Les anciens cabalistes désignaient toutes les parties, ci-dessus énumérées, de la Cabale par un mot unique גנת.
En effet, les trois lettres du mot indiquent, chacune, le sujet traité dans chaque division correspondante de l’art cabalistique.
Gimmel se refère à la gématrie ; Nun au notariacon (Ars notaria) ; Thau à la themurah.
De cette façon, la Cabale se trouve divisée en trois parties : la gématrie (géométrie) ou science des nombres, qu’elle étudie dans leur abstraction ; le notariacon, qui traite des abréviations de l’écriture et de la transposition des lettres.
La première de ces divisions se rapporte au Bereschit ; elle étudie la transposition des syllabes et des termes ; les correspondances des lettres, les révolutions des mots et celle des nombres.
La seconde règle l’emploi des lettres pour remplacer le mot entier (abréviations), usage courant encore chez les notaires. Elle était très usitée chez les Romains. Ils l’employaient surtout dans leurs formules judiciaires et presque dans toutes les inscriptions placées sur leurs monuments et leurs statues, exemple : H. M. E. T. H. N. S. et S. P. Q. R., formule si connue, où chaque lettre signifie le mot entier qu’elle représente.
La troisième partie s’occupe de la transposition des lettres ; elle consiste à écrire un caractère à la place d’un autre, d’après une méthode spéciale.
Quelques exemples feront saisir cette méthode :
Dans le premier chapitre de la genèse, le premier mot : Bereschit, est traduit : dans le commencement.
Or, de profonds théologiens affirment que le mot « Bereschit », signifie : J’établirai le fils, parce que le Père éternel, depuis le commencement, c’est-à-dire de toute éternité — s’il est permis de s’exprimer ainsi — a engendré son Fils unique ; et que ce Fils, depuis le commencement des Temps (ce que l’Apôtre saint Paul appelle la Plénitude), devait s’incarner dans le sein d’une Vierge très pure.
Or, tout cela se trouve contenu dans le mot Bereschit lui-même, pourvu qu’on y fasse cette légère transposition אשריבת, ce qui veut dire : fille bienheureuse ou fille des béatitudes, ou encore fille des félicités célestes ; toutes expressions qui désignentexcellemment la vénérable et très sainte Vierge Marie.
Celle-ci n’est pas, en effet, comme la première Eve, mère des calamités, fléchissant sous le poids des misères, des épreuves de toutes sortes ; mais bien la Mère nouvelle des Miséricordes, la Vierge remplie de grâce, sur laquelle s’est reposée l’ombre du Saint-Esprit.
Et, de même que, dans le mot Bereschit, Aleph et Beth nous révèlent le Fils unique du Père ; de même, dans le mot suivant אלהים.
Dieu, nous trouvons l’indication de la mère de ce Dieu.
En effet, la première et la dernière lettre du mot : Aleph et Mem, réunies, donnent אם, qui signifie mère.
Mais, un autre mystère est également révélé par ces noms : Bereschit et Alœhim, dans lesquels les cabalistes trouvent la révélation du Fils vivant de Dieu.
En outre, les mots : Bereschith Bara-Elohim, s’appliquent à la mort du Christ : car les dernières lettres de ces trois mots Aleph, Mem, Thau, forment אמת(vérité) et disposées d’après les règles de la Cabale, signifient : L’homme-Dieu est mort [3], et en lui était la vérité.
D’autre part, en se basant sur la valeur numérique des lettres de ce même premier mot Bcreschit, les mêmes savants Cabalistes fixent exactement la date de la Nativité, du Crucifiement, de la Résurrection et de l’Ascension glorieuse de Jésus-Christ, notre Sauveur !
Bereschit, lu ainsi étymologiquement בר אשית bar aschith signifie : je vous donnerai mon Fils, et indique le temps dans lequel ce Fils sera donné ; la date est exactement confirmée par la valeur numérique des lettres du mot Messie (envoyé).
Voici comment on procède : on extrait, d’abord, du nom les lettres dont la valeur est supérieure à cent (d’après la numération des Hébreux) : ainsi Resch, 200 ; Schin, 300 ; Thau, 400.
Décomposant ensuite le mot Bereschit dans toutes ses lettres formatrices, on prend encore dans leur nom explicitement écrit celles qui sont supérieures à 100. De Beth, on extrait donc Thau, 400, de Resch, 200 ; puis, la dernière lettre Schin, 300 ; dans le mot אלף on prend Pé, 00 ; dans Schin, 300 ; Nun final, 700 ; dans Thau, 400.
En additionnant ces nombres, on obtient le chiffre de 4.000 ans.
Et, en effet, le Christ est monté aux cieux, où il a été placé à la droite du Père éternel, après avoir vaincu le démon, la mort et l’enfer, l’an 3996 de la création du monde, date qui ne s’écarte que de quatre années seulement des 4000 ans indiqués ci-dessus.
De la même façon, par une méthode de calcul analogue, les anciens Pères de l’Église établissent que Melchissédec, ce fameux roi de Salem, a préfiguré et annoncé le Messie, attendu depuis si longtemps. Ils disent que son sacrifice, l’oblation du pain et du vin, a été la figure de la présence réelle du corps du Christ dans l’Eucharistie, ainsi que nous l’avons démontré ailleurs. C’est ainsi que, grâce à cette façon occulte, quoique chrétienne, de compter, il appert clairement, du tableau ci- après, qu’il y a identité entre Melchissédec et Jésus.
La seconde partie de la Cabale, au moyen d’une méthode analogue, enseigne l’art de représenter un mot entier, par une seule lettre.
Ainsi, dans le mot ברא qui est le second du premier livre de Moïse, les cabalistes chrétiens trouvent l’affirmation de la trinité des personnes dans l’unité de l’essence divine, ainsi que la déclaration des émanations de la divinité, et cela, contrairement à l’opinion des Juifs, qui soutiennent opiniâtrement le contraire.
Voici comment : Beth qui est la première lettre du mot Bara, signifie Ben, qui veut dire Fils ; Resh qui est la seconde lettre, signifie Ruah. qui veut dire l’Esprit-Saint ; enfin Aleph signifie Ab, qui veut dire Père.
Beth, Fils, est la première lettre qui s’offre aux yeux du lecteur, parce que le Fils s’étant fait homme, visible et mortel se trouve sous le contrôle de nos sens, bien mieux que les deux autres personnes divines.
Resch, Rouach, l’Esprit-Saint, est placée au milieu du mot, pour bien manifester cette émanation divine, qui fait que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
Enfin, Aleph ou Ab, Père vient en dernier lieu, afin de bien montrer que c’est par le Fils et le Saint-Esprit que nous pouvons accéder jusqu’au Père, conformément à cette parole du Christ, notre Sauveur : « Personne ne peut aller au Père, si ce n’est par le Fils ! »
Cette section de la Cabale contient encore un grand nombre de secrets, aussi curieux qu’utiles, empruntés des Égyptiens et des anciens sages, et exprimés par des hiéroglyphes impénétrables aux profanes.
Je les ai longuement étudiés dans mon commentaire sur les Conclusions cabalistiques de Pic de la Mirandole. Aussi, me bornerai-je à exposer ici ce que Reuchlin, d’après les Rabbins, a rapporté au sujet de Judas Machabée.
Il raconte donc qu’il exista jadis, au temps d’Antiochus Eupator, un guerrier fameux, un général illustre, Judas, fils de Mattathias, qui combattit vaillamment pour la loi, le temple, Jérusalem, sa patrie, et pour les Juifs, ses concitoyens.
Antiochus s’étant jeté sur les siens avec son armée, Judas instruit par un ange donna comme signe de ralliement à ses compagnons d’armes un étendard, sur lequel il fit placer ce mot fameux מכבי. Ces quatre lettres devaient soutenir leur courage pendant le combat, et il leur promit que, par ce signe, Dieu leur donnerait la victoire. Les Juifs l’acceptèrent avec joie, comme un talisman devant leur assurer une puissante protection. Combattant avec ardeur sous cette égide, ils pénétrèrent dans le camp ennemi, massacrèrent 14.000 hommes, ainsi qu’un grand nombre d’éléphants et les guerriers qui les montaient.
A la suite de cet exploit, Judas le chef de l’armée, ainsi que nous l’avons dit plus haut, reçut, d’acclamation le surnom de Machabée, les quatre lettres inscrites sur son étendard se prononçant Machabei.
Ses compagnons attribuant la victoire à la puissance de cet étendard, les tribuns militaires, les sages d’Israël manifestèrent leur étonnement et demandèrent à Judas Machabée comment il se pouvait que ce signe leur eût donné un si brillant succès.
Le héros répondit que la protection du Dieu tout puissant et ineffable résidait en ces quatre lettres ; et il appela leur attention sur les paroles de Moïse, au chapitre XV de l’Exode, qui se traduisent ainsi : Qui est fort comme toi, entre les forts, Tétragrammaton !
Les quatre lettres, ci-dessus indiquées, synthétisent, en effet, cette exclamation par l’initiale de chaque mot. Iod y est considéré comme exprimant clairement le nom Tétragrammaton. Et, par l’équivalence numérique, מכבי correspond au nom divin des 72 lettres ce qui est un merveilleux symbole.
Enflammés par cette pensée que Dieu combattait avec eux, les soldats de Judas Machabée livrèrent une nouvelle bataille ; d’après les Écritures, ils n’exterminèrent pas moins de trente-cinq mille hommes, remplis de joie à la pensée de la présence du Seigneur et bénissant d’une voix unanime Tétragrammaton, le Dieu Tout-Puissant !
Cet exemple démontre qu’un mot tout entier peut être exprimé par une seule lettre, qu’elle soit employée seule ou qu’elle entre dans la structure d’un mot composé.
La tradition enseigne également qu’un seul mot peut exprimer une phrase tout entière. Exemple : dans Daniel, Mané, Thécel, Pharès : Il a compté, pesé et divisé.
Ces mots, appliqués à Nabuchodonosor, signifiaient : Dieu a compté les jours de ton règne, et ils sont accomplis. Il a été pesé dans la balance, et trouvé trop léger. Ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses.
Donc, ou un seul mot peut être formé de lettres extraites de différents mots ou plusieurs mots, condensés en certaines lettres, peuvent se résumer en un seul. Ici, c’est l’unité qui sort de la multiplicité ; là, c’est la multiplicité qui est engendrée par l’unité.
Tel est l’exposé très savant de Reuchlin.
Cet illustre cabaliste ajoute, en exposant la troisième partie de la Cabale, qui traite de la mutation des lettres (Aleph se combine avec toutes les lettres et celles-ci avec Aleph ; de même pour Beth et pour chacune des autres), il ajoute, dis-je :
Cette méthode nous a été transmise, non pour détruire les mystères sacrés des Écritures, ni les tourner en ridicule, mais pour les conserver avec un soin pieux.
En effet, au moyen des lettres, on s’élève plus facilement à la méditation des plus hautes vérités ; elles permettent également de saisir le sens des choses sacrées. Exemple : Dieu s’adressant à Moïse, du sein de la nue, lui dit : Voici que je viens à toi dans une nuée épaisse, afin que le peuple m’écoute te parler et surtout qu’il croie à jamais aux 22 בך.
On ne doit pas croire à la Cabale à la façon des vieilles femmes, mais avec une foi robuste ; les enseignements qui ont été donnés à nos pères, au moyen des lettres, doivent être reçus par nous avec amour, joie, gaîté, satisfaction et confiance, comme il est dit au Psaume LXX : « Illumination et joie dans les 22 pour ceux qui te cherchent ».
Il faut savoir, en effet, que les 22 lettres sont le fondement du monde et de la loi, ainsi qu’il est abondamment démontré, au livre second du traité intitulé : « Le Jardin des Noyers ».
Reuchlin devait ajouter, en faveur des 22 lettres, ce témoignage irréfutable : Isaïe 41. V. 23 et 44. V. 7.
On trouve au début de la Genèse, 3-v. 21, ce bel exemple de transposition cabalistique des lettres : Dieu fit à Adam et à son épouse כתבות עור des vêtements de peau ; en transposant cabalistiquement, on obtient כבות אור ce qui veut dire : des voiles de miséricorde : étant remplacé par א en raison de l’analogie de prononciation.
Les cabalistes rapportent que les sages d’Israël, après Moïse, et même les Patriarches, avant lui, ont connu par révélation tous les mystères de la Cabale.
Par elle, l’infortuné Adam, bois de vie du genre humain, comprit qu’il portait en lui le type du Sauveur qui triompha de la mort sur ce même bois.
Accablé de chagrin, rempli de douleur, comme notre premier père gémissait, se lamentait, l’Ange Raziel lui apparut ; et pour relever son courage fit entendre ces paroles : Ne t’afflige pas outre mesure et ne te consume pas en gémissements, parce que tu as conduit le genre humain à sa perte. Cette faute originelle sera rachetée. Il sortira de ta race un homme juste, ami de la paix, un héros dont le nom, en signe de miséricorde, contiendra ces 4 lettres יהוה.
Avec une foi ardente, il fera sans hésiter le sacrifice de sa vie ; il étendra la main, saisira un morceau de bois, et le fruit de ce bois sera le salut pour tous ceux qui l’attendent.
Alors, ce malheureux père d’une race infortunée, au milieu des tourments, de la douleur, de l’angoisse, de l’affliction que lui causait la misère dans laquelle il était tombé, — misère qu’il déplorait dans les larmes, dans la tristesse de son cœur, — Adam, dis-je, rendit grâce à l’infinie miséricorde de Dieu. Il eut la ferme espérance que ses descendants seraient, un jour, rétablis dans leur premier état.
Il ne voulut pas que son épouse ignorât la miséricorde, la faveur insigne que Dieu lui accordait, et il lui fit part immédiatement de ce que l’ange lui avait révélé, pour relever son courage.
Aussi, lorsqu’Eve eut enfanté Caïn, croyant qu’elle venait de donner le jour à l’homme annoncé par l’ange Raziel, s’écria-t-elle dans son allégresse :
« Je possède l’homme tetragrammatique (promis). » Abel, lui aussi, d’après les mêmes cabalistes, n’ignora point ce mystère. Et, dès qu’il vit Caïn, son frère, armé d’une lourde massue de bois, se précipiter sur lui, il ne chercha point à éviter sa fureur. Il fut, au contraire, rempli de joie, ne manifesta aucune crainte, se montrant heureux d’être tué par ce bois et pensant que sa mort allait sauver le monde, perdu par la faute de son père. Il s’offrit au trépas en victime propitiatoire, devant fléchir le courroux céleste.
La même révélation fut également faite à Abraham, cet ancêtre vénérable des croyants !
Tétragrammaton lui apparut et lui dit :
« Je ferai une alliance durable avec toi et avec tes descendants, jusqu’à la postérité la plus reculée, afin que je sois ton Dieu et le Dieu de ta postérité après toi. »
Ces paroles étonnantes remplirent Abraham de surprise. Il avait alors près de cent ans et ne comptait sur aucune lignée. Réfléchissant toutefois, qu’il était encore vivant et que Sarah, sa femme, n’était peut-être pas irrévocablement frappée de stérilité, le saint patriarche, suivant la parole de l’Apôtre, « espéra contre toute espérance » !
Dieu lui tint compte de sa foi ; sa robuste confiance fut récompensée par la naissance du fils tant désiré : Isaac !
Mais, ô prodige de sagesse ; ô dessein insondable de la Divine Providence ! A peine ce fils, si cher, eût-il grandi, fût-il sorti de l’enfance, que son père reçut cet ordre de Dieu : « Prends ton fils unique, cet Isaac si cher à ton cœur ; rends-toi au lieu que je te montrerai en songe, et, là, sacrifie-le moi en holocauste ! » Cet ordre semblait cruel, d’une rigueur extrême ! Mais, ô commandement agréable ; ô enviable bienfait ! Croirait-on qu’il remplit de joie Abraham et le fit tressaillir d’allégresse !
C’est qu’il avait appris de ses pères, le mystère de l’arbre de vie ; et il se souvenait de la divine promesse : en toi seront bénis tous les peuples de la terre !
Il partit donc la nuit, avec son fils, après avoir coupé de ses propres mains le bois du sacrifice ; car, il savait que le monde devait être racheté par le bois.
Ils gagnèrent le sommet du mont Moria ! Adam y avait, jadis élevé un autel ; Abel, Caïn, Noé et ses fils y avaient offert des sacrifices au Seigneur [4]. Là, enfin, s’éleva plus tard le Temple de Salomon.
Ayant placé le bois sur les épaules de son fils chéri, le père et le fils, la victime et le sacrificateur arrivèrent à l’endroit choisi.
Lorsque Abraham eut dressé l’autel, et placé dessus le bois, il saisit d’une main ferme son fils bien aimé, l’espoir de sa race, l’ornement, la joie de sa tribu, sans que celui-ci opposât la moindre résistance.
Qui pourrait douter, après cela, qu’Isaac n’eût été instruit par son père du mystère de l’arbre de vie ?
Cependant, pour appuyer d’autres témoignages la réalité de cette révélation de la cabale, je veux rapporter, ici, les paroles suivantes du savant et discret Reuchlin [5], auquel le monde chrétien doit tant ! Il fut, en effet, le premier chrétien qui enseigna la langue hébraïque ; et il a très savamment traité de nombreux sujets utiles à notre foi, s’y adaptant d’une façon parfaite, sujets qu’il a tirés de l’histoire même des Hébreux.
« Si, dit-il, Isaac n’avait pas reçu de son père cette tradition, transmise par la Cabale, que le genre humain serait sauvé par le bois de vie ; par le sacrifice de ce juste, annoncé par l’ange, qui s’offrirait de lui-même en holocauste, il n’eut certainement pas (toute vie ayant horreur de la mort) fait preuve d’une telle bonne volonté, souriant au trépas suspendu sur sa tête, l’acceptant d’un cœur joyeux ! Cédant à la faiblesse de l’humaine nature, il se fût dérobé à cette rigoureuse éventualité. Tout au moins, eût-il tenté soit de fléchir par de touchantes supplications, la rigueur de son père, soit de se soustraire à celle-ci. Au lieu de cela, estimant qu’il devait être lui-même cette victime, par laquelle le monde serait racheté de la tache originelle, rien ne lui semblait plus agréable que ce sacrifice, plus doux que cette mort, qui, dans sa pensée, devait sauver le genre humain tout entier ! »
Tels sont les arguments de Reuchlin.
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