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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 19:27

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 07:40

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 15:41

ll était une fois, sur une montagne,
trois arbres qui partageaient leurs rêves et leurs espoirs.

Le premier dit: « Je voudrais être un coffre au trésor, richement décoré,
rempli d’or et de pierres précieuses. Ainsi tout le monde verrait ma beauté ».

Le deuxième arbre s’écria: « Un jour, je serai un bateau solide et puissant,
et je transporterai les reines et les rois à l’autre bout du monde.
Tout le monde se sentira en sécurité à mon bord ».

Le troisième arbre dit: « Je veux devenir le plus grand
et le plus fort des arbres de la forêt. Les gens me verront au sommet de la colline,
ils penseront au ciel et à Dieu, et à ma proximité avec eux;
je serai le plus grand arbre de tous les temps, et les gens ne m’oublieront jamais ».

Les trois arbres prièrent pendant plusieurs années
pour que leurs rêves se réalisent. Et un jour, survinrent trois bûcherons.
L’un d’eux s’approcha du premier arbre et dit: « Cet arbre m’a l’air solide,
je pourrais le vendre à un charpentier ». Et il lui donna un premier coup de hache.
L’arbre était content, parce qu’il était sûr que le charpentier le transformerait
en coffre au trésor.

Le second bûcheron dit en voyant le second arbre: « Cet arbre m’a l’air solide et fort,
je devrais pouvoir le vendre au constructeur de bateaux ».
Le second arbre se réjouissait de pouvoir bientôt commencer sa carrière
sur les océans.

Lorsque les bûcherons s’approchèrent du troisième arbre,
celui-ci fut effrayé, car il savait que si on le coupait,
ses rêves de grandeur seraient réduits à néant.
L’un des bûcherons s’écria alors: « Je n’ai pas besoin d’un arbre spécial,
alors, je vais prendre celui-là ». Et le troisième arbre tomba.

Lorsque le premier arbre arriva chez le charpentier,
il fut transformé en une simple mangeoire pour les animaux.
On l’installa dans une étable et on le remplit de foin.
Ce n’était pas du tout la réponse à sa prière.

Le second arbre qui rêvait de transporter des rois sur les océans,
fut transformé en barque de pêche. Ses rêves de puissance s’évanouirent.

Le troisième arbre fut débité en larges pièces de bois,
et abandonné dans un coin.

Les années passèrent et les arbres oublièrent leurs rêves passés.

Puis un jour, un homme et une femme arrivèrent à l’étable.
La jeune femme donna naissance à un bébé et le couple l’installa dans la mangeoire
qui avait été fabriquée avec le premier arbre.
L’homme aurait voulu offrir un berceau pour le bébé, mais cette mangeoire ferait l’affaire.
L’arbre comprit alors l’importance de l’événement qu’il était en train de vivre,
et sut qu’il contenait le trésor le plus précieux de tous les temps.

Des années plus tard, un groupe d’hommes monta dans la barque fabriquée
avec le bois du second arbre; l’un d’eux était fatigué et s’endormit.
Une tempête terrible se leva, et l’arbre craignit de ne pas être assez fort
pour garder tout son équipage en sécurité.
Les hommes réveillèrent alors celui qui s’était endormi;
il se leva et dit : « Paix! » Et la tempête s’arrêta.
A ce moment , l’arbre sut qu’il avait transporté le Roi des rois.

Enfin, quelqu’un alla chercher le troisième arbre oublié dans un coin;
il fut transporté à travers les rues,
et l’homme qui le portait se faisait insulter par la foule.
Cet homme fut cloué sur les pièces de bois élevées en croix ,
et mourut au sommet de la colline.
Lorsque le dimanche arriva,l’arbre réalisa qu’il avait été assez fort
pour se tenir au sommet de la colline et être aussi proche de Dieu que possible,
car Jésus avait été crucifié à son bois.

Chacun des trois arbres a eu ce dont il rêvait,
mais d’une manière différente, de ce qu’ils imaginaient.

Nous ne savons pas toujours quels sont les plans de Dieu pour nous.

Nous savons simplement que ses voies ne sont pas les nôtre,
mais qu’elles sont toujours meilleures si nous lui faisons confiance.

Un conte folklorique raconté par Angela Elwel Hunt.

Source : http://www.gadlu.info/il-etait-une-fois-trois-arbres.html

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Published by Angela Elwel Hunt - dans Spiritualité
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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:41

Est-il possible de trouver la beauté dans les difficultés et face aux horreurs.

Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités,

Lors de mon passage sous le bandeau, il m’a été posé une question riche. Malheureusement je n’ai pas pris le temps d’y répondre longuement et je souhaitais pallier à ce manque.

Je pourrais donner comme exemple la beauté de la réaction de mon grand-père qui, après 5 années passées dans des camps de prisonniers en Allemagne, a toujours souhaité parler des allemands généreux qu’il a rencontré pendant cette période difficile à son petit-fils plutôt que de mettre en exergue les atrocités vécues. Je pourrais vous parler de la beauté du geste de ma Marraine et de mon Oncle qui m’ont accueilli et élevé dès l’âge de 4 ans alors que j’avais été abandonné par mes parents. La vie a été généreuse avec moi, à chaque moment difficile j’ai eu la preuve que la beauté, la générosité et l’Amour existent même dans les moments les plus inhumains.

Cependant, j’ai eu encore plus de chance lorsque j’ai eu la possibilité il y a plusieurs années de m’impliquer dans le travail humanitaire et c’est là que les leçons les plus intenses allaient s’offrir à moi.

J’ai effectué mon premier voyage en Haïti en Novembre 2004. Peu courageux par nature, je n’imaginais pas une seule seconde que je trouverais les ressources nécessaires pour faire face à la réalité de ce pays en proie à l’époque à une véritable guerre civile. La situation était plus grave que ce que je pouvais imaginer, c’était l’enfer malgré la présence de casques bleus. Les rues étaient couvertes de détritus, de carcasses de voitures (brûlées) et des impacts de balles étaient visibles dans certains quartiers. Les égouts ouverts étaient encombrés de cadavres animaux mais également de corps humains que les porcs « nettoyaient ». La tension était palpable, la population était prête à exploser et j’ai parfois ressenti une certaine animosité. Certaines routes étaient barrées. J’étais hébergé dans un hôpital, endroit relativement sûr malgré une centaine de gens armés et attendant l’autorisation d’attaquer les Chimères. Le gouvernement ne le souhaitait pas de crainte de déclencher une guerre civile mais elle était déjà commencée…

Ce pays n’en est plus un, on a l’impression que la seule solution serait d’évacuer la population pour laisser le temps à la nature pendant un siècle de tout nettoyer avant de reconstruire…

Arrivé un soir dans l’orphelinat de l’ONG que je dirigeais, je suis passé dans la maison des petits. Johnny, 1.5 ans, ne dormait pas, il m’a tendu les bras pour un câlin. Impossible de résister à cet appel et comment ne pas penser à ces enfants que j’avais vus dans la rue, sales et mal nourris qui ont besoin de soins et d’attention ?

Pour nos visites, nous avons négocié notre passage à plusieurs barrages de Chimères. Ces gens étaient devenus imprévisibles, n’avaient plus rien à perdre, se droguaient pour ne pas avoir peur… Il y avait des camions brûlés, des pneus en feu, des tirs dans certains quartiers.

Nous sommes arrivés ensuite au dispensaire des Missionnaires de la Charité en pleine zone rouge. Ce centre soigne les victimes du HIV et de la tuberculose. J’ai été recruté pour faire des radios de thorax et des tests de dépistage HIV. 50% des personnes testées sont positives. On ne leur dit rien pour éviter un drame mais ils seront soignés jusqu’à la fin. Je me suis retrouvé face à Tamara, une jeune fille trisomique, séropositive et ayant déclaré la tuberculose. La seule possibilité qu’elle ait été contaminée est qu’elle ait été abusée.

Nous sommes ensuite partis célébrer une cérémonie du souvenir sur un terrain ou les corps sont déposés sans funérailles. Le choc fut dur, des crânes, des os qui dépassent du sol sans oublier une odeur pestilentielle que je ne pouvais pas imaginer. Pensez à ces gens qui n’ont même pas reçu un enterrement décent après avoir vécu dans la misère. Le soir même, en écrivant à ma famille et mes amis, j’ai pensé que si « l’enfer » avait une ambassade, elle serait située en Haïti.

Se retrouver face au non-droit, à la violence la plus bestiale quand une femme est enlevée, violée puis démembrée avant d’être rendue à son fils qui a payé une rançon, est une expérience insoutenable. Comment l’être qui a construit autant au cours des millénaires, tant en termes de Civilisations qu’en termes de Démocratie, de respect de l’autre et de Philosophie peut-il générer autant d’atrocités, et surtout comment survivre intellectuellement et émotionnellement à ces visions d’horreurs ?

D’autres choses coexistent avec ces atrocités : un enfant partage ses bonbons reçus pour son anniversaire, d’autres portent un enfant handicapé pour lui permettre de participer à leurs jeux…

J’ai visité d’autres pays en difficultés et à chaque fois, les mêmes souffrances, les mêmes horreurs, de nouvelles histoires difficiles à entendre. J’aurai touché de près le désespoir et la bêtise humaine mais j’ai surtout vécu le plus important : la joie de vivre de ces enfants et de ces peuples, l’espérance en de jours meilleurs pour ces gens qui souffrent de la pauvreté et de la violence.

Mes aventures en Haïti et ailleurs continuent, ma société me permet de continuer à me battre et j’ai décidé de lancer un projet, tout d’abord en Haïti, qui sera générateur d’emplois et de « mise en lumière » du formidable potentiel de ces pays soi-disant pauvres. Certes ils le sont économiquement mais ils sont riches de tellement d’autres choses et au vu du quotidien mondial en termes économiques, je pense qu’il est grandement temps que nous réalisions que la richesse qui compte est celle qui ne dort pas dans des comptes virtuels…

Je ne veux pas vous emmener vers des lieux communs mais oui la beauté existe même au sein de l’horreur : le sourire d’une enfant trisomique pour laquelle vous prenez un peu de temps, avec laquelle vous partagez un regard et dans ses yeux luisent la flamme de l’espoir, celui d’être enfin bien traitée, d’être soignée et, peut-être, d’être aimée.

La beauté est aussi dans le courage de ces peuples qui malgré leur quotidien et leur « damnation », terme trop porteur de condamnation que j’évite d’utiliser en règle générale mais qui est tellement parlant, continuent à espérer, continue à croire qu’il est possible de vivre mieux. La beauté peut être trouvée dans l’engagement de ces hommes et femmes qui ont décidé de se battre pour que ces fléaux disparaissent, de travailler à enfin régler la dette de nos ancêtres.

La beauté coexiste aussi avec des lieux dévastés, à peu de distance des bidonvilles on trouve des endroits paradisiaques qui laissent envisager ce que pourraient devenir à nouveau ces lieux corrompus. La beauté d’un paysage vierge, d’une faune respectée à quelques kilomètres de bidonvilles nauséabonds, ou la violence et la maltraitance règne.

La beauté peut être trouvée dans l’horreur tout simplement parce que la lumière n’est visible qu’au sein des ténèbres, sans le négatif, comment voir le positif ? L’expression commune « voir le bout du tunnel » fait référence à l’espoir et le courage que donne la lumière qui filtre alors que nous sommes au sein d’un boyau sombre…

Je crois aussi que la beauté est dans la capacité que nous gardons à pleurer après une « surdose » d’horreurs, de notre capacité à ne pas devenir indifférent, à rire en fin de journée quand elle a été passée à entasser des corps d’adultes, enfants et bébés dans un camion pour leur offrir une sépulture digne. Elle est aussi dans notre capacité à nous lever chaque matin, et à nous dire : ce n’est pas fini il y a toujours des choses à faire pour changer.

Cette capacité à percevoir la beauté est aussi un moteur, en particulier quand l’aide à l’autre est rendue difficile par des règles administratives et fiscales dont certaines, je l’avoue, peuvent être perçues comme insensées ou fallacieuses.

Depuis longtemps, j’essaye de comprendre les messages des différents courants philosophiques de notre Histoire, le symbole qui peut exprimer le mieux ce que je pense avoir appris de ces expériences est celui du Ying et du Yang. Dans tout côté clair il y a un zone d’ombre et dans tout côté obscur il y a une lueur d’espoir. Cette dualité, elle nous parle deux fois par mois lorsque nous foulons le sol de notre Temple, par contre, je m’interroge sur notre capacité à percevoir l’espoir et l’Amour dans toute situation, vécu négatifs alors que nous voyons si facilement la noirceur dans une situation lumineuse.

Une des leçons que j’ai tirées de cette vie riche d’expériences fortes est que quoi qu’il advienne, il reste toujours une infime clarté, une étoile qui semble lointaine mais qui peut guider nos pas vers la construction, le partage et sur la plus belle expression de ce dont l’Homme est capable : Aimer du plus profond de son cœur. Ces expériences auraient pu être destructrices mais elles m’ont au contraire renforcé et elles m’ont aidé à ne pas laisser partir ce qui permet à un adulte de continuer à espérer : le regard de l’enfant qui reste ouvert à tout ce qui est beau, aussi insignifiant soit l’objet… Cet Amour étant le seul liant qui peut résister à toutes les attaques, celles du temps, de la violence et de l’usure…

J’ai choisi de me battre au quotidien pour mettre en valeur la beauté, l’espoir et l’Amour que nous pouvons partager même au sein de l’horreur la plus profonde. Et n’oublions pas un auteur qui a tellement marqué qui nous a enseigné que : « L’essentiel est invisible pour les yeux »…

J’ai dit, Vénérable Maître. 

- See more at: http://www.gadlu.info/planche-maconnique-la-beaute.html

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 08:40

La tradition désigne une pratique ou un savoir hérité du passé, répété de génération en génération. On attribue souvent aux traditions une origine ancestrale et une stabilité de contenu. Et Transmettre une tradition c’est, bien souvent, faire un choix présent !

Belle lecture !

« Parler de Tradition, c’est supposer la persistance d’un contenu préexistant. L’Ésotérisme et, plus particulièrement encore, les sociétés initiatiques se réclament d’une Tradition, à tort ou à raison. Les traditionalistes sont ceux qui s’attachent aux valeurs et notions transmises par cette Tradition écrite ou orale. 

La Tradition pour eux est le pré supposé des informations transmises de génération en génération, de doctrines enfermées dans certaines sphères, de pratiques développées dans l’Église depuis le début du christianisme. Pour d’autres, comme Guénon et Tourniac, cette Tradition est bien antérieure à tout récit biblique ; elle appartient au plus lointain des siècles, elle transcende toutes valeurs actuelles.

L’âge d’or et la Chute

 Au-delà des vérités historiques, la Tradition, ou plutôt le recours à la Tradition, a valeur de mythe. La Tradition primordiale est celle de l’âge d’or, celui d’avant la chute, lorsque l’Homme disposait de tous ses pouvoirs. Ce mythe se retrouve dans de nombreuses écoles, religions et sociétés. C’est aussi le mythe de l’Eden, du Paradis perdu, Paradis où l’Homme avait un statut divin. Cet état l’amenait sinon en Dieu, du moins en présence de Dieu. Puis vint la chute, par erreur ou par sacrifice. La chute engendre la création telle que nous la connaissons.

La chute explique et excuse la faiblesse humaine, mais en même temps lui donne la certitude d’une réintégration possible. C’est parce qu’il a été que l’Homme pourra être. Promesse d’un retour, retour de l’enfant prodigue, résurrection lors du jugement dernier. La Tradition prend toute sa valeur à travers le mythe qu’elle véhicule.

La Tradition Universelle

Certains auteurs, comme Madame H.P. Blavatsky, ont tenté une synthèse des traditions, traditions d’Orient comme d’Occident, tentant par là de découvrir une Tradition Universelle. En créant la Théosophie, Madame Blavatsky et à sa suite Annie Besant affirment que les religions sont des méthodes pour la recherche de Dieu. L’homme parfait doit acquérir les perfections inhérentes à chacune des religions. La Théosophie prenant pour base la Morale et la Religion, disposant d’enseignements spécifiques des Maîtres devenait la base de la religion et de la morale, en se référant à un passé plus lointain, au-delà de l’ère chrétienne où Théosophie signifiait Brahmavidya.

Pour Guenon, la Tradition Primordiale égalise la tradition chrétienne avec les autres traditions. Mais Guenon préfère utiliser le terme de « Religio perennis » ou Religion primordiale, car le premier terme exprime une réalité intrinsèque en reliant le terrestre au céleste. Il s’agit de la recherche d’une réintégration et d’une quête d’un état originel perdu, où Guenon veut établir des Centres dépositaires du Graal et des centres secondaires en relation avec la Connaissance.

Les anti-guénoniens, les religieux, les mystiques et les rationalistes, s’opposant aux traditionalistes ont démontré les contradictions, les erreurs et les fictions d’une telle démarche.

La quête de la Tradition universelle

Cette recherche, qui équivaut à la recherche symbolique de la Parole perdue, débouche sur un assemblage transculturel qui se voudrait universel parce que transcendant les particularismes de chacun des systèmes étudiés. Sans négliger les apports de telles démarches, il nous paraît plus opportun de chercher à dégager les apports de chaque Tradition au regard de son propre champ symbolique.

Faire référence à une tradition consiste à se rattacher à une lignée, à un sens, parfois même un contre-sens. Le sens donné par l’histoire ou par une histoire n’est jamais le même. Nombre de sociétés dites initiatiques font référence à une histoire plus ou moins ancienne où se mêlent des faits avérés et d’autres mythiques. Si tel est le cas, c’est dire l’importance que prend pour certains ce « chaînage » dans le travail initiatique. Le sentiment d’appartenir à une chaîne ininterrompue, qui relie l’adepte à de grands ancêtres fondateurs, est certainement un élément qui flatte l’Ego. Mais nul ne peut remonter bien loin sans dévoyer. Si l’initié en reste là, ce n’est pas très efficace d’un point de vue ésotérique.

En abordant le problème de la Tradition d’un point de vue technique, se relier à elle équivaut à se situer hors de l’espace et du temps profanes. C’est changer de système de référence et donc avoir accès à une réalité différente, ce qui est le premier pas sur le chemin initiatique. Il s’agit de l’abandon des métaux, de l’abandon des principes de réalité et du champ référentiel ordinaire. Déstructuration sans laquelle aucune avancée ne peut se faire sur le chemin de l’initiation. A partir de là, guidé par le mythe fondateur, le néophyte peut commencer à parcourir son chemin initiatique qui sera le sien propre car issu de sa propre expérience.

L’Egrégore et la Tradition

Un autre aspect développé autour de la Tradition est la notion d’Egrégore. L’efficacité d’un Egrégore repose sur la cohérence du groupe. Cohérence au niveau de l’identité, des objectifs, cohérence dans le temps et par delà le temps.

L’Egrégore peut être comparé à une entité autonome, vivante, ayant une qualité, une personnalité, un type d’action spécifique et disposant d’une énergie propre plus ou moins grande. L’Egrégore tire son énergie de l’énergie psychique de chacun des membres de l’association qui le nourrit. Etant autonome, il perdure tant qu’il est alimenté et pour nourrir un égrégore, quoi de mieux que le recours à la Tradition qui assure le maintien des formes à travers le temps.

Ainsi, se relier à une tradition, c’est pouvoir encore bénéficier ou subir l’énergie d’un égrégore. Chaîne qui relie les adeptes d’une société par-delà le temps et l’espace. C’est l’Egrégore qui donne sa coloration, son esprit, son « ambiance » à une assemblée humaine. L’énergie disponible sur un chemin spécifique dépend de la qualité d’intégration de l’individu à l’Egrégore qui préside à ce chemin. Mais toute médaille à son revers : ce qui relie est aussi ce qui enchaîne. Ce qui peut être une aide dans une voie spécifique est également une entrave pour tous ceux qui veulent s’en écarter. La question étant bien sûr faut-il s’en écarter ? Elle n’est pas simple aujourd’hui où les valeurs sont bouleversées et des repaires immuables changent.

Contenus, rituels et symboles.

Assez proche de la notion précédente est la supposée efficacité des contenus traditionnels. Autrement dit, le recours à la tradition suppose la faculté de bénéficier de l’expérience des aînés qui nous ont précédés sur la voie. Notion très proche de celle de la transmission d’un savoir profane, si les modes d’apprentissage de la connaissance ésotérique se limitaient à ceux d’un savoir technique, ce qui est loin d’être le cas. L’approche suivante est plus intéressante.

L’efficacité des rituels dépendrait de leur répétition. L’utilisation de certains symboles, consacrée par l’usage, serait d’autant plus efficace qu’elle reposerait sur une tradition ininterrompue. La persistance des formes agissantes par-delà le temps et l’espace tirerait sa force de son « inscription » dans un champ cohérent. On parlera d’inscription dans l’Astral ou de champ morphogénétique selon que l’on s’intéresse aux vieilles formules ou à des travaux scientifiques plus récents (cf. R. Sheldrake, Éd. Rocher, 1985 : « Une nouvelle science de la vie »).

Un autre abord nous est proposé par la psychologie classique. Les symboles sont le langage de l’inconscient. Ils nous permettent une certaine forme d’échange avec lui. Les symboles traditionnels sont d’autant plus puissants qu’ils reposent sur des archétypes, constituants structurels de la psyché humaine.

A l’inverse certaines formes usées n’ont plus aucune efficacité et les utiliser s’avère sans effet. L’Hermétisme se différencie de la psychologie classique lorsqu’il utilise le symbolisme de façon active, inductive. Ce sont le rituel, les figures magiques, les mandalas orientaux ou occidentaux. Représentations du Monde et de l’Homme, du Macrocosme et du microcosme qui, parce qu’ils ont une structure essentielle commune, peuvent se répondre. Flux incessant qui va de l’intérieur vers l’extérieur, du haut vers le bas. C’est aussi l’étroite interdépendance qui existe dans le travail alchimique entre le travail opératif et le travail sur soi. Ainsi, le Grand Oeuvre est autant une réalisation spirituelle que matérielle et cette dernière ne peut exister sans la première. 

Le recours à la Tradition primordiale, c’est s’enquérir du fond premier, à l’origine du concept (de nature archétypal), commun à toutes les traditions. En échange, toutes les traditions ne sont pas équivalentes, ce qui est en haut n’est plus toujours comme ce qui est en bas. C’est aussi rechercher une certaine pureté et transfiguration, celle supposée des Origines, mais surtout celle qui résulte du travail de séparation, après que la matière soit passée au Feu. Ainsi l’homme s’oriente vers la perfection, même si elle reste constamment à parfaire. La quête de la Tradition est surtout une quête du Soi en soi. C’est une quête du sens de l’être et de l’existant.

Planche maçonnique de Loge Maçonnique René Guenon, de la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA) à Lausanne. 

Source http://www.gadlu.info/quest-ce-que-la-tradition.html

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 07:54

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 10:04

Mes parrains, ont pensés avoir trouvé en moi un terrain fertile à l’initiation maçonnique, après ces quelques mois passés dans le silence je vais vous livrer ma réflexion sur le thème : les semailles en terre fertile
Je me souviens du temps ou dans mon monde profane j’avais projeté la création d’un club destiné aux échanges d’idées. Ou une fois par mois on se réunirait avec un thème défini sur lequel chacun apporterait le fruit de sa réflexion. Ce projet n’a pas vu le jour. Un de mes parrains connaissait mon projet ; et c’est de ces conversations et de notre longue relation qu’il à découvert en moi un probable terrain fertile.
Semer pour récolter, encore faut il que la terre soit réceptive, qu’elle enferme dans son intérieure les qualités à procréer, qu’elle ait reçu au préalable une attention particulière, il faut l’entretenir, pour qu’elle apporte en retour ce dont on est en mesure d’attendre, même si une terre inculte peut être cultivée, il est préférable de rechercher celle qui donnera le meilleur d’elle-même. Les graines jetées par le semeur sur le chemin d’errance ne germeront pas alors que les graines tombées sur une terre fertile donneront des épis “paraboles de jésus “
Je prépare mon jardin intérieur, la graine de semence sera progressivement nourrie
Le temps ne compte pas, je m’enracine solidement pour puiser au plus profond de moi l’énergie nécessaire à fortifier mes connaissances. Cette période est le reflet de l’apprenti que je suis, chaque tenue, chaque formation, apporte les engrais utiles pour fortifier la semence qui est en moi ; selon Galien, la semence provenait du cerveau. Cette théorie sera répandue au moyen-âge. La moelle épinière s’étend du cerveau au phallus et de là provient la semence, lisons nous dans le Bahir. La semence symbolise la puissance de la vie, et de la vie humaine ne peut descendre que ce qui caractérise l’homme, son cerveau, siège de ses facultés propres. (Le Bahir cet ouvrage est composé à partir de sources orientales peu connues, les pages les plus remarquables sont celles qui contiennent les énoncés sur le masculin et le féminin) ; je suis enfoui dans les entrailles ; j’ai des moments de doutes, à quelle profondeur suis je, est ce que je parviendrai à me frayer le chemin qui me fera trouver la lumière.
Je visualise chaque partie de mon corps comme une terre fertile, ou je cultiverai toutes les vertus et les petits bonheurs bénéfiques à mon épanouissement, j’apprends, je découvre, comme un nourrisson dans le ventre de sa mère attend patiemment le moment propice à sa naissance.
La femme symbolise la capacité d’engendrer la vie, semblable à celle de la terre fertile et nourricière qui produit les moissons, si les semailles sont semblables à l’acte sexuel qui féconde la femme, les cycles de la nature (phases lunaires, saisons, récoltes) répondent aux cycles de la vie et de la reproduction ; la femme est semblable à la terre et son ventre est lieu de création qui identifie la vie humaine avec la vie végétale ;
Les mythes et rites de la mort et de la fécondité sont une autre approche du paradis perdu .Il ne s’agit plus du paradis des origines, mais du paradis qui nous attend après la mort physique. Dès le paléolithique moyen, (période la plus ancienne de la préhistoire, caractérisée par l’industrie de la pierre, la chasse, et la cueillette) on observe que l’homme se préoccupe non seulement des vivants mais aussi des morts. Empruntons à J Prévert cette phrase « la vie est dans la mort et la mort est dans la vie » Elle résume les mythes et rites de la mort et de la fécondité.
Au commencement était la vie, la mère, la grotte. C’est le mythe de la Terre- Mère et des hommes vivant dans la terre ; Ici encore plusieurs symboles s’interpénètrent : l’embryon animal ou humain vivant un certain temps dans le ventre de sa mère, la végétation dont les racines et les graines germent et se développent au sein de la terre nourricière, les hommes et les femmes soumis aux rites de passages de l’adolescence ou de l’initiation au cœur de la grotte.
D’innombrables déesses mères ont été découvertes dans les sites préhistoriques depuis 40000 ans, inaugurant un culte de la fécondité qui trouvera toute son ampleur avec les premières civilisations agraires. Le mythe de Perséphone n’est que l’héritier de traditions bien plus anciennes (à la question d’où provenait l’essentiel des richesses depuis le néolithique : se dit de la période de l’ère quaternaire, qui termine la préhistoire et qui se caractérise surtout par l’organisation en village et la technique de la pierre polie entre 5000 et 2500 av JC .jusqu’au XVIII siècle la réponse est claire, de la terre. C’est pourquoi autour de cette longue période, le pouvoir et la politique se sont organisés autour de la maîtrise de la terre et des hommes qui la cultivent, un pouvoir fondé sur la maîtrise des territoires ; L’homme met en valeur la terre, la terre produit les richesses, les richesses accroissent la puissance de la société, la puissance aiguise les convoitises et le cycle perpétuel des guerres des civilisations agraires)

Quelle action symbolique peut on rencontrer ?

Cela me fait penser à la spirale de la vie : symbolisée par les deux
Solstices : st jean d’été annonçant la fin de la croissance, le temps est venu de récolter : et la st jean d’hiver annonçant la fin de la vie végétale tout comme dans le tableau de loge, ou le passage de la porte est une véritable renaissance, une nouvelle vie commence à peine franchie on aperçoit les colonnes surmontées de trois grenades entrouvertes; ou un seul grain de grenade a suffit à Perséphone, fille de Déméter pour rester lies aux enfers ;
Dans la symbolique maçonnique la terre est un des quatre éléments, chacun d’entre eux a une fonction ambivalente, comme tout symbole selon la manière dont on l’aborde, la terre est plus considérée comme l’image du concret contrairement aux trois autres éléments (l’air, l’eau et le feu) qui sont nécessaires aux semailles. Si la terre qui représente une forme arrêtée dans l’espace, (selon les scientifiques), peut être qualifiée de statique, les trois autres éléments par lesquels le récipiendaire est éprouvé et purifié, seraient ils dynamiques?....
L’épreuve de la terre, première épreuve du candidat à l’initiation vécue dans le cabinet de réflexion ; ce lieu de méditation qui met en scène tout ce qui concerne la mort, permet de faire une incursion dans sa tombe avant l’heure donnant ainsi l’impression d’être enfoui au sein de la terre, l’eau et le pain représentent les éléments nourriciers, solides et liquide, le pain évoque le symbolisme du grain de blé, dont la germination au sein de la terre aboutit à la floraison après avoir connu un long travail de pétrissage avant d’arriver au produit fini .
Dans ce lieu de méditation apparaît le mot V.I.T.R.I.O.L (visita interiora terrae rectificando invenies occultum lapidem) ce qui signifie descend dans les entrailles de la terre, au plus profond de toi même et trouve le noyau insécable sur lequel tu pourras bâtir une autre personnalité, un homme nouveau, j’attends ma germination lente et progressive avant de me frayer un passage pour trouver la lumière et continuer à grandir
Je me construis progressivement, je suis en train de travailler ma pierre brute, j’utilise pour ce faire mes outils de maçon ciseau et marteau ; cette longue période d’apprentissage m’a appris combien il était important de se retourner en moi même de laisser le temps au temps ;
Les premiers rayons de lumière apparaissent ; la récolte approche, je me suis enrichi, ainsi, ne pas s’instruire, donc ne pas chercher à évoluer, rester sur ses acquis, ses certitudes et laisser son esprit en jachère, c’est rester au bord du chemin, abandonner la voie, mourir en esprit comme le blé semé au bord du chemin. Cette période m’a apprise combien il était nécessaire d’accomplir un travail sur soi et maintenant je comprends combien il est important de bien semer si l’on veut récolter le fruit de son travail.
Je pense que l’atelier a mis tous les éléments nécessaires à ma disposition, afin que je sois en mesure de bien me réaliser de me construire, de dégrossir ma pierre brute et de m’assumer comme maçon. Il convient donc que je continue, car le chemin est sans fin, avec des embûches, mais je commence à comprendre et à réaliser que c’est à mon tour de semer autour de moi.

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 06:29

Invocation préalable

Timée « Tous les hommes, pour peu qu’ils participent tant soit peu à la sagesse, quand ils sont sur le point d’entreprendre une affaire petite ou grande, invoquent toujours de quelque façon la divinité. Et pour nous, qui allons discourir sur le Monde, dire comment il est né, à plus forte raison nous faut-il, si nous ne perdons tout à fait à l’esprit, appeler à l’aide les Dieux et les Déesses, les prier que nous propos soient toujours, en tout ce qui les touche, conformes avant tout à leur pensée, et en ce qui nous concerne, logiquement ordonnés. Touchant les Dieux, que telle soit donc notre invocation. Et, en ce qui nous touche, invoquons-les aussi afin que vous saisissiez bien vite et afin que, moi, j’expose le plus clairement possible ce que je conçois sur le sujet ».

La méthode symbolique est une méthode de décryptage. C’est même une méthode fondée sur ce que les anglo-saxons appellent le « story telling ». En racontant une histoire fondée sur des mythes, allégories, cosmogonies, cette méthode permet d’expliquer ou de comprendre la création du monde, les comportements humains de tous les temps et du nôtre en particulier. Et la formation maçonnique est dans le fond une formation à la méthode symbolique comme le souligne si bien Jean Mourgues (in La pensée maçonnique, pages 106 et 107).

Mais nous n’avons accès à cette formation que parce que nous traversons le voile de l’initiation et que nous comprenons en entrant en atelier, dans la loge, que « tout y est symbole ».

Mieux encore, ces symboles – parce qu’ils nous font prendre conscience du « story telling » sacré créé par le rituel d’ouverture et qui se conclut par le rituel de fermeture – verbalisent et conceptualisent à la fois les archétypes qui fondent notre compréhension du monde comme de notre existence propre.

1 – La clé de voute

C’est dans cette perspective que se place la pierre originelle « petra genitrix » ou encore « matrix mundi ». Cette pierre, nous l’avons appris récemment, est symbolisée par la lettre K. A la fois pierre de tête de l’alphabet, symbole de l’androgynat des origines, pierre travaillée ou kephas, qui représente Kephren ou Kether, c’est-à-dire pharaon et les mondes célestes, la pierre est dans son acceptation symbolique la clé de voute de toute construction temporelle ou spirituelle.

En hébreu c’est à la fois la pierre de tête et la pierre d’angle, la compréhension du principe divin et de l’unité. Ainsi dans l’histoire de Job, la pierre angulaire est aussi bien la pierre du fondement que celle qui permet de fermer l’arche et soutenir ainsi les pieds de l’édifice.

« Voici je vais dans Sion ériger une pierre de fondation, une pierre éprouvée, une clé de voute, une pierre d’angle solidement fixée. Quiconque s’y appuiera ne sera pas réduit à fuir » Esaïe 28-16.

C’est la pierre de l’hôtel construit par Abraham au moment du sacrifice d’Isaac. C’est la pierre sur laquelle Jacob a posé sa tête et qu’il appela Béthel – Beth-el : Maison de Dieu. C’est la pierre angulaire du premier temple et c’est celle sur laquelle est construite l’Eglise.

Dans la tradition des bâtisseurs, la première pierre est la pierre d’angle, celle sur laquelle va reposer tout l’édifice. Elle est celle par laquelle tout commence, elle matérialise la volonté de l’homme de rendre grâce à l’éternel. Mais cette pierre est aussi celle par laquelle tout finit.

La même pierre, qui sert de base à l’édifice, lui sert en effet de clé de voute. D’une certaine manière elle exprime ce que dit la table d’Emeraude « tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ». Et elle marque l’union de la terre avec le monde céleste car elle assure la cohésion de tout l’édifice : elle est placée au sommet. Elle est Kéther, la couronne, l’expression de la parole créatrice, prophétique.

2 – Les deux piliers

La clé de voute ou pierre d’angle ne saurait exister sans les deux piliers et réciproquement. Depuis l’aube de la civilisation, le passage du profane au sacré est marqué par la ligne que déterminent les deux piliers.

Dans l’art, l’architecture et les cosmogonies on trouve toujours deux colonnes ou des piliers qui sont ainsi des symboles archétypiques permettant l’accès ou la transition vers des lieux saints ou sacrés.

Par exemple, dans la Grèce antique, il s’agit des colonnes d’Hercule qui, selon Platon, marquent l’entrée dans l’Atlantide. Francis Bacon écrit dans La nouvelle Atlantide (1622) « la ville des élus se distingue depuis le sommet des plus hautes montagnes sur terre. Les Dieux et les savants y sont ensemble dans le bonheur éternel, on ne peut y entrer qu’en traversant les piliers symboliques d’Hercule et dépasser en les traversant l’incertitude terrestre pour entrer dans l’ordre parfait de la sphère céleste ».

Pour la construction du temple le Roi Salomon fit appel, on s’en souvient, à Hiram et c’est dans la Bible qu’il faut chercher la description des deux colonnes, en décrypter le symbolisme, sachant toutefois que l’architecture du Temple de Jérusalem reprend le plan des temples égyptiens du nouvel Empire.

Dans ce contexte, les deux colonnes étaient bien situées devant la porte du Temple de Salomon et non à l’intérieur. Rappelons nous cependant que dans le Livre des Morts de l’Ancienne Egypte, les colonnes se situent à l’intérieur même du lieu sacré ; les deux colonnes symbolisant alors la connaissance des mystères et remplissant une fonction de « coffre des secrets ».

Mais retenons également ce que l’on peut lire dans le manuscrit Dumfries n°4 vers 1710. Il reprend ce que nous dit la Bible : « Il dressa deux colonnes sur le devant du temple, l’une à droite, l’autre à gauche : il nomma celle de droite Jakin et celle de gauche Boaz » (Les chroniques II 3-17). Il fabriqua les deux colonnes en airain, continue le Livre des Rois. La première Jakin signifie « il établira » et la seconde Boaz signifie « en force ». Jakin est aussi le nom du premier grand prêtre du Temple et Boaz celui de l’arrière grand-père du Roi David, si l’on en croit toujours l’Ancien Testament. Et ces deux colonnes ou piliers ne font pas que marquer le passage du monde profane dans le monde sacré. Ils sont aussi le lieu où peut se dérouler l’initiation elle-même.

Ainsi, dans un fragment de manuscrit de la Mer Morte, connu sous le nom de Brontologion, il est fait expressément référence au secret des piliers et au rôle qu’ils jouent dans l’intronisation des « messies sacerdotaux et royaux ».

Pour les Esséniens, il n’existe pas en effet un seul chef pour construire une communauté ; une seule composante pour conduire sa vie. Il faut que chacun d’entre nous, mais plus particulièrement le ou les responsables de la communauté, acquièrent la double dimension sacerdotale et royale.

Le message que nous adressent les colonnes J et B se résume donc ainsi : « acquiert la dimension spirituelle ou sacerdotale, le pouvoir sur toi-même mais aussi sur la matière et les autres, c’est-à-dire la dimension royale. Sois à la fois un Homo sapiens et un Homo faber et tu pourras alors venir mettre ta tête sur la pierre originelle et devenir un Homo « prophètes ». Mais le parcours qu’il te faudra accomplir est celui que symbolisent dans la loge les plateaux des officiers avec évidemment les combats qu’il faudra mener pour que du « ça » émerge le « soi » et que nous renaissions ainsi à nous-mêmes. C’est ce que traduit le schéma que j’ai intitulé « Arbre ou labyrinthe de construction de la personnalité ».

Conclusion

Ainsi maintenant, comme des constructeurs, nous sommes prêts à œuvrer. Avec nos matériaux spirituels et physiques. « Grâce à eux, nous achevons de nouer la trame du raisonnement qu’il nous reste à faire. Revenons encore une fois brièvement au début, et retournons rapidement au point même d’où nous étions parvenus ici. Et tâchons de donner comme fin à notre histoire une tête – une pierre – qui s’accorde avec le début, afin d’en couronner ce qui précède. Or, ainsi qu’il a été dit au commencement, toutes choses se trouvant en désordre, Dieu a introduit en chacune par rapport à elle-même et dans les unes par rapport aux autres, des proportions. Celles que définissent les colonnes ou piliers. Car jusqu’alors, nulle d’entre elles ne participait en rien de l’ordre, si ce n’est par accident : aucune absolument n’était digne de recevoir aucun des noms que nous leur donnons maintenant, comme feu ou eau ou quelqu’un des autres noms de ce genre. Tout cela, c’est Dieu qui l’a d’abord ordonné, jusqu’à ce qu’en fût formé ce tout, vivant unique, lequel contient en lui-même tous les vivants mortels et immortels. Car Dieu lui-même en a été l’artisan » (Timee).

Source : http://www.glcs.fr/le-symbolisme-sacre/

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 07:35

Théophile :

Certainement, et pas plus qu'il ne s'agit pour moi d'enfermer l'idée de Grand Architecte dans celle du Dieu des religions révélées, il ne s'agit pas non plus de le réduire au Dieu, « cause finaliser, de certains philosophes du XVIII' siècle. On peut penser que cette idée de Grand Architecte de l'Univers déborde largement toute conception particulière de Dieu.

Philon :

Oui, et j'ajouterai que si nous ne pouvons plus dans la perspective scientifique du XX° siècle donner de l'idée du Grand Architecte de l'Univers le sens que lui donnaient un Newton et un Voltaire, nous pouvons essayer de lui en donner un tout de même. Il apparaît en effet que le XIX° siècle a représenté dans l'histoire des idées une période où l'idée de l'Univers a subi une éclipse. La science du XIX° semblait imposer la vision d'un univers sans forme, ensemble illimité de phénomènes non totalisables, avec comme seul dépositaire de signification l'homme et son Histoire. Ajoutons qu'à cette vision sont restés attachés encore beaucoup d'esprits qui se disent scientifiques. De là vient le positivisme d'A. Comte et son idée d'une religion de l'Humanité, considérée comme le « Grand Etre «. Le matérialisme du XIX° siècle est largement dépassé. Je ne veux pas dire par là que la science soit devenue depuis idéaliste ou spiritualiste ; on peut même dire que cela n'a d'ailleurs aucun sens : car la science en tant que science n'est ni spiritualiste, ni matérialiste. Ce qui est vrai c'est qu'elle a mis au premier plan (en physique, en biologie, dans les Sciences humaines) l'idée de Forme et de Structure : autrement dit elle est plus « formiste « que « matérialiste ». En physique par exemple, la réalité fondamentale est attribuée à des configurations descriptibles en termes mathématiques : l'esprit de la physique moderne retrouve en un sens, l'esprit du -rimée de Platon dans lequel, raconte- t-il, le démiurge (l'Architecte de l'Univers) fabrique les éléments de la matière (eau, air, terre, feu et cosmos lui-même) avec les 5 solides réguliers de la géométrie. En biologie, on s'est avisé que la vie consiste essentiellement en une autonomie de la structure, de la forme, relativement à la matière qu'elle contrôle. Un être vivant, c'est une structure capable de se reproduire, que l'on peut décrire en utilisant des concepts comme information, communication, code, contrôle... Il faut ajouter à cela que le XX` siècle a vu renaître avec Einstein les spéculations portant sur le cosmos, sa structure et son histoire : l'Univers cesse d'être un ensemble indéfini de phénomènes, comme au XIX` siècle, et de nouveau il ressemble dans une certaine mesure à une architecture. Aussi ne me semble-t-il pas absurde de la part d'un homme du XX` siècle, non ignorant de la science, de prononcer des mots comme « A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers ». Car il peut avoir en tête, tout à fait d'accord avec ce que la science enseigne, qu'il y a dans l'Univers, à l'œuvre, dans la vie (biologique), dans l'esprit humain, un principe d'organisation, d'ordre, ou comme le dit Eddington, un anti hasard. Ce Principe est abstrait (comme tous les principes) et c'est le caractère abstrait qui fait qu'il n'est pas contestable comme le serait par définition toute idée plus précise d'une divinité ou de l'être suprême. Il est bien certain que personne ne peut nier qu'en accomplissant un travail quel qu'il soit dans quelque ordre de valeur que ce soit, on travaille dans le sens d'un accroissement de l'ordre, de la forme, de la structure et d'une diminution du hasard, de l'informe, de ce que la physique appelle entropie (11).

Théophile :

Certes, mon cher Philo, l'interprétation que je donne du Grand Architecte de l'Univers est certainement inspirée par les rationalistes du XVII` et du XVIII` siècle, époque qui voit naître et se développer la Franc-Maçonnerie moderne. L'évolution des idées peut nous permettre d'élargir encore cette idée. Mais que l'on conçoive le Grand Architecte de l'Univers en transcendance ou en immanence, qu'il soit comme le Dieu de Descartes transcendant à la nature ou comme le Dieu de Spinoza immanent à la nature, nous serons, je crois, d'accord pour dire qu'il exclut radicalement de son concept, toute idée de désordre, de non-sens, d'absurde pour parler comme certains penseurs de notre temps. Et invoquer le Grand Architecte de l'Univers comme nous le faisons au début et à la fin de nos travaux c'est implicitement affirmer que le fondement de l'Univers, de l'Univers Cosmique comme de l'Univers humain ne peut être que l'ordre et non le désordre, le rationnel et non l'irrationnel, le sens et non l'absurde (12). Le Grand Architecte de l'Univers représente pour nous Francs-Maçons du Rite Ecossais le Principe d'ordre qui donne à la nature forme et organisation, inspire et justifie les efforts de l'homme en lutte contre les puissances aveugles de la matière, du hasard et du destin. Et j'ajouterai qu'en travaillant à la « Gloire du Grand Architecte de l'Univers », le Franc-Maçon écossais manifeste son attachement à l'idée d'un Univers où le sens l'emporte sur le non-sens et où la pensée et l'action de l'homme doivent être un accord avec la signification ultime de la réalité.

Philon :

Je suis entièrement d'accord pour penser que la tradition maçonnique, que manifeste l'idée de Grand Architecte de l'Univers, n'est pas compatible avec n'importe quelle vision du monde. Donner un sens au Grand Architecte de l'Univers, c'est admettre implicitement une « métaphysique minimale », que dans le monde, l'ordre ne peut pas être un produit du hasard, que la signification n'est pas engendrée par un non-sens, ou une absurdité fondamentale. Je crois pourtant qu'il faut se garder de prendre l'idée d'une source de signification, d'un antihasard à l'œuvre dans l'Univers pour une idée « vraie » au sens où une théorie scientifique est « vraie » ; une telle idée peut être compatible ou incompatible avec telle représentation objective. Mais il faut comprendre qu'elle est d'un autre ordre. Kant dans « la critique de la raison pure » a opposé les idées comme celles de Dieu ou de l'âme aux idées comme celles d'espace, de temps... qui nous servent à connaître les phénomènes observables. De telles idées (Dieu, l'âme...) qu'il appelle « Idées de la raison » ne peuvent pas être considérées comme des concepts scientifiques parce que leur signification dépasse les limites de toute expérience possible. Elles ont cependant une fonction dans l'ensemble du savoir ; elles introduisent dans les phénomènes l'unité faute de laquelle il n'y aurait aucune compréhension du monde. Il ne nous suffit pas, en effet, de connaître scientifiquement les phénomènes multiples et les lois de la nature ; nous avons besoin, même intellectuellement, de pouvoir contempler le monde dans son unité, comme un tableau, comme une œuvre, et par suite d'y voir une « création », œuvre d'un Grand Architecte.

Théophile :

Autrement dit, est-ce que la méthode symbolique chère aux Francs-Maçons ne serait pas la méthode idéale qui nous permettrait d'appréhender le Grand Architecte de l'Univers ?

Philon :

Justement notre propre méthode symbolique va précisément dans ce sens : un symbole, n'a pas de signification proprement dite, au sens de réalité, qui lui corresponde et qu'il désignerait. Quelle réalité au juste désigne le triangle, le pavé mosaïque, l'étoile flamboyante ? N'en est-il pas de même pour le Grand Architecte de l'Univers ? Mais cela ne veut pas dire que la formule soit un simple assemblage de mots, un « flattus vocis » sans signification ; encore une fois un symbole exprime quelque chose qui ne peut être connu autrement que par symbole, qui ne peut être représenté. Au fond, l'invocation au Grand Architecte de l'Univers n'est liée à aucune croyance au sens où l'on dit « croire que ». Tout Franc-Maçon aspire à atteindre l'état d'initié ; or cet état semble exclure la croyance. Etre initié c'est savoir ou savoir qu'on ne sait pas. Le Grand Architecte serait à ce titre l'objet évident d'un savoir, et en même temps l'objet d'une ignorance définitive. On ne peut le penser que dans l'ordre d'une anthologie négative : le Grand Architecte de l'Univers c'est essentiellement le « Souverain Inconnu », le « Dieu absent... »

Théophile :

Sans doute l'état d'initié semble exclure la croyance, au sens de crédulité primaire. Mais peut-il, croyez-vous, exclure la foi ? Cette « foi pratique de la raison » dont parle Kant dans « La Critique de la Raison Pratique ». En ce sens l'idée de Grand Architecte ne serait liée à aucune croyance mais à une foi, à la foi maçonnique qui serait une foi morale ; qui consisterait à dire que la Vérité vaut mieux que le mensonge et l'ignorance, que le Beau vaut mieux que le Laid, le Bien que le Mal, et la Sagesse que l'aveuglement et la folie (13). Le Grand Architecte deviendrait en quelque sorte le « Souverain Bien », Réalité absolue ou plutôt Valeur absolue, Idéal, qui inspire le franc-maçon dans sa pensée et dans son action, Idéal que nous nous efforçons d'atteindre et de réaliser. Or, mon frère, n'est-ce pas là peut-être la signification de l'initiation, de cette voie initiatique que nous avons choisi de suivre, pour aller vers la Connaissance, vers ce que nos rituels appellent « la Lumière » ?

Philon :

Oui, mon cher Théophile, mais... Il est évident que le franc-maçon peut se définir par sa foi en la Vérité, en un Bien Souverain, symbolisé par le Grand Architecte de l'Univers. Mais le franc-maçon se définit aussi comme un homme libre, il se définit par son attachement à la liberté de conscience. Dès lors est-ce qu'il n'y aurait pas contradiction entre ces deux affirmations, entre sa « foi » en la liberté de conscience et sa « foi » au « Grand Architecte de l'Univers » ?

Théophile :

Non seulement, mon cher Philon, il n'y a pas de contradiction entre ces deux affirmations, mais il faut dire que l'affirmation du Grand Architecte de l'Univers et celle de la liberté de conscience sont nécessairement liées ; pour qui pense selon la raison, il ne saurait y avoir de liberté de conscience, s'il n'y a pas de Grand Architecte de l'Univers, ou si vous préférez, nous dirons que le Grand Architecte de l'Univers est le fondement théorique de la liberté de pensée, de la liberté de conscience. Comme on l'a dit très justement (14) : « L'acte de penser n'est pas un acte comme les autres, il a une fin universelle ; il est inséparable d'une intention de vérité. Penser c'est s'efforcer de juger selon la vérité. » Si, dans l'histoire, des hommes et en particulier des francs-maçons ont demandé la liberté de pensée ce n'était pas pour avoir le droit de dire n'importe quoi mais le droit de dire la vérité, ou ce qu'ils croyaient être la vérité. Si ces hommes ne reconnaissaient à aucun autre homme, à aucun groupement quel qu'il soit le droit de leur imposer de l'extérieur leur vérité, ils ne refusaient pas cependant de se soumettre à la Vérité. Le jugement en effet s'il refuse toute soumission à des forces extérieures accepte la soumission à la Vérité et à une nécessité intérieure qui est celle de la raison, jugeant selon la norme du Vrai.

Philon :

Certainement, mais ces groupes sociaux, qui veulent exercer une contrainte sur les hommes ne l'ont jamais présentée et ne la présentent pas pour ce qu'elle est en réalité, c'est-à-dire le résultat de la force, de la violence ; mais ils exerceront cette contrainte au nom de la vérité. C'est toujours au nom de cette vérité, qu'ils prétendent détenir, qu'ils exercent leur contrainte : tel fut le cas de l'inquisition catholique ; tel est le cas aujourd'hui encore de ce qu'on pourrait appeler l'inquisition marxiste. Le dogmatisme que nous rencontrons dans certaines religions révélées, nous le trouvons aussi dans certaines idéologies.

Théophile :

Sans aucun doute. Aussi aujourd'hui encore comme hier, il nous faut proclamer à la face du monde qu'aucune église, aucune secte religieuse, politique, idéologique ne détient la vérité et n'a de ce fait pas le droit de l'imposer au monde. Nous devons proclamer contre vents et marées la liberté de la pensée. Encore faut-il ajouter que la pensée doit être considérée comme un principe et non comme un simple fait de nature. Il est en effet évident que si la pensée n'est que le résultat, le produit de conditions matérielles, soit biologiques, soit économiques et sociales, si elle est entièrement, totalement déterminée par ces forces, elle n'est plus libre. M.de la Palice ne dirait pas autre chose. Et dans ce cas il est inutile et contradictoire d'invoquer la liberté de la pensée... La liberté de la pensée ne peut être affirmée que si l'on accorde que la pensée apte à juger tout fait n'est pas elle-même un fait parmi les autres et comme les autres. Tout jugement — a-t-on dit — est axiologique (15) ; c'est-à-dire que toute pensée en se posant affirme en même temps la vérité ou ce qu'elle croit être la vérité. Elle affirme ainsi, un ordre qui ne saurait se réduire à l'ordre de l'expérience et de l'histoire mais qui dépasse l'expérience et l'histoire, et qui serait l'ordre de l'Etre ou de la Valeur (comme on voudra dire). Le Grand Architecte de l'Univers serait, si vous me permettez ce langage métaphysique, le fondement ontologique (16) de cet ordre de la pensée et par là même de la liberté. Affirmer la liberté de la pensée, affirmer l'existence de la vérité, c'est en même temps pour le Franc-Maçon affirmer le Grand Architecte de l'Univers.
Un éminent philosophe de notre temps, que vous connaissez peut-être, M. Raymond RUYER, a pu écrire ceci : « que l'homme croie ou non consciemment en Dieu n'a métaphysiquement pas d'importance parce que en deçà de cette conscience seconde il y a une conscience première qui pose Dieu sans avoir besoin de se poser elle-même ». C'est dans le même sens, semble-t-il, qu'au siècle dernier, Jules Lagneau dans son célèbre « Cours sur Dieu » écrivait « que les athées seraient des hommes qui se refusent à reconnaître Dieu dans l'image mutilée qu'on leur en présente ». Et Alain — y a-t-il esprit plus libre ? — prolongeant la pensée de son maître a pu dire à son tour : « Toute morale suppose de faux dieux démasqués et un vrai Dieu ». Au fond, mon cher Philon, pourquoi le Grand Architecte de l'Univers, tel que j'ai essayé de le définir, ne serait-il pas ce « vrai Dieu » que nous opposerions à tous les autres dieux de l'histoire, ceux des religions comme ceux de la science, sans oublier les nouveaux dieux de nos modernes idéologies ?

Philon :

Mais Théophile nous voilà revenus encore à ce Dieu des philosophes et des savants...

Théophile :

Peut-être, Philon. Je vous dirais encore que ce Dieu des philosophes et des savants, je ne sais pas s'il existe comme je sais que 2 -I- 2 font 4 et que la chaleur dilate les métaux. Mais il me semble avoir des vertus irremplaçables. Ecoutez ce que dit encore M. Raymond RUYER dans son livre « Dieu des Religions, Dieu de la Science » (17) : « Le Dieu des religions particulières favorise la mégalomanie ; de même l'athéisme en tant que religion particulière. Celui qui croit que Dieu favorise son église et celui qui croit que son parti a le pouvoir de décréter la vérité se ressemblent en ceci qu'ils sont également menacés de paranoïa ». Et M. R. RUYER ajoute : « Le Dieu des Philosophes parce qu'il est abstrait et qu'il n'est inféodé à rien est efficace contre ce genre de démence, sans risquer de faire tomber dans la folie inverse de l'homme qui se sent écrasé par un Dieu personnel et arbitraire ». Eh bien, Philon, même s'il déborde largement le Dieu des Philosophes, le Grand Architecte de l'Univers conserve pour moi les mêmes vertus, aussi rares que profondes. En travaillant à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, le franc-maçon écossais affirme la valeur intemporelle de l'esprit et de la liberté. Et en même temps il affirme fa valeur de l'homme lui-même par qui s'expriment cet esprit et cette liberté. Si bien que le seul humanisme cohérent et véritable, ce serait celui de la Franc-Maçonnerie Ecossaise qui travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Philon :

Il y a un point sur lequel nous sommes tous d'accord : quelles que soient les divergences d'interprétation (et il est normal qu'entre maçons il n'y ait pas identité totale des façons de penser), le Symbole du Grand Architecte de l'Univers est fondamental, comme la clef de voûte de notre édifice initiatique. En tant que clef de voûte, il est plus indéterminé que les autres symboles : c'est sa fonction qui est essentielle (sa fonction étant la Direction qu'il donne à nos pensées). Il est ce sans quoi les autres symboles n'auraient pas de sens, comme le point à l'infini qu'ils indiquent.

Philon :

Il fut un temps où l'on croyait que la science pouvait résoudre les problèmes de Sens comme elle résout les problèmes de Fait : c'est l'époque où un médecin célèbre déclarait « n'avoir jamais trouvé l'âme au bout de son scalpel ». Bien sûr ! Mais il faut avoir de ce qu'on appelle « âme » une idée bien naïve pour se la représenter comme quelque chose que l'on trouve ou ne trouve pas, quelque part dans les tissus qui constituent un organisme... C'est exactement la même naïveté que commettraient ceux qui objecteraient à la notion du Grand Architecte de l'Univers que ni l'espace de l'astronomie ni le temps de l'Histoire et de la paléontologie ne révèlent une réalité correspondant à la description que le symbole serait censé donner. Ce n'est pas — on ne saurait trop y insister — décrire une réalité qui est la fonction d'un symbole : cette fonction consiste plutôt à définir une direction pour la pensée, et surtout pour le sentiment.

Théophile

Ne pourrait-on pas dire du symbole en général, et de celui-ci en particulier, ce qu'Héraclite disait du « dieu dont l'oracle est à Delphes » : « il ne parle pas, il ne dissimule pas, il indique ».

Philon :

C'est bien cela, en effet ; et puisque nous citons, encore une fois, les philosophes grecs, je citerai aussi Platon, lorsqu'il disait qu'il faut aller au vrai avec l'âme tout entière : c'est-à-dire avec le désir et la volonté autant qu'avec l'intelligence et le jugement. Un symbole est un objet qui a la vertu d'opérer un tel regroupement des multiples pouvoirs de l'âme. Cette vertu, sans doute, s'userait rapidement si, tels des dévots, nous faisions du Grand Architecte l'objet de nos constantes préoccupations. Ce n'est pas le cas, puisqu'en fait la seule mention que nous en faisons est la sobre invocation qui ouvre et clôt nos travaux. Et c'est bien ainsi. Car cela suffit à donner aux participants le sentiment qu'ils participent, justement, à quelque chose de plus qu'à une assemblée humaine, trop humaine « ; et en cela la Franc-Maçonnerie accomplit sa vocation, qui est de faire retrouver par chacun de ses membres la plénitude du sens de la vie, que le monde profane ne nous livre, bien souvent, que dispersé, fragmentaire et aliéné.

(1) Cf. Points de Vue Initiatiques » N. 21 : nouvelle série, N. 1, pp. 19-20.
(2(Cosmogonie : description de la manière dont l'Univers a été formé.
(3) Théogonie : génération des Dieux.
(4) Thalès : 624-548 av. J.-C. Philosophe ionien.
(5) En grec : NOUS.
(6) Voltaire : « Dialogues Philosophiques » (Ed. Garnier). Cf.. Points de Vue Initiatiques = N. 21.
(7) Isaïe : ° J'ai appelé le Ciel et la Terre et ils se sont présentés..
Judith : « Vous avez dit Seigneur et tout a été fait ; vous avez soufflé et tout a été créé »
(8) Cf.: « Points de Vue Initiatiques » : N. 21, pages 21-22 : « Au commencement que Dieu créa le ciel et la terre, la terre était tohu-bohu... »
(9) Rapprocher du Dieu de la Bible : = Je suis ce que je suis
(10) F. Alquié : « La Nostalgie de l'Etre = (P.U.F.).
(11) Entropie : fonction mathématique exprimant le principe de la dégradation de l'énergie.
(12) Points de Vue Initiatiques No 21.
(13) « Que la sagesse préside à la construction de notre temple, que la force l'accomplisse, que la beauté l'orne ....
(14) Cf. : Conférence de M. Ferdinand Alquié : « Théologie, Scepticisme et Liberté de Pensée faite à la Grande Loge de France le 17 mars 1969.
(15) Axiologique : qui concerne les valeurs. L'axiologie est la Théorie des Valeurs.
(16) Ontologique : qui se rapporte à l'ontologie, c'est-à-dire à la Théorie de l'Etre.
(17) Flammarion.

 

Publié dans le PVI N° 5

Source : www.ledifice.net

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 07:24

Il a semblé aux auteurs de ce texte que le meilleur moyen d'éviter le dog­matisme était de ne pas effacer les traces d'une dualité de points de vues ; ceux- ci seront représentés par les interlocuteurs imaginaires, Théophile et Philon, tous deux bien entendu francs-maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ainsi, conformément à notre méthode maçonnique, le lecteur sera incité à trouver par sa propre réflexion, la voie qui peut le mener, non pas à « la » vérité mais à « sa » vérité. Les francs-maçons de la Grande Loge de France ouvrent et ferment leurs travaux à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. Ils affirment et manifestent ainsi leur attachement à un Principe dont nous essayerons de dégager la signification. Ilne s'agit pas, à propos du Grand Architecte de l'Univers de vous apporter une vérité toute faite, mais de vous proposer d'effectuer avec nous une démarche intellectuelle et de vous inviter à une réflexion.

Théophile :

Puisqu'il s'agit aujourd'hui d'élucider une notion, celle du Grand Architecte de l'Univers, ne pensez-vous pas, mon cher Philon, qu'il faudrait commencer tout simplement par nous demander ce qu'est un architecte et pour cela, aller vers nos bibliothèques, et ouvrir quelques dictionnaires. Consultons, d'abord, le vénérable Littré. flue nous dit-il ? Ceci, que le mot architecte viendrait du grec AR K H I T EKTO N, mot qui peut se décomposer en ARKHO qui signifie commander et en TEKTON qui signifie artisan. L'architecte ce serait donc celui qui exerce en qualité de maître, l'art de bâtir, qui trace les plans et surveille l'exécution des constructions. Et si délaissant le « Littré « nous ouvrons le « Robert» nous trouverons un texte précieux de Fénelon qui écrit dans le Télémaque : « Celui qui taille des colonnes ou qui élève un côté d'un bâtiment n'est qu'un maçon... mais celui qui a pensé tout l'édifice et qui en a toutes les proportions dans la tête est le seul architecte ».

Philon :

Je ne vous démentirai point, mon cher Théophile, et j'ajouterai que ce Principe est essentiel dans la Franc-Maçonnerie : il en est même la clef de voûte (1). Mais s'il est essentiel, il est, vous en conviendrez, difficile à saisir, à comprendre, à définir. En lui viennent se rejoindre et se mêler des courants multiples et divers, les uns venant de la tradition religieuse, et d'autres de la tradition philosophique, sans oublier les courants alchimiques et hermétistes.

Théophile :

J'en conviens bien volontiers, mon frère. Si délaissant nôs dictionnaires, nous essayons de cerner les premiers balbutiements de la pensée humaine, nous constatons justement que lorsque cette humanité s'éveille à la réflexion elle se pose ces questions. D'où vient l'Univers ? D'où vient l'homme ? Et à ces questions l'humanité répond par des cosmogonies (2) et des théogonies (3). En effet, le monde, la nature, les êtres particuliers ne semblent pas tenir d'eux- mêmes leur existence et en remontant de cause en cause, la pensée en arrive à poser une existence absolue un être absolu qui se suffit à lui-même et qui est « cause de soi ». Cet être est considéré comme l'auteur, l'ordonnateur du monde, de la nature, des êtres particuliers. Cette idée nous la trouverions déjà chez des philosophes que l'on appelle Présocratiques. Diogène Laêrce prête à Thalès (4) cette sentence : « De tous les êtres le plus ancien c'est Dieu, car il n'a pas été engendré ; le plus beau c'est le monde car il est l'ouvrage de Dieu... » Certes nous sommes là peut-être en face d'un naturalisme panthéiste, d'une cosmologie peut-être naturaliste. Et l'idée d'un esprit qui présiderait à l'organisation de toutes les choses, qui serait l'organisateur des « séparations et des mélanges » apparaîtrait plus nettement chez Anaxagore de Clazomenes (500 av. J.-C.). « Tout ce qui possède une âme, pouvons-nous lire dans un de ses fragments qui nous a été conservé, tout est sous la domination de l'esprit (5). C'est également l'esprit qui ordonne la rotation de l'ensemble, de sorte qu'il est aussi la cause de cette rotation... Et Anaxagore ajoute, et je le cite, Philon, car je sais que vous êtes sensible à une certaine poésie cosmique : « Il arrangea aussi cette ronde qu'accomplissent actuellement les étoiles, le soleil, la lune, ainsi que l'air et l'éther qui sont en train de naître par séparation ». Certes on pourrait encore se demander ici si cet esprit d'Anaxagore est une force de la nature ou un être spirituel distinct de cette nature elle-même. Mais nous interroger sur la pensée d'Anaxagore, c'est déjà nous interroger sur la signification de notre propre pensée et sur le sens que nous donnons au Grand Architecte de l'Univers.

Philon :

Certainement, Théophile, mais nous sommes là comme vous le remarquiez vous-même, à l'aurore de la pensée grecque. En sera-t-il de même quand cette pensée aura atteint, si je puis dire, sa majorité ?

Théophile :

Justement, cette idée d'un esprit architecte qui s'exprime peut-être avec quelque obscurité chez des penseurs présocratiques, va trouver toute sa force chez Platon lui-même. C'est en effet dans le « Timée » que nous trouvons l'idée d'un être existant de toute éternité et qui réalise l'harmonie de l'Univers. « Le Dieu prit toute la masse des choses visibles qui n'était pas en repos, mais se mouvait sans règle et sans ordre et la fit passer du désordre à l'ordre estimant que l'ordre était préférable à tous égards ». (Timée : 29 a. Trad.: Chambry. Ed. : Garnier.) Et nombreux sont les textes des philosophes antiques qui reprendront la même idée, en l'enrichissant, en la modulant selon leur tempérament propre. Par exemple chez Aristote (Métaphysique : Texte A 7. Trad. : Tricot ; Ed.: Vrin). Le Premier moteur est un être nécessaire et en tant que nécessaire son être est le bien et c'est de cette façon qu'il est principe... ...A un tel principe sont suspendus le Ciel et la nature... » Citons encore et non pas dans un vain souci d'érudition, mais pour montrer la permanence d'une même pensée ce texte significatif que nous trouvons dans le recueil du philosophe Sextus Empiricus : « Il est nécessaire que le monde possède une nature intelligente qui le meuve d'une façon ordonnée et cette nature intelligente est finalement Dieu ».

Philon :

Je vous entends très bien, Théophile. Mais cette idée d'Architecte divin ne serait-elle pas liée à une certaine civilisation, ici la civilisation grecque ? Ne serait-elle pas l'expression d'une certaine époque de la pensée humaine et qui nous semble bien lointaine ? Et avec le progrès des sciences, cette idée d'architecte divin, ne va-t-elle pas disparaître ? ne risque-t-elle pas d'être « dépassée » ?

Théophile :

Il ne le semble pas, Philon. Certes le XVII° siècle et le XVIII' siècle voient renaître les mathématiques, naître et se développer considérablement les Sciences Physiques et pourtant nous retrouvons cette idée de l'Architecte divin dans les textes de quelques grands philosophes de ce temps. Oui, nous retrouverions non seulement l'idée mais l'expression elle-même chez Leibniz dans sa Monadologie (Art. 87) : « Nous devons remarquer une autre harmonie entre Dieu considéré comme Architecte de la machine de l'Univers et Dieu considéré comme monarque de la Cité divine des esprits » ou bien : Monadologie (Art. 90) : « Nous sommes attachés comme il faut à l'auteur de tout non seulement comme à l'Architecte et à la cause efficiente de notre être mais encore comme à notre maître et à la cause finale ». Et il ne vous déplairait pas de me voir citer Voltaire dans ses Dialogues d'Evhémère (6) : « Il n'y a point de nature... tout est art dans l'Univers et l'art annonce un ouvrier. Il faut qu'il y ait un artiste infiniment habile et c'est ce que les sages appellent Dieu. « Cet Architecte de l'Univers si visible à notre esprit et en même temps si incompréhensible quel est son séjour ? De quel ciel, de que soleil envoie-t-il ses éternels décrets à toute la nature ? Je n'en sais rien ; mais je sais que toute la nature lui obéit D. Nous remarquons chez tous ces philosophes de Platon à Voltaire que l'Architecte divin est chaque fois posé, affirmé au nom d'exigences purement rationnelles. La raison constate qu'il y a dans l'univers un certain ordre : elle s'étonne de cet ordre et en cherche l'explication. Celle-ci, elle la trouve dans le Principe même de l'Architecte. Celui-ci apparaît comme un organisateur, ou ordonnateur, ou géomètre ; comme une force d'ordre qui lutte contre le chaos, et substitue à celui-ci une harmonie. Ne serions-nous pas ici au cœur d'une idée chère à la Franc-Maçonnerie, qui veut réunir ce qui est épars, organiser et construire, mettre l'harmonie à la place du chaos.

Philon :

Sans doute, Théophile. Mais ne croyez-vous pas qu'il y ait dans cette notion de Grand Architecte de l'Univers, une autre idée que celle du géomètre, de l'ordonnateur, de ce que nous appelons le Dieu démiurge ? Ne peut-on y trouver aussi l'idée d'un Dieu créateur tel que nous le trouvons dans la Bible ? d'un Dieu qui n'est plus seulement principe d'intelligibilité et principe d'ordre, mais principe d'existence ? C'est ainsi que dans le tout premier chapitre de la Genèse il est écrit : « Elohim dit, qu'il y ait de la lumière et il y eut de la lumière. et dans le deuxième chapitre, il est écrit : « Telle fut la genèse des cieux et de la terre quand ils furent créés ». Et surtout dans les « Macchabée »: « Regarde le ciel et la terre, vois tout ce qu'ils contiennent et sache que Dieu les a créés de rien » (7). Ce principe du Grand Architecte de l'Univers a pour nous, francs-maçons, valeur d'analogie. Dans la mesure où l'univers peut être comparé à un édifice, c'est-à-dire à un ensemble ordonné, ayant forme et finalité, il y aurait à l'origine de cet ordre, un principe qui serait à l'Univers, ce que l'Architecte est à l'édifice. Et si nous prolongeons cette analogie, nous dirons ceci : de même que l'Architecte a ordonné l'Univers, et qu'Hiram a construit le Temple, de même tout franc-maçon doit comme Hiram et l'Architecte construire à son tour le temple extérieur et intérieur, selon la règle de la sagesse, de la force, et de la beauté.

Théophile :

Je ne vous savais pas, Philon, cette érudition. Il est bien vrai que cette idée de cause première, de cause absolue est essentielle à la pensée biblique. Dieu est ici considéré comme créateur « ex-nihilo ». Mais nous trouverions aussi dans cette pensée la même idée, déjà retenue dans la pensée grecque, celle d'un Dieu architecte, qui ordonne et organise le chaos (8).

Théophile :

Or ce sont toutes ces idées, les unes issues de la Bible, les autres issues de la tradition philosophique qui au XVIII° siècle viennent se rejoindre dans le Concept de Grand Architecte de l'Univers. C'est ainsi que les Premières Obligations feront référence à ce Dieu, Architecte et Créateur et qu'elles proclameront, Article I : « Un maçon est obligé par sa Tenure d'obéir à la loi morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irréligieux ». Et comme un écho, nous retrouverions cette pensée dans le Rituel d'Initiation du 1er degré. Là sur l'invitation solennelle du Vénérable, l'Orateur rappelle le principe fondamental du Rite Ecossais Ancien et Accepté : « La Franc- Maçonnerie proclame comme elle a proclamé dès son origine, l'existence d'un Principe Créateur, sous le nom du Grand Architecte de l'Univers ».

Philon :

Théophile, vous m'effrayez. Ne craignez-vous pas de ressusciter ainsi dans nos Temples, le Dieu de l'intolérance et du fanatisme de certaines religions révélées ?

Théophile :

Rassurez-vous, mon frère. Nul plus que moi n'est l'adversaire de l'intolérance et du fanatisme. Oui, rassurez-vous et expliquons-nous. Le Grand Architecte de l'Univers peut, pour certains francs-maçons, être assimilé au Dieu de telle ou telle religion révélée ; mais il peut aussi pour d'autres francs-maçons être le Dieu des philosophes et des savants. Tel nous apparaîtrait par exemple le Dieu des grands rationalistes du XVII° siècle : par exemple de Malebranche, et de Leibniz. Tel aussi le Dieu de Newton, de Voltaire, de Rousseau.

Théophile :

Ainsi ces philosophes, et tout homme est philosophe qui conduit par ordre ses pensées, en arrivent à poser un être, ou un principe, source et cause de l'univers. Et pour le Franc-Maçon de la Grande Loge de France, cet être ou ce principe, il le nomme le Grand Architecte de l'Univers.

Philon :

Certes, Théophile : mais cet être, ce principe, quel est sa nature ? Comment le concevoir et le comprendre ? Peut-être à l'aide du symbole ?

Théophile :

Pourquoi pas ? Mais avant d'en venir à ce point, fidèle à notre méthode, force nous est de constater, entre les religions, et entre les philosophies, comme entre la tradition religieuse et la tradition philosophique, de remarquables convergences. S'il est vrai comme l'écrit Platon dans « le Sophiste » que le philosophe s'attache dans toutes ses raisons à l'idée d'être » il ajoute aussitôt « que si l'embarras est grand quand il s'agit de définir le non-être... Il est plus grand encore quand il s'agit de définir l'être lui-même » (250-e) (9). Aussi bien dans un autre dialogue, « le Parmenide » (167 b) nous dit-il que « quel que soit l'être qu'on saisira par la pensée, il est forcé qu'il se brise en menus morceaux, car on ne saisit jamais une masse sans unité » aussi « il n'y a pas de nom pour le désigner et l'on ne peut ni le définir, ni le connaître, ni le sentir, ni le juger. Il n'est donc ni nommé, ni exprimé, ni jugé, ni connu et aucun être n'en a la sensation » (142 a.). Or c'est encore ce que nous enseignent les métaphysiciens rationalistes du XVII° siècle : c'est Descartes qui écrit dans sa Méditation (troisième) (Edition Alquié : Garnier) « qu'il se rencontre en Dieu une infinité de choses que je ne puis comprendre ni atteindre, car il est de la nature de l'infini, que ma nature qui est fermée et bornée ne la puisse comprendre ». Et Malebranche reprenant la leçon de Descartes écrit dans ses Entretiens Métaphysiques [VIII] : « Je ne prétends pas vous faire clairement comprendre l'immensité de Dieu et la manière dont il est partout, cela me parait incompréhensible aussi bien qu'à vous ». Il ajoute quelques lignes plus loin : « L'Etre infiniment parfait, c'est l'Etre incompréhensible en toutes manières ». Et au XVIII° siècle Voltaire à travers les personnages de Lucrèce et de Posidorius exprimera une idée semblable.

Lucrèce :

« De quelque côté que je tourne mon esprit, je ne vois que l'incompréhensible. »

Posidonius :

« C'est précisément parce que cet Etre suprême existe que sa nature doit être incompréhensible ; car s'il existe il doit y avoir l'infini entre lui et nous. Nous devons admettre qu'il est sans savoir ce qu'il est et comment il opère ». Enfin J.-J. Rousseau dans « l'Emile « Profession de foi du Vicaire Savoyard » écrit à propos de Dieu « j'élève et fatigue en vain mon esprit à concevoir sort essence » et quelques lignes plus loin « l'idée de création me confond et passe ma portée ». Ainsi ce Dieu, cet Etre, pour nous ce Grand Architecte de l'Univers, notre esprit ne peut pas ne pas le poser et en même temps il est incapable de le définir, de le comprendre (en prenant ce mot dans son sens étymologique). Comme l'écrit si profondément F. Alquié « l'être ne serait connu que dans l'expérience d'une absence. Il y aurait à la fois évidence de l'être et absence de l'être ».

Philon :

De tout ce que vous avez dit, mon frère Théophile, il résulte m'a-t-il semblé que le Grand Architecte de l'Univers serait précisément ce « Dieu des philosophes et des savants » que Pascal opposait au Dieu d'Isaac et de Jacob, pour en écarter la notion d'ailleurs. Il ne m'est pas désagréable de penser, au demeurant, que le Dieu des philosophes et des savants a lui aussi droit à des Temples, qui seraient nos Temples Maçonniques. Mais la question que je me pose est celle-ci : Au XX' siècle les philosophes et les savants ont-ils encore un Dieu ? Il est bien difficile, me semble-t-il, d'être déiste, comme on pouvait l'être au XVII° et au XVIII' siècle. A cette époque beaucoup de savants, de philosophes, de gens cultivés, comme Locke, Newton, Clarke en Angleterre, Voltaire en France pensaient que l'existence et les attributs de Dieu, ou du Grand Architecte, puisque Newton emploie l'expression, pouvaient être établis par des arguments rationnels, toute révélation mise à part, et que par conséquent il y a une « Religion naturelle » qui est une sorte de dénominateur commun de toutes les croyances religieuses, une sorte de noyau rationnel qui apparaîtrait, une fois les religions débarrassées de leur gangue de superstition. Or dès le XVIII' siècle, David Hume dans ses « Dialogues sur la Religion nouvelle » a montré que le déisme ne repose, pas plus que les religions traditionnelles, sur la raison mais sur la croyance. Le principal argument déiste (chez Voltaire, Clarke, Newton) semble être très fragile. L'Univers serait analogue à une machine, à une structure ordonnée et organisée ; par analogie, on conclut qu'il y a une cause intelligente. Mais il est bien aventureux, remarque Hume, d'étendre à l'Univers tout entier la liaison entre ordre et intelligence que nous observons dans une petite région de l'Univers, étant donné aussi que la nature de l'intelligence et son mode d'efficacité sur les choses nous est obscure à nous-mêmes. Finalement, conclut Hume : « l'ensemble de la théologie naturelle se résout en une seule proposition simple, quoiqu'un peu ambiguë, ou du moins indéfinie, savoir : que la loi ou les causes de l'Ordre dans l'Univers présentent probablement quelque lointaine analogie avec l'intelligence humaine. ...Quelque étonnement en vérité, naîtra naturellement de la grandeur de l'objet, quelque mélancolie de son obscurité, quelque mépris de la raison humaine, de ce qu'elle ne puisse donner de solution plus satisfaisante en ce qui regarde une si extraordinaire et si magnifique question ». Ainsi au XVIII° siècle même l'argument voltairien du Dieu horloger ne convainquait pas tout le monde. De plus depuis le XVIII' siècle la science a évolué. Je pense que l'événement le plus important, du point de vue qui nous occupe est la théorie de Darwin. D'abord l'évolutionnisme en général constitue, comme l'a dit Freud, une deuxième humiliation pour l'homme, déjà débouté par Copernic de sa prétention à occuper une position centrale dans le Cosmos (la troisième humiliation étant celle que lui inflige cette découverte de la psychanalyse que sa conscience et sa raison ne sont qu'une petite région de la « psyché « au service de l'inconscient). Ensuite et surtout la théorie proprement dite de Darwin„ celle de sélection naturelle consiste à expliquer par de pures causes, sans faire intervenir de finalité, toutes les « merveilles de la vie ° qui constituaient pour les déistes du XVIII° siècle la principale preuve de l'existence d'un ouvrier suprême de la nature. Certes tous les biologistes (loin de là) ne pensent pas, comme Jacques Monod, que hasard et nécessité combinés constituent le fondement ultime de l'ordre biologique.

Théophile :

Et il semble bien, mon cher Philon, qu'il y a entre la pensée philosophique de Jacques Monod et celle de la tradition maçonnique une distance assez grande. De plus, me permettez-vous une remarque ? Pensiez-vous que l'on puisse et que l'on doive ordonner la pensée maçonnique à l'évolution des idées scientifiques ? Vous savez, mieux que moi, combien change et progresse la vérité scientifique. Dès lors vouloir ordonner une certaine conception du Grand Architecte de l'Univers à l'état de nos connaissances scientifiques du présent, ne risque-t-il pas d'entraîner nécessairement un vieillissement, un dépérissement de ce concept lui-même.

Philon :

Sans doute, mon cher Théophile. Cependant il est non moins évident que la Franc-Maçonnerie qui a pour vocation d'être une sagesse pour l'homme occidental, pour l'homme qui a inventé la science et la technique, ne peut pas négliger et reconnaître cette science et cette technique.

Théophile :

Nous en sommes d'accord.

Philon :

Aussi la Franc-Maçonnerie ne saurait imposer à ses membres une métaphysique particulière dont la convenance, l'adéquation à l'état présent de la science est à tout le moins contestable. Et pour en revenir au déisme, on pouvait voir dans celui-ci au XVIII' une philosophie apte à unir, comme une religion réduite à l'essentiel, des hommes de diverses croyances. Un juif, un chrétien, catholique ou protestant, un musulman pouvaient en se retrouvant en loge voir dans l'idée de Grand Architecte de l'Univers, identifié au Dieu de la religion naturelle l'expression adéquate de leur vision spirituelle du monde. Mais à notre époque si la Franc-Maçonnerie veut remplir son rôle qui est d'être le « Centre d'Union «, de rassembler les hommes « libres et de bonnes mœurs «, d'opinions différentes mais unis par la recherche de la vérité, alors il faut que l'idée de Grand Architecte de l'Univers puisse être interprétée d'une façon telle qu'un agnostique puisse accepter, sans avoir l'impression de renoncer à la liberté de conscience, l'idée qu'il travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Publié dans le PVI N° 5

Source : www.ledifice.net

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