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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

planches

Plaidoyer pour Trois Mauvais Compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par L\ B\ dans Planches

Vous m’avez commis d’office pour la défense de ces trois mauvais compagnons, tristement célèbres dans le monde maçonnique tout entier, pour avoir assassiné Maître Hiram. Lourde tâche mais noble tâche, qui consiste à respecter les serments que l’on a prêtés. Serment d’aimer ses FF\ et de les secourir. Car c’est bien de FF\ dont il est question, n’est-ce pas ?

Mais pour les juger, il vous faut d’abord la conviction qu’ils sont coupables. Le rituel n’indique pas qu’Hiram a pu confier à quiconque le nom de ses assassins avant de mourir. Mais il est normal que les trois CC\ qui ont pris la fuite soient considérés comme suspects. En revanche, leur identité n’est pas clairement établie. En effet selon les rituels, ils sont désignés par les noms de Sterkin, Oterfut, et Abirammah (ou Abiram), ou bien Jubelas, Jubelos, Jubelum, ou Giblon, Giblas, Giblos, ou encore Habbhen (ou Akirop), Schertke et Austerfurth.

Je reconnais que ces noms ont tous des significations dégradantes évoquant la corruption, mais cela ne peut constituer une preuve de culpabilité, et je constate qu’il existe un doute sur leur identité qui est de nature à affaiblir l’accusation.

Le rituel n’indique pas davantage que le meurtre ait eu des témoins, mais on peut l’admettre puisqu’un récit détaillé nous en a été fait. Il y avait donc au moins un témoin. Mais alors, pourquoi donc n’est il pas intervenu ? Pourquoi n’a-t-il pas secouru notre malheureux Maître ? Ce témoin est nécessairement un lâche ou pire un complice, voire pire encore l’instigateur du crime ! N’est-ce pas là la marque d’un complot ? Et qui plus est un complot judéo-Maçonnique ! A ce stade des débats, vous admettrez donc que s’ils sont coupables, il est évident qu’ils ne sont pas les seuls coupables.

Mais allons plus loin T\ F\ P\ M\ : sont-ils vraiment responsables ?

Mon rôle n’est évidemment pas d’excuser, mais d’expliquer. Expliquer pourquoi il vous faut les épargner ces trois compagnons et même, quitte à vous choquer, pourquoi il vous faut les préserver. Permettez-moi d’abord, avec tout le respect que je vous dois T\ F\ P\ M\, d’énoncer une évidence : Si vous aviez accompli votre tâche, si chacun ici avait accompli la sienne, tout cela ne serait pas arrivé.

Si vous les aviez vraiment attrapés ces trois mauvais compagnons, si l’ignorance, l’orgueil et l’ambition, si la convoitise la cupidité et le fanatisme, avaient vraiment disparu, nous ne serions pas ici. Le Saint Empire Spirituel règnerait sur un monde libéré de ses entraves, un monde de paix, d’amour et de joie, fruit de Sagesse Force et Beauté. Mais voilà : ils courent toujours… Et c’est donc un jugement par contumace, par défaut, que vous allez prononcer contre ces accusés. Et ce défaut n’est autre que notre défaillance.

Ensuite, à quoi servirait d’éliminer les criminels sans éradiquer le crime ? Et comment éradiquer le crime en eux, puisque nous n’avons pas été capables de l’éradiquer en nous ? Ces trois CC\ sont le sceau de notre condition d’homme. Ce sont nos compagnons d’infortune. Ils représentent le vrai défi qui nous est lancé, le devoir à accomplir envers nous même, envers les autres et envers notre Créateur. Alors de grâce, ne leur faisons pas endosser nos propres turpitudes. Il ne peut être ici question de boucs émissaires : ce serait bien trop confortable et surtout ce ne serait pas acceptable dans un Tribunal digne de ce nom et encore moins dans une respectable assemblée de Francs-Maçons.

Et ne croyez pas un seul instant que j’éviterai d’évoquer le détail de leur crime, bien au contraire : Tout d’abord rappelez vous que les coups ont été portés, non pas par des profanes, mais par des compagnons qui ont quitté la Voie mais qui sont demeurés sur le Chantier, tel le ver dans le fruit. L’ennemi était donc parmi nous et personne ne s’en était aperçu ! L’ennemi n’était plus seulement « derrière nous » comme dans la cérémonie d’Initiation, mais en nous. La situation est donc beaucoup plus grave que nous ne l’imaginions au départ. Si ces Compagnons ont réussi à concevoir et perpétrer leur crime, c’est nécessairement parce que la vigilance de leurs maîtres a été prise en défaut.

Ensuite, voyez ces pauvres maladroits, aucun d’eux n’est l’unique coupable. Aucun d’eux n’était seul capable de mener à bien ce forfait : Aucun des trois coups n’a été asséné « correctement », car les mauvais CC\ ne peuvent avoir le geste juste. Si bien qu’aucun des trois coups n’a atteint sa cible et qu’aucun n’était mortel à lui seul. C’est l’illustration dévoyée du principe suivant lequel « sans le secours des autres nous ne pouvons rien ». Chacun pris isolément était donc incapable de tuer Hiram. Seule leur réunion, la conjonction de leurs mauvais desseins, a rendu le crime possible. Et qui donc a toléré cette réunion ? Quelles sont les négligences qui l’ont rendue possible ? Et avec quels outils ont-ils accompli leur forfait ? Les nôtres ! Les outils que nous leur avions confiés ! Là encore notre responsabilité est engagée.

Les outils symboliques peuvent être dangereux et même mortels lorsqu’ils sont détournés de leur usage. Le travail symbolique doit être précis, accompli avec justesse et dans un juste but. Il doit être contrôlé. Et qui étaient chargés de ce contrôle si ce n’est ceux qui portent aujourd’hui l’accusation ?! Que n’avons nous vérifié que ces CC\ utilisaient leurs outils avec justesse ? Pendant ce temps que faisait leur Surveillant ? Pourquoi n’a t-il pas été interrogé ? Ne devrait-il pas comparaître à leur coté ? Pourquoi dissimuler les responsabilités en amont, pourquoi nier la véritable cause du drame c’est à dire notre propre échec ? Pourquoi éluder notre propre responsabilité qui est beaucoup plus grande que nous ne pouvions le supposer, car elle nous engage envers nous-même, envers nos FF\, envers l’humanité toute entière, et envers le G\A\D\L\U\.

Certes, je reconnais que les trois coups portés à Hiram sont d’une gravité certaine, puisqu’ils montrent qu’une rupture dans l’harmonie inférieure provoque nécessairement une rupture dans l’harmonie supérieure et met en danger tant l’individu que le groupe, et pire encore les deux Mondes et donc la Création toute entière. Mais ces trois coups nous montrent aussi que l’ordre peut être rétabli. A cet égard les trois coups étaient indispensables pour que chacun prenne la mesure du travail qu’il lui reste à accomplir. Tout comme la mort d’Hiram était indispensable pour que se réalise en chaque Maçon le rétablissement de l’Ordre ainsi troublé, indispensable afin que le père en mourant éveille son fils à la lumière.

Si l’on rapproche les trois coups des trois portes du Temple et des trois fenêtres du Tableau de Loge du 1er degré, alors on s’aperçoit que le premier coup correspond au domaine du corps, le second au domaine de l’âme, et le troisième au domaine de l’esprit. Après la mort physique, la mort sentimentale et la mort mentale, alors et alors seulement, peut survenir la naissance spirituelle. La mort initiatique complète permet seule la renaissance. Oui, ces trois coups étaient bien indispensables, oui il fallait sacrifier Hiram, oui il fallait tuer le Père ! Voilà la clé de voûte de ce procès, et la question essentielle qui en découle : que ferions-nous donc sans eux ?

Sans eux, plus de miroir pendant la cérémonie d’initiation. Or nous en avons bien besoin de ce miroir pour identifier symboliquement l’ennemi intérieur. Sans eux pas de vigilance. Grâce à eux, nous savons qu’en chaque initié se trouve Hiram en devenir, mais aussi qu’en chaque homme les mauvais compagnons sont là, tapis tout au fond du Moi, dissimulés dans les sombres replis de l’inconscient, prêts à surgir à tout moment, déguisés en pulsions, prêts à séduire sous les plus beaux atours de l’ego. Sans les trois mauvais CC\, plus possible d’extérioriser, d’identifier et d’exorciser nos démons. Sans eux, les voilà à jamais intérieurs ces démons, impossible de les nommer, donc impossible de les combattre et d’apprendre à les maîtriser. Sans eux nos passions, règneraient à jamais sur nous même, dans l’endormissement de notre conscience et par la complaisance de notre ego. Sans eux pas de meurtre. Sans meurtre pas d’enquête, sans enquête, pas de quête. Sans nos trois compagnons la quête s’arrête, pire elle ne commence même pas. Sans le meurtre d’Hiram, pas de sacrifice fondateur du mythe. Sans meurtre pas de parole perdue, sans parole perdue pas de quête pour la retrouver, sans quête pas de substitution, sans substitution pas de renaissance, sans renaissance pas de nouveaux Maîtres, sans Maîtres pas d’initiations, sans initiations, pas de Franc-Maçons. Bref, T\ F\ P\ M\, en quelque sorte, nous leur devons tout !

Je n’irai pas jusqu’à vous demander de les remercier ni de les honorer. Non, je vous demande simplement de constater leur impérieuse nécessité et de rétribuer leur utilité. Certes, je dois admettre que sans eux, Hiram aurait pu poursuivre sa tâche et achever son œuvre. Mais qu’aurions-nous fait d’un temple achevé ? Que nous resterait-il à construire ?

Certes, il est probable qu’Hiram aurait vécu longuement. Mais qui peut dire si Maître HIRAM ne serait pas devenu un vieillard cacochyme et acariâtre, persécutant son entourage tel une « Tatie-Danièle » Maçonnique, ivre de pouvoir, pétri d’honneurs et confit de richesses, recroquevillé sur ses privilèges, à la fois vénal et avare, comblé des faveurs et des compliments de mille courtisans, vieillard tombé dans la lubricité et dépensant ses dernières ardeurs dans des orgies au sein de votre harem personnel Oh T\ F\ P\ M\ !

Sans eux que pourrions-nous transmettre à nos successeurs ? Certainement pas l’esprit du Maître plus radieux que jamais, mais l’image écornée d’un vieillard décati et corrompu, incapable de renaître et de transmettre le mot des MM\. Je le vois gisant et agonisant, cerné de pressantes attentions, refusant jusqu’à son dernier souffle de transmettre le mot à son successeur, puis finalement au dernier moment se décidant enfin, mais s’apercevant alors qu’il ne se souvient plus de rien ! Oui, voilà à quoi nous avons échappé grâce à eux, T\ F\ P\ M\ ! Qu’il serait triste, qu’il serait peu glorieux et pas du tout initiatique, d’avoir perdu la Parole par la conjonction de la décadence du Maître et de la maladie d’Alzheimer. Ne riez pas, ne protestez pas, aucun de nous n’est à l’abri, ni de l’une ni de l’autre, car hommes nous sommes et hommes nous demeurons !

En résumé T\ F\ P\ M\, sans nos trois compagnons, point d’Hiram éternellement vivant et par là même nous voilà éternellement mortels. Grâce à eux Hiram est mort dans la force de l’âge et il nous laisse sa plus belle image, au sommet de sa gloire et pour tous les siècles à venir. Grâce à eux il est mort en initié, en homme juste en toutes circonstances, en sublime Maçon. Grâce à eux Hiram est devenu l’archétype du Maître, notre icône Maçonnique.

Enfin, sans nos trois mauvais compagnons, que resterait-il de nos belles manifestations et célébrations Maçonniques ? Vraiment, je le crains, plus grand chose de vraiment divertissant : Finis, les faux-fuyants des faux-frères. Relâche, le joyeux ballet des ambitieux qui désespèrent et des condottieres qui brassent de l’air. Secouée, la douce torpeur des ronflants discours d’apparat qui endorment les consciences. A la casse, les métalliques cliquetis des clinquants colliers qui accompagnent les comédies. Guéries, l’ivresse des promotions et la gueule de bois des suspensions. Ceinture, les censitaires gueuletons qui n’ont d’agape que le nom. Bref, que d’occasions perdues de rire entre FF\ libres et bonnes moeurs…

Voilà, T\ F\ P\ M\, j’en ai presque terminé. Que me reste-il à faire pour promouvoir la Justice ? Vous demander l’indulgence ? Certainement pas, car c’est là un concept profane et je plaide ici pour des Frères devant une assemblée de Frères. Non décidément, un Franc-Maçon ne saurait quémander l’indulgence. Je vous demande simplement de faire votre devoir et le devoir d’un Franc-Maçon est d’apporter bienveillance à ses FF\, à tous ses FF\, et pas seulement à ceux qui sont vertueux et irréprochables, pas seulement à ceux qui nous sont sympathiques ou à ceux qui nous ressemblent, car aimer en miroir ce n’est pas aimer l’autre, c’est s’aimer soi-même.

En définitive c’est de pardon que je vous parle. « Per donare », pour donner, pour le don, rien que pour le don. Seul le pardon apporte la Paix. Seul le pardon est Joyeux. Seul le pardon est Amour.

T\ F\ P\ M\, pour ces trois là, pour tous ceux d’entre nous qui chutent et qui chuteront, pour chacun de nous et pour moi, par la Foi qui nous unit, par l’Espérance qui nous guide et par la Charité qui nous élève, je demande pardon.

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Les Mauvais Compagnons Rituel au 3ème degré - Elévation à la Maîtrise

Publié le 21 Décembre 2012 par E\ G\ dans Planches

La Maîtrise est conférée à la Compagnonne, seulement après qu'elle ait réalisé le programme préparatoire des deux premiers grades : l'Apprentissage et le Compagnonnage.
Pour être admise en Chambre du Milieu, la Compagnonne doit offrir de sérieuses garanties : ouvrière ponctuelle et assidue, faisant preuve d'intelligence et de curiosité, possédant les connaissances du Grade, elle est devenue celle dont les Maîtresses peuvent répondre.
C'est donc, le plus possible dépourvue des mobiles de vanité ou d'orgueil et animée d'une demande de perfectionnement dans l'Art de la Construction du Grand Œuvre, dans le but de travailler avec ses Sœurs et faire bénéficier celles moins instruites de la Compétence qu'elle désire acquérir, qu'elle se présente à nouveau à la porte du Temple pour y recevoir le grade de Maîtresse.

Au Rite Français, comme au Rite Ecossais Ancien et Accepté, la récipiendaire est alors introduite dans le Temple par une marche à reculons, face à l'occident, elle s'enfonce dans l'obscurité. Un seul repère se présente à elle, l'Etoile Flamboyante, c'est à partir d'elle, seul point de lumière dans cette obscurité qui l'enveloppe que la Compagnonne est invitée à revenir sur ses pas en repassant le chemin parcouru, pour faire le point sur elle-même.

C'est alors que plongée dans une longue et silencieuse méditation, la récipiendaire est soudainement interpellée par la Très Respectable Maîtresse :

"Compagnonne, avez-vous bien réfléchi à la démarche que vous faites? …
Vos mains sont-elles pures?...
Votre conscience est-elle tranquille?...."


Confrontée à une véritable introspection, une mise à nue de sa conscience, la Compagnonne soupçonnée d'être "un mauvais compagnon", puis disculpée au vu de ses mains "pures" et de son tablier "sans taches" est invitée à se retourner vers l'Orient.

Elle discerne des Sœurs plongées dans une profonde et silencieuse tristesse et apprend alors que l'œuvre de la Maçonnerie est compromise par suite de l'assassinat du Maître qui dirigeait ses travaux.
Découragées et ayant acquis la certitude que les criminels doivent être cherchés parmi les Compagnonnes, elles décident, avant de reprendre les travaux, que toute Compagnonne aura à prouver qu'elle est innocente du meurtre d'Hiram.

C'est ainsi qu'au travers d'une ultime épreuve de vérité, la récipiendaire devra enjamber le cadavre du Maître afin de prouver son innocence par son courage face à l'image de la mort physique.

Disculpée définitivement, le récit du drame se déroule et la Compagnonne alors transformée en victime, prend la place d'Hiram, le Maître disparu, et périt à son tour sous les coups des trois mauvais compagnons qui sont, dans la mise en scène du psychodrame, représentés par les trois Vénérables Maîtresses qui dirigent et instruisent la Loge : la Vénérable Maîtresse, la Première et la Deuxième Surveillantes.
La légende d'HIRAM :

HIRAM, "savant dans l'art de l'Architecture, comme dans le travail des Métaux", personnage central du mythe, nous est présenté comme le bâtisseur du Temple, conçu par le sage roi Salomon, à la gloire du Grand Architecte de L'Univers. Il lui fut également demandé de diriger les ouvriers.

Nous savons aujourd'hui que le personnage de "Maître HIRAM" n'a pas existé du moins tel que présenté et que le personnage cité dans la Bible, Hiram Abi, envoyé à Salomon par un autre Hiram, roi de Tyr, pour ses qualités de fondeur, est vraisemblablement à la base de l'inspiration de ceux qui ont établi le mythe du bâtisseur du Temple de perfection pour les besoins d'un symbolisme initiatique.

Hiram donc, fils d'une veuve, artiste d'une incontestable compétence, se vit confier par Salomon, les pouvoirs les plus étendus pour tout ce qui concernait la construction du Temple et la direction des ouvriers.
Compte tenu de la destination de l'œuvre, le rituel nous permet d'imaginer que cet homme possédait l'Art d'un Grand Initié : vertueux, respectueux des ouvriers, il prodiguait conseils et avis, aidait et encourageait les talents et toutes les bonnes volontés.
Faisant preuve de rigueur, de justice et de bonté, il avait organisé et réparti le travail de manière équitable en divisant les ouvriers en trois classes distinctes : les Apprentis, réunis sous la colonne "B", les Compagnons, près de la colonne "J" et les Maîtres réunis à l'intérieur du Temple. Les salaires étaient proportionnels aux capacités.

Alors qu'Hiram, le Maître respecté par sa douceur, ses vertus et son sens de l'équité, maintenait l'esprit des ouvriers au travail ; trois d'entre eux, compagnons, formèrent l'horrible projet d'arracher au Maître Hiram, "de gré ou de force", nous dit le rituel, le mot sacré des Maîtres afin de s'introduire dans la Chambre du Milieu.

Ils arrêtèrent leur plan et décidèrent de parvenir à leurs fins par la menace, n'espérant pas obtenir ce qu'il voulait en fléchissant la libre volonté du Maître.
Quelle que soit l'issue, ils étaient résolus de lui donner la mort afin d'échapper à la juste sanction de leur criminelle audace.

Ils choisirent d'agir, à la chute du jour, après le départ des ouvriers et alors que le Maître qui demeurait toujours le dernier, se trouverait seul.

Le Temple avait trois portes. Les conspirateurs se placèrent donc à chacune de ses portes : le premier à la porte du Midi, le second à la porte d'Occident et le troisième à la porte d'Orient afin que si le Maître échappait à l'un il ne puisse échapper aux autres.
Ainsi postés, ils sommèrent tour à tour, Hiram, de leur livrer ses secrets. Le Maître répondit successivement à chacun d'eux, en fuyant d'une porte à l'autre, qu'ils n'obtiendraient pas sa parole par des menaces et qu'il fallait attendre le temps voulu. Alors ils le frappèrent, l'un d'un coup de règle sur la gorge, mais le coup dévia sur l'épaule droite, l'autre d'un coup de levier sur la nuque mais le coup dévia sur l'épaule gauche, le troisième d'un coup de maillet sur le front qui l'acheva.

"Ainsi périt l'homme juste, fidèle au devoir jusqu'à la mort" nous dit le rituel.

Analysons le triple meurtre :
- Où se déroule t'il?
- Qui le commet?
- Comment est-il commis?

1. Où se déroule le meurtre?
En Chambre du Milieu, au centre du Temple.
L'accès à la Chambre du Milieu par l'élévation à la Maîtrise est la reconnaissance de l'aptitude acquise par la Compagnonne pour bâtir son temple intérieur.
Accéder à la chambre du milieu c'est se retrouver entre l'Equerre et le Compas, "c'est aller à la rencontre de son centre, devenir le centre, être le centre de l'union."

Mais lorsque la Compagnonne, candidate à la Maîtrise, est introduite, la chambre du milieu est plongée dans l'obscurité et se trouve réduite, divisée symboliquement en deux parties : le lieu des ténèbres où pénètre la Compagnonne et l'Orient où brille le Delta lumineux mais un rideau noir masque la vue et rend invisible l'Orient à la Compagnonne.

Accéder à la Chambre du Milieu est difficile, elle est le lieu de tous les périls.

2. Qui commet le meurtre?
Les trois meurtriers sont des compagnons.
A ce titre, ils sont membres des équipes qui travaillent sur le chantier et qui sont subordonnés au Maître Hiram.

Alors que l'édifice allait bientôt être achevé, un vent de révolte souffle dans l'esprit de certains ouvriers de la classe des compagnons qui, n'ayant pas obtenus d'être initiés aux secrets de la Maîtrise, s'estiment être injustement traités.
Le poison de l'envie et de la jalousie se fait jour et avec elles le dégoût du travail apparaît. Aigris, mécontents, immatures, naît en eux le désir présomptueux d'obtenir des salaires plus élevés sans se donner la peine de les acquérir dans le temps, par l'étude et l'application.
Aveuglés par leurs passions, ils s'illusionnent sur l'étendue de leur instruction, persuadés que la Maîtrise leur est due.

Ainsi, ensemble ou chacun, ils symbolisent bien des comportements que l'on croise dans le monde profane ou bien, de la part d'initiés qui ont mal travaillé leur Pierre et ne maîtrisent pas de ce fait, leurs instincts, leurs envies, leurs ambitions.

C'est ainsi que peu à peu, leur avidité va les conduire à la lâcheté, en tendant à trois, à la tombée du jour, un guet-apens à Maître Hiram.
Leurs sentiments d'orgueil et de cupidité les poussent, par l'action concertée, à usurper un bien dont "ils ne méritent pas d'être détenteurs".

Une question se pose encore :
Pourquoi au Rite Ecossais Ancien et Accepté, les trois officières qui dirigent la Loge, prennent l'"habit des mauvais compagnons" et deviennent "actrices" du meurtre?

Un constat s'impose : dans la société profane, comme parfois en Franc - Maçonnerie, ce sont bien souvent ceux qui détiennent le pouvoir qui ont le plus souvent le moyen de le détourner.
Par le détournement des valeurs inhérentes à leur fonction : mesure – discernement – respect – harmonie – sagesse…, ils sont à même de détruire ce qu'ils devraient construire.

3. Comment le meurtre est-il commis ?
Par trois coups !

Comme je le dis au début de ma planche, dans l'application symbolique du mythe lors de la cérémonie d'élévation à la Maîtrise, la récipiendaire, par transposition, s'identifie à Hiram : elle doit mourir à elle-même, prendre conscience de sa perte avant de pouvoir renaître.
Comme dans toutes les morts initiatiques, cette phase est le prélude à une renaissance à la fois physique, mentale et spirituelle en un nouvel Hiram.

Réfléchissons sur le choix des armes du meurtre et leurs points d'impacts :

· Selon le rituel, le premier coup est porté par le moyen d'une règle et le "mauvais compagnon" vise la gorge. Hiram réussit à dévier le coup qui l'atteint à l'épaule droite.

La règle, premier instrument du meurtre, est un des outils spécifique des compagnons, elle donne la ligne et permet de mesurer. Cet instrument, droit, linéaire, respire la droiture d'esprit. La règle représente la loi morale, dans l'obéissance librement consentie.
La perte de cette conscience morale, engendre le désordre intérieur et permet le passage à l'acte.
La règle, ici utilisée à contresens par le compagnon, produit un acte démesuré.
Ce dernier, rendu ignorant par le désordre intérieur engendré par les illusions qu'il se fait de ses capacités, envahi par la vanité, perd sa conscience morale et c'est l'IGNORANCE qui porte le premier coup à la gorge du Maître. La gorge, lieu du passage du souffle et de la parole ne sera pas détruit mais lésé car Hiram déviera le coup sur son épaule droite.

· Le second coup est porté par le moyen d'un levier et le second "mauvais compagnon" vise la nuque. Hiram affaibli, réussit à dévier le coup qui l'atteint à l'épaule gauche.

Le levier, outil spécifique du compagnon sert à maîtriser et décupler la force. Symboliquement, il lui permet d'agir sur le monde extérieur afin de le transformer et de le maîtriser. Le levier se doit d'être utilisé avec mesure. En effet, une force non maîtrisée devient brutale, tyrannique et dangereuse.
Ce levier, non contrôlé par la règle, animé par la volonté d'usurpation, devient force meurtrière : c'est le FANATISME qui porte le deuxième coup à la nuque du Maître.
La nuque, arrière du cou, est le siège des sept vertèbres cervicales. Comme la gorge, elle assure la liaison indispensable entre la tête et le reste du corps. Le Maître, diminué dans ses fonctions cérébrales, peut encore dévié le coup sur l'épaule gauche.

· Le troisième "mauvais compagnon", tue Hiram d'un coup de maillet au front.

L'ambivalence des outils, trouve ici son point culminant : l'arme du crime est le maillet du vénérable!
Le maillet, symbole du pouvoir et de la volonté qui exécute, est l'instrument du commandement du sage et du juste.
Utilisé seul, sans le contrôle de l'équerre et du compas porteurs des valeurs morales d'honnêteté, d'intégrité, de tolérance et de discernement, le maillet devient le symbole de l'impétuosité, de la tyrannie dominatrice.
L'outil de création devient outil de destruction.

C'est l'AMBITION qui porte le coup fatal au front du Maître.
Ce coup porté au front, siège de l'Intelligence, de "l'harmonie sublime réalisée entre le cœur et la tête", écrit Annick de Souzenelle, détruit la vie. Hiram s'écroule à terre, les pieds tournés vers l'Orient, la tête vers l'Occident, lieu du soleil couchant et de l'obscurité naissante, Il rend le dernier soupir.

Les "mauvais compagnons" ont assassiné le Maître, ils n'ont pas obtenus les secrets du Maître et en ont privé définitivement les futures générations de compagnons.

Pourquoi HIRAM doit-il mourir?

Si nous suivons la légende "hiramite",
Soit Hiram donne aux "mauvais compagnons" les mots et signes qu'ils exigent de lui et en ce cas il n'est pas digne d'être Maître puisque incapable de garder le secret, fut-ce au péril de sa vie.
Cette lâcheté personnelle le rendrait traître à sa vocation : car gardien de la tradition, s'il transmet le mot de maître à des compagnons indignes de le recevoir, qui n'ont pas les qualités requises, Il lui serait alors impossible de diriger les Maçons qui travaillent sur le chantier à la construction du Temple de Perfection.

Soit il garde inviolablement le silence et meurt avec dignité en parfaite harmonie avec ce que comporte la qualité de Maître et la notion de don total de soi qui en découle.

Hiram nous conduit vers un monde de perfection, le temple de l'"Idéal de Perfection".
Hiram incarne la grandeur du devoir et la force du serment. C'est par lui que le rachat du processus initiatique va se faire.

Le meurtre fondamental d'Hiram le Maître, par les trois "mauvais compagnons", représente la base même du mythe, le combat perdu des plus hautes valeurs de la franc – maçonnerie contre l'ignorance, le fanatisme et l'ambition.
Ce n'est pas par hasard, que l'initiation au grade de Maître comporte cette extraordinaire mort et résurrection de la récipiendaire en lui faisant vivre cette épreuve comme "meurtrier" tout d'abord, puis par cette transmutation en victime expiatoire dont la résurrection annonce son entrée dans la chambre du milieu et dans le secret et la connaissance.

C'est en abandonnant, en élaguant des pans de mon Ego ; c'est en tuant en moi, le "mauvais compagnon", que je vais modifier mes comportements et par cette prise en mains de ma conscience, relever le maître intérieur que j'ai tué.

Je conclurai avec Jacques TRESCASES que "toute démarche initiatique tend à purifier l'adepte des passions et préjugés responsables de sa mort spirituelle et cette rectification préalable faite, ressusciter l'Esprit que le profane avait assassiné.
Car de même que notre Maître Hiram, qui représente ce qu'il y a de meilleur en chacun de nous, peut constamment se suicider, s'invertir et se pervertir, de même en un instant, il peut ressusciter."

Je suis prête Mes Sœurs, si toutefois vous m'en reconnaissez digne, à poursuivre avec vous mon avancée sur le chemin initiatique de la connaissance et de la conscience.

J'ai dit, 

 source : www.ledifice.net

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Les trois mauvais compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par Michel D. dans Planches

Le premier mauvais compagnon du jeune Maçon, c'est la lassitude: toujours les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes idées philosophiques gnangnan ressassées au fil des Tenues, avec la surprise de constater que beaucoup de frères, même après de longues années, semblent encore ne pas les connaître par cœur, ne pas les pratiquer dans leur cœur, ces gestes et ces paroles, à l'intérieur comme à l'extérieur du Temple, une image déjà des mauvais compagnons ... Lassitude aussi parce que les idées les plus originales, ressassées, deviennent des lieux communs ... C'est peut-être pour cela qu'il y a autant de degrés dans la plupart des rites maçonniques : pour réveiller, pour renouveler l'attention, l'attention des moins attentifs ... Mais tout nous ramène toujours, à tous les degrés, à la recherche fraternelle de la Vérité, c'est à dire au combat contre l'ignorance: sempiternel et monotone sentier, boucle indéfiniment bouclée. La foi en la méthode maçonnique, c'est d'oser croire que cette répétition, ce ressasse ment, accueilli et non subi, source intarissable de découvertes toujours plus subtiles et inattendues, finit par baigner, par orienter nos pensées et nos actions. C'est l'objet d'ailleurs de tout rite, religieux ou social.

D’abord, c'est l'enthousiasme de la découverte, nous apprenons que la FM a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes, de combattre les préjugés. La FM nous conduit par les sentiers de la Vertu au feu de la Charité. Le bandeau du profane symbolise l'aveuglement des passions, l'obscurité symbolise l'ignorance et la superstition. Rechercher la Lumière et la Vérité, c'est donc combattre les préjugés et l'ignorance. Dès le début est prôné l'accomplissement du Devoir, l'esprit de sacrifice et la punition du parjure. Rappelons-nous l'épée pointée sur le cœur du récipiendaire.

Puis nous avançons dans les voies de la Sagesse et de la Connaissance. Connaissance de soi, connaissance des autres, c'est-à-dire connaissance des différentes façons de construire des édifices matériels, mais aussi des édifices sociaux et spirituels, découverte de différents domaines de la connaissance que nous n'avions encore pas ou peu explorés, découverte du rôle fondateur du Travail, qui préserve des passions lâches et mauvaises, protège de la corruption du vice et conduit à la Fraternité.

Enfin, l'enseignement maçonnique nous propose un nouvel outil: le récit légendaire, psychodrame que le rituel fait vivre au récipiendaire. C'est à ce degré que nous découvrons le mythe fondateur: l'assassinat de l’Architecte et sa résurrection, la perte des Mots véritables et l'usage des Mots substitués, la recherche des Secrets Véritables du Maître Maçon, qui ont été perdus. Nous notons bien, tout au long de cette initiation, l'exigence d'effectuer cette recherche en toute pureté, en toute candeur, pureté plusieurs fois éprouvée, au niveau des mains, du tablier, du cœur, éprouvée enfin par l’antique tradition. Recherche méticuleuse de la pureté intérieure qui métamorphose progressivement le récipiendaire en Architecte. Architecte alors éprouvé par l'ignorance, le fanatisme et l'ambition, ces trois adversaires du progrès de l'humanité. Architecte, Maître idéal, rêvé, fantasmé, qui, à peine apparu sur le chantier, dans le rêve éveillé qu'est toute initiation, ne survit pas à l'épreuve de la réalité. Idéal de Maîtrise, relevé par cette même réalité, ces trois mauvais compagnons mués en Maîtres Maçons éclairés et fidèles qui ramènent à la vraie vie. Architecte, homme de Devoir, Penseur, Juste et Libérateur! Les trois compagnons étaient mauvais parce qu'ils voulaient obtenir par la violence les prérogatives qui ne sont accordées qu'au mérite. C'est-à-dire qu'ils voulaient accéder à la Lumière de la Vérité sans passer par le chemin du Travail: il ne suffit pas d'être mis en présence de la Vérité pour qu'elle nous soit intelligible: tant que l'illusion et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité, c'est-à-dire l'ignorance, règne en nous, comme il est déjà dit dès le début. Allons plus loin: la Vérité de l'autre, dès qu'elle est dévoilée, mise à jour, est trahie; elle ne pourra jamais être Vérité pour quiconque d'autre. La Vérité de l'autre meurt, en tant que Vérité, dès qu'elle est dévoilée, telle le poisson aux brillantes couleurs qui meurt et devient terne et gris dès qu'on le tire de l'eau: tel est peut-être le véritable ... Secret Véritable du Maître Maçon! Notons que les prérogatives recherchées par les trois compagnons ne pouvaient être accordées qu'au mérite, et non à la valeur, c'est-à-dire au travail et non à la qualité du savoir! Distinction entre mérite et valeur, distinction essentielle. Mais politiquement incorrecte dans la société actuelle où la compassion pour l'effort prétend remplacer la qualité de l'action. Certes vérité sur le plan individuel et métaphysique comme nous venons de le voir : le chemin compte plus que l'inaccessible étoile elle-même, mais lourde erreur dans la cité profane: dans la recherche du bien commun, la qualité de l'action doit primer le mérite de l'effort! C'est même un article de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen!

source : http://www.temple-parvis.com/les-trois-mauvais-compagnons.html

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Les Trois Mauvais Compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par R\ D\ dans Planches

Pour trouver un sens profond au mythe des trois mauvais compagnons, il me semble indispensable de remonter aux sources.

On ne peut espérer comprendre la signification symbolique des trois mauvais compagnons que si l’on a compris les raisons et motifs de l’assassinat d’Hiram.

Dans le mythe fondateur du Grade de Maître, Hiram est assassiné par trois mauvais compagnons.

Qui était Hiram ?
Qui étaient les trois mauvais compagnons ?

Hiram était l’architecte, pas seulement le concepteur de l’ouvrage, mais aussi le chef des travaux.
C’est lui qui présidait à la rémunération des employés.
Le mythe laisse aussi entendre que c’était un homme pourvu de toutes les qualités, connaissance, sagesse, etc.

Quant aux mauvais compagnons, on ne connaît pas grand-chose d’eux.
On sait néanmoins qu’ils étaient des compagnons, pas des apprentis ni des profanes.
C’était des hommes dont une haute compétence de constructeur avait déjà été reconnue. Ce n’était pas n’importe qui.

On sait aussi qu’ils étaient trois et qu’ils ont pris part à l’assassinat, chacun avec un outil particulier:

le premier avec un fil a plomb, symbole de la verticale,
le deuxième avec un niveau, symbole du contrôle éclairé (des CC),
le troisième avec un maillet, symbole de la volonté (et autorité fraternelle du VM).

On ne peut comprendre le mythe de l’assassinat d’Hiram, sans se demander ce que peut symboliser Hiram et les trois mauvais compagnons.

Le récipiendaire peut en rester à la troisième personne du singulier (il) : chacun des acteurs est une personne qui lui est étrangère et il se contente de réfléchir sur un récit, certes plausible, mais qui ne le concerne pas directement.
Bien entendu, cette réflexion ne mène pas loin.

La réflexion devient plus intéressante si le récipiendaire passe aux deux premières personnes du singulier (tu et je), en s’identifiant symboliquement à l’un des acteurs (Hiram ou l’un des mauvais compagnons) et en analysant ses relations avec les autres acteurs.

Encore plus intéressant : il peut identifier chacun des acteurs à une partie de lui-même : sa personnalité, ses pulsions profondes.
Aussi intéressant, en particulier dans les réflexions sociologiques et politiques, il peut identifier chacun (ou seulement certains) des acteurs à un groupe humain (loge, certes, mais aussi famille, entreprise, état ou autre collectivité territoriale, n’importe quel groupe humain).

Ainsi, si l’on ne se contente pas de considérer les acteurs comme des personnes physiques mais aussi des infra-personnes (c’est-à-dire des pulsions psychologiques) ou des supra-personnes (c’est-à-dire des aspirations sociologiques), les assassins d’Hiram ne sont plus seulement des malfaiteurs, mais aussi des « maléfices », psychologiques ou sociologiques.

De ce point de vue « venger Hiram » n’est plus vraiment tuer une personne physique mais surtout éliminer une ou plusieurs causes de malheur de l’Humanité.

À l’appui de cette interprétation, on peut aussi remarquer que les mythes rappellent les outils dont se sont servis les agresseurs d’Hiram: le fil a plomb, le niveau et le maillet.

Frapper quelqu’un a l’aide d’un outil, révèle le double aspect de nos symboles : chaque instrument de travail peut conduire a la perdition, tout dépend de notre intention.

C’est comparable a l’épée a double tranchant du Vénérable : destructive et créative à la fois.

Or une interprétation symbolique courante de l’agression consiste à dire que les trois mauvais compagnons ont agi en « abusant » de leurs outils :
- Du fil a plomb, symbole de la rectitude, par dogmatisme qui paralyse.
- Du niveau, symbole de l’égalité, par intolérance qui étourdit.
- Du maillet, symbole de la volonté, de l’autorité, par ambition qui tue.
et que les causes du dogmatisme, de l’intolérance et de l’ambition sont respectivement l’ignorance, la faiblesse et l’orgueil.

Nous les désignerons symboliquement comme étant
l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition.

L'ignorance : Ce défaut général de connaissance, ce manque de savoirs est redoutable quand l'Homme s'abandonne à elle.

Le second surveillant a été choisi pour incarner l’ignorance,
Les mal initiés méconnaissent la valeur de la quête personnelle et l’expérience commune en loge, ils vivent dans un demi conscient.
La plupart des gens croient que la vie matérielle et l’existence psychique constituent leur seule réalité, la force, l’intelligence et la science ne suffisent pas pour renaître.

L’ignorance frappe aussi notre propre milieu.
En l’occurrence, tous ceux qui chipotent aux rituels sans avoir fait une sérieuse étude préalable.
Ils remplacent des choses essentielles par des phrases creuses.

Le Fanatisme : que représente le second mauvais compagnon ne peut apporter que douleurs et peines dans la vie de celui qui est sous son emprise car aveuglé par une passion qui le pousse à des excès, il sera sourd à tout appel de la raison.

Le premier surveillant a été choisi pour incarner le fanatisme,

Le fanatisme (ou le mensonge) dogmatique entrave la réalisation initiatique.
Les maçons fanatiques se croient infaillibles.
Ils veillent sur la « régularité » et sur la juste exégèse du haut de leurs propres étroitesses d’esprit.
Ils veulent forcer une interprétation particulière des symboles.

Il nous faut, nous Francs Maçons convaincus, personnellement ou collectivement avoir le courage de dire haut et fort que le mensonge triomphant qui passe, qu'il soit idéologique, politique, religieux ou économique doit être combattu chaque jours de notre vie…

Dire non aux responsables politico religieux quels qu'ils soient et quelle que soit leur obédience, qui voudraient amalgamer les lois de leurs dieux et les droits de leurs états et asservir ainsi un peu plus leurs concitoyens grâce à des diktats archaïques où la liberté d'expression ne serait plus qu'une facilité accordée ou refusée en fonction des circonstances.

Dire non à des prises de position pseudo scientifique qui utilisent la crédulité des hommes et des femmes pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes et bourrer le crâne des enfants de notions fausses et contraires à l'avancée des sciences

Dire non à ceux, qui, refusant de voir la réalité du terrain particulièrement dans les pays les plus défavorisés, se réfèrent à des dogmes criminels pour exprimer et imposer leur conception de la naissance, de la vie et de la mort.

Dire non enfin à ces irresponsables affairistes confondant science économique et financière avec casino et jeux vidéo virtuels, en utilisant l'épargne d'une vie de travail de leurs clients pour se tricoter eux-mêmes des parachutes dorés.

Dire non aujourd'hui, c'est quelque part s'exprimer en Franc Maçon, refuser le confort douillet des dogmes et des certitudes philosophiques, politiques ou sociologiques.

L’Ambition : que représente le troisième mauvais compagnon sous son aspect le plus négatif et le plus borné, le plus dangereux aussi lorsqu'il prend des formes les plus élaborées et les plus insidieuses.

Le Vénérable Maître incarne l’ambition

Une de ces formes virales bien que parfaitement ridicule et révélatrice du manque de maturité et de réalisation de soi-même, se
rencontre assez couramment en Franc-Maçonnerie et se nomme la CORDONITE.

On n’ambitionne une fonction en loge que lorsqu’on y est apte


Les ambitieux essayent d’utiliser la FM pour leur carrière profane où cherchent dans l’organisation maçonnique une compensation pour le ratage de celle-ci.


Enfin, les défauts symbolisés par les trois compagnons coupables ont été indispensables au drame d'Hiram, car sans eux, cette dernière initiation, celle qui doit permettre l'accès à un plan de conscience supérieur, n'aurait pas eu lieu et se rappelant que les puissances impures sont donc utiles à ce travail d'alchimie spirituelle.

Ces trois attitudes humaines que dans nos Loges nous cherchons à dominer, ont été et seront toujours nécessaires à l'Homme pour qu'il puisse apprendre à travers elles, à vaincre sa propre nature et avancer sur le chemin des mystères et la perfection.

Les trois « défauts », d’un point de vue moral, sont à considérer comme un petit échantillon de l’arsenal incommensurable des vices humains.

Chaque être humain emporte ses défauts comme son ombre.
Ils lui sont tout aussi indispensables.

Ghandi jugeait les conflits sur leurs mérites constructifs.
Les conflits peuvent nous rendre conscients des besoins et des aspirations de la communauté.
Notre civilisation dépend de son aptitude à circonscrire les forces destructrices, mais surtout de sa capacité a les transformer en forces constructives.
De plus il faut savoir qu’une part de vérité se trouve toujours chez l’adversaire.

Pour édifier notre savoir, je renvoie au mythe de Prométhée dérobant le feu divin des forges d'Héphaïstos pour le mettre au service des humains et ainsi faire allusion à ce feu de la Connaissance qui brûle les scories de l'ignorance et qui exige à celui qui veut s'en servir, des purifications de plus en plus subtiles du mental et de l'esprit, car nul ne peut approcher le feu de la Connaissance s'il n'a pas dominé les défauts symbolisés par les mauvais compagnons.

Ce qui me fait dire, que si ces trois mauvais ouvriers ne sont, pour beaucoup de francs-maçons, que de simples personnages du drame vécu par Hiram, ils représentent en fait, les épreuves que le Maçon doit affronter seul.


Pour les Francs-Maçons, la légende d'Hiram a une double signification.

Tout d'abord, Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine.

Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état: envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance.

Hiram est le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche.
Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide.

Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux.

La vérité, quels que soient les barrières qu'on lui appose, finit toujours par triompher; et celui que l'on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.

Que ce retour de la justice tarde à se produire, d'autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l'idéal méconnu; car la force de l'idée est indestructible.

L'idée est immortelle, sa vie se poursuit à travers les générations humaines et les siècles, alors même que les hommes qui l'ont formulée pour la première fois, qui ont lutté et sont morts pour elle, ont été oubliés.

Personnellement, car la société change, j’aurais aimé rajouter a ce mythe un quatrième mauvais compagnon représentant l’égoïsme.

Par égoïsme, nous jetons nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous possédons 2 ou 3 trois voitures, nous vidons les mines, nous achetons nos fruits et légumes au bout monde, nous voyageons en tous sens,

Par égoïsme nous éclairons les nuits, nous arrosons les déserts, acidifions la pluie, nous fabriquons même des baskets qui clignotent quand on marche, etc, etc.

Par égoïsme nous avons fait fondre la banquise, couper les arbres, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruit un tiers des espèces vivantes, exploser l’atome, enfuit des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

(Evidemment c’était plus marrant de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.)

Apres la révolution néolithique et la révolution industrielle, nous arrivons a la troisième révolution et il y a du boulot.

Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, limiter l'usage de sa voiture, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, fermer les robinets, veiller à la paix, contenir l'avidité, cultiver les fruits de proximité et de saison, relancer la marine à voile, replanter les forets, laisser le charbon là où il est, récupérer le crottin pour en faire du compost,
S'efforcer, réfléchir même.

Et, sans vouloir offenser, avec un terme tombé en désuétude, « être solidaire ».

Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde dont une grande partie est sous alimentée, pendant que nous déversons le lait a l’égout pour conserver nos quotas et fabriquons du carburant avec des céréales.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la troisième révolution.

Enfin et pour terminer, je soumets à votre méditation les propos de notre très illustre frère Alain Pozarnick, qui lors de conférences a dit :
« Le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance »

La chanson d’Alain Souchon que j’ai choisie est : « Et si en plus y a personne », c’est sa seule chanson engagée contre les extrémismes de toutes sortes.

J’ai dit Vénérable Maître

Source : www.ledifice.net

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Les trois mauvais compagnons

Publié le 21 Décembre 2012 par R\ L\ dans Planches

L’esprit est un moteur, il invente les rêves, les civilisations, les religions, les mythes….
Ce moteur cette belle machine à besoin continuellement de redémarrer, d’avoir de nouveaux horizons, de ce remettre en question, l’évolution des hommes, de certain hommes passe inexorablement par la recherche de nouvelles quêtes.
Je fus initié un soir de l’année six mille un, hasard ? Non simplement mon destin.

Pourquoi je me suis intéressé à ces mauvais compagnons ?
Pour plusieurs raisons, une remise en question intérieures un soir.

Ensuite pour assouvir ce besoin de symbolisme qui est chez moi pareil à une drogue.
Ces personnages – symboles, ces trois mauvais compagnons font partie d’un mythe fondateur.

Celui-là même qui a donné sa spécificité à notre Rituel d’Initiation au Troisième Degré dont l’intensité culmine avec la mort d’HIRAM et sa résurrection.

Notre processus initiatique commence par la mort du vieil homme.

Cette mort est féconde parce qu’elle est suivie d’une résurrection symbolique par le mode d’une substitution.
Un drame extrêmement remarquable, tout y est admirablement étudié pour intensifier l’impression générale que l’on cherche à donner.
C’est dans ces conditions que le Maitre Maçon nouvellement promu entend pour la première fois le récit traditionnel qui, en Franc Maçonnerie, a tant d’importance.

En effet, le Compagnon qui subit une telle initiation, oui je pense que ce soir la il y a vraiment une nouvelle initiation, le Compagnon doit mourir à lui –même et, par identification de notre grand Maître HIRAM, va pouvoir prendre alors la fonction de Maître.

Trois mauvais Compagnons, troisième degré, pourquoi toujours trois ?
En réponse je vous lirais la définition d’ARISTOTE *:
Il n’y a pas de grandeur autre que celles-là, parce que trois renferme toutes dimensions possibles.
En effet ainsi que le disent les pythagoriciens, l’Univers entier et toutes les choses dont il est composé sont déterminées par ce nombre Trois.
La fin, le milieu et le commencement forment le Nombre de la triade.

Je vais ce soir avec beaucoup d’humilité, avec mes mots, mes pensées d’éveiller l’intérêt sur mon approfondissement de la légende de ces trois mauvais Compagnon du mythe d’HIRAM, épine dorsale de la Franc Maçonnerie, que le Maître Maçon n’a que peu l’occasion d’évoquer tant les réunions en Chambre du milieu sont espacées et rares.

Le récipiendaire est reçu Maître parce qu’HIRAM revit en lui.

Le bien a triomphé du mal, un homme nouveau est né : l’initié.
Il n’est pas sur que le ou les auteurs de la légende aient eu conscience des développements multiples qu’elle pouvait susciter à travers nos différents Rites, mais par une intuition de génie, ils ont créé une œuvre de valeur universelle, je pense avec certitude que les Franc Maçons d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, en ont parfaitement conscience.

Je vais essayer de vous résumez assez rapidement pour ne pas alourdir mon travail, cette tragique mais si fructueuse histoire.
Pour permettre a tous de s’imprégner émotionnellement.

La Lumière qui nous éclairait a disparu. Le meilleur de nos Frères est tombé sous les coups d'infâmes meurtriers et nous sommes, hélas ! Certains que les ouvriers qui ont commis ce crime appartiennent à la classe des Compagnons.
Le Maçon que nous pleurons est celui qui nous éclairait dans nos Travaux nous consolait dans nos afflictions, et qui, dans nos difficultés, soutenait notre courage,
Il a péri, victime du crime le plus détestable.

*Aristote. Traité du ciel

Les trois complices se placèrent chacun à une porte, afin que, si le Maître échappait à l'un, il ne pût éviter les autres.

Ainsi périt l'homme juste, fidèle au Devoir jusqu'à la mort.

Notre très Vénérable a été assassiné pour ne pas donner le mot des Maitres.
Le prétexte me semble bien mince.

En effet, Maitre HIRAM aurait pu, certes sans mentir, car le mensonge est particulièrement odieux dans ces civilisations plus orale qu’écrite et parfaitement inconcevable pour un homme honnête mais il aurait pu les travestir ou les altérer légèrement.
Le lendemain, à la première syllabe, les auteurs de la forfaiture auraient été découvert et traités comme ils le méritaient (pensez y mes Frères, la prochaine fois que vous maltraiterez les mots de semestre qui doivent retourner justes et parfaits).

Quelle valeur représentaient donc ces mots pour qu’il faille mourir pour eux ?
Présent est le respect de la parole donnée, du serment que tous Maçons à contractés.
Notre Rituel nous le rappelle à chacune de nos Tenues.

Je conçois alors à quel point il est indispensable de préserver ces mots, non pas de langage mais de pouvoir créateur.

Et l’on comprend mieux notre prudence à manier les mots substitués, il est plus sage de nous contenter de les épeler aux deux premiers degrés pour ne pas en abuser au degré suivant.

Ainsi les trois premiers degrés, pratiqués lors de nos tenues ont pour objet de donner à l’initié que nous somme tous, les outils qui nous amènent à penser autrement.
Grace à nos outils, nous sommes libérés du carcan des modes de pensées profanes.
Oui mes Frères connaître nos outils, notre Rituel, c’est se confondre avec les choses, avec l’être intérieur.

Sans les trois mauvais Compagnons, point de Maçonnerie, il me semble évident qu’HIRAM les a choisis avec soin saluant d’avance leur hardiesse.
Car pour que le mythe naisse lui sait qu’il faut qu’il meure.

Pourquoi vivre ?, pourquoi la vie ?, question sans réponses utiles, sinon que nous devons nous donner à nous mêmes la réponse que nous requérons.

Savoir, est ce le moyen de justifier la vie à nos propres yeux ?
Pourquoi l’homme veut à tout prix la justifier ?
Pour ce soir je n’ai point de réponses.
Yen a-t-il une ?
Mes frères ce soir je vous demande de m’ouvrir des portes afin que je puisse apporter une réponse qui me sera encore très personnelle.

C’est au troisième degré, celui de Maitre, que débute vraiment pour moi la prise de conscience que je dois aboutir...
Car de la mort de l’homme ordinaire, à la consécration de l’homme initié il y a un très long chemin, je pense que peu d’entre nous arriverons au bout du voyage si vraiment il ya une fin, car tous les hommes ne sont pas initiable faute de temps, de réceptivité ou tout simplement de ne pas pensez, de ne pas ce laisser transporter par nos différentes initiations.

Je pense qu’il y aura toujours ceux qui acceptent humblement, ceux qui refusent catégoriquement, ceux qui ne comprennent pas, mais je suis certain que moi-même, que tous nous puiseront selon notre désir, notre capacité, la récompense d’une compréhension de cœur et de l’esprit.
L’initiation nous invite à voyager en nous-mêmes.
Le travail effectué en Loge est poursuivi par le Franc Maçon au plus profond de son égo.
Le Rituel, voie préparatoire à l’initiation, contient dans sa structure la clé permettant à l’affamé que je suis de décoder le chemin, même si les parcours ne se passent pas facilement en raison des obstacles dont nous sommes porteurs à l’image de Jubelas, de jubelos, et enfin jubelum.

En effet ils affranchissent HIRAM du plan matériel, du plan psychique, du plan mental ; ces trois plans étant ceux du monde profane.
HIRAM ressuscite sur le plan symbolique moment que nous tous avons vécu avec émotion et appréhension.

C’est bien par la mort à la vie profane que le futur Maçon commence son initiation dans le cabinet de réflexion, c’est par une seconde mort symbolique, la mort d’HIRAM, que l’initié parvient à l’Adeptat

Adeptat : Personne qui soutient (une doctrine, un mouvement, une technique sans être bien sur un soutient inconditionnel notre démarche étant sans dogme.)

Les trois Compagnons assassins étant censé représenter l’Ignorance, le Fanatisme et l’Envie, leurs contrastes sont, trois résurrecteurs qui ne pouvaient manquer d’être qualifiés par antinomie :
Savoir, Tolérance, Détachement.
Car ne l’oublions pas tout est symboles.
Cela je l’ai découvert en menant plus avant mes recherches toujours par soif de découverte.

La symbolique de ce passage du Mythe me fait découvrir un nouveau secret intérieur qui m’est propre.
Un nouveau chemin qu’il me faut découvrir, un nouveau moi en devenir.

Je dois redoubler d’effort pour m’instruire encore et toujours, afin de me mettre en état d’éclairer même faiblement les autres, je me dois constamment d’être debout pour combattre l’ignorance, le fanatisme, l’envie de certains hommes avec mes humbles moyens, et surtout enfin à contrôler, dominer les trois compagnons qui sont tapis au plus profond de moi et qui attende la moindre de mes faiblesses pour ressurgir et imposer leurs dominations.

A force de Rite, de Tenue, de Travail je pense que tout les Maitres Maçons ont été véritablement transformés, ils sont devenus de nouveaux hommes.
Je me rends compte que mon apprentissage sera long et méthodique avant de pouvoir espérer me ranger parmi les plus sages constructeurs.

Aujourd’hui je sais apprécier les vraies valeurs, que je pense pouvoir essayer de communiquer aux autres.

En tant que Maitre je me dois, nous nous devons de montrer l’exemple, soyons des instructeurs humbles et toujours présents pour les futurs Maitres, à l’instar de notre modèle HIRAM soyons les bâtisseurs d’une, je l’espère, meilleure humanité.

Les trois mauvais Compagnons sont les acteurs principaux en dehors d’HIRAM bien sur. Le drame, je l’ai vécu dans notre Temple qui est le symbole du Véritable Temple qu’est l’homme.

Maintenant je comprends que chaque Frère, chaque homme, à une partition unique à jouer durant sa vie.
Chacun est responsable de ses motivations, de ses actions et de la qualité de ses influences.
Pour cela nous devons maitriser nos trois mauvais Compagnons, comment ? se diront certains et bien en ayant fait corps avec nos symboles qui sont l’équerre et le compas, le ciseau et le maillet, la perpendiculaire et le niveau, la règle, le levier... et bien d’autre encore, qui mesurent la réalité du moi, qui nous exercent à résister à nos prétentions et visent à maintenir un comportement ou l’humilité est reine.

Apres mure réflexion je comprends enfin que je possède les germes de ma destruction, je peux être le propre assassin de mon hygiène de vie, par mes pensées négatives.

Symboliquement je ne sors victorieux de ce combat qu’après être mort à ma chair, c’est le premier coup porté à Hiram, sur le coté droit.

A mes sentiments, deuxième coup porté à gauche.

A mes idées troisième coup porté au front.

Je n’atteins la Maitrise symbolique qu’au moment de la résurrection.
La réside la nécessité des mauvais Compagnons.

Assassiné par nos outils, mais ressuscité par le contact humain.
La aussi la symbolique est immense.
Le jeune Maitre que je suis est passé de l’équerre au compas, ce même compas qui représente l’élargissement de l’esprit car dans l’ésotérisme rien n’est figé rien n’est définitif dans nos interprétations.
Ces Compagnons on assassiné HIRAM avec des outils bien précis chacun représentant un grade qu’il croyait acquis, qu’il croyait détenir, la ! Étaient leurs erreurs, la ! Pourrait être notre erreur.
A nous de prendre conscience de notre devoir, de notre savoir, de notre expérience et de ne surtout pas survoler furtivement notre Rite qu’est le REAA

Le message des trois mauvais Compagnons, c’est la revendication de mon imperfection présente dans mon intérieur profond, ainsi qu’à l’extérieur, dans notre société.
Je ne peux, nous ne pouvons la combattre si nous l’ignorons.
Le mythe d’HIRAM, des trois Compagnons ma mis sur le chemin d’une évidence fondamentale : leurs messages sont une leçon d’humilité.

C’est aussi l’intelligence que le Travail sans aucun mérite, sans aucune envies, sans cette gloire au travail, rien n’est jamais vraiment acquis.

Un soir un mot, un nouveau mot pour moi m’à été épelé par un frère dont l’expérience est pour moi précieuse, ce mot : l’existentialisme.
L’’existentialisme consiste pour le Maitre à placer l’existence dans la vie spirituelle, dans la conscience, c'est-à-dire la connaissance de sa vie intérieure, de ses intentions de désirs, de ses actes, de sa destiner du moment présent car tout évolues surtout nos pensées nos sentiment

C’est l’épanouissement des acquis que le Franc Maçon à reçut de ses prédécéceurs, de ses Frères Maitre qui ont su le mettre sur la voie, qui ont su épeler les bons mots les bonnes phrases.

Je finirai mon tracé de ce soir, par un passage de DESCARTE qui a écrit : à propos des passions humaines :
" Et maintenant que nous les connaissons, nous avons beaucoup moins de sujet à les craindre, nous voyons qu’elles sont toutes bonnes de leurs natures et que nous n’avons rien à éviter que leur mauvais usage ou leur excès. "

Mes frères le compas ce soir nous démontre bien que nos Symboles se situent par delà le bien et le mal.

J'ai dit V\M\

Source : www.ledifice.net

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L’éthique maçonnique. Le Franc-Maçon entre le doute et la certitude

Publié le 20 Décembre 2012 par Grand Orient de Luxembourg dans Planches

Ce titre et ce sous-titre résument parfaitement le chemin initiatique d’un Franc-Maçon. Ce chemin commence dans le doute, puis se transforme pas à pas en certitudes, qui à leur tour deviennent de l’éthique.

Commençons par le doute.

Quand un profane frappe à la porte d u Temple, cela se passe parfois et peut-être plus souvent qu’on ne le pense, comme ceci.

Avant de poser sa candidature à l’initiation, le profane veut en savoir un peu plus sur la Franc-Maçonnerie. Il commence par lire quelques livres et ensuite essaie d’avoir quelques conversations avec un Franc-Maçon, qui fini souvent par devenir son parrain. La première idée qu’il se fait de la Franc-Maçonnerie est franchement optimiste, car il est persuadé d’avoir à faire avec des personnes irréprochables formant un groupe dans lequel certains problèmes que nous rencontrons régulièrement dans le monde profane, n’existent pas.

Après son initiation, il ne met pas longtemps avant de découvrir qu’en Franc-Maçonnerie tout n’est pas irréprochable et parfait. Les Francs-Maçons sont et restent des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités.

Il est incontestable que le Franc-Maçon aussi peut connaître le doute. Il est certain qu’en Franc-Maçonnerie il y a beaucoup de moments de bonheur, de grandes joies, mais il y a aussi, qu’on le veuille ou non, des moments de déception. Alors, le doute s’installe.

Ai-je fait le bon choix ?

Le doute vu sous cet angle nous ramène immédiatement et tout d’abord vers le « connais-toi toi-même » de Socrate. Il pousse à méditer, à faire une introspection pour tenter d’accéder à une parcelle de vérité après avoir connu des tiraillements internes et des déceptions. La première chose à faire pour surmonter une déception qui engendre le doute, c’est de l’analyser et de chercher les moyens qui permettront de la surmonter. Il suffit souvent d’aller à la recherche des « bons » Maçons : ceux qui cherchent, ceux qui veulent rencontrer les Frères et les Sœurs pour partager la fraternité dans leur différence, ceux qui savent qu’ils sont devenus question pour eux-mêmes. Ils savent qu’ils chercheront sans cesse, jusqu’à la fin. Ils savent que leur seul juge est la voix de leur conscience.

Si nous nous posons cette question, nous devons continuer notre recherche de la vérité. Nous devons continuer à nous efforcer de trouver des réponses à nos questions, à nos problèmes, à nos incertitudes, à nos doutes. Cela ne peut se faire qu’en parlant et en écoutant les autres. Cela ne peut se faire qu’en admettant que personne n’a « la » vérité et que tout le monde a « sa » vérité. Cela ne peut se faire qu’en admettant que tout le monde peut se tromper.

La solution de notre mieux-être se trouve aussi dans la compréhension des rituels, répétés sans cesse au cours de nos tenues ordinaires et de passage de grade. Le fait de revivre ces cérémonies avec plus d’attention, d’en discuter avec des frères plus avertis pour mieux comprendre les messages maçonniques inclus dans ces textes, aide indiscutablement dans la recherche de sa propre vérité.

L’initiation au premier grade est bouleversante, mais elle dégage immédiatement le sentiment que la Franc-Maçonnerie est à la recherche de la perfection. Nous sentons sans très bien comprendre pourquoi, que le doute qui nous envahie, est indéfinissable à ce moment. Nous nous sentons mal dans notre peau.

C’est plus tard que nous comprenons que c’était parce que nous étions passifs vis-à-vis de notre doute. Nous subissions les épreuves de l’initiation. Par la suite, petit à petit, nous avons moins ressenti le doute dont il vient d’être question, car les FF( et les SS( nous ont donné les moyens de croire en l’ordre maçonnique, un de ces moyens étant le TRAVAIL.

C’est plus tard que les phrases suivantes de notre rituel d’initiation au premier grade ont pris tout leur sens :

Désormais, vos efforts doivent se joindre aux nôtres pour accomplir l’œuvre de vérité, de justice, de bonté et de solidarité universelle qui est l’idéal de la Maçonnerie tout entière.

Dorénavant tous les Francs-Maçons vous reconnaîtront comme F( (ou S() constituant un des maillons de leur Chaîne d’Union Universelle. Quant à votre devoir, il est à la fois simple et complexe, clair et exigeant : TRAVAILLER.

Travailler d’abord sur vous-même en vous inspirant du système symbolique de la Maçonnerie. Ensuite, devenir apte à collaborer utilement au Grand Œuvre de l’Ordre Maçonnique.

Venons en à la certitude.

Comme je l’ai déjà dit, il est certain qu’en Franc-Maçonnerie il y a aussi beaucoup de moments de bonheur. C’est là que le doute se transforme en certitude. C’est là que nous nous rendons compte que la Franc-Maçonnerie vaut la peine d’être vécue. C’est là que nous disons : non, je ne me suis pas trompé, j’ai fait le bon choix.

Ces moments de bonheur sont multiples. Souvent cela arrive à l’initiation de profanes, quand deux personnes, qui pour des raisons professionnelles ou des disputes familiales ne se parlaient plus depuis des années, se retrouvent en Franc-Maçonnerie et se réconcilient. Il y a aussi les moments où la solidarité entre FF( et SS( jouent parfaitement pour aider des Maçons, qui sont temporairement en difficulté, que ce soit pour des raisons professionnelles, à cause de maladie ou pour d’autres raisons justifiées. Citons aussi l’organisation de conférences-débats, ouvertes aux profanes, qui se soldent par un franc succès. Ces conférences-débats ont principalement pour thème des problèmes de société ou d’éthique et parfois aussi des questions politiques (par exemple : la montée de l’extrême droite).

Nous pouvons dire aussi avec certitude, que les Loges ont souvent été les laboratoires du progrès social. Des théories forgées dans nos ateliers sont souvent utilisées par nos FF(ou SS(,qui jouent un rôle sur la scène politique, pour préparer des projets de loi, qui sont ou ne sont parfois pas adoptés ou qui subissent nombre d’adaptations. Mais peu importe, les sphères de réflexion et d’activité sont nombreux.

Comme autre certitude, parlons aussi des initiatives ou réalisations du passé imputables, en tout ou en partie, à des Francs-Maçons. Nous pouvons citer :

Pour la Belgique :

- la lutte pour l’enseignement primaire obligatoire et gratuit ;
- la création, en 1834, de l’Université Libre de Belgique ;
- la lutte pour l’émancipation de la femme ;
- la mise sur pied des Centres de Planning Familial ;
- la lutte pour la dépénalisation de l’avortement.

Pour la France :

- la séparation de l’Eglise et de l’Etat ;
- l’école laïque ;
- la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Pour l’Amérique du Nord :

Des Francs-Maçons ont été les acteurs principaux de l’indépendance américaine : Marie-Joseph de la Fayette, Benjamin Franklin et George Washington.

Pour l’Amérique Latine :

- pour l’Argentine : Don José de San Martin (initié en Espagne).
- pour le Brésil : Eusebio de Queiroz, qui est à l’origine de l’abolition de l’esclavage.
- pour le Chili : Bernardo O’Higgins.
- pour la Colombie : Simon Bolivar.
- pour le Mexique : Don Benito Juarez.

Autre certitude, comme le dit le 2ème Surv(à la fin de chaque tenue :

Les êtres passent et disparaissent, la Vérité demeure et la Franc-Maçonnerie traverse les temps et les générations.

En effet, il faut reconnaître que l’histoire de la Franc-Maçonnerie montre que cette institution a traversé les siècles sans perdre son caractère initiatique et fraternel. La pratique maçonnique mène incontestablement vers la pratique de l’humanisme et de l’altruisme. Au sein de nos sociétés où règne souvent le repli sur soi et qui sont à la recherche d’une éthique nouvelle, la Franc-Maçonnerie apparaît comme un sérieux antidote à l’individualisme, au désespoir et à l’immobilisme.

Si nous continuons notre travail en suivant ces principes, nous pouvons être certains que la Franc-Maçonnerie continuera à traverser les temps et les générations.

La Franc-Maçonnerie ne nous a jamais déçus et ne nous décevra jamais. Il n’y a que des Francs-Maçons qui parfois nous déçoivent.

Et nous en arrivons à l’éthique.

C’est par la méditation, la discussion avec les autres, la réflexion que le doute se transforme lentement en certitude et que la certitude devient vérité, devient éthique. Comme Jacques Monod, je dirai donc que l’éthique, c’est la quête incessante de la vérité.

Le terme « éthique » est utilisé à tout bout de champ : il y a l’éthique professionnelle, l’éthique de l’environnement, l’éthique militaire, l’éthique de l’information, la bio-éthique, l’éthique sociale, l’éthique commerciale, l’éthique de l’économie, l’éthique maçonnique etc. Ce terme est sans cesse confondu avec ceux de loi, de règlement, de principe, d’interdit fixant des droits et des devoirs.

Il nous faut donc retourner à la source de toute éthique dans la pensée humaine ; la philosophie.

L’éthique implique une réflexion critique sue les comportements. L’éthique est la partie de la philosophie qui étudie les fondements de la morale.

En pratique, la morale ou les morales concernent des valeurs, des principes, des règles, des normes régissant nos comportements.

L’éthique appliquée est ce qu’il convient de faire pour tendre vers le bien dans un champ d’application particulier. Il s’agit d’une démarche individuelle ou de groupe tenant compte et influencée par notre culture, notre religion, les obligations légales, les pratiques sociales de notre communauté et les pratiques institutionnelles, nos règles déontologiques.

Citons « Ethique et valeurs » de Suzanne RAMEIX : l’éthique n’est ni une science, ni une technique, ni un système de règles institutionnelles comme le droit ou la déontologie. Pourtant elle est bien l’objet d’un travail rationnel sur les valeurs. (Fin de citation).

Partons rapidement à la recherche de quelques-unes de nos valeurs de notre horizon normatif commun dans notre civilisation.

Citons pour cela quelques extraits de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, sans distinction aucune notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique, etc. Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants. Chacun à la droit à la reconnaissance en tout lieu de sa personnalité juridique. Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ni d’atteinte à son honneur et à sa réputation. Toute personne à droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. »

Aborder l’éthique, aborder les fondements de la morale :

C’est interroger nos connaissances des choses et des hommes en utilisant nos facultés de jugement et de discernement, faire la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est bien et ce qui est mal.
C’est entrer dans le monde de l’action et s’interroger sur ce que nous pouvons faire ou ne pas faire.
C’est entrer dans un espace intérieur, dans notre propre exigence de vérité qui nous fait tâtonner, chercher à comparer et à comprendre.
L’éthique est donc à la croisée de trois domaines :
Notre besoin de comprendre une situation ;
Notre pouvoir d’agir sur cette situation ;
Et notre propre exigence de vérité.

La dimension éthique ou morale est une des spécificités de l’espèce humaine. Les religions ainsi que les philosophies ne s’y sont pas trompées. Etrangement le mot ”éthique” est aujourd’hui accepté dans le discours, alors que le terme ”moral” est souvent rejeté au nom d’une connotation vaguement religieuse ou bien pensante. Ce sont pourtant deux termes qui étymologiquement sont dérivés de la même idée.

"Ethique" vient du grec "ethos" et "morale" vient du latin "mores" qui tous deux signifient ce qui a rapport aux mœurs, aux comportements humains, à la façon de vivre.

Cela ne nous explique pas la différence entre morale et éthique. Quelle est cette différence ?

La morale se fonde sur la notion de bien et de mal ”en soi”, c’est à dire : est bien ce qui a été reconnu comme étant bien par la collectivité.
L’éthique se rapporte d’avantage à ce qui peut être bon ou mauvais ”pour soi”. Ici la priorité est donné à ce que la personne considère comme étant bon ou mauvais pour elle même.

La morale nous aide à répondre à la question ”que dois-je faire”.
L’éthique cherche la réponse à ”comment dois-je vivre”.

La morale tend à promouvoir la vertu. L’éthique tend à favoriser le bonheur. La morale tient pour idéal le bien-être.
L’éthique tient pour but ultime la sagesse.

Pour en finir, je dirai ceci :

L’éthique est universelle. Elle s’énonce donc au singulier. Elle a une visée réflexive et propose un comportement personnel selon la conscience de chacun. L’éthique est cohérente. Elle prend en compte des éléments apparemment sans lien, des paradoxes, pour une cohérence plus élevée que celle envisagée à première vue, par exemple : souhaiter la mort de quelqu’un qu’on aime parce qu’il souffre atrocement. L’éthique réhabilite les fonctions cordiales et symboliques entre les personnes.

Et que dire de l’éthique maçonnique ? Sommes-nous concernés ?

Dessinons un triangle avec la base vers le haut et la pointe vers le bas. En haut, à gauche, nous inscrivons ”JE” et à droite, nous inscrivons ”TU”. En dessous de la pointe en bas, nous inscrivons ”IL”.

JE : c’est moi et je suis dans ma propre espace de liberté.
TU : il ne peut y avoir de liberté pour JE sans le TU. Je dois admettre que ma liberté s’arrête là où commence la liberté de l’autre.
IL : la confrontation de ces deux libertés ne peut être féconde et durable, que si un tiers scelle et légitime la reconnaissance de l’autre. Ce tiers fait référence aux idées, aux valeurs, à la spiritualité.
JE, c’est moi. TU, c’est le frère ou la sœur en face de moi. IL, c’est le vénérable maître, c’est l’engagement maçonnique.

Dans un rituel du Grand Orient de Luxembourg, écrit à l’occasion de l’Assemblée Générale du CLIPSAS qui a eu lieu à Luxembourg le 28 mai 1995, le Vénérable Maître demande au Frère Orateur :

”Frère Orateur, veuillez énoncer les sept piliers de la Sagesse, tels qu’ils furent énoncés le 4 mai 1986 au Palais de l’Europe à Strasbourg et qui constituent les fondements de l’éthique maçonnique libérale.”

Réponse du Frère Orateur :

”Les principes fondamentaux sont :
La tolérance.
Le respect des autres.
L’attachement à la liberté.
Le sens de la liberté.
Le désir du progrès humain.
La pratique de la fraternité.

Le principe démocratique.

Rappelons que le 4 mai 1986 au Palais de l’Europe à Strasbourg a eu lieu l’Assemblée Générale du CLIPSAS, célébrant son 25èmé anniversaire. En réponse aux exclusives de Londres dans ses landmarks, le CLIPSAS donnait ainsi les landmarks de la Maçonnerie libérale.

La liberté, nous venons d’en parler.
La tolérance n’est pas inconditionnelle. Qu’est-ce qui est tolérable pour moi ? Et pour les autres ?
C’est mon éthique qui va me proposer mon comportement après réflexion.
La fraternité entraîne automatiquement la complaisance. Par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?
Encore une question d’éthique.

Voici deux citations.

La première est une phrase prononcer par un Frère lors d’une émission radiophonique sur France Culture ayant pour thème la définition d’une Loge. Ce Frère disait : « Une Loge est l’endroit où l’on se forge son éthique ».

La deuxième est de Mathieu RICARD : « Les fondements de l’éthique sont très simples. Il n’y a pas de bien et de mal en soi. Il n’y a de bien et de mal qu’en termes de bonheur et de souffrance à autrui et à soi même ».

Le Franc-Maçon doit rester cohérent avec lui-même. Il doit rechercher les bases naturelles de l’éthique, délivrée de toute considération métaphysique. Selon Jean-Pierre Changeux, « ce n’est somme toute, que réactualiser la démarche des Lumières ».

A la fin de notre rituel au 1er grade, le V\M\ dit ceci:

Mes SS\ et mes FF\, n’oublions pas que notre travail maçonnique ne s’achève pas au moment où se ferment nos tenues. Il se continue, se perfectionne, se développe dans la constante amitié de nos SS\ et nos FF\, ainsi que par notre exemple, notre action et notre enthousiasme dans le monde profane.

Il ne s’agit donc pas de gérer le quotidien. Gérer le quotidien, c’est le rôle des parties politiques.

Notre travail, c’est de réfléchir sur l’avenir et le développement de la société. C’est pour cette raison que les obédiences maçonniques ont consacré une grande partie de leur temps à la réflexion sur des projets de société tels que l’accouchement sans douleur, la contraception, le droit de cité de la sexualité, le droit à l’avortement, les dons d’organes et plus récemment le droit de mourir dignement à son heure. Il s’agit donc de conduire au mieux-être des hommes et pourquoi pas, au bonheur.

Les droits de l’homme et du citoyen ont été élaboré en Loge. Ils ont été rédigés dans le but de protéger l’homme contre les abus de pouvoir. Les philosophes du siècle des Lumières ont mûri lentement ces droits, faisant ainsi évoluer la société civile. De la même façon les Francs-Maçons, en demandant à leurs amis politiques de s’inspirer de leurs réflexions dans le monde profane, ont fait que l’éthique se substitue à la souveraineté de la Monarchie d’abord et à l’Eglise ensuite.

La Franc-Maçonnerie à travailler en sorte pour que le respect de la vie et des droits de l’homme apparaisse comme un grand moment de l’histoire universelle.

Une nation qui se détournerait de l’universel, renoncerait « à travailler à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité » comme cela est dit dans notre rituel.

Source : www.ledifice.net

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Cathares

Publié le 19 Décembre 2012 par P\ G\ dans Planches

INTRODUCTION

Il m’a été demandé de plancher sur les cathares, pas sur le catharisme
Comment aborder l’évocation de ces hommes et de ces femmes disparus depuis huit siècles ?
Comment distinguer les faits historiques des mythes en sachant que l’histoire n’est pas une science exacte et que les sédiments que l’on peut fouiller sont érodés par le temps.

Mon ouvrage comporte une première partie de recherche se référant à quatre contextes :

Le contexte géographique : qu’entend t on par pays cathare, quels étaient ses habitants
Le contexte historique, l’identité cathare est celle d’une adhésion particulière à une hérésie : quand et par qui ?
Le contexte ethnologique, ces hommes et ces femmes avaient des habitats, des modes alimentaires, des rites, des hiérarchies : comment vivaient t ils ?
Le contexte mythologique, la place des cathares dans l’histoire et dans la société dépend beaucoup des narrateurs et le regain d’intérêt pour ce thème est somme toute récent.

Pourquoi une réflexion sur les cathares concernerait elle la maçonnerie ?

Ces hommes avaient pris une certaine liberté par rapport aux dogmes et aux pouvoirs et cette attitude trouve une résonance particulière pour un franc maçon.
Les écrits antimaçonniques, dans leur tradition d’amalgame, ont souvent évoqué la maçonnerie comme une forme d’hérésie ou de religion de substitution. Bien que tous les fondamentalistes ne soient pas de farouches adversaires de la franc-maçonnerie, beaucoup d'entre eux y sont opposés en considérant que les principes, les symboles et les rites de la foi chrétienne et ceux de la franc-maçonnerie sont radicalement divergents et donc inconciliables. Adhérer à la franc-maçonnerie constitue, par voie de conséquence, une faute grave pour le fondamentalisme. Pour légitimer leur combat contre la franc-maçonnerie, les antimaçons fondamentalistes mêlent arguments religieux, philosophiques et politiques, auxquels s'ajoutent un grand nombre de préjugés ainsi que des attaques injustifiées.
Anagogie :
Toutes les expériences humaines nous sont profitables et le fait que par dérision on surnommait ces hommes des cathares, c'est-à-dire des purs, que eux même distinguaient entre eux des « parfaits » et que leur idéal était un idéal de perfection peut nous stimuler sur le chemin maçonnique.

GEOGRAPHIQUEMENT

Pour les Français, Le Pays Cathare et le catharisme recouvrent une vaste région française de la Méditerranée à Toulouse et de l'Aveyron à la Catalogne. Apparu au XIe siècle en Italie du Nord, le catharisme occitan s’organise au concile de Saint Félix de Caraman en 1167. Au cours de ce concile, présidé par l’évêque bogomile Nicétas de Constantinople, le catharisme s’organise en une véritable Eglise avec quatre évêchés (Albi, Agen, Carcassonne et Toulouse).
Les origines du catharisme se perdent dans un labyrinthe d'influences orientales complexes et lointaines, qui se propagèrent aux XIe et XIIe et s'installèrent solidement en Languedoc en 1160. Si le catharisme a autant de secrets on le doit aux parfaits qui formaient le "clergé cathare" et protégeaient avec soin leurs documents. On constate plusieurs variantes de ce mouvement, en Bulgarie, en Grèce, en Italie en Catalogne mais aussi en Rhénanie où il ne dépasse pas le stade de l'implantation. C'est donc au sein du monde occidental et surtout autour des rivages méditerranéens que cette religion a connu une certaine vitalité. Pourchassés en Europe, éliminés méthodiquement, ils trouvent dans le Sud de la France un foyer de relative tranquillité. Ils sont reçus et encouragés par de nombreux petits seigneurs. De grands princes sont soupçonnés de leur être favorable ou de ne rien faire pour les empêcher de prêcher sur leurs terres.
Ce qui a laissé le souvenir de l’épopée cathare est une empreinte de feu et de sang qui a marqué à jamais ce pays d’oc .Béziers qui avait adopté une attitude bienveillante à l'égard des cathares et des vaudois fut la première victime de l'armée des croisés qui le 22 juillet 1209, la mit à sac, détruisant par le feu la Madeleine et la cathédrale Saint Nazaire qui s'effondra ainsi que les habitants qui s'étaient réfugiés dans la cathédrale .L'épisode est resté dans la mémoire collective sous le nom de grand mazel," la grande boucherie. Lavaur est prise par Simon de Montfort le 3 mai 1211 ; les chevaliers occitans sont pendus, la seigneuresse, dame Guiraude, jetée dans un puits ; un bûcher collectif brûle 400 Parfaits. Simon de Montfort s’empare ensuite du castrum des Cassès, près de Saint Félix dans lequel s’étaient réfugiés de nombreux cathares, entre 60 et 80. Le château est pris et les Parfaits brûlés. La brutalité de Simon frappe de terreur les populations.Les atrocités de Bram, au printemps 1210, sont bien connues ; conduits par la comtesse Alix de Montfort, des renforts importants sont parvenus aux Croisés qui occupent à nouveau Alzonne qui s’était soulevé, puis se présentent devant Bram. Situé en plaine, le castrum circulaire ne bénéficie d’aucune protection naturelle, d’où sa faiblesse et la brièveté des combats ; le premier assaut Croisé emporte la place. Parmi les prisonniers il y avait un clerc français qui, à Montréal, avait trahi la cause des Croisés en livrant la ville au seigneur occitan légitime, mais dépossédé (faidit), Aimery. Simon lui fit payer cher sa trahison en le trainant dans la ville attaché à la queue d’un cheval, puis on le pendit.
Simon voulut encore venger la mort atroce de deux chevaliers français qui avaient été faits prisonniers à Puisserguierpar Guiraud de Pépieux ; les deux hommes avaient été atrocement torturés à Minerve en leur crevant les yeux, coupé les oreilles, le nez, la lèvre supérieure et en les renvoyant nus à Carcassonne ; Guiraud sera pendu par les soldats du roi en 1240, à Buc. Simon n’a pas oublié cet acte horrible et il prend une centaine de prisonniers occitans de Bram auxquels on creva les yeux et coupa le nez ; l’un d’entre eux conserve un oeil pour guider ses malheureux compagnons mutilés jusqu’à Cabaret, vers les trois châteaux de Lastours qui refusaient toujours de se rendre à la Croisade. Simon de Montfort s’enferme dans le château de Castelnaudary, situé au sommet de la colline du Présidial ; il compte sur l’arrivée de renforts croisés avec lesquels il affrontera les Occitans en rase campagne ; il les écrasera en utilisant la force redoutable et invincible des Croisés : la cavalerie lourde. Les Occitans remporteront une victoire unique, à Baziège en 1219. Enumérer tous les lieux porteurs de cicatrices : Minerve, Montségur, Carcassonne, Toulouse, Albi, Queribus, Peyrepertuse entrerai dans le cadre de l’évocation touristique. Le bilan géographique de cette période de troubles nous fait constater de multiples fractures au sein de la communauté occitane et sa colonisation par les barons du nord. Lors de la croisade contre le catharisme, Durban choisira la bannière de Simon de Montfort le pays cathare n’était pas le pays des cathares, c’était le pays où l’on pourchassa les cathares, on les brûla on les pilla mais comme Carthage, brûlée et rasée, comme les wisigoths écrasés par les francs ils ont laissé une trace indélébile dans l’histoire.

HISTORIQUEMENT


Après le déclin de l'Empire romain, la Gaule fut successivement envahie par diverses peuplades venues de l'Europe centrale ou de l'Est ainsi que d'Asie. Les Wisigoths arrivés en Occident au IVe siècle, après avoir pris l'Italie et Rome, ils s'installèrent à Toulouse en 413. Battus par Clovis en 507 à Vouillé, ils ne conserveront que l'ancienne province romaine de Narbonne et l'Espagne.
Les Wisigoths en furent chassés par les Sarrasins au début du VIIIè siècle. Ces derniers repassèrent les Pyrénées une vingtaine d'années après Poitiers (732), battus par Charles Martel puis par Pépin le Bref. Charlemagne, leur successeur, reprit le flambeau et rebâtit un vaste empire d'Occident réunissant la Germanie et la France du Nord au Sud. A sa mort, ce vaste territoire se morcela. L'autorité royale déclina constamment en France. Les vassaux devenaient plus puissants que le Roi. Parmi eux, les Comtes de Toulouse. A la fin du XIème siècle, un grand mouvement ébranle toutes les couches sociales de la société médiévale à savoir les Croisades (1ère en 1095) qui visaient en principe à délivrer les Lieux saints de la domination musulmane. Au XIIème siècle, le Comté de Toulouse est une région où le commerce et l'agriculture se redressent. Les croisades et la navigation commerciale vont ramener des terres étrangères des idées nouvelles. Si l'Eglise a pu susciter l'élan des Chrétiens partant guerroyer en Palestine, elle s'est également installée comme pouvoir temporel possédant terres, abbayes et droits de taxation. En Languedoc, la culture, née d'une certaine richesse, et une forme de tolérance fleurissent. Les troubadours sont prisés. Ils sont à côté des clercs, les intellectuels du Languedoc .
Leurs textes subliment l'amour courtois tout en faisant preuve d'impertinence, par exemple vis-à-vis des prêtres En Languedoc les partisans d'une hérésie dualiste ne sont guère inquiétés. L'esprit méridional plus tolérant et les restes de la domination des Wisigoths, dualistes, en sont des éléments partiels d'explication tout autant qu'une noblesse assez anticléricale. Dès le début du XIIème s., les idées hérétiques qualifiées de cathares s'implantent plus largement dans les populations languedociennes qui sont séduites par une religion qui ne perçoit pas la dîme ecclésiastique, qui parle la langue du peuple plutôt que le latin et veut montrer l'exemple d'une vie religieuse plus proche de la lettre des Textes sacrés. Ces idées ont peut être été ramenées par des Croisés au retour d'Orient. En 1177, le Comte Raimond V constate que "l'hérésie a pénétré partout. Elle a jeté la discorde dans toutes les familles ... des prêtres eux-mêmes cèdent à la tentation. Les églises sont désertes et tombent en ruine ".L'Eglise de Rome tente des campagnes de reconversion mais sans grand succès. Ses incitations à mener le combat contre l'hérésie ne recueille alors guère d'écho. En 1179, lors d'un Concile de LATRAN, le pape Alexandre III aurait déjà engagé, en vain, le peuple chrétien à prendre les armes contre les hérétiques.
La tragédie cathare sera le résultat de tous ces éléments, mêlés dans le Languedoc, tel un mélange explosif dont l'aspect religieux ne sera manifestement qu'un des éléments. L’histoire ne se répète pas mais souvent elle bégaie. Quand Clovis vainquit Alaric II, Roi des Wisigoths, à Vouillé en 507 il tuait là un autre chrétien, arianiste. L’arianisme d’Arius considère que Jésus est un homme dans lequel s'incarne la Parole de Dieu, suivant le prologue de l'évangile selon Jean. la contestation entre Trinitaires et Ariens évolue vite vers le domaine politique. Il domine l'histoire de l'Église institutionnelle au IVe siècle. L'empereur Constantin Ier, qui souhaitait éviter les désordres religieux, aida à la tenue du Concile de Nicée I en 325 pour que l'Église unifie sa position. Il favorisa ensuite le parti d'Athanase qui avait procédé à l'excommunication d'Arius (c'est à l'occasion de ce concile que le mot hérésie trouva un sens péjoratif). Le terreau de la terre wisigothe arianiste semblait idéal pour l’accueil du catharisme. La théologie cathare provient d'un travail de recherche scripturaire, centré sur l'Évangile selon Jean, c'est une interprétation très différente des évangiles de celle de l'église catholique. Pour cette dernière, la doctrine cathare est plus pernicieuse que celle des infidèles (juifs et musulmans) : tout en étant chrétiens, les cathares interprètent différemment certains articles de foi et contestent la doctrine des sept sacrements que les théologiens catholiques ont fixé dès le début du XIIe siècle. Quelques points sont communs à l'ensemble des croyances cathares : Dieu a créé uniquement le monde invisible et éternel, ainsi que les créatures qui le peuplent, les anges. Parmi eux, l'un pèche par orgueil en se révoltant contre le Père afin d'égaler sa puissance : c'est le diable. Cet ange déchu est alors expulsé du ciel, entraînant dans sa chute ceux qui l'avaient suivi dans sa révolte. Introduits dans des corps charnels fabriqués par le diable, ces anges deviennent les âmes des hommes et des femmes.

ETHNOLOGIQUEMENT

Le contexte ethnologique, ces hommes et ces femmes avaient des habitats, des modes alimentaires, des rites, des hiérarchies : comment vivaient t ils ?
Dans son ouvrage Montaillou village occitan, L’historien Leroy Ladurie nous décrit un village du XI eme siècle on peut y lire la vie quotidienne, l’habitat, les habitudes alimentaires de l’époque. Les cathares se devaient de vivre une règle particulière quand il décidaient de s’engager comme « parfaits ».Étant ordonnés, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siècle. Ils sont en effet astreints au travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considérable pour leur prédication, en les maintenant au contact de la population qu'ils vont chercher à convertir. Cela leur rapportera également, tout simplement, l'argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se déplacer et, avec les dons et les legs, de créer les conditions de l'existence d'une hiérarchie. Par contre la pauvreté personnelle était prescrite.
Les cathares vivaient dans des « maisons de parfait(e)s », intégrées aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prêcher, et leur servaient d'atelier. Des jeunes y étaient envoyés par leurs parents simples fidèles ou déjà ordonnés, pour leur formation en vue de leur propre ordination.
Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses épouses nobles et leur progéniture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n'étant pas reconnu, elles se séparaient simplement de leur mari, généralement lui-même simple croyant.
Le consolament des mourants pouvait être conféré dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolé était transporté et y mourait.
Lorsque vint le temps des persécutions, les parfaits durent se cacher chez des fidèles, mais ils y payèrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prêche et l'enseignement.
Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Ils étaient astreints à la chasteté, et devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cette prédication au coin du feu de deux personnes de même sexe conduira à l'accusation de bougrerie (homosexualité) fréquemment enregistrée dans les registres de l'Inquisition.
Ils ne devaient pas mentir, s'abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inévitablement à l'édification des chrétiens, bien que le catharisme toucha essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la dernière période. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, mais cela s'appliquait également aux animaux.
Ils devaient également ne pas mentir, ce qui en conduisit plus d'un au bûcher. En effet, les inquisiteurs apprirent à utiliser cette règle, ainsi que l'interdiction de jurer.
Dernière obligation faite surtout aux hommes : la prédication. Les parfaits devaient prêcher le salut par l'ordination du consolament et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également étant invités par des fidèles ou sur la place publique.
Finalement, trois carêmes annuels étaient pratiqués
Sur le modèle de l'Eglise primitive, les Eglises cathares étaient administrées par une hiérarchie d'évêques et de diacres. Les évêques revendiquent en droite ligne des Apôtres le droit d'ordonner. Chaque évêque est assisté par deux coadjuteurs : ses fils majeur et mineur qui lui succèdent à sa mort. Le territoire de l'évêché est réparti en un certain nombre de diacres qui servent de relais entre les fidèles et l'évêque.
Les prêtres cathares (ou " Parfaits ") qui ont reçu le consolament se qualifient eux-mêmes de " bons chrétiens " ou de " bons hommes ". Ils ont le pouvoir de baptiser et de transmettre la doctrine cathare aux fidèles (" les croyants "). Lorsqu'un croyant rencontre un Bon Homme ou une Bonne Femme, il les salue d'une triple demande de bénédiction en s'inclinant trois fois devant eux : c'est le melhorier (amélioration). Les fidèles appartiennent au peuple chrétien de base. Ils ne renient en rien leurs engagements catholiques antérieurs mais ont le sentiment d'accéder à un meilleur état de chrétien grâce au sacerdoce des Bons Chrétiens.

MYTHES CATHARES


Certains pensent que des Parfaits ont relancé la pratique cathare
Après l'éradication des hérétiques par l'Inquisition, à la fin du XIIIè siècle, des Parfaits originaires d'Italie ont prêché de nouveau. Avant de connaître le même destin que leurs frères dans la foi : le bûcher. Les derniers Parfaits dissimulèrent leur foi derrière la façade du christianisme. Belibaste, l'ultime Parfait, fut brûlé en 1321 à Villerouge-Termenes, suite à la trahison dont il a été l'objet lors de sa fuite en Catalogne.
Les Cathares ne menaient pas tous une vie d'ascètes
L'ascèse était réservée aux Parfaits, l'élite cathare, appelés également "les élus" ou "les purs".
Pour se libérer du monde, ils pratiquaient le jeûne, l'abstinence sexuelle, et ne mangeaient pas de chair animale. Même les évêques, élus par les Parfaits et administrateurs des diocèses, n'étaient pas soumis à une telle rigueur. Les autres adeptes, eux, étaient autorisés à la plus grande liberté dans leur comportement.
Les défenseurs cathares face aux croisés ne furent pas les Templiers, les Templiers vivaient à la même époque que les Cathares mais pas du tout au même endroit. Créés en 1118, ils avaient pour mission d'assurer la protection des pèlerins en Terre sainte. Ils devinrent vite riches et puissants, au point de gêner Philippe le Bel. Ce dernier les fit arrêter et leur grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé en 1307. Certains passionnés d'ésotérisme supposent que quelques-uns auraient pu s'enfuir avec leur trésor, le Saint Graal, qu'ils auraient dissimulé ... en pays cathare.
Si des mythes ont magnifier le souvenir des cathares, d’autre mythes eux les ont dénigré et même contesté leur existence.
Comme tous les événements de l'histoire, le catharisme n'est pas figé dans sa compréhension. L'étude des multiples manières d'appréhender un sujet historique s'appelle l'historiographie, l'histoire de l'histoire. Celle du catharisme est particulièrement importante pour bien comprendre la diversité des points de vue auxquels on peut se raccrocher quant à la définition même du catharisme.
"Les groupes humains produisent des représentations d'eux-mêmes qui ne reflètent pas un donné objectif mais ressortissent au champs de l'imaginaire social.... Il existe également une légende du catharisme intégrant constamment le passé dans le présent où elle se déploie."
Charles Schmidt a le mérite d'avoir écrit et publié en 1849, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois . Le catharisme était alors considéré comme une secte dualiste, fort éloignée du christianisme. C'est d'ailleurs de cette vision que s'inspirent encore de nombreux dictionnaires...
Napoléon Peyrat, avec ses trois volumes de l'Histoire des Albigeois a d'orienté les nouvelles visions du catharisme, dans un courant plus romantique. C'est lui qui donne un rôle clé à Montségur, qui n'avait pas d'importance particulière auparavant. C'est également lui qui "invente" Esclarmonde, fille du comte de Foix, qui aurait pris une forme de colombe lors de son trépas. Des ossements de la nécropole préhistorique de Lombrives, il fait les restes des derniers faydits, murés dans la grotte sur l'ordre du sénéchal de Carcassonne. Aujourd'hui, notre vision analytique nous oblige à ranger les ouvrages dans des catégories et celui-ci se voit donc tout naturellement dirigé vers celle de l'imaginaire romantique. Peu avant 1900, Joséphin Péladan ressuscite l'ordre de la Rose + Croix et intègre le catharisme à l'occultisme. Il greffe sur Montségur la légende du Graal et identifie la montagne sainte de l'Ariège et le Montsalvat de Lohengrin et de Parzifal. La spécificité cathare a nourri la revendication occitane comme la spécificité « bogomile » les revendications bosniaques
« Dans l’histoire serbe il y a peu de problèmes qui seraient sortis du cadre scientifique dans la même mesure que l’invention des soi-disant «bogomile » ou «patarins» dans la Bosnie médiévale ou Hum. Il semble incroyable que, sur base de si peu d’éléments initiaux, on a construit un système grandiose des non- et semivérités, qui était jusqu’à ces derniers temps une vérité «scientifique» officielle et intangible, répétée à la perroquet depuis l’école élémentaire jusqu’ à l’université. »
La prudence doit nous inciter à se méfier des jugements sommaires.


CATHARES ET FRANC MACON


Un extrait d’une Lettre pastorale et mandement de Monseigneur l’Evêque de Carcassonne relative à la Franc-Maçonnerie ,signée Félix Arsène Billard et datée de 1884 pose le problème.
Il s’agit d’un avertissement adressé aux paroissiens du diocèse de Carcassonne afin de les mettre en garde contre cette relativement nouvelle société humaniste qu’est la Franc-Maçonnerie.
Mgr Billard identifie la Franc-maconnerie comme l’héritière du catharisme et, de fait, elle doit être
combattue comme l’a été cette religion au XIIe siècle: « Pourquoi les Francs-Maçons qui descendent en ligne directe de l’hérésie Albigeoise et qui ne sauraient renier leur filiation, ne seraient-ils pas aussi désarmés, vaincus, ou plutôt convertis ?
Les cathares théorisaient l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan. L'homme n'est qu'un esprit enfermé dans la matière par la ruse du Malin. Les cathares veulent libérer l'homme de la matière et lui rendre sa pureté divine. Avec le "consolament", les cathares sont ramenés à la lumière.
Le catharisme prétend être l’authentique christianisme. Ses livres saints sont la bible (Nouveau Testament, uniquement) et les évangiles, principalement celui de Saint Jean.
Le catharisme pose comme principe de base que Dieu, infiniment bon, créateur de l’univers, ne peut être à l’origine du mal. Celui-ci est l’œuvre d’un ange déchu, le démon, qui aurait entraîné dans sa chute d’autres anges et le tiers des âmes créées par Dieu (cf. Apocalypse de Saint Jean). Les cathares pensent que ces âmes, tombées à terre, s’incarnent dans le corps des hommes. Elles ne pourront retrouver leur place au ciel qu’après s’être purifiées. Cette théorie dualiste s’oppose au dogme de l’Eglise officielle, où Dieu est seul créateur du monde. Pour un cathare, l’homme ne peut échapper à l’emprise du mal et accéder au spirituel qu’en se détachant du monde et de la chair. La mort représente l’anéantissement du mal.
L’exercice de la liberté est une revendication maçonnique , l’appellation franc maçon en anglais est sans équivoque : free masson : maçon libre. Chacun a pu entendre cette affirmation :Un maçon libre dans une loge libre.
Parmi les diverses façons de concevoir la liberté, on peut en distinguer quatre, auxquelles, croyons-nous, toutes les autres se ramènent: le libre arbitre, tel que le conçoit Fénelon en s'inspirant des thèses scolastiques; la liberté de perfection; la liberté comme attribut fondamental de l'esprit; et enfin la liberté comme faculté de choix transcendantal.
Il apparaît que c’est cette dernière qui guidait les parfaits.
«Par-dessus l'infinité de l'espace et du temps, l'amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir. Il vient à son heure. Nous avons le pouvoir de consentir à l'accueillir ou de refuser. Si nous restons sourds il revient et revient encore comme un mendiant, mais aussi comme un mendiant, un jour il ne revient plus.»
On peut convenir que la conception de la liberté est une adhésion individuelle et que le libre arbitre est celle qui est le plus souvent revendiquée dans les loges.
Pour les maçons du rite écossais rectifié de la GLTSO, la liberté comme faculté de choix transcendantal semble possible mais n’apparaît que chez quelques frères qui nous semblent « parfaits ».
N’ayant pas de loges de « perfection » nous avons le devoir de porter parmi les hommes les vertus dont nous avons promis de donner l’exemple, chose plus facile à dire qu’a faire.
Peut être quelques lignes lues dans les pages précédentes ont elles provoqué chez certain un phénomène d’écho comme : Le catharisme prétend être l’authentique christianisme. Ses livres saints sont la bible (Nouveau Testament, uniquement) et les évangiles, principalement celui de Saint Jean.
Que l’on trouve ouvert sur le plateau du vénérable
Le catharisme pose comme principe de base que Dieu, infiniment bon, créateur de l’univers, ne peut être à l’origine du mal. Celui-ci est l’œuvre d’un ange déchu, le démon, qui aurait entraîné dans sa chute d’autres anges et le tiers des âmes créées par Dieu (cf. Apocalypse de Saint Jean).
Thèse que l’on rencontre dans le traité de la réintégration de Martinez de Pasqualy
Les cathares théorisaient l'existence d'un principe "mauvais" à l'origine du monde matériel. Au Dieu bon qui règne sur le monde spirituel, s'oppose le monde matériel gouverné par Satan
Ce que l’on peut illustrer par un pavé Mosaïque.

Anagogie
Le désir de perfection
Parfait et parfaite


Etaient parfaits ou parfaites ceux qui avaient reçu le Consolamentum. Les parfaits ne mangeaient pas de viande ou dérivés sauf le poisson. Selon eux, le fait de manger de la viande animale revitalisait ses instincts brutaux. Ils ne devaient pas influencer la justice humaine (par exemple siéger dans les tribunaux, à la différence du clergé catholique, très impliqué dans les affaires temporelles).
Sorte de pasteur de l'Eglise cathare, les parfaits et parfaites ne se sont jamais appelés de cette manière mais se présentaient comme des Bons-Hommes et Bonnes-Femmes, ou Bons chrétiens et Bonnes chrétiennes.
Les parfaits se devaient de respecter scrupuleusement un mode de vie d'ascète :
. ne pas avoir de liaison charnelle
. ne pas consommer d'aliments carnés (ils se nourrissaient exclusivement de poissons et de légumes et faisaient de nombreux jeûnes)
. ne pas pratiquer l'homicide y compris des animaux (considéré comme le péché le plus grave)
. ne pas succomber à la lâcheté devant la souffrance et la mort
. ne pas mentir ni jurer
. et surtout consacrer leur vie au spirituel (nombreuses prières, aider les autres, ...).

Et puis chercher toujours Sans regret ni remord pour l’or d’un mot d’amour


VM J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Les Cathares et le catharisme

Publié le 19 Décembre 2012 par M\ Bag\ dans Planches

Introduction

 

Les Cathares ont vécu en Languedoc de l’an 1000 à 1300 et ont été considérés comme de dangereux hérétiques par la hiérarchie catholique. Ils ont fait l’objet d’une répression d’abord souple, avec la complicité de la noblesse locale rapidement gagnée à leurs idées, puis féroce jusqu’à leur extinction et l’anéantissement de leurs traces.

Le catharisme a été non seulement un fait religieux mais aussi une réalité sociale et politique, qui s’est répandue du Languedoc au nord de l’Italie. Incapable d’enrayer la progression de l’hérésie par la prédication anti-cathare, le pape Innocent III va appeler en 1209 les chrétiens du Nord à la croisade contre ceux qu’on appellera plus tard les Albigeois pour éradiquer cette Eglise par le glaive. Puis, devant l’insuccès de 20 ans de croisade, son successeur Honorius III va instituer des tribunaux ecclésiastiques spécifiquement créés pour l’occasion, ceux de l’Inquisition.

La victoire sera totale puisque dès le XVIème siècle, l’église cathare n’existe plus en tant qu’institution. Par contre, la philosophie et les principes du catharisme suscitent de l’intérêt et continuent à faire l’objet d’études, en particulier dans les milieux maçonniques. Ainsi, la parcelle de vérité contenue dans la métaphysique cathare a traversé le temps et rejaillit aujourd’hui avec force, pour nous interroger sur le sens de la création et de la gnose, mais aussi pour renforcer notre conviction, qu’il est impossible de cacher la Vérité par la force à celui qui la cherche.

Pour comprendre le catharisme, il faut revenir aux premiers siècles de notre ère. Après la mort du Christ, les croyances ont beaucoup varié au sein de l’Eglise chrétienne. De tous les évangiles, écrits parfois longtemps après, seuls quatre ont été retenus par Rome, les autres dits apocryphes, littéralement tenus secrets, tel l’épître de Saint Pierre, ont été rejetés faisant de leurs adeptes des hérétiques, c’est à dire ceux qui ont développé des croyances, en contradiction avec les dogmes de l’église.

Au cours de conciles, les multiples questions posées par la croyance chrétienne naissante ont imposé de fréquentes et interminables discussions théologiques pour fixer le dogme et finalement rejeter en dehors de l'église, c’est à dire ex-communier les hérétiques, qui se considéraient eux comme les vrais croyants.

Parler des cathares c’est donc parler de leur répression et de leur éradication. De ce fait, il est devenu difficile de reconstituer leur épopée à partir de documents authentiques, car beaucoup ont été détruits alors que d’autres, très nombreux, ont été écrits par leurs ennemis, et donc sujets à caution.

En fait, il n’existe que cinq textes authentiques, 3 rituels et 2 traités de théologie, dont le livre des deux principes écrit par Jean de Lugio de Bergame vers 1250. Par ailleurs, les cathares vont se référer à quelques textes apocryphes et à l’Évangile de Jean.

Enfin, il subsiste les archives de l’Inquisition qui renseignent sur la mentalité de l’époque. A huit siècles de distance, on peut ainsi constater que lorsque le pouvoir politique est aveuglé par un dogme discriminatoire, il génère les mêmes horreurs.

Ce déficit de textes originaux cathares a favorisé les interprétations de ceux qui les ont étudiés. Ce travail s’appuie donc sur la remarquable histoire des cathares de Michel ROQUEBERT, publié en 1999 aux éditions Perrin, qui représente la synthèse de trente années de recherche.

Cette planche traitera de la religion cathare et de ses principes. Nous essayerons de comprendre l'essence du message qu’ils nous ont légué et d’établir chaque fois que possible des analogies avec le symbolisme maçonnique. Cette manière de procéder nous permettra de ne jamais perdre de vue la dimension traditionnelle de la gnose cathare en relation avec l'universalisme des arcanes maçonniques.

J’adopterai donc le plan suivant :

  • l’évolution des croyances chrétiennes et les errements de l’église,
  • le contexte géopolitique en Languedoc aux XIIème siècle,
  • le développement des cathares et leur foi,
  • la croisade suivie de l’inquisition
  • les analogies avec le symbolisme maçonnique
  • conclusions

Au fil des siècles, l’Eglise s'est érigée non seulement en pouvoir spirituel mais aussi temporel possédant terres, abbayes et droits de taxation dont la dîme (10% des revenus). Au XIème siècle, des Chrétiens sincères et des clercs, les prêtres de l’époque, révoltés contre les oublis du message d'amour et de désintéressement du Christ, se dressent contre l'autorité de l'Eglise. D'autres vont plus loin en mettant en cause les fondements de la doctrine chrétienne.

Parmi ces derniers, si tous ne furent pas Cathares, certains professaient déjà les grands principes similaires : les PATARINS en Italie, les PUBLICAINS en Champagne et Nivernais, les POPULICANI en Angleterre ou les VAUDOIS, partisans de Valdès, à Lyon.

Pas moins de quatre conciles sont tenus au XIème siècle pour éteindre les hérésies répandues par les cathares, où l’on décide de les excommunier ainsi que ceux qui leur viennent aide. Les bûchers se multiplient.

Au XIIème siècle, le pape Grégoire VII, comprend le danger et cherche à réformer l’Eglise notamment avec l'aide de grands ordres monastiques tels que Cîteaux, qui prônent le retour à la règle et à la pauvreté.

Mais, dès le début du XIIe siècle, les idées cathares (du grec katharos : pur) s'implantent plus largement dans les populations languedociennes qui sont séduites par une doctrine à leur portée, prêchée dans leur langue, la langue d’oc plutôt qu’en latin, par un clergé qui partage leurs conditions de vie et qui de surcroît, ne perçoit pas la dîme ecclésiastique. Ces hérétiques entre eux s'appellent "Bons Chrétiens". Ce sont leurs adversaires qui les appellent cathares. En fait, cathare serait une injure et viendrait du latin catus « car, à ce qu’on dit ils baisent le cul d’un chat », ramenant ces croyants à un statut de vulgaire sorcier.

Contexte géopolitique

 

Mais avant de s'intéresser à la religion cathare proprement dite, parlons du Languedoc aux XIIe et XIIIe siècle, période au cours de laquelle, elle a pu se développer. La civilisation occitane qui s'étendait sur le Sud de la France, le Nord-est de l'Espagne et l'extrême Nord-ouest de l'Italie était prospère. Cette région fut de tout temps un lieu de passage important occupée successivement par les romains puis les Wisigoths, Francs, arabes et enfin Ibères.

Les Wisigoths s’installent en narbonnaise qui va devenir le Languedoc, le pays de la langue d'oc où oui se disait oc. Le mélange des cultures a ouvert les esprits et contribué à l'instauration d'un esprit languedocien indépendant typique. Toulouse, principale ville de l'Occitanie, était au XIIème siècle aussi importante que Venise et Marseille. De plus, le Comte de Toulouse, Raymond VI, du fait de ses différents propriétés, était à la fois le vassal du roi de France, du roi d’Angleterre, de l’empereur germanique et du roi d’Aragon son beau-frère, autant qu’il n’était en fait le vassal de personne : un roi sans couronne.

Par ailleurs, l’absence de droit d'aînesse a provoqué un appauvrissement de la noblesse, à l’inverse de l’église dont la richesse va croissante. La société rurale est donc proche de la petite noblesse et cette communauté des campagnes sera l'une des forces du Languedoc. La croyance cathare se répand rapidement au XIIème siècle parmi les paysans, la petite noblesse, les bourgeois commerçants et artisans et même le clergé, touchant 50% de la population dans les petits villages. A la fin du siècle, l'idéologie cathare est largement répandue au grand courroux des autorités de l'Eglise romaine dans un quadrilatère ayant pour sommet Toulouse, Albi, Carcassonne et Foix.

La tragédie cathare sera le résultat de tous ces éléments, mêlés dans le Languedoc, tel un mélange explosif dont l'aspect religieux ne sera manifestement qu'un des éléments.

Mais d’où viennent ces Cathares que le peuple nommait d'une façon générale Bons Hommes ou Bonnes femmes ou encore Vrai Chrétien ou Ami de Dieu et d’où viennent-ils ?

L'origine doctrinale des cathares s'inspire essentiellement du christianisme primitif et tout particulièrement de la doctrine professée par Origène qui, au IIème siècle, a proposé une interprétation de la Bible par la méthode allégorique, refusée par l’église. Elle s’inspire aussi des théories gnostiques et dualistes orientales, nombreuses au début du second millénaire.

Ces dernières étaient surtout représentées par le mazdéisme, dont le plus illustre prophète fut Zoroastre au VIIe siècle avant l’ère chrétienne. Le mazdéisme repose sur l’incessant combat entre le dieu de la Lumière Ormuzd et celui du mal Ahriman, ce que nous symbolisons en maçonnerie par le pavé mosaïque. Son livre sacré, l’Avesta dit que chaque homme doit toujours arbitrer en lui les bonnes et les mauvaises actions et qu’Ahriman disparaîtra à la fin des temps lorsque plus personne ne voudra le suivre.

La doctrine cathare puise donc ses fondamentaux à la fois chez Origène mais aussi dans le manichéisme, religion fondée au IIIème siècle par le prophète persan Mani ou Manès qui est une gnose dualiste s'inspirant plus tard du mazdéisme.

En 869, le concile de Constantinople supprime l’Esprit en l’homme et affirme qu’il faut désormais enseigner que l’homme n’est constitué que d’un corps et d’une âme douée de qualités spirituelles. Cette grave décision est en contradiction flagrante avec la doctrine d'Origène. En réaction, quelques dissidents gnostiques décident en Bulgarie de propager la réalité de l’existence de l’Esprit. On les appelle Bogomile, qui signifie ami de Dieu en bulgare.

Leur croyance impute au diable et non à Dieu la création du monde visible. L’âme qui est d’essence divine, est emprisonnée dans un corps d’essence diabolique. Endormie dans la matière qui la retient captive, elle a oublié sa céleste origine. C’est pour la réveiller que Dieu a envoyé Jésus-Christ sur terre, porteur d’un message propre à arracher les âmes à leur prison terrestre. Par ailleurs, Ils considèrent l’eucharistie comme une simple allégorie, rejettent la messe, et les sacrements et donc, de fait, l’autorité de l’église catholique. C’est intégralement le message du catharisme.

Le bogolisme est à l’origine du catharisme, qu’on appellera néo-manichéisme pour le déconsidérer. Depuis la Bulgarie, il va déferler vers la Roumanie, la Bosnie, la Grèce et même l’Asie mineure. Après le grand schisme de 1054 entre catholiques et orthodoxes, on commence à rencontrer en Allemagne, en Lombardie, en Suisse, et surtout en Languedoc des personnages vêtus de noir cheminant toujours par deux. Ils participent à la vie du peuple, travaillent et pratiquent une fraternité exemplaire, partagent les peines et les soucis des petites gens, prêchent des idées nouvelles.

Ils sont très bien reçus par la population et commencent à occuper le terrain spirituel perdu par le clergé catholique. Leurs pratiques religieuses sont fondamentalement distinctes de celles des catholiques. Les Parfaits, appelés ainsi parce qu'ils avait reçu le Consolamentum étaient très exigeants pour eux-mêmes, mais laissaient les Croyants juges de leur propre chemin. Ils ne portaient aucun jugement sur la qualité spirituelle des gens qui adhéraient à leurs idées et exigeaient simplement de celui qui a la foi, d'aspirer à la vertu et d'écouter leurs prédications. Ils ne prélevaient aucun argent.

Les simples croyants pouvaient mener une vie normale, mais s'engageaient à recevoir le Consolamentum en péril de mort. Il n’y avait aucun office obligatoire, pas de distinctions dans la vie religieuse comme dans la vie civile, pas de mariages obligatoires, ni aucune discrimination entre hommes et femmes.

La foi cathare est fondée sur le dualisme. Le principe en que Dieu, dans son infinie bonté, ne peut être à l’origine du mal. Il faut donc chercher la cause du mal dans un principe créateur différent de lui, et par essence mauvais. L’idée de base est donc l'existence de deux principes (dualisme) fondant et gouvernant le monde. D'une part, Dieu, parfait et bon, qui règne dans les cieux, d'autre part Satan, mauvais et périssable, mais créature de Dieu et ange déchu qui préside aux destinées terrestres.

Ainsi, deux ordres de réalités s’opposent :

- le monde invisible de réalités spirituelles et éternelles, domaine de Dieu. C'est le monde de l'Amour et de la Charité.

- et le monde visible, ensemble des réalités matérielles et temporelles, corruptible et voué à la destruction. C'est dans ce monde que se développe le mal, que les corps de chair souffrent, se dégradent et meurent. C'est dans ce monde que vit la vanité, l'orgueil, l'avarice, la cupidité, les malheurs, les maux et les maladies. C'est un monde illusoire où le mal se développe dans le temps mais aussi dans la matière.

Mais le dualisme n’a de perspective que dans le créationnisme. En effet, si le monde est incréé, la théologie chrétienne, catholique ou cathare, est sans objet. Pour les cathares, Adam et Eve n’ont pas été crées par le bon dieu. Leurs corps sont des prisons dans lesquelles le mauvais créateur a enfermé des âmes qui elles appartiennent à la bonne création.

Or la position de l’église catholique est que « Dieu est le créateur unique, du ciel et de la terre, du visible et de l’invisible, des réalités matérielles et spirituelles. Pourtant, Dieu reste unique chez les cathares, unique créateur de la bonne création, car l’autre principe n’est pas un vrai dieu. Mais l’église voit le danger car, accepter deux dieux, c’est accepter le dithéisme qui ouvre la porte au polythéisme et le credo sera changer pour débuter par « Credo in unule deum». En fait, cette question est la clef de voûte de tout un système doctrinal, théologique.

Les conséquences de cette croyance sont multiples. L'âme ou l'esprit est l'objet de toute la considération divine alors que le corps matériel est réprouvé. Gagner son salut éternel n'est possible qu'en adhérant totalement à Dieu et en délaissant la condition terrestre. L'ascétisme en est une des suites logiques. Les âmes ne périssent pas mais se réincarnent successivement dans un corps différent, tant qu'elles n'ont pas atteint le degré de perfection leur permettant d'atteindre la vie éternelle.

Logiquement, les cathares considèrent que si la chair est du côté du mal, le Christ n’a pu en aucun cas naître de la Vierge Marie. Pur esprit, il se serait donc projeté en elle. De même, il n’a pu vraiment s’incarner en tant qu’homme et n’a donc souffert sur la croix qu’en apparence. Sa présence dans le pain et le vin ne peut être qu’allégorique, car il ne peut être présent dans cette pure parcelle de matière qu'est l’hostie.

La société cathare comprend les croyants appelés à suivre rigoureusement les préceptes de leur religion et les parfaits et parfaites qui sont des croyants ayant voué leur existence à la religion. Le terme parfait vient de l’inquisition pour désigner les hereticus perfectus, mais ils s’appelaient entre eux Bons hommes, Bonnes dames, bons chrétiens.

On devenait parfait en recevant le consolament, c’est à dire le saint-esprit par l’imposition des mains, telle que les apôtres l’avait pratiqué sur leurs disciples depuis les origines du christianisme. C’est le baptême du feu et de l’esprit, par opposition au baptême de l’eau des catholiques que les cathares ne reconnaissent pas. Au moment de la mort du consolé, le saint-esprit consolateur quitte le corps pour ramener son âme au royaume de Dieu. C’est la grande différence avec le catholicisme, l’âme pré-existe au corps. Elle retourne au paradis qu’elle n’a pas à gagner.

Le consolament est le début d’une nouvelle vie et impose de rompre avec tout ce qui dans le monde relève de l’emprise du mauvais principe, tout particulièrement la luxure, la violence, le mensonge, la méchanceté et le vice. C’est une vie imitée de la vie apostolique, un passage à l’état religieux, marqué par le port de la robe noire, l’absence de consommation de chair animale et l’abstinence.

Parce que le consolament est la voie obligée pour obtenir le salut de l’âme, les croyants doivent le recevoir avant de mourir pour permettre à leur âme de quitter définitivement son enveloppe terrestre, sinon celle-ci est condamnée à se réincarner dans l’enveloppe d’un animal ou d’un être humain jusqu’à ce qu’elle se retrouve dans le corps d’un parfait.

La vie des cathares est centrée sur la religion et obligation leur est faite de vivre du travail de leurs mains d’où le développement de l’artisanat dans des maisons ateliers et la totale intégration de l’église cathare à la vie sociale et économique.

La hiérarchie est calquée sur celle de l’église catholique. Les parfaits sont à la fois des religieux séculiers voués au salut de leur âme etreligieux réguliers, ayant charge d’âmes, à la fois des moines et des curés de paroisse, ce qui en fait une église qu’on dirait aujourd’hui de proximité.

L’église n'exerce aucun pouvoir temporel, ne possède pas de bien foncier ni de tutelle d'ordre sociale et économique et n’a créé ni couvents ni ordres monastiques. Le clergé ne prélève aucun argent. Il est composé de gens qui vivent de leur travail, en communauté, et au cœur même des villages, ce qui est le meilleur garant d’une totale intégration.

La conversion par le verbe et l'exemple

Aussi, à l'aube du XIIIème siècle, le développement du catharisme dans le Languedoc au vu et au su de l'ensemble de la société devenait intolérable pour l'Eglise officielle et ne pouvait laisser indifférent le pouvoir royal. Saint Bernard de Clairvaux, abbé de Citeaus est envoyé en mission en 1145 par le pape pour ramener les cathares au sein de l’église catholique. Effaré de ce qu’il observe, il écrit dans une lettre au pape, "les basiliques sont sans fidèles…, les prêtres sans honneur … les hommes vivent dans le péché.. on prive les enfants de la vie en Christ en leur refusant le baptême."

En 1205, Le pape nomme trois cisterciens, dont Arnaud Amaury, à la tête de l’ordre, qui parcourent le pays en prêchant. La progression de l’hérésie est déjà si grande qu’ils envisagent de démissionner ensemble. C’est alors qu’ils rencontrent le futur Saint Dominique, qui a réalisé combien les Revêtus sont populaires, et que leur succès provenait à la fois de leurs manières de s’intégrer à la population et de leur humilité sociale.

Dominique convainc les légats de persévérer mais en changeant de stratégie. Il leur conseille de quitter leurs somptueux vêtements et leurs riches équipages pour aller pieds nus sur les routes prêcher comme des cathares en quêtant leur pain. Lui aussi va prêcher, mais avec peu de succès car le contraste choque les esprits entre les prédicateurs cathares vivant en harmonie avec leurs convictions religieuses et le clergé catholique, qui vit lui dans l’abondance et la luxure, tout en prêchant l’humilité sociale sans la pratiquer.

 

La croisade

Après les nombreux rappels à la foi catholique tentés par ses prédécesseurs, le pape Innocent III, va décréter en 1208 la croisade contre les hérétiques. Il considère que le saint-siège doit s’ériger lui-même en puissance séculière, et que le pape doit prétendre au gouvernement du monde en devenant le suzerain des rois et des empereurs, seul moyen pour imposer et garantir la paix universelle entre les peuples et entre leurs princes.

Très habilement, il a d’abord décrété en 1199 le principe de dépossession, par lequel l’église, se considérant comme la magistrature suprême, édicte que tout hérétique sera privé de ses biens, plaçant le droit canonique au dessus du droit civil. Ceci permettra en déclarant hérétique un seigneur par l’excommunication, de le déposséder de ses terres et de les offrir en proie à tout seigneur chrétien qui voudra bien les prendre en vassalité. L'excommunication avait des conséquences religieuses mais aussi politiques et matérielles.

La croisade démarre réellement en 1209 après l'assassinat du légat du pape Pierre de Castelnau, et l’excommunication de Raymond VI, Comte de Toulouse, soupçonné de l’avoir commandité.

Placée sous l’autorité militaire suprême d’Arnaud Amaury, l’abbé de Cîteaux, homme de guerre autant qu'homme d'église, elle est conduite par la haute noblesse et assez rapidement par un modeste seigneur d’Ile de France, Simon de Montfort (Montfort l’Amaury), à la tête d’une armée nombreuse et bien entraînée. Au départ simple opération de police de grande envergure contre les hérétiques et les nobles, elle va changer de visage à la mort au combat du roi d’Aragon en 1213 à la bataille de Muret, pour finalement aboutir au rattachement du Languedoc à la Couronne de France en 1271.

Arrêterons ici pour la politique et les faits de guerre, car ce n’est point le propos principal de cette planche. Mais il était nécessaire de situer l’époque, car la naissance d’une philosophie ou d’une religion ne peut se dissocier du contexte social et culturel de la région qui l’a vu naître.

L'inquisition

La question de l’hérésie cathare n’était pas pour autant réglée après 20 années de croisade. Il fallait donc changer de stratégie. C’est précisément ce que va faire le pape Grégoire IX en chargeant les prêcheurs de l'ordre nouvellement créé par saint Dominique de poursuivre et juger les hérétiques. Ainsi naquit l'inquisition en 1234. Les populations du Midi apprennent vite à connaître ces religieux de bure blanche avec un long scapulaire noir qui interrogent rudement, et peuvent les envoyer au bûcher si leur culpabilité est prouvée. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants seront brûlés ou massacrés.

Après le massacre d’inquisiteurs en 1242 par des chevaliers cathares, l’inquisition va intensifier son ouvrage et ne plus faiblir jusqu’à la disparition du dernier Revêtu en 1321. Auparavant, Montségur, la dernière forteresse cathare tombera en 1244. Les deux cents hommes et femmes qui y étaient restés refusèrent d'abjurer et furent brûler. Au total, ce saint office aura meurtri et tué les populations européennes pendant plus de trois siècles au nom de la préservation de l'unité catholique.

Les analogies avec le symbolisme maçonnique

 

Dans le dualisme cathare, Dieu est innocenté de la création du Mal, mais au prix de la reconnaissance qu’en dehors de lui, il existe un autre principe créateur, source de tout mal. Pour nous, il est plus facile d’imaginer le dualisme car il est partout, dans le yin et le yang, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, le pavé mosaïque.

Mais, au concile cathare" de Saint Félix en Lauragais, tenu en 1167, les cathares vont passer du dualisme dit mitigé au dualisme absolu.

Le dualisme mitigé, implique que Dieu a créé Satan et qu’il est donc unique. Cette doctrine affirme aussi que le mal est nécessaire dans la conquête du Bien et que son rôle est primordial chez l'homme puisque celui-ci doit effectivement le conquérir et le dominer afin de le transmuter en Bien (comme dans le pavé mosaïque), favorisant le processus d'évolution spirituelle qui est la quête sans fin de la recherche de sa parcelle de charité ou de divinité.

Les notions de résistance, d'inertie, d'enchaînement, de mal être sont à prendre, dans le contexte du dualisme mitigé, comme autant d'obstacles qu’il faut nécessairement affronter, mais qui constituent aussi, pour ceux qui cherchent la lumière, l’occasion d’expériences nouvelles permettant de progresser pour s'élever vers Dieu. Mais pour ceux qui ne veulent pas combattre les poisons de l'inertie, les pesanteurs de la vie se transformeront en amertume et contribueront à toujours plus masquer les chemins qui mènent vers la Lumière.

Le franc-maçon a une démarche tout à fait comparable car, dès son initiation, il est mis sur un chemin qui lui permet de vaincre et de transmuter les obstacles de la vie. Son implication en tant qu’initié est engagée dans un serment qui lui garantit de ne jamais faiblir devant l'adversité. Il va vivre une évolution responsable vers plus de clairvoyance intérieure dans le calme fraternel de sa loge et avec l'Amour de ses FF:..

Les cathares disent que l'homme est corps, âme et Esprit. En se détachant de la matière, c'est à dire en étant libéré de l'envie matérielle et psychique ainsi que des contraintes corporelles, il permet à son Esprit (sa parcelle divine) de croître et de s'unir à Dieu (noce mystique). Nous sommes dans rassembler ce qui est épars, c’est à dire dans la nécessité de retrouver en nous l’étincelle divine. Par ailleurs, l'emprise du mal diminue quand l'Esprit s'approche de l'éternité. Il ne faut donc pas donner d'importance au temps qui est un des outils du Malin.

Mais l'âme peut succomber à la matière, il s'ensuit alors que l'Esprit s'échappe, n'apparaît plus à la conscience de l’homme et le corps, qui est une prison, enferme à nouveau l'homme dans le cycle des Renaissances. Si l'âme ne succombe pas au Mal, autrement si l’homme maîtrise ses passions, son esprit assure la transformation du corps, puis l'âme se soumet à l'Esprit pour être transformée car l'Esprit a besoin de l'âme pour s'élever. Corps, âme et Esprit sont indissolublement liés pour l'accomplissement d'une seule œuvre, l'union avec Dieu (nous parlons de l’acquisition de la maîtrise et de la sagesse).

Le dualisme radical est bien sûr d'une autre nature puisqu'il affirme qu'il y a deux principes de création opposés qui s'affrontent dans un combat titanesque et que la réalité perçue par les hommes est une création satanique. Dans ce cas de figure, les hommes sont donc l'œuvre de Satan, ils sont donc des damnés qui se reproduisent pour que le principe du mal triomphe sur celui du Bien.

Pour les cathares, le monde matériel est vain, n'a pas de sens, car pour eux à quoi bon exister si ce n'est pas pour toujours. Ce monde est donc Néant et ils le justifiaient en citant cette phrase de Saint Paul: "Sans la charité je ne suis rien". Pour les catholiques ce propos est compris comme une réflexion morale qui signifie : "aidez votre prochain" tandis que l’interprétation par les cathares était la suivante "Sans la charité je ne suis que néant", ce qui veut dire que: si je n'ai pas en moi cette parcelle divine qu'est la charité, je ne suis qu'un corps de chair corruptible et vain et j'appartiens au Néant.

Cette merveilleuse profession de foi gnostique leur a permis de vaincre bien des peurs et des souffrances tout au long de leur tragique destin terrestre.

Le libre choix de la domination de l’esprit sur le corps, du spirituel sur le matériel, appelé déterminisme, se retrouve dans les traités cathares comme dans nos rituels maçonniques.

Le philosophe français Maurice Blondel a dit que "sous quelque forme qu’elle s’offre à la conscience, la pensée de Dieu y est apportée par un déterminisme qui nous l’impose" En a-t-il toujours été ainsi dans la pensée humaine ?

Pour le matérialiste, la nature existe par elle-même, elle n’a pas de conscience. Il est en tant qu’être humain pensant le produit du hasard et le témoin d’une histoire éphémère qui n’a pas de sens. Sa morale est le je-m'en-foutisme pur, où prédomine le règne des sens, la seule recherche du plaisir et du caprice.

Pour le panthéiste, représenté aujourd’hui par l’animisme africain, la nature se suffit à elle-même mais elle est une divinité pensante, représentée par toutes sortes de dieu qu’il faut vénérer et amadouer pour ne pas subir leurs fougues.

Pour le monothéiste transcendant, Dieu est le créateur distinct de sa création. L’homme est soumit à une loi divine qu’il ne peut pas refuser sous peine de subir son courroux. L’exemple de ce monothéisme est la religion de l’Ancien testament.

Dans la philosophie du bouddhisme, seul l’Esprit est réalité et le monde matériel illusion. C’est alors une philosophie de la renonciation aux désirs terrestres pour atteindre le Nirvana.

Enfin, il y a le Dieu omniscient, omniprésent et omnipotent, caché et endormi dans notre personnalité, qu’il faut conquérir par une ascèse personnelle. Nous retrouvons dans ce cas de figure toute la gnose et la grande Tradition ésotérique, encore une fois du rassembler ce qui est épars.

Chacun de vous mes FF:. se retrouvera dans l’un ou l’autre des cas cités. Pour beaucoup la situation n’est pas aussi simple que celle décrite plus haut qui, je le reconnais, a été simplifiée à l’extrême.

Le dualisme des cathares mitigé puis radical se rapporte à ce Dieu caché qu’il faut rechercher en nous à l’instar de la proposition qui est faite au récipiendaire lors d'une initiation maçonnique. Notons que dans la philosophie du REAA, il est nullement exigé que l’initié ait des prédispositions spécifiques à la transcendance, mais elle affirme aussi qu’il n'existe aucune limite à la recherche de la Connaissance, ce qui laisse sous-entendre que tout initié doit savoir choisir entre la voie qui mène vers le Bien de celle qui enrichit le Mal. Le choix est donc binaire : ou évoluer vers plus de clarté intérieure ou involuer en s'enchaînant dans la matière.

Le mérite de l'initiation maçonnique est de révéler à la conscience suffisamment d'espace pour que le libre-arbitre décide, c’est le déterminisme.

C'est une question importante et la phrase de Maurice Blondel a le mérite de situer dans son essence le déterminisme de la question de Dieu, car prononcer le mot de Dieu c’est redécouvrir en soi-même la conviction implicite d'une marche vers la perfection qui débouche naturellement sur une morale de l'Amour vrai, celle de l'homme qui aime l'autre pour lui-même pour son bien et non pour son seul plaisir à soi. C'est aussi retrouver de la lucidité intellectuelle pour ne plus choisir une sorte de morale rigide avec ses jugements, ses reproches et ses perpétuelles condamnations.

De fait, l’idée de rédemption, toujours associée à la notion de faute ou à un péché existentiel dans les religions chrétiennes, disparaît totalement chez les cathares. La réincarnation est pour eux un processus évolutif et ascendant. De fait, ils n'avaient pas peur de la mort et ne reniaient jamais leur foi. Ils ne combattaient pas leurs ennemis et acceptaient les sentences des tribunaux d'inquisition.

Le Consolamentum faisait du croyant un parfait mais pour l'obtenir le postulant devait accomplir une longue période d'ascèse, en général deux à trois ans, au sein de communautés qui lui enseignaient les quatre degrés de la loi d'Amour qui sont:

- La séparation ou la perte du vieil homme. Étape nécessaire pour prendre conscience d'une façon exotérique du bien fondé de sa démarche (mourir à l'homme matériel) qui est analogiquement reliée à notre démarche pour l’initiation des apprentis.

- L'admission ou le Croyant. La plupart des chrétiens cathares en restaient à ce stade. Ils étaient reconnus par la communauté et bénéficiaient d'une fraternité active.

- La révélation ou la Connaissance mystique. C'est à ce stade que l'impétrant recevait le Consolamentum et qu'il obtenait le titre de Parfait.

-Le retour ou la vie dans la Vérité. Dieu est maintenant dans son coeur car le mariage mystique est consommé. Le mal est vaincu, seul domine dans la volonté l'entendement du Bien.

La symbolique en finalité du baptême spirituel est claire, c'est réaliser l'union spirituelle de l'âme emprisonnées dans le corps avec son Esprit resté au Ciel et si l'union ne peut être envisagée de suite, elle met l'homme naturellement sur le chemin de la Connaissance (gnose) et fortifie son choix.

En Maçonnerie nous disons que tout individu est initiable s'il est libre et de bonnes mœurs. Nous sommes mes FF:.dans la même logique que celle du dualisme mitigé car la recherche de la Lumière symbolisant l'Esprit se fait toujours par une prise de conscience de tout ce qui s'oppose à la conquête de sa parcelle de divinité. Ce n'est que lorsque la conscience est débarrassée des certitudes et des peurs que le candidat implicitement accepte une cause première appelée en maçonnerie le G:.A:.D:.L'U:.La force et la grandeur de la maçonnerie est de laisser chaque F:.définir par lui-même la voie qui le mènera à établir les rapports entre le corps, l'âme et l'Esprit. Ainsi, les voyages vécus durant les diverses initiations du REAA et les nombreux symboles qui y sont rattachés sont un merveilleux outillage qui permettront enfin à l’initié de savoir qu'il ne sait rien. Guidé par l'amour de ses FF:. et affranchi de la peur, il marchera alors toujours plus libre vers la Lumière comme le faisaient les cathares huit siècles plus tôt.

Nous voyons bien que la gnose est l'élément moteur de la quête initiatique maçonnique, comme elle le fut pour les cathares. Mais comme elle est perçue dans un temple, elle est associée naturellement au pavé mosaïque qui symbolise la réalité duale de la vie. A l'instar des cathares, le maçon doit clarifier son comportement personnel et social, compte tenu de cette dualité.

Dans la réalité, l'homme est confronté à une profonde inertie existentielle, à des obstacles de toutes natures et à des résistances qui engendrent beaucoup d'interrogations. Il faut donc des règles à la fois pour les comprendre et les dépasser. L'une de celles-ci est que tout obstacle est utile s'il est compris dans une dimension gnostique dont nous rappelons ici le sens : connaître pour croire et non pas croire pour connaître.

En effet, pour retrouver la lumière, il faut tailler sa pierre. Bien polie, elle contribue à renforcer l’harmonie de l'édifice communautaire qui la reçoit. C'est lorsque ces deux facteurs sont utilisés avec intelligence que la frontière qui sépare le blanc du noir est à nouveau perçue et qu'un acte volontaire libérateur renforce l'intuition et conforte l'initié du bien fondé de son choix.

En résumé, ici-bas, il n'y a aucune fatalité dans le malheur. Celui-ci n’existe que parce que le bonheur est son opposé naturel. Il est donc vain d'osciller entre ces deux pôles car on ne fait qu'entretenir une sorte de mouvement perpétuel. La libération ne vient que de la conviction intime que le processus gnostique qui nourrit l'enthousiasme de vivre est évolutif et ascendant.

Le rôle de l’Esprit est donc primordial pour développer la Connaissance. Qu’il s’appelle Dieu, G:.A:.D:.L'U:., Premier principe, il ne peut être éludé puisqu’il est la dynamique constitutive de la gnose. Vivre sa spiritualité dans un processus évolutif ascendant signifie qu’il ne faut pas rechercher derrière soi ce qui nous meut ici-bas. Il faut avancer en sagesse et en amour dans la conquête de sa parcelle de divinité en utilisant l’intelligence au service de l’Esprit. La Connaissance des Cathares résulte d’expériences intérieures nécessitant une pureté préalable qui exigeait un énorme effort sur soi-même. Nous sommes en maçonnerie dans la même logique puisque chaque F:.doit tailler sa pierre et pratiquer dans le monde profane les vertus acquises lors de ses diverses initiations. L’effort est tout aussi exigeant que celui des cathares et comme eux le maçon doit aider ses FF:. dans le besoin et s’opposer à tout ce qui contrarie l’avènement d’une force psychique et d’une puissance spirituelle.

Notre force dans cet engagement est l’exemplarité et la nécessité absolue de rester fidèle en toutes circonstances à notre serment maçonnique. Le parjure exprimé dans une quête gnostique est la pire des trahisons puisqu’il rejette l’appel de l’Esprit, pourtant dûment reconnu et accepté lors de son initiation.

Les cathares ont tous été brûlés car ils n’ont jamais abjuré leurs convictions. Ils partaient dit-on sur les bûchers en chantant car ils savaient que le corps appartient au temps, que le temps est l'œuvre du diable et que seule l'Eternité est le domaine de l'Esprit.

Nous aussi, comme le rappelle notre rituel, nous pouvons être amenés un jour à faire le sacrifice de notre vie pour rester fidèle à l'idéal que nous avons volontairement choisi. Que ce terrible choix, s’il se présente jamais à nous, se fasse avec la même conviction sublime et nous disons que rien ne s'achève ici-bas mais que tout s'accomplit ailleurs.

"La véritable vertu ne consiste pas à vouloir être au plus haut, ou à prétendre y être, mais à essayer de connaître et d'admettre humblement ce que l'on est véritablement".

(Parole Cathare)

Réf : Histoire des Cathares Michel Roquebert Editions Perrin, 2002

Chaque instant d'Amour est une parcelle d'éternité. Tout le reste est sable entre nos doigts…

Complément: Les principaux évènements de l'épopée Cathare :

 

LA PREMIERE CROISADE CONTRE LES CATHARES (1209-1213)


22 juillet 1209 : prise de Béziers et massacre de ses habitants
1er août 1209 : chute de la Cité de Carcassonne
 10 novembre 1209 : mort de Raymand-Roger Trencavel, vicomte de Carcassonne, Béziers et Albi.
Mars 1210 : Montlaur (N-E), habitants pendus .Bram (Ouest de Carcassonne), supplice : on creva les yeux à une centaine de cathares
Avril 1210 : Cabaret (Nord de Carcassonne) attaque Alaric (S-E de Carcassonne) siège et prise du château
Mai 1210 : échec de l'alliance Pierre II d'Aragon et les barons du comté de Carcassonne à Montréal.
 Juillet 1210 : chute de Minerve (N-E de Carcassonne 1er bûcher : 140 cathares brûlés).
 Août-Nov. 1210 : Puivert (S-O), Termes (S-E) siège et prise.
 Mai 1211 : siège de Lavaur (entre Albi et Toulouse) 300 à 400 cathares brûlés
 Mai 1211 : Les Cassès (S-O de Castelnaudary) 60 cathares brûlés.
 Juin 1211 : échec du siège de Toulouse.
 Septembre 1211 : bataille de Castelnaudary.

- 1212 : conquête du Lauragais, du pays Albigeois, du Bas Quercy et de l'Agenais.
Simon de Montford

1213 : bataille de Muret, mort du roi Pierre II d'Aragon et défaite écrasante des méridionaux.

1215 : soumission de Toulouse, exil de Raymond VI et de son fils à la cour d'Angleterre.
1216 : mort du pape Innocent III, élection d'Honorius III.
1217 : Prise de Montgaillard et soumission de Peyrepertuse
Reconquête de Toulouse par Raymond VI.
1218 : mort de Simon de Monfort devant Toulouse qu'il assiégeait.
1222 : mort de Raymond VI de Toulouse, son fils Raymond VII lui succède.
Amaury de Monfort abandonne ses droits sur le Languedoc à la Couronne de France.
1223 : mort de Philippe Auguste et du comte Raymond Roger de Foix.

LA 2ème CROISADE : LA CHEVAUCHEE DE LOUIS VIII (1226-1229)


Pour intervenir et conduire une croisade, Louis VIII, fils de Philippe Auguste, pose dès 1224 ses conditions au pape et propose que les terres confisquées aux cathares lui reviennent. Devant le refus du pape, en janvier 1228, il fait adopter par le parlement le principe d'une 2ème croisade pour condamner Raymond VII et obtenir la cession de tous ses droits au royaume de France.
1226 : excommunication de Raymond VII et croisade royale de Louis VIII.

L'INQUISITION ET LA FIN DES CATHARES (1229-1321)


Le pape Grégoire IX qui a succédé à Innocent III a décidé de prendre les affaires en main sans avoir de comptes à rendre ni aux évêques ni au pouvoir civil. Il va s'appuyer sur les ordres religieux et en particulier sur les dominicains.
Le mot inquisition vient du latin "inquirere" qui veut dire s'enquérir. Le 4ème concile de Latran en avait fixé les règles, remise des hérétiques au pouvoir civil. La procédure est expéditive, le tribunal annonce son arrivée dans la ville. On agit sur dénonciation, un témoin a vu, l'accusé n'a pas d'avocat, le recours à la torture est possible, ingestion d'eau, pieds brûlés, torsion des membres. A la fin du procès, sentence et remise du condamné au pouvoir civil pour exécution de la sentence.
Le tribunal est composé d'un prêtre et de deux laïcs.
1229 : traité de Meaux ou de Paris qui entérine la soumission du comte de Toulouse
Concile de Toulouse qui prévoie la répression de l'hérésie cathare.
1233 : mise en place des tribunaux inquisitoriaux.
1240 : rébellion du vicomte Trencavel et chute du château de Peyrepertuse.
Jean de Beaumont va reprendre toutes les Corbières, la répression est féroce. Les châteaux qui résistent sont brûlés, ceux qui se rendent sont épargnés ou emprisonnés.
1242 : massacre d'Avignonet.
1244 : capitulation de Montségur, 200 hérétiques sont brûlés au camp des cramats.
1249 : mort du comte Raymand VII de Toulouse.
1255 : chute de Quéribus.
1271 : mort d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse, sans héritiers.
Le Languedoc est définitivement annexé au royaume de France.
Après leur soumission à Saint-Louis, beaucoup de seigneurs comme Olivier de Termes pour se racheter accompagneront Saint-Louis en Terre Sainte. Les derniers refuges cathares livrés, il faudra attendre encore 70 ans avant de voir périr sur un bûcher le dernier cathare.
(Extraits de "Le Pays Cathare - Le Catharisme" par Didier Poux).

Le trésor des cathares

Le 1er trésor des cathares.

C'est à Noël 1243 que Matheus et Pierre Bonnet arriveront à fuir de Montségur, à la barbe des assaillants, en prenant tous les chevaux valides et déménageront le formidable trésor des cathares composé de pièces d'or et d'argent. Ce trésor doit être conduit en Italie, à cheval d'abord jusqu'à Port-la-Nouvelle, puis par bateau qui les attend pour les conduire à Gènes. Matheus et Pierre Bonnet suivront ce qui est actuellement le sentier cathare entre Montségur et Port-la-Nouvelle. En cette fin d'année 1243, tout le monde prépare Noël ou le jour de l'an et se soucie peu de ces quatre cavaliers. Le trésor est acheminé en une semaine de Montségur à Port-la-Nouvelle. Le 1er janvier 1244, un bateau chargé d'or et d'argent du trésor des cathares file à toutes voiles vers l'Italie, La traversée durera 8 jours.

Le 2ème trésor des cathares.

Le 16 mars 1244, ils sont quatre bonshommes cette fois, Amiel Aicart, Hugo, Poitevin, Sabatier à quitter Montségur et à accompagner le second trésor, les derniers documents de l'église cathare et plusieurs pièces d'or et d'argent. Mais cette fois c'est à pied qu'ils doivent emporter les documents car il n'y a plus de chevaux. On décide qu'il faudra s'en procurer en chemin.... Si l'on est à peu près sûr que le premier trésor est arrivé sain et sauf en Italie, le sort du second est encore incertain.
Ce trésor se cacherait-il toujours en France ?

  

Source : www.ledifice.net

commentaires

Alexandrie

Publié le 14 Décembre 2012 par X dans Planches

Je voudrais commencer cette planche en vous lisant un poème.

Au-delà, le projet de ce travail est de vous présenter ALEXANDRIE, cette ville symbolique d'une rencontre entre différentes traditions ( juive, égyptienne, grecque, romaine, perse, gnostique, pythagoricienne, chrétienne, etc... ) qui, même si elles ne se sont pas toujours côtoyées sans heurts, les a faites se jauger, se mêler et s'enrichir mutuellement, faisant de cette ville un endroit exceptionnel dans la vie des hommes de l'occident et du moyen orient, comme peu d'autres si ce n'est, plus tard, peut-être ?, Cordoue.

Pour les FF\ de notre Triangle, l'utilisation de ce nom symbolise surtout une recherche sans exclusive de la Tradition initiale à travers les différents rameaux de celle-ci.

Voici donc ce poème :

" Quand vers minuit, soudain, tu entendraspasser un cortège invisibleavec de merveilleuses musiques et des éclats de voix,ne te lamente pas en vain sur ta Fortune qui chancelle,sur tes oeuvres qui ont échoué, sur les entreprises de ta viequi, toutes, se sont avérées illusoires.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,salue-la, cette Alexandrie qui s'éloigne.

Surtout, ne te leurre pas, ne dis pasque ce n'était qu'un rêve, que ton oreille t'a trompé,dédaigne ces futiles espoirs.

En homme prêt de longue date, en homme de coeur,comme tu te dois de l'être, toi qui méritas pareille ville,approche toi d'un pas ferme de la fenêtreet écoute avec émotion, mais non pasavec les plaintes et les supplications des lâches,comme une ultime jouissance, la rumeur,les ravissants accords du mystique cortègeet salue-la, cette Alexandrie que tu perds ".

Ce poème a été écrit pour illustrer la mort d'Antoine, en l'an 30 avant notre ère, après qu'il ait perdu une bataille à Alexandrie.

On situe à peu près à partir de cet évènement la fin de la religion égyptienne telle que nous la connaissons, confirmant les paroles d'Hermès Trismégiste, reprises dans un de nos Rituels :

" L'Égypte est devenue veuve et d'hommes et de dieux ".

Et ce que je voudrais ce soir, c'est donc vous présenter mon ALEXANDRIE, probablement d'une façon subjective et en tous cas pas exhaustive - mais y a t'il jamais une façon exhaustive de présenter les choses ? - avec mon coeur, de la façon dont je vois cette ville et avec la raison pour laquelle nous avons choisi son nom pour être celui de cet Atelier, ce nom lui-même donné - en y ajoutant d'Égypte - par notre Passé Grand Maître, Robert AMBELAIN, à un Atelier qu'il avait constitué, pendant l'Occupation, et qui était lui-même constitué de FF.·. de différents Rites.

Ce n'est pas mon habitude, mais je voudrais commencer cette planche par une longue citation tirée de l'éditorial d'une revue - Le MONDE COPTE - consacrée, justement, à ALEXANDRIE :

" Perle de la Méditerranée, Lumière du Monde Antique, Porte de l'Afrique, Ville aimée des Dieux, Trône Apostolique, les titres de gloire d'Alexandrie défilent comme litanie. Comment dire, en effet, par l'image, l'incommensurable importance de cette cité dans l'histoire de l'humanité ?

Mais voici que ce nom tout simple d'Alexandrie, lorsqu'on l'approche de trop près, éclate en mille facettes, comme une goutte d'eau à travers un prisme : loin de nous offrir une image unie, c'est donc par une multitude de petites touches que la réalité d'Alexandrie s'est progressivement livrée à nous.

Fruit d'une alliance sans confusion entre l'Égypte et la Grèce, Alexandrie fut le centre de la civilisation dite hellénistique, mais qu'il serait plus juste d'appeler " alexandrine : la médecine, les sciences, la philosophie s'y épanouirent de façon remarquable. Mais Alexandrie fut aussi la cité du Christianisme des origines, siège du Patriarcat apostolique d'Égypte, fondé par St Marc, à l'aube de l'ère chrétienne et son nom s'identifie à l'Église Copte.

Terre de martyrs et de théologiens, mère aussi de ces martyrs blancs - les moines - Alexandrie et sa région furent et demeurent un haut lieu de pèlerinage et de spiritualité.

Alexandrie, amante du beau, fut aussi une terre des arts : architecture, peinture, mosaïque, dans ce domaine aussi son rayonnement fut grand. "

A travers cette citation vous comprendrez combien est difficile, ce soir, ma tâche - moi qui ne suis absolument pas un historien ni un égyptologue amateur -, et que, à mon avis, à l'image de cette Ville qui fut un mélange réussi de cultures, de peuples et de croyances, il nous faudra longuement mêler nos travaux sur cette Cité et sur nos propres chemins spirituels pour commencer à dégager l'esprit d'Alexandrie, celui de la Cité comme celui de notre Loge.

Alors, évoquons d'abord son histoire, et la aussi je suis obligé de me reporter à ce qui a été écrit :

On l'a vu plus haut, Alexandrie, à l'origine s'appelait RAKOTÉ, et était une petite bourgade égyptienne.

Les relations entre ce qui deviendra la Grèce - ou plutôt les îles grecques - et l'Égypte sont très anciennes, et des documents attestent qu'elles furent formalisées dès l'Ancien Empire, c'est à dire à - 2300 avant notre ère. Elles connurent un nouvel essor avec ce que nous appelons le Nouvel Empire - 16 siècles avant notre ère - où le Roi Ahmosis, fondateur de la XVIII ème dynastie, le vainqueur des Hyksos et le créateur d'un Empire unifié s'étendant depuis la 2ème cataracte jusqu'à la Palestine, conclut des accords avec ces mêmes Îles.

La mère du Pharaon Ahmosis, la Reine Ahotep, fut du reste appelée la " Dame de Crète ".

N'oublions pas, à ce sujet, qu'à cette époque, ces îles étaient occupées par les Mycéniens, et ce ne sera qu'après la conquête de la péninsule par des peuples indo-européens que, longtemps après, vers 800 avant notre ère, apparaîtra ce que nous appelons la Grèce.

Ces relations connurent, toutefois, des moments difficiles avec des tentatives d'invasion, notamment par des peuples des îles du sud, les Philistins et les Shardanes.

Certaines furent repoussées, d'autres furent l'occasion de métissage avec les peuples autochtones. Au XII ème siècle avant notre ère, ces mêmes envahisseurs des îles du sud s'engagèrent dans les terres et se mêlèrent aux Hébreux, dans le pays de Canaan, qu'ils venaient justement d'atteindre.

Égyptiens, Hébreux, et peuples d'où allait émerger les Grecs, le mélange était déjà fait !

A partir du VII ème siècle avant notre ère, les Pharaons prirent l'habitude de recruter des mercenaires grecs pour leurs armées, et ceux-ci participèrent de façon souvent décisives aux nombreuses guerres contre les Assyriens, les Babyloniens et, bien sûr, les Perses.

Le Pharaon Psammétique 1er, de la XXVI ème dynastie, leur octroya même une ville, dans le delta du Nil, ville appelée à l'époque Naucratis ( aujourd'hui Kom-Djoef ).

Il est à noter que ces mercenaires grecs refusèrent de servir les Rois perses quand ceux-ci, ayant conquis l'Égypte, en devinrent les maîtres, après la XXX ème dynastie.

C'est bien évidemment Alexandre le Macédonien qui libéra l'Égypte de son occupant perse, après la bataille d'Issos, en - 332. Il y fut accueilli très naturellement en ami et se fit couronner sans problème Pharaon, fils d'Amon, reconnu par les Prêtres de Memphis comme : " Roi Épervier Prince de la Victoire, Bien Aimé d'Amon, Élu du Roi Soleil ".

Alexandre écrivit alors une lettre restée célèbre à sa mère, la reine Olympias :

" Après être demeuré quelques jours à Memphis, je me dirigeai en naviguant sur le Nil vers le port de Canope. Là se trouve une île désignée sous le nom de Pharos, bien située pour y établir une forteresse. Je décidai donc d'y bâtir une ville et de l'entourer de remparts. A l'architecte Dinocrate, que j'ai fait venir d'Ephèse, où il élevait un Temple à Diane, j'ai donné la consigne de construire une tour très haute, au sommet de laquelle les veilleurs entretiendront en permanence un feu très brillant pour servir de signal aux navigateurs croisant dans les parages. Cette ville, édifiée en l'honneur de ton fils, portera le nom d'Alexandrie ".

Une légende rapportée par Plutarque affirme qu'Alexandre aurait choisi ce site paradoxal du seul point de vue géographique car dépourvu de baies et de criques pour en faire un port, avec des sables mouvants, après un songe dans lequel Homère lui serait apparu et l'aurait alors guidé vers l'île de Pharos.

Et les conseils ont été judicieux puisque cette ville est devenue la capitale de l'Égypte - éclipsant Memphis, Thèbes et Tanis - dès la fin du IV ème siècle avant notre ère et le resta jusqu'à la fin du VII ème siècle de notre ère, soit pendant environ 1000 ans, mille années de rayonnement culturel et politique. Elle reste aujourd'hui encore, d'un point de vue économique un port très important de la Méditerranée orientale, et dans l'Égypte moderne, son rayonnement culturel n'est pas éteint.

Alexandre ne vit jamais la ville terminée - il mourut d'une maladie subite à l'âge de 33 ans ( tiens 33 ans !!! ) pendant une campagne militaire à Babylone -, mais son corps fut rapatrié à Alexandrie où l'historien Strabon dit avoir vu sa tombe.

C'est encore un mystère aujourd'hui puisque personne ne sait vraiment où est la tombe de ce conquérant.

Le village de RAKOTÉ était situé entre le lac Mariout et le bord de mer, face à l'île de Pharos. C'est là, en réalité, que fut construite la ville, l'île étant reliée au continent par un barrage construit alors, qui porta le nom de Heptastadion, soit 7 stadions, soit encore environ 1300 m, ce qui était sa longueur.

La construction de cette digue permit la création de 2 ports, de chaque côté de celle-ci, celui de l'ouest appelé Port d'Eunostos - le port des retours heureux - et celui de l'est, dit le Grand Port ou le Port Neuf, fermé aussi par une digue construite dans le prolongement de la presqu'île de Lochias, sur laquelle était érigé le Palais Royal.

Les navires trouvaient ainsi toujours un abri, dans l'un ou l 'autre de ces ports, le passage de l'un à l'autre pouvant se faire par 2 passages dans la digue, sous des pont-levis.

Au sud, le lac Mariout servait de port fluvial, et communiquait, soit avec le Nil, soit avec le Port occidental, par des canaux dont les ingénieurs accompagnant Bonaparte ont encore pu admirer les vestiges, ainsi que les aqueducs approvisionnant la ville en eau potable.

La ville fut bâtie sur un plan en damier, avec deux très larges avenues d'environ 30 mètres - un plèthre - et de quelques 7 kilomètres - 40 stades - de long, et d'autres avenues parallèles, toutes coupées, à angle droit, par des rues perpendiculaires. Ce tracé, dit hippodamien, du nom du célèbre Architecte Hippodame de Milet - permettait une circulation des vents marins qui assuraient une fraîcheur constante.

Diodore de Sicile a noté qu'Alexandrie offre un climat tempéré, source de santé.

Ce même Diodore, comme Strabon, ont fait remarquer que la ville représente une chlamyde - le court manteau macédonien - déployée et posée à plat.

Un poète latin, Achille Tatius, a pu écrire, au 2ème siècle de notre ère :

" Après une navigation de trois jours, nous arrivâmes à Alexandrie. Lorsque j'y entrai, par la porte dite du Soleil, j'eus immédiatement devant moi l'incomparable beauté de la ville, et mes yeux furent remplis de plaisir. Une rangée de colonnes, rectiligne, s'étend des deux côtés, de la porte du Soleil à celle de la Lune...car ces deux divinités ont la garde de la ville ".

Le Roi Ptolémée 1er, respectant le voeu d'Alexandre, commença à faire ériger la tour dans l'île Pharos, selon les plans de Sostrate de Cnide, et qui allait sous le nom de Phare devenir l'une des 7 merveilles du Monde. Elle fut construire en pierres calcaires et devait être, à l'époque, la plus grande tour construite - environ 120 m - et les travaux furent terminés sous le règne de Ptolémée II, et même encore après quelques retouches, sous Ptolémée III, soit après environ 60 ans.

Ce phare, constitué d'une base carrée, d'une colonne octogonale et d'un dernier étage cylindrique, pourrait avoir servi de modèle pour les minarets des mosquées.

A noter que ce nom de phare fut repris dans beaucoup de langues pour désigner les lumières guidant les navires.

Il fut détruit au XIII ème siècle, après une éruption volcanique.

Une mission internationale financée par l'UNESCO a entrepris des recherches pour en retrouver des morceaux, semble t'il avec succès.

Ce fut évidemment d'abord un grand port pour le commerce de l'époque et il est difficile de citer tous les produits et tous les peuples qui y abordèrent pour participer à cet immense marché.

Il est sûr qu'aussi bien les Indiens que les Arabes, les Arméniens et les Africains, les Ibères comme les autres peuples d'Europe et d'Asie Mineure ou du lointain Orient s'y retrouvèrent.

D'après Diodore de Sicile, en 60 avant notre ère, la ville comptait plus de 300000 habitants, dont environ 100000 Juifs, à qui le quartier nord-est, appelé le Delta, avait été attribué, mais pas sous la forme connue récemment de ghetto, puisque de nombreuses synagogues et comptoirs commerciaux étaient disséminés dans toute la ville.

Le reste de la population, au-delà des petites communautés de différents peuples orientaux, européens et africains, était surtout constitué de Grecs et d'Égyptiens.

Ce rapprochement entre Orient et Occident prit ici une forme particulière, concrète, qui constitua ce que nous avons appelé la civilisation hellénistique.

Il s'agit de l'enrichissement mutuel de 2 mondes, sans mélange ni confusion, dans le respect total de l'autre, de son génie, ce qui a permis un approfondissement sans retenue dans tous les domaines : scientifique, culturel, philosophique, spirituel.

Il semble qu'Alexandrie soit le seul exemple de ce type, même si d'autres villes d'Orient aient été imprégnées d'hellénisme, elles ne conservèrent pas le même caractère, et surtout, aussi longtemps.

Alexandrie fait partie de ces jalons de l'histoire des hommes et probablement que nous ne serions pas ce que nous sommes si cette ville n'avait pas existé.

Il faut, toutefois, ne pas se leurrer, la ville d'Alexandrie n'était pas un modèle de démocratie et seuls étaient Grecs celles et ceux qui pouvaient se prévaloir d'une double ascendance, c'est-à-dire de père et de mère grecs. En fait la plupart des Alexandrins n'en font pas partie et sont définis Hellènes, c'est-à-dire membres de la communauté gréco-macédonienne, parlant grec et participant à la culture grecque, en fait tous ceux issus des peuples conquis par Alexandre, en Europe comme en Asie, et les Juifs en faisaient également partie, eux qui représentaient plus d'un tiers de la population.

Tous ces Hellènes ne sont pas citoyens au sens politique du terme.

Parlons maintenant de la Bibliothèque d'Alexandrie :

La première bibliothèque fut créée par Démétrios de Phalère, à la demande de Ptolémée 1er Soter, général d'Alexandre, fondateur de la dynastie, dynastie lagide dont les membre se succédèrent sur le trône des 2 royaumes d'Égypte pendant plus de 300 ans, après la mort du conquérant macédonien ( en 323 avant J-C ).

Démétrios habitait l'un des quartiers latins d'Athènes et appartenait à l'Institut Syceum, établi par Aristote, et participait aux conférences et débats qui s'y déroulaient.

Au-delà de la seule bibliothèque, dont je vais reparler après, Démétrios créa aussi une Université, qui, avec la bibliothèque, s'appelaient Museion ou Maison de Sagesse.

Le corps professoral de cette Université fut, à la demande expresse de Démétrios, constitué des meilleurs savants, artistes, écrivains et philosophes de la région hellénique. Il résidait à Alexandrie et il est dit que ceux qui le constituèrent furent regroupés simultanément.

Cette bibliothèque, riche de plus de 500000 manuscrits ( on a même parlé de 700000 ) était la plus célèbre du monde antique avec celle de Pergame, sa rivale, Pergame en Asie Mineure, dont le nom a été à l'origine du mot parchemin.

La bibliothèque d'Alexandrie avait pour ambition d'accueillir tous les écrits du monde connu, ainsi que leur traduction en grec, et attirait un nombre considérable d'écrivains, de savants et de lettrés, souvent plutôt turbulents.

Cette bibliothèque et l'Université furent ainsi un lieu de rencontres où de grands penseurs et professeurs s'entretenaient avec les étudiants et les lecteurs, où les savants et philosophes s'échangeaient idées et découvertes.

C'était un creuset de la pensée humaine, et les Rois et Princes tenaient à y participer personnellement.

L'impulsion donnée à la civilisation en général fut fondamentale.

Pour citer quelques noms, à l'époque de sa création :

Eratosthène, l'inventeur de la philologie, y calcula la circonférence du globe terrestre et son diamètre, Zénodote d'Ephèse, Aritophane de Byzance et Aristarque de Samotrace y posèrent les fondements de la critique textuelle, Hipparque évalua très précisément le volume du soleil et de la lune, donna un nom à plus de 800 étoiles et mesura la durée du mois lunaire, Euclide et plusieurs mathématiciens pythagoriciens, Heron qui, même si son nom a été oublié, fut le premier à imaginer la machine à vapeur, Erasistrate et Hérophe, médecins qui les premiers présentèrent une image scientifique du système nerveux, Archimède, etc...

Eratosthène, le 3ème bibliothécaire d'Alexandrie, aujourd'hui oublié, reste, sans aucun jeu de mots, un phare de ce qui peut caractériser cette cité.

Mathématicien, astronome, philosophe, géographe, historien philologue, poète, éditeur, commentateur de livres, il s'illustre dans toutes les matières et peut être à juste titre considéré comme un esprit universel, fondateur de matières scientifiques modernes.

Des pages seraient nécessaires pour tenter de développer ce que l'on doit à cet esprit brillant, typiquement alexandrin, où il vécut au cours du 3 ème siècle avant notre ère, mais je voudrais insister sur son intérêt pour l'harmonie car, plusieurs siècles plus tard, toujours dans la même ville, des Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie et Athanase d'Alexandrie écrivent des textes dans lesquels on retrouve le thème de l'harmonie qui reste ainsi indéfectiblement attaché à cette ville et à la pensée alexandrine, quelle que soit la religion pratiquée.

Au point vue spirituel, Ptolémée 1er était convaincu que la paix régnerait sur l'Égypte quand les idées et les convictions religieuses égyptiennes et grecques seraient harmonisées.

Il croyait au succès de cette union parce qu'il était sûr qu'au fond de toutes ces différences philosophiques et théologiques se trouvait une seule Vérité.

Pour exécuter ce rapprochement Ptolémée avait choisi 2 grands théologiens : Manethon, le Grand Prêtre égyptien qui, par ailleurs, connaissait la langue grecque et sa philosophie, et Timothée, l'Athénien, le plus célèbre théologien grec de l'époque, Prêtre d'Eleusis.

Après de longues études en commun, ils purent jeter les bases d'une nouvelle religion du trio Sérapis, Isis et Harpocrate ( l'enfant Horus ).

C'est dans cet Institut théologique que commença la traduction en grec de la Bible, au moyen d'une assemblée constituée par 70 savants et théologiens juifs, traduction connue sous le nom de Septante.

Le support des ouvrages entreposés était le papyrus, un monopole des Égyptiens.

Du reste ALEXANDRIE exportait des papyrus vierges parallèlement à des copies des textes de la bibliothèque.

Par contre, aujourd'hui, il est impossible de donner des informations sur l'aspect architecturale de cet établissement, ni sur ce qu'il est réellement devenu.

STRABON, le géographe et historien grec que j'ai déjà cité, l'avait décrit comme proche des palais royaux, en bordure de mer.

Sa destruction est, en réalité, mythique. JULES CÉSAR ayant mis le feu à ALEXANDRIE, au cours de l'hiver -48/47 avant J-C, il est possible que la bibliothèque ait brûlé à cette occasion. Toutefois il est plus probable que ce soient des entrepôts de papyrus vierges qui aient brûlé.

En 270 après J-C, la ville est l'objet d'une guerre entre la Reine ZENOBIE de PALMYRE et l'Empereur romain AURELIEN. Le quartier des palais royaux ayant été alors anéanti, la bibliothèque a pu subir le même sort funeste.

Plus tard encore, en 391 après J-C, les Chrétiens devenus hégémoniques à ALEXANDRIE, incendient, sur l'ordre de l'Évêque THÉOPHILE, tous les monuments païens. Parmi ceux-ci le serapeum, où étaient conservés tous les doubles de la bibliothèque-mère. Celle-ci, si elle existait encore, a t'elle été détruite à cette occasion ?

En tous les cas cet acte me conforte dans mon idée tout à fait personnelle que le Christianisme a tenté sciemment de détruire toutes les traces de la Tradition.

Enfin, et cela n'enlève rien à mon commentaire précédent, en 642, le général arabe AMR IBN AL AS enlève ALEXANDRIE après un long siège. Ne sachant que faire du contenu d'une bibliothèque ( était-ce celle dont nous cherchons la trace ? ) téléphone, non, excusez-moi, écrit au Calife OMAR pour demander des ordres.

Ce dernier lui aurait répondu : " Si ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles et tut peux les détruire. s'ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux et tu dois les brûler. "

Et, en tout état de cause, ils auraient alors servi à alimenter le chauffage des bains publics pendant 6 mois !

Il faut noter que cette dernière version de la destruction de la bibliothèque d'ALEXANDRIE n'est donnée que par ALBURAFADJE, Évêque d'ALEP, mort en 1286, et qu'elle est plus que suspecte.

Je ne suis pas loin de croire à la destruction délibérée par les Chrétiens, soucieux de détruire tout ce qui avait trait à la Tradition transmise par les Anciens, d'où qu'ils venaient, et cela serait cohérent avec l'attitude que ces mêmes Chrétiens ont eu avec les Gnostiques, dénoncés comme hérétiques, poursuivis de la vindicte virulente des principaux Pères de l'Église.

Après cette première partie très didactique, pour laquelle je me suis beaucoup aidé d'ouvrages disponibles sur le sujet, ce qui m'a beaucoup appris, je voudrais aborder ce qui a fait, pour l'humanité tout entière, la richesse d'Alexandrie, c'est à dire son apport à la spiritualité.

Je voudrais donc arrêter mon regard sur plus particulièrement 3 écoles, très différentes même si, en tout état de cause, elles se sont fécondées et n'ont pas pu ne pas avoir d'incidences les unes sur les autres.

Comme je l'ai écrit plus tôt, je pense que c'est un de nos fils conducteurs, si non le seul pour nos réflexions, car à travers l'étude de ces différentes écoles nous appréhenderons mieux d'où vient notre propre parcours, dont l'origine reste pour moi inscrit dans la Tradition initiale.

Ces 3 écoles sont : les Thérapeutes, les Chrétiens et les Gnostiques.

Parlons d'abord des Thérapeutes :

C'est PHILON d'Alexandrie qui en parle dans son traité DE VITA CONTEMPLATIVA.

N'ayant laissé aucune trace, contrairement aux Esséniens, il est toutefois impossible de dire si cette Communauté a bel et bien existé, ou si elle n'est que l'oeuvre de l'imagination de Philon.

Mais quel que soit le cas, elle mérite d'être examinée car elle véhicule des principes qui restent d'actualité.

Elle a, par ailleurs, été assimilée à celle que décrit Luc dans son Évangile, 2/42-47 et 4/32-35.

Le nom de Thérapeutes vient du verbe terapeuein qui signifie à la fois guérir ( les passions ) et servir ( l'Être suprême ). Ce double sens indique le souci d'une thérapeutique de l'âme par la prière, d'une guérison spirituelle.

Cette communauté aurait été constituée d'hommes et de femmes - car il y a mixité - des milieux d'affaires, de gens aisés, las des soucis de la gestion, excédés des bruits de la cité, désireux de rompre avec un train de vie confortable mais corrompu, pris du désir de vie tranquille.

Face, donc, à une déjà société de consommation, un groupe prend ses distances par rapport à l'institution et trouve dans la vie simple et communautaire, dans la prière, le chant et la danse une hygiène de vie qui permet à ses membres d'accéder à un équilibre humain et spirituel.

Ensuite, on ne peut évoquer Alexandrie sans parler du Christianisme.

Vous connaissez, pour certains ici, ma propre intuition qui me fait regarder cette religion comme ayant été inventée de toutes pièces, justement en grande partie à Alexandrie.

Je ne reviendrai pas ici sur cette position personnelle qui en dérange beaucoup, mais je voudrais, par contre, examiner comment Alexandrie a participé, de façon décisive, au développement de cette religion.

Selon une tradition bien attestée, Marc l'Évangéliste s'est rendu à Alexandrie, il y prêcha l'Évangile, fonda le Siège épiscopal d'Alexandrie, et y mourut en martyre le 8 mai 68. ( mai 68 çà me rappelle de vieux souvenirs de jeunesse... )

Toutefois, au cours du 1 er siècle, et même pendant le 1ère moitié du 2ème, l'extension du Christianisme, à Alexandrie et en Égypte fut très limitée. Il avait même pris une forme plus ou moins syncrétique, permettant à Hadrien, dans une lettre d'évoquer " ces Chrétiens qui adoraient Sérapis " ou qui " se disaient évêques du Christ et se vouaient à Sérapis ".

Ensuite, dès le début du règne de Commode ( 180 de notre ère ), la religion chrétienne, tout à fait nettoyée des doctrines gnostiques et des réminiscences du paganisme, s'installe définitivement. A l'époque de Septime Sévère ( 193-211 ) il connaît un développement très rapide, et c'est la que se situe la création de l'École théologique d'Alexandrie, dont nous connaissons 3 de ses plus éminents professeurs : Pantène, Clément et Origène. cette école essaya d'établir des liens entre le Christianisme et le Néo-platonicisme qui se développait alors dans la ville.

C'est dans la région proche d'Alexandrie que se développa, ensuite, à partir du IV ème siècle, la vie monastique.

C'est dans cette École qui allait devenir le premier centre de sciences sacrées de l'histoire du Christianisme que fut formulé le premier système de théologie chrétienne et que fut établie la méthode allégorique d'exégèse biblique.

Pantène est à l'origine de la rencontre de l'hellénisme ( philosophique et littéraire ) et de l'exégèse biblique. C'est lui qui suscite l'ecclésiastisme, cette organisation si particulière du clergé chrétien. On ne sait du reste rien de l'organisation du clergé chrétien avant lui.

Si la personnalité historique reste cependant sujette à caution, et il n'y a aucun écrit de lui-même, Clément d'Alexandrie est, par contre, bien attesté, et on possède ses écrits.

La culture philosophique de Clément est immense. Mais il est d'abord égyptien et montre une très grande admiration pour l'écriture hiéroglyphique, et égyptien hellénisé puisque très fortement imprégné par son éducation, marquée par Platon, Isocrate et Aristote.

Il utilise sans retenue les philosophes grecs et est un grand dialecticien. Il se sert d'ailleurs avec aisance de cette science dans ses discussions avec les hétérodoxes, ou les hérétiques.

Dans son ouvrage le PROTREPTIQUE il applique au Christianisme l'exhortation à se convertir à la vie philosophique.

Un autre de ses ouvrages se rapporte à l'oeuvre du Logos divin pour la formation morale, pratique et théorique, en se limitant à l'enseignement exotérique.

Clément d'Alexandrie se caractérise aussi par l'éclectisme - eklektikon en grec - qu'il qualifie lui-même de choix, parmi les différentes philosophies de ce qu'il y a de meilleur.

Il dit ainsi : " Quand je parle de philosophie, je ne veux pas dire la philosophie stoïcienne, ni la philosophie platonicienne, ou épicurienne, ou aristotèlienne, mais tout ce qui a été dit de beau dans chacune de ces écoles, par l'enseignement de la justice accompagnée de science pieuse, c'est tout cet ensemble choisi - l'éclectisme - que j'appelle philosophie " .

N'est ce pas, sous un autre nom, un déjà syncrétisme ?

Et évidemment, Clément en vient à élaborer ce qu'il nomme une vraie philosophie, qui met en communion l'univers culturel grec, le christianisme, le judaïsme - à travers la nouvelle traduction en grec qui vient d'être disponible -, et probablement, bien qu'il s'en défende, la Gnose.

Clément est certain que la Philosophie a été donnée aux Grecs comme alliance, comme la Loi l'a été donnée aux Juifs.

Une dimension ésotérique très forte imprègne aussi Clément d'Alexandrie, dimension qu'il rattache à une tradition apostolique, tradition secrète remontant à Pierre, Jacques et Jean, et, à travers eux, à Jésus lui-même. De cette façon il peut rivaliser avec les gnostiques qui développent des théories semblables, mais à partir d'autres disciples non reconnus.

Beaucoup d'autres choses pourraient bien évidemment être dites concernant Clément d'Alexandrie et je pense que notre Atelier aura peut-être l'occasion de travailler sur ce théologien majeur.

Le troisième est Origène.

Il est né vers 185 à Alexandrie, dans une famille chrétienne, pourtant son nom signifie " Fils d'Horus ". C'est l'époque des persécutions contre les Chrétiens, et son père est arrêté, condamné et exécuté. Origène veut aller se présenter pour suivre l'exemple de son père mais sa mère le retient. Tombés dans la misère tous les deux, Origène est recueilli par une riche veuve chrétienne et peut ainsi terminer ses études.

Cependant c'est chez cette veuve qu'il découvre la Gnose " hétérodoxe ", et plus tard, il déclarera un dégoût pour cette " hérésie ".

Il ouvre une école de catéchèse et organise des réunions pour expliquer la Bible. Il se livre, parallèlement, à l'ascèse et va même jusqu'à s'émasculer, prenant ainsi à la lettre la parole de Matthieu sur les eunuques ( 19,12 ).

Un des ses auditeurs très riche l'entretient et lui permet d'écrire des ouvrages sur les différents Livres des Écritures, tout en débattant avec des Gnostiques. Même s'il est ordonné prêtre, il reste suspect de proximité avec les Gnostiques, ce qui l'amènera en prison, et il mourra peu après sa libération.

s'il est impossible d'affirmer qu'Origène ait suivi l'enseignement de Clément, même si les dates le permettent, par contre on est sûr qu'il a lu ses oeuvres, et elles ont eu pour lui une influence très importante.

Il est très marqué par l'ésotérisme juif, qu'il découvre auprès d'un maître, lui-même Juif converti. Sa méthode de réflexion est surtout basée sur l'analogie, mais il est maître dans l'art du commentaire.

Il a ainsi publié les HEXAPLES, le résultat d'un travail colossal de 30 années, dans lesquelles il compare, sur 6 colonnes parallèles le texte original de la Bible en hébreu, sa traduction en grec dite des Septante, et 4 autres traductions en grec, dont celles dites d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion.

Enfin on peut considérer Origène comme le père de la théologie avec la mise en place de tous les concepts et la problématique sur la Trinité, la résurrection et la préexistence des âmes.

Évidemment, je dois enfin parler, en dernier, du Gnosticisme, avec ses deux Maîtres alexandrins que j'ai choisis particulièrement, Basilide et Valentin, parmi beaucoup d'autres qui vécurent et surtout enseignèrent, prêchèrent dans cette Cité, Carpocrate, Simon le Magicien, Epiphane, Ptolémée, Héracléon, et bien d'autres moins connus ou dont l'histoire a perdu les noms :

Basilide, d'abord, Basilide, un des principaux docteurs gnostiques, ouvrit une école pythagoricienne à Alexandrie, dans la première moitié du 2ème siècle de notre ère, où, à l'exemple de Pythagore, ses disciples se voyaient d'abord imposer un silence de 5 années car, disait-il, le silence qui est premier, qui est un, nous aide à combattre l'illusion du monde terrestre.

Sa doctrine, que l'on connaît paradoxalement uniquement à travers les écrits de Clément et Origène qui l'ont combattu violemment, lui aurait été révélée par un disciple de Pierre, appelé Glaucias.

Selon celle-ci aux origines il y a Dieu, un Dieu non visible, inconcevable pour l'homme. Dieu est appelé RIEN, Celui qui n'est pas. 365 cieux séparent ce Dieu de l'homme, chacun peuplé d'entités, pures tout en haut, impures dans les derniers cieux. Dans le dernier ciel réside l'Archonte, le plus impur donc, et qui est aussi le chef des anges. C'est pour Basilide le Dieu des Juifs, le créateur de l'homme et du monde, oeuvre particulièrement imparfaite.

A l'opposé 3 entités pures ont été engendrées par Dieu, elles ont pour nom Le Fils de Dieu, la Pneuma, l'Esprit qui règne sur le huitième ciel, l'OGDOADE, et qui se confond avec Dieu.

Le Christ descend sur la Terre pour délivrer les croyants. Sa tâche accomplie, il remonte au Ciel. Il n'est pas un homme ordinaire et ne peut donc avoir souffert sur la croix.

Pour Basilide, c'est un autre condamné, Simon de Cyrène, qui a été crucifié à sa place.

Basilide est fondamentalement un pessimiste. Moralement il prône une existence paradoxalement à la fois ascétique et libérale, sexuellement parlant notamment dans ce dernier cas. Selon lui, l'homme est guidé par sa volonté de se perfectionner et cet appel à la vertu n'est pas étranger à son salut spirituel.

Valentin, maintenant, Valentin qui vécut aussi à Alexandrie vers le 2ème siècle, qui se disait Chrétien, qui faillit même devenir évêque, et dont la pensée était pourtant fortement influencé par les traditions grecques et perses.

En ce qui le concerne il se disait héritier de Théodas, disciple de Paul.

C'est lui qui a inventé le terme d'éon, à la fois désignant l'entité suprême et la succession des entités qui lui succèdent, toutes de moins en moins parfaites au fur et à mesure que l'on s'en éloigne et que l'on se rapproche de la Terre.

Au sommet du Plérôme on a donc un Dieu inconnu, nommé Propator. Il est accompagné d'un élément féminin, l'Ennoïa - la Pensée ou le Silence - et chaque éon se présente en fait en couple masculin/féminin et se succède par ce qui est appelé la Syzygie.

Ces entités sont au nombre de 30, les 8 premières, constituant l'OGDOADE, contiennent, entre autres Nous, l'Intelligence, Logos, la Parole, Zôé, la Vie, Ekklesia, l'Église.

Quant à la dernière, c'est Sophia, et Sophia voulut voir Dieu, en fut punie et qu'elle fut à l'origine de la création du monde, ce monde bien évidemment imparfait.

L'homme, cependant, conserve en lui une parcelle du Divin, ce qui lui donne cette soif de connaissance, de sagesse qui le caractérise.

Les humains sont classées en 3 groupes : les hyliques, qui sont attachés à la matière, et qui n'auront point de salut dans cette vie, les psychiques, malheureusement coupés de la Vérité, et les pneumatiques qui sont les élus gnostiques.

Les disciples de Valentin vivent en communauté, selon une hiérarchie avec des niveaux d'enseignement différents.

Chez tous les disciples de Valentin, l'attitude envers la vie est la même : pour accéder à la condition supérieure qui permet de retrouver immortalité et vérité, il faut consommer pleinement les plaisirs de la chair et les biens de ce monde.

Irénée, qui les combattit violemment, a pu ainsi écrire :

" Aussi les plus parfaits d'entre eux commettent ils sans honte ce qui est défendu. Ils mangent sans scrupule les nourritures destinées aux idoles. Ils assistent à toutes les fêtes païennes, beaucoup assistent même à des combats de bête et aux combats singuliers à mort d'homme. D autres s'adonnent sans réserve aux plaisirs de la chair, disant qu'il faut rendre la chair à la chair et l'esprit à l'esprit. D'autres encore déshonorent secrètement les femmes qu'ils veulent initier. D'autres enfin enlèvent ouvertement et sans scrupule à leur mari la femme dont ils sont tombés amoureux pour en faire leur compagne. D'autres, par ailleurs, qui faisaient semblant, au début, de vivre honorablement avec leur soeur, furent démasqués, leur soeur étant devenue enceinte de leurs oeuvres. Ils se proclament les Parfaits, les semences d'élection. Ils prétendent avoir reçu d'en haut une grâce particulière, par suite d'une union ineffable. Et c'est pourquoi ils se doivent de s'appliquer sans trêve au mystère de l'union sexuelle ".

On peut comprendre les réactions des Pères de l'Église, plutôt coincés, à ces descriptions, par contre il est paradoxal que les Cathares, plusieurs siècles plus tard, derniers rejetons du Gnosticisme, aient professé des thèses complètement opposés.

Mais l'étude du Gnosticisme montrerait que d'autres Écoles professaient déjà un refus de la vie, un refus de la fécondation.

Pour Valentin, de toutes façons, la fin de la matière, du monde corporel, de la terre, viendra un jour. L'âme du gnostique rejoindra alors le Plérôme, au côté du sauveur, où chacun s'unira à un ange jumeau. Une ère de repos s'ouvrira, un feu gigantesque consumera alors la matière, vidant le cosmos d'un mauvais souvenir.

Après ces très longs exposés - et pourtant trop brefs car il faudrait s'arrêter des heures, des jours, des années, sur ces différentes Écoles - je voudrais répéter ce qui a été l'origine de cette réflexion, c'est-à-dire l'ambition que nous redevenions, à notre échelle bien sûr, une sorte d'Alexandrie antique, un endroit où les femmes et les hommes de plusieurs cultures, de plusieurs religions viendraient, sans exclusive aucune, sans sectarisme, dans le seul objectif d'apprendre aux autres et d'apprendre soi-même, présenter ce qu'ils savent et les questions auxquelles ils souhaitent des réponses, et ainsi s'enrichir mutuellement.

Je crois que cette Cité a en effet été unique dans l'histoire des hommes pour cette tolérance, ce foisonnement culturel et spirituel - même si à leurs époques différentes, Bagdad d'une part, et Cordoue d'autre part,, je le disais dès le début de cette réflexion, ont pu connaître quelquechose d'approchant -, et je suis heureux qu'elle soit le nom de notre Atelier.

Ce travail, le premier en fait présenté dans cette Loge, avec toutes ses approximations et probablement ses erreurs, doit cependant montrer quelle voie doit être la notre, celle de la recherche de la Tradition, à travers les divers chemins qu'elle a pris, et donner l'envie à tous de compléter ces quelques premières lueurs que j'ai voulu allumer ce soir.

Et pour conclure enfin, je voudrais vous citer la définition de la GNOSE par Clément d'Alexandrie, ce Docteur de l'Église dont j'ai longuement parlé, et qui me semble aussi pouvoir refléter notre projet :

" La Connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenus, du lieu d'où nous venons et de celui dans lequel nous sommes tombés, du but vers lequel nous nous hâtons et de ce dont nous sommes rachetés, de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance".

j'ai dit

source : www.ledifice.net

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La franc-maçonnerie est-elle une morale ou un idéal ?

Publié le 13 Décembre 2012 par Solange Sudarskis dans Planches

La question posée suppose que la FM est soit une morale, soit un idéal, comme si une morale ne pouvait pas être un idéal. En prolégomènes il convient donc de s’entendre sur la dimension à donner à la morale en franc-maçonnerie.

La notion de morale est ambivalente.

Au plan spirituel, la morale désigne une éthique transcendantale. Cette morale c’est celle qui habite le saint ou le héros, personnages atteignant la perfection, nous dirions un idéal.

Au plan social, il existe une morale coutumière, adaptée à tel lieu et à tel temps, qui est la morale des honnêtes gens dans une société donnée. Elle traduit les bonnes mœurs qu’il est souhaitable de suivre pour l’harmonie de la collectivité ; elle est à la mesure de quiconque et ne réclame aucun élan intérieur ni vertu supérieure. C’est ce minimum de morale sociale qui est exigée pour entrer en franc-maçonnerie.

Aux exigences des bonnes mœurs citoyennes, la FM ajoute des exigences qui lui sont propres, et tout d’abord l’esprit du lien fraternel. Car comme l’écrit Chevillon dans « le vrai visage de la maçonnerie » L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin. De cet amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée. On le voit, à la morale coutumière, la FM associe une morale transcendantale, un idéal moral développé dans nos catéchismes devenus mémentos et dans nos rituels à travers questions et réponses.. Ainsi viendront, suivant les grades, des propositions d’élévation morale. C’est une aspiration vers un état de perfection, une façon idéaliste de concevoir un futur-être pour l’initié et l’humanité, avec ses kyrielles d’utopies sous-jacentes dont le temple idéal de l’humanité.

Ainsi la tradition a transmis parmi les maçons un grand nombre de préceptes relatifs aux devoirs, et dont l’ensemble forme un admirable code de morale pratique.

C’est, en effet, un trésor conservé dans le patrimoine de l’institution; mais ce n’est pas un corps de doctrine. En donnant la lumière la FM n’impose pas ce qu’elle permet de voir. En prescrivant à ses adeptes d’observer le plus strictement possible les devoirs, la franc-maçonnerie s’adresse à leur probité, à leur honneur, à leurs sentiments, certaine de ne pas contrarier leurs croyances religieuses ou philosophiques. Il s'agit ainsi de promouvoir des valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel sans limite, et à un idéal social. La franc­-maçonnerie se définit elle même comme un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles. La franc-maçonnerie est donc bien une morale et un idéal. Et c’est ce que nous allons montrer. La FM est une morale et un idéal avec sa spécificité quant à ses sources, sa finalité, son domaine et sa sanction.

Quant à ses sources : Dans le vertige de la documentation, nous en retiendrons 4 :

1. La source opérative ou corporative. Cet aspect professionnel s’exerçait à l’intérieur d’un idéal de fraternité et d’amour du prochain qui incluait des oeuvres d’assistance et de charité. Il s’épanouissait au sein de la pratique religieuse intégrale du catholicisme. Le métier fournissait le support de l’ordre initiatique dont les rites permettent d’intégrer tous les aspects de la vie professionnelle à l’entreprise de la réalisation spirituelle. La pratique du métier prenait alors la valeur d’une ascèse véritable. En ce sens, l’opératif incluait la dimension spéculative et surtout morale.

 2. La source religieuse ou plus exactement biblique.Les plus forts de nos symboles viennent de la Bible. La FM y puise même certaines de ses légendes fondatrices et donc sous-jacente une morale judéo-chrétienne. C’est, d’ailleurs, un pasteur calviniste écossais, James Anderson, qui transmit les fondements de la maçonnerie spéculative à la future Grande Loge de Londres rapidement devenue la source et le modèle de la Franc_ maçonnerie mondiale. L’invocation par laquelle commencent les manuscrits des Old Charges, en usage au 18ème atteste la pratique catholique : Que la puissance du père du ciel avec la sagesse du fils glorieux et la bonté du St Esprit, qui sont trois personnes en une Divinité, soit avec nous.La déchristianisation de la maçonnerie, sous l’influence de la philosophie des Lumières, s’entend seulement au sens de suppression des références spécifiquement chrétiennes et de l’abandon des célébrations religieusement les fêtes de l’Ordre. Mais à regarder de plus près, la maçonnerie en Angleterre, quant à elle, laïcise ses rituels, voire ses symboles, pour mieux accueillir de nombreux juifs et partager un minimum commun au centre de l’Union. La maçonnerie française, quant à elle, se laïcise par rassemblement des forces de « libre pensée » face au cléricalisme et aboutit en 1877 à l’abandon de toute exigence et de toute référence religieuse, si universelles soient-elles. Reste encore le courant mystique chrétien du Rite Ecossais Rectifié et son code des loges réunies et rectifié de 1778, qui règlemente ses 4 grades et qui déclare dans son chapitre X qu’ « aucun profane ne peut être reçu franc-maçon s’il ne professe la religion chrétienne. »De toute façon, la spiritualité du maçon, quelle que soit sa religion est un ésotérisme en ce qu’il se découvre dans sa propre intériorité.

3. La source chevaleresque a imprégné profondément la maçonnerie. Plus précisément, la FM est associée à la chevalerie des ordres religieux militaires. Le discours de Ramsay le rappelle et dès 1745 l’appellation « loge de st Jean de Jérusalem » enracine la FM dans cette tradition. Les hauts grades, qui ont fleuri au 18ème siècle, comportent encore de nombreux titres de chevalier. Le Régime Ecossais Rectifié est un véritable ordre de chevalerie. Le chevalier était principalement voué à deux devoirs : la bienfaisance et la défense de la religion chrétienne. En prononçant ses vœux, le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte s’engage et je cite : Ce n’est donc plus par l’épée que vous aurez à défendre la sainte religion chrétienne que vous professez ; c’est avec prudence et circonspection que le Chevalier Maçon de la Cité Sainte doit la défendre par ses discours... Il la fait aimer et respecter par une tolérance douce et éclairée, par de bonnes mœurs, par une conduite régulière et par ses bons exemples. Ce qui veut dire que de telles vertus chevaleresques sont des propositions de vie pouvant être réalisées aussi par des sœurs.

 4.La source mutuelle. En l’absence de toute sécurité sociale, au 17ème siècle, des loges se créent par association d’artisans, de petits commerçants, de boutiquiers qui vont constituer des petits groupes de solidarité surtout pour se prémunir contre les cas de détresse financière. Ils se réunissent dans des lieux hospitaliers comme les auberges, le plus souvent pour y recevoir les nouveaux membres de leur confrérie. Afin de bénéficier de l’entraide, on se communique des mots, gestes et attouchements de reconnaissance. On peut lire dans un texte de lois et statuts de 1670 de la loge écossaise d’Aberdeen : Nous soussignés promettons, conformément à tous les serments que nous avons prêtés lors de notre réception au bénéfice du Mot de maçon, de prendre en charge et de soutenir le tronc maçonnique de notre loge d’Aberdeen... Les fonds de réserve pécuniaires, leur potentialité à répondre à la misère accidentelle de leurs membres devenant insuffisants, ces loges vont se regrouper et constitueront la première Grande Loge en 1717, ce qui se fera à l’auberge « l’oie et le gril ». La franc-maçonnerie vient de naître aussi sur la nécessité de la solidarité.

Quant à sa finalité : L'idéal de la franc-maçonnerie est de parfaire l'être humain en développant sa conscience morale ou sa spiritualité et de travailler au progrès de l'humanité, L’idéal chevaleresque, c’est d’abord d’aspirer à la vertu, une vertu morale et avoir un comportement, qui soit un comportement d’amour, de tolérance, d’ouverture aux autres, etc.
C’est aussi le combat que nous devons mener pour le bien, comme le chevalier d’autrefois.

Ici s’exprime le sentiment d’humanisme. L’homme n’est pas, fondamentalement, solitaire, il est au contraire une relation. Comme le dit Heidegger, son être est un « être-ensemble »(Mitsein). Il y a en chacun de nous un originaire souci de l’autre, qui serait le Bien, qui fonde l’humain. La FMs’est ancrée sur cette notion de Bien et l’appelle fraternité.

Quant à son contenu : la franc-maçonnerie offre une voie spirituelle qui est une voie spécifique en dehors de tout dogme et de toute doctrine qui permet à chaque homme de poursuivre son chemin vers la Connaissance. La franc-maçonnerie propose un idéal de liberté, de tolérance et de fraternité dans le respect des opinions de chacun, laissant à l’homme une liberté de travail qui lui permet de poser son propre rythme et de reculer constamment ses limites sur le chemin de l’élévation spirituelle et morale n’acceptant aucune entrave dans sa recherche.

Les valeurs morales que véhicule la FM ne lui sont pas exclusives: connaissance de soi, amour du prochain, respect de l'autorité légalement constituée, devoir envers un Etre Suprême (pour les rites travaillant à la gloire du GADLU). Ce qui lui est particulier c’est le véhicule; c'est à dire, le rite initiatique. Ce dernier est en effet une allégorie élaborée de la vie qui engendre, chez l'initié, une profonde méditation, une perception et une action intérieure grâce auxquelles l'homme se révèle à lui-même, il dépasse ses propres limites, son soi.

La connaissance de la symbolique des outils atteste que la FMveut, par leur approfondissement, permettre d’accomplir une œuvre de perfectionnement de soi en favorisant l’ouverture de la conscience. Les outils remis aux 3 premiers grades donnent une cohérence au cheminement et à la progression morale.Quant au domaine : Le vrai travail du FM doit être totalement désintéressé, et accompli sous l’angle du Devoir. Le Franc-maçon, en effet, ne revendique pas ses droits personnels d’homme libre et franc, sinon pour accomplir ce devoir. Car il sait bien que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans bornes. Aussi, le Franc-maçon doit se considérer comme un apôtre, un missionné parmi les hommes, car il doit tendre à devenir, et il doit devenir, à la fois un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et aussi d’action (cf Ch. Chevillon)

Quant à la sanction : La Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne veut pas de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem. Comme pour Kant, la soumission au précepte moral est d’origine interne et procède de la seule voie de la conscience. La loi morale est obéie par respect pour l’impératif catégorique qui retentit en nous-mêmes.

Elle se manifeste par les vertus pratiquées. Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.

La maçonnerie, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer, grâce aux frères et sœurs, les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani (amour universel du genre humain) jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens.

Pour cela il lui faut des veilleurs et des éveilleurs. C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative la FM conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité.

En somme, la Maçonnerie est un syncrétisme des vertus cardinales héritées de la Grèce antique, des vertus théologales obvenues de la chrétienté et des apports moraux des Lumières du 18ème siècle, mâtinés de modernité.

Un rapport non moraliste à la morale. Un idéal de morale, voilà ce que propose la FM , nous dirions une philosophie humaniste.

Et pour cela le FM doit être libre sinon il n’aurait pas les moyens de comprendre le devoir.

"La Maçonnerie trouve dans ses traditions un idéal moral que nous croyons supérieur à celui des religions ; cependant, si les Maçons disaient qu'il y a parmi eux plus de vertu effective, c'est-à-dire moins de défaillances que dans un groupe quelconque d'honnêtes gens, nous serions les premiers à rire d'une si outrecuidante sottise". Pierre Tempels.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/article-20212581.html

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