente dans le corps physique. Ici il peut être conscient de son véritable contenu, il peut acquérir une relation consciente avec elle. Et ici il peut l'expérimenter en tant que mission dans le temps, en tant que véritable "Mesure", puisque le corps de vie est lui-même temps. Mais c'est seulement dans l'âme sensible que l'homme rencontre d'abord la tragédie entière du problème de la "mort". C'est parce qu'il est uniquement dans l'âme, que cet événement externe et la peine qui en découle deviennent une question karmique intérieure; c'est à dire, une question concernant la valeur et la nature du "Nombre" des êtres individuels. La question est de savoir si ce nombre est un produit eradicable de la nature, ou s'il est enraciné dans l'éternité de la Divinité—et par conséquent indestructible.

Ainsi le principal problème de l'époque Egypto-Chaldéenne était l'immortalité, comme clairement démontrée, par exemple, dans le mythe de Gilgamesh. Le problème essentiel de la culture de l'Ancienne Perse était, d'un autre côté, la relation objective entre le bien et le mal dans le monde et dans le Zend-Avesta. Des échos préservés jusqu'à ce jour nous montrent que la chose importante à l'époque de l'Ancienne Perse était de ressentir "l'année cosmique" comme une mesure de cette relation dans le courant du temps. Plus loin, le problème essentiel de la culture de l'Inde Ancienne fut la valeur de l'activité humaine dans le monde physique. Ainsi, par exemple, la Bhagavad Gita, bien que d'origine postérieure, est entièrement dévolue à ce problème.

Durant la quatrième époque Greco-Latine, il fut ajouté aux trois problèmes—la "valeur du monde des actions"; la relation entre le bien et le mal; et l'immortalité—un quatrième: celui de la liberté. Car puisque l'homme rencontre les trois premiers problèmes dans le corps de vie, le corps sensible et l'âme sensible, il rencontre aussi le problème de la liberté avec l'éveil de l'âme intellectuelle. C'est l'âme intellectuelle qui rend l'homme conscient d'être placé entre ce qu'il connaît et veut et ne peut faire, et ce qu'il ne veut pas encore faire.

Nous pouvons difficilement trouver une meilleure formule pour cette situation que celle donnée par St Paul :" Car je ne sais pas ce que je fais : ce que je voudrais, je ne le fais pas, et ce que je hais, je le fais" (Rom. 7:15). L'homme se trouve lui-même placé entre la compréhension impuissante et a volonté de vie cachée lorsqu'il expérimente lui-même l'intérieur de son âme intellectuelle. Sa compréhension pose devant lui les demandes de l'esprit, mais ne lui donne aucun pouvoir pour les accomplir. Sa nature subconsciente, cependant, fonctionne à travers des impulsions qui sont obscures à sa conscience. Ce qu'il a vu être vrai et bon il le reconnaît en tant que nécessité, en tant que "loi", mais ce qui fonctionne avec une force naturelle à l'intérieur de lui, il le reconnaît seulement en tant que que résultat d'actes déjà accomplis, qui peuvent également être regardés comme une "loi" (Rom. 7:16-21). A présent s'il suit les revendications de l'esprit, la "loi", il doit exercer une contrainte sur sa nature; si, au contraire, il suit ses impulsions naturelles, il est coupable de trahison envers ses propres convictions et se détourne de la raison, qui est néanmoins, son guide. C'est cette contradiction intérieure qui élève le problème de la liberté dans l'âme de l'homme. La question est : Comment la lumière de la raison peut-elle devenir telle qu'elle peut maîtriser les impulsions de la nature et briller à travers elles? C'est à dire, comment est-il possible à la nature de suivre l'esprit librement, et à l'esprit de s'élever par dessus l'âme, non comme gouverneur, mais en tant que Soleil bienveillant?

Maintenant, pour la réalisation de la liberté, la lumière de l'intellect doit devenir quelque chose de plus qu'une simple lumière. Elle doit recevoir le pouvoir non seulement d'illuminer, mais également d'embraser les actions. La lumière doit devenir feu, autrement il ne sera pas possible de faire de la liberté une réalité. D'un autre côté, la volonté doit devenir, pour ainsi dire, une lumière rigidifiée : elle doit devenir "métal". Car, comme les métaux qui ont matérialisé cette lumière sont devenus rigides et lourds, aussi le contenu de la volonté de l'homme doit devenir quelque chose qui donne poids et solidité au contenu de la connaissance de l'homme supérieur. Pour cette raison, la quatrième lettre, adressée à l'Ange de l'Eglise de Thyatire, établit l'idéal, l'archétype de la liberté, dès le tout début :

"Le Fils de Dieu dit ceci, celui qui a les yeux comme une flamme de feu, et dont les pieds sont semblables à de l'airain ardent" (Rév. 2:18). Christ est la force qui réalise l'idéal de liberté; c'est à dire, la conversion de la lumière en feu, de la volonté en métal.

Mais le chemin de la réalisation de l'idéal de liberté réside dans l'amour (agape) rendu possible par l'impulsion Christ. C'est dans la forme de l'amour que l'impulsion Christ peut maîtriser l'opposition de l'intellect et de ces impulsions qui retardent la condition de liberté. Pour cette raison, l"Ange de Thyatire" possède non seulement les trois qualités nécessaires au moyen desquelles l'homme s'accorde au "travail", à la "souffrance", et à la "mort", mais aussi une quatrième par laquelle la réalisation de la liberté devient possible. Car si la nécessité de "travail" demande un service conscient (diakonia),la nécessité de "souffrance" requiert la patience (hypomone), et la nécessité de "mort" implique la foi (pistis). L'ange de la quatrième église possède, en plus de ces qualités, encore une quatrième, l'amour. "Je sais tes œuvres, la charité et le service, la foi et ta patience, et tes dernières œuvres plus nombreuses que les premières" (Rév.2:19), dit la lettre au quatrième ange, indiquant par là le fait de la Croix, pour laquelle les hommes de l'époque Gréco-Latine devaient être prêts. C'est la Croix du "travail" de la "souffrance" et de la "mort" qui doit être portée, et le dilemme apparaît dans la façon de porter la Croix dans l'esprit de service, de patience, de foi, et de liberté dans l'amour. Cette Croix fut érigée graduellement dans l'histoire spirituelle de l'humanité. D'abord, à l'époque de l'Inde Ancienne, le service était appris en s'accordant à la nécessité de travail par le discernement dans la valeur du monde des actions. Puis la patience fut acquise au cours de l'époque de la Perse Ancienne lorsque l'essentiel était de reconnaître la relation objective entre le bien et le mal à une période où les hommes devaient souffrir du conflit entre le bien et le mal. A l'époque Egypto-Chaldéenne, c'était particulièrement la mort avec laquelle l'homme devait s'accorder, et et dans la compréhension de l'immortalité afin de parvenir à la foi. Finalement, à l'époque Gréco-Latine, ce dilemme fut expérimenté de ce dont parle St Paul, et de cette expérience s'éleva le problème de la liberté et le désir de la réaliser à travers la force de l'amour. Dans le sens des études précédentes, cependant, la Croix peut également être représentée telle que montrée dans la gravure1.

Ici les tests de Poids, de Mesure et de Nombre résident dans les nécessités karmiques de "travail", "souffrance", et "mort", et les forces acquises par le passage de ces tests constituent les forces d'âme de service, de patience et de foi. Mais la liberté est la réalité du véritable égo de l'homme, et cette réalité est révélée par les rayons de la force Solaire de l'amour en l'homme. L'amour est la révélation essentielle du véritable égo.

Le port de cette Croix—"Je ne mettrai pas sur vous d'autre fardeau que celui que vous avez déjà; gardez-le jusqu'à ce que je vienne" (Rév. 2:24-25)—est la tâche de "l'Eglise à Thyatire" et fut la mission véritable de la quatrième époque Post-Atlantéenne.

Mais à cette Croix fut opposée une autre, en tant qu'antithèse du dilemme. Ce fut la maîtrise de la "souffrance" sans travail, et l'envol, avant la tragédie de la "mort", dans la grande unité. Ce fut cette tendance spirituelle qui fut fondée à l'école décadente Sibylline, la tendance spirituelle de "la femme Jézabel, qui s'appelait elle-même une prophétesse" (Rév. 2:29).

Le point en relation avec la reine Israélite Jézabel, qui encouragea cette tendance comme opposée aux prophètes, fut que le dilemme existant entre la raison et l'impulsion devait être relié par soumission à la guidance de la sombre impulsion Sibylline. Les hommes sont ainsi "séduits" en acceptant l'inspiration Sibylline en tant que solution au problème de la liberté, et arrivant ainsi à une condition dans laquelle le dilemme n'existe plus parce que la raison est exclue et seule la nature est autorisée à s'exprimer. Cette condition se développa plus tard en ce qui est connu aujourd'hui comme Médiumnité. A cette époque, elle n'était pas encore la condition moderne de "transe", mais elle évoluait bien dans cette direction. D'un autre côté, l'effet de la passivité spirituelle qui était ainsi encouragée fut que les hommes devinrent même apathiques à "souffrir" parce qu'ils avaient choisi un sentier qui n'impliquait aucun "travail".

Et cette apathie envers la "souffrance" fut accomplie non par une authentique force de patience, mais par l'électrification de l'homme lui-même afin qu'il soit fanatisé par un processus appelé dans l'Apocalypse, "manger les choses sacrifiées aux idoles" 'phagein eidolo thyta) . Par ce moyen un homme devenait si "électrifié" intérieurement qu'il était capable d'endurer une grande épreuve sans souffrance. "manger les choses sacrifiées aux idoles" avait véritablement une sorte d'effet narcotique—il anesthésiait la souffrance de l'âme en la rendant insensible.

Cette tendance spirituelle aida les hommes à maîtriser les nécessités karmiques du "travail" et de la "souffrance", et de la même manière ils s'aidèrent eux-mêmes à dépasser la tragédie de la "mort" en s'efforçant de sentir la "grande unité" de toute vie naturelle et spirituelle. A travers ceci, ils perdirent le sens de toute chose définie ou individuelle et ainsi dérobèrent à la mort son "dard". De tels hommes vécurent dans l'attitude où tout vit en tout, et tout mène à travers tout; il n'y rien à choisir, et rien à perdre, car tous les chemins mènent au même but—le but de l'union avec la totalité active de la nature. Cette unicité particulière était essentiellement un déni de la réalité et de la signification du Nombre. Par elle ce conflit avec la "mort" était évité parce que l'individualité n'était pas considérée. Cette dépréciation de l'individualité, ce détachement de tout ce qui est défini, est appelé dans l'Apocalypse, "commettre la fornication" (porneusaï). C'est un mariage universel du tout avec le tout, puisque l'idée d'individualité, qui est l'idée du véritable Nombre, demande une organisation stricte et définie. Là seulement un chemin, menant vers un idéal, est admissible.

Ainsi la croix de "Jézabel"  se tient en opposition à la croix de 'l'Ange de Thyatire". Cette croix est suggérée dans l'Apocalypse par les mots suivants : "En outre j'ai quelque chose contre toi, parce que tu acceptes que ta femme Jézabel, qui se dit elle-même prophétesse, enseigner etséduire mes serviteurs pour commettre fornication et manger les choses destinées aux idoles" (Rév. 2:20).

A présent quel est le remède karmique pour une telle tendance spirituelle? D'une part, c'est le temps; c'est à dire, l'opportunité d'apprendre que l'enseignement Sibyllin enseignant ce qui un jour a été si haut placé est décadent. Car l'enseignement Sibyllin fut, à une époque, une source pure et véritable de révélation spirituelle pour l'humanité. C'était à l'époque où les Dieux se retiraient dans une sphère supérieure, et la sphère d'où les Sibyls tiraient leur inspiration devint possession des démons. Elle fut reléguée avec les sphères qui, dans l'Apocalypse, sont appelées collectivement, "les abîmes de Satan" (ta bathea to satana). Ce fut pour cette raison qu'il fut donné à Jézabel le (temps de repentir pour sa fornication; elle ne se repentit pas" (Rév. 2:21).

Mais si la connaissance du fait que la décadence Sibylline n'est pas suffisante pour tourner la tendance spirituelle de "Jézabel" vers une direction différente, alors la destinée doit intervenir—d'un côté pour mettre fin à la fin à la possibilité de la révélation Sibylline; et de l'autre donner un pouvoir croissant à la "souffrance", afin de guérir l'apathie envers ces nécessités karmiques de l'humanité. Pour rendre la révélation Sibylline impossible, le direction verticale de cette révélation (la ligne d'enseignement et de séduction dans le diagramme à droite) qui va de bas en haut doit devenir horizontale. Alors la possibilité de révélation de la sphère souterraine cesse—la Sibylle devient un être humain qui ne peut rien faire au-delà des forces possédées par un être humain, et n'a pas connaissance des choses plus avant que la la mémoire des expériences Sibyllines primitives qui peuvent être réveillées.

Dans tous les cas, cet être humain est alors complètement sous le contrôle de la "souffrance" et de la "mort". Toutes ces choses sont clairement exprimées dans le langage de l"'Apocalypse. "Voici, je vais la jeter (Jézabel) sur un lit, envoyer une grande tribulation à ceux qui commettent l'adultère avec elle, exceptés ceux qui se repentent de leurs actes, et je ferai mourir de mort leurs enfants" ( Rév. 2:22,23). Cette destinée est le traitement réparateur nécessaire au karma de la tendance spirituelle de Jézabel.

Mais le "diagnostique" sur lequel est basé ce traitement est donné par en "sondant les reins et le coeur" (Rév. 2:23). Car les deux tendances spirituelles dont nous traitons –c'est à dire, celle de "l'Ange de Thyatire" et celle de "Jézabel"—se distinguent précisément par le fait que dans la première, la liberté à travers l'amour est réalisée à partir du cœur; alors que l'assaut de la Sibylline est fait par les forces inférieures sur les "reins". Donc les deux courants ont deux sentiers karmiques différents. Le courant des "reins" doit prendre le sentier de la perte de la révélation et de la soumission à la tribulation et à la mort. Le courant du "coeur" doit suivre le sentier par lequel il acquerra le pouvoir dans la sphère du groupes d'hommes des nations (exusian epi ton ethnon), et les brisera en fragments d'unités de consciences séparées, "comme les vases d'argile ils seront brisés en morceaux" (Rév. 2:26,27).

La "verge de fer" de la conscience-égo recevra le pouvoir de libérer les liens unissant le groupe d'âmes, et de briser en éclats les structures qui prenaient naissance exclusivement dans l'âme groupe. Et à la place de ces éléments de l'âme groupe "brisés en éclats", un autre principe de formation de communauté s'élèvera; l'influence de l'étoile du matin—Mercure (astronomiquement, Vénus)—l'étoile de Manas [mental] dans l'histoire spirituelle de la Terre. Car il y a deux influences principales qui dirigent le sentier de la Terre—celle de Mars, et celle de Mercure.

L'influence de Mars est l'influence de la guerre; c'est à dire, celle du clivage de l'humanité, la scission de la communauté. L'influence de Mercure, au contraire, est la formation et l'unification de la communauté. La "verge de fer" référée dans la lettre est l'incorporation légitime de l'impulsion de Mars, qui vise à l'émancipation de la condition de groupe. Mais la personnalité grandie indépendante et émancipée au moyen de la verge de fer (le fer représente l'influence de Mars sur les choses de la Terre) s'unira un jour en communauté à travers l'influence de Mans de l'impulsion Mercure (l'impulsion de "l'étoile du matin").

Ainsi, à la fin de la lettre à l'Eglise de Thyatire", se tient la promesse de l'étoile du matin, en bas de laquelle signent ceux qui ont été libérés de la relation du sang, seront à nouveau unifiés.

RAYS MAI JUIN 2003 VALENTIN TOMBERG

 Source : http://rosae-crucis.pagesperso-orange.fr/chantal/bible/etudes_3.htm

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Etudes dans l'Apocalypse : Poids, Mesure et Nombre dans l'histoire spirituelle de l'Humanité (1)

Publié le 8 Mars 2013 par Traduction Chantal Duros dans St Jean

Partie I

LA SOURCE DE LA REVELATION DE SAINT JEAN

L'enquête sur les sources de la Révélation de St Jean a longtemps et fréquemment occupé les esprits de ceux qui se sentent concernés par la recherche extérieure terrestre. Ces sources ont été cherchées dans les traditions orales, dans les écrits apocryphes de l'ancienne Chrétienté, dans les documents et traditions de la Gnose Judéo-Chrétienne, et même dans les expériences exceptionnelles et fantastiques basées sur les phénomènes atmosphériques. Mais le contenu de l'Apocalypse lui-même se tient en opposition rigide à tous ces efforts, car dans son texte, l'explication recourt plus d'une fois à ce que l'auteur de l'Apocalypse "voyait et entendait" que ce qu'il contient "en esprit".

L'auteur de l'Apocalypse n'est jamais las de faire remarquer de manière sans équivoque que le contenu de l'Apocalypse n'a rien à faire avec l'horizontalité spatio-temporelle de la tradition, de la rumeur, ou du plagiat, mais est venue à l'existence simplement et exclusivement sur le sentier vertical de révélation du monde spirituel.

Ainsi, par exemple, le texte de l'Apocalypse commence par une déclaration précise concernant sa source, son origine, et la façon dont il a été créé : "La Révélation de Jésus Christ, que Dieu Lui a donnée, pour montrer à Ses serviteurs…et Il l'envoya et le transmit par Son ange vers Son serviteur Jean" (Rév.1:1). Dans ces mots est caractérisé de manière distincte et solennelle le sentier par lequel l'Apocalypse vint à l'existence. Sur le sentier de la descente de Dieu à Jésus Christ, de Jésus Christ vers l'Ange de la Révélation, de l'Ange vers Jean, et de Jean vers les lecteurs, les auditeurs, et chercheurs (hoi teruntes) des "paroles de cette prophétie".

Maintenant il n'est pas possible d'avoir une conception sérieuse de l'origine du document portant sur la vie spirituelle humaine sans avoir une vision sérieuse de ce document lui-même. Et ce ne serait pas vraiment prendre au sérieux le contenu de l'Apocalypse si le plus grand effort n'avait pas au moins été fait pour comprendre ce que l'auteur lui-même dit concernant l'origine de cette œuvre. Il est certainement exact que le véritable contenu de l'Apocalypse défie la recherche en manières et moyens qui en rendront une compréhension possible, mais ces manières et moyens ne doivent pas être en contradiction avec l'esprit et la lettre de l'Apocalypse. Pour approcher la question de l'origine de l'Apocalypse de ce point de vue, il sera nécessaire en premier lieu de maîtriser un obstacle qui est sûr de s'élever, consciemment ou non, au commencement d'une telle entreprise.

L'essence de cette objection trouve expression comme suit : L'Apocalypse raconte le futur de l'homme; maintenant l'homme est libre. Comment est-il possible de donner une information concernant le futur de l'humanité, puisque la structure de ce futur dépend manifestement de la liberté de l'homme? Cette objection disparaît lorsque nous considérons que l'Apocalypse dépeint deux sentiers futurs, car elle montre les étapes d'un sentier ascendant aussi bien que d'un sentier descendant. Ces sentiers sont déterminés de façon karmique. Qui doit choisir tel ou tel sentier dépend, cependant de la liberté de chaque individu. Et, en effet, les sentiers sont déjà déterminés dans la mesure où l'humanité a déjà vécu à travers une longue destinée. Aujourd'hui n'est pas le premier jour de la création; une grande étendue de sentier karmique repose derrière l'humanité dans le passé.

Le fait nouveau d'importance infinie qui forme une partie de la destinée de l'homme est que Christ est devenu le juge de cette destinée. Il est devenu le Seigneur du Karma. Et étant devenu cela, Il ne détermine pas seulement le futur de l'humanité mais aussi la source de révélation le concernant. D'un autre côté, le futur est déterminé par le passé, et le jugement sur le passé karmique—pour autant qu'il a encore des conséquences pour le futur—repose également dans les mains du Christ. Pour cette raison, les "Sept Lettres' aux sept "Eglises" se réfèrent non seulement au futur, mais aussi au passé. Dans ces Lettres, un jugement a été donné, non seulement sur ce qui était alors le temps présent, et sur les trois futures époques ('Eglises'), mais également sur les trois époques du passé : l'Indienne ancienne, la Perse ancienne, et l'Egypto-Chaldéenne.

Cependant, avant que nous commencions à étudier le contenu des Lettres aux Sept Eglises, nous devons acquérir une idée plus précise de la source de la Révélation de St Jean. Ceci, aussi, est en accord avec l'intention de l'auteur, car dans les phrases d'ouverture de l'Apocalypse il indique non seulement sa source mais dans le premier chapitre, il montre également le visage spirituel de Celui qui a appelé la Révélation (Rév. 1;12-16).

Ce visage était "un visage tel le Fils de l'Homme" portant les signes des forces planétaires cosmiques tout comme elles seraient réalisées dans l'homme du futur (le "Fils de l'Homme") durant la période de Jupiter. Car l'archétype de l'homme Jupiter—le "Fils de l'Homme" du futur—doit être dépeint ainsi : L'arbitraire cessera d'être possible dans sa vie de la pensée. Les courants de pensée couleront dans sa tête tout comme sa chevelure croît "d'elle-même". Et dans ces courants-pensée coulant du cosmos ne seront pas à sens unique, ils n'auront pas de "couleur" distincte, mais seront, dans le vrai sens du terme, "synthétiques". Tout comme la lumière blanche est une combinaison des sept couleurs, ainsi la pensée cosmique du futur sera "blanche"—"blanche comme la laine, aussi blanche que la neige" (Rév. 1:14).

La force de l'initiative-Je ne sera pas manifestée dans la sphère de la vie-pensée, qui sera une pure révélation du cosmos, plutôt, elle s'exprimera elle-même dans l'illumination et la pénétration des phénomènes cosmiques. L'initiative 'Je' deviendra un pouvoir spirituel de vision, remplissant les choses vues de son feu. La vision ne sera pas une acceptation passive des impressions de l'extérieur, mais une illumination et une pénétration irradiant de l'intérieur les phénomènes du monde extérieur : "Ses yeux étaient comme une flamme de feu" (Rév. 1:14).

La vie-volonté de la limite-terre sera aussi différente dans la mesure où elle aura renoncé au flux de sa force conductrice. A la place, elle liera l'ardeur brillante du feu à la rigidité métallique. L'homme ne sera plus poussé par les vagues des forces cosmiques formatives dans sa vie de volonté, il se tiendra sur une fondation stable de volonté consciente avec la force du feu et la rigidité du métal. Ses "pieds" seront "comme dans un cuivre fin, comme s'ils brûlaient dans une fournaise", et les vagues de l'impulsion cosmique et des forces formatrices créatrices passeront de sa volonté terrestre limitée dans sa voix. Le pouvoir créateur de la Nature, fonctionnant aujourd'hui comme une force agissante dans la subconscience de l'homme, sera élevée en pouvoir de parole dans l'homme futur. Sa voix sera "comme le bruit de nombreuses eaux" (Hos phone hydaton pollon).

La vie de sentiment de l'homme du futur sera telle que, d'un côté, elle exprimera l'harmonie des étoiles dans les cieux, et de l'autre côté, elle sera "aiguisée" au plus fin degré de concentration sur le verbe créateur. L'homme du futur tiendra "dans sa main droite sept étoiles" et de sa bouche sortira "une épée aiguisée, à double tranchant". D'un côté, la charité coulera comme une approbation et une compréhension de l'harmonie des sept étoiles, qui sont les êtres spirituels des sept "Eglises" de l'humanité; alors que, de l'autre, la vérité trouvera un instrument rigide et aiguisé dans "l'épée du verbe". Mais, précisément, en tant qu'instrument de vérité, cette "épée du verbe" sera une épée à double tranchant—elle fonctionnera de manière telle que "frapper" celui parle aussi bien que celui qui entend. Le Verbe procédera d'une conscience d'unité de l'humanité, des "sept étoiles", et par conséquent son jugement s'appliquera aussi bien à celui qui parle qu'au reste de l'humanité.

La force Mars du Verbe fera véritablement une guerre d'annihilation contre les erreurs et les mensonges, mais ce conflit inhibiteur produira un effet intérieur aussi bien qu'extérieur. Donc il sera libre de tout esprit d'hostilité. Ainsi le Verbe sera capable d'exprimer la vérité avec une décision inflexible et sans la possibilité que son existence soit utilisée en tant qu'arme offensive à sens unique.

Mais l'image complète de l'homme du futur n'est pas confinée aux changements que nous avons mentionnés en pensée, volonté et sentiment. Les changements incluent non seulement les conditions intérieures des forces d'âmes ci dessus, mais aussi leurs relations avec une autre. Les relations des forces d'âme de l'homme futur doivent nécessairement changer au compte de l'expansion de la force Soleil du cœur qui doit être élevée dans la tête : "Sa contenance était comme le soleil brillant dans Sa force", alors que le force formative et restreinte de la tête descendra dans la région Soleil du cœur : l'homme sera "ceint à la poitrine d'une guirlande dorée". Et la vie de la volonté enveloppera l'homme en entier. Dans le royaume du terrestre (ou plutôt, le naturel car dans la période de Jupiter le "terrestre" sera différent), elle deviendra un métal brillant. Mais, en même temps, elle coulera de l'homme supérieur vers la périphérie de son être. Cette direction centrifuge de la volonté, par laquelle elle devient une sorte de fourreau, est exprimée dans l'Apocalypse par le symbole "un vêtement jusqu'au pied".

Ainsi au commencement de l'Apocalypse il nous est montré le schéma de l'homme du futur, qui envoie les "Lettres" aux Sept Eglises. Mais Celui qui se révèle Lui-même dans ce schéma est le "Je suis", le "Premier et le Dernier" de l'évolution de la Terre. "Celui qui vit" dans la sphère de l'évolution Cosmique en laquelle la Mort tient bon (Rév. 1:17-18). Christ Lui-même, dont le nom ésotérique est pour l'humanité, "Je suis", parle à travers ce schéma. Il est la source de la Révélation de St Jean.

LES LETTRES AUX EGLISES DU PASSE

Comme le Christ est la source de la Révélation de St Jean, Il est également la source de ces courants d'âme positive qui coulent dans l'humanité du passé vers le futur. Car l'influence de Christ était déjà en action durant l'époque Indienne ancienne; l'impulsion positive fondamentale de cette ancienne culture de l'humanité Post-Atlantéenne procédait de Lui. Cette impulsion a survécu, elle a survécu sous la surface dans les âmes des hommes, et ceux dans lesquels son influence est particulièrement forte et déterminante forment une "communauté" qui est appelée dans l'Apocalypse "L'Eglise d'Ephèse".

Le but de la "Lettre à l'Eglise d'Ephèse" n'est pas simplement de donner un jugement sur la civilisation passée; son dessein est spécialement d'en appeler à l'impulsion de l'Inde ancienne encore active dans les âmes des temps actuels. Car seulement ainsi il y a une signification morale pratique dans l'admonition : "Souviens-toi d'où tu as chu, et repens-toi, et fait ton premier devoir". Une telle exhortation serait assez vide de sens si elle était dirigée seulement vers une civilisation passée, un effort humain sombré il y a longtemps dans le silence. Elle est, pourtant, adressée à une époque présente et future—en effet, à une éternité, car la lettre commence avec ces mots : "Vers l'Ange de l'Eglise d'Ephèse écris". Ces paroles expriment le fait que nous ne traitions pas ici avec un groupe d'hommes vivant dans le passé, ou de ce moment présent, mais avec ce qui était transcendant et compréhensible dans le caractère du message de la culture Indienne ancienne. Le message l'ange de cette culture, est encore actif; car une telle culture n'est pas amenée à l'existence pour tomber dans l'oubli, mais pour que le germe de révélation, le message des cieux qui en est à la base, se développe, et croisse à travers les âges à l'intérieur des âmes des hommes, passant par de nombreuses métamorphoses apportées par coopération avec les influences nouvellement ajoutées, jusqu'à ce qu'elle s'étende en floraison et fruit mûr.

Pour cette raison la mission du message essentiel de la culture Indienne ancienne n'est pas encore terminée. Tout ce qui a alors été inauguré survit encore, et le messager de cette culture, "l'Ange de l'Eglise d'Ephèse" continue à être associé au courant continu des effets et des conséquences de son message originel. La culture de l’Inde Ancienne persiste encore en tant que processus karmique, et l’esprit de cette culture est limité par ce processus, vivant sous forme de qualités, de désirs et de mémoires dans les âmes des hommes. Elle vit également dans les limitations potentielles des hommes, et dans leurs inclinations à répéter leurs anciennes erreurs. Et avec elle est relié l’esprit de cette culture dans la conscience d’une responsabilité partagée.

Qu’en est il alors de la vie spirituelle de l’Inde Ancienne qui est encore présente dans les âmes des hommes aujourd’hui ? Qu’est ce qui fonctionne encore en tant que karma depuis cette époque ? Pour être capable de répondre à cette question nous devons nous rappeler quelques caractéristiques fondamentales de l’ancienne culture Rishi, spécialement le fait qu’elle était une culture de révélation globalisante dont a surgi l’impulsion de base pour les sept époques de l’évolution Post Atlantéenne tout entière. Car la révélation des Sept Rishis ne fut pas uniquement la re-vivification de la sagesse des sept oracles Atlantéens, elle fut également l’implantation de la sagesse aux sept colorations pour les sept époques de l’Age Post Atlantéen. Elle fut les sept "voyelles" du Verbe Cosmique—le Logos—qui, par l’intermédiaire des Rishis, coula dans les âmes des hommes, tout comme à la Pentecôte les douze "consonnes " du Verbe Cosmique furent révélées. Et comme il ne peut y avoir de parole sans voyelles, aussi les âmes humaines avaient-elles été incapables de comprendre que le Logos n'avait pas été une révélation Rishi à l'époque de l'Inde Ancienne. Car l'influence de la révélation Rishi est ressentie même à l'époque actuelle, d'un côté dans une attente déterminée à l'intérieur des âmes humaines, et de l'autre côté par les "mémoires", nées dans les corps éthériques des hommes, par les moyens et les chemins qu'ils utilisent pour satifaire cette attente.

Le désir qui habite dans les profondeurs des âmes humaines en tant qu'écho de la culture Rishi consiste, par-dessus tout, en un effort de sagesse compréhensive "synthétique" valide pour tous les hommes, une sagesse qui porterait en elle une harmonisation des tendances unilatérales, tout comme à l’époque de l’Inde Ancienne la sagesse révélée des Rishis représentait l’harmonisation des sept oracles Atlantéens.

Le désir qui habite les âmes des hommes correspond à la lumière des "sept étoiles" dans les cieux, qui devint la lumière des "sept chandeliers" sur terre. Et ce désir habite à l'intérieur d'eux pour la véritable raison que la lumière qui brille dans les sept étoiles, la constellation de la Grande Ourse, a brillé une fois aussi dans sept hommes, les Rishis, et pour sept groupes humains qui étaient associés en communauté, tout comme les sept chandeliers étaient joints ensemble en une lumière de sagesse. Et c'est à cette attente que la première lettre est adressée, car elle parle de Celui "qui tient les sept étoiles dans Sa main droite, Qui marche au mileiu des sept chandeliers d'or". La lettre à l'Eglise d'Ephèse procède de Celui qui peut calmer l'attente, de Celui qui est le contenu véritable de la mémoire soujacente à cette attente, parce que la révélation Rishi était une révélation de nature compréhensive du Christ en tant que verbe Cosmique.

Mais le futur que la réalisation de ce désir doit apporter n'est pas seulement l'illumination des sept chandeliers avec la flamme des sept étoiles, mais quelque chose qui en procède. Car ce qui a une fois existé en tant que sagesse révélée sera la vie véritable de l'homme du futur. "A celui qui triomphe je donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au centre du paradis de Dieu". Ces paroles expriment le futur positif d'un effort qui va courageusement vers l'avant dans le futur, venant d'une attente réminiscente de la sagesse compréhensive du passé.

Le "triomphe" en question est la maîtrise du désir pour le passé. En vérité, c'est de vivre par une attente qui procède du passé, mais il doit chercher sa satisfaction, non dans le passé, mais dans le futur. La dérive du désir de l'âme vers le passé doit être maîtrisée en permanence, mais le contenu de l'attente ne doit pas seulement être développé mais renforcé par l'impulsion d'un effort énergétique vers le futur. Alors il sera possible à la sagesse de devenir vie, pour la sagesse originellement révélée des cieux de vivre en l'homme lui-même. Cette transformation indique l'évolution future de "l'éther moral" dans la nature humaine, et cet "éther moral" sera aussi plein de lumière que l'était la révélation originelle de la sagesse des Rishis. En outre, elle ne donnera pas seulement la lumière, elle fonctionnera également comme fonctionne la force de vie. "Manger de l'arbre de vie" sera une absorption dans le système humain du pouvoir de donner la vie.

L'effort de maîtrise de cette force donneuse de vie a toujours existé, et s'est développée en deux directions particulières : d'un côté cet ascétisme dont l'expression finale est une sorte de yoga Indien. Le but de ce type d'ascétisme est d'envoyer la force de vie contenue dans la faculté procréative de l'homme vers la tête afin de fournir à l'homme la vie spirituelle avec la même force de vie créatrice que celle possédée par la faculté procréatrice. D'un autre côté, cet effort a pris une seconde direction appelée par l'auteur de l'Apocalypse "les actes des Nicolaïtes". Ici le but était de descendre si consciemment dans le physique que les forces instinctives du corps physique étaient faites pour servir, d'une matière non naturelle, certaines fins magiques. Comme avec la première direction, une distorsion du message de l'Esprit eut lieu parce que la force spirituelle n'était pas mise en action par son propre contenu moral mais par l'influx d'une force extraite d'une autre sphère d'existence, aussi avec la seconde direction une distortion de la mission du corps humain eut lieu parce qu'il lui fut donné une position primordiale à travers la sensualisation de l'esprit.

Ceux qui viennent en avant en tant qu'hommes envoyés par l'esprit, et qui ne représentent pas encore le pur esprit mais plutôt un esprit mêlé aux forces empruntées au corps, ne sont pas véritablement envoyés par l'esprit ("apôtres") mais croient seulement l'être eux-mêmes. Ceux qui, cependant, permettent à l'esprit de devenir la proie de la sensualité (les Nicolaïtes) représentent l'autre erreur de la recherche de "l'arbre de vie". Car les fruits de l'arbre de vie ne consistent pas en une activité de l'esprit développée aux dépens des forces physiques, ni en une sensualisation de l'esprit, mais en une pure force spirituelle grandissant en force de manière telle qu'elle travaille avec la puissance de la force de la nature. L'éther moral n'existe pas en tant que "force latente" du corps, etc., il est une nouvelle force qui naîtra graduellement en l'homme et provenant de l'impulsion Christ.

Mais les obstacles qui offrent une opposition à la future naissance des véritables fruits de l'arbre de vie sont les efforts des "menteurs" (qui disent être des apôtres, c'est à dire, envoyés par l'esprit, mais ne le sont pas) et des "Nicolaïtes". Ces deux erreurs sont repoussées par "l'Ange de l'Eglise d'Ephèse". Néanmoins, il n'était pas demeuré entièrement fidèle à sa mission, car il avait "quitté son premier amour", l'impulsion originelle pure de l'évolution humaine Post-Atlantéenne. A présent cette impulsion originelle était l'amour pour une mission de l'homme sur Terre. Cet amour était une bonne volonté profondément enracinée des âmes à s'incarner véritablement et totalement pour remplir véritablement et complètement la tâche de l'existence terrestre. Cette volonté—c'est à dire, le désir pour une incarnation terrestre complète dans le but de remplir totalement la mission de la Terre—est la véritable quintessence du Poids. Chaque chose qui implique une descente consciente, sacrificielle, est une expression du 'poids' spirituel. Ainsi, par exemple, tous les mots qu'un homme peut exprimer ont plus de poids s'ils pénètrent non seulement le corps astral, mais descendent également dans le corps physique. Et une action humaine a davantage de poids si son contenu moral pénètre directement dans la réalité physique que si elle touche uniquement la strate supérieure de l'existence terrestre.

Mais à présent, d'un point de vue physique, il y a deux différents phénomènes de poids. L'un est la "descente"sacrificielle déjà mentionnée, l'autre est le phénomène de la Chute, l'expulsion des hauteurs spirituelles. Cette dernière survient en tant que conséquences karmiques ou attitude injustifiée envers l'esprit. Le véritable "poids" devient alors lourdeur, et la "descente", un effondrement. (à suivre)

RAYS JANVIER FEVRIER 2003 VALENTIN TOMBERG

 Source : http://rosae-crucis.pagesperso-orange.fr/chantal/bible/etudes_1.htm

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La Saint Jean d'Hiver Et la Tradition Maçonnique

Publié le 7 Mars 2013 par PVI dans St Jean

Une fois encore, nous voici au jour le plus court, à la nuit la plus longue de l'année. C'est en ce moment que les Ténèbres sont les plus épaisses. Mais c'est demain que les jours vont commencer à grandir, les Ténèbres à diminuer, que la Lumière va se faire de plus en plus visible. Nous voici au solstice d'hiver qui coïncide — et ce n'est évidemment pas un hasard — avec la date à laquel­le l'Eglise Catholique a fixé la fête de Saint Jean l'Evangéliste. Une fois de plus, reprenant la Tradition de leurs ancêtres opératifs, les Compagnons Francs-Maçons du Moyen Age, les Constructeurs de Cathédrales, les Francs-Maçons de la Grande Loge de France vont célébrer cette fête solsticiale, cette Saint-Jean d'hiver.

Pourquoi cette référence à Saint Jean ? Parce que, précisé­ment en raison de nos origines, nos Loges sont toutes des Loges de Saint Jean.

Parce que, depuis fort longtemps, les Francs-Maçons, opératifs d'abord, spéculatifs ensuite, ont été appelés n Frères de Saint Jean n.

Dans nombre de nos Loges, ce n'est pas un grand secret, la Bible est ouverte au prologue de l'Evangile de Saint Jean.

Mais alors, diront certains, la Franc-Maçonnerie est une reli­gion, et, qui plus est, un n dérivé n, si l'on peut dire, de la religion catholique. Non ! Nous avons déjà eu l'occasion de le dire dans cette émission il y a quelques années, mais il n'est peut-être pas mauvais de le répéter : la Franc-Maçonnerie n'est pas une religion. Nous ne sommes pas, en tant que Francs-Maçons, les adeptes d'une religion. Nous ne le sommes pas parce que dans nos Loges nous ne célébrons aucun culte, nous n'adorons aucun Dieu, et surtout, surtout, nous n'avons aucun dogme. Peut-on concevoir une religion sans dogme ?

Il est vrai que toute la symbolique maçonnique est imprégnée d'ésotérisme judéo-chrétien, depuis le Temple de Salomon jusqu'aux deux Saint Jean. Mais entendons-nous bien : ni la Bible, ni l'Evan­gile de Saint Jean, ne représentent pour nous, Francs-Maçons de la Grande Loge de France, un dogme. Nous ne saurions les prendre strictement à la lettre, ni les considérer obligatoirement comme la Volonté Révélée de Dieu. Ces Livres sont pour nous sources de symbolisme et c'est déjà un champ de réflexion immense, car le domaine du symbolisme est infini.

Il est vrai que les Francs-Maçons en général, et ceux de la Grande Loge de France en particulier, puisque c'est au nom de ceux-ci, et de ceux-ci seulement, que je m'exprime aujourd'hui, travaillent à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Certes, ceux d'entre nous qui sont croyants identifient le Grand Architecte de l'Univers à Dieu — et c'est très bien ainsi. Mais la Grande Loge de France n'impose pas à ses membres la croyance obligatoire en Dieu et en sa Volonté Révélée. Chacun de nous est libre de ses opinions et de ses croyances, chacun de nous respecte celles des autres. La Fraternité ne peut à notre sens reposer que sur la Tolérance. Le Grand Architecte de l'Univers est pour nous tous un symbole et chacun est libre d'interpréter un symbole comme il l'entend, ou plutôt comme il le ressent. C'est la raison pour laquelle le concept du Grand Architecte de l'Univers a suscité, et continue à susciter dans nos Loges, d'innombrables travaux, d'innombrables interprétations. N'en citons qu'une (que nous avions déjà citée d'ailleurs ici même il y a quelques années). Pour nombre de nos Frères, le Grand Architecte de l'Univers c'est le Temps, le temps qui a façonné, architecturé, le globe terrestre depuis des millions d'années ; le temps qui a façonné, architecturé l'espèce humaine depuis les premiers hominiens jusqu'à l'homo sapiens. Ben entendu, une infinité d'autres interprétations ont été expri­mées. Ce n'est pas notre propos aujourd'hui. Notre propos en ce jour est de souligner que Saint Jean, comme le Grand Archi­tecte de l'Univers, est pour nous un symbole.

Un symbole, à la différence du signe (mathématique ou chimi­que), ne saurait avoir une interprétation unique et obligatoire.

Un symbole, pour un Franc-Maçon, est un lien entre le monde manifesté et l'ordre cosmique. C'est dans le Principe Universel qui gouverne cet Ordre Cosmique que nous pouvons synthétiser toutes les acceptions du symbole du Grand Architecte de l'Univers. C'est la croyance que nous ne sommes pas des passants, nés par hasard et traversant en aveugles un monde incohérent. Nous vou­lons ainsi échapper à l'alternative entre la croyance aveugle et le scepticisme destructeur.

Il est vrai que les Occidentaux modernes, imprégnés de carté­sianisme, ont souvent du mal à appréhender le symbolisme, qui s'écarte de la logique rigoureuse. Nos ancêtres, eux, étaient plus familiarisés avec l'emploi des symboles, des images, des para­boles.

C'est pourquoi, il faut appréhender cette célébration de la Saint- Jean comme s'inscrivant pour nous, non pas dans un contexte religieux, mais dans un contexte traditionnel. La Constitu­tion de la Grande Loge de France précise que nous sommes un Ordre Initiatique et Traditionnel. En quoi la célébration de la Saint- Jean peut-elle entrer dans la Tradition Maçonnique ? Qu'est-ce que la Tradition pour des Francs-Maçons ?

La question a été soumise à l'étude de toutes les Loges de la Grande Loge de France il y a quelques années et c'est aux répon­ses de nos Loges et au rapport de synthèse qui a suivi que j'em­prunterai maintenant quelques idées, puisqu'aussi bien ce n'est pas en mon nom propre que je parle aujourd'hui. Notre émission ne s'intitule-t-elle pas : « La Grande Loge de France vous parle » ?

Mais avant de vous parler de notre conception de la Tradition, dans laquelle s'insère la célébration de la Saint-Jean, je voudrais dissiper une équivoque. Ce titre « La Grande Loge de France vous parle » pourrait laisser penser que nos conférenciers — et moi- même aujourd'hui — parlons au nom de tous les Frères de l'Obé­dience. C'est à la fois vrai et faux. Il est vrai que nous pouvons parler au nom de tous les Frères de la Grande Loge de France sur des sujets purement maçonniques, surtout, comme c'est le cas pour la Tradition dont nous parlons aujourd'hui, lorsque ces sujets ont été étudiés par toutes nos Loges. Mais il est faux que nous puis­sions parler au nom de tous sur des sujets non exclusivement maçonniques. Comme tous les Francs-Maçons du monde, les Francs- Maçons de la Grande Loge de France sont des hommes libres. Chacun d'eux a ses opinions politiques, philosophiques, ou reli­gieuses, et les conserve. Chacun d'eux est libre de s'engager comme il le veut, quand il le veut, aussi intensément qu'il le veut, au service de ses opinions. Mais il ne peut le faire qu'à titre indi­viduel, et à titre individuel seulement. Il ne saurait en aucun cas engager les autres. Ses engagements personnels n'engagent pas sa Loge et encore bien moins l'Obédience. La Grande Loge de France n'est évidemment pas monolithique. Aucun de nous ne peut dire, sur un sujet non exclusivement maçonnique, sur un sujet de la vie courante : « Les Francs-Maçons de la Grande Loge de France pen­sent que... ». Le voudrait-il d'ailleurs, qu'il ne le pourrait pas. Notre Déclaration de Principes dit expressément ceci : « La Grande Loge de France ni ses Loges ne s'immiscent dans aucune controverse touchant à des questions politiques ou confessionnelles. » Et elle précise par ailleurs qu'il n'y a pas d'adoption de résolution, pas de vote, sur ces questions au sein de nos Loges. Il n'y a pas de vote car nous ne voulons pas qu'il puisse se dégager sur ces questions une majorité devant laquelle une minorité devrait s'incliner. Il n'est pas question de contraindre les opinions ou les sentiments de certains Frères. Il n'est pas question de parler au nom des autres. Nous sommes tous libres. Notre conception de la Fraternité nous conduit à rejeter tout ce qui divise, tout ce qui irrite, tout ce qui sépare, pour ne retenir que ce qui nous unit. Et justement la Tradi­tion Maçonnique, à laquelle nous revenons maintenant, est un facteur d'union.

La Tradition Maçonnique repose sur l'Histoire, sur les Rites et surtout sur le Symbolisme. Elle repose sur l'Histoire car la Franc- Maçonnerie spéculative d'aujourd'hui dérive, nous l'avons dit, de la Franc-Maçonnerie opérative, celle des Constructeurs. Elle est donc issue d'une capacité de l'Homme à participer à la création. Elle repose sur les Rites, qui sont les outils de réalisation. Enfin et surtout, la Tradition Maçonnique repose sur le Symbolisme, qui est le moyen de transmission. Car qui dit Tradition dit transmission — et transmission orale.

La Tradition est donc un modèle non dogmatique qui s'exprime par des symboles, variables suivant le lieu et le temps où il se manifeste. Mais le modèle, lui, reste le même. Alors, la question se pose : la Tradition est-elle fixe ou évolutive ? Cette question a entraîné et entraîne encore des discussions sans fin. C'est cependant probablement un faux problème. La Tradition est à la fois l'un et l'autre, fixe et évolutive, suivant la façon dont on l'envisage.

La Tradition est universelle dans le temps et dans l'espace. Elle est transmise par une chaîne d'union invisible remontant dans la nuit des Temps. Chacun de nous a reçu et reçoit chaque jour la Tradition, qu'il transmettra à son tour. C'est ainsi que la Franc- Maçonnerie est à la fois le passé, le présent et l'avenir. Chaque homme porte en lui l'expérience de générations innombrables. C'est ce qui lui permet de comprendre le passé, de s'y associer et de le reprendre.

Si l'Immortalité, au sens habituel du terme, n'existe pas, la Permanence, elle, existe et la Tradition est son support. Car qui dit tradition dit continuité, ce qui veut dire que la Tradition incarne des Vérités Universelles dont aucun individu, à aucune époque, n'a pu, ne peut ou ne pourra revendiquer la propriété exclusive. Vérités Universelles qui sont à la base de la complexité du réel dont l'hom­me fait partie intégrante et qui expliquent sa réalité, sa qualité, sa raison d'être. La Franc-Maçonnerie est donc un des rameaux de cette tradition primordiale qui se perd dans la nuit des Temps. Elle cherche la Connaissance, la Connaissance immanente, déjà présente dans un état de choses antérieur à l'Humanité. La Tradi­tion maçonnique est donc la manifestation contemporaine de la Tradition UNE, à la fois primordiale et ultime. Elle nous relie à l'ordre cosmique. Elle a trait à l'essence même des choses. — En cela elle est fixe —. Mais aujourd'hui, plus que jamais peut-être, la Franc-Maçonnerie doit rester cet Ordre Initiatique qui transmet la Tradition. Pour cela, les Francs-Maçons doivent s'ouvrir aux autres hommes. C'est ainsi qu'ils pourront être la conscience du monde contemporain.

Un Franc-Maçon est « un homme en chemin d'initiation ». C'est un homme qui n'a pas de certitudes, qui se remet perpétuellement en question, qui essaie de réviser chaque jour ses jugements. Pourquoi ? Parce que nous cherchons sans cesse à nous approcher de la Connaissance et que cette quête qui, nous le savons, ne sera jamais terminée, exige un effort constant sur nous mêmes.

— En cela, la Tradition est évolutive.

Oh ! Certes, cet effort n'est pas facile. Mais personne, à ma connaissance, n'a jamais dit qu'il était facile d'être Franc-Maçon. D'ailleurs, ce n'est pas la facilité que nous recherchons, mais la Lumière, qui nous sortira enfin des Ténèbres. Lumière de la Spiritualité, Lumière de l'Amour, Lumière sans laquelle aucun progrès n'est possible pour l'Homme.

Et nous voilà revenus au symbolisme de la Saint-Jean (dont nous ne nous sommes jamais éloignés malgré les apparences), puisqu'il est dit d'abord « Au commencement était le Verbe » et, peu après, « De tout être, il était la Vie et la Vie était la Lumière des Hommes ».

La lumière a toujours impressionné les Hommes. Elle a tou­jours suscité des réactions, religieuses d'abord, sociales ensuite, qui ont pris valeur de symbole. Lier la Lumière à la Conscience Cosmique n'est-ce pas le sens, tous les jours plus manifeste, de la convergence dont nous sommes les témoins privilégiés, entre l'évolution de la connaissance scientifique et la tradition primor­diale ? C'est ainsi que nous pouvons rapprocher la Lumière, qui dévoile toutes choses, de la Vérité, qui est la Nature dévoilée.

C'est ainsi que nous pouvons envisager la Lumière sous de multiples aspects :
— Lumière de la Raison, triomphant de l'Obscurantisme : c'est la Lumière de la connaissance rationnelle.
— Lumière cosmique des Grands Luminaires, le Soleil et la Lune, l'Irradiant et le Réfléchi, rythmant le cycle de la Vie.
— Lumière de l'Initiation, première Illumination.

Cette quête perpétuelle de la Lumière est pour nous volonté d'Espérance. C'est elle que symbolise la Saint-Jean d'Hiver, le Solstice d'Hiver, à partir duquel, comme je le disais au début de cet exposé, le soleil va reprendre son ascension, les jours vont s'allonger, la Lumière va se répandre, plus vive et plus intense sur la Terre.

C'est à l'aube de cette renaissance, à l'aube de cette espé­rance sans cesse renouvelée que je veux pour terminer, au nom de tous les Francs-Maçons de la Grande Loge de France et je suis sûr d'être en la circonstance le porte-parole de tous — adresser à tous les auditeurs de notre émission nos vœux fraternels et chaleureux. Nous souhaitons à tous un très joyeux Noël et une très heureuse année de Lumière en 1984. 

Source : www.ledifice.net

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Saint Jean et Solstice d’été

Publié le 6 Mars 2013 par PVI dans St Jean

Depuis que la Franc-Maçonnerie spéculative existe, c'est-à-dire depuis le XVIlle siècle, les Francs-Maçons, réunis dans les Loges de Saint Jean, célèbrent la Saint Jean d'hiver et la Saint Jean d'été. Déjà avant eux, leurs prédécesseurs, les Francs-Maçons opératifs, les bâtisseurs de Cathédrales, célébraient les deux Saint Jean. Mais bien avant encore, depuis les origines de l'Humanité, il est certain que l'Homme, vouait un culte au Soleil, car, de toute éternité, l'Homme a craint les Ténèbres, symbole de Mort, et adoré le Soleil, symbole de Lumière et de Vie. Et ce n'est sûrement pas par hasard que l'Eglise a fait coïncider les deux Saint Jean avec les deux solstices.

« Solstice », en latin « sol stat », le Soleil s'arrête, s'arrête avant de commencer sa descente ou de reprendre son ascension. Cette des­cente, suivie de cette ascension sont évidemment symboles de Mort et de Résurrection : c'est le symbolisme de toutes les Initiations, de tous les temps. Dépouiller le vieil homme, mourir à la vie antérieure, Renaître.

 

Quoi de plus normal que de trouver dans ce culte du Soleil, dans ce solstice, ici, aujourd'hui, le point de convergence de toutes les Religions, de toutes les Initiations, à la recherche de la Lumière. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, c'est bien le but, conscient ou non, de tous les Hommes : progresser vers la Lumière, vers la Connaissance. C'est ainsi que le symbolisme de la Saint Jean d'Eté se confond avec le symbo­lisme du solstice et du Soleil, et, par là-même, conduit au symbolisme de la Lumière et de la Connaissance.

 

Les Manuscrits de la Mer Morte nous ont appris que Jean-Baptiste avait vécu parmi les Esséniens, dans cette secte juive rigoriste dont l'idéal était fait de bonté, de vérité, de justice, d'ascèse, et d'humilité — en un mot de ferveur spirituelle. Ces Manuscrits de la Mer Morte nous ont appris aussi que les Esséniens vivaient dans l'Oasis de QUMRAN et que cette Oasis était appelée « Le Désert ». Voilà qui éclaire d'un jour nouveau la « Vox clamantis in Deserto ». Il ne s'agit pas d'une voix qui se perd dans les sables et que personne n'entend, mais au contraire d'une voix qui appelle, qui appelle vers la rupture avec l'existence passée et la renaissance à une existence nouvelle.

Nous avons dit que c'est la définition même de toutes les Initia­tions. Et c'est de la même manière que l'Initiation Maçonnique appelle les « cherchants ». Or, ces « cherchants », de jadis et d'aujourd'hui, que cherchent-ils, sinon eux-mêmes ?

Mais revenons à Saint-Jean Baptiste. Il est défini comme l'Annon­ciateur il est « la Voix » alors que Saint-Jean l'Evangéliste sera « la Parole ». Mais est-ce que cette dualité n'est pas un peu artificielle ? Dans l'église Saint-Rémy de Reims, un vitrail représente les deux Saint- Jean — le Baptiste et l'Evangéliste — en une seule figure. La fusion des deux Saint-Jean est soulignée par la présence au-dessus de leurs têtes de deux tournesols (fleurs solaires par excellence), dirigés en sens opposé, vers les deux solstices. C'est en somme la représentation chrétienne du « Janus Bifrons » des Romains — et nous voilà ramenés avant l'ère chrétienne. Janus était le Dieu des « Collegia Fabrorum », c'est-à-dire des corporations d'artisans, ancêtres des Compagnons du Moyen Age. Il faut souligner que c'est en son honneur, en l'honneur de Janus, que les Romains célébraient les deux fêtes solsticiales, d'hiver et d'été. La voilà, l'Unité dans la Dualité. Janus était le « Clusius », c'est-à-dire le porteur de Clefs, celui qui ouvre. Ovide dit que personne n'entre aux Cieux si Janus ne lui ouvre la porte. N'est-ce pas là la définition même de l'Initiant ? Mieux encore, un bois gravé de « l'Azoth », ouvrage de l'alchimiste Basile Valentin, représente, aux pieds d'Atlas portant la sphère cosmique, un buste de Janus et un jeune enfant épelant un alphabet. Le symbolisme n'est-il pas évident de Janus devant le Cosmos, donc Initiant et de l'Apprenti « qui ne sait qu'épe­ler » ?

 

Les Maçons opératifs, les Compagnons, représentaient les deux Saint-Jean par un cercle pointé portant deux tangentes parallèles diamé­tralement opposées, les points de contact des deux tangentes avec le cercle représentant les deux solstices.

 

Dans la tradition hindoue, le solstice d'hiver ouvre la « deva yana », la porte des Dieux et le solstice d'été la « pitri yana », la porte des Ancêtres. Ces « portes » solsticiales correspondent ainsi à la « porte des Dieux » et à la « porte des Hommes » du symbolisme pythagoricien. La porte hivernale introduit la phase lumineuse du cycle solaire, la porte estivale sa phase d'obscurcissement, et c'est pourquoi l'Eglise a placé la naissance du Christ au solstice d'hiver et celle du Baptiste au solstice d'été, ce qui explique la formule évangélique : « Il faut que Lui grandisse et que moi je décroisse. »

Depuis que l'Homme existe, il a toujours craint les Ténèbres, symbole de mort — ne dit-on pas couramment d'un moribond qu'il « ne passera pas la nuit » ? -- mais il a toujours voué, sous des formes différentes, un culte au Soleil, au Soleil fécondateur, source de Vie et symbole d'Espérance, source de Lumière et de Chaleur, et source de Connais­sance.

 

Dans « la République », Platon décrit le Soleil comme l'image du Bien, tel qu'il se manifeste dans la sphère des choses visibles. Et pour les Hindous, le Soleil est « le nourrisseur », l'origine de tout ce qui existe, le principe et la fin de toute manifestation. C'est le principe actif dont la Lune est le principe passif, le reflet. Il est essence et substance, forme et matière. « Son Père est le Soleil, sa Mère est la Lune », dit la Table d'Emeraude.

 

Symbole cosmique, le Soleil est le Symbole du Père et c'est pourquoi, disent les psychanalystes, on le retrouve si souvent dans les dessins d'enfants. C'est le symbole du principe générateur, de l'autorité. C'est le symbole du guide, du chef, du souverain, Louis XIV ne s'appelait-il pas lui-même « le Roi Soleil » ? Dans l'Antiquité, on appelait « Hélio­polis «, « Cité du Soleil », la Capitale, le Centre spirituel Primordial, symbole d'Intelligence Cosmique.

 

Soleil, source de Lumière. Le symbolisme de la Lumière peut se concevoir à partir de deux pôles : « Fiat Lux » et « Post Tenebras Lux ». En s'engageant vers la Lumière, premier aspect du monde informel, on s'engage dans le chemin qui semble pouvoir mener au-delà de la Lumière elle-même, c'est-à-dire non seulement au-delà de toute forme, mais encore au-delà de toute sensation et de toute notion. La Table d'Emeraude, véritable « Table de la Loi » pour les Alchimistes et les Hermétistes décrit ainsi la Création du Monde : « La première chose qui parut fut la Lumière de la Parole de Dieu. Elle donna naissance à l'Action, l'Action au Mouvement et celui-ci à la Chaleur. Dans la Kabbale, le rayonnement de la Lumière à partir du « Point Primordial » engendre l'Etendue et c'est ainsi que nous pouvons interpréter la signification du « Fiat Lux ».

Ce symbolisme de la Lumière, nous allons le retrouver sous tous les Cieux et dans tous les Temps.

 

Dans l'Ancien Testament, la Lumière est le Bonheur. Alors que le Feu est douloureux, la Lumière est douce, la Lumière est l'Amour.

Le Christianisme, évidemment, est tout pénétré du Symbolisme de la Lumière. Jésus apporte la Lumière, il est la Lumière.

Saint Martin dit que la Lumière doit être perçue sans réfraction, sans intermédiaire. C'est le caractère direct de l'Illumination Initia­tique.

 

En Islam, la Lumière s'identifie avec l'Esprit. Le Coran déclare : « Dieu est la Lumière des Cieux et de la Terre. Sa Lumière est comme une niche dans un mur, où se trouve une lampe, et la lampe est dans un verre, et le verre est comme une étoile brillante. Elle est allumée avec l'huile d'un arbre béni, qui n'est ni d'Orient, ni d'Occident, et cette huile est allumée et l'éclat de sa lumière brille sans que le feu y ait été mis. C'est Lumière sur Lumière. » Les Soufistes interprètent ainsi cette parabole : la Lanterne de verre est le coeur de l'Homme, la niche dans laquelle elle est placée est son corps, la lampe est sa cons­cience, illuminée par la Lumière de l'Esprit. C'est ce que signifie

« Lumière sur Lumière ».

 

En Chine, pour les Bouddhistes, Lumière et Illumination sont iden­tiques. La Lumière est une expression des forces fécondantes, c'est la chaleur qui donne la vie, c'est « une force qui pénètre le ventre de la femme et la féconde ». Les héros de la mythologie chinoise naissent

« après qu'une Lumière Merveilleuse ait envahi la chambre de leur mère ». Ne retrouvons-nous pas là le symbolisme de l'immaculée Conception par le Saint-Esprit ? symbolisme qui n'est pas uniquement chrétien.

 

Enfin, dans la tradition celtique, nous trouvons une équivalence symbolique de la Lumière et de l'Oeil. Les Gallois appellent le Soleil

« L’Oeil du Jour ». Les Irlandais désignent le brillant du Soleil par l'expres­sion « Lumière de l'Oeil ». Et je ne trahirai aucun secret en disant que dans les Temples Maçonniques, on trouve à l'Orient, source de Lumière, l'Oeil dans le Delta Lumineux.

A ce symbolisme de la Lumière se trouve étroitement associé le symbolisme des Ténèbres : « Post Tenebras Lux, car la Lumière a besoin des Ténèbres et je ne reviendrai pas sur le symbolisme du blanc et du noir.

 

L'Ancien Testament considère que les Ténèbres sont Mal, Malheur, châtiment et Mort.

Dans les Manuscrits de la Mer Morte, dont nous avons déjà parlé, on trouve le livre « de la guerre des Enfants de la Lumière contre les Enfants des Ténèbres «. Et à propos de ce combat, qu'il me soit permis de me ressouvenir de la merveilleuse « Flûte Enchantée » de notre Frère Mozart.

SI, pour Saint-Jean l'Evangéliste, « les Ténèbres sont la dualité du Yang et du Yin qui sont inséparables, chacun contenant une trace de l'autre. TCHOUANG TSEU écrit : « Les hommes sages savent que Lumière et Ténèbres sont de même nature. » Le retour de l'Homme à son Origine nécessite donc la résolution de cette dualité, la reconstitution de l'Unité première.

Le symbolisme de la sortie des Ténèbres se retrouve dans tous les Rituels d'Initiation, quels qu'ils soient. Il se retrouve dans la mythologie végétale où une graine, enfouie dans les ténèbres de la Terre, donne naissance à une plante nouvelle qui s'élance vers la Lumière nourricière. Il se retrouve même dans les concepts des cycles historiques. Et dans tous les plans cosmiques, une époque sombre est suivie d'une époque lumineuse, pure, régénérée.

Cette Lumière spirituelle n'est autre que la Connaissance transfi­gurante que les Francs-Maçons ont pour devoir de s'efforcer d'acquérir. Or, la Connaissance est, pour nous Francs-Maçons, inséparable de la Liberté. Sa recherche est universelle, dans le temps et dans l'espace. Elle est inséparable de la Liberté : nous pensons qu'il n'y a pas de Liberté sans Connaissance, pas plus qu'il ne peut y avoir de Connaissance sans Liberté. La Liberté par la Connaissance, nous en découvrons la Lumière dans nos Temples, après avoir « laissé nos métaux à la porte ». Nous découvrons alors la véritable Liberté, notre propre Liberté, que nous tentons d'acquérir en essayant de nous débarrasser de l'esclavage des superstitions, des ignorances, des passions.

 

La Connaissance ne peut pas être imposée de l'extérieur, son approche ne peut être que le résultat d'une quête patiente, constante et individuelle, car l'initiation est une aventure individuelle et chacun la vit sur son propre chemin.

La Déclaration de Principe de la Grande Loge de France proclame : « Dans la recherche constante de la Vérité, les Francs-Maçons n'accep­tent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite. Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression. Ils recherchent la conciliation des contraires. » C'est en application de ces Principes que nous pensons que la quête de la Lumière et de la Connaissance est universelle dans le temps et dans l'espace. En effet nous l'avons retrouvée dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, dans la Kabbale et dans le Coran, dans la mythologie Hindoue et dans la symbolique Chinoise, et aussi, bien évidemment, dans notre démarche Maçonnique. Oh I certes nous savons bien que nous n'avons pas acquis la Connaissance et que nous ne l'ac­querrons jamais. Mais peut-être notre réflexion nous met-elle en mains la clef de l'escalier au sommet duquel brille la Lumière.

Redisons-le une dernière fois : Avec tous les Hommes de bonne volonté, les Francs-Maçons de la Grande Loge de France cherchent à s'approcher de la Lumière et de la Connaissance et c'est en définitive le sens du message qu'ils ont essayé de faire passer aujourd'hui, jour de la fête solsticiale de la Saint Jean d'été.

 

Source : www.ledifice.net

 

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Les deux Saint Jean dans la Maçonnerie anglaise : emulation

Publié le 5 Mars 2013 par V\F\ et Y\ R\ dans St Jean

La Maçonnerie anglaise est particulièrement discrète à l’égard des deux Saint-Jean contrairement à la Maçonnerie française bien qu’auparavant ces fêtes aient une importance égale à celles que connaît la Maçonnerie continentale. Cela tient à ce que la Maçonnerie anglaise a été déchristianisée en 1813 lors de la mise au point des rituels de la Grande Loge Unie d’Angleterre après l’union des deux Grandes Loges des « Anciens » et des « Modernes ». La motivation de cette déchristianisation repose sur le problème majeur que connaissait la Maçonnerie anglaise sur le plan religieux en la présence des juifs en Loge. Quoique cette présence ne paraisse pas avoir posé de difficultés lors de la création et des premières années de fonctionnement de la Grande Loge de Londres et de Westminster, au milieu du XVIIIème siècle certaines Loges décident de voter des motions tendant à ne pas recevoir de juifs en Loge. C’est pour aplanir ces difficultés de caractère religieux que les rituels furent déchristianisés.

Déchristianisation ne signifie pas laïcisation comme dans la Maçonnerie française mais une réduction du contenu religieux de la Maçonnerie à l’Ancien Testament, c'est-à-dire ce qui est commun aux juifs et aux chrétiens. Insistons sur le fait que le mot « déchristianisation » appliqué à la Maçonnerie anglaise s’entend au sens restrictif de suppression de toutes les références spécifiquement chrétiennes et non pas de toute référence religieuse. Nous savons que le duc de Sussex, premier Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre joua un rôle déterminant dans l’élaboration des nouveaux rituels d’après 1813. Tout en étant un chrétien dévot et reconnu comme tel, sa tolérance et son ouverture d’esprit permirent aux Maçons de toute confession de se retrouver dans une structure initiatique dont la destination était de rassembler des hommes de bonne volonté au centre de l’Union qu’est la Franc-Maçonnerie.

Les deux Saint-Jean fournissent un exemple éclairant de cette déchristianisation. L’usage de tenir la principale assemblée de l’année (que nous dénommons en France « Convent ») le jour de la Saint-Jean vient d’Angleterre. Les constitutions d’Anderson de 1723 (Règle 22) prévoient que « la Grande Loge doit tenir son assemblée annuelle le jour de la Saint-Jean-Baptiste ou bien le jour de la Saint-Jean l’Evangéliste si la Grande Loge en décide autrement par une nouvelle réglementation ». N’oublions pas que c’est lors de la Saint-Jean Baptiste que les quatre Loges londoniennes formèrent la première Grande Loge le 24 juin 1717. Bien avant cette date, la tradition maçonnique anglo-saxonne de célébrer la Saint-Jean est attestée antérieurement à 1717 par le manuscrit Dumfries (1710).

L’usage de prêter serment sur l’Evangile de Saint-Jean appartenait également à la Maçonnerie anglaise qui l’a transmis en France avant de le voir disparaître en raison de la déchristianisation du rite. Le plus ancien témoignage est écossais. Le Frères nouvellement reçu prononce les paroles suivantes :

« - Me voici, moi le plus jeune et dernier Apprenti Entré, qui ai juré par Dieu et Saint-Jean, par l’équerre, le compas et la jauge commune etc. » (Manuscrit des archives d’Edimbourg, 1696). Ce texte permet d’affirmer que l’usage de prêter serment sur l’Evangile de Saint-Jean appartenait à la Maçonnerie écossaise du XVIIème siècle, Maçonnerie de transition entre la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative.

Autre usage, celui selon lequel toutes les Loges portent le nom de Saint-Jean vient également d’Angleterre. Dans les catéchismes maçonniques anglais, on trouve à partir de 1720 la célèbre question : « De quelle Loge êtes-vous ? ». Le Maçon répond : « De la Loge de Saint-Jean ». Les salutations usuelles des Maçons itinérants évoquent également la Saint-Jean. Lorsqu’ils visitaient un Atelier, le Maître de la Loge demandait :

- « D’où venez-vous ? », le visiteur répondait :

- « Je viens d’une très vénérable loge de Maîtres et de Compagnons appartenant à Saint-Jean ». (The Whole Institution of Masonry, 1724).

Samuel Prichard dans son ouvrage « Masonry Dissected, 1730) évoque l’échange entre le Vénérable Maître et le voyageur :

- « D’où venez-vous ?

- De la sainte Loge de Saint-Jean

- Quelles recommandations en apportez-vous ?

- Les recommandations que j’apporte des très vénérables Frères et Compagnons de la très vénérable et sainte Loge de Saint-Jean, d’où je viens et vous salue bien cordialement par trois fois. »

Toutes les Loges anglaises portent donc le nom de Saint-Jean et si elles portent le même nom, c’est qu’elles sont toutes à l’image d’une unique Loge archétypale. Le manuscrit des archives d’Edimbourg (1696), le manuscrit Sloane (1700), the Grand Mystery of Free-Masons Discover’d (1724) rapportent que les Loges de Saint-Jean se situaient à l’origine dans le porche du Temple de Salomon. Samuel Prichard rapporte que « la raison pour laquelle ils se dénomment de la Sainte Loge de Saint-Jean est qu’il fut le précurseur de Notre Sauveur et posa la première ligne parallèle à l’Evangile ». Ce texte fait clairement allusion à un symbole qui figure dans les Loges anglaises.

Sur le tableau du premier grade est représenté un autel sur lequel est posé le Volume de la Loi Sacrée. Sur la face antérieure de l’autel est tracée une figure géométrique reproduisant un cercle avec son centre auquel sont adjointes deux tangentes parallèles. Nos instructions (1er grade, 6ème partie) évoquent également ce symbole tracé sur le tableau de grade : « Dans toutes les Loges régulières, bien disposées et constituée, on voit un point dans un cercle autour duquel les Frères ne peuvent s’égarer. A ce cercle sont jointes au Nord et au Sud, deux grandes lignes tangentes et parallèles, la première, représentant Moïse et la seconde le Roi Salomon. Sur la partie supérieure de ce cercle repose le Volume de la Loi Sacrée qui supporte l’Echelle de Jacob dont le sommet s’élève jusqu’aux cieux. Et si nous étions aussi proches de ce Livre Saint et si adhérions aussi étroitement aux doctrines qu’il contient que le font ces deux lignes parallèles, cela nous conduirait auprès de Celui Qui ne nous trompera pas et Qui n’acceptera pas d’être trompé. En suivant la circonférence de ce cercle, nous devons nécessairement rencontrer ces deux parallèles ainsi que le Livre Sacré, et tant qu’un Maçon demeure dans de telles limites, il ne peut s’égarer ».

 

A l’origine ce symbole était associé aux deux Saint-Jean. Après la déchristianisation des rituels en 1813, les deux tangentes parallèles représenteront Moïse et Salomon. Nous pouvons déjà conclure provisoirement que les Loges travaillant à un rite anglais ne sont plus des Loges de Saint Jean, même si elles en ont été la source, et qu’il ne nous appartient pas de fêter les traditionnelles fêtes de Saint Jean.

Le cercle avec son centre est un symbole classique qui a plusieurs significations. Celles-ci tiennent à la structure géométrique du tracé qui présente d’une part un point central autour duquel tout s’organise et d’autre part une limite extérieure circulaire, ce point central et cette limite extérieure déterminant un espace intermédiaire. Dans la conception du Moyen Age et de celle de ce néo-platonisme chrétien de la Renaissance qui considère l’univers fini, centré et sphérique, cette figure est en premier lieu un symbole de l’Univers. Le cercle extérieur est celui que le Grand Architecte de l’Univers a tracé au moyen d’un compas symbolique tel que nous le montrent les enluminures médiévales. Le point central est celui où il a fixé la pointe du compas.

La signification suprême de la figure formée d’un cercle et de son centre est de représenter la Trinité, à l’image de laquelle sont faits et l’Univers et la Loge. Le centre représente le Père, le cercle extérieur le Fils et l’espace intermédiaire l’Esprit. Ce symbolisme a été formulé avec une grande force par Kepler, dans la période même où naissait la Maçonnerie spéculative. Dans « le mystère cosmographique » (1596) il écrit : « Et alors que cela seul aurait suffit à fonder en Dieu la noblesse du courbe, il s’y ajoute une autre raison de loin plus importante : l’image de la divine Trinité dans la surface sphérique avec le Père au centre, le Fils à la superficie et le Saint-Esprit dans l’égalité de la relation du centre au pourtour ». C’est donc l’image de la Trinité divine qui est figurée dans les Loges par le point central dans le cercle. De plus cette figure orne l’autel qui supporte le Volume de la Loi Sacrée dans lequel la Trinité se révèle par sa seconde personne, le Verbe correspondant à la limite circulaire. Dès lors les deux lignes parallèles qui touchent le cercle représentent les deux faces de la révélation scripturaire : l’Ancien et le Nouveau Testament. Voilà pourquoi elles correspondent aux deux Saint-Jean. En eux en effet l’Ancienne et la Nouvelle Loi touchent au plus près au Verbe venu dans le monde. Saint Jean-Baptiste le dernier des prophètes de l’Ancien Testament et en même temps « plus qu’un prophète » au dire de Jésus lui-même (Matthieu 11.9) annonce que la première s’accomplit dans cette venue et Saint Jean l’Evangéliste commence à propager la deuxième, que le Verbe apporte. Ainsi, dans cette figure, les deux Saint-Jean sont chacun à leur place dans une représentation complète de la Révélation chrétienne.

Les deux Saint-Jean sont riches d’enseignements spirituels. Saint Jean-Baptiste a prêché le repentir. Il est celui qui invite à se préparer à la venue de la Lumière, à se mettre en état de la recevoir. Il enseigne l’humilité, le renoncement à soi sans lesquels il n’y a ni initiation ni progrès spirituel : « Moi, je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale » (Jean 1.27) ; « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean 3.30). Le véritable ésotérisme ne consiste pas à pénétrer les arcanes de quelque science secrète mais à se pénétrer de la substance de telles phrases initiatiques. Si saint Jean-Baptiste enseigne au Maçon comment se préparer à recevoir la Lumière, saint Jean l’Evangéliste est le type d’homme qui l’a reçu et qui a donc atteint une certaine connaissance. Sur la nature de cette connaissance , sur la source dont elle procède, sur les effets qu’elle opère en celui qui la reçoit, tout est dit dans son Evangile en des termes simples et abordables dont il ne s’agit que de se pénétrer : « Le Verbe était la vraie Lumière qui illumine tout homme en venant au monde » ; « A ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son Nom, il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu : ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. (Jean 1.9 ; 1.12-13) ; « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, mais l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante pour la vie éternelle » (Jean 4.14).

Enfin l’Evangile de saint Jean est par excellence l’Evangile de l’amour. Bien qu’à la vérité les commandements d’aimer Dieu et son prochain figurent dans l’Ancien Testament et soient repris dans les Evangiles synoptiques (Matthieu 22.34-40, Marc 12.28-31, Luc 10.25-28) qui contiennent même la prescription d’aimer ses ennemis, le commandement d’amour est proclamé d’une manière particulièrement solennelle dans l’Evangile de Saint-Jean où d’ailleurs Jésus le présente comme nouveau parce qu’il lui donne un caractère absolu et une portée universelle qu’il n’avait pas dans l’Ancien Testament : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13.34-35). « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en cet amour. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15.9-12).

Dans ces passages, le commandement d’amour fraternel est mis dans la perspective de la Révélation trinitaire dont le schéma complet est donné par la figure symbolique commentée plus haut. L’amour des Frères entre eux est à l’image de celui que le Fils a pour eux et dans lequel ils demeurent, et celui-ci est lui-même à l’image de l’amour que le Père a pour le Fils et dans lequel le Fils demeure, cet amour étant ce dont procède l’Esprit. Il a été révélé partiellement dans l’Ancien Testament sous la forme de la Loi puis dans le Nouveau Testament sous la forme plus parfaite d’une nouvelle loi de Grâce et de Vérité (Jean 1.17). Les deux Saint-Jean symbolisent ces deux phases de cette Révélation, phases que chaque Maçon doit revivre son parcours maçonnique passant par l’attente dans l’effort et dans les œuvres qui sont déjà amour, de la venue de la Grâce et de la Lumière qui feront éclore en lui, en même temps que la connaissance, l’amour dans sa perfection.

Source :

- rituel Emulation

- Instructions Emulation

 Source : www.ledifice.net

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Pourquoi les Maçons fêtent-ils les deux saints Jean ?

Publié le 4 Mars 2013 par Jacques Ruelland, dans St Jean

Le 27 décembre 2005, alors qu’il était en visite officielle à la Loge St. John no 3 de Québec et que je l’accompagnais pour ainsi fêter le solstice d’hiver et saint Jean l’Évangéliste, le Grand Maître, le PVF John A. Prosnick, me demanda d’expliquer par écrit les raisons pour lesquelles les Francs-maçons fêtent les deux saints Jean : Jean le Baptiste le 24 juin ; Jean l’Évangéliste le 27 décembre. Voici le fruit de mes recherches.

La réponse à une telle question doit d’abord porter sur la définition et la signification symbolique des solstices et des cérémonies auxquelles l’arrivée de ces deux événements annuels donnaient lieu autrefois ; elle concerne également le choix historique, par l’Église chrétienne, des deux saints Jean pour marquer symboliquement ces solstices ; elle doit montrer le lien historique existant entre la Maçonnerie opérative, la Maçonnerie spéculative et les deux saints Jean ; elle doit enfin expliquer pourquoi les Francs-maçons actuels fêtent ces deux saints et, en même temps, l’arrivée des solstices.

Définition et signification symbolique des deux solstices

Le solstice du 24 juin marque le début de l’été ; celui du 27 décembre, le début de l’hiver – les équinoxes marquant le début des saisons du printemps et de l’automne dans nos régions tempérées. Cependant, le caractère symbolique des solstices ne coïncide pas avec le caractère général des saisons correspondantes. En effet, le solstice d’hiver ouvre la phase ascendante du cycle annuel ; le solstice d’été en ouvre la phase descendante – d’où le symbolisme gréco-latin des portes solsticiales représentées par les deux faces de Janus : l’une, celle d’un jeune homme (l’avenir, l’année qui commence) ; l’autre, celle d’un vieillard (le passé, l’année qui se termine). Son image doit engager le Maçon à regarder en arrière en même temps qu’en avant ; pour préparer à l’humanité les voies du progrès, il faut tenir compte des leçons de l’histoire . Par ailleurs, il est aisé de constater que c’est la porte hivernale qui introduit la phase lumineuse du cycle, et la porte estivale sa phase d’obscuration .

L’Église chrétienne et le culte des deux saints Jean

L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination : la Nativité à la fin du cycle estival et, un peu plus tard, durant cycle hivernal, la résurrection du Christ. C’est pourquoi Jean l’Évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste : « Il faut que lui grandisse et que je décroisse». La naissance du Christ est ainsi placée arbitrairement le 25 décembre – alors que l’on a la preuve qu’il est né au printemps – afin de corroborer la prophétie du Baptiste : l’annonce de la venue du Christ, qui met un terme à l’Ancienne Alliance (l’Ancien Testament) et commence la Nouvelle.

Il faut aussi considérer le fait que les deux saints Jean sont des hommes et non des femmes, et l’on peut dire que cela « tombe bien » pour l’Église, car ils symbolisent, à travers les solstices, le Christ chronocrator, celui qui dirige, qui domine le temps – direction suprême de la vie et de l’univers, fonction céleste entre toutes, que seul un homme peut assumer.

Afin de conférer le titre de chronocrator au Christ, le symbole de ce dernier et de la chrétienté devient alors la croix, qui remplace le poisson. Bien avant de devenir l’emblème du christianisme, la croix fut en de nombreuses régions du monde, l’image du cosmos. Formée par l’intersection de deux perpendiculaires, la croix découpe l’espace en quatre. Or, quatre correspond aux saisons (printemps, été, automne, hiver), aux éléments (terre, eau, air, feu), aux points cardinaux (orient, midi, occident, septentrion), aux phases de la Lune (nouvelle, croissante, pleine, décroissante), à l’année (deux équinoxes et deux solstices), aux âges de la vie (enfance, jeunesse, maturité, vieillesse) et aux moments du jour (aube, midi, crépuscule, nuit) . On peut y ajouter le symbolisme de la règle de 24 pouces : la division de la journée du Maçon entre la prière, le travail, le repos et le sommeil . C’est tout cela que domine le Chronocrator ; les deux saints Jean le symbolisent par leur foi commune et les dates de leurs fêtes.

Il faut enfin regarder un autre point : Jean le Baptiste baptise les croyants dans l’eau ; on peut dire qu’il travaille « de ses mains », il est un « opératif », alors que Jean l’Évangéliste écrit et fait un travail intellectuel, il est un « spéculatif » : à eux deux, ils symbolisent le corps et l’esprit, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative, le Pavé mosaïque, mais aussi l’eau et le feu – l’eau (et la terre), évidemment, pour le Baptiste, et le feu (et l’air) pour l’Évangéliste. Ce dualisme symbolique est d’ailleurs confirmé par la vie même des deux saints.

Jean le Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie, se retira très tôt au désert pour se préparer, par la prière et le jeûne, à sa mission de précurseur du Christ. À trente ans, il parut sur les rives du Jourdain, prêchant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Il était vêtu de peaux de chameau et d’une ceinture de cuir, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Les juifs accouraient pour l’écouter. Il se défendait d’être le messie : « Un autre vient dont je ne suis pas digne de dénouer les sandales. Moi, je vous baptise dans l’eau, mais lui vous baptisera dans l’esprit» : en Maçonnerie, Jean le Baptiste est l’Initiateur, celui qui, grâce à l’épreuve de l’eau, prépare le chemin vers la réalisation de la Beauté, de la Force et de la Sagesse. Le roi Hérode Antipas ayant épousé sa nièce Hérodiade, femme de son frère, Jean le Baptiste s’éleva contre cet inceste. Hérode le fit emprisonner. Salomé, fille de Hérodiade, dansa pour Hérode et le séduit – un autre inceste aux yeux du Baptiste. Hérode lui ayant offert ce qu’elle désirait, Salomé lui demanda, sur les instances de sa mère, la tête de Jean . C’est ainsi que Jean-Baptiste fut décapité. Sa mort – celle de son corps en particulier – symbolise la fin abrupte de l’Ancien Testament, la phase descendante du cycle solaire. L’animal qui le symbolise est le mouton, un animal « terrestre » très paisible.

Fils de Zébédée, patron de pêche à Bethsaïde, Jean l’Évangéliste était ce jeune pêcheur de Galilée qui, avec André, suivit le Christ lorsqu’il entendit Jean le Baptiste le désigner « l’Agneau de Dieu». Le Christ l’appelait parfois « fils du tonnerre » en raison de son ardeur – d’où le symbole du feu qu’on lui accole. Après la Pentecôte, il prêcha à Éphèse, en Asie mineure. Arrêté et conduit à Rome, il fut plongé dans une cuve d’huile bouillante, près de la porte Latine, sans en ressentir de douleur . Sous la persécution de Domitien, il fut exilé dans l’île de Pathmos durant quinze mois ; c’est là qu’il écrivit l’Apocalypse, un livre prophétique. Revenu à Éphèse, il y dirigea des communautés chrétiennes et écrivit le quatrième Évangile et trois Épîtres, afin de réfuter les hérésies. Il atteignit, dit-on, une extrême vieillesse . La mort tardive et paisible de Jean l’Évangéliste tranche avec la mort subite et violente de Jean le Baptiste ; on peut y voir le symbole de la vie éternelle de l’esprit, opposée à la vie brève et pleine de souffrances du corps. L’animal qui symbolise Jean l’Évangéliste est l’aigle, un animal « aérien », fougueux comme le feu – quoique le feu purificateur soit aussi associé à l’été, et donc au Baptiste . D’ailleurs, saint Jean l’Évangéliste a pour surnom « l’Aigle de Pathmos ».

Jules Boucher signale par ailleurs que, d’après certains auteurs, saint Pierre symboliserait l’Église « extérieure » et saint Jean, l’Église « intérieure ». Aussi, ajoute Boucher, a-t-on vu dans le nom de saint Jean l’Évangéliste, utilisé par la Maçonnerie, la preuve évidente de son rattachement à la gnose considérée comme la doctrine secrète et intérieure de l’Église . Ce raisonnement est intéressant, mais que fait-il du Baptiste ? La Maçonnerie fête les deux saints Jean, et non un seul.

Les deux saints Jean, la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative

Les anciennes guildes ne s’occupaient pas seulement des affaires courantes de leur métier, lequel était appelé un « mystère », mais elles prenaient également soin de la santé spirituelle de leurs membres ; à cette fin, elles employaient un prêtre ou un chapelain, qui dirigeait leurs cérémonies religieuses et offrait des messes ou des prières pour le repos de l’âme des défunts. C’est pourquoi chaque guilde avait un saint patron ; les membres des guildes étaient souvent liés à une église particulière où, en certaines circonstances, ils organisaient des célébrations . Elles étaient à l’image des métiers dans l’Antiquité, placés sous la protection d’une divinité .

Parmi les saints patrons des maçons et des tailleurs de pierre, on trouve les saints suivants : Blaise, Thomas, Louis, Grégoire, Alpinien, Marin, Martin, Étienne, sainte Barbe et « les Quatre Couronnes », ainsi que les fêtes religieuses de l’Ascension et de l’Assomption ; mais saint Jean n’en fait pas partie .

Au sujet des Quatre Couronnes, dans La Légende dorée, Jacques de Voragine déclare que

Les Quatre Couronnes s’appelaient Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin. Par ordre de Dioclétien, ils furent battus de verges plombées jusqu’à ce que mort s’ensuive. On fut pendant très longtemps sans trouver les noms des quatre martyrs et l’Église, faute de connaître leurs noms, décida de célébrer leur fête le même jour que celle de cinq autres martyrs, Claude, Castor, Symphorien, Nisostrate et Simplice, qui subirent le martyre deux ans plus tard. Ces cinq martyrs étaient sculpteurs ; et comme ils se refusaient à sculpter une idole pour Dioclétien, ils furent enfermés vivants dans des tonneaux plombés et précipités dans la mer, en l’an du Seigneur 287. C’est donc le jour de la fête de ces cinq martyrs que le pape Milchiade (311-314) ordonna que fussent commémorés, sous le nom des Quatre Couronnes, les quatre autres martyrs dont on ignorait les noms. Et bien que, par la suite, une révélation divine eût permis de connaître les noms de ces saints, l’usage se conserva de les désigner sous le nom collectif des Quatre Couronnes. On célèbre leur fête le 8 novembre .

alors que, selon Joseph Léti,

Cinq maçons [chrétiens], qui pourraient aussi être des sculpteurs, furent mis à mort sous le règne de Dioclétien à cause de leur refus d’exécuter la statue d’une divinité païenne. En même temps qu’eux, furent passés par les armes quatre soldats [romains] qui ne voulaient pas encenser l’auteur de cette divinité. Les neuf cadavres ayant été ensevelis ensemble, la tradition, qui n’a rien retenu des cinq premiers, ne conserva que les quatre autres qui probablement portaient la couronne de centurion, ce qui conférait la plus haute classe des gradés de la milice .

Les Quatre Couronnes furent les saints patrons des loges opératives allemandes au Moyen Âge. Plus tard, Moïse et Salomon devenaient ceux de la Franc-maçonnerie anglaise et les deux saints Jean ceux de la Franc-maçonnerie américaine et de nombreuses autres Obédiences d’Europe continentale et d’ailleurs.

Toutefois, pour Oswald Wirth, l’expression « Loge de saint Jean » dérive bel et bien du titre que portaient au Moyen Âge les corporations constructives : « Confraternités de saint Jean» – sans toutefois que l’on sache avec précision lequel des deux saints la Maçonnerie honore en invoquant son nom . Tous les métiers francs célébraient le culte général de saint Jean .

Un document ancien, la Charte de Cologne, signale qu’avant l’an 1440, la société des Francs-maçons était connue sous le nom de « Frères de Jean», et qu’ils ont commencé à s’appeler « Maçons Francs et Acceptés » à Valenciennes. À cette époque, dans les Flandres, grâce à l’assistance et à la richesse de la fraternité, les premiers hôpitaux furent érigés en vue de soulager les personnes atteintes du feu de saint Antoine . Une autre partie de la Charte dit que les auteurs de ces associations s’appelaient « Les Frères consacrés à Jean » parce qu’ils imitaient Jean le Baptiste .

Le nom de Jean se rattache aussi à la légende du « Prêtre Jean » (XIIe ou XIIIe siècle), qui aurait été un souverain tartare. Jusqu’au XVIIIe siècle, le négus d’Abyssinie était appelé de ce nom ; nombre d’empereurs d’Abyssinie ont porté le nom de Jean .

La Maçonnerie ne se rattache pas aux corporations, qui réglementaient étroitement les métiers, mais aux confréries de métiers libres, dits « francs », d’origine religieuse. Le privilège de franchise existait dans les abbayes et surtout dans les domaines du Temple. Les commanderies templières attirèrent de nombreux artisans qui pouvaient, sous la protection des Templiers, passer librement d’une commanderie à l’autre – comme saint Jean l’Évangéliste a pu voyager malgré les multiples épreuves qu’il a subies durant sa longue vie. Les Templiers portaient une vénération particulière à saint Jean, confondant facilement, dans leurs invocations, l’Évangéliste et le Baptiste, puisque le 24 juin donnait lieu à de grandes réjouissances. Lorsque l’Ordre du Temple fut dissous, en 1312, par le pape Clément V, les biens des Templiers furent attribués aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, avec les privilèges et droits accordés à leurs anciens possesseurs. Les franchises dont bénéficiaient les gens de métiers furent donc maintenues, et elles existaient encore au moment de la Révolution française .C’est pourquoi les maçons du Temple, ou « francs maçons », se placèrent sous la protection de saint Jean .

La Maçonnerie actuelle et la fête des deux saints Jean

Ce n’est donc pas par hasard si c’est précisément le 24 juin 1717, à Londres, que quatre Loges, où opératifs et spéculatifs se côtoyaient, s’unirent en Grande Loge et élirent un Grand Maître.

Des dissensions se produisirent rapidement au sein de ces Loges. Elles avaient pour origine la différence de statut social entre les maçons de métier et les Maçons acceptés. Il en résulta qu’à côté des Loges régulières régies par la Grande Loge de Londres subsistèrent des Loges indépendantes généralement désignées sous le vocable de « Loges de saint Jean ». Elles s’unirent à des maçons irlandais indépendants pour former, en 1751, la Grande Loge rivale, dont les membres revendiquaient le titre de « Maçons anciens » (parce qu’opératifs), les Maçons de la première Grande Loge étant dits « Maçons modernes » . Cette situation perdura jusqu’à la réconciliation des deux Grandes Loges et la création, en 1813, de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais de ce schisme étaient issus, dès 1753, deux systèmes de classification des Loges, les Loges « anciennes » ayant conservé l’appellation de « Loge de saint Jean » pour toutes leurs Loges et s’étant donné des titres distinctifs variés, et celles de la Grande Loge des « modernes » ayant adopté deux autres saints patrons : Moïse et Salomon, et ayant rejeté l’ancienne dédicace générale à saint Jean.

Dans certaines Obédiences, les Loges des trois premiers Degrés sont appelées « Loges de saint Jean » ou « Loges de Saint-Jean ». On y place souvent la Bible ouverte à la première page de l’Évangile de saint Jean, parfois qualifié d’« Évangile de l’Esprit », dont les cinq premiers versets – ou prologue – sont un véritable monument ésotérique :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était, au commencement, auprès de Dieu. Tout, par lui, a été fait, et, sans lui, rien n’a été fait. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Les plus anciens rituels maçonniques confirment l’utilisation de l’expression « Loge de Saint-Jean ». Voici les questions que l’on pose encore actuellement à un Frère visiteur lorsqu’il se présente dans une telle Loge, et les réponses qu’il doit donner :

Le Vénérable Maître: D’où venez-vous, mon Frère ?
Le Frère visiteur: D’une loge de Saint-Jean.
Le Vénérable Maître: Que fait-on dans une loge de Saint-Jean ?
Le Frère visiteur: On y tresse des couronnes pour la vertu ; l’on y forge des chaînes pour les vices.
Le Vénérable Maître: Que venez-vous faire ici ?
Le Frère visiteur: Vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
Le Vénérable Maître: Qu’apportez-vous en Loge ?
Le Frère visiteur: Bienveillance à tous mes Frères .

Et le Vénérable Maître, lorsqu’il ouvre officiellement les Travaux dans l’une de ces Loge, prononce solennellement la formule suivante :

À la gloire du Grand Architecte de l’Univers, au nom de la Franc-maçonnerie universelle et sous les auspices de la Grande Loge …, en vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés, je déclare ouverte au Grade d’Apprenti cette Respectable Loge de Saint-Jean, constituée à l’Orient de … sous le no … et le titre distinctif … À moi mes Frères, par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise (batterie : 0 – 0 – 0 ; acclamation : Houzzé ! – Houzzé ! – Houzzé !). Mes Frères ! Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple ; élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière!

Dans ces Loges, on célèbre les fêtes des deux saints Jean. Mais il n’est pas exclu que des Loges qui ne sont pas « Loges de saint Jean » fêtent également saint Jean le Baptiste et/ou saint Jean l’Évangéliste – avec ou sans référence au solstice. C’est ainsi que la Loge St. John no 3 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Québec, fête chaque année son patronyme le 27 décembre et, en même temps, l’arrivée du solstice d’hiver et le début d’un temps nouveau. Par ailleurs, la Loge Golden Rule no 5 (GRQ), AF & AM, à l’Orient de Stanstead, organise chaque année, aux environs du 24 juin, une Tenue au Grade de Maître, en plein air, sur le sommet du mont Owl’s Head, dans les Cantons de l’Est. Ces diverses célébrations montrent bien que même si toutes les Obédiences n’ont pas adopté la classification de la « Maçonnerie johannite », leurs Loges sont libres de rendre hommage aux deux saints Jean et de fêter le passage d’un solstice à l’autre.

L’expression « Maçonnerie johannite » a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de « synthèse » adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des « Modernes » et des « Anciens », et dans lequel la dédicace des Loges est faite à Moïse ou à Salomon. Oliver était fortement opposé à ce changement – par ailleurs très critiqué par plusieurs Obédiences – et écrivit à ce sujet un livre intéressant . Mais les Hemming Lectures sont demeurées le système autorisé par la Grande Loge Unie d’Angleterre .Selon la définition donnée par Oliver, le système pratiqué aux États-Unis est une Maçonnerie johannite .

Il ne faut pas confondre la « Maçonnerie johannite » et les Johannites, secte religieuse maçonnique établie à Paris en 1814 par Raymond de Fabre-Palaprat (1775-1838), Grand Maître de l’Ordre du Temple.

Les Templiers célébraient leurs fêtes les plus importantes le 24 juin ; la Maçonnerie n’aurait, à ce propos, que perpétué une coutume de l’Ordre du Temple. Dans le monde profane, la Saint-Jean d’été est marquée par des feux qui sont encore allumés en maintes régions ; le folklore est riche de traditions s’y rapportant . Ajoutons enfin que saint Jean-Baptiste est le protecteur du Québec.

Au même titre que Hiram Abif, Hiram de Tyr et Salomon, les deux saints Jean sont des personnages importants de la symbolique maçonnique. Il convient de les vénérer en toute connaissance car, pour un Maçon, la connaissance, c’est la Lumière. Et la connaissance peut commencer par l’étude du symbolisme du Pavé mosaïque et de la place des deux saints Jean dans la Maçonnerie.

Source : http://roughashlar.com/

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Citation

Publié le 3 Mars 2013 par L’Ecclésiaste dans Spiritualité

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux ; Un temps pour naître, et un temps pour mourir : un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ; un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; … un temps pour se taire, et un temps pour parler ; un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. »(L’Ecclésiaste III, 1-8)

Commentaire : tout est dit !

 

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Galway-Connemara, la Terre de mes ancêtres

Publié le 3 Mars 2013 par X dans Irlande

Galway City

Porte d’entrée du Connemara, Galway (jumelée avec ma bonne ville de Lorient) laisse un souvenir inoubliable à tous ceux qui y séjournent pendant leur périple en Irlande. Et pourtant, bien que les rues colorées du centre donnent un certain charme à la ville, pas de véritables curiosités touristiques pour attirer le chaland dans cette ville de 80 000 habitants. Mais Galway, c’est avant-tout une atmosphère festive, grâce à une forte population étudiante cosmopolite et à un afflux de touristes qui s’arrêtent ici avant de visiter le Connemara ou les îles d’Aran. On ne compte pas en ville les bars, restaurants, discothèques, et surtout les excellents pubs qui font la réputation de Galway ... L’ambiance animée toute l’année monte encore d’un ton pendant les festivals de l’été, pendant lesquels les pubs ont le droit d’ouvrir 24 heures sur 24 ! Rajoutez que la ville compte de nombreuses solutions d’hébergement et que les tarifs restent abordables, et vous comprendrez le succès de Galway !

Petite Histoire de Galway

La ville est née à l’emplacement d’un village de pêcheurs, Claddagh, à l’embouchure de la River Corrib. Les anglo-normands s’emparèrent en 1232 de ce territoire appartenant aux O’Flaherty et y construisirent une citadelle et une ville fortifiée en 1270. Il est d’ailleurs possible que le nom gaëlique de Galway (« Gaillim ») vienne du mot gaëlique gaill qui signifie « étranger ». La ville est dirigée par 14 familles (ou tribus) de marchands après une charte accordée par Richard II en 1396, ce qui vaut encore aujourd’hui à Galway le surnom de « Cité des Tribus ». Pendant plusieurs siècles, la cité se développe grâce au commerce avec le Portugal et l’Espagne, tout en maintenant avec ses voisins irlandais des relations tumultueuses. La ville est détruite par Cromwell puis Guillaume d’Orange au XVIIème siècle. La ville ne s’en remettra pas avant plusieurs siècles, renaissant de ses cendres dans les années 90 grâce à l’arrivée d’industries technologiques de pointe et au boom économique irlandais. Galway est désormais une des villes les plus dynamiques d’Irlande et même d’Europe, attirant de plus en plus de nouveaux habitants de toutes origines. Une ville champignon et cosmopolite en somme, une de celles qui ont le vent en poupe en Irlande !

Le chien de Galway

Une légende circule à Galway, selon laquelle le premier à avoir posé le pas en Amérique venait de Galway ! On raconte en fait que Christophe Colomb fit une pause à Galway avant de partir à la recherche d’une autre route vers les Indes, pour en fait découvrir l’Amérique. A l’occasion de cette halte, un jeune irlandais du nom de William embarqua avec son chien. Bien plus tard, le chien tout excité à la vue de la terre ferme fut le premier à sauter du bateau et nager vers les rives. Le premier à avoir posé le pied (ou plutôt la patte !) sur le continent américain était donc ... un chien de Galway !

Visiter Galway

Le coeur de la ville n’est pas très étendu et se visite facilement à pied en 2 heures (en ne comptant pas évidemment les ravitaillements au pub !!!). La ville s’étend de part et d’autre de la River Corrib, mais c’est la rive est qui est la plus intéressante à visiter. Je vous propose une visite de la ville en partant de l’imposante cathédrale Saint Nicolas qui surplombe la River Corrib. Une cathédrale récente puisqu’elle a été consacrée par le cardinal de Boston en 1965 ! Au pied de la cathédrale, le Salmon Weir Bridge se trouve en aval d’un barrage sur la River Corrib. En mai et juin, lorsque les saumons remontent la rivière, il est possible de voir des bancs entiers de saumons franchir le barrage en sautant. Pas très loin de là, derrière la mairie, des bateaux proposent des croisières sur le Lough Corrib. Un chemin aménagé part du Salmon Weir Bridge et longe la River Corrib jusqu’à Wolfe Tone Bridge. Arrivé à Wolfe Tone Bridge, détour recommandé sur l’autre rive de la River Corrib pour une balade sympa sur Claddagh Quay, Nimmo’s Pier puis South Park. Cette promenade permet de longer la River Corrib puis Galway Bay, avec des vues sympas sur Galway, au milieu des cygnes et des mouettes. On peut même pousser jusqu’à Salthill, station balnéaire de Galway, à quelques kilomètres de là. Revenons à Wolfe Tone Bridge pour pénétrer dans le « quartier latin » de Galway, un plateau piétonnier aux maisons plus colorées les unes que les autres, grouillant de pubs, de discothèques, de restaurants, ... On y trouve les pubs les plus réputés de Galway : The Quays, le Tig Coili, le King’s Head et plein d’autres que vous ne manquerez pas de découvrir ! Pendant la saison touristique, de nombreux musiciens et artistes de rue attroupent les passants, créant une ambiance très festive. A l’est de ce plateau piétonnier, Eyre Square est la place centrale de Galway, dédiée au président Kennedy qui fit une visite triomphale à Galway en 1963. Récemment rénovée, elle est devenue un lieu de passage très animé et très agréable. En haut de la place, une belle sculpture couleur rouille représente une voile de hooker, le bateau traditionnel du comté de Galway. En quittant Eyre Square par le sud, on rejoint Commercial Dock, le quartier portuaire de Galway. En longeant le bassin vers l’ouest, The Long Walk et ses petites maisons colorées permet de retrouver la River Corrib et revenir à Wolfe Tone Bridge en passant par Spanish Arch. Ce dernier vestige d’une porte d’entrée de la ville a été baptisé ainsi en mémoire des liens commerciaux entretenus par Galway avec l’Espagne pendant plusieurs siècles. Juste à côté, le Galway City Museum (entrée gratuite en haute saison, pas chère le reste de l’année) présente des objets en rapport avec l’Histoire de Galway.

Inagh Valley

S’infiltrant entre les massifs montagneux des Maumturk Mountains et des Twelve Bens, la Inagh Valley propose des paysages parmi les plus beaux et les plus sauvages du Connemara. Des panoramas facilement accessibles puisque la vallée est traversée par une route, la R344, qui fait partie d’un circuit panoramique plus important, la Connemara Loop. Cette route démarre quelques kilomètres après Recess, sur la N59 entre Galway et Clifden. La route longe sur une grande partie de la vallée le superbe Lough Inagh, au pied des Twelve Bens. Des deux côtés de la route, les massifs des Maumturk Mountains et des Twelve Bens se présentent dans toute leur majesté, offrant des panoramas somptueux. Après avoir longé le Lough Inagh, la route traverse de vastes étendues de tourbières jusqu’à retrouver la N59, au niveau du Kylemore Pass, entre Clifden et Leenane.

La Lough Inagh Valley se fait donc facilement en véhicule motorisé (et c’est une des raisons de son "succès" !), mais elle est également un lieu propice aux marcheurs. Elle est en particulier traversée par un des plus beaux chemins de randonnée de l’ouest de l’Irlande, le Western Way. Ce sentier de 250 km de long démarre près de Oughterad, sur la rive sud du Lough Corrib, et traverse les comtés de Galway et de Mayo. Il pénètre dans la Lough Inagh Valley par Mamean (aussi appelé Saint Patrick’s Bed), un col des Maumturk Mountains surplombant le petit village de Derryvoreada. Puis il longe la vallée au pied des Maumturk Mountains, jusqu’au Kylemore Pass puis jusqu’à Leenane. Plusieurs heures de marche en perspective ... Mais on peut parcourir une partie de ce sentier pour faire une marche plus courte, par exemple monter le petit col de Mamean. Pour atteindre le point de départ de cette petite balade, suivre la petite route à droite, direction Mamean, juste avant l’hôtel planté en plein milieu de la vallée. Au bout de quelques kilomètres sur une petite route très étroite et envahie par les moutons, on arrive à un petit parking sur la gauche. Une porte métallique dont les grilles forment le mot « Mamean » vous annonce sans équivoque que vous êtes au bon endroit ! Après une grosse demie-heure de montée, on arrive au sommet du col, avec un superbe panorama sur la Lough Inagh Valley à l’ouest et la Maam Valley à l’est. Un petit oratoire dédié à Saint Patrick (idéal en cas d’averse !), de nombreuses croix et des petits monticules de pierres rappellent qu’ici, tous les ans, le 17 mars, se déroule un pèlerinage en l’honneur de qui vous savez !

Côte sud du Connemara

Il y a deux manières de rejoindre Clifden et le Connemara depuis Galway City. Le chemin le plus direct suit la N59 en longeant par le sud le Lough Corrib, les Maumturk Mountains puis les Twelve Bens. Mais un autre itinéraire, plus long, permet de rejoindre Clifden en longeant la côte sud du Connemara via la R336. Désespérément rectiligne entre Galway et Inveran, la côte devient ensuite une véritable dentelle, succession de baies, de plages, d’îles et de presqu’îles, parmi lesquelles les routes se faufilent.

Spiddal

Quittons donc Galway City par la R336 qui longe la côte nord de Galway Bay, avec par temps clair une vue sur les montagnes du Burren de l’autre côté de la baie. Au coeur de cette région désolée, Spiddal (An Spideal en gaëlique) est une station balnéaire assez touristique, avec sa plage pavillon bleu, Prom Beach, ses alignements de B&B le long de la route, ses pubs réputés qui vibrent au son de la musique irlandaise pendant la saison touristique, ses restaurants et ses boutiques de souvenir. A l’entrée de Spiddal la Collaiste Chonnactest une université gaélique fondée en 1910 par la Ligue Gaélique. Elle assure des stages d’irlandais pendant l’été et se vante de compter parmi ses premiers élèves deux héros de l’indépendance irlandaise : Eamon De Valera et Patrick Pearse. Rien d’étonnant, car on est ici en plein Gaeltacht, en pleine terre de langue irlandaise.

Costelloe et ses environs

Quelques kilomètres après Spiddal, la côte devient beaucoup plus découpée alors qu’on approche de Costelloe (Casla en gaélique). Juste avant Costelloe, le port de pêche de Rossaveal, le plus important du comté de Galway, est le principal point d’embarquement pour les merveilleuses îles d’Aran. Le village de Costelloe , au fond de Cashla Bay, est un village carrefour, porte d’entrée de la presqu’île de Carraroe et de trois îles reliées à la terre ferme par des ponts : Lettermore Island, Gorumna Island et Lettermullan Island. Des paysages tristes, plats et rocailleux, entrecoupés de lacs, avec de nombreuses maisons posées un peu partout. Bref, rien de spectaculaire ... Ceux qui ont peu de temps pour visiter le Connemara passeront donc leur chemin ! Les paysages sont beaucoup plus intéressants quand on quitte Costelloe vers le nord, en retrouvant la R336 qui longe des landes, des tourbières et des lacs parsemés de petites îles, avec quelques arbres et maisons isolés dont on se prend à penser qu’ils ont été plantés là juste pour la photo ! Dans la région de nombreuses maisons en ruines, sans doute vestiges des vagues d’émigration qui ont vidé la région de sa population pendant plus d’un siècle après la Grande Famine. A noter que c’est depuis Costelloe qu’émet la station de radio na Gaeltachta, radio en langue gaélique.

La péninsule de Carna

La R340 qu’on croise au bout de quelques kilomètres permet de rejoindre Carna, au coeur d’une large péninsule bordée par Kilkieran Bay à l’est et Bertraghboy Bay à l’ouest. Un peu en retrait de la R340, accessible par un petit chemin vers la gauche qu’on rate facilement, le Pearse’s Cottage est un petit musée consacré à Patrick Pearse, héros de l’indépendance irlandaise. Il venait profiter de ce cadre calme pour se reposer et écrire ... Il y donnait également des cours de gaélique, une habitude dans la région ! Pour les plus pressés, possibilité de couper par une petite route pour rejoindre directement Cashel, sans faire le tour de la péninsule de Carna. Pour les autres, la R340 longe Kilkerian Bay, au pied des Cnoc Mordain (353 mètres au point culminant), jusqu’au petit port de pêche de Kilkerian, spécialisé dans la transformation des algues et du saumon. Quelques kilomètres plus loin, à la sortie du village de Ardmore, à l’endroit où la R340 tourne vers la droite à angle droit, ne pas rater la route très étroite sur la gauche qui mène au bout d’une centaine de mètres à un B&B et à une plage immense et magnifique, largement découverte à marée basse. En reprenant la R340, on arrive à Carna, renommée pour la qualité de ses chantiers navals qui construisaient les Galway hookers, voiliers traditionnels du comté de Galway. Possibilité de pêcher la truite dans les nombreux lacs autour de Carna. De Carna on rejoint Glinsk, en coupant à travers les terres via la R340 ou en longeant la côte par des petites routes. A partir de Glinsk, on longe Bertraghboy Bay : paysages superbes, côte très découpée, nombreux îlots, estran, ... On prend ensuite la R342 pour rejoindre Cashel, au fond de Cashel Bay. Ce petit port peu actif est dominé par Cashel Hill, une colline de 310 mètres de haut, au sommet de laquelle on a un panorama magnifique sur Bertraghboy Bay au sud et les montagnes du Connemara au nord.

Roundstone

Un peu plus loin, on emprunte la R341 en direction de Roundstone, un des plus beaux villages du Connemara. Ce vieux village de pêcheurs aux rues pentues et aux maisons colorées s’est développé dans un cadre naturel magnifique, protégé par l’île de Inishnee et dominé par le mont Errisbeg (299m), dont on peut atteindre le sommet en 2 heures de marche (avec comme récompense un panorama magnifique puisque le mont est le seul relief de la région). Par temps clair (ce qui n’a hélas pas été mon cas), le port bénéficie d’une vue sur les Twelve Bens au loin. A 5 minutes de marche du centre du village, un ancien monastère franciscain abrite le Michael Killeen Park, un centre artisanal qui accueille entre autres Malachy Kearns, surnommé Malachy "Bodhran", fabricant de bodhrans de réputation mondiale. On peut visiter son atelier et bien sûr acheter un de ses fameux bodhrans (atelier ouvert en été uniquement). Roundstone est également réputé pour deux magnifiques plages de sable blanc, parmi les plus belles du Connemara : Gorteen Bay et Dogs Bay, à quelques kilomètres du village sur la route de Ballyconneely. A Gorteen Bay, un cimetière surplombant la plage offre un cadre de rêve à ceux qui y reposent pour l’éternité. Dommage que quelques mobilhomes viennent gâcher un peu le plaisir

Ballyconneely

En continuant à longer la côte, on arrive à Ballyconneely, porte d’entrée d’une péninsule qui s’avance entre Ballyconneely Bay au sud et Mannin Bay au nord. La côte est une succession de criques, d’innombrables îlots et de plages sublimes qui cernent une grand partie de la péninsule. La route en direction de Silverhill à partir du centre de Ballyconneely mène à Bunowen Pier, petit port de pêche avec une jolie petite plage et une fumerie de saumons. Juste à côté, le Connemara Golf Club est un des plus beaux 18 trous d’Irlande, au bord d’une plage magnifique ... malheureusement gâchée par une armée de mobilhomes ! Ballyconneely est réputé mondialement pour ses élevages de poneys du Connemara, plusieurs champions ayant grandi ici. La légende raconte que la race est née du croisement avec des pur-sangs arabes, arrivés en Irlande suite au naufrage d’un navire espagnol au large de Slyne Head. Dans un tout autre registre, l’inventeur italien Guiglielmo Marconi installa à Ballyconneely en 1905 sa station de télégraphe sans fil. De cette station, il émit en 1907 le premier message transatlantique sans fil vers Cap Breton, en Nouvelle-Ecosse. Pas loin de là, John Alcok et Arthur Whitten Brown s’écrasèrent avec leur avion le dimanche 14 juin 1919, "réussissant" le premier vol transatlantique, en effectuant la traversée depuis Terre Neuve en un peu plus de 16 heures. Les deux pilotes sortirent indemnes du crash (sans doute l’effet amortisseur du sol spongieux irlandais !), mais Charles Lindbergh devait avoir un meilleur attaché de presse puisque c’est lui qui est passé à la postérité comme ayant réussi le premier vol transatlantique ... en 1927, soit huit ans plus tard !

De Ballyconneely, on arrive rapidement à Clifden en longeant Mannin Bay. Fin de cet itinéraire sur la côte sud du Connemara ...

Clifden et ses environs

Souvent considérée comme la capitale du Connemara, Clifden est une station balnéaire agréable de 2 000 habitants, coincée entre Clifden Bay et le massif des Twelve Bens. Une situation géographique idéale donc pour découvrir tous les charmes de la région. Du coup les touristes y affluent pendant la saison estivale : à éviter donc pour ceux qui sont venus chercher le calme en Irlande ! La ville a le charme typique des villes touristiques de l’ouest irlandais : maisons colorées, rues animées, nombreux pubs et restaurants, ... Le 3ème jeudi d’août, Clifden accueille le Pony Show, l’une des plus belles foires aux poneys d’Irlande. La fête est en fait un concours qui désigne les meilleures bêtes par catégorie (sexe, âge, ...), les participants étant vendus aux enchères le lendemain (les bêtes, pas les éleveurs !). Evidemment, comme on est en Irlande, les fûts de Guinness se vident à vue d’oeil et la musique retentit dans les pubs de Clifden !

La Sky Road

Mais quittons la ville pour découvrir les alentours de Clifden. Et d’abord une route mythique : la Sky Road. Cette route étroite fait le tour de la péninsule de Kingstown, à l’ouest de Clifden, offrant des panoramas magnifiques sur une côte découpée. Il paraît même qu’on peut y voir un des plus beaux couchers de soleil du monde ... La route démarre à gauche après le supermarché Supervalue, au bout de la rue principale de Clifden. Suivre ensuite les panneaux Sky Road, en privilégiant la Upper Sky Road, plus spectaculaire. La route grimpe rapidement en dominant Clifden Bay jusqu’à un parking avec un panorama extraordinaire sur le bout de la péninsule de Kingstown. En bas de la descente, au premier carrefour, la route très étroite en face (le genre de route sur laquelle on prie pour ne croiser aucun véhicule ...) mène à une jolie plage de sable blanc faisant face à Iniskturk. La Sky Road se poursuit ensuite sur la partie nord de la péninsule de Kingstown, avec des paysages moins spectaculaires, et se termine sur la N59, quelques kilomètres au nord de Clifden.

Claddaghduff et Cleggan

On peut poursuivre par une autre balade côtière, moins spectaculaire que Sky Road, en prenant à gauche en direction de Claddaghduff après quelques kilomètres sur la N59 en direction de Westport. Après avoir longé un bras de mer faisant face à Sky Road, on atteint Claddaghduff, petit village aux maisons éparses. Depuis la superbe plage de Omey Strand, on peut accéder à marée basse à Omey Island, à pieds ou en voiture. Le tour à pied de l’île est une des balades incontournables de la région. L’été, Omey Strand accueille des courses de chevaux. Entre Claddaghduff et le port de Cleggan, on longe une côte découpée faisant face à Inishbofin, avec quelques maisons colorées qui dominent de jolies criques. Ne pas rater les superbes plages près des Cleggan Lobester Fisheries ! Cleggan, petit port de pêche qui cultive son art du désordre, est le point de départ des ferries qui desservent l’île de Inishbofin (compter 45 minutes de traversée). Jolie baie abritée, avec une plage sympa. On rejoint la N59 à Moyard, après avoir longé la baie de Cleggan puis le charmant Ballynakill Lough.

Bog Road

Autre balade intéressante depuis Clifden, au sud cette fois-ci : la Bog Road. Facile à rater, car mal indiquée ... Quittez Clifden en prenant la direction de Roundstone et de Ballyconneely. Au bout de quelques kilomètres, la route tourne à angle droit vers un pont au fond de Clifden Bay ; prendre alors tout droit avant le pont, en direction de Lough Fadda House. La route traverse une immense zone de tourbières et de lacs, sans le moindre arbre. Au loin, on devine (dans la brume !) la silhouette des Twelve Bens. Envoûtant ... La route se termine quelques kilomètres au nord de Roundstone. Un itinéraire sympa à faire en vélo, pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux !

Connemara National Park

Le Connemara National Park, créé en 1980, couvre 2 000 hectares de tourbières, de landes, de prairies, de collines et de montagnes. Le parc comprend certains sommets des fameuses Twelve Bens, une chaîne de montagnes culminant à 729 mètres (Benbaun). Le territoire couvert aujourd’hui par le parc correspond en grande partie aux anciens domaines de l’abbaye de Kylemore et de la Letterfrack Industrial School (les locaux de l’école sont d’ailleurs aujourd’hui occupés par les bâtiments du parc national). Ce territoire accueillait des activités humaines, essentiellement des pâturages. Aujourd’hui la zone est totalement sauvage, même si des vestiges de cette occupation humaine demeurent visibles à certains endroits du parc. Outre son rôle touristique, le parc accueille également des étudiants qui effectuent des recherches sur la faune et la flore du Connemara.

L’entrée du parc se situe juste avant Letterfrack en venant de Clifden. Outre un parking, on y trouve la direction du parc national et un Visitors Centre très intéressant (gratuit, tout comme l’entrée dans le parc), qui vous permettra d’en apprendre plus sur les tourbières, que les irlandais appellent souvent le bog : origine des tourbières, faune, flore, exploitation, avenir, etc ... On y apprend par exemple que le Connemara (comme d’ailleurs une grande partie de l’Irlande) était autrefois couvert de forêts de pins qui ont été détruites par l’Homme, essentiellement pour laisser la place à des pâturages. Cette déforestation, l’acidité des sols et la pluviométrie importante sont à l’origine du développement de ces zones humides que sont les tourbières. On y apprend également que les tourbières sont un remarquable milieu de conservation, et qu’on y découvre régulièrement des corps humains encore bien conservés, propices à l’émergence de légendes et de croyances ... L’exposition est en anglais évidemment, mais un petit fascicule en français résume grossièrement l’exposition. Un coffee shop permet également de reprendre quelques forces après les randonnées. Car ce sont bien les randonnées qui constituent le principal intérêt du Connemara National Park. Trois circuits de randonnées en boucle partent depuis le Visitors Centre. Un circuit court, un circuit moyen ... et un circuit long. Le circuit court présente peu d’intérêt, le circuit moyen offre de belles vues sur la presqu’île de Renvyle mais c’est le circuit long qui est le plus intéressant, puisqu’il permet de grimper au sommet de Diamond Hill, une colline de 445 mètres de haut, avec des panoramas magnifiques tout au long de la montée et au sommet de la colline. Le sentier est très bien aménagé, des ponts en bois permettant de traverser les zones humides, et ne présente donc aucune difficulté particulière, sinon une ascension un peu raide sur la fin. Mais c’est difficile de monter en altitude tout en restant tout le temps sur du plat, n’est-ce pas ! Le vent peut toutefois rendre l’ascension pénible et même délicate par moments. Evidemment, comme pour toute randonnée en Irlande, ne pas oublier de s’équiper correctement (chaussures de marche, coupe-vent ou vêtement de pluie, de quoi boire et manger), car le temps change vite en Irlande. En tout cas les efforts déployés pour la montée sont largement récompensés par le panorama qu’on a au sommet : vue à 360°, portant sur la presqu’île de Renvyle et Tully Mountain, le Kylemore Lough (au bord duquel se trouve la fameuse Kylemore Abbey), les Maumturk Mountains, les Twelve Bens et les tourbières vers Clifden. Tout simplement extraordinaire par temps clair ! Compter entre 2 et 3 heures de marche pour l’aller-retour, selon la forme physique ... et le nombre de « pauses photo » ! Ne pas hésiter à partir tôt le matin, ça permet d’avoir la montagne pour soi alors qu’en journée les circuits de randonnée sont très fréquentés. Les randonneurs les plus aguerris, eux, n’hésiteront pas à descendre directement de Diamond Hill dans la vallée de la Polladirk River pour aller grimper les Twelve Bens toutes proches ! J’ai même croisé un randonneur belge qui plantait sa tente sur les sommets pour passer la nuit !

Joyce Country

Le Joyce Country désigne une région à cheval sur le comté de Galway et le comté de Mayo. Le Joyce Country ne tire pas son nom du fameux écrivain irlandais James Joyce comme on aurait tendance à le croire, mais plus simplement d’une rivière, la River Joyce qui coule dans une vallée entre Leenane et Maum. Le Joyce Country s’étend de cette vallée jusqu’à l’isthme étroit séparant le Lough Mask et le Lough Corrib, au coeur duquel se trouve Cong (comté de Mayo), considérée comme la capitale du Joyce Country. Pour découvrir cette région aux paysages attachants, je vous invite à un circuit partant de Leenane, au fond du magnifique fjord de Killary Harbour.

De Leenane à Cong via le Lough Nafooey

De Leenane, suivre la R336 (direction Connemara Loop) qui longe la River Joyce à travers une large vallée dominée par les Maumturk Mountains au sud et le massif de Devil’s Mother au nord, avec des sommets souvent dans les nuages. Au bout de quelques kilomètres, on pénètre dans une zone de Gaeltacht. Au milieu de la vallée, prendre à gauche une petite route en direction du Lough Nafooey. Aucun risque de se tromper, c’est l’unique carrefour entre Leenane et Maum ! La route grimpe rapidement vers un plateau de tourbières, dominées par le Maumtrasna (673 mètres), point culminant des Partry Mountains. Paysages très sauvages et tout simplement magnifiques. La route descend ensuite brutalement vers le Lough Nafooey, offrant une superbe vue sur la vallée. On pénètre alors pendant quelques kilomètres dans le comté de Mayo pour longer le Lough Nafooey, dans un des plus beaux paysages de la région. Un peu plus loin, après Finny, on traverse un pont qui enjambe un bras du Lough Mask (une route panoramique fait le tour de ce lac, mais je n’ai pas eu l’occasion de tester ...). Quelques barques en contrebas de la route attendent leurs pêcheurs, les autres profiteront de la vue superbe ! On repasse alors dans le comté de Galway, pour quelques kilomètres seulement, le temps d’atteindre Cong, capitale du Joyce Country.

Cong

Ce joli petit village s’est développé sur l’isthme de 5 kilomètres de large séparant le Lough Mask et le Lough Corrib (le nom gaëlique Conga désigne d’ailleurs une zone étroite de terre), une zone boisée et parcourue par des rivières plus charmantes les unes que les autres. Un cadre bucolique qui a charmé beaucoup de visiteurs, dont John Ford qui y a tourné en 1951 son plus célèbre film, « L’Homme Tranquille », avec John Wayne et Maureen O’Hara. Et il faudrait être aveugle pour ne pas le savoir en visitant Cong, car de nombreux commerces se sont baptisés en hommage au film ! Pour les amoureux de cinéma, un petit musée, le Quiet Man Cottage Museum, revient sur le tournage du film, avec des projections régulières. L’autre attraction du village est son abbaye, Cong Abbey, qui remonte au VIIème siècle mais qui fut détruite à deux reprises (par le feu au XIIème siècle puis par le normand William de Burgo en 1203). Les vestiges actuels datent de la reconstruction de l’abbaye, au début du XIIIème siècle. Pour ne rien cacher, ce ne sont pas les plus beaux vestiges d’abbaye en Irlande, loin de là. Par contre les jardins autour des ruines ne manquent pas de charme et abritent Monk’s Fishing House, un curieux petit bâtiment construit sur une rivière et qui aidait vraisemblablement les moines à pêcher du poisson. En traversant la rivière, on peut emprunter un sentier permettant de descendre le cours de la rivière jusqu’à Ashford Castle, un magnifique château-hôtel construit par la famille de Burgo au XIIIème siècle, ayant appartenu à la fameuse famille Guinness, et racheté en 1939 par Noel Huggard qui en a fait une des adresses les plus prestigieuses du monde. La liste des visiteurs célèbres est impressionnante : John Wayne et Maureen O’Hara (qui y ont séjourné à l’occasion du tournage de « L’Homme Tranquille »), Alex Ferguson (entraîneur écossais de Manchester United), Ronald Reagan, la princesse Grace et le prince Rainier, Sharon Stone, Robin Williams ou Woody Allen pour n’en citer que quelques-uns ! L’accès au parc est payant en théorie, mais à ma grande surprise personne ne m’a dérangé lors de ma visite ... Peut-être en va-t-il autrement en haute saison ? Au pied du château, une compagnie propose des croisières sur le Lough Corrib (d’autres bateaux partent du centre de Cong, mais en haute haute saison uniquement apparemment).

De Cong à Maum via le Lough Corrib

Quittons Cong pour revenir sur nos pas et prendre la R345 qui descend après Clonbur vers le Lough Corrib. Magnifique panorama sur le lac et ses nombreux îlots. Le Lough Corrib est le plus grand lac d’eau douce en Irlande et un véritable paradis pour les pêcheurs, comme en témoigne le nombre impressionnant de barques qui essaiment sur le lac ! Près de Cornamona, quelques tables de pique-nique au bord du lac offrent un cadre très agréable pour casser la croûte. La R345 continue à longer le Lough Corrib, jusqu’au petit village de Maum dans lequel on retrouve la River Joyce et la vallée qui ramène vers Leenane et Killary Harbour…

Source : http://www.terresceltes.net/-Galway-Connemara-.html

Commentaire : au bout de la Sky Road, là où la route rejoint le ciel, nous sommes sur le Chemin qui mène au Grand Architecte...

 

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Lettre à l'Ange de l'Eglise de Laodicée

Publié le 2 Mars 2013 par Traduction Chantal Duros dans St Jean

 

Si la Sixième Epoque doit reconnaître le Christ en tant que le Plus Grand Gardien du Seuil, la Septième Epoque Post Atlantéenne doit devenir consciente d'un autre aspect de l'Etre Christ. Afin de comprendre ce côté de la connaissance du Christ nous devons à nouveau nous reporter en arrière dans le passé dont la Septième Epoque sera la 'résurrection'. Car puisque la Sixième Epoque sera la 'résurrection' de la Perse ancienne, ainsi la Septième Epoque sera la 'résurrection' de l'époque de l'Inde ancienne. Et à nouveau cela voudra dire que ce qui a coulé dans la vie intellectuelle de l'homme en tant que révélation et inspiration durant la période de l'Inde ancienne devra encore être appris et acquis par l'effort de cet intellect. Car la Septième Epoque sera reliée à la Première Epoque Post Atlantéenne comme l'esprit de vie l'est pour le corps éthérique. Dans ce sens également le contenu de la révélation de l'Inde ancienne réapparaîtra de manière telle que les "sept chandeliers" sur terre ne recevrons plus la lumière des "sept étoiles"; c'est-à-dire qu'à cette époque il n'y aura pas sept êtres humains inspirés par la révélation divine, mais que le contenu apparaîtra en tant que conscience se révélant elle-même en l'homme. Car tout ce qui dans l'ancienne époque Indienne était une révélation venue des cieux "s'élèvera" à nouveau à la Septième Epoque en tant que conscience à l'intérieur de l'homme. Et le mot conscience n'est pas ici utilisé simplement dans le sens qui est habituellement compris aujourd'hui (c'est-à-dire un jugement moral de l'homme sur ses propres actes), mais dans le sens de cette certitude qui peut s'élever dans l'âme d'une connaissance compréhensive jaillissant sans forme ni son, non pas d'une quelconque impression externe venant des sens, d'une pensée spéculative, ni de perception clairvoyante, mais de la couche la plus profonde de l'être humain. La conscience, dans ce sens, résulte de l'expérience s'étant intériorisée à travers les nombreuses incarnations passées. C'est la grande synthèse morale et spirituelle de toutes les expériences et les révélations que l'âme a reçues.

Une telle vision compréhensive de l'intérieur, durant l'époque où débutait le Christianisme, était symbolisé par le mot AMEN, qui est à présent interprété comme "C'est certainement vrai". Et cette interprétation est justifiable tant qu'elle pointe vers la direction dans laquelle le mot intraduisible tel le AUM des Indiens, ou le TAO des Taoïstes Chinois doit être compris. Car si une chose est connue comme étant certainement vraie et cependant ne se tient sur aucune autre fondation qu'un mot prononcé par l'homme lui-même et ne signifie rien qui puisse être trouvé dans quelque sphère d'expérience, alors ce qui est exprimé est que quelque chose de caché dans sa nature propre a été révélé et que la certitude naît de sa révélation.

[A noter que AMEN, également appelé AMON, signifie dans le langage de l'Egypte ancienne, "caché"; de façon analogue, "amenti" (le royaume des morts) signifie "ce qui se cache"].

La façon dont se produit cette sagesse intérieure englobant tout, le AMEN, peut-être vue par un exemple donné…en relation avec l'histoire karmique du grand Zarathustra…A l'époque de l'Inde ancienne, Zarathustra suivit une voie qui était une préparation à la mission qu'il devait poursuivre, au-delà de l'époque de l'ancienne Perse, en tant que grand maître des mystères Post Atlantéens. Durant ce temps il passa par sept incarnations, recevant dans chacune d'elle le contenu de la révélation d'un des sept Rishis. Il absorba ainsi la révélation entière des Rishis. Après ceci, il apparut lors d'une huitième incarnation dans un corps, aveugle et sourd. Il lui était donc impossible de recevoir quelque impression du monde extérieur. Dans cette huitième incarnation, le grand Zarathustra devait se relier totalement à ses propres ressources. Et là s'éleva en lui la "mémoire" compréhensive de la révélation des Rishis.

Ce n'était pas, cependant, une simple mémoire de la révélation des Rishis, mais plutôt une résurrection venant de son propre ego, de cette révélation en tant qu'unité compréhensive. Et cette unité compréhensive devint un organe capable de recevoir, dans l'incarnation suivante, une nouvelle révélation de l'extérieur; c'est-à-dire, la révélation du Christ sous la forme de l'Etre Solaire, Ahura Mazdao. Le sentier que prit Zarathustra était en fait l'archétype du sentier suivi par l'humanité Post Atlantéenne dans sa totalité, lorsque de nombreuses âmes avaient absorbé la révélation de l'Inde ancienne, et suivait le seul sentier qui menait, à travers la cécité et la surdité, vers le monde spirituel. Mais ce qu'il résulte de suivre ce sentier sera la résurrection, à partir de l'intérieur, de la révélation originale, et de toute l'expérience à qui elle a donné naissance. En effet, cette résurrection ne sera pas la simple naissance de la sagesse combinée et accrue du passé, mais sa résurrection en tant qu'organe, c'est-à-dire, pour l'acceptation de l'Etre Christ en tant que quintessence vivante de cette sagesse. Car le Christ est le cœur du contenu de cette sagesse. Il est le AMEN, ce qui est caché dans "le commencement de la création de Dieu" (Rév.3:14). Et c'est en tant que AMEN que l'Etre Christ sera reconnu durant la Septième Epoque reconnu en tant que Celui qui porte la même relation envers la résurrection, la sagesse compréhensive comme le soleil le fait envers sa lumière.

Et puisque l'homme deviendra conscient du soleil au moyen de cette lumière à moins en effet qu'il ne voit rien au-delà de la lumière et se suppose lui-même être le produit de celle-ci ainsi dans cette sagesse ressuscitée il possèdera un organe par lequel il pourra recevoir en lui-même l'essence véritable de cette sagesse. Par conséquent, dans la Lettre à L'Ange de l'Eglise de Laodicée, l'Apocalypse parle du Christ "entrant pour souper avec" l'homme, pour partager un repas avec lui.

"Voici que je me tiens à la porte et frappe; si quelqu'un entend Ma voix et ouvre la porte j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec Moi" (Rév.3:20). Que le "entrerai chez" mène à la conversation la plus intime avec l'Etre Christ est exprimé dans l'expression "souperai avec lui". Car le "souper" suit "entend ma voix"—c'est-à-dire, la connaissance intuitive du Christ suit la connaissance inspirée. Le souper partagé signifie la conversation de connaissance inspirée. L'homme prend Christ en son être intime de la même manière que, dans la sphère physique, il prend sa nourriture, et de façon analogue le Christ prend l'homme en Lui Même. Car l'essentiel est que le repas soit partagé. Dans la connaissance intuitive on ne connaît pas seulement, on est également connu. Le "pain" mangé dans cette communion est offert de l'un à l'autre.

Mais avant que ceci n'arrive, un homme doit passer le test impliqué par la résurrection de la sagesse à l'intérieur de lui-même venant du passé. Car la mémoire profondément imprimée s'élevant de l'intérieur peut affecter l'âme de manière telle qu'elle se sent elle-même être "riche", et peut ainsi être satisfaite et ne demande rien de plus. Dans ce cas une erreur désastreuse peut s'ensuivre; car, au lieu d'utiliser la mémoire naissante en tant qu'organe (comme une "porte") pour l'admission de l'Etre vivant dans l’ombre dont la lumière" compose toute sagesse, au lieu de tourner son regard interrogateur de la lumière vers le soleil qui la diffuse, un homme peut être complètement satisfait et se dire en lui-même :"je suis riche, et me suis enrichi de biens, et n'ai besoin de rien" (Rév.3:17) .

Ainsi, expérimentant la sagesse et se considérant lui-même comme "riche", il ne sait pas qu'il est "infortuné et misérable et pauvre et aveugle et nu" (Rév.3:17) au regard de ce dessein pour lequel toute sagesse existe. Le grand Zarathustra, bien qu'il devient une étoile lumineuse de "sagesse à l'intérieur de lui-même", ne s'arrêta pas à cette compréhension globale et à la conscience de porter "toute sagesse en lui", mais trouva la force de l'humilité véritable d'utiliser cette sagesse simplement comme un "œil" qui, s'oubliant lui-même, regarde vers l'extérieur, comme un œil physique, vers un être supérieur.

De façon similaire, les hommes de la Septième Epoque considéreront la richesse de la sagesse naissante en eux (et les initiés au stade correspondant en occultisme doivent faire la même chose aujourd'hui) non en tant que fin en soi, mais en tant que "porte", un organe aussi désintéressé que l'œil ou l'oreille, par lequel recevoir des hauteurs cachées la quintessence vivante du AMEN. Puisque l'œil physique, en lui-même une structure remplie d'une formidable sagesse, ne s'observe pas lui-même, mais oubliant sa propre identité dans le désintéressement, se soumet lui-même au monde extérieur, ainsi les hommes de la Septième Epoque doivent répéter l'acte du grand Zarathustra, effectué plusieurs milliers d'années auparavant. Ils doivent sacrifier leur richesse sagesse de mémoire intensifiée pour former quelque chose de supérieur, tout comme Zarathustra le fit lorsqu'il la modela en une faculté à travers laquelle absorber l'esprit Soleil, Ahura Mazdao.

L'épreuve de la Septième Epoque Post Atlantéenne consistera à maîtriser la tentation de demeurer content des richesses dérivées du passé. Car si ce sentiment de contentement n'est pas maîtrisé, une stagnation dans l'évolution en résultera, qui mènera à une âme étant "ni chaude ni froide" (Rév.3:15).

Cet état d'esprit, dans lequel n'est ressenti ni le froid de la solitude et des ténèbres, ni la chaleur de l'espoir et de l'effort pour le futur, mais où l'âme reste complètement satisfaite d'elle-même, est, pour l'amour divin de cette Providence qui observe le progrès de l'humanité, une condition n'offrant aucune alternative que de restaurer l'âme à travers des souffles catastrophiques du destin pour remplacer le chaud et le froid. Car seulement à travers de tels coups de vent il est possible de réveiller l'humilité spirituelle qui ressent aucun de ses contenus et circonstances comme étant des "fins en soi", ou "richesses", mais regarde chacun d'eux, aussi excellent et avantageux puissent ils être, comme un don confié, devant être utilisé seulement pour le travail qui doit être accompli dans le monde sous la guidance infaillible de l'Etre Christ. Loin de s'attarder dans la jouissance tranquille de ses trésors spirituels, le grand Zarathustra devint un prophète du Christ proche, sentant toute l'ardeur de l'attente et toute la douleur d'un monde qui était encore sans Lui. Cependant, quelque édifiante fut la manière par laquelle il subit l'épreuve, il est néanmoins important d'étudier ces figures dans l'histoire spirituelle de l'humanité qui devait expérimenter l'erreur de cette grande tentation. Ainsi, au premier siècle de notre chronologie, vivait et travaillait un homme très calomnié qui, malgré tout, jouissait parmi ses contemporains d'une immense notoriété. Cette réputation s'étendait à travers presque tout le monde connu à cette époque de l'Inde à l'Espagne, pour y expérimenter un réveil du contenu de la guidance de l'Occident, le sentier de la sagesse Atlantéenne.

Cette coopération de destinée extérieure avec la vie intérieure de connaissance a résulté en une conscience où une magnifique synthèse de la sagesse des mystères pré Chrétiens s'étend dans une forme intensifiée. Ainsi, au premier siècle de notre ère, Apollonius de Tyane fut, pour ainsi dire, une synthèse vivante de tous les mystères du passé, doté de facultés que tout le monde admirait. Mais la chose étrange est que ce sage qui, d'un côté, ne se souciait pas du pouvoir ou de la richesse, et de l'autre, accomplissait sans compter des actes de compassion; qui connaissait toutes les écoles des Mystères et avait appris toutes les traditions; oui, et avait visité la plupart des temples la chose étrange est que ce sage devait passer aveuglément par le plus grand événement, non seulement de son époque, mais de toute l'histoire du monde. Apollonius de Tyane n'accorda aucune attention au Mystère du Golgotha. Il ne s'intéressa lui-même aucunement au Christianisme ni aux mystères Juifs.

Maintenant, si nous nous demandons la raison de cette étrange circonstance, nous pouvons conclure que c'était la véritable richesse de sa sagesse qui masque, pour ainsi dire, le Mystère du Golgotha pour lui. Car Apollonius fut mis en face de l'épreuve consistant à observer la sagesse accumulée, non en tant que but, mais comme un moyen d'atteindre un plus haut niveau auquel l'accomplissement de toute sagesse des mystères doit être trouvé. Et le résultat de cette épreuve initiatique fut tragique. Rendons grâce à sa sagesse et à son destin remarquable, évident pour tout le monde, Apollonius aurait pu transmettre à l'humanité, pour laquelle lui-même avait tant de sympathie, la plus profonde connaissance, la plus haute gnose des Mystères du Golgotha. Au lieu de cela, il laissa derrière lui dans le monde de son époque, l'impression qu'il pouvait très bien faire sans le Mystère du Golgotha.

Si la mission d'Apollonius de Tyane n'avait pas pris ce tour tragique, La quasi indescriptible tragédie de Julien l'Apostat n'aurait pas eu lieu d'être. Car l'abîme qui s'ouvrit entre un Christianisme externe et un principe de mystère dépourvu d'espoir un gouffre créé par un esprit partisan imposé par Julien n'aurait jamais existé du tout si Apollonius n'avait découvert et fait remarquer le lien entre la sagesse des Mystères et l'Evénement en lequel il fut accompli. Car alors le Christianisme ne serait pas devenu externe, et le principe des Mystères se serait offert lui-même comme un "œil" à travers lequel l'humanité aurait contemplé avec connaissance le Mystère du Golgotha.

Mais Julien était bien aimé de cet Esprit, l'Esprit Solaire, qu'il aimait également et qui était présent sur terre à et époque.

Celui lui rendait impossible durant le cours tragique de sa destinée de compter sur le contentement de l'âme pour la richesse de sa sagesse. Dans sa destinée les mots de l'Apocalypse devinrent réalité :"Je reprends et je châtie ceux que j'aime" (Rév.3:19). Car on peut voir dans le destin de Julien combien la souffrance ne lui permettait pas d'être "ni chaud ni froid", et cependant en même temps, combien il vivait dans la plus intense et froide des solitudes aussi bien que dans le feu de son attente désespérée de réveiller l'esprit des mystères. Ainsi, par l'exemple de deux individus, Apollonius et Julien, nous pouvons voir où réside le danger d'éveiller la mémoire de la sagesse du passé, et par quel moyen la protection doit être donnée, à travers l'aide des Seigneurs du Karma.

Mais quiconque passe se test, c'est à dire, quiconque maîtrise la tentation de se reposer dans la lumière de la sagesse, parvient à un repos d'une autre sorte dans l'Etre véritable dont cette sagesse irradie. Car l'Etre dont la sagesse dépend est amour. Et celui qui triomphe de la tentation impliquée dans la sagesse entre dans la sphère cachée, le AMEN de la sagesse. Il est enraciné dans l'Etre du Christ Lui Même. Etre enraciné dans l'Etre du Christ est le repos véritable, car il signifie ne pas rester satisfait du résultat du passé, mais une condition de sécurité, un flot d'intarissables sources de patience et de courage dans la tâche d'accomplissement de la mission du Christ à travers tous les âges. Cet état de partage des sources de force du Christ, où l'âme demeure de manière telle à être toujours plus forte pour de plus en plus grands efforts de sacrifice, est décrit dans l'Apocalypse comme "s'asseoir sur le trône avec le Christ". Aussi la lettre s'achève avec la promesse : "A celui qui a triomphé, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur le trône" (Rév.3:21).

Cette relation intime intuitive à l'Etre Christ sera l'événement positif de la Septième Epoque, mais l'événement négatif de cette époque sera l'antithèse de "souper ensemble". Le Christ "vomira de sa bouche" ces éléments de la Septième Epoque qui se sont rigidifiés dans un état d'auto suffisance. Ce "vomissement", cependant, est un processus qui signifie non seulement se tenir à distance du Christ, mais également, et par-dessus tout, être conscient de cette condition. Il sera expérimenté par les hommes de telle façon qu'ils se sentiront "plongés" dans le froid et les ténèbres. Ce plongeon occasionnera un choc qui pourra être salutaire dans le sens d'un réveil du "froid " et du "chaud" dans l'âme; c'est-à-dire, dans le sens d'une libération du repos dans l'auto suffisance. Ce choc fut expérimenté aussi dans le passé, sur le sentier su karma durant la vie sur terre.

Il fut également expérimenté dans la vie après la mort. Mais dans le futur, spécialement à la Septième Epoque, qui se terminera par la guerre du "tout contre tout", il sera pour la grande majorité le seul remède à la condition de faux repos. Et la guerre qui amènera la destruction et la fin de la culture entière Post Atlantéenne sera nécessaire du point de vue karmique afin que l'humanité en état de choc réalise qu'elle n'est pas "riche et enrichie de biens, et n'a besoin de rien", mais qu'elle est "infortunée et misérable et pauvre et aveugle et nue".

RAYS JANVIER FEVRIER 2004

 Source : http://rosae-crucis.pagesperso-orange.fr/chantal/bible/lettre_a_l_eglise.htm

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Mon Frère d'où venez-vous ? D’une loge de St Jean

Publié le 1 Mars 2013 par A\ D\ dans Planches

Cet extrait rituélique n’est qu’un exemple des diverses allusions à Saint Jean qu’offre la Franc-Maçonnerie au travers de ses rituels et de ses symboles. Pourquoi nous rattachons-nous, comme d’ailleurs la majorité des Ordres Initiatiques occidentaux, à Saint Jean ?

Sur un plan historique, de nombreuses hypothèses, souvent contradictoires ou peu fondées, allant des antiques cénacles philosophiques perses appelés Jehan aux corporations de constructeurs dites Confraternités de Saint Jean en passant par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, furent ainsi avancées afin d’expliquer à tout prix l’origine étymologique de loge de Saint Jean en la rattachant à des événements indubitables.

En ce qui me concerne, ces controverses de chroniqueurs – même passionnantes ne me retiennent pas. Du point de vue symbolique, elles ne sont d’ailleurs que d’un intérêt secondaire et la Tradition demeure en la matière beaucoup plus enrichissante. Car, une fois de plus, c’est en elle que nous trouverons nos réponses …
René GUENON ne s’y est point trompé : il y voit une succession spirituelle johannite et ésotérique de l’Ordre du Temple et des Collèges de la Rose+Croix, qui avaient également pour patron Saint Jean. Assurément, il faut rendre témoignage que la Franc-Maçonnerie a reçu l’héritage de nombreuses organisations initiatiques antérieures et a ainsi permis à de nombreux concepts philosophiques issus de civilisations ou de traditions éteintes de demeurer vivants non seulement comme vestiges du passé mais également comme germes du futur.

Saint Jean, abstraction faite de tout esprit religieux dogmatique, se révèle particulièrement fécond d’enseignements ésotériques et initiatiques. Chacun s’accorde à le reconnaître. Je vais donc tenter de vous exposer que la Symbolique qui lui est rattachée se retrouve intégralement dans nos symboles maçonniques, ce qui justifie pleinement l’appellation de loge de Saint Jean.

Avant de commencer à vous faire part de mes réflexions et élucubrations, j’attirerai votre attention, V\M\ et vous tous mes BB\AA\FF\, sur un postulat de départ personnel: pour moi, il ne fait nul doute que tous nos rituels sont profondément infusés des traditions kabbalistiques et alchimiques. Je dirais même que la Franc-Maçonnerie en elle même reste une superbe transposition de la divine Alchimie. A ce propos, il est assez curieux de remarquer que l’Alchimiste et le Franc-Maçon travaillent tous les deux à la perfection de leur pierre respective …Ceci mériterait certainement que j’y consacre une autre planche…

La Franc-Maçonnerie ne se place pas uniquement sous le patronage de l’apôtre Jean mais bien sous celui des deux Saints Jean : l’évangéliste, Jean Boanergès, et le précurseur, Jean Baptiste. Pour moi, il ne fait nul doute que sur un plan ésotérique, ils se confondent dans un même symbolisme. N’y a-t-on pas vu Janus, le dieu aux deux visages mais à la seule réalité, le Saturne alchimique ? Maçonniquement, il ne peut échapper que les noms mêmes de ces deux personnages ont pour initiales les lettres J et B, inscrites sur les colonnes de la Loge en rappel des noms Jakin et Boaz du temple de Salomon ! D’autre part, ils sont fils, l’un de Zacharie et l’autre de Zébédée, dont l’initiale Z est l’hiéroglyphe de l’éclair et du tonnerre z. Ils sont donc fils du tonnerre ou initié par le feu. Or, le tonnerre se retrouve également dans le voyage du candidat à l’initiation maçonnique…

JEAN BAPTISTE le précurseur.

Jean le Baptiste est le fils de Zacharie. Celui-là même qui avait perdu la parole à cause de son incrédulité, la retrouve par son obéissance à la naissance de son fils. Jean le Baptiste, témoin de La Lumière, permet donc à son père de retrouver la parole perdue. Son application à « la parole
perdue » des Franc-Maçons qui ont reçu la Lumière, et dès lors en sont les témoins, est évidente.
N’oublions pas à ce propos, que l’Art des alchimistes n’a pas pour objet la recherche de l’or matériel mais bien la pierre philosophale, et donc sur un plan spirituel, la parole perdue, c’est-à-dire l’épuration de l’âme, la réintégration de l’homme, matière même du Grand Œuvre dans son essence divine originelle. A ce propos, il convient de rappeler que c’est la lettre hébraïque Shin c, signifiant le feu, qui mise au milieu du Tétragramme divin h w h y (Yod Hé Vav Hé) dont la Tradition enseigne que la prononciation - donc la parole - fut perdue et figurant parfois sur le sautoir du Vén\M\, engendre le nom divin IESCHOUAH h w c h y. Celui-ci se rapporte à la séphire Tiphéreth, sphère kabbalistique de la pierre philosophale, de la maîtrise maçonnique et du sublime 18ème degré…

Nazoréen, Jean Baptiste ne pouvait, comme Samson, se couper les cheveux, symbole de l’énergie spirituelle rayonnante, le phallos des Hellènes. En Alchimie, les cheveux désignent le Rébis de l’œuvre, la pierre au rouge parfait. Re-bis, la chose double et pourtant unique, or il y a deux Saint Jean qui ne forment qu’un…

Saint Jean Baptiste fut décapité par Hérode, il eut donc la gorge tranchée, ceci rappelle bien entendu le signe d’apprenti mais allons un peu plus loin sur le chemin ésotérique. Dans le Grand Œuvre Alchimique, après le stade de la putréfaction correspondant indubitablement au degré d’apprenti, il faut « couper la tête au corbeau », c’est-à-dire enlever les scories ou maçonniquement équarrir la pierre brute, qui est précurseur de la quintessence symbolisée par l’étoile flamboyante au degré de compagnon dont les sommets sont marqués par la main sur le cœur dans le signe d’ordre…

On associe souvent Jean Baptiste à Elie et à Hénoch, également témoins de la Lumière qui doivent revenir à la fin des temps. Le premier serait certes à mettre en relation avec Elie Artiste des Rose+Croix et des Alchimistes dont le rôle est capital dans la génération de la pierre philosophale. Le second joue un grand rôle dans les légendes maçonniques. Hénoch est le seul homme qui a été réintégré de son vivant, en corps, âme et esprit, dans le Royaume d'Eden. Et, en ce qui me concerne, la réintégration spirituelle reste la substantifique moelle de l’initiation maçonnique. Ce n’est donc pas sans conséquence que Jean est associé à ces deux personnages…

La fête de Saint Jean Baptiste est située à un moment astronomique qui en révèle le sens caché. C’est le 24 juin, au solstice d’été, quand le soleil parvient à son apogée de puissance et de rayonnement. C’est alors l’éveil des feux de la St Jean, le symbole de la lumière venant illuminer l’Esprit. Jean représente donc symboliquement l’annonciateur du principe universel et unique du Feu-Principe, de la Lumière, émanation et manifestation de la Cause première.

Etymologiquement, IOANNES serait formé de deux mots chaldéo-hébraïques : io et Oannès. Io signifie pigeon et Oannès était le dieu sumérien qui apporta l’initiation aux hommes et leur transmis la lumière. Cet « homme-poisson » instruisait les hommes en les sciences et les arts, également en agriculture et dans le secret des métaux, dans leur fonte…

Le feu en raison de sa profonde signification ésotérique, joue un rôle capital de médiation et de purification dans toutes les initiations traditionnelles. Celles-ci ont toujours pour objet la mort mystique de l’homme profane suivie de la résurrection de l’initié, du nouvel homme, qui aspire à la Connaissance parfaite par la Rédemption et la réintégration, la communion totale avec la cause première, l’Amour spirituel... C’est également ce soleil spirituel symbolisant la Connaissance, que représente Hercule vêtu d’une peau de lion et d’or, symboles solaires et dont les 12 travaux ne sont autres que les phases du Grand Œuvre Alchimique…

Mais la fête solsticiale est également la fête de l’eau purificatrice et génératrice. Il y a, malgré les apparences, souvent trompeuses, une correspondance entre l’eau et le feu. Il faut d’abord un baptême de l’eau avant celui du feu. Les philosophes alchimiques brûlent par l’eau et lavent par le feu nous enseigne Flamel. Telle est la lessive philosophique. Laver latone. Solve et Coagula …C’était tout le message et le symbole de la Rose+Croix marquant la réalisation du Grand Œuvre : I.N.R.I. Igné Natura Renovatur Integra ; c’est également le symbolisme de Saint Jean.

Sur un plan plus exotérique, Jean le Baptiste fut assassiné pour ses idées d’égalité sociale, de liberté, de fraternité, de renoncement, de repentir et parce qu’il avait consacré sa vie à ouvrir les yeux des Hommes à la Lumière brillant dans les ténèbres. Ce qui n’est point sans rappeler l’idéologie maçonnique ainsi que la persécution cléricale dont elle fut victime. Il n’est donc point étonnant qu’il fût choisi comme saint patron.

Jean l’évangéliste.

L’apôtre préféré du Christ apparaît dans les évangiles comme le modèle-type des initiés. Inutile de rappeler que son Prologue et son Apocalypse sont à juste titre considérés comme de véritables monuments ésotériques et alchimiques en hommage à La Lumière. Selon plusieurs auteurs, Saint Pierre symboliserait l’église extérieure, exotérique, tandis que Saint Jean, l’église intérieure, ésotérique et gnostique. Dès lors, avons-nous ici encore une preuve du rattachement de la Franc-Maçonnerie à la tradition gnostique ?

N’a-t-il pas été désigné par son maître comme « le fils du tonnerre » ? Il est donc initié par le feu et dépositaire des secrets cachés de la Sagesse. Il est aussi consacré, suite au dernières paroles au Golgotha, comme « fils de la Vierge », expression similaire au fils de la Veuve, et désignant les initiés. Sur un plan alchimique, le fils de la vierge se nourrit en son sein de son lait tout comme le lait virginal ou lait de la lune est en rapport avec l’opération du Grand-Œuvre appelée « multiplication » qui nourrit de ce lait la pierre philosophale afin d’en multiplier son pouvoir.
Et le maçon n’est-il pas celui qui témoigne de son initiation par son comportement différent dans la vie profane et après s’être transmuté individuellement, peut devenir facteur de changement sociétaire.

Symbolisme de Saint Jean ou symbolisme franc-maçonnique ?

Dans le cadre de cette planche limitée par le temps de parole qui me fut donné, je n’évoquerai qu’un seul symbole johannite que l’on retrouve facilement en maçonnerie : le gamma grec, mais sachez qu’ils sont multiples : l’aigle, l’oiseau initiateur qui vole le plus haut et peut contempler le soleil, la toison d’or, l’agneau, le daleth hébraïque, Janus, le soleil et la lune…

Le Gamma grec (ou la lettre G)

La lettre symbolique que l’on attribue à Saint Jean est le gamma grec qui représente en minuscule graphiquement et astrologiquement la tête du bélier. Nous sommes ici en présence d’un glyphe profond, au sens multiple. Il représente non seulement la materia prima des alchimistes mais le moment où il faut commencer le Grand Œuvre. Or le bélier zodiacal en hébreu Tholeh l f h - possède la même valeur numérique, les mêmes lettres et le même nombre de lettres que la rosée. Le bélier de part sa vigueur souligne le feu essentiel et suggère l’eau aérienne stable. Mais le petit gamma grec est également symbole du chêne, arbre sacré des druides, symbole de l’agent primordial mais aussi de la materia prima. Mais le plus intéressant, c’est que les feuilles de cet arbre portent parfois des excroissances appelées noix de galle d’où, en langue des oiseaux, gala. Et gala (•8 en ancien grec, signifie lait, allusion au lait virginal des alchimistes qui nourrit Saint Jean et la Pierre philosophale, tous deux fils de la Vierge. La Tradition est infaillible. Comme dirait l’Evangéliste, que celui qui a des oreilles entende !

Précisons que le gamma grec majuscule n’est autre qu’une équerre : « Toutes nos équerres sont des signes et tous nos signes se font par l’équerre ».

La Franc-Maçonnerie conservant depuis des siècles l’ésotérisme traditionnel a fait de ce symbole la lettre G qui apparaît bien évidemment au grade de compagnon, basé sur le chiffre 5, sur la quintessence. Elle se veut avant tout l’expression du Feu-principe, de la Lumière, de la Connaissance, de la Vie, arcane suprême de l’initiation maçonnique.
Par ailleurs, initiales multiples de Géométrie, gnose ou de God, déformation du iod hébraïque y, symbole du sel alchimique ou initiale de la matéria prima, la lettre G fut certes le sujet de nombreuses planches. N’étant pas l’objet de la mienne aujourd’hui, je ne m’y attarderai pas plus longtemps.

CONCLUSIONS

Ces quelques lignes sur les deux Saints Protecteurs de la Franc-Maçonnerie ne sont évidemment qu’une faible ébauche de ce qui pourrait être dit sur un sujet en étroit rapport avec la Tradition Gnostique. Les aspects traditionnels et le symbolisme de la Lumière et de la Connaissance liés à
Jean sont très profonds et remontent loin dans le temps tout en restant vivant dans notre initiation maçonnique. Le patronage de Saint Jean se révèle le symbole secret de la Puissance Illuminatrice, dont la couleur symbolique est le rouge que nous trouvons sur nos tabliers de maîtres et dans les hauts grades de l’Ecossisme.

L’incomparable valeur du message universel de Saint Jean et de la philosophie transcendantale qu’il renferme permet d’envisager pleinement le rôle immense que la Franc- Maçonnerie est appelée à jouer de par cet héritage reçu de la Rose+Croix.
Elle peut ainsi satisfaire le besoin métaphysique ou religieux - intérieur à chaque homme. Par un retour à ses sources, elle peut être une voie privilégiée, celle de l’Art Royal, ouverte à tout homme indépendamment de sa foi, mais considérant comme « sacrés » les principes de valeur absolue de la personne humaine, de mission spirituelle de l’homme, de perfectibilité tant individuelle que sociale du genre humain par la voie johanniste de la Connaissance et de l’Amour. Ceci constitue également le fondement métaphysique de la Fraternité Maçonnique.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

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