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Les Judéo Chrétiens et l'Eglise Primitive

Publié le 26 Mars 2013 par Vigouroux dans Christianisme primitif

INTRODUCTION :

Définition : Le terme Judéo-chrétien comme sa composition l’indique, désigne donc en premier lieu tous les chrétiens d’origine ou de race juive, aussi bien ceux de la Diaspora, appartenant à l’hellénisme, que ceux de Jérusalem et de Palestine. Il prend alors une nuance doctrinale, car il s’applique à des convertis restés généralement plus attachés à la loi et plus jaloux des prérogatives d’Israël que ceux de la Diaspora. Le type de ces Judéo-chrétiens est décrit dans les Actes. Il ne faut pas confondre Judéo-chrétien avec « Judaïsant » : c’est l’étranger qui imite les Juifs, qui se conforme à leurs croyances et à leurs pratiques. Par extension on appelle Judaïsants ceux qui voulaient imposer aux païens convertis la pratique de la loi Juive. Ils appartenaient sans aucun doute à l’Eglise Judéo-chrétienne ; Mais ils ne se contentaient pas comme les autres Judéo-chrétien de rester fermement attachés à la loi, ils prétendaient l’imposer aux païens convertis. Après le concile de Jérusalem, les Judaïsants qui s’obstinèrent, formèrent un groupe dissident à tendances pharisiennes qui se sépara de la foi orthodoxe. On distingue parfois plusieurs sortes de Judaïsants : seuls les fanatiques obstinés, qui firent de la pratique de la Loi une condition indispensable au salut des païens et furent les ennemis acharnés de St Paul, méritent cette appellation et formèrent dans la suite une secte hérétique.

OBJET DE L’ARTICLE :

Exposer l’Histoire Doctrinale

Dégager la physionomie religieuse des 1ers groupements de chrétiens issus du Judaïsme.

Etudier leur attitude à l’égard de la Loi et des prérogatives d’Israël.

Eclairer par-là les origines chrétiennes au moment où L’Eglise prend pleine conscience de son autonomie et de sa mission universelle.

LES SOURCES QUI NOUS FONT CONNAITRE LES JUDEO-CHRETIENS SONT :

Les livres du Nouveau Testament
Les Actes des Apôtres.
Les Epîtres aux : Galates, de St Jacques - Corinthiens, aux Hébreux.
Le 1er Evangile nous renseigne indirectement sur les milieux Judéo-chrétiens et pour lesquels il fut écrit
Flavius Josèphe et Eusèbe de Césarée
Les 1ers écrivains ecclésiastiques, les écrits rabbiniques...

I- LES JUDEO-CHRETIENS DE L’EGLISE PRIMITIVE :

Les 1ers convertis à Jérusalem étaient tous Juifs. Groupés autour des 12, ils formaient une secte à l’intérieur du Judaïsme. Ils fréquentaient le Temple, célébraient les fêtes, observaient le Sabbat et les jeûnes, faisaient circoncire leurs enfants. Ils se distinguaient par la foi en Jésus comme Messie, Fils de Dieu, mort et ressuscité, élevé au ciel et « fait Seigneur et Christ ». (Actes, II,36). Ils exigeaient le repentir et la conversion pour avoir la rémission des péchés, en attendant le Salut, « le rétablissement de toutes choses » (Actes, III, 21). Les Judéo- chrétiens gardaient l’enseignement des Apôtres dont, l’objet principal était la messianité de Jésus. Convaincus qu’ils formaient la portion du peuple choisi destiné à hériter du royaume à venir, ils sentaient la nécessité d’observer scrupuleusement la Loi de Dieu. Jésus n’avait-il pas dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des pharisiens et des scribes, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Math, V,19). Aussi ne leur venait-t-il pas à l’esprit que la Loi pût être abolie ou cesser d’être obligatoire.

Ils se regardaient comme des « frères » et mettaient leur bien en commun. On entrait dans la communauté Judéo-chrétienne par Le Baptême. C’était pour eux une initiation : Chacun devait se repentir et être baptisé « au nom de Jésus -Christ », pour obtenir le pardon des péchés et recevoir ensuite le St. Esprit (Actes,II,38). Ils fréquentaient quand même la synagogue pour entendre lire et expliquer la Loi. Ils avaient cependant leurs réunions et leur vie religieuse propres. S’assemblant dans les maisons privées, « ils persévéraient dans la doctrine des Apôtres et dans l’union dans la fraction du pain et dans les prières » (Actes -II, 42). Le repas en commun était suivi de la célébration de L’Eucharistie. La Communion trouvait son expression dans les repas pris en commun, avec la réception de L’Eucharistie. Après le baptême, les néophytes recevaient l’Esprit-Saint. Le Saint-Esprit était donné généralement par l’imposition des mains des Apôtres. Poussés par l’Esprit, les Apôtres et aussi les fidèles prêchaient avec assurance au nom de Jésus (Actes, IV,31). Ils enseignaient dans le Temple et dans les maisons. Les autorités juives, prêtres et sadducéens, plutôt que les pharisiens en prirent ombrage et leur suscitèrent de l’opposition. Car, les Apôtres en prêchant un Messie donnaient l’impression d’agitateurs politiques provoquant des attroupements. L’aspect politique de l’affaire préoccupait les sadducéens plutôt que l’aspect religieux.

II- HEBREUX ET HELLENISTES :

Malgré le sentiment de fraternité qui animait les premiers fidèles, la communauté Judéo-chrétienne de Jérusalem se composa dés l’origine de 2 éléments nettement différenciés :
Les Hébreux
Les Hellénistes Les hébreux étaient les Juifs originaires de Jérusalem ou de la Palestine parlant araméen et stricts observateurs de la Loi. Les Hellénistes étaient les juifs de la Diaspora. A Jérusalem, il y en avait un grand nombre de toutes les parties du monde romain. Ils y avaient leur synagogue et parlaient le grec (ils étaient de langue et d’éducation grecques).De très bonne heure si ce n’est dés le commencement, des juifs hellénistes s’adjoignirent à la communauté des « Galiléens ». Les hellénistes n’avaient point tous, tendance à abandonner la Loi (comme ou l’a prétendu) Mais ils la comprenaient d’une façon plus humaine, plus universaliste et plus morale. Ils n’avaient pas au même degré, la haine de l’étranger.

Le dissentiment qui éclata entre les hébreux et les hellénistes n’était point dû uniquement à la diversité de la langue ou d’éducation. Le Judaïsme hellénistique était regardé par les hébreux comme un Judaïsme inférieur. Ainsi les préjugés traditionnels pouvaient se faire sentir même chez les chrétiens et expliquer dans une certaine mesure les incidents qui donnèrent lieu à l’institution des diacres (Actes, VI, 159).

A en juger par leurs noms, les diacres semblent avoir été des juifs hellénistes. La fonction assignée aux 7 n’était pas du tout identique à celle des diacres dans la deuxième moitié du 1er siècle. Etienne et Philippe, les seuls dont nous sachions quelque chose, avaient un rôle beaucoup plus important que celui « des diacres » dans les épîtres pastorales. Ces ministres de la 1ère heure avaient cependant une fonction religieuse, ils étaient remplis de l’Esprit Saint, et de la Sagesse. St. Etienne fut lapidé parce que son discours adressé aux Juifs représentait la tendance Judéo-chrétienne hellénistique celle qui animera dans la suite les propagateurs de la foi. Il leur reprochait de n’avoir point compris la notion d’un culte spirituel et universel et de rester attachés au particularisme et au formalisme légal. Les hellénistes furent dispersés par la persécution qui suivit la mort de St. Etienne. Ainsi, ce furent les hellénistes qui répandirent la foi dans la Judée, la Samarie et jusqu’en Phénicie dans l’île de chypre et à Antioche. Moins formalistes à l’égard de la loi que les hébreux de Jérusalem, plus aptes qu’eux à comprendre la religion « en esprit et en vérité », ils étaient qualifiés pour être des agents de l’expansion chrétienne auprès des Juifs de la Diaspora et surtout auprès des Grecs. Entre les deux tendances se place Barnabé, converti de la première heure, l’ami et le compagnon de St. Paul, très considéré dans l’Eglise de Jérusalem, où il avait séjourné longtemps, il apparaîtra comme le principal personnage de l’Eglise d’Antioche et jouera un rôle important dans l’Eglise Judéo-chrétienne. Il introduira St. Paul dans l’Eglise mère et calmera les appréhensions des chrétiens de Jérusalem. Il servira à diverses reprises comme de trait d’union entre les deux Eglises.

III- L’EXPANSION JUDEO-CHRETIENNE :

A Jérusalem, la 1ère expansion chrétienne s’était faite par l’apostolat des 12 et des premiers disciples.

A Damas où la colonie juive était très importante, la foi chrétienne pénétra de très bonne heure - Anani était sans doute un converti de la 1ère heure.

A Samarie, Philippe l’un des 7 annonça l’Evangile. Les Juifs les haïssaient et les méprisaient.

Le cas de St. Paul, Juif hébreu, admis dans l’Eglise par Anani, ne souleva aucune question de principe. Il provoqua un sentiment de surprise et de crainte : A Damas, il fallut un ordre divin pour qu’Anani se décidât à l’admettre, et à Jérusalem, ce fut sur l’intervention de Barnabé, qu’il put prendre contact avec les disciples.

IV- L’ENTREE DE PAIENS DANS L’EGLISE :

Le centurion Corneille fut la 1ère recrue faite chez les païens. L’Eglise de Jérusalem des Judéo-chrétiens reconnaissait que les païens pouvaient être admis à la foi sans passer par le Judaïsme. Les Judéo-chrétiens tout en admettant la légitimité de la conversion des païens, restaient strictement attachés à la loi. Même convertis, les Juifs de Jérusalem n’avaient point abandonné la conscience de leur supériorité comme peuple choisi et la foi au Messie Jésus leur semblait inséparable de la pratique intégrale de la Loi.

Les hellénistes chassés de Jérusalem affluèrent à Antioche - L’Eglise s’y développa composée d’éléments divers, grecs d’origine et Juifs parlant grec, et elle devint ainsi particulièrement apte à jouer un rôle dans la diffusion du Christianisme. Il y eut donc d’assez bonne heure à Antioche une communauté Chrétienne composée, si ce n’est uniquement, du moins en grande partie de gentils incirconcis avec lesquels les Judéo-chrétiens stricts observateurs de la loi ne pouvaient fraterniser.

L’Eglise d ’Antioche devint bientôt la 1ère Eglise de la gentilité et le centre le plus important de l’expansion chrétienne. Envoyé par les Judéo-chrétiens de Jérusalem. Barnabé alla à Antioche constata la grâce de Dieu et comprit qu’il fallait faire d’Antioche un centre missionnaire. Il alla à Tarse pour prendre Paul avec lui. Ce fut à Antioche que l’Apôtre partit pour ses missions et que l’Evangile se répandit dans le monde romain.

Ainsi, l’Eglise Primitive tout en gardant son unité se divisa en 2 fractions :

Celle de Jérusalem plus formaliste plus attachée à la lettre de la loi et aux prérogatives d’Israël.

Celle d’Antioche, plus accessible à l’idée universelle et plus accueillante aux païens.

Deux problèmes se posaient :

1- Allait-on admettre les païens à un rang d’égalité avec les juifs ? Faillait-il leur imposer la circoncision et la loi ?

2- Les Judéo-chrétiens devaient-ils observer strictement la loi dans leur relation avec les païens convertis surtout dans les repas de la communauté ? La 1ère question malgré l’attitude de Pierre vis-à-vis du centurion converti, a quand même donné lieu à un grave conflit aboutissant à la crise des Judaïsants.

La 2ème a causé divers incidents dont ceux d’Antioche (Gal, 11,11 sq) et de Jérusalem - (Act, XXI, 20-24) sont les plus caractéristiques.

D’ailleurs, Jésus ne s’était prononcé sur aucune de ces deux questions. Il avait bien laissé entendre que les païens devaient faire partie de la foi nouvelle et non plus au Judaïsme universel. Il avait donné aux apôtres la mission d’instruire « tous les peuples ». Il avait aussi condamné le formalisme des pharisiens et donné à la loi un sens et un esprit nouveau.

V- LES JUDAISANTS :

Au cours d’une première mission, Paul et Barnabé avaient converti des multitudes de païens sans leur imposer la loi. Les chrétiens d’Antioche ne font aucune objection. Ils semblent trouver la chose toute naturelle. Egalement en Phénicie et à Samarie. Il n’en fut pas de même à Jérusalem. Il y avait dans l’Eglise- mère plus d’un chrétien qui n’avait pas approuvé sans réserve la conduite de Pierre baptisant Corneille sans lui imposer la loi. Ceux qu’animait l’esprit pharisien estimèrent que le moment était venu d’agir : Pour eux l’œuvre de Paul et de Barnabé était une erreur qu’il fallait combattre. On devait imposer aux gentils la loi et la circoncision. Telle était la thèse des « Judaïsants », les ennemis acharnés de l’apôtre. Quelques-uns se trouvaient à Antioche et à Jérusalem.

A Jérusalem, « quelques-uns de la secte pharisienne, qui avaient cru » tiennent le même langage que les Judaïsants d’Antioche. St. Paul, les désignera dans l’Epître aux Galates (11,4) sous le nom de « faux frères intrus, qui s’étaient glissés pour épier la liberté » qu’il avait dans le Christ Jésus.

Il fut convenu par la suite que Jacques, Céphas et Jean prêcheraient aux circoncis, Barnabé et Paul aux Païens (Gal 11, 9). St. Pierre dans une assemblée générale, fit allusion au centurion Corneille et sa famille et ne voulut pas qu’on imposât aux païens le joug de la loi.

Enfin Jacques, lui aussi, admit la légitimité de la conversion des païens. Il demanda seulement qu’ils aient à s’abstenir « des souillures des idoles, de la fornication, de la viande étouffée et du sang ». C’était une concession aux Judéo-chrétiens. Ces interdits représentaient l’esprit de la loi qu’ils avaient coutume d’entendre lire dans les synagogues.

Malgré ces restrictions, la thèse de St. Paul triomphait. Tite païens converti, ne fut point forcé d’être circoncis. Voyant la partie perdue, les Judaïsants avaient dû exiger au moins cette concession et même un bon nombre de Judéo-chrétiens « Loin de nous soumettre à eux, déclare St. Paul, nous ne leur cédâmes pas un instant » (Gal 11, 5). Ainsi, leur défaite était complète : La réunion des apôtres et de l’Eglise de Jérusalem avait sanctionné l’évangile paulinien du salut des païens sans la loi. L’égalité des Juifs et des païens devant la grâce du salut avait été reconnue et du discours de Pierre l’on pouvait même conclure à l’inutilité de la loi pour tous les chrétiens. Mais quand même les Judéo-chrétiens se sentaient tenus de l’observance de la loi car elle représentait à leurs yeux la volonté de Dieu et fait partie des prérogatives d’Israël.

VI- LES ENNEMIS DE ST PAUL :

Les Juifs non convertis avaient fait à l’apôtre, dés le commencement de son ministère, une opposition violente. Ils le poursuivaient pour attenter à ses jours. De leur côté, les Judaïsants l’attaquaient également d’une façon moins violente mais plus sournoise. Ils faisaient du christ un auxiliaire de la loi et de la justice, d’après les conceptions rabbiniques et non un principe de salut universel. D’après eux, au sujet de St. Paul, n’ayant pas connu le Christ pendant sa vie terrestre, il était inférieur à ces premiers disciples et devait leur rester subordonné. De fait, les Judaïsants se réclamaient de l’Eglise-mère où les pratiques juives étaient encore en honneur. Mais ils outrepassaient les instructions ou les enseignements des apôtres en regardant la circoncision et l’observance de la loi comme indispensable au salut des païens. La position des Judaïsants ne représente point celle de l’Eglise-mère Judéo-chrétienne de Jérusalem. St. Paul lutte seulement contre un groupe de perturbateurs sans scrupules et non contre l’Eglise primitive comme le prétendent certains historiens. En effet, l’Eglise Judéo-chrétienne avaient admis que les païens pouvaient être sauvés sans la pratique de la loi et que la foi au Christ n’exigeait pas la circoncision. St. Paul - St. Jacques et les autorités de l’Eglise Judéo-chrétienne avaient été d’accord sur ce point au concile. Il y avait donc entre eux communauté de vues et la thèse du salut par la foi sans la loi n’était plus particulière à l’apôtre.

L’Epître aux Galates est un acte affranchissant le chrétien de la loi et du pharisaïsme et le poussant à suivre l’Esprit et non la chair.

St. Pierre, ayant pris le repas avec le centurion Corneille à l’exemple du Christ qui avait mangé avec les publicains et les pécheurs a trouvé une opposition de la part des frères de Jérusalem, qui n’admettaient pas ce « Libéralisme ». Alors, St. Pierre se sépara d’eux et entraîna avec lui tous les autres juifs sauf St. Paul qui resta seul avec les gentils. Ainsi tous les chrétiens non juifs se trouvaient relégués comme à un rang inférieur et il s’élevait une barrière entre les deux fractions de la communauté des Judéo-chrétiens du concile de Jérusalem à la fin de l’âge apostolique. Le concile de Jérusalem avait clarifié la situation. Le problème de l’admission des païens à la foi était résolu et l’Eglise de Jérusalem dans l’ensemble avec ses dirigeants restait en communion avec St. Paul, Barnabé et l’Eglise d’Antioche. Le groupe pharisien des Judaïsants s’était détaché de l’enseignement des apôtres et avait cessé d’appartenir au christianisme authentique.

De leur côté, les Judéo-chrétiens de Palestine continuaient d’observer scrupuleusement la Loi. St. Jacques leur chef était encore vers l’an 50 associé à Pierre et à Jean. Mais 58, il semble bien être le seul dirigeant. Son zèle pour la Loi et sa piété lui avaient conquis l’estime de tous même des Juifs non convertis. Ainsi l’épître de Jacques, quel qu’en soit le rédacteur, représente l’esprit du Judéo- christianisme en dehors des tendances Pharisiennes ; d’un christianisme, il est vrai, encore à peine dégagé du Judaïsme mais cependant authentique dans son enseignement moral et écho direct de la doctrine du Christ.

Malgré l’attitude conservatrice de l’Eglise mère, les juifs palestiniens furent de plus en plus hostiles au fur et à mesure qu’elle s’organisa en communauté indépendante. Vers l’an 62 l’opposition se transforma en une persécution violente, dont Jacques « le Juste » fut la victime.

Les Judéo-chrétiens de Jérusalem et de Palestine en général se trouvèrent ainsi, peu d’années avant la ruine de Jérusalem dans la pénible alternative de choisir entre la religion de leurs pères et la foi en Jésus.

L’Epître aux Hébreux ne défend point aux Juifs devenus chrétiens d’observer leur loi et leurs coutumes mais elle les exhorte à découvrir, par delà la lettre des ordonnances, la vérité supérieure qu’elles recouvrent. L’épître semble bien avoir été écrite pour des Judéo-chrétiens de Palestine déjà hellénisés et qui par attachement à l’ancien culte, risquaient d’apostasier. Dans son ensemble, l’épître invite les Judéo-chrétiens de Palestine à se dégager du Judaïsme sans crainte et sans regret. Etant chrétiens, ils n’ont plus ici de « cité permanente » mais attendent la « cité future », la Jérusalem céleste (XIII,14). Pour aller au Christ et bénéficier de son sacrifice, il faut « sortir du camp » c’est-à-dire de Jérusalem et du Judaïsme. La destruction du Temple et de la ville qui allait suivre, donne à cet appel l’allure d’une prophétie tragique. St. Matthieu montre comment les Judéo-chrétiens devaient défendre l’Evangile en face du Judaïsme. La ruine de Jérusalem en 70, fut une catastrophe. L’Eglise de Jérusalem perdait ainsi son importance et le centre de la chrétienté se déplaçait au profit d’Antioche et de Rome. Les Judéo-chrétiens dispersés rentrèrent en Judée sous Trajan (98-117). Au temps d’Adrien en 130, la ville fut hellénisée et les païens convertis formèrent la grande majorité des fidèles et eut pour évêque Marc qui fonda la nouvelle Sion.

A la fin de l’âge apostolique, les Judéo-chrétiens se divisèrent en plusieurs sectes. Ceux qui n’avaient pas l’esprit pharisien dont les descendants ont été appelés « Nazaréens ». La secte des « ébionites » est une secte hérétique, formée des descendants des Judaïsants intransigeants. Aux Judéo-chrétiens hérétiques se rattache la secte des « éclésaïtes ».

CONCLUSION :

Pierre, Paul et Barnabé avaient libéré le Christianisme d’un élément caduc et imparfait. Le principe Juif et le principe Chrétien du Salut représentaient en effet deux conceptions différentes de la religion : l’une formaliste, légale et assez primitive, conception étroite liée à une race, un pays..... l’autre celle du Christ, plus spirituelle, plus parfaite, plus franchement universelle « en esprit et en vérité ». Les Judaïsants en s’obstinant dans leur intransigeance avaient abandonné l’esprit de l’Evangile et avaient rompu avec le Christianisme authentique. Judéo-chrétiens de leur côté, en restant attachés pour eux-mêmes à la pratique de la Loi Juive, se posaient en héritiers directs des prérogatives d’Israël. Mais ils représentaient une forme de Christianisme qui ne pouvait que végéter et disparaître. De fait, ils ne pouvaient maintenir leur idéal religieux qu’en escomptant une prochaine conversion en masse de la nation juive, s’ils avaient un moment caressé cet espoir, ils furent déçus par les évènements. Il fallait auparavant que s’accomplît le dessein de Dieu appelant à la foi « La plénitude des gentils » (Rom, XI, 25). Dictionnaire de la Bible

 

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Contributions à l'histoire du Christianisme primitif

Publié le 25 Mars 2013 par Friedrich Engels dans Christianisme primitif

I

L'histoire du Christianisme primitif offre des points de contact remarquables avec le mouvement ouvrier moderne. Comme celui-ci le christianisme était à l'origine le mouvement des opprimés, il apparaissait tout d'abord comme religion des esclaves et des affranchis, des pauvres et des hommes privés de droits, des peuples subjugués ou dispersés par Rome. Tous les deux, le christianisme de même que le socialisme ouvrier, prêchent une délivrance prochaine de la servitude et de la misère; le christianisme transporte cette délivrance dans l'au-delà, dans une vie après la mort, dans le ciel ; le socialisme la place dans ce monde, dans une transformation de la société. Tous les deux sont poursuivis, et traqués, leurs adhérents sont proscrits et soumis à des lois d'exception, les uns comme ennemis du genre humain, les autres comme ennemis du gouvernement, de la religion, de la famille, de l'ordre social. Et malgré toutes les persécutions, et rnême directement servies par elles, l'un et l'autre se frayent victorieusement, irrésistiblement leur chemin.

Trois siècles après sa naissance, le christianisme est reconnu comme la religion d'État de l'empire mondial de Rome : en moins de 60 ans, le socialisme a conquis une position telle que son triomphe définitif est absolument assuré.

Par conséquent, si M. le professeur A. Menger, dans son, Droit au produit intégral du travail, s'étonne de ce que sous les empereurs romains, vu la colossale centralisation des biens-fonds et les souffrances infinies de la c1asse travailleuse, composée pour la plupart d'esclaves, " le socialisme ne se soit pas implanté après la chute de l'empire romain occidental ", -- c'est qu'il ne voit pas que précisément ce " socialisme ", dans la mesure où cela était possible à l'époque, existait effectivement et arrivait au pouvoir -- avec le Christianisme. Seulement ce christianisme, comme cela devait fatalement être étant données les conditions historiques, ne voulait pas réaliser la transformation sociale dans ce monde, mais dans l'au-delà, dans le ciel, dans la vie éternelle après la mort dans le " millenium " imminent.

Déjà au moyen-âge le parallélisme des deux phénomènes s'impose lors des premiers soulèvements de paysans opprimés, et notamment, des plébeins des villes. Ces soulèvements, ainsi, que tous les mouvements des masses au moyen-âge portèrent nécessairement un masque religieux, apparaissaient comme des restaurations du christianisme primitif à la suite d'une corruption envahissante [Note : A ceci les soulèvements du monde mahométan, notamment en Afrique,forment un singulier contraste. L'Islam est une religion appropriée aux Orientaux, plus spécialement aux Arabes, c'est-à-dire, d'une part à des citadins pratiquant le commerce et l'industrie, d'autre part à des Bedouins nomades. Là réside le germe d'une collision périodique. Les citadins, devenus oppulents et luxueux, se relâchent dans l'observance de la " Loi " . Les Bedouins pauvres, et, à cause de leur pauvreté, de moeurs sévères, regardent avec envie et convoitise ces richesses et ces jouissances. Ils s'unissent sous un prophète, un Madhi, pour châtier les infidèles, pour rétablir la loi cérémoniale et la vraie croyance, et pour s'approprier, comme récompense, les trésors des infidèles. Au bout de cent ans, naturellement, ils se trouvent exactement au même point que ceux-ci ; une nouvelle purification est nécessaire ; un nouveau Madhi surgit ; le jeu recommence. Cela s'est passé de la sorte depuis les guerres de conquête des Almoravides et des Almohades africains en Espagne jusqu'au dernier Madhi de Khartoum qui bravait les Anglais si victorieusement. Il en fut ainsi, ou à peu près, des bouleversements en Perse et en d'autres contrées mahométanes. Ce sont tous des mouvements, nés de causes économiques, bien que portant un déguisement religieux. Mais, alors même qu'ils réussissent, ils laissent intacts les conditions économiques. Rien, n'est changé, la collision devient périodique. Par contre, dans les insurrections populaires de l'occident chrétien, le déguisement religieux ne sert que de drapeau et de masque à des attaques contre un ordre économique devenu caduc ; finalement cet ordre est renversé; un nouveau s'élève, il y a progrès, le monde marche.] , mais derrière l'exaltation religieuse se cachaient régulièrement de très positifs intérêts mondains. Cela ressortait d'une manière grandiose dans l'organisation des Taborites de Bohème sous Jean Zizka, de glorieuse mémoire ; mais ce trait persiste à travers tout le moyen-âge, jusqu'à ce qu'il disparaît petit à petit, après la guerre des paysans en Allemagne, pour reparaître chez les ouvriers communistes après 1830. Les communistes révolutionnaires français, de même que Weitling et ses adhérents, se réclamèrent du christianisme primitif, bien longtemps avant que Renan ait dit : " Si vous voulez vous faire une idée des premières communautés chrétiennes, regardez une section locale de l'Association internationale des travailleurs. "

L'homme de lettres français qui, à l'aide d'une exploitation, de la critique biblique allemande sans exemple, même dans le journalisme moderne, a confectionné le roman ecclésiastique, les Origines du Christianisme, ne savait pas tout ce qu'il y avait de vrai dans son dire. Je voudrais voir l'ancien internationaliste, capable de lire, par exemple, la seconde épître aux Corinthiens, attribuée à Paul, sans que, sur un point tout au moins, d'anciennes blessures ne se rouvrissent chez lui. L'épître tout entière, à partir du VIIIe chapître, retentit de l'éternelle complainte, trop connue hélas : " les cotisations ne rentrent pas." Combien des plus Zélés propagandistes, vers 1865, eussent serré la main de l'auteur de cette lettre, quel qu'il soit, avec une sympathique intelligence, en lui murmurant à l'oreille : " Cela t'est donc arrivé, frère, à toi aussi ! " Nous autres aussi nous pourrions en conter long là-dessus, -- dans notre association aussi les Corinthiens pullulaient, -- ces cotisations qui ne rentraient pas, qui insaisissables, tournoyèrent devant nos yeux de Tantale, mais c'étaient là précisément les fameux millions de l'Internationale.

L'une de nos meilleures sources sur les premiers chrétiens est Lucien de Samosate, le Voltaire de l'antiquité classique, qui gardait une attitude également sceptique à l'égard de toute espèce de superstition religieuse, et qui, par conséquent, n'avait pas de motifs (ni, par croyance païenne ni par politique) pour traiter les, chrétiens autrement que n'importe quelle association religieuse. Au contraire, il les raille tous pour leur superstition, aussi bien les adorateurs de Jupiter que les adorateurs du Christ : de son point de vue, platement rationnaliste, un genre de superstition est tout aussi inepte qu'un autre. Ce témoin, en tout cas impartial, raconte, entre autre chose, la biographie d'un aventurier Pérégrinus, qui se nommait Protée de Parium sur l'Hellespont. Le dit Périgrinus débuta dans sa jeunesse en Arménie, par un adultère fut pris en flagrant délit et lynché selon la coutume du pays. Heureusement parvenu à s'échapper, il étrangla son vieux père et dut s'enfuir. " Ce fut vers cette époque qu'il se fit instruire dans l'admirable religion des chrétiens, en s'affiliant en Palestine avec, quelques-uns de leurs prêtres et de leurs scribes. Que vous dirai-je ? Cet homme leur fit bientôt savoir qu'ils n'étaient que des enfants, tour à tour prophête, thiasarque, chef d'assemblée, il fut tout à lui seul, interprétant leurs livres, les expliquant, en composant de son propre fonds. Aussi nombre de gens le regardèrent-ils comme un dieu, un, législateur, un pontife, égal à celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis en croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes. Protée ayant été arrêté par ce motif, fut jeté en prison. Du moment qu'il fut dans les fers, les Chrétiens, se regardant comme frappés mirent tout en oeuvre pour l'enlever ; mais ne pouvant y parvenir, ils lui rendirent au moins toutes sortes d'offices avec un zèle et un empressement infatigables. Dès le matin on voyait rangés autour de la prison une foule de vieilles femmes de veuves et d'orphelins. Les principaux chefs de la secte passaient la nuit auprès de lui, après avoir corrompu les geôliers : ils se faisaient apporter des mets, lisaient leurs livres saints ; et le vertueux Pérégrinus il se nommait encore ainsi, était appelé par eux le nouveau Socrate. Ce n'est pas tout ; plusieurs villes d'Asie lui envoyèrent des députés au nom des Chrétiens, pour lui servir d'appui, d'avocats et de consolateurs. On ne saurait croire leur empressement en pareilles occurences pour tout dire en un mot, rien ne leur coûte. Aussi Pérégrinus, sous le prétexte de sa prison, vit-il arriver de bonnes sommes d'argent et se fit-il un gros revenu. Ces malheureux se figurent qu'ils sont immortels et qu'ils vivront éternellement. En conséquence ils méprisent les supplices et se livrent volontairement à la mort. Leur premier législateur leur a encore persuadé qu'ils sont tous frères. Dès qu'ils ont une foîs changé de culte, ils renoncent aux dieux des Grecs, et adorent le sophiste crucifié dont ils suivent les lois. Ils méprisent également tous les biens et les mettent en commun, sur la foi complète qu'ils ont en ses paroles. En sorte que s'il vient à se présenter parmi eux un imposteur, un fourbe adroit, il n'a pas de peine a s'enrichir fort vite, en riant sous cape de leur simplicité. Cependant Pérégrinus est bientôt délivré de ses fers par le gouverneur de Syrie. "

A la suite d'autres aventures encore, il est dit : " Pérégrinus reprend donc sa vie errante, accompagné dans ses courses vagabondes par une troupe de chrétiens qui lui servent de satellites et subviennent abondamment à ses besoins. Il se fit ainsi nourrir pendant quelque temps. Mais ensuite ayant violé quelques-uns de leurs préceptes (on l'avait vu, je crois, manger d'une viande prohibée), il fut abandonné de son cortège et réduit à la pauvreté " (Traduction Talbot).

Que de souvenirs de jeunesse s'éveillent, en moi à la lecture de ce passage de Lucien. Voilà, tout d'abord, le " Prophète Albrecht " qui, à partir de 1840 environ, et quelques années durant, rendait peu sûres -- à la lettre -- les communautés communistes de Weitling en Suisse. C'était un homme grand et fort, portant une longue barbe, qui parcourait la Suisse a pied, à la recherche d'un auditoire pour son nouvel évangile de l'affranchissement du monde. Au demeurant, il paraît avoir été un brouillon assez inoffensif, et mourut de bonne heure. Voilà son successeur moins inoffensif, le Dr George Kuhlmann de Holstein, qui mit à profit le temps où Weitling était en prison, pour convertir les communistes de la Suisse française à son évangile à lui, et qui, pour un temps y réussit si bien qu'il gagna jusqu'au plus spirituel, en même temps que le plus bohême d'entre eux, Auguste Becker. Feu Kuhlmann donnait des conférences, qui furent publiées à en 1845, sous le titre : Le nouveau monde ou le royaume de l'esprit sur la terre. Annonciation. Et dans l'introduction rédigée selon toute probabilité par Becker, on lit : " Il manquait un homme dans la bouche de qui toutes nos souffrances, toutes nos espérances et nos aspirations, en un mot, tout ce qui remue le plus profondément notre temps, trouvât une voix. Cet homme qu'attendait notre époque, il est apparu. C'est le Dr George Kuhlmann de Holstein. Il est apparu, avec la doctrine du nouveau monde ou du royaume de l'esprit dans la réalité. "

Est-il besoin de dire que cette doctrine du nouveau monde n'était que le plus banal, sentimentalisme, traduit en une phraséologie demi-biblique, à la Lamennais, et débité avec une arrogance de prophète. Ce qui n'empêchait pas les bons disciples de Weitling de porter ce charlatan sur leurs épaules, comme les chrétiens d'Asie avaient porté Pérégrinus. Eux qui, d'ordinaire, étaient archi-démocratiques et égalitaires, au point de nourrir des soupçons inextinguibles à l'égard de tout maître d'école, de tout journaliste, de tous ceux qui n'étaient pas des ouvriers manuels, comme autant de " savants " cherchant à les exploiter, se laissèrent persuader par ce si mélodramatiquement équipé Kuhlmann, que dans le " nouveau monde " le plus sage, id est Kuhlmann, réglementerait la répartition des jouissances et qu'en conséquence, dans le vieux monde déjà, les disciples eussent à fournir les jouissances par boisseaux au plus sage, et à se contenter, eux, des miettes. Et Perégrinus-Kuhlmann vécut dans la joie et dans l'abondance tant que cela durait.

A vrai dire, cela ne dura guère ; le mécontentement croissant des sceptiques et des incrédules, les menaces de persécution du gouvernement Vaudois, mirent fin, au royaume de l'esprit à Lausanne : Kuhlmann disparut.

Des exemples analogues viendront, par douzaine, à la mémoire de quiconque a connu par expérience les commencements du mouvement ouvrier en Europe. A l'heure prèsente des cas aussi extrêmes sont devenus impossibles du moins dans les grands centres ; mais dans des localités perdues, où le mouvement conquiert un terrain vierge, un petit Pérégrinus de la sorte pourrait bien compter encore sur un succès momentané et relatif. Et ainsi que vers le parti ouvrier de tous les pays affluent tous les éléments n'ayant plus rien à espérer du monde officiel, ou qui y sont -- brûlés tels que les adversaires de la vaccination, végétariens, les anti-vivisectionnistes, les partisans de la médecine des simples, les prédicateurs des congrégations dissidentes dont les ouailles ont pris le large, les auteurs de nouvelles théories sur l'origine du monde, les inventeurs ratés ou malheureux, les victimes de rééls ou d'imaginaires passe-droits, les imbéciles honnêtes et les deshonnêtes imposteurs, -- il en allait de même chez les chrétiens. Tous les éléments que le procès de dissolution de l'ancien monde avait libéré, étaient attirés, les uns après les autres, dans le cercle, d'attraction du christianisme, l'unique élément qui résistait à cette dissolution -- précisément parce qu'il en était le produit tout spécial, et qui, par conséquent, subsistait et grandissait alors que les autres éléments n'étaient que des mouches éphémères. Point d'exaltation, d'extravagance, d'insanité ou d'escroquerie qui ne se soit produite dans les jeunes communautés chrétiennes et qui temporairement et en de certaines localités n'ait rencontré des oreilles attentives et de dociles croyants. Et comme les communistes de nos premières communautés, les premiers chrétiens étaient d'une crédulité inouïe à l'égard de tout ce qui semblait faire leur affaire, de sorte que nous ne savons pas, d'une façon positive, si du grand nombre d'écrits que Pérégrinus a composés pour la chrétienté il ne se soit pas glissé des fragments par ci, par là, dans notre Nouveau Testament.

II

La critique, biblique allemande, jusqu'ici, la seule base scientifique de notre connaissance de l'histoire du Christianisme primitif, a suivi une double tendance.

L'une de ces tendances est représentée par l'école de Tubingue, à laquelle, dans une acception plus large, appartient aussi D. F. Strauss. Elle va aussi loin dans l'examen critique qu'une école théologique saurait aller. Elle admet que les quatre évangiles ne sont pas des rapports de témoins oculaires, mais des remaniements ultérieurs d'écrits perdus, et que quatre tout au plus des épîtres attribuées à Saint-Paul sont authentiques. Elle biffe, comme inadmissibles, de la narration historique, tous les miracles et toutes les contradictions ; de ce qui reste elle cherche à sauver tout ce qui est sauvable, et en cela transparaît son caractère d'école théologique. Et c'est grâce à cette école que Renan, qui, en grande partie se fonde sur elle, a pu, en appliquant la même méthode, opérer bien d'autres sauvetages encore. En outre de nombre de narrations du Nouveau Testament plus que douteuses, il veut nous en imposer quantités de légendes de martyres comme authentiquées [ou authentifiées - le terme a disparu- note du transcripteur] historiquement. Dans tous les cas, tout ce que l'école de Tubingue rejette du Nouveau Testament comme apocryphe ou comme n'étant pas historique, peut être considéré comme définitivement écarté par la science.

L'autre tendance est représentée par un seul homme -- Bruno Bauer. Son grand mérite est d'avoir hardiment critiqué les évangiles et les apostoliques, d'avoir été le premier à procéder sérieusement dans l'examen, non seulement des éléments juifs et gréco-alexandrins, mais aussi des éléments grecs et gréco-romains qui ouvrirent au christianisme la voie à la religion universelle. La légende du christianisme né de toutes pièces du judaïsme, partant de la Palestine pour conquérir le monde au moyen d'une dogmatique et d'une éthique arrêtées dans les grandes lignes, est devenue impossible depuis Bauer ; désormais elle pourra tout au plus continuer de végéter dans les facultés théologiques et dans l'esprit des gens qui veulent " conserver la religion pour le peuple ", même au prix de la science. Dans la formation du christianisme, tel qu'il à été élevé au rang de religion d'État par Constantin, l'école de Philon d'Alexandrie, et la philosophie vulgaire gréco-romaine, platonique et notamment stoïque, ont eu leur large part. Cette part est loin d'être établie dans les détails, mais le fait est démontré, et c'est là, d'une manière prépondérante, l'oeuvre de Bruno Bauer ; il a jeté les bases de la preuve que le christianisme n'a pas été importé du dehors, de la Judée, et imposé au monde gréco-romain, mais qu'il est, du moin dans la forme qu'il a revêtu comme religion universelle, le produit tout spécial de ce monde. Naturellement, dans ce travail, Bauer dépassa de beaucoup le but, comme il arrive à tous ceux qui combattent des préjugés invétérés. Dans l'intention de montrer l'influence de Philon, et surtout de Sénèque, sur le christianisme naissant, même au point de vue littéraire, et de représenter formellement les auteurs du Nouveau Testatment comme des plagiaires de ces philosophes, il est obligé de retarder l'apparition de la nouvelle religion d'un demi-siècle, de rejeter les rapports contraires des historiens romains, et, en général de prendre de graves libertés avec l'histoire reçue. Selon lui, le christianisme, comme tel, n'apparaît que sous les empereurs Flaviens, la littérature du Nouveau Testament que sous Hadrian, Antonin et Marc-Aurèle. De cette sorte disparaît chez Bauer tout fond historique pour les narrations du Nouveau Testament relatives à Jésus et à sesdisciples ; elles se résolvent en légendes où les phases de développement internes et les conflits d'âme des premières communautés sont attribués à des personnes plus ou moins fictives. Ni Galilée ni Jérusalem, mais bien Alexandrie et Rome sont, d'après Bauer, les lieux de naissance de la nouvelle religion.

Par conséquent, si l'école de Tubingue dans le résidu, incontesté par elle, de l'histoire et de la littérature du Nouveau Testament, nous a offert l'extrème maximum de ce que la science peut, de nos jours encore, laisser passer comme sujet à controverse, Bruno Bauer nous apporte le maximum de ce qu'elle peut y attaquer. Entre ces limites se trouve la vérité. Que celle-ci, avec nos moyens actuels, soit susceptible d'être déterminée, paraît bien problématique. De nouvelles trouvailles, notamment à Rome, dans l'Orient et avant tout en Égypte, y contribueront bien davantage que toute critique.

Or, il y a dans le Nouveau Testament un seul livre dont il soit possible, a quelques mois près, de fixer la date de rédaction ; lequel a dû être écrit entre juin 67 et janvier ou avril 68, un livre qui, par conséquent, appartient aux tous premiers temps chrétiens, qui en reflète les notions avec la plus naïve sincérité et dans une langue idiomatique correspondante ; qui, partant, est à mon sens, autrement important pour déterminer ce que fut réellement le christianisme primitif que tout le reste du Nouveau Testament, de beaucoup postérieur en date dans sa rédaction actuelle. Ce livre est la, soi-disant Apocalypse de Jean ; et comme , par surcroît, ce livre, en apparence le plus obscur de toute la Bible, est devenu aujourd'hui, grâce à la critique allemande, le plus compréhensible et le plus transparent de tous, je demande à en entretenir le lecteur.

Il suffit de jeter un coup d'oeil, sur ce livre pour se convaincre de l'état d'éxaltation de l'auteur et du " milieu ambiant " où il vivait. Notre " Apocalypse " n'est pas la seule de son espèce et de son temps. De l'an 164, avant notre ère, d'où date la première qui nous ait été conservée le livre dit de Daniel, jusqu'à environ 250 de notre ère, la date approximative du Carmen de Commodien, Renan ne compte pas moins de 15 " Apocalypses " classiques parvenues jusqu'à nous, sans parler des imitations ultérieures. (Je cite Renan parce que son livre est le plus accessible et le plus connu en dehors des cercles professionnels). Ce fut un temps où à Rome et en Grèce, mais bien davantage encore en Asie-Mineure, en Syrie et en Egypte, un mélange disparate des plus crasses superstitions de tous les pays était accepté sans examen, et complété par de pieuses fraudes et un charlatanisme direct, où la thaumaturgie, les convulsions, les visions, la divination de l'avenir, l'alchimie, la kabbale et autres sorcelleries occultes tenaient le premier rôle. Ce fut là l'atmosphère où le Christianisme primitif prit naissance, et cela au milieu d'une classe de gens qui, plus que tout autre était ouverte à ces imaginations surnaturelles. Aussi bien les gnostiques chrétiens d'Egypte, comme, entre autres choses, le prouvent les papyrus de Leyde, se sont-ils, au IIe siècle de l'ère chrétienne, fortement adonnés à l'alchimie, et ont-ils incorporé des notions alchimistes dans leurs doctrines. Et les mathematici chaldéens et juifs qui, d'après Tacite, furent à deux reprises, sous Claude et encore sous Vitellius, chassés de Rome pour magie, ils n'exercèrent pas d'autres arts géométriques que ceux que nous retrouverons au coeur même de l'Apocalypse de Jean.

A cela s'ajoute que toutes les apocalypses se reconnaissent le droit de tromper leurs lecteurs. Non seulement, en règle générale, sont-elles écrites par de tout autres personnes que leurs auteurs prétendus, pour la plupart plus modernes, par exemple le livre de Daniel, le livre d'Hénoch, les Apocalypses d'Esdras, de Baruch, de Jude, etc., les livres sibyllins, mais ils ne prophétisent au fond que des choses arrivées depuis longtemps et parfaitement connues de l'auteur véritable. C'est ainsi qu'en l'an 164, peu de temps avant lamort d'Antiochus Épiphane, l'auteur du livre de Daniel fait prédire à Daniel, censé vivre, à l'époque de Nabuchodonozor, l'ascendant et le déclin de la domination de la Perse et de la Macédoine, et le commencement de l'empire mondial de Rome, en vue de prédisposer ses lecteurs, par cette preuve de ses dons prophétiques, à accepter sa prophétie finale : que le peuple d'Israël surmontera toutes ses tribulations et sera enfin victorieux. Si donc l'Apocalypse de Jean était réellement l'ouvrage de l'auteur prétendu, elle constituerait, l'unique exception dans la littérature apocalyptique.

Le Jean, qui se donne pour l'auteur, était en tout cas un homme très considéré parmi les chrétiens de l'Asie-Mineure. Le ton les épîtres missives aux sept communautés nous en est garant. Il se pourrait donc que ce fut l'apôtre Jean, dont l'existence historique, si elle n'est pas absolument authentiquée, est du moins très vraisemblable. Et si cet apôtre en était effectivement l'auteur, ce ne serait que tant mieux pour notre thèse. Ce serait la meilleure preuve que le christianisme de ce livre est le véritable, le vrai christianisme primitif. Il est prouvé, soit dit en passant, que la Révélation ne procède pas du même auteur que l'Evangile ou les trois épîtres également attribuées à Jean.

L'Apocalypse consiste en une série de visions. Dans la première, le Christ apparaît, vêtu en grand-prêtre, marchant entre sept chandeliers d'or, qui représentent les sept communautés asiatiques, et dicte à " Jean " des lettres aux sept " anges " de ces communautés. Dès le début la différence perce d'une manière frappante entre ce christianisme-ci et la religion universelle de Constantin formulée par le Concile de Nicée. La trinité non seulement est inconnue, elle est ici une impossibilité. A la place du Saint-Esprit unique ultérieur, nous avons les " sept esprits de Dieu ", tirés, par les rabbins, d'Esaïe, XI, 2. Jésus-Christ est le fils de Dieu, le premier et le dernier, l'alpha et l'oméga, mais nullement lui-même Dieu, ou l'égal de Dieu ; il est au contraire " le principe de la création de Dieu ", par conséquent une émanation de Dieu, existant de tout temps, mais subordonnée, analogue aux sept esprits mentionnés plus haut. Au chap. XV, 3, les martyrs au ciel " chantent le cantique de Moïse, serviteur de Dieu et le cantique de l'agneau ", pour la glorification de Dieu. Jésus-Christ est crucifié à Jérusalem (XI, 8), mais il est ressuscité (I. 5, 8), il est l'agneau qui a été sacrifié pour les péchés du monde, et avec le sang duquel les fidèles de tous les peuples et de toutes langues sont rachetés à Dieu. Ici gît la conception fondamentale qui permit au Christianisme de s'épanouir en religion universelle. La notion que les Dieux, offensés par les actions des hommes, pouvaient être propitiés [rachetés - terme mystique - note du transcripteur] par des sacrifices, était commune à toutes les religions des Sémites et des Européens ; la première conception fondamentale révolutionnaire du Christianisme (empruntée à l'école de Philon) était, que par un grand sacrifice volontaire d'un médiateur, les péchés de tous les temps et de tous les hommes étaient expiés une fois pour toutes -- pour les fidèles. De la sorte disparaissait, la nécessité de tout sacrifice ultérieur, et par suite la base de nombre de cérém onies religieuses. Or, se débarasser de cérémonies qui entravaient ou interdisaient le commerce avec des hommes de croyances différentes, était la condition indispensable d'une religion universelle. Et nonobstant, si ancrée dans les moeurs populaires était l'habitude des sacrifices, que le catholicisme, qui réadopta tant de coutumes païennes, jugea utile de s'accommoder à ce fait en introduisant tout au moins le symbolique sacrifice de la messe. Par contre, nulle trace dans notre livre du dogme du péché originel.

Ce qui surtout caractérise ces épîtres missives ainsi que le livre tout entier, c'est que jamais et nulle part il ne vient à l'idée de l'auteur de se désigner, lui et ses co-religionnaires, autrement que comme juifs. Aux sectaires de Smyrne et de Philadelphie, contre lesquels il s'élève, il reproche : " Ils se disent être juifs et ne le sont pas, mais sont de la Synagogue de Satan " de ceux de Pergame, il dit : " Ils retiennent la doctrine de Balaam, lequel enseignait Balac à mettre un scandale devant les enfants d'Israël, afin qu'ils mangeassent des choses sacrifiées aux idoles et qu'ils se livrassent. à la fornication. " Ce n'est donc pas à des chrétiens conscients que nous avons affaire ici, mais à des gens qui se donnent pour juifs ; leur judaïsme, sans doute, est une nouvelle phase de développement de l'ancien ; c'est précisément pour cela qu'il est le seul vrai. C'est pourquoi, lors de l'apparition des saints devant le trône de Dieu, viennent en premier lieu 144.000 juifs, 12.000 de chaque tribu, et seulement ensuite l'innombrable foule des païens convertis à ce judaïsme renouvelé. Notre auteur, en l'an 69 de notre ère était loin de se douter qu'il représentait une phase toute nouvelle de l'évolution religieuse, appelée à devenir un des éléments les plus révolutionnaires dans l'histoire de l'esprit humain.

Ainsi, on le voit, le Christianisme inconscient d'alors était à mille lieues de la religion universelle, dogmatiquement arrêtée par le Concile de Nicée. Ni la dogmatique, ni l'éthique ultérieure ne s'y rencontre ; en revanche, il y a le sentiment qu'on est en lutte contre tout un monde et que l'on sortira vainqueur de cette lutte ; une ardeur belliqueuse et une certitude de vaincre qui font complètement défaut chez les chrétiens de nos jours et ne se rencontrent plus qu'à l'autre pôle de la société, -- chez les socialistes.

En fait, la lutte contre un monde tout-puissant, et la lutte simultanée des novateurs entre eux, est commune à tous d'eux, et aux chrétiens primitifs et aux socialistes. Les deux grands mouvements ne sont pas faits par des chefs et des prophètes, -- bien que les prophètes ne manquent ni chez l'un ni chez l'autre, -- ce sont des mouvements de masses. Et tout mouvement de masses est, au début, nécessairement confus ; confus, parce que toute pensée de masses se meut, d'abord, dans des contradictions, parce qu'elle manque de clarté et de cohérence ; confus, encore, précisément à cause du rôle qu'y jouent les prophètes, dans les commencements. Cette confusion se manifeste dans la formation de nombreuses sectes qui se combattent entre elles avec au moins autant d'acharnement que l'ennemi commun du dehors. Cela se passa ainsi dans le Christianisme primitif ; cela se passa de même dans les commencements du mouvement socialiste, pour si chagrinant que cela fut pour les honnêtes gens bien intentionnés qui, prêchèrent l'union, alors que l'union n'était pas possible.

Est-ce que, par exemple, l'Internationale était tenue en état de cohésion par un dogme unitaire ? En aucune façon. Il y avait là des communistes selon la tradition française d'avant 1848, qui eux, à leur tour, représentaient des nuances différentes, des communistes de l'école de Weitling, d'autres encore, appartenant à la ligue régénérée des communistes ; des Proudhoniens qui étaient l'élément prédominant en France et en Belgique, des Blanquistes ; le parti ouvrier allemand ; enfin, des anarchistes Bakounistes, qui, un moment, eurent le dessus -- et ce n'étaient là que que les groupes principaux. A dater de 1a fondation de l'Internationale il a fallu un quart de siècle pour effectuer la séparation d'avec les anarchistes d'une manière définitive et générale, et pour établir un accord tout au moins sur les points de vue économiques les plus généraux. Et cela avec nos moyens de communication, les chemins de fer, les télégraphes, les villes industrielles monstres, la presse et les réunions populaires organisées.

Même division en innombrables sectes chez les premiers chrétiens, division qui justement était le moyen d'amener la discussion et d'obtenir l'unité ultérieure. Nous la constatons déjà dans ce livre, indubitablement le plus ancien document chrétien, et notre auteur fulmine contre elle avec le même emportement qu'il déploie contre le monde pécheur du dehors tout entier. Voilà tout d'abord les Nicolaïtes, à Ephèse et à Pergame ; ceux qui. se disent être juifs, mais, qui sont la synagogue de Satan, à Smyrne et Philadelphie ; les adhérents de la doctrine du faux prophète, désigné comme Balaam, à Pergame ; ceux qui se disent être des prophètes et qui ne le sont pas, à Ephèse ; enfin, les partisans de la fausse prophétesse, désignée comme Jézabel, à Thyatire. Nous n'apprenons rien de plus précis sur ces sectes ; seulement des successeurs de Balaam et de Jézabel, il est dit qu'ils mangent des choses sacrifiées aux idoles et se livrent à la fornication.

On a essayé de représenter ces cinq sectes comme autant de chrétiens Pauliens, et toutes ces épîtres comme étant dirigées, contre Paul, le faux apôtre, le prétendu Balaam et " Nicolas ". Les arguments peu soutenables qui s'y rapportent, se trouvent réunis chez Renan, Saint Paul (Paris, 1869, pages 303-305,367-370). Tous, ils aboutissent à expliquer nos épîtres missives par les Actes des Apôtres et les épîtres dites de Paul ; écrits qui, dans leur rédaction actuelle, sont de 60 ans postérieurs à la Révélation ; dont les données relatives à celles-ci sont donc plus que douteuses, et qui, de plus, se contredisent absolument entre elles. Mais ce qui tranche la question, c'est qu'il n'a pu venir à l'esprit de notre auteur de donner à une seule et même secte cinq désignations différentes deux pour la seule Ephèse (faux apôtres et les Nicolaïtes) et deux également pour Pergame (les Balaamites et les Nicolaïtes), et cela en les désignant expressément comme deux sectes différentes. Toutefois, nous n'entendons pas nier que parmi ces sectes il ait pu se trouver des éléments quo l'on considérerait aujourd'hui comme des sectes Pauliennes.

Dans les deux passages où l'on entre dans des particularités, l'accusation se borne à la consommation de choses sacrifiées aux idoles et à la fornication, les deux, points sur lesquels les juifs -- les anciens aussi bien que les juifs chrétiens -- étaient en dispute perpétuelle avec les païens convertis. De la viande provenant des sacrifices païens était non seulement servie aux festins où refuser les mets servis pouvait paraître inconvenant, et devenir dangereux, elle était vendue aussi dans les marchés publics où il n'était guère possible de discerner à la vue si elle était koscher ou non. Par la fornication ces mêmes juifs n'entendaient pas seulement le commerce sexuel hors du mariage, mais aussi le mariage dans les degrés de parenté prohibés, ou bien encore entre juifs et païens, et c'est là le sens qui, d'ordinaire, est donné au mot dans le passage des Actes des Apôtres (XV, 20 et 99). Mais notre Jean a une façon de voir à lui en ce qui concerne le commerce sexuel permis aux juifs orthodoxes. Il dit (XIV, 4), des 144.000 juifs célestes : " Ce ,sont ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes, car ils sont vierges ". Et de fait, dans le ciel de notre Jean, il n'y a pas une seule femme. Il appartient donc à cette tendance, qui se manifeste également en d'autres écrits du Christianisme primitif, qui tient pour péché le commerce sexuel en général. Si, en outre, l'on tient compte de ce fait qu'il appelle Rome la grande prostituée avec laquelle les rois de la terre ont forniqué et qui a enivré du vin de sa prostitution les habitants de la terre -- et les marchands de la terre sont devenus riches de l'excès de son luxe, il nous est impossible de comprendre -- le mot de l'épître dans le sens étroit que l'apologétique théologique voudrait lui attribuer, à seule fin d'en extraire une confirmation pour d'autres passages du Nouveau Testament. Bien au contraire, certains passages indiquent clairement un phénomène commun à toutes les époques profondément troublées, à savoir qu'en même temps qu'on ébranle toutes les barrières on cherche à relâcher les liens traditionnels du commerce sexuel. Dans les premiers siècles chrétiens, à côté de l'ascétisme qui mortifie la chair, assez souvent la tendance se manifeste d'étendre la liberté chrétienne aux rapports, plus ou moins affranchis d'entraves, entre hommes et femmes. La même chose est arrivée dans le mouvement socialiste moderne.

Quelle sainte indignation n'a pas provoqué après 1830, dans l'Allemagne d'alors -- " ce pieux pouponnat ", comme l'appelait Heine -- , la réhabilitation de la chair Saint-Simonienne ! La plus indignée fut la gent aristocratique qui dominait à l'époque, (je ne dis pas la classe aristocratique, vu qu'en 1830 il n'existait pas encore de classes chez nous) et qui, pas plus à Berlin que dans leurs propriétés de campagne ne savaient vivre sans une réhabilitation de la chair toujours réitérée. Qu'eussent-ils dit, les bonnes gens, s'ils avaient connu Fourier, qui met en perspective pour la chair bien d'autre cabrioles. Une fois l'utopisme dépassé, ces extravagances ont fait place à des notions plus rationnelles, et en réalité, bien plus radicales, et depuis que l'Allemagne, du pieux pouponnat de Heine, est devenu le centre du mouvement socialiste, on se moque de l'indignation hypocrite du vieux monde aristocratique.

C'est là tout le contenu dogmatique des épîtres. Quant au reste, elles excitent les camarades à la propagande énergique, à la fière et courageuse confession de leur foi à la face de leurs adversaires, à la lutte sans relâche contre l'ennemi du dehors et du dedans ; et pour ce qui est de cela elles auraient pu, tout aussi bien, être écrites par un enthousiaste, tant soit peu prophète, de l'Internationale.

III

Les épîtres missives ne sont que l'introduction au vrai thème de la communication de notre Jean aux sept communautés de l'Asie Mineure et, par elles, à toute la juiverie réformée de l'an 69, d'où la chrétienté est sortie plus tard. Et ici nous entrons dans le sanctuaire le plus intime du christianisme.

Parmi quelles gens les premiers chrétiens se recrutèrent-ils ? principalement parmi les " fatigués et chargés ", appartenant aux plus basses couches du peuple, ainsi qu'il convient à un élément révolutionnaire. Et de qui ces couches se composaient-elles ? Dans les villes, d'hommes libres déchus -- de toute espèce de gens, semblables aux mean whites des états esclavagistes du Sud, aux aventuriers et aux vagabonds européens des villes maritimes coloniales et chinoises, ensuite d'affranchis et surtout d'esclaves ; sur les latifundia d'Italie, de Sicile et d'Afrique, d'esclaves ; dans les districts ruraux des provinces, de petits paysans, de plus en plus asservis par les dettes. Une voie commune d'émancipation pour tant d'éléments divers n'existait pas. Pour tous le Paradis perdu était derrière eux ; pour l'homme libre déchu, la polis, cité et état tout ensemble, de laquelle ses ancêtres avaient autrefois été les libres citoyens ; pour les prisonniers de guerre, esclaves, l'ère de la liberté, avant l'assujettissement et la captivité ; pour le petit paysan, la société gentile, et la communauté du sol anéanties. Tout cela la main de fer du Romain conquérant avait jeté à bas. Le groupement social le plus considérable que l'antiquité ait su créer, était la tribu et la confédération des tribus apparentées, groupement basé, chez les Barbares, sur les ligues de consanguins ; chez les Grecs, fondateurs de villes, et les Italiotes, sur la polis, comprenant une ou plusieurs tribus. Philippe et Alexandre donnèrent à la péninsule hellénique l'unité politique, mais il n'en résulta pas la formation d'une nation grecque. Les nations ne devenaient possibles qu'après la chute de l'empire mondial de Rome. Celui-ci mit fin une fois pour toutes aux petits groupements ; la force militaire, la juridiction romaine, l'appareil pour la perception des impôts, dissolvèrent complètement l'organisation intérieure transmise. A la perte de l'indépendance et de l'organisation particulière, vint s'ajouter le pillage par les autorités militaires et civiles, qui commençaient par dépouiller les asservis de leurs trésors, pour ensuite les leur prêter de nouveau, afin de pouvoir de nouveau les pressurer. Le poids des impôts et le besoin d'argent qui en résultait, achevaient la ruine des paysans, introduisaient une grande disproportion dans les fortunes, enrichissaient les riches et appauvrissaient tout à fait les pauvres. Et toute résistance des petites tribus isolées ou des villes à la gigantesque puissance de Rome était désespérée. Quel remède à cela, quel refuge pour les asservis, les opprimés, les appauvris, quelle issue commune pour ces groupes humains divers, aux intérêts disparates ou opposées ? Il fallait bien, pourtant, en trouver une dût un seul grand mouvement révolutionnaire les embrasser tous.

Cette issue se trouva ; mais non pas dans ce monde. Et, en l'état des choses d'alors, seule, la religion pouvait l'offrir. Un nouveau monde s'ouvrit. L'existence de l'âme après la mort corporelle était petit à petit devenu un article de foi généralement reconnu dans le monde romain. De plus, une façon de peines et de récompenses pour les trépassés, suivant les actions commises de leur vivant, était partout de plus en plus admise. Pour les récompenses, à la vérité, cela sonna un peu creux ; l'antiquité était de sa nature trop matérialiste pour ne pas attacher infiniment plus de prix à la vie réelle qu'à la vie dans le royaume des ombres ; chez les Grecs l'immortalité passait plutôt pour un malheur. Advint le christianisme, qui prit au sérieux les peines et les récompenses dans l'autre monde, qui créa le ciel et l'enfer ; et voila trouvée la voie pour conduire les fatigués et les chargés de cette vallée de larmes au Paradis éternel. En fait, il fallait l'espoir d'une récompense dans l'au-delà pour arriver à élever le renoncement au monde et l'ascétisme stoïcien-philonien en un principe éthique fondamental d'une nouvelle religion universelle capable d'entraîner les masses opprimées.

Cependant la mort n'ouvre pas d'emblée ce paradis céleste eux fidèles. Nous verrons que ce royaume de Dieu, dont la nouvelle Jérusalem est la capitale, ne se conquiert et ne s'ouvre qu'à la suite de formidables luttes avec les puissances infernales. Or, les premiers chrétiens se représentaient ces luttes comme imminentes. Dès le début notre Jean désigne son livre comme la révélation de ce qui doit " arriver bientôt " ; peu après, au verset 3, il dit : " Bienheureux est celui qui lit et ceux qui écoutent les paroles de cette prophétie, car le temps est proche " ; à la communauté de Philadelphie, Jésus-Christ fait écrire. " Voici, je viens bientôt ". Et au dernier chapitre, l'ange dit qu'il a manifesté à Jean, " les choses qui doivent arriver bientôt ", et lui commandé : " Ne cachette point les paroles de la prophétie du livre, parce que le temps est proche ", et Jésus-Christ lui-même dit, à deux reprises, versets 12 et 20 : " Je viens bientôt ". Nous verrons par la suite combien tôt ce bientôt était attendu.

Les visions apocalyptiques que l'auteur fait maintenant passer sous nos yeux, sont toutes, et pour la plupart littéralement, empruntées à des modèles antérieurs. En partie, aux prophètes classiques de l'ancien Testament, surtout a Ezéchiel, en partie aux apocalypses juives postérieures, composées d'après le prototype du livre de Daniel, et surtout au livre d'Hénoch, déjà rédigé, du moins en partie, à cette époque. Les critiques ont démontré jusque dans les moindres détails, d'où notre Jean a tiré chaque image, chaque pronostic sinistre, chaque plaie infligée à l'humanité incrédule, bref, l'ensemble des matériaux de son livre en sorte que non seulement il fait montre d'une pauvreté d'esprit peu commune, mais encore il fournit lui-même la preuve que ses prétendues visions et convulsions, il ne les a pas vécues, même en imagination, comme il les a dépeintes.

Voici, en quelques mots, la marche de ces apparitions. Jean voit Dieu assis sur son trône, un livre fermé de sept sceaux à la main ; devant lui est l'agneau (Jésus) égorgé, mais de nouveau vivant, qui est trouvé digne d'ouvrir les sceaux. L'ouverture des sceaux est suivie de signes et de prodiges menaçants. Au cinquième sceau Jean aperçoit sous l'autel de Dieu les âmes des martyrs qui avaient été tués pour la parole de Dieu : " et elles criaient à haute voix, disant, jusqu'à quand, Seigneur, ne juges-tu point et ne venges-tu point notre sang de ceux qui habitent sur la terre ? " Là-dessus on leur donne à chacun une robe blanche et les engage à patienter encore un peu ; il reste d'autres martyrs qui doivent être mis à mort. Ici il n'y a donc nulle question encore de la " Religion de l'amour " du" aimez ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent ", etc., ici l'on prêche ouvertement la vengeance, la saine, l'honnête vengeance à tirer des ennemis des chrétiens. Et il en est ainsi tout le long du livre. Plus la crise approche, plus les plaies, les jugements pleuvent dru du ciel, et plus notre Jean éprouve de la joie à annoncer que la plupart des hommes ne se repentent toujours pas, et refusent de faire pénitence pour leurs péchés ; que de nouvelles plaies doivent fondre sur eux ; que Christ doit les gouverner avec une verge de fer et fouler le pressoir du vin de la colère de Dieu, mais que néanmoins les mécréants restent endurcis. C'est le sentiment naturel, éloigné de toute hypocrisie, qu'on est en lutte, et que, à la guerre comme à la guerre. A l'ouverture du septième sceau apparaissent sept anges avec des trompettes : chaque fois qu'un ange sonne de la trompette, il arrive de nouvelles horreurs. Au septième éclat de la trompette, sept nouveaux anges entrent en scène, portant les sept fioles de la colère de Dieu qui sont versées sur la terre, et de nouveau il pleut des fléaux et des jugements ; en majeure partie une fatigante répétition de ce qui a déjà eu lieu nombre de fois. Puis vient la femme, Babylone, la grande prostituée, vêtue de pourpre et d'écarlate, assise sur plusieurs eaux, enivrée du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus, c'est la grande cité qui a son règne sur les rois de la terre. Elle est assise sur une bête qui a sept têtes et dix cornes. Les sept têtes sont sept montagnes, ce sont aussi sept " rois ". De ces rois, les cinq sont tombés ; l'un est, le septième doit venir, et après lui vient un huitième qui sort des premiers cinq, qui était, blessé à mort, mais qui a été guéri.

Celui-ci, régnera sur la terre 42 mois, ou trois ans et demi (la moitié d'une semaine d'années de sept ans), persécutera les fidèles jusqu'à la mort et fera triompher les profanes. Ensuite se livre la grande bataille décisive, les saints et les martyrs sont vengés par la destruction de la grande prostituée, Babylone, et de tous ses partisans, c'est-à-dire de la grande majorité des hommes ; le diable est précipité dans l'abîme, y est enchaîné pour mille ans, pendant lesquels règne le Christ avec les martyrs ressuscités. Quand les mille ans sont accomplis le diable est délié : suit une dernière bataille de spectres dans laquelle il est définitivement vaincu. Une seconde résurrection a lieu, le reste des morts, ressuscitent et comparaissent devant le trône de Dieu (non pas du Christ, remarquez bien) et les fidèles entrent par un nouveau ciel, une nouvelle terre et une nouvelle Jérusalem dans la vie éternelle.

De même que tout cet échafaudage est dressé avec des matériaux exclusivement juifs, pré-chrétiens, de même il offre presque exclusivement des conceptions juives. Depuis que les choses allaient mal pour le peuple d'Israël, à partir du. moment où il devenait tributaire de l'Assyrie et de Babylone, jusqu'à son assujetissement aux Seleucides, c'est-à-dire d'Isaïe jusqu'à Daniel, on prophétisa, aux heures des tribulations, un sauveur providentiel. Au chap. XII, 1, 3, de Daniel se trouve la prophétie de la descente de Micaël, l'ange gardien des juifs, qui lesdélivrera dans leur détresse ; " beaucoup de morts ressusciteront ", il y aura une sorte de jugement dernier, " et ceux qui en auront amené plusieurs à la justice luiront comme des étoiles, à toujours et à perpétuité ". De chrétien, il n'y a là que l'insistance sur l'imminence du royaume de Jésus-Christ et sur la félicité des ressuscités, particulièrement des martyrs.

C'est à la critique allemande, et surtout à Ewald, Lücke et Ferdinand Benary que nous sommes redevables de l'interprétation de cette prophétie, pour autant qu'elle se rapporte aux événements de l'époque. Grâce à Renan, elle a pénétré dans d'autres milieux que les cercles théologiques. La grande prostituée, Babylone, signifie, on l'a vu, la ville aux sept collines. De la bête sur laquelle elle est assise, il est dit XVII, 9, II : " Les sept têtes sont sept montagnes. Ce sont aussi sept rois, les cinq sont tombés; l'un est et l'autre n'est pas encore venu; et quand il sera venu il faut qu'il demeure un peu de temps. Et la bête qui était et qui n'est plus, c'est aussi un huitième roi, elle vient des sept mais elle tend à sa ruine. "

La bête est donc la domination mondiale de Rome, représentée successivement par sept empereurs, dont l'un est blessé à mort et ne règne plus, mais a été guéri, et va revenir, afin d'accomplir le règne du blasphème et de la rébellion contre Dieu. " Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre. Il lui est aussi donné puissance sur toute tribu, langue et nation ; de sorte qu'elle sera adorée par tous ceux qui habitent sur la terre, dont les noms ne sont pas écrits au livre de l'agneau ". -- " Et elle faisait que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, prenaient une marque, ou le nom de la bête ou le nombre de son nom. Ici est la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence, compte le nombre de la bête, car c'est un nombre d'hommes, et son nombre est six cent soixante-six ". (XIII 7.118.)

Constatons seulement que le Boycott est mentionné ici comme une mesure à employer par la puissance romaine contre les chrétiens -- qu'il est donc manifestement une invention du diable -- et passons à la question de savoir qui est cet empereur romain qui a déjà régné, qui a été blessé à mort et qui revient comme le huitième de la série pour jouer l'Antéchrist.

Après Auguste, le premier, nous avons ; 2, Tibère ; 3, Caligula ; 4, Claude ; 5, Néron ; 6, Galba. " Cinq sont tombés, lui est. " A savoir : Néron est déjà tombé, Galba est. Galba régna du 9 juin 68 jusqu'au 15 janvier 69. Mais aussitôt qu'il fut monté sur le trône, les légions du Rhin se levèrent sous Vitelius, cependant qu'en d'autres provinces d'autres généraux préparèrent des soulèvements militaires. A Rome même les prétoriens se soulevèrent, tuèrent Galba et proclamèrent Othon.

Il résulte de ceci que notre apocalypse a été écrite sous Galba, vraisemblablement vers la fin de son règne, ou au plus tard, pendant les trois mois (jusqu'au 15 avril 69) du règne d'Othon, le septième. Mais qui est le huitième, qui a été et n'est pas ? Le nombre 666 nous l'apprendra.

Parmi les Sémites, -- les Chaldéens et les Juifs -- de cette époque, un art magique était en vogue, basé sur la double signification des lettres. Depuis environ 300 ans avant notre ère les lettres hébraïques étaient également employées comme chiffres : a = 4, b = 2, gr = 3, d = 4, et ainsi de suite. Or les devins cabbalistes additionnaient ensemble les valeurs numériques des lettres d'un nom, et à l'aide de la somme totale obtenue, par la formation de mots ou de combinaisons de mots d'une égale valeur numérique qui comportaient des inductions, cherchèrent à prédire l'avenir du porte-nom. Pareillement, des mots furent exprimés dans cette langue des chiffres. On appelait cet art d'un nom grec, ghematriak, géométrie ; les Chaldéens qui l'exerçaient comme un métier, et que Tacite dénote comme des mathematici, furent chassés de Rome.

C'est au moyen justement de cette mathématique qu'a été produit le nombre 666. Derrière lui se cache le nom d'un des premiers cinq empereurs romains. Or Irénée, à la fin du IIe siècle, outre le nombre 666, connaissait la variante 616 qui, elle aussi, datait d'un temps où l'énigme des chiffres était encore connu. Si la solution répond également aux deux nombres la preuve en est faite.

Ferdinand Benary à trouvé cette solution. Le nom est Néron. Le nombre est fondé sur Néron Kesar, la transcription hébraïque -- ainsi que le constatent le Talmud et les inscriptions palmyriennes -- du grec Nerôn Kaisar, Néron empereur, que portait comme légende la monnaie de Néron, frappée dans les provinces de l'Est de l'empire. Ainsi : n (nun) = 50, r (resch) = 200, v (vav) pour 0 = 6, n (nun) = 50, R (Raph) = 100, s (samech) = 60, et r (resch) = 200, total = 666. Or, en prenant pour base la forme latine, Nero Caesar, le second n (nun) est supprimé, et nous obtenons 666 - 50 = 616, la variante d'Irénée.

Effectivement, l'empire romain, au temps de Galba, était en désarroi. Galba lui-même, à la tête des légions d'Espagne et de la Gaule avait marché sur Rome pour renverser Néron ; celui-ci s'enfuit et se fit tuer par un affranchi. Et non seulement les prétoriens à Rome, mais encore les commandants dans les provinces, conspiraient contre Galba ; partout surgissaient des prétendants au trône, faisant des préparatifs pour se diriger avec leurs légions sur la capitale. L'empire semblait livré à la guerre intestine ; sa chute paraissait imminente.

Pour comble, le bruit se répandit que Néron n'était pas mort, mais seulement blessé, qu'il s'était réfugié chez les Parthes, qu'il passerait l'Euphrate et viendrait avec une force armée pour inaugurer un nouveau et plus sanglant règne de terreur. L'Achaie et l'Asie en particulier furent mises en émoi par de tels rapports. Et justement au moment où l'apocalypse a dû être composée, parut un faux Néron qui s'établit dans l'île de Cythnos, la Thermia moderne, dans la mer d'Egée, près de Patmos et de l'Asie-Mineure, jusqu'à ce qu'il fut tué sous Othon. Quoi d'étonnant à ce que parmi les chrétiens, en butte aux premières grandes persécutions de Néron, l'opinion se soit propagée qu'il devait revenir comme Antéchrist, que son retour et une nouvelle et plus sérieuse tentative d'extermination de la jeune secte serait le présage et le prélude du retour de Christ, de la grande bataille victorieuse contre les puissances de l'enfer, du règne de mille ans à établir " bientôt "et dont l'arrivée certaine fit que les martyrs allèrent allègrement à la mort.

La littérature chrétienne des deux premiers siècles donne assez d'indices que le secret du chiffre 666 était alors connu de nombre de personnes. Irénée qui ne le connaissait plus, savait, par contre, comme beaucoup d'autres jusqu'à la fin du IIIe siècle, que la bête de l'apocalypse signifiait Néron qui revenait. Puis cette dernière trace se perd et notre apocalypse est livrée à l'interprétation fantastique de devins orthodoxes ; moi-même j'ai connu encore des vieilles gens qui d'après les calculs du vieux Johann Albrecht Bengel attendaient le jugement dernier pour l'an 1836. La prophétie s'est réalisée à la lettre. Seulement le jugement dernier n'atteignit pas le monde des pécheurs, mais bien les pieux interprètes de l'Apocalypse eux-mêmes. Car en cette même année de 1836 F. Benary fournit la clef du nombre 666 et mit un terme à tout ce calcul divinatoire, à cette nouvelle ghematriak.

Du royaume céleste réservé aux fidèles, notre Jean ne nous offre qu'une description des dehors. D'après les notions de l'époque, la nouvelle Jérusalem est d'ailleurs construite sur un plan suffisamment grandiose : un carré de 1.200 stades de côté = 2.227 kilomètres, plus que la moitié des Etats-Unis d'Amérique, bâtie en or et pierres précieuses.

Là habite Dieu, au milieu des siens et les éclaire à la place du soleil ; la mort n'est plus et il n'y a plus ni deuil, ni cri, ni travail; un fleuve d'eau vive coule à travers la ville, sur ces bords croit l'arbre de la vie portant douze fruits, et rendant son fruit chaque mois, et les feuilles de l'arbre sont " pour la santé des gentils " (à la façon d'un thé médicinal, selon Renan. L'Antéchrist, p. 452.) Là vivent les saints aux siècles des siècles.

De telle sorte était fait le christianisme dans son foyer, l'Asie-Mineure, vers l'an 68, autant que nous le connaissons. Nul indice d'une Trinité -- en revanche, le vieux Jéhovah, un et indivisible, du judaïsme décadent où il s'élève du dieu national juif à l'unique, au premier, Dieu du ciel et de la terre, où il prétend dominer sur tous les peuples, promettant la grâce aux convertis et exterminant les rebelles sans miséricorde, fidèle en cela à l'antique parcere subjectis ac debellare superbos. Aussi est-ce Dieu lui-même qui préside au jugement dernier et non pas Jésus-Christ, comme dans les récits ultérieurs des Évangiles et des Épîtres. Conformément à la doctrine persane de l'émanation familière au judaïsme décadent, le Christ est l'agneau émané de Dieu de toute éternité, il en est de même des " sept esprits de Dieu " bien qu'occupant un rang inférieur, et qui doivent leur existence à un passage poétique mal compris (Isaïe XI, 2). Ils ne sont pas Dieu ni l'égal de Dieu, mais soumis à lui. L'agneau s'offre de son plein gré comme sacrifice expiatoire pour les péchés du monde, et pour ce haut fait se voit expressément promu en grade dans le ciel ; dans tout le livre ce sacrifice volontaire lui est compté comme un acte extraordinaire et non comme une action jaillissant avec nécessité du plus profond de son être. Il est bien entendu que toute la cour céleste des anciens, des chérubins, des anges et des saints ne fait pas défaut. Pour se constituer en religion, le monothéisme a dû de tout temps faire des concessions au polythéisme, à dater du zendavesta. Chez les juifs la conversion aux dieux païens et sensuels persiste à l'état chronique jusqu'à ce que, après l'exil, la cour céleste, modelée sur le type persan, accommode un peu mieux la religion à l'imagination populaire. Le christianisme, lui aussi, même après qu'il eut remplacé le raide et immuable Dieu des juifs par le mystérieux Dieu trinitaire, différencié en lui-même, n'a pu supplanter le culte des antiques dieux parmi les masses que par le culte des saints. Ainsi, le culte de Jupiter, selon Fallmerayer, ne s'est éteint dans le Péloponnèse, dans la Maïna, en Arcadie, que vers le IXe siècle (Hist. de la péninsule de la Morée, I, p. 227). Ce n'est que l'ère bourgeoise moderne et son protestantisme, qui écartent les saints à leur tour et prennent enfin au sérieux le monothéisme différencié.

Notre apocalypse ne connaît pas davantage le dogme du péché originel ni la justification par la foi. La foi de ces premières communautés, d'humeur belliqueuse joyeuse, diffère du tout au tout de celle de l'église triomphante postérieure ; à côté du sacrifice expiatoire de l'agneau, le prochain retour de Christ et l'imminence du règne millénaire en constituent le contenu essentiel ; et ce par quoi, seule, elle se manifeste, c'est l'active propagande, la lutte, sans

relâche contre l'ennemi du dehors et du dedans, le fier aveu de leurs convictions révolutionnaires devant les juges païens, le martyre courageusement enduré dans la certitude de la victoire.

Nous l'avons vu, l'auteur ne soupçonne pas encore qu'il est autre chose que juif. En conséquence, aucune allusion, dans tout le livre, au baptême ; aussi bien y a-t-il des indices que le baptême est une institution de la seconde période chrétienne. Les 144.000 juifs croyants sont " scellés ", non baptisés. Des saints au ciel il est dit : " Ce sont ceux qui ont lavé, et blanchi leurs longues robes dans le sang de l'agneau " : pas un mot du baptême. Les deux prophètes qui précèdent l'apparition de l'Antéchrist (ch. XI) ne baptisent pas non plus et au ch. XIX, 10, le témoignage de Jésus n'est pas le baptême mais l'esprit de la prophétie. Il était naturel dans toutes ces circonstances de parler du baptême, pour peu qu'il fut déjà institué. Nous sommes don c autorisés à conclure avec une presque certitude que notre auteur ne le connaissait pas et qu'il ne s'introduisit que lorsque les chrétiens se séparèrent définitivement d'avec les Juifs.

Notre auteur est également dans l'ignorance du second sacrement ultérieur -- l'eucharistie. Si dans le texte de Luther le Christ promet à tout Thyatirien, ayant persévéré dans la foi, d'entrer chez lui et de faire la communion avec lui, cela donne une fausse apparence. Dans le grec on lit deipnéso, je souperai (avec lui), et le mot est ainsi correctement rendu dans les bibles anglaises et françaises. De la Cène comme festin commémoratif il n'est pas question.

Notre livre avec sa date si singulièrement authentiquée, est indubitablement le plus ancien de la littérature chrétienne tout entière. Aucun autre n'est écrit dans une langue aussi barbare, où fourmillent les hébraïsmes, les constructions impossibles, les fautes grammaticales. Seuls, les théologiens de profession, ou autres historiographes intéressés, nient que les Evangiles et les Actes des Apôtres sont des remaniements tardifs d'écrits aujourd'hui perdus et dont le mince noyau historique ne se découvre plus sous la luxuriance légendaire, que les trois ou quatre lettres apostoliques, encore reconnues pour authentiques par l'école de Tubingue, ne représentent plus, après la pénétrante analyse de Bruno Bauer, que des écrits d'une époque postérieure, ou, dans le meilleur cas, des compositions plus anciennes d'auteurs inconnus, retouchées et embellies par nombre d'additions et d'interpolations. Il est d'autant plus important pour nous de posséder dans notre ouvrage, dont la période de rédaction se laisse établir à un mois près, un livre qui nous présente le christianisme sous sa forme la plus rudimentaire, sous la forme où il est à la religion de l'État du IVe siècle, achevée dans sa dogmatique et sa mythologie, à peu près ce que la mythologie encore vacillante des Germains de Tacite est à la mythologie de l'Edda, pleinement élaborée sous l'influence d'éléments chrétiens et antiques. Le germe de la religion universelle est là, mais il renferme encore indistinctement les mille possibilités de développement qui se réalisent dans les innombrables sectes ultérieures. Si ce plus ancien morceau du christianisme qui devient a pour nous une valeur toute particulière, c'est qu'il nous apporte dans son intégrité ce que le judaïsme -- sous la puissante influence d'Alexandrie -- a contribué au christianisme. Tout le reste est adjonction occidentale, gréco-romaine. Il a fallu la médiation de la religion juive monothéiste pour faire revêtir au monothéisme érudit de la philosophie vulgaire grecque la forme sous laquelle seul il pouvait avoir prise sur les masses. Une fois cette médiation trouvée, il ne pouvait devenir religion universelle que dans le monde gréco-romain, en continuant de se développer, pour s'y fondre finalement, dans le système d'idées où avait abouti ce monde.

Source : http://www.marxists.org/francais/marx/94-chris.htm

commentaires

Au risque de me perdre

Publié le 24 Mars 2013 par Ansty dans Irlande

Au risque de me perdre, je me laisse submerger par ce tourbillon d'idées. Il surgit sans crier garde et je plonge dans un autre univers. Cette musique m'entraîne loin d'ici, dans un monde irréel.
Au risque de me perdre, je la laisse m'imprégner. Il me plait d'écrire et mes doigts s'hasardent et glissent au rythme de leurs accents rocailleux. Mille paysages viennent se heurter aux yeux de mon âme. Tantôt de belles vallées moqueuses, tantôt des monts et des prairies à perte de vue. Tout en nuances, rien n'est là par hasard.
Au risque de vous perdre, ne vous y fiez pas. Sous ce chapelet de mots rauques, cette voix sibylline cache de la rondeur tout en dissimulant de la douceur. Leurs mots gutturaux résonnent tout en me parlant de cette terre que j'affectionne tant. Ce voyage glauque prend alors une destination particulière. Avec délice, je prends mon envol.
Au risque de nous perdre, il n'est qu'illusion sinistre mais fouler ce sol caillouteux s'avère goûteux. Désir réel de tout connaître, de les comprendre, de les aimer, découvrir leurs mythes et leurs légendes, parcourir les monts, les landes restent pour moi, mon paradis.
Au risque de me perdre, je songe pourtant à leur enfer et à tout ce sang versé pour que ce soir, le chant du rossignol me parvienne jusqu'au cœur de mon âme. Au passage, je respire l'air frais. L'iode de la mer flotte et m'apporte bien plus qu'un bien être certain. Inconfortable situation qui m'anime par tant de découvertes. La haine flirtant avec l'amour qui cohabite avec cette folle passion. Poison violent que tout ceci m'entraîne bien plus loin encore.
Au risque de me perdre, j'étale sur ces pages les soubresauts qui me blessent et qui m'attristent. Ils m'attisent tant que je me sens déchirée entre l'envie de rire ou de pleurer. Sensation étrange qui pourtant me plaît. Je patauge dans la rosée du petit matin qui tarde à se lever. Immobiles petites choses blanches, petits murets ou moutons endormis ? Le voile du brouillard titille mon champ d'observation.
Au risque de me perdre, je plane dans cet air nouveau qui vient de loin. A l'ouïe, je la suis. J'arrive aux portes de cette bourgade. La musique m'invite. Des rires moqueurs n'interloquent. Ne soyez pas étonné si cela vous choque. C'est ainsi par ici. Rien n'est semblable et tout reste amical. Du fond de leurs yeux, remarquez bien cette petite flamme qui vacille. Ne vous méprenez pas, le vent n'a rien à y voir.
Au risque de ne pas les perdre, je n'hésite pas le moins du monde à les suivre. Comme il est tentant de les accompagner dans leurs délires! Avec cette envie soudaine qui vous prend, laissez-vous aller et vous serez surpris par le tambourinement de vos mains que vous croyez non-expertes. Vous serez sans doute encore plus étonnés de voir que vos pieds les accompagnent par leurs rythmes endiablés.
Au risque de me perdre, je survole Dublin, ses contrées sauvages.
Je monte de plus en plus haut, au risque de me brûler les ailes. Un souffle d'air encore tiède me ramène. Réceptive, je ne peux que tout entrevoir. Mystérieux changements qui amorcent ma chute vertigineuse, je passe en rase motte sur les feuillages des arbres: destination inconnue. Telle l'aiguille d'une boussole, je vacille. Descente brusque mais sans heurts violents, tout n'est que stratagème. Un filet d'or m'accapare. Inutile de me débattre, je ne suis pas en danger.
Au risque de me perdre, je me promène dans un vaste parc. Musique, chants, tout est douceur et candeur. Des ombres fugitives se dessinent et jouent. J'essaie de les suivre. Trop tard, ils déploient leurs ailes et me quittent. Terre de mythes et de légendes, qui étiez-vous, petites ombres fragiles ?
Au risque de me perdre, j'avance droit devant moi. Ne pas souhaiter rentrer, sans jamais me retourner. Tout me semble furtif et pourtant les cris plaintifs sont bien réels. Dans ce parc qui m'appelle et m'interpelle, je me laisse guider par les pleurs. Je reste là à écouter les doléances de tout cet être qui s'élance tel un cierge vers le ciel. Imposante stature qui me garde captive. Seules les odeurs vagabondent. Je reste attentive, les yeux tournés vers le firmament. Rien ne peut venir me distraire. J'écoute et j'apprends. Personne n'entend. Seul, le bruissement du feuillage couvre le récit de son lourd secret.
Au risque de me perdre, je vous livre son affliction qu'il a cru bon me narrer.
Cet arbre qui hurlait son désespoir d'avoir dû par un beau soir d'été, prendre le dernier souffle de ses valeureux guerriers. Que de larmes n'a-t-il pas déjà versés ! Toi qui reste le dernier témoin silencieux de tant de lâcheté des hommes, tu dois savoir pour l'avoir vu que le genre humain est des plus cruels.
Au risque de me perdre, j'aimerais vous raconter ce qu'il m'a dit un soir d'hiver. Son cœur en lambeau, déchiré par tant de haine gratuite, avide de cupidité, je sais qu'il sait. Et si les pas de danses résonnent si fort, n'est-ce pas pour apprendre au monde entier qu'ils sont toujours là ?
Au risque de vous perdre, je crois bien que cela vous poussera loin d'ici mais tant pis, je ne vous pousserai pas aux limites du supportable. Au risque de me perdre, je ne peux pas vous révéler tant de chagrin et tant de laideur et pourtant, il faudrait bien que vous sachiez qu'avec tant de rancœur, on ne rebâtit pas le monde.
Au risque de nous perdre, sachez pourtant que ses branches auraient voulu céder pour ne pas les perdre. Ils sont pourtant partis et l'arbre n'est pas guéri malgré les ans, malgré le vent qui a séché ses pleurs et même les rayons du soleil n'ont pas pu le faire refleurir. Le faisceau qu'il aime est émit par la lune qui par ce soir de bonne fortune lui a narré une histoire triste qui se termine par des chants et des jeunes gens qui dansent sur cet air vieillot d'autrefois. Une flûte résonne surmontant le souffle jaloux du vent. Cet air enjôleur déploie avec courtoisie sa rage de vaincre. Lui se laisse émouvoir et déploie ses feuilles pour atteindre son orateur. Pour quelques heures, il se laisse bercer dans le vent flatteur.
Au risque de ne pas le perdre, arrêtez-vous si vous passez à Dublin.
Vous le reconnaîtrez. Il est le gardien du passé qui ne veut pas se perdre dans l'insouciance du futur. Il n'a plus guère de larmes à verser et pourtant, au risque de me perdre, je garderai au plus profond de mon âme, ses lourds secrets.
Au risque de ne pas les perdre, j'imprime dans ma mémoire, les visions d'horreur que mon cœur ne supporte plus. Que d'horreur pour leur honneur qui les a conduit dans les ténèbres de la nuit. Au risque de me perdre, je veux rester sur une dernière note d'espoir et je vous demande pardon d'avance si vous avez risqué vous aussi, de vous perdre.
Il est loin pourtant, ce temps où les hommes se faisaient la guerre en Eire. Je ne parviendrai pas à me taire pour que cette paix fragile tienne. Prenez garde à vous, messieurs les coquins qui la jalousent. Elle est le trophée tant espéré de tout ce sang versé. Issue fatale pour tous ceux qui n'ont eu cesse d'espérer et d'obtempérer. Soyez enfin apaisé car la paix tant convoitée est arrivée. Les couleurs flottent dans un ciel qui n'est pas toujours gris. La pluie qui mouille vos routes et pavés sont les larmes de joie qui vous parviennent d'entre les cieux. Elles rendent plus vertes vos vallées et augmentent de plusieurs tons votre gamme déjà large de verts. Du firmament là-haut, je sens bien qu'ils en sont fiers. N'entendez-vous pas ce bruit de fond qui s'étend à l'infini ? Ont-ils eu le temps de prendre une dernière Guinness avant de rejoindre l'au-delà ?
Au risque de me perdre, j'espère qu'ils poursuivront leur route sans se perdre. Que leurs chants les accompagnent partout où ils se rendront !
Au risque de nous perdre, je préfère songer qu'il en restera ainsi jusqu'à la nuit des temps. Que le frère du Sud embrasse celui du Nord. Que celui du Nord enlace le Sud et qu'il ne fasse plus qu'une grande famille des plus unies. Qu'importe que tu croies, à tort où a raison, que le plus fort l'emportera. Diviser n'est pas gagner.
Lui, il a pris le risque de se perdre en regagnant Cork, son comté.
En passant dans les rues de Dublin, sans se faire prendre. Il savait bien qu'un jour ou l'autre, les ailes de la mort viendraient le frôler. Son vélo ne pouvait le perdre et il est passé de ci de là, sans se soucier qu'il pouvait perdre à ce petit jeu-là. Michael, tant que tu restais sur tes gardes en jouant avec tes espoirs et tes peurs, celles-ci te préservaient de la mort. Pourquoi as-tu cessé de douter ?
Eux, tes compagnons qui croyaient te perdre t'ont poussé à te rendre sur cette terre hostile. Que de débats, que de temps pour te rendre compte que le droit, tu n'en avais pas vraiment. Issue sans espoir, tu as bien fini par t'en rendre compte mais bien trop tard.
Au risque de se perdre, se démêlant dans ce complot, il lui a fallut de l'audace pour tenir en haleine ses adversaires. Le culot a payé. Tu as gagné leur retrait mais tu savais déjà que tu t'étais vendu. Pour ceux qui n'avaient pas compris, c'était ça mais toi, tu savais car tu voyais bien plus loin. Dans cette tourmente, au risque de te perdre, tu allais comme l'agneau t'offrir en sacrifice afin que plus jamais, sur le sol irlandais, des morts ne viennent émailler les pavés.
Lui, il ne pouvait les perdre et il a dû trancher.
Statuer devenait dangereux surtout lorsque le choix est épineux.
Personne n'a voulu comprendre mais il a tenu envers et contre tous.
Au risque de les perdre, eux qui se disaient leurs amis, ils t’ont laissé te débattre dans l'autre camp afin de ramener le traité qui devait faire d'elle une nouvelle république mais qui n'a eu que l'ombre de celle-ci.
Pourtant, au risque de déplaire, il a tenu bon et a relevé le défi.
Ils peuvent aujourd'hui, se balader le long des quais sans être inquiétés
Mais qui songe à cet homme qui a prit le risque de tout perdre ?
Au risque de me perdre, il m'a souvent épaté par ses façons de faire.
Et il a su les faire taire même s'il savait d'avance qu'il prenait des risques de se perdre. Et qui viendra démentir qu'il savait avant de rentrer, qu'il avait signé son arrêt de mort. Pour lui, perdre sa vie pouvait le faire renaître dans les générations suivantes. Il était sans nul doute, en avance sur son temps. Il a joué, aimé et n'a pourtant pas obtenu de l'or.
Plus tard, l'Europe est ainsi née avec son manteau de réconfort. Je souhaite qu'elle aussi ne prenne pas le risque de nous perdre, qu'elle console les cœurs embrumés de douleur qui ne veulent plus mourir sur le champ d'honneur, qu'elle brise le sceau des complots et qu'elle garde dans son sein ses derniers enfants orphelins de bonheur.
Afin de ne pas nous perdre, qu'elle soit vigilante, qu'elle aide les miséreux et qu'elle conserve avant tout les vraies valeurs.
Au risque de ne pas se perdre, elle prend tous ces peuples sous son aile.
Qu'importe qu'il soit du Nord, du Sud, de l'Est ou de l'Ouest. L'heure est venue de nous serrer les coudes afin de ne plus nous perdre au jeu terrible et peu convenant de la guerre.
Territoire d'autrefois, il a fallu du temps aux hommes de bonnes volontés pour s'accepter les uns les autres sans se chercher ni de les perdre afin d'agrandir leur vanité.
Lui n'a pas son nom écrit en long et en large dans toutes les rues de son pays, et pourtant, avec son humour, il a fait gagner le droit de la liberté.
Poussant le vice jusqu'à leur souhaiter la bonne journée puis s'en est allé vers la fin de son voyage avec sa destinée sur la pointe des pieds.

Source : http://mon-irlande.skynetblogs.be/archive/2008/04/19/poeme-sur-l-irlande.html

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La doctrine des douze apôtres

Publié le 23 Mars 2013 par X dans Christianisme primitif

Doctrine du Seigneur enseignée aux nations par les douze Apôtres.

I. Il y a deux chemins : l'un de la vie, l'autre de la mort ; mais il est entre les deux chemins une grande différence.

Or le chemin de la vie est le suivant : « d'abord, tu aimeras Dieu qui t'a créé ; en second lieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même ; et ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait, toi non plus ne le fais pas à autrui. »

Et voici l'enseignement signifié par ces paroles : « Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent. Quel mérite, en effet, d'aimer ceux qui vous aiment! Les païens n'en font-ils pas autant? Quant à vous, aimez ceux qui vous haïssent », et vous n'aurez pas d'ennemis (Notes critiques). « Abstiens-toi des désirs charnels » et corporels. « Si quelqu'un te donne un soufflet sur la joue droite, présente lui l'autre aussi, et tu seras parfait; si quelqu'un te requiert de faire un mille, fais-en deux avec lui ; si quelqu'un t'enlève ton manteau, donne-lui encore ta tunique ; si quelqu'un t'a pris ton bien, ne le réclame pas », car tu n'en as pas le pouvoir. « Donne à quiconque t'implore, sans rien redemander », car le Père veut qu'il soit fait part à tous de ses propres largesses. Heureux celui qui donne, selon le commandement ! car il est irréprochable. Malheur à celui qui reçoit ! certes si le besoin l'oblige à prendre, il est innocent; mais, s'il n'est pas dans le besoin, il rendra compte du motif et du but pour lesquels il a pris ; il sera mis en prison, examiné sur sa conduite et « il ne sortira pas de là qu'il n'ait rendu le dernier quart d'as ». Mais il a été dit également à ce sujet : « Laisse ton aumône se mouiller de sueur dans tes mains, jusqu'à ce que tu saches à qui tu donnes ».

II. Deuxième commandement de la doctrine : « Tu ne tueras pas, tu ne seras pas adultère, » tu ne souil-leras point de garçons, tu ne commettras ni fornication, « ni vol, » ni incantation, ni empoisonnement; tu ne tueras point d'enfants, par avortement ou après la naissance ; « tu ne désireras pas les biens de ton prochain. Tu ne te parjureras pas, tu ne diras pas de faux témoignage », tu ne tiendras pas de propos médisants, tu ne garderas pas de rancune. Tu n'auras pas deux manières de penser ni deux paroles : car la duplicité de lan-gage est un piège de mort. Ta parole ne sera pas menteuse ; pas vaine non plus, mais remplie d'effet. Tu ne seras ni avare, ni rapace, ni hypocrite, ni méchant, ni orgueilleux; tu ne formeras pas de mauvais dessein contre ton prochain. Tu ne dois haïr personne ; mais tu dois reprendre les uns, et prier pour eux, et aimer les autres plus que ta vie.

III. Mon enfant, fuis tout ce qui est mal et tout ce qui ressemble au mal. Ne sois pas irascible, car la colère mène au meurtre; pas jaloux, ni querelleur, ni violent, car c'est de là que viennent les meurtres. Mon enfant, ne sois pas convoiteux, car la convoitise mène à la fornication; ne sois pas répandu en propos obscènes et en regards effrontés, car tout cela engendre les adultères. Mon enfant, n'observe pas le vol des oiseaux, car cela mène à l'idolâtrie; garde-toi des incantations, des calculs astrologiques, des purifications superstitieuses, refuse même de les voir et de les entendre, car tout cela engendre l'idolâtrie. Mon enfant, ne sois pas menteur, car le mensonge mène au vol ; pas avide d'argent ou de vaine gloire, car tout cela engendre les vols. Mon enfant, ne sois pas adonné aux murmures, car ils mènent au blasphème; ni insolent et malveillant, car tout cela engendre les blasphèmes. Au contraire sois doux, car « les doux auront la terre en partage ». Sois patient, miséricordieux, sans malice, paisible et bon ; tremble continuellement aux paroles que tu as entendues. Tu ne t'élèveras pas toi-même, tu n'ouvriras pas ton âme à la présomption. Ton âme n'adhérera pas aux superbes, mais tu fréquenteras les justes et les humbles. Tu accueilleras comme autant de biens les événements qui t'arrivent, sachant que rien ne se fait sans Dieu.

IV. Mon enfant, souviens-toi nuit et jour de celui qui t'annonce la parole de Dieu ; honore-le comme le Seigneur, car là où est annoncée sa souveraineté, là est aussi le Seigneur. Recherche tous les jours la com-pagnie des Saints, afin de te réconforter par leurs conversations. Tu ne feras point de schisme, mais tu mettras la paix entre ceux qui se combattent. « Tu jugeras avec justice » ; tu ne feras pas acception de la per-sonne en reprenant les fautes. Tu ne demanderas pas avec inquiétude si une chose arrivera ou non.

 « Ne tiens pas les mains étendues quand il s'agit de recevoir, et fermées quand il faut donner ». Si tu possèdes quelque chose grâce au travail de tes mains, donne afin de racheter tes péchés. Ne balance pas avant de donner, mais donne sans murmure et tu reconnaîtras un jour qui sait récompenser dignement. Ne repousse pas l'indigent, mets tout en commun avec ton frère et ne dis pas que tu as des biens en propre, car si vous entrez en partage pour les biens immortels combien plus y entrez-vous pour les biens périssables?

Tu ne retireras pas la main de dessus ton fils et ta fille; mais dès leur enfance tu leur enseigneras la crainte de Dieu. Tu ne commanderas pas avec aigreur à ton esclave ou à ta servante qui mettent leur espérance dans le même Dieu que toi, de peur qu'ils ne perdent la crainte de Dieu, qui est au-dessus des uns et des autres; car il n'appelle pas suivant la qualité de la personne, mais il vient à ceux que l'esprit a préparés. Pour vous, esclaves, vous serez soumis à vos seigneurs comme à une image de Dieu, avec respect et avec crainte.

Hais toute hypocrisie et tout ce qui déplaît au Seigneur ; ne mets pas de côté les « commandements du Seigneur, mais observe » ceux que tu as reçus « sans rien ajouter ni rien retrancher ». Dans l'assemblée, tu feras l'exomologèse de tes péchés et tu n'iras pas à la prière avec une conscience mauvaise.

Tel est le chemin de la vie.

V. Voici maintenant le chemin de la mort. Avant tout il est mauvais et plein de malédiction : « meurtres, adultères », convoitises, « fornications, vols, » idolâtrie, pratiques magiques, empoisonnements, rapines, « faux témoignages », hypocrisie, duplicité du cœur, « ruse, orgueil, malice », arrogance, « avarice », obscénité de langage, jalousie, insolence, faste, « forfanterie », absence de toute crainte. Persécuteurs des hommes de bien, ennemis de la vérité, amateurs du mensonge, qui ignorent la récompense de la justice, « qui ne s'attachent pas au bien » ni au juste jugement, qui sont en éveil, non pour le bien, mais pour le mal, qui sont loin de la douceur et de la patience, qui « aiment la vanité », qui « courent après la récompense », qui n'ont pas de pitié pour le pauvre et ne se mettent point en peine des affligés, qui méconnaissent leur propre créateur, « meurtriers d'enfants », et meurtriers par avortement des créatures de Dieu, qui se détournent de l'indigent et accablent les opprimés, avocats des riches, et juges iniques des pauvres, pécheurs de part en part! Puissiez-vous, ô mes enfants, être préservés de tous ces gens-là !

VI. Veille « à ce que nul ne te détourne » de ce chemin de la Doctrine, car celui-là t'enseigne en dehors de Dieu. Si tu peux porter tout entier le joug du Seigneur, tu seras parfait; sinon, fais du moins ce qui est en ton pou voir. Quant aux aliments, prends sur toi ce que tu pour ras ; mais abstiens-toi complètement des viandes offertes aux idoles, car c'est là un culte rendu à des dieux morts.
VII. Pour le baptême, donnez-le de la manière sui vante: après avoir enseigné tout ce qui précède, « baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », dans de l'eau courante. S'il n'y a pas d'eau vive, qu'on baptise dans une autre eau et à défaut d'eau froide, dans de l'eau chaude. Si tu n'as (assez) ni de l'une ni de l'autre, verse trois fois de l'eau sur la tête « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Que le baptisant, le baptisé et d'autres personnes qui le pourraient, jeûnent avant le baptême ; du moins au baptisé ordonne qu'il jeûne un jour ou deux auparavant.

VIII. « Que vos jeûnes n'aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites » ; ils jeûnent en effet le lundi et le jeudi ; pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi. [2] « Ne priez pas non plus comme les hypocrites », mais de la manière que le Seigneur a ordonné dans son évangile :

Priez ainsi :

Notre Père qui est au ciel,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton royaume arrive,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre existence,
Remets-nous notre dette
Comme nous remettons aussi la leur à nos débiteurs,
Et ne nous induis pas en tentation,
Mais délivre-nous du mal » ;
Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles !

Priez ainsi trois fois par jour.

IX. Quant à l'eucharistie, rendez grâce ainsi. D'abord pour le calice :

Nous te rendons grâce, ô notre Père,
Pour la sainte vigne de David ton serviteur,
Que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur.
Gloire à toi dans les siècles !
Puis, pour le pain rompu :
Nous te rendons grâce, ô notre Père,
Pour la vie et la science
Que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur.
Gloire à toi dans les siècles !

Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été recueilli pour devenir un seul tout,

Qu'ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton royaume,

Car à toi est la gloire et la puissance par Jésus-Christ dans les siècles !

Que personne ne mange et ne boive de votre eucharistie, si ce n'est les baptisés au nom du Seigneur, car c'est à ce sujet que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens. »

X. Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi :

Nous te rendons grâce, « ô Père Saint ! »
Pour ton saint nom
Que tu as fait habiter dans nos cœurs,
Pour la connaissance, la foi et l'immortalité
Que tu nous as révélées par Jésus ton serviteur.
Gloire à toi dans les siècles !
C'est toi, maître tout-puissant,
Qui as « créé l'univers » à l'honneur de ton nom,
Qui as donné aux hommes la nourriture et la boisson en jouissance pour qu'ils te rendent grâces ;
Mais à nous tu as donné une nourriture et un breuvage spirituel et la vie éternelle par ton serviteur.
Avant tout, nous te rendons grâces, parce que tu es puissant.
Gloire à toi dans les siècles !
Souviens-toi, Seigneur, de délivrer ton Eglise de tout mal,
Et de la rendre parfaite dans ton amour.
Rassemble-la des quatre vents, cette Eglise sanctifiée,
Dans ton royaume que tu lui as préparé,
Car à toi est la puissance et la gloire dans les siècles !
Vienne la grâce et que ce monde passe !
« Hosanna au Dieu de David ! »
Si quelqu'un est saint, qu'il vienne !
Si quelqu'un ne l'est pas, qu'il fasse pénitence !
Maran Atha,
Amen.

Laissez les prophètes rendre grâce autant qu'ils voudront.

XI. Si quelqu'un vient à vous et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit, recevez-le ; mais si le prédica-teur lui-même, étant perverti, enseigne une autre doctrine, et travaille à détruire, ne l'écoutez pas ; enseigne-t-il, au contraire, pour accroître la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.

A l'égard des apôtres et des prophètes, agissez selon le précepte de l'Evangile, de la manière suivante :

Que tout apôtre arrivant chez vous soit reçu comme le Seigneur ; mais il ne restera qu'un seul jour, ou un deuxième en cas de besoin ; s'il reste trois jours, c'est un faux prophète. A son départ que l'apôtre ne reçoive rien, sinon du pain pour gagner un gîte ; s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète.

Vous n'éprouverez et ne critiquerez aucun prophète qui parle en esprit : car « tout péché sera remis, mais ce péché-là ne le sera pas ». Tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, mais seulement s'il a les façons de vivre du Seigneur. C'est donc d'après leur conduite que l'on distinguera le faux prophète et le vrai prophète. Ainsi tout prophète qui ordonne en esprit de dresser une table, s'abstient d'en manger, à moins qu'il ne soit un faux prophète ; et tout prophète qui enseigne la vérité, mais sans faire ce qu'il enseigne, est un faux prophète ; et tout prophète éprouvé, véridique, qui opère en vue du mystère terrestre de l'Eglise, mais qui n'instruit pas les autres à exécuter les choses qu'il fait lui-même, ne doit pas être jugé par vous : car c'est Dieu qui le jugera, et d'ailleurs les anciens prophètes ont agi de même. Quiconque vous dit en esprit : Donnez-moi de l'argent ou quelque autre chose, vous ne l'écouterez pas; mais s'il prie qu'on donne pour d'autres indigents, que nul ne le juge.

XII. Tout homme « qui vient au nom du Seigneur » doit être accueilli ; ensuite éprouvez-le pour le juger, car vous devez discerner la droite et la gauche. Si le nouveau venu ne fait que passer, secourez-le de votre mieux; mais il ne demeurera chez vous que deux ou trois jours, si c'est nécessaire ; s'il veut s'établir chez vous, et qu'il soit artisan, qu'il travaille et qu'il se nourrisse ; mais s'il n'a pas de métier, que votre prudence avise à ne pas laisser un chrétien vivre oisif parmi vous. S'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ ; gardez-vous des gens de cette sorte.

XIII. Tout vrai prophète voulant s'établir chez vous « mérite sa nourriture » ; pareillement le docteur véritable gagne lui aussi, comme « l'ouvrier, sa nourriture ». Tu prendras donc, du pressoir et de l'aire, des bœufs et des brebis, les prémices de tous les produits, tu les donneras aux prophètes, car ils sont vos grands-prêtres ; et si vous n'avez pas de prophète, vous donnerez aux pauvres Si tu fais du pain, prélève les prémices et donne-les selon le commandement. De même, si tu ouvres une amphore de vin ou d'huile, prélèves-en les prémices et donne-les aux prophètes. Sur ton argent, sur tes vêtements, sur toute sorte de richesse, prélève les prémices, selon ton appréciation, et donne-les selon le commandement.

XIV. Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces, après avoir d'abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur. Celui qui a un différend avec son compagnon ne doit pas se joindre à vous avant de s'être réconcilié, de peur de profaner votre sacrifice, car voici ce qu'a dit le Seigneur : « Qu'en tout lieu et en tout temps, on m'offre un sacrifice pur ; car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est admirable parmi les nations ».

XV. Ainsi donc, élisez-vous des évêques et des diacres dignes du Seigneur, des hommes doux, désintéressés, véridiques et éprouvés ; car ils remplissent eux aussi, près de vous, le ministère des prophètes et des docteurs. Donc ne les méprisez pas ; car ils sont les hommes honorés d'entre vous, avec les prophètes et les docteurs.
Reprenez-vous les uns les autres, non avec colère, mais pacifiquement, comme vous le tenez de l'Evangile ; et si un homme offense son prochain, que personne ne converse avec lui, qu'il n'entende un mot de personne avant qu'il ait fait pénitence. Pour vos prières, vos aumônes et toutes vos actions, faites-les comme vous le trouverez marqué dans l'Evangile de notre Seigneur.

XVI. « Veillez » sur votre vie ; ne laissez ni « s'éteindre vos lampes » ni se détendre « la ceinture de vos reins » ; mais « soyez prêts car vous ignorez l'heure où notre Seigneur viendra ». Assemblez-vous fréquemment pour rechercher ce qui intéresse vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous servira de rien, si au dernier moment vous n'êtes devenus parfaits. Car aux derniers jours on verra se multiplier les faux prophètes et les corrupteurs, les brebis se changer en loups et l'amour en haine. Avec les progrès de l'iniquité, les hommes se haïront, se poursuivront, se trahiront les uns les autres ; et alors paraîtra le Séducteur du monde, se donnant pour Fils de Dieu ; il fera « des signes et des prodiges », la terre sera livrée entre ses mains, et il commettra des iniquités telles qu'il n'en fut jamais commis depuis le commencement des siècles.

Alors toute créature humaine entrera dans le feu de l'épreuve : « beaucoup se scandaliseront » et périront ; » mais ceux qui auront persévéré » dans leur foi « seront sauvés » par Celui-là même qui aura été un objet de malédiction. Alors « apparaîtront les signes » de la vérité : premier signe, les cieux ouverts ; deuxième signe, le son de la trompette; troisième signe, la résurrection des morts ; non de tous, il est vrai, mais, selon qu'il a été dit : « le Seigneur viendra et tous les saints avec lui ». Alors le monde « verra » le Seigneur « venant sur les nuées du ciel ».

Source : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/didache.htm

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Le christianisme primitif et ses rites

Publié le 22 Mars 2013 par B\ V\ dans Planches

La planche de ce jour a pour thème le christianisme primitif et ses rites, cependant il est nécessaire de commencer par rappeler quelques éléments doctrinaux qui ont conditionné l’évolution ultérieure de la chrétienté. Pour des raisons de commodité, le présent exposé adopté délibérément une présentation très structurée, dont l’inconvénient est un schématisme réducteur.

La doctrine
L’enseignement de Jésus
L’enseignement de Jésus est d’abord connu au travers des écrits rédigés par les apôtres, c’est-à-dire par des textes apologétiques et démonstratifs, et non pas « historiques » au sens actuel du terme. Il reste cependant que l’analyse détaillée de ces mêmes textes, la présence d’autres sources (écrits païens et apocryphes), la connaissance du judaïsme antique et de la Bible juive permettent de déterminer avec une précision acceptable les paroles réelles de jésus.
Avant de devenir une religion constituée, l’enseignement de Jésus est d’abord un discours qui se situe avant tout dans le cadre du judaïsme: en effet, en dehors de toute autre considération (langue, géographie), l’enseignement de Jésus n’est compréhensible que par le peuple juif, élevé dans une religion monothéiste. Simultanément, cette même prédication fait éclater par certains points le judaïsme traditionnel, et trouvera (par l’intermédiaire de Paul) son plus grand succès auprès des païens. On touche là l’ambiguïté fondamentale de Jésus, qui explique pourquoi ses contemporains ont eu du mal à le reconnaître comme le Messie.

Le Royaume de Dieu
En schématisant à l’extrême, le message de Jésus est marqué par un thème récurrent : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu s’est approché : convertissez vous, et croyez à l’Evangile » (Marc 1, 15).

Le Messie
A ce titre, ses disciples reconnaissent en Jésus l’Oint du Seigneur (Messie en hébreu, Christ en grec), titre que jésus n’accepte qu’avec réticence. Cela n’empêche pas que les apôtres et les foules voient en lui le Messie Glorieux, venu rétablir la place d’Israël parmi les nations, d’où l’ambiguïté de son succès; le procès et la crucifixion de Jésus le réalisent comme Messie Souffrant, pour reprendre les termes d’Isaïe (40-55). En reprenant les évangiles, il semble que jusqu’à son procès, Jésus a hésité entre ces deux aspects du Messie.

La Loi Juive
Un autre trait caractéristique de la prédication de Jésus est son attitude par rapport à la Loi Juive. D’un côté, il déclare : « N’allez pas croire que je suis venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu pour abroger, mais pour accomplir » (Mathieu 4, 17). Pourtant, simultanément, sa prédication s’adresse en priorité aux déshérités, aux pêcheurs, et il n’hésite pas à interpréter cette même Loi dans un sens apparemment contraire à la tradition, au nom d’une raison supérieure, l’amour et la miséricorde divine : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’Homme est maître même du sabbat » (Marc 2, 28).

Jésus et les païens
Au début de la prédication de Jésus, son discours s’adresse exclusivement au peuple juif, les païens et les Samaritains étant parfois cités en exemple à titre individuel : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mathieu 15, 24). Il reste que progressivement, peut-être à cause des obstacles rencontrés auprès des Juifs eux-mêmes, Jésus en vient à inclure progressivement les gentils dans l’avenir messianique: « Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les héritiers du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors » (Mathieu 8, 11).

La communauté des Douze
L’Eglise primordiale est constituée de la communauté des Douze, nombre qui symbolise clairement le nouvel Israël. Les principales activités de Jésus sont la prière et la prédication, mais il ne crée pas lui-même de sacrement (Non, Jésus n’a pas inventé le signe de croix !). Ce n’est qu’après sa mort que les apôtres créeront les sacrements, pour obéir à ses injonctions ou pour garder sa mémoire ; il suffit de penser à la communion, ou au pardon des péchés.

La Communauté de Jérusalem
La toute première communauté chrétienne est celle des apôtres, à Jérusalem. On lui donne déjà le nom d’Eglise (du grec ecclesia), c’est à dire assemblée, car il s’agit avant tout d’une structure collégiale. Ce groupe est constitué de juifs pieux, qui ne cherchent pas la rupture avec le judaïsme, dont ils pratiquent les rites; leur seule différence, c’est qu’ils identifient Jésus au Messie anonyme de l’espérance juive. Alors que les apôtres sont convaincus du succès de leur prédication auprès de leurs corréligionnaires, ils trouvent leur véritable auditoire auprès de la diaspora hellénisée de Jérusalem, dont Etienne est le représentant : ce groupe condamne comme idolâtre le culte rendu au Temple, et proclame pour la première fois l’autonomie du message chrétien par rapport au judaïsme. Dans la ville sainte juive, un tel discours est perçu comme sacrilège, aussi Etienne meurt lapidé tandis que la communauté chrétienne est dispersée.

Paul et la mission auprès des Gentils
Issu lui aussi de la diaspora de langue grecque, Paul est d’abord un pharisien farouche, avant de se convertir brusquement. Face à la communauté des apôtres, il affirme tenir sa mission de Dieu lui-même, et en tant que citoyen romain, va utiliser l’infrastructure romaine pour répandre la nouvelle foi auprès des Gentils (traduction grecque de l’hébreu Goyim). Paul est le premier à donner à la nouvelle religion un enseignement théorique compréhensible hors du monde juif: en ce sens, il est « l’inventeur » du christianisme. Très rapidement, la communauté juive originelle devient minoritaire dans le christianisme; simultanément, la communauté juive rejette le christianisme comme interprétation possible du judaïsme. Simultanément citoyen romain, de culture grecque, de religion juive, mais connaissant les cultes païens, Paul est déchiré entre de nombreuses contradictions, qu’il réussit à concilier dans une foi profonde en Jésus. Aussi, sans lui retire son originalité propre, l’élan qu’il va donner au christianisme sera marqué par ces influences contradictoires. En schématisant à l’extrême sa pensée, Paul affirme qu’il est impossible à l’Homme de trouver seul son Salut, état qui selon lui est du seul ressort de Dieu, par l’intermédiaire de Jésus. A ce titre, seule la foi sauve, et donc toutes les observances rituelles du judaïsme sont condamnées sans recours, car inopérantes.

Les rites chrétiens primitifs
Malgré l’existence de certains rites (fraction du pain notamment) dans la Communauté de Jérusalem, on ne peut parler de rites chrétiens qu’au moment de la séparation d’avec le judaïsme traditionnel.

Le recrutement
Le christianisme connaît ses premiers succès auprès du petit peuple des villes romaines (esclaves, affranchis, artisans), d’où le sobriquet de « religion d’esclave » qui lui est initialement appliqué.   
Un tel succès réalisé malgré les persécutions officielles peut s’expliquer par la conjonction de différents facteurs :
La crise du système religieux traditionnel et l’intérêt pour les religions à mystères importées d’orient (le christianisme primitif était considéré comme une religion orientale).
La fraternité affichée entre les membres, indépendamment de leur sexe, position sociale ou nationalité : « Il n’y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous » (Col 3, 11).
L’incarnation effective d’un sauveur en Jésus, homme réel et contemporain, à comparer aux créations mythiques des autres religions à mystères.
La proximité du Royaume et le salut rendu possible à tous, hors d’un enseignement ésotérique réservé à une élite. Le recrutement s’élargit rapidement aux classes moyennes et aux gens de toute condition : « Aquilas et Prisca vous envoient bien des salutations dans le Seigneur, ainsi que l’Eglise qui se réunit chez eux » (1 Cor 16, 19). Dans le même temps, le christianisme cesse de s’opposer systématiquement à la culture païenne, mais cherche à en récupérer les meilleurs éléments, ce qui est un facteur d’attraction supplémentaire. En revanche, la vieille aristocratie romaine et le monde paysan resteront longtemps à l’écart de cette religion nouvelle.

Les dogmes
Sans revenir sur le message de Jésus, il est nécessaire de rappeler qu’à ses débuts, le christianisme est avant tout l’observance des paroles du Maître, mais ne possède pas de corpus théologique fié explicitement. Cette mise en forme est commencée par Paul, puis continuée par les Pères de l’Eglise, mais il faudra attendre le concile de Nicée (325) pour qu’un consensus général s’établisse sur les dogmes chrétiens : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant… »). De ce fait, le christianisme primitif est avant tout une fédération de petites communautés, se reconnaissant toutes dans la foi en Jésus, mais très différentes les unes des autres :
Clergé n’obéissant pas à une autorité centrale et unique.

Différence dans les rituels
Divergences qui vont jusqu’à l’hérésie dans l’interprétation des paroles de Jésus.
Ces différences subsistent de nos jours au Moyen-Orient, où existent encore des églises chrétiennes jalouses de leur indépendances : coptes, maronites… Une théologie va donc progressivement se construire, permettant, en maintenant les enseignements de Jésus, de :
Communiquer l’enseignement de Jésus à des non-juifs, en utilisant le cas échéant le vocabulaire et la culture païenne (hellénisme notamment)
Faire face à l’élévation du niveau culturel des membres (classes moyennes romaines)
Définir un corpus cohérent face aux religions à mystères
Mieux définir la foi par rapport aux déviations rituelles et doctrinales (hérésies)
Unifier les différents rituels et les écrits canoniques
Enfin, lors de la victoire du christianisme (330), faire face aux conséquences d’un recrutement de masse.

Le baptême
Rien n’indique que Jésus ait baptisé lui-même, mais selon les Evangiles, il ordonne aux apôtres de la faire en son nom : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui que ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Quoiqu’il en soit, le baptême deviendra très vite le rite d’intégration par excellence. Les non-baptisés n’assistent qu’au début de la messe (prière, lectures bibliques et sermon), puis se retirent avant la célébration de la communion, réservée aux seuls fidèles.Initialement, seule la foi en Jésus et le repentir sont exigés, mais très vite une instruction préliminaire est mise en place, tandis que les candidats sont parrainés et soumis à une période probatoire ; en période de persécutions, on comprend aisément les raisons de ces précautions. Le baptême effaçant tous les péchés, la tentation est grande de sa faire baptiser le plus tard possible, éventuellement sur son lit de mort, aussi de nombreux évêques fulmineront contre cette dérive. Pour l’ensemble de ces raisons, le baptême est initialement réservé aux adultes, mais le baptême des enfants est introduit très tôt.La cérémonie du baptême est préparée par une retraite préliminaire, tandis que le sacrement est pratiqué par immersion totale, de préférence dans la nuit de Pâques. L’immersion est complétée par une imposition des mains, qui existe encore dans le rite actuel, mais a donné lieu à un sacrement distinct : la confirmation.

La communion
Le partage du pain est déjà attesté dans la communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42). Dès les débuts du christianisme, ce rite est perçu simultanément comme mémorial de la Cène et anticipation du Royaume de Dieu. Quelques années plus tard, Paul sera le premier à développer une théologie autour de ce geste. La participation à la communion suit immédiatement l’admission des nouveaux baptisés, qui assistent à l’intégralité du culte. Ce rite est initialement intégré dans une agape communautaire et fraternelle, dont il constitue l’élément sacré : « Mais quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. Car au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre » (1 Cor 10, 20). Vers le 2ème siècle, le rituel se stabilisera autour de quelques traits principaux, tandis que l’agape sera séparée de l’Eucharistie (action de grâces), ce dernier terme servant de plus en plus à désigner la Cène. Plus tard, l’agape deviendra progressivement un repas charitable pour les pauvres et finira par disparaître; la Cène évoluera pour devenir la Messe.

Morale chrétienne et pénitence
Les premiers chrétiens pratiquent une morale volontairement austère, qui les met à contre-courant de leurs contemporains: stricte discipline de vie (jeûne notamment), renoncement aux distractions païennes ou immorales, bannissement du lucre et du luxe, valorisation de la virginité, du mariage et de la famille, promotion de la charité fraternelle. Une telle rigueur s’explique à la fois par l’influence du dualisme grec (alors à la mode), mais aussi par la conviction d’un retour très proche de Jésus : il faut être prêt pour le Royaume. Nul doute qu’une telle sévérité a dû décourager plus d’un candidat, mais a aussi été un puissant facteur d’attraction pour les meilleurs des païens. Compte tenu de la vie communautaire des premiers chrétiens, l’aveu des fautes et leur pardon sont publics (« Je confesse à Dieu tout puissant, je reconnais devant mes frères… »), l’un et l’autre étant du devoir de tout croyant ; encore une fois, la foi en Jésus impose le rite. Avec l’élargissement du recrutement, une telle rigueur était difficile à maintenir, aussi après bien des hésitations se met en place un système élaboré de pénitences, allant jusqu’à l’excommunication temporaire suivie d’une réconciliation solennelle. Avec le temps, ce rite débouchera sur la justice ecclésiastique d’une part, sur la forme moderne de la confession d’autre part.

Le clergé
La communauté de Jérusalem ne connaît pas de véritable hiérarchie, mais un Conseil des Anciens; là encore, la différenciation des fonctions apparaît avec l’autonomie du christianisme par rapport au judaïsme, puis s’accentue avec sa reconnaissance comme religion officielle de l’Empire. Les écrits de Paul « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ, qui sont à Philippes, avec leurs épiscopes et leurs diacres » (Phil 1, 1) attestent de la présence de Surveillants (en grec, episcopoi), et de Diacres, chargés principalement de fonctions administratives. Le titulaire du poste est initialement choisi par la communauté, dont le choix est confirmé par la hiérarchie dans le rite de l’ordination. La transmission du pouvoir spirituel est effectuée par imposition des mains : on le voit, le rite est resté inchangé.

J’ai dit, V\ M\

Source : www.ledifice.net

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Essai sur le Christianisme Primitif

Publié le 21 Mars 2013 par X dans Christianisme primitif

L’Histoire du Christianisme va se raccrocher aux « Actes des Apôtres » souvent remaniés, faut-il le dire, ils invitent à suivre l’expansion du christianisme qui est avant tout « œuvre de l’Esprit ». Malheureusement ces Actes ne recouvrent qu’une partie des premiers balbutiements de l’Histoire du Christianisme Primitif. Les divers autres documents qui ont fini par être tenus pour vrais sont très souvent, étayés de suppositions, ou trop tardifs, et sont plus ou moins enjolivés! Il faut attendre 1873 (!) pour qu’on découvre dans une bibliothèque de Constantinople un livre, un petit livre titré : « Didachè », ou « Doctrine des 12 Apôtres », sans nom d’auteur, probablement ayant vécu à la charnière du 1er et du IIe siècle. Le document émane d’une communauté juive convertie au christianisme. Il y est question de la morale chrétienne, du Baptême, de la hiérarchie intercommunautaire et de vie sociale en général. L’auteur insiste sur la charité, l’hospitalité et le secours mutuel qui doivent être pratiqués. Il écrit que l’unité, la sainteté, l’universalité doivent caractériser l’Eglise et que le symbole de cette unité est « le pain rompu ».

Alinéa en forme de doute ! Aujourd’hui, là, de nos jours, les athées ultra rationalistes nient la personnalité du Christ. Au crédit de leurs dires, l’histoire de Jésus n’est consignée ni dans les actes officiels ni dans les annales de l’empire romain. Les Evangiles relatent des évènements qui par leur côté spectaculaire devraient se retrouver, dans les chroniques de l’époque où ils se situent, il n’en est rien, par exemple: le massacre des nouveaux nés sous Erode, l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem, le ciel qui s’assombrit et le rideau du Temple qui se déchire lorsqu’il meurt sur la croix, les flammes qui descendent sur les apôtres, la foule qui « parle en langue » lors de la Pentecôte etc. Rien de cela! Dans ce climat de remise en question, une étrange déclaration, en 1955, le Pape Pie XII devant un Congrès d’historiens déclare que la question de l’existence de Jésus, pour les catholiques, relève de la foi et non de la science, voilà qui peut laisser perplexe ! Il est avancé qu’il ne serait simplement et naturellement que le fils d’un homme et d’une femme, sans intervention de Dieu, se sera l’opinion d’Arius, né en 256, 270, il soutiendra que Jésus était une simple créature tirée du néant n’ayant reçu le privilège d’être le Fils de Dieu que par adoption. Arius fut tout naturellement anathémisé, on pense qu’il mourut empoisonné en 336. Cette théorie eût de si nombreux partisans que « l’Arianisme » faillit de peu l’emporter sur le christianisme ! Une autre hypothèse avancée, c’est celle selon laquelle Jésus serait devenu l’incarnation du Christ, Fils de Dieu qu’au moment de son baptême dans le Jourdain... pour une durée de trois ans. Le Christ est alors le Fils de Dieu, partie intégrante et indissoluble de la Sainte Trinité! Plusieurs éminentes personnalités affirment que les renseignements du Nouveau Testament à propos de la mort et de la résurrection de Jésus. sont tout bonnement des copies d’enseignements venant de ce qu’on a appelé les « religions à mystères ». Il est à noter que le Baptême n’est pas une innovation chrétienne, les disciples se le sont appropriés, en ont fait un geste d’entrée dans la communauté, ils l’ont enrichi par le mystère pascal. Au 1er siècle plusieurs de ces religions à « Mystères » tentaient de s’imposer, elles apparaissaient, disparaissaient, se transformaient, elles tentaient leur chance ! Chacune d’elles étaient construites autour d’un mythe, elles avaient toutes en commun, Mort et Résurrection. Retour à nos sources référents : les « Actes des Apôtres », oeuvre de Luc le compagnon de Paul.

Nouvelle tentative pour trouver le ou les fondateurs de l’Eglise Primitive !

Les « Actes des Apôtres » nous présentent comment l’Eglise primitive a été fondée : d’une manière surnaturelle par l’effusion du Saint Esprit. Dans la relation de sa première prédication, « remplit du Saint Esprit » fondateur, Pierre annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants, faire partie de cette Eglise la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique par immersion dans l’eau, donné, au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. Ce baptême doit être accompagné d’une imposition des mains, d’une onction d’huile consacrée et de la remise d’un vêtement blanc. « Dieu seul sauve et ajoute à son Eglise, par le Saint Esprit, ceux qui deviennent croyants ». (Actes 2.47). « Et ceux là devenaient des membres d’un seul corps (1 Cor. 12.13) « Ils étaient munis des dons de l’Esprit ». (Cor. 12.7-11)

Ce qui se colporte sur ce Jésus de Nazareth, Fils de Dieu et Sauveur des hommes n’est pas sans provoquer des remous, des railleries dans une société où domine une culture à la fois raisonneuse et syncrétiste. Des intellectuels comme Cerce dénoncent même le péril que représentent ces fables qui circulent, pour l’ordre public. Autour de Jacques, se regroupent assez nombreux ceux qui veulent rester attachés aux observances juives, en particulier à la circoncision, c’est ce qu’on a appelé le « parti des hébreux » parti soutenu par les Pharisiens. Antioche la libérale se voit mettre au pilori : « En confondant le peuple élu d’Israël dans la tourbe de toute provenance, qui va forcément envahir l’Eglise, les novateurs d’Antioche tournent le dos aux prérogatives défendues par les membres de la communauté mère de Jérusalem », ils y a abandon de leur part du particularisme juif. « Dès lors, coupées des eaux vivantes du grand fleuve chrétien, s’abreuvant bientôt à des sources maléfiques, les communautés demeurées obstinément judéo-chrétiennes furent condamnées à disparaître dans les sables de l’Histoire ».

L’importance de Jérusalem dans l’émergence du christianisme est évidente, c’est la ville centralisatrice où se décident les conditions d’accueil des païens dans la communauté. Tout part et rayonne de Jérusalem. Dans la tradition d’Israël, Jérusalem est présentée d’ailleurs comme le lieu vers lequel monteront les nations aux temps eschatologiques

Qui sont les Apôtres, leur rôle ?! On trouve le mot « Apôtre » dans la Bible grecque des Septante où il a le sens d’« envoyé plénipotentiaire », il désigne les témoins de la résurrection de Jésus ; on retrouve le mot dans l’Evangile de Matthieu (19.28) où là il désigne symboliquement le peuple de la fin des Temps. Paul fera usage de ce titre quand il sera introduit auprès des Apôtres par Barnabé.

La « Bonne Nouvelle », la promesse d’un Royaume de Dieu se répand comme le feu sur herbe sèche, cette « Bonne Nouvelle » désigne un but à poursuivre, un idéal à promouvoir, désigne un bienfait suprême où se résume le don de Dieu ; (Matt.IV,17, VI,10,33). Quels sont les facteurs qui ont favorisé amplement l’expansion du christianisme : sa vocation universelle et œcuménique, la clarté de sa doctrine monothéiste ; l’organisation rigoureuse de ses communautés; une propagande habile, et puis le fait que cette religion bien qu’orientale ait été très ouverte, tout cela attira; une doctrine sociale hardie la rendit très populaire chez les humbles, les démunis. Les « Actes » parlent d’une mise en commun par les « frères », de leurs biens, l’argent était équitablement réparti, un service aux indigents existait. Cette façon de vivre rappelle fortement la communauté de Qumram qui bien que judaïque était en rupture totale avec le judaïsme officiel jugé impur. Juste un mot : le monastère de Qumram se préparait activement à vivre la fin d’un monde corrompu. Jésus fut très certainement admis au noviciat de la secte lequel durait deux ou trois ans. La communauté Esséniennes pratiquaient un culte spirituel, où il y avait le partage du pain, la charité et la solidarité étaient un devoir, les sacrifices sanglants y étaient formellement exclus, contrairement aux hébreux qui se livraient encore à la coutume du sacrifice de la brebis. Pour Luc le partage des biens matériels était un signe d’une vie chrétienne authentique, « les Biens de la Terre sont à la disposition de tous ».

Une colère de regret :

Le Christianisme Primitif s’inscrivit comme une religion des pauvres, de la main tendue. Hélas « ce beau Christianisme » deviendra avec le temps passant une puissance religieuse intolérante, une puissance financière sans partage, une puissance politique impliquée dans les rouages les plus corrompus de l’Histoire avec en toile de fond ses fastes et ses crimes! Cette mise en commun des richesses prônée par les premiers chrétiens a été reprise au XIXème siècle avec les phalanstères ! Engels trace d’ailleurs un parallèle entre la situation de ces premières communautés chrétiennes et celles des communistes de la Première Internationale.

Petites et grandes nouvelles.

Plusieurs sectes à caractère ésotérique, d’inspiration tout à fait, authentiquement chrétiennes émergent dans la confusion au premier siècle et ont pour Maître secret un certain Apollonius de Tyane, on s’est même demandé s’il n’était pas le Christ lui-même ! Les miracles qu’il accomplissait le désignaient, sa vie exemplaire, son enseignement religieux, à la fois populaire et élevé firent une impression profonde sur les foules, alors, confusion sur les personnages ? Il est d’ailleurs tout à fait impensable que les disciples ne l’aient pas rencontré, il enseignait que l’on honore Dieu par la pureté du cœur. On ne peut passer sous silence un autre personnage, contemporain de Jésus, il s’agit de Simon le Magicien dit aussi Simon le Mage, personnage hors du commun, taxé par les Judéo-chrétiens d’hérétique redoutable, il était originaire de Samarie. Souvenons-nous que les Samaritains étaient considérés par les Juifs comme racialement impurs et schismatiques. Il n’hésite pas à se présenter comme la grande Puissance divine en personne, il n’est pas son envoyé ou son prophète, il EST. Le diacre Philippe le rencontre à Samarie, où « il exerçait la magie et jetait le peuple dans l’émerveillement ». Simon est frappé des prodiges accomplis par les disciples de Jésus, et il jure, lance le défi de ressusciter lui aussi si on l’enterre. Il sollicite et reçoit le baptême. A la suite il aurait demandé à Pierre et Jean le privilège de conférer le Saint Esprit, fut-ce en achetant ce pouvoir ! Mais où cela devient curieux c’est quand il est avancé que Simon le Magicien ne serait en fait qu’une représentation déformée de Paul…

Tout l’enseignement de Jésus, un Jésus gnostique est orienté vers la prise de conscience par l’homme de son identité véritable et de la confiance qu’il doit avoir dans les possibilités de réalisation de son individualité. Jean le Théologien, « le bien aimé du Seigneur » condamnera la catéchèse du rachat des péchés de l’homme par le sacrifice d’un Sauveur.

Les Evangiles (Bonnes Nouvelles) ne sont pas une « histoire » au sens ordinaire prêté à ce mot, ni une géographie, ni une compilation désordonnée de tout ce qu’on pouvait savoir hypothétiquement sur Jésus, se sont des textes dont tous les éléments ont été coordonnés et harmonisés au plus simple, pour des gens simples. Par exemple, dans cet esprit, à l’époque d’Irénée, Tatien (v. 120-apr 173) philosophe païen converti, dans son récit « Diatessaron » harmonise… unifie les quatre Evangiles, naturellement avec sa sensibilité ! Au cours du IIe siècle un certain nombre d’écrits vont être peu à peu rassemblés à droite à gauche pour argumenter la vie du Christ, certains seront laissés de côté parce qu’ils ne font pas à l’examen l’unanimité au sein des communautés, ou qu’ils ne reflètent pas la foi de toutes les Eglises, ces écrits porteront le nom d’« Apocryphes ». Un Evangile apocryphe, celui de Thomas, qualifié de « cinquième Evangile » insiste sur l’importance de la Connaissance, et s’attache aux seules paroles de Jésus, « le Vivant ». Cet Evangile consiste en cent paroles de Jésus. « Pour s’ouvrir à la Connaissance, les hommes doivent avoir au fond d’eux-mêmes la nostalgie de leur Être essentiel », et, avoir cette interrogation : « Qui suis-je ? ». C’est à partir, disons de la première moitié du IIe siècle, que les chrétiens vont se définir avec une certaine unanimité. Ce passage de Justin de Naplouse paraîtra peut-être un peu long, mais il est tellement inactuel qu’il a sa place !

« Autrefois nous prenions plaisir à la débauche, aujourd’hui la chasteté fait nos délices. Nous pratiquions la magie, aujourd’hui nous sommes consacrés au Dieu bon en non engendré. Nous étions avides d’argent, aujourd’hui nous mettons en commun ce que nous possédons, nous partageons avec quiconque est dans le besoin. Les haines, les meurtres nous opposaient les uns aux autres, les différences des mœurs ne nous permettaient pas de recevoir l’étranger dans notre maison. Aujourd’hui après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui auront vécu conformément à la sublime doctrine du Christ puissent espérer les mêmes récompenses de Dieu, le Maître du monde ».

Concluons avec quelques passages de cette apologie sous forme d’une lettre adressée à Diognète, qui décrit la vocation et l’existence chrétiennes à une époque où la société païenne est souvent méprisante et hostile, écrit qui est à dater de 190:

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes […] leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne sont pas comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. [ ] Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel […] Leur âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible » etc.

Une facette importante de cette Histoire Universelle : quelles places les femmes ont-elles occupées dans la société du temps de Jésus ? Les Apocryphes du « Christianisme Primitif » les valorisent, confirment bien qu’elles ont joué un rôle actif dans la vie de Jésus : Elisabeth, la prophétesse Anne, la veuve de Naïm, les femmes qui aident jésus dans son ministère, les femmes qui se lamentaient, ils soulignent l’importante présence de bien d’autres femmes… oui citons encore : Marie de Magdala, Marthe et Marie. Curieusement les Epîtres de Paul ignorent Marie, et méprisent, infériorisent d’une manière générale les femmes ; Paul est misogyne… peut-être pour cette simple raison ? Paul avait acheté une très belle femme dans un lupanar de Tyr, elle lui fit cadeau dit-on d’une maladie qui lui resta comme une écharde dans sa chair. Malgré son ressentiment les femmes vont tenir une place de premier plan dans les fondations pauliniennes. Il faut citer Priscille, Phoebé, ministre de l’Eglise de Cenchrées, Chloé, Apphia, Elodie…

Marc, 16, 6. 7, témoigne: « Alors que tous les disciples masculins auraient fui, trahi ou renié, les femmes auraient été présentes au pied de la Croix et auraient assisté à la mort de Jésus. C’est elles aussi qui auraient accompagné la mise au tombeau et qui, revenant le lendemain sur les lieux aurait trouvé ce tombeau vide. C’est dès lors les femmes qui auraient été les premières à recevoir l’annonce de la résurrection et à s’entendre confier la mission de porter la nouvelle aux disciples de Pierre. (Marc 16, 6.7).

Un coup de tonnerre ! Une découverte fortuite, capitale (?): les documents de Nag Hammadi. Ils sont écrits en copte, ils forment treize volumes sur papyrus ; cachés vers l’année 350, ils sont retrouvés en 1945. Ils seront reconstitués patiemment, étudiés, et encore étudiés, après une très longue période passée dans un coffre fort ! Ces documents, se composent de textes religieux et hermétiques, mais aussi d’écrits qui révéleraient des secrets sur le Christ, des secrets jugés hérétiques par Rome car s’écartant des dogmes et des traditions sur lesquels l’Eglise s’appuie. Ces documents qui datent en gros du 4e siècle n’ont donc rien de vraiment « primitifs », ils ont tendance à faire l’impasse sur certains traits bien humains… trop humains (?) du Christ, relatés par les Apôtres: « Jésus avait un corps humain, il a été parfois fatigué et a connu la faim, il a eu des émotions et des expériences humaines », les Apôtres Jean et Matthieu sont parfaitement clairs sur ces points. Mis à part cela ces documents apportent des renseignent précieux sur un mouvement : le gnosticisme qui intégré au Christianisme lui donne une coloration qui va faire de l’Evangile apocryphe de Thomas, laissé de côté, une pièce maîtresse du Christianisme Primitif. Tout de suite il apparaît que les Gnostiques envisageaient les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète transmise par la Tradition et par l’Initiation. L’auteur du cinquième Evangile présente les clés retrouvées d’une Gnose, dont les racines profondes plongent en Orient.

« Voici les paroles secrètes que Jésus le Vivant a dites et qu’a écrites Didyme Judas Thomas le Jumeau de Jésus » logions, 13 :

« Jésus dit à ses disciples :

Comparez-moi, Dîtes-moi à qui Je ressemble.

Simon Pierre lui dit : Tu ressembles à un ange juste.

Matthieu lui dit : Tu ressembles à un philosophe sage.

Thomas lui dit : Maître ma bouche n’acceptera absolument pas que je te dise à qui Tu ressembles.

Jésus dit : Je ne suis pas ton Maître, car tu as bu. Tu t’es enivré à la source bouillonnante que Moi j’ai mesurée. Et il le prit, Il se retira, Il lui dit trois mots.

Or quand Thomas revint voir ses compagnons, Ceux-ci l’interrogèrent :

Que t’as dit Jésus ?

Si je vous disais une des paroles qu’Il m’a dites, vous prendriez des pierres,

Vous les jetteriez contre moi Et le feu sortirait des pierres Et elles vous brûleraient ».

Tirons une racine.

La Gnose implique une ferveur qui diminue jusqu’à annuler la distance entre moi et l’Autre. A la limite je suis l’Autre et « si les gnostiques ont proposé du monde une image dualiste, ce n’est pas parce que leur esprit les prédisposait à voir, face à toute entité une entité contraire, mais parce que devant la présence omniprésente et angoissante du mal, il était nécessaire de lui proposer quelque chose ». Elle est fondamentalement « non duel ». Un tel raisonnement allait à l’encontre de toute la prédication apostolique !

La création de notre Monde, son origine:

de l’Être Suprême inconnu vient une série d’émanations ou « aéons » qui sont des êtres spirituels d’un haut niveau capables de communiquer avec l’Être Suprême. Un des aéons inférieurs, qui n’est pas en contact direct avec l’« Être Suprême », va être responsable de la Création. Même si elle n’est pas totalement mauvaise, la Création est comparable à « une sphère » d’où les humains enfermés doivent s’échapper s’ils veulent se réintégrer à Dieu. Jésus enseigne que cette « aventure » est accidentelle, l’homme pourra lui même dans son enveloppe charnelle, connaître la joie de la libération. Le seul moyen qu’il a pour échapper à cette « Création maladroite et douloureuse » c’est la « Gnose » qui amène à la connaissance parfaite du vrai Dieu. Le salut consiste à surmonter l’ignorance qui accable l’homme, il peut y parvenir par sa connaissance de son soi intime. La mission du Christ a été de venir comme émissaire du Dieu Suprême, apporter la Gnose. Pour les Gnostiques, le Christ en tant qu’Être divin n’a pas eu de corps humain, il n’est pas mort, n’est pas ressuscité. Il a soit habité temporairement un homme, Jésus, soit pris une apparence humaine, une simple illusion.

Troublant Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 2-10.

Troublant Evangile de Saint Thomas…

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Elie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus… ».

En écrivant ces lignes des noms de personnages que je considère en charge de messages me sont venus à l’esprit : Boehm, Martines de Pasqually, Louis Claude de Saint Martin, Swedenborg ! Ces personnages furent certainement eux aussi … missionnés… à divers degrés. C’est à la suite d’une lecture que j’ai rencontré celui qui fut peut-être plus grand gnostique paléochrétien du début du IIe siècle : Basilide, un élève de Ménandre, disciple de Simon le Magicien ! Il imaginait 365 cieux habités par des intelligences de différents degrés, il prétendait que le monde avait été créé par des intelligences du dernier ordre. Le Livre alexandrin des secrets d’Enoch parlent lui des 12 étages qui séparent Dieu des hommes, dont 9 lui sont invisibles et forment le Plérome de la Divinité. En notre XXI ème siècle beaucoup de semi chrétiens (?) considèrent Jésus seulement et surtout comme un personnage historique, un illuminé qui a été déifié par la foule. La Tradition juive fait état de plusieurs cas d’enfants nés de femmes s’étant purifiées pour obtenir du Seigneur la naissance d’un enfant missionné. Musulmans et Juifs disent : « Le Messie Jésus » n’est que le fils de Marie.

Je terminerai cette esquisse « resserrée » du Christianisme ou des Christianismes, sur cette profession de foi de Martines de Pasqually : « La chute est universelle. Tous les êtres sont tombés. Se relèveront-ils, se réconcilieront-ils avec le Créateur ? Seront-ils réintégrés dans leurs prérogatives et droits primitifs. Cette réintégration est possible, elle sera universelle. Les esprits qui actionnent et opèrent dans le surcéleste, le céleste et le terrestre, étant destinés à accomplir la manifestation temporelle de la justice et de la gloire du Créateur, ont des puissances et des opérations spirituelles temporelles bornées par leur assujettissement au temps [….] C’est pour avoir fait la volonté de Dieu que Jésus Christ, revêtu de la nature humaine, est devenu le Fils de Dieu lui-même. En imitant son exemple ou en conformant notre volonté à la volonté divine, nous entrerons comme lui dans l’union éternelle de Dieu ».

La communauté chrétienne primitive disparue reste t’il un quelque chose de leur christianisme, l’Eglise catholique « a t’elle fait le ménage? ». D’un imbroglio d’émergences, le catholicisme l’a emporté, il a balayé nombre de croyances, de vérités qui le gênaient comme par exemple la réincarnation. Sur ce sujet Flavius Josèphe notera dans ses écrits que les Pharisiens, se réservaient la possibilité d’envisager une réincarnation. Pour cette croyance on torturera, on brûlera, Rome a pratiqué sur des siècles une sorte de remake romain ! … Oui, il reste le courant Gnostique qui fascine ceux qui s’en approchent, par la lumière qu’il leur permet de distinguer. Pour la Gnose, le Dieu de l’Ancien Testament n’est qu’un ange déchu qui n’a aucune prééminence sur les autres Puissances. Le Dieu de Lumière ne pouvant être créateur des ténèbres, se sont des puissances qui ne connaissent pas Dieu qui ont crée le Monde où nous vivons, qui le gouvernent. Les Gnostiques « chrétiens » voient, concèdent tout à fait comme un moyen valable, et, c’est là une cassure totale avec Rome, de s’ouvrir à d’autres Puissances issues des mystères, grecs, des ancestrales religions orientales, pour redonner à l’homme la pureté qui l’habitait avant Adam et Eve.

« Les temps sont venus. »


« Seigneur, j’ai peur. Mon âme en moi tressaille toute.

Je vois, je sens qu’il faut vous aimer. »

Verlaine

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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Lettre des Corinthiens à l’apôtre saint Paul.

Publié le 20 Mars 2013 par X dans Spiritualité

I

Stéphanus et les anciens qui sont avec lui, Dabnus, Eubulus, Théophile et Xinon, et Paul notre frère, évangéliste et fidèle docteur en Jésus-Christ, salut. Deux hommes sont venus à Corinthe, Simon et Cléobius, qui ébranlent fortement la foi de quelques-uns, les séduisant par d’abominables doctrines dont il faut que tu sois informé; car nous n’en avons jamais entendu de semblables, ni de toi, ni des autres apôtres, et nous savons que ce que nous avons entendu de toi et de ceux-ci, nous le gardons fidèlement. Mais en ceci le Seigneur nous a témoigné sa grande miséricorde, que nous pouvons de nouveau recevoir tes enseignements pendant que tu es encore en chair au milieu de nous. Ecris-nous donc maintenant, ou hâte-toi de venir toi-même chez nous, car nous avons cette confiance dans le Seigneur qu’il t’a délivré des mains de l’impie, comme cela a été révélé à Théonas. Voici les doctrines d’erreur que ces impurs annoncent et enseignent : Il ne faut pas, disent-ils, recevoir les prophètes; Dieu n’est pas tout-puissant; Il n’y a pas de résurrection de la chair; L’homme n’a été nullement créé par Dieu; Jésus-Christ n’est pas né en chair de la vierge Marie. Ils ne regardent point ce monde comme ayant été créé par Dieu, mais par un certain ange. Maintenant, frère, prends la peine de venir jusqu’à nous, pour qu’il n’y ait pas de scandale dans la ville de Corinthe, et que la folie de ces hommes, confondue devant tous par une répréhension publique, soit répudiée. Au nom du Seigneur, salut.

II

Les diacres Théreptus et Tychus prirent cette lettre et la portèrent dans la ville de Philippes. Lorsque Paul la reçut, bien qu’il fût lui-même dans les chaînes à cause de Statonice, femme d’Apollophane, comme s’il eût oublié ses liens, il fut désolé des choses qu’il apprenait, et dit en pleurant: « Comme il vaudrait mieux pour moi être mort et être avec le Seigneur, qu’ici dans ce corps, entendant de telles choses, » et apprenant les calamités d’une fausse doctrine ! Une tristesse en effet vient s’ajouter à une autre tristesse. Et comme surcroît à de telles douleurs, être dans les chaînes, voir ces calamités, ces angoisses, Satan s’efforçant de faire du mal à ceux vers lesquels il est accouru avec ses machinations! » C’est ainsi, au milieu de nombreuses souffrances, que Paul répondit à la lettre des Corinthiens:

III

Paul, prisonnier pour Jésus-Christ, aux frères de Corinthe, du milieu de mes nombreuses tribulations, salut. Je ne suis nullement étonné de ce que les séductions du malin se répandent si vite; mais le Seigneur Jésus va hâter sa venue, parce que l’on change et méprise ses commandements. Pour moi, dès le commencement, je vous ai enseigné ce que j’ai reçu moi-même des premiers apôtres, qui ont vécu tout le temps avec notre Seigneur Jésus-Christ. Maintenant encore je vous dis que le Seigneur Jésus- Christ est né de la vierge Marie, qui était de la race de David, selon les promesses de l’Esprit saint envoyé du ciel en elle par le Père, afin que Jésus entrât dans ce monde pour délivrer toute chair par sa chair et nous ressusciter des morts, comme il nous en a donné l’exemple en sa personne. Pour qu’il devint évident que l’homme a été créé par le Père, il n’a point été abandonné dans la perdition, mais il a été recherché pour être vivifié par l’adoption. Car Dieu, le maître de toutes choses, le père de notre Seigneur Jésus-Christ, celui qui a créé le ciel et la terre, a d’abord envoyé les prophètes aux Juifs pour les arracher à leurs péchés et les amener à sa justice. Voulant sauver la maison d’Israël, il a envoyé une part de l’Esprit sur les prophètes, pour qu’ils annonçassent pendant bien longtemps la vraie religion et la naissance du Christ. Mais le prince d’iniquité, voulant s’égaler à Dieu, mettait la main sur eux et enchaînait tous les hommes par le péché. Comme le jugement du monde approchait, le Dieu tout-puissant, voulant justifier et non pas rejeter ses créatures, et les voyant tourmentées, eut pitié d’elles et, à la fin des temps, il envoya le Saint-Esprit dans la vierge prévue par les prophètes, laquelle, ayant cru de tout son cœur, devint digne de concevoir et d’enfanter notre Seigneur Jésus-Christ; afin que, par cette même chair dont se glorifiait orgueilleusement le Malin, il fût repris lui-même et convaincu de n’être pas Dieu. Car c’est en sa chair que Jésus-Christ a appelé et sauvé la chair périssable et l’a amenée à la vie éternelle par la foi, afin de préparer pour les temps futurs un saint temple de justice en son corps, par la foi auquel nous aussi avons été délivrés. Sachez encore que ces hommes ne sont pas des enfants de justice, mais des enfants de colère, car ils éloignent d’eux-mêmes la miséricorde de Dieu en disant que le ciel, la terre et toutes les créatures ne sont point l’œuvre du Père de toutes choses. Ces maudits professent la doctrine du serpent. Mais vous, avec l’aide de Dieu, repoussez-les loin de vous, et rejetez loin de vous leur doctrine perverse; car vous n’êtes pas des fils de la désobéissance, mais des enfants de l’Eglise bien-aimée: c’est pourquoi le temps de la résurrection est annoncé à tous. Ceux qui disent: « Il n’y a point de résurrection de la chair, » ceux-là ne ressusciteront point pour la vie éternelle, mais pour la condamnation; car les incrédules ressusciteront en chair pour le jugement. Car pour ceux qui disent de la chair: « Il n’y a point de résurrection, pour ceux-là il n’y aura pas de résurrection, parce qu’ils ont ainsi renié la résurrection. Vous savez bien, hommes de Corinthe, au sujet de la semence du blé et des autres semences, qu’un grain nu tombe seul en terre et que ce grain, une fois dans le sol, commence par mourir; puis il ressuscite, par la volonté du Seigneur, revêtant le même corps qu’il avait auparavant; et ce n’est point un seul corps qui ressuscite, mais beaucoup d’autres de même espèce lèvent avec lui et prospèrent, Ce n’est point seulement des semences que nous devons tirer des exemples, mais aussi des corps plus nobles, de l’homme. Vous savez que Jonas, fils d’Amathi, parce qu’il refusait de prêcher aux Ninivites, fut jeté dans le ventre du poisson et y resta trois jours et trois nuits. Au bout de trois jours, Dieu exauça ses prières et le tira du fond de l’abîme, ans que son corps eût en rien souffert, sans qu’un de ses cils eût été courbé, ni qu’un de ses cheveux eût été arraché. A combien plus forte raison, vous, gens de petite foi, si vous croyez au Seigneur Jésus-Christ, vous ressuscitera-t-il comme il est lui-même ressuscité. Et si les ossements du prophète Elisée, tombant sur un mort, ont ressuscité ce mort, à combien plus forte raison vous, qui trouvez un appui dans la chair, le sang et l’esprit du Christ, ressusciterez-vous en ce jour avec votre corps intact. Le prophète Elie, en embrassant le fils de la veuve, l’a ressuscité des morts. A combien plus forte raison Jésus-Christ vous ressuscitera-t-il, vous aussi, en ce jour-là, comme il est lui-même ressuscité des morts aven son corps intact. Si vous recevez inconsidérément quelque autre doctrine, que personne désormais ne vienne plus me fatiguer. Car je porte sur moi ces chaînes afin de gagner Christ, et j’endure en mon corps les tourments pour mériter la résurrection des morts. Et vous qui avez tous reçu la loi par les bienheureux prophètes et le saint Evangile, tenez ferme; vous recevrez la récompense à la résurrection des morts, vous hériterez la vie éternelle. Mais s’il se trouve quelque homme de petite foi qui transgresse ces enseignements, il prépare sa propre condamnation et sera châtié avec ceux qui soutiennent les desseins de ces hommes d’erreur; car ceux-ci sont une race de vipères, une engeance de serpents et de basilics. Repoussez-les, séparez-vous d’eux avec l’aide de notre Seigneur Jésus-Christ; et que soient avec vous la paix et la grâce du bien aimé premier-né. Amen.

 Source : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/paul.htm

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Tableau schématique des mondes

Publié le 19 Mars 2013 par Gabriel Huan dans Gnose

Le Non Manifesté
DIEU
dans la transcendance de sa Substance ineffable et incompréhensible
(En Soph ou l'Un au dessus de l'Être).

La Manifestation supraformelle
Dieu dans l'immanence de sa Trinité et la révélation de sa Gloire.

La Manifestation informelle
(Mondes de l'émanation)

1 - À la limite supérieure : Les Sept devant le Trône (Kether ou le plérôme divin).

2 - La première hiérarchie angélique (Les quatre Animaux ou Séraphins).

3. - Les huit hiérarchies suivantes (Les vingt-quatre Vieillards), dont la dernière (les Anges) constitue le Royaume (Malkuth ou 7e Ciel)

La Manifestation formelle
(Mondes de la création, de la formation et de la faction)

1 - À la limite supérieure : L'Homme et les Esprits Vierges (Paradis et Jardins de vie ou 6e Ciel).

2 - Les mondes de l'Esprit divin (plans zodiacaux ou 5e Ciel).

3 - Les mondes de l'Esprit vital (plans solaires ou 4e Ciel).

4 - Les mondes de l'Esprit humain (plans planétaires) constituant le courant des formes et comprenant :
a) Les mondes de la pensée {abstraite (3e Ciel). {concrète (2e Ciel).
b).Les mondes émotionnels (1er Ciel et Purgatoires).

c) Les mondes physiques (terres d'épreuves et lieux de réincarnation).

Source : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/Discoursur/6lincarn.html

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Servir

Publié le 18 Mars 2013 par Gabriel Huan dans Spiritualité

« Écoute, Ô Éternel, car je suis
ton serviteur, ton serviteur, fils
de ta servante ».
(Psaume 115, 16).

I

Il est écrit dans le livre de Job, que « servir c'est la vie de l'homme sur la terre » (VII, 1). L'obéissance, en effet, est devenue la loi de l'homme depuis que, trompé par « l'antique Serpent », Adam s'est détourné de la volonté de Dieu pour se faire l'esclave du péché. « Ne savez-vous pas, écrit saint Paul aux Romains, que, si vous vous livrez à quelqu'un comme serviteur pour lui obéir, vous êtes les serviteurs de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l'obéissance pour la justice ? Or grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été serviteurs du péché, vous avez obéi de coeur à la doctrine qui vous a été donnée pour règle ! Étant donc affranchis du péché, vous êtes devenus les serviteurs de la justice. Ainsi, de même que vous avez mis vos membres au service de l'impureté et de l'iniquité, pour commettre l'iniquité, de même, maintenant, mettez vos membres au service de la justice pour votre sanctification. En effet, lorsque vous étiez serviteurs du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice. Quels fruits portiez-vous donc alors ? des fruits dont maintenant vous avez honte. Car la fin de ces choses-là, c'est la mort. Mais, maintenant, affranchis du péché et devenus serviteurs de Dieu, vous avez pour fruit la sanctification. et pour fin la vie éternelle. » (Rom., VI, 16-23).

« Nul, en effet, dit Jésus, ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il. s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Matth., VI, 24 ; Luc, XVI, -13). Ne pas servir Dieu, c'est s'asservir à ce que saint Paul appelle, les « rudiments du monde » (Galat., IV, 3) car c'est préférer la créature au Créateur, « ne pas donner à Dieu la gloire qui appartient à Dieu, remplacer la Gloire de Dieu incorruptible par des images qui représentent l'homme corruptible, changer la vérité de Dieu en mensonge » ; et, « parce qu'ils ne se sont pas souciés de conserver la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à un esprit pervers, de sorte qu'ils ont commis des actions indignes ; et ils sont remplis de toute espèce d'injustice et de méchanceté » (Rom., 1, 18, 29). « Ces gens-là, dit encore l'Apôtre, ne servent pas le Christ, Notre Seigneur, mais leur ventre » (Rom., XVI, 18). Mais n'est-il pas écrit : « tu craindras l'Éternel, ton Dieu, et tu le serviras »?.(Deut., VI, 13). Tous les bien de la terre ne sont-ils pas promis à ceux qui obéissent fidèlement aux commandements de Dieu ? « Si vous aimez l'Éternel, votre Dieu, si vous le servez de tout votre coeur et de toute votre âme, je donnerai en son temps la pluie à votre pays, la pluie de la première et celle de la dernière saison et tu y récolteras ton. blé, ton vin nouveau et ton huile. je ferai croître aussi dans tes champs de l'herbe pour ton bétail ; tu mangeras et tu seras rassasié » (Deut., XI, 13,15). Ne disons donc pas avec ceux qui ne craignent pas Dieu : « c'est en vain qu'on sert Dieu ; qu'avons-nous gagné à observer ses préceptes ? » (Malachie, III, 14). «Toutes choses sont à vous », écrit saint Paul aux Corinthiens, mais à la condition « que vous soyez au Christ comme le Christ.. est à Dieu » (I, Cor., III, 22). Au Diable qui lui découvre « tous les royaumes du monde et leur gloire » et lui dit : « je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant devant moi, tu m'adores », le Christ répond par la parole sainte de l'Écriture . « tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne rendras le service qu'à lui seul » (Matth., IV, 10). Dieu doit être servi, simplement parce qu'il est Dieu : « Nous servirons l'Éternel, parce qu'il est notre Dieu » (Josué, XXIV, 18). Et servir Dieu, c'est faire sa volonté, selon la justice et la vérité : « mettez vos membres, dit saint Paul, au service de la justice pour votre sanctification » (Rom., VI, 19). Le Père, aussi, sanctifie dans la vérité » (Jean, XVII, 17) ceux « qui pratiquent la vérité » (Jean,III, 21), parce qu'ils sont venus à la lumière et que leurs oeuvres sont faites en Dieu.

II

Servir Dieu selon sa volonté, c'est d'abord le servir avec fidélité, « dans la crainte et le respect, dans la simplicité du coeur », non point « pour être vu de lui » et en recevoir notre récompense, non, point même pour chercher seulement à lui plaire, mais bien plutôt pour faire de bon coeur sa volonté », « avec affection », par « attachement aux choses d'en haut » (Ephès., VI, 6 ; Coloss., III, 22), parce qu'il est le Seigneur et qu'il, ne peut rien ordonner qui ne soit pour notre bien. « Nous savons, dit l'Apôtre, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom., VIII, 28). Et celui qui aime Dieu pourrait-il ne pas servir son Maître avec le zèle du soldat à qui l'on dit : « Va » et il va : « viens », et il vient ; « fais cela », et il le fait ? (Matth., VIII, 9). Peut-être a-t-il attendu la sixième, ou la neuvième, ou même la onzième heure pour se rendre à la vigne du Père de famille ; il recevra néanmoins, comme les autres ouvriers de la vigne, un denier, parce qu'il a entendu la voix de Celui qui a dit : « Allez, vous aussi, à la vigne » et qu'il a obéi sur-le-champ et pris sa part de fatigue et de labeur (Matth., XX, 1, 16). Peut-être même a-t-il répliqué au père de famille : « je ne veux pas » ; mais « plus tard, s'étant repenti, il y est allé », tandis que celui qui avait dit : « oui Seigneur ! » n'y est point allé : « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? » demande Jésus et les disciples de répondre : celui qui est allé travailler à la vigne. (Matth., XII, 28-31).

C'est donc, avant tout, la bonne volonté, non seulement dans l'intention, mais encore dans l'action, qui fait le bon serviteur, celui qui sert avec patience, avec ferveur, avec joie : « Ne vous relâchez point dans votre zèle, écrit saint Paul aux Romains ; soyez fervents d'esprits ! Servez le Seigneur, joyeux dans l'espérance, patients dans l'affliction, persévérants dans la prière » (Rom., XII, 4). « Ton serviteur, dit le Psalmiste, sera comblé de joie », (Psaume 108, 8) ; « réjouis l'âme de ton serviteur, car c'est vers toi, Seigneur, que j'élève mon âme ; car tu es bon et clément, Seigneur ! » (Psaume 85, 4). La bonne volonté, qui déjà s'accompagne de joie, ne va pas sans le désir de connaître la pensée du Maître, afin de lui obéir avec intelligence : « je suis ton serviteur, dit encore le Psalmiste, donne-moi. l'intelligence, afin que je puisse comprendre tes ordonnances » (Psaume 118, 125). Elle ne va pas, non plus, sans le désir de faire porter du fruit aux biens que le Maître a confiés à son serviteur : «Seigneur, tu m'avais remis cinq talents, en voici cinquante que j'ai gagnés ». « Cela va bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup ; viens, prends ta part à la joie de ton Seigneur » (Matth., XXV, 20). Elle ne va pas surtout sans le désir d'assurer le service de la maison durant l'absence du Maître, afin que celui-ci, à son retour, la trouve entretenue selon sa volonté : « quel est le serviteur fidèle et prudent que le Maître a établi sur ses serviteurs pour leur donner la nourriture en temps convenable ? Heureux sera le serviteur que le Maître, à son arrivée, trouvera agissant ainsi. En vérité, je vous le déclare, il l'établira sur tous ses biens » (Matth.,. XXIV, 45-47).

Le bon serviteur en prendra-t-il de l'orgueil ? « Qui de vous, demande Jésus, ayant un serviteur employé à labourer ou à faire paître les troupeaux, lui dira, à son retour des champs : viens tout de suite te mettre à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire : prépare-moi à souper, ceins-toi pour me servir, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu ; et, après, cela, tu mangeras et tu boiras ? Saura-t-il gré à ce serviteur d'avoir fait ce qu'il lui avait commandé
Vous aussi, de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles. Ce que nous avons fait, nous devions le faire »(Luc., XVII, 7, 10). C'est qu'en effet, le serviteur n'est pas plus grand que le Maître : « le disciple n'est pas au-dessus de son Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur » (Matth., X, 24). C'est à deux reprises que, selon l'Évangile de saint Jean, le Christ rappelle à ses Apôtres que « l'envoyé n'est pas plus grand que celui qui l'envoie » : après leur avoir lavé les pieds, « lui, le Seigneur et le Maître », il insiste sur l'exemple qu'il leur a donné, afin qu'à leur tour ils fassent comme il a fait « en vérité, je vous Je dis, le serviteur n'est pas plus grand que son Maître » (Jean, XIII, 14, 16). Et au moment où il leur fait ses suprêmes recommandations, il leur annonce que, si le monde les haïra, il l'a haï, lui avant eux « souvenez-vous de la parole que je vous ai dite le serviteur n'est pas plus grand que son Maître » (Jean, XV, 20). Lui-même ne s'est-il pas fait obéissant, « obéissant jusqu'à la mort même, jusqu'à la mort de la croix ? (Phil., II, 8). Le Fils de l'homme n'est-il pas venu dans le monde, « non pour être servi, mais pour servir » ? (Marc, X, 45). C'est la vocation! du chrétien de suivre son Maître, s'il le faut, jusqu'au Calvaire et d'y boire le calice qu'il a bu. Tout au moins ne doit-il jamais oublier que « celui qui voudra être grand parmi ses frères sera leur serviteur, celui qui voudra être le premier sera l'esclave de tous » (Marc, X, 64).

On comprend bien que le service qui s'impose de la sorte au chrétien est ce que saint Paul appelle « le service en esprit » (Rom., I, 9) ; car, dit-il, « étant morts à la loi qui nous tenait captifs, nous en sommes maintenant affranchis pour servir Dieu sous le régime nouveau de l'Esprit et non sous le régime vieilli de la lettre » (Rom., VII, 6). Dieu, en effet, « est Esprit et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en Esprit et en vérité »(Jean, IV, 24). Dès son premier discours aux juifs, Pierre rappelle cette prédiction de Joël : « il arrivera pendant les derniers jours - c'est Dieu lui-même qui parle - que je répandrai de mon esprit sur toute créature : vos fils, et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos vieillards auront des songes. Oui, en ce jours-là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes » (Actes, II, 17-18). Si l'effusion de l'Esprit fut si grande parmi les fidèles au premier siècle de l'Église que saint Paul dut intervenir auprès des Corinthiens pour le maintien du bon ordre dans les assemblées (I, Cor., XIV, 26-39), il reste que c'est avec les armes de l'Esprit que le serviteur du Christ doit « combattre le bon combat » (I, Tim., I, 18), « ayant revêtu la cuirasse de la foi et de la charité et pris pour casque l'espérance du salut » (I, Thess., V, 9). En effet, dit saint Paul, « ce n'est pas contre la chair et le sang que nous avons à combattre, mais contre les Dominations, contre les Puissances, contre les Princes de ce monde de ténèbres, contre les Esprits mauvais qui sont dans des régions célestes. C'est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu afin que vous puissiez résister dans les mauvais jours et qu'ayant tout surmonté, vous demeuriez fermes. Oui, tenez ferme, ayant la vérité pour ceinture de vos reins, étant revêtus de la cuirasse de la justice, ayant pour chaussures les bonnes dispositions que donne l'Évangile de paix. Prenez par dessus tout le bouclier de la foi, au moyen duquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu » (Ephès., VI, 11, 18). Le serviteur du Christ est un « soldat » (II, Tim., 11, 3), qui doit travailler pour la vérité contre le mensonge, pour la lumière contre les ténèbres, pour la justice contre l'iniquité, pour la liberté contre la servitude, pour la paix et la joie contre celui qui « tient l'empire de la mort ».

III

Celui qui a été jusqu'à la fin le « bon soldat de Jésus-Christ », à la fois « fidèle et prudent », n'a pas travaillé en vain ; il a mérité d'entendre et de prendre pour lui l'émouvante et profonde parole du Divin Maître : « je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père » (Jean, XV, 15). Dieu, en effet, « a envoyé dans nos coeurs l'Esprit de son Fils, lequel crie « Abba », c'est-à-dire Père !... Ainsi, tu n'es plus serviteur, mais fils, et, si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu » (Galat., IV, 5, 7). Et, parce que le Christ nous a ainsi obtenu de Dieu, par le sacrifice de son sang, l'« adoption filiale », devenus ses « frères »(Rom., VIII, 29), nous pourrons désormais prétendre à demeurer là où il demeure : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m'as donnés y soient aussi avec moi, afin qu'ils contemplent ma gloire, la gloire que tu m'as donnée avant la création du monde » (Jean, XVII, 24). Sans doute, « il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père » ; mais le Christ n'a-t-il pas déclaré qu'il nous y « préparerait une place » pour nous y prendre avec lui, « afin que là où il est, nous y soyons aussi » ? (Jean, XIV, 2-4).

Le Voyant de Patmos nous a présenté, de cette demeure où nous devons passer notre éternité, une image saisissante : c'est la Cité sainte, la Jérusalem céleste, qui descend du Ciel parée comme une épouse pour son époux, le Tabernacle de Dieu au milieu des hommes... je n'y vois pas de temple, car le Seigneur Dieu tout-puissant en est le temple ainsi que l'Agneau... La ville n'a besoin ni de soleil, ni de lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'éclaire et l'Agneau est son flambeau... Le trône de Dieu et de l'Agneau sera dans la ville, ses serviteurs le serviront., ils verront sa Face et son Nom sera sur leurs fronts... et ils régneront aux siècles des siècles » (Apoc., XI-XX).

 « N'entre pas, Seigneur, en jugement avec ton
« serviteur ; mais traite-le selon ta miséricorde !
« N'as-tu pas racheté de ton sang les âmes de tes
« serviteurs ? Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.
« Fais resplendir sur lui ta Face et renvoie le en
« paix, afin que, prosterné avec les Anges et les
« Saints dans l'adoration, il puisse s'écrier jour et
« nuit : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu, le
«Tout-Puissant, qui était, qui est et qui sera ! »

Source : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/servir.html

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17 mars, la Saint Patrick ...

Publié le 17 Mars 2013 par Chawax dans Irlande

Le 17 mars, jour de la fête nationale en Irlande, est l’occasion pour le peuple irlandais de célébrer Saint Patrick, son saint patron. Mais grâce à la diaspora irlandaise, la Saint Patrick est aujourd’hui fêtée des Etats-Unis à l’Australie, partout où les irlandais ont émigré. Un nombre toujours plus importants de non irlandais fêtent également la Saint Patrick, histoire de se sentir irlandais un jour dans l’année ! La tradition veut que le jour de la Saint Patrick, on porte des habits de couleur verte. Dans de nombreuses villes d’Irlande et du monde entier, des parades donnent l’occasion aux irlandais d’afficher leur attachement à leurs racines. La Saint Patrick est également un bon prétexte à descendre quantité de verres de bière irlandaise ou de whiskey, en écoutant de la musique irlandaise !

La Saint Patrick en Irlande

D’abord simple fête religieuse, la Saint Patrick est un jour férié en Irlande depuis le Bank Holiday Ireland Act de 1903, voté sur proposition du député irlandais James O’Mara. Le même O’Mara fit passer plus tard une loi interdisant l’ouverture des pubs le 17 mars, loi qui fut valable jusque dans les années 70 ! La première parade de la Saint Patrick en Irlande se tint à Dublin en 1931. Elle constitue encore la principale manifestation de la Saint Patrick sur l’île verte, attirant 500 000 spectateurs en 2006. Depuis 1996, sous l’impulsion du gouvernement irlandais, la parade de Dublin se déroule dans le cadre d’un festival de 5 jours, le Saint Patrick’s Festival, qui est une vitrine de l’Irlande et de sa culture. D’autres parades se tiennent dans les principales villes d’Irlande : Cork, Belfast, Galway, Derry, Kilkenny, Limerick, Waterford, ... La plus importante en dehors de Dublin est celle de Downpatrick, en Irlande du Nord, là même ou est enterré Saint Patrick, qui rassemble 2 000 participants et 30 000 spectateurs. A l’occasion de la Saint Patrick, de nombreux irlandais portent un trèfle ou un petit drapeau irlandais sur la veste, certains portent des objets verts dans les cheveux, d’autres se font peindre des trèfles sur les joues, tout est bon pour marquer sa fièreté d’être irlandais. Et bien sûr les pubs se remplissent le soir, dans une atmosphère festive et populaire ! A noter que la couleur verte n’a pas toujours été appréciée par les irlandais, puisque autrefois on considérait qu’elle portait malheur : le petit peuple irlandais (les lutins et les farfadets) appréciant le vert, les enfants qui portaient trop de vert risquaient fort de se faire enlever ...

Depuis les années 90, les dirigeants politiques irlandais ont pris l’habitude de représenter l’Irlande à travers le monde à l’occasion de la Saint Patrick, essentiellement dans les pays où la communauté irlandaise est importante (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, ...). Une belle manière d’assurer un lien entre la diaspora irlandaise et les irlandais ! Il est par exemple de tradition que le chef du gouvernement irlandais offre un bol de trèfles au président des Etats Unis d’Amérique à l’occasion de la Saint Patrick.

En Irlande du Nord, la Saint Patrick, fête catholique, a longtemps été considérée par les loyalistes comme un « festival de républicains irlandais » ... Les parades de la Saint Patrick étaient donc financées grâce à des fonds privés. Mais il y a quelques années, la ville de Belfast a décidé de participer au financement de la parade de Belfast, à condition que la parade ne soit pas politisée (par exemple par la présence de drapeaux de la République d’Irlande) et qu’elle réunisse ensemble loyalistes et républicains.

Si vous projetez d’assister aux festivités de la Saint Patrick en Irlande (en particulier à Dublin), réservez longtemps à l’avance, car les vols vers l’Irlande et les hôtels de Dublin sont pleins à craquer pendant une semaine !

La Saint Patrick hors d’Irlande

Principale destination des émigrés irlandais, les Etats-Unis sont sans aucun doute le pays (hors d’Irlande) qui fête le plus la Saint Patrick. C’est même à Boston, en 1737, que se tint la première parade de la Saint-Patrick. La ville a d’ailleurs toujours la réputation d’être la plus irlandaise des villes américaines. En dehors de Boston, les parades les plus anciennes se tiennent à Philadelphie, Chicago, Morristown (New Jersey), Savannah (Géorgie), San Francisco, Pittsburgh, Butte (Montana), ... Mais la plus célèbre et la plus importante se tient à New York, depuis 1756. En 2006, 150 000 participants ont remonté la 5ème avenue de Manhattan, devant près de 2 millions de spectateurs ! La parade est menée par le 69ème régiment d’infanterie (issu en 1851 d’une milice d’émigrés catholiques irlandais), suivi par des fanfares militaires, des associations culturelles, des organisations d’émigrés, etc ... En dehors des parades, de nombreux américains s’habillent de vert, des villes s’habillent de vert (Chicago colore même sa rivière en vert !), certaines équipes de base ball (les Chicago White Sox ou les Boston Red Sox par exemple) remplacent même leur tenue habituelle par des tenues vertes !

Hormis les Etats-Unis, la Saint Patrick est fêtée au Canada, en particulier à Montreal qui accueille la plus grande parade du pays depuis 1824. La Saint Patrick est même un jour férié dans la province de Terre Neuve et du Labrador. La Saint Patrick est également jour férié dans la petite île de Montserrat, dans les Caraïbes, en souvenir de la fondation de l’île par des réfugiés irlandais des îles voisines de Saint Kitts and Nevis. En Europe, la Grande-Bretagne est évidemment en tête des festivités. Londres accueille une parade depuis 2002, mais la plus grande se tient à Birmingham, qui se présente comme la 3ème plus grande parade de la Saint Patrick dans le monde, après celles de New York et Dublin. De nombreux irlandais viennent également assister aux courses de chevaux du Cheltenham Festival, qui coïncide habituellement avec la Saint Patrick. Munich, Copenhague ou Moscou sont d’autres exemples de villes accueillant des parades de la Saint Patrick. Mais c’est bien le monde entier qui a une partie de son coeur en Irlande le 17 mars !

En France, la Saint Patrick est malheureusement peu fêtée, à l’exception bien sûr des pubs irlandais qui permettent aux passionnés de la l’île verte, irlandais ou non, de se rassembler pour avaler des pintes de Guinness et écouter de la musique irlandaise ! Depuis une dizaine d’années, le Festival Interceltique de Lorient organise à chaque Saint Patrick un concert géant en région parisienne. Après les Nuits Celtiques du Stade de France pendant plusieurs années, c’est aujourd’hui le Palais Omnisport de Paris Bercy qui accueille de nombreux spectateurs pour la Nuit de la Saint-Patrick. Au programme : pipe bands, bagadou, danseurs et danseuses irlandaises, choeurs gallois, stars de la musique celtique, ... Une fête qui rassemble donc des artistes celtes, au-delà des seuls irlandais, une grande campagne promotionnelle pour le Festival Interceltique de Lorient qui se déroule quelques mois plus tard ...

Source : http://www.terresceltes.net/17-mars-la-Saint-Patrick.html

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