Publié le 30 Janvier 2014 par Anonyme dans Spiritualité
Personne n’osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élu domicile. Un » mahâtmâ » (épithète donnée aux hommes qui ont atteint la perfection morale ou spirituelle) ayant un jour suivi cette route, des enfants qui gardaient les troupeaux se précipitèrent pour l’avertir. « Je vous remercie, mes enfants, répondit le sage, mais je n’ai pas de crainte. D’ailleurs, je connais des mantras qui me protégeront contre toute attaque » . Et il continua d’avancer. Brusquement, le cobra se dressa contre lui. Mais en approchant du Saint Homme, il se sentit soudain pénétré de la douceur du «yogin » (celui qui pratique le yoga). Le Sage voyant le serpent, prononça une formule magique et le serpent s’écroula à ses pieds. Alors le Sage lui demanda : » mon ami, as-tu l’intention de me mordre ? » Le serpent stupéfait ne répondit rien. « Voyons dit le mahâtmâ, pourquoi fais-tu ainsi du mal à d’autres créatures? Je vais te donner une formule sacrée que tu répéteras constamment. Ainsi tu apprendras à aimer Dieu. Et en même temps tu perdras tout désir de faire le mal. » Et il lui murmura la formule à l’oreille. Le serpent s’inclina en signe d’assentiment, puis rentra dans son trou pour y vivre d’innocence et de pureté, sans avoir jamais plus le désir de blesser un être vivant. Au bout de quelques jours, les enfants du village voisin s’aperçurent de ce changement d’attitude et, pensant que le serpent avait perdu son venin, ils se mirent à le tourmenter, à lui jeter des pierres et à le traîner sur les cailloux. Le serpent grièvement blessé , se laissa faire et alla se cacher dans son trou.
A quelques temps de là, le sage repassa par ce chemin et chercha le serpent, mais en vain. Les enfants lui dirent que l’animal était mort, mais il ne put pas les croire. Il savait en effet que le nom de Dieu a une telle puissance qu’on ne saurait en aucun cas mourir avant d’avoir résolu le problème de la vie, c’est-à-dire avant d’avoir réalisé Dieu. Il continua donc d’appeler le cobra. Finalement celui-ci, qui était presque réduit à l’état de squelette, sortit de son trou et s’inclina devant son maître : » comment vas-tu, demanda le sage? Fort bien, Seigneur, merci : par la grâce de Dieu tout va bien. Mais pourquoi es-tu dans cet état? Conformément à tes instructions, je cherche à ne plus faire de mal, à aucune créature : je me nourris maintenant de feuilles. C’est pourquoi j’ai un peu maigri. Ce n’est pas le changement de régime qui a suffi à te mettre dans cet état : il doit y avoir autre chose. Réfléchis un peu ! - Ah oui je me souviens : les petits bergers ont été un peu durs pour moi, un jour. Ils m’ont pris par la queue et m’ont fait tournoyer, me frappant contre des pierres. Ces pauvres petits ne savaient pas que je ne les mordrais plus! Le Sage répondit en souriant : « Pauvre ami, je t’ai recommandé de ne mordre personne, mais je ne t’ai pas défendu de siffler pour éloigner les persécuteurs et les tenir en respect ! » De même vous qui vivez dans le monde, ne blessez personne, mais ne laissez non plus personne vous molester !
Source: Anonyme
Publié le 30 Janvier 2014 par X
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Publié le 27 Janvier 2014 par Jacques Litvine dans Rites et rituels
Introduction
Jusqu'à la« découverte» des archives du musée Calvet en Avignon par René Désaguliers auquel nous désirons rendre hommage, le rite Ecossais Philosophique semblait, et d'aucuns poussaient dans ce sens, soit un rite embryonnaire "ancêtre" du rite Ecossais ancien et accepté, une erreur d'appréciation historique, ou comme l'écrivait Gould dans la première édition de sa gigantesque somme historique: « a Masonic perversion ». Les éditions suivantes de son "History of Freemasonry" corrigèrent ainsi que nous le verrons plus tard cette opinion.
Le rite aux trois degrés symboliques, de culture française, s'entoura rapidement comme le voulait l'époque, de hauts grades au nombre de 6, 7 (Thory) ou 12 degrés. Les archives de la Loge de Saint Jean de la Vertu Persécutée en Avignon en décrivent 13 dont l'énoncé des titres ne reprend en rien la nomenclature de Clavels ou de Ragon. Ces hauts grades étaient doublés en Avignon d'une loge de recherche, l'Académie des Sages. Plus tard lors de son développement Parisien, le rite organisait des Convents annuels, convents qui faisaient l'admiration de Gould, mais qui valurent au rite la colère de la Sainte Inquisition, Avignon étant siège papal jusque en 1790.
Ces Hauts Grades, feront l'objet d'une étude particulière, il ne sont pas l'objet de notre soucis actuel.
Le rite Ecossais Philosophique naquit à Marseille avec la Mère-Loge du rite, la Loge de Saint Jean. La Mère-Loge Marseillaise acquit un développement remarquable. Cependant, une de ses meilleure réalisations fut la patente donnée à la loge de Saint Jean "La Vertu Persécutée », en Avignon, ses règlements et sa patente le 31 août 1774. C'est d'Avignon et non de Marseille que le rite parvint à Paris et de là dans les Pays-Bas, la filiation Marseillaise, fut plus ou moins oubliée, quoique toujours existante pour donner à Avignon une prééminence qu'elle n'eut que tardivement. Pour la bonne renommée, on ajouta à la légende Parisienne l'intervention le Dom Pernetty, le célèbre mystique qui ne rejoignit, s'il la rejoignit, la maçonnerie Parisienne, que vers les années 1786.
Disparu en France pour les raisons que nous verrons plus loin, le rite resta vivant tant en Hollande qu'en Belgique, tant dans ses Hauts Grades récupérés en partie par le REAA que dans ses grades symboliques sous le couvert des patronymes « rite ancien» Hollandais ou rite belge moderne, pour reprendre ensuite son titre réel.
Il est dit dans l'histoire légendaire du rite que celui-ci fut fondé à Marseille en 1751, par un gentilhomme Ecossais, de la suite de Jacques III, nommé de Walmon ou Duvalmon, porteur d'une patente de la Grande Loge d'Edinburgh.
Sur le plan strictement historique, nous ne pouvons que constater l'absence de toute matérialité historique quant à cette patente. Verrier cite les Règlements du 14 novembre 1779, une lettre de Jacques de Seimandy Vénérable de la loge qui écrit: La T.R.L. Ecossaise de Marseille tient ses pouvoirs de la T. R. "Grande L. d'Edinburgh ..... ainsi que le mémoire adressé en 1801 à la Loge Métropolitaine écossaise à l'Orient d' Edinburgh, mémoire rédigé par le F. Julien, Vénérable Maître en titre reprenant l'histoire précitée mais laissé sans réponse par la Grande Loge Ecossaise. Verrier cite encore une lettre datant de 1804, d'un F. Doisy, qui certifie l'existence de la patente, confiée pour lors à un Frère aux fins de restauration.
Gould ne mentionne pas la patente, pas plus qu'il ne mentionne Dewalmon, Lantoine s'il ne nie pas l'existence de l'Ecossais "voyageur", nie l'existence de la patente. II semble que celle-ci ne figure pas dans les minutes de la Grande Loge d' Ecossel , pas plus qu'elle ne fait partie du legs "Morrison".
Par contre, à Edinburgh même, il n'y a trace de ce fondateur, ni au peerage, ni dans la liste des FF habilités à donner patente. Qui était de Walmon ? Peut-être un de ces Jacobites émigré en France à la suite de Jacques III, ou peut-être un simple "dispensateur de patentes" sans autorité pour le faire, donc sans enregistrement officiel, ce qui avant 1750 était assez fréquent. Sans trancher pour une opinion quelconque, il était de toutes façons de bon ton au 18ème siècle de se donner une antiquité prestigieuse, que ce soit dès 1723, à Londres, avec les Grandes Constitutions, en 1754 avec le chapitre de Clermont etc etc. Pourquoi Marseille n'en aurait-elle pas fait autant pour se donner une plus grande importance et de plus grands pouvoirs. La Mère-Loge "exporta" son rite avec le plus grand succès en Martinique et à Saint Domingue et de là en Louisiane(1754) . La légende porta ses fruits en son temps.
1. Le rite Philosophique en France.
Thory, dernier grand Maître du rite, le fait descendre lui, de la Société des Rose-Croix d'après des archives, «non compulsables actuellement », archives et manuscrits d'une société secrète existant à La Haye en 1622. Dans ces mêmes archives on trouverait parait-il quelques fragments d'une correspondance d'Elias Ashmole sur les sciences occultes et la théosophie, bases, nous dit Thory, d'une société dont le but était de bâtir d'une manière figurée le Temple de Salomon et dans laquelle les initiés étudiaient les secrets de la nature. Thory ajoute que tous les maçons ....... " savent que M. Boileau, médecin à Paris et Grand Maître de la Maçonnerie Hermétique était un des fondateurs de cet établissement et le plus zélé de ses soutiens ".
Thory donne comme origine du "Régime" Philosophique, la date de 1776 qui est celle de la fondation de la Mère-Loge parisienne du rite, Saint Jean d'Ecosse du Contrat Social, succédant à la Loge de Saint Lazare qui avait été érigée en 1772. Malgré son effort de crédibilité, il semble que l'auteur se soit laissé emporter par son imagination et en plus, en bon Parisien ne prenne pas en considération l'origine provinciale du rite.
En page 197 de son Histoire du Grand Orient de France, Thory présente assez brièvement la Mère-Loge Philosophique de Marseille et cite, mais avec beaucoup de réticences, un manuscrit dont il ne donne pas l'auteur et concernant les "Mémoires de la Franche-Maçonnerie et ses différents systèmes" (serait-ce Laurens vu la date de 1806) qui accorde à la Mère-Loge de Marseille, 20 loges dans sa constitution chiffre que Thory qualifie d'exagéré, ce qui ne manque pas d'étonner, car dans le manuscrit de Thory conservé à la Bibliothèque de la Grande Loge d'Angleterre à Londres, ce même auteur cite et détaille les 77 Loges créées par le rite Ecossais Philosophique. Il est vrai que ceci est un second manuscrit destiné à une édition qui ne vit jamais le jour.
La Grande Loge de Saint-Jean à Marseille, aurait donc été créée le 27 août 1751 par un "Maçon Ecossais voyageur", sans aucune lettre constitutive d'une Grande Loge, car écrit Thory, ni la Grande Loge d' Edimbourg, ni les tableaux annuels de la Grande Loge de Saint-Jean n'en font mention.
D. Ligou néanmoins dans son dictionnaire (ed.1974) fait mention de lettres constitutives datées du 17 juin 1751 à Edimbourg.
Plus loin Thory confirme la création par la loge marseillaise, de plusieurs loges tant au "Levant", qu'en Provence, Lyon et même Paris.
Devenue avant la révolution Loge de Saint Jean d'Ecosse, elle prit le titre de Mère-Loge de Marseille, puis "par imitation"(dixit Thory) s'attribua le titre de Mère-Loge de France.
Lantoine en donne une version un peu plus complète. Lantoine confirme la vie très active de la loge de Marseille, qui créa entre autres, en 1766, une loge en Avignon qui s'émancipa à son tour pour devenir la Mère-Loge Ecossaise du Comtat Venaisin. La Mère-Loge du Comtat-Venaisin eut une vie des plus prolifique. D'après Gould, dès 1740, il existait en Avignon des écoles pratiquant l'Hermétisme, souvent sous des formes maçonniques du moins aux premiers degrés, avec une structure ressemblant aux soi-disant degrés Ecossais.
Le fondateur de ces écoles aurait été le Marquis de Calvière qui fonda une loge maçonnique de Saint-Jean laquelle végéta avec quelques autres loges jusqu'à l'apparition de la Mère-Loge de Marseille qui accorda des lettres de patente au rite philosophique en 1774 à notamment St Jean de la Vertu Persécutée, et la fondation de sa plus célèbre fille, la Loge de Saint-Jean du Comtat-Venaisin. Gould cite avec Lantoine, comme étant de première importance la fondation de la Loge du Comtat-Venaisin, qui prit également le titre de Mère-Loge.
Le mouvement spirituel était inspiré et dirigé (Gould dixit) par Dom Pernety, personnalité de tout premier plan, moine Bénédictin, alchimiste mais aussi mystique profond, il traduisit notamment Swedenborg.
Que Pemety fut Maçon ou non n' a aucune importance, car avant 1786 il ne fréquentait pas les loges Françaises. Son influence spirituelle fut probable, mais non prouvée. A cette base s'ajouta en 1787, sous l'impulsion du Starots polonais Gabrianca, fondateur des Illuminés d'Avignon, des éléments de Martinisme et de la philosophie de Swedenborg.
La Mère-Loge d'Avignon eut pas mal d'ennuis avec l'Inquisition, car Avignon était enceinte papale. Cette Loge eut l'imprudence de fonder et s'adjoindre un Chapitre d'étude intitulé Académie des Sages où on ne pratiquait qu'un seul grade: celui de Vrai Maçon. La pratique en soi semble inoffensive et intéressante mais ces "Vrais Maçons" ne s'occupaient que d'Hermétisme, ce qui fut considéré comme hautement subversif et l'Inquisition délégua un de ses inquisiteurs, le Père Mabille qui, avec l'aide de la police papale, cerna la Loge, fit enlever les meubles, les livres, saisir les archives ... et Avignon ne fut plus sûr pour les Maçons.
La Mère-Loge de Marseille-avait conféré en 1770, pendant une des périodes de sommeil de la Grande Loge de France, des patentes à une Loge de Saint Lazare à Paris, fondée par le F. Lazare Bruneteau, directeur d'une maison d'éducation religieuse.
Cette loge de Saint Lazare, devenue par les patentes de Marseille, Loge de Saint Jean d'Ecosse du Contrat Social au rite philosophique, et par la grâce d'Avignon, Mère-Loge du rite Ecossai Philosophique prend le nom de Saint Jean d'Ecosse du Contrat Social, Mère-Loge Ecossaise de France.
Elle rejoignit en 1773 la Grande Loge de France (futur Grand Orient).
D'après Lantoine, un membre éminent de la loge du Comtat-Venaisin, le docteur Boileau médecin auprès de l'Hôpital des Hollandais décide la loge du Contrat-Social à se laisse] installer comme Mère-Loge Ecossaise de France par les commissaires de la Mère-Loge du Comtat-Venaisin et celle-ci s'y incorpore en n'oubliant pas d'amener avec elle son Académie des Sages (Lantoine).
Il semble cependant que malgré les foudres papales, l'Académie des Sages d'Avignon, absorbée par la Mère Loge de France continua ses travaux ct créa même une Académie fille à Montpellier.
Le F. Boileau, ambassadeur de l'Hermétisme d'Avignon auprès de la Resp. Loge de Saint Lazare, fut nommé par une "Bulle" des loges allemandes , Grand Supérieur National de 5 loges et chapitres du Régime Ecossais Philosophique avec tribunal et sept tribunaux suffragants.
Ces Tribunaux étaient installés:
Ces deux derniers Tribunaux expliquent pourquoi, après la suppression du rite en France, le rite Ecossais Philosophique "cessa de devenir français".
Nous avons mentionné un relevé manuscrit relativement sommaire de Thory, qui décomptait la fondation de 77 loges jusqu'en 1814, au départ de la Saint Lazare fondées par le F. Boileau.
Mais il semble que Thory ait annexé dans son compte les LL. créées par Marseille.
Marseille, non comptabilisé par Thory avait également essaimé tant dans le sud de la Franc qu'à Smyrne, Istanbul, Saint Domingue, et les Mères-Loges, à la fois loge et chapitre furent probablement à l'origine de la création des hauts Grades dans les "Colonies". Les deux Loges de Marseille, la Mère Loge Ecossaise de Marseille et la Loge de Saint Ferreol interviennent la seconde pour la Loge la Parfaite Union à Saint Pierre de la Martinique dès 1750 et pour la Loge de Saint Jean à Toulon, la première pour une Loge de Port de Paix· à Saint Domingue (l752) et reprend en main en 1753, la loge de la Martinique. Les Loges de la Martinique et Saint Domingue, dès 1754, essaimèrent en Louisiane (Nouvelle Orléans).
Ce résumé trop succinct explique pourquoi Marseille, peu avant la révolution, réclama et clama son "auto nomination" en tant que Mère-Loge Ecossaise Philosophique de France, titre lui fut dénié par les instances parisiennes.
La vie des loges philosophiques fut très prolifique et comme le dit Gould .... "en dépit de ses travaux Théosophiques et Hermétiques, le Rite Ecossais Philosophique mérite notre admiration pour la haute teneur de ses travaux littéraires et la qualité de son recrutement" ..
Quelques dates d'exception sont citées par Gould:
ACTA MACIONICA Volume 7 (5997)
Publié le 23 Janvier 2014 par F\ R\ dans Planches
Introduction
Et tenebrae eam non comprehenderunt… De façon purement scolaire et triviale, la dualité fait référence au nombre 2, qui selon la définition du dictionnaire est le nombre qui suit « un » dans la suite « N » des entiers naturels. De façon un peu plus spécifique, nous trouvons des concepts de dualité tant dans les sciences comme les mathématiques, que dans la physique quantique où la dualité onde-particule exprime le fait que la lumière et la matière présentent simultanément des propriétés d'ondes et de particules, ou encore en électrocinétique, dipôle dual ou circuit dual mais également en philosophie avec la dualité de Descartes et le concept de Dualisme. Néanmoins, la religion n’est pas en reste puisqu’elle convient également que la dualité se rapporte à diverses distinctions relativement valides, mais ultimement indifférenciées dès lors qu’elle s’interroge sur les notions de religion et de spiritualité. Dualisme vient du latin dualis qui signifie « composé de deux ». Il s’agit de la doctrine qui admet dans l’univers deux principes premiers irréductibles. Par extension, cela signifie tout système qui, dans un ordre d’idée quelconque, admet la coexistence de deux principes essentiellement irréductibles. C’est encore la doctrine qui admet dans l’univers deux principes actifs, le génie du Bien et celui du Mal en lutte perpétuelle l’un avec l’autre. La dualité serait donc le caractère ou état de ce qui est double en soi et par définition, signifierait donc la coexistence de deux éléments de nature différente. Pour simplifier, la dualité serait le caractère de ce qui réunit deux êtres distincts. Il y aurait donc une sorte d’antagonisme, de contradiction dans la notion de dualité : coexistence de deux éléments de nature différente : coexistence = cum exsistentia en bas latin… Être placé avec…deux choses de nature distincte placées ensemble et qui en soi n’en ferait plus qu’une seule…telle est sans doute, et tout état de cause, celle que nous proposons à votre réflexion sur la problématique de la dualité : le deux ne serait que la représentation particulière d’un TOUT, d’un « UN » et ne serait donc que l’expression d’une unité particulière, sans doute par certain côté en générale transcendante. Répondre par l’affirmative immédiatement à un tel postulat reviendrait à nier de facto toute l’ambiguïté du concept même de dualité dans ce qu’il a de plus intrinsèque, à savoir que deux éléments apparemment opposés ne peuvent en définitive n’en former qu’un seul et aboutir à l’unité. Il n’est pas nécessaire de donner d’emblée de la dualité une interprétation métaphysique d’autant qu’il est sans doute plus aisé d’en percevoir clairement la manifestation sur le plan psychologique et dans ses conséquences concrètes et pratiques. Or s’il est un vécu qui nous est très familier et qui a un rapport étroit avec la dualité, c’est bien l’état de contradiction dans lequel nous abordons en permanence la vie : j’aime/je n’aime pas, je désire/je déteste, je veux/je ne veux pas...qui sont des mouvements qui dépendent de jugements qui, une fois prononcés, nous précipitent dans les contrariétés, les contrastes, les déchirements, les sautes d’humeur et les drames de la vie ordinaire.
Là encore : Et tenebrae eam non comprehenderunt…
La plupart du temps, nous n’en avons guère conscience. Nous prenons la contradiction au niveau le plus tardif de sa manifestation, sans voir sa pensée racine. Nous avons appris à nous résigner par avance à penser que la vie est une lutte. Vivre dans la dualité et les contradictions semble normal. Ce n’est que lorsque cela commence à faire très mal que nous nous en soucions vraiment. Mais pourquoi ? Est-ce la dualité de l’être humain, l’incurable sottise du genre humain qui est responsable de cet état de fait ? C’est un fait qui ne tombe pas du ciel, mais qui est constitué de l’intérieur par le sujet. Cette dualité est notre propre fait. Elle ne va nullement de soi : je veux/je ne veux pas sont vécus en même temps, sur le même plan, sous le même rapport tel que tirer et pousser en même temps pour, au final, s’étonner de ne pas avancer, d’être mécontent, frustré et insatisfait. Je me mets dans une ambivalence et je me place délibérément dans un état de conflit sans voir ni prendre pleinement conscience de l’immobilisme dans lequel je me suis moi-même placé. La Vie n’est pas statique, mais intensément dynamique (Cf. Notre existence a-t-elle un sens ? De Jean Staune, Presse de la Renaissance - 2007). Si je pouvais couler avec le mouvement vivant de la manifestation, sans introduire la friction d’une opposition contradictoire, ma vie serait elle-même portée par le mouvement. Je n’aurais pas le sentiment qu’elle est une lutte. Mais ce n’est pas mon expérience habituelle. Ce n’est pas du tout le lot de l’expérience ordinaire. Dès l’entrée dans la vigilance quotidienne, je perçois le monde et l’expérience, comme celui d’objets qui d’emblée sont séparés de moi, et s’opposent à moi. Il y a moi et ces choses que je dois affronter, moi et ces résistances que je dois vaincre, moi, dans l’affrontement continuel de ma volonté et des événements. Il y a moi et les autres, il y a moi et le tourbillon des événements du monde. Je vis harcelé par cette réalité dans laquelle je suis tombé et je me débats contre elle pour essayer de devenir quelqu’un. La traction de toujours devoir être ce que je ne suis pas encore me précipite dans le temps psychologique. J’attends tout de demain, j’espère que le futur pourra me combler, je crains qu’il ne soit fait que d’épreuves et d’échecs. J’ai peur de rater ma vie en n’atteignant pas les buts que je me suis fixé. Je cultive le scepticisme et l’amertume quand l’idéal n’est jamais au rendez-vous et que la vie n’est jamais à la hauteur de ce que je voudrais qu’elle soit. Et par-dessus le marché, cette conscience qui dit « moi », « moi », ne cesse de proclamer sa sédition à l’égard de tout le reste, pour étendre son empire sur ce qu’elle voit immédiatement comme un non-moi. En résumé, la dualité de l’être humain ne serait que l’expression d’un conflit intérieur où je constaterai simultanément que : la conscience d’une séparation entre moi et le monde est une dualité, que l’opposition entre moi en souci de devenir et ce qui est, et, entre le devoir-être et l’être est une dualité et enfin que l’élément commun dans lequel la dualité prend naissance c’est le sujet moi. Dès lors, que tombe le sentiment de séparation entre moi et le monde et la dualité vole en éclat ; que prenne fin la projection du souci de devenir, et la dualité perd son fondement ; plus mystérieusement encore : que disparaisse le sens de l’ego, et la dualité n’a plus rien qui puisse l’alimenter. C’est l’une des interprétations que je perçois de cette devise « Et tenebrae eam non comprehenderunt ». La situation de conflit interne je veux/je ne veux pas, suppose nécessairement un choix, mais c’est un choix très particulier qui alimente la pensée duelle. Un choix qui exclut son contraire. Je veux le plaisir, sans la douleur. Je veux la joie, mais pas la tristesse. Je veux l’ordre, mais pas le désordre. Je veux la paix, mais pas le conflit. Je veux la liberté, mais pas la servitude. Je veux de la chance, sans la malchance. Je veux le bien sans le mal. Je veux de l’amour-passion, sans la haine passionnelle etc. Et c’est là que la question de dualité devient très subtile. La Vie, dans son processus vivant, dans son expansion dynamique est une et sans division. La pensée duelle introduit la division et implémente cette idée fausse, selon laquelle nous ne devrions avoir que le positif, sans le négatif ; alors précisément que ce qui est, c’est l’unité vivante qui les englobe tous les deux. Si bien que la contradiction ne se fait pas attendre. Le seul fait de rechercher d’avantage de plaisir invite aussi l’expérience de plus de douleur. En cherchant une joie sans tristesse, inévitablement j’invite la tension des hauts et des bas, du sommet de la vague et de son creux. L’ordre sans désordre devient autoritaire et obsessionnel, le désordre revenant comme confusion mentale. La paix imposée de force, sans la capacité de comprendre le conflit, réassure et perpétue le conflit. Le culte de la bonne fortune me met à la merci du destin et me prive des bénédictions que la vie m’apporte. Le rigorisme moral du bien que l’on veut « purifier » de tout mal, si on le laissait faire, nettoierait très vite la planète de tout ce qui est vivant. La question de fond est que si je choisis une des contradictions et ne comprends pas son opposé, je n’enveloppe pas la Vie dans sa totalité et je me trouve en fait paralysé, incapable d’intégrer les contraires que j’ai moi-même engendrés. Dans le monde relatif, une chose ne peut exister sans son contraire. Choisir dans ce qui est un pôle duel, sans son pôle complémentaire, c’est être incapable d’accepter ce qui est, c’est refuser la réalité. Nous savons bien qu’il est important de nourrir l’amour de soi, que c’est seulement dans la réconciliation avec soi que la vie peut prendre son essor, mais on nous a aussi appris que l’amour de soi, c’est mal, qu’il vaut mieux se soucier d’abord des autres et surtout ne pas s’accorder une importance. Ce ne serait que complaisance, égocentrisme et narcissisme. Pascal dit dans les Pensées qu’il « ne faut aimer que Dieu et ne haïr que soi ». La supériorité de la religion chrétienne, dit Pascal, vient de là, de ce qu’elle enseigne la haine de soi. Nous avons un peu honte de ce qui nous procure une gratification personnelle. Si une chose doit être faite, par pur devoir, contre notre propre sensibilité, alors c’est assurément qu’elle est bonne. Aller contre soi-même nous permet de mériter le bonheur, comme prix de notre sacrifice, comme prix d’une mortification de l’amour de soi. Ce qui veut dire qu’en fait nous nous servons de la culpabilité pour nous sentir mal...à l’égard de qui nous fait du bien ! Est-ce ici également ce que les ténèbres n’ont pas compris ? La liste est ouverte. Nous pourrions la prolonger en évoquant le soin accordé au corps, le désir en général, la connaissance de l’univers et même la relation entre l’homme et l’Absolu. Nous trouverions partout, l’ambivalence de la représentation duelle. Ainsi, le sexe, l’argent, le pouvoir, la gloire, la liberté, l’amour de soi, le désir, le corps, la sagesse, Dieu sont devenus des problèmes. Tous les débats qui mettent en jeu un objet quelconque de désir sont piégés par avance par la pensée duelle. La politique, c’est droite/gauche ! On nous a appris qu’il faut toujours tout trancher : on est pour/contre. Vous devez vous ranger en amis/ennemis, il y a nous/les autres, les proches/les étrangers, le capital/le prolétariat, etc. C’est-à-dire, qu’il est recommandé de faire abstraction de la complexité en opérant partout une simplification duelle. Ce qui bien sûr alimente les conflits. Nous sommes incapables d’affirmer la Vie dans son intégralité et de la reconnaître dans toutes ses manifestations parce que nous n’avons jamais appris à penser autrement que dans la dualité. Nous ne savons pas mettre chaque chose à sa juste place et repenser les contraires dans l’unité des complémentaires. Pourquoi cela ? Sans doute parce que la notion de dualité est intrinsèque à notre existence et est notre essence même, s’exprimant dans ce qui nous caractérise en tant qu’être humain : dans notre langage, dans notre représentation du monde, y compris dans ce temple, et dans notre relation au monde et à l’autre.
I - La Dualité dans le langage
De façon tout à fait évidente et profane, force est de constater que le nombre « deux » est omniprésent dans la vie humaine. Dieu a presque tout créé en double. Les quelques exemples ci-après illustrent la chose :
Cette notion de dualité est tout aussi présente dans l’organisation de la société. La société ne se dualise-t-elle pas aussi du fait des inégalités sociales ? Les opposés du monde ci-dessous illustrent bien cette dualité.
Elle joue également un rôle important sur le plan technologique. En effet, la révolution numérique qui est en train de bouleverser notre société est née de l’exploitation judicieuse dela notion de dualité plus précisément du binaire. Grâce au symbole 0 et 1 tout peut être représenté. Car toute chose sur la terre a une nature double. Autrement dire toute chose a toujours deux états importants l’un et l’autre.
A partir de ces constats il est aisé de comprendre que la dualité est très importante et joue un rôle important dans la vie profane, à tel point qu’elle se retrouve dans le fondement même de ce qui caractérise l’être humain : le langage. Quel rapport entre langage et dualité ? Si nous définissons le langage comme la faculté d’exprimer verbalement sa pensée, comme pouvoir d’expression verbale de la pensée, alors, de fait, la dualité est intrinsèque de la notion même de langage. Affirmer cela semble de prime abord antinomique. Néanmoins, en repartant des évidences énoncées précédemment nous constaterons immédiatement que l’exemple de l’Egypte est édifiant. En effet, le concept de dualité est permanent et primordial dans la pensée égyptienne, à tel point qu’il y occupait une place si importante qu'il existait un nombre grammatical particulier pour le représenter : le « duel » (qui s'ajoute au singulier et au pluriel). Ce nombre, ayant des caractéristiques distinctes du pluriel, est utilisé pour tous les mots ou notions allant par paires : les bras, les yeux, les obélisques, etc. Le duel était signifié par l'ajout d'un suffixe particulier au nom. A l’exemple du langage et de l’écriture donc, chez les égyptiens, tout allait par paire, soit complémentaire, soit antithétique : les « Deux Terres » de la Haute-Égypte et la Basse-Égypte représentant le double-pays, le lotus et le papyrus, les plantes héraldiques de Haute et de Basse-Égypte, les « Jumeaux royaux », les dieux Shou et Tefnout, les « Deux Maîtres », Horus et Seth, les « Deux Maîtresses », les deux déesses protectrices, le vautour blanc de Haute-Égypte et Ouadjet le cobra de Basse-Égypte ; le jonc et l'abeille, la « double couronne » qui associe la couronne blanche oblongue de l'ancien royaume du Sud (Haute-Égypte) et la couronne rouge, plate à fond relevé de l'ancien royaume du Nord (Basse-Égypte), l'Orient et l'Occident, le bien et le mal, l'harmonie et le désordre… De même, pratiquement toutes les divinités étaient associées par paires et fréquemment de même racine nominale : Amon et Amonet, Heh et Hehet, Kekou et Kekout, Noun et Nounet. L’exemple de conception du monde des égyptiens est édifiant et nous permet peut-être d’appréhender au plus près le concept de dualité d’autant que, revenant à la notion même de langage, la dualité était également marquée par le doublement du hiéroglyphe déterminatif. Dès lors il apparaît que le symbole lui-même, l’écriture elle-même était porteuse du « duel ». Mais la conception duale égyptienne n’est pas isolée. Le langage est en soi dual par deux côtés : la notion de signifiant/signifié d’une part et celle de signe et symbole d’autre part qui sont indissociables du concept même de langage. Le signe linguistique diffère du symbole. Quand j’emploie le mot « chien », il n’est nullement certain d’une part que le signifiant, le son « chien » comporte une relation intrinsèque avec le signifié, le concept de chien, d’autre part qu’il existe un rapport naturel entre l’image acoustique, l’ensemble sonore, le signifiant et le concept, le signifié. Tout au contraire, dans le symbole, cette relation entre la représentation sensible et le concept est tout à fait évidente comme le montre Hegel dans son Esthétique : « le symbole est d’abord un signe. Mais dans le signe proprement dit, le rapport qui unit le signe à la chose signifiée est arbitraire… Il en est tout autrement du signe particulier qui constitue le symbole. Le lion, par exemple, sera employé comme symbole de la magnanimité ; le renard, de la ruse, le cercle, symbole de l’éternité. Mais le lion, le renard possèdent en eux-mêmes les qualités dont ils doivent exprimer le sens… Ainsi, dans ces sortes de symboles, l’objet extérieur renferme déjà en lui-même le sens à la représentation duquel il est employé ». Ainsi donc, si l’unité de sens issue de la dualité de la forme et du contenu est évidente dans le symbole, elle l’est bien moins en ce qui concerne le signe linguistique. Et pourtant, si le langage, invention du signe, capacité de création indéfinie semble indissociable de la pensée qui se forme dans les mots et par l’expression verbale certains philosophes, comme Bergson insiste sur la notion même de dualité dans le concept même de langage et dans son essence même en dissociant pensée et langage. Les mots et le langage, instruments de la pratique et de l’action dans le monde ne traduisent qu’imparfaitement la vraie vie de l’âme. Le langage, adapté à la pratique, ne peut exprimer la vie intérieure, pensée pure, réalité concrète et fluide. Il existe donc une dualité supérieure aux yeux de Bergson dans ce qu’est le langage lui-même, un au-delà du langage, un ineffable objet d’intuition. Cependant, ce que nous saisissons en dehors de tout langage est extrêmement indéterminé et peut-nous sembler, à première vue, très riche. Mais cette indétermination même est une marque de faiblesse. L’ineffable est flou, imprécis et obscur comme le qualifie Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit : « ce qu’on nomme l’ineffable n’est autre chose que le non-vrai, l’irrationnel, ce que simplement l’on s’imagine ». Seul le mot détermine, structure et forme la pensée. On retrouve ici le fameux dualisme de Descartes. Dans ses méditations métaphysiques, Descartes se lance dans une quête au cours de laquelle il s’engage à douter de tout ce en quoi il croit, afin de découvrir ce dont il peut être certain. En faisant cela, il découvre qu’il peut douter du fait qu’il ait ou non un corps (il se peut qu’il soit simplement en train de rêver de son corps, ou que ce ne soit qu’une illusion créée par un « malin génie »), mais il ne peut pas douter de l’existence de son esprit. Ceci constitue pour Descartes le premier indice montrant que le corps et l’esprit sont deux choses réellement différentes. L’esprit, selon Descartes, est « res cogitans », une chose pensante et une substance immatérielle. Cette chose est l’essence de sa personne, celle qui doute, croit, espère et pense. Cette distinction entre le corps et l’esprit est ainsi étayée dans les méditations VI : « j'ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et [...] j'ai une idée distincte du corps, en tant qu'il est seulement une chose étendue et qui ne pense point. […] Toutes les choses que je conçois clairement et distinctement, peuvent être produites par Dieu telles que je les conçois ». Ainsi, explique Descartes, la dualité corps/esprit : l’esprit est une chose pensante qui peut exister indépendamment de son corps étendu. Et par conséquent, l’esprit est une substance distincte du corps, une substance dont l’essence est la pensée. L’affirmation centrale du dualisme cartésien est donc que l’esprit immatériel et le corps matériel interagissent de façon causale, une idée qui continue d’apparaître de manière privilégiée dans de nombreuses philosophies non européennes. Les événements mentaux causent des évènements physiques, et inversement. Cela conduit à un problème très profond concernant le dualisme cartésien : Comment un esprit immatériel peut-il causer quoi que ce soit dans un corps matériel, et inversement ? Descartes lui-même a peiné pour obtenir une réponse cohérente à ce problème. Dans sa lettre à la princesse Elisabeth de Bohême, il suggéra que les esprits des êtres animés interagissaient avec le corps à travers la glande pinéale, une petite glande au centre du cerveau, entre les deux hémisphères. Cependant, cette explication n’était pas satisfaisante : comment un esprit immatériel peut-il interagir avec la glande pinéale matérielle ? Étant donnée la difficulté qu’il y avait à défendre la théorie de Descartes, certains de ses disciples, tel Nicolas Malebranche, proposèrent une explication différente : toutes les interactions corps-esprit demandaient l’intervention directe de Dieu. Selon ces philosophes, les différents états de l’esprit et du corps consistaient seulement l’occasion d’une telle intervention, et non sa cause. Leibniz a reconnu la faiblesse de la prise en compte par Descartes des interactions causales intervenant en un lieu défini dans le cerveau. Malebranche a décidé que l'invocation d'un support matériel tel que la glande pinéale pour expliquer les interactions entre le matériel et l’immatériel était impossible, et il a par la suite formulé sa doctrine supposant que les interactions étaient en réalité causées par l’intervention de Dieu lors de chacune des occasions individuelles. A ce point de vue, sa position rejoint l’idée de Leibniz selon laquelle Dieu a créé, une fois pour toute, une harmonie préétablie de telle manière que tout se passe comme si les évènements physiques et mentaux étaient la cause, et étaient causées l’un par l’autre mutuellement. En réalité, les causes mentales n’ont que des effets mentaux et les causes physiques n’ont que des effets physiques. C’est la raison pour laquelle ce point de vue a été appelé parallélisme. Reprenons, notre étude concernant la dualité intrinsèque au langage, la grammaire elle-même de notre langue est empreinte de dualité. L’étude des formes de l’énoncé est éminemment révélatrice de cette dualité. En effet, elle s’effectue commodément à partir de la notion d’énonciateur, définie comme l’instance qui prend en charge l’énonciation de l’énoncé et donc l’énoncé. A partir de là, l’usage terminologique tend à distinguer :
Les modalités d’énonciation se traduisent linguistiquement par les types phrastiques : déclaratif, injonctif et interrogatif. Les modalités d’énoncé mettent en jeu tous les mécanismes linguistiques visant à traduire l’évaluation par l’énonciateur du contenu d’énoncé : évaluation affective mais aussi axiologique (bon ou mauvais) ou épistémique (vrai, faux) ou encore dans une certaine mesure incertain. Il y aurait grand illusion à considérer qu’il y a une absolue hétérogénéité entre les deux groupes de modalités. Ainsi, l’évaluation affective a une étroite affinité avec l’exclamation ; de même la modalité déclarative est pour une bonne part liée à la prise en charge de la vérité (ou de la fausseté) d’un contenu d’énoncé. Dans ce cadre, se pose le problème de la négation, interprétable, selon les cas, comme négation de phrase ou négation de constituant. Au plan logique, la négation de phrase place le mécanisme de négatif sur le même plan que les modalités assertive, injonctive ou interrogative : autrement dit, en fait un acte de parole autonome ; à l’inverse, la négation de constituant n’est qu’une forme prise par une modalité : assertion négative (défense), interro-négation, défense (= injonction négative). Pour qu’il y ait négation de phrase, il faut que le morphème négatif serve non seulement à décrire une entité, une qualité ou un procès négatif, mais surtout à traduire le souci de l’énonciateur de s’opposer à son interlocuteur. La négation de phrase est fondamentalement réfutatoire.
Pourquoi ce bref développement sur la négation ? Parce qu’elle est profondément représentative de la dualité.
En effet, distinguons NON de NE.
La distinction entre négation prédicative, c’est-à-dire dont le caractère linguistique s’attache dans le plan de la langue, à certaines parties de celle-ci et qui les rend aptes à la fonction, en discours, de prédicat, celui-ci étant ce que le discours dit du sujet, et la négation non-prédicative, c’est-à-dire qui n’a aucune autonomie syntaxique (ou pour simplifier, par une définition incomplète mais opératoire, qui ne peut faire phrase à soi-seul), est fortement inscrite dans la morphologie, et ce, dès l’ancien français.
Il y a donc une complète opposition entre NON et NE. Au plan sémantique, dans une perspective guillaumienne, cette distinction signifie que la matière négative de NON est empruntée à l’expérience que le locuteur a de la négativité en tant qu’expérience d’univers extralinguistique, alors que la matière négative de NE est empruntée à l’expérience que le locuteur a du mécanisme linguistique que l’on appelle négation et qui, en tout état de cause, est un mécanisme soustractif par rapport au positif initial. Une conséquence essentielle de cet état de chose : NON implique une négativité indiscutable, ce qui explique que dans l’histoire du français, il ait presque toujours été réfractaire à l’emploi dit explétif, à l’inverse de NE qui couvrait aussi bien l’emploi explétif que l’emploi strictement négatif. Fonctionnellement, NON est négation de tout ce qui n’est pas le procès conjugué, tandis que NE, est au contraire pertinent pour nier le procès conjugué. Pour aller plus loin, il est aisé de démontrer que le mécanisme de négation non-prédicatif porter par l’utilisation de NE est lui-même emprunt de dualité. Examinons rapidement l’alternance entre négation pleine simple et négation pleine composée. Nous nous arrêterons ici aux deux emplois non strictement négatifs de NE : NE explétif et NE en contexte exceptif. En théorie guillaumienne, NE explétif est une saisie très précoce du mécanisme constructeur du mot ; il renvoie à une négativité sous-jacente, implicite, liée à un rapport sémantico-logique entre ce qui est et ce qui pourrait être (différent de ce qui aurait pu être). On comprend donc qu’il se rencontre derrière des verbes de crainte ou d’empêchement. Un bref passage par l’ancien français nous montre qu’on le rencontre également souvent dans les comparatives d’inégalité (ex. : qui plus estoit blance a devise / que n’est la nois quis ciet sor branche). Dans les temporelles d’antériorité, la situation est contrastée en ancien français : tantôt NE est exprimé, tantôt NON, ce qui nous rappelle qu’en aucun moment de notre langue le NE n’a été obligatoire. Par différence avec le NE explétif étudié ci-dessus, le NE en situation exceptive marque un engagement plus avancé dans le mouvement de la négativation, mais suffisamment modeste néanmoins pour que ce mouvement puisse être inversé. Ce rôle d’inverseur, très largement tenu par « que » aujourd’hui, l’était déjà en ancien français à côté de « fors » et de « fors que » qui signifiait « à ceci près que ». A noter pour finir la double tension de la négation pleine syntaxiquement représentée par la construction NE + forclusif. Une des originalités de la négation non prédicative est, en effet, d’être une négation composée, ou, plus exactement, d’être devenue tout au long de l’histoire de la langue une négation composée. Sémantiquement, cela signifie que l’opération de négativation du positif s’effectue en deux temps :
Nous nous arrêterons là concernant la dualité intrinsèque à notre langage et à notre grammaire sachant que les mêmes démonstrations seraient faisables temps au niveau des modalités temporelles (indicatif / subjonctif) ou de la représentation des événements (présent et les différentes formes de passé). Que la grammaire même, le langage donc, et par conséquent le signe rejoigne la façon d’appréhender le monde de façon duale nous amène à supposer que la plus grande partie des concepts dont se sert le mental fonctionnent dans la dualité. Il n’existe pas d’ordre d’expérience humaine dans lequel la représentation n’est pas pensée en terme de concepts duels : capitalisme/communisme, fait/droit, bien/mal, vertu/vice, dieu/diable, vrai/faux, beau/laid, théorie/pratique, chaud/froid, joie/tristesse, force/faiblesse, absolu/relatif, transcendant/immanent, abstrait/concret, idéal/réel, objectif/subjectif... Finalement, le caractère quasi systématique et formel de ces types d’opposition pose la question de savoir si ce n’est pas notre intellect qui taillerait nos constructions mentales de façon duale. Cette conception du double, de l’opposition par deux n’est-elle pas alors une source constante de faux problèmes ? N’est-elle pas sur le fond fictif ? Sans véritable portée ontologique ? Car si c’était le cas, l’accès à l’ontologie devrait être nécessairement non-duel, obligeant par là à transcender la dualité du mental ordinaire. Cependant, toutes les dualités ne viennent pas nécessairement des constructions de la pensée. En effet, ce n’est pas la pensée qui fabrique la dualité droite/gauche dans la symétrie du corps, la dualité mâle/femelle chez les animaux, ou encore celle homme/femme, pôle +/pôle – sur la pile électrique…en clair, toutes les dualités existant dans la nature par essence antérieure à toute pensée humaine. Cela revient ici à affirmer que la dualité, la pensée duelle qui nous caractérise n’est pas une fiction mais étant déjà et par essence présente dans la nature elle nous pousse à reproduire notre représentation du monde et la façon dont nous l’exprimons sous la forme de concepts duels, de pensée duelle et conférant à cette dernière une réelle portée ontologique. Cette question est très complexe et, depuis Parménide et Héraclite ne cesse de resurgir dans la philosophie occidentale à l’exception de celle de Hegel fondée sur une logique non duelle visant à démontrer que la contradiction est à l’œuvre dans les choses. A ce titre Hegel dans sa dialectique thèse-antithèse-synthèse s’oppose aux antinomies formulées par Kant dansla Critique de la Raison pure. D'un point de vue très général, la philosophie hégélienne, ou Phénoménologie de l’esprit, tel qu’il la nomme lui-même, est donc une pensée qui veut concilier les opposés qui apparaissent, par la conciliation des philosophies de l'Être et des philosophies du devenir. En effet, avec la dialectique, ces oppositions cessent d'être figées puisque le mouvement d'une chose est d'être posée, puis de passer dans son contraire, et ensuite de réconcilier ces deux états. Ainsi, l'être n'est-il pas le contraire du néant ; l'être passe dans le néant, le néant dans l'être, et le devenir en est le résultat, je cite : « Le néant, en tant que ce néant immédiat, égal à soi-même, est de même, inversement, la même chose que l'être. La vérité de l'être, ainsi que du néant, est par suite l'unité des deux ; cette unité est le devenir ». Cela étant, le caractère très systématique et formel de la dialectique hégélienne finit aussi par éveiller la méfiance, d’autant que le concept de « dialectique » lui-même est pris en deux sens par Hegel selon que l'on parle du dialectique ou de la dialectique, le dialectique désignant un moment intermédiaire entre l'abstrait et le spéculatif, qui correspond en gros au scepticisme (l'art de dissoudre les opinions dans le néant), tandis que la dialectique désigne le mouvement de dissolution du fini lui-même. Hegel, souhaitant s’en éloigné, revient inexorablement et contre sa volonté, sans doute inconsciemment même, vers une certaine conception duale : les deux sens de dialectique issue de sa pensée en témoignent. Ce paradoxe dans la philosophie hégélienne partant d’une méthode duelle pour finalement aboutir à un concept niant cette dualité intrinsèque à la nature même nous ramène inévitablement à la question de savoir quel statut nous devons reconnaître à la dualité ? Cette dernière est-elle dans la nature des choses ou est-elle seulement dans la représentation de la nature des choses ? Comment discerner une dualité fictive, qui n’est que l’ombre engendrée par les complications de l’intellect, d’une dualité réelle, présente dans le réel ? En bref, nous ne savons pas aborder la complexité autrement que par des simplifications duelles abusives. Revenons-en aux fondamentaux, et notamment les Pensées de Pascal. Pascal a une intuition fulgurante de la non-séparation dans la Nature, dont la compréhension est mortelle pour la pensée duelle : « Les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l’une avec l’autre, que je crois impossible de connaître l’une sans l’autre et sans le tout ». Ce qui veut dire que connaître, c’est toujours relier et non pas séparer, décomposer, opposer, ce qui est le propre de l’intellect ordinaire. Distinguer certes, mais ne pas disjoindre. Une chose n’existe que dans sa relation avec les autres et dans sa configuration dans un tout qui l’englobe. La relation a un sens à la fois statique, ce qui veut dire que toute situation réelle est complexe de fait, et dynamique, ce qui veut dire encore que les processus qui œuvrent dans le réel sont causalement inter-reliés. Cette interrelation n’est pas le fait de l’homme, elle est tissée dans l’intelligibilité même de la Nature, dans son fonctionnement le plus intime. D’où le passage qui suit, quelques lignes plus bas : « Toutes choses étant causée et causantes, aidées et aidantes, médiatement et immédiatement, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ». La conscience d’unité est indispensable dans le domaine de la connaissance. Elle est aussi d’une exceptionnelle urgence sur le plan de l’action de l’homme dans le monde. Si la Nature forme un tout, il n’est pas possible d’isoler quoi que ce soi, il n’y a pas de petite action et aucune action n’est sans conséquence, immédiatement et à long terme. Pascal le dit aussi très bien dans les Pensées : « Le moindre mouvement importe à toute la nature ; la mer change pour une pierre. Ainsi, dans la grâce, la moindre action importe par ses suites à tout. Donc tout est important. En chaque action, il faut regarder, outre l’action, notre état présent, passé, futur et les autres à qui elle importe, et voir les liaisons de toutes ces choses ». Nous ferions d’immenses progrès, si nous pouvions immédiatement comprendre qu’il n’y a pas d’existence séparée. Tout est lié dans le champ de la connaissance, comme tout est étroitement lié dans la Nature. Or le propre de la pensée duelle, c’est justement d’aller en sens inverse, de penser dans la séparation, la disjonction, là où les choses ne sont ni séparables, ni disjointes. L’opération de la pensée duelle consiste à diviser, opposer, fragmenter, séparer ce qui dans le réel est en fait intimement lié et qui aussi par ailleurs recrée aussi de fausses unités qui n’existent pas dans le réel, mais seulement dans les concepts. Ainsi donc, pour simplifier, nous pouvons ici partiellement conclure que si nous identifions la dualité à la caverne de Platon, tant que la représentation duelle n’est pas mise en cause, comprise et dépassée, c’est-à-dire hors de la caverne, on ne peut pas en sortir, on est tout simplement dedans. Nous n’avons tout bonnement jamais quitté la caverne… Qui que nous soyons, quoique nous soyons, le monde de la caverne est le monde de la dualité. La demeure de la caverne, celle du monde sensible, est celle du relatif, et dans le relatif, aucun concept ne saurait subsister sans son contraire. La plus grande partie de notre expérience quotidienne, se situe dans le domaine relatif des relations élémentaires. Notre expérience empirique se situe dans le champ du relatif, dans le champ de la dualité tracé dans les sillons de l’attitude naturelle. Maintenant, à supposer que brusquement nous sortions de la dualité, que nous entrions dans un éveil plus élevé, nous aurions dès lors un nouveau point de vue. La pensée ferait un saut d’intelligibilité. Or, pour parler comme Platon, dans le monde intelligible, dans le domaine des relations sublimes, dans l’absolu, rien de ce qui existe n’a de contraire. Si l’appréhension de la dualité est coextensive à la pensée, il est indispensable, pour entrer dans le champ des relations sublimes, que l’intelligence transcende son fonctionnement ordinaire. Et quoiqu’il en soit, « Et tenebrae eam non comprehenderunt ». L’accès à la non-dualité est une sorte de saut quantique de la pensée et un changement radical de perspective.
II – Langage / Signe / Symbole Franc-Maçon de la dualité
De même que nous venons de le démontrer de façon profane, la dualité est omniprésente dans le langage, d’aussi loin que notre connaissance nous le prouve. D’un point de vue maçonnique, il en est de même. Dualité, nous l’avons vu, renvoie au chiffre deux qui exprime le principe féminin, qui symbolise l’ambivalence, le conflit, un antagonisme qui, de latent, devient manifeste, une rivalité, une réciprocité, qui, peut être de haine autant que d’amour. En bref, une opposition qui peut être contraire et incompatible aussi bien que complémentaire et féconde. On retrouve ces diverses significations dans le premier des dualismes : créateur et créature, vie et mort, blanc et noir, masculin et féminin, bien et mal, jour et nuit, gauche et droite. Deux signifie l’équilibre réalisé ou des menaces latentes et il peut être le germe d’une évolution créatrice aussi bien que d’une involution désastreuse. Chez les anciens, où ce chiffre était attribué à « la Mère », le deux, ou la dyade, était l’emblème de la matière susceptible de toutes sortes de formes. Pythagore ne considérait pas moins ce chiffre comme représentant le mauvais principe tandis que Platon le comparait à Diane toujours stérile et partant peu honorée. Les Romains tenaient également le deux pour néfaste, c’est pour cela que le deuxième mois de l’année et le deuxième jour du mois furent consacrés à Pluton le Dieu des morts. Les constatations faites ci-dessus dans l’environnement profane semblent se confirmer dans la Franc-maçonnerie. Cette ambivalence, nous la retrouvons de façon évidente dans notre temple. Je cite : « Il dressa les colonnes sur le devant du Temple, l’une à droite, l’autre à gauche : il nomma celle de droite Jakin, et celle de gauche Boaz… »(Les Chroniques, II – 3 – 17) Ces deux colonnes revêtent un rôle de première importance dans la symbolique maçonnique. Une idée centrale qui était fondamentale de la pensée de la Renaissance était l’unité du système et l’omniprésence conséquente de la Divinité. Pour moi, cette idée est représentée sur le Tapis de loge par un groupe de trois symboles « les Décors de la Loge ». Je vais tenter ici une analyse de ces symboles. Vous pardonnerez, par avance mes imperfections, et mes approximations d’apprenti…
Les Colonnes d’abord.
L’idée de la dualité est omniprésente dans les décors de loge – des carrés blancs et noirs en dessous jusqu’à la Lune et le Soleil, antiques symboles des opposés féminin et masculin, au-dessus. Dans la zone centrale, la dualité est représentée par les deux colonnes. Dans le symbolisme maçonnique, elles se voient données des noms. Notre objet sera donc d'essayer de redéfinir les colonnes symboliques du Temple de Salomon au travers des symboles généraux de la Tradition. Le mot symbole du grec – « sumbolon » signifie « signe qui fait reconnaitre ». Le symbole sous-entend donc : la connaissance originelle que nous avons perdue dans notre état d'exil. D'une manière générale nous pouvons dire que ces 2 colonnes expriment la dualité résultant de la Division apparente de l'unité. Tout le travail de L'initié étant de réconcilier les contraires avec l’aide de la providence : « Même les ténèbres ne sont ténébreuses pour toi et la nuit devient lumineuse comme le jour : les ténèbres sont comme la Lumière » Psaume 139.1. Pour résumer ce point, je me contenterai simplement de citer le Prologue de l’Evangile selon Saint Jean : « In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil quod factum est. In ipso vita erat, et vita erat lux hominum: et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt » - Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut, tout fut par lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes : et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Le nombre 2 exprime la division mais aussi la fécondité. Voici les piliers fondamentaux de la Jérusalem Céleste, « Hiram dressa les colonnes dans le portique du Temple, il nomma la colonne de droite « Jakin » et puis il dressa la colonne de gauche et la nomma « Boaz » 1 Rois 7,21. 2. Les deux colonnes peuvent être interprétées comme symbolisant les 2 pôles de la création, Adam et Eve, le masculin et le féminin, le soleil et la lune, l'esprit et l'âme, mais aussi la dualité de l'âme et du corps, du feu et de l'eau, le jour et la nuit, le principe de force et de résistance, de Dieu et de la nature, d'Osiris et d’Isis, de Saint Jean l'évangéliste et de Saint Jean Baptiste, d'Abel et Caïn, de Jacob et Esaü. Cette liste, n'est pas, limitée. En hébreu Adam provient de la racine hébraïque : Adamath, la terre et le corps de l'homme et Eve est l'âme principe qui par le souffle anime le corps. Nous devons ici faire une parenthèse et préciser qu'Adam prit conscience qu'Eve était nue, autrement dit, en considérant qu'Eve est le cœur d'Adam, le Christ (en tant que Yod) est le cœur d'Eve et le père (en tant qu'Aleph), le cœur du Christ est donc cette noble « pierre » passage obligé pour rejoindre le père. De même, l'arbre de la connaissance n'est pas un pommier, invention que nous devons aux premiers pères de l'église chrétienne, soucieux de marier les mythes gréco-romains avec les mystères Chrétiens. Dans la tradition hébraïque, l'arbre de la connaissance du bien et du mal est le figuier et il peut être confondu avec les colonnes du binaire ainsi que l'atteste Jérémie 24.1 « L'éternel me fit voir deux paniers de figues posés devant le Temple de l'éternel après que Mebucadnetsar roi de Babylone eut emmené de Jérusalem et conduit Jéconia, fils de Joakim roi de Juda (...) l'un des paniers contenais de bonnes figues, comme les figues de la première récolte et l'autre panier de très mauvaises figues qu'on ne pouvait manger à cause de leur mauvaise qualité ». Un couple de colonnes a toujours marqué l’accès vers un autre espace. Par exemple, les Colonnes d’Hercule définissaient l’espace du monde réel, physique, des vivants, par rapport à la réalité inconnue du monde post-mortem, l’au-delà, le mystère. Les colonnes ont toujours marqué cette ligne fictive que nous appelons « limite » et au-delà de laquelle nous devons être capables de faire face à un état différent de celui d’où nous provenons. Les colonnes contiennent donc le sens de l’épreuve. Les colonnes ont donc également une symbolique de frontière, de délimitation de l’espace. Les deux colonnes à l’entrée du Temple maçonnique ne sont pas le fait du hasard. La description, des 2 colonnes du Temple de Salomon, dans la Bible, au livre des Rois chapitre V et VI, montre bien que le nombre « deux » répond à un besoin précis. La colonne de gauche a pour nom « JAKIN » et la colonne de droite, que je ne sais pas nommer a pour nom un mot hébreu qui peut se traduire par « en force ». Le nombre « deux » se voit également à travers le pavé mosaïque représenté par un damier peint en noir et blanc donc par « deux » couleurs. Ce pavé mosaïque étant un espace sacré sur lequel on ne marche presque jamais, ou en tout cas de façon codifié et qui semble maintenir enfoui un secret, le nombre « deux » peut être considéré comme le signe du silence et du secret. Le Pavé Mosaïque représente la Divinité comme elle est perçue par le pôle opposé de la conscience, ici, la Terre de la vie ordinaire. La lumière et les ténèbres du pavé représentent les paires opposées, un mélange de miséricorde et de justice, de récompense et de punition, de vengeance et d’amour. Elles représentent également l’expérience humaine de la vie, lumière et ténèbres, bien et mal, facilité et difficulté. Mais cela n’est que ce qui en est perçu. Les carrés ne sont pas le symbole ; le Pavé est le symbole. Les carrés blancs et noirs s’assemblent avec harmonie afin de former le Pavé, une chose une, une unité. L’ensemble est entouré par le Cordon à houppes dentelées qui relie l’ensemble en un symbole unique. Sous cette représentation sur le Tapis de Loge, la Corde relie non seulement les carrés, mais toute l’image en une unité parfaite. Ainsi, le fait que les Maçons, qui formulèrent ce symbolisme, rassemblèrent ces trois objets en un seul groupe semblent nous obliger à les considérer ensemble. Ces Décors de la Loge sont l’Étoile Flamboyante, le Pavé Mosaïque et le Cordon à houppes dentelées, et ils sont tous destinés à se référer à la Divinité. L’Étoile Flamboyante est une représentation héraldique de la Divinité. L’Étoile Flamboyante, disposée dans le ciel, représente la Divinité telle qu’elle est, dans toute sa gloire, comme se projetant elle-même dans l’existence. De même, qu’il y a deux colonnes de Frères dans une loge (celle du Septentrion et celle du midi), le Vénérable Maître, à l’Orient, est assisté de « deux » Surveillants, à l’Occident, pour éclairer la loge, et pour autant « et tenebrae eam non comprehenderunt ». D’ailleurs, dès lors que nous entrons en tenue, voici ce que dit le Vénérable Maître :
V\ M\ : Frère Premier Surveillant, où est placé le Vénérable Maître dans la Loge ?
Puis par un jeu de questions/réponses à l’ouverture comme à la fermeture, voici ce que nous entendons :
Ouverture :
V\ M\ : Où se place le Vénérable Maître dans la Loge ?
1er Surv\ : A l'Orient, Vénérable Maître.
V\ M\ : Pourquoi ?
1er Surv\ : Comme le soleil commence son cours à l'Orient et répand sa lumière dans le monde, de même le Vénérable Maître se place à l'Orient pour mettre les Frères à l'ouvrage et éclairer la Loge de ses lumières.
V.M. : Où se placent les Surveillants ?
1er Surv\ : A l'Occident.
[…]V\ M\ : Puisqu'il est midi, que le Vénérable Maître est placé à l'Orient et les Surveillants à l'Occident, avertissez les Frères que je vais ouvrir la Loge.
Fermeture :
V\ M\ : Frère Premier Surveillant où est placé le Vénérable Maître dans la loge ?
1er Surv. : A l'Orient, Vénérable Maître.
[…]
V\ M\ : Frère Premier Surveillant, où sont placés les deux Surveillants ?
1er Surv\ : A l'Occident, Vénérable Maître.
V\ M\ : Pourquoi, Frère Premier Surveillant ?
1er Surv\ : Comme le soleil termine sa carrière à l'Occident, de même les Surveillants s'y tiennent pour fermer la Loge et les renvoyer contents.
V\ M\ : Puisqu'il est minuit, que le Vénérable Maître est placé à l'Orient et les deux Surveillants à l'Occident, avertissez les Frères que je vais fermer le Loge.
Le Vénérable Maître est donc assisté des deux surveillants, et il est intéressant de voir que le jeu des questions/réponses suit le mouvement du soleil : « Comme le soleil commence son cours à l'Orient, .../... de même le Vénérable Maître.../... » et : « Comme le soleil termine sa carrière à l'Occident.../... de même les Surveillants.../... ». En me référant à La Pratique Journalière du Rite Ecossais Rectifié de Notre Bien Aimé Frère, passé à l’Orient Eternel, Henri BLANQUART, nous retrouvons ici notre similitude avec les anciens égyptiens auxquels nous faisions référence précédemment, notamment en ce qui concerne l’aspect mythologique et la création du Monde par Râ, qui, ouvrant les deux mains engendra notre univers. De l'Unité divine naît en tout premier lieu la Dualité fondamentale. L'Unité divine se trouve à l'originede toutes choses, à l'Orientdonc. La Dualité est créée et se situe à l'Occident là où se trouve la chute, la mort, donc le monde matériel. En fait, ce jeu de questions/réponses, de même que la place des surveillants dans la loge semble aboutir à un 1 (Le Vénérable Maître) + 2 (Les deux surveillants) ce qui ferait donc 3 comme les 3 côtés d’un triangle, la Sainte-Trinité, et le triangle de positionnement de ces trois protagonistes dans la Loge. Il convient cependant de faire remarquer que, par le fait qu’il résulte de la somme de deux unités, le nombre « deux » est par essence le symbole du couple. Il porte en lui, les notions d’attachements et même peut-être des notions de fusion pour rebâtir une nouvelle unité. La Sainte Bible dans La Genèse, le premier livre de Moïse, ne précise-t-elle pas que : « …l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils seront une seule chair ». Sur le plan intellectuel, il faut toujours associer à la thèse et l’antithèse, la synthèse pour qu’un développement soit complet. Ainsi, pour atteindre la perfection dans notre univers qui repose sur la loi des contraires, il faut donc faire évoluer le nombre « deux » vers le nombre « trois » qui symbolise la stabilité. Je m’appuierai ici sur l’analyse de notre bien aimé frère Gaétan dans sa planche Le Pavé mosaïque, concilier les contraires, la voie de l’équilibre…, je cite : « L’alternance de blancs et de noirs ne doit pas nous faire oublier que la partie la plus élaborer du pavé mosaïque est le joint. De tout temps, pour tendre vers la perfection, les ouvriers ont cherché à le dissimuler pour ne laisser apparaître que la matière première : la pierre. Pour réussir cette opération, la taille de la pierre brute doit être parfaite pour s’assembler au mieux. Mais la plus grande difficulté de l’œuvre se retrouve dans le joint, dans l’invisible. Là, l’apprenti devait être à l’écoute de l’enseignement de son maître pour réussir l’opération que l’on appelle « faire le joint » c'est-à-dire réunir le pavé blanc et le pavé noir en un tout. Le pavé mosaïque est donc porteur en lui même d’une troisième voie invisible aux yeux du profane ». C’est cette voie, accessible uniquement à l’initié, et source de travail permanent sur soi pour vaincre notre dualité et échapper à l’Arlequin qui est en chacun de nous qu’il nous faut trouver en souffrant et persévérant… Peut-être également afin que les ténèbres comprennent enfin la Lumière… De même, lors de notre intégration, nous avons été de plein fouet jeté dans la dualité constituée intrinsèquement par les 3 éléments :
Lors du Premier Voyage :
Introducteur : Qu'est ceci ?
Le Candidat répond : « DU FEU »
Introducteur : Le Feu consume la corruption mais il dévore l'être corrompu.
Lors du Second Voyage
Introducteur : Qu'est ceci ?
Le Candidat répond : « DE L'EAU »
Introducteur : C'est par la dissolution des choses impures que l'eau lave et purifie, mais elle recèle des influences funestes et les principes de la putréfaction.
Lors du Troisième Voyage :
Introducteur : Qu'est ceci ?
Le Candidat répond : « DE LA TERRE »
Introducteur : Le grain mis en terre y reçoit la vie, mais si son germe est altéré, la Terre même en accélère la putréfaction. Nous constatons aisément que chaque élément porte en lui, en son essence même la dualité de sa nature même. La dualité est ce qui, au final, les caractérise et ce qui caractérise leur qualité intrinsèque...
Source : www.ledifice.net
Publié le 21 Janvier 2014 par J\M\ C\ dans Planches
A vous tous, mes Frères en vos grades et qualités,
Lorsque je décidai de m’attaquer à ce sujet, j’étais ragaillardi par l’idée que je me faisais de faire trois planches d’un coup. Après tout, n’importe quel potache de Terminale S pouvait me confirmer que les nombres 1, 2 et 3 sont entiers, font partie de l’ensemble N des nombres réels et sont discrets. En d’autres termes, je pouvais faire trois sujets bien séparés et je me lançai donc avec trois feuilles blanches, bien étalées en parallèle sur mon bureau.
En dépit de ce que ma formation d’Ingénieur avait pu laisser comme traces dans mon vieux cerveau gauche, je dus me rendre rapidement à trois évidences :
- le sujet était bien plus compliqué qu’il n’en paraissait
- les trois sujets étaient indissociables
- pire, le nombre trois me menait inéluctablement au nombre quatre.
C’est donc sur ces prémisses que je me mis à l’ouvrage …
Que peut représenter l’unité ?
« Un le Tout » … tout est un, vu qu’il ne saurait rien exister en dehors du tout, me dit le manuel d’instruction du Premier Degré.
Bien qu’autour de nous, tout soit complexité et multiplicité nous avons chacun, en nous-mêmes, l’impression d’être « un » et unique. Notre société est multiforme et multiculturelle mais nous cherchons chacun confusément le Vrai, le Juste et le Beau : un principe que nous pressentons d’Unité car une chose vraie, juste et belle devrait être comprise et acceptée par tous. Le respect de la parole donnée est une valeur universelle. Le Un serait-il donc ce principe primordial, cette Unité primordiale ?
Le Un est-il premier - au sens non arithmétique du terme ? Dans notre système de pensée occidental, l’intelligence est logiquement première, l’exécution découlant de l’action. Avant le Un, rien …
L’univers a un centre mais ce centre est partout à la fois puisque nous pensons l’univers infini ! La multiplicité infinie de l’univers se révèle-elle donc par ce centre unique et omniprésent ?
Oui mais l’univers est-il vraiment infini dans l’espace et le temps vraiment éternel ? Si notre espace-temps a eu un commencement physique au moment du « Big Bang » de l’Abbé Lemaître, qu’il y avait il « avant » ? De l’information disent Grichka et Igor Bogdanoff. Avant notre univers, il y avait l’information pour qu’il se réalise, le schéma de montage, le plan du G.A.D.L.U. Le Un devrait donc être premier.
Autre piste : Teilhard de Chardin parle de la transition de la matière inanimée : de l’Alpha de la pré-vie à l’Oméga de la conscience collective. La matière première des sages, l’étoffe première de l’univers devient un Tout dans une transformation spirituelle, un Esprit Universel, réfléchi sur lui-même en un centre unique de conscience. La multiplicité devient Unité.
C’est maintenant que les choses se compliquent … Saint Jean écrit par trois fois dans l’Apocalypse : « je suis l’Alpha et l’Omega de l’univers, il n’y a pas de second dans l’Incréé » … voila donc que l’Unité pourrait être bipolaire et me fait découvrir un petit morceau du chiffre deux.
Je reviens à mon manuel d’Instruction du Premier Degré : « L'Intelligence humaine assigne artificiellement des bornes à ce qui est, en réalité, un et sans limites. Nous ne percevons qu'en différenciant l'objet observé de son milieu » … Deux représente un antagonisme qu’il convient de concilier.
Le deux découle du Un, c’est l’addition de Un à Un, son dédoublement. Le tout primordial est polarisé en deux essences : le yin et le yang, le mâle et la femelle, une dualité d’opposés qui forme un couple ? Deux forces opposées dont l’action commune ordonne le chaos en cosmos dans un mouvement spectaculairement inverse des lois de l’entropie. Orb ad Chaos … C’est le mystère par excellence du serpent Ouroboros, qui se mord la queue pour survivre, le symbole de l’éternel recommencement, de la vie naissant de la mort, de l’ordre naissant de la destruction, symbole déjà connu 16 siècles avant Jésus Christ en Egypte pharaonique.
La loge a la forme d’un carré long : un terme étrange qui dénomme deux carrés mis côte à côte. C’est ainsi que les alchimistes représentaient le nombre deux, les deux carrés fusionnaient pour donner un rectangle de proportion 1 : 2 : les proportions « divines » de Fra Luca Paccioli et Leonard de Vinci eux-mêmes.
Si nous acceptons que l’amour soit la force primordiale de l’univers, celle par qui tout se fait et s’est fait, alors Dieu et l’Amour ne peuvent exister seuls à moins d’accepter un narcissisme de proportions divines …. Pour aimer il faut au moins être deux !
Mais l’amour entre deux êtres constitue un triplet. L’énergie créatrice va s’écouler entre les deux pôles. Un aimant est un et insécable mais dipolaire. Un aimant coupé en deux aura toujours deux pôles, liés par le champ magnétique qui lui donne ses propriétés. De deux, je suis passé à trois tout naturellement.
Dans l’évangile de Saint Jean, la différence sémantique est instructive : il n’y a pas de second mais il pourrait y avoir un deuxième ! Auquel cas, il y a nécessairement un troisième.
1 + 2 = 3 : en mathématique, on dirait que 3 est « la gloire » de 2 : la somme du nombre et de ceux qui le précèdent.
« Il y a lieu de ramener le binaire à l’unité par le moyen du nombre trois. Le Ternaire, synthèse de ce qui apparaissait opposé, constitue pour nous la représentation intelligible de l'Unité » me dit mon manuel d’Instruction du Premier Degré.
Ce nombre trois est l’une des première constantes que j’ai vue en Loge lors de mon initiation : le Delta Rayonnant, symbole du G.A.D.L.U., formant un tout par ces trois côtés. C’est la Trinité de la Chrétienté et du Judaïsme : le Père, le Fils et le Saint-Esprit – formant Un – Le dieu.
Ma réflexion se complique car je note que les musulmans, bien que monothéistes et ayant inventé la numérotation décimale n’ont pas cette triple notion. Plus près de nous, le pasteur Jean-Théophile Désaguliers était unitarien - ne croyant donc ni en la Trinité, ni en la divinité du Christ - mais il se disait chrétien et on ne lui contestera sa qualité de Maçon …
Depuis mon initiation, j’ai vu que la Franc Maçonnerie déborde de symboles sur ce nombre trois :
- Dans le Cabinet de Réflexion, j’ai trouvé les trois principes de l’alchimie : le sel, le soufre et le mercure.
- Lors de mon Initiation, j’ai été reçu par trois grands coups et j’ai fait trois voyages.
- Les trois grandes Lumières de la Franc Maçonnerie : Volumes de la Loi Sacrée, Compas et Equerre.
- Les trois signes de la Franc Maçonnerie : L’Equerre symbole de l’équité que je dois montrer dans mes actes, le Niveau qui me rappelle que je dois œuvrer au nivellement des inégalités et la Perpendiculaire qui me montre la direction dans laquelle doivent s’élever l’état moral et matériel des individus et de la société.
- Les Signes : une façon d’agir toujours équitable et franche ; les Mots d’un langage loyal et sincère et les Attouchements, symboles de la sollicitude fraternelle.
- Les trois Piliers de la Loge : Force, Sagesse et Beauté, symbolisés par le Vénérable Maître et les deux Surveillants.
- Mes trois outils d’Apprenti : la règle à 24 divisions, la laie et le ciseau
- Comme Apprenti, j’ai trois ans.
Mais il y a aussi la tripartition de l’être humain en corps, esprit et âme et ses trois formes d’intelligence : dextérité physique, intelligence intellectuelle et intelligence émotionnelle qui font que l’humain est un tout, qui font que le Trois explique le Un.
C’est à cet instant que je me rappelai l’aimant qui me fis si bien entrevoir un lien entre le nombre Deux et le nombre Trois et que je réalisai que cette liaison spécifique interne ne pouvait acquérir sa fonction que parce que le champ se refermait par l’extérieur !
Il suffit par ailleurs d’ouvrir les yeux et de regarder autour de soi pour comprendre que notre univers a au moins quatre dimensions : trois dans l’espace et une dans le temps.
Aux trois composantes internes de l’Unité, je viens d’ajouter une dimension autre, externe : me voici confronté au 3+1, un tétragramme sur lequel je choisirai de plancher plus tard avec votre bienveillante permission.
Mes Frères, je sollicite votre indulgence pour cette planche bien imparfaite. Merci de m’avoir écouté.
J’ai dit, Très Vénérable.
source : www.ledifice.net
Publié le 20 Janvier 2014 par JBW dans Planches
Quelles sont les raisons qui nous font nous retrouver dans ce cadre rituel d'initiation et d'échanges fraternels, dans ce Temple consacré, où nous puisons (et nous le croyons) aux sources vives de la tradition?
Je vais essayer, avec l'aide du Phil. Inc., de répondre à cette importante question, car elle est à mon avis fondamentale. Nos prédécesseurs ont ouvert la voie et nous pouvons penser en effet que si l'homme s'était conservé dans la pureté de sa première origine, l'initiation n'aurait jamais eu lieu pour lui et la vérité s'offrirait encore sans voile à ses regards, puisqu'il était né pour la contempler et pour lui rendre un continuel hommage. Mais, depuis qu'il est malheureusement descendu dans une région opposée à la lumière, c'est la vérité elle-même qui l'a assujetti au travail de l'initiation en se refusant à ses recherches.
« La première initiation, fondée sur la dégradation de l'homme et exigée par la nature même, fut le modèle et la règle de celle qu'établirent les anciens Sages. La Science dont ils étaient dépositaires étant d'un ordre bien supérieur aux connaissances naturelles, ils ne purent la dévoiler à l'homme profane qu'après l'avoir affermi dans la voie de l'intelligence et de la vertu. C'est dans ce but qu'ils soumirent leurs disciples à des épreuves rigoureuses et qu'ils s'assurèrent de leur constance et de leur amour pour la vérité en n'offrant à leur intelligence que des hiéroglyphes, des symboles et des emblèmes difficiles à pénétrer.
Ce ne fut qu'après les avoir ainsi préparés qu'ils leur découvraient la seule route qui peut conduire l'homme à son état primitif et le rétablir dans les droits qu'il a perdus. »
Voilà, mes chères Sœurs et mes chers Frères, le vrai, le seul but des initiations. Telle est cette science mystérieuse et sacrée, dont la connaissance est un crime pour ceux qui négligent d'en faire usage et qui égare ceux qui ne se seront pas élevés au-dessus des choses sensibles.
« Dans l'état actuel de l'homme privé de la lumière, ce qui peut lui arriver de plus funeste, c'est d'oublier ou de nier cette lumière. Aussi l'objet principal des Sages Instructeurs de l'Initiation ne fut pas précisément de faire connaître la vérité aux peuples, mais de porter par leur exemple et par leur doctrine à faire croire en cette vérité avec confiance et de lui rendre un sincère hommage. Dans cette optique ils élevèrent un Temple célèbre, dont toutes les parties, depuis le Porche jusqu'au Sanctuaire, étaient remplies d'initiés de divers rangs et fonctions. C'est ainsi qu'on présentait à l'Homme de Désir un tableau parfait de l'Univers et des agents préposés à le diriger. »
GENESE DU TEMPLE
Tout débute avec le livre biblique l'Exode aux chapitres 24 à 30, où Moïse, le conducteur, reçoit, sur le Sinaï, les ordres pour la construction; « Moïse redescend du Sinaï et la peau de son visage rayonnait. Il convoqua toute l'assemblée et transmit au peuple les ordonnances de l'Éternel: travail pendant 6 jours, repos le 7e; les offrandes, la confection de l'arche, du tabernacle, du chandelier, de l'autel, des toiles du parvis, des colonnes… toutes œuvres pour la tente d'assignation, pour son service et pour les vêtements sacrés. »
Au chapitre 36, la construction des meubles, autels et ornements s'opère sous l'impulsion de l'habile Betsaléel grâce aux offrandes du peuple sous forme d'or, d'argent, de tissus, d'aromates, de bois précieux, de pierreries… Au Ch. 40, enfin, l'Éternel demande à Moïse de dresser le tabernacle et la tente d'assignation le 1er jour du 1er mois de la 2e année selon un ordre précis. Puis Moïse oindra tout ce que renferme le tabernacle, la cuve et l'autel; il oindra de même Aaron et ses fils pour qu'ils soient au service de l'Éternel par leur sacerdoce. Alors la nuée couvrit la tente et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle. Cela se passait en 1444 av. J.C.
« Ainsi il y eut d'abord le premier temple, si l'on peut dire, l'arche du déluge, qui fut errante et flottait sur les eaux, pour nous peindre l'incertitude et les ténèbres des premiers temps: (Genèse VI à VIII). Le deuxième temple, le tabernacle était alternativement en mouvement et en repos, et de plus, c'était l'homme lui-même qui le transportait et le fixait dans les lieux choisis; cela afin de nous montrer les droits accordés à l'homme dans sa seconde époque, droits sur lesquels il peut aspirer par intervalle à la possession de la lumière. Enfin le troisième temple, celui de Salomon, était stable et adhérent à la terre, pour nous apprendre sensiblement quels sont les privilèges auxquels l'homme peut prétendre un jour; privilèges qui s'étendent jusqu'à fixer à jamais sa demeure dans le séjour de la Vérité. » (Louis-Claude de Saint-Martin).
Remarquons que malgré la stabilité apparente du temple de Salomon, celui-ci souffrit en subissant les affres des armées des ténèbres et la colère des ennemis de la Vérité et de la Lumière: il fut renversé ! Zorobabel le fit reconstruire à Jérusalem entre 536 et 516 av. J.C. Zorobabel, qui signifie "adversaire de la confusion" était de lignée royale et fit armer les ouvriers de truelles (initiation de métier) et d'épées (initiation chevaleresque) pour se défendre des populations locales hostiles aux Israélites, les errants. Hérode agrandit le Temple (vers -18) mais il fut anéanti définitivement par Titus (en + 70).
Car, à cette même époque, il y eut l'édification du plus merveilleux des temples, de l'arche la plus universelle non faite de mains d'hommes; ce Temple, cette Arche sont le Christ lui-même en qui habite en permanence le Verbe divin.
Le Christ était, est, et reste à jamais le seul et vrai "pont" jeté entre l'homme et Dieu.
TEMPLE ET QUETE INITIATIQUE
Dans sa quête initiatique l'homme recherche la parole perdue, car, retrouver cette parole, en l'occurrence le Nom incommunicable IEOVAH force active de l'ancienne alliance, c'est réunifier et harmoniser en soi toutes les potentialités, toutes les manifestations de tous les niveaux de l'être: physique, psychique et spirituel. C'est reconstruire, en "rassemblant ce qui est épars", l'homme total; c'est la réédification mystique du temple intérieur (le sanctuaire du Cœur) dans lequel pourra descendre (puisque devenu "vierge" par les différentes purifications) le Verbe, dont le Nom est IEOCHOUAH.
Retrouver la Parole perdue, c'est se recouvrir de la puissance de l'Éternel, aller vers l'unification et l'identification entre la lumière intérieure (celle qui luit dans nos ténèbres) et la lumière universelle extérieure. Par le Nom, Dieu se révèle à l'homme.
Dans ce contexte, le temple de Salomon, jusqu'à ce jour inégalé sauf par le Christ, est l'image, l'emblème de l'homme émané de Dieu dans toute sa splendeur et dans ses privilèges originels.
Je vous propose à présent une visite guidée du temple et le but ultime du "voyage" consiste à découvrir le NOM, au cœur même de l'édifice. Il faut pour cela suivre le "labyrinthe de la parole perdue et franchir "la triple enceinte". Faut-il préciser que ce chemin initiatique est calqué sur les pérégrinations des Israélites en recherche d'une terre d'accueil, la recherche de la terre promise ?
Pour suivre cet itinéraire et ses étapes cruciales, je tracerai un parallèle schéma-tique entre le modèle du Temple, les mondes classés selon la tradition kabbalis-tique et la constitution de l'homme.
Le schéma parlera de lui-même.
En Franc-Maçonnerie, théoriquement, l'apprenti, lors de son initiation, reçoit la lumière et passe du parvis dans la première enceinte du temple: le Porche. C'est là que se tient la Loge. Il vient de mourir au monde profane et de subir sa seconde naissance, naissance à un monde spirituel et initiatique. Dans le Porche il aperçoit les 4 outils nécessaires à son perfectionnement phy-sique, moral et intellectuel l'amenant progressivement à la maîtrise et à la connaissance de l'Étoile flamboyante et de la lettre G. Jusqu'à son élévation au grade de Maître-Maçon il aura à cœur de se perfectionner dans l'Art Royal, œuvrant toujours et partout, autour de lui comme en lui-même, avec justice et équité.
Dans le déroulement du rituel du 4e grade du R.É.R, le Maître-Maçon est reçu sur les ruines du premier temple (celui de Salomon) et, pour accéder à la seconde enceinte, c'est-à-dire le Sanctuaire, il lui faut passer symboliquement par la mer d'airain et s'y purifier. Cela n'est pas sans rappeler St. Jean Baptiste baptisant d'eau ceux qui sont appelés à aplanir le sentier et à gravir la montagne pour entendre la parole vivante du Christ. La conscience de l'initié est dès lors portée sur le monde psychique, le monde de l'âme (symbolisée par l'eau) et il devient actif sur deux plans simultanément: le plan terrestre ou hylique et le plan psychique.
Si l'entrée dans le Sanctuaire n'est qu'un passage obligé, c'est maintenant que commence réellement la carrière de sa régénération, dont le chandelier, l'autel des parfums et la table des pains de proposition lui indiquent les étapes. L'initié s'attache dès lors au service du Temple et devient ministre du culte; il accède à la cour des Lévites. Devant lui il aperçoit l'étoile à six branches, le sceau de Salomon, le sceau de l'union et de l'harmonie.
L'initiation Martiniste au premier degré d'« Associé » débute à ce niveau, directement, et suppose que l'Homme de Désir ait accompli, par lui-même, tout le cheminement décrit ci-dessus.
A force de courage, de persévérance et de prières nous découvrons dans toute sa splendeur le Nom sacré écrit en lettres de feu. Il est la racine de toute chose, la vie de tout l'univers. La vision et la reconnaissance de ce Nom élève notre conscience jusque dans le plan spirituel ou pneumatique; là l'homme est délivré à jamais des renaissan-ces mortelles et multiformes puisqu'il est parvenu à s'identifier à l'esprit immortel universel.
Bientôt peut-être, après cette extraordinaire découverte, l'initié aura-t-il connaissance de la prononciation du Nom sacré... Celle-ci lui procurera le baptême de l'Esprit, la 3e naissance, naissance au monde divin et l'entrée dans la troisième enceinte: le Saint des Saints. Là se trouvent l'arche et la nuée au-delà de laquelle se tient l'Éternel. La 3e naissance, procurée par la prononcia-tion du NOM central, ouvre la dernière étape conduisant l'être à sa réintégration finale.
La découverte du Nom transpose l'homme vers l'état sacerdotal figuré par l'autel des parfums. Dans cet état aussi, l'homme sera revêtu du corps de lumière et rétabli dans ses premières fonctions et prérogatives. Le Verbe divin a éclos dans le temple de son cœur.
Mais avant d'aspirer à une si haute destination, attachons-nous d'abord à dégager les sens symboliques de la mer d'airain, du chandelier, de la table des pains de proposition et de l'autel des parfums.
ORNEMENTS SYMBOLIQUES
LA MER D'AIRAIN. I Rois 7 v.23.
Hiram fit faire la mer de fonte; elle avait dix coudées ( h ) = 10, d'un bord à l'autre, une forme entièrement ronde, cinq coudées de haut ( v ) = 5 et une circonférence que mesurait un cordon de trente coudées ( k ) = 30... son épaisseur était d'une palme ( t ) = 1 et contenait 2000 baths.
[une coudée ~ 50 cm. et une palme ~ 75mm]
· Si (iod) = la force divine, le divin créateur;
· si (hé) = le souffle de l'existence, germe de la vie;
· si (lamed) = mouvement, dynamisme;
· si (aleph) = principe, ...
nous pourrions conclure, en ce qui concerne les dimensions de cette cuve d'airain que le Divin Créateur souffle sur l'eau et y infuse la racine de l'existence, que de ce fait l'eau est dynamisée et que celui qui s'y plonge peut retourner au principe. De là à dire que la mer d'airain contenait une eau expiatoire, une eau lustrale et purificatrice, il n'y a qu'un pas.
Souvenons-nous aussi de l'ange qui agite l'eau de la piscine qui s'appelait Béthesda et qui acquérait le pouvoir de guérir le premier qui s'y plongeait, quelle que fût sa maladie. (Jean V,2)
L'eau de la cuve d'airain servait à la purification des prêtres du Temple, première étape, étape primordiale sur laquelle s'enchaînent les autres et qui, cependant, les détermine toutes. La mer d'airain fait aussi penser aux eaux primordiales et vierges sur lesquelles vint se poser l'Esprit divin, pour les féconder, et engendrer ainsi toute forme de vie et d'existence ultérieure. La purification est l'étape initiale et nécessaire au-delà de laquelle toute entreprise sera agréable au Grand Architecte de l'Univers (abandon des métaux, des préjugés, fuite devant les vices...ne pas médire.).
Celui qui s'y plonge est affranchi de toute souillure terrestre, il retourne aux sources vives et peut communiquer sensiblement avec les plans supérieurs.
Aussi ai-je placé cette mer d'airain sur la ligne charnière donnant accès aux plans supérieurs de l'âme et de l'esprit.
Notons aussi que la mer repose sur 4 x 3 bœufs (symbole des forces fructifiantes) et qu'il y a également 12 portes permettant de passer de la cour des Gentils à la cour des Israélites. C'est maintenant, après les ablutions, que l'initié va faire fructifier le dépôt sacré qui lui fut confié. Le baptême d'eau préfigure le baptême en esprit et le précède...
LE CHANDELIER D'OR A SEPT BRANCHES
Le chandelier fait allusion à l'activité créatrice de Dieu durant 6 jours, puis au repos du 7e jour, quand tout était juste et parfait. Malgré les 7 branches, malgré la diversité des aspects, c'est la même lumière qui rayonne, c'est l'expression de l'unité dans la multiplicité des formes et dans la diversité des manifestations.
Lumière est ici synonyme de Vérité.
La lumière luit dans les ténèbres, symbole de la présence divine.
C'est le feu du chandelier qui rappelle aussi l'embrasement miraculeux de l'holo-causte sur l'autel, signe visible de la réconciliation du peuple avec Dieu.
Ce feu sacré avait été caché lors de la destruction du premier Temple, caché mais conservé, puis réinstallé dans le Temple de Zorobabel, du côté gauche. Comment ne pas penser alors à notre Dieu immanent, conservé dans notre "côté gauche", au centre de notre cœur et dont la lumière, malgré nos chutes successives, nos errements et nos faiblesses, continue pour autant à briller secrètement !
Le chandelier à 7 branches répète le nombre de la lumière supérieure (celle du St.Esprit) qui éclaire et vivifie le sanctuaire mystérieux, le siège de sa gloire... le cœur de l'homme.
Sept symbolise le plan, le but idéal vers lequel s'organisent les forces et tendent les évolutions; c'est le nombre de la plénitude.
LA TABLE DES PAINS DE PROPOSITION
D'après la Loi de Moïse, on déposait 12 pains, chaque semaine, au nom des 12 tribus d'Israël, dans le Sanctuaire. Seuls les prêtres avaient le droit de toucher ces offrandes propitiatoires.
Ce pain préfigure la manne céleste, le pain de Vérité, le pain que Jésus rompra le jour de la Cène et qu'Il partagera avec ses disciples en leur disant: ceci est mon corps.
Selon ce sens, le pain représente l'invisible cause de tout.
Dans le temple de Zorobabel, le pain servait de "véhicule" par lequel la bénédiction divine était communiquée au peuple. Ce pain d'offrande était placé devant la face de Jéhovah, et, séjournant dans le Sanctuaire, il se sacralisait; aussi, seuls les prêtres pouvaient-ils le consommer.
Ce rôle premier fut renforcé par l'institution christique de l'Eucharistie et depuis il est permis de penser que le Christ est réellement présent dans l'hostie consacrée. Mais cet aspect mérite un développement qu'il n'est pas utile d'aborder maintenant.
Les douze pains sont rangés 6 par 6, pour nous peindre les deux lois sénaires, sources de toutes les choses intellectuelles et temporelles. La loi du sénaire est manifestée dans le rapport du rayon à la circonférence et c'est un nombre de 6 actions réunies qui a concouru à la corporisation matérielle de l'univers (les 6 jours); que par conséquent ce nombre de 6 doit diriger toutes les choses sensibles comme par exemple il dirige tout ce qui est relatif au temps: 1h = 60 mn, 1 mn = 60s, 4 périodes de 6 heures durant une journée...
Les pains de présentation sont des "objets sensibles", touchant nos sens, symbolisant tout ce que la terre peut produire de mieux, nourriture essentielle et indispensable. Ce seront donc les vertus les plus élevées, les bénédictions les plus hautes qui se manifesteront "dans" et "par" ces pains. Dans les pains se produira l'union entre ce qui vient d'en-haut (bénédictions de l'Éternel) et ce qui vient d'en-bas (offrandes des hommes, pures et vitales).
Voilà peut-être un sens se rapportant aux deux triangles qui s'entrelacent dans le Sceau de Salomon.
L'AUTEL DES PARFUMS
La fumée d'encens est un puissant moyen de purification. L'encens est le symbole du culte des vertus actives, des prières vraies, le parfum des actes sans cesse faits pour Dieu sans y songer même.
L'encens élève l'état de conscience de l'homme vers les plans de l'intuition et procure à celui qui sait prier dans de telles circonstances, une indescriptible paix intérieure.
L'autel des parfums était "cubique long" et recouvert d'or pour accentuer la pureté et l'inaltérabilité du parfum.
LE TÉTRAGRAMME SACRÉ
Ce sujet, déjà abordé au début de cet exposé, mérite une étude particulière dépassant le cadre de cette planche. Je renvois à l'excellent travail fait par une de nos Sœurs, M.B., et qui figure dans le Bulletin de Liaison N° 4 de l'O.M.L. ainsi qu'à un extrait de l'œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin intitulé « A propos du NOM sacré » paru dans le Bulletin N° 7.
L'ARCHE D'ALLIANCE
De même que le grade de Maître Écossais de Saint-André est un grade pivot autour duquel s'articulent l'Ancien et le Nouveau Testament, de même, me semble-t-il, le Nom sacré IEOVAH, est le pivot qui permet de basculer du Sanctuaire dans le Saint des Saints, où se trouve précisément l'arche au-dessus de laquelle se tient l'Éternel.
La connaissance du NOM sacré et de sa prononciation permet d'accéder, par la troisième naissance, au monde divin, d'être reçu "dans le Ciel" en présence de l'Éternel.
L'arche est le tabernacle des Vérités révélées, le dépôt de toutes les ordonnances que le peuple devait observer. Grâce à la conformité de la réalisation de l'arche, l'homme peut y trouver le modèle de sa gloire ancienne et de ses connaissances primitives. L'arche servait "d'organe" aux vertus supérieures qui y descendaient
Dans Exode XXV, 22, nous lisons: « C'est là que je me rencontrerai avec toi. Du haut du propitiatoire (couvercle de l'arche), entre les deux chérubins placés sur l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d'Israël. »
Là, donc, où est l'arche, là aussi est Élohim.
CONCLUSION
Notre visite nous trace un chemine-ment indispensable dans la carrière de notre régénération spirituelle et il est indispensable d'en parcourir toutes les étapes. Il s'agit pour nous de réédifier mystiquement le temple intérieur et de relever les ornements dans le sanctuaire de notre cœur. Il s'agit, en l'occurrence, de purifier nos désirs, nos sentiments, nos idées, nos aspirations et de les élever gratuitement, en don à l'Éternel.
Pour parvenir au Paradis, au Saint des Saints, en ce lieu où coulent le miel et le lait, que de sacrifices sont nécessaires ! Il faut sacrifier nos penchants, brûler nos passions et nos préjugés sur l'autel des holocaustes, enterrer notre orgueil, fuir la paresse et, à chaque fois, il nous faudra plonger dans l'eau purificatrice de la mer d'airain, nous laver de tout ce qui dégrade, qui avilit… Ensuite seulement notre esprit nourri par les pains sacrés peut pénétrer dans un monde supérieur, c'est-à-dire passer le voile tendu à l'entrée du tabernacle et bénéficier des secours nouveaux qui s'y trouvent, accéder en somme à un nouvel état spirituel, sur-naturel. Le but ultime est d'approcher de l'arche sainte, d'entrer en contact avec la « lueur » de l'Esprit et se laisser transfigurer.
Source : www.ledifice.net