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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

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Publié le 17 Janvier 2013 par T.D

Suite à la demande d’un de nos Frères blogeur, je souhaite préciser que je serai très heureux que mes deux blogs : http://hautsgrades.over-blog.comet http://logedermott.over-blog.comfigurent dans les liens des autres blogs maçonniques. Nous sommes une communauté qui s’agrandit tous les jours et c’est bien de pouvoir être en contact avec tous les passionnés de la blogosphère maçonnique

De plus le but de mes blogs n’étant pas de « produire » des textes mais d’aller rassembler ce qui est épars je suis toujours en recherche pour trouver des planches ou des articles, voire des rituels.

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Prolégomènes à la Kabbale

Publié le 17 Janvier 2013 par Constant CHEVILLON. dans Kabbale

Pour beaucoup, la Kabbale est une pseudo-science sans contact avec le réel, une élucubration mystiquesortie du cerveau des abstracteurs de quintessence. C’est une erreur fondamentale, mais inévitable, car peu d’hommes disposent du temps nécessaire pour se faire une opinion circonstanciée et sonder les problèmes qu’elle aborde et résout.

À première vue, en effet, la Kabbale offre un aspect rébarbatif et emploie un langage de forme sibylline propre à rebuter les autodidactes d’esprit superficiel. Cependant, sous son voile hermétique, elle cache une science profonde, celle des rapports qui lient le contingent à l’absolu. Elle a été et reste la métaphysique la plus concrète et par conséquent la plus positive dont l’intelligence humaine se soit nourrie. Voyons comment.

La science analytique s’occupe uniquement du relatif, elle ne peut « outrepasser » sans abandonner sa hase de départ. Elle s’arrête donc au seuil de l’absolu, de l’infini, du transcendant.

Bien plus, elle repousse volontairement et sans appel toutes les notions dont l’analyse quantitative ne peut tirer parti. Elle engendre inéluctablement le matérialisme, le positivisme, le pragmatisme, en un mot, la philosophie exclusive du contingent, sans s’occuper de son support.

Constituer une science et une philosophie du relatif, c’est parfait. Mais le relatif est conditionné, c’est une donnée expérimentale. Comment et pourquoi est-il conditionné ? La science répond « non ultra possumus », et l’esprit humain, chercheur infatigable, reste insatisfait. Alors s’élève la voix de la philosophie ésotérique, essence même Kabbale. Le relatif, dit-elle, est une apparence, la seule réalité réside dans l’Absolu. La science analytique est suffisante dans la poursuite d’un idéal situé dans son axe, au seuil spirituel elle est impuissante. Appuyé sur la seule expérience, l’esprit est un arbre transplanté en un sol infertile, il s’étiole et perd le sens de sa propre réalité. Le relatif change, s’écoule, s’efface, il faut une base immuable pour supporter le devenir.

Mais, comment passer du relatif à l’absolu, et comment l’Absolu, source incontestée du relatif, peut-il émaner celui-ci sans s’évanouir en fumée ? La Kabbale, par analogie, explique le procédé involutif de l’Absolu et restitue le monde du relatif au même titre que la Science, tout en jetant un pont entre l’être et le néant, en reliant le contingent à son support nécessaire.

La philosophie Kantienne a figuré, de façon magistrale, l’antinomie irréductible de ces frères ennemis : phénomène (relatif) et noumène (absolu). Si nous allons de l’un à l’autre, par le mode inductif, au terme de l’analyse, le phénomène devient noumène et c’est absurde, l’absolu sombre dans le relatif et tout concept étranger à nos catégories se dissipe. Scientifiquement, on ne peut rien contre cette constatation, le transcendant échappe à notre intellect. Et pourtant, une notion indéracinable s’élève en nous : celle du noumène. Cette notion, Kant l’a considérée comme nécessaire à notre raison pour mettre un point final à l’indéfinité des séries phénoménales ; mais il a ajouté : couvre-t-elle une réalité ? Nous n’en saurons jamais rien, c’est un postulat.

Doute et négation sont inopérants, chacun de nous sent en lui un lambeau d’absolu irréductible au phénomène et Kant n’a converti personne à sa désespérance agnostique. Aucune philosophie proprement rationnelle, cependant, n’a donné la solution du problème, seule, la Kabbale, en concordance admirable avec les théologies modernes, a fourni la théorie capable de justifier le passage du relatif à l’absolu.

« Je suis celui qui suis », a dit Javeh dans le buisson d’Horeb. Et de l’être en soi, on ne peut rien concevoir d’autre. Il est, et il est un, c’est tout. Comment cette unité inaccessible et inféconde aux yeux de la raison, peut-on extraire l’universalité des êtres contingents ? C’est que, dit la Kabbale, l’Unité ineffable et inintelligible – Aïn-Soph – est expansive, elle possède la vie féconde par elle-même. Et cette vie se manifeste par une triple personnalité, interne à l’Unité et greffée sur l’être essentiel. Ici, le mot personnalité est synonyme de rôle ou d’attitude, et non pas d’hypostase. Ces trois altitudes prises par une même substance : Paternité, Filiation (Spiration), Procession nous sont accessibles dans une certaine mesure, car il ne s’agit plus de l’essence de l’être, mais des propriétés de l’être. Or, prononcer le mot propriété, c’est évoquer la possibilité d’une relation, et par cette voie, la relativité peut découler de l’Unité transcendante.

En effet, la vivante unité, par son activité interne, équivaut au ternaire, en raison de la triplicité des fonctions de l’être. Mais ce ternaire possède un moyen terme géminé à double face : Filiation-Spiration. Le ternaire contient donc en germe effectif, le quaternaire, et celui-ci est la condition suffisante de la création relative. Car, si le ternaire peut s’accommode ; d’une manifestation interne sans rompre l’unité essentielle, le quaternaire est, au contraire l’origine de la multiplicité. La Filiation indique la communauté de substance, d’essence, d’être ; la Spiration comporte la distinction. Par la distinction, l’Être s’oppose au néant et conçoit le champ de son activité. C’est là une attitude efficace : si elle s’exerce à l’encontre de la somme des possibles, elle est interne et donne à l’Unité la conscience de sa plénitude, si elle agit vis-à-vis d’une série déterminée, elle devient l’origine d’une notion particulière, elle manifeste un attribut de la Substance. Alors, l’Être extériorise une partie de son activité, il ne dit plus « Je suis », il dit « Je ne suis pas Cela ». Et Cela devient un être dérivé et contingent, car s’il reçoit l’être dans son intégralité indivisible, il ne peut s’opposer au néant que dans le cadre d’une limite.

Par la Spiration manifestée, la création s’écoule à travers le prisme filial. Ainsi, l’absolu et le relatif, de prime abord, incompatibles, se présentent comme les deux faces d’un seul problème : la vie universelle. Un prologue éternel : transcendance ; une action concrète : immanence ; un dénouement : réintégration harmonique qui conjugue les deux étapes. De transcendantal, l’absolu devient immanent, et, sur ses bases métaphysiques, la théologie chrétienne a établi ses dogmes fondamentaux :

Trinité = Relation d’origine entre les Personnes de l’essence divine.

Transcendance.

Création Immanence.

Chute originelle, rupture d’équilibre.

Incarnation = Descente effective de l’Absolu dans le Relatif (Restitution de l’équilibre par la confirmation de l’Immanence).

Rédemption = Réintégration du Relatif dans sa coparticipation de l’absolu-immanent (Le Salut).

Comment la Kabbale nous explique-t-elle cette compénétration de l’absolu et du relatif ? Elle emploie les noms divins révélés, leurs lettres constitutives sous leur valeur alphabétique et numérale, mais son argumentation primordiale réside dans l’arbre séphirotique.

La décade des Séphiroth découle d’Aïn-Soph. Aïn-Soph, c’est l’Être inconcevable et inintelligible, c’est l’Infini-Absolu dans toute sa plénitude intangible ; il est supérieur à tout être, à toute pensée, à toute qualité, à toute manifestation. Mais c’est lui qui sert de support, remplit et enveloppe tout ce qui est. Les Séphiroth ne sont pas des créations divines, des hypostases manifestées, ce sont des idées Fondamentales, des « idées-forces », elles constituent la dégradation de la Pensée absolue dans sa descente vers la relativité, vers la création éventuelle. C’est par elles que nous arrivons à saisir le dynamisme de l’émanation (Atziluth), par elles que nous montons du monde apparent des réalisations (Asiah), jusqu’à la notion limite de l’Intelligible : Ehieh, l’être en soi et sans détermination. En elles, la substance même de la Pensée divine circule du faîte à la base, de Kéther et Malkut. Chaque Séphira est une étape par laquelle l’Absolu prépare et conditionne son incarnation dans le relatif, chacune est un creuset grâce auquel la transcendance, se transformant en immanence, nous devient de plus en plus intelligible, dans ce qu’il nous est donné d’en connaître.

En un mot, les Séphiroth, procédant en quelque sorte, de l’Unité inaccessible dans son essence, compliquent dans leur marche involutive, le concept primitif de la distinction, pour aboutir à l’indéfinie multiplicité de l’Univers. Et c’est par une marche inverse et ascendante que notre esprit, par la voie intuitive, arrivera à reconstituer la subtile métaphysique de la communion de l’Absolu et du relatif et la somme des rapports qui relient l’un à l’autre, le devenir à l’immuable, le temps à l’éternité.

Cherchez dans l’arbre séphirotique ces idées et ces principes pour en développer les conséquences et vous aurez la clef de la Kabbale, le plan des sentiers et des voies et vous pourrez franchir les cinquante portes de l’intelligence. Nous n’insistons pas, car nous écrivons pour les hommes de bonne volonté et non pour les curieux. S’il y a des vides dans notre démonstration, ils sont voulus ; celui qui est appelé les comblera sans peine.

Source : http://www.kabbale.eu/prolegomenes-a-la-kabbale/

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La Cabale inachevée

Publié le 17 Janvier 2013 par X dans Planches

Est ce que la Cabale est un " Midrach " ?

Je, elle, lui, moi, nous tous, nous cherchons la connaissance, en d'autres termes nous cherchons Daath.

" Si nos anciens maîtres étaient bien des Chevaliers de l'Esprit, sommes-nous pour autant définitivement condamnés à n'être que DES SUIVEURS TIMIDES ? L'esprit aurait-il soudain cessé de souffler dans le monde. " (Aquila Orientis - Bulletin de l'O. M. S I N° 8).
Cherchons cet esprit et nous trouverons la connaissance.

Qu'en pensent les savants ?

Comme nous sommes des Cabalistes des temps modernes, nous essayons de trouver la porte vers le troisième millénaire. Daath (cognition, science, savoir) est un rapport dans lequel se neutralisent les deux pôles suprêmes de la Pensée, car étant interposée entre Chokmah et Binah, donc la résultante de leur intime union, pas une relation mais un rapport, elle est le fait de l'intime union de la Sagesse et de l'Intelligence dans la Pensée. Dans cette opération, Chokmah sera l'action spontanée et Binah la réaction fixatrice, dont Daath sera alors la résultante. (Francis Warrain)

Si on lit dans Osée (IV:6) " Mon peuple périt faute de connaissance ", et il est ajouté: " Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai ", , il est clair qu'en hébreu le lien entre l'Adam et la Sagesse passe nécessairement par la connaissance. La Connaissance (Daath) est cette Séphirah virtuelle de l'Arbre séphirotique que les 'Habad Hassidim'relient à la Sagesse (Chokmah) et à l'Intelligence (Binah). (Le Golem)

Qu'en pensent les modernes ?

Il y a là un point délicat, le lieu de 1'Esprit Saint. Daath, une non-séphirah, est-ce le lieu où l'Ineffable peut entrer librement pour intervenir dans l'existence, est-ce la Connaissance venue de nulle part et qui provient directement de Dieu ? Comme elle est la fille des deux Séphiroth précédentes, elle est aussi l'Intuition avec un grand I, la Connaissance intérieure, la relation à l'Esprit Saint, à l'Énergie primordiale et omniprésente. C'est la Gnose de Dieu. Seule l'intervention divine peut la faire naître en nous, nous ne pouvons pas y accéder par notre seule volonté. (JP Guiliani)

Qu'est ce que nous en pensons ?

Pour nous, la Cabale est un Midrach, un instrument en évolution, non terminé, non achevé. Au temps de nos ancêtres Cabalistes Judéo-Chrétiens, le monde connu s'arrêtait à Saturne, c'était jadis la dernière planète, et Daath était inexistant, peut-être à cause du sens sexuel qui lui est attribué. Aujourd'hui, avec les planètes trans-saturnales, Daath est la frontière, l'Abyssos, et la planète Saturne, avec son voile, son cercle, pourra bien en être le gardien.
Voyons ce que Ted Mann, astrologue anglo-américain, en disait lors du congrès international d'astrologues en 1967 à Nieuwpoort (Belgique, à 10 km de Koksijde).
D'après son SOL-SYSTEM, Tiphereth, le Soleil, est le point de départ de la Cabale, suivi des deux planètes Mercure (Hod) et Vénus (Netzah); ensuite vient Gaia (la Terre, Malkuth), la troisième pla-nète à partir du Soleil. N'oubli-ons pas que la Lune (Yesod) tourne autour de Malkuth et pas autour de Tiphereth. (Chaque 28/29e jour Luna se trouve sur sa position cabalistique, c'est-à-dire à chaque Nouvelle Lune, quand Sol et Luna sont en exacte conjonction.)

Ici on constate déjà que la Cabale n'est pas une entité statique, mais un état qui change perpétuellement. Les planètes qui suivent sont Mars (Geburah) et Jupiter (Chesed). La prochaine étape, c'est Daath. Pourrait-elle être attribuée à Saturne, muni de son anneau de glace, barrant le chemin à tout le monde qui veut passer sans être prêt, sans avoir été initié à Daath ?

A partir d'ici nous avons les planètes trans-saturnales, c'est-à-dire des planètes ou Séphiroth qui ont une influence collective sur l'Humanité, savoir la Trinité Sacrée: Uranus / Chokmah, Neptune / Binah et Pluton / Kether.

Qu'en pensez-vous ?

Les planètes avaient-elles une signification en relation avec les Séphiroth avant que nous Judéo-Chrétiens leur en ont donné une ? Pour l'Angéologie, est-ce qu'il y a une différence si Pluton se localise sur une nouvelle position ? Neptune n'était-il pas les " Étoiles fixes " chez les Hébreux ? Pour le moment il y a 14 explications diverses, y compris celles de Crowley dans son Liber 777.

Est-ce notre devoir de nous aligner, de corriger et de rectifier la Cabale suivant les découvertes des temps modernes ? Je vous le demande.

Source www.ledifice.net

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Opinion des kabbalistes sur la nature de Dieu

Publié le 16 Janvier 2013 par Adolphe FRANCK dans Kabbale

Les kabbalistes ont deux manières de parler de Dieu, qui ne font aucun tort à l unité de leur pensée. Quand ils cherchent à le définir, quand ils distinguent ses attributs, et veillent nous donner une idée précise de sa nature, leur langage est celui de la métaphysique; il a toute la clarté que comportent de telles matières et l'idiome dans lequel elles sont exposées. Mais quelquefois ils se contentent de représenter la Divinité comme l'être qu'il faut renoncer à comprendre entièrement, qui demeuré toujours en dehors de toutes les formes dont notre imagination se plaît à le revêtir. Dans ce dernier cas, toutes leurs expressions sont poétiques et figurées, et c'est en quelque sorte par l'imagination même qu'ils combattent l'imagination: alors tous leurs efforts tendent à détruire l'anthropomorphisme, en lui donnant des proportions tellement gigantesques, que l'esprit effrayé ne trouve plus aucun terme de comparaison, et se voit forcé de se reposer dans l'idée de l'infini.

 Le Livre du Mystère est écrit tout entier dans ce style-là; mais les allégories qu'il emploie étant trop souvent des énigmes, nous aimons mieux, pour confirmer ce que nous venons de dire, citer un passage de I'Idra raba. Simon ben Jochaï vient de rassembler ses disciples. Il leur a dit que le temps était venu de travailler pour le Seigneur, c'est-à-dire de faire connaître le véritable sens de la loi, que les jours de l'homme sont comptés, les ouvriers en petit nombre, et la voix du créancier, la voix du Seigneur, de plus en plus pressante. Il leur a fait jurer de ne point profaner les mystères qu'il allait leur confier, puis, s'asseyant parmi eux dans un champ, à l'ombre des arbres, il se montra prêt à parler au milieu du silence. " Alors une voix se fit entendre, et leurs genoux s’entrechoquèrent de frayeur. Quelle était cette voix? C'était la voix de l'assemblée céleste qui se réunissait pour écouter. Rabbi Simon, plein de joie, prononça ces paroles: Seigneur, Je ne dirai pas, comme un de tes prophètes qu'en entendant la voix je suis saisi de crainte. Ce n'est plus maintenant le temps de la crainte, mais celui de l'amour, ainsi qu'il est écrit: Tu aimeras l’Eternel ton Dieu. Après cette introduction qui ne manque ni de pompe ni d'intérêt, vient une longue description entièrement allégorique de la grandeur divine. En voici quelques traits : " Il est l'ancien des anciens, le mystère des mystères, l’inconnu des inconnus. Il a une forme qui lui appartient, puisqu'il nous apparaît comme le vieillard par excellence, comme l'ancien des anciens, ce qu'il y a de plus inconnu parmi les inconnus. Mais, sous cette forme qui nous le fait connaître, il reste cependant l'inconnu. Son vêtement paraît blanc, et son aspect est brillant . Il est assis sur un trône d'étincelles qu'il soumet à sa volonté. La blanche lumière de sa tête éclaire quatre cent mille mondes. Quatre cent mille mondes nés de cette blanche lumière deviennent l'héritage des justes dans la vie à venir. Chaque '( jour voit éclore de son cerveau treize mille myriades de mondes qui reçoivent de lui leur subsistance, et dont il supporte à lui seul tout le poids. De sa tête il secoue une rosée qui réveille les morts et les fait naître à une vie nouvelle. C'est pour cela qu'il est écrit: Ta rosée est une rosée de lumière. C'est elle qui est la nourriture des saints de l’ordre le plus élevé. Elle est la manne qu'on prépare aux justes pour la vie à venir. Elle descend dans le champ des fruits sacrés. L'aspect de cette rosée est blanc comme le diamant, dont la couleur renferme toutes les couleurs... La longueur de ce visage, depuis le sommet de la tête, est de trois cent soixante et dix fois dix mille monde. On l’appelle le long visage; car tel est le nom de l'ancien des anciens. "

Nous manquerions cependant à la vérité si nous laissions croire que le reste doit être jugé sur cet exemple. La bizarrerie, l’affectation, l’habitude, si commune en Orient, d'abuser de l'allégorie jusqu'à la subtilité, y tiennent plus de place que la noblesse et la grandeur. Ainsi, cette tête éblouissante de lumière, par laquelle on représente l'éternel foyer de l'existence et de la science, devient en quelque sorte le sujet d'une étude anatomique; ni le front, ni la face, ni les yeux, ni le cerveau, ni les cheveux, ni la barbe, rien n'est oublié; tout devient une occasion d'énoncer des nombres et des proportions qui rappellent l’infini. C'est évidemment là ce qui a provoqué, contre les kabbalistes, le reproche d'anthropomorphisme et même de matérialisme que leur ont adressé quelques écrivains modernes. Mais ni cette accusation, ni la forme qui en est le prétexte, ne méritent de nous arrêter plus longtemps. Nous allons donc essayer de traduire quelques-uns des fragments où le même sujet est traité d'une manière plus intéressante pour la philosophie et pour l'histoire de l'intelligence humaine.

Le premier que nous citerons forme un tout complet d'une assez grande étendue, et qui, par cela seul, se recommande à notre attention. Sous prétexte de faire connaître le sens véritable de ces paroles d'Isaïe: " A quoi pourrez-vous me comparer qui me soit égal" il nous explique la génération des dix Sephiroth, ou principaux attributs de Dieu, et la nature de Dieu lui-même, quand il se cachait encore dans sa propre substance. Avant d'avoir créé aucune forme dans ce monde; avant d'avoir produit aucune image, il était seul, sans forme, ne ressemblant à rien. Et qui pourrait le concevoir comme il était alors, avant la création, puisqu'il n'avait pas de forme? Aussi est-il défendu de le représenter par quelque image et sous quelque forme que ce soit, même par son saint nom, même par une lettre ou par un point. Tel est le sens de ces mots: vous n'avez vu aucune figure le jour où l’Eternel vous parla'; c'est-à-dire vous n'avez vu aucune chose que vous puissiez représenter sous une forme ou par une image. Mais après avoir produit la forme de l'Homme céleste, il s'en servit comme d'un char, Mercaba, pour descendre; il voulut être appelé par cette forme, qui est le saint nom de Jehovah; il voulut se faire connaître par ses attributs, par chaque attribut séparément, et se fit nommer le Dieu de grâce, le Dieu de justice, le Dieu tout-puissant, le Dieu des armées, et Celui qui est. Son dessein était de faire comprendre ainsi quelles sont ses qualités et comment sa justice et sa miséricorde s'étendent sur le monde, aussi bien que sur les oeuvres des hommes.

Car, s'il n'eût pas répandu ses lumières sur toutes ses créatures, comment ferions-nous pour le connaître? Comment serait-il vrai de dire que l'univers est rempli de sa gloire? Malheur à qui oserait le comparer même à l'un de ses propres attributs ! Encore bien moins doit-il être assimilé à l'homme venu de la terre et destiné à la mort. Il faut le concevoir au-dessus de toutes les créatures et de tous les attributs. Or, quand on a ôté ces choses, il n'y a plus ni attribut, ni image, ni figure; ce qui reste est comme la mer; car les eaux de la mer sont par elles-mêmes sans limite et sans forme; mais lorsqu'elles se répandent sur la terre, alors elles produisent une image, et nous permettent de faire ce calcul: La source des eaux de la mer et le jet qui en sort pour se répandre sur le sol font deux. Ensuite il se forme un bassin immense, comme lorsqu'on creuse une vaste profondeur; ce bassin est occupé par les eaux sorties de la source, il est la mer elle-même et doit être compté le troisième A présent cette immense profondeur se partage en sept canaux qui sont comme autant de vaisseaux longs par lesquels s'échappe l'eau de la mer.

La source, le courant, la mer et les sept canaux forment ensemble le nombre dix. Et si l'ouvrier qui a construit ces vases vient à les briser, les eaux retournent à leur source, et il ne reste plus que les débris de ces vases, desséchés et sans eau. C'est ainsi que la cause des causes a produit les dix Séphiroth. La Couronne, c'est la source d'où jaillit une lumière sans rien, et de là vient le nom d'Infini, Æn Soph, pour désigner la cause suprême, car elle n'a dans cet état ni forme ni figure; il n’existe alors aucun moyen de la comprendre, aucune manière de la connaître; c'est dans ce sens qu'il a été dit: Ne médite pas sur une chose qui est trop au-dessus de toi.

Ensuite se forme un vase aussi resserré qu'un point que la lettre, mais dans lequel cependant pénètre la lumière divine: c'est la source de la sagesse, c'est la sagesse elle-même, en vertu de laquelle la cause suprême se fait appeler le Dieu sage. Après cela elle construit un vase immense comme la mer, et qu'on nomme l'intelligence: de là vient le titre de Dieu intelligent. Sachons cependant que Dieu n'est intelligent et sage que par sa propre substance; car la sagesse ne mérite pas ce nom par elle-même, mais à cause de lui qui est sage et la produit de la lumière émanée de lui: ce n'est pas non plus par elle-même qu'on peut concevoir l'intelligence, mais par lui qui est l'être intelligent et qui la remplit de sa propre substance. Il n’aurait qu'à se retirer pour la laisser entièrement desséchée.

C'est ainsi qu'il faut entendre ces mots: Les eaux se sont retirées de la mer, et le lit du fleuve est devenu sec et aride. Enfin, la mer se partage en sept branches, et il en résulte les sept vases précieux qu'on appelle la miséricorde ou la grandeur, la justice ou la force, la beauté, le triomphe, la gloire, la royauté et le fondement ou la base. C'est pour cette raison qu'il est nommé le grand ou le miséricordieux, le fort, le magnifique, le Dieu des victoires, le Créateur qui toute gloire appartient et la base de toutes choses. C'est ce dernier attribut qui soutient tous les autres, ainsi que la totalité des mondes. Enfin, il est aussi le roi de l'univers; car tout est en son pouvoir, soit qu'il veuille diminuer le nombre des vases et augmenter la lumière qui en jaillit, ou que le contraire lui semble préférable.

Tout ce que les kabbalistes ont pensé de la nature divine est à peu près résumé dans ce texte. Mais il est impossible qu'il ne laisse pas une grande confusion, même dans les esprits les plus familiarisés avec les questions et les systèmes métaphysiques. Il faudrait, d'une part, qu'il pût être suivi d'assez longs développements: de l'autre, au contraire, il serait utile de présenter, sous une forme à la fois plus substantielle et plus précise, chacun des principes qu'il renferme. Pour atteindre ce double but sans compromettre la vérité historique, sans avoir la crainte de substituer notre propre pensée à celle dont nous voulons être l'organe, nous réduirons le passage qu'on vient de lire à un petit nombre de propositions fondamentales, dont chacune sera en même temps éclaircie et justifiée par d'autres extraits du Zohar.

1° Dieu est, avant toute chose, l’être infini; il ne saurait donc être considéré ni comme l'ensemble des êtres, ni comme la somme de ses propres attributs. Mais sans ces attributs et les effets qui en résultent, c'est-à-dire sans une forme déterminée, il est à jamais impossible ou de le comprendre ou de le connaître. Ce principe est assez clairement énoncé lorsqu'on dit qu'avant la création Dieu était sans forme, ne ressemblant à rien, et que, dans cet état, aucune intelligence ne peut le concevoir. Mais, ne voulant pas nous borner à cet unique témoignage, nous espérons que la même pensée ne sera pas plus difficile à reconnaître dans les paroles suivantes: Avant que Dieu se fût manifesté, lorsque toutes choses étaient encore cachées en lui, il était le moins connu parmi tous les inconnus. Dans cet état! il n'a pas d'autre nom que celui qui exprime l'interrogation. Il commença par former un point imperceptible: ce fut sa propre pensée; puis il se mit à construire avec sa pensée une forme mystérieuse et sainte; enfin, il la couvrit d'un vêtement riche et éclatant: nous voulons parler de l’univers, dont le nom entre nécessairement dans le nom de Dieu. Voici ce qu'on lit aussi dans l'ldra Zouta (la Petite assemblée), dont nous avons plus d'une fois signalé l'importance: L’Ancien des anciens est en même temps l'inconnu des inconnus; il se sépare de tout et il n'en est pas séparé; car tout s'unit à lui comme à son tour il s'unit à toute chose; il n'y a rien qui ne soit en lui. Il a une forme, et l'on peut dire qu'il n'en a pas. En prenant une forme, il a donné l'existence à tout ce qui est; il a d'abord fait jaillir de son sein dix lumières qui brillent par la forme qu'elles ont empruntée de lui, et répandent de toute part " un jour éblouissant: c'est ainsi qu'un phare envoie de tous côtés ses rayons lumineux. L'Ancien des anciens, l'inconnu des inconnus est un phare élevé, que l'on connaît seulement par les lumières qui brillent à nos yeux avec tant d'éclat et d'abondance. Ce qu'on appelle son saint nom n'est pas autre chose que ces lumières.

2° Les dix Séphiroth. par lesquelles l'être infini se fait connaître d'abord, ne sont pas autre chose que des attributs qui, par eux-mêmes, n'ont aucune réalité substantielle; dans chacun de ces attributs, la substance divine est présente tout entière, et dans leur ensemble consiste la première, la plus complète et la plus élevée de toutes les manifestations divines. Elle s'appelle l'homme primitif ou céleste, c'est la figure qui domine le char mystérieux d'Ezéchiel et dont l'homme terrestre, comme nous le verrons bientôt, n'est qu'une pâle copie. La forme de l'homme, dit Simon ben Jochai à ses disciples, la forme de l'homme renferme tout ce qui est dans le ciel et sur la terre, les êtres supérieurs comme les êtres inférieurs; c'est pour cela que l'Ancien des anciens l'a choisie pour la sienne. Aucune forme, aucun monde ne pouvait subsister avant la forme humaine; car elle renferme toutes choses, et tout ce qui a est ne subsiste que par elle; sans elle, il n'y aurait pas de monde, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ces mots: l’Eternel a fondé la terre sur la sagesse. Mais il faut distinguer l'homme d'en haut de l'homme d'en bas car l'un ne pourrait pas exister sans l’autre. Sur cette forme de l'homme repose la perfection de la foi de tous; c'est d'elle qu'on veut parler quand on dit qu'on voyait au-dessus du char comme la figure d'un homme; c'est elle que Daniel a désignée par ces mots: Et je vis comme le fils de l'homme qui venait avec les nuées du ciel, qui s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, et ils le présentèrent devant lui. Ainsi, ce qu'on appelle l'homme céleste ou la première manifestation divine n'est pas autre chose que la forme absolue de tout ce qui est là source de toutes les autres formes, ou plutôt de toutes les idées; en un mot, la pensée suprême, la même qui ailleurs est appelée le logos ou le verbe. Nous ne prétendons pas exprimer ici une simple conjecture, mais un fait historique dont on appréciera l'exactitude à mesure qu'on aura une connaissance plus étendue de ce système. Cependant, avant d'aller plus loin, nous citerons encore ces paroles: La forme de l'Ancien (dont le nom soit sanctifié!) est une forme unique qui embrasse toutes les formes. Elle est la sagesse suprême et mystérieuse qui renferme tout le reste.

3° Les dix Séphiroth, si nous en croyons les auteurs du Zohar, sont déjà désignées dans l'Ancien Testament par autant de noms particuliers, consacrés à Dieu, les mêmes, comme nous l’avons déjà remarqué, que les dix noms mystiques dont parle saint Jérôme dans sa lettre à Marcella. On a voulu aussi les trouver dans la Mischna, lorsqu'elle dit que Dieu a créé le monde avec dix paroles ou par autant d'ordres émanés de son verbe souverains. Quoique tous également nécessaires, les attributs et les distinctions qu'ils expriment ne peuvent pas nous faire concevoir la nature divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous divers aspects, que dans la langue des kabbalistes on appelle des visages. Simon ben Jochaï et ses disciples font un fréquent usage de cette expression métaphorique; mais ils n'en ont pas abusé comme leurs modernes successeurs. Nous nous arrêterons un peu sur ce point, sans contredit le plus important de toute la science kabbalistique; et avant de déterminer le caractère particulier de chacune des Séphiroth, nous allons jeter un coup d'œil sur la question générale de leur essence; nous exposerons en peu de mots les diverses opinions qu‘elle a fait naître parmi les adeptes de la doctrine. Les kabbalistes se sont tous adressé ces deux questions: d'abord, pourquoi y a-t-il des Séphiroth? ensuite, que sont les Séphiroth considérées dans leur ensemble, soit par rapport à elles-mêmes, soit par rapport à Dieu? Sur la première question les textes du Zohar sont trop positifs pour donner lieu au moindre doute. Il y a des Séphiroth comme il y a des noms de Dieu, puisque ces deux choses se confondent dans l'esprit, puisque les Séphiroth ne sont que les idées et les choses exprimées par les noms. Or, si Dieu ne pouvait pas être nommé, ou si, de tous les noms qu'on lui donne, aucun ne désignait une chose réelle, non seulement il ne serait pas connu de nous, mais il n’existerait pas davantage pour lui-même; car il ne peut se comprendre sans intelligence, ni d’être sage sans sagesse, ni agir sans puissance. Mais la seconde question n'est pas résolue par tous de la même manière. Les uns, se fondant sur le principe que Dieu est immuable, ne voient dans les Séphiroth que des instruments de la puissance divine, des créatures d'une nature supérieure, mais complètement distinctes du premier Etre. Ce sont ceux qui voudraient concilier le langage de la kabbale avec la lettre de la loi. Les autres, poussant à ses dernières conséquences le principe antique que rien ne vient de rien, identifient complètement les dix Séphiroth et la substance divine. Ce que le Zohar appelle Ein Soph, c'est à dire l’infini lui-même, n'est à leurs yeux que l'ensemble des Séphiroth, rien de plus, rien de moins; et chacune de ces dernières n'est qu'un point de vue différent de ce même infini ainsi compris'. Entre ces deux opinions extrêmes vient se placer un système beaucoup plus profond e~ plus conforme ;i l'esprit des monuments originaux: c'est celui qui, sans considérer les Séphiroth comme des instruments, comme des créatures, et par conséquent comme des êtres distincts de Dieu, ne veut pourtant pas les identifier avec lui.

Voici, en résumé, sur quelles idées il repose: Dieu est présent dans les Séphiroth, autrement il ne pourrait se révéler par elles; mais il ne demeure pas en elles tout entier; il n'est pas seulement ce qu'on découvre de lui sous ces formes sublimes de la pensée et de l'existence. En effet, les Séphiroth ne peuvent jamais comprendre l'infini, l’En Soph, qui est la source même de toutes ces formes, et qui, en cette qualité, n'en a aucune ou bien, pour me servir des termes consacrés, tandis que chaque Séphirah a un nom bien connu, lui seul n'en a pas et ne peut pas en avoir. Dieu reste donc toujours l'Etre ineffable, incompréhensible, infini, placé au-dessus de tous les mondes qui nous révèlent sa présence, même le monde de l'émanation. Par là on croit échapper aussi au reproche de méconnaître l'immutabilité divine: car les dix Séphiroth peuvent être comparées a autant de vases de différentes formes ou a des verres nuancés de diverses couleurs. Quel que soit le vase dans lequel nous voulons la mesurer, l'essence absolue des choses demeure toujours la même; et la lumière divine, comme la lumière du soleil, ne change pas de nature avec le milieu qu’elle traverse. Ajoutons à cela que ces vases et ces milieux n'ont par eux-mêmes aucune réalité positive aucune existence qui leur soit propre; ils représentent seulement les limites dans lesquelles la suprême essence des choses s'est renfermée elle-même, les différents degrés d'obscurité dont la divine lumière a voulu voiler sa clarté infinie, afin de se laisser contempler.

De là vient qu'on a voulu reconnaître dans chaque Séphirah deux éléments, ou plutôt deux aspects différents: l’un, purement extérieur, négatif qui représente le corps, le vase proprement dit ; l'autre, intérieur, positif qui figure l'esprit et la lumière. C’est ainsi qu'on a pu parler de vases brisés qui ont laissé échapper la lumière divine. Ce point de vue, également adopté par lsaac Louria' et par Moïse Cordovero, exposé par ce dernier avec beaucoup de logique et do précision, est celui, encore une fois, que nous croyons historiquement le plus exact et sur lequel nous nous appuierons désormais avec une entière confiance comme sur la base de toute la partie métaphysique de la kabbale. Après avoir ainsi établi ce principe général sur l’autorité des textes et celle des commentaires les plus estimés, il faut maintenant que nous fassions connaître le rôle particulier de chacune des Séphiroth et les diverses manières dont on les a groupées par trinités et par personnes.

La première et la plus élevée de toutes les manifestations divines, en un mot la première Séphirah, c'est la couronne, ainsi nommée en raison même de la place qu'on lui donne au-dessus de toutes les autres. " Elle est, dit le texte, le principe de tous les principes, la sagesse mystérieuse, la couronne de tout ce qu'il y a de plus élevé, le diadème des diadèmes. Elle n'est pas cette totalité confuse, sans forme et sans nom, ce mystérieux inconnu qui a précédé toutes choses, même les attributs.

Elle représente l'infini, distingué du fini; son nom dans l’Ecriture signifie je suis, parce qu'elle est l'être en lui-même; l'être considéré d'un point de vue où l'analyse ne pénètre pas, où nulle qualification n'est admise, mais où elles sont toutes réunies en un point indivisible. C'est par ce motif qu'on l'appelle aussi le point primitif ou par excellence. Quand l'inconnu des inconnus voulut se manifester, il commença par produire un point; tant que ce point lumineux n'était pas sorti de son sein, l'infini était encore complètement ignoré et ne répandait aucune lumière. C'est ce que les kabbalistes modernes ont expliqué par une concentration absolue de Dieu en sa propre substance. C'est cette concentration qui a donné naissance à l’espace, à l'air primitif, qui n'est pas un vide réel, mais un certain degré de lumière inférieur à la création. Mais par cela même que Dieu, retiré sur lui-même, se distingue de tout ce qui est fini, limité et déterminé; par cela même qu'on ne peut pas encore dire ce qu'il est, on le désigne par un mot qui signifie nulle chose, ou le non-être. On le nomme ainsi, dit l'Idra Zouta, parce que nous ne connaissons pas, et qu'il est impossible de connaître ce qu'il y a dans ce principe; parce qu'il ne descend jamais jusqu'à notre ignorance et qu'il est au-dessus de la sagesse elle-même. Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire remarquer que l'on retrouve la même idée et jusqu'aux mêmes expressions dans l'un des plus vastes et des plus célèbres systèmes de métaphysique dont notre époque puisse se glorifier aux yeux de la postérité. Tout commence, dit Hegel, par l’être pur, qui n'est qu'une pensée entièrement indéterminée, simple et immédiate, car le vrai commencement ne peut pas être autre chose....

Mais cet être pur n'est que la plus pure abstraction; c'est un terme absolument négatif, qui peut aussi, si on le conçoit d'une manière immédiate, être appelé le non-être. Enfin, pour revenir à nos kabbalistes, la seule idée de l'être ou de l'absolu, considérée du point de vue sous lequel nous venons de l'envisager, constitue une forme complète, ou, pour employer le terme consacré, une tête, un visage; ils l'appellent la tête blanche, parce que toutes les couleurs, c'est-à-dire toutes les notions, tous les modes déterminés sont confondus en elle, ou l'Ancien, parce qu'elle est la première des Séphiroth. Seulement, dans ce dernier cas, il faut se garder de la confondre avec l'Ancien des anciens, c'est-à-dire avec l'En Soph lui-même, devant lequel son éclatante lumière n'est que ténèbres.

Mais on la désigne plus généralement sous la dénomination singulière de grand visage; sans doute parce qu’elle renferme toutes les autres qualifications, tous les attributs intellectuels et moraux dont on forme, par la même raison, le petit visage. Le premier, dit le texte, c'est l'Ancien, vu face à face, il est la tête suprême, la source de toute lumière, le principe de toute sagesse, et ne peut " être défini autrement que par l’unité'. " Du sein de cette unité absolue, mais distinguée de la variété et de toute unité relative, sortent parallèlement deux principes opposés en apparence, mais en réalité inséparables: l'un, mâle ou actif, s'appelle la sagesse; l’autre, passif ou femelle, est désigné par un mot qu'on a coutume de traduire par celui d’intelligence. Tout ce qui existe, dit le texte, tout ce qui a été formé par l'Ancien dont le nom soit sanctifié ne peut subsister que par un mâle et par une femelle. Nous n'insisterons pas sur cette forme générale, que nous retrouverons fréquemment sur notre route; mais nous croyons qu'elle s'applique ici au sujet et à l'objet de l'intelligence, qu'il n'était guère possible d'exprimer plus clairement dans une langue éminemment poétique.

La sagesse est aussi nommée le père; car elle a, dit-on, engendré toutes choses. Au moyen des trente-deux voies merveilleuses par lesquelles elle se répand dans l’univers, elle impose a tout ce qui est une forme et une mesure. L'intelligence, c'est la mère, ainsi; qu’il est " écrit: Tu appelleras l'intelligence du nom de mère (Proverbes, II, 3). Cependant, sans détruire l'antithèse que l'on vient d'établir comme la condition générale de l'existence, on fait quelquefois sortir le principe femelle ou passif du principe mâle. De leur mystérieuse et éternelle union sort un fils qui, selon l'expression originale, prenant à la fois les traits de son père et ceux de sa mère, leur rend témoignage à tous deux. Ce fils de la sagesse et de l'intelligence, appelé aussi, à cause de son double héritage, le fils aîné de Dieu, c'est la connaissance ou la science. Ces trois personnes renferment et réunissent tout ce qui a été, est et sera; mais elles sont réunies à leur tour dans la tête blanche, dans l'Ancien des anciens, car tout est lui, et lui et tout. Tantôt on le représente avec trois têtes qui n'en forment qu'une seule, et tantôt on le compare au cerveau qui, sans perdre son unité, se partage en trois parties, et, au moyen de trente-deux paires de nerfs, se répand dans tout le corps, comme, à l'aide des trente-deux voies de la sagesse, la Divinité se répand dans l'univers. "

L'Ancien (dont le nom soit sanctifié !) existe avec trois têtes qui n'en a forment qu'une seule; et cette tète est ce qu'il y a de plus élevé parmi les choses élevées. Et parce que l'Ancien (dont le nom soit béni!) est représenté par le nombre trois, toutes les autres lumières qui nous éclairent de leurs rayons (les autres Séphiroth) sont également comprises dans le nombre trois. " Dans le passage suivant, les termes de cette trinité sont un peu différents; on y voit figurer l’En-Soph lui-même, mais en revanche on n'y trouve pas l'intelligence, sans doute parce qu'elle n'est qu'un reflet, une certaine expansion ou division du Logos, de ce qu'on appelle ici la sagesse. " Il y a trois têtes sculptées l'une dans l'autre et l'une au-dessus de l'autre. Dans ce nombre, comptons d'abord la sagesse mystérieuse, la sagesse cachée et qui n'est jamais sans voile. Cette sagesse mystérieuse, c'est le principe suprême de toute autre sagesse. Au-dessus de cette première tête est l'Ancien (dont le nom soit sanctifié !), ce qu'il y a de plus mystérieux parmi les mystères. Enfin vient la tête qui domine toutes les autres; une tête qui n en est pas une. Ce qu'elle renferme, nul ne le sait ni ne peut le savoir; car elle échappe également à notre science et à notre ignorance. C'est pour cela que l'Ancien dont le nom soit sanctifié!) est appelé le non-être'. Ainsi, l’unité dans l'être et la trinité dans les manifestations intellectuelles ou dans la pensée, voilà exactement à quoi se résume tout ce que nous venons de dire.

Quelquefois les termes, ou si l'on veut, les personnes de cette trinité sont représentées comme trois phases successives et absolument nécessaires dans l'existence aussi bien que dans la pensée, comme une déduction, ou, pour nous servir d une expression consacrée en Allemagne, comme un procès logique qui constitue en même temps la génération du monde. Quelque étonnement que ce fait puisse exciter, on n'en doutera pas, quand on aura lu les lignes suivantes: venez et voyez, la pensée est le principe de tout ce qui est; mais, en tant que pensée, elle est d'abord ignorée et renfermée en elle-même. Quand la pensée commence a se répandre, elle arrive à l'endroit où demeure l'esprit parvenue à ce point, elle prend le nom d'intelligence et n'est plus, comme auparavant, renfermée en elle-même. L'esprit à son tour se développe au sein même des mystères dont il est encore entouré, et il en sort une voix qui est la réunion de tous les chœurs célestes; une voix qui se répand en paroles distinctes et en mots articulés car elle vient de l’esprit. Mais en réfléchissant à tous ces degrés, on voit que la pensée, l’intelligence, cette voix et cette parole, sont une seule chose, que la pensée est le principe de tout ce qui est, que nulle interruption ne peut exister en elle. La pensée elle-même se lie au non-être et ne s'en sépare jamais.

Tel est le sens de ces mots: Jehovah est un et son nom est un. Voici un autre passage où l'on reconnaît facilement la même idée sous une forme plus originale et, selon nous, plus antique: " Le nom qui signifie je suis, nous indique la réunion de tout ce qui est, le degré où toutes les voies de la sagesse sont encore cachées et réunies ensemble sans pouvoir se distinguer les unes des autres. Mais quand il s'établit une ligne de démarcation; quand on veut désigner la mère portant dans son sein toutes choses et sur le point de les mettre au jour pour révéler le nom suprême, alors Dieu dit en parlant de lui: moi qui suis. Enfin, " lorsque tout est bien formé et sorti du sein maternel, lorsque toute chose est à sa place et qu'on veut désigner à la fois le particulier et l'existence, Dieu s'appelle Jehovah, ou je suis celui qui est . Tels sont les mystères du saint nom révélé à Moïse, et dont aucun autre homme ne partageait avec lui la connaissance.

Le système des kabbalistes ne repose donc pas simplement sur le principe de l’émanation ou sur l'unité de substance; ils ont été plus loin, comme on voit: ils ont enseigné une doctrine assez semblable à celle que les métaphysiciens de l'Allemagne regardent aujourd'hui comme la plus grande gloire de notre temps, ils ont cru à l'identité absolue de la pensée et de l’existence; et par conséquent le monde, comme nous le verrons plus tard, ne pouvait être à leurs yeux que l'expression des idées ou des formes absolues de l'intelligence: en un mot, ils nous laissent entrevoir ce que peut la réunion de Platon et de Spinosa. Ainsi qu'il ne reste aucun doute sur ce fait important, et pour montrer en même temps que les plus instruits parmi les kabbalistes modernes sont restés fidèles aux traditions de leurs prédécesseurs, nous allons ajouter aux textes que nous avons traduits du Zohar un passage très remarquable des commentaires de Cordovéro. " Les trois premières Séphiroth, à savoir: la couronne, la sagesse et l'intelligence, doivent être considérées comme une seule et même chose. La première représente la connaissance ou la science, la seconde ce qui connaît, et la troisième ce qui est connu. Pour s’expliquer cette identité, il faut savoir que la science du créateur n'est pas comme celle des créatures; car, chez celles-ci, la science est distincte du sujet de la science et porte sur des objets qui, à leur tour, se distinguent du sujet. C'est cela qu'on désigne par ces trois termes: la pensée, ce qui pense, et ce que est pensé. Au contraire, le créateur est lui-même tout à la fois la connaissance et ce qui connaît et ce qui est connu.

En effet, sa manière de connaître ne consiste pas à appliquer sa pensée à des choses qui sont hors de lui; c'est en se connaissant et en se sachant lui-même qu'il connaît et aperçoit tout ce qui est. Rien n’existe qui ne soit uni à lui et qu'il ne trouve dans sa propre substance. Il est le type de tout être, et toutes choses existent en lui sous leur forme la plus pure et la plus accomplie; de telle sorte que la perfection des créatures est dans cette existence même par laquelle elles se trouvent unies d la source de leur être', et à mesure qu'elles s'en éloignent, elles déchoient de cet état si parfait et si sublime. C'est ainsi que toutes les existences de ce monde ont leur forme dans les Séphiroth, et les Séphiroth dans la source dont elles émanent. "

Les sept attributs dont il nous reste encore à parler, et que les kabbalistes modernes ont appelés les Séphiroth de la construction, sans doute parce qu'ils servent plus immédiatement à l'édification du monde, se développent, comme les précédents, sous forme de trinités dans chacune desquelles deux extrêmes sont unis par un terme moyen. Du sein de la pensée divine, arrivée pour elle-même à sa plus complète manifestation, sortent d'abord deux principes opposés, l'un actif ou mâle, l'autre femelle ou passif: on trouve dans la grâce ou dans la miséricorde, ou, le caractère du premier; le second est représenté par la justice. Mais il est facile de voir par le rôle qu'elles jouent dans l'ensemble du système que cette grâce et cette justice ne doivent pas être prises à la lettre; il s'agit bien plutôt de ce que nous appellerions l'extension et la concentration de la volonté. En effet, c'est de la première que sortent les âmes viriles, et de la seconde les âmes féminines. Ces deux attributs sont aussi nommés les deux bras de la Divinité: l'un donne la vie et l’autre la mort. Le monde ne saurait subsister s'ils restaient séparés; il est même impossible qu'ils s'exercent séparément, car, selon l’expression originale, il n'y a pas de justice sans grâce; aussi vont-elles se réunir dans un centre commun qui est la beauté, et dont le symbole matériel est la poitrine ou le cœur.

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Kabbale et cabale

Publié le 16 Janvier 2013 par x dans Kabbale

"Kabbalah": appellé aussi "Torah shebealpeh" (Torah orale); traduit généralement par tradition. Le terme de kabbalah signifie "reception" et désigne en fait une action - non achevée. Selon les sources traditionelles, la Kabbalah désigne donc le sens sacré - et secret - de la Torah, révélé à Moïse au Mont Sinaï. Selon les historiens, le mouvement de la Kabbalah est un mouvement historique dans l'histoire des Idées, une forme littéraire, et les premiers écrits remonteraient d'après les plus récentes recherches au 8e-11e siècle. Gershon Sholem situait le début de ce mouvement au 11e siècle au Nord de l'Italie, ses élèves, Moshe Idel entre autres, ont trouvé des écrits de Cabbale chrétienne datant du 1àe siècle, et Assi Farber, récemment, a fait remonter le mouvement au 8e siècle.

"Mekoubahl": celui qui a reçu la Kabbalah, l'initié.

le mot est un passif: le reçu

Celui dont la prière est reçue: pour la tradition juive, donc, le mekoubahl est celui qui a reçu un enseignement, qui s'est élevé, et dont la prière est "reçue". Et c'est parce que sa prière est reçue que l'on sait que cet individu a vraiment hérité de l'enseignement de la Kabbalah, de la tradition.

 "Mystique chrétienne": "Cabbale chrétienne". On a longtemps différencié des mouvements qui apparaissent de plus en plus comme ayant la même source, c'est-à-dire la Cabbale chrétienne de la Renaissance. On a par exemple distingué ainsi le mouvement hermétique (corpus hermeticus) en voyant en lui un précurseur de la Cabbale chrétienne. Il semblerait aujourd'hui admis qu'il s'agit d'un faux, beaucoup moins ancien qu'il ne semble, crée en fait au début de la Renaissance. Les mouvements des Rosecroix, des francs maçons détiennent en eux tant d'allusions à la Cabbale et à ses thèmes que je les interprèterai comme des ramifications de la Cabbale chrétienne plutôt que comme des mouvements fondamentalement différents. Le mouvement de la Cabbale chrétienne est né vers le 13e siècle, épanoui avec la Renaissance et la découverte de l'Hébreu par une Europe qui s'éveille aux problèmes des traductions bibliques et qui s'interesse au mouvement de la Kabbalah parce qu'elle lui offre une relecture révolutionaire du texte sacré.

Or ce mouvement de la Cabbale chrétienne, foncièrement révolutionaire et fondamentalement universaliste à l'origine, va être récupéré par les forces conservatrices de l'Eglise, ce qui va aboutir dans un premier temps à l'etouffement d'un certain nombre de thèmes trop révolutionaires du point de vue théologique, puis dans un second temps à la déformation, la mise-hors-contexte de thèmes perçus auparavant dans leur sens Juif ou universaliste.

 Le Texte et ses Problèmes

Je voudrais évoquer pour ceux qui n'ont pas un contact direct avec l'Hébreu le sens profond, enraciné dans l'originalité d'une langue, de la Kabbalah.

Il est absurde d'assimiler la kabbalah à toutes les autres formes mystiques orientales ou occidentales comme a pu le faire Antoine Favre dans son ouvrage Accès de l'Esotérisme Occidental, qui reprèsente un exemple caractéristique de tentatives de récupération de l'originalité de la Kabbalah. La Kabbalah est enracinée dans une langue, une tradition. Elle ne peut donc pas être assimilée à la simple retransciption hébraïque d'une mystique universelle.

Le texte de la Torah est un texte non ponctué dont le sens est donc a priori multiple.

Les lettres qui le constituent ont à la fois une valeur numérique et une valeur consonantique. Certaines lettres peuvent être inscrites ou non (le vav), donnant "le sens plein" ou "le sens faible" d'un mot. C'est ainsi que le mot Toldot est écrit cinq fois et de façons différentes dans le texte de la Génèse, et puisque ce mot désigne l'histoire des engendrements, le devenir d'un individu et de sa lignée, l'individu auquel sera attribué le substantif plein de toldot avec deux vavs sera considéré comme un juste (Avraham, et Ishmael après que ce dernier ait fait tshuva).

Les lettres ont de plus un sens sacré particulier, venu d'après la tradition de leur origine puisqu'elles auraient été données au Mont Sinaï avec la Torah.

Quelques exemples

Les récurrences de lettres et de mots posent problème car ces récurrences font sens. On trouve ainsi des récurrences logiques du 6-7 (toutes les 6e et 7e lettres) 49-50 (toutes les 49e et 50e lettre) qui forment des mots sur la totalité de la Torah, récurrences faisant sens avec le niveau simple du texte (pshat) : 6-7e jour= shabbat.

Autre problème du texte: les formes élliptiques: "Et vous les mettrez à vos bras et sur vos âmes". "les": qu'est-ce-que-c'est? Seule la tradition orale transmise par le Judaïsme a gardé le sens de ce référent, donc a priori, même pour le discuter, la Cabbale chrétienne n'a pu que s'adresser à cette tradition pour la compréhension du texte biblique.

D'autre part, si vous cherchez dans le texte écrit de la Bible une seule explication sur l'Au-Delà, vous resterez bredouilles. Cela ne veut pas dire que l'Au Delà n'interesse pas la Torah, mais c'est trop évident pour elle pour être discuté. C'est un phénomène similaire en linguistique aux formules élliptiques éludant les mots les plus communs de notre existence.

Or la tradition orale, la Kabbalah offrait des connaissances sur ces sujets que la Torah elle même passait sous silence. Ce sont tous les thèmes de la tradition orale Juive qui ont interessé la mystique chrétienne que je vais à présent étudier.

Les Thèmes et l'alphabet

L'alphabet. Les Sephirots. La Guématria. Le Tétragramme. Les transmutations de l'âme. La messianité.

 

L'alphabet a donc un sens sacré, c'est-à-dire que chaque lettre, prise à part, a un sens. Chaque mot, chaque nom est ainsi, selon la Kabbalah, un message, et dans le cas d'un être vivant, ce message annonce sa destinée. Mais la compréhension de ces messages est révélée, enseignée par les mekoubalims à leurs élèves. Elles n'est pas une invention individuelle.

Or dans la Cabbale chrétienne, c'est la suite logique del'alphabet qui va être entendu comme un message unique. On trouve ainsi tout un poème de Guy Le Fèvre de la Boderie qui est un poème ésotérique où il force véritablement le sens des lettres hébraïques afin de leur faire constituer une phrase annonçant qu'il est la maison d'un prince, venu et à venir.

Avant cette tentative assez extrémiste, les autres Cabbalistes chrétiens et surtout Pic de la Mirandolle, avaient perçu l'importance de l'alphabet, et après les thèses de Pic présentées à Rome, on trouvait déjà des grammaires hébraïques chrétiennnes (rédigées en Latin), donnant la valeur phonique numérique et le sens traditionnel de chaque lettre de l'alphabet dès la première leçon.

Or on voit assez le danger d'une telle information, retranscrite sans l'intermédiare du maître traditionnel et sans le contexte originel. Le sens sacré devient vite un jeu pour l'esprit. Quand Guy Le fèvre de la Boderie jouait avec l'alphabet hébraïque, il ne faisait pas que déformer le sens des lettres: il montrait qu'il n'avait pas compris qu'il s'agissait d'une science transmise par un enseignement, et que tout un chacun n'est pas doué d'une vue générale nécessaire cependant pour extrapoler ces connaissances.

La Guématria

Au sens sacré des lettres s'ajoute la guématria, soit leur valeur numérique. Or la guématria est elle aussi une science et non un jeu de calcul mental. La guématria ne doit pas être une création de tout individu. On apprend les guématriots et le sens des associations des mots ayant les mêmes guématriots ne doit jamais venir contredire le sens du pshat , c'est à dire le sens du niveau simple du texte de la Torah. ex: Nakhash et Mashiakh.

Or les Cabbalistes chrétiens de la Renaissance ont évacués des guématriots telles que celle-ci. Comme beaucoup de mouvements mystiques chrétiens modernes du type Acropole emportés par leur vision universaliste d'une Mystique Universelle et aveuglés le plus souvent par une méconnaissance de l'Hébreu (je vous renvoie à l'ouvrage édifiant de M Wirshovski sur les connaissances réelles de la langue hébraïque qui étaient celles de Pic de la Mirandolle: Pic de la Mirandole's Encounter with Jewish Mysticism ), les Cabbalistes chrétiens ont peu à peu extrapolé sur de maigres connaissances pour démontrer leur idéal au lieu de persévérer dans leur découverte originale. La guématria qui est une science, est devenue entre leur main un simple outil, et on reconnait à ce trait les textes cabbalistes chrétiens des théories kabbalistiques originelles: il y a contradiction le plus souvent entre les différents niveaux de significations, et la guématria y devient un jeu de l'esprit. cf verset 24.

 

Les Sephirots

Les sephirots correspondent à des degrés de perception de la divinité, puisqu'il est essentiel de ne pas oublier l'Unité absolue de D. dans le Judaïsme. Simultanément les sephirots désignent des degrés de développements spirituels de l'individu. Or les trois sephirots "supérieures" Keter Hochma et Binah ont été alternativement avec Hod Netsakh et Yesod issues de leur contexte pour être interprétées dans le contexte chrétien de la Trinité. Je ne veux pas m'attarder ici sur le sens traditionnel des ephirots qui est un sujet beaucoup trop ardu pour être expliqué en quelques minutes et qui de plus reste une thème très délicat, réservé véritablement aux initiés et à des enseignants de beaucoup supérieurs à moi. Ce que je tiens à souligner, c'est là encore l'explosion d'un thème traditionnel dont on ne va retrouver que des bribes réutilisées dans une optique donnée.

Cette optique est évidemment catholique à son origine. Mais avec l'existence autour du roi de France d'un groupe de poètes "nationalistes", on assiste à une récupération de ces thèmes pour expliquer l'héritage du roi de France, verus Israel et même verus David. On assimile la fleur de lys avec la Shsoshana, la rose du désert, on reprend les bénédictions dites le matin dans un sens mystique et le coq qui est béni de chanter la fin de la nuit et de l'éxil devient le coq français, le Goel devient le Gaulois.

Qui sont ces Cabbalistes?

Guillaume Postel; Jean Bodin (bien que moins plus authentique dans sa découverte et son enthousiasme pour la Kabbalah); Louis Le Roy (responsable pour de nombreuses fièvres hystériques messianiques dans toute l'Europe); Jean et Guy Le Fèvre de la Boderie (qui ont participé à l'élaboration de la Polyglote d'Amsterdam).

 Peu à peu le mouvement de la Cabbale chrétienne se concentre sur deux thèmes majeurs:

le tétragrame.... pour en faire un pentagrame.... cf verset 24.

le Messie et les dates prophétiques de sa venue. (NB Newton)

 On ne comprend rien à l'émergence de ces mouvements de Cabbale chrétienne si on ne les replace pas dans le contexte des prédictions messianiques et des grands troubles sociaux qui agitaient leur époque.

A l'époque de la Renaissance, les Juifs et les Chrétiens, selon des prédictions différentes, vivent une attente messianique intense.

* Il semblerait (au vu du scandale causé par les découvertes de Gallilée) que cet espoir repose en partie sur des calculs planétaires. Une fois acceptés, ces changements de point de vue astrologique sont perçus comme des bouleversements de l'Univers du type de ceux décrits par le midrash avant le déluge.

* On s'appuie aussi sur des textes annonçant l'arrivée du Messie après un nouveau déluge (Talmud mal compris puisque le Talmud précise qu'il s'agirait, dans cette option messianique, d'un déluge de feu), après des épidémies( Apocalypse selon Jean) qui ne sont pas difficiles à trouver puisqu'elles suivent les armées dévastant alors l'Europe (aujourd'hui on assiste à une même reprise d'hystérie collective aux USA avec le SIDA).

* Le Maharal à la fin de la Renaissance envoie ses talmidei rahamims enseigner les foules à travers l'Europe, et selon la tradition Juive, le messie aurait pu effectivement venir.

* On assiste à des mouvements millénaristes: les flagelllants... suivis de progroms.

* Des tentatives de Missionarisme: Guillaume Postel veut utiliser ses connaissance pour convertir les Juifs et les Mahométans à sa religion universelle.

Jean Bodin rêve aussi d'une religion universelle, mais il est beaucoup plus tolérant.

Shakespeare aurait été un Cabbaliste chrétien? ... Me Haudry Perenchio L'école de la nuit

*Certains se prennent pour le Messie

Il faut peut-être commencer par Pic de la Mirandole. Il y a dans la tradition Juive une idée - que l'on trouve citée entre autre par Ramban dans La Dispute de Barcelone mais dont je n'ai pu trouver la source exacte: le Messie, à l'âge de 33 ans devra aller à Rome convaincre le Pape avant de rappeller les éxilés. <(33=lev)

Rome... Le Pape: le dirigeant du dernier éxil qui est celui de Rome. Mais ce qui est interessant c'est que Pic de la Mirandole venant défendre ses thèses sur la Kabbalah à Rome répond tout d'abord à la même logique. Il l'explique clairement à plusieurs reprises. Il lui faut convaincre le Pape afin de hâter la venue du Messie. C'est très interessant et ça nous montre surtout l'aspect révolutionaire de la Cabbale chrétienne à ses débuts.

En effet dans le Judaïsme, il y a deux messies: Mashiakh Ben Yosef

Mashiakh Ben David

 Mais dans le christianisme, d'une part le Messie est déjà venu, d'autre part le Pape est censé être son représentant sur terre.

 1 ) Il semblerait que Pic de la Mirandole ait connu le sens de Ketz Haiamim: il faut convaincre le Pape parce que le Ketz ce n'est pas la fin du monde.

2 ) Pic de la Mirandole se prenait-il pour le 1er Messie, pour le 2ème, ou pour une réincarnation de Jésus?

Guillaume Postel, lui, développe clairement une théorie selon laquelle, dans une vision très gnostique, la "mère universelle", une mage de Venise, lui apprend qu'il est une réincarnation messianique, un "Père Universel" et qu'il va avoir des révélations et subir une transfiguration lui permettant de connaître la date de la venue messianique.

Louis Le Roy, lui prophétise aussi sur les dates messianiques, et se théories sont encore amplifiées par les traductions et commentaires en Angleterre et en Allemagne, par les frères Harvey, Culpepper, John Colet et John Dee en Angleterre, par Reushlin en Allemagne. L'idée d'un Meesie réincarné s'estompe cependant peu à peu de la Cabbale chrétienne, si ce n'est de l'image charismatique du Roi saint oint du seigneur.

Il reste à se demander si les derniers avatars de cette croyance ne sont pas Nwton, Victor Hugo, et Freud lui-même qui écrivait dans sa correspondance privée qu'il avait failli à sa mission et n'avait pu aller à Rome pour l'anniversaire de ses trente trois ans (David Bakan: Freud et la Tradition Mystique Juive)

Les Dangers de ces Emprunts

Une volonté universaliste despote fait perdre de vue l'originalité de la tradtion juive, et surtout de son message, qui ne peut être qu'un message monothéiste. Je voudrais citer ici M. Favre dans son introduction à Accès de l'ésotérisme Occidental:

..."le corpus ésotérique des religions abrahamiques représente un immense trésor d'herméneutique dans lequel les hommes d'aujourd'hui, même ceux qui ne se rattachent à aucune tradition, peuvent venir puiser des enseignements dont notre époque éprouve de plus en plus consciemment, semble-t-il, le besoin." (po.cit. p31)

C'est une invite à la confusion entre toutes les valeurs, et entre toutes les originalités propres à chaque religion. C'est devenir aveugle au message et nier la valeur de la tradition. On ne peut étudier honnêtement une tradition ésotérique sans croire à ses bases, et passer outre c'est aboutir indubitablement à une déformation. C'est en voulant imposer son sens chrétien à des textes d la trdition orale juive que l'Eglise a abouti, malheureusement, à des excommunications de certains de ses membres, à des bûchers pour les Juifs, et aujourd'hui encore à de tristes anathèmes comme celui "d'inversion": on ne peut traiter l'autre que d'inversion quand on n'a pas compris l'originalité de son message.

Source : http://www1.alliancefr.com/kabbale-et-cabale-news9,32,600.html

 

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Programme de formation de la RL Laurence Dermott

Publié le 15 Janvier 2013 par X

La Formation précède la Recherche. Les thèmes proposés ici sont transversaux et concernent la plupart des Rites. Une fois ce programme de formation terminé nous pourrons passer à des domaines de recherches plus pointus.

 

 

1. Les différents Rites de la Franc-Maçonnerie  

2. L’histoire de la Franc-Maçonnerie : le 18èmesiècle
3. La Gnose et les gnostiques
4. La Kabbale : histoire, principes, textes et influence dans les rituels maçonniques (RER, RAPMM…)

 

5. L’Alchimie : étude des textes de référence et de sa présence dans les rituels maçonniques plus particulièrement au REAA

 

6. Martinez de Pasqualy, Willermoz et Saint Martin : la rencontre

 

7. Les fondements bibliques de la Franc-Maçonnerie

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Rappel : Rituel de la RL Laurence Dermott

Publié le 15 Janvier 2013 par Rituel de Grande Loge GLNF dans Rites et rituels

Ouverture de la Loge  

 

VM : Mes Frères, unissez-vous à moi pour ouvrir cette Loge. Frère Grand Directeur

 des Cérémonies quelle est votre place dans la Loge ?  

DC : À l’entrée de la Loge, VM  

VM : Quel est votre devoir ?  

DC: Annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient

correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.  

VM : Les trouvez-vous ainsi correctement rangés ?  

DC:  Je le crois, VM  

VM : Où est placé le 2° Surveillant ?  

DC : Au Midi, VM.  

VM : Frère 2° Surveillant, qui représentez-vous ?  

2° S : B…, Prince du peuple sur le Mont Thabor.  

VM : Où est placé le 1° Surveillant ?  

2° S:  À l’Occident, VM.  

VM : Frère 1° Surveillant, qui représentez-vous ?  

1° S : J.…, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.  

VM : Où est placé l’Orateur ?  

1° S : À la gauche du VM  

VM : Frère Orateur, qui représentez-vous ?  

Orateur : H… A… , le Prince des Architectes.  

VM : Quel est votre devoir ?  

Orateur : Établir les plans, tracer les dessins et aider le VM dans

l’ accomplissement de l’ouvrage.  

VM : Où se place le VM ?  

Orateur : À l’Orient.  

VM : Qui représente-t-il ?  

Orateur: Le Roi Salomon.  

VM : Signe de Foi, mes Frères.  

Les Frères se mettent tous au Signe de Foi. Puis, le Frère Hospitalier s’adressant à tous…  

Hosp : Avant de déclarer les Travaux ouverts, invoquons la protection du Grand Architecte de l’Univers sur toutes nos entreprises. Puissent nos Travaux ouverts ainsi dans l’ordre, se continuer dans la paix et se fermer dans la concorde. Qu’il en soit ainsi.  

VM : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge régulièrement ouverte.  

Tous les Frères cessent le Signe.  

Le DC se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éclairer les Chandeliers. Avant de regagner sa place, il revient à l’Orient pour disposer les Trois Grandes Lumières conformément aux dispositions du 1°Grade.  

 

Fermeture de la Loge  

 

VM : Mes Frères, unissez-vous à moi pour fermer cette Loge

Frère Directeur des Cérémonies, quelle est votre place dans la Loge ?  

DC:  À l’entrée de la Loge, VM  

VM : Quel est votre devoir?  

DC:  Annoncer tous les Frères qui s’approchent et veiller à ce qu’ils soient

correctement vêtus et rangés sous leurs étendards respectifs.  

VM : Les trouvez-vous ainsi correctement rangés?  

DC : Je le crois, VM  

VM : Où est placé le 2° Surveillant?  

DC : Au Midi, VM  

VM : Frère 2° Surveillant, qui représentez-vous?  

2° S : B…, Prince du peuple sur le Mont Thabor.  

GM : Où est placé le 1° Surveillant ? .  

2° S : À l’Occident, VM  

VM : Frère 1° Surveillant, qui représentez-vous?  

1° S:J.…, le Grand Prêtre Assistant sur le Mont Sinaï.  

VM : Où est placé le Frère Orateur?  

1° S : À la gauche du VM  

VM : Frère Orateur , qui représentez-vous? 

Ora : H… A… , le Prince des Architectes.  

VM : Quel est votre devoir?  

Ora : Etablir les plans, tracer les dessins et aider le VM dans

l’accomplissement de l’ouvrage.  

VM : Où se place le VM ?  

Ora : À l’Orient.  

VM : Qui représente-t-il?  

Ora : Le Roi Salomon.  

VM : Signe de Foi, mes Frères.  

Les Frères se mettent tous au Signe de Foi. Puis, le Frère Hospitalier s’adressant à tous…  

Hosp : Mes Frères, avant de fermer cette Loge, exprimons au Grand

Architecte de l’Univers l’humble et respectueuse reconnaissance que

nous Lui devons pour les faveurs dont Il nous a déjà comblés

Puisse-t-Il continuer de protéger notre Ordre en le cimentant et en le

fortifiant de toutes les vertus morales et civiques.

Qu’il en soit ainsi.  

VM : Mes Frères, au nom du Roi Salomon je déclare cette Loge fermée  

Tous les Frères cessent le signe.  

Le DC se rend à l’Orient, à l’Occident et au Midi afin d’éteindre les Chandeliers. Puis il revient à l’Orient pour dissocier les Trois Grandes Lumières.

Le DC prépare ensuite son cortège pour la sortie du VM

 

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La Kabbale (3)

Publié le 15 Janvier 2013 par X dans Kabbale

7. Guematria  

La guematria est une méthode d’ouverture, d’interprétation et de dynamisation de la pensée. Ce n’est qu’un prétexte, un tremplin, à la réflexion. Elle ne doit pas se réduire à une simple technique.  

Elle permet une lecture infinie des mots et des textes. Le livre devient le lieu d’une explosion, illustré par l’expression« lire aux éclats ».  

La numérotation alphabétique est de base décimale. Elle associe une valeur aux 22 lettres,plus les 5 finales, selon trois niveaux :  

  •  
  • Les 9 premières lettres : unité simple, de 1 à 9.
  •  
  • Les 9 suivantes : dizaines, de 10 à 90.
  •  
  • Les 4 dernières : centaines 100 à 400 ; les 5 finales : centaines de 500 à 900.   

Les lettres kaf, mèm, noun, samèkh, pé et tsadé ne s’écrivent pas de la même façon quand elles sont en fin de mot, et ont des valeurs numériques différentes. Cependant, chez la grande majorité des kabbalistes cette règle n’est pas respectée.  

La guematria simple est la plus utilisée. C’est l’addition des valeurs numériques des lettres constituant le mot.  

La guematria simple déployée consiste à écrire les lettres constituant le mot, et à faire l’addition de toutes les valeurs. Ex : pour yélèd, yod-lamèd-dalèt, yod s’écrit yod-vav-dalèt (10+6+4=20), lamèd s’écrit lamèd-mèm-dalèt (30+40+4=74), dalèt s’écrit dalèt-lamèd-tav (4+30+400=434), pour un total de 528.  

La petite guematria ne tient compte que des unités. Ainsi 10 et 100 deviennent 1. Les résultats supérieurs à 9 sont réduits (26 devient 2+6=8).  

La guematria dynamique cumulative (riboua) écrit le mot en une suite progressive de lettre. Ex : pour VIE, V, puis VI, puis VIE. La somme se fait sur l’ensemble.  

La guematria différentielle s’intéresse au lien numérique entre deux lettres. Ex : entre chin (300) et mèm (40), le lien est de 260.  

La guematria selon l’ordre alphabétique (guematria sidouri) donne à chaque lettre la valeur numérique correspondant à sa place dans l’alphabet.  

Le kollel est l’ajout de 1 à la valeur usuelle du mot. C’est la méthode « avec inclusion ».  

7.1.Exemple d’interprétation : en sof, le masculin et le féminin  

La guematria montre que la lumière (or) a une valeur de 207, et la réception (qabbala) de 137. La kabbale et le lien entre la lumière et la réception, et vaut 207 – 137 = 70. Or le secret (sod) vaut 70.  

« Masculin » a la même valeur numérique 227 que « comme la lumière » (ké-or) et « Féminin »que ké-qabbala avec 157. Le lien entre masculin et féminin est aussi de 70 et constitue le secret fondamental de la kabbale.  

En hébreu, « existence » est un anagramme du Tétragramme, et a la même valeur numérique 26. Amour vaut 13, et la rencontre de l’amour entre masculin et féminin vaut donc 2*13=26.  

7.2. Curiosités avec les nombres parfaits et amicaux  

Le mouvement kabbalistique a eu des nombreuses rencontres avec les mathématiques. Ainsi, il existe de nombreux parallèles entre la kabbale et la fraternité pythagoricienne. Les influences ont dû être réciproques.  

Les nombres « excessifs » sont ceux dont la somme des diviseurs est plus grande que le nombre lui-même. Inversement pour les nombres « imparfaits ».  

Les nombres « parfaits » sont ceux qui sont égal à cette somme. Il y a 6, 28, 496, 8128, …  

Le 6 est très utilisé dans la tradition judaïque. Le premier mot de la Bible (qui signifie « il créa six ») se compose de 6 lettres. Le monde est créé en 6 jours, avant le Chabbat. Le monde est créé pour 6000 ans, le septième millénaire sera le temps messianique. On retrouve souvent ce schéma 6+1.  

Le premier verset de la Genèse comporte 28 lettres. 28, c’est également les 2 mains (14+14), et 28 s’écrit en un mot qui signifie« force ».  

Les nombres amicaux sont des paires dont chacun est la somme des diviseurs de l’autre. La paire 220 – 284 est devenu le symbole de l’amitié.

 

  7.3.Dieu et le nombre Pi  

Chaddaï est le nom de Dieu qui désigne la force qui interdit à l’infini de réinvestir le vide qu’il avait laissé lors du tsimtsoum. Ce vide sphérique sera réinvestit par le rayon de l’adam qadmon. Or la guematria donne la valeur 314 au mot chaddaï.  

De plus, la valeur rationnelle de Pi (22/7) réfère à l’articulation entre les 22 lettres de l’alphabet et le chiffre 7.  

 

8. Le Tétragramme YHVH  

8.1.Les noms de Dieu  

Le Tétragramme, sans aucune voyelle, ne se prononce pas, c’est comme un trou dans le langage, à partir duquel le langage lui-même prend sens. Cette absence de prononciation crée une distance infranchissable, supprimant la possibilité de tenir Dieu pour un objet.

  Même si Dieu est unique, la façon dont il se révèle aux hommes est multiple. L’étude de différents noms de Dieu est un objet essentiel de la kabbale.  

On relève 10 noms de Dieu :  

Yhvh : ne se prononce pas. C’est le nom ineffable. Il apparaît dans un contexte où Dieu se manifeste selon l’attribut de générosité ou de compassion. Valeur numérique simple de 26, valeur simple déployée de 45.  

Adny : se prononce adonaï, c’est la forme sonore de Yhvh. Il est interdit de le prononcer en vain. Valeur numérique simple de 65  

Yah : déviré de Yhvh, il est la force d’unité au sein du couples, des mondes d’en haut et des mondes d’en bas, du ciel et de la terre, … Valeur numérique simple de 15.  

El : nom qui veut dire Dieu, mais aussi« vers ». Il vient souvent en complément d’un autre nom divin, un adjectif ou un complément. Valeur numérique simple de 31.  

Elohim : Dieu de la Création. C’est un des noms les plus usités. C’est la manifestation des forces de la nature. C’est El additionné de 2 lettres de Yhvh. Il est de l’ordre du din et apparaîtra donc dans un contexte où Dieu se manifeste selon sa rigueur. Valeur numérique simple de 86.  

Eloha, Ehyeh, Chaddaï, El Chaddaï, Tsevaot.  

Toute la littérature kabbalistique souligne le rôle essentiel des noms divins dans l’obtention de l’état mystique. Il s’agit d’utiliser le nom de Dieu comme un moyen d’accéder à l’état prophétique.  

La connaissance du nom de Dieu n’est autre que la connaissance de son usage, à ses pouvoirs.  

8.2.Interprétations  

YHVH peut être vu comme le résultat de l’histoire du point primordial et de ses métamorphoses. C’est un « point qui retourne au point ».  

La valeur 26 est unique dans tout l’univers mathématique en ce sens qu’il est le seul entier compris entre un carré et un cube : 5.5<26<3.3.3. C’est la valeur par la guématrie simple de YHVH. 

Le Tétragramme signifie « passé »,« présent » et « futur » par la combinaison de ses lettres hvh, hyh et yhh. C’est l’ouverture aux trois dimensions du temps. De plus, hvy est l’« existence ».  

La main fermée est associée à yod, la main ouverte à hé (car 5 doigts). Prolonger le geste d’ouverture par un mouvement du bras qui s’étend à l’autre dessine le vav. La main qui reçoit s’ouvre aussi. Ainsi le Tétragramme s’écrit à chaque fois qu’à lieu un échange.9. Autres éléments  

9.1.La kabbale en milieu chrétien  

Mal comprise par les chrétiens, la kabbale joua cependant un grand rôle dans l’histoire des idées de l’Europe entre XIV et XIX.  

A partir de 1450, les cercles d’humanistes s’intéressent aux traditions juives et à la kabbale, en particulier au Zohar qui est traduit en plusieurs langues. La kabbale était vue, même par certains juifs, comme une tendance du judaïsme proche du christianisme.  

Les principaux auteurs chrétiens sont Pic de La Mirandole (Italie, 1463-1494), Johannes Reuchlin, von Nettesheim (Allemagne), Paracelse(Suisse), Guillaume Postel (France),Robert Fludd (disciple de Paracelse, Angleterre), … On retrouve dans l’œuvre de Jakob Boehme (1575-1624), un peu plus tard, l’inspiration de la kabbale.  

Ces auteurs avaient tous un attrait pour l’occulte, et seront à ce titre soupçonnés d’hérésie. C’est à travers ces auteurs que la kabbale entre dans le patrimoine spirituel et littéraire de l’Occident (Goethe, Wagner, Nietzsche, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Spinoza, Leibniz, …).  

Mais 1550 marque le début de la Contre-réforme : les livres hébraïques sont brûlés à Rome, les juifs de presque toutes les villes d’Europe sont parqués en ghettos. La kabbale est associée dans l’esprit populaire à des recettes de guérisseurs, et influencera ainsi l’occultisme « traditionnel » sous une forme déformée et caricaturale.  

9.2.Les rites  

Une des idées fortes du judaïsme est l’idée d’acte, de geste. On parle beaucoup plus d’action que de foi, d’où la prééminence des rites. Les rites hébraïques consistent principalement à rapprocher l’homme de Dieu, à ré harmoniser les participants. De nombreux objets de rituels sont conçus pour intégrer le Tétragramme.  

9.3.Kabbale et thérapie  

La kabbale oriente l’existence vers le bien-être, en soulignant que le physique et le psychique sont étroitement liés. La maladie provient d’un obstacle à la circulation de l’énergie vitale, d’obstructions dans les canaux (tsinorot) reliant l’homme à l’infini. De part la présence de la lumière-influx dans les lettres et les mots, la mise en mouvement du langage est le centre de la technique kabbalistique pour accéder à l’équilibre et à la santé.

 

La kabbale est un plaidoyer pour une existence joyeuse et heureuse. Rabbi Nahman dit « C’est une grande mitsvad’être toujours dans la joie ».  

9.4. Astrologie et kabbale  

Le calendrier hébraïque est à la fois lunaire et solaire, les mois s’accordent aux rythmes de la lune. C’est tardivement, après l’exil de Babylone, que les juifs utiliseront des noms pour les mois, d’origine babylonienne.

 

Les 6 premiers mois, du Bélier à la Vierge, sont masculins, reliés au désir de donner, et correspondent au 2 premières lettres du Tétragramme : YH.

 

Les 6 mois suivants, de la Balance aux Poissons, sont féminins. Ce sont les réceptacles, ils reçoivent. Ils correspondent aux lettres VH du Tétragramme.

 

Chaque mois est aussi associé à une lettre, une valeur numérique, etc.

 

Le point capital est que l’astrologie kabbalistique ne détermine pas un futur et un destin figé pour emprisonner l’homme, mais au contraire montre un destin afin que l’homme puisse s’en libérer. La soumission à la fatalité et au destin est considérée comme un désastre.

 

 

 

Source : http://www.systerofnight.net/religion/html/kabbale.html

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La Kabbale (2)

Publié le 15 Janvier 2013 par X dans Kabbale

6.    Les chevaux de feu

6.1.L’alphabet

6.1.1.      Les écritures

L’alphabet hébraïque possède 3 formes essentielles : les kabbalistes jouent à la fois sur la forme, la signification et la valeur numérique.

 

La première écriture, en importance et en usage, est celle que nous connaissons aujourd’hui. C’est l’« écriture assyrienne ».

La seconde écriture est l’écriture cursive, utilisée pour écrire rapidement à la main et pour les textes non liturgiques.

La plus ancienne écriture est le protosinaïque. Cet alphabet dérive des hiéroglyphes égyptiens. Il est constitué de pictogrammes qui ont valeur de consonne.

C’est de cet alphabet qu’ont dérivées de nombreuses écritures : cananéenne et phénicienne, araméenne, hébraïque, …

6.1.2.      Les lettres

L’énergie du divin transite jusqu’au monde d’en bas à travers les lettres de l’alphabet et le texte de la Tora. La langue hébraïque est la « langue sainte ».

Le monde ne préexistait pas au langage, mais il se forme en lui et par lui. La matière du monde repose sur la structure de l’alphabet hébraïque.

Lors du passage du néant absolu à l’être, la matière pris naissance sous la forme d’un point de matière insécable et infinitésimal. Par un jeu de forces équilibrées, il resta immobile. Puis un déséquilibre dans ces forces le fit bouger pour former une droite. Puis le point bougea dans une autre direction, formant le plan.

On retrouve ici les trois formes géométriques primordiales qui sont à l’origine de l’alphabet hébraïque. Toutes les lettres sont constituées d’une combinaison de ces trois éléments, qui se retrouvent purs dans dalèt (plan), vav (droite) et yod (point).

La métaphore du feu est omniprésente dans les textes de la kabbale, notamment pour parler du texte et de ses différents composants. Les lettres ont accueillit la lumière du rayon lors du second tsimtsoum. Elles sont les « chevaux de feu », les mots sont les « chariots de feu ».

Aleph, la « première lettre construite », se compose des trois éléments.

Aleph est une lettre qui se voit mais c’est la seule lettre qui ne se prononce pas du tout. Elle est silence. C’est le plus haut degré de la clarté qu’aucun mot ne peut venir exprimer ni explorer. C’est également le symbole de l’énergie.

On retrouve la théorie des écorces dans les lettres. La lumière d’aleph étant trop forte, elle vient s’habiller dans une autre écorce : la deuxième lettre bèt. Et ainsi de suite jusqu’à la dernière, tav, qui en contient 21, et pour laquelle la lumière est très faiblement perceptible à cause des trop nombreux écrans. La valeur numérique pourrait être vu comme le nombre de qlipot protégeant la lumière qui se trouve dans la lettre.

Introduire des silences, des espaces dans un texte, le remodeler par circoncision textuelle, transforme le lecteur en créateur. Cette idée du vide signifiant se retrouve dans les pensées chinoise et japonaise.

Ainsi il existe 4 livres :

  • La « Tora de Dieu » est un texte où il n’y a que des lettres, un seul grand mot sans coupure ni ponctuation, sans possibilité de perception sémantique. Ce texte est vu comme l’ensemble des noms de Dieu.
  • La Tora de Moïse est le texte généralement connu, constitué des mots que Moïse a produits par l’introduction de coupures.
  • La Tora des hommes consiste à produire de nouveaux mots et de nouveaux sens à partir du précédent.
  • La Tora du Messie est le texte que nous lirons quand nous serons capable de lire les lettres blanches entre les lettres noires.
6.1.3.      Correspondances

 

A

Aleph

1 ou 1000

Tête de taureau

Force, énergie, être humain, possibilité, commencement, enseignement

B

Bèt

2

Maison

Intériorité, acceuil, couple, intimité, famille, abri, voûte céleste

C

Guimèl

3

Chameau, dromadaire

Sortir de soi, porter au-delà de soi, faire du bien, sevrer, mûrir, se libérer de, rendre le bien pour le bien

D

Dalèt

4

Porte, ouverture

Sein de femme, sexe féminin, descendance, abondance, verser, répandre, entrer, sortir, puiser

E

5

Souffle

Cri, homme en prière, respiration, expression, marque du féminin, de la direction et de la question, vide du souffle et de l’énergie

F

Vav

6

Crochet, clou

Coordination, canal, tuyau, doigt, phallus, volonté d’entrer en relation, coït

G

Zayin

7

Flèche, arme

Relation à l’autre, guerre, conflit, face-à-face, révolution, fracture, distance, logique de contradiction, traversée, inadéquation, questionnement, temps, cycle, multiplicité, lois morales, …

H

Hèt

8

Barrière

Clôture, rempart de protection, temps présent, enfermement

-

Tèt

9

Bouclier

 

I,J

Yod

10

Main

Prendre, donner, échanger, montrer, compter, multiplicité, structuration, unicité, bénédiction

K

Kaf

20

Paume de la main

Creux, recevoir, prendre, donner, commerce, caresse, temps, couvrir, bénir

L

Lamèd

30

Aiguillon

Aiguillon du désir, faire avancer, dynamiser, étudier, enseignement, dépassement, hauteur, se créer, s’inventer, se dépasser

M

Mèm

40

Eau

Mouvement, dynamisme, chemin, identité en mouvement, questionnement sur notre identité, question sur l’origine

N

Noun

50

Poisson

Le caché, l’intime, le féminin, lieu où l’on se blottit, fœtus dans les eaux matricielles, vie, naissance à venir, enfant, petit-enfant, descendance, multiplicité, abondance, bénédiction

O

Ayin

70

Œil

Voir, regarder, apparaître, disparaître, source, seuil, passage, consulter, découvrir, traduction, langues étrangères

P

80

Bouche

Parler, manger, respirer, dégager, exhaler, ouverture, sexe, transmission de la mémoire, récit

-

Tsadè

90

Hameçon, ancre

 

Q

Qof

100

Couperet

Séparation, interrompre, trancher, geler, imiter, faire un trou et considérer le vide, chas d’une aiguille, puiser dans les profondeurs

R

Rèch

200

Tête

Commencement, être en tête, avoir de l’esprit de direction, l’extrême, dimension intellectuelle

S

C

300

Dent

Avoir l’esprit d’analyse, mâcher, réduire, tirer à l’arc, envoyer, lancer

T

Tav

400

Signe

Marque, note de musique, symbole, rencontre, alliance, compléter, désigner, fin d’un processus extrême

U,

V,

W

Vav

6

Crochet, clou

Voir le F

X

Samèkh

60

Arbre avec branches

Squelette, charpente, infrastructure, échelle, bâton pour s’appuyer, arête de poisson

Y

Yod

10

Main

Voir le I

Z

Zayin

7

Flèche, arme

Voir le G

 

6.2.Le Tsérouf, l’art de la combinatoire des lettres

La lumière divine arrive aux hommes par l’intermédiaire des lettres, et de façon dynamique par le langage ou la permutation de celles-ci.

L’énergie que l’homme reçoit prend forme en lui et risque de devenir prisonnière si elle ne poursuit pas son voyage. Il se forme alors des « nœuds », et la technique combinatoire des lettres appelée tsérouf aide à les dénouer.

La racine d’un mot hébraïque est formée en général de trois lettres. L’analyse consiste à examiner toutes les combinaisons de ces trois lettres (donc 6) et à y découvrir une logique interne ou externe et un sens.

Logique interne signifie articulation d’une certaine logique sémantique entre les différentes combinaisons. Logique externe implique une recherche d’articulation avec d’autres mots et d’autres horizons qui se rapportent à la nouvelle combinaison.

Un mot a toujours un sens premier qui lui est conféré par la loi de successivité de ses lettres, loi nommée rétsèf. C’est la première phase de l’art combinatoire.

La deuxième phase est celle du degré zéro de signification, ou rafats. C’est l’étape d’égarement, de silence, nécessaire avant un nouveau démarrage. Pour apprendre, il faut commencer par oublier.

Après le réfèts et le rafats, la vie dynamique interne au mot supplie le mot de pouvoir dire autre chose. Cette supplication est patsar. Le sens fait alors une « brèche », c’est le stade du parats. Le mot est mûr pour une nouvelle « combinaison » (tsérouf), le sens est libéré et s’envole, c’est le tsipor, c'est-à-dire l’« oiseau ».

6.3.Quelques permutations

Les permutations simples consistent à décaler d’une lettre vers l’arrière ou l’avant les lettres d’un mot, formant respectivement un hypogramme ou un métagramme.

La permutation AT-BaCh, liée à Héssèd,  associe aux 11 premières lettres les 11 suivantes dans l’ordre inverse. Ainsi aleph devient tav, bèt devient chin, etc. La permutation El-BaM, liée à Din, n’inverse pas l’ordre lors de l’association, et donc aleph devient lamèd, bèt devient mèm, etc.

La permutation peut aussi associer à une lettre la lettre correspondante d’un autre niveau des groupes unités, dizaines, centaines.

On peut également transformer une expression en un mot constitué des lettres initiales ou finales, ou inversement retrouver une expression à partir des lettres d’un mot. C’est le notarikone.

La temoura consiste à prendre un mot, le décomposer en 2, puis permuter quelques-unes des lettres.

 

 

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La Kabbale (1)

Publié le 15 Janvier 2013 par X dans Kabbale

L’ésotérisme fait depuis longtemps parti de l’héritage religieux juif. On décèle de nombreux éléments gnostiques, dérivant en dernière instance du vieux gnosticisme juif, mais au final aucune école mystique ne s’est réellement séparée du judaïsme normatif.

Le but du mystique est en général la vision de Dieu, la contemplation de Sa majesté et la compréhension des mystères de la Création.

La Kabbale, qui signifie « recevoir », est la somme des mystères de la tradition mystique juive. C’est un chemin d’élévation spirituelle, à la fois une philosophie théorique et une pratique proche de la méditation.

La kabbale est la tradition mystique du judaïsme qui se présente comme un commentaire codé des textes bibliques. Dans son approche herméneutique, c’est donc l’ensemble des techniques de lecture et de déchiffrage des textes, pour en dévoiler et en communiquer les secrets.

La kabbale a aussi une approche plus mystique, qui consiste à recevoir la sagesse d’en haut, la lumière de l’infini. C’est un art de l’écoute de la grande symphonie des sphères célestes, du monde et de son propre être intérieur.

Enfin, la kabbale pratique insiste sur des points comme la prière, la méditation et certains rituels qui permettent à l’homme de s’élever intellectuellement et spirituellement.

Mais la kabbale n’est pas que « religieuse ». C’est aussi une leçon de vie, qui ne vise pas à rendre l’homme bon, mais juste à le rendre meilleur. C’est la recherche d’une harmonie et d’un mieux-être, pour soi et au sein de la communauté des hommes.

La kabbale est un art du cœur. La science ne suffit pas, il faut aussi de l’amour. Le kabbaliste est le juste équilibre entre l’« amour de la sagesse » et la « sagesse de l’amour ».

Pour la kabbale, la véritable opposition n’est pas entre raison et irrationalité (ou entre intelligence et sentiment), mais plutôt entre un intellectualisme desséché, dogmatique et étroit, et un intellectualisme libre et ouvert sur tout ce qui transcende les limites de la pensée logique.

1.1.Les 8 principales périodes de la kabbale

La première époque (-II à XII) est la mystique de la merkava (kabbale du char céleste) et du maassé beréchit (kabbale qui s’intéresse à la structure de la création du monde), formant les « mystiques du Talmud ». C’est l’époque de la « Littérature des Palais » et du Livre de la Création (Sefer Yetsira).

La seconde époque (1200-1300) comporte trois grandes écoles, en Provence, en Allemagne et en Espagne, avec les ouvrages comme le Bahir (le « Livre de la Clarté ») ou le Sefer Hassidim (le « Livre des Hommes pieux »). Malgré des tensions avec les autorités rabbiniques, la kabbale contribua à fortifier la résistance spirituelle des communautés juives.

La troisième époque, à peine postérieure à la précédente, se constitue en Espagne autour de la rédaction du Zohar, le « Livre de la Splendeur ». Il fut publié autour de 1280-1300 par Moïse de Léon (1250-1305) sous le nom du grand Rabbi Chimone Bar Yohaï (qui vécut au II siècle, peu après la seconde destruction du Temple).

C’est aussi l’époque de l’explosion de la kabbale extatique de Aboulafia.

La quatrième époque (jusqu’à la fin du XVII) est liée à l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492. De nombreux maîtres espagnols se retrouvent à Safed, en Galilée, et y forment une école, la « kabbale de Safed ». C’est une continuation du Zohar, avec une insistance sur les Sephiroth, ainsi que sur la Chekhina (présence divine) et ses implications historiques.

La cinquième période voit l’émergence de l’hérésie mystique de Shabbataï Zwi (1625-1676) qui introduit des éléments messianiques.

La sixième période est appelée « hassidisme », résultat de l’école de pensée fondée par Baal Chem Tov. On assiste à une démocratisation des concepts de la kabbale. Le hassidisme devient un mode de vie, centré autour du rabbi qui apporte réconfort, conseil et guérison à ses adeptes.

La septième période, contemporaine de la sixième, est celle de la kabbale lituanienne. Elle poursuit les recherches de la kabbale de Safed, en rejetant l’hassidisme. L’importance est accordée à l’étude et l’application des mitsvot.

La huitième période est l’époque actuelle, qui voit l’émergence des recherches historiques, de syncrétismes entre les divers courants de kabbale, et d’une volonté de contact avec les autres mystiques, en particulier le bouddhisme.

 

2. Les clefs de la kabbale

2.1.La Lumière et sa transmission

La Lumière est l’un des mots les plus importants de la kabbale. C’est la plus haute métaphore de l’infini et du divin. Toutes les lumières émanent de l’infini. La kabbale, c’est la réception de cette lumière de l’infini. « Lumière, « vibration » et « énergie » sont les 3 mots clefs de la kabbale pratique.

En hébreu, lumière et infini ont la même valeur numérique 207.

L’énergie, depuis sa source, se propage dans l’ensemble de l’univers à travers un modèle de 10 « transformateurs d’énergie » appelé Sephiroth.

La réalité vraie (metsiout) est la lumière qui se trouve en chaque chose. La réalité fondamentale n’est donc pas la matière mais l’énergie : tout est énergie.

La kabbale pose comme hypothèse que la grandeur de l’homme est d’avoir la capacité de sentir ces énergies et de les maîtriser. Le kabbaliste est celui qui sait orienter ses pensées dans la bonne direction : c’est la kavana.

La vibration intérieure de l’homme correspond à 10 rythmes, ou pouls, que l’homme doit essayer de connaître pour les diriger avec justesse. L’analogie avec la musique et la recherche de l’harmonie est aussi utilisée.

Ange se dit malakh en hébreu, signifiant « envoyé ». Tout ce que l’homme perçoit (ou adresse) comme message des mondes supérieurs est un ange.

Le kabbaliste s’ouvre à une perception supérieure, il se « réveille » d’un sommeil intérieur : entendre l’inouï, voir l’invisible et sentir l’immatériel. C’est voir la richesse incroyable du monde en chaque instant et chaque lieu, sentir la présence divine partout.

2.2 .Le Mouvement et la Liberté

Le mouvement est fondamental. La lumière circule à travers tous les mondes. Une fois le monde créé, il est entré dans un processus de remontée vers sa source et s’est construit en allant du bas vers le haut, du moins parfait vers le plus parfait. Cette évolution vers le haut est la source de l’optimisme fondamental de la pensée kabbaliste.

L’homme fait partie de cette évolution, il aspire à retourner à la lumière primitive, il aspire à toujours être meilleur, ne pas tomber dans l’autosatisfaction.  

Le mouvement cosmique de retour (technouva) existait avant la création du monde. C’est un phénomène primordial et universel sur lequel se fonde l’existence même du monde. Elle est au-delà du temps et de l’inexorable enchaînement des relations de cause à effet.

Cela implique que l’homme peut changer le cours de sa vie, qu’il est libre face au déterminisme, ce qui le rapproche de Dieu.

La paume de la main (droite de préférence) apparaît dans la kabbale comme un résumé de l’âme humaine. L’étude de ses lignes est donc très importante. Mais cette vision, tout comme l’astrologie kabbalistique, ne « lie » pas l’homme à un destin. Celui-ci a toujours la possibilité de d’influencer et d’infléchir sont destin. Les lignes de sa main se modifieront en conséquence…

2.3.Lecture et interprétation. La Révélation

Pour le judaïsme la principale question n’est pas « Qui est Dieu ? », mais « De quelle façon se révèle-t-il aux hommes ? ». La Révélation, c’est d’abord la révélation d’un texte, la Tora. C’est aussi le don des clefs de l’interprétation, formant un champ d’étude inépuisable, en perpétuel mouvement.

Lors du tsimtsoum, l’infini de Dieu s’est autolimité. Il crée le monde et devient l’invité du monde dans une forme finie. Le passage de l’infini dans le fini s’est opéré par le texte. C’est par ce texte que l’homme apprend à connaître Dieu.

Grâce à l’interprétation, les permutations comme le tsérouf ou la guematria, ce texte fini devient potentiellement infini. L’interprétation du texte, c’est la libération du Divin.

Interpréter, c’est découvrir du sens, et non pas la vérité. Ce n’est pas dévoiler un secret, mais dévoiler qu’il existe un secret. La liberté d’interprétation est aussi une liberté existentielle.

L’interprétation et la réinterprétation continuelle des textes sont fondamentales. C’est une dynamisation du psychique, une ouverture de l’esprit, tout cela dans un mouvement de transcendance vers l’infini. La kabbale enseigne qu’un texte est indéfini, ouvert à des interprétations toujours nouvelles, sur des plans aussi variés que la philosophie, la sociologie, la politique, la linguistiques, l’histoire, etc.

D’où l’importance du langage poétique dans la kabbale, le plus à même de susciter l’interprétation. La poésie réussit, mieux que les mots simples et la prose, à exprimer et faire ressentir au lecteur l’essence du message mystique. Les images, métaphores et symboles sont plus aptes à exprimer ce qui est au-delà des mots. La compréhension de la kabbale est d’abord une illumination ou une intuition.

Les kabbalistes distinguent 4 niveaux de lecture : pchat (sens simple ou littéral), rémèz (sens allusif), drach (sens sollicité, qui ne concerne pas le texte mais le contexte non dit) et sod (sens caché ou secret, c’est une autre lecture à partir d’un réarrangement différent des signes du texte. C’est plus une expérience mystique qu’une lecture). Les initiales de ces mots forment un sigle se prononçant Pardès, c'est-à-dire « verger » ou encore « paradis ».

L’exégèse chrétienne distingue aussi 4 niveaux de lecture (littéral, allégorique, moral et anagogique), mais ceux-ci restent statiques.

2.4.Le rapprochement avec le Divin. L’Amour

La kabbale est l’histoire du rapprochement a priori impossible entre Dieu et sa créature.

La prière est l’expression de la volonté d’entrer en relation avec la source de lumière, d’approcher le divin. Le hassidisme apporta une revalorisation à la prière rituelle : réciter une prière n’a de sens qu’à la condition qu’elle jaillisse réellement du cœur.

La nostalgie réciproque de l’homme vers Dieu se traduit par des images d’amour dans les textes, dont le Cantique des Cantiques est un exemple.

L’amour est fondamental en kabbale, car le monde repose sur la relation du féminin et du masculin, qui se traduit par l’amour.

Pour la kabbale, le monde est entièrement composé de composantes masculines et féminines. Le monde est entièrement masculin ET féminin. Il y a masculin quand il y a épanchement de l’influx, offrande de lumière. Il y a féminin quand il y a « résidence » de la lumière, et on parle alors de chekhina.

Mais l’amour est d’abord vu comme l’art de savoir donner de soi-même.

Voir les exemples dans le chapitre guematria.

2.5.Le schéma fondamental de la kabbale

Toute la kabbale se fonde sur un schéma vertical : le passage de la lumière de l’infini (or en sof), ou lumière d’en haut, à la réception de cette lumière (qabbala) dans les mondes d’en bas.

Entre émanation et réception, les intermédiaires sont multiples. La kabbale est l’étude de ces voies, des mondes intermédiaires qui existent entre le monde supérieur et le monde inférieur.

Ces intermédiaires sont : les lettres de l’alphabet ou le « livre » (sefer) ; les chiffres et l’univers mathématique (sefar) ; la décade des éléments fondamentaux (les 10 sefirot) ; les noms multiples de Dieu et le Tétragramme ; la prière ; etc.

2.6 Les kabbalistes

Le mot hébraïque pour kabbaliste est meqoubal, signifiant « celui qui est reçu », et plus généralement « celui qui reçoit ».

Le kabbaliste est un sage qui conduit son peuple. Il enseigne la Torah et doit faire justice. Il est un initié au sein d’un groupe, il devient « maître » à l’issu d’une cérémonie où il reçoit l’imposition des mains d’un maître. Par ce geste, qui remonte à Moïse, il reçoit une partie de la puissance spirituelle du maître. Le kabbaliste s’ouvre à la Lumière divine.

Le kabbaliste est un perpétuel « disciple », à relire les textes et à cherche de nouvelles interprétations. Ainsi est-il en perpétuelle remise en question. Il est un « chercheur » de vérité et non un « possesseur » de vérité.

L’idée de cheminement des kabbalistes est présente dans tous les textes. Le kabbaliste s’appuie sur le passé pour avoir une pleine conscience du présent et une responsabilité pour le futur. Pour lui, vivre est une aventure, et n’est pas la nostalgie de formes déjà vécues.

Il est important pour le kabbaliste de rester dans un état d’enfance dans ce qu’il a de constructif par rapport à la dimension du futur : « quand je serais grand, je serais… ». C’est l’espérance, c'est-à-dire savoir que tout est toujours ouvert, que le destin n’existe pas ou ne nous enferme pas.

« Vivre, c’est naître à chaque instant ».

 

3. Les 4 mondes

 

S’inspirant des sources primitives, les kabbalistes de Safed, et en particulier Cordovero, ont adopté la doctrine des 4 mondes placés entre l’En-Sof et notre cosmos terrestre.

 

Les 4 mondes, traversés de haut en bas par la lumière divine, sont :

  • Atsiluth, le monde de l’émanation et de la Divinité.
  • Beria, le monde de la création. Les séraphim.
  • Yetsira, le monde de la formation. Les malakhims et les hayot haqodèch.
  • Asiyah, le monde de la fabrication. Les ophanim, et l’ange Sandalphon.

 

Ce qui correspond à la dimension d’espace dans le monde matériel est appelé « palais » dans le monde de l’action spirituelle et dans les mondes supérieurs.

Plus le monde est supérieur, plus le temps devient abstrait. Il tend à représenter l’essence la plus pure du changement, voir celle de la possibilité du changement.

3.1. Atsiluth, le monde de l’émanation

Le quatrième monde, le plus élevé, est à la tangence de la matière et de la lumière.

C’est le monde de la spiritualité qui englobe à la fois actions, sentiments et pensées, mais tous orientés dans un but d’élévation spirituelle et dans une volonté de contact avec la lumière de l’infini.

C’est là où l’homme peut entrer en contact avec l’En-Sof.

3.2.Beria, le monde de la création

Le monde de la création est un monde de pur esprit.

Esprit, pas dans le sens d’une essence intellectuelle, mais plutôt dans sa capacité créatrice et sa faculté de concevoir et d’intégrer la connaissance.

C’est le monde du Trône, de la Merkaba et des anges les plus élevés.

3.3. Yetsira, le monde de la formation

Il se situe au dessus d’Asiyah, et c’est essentiellement le monde des sentiments. Les émotions sont sa principale substance. C’est le domaine principal des anges.

3.4. Asiyah, le monde de l’action

Ce monde comporte deux dimensions. Sa partie inférieure est le monde des actes matériels, le monde physique « classique ». Sa partie supérieure est le monde de l’« formation spirituelle », c’est le monde des idées.

L’homme appartient en parallèle à ces deux dimensions, matériellement pour l’un et spirituellement pour l’autre.

3.5.Les anges

3.5.1. La nature des anges

Les « âmes » des 4 mondes sont l’ensemble des créatures vivantes jouant un rôle dans les dimensions de l’espace et du temps. Elles se distinguent du reste par la conscience qu’elles ont d’elles-mêmes. Parmi les âmes des mondes supérieurs, les anges jouent un rôle primordial.

Ce qu’on appelle ange est une réalité spirituelle pourvue d’un contenu et de qualités caractéristiques et uniques. Ce sont des êtres complets, conscient d’eux-mêmes et de leur environnement, capables d’agir. Ils sont principalement des messagers entre le monde inférieur et le monde supérieur au leur.

Il y a des anges qui existent depuis l’origine des temps, et d’autres qui sont éphémères.

Les actes saints, les émotions dirigées vers Dieu créent des malakhim, qui constituent comme une part de l’homme et s’étendent jusqu’aux mondes supérieurs.

Un ange protecteur est un ange créé par une action de grande valeur qu’une personne a l’habitude de faire.

Un malakhim du monde de la formation incarnera un élan ou une pulsion. Cette émotion incarnée ne changera pas, les malakhim étant « statiques » en quelque sorte. On dit qu’ils sont omèd : « debout pieds joints ». L’essence du malakhim est définie par les limites de son émotion particulière. Cela limitera aussi le rôle qu’il pourra jouer, en le « spécialisant » sur des actions en relation avec sa nature limitée.

Les séraphim du monde de la création sont des essences de pure intelligence. Ce sont les anges de l’étude.

Pendant l’étude des textes de la Tora, il est important de lire à haute et intelligible voix, car chaque lettre prononcée fait naître un séraphim qui la transmet. Chaque lettre a un ange. Ainsi Aleph devient Alephiel, Bèt devient Bètiel, etc.

3.5.2. Les noms

Les noms d’anges sont souvent théophores, c'est-à-dire porteur du nom de Dieu. Ils se terminent par « el » ou « yah » (venant de Elohim ou Yahvé). Certains, ayant un nom à consonance grecque, se terminent en « ron » ou « on ».

Les anges qui appartiennent au même « camp » portent le même nom générique, qui se termine en « im » ou « in ».

Malakh désigne l’« ange » en général. « Malakhim » est le nom générique pour les anges, mais aussi une catégorie de ces anges.

3.5.3. Les catégories

Il existe des catégories d’anges différents dans les 4 mondes. Il existe 10 catégories : les hayot (« créatures vivantes »), les ophanim (« roues »), les séraphim (« ceux qui brûlent »), les kérouvim (« chérubins »), les arélim (« créatures de lumière divine »), les tarchidim (« messagers du lointain »), les hachmalim, les élims (« créatures divines »), les malakhim, les ichim (« créatures de feu »).

 

4. Les niveaux de l’âme

 

On trouve dans la Bible, et plus tard dans la kabbale, 5 expressions pour désigner l’âme. Certains commentateurs ont hiérarchisé ces états, les associant à des niveaux de méditation différents. Ils sont également liés aux 4 mondes.

4.1.Néfèch, monde de l’action

Dans la genèse, Dieu fait l’homme « à son image selon sa ressemblance ». On distingue la notion de « schéma corporel », en gros le corps lui-même, et celle d’« image du corps », qui est la façon actuelle dont nous ressentons inconsciemment notre corps, en fonction des expériences passées et du contexte présent.

Le néfèch est tout d’abord le corps et l’ensemble de ses possibilités d’action, ainsi que ses mécanismes de la vie dans son infrastructure (surtout le sang, mais aussi la respiration, …).

C’est le « schéma corporel ».

A ce niveau, la méditation porte sur le rapport entre les chiffres, les lettres et le corps. Il y a analogie entre corps et graphie. Parfois les postures corporelles cherchent à imiter les lettres de l’alphabet, et par rapport aux trois formes élémentaires point-ligne-plan.

La méditation porte aussi sur le nombre 44 (valeur en particulier du « sang »), ainsi que sur les possibilités de mise en mouvement du corps.

4.2.Rouah, monde de la formation

Rouah est l’« image du corps », l’image spirituelle que nous nous faisons de notre corps. C’est le moteur émotionnel de néfèch.

Sémantiquement, le mot est lié à l’air, au souffle, et à l’esprit.

La méditation s’oriente sur la respiration ainsi que les vertus vibratoires de la prononciation des voyelles. Cela consiste en inspiration, rétention du souffle, puis expiration avec prononciation d’une voyelle, de façon très similaire au yoga.

Dans la tradition judaïque, le souffle a une grande valeur. Respirer, c’est déjà prier.

4.3.Nechama, monde de la création

Nechama est difficilement différentiable de rouah. C’est la dimension intellectuelle de l’âme, rouah étant plus axé sur les émotions.

C’est le moment où la méditation se fait lecture, étude et interprétation. Un des lieux fondamentaux de la vie du kabbaliste est la maison d’étude, bèt-hamidrach ou encore yechiva. Un des aspects particulier de l’étude est qu’elle est chantée (le chant de l’étude : nigoun).

Dans le nigoun, il y a de nombreuses variations l’essentiel étant de ressentir les vibrations dans la joie. Il faut s’imprégner du sens et de l’émotion des lettres que l’on chante.

La méditation passe aussi par la visualisation des lettres et la réflexion à leur sujet. Ensuite le sujet de méditation portera sur les noms, celui du kabbaliste puis ceux de sa famille passée et à venir.

4.4.Haya, monde de l’émanation

C’est un degré de spiritualité qui englobe aussi bien la conscience du corps que les sentiments et les réflexions intellectuelles.

Ce niveau se traduit par la prière, et celle-ci est principalement construite sur les psaumes de David. La méditation porte sur la lecture à haute voix et rythmée des psaumes, de préférence en groupe.

4.5. Yehida

En yehida, on est en tangence avec le en sof (situation de devéqout).

Yehida signifie « singularité », « unicité ». C’est la manière d’être unique de chacun. Chaque être humain a une vocation propre, sa responsabilité étant de la réaliser.

 

Au niveau de la méditation, la prière devient personnelle. Le kabbaliste invente ses propres prières au cours de retraites solitaires. Il médite seul et en silence sur sa vie et son comportement. C’est un retour sur soi.

 

5.    L’Arbre Sefirotique

5.1.La vision du Sefer Yetsira, le Zohar

La première section du Livre de la Création présente les « 32 voies merveilleuses de la Sagesse » par lesquelles Dieu a créé le monde : les 22 lettres et les 10 nombres primordiaux (les sefirot).

La première sefira est le pneuma (ruah) du Dieu. De ruah sort l’Air primordial, duquel naissent l’Eau et le Feu. Ce sont les secondes, troisièmes et quatrièmes sefirot. De l’Air Dieu créé les 22 lettres, de l’Eau le Chaos cosmique, et du Feu le Trône de la gloire et les hiérarchies des anges. Les 6 dernières sefirot représentent les 6 directions de l’espace.

Le Zohar comporte une étude importante de l’arbre sefirotique.

Les 10 sephiroth sont les 10 degrés du monde intérieur à travers lequel Dieu descend de sa retraite la plus intime jusqu’à sa révélation dans la Chekhina. Elles sont les parures de la Divinité, mais aussi les rayons de lumière qu’elle envoie.

Le monde des sephiroth est aussi le monde caché du langage, le monde des noms divins. Le développement de la vie en Dieu peut être exprimé comme le déroulement des éléments du discours.

5.2.Les dix sefirot

La lumière de l’en sof traverse les 10 sefirot, dans lesquelles elle se déploie et se diffracte sous des aspects différents. Toutes les forces de l’univers dérivent de ces éléments.

Le mot sefira recouvre différentes choses selon les auteurs. Elles sont comme un alphabet de 10 éléments ou de 10 forces qui se conjuguent entre elles.

Chaque sefira est à la fois féminine, en ce qu’elle reçoit la lumière, et masculine, en ce qu’elle la redonne. La lumière atteint la première sefira qui, une fois remplie, transmet la lumière en surplus à la sefira suivante. Quand la sefira reçoit mais ne transmet plus son surplus de lumière, elle explose, c’est la « brisure des vases ».

Le segol est un triangle formé, dans l’arbre séfirotique, de 2 sefirot des colonnes extérieures situées à la même hauteur et de la sefira centrale inférieure.

5.2.1.      Kétèr, la suprême couronne ; l’art d’être présent à soi

La première sefira désigne la volonté divine primordiale, source de toute volonté.

C’est la première et la plus haute ouverture à la transcendance.

La kabbale insiste sur l’importance du passé et du futur. Mais le passé ne doit pas être la nostalgie d’une situation qui nous retient et nous bloque, et le futur ne doit pas être une fuite en avant.

Kétèr, c’est l’importance de l’instant présent, la capacité à assumer entièrement l’instant dans lequel nous sommes, sans se dire que l’on pourrait être ailleurs ou faire autre chose. C’est le secret du calme et de la sérénité de la vie. Avant d’entreprendre chaque action, il faut diriger son attention.

Kétèr se rapproche du « sans intention », du « agir sans agir » que l’on trouve dans le bouddhisme zen.

5.2.2.      Hokhma, la sagesse ; savoir s’étonner et s’émerveiller

Hokhma, c’est l’éveil de la conscience au merveilleux qui imprègne le monde. Cet éveil commence par une remise en question. La sagesse dans l’étonnement et le questionnement constitue la Hokhma.

L’étonnement doit porter sur tout ce qui nous entoure, ce qui est proche de nous au jour le jour, avant de pouvoir s’attarder sur les « grands mystères ». C’est la capacité à être ouvert à la parole de l’autre, c’est la dimension d’écoute et d’ouverture. C’est l’humilité d’un esprit qui accepte encore d’apprendre.

L’étonnement et le questionnement libèrent l’homme de l’emprise de certaines habitudes de pensée, convictions, préjugés, etc. L’homme libéré n’est pas, il devient.

Hokhma est aussi l’ouverture vers le rêve, l’imaginaire et la poésie, en opposition avec le langage logique et froid de la Bina.

Enfin, dans la kabbale Hokhma est lié au père.

5.2.3.      Bina, l’intelligence

La Bina, c’est la capacité qu’à l’esprit de déduire ou d’induire une chose de l’autre. C’est le raisonnement logique pur.

Bina est liée à la mère.

5.2.4.      Daat, la sefira cachée

Daat est le ressenti, l’intelligence émotionnelle, résultant d’une expérience existentielle.

Daat est la rencontre harmonieuse de la logique et de l’imaginaire.

5.2.5.      Héssèd, l’amour et la générosité

Héssèd est l’ouverture des formes closes, le mouvement, le dynamisme. C est la dynamique de l’être, le souffle vital.

Héssèd se rencontre dans tous les gestes qui disent le don et l’amour. C’est aussi le désir, désir insatiable d’infini.

Géométriquement, Héssèd est représenté par la droite : possibilité infinie de mouvement.

5.2.6.      Din, la force, le jugement

Din, c’est littéralement la « loi », le « jugement ». Aussi bien la loi rituelle que juridique ou physique, c’est l’organisation contre l’anarchie. Din assure au monde la possibilité de perdurer.

Din est représenté par le point ou le cercle : absolument fermé, sans temps et sans espace, c’est une configuration close.

5.2.7.      Tiférèt, l’harmonie

Dans la réalité, din et héssèd cohabitent en toute choses. Le monde ne serait pas s’il était l’un sans l’autre.

Tiférèt est l’équilibre entre ces deux forces, le clos et l’ouvert.

Anciennement appelée Rahamim dans le Zohar.

5.2.8.      Le segol de Héssèd, Guévoura et Tiférèt

Héssèd, c’est l’amour et la générosité ; Guévoura (ou din), c’est la force, le jugement, la rigueur ; Tiférèt, c’est l’harmonie. Ces 3 sefirot sont organisées en segol.

 

Elles proposent une conception du bien et du mal. Est « bien » tout ce qui tend à être en accord avec la dynamique et la force créatrice qui anime le vivant ; est « mal » tout ce qui s’oppose à la vibration de la force créatrice du souffle du vivant. C’est un mal qui consiste à refuser la réalité d’un monde imparfait, c'est-à-dire la possibilité de perfectionnement et la liberté qui le met en œuvre.

Le mal dans notre monde réside dans tout ce qui entrave le rythme du perfectionnement et du développement, dans tout ce qui fige et affaiblit la spontanéité de la libre volonté.

Le paradoxe est que le « bien absolu » de la source divine, étant parfaite, ne peut plus évoluer, et ce manque de dynamisme représente un « mal ».

« La perfection de l’homme, c’est sa perfectibilité », ce que l’on peut mettre en parallèle avec ce qui dans l’art est la perfection des formes inexactes.

Le cercle symbolise la nécessité enclose à l’intérieur de ses lois, la fermeture qui interdit tout progrès de la liberté, le din. Au contraire, la ligne droite symbolise la liberté, la réalité en développement, le héssèd.

5.2.9.      Nétsah, la victoire et la patience de Dieu

Nétsah signifie « victoire », dans le sens de la maîtrise sur quelque chose.

Nétsah est l’organisation de la vie dans le monde matériel. C’est la nécessité du politique, de l’économique et de la maîtrise des passions.

Le kabbaliste ne peut se contenter d’être un contemplatif, il doit aussi s’investir dans les réalités concrètes de ce monde.

5.2.10.  Hod, la splendeur, la majesté

L’esthétique et la beauté fait partie de l’harmonie du monde. L’homme est à la fois un artiste et une œuvre d’art.

L’œuvre d’art est une ouverture du monde à son futur le plus essentiel : elle est la mise en mouvement, le chemin, le voyage…

La sefira Hod, c’est savoir retenir l’espérance et le rêve.

5.2.11.  Yessod, le fondement, la transmission

Yessod est l’aspect de transmission et de don des éléments acquis dans les sefirot supérieures. C’est la capacité du « juste donner ». L’importance de la transmission est illustrée par le déversement bloqué de lumière dans les sefirot qui conduit à la « brisure des vases ».

Cette transmission, de père en fils, de génération en génération, revêt une importance fondamentale dans la tradition judaïque.

5.2.12.  Malkhout, le royaume

Malkhout est le point d’orgue de la kabbale, c’est la réception achevée, la traduction des sephiroth dans le monde de la réalité et dans le temps de l’histoire.

Cette sephira est aussi vue comme l’archétype mystique de la communauté d’Israël, ou encore comme la Chekhina.

5.3.Les trois colonnes

Il n’y a pas une simple verticalité entre le monde d’en haut et celui d’en bas, il y a trois colonnes verticales parallèles. Il y a la colonne de l’amour à droite (héssèd), celle de la justice à gauche (din ou guevoura), et la colonne centrale de l’harmonie, synthèse des deux colonnes latérales (tiférèt).

Les trois axes se rejoignent dans la dixième sefira du « royaume » (malkhout). Là, trois font un.

Le christianisme, avec son culte de l’amour, se laisserait porter par héssèd. L’islamisme, au contraire, suivrait din à l’extrême. La religion bouddhique serait attachée à l’axe du milieu. Elle est la plus proche du judaïsme et de l’esprit de la kabbale.

5.3.1.      Héssèd, la colonne de la générosité

Héssèd se traduit par « amour », mais amour vu dans un sens très large.

Le héssèd, c’est la force d’expansion et d’extension qui se laisse aller à sa nature, de manière large, généreuse et spontanée. Il n’a dont pas un sens seulement positif. C’est aussi le monde qui va vers son maximum de désorganisation.

C’est la spontanéité de la nature humaine, ses orientations immédiates, ses intuitions, le cœur, le sentiment, la pulsion à l’état pur.

L’image de l’eau, qui prend toutes les formes et qui déborde et se répand partout quand elle n’est pas maîtrisée, illustre bien héssèd.

5.3.2.      Guevoura, la colonne de la justice

Guevoura, c’est la « rigueur », la force de limitation, de détermination et de définition. C’est la sphère de la loi et de la différence. Elle est la séparation et la distinction entre les termes en relation.

C’est la raison, la définition, la catégorie.

5.3.3.      Tiférèt, la colonne de l’harmonie

La réalité véritable consiste dans l’équilibre des deux forces. C’est la relation à égale distance entre domination et soumission, fusion et altérité, continuité et séparation.

5.4.Le symbole de l’arbre

L’arbre est un des symboles les plus importants de la kabbale, il symbolise la vie. Le « Grand Arbre » est l’arbre du monde, l’arbre sefirotique et l’arbre de vie. Sa racine se situe dans l’en sof, l’arbre croit de haut en bas.

L’homme est appelé le « petit arbre ». Il est aussi le lieu des 10 sefirot. L’homme aussi est « debout » et « porteur de fruits ». Dans le Zohar, l’image de l’homme est aussi souvent employée que celle de l’arbre.

L’arbre, avec son cycle annuel, rappelle à l’homme la renaissance des morts.

Enfin, la guematria montre que l’un des mots pour désigner arbre a la valeur 91, comme l’ange malakh. Or, tout deux apportent la lumière des sefirot au monde.

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