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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 15:46

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 06:21

L’eau est un des quatre éléments symboliques. Elle fait référence à trois notions : elle est à la fois source de vie, purification, régénérescence (mort du profane et naissance de l’initié).
L’eau, matrice originelle
L’eau c’est la vie, l’origine du monde : eau de pluie, eau de mer, eau tranquille des lacs, eau tumultueuse des torrents. L’eau est Mère et matrice, source de toutes choses. La notion d’eaux primordiales, d’océan des origines, est quasi universelle. L’eau est partout, même dans les déserts, sous forme d’oasis. L’eau est l’origine et le véhicule de toute vie, le fluide vital, le sang de nos veines, la sueur de nos efforts, les larmes de nos yeux.
Ainsi que l’a dit
René Guénon dans son « aperçu sur l’initiation », l’eau a toujours été et est particulièrement le symbole de « la Substance universelle » qui, par la purification, ramène l’être humain à la materia prima, afin qu’il soit apte à recevoir la vibration du « Fiat Lux » initiatique, stade suprême de cette spiritualité toute particulière, que doit lui donner l’initiation maçonnique. L’épreuve de l’eau est donc subie au moment de l’initiation. Au cours de ce deuxième voyage, le récipiendaire entend moins de bruit et trouve moins d’obstacles que pendant le premier voyage. Cela signifie que l’homme qui persévère dans l’effort et dans la vertu peut aplanir peu à peu les difficultés rencontrées sur son chemin de vie. Cependant, la route est encore sinueuse et irrégulière, il n’est donc pas encore affranchi des combats qu’il lui faudra mener pour triompher de ses passions. L’épreuve de l’eau représente donc le milieu du gué, et montre que le chemin parcouru ne doit pas nous faire oublier la distance qu’il faut encore franchir.
S'immerger dans les eaux et en ré-émerger signifie passer par une phase de désintégration, de dissolution suivie d'une phase de ré-intégration et de ré-génération comme dans le baptême et les rites initiatiques. Il s'agit d'une mort dans un état, suivie d'une re-naissance dans un autre. Comme le feu, les eaux sont à la fois sources de mort et de vie, destructrices et créatrices. Le feu fait bouillir l’eau jusqu’à l’évaporer, mais l’eau peut calmer et éteindre le feu. Le feu est masculin et puissant. L’eau est féminine, sensuelle et maternelle.
L’eau est primordiale, c’est la mer originelle où tout a débuté, le liquide symbiotique où chacun de nous a baigné et où nous avons commencé à exister. C’est la source et le véhicule de toute vie.
Le cycle de l’eau
L'eau est fluide elle épouse toutes les formes qu'elle rencontre sans jamais les contrarier, l'eau suit son cours, elle semble faible alors qu'en réalité elle est la force. Des trois éléments terrestres, elle domine toujours. Que ce soit par la douceur lorsqu'elle érode les rochers au fil des siècles et dessine les côtes en forme de dentelles. Par ses colères, en torrent ou en pluie, elle soumet la terre à son courroux. Même le feu, qui possède lui aussi la vertu symbolique de purification, ne lui résiste pas. Si par hasard le feu devient vengeur, l'eau le ramène toujours à la raison.
L’eau est libre et sans attaches. Elle se laisse couler en suivant la pente du terrain ou en suivant le courant. L’eau s’abandonne. La force de l’eau est une force Yin, dite féminine. Elle a aussi ses côtés sombres. La force de l’eau, on peut la constater lors d’une inondation ou d’un tsunami. Elle s’insinue partout, elle va dans tous les sens. On peut arrêter un incendie, on ne peut contenir une inondation.
Les eaux descendent du flanc de la montagne dans la vallée et rejoignent la mer, où toutes se retrouvent pour retourner à un état indifférencié. De là, elles regagnent le ciel sous la forme de nuages. Poussées par le vent, elles terminent leur course en averses au-dessus des sommets et recommencent un nouveau cycle.
L’eau et les religions
De tout temps et partout, l’eau a été considérée comme un symbole de la propreté matérielle et morale, une source de vie, un centre de régénérescence.
C’est la raison pour laquelle l’eau est regardée aussi bien en maçonnerie que dans les religions comme un symbole de purification, qui lave l’être humain de ses souillures.
Cette notion est confirmée par toutes les traditions.
Dans toutes les religions, dans toutes les civilisations, dans tous les mythes, l’eau est source de vie, moyen de purification ou de régénérescence, promesse de développement. L’eau est aussi le symbole de la vie spirituelle : eaux du baptême, eaux de Pâques. Elle est un symbole universel de fécondité et de fertilité, de sagesse, de grâce et de vertu. La pluie et la rosée symbolisent une semence ou une bénédiction du ciel, qui fertilise la Terre.
Les religions du Livre (judaïsme, christianisme et islam) ont toutes pris naissance dans des zones désertiques, où l’eau est précieuse. C’est un “ don de Dieu ”.
L’eau, dans l’ancien Testament, apparaît comme « principe créateur, au travers des nuées et des brouillards ». C’est de l’eau et de la terre qu’a été façonné le premier homme.
L’épisode du déluge montre ensuite le caractère destructeur et purificateur de l’eau : les hommes qui ne respectent pas la loi divine sont noyés et seul Noé et son Arche survivront aux flots dévastateurs.
De nombreux travaux ont démontré l’existence d’un tel épisode dans les textes fondateurs des grandes civilisations, comme l’Amérique Latine, l’Egypte ou la civilisation mésopotamienne, où l’on retrouve des éléments de déluge liés à une notion de jugement et de sélection par les flots, à la fois dévastateurs et purificateurs.
L’eau, élément protecteur des bons et destructeur des méchants, se retrouve dans l’épisode du passage de la Mer Rouge par Moïse, lui même “sauvé des eaux” à sa naissance. Ce dernier fait également surgir une source en tapant sur un rocher avec son bâton : c’est cette eau, symbolisant la Loi, qui sera bue pour fonder la civilisation de Moïse. Il dut aussi laver son corps et ses vêtements pour recevoir la loi divine.
Le symbolisme de l’eau
Dans bien des pays, l’eau est une bénédiction. Dans la tradition asiatique, le coeur du sage est une maison où loge l’eau. On compare le coeur d’un sage à un puits, à une source, et la parole du sage à la puissance d’un torrent.
Le symbolisme de l'eau peut nous mener très loin, de la source à l'estuaire, puis de l’estuaire à la source. Le circuit de l'eau est riche de nombreux enseignements. C’est la fin qui engendre son commencement, car, par l’éternité de son cycle perpétuel, l’eau semble ne jamais finir ni commencer, et s’ouvre un passage vers l’infini.
Le Feu et l'Eau sont souvent associés dans les rites initiatiques de purification et de ré-génération. Ces éléments se complètent l'un l'autre, mais à différents niveaux. Si l'eau purifie l’âme jusqu’à la suprême spiritualité, le Feu rend la chose effective par la réalisation du plus haut degré de spiritualité : l'illumination. Avec l'Eau, l'être progresse lentement, tandis qu'il est complètement transformé avec le Feu.
Dans la nature, l’eau est partout. La sève des plantes, c’est de l’eau. Un arbre est un fleuve dressé vers le ciel : l'eau, par la sève, s'avance dans l'arbre à la rencontre de la lumière.
Les eaux douces reviennent dans de nombreuses histoires ou contes comme élixir de vie, de connaissance et de vérité. Les eaux calmes symbolisent la paix et l’ordre. L’eau fait partie de tous les rites initiatiques. Tout lieu de pèlerinage a son point d’eau, sa source sacrée ou sa fontaine de guérison.
Retourner à la source ou traverser la rivière d'une berge à l'autre signifie toujours surmonter un obstacle séparant deux états différents de l'être, passer d'un état inférieur à un état supérieur. Dans bien des mythes, il faut traverser un cours d’eau pour se purifier ou accéder à la connaissance. C’est l’origine du mot de passe du compagnon : SCHIBBOLETH, qui signifie « épi » ou « passage à gué », et qui provient d’un épisode de la Bible, dans le livre des Juges : les hommes d’Ephraïm, qui voulaient traverser le Jourdain pour sauver leurs vies, ne purent prononcer correctement ce mot, que leur demandaient les hommes de Galaad, et furent égorgés sur la rive.
Symboliquement, cet épisode signifie que ne pas savoir prononcer correctement SCHIBBOLETH, c’est ne pas avoir suffisamment dégrossi sa pierre, et donc ne pas pouvoir prétendre passer d’une rive à l’autre, d’un état inférieur à un état supérieur. L’apprenti qui peut donner le mot de passe est admis dans la chambre des compagnons, il est donc libre de franchir la rivière.
L’eau peut nous laver de tout. Un texte du poète indien Rigveda nous le rappelle :

« Vous les eaux, qui réconfortez,
Apportez- nous la force,
La grandeur, la joie, la vision !
Souveraines des merveilles,
Régentes des peuples,
Vous les eaux, donnez sa plénitude aux remèdes
Afin qu’ils soient une cuirasse pour mon corps,
Et qu’ainsi je vois longtemps le soleil !
Et vous les eaux, emportez tout ceci :
Ce péché quel qu’il soit, si je l’ai commis,
Ce tort, si à qui que ce soit, j’ai pu le causer
Et ce serment mensonger, si je l’ai prêté »

L’eau enfin, c’est le liquide amniotique, le début de la vie, le ventre de ma mère. J’y ai passé 9 mois dans un monde chaud, obscur et confortable. Puis je fus expulsé dans un monde froid, lumineux, vaste et métallique. J’ai vécu des années dans ce monde, qui petit à petit, m’a rendu aveugle de nouveau. L’obscurité m’enveloppait peu à peu et j’ai ressenti un besoin de lumière.
Puis un soir, un frère est venu me chercher dans le cabinet de réflexion, pour me déposer, le cœur nu et les yeux bandés, dans un nouveau ventre, une nouvelle matrice, chaude, chaleureuse et nourricière, dépourvue de métaux. J’ai donc vécu une seconde naissance, sans sage femme, mais avec des hommes sages, mes frères désormais.
Je ne retournerai jamais dans le ventre de ma mère, mais je retrouve, de semaine en semaine, ma loge mère, ce ventre bienveillant et accueillant. Puis je retourne dans le monde profane, froid, métallique, parfois cruel, mais moins effrayant, depuis que je sais que je peux, à la mesure de mes moyens, le réchauffer et l’adoucir.
source :
www.ledifice.net

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Published by C\ R\ - dans Planches
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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 07:07

Dans le « Livret du Compagnon » rédigé à l’époque par notre F\ F\ U\, nous trouvons la phrase suivante : « Sch…- qui signifie : l’union fait la force. En hébreu, Sch…signifie épi ». Et plus loin, au même paragraphe : « Le nom et sa signification ne se prêtent guère à l’exégèse ».

Le terme : « Union fait la force » ne correspond pas au sens littéral du mot ; en revanche celle d’épi est tout à fait recevable. Et F\ U\ de ne pas mentionner que Schibboleth se traduit aussi par « cours d’eau », « rivière ». Michel de Saint Gall dans son « Dictionnaire des Hébraïsmes dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté » précise que Schibboleth a une double signification : « épi de blé » et aussi « courant d’une rivière ». De la même manière, le « Dictionnaire de la Bible » d’A\ M\. Gérard nous donne la traduction suivante : « fleuve ou épi ». On comprend alors facilement pourquoi l’iconographie maçonnique représente un épi de blé au bord d’un cours d’eau. L’exégèse devient possible au risque de contredire le Livret du Compagnon précité. Tout d’abord on interprétera ici la relation : « cours d’eau » en imaginant l’Élément Eau non dans un sens profane, mais dans une vision initiatique et alchimique, c'est-à-dire comme une entité indéfinie et subtile présente dans l’homme, trait d’union entre le monde matériel, visible et le monde spirituel, non visible. Le terme Eau, dans son sens ésotérique, se retrouve dans le nom de l’outil du grade, le niveau ou « niv-eau » (selon la kabbale phonétique chère à l’alchimiste Fulcanelli). L’eau a aussi été associée au mot sacré Boaz ou Booz en relation aussi avec la colonne de nuées ou d’eau. Elle s’oppose à la colonne Jakin, ou colonne de feu. Deux colonnes accompagnaient aussi les Juifs lors de la sortie d’Egypte. Avant d’aborder l’analyse du sens de Schibboleth, un constat : ce mot de passe, incontesté et unique au 2ème grade - alors que la confusion règne pour ceux des 1ers et 3èmes grades - semble le moins bien compris de tous, à tel point que l’on nie souvent toute exégèse possible à son sujet. Son sens peu évident rend-il de prime abord sa compréhension difficile d’accès ? Et l’on se contente de répéter en chœur la leçon du Livret de Compagnon : « Epi fait songer à la moisson et, de là, à l’œuvre du Compagnon qui doit se couronner d’une ample récolte ». Tout au plus évoque-t-on la lente transmutation du germe de blé en épi, le comparant à celle de l’Initié. Le terme Schibboleth  (cette écriture a été choisie mais d’autres sont possibles en français : Siboleth, Chibboleth etc.) est présent dans le Livre des Juges XII - 6. Aucune analyse de ce mot n’est possible sans une étude préalable du contexte biblique. Relisons le texte : Jephté et le Jourdain. Jephté, originaire de Galaad (se souvenir des héros de la Table Ronde), est juge en Israël. C’est le fils d’une courtisane et d’un vaillant guerrier appelé Galaad (du même nom que la ville). Les demi-frères de Jephté, nés de la femme légitime de Galaad le chassent en disant : « tu n’auras pas de part à l’héritage de notre père, car tu es le fils d’une femme étrangère » (Juges XI - 2/3) [2]. Jephté s’enfuit dans le pays de Tob et rassemble une bande « de gens de rien » qui font des incursions avec lui, du brigandage en quelque sorte. Les chefs de Galaad ne trouvant pas d’autre général capable s’adressent à lui pour combattre les Ammonites : ils seront battus par Jephté. Quelque temps plus tard Jephté est à nouveau en guerre, cette fois contre les Ephraïmites. Après les avoir battus, il leur coupe la retraite dans le gué du Jourdain : « Puis Galaad s’empara des gués du Jourdain avant que ceux d’Ephraïm y fussent arrivés. Et quand un des fugitifs d’Ephraïm disait : - Laissez-moi passer- les gens de Galaad lui disaient : - Es-tu Ephraïmite ? -. Il répondait : - Non - alors ils lui disaient – Et bien, dis le mot Schibboleth ! - et il disait : « Sibboleth » sans parvenir à bien le prononcer. Alors on le saisissait et on l’égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm [3] ». (Bible de Jérusalem Juges XII - 6).

RÉALITÉ MAÇONNIQUE.

Numéro hors série de Masonica. Le fleuve diviseur, la rivière fatale. Schibboleth joue ici le rôle de mot de passe lors du « passage d’un cours d’eau » par les Ephraïmites en retraite et, comme par hasard, ce mot fatal, Schibboleth, signifie en hébreu justement : « cours d’eau ». Nous pourrions presque parler de pléonasme, mais la répétition du terme peut signifier qu’il y a un sens caché à découvrir, lié en particulier à la différence de prononciation. On ne peut maîtriser que ce que l’on est capable d’appréhender avec justesse, de nommer. Il y a un lien direct entre ce mot (ou sa prononciation) et le fait de « passer », de « pouvoir passer » un cours d’eau, en l’occurrence le Jourdain. Car, dans une perspective initiatique, hermétique ou alchimique, quelle est la signification du passage d’un fleuve ou d’une rivière ? On a quelque peu oublié dans nos temps modernes, où le génie civil fait merveille, le caractère infranchissable et dangereux des cours d’eau : leur tracé épousait et épouse toujours de nombreuses frontières. Le passage d’un cours d’eau est perçu comme une épreuve, en particulier celle de la mort, mais aussi de la Mort initiatique. D’autre part en alchimie la Matière première de toute chose est symbolisée souvent par l’eau, un « cours d’eau », une « eau permanente ». Chez les Grecs de l’Antiquité, la Terre émergée est entourée par un océan primordial, Okéanos, dont un fleuve donne naissance au Ciel et à la Terre. Passer le cours d’eau signifie en alchimie prendre possession de la Matière première, l’ouvrir afin d’en extraire les deux principes spirituels, le Soufre et le Mercure. Ce concept est aussi présent dans une légende chrétienne ; c’est l’image du géant St Christophe (le Mercure) portant sur ses épaules le Christ enfant (le Soufre) afin de l’aider à traverser une rivière. Le Mercure est appelé aussi Mercure double : il est à la fois celui qui transporte hors de l’Eau, hors de la rivière et l’Eau elle-même en tant que véhicule de l’Esprit. Les deux rives d’un fleuve représentent aussi les L'eau et l'épimondes matériel et spirituel. Ils sont séparés mais forment un tout. Le monde spirituel est dit séparé, car il n’est pas perçu par l’homme en général. L’homme profane n’est pas conscient de l’autre rive. Et pourtant ce monde est en nous. Passer la rivière, faire l’effort d’aller de l’autre côté, signifie dans le domaine initiatique accéder au monde spirituel au péril de sa vie. C’est l’épreuve de l’Eau qui peut dissoudre à jamais notre Etre. Les exemples sont nombreux dans la mythologie (le passage du Styx, la barque d’Amon, etc.) : il faut traverser un fleuve pour atteindre le royaume des Morts ou celui des Esprits. Goethe propose le même thème dans son conte « Le serpent vert ». En guise de dénouement, le serpent vert, symbolisant à la fois la Matière première et l’Initié lui-même, se transforme en un pont solide reliant définitivement les deux rives et jouant le rôle de pontife. L’Initié vivra alors dans les deux mondes à la fois, le matériel et le spirituel, et les réunira en un seul Etre. La traduction alchimique de ce « pont » est celle de la fixation ou solidification du Mercure, qui est le plus souvent symbolisé par un serpent. Il s’agit de la matérialisation de notre Esprit, jusque-là invisible et insaisissable. Ainsi le cours d’eau (qui peut serpenter) possède des affinités symboliques avec le serpent, car ce dernier est aussi l’agent de la séparation et de la division, tout en procurant la connaissance du Bien et du Mal. Jephté juge et libérateur de la pierre. Dans le récit biblique la traversée est interdite à ceux qui ne savent pas prononcer juste le mot de passe Schibboleth. Pourquoi ? Le sens des noms utilisés nous donne-t-il des indices ? Jephté signifie : « il ouvrira », « il libérera » ou « Dieu libère ». Galaad signifie « dur, rugueux » ; Ephraïmite vient d’Ephraim, « fécond ». Dans le récit biblique, Jephté délivre les Galaadites de leurs ennemis; dans une vision ésotérique, il est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce juste un mot, « Schibboleth ». En fait c’est davantage la connaissance de Schibboleth qui libère ; Jephté n’en est que le contrôleur, le passeur. On retrouve ici le symbolisme du gardien du seuil. Dans son acception alchimique, Galaad (dur, rugueux), fait allusion à la Pierre des Philosophes. Jephté de Galaad est le « libérateur de la Pierre », celui qui fait accéder à la Pierre, qui l’ouvre, l’Initié lui-même. Galaad est aussi le chevalier du cycle arthurien, celui qui a la vision du Graal, vase justement identifié à la Pierre philosophale. Par ailleurs, le rôle de la pierre dans l’oralité se trouve dans la mythologie : c’est l’ingestion par Saturne d’une pierre, qui épargne la vie à Jupiter. L’on dit en alchimie que Saturne est le père de la Pierre et qu’il doit la rejeter (la libérer) après l’avoir avalée. Il symbolise la Matière première brute de laquelle doivent être extraits les Eléments spirituels. Une prononciation qui tue ou qui sauve. La première lettre de Schibboleth est Schin. C’est elle qui sauve et fait passer. Schin c’est le Feu, le Feu salvateur, le Feu philosophique des alchimistes. Le Feu et l’Eau sont donc les Eléments primordiaux réunis dans le mot Schibboleth. Quel est leur lien? L’alchimie nous donne une réponse : la Matière première n’est qu’un Feu contenu dans l’Eau, un « Feu aqueux » (se souvenir de l’océan primordial Okéanos dont tout procède). Le Grand Œuvre s’accomplit grâce à ce Feu philosophique. Ignis sufficit ou bien Ignis et Azot tibi sufficiunt écrivaient les alchimistes du Moyen Age, sous-entendant : le Feu te suffit, ou encore le Feu et l’Eau mercurielle te suffisent (pour accomplir le Grand Œuvre). Si ce Feu est contenu dans l’Eau, le feu du Schin est aussi contenu dans Schibboleth qui, rappelons-le, signifie cours d’eau. Et c’est bien la prononciation de cette première lettre, Schin, qui fait toute la différence: celle qui permet de passer (Schibboleth) et celle qui tue (Siboleth). Or, en Alchimie, le Grand Œuvre n’est maîtrisé que par la connaissance et une juste utilisation du Feu philosophique. L’on peut affirmer que Schibboleth représente la Matière première et contient le secret du Grand Œuvre ! Les trois lettres mères de la Kabbale. Le Sefer Yetsirah ou Livre de la formation, un des livres clés de la kabbale séfirotique, décrit le rapport Schin - Feu. Schin est l'une des trois lettres mères de l’alphabet hébraïque. Les deux autres sont : Aleph, qui correspond à l’Air, et Mem, qui correspond à l’Eau (Sefer Yetsirah ch. 3-2 version GRA-ARI) : « Trois mères Aleph, Mem, Schin : un grand merveilleux secret, dissimulé, scellé par six anneaux (formes). D’elles émanent l’Air, l’Eau et le Feu... Plus loin : Il fabriqua la lettre Schin afin qu’elle règne sur le feu. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle, il forma le feu dans l’univers, le chaud dans l’année et la tête dans le mâle avec ShAM et la femelle avec ShMa. (Sefer Yetsirah ch. 3-9 v. GRA -ARI). Le Sefer Yetsirah confirme la relation Feu-Schin. Il fait aussi entrevoir les similitudes de la Kabbale et de l’Alchimie en évoquant les quatre Eléments, clés de l’Initiation au premier grade de la Franc-Maçonnerie ». Les quatre Eléments, l’alchimie et la kabbale du Sefer Yetsira. Les apports alchimiques sont essentiels pour comprendre cette cérémonie maçonnique : le Cabinet de réflexion et les symboles du Temple comme la coupe, les deux Lumières (Lune ou Argent, Soleil ou Or), les voyages et les quatre Eléments. Ceux-ci étaient déjà connus bien avant Aristote, notamment chez le présocratique Héraclite d’Ephèse. Comme en alchimie, la prééminence parmi les quatre Eléments, dans le Sefer Yetsirah, est donnée au Feu et à l’Eau, notamment dans le texte suivant : Trois mères (cf. supra) : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu et l’Eau. Les cieux sont créés à partir du Feu. La terre est créée à partir des Eaux et l’Air se place ainsi entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-4 v. GRA - ARI). Seuls le Feu et l’Eau sont créateurs. La similitude avec les textes alchimiques gréco alexandrins est troublante, mais on sait que la Kabbale a été influencée par le néoplatonisme égyptien. Le Sefer Yetsirah permet de faire correspondre les trois lettres mères aux trois Principes alchimiques Soufre, Mercure et Sel : Trois mères AMSh air, eau et feu. Le feu est au-dessus, l’eau est en dessous et le souffle de l’air légifère entre eux. Il y a un signe à cela, le feu soutient l’eau. Mem est bourdonnante, Schin est sifflant et Aleph est le souffle de l’air qui les départage (Sefer Yetsirah GRA ARI 6-2). L’Alchimie dispose de trois Principes ou Pères (à faire correspondre aux trois Mères du Sefer Yesirah). Le Soufre est au-dessus et c’est un Feu. Le Mercure est au-dessous et c’est une Eau ; le Sel les unit en les départageant. Il les maintient ainsi prisonniers. Il y a un signe à cela dit le Sefer Yetsirah. Ce signe est retrouvé dans l’Alchimie : le Feu (Soufre) soutient l’Eau (Mercure) ; il lui donne la Lumière qui vient d’en haut. Le Feu vient du haut et descend animer « notre » Eau. C’est le feu soutient l’eau du Sefer Yetsirah. Le Sel, comme l’Air du Sefer Yetsirah, unit et en même temps sépare le Soufre-Feu du Mercure-Eau. En s’unissant à eux il empêche leur réunion, comme le fleuve sépare deux rives. Si les deux Principes sont séparés du Sel, ils peuvent alors interagir et donner une union véritable. Le Soufre, Sel et Mercure sont des symboles de l’âme, du corps et de l’Esprit. Le Soufre et le Mercure, c'est-à-dire l’âme et l’Esprit, sont prisonniers du corps et doivent être libérés. Le Sefer Yetsirah traite aussi de la génération des quatre Eléments. Trois mères : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu, l’Eau. Les cieux sont créés du Feu. La terre est créée des Eaux et l’Air se place entre les deux. Le Feu et l’Eau, éléments générateurs, créent respectivement les cieux et la terre. L’Air ne crée rien et se place entre eux deux. C’est une ligne séparatrice. C’est ce qu’affirme l’alchimie à propos du Sel. Le Sel n’a pas d’existence propre. Il n’est qu’un assemblage, une précipitation, l’union terrestre des deux autres Principes qui apparaît sous la forme de Matière ou Corps visible. Un autre passage du Sefer Yetsirah est à mettre en rapport avec l’absence d’existence propre du Sel en tant « qu’illusion d’une réalité matérielle unique et absolue » : trois mères : Aleph, Mem, Schin ; dans l’année ce sont le Chaud, le Froid, le Tempéré. Le Chaud est créé à partir du Feu. Le Froid est créé à partir des Eaux et le Tempéré deL'eau et l'épi l’Air se place entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-5 v.GRA ARI) Le tempéré est à l’image du Sel : il n’existe que par assemblage de chaud (Feu) et de froid (Eau). La Terre n’a, en Alchimie et dans le Sefer Yetsirah, qu’une importance relative ; elle représente l’Elément le plus matériel des quatre, voué à la désintégration (ou au renversement pour utiliser un terme qui nous est familier !) Pourtant, elle est aussi le réceptacle d’éléments subtils qui ne pourraient sans elle s’incarner et agir. C’est dans les entrailles de la Terre que gisent les Eléments actifs du Grand Œuvre. C’est là qu’ils doivent d’abord être recherchés, dans le Cabinet de réflexion pour l’Initiation maçonnique. Et c’est là aussi le sens de l’épi de Schibboleth : le grain de blé va mourir dans la terre pour renaître sous forme d’épi, grâce au feu et à l’eau. Vu sous cet angle le mot Ephraïmite, qui signifie fécond, trouve un sens dans le récit. Les Ephraïmites tués symbolisent la Mort initiatique nécessaire pour que l’Initié se « féconde » et que germe l’homme nouveau. Le premier chapitre du Sepher Yetsirah décrit la formation proprement dite de l’univers : du « Souffle d’Elohim Vivant » est issu le Souffle. Les Eaux émanent ensuite du Souffle, puis le Feu émerge des Eaux. Cette vision de la « création » est superposable à celle des textes alchimiques. En alchimie il est fait référence au Souffle divin, descendu sur terre sous forme d’une Eau mais qui devra après être sorti de cette Eau, commencer son ascension sous forme de Feu. Le travail de l’Initié consiste à extraire le Feu de cette Eau ou Matière, extraire le Schin de Schibboleth. Le Schin, le yod et le serpent d’airain. Le Schin, comme Elément Feu enfoui dans la profondeur des eaux, que l’on doit extraire, est décrit par Annick de Souzenelle dans son ouvrage « La lettre, chemin de vie ». Elle y affirme que le Schin, notre pierre des profondeurs, contient grâce à sa forme le secret du Yod. Or le Yod est la première lettre du tétragramme YHWH. Par extension, le Schin est aussi détenteur du nom secret de chacun de nous, puisque l’Homme est fait à l’image de la divinité. Il est ainsi inséparable du « sem », le NOM. Il est le « sem » caché dans la profondeur des Eaux et du « non accompli »… [4] Dans un autre passage, Annick de Souzenelle commente le terme de « nahas », le serpent qui se termine par un Schin. Le serpent peut ainsi être perçu comme celui qui conduit au Schin. Il permet à l’Homme de conquérir son identité profonde, son noyau. La parenté symbolique du serpent et du cours d’eau a déjà été évoquée. Reprenons dès lors le texte de l’Exode. « Et Moïse fit un serpent d’airain et quiconque mordu par un serpent, regardait le serpent d’airain, vivait ». Lorsque les Hébreux sont mordus par les serpents et en meurent, Moïse supplie Dieu d’intervenir. Yahvé lui ordonne de faire un « séraphin ». Etymologiquement, un « Séraphin » est un « brûlant » (saraph, qui contient la lettre Shin signifie brûler). Le serpent est ici un « séraphin » (les deux mots français sont de même racine) une créature clé du monde angélique, proche de Dieu - celle qui « enveloppe, recouvre » (suph) le principe (Yod) et diffuse son influence sous forme d’Amour divin. On retrouve ici la fonction protectrice du Schin, mais, de manière symétrique, au plus haut des cieux. Le serpent d’airain est aussi celui qui « guérit » grâce au Schin. Le séraphin reçoit par ailleurs le feu divin, le transmet aux hiérarchies angéliques inférieures qui, à leur tour, le distribuent à l’Homme. Le séraphin est donc la version hautement bénéfique du serpent qui, s’il amène Dieu à mettre ses distances par rapport au reste de la Création, est un symbole de vie. Ce serpent qui guérit, ce seraphin qui « brûle » c’est le Feu philosophique, principal artisan du Grand Œuvre. L’ambivalence symbolique du serpent, perverti et séparateur dans la Génèse, salvateur avec Moïse, n’est qu’apparente. Le serpent, comme la rivière, est certes agent de séparation, de mort. Mais si on arrive à le vaincre (traverser la rivière-Schibboleth) c'est-à-dire extraire l’élément positif caché en lui (le Schin) on atteindra l’autre rive et la Vie éternelle. L’image du héros ou de Saint Georges tuant le dragon n’exprime en alchimie que l’action de l’Initié ouvrant la Matière première afin d’en extraire la Quintessence. Et souvent dans les légendes ce dragon cache et protège jalousement des trésors… Cette notion de serpent en tant que « barrière ou épreuve à dépasser » est signifiée par la lettre Tet de Satan. « Le serpent de la Genèse est satan, l’Adversaire ». Dans son nom le Tet est un bouclier symbolisé par un serpent qui se mord la queue… Le serpent forme un rempart, une entité fermée, compacte. Cette dernière barrière éprouvera l’Homme avant sa naissance au Yod, soigneusement caché dans la pierre des profondeurs. Ontologiquement, l’adversaire assume ici une fonction nécessaire. Le Schin Sauveur. La Pierre des profondeurs est donc bien une Eau primordiale, un Feu aqueux représenté parfois symboliquement par un serpent ou une rivière qui serpente. Annick de Souzenelle confirme ainsi les enseignements de l’Alchimie et du Sefer Yetsirah : le Schin est un Feu, caché dans la profondeur des eaux, qu’il faut extraire de notre Pierre. D’autres noms contenant un Schin sont significatifs. Le soleil se dit « Semes », mot qui contient le Nom (sem) du Schin. En effet il est formé de Schin, Mem, Schin. Le soleil n’est-il pas le feu par excellence ? « Es » est le feu. « Is » (le yod au cœur du feu) est l’époux. « Issah » est l’épouse. « Seh » est l’agneau. « Masiah » est l’oint, donc le Messie. Dans le passé, avant que la distillation de l’alcool soit connue, les parfums et huiles essentielles étaient extraites par et stockées dans l’huile. Or les huiles essentielles des plantes forment le Soufre du règne végétal. « Masiah » sans le Schin est « moah », la mœlle (voir le terme moahbon(e) du Maître Maçon). Enfin, le nom de Dieu : Jod He Vav He : Yahvé auquel on ajoute un Schin devient, selon Athanasius Kircher et d’autres auteurs, Yod He Schin Vav He soit Jehoshua : le Sauveur. Le Christ est ainsi le Feu philosophique, cosmique et spirituel, qui gît en nous tous tel un mort. Si nous savons le ressusciter, il pourra nous sauver. En conclusion, le Schin est notre pierre des profondeurs, dont les 3 branches verticales forment les 3 Principes de la Pierre : le Soufre, le Mercure et le Sel. Il est à la fois Pierre, Eau primordiale, Feu aqueux.

Le Schin et le Tarot d’Oswald Wirth. Dans le jeu des Tarots d’Oswald Wirth la lettre Schin est attribuée à la Lame du Fou. On notera la consonance de Fou et de Feu dans la kabbale phonétique. Le Fou est un voyageur ; la carte peut se placer n’importe où. Il est insaisissable. Il ne peut être détruit. Ce sont là des caractéristiques du feu vulgaire, de la flamme, mais aussi du Feu philosophique. Le Feu philosophique en alchimie agit à tous les niveaux du Grand Œuvre. Aussi la carte du Fou est-elle celle du Joker, celle qui n’a pas de numéro. Elle est le Principe omniprésent. Ceux qui le découvrent sont considérés comme fous par le monde profane, car leur comportement ne sera plus le même que celui de tout un chacun. Le sens caché de 42 mille. Le texte biblique où l’on voit apparaître Jephté, et auquel on se réfère au début, dit que 42'000 Ephraïmites furent tués. On doit s’interroger sur la signification du nombre 42 et sur sa relation avec l’alchimie et la Kabbale. On se souvient de la signification symbolique du nombre 40 : durée de purification, du processus de déstructuration qui précède une restructuration ou renaissance. Les exemples sont nombreux : la quarantaine médicale, la période de convalescence de notre corps, le temps de l’embaumement chez les Egyptiens ; le Carême ou période de purification et pénitence avant Pâques, les 40 jours du déluge, les 40 jours de jeune de Jésus dans le désert, les 40 ans de traversée du désert des hébreux avant d’atteindre la terre promise. En alchimie, l’œuvre au Noir ou Putréfaction dure 40 jours, symboliques bien entendu. Ainsi peut-on raisonnablement extrapoler le récit biblique et affirmer que les 42’000 Ephraïmites tués représentent une totalité de purification, hélas dans un bain de sang – à noter que l’alchimie connaît aussi le récit symbolique du massacre des innocents, relaté en particulier par Nicolas Flamel. 42 comme 40 représente ainsi la totalité des épreuves nécessaires avant d’être sauvé et atteindre l’autre rive qui symbolise le domaine spirituel, et ainsi achever le processus. 42 et l’Apocalypse. Comment différencier plus avant le nombre 42 de 40 (42’000 Ephraïmites tués) ? On retrouve à cet endroit la signification spécifique et particulière du nombre 42, qui se superpose au sens général du nombre 40. En Égypte, par exemple, avant de poursuivre leur chemin, les morts étaient jugés devant 42 juges à la tête desquels trônait Osiris. Dans l’Apocalypse de Jean, le nombre 42 est aussi lié à une durée d’action des éléments destructeurs et purificateurs. En effet, la Bête a une durée d’action de 42 mois. Or, cette durée est exprimée sous trois formes différentes : 1260 jours - 42 mois - un temps, des temps et la moitié d’un temps (trois ans et demi). Le sens y est donc le même que dans l’Ancien Testament, car les 42’000 Ephraïmites restent sur la rive « matérielle » et n’ont pas d’accès au monde spirituel représentant l’autre rive. Ils sont liés à jamais à ce qui est représenté dans l’Apocalypse par la Bête et aux épreuves qu’elle fait subir. L’Apocalypse est basée en partie sur le système septimal. Le chiffre 7, lié à l’Agneau, y représente l’homme qui accède au monde spirituel et à la perfection. Les trois ans et demi de durée d’action de la Bête n’en sont qu’une division (7 : 2), que l’on peut interpréter comme une division et une négation. L’utilisation du 42 est aussi en opposition au chiffre 7. 42 n’est pas seulement un nombre fragmentaire, il est aussi le produit de 6 x 7 ; si 7 est le chiffre parfait, 6 reste en deçà et leur produit marque l’imperfection, l’inachèvement et, pourquoi pas la pierre d’achoppement. L’on comprend pourquoi ces chiffres sont attribués à la Bête. L’on comprend dès lors aussi pourquoi le texte concernant le passage du Jourdain utilise le 42 pour signifier ceux qui n’ont pu passer. Un nom divin de 42 lettres. La tradition kabbalistique nous parle du nom divin en 72 lettres, mais aussi celui de 42 lettres. Il est formé par les 42 premières lettres de la Genèse, qui décrivent la création du Ciel et de la Terre. Ce dernier est associé à la rigueur. Par ailleurs, au début du Sefer Yetsirah figure une phrase : « Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s’établit : YAH YHWH TSEVAOTH DIEU D’ISRAEL, ELOHIM VIVANT ROI DE L’UNIVERS EL SHADDAI ». Or cette phrase, englobant la totalité de la divinité, est aussi constituée en hébreu de 42 lettres. Les lettres Schin et Samek. Quelques auteurs maçonniques ont étudié le sens de Schibboleth. Selon Patrick Négrier [5], Schibboleth provient de la racine schin, bet, lamed que nous retrouvons dans les mots shoval, shevoul ou shevil et shovel. Le mot shevoul (ou shevil) signifie « chemin, passage » (Psaumes 77, 20 et Jer. 18, 15). Cette interprétation confirme de manière explicite le sens de « passage » du Jourdain. La cérémonie du IIème grade est dite de Passage et le rituel dit parfois : « Passe Schibboleth ». Le texte biblique est traduit ainsi par Patrick Négrier [6] : « Ils lui disent : - prononce : Schibboleth ! - S’il dit : Sibolet, ils le saisissent et l’égorgent sur les passes du Jourdain » (Jug.12, 6.). Patrick Négrier écrit aussi « Or nous savons que la lettre schin joue un rôle symbolique majeur dans la Genèse, car cette lettre se trouve dans les mots homme (Ish) et femme (Ishah). De plus, nous constatons en Gen. 2,23 que c’est l’homme (Ish) qui donne son nom à la femme (Ishah). En donnant son nom (Ishah) à la Femme, l’Homme a donc prononcé la lettre Sh (schin) qui constitue presque l’essentiel de ce nom et de son propre nom. Nous en déduisons que l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le Sh (schin) signifie en somme leur incapacité à prononcer tant le nom de l’Homme (Ish) que celui de la Femme (Ishah). Il y a là certainement un fait symbolique à méditer. En effet, le couple formé par l’Homme et la Femme (Androgyne) se superpose symboliquement à l’ensemble du récit biblique de la Création du monde (Gen. 1,1-2,4a) : il a donc un caractère globalisant. Et l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le nom de l’Homme (Ish) et de la Femme (Ishah) revient en somme à ne pouvoir assimiler le processus rédempteur symbolisé par le récit de la Création du monde : d’où leur égorgement. Cette interprétation peut être confirmée par le fait qu’en disant Sibolet, les Ephraïmites prononcent un mot extrêmement parent du mot Sivlot qui commence effectivement par un samek (S), signifie « corvées » et apparaît précisément en Exode 1,11 ; 2,11 ; 5,4 ; 6,6. Or les « corvées » subies par les Hébreux en Egypte avant leur Exode symbolisent l’état qui précède toute Création, c’est-à-dire en somme toute Rédemption ». Samek et la bête de l’Apocalypse. Les Ephraïmites auraient, selon Patrick Négrier, prononcé la lettre Samek (Sibolet) à la place du Schin (Schibbolet), ce qui causa leur perte. L’auteur insiste aussi sur le rapport entre la lettre Samek de valeur 60 et la lettre grecque « Xi » de valeur 60. Cette lettre est représentée 3 fois dans le chiffre apocalyptique de 666, mis en relation avec la Bête. 666 est le « chiffre de la Bête », car le Samek hébraïque (S), modèle phonétique du Xi grec présent dans (666), ne rentre pas dans la composition du mot (Ish) désignant l’Homme. Elle constitue même une défiguration du schin (Sh) qui symbolise cet Homme (Ish). On pourrait même dire que le Samek (S) défigure le schin (Sh) comme la Bête (symbolisée par les lettres Samek et Xi) défigure l’Homme (symbolisé par la lettre schin). Patrick Négrier affirme donc que la différence de prononciation est due à l’utilisation de deux lettres différentes : Schibboleth commence par Schin et Sibolet par Samek. Cette affirmation est contredite par J\ Y\ Legouas qui précise qu’il ne s’agit pas de deux lettres différentes mais de la même lettre Schin prononcée de manière différente : « En fait, le Schin hébraïque possède les deux prononciations. Les sages ont inventé un système diacritique de vocalisation de l’hébreu, afin, est-il dit, d’en conserver la prononciation originelle, ou pour le moins celle de l’époque de l’invention desdits signes, par les Massorètes (jusqu’au Xème siècle, Saadya Gaon). Il existe, de fait, la possibilité de mettre un point sur la jambe droite ou gauche du Schin, le rendant par Sh ou S. Il semble bien que ce furent en fait les Galaadites, qui prononçaient différemment des tribus à l’Ouest du Jourdain, et non pas les Ephraïmites qui aient eu un défaut ». Samek et la Pierre brute. L’interprétation de Patrick Négrier est symboliquement séduisante. En effet, si l’on suit son raisonnement dans une perspective alchimique, on constate que Schin est le Feu philosophique (« divin et humain ») ; Samek est le serpent se mordant la queue, la Bête, Satan, Saturne, mais aussi la Matière première à l’état brut, la Pierre brute, la Matière qui emprisonne le Feu philosophique. Ainsi peut-on différencier le Schin du Samek. Ceci se traduit en alchimie par : « ceux qui n’ont pas su extraire le Feu de la Matière première brute ne seront pas sauvés », c'est-à-dire n’accompliront pas le Grand Œuvre. Les Ephraïmites prononcent Siboleth, et restent ainsi attachés à Samek ; ils ne savent pas retrouver le Feu philosophique - Schin dans leur Matière. L’impossibilité d’atteindre l’état d’Ish ou Ishah - l’Androgyne primordial exprimé par Patrick Négrier - se traduit de surcroît en alchimie par l’impossibilité d’atteindre l’état de Pierre Philosophale. En effet la Pierre philosophale consiste en la fusion du Corps et de l’Esprit en un seul Etre et elle est représentée souvent par un androgyne ou un homme à deux têtes. La lettre Samek est attribuée par Oswald Wirth à la XVème lame des Tarots « Le diable » (O.Wirth - Le Tarot des imagiers du Moyen age) ou Baphomet des Templiers. Annick de Souzenelle, de son côté, interprète le graphisme de Samek en hébreu archaïque comme un arbre à 3 branches horizontales (en opposition aux trois branches verticales de Schin N.d.r.). Samek vient de la même racine que « soutien », « appui ». « Si le vav ce clou de la Création est l’Homme, le samek est l’Arbre, image directe de l’Archétype, colonne vertébrale de la Création sur laquelle s’appuie l’œuvre divine tout entière ». Ainsi, d’après Annick de Souzenelle le Samek est soutien de l’homme, c’est l’arbre de la Tradition, le buisson ardent… Ces aspects positifs contrastent avec l’aspect négatif de la lettre Samek, que j’ai décrit auparavant. On comprend dès lors la signification duelle de Samek, comme celle du serpent. Transformé en Schin il sera bénéfique. Dans sa forme de « cercle vicieux », celui de « serpent se mordant la queue », il voilera le Schin, d’origine cosmique soit notre nature spirituelle. Dans son aspect positif il représente néanmoins le soutien matériel du spirituel, son véhicule (et non le spirituel lui-même). Comme tel, son importance est grande : il est le substrat matériel du spirituel, sans lequel aucune Opération n’est possible. Il est la clef de l’Œuvre. Ainsi dit le Zohar : « Lorsque le Samek quitta sa place pour se présenter devant le Saint béni soit-il et obtenir de commencer la création du monde, il fut prié de reprendre et de conserver sans défaillance la fonction qui lui était assignée de toute éternité. Le Seigneur soutient ceux qui chancellent-, lui rappelle le Saint, béni soit-il, en clamant le verset du psalmiste, qui commence en hébreu par le verbe « soutien » et donc par le samek. C’est précisément à cause de ta destination que tu dois rester là, car si je t’enlevais de ta place pour opérer la création du monde, qu’adviendrait-il de ceux qui sont près de tomber puisqu’ils s’appuient sur toi ? » La Matière laide et vulgaire n’est pas à rejeter, disent les alchimistes. C’est d’elle que sortira l’or le plus pur. Schibboleth-Samek contient le Schin. Le but de l’Œuvre est d’extraire le Schin de Samek, afin q’il renouvelle toute notre Nature.

Source : www.ledifice.net

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 08:13

"Vous ne pouvez pas créer la prospérité en décourageant l'épargne.
Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort.
Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l'employeur.
Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en
encourageant la lutte des classes.
Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche.
Vous ne pouvez pas éviter les ennuis en dépensant plus que vous gagnez.
Vous ne pouvez pas forcer le caractère et le courage en décourageant
l'initiative et l'indépendance.
Vous ne pouvez pas aider les hommes continuellement en faisant à leur
place ce qu'ils devraient faire eux-mêmes."

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 07:58

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 16:17

Personne n’osait passer dans un chemin où un serpent venimeux avait élu domicile. Un » mahâtmâ » (épithète donnée aux hommes qui ont atteint la perfection morale ou spirituelle) ayant un jour suivi cette route, des enfants qui gardaient les troupeaux se précipitèrent pour l’avertir. « Je vous remercie, mes enfants, répondit le sage, mais je n’ai pas de crainte. D’ailleurs, je connais des mantras qui me protégeront contre toute attaque »  . Et il continua d’avancer. Brusquement, le cobra se dressa contre lui. Mais en approchant du Saint Homme, il se sentit soudain pénétré de la douceur du «yogin » (celui qui pratique le yoga). Le Sage voyant le serpent, prononça une formule magique et le serpent s’écroula à ses pieds. Alors le Sage lui demanda : » mon ami, as-tu l’intention de me mordre ? » Le serpent stupéfait ne répondit rien. « Voyons dit le mahâtmâ, pourquoi fais-tu ainsi du mal à d’autres créatures? Je vais te donner une formule sacrée que tu répéteras constamment. Ainsi tu apprendras à aimer Dieu. Et en même temps tu perdras tout désir de faire le mal. » Et il lui murmura la formule à l’oreille. Le serpent s’inclina en signe d’assentiment, puis rentra dans son trou pour y vivre d’innocence et de pureté, sans avoir jamais plus le désir de blesser un être vivant. Au bout de quelques jours, les enfants du village voisin s’aperçurent de ce changement d’attitude et, pensant que le serpent avait perdu son venin, ils se mirent à le tourmenter, à lui jeter des pierres et à le traîner sur les cailloux. Le serpent grièvement blessé , se laissa faire et alla se cacher dans son trou.

 A quelques temps de là, le sage repassa par ce chemin et chercha le serpent, mais en vain. Les enfants lui dirent que l’animal était mort, mais il ne put pas les croire. Il savait en effet que le nom de Dieu a une telle puissance qu’on ne saurait en aucun cas mourir avant d’avoir résolu le problème de la vie, c’est-à-dire avant d’avoir réalisé Dieu. Il continua donc d’appeler le cobra. Finalement celui-ci, qui était presque réduit à l’état de squelette, sortit de son trou et s’inclina devant son maître : » comment vas-tu, demanda le sage? Fort bien, Seigneur, merci : par la grâce de Dieu tout va bien. Mais pourquoi es-tu dans cet état? Conformément à tes instructions, je cherche à ne plus faire de mal, à aucune créature : je me nourris maintenant de feuilles. C’est pourquoi j’ai un peu maigri. Ce n’est pas le changement de régime qui a suffi à te mettre dans cet état : il doit y avoir autre chose. Réfléchis un peu ! - Ah oui je me souviens : les petits bergers ont été un peu durs pour moi, un jour. Ils m’ont pris par la queue et m’ont fait tournoyer, me frappant contre des pierres. Ces pauvres petits ne savaient pas que je ne les mordrais plus! Le Sage répondit en souriant : « Pauvre ami, je t’ai recommandé de ne mordre personne, mais je ne t’ai pas défendu de siffler pour éloigner les persécuteurs et les tenir en respect ! » De même vous qui vivez dans le monde, ne blessez personne, mais ne laissez non plus personne vous molester !

Source: Anonyme

http://www.gadlu.info/

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 05:49

 

Nous sommes un couple d'initiés que passionne" l'art royal ", la richesse de ses rites, la diversité de ses "outils". Mais, parce que la maçonnerie est une façon d'être, ce site ambitionne de décliner nos symboles sur les vêtements nécessaires au rituel, mais aussi, avec discrétion, sur ceux du quotidien.

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Le fait pour tous les F ou S d'un atelier d'arborer sur leurs gants ou cordons l'emblème de leur loge renforce le sentiment d'appartenance et de cohésion. Ce même sentiment emplit ceux qui, discrètement, osent porter cet emblème dans la vie quotidienne . Aussi souhaitons nous être le partenaire de vos défis !! 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 10:03

Introduction

Jusqu'à la« découverte» des archives du musée Calvet en Avignon par René Désaguliers auquel nous désirons rendre hommage, le rite Ecossais Philosophique semblait, et d'aucuns poussaient dans ce sens, soit un rite embryonnaire "ancêtre" du rite Ecossais ancien et accepté, une erreur d'appréciation historique, ou comme l'écrivait Gould dans la première édition de sa gigantesque somme historique: « a Masonic perversion ». Les éditions suivantes de son "History of Freemasonry" corrigèrent ainsi que nous le verrons plus tard cette  opinion.

Le rite aux trois degrés symboliques, de culture française, s'entoura rapidement comme le voulait l'époque, de hauts grades au nombre de 6, 7 (Thory) ou 12 degrés. Les archives de la Loge de Saint Jean de la Vertu Persécutée en Avignon  en décrivent 13 dont l'énoncé des titres ne reprend en rien la nomenclature de Clavels  ou de Ragon. Ces hauts grades étaient doublés en Avignon d'une loge de recherche, l'Académie des Sages. Plus tard lors de son développement Parisien, le rite organisait des Convents annuels, convents qui faisaient l'admiration de Gould, mais qui valurent au rite la colère de la Sainte Inquisition, Avignon étant siège papal jusque en 1790.

Ces Hauts Grades, feront l'objet d'une étude particulière, il ne sont pas l'objet de notre soucis actuel.

Le rite Ecossais Philosophique naquit à Marseille avec la Mère-Loge du rite, la Loge de Saint Jean. La Mère-Loge Marseillaise acquit un développement remarquable. Cependant, une de ses meilleure réalisations fut la patente donnée à la loge de Saint Jean "La Vertu Persécutée », en Avignon, ses règlements et sa patente le 31 août 1774.  C'est d'Avignon et non de Marseille que le rite parvint à Paris et de là dans les Pays-Bas, la filiation Marseillaise, fut plus ou moins oubliée, quoique toujours existante pour donner à Avignon une prééminence qu'elle n'eut que tardivement. Pour la bonne renommée, on ajouta à la légende Parisienne l'intervention le Dom Pernetty, le célèbre mystique qui ne rejoignit, s'il la rejoignit, la maçonnerie Parisienne, que vers les années 1786.

Disparu en France pour les raisons que nous verrons plus loin, le rite resta vivant tant en Hollande qu'en Belgique, tant dans ses Hauts Grades récupérés en partie par le REAA que dans ses grades symboliques sous le couvert des patronymes « rite ancien» Hollandais ou rite belge moderne, pour reprendre ensuite son titre réel.

Il est dit dans l'histoire légendaire du rite que celui-ci fut fondé à Marseille en 1751, par un gentilhomme Ecossais, de la suite de Jacques III, nommé de Walmon ou Duvalmon, porteur d'une patente de la Grande Loge d'Edinburgh.

Sur le plan strictement historique, nous ne pouvons que constater l'absence de toute matérialité historique quant à cette patente. Verrier cite les Règlements du 14 novembre 1779, une lettre de Jacques de Seimandy Vénérable de la loge qui écrit: La T.R.L. Ecossaise de Marseille tient ses pouvoirs de la T. R. "Grande L. d'Edinburgh ..... ainsi que le mémoire adressé en 1801 à la Loge Métropolitaine écossaise à l'Orient d' Edinburgh, mémoire rédigé par le F. Julien, Vénérable Maître en titre reprenant l'histoire précitée mais laissé sans réponse par la Grande Loge Ecossaise. Verrier cite encore une lettre datant de 1804, d'un F. Doisy, qui certifie l'existence de la patente, confiée pour lors à un Frère aux fins de restauration.

Gould ne mentionne pas la patente, pas plus qu'il ne mentionne Dewalmon, Lantoine s'il ne nie pas l'existence de l'Ecossais "voyageur", nie l'existence de la patente. II semble que celle-ci ne figure pas dans les minutes de la Grande Loge d' Ecossel  , pas plus qu'elle ne fait partie du legs "Morrison".

Par contre, à Edinburgh même, il n'y a trace de ce fondateur, ni au peerage, ni dans la liste des FF habilités à donner patente. Qui était de Walmon ? Peut-être un de ces Jacobites émigré en France à la suite de Jacques III, ou peut-être un simple "dispensateur de patentes" sans autorité pour le faire, donc sans enregistrement officiel, ce qui avant 1750 était assez fréquent. Sans trancher pour une opinion quelconque, il était de toutes façons de bon ton au 18ème siècle de se donner une antiquité prestigieuse, que ce soit dès 1723, à Londres, avec les Grandes Constitutions, en 1754 avec le chapitre de Clermont etc etc. Pourquoi Marseille n'en aurait-elle pas fait autant pour se donner une plus grande importance et de plus grands pouvoirs. La Mère-Loge "exporta" son rite avec le plus grand succès en Martinique et à Saint Domingue et de là en Louisiane(1754) . La légende porta ses fruits en son temps.  

1.       Le rite Philosophique en France.  

Thory, dernier grand Maître du rite, le fait descendre lui, de la Société des Rose-Croix d'après des archives, «non compulsables actuellement », archives et manuscrits d'une société secrète existant à La Haye en 1622. Dans ces mêmes archives on trouverait parait-il quelques fragments d'une correspondance d'Elias Ashmole sur les sciences occultes et la théosophie, bases, nous dit Thory, d'une société dont le but était de bâtir d'une manière figurée le Temple de Salomon et dans laquelle les initiés étudiaient les secrets de la nature. Thory ajoute que tous les maçons ....... " savent que M. Boileau, médecin à Paris et Grand Maître de la Maçonnerie Hermétique était un des fondateurs de cet établissement et le plus zélé de ses soutiens ". 

Thory donne comme origine du "Régime" Philosophique, la date de 1776 qui est celle de la fondation de la Mère-Loge parisienne du rite, Saint Jean d'Ecosse du Contrat Social, succédant à la Loge de Saint Lazare qui avait été érigée en 1772. Malgré son effort de crédibilité, il semble que l'auteur se soit laissé emporter par son imagination et en plus, en bon Parisien ne prenne pas en considération l'origine provinciale du rite. 

En page 197 de son Histoire du Grand Orient de France, Thory présente assez brièvement la Mère-Loge Philosophique de Marseille et cite, mais avec beaucoup de réticences, un manuscrit dont il ne donne pas l'auteur et concernant les "Mémoires de la Franche-Maçonnerie et ses différents systèmes" (serait-ce Laurens vu la date de 1806) qui accorde à la Mère-Loge de Marseille, 20 loges dans sa constitution chiffre que Thory qualifie d'exagéré, ce qui ne manque pas d'étonner, car dans le manuscrit de Thory conservé à la Bibliothèque de la Grande Loge d'Angleterre à Londres, ce même auteur cite et détaille les 77 Loges créées par le rite Ecossais Philosophique. Il est vrai que ceci est un second manuscrit destiné à une édition qui ne vit jamais le jour. 

La Grande Loge de Saint-Jean à Marseille, aurait donc été créée le 27 août 1751 par un "Maçon Ecossais voyageur", sans aucune lettre constitutive d'une Grande Loge, car écrit Thory, ni la Grande Loge d' Edimbourg, ni les tableaux annuels de la Grande Loge de Saint-Jean n'en font mention.

D. Ligou néanmoins dans son dictionnaire (ed.1974) fait mention de lettres constitutives datées du 17 juin 1751 à Edimbourg.

Plus loin Thory confirme la création par la loge marseillaise, de plusieurs loges tant au "Levant", qu'en Provence, Lyon et même Paris.

Devenue avant la révolution Loge de Saint Jean d'Ecosse, elle prit le titre de Mère-Loge de Marseille, puis "par imitation"(dixit Thory) s'attribua le titre de Mère-Loge de France.

Lantoine en donne une version un peu plus complète. Lantoine confirme la vie très active de la loge de Marseille, qui créa entre autres, en 1766, une loge en Avignon qui s'émancipa à son tour pour devenir la Mère-Loge Ecossaise du Comtat Venaisin. La Mère-Loge du Comtat-Venaisin eut une vie des plus prolifique. D'après Gould, dès 1740, il existait en Avignon des écoles pratiquant l'Hermétisme, souvent sous des formes maçonniques du moins aux premiers degrés, avec une structure ressemblant aux soi-disant degrés Ecossais.

Le fondateur de ces écoles aurait été le Marquis de Calvière qui fonda une loge maçonnique de Saint-Jean laquelle végéta avec quelques autres loges jusqu'à l'apparition de la Mère-Loge de Marseille qui accorda des lettres de patente au rite philosophique en 1774 à notamment St Jean de la Vertu Persécutée, et la fondation de sa plus célèbre fille, la Loge de Saint-Jean du Comtat-Venaisin. Gould cite avec Lantoine, comme étant de première importance la fondation de la Loge du Comtat-Venaisin, qui prit également le titre de Mère-Loge.

Le mouvement spirituel était inspiré et dirigé (Gould dixit) par Dom Pernety, personnalité de tout premier plan, moine Bénédictin, alchimiste mais aussi mystique profond, il traduisit notamment Swedenborg.

Que Pemety fut Maçon ou non n' a aucune importance, car avant 1786 il ne fréquentait pas les loges Françaises. Son influence spirituelle fut probable, mais non prouvée. A cette base s'ajouta en 1787, sous l'impulsion du Starots polonais Gabrianca, fondateur des Illuminés d'Avignon, des éléments de Martinisme et de la philosophie de Swedenborg.

La Mère-Loge d'Avignon eut pas mal d'ennuis avec l'Inquisition, car Avignon était enceinte papale. Cette Loge eut l'imprudence de fonder et s'adjoindre un Chapitre d'étude intitulé Académie des Sages où on ne pratiquait qu'un seul grade: celui de Vrai Maçon. La pratique en soi semble inoffensive et intéressante mais ces "Vrais Maçons" ne s'occupaient que d'Hermétisme, ce qui fut considéré comme hautement subversif et l'Inquisition délégua un de ses inquisiteurs, le Père Mabille qui, avec l'aide de la police papale, cerna la Loge, fit enlever les meubles, les livres, saisir les archives ... et Avignon ne fut plus sûr pour les Maçons.

La Mère-Loge de Marseille-avait conféré en 1770, pendant une des périodes de sommeil de la Grande Loge de France, des patentes à une Loge de Saint Lazare à Paris, fondée par le F. Lazare Bruneteau, directeur d'une maison d'éducation religieuse.

Cette loge de Saint Lazare, devenue par les patentes de Marseille, Loge de Saint Jean d'Ecosse du Contrat Social au rite philosophique, et par la grâce d'Avignon, Mère-Loge du rite Ecossai Philosophique prend le nom de Saint Jean d'Ecosse du Contrat Social, Mère-Loge Ecossaise de France.

Elle rejoignit en 1773 la Grande Loge de France (futur Grand Orient).

D'après Lantoine, un membre éminent de la loge du Comtat-Venaisin, le docteur Boileau médecin auprès de l'Hôpital des Hollandais décide la loge du Contrat-Social à se laisse] installer comme Mère-Loge Ecossaise de France par les commissaires de la Mère-Loge du Comtat-Venaisin et celle-ci s'y incorpore en n'oubliant pas d'amener avec elle son Académie des Sages (Lantoine).

Il semble cependant que malgré les foudres papales, l'Académie des Sages d'Avignon, absorbée par la Mère Loge de France continua ses travaux ct créa même une Académie fille à Montpellier.

Le F. Boileau, ambassadeur de l'Hermétisme d'Avignon auprès de la Resp. Loge de Saint Lazare, fut nommé par une "Bulle" des loges allemandes , Grand Supérieur National de 5 loges et chapitres du Régime Ecossais Philosophique avec tribunal et sept tribunaux suffragants.

Ces Tribunaux étaient installés:

  • à Douai (La Parfaite Union)
  • Puylaurens (La Parfaite Amitié).
  • Toulouse (La Sagesse et l'Union).
  • Angers (Père de Famille).
  • Dunkerque (Amitié et Fraternité).
  • Anvers ( Les Elèves de Thémis).
  • Bruxelles (La Paix).

Ces deux derniers Tribunaux expliquent pourquoi, après la suppression du rite en France, le rite Ecossais Philosophique "cessa de devenir français".

Nous avons mentionné un relevé manuscrit relativement sommaire de Thory, qui décomptait la fondation de 77 loges jusqu'en 1814, au départ de la Saint Lazare fondées par le F. Boileau.

Mais il semble que Thory ait annexé dans son compte les LL. créées par Marseille.

Marseille, non comptabilisé par Thory avait également essaimé tant dans le sud de la Franc qu'à Smyrne, Istanbul, Saint Domingue, et les Mères-Loges, à la fois loge et chapitre furent probablement à l'origine de la création des hauts Grades dans les "Colonies". Les deux Loges de Marseille, la Mère Loge Ecossaise de Marseille et la Loge de Saint Ferreol interviennent la seconde pour la Loge la Parfaite Union à Saint Pierre de la Martinique dès 1750 et pour la Loge de Saint Jean à Toulon, la première pour une Loge de Port de Paix· à Saint Domingue (l752) et reprend en main en 1753, la loge de la Martinique. Les Loges de la Martinique et Saint Domingue, dès 1754, essaimèrent en Louisiane (Nouvelle Orléans).

Ce résumé trop succinct explique pourquoi Marseille, peu avant la révolution, réclama et clama son "auto nomination" en tant que Mère-Loge Ecossaise Philosophique de France, titre lui fut dénié par les instances parisiennes.

La vie des loges philosophiques fut très prolifique et comme le dit Gould .... "en dépit de ses travaux Théosophiques et Hermétiques, le Rite Ecossais Philosophique mérite notre admiration pour la haute teneur de ses travaux littéraires et la qualité de son recrutement" ..

Quelques dates d'exception sont citées par Gould:

  • le 20 juillet 1785: refus de reconnaître le rite Egyptien de Cagliostro.
  • le 24 décembre 1786: Election de Vicomte de Gand comme Grand Maître.
  • 10 mars 1788, nomination du Resp. F. Thory en temps que Grand Archiviste; la bibliothèque du rite était reconnue comme une des plus riche de l'époque. Pillée partiellement en 1789, elle se reconstitua presque totalement et fut enrichie par l'intermédiaire de Thory des archives et bibliothèque des Philalèthes (les Amis Réunis) dispersées pendant la révolution.
  • Le 13 décembre 1788, Francis, Lord Elcho, Grand Maître d'Ecosse reçoit les grades Philosophiques dans le Grand Chapitre Métropolitain.
  • le 31 juillet 1791, la révolution éclate et la Mère- Loge du Contrat Social peu après la fuite à Varennes, ( 16 juillet 1791) mets ses travaux en sommeil et invite ses Loges-Filles au nombre de 37, à en faire autant avec recommandation de ne jamais oublier leurs devoirs envers leur Souverain Louis XVI. Le Grand Chapitre semble pourtant ne pas s'être dissous. Evidemment une réaction Jacobine ne se fit pas attendre, la Loge fut dissoute et nombre de ses membres finirent sous le couperet du Frère Guillottin.
  • le 28 juin 1801. La Loge-Mère parisienne est rétablie dans ses prérogatives mais les membres du Contrat Social avaient été dispersés sous la révolution et nombre d'entre eux victimes des révolutionnaires. Comme la désignation de Mère-Loge, de par la Constitution du Régime, était donnée à la Loge la plus ancienne de la capitale ou autrement des provinces, le titre revint à une Loge créée le 19 mai 1777 sous le titre distinctif de Saint Charles du Triomphe et de la Parfaite Harmonie de Saint Alexandre d'Ecosse ou plus simplement Saint Alexandre d'Ecosse dirigée par le chevalier Delamacque, maître ad vitam. Cette loge en date du 22 août 1804 reprend officiellement ses travaux. Le 28 février 1802 se constitue à Bruxelles la loge La Paix, au rite moderne et la loge La Candeur, le 8 septembre 1804 avec un Chapitre de Rose-Croix au même rite. La Loge La Paix en février 1810, adoptera le rite Ecossais Philosophique et sera érigée la même année en Souverain Chapitre Métropolitain Ecc:., puis en 1811 en Souverain Conseil des Grands:. Aigles:. Blanc et Noir. et enfin en Gr:. Sup:. et Souv:. Tribunal des GG:. Inqu:. Insp:. Commandeurs, chef d'Ordre et prend en son sein le Chapitre de R:. C:. de Heredom de Kilwinning. 
  • 1805, réunion des loges de St Alexandre et des survivants du Contrat Social, et réunification le celle-ci avec les Chapitres et Tribunaux de la région de Paris, sous le signe distinctif le la Loge de Saint Alexandre d'Ecosse et du Contrat Social Réunies. (AQC, Stolper)
  • 1807 Cambacérès déjà Grand Maître du Grand Orient, se fit nommer par Napoléon, qui n'était pas Maçon, le 1er juillet 1806 Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil des 33, puis, le 26 mars 1807 s'installait lui-même Chef Suprême du rite Français et enfin, le 30 mars, Grand Maître d'honneur du rite Philosophique. Cambacérès parvint à coiffer les Rites de Narbonne et les Académies Alchimiques de Montpellier et l'Avignon. Ainsi l'Empire, par Cambacérès interposé, gouverna un temps l'ensemble de la Franc-maçonnerie française. Les Couvents Philosophiques annuels reprirent avec-parution d'un bulletin de 1810 à 1813, Le dernier calendrier français de la Mère-Loge Philosophique date de 1818 et donne une liste de loges ayant été accréditées depuis 1777. Mais à part l'activité inlassable de Thory, le rite était réduit à peu de choses. Stolper dans une recherche sur Simon Bolivar, donne comme raison annexe, le développement de la science qui laissait peu de place pour la recherche alchimique de la pierre philosophale, même sous sa forme spéculative, d'autant plus que cette époque voit la montée du positivisme de Comte, positivisme qui représentera la pensée "libre-exaministe" et ce jusqu'au XXème siècle. Autre cause probable du déclin en France de ce rite. Lorsque de Grasse-Tilly revint d'Amérique en 1795 avec le 33ème degré du rite ancien et accepté, il essaya de le faire adopter par sa Loge d'origine qui était devenue Saint Alexandre d'Ecosse (il appartenait au Contrat Social et au rite philosophique avant la révolution), sans succès.35 Lors, de Grasse, Pyron, et bien d'autres membres de haut rang au rite philosophique quittèrent celui-ci et passèrent après accord avec le Grand Orient au rite Ecossais ancien et accepté) (Stolper). Les rites Ecossais restèrent en bons termes un certain temps, mais la différence entre les rites et surtout l'absence du degré de Rose-Croix fit que le rite philosophique se rapprocha du rite de Hérédom de Kilwinning, inspiré et peut-être issu du Royal Order of Scotland avec quelque degrés supplémentaires (Stolper). Les Hauts grades devinrent à ce moment très confus et bien des FFF:. prenaient leurs degrés dans divers rites. Les Chapitres Philosophiques, harassés par l'hostilité des Suprêmes Conseils des 33 du REAA, cessèrent de se réunir après 1814. Dès 1826, le rite philosophique, à la mort de Claude- Antoine Thory, avait cessé d'être pratiqué en France. · Il est intéressant de savoir que l'énorme bibliothèque du rite Philosophique resta à la garde de Thory mais, à la mort de celui-ci, fut léguée au docteur Morrison de Greenfield dont la veuve céda à la Grande Loge d'Ecosse 2000 volumes où ils se trouvent toujours empoussiérés pat le temps et le désintérêt. Le reste fut dispersé.  

ACTA MACIONICA  Volume 7 (5997)

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 12:01

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 06:32

Introduction

Et tenebrae eam non comprehenderunt… De façon purement scolaire et triviale, la dualité fait référence au nombre 2, qui selon la définition du dictionnaire est le nombre qui suit « un » dans la suite « N » des entiers naturels. De façon un peu plus spécifique, nous trouvons des concepts de dualité tant dans les sciences comme les mathématiques, que dans la physique quantique où la dualité onde-particule exprime le fait que la lumière et la matière présentent simultanément des propriétés d'ondes et de particules, ou encore en électrocinétique, dipôle dual ou circuit dual mais également en philosophie avec la dualité de Descartes et le concept de Dualisme. Néanmoins, la religion n’est pas en reste puisqu’elle convient également que la dualité se rapporte à diverses distinctions relativement valides, mais ultimement indifférenciées dès lors qu’elle s’interroge sur les notions de religion et de spiritualité. Dualisme vient du latin dualis qui signifie « composé de deux ». Il s’agit de la doctrine qui admet dans l’univers deux principes premiers irréductibles. Par extension, cela signifie tout système qui, dans un ordre d’idée quelconque, admet la coexistence de deux principes essentiellement irréductibles. C’est encore la doctrine qui admet dans l’univers deux principes actifs, le génie du Bien et celui du Mal en lutte perpétuelle l’un avec l’autre. La dualité serait donc le caractère ou état de ce qui est double en soi et par définition, signifierait donc la coexistence de deux éléments de nature différente. Pour simplifier, la dualité serait le caractère de ce qui réunit deux êtres distincts. Il y aurait donc une sorte d’antagonisme, de contradiction dans la notion de dualité : coexistence de deux éléments de nature différente : coexistence = cum exsistentia en bas latin… Être placé avec…deux choses de nature distincte placées ensemble et qui en soi n’en ferait plus qu’une seule…telle est sans doute, et tout état de cause, celle que nous proposons à votre réflexion sur la problématique de la dualité : le deux ne serait que la représentation particulière d’un TOUT, d’un « UN » et ne serait donc que l’expression d’une unité particulière, sans doute par certain côté en générale transcendante. Répondre par l’affirmative immédiatement à un tel postulat reviendrait à nier de facto toute l’ambiguïté du concept même de dualité dans ce qu’il a de plus intrinsèque, à savoir que deux éléments apparemment opposés ne peuvent en définitive n’en former qu’un seul et aboutir à l’unité. Il n’est pas nécessaire de donner d’emblée de la dualité une interprétation métaphysique d’autant qu’il est sans doute plus aisé d’en percevoir clairement la manifestation sur le plan psychologique et dans ses conséquences concrètes et pratiques. Or s’il est un vécu qui nous est très familier et qui a un rapport étroit avec la dualité, c’est bien l’état de contradiction dans lequel nous abordons en permanence la vie : j’aime/je n’aime pas, je désire/je déteste, je veux/je ne veux pas...qui sont des mouvements qui dépendent de jugements qui, une fois prononcés, nous précipitent dans les contrariétés, les contrastes, les déchirements, les sautes d’humeur et les drames de la vie ordinaire.

Là encore : Et tenebrae eam non comprehenderunt…

La plupart du temps, nous n’en avons guère conscience. Nous prenons la contradiction au niveau le plus tardif de sa manifestation, sans voir sa pensée racine. Nous avons appris à nous résigner par avance à penser que la vie est une lutte. Vivre dans la dualité et les contradictions semble normal. Ce n’est que lorsque cela commence à faire très mal que nous nous en soucions vraiment. Mais pourquoi ? Est-ce la dualité de l’être humain, l’incurable sottise du genre humain qui est responsable de cet état de fait ? C’est un fait qui ne tombe pas du ciel, mais qui est constitué de l’intérieur par le sujet. Cette dualité est notre propre fait. Elle ne va nullement de soi : je veux/je ne veux pas sont vécus en même temps, sur le même plan, sous le même rapport tel que tirer et pousser en même temps pour, au final, s’étonner de ne pas avancer, d’être mécontent, frustré et insatisfait. Je me mets dans une ambivalence et je me place délibérément dans un état de conflit sans voir ni prendre pleinement conscience de l’immobilisme dans lequel je me suis moi-même placé. La Vie n’est pas statique, mais intensément dynamique (Cf. Notre existence a-t-elle un sens ? De Jean Staune, Presse de la Renaissance - 2007). Si je pouvais couler avec le mouvement vivant de la manifestation, sans introduire la friction d’une opposition contradictoire, ma vie serait elle-même portée par le mouvement. Je n’aurais pas le sentiment qu’elle est une lutte. Mais ce n’est pas mon expérience habituelle. Ce n’est pas du tout le lot de l’expérience ordinaire. Dès l’entrée dans la vigilance quotidienne, je perçois le monde et l’expérience, comme celui d’objets qui d’emblée sont séparés de moi, et s’opposent à moi. Il y a moi et ces choses que je dois affronter, moi et ces résistances que je dois vaincre, moi, dans l’affrontement continuel de ma volonté et des événements. Il y a moi et les autres, il y a moi et le tourbillon des événements du monde. Je vis harcelé par cette réalité dans laquelle je suis tombé et je me débats contre elle pour essayer de devenir quelqu’un. La traction de toujours devoir être ce que je ne suis pas encore me précipite dans le temps psychologique. J’attends tout de demain, j’espère que le futur pourra me combler, je crains qu’il ne soit fait que d’épreuves et d’échecs. J’ai peur de rater ma vie en n’atteignant pas les buts que je me suis fixé. Je cultive le scepticisme et l’amertume quand l’idéal n’est jamais au rendez-vous et que la vie n’est jamais à la hauteur de ce que je voudrais qu’elle soit. Et par-dessus le marché, cette conscience qui dit « moi », « moi », ne cesse de proclamer sa sédition à l’égard de tout le reste, pour étendre son empire sur ce qu’elle voit immédiatement comme un non-moi. En résumé, la dualité de l’être humain ne serait que l’expression d’un conflit intérieur où je constaterai simultanément que : la conscience d’une séparation entre moi et le monde est une dualité, que l’opposition entre moi en souci de devenir et ce qui est, et, entre le devoir-être et l’être est une dualité et enfin que l’élément commun dans lequel la dualité prend naissance c’est le sujet moi. Dès lors, que tombe le sentiment de séparation entre moi et le monde et la dualité vole en éclat ; que prenne fin la projection du souci de devenir, et la dualité perd son fondement ; plus mystérieusement encore : que disparaisse le sens de l’ego, et la dualité n’a plus rien qui puisse l’alimenter. C’est l’une des interprétations que je perçois de cette devise « Et tenebrae eam non comprehenderunt ». La situation de conflit interne je veux/je ne veux pas, suppose nécessairement un choix, mais c’est un choix très particulier qui alimente la pensée duelle. Un choix qui exclut son contraire. Je veux le plaisir, sans la douleur. Je veux la joie, mais pas la tristesse. Je veux l’ordre, mais pas le désordre. Je veux la paix, mais pas le conflit. Je veux la liberté, mais pas la servitude. Je veux de la chance, sans la malchance. Je veux le bien sans le mal. Je veux de l’amour-passion, sans la haine passionnelle etc. Et c’est là que la question de dualité devient très subtile. La Vie, dans son processus vivant, dans son expansion dynamique est une et sans division. La pensée duelle introduit la division et implémente cette idée fausse, selon laquelle nous ne devrions avoir que le positif, sans le négatif ; alors précisément que ce qui est, c’est l’unité vivante qui les englobe tous les deux. Si bien que la contradiction ne se fait pas attendre. Le seul fait de rechercher d’avantage de plaisir invite aussi l’expérience de plus de douleur. En cherchant une joie sans tristesse, inévitablement j’invite la tension des hauts et des bas, du sommet de la vague et de son creux. L’ordre sans désordre devient autoritaire et obsessionnel, le désordre revenant comme confusion mentale. La paix imposée de force, sans la capacité de comprendre le conflit, réassure et perpétue le conflit. Le culte de la bonne fortune me met à la merci du destin et me prive des bénédictions que la vie m’apporte. Le rigorisme moral du bien que l’on veut « purifier » de tout mal, si on le laissait faire, nettoierait très vite la planète de tout ce qui est vivant. La question de fond est que si je choisis une des contradictions et ne comprends pas son opposé, je n’enveloppe pas la Vie dans sa totalité et je me trouve en fait paralysé, incapable d’intégrer les contraires que j’ai moi-même engendrés. Dans le monde relatif, une chose ne peut exister sans son contraire. Choisir dans ce qui est un pôle duel, sans son pôle complémentaire, c’est être incapable d’accepter ce qui est, c’est refuser la réalité. Nous savons bien qu’il est important de nourrir l’amour de soi, que c’est seulement dans la réconciliation avec soi que la vie peut prendre son essor, mais on nous a aussi appris que l’amour de soi, c’est mal, qu’il vaut mieux se soucier d’abord des autres et surtout ne pas s’accorder une importance. Ce ne serait que complaisance, égocentrisme et narcissisme. Pascal dit dans les Pensées qu’il « ne faut aimer que Dieu et ne haïr que soi ». La supériorité de la religion chrétienne, dit Pascal, vient de là, de ce qu’elle enseigne la haine de soi. Nous avons un peu honte de ce qui nous procure une gratification personnelle. Si une chose doit être faite, par pur devoir, contre notre propre sensibilité, alors c’est assurément qu’elle est bonne. Aller contre soi-même nous permet de mériter le bonheur, comme prix de notre sacrifice, comme prix d’une mortification de l’amour de soi. Ce qui veut dire qu’en fait nous nous servons de la culpabilité pour nous sentir mal...à l’égard de qui nous fait du bien ! Est-ce ici également ce que les ténèbres n’ont pas compris ? La liste est ouverte. Nous pourrions la prolonger en évoquant le soin accordé au corps, le désir en général, la connaissance de l’univers et même la relation entre l’homme et l’Absolu. Nous trouverions partout, l’ambivalence de la représentation duelle. Ainsi, le sexe, l’argent, le pouvoir, la gloire, la liberté, l’amour de soi, le désir, le corps, la sagesse, Dieu sont devenus des problèmes. Tous les débats qui mettent en jeu un objet quelconque de désir sont piégés par avance par la pensée duelle. La politique, c’est droite/gauche ! On nous a appris qu’il faut toujours tout trancher : on est pour/contre. Vous devez vous ranger en amis/ennemis, il y a nous/les autres, les proches/les étrangers, le capital/le prolétariat, etc. C’est-à-dire, qu’il est recommandé de faire abstraction de la complexité en opérant partout une simplification duelle. Ce qui bien sûr alimente les conflits. Nous sommes incapables d’affirmer la Vie dans son intégralité et de la reconnaître dans toutes ses manifestations parce que nous n’avons jamais appris à penser autrement que dans la dualité. Nous ne savons pas mettre chaque chose à sa juste place et repenser les contraires dans l’unité des complémentaires. Pourquoi cela ? Sans doute parce que la notion de dualité est intrinsèque à notre existence et est notre essence même, s’exprimant dans ce qui nous caractérise en tant qu’être humain : dans notre langage, dans notre représentation du monde, y compris dans ce temple, et dans notre relation au monde et à l’autre.

I - La Dualité dans le langage

De façon tout à fait évidente et profane, force est de constater que le nombre « deux » est omniprésent dans la vie humaine. Dieu a presque tout créé en double. Les quelques exemples ci-après illustrent la chose :

  • Dieu créa le ciel et la terre ;
  • Dieu créa l’homme et la femme ;
  • L’Homme a deux yeux, deux oreilles, deux mains, deux pieds, deux mâchoires, deux poumons…etc. (presque tout est en double en l’homme) ;
  • Le socle de la famille est double (un père et une mère).
  • La lumière et l’obscurité.
  • Le jour et la nuit ;
  • La vie et la mort ;
  • Etc…

Cette notion de dualité est tout aussi présente dans l’organisation de la société. La société ne se dualise-t-elle pas aussi du fait des inégalités sociales ? Les opposés du monde ci-dessous illustrent bien cette dualité.

  • Le riche et le pauvre ;
  • Le bon et le méchant ;
  • Action et réaction ;
  • le juste et le faux ;
  • le positif et le négatif ;
  • le vice et la vertu ;
  • la beauté et la laideur ;
  • vérité et mensonge ;
  • etc.

Elle joue également un rôle important sur le plan technologique. En effet, la révolution numérique qui est en train de bouleverser notre société est née de l’exploitation judicieuse dela notion de dualité plus précisément du binaire. Grâce au symbole 0 et 1 tout peut être représenté. Car toute chose sur la terre a une nature double. Autrement dire toute chose a toujours deux états importants l’un et l’autre.

  • L’homme est vivant ou mort ;
  • Une lampe est allumée ou éteinte ;
  • etc.

A partir de ces constats il est aisé de comprendre que la dualité est très importante et joue un rôle important dans la vie profane, à tel point qu’elle se retrouve dans le fondement même de ce qui caractérise l’être humain : le langage. Quel rapport entre langage et dualité ? Si nous définissons le langage comme la faculté d’exprimer verbalement sa pensée, comme pouvoir d’expression verbale de la pensée, alors, de fait, la dualité est intrinsèque de la notion même de langage. Affirmer cela semble de prime abord antinomique. Néanmoins, en repartant des évidences énoncées précédemment nous constaterons immédiatement que l’exemple de l’Egypte est édifiant. En effet, le concept de dualité est permanent et primordial dans la pensée égyptienne, à tel point qu’il y occupait une place si importante qu'il existait un nombre grammatical particulier pour le représenter : le « duel » (qui s'ajoute au singulier et au pluriel). Ce nombre, ayant des caractéristiques distinctes du pluriel, est utilisé pour tous les mots ou notions allant par paires : les bras, les yeux, les obélisques, etc. Le duel était signifié par l'ajout d'un suffixe particulier au nom. A l’exemple du langage et de l’écriture donc, chez les égyptiens, tout allait par paire, soit complémentaire, soit antithétique : les « Deux Terres » de la Haute-Égypte et la Basse-Égypte représentant le double-pays, le lotus et le papyrus, les plantes héraldiques de Haute et de Basse-Égypte, les « Jumeaux royaux », les dieux Shou et Tefnout, les « Deux Maîtres », Horus et Seth, les « Deux Maîtresses », les deux déesses protectrices, le vautour blanc de Haute-Égypte et Ouadjet le cobra de Basse-Égypte ; le jonc et l'abeille, la « double couronne » qui associe la couronne blanche oblongue de l'ancien royaume du Sud (Haute-Égypte) et la couronne rouge, plate à fond relevé de l'ancien royaume du Nord (Basse-Égypte), l'Orient et l'Occident, le bien et le mal, l'harmonie et le désordre… De même, pratiquement toutes les divinités étaient associées par paires et fréquemment de même racine nominale : Amon et Amonet, Heh et Hehet, Kekou et Kekout, Noun et Nounet. L’exemple de conception du monde des égyptiens est édifiant et nous permet peut-être d’appréhender au plus près le concept de dualité d’autant que, revenant à la notion même de langage, la dualité était également marquée par le doublement du hiéroglyphe déterminatif. Dès lors il apparaît que le symbole lui-même, l’écriture elle-même était porteuse du « duel ». Mais la conception duale égyptienne n’est pas isolée. Le langage est en soi dual par deux côtés : la notion de signifiant/signifié d’une part et celle de signe et symbole d’autre part qui sont indissociables du concept même de langage. Le signe linguistique diffère du symbole. Quand j’emploie le mot « chien », il n’est nullement certain d’une part que le signifiant, le son « chien » comporte une relation intrinsèque avec le signifié, le concept de chien, d’autre part qu’il existe un rapport naturel entre l’image acoustique, l’ensemble sonore, le signifiant et le concept, le signifié. Tout au contraire, dans le symbole, cette relation entre la représentation sensible et le concept est tout à fait évidente comme le montre Hegel dans son Esthétique : « le symbole est d’abord un signe. Mais dans le signe proprement dit, le rapport qui unit le signe à la chose signifiée est arbitraire… Il en est tout autrement du signe particulier qui constitue le symbole. Le lion, par exemple, sera employé comme symbole de la magnanimité ; le renard, de la ruse, le cercle, symbole de l’éternité. Mais le lion, le renard possèdent en eux-mêmes les qualités dont ils doivent exprimer le sens… Ainsi, dans ces sortes de symboles, l’objet extérieur renferme déjà en lui-même le sens à la représentation duquel il est employé ». Ainsi donc, si l’unité de sens issue de la dualité de la forme et du contenu est évidente dans le symbole, elle l’est bien moins en ce qui concerne le signe linguistique. Et pourtant, si le langage, invention du signe, capacité de création indéfinie semble indissociable de la pensée qui se forme dans les mots et par l’expression verbale certains philosophes, comme Bergson insiste sur la notion même de dualité dans le concept même de langage et dans son essence même en dissociant pensée et langage. Les mots et le langage, instruments de la pratique et de l’action dans le monde ne traduisent qu’imparfaitement la vraie vie de l’âme. Le langage, adapté à la pratique, ne peut exprimer la vie intérieure, pensée pure, réalité concrète et fluide. Il existe donc une dualité supérieure aux yeux de Bergson dans ce qu’est le langage lui-même, un au-delà du langage, un ineffable objet d’intuition. Cependant, ce que nous saisissons en dehors de tout langage est extrêmement indéterminé et peut-nous sembler, à première vue, très riche. Mais cette indétermination même est une marque de faiblesse. L’ineffable est flou, imprécis et obscur comme le qualifie Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit : « ce qu’on nomme l’ineffable n’est autre chose que le non-vrai, l’irrationnel, ce que simplement l’on s’imagine ». Seul le mot détermine, structure et forme la pensée. On retrouve ici le fameux dualisme de Descartes. Dans ses méditations métaphysiques, Descartes se lance dans une quête au cours de laquelle il s’engage à douter de tout ce en quoi il croit, afin de découvrir ce dont il peut être certain. En faisant cela, il découvre qu’il peut douter du fait qu’il ait ou non un corps (il se peut qu’il soit simplement en train de rêver de son corps, ou que ce ne soit qu’une illusion créée par un « malin génie »), mais il ne peut pas douter de l’existence de son esprit. Ceci constitue pour Descartes le premier indice montrant que le corps et l’esprit sont deux choses réellement différentes. L’esprit, selon Descartes, est « res cogitans », une chose pensante et une substance immatérielle. Cette chose est l’essence de sa personne, celle qui doute, croit, espère et pense. Cette distinction entre le corps et l’esprit est ainsi étayée dans les méditations VI : « j'ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et [...] j'ai une idée distincte du corps, en tant qu'il est seulement une chose étendue et qui ne pense point. […] Toutes les choses que je conçois clairement et distinctement, peuvent être produites par Dieu telles que je les conçois ». Ainsi, explique Descartes, la dualité corps/esprit : l’esprit est une chose pensante qui peut exister indépendamment de son corps étendu. Et par conséquent, l’esprit est une substance distincte du corps, une substance dont l’essence est la pensée. L’affirmation centrale du dualisme cartésien est donc que l’esprit immatériel et le corps matériel interagissent de façon causale, une idée qui continue d’apparaître de manière privilégiée dans de nombreuses philosophies non européennes. Les événements mentaux causent des évènements physiques, et inversement. Cela conduit à un problème très profond concernant le dualisme cartésien : Comment un esprit immatériel peut-il causer quoi que ce soit dans un corps matériel, et inversement ? Descartes lui-même a peiné pour obtenir une réponse cohérente à ce problème. Dans sa lettre à la princesse Elisabeth de Bohême, il suggéra que les esprits des êtres animés interagissaient avec le corps à travers la glande pinéale, une petite glande au centre du cerveau, entre les deux hémisphères. Cependant, cette explication n’était pas satisfaisante : comment un esprit immatériel peut-il interagir avec la glande pinéale matérielle ? Étant donnée la difficulté qu’il y avait à défendre la théorie de Descartes, certains de ses disciples, tel Nicolas Malebranche, proposèrent une explication différente : toutes les interactions corps-esprit demandaient l’intervention directe de Dieu. Selon ces philosophes, les différents états de l’esprit et du corps consistaient seulement l’occasion d’une telle intervention, et non sa cause. Leibniz a reconnu la faiblesse de la prise en compte par Descartes des interactions causales intervenant en un lieu défini dans le cerveau. Malebranche a décidé que l'invocation d'un support matériel tel que la glande pinéale pour expliquer les interactions entre le matériel et l’immatériel était impossible, et il a par la suite formulé sa doctrine supposant que les interactions étaient en réalité causées par l’intervention de Dieu lors de chacune des occasions individuelles. A ce point de vue, sa position rejoint l’idée de Leibniz selon laquelle Dieu a créé, une fois pour toute, une harmonie préétablie de telle manière que tout se passe comme si les évènements physiques et mentaux étaient la cause, et étaient causées l’un par l’autre mutuellement. En réalité, les causes mentales n’ont que des effets mentaux et les causes physiques n’ont que des effets physiques. C’est la raison pour laquelle ce point de vue a été appelé parallélisme. Reprenons, notre étude concernant la dualité intrinsèque au langage, la grammaire elle-même de notre langue est empreinte de dualité. L’étude des formes de l’énoncé est éminemment révélatrice de cette dualité. En effet, elle s’effectue commodément à partir de la notion d’énonciateur, définie comme l’instance qui prend en charge l’énonciation de l’énoncé et donc l’énoncé. A partir de là, l’usage terminologique tend à distinguer :

  • les modalités d’énonciation qui « renvoient au sujet de l’énonciation en marquant l’attitude énonciatrice de celui-ci dans sa relation à son allocutaire ».
  • les modalités d’énoncé qui « renvoient au sujet de l’énonciation en marquant son attitude vis-à-vis du contenu de l’énoncé ». 

Les modalités d’énonciation se traduisent linguistiquement par les types phrastiques : déclaratif, injonctif et interrogatif. Les modalités d’énoncé mettent en jeu tous les mécanismes linguistiques visant à traduire l’évaluation par l’énonciateur du contenu d’énoncé : évaluation affective mais aussi axiologique (bon ou mauvais) ou épistémique (vrai, faux) ou encore dans une certaine mesure incertain. Il y aurait grand illusion à considérer qu’il y a une absolue hétérogénéité entre les deux groupes de modalités. Ainsi, l’évaluation affective a une étroite affinité avec l’exclamation ; de même la modalité déclarative est pour une bonne part liée à la prise en charge de la vérité (ou de la fausseté) d’un contenu d’énoncé. Dans ce cadre, se pose le problème de la négation, interprétable, selon les cas, comme négation de phrase ou négation de constituant. Au plan logique, la négation de phrase place le mécanisme de négatif sur le même plan que les modalités assertive, injonctive ou interrogative : autrement dit, en fait un acte de parole autonome ; à l’inverse, la négation de constituant n’est qu’une forme prise par une modalité : assertion négative (défense), interro-négation, défense (= injonction négative). Pour qu’il y ait négation de phrase, il faut que le morphème négatif serve non seulement à décrire une entité, une qualité ou un procès négatif, mais surtout à traduire le souci de l’énonciateur de s’opposer à son interlocuteur. La négation de phrase est fondamentalement réfutatoire.
Pourquoi ce bref développement sur la négation ? Parce qu’elle est profondément représentative de la dualité.

En effet, distinguons NON de NE.

La distinction entre négation prédicative, c’est-à-dire dont le caractère linguistique s’attache dans le plan de la langue, à certaines parties de celle-ci et qui les rend aptes à la fonction, en discours, de prédicat, celui-ci étant ce que le discours dit du sujet, et la négation non-prédicative, c’est-à-dire qui n’a aucune autonomie syntaxique (ou pour simplifier, par une définition incomplète mais opératoire, qui ne peut faire phrase à soi-seul), est fortement inscrite dans la morphologie, et ce, dès l’ancien français.

  • prédicatif : non
  • non-prédicatif : ne. 

Il y a donc une complète opposition entre NON et NE. Au plan sémantique, dans une perspective guillaumienne, cette distinction signifie que la matière négative de NON est empruntée à l’expérience que le locuteur a de la négativité en tant qu’expérience d’univers extralinguistique, alors que la matière négative de NE est empruntée à l’expérience que le locuteur a du mécanisme linguistique que l’on appelle négation et qui, en tout état de cause, est un mécanisme soustractif par rapport au positif initial. Une conséquence essentielle de cet état de chose : NON implique une négativité indiscutable, ce qui explique que dans l’histoire du français, il ait presque toujours été réfractaire à l’emploi dit explétif, à l’inverse de NE qui couvrait aussi bien l’emploi explétif que l’emploi strictement négatif. Fonctionnellement, NON est négation de tout ce qui n’est pas le procès conjugué, tandis que NE, est au contraire pertinent pour nier le procès conjugué. Pour aller plus loin, il est aisé de démontrer que le mécanisme de négation non-prédicatif porter par l’utilisation de NE est lui-même emprunt de dualité. Examinons rapidement l’alternance entre négation pleine simple et négation pleine composée. Nous nous arrêterons ici aux deux emplois non strictement négatifs de NE : NE explétif et NE en contexte exceptif. En théorie guillaumienne, NE explétif est une saisie très précoce du mécanisme constructeur du mot ; il renvoie à une négativité sous-jacente, implicite, liée à un rapport sémantico-logique entre ce qui est et ce qui pourrait être (différent de ce qui aurait pu être). On comprend donc qu’il se rencontre derrière des verbes de crainte ou d’empêchement. Un bref passage par l’ancien français nous montre qu’on le rencontre également souvent dans les comparatives d’inégalité (ex. : qui plus estoit blance a devise / que n’est la nois quis ciet sor branche). Dans les temporelles d’antériorité, la situation est contrastée en ancien français : tantôt NE est exprimé, tantôt NON, ce qui nous rappelle qu’en aucun moment de notre langue le NE n’a été obligatoire. Par différence avec le NE explétif étudié ci-dessus, le NE en situation exceptive marque un engagement plus avancé dans le mouvement de la négativation, mais suffisamment modeste néanmoins pour que ce mouvement puisse être inversé. Ce rôle d’inverseur, très largement tenu par « que » aujourd’hui, l’était déjà en ancien français à côté de « fors » et de « fors que » qui signifiait « à ceci près que ». A noter pour finir la double tension de la négation pleine syntaxiquement représentée par la construction NE + forclusif. Une des originalités de la négation non prédicative est, en effet, d’être une négation composée, ou, plus exactement, d’être devenue tout au long de l’histoire de la langue une négation composée. Sémantiquement, cela signifie que l’opération de négativation du positif s’effectue en deux temps :

  • premier temps : on enclenche un mouvement de soustraction sur le positif. A cette opération correspond le morphème adverbial NE, encore appelé discordantiel.
  • deuxième temps : on confirme ce mouvement négativant en le rendant irréversible ; à cette opération correspond le morphème appartenant à une classe, celle des forclusifs eux-mêmes emprunts de dualité (ceux qui sont de purs opérateurs abstraits : pas, point, mie effectuant strictement l’opération décrite ci-dessus), ceux qui sont dotés en plus d’une valeur lexicale particulière (jamais, goutte etc.).

Nous nous arrêterons là concernant la dualité intrinsèque à notre langage et à notre grammaire sachant que les mêmes démonstrations seraient faisables temps au niveau des modalités temporelles (indicatif / subjonctif) ou de la représentation des événements (présent et les différentes formes de passé). Que la grammaire même, le langage donc, et par conséquent le signe rejoigne la façon d’appréhender le monde de façon duale nous amène à supposer que la plus grande partie des concepts dont se sert le mental fonctionnent dans la dualité. Il n’existe pas d’ordre d’expérience humaine dans lequel la représentation n’est pas pensée en terme de concepts duels : capitalisme/communisme, fait/droit, bien/mal, vertu/vice, dieu/diable, vrai/faux, beau/laid, théorie/pratique, chaud/froid, joie/tristesse, force/faiblesse, absolu/relatif, transcendant/immanent, abstrait/concret, idéal/réel, objectif/subjectif... Finalement, le caractère quasi systématique et formel de ces types d’opposition pose la question de savoir si ce n’est pas notre intellect qui taillerait nos constructions mentales de façon duale. Cette conception du double, de l’opposition par deux n’est-elle pas alors une source constante de faux problèmes ? N’est-elle pas sur le fond fictif ? Sans véritable portée ontologique ? Car si c’était le cas, l’accès à l’ontologie devrait être nécessairement non-duel, obligeant par là à transcender la dualité du mental ordinaire. Cependant, toutes les dualités ne viennent pas nécessairement des constructions de la pensée. En effet, ce n’est pas la pensée qui fabrique la dualité droite/gauche dans la symétrie du corps, la dualité mâle/femelle chez les animaux, ou encore celle homme/femme, pôle +/pôle – sur la pile électrique…en clair, toutes les dualités existant dans la nature par essence antérieure à toute pensée humaine. Cela revient ici à affirmer que la dualité, la pensée duelle qui nous caractérise n’est pas une fiction mais étant déjà et par essence présente dans la nature elle nous pousse à reproduire notre représentation du monde et la façon dont nous l’exprimons sous la forme de concepts duels, de pensée duelle et conférant à cette dernière une réelle portée ontologique. Cette question est très complexe et, depuis Parménide et Héraclite ne cesse de resurgir dans la philosophie occidentale à l’exception de celle de Hegel fondée sur une logique non duelle visant à démontrer que la contradiction est à l’œuvre dans les choses. A ce titre Hegel dans sa dialectique thèse-antithèse-synthèse s’oppose aux antinomies formulées par Kant dansla Critique de la Raison pure. D'un point de vue très général, la philosophie hégélienne, ou Phénoménologie de l’esprit, tel qu’il la nomme lui-même, est donc une pensée qui veut concilier les opposés qui apparaissent, par la conciliation des philosophies de l'Être et des philosophies du devenir. En effet, avec la dialectique, ces oppositions cessent d'être figées puisque le mouvement d'une chose est d'être posée, puis de passer dans son contraire, et ensuite de réconcilier ces deux états. Ainsi, l'être n'est-il pas le contraire du néant ; l'être passe dans le néant, le néant dans l'être, et le devenir en est le résultat, je cite : « Le néant, en tant que ce néant immédiat, égal à soi-même, est de même, inversement, la même chose que l'être. La vérité de l'être, ainsi que du néant, est par suite l'unité des deux ; cette unité est le devenir ». Cela étant, le caractère très systématique et formel de la dialectique hégélienne finit aussi par éveiller la méfiance, d’autant que le concept de « dialectique » lui-même est pris en deux sens par Hegel selon que l'on parle du dialectique ou de la dialectique, le dialectique désignant un moment intermédiaire entre l'abstrait et le spéculatif, qui correspond en gros au scepticisme (l'art de dissoudre les opinions dans le néant), tandis que la dialectique désigne le mouvement de dissolution du fini lui-même. Hegel, souhaitant s’en éloigné, revient inexorablement et contre sa volonté, sans doute inconsciemment même, vers une certaine conception duale : les deux sens de dialectique issue de sa pensée en témoignent. Ce paradoxe dans la philosophie hégélienne partant d’une méthode duelle pour finalement aboutir à un concept niant cette dualité intrinsèque à la nature même nous ramène inévitablement à la question de savoir quel statut nous devons reconnaître à la dualité ? Cette dernière est-elle dans la nature des choses ou est-elle seulement dans la représentation de la nature des choses ? Comment discerner une dualité fictive, qui n’est que l’ombre engendrée par les complications de l’intellect, d’une dualité réelle, présente dans le réel ? En bref, nous ne savons pas aborder la complexité autrement que par des simplifications duelles abusives. Revenons-en aux fondamentaux, et notamment les Pensées de Pascal. Pascal a une intuition fulgurante de la non-séparation dans la Nature, dont la compréhension est mortelle pour la pensée duelle : « Les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l’une avec l’autre, que je crois impossible de connaître l’une sans l’autre et sans le tout ». Ce qui veut dire que connaître, c’est toujours relier et non pas séparer, décomposer, opposer, ce qui est le propre de l’intellect ordinaire. Distinguer certes, mais ne pas disjoindre. Une chose n’existe que dans sa relation avec les autres et dans sa configuration dans un tout qui l’englobe. La relation a un sens à la fois statique, ce qui veut dire que toute situation réelle est complexe de fait, et dynamique, ce qui veut dire encore que les processus qui œuvrent dans le réel sont causalement inter-reliés. Cette interrelation n’est pas le fait de l’homme, elle est tissée dans l’intelligibilité même de la Nature, dans son fonctionnement le plus intime. D’où le passage qui suit, quelques lignes plus bas : « Toutes choses étant causée et causantes, aidées et aidantes, médiatement et immédiatement, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ». La conscience d’unité est indispensable dans le domaine de la connaissance. Elle est aussi d’une exceptionnelle urgence sur le plan de l’action de l’homme dans le monde. Si la Nature forme un tout, il n’est pas possible d’isoler quoi que ce soi, il n’y a pas de petite action et aucune action n’est sans conséquence, immédiatement et à long terme. Pascal le dit aussi très bien dans les Pensées : « Le moindre mouvement importe à toute la nature ; la mer change pour une pierre. Ainsi, dans la grâce, la moindre action importe par ses suites à tout. Donc tout est important. En chaque action, il faut regarder, outre l’action, notre état présent, passé, futur et les autres à qui elle importe, et voir les liaisons de toutes ces choses ». Nous ferions d’immenses progrès, si nous pouvions immédiatement comprendre qu’il n’y a pas d’existence séparée. Tout est lié dans le champ de la connaissance, comme tout est étroitement lié dans la Nature. Or le propre de la pensée duelle, c’est justement d’aller en sens inverse, de penser dans la séparation, la disjonction, là où les choses ne sont ni séparables, ni disjointes. L’opération de la pensée duelle consiste à diviser, opposer, fragmenter, séparer ce qui dans le réel est en fait intimement lié et qui aussi par ailleurs recrée aussi de fausses unités qui n’existent pas dans le réel, mais seulement dans les concepts. Ainsi donc, pour simplifier, nous pouvons ici partiellement conclure que si nous identifions la dualité à la caverne de Platon, tant que la représentation duelle n’est pas mise en cause, comprise et dépassée, c’est-à-dire hors de la caverne, on ne peut pas en sortir, on est tout simplement dedans. Nous n’avons tout bonnement jamais quitté la caverne… Qui que nous soyons, quoique nous soyons, le monde de la caverne est le monde de la dualité. La demeure de la caverne, celle du monde sensible, est celle du relatif, et dans le relatif, aucun concept ne saurait subsister sans son contraire. La plus grande partie de notre expérience quotidienne, se situe dans le domaine relatif des relations élémentaires. Notre expérience empirique se situe dans le champ du relatif, dans le champ de la dualité tracé dans les sillons de l’attitude naturelle. Maintenant, à supposer que brusquement nous sortions de la dualité, que nous entrions dans un éveil plus élevé, nous aurions dès lors un nouveau point de vue. La pensée ferait un saut d’intelligibilité. Or, pour parler comme Platon, dans le monde intelligible, dans le domaine des relations sublimes, dans l’absolu, rien de ce qui existe n’a de contraire. Si l’appréhension de la dualité est coextensive à la pensée, il est indispensable, pour entrer dans le champ des relations sublimes, que l’intelligence transcende son fonctionnement ordinaire. Et quoiqu’il en soit, « Et tenebrae eam non comprehenderunt ». L’accès à la non-dualité est une sorte de saut quantique de la pensée et un changement radical de perspective.

II – Langage / Signe / Symbole Franc-Maçon de la dualité

De même que nous venons de le démontrer de façon profane, la dualité est omniprésente dans le langage, d’aussi loin que notre connaissance nous le prouve. D’un point de vue maçonnique, il en est de même. Dualité, nous l’avons vu, renvoie au chiffre deux qui exprime le principe féminin, qui symbolise l’ambivalence, le conflit, un antagonisme qui, de latent, devient manifeste, une rivalité, une réciprocité, qui, peut être de haine autant que d’amour. En bref, une opposition qui peut être contraire et incompatible aussi bien que complémentaire et féconde. On retrouve ces diverses significations dans le premier des dualismes : créateur et créature, vie et mort, blanc et noir, masculin et féminin, bien et mal, jour et nuit, gauche et droite. Deux signifie l’équilibre réalisé ou des menaces latentes et il peut être le germe d’une évolution créatrice aussi bien que d’une involution désastreuse. Chez les anciens, où ce chiffre était attribué à « la Mère », le deux, ou la dyade, était l’emblème de la matière susceptible de toutes sortes de formes. Pythagore ne considérait pas moins ce chiffre comme représentant le mauvais principe tandis que Platon le comparait à Diane toujours stérile et partant peu honorée. Les Romains tenaient également le deux pour néfaste, c’est pour cela que le deuxième mois de l’année et le deuxième jour du mois furent consacrés à Pluton le Dieu des morts. Les constatations faites ci-dessus dans l’environnement profane semblent se confirmer dans la Franc-maçonnerie. Cette ambivalence, nous la retrouvons de façon évidente dans notre temple. Je cite : « Il dressa les colonnes sur le devant du Temple, l’une à droite, l’autre à gauche : il nomma celle de droite Jakin, et celle de gauche Boaz… »(Les Chroniques, II – 3 – 17) Ces deux colonnes revêtent un rôle de première importance dans la symbolique maçonnique. Une idée centrale qui était fondamentale de la pensée de la Renaissance était l’unité du système et l’omniprésence conséquente de la Divinité. Pour moi, cette idée est représentée sur le Tapis de loge par un groupe de trois symboles « les Décors de la Loge ». Je vais tenter ici une analyse de ces symboles. Vous pardonnerez, par avance mes imperfections, et mes approximations d’apprenti…

Les Colonnes d’abord.

L’idée de la dualité est omniprésente dans les décors de loge – des carrés blancs et noirs en dessous jusqu’à la Lune et le Soleil, antiques symboles des opposés féminin et masculin, au-dessus. Dans la zone centrale, la dualité est représentée par les deux colonnes. Dans le symbolisme maçonnique, elles se voient données des noms. Notre objet sera donc d'essayer de redéfinir les colonnes symboliques du Temple de Salomon au travers des symboles généraux de la Tradition. Le mot symbole du grec – « sumbolon » signifie « signe qui fait reconnaitre ». Le symbole sous-entend donc : la connaissance originelle que nous avons perdue dans notre état d'exil. D'une manière générale nous pouvons dire que ces 2 colonnes expriment la dualité résultant de la Division apparente de l'unité. Tout le travail de L'initié étant de réconcilier les contraires avec l’aide de la providence : « Même les ténèbres ne sont ténébreuses pour toi et la nuit devient lumineuse comme le jour : les ténèbres sont comme la Lumière » Psaume 139.1. Pour résumer ce point, je me contenterai simplement de citer le Prologue de l’Evangile selon Saint Jean : « In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil quod factum est. In ipso vita erat, et vita erat lux hominum: et lux in tenebris lucet, et tenebrae eam non comprehenderunt » - Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut, tout fut par lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes : et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Le nombre 2 exprime la division mais aussi la fécondité. Voici les piliers fondamentaux de la Jérusalem Céleste, « Hiram dressa les colonnes dans le portique du Temple, il nomma la colonne de droite « Jakin » et puis il dressa la colonne de gauche et la nomma « Boaz » 1 Rois 7,21. 2. Les deux colonnes peuvent être interprétées comme symbolisant les 2 pôles de la création, Adam et Eve, le masculin et le féminin, le soleil et la lune, l'esprit et l'âme, mais aussi la dualité de l'âme et du corps, du feu et de l'eau, le jour et la nuit, le principe de force et de résistance, de Dieu et de la nature, d'Osiris et d’Isis, de Saint Jean l'évangéliste et de Saint Jean Baptiste, d'Abel et Caïn, de Jacob et Esaü. Cette liste, n'est pas, limitée. En hébreu Adam provient de la racine hébraïque : Adamath, la terre et le corps de l'homme et Eve est l'âme principe qui par le souffle anime le corps. Nous devons ici faire une parenthèse et préciser qu'Adam prit conscience qu'Eve était nue, autrement dit, en considérant qu'Eve est le cœur d'Adam, le Christ (en tant que Yod) est le cœur d'Eve et le père (en tant qu'Aleph), le cœur du Christ est donc cette noble « pierre » passage obligé pour rejoindre le père. De même, l'arbre de la connaissance n'est pas un pommier, invention que nous devons aux premiers pères de l'église chrétienne, soucieux de marier les mythes gréco-romains avec les mystères Chrétiens. Dans la tradition hébraïque, l'arbre de la connaissance du bien et du mal est le figuier et il peut être confondu avec les colonnes du binaire ainsi que l'atteste Jérémie 24.1 « L'éternel me fit voir deux paniers de figues posés devant le Temple de l'éternel après que Mebucadnetsar roi de Babylone eut emmené de Jérusalem et conduit Jéconia, fils de Joakim roi de Juda (...) l'un des paniers contenais de bonnes figues, comme les figues de la première récolte et l'autre panier de très mauvaises figues qu'on ne pouvait manger à cause de leur mauvaise qualité ». Un couple de colonnes a toujours marqué l’accès vers un autre espace. Par exemple, les Colonnes d’Hercule définissaient l’espace du monde réel, physique, des vivants, par rapport à la réalité inconnue du monde post-mortem, l’au-delà, le mystère. Les colonnes ont toujours marqué cette ligne fictive que nous appelons « limite » et au-delà de laquelle nous devons être capables de faire face à un état différent de celui d’où nous provenons. Les colonnes contiennent donc le sens de l’épreuve. Les colonnes ont donc également une symbolique de frontière, de délimitation de l’espace. Les deux colonnes à l’entrée du Temple maçonnique ne sont pas le fait du hasard. La description, des 2 colonnes du Temple de Salomon, dans la Bible, au livre des Rois chapitre V et VI, montre bien que le nombre « deux » répond à un besoin précis. La colonne de gauche a pour nom « JAKIN » et la colonne de droite, que je ne sais pas nommer a pour nom un mot hébreu qui peut se traduire par « en force ». Le nombre « deux » se voit également à travers le pavé mosaïque représenté par un damier peint en noir et blanc donc par « deux » couleurs. Ce pavé mosaïque étant un espace sacré sur lequel on ne marche presque jamais, ou en tout cas de façon codifié et qui semble maintenir enfoui un secret, le nombre « deux » peut être considéré comme le signe du silence et du secret. Le Pavé Mosaïque représente la Divinité comme elle est perçue par le pôle opposé de la conscience, ici, la Terre de la vie ordinaire. La lumière et les ténèbres du pavé représentent les paires opposées, un mélange de miséricorde et de justice, de récompense et de punition, de vengeance et d’amour. Elles représentent également l’expérience humaine de la vie, lumière et ténèbres, bien et mal, facilité et difficulté. Mais cela n’est que ce qui en est perçu. Les carrés ne sont pas le symbole ; le Pavé est le symbole. Les carrés blancs et noirs s’assemblent avec harmonie afin de former le Pavé, une chose une, une unité. L’ensemble est entouré par le Cordon à houppes dentelées qui relie l’ensemble en un symbole unique. Sous cette représentation sur le Tapis de Loge, la Corde relie non seulement les carrés, mais toute l’image en une unité parfaite. Ainsi, le fait que les Maçons, qui formulèrent ce symbolisme, rassemblèrent ces trois objets en un seul groupe semblent nous obliger à les considérer ensemble. Ces Décors de la Loge sont l’Étoile Flamboyante, le Pavé Mosaïque et le Cordon à houppes dentelées, et ils sont tous destinés à se référer à la Divinité. L’Étoile Flamboyante est une représentation héraldique de la Divinité. L’Étoile Flamboyante, disposée dans le ciel, représente la Divinité telle qu’elle est, dans toute sa gloire, comme se projetant elle-même dans l’existence. De même, qu’il y a deux colonnes de Frères dans une loge (celle du Septentrion et celle du midi), le Vénérable Maître, à l’Orient, est assisté de « deux » Surveillants, à l’Occident, pour éclairer la loge, et pour autant « et tenebrae eam non comprehenderunt ». D’ailleurs, dès lors que nous entrons en tenue, voici ce que dit le Vénérable Maître :

V\ M\ : Frère Premier Surveillant, où est placé le Vénérable Maître dans la Loge ?

Puis par un jeu de questions/réponses à l’ouverture comme à la fermeture, voici ce que nous entendons :

Ouverture :

V\ M\ : Où se place le Vénérable Maître dans la Loge ?

1er Surv\ : A l'Orient, Vénérable Maître.

V\ M\ : Pourquoi ?

1er Surv\ : Comme le soleil commence son cours à l'Orient et répand sa lumière dans le monde, de même le Vénérable Maître se place à l'Orient pour mettre les Frères à l'ouvrage et éclairer la Loge de ses lumières.

V.M. : Où se placent les Surveillants ?

1er Surv\ : A l'Occident.

[…]V\ M\ : Puisqu'il est midi, que le Vénérable Maître est placé à l'Orient et les Surveillants à l'Occident, avertissez les Frères que je vais ouvrir la Loge.

Fermeture :

V\ M\ : Frère Premier Surveillant où est placé le Vénérable Maître dans la loge ?

1er Surv. : A l'Orient, Vénérable Maître.

[…]

V\ M\ : Frère Premier Surveillant, où sont placés les deux Surveillants ?

1er Surv\ : A l'Occident, Vénérable Maître.

V\ M\ : Pourquoi, Frère Premier Surveillant ?

1er Surv\ : Comme le soleil termine sa carrière à l'Occident, de même les Surveillants s'y tiennent pour fermer la Loge et les renvoyer contents.

V\ M\ : Puisqu'il est minuit, que le Vénérable Maître est placé à l'Orient et les deux Surveillants à l'Occident, avertissez les Frères que je vais fermer le Loge.

Le Vénérable Maître est donc assisté des deux surveillants, et il est intéressant de voir que le jeu des questions/réponses suit le mouvement du soleil : « Comme le soleil commence son cours à l'Orient, .../... de même le Vénérable Maître.../... » et : « Comme le soleil termine sa carrière à l'Occident.../... de même les Surveillants.../... ». En me référant à La Pratique Journalière du Rite Ecossais Rectifié de Notre Bien Aimé Frère, passé à l’Orient Eternel, Henri BLANQUART, nous retrouvons ici notre similitude avec les anciens égyptiens auxquels nous faisions référence précédemment, notamment en ce qui concerne l’aspect mythologique et la création du Monde par Râ, qui, ouvrant les deux mains engendra notre univers. De l'Unité divine naît en tout premier lieu la Dualité fondamentale. L'Unité divine se trouve à l'originede toutes choses, à l'Orientdonc. La Dualité est créée et se situe à l'Occident là où se trouve la chute, la mort, donc le monde matériel. En fait, ce jeu de questions/réponses, de même que la place des surveillants dans la loge semble aboutir à un 1 (Le Vénérable Maître) + 2 (Les deux surveillants) ce qui ferait donc 3 comme les 3 côtés d’un triangle, la Sainte-Trinité, et le triangle de positionnement de ces trois protagonistes dans la Loge. Il convient cependant de faire remarquer que, par le fait qu’il résulte de la somme de deux unités, le nombre « deux » est par essence le symbole du couple. Il porte en lui, les notions d’attachements et même peut-être des notions de fusion pour rebâtir une nouvelle unité. La Sainte Bible dans La Genèse, le premier livre de Moïse, ne précise-t-elle pas que : « …l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils seront une seule chair ». Sur le plan intellectuel, il faut toujours associer à la thèse et l’antithèse, la synthèse pour qu’un développement soit complet. Ainsi, pour atteindre la perfection dans notre univers qui repose sur la loi des contraires, il faut donc faire évoluer le nombre « deux » vers le nombre « trois » qui symbolise la stabilité. Je m’appuierai ici sur l’analyse de notre bien aimé frère Gaétan dans sa planche Le Pavé mosaïque, concilier les contraires, la voie de l’équilibre…, je cite : « L’alternance de blancs et de noirs ne doit pas nous faire oublier que la partie la plus élaborer du pavé mosaïque est le joint. De tout temps, pour tendre vers la perfection, les ouvriers ont cherché à le dissimuler pour ne laisser apparaître que la matière première : la pierre. Pour réussir cette opération, la taille de la pierre brute doit être parfaite pour s’assembler au mieux. Mais la plus grande difficulté de l’œuvre se retrouve dans le joint, dans l’invisible. Là, l’apprenti devait être à l’écoute de l’enseignement de son maître pour réussir l’opération que l’on appelle « faire le joint » c'est-à-dire réunir le pavé blanc et le pavé noir en un tout. Le pavé mosaïque est donc porteur en lui même d’une troisième voie invisible aux yeux du profane ». C’est cette voie, accessible uniquement à l’initié, et source de travail permanent sur soi pour vaincre notre dualité et échapper à l’Arlequin qui est en chacun de nous qu’il nous faut trouver en souffrant et persévérant… Peut-être également afin que les ténèbres comprennent enfin la Lumière… De même, lors de notre intégration, nous avons été de plein fouet jeté dans la dualité constituée intrinsèquement par les 3 éléments :

Lors du Premier Voyage :

Introducteur : Qu'est ceci ?

Le Candidat répond : « DU FEU »

Introducteur : Le Feu consume la corruption mais il dévore l'être corrompu.

Lors du Second Voyage

Introducteur : Qu'est ceci ?

Le Candidat répond : « DE L'EAU »

Introducteur : C'est par la dissolution des choses impures que l'eau lave et purifie, mais elle recèle des influences funestes et les principes de la putréfaction.

Lors du Troisième Voyage :

Introducteur : Qu'est ceci ?

Le Candidat répond : « DE LA TERRE »

Introducteur : Le grain mis en terre y reçoit la vie, mais si son germe est altéré, la Terre même en accélère la putréfaction. Nous constatons aisément que chaque élément porte en lui, en son essence même la dualité de sa nature même. La dualité est ce qui, au final, les caractérise et ce qui caractérise leur qualité intrinsèque...

Source : www.ledifice.net

 

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